CD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016)

BACH-JS-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-cantates-par-alia-mens-PARATY_916157_CiteCeleste_COUV_HMCD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016). L’enregistrement fait suite Ă  la premiĂšre annĂ©e de rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire 2016, l’un des meilleurs festivals français baroques, ayant cours chaque mois de juillet, dans les Vosges du sud. LA CITE CELESTE est celle que le jeune Bach, fougueux, rĂ©formateur mĂȘme, exprime dĂ©jĂ  dans ces fabuleuses Cantates de Weimar ici rĂ©estimĂ©es, rĂ©vĂ©lĂ©es. En 1708, le jeune organiste (23 ans), maĂźtre de musique sacrĂ©e de MĂŒhlhausen quitte ses fonctions, avec bonheur pour servir la cour de Saxe-Weimar. C’est lĂ  que le jeune Jean-SĂ©bastien Bach, compositeur audacieux et ambitieux pour son art, exploite le fonds de la bibliothĂšque locale, y trouvant en particulier 20 livrets pour ses cantates (1 par mois), dont il devait assurer la livraison Ă  partir de 1714, lorsqu’il devient concertmeister (aprĂšs avoir fait croire Ă  son dĂ©part pour Halle). Le programme dĂ©fendu par Alia Mens, est une premiĂšre dĂ©claration artistique pleine de promesses, dĂ©jĂ  accomplie par certains aspects (surtout instrumentalement), d’une intelligence peu commune, qui rĂ©unissant 3 cantates Ă©crites pendant le temps de Weimar, – temps de riche expĂ©rimentation et de dĂ©couvertes musicales majeures dans la maturation du compositeur, jalonne un parcours spirituel irrĂ©sistible : de la sidĂ©ration du croyant – perdu, dĂ©truit, saisi par la perte, la mort, le dĂ©chirement, l’absolu solitude du terrassĂ© (BWV 12) ; passe ensuite Ă  l’expĂ©rience de la foi triomphal (BWV 18) ; enfin se libĂšre de toute entrave, – sa rĂ©vĂ©lation accomplie : l’ñme du fervent perdue retrouve Ă©quilibre par la grĂące du renoncement (sublime BWV 161). Incroyable dĂ©fi que ces 3 cantates parmi les plus bouleversantes de JS BACH. Pourtant, l’approche force l’admiration, tant par l’esprit que la tenue interprĂ©tative. Voici un Bach rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, sublimĂ© mĂȘme grĂące Ă  l’engagement d’un collectif avec lequel il faut dĂ©sormais compter. Le programme et le triptyque des cantates retenues forment une sublime rĂ©flexion sur la mort Ă  travers la perte et le dĂ©chirement du deuil puis le renoncement apaisĂ© et la dĂ©livrance qui rassĂ©rĂšne et transcende.

 

 

 

Edité par Paraty, Alia Mens dévoile un Bach inattendu, chambriste, essentiel, bouleversant

3 cantates de JS BACH sublimées, transcendées

 

 

 

Premier volet du triptyque, la BWV 12 est la seconde cantate crĂ©Ă©e Ă  l’époque du concertmeister de Weimar (avril 1714) ; son titre l’enracine (fa mineur initial avec affliction du hautbois solo puis du choeur d’entrĂ©e qui deviendra le Crucifixus de la Messe en si – tout un symbole ) dans la dĂ©ploration la plus profonde (« Weinen, klagen, sorgen, zagen » / pleurs, lamentations, tourments, dĂ©couragement, selon le texte de Salomon Franck). IntitulĂ©e Concerto par le jeune audacieux, la cantate BWV12 trahit manifestement la dĂ©couverte presque Ă©blouie de l’Italie, et des possibilitĂ©s expressives d’une vocalitĂ  libĂ©rĂ©e, Ă  la fois virtuose et puissamment dramatique.

La BWV 18 est la premiĂšre du cycle weimarien (au centre du triptyque qui nous occupe) : la langue dramatique, opĂ©ratique rend hommage Ă  Telemann et renforce aussi la sĂ©duction musicale pour exprimer la miracle divin qui submerge les croyants contre la menace turque (proclamation lumineuse dĂ©volu Ă  la soprano, plage 10, vĂ©ritable Ă©tendard brandi, affirmation de la foi victorieuse). Pas de violons mais 4 altos avec basson (plus tard remplacĂ© par deux flĂ»tes en 1724 Ă  Leipzig). Se distinguent la couleur grave et sombre (l’ouverture traitĂ©e comme une chaconne), la force prosodique de toute la sĂ©quence mĂ©diane traitĂ©e en recitativo accompagnĂ©, pour Ă©carter les malices du dĂ©mon, enfin le superbe choral final inscrit dans la sĂ©rĂ©nitĂ©.

