CD, compte rendu critique. LISZT : Faust Symphonie (1857). Steve Davislim, ténor. Sine Nomine, Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck (1 cd Alpha, 2014-2016)

Liszt Faust symphonie symphony martin haselbock cd alpha review compte rendu critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. LISZT : Faust Symphonie (1857). Steve Davislim, ténor. Sine Nomine, Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck (1 cd Alpha, 2014-2016). Faust, éternel insatisfait inspire dans son premier volet du triptyque Faust, – véritable opéra symphonique, un drame de l’angoisse qui naît d’une aspiration non satisfaite dont la soif ne se tarit pas, bien au contraire. Le premier tableau des 3, intitulé « Faust » exprime les tourments tenaillés au corps d’une âme en proie au doute, le plus redoutable, vertigineux et inéluctable : doute existentiel. Qui suis je ? Où vais-je ? Une conscience tiraillée par son inutilité même. Liszt, lui-même croyant exprime la reconquête parfois in extremis des déchus, perdus, maudits. Toute son oeuvre et son écriture y compris pianistique, raconte (avant Mahler), le chemin, ses étapes, d’une ascension spirituelle conquise au prix d’un combat intime, viscéral. Les quatre accords de quintes, enchainés disent cette tension assoiffée et inquiète,instable, désirante. Ici le lettré et savant doute, terrorisé par la conscience du néant qui menace toutes ses croyances. Les cordes mordent, édifient une arche interrogative qui inscrit l’appel au sens d’un homme fragilisé : Faust au terme de ce premier épisode de plus de 20 mn, semble reconquérir sa forces vitales, toutes ascensionnelles, dans une partition inspirée du Faust de Nerval, conçue dès 1854 et pleinement aboutie pour les célébrations de 1857 à Weimar où était fêté le génie de Goethe. Le chant des altos et violons sur le tapis incisif des violoncelles portent l’ivresse du thème d’espérance qui porte toute l’exaltation de ce mouvement initial, imprimé d’une inéluctable vibration de l’espoir, entre lyrisme et solennité de plus en plus palpitante, dont le chant de triomphe, final, sonne comme la victoire que porteront dans les décennies suivantes les ballets de Tchaikovsky et qui s’achève au violoncelles comme un questionnement sans réponse.

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886La seconde partie, féminité de la flûte associé aux clarinettes, puis du hautbois, évoque la figure salvatrice et sacrifiée, plus introspective et moins tourmentée, éminemment romantique de Marguerite / Gretchen : le premier développement plutôt chambriste, évoquant la psyché de la jeune femme dont est épris Faust amoureux, bascule dans le souffle épique grâce à l’amorce des cors, puis flûtes et harpes s’accordent pour en dévoiler toutes les aspirations lumineuses qui fusionnent avec le duo ardent entre les deux coeurs passionnés. Le souci de clarté, l’articulation et l’éloquence des timbres soutenus par les instrumentistes de l’orchester Wiener Akademie souligne l’angélisme et la sincérité de l’amour de Marguerite, en un tableau parmi les plus enchanteurs du cycle.

Eclairs, aspiration, transcendance du Faust de Liszt

Très habile, Liszt déploie dans son 3è et dernier volet, l’ironie cynique, destructrice de Mephistopheles dont la grimace dérive des variations déformantes des thèmes de Faust ( dans le mouvement I). Les flûtes paraissent sous un autre jour : sardonique, aigre, démoniaque et halluciné. Auquel répondent les cordes au timbre tendu, cynique, comme des hennissements – les accents défendus par chef et orchestre sont jubilatoires, de fini et d’élocution justes, dans une mise en place très claire. Ce jusqu’à la fugue satanique, coeur exultant de l’opus. Pour rompre et conclure à ce déchainement orgiaque (que Wagner n’aurait pas rejeté pour sa propre Bacchanale de Tannhäuser, dans version française évidemment) : Liszt aspirant au miracle d’une résurrection / absolution pour son héros vaniteux mais attachant, résoud le programme dans le Finale (IV) pour choeur d’hommes et ténor, dont le chant séraphique exprime cette unité salvatrice après une phase de transformation, où l’éternel féminin, amour sacré et subliminal par les élans et aspirations qu’il suscite dans le coeur de l’artiste et du héros, peuvent sauver de l’enfer et de la folie.
Précis, palpitant – dans une formidable dernière partie mephistophélienne, le chef et l’orchestre accuse le relief de l’orchestre de Liszt, d’une grâce surexpressive, dramatique et dans sa résolution, idéalement divine. Très convaincant éclairage sur le génie symphonique du Liszt de Weimar, propre aux années 1950.
Inventeur et sublimateur du genre poème symphonique, Liszt se révèle dans toute sa flamboyance architecturée et poétique.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. LISZT : Une Faust Symphonie, S 108. Steve Davislim, ténor. Choeur d’hommes Sine Nomine. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction (2014-2016). 1 cd ALPHA 475. CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2017

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