REPORTAGE : Bruno Procopio et l’Orchestre National des Pays de la Loire (mars 2017, version anglais)

MAESTRO dĂ©fricheur : Bruno Procopio et l'Orchestre National des Pays de la LoireREPORTAGE : Bruno Procopio et l’Orchestre National des Pays de la Loire – “ Maestro transatlantique “ : dans un portrait vidĂ©o exclusif oĂč les Ă©quipes de CLASSIQUENEWS le suivait de Paris Ă  Rio, entre France et BrĂ©sil, ses deux pays de cƓur, le jeune maestro BRUNO PROCOPIO ne cesse de dĂ©fendre aujourd’hui l’interprĂ©tation des oeuvres symphoniques françaises, des LumiĂšres au Romantisme selon l’esthĂ©tique historiquement informĂ©e ; sa connaissance des traitĂ©s, sa pratique du clavecin dans les Ɠuvres remontant au baroque, favorisent une approche d’une rare acuitĂ© expressive. En particulier auprĂšs des orchestre sur instruments modernes : tenue d’archet spĂ©cifique, interprĂ©tation des ornements (souvent non indiquĂ©s sur les partitions), accents forts ou points d’appui
 sont autant d’élĂ©ments d’une comprĂ©hension nouvelle qui enrichit considĂ©rablement la pratique comme la culture des instrumentistes en orchestre. Pour preuve, cette expĂ©rience formatrice avec l’Orchestre National des Pays de la Loire, avec lequel Bruno Procopio, en une tournĂ©e de 7 dates en mars 2017 (7-13 mars 2017 en Pays de la Loire), dirigeait un programme entre LumiĂšres et Romantisme, c’est Ă  dire plusieurs pages emblĂ©matiques de l’évolution du goĂ»t parisien, de Rameau (Suite de Acanthe et CĂ©phise, Chaconne de Castor et Pollux) et Mozart (Ballets Les Petits Riens, Concerto pour flĂ»te et harpe), au fiĂ©vreux GOSSEC (Symphonie Ă  17 parties). Reportage vidĂ©o © classiquenews.tv — RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2017 – version ANGLAISE

REPORTAGE : Laurent Wauquiez et l’Orchestre d’Auvergne. Le classique pour tous (Mozart, Rameau, CPE Bach… Bruno Procopio)

PROCOPIO-bruno-vignette-582-portrait-concerts-maestro-chef-classiquenews-582-594REPORTAGE : Laurent Wauquiez et l’Orchestre d’Auvergne. Le classique pour tous (Mozart, Rameau, CPE Bach… Bruno Procopio, direction). Le 31 mars 2017 au ThĂ©Ăątre du Puy en Velay, l’Orchestre d’Auvergne invite le chef BRUNO PROCOPIO dans un programme CPE Bach, Rameau, Mozart et surtout Antoine d’Auvergne. Faire rayonner la spĂ©cificitĂ© culturelle de la rĂ©gion AUVERGNE-RHÔNE-ALPES sur le territoire et dans le monde, voilĂ  la mission dĂ©fendue par l’Orchestre de cordes seules, portĂ©, soutenu par Laurent Wauquiez, prĂ©sident de la RĂ©gion AUVERGNE-RHÔNE-ALPES. En jouant Antoine Dauvergne, compositeur gĂ©nial dans le sillon tracĂ© par Rameau, au Puy en Velay, au cƓur de l’Auvergne, par l’Orchestre d’Auvergne,… le symbole est fort. Fier d’une culture et d’une musique singuliĂšre, l’Orchestre rĂ©ussit ce pari avec d’autant plus de conviction expressive que le chef invitĂ© Bruno Procopio est grand spĂ©cialiste des styles baroque, prĂ©classique et classique, voire prĂ©romantique oĂč l’articulation, la tenue d’archer, la rĂ©alisation des ornements apportent une expĂ©rience complĂ©mentaire aux instrumentistes de l’Orchestre d’Auvergne qui jouent sur instruments modernes. REPORTAGE EXCLUSIF par le studio CLASSIQUENEWS.TV — RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM, aoĂ»t 2017

COMPTE RENDU, concert. Tente du GSTAAD Menuhin Festival & Academy, le 18 août 2017. Ravel, Lalo, Tchaikovski. Sol Gabetta. GFO Gstaad Festival Orchestra. Jaap van Zweden

GSTAAD festival prospekte-2017-2-465COMPTE RENDU, concert. Tente du GSTAAD Menuhin Festival & Academy, le 18 aoĂ»t 2017. Ravel, Lalo, Tchaikovski. Sol Gabetta, violoncelle. GFO Gstaad Festival Orchestra. Jaap van Zweden, direction. Attendu, prolongeant la formation de prĂšs de 3 semaines suivie par les 12 jeunes chefs en herbes de la Conducting Academy (acadĂ©mie de direction d’orchestre), le concert sous la tente de GSTAAD ce samedi 18 aoĂ»t Ă©tait un met de choix, promesse d’un grand bain symphonique pour le public, sĂ©quence primordiale pour les jeunes maestros car ils y Ă©coutaient concrĂštement la proposition de leur maĂźtre, le nĂ©erlandais Jaap van Zweden, aux commandes du formidable orchestre du Festival ; car, si la direction du chef suscite quelques rĂ©serves, c’est bien le niveau et l’engagement des presque 100 instrumentistes sur scĂšne (pour la 5Ăš de Tchaikovski) qui tenaient le haut de l’affiche d’une soirĂ©e mĂ©morable.
Peu de festivals en Europe peuvent compter sur les qualitĂ©s d’un orchestre maison : le GFO, GSTAAD FESTIVAL ORCHESTRA, a le brio des grandes phalanges plus rĂ©putĂ©es, mais douĂ© d’une Ă©nergie et d’une volontĂ© qui se rĂ©vĂšlent exemplaires
 quand tant d’orchestres constituĂ©s tournent en rond dans une routine souvent ennuyeuse et stĂ©rile. Ici le sens du travail, de la discipline, de l’assiduitĂ© et de la persĂ©vĂ©rance atteignent leur objectif : la rĂ©activitĂ© est sidĂ©rante et l’orchestre rĂ©agit immĂ©diatement avec une fureur stimulante aux indications du maestro (comme ce fut le cas aussi des 3 semaines de travail avec les 12 jeunes chefs apprentis de la Conducting Academy – AcadĂ©mie de direction d’orchestre Ă  GSTAAD).
De surcroĂźt, l’ampleur de la tente Ă  Gstaad laissait prĂ©voir des fortissimos permanents et une difficultĂ© naturelle Ă  respecter les nuances et les pianis les plus subtils. Rien de tel ce soir, car l’orchestre comme portĂ© par plusieurs semaines d’un travail acharnĂ©, avec le chef Zweden, avec les 12 jeunes chefs en apprentissage, s’impose par sa finesse d’intonation, ses unissons souples et onctueux, rĂ©vĂ©lant une motricitĂ© irrĂ©sistible qui rĂ©sout toutes les indications dynamiques, avec un naturel confondant.

DĂšs Pavane pour une infante dĂ©funte de Ravel, on s’étonne de l’équilibre sonore entre les pupitres, une attention ciselĂ©e Ă  la parure instrumentale, son Ă©clat irisĂ© dans la nuance, dessinĂ©, comme caressĂ©e par un Ravel pudique et recueilli ; l’intelligence expressive et mĂȘme poĂ©tique de chaque musicien rayonne. Alors surgit, en une soie orchestrale des mieux calibrĂ©es, le mystĂšre ravĂ©lien, qui est Ă  la fois enchantement et renoncement. D’emblĂ©e, la premiĂšre oeuvre inscrite au programme est une rĂ©ussite absolue.

 

 

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Les choses se gĂątent nettement dans le Concerto de Lalo, conçu entre sa Symphonie espagnole et la Rhapsoie norvĂ©gienne
 : faute en incombe au chef qui ne mesurant pas assez la formidable versatilitĂ© et flexibilitĂ© d’un orchestre fĂ©lin, surenchĂ©rit cependant dans la duretĂ© la plus brutale, dĂ©contenançant l’auditeur par une fureur sĂ©vĂšre et sĂšche quand la partition trĂšs parisienne et Ă©clectique de Lalo, brille plutĂŽt par une Ă©lĂ©gance idĂ©alement française, pleine de panache et de facĂ©tie contrastĂ©e (surtout sur le plan rythmique). Visiblement Zweden ne comprend pas la subtilitĂ© française romantique, ce qui n’est pas le cas de la magicienne Ă  ses cĂŽtĂ©s, aussi nuancĂ©e que mystĂ©rieuse et mĂȘme Ă©nigmatique, la violoncelliste Sol Gabetta que sa rĂ©putation de sirĂšne onirique ne trahit pas ce soir : quelle souplesse et quel art de la nuance, Ă  la fois enjouĂ©e, lĂ©gĂšre, 
 funambule, grave aussi (langueur sidĂ©rante et rĂȘveuse du second mouvement, un Intermezzo notĂ© andantino). La carrure diablement rythmique, les changements incessants d’épisodes expressifs, en particuliers des deux derniers mouvements emportent l’adhĂ©sion par une sensibilitĂ© ardente qui ne s’autorise aucun effet racoleur. On se souvient d’un concert Ă  Venise oĂč c’était le canadien Jean-Guihen Queyras qui savait transfigurer une partition taillĂ©e pour les plus grands interprĂštes : ce soir, mĂȘme virtuositĂ© intĂ©rieure, formidablement inspirĂ©e. A l’inverse, la fougue dĂ©monstrative du chef surprend, concevant le Concerto de Lalo de 1876, pourtant d’une finesse inĂ©dite, telle une arĂšne de boxeurs, survolant la sĂ©quence avec une autoritĂ© dĂ©bordante qui nous a semblĂ©, malgrĂ© sa prĂ©cision, souvent outrĂ©e et rien que dĂ©monstrative.

 

 

L’Orchestre du Festival (GFO), vrai hĂ©ros de la soirĂ©e Ă  Gstaad

 

gstaad japp von zweden maestro

 

PiĂšce maĂźtresse de la soirĂ©e, la saisissante 5Ăšme Symphonie de Tchaikovski, oeuvre du destin, conçue Ă  partir de mars 1888, puis crĂ©Ă©e par l’auteur en novembre suivant-, d’une profondeur autobiographique : un sommet de l’art orchestral qui dĂ©bouche directement sur la sublimation fantastique et spirituelle de la 6Ăš (laquelle traverse le miroir, offrant une saisissante conscience de la mort). Voici donc une oeuvre qui contient toute l’ambiguĂŻtĂ© de Piotr Illyitch Ă  son plus haut degrĂ© de conception. ThĂ©Ăątre tragique oĂč s’exprime puissant et inĂ©luctable le chant du fatum (dont le thĂšme en un dĂ©ploiement cyclique traverse les 4 mouvements), et aussi source d’un Ă©merveillement salvateur (l’admirable Valse de son allegro, III, faux Ă©pisode d’insouciance, mais vĂ©ritable affirmation d’une espĂ©rance secrĂšte). Il faut toute l’intelligence des plus grands pour comprendre le noeud de cette ambivalence, en particulier dans le dernier mouvement oĂč la marche devient choral, non sans balancer entre doute et ferveur. L’interrogation voire l’angoisse sont au coeur de la forge symphonique lĂ©guĂ©e par Tchaikovski dont on sait les tiraillements intimes.
On ne mettra pas en doute la formidable Ă©nergie du chef Zweden, sa capacitĂ© fĂ©dĂ©ratrice, la prĂ©cision quasi horlogĂšre de sa direction dont l’entrain et la fiĂšvre culminent Ă©videmment dans le flux contradictoire du dernier mouvement : l’intensitĂ© et l’ardeur communicatives font effectivement basculer le thĂšme cyclique en un formidable choral oĂč pointe de plus en plus rayonnante, la victorieuse foi qui force un destin d’abord hostile. MalgrĂ© l’exceptionnelle expressivitĂ©, et l’acuitĂ© motrice de la direction, on regrette cependant que dans l’intention, malgrĂ© la mĂ©canique de prĂ©cision et d’accentuation qui s’appuie sur une Ă©tonnante prĂ©paration, le geste ne tranche pas vraiment entre l’accomplissement de la tragĂ©die intime 
 et l’affirmation d’une espĂ©rance Ă  tout craint. Hors du combat spirituel, Zweden opte toujours pour une volontĂ© dĂ©monstrative d’un poli viscĂ©ralement / essentiellement 
 hĂ©doniste. Belle indiscutablement, la sonoritĂ© rayonne ; l’intensitĂ© culmine ; les contrastes claquent et rugissent. Mais quel est le sens de cette explosion suractive, instrumentalement trĂšs Ă©laborĂ©e ? Certes les forces qui s’affrontent sont bien prĂ©sentes (en une transe magistralement calibrĂ©e) mais ce sont les dĂ©fis que se lance le maestro Ă  lui-mĂȘme qui priment sur la partition plutĂŽt que la rĂ©solution de ses contradictions pourtant passionnantes (conflit et angoisse viscĂ©rale du compositeur). Sa rĂ©ussite est technique … puis musicale.
Le vrai hĂ©ros du soir demeure pour nous l’exceptionnel feu de l’orchestre du Festival, un collectif dotĂ© d’une fusion expressive souvent capable du meilleur. Les spectateurs qui attendaient ce concert comme un Ă©vĂ©nement, n’auront pas Ă©tĂ© déçus : outre les rĂ©serves que nous Ă©mettons Ă  l’endroit du chef nĂ©erlandais, rĂ©serves qui n’effacent en rien son Ă©tonnant charisme impĂ©tueux, le Concerto de Lalo puis la symphonie de Tchaikovski ont atteint des sommets d’électrisation et de magnificence orchestrale. C’est bien sous la tente Ă  GSTAAD, l’étĂ©, que se dĂ©roulent les grands instants de communion artistique. A dĂ©faut d’avoir pleinement mesurĂ© l’inquiĂ©tude profonde, spirituelle du dernier Piotr Illiytch, l’étonnante versatilitĂ© expressive du GFO, – Gstaad Festival Orchestra, nous a totalement sĂ©duit. C’est bien tout le mĂ©rite du Festival Menuhin et de son actuel directeur artistique Christoph MĂŒller que d’avoir su rassembler et conduit jusqu’à l’excellence un tel collectif de musiciens, rĂ©unis le temps d’un Ă©tĂ© en Suisse, dans l’Oberland bernois. L’aventure orchestrale devrait aussi se poursuivre, prĂ©cisĂ©ment par une tournĂ©e jusqu’Ă  Hambourg (Philharmonie de l’Elbe) : Le GFO n’est-il pas le meilleur ambassadeur de cette excellence Ă  GSTAAD chaque Ă©tĂ© ? A suivre.

 

 

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COMPTE RENDU, concert. Tente du GSTAAD Menuhin Festival & Academy, le 18 août 2017. Ravel, Lalo, Tchaikovski. Sol Gabetta, violoncelle. GFO Gstaad Festival Orchestra. Jaap van Zweden, direction.

 

 

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COMPTE RENDU, festivals 2017. GSTAAD Menuhin Festival & Academy : concerts des 14, 15, 16, 18 août 2017

GSTAAD festival prospekte-2017-2-465COMPTE RENDU, festivals 2017. GSTAAD Menuhin Festival & Academy : concerts des 14, 15, 16, 18 aoĂ»t 2017. GSTAAD, UN EDEN MUSICAL ESTIVAL
 Dans le sillon tracĂ© par la lĂ©gende Yehudi Menuhin qui l’a crĂ©Ă© il y a 61 ans,- 2016 avait marquĂ© le jubilĂ© du festival suisse dans le Saanenland, le festival estival de Gstaad (prĂ©cisĂ©ment selon la nomenclature officielle : « GSTAAD MENUHIN Festival & Academy ») poursuit la double vocation premiĂšre du cycle de concerts : partage et pĂ©dagogie. Le public vient y goĂ»ter les meilleurs interprĂštes dans une palette Ă©largie de formes musicales (musique de chambre, rĂ©citals intimistes, concerts symphoniques, opĂ©ra en version de concert.)
 Les jeunes musiciens viennent y perfectionner leur mĂ©tier le temps des 5 acadĂ©mies dont la plus impressionnantes demeure celle dĂ©diĂ©e Ă  la direction d’orchestre, cette annĂ©e pilotĂ©e par le chef nĂ©erlandais Jaap von Zweden. Un tempĂ©rament Ă©nergique volontiers dĂ©monstratif, soucieux de conduire jusqu’Ă  leurs limites ultimes, les 12 jeunes chefs en lice, candidats au prix Neeme Jarvi qui promet Ă  l’heureux Ă©lu des engagements concrets avec les orchestres partenaires (Bern, BĂąle
).

 

 

gstaad-eglise-festival-yehudi-menuhin-presentation-classiquenewsINTIMISME PRÉSERVÉ DANS LE SAANENLAND
 Mais Gstaad doit son charme irrĂ©sistible aux concerts intimistes dans les chapelles et Ă©glises du territoire (Saanenland : Saanen Ă©tant la ville noyau oĂč Yehudi Menuhin dĂšs 1957 donnait ses premiers concerts), dont l’austĂ©ritĂ© et la rusticitĂ© protestante assurent des conditions acoustiques idĂ©ales, en partie grĂące au volume bien dimensionnĂ© de leur nef central et unique, coiffĂ©e souvent d’une voĂ»te en bois, idĂ©al Ă©crin pour les concerts de musique de chambre et les rĂ©citals.

 

C’est le cas des premiers concerts auxquels nous avons assistĂ© Ă  partir du 14 aoĂ»t et jusqu’au 19 aoĂ»t 2017. Point d’orgue de cette semaine, le concert du soir du 19 indique une autre dimension pour le festival suisse, celle des grands rendez vous symphoniques (et lyriques). En effet le concert du 19 aoĂ»t reste celui attendu, sous la tente cathĂ©drale de Gstaad oĂč maestro Zweden dirige Sol Gabetta dans le Concerto de Lalo, avant d’aborder avec le mĂȘme orchestre du festival (GFO Gstaad Festival orchestra, soit prĂšs de 100 musiciens), la 5Ăšme de Tchaikovski dont le maestro faisait dĂšs les rĂ©pĂ©titions, une grande machine Philharmonique au souffle Ă©loquent et Ă©lectrique, confinant Ă  une sĂ©rie d’éruptions orchestrales d’une vĂ©hĂ©mence spectaculaire. Lire notre compte rendu complet Ă  partir du 22 aoĂ»t 2017.

Le 14 aoĂ»t 2017, place Ă  l’intimitĂ© chambriste d’un programme qui met surtout en avant le violon ardent, juvĂ©nile de Christel Lee, nommĂ©e “Menuhin heritage artiste” (Ysaye subtilement tendu et expressif).

