BERLIOZ 2019 : dossier pour les 150 ans de la mort

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsBERLIOZ 2019 : les 150 ans de la mort. 2019 marque les 150 ans de la mort du plus grand compositeur romantique français (avec l’écrivain Hugo et le peintre Delacroix) : Hector Berlioz. PrĂ©cisĂ©ment le 8 mars prochain (il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Paris, le 8 mars 1869). Triste anniversaire qui comme ceux de 2018, pour Gounod ou Debussy, ne lĂšve pas le voile sur des incomprĂ©hensions ou des mĂ©connaissances mais les augmentent en rĂ©alitĂ© ; car les cĂ©lĂ©brations souvent autoproclamĂ©es et pompeuses, n’apportent que peu d’avancĂ©es pour une juste et meilleure connaissance des intĂ©ressĂ©s. Qu’ont prĂ©cisĂ©ment apportĂ© en 2018, les anniversaires Gounod et Debussy ? Peu de choses en vĂ©ritĂ©, sauf venant de la province, soit disant culturellement plus pauvre et moins active que Paris : voyez Le PhilĂ©mon et Baucis, joyau lyrique du jeune Gounod rĂ©vĂ©lĂ© par l’OpĂ©ra de Tours / fev 2018 ; et le PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy dĂ©sormais lĂ©gendaire du regettĂ© Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing / mars 2018


________________________________________________________________________________________________

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasS’agissant de Hector Berlioz, le dossier promet de nouvelles frustrations car les fausses idĂ©es et prĂ©jugĂ©s sont nombreux, sources d’une mĂ©sentente active entre l’auteur de la Symphonie Fantastique et de La Damnation de Faust, avec le public français.
Force et de constater l’oubli voire l’indiffĂ©rence que son Ɠuvre suscite en France (Ă  commencer par l’OpĂ©ra de Paris); et d’ailleurs qui s’intĂ©resse vĂ©ritablement aux Romantiques Français au sein de l’Hexagone ? Il n’est guĂšre que l’assiduitĂ© des Britanniques pour avoir compris, mesurĂ©, investi l’étendue des champs visionnaires du grand Hector pour leur consacrer une curiosité  et une fidĂ©litĂ©, indĂ©fectibles.

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsAinsi Colin Davis (disparu en 2013) laisse aujourd’hui une intĂ©grale qui reste pionniĂšre. D’ailleurs le coffret rĂ©alisĂ© par le LSO London Symphony Orchestra est dĂ©jĂ  publiĂ©, disponible dĂšs novembre 2018. Ainsi est fixĂ© un hĂ©ritage dĂ©cisif rĂ©alisĂ© entre 2000 et 2013… Les Londoniens ont toujours eu un temps d’avance. Comme les Russes d’ailleurs, qui du vivant du compositeur lui auront tĂ©moignĂ© une ferveur que les Français lui ont minutieusement refusĂ©e.

PLAINTIF CHRONIQUE… De lĂ  Ă  penser que l’auteur des Troyens (fresque wagnĂ©rienne sur l’AntiquitĂ© jamais reprĂ©sentĂ© dans son intĂ©gralitĂ© de son vivant) reste un Ă©ternel insatisfait, marquĂ© par la frustration et le dĂ©shonneur, voire la trahison
 c’est une ligne que certains biographes rĂ©cents franchissent sans rĂ©serves : Berlioz fut un plaintif chronique, un frustrĂ©, un incompris magnifique que son art a cependant hissĂ© au sommet grĂące Ă  cet Ă©lan ou ce dĂ©sir, jamais satisfait : l’éternelle aimĂ©e inaccessible (qu’elle s’appelle Estelle ou Juliette
 ou Harriet / OphĂ©lie) – l’équivalent français, berliozien, de l’immortelle bienaimĂ©e chez Beethoven, porte, nourrit, embrase
 une exaltation toujours prĂȘte Ă  s’enflammer pour le pire comme le meilleur. De fait, le Prix de Rome obtenu en 1830 (avec la cantate La mort de Sardanapale, un sujet que Delacroix avait traitĂ© avec le mĂȘme tempĂ©rament rĂ©volutionnaire au Salon de 1824) reste une Ă©preuve douloureuse mais rĂ©vĂšle l’obstination de Berlioz qui en composant mĂšne un combat, celui d’une modernitĂ© insolente, affirmĂ©e haut et fort contre le conservatisme ambiant. Finalement s’il se disait surtout classique (en admirateur de Gluck), Berlioz demeure dans le tempĂ©rament et la posture de solitaire impuissant, isolĂ©, tenu Ă  l’écart des fastes de la gloire officielle française, un romantique, lion impĂ©tueux, cerveau dĂ©miurgique Ă  la mesure de ses grands modĂšles
 Shakespeare et Goethe. Voici en chapitre thĂ©matisĂ© notre BERLIOZ 2019, – gĂ©nie aux facettes multiples qui a rĂ©volutionnĂ© la musique au XIXĂš, comme Rameau au XVIIIĂš, comme Debussy et Ravel au dĂ©but du XXĂš. Car Berlioz est un rĂ©volutionnaire.

