Avril 2007: mois russe sur Mezzo

Avril russe sur Mezzo
En avril 2007, Mezzo met Ă  l’honneur la musique russe. Danse, opĂ©ra, musique symphonique, voici notre sĂ©lection.

Serge Prokofiev
Alexandre Nevski

SergueĂŻ Eisenstein. Noir et blanc. 1h52mn, 1938.
Avec NikolaĂŻ Tcherkassov, NikolaĂŻ Okhlopov…

Diffusion

Le 2 avril 2007 Ă  20h45
Le 3 avril 2007 Ă  13h45
Le 16 avril 2007 Ă  3h45

En 1242, le peuple russe doit se solidariser face Ă  une double menace: les monghols Ă  l’est, surtout les chevaliers teutoniques Ă  l’ouest. Rien de tel pour exalter l’âme russe et exciter l’Ă©lan nationaliste. En pleine ascension nazie, le cinĂ©aste Eisentein souligne les vertus du nationalisme contre la barbarie du fascisme. Au service de l’idĂ©al patriotique, le film diffuse sa force conquĂ©rante: en plans serrĂ©s, dans les tableaux collectifs oĂą se joue le sort d’un peuple dĂ©sireux de libertĂ© et d’indĂ©pendance, le rĂ©alisateur transmet la passion et la fureur humaine: les scènes de bataille sont rĂ©alistes, violentes; Ă  l’humanitĂ© des soldats de Russie est opposĂ©e la froideur des chevaliers casquĂ©s. La musique de Prokofiev, alors âgĂ© de 47 ans, souligne la charge Ă©motionnelle qui trouve dans l’ultime assaut, sur le lac gelĂ©, son point d’orgue.
Depuis 1936, le compositeur qui s’est expatriĂ©, a souhaitĂ© revenir en URSS. Au moment des annĂ©es noires, celles des purges staliniennes, dont Chostakovitch subit de cuisantes humiliations, Prokofiev monte en grade, pour, Ă  partir de 1938, devenir un compositeur officiel, au service des idĂ©aux de l’appareil soviĂ©tique. Son ascension sera de courte durĂ©e: il goĂ»tera lui aussi l’amertume de l’humiliation et de la mise Ă  l’Ă©cart…
Quoiqu’il en soit, le musicien sait tirer partie de l’expressionnisme des images filmĂ©es par Eisenstein. Dans le tableau final, contemplant les cadavres et les ruines d’une terre dĂ©vastĂ©e, le vainqueur contemple froidement l’horizon plein d’espoir quand la soprano entonne son chant de compassion. Sublime.

Serge Rachmaninov

Concerto pour piano n°2 en ut mineur opus 18

Concert, 38 mn, 1974. Alexis Weissenberg (piano), Berliner Philharmoniker, direction: Herbert van Karajan.

Diffusion


Le 6 avril 2007 Ă  20h45
Le 7 avril 2007 Ă  13h45
Le 14 avril 2007 Ă  4h
Le 16 avril 2007 Ă  5h29
Le 25 avril 2007 Ă  16h45

Dès 1900, Rachmaninov prĂ©sente ses deuxième et troisième mouvements (composĂ©s avant le premier). La crĂ©ation du concerto intĂ©gral a lieu en octobre 1901. L’oeuvre marque le retour du musicien sur la scène crĂ©ative après que l’Ă©chec de sa première Symphonie l’ait laissĂ© dĂ©muni et dĂ©pressif. Il se sortira de sa profonde mĂ©lancolie grâce au traitement par hypnose du mĂ©decin et psychothĂ©rapeute, Niels Dahl. Ce dernier lui suggĂ©ra l’idĂ©e d’un concerto pour piano. Ainsi naquit le Concerto n°2, dĂ©diĂ© au mĂ©decin salvateur. La houle puissante de son harmonie, le souffle irrĂ©pressible de son romantisme ont imposĂ© l’oeuvre auprès des virtuoses du piano, et suscitĂ©, depuis sa crĂ©ation, l’accueil enthousiaste du public.

Modeste Moussorgski

Boris Godounov

Opéra. Festival de Pâques de Sazlbourg. 1998, 3h15mn. Mise en scène: Herbert Wernicke. Direction musicale: Claudio Abbado. Versions de 1869, 1872 et 1874.

Diffusion

Le 7 avril 2007 Ă  20h45
Le 8 avril 2007 Ă  13h45
Le 17 avril 2007 Ă  15h45
Le 19 avril 2007 Ă  3h45
Le 27 avril 2007 Ă  15h45

Tableau dĂ©senchantĂ©, tragĂ©die d’un homme seul et dĂ©rive d’un peuple manipulĂ©, Boris Godounov d’après Pouchkine, reste l’ouvrage le plus fascinant de l’opĂ©ra russe. Moussorsgki qui reprend l’oeuvre Ă  plusieurs reprises, comme submergĂ© par le souffle de la fresque convoquĂ©e, aborde de nombreux thèmes propres Ă  l’histoire russe. Rapport du politique et de la vertu, rapport de l’Ă©glise au pouvoir, psychologie acide et critique voire cynique sur les opportunistes politiciens et les ambitieux dĂ©clarĂ©s, l’oeuvre est d’une richesse captivante que la production diffusĂ©e par Mezzo, aborde avec engagement et lisibilitĂ©. Wernicke y signe l’une de ses meilleures mises en scène (soulignant le souffle historique du sujet) et Abbado, entourĂ© d’une Ă©quipe qui a dĂ©jĂ  chantĂ© l’oeuvre Ă  Salzbourg dès 1993, donne toute la mesure de la fresque universelle. Avec d’autant plus d’intĂ©rĂŞt que le chef a assemblĂ© avec pertinence, les diffĂ©rentes versions de l’opĂ©ra moussorsgkien. Lecture incontournable pour un chef-d’oeuvre lyrique.
Lire aussi notre dossier Boris Godounov par Claudio Abbado.

Marius Petipa

La fille de Pharaon, 1862

Ballet en trois actes. 1h45, 2003. ChorĂ©graphie, mise en scène, adaptation: Pierre Lacotte d’après Marius Petipa. Musique: Cesare Pugni, adaptĂ©e par Alexandre Sotnikov. Solistes: Svetlana Zakharova (Aspicia), SergueĂŻ Filin (Lord Wilson/Taor), Gennady Yanin (John Bull/Passiphonte), ballet et orchestre du Théâtre BolshoĂŻ de Moscou, direction: Alexandre Sotnikov.

Diffusion

Le 22 avril 2007 Ă  20h45
Le 23 avril 2007 Ă  13h45
Le 2 mai 2007 Ă  4h15
Le 3 mai 2007 Ă  15h45
Le 12 mai 2007 Ă  15h45

Marius Petipa fit toute sa carrière en Russie, en particulier pour le théâtre Mariinski de Saint-PĂ©tersbourg. La fille du Pharaon, chorĂ©graphiĂ© en 1862, marque les dĂ©buts de sa carrière officielle Ă  la Cour du Tsar. Pour le BolshoĂŻ, l’ancien danseur de l’OpĂ©ra de Paris, Pierre Lacotte auquel on doit aussi une restitution fidèle de La Sylphide, s’est penchĂ© sur l’histoire et le style chorĂ©graphique de La fille du Pharaon. Le travail s’est rĂ©vĂ©lĂ© difficile car les manuscrits parvenus comportaient de nombreuses lacunes. Lacotte s’est donc inspirĂ© du style d’Ă©poque selon sa propre connaissance du ballet romantique tel que l’enseignait le père de la Ballerine, Marie Taglioni. Les amateurs de restitutions exotiques, comptant moult anachronismes (en filles de Diane, de sveltes danseuses Ă  tutu, portant l’arc, gambadent parmi les gardiens de l’Egypte de Ramsès…).
Aux pieds des grandes pyramides de Guizeh, deux explorateurs anglais sont surpris par une tempĂŞte de sable: ils se refugient dans un temple et s’assoupissent. Toute l’action du ballet est le sujet du rĂŞve de l’explorateur Lord Wilson (SergueĂŻ Filin), lequel devient dans l’intrigue onirique, Taor. L’invention de Petipa mĂŞle classicisme (solos, pas de deux, ballets, pas d’action, cortèges et marches solennelles dont Pharaon sur son char tirĂ© par un vrai cheval…) et Ă©pisodes imprĂ©vus comme le sĂ©jour de la fille de Pharaon, Aspicia, au fond des mers, au royaume de Neptune (!). Le couple vedette de cette restitution associe Ă  la très jeune et stylĂ©e Svetlana Zakharova (23 ans), la virilitĂ© agile et aĂ©rienne de SergueĂŻ Filin. Une redĂ©couverte servie avec scrupule.

Illustrations
Le Tsar Boris en 1607 (DR)
Affiche pour le film Alexandre Nevski (DR)
Serge Rachmaninov au piano (DR)
Chaliapine dans le rĂ´le de Boris (DR)
La Ballerine Svetlana Khasarova (DR)

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