CD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO : In war & peace (1 cd Erato)

didonato war and peace cd review critique classiquenews inwarandpieceCD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO : In war & peace (1 cd Erato). LA PAIX EST-ELLE ENCORE DE CE MONDE ? Dans un rĂ©cital Ă©laborĂ© aprĂšs les terribles attentats en France, (-enregistrĂ© ici en mars 2016, aprĂšs une tournĂ©e de concerts), Joyce DiDonato espĂšre retrouver et diffuser un peu d’apaisement grĂące Ă  son chant trĂšs habité  – vrai rĂ©confort en terres baroques : sincĂšre, radieux, engagĂ©. Telle une conscience personnelle saisie par l’horreur contemporaine, celle des attentats de Paris en novembre 2015, tout en recueillant la fibre tragique et noire, la diva sait aussi, surtout exprimer l’espoir de mondes meilleurs ; chanter les TĂ©nĂšbres, dĂ©limiter leur pĂ©rimĂštre palpitant, pour mieux en dĂ©duire la lumiĂšre
 Tout le rĂ©cital puise sa (furieuse) Ă©nergie, tendue, Ă©lectrique, voix et orchestre, dans cette exaltation exacerbĂ©e, portĂ©e vers cette nĂ©cessitĂ© de la rĂ©mission
 future.

 

 

 

DIDONATO-Joyce-diva-mezzo-classiquenews-review-cd-critique-cd-war-peace-clic-de-classiquenews-c_simon_pauly_berlin_2016_web_72dpi_1024pxCassandre annonciatrice du Chaos et de l’Apocalypse, la diva frĂ©nĂ©tique et expressionniste, sait sculpter les contrastes expressifs et poĂ©tiques dans 3 airs baroques napolitains qui sont des premiĂšres : de Leo et Jommelli (le compositeur dont parle Balzac dans ses nouvelles musicales). Entre tendresse murmurĂ©e et fureur dĂ©raisonnable, entre tempĂȘte et silence Ă©motionnel, la mezzo fait Ă©tinceler son timbre cuivrĂ© et tendu avec une maĂźtrise manifeste : Andromaque aux angoisses maternels ; Sesto Ă©lectrisĂ© par une rage vengeresse 
 permettent aussi au milieu de cette surenchĂšre radicale, la lyre sensuellement terrassĂ©e et enveloppante – d’une douceur nostalgique, du Purcell (priĂšre pacifiste et fraternelle l’Inca Orazia, figure du pardon absolu, pourtant terrassĂ© : quel symbole !) D’autant que la voix se fait caressante et d’une ductilitĂ© Ă©lĂ©giaque splendide. Qui rĂ©sisterait Ă  pareille invitation au renoncement total ? Aimant le contraste, voici immĂ©diatement, les cordes hurlantes, tendues lĂ  encore du Pensieri d’Aggrippina (Handel, 1709), mĂšre ambitieuse, monstre et femme Ă  la fois, dĂ©peinte ici en un torrent presque insupportable de haine guerriĂšre : pas de repos pour le guerrier. La guerre signifie la nĂ©gation de l’humain. A mĂ©diter donc.
Enfin concluant la premiĂšre partie « WAR / Guerre », voici l’ineffable abandon de la reine carthaginoise expirant, Didon mourant dans la musique, grĂące Ă  Purcell : existe-t-il dans ce contexte contemporain des victimes du terrorisme, pareille dĂ©ploration Ă  la vie, lĂ  aussi renoncement et dĂ©tachement serein ?
Dans « PEACE / paix », 8 airs pareillement agencĂ©s, soignant contrastes et profondeur. Lamento, le dernier visiblement conçu par Purcell en 1695 (Lead me to some peaceful gloom de l’opĂ©ra Bonduca/BoadicĂ©e) : sens du texte, incarnation ciselĂ©e, intĂ©rioritĂ© hallucinĂ©e et ligne d’une sensualitĂ© Ă  la fois contournĂ©e mais d’une intonation franche et claire, l’imprĂ©cation de la mezzo sublime la portĂ©e expressive,doloriste du texte ainsi ressuscitĂ© (rarement donnĂ©). Augelletti de Almirena dans Rinaldo de Handel, chant aux oiseaux, rentre idĂ©alement dans le thĂšme.
CLIC_macaron_2014Le coloratoure du Jommelli qui suit, rien que virtuose et exaltĂ©, conquĂ©rant, infiniment moins profond que ce qui prĂ©cĂšde (Sprezza il furor del vento d’Attilio Regolo, 1753), et d’une formulation rĂ©pĂ©titive, dĂ©pare dans ce volet pacifiste.
FrĂ©missantes, Ă  l’écoute des Ă©lĂ©ments qui rassĂ©rĂšnent manifestement : les hĂ©roĂŻnes suivantes telles Susanna (1749) chez Handel, puis Penelope chez Monteverdi (Il Ritorno, 1640), allĂ©gorie d’une harmonie enfin recouvrĂ©e, illustrent la couleur pacifiante de ce dernier volet, le mieux chantant. Le formidable relief linguistique, l’articulation naturelle de la diva baroque sĂ©duisent immanquablement, dans un rĂ©cital conçu avec la sensibilitĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ©, le tempĂ©rament palpitant de la cantatrice amĂ©ricaine. L’accompagnement d’Il Pomodoro a choisi de tendre la corde, parfois, jusqu’Ă  la rupture. Face Ă  cette nervositĂ© constante, le muscle plus incarnĂ©, – humain, de la fraternelle diva, apaise, rassure, y compris quand elle s’emporte (mais avec tact et style). Convaincant.

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CD, compte rendu critique. JOYCE DIDONATO, mezzo-soprano : In war & peace (1 cd Erato) — Handel, Leo, Jommelli, Purcell, Monteverdi. Il Pomodoro. Maxim Emelyanychev, direction — enregistrĂ© en mars 2016 – Grand Hotel Toblach.

 

 

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