CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA)

wiener-philharmoniker-decca-coffret-the-orchestral-edition-decca-CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA). Depuis 1842, l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le Wiener Philharmoniker, crĂ©Ă© par Otto Nicolai, incarne le rĂŞve de tout orchestre : la phalange, vĂ©ritable mythe musical, enchante le monde par ses qualitĂ©s interprĂ©tatives et surtout une sonoritĂ© fluide, voluptueuse, coulante, magistralement onctueuse qui ne cesse de convaincre : chaque Concert du Nouvel retransmis sur toutes les chaĂ®nes du monde renouvelle le miracle attendu : on y dĂ©cèle l’Ă©loquence oxygĂ©nĂ©e de ses cordes  flexibles, la puissance ronde et chaude de ses cuivres (les cors en particulier), la clartĂ© individuelle de son harmonie (bois)… et l’on se dit Ă  chaque concert, voici indiscutablement le meilleur orchestre au monde. Et pourtant depuis l’essor des orchestres sur instruments d’Ă©poque, notre perception a changĂ© : timbres petits, dĂ©licats caractĂ©risĂ©s contre puissance et cohĂ©rence lisse voire creuse. Or parmi les phalanges sur instruments modernes, le Wiener Philharmoniker se distingue toujours par son Ă©loquence suprĂŞme, majestueuse et raffinĂ©e, une Ă©lĂ©gance superlative (la respiration des cordes, ce matelas sonore transparent et ductile qui s’accorde idĂ©alement Ă  tous les solistes qu’ils soient chanteurs ou instrumentistes…- qui fait le plus souvent les plus grandes expĂ©riences au concert comme Ă  l’ opĂ©ra… VoilĂ  pourquoi l’Orchestre outre ses compĂ©tences symphoniques, excelle dans le ballet et donc le programme de musique lĂ©gère infiniment Ă©lĂ©gante et subtile qui caractĂ©rise essentiellement les valses de Strauss II… Superbement Ă©ditĂ©, le coffret publiĂ© par Decca pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©e ravira tous les passionnĂ©s de symphonisme  grande classe, dont les annĂ©es d’enregistrements couvrent au final une pĂ©riode riche en manières personnelles, celles des grands chefs du XXème siècle , des annĂ©es 1950 aux annĂ©es 1980: c’est donc une mine, une somme passionnante qui constitue aujourd’hui la mĂ©moire vive de l’orchestre viennois. Evidemment pas de romantique français, ni mĂŞme d’impressionisme debussyste ni ravĂ©lien… mais un rĂ©pertoire “viennois” depuis l’après guerre centrĂ© sur Haydn, Mozart (Concertos pour piano, clarinette, Symphoies…), Beethoven, quelques Schubert, Bruckner, surtout Brahms… dont les intĂ©grales s’agissant des B (Beethoven, Bruckner, Brahms, constituent les piliers du rĂ©pertoire).

CLIC_macaron_2014Pierre Monteux, Herbert von Karajan (dès 1959), Karl MĂĽnchinger (1967), Leonard Bernstein (1966), Georg Szell (1964), Hans Schmidt-Isserstedt (1966 et dont le fils fut producteur chez Decca), en particulier Erich Kleiber (programme Beethoven de 1954 et  1955 : le père de Carlos n’a pas usurpĂ© sa rĂ©putation); Solti (1958) et Abbado (1969), Böhm (1953), Mehta et Haitink (1982-1984)… Christoph von Dohnanyi dont sont hautement recommandables : le Mandarin merveilleux de Bartok de 1977 couplĂ© avec le Concerto pour piano de Dvorak (Andras Schiff, piano en 1986)… sans omettre Istvan Kertesz dont Decca garde fortuitement la trace des Ă©vĂ©nements de sa disparition brutale Ă  44 ans en 1973, fixant ses derniers enregistrements (Variations sur un thème de Haydn de Brahms)…

Si l’on analyse le contenu par compositeurs : le classement se prĂ©cise. Par ordre de compositeurs les plus jouĂ© sur la pĂ©riode : Johann Strauss II, Beethoven, Brahms, Bruckner, Mozart, Richard Strauss, Wagner, Mahler puis Schubert, Mendelssohn, Schumann sont reprĂ©sentĂ©s pareillement. Sibelius, Tchaikovski, Verdi y font presque figures d’exception.

