CD, compte rendu critique. PURCELL : Dido and Aeneas. Raffaella Milanesi (Bonizzoni, 2016 — 1 cd CHALLENGE classics)

PURCELL Henry portrait pour classiquenews Purcell_by_John_ClostermanCD, compte rendu critique. PURCELL : Dido and Aeneas. Raffaella Milanesi (Bonizzoni, 2016 — 1 cd CHALLENGE classics). La version de La Risonanza et de son chef Fabio Bonizzoni s’impose comme passionnante sur le plan instrumental : ouvragée et réduite à l’essentiel (noyau instrumental plutôt que groupe de cordes étoffée comme c’est souvent le cas chez les Baroqueux antérieurs), laissant au chant intérieur tout l’espace pour s’épanouir. Dommage ici que la distribution se retrouve imparfaite à cause d’un Enée bien peu subtil… Mais l’intelligence vocale de Raffaella Milanesi et le geste très affirmée et d’une riche subjectivité du chef marquent la différence et font oublier les failles identifiées. Voilà une version chambriste, épurée, d’une finesse électrique par sa mesure rythmique et sa grande subtilité instrumentale qui renvoie à la tradition du continuo vénitien ; celle, côté instruments, d’un équilibre arachnéen, puissant dessin plutôt que cordes nourries, – option d’autant plus surprenante mais surexpressive et même incisive dans l’ouverture où après l’énoncé, le choeur des cordes agitées jouent ailleurs et le plus souvent sur l’épaisseur et la frénésie collective : Fabio Bonizzoni confirme sa préférence pour une atténuation caligraphiée d’une justesse nerveuse, idéalement intérieure qui prépare à la première exposition du caractère de Didon : y éblouit le sens du verbe de la soprano Raffaella Milanesi, – âme tragique mais nuancée, félin nocturne, coeur déjà embrasé et halluciné qui semble dormir éveillée, dès sa première apparition, fille de la mort et de la passion condamnée, au souffle éperdu, d’une incarnation en harmonie avec le geste épuré, économe du chef et de son continuo : précis, sobre, si touchant par son intensité sincère. L’équilibre entre instruments et voix se déroule telle une formidable scène théâtrale qui saisit par sa force et son incandescence dramatique (seule réserve : la prise de son lointaine et épaisse du choeur, dont le trait grossier et l’énoncé large – qui manque ô combien de précision et de mordant, contredit la tenue des solistes : Dido donc (Raffaella Milanesi de braise et de sang), Belinda (Stefanie True) ; maillon faible, l’Enée de Richard Helm n’arrive pas à la même carrure expressive et dramatique de Dido (manque de simplicité, vibrato d’un maniérisme outré), et c’est d’autant plus dommageable dans une version qui instrumentalement sait caractériser chaque séquence de ce mini opéra ciselé comme un joyau (1680), avec une invention jubilatoire. Les scènes de cour, aimables, galantes, courtoises du I ; l’entrée de la sorcière au II : petite voix, parfois trop maniérée elle aussi du ténor Iason Marmaras (claveciniste et fondateur par ailleurs de son propre ensemble sur instruments anciens, « os orphicum ») ; ainsi les voix masculines ne sont pas l’attrait majeur de cet enregistrement.



Raffaella milanesi ALcinaLe dessin incandescent de Raffaella Milanesi, à la fois reine altière et femme démunie-, fait toute la saveur de cette lecture instrumentalement très aboutie. La soprano romaine sait nuancer et habiter jusqu’à la mort,- dernière expiration maîtrisée, incarnée, le personnage sombre, embrasé, et comme traversé par une ivresse radicale et fatale de Didon, la reine qui décide de tout sacrifier à cet amour impossible, vénéneux qui la dévore de l’intéreiur. Voilà qui jalonne une période faste marquée par de superbes prises de rôles : avant cette Dido – louve amoureuse, âme détruite-, Raffaella Milanesi incarnait sur un registre plus ample et maîtrisé encore, l’impossible et déchirant rôle d’Alcina de Haendel – la magicienne elle aussi éprise, détruite, impuissante, au Festival Baroque de Shanghai, sous la conduite du chef David Stern, créateur et directeur musical de la compagnie lyrique Opera Fuoco (décembre 2015 : voir notre extrait, filmé par le studio CLASSIQUENEWS alors / air « Ah mio cor »). Dido & Aeneas de Johan Eccles (avec arrangements nécessaires par le chef lui-même) est couplé avec quelques extraits de la musique de scène de The Love of Mars and Venus (1680), qui partition contemporaine de la Dido de Purcell, confirme l’étonnante habileté en caractérisation des musiciens de La Risonanza, sous la direction très souple et mordante à la fois de leur chef et fondateur Fabio Bonizzoni – d’autant que la prise de son réussit beaucoup mieux ici, l’équilibre entre le choeur, la même soliste féminine, les instrumentistes (définition plus précise des voix du collectif). Eccles aux côtés de Purcell, génie dramatique inatteignable, est loin de démériter. Mémorable malgré les petites réserves énoncées.

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PURCELL DIDO fabio Bonizzoni raffaella milanesi cd critique cd critique classiquenews 0608917273724_300CD, compte rendu critique. PURCELL : Dido and Aeneas. Raffaella Milanesi (Dido), Stefanie True (Belinda), Michaela Antenucci (Sorcière I et marin), Anna Bessi (Sorcière 2 et Esprit), Richard Helm (Enée), Iason Marmaras (Sorcière) – La Risonanza / Coro Costanza Porta / Fabio Bonizzoni, direction — 1 cd CHALLENGE classics) — Enregistré à Soissons, France, en février 2016.

 

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