Britten : le tour d’écrou

Leighton_brittenBritten traite de l’éducation d’une jeune âme par un adulte, héritée des moeurs grecques (éromène/éraste) mais en y ajoutant l’étoffe du conflit et la perversité d’une lecture diabolique. Ici, l’enfant Miles est l’objet d’un tutorat exercé contre/de son gré par le pervers et machiavélique Quint. La gouvernante tente d’interrompre le pacte infâme. Par sa voix, s’exprime la vérité et la dénonciation de Quint. Mais le diabolisme du jeune corrupteur qui a vendu son âme au diable, exerce sa pernicieuse influence qui se révélera là encore fatale pour sa jeune proie. D’autant que le jeune garçon convoité, souffle le chaud et le froid : ne sachant pas encore distinguer le bien du mal, le petit être se révèle aussi séducteur et calculateur. Culpabilité partagée entre un jeune tentateur et un adulte corrupteur?
La révélation de la relation honteuse et immorale de Quint/Miles est d’autant plus terrifiante que Britten imagine pour témoin et spectatrice, la tendre et loyale figure de la gouvernante. De sorte qu’au travers des yeux de la jeune femme, le compositeur prend parti et revendique clairement la défense de l’innocence. Cet aspect de l’oeuvre renverrait à un épisode de la vie intime de Britten qui jeune garçon, aurait été violenté par un adulte. Ce traumatisme de l’enfance, explicité par Eric Crozier et Humphrey Carpenter, serait la source thématique de tout le théâtre lyrique à venir.

Dvd
Lire notre critique du dvd de l’opéra représenté au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 2001 avec Mireille Delunsch dans le rôle de la Gouvernante. L’une des meilleures productions aixoises de ces dernières années.

Illustration
Lord Leighton, Icare (DR)

 

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