nicolai-otto-maestro-chef-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-1843Parmi les perles de ce coffret exceptionnel : notons la Symphonie n°3 de Brahms couplĂ©e avec les Quatre dernier lieder de Richard Strauss (Lisa della Casa par Böhm, 1953), les Symphonies n°4 de Brahms et n°5 de Schubert par Istvan KertĂ©sz (1971,1973), les danses hongroises de Brahms couplĂ©es avec Till l’espiègle et Mort et transfiguration de Strauss par Fritz Reiner (1956, 1960), Ma Vlast de Smetana par Rafael Kubelik (1958), la Symphonie n°2 de Bruckner (Ă©dition Haas, 1872) par Horst Stein (1973), les Symphonies n°4 et 7 de Sibelius (l’hĂ©donisme sonore transfigure le souffle tragique et panthĂ©iste de ces deux sommets symphoniques du XXè) par Lorin Maazel couplĂ©es avec Tapiola (1966-1969) ; les Suites de Casse-Noisette, du Lac des cygnes par Karajan (1965), toute la musique du ballet Giselle d’Adam par le mĂŞme Karajan (1961), le Requiem de Verdi par Solti de 1968 (avec un plateau inimaginable mais qui porte l’estampille Decca : Sutherland, Horne, Pavarotti, Talvela !), Ă©videment la compilation Wagner par le mĂŞme Solti (1961-1982)… perle des perles les Wesendonck lieder et Kindertotenlieder oĂą Kirsten Flagstad chante et Wagner et Mahler sous la direction de sir Adrian Boult (1956 et 1957)… autres joyaux : la Symphonie n°2 (1962), les extraits des ballets Spartacus et Gayaneh de Khachaturian par le compositeur lui-mĂŞme (1977) ; l’excellent programme Janacek par Mackerras (Sinfonietta, Taras Bulba, Suite orchestral de la Petite renarde rusĂ©e, 1980).

Le rayon Mahler est particulièrement bien documentĂ© et regroupe des gravures lĂ©gendaires Ă  possĂ©der de toute urgence, – pas d’intĂ©grale des Symphonies or Mahler fut directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, mais une contribution marquante de ses cycles pour voix et orchestre : Symphonie n°2 RĂ©ssurection par Zubin Mehta (1975 avec Ileana Cotrubas et Christa Ludwig !) ; Das lied von der Erde par Kathleen Ferrier et Julius Patzak sous la baguette de Bruno Walter (1952 : c’est l’une des plus anciennes bandes du coffret : un must Ă©videmment) ; le mĂŞme Chant de la terre par Bernstein avec un duo masculin Ă  jamais lĂ©gendaire, d’ampleur et de poĂ©sie (Dietrich Fischer-Dieskau et James King sous la direction embrasĂ©e ardente de Leonard bernstein, 1966) …
CĂ´tĂ© Richard Strauss, les Karajan sont prĂ©sents (Also sprach Zarathustra (1959, couplĂ© avec les planètes de Holst de 1961) ; mais aussi les lectures d’un proche du compositeur, et par lui validĂ© : Clemens Krauss qui est le coauteur de Capriccio (Don Quixote, Aus Italien de 1953 – Sinfonia Domestica et Le Bourgeois gentilhomme de 1951 et 1962). Ce sont aussi : Ein Heldenleben par Solti, couplĂ© avec les Quatre derniers lieder de Te Kanawa en 1990.

Et le Wiener ne serait pas l’institution qu’il est devenu sans l’effervescence Ă©lĂ©gantissime des programmes Johann Strauss II qui font toujours les dĂ©lices des Concert du Nouvel An : Ă©coutez ainsi pour vous remettre Ă  la page d’une histoire prestigieuse telle qu’elle s’est Ă©crit entre autre sous la direction de l’excellent Willi Boskovsky (programme Strauss II rĂ©unissant des bandes de 1957 Ă  1973), surtout le Concert du Nouvel An 1979. Pas d’Ă©lĂ©gance viennoise sans frou frou, sans ivresse nostalgique dont les instrumentistes autrichiens ont le secret comme l’impeccable sens du brio.

wiener-philharmoniker-box-coffret-the-orchestral-edition-details-booklet-cd-decca-wiener-philharmonikerWiener Philhamroniker, The orchestral edition. 64 cd DECCA ; coffret avec livret booklet de 196 pages (textes en anglais, allemand, japonais – pas de français). Soulignons la qualitĂ© Ă©ditoriale du coffret, en particulier le livret qui accompagne les cd : format Ă  l’italienne, pochettes d’origine toutes reproduites, tĂ©moignages des ingĂ©nieurs du son et des producteurs DECCA sur l’Ă©popĂ©e discographiiue ainsi rĂ©alisĂ©e depuis l’après guerre, textes d’introduction sur l’histoire de la collaboration du Wiener Philharmoniker avec Decca depuis le dĂ©but des annĂ©es 1950, le plus vaste projet discographique rĂ©unissant les deux firmes demeurant le Ring de Wagner par Solti en 1958, premier Ring stĂ©rĂ©ophonique de l’histoire de l’enregistrement… CLIC de classiquenews de novembre 2014.

Illustration : Otto Nicolai, le fondateur du Wiener Philharmoniker en 1843.

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