________________________________________________________________________________________________

BERLIOZ-dossier-annee-2019-dossier-portrait-sur-classiquenews-vignetteDEFRICHEUR ORCHESTRAL
 L’IsĂ©rois (nĂ© Ă  la CĂŽte-Saint-AndrĂ©, le 11 dĂ©cembre 1803), n’a guĂšre la passion de NapolĂ©on ; d’ailleurs ses idĂ©es politiques sont assez fumeuses. Il s’intĂ©resse comme un Faust français Ă  explorer de nouveaux horizons, Ă©largir surtout la palette expressive de l’orchestre, « osant » de nouvelles formes, toujours Ă  partir de l’orchestre : dĂ©veloppement avec programme (et donc livret rĂ©digĂ© car Berlioz amateur de poĂ©sie et de littĂ©rature, apprĂ©cie Ă©crire ses propres livrets avant Wagner : Symphonie Fantastique de 1830, premier opus rĂ©volutionnaire), symphonie concertante (Harold en Italie, 1834), symphonie dramatique (RomĂ©o et Juliette, 1839), puis fusionnant l’orchestre et le thĂ©Ăątre : lĂ©gende dramatique (La Damnation de Faust, 1846). Toujours Berlioz repousse les possibilitĂ©s poĂ©tiques de l’orchestre, s’intĂ©ressant Ă  l’évocation spatiale, l’association des timbres, la capacitĂ© de l’orchestre Ă  dĂ©ployer un nouveau souffle, poĂ©tique donc, spirituel certainement, en tout cas, surnaturel.

 

 

shakespeare portrait de son vivant classiquenews portrait biographie vie de shakespeare 2016 400 ans classiquenewsBERLIOZ et SHAKESPEARE. S’il se passionne pour Beethoven (rĂ©vĂ©lĂ© par les concerts dirigĂ©s alors par le chef Habeneck au Conservatoire de Paris), Berlioz s’enflamme tout autant pour Hamlet de Shakespeare dont l’OphĂ©lie de l’actrice irlandaise Harriet Smithson le marque profondĂ©ment. Il Ă©pousera d’ailleurs l’actrice en 1833, mais leur union sera malheureuse. Leur fils Louis nĂ© en 1834, mourra Ă  Cuba en 1867 (32 ans). InspirĂ© par Shakespeare, Berlioz laisse une mĂ©lodie toujours peu jouĂ©e mais sommet du genre : La Mort d’OphĂ©lie (qu’en son temps, Cecilia Bartoli grava pour Decca avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante).

