CD, compte rendu, critique. MOZART : DON GIOVANNI. Jérémie Rhorer, direction (3 cd Alpha, décembre 2016)

mozart don giovanni le cercle de lharmonie jeremie rhorer cd review critique cd par classiquenews599457a0eef90CD, compte rendu, critique. MOZART : DON GIOVANNI. Jérémie Rhorer, direction (3 cd Alpha, décembre 2016). PARIS, décembre 2016. Jérémie Rhorer achevait sa trilogie Mozart, avec ce Don Giovanni, affirmant davantage l’expressionnisme pétaradant de son orchestre du Cercle de l’Harmonie. Après L’enlèvement au sérail et La Clémence de Titus,- également chroniqués sur classiquenews, le chef et son collectif sur instruments d’époque, même avec des timbres d’époque et une démonstration souvent en force d’articulation et de détails expressifs, peinent à défendre une claire vision du sommet mozartien… La production était portée visuellement par la mise en scène du directeur de l’Odéon, Stéphane Braunschweig. L’écoute du triple cd met en lumière les criantes défaillance du spectacle : musicalement déséquilibré. Certes les hommes sont globalement hors critiques : acteurs délirants, défenseurs de cette comédie joyeuse, truculente et cynique conçue par Mozart et son librettiste, Da Ponte : ainsi le tandem constitué par Don Giovanni et son valet Leporello reste d’un bout à l’autre du drame, parcouru malgré son affiche comique de deux morts (le père de Donna Anna, puis la descente aux enfers en fin d’action, de son assassin, Don Giovanni soi-même). Jean-Sébastien Bou fait un séducteur prêt à tout, libre, farouchement libre. Electrisé sur le même mode et parfois d’une surenchère pleinement assumée, le Leporello de Robert Gleadow qui semble s’exciter à chaque exploit ou traîtrise de son polisson de maître : leur énergie combinée assure une électrisation magnétique qui paraît à chaque situation, irrépressible et particulièrement efficace. D’autant que l’orchestre ne manque pas d’expressivité fouettée, détaillant certains accents instrumentaux avec une indéniable finesse. Avec les femmes, la situation se gâte malheureusement : ni la Donna Anna de Myrto Papatanasiu ni l’Elvira de Julie Boulianne ne parviennent à vraiment convaincre. La première fait une fille du Commandeur, rien qu’hystérique, en tension constante, jamais vraiment profonde, ce malgré le legato plus maîtrisé, et la diction plus articulée de sa consœur ; celle ci, – vibrato envahissant, absence de ligne, aucune mesure ni nuance, aigus écrasés et tendus-, détruit toute la sincérité de l’amoureuse Elvira, l’un des personnages les plus bouleversants pourtant du théâtre mozartien.
Même l’Ottavio de Julien Behr ne touche guère : voix unilatéralement larmoyante, et courte, sans guère de nuances lui aussi. Quel dommage. Le chant mozartien conserve ses mystères et nuances qui restent étrangers à certains chanteurs.
Reste le couple du petit peuple, Zerlina et Masetto : les deux chanteurs réussissent une caractérisation digne, comparée à celle plus stylée qui doit être celle du couple d’aristos (Ottavio et Anna). En cela, Anna Grevelius s’accorde idéalement au Masetto ours de Marc Scoffoni ;

ORCHESTRE IMPARFAIT MAIS PALPITANT ET FIEVREUX…Finalement, le vrai héros de cette version demeure l’orchestre qui associé au duo de frippons éhontés – Leporello et Giovanni-, conquiert des accents cravachés, surexpressifs, d’une violence acérée, qui à défaut d’une vraie profondeur, d’un souffle spirituel, d’un faille trouble, assure la vitalité primaire de l’action; sa coupe fouettée, fantastique, suractive. Théâtralement, cela fonctionne très bien. Les amateurs de beau chant, d’élégance et de trouble orchestral tourneront leurs pas et préfèreront par exemple la lecture acérée, féline, pour nous superlative par son fini ciselé, -offrant toutes les nuances de la terreur spirituelle comme surnaturelle… du délirant inclassable, Teodor Currentzis.

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CD, compte rendu, critique. MOZART : DON GIOVANNI. Jérémie Rhorer, direction (3 cd 379, Alpha, décembre 2016).

Opéra en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret de Lorenzo Da Ponte
Créé au Théâtre Nostitz de Prague le 29 octobre 1787,
au Burgtheater de Vienne le 7 mai 1788

Don Giovanni : Jean-Sébastien Bou
Leporello : Robert Gleadow
Donna Anna : Myrtò Papatanasiu
Donna Elvira : Julie Boulianne
Don Ottavio : Julien Behr
Zerlina : Anna Grevelius
Masetto : Marc Scoffoni
Le Commandeur : Steven Humes

Le Cercle de l’Harmonie
Chœur de Radio France
Jérémie Rhorer, direction

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