De loin la plus bouleversante, – dernier volet du triptyque, la BWV 166, crĂ©Ă©e Ă  Weimar en 1716, exprime une tendresse qui reconstruit et conçoit la mort comme une dĂ©livrance Ă  l’ineffable tendresse. Le croyant par le timbre ductile du contrat tĂ©nor / alto masculin, trĂšs linguistique et parfaitement articulĂ© / intelligible (Pascal Bertin) affirme la sĂ©rĂ©nitĂ© de celui pour qui la mort signifie la fin des peines terrestres et la promesse d’une Ă©ternitĂ© de lumiĂšre. Ainsi les flĂ»tes d’une douceur qui caresse, signifie les os de la mort et aussi le chant des thurifĂ©raires accompagnant le dĂ©funt dans son ultime lieu de repos. InitiĂ© par l’alto, rassĂ©rĂ©nĂ©, planant (« Komm, du sĂŒĂŸe Todesstunde »), le cheminement en apothĂ©ose s’accomplit surtout dans l’air pour tĂ©nor, « Mein Verlangen » : confession finale de celui qui n’aspire qu’à mourir pour ĂȘtre dĂ©livrĂ©. A la fois dĂ©pouillĂ© et d’une prosodie gĂ©niale, l’épisode sonne comme une rĂ©capitulation finale, celle qui achĂšve et couronne tout un cycle, toute une existence terrestre. La justesse expressive, poĂ©tique, la sobriĂ©tĂ© de l’intonation, le concours millĂ©mĂ©trĂ© des instruments rĂ©alisent la plus bouleversante des Ă©lĂ©vations. Les connaisseurs reconnaissent la sĂ»retĂ© tendre du timbre de Thomas Hobbs, tĂ©nor rĂ©cemment distinguĂ© par classiquenews dans son rĂ©cital titre dĂ©diĂ© aux Baroques britanniques, Ă©galement Ă©ditĂ© par Paraty : « Orpheus’ Noble strings ».

 

CLIC_macaron_2014Pour conclure, relevons certaines qualitĂ©s primordiales qui font sens et confirment la maturitĂ© du jeune ensemble ALIA MENS : le sens du texte, le relief Ăąpre et millimĂ©trĂ© des instruments, trĂšs mis en avant dans cette prise de son, la sobriĂ©tĂ© du ton recueilli et intensĂ©ment piĂ©tiste des chanteurs, 
 le geste d’une cohĂ©rence troublante, entre sobriĂ©tĂ© et fulgurance ; c’est aussi le fabuleux soprano brillant et clair d’EugĂ©nie Lefebvre ; le tĂ©nor britannique dĂ©jĂ  citĂ©, confirmant son timbre lui aussi d’une sobriĂ©tĂ© bouleversante ; le contre tĂ©nor soucieux du texte Ă  l’articulation parfaite 
 On demeure beaucoup moins convaincu par le choix du baryton basse, Ă  la rusticitĂ© toujours un peu droite et linĂ©aire.
Tout cela dĂ©fend un Bach intimiste et d’une pudeur, raffinĂ©e rĂ©duite Ă  son essence expressive, portĂ©e par des individualitĂ©s finement caractĂ©risĂ©es, quatuor des solistes chantant les chorals sans voix de renfort, instrumentarium expressionniste et pointilliste d’une vive acuitĂ© Ă  l’introspection grandissante.

La sĂ»retĂ© du geste indique une maturation artistique en gestation au sein du festival Musique et MĂ©moire, vĂ©ritable incubateur de jeunes tempĂ©raments interprĂ©tatifs. Saluons la justesse poĂ©tique d’une nouvel ensemble baroque avec lequel il faut donc compter. Le label Paraty poursuit ainsi son sens du dĂ©frichement, lui aussi rĂ©vĂ©lateur de jeunes sensibilitĂ©s saisissantes : ce Bach version Alia Mens est Ă  possĂ©der et classer dans le cercle des enregistrements les plus convaincants aux cĂŽtĂ©s du cd Rameau & Handel, lui aussi exaltant, de BenoĂźt Babel et son ensemble ZaĂŻs dont le cd fut durant l’annĂ©e Rameau (2014), le seul vrai tĂ©moignage bouleversant d’une annĂ©e plutĂŽt grise : RAMEAU et HANDEL / Concertos pour orgue, piĂšces pour clavecin (Paraty 2013, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014).

 

 

 

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CD, compte rendu critique. La Cité céleste. JS BACH : 3 cantates BWV 12, 18, 161. Alia Mens. Olivier Spilmont, direction (1 cd Paraty 916157). Enregistrement réalisé en septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 

 

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AGENDA
Retrouvez l’ensemble ALIA MENS au Festival Musique et MĂ©moire en juillet 2017, pour saFestival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du Sud seconde annĂ©e de rĂ©sidence : poursuite de son exploration de JS BACH, les 27, 28, 29 et 30 juillet 2017 ; cycle de intitulĂ© « BACH, le voyage du ruisseau » : Sonates de Köthen, concertos pour clavecin, cantates BWV 202, 125, 80, Missa Brevis BWV 233 (extraits), Concertos Brandebourgeois (BWV 1046 et 1048)
 + d’INFOS sur le Festival Musique et MĂ©moire 2017

http://www.classiquenews.com/vosges-du-sud-70-24eme-festival-musique-et-memoire-du-15-au-30-juillet-2017/