Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 25 mars 2013. Quatre Tendances, 4 ballets contemporains de Blaska, Kylian, Galili et Bromachon.

En hommage à Rudolf Noureev. Ballet de l’Opéra National de Bordeaux.
L’Opéra National de Bordeaux pour la quatrième édition du programme Quatre Tendances, permet au Corps de Ballet maison de danser quatre ballets contemporains. Le spectacle rend hommage à Rudolf Noureev, pour les 20 ans de sa disparition. Un hommage à la hauteur du Tsar de la danse, par la qualité technique des danseurs dirigés par Charles Jude, lui-même formé par Noureev, et dans la continuité de son legs artistique, avec deux créations mondiales et une entrée au répertoire.

Couleurs et arômes d’un art vivant

Le spectacle commence avec l’entrée au répertoire du ballet de Felix Blaska : Tam Tam et Percussions, crée en 1970. Il s’agît d’une oeuvre chorégraphique qui mêle le langage classique à la danse africaine. Pendant 4 tableaux deux musiciens jouent sur scène le tam-tam vaudou haïtien et des percussions occidentales. Le danseur soliste Marc-Emmanuel Zanoli ouvre l’oeuvre avec un enchainement des mouvements académiques. Il impressionne très rapidement par la propreté de son expression virtuose et surtout par la souplesse de son corps. Vient ensuite une série de pas d’ensemble d’inspiration africaine au rythme progressif, tous d’un grand impact visuel et à l’effet saisissant. Le festin finale est d’une exubérance théâtrale stimulante et vivace. Le noble Zanoli est complètement envahi par la musique ; il s’harmonise avec les percussions dans une joyeuse transe d’une fraîcheur et d’un attrait redoutable.

Ensuite la reprise de la Petite Mort du chorégraphe tchèque Jiri Kylian, créée en 1991. Ici six hommes et six femmes dansent sur l’adagio et l’andante des concertos pour piano de Mozart n° 23 et 21. La sublime poésie du chiaroscuro mozartien se voit traduite en mouvements d’une beauté confondante. La danse est à la fois souple et acrobatique, spirituelle et sensuelle. Chaleureuse et froide, classique et contemporaine. Avec une dose d’abstraction sereine qui s’enchaine bien avec la pièce suivante.

Il s’agît de la création mondiale du chorégraphe israélien Itzik Galili, Il est de certains coeurs... Un certain sens de la désarticulation, des hanches et des fesses libérées, rappellent par séquences les Rubies de Balanchine, mais l’ atmosphère, à la fois puissante et tendue, avec l’apparente désinvolture des danseurs rappellent Forsythe. La musique minimaliste et répétitive du cinquième quatuour à cordes de Philip Glass s’accorde merveilleusement à la froide et impressionnante intensité du ballet. Le jeu de lumières très cérébral et intelligent de Galili, ainsi que les costumes noires sympathiques et originales de Natasja Lansen rehaussent encore l’irrésistible abstraction de la chorégraphie. Seul bémol? Le contraste de la pièce avec son nom. Nous sommes davantage stimulés à l’intellect qu’au coeur.

Le ballet qui clôt la représentation est la création mondiale du chorégraphe français Claude Brumachon assisté de Benjamin Lamarche, Parfois une hirondelle. Inspiré du Romantisme, la chorégraphie de Brumachon fonctionne souvent comme un tableau vivant, voire une mise en mouvement des peintures romantiques. L’effet visuel est d’une force inattendue, le beau jaune des costumes réalisés par l’Atelier des costumes de la maison joue sans doute une part. Le langage chorégraphique est très distinct et personnel, même s’il rappelle parfois Roland Petit. Sur des extraits des quatuors à cordes de Beethoven, ainsi que des enregistrements d’ oiseaux, 20 danseurs arrivent à inspirer une véritable sensation de beauté. Si la danse est souvent poétique, elle a aussi recours à un certain expressionnisme qui confine presque au cliché. L’alchimie est pourtant évidente avec les danseurs qui orbitent autour de l’élan et le tourment de l’amour. Au final la création est un digne et sincère hommage à la romance, à la passion. Celle-ci, comme la chorégraphie, n’est pas toujours agréable. Elle relève aussi la souffrance, la distance, le manque. C’est comme si Bromachon nous disait en mouvements que le printemps de l’amour ne cache pas la complexité, ni les complexes, des âmes qui le ressentent. Nous sommes entièrement conquis par l’humanité du message.

Bel hommage bordelais à Rudolf Noureev, aux 20 ans de sa disparition, dans le noble Opéra National de Bordeaux.
Une telle légende mérite bien tous les hommages : son legs esthétique, sa culture et son amour de l’art, sa quête de perfection technique, ne pouvaient trouver meilleurs ambassadeurs à Bordeaux pour la perpétuation du mythe. Un mythe toujours vivant et à Bordeaux parfaitement compris grâce à la tenue de ces Quatre Tendances, grâce aux danseurs du Ballet de l’Opéra de Bordeaux qui font de la danse un véritable art vivant.

Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 25 mars 2013. Quatre Tendances,
4 ballets contemporains de Blaska, Kylian, Galili et Bromachon.
Illustration: Parfois une hirondelle…

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