CD. Chopin. Knut Jacques (2011,Paraty)

CD. Chopin par Knut Jacques, Pleyel 1834 & 1848 (1 cd Paraty)

Le pianiste Knut Jacques joue Chopin sur instruments d’Ă©poque dans le salon Pleyel de la rue Cadet… Ă  la vĂ©ritĂ© historique se joint la finesse allusive de l’interprĂ©tation… cd Ă©vĂ©nement
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Enigmatique, intérieur: un Chopin révélé

Carter Chris Humphray – mercredi 3 octobre 2012
chopin_knut_jacques_cd_paraty_cd_pleyelLabel des dĂ©marches exigeantes sur instruments d’Ă©poque (entre autres), Paraty (dirigĂ© par le chef et claveciniste Bruno Procopio) marque un grand coup avec ce disque choc dont l’attrait spĂ©cifique rĂ©vise totalement notre connaissance du monde sonore de Chopin; en un jeu nuancĂ© et intĂ©rieur, le pianiste Knut Jacques restitue ce rapport tĂ©nu entre pianiste,clavier,public; jamais la rĂ©sonance et la couleur n’ont paru plus ciselĂ©es; jamais lecture n’a semblĂ© mieux rĂ©ussir le pari dĂ©licat et souvent suicidaire du jeu sur piano historique. Il en sort un Chopin totalement inĂ©dit, surprenant, d’une infinie et presque Ă©trange (Ă©trangère) sensibilitĂ©; l’expatriĂ©, en transit en France, trouve ici dans un jeu particulièrement Ă©vocatoire, une terre vierge et riche, un paradis de sensations et de sentiments prĂ©servĂ©s, … un eden proustien qui rĂ©galera les mĂ©lomanes, dĂ©jĂ  conquis par Chopin. Disque Ă©vĂ©nement. La Ballade en sol mineur opus 23 porte la richesse et le trouble d’un imaginaire vacillant Ă  la croisĂ©e des expĂ©riences: Chopin commence la composition de cette pièce maĂ®tresse Ă  Vienne, la termine Ă  Paris (1835); entre temps le Pologne s’est soulevĂ©e contre les Russes et l’auteur sait qu’il ne reverra jamais plus sa patrie: histoire d’un dĂ©racinement, chant d’une nostalgie ineffable, Knut Jacques rĂ©ussit Ă  exprimer les vacillements opposĂ©s d’une partition admirĂ©e par Schumann et Liszt: flux et reflux, eros et thanatos, dĂ©sir et mort tout Ă  la fois. Les mondes intĂ©rieures de Chopin surgissent en un vertige très subtilement maĂ®trisĂ©.

Le chant d’un Chopin fraternel

MĂŞme lecture tout en envoĂ»tements mesurĂ©s pour le Nocturne en si bĂ©mol mineur (dĂ©diĂ© Ă  Marie Pleyel, Ă©pouse de Camille): mystère d’une intĂ©rioritĂ© secrète dont la contradiction essentielle est certainement de s’adresser Ă  l’autre sans jamais sacrifier les moindres replis et joyaux indicibles d’une identitĂ© prĂ©servĂ©e… le balancement se fait mĂŞme douce hypnose et langueur atemporelle qui est un vrai dĂ©fi Ă  toute idĂ©e de narration, de temporalitĂ©, de dramaturgie; nous sommes bercĂ©s dans un monde flottant, au coeur d’un climat personnel, au centre de la sensation la plus cachĂ©e. Knut Jacques fait surgir de l’instrument une voix d’enfance et d’innocence perdue, ce miracle musical qui se rĂ©alise au revers  et Ă  rebours du temps, un instant de grâce qui fait toute la rĂ©ussite de ce programme enchantĂ©/enchanteur.

