lundi, janvier 30, 2023

CD. Coffret KARAJAN STRAUSS (11 cd Deutsche Grammophon)

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Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPour les 25 ans de la mort de Karajan, Deutsche Grammophon édite un superbe coffret, grand format et réunit, anniversaire Strauss 2014 oblige, le legs symphonique straussien de Karajan. Y figurent les poèmes symphoniques favoris du chef autrichien dont Ainsi Parla Zarathoustra, Don Juan et Don Quichotte, sans omettre, Une Symphonie alpestre et Une vie de héros. Généreux, le coffret ajoute la célèbre version de 1960 du Chevalier à la rose pour le festival de Salzbourg (on aurait préféré l’une de ses lectures de La femme sans ombre, joyau flamboyant d’essence orchestrale… mais ne boudons pas notre plaisir avec, en « bonus » très appréciable, l’ensemble des œuvres réunies, rassemblées sur une 12ème galette :un blu-ray audio qui rappelle que le son Karajan, c’est aussi un défi technologique.

Elektra par cœur… A l’aube de la 2ème guerre mondiale, en juin 1939, le Staatsoper de Berlin fête les presque 75 ans de Strauss et produit une nouvelle Elektra : l’intendant du théâtre Heinz Tietjen a choisi le jeune Herbert von Karajan (31 ans). Petit, suractif, éduqué et déjà d’une prodigieuse intelligence sans compter son étonnante sensibilité musicale : flamboyante, détaillée, dramatique. Irrésistible. A cela, s’ajoute des facultés inouïes qui stupéfient Strauss lui-même : Karajan dirige alors Elektra sans partition ! De mémoire. Prodigieuse capacité qui aurait mené tout chef à la catastrophe tant les difficultés de l’ouvrage sont multiples et permanentes.
Strauss invite immédiatement le jeune prodige pour le rencontrer et le connaître. Le lien entre Karajan et Strauss est donc avéré et s’appuie sur l’estime sincère du compositeur au maestro. Il est donc opportun d’éditer en un coffret superbe sur le plan éditorial et en série limitée, la vision de Karajan sur Strauss : commémoration croisée qui souligne les 25 ans de la mort du chef d’orchestre et donc les 150 ans de la naissance de son compositeur d’élection.

CLICK_classiquenews_dec13Le coffret Deutsche Grammophone en 11 cd  (et un 12è bonus blu-ray audio) récapitule ainsi un corpus musical et esthétique sans équivalent qui est aussi une odyssée discographique : le legs Strauss par Karajan est une somme majeure qui affirme la remarquable sensibilité du chef mais aussi cet esthétisme superlatif qui réussit à concilier détail et structure, micro scintillements et lisibilité de l’architecture, le tout réconcilié / réalisé en un flux orchestral souverainement organique. C’est peu dire que ses lectures d’Une Symphonie alpestre (alliant le lyrisme échevelé et le colossal, le raffinement du détail et les mouvements flexibles du drame sous jacent), d’Ainsi parla Zarathoustra, de Don Juan ou de Don Quichotte (auxquels « K » rétablit la profondeur humaine, la sincérité de l’intention à sa source) restent inégalées.
Mais le chef passionné de technologies (appliquées au son et aussi à l’image) a au moment où il enregistre ses versions straussiennes, façonné de la même manière une esthétique du son en studio marquée essentiellement par une sophistication spectaculaire de la restitution du micro détail comme de la structure globale de l’édifice orchestral.
Tout est joué et tout est réinscrit dans l’équilibre général pour que s’exprime la vitalité première du flux musical. Aussi noble que Krauss mais plus humain et profond que lui, Karajan restituant au sentiment de grandeur, l’humanité souterraine et le souffle même de la poésie, s’est d’emblée imposé comme un straussien de premier plan. C’est ce qui frappe aux oreilles immédiatement : le coffret des 25 ans de sa mort nous rappelle et l’hypersensibilité du chef, et sa vision experte de la prise de son. Une Symphonie Alpestre éblouit par sa spatialité et son sens du jaillissement comme de la continuité organique (il reste dommage que l’autre grande oeuvre aussi colossal que raffinée : La Femme sans ombre n’ait pas été enregistrée elle aussi en studio par le même Karajan épris de beau son).

Karajan200Dès 21 ans, en 1929, Karajan dirigeait Don Juan (Mozarteum) et Salomé (Festspielhaus) de Salzbourg. A Ulm où il était kapellmeister de l’Opéra (1929-1934), le jeune maestro straussien dans l’âme assura crânement en novembre 1933 une nouvelle production du Chevalier à la rose, puis d’Arabella (alors quasiment inconnu, créé en juillet) ; à Aix la Chapelle (dès avril 1935), Karajan enchaîne la même année Le Chevalier puis La Femme sans ombre, l’une des partitions lyriques les plus orchestrales, nécessitant là aussi raffinement et flamboiement.
Les premiers enregistrements ici réunis remontent à 1943 (avec le Concertgebouw pour Don Juan ; repris ensuite avec le Wiener Philharmoniker en 1960, l’année du Chevalier à la rose à Salzbourg) jusqu’à Une Symphonie Alpestre (Eine Alpensinfonie, gravée en 1980 par le chef sexagénaire en une pensée démiurgique là encore stupéfiante : une expérience auditive que la technologie requise électrise : dans cet enregistrement le son Karajan s’y déploie dans toute sa perfection avec une intelligence et une finesse soucieuse des étagements et de la lisibilité globale).

