CD, compte rendu critique. KISSIN : Beethoven – Lives 2006 -2016 (2 cd Deutsche Grammophon).


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Rien ne remplace la tension et les conditions « sans filets » du live : le concert et le rĂ©cital offrent ici un Ă©crin stimulant pour l’inventivitĂ© sensible du pianiste Kissin qui publie pour Deutsche Grammophon, 2 cd exclusivement dĂ©diĂ©s au gĂ©nie libertaire, rĂ©volutionnaire, inclassable, – promĂ©thĂ©en-, du grand Ludwig. Le cd 1 fait valoir la saisissante ductilitĂ© du toucher de Kissin, sa qualitĂ© Ă  varier, caractĂ©riser, investir chaque sĂ©quence, malgrĂ© une vertigineuse diversitĂ© de rythmes comme d’atmosphères. La n°3 opus 2.3 (SĂ©oul, 2006), diffuse une expressivitĂ© facĂ©tieuse, enjouĂ©e entre Mozart et le premier Beethoven (effervescence et Ă©lectisation de son finale : Allegro assai).

Plus encore fougueux dans une ivresse et radicalitĂ© aux contrastes parfois violents et râgeurs, les 32 Variations de 1807 (Montpellier, 2007), accroche constamment l’écoute et l’attention par leur frĂ©nĂ©sie ivre et vertigineuse, oĂą le toucher ose toutes les Ă©motions, vrai creuset de sentiments et humeurs les plus variĂ©s : Kissin met sa formidable implication et Ă©loquence digitale au service des 32 sĂ©quences qui montrent l’étendue de l’imagination beethovĂ©nienne. SidĂ©rant. EnregistrĂ©e plus rĂ©cemment Ă  Carnegie Hall en 2012, La Clair de lune (1801), en prise plus lointaine et presque diluĂ©e et fantomatique enchante par la souplesse caressante, infiniment nostalgique de ses tempi, dès le premier Ă©pisode (Adagio sostenuto) et sa rĂŞverie Ă  la fois hallucinĂ©e et blessĂ©e. L’Allegretto et le Trio qui composent le second mouvement captivent par leur juvĂ©nilitĂ© et leur insouciance, nettoyĂ©es de toutes tension. Puis le Presto agitato, abordĂ© stricto sensu, impose un rythme endiablĂ© Ă  l’irrĂ©pressible prĂ©cipitation, – une urgence inextinguible, -vraie course dĂ©lirante dont la motricitĂ© laisse dĂ©concertĂ© par la charge violente qui s’est libĂ©rĂ©e soudainement sous les doigts fabuleux du pianiste habitĂ©. La pensĂ©e de l’interprète dessine des cheminements absolument fascinants, assumĂ©s, et mĂŞme terrifiant par le extrĂŞme intensitĂ©. Magistral.

 

Le cd2 est emblĂ©matique de la fureur articulĂ©e toujours Ă©minament mĂ©ditative et intĂ©rieure dont est capable le Kissin d’aujourd’hui, jamais Ă©pais ni large, malgrĂ© sa filiation avec l’école russe de piano ; mais d’une vibrante sensibilitĂ©, sachant fusionner articulation et puissance. Très rĂ©cente (Concertgebouw Amsterdam, 2016), l’Appassionata (1805), crĂ©pite, se tend, bondit, – vĂ©ritable fĂ©lin, plus guĂ©pard muscles saillants que lutin enchanteur, Kissin moderne affirme
une énergie radicale qui réinvente totalement la puissance architectonique de la Sonate Beethovénienne. Il en traverse et en exprime toutes les perspectives et audaces avec une fureur à peine masquée, mais ô combien maîtrisée, toujours colorée, galbée avec un esprit crépusculaire, hautement romantique : vif argent, à la volonté et à l’ambition exacerbées. D’une radicalité à la fois expérimentale et révolutionnaire. Beethoven se dresse alors en guide, visionnaire, agent, acteur d’un nouveau monde. Ligne et cri à la fois, Kissin fait surgir hors de la partition toute la force d’un génie qui fait exploser le cadre. Magistrale hauteur de vue (Allegro assai initial). Bâtisseur et non destructeur, l’autorité poétique qui pilote et conduit l’Andante con moto frappe par sa largeur de vue là encore.

