CD, compte rendu critique. Mozart : The Weber sisters (Josepha, Aloysia et Constanze). Sabine Devielhe, soprano. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction.

CD, compte rendu critique. Mozart : The Weber sisters (Josepha, Aloysia et Constanze). Sabine Devielhe, soprano. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. Mozart a le vent en poupe et inspire de superbes réalisations en ce mois de novembre 2015 ; aux côtés du récital investi, profond et humainement très juste de la soprano mûre (quinquagénaire) Dorothea Röschmann (Mozart Arias, live Londres mai 2015, CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2015), voici l’offrande ciselée de sa jeune consoeur, la soprano coloratoure, à fort tempérament et d’une finesse de style rare, la plus en vue à l’heure actuelle des chanteuses françaises (avec Julie Fuchs) : Sabine Devielhe.

 

 

 

 

3 sœurs inspirantes pour 1 Mozart éperdu

Sabine Devielhe, sublime mozartienne

 

 

MOZART-DEVIEILHE-sabine-582----Mozart-Weber-SistersAprès un programme somptueusement amoureux dédié à Rameau (Le grand théâtre de l’Amour, déjà CLIC de CLASSIQUENEWS, novembre 2013), le 2è album ERATO de la jeune diva s’intéresse au chant mozartien, particulièrement aux trois sœurs Weber : Josepha, Aloysia et Constanze, cette dernière non sollicitée au début, mais qui finira … épouse de Wolfgang. C’est à Contanze que le compositeur pense continûment en écrivant son Enlèvement au sérail, réservant à l’héroïne qui porte son nom, plusieurs airs redoutables et stupéfiants de virtuosité vocale et finement expressive; le programme n’est pas un enchaînement d’airs vaguement reliés les uns aux autres, mais un cycle qui frappe par sa cohérence, conçu avec minutie pour faire sens : d’abord, la première rencontre avec les Weber à Mannheim puis le séjour parisien qui suit (printemps 1778) ; le choc éprouvé face à Aloysia : car pour Mozart c’est un coup de foudre irrésistible (malheureusement non partagé – ainsi le subtil et tranchant « Dans un bois solitaire… » exprime la flèche de Cupidon pénétrant le cœur adouci d’un jeune homme terrassé) ; puis ce sont quatre airs parmi ceux écrits pour Aloysia entre 1778 et 1783, de ce fait parfaitement emblématiques de l’esthétique néoclassique et préromantique dont Mozart a le secret : « Alcandro, lo confesse », « Popoli di Tessaglia » ; « Vorrei spiegarvi oh Dio » ; « Nehmt meinem Dank… », sans omettre ceux destiné à Josepha : « Schon lacet der horde Frühling… » et le 2è air de la Reine de la nuit ; le point d’orgue reste l’air écrit pour Constanze, « Et incarnatus est » pour la sublime Messe en Ut mineur (1783), soit un an après leur mariage.

On ne sait au juste quel air ou quel épisode parmi la collection de séquences purement instrumentales (tels Les Petits Riens) relever et distinguer, tant c’est la complicité amoureuse qui se déploie ici, partagée et portée par le chef Raphaël Pichon et la soprano Sabine Devielhe, époux à la ville, et sur scène, duo d’une constante flamme engagée, entre tendresse et abandon sensuel, d’un format idéalement calibré pour le si suave et voluptueux Mozart.

La virtuosité du chant (les contre-sol de Popoli di Tessaglia entre autres), l’abattage comme la souplesse articulée, le style élégantissime et d’une subtilité émotionnelle toujours juste et sobre affirment l’art de la Devielhe : une cantatrice qui sait accorder profondeur, sincérité, technicité. Même sa Reine de la nuit ne manque pas de rage expressive.

CLIC_macaron_2014L’ensemble Pygmalion quant à lui, saisit lui aussi, sous la conduite de son chef créateur, par sa vitalité millimétrée, des dynamiques proches de la parole, une capacité à exprimer l’ineffable tout en ciselant son association avec la voix. Les interprètes convainquent absolument par leur pertinence artistique, comme interprètes immensément doués, comme artistes cultivés capables de concevoir un programme très original, d’une irrésistible cohérence. Et c’est Mozart dont le cœur ardent, d’une atemporelle tendresse, qui sort gagnant de ce formidable programme totalement stimulant.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Sabine Devieilhe, soprano. Mozart : The Weber Sisters. Les Petits Riens, Pantalon und Colombine, Airs de concert K. 294, 316, 383, 418 & 580, Die Zauberflöte, Thamos, Messe en ut mineur. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. 1 CD Erato 553024

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