CD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall, 2004 – 1 cd Alia Vox)

couperin-582-722-francois-couperin-le-grand-portrait-grand-format-classiquenews-portrait-anonymeCD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall, 2004 – 1 cd Alia Vox). ELOGE DU TIMBRE, DE LA COULEUR, DU SCINTILLEMENT
 Avec « Messieurs Duval, Philidor, Alarius, et Dubois  », François Couperin nous prĂ©cise qu’il touchait le clavecin lui-mĂȘme dans l’interprĂ©tation de ses Concerts Royaux. Il laisse l’instrumentarium libre, prĂ©cisant que les Concerts conviennent tout aussi bien « au violon, Ă  la flĂ»te, au hautbois, Ă  la viole et au basson »  AprĂšs avoir abordĂ© du « musicien poĂšte »,- vĂ©ritable coloriste magicien, les PiĂšces de viole (1728), Les Nations (1726) et Les ApothĂ©oses (1724), Jordi Savall et ses partenaires (dont Bruno Cocset, basse de violon) jubilent en exploitant toutes les combinaisons possibles sur le plan instrumental, diversifiant chaque sĂ©quence (Premier, Second Concert, 
) par l’emploi spĂ©cifique de tel ou tel instrument. Hautbois et basson dans le Premier ; cordes seules dans le Second (Basse de viole, Basse de violon et violon), flĂ»te dans le TroisiĂšme ; tous les instruments prĂ©cisĂ©s dans le QuatriĂšme. Tout en sachant colorer, nuancer, caractĂ©riser avec une Ă©lĂ©gance arachnĂ©enne chaque caractĂšre de chacun des Quatre Concert royaux, les musiciens rĂ©unis autour de la viole de Jordi Savall offrent une leçon de musique concertante, en une complicitĂ© et une Ă©coute Ă  la fois individualisĂ©e et fusionnelle de premier plan. Ils n’oublient pas non plus la mĂ©lancolie profonde qui Ă©maille tout le cycle Ă©crit en 1714-1715, c’est Ă  dire Ă  l’extrĂȘme fin du rĂšgne de Louis XIV ; les ors versaillais s’effacent et se brouillent en un rĂšgne qui agonise et s’anĂ©antit lui-mĂȘme. A la mort du roi, en 1715, Couperin perd de facto son poste d’organiste Ă  la Chapelle royale. C’est donc Ă  la fois la cĂ©lĂ©bration synthĂ©tique d’un monde en ses ultimes crĂ©pitements, et aussi les frĂ©missements d’un nouveau, dans la libertĂ© factieuse et constamment inventive voire expĂ©rimentale de l’écriture, soit l’avĂšnement d’une nouvelle Ăšre
 L’éclatement et le scintillement, le miroitement pulsionnel vers lesquels tend la musique de Couperin, prĂ©pare dĂ©jĂ  l’extrĂȘme nostalgie saturnienne du peintre Watteau. Dans une intimitĂ© sacralisĂ©e, ritualisĂ©e du dĂ©tail et de la nuance (que l’auteur a mĂ©ticuleusement Ă©crit), Couperin invente littĂ©ralement le chambrisme ciselĂ© Ă  la française, loin du choeur et de l’orchestre, loin de la sĂ©duction virtuose et dĂ©monstrative de l’opĂ©ra. Rien de compassĂ© ni de circonstanciel dans ses Concerts Royaux pourtant Ă©crits pour le Roi en son palais versaillais. Jordi Savall en dĂ©montre dans cet enregistrement de 2004 – lĂ©gendaire Ă  juste titre-, la profondeur poĂ©tique, la fabuleuse intelligence intĂ©rieure, dont le sens de la couleur, les Ă©quilibres tĂ©nus, tout l’esthĂ©tique s’inscrivent dans la grĂące totale, absolue, celle de Rameau, puis au delĂ  des Français miroitants eux aussi, Debussy et Ravel. François Couperin Ă©crit l’une des pages les plus considĂ©rables et les plus essentielles de la musique française en 1715 : CLIC_macaron_2014Jordi Savall nous le montre non sans une subtilitĂ© superlative. CD indispensable, particuliĂšrement indiquĂ© pour l’anniversaire François COUPERIN 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS. A Ă©couter de toute urgence pour comprendre le gĂ©nie de Couperin. CD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall / Le Concert des nations, 2004 – 1 cd Alia Vox – enregistrement rĂ©alisĂ© en France en septembre 2004).

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