 

Vengerov-Maxim-17Puis le 15 aoĂ»t, c’est Maxim Vengorov qui fĂȘte les 30 ans de l’AcadĂ©mie Menuhin,- international Menuhin music academy / IMMA (acadĂ©mie qu’il dirige Ă  prĂ©sent), dans un programme copieux (Mozart, Prokofiev, Brahms, Bartok) : entourĂ© par les jeunes instrumentistes acadĂ©miciens, le musicien russe (nĂ© Ă  Novossibirsk), revenu au violon rĂ©cemment, confirme bien qu’il est avec le trĂšs rare Ă  prĂ©sent Vadim Repin, le plus bon son violonistique du moment,… saisissant de puretĂ© lumineuse, en une sonoritĂ© brillante mais habitĂ©e, d’une intelligence sobre, d’une franchise expressive sans effet ni boursouflure qui illumine et porte tout le Concerto de Mozart. De surcroĂźt l’Ă©glise de Saanen est celle oĂč tout a commencĂ© quand en 1957, Menuhin lui-mĂȘme tombait sous le charme du village qui allait devenir l’Ă©picentre de la vie musicale estivale suisse. L’aventure a commencĂ© il y a plus de 60 ans et poursuit son extraordinaire pĂ©riple.

Le niveau des cordes de l’AcadĂ©mie Menuhin est reprĂ©sentĂ© ce soir aussi par les musiciens du Sextuor de Brahms dont l’écheveau contrapuntique aux harmonies parfois Ăąpres et mordantes (spĂ©cificitĂ©s de la vie intĂ©rieure et mystĂ©rieuse de Brahms) s’Ă©claircit Ă  mesure que le flux musical se dĂ©veloppe et s’accomplit. L’expĂ©rience collective semble ĂȘtre totalement comprise et assimilĂ©e. Les musiciens incarnent magnifiquement ce qui importait tant pour leur fondateur Menuhin : dĂ©passement, Ă©coute, partage.

 

 

 

stradivarius-berlin-philharm-summit-gstaad-zweisimmen-concert-du-16-aout-2017-par-classiquenews-582

 

Le 16 aoĂ»t au soir, dans une autre Ă©glise du Saanenland (Zweisimmen), focus sur le nouveau projet Stradivarius d’un petit groupe de cordes du Berliner Philharmoniker, soit 6 solistes jouant sur des joyaux instrumentaux (prĂȘtĂ©s par une fondation), dont les qualitĂ©s instrumentales sont rendus harmonieusement proches grĂące aux secrets de fabrication Stradivarius dont dĂ©coulent les 6 instruments,vedettes de la soirĂ©e. La littĂ©rature musicale pour sextuor est riche; ce soir le choix se porte sur Brahms et surtout Tchaikovski (Souvenirs de Florence).
Du tissu brahmsien complexe Ă  la fois introspectif et trĂšs dense, les 6 solistes atteignent et nourrissent une vision rarement claire, Ă  l’intonation Ă©tonnamment heurtĂ©e qui manque souvent de fluiditĂ©. On sait combien documentaires nombreux Ă  l’appui, le son Stradivarius et ses soit disantes qualitĂ©s supĂ©rieures voire transcendantes relĂšvent d’une vue de l’esprit, du mythe plutĂŽt que de la rĂ©alitĂ© objective d’un phĂ©nomĂšne scientifiquement quantifiable.
Or l’engagement Ă  dĂ©faut de la cohĂ©rente synchronicitĂ© est bien souverain dans ce programme aux multiples vertus sonores.
MĂȘme vellĂ©itĂ©s de fusion chantante aux Ă©clairs intimes et pĂ©pites mĂ©lodiques dans Souvenirs de Florence : malgrĂ© une irrĂ©sistible sĂ©duction mĂ©lodique- qui assure le surgissement d’une nostalgie apaisĂ©e, la partition ne cache en rien cependant la nature angoissĂ©e et terriblement inquiĂšte de Piotr Ilyitch. Le concert de ce 16 aoĂ»t sensuellement caressĂ© par les timbres inspirĂ©s quoique souvent imprĂ©cis des 6 Stradivarius, l’a bien dĂ©montrĂ©.

 

 

 

 

COMME PILIER DE SON ACADEMIE DE DIRECTION, le GSTAAD MENUHIN Festival dispose d’un orchestre maison de premier plan

 

 

zweden jaap van gstaadL’ACADEMIE DE DIRECTION D’ORCHESTRE
 Aucun doute, Gstaad poursuit dans la diversitĂ© d’une offre Ă©quilibrĂ©e, cette attention spĂ©cifique aux cordes, rĂ©vĂ©rence renouvelĂ©e au violon de son fondateur historique Yehudi Menuhin. Vendredi 18 aoĂ»t 2017, autre lieu, autre concert, sous la tente, magnifique emblĂšme Ă  triples pointes sommitales du Gstaad moderne: des 12 jeunes maestros ayant suivi le coaching intensif du maĂźtre Jaap Von Zweden, finalement 7 dirigent lors de la finale avec orchestre. Beaucoup sont techniquement dĂ©jĂ  trĂšs prĂ©cis, peu savent fusionner la souplesse Ă©loquente des intentions Ă  une gestuelle mĂ©tronomique et rythmique impeccable. Parmi nos prĂ©fĂ©rĂ©s plus convaincants par une maĂźtrise qui s’autorise l’apparence de l’abandon mais maĂźtres d’une belle communication avec les plus de 80 musiciens, citons les trĂšs prometteurs : GONZALO FARIAS (Chili), l’autrichienne KATHARINA WINCOR qui a remportĂ© le prix : geste sobre, Ă©conome d’une belle fluiditĂ© qui incite Ă  l’intĂ©rioritĂ©.

 

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Enfin les deux corĂ©ens en lice, deux passionnantes sensibilitĂ©s pour le moins, qui mĂ©ritaient lĂ©gitimement d’ĂȘtre prĂ©sents ce soir sous la tente : la trĂšs subtile HOLLY CHOE dont le galbe de la baguette saisit immĂ©diatement autant que le nerf vif, incisif de son compatriote HEE-BEOM JEON captive par son sens affĂ»tĂ© du relief, sa fougue virile et cravachĂ©e. A la premiĂšre revenait la gestion tout en finesse de la valse de la 5Ăšme de Tchaikovski (scintillement instrumental), au second, l’Ă©nergie de conquĂȘte qui doit emporter la fiĂšvre de l’ultime sĂ©quence, forme transfigurĂ©e d’une marche finale.
RĂ©pondant Ă  la personnalitĂ© des candidats oĂč l’on regrette que pas un français ne soit prĂ©sent, s’affirme le feu collectif de l’orchestre du festival, somptueuse phalange composĂ©e des meilleurs instrumentistes issus d’un noyau primitif des orchestres suisses de BĂąle et de Bern.

 

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La prĂ©sence de cet orchestre festivalier concourt grandement au succĂšs de cette acadĂ©mie de direction d’orchestre Ă  Gstaad. Son implication, sa volontĂ©, son entrain (emmenĂ© par le premier violon d’origine roumaine « Vlad ») est un point crucial du festival estival de Gstaad.

 

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D’ailleurs les festivaliers familiers et adeptes ont immĂ©diatement mesurĂ© les progrĂšs parcourus par l’orchestre : une sonoritĂ© Ă©loquente, une fiĂšvre collective prĂȘte Ă  en dĂ©coudre, une interactivitĂ© immĂ©diate pour qui savait les stimuler. Au final, aprĂšs une sĂ©quence riche en sensibilitĂ©s maĂźtrisĂ©es, trĂšs efficacement pilotĂ©es par le pĂ©dagogue Zweden, les jeunes femmes et jeunes hommes prĂ©tendants au Prix Neeme JĂ€rvi (du nom de l’ancien chef ayant dirigĂ© cette acadĂ©mie de direction d’orchestre) ont offert une synthĂšse passionnante de ce qu’est le travail d’un chef et d’un orchestre : empathie voire charisme, prĂ©cision et clartĂ©, sensibilitĂ© et intention
 Tout passe par le geste et le regard, l’anticipation et la rĂ©activitĂ©. En cela, la Gstaad Conducting Academy propose une expĂ©rience captivante, Ă©videmment pour les candidats acadĂ©miciens, pour le public aussi, venu assister Ă  l’émergence et l’affirmation d’un tempĂ©rament fĂ©dĂ©rateur. Au terme du concert, le jury dĂ©signĂ© a distinguĂ© deux baguettes parmi les 7 : celles de Katharina Wincor (Autriche), et de Petr Popelka (RĂ©publique tchĂšque). LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche “PalmarĂšs du Neeme JĂ€rvi Prize 2017, Gstaad Menuhin Festival & Academy”…

Prochain compte rendu, concert du 19 août 2017 sous la tente : Zweden / Gabetta / GFO (Ravel, Lalo, Tchaikovski).

 

 

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AGENDA : 3 concerts événements à GSTAAD 2017
DUO de charme et de choc : Sol Gabetta et Celilia Bartoli accordent leurs voixProchains concerts Ă©vĂ©nements Ă  GSTAAD (jusqu’au 2 septembre 2017). 3 programmes s’annoncent absolument incontournables Ă  GSTAAD : Evgueny KISSIN dans le Concerto n°2 de Bartok sous la direction de Antonio Pappano (et l’Orchestre de l’Academie Santa Cecilia Roma) le samedi 26 aoĂ»t (Tente, 19h30) ; le programme en crĂ©ation mondiale (suivi d’un enregistrement chez DECCA) : « Dolce Duello » rĂ©unissant les deux tempĂ©rements superlatifs de la violoncelliste Sol GABETTA et de la mezzo Cecilia BARTOLI (airs d’opĂ©ras, dimanche 31 aoĂ»t, Ă©glise de Saanen, 19h30) ; enfin la version de concert d’AIDA de Verdi, sous la tente de Gstaad, le 1er septembre 2017 Ă  19h30, avec Francesco Meli (remplaçant Roberto Alagna initialement programmĂ©), Kristin Lewis (Aida), Anita Rachvelishvili (AmnĂ©ris)
 sous la direction de Gianandrea Noseda et le LSO London Symphony Orchestra. Ajoutons que le pianiste Evgeny Kissin publie un nouvel album fin aoĂ»t 2017, marquant son grand retour chez Deutsche Grammophon (Sonates et Variations de LV Beethoven : « CLIC » de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2017 / grande critique Ă  venir le 25 aoĂ»t) dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

+ D’INFOS et RESERVATIONS sur le site du Festival Menuhin Ă  GSTAAD (Suisse)

 

 

 

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Illustrations : Jeunes chefs académiciens de la Conducting Academy GSTAAD 2017 : © Eve Kohler / Conférence de presse Neeme JÀrvi Prize GSTAAD 2017 en plein air : © Raphael Faux / pour le GSTAAD Menuhin festival & Academy 2017

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu festivals 2017. Musique & MĂ©moire, les 29 et 30 juillet 2017. RĂ©sidence d’Alia Mens, annĂ©e 2/3 : Jean-SĂ©bastien Bach. Cantates, Messes, Concertos


Festival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du SudCompte-rendu festivals 2017. Musique & MĂ©moire, les 29 et 30 juillet 2017. RĂ©sidence d’Alia Mens, annĂ©e 2/3 : Jean-SĂ©bastien Bach. Cantates, Messes, Concertos
 L’évĂ©nement relĂšve 2 dĂ©fis : d’abord, confirmer la pertinence du geste de l’ensemble sur instruments d’époque Alia Mens chez Bach ; ce dans le prolongement du premier volet de la rĂ©sidence offerte par le festival Musique & MĂ©moire en juillet 2016 ; ensuite confirmer la justesse d’un choix de programmation du dit festival : offrir Ă  une jeune ensemble en Ă©mergence, les conditions idĂ©ales pour approfondir son approche des rĂ©pertoires, ajuster ses fonctionnements, approfondir et ciseler sonoritĂ© et style, tester, expĂ©rimenter, oser toujours, voir plus loin. Ici le temps est cultivĂ©, prĂ©servĂ©, quand ailleurs la notion de rĂ©sidence n’existe pas ou est galvaudĂ© pour un vague cycle de concerts. Ici l’engagement signifie durĂ©e : chaque rĂ©sidence dure 3 annĂ©es. Rien de moins. Dans le cas d’Alia Mens, les festivaliers ont suivi l’avancĂ©e d’un geste artistique de plus en plus sĂ»r, convaincant, enthousiasmant.

 

 

ALIA MENS : DE L’ÉMERGENCE A L’ACCOMPLISSEMENT

 

spilmont olivier alia mens copyright PA POINSIGNONPour Alia Mens (l’autre esprit), s’agissant de Jean-SĂ©bastien Bach, la barre est plutĂŽt trĂšs Ă©levĂ©e. AprĂšs s’ĂȘtre pour nous dĂ©voilĂ© dans un programme suivi d’un cd rĂ©cemment paru (Cantates de Weimar, Ă©ditĂ© par PARATY, CLIC de classiquenews de mai 2017), intitulĂ© “La CitĂ© CĂ©leste”, lui-mĂȘme crĂ©Ă©, rodĂ© dans le cadre de son annĂ©e 1 Ă  Musique et MĂ©moire, Alia Mens confirme lors des deux concerts prĂ©sentĂ©s en crĂ©ation cet Ă©tĂ© (29 puis 30 juillet 2017), une Ă©vidente comprĂ©hension naturelle et organique de la musique du Cantor de Leipzig. A la justesse de l’interprĂ©tation, en une profondeur grave inĂ©dite, se joint l’intelligence dans la conception mĂȘme de chaque programme.
Le 29 juillet, place Ă  la cĂ©lĂ©bration de la RĂ©forme / « Soli Deo Gloria » / pour la seule gloire de Dieu, emblĂšme autographe inscrit comme une signature sur les manuscrit de Jean-SĂ©bastien (anniversaire particuliĂšrement fĂȘtĂ© de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin en 2017), avec 2 cantates (« Mit Fried und Freud » BWV 125 de 1725, et « Ein’ Feste Burg  » BWV 80 de 1724)) parmi les mieux contrastĂ©es et les plus profondes jamais Ă©crites que Olivier Spilmont, directeur et fondateur de l’ensemble, a choisi d’encadrer par des extraits de la Missa Brevis (BWV233) : Gloria gorgĂ© de vitalitĂ© irradiante en ouverture et Cum Sancto Spirito, acte final lui-mĂȘme inscrit dans la rĂ©vĂ©lation d’une ferveur de plus en plus assurĂ©e, ciselĂ©e, extatique, rĂ©jouie. Entre les deux massifs de pure jubilation, que de maĂźtrise architecturĂ©e, de respirations accordĂ©es, avec un sens naturel des jeux de timbres (on n’oubliera pas la confrontation des cordes bondissantes et dramatiques avec l’ardeur des bois et des vents (flĂ»te et hautbois fusionnĂ©s, dialoguant avec une suavitĂ© qu’il est difficile d’entendre rĂ©ellement chez Bach). Le chef porte l’édifice entier avec un allant permanent, confĂ©rant Ă  la musique, une motricitĂ© continue ; rythme pointĂ©, constructif, producteur d’expressivitĂ© comme de poĂ©sie. On est Ă  1000 lieues des rĂ©alisations soit mĂ©triquement justes mais sĂšches, soit hautement virtuoses mais exclusivement dĂ©monstratives. L’épaisseur qu’y apporte Olivier Splimont, une gravitĂ© permanente, la sincĂ©ritĂ© d’un geste qui tĂ©moigne de son propre ravissement, inspirent ici tout le collectif rĂ©uni autour de lui. Cette lecture de JS Bach vaut nouvelle exploration : elle dĂ©voile en rĂ©alitĂ© ce qui fait le sens mĂȘme de la spiritualitĂ© et de la conscience en musique.  Geste habitĂ©, clartĂ© de l’architecture, vĂ©ritĂ© de l’intention.

bach-vignette-portrait-carre-jean-sebastien-bach-582BACH CÉLESTE ET HUMAIN
 On a peu Ă©coutĂ© Bach ainsi incarnĂ©, aussi subtilement charpentĂ©. Alia Mens porte bien son nom : « l’autre esprit ». Un pur esprit habite chaque mesure, rĂ©tablit sa connexion avec l’expĂ©rience humaine et l’aspiration vers les sphĂšres. Olivier Spilmont semble Ă©clairer de l’intĂ©rieur les puissantes architectures et les perspectives inouĂŻes que recĂšle l’Ă©criture pour qui sait la comprendre la mĂ©canique souveraine, et en dĂ©rouler la prodigieuse marqueterie musicale et spirituelle.
Cela palpite et s’incarne dans un jeu de contrastes et de d’associations instrumentales, irrĂ©sistible. Une telle Ă©vidence dans le jeu, une telle intensitĂ© dans l’intention donnent l’impression que la musique se crĂ©e Ă  mesure qu’elle est jouĂ©e. Impression enivrante qui atteste d’une intelligence de jeu. Le rĂ©sultat saisit par sa force poĂ©tique, sa pulsion inextinguible et conquĂ©rante, son urgence aussi qui se dĂ©voile Ă  mesure que le temps musical se dĂ©roule : la musique devient monde, espace et temps Ă  la fois, opĂ©ra et musique pure. Intention, sens. Conscience. Une telle intelligence chez Bach saisit et marque dĂ©finitivement l’histoire exploratrice du festival laboratoire dans les Vosges du Sud. Olivier Splimont n’exprime pas tant la gravitĂ© chez Bach mais l’exigence que la perfection de sa musique nous impose. Exigence et ivresse du sens qui l’inspire.

 

 

splimont-olivier-by-nicolas-maget-2017

 

 

CONCERTOS EN URGENCE
 MĂȘme sentiment et confirmation des affinitĂ©s entre le chef d’Alia Mens et les univers en constellation d’un Bach universel et gĂ©nial, la seconde soirĂ©e, celle du dimanche 30 juillet 2017, rĂ©active les mĂȘmes arguments et qualitĂ©s expressives mais dans le registre profane et concertant. D’aucun pensent les Brandebourgeois (ici n°1 et 3) pour des Ɠuvres rien que virtuoses et rythmiquement palpitantes, en rĂ©alitĂ© il y croĂźt toute une activitĂ© souterraine, organiquement harmonieuse, secrĂštement Ă©loquente dont Olivier Spilmont semble dĂ©tenir le sens profond et cachĂ©. Toute sa direction tend vers ce geste prophĂ©tique d’une pensĂ©e incarnĂ©e dont la direction et le regard sont en connexion avec les sphĂšres. Il y a du PromothĂ©e dans ce geste de bĂątisseur et de poĂšte qui relit Bach comme personne aujourd’hui. La rĂ©vĂ©lation d’une affinitĂ© est donc totale cet Ă©tĂ© Ă  Musique et MĂ©moire.
Et si parfois la conception semble tendue (manque de temps pour des rĂ©pĂ©titions trĂšs denses), que d’Ă©lĂ©ments en articulation, en couleurs, en accents, tous porteurs d’une intention supĂ©rieure, le chef a encore Ă  nous faire entendre / comprendre.

spilmont-olivier-by-nicolas-maget-classiquenews-festival-musique-et-memoire-juillet-2017-JS-BACHLe cas des Brandebourgeois est trĂšs clair, rĂ©vĂ©lateur de cette matrice flamboyante dont Olivier Spilmon sait rĂ©organiser le mouvement, serviteur lui-mĂȘme d’une idĂ©e souveraine inscrite dans une intelligence active que la direction tend Ă  rendre explicite. Dans cet Ă©clectisme synthĂ©tique oĂč les styles germanique, allemand, italien, français
 fusionnent, s’exaltent, se mĂ©tamorphosent, l’approche nous paraĂźt davantage Ă©vidente par sa force charpentĂ©e : une clairvoyance trĂšs construite, oĂč Ă  travers le jeu des styles, le dialogue entre les instruments (cors et hautbois), souvent surenchĂšres (un rien trop accentuĂ©es du cĂŽtĂ© des hanches), resplendit l’appĂ©tence de Bach pour la diversitĂ© formelle, encore et toujours la construction, le jeu des formes, l’hyperactivitĂ© des perspectives, l’architecture musicale, tours, tourelles, amoncellement et modĂ©natures, galeries, portiques, perspectives Ă  l’infini, une vision de 
 la citĂ© cĂ©leste (cf. leur premier cd chez Paraty). « Les cors semblent s’inviter dans un salon », selon les propres mots du chef
 mais au-delĂ  du plaisir d’une dramaturgie purement instrumentale, – oĂč le dĂ©lire, la frĂ©nĂ©sie, l’humour ravageur s’imposent aussi, on dĂ©tecte chez Bach – grĂące Ă  l’ivresse maĂźtrisĂ©e du chef, ce goĂ»t de l’exacerbation crĂ©ative qui inspire le compositeur dans l’écriture pour tel ou tel instrument, jusqu’à pousser ses derniĂšres limites au bout des contraintes techniques : jeu, facĂ©tie, expĂ©rimentation.

Quelle finesse de conception de finir ce programme marquĂ© par la virtuositĂ©, par la suprĂȘme Ă©lĂ©gance d’une danse française que Bach pense comme l’aurait Ă©crite Rameau lui-mĂȘme : rien n’atteint la pure poĂ©sie, tension et abandon, raffinement et lĂ©gĂšretĂ©, badinerie et nostalgie du Menuet concluant le Concerto n°1 (BWV 1046). Le rythme danse et pense. La musique rĂ©organise le monde et rĂ©tablit les Ă©quilibres de la grande mĂ©canique cĂ©leste. La musique s’Ă©lectrise, feu, Ă©nergie, rĂ©vĂ©lation. Comme si la mathĂ©matique de Bach soudainement avait perçu, ressenti le mystĂšre fascinant des rouages cĂ©lestes qui pilotent l’univers. Olivier Spilmont nous parle cette langue. Nouveau PromethĂ©e dans les traces d’Harnoncourt, de Bruggen, de Leonhardt (ses maĂźtres et modĂšles). La dĂ©couverte de ce Bach demeure foudroyante. A Fabrice Creux directeur de musique et mĂ©moire le mĂ©rite d’avoir su mesurer l’exceptionnel potentiel de Alia Mens et la vision de son chef ainsi investi.

 

 

MUSIQUE ET MÉMOIRE : MODÈLE UNIQUE EN FRANCE D’UN FESTIVAL EXEMPLAIRE, LABORATOIRE ET PÉPINIÈRE
creux-fabrice-musique-et-memoire-festival-Fabrice-Creux,-directeur-artistiqueDe la part du Festival, et de son directeur Fabrice Creux, le fonctionnement des rĂ©sidences d’artistes ainsi rĂ©alisĂ©es sur une durĂ©e de 3 ans, porte ses fruits ; l’attente des festivaliers est rĂ©compensĂ©e face Ă  de telles explorations voire accomplissements sonores. D’annĂ©e en annĂ©e, la maturitĂ© artistique et l’intelligence des intentions se prĂ©cisent et s’enrichissent : au public de plus en plus curieux, le plaisir de suivre les jalons d’une vĂ©ritĂ© qui se fait jour. A Musique & MĂ©moire, grĂące au risque assumĂ© artistiquement, et l’implication exemplaire des artistes et ensembles invitĂ©s, le spectateur a le sentiment de vivre en 2017, ce qui se passait Ă  l’époque des premiers faiseurs de rĂȘve, ces dĂ©fricheurs, nouveaux explorateurs de continents musicaux Ă  conquĂ©rir, quand il y a 40 ans, la RĂ©volution baroqueuse savait cultiver non sans grĂące et ĂąpretĂ©, la culture de l’expĂ©rimentation, le risque du dĂ©frichement. Quand beaucoup de festivals prĂ©fĂšrent le confortable et le dĂ©jĂ  connu, Musique & MĂ©moire sĂšme le dĂ©fi du dĂ©passement, les vertiges de l’expĂ©rimentation, l’émulation qui naĂźt des « premiĂšres »  Ici, Olivier Spilmont dirige pour la premiĂšre fois, des effectifs aussi importants (33 instrumentistes et chanteurs sur scĂšne pour le programme donnĂ© en crĂ©ation, dĂ©diĂ© Ă  l’Anniversaire de la RĂ©forme). Ce goĂ»t de tous les paris produit souvent l’exceptionnel et l’inespĂ©rĂ©. Ce n’est pas la rĂ©ussite des Timbres, – autre ensemble en rĂ©sidence (VOIR notre reportage de l’ensemble Les Timbres 2015, De Proserpine de Lully au carnaval baroque des animaux…) qui dĂ©mentira ce que nous ont offert les 29 et 30 juillet derniers Alia Mens et Olivier Splimont.
CAP EN 2018 POUR LES 25 ANS ! Et ce n’est pas le programme qui s’annoncera bientĂŽt pour 2018 qui fera rupture avec de tels accomplissements. Programmation Ă  suivre sur CLASSIQUENEWS (Ă©dition Ă©vĂ©nement car il s’agit des 25 ans du premier Festival de musique ancienne et baroque dans les Vosges du Sud). Et pour tous ceux qui souhaitent dĂ©couvrir ou retrouver le son et l’engagement d’Alia Mens chez Jean-SĂ©bastien Bach, le disque rĂ©cemment Ă©ditĂ© par PARATY, « La CitĂ© cĂ©leste » saura combler vos espĂ©rances (LIRE ici notre critique complĂšte du cd La CitĂ© cĂ©leste). Alia Mens dans Bach : voilĂ  une promesse de concert qu’il ne faut pas manquer. A suivre.

 

 

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Compte-rendu, festivals Ă©tĂ© 2017. Musique & MĂ©moire, les 29 et 30 juillet 2017. RĂ©sidence d’Alia Mens, annĂ©e 2/3 : Jean-SĂ©bastien Bach. Olivier Spilmont, direction.

Samedi 29 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains

Soli Deo Gloria
Un office pour l’anniversaire de la RĂ©forme
Kyrie et Gloria – Missa brevis BWV 233
Cantate Mit Fried und Freud BWV 125, 1725 (pour la fĂȘte de la Purification)
Cantate Ein’ feste Burg ist unser Gott BWV 80, 1724 (pour la fĂȘte de la RĂ©forme)
Cum Sancto Spiritu – Missa brevis BWV 233

Alia Mens
Jenny Högström, soprano
Marie Frédérique Girod, soprano
CĂ©cile Achille, soprano
Pascal Bertin, alto
Damien Ferrante, alto
AnaĂźs Bertrand, alto
Dàvid Szigetvàri, ténor
Stéphen Collardelle, ténor
Pierre Perny, ténor
Victor Sicard, basse
Geoffroy BuffiĂšre, basse
René Ramos Premier, basse
Stéphanie Paulet, premier violo,
Fiona Emilie Poupard, violon
Varoujan Doneyan, violon
Stephan Dudermel, second violon
Benjamin Lescoat, violon
Simon Heyerick, alto
Myriam Mahnane, alto
JĂ©rĂŽme Vidaller, violoncelle
Ronan Kernoa, violoncelle
Christian Staude, contrebasse
Niels Coppalle, basson
Anna Besson, traverso
Laura Duthuillé, hautbois
Vincent Blanchard, hautbois
Nathalie Petibon, hautbois
Jeroen Billiet, cor
Yannick Maillet, cor
Eulalie Poinsignon, orgue positif
Olivier Spilmont, direction

Dimanche 30 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains
Collegium musicum II
Concerto Brandebourgeois n°1 en fa majeur BWV 1046
Concerto pour 2 violons en ré mineur BWV 1043
Concerto Brandebourgeois n°3 en sol majeur BWV 1048

Alia Mens
Stéphanie Paulet, premier violon et violon piccolo
Stéphan Dudermel, violon
Fiona Emilie Poupard, violon
Varoujan Doneyan, violon
Benjamin Lescoat , violon
Simon Heyerick, alto
Myriam Mahnane, alto
JĂ©rĂŽme Vidaller, violoncelle
Ronan Kernoa, violoncelle
Nils de Dinechin, violoncelle
Christian Staude, contrebasse
Niels Coppalle, basson
Vincent Blanchard, hautbois
Laura Duthuillé, hautbois
Nathalie Petibon, hautbois
Jeroen Billiet, cor
Yannick Maillet, cor
Eulalie Poinsignon, orgue positif et clavecin
Olivier Spilmont, clavecin et direction

Illustrations : Olivier Spilmont dirige Alia Mens à Musique et Mémoire, juillet 2017 © Nicolas Maget 2017

Compte-rendu, festivals. Saintes, Abbaye aux dames, samedi 15 juillet 2017, deux derniers concerts : Ambassadeurs, Arod

Les deux derniers concerts du 15 juillet sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames renseignent sur l’Ă©cart artistique dĂ©sormais propre au festival en Saintonge : du baroque au romantisme (et mĂȘme cette annĂ©e jusqu’à Schnittke, chantĂ© pour la premiĂšre fois par le Collegium Gent).
D’abord concert Ă  19h30. PortĂ©s par la recherche d’un son nouveau lui mĂȘme habitĂ© par un sens inouĂŻ de l’articulation, les instrumentistes des Ambassadeurs relisent les partitions avec une minutie nerveuse : c’est d’abord trois mises en bouche virtuoses (Sammartini, Tartini, Vivaldi) qui dĂ©montrent l’agilitĂ© de chacun, en particulier la flĂ»te pyrotechnique du leader Alexis Kossenko: souci de la ligne et des phrasĂ©s, respiration et prĂ©cision ne sont pas chez lui de vains mots.

Le dĂ©fi monte d’un cran avec Jean-SĂ©bastien Bach. Dans les 3 Concertos Brandebourgeois (n°3, 4 et 5) cependant, la performance tourne parfois Ă  vide, l’extrĂȘme agilitĂ© et ce souci du dĂ©tail (premier violon rien que scrupuleux) diluant souvent la perception de l’architecture comme de l’intention globale.

 

 

 

Brio des Ambassadeurs,
jeunesse ardente des Arod

 

 

saintes-2017-par-classiquenews-Les-Ambassadeurs---c-Michel-Garnier

 

 

Mais il serait assurĂ©ment injuste de bouder notre bonheur tant l’extrĂȘme entrain et la permanente motricitĂ© du groupe instrumental s’implique dans l’expressivitĂ© comme le rebond : dans des gestes prestes et des mains ondulantes, le chef flĂ»tiste dessine des arabesques inspirantes pour ces troupes totalement infĂ©odĂ©es Ă  sa direction plus que chantournĂ©e.
MĂȘme si cette premiĂšre Ă  Saintes demeure intĂ©ressante par son acuitĂ© et son ambition instrumentale (les Brandebourgeois n’avaient pas Ă©tĂ© donnĂ©s sous la voĂ»te abbatiale), la performance n’atteint pas la somptueuse nostalgie, ni la fluiditĂ© Ă©nergique de Goebel et du Concerto Koln.

Plus tard dans la soirĂ©e Ă  22h, place est faite Ă  un trĂšs jeune Quatuor français, les Arod. En vĂ©ritĂ© tout s’enchaĂźne sans pause car le concert des Ambassadeurs Ă©tant retransmis en direct Ă  la radio, des temps de rĂ©glage et un claquage de cordes (premier alto) a retardĂ© toute la session, de sorte que les Arod rĂ©alisent leur 3 Ăšme et dernier Quatuor (Mendelssohn) Ă  une heure bien avancĂ©e de la nuit, ce qui n’est pas sans affecter leur jeu global.

 

 

 

saintes-2017-par-classiquenews-Quatuor-Arod-2©Michel-Garnier

 

 

 

Mais tout commence d’abord avec prĂ©cision et facĂ©tie dans le Haydn (opus 33 n°2, 1781). Puis gagne en Ă©paisseur et en gravitĂ© parfois Ăąpre dans l’admirable Quatuor de Beethoven (opus 59 n°2). Il est tard et il fait chaud dans la salle que le souffle du public rend moite. De sorte qu’aprĂšs un Ă©niĂšme rĂ©glage de l’alto, le Mendelssohn (opus 44 n°2, Leipzig, 1837)) pourtant d’une clartĂ© suractive, passionnelle certes, mais d’une remarquable lisibilitĂ© contrapuntique, sonne brumeux et opaque. Toute la charge inquiĂšte et grave qui soustend la construction du premier comme du dernier mouvement est Ă  peine explicitĂ©e. Dommage.
C’est le moins percutant des volets d’un triptyque par ailleurs efficace par son propos premier : rĂ©vĂ©ler la sonoritĂ© et la grande cohĂ©sion d’un nouveau quatuor français. TrĂšs jeunes les Arod (pas encore trentenaires ou tout juste) frappent d’emblĂ©e, par cette union sensible, force et Ă©loquence, oĂč brille la ligne ardente, fruitĂ©e du premier violon (Jordan Victoria). A suivre dĂ©sormais.

 

 

 

 

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Compte-rendu, festivals. Saintes, Abbaye aux dames, samedi 15 juillet 2017. Cocnert de 19h30 : Giovanni Battista Sammartini (vers 1700-1775) : concerto pour flûte à bec en fa majeur, Giuseppe Tartini (1693-1770) : concerto pour flûte en sol majeur, Antonio Vivaldi (1678-1741) : concerto pour flautino en sol majeur RV 443, Johann Sebastian Bach (1685-1750) : concertos brandebourgeois (concerto n°5 en ré majeur BWV 1050; concerto n°3 en sol majeur BWV 1048; concerto n°4 en sol majeur BWV 1049). Ensemble Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko, flûte et direction. Concert de 22h : Quatuor Arod. Haydn, Beethoven, Mendelssohn

 

 

Illustrations : Festival de Saintes 2017 / © Michel Garnier

Compte rendu, festivals. SAINTES, le 15 juillet 2017. Deux premiers concerts à l’Abbaye aux Dames : Vox Luminis / JOA, Philippe Herreweghe, direction.

saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDCompte rendu, festivals. SAINTES, le 15 juillet 2017. Deux premiers concerts Ă  l’Abbaye aux Dames : Vox Luminis / JOA, Philippe Herreweghe, direction. Le festival de Saintes montre Ă  nouveau cette annĂ©e son ouverture vers tous les rĂ©pertoires : foyer essentiel de l’interprĂ©tation baroque certes oĂč brille Bach principalement (ce depuis des lustres) mais aussi comme conquĂȘte pas moins passionnante vers les grands Romantiques et dans toutes les formes : en cette journĂ©e typique, comptant 4 concerts importants (samedi 15 juillet, Ă  12h30, 16h30, 19h30 puis 22h, tous dans l’église abbatiale), les festivaliers peuvent Ă©couter Tchaikovski (celui chorĂ©graphique le plus cĂ©lĂšbre comme l’immense symphoniste), et en fin de journĂ©e, Ă  la nuit tombĂ©e, un attachant concert de musique de chambre combinant Haydn Beethoven, Mendelssohn (par le jeune Quatuor Arod).
A la recherche du son le plus investi et le plus juste, soucieux de servir les manuscrits les plus authentiques, dans une interprétation historiquement informée, le festival de Saintes se réinvente chaque année, tout en élargissant les voies du défrichement et ne sacrifiant rien à la probité du geste musical.
Ce dernier passe surtout par la maĂźtrise des instruments d’Ă©poque dont aujourd’hui les jeunes instrumentes du JOA JEUNE ORCHESTRE DE L’ABBAYE constituent le fleuron actuel : rien n’Ă©gale la subtile caractĂ©risation des timbres produits par les instruments anciens
 Le concert de 16h30 en atteste dĂ©finitivement (lire ci aprĂšs).

 

 

Deux premiers concerts Ă  l’Abbaye aux Dames :

diseurs sacrés, jubilation instrumentale

(Vox Luminis et le JOA / Philippe Herreweghe)

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 201512h30 : Concert «  La Dynastie Bach, 100 ans de motets ». Le premier concert Ă  permis de mesurer une autre finesse partagĂ©e nourrie Ă  l’Ă©chelle du collectif, celle des chanteurs de Vox Luminis qui, fidĂšles au lieu qui les aura rĂ©vĂ©lĂ©s, accompagnĂ©s, stimulĂ©s, proposent aux festivaliers fidĂšles partisans, et prĂ©sents dĂšs leur premiers concert saintais, un programme fervent et doloriste rĂ©unissant les ancĂȘtres de Jean-SĂ©bastien Bach ; motets introspectif oĂč le croyant s’adressant Ă  JĂ©sus semble mesurer l’Ă©tendue de sa solitude, de son errance face Ă  la mort. Les chanteurs vĂ©ritables diseurs en ce qu’ils savent colorer chaque phrase, chaque mot, par une intention juste, rĂ©alisent une vĂ©ritable communion individuelle, un thĂ©Ăątre sensible qui captive par d’infinies nuances dans le sentiment dĂ©ploration, d’exhortation, de compassion, de terrifiante ou sereine voire joyeuse sĂ©rĂ©nitĂ©. Le gĂ©nie de Bach a pu naĂźtre grĂące aussi Ă  cette filiation familiale qui restitue dans son propre cheminement musical, le poids, le modĂšle, la voie tracĂ©e avant lui par ces augustes prĂ©dĂ©cesseurs.
DĂ©jĂ  enregistrĂ© mais avec l’intĂ©gration de piĂšces de Bach lui-mĂȘme, le programme ne rĂ©unit ici que ses aĂźnĂ©s :Hohann et Johann Michael sans omettre Johann Christoph pour le XVIIĂš ; Johann Ludwig , Ă  la charniĂšre des XVIIĂš et XVIIIĂš.
S’y prĂ©cise et s’affirme une esthĂ©tique de la priĂšre et de l’imploration de plus en plus souple et thĂ©ĂątralisĂ©e, du piĂ©tisme allĂ©gorique au sentimentalisme le plus ciselĂ©. C’est aussi pour les partenaires de Lionel Meunier, baryton et leader du groupe, la preuve d’une continuitĂ© dans l’excellence, une maniĂšre de dire aux spectateurs et Ă  ceux qui les suivent depuis leurs dĂ©buts : non, nous n’avons pas perdu la premiĂšre maĂźtrise qui fut la nĂŽtre au service du verbe, soucieux de la poĂ©tique incarnĂ©e du texte dont chaque mot, chaque virgule et Ă©videmment chaque silence, compte.
Aujourd’hui Vox Luminis est bien l’un des rares Ă  rĂ©ussir ce rĂ©pertoire avec autant de sobriĂ©tĂ© et de sincĂ©ritĂ©, d’intime cohĂ©sion, d’impact linguistique. Classiquenews a soulignĂ© la maturitĂ© lumineuse voire Ă©blouissante de l’ensemble belge lors de la parution de son dernier cd, dĂ©diĂ© Ă  JS BACH, « Actus tragicus », auquel la RĂ©daction a dĂ©cernĂ© le convoitĂ© CLIC de classiquenews (novembre 2016).

A 16h30, mĂȘme lieu mais programme diffĂ©rent en un grand Ă©cart chronologique qui dĂ©place le curseur musical jusqu’à
 Tchaikovski. Surprenant et captivante immersion dans le raffinement orchestral le plus suave et colorĂ© qui soit ; d’abord : Suite de Casse Noisette. La rĂ©alisation accrĂ©dite encore l’engagement de la CitĂ© musicale en faveur des instruments historique. Sous la direction de Philippe Herreweghe qui en a conçu et amorcĂ© les premiĂšres manifestations, le travail s’avĂšre aussi Ă©loquent, riche que juste. L’approche permet une relecture des oeuvres qui s’apparente Ă  une redĂ©couverte de chacune. Elle engendre une sonoritĂ© et un nuancier instrumental inoubliables pour qui s’en rend perceptif : elle suppose aussi une nouvelle Ă©coute dont les festivaliers se montrent de plus en plus friands.
VoilĂ  qui explique le formidable succĂšs du JOA, – Jeune Orchestre de l’Abbaye, phalange emblĂ©matique de la CitĂ© musicale Ă  Saintes, foyer de recherche, de pratique expĂ©rimentale
 La Suite est une jubilation continue de saveurs instrumentales et de timbres prĂ©cisĂ©ment Ă©noncĂ©s, dans des jeux d’Ă©quilibres rĂ©jouissants ; leur vitalitĂ© renforce l’irrĂ©sistible invention du Tchaikovsky chorĂ©graphe (Danse des Mirlitons, sans omettre la sublime Valse des fleurs, enivrĂ©e, aĂ©rienne, Ă©chevelĂ©e, qui clĂŽt le cycle).

 

 

VERTUS DES INSTRUMENTS D’EPOQUE

Par « Petite Russie », le jeune Tchaikovski, rĂ©cent symphoniste, dĂ©signe l’Ukraine. Conçue dĂšs l’étĂ© 1872, la Symphonie n°2 touche autant par sa construction serrĂ©e, son dĂ©roulĂ© contrastĂ© que son orchestration aussi raffinĂ©e que mordante. Un terreau idĂ©al pour les talents multiples du JOA. Le compositeur trentenaire passe alors un sĂ©jour chez ses cousins Devydov, propriĂ©taires d’un vaste domaine en Ukraine.
MĂȘme s’il demeure trĂšs proche de l’esprit populaire, en cela trĂšs inspirĂ© par les motifs du folklore russe, Tchaikovski raffine l’écriture par un sentiment de noblesse et un souffle dĂ©jĂ  sombre et grave dĂšs le sublime solo de cor qui ouvre le portique orchestral. Rapidement emportĂ© (Allegro qui suit immĂ©diatement dans le premier mouvement) par un sentiment d’une irrĂ©pressible volontĂ©, le dĂ©roulement affirme ici une Ă©nergie et une frĂ©nĂ©sie mĂȘme (vĂ©ritable fureur des cordes), plus rare dans les Symphonies suivantes.
Le second Ă©pisode, – Andantino marziale, est un schĂ©ma utilisĂ© par la suite qui contraste par sa marche fĂ©dĂ©ratrice ; l’écriture semble par son rythme maĂźtrisĂ©, reconstruire l’équilibre psychique prĂ©cĂ©demment survoltĂ©. La raison s’organise et la sĂ©rĂ©nitĂ© recouvrĂ©e s’achĂšve dans le murmure et le mystĂšre.
 
TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©eTout Tchaikovski est lĂ , dans cette versatilitĂ© constante, cette pulsation qui dĂ©roule une prodigieuse langue Ă  la fois Ă©perdue et tragique, tendre et rĂ©voltĂ©e. L’écriture et l’orchestration sont somptueuses, permettant Ă  l’orchestre de dĂ©montrer non pas tant sa haute technicitĂ©, – de cela, le JOA incarne Ă  prĂ©sent un standard plutĂŽt Ă©levĂ©, que la justesse des intonations : tout ici brĂ»le d’une lave musicale frĂ©missante et palpitante que les timbres si fins et si subtilement caractĂ©risĂ©s des instruments historiques, colorent d’une singuliĂšre et mĂ©morable façon. Les bois sont ronds et pĂ©tulants ; les cuivres, d’une majestĂ© ensorcelante ; les cordes, trĂ©pidantes, bondissantes, nerveuses, prĂ©cises, gorgĂ©es d’amertume comme d’espĂ©rance intacte.
Le souci d’articulation, la volontĂ© du sens surtout affirment le geste de Philippe Herrewghe dont classiquenews a louĂ© prĂ©cĂ©demment son sublime cd dĂ©diĂ© Ă  Brahms (avec l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es : Symphonie n°4), Ă  la fois dramatique, profond, formidablement dĂ©taillĂ© sur le plan instrumental (CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2017 : lire notre critique complĂšte ici).
On retiendra aussi dans le 3Ăš mouvement (Finale – Moderato assai – Allegro vivo) l’imbrication trĂšs subtile des cuivres, d’une inflexible et constante vĂ©hĂ©mence (expression du fatum de plus en plus prenant), avec le chant plus insouciant des cordes, inspirĂ© par un matĂ©riau populaire de « petite Russie ». Trouble et inquiet jusqu’à l’ivresse, le jeune Tchaikovski Symphoniste ne finit pas de fasciner par sa profonde comprĂ©hension des ressorts cachĂ©s, contradictoires pourtant exaltants de la psychĂ©.

 

saintes 2017 festival estival de saintes classiquenews presentation selection de classiquenews p1875uuee11un0kpg1drj1i9ucpl8C’est Ă  Saintes, lors de ses sessions symphoniques sous la voĂ»te abbatiale que l’on peut mesurer l’apport des instruments historiques et la pratique instrumentale que les jeunes interprĂštes apprennent ici. On espĂšre demain pouvoir rĂ©Ă©couter encore une tel accomplissement au disque ; certes formation « éphĂ©mĂšre » puisque chaque session du JOA se recompose Ă  chaque saison de nouveaux jeunes instrumentistes, l’Orchestre mĂ©rite absolument d’ĂȘtre gratifiĂ© par un disque, et ses avancĂ©es « validĂ©es » par un enregistrement. FondĂ© il y a 20 ans, depuis une dĂ©cennie, Ă  force d’assiduitĂ© et de tĂ©nacitĂ© sur la durĂ©e, le JOA dĂ©montre une maestriĂ  enivrante qui s’affirme telle l’un des apports les plus importants du monde de l’interprĂ©tation musicale actuelle. On s’étonne mĂȘme que les orchestres dits « modernes » ne s’intĂ©ressent pas davantage Ă  cette rĂ©volution du milieu symphonique et orchestral en France. Aujourd’hui, le profil d’un musicien d’orchestre, se doit d’ĂȘtre polyvalent, sachant et jouer sur instrument moderne et sur instrument d’époque. Demain, les orchestres importants s’appuieront sur un noyau constituĂ© d’interprĂštes doublement talentueux. La richesse de l’offre musicale en dĂ©pend, comme la culture et la sensibilitĂ© de l’interprĂšte, 
comme la satisfaction du spectateur dont la curiositĂ© et les attentes ne cessent de se confirmer. Avec la dextĂ©ritĂ© Ă  360 degrĂ©s des jeunes instrumentistes se joue aussi le renouvellement des publics : car l’appĂ©tence des jeunes mĂ©lomanes se forment aussi pour ce goĂ»t Ă©mergeant des sonoritĂ©s historiques. A suivre.

 
 
 

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Au soir du mĂȘme jour, nous avons assistĂ© aux concerts Tartini / JS Bach par les Ambassadeurs / Alexis Kossenko (19h30), puis le soir (Ă  22h) propice Ă  cet ouverture vers des rĂ©pertoires plus rĂ©cents, vers les grand Romantiques, ainsi Ă  22h sous la mĂȘme voĂ»te, le rĂ©cital du trĂšs jeune Quatuor français « Arod », dont c’était le premier concert Ă  Saintes dans un programme Haydn, Beethoven, Mendelssohn
 Comptes rendus Ă  venir.

 

 

Compte-rendu, Festivals. FORMAT RAISINS, PrieurĂ© de La CharitĂ©-sur-Loire, le 9 juillet 2017. « Huit », ChƓur Arsys Bourgogne. MihĂ ly Zeke, direction.

Arsys_BourgogneParis_20161109_copyrightConradSchmitz-067Compte rendu critique, festival. FORMAT RAISINS, la CharitĂ© sur Loire, PrieurĂ©, le 9 juillet 2017. Choeurs Arsys Bourgogne. « Huit », JS Bach, Scelsi, Machuel. MihĂ ly Zeke, direction. Ce dimanche 9 juillet, le PrieurĂ© de la CharitĂ© sur Loire, appelĂ© aussi « La CitĂ© du mot » accueille dans le cadre du festival Format Raisins, un concert de musique choral,
 suivi selon la tradition bien connue des festivaliers, de la dĂ©gustation d’un vin local  – parmi les 7 cĂ©pages des vins du Centre, qui sont associĂ©s ainsi au Festival depuis plusieurs annĂ©es ; parfums, couleurs, saveurs envisagent un nuancier d’accents et de teintes dont les 8 chanteurs solistes du ChƓur Arsys Bourgogne ont prĂ©alablement lors du concert de 17h, Ă©clairci et explicitĂ© le vaste spectre.

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Le programme est l’un des plus audacieux que nous ayons Ă©coutĂ©, dont les enchaĂźnements entre JS Bach et Scelsi, indiquent la prise de risque assumĂ©e et le dĂ©sir de partager une expĂ©rience inĂ©dite. La succession prĂ©cise aussi de la part du nouveau chef d’Arsys, MihĂ ly Zeke, un sens rare des rĂ©ponses et des dialogues entre les piĂšces : le dĂ©roulement des sĂ©quences cultive ainsi tout un rĂ©seau de rĂ©sonances, de correspondances qui renforcent la cohĂ©sion musicale : ici, l’appel exprimĂ© par le Machuel (Kyrie / Psaume 50 opus 25 de 2003) trouve sa rĂ©sonance conciliatrice dans le Bach qui suit immĂ©diatement : ainsi quand le tĂ©nor Martin Candela, Ă  la prosodie parfaite, exhorte « Rends moi le son de la joie et de la fĂȘte », le Motet du Cantor Ă  Leipzig qui suit immĂ©diatement (Der Geist hilft unser Schachheit auf, BWV 226 – 1729), Ă  la fois laudatif et cĂ©lĂ©bratif, exauce les aspirations du Machuel. On passe d’une partition l’autre avec un rare esprit de continuitĂ© poĂ©tique.

Alterner subtilement l’articulation et l’éloquence de Bach avec l’ombre Ă©nigmatique de Scelsi, relĂšve d’un dĂ©fi inouĂŻ pour le chanteur qui est le guide entre des mondes enchaĂźnĂ©s pourtant musicalement plus que distincts: passer de l’allemand rythmique, qui exige flexibilitĂ© et articulation, sans omettre l’intĂ©rioritĂ© d’une foi constructive,
 au travail sur la projection, la ligne vocale , l’infini du mystĂšre le plus allusif
 tels qu’ils s’affirment chez Giacinto Scelsi, exige une concentration constante, un parcours qui vĂ©cu et dĂ©fendu par le corps entier, exige toutes les ressources disponibles ; avec en prime, le risque de dispositifs divers qui varient Ă  de nombreuses reprises. Le choeur s’écarte de la frontalitĂ© du concert classique : il exploite l’ampleur du lieu, « osant » une disposition qui entoure les spectateurs.

 

 

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RĂ©partis en deux chƓurs, placĂ©s de chaque cĂŽtĂ© du public, Ă  l’avant (scĂšne) et Ă  l’arriĂšre, les 8 solistes se mĂȘlent, en duos recomposĂ©s, caractĂ©risĂ©s : sopranos et basses ; tĂ©nors et altos fĂ©minins (Bach)
 C’est un dispositif semĂ© de risques mais dĂ©jĂ  observĂ© chez Monteverdi (Vespro) ou chez Bach et certains Baroques Français du XVIIĂš (Charpentier), – quand Les Arts Florissants et William Christie relĂšvent eux aussi le dĂ©fi du mĂ©lange des timbres, crĂ©ant une mosaĂŻque sonore, aux scintillements picturaux, et tout un nuancier inĂ©dit.
Au Centre du public, le chef, pupitre parmi les spectateurs, dirige les 2 groupes de chanteurs, d’une main preste et prĂ©cise, toujours soucieux du verbe. Un dĂ©fi d’autant plus aigu dans les murs de la “CitĂ© du mot”.

 

 

Rencontre avec Mihaly Zeke, directeur artistique d'ARSYS BourgogneL’idĂ©e de tisser un parcours mĂ©ditatif et expressif mais toujours magistralement intĂ©rieur, entre Bach et Scelsi s’avĂšre saisissant : MihĂ ly Zeke construit l’édifice choral Ă  partir de 3 piĂšces majeures du compositeur italien : Tre canti sacri de 1958, chacune associĂ©e aux Motets de Bach ; soit Angelus qui ouvre le concert, puis Requiem (de loin la piĂšce la plus puissante et glaçante), enfin l’énigmatique et tendu, Gloria, Ă  la fois Ă©lectrique et Ă©trange, qui referme le programme dans l’ombre et le questionnement au delĂ  de la note et du mot. Dans une langue inouĂŻe qui est souffle, respiration, frottements
 Silence. Finalement Scelsi nous fait entrevoir l’infini invisible, Ă©prouver l’aspiration de l’inconnu.
La sensation quasi organique du verbe incarnĂ© (r roulĂ©s, sons gutturaux, rauques, graves sĂ©pulcraux, entonnĂ©s comme des trompettes tibĂ©taines
), ouvrent des gouffres inĂ©dits, façonnent une Ă©vocation fantomatique et concrĂšte oĂč les voix en accents tĂ©nus (demi-tons), aux harmonies primitives, rĂ©inventent la sonoritĂ© du lugubre et du recueillement le plus intime. ImmĂ©diatement le son devient espace, et l’espace, temps d’une rĂ©vĂ©lation suspendue. Avec d’autant plus de sourdes dĂ©flagrations qu’à l’extĂ©rieur, gronde et rĂ©sonne le tonnerre d’un formidable orage 
 un magicien au thĂ©Ăątre n’aurait pas crĂ©Ă© meilleure spacialisation. MĂ©morable.

 

 

 

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Compte rendu, Festivals. FORMAT RAISINS, PrieurĂ© de La CharitĂ©-sur-Loire, le 9 juillet 2017. « Huit », ChƓur Arsys Bourgogne. MihĂ ly Zeke, direction.

G. Scelsi / Tre canti sacri : Angelus
Johann Sebastian Bach / Lobet den Herrn, alle Heiden BWV 230
Thierry Machuel / Psaume 50
J.S. Bach / Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
J.S. Bach / Ich lasse dich nicht, du segnest mich denn BWVAnh 159
G. Scelsi / Tre canti sacri : Requiem
J.S. Bach / Komm, Jesu, komm BWV 229
J.S. Bach / FĂŒrchte dich nicht, ich bin bei dir BWV 228
G. Scelsi / Tre canti sacri : Gloria

 

 

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Illustrations : © Choeur Arsys / Mihàly Zeke Conrad Schmitz / concert du 9 juillet 2017 © Céline Pourtier 2017 pour Format Raisins

REPORTAGE : Bruno Procopio et l’Orchestre National des Pays de la Loire (mars 2017)

procopio-maestro-bruno-chef-transatlantique-par-classiquenewsREPORTAGE : Bruno Procopio et l’Orchestre National des Pays de la Loire – “ Maestro transatlantique “ : dans un portrait vidĂ©o exclusif oĂč les Ă©quipes de CLASSIQUENEWS le suivait de Paris Ă  Rio, entre France et BrĂ©sil, ses deux pays de cƓur, le jeune maestro BRUNO PROCOPIO ne cesse de dĂ©fendre aujourd’hui l’interprĂ©tation des oeuvres symphoniques françaises, des LumiĂšres au Romantisme selon l’esthĂ©tique historiquement informĂ©e ; sa connaissance des traitĂ©s, sa pratique du clavecin dans les Ɠuvres remontant au baroque, favorisent une approche d’une rare acuitĂ© expressive. En particulier auprĂšs des orchestre sur instruments modernes : tenue d’archet spĂ©cifique, interprĂ©tation des ornements (souvent non indiquĂ©s sur les partitions), accents forts ou points d’appui
 sont autant d’élĂ©ments d’une comprĂ©hension nouvelle qui enrichit considĂ©rablement la pratique comme la culture des instrumentistes en orchestre. Pour preuve, cette expĂ©rience formatrice avec l’Orchestre National des Pays de la Loire, avec lequel Bruno Procopio, en une tournĂ©e de 7 dates en mars 2017 (7-13 mars 2017 en  Pays de la Loire), dirigeait un programme entre LumiĂšres et Romantisme, c’est Ă  dire plusieurs pages emblĂ©matiques de l’évolution du goĂ»t parisien, de Rameau (Suite de Acanthe et CĂ©phise, Chaconne de Castor et Pollux) et Mozart (Ballets Les Petits Riens, Concerto pour flĂ»te et harpe, au fiĂ©vreux GOSSEC (Symphonie Ă  17 parties). Reportage vidĂ©o © classiquenews.tv — RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2017

 

 

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LIRE aussi notre compte rendu critique du concert PARIS Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres : Rameau, Mozart et Gossec par l’ONPL et Bruno Procopio (Angers, le 5 mars 2017)

 

 

VOIR aussi notre portrait vidéo : BRUNO PROCOPIO, MAESTRO TRANSATLANTIQUE, de Paris à Rio (octobre 2016)

 

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PORTRAIT VIDEO : Bruno Procopio, maestro transatlantique. Transatlantique
 telle est l’activitĂ© atypique et exemplaire d’un chef dĂ©fricheur entre deux cultures, deux continents, deux esthĂ©tiques : nĂ© au BrĂ©sil, français de cƓur et rĂ©sident non loin de Paris, le jeune maestro Bruno Procopio cultive les richesses multiples de sa double culture. Entre France et BrĂ©sil, il sait faire dialoguer les accents de chaque nation, des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique. Jouer les compositeurs français, Baroques et Romantiques Ă  Rio de Janeiro ; jouer Ă  Paris, Villa-Lobos et Jobim
 au TCE, ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es. MaĂźtre des croisements fĂ©conds, porteur d’une singularitĂ© artistique visionnaire, Bruno Procopio dirige les orchestres sur instruments modernes au service de Rameau, Gossec, MĂ©hul
 Portrait d’un maestro transatlantique – grand reportage vidĂ©o / RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham © studio CLASSIQUENEWS 2017

 

Compte rendu, critique, concerts et festival. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017. Dimanche 11 juin 2017 : 5 concerts

Compte rendu, critique, concerts et festival. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017. Dimanche 11 juin 2017 : 5 concerts. Le Carnaval des Animaux (The Amazing Keystone Big Band), Takuya Otaki, Lucas Debargue, Elena Bashkirova / Quatuors avec piano, Jean-Claude Casadesus et HĂ©lĂšne Mercier – Louis Lortie / Nicholas Angelich, Orchestre National de Lille.

LILLE PIANO(S) FESTIVAL : les 9, 10 et 11 juin 2017Depuis sa crĂ©ation par le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, le premier festival des Hauts de France, dĂ©diĂ© au clavier, a su trouver son public et prĂ©server une Ă©tonnante cohĂ©rence malgrĂ© la grande diversitĂ© de son offre. La mosaĂŻque est complĂšte en matiĂšre de formes de concerts, de formations musicales, de talents et d’instruments en tous genres. On va Ă  Lille en juin, comme en un pĂšlerinage quasi estival, sĂ»r de rejoindre les diverses salles du Nouveau SiĂšcle pour y mesurer l’audace et le tempĂ©rament des nouveaux princes du clavier, et redĂ©couvrir la profondeur poĂ©tique de lĂ©gendes plus connues. LILLE PIANO(S) FESTIVAL porte bien son nom : il s’agit bien d’une fĂȘte du piano sous toutes ses formes. Le nombre de lieux investis, la libre circulation dans l’enceinte du Nouveau SiĂšcle soulignent l’activitĂ© du bĂątiment (siĂšge de l’Orchestre National de Lille et lieu familier pour les lillois et tous les festivaliers, tout au long de la foisonnante saison musicale annuelle), comme celle d’une ruche, une formidable concentration de propositions artistiques au renouvellement constant ; c’est un lieu de vie dans la ville devenue grĂące Ă  l’ONL, un foyer musical de premier intĂ©rĂȘt (ce n’est pas la programmation de la nouvelle saison 2017-2018, rĂ©cemment divulguĂ©e qui le dĂ©mentira : prochaine synthĂšse Ă  venir dans les colonnes de classiquenews
). Ici, la vitalitĂ© plĂ©thorique de la programmation sait ĂȘtre d’excellente facture et d’une accessibilitĂ© prĂ©servĂ©e : le coĂ»t peu Ă©levĂ© des places et les formules d’abonnements assurent le plĂ©biscite d’un public, de plus en plus motivĂ© Ă  participer et suivre les offres.

 

 

RĂ©citals, grandes formations symphoniques, musique de chambre
 et dĂšs notre arrivĂ©e, ce dimanche 11 juin au matin : concert pour les familles, dans le vaste Auditorium recalibrĂ© pour un ensemble important de jazzmen : le dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© ici mĂȘme « Amazing Keystone Big Band », fĂ©dĂ©rĂ© entre autres par l’un de ses fondateurs, le trompettiste David Enhco. A 11h, face Ă  une salle comble, le rĂ©citant SĂ©bastien Denigues chauffe la salle et raconte l’histoire animaliĂšre du Carnaval des Animaux d’aprĂšs Saint-SaĂ«ns, oĂč le loup et le lion se disputent la vedette, visitent un cirque, tentent d’y croquer quelques proies faciles
 l’orchestre en formation Duke Ellington, nous rĂ©gale par ses couleurs et son swing collectif. C’est un buffet de timbres, un festival de rythmes et de solos d’une libertĂ© suggestive effrontĂ©e, oĂč chaque instrument surenchĂ©rit par sa faconde libre et facĂ©tieuse (le tuba en Ă©lĂ©phante matriarche vocifĂ©rant barissant, reste mĂ©morable). Le dĂ©lire s’allie Ă  la finesse, et tout le public, petits et grands suit sans manquer une nuance, ce spectacle rĂ©jouissant. Belle entrĂ©e en matiĂšre.

lille-pianos-festival-2017-recital-de-pianoPuis Ă  14h, autre salle, autre ambiance. Place Ă  l’intimisme et au jeu rĂ©flexif tout en tensions. Le rĂ©cital du jeune japonais Takuya Otaki (Salle QuĂ©bec), dernier laurĂ©at du Concours Piano d’OrlĂ©ans 2016 Ă©tait l’un de nos temps forts de cette Ă©dition 2017. Le programme est ambitieux, contrastĂ©, d’une exigence intĂ©rieure et lui aussi, d’un enjeu suggestif percutant, concentrĂ©. En prĂ©sence du compositeur barcelonais Hector Parra (qui est en rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille), le pianiste joue d’abord deux nouvelles piĂšces : Caricies cap al blanc (Etude n°2) et Una pregunta (Etude n°5) : le mystĂšre, l’énigme d’un dĂ©veloppement rĂ©servĂ© qui reste dans l’ombre, mettent en lumiĂšre toute la capacitĂ© imaginative de l’auteur espagnol qui conçoit chaque sĂ©quence comme une miniature ; puis c’est le non moins onirique Rain Tree 1 et 2 de Takemitsu d’une puissance Ă©conome inouĂŻe, qui inspire davantage la forte concentration du pianiste. Trop bavard et infĂ©odĂ© Ă  son admiration pour Liszt, la Rhapsodie de Bartok, Ɠuvre de jeunesse, paraphrase le maĂźtre parfois au risque de la rĂ©pĂ©tition. La tension ciselĂ©e Ă  son maximum voire son paroxysme se rĂ©alise dans l’ivresse et les vertiges spirituels – dĂ©flagrations hypertendus de la Mephisto Waltz de Franz Liszt, – rien n’égale en dĂ©finitive le diamant brut du plus grand des pianistes virtuoses du XIXĂš. Lutin au nerf acĂ©rĂ© vif argent, le Japonais architecture un instant d’élĂ©vation et de construction acrobatique.

On quitte la salle QuĂ©bec aprĂšs le rĂ©cital de Takuya Otaki – alors que rentrent plusieurs jeunes laurĂ©ats du 7Ăšme Concours orlĂ©anais. On ne peut malheureusement pas tout suivre et la nĂ©cessitĂ© de choisir organise le dĂ©roulement de la journĂ©e, riche en dĂ©couvertes pianistiques, comme parfois en frustration : plusieurs concerts se dĂ©roulent au mĂȘme moment. En sortant du Nouveau siĂšcle, direction le Conservatoire et son auditorium, beau vaisseau ovale, aux proportions humaines; Ă  l’acoustique trĂšs flatteuse. Soit 10mn Ă  peine de marche, sur le pavĂ© lillois : heureuse pause extĂ©rieure d’un marathon qui se passe surtout en intĂ©rieur. Au programme musique de chambre avec piano : Quatuors de Mozart et de Schumann ; la prestation est quasi familiale et souligne la complicitĂ© entre les instrumentistes. RĂ©pond Ă  la puissance maternelle, parfois brute et dure, Ă  la fois puissante et structurĂ©e de la pianiste Elena Bashkirova, le violon plus tendre de son fils Michael Barenboim (le fils de Daniel) et le trĂšs solide alto de GĂ©rard Caussé  la coque de la salle amplifie idĂ©alement et naturellement le jeu des quatre instrumentistes (avec le violoncelliste Tim Park), au point qu’on aurait demandĂ© plus de suavitĂ© murmurĂ©e, de piani jouĂ©s piani, surtout quand la tendresse caressante d’un Mozart inspirĂ© par la grĂące s’invite soudainement dans le IIIĂš mouvement (jeu dialoguĂ© entre piano et alto).
Belle idĂ©e de jouer dans la continuitĂ©, le Quatuor de Schumann (crĂ©Ă© en 1842 chez Mendelssohn) car dĂšs le premier mouvement, Robert / Eusebius installe immĂ©diatement un climat intĂ©rieur d’une rare plĂ©nitude, en particulier dans le mouvement second, d’une Ă©loquence mozartienne.

debargue lucas pianoIl est 15h : il est temps de rejoindre l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle pour Ă©couter enfin celui que toute la planĂšte piano encense comme le nouvel Ă©lu, frais moulu et soudainement couronnĂ©e par le dernier Concours Chopin 2015 : le Français Lucas Debargue. TrĂšs concentrĂ©, silhouette longiligne, un peu raide, le jeune homme s’engage immĂ©diatement aprĂšs son entrĂ©e en scĂšne dans la Sonate n°16 de Schubert : le jeu est souvent tendu, parfois heurtĂ©, en manque d’abandon suggestif. De toute Ă©vidence, l’interprĂšte fouille, explore
 mais il ne trouve pas. Visiblement l’ombre du magicien Schubert n’a pas paru cet aprĂšs midi. La Sonate n°2 de Szymanowski (1911) est beaucoup mieux investie, pensĂ©e, architecturĂ©e ; plus aĂ©rĂ©e, et libre. Et pourtant son dĂ©roulement est un labyrinthe technique d’une portĂ©e souvent inatteignable 
 ce pour nombre de pianistes (y compris parmi les plus cĂ©lĂšbres). Lucas Debargue quant Ă  lui, vainc chaque difficultĂ©, jalon progressif d’un Ă©cheveau Ă©nigmatique et complexe, prĂ©cisĂ©ment dans les 8 variations et fugues du second mouvement, alternant constamment entre dĂ©lire parodique et surgissement poĂ©tique d’essence baroque (menuet ou sarabande). La versatilitĂ© dont est alors capable le pianiste, sans rien perdre de l’unitĂ© profonde du dĂ©veloppement ni dĂ©construire le vaste plan poĂ©tique des harmoniques raffinĂ©es, est impressionnante. Le feu, la flamme, dansante et trĂ©pidante jaillissent en raffinement harmonique et flexibilitĂ© maĂźtrisĂ©e. Le voici donc ce talent dont on nous parlait avec ravissement. L’explorateur enivrĂ© enchantĂ© des Medtner, Roslavetz, Maykapar peu connus, et sous ses doigts agiles et bien orientĂ©s, a rĂ©vĂ©lĂ© son jeune talent et sa forte personnalitĂ©. A suivre.

 

FidÚle à sa ligne généreuse exigeante, le Festival de piano lillois convainc en 2017

DIVERSITÉ STIMULANTE

 

 

Enfin le dernier concert (concluant le Festival 2017, et ses 3 journĂ©es de d’exploration musicale non stop)
 est le plus Ă©loquent. Copieux et divers, comme une fĂȘte Ă  vivre Ă  plusieurs ; 3 pianistes paraissent ainsi sous la baguette di chef fondateur. Le rĂ©cital symphonique du soir, rĂ©unit la phalange organisatrice, l’Orchestre National de Lille, et une pointure française au jeu ourlĂ©, naturellement fluide et caressant : Nicholas Luganski 
 et ses 10 doigts magiciens, en Ă©troite et constante effusion avec le geste du chef, crĂ©ateur de l’évĂ©nement, Jean-Claude Casadesus.
Devant un Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  guichets fermĂ©s, prĂ©cĂ©dant l’apothĂ©ose Luganski, c’est d’abord le Concerto pour deux pianos et orchestre de Poulenc (1931) qui sĂ©duit par sa fluiditĂ© permanente, un sentiment de libertĂ© qui s’épanche et batifole en fantaisie et esprit de jeu (caractĂšres chers Ă  Poulenc) grĂące aux deux pianistes complices et qui se font face : HĂ©lĂšne Mercier et Louis Lortie.

 

LILLE. Jean-Claude Casadesus : le PoĂšme de l'ExtaseAprĂšs la courte pause, gĂ©ant aux pas tranquilles, Nicholas Angelich fait son apparition ; au clavier, la silhouette se mĂ©tamorphose, s’anime soudain : une somptueuse sonoritĂ© s’affirme immĂ©diatement. Elle exprime avec agilitĂ© et cƓur, une partition incroyablement virtuose et pourtant profonde (Concerto n°3 de Prokofiev), dans ses Ă©clairs furtifs et ses accents crĂ©pusculaires qui citent Rachmaninov. C’est un Ă©cho formidablement ciselĂ© au concert de la veille oĂč l’argentin Nelson Goerner autre fabuleuse sensibilitĂ© aussi pyrotechnique qu’intĂ©rieure jouait le Concerto n°2 du mĂȘme Prokofiev. Ce soir, Angelich, l’incroyable pianiste douĂ© de poĂ©sie conquĂ©rante traverse climats martiaux, motricitĂ© presque mĂ©canique d’une partition Ă©lectrique, caresse furtive d’un toucher fĂ©lin. Un tour de force magistral, d’une ivresse poĂ©tique dĂ©concertante qui ne pouvait pas mieux conclure cette dĂ©jĂ  14Ăš Ă©dition du LILLE PIANO(S) FESTIVAL. A 1h de Paris, comment manquer ce rv unique dont la diversitĂ© et le profil des solistes invitĂ©s n’a pas d’équivalent dans l’Hexagone ? Cette annĂ©e, la rĂ©alisation a honorĂ© les promesses de l’affiche : Debargue et Angelich, comme prĂ©cĂ©demment Goerner ou l’excellent Stephen Hough qui ouvrait la session dans la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini pilotĂ© lĂ  aussi par Jean-Claude Casadesus, sans omettre le Glass de Vikingur Ólafsson auront marquĂ© l’édition 2017 du LILLE PIANO(S) FESTIVAL. Suivez dĂšs Ă  prĂ©sent la prochaine programmation de l’édition de juin 2018, celle des 15 ans. Illustrations : © Ugo Ponte / ONL Orchestre National de Lille 2017 (sauf Lucas Debargue, DR)

 

 

 

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lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentCompte rendu, critique, concerts et festival — LILLE PIANO(S) FESTIVAL, dimanche 11 juin 2017. Le Carnaval des animaux / The Amazing Keystone Big Band. RĂ©cital des pianistes Takuya Otaki, Lucas Debargue. Musique de chambre avec Elena Bashkirova. Concert de clĂŽture : Concertos de Poulenc et de Prokofiev (n°3), par Nicholas Luganski, HĂ©lĂšne Mercier et Louis Lortie, Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus (direction).

 

 

Festival de Saintes : 4-22 juillet 2017

Visuel-festival-2017.inddVIDEO. Festival de Saintes, 14-22 juillet 2017, PrĂ©sentation. Chaque Ă©tĂ© en juillet, l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes investit tous les lieux du site patrimonial, offrant aux visiteurs et festivaliers, une expĂ©rience unique oĂč la musique et le concert tiennent la premiĂšre place. VOIR ICI notre prĂ©sentation vidĂ©o du Festival de Saintes 2017, entretien vidĂ©o avec le directeur artistique, Stephan Maciejewski —  Les lieux du festival : l’ensemble patrimonial de l’Abbaye aux dames, la “voile”, point de rencontre du Festival pour artistes, professionnels et festivaliers, la ligne artistique et les temps forts de l’Ă©dition 2017 (les Cantates de JS Bach, la musique de chambre, l’anniversaire de Philippe Herreweghe, le Jeune Orchestre de l’Abbaye / JOA…, par Stephan Maciejewski, directeur artistique – Reportage / entretien Ă©ditĂ© par le studio CLASSIQUENEWS.TV / rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM — © CLASSIQUENEWS.COM

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LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Festival de Saintes : les concerts sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames, musique sacrĂ©e, cantates, musique de chambre, grands concerts symphoniques (Brahms et Tchaikovksi…), les 70 ans de Philippe Herreweghe, le retour de Vox Luminis, la place des jeunes ensembles de musique baroque…

Entretien avec Jean-Michel Lejeune, Ă  propos du festival FORMAT RAISINS.

format raisins festivals 2017 vignette grand carre sur classiquenewsEntretien avec Jean-Michel Lejeune, Ă  propos du festival FORMAT RAISINS 2017. A l’occasion de la nouvelle Ă©dition du festival hors normes FORMAT RAISINS Ă  partir du 5 juillet 2017, CLASSIQUENEWS a interrogĂ© le directeur de l’évĂ©nement, Jean-Michel Lejeune sur le fonctionnement, le dĂ©roulement et l’identitĂ© d’un festival ambitieux, Ă©clectique dont le rayonnement pluridisplinaire s’étend sur 2 dĂ©partements, 2 rĂ©gions, Ă  travers les vignobles les plus enchanteurs de France, d’oĂč son nom gĂ©nĂ©rique « Format raisins ». Pourtant c’est bien un format singulier qui est le propre du cycle d’évĂ©nements mĂȘlant la crĂ©ation contemporaine, le jazz, la musique chorale, symphonique et de chambre, les arts plastiques et la danse 
 dans des lieux patrimoniaux aux rĂ©sonances multiples, autant d’expĂ©riences riches et inĂ©dites offertes aux publics sollicitĂ©s sur tout le territoire du Centre, des bords de Loire. JalonnĂ© par 88 concerts et Ă©vĂ©nements, le festival FORMAT RAISINS se dĂ©roule sur 3 week ends. Une invitation Ă  l’exploration plurielle, Ă  la poĂ©sie polymorphe, aux mĂ©tissages hors cadre
 car ici le nombre n’écarte pas la qualitĂ©. Entretien et explications.

 

 

 

 

Comment se dĂ©roule le festival  (lieux investis, intĂ©rĂȘt patrimonial et musique, accessibilitĂ© des concerts et des Ă©vĂ©nements )?

 

20 villes et villages situĂ©es dans les vignobles des Vins du Centre et sur les bords de Loire constituent l’exceptionnel paysage du festival Format Raisins. Le PrieurĂ© clunisien de La CharitĂ©-sur-Loire, la Commanderie de Villemoison, le chĂąteau de Buranlure, le MusĂ©e de la Machine agricole, le site industriel de Chabrolles sont quelques-uns des exceptionnels lieux des quelque 88 concerts, spectacles de danse contemporaine, exposition d’art contemporain, dĂ©gustations de vins, visites, promenades, atelier de gĂ©ographie
 de cette cinquiĂšme Ă©dition. Sur le plan musical, cette Ă©dition propose un pĂ©riple qui nous emmĂšne de Purcell, Bach Ă  Berio, Stockhausen, Carter, Risset, Henry, Teruggi, Pesson, Bouchot, Caratini, Machuel, Aperghis, Munoz Bravo, Bierton
 en passant rendre de superbes visites chez Mozart, Brahms, Beethoven, Schumann, Chopin
 en passant par les musiques populaires et savantes du monde arabe que nous chante Anass Habib, le jazz de Trafic Urbain


 

 

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Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?

 

DiversitĂ© des oeuvres, excellence, grands interprĂštes et jeunes talents sont la marque de cette prochaine Ă©dition qui s’organise autour de quatre axes :

Honneur au piano avec Seong-Jin Cho, Jean-Philippe Collard, Wilhem Latchoumia, David Lively, Patricia Martins, Thierry Rosbach, Nicolas Stavy ;

Des concerts monographiques qui permettent au public d’aller plus loin dans l’univers musical d’un compositeur (Bach, Berio, Brahms, Pierre Henry, Mozart, Purcell, Risset, Stockhausen
);

De nombreux jeunes musiciens comme ceux du quintette Altra, du quatuor Akos, du Trio Puzzle, du KontaktDuo, sans omettre la pianiste Manon Edouard-Douriaud ;

Un parcours d’écoute entre la musique pure et celle qui s’intĂ©resse aussi aux sons venant du quotidien…

A cela s’ajoute un volet dĂ©diĂ© Ă  la danse avec Les Aperçus de Clara Cornil et Pierre Fruchard, Ă  la tombĂ©e de la nuit
 et le collectif Les Oufs ! dans le sillage de Jean-Claude Gallotta.

 

 

 

 

Quels sont les 5 temps forts de l’édition 2017 ? Et pourquoi ?

 

Le concert du Quintette Altra, pour la dĂ©couverte d’une exceptionnelle, — oui d’une exceptionnelle jeune formation, pour la crĂ©ation du compositeur Tom Bierton, musicien amoureux des musiques du monde et des musiques actuelles, pour revisiter dans un cadre exceptionnel l’Ɠuvre du gĂ©nial Luciano Berio ;

Le rĂ©cital de Jean-Philippe Collard, pour la magie que crĂ©e cet immense pianiste, pour son programme Schumann et Chopin qui montre le romantisme dans tous ses contrastes, dans toutes ses passions, pour son intelligence musicale et toujours, la lumiĂšre qui se dĂ©gage des Ɠuvres, mĂȘme les plus sombres !

Le rĂ©cital de Seong-Jin Cho, le petit prodige, l’artisan du superbe, l’immense musicien
 pour l’un de ses trĂšs rares concerts en France cette annĂ©e qui nous garantit de belles Ă©motions !

Les deux concerts du GRM proposĂ© par Daniel Teruggi, pour le poĂšte Jean-Claude Risset, pour Pierre Henry, cette ‘’figure ‘’, pour rejoindre des deux oreilles notre Ă©poque, pour la beautĂ© d’Ɠuvres parfois mĂ©connues, pour AprĂšs une Ă©coute de Sud , crĂ©ation de Daniel Teruggi
 et pour l’Acousmonium du GRM, vĂ©ritable planĂ©tarium sonore qui offre une Ă©coute complĂštement renouvelĂ©e !

Le concert de David Lively, pour le rythme, la chaleur et la vie des Ɠuvres de ce programme amĂ©ricain tout Ă  fait original, jouĂ© avec un talent fou, une virtuosité !

Le Spat Sonore, pour dĂ©couvrir ce qu’improviser, rire, et participer Ă  une expĂ©rience vĂ©ritablement inouĂŻe, en immersion dans un univers insolite, chez Rabelais, entre musique populaire, bruitage et musique sacrĂ©e


Le concert de Nicolas Stavy et du Quatuor Voce pour
 Brahms, servi avec gĂ©nie par ces interprĂštes
 la musique s’écrit en direct sous nos oreilles
 C’est totalement impressionnant de richesse et de vie !

Le concert de Jeanne Crousaud et de Wilhem Latchoumia, pour le choix des Ɠuvres, le programme plein d’humour, airs d’opĂ©rettes, chansons de genre, pour cette voix sublime, ce pianiste exceptionnel, toujours du cĂŽtĂ© de la crĂ©ation et de l’audace ! Et pour « Oda a la Manzana », un poĂšme de Neruda, mis en musique par le chilien Munoz Bravo avec la force d’imagination qu’on lui connaĂźt (qu’on devrait lui connaĂźtre !)

Pardon, je ne sais plus compter
 mais ce ne sont pas moins de 30 concerts et spectacles qui sont proposĂ©s !

 

 

 

 

Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?

 

La relation simple et directe avec les Ɠuvres et les artistes prĂ©sentĂ©s dans des lieux aussi insolites qu’un grenier, un hangar, une usine dĂ©saffectĂ©e, la cour d’un chĂąteau, une chapelle en ruine, les remparts de La Charité  Toutes les barriĂšres tombent. Restent la musique, la danse, les Ɠuvres
 La dĂ©couverte des meilleurs vins locaux (Pouilly-fumĂ©, Sancerre, Coteaux Charitois, Menetou-Salon, ChĂąteaumeillant, Coteaux du Giennois, Reuilly, Quincy
);
La dĂ©couverte de la RĂ©serve naturelle du Milieu de Loire et de la ForĂȘt des Bertranges, l’accueil chaleureux des habitants de cette rĂ©gion
Une atmosphĂšre hyper conviviale et amicale entre les artistes, les compositeurs, les organisateurs, les partenaires et le public… qui laisse bien souvent une belle place au rire !

 

 

 

Propos recueillis en juin 2017

 

 

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format raisins festival vla de loire sur classiquenews presentation et temps forts 2017Le Festival Format Raisins se dĂ©roule du 5 au 23 juillet 2017, Ă  deux heures de Paris, Ă  1 heure de Bourges
. Et s’organise essentiellement en 3 week-ends de concerts et de promenade.

Renseignements, réservations, billetterie au 03 86 70 15 06 et sur www.format-raisins.fr
Cette année, le festival propose des Pass Week-End donnant accÚs à tous les événements pour un tarif particuliÚrement avantageux.

LIRE notre présentation du Festival FORMAT RAISINS 2017 

 

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Illustrations © festival FORMAT RAISINS : Jean-Michel Lejeune prĂ©sente le concert de La Fenice au public (2016) / la chanteuse Jeanne Crousaud dans L’Eloge de la plante / festival Format Raisins 2016 (DR)

 

 

 

REPORTAGE VIDEO : Les PĂȘcheurs de perles de Bizet par l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (2)


perles-bizet-orchestre-national-de-lille-julie-fuchs-florian-sempey-critique-sur-classiquenewsREPORTAGE VIDEO : Les PĂȘcheurs de perles par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, directeur musical. VOLET 2
: les temps forts du drame, les personnages ; LeĂŻla (Julies Fuchs), Nadir (Cyrille Dubois) et Zurga (Florian Sempey). Chaque interprĂšte prĂ©cise les enjeux de son personnage, ce qu’il rappelle aussi en terme de rĂŽles dans d’autres opĂ©ras, par sa typologie (Nadir rappelle GĂ©rald dans LakmĂ© de Delibes ; ou Zurga, Valentin de Faust de Gounod). Directeur musical de l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch reprĂ©cise ce qui fonde la valeur de la partition des PĂȘcheurs de perles d’un Bizet ĂągĂ© de 25 ans, et ce que la version choisie (1893) apporte pour la comprĂ©hension de l’ouvrage. Le disque est annoncĂ© en 2018, et d’ici, le concert est diffusĂ© sur France Musique (18 juin 2017) puis Culturebox. REPORTAGE exclusif © CLASSIQUENEWS.TV — RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham 2017.

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VOIR aussi notre reportage vidĂ©o 1 : la version retenue, le travail du chef Alexandre Bloch et de l’Orchestre National de Lille….

LIRE aussi notre compte rendu critique complet des PĂȘcheurs de perles de Bizet par L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, le 10 mai 2017 au Nouveau SiĂšcle de Lille

 

 

 

REPORTAGE VIDEO. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles ressuscitĂ©s par le National de Lille et Alexandre Bloch (1)

fuchs-julie-et-alexandre-bloch-dans-les-pecheurs-de-perles-de-georges-bizet-lille-opera-compte-rendu-critique-par-classiquenewsREPORTAGE VIDEO : Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet, 1863. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch. Partition d’un compositeur de 25 ans, Les PĂȘcheurs de perles du jeune Bizet affirme en 1863 une superbe maturitĂ© : orchestration raffinĂ©e, Ă©lĂ©gance des mĂ©lodies dont des airs devenus mythiques : celui de Nadir (romance), celui de LeĂŻla (Comme autrefois, berceuse avec cor obligĂ©), mais aussi subtilitĂ© des choeurs et sĂ©quences orchestrales finement caractĂ©risĂ©es et contrastĂ©es (le duo d’amour entre Nadir et LeĂŻla enchaĂźne directement sur une nuit d’orage convoquant Ă  la fin du II, l’orchestre et le choeur au grand complet). Si l’action se dĂ©roule Ă  Ceylan, au sein d’une communautĂ© de pĂȘcheurs adorant Brahma, l’orientalisme de Bizet n’est pas celui de FĂ©licien David et plus tard de Delibes (LakmĂ©, dont la partition de Bizet se rapproche de façon surprenante). La richesse du coloris orchestral s’incarne par les timbres instrumentaux de l’orchestre europĂ©en
 Ici c’est moins la sublime loyautĂ© amoureuse de LeĂŻla (proche ainsi de la tragique LakmĂ©), crĂ©Ă©e par un soprano coloratoure, que le personnage tiraillĂ© du baryton Zurga – le chef de la tribu et l’ami de Nadir, qui rejaillit et finit par distinguer nettemnt par son caractĂšre d’abord impĂ©rieux, brutal, puis sa jalousie premiĂšre Ă©cartĂ©e, noble et compatissant, sacrificiel. Cf. le duo au dĂ©but du III, oĂč Zurga en prĂ©sence de LeĂŻla dĂ©cide d’aider les deux amants Ă©prouvĂ©s. Ainsi le jeune Bizet qui trahit ici une maestriĂ  annonçant directement Carmen, ose une fin heureuse pour ses hĂ©ros Ă©perdus : ils pourront fuir la haine et la violence du peuple grĂące Ă  l’ami de Nadir, Zurga, pourtant lui aussi Ă©pris de la belle prĂȘtresse
 L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch en offre en premiĂšre française, la version de 1893 (Urtext)…

LIRE aussi notre compte rendu critique complet des PĂȘcheurs de perles de Bizet par L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, le 10 mai 2017 au Nouveau SiĂšcle de Lille

 

 

ENTRETIEN avec SĂ©bastien Llinares, guitare. RECRÉER SATIE

Paraty_logo_rouge_582ENTRETIEN avec SĂ©bastien Llinares, guitare. RECRÉER SATIE. Tout en Ă©largissant considĂ©rablement le rĂ©pertoire de la guitare, jusque lĂ  dĂ©volu aux transcriptions d’airs d’opĂ©ras
, le guitariste SĂ©bastien LlinarĂšs Ă©dite son dĂ©jĂ  4Ăš cd chez PARATY. Il en dĂ©coule un programme enchanteur oĂč l’art de la transcription sublime le matĂ©riau originel, prenant en compte l’esthĂ©tique suspendue, introspective, essentiellement rĂȘveuse de Satie, et la particularitĂ© technique et sonore qu’apporte dans ce souci de cohĂ©rence, le timbre de la guitare. Le jeune guitariste a d’autant plus de mĂ©rite qu’il n’hĂ©site pas Ă  transcrire les piĂšces pour piano seul comme celles pour orchestre (donc trĂšs dĂ©licate Ă  transposer pour une seule guitare)
 Du jamais vu ni Ă©coutĂ© jusque lĂ . Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS Ă  l’occasion du cd SATIE de SEBASTIEN LLINARES chez PARATY, en mai 2017.

 

 

Pour PARATY, le guitariste SĂ©bastien LlinarĂšs sublime ERIK SATIE

Quels ont été les critÚres qui ont conduit votre sélection de piÚces de Satie ?

Tout d’abord, j’ai fait une premiĂšre sĂ©lection des piĂšces qui m’intĂ©ressaient, musicalement, sans Ă  priori. Et je les ai toutes lues et jouĂ©es. J’ai donc fait de nombreux essais et ensuite, naturellement il y a eu le critĂšre technique : j’ai choisi Ă  l’intĂ©rieur de cette premiĂšre sĂ©lection  les piĂšces qui sonnaient le mieux,  qui Ă©taient les plus rĂ©ussies Ă  la guitare. Les piĂšces oĂč la guitare avait aussi quelque chose Ă  dire en plus.

 

 

En comparaison avec le piano qu’apporte la guitare de diffĂ©rent dans la comprĂ©hension et la rĂ©ception des partitions ?

La guitare apporte un nouvel Ă©clairage Ă  ces piĂšces tout en restant fidĂšle tant Ă  l’esprit qu’à la lettre. Elle est l’instrument de l’intime, de l’humain, et elle sait donc mettre en lumiĂšre, je pense, l’intĂ©rioritĂ© fragile, hypersensible de Satie. La guitare se sent bien dans les formes courtes et ramassĂ©es, dans des textes pas ou peu dĂ©veloppĂ©s, qui vont droit au but, dans des mĂ©lodies aux lignes claires et simples, elle sait toucher aux sentiments avec peu de matiĂšre. Je pense qu’elle s’approche donc au plus prĂšs de l’homme et de sa musique.

 

 

Vous avez transcrit et arrangĂ© vous mĂȘme les piĂšces originalement pour piano. Quels ont Ă©tĂ© les dĂ©fis de ce transfert d’un instrument l’autre ?

Si ces piĂšces ont la rĂ©putation d’ĂȘtre relativement simples Ă  jouer au piano, elles le sont beaucoup moins Ă  la guitare. Le premier dĂ©fi a donc Ă©tĂ© de donner l’illusion de la simplicitĂ©, comme de la facilitĂ©. Je voulais que l’on ait l’impression que les piĂšces aient Ă©tĂ© Ă©crites directement, et simplement pour la guitare.
Le disque contient en grande partie des piĂšces pour piano seul, jouĂ©es Ă  la guitare seule. Et il y a Ă©galement le ballet Parade, que j’ai Ă©crit pour deux guitares. LĂ , j’ai essayĂ© de traduire aussi les couleurs orchestrales et les diffĂ©rents effets. C’est pour cela que j’ai choisi d’enregistrer moi-mĂȘme les deux guitares en re-recording (1), pour maĂźtriser pleinement les timbres et les registres sonores.

 

 

Quel est le portrait de Satie que vous souhaitez transmettre dans cet album trĂšs personnel et pour le moins original?

Un Satie janusien, paradoxal, tout en cassures, tout en contrastes, intensĂ©ment triste, et exprimant cette intense tristesse par une musique qui ne l’est pas toujours, parfois loin de là !
Un Satie que l’on ne peut pas saisir si on cherche à le faire, mais que l’on peut approcher si on se laisse habiter par sa musique.

 

 

Quelle est votre piÚce préférée dans cet album ? Pour quelles raisons ?

J’aime particuliĂšrement la piĂšce Acrobates, car c’est une partition que je me suis beaucoup appropriĂ©, quitte Ă  faire quelques Ă©carts par rapport Ă  la partition orchestrale, et pourtant je trouve que c’est lĂ  que je m’approche le plus du texte, de la musique, et donc de l’homme.

 

 

 

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(1) le LABEL PARATY a dĂ©jĂ  cultiver ce principe du double recording oĂč un mĂȘme interprĂšte joue deux lignes/voies diffĂ©rentes qui sont ensuite assemblĂ©es au montage. Ce fut le cas, avant le cd Satie de SĂ©bastien LlinarĂšs, du cd VILLA LOBOS par le guitariste Mickael Viegas, autre rĂ©alisation Ă©blouissante / complete works for guitar d’HEITOR VILLA-LOBOS, 2 cd PARATY, 2015 / CLIC de classiquenews de mars 2016

 

 

 

VIDEO. Festival de Saintes 2017, présentation des temps forts

Visuel-festival-2017.inddVIDEO. Festival de Saintes, 14-22 juillet 2017, PrĂ©sentation. Les lieux du festival : l’ensemble patrimonial de l’Abbaye aux dames, la “voile”, point de rencontre du Festival pour artistes, professionnels et festivaliers, la ligne artistique et les temps forts de l’Ă©dition 2017 (les Cantates de JS Bach, la musique de chambre, l’anniversaire de Philippe Herreweghe, le Jeune Orchestre de l’Abbaye / JOA…, par Stephan Maciejewski, directeur artistique – Reportage / entretien Ă©ditĂ© par le studio CLASSIQUENEWS.TV / rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM — © CLASSIQUENEWS.COM

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LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Festival de Saintes : les concerts sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames, musique sacrĂ©e, cantates, musique de chambre, grands concerts symphoniques (Brahms et Tchaikovksi…), les 70 ans de Philippe Herreweghe, le retour de Vox Luminis, la place des jeunes ensembles de musique baroque…

ANGERS NANTES OPERA. Nouvelle saison 2017 – 2018. PrĂ©sentation par JEAN-PAUL DAVOIS

ANO logo 2017 2018 vignetteANGERS NANTES OPERA. Nouvelle saison 2017 – 2018. PrĂ©sentation par JEAN-PAUL DAVOIS, directeur gĂ©nĂ©ral. La Damnation de Faust de Berlioz en ouverture, puis Le Couronnement de PoppĂ©e de Claudio Monteverdi, nouvelle production portĂ©e par le duo Caurier et Leiser, partenaires familiers de la Maison lyrique, puis la recrĂ©ation de Mam’zelle Nitouche de HervĂ© ou Les P’tites Michu de Messager… sont quelques joyaux d’une nouvelle saison lyrique Ă  ne pas manquer. PrĂ©sentation, explications, dĂ©part en janvier 2018… Jean-Paul Davois prĂ©sente sa derniĂšre saison lyrique pour Angers Nantes OpĂ©ra, 15 ans aprĂšs la crĂ©ation du syndicat mixte (2002). Entretien vidĂ©o, rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM / © studio CLASSIQUENEWS.COM

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LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes OpĂ©ra 2017 – 2018, temps forts, ligne artistique, Ă©vĂ©nements Ă  ne pas manquer…

ENTRETIEN avec FELICITY LOTT


ENTRETIEN avec FELICITY LOTT
 Plus passionnĂ©e et engagĂ©e que jamais Dame Felicity Lott dĂ©livre la saveur raffinĂ©e, suave, – cette Ă©lĂ©gance naturelle d’une grande richesse poĂ©tique des mĂ©lodies françaises. Les 27 mai puis 1er juin 2017, la plus française des divas britanniques chante la mĂ©lodie française de Berlioz Ă  FaurĂ©, Chausson, Poulenc et Ravel
 Entretien prĂ©alable pour mieux comprendre l’affection de la Felicity Lott pour la culture française.

 

 

 

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Comme dĂ©finiriez-vous la mĂ©lodie française comparĂ© au lied ? Sur le plan technique, vocal …

 

FĂ©licity LOTT : Je trouve que la mĂ©lodie est plus flexible que le Lied….mais ce n’est pas vrai et cela dĂ©pend du compositeur ! Je trouve Richard Strauss plus flexible que Schubert, par exemple, moins classique, plus romantique, Ă©videmment c’est une question d’Ă©poque. La langue française a sa propre musique et les meilleurs compositeurs savent jouer avec.

 

 

 

Comment avez-vous sélectionné les mélodies de ce programme ? Que racontent-elles sur le plan des textes et des poÚmes chantés ?

 

FL : Je vais chanter ShĂ©hĂ©razade de Ravel, que j’ai entendu pour la premiĂšre fois en France quand j’ai suivi des cours Ă  l’AcadĂ©mie Internationale d’ÉtĂ© de Nice, il y a bien longtemps. Une chanteuse a interprĂ©té Asie, la premiĂšre mĂ©lodie de ce cycle, ce qui m’a bouleversĂ©e. J’ai achetĂ© l’enregistrement de RĂ©gine Crespin que j’adore toujours – RĂ©gine et le disque -, et j’ai dĂ©couvert sur l’autre face Les Nuits d’Été de Berlioz : autre bouleversement. Mon professeur lĂ -bas m’a fait apprendre une mĂ©lodie de Debussy que je chante encore. Enfin, c’est en partie grĂące Ă  la France que je suis devenue chanteuse.

 

 

 

Quels souvenirs certaines chansons ou compositeurs ici abordés, évoquent-ils dans votre carriÚre ?

 

FL : Avec Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse Romande, j’ai enregistré ShĂ©hĂ©razade, et aussi Le PoĂšme de l’Amour et la Mer de Chausson. Nous l’avions beaucoup donnĂ© en concert, en Suisse et aux États Unis, et le mouvement final, Le Temps des Lilas, existe aussi en mĂ©lodie. Nous allons l’interprĂ©ter justement pour notre prochain concert. Il y aura aussi La Captive de Berlioz, pour voix et violoncelle. Je l’ai enregistrĂ© il y a longtemps avec Steven Isserlis et Thomas AdĂšs. J’aime beaucoup toutes ces mĂ©lodies et j’attends avec impatience de les chanter avec les musiciens merveilleux d’Artie’s.

 

 

 

Votre mélodie préférée ? Pour quelle raison ?

 

FL : Je n’ai pas de mĂ©lodie prĂ©fĂ©rĂ©e mais ma chanson prĂ©fĂ©rĂ©e est La Chanson des Vieux Amants de Jacques Brel
.!

 

 

 

Propos recueillis en mai 2017.

 

AGENDA
Mélodies françaises et musique de chambre. Les 27 mai (Bussy-Rabutin), 1er juin (Salle Gaveau, Paris). INFORMATIONS & RESERVATIONS

RĂ©cital Felicity Lott
Chambrisme romantique français

Samedi 27 mai 2017 Ă  20h
ChĂąteau de Bussy-Rabutin
12, Rue du ChĂąteau
21150 Bussy-le-Grand

Jeudi 1er Juin 2017 Ă  20h30
PARIS, Salle Gaveau
45, rue La Boétie
75008 PARIS

Dimanche 17 septembre 2017 Ă  20h
Abbaye de Cluny (21)

RÉSERVEZ VOS PLACES ICI

Programme

Hector Berlioz – La Captive
Ernest Chausson – Le temps des lilas
Reynaldo Hahn – La derniùre valse
Gabriel FaurĂ© – Quatuor avec piano n°1 op15
Gabriel FaurĂ© – AprĂšs un rĂȘve
Maurice Ravel – ShĂ©hĂ©razade
Jules Massenet – ÉlĂ©gie
Francis Poulenc – Les chemins de l’amour
Reynaldo Hahn – La Barcheta

Dame Felicity Lott, soprano
Mathilde Borsarello Herrmann, violon
CĂ©cile Grassi, alto
Gauthier Herrmann, violoncelle
Jean-Michel Dayez, piano

Avec la participation de :
Fleur Gruneissen, flûte (27/05, 17/09)
Mathilde Caldérini, flûte (01/06)

 

 

ENTRETIENS. Olivier Spilmont / Alia Mens, Bach rĂ©inventĂ©…

spilmont olivier alia mens copyright PA POINSIGNONENTRETIENS. JS BACH rĂ©inventĂ©. Ensemble en rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire, ALIA MENS explore l’imaginaire et l’esthĂ©tique de JS Bach, dĂ©voilant une finesse d’intonation peu commune qui renouvelle notre Ă©coute et notre connaissance des cantates et autres oeuvres instrumentales du Director Musices Ă  Leipzig. Le premier cd, Ă©ditĂ© par Paraty, Ă©claire l’inspiration du jeune BACH alors qu’il rejoint Weimar (au cours des annĂ©es 1710) et livre de nombreuses Cantates
 Le cd est un Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017. A cette occasion, classiquenews a posĂ© 4 questions au responsable artistique d’Alia Mens, Olivier Spilmont. Entretien exclusif

 
 
 
 

Comment dĂ©finiriez-vous la sonoritĂ© d’Alia Mens ? Qu’est ce qui donne Ă  votre ensemble sa singularitĂ© et son identitĂ© ?

 
 

Un nombre vertigineux de paramĂštres rentre en ligne de compte dans l’Ă©laboration de l’identitĂ© d’un ensemble, de sa sonoritĂ©…
Certains peuvent ĂȘtre analysĂ©s, d’autres nous Ă©chappent.
La personnalitĂ© de chaque musicien est bien-sĂ»r primordiale, mais je dois dire que je ne me suis jamais mis en position de “fabriquer une identitĂ©” pour l’ensemble. Cette dĂ©marche me semble artificielle.
Ce qui fabrique un son et une identitĂ©, c’est, Ă  mon sens, la concentration commune sur une idĂ©e, sur une image sonore que l’on porte en soi face Ă  la partition. Et dans le cas de Bach, la construction est telle, d’un point de vue formel et spirituel, que la tĂąche est Ă  la fois simple et difficile.
L’unitĂ© de ses Ɠuvres est incroyablement puissante et les dĂ©tails fourmillent… Il est donc question de hiĂ©rarchie. Qu’est ce qui prime dans tel ou tel traitement du texte ? Ici, la force du trait mĂ©lodique avec ses intervalles accidentĂ©s; lĂ , la puissance rythmique… Et tout cela au service d’un message spirituel, religieux, traitĂ© avec une grande acuitĂ© dans chacune de ces cantates.
Quand les options sont clairement prises sur les prioritĂ©s de tel ou tel section ou mouvement, alors un “son d’ensemble” surgit avec sa singularitĂ©, son identitĂ©. Une fois que le son a surgi, je veille en effet Ă  ce qu’il soit vivant, qu’il ait une courbe qui puisse crĂ©er un espace. Cet espace dĂ©pend principalement du rythme, c’est Ă  dire de la distance parcourue d’un point vers l’autre. Quand le son habite consciemment cette distance, on entre dans un royaume !…

 
 
 

Quels sont les critĂšres qui ont permis de concevoir le programme du cd « La CitĂ© cĂ©leste » qu’édite Paraty en mai 2017 ? 

 

L’Ɠuvre complĂšte de Bach est gĂ©niale. Il y a donc l’embarras du choix! Ce qui m’a en premier lieu orientĂ© vers sa pĂ©riode de Weimar est d’ordre pratique. Ces premiĂšres cantates sont destinĂ©es Ă  de petits effectifs. La chapelle ducale dans laquelle elles furent crĂ©Ă©es Ă©tait de dimension modeste. J’ai donc choisi de me diriger vers des cantates qui offraient une corrĂ©lation d’un point de vue liturgique, sĂ©mantique, mais aussi avec des correspondances sur l’instrumentarium. Les deux flĂ»tes Ă  bec et le hautbois, ces deux instruments au rĂŽle rhĂ©torique prĂ©cis, tous deux liĂ©s Ă  l’Ă©vocation de la mort, dans l’angoisse pour le hautbois et plus sereinement pour les flĂ»tes, sont les deux coloristes importants de ce programme et concourent Ă  lui donner une unitĂ©.
Le fait que ces cantates aient Ă©tĂ© entendues pour la premiĂšre fois dans un court laps de temps (1713, 1714 et 1716) nous permet d’offrir une photographie singuliĂšre sur la richesse de l’Ă©criture de Bach dans un moment oĂč naviguent ses inspirations entre le Concert spirituel de sa vieille Allemagne et l’opĂ©ra (sacrĂ© en ce qui le concerne !) venu d’Italie.

 
 
 

Quel est le parcours spirituel et esthétique qui jalonnent le choix des 3 cantates ?

 

“Weg zur Himmelsburg”, le “chemin vers la citĂ© cĂ©leste”, me paraĂźt ĂȘtre un symbole trĂšs fort au delĂ  d’ĂȘtre une inscription sur le fronton de l’Ă©glise de Weimar. Bach donne l’impression d’avoir construit toute sa vie sa propre citĂ© cĂ©leste… La mort fut, comme bon nombre de ses contemporains, omniprĂ©sente toute sa vie durant. Il fut donc certainement nĂ©cessaire Ă  cet orphelin de construire un espace hors d’atteinte, et ces trois cantates nous offrent un cheminement poignant sur ce sujet. Le parcours de ce programme est en effet pensĂ© avec une dramaturgie nous menant des turpitudes de l’existence Ă  l’appel de la dĂ©livrance : nous commençons par l’angoisse et la volontĂ© de surmonter les difficultĂ©s de la vie terrestre avec la premiĂšre cantate (BWV 12), puis nous suivons l’invitation Ă  fĂ©conder notre cƓur de la Parole divine avec la parabole du semeur de la seconde cantate (BWV 18) pour terminer enfin avec cette incroyable mĂ©ditation qui nous mĂšne Ă  l’immortalitĂ© bienheureuse de la derniĂšre cantate (BWV 161).
Il me semble qu’au-delĂ  du caractĂšre religieux Ă©videmment primordial pour Bach, cette musique nous parle de ce paradoxe universel existant entre le combat permanent et l’acceptation.

 
 
 

De votre point de vue qu’est-ce qui fait la sĂ©duction particuliĂšre de la Cantate BWV 161 (notre prĂ©fĂ©rĂ©e dans ce disque) ? Qu’est ce qu’elle dĂ©voile de l’Ă©criture et de la pensĂ©e de JS Bach ?

 

Le sentiment de douce acceptation qui plane sur toute cette cantate lui imprime un caractĂšre tout particulier. Le Sterbelied ou chant sur la mort est un des grands thĂšmes rĂ©currents chez Bach. Souvent, comme ici, l’instrumentarium y est trĂšs simple: deux solistes vocaux seulement, rejoints par deux autres pour chanter le chƓur et le choral, les cordes, le continuo et deux magnifiques flĂ»tes Ă  bec. La simplicitĂ©, horriblement pĂ©rilleuse Ă  organiser est souvent au cƓur des choses les plus belles. Bach commence cette cantate dans la lumiĂšre particuliĂšre d’Ut Majeur et confie aux deux flĂ»tes Ă  bec un entrelacs en tierces et sixtes parallĂšles particuliĂšrement Ă©mouvant. Cette lumiĂšre n’est pas sans nous rappeler la Sonatina de l’Actus tragicus (BWV 106). La simplicitĂ© n’empĂȘche pas cette cantate d’ĂȘtre d’une grande richesse dans son Ă©criture polyphonique (parfois 10 parties rĂ©elles dans son chƓur!… ).
La prĂ©sence du choral “Herzlich tut mich verlangen” ( “De tout mon cƓur, j’aspire Ă  une fin sereine”)  citĂ© Ă  l’orgue dĂšs le premier numĂ©ro enveloppe le tissu contrapuntique et apporte une force incroyable.  Ce cantus firmus instrumental, bien connu des auditeurs de l’Ă©poque mais dont les paroles ne sont pas prononcĂ©es, permet Ă  Bach de commenter lui-mĂȘme le texte du livret Ă©crit par Salomo Franck.  C’est donc pour moi la simplicitĂ© et la concentration des moyens utilisĂ©s qui donnent l’intensitĂ© extraordinaire de cette cantate et dĂ©voilent sa vĂ©ritable dimension, qui est d’ĂȘtre avant tout l’amplification de la parole, dont la moindre inflexion est exaltĂ©e par la musique.

Propos recueillis par Alexandre Pham, en mai 2017.

Compte rendu, opéra. TOURS, Opéra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA. Serenad Uyar, M. Schelomianski
 Kaspar Zehnder / D. Kaegi

Compte rendu, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA. Serenad Uyar, M. Schelomianski
 Kaspar Zehnder / D. Kaegi. Cette Rusalka prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours se justifie d’elle-mĂȘme : l’opĂ©ra en langue tchĂšque est l’une des contributions majeures Ă  l’histoire lyrique, venue tard dans l ‘odyssĂ©e du genre. L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1901, contemporain de Tosca ou de PellĂ©as et MĂ©lisande, et comme eux, emblĂšme esthĂ©tique majeur, ici d’une sensibilitĂ© authentiquement tchĂšque, aussi captivante et originale que les oeuvres de Janacek.

ZEHNDER KASPAR CHEF MAESTRO SlovenskĂĄ-filharmĂłnia-Kaspar-Zehnder-–-KoncertnĂĄ-sieƈ-SF-Bratislava-2016-foto-©-JĂĄn-LukĂĄĆĄ-12-522x450KASPAR ZEHNDER, GUIDE MAGICIEN
 La production prĂ©sentĂ©e au Grand ThĂ©Ăątre de Tours marque surtout pour certaines voix et pour la direction, toute une sensibilitĂ© intĂ©rieure du chef invitĂ© : Kaspar Zehnder, familier des mondes tendres, populaires et folkloriques dans leur sens le plus noble d’un Dvorak certes lyrique mais aussi surtout, superbement symphonique. Kaspar Zehnder qui a entre autres succĂ©dĂ© Ă  Jiri Belohlavek Ă  la direction musicale du Philharmonique de Prague, et dirige depuis 2012 le Symphonique de Bienne Soleure, dĂ©montre un trĂšs solide mĂ©tier, sachant surtout ciseler des sĂ©quences d’orfĂšvrerie instrumentale d’un souffle intĂ©rieur et poĂ©tique, particuliĂšrement prenant (en particulier au II, dans la seconde partie quand l’Ondin exprime sa compassion pour sa fille humiliĂ©e par les courtisans et le prince, dans l’air de Rusalka qui suit, air de dĂ©solation intĂ©rieure oĂč la jeune femme mesure toute l’horreur de sa condition, perdue, errante entre deux mondes inconciliables
). Car le protagoniste de l’opĂ©ra crĂ©Ă© par Dvorak demeure manifestement l’orchestre.
AprĂšs l’ouverture qui n’a rien d’un lever de rideau banal mais annonce par ses accents et nuances subtilement Ă©noncĂ©s, le sacrifice bouleversant dont est capable l’hĂ©roĂŻne (et qu’elle va mener jusqu’Ă  son terme), c’est bien le fabuleux air, hymne, priĂšre Ă  la lune qui doit immĂ©diatement dĂ©ployer un climat de songe, Ă  la fois fantastique et aussi onirique autant qu’inquiĂ©tant. Le monde de la nuit et des eaux renouvellent ainsi sur la scĂšne lyrique, le genre du surnaturel fantastique : l’inventivitĂ© en cela de Dvorak reste remarquable de finesse et d’expressivitĂ©.
Il ne faut donc jamais prendre l’ouvrage comme une fable sans consĂ©quences, mais telle une exploration totale, Ă  l’issue incertaine qui Ă©prouve la psychĂ© des protagonistes (Rusalka, son pĂšre l’Ondin et aussi le prince), oĂč par amour, la nymphe aquatique devenue femme finit sans identitĂ©, – Ăąme solitaire, impuissante, dĂ©munie, errante, “ni fĂ©e ni femme”, c’est Ă  dire un monstre sans identitĂ©.

Les grands chefs savent tirer l’Ă©pisode exotique (en ce qu’il n’appartient qu’au folklore tchĂšque, inspirĂ© des Ballades tchĂšques de Karel Jaromir Erben), vers l’universel et le mythe. Rusalka Ă  l’Ă©gal des grandes amoureuses Ă  l’opĂ©ra (Tosca prĂ©citĂ©e justement) bouleverse en rĂ©alitĂ© les codes par sa fausse candeur, sa fragilitĂ© juvĂ©nile, son apparente innocence
  en elle coule la volontĂ© d’une combattante amoureuse ; c’est une guerriĂšre qui aime. De cette traversĂ©e entre sensualitĂ© Ă©perdue, tragĂ©die de l’impuissance et du silence (car en application du pacte qu’elle a signĂ© avec la sorciĂšre Jezibaba, sa forme humaine conquise, avec jambes de marcheuse, lui ĂŽte toute capacitĂ© Ă  parler), du dĂ©sespoir le plus absolu au sacrifice final pleinement assumĂ©, 
 le drame plonge dans les eaux incontrĂŽlables de la psychĂ© la plus active et impĂ©tueuse : d’oĂč l’importance du chef, vĂ©ritable chantre des forces psychiques en prĂ©sence, lesquelles s’expriment de fait dans le chant permanent de l’orchestre.
dvorak antoninAvec Rusalka, Dvorak pose les fondements d’un nouvel opĂ©ra tchĂšque, rĂ©conciliation du populaire et du savant : ainsi l’intĂ©gration de nombreux airs et danses du folklore, en particulier associĂ©s Ă  la figure de la nymphe dans une Ă©criture qui a la sĂ©duction mĂ©lodique et instrumentale de Tchaikovski, comme la puissance psychique d’un Wagner (les 3 nymphes et ici leur marionnettes vertes rĂ©capitulent finalement et les trois filles du Rhin de L’Or du Rhin, et Ă  la fin de l’ouvrage, les 3 nornes du CrĂ©puscule des dieux).

 

 

L’ONDIN, PERE DOULOUREUX BOULEVERSANT
 La production dĂ©jĂ  vue Ă  Monte Carlo et Nuremberg, – outre le choc des deux mondes (les hommes et les ondins) dont la fracture engendre l’atmosphĂšre fantastico-onirique, et profite essentiellement au personnage terrifiant de la sorciĂšre-, Ă©claire aussi un autre aspect du drame. Comme dans les opĂ©ras verdiens, la relation tendre et viscĂ©ralement douloureuse comme affectueuse entre le pĂšre, roi des eaux et sa fille qui ne dĂ©sire que le quitter pour vivre la condition humaine : aimer ce prince qu’elle a rencontrĂ©, donc souffrir puis ĂȘtre abandonnĂ©e, seule, donc mourir. C’est Ă  dire tout ce que le gĂ©niteur annonce Ă  sa fille entĂȘtĂ©e.

 

 

tours-rusalka-dvorak-zehnder-critique-compte-rendu-par-classiquenews-mai-2017

 

Rusalka et son pÚre Ondin, sur le lac primordial (© M. Pétry / Opéra de Tours 2017)

 

 

Bien qu’appartenant au monde suggestif de l’eau, ces deux lĂ  – pĂšre et fille-, sont les plus humains, les plus touchants, d’une impuissance bouleversante. Le pĂšre n’apparaissant que surgissant de sa mare primordiale, s’agitant dans les eaux matricielles dont Russalka coupe le cordon filiale. Chacun de ses airs, d’injonction, de mise en garde, de compassion surtout au II quand sa fille est humiliĂ©e, rabaissĂ©e par la cour du prince et par la princesse Ă©trangĂšre (qui n’a rien pour elle sauf sa suffisance haineuse) est d’une rare justesse. Le baryton Mischa Schelomianski qui chante aussi Osmin et GrĂ©mine, saisit de bout en bout par sa prĂ©sence magnĂ©tique, sa vocalitĂ© naturelle magnifiquement timbrĂ©e, son sens des phrasĂ©s : mieux que ses partenaires, il sait se fondre dans le tissu soyeux de l’orchestre qui exprime l’intensitĂ© de sa souffrance car il ne peut que constater l’échec de sa fille et regretter la malĂ©diction qui condamne la jeune amoureuse trahie.
Triomphatrice au timbre perçant, en rien aussi crĂ©meux ni voluptueux que ses aĂźnĂ©es miraculeuse et applaudies telle RenĂ©e Fleming, la soprano Serenad Uryar (dĂ©jĂ  distingĂ©ue pour sa Reine de la nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Caurier et Leiser Ă  Nantes en 2016), prĂ©cise peu Ă  peu un portrait trĂšs touchant de l’hĂ©roĂŻne par sa juvĂ©nilitĂ© puissante d’une infaillible intensitĂ© jusqu’Ă  la fin. Tour Ă  tour (trop) naĂŻve, Ă©perdue, tragique, implorante, grave mais digne, le soprano tendu du dĂ©but Ă  la fin, dĂ©fend un personnage portĂ© par son idĂ©al amoureux. L’aigu n’est jamais tirĂ©, l’intensitĂ© expressive constante ; la prise de rĂŽle reste trĂšs convaincante.
Plus lisse et sans rĂ©el trouble ni faille, le prince de Johannes Chum semble indiffĂ©rent Ă  l’épaisseur du personnage. Surtout sa fin, oĂč, rejetĂ©e par la princesse Ă©trangĂšre (trĂšs piquante et efficace Isabelle Cals), il revient auprĂšs de Rusalka, doublement saisi et coupable parce qu’il l’a Ă©cartĂ©e. Faiblesse de la mise en scĂšne, la mort fusionnelle des amants qui plongent dans le lac primordial est escamotĂ©e, sans aucune part d’ombre et de mystĂšre (sinon une pluie rĂ©elle qui s’abat sur les bĂąche en plastic de la mare centrale, au risque de polluer la cohĂ©sion de l’orchestre : – pourquoi alors ne pas projeter en vidĂ©o, l’image de la pluie ? D’autant que depuis le dĂ©but du spectacle, un Ă©cran circulaire (suggĂ©rant la prĂ©sence permanente des eaux de l’Ondin) ou cubique dĂ©formĂ© (le monde princier bancal) ne cesse de projeter des images mouvantes

TrĂ©s rĂ©ussie en revanche les apparitions de la sorciĂšre, Jezibaba (ample et expressive Svetlana Lifar). Parmi les seconds rĂŽles, le Mirliton de la mezzo française Pauline Sabatier (ex membre de l’OpĂ©ra-Studio du Rhin) se distingue nettement : abattage prĂ©cis, prĂ©sence dramatique, chant percussif et timbrĂ© : un travail sobre et lui aussi trĂšs convaincant. Car ici Dvorak a aussi savamment intĂ©grĂ© des Ă©pisodes comiques dans une narration tragique, amoureuse et fantastique.
Enfin saluons la prestation finale des 3 nymphes, qui rĂ©inscrivent au III, la prĂ©sence des eaux du lac de l’Ondin. Jeanne Crousaud, Yumiko Tanimura et Aurore Ugolin restituent Ă  la sĂ©quence, sa filiation Ă©vidente avec l’oeuvre wagnĂ©rienne, la tragĂ©die de Rusalka est une lĂ©gende qui prend sa source et s’achĂšve dans le mystĂšre aquatique. Tout le mĂ©rite revient au chef d’avoir su diffuser un peu de cet onirisme fascinant qui contient la valeur unique de l’opĂ©ra Rusalka.
Encore une reprĂ©sentation demain, dimanche 20 mai 2017, Ă  l’OpĂ©ra de Tours, Ă  15h.

 

 

 

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Compte rendu, opéra. TOURS, Opéra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA

Direction musicale : Kaspar Zehnder
Mise en scĂšne : Dieter Kaegi
DĂ©cors et costumes : Francis O’Connor
LumiĂšres : Patrick MĂ©Ă©ĂŒs
Rusalka : Serenad Burcu Uyar
Le Prince : Johannes Chum
Ondin : Mischa Schelomianski
La Princesse Ă©trangĂšre: Isabelle Cals
JeĆŸibaba: Svetlana Lifar
Le Marmiton: Pauline Sabatier
Le Garde Forestier : Olivier Grand
1Ăšre Nymphe : Jeanne Crousaud
2Ăšme Nymphe : Yumiko Tanimura
3Ăšme Nymphe : Aurore Ugolin
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra Rusalka de DVORAK Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 17, 19 et 21 mai 2017
http://www.classiquenews.com/rusalka-a-lopera-de-tours/

 

 

 

REPORTAGE. Le Festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2016 : les 400 ans de Froberger

musique et mĂ©moire 2016 visuel grand format 1000REPORTAGE VIDÉO. Le Festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2016 : les 400 ans de Froberger. Les Cyclopes Ă  Musique et MĂ©moire. Les Cyclopes, ensemble instrumental et vocal codirigĂ© par Bibiane Lapointe (clavecin) et Thierry Maeder (orgue) enrichissent davantage la rĂ©ussite du projet artistique façonnĂ© Ă©dition par Ă©dition par le directeur du Festival, Fabrice Creux. En juillet 2016, cĂ©lĂ©bration lĂ©gitime et unique en France, du gĂ©nie de Johann Jacob FROBERGER, dĂ©cĂ©dĂ© sur le territoire (HĂ©ricourt), dont 2016 marquait les 400 ans. Reportage exclusif : pourquoi fĂȘter Froberger ? Qui Ă©tait-il ? Quelle est la singularitĂ© de sa musique ? et dans quel contexte a t elle Ă©tĂ© composĂ©e ? Le compositeur diplomate, d’une stature europĂ©enne mĂ©ritait bien cet Ă©clairage unique Ă  ce jour. RĂ©alisation : studio CLASSIQUENEWS.TV — Conception : Philippe-Alexandre PHAM © 2017

Festival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du SudDECOUVREZ la programmation, les artistes invitĂ©s, les rĂ©sidences qui se poursuivent dans l’excellence, les dates du festival Musique & MĂ©moire 2017… Dans les Vosges du Sud, un festival passionnant vous attend, du 15 au 30 juillet 2017 soit la deuxiĂšme quinzaine de juillet : une offre unique en Europe pour s’immerger au cƓur des Vosges saĂŽnoises, bercĂ©s, Ă©tonnĂ©s, surpris, par une programmation riche et singuliĂšre, en nouvelles expĂ©riences baroques. Musique et MĂ©moire est une scĂšne rĂ©solument baroque Ă  nulle autre pareille qui ne cesse d’explorer les esthĂ©tiques des XVIIĂš et XVIIIĂš, entre France, Italie, pays germaniques. GrĂące Ă  l’intuition sĂ»re de Fabrice Creux, directeur du Festival (et aussi son crĂ©ateur), Musique et MĂ©moire sait cultiver le risque voire l’audace en commandant aux artistes en rĂ©sidence de nouveaux programmes.

Compte rendu, opéra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Amarillis

double-coquette-angers-nantes-opera-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsCompte rendu, opĂ©ra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Amarillis. C’est la derniĂšre production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra pour sa saison 2017 – 2018. VoilĂ  un mixage lyrique intelligent entre baroque et contemporain qui interroge comme rarement la nature et l’identitĂ© du dĂ©sir. L’esprit du XVIIIĂš, celui du travestissement et du quiproquo, propres Ă  tisser en complicitĂ© avec le public, plusieurs situations cocasses, piquantes, souvent dĂ©licieusement comiques est parfaitement assimilĂ©, cultivĂ©, 
 complĂ©tĂ© 
 par un texte subtile signĂ© Pierre Alferi (2014). Les 32 ajouts musicaux du compositeur GĂ©rard Pesson sur la trame musicale d’Antoine Dauvergne, – l’un des meilleurs suiveurs de Rameau et champion de la veine buffa Ă  Paris, au dĂ©but des annĂ©es 1750, alors en pleine affaire de la Querelle des Bouffons, commentent, recontectualisent, prolongent avec finesse la partition originelle de 1753 (La Coquette trompĂ©e). Le passage se fait grĂące au continuo des 11 instrumentistes d’Amarillis, oĂč brillent entre autres l’éclat mordorĂ© des 2 cors naturels, et le joyeux, facĂ©tieux caquetage en diable des hautbois et du basson, d’un parfait Ă©quilibre sonore.

 

 

 

Comédie délirante, liberté du genre

 

 

Spectacle crĂ©Ă© en dĂ©cembre 2014 dĂ©jĂ  Ă  Besançon, cette Double Coquette s’est maintenue sur la scĂšne, au cours d’une tournĂ©e consistante en France et jusqu’à Hong Kong (mai 2015) car le spectacle joue habilement des formes musicales du XVIIIĂš Ă  nos jours, exploitant avec beaucoup de tact et d’équilibre toutes les ficelles de la comĂ©die bouffe, mariĂ©e Ă  la Commedia dell’arte et l’esprit des trĂ©teaux. Les amateurs avertis savent l’apport du cd dĂ©jĂ  critiquĂ© sur classiquenews.

Angers Nantes OpĂ©ra : LA DOUBLE COQUETTE, l'ovni lyrique !Que vaut le cycle global sur la scĂšne ? Avec Ă  propos et finesse, l’action souligne l’intelligence fĂ©minine Ă  l’oeuvre ; c’est le triomphe de la libertĂ© du dĂ©sir, surprenante dans son cheminement imprĂ©vu ; Florise souhaite se venger de son fiancĂ© dĂ©signĂ© Damon qui la trompe avec Clarice. En se travestissant en homme, pour mieux tromper et confondre la faiblesse dĂ©loyale de sa rivale (Clarice), Florise Ă  moustache donc, suscite l’amour vĂ©ritable de sa proie (Clarice) et les deux femmes quittent la scĂšne main dans la main (libertĂ© prise avec le livret du XVIIIĂš), au grand dam du fiancĂ©, que l’on voulait punir. L’admirable texte poĂ©tique d’Alferi comme la musique toute en teintes feutrĂ©es de GĂ©rard Pesson, offrent le meilleur Ă©crin en rĂ©sonance aux formes classiques et d’un tonus vivaldien du dĂ©nommĂ© Dauvergne.
Les 3 comĂ©diens excellent dans cette farce attendrissante et lĂ©gĂšre qui pourtant dĂ©fend la libertĂ© du genre contre le cloisonnement de la pensĂ©e Ă©troite. Ici deux femmes peuvent se dĂ©couvrir et s’aimer librement en rupture avec la convention sociale. Impertinence et poĂ©sie rafraichissante particuliĂšrement dĂ©fendue par le soprano pĂ©tillant de MaĂŻlys de Villoutreys (Ă©lĂšve d’Alain Buet), – libertaire et libertine voire dĂ©lirante Clarice (avec sa robe impossible, aĂ©rienne) ; comme la gouaille tendre et prĂ©cise de l’amĂ©ricain Robert Getchell, qui malgrĂ© le mauvais tour dont il est le dindon, entend jusqu’à la fin dĂ©fendre sa place et son rĂŽle dans cette piĂšce brillante.
Quand se dĂ©ploie la soie introspective de la musique de Pesson, toute en harmonies rentrĂ©es et secrĂštes, c’est le pur sentiment et la sincĂ©ritĂ© des cƓurs qui affleurent tout Ă  coup ; enchaĂźnĂ©e en subtils et suaves tuilages, avec la partition de la Coquette trompĂ©e, l’écriture contemporaine semble rĂ©pondre au sens et aux enjeux que provoque la musique de Dauvergne dont elle relance aussi la formidable motricitĂ© comme une mĂ©canique sentimentale, riche en rebondissements. Emotion, action ; immersion sentimentale, comĂ©die et jeu dĂ©lirant
 les deux univers musicaux fusionnent avec une rare cohĂ©sion globale. De sorte que le temps passe trĂšs vite tout au long de cette comĂ©die parodique et badine dont on mesure aussi la dĂ©licate impertinence : fidĂšle Ă  son instinct, il faut aimer l’objet de  son dĂ©sir, quelque soit son genre. FidĂšle Ă  sa ligne artistique exemplaire, Angers Nantes OpĂ©ra rĂ©ussit toujours Ă  combiner divertissement et questionnement. Un rĂ©gal pour l’esprit et la dĂ©tente. A mĂ©diter et Ă  applaudir encore au Grand T Ă  Nantes, les 16, 18, 19 et 20 mai 2017.

 

 

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Compte rendu, opéra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Isabelle Poulenard (Florise), Maïlys de Villoutreys (Clarice), Robert Getchell (Damon), Amarillis (Héloïse Gaillard et Violaine Cochard, respectivement flûte / hautbois et clavecin, direction). Fanny de Chaillé, mise en scÚne.

 

 

LIRE aussi notre compte rendu critique complet du CD de La Double Coquette

 

 

 

Compte-rendu critique, opĂ©ra. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 10 mai 2017. BIZET : Les PĂȘcheurs de Perles (1863). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction)

Compte-rendu, opĂ©ra. BIZET: LES PÊCHEURS DE PERLES. Les 10 et 12 mai 2017. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 10 mai 2017. BIZET : Les PĂȘcheurs de Perles (1863). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction). Formidable production, que ces PĂȘcheurs de perles
 fruit d’une intense prĂ©paration et d’ajustements en sĂ©rie sur un timing serrĂ©, par toutes les Ă©quipes de l’Orchestre National de Lille, dont le rĂ©sultat prĂ©sentĂ© Ă  Lille (avant Paris), ce 10 mai dernier dans un Auditorium du Nouveau SiĂšcle totalement plein, est riche de plusieurs enseignements.

bizet-georges-jeune-presentation-classiquenewsLe premier, contre les prĂ©jugĂ©s qui, tenaces, place la Capitale toujours nĂ©cessairement au devant de la scĂšne lyrique, souligne a contrario l’initiative et la vitalitĂ© des orchestres en province : le National de Lille grĂące Ă  son fondateur Jean-Claude Casadesus sait aujourd’hui cultiver sa rĂ©putation comme sa diffĂ©rence dans le paysage musical hexagonal. La notoriĂ©tĂ©, l’accessibilitĂ©, l’audace aussi, transforment structurellement et profondĂ©ment l’implantation d’un orchestre dans une ville dont il porte et sait diffuser l’image culturelle comme aucune autre institution, 
 sur son territoire et dans l’hexagone comme Ă  l’international. Peu Ă  peu, l’Orchestre national de Lille, par l’excellence, le sens de l’ouverture et du partage, par sa capacitĂ© Ă  se rĂ©inventer surtout, incarnent aujourd’hui la carte de visite culturelle de Lille.
Ensuite l’idĂ©e de produire un opĂ©ra dans la salle qui lui est dĂ©diĂ©e, oĂč il a sa rĂ©sidence (le Nouveau SiĂšcle) et prĂ©sente aux cĂŽtĂ©s des nombreuses autres sessions sur le territoire, l’essentiel de sa saison symphonique, est suffisamment rare pour ĂȘtre soulignĂ©e. Les rĂ©pertoires investis par l’ONL (Orchestre national de Lille) sont trĂšs larges : aux cĂŽtĂ©s des concertos, symphonies,… formes habituelles, l’écriture lyrique a aussi toute sa place. Certes l’absence de dĂ©cors comme de mise en scĂšne, engage diffĂ©remment le jeu lyrique en comparaison avec les opĂ©ras mis en scĂšne Ă  l’OpĂ©ra de Lille oĂč d’ailleurs, l’ONL se produit en fosse deux fois dans l’annĂ©e. Diriger l’orchestre au complet sur le plateau oĂč se trouvent aussi les solistes est une toute autre expĂ©rience dans l’Ă©quilibre sonore : l’art du chef veille au brouillard comme Ă  la distorsion d’un orchestre naturellement enveloppant voire couvrant les voix.

bloch-alexandre-pecheurs-de-perles-orchestre-national-de-lille-compte-rendu-critique-par-classiquenews-julie-fuchs-dubois-sempeyMais l’exercice qui est un dĂ©fi est magistralement relevĂ© par le nouveau maestro et directeur musical : Alexandre Bloch. Pour sa premiĂšre lyrique in loco et avec son orchestre, l’expĂ©rience satisfait toutes les promesses. En faisant jouer les instrumentistes sur la scĂšne, le chef nous offre aussi aux cĂŽtĂ©s du chant lyrique proprement dit, une immersion symphonique de premier ordre : dĂšs l’ouverture, dans les intermĂšdes purs, tout au long d’une partition qui interagit constamment avec les voix. D’autant que la partition de Bizet, seulement ĂągĂ© de 25 ans, se distingue par son raffinement orchestral et une intelligence dramatique qui sait sĂ©duire l’auditeur. En guise de perles, la partition est bien un joyau lyrique et symphonique qu’il fallait bien restituer dans sa continuitĂ©.

 

 

LILLE ressuscite le génie orientalisant
du jeune Bizet

 

Enfin il apparaĂźt que c’est autant Ă  Paris qu’en Province que l’exhumation de joyaux oubliĂ©s/mĂ©connus de l’OpĂ©ra romantique français se rĂ©alise non sans brio : le meilleur argument de ce soir en est assurĂ©ment la distribution qui regroupe 3 jeunes talents de l’Ă©cole française de chant et qui font ici, chacun, une prise de rĂŽle.
Distribuer Julie Fuchs en Leila, Cyrille Dubois en Nadir et Florian Sempey en Zurga
 relĂšve d’un beau sens opportuniste, surtout du goĂ»t le plus juste : en plus de leur jeunesse rafraĂźchissante, ils ont en commun le sens du texte, l’intensitĂ© dramatique et une finesse qui rend service Ă  l’intelligibilitĂ© et la profondeur des situations. Ni surjeu ni perte de clartĂ© dans la rĂ©solution de drame. Chacun offre une peinture trĂšs juste des caractĂšres. De surcroĂźt, ils expriment tous la mĂ©tamorphose qui est Ă  l’oeuvre dans le choc de confrontations trĂšs habilement façonnĂ©es et que rĂ©alisent les deux duos structurant tout l’opĂ©ra : au II, duo amoureux Leila / Nadir ; au III, duo conflictuel Leila / Zurga.

DISTRIBUTION JUVENILE 
 Julie Fuchs, vraie coloratoure aĂ©rienne et idĂ©alement timbrĂ©e exprime la dĂ©termination d’une vierge d’abord vouĂ©e au culte de Brahma (chant virtuose au I associĂ© aux choeurs des adorateurs, et dont les vocalises Ă©voquent l’Olympia des Contes d’Hofmann d’Offenbach) ; puis la grande amoureuse qui affirme l’empire d’une sensualitĂ© rayonnante, Ă  mesure qu’elle croise son aimĂ© Nadir : la Leila du III, implorante et dĂ©terminĂ©e (face Ă  Zurga) n’a plus rien Ă  voir avec ce qu’elle chante au I, lĂ©gĂšre, acrobatique, quasi Ă©vanescente.

 

 

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Cyrille Dubois (Nadir) et Alexandre Bloch

 

 

 

DistinguĂ© comme Julie Fuchs, dans la crĂ©ation rĂ©cente de Trompe-la-mort de Luca Francesconi au Palais Garnier en avril dernier (LIRE notre compte rendu TROMPE LA MORT de Luca Francesconi), le tĂ©nor Cyrille Dubois Ă©blouit de la mĂȘme maniĂšre par sa candeur tendre et son intensitĂ© expressive qui sait dans l’incandescence, bannir toute effusion vulgaire, prĂ©fĂ©rant pour notre plaisir (indice d’un goĂ»t certain), le chant sain, franc, d’une sobriĂ©tĂ© Ă  la fois Ă©loquente et bouleversante : la vĂ©ritĂ© de Nadir, – cƓur irradiĂ© prĂȘt Ă  mourir pour Leila, se fait irrĂ©sistible dans le duo du serment revivifiĂ© au I (avec Zurga), puis sa fameuse romance (I), et dans le duo extatique avec Leila au II.
Aussi tendre et intense que GĂ©rald dans LakmĂ© de DĂ©libes (autre fable orientalisante de 1883, – rĂ©cemment ressuscitĂ© par l’OpĂ©ra de Tours voir notre reportage vidĂ©o avec Jodie Devos, autre soprano coloratoure Ă  suivre-, sous la direction de Benjamin Pionnier / reportage vidĂ©o LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours, janvier 2017), le personnage est celui qui Ă©volue le moins, mais dont l’ardeur Ă  dĂ©fendre cet amour qui le submerge, atteint un paroxysme dans la ligne vocale.

Bizet sait mĂ©nager et combler son auditoire, car dans le registre amoureux extatique, le duo d’une rare subtilitĂ© au II, entre les deux amants qui se sont reconnus, est d’une candeur irrĂ©sistible que la juvĂ©nilitĂ© des interprĂštes ravive encore. Mais la direction trĂšs attentive et dĂ©taillĂ©e d’Alexandre Bloch sait aussi colorer et trouver des respirations exactes dans les airs de rĂ©itĂ©ration, quand l’évocation d’un souvenir suscite toute une activitĂ© aux instruments et des harmonies d’une richesse fortement allusive : c’est assurĂ©ment le cas de la romance de Nadir ; puis dans le duo avec Zurga oĂč les deux partