Benvenuto Cellini revient à PARIS

BERLIOZ vignette HectorBerlioz9PARIS, Opéra Bastille. BERLIOZ : BENVENUTO CELLINI, 20 mars – 14 avril 2018. L’échec fut dur à encaisser pour Berlioz : son Benvenuto Cellini, biopic lyrique sur la vie du sculpture italien, maniériste, dans la Rome sanguinaire, éruptive du XVIè, créé à l’Opéra de Paris, salle Le Peletier le 10 septembre 1838, ne plut absolument pas aux parisiens. Au XXè siècle même réception et estimation timide de l’opéra romantique français : jamais joué jusqu’en 1972, repris en 1993 (grâce à Myung Whun Chung auquel on doit aussi la résurrection des Troyens dans la même salle en 1989…) ; mars 2018, revoici Benvenuto dans l’ample vaisseau de Bastille, dès ce 20 mars 2018. Mais la mise en scène risque d’en rebuter plus d’un (signée Terry Gilliam et créée en 2014 déjà à l’English National Opera), sans compter la distribution guère appétissante… quoique que John Osborne et Pretty Yende (dans les rôles de Benvenuto et de Teresa) pourraient créer une surprise… double.
Mais à trop « oser » des réalisations visuelles décalées, et non inédites, on risque l’indigestion (on l’a vu récemment sur la même scène, pour le Don Carlos de Verdi, théâtralement anecdotique et terne, puis dansLa Bohème… perdue dans l’espace). De quoi enterrer définitivement ou pour de nouvelles décades l’ouvrage le moins compris de Berlioz ?

 

 

cellini opera de berlioz presentation par CLASSIQUENEWS benvenuto-cellini-grangerL’opéra est d’abord celui d’un ténor, à l’origine, Gilbert Duprez le créateur que Berlioz a particulièrement gâté : Benvenuto est un rôle héroïque et tendre à la fois, nerveux et passionné. Un défi pour l’interprète comme acteur et comme chanteur. A la source du sujet, sont les Mémoires du sculpteur et orfèvre italien que la génération des Romantiques Français, de Balzac à Berlioz a minutieusement dévoré : tous les créateurs conscient de leur talent et pourtant rejeté par leur époque, se sont identifiés à Benvenuto Cellini, génie insoumis, auteur révolté voire colérique… facétieux aussi et plein d’un orgueil imprévisible parfois. Une sorte de Michel-Ange, mais en moins puissant. D’ailleurs on peut s’étonner que l’opéra n’ait pas eu l’idée de mettre en scène le génie michelangelesque, préférant ce Benvenuto irascible, dont la figure sur la scène permet de traiter le thème de l’artiste dans son rapport à la société (ce que fait aussi Wagner dans Tannhäuser, plus de 20 ans après Berlioz).

 

 

cellini benvenuto cellini opera de barlioz par classiquenews 2015-002-Perseo-particolareLa version qu’en propose Paris est celle en 2 actes et 4 tableaux : selon le découpage original de 1838 – plus efficace que celle en 3 actes dite de Weimar, réglée par Berlioz et Liszt en 1852. C’est essentiellement grâce aux chefs anglais que Berlioz ressuscite progressivement sur la scène : John Pritchard, surtout Colin Davis dont la première version de 1972 marque une réussite inouïe, toujours indépassable. Car entre autres, outre le geste orchestral, nerveux, sanguin, palpitant propre au chef britannique, c’est que le choix des solistes, francophones ou diseurs éloquents / intelligibles y permettent et réussissent une caractérisation exemplaire de chaque personnage : Balducci, Ascanio, même le Pape, et le cabaretier, sans omettre l’excellent et justement légendaire ténor Nicolai Gedda, au verbe délicat et frénétique qui incarne toute la richesse ambivalente et fascinante du personnage moteur de Cellini… cf. son air contemplatif « sur les monts »…). En vérité, pour Benvenuto Cellini, les interprètes doivent être fins et nerveux, à la mesure du sujet principal, Benvenuto Cellini lui-même, dont le style comme orfèvre et sculpture, tel qu’il s’affirme dans les statues de Persée ou de Diane, manifeste cette harmonie esthétique de la Renaissance italienne, capable de concilier idéal et réalité, beauté et réalisme. Qu’en sera-t-il sur la scène de l’Opéra Bastille ? A suivre… Prochaine critique développée sur classiquenews.com

 

 

 

 

 

 

PARIS, Opéra Bastilleboutonreservation
BERLIOZ : BENVENUTO CELLINI, version 2 actes, 1838
Du 20 mars au 14 avril 2018

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Benvenuto Cellini, l'opéra impossible de Berlioz à BASTILLE 

 

 Persée, fier, nerveux, à la mine victorieuse et supérieure, un rien dégoûtée, brandit la tête coupée de la terrifiante Méduse, statue en bronze par Benvenuto Cellini (Florence)

 

 
 

 

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