Cd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015)

Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74 currentzis musicaeterna par classiquenewsCd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015). La 6è symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littérature tchaikovskyenne : un everest de la poésie intime et interrogative parfois inquiète voire angoissée. Annonçant ce même sentiment de terreur intérieur sublimé d’un Chostakovtich à venir. Les Tchaikovski de Currentzis sont passionnants : ils sont l’autre face d’un voyage artistique habité lui aussi de l’intérieur et qui dans son amplitude élastique, – propre à cette nouvelle génération d’artiste qui traverse tous les répertoires, mais de façon spécialisée – entendez avec l’instrumentarium ad hoc, fourmille d’idées neuves, expressives, remettant les fondamentaux dans un équilibre critique. SONY suit les étapes de ce cheminement expérimental qui exige tout des interprètes réunis sous la coupe du bouillonnant et éclectique maestro. Avec ses instrumentistes de l’ensemble sur instruments d’époque MusicAeterna, Teodor Currentzis a ainsi interrogé Rameau (The Sound of Light), Purcell (avec Peter Sellars : formidable Indian Queen), mais aussi Stravinsky (Le Sacre du Printemps), Mozart (déjà une très intéressante « trilogie » Da Ponte, malgré les faiblesses impardonnables de certains chanteurs dont Kermes en … Comtesse !) ;

TCHAIKOVSKY : au cœur de l’énigme, avec Currentzis

CURRENTZIS teodor  presentation by classiquenews Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74et au registre Tchaikovsky, le chef a enregistré précédemment le Concerto pour violon couplé aux Noces de Stravinksy. Enregistré il y a 3 ans, en février 2015 à Berlin, cette 6è Symphonie captive de bout en bout par l’engagement des musiciens, véritablement électrisés par le chef, et aussi ce souci de l’éloquence éruptive et contrastée parfois incandescente de la matière et du relief orchestral. Le timbre des instruments d’époque magnifie ce sens du détail et des équilibres intimes, dans la nuance piano, murmurée, mais très active. Currentzis explore et témoigne de son propre cheminement intérieur et intime en particulier dans le dernier mouvement, et au cours de l’éxposition ultime, énigmatique, de la Sarabande finale, danse sacrale, noire, vertigineuse, véritable exposé et mise à nu, d’une vérité secrète, sourde, qui terrasse finalement tout le cycle… S’identifiant à sin sujet, à ce flux conçu par Tchaikovski au bord du précipice et conscient de la vanité de toute chose, Teodor Currentzis exalte les nuances de l’ombre : il faut absolument lire ce qu’il écrit dans la notice accompagnant le cd (texte en 4 parties écrit à la manière d’une correspondance explicative sur les enjeux poétiques et philosophiques de réaliser la musique comme musicien…) : un parcours ou journal intime à travers l’interprétation des 4 mouvements de la Symphonie, conçu comme un passage. A travers le sforzando des cordes, le chef ne capte pas le chant expressif des instruments mais fait surgir l’angoisse ciselée d’une prière absolue.

tchaikovsky piotr illytchDans cette lecture qui est une récréation vivante, palpitante de la Pathétique, le second mouvement devient valse de mort, célébration de vie pourtant ; le 3è mouvement, gigantesque “anacrouse avec des bonds de plusieurs kilomètres” où l’auditeur / interprète ressent, éprouve la fragilité et la grandeur de la vie terrestre : Scherzo en guise de prise de conscience dont Currentzis fait une vibrante et terrifiante expérience de clairvoyance… Enfin l’Adagio lamentoso achève le cycle dans la pénombre riche de cette expérience où le renoncement et la pleine conscience se sont enfin mariées. La capacité d’exprimer ce qu’il y a derrière chaque note, de la solitude du célèbre Piotr Ilitch, de son humanité foudroyée (comme Mahler), de sa profonde mélacolie dépressive et toxique dont il fait un miracle en forme d’adieu (grâce à la musique)… Currentzis l’exprime ici, car cette symphonie de la fin paraît bien être le sanctuaire de sa vie d’artiste : un lieu de ressourcement et de vérité absolus. Voilà qui confirme que s’agissant du maestro Teodor Currentzis, comme un Harnoncourt il y a 40 ans, la musique n’est pas divertissement ni provocation, mais recherche de vérité fraternelle. On se souvient (chez Sony aussi) des formidables “visions” perceptions esthétiques et philosophiques du dernier Harnoncourt, dont cette trilogie des 3 dernières Symphonies de Mozart, dont le chef légendaire a fait un oratorio instrumental : bouleversante analyse, clairvoyance poétique… Currentzis sillonne les mêmes cheminements audacieux, critique, justes… Quels seront ses prochains chantiers musicaux ? A suivre.

—————-

CLIC D'OR macaron 200Cd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : SYmphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis — Berlin, février 2015 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2018

Comments are closed.