CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri (Rattle, LSO live, 2015).

CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri (Rattle, LSO live, 2015). Miroir d’un concert donnĂ© au Barbican Ă  Londres en janvier 2015, voici le cas Ă©difiant d’une prise qui aurait du s’abstenir tant la tenue des interprètes déçoit de bout en bout, confinant Ă  l’exĂ©cution scrupuleuse et sans risques.Perdant malgrĂ© son sursaut final, le fil avec ce Schumann rĂŞveur et languissant dĂ©finitivement absent.

 

 

schumann peri paradis un der peri rattle lso cd live critique review classiquenewsComme extĂ©nuĂ© avant mĂŞme de dĂ©buter l’ouvrage, le chef vedette, aujourd’hui ex primus du Berliner, Sir Simon Rattle dirige le LSO London Symphony Orchestra avec une attention qui confine souvent Ă  l’extĂ©nuation de toute expressivitĂ© ; un Schumann plus que dĂ©pressif : exsangue. Direction molle, qui rĂ©ussit certains passages pianissimi et murmurĂ©s, comme la langueur indicible du CD1, plage 14 : Im WaldesgrĂĽn am stillen See, rĂ©vĂ©lant aussi chez les solistes des timbres fatiguĂ©s, au grain usĂ© qui glisse sur le texte sans en restituer l’âpretĂ© linguistique ni les vertiges poĂ©tiques (l’alto Bernarda Finck dont le timbre et le chant sont l’ombre de ce qu’ils ont Ă©tĂ©) : le cas de Mark Padmore (le narrateur) et de Sally Matthews (PĂ©ri) se confirme en cours de soirĂ©e : ligne heurtĂ©e et alĂ©atoire, texte articulĂ© du bout des lèvres (en style shamalow pour le chanteur), et vibrato envahissant pour compenser un manque manifeste d’Ă©clat comme de prĂ©cision avec Ă©videmment pour la chanteuse britannique, une justesse parfois limite (son Verstossen! Verschlossen aufs neu dans la IIIème partie, confine mĂŞme Ă  la minauderie : le texte est gâchĂ© par un style contournĂ© et voilĂ© trop fortement vibrĂ©. Et mĂŞme le choeur dans le dernier morceau de la Partie II (Schalf nun und ruhe in Träumen voll Duft) dialoguant avec la PĂ©ri manque de nerf, de vivacitĂ© : problème Ă©vident de projection et d’articulation du texte. Faille absente chez la basse autrichienne Florian Boesch, mais Ă  nouveau c’est la tenue globale, ralentie qui finit par se diluer Ă  l’orchestre mĂŞme si le chanteur, fin diseur, garde le fil linguistique. Les passages les plus forts de cette fresque lyrique inclassable entre opĂ©ra et oratorio, selon le voeu de Schumann, restent les deux dernières sĂ©quences : oĂą l’Ă©prouvĂ©e connaĂ®t la rĂ©mission et le salut tant recherchĂ©s, accomplissement d’une quĂŞte harassante mais conduite coĂ»te que coĂ»te au delĂ  de la souffrance et du sacrifice. Aux couleurs onctueuses de l’orchestre, rĂ©pond la voix Ă©reintĂ©e des deux voix dĂ©fraĂ®chies et sans nerf de Matthews et Padmore, de toute Ă©vidence les maillons faibles de cette lecture bancale. Et curieusement, Rattle semble se rĂ©veiller dans les dernières mesures, pilotant avec nervositĂ© choeur, soprano, orchestre. C’est un peu tard.

Triste PĂ©ri

Au début de la partie III, avec les voix plus caractérisées et nerveuses du Quatuor de la Guildhall School, soudain la tension reprend de la vigueur. Mais retombe vite par la direction étrangement désincarnée du chef.

Hors des exigences de la pratique historiquement informĂ©e, souvent imprĂ©cise et donc molle, la lecture peine Ă  conserver un semblant de tension. C’est essentiellement un problème avec l’allemand qui pĂ©nalise l’expressivitĂ© globale, et aussi une vision continument molle dans la direction. On a connu l’Orchestre londonien plus mordant et a contrario dĂ©finitivement expressif et clair… (avec Gergiev par exemple : Elektra de Strauss. Goerne, Gergiev LOS Live, 2012). Casting perfectible, protagonistes en difficultĂ©s et dĂ©passĂ©s, orchestre grisâtre… Quel dommage. EnegistrĂ© avec les dernières avancĂ©es de la technologie (en DSD 128fs), le prĂ©sent enregistrement, artistiquement, reste faible et bien peu reprĂ©sentatif des capacitĂ©s de l’illustre phalange londonienne. AnnoncĂ© et prĂ©sentĂ© comme un Ă©vĂ©nement, le coffret est source de dĂ©ception. A Ă©viter.

 

 

CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri. Sally Matthews, Mark Padmore, Kate Royal, Bernarda Fink, Andrew Staples, Florian Boesch. London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus, Quatuor vocal Guildhall School. Sir Simon Rattle. 1 cd LSO Live LSO0782. Enregistrement live au Barbican Center de Londre en janvier 2015.

 

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