CD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le Poème Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha)

purcell clarke les cris de paris vincent dumestre alpha SON OF ENGLAND alpha critique cd classiquenews compte rendu cd review on classiquenews 58d27bf19a48fCD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le Poème Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha). Le retour de la monarchie à Londres, après l’épisode républicain d’Oliver Cromwell (décédé en 1658), resplendissant avec l’avènement de Charles II couronné le 23 avril 1661, correspond aussi à l’essor du génie musical et lyrique, Henry Purcell, né en 1659 et qui offre aux souverains anglais, plusieurs oeuvres d’une absolue poésie. Aussi le 21 novembre 1695, pour sa mort, nombre d’hommages lui sont dédiés (aux frais de la Couronne) … dont ce masque -ode, inspiré de l’esprit pastoral de l’Orfeo monteverdien, « Come, come along » (Viens, viens) de Jeremiah Clarke (lui aussi décédé précocement en 1707), véritable drame lyrique où les bergers se lamentent, frappés par l’annonce de la mort du plus valeureux d’entre eux : Stréphon-Purcell. Le style flamboyant, la pompe et aussi l’activité palpitante des instruments à la fête (hautbois, bassons, continuo très souple et articulé) citent évidemment la royauté reconnaissante, y compris le style parfois ampoulé des solistes, plus chantres-vedette de la Chapelle royale que bergers égarés. C’est un théâtre des béatitudes émerveillés et enchantées qui pleure celui qui fut capable d’en chanter les délices et de transmettre ses miracles terrestres, d’où la déploration volontiers mordante et amère de la marche funèbre, (avec son glas fracassant d’ouverture), de la section 8 : « Mr Purcell’s farewell », dont la prière, ample et aussi majestueuse, aux accents lullystes, entonnée par tous les choristes forment une apothéose collective, vers laquelle a convergé tous les épisodes antérieurs. La vivacité avec laquelle les interprètes jouent le jeu de ce drame déploratif est très convaincante.

 

 

 

Affligés par Purcell et Mary, mais enivrés par Cécile,
Le Poème Harmonique et Vincent Dumestre excellent entre
Deuils et Délices

 

PURCELL Henry portrait pour classiquenews Purcell_by_John_ClostermanUn pas est franchi avec les deux ultimes oeuvres de Henry Purcell offertes en couplage. Et d’une même veine tragique commémorative, du moins pour la première : « Funeral sentences for the Death of Queen Mary II » : l’événement survient au début de l’année qui verra la mort du compositeur. L’immense cortège funèbre se déploie le 5 mars 1595, sur le glas retentissant de la marche d’exposition ; sursaut et dramatisme d’une image qui semble reconstituer les derniers spasmes du transi ; lui succèdent les 4 pièces vocales (solistes et choeur), chefs d’oeuvre de méditation désolée, entre désespoir et dignité lacrymale, les Sentences, ponctuées par la pénultième Canzona (fanfare, au ton à la fois puissant et glaçant), font alterner la ligne découpée, distincte du quatuor de solistes, d’une écriture saisissante par son noble ton de déploration ; dommage cependant que certains chanteurs, pas toujours aussi nuancés que les instruments et le choeur, soulignent trop le ton de regrets et de pleurs, – plus larmoyants que réellement émus (avec des problèmes de justesse, et un vibrato hors sujet, style « grand opéra »). La mesure, l’épure, la distance font trop souvent défaut, ce malgré un effet réel de vertige et d’évanouissement sous le coup du deuil (vagues chromatiques ascendantes) : Mary était plus aimée du peuple que son mari, le triste William III (IV). Quel dommage. En cela, le collectif, Les Cris de Paris s’en sortent mieux, plus carrés, droits, épurés, sans effets expressifs d’aucune sorte : ils restent dans le ton ascétique, d’une idéale dignité requise. Purcell se révèle comme Charpentier sur le thème de la mort et du glas endeuillé, d’une puissance poétique irrésistible, d’une déchirante humanité, et d’une ivresse extatique sous le joug de la béatitude promise… (VI : « Thou knowest Lord », dernier « Amen », riche en espérance tendre et lumineuse).

D’une toute autre ambiance, – profane et d’une insouciante revendiquée, proclamée, la célébration pour la fête de Cécile, patronne des musiciens, ce 22 novembre 1683 qui voit la création de la « Musical Society » Société des compositeurs britanniques ; et c’est bien des délices, harmonies, jouissances languissantes dont il s’agit dans ce cycle porté par une ivresse et la claire détermination du désir de vivre – le contraste avec ce qui précède est immense et impressionnant. Voilà donc un programme à l’architecture poétique aussi contrastée, intelligent qu’efficace. Tous ces trésors exprimés / permis par la généreuse musique sont autant de miracles qu’ont pu connaître les défunts fêtés auparavant. Surgit la délicate prière à jouir de chaque instant (contre l’expression des vanités qui précède) de l’ode axial et d’une répétition hypnotique : « Here the deities approve The God of Music, end of Love… » / Ici les divinités approuvent, le dieu de la musique et l’amour… », ici énoncé par le contre ténor Nicolas Tamagna, auquel succède la caresse des flûtes enivrées. Le clou et l’arête vive de ce joyau musical d’une irrésistible profondeur.
Ici, les Britanniques égalent la gravité noble et poétique de Lully. Et ce Purcell, d’une grâce absolue, préfigure bien des oeuvres de Haendel à venir : carrure millimétrée des choeurs ; intelligence des sections contrastées ; génie de l’architectures des tableaux enchaînés. Le geste de Vincent Dumestre accorde son effectif au diapason d’une sensibilité réjouissante qui sait colorer et nuancer chaque reprise, qu’elle soit instrumentale, chorale, vocale. La direction est souple, naturelle, d’une subtilité constante, sachant aussi nous ravir par une générosité en timbres et en couleurs. La justesse poétique est totale. C’est une vraie réussite, sur le registre du sens comme de son expression formelle, pour le fondateur et directeur musical du Poème Harmonique. Programme éblouissant. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le Poème Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha). Jeremiah CLARKE : Ode on the Death of Henry Purcell (1695) – Henry PURCELL : Funeral Sentences for the Death of Queen Mary II (1695) / Welcome to all Pleasures Z 339 (1682). Les Cris de Paris. 1 cd Alpha 285. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

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