CD, annonce. Herculanum de Félicien David (1859), 2 cd éditions Palazzetto Bru Zane

Herculanum felicien david annonce presentation critique review classiquenews aout 2015 critiqueCD, annonce. Herculanum de Félicien David (1859). Ressuscité en mars 2014, voici le disque qui prolonge la recréation d’Herculanum de Félicien David (1859).  Le succès d’Herculanum, en partie financé par les amis saint-simoniens du compositeur, permet d’assoir le génie lyrique de Félicien David à Paris; méditation, rêverie, mais aussi violence théâtrale voire frénésie dramatique (tam-tam satanique) : il y a tout dans l’opéra de David, qui est une commande de l’Opéra de Paris. Suivront les sommets de sa carrière à la scène : Lalla-Roukh (1862) puis Le Saphir (1865), son ultime ouvrage lyrique. David, d’une certaine manière, assimilant Verdi, réalise le passage du grand opéra à effets (Meyerbeer et Auber), au romantisme lyrique réformé de Gounod, Thomas, Bizet, Massenet. Dans le Paris du Second Empire, l’Opéra comme les autres institutions officielles favorise les œuvres qui permettent par leur sujet et les moyens mis en œuvre, de rechristianiser les foules (à Paris comme en Province) : comme un précédent inédit révélé par le Palazzetto, Le Paradis Perdu de Dubois - de 30 ans postérieur-, Herculanum, apparemment fresque antique et romaine, développe clairement des intentions d’évangélisation dont témoigne avec force entre autres (outre le choeur des chrétiens), la figure de Lilia. Satan, réincarné dans la personne du Proconsul (final du II) menace directement l’humanité pécheresse, chrétiens et romains : en dépit de l’éruption et de la malédiction satanique, seules les deux âmes méritantes, Lilia et Hélios, dans la mort, sont comme délivrés (du poids de leur existence terrestre) : après la catastrophe, pour eux, le ciel et la félicité après la mort (le ciel, c’est la vie).

David_Felicien_DavidTemps fort du festival Félicien David défendu (avril-mai 2014) par le Palazzetto Bru Zane, cet Herculanum était affiché tel un événement lyrique. Nombre de critiques ont boudé leur plaisir : œuvre démonstrative et tonitruante, plus spectaculaire que profonde… ; pourtant mieux que Le Vaisseau Fantôme de Dietsch en 2013 (qui ne méritait pas la résurrection dont il fut l’objet), Herculanum est une œuvre forte qui vaut mieux que la promesse du spectaculaire éruptif que laisse supposé son titre (comme dans La Muette de Portici d’Auber, créée en 1828, le spectateur est tenu en haleine jusqu’à l’irruption du Vésuve) : mais ici, dès l’ouverture et les premières scènes, le grondement des éléments et la présence sourde de la catastrophe sont permanents.  Proche de Thomas, Félicien David s’y montre fin mélodiste, d’un dramatise ardent, flamboyant parfois, efficace toujours : au cœur de l’intensité de l’action, la sirène païenne Olympia se dresse telle une pythie magnifique contre les chrétiens : l’italianisme de ses airs contrepointant la déclamation française de ses ennemis.

david felicienAujourd’hui, le disque est d’autant plus nécessaire pour mesurer l’intérêt de l’oeuvre que, pour le concert de la recréation, la cantatrice Karine Deshayes, sous la direction d’Hervé Niquet,  avait été diminuée par un mauvais coup de froid, empêchant la juste expression du personnage central. Or Félicien David avait écrit le rôle d’Olympia spécialement pour le grand mezzo dramatique Adelaïde Borghi-Mamo (43 ans alors), sorte de contralto rossinien à tempérament (qui savait surtout vocaliser). Face à elle, droite comme une élue investie, Véronique Gens incarne la chrétienne Lilia avec d’autant plus de conviction que la maîtrise déclamatoire (signature de la soprano) s’accompagne – l’âge aidant- d’une ampleur charnue du timbre absent à ses débuts et très justement assortie au profil du rôle. Ténor engagé et naturellement puissant, Edgaras Montvidas fait un vaillant Hélios, quant Nicolas Courjal déploie sa magnifique et profonde basse en Nicanor et Satan. Alors partition attachante et nuancée ou fresque hollywoodienne, solennelle et pompeuse ? Réponse dans la prochaine grande critique du double cd d’Herculanum de Félicien David, collection Opéra français / Palazzetto Bru Zane.

 

 

 

LIRE aussi notre présentation d’Herculanum en concert (mars 2014)

Cd, annonce.
Félicien David : Herculanum 2 cd – sortie annoncée le 8 septembre 2015.
Opéra en quatre actes, livret de Joseph Méry et Térence Hadot
Créé à l’Opéra de Paris le 4 mars 1859

Lilia: Véronique Gens
Olympia: Karine Deshayes
Hélios : Edgaras Montvidas
Nicanor: Nicolas Courjal
Magnus: Julien Véronèse

Chœur de la Radio Flamande
Brussels Philharmonic
Direction musicale
Hervé Niquet

2 cd Palazzetto Bru Zane / collection French Opera / Opéra français. Enregistré à Bruxelles  en mars 2014. Consulter la page du cd Herculanum de Félicien David sur le site du Palazzetto Bru Zane

 

 

 

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