CD. Coffret KARAJAN STRAUSS (11 cd Deutsche Grammophon)

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPour les 25 ans de la mort de Karajan, Deutsche Grammophon Ă©dite un superbe coffret, grand format et rĂ©unit, anniversaire Strauss 2014 oblige, le legs symphonique straussien de Karajan. Y figurent les poĂšmes symphoniques favoris du chef autrichien dont Ainsi Parla Zarathoustra, Don Juan et Don Quichotte, sans omettre, Une Symphonie alpestre et Une vie de hĂ©ros. GĂ©nĂ©reux, le coffret ajoute la cĂ©lĂšbre version de 1960 du Chevalier Ă  la rose pour le festival de Salzbourg (on aurait prĂ©fĂ©rĂ© l’une de ses lectures de La femme sans ombre, joyau flamboyant d’essence orchestrale… mais ne boudons pas notre plaisir avec, en “bonus” trĂšs apprĂ©ciable, l’ensemble des Ɠuvres rĂ©unies, rassemblĂ©es sur une 12Ăšme galette :un blu-ray audio qui rappelle que le son Karajan, c’est aussi un dĂ©fi technologique.

Elektra par cƓur… A l’aube de la 2Ăšme guerre mondiale, en juin 1939, le Staatsoper de Berlin fĂȘte les presque 75 ans de Strauss et produit une nouvelle Elektra : l’intendant du thĂ©Ăątre Heinz Tietjen a choisi le jeune Herbert von Karajan (31 ans). Petit, suractif, Ă©duquĂ© et dĂ©jĂ  d’une prodigieuse intelligence sans compter son Ă©tonnante sensibilitĂ© musicale : flamboyante, dĂ©taillĂ©e, dramatique. IrrĂ©sistible. A cela, s’ajoute des facultĂ©s inouĂŻes qui stupĂ©fient Strauss lui-mĂȘme : Karajan dirige alors Elektra sans partition ! De mĂ©moire. Prodigieuse capacitĂ© qui aurait menĂ© tout chef Ă  la catastrophe tant les difficultĂ©s de l’ouvrage sont multiples et permanentes.
Strauss invite immĂ©diatement le jeune prodige pour le rencontrer et le connaĂźtre. Le lien entre Karajan et Strauss est donc avĂ©rĂ© et s’appuie sur l’estime sincĂšre du compositeur au maestro. Il est donc opportun d’Ă©diter en un coffret superbe sur le plan Ă©ditorial et en sĂ©rie limitĂ©e, la vision de Karajan sur Strauss : commĂ©moration croisĂ©e qui souligne les 25 ans de la mort du chef d’orchestre et donc les 150 ans de la naissance de son compositeur d’Ă©lection.

CLICK_classiquenews_dec13Le coffret Deutsche Grammophone en 11 cd  (et un 12Ăš bonus blu-ray audio) rĂ©capitule ainsi un corpus musical et esthĂ©tique sans Ă©quivalent qui est aussi une odyssĂ©e discographique : le legs Strauss par Karajan est une somme majeure qui affirme la remarquable sensibilitĂ© du chef mais aussi cet esthĂ©tisme superlatif qui rĂ©ussit Ă  concilier dĂ©tail et structure, micro scintillements et lisibilitĂ© de l’architecture, le tout rĂ©conciliĂ© / rĂ©alisĂ© en un flux orchestral souverainement organique. C’est peu dire que ses lectures d’Une Symphonie alpestre (alliant le lyrisme Ă©chevelĂ© et le colossal, le raffinement du dĂ©tail et les mouvements flexibles du drame sous jacent), d’Ainsi parla Zarathoustra, de Don Juan ou de Don Quichotte (auxquels “K” rĂ©tablit la profondeur humaine, la sincĂ©ritĂ© de l’intention Ă  sa source) restent inĂ©galĂ©es.
Mais le chef passionnĂ© de technologies (appliquĂ©es au son et aussi Ă  l’image) a au moment oĂč il enregistre ses versions straussiennes, façonnĂ© de la mĂȘme maniĂšre une esthĂ©tique du son en studio marquĂ©e essentiellement par une sophistication spectaculaire de la restitution du micro dĂ©tail comme de la structure globale de l’Ă©difice orchestral.
Tout est jouĂ© et tout est rĂ©inscrit dans l’Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral pour que s’exprime la vitalitĂ© premiĂšre du flux musical. Aussi noble que Krauss mais plus humain et profond que lui, Karajan restituant au sentiment de grandeur, l’humanitĂ© souterraine et le souffle mĂȘme de la poĂ©sie, s’est d’emblĂ©e imposĂ© comme un straussien de premier plan. C’est ce qui frappe aux oreilles immĂ©diatement : le coffret des 25 ans de sa mort nous rappelle et l’hypersensibilitĂ© du chef, et sa vision experte de la prise de son. Une Symphonie Alpestre Ă©blouit par sa spatialitĂ© et son sens du jaillissement comme de la continuitĂ© organique (il reste dommage que l’autre grande oeuvre aussi colossal que raffinĂ©e : La Femme sans ombre n’ait pas Ă©tĂ© enregistrĂ©e elle aussi en studio par le mĂȘme Karajan Ă©pris de beau son).

Karajan200DĂšs 21 ans, en 1929, Karajan dirigeait Don Juan (Mozarteum) et SalomĂ© (Festspielhaus) de Salzbourg. A Ulm oĂč il Ă©tait kapellmeister de l’OpĂ©ra (1929-1934), le jeune maestro straussien dans l’Ăąme assura crĂąnement en novembre 1933 une nouvelle production du Chevalier Ă  la rose, puis d’Arabella (alors quasiment inconnu, crĂ©Ă© en juillet) ; Ă  Aix la Chapelle (dĂšs avril 1935), Karajan enchaĂźne la mĂȘme annĂ©e Le Chevalier puis La Femme sans ombre, l’une des partitions lyriques les plus orchestrales, nĂ©cessitant lĂ  aussi raffinement et flamboiement.
Les premiers enregistrements ici rĂ©unis remontent Ă  1943 (avec le Concertgebouw pour Don Juan ; repris ensuite avec le Wiener Philharmoniker en 1960, l’annĂ©e du Chevalier Ă  la rose Ă  Salzbourg) jusqu’Ă  Une Symphonie Alpestre (Eine Alpensinfonie, gravĂ©e en 1980 par le chef sexagĂ©naire en une pensĂ©e dĂ©miurgique lĂ  encore stupĂ©fiante : une expĂ©rience auditive que la technologie requise Ă©lectrise : dans cet enregistrement le son Karajan s’y dĂ©ploie dans toute sa perfection avec une intelligence et une finesse soucieuse des Ă©tagements et de la lisibilitĂ© globale).

lisa-della-casa-strauss-rosenkavalierLa version intĂ©grale du Chevalier Ă  la rose est l’autre argument phare de ce coffret anniversaire. En juillet 1960, Karajan avec la troupe de l’OpĂ©ra de Vienne (dont il est directeur depuis 1957) et avec le concours du Wiener Philharmoniker, offre au festival de Salzbourg (et pour l’inauguration de son festspielhaus flambant neuf) l’un de ses Chevaliers Ă  la rose magique, devenu Ă  juste titre lĂ©gendaire : l’orchestre regorge de saine vitalitĂ©, de dĂ©tails flamboyants doublĂ© d’une Ă©nergie thĂ©Ăątrale irrĂ©sistible (cuivres dĂ©lirants et gĂ©nĂ©reux)… pas d’Elisabeth Schwarzkopf (sollicitĂ©e pour son Chevalier londonien et en studio de 1956) mais le soprano moins minaudant, nasillard et sophistiquĂ© de Lisa della Casa qui incarne une MarĂ©chale (Feldmarschallin) tout Ă  tour, princiĂšre et amoureuse, puis sage, prĂȘte Ă  renoncer Ă  la vie, Ă  l’amour, au dĂ©sir laissant son Quinquin (l’Octavian de Sena Jurinac qui distille ici un parfum de Cherubin) dans les bras de la jeune Sophie (Hilde GĂŒden). Avant la MarĂ©chale, Lisa della Casa avait chantĂ© aussi bien que ses Mozart, Madeleine de Capriccio (1950), Arianne (1954), Arabella (1958). A Salzbourg en 1960, la soprano suisse richard_strauss_der_rosenkavalier_karajan_della_casa_jurinac_le_chevalier_a_la_roserayonne par sa vĂ©ritĂ© et sa profondeur. Le trio final est d’une finesse de ton, d’une noblesse mĂȘlant nostalgie et sincĂ©ritĂ© : du trĂšs grand Karajan (52 ans). On reste moins convaincu par le Baron Ochs, assez caricatural et finalement pataud d’Otto Edelmann qui cependant, dommage pour son jeu monolithique, a un vrai sens du texte… aprĂšs tout, Hofmannsthal le librettiste de Strauss avait imaginĂ© un aristocrate trentenaire comme sa cousine, plus fin et racĂ© que cet hobereau provincial mal dĂ©grossi. Heureusement la musique que sait distiller Karajan, en chef soucieux d’exactitude, de drame, prĂ©cis au delĂ  du mot, fiĂšvreux, subtil et pĂ©tillant, rĂ©affirme la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du sujet, sa sensualitĂ© filigranĂ©e, la quintessence de l’esprit viennois et autrichien impĂ©rial, tel que crĂ©Ă© en 1911 Ă  Dresde oĂč toute l’Europe s’Ă©tait pressĂ©e pour entendre le chef d’oeuvre de Strauss. Une version de rĂ©fĂ©rence qui a toute sa place ici, mĂȘme si comme nous l’avons signalĂ©, nous aurions tant apprĂ©ciĂ© de redĂ©couvrir La Femme sans ombre de Karajan, de surcroĂźt dans un accompagnement Ă©ditorial aussi soignĂ© (livret intĂ©gral Ă©ditĂ© avec de superbes photographies de 1960).

Le coffret permet aussi de rĂ©tablir l’histoire d’amour et de tension entre Karajan et les musiciens du Berliner Philharmoniker, idem avec ceux du Philharmonique de Vienne : deux phalanges que le chef, aussi tyranique et exigeant fut-il, a hissĂ© Ă  leur meilleur, affirmant Ă  l’Ă©chelle planĂ©taire leur prestige toujours bien vivace.
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Contenu du coffret KARAJAN STRAUSS : Une vie de hĂ©ros, Don Quixote, Concertos pour hautbois et pour cor, Till Eulenspiegel, danse des voiles de SalomĂ©, Mort et transfiguration, Ainsi parla Zarathoustra, MĂ©tamorphoses, Une symphonie alpestre, Le Chevalier Ă  la rose (intĂ©grale, version live Salzbourg 1960), Don Juan. Quatre dernier lieder (Gundula Janowtiz, soprano). Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker, Royal Concertgebouw Orchestra (Don Juan)… 11 cd + 1 blu-ray audio. Edition Deluxe 0289 479 2686 312 Deutsche Grammophon.

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Portrait d’Herbert Von Karajan

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPortrait du chef autrichien Herbert von Karajan, Ă©ditĂ© sur classiquenews Ă  l’occasion de son centenaire en 2008. Le 5 avril 2008 marque le centenaire de la naissance du chef d’orchestre le plus mĂ©diatisĂ© du XXĂšme siĂšcle. Voici donc, un nouveau centenaire Ă  fĂȘter, dans la riche actualitĂ© commĂ©morative de 2008, qui compte aussi le centenaire Olivier Messiaen, et les 150 ans de la naissance de Giacomo Puccini. Karajan qui fut toujours pour Wilhelm FurtwĂ€ngler (autrement plus gĂ©nĂ©reux et humaniste, mais dont le dĂ©faut fut de paraĂźtre trop tĂŽt sur la scĂšne, avant l’essor du disque, vinyle et compact), le “petit k”
 est le sujet d’innombrables cĂ©lĂ©brations et rĂ©Ă©ditions (au cd comme au dvd). Est-il juste dans la perspective de l’histoire d’aduler voire d’idĂŽlatrer ainsi HVK? A torts ou Ă  raisons (pour reprendre le titre de la piĂšce de Ronald Harwood, au sujet du procĂšs en dĂ©nazification de FurtwĂ€ngler). N’en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs et critiques dont il faut bien l’avouer nous faisons partie, Karajan est un nom qui a inscrit chacune de ses lettres dans l’imaginaire collectif. L’homme reste une lĂ©gende de la baguette, tyrannique mais d’une exigence absolue, boulimique de l’enregistrement, mais pointu et d’un idĂ©al affĂ»tĂ© jusqu’à l’extrĂȘme. Le profil prĂ©sente ses parts d’ombres, de tĂąches
 indĂ©libiles (il adhĂ©ra de son plein grĂ© au parti nazi, comme Elisabeth Schwarzkopf, jouant par opportunisme Fidelio pour l’anniversaire du FĂŒhrer), ses doutes et ses incertitudes en particulier, vis-Ă -vis de FurtwĂ€ngler, un maĂźtre indĂ©passable. Il y a chez lui la conscience du gĂ©nie et forcĂ©ment la dĂ©mesure narcissique parfois, souvent, insupportable. LIRE notre portrait complet d’Herbert von Karajan

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