lisa-della-casa-strauss-rosenkavalierLa version intégrale du Chevalier à la rose est l’autre argument phare de ce coffret anniversaire. En juillet 1960, Karajan avec la troupe de l’Opéra de Vienne (dont il est directeur depuis 1957) et avec le concours du Wiener Philharmoniker, offre au festival de Salzbourg (et pour l’inauguration de son festspielhaus flambant neuf) l’un de ses Chevaliers à la rose magique, devenu à juste titre légendaire : l’orchestre regorge de saine vitalité, de détails flamboyants doublé d’une énergie théâtrale irrésistible (cuivres délirants et généreux)… pas d’Elisabeth Schwarzkopf (sollicitée pour son Chevalier londonien et en studio de 1956) mais le soprano moins minaudant, nasillard et sophistiqué de Lisa della Casa qui incarne une Maréchale (Feldmarschallin) tout à tour, princière et amoureuse, puis sage, prête à renoncer à la vie, à l’amour, au désir laissant son Quinquin (l’Octavian de Sena Jurinac qui distille ici un parfum de Cherubin) dans les bras de la jeune Sophie (Hilde Güden). Avant la Maréchale, Lisa della Casa avait chanté aussi bien que ses Mozart, Madeleine de Capriccio (1950), Arianne (1954), Arabella (1958). A Salzbourg en 1960, la soprano suisse richard_strauss_der_rosenkavalier_karajan_della_casa_jurinac_le_chevalier_a_la_roserayonne par sa vérité et sa profondeur. Le trio final est d’une finesse de ton, d’une noblesse mêlant nostalgie et sincérité : du très grand Karajan (52 ans). On reste moins convaincu par le Baron Ochs, assez caricatural et finalement pataud d’Otto Edelmann qui cependant, dommage pour son jeu monolithique, a un vrai sens du texte… après tout, Hofmannsthal le librettiste de Strauss avait imaginé un aristocrate trentenaire comme sa cousine, plus fin et racé que cet hobereau provincial mal dégrossi. Heureusement la musique que sait distiller Karajan, en chef soucieux d’exactitude, de drame, précis au delà du mot, fièvreux, subtil et pétillant, réaffirme la suprême élégance du sujet, sa sensualité filigranée, la quintessence de l’esprit viennois et autrichien impérial, tel que créé en 1911 à Dresde où toute l’Europe s’était pressée pour entendre le chef d’oeuvre de Strauss. Une version de référence qui a toute sa place ici, même si comme nous l’avons signalé, nous aurions tant apprécié de redécouvrir La Femme sans ombre de Karajan, de surcroît dans un accompagnement éditorial aussi soigné (livret intégral édité avec de superbes photographies de 1960).

Le coffret permet aussi de rétablir l’histoire d’amour et de tension entre Karajan et les musiciens du Berliner Philharmoniker, idem avec ceux du Philharmonique de Vienne : deux phalanges que le chef, aussi tyranique et exigeant fut-il, a hissé à leur meilleur, affirmant à l’échelle planétaire leur prestige toujours bien vivace.
Coffret événement. CLIC de classiquenews.com

Contenu du coffret KARAJAN STRAUSS : Une vie de héros, Don Quixote, Concertos pour hautbois et pour cor, Till Eulenspiegel, danse des voiles de Salomé, Mort et transfiguration, Ainsi parla Zarathoustra, Métamorphoses, Une symphonie alpestre, Le Chevalier à la rose (intégrale, version live Salzbourg 1960), Don Juan. Quatre dernier lieder (Gundula Janowtiz, soprano). Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker, Royal Concertgebouw Orchestra (Don Juan)… 11 cd + 1 blu-ray audio. Edition Deluxe 0289 479 2686 312 Deutsche Grammophon.

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Portrait d’Herbert Von Karajan

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPortrait du chef autrichien Herbert von Karajan, édité sur classiquenews à l’occasion de son centenaire en 2008. Le 5 avril 2008 marque le centenaire de la naissance du chef d’orchestre le plus médiatisé du XXème siècle. Voici donc, un nouveau centenaire à fêter, dans la riche actualité commémorative de 2008, qui compte aussi le centenaire Olivier Messiaen, et les 150 ans de la naissance de Giacomo Puccini. Karajan qui fut toujours pour Wilhelm Furtwängler (autrement plus généreux et humaniste, mais dont le défaut fut de paraître trop tôt sur la scène, avant l’essor du disque, vinyle et compact), le “petit k”… est le sujet d’innombrables célébrations et rééditions (au cd comme au dvd). Est-il juste dans la perspective de l’histoire d’aduler voire d’idôlatrer ainsi HVK? A torts ou à raisons (pour reprendre le titre de la pièce de Ronald Harwood, au sujet du procès en dénazification de Furtwängler). N’en déplaise à ses détracteurs et critiques dont il faut bien l’avouer nous faisons partie, Karajan est un nom qui a inscrit chacune de ses lettres dans l’imaginaire collectif. L’homme reste une légende de la baguette, tyrannique mais d’une exigence absolue, boulimique de l’enregistrement, mais pointu et d’un idéal affûté jusqu’à l’extrême. Le profil présente ses parts d’ombres, de tâches… indélibiles (il adhéra de son plein gré au parti nazi, comme Elisabeth Schwarzkopf, jouant par opportunisme Fidelio pour l’anniversaire du Führer), ses doutes et ses incertitudes en particulier, vis-à-vis de Furtwängler, un maître indépassable. Il y a chez lui la conscience du génie et forcément la démesure narcissique parfois, souvent, insupportable. LIRE notre portrait complet d’Herbert von Karajan

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