 

________________________________________________________________________________________________


 

 

LE ROMANTISME D’HECTOR


 

 

Dossier spécial BERLIOZ 2019 Illustration dans les articles

 

 

Pensionnaire Ă  Rome, grĂące Ă  l’obtention de son Prix en 1830, qui lui permet de loger Ă  la Villa Medicis, Berlioz ne pense qu’à s’échapper de cette prison dorĂ©e (comme plus tard, un autre pensionnaire cĂ©lĂšbre, Debussy) ; c’est que sa fiancĂ©e (Camille) vient de lui signifier leur rupture (elle lui prĂ©fĂšre Pleyel). Berlioz ne rĂȘve que de fuite et de vengeance. Le romantisme de Berlioz se tourne plutĂŽt du cĂŽtĂ© des germaniques : Schumann, Weber, surtout Beethoven
 et bien sĂ»r la littĂ©rature, Faust (d’aprĂšs Goethe, pour sa Damnation de Faust). GĂ©rard de Nerval aurait souhaitĂ© l’assister et lui fournir des textes et des poĂšmes
 mais Hector restera toujours impermĂ©able aux propositions du poĂšte. En rĂ©alitĂ©, mĂȘme s’il demeure le plus grand inventeur pour l’orchestre, son romantisme est « classique » (« je suis un classique » ne cessera-t-il de clamer et de dĂ©montrer). Dans les faits, ce disciple inconditionnel de Gluck, qui admire surtout la dignitĂ© lumineuse de ce dernier en particulier dans ses tragĂ©dies composĂ©es pour Paris dans les annĂ©es 1770 (dont OrphĂ©e et Euryidice dont Berlioz adaptera une version pour alto, destinĂ©e Ă  la chanteuse Pauline Viardot), se rapproche de Rameau : libertĂ© poĂ©tique de l’orchestre qui dit partout la prĂ©Ă©minence de la musique dans l’explicitation et la rĂ©alisation du drame. Les Troyens, en leur deux actes nĂ©o antiques sont en rĂ©alitĂ© trĂšs proches de la conception de ma tragĂ©die baroque d’un Rameau dĂ©jĂ  Ă©pris des LumiĂšres. L’éloquence de la dĂ©clamation et surtout les dĂ©veloppements consentis Ă  l’orchestre, en particulier dans les « divertissements », rĂ©miniscences empruntĂ©es aux tragĂ©dies en musique du XVIIIĂš, attestent cette filiation plus directe qu’il n’y paraĂźt. D’ailleurs, Berlioz prolonge ce goĂ»t du timbre et de la poĂ©sie instrumentale lĂ©guĂ©e par son prĂ©dĂ©cesseur, au siĂšcle qui le prĂ©cĂšde. Rameau, Berlioz, sont des coloristes qui prĂ©parent les plus grands Ă  venir : Debussy et Ravel au dĂ©but du XXĂš.

 

 

 

 

 

VOYAGES & TOURNÉES


________________________________________________________________________________________________
 

BERLIOZ vignette HectorBerlioz9Trop peu estimĂ© Ă  sa juste valeur, aprĂšs de cuisants (et amers) Ă©checs dont son opĂ©ra Benvenuto Cellini (1838), puis surtout La Damnation de Faust (dĂ©c 1846), Berlioz, ruinĂ©, dĂ©pressif, se refait une santĂ© et un peu de fortune en voyageant loin de Paris, alors qu’il n’est presque plus trentenaire (38 ans, en 1841 pour son premier voyage Ă  l’étranger : Ă  Bruxelles) ; il traverse pays et dĂ©couvre paysages et villes, dans toute l’Europe, ce malgrĂ© une santĂ© fragile mais qui dĂ©montre une rĂ©elle soliditĂ© : Ă  Londres, en Allemagne (oĂč Lelio et sa Fantastique sont trĂšs apprĂ©ciĂ©s) ; surtout en Russie oĂč il rencontre une public totalement admis Ă  son esthĂ©tique et Ă  la dĂ©mesure de son orchestre
 Les voyages de Berlioz sont liĂ©s Ă  la prĂ©sence rĂ©confortante de trĂšs raisonnable de sa nouvelle Ă©pouse (aprĂšs Harriet), Marie Recio, elle aussi chanteuse, brune attachante qui plus jeune qui lui (de 10 ans), voue une indĂ©fectible admiration pour son compositeur de mari.

CHERE ALLEMAGNE
 EuropĂ©en dans l’ñme, Berlioz n’hĂ©site pas Ă  voyager pour conquĂ©rir la gloire que la France lui refuse. En dĂ©c 1842, il part Ă  Bruxelles; Francfort, Stuttgart (pour NoĂ«l) : lĂ , il dirige ses propres oeuvres (Francs Juges, des extraits de la Fantastique et d’Harold
) mais l’accueil est encore poli. A Leipzig (oĂč l’aide Mendelssohn et oĂč retrouve il Schumann qui l’admire), Berlin (oĂč il est prĂ©sentĂ© au Roi de Prusse, et rencontre Meyerbeer qu’il estime
), Ă  Dresde (oĂč Wagner sera son assistant!), 
 Berlioz gagne une nouvelle cĂ©lĂ©britĂ©. Les choses avancent concrĂštement pour Hector : Liszt n’hĂ©sitera pas Ă  faire jouer Cellini Ă  Weimar
 un soutien inimaginable Ă  Paris, car mĂȘme en 1861, – quand Berlioz n’est plus inconnu des parisiens, c’est Wagner qui sera prĂ©fĂ©rĂ© Ă  Berlioz pour Tannhauser, au dĂ©triment des Troyens du Français. L’OpĂ©ra de Paris a dĂ©cidĂ©ment bien des problĂšmes avec son propre patrimoine.

En 1845, c’est la seconde tournĂ©e en territoire germanique ; il part en Autriche (octobre 1845 – mai 1846), sĂ©journe Ă  Vienne, et jusqu’en BohĂšme (Prague, Pest, Breslau
), autant d’escales bĂ©nĂ©fiques qui stimulent l’achĂšvement de Faust. De retour Ă  Paris, et aprĂšs l’échec de La Damnation (OpĂ©ra Comique, dĂ©c 1846), Balzac conseille Ă  un Berlioz dĂ©primĂ© de partir en
 Russie.

TRIOMPHES RUSSES. Parti de Paris Ă  l’hiver 1847, Berlioz et son Ă©pouse Marie Recio rejoignent Saint-PĂ©tersbourg, capitale culturelle de l’empire de Nicolas Ier dont l’épouse la tsarine Alexandra Feodorovna les accueille car son frĂšre le roi de Prusse lui a remis une lettre de recommandation. Dirigeant l’orchestre de Saint-Petersbourg, l’auteur du TraitĂ© d’instrumentation fait fureur ; son Faust est acclamĂ©, davantage qu’à Paris (il est vrai que cela n’était pas difficile) ; Ă  Moscou, triomphe pour un Carnaval romain, RomĂ©o et Juliette, la Symphonie funĂšbre et triomphale
 Berlioz rencontre Glinka et pĂšse comme ce dernier, de tout son poids dans l’émergence de la jeune Ă©cole musicale russe. C’est au retour de Russie, que passant par Berlin, il prĂ©sente sa Damnation, laquelle ne plait pas aux compatriotes de Goethe.
En 1854, il voyage en Allemagne (aprĂšs le dĂ©cĂšs de sa premiĂšre femme l’actrice irlandaise Harriet Smithson, survenu le 3 mars); avec Marie, Berlioz dĂ©couvre l’excellence des orchestres germaniques, Ă  Hanovre (oĂč il dirige Beethoven), Ă  Dresde (succĂšs de son Faust)


berlioz Hector Berlioz_0LONDRES EN COMPLICITÉ... Juste avant les Ă©vĂ©nements rĂ©volutionnaires de 1848, Berlioz part Ă  Londres (nov 1847), dĂ©fend plusieurs concerts Ă  Drury Lane, principalement comme chef d’orchestre. Sa baguette subjugue immĂ©diatement le public anglais. Sa nature fiĂšvreuse et communicative saisit les londoniens qui ont toujours eu un goĂ»t pour les maestros Ă  tempĂ©rament. Berlioz dirige Weber, Haendel et Mozart (Les noces de Figaro). Il est devenu ce hĂ©ros national pour les anglais, admirateurs de son imagination puissante et novatrice. Pour ne pas dire expĂ©rimentale. Au retour de Londres, Berlioz rejoint Paris au bord du chaos. Son esprit classique se recompose : il crĂ©era L’Adieu des bergers Ă  la Sainte Famille, prĂ©sentĂ© avec complĂ©ments (Le Songe d’HĂ©rode, L’arrivĂ©e Ă  SaĂŻs) sous forme de trilogie sous le titre de L’Enfance du Christ (dĂ©c 1854), oratorio ancien (prĂ©sentĂ© comme datant de 1677, et dĂ» Ă  un certain Pierre DucrĂ© : immense succĂšs parisien).
Chaque sĂ©jour Ă  Londres est formateur et aussi salutaire, source devenue nĂ©cessaire pour nourrir sa confiance en lui-mĂȘme. De fait les Londoniens ont compris mieux que les français, le gĂ©nie de Berlioz : ai total, aprĂšs le sĂ©jour de 1847-1848, ce sont quatre autres Ă©pisodes outre-Manche qui permettent Ă  Hector de renouer avec l’inspiration et la santĂ© artistique : 1851, 1852, 1853, 1855. Celui qui admire Shakespeare s’en rĂ©jouit car il retrouve chez les londoniens, l’ñme de l’écrivain baroque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HECTOR & LES FEMMES

________________________________________________________________________________________________

 

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasDE CLEOPATRE Ă  ESTELLE
 Pour Berlioz, les femmes sont le grand mystĂšre. Celui qui l’inspire toute sa vie, mais tant qu’il est inaccessible et fantasmĂ©. A l’époque de ses premiĂšres vacances isĂ©roises, Estelle est cette jeune fille, pourtant plus ĂągĂ©e que lui dont il s’éprend au delĂ  de la raison alors qu’il n’a que
 11 ans. Passion juvĂ©nile irraisonnĂ©e, mais les amours de jeunesse sont les plus tenaces, indĂ©lĂ©biles. Dans la rĂ©alitĂ© les choses se dĂ©litent et gĂ©nĂšrent le chaos (cf. sa liaison embrasĂ©e puis son mariage dĂ©sastreux avec Harriet, lire ci aprĂšs).

Ainsi dans la Symphonie Fantastique de 1830, quelques mois aprĂšs l’écriture de sa cantate ClĂ©opĂątre qui avait failli lui faire obtenir le premier prix de Rome en 1829 (il l’obtiendra finalement Ă  la 4Ăš tentative en
 1830 justement, l’annĂ©e de tous les succĂšs avec la Mort de Sardanapale), le compositeur se souvient de l’ĂȘtre aimĂ©e, cette Estelle sublimĂ©e qui ne cesse de nourrir son dĂ©sir et sa quĂȘte de l’ĂȘtre idĂ©al. Dans ce premier volet d’un cycle plus vaste en deux parties intitulĂ© Episodes de la vie d’un artiste (la seconde partie s’appelle Lelio ou le retour Ă  la vie), Berlioz rĂ©forme le langage orchestral (comme le fit Beethoven Ă  son Ă©poque) tout en dĂ©livrant un message autobiographique. Qu’il s’agisse ou pas du dĂ©lire poĂ©tique d’un auteur en proie aux visions positives puis cauchemardesques suscitĂ©es par l’opium (cf. le tableau de GĂ©ricault), les deux premiers mouvements, qui suivent un schĂ©ma poĂ©tique prĂ©cisĂ©ment rĂ©digĂ© par le compositeur (RĂȘveries – passions, puis Un bal), cristallisent la quĂȘte de la femme idĂ©ale. Ils expriment surtout le conflit que cet amour provoque dans l’esprit fĂ©brile du jeune amoureux.

 

 

 

harriet smithson ophelie baerlioz 2019 classiquenewsHARRIET, drame et passion
 En 1827, comme nombre d’artistes parisiens, Berlioz dĂ©couvre sur la scĂšne de l’OdĂ©on, la force dramatique du thĂ©Ăątre de Shakespeare, surtout le charme « exotique » d’une actrice irrĂ©sistible, l’écossaise Harriet Smithson dans le rĂŽle d’OphĂ©lie. Puisqu’elle ne rĂ©pond pas Ă  ses lettres, – or on sait que la plume du compositeur Ă©galait au moins son inspiration musicale), Berlioz ambitionne de la sĂ©duire par la musique : ce sera l’enjeu de sa Symphonie Fantastique. Le motif mĂ©lodique de l’idĂ©e fixe, qui provient de sa cantate Herminie et qui structure les deux mouvements, renvoie directement Ă  l’extase amoureuse que Hector aime cultiver lorsqu’il songe Ă  celle dont il est tombĂ© amoureux. Amoureux, Berlioz est surtout frustrĂ©, car la belle investie, rĂ©siste, paraĂźt indiffĂ©rente, ne rĂ©pond pas Ă  son dĂ©sir
Harriet lui rappelle Estelle : comme elle, Harriet est plus ĂągĂ©e que lui. S’il y a de la passion dans son dĂ©sir, Berlioz est aussi dĂ©vorĂ© par l’amertume et le sentiment de l’abandon. VoilĂ  posĂ©s les mouvements Ă©motionnels de son Ăąme romantique. L’idĂ©e fixe est ainsi Ă©noncĂ©e dĂšs le dĂ©but, Ă  la fois priĂšre et mĂ©lancolie. MĂȘme dans le 3Ăš Ă©pisode de la Fantastique, l’évocation pastorale du ranz des vaches / ou scĂšne aux champs, avec dialogue de deux bergers (cor anglais et hautbois), l’idĂ©e fixe refait surface mais cette fois, avec un sentiment de panique larvĂ©e, d’abandon, associant faibles espoirs et rĂ©elles craintes.

 

Un Ă©vĂ©nement prĂ©cĂ©dent en Italie reste mĂ©morable
 Cet Ă©lan solitaire, impuissant puis frustrĂ© voire rĂ©voltĂ© s’était dĂ©jĂ  produit Ă  Rome, aprĂšs avoir obtenu le Premier Prix de Rome, Berlioz, pensionnaire Ă  la Villa Medicis, apprend que sa fiancĂ© Marie Moke lui prĂ©fĂšre Camille Pleyel.

 

PrĂ©sente lors de la reprise de la Fantastique en 1832, Harriet lui accorde enfin de l’intĂ©rĂȘt. En 1833, Berlioz la presse de ses assiduitĂ©s, enfin obtient sa main
 pour un mariage (Liszt est leur tĂ©moin) qui sera marquĂ© par la dĂ©pression, l’incomprĂ©hension, la jalousie et enfin la sĂ©paration. De faible constitution, Harriet lui donnera cependant un fils, Louis nĂ© en 1834. Harriet est alitĂ©e, malade et probablement dĂ©pressive, depuis qu’elle ne joue plus sur les planches des thĂ©Ăątres, quand Berlioz conçoit son chef d’Ɠuvre entre opĂ©ra et symphonie, RomĂ©o et Juliette (1838). L’ivresse sensuelle de l’air de Juliette, le premier air chantĂ© de la « symphonie dramatique avec choeur et solistes », exprime dĂ©sormais la passion intacte mais frustrĂ©e d’un cƓur entier Ă  (re)prendre (celui de Berlioz). Harriet s’éteindra en 1854 (53 ans) : le couple s’était dĂ©jĂ  sĂ©parĂ© depuis 10 ans.

 

 

RECIO marie soprano berlioz 2019 dossier berlioz 2019 classiquenews MarieMARIE RECIO
 nouvelle Ă©toile Ă©mergeant au dĂ©but des annĂ©es 1840, la nouvelle aimĂ©e s’appelle Marie Recio, plus jeune de 10 ans que lui : admirative et aimante, elle a la santĂ© pour le suivre partout dans ses voyages (Ă  la diffĂ©rence d’Harriet). Berlioz forme mĂ©nage avec Marie Ă  partir de 1844. De fait, Marie saura l’aider, le rassurer et mĂȘme gĂ©rer avec un sens des affaires, les contrats et les modalitĂ©s des engagements. PlutĂŽt Ă©lancĂ©e et brune, Marie est chanteuse, et expĂ©rimentĂ©e. Elle chante les Nuits d’étĂ© (1841, dĂ©diĂ©es Ă  Louise Bertin) sous le pilotage de Berlioz lui-mĂȘme, preuve de la qualitĂ© de cette voix de soprano, probablement ciselĂ©e pour la mĂ©lodie et l’extase poĂ©tique. Elle sera prĂ©sente surtout pour le grand voyage de reconstruction, en Russie, Ă  partir de l’hiver 1847, quand Berlioz est dĂ©truit aprĂšs l’insuccĂšs de son opĂ©ra, prĂ©cisĂ©ment sa lĂ©gende dramatique, La Damnation de Faust (crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique en dĂ©c 1845).

 

 

 

 

A suivre : Berlioz critique musical / les goûts de Berlioz

__________________________________________________

 

DISCOGRAPHIE

Retrouvez ici les meilleures rĂ©alisations discographiques, les dvd Hector Berlioz Ă©ditĂ©s Ă  l’occasion de l’annĂ©e BERLIOZ 2019 :

 

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013). Berliozien, Sir Colin Davis l’est avant tout autre. Et bien avant les français, tant le chef britannique a dĂ©montrĂ© non sans argument sa passion pour la musique romantique française, exploitant toutes les ressources du LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, orchestre chatoyant et dramatique, d’une rare efficacitĂ© et plus encore, Ă  la fois Ă©lĂ©gant et nerveux, dans les pages les plus mĂ©ritantes de notre Hector national
 si peu compris, et Ă©valuĂ© Ă  sa juste mesure par ses compatriotes qui encore en 2019, continueront de le bouder : un musicien humainement dĂ©testable et jamais content, Ă  l’aune du compositeur, plus spectaculaire que poĂšte. Le dĂ©saccord entre notre pays et Berlioz ne date pas d’hier et se poursuit. On veillera Ă  suivre les cĂ©lĂ©brations de l’annĂ©e BERLIOZ 2019. Or Ă  BERLIOZ revient le mĂ©rite aprĂšs Rameau, avant Debussy et Ravel, de rĂ©inventer l’orchestre français, douĂ© d’une sensibilitĂ© inouĂŻe pour la couleur, le timbre, l’orchestration. DAVIS nous indique tout cela, grĂące Ă  une baguette infiniment ardente, articulĂ©e, dĂ©taillĂ©e
 amoureuse de la couleur berliozienne. VoilĂ  qui avant l’annĂ©e 2019, nous comble dĂ©jĂ . Le disque satisfait notre attente, car avouons le, nous n’attendons rien de l’annĂ©e Berlioz Ă  venir. EN LIRE +

 

________________________________________________________________________________________________

LIRE :

berlioz-hector-bruno-messina-150-ans-celebration-berlioz-2018-par-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Bruno Messina : BERLIOZ (Actes Sud). VoilĂ  une biographie heureuse qui est le fruit d’un travail personnel et d’un compagnonage avec l’un des compositeurs les plus essentiels et les plus ambivalents aussi de l’histoire de la musique romantique française. Hector Berlioz (mort le 8 mars 1869) fut autant cĂ©lĂ©brĂ© que critiquĂ© ; Ă©cartĂ© qu’adulĂ© ; fascinant autant qu’exaspĂ©rant
 D’ailleurs, le texte de l’auteur commence non sans raison par souligner le portrait d’un homme qui se plaint en permanence, de tout, de son Ă©poque, de son Ă©tat, de lui-mĂȘme
 Berlioz en maladif, dĂ©pressif, neurasthĂ©nique ? L’angle est original et trĂšs bien senti. Le reste de ce texte biographique de premiĂšre importance pour qui veut comprendre le crĂ©ateur de la Symphonie fantastique, de la Damnation de Faust, du Requiem, des Troyens, se rĂ©vĂšle passionnant voire essentiel. VoilĂ  donc un apport majeur pour les cĂ©lĂ©brations BERLIOZ 2019 (150 Ăš anniversaire de la mort)qui promettent mieux que les actuels anniversaires 2018 Debussy, Gounod et Bernstein.
Parution annoncé le 14 nov 2018. EN LIRE PLUS

 

Ă  suivre…

Comments are closed.