 

 

10 années d’analyse Beethovénienne livrent aujourd’hui ce
BEETHOVEN INCANDESCENT
sous les doigts prophétiques, vif-argent du prométhéen Evgeny Kissin

 

 

 

kissin-betthoven-deutsche-grammophon-2-cd-review-critique-par-classiquenews-kissin201707008a_1503389101_1503390254_1503390254.jpgLe pianiste moscovite, naturalisĂ© anglais et israĂ©lien (2013), nĂ© en 1971, force l’admiration par l’autoritĂ© d’un jeu qui sait construire, voit grand, frĂ©mit de nuances soujacentes littĂ©ralement captivantes. Et comme une lave nerveuse, fĂ©line encore, le flux impĂ©tueux du dernier mouvement Allegro ma non troppo se gorge d’une vitalitĂ© primitive qui rĂ©active la force d’un commencement du monde ; Kissin trouve par une digitalitĂ© fluide, Ă©ruptive, incandescente, le jaillissement premier d’une aube oĂą se love la promesse d’une ère nouvelle. CrĂ©pitements, espoirs, scintillements et cris : la palette du pianiste ose tous les contrastes rĂ©tablissant dans ce finale en forme de course et de tumulte, l’énergie première, prĂ©alable Ă  une reconstruction salvatrice. Le pianiste quadragĂ©naire semble y vaincre toutes les forces contraires, redessinant les frontières d’un nouvel espace. VolontĂ©, imagination, autoritĂ©, extrĂŞme prĂ©cision : l’interprète a tout. Dans ce combat de titans, Ă©mane une Ă©nergie souvent irrĂ©sistible. 10 ans auparavant, Les Adieux (1810), au Musikverein de Vienne (2006), ont dĂ©jĂ  ce goĂ»t pour le risque, les vertiges abrupts, le crĂ©pitement sinueux mais d’une claire intention motrice qui affirme un tempĂ©rament douĂ© d’une extrĂŞme clairvoyance. Le Beethoven de Kissin est exaltĂ©, autoritaire, d’une infaillible expressivitĂ©, jamais bavard ni narratif ; vrai et sincère. Les Adieux en leur premier mouvement, installe une hypersensibilitĂ© presque inquiète et frĂ©missante qui s’avère parfaitement cohĂ©rente au titre. Puis le mouvement suivant « L’Absence » rĂ©sonne d’une douleur secrète et sourde, Ă©noncĂ©e comme une tendre rĂ©itĂ©ration d’un sĂ©jour bienheureux et perdu : Kissin se fond dans le labyrinthe intime d’un Beethoven qui souffre, saigne mais demeure pourtant d’une pudeur inaltĂ©rable. Nuances, phrasĂ©s enchantent s’il n’était Ă©videmment, – live oblige-, les toux et nuisances multiples du public. Le jeu du pianiste impose un tout autre monde, une conscience qui dĂ©jĂ  s’inscrit dans une mĂ©taphysique de la rĂ©demption (l’amertume y est recyclĂ©e en force absolue). Le Retour confirme la totale victoire, l’exaltation irrĂ©pressible d’un coeur comblĂ©, Ă©perdu, d’une joie Ă©chevelĂ©e. Kissin, gĂ©nial, fait de cette trilogie, un opĂ©ra du cĹ“ur, un drame aux rebondissements, Ă©clairs, scintillements d’une volubilitĂ© lĂ  aussi stupĂ©fiante de fluiditĂ© comme d’éloquence. La dynamique requise « Vivacissimamente », unique dans la catalogue poĂ©tique de Ludwig exige un talent … promĂ©thĂ©en, qui jongle climats et caractères avec une insolente et bouleversante continuitĂ©. Tout le talent du Kissin enchanteur et profond est lĂ , dans ce Retour d’une ineffable joie spirituelle.

 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. EVGENY KISSIN : BEETHOVEN. Sonates n°3, n°14 « Clair de lune », n°23 « Appassionata », n°26 « Les Adieux », n°32. 32 Varations en ut mineur. Evgeny Kissin, piano (Lives, 2006-2016). 2 cd Deutsche Grammophon – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de septembre 2017.

 

 

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