Le choix de l’instrument et l’approche toute en pudeur du pianiste ne cessent de convaincre. Saluons l’initiative du label Paraty, toujours soucieux de la sonoritĂ©, de l’organologie: les instruments d’Ă©poque sont ici l’indice d’une ligne artistique qui recherche le sens cachĂ© des oeuvres. Après le Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (couronnĂ© par une Victoire de la musique classique), ce Chopin par Knut Jacques sur instruments historiques s’impose par la mĂŞme rigueur musicale, un engagement Ă©gal. Au scrupule du son, de la mĂ©canique (si prĂ©sente dans l’esthĂ©tique de ce disque exemplaire), les producteurs ajoutent aussi la couleur du lieu et la recherche de la mise en espace car l’enregistrement a eu lieu dans le salon Pleyel, première salle de concert situĂ© Ă  l’Ă©tage des premiers ateliers parisiens, dans l’actuel HĂ´tel Cromot du Bourg, (9 rue Cadet)… C’est lĂ  que le jeune Chopin, protĂ©gĂ© de l’incontournable et suffisant Kalkbrenner, rencontre Camille Pleyel en novembre 1831. Très impressionnĂ© par le public, et comme “asphyxiĂ© par l’haleine de la foule” (il y a Ă©videmment cette hypersensibilitĂ© palpable dans le jeu du pianiste), le jeune Chopin joue dans le salon Pleyel de la rue Cadet, le 26 fĂ©vrier 1832.

Hypnose musicale

Superbe jaillissement Ă©perdu d’un si prodigieuse franchise dans le Grave – Dopppio movimento, entrĂ©e en matière de la Sonate n°2: le Pleyel 1843 restitue le volume, les justes proportions et les couleurs d’origine avec une sensibilitĂ© magistrale. Accusant par ses aspĂ©ritĂ©s magiciennes, ce balancement perpĂ©tuel du contraint et de la dĂ©tente, de la tension et du rĂŞve oĂą se dĂ©voile comme jamais un Chopin secret et pluriel. Sommet de la Sonate et coeur palpitant du cd, la marche funèbre saisit par ce glas martelĂ© avec un abandon digital lĂ  encore somptueusement Ă©vocatoire. L’expression, la nuance, la richesse sont au coeur de l’Ă©criture de Chopin; ses contrastes aussi, que l’approche de Knut Jacques sert avec un feu passionnĂ© d’un tact absolu. En quĂŞte d’une magie sonore que George Sand a pĂ» Ă©voquer (la note bleue), le pianiste trouve d’aussi justes accents dans le trio central qui par sa pudeur murmurĂ©e fait couler les larmes. Quelle magie et quelle ivresse !

Après Cyril HuvĂ© dĂ©voilant Mendelssohn, et Ivan Ilic dĂ©fenseur d’un Godowsky oubliĂ©, ce Chopin par Knut Jacques prolonge le chemin parcouru par le jeune label français: il couronne aussi une ligne artistique d’une exceptionnelle finesse musicale. Ecouter ce Chopin sur deux instruments historiques reste la plus belle expĂ©rience discographique jamais vĂ©cue. On y retrouve comme une rĂ©vĂ©lation qui s’adresse Ă  l’intimitĂ© du coeur, ce Chopin confidentiel et fraternel, l’antithèse du Liszt rayonnant et mondain. Sublime rĂ©cital.

chopin_knut_jacques_cd_paraty_cd_pleyelChopin: Nocturnes, Sonate n°2, Ballades. Knut Jacques, piano (Pleyel 1843, pianino 1834). Enregistrement réalisé 9 rue Cadet à Paris dans le salon Pleyel historique, en 2011. Voir le reportage vidéo Knut Jacques joue Chopin dans le salon Pleyel de la rue Cadet à Paris. 1 cd Paraty 112110. Durée: 1h04mn. Sortie annoncée: le 10 octobre 2012.

vidéos
Chopin chez Pleyel (1)
Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs pièces de FrĂ©dĂ©ric Chopin. L’enregistrement est rĂ©alisĂ© dans le salon Pleyel Ă  Paris, rue Cadet, oĂą Chopin donna le 26  fĂ©vrier 1832, son premier rĂ©cital public. Le pianiste joue un piano Pleyel 1843 et un pianino de 1834. Reportage spĂ©cial (1/3)sommaire des vidĂ©os
“CHOPIN CHEZ PLEYEL

Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs pièces de FrĂ©dĂ©ric Chopin (1/3)

Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs pièces de FrĂ©dĂ©ric Chopin (2/3)

Chopin chez Pleyel…  Reportage spĂ©cial (3/3). Entretiens avec Knut Jacques, Bruno Procopio, AdelaĂŻde de Place… PrĂ©sentation des instruments, des conditions de l’enregistrement, du salon Pleyel, au 9 rue Cadet Ă  Paris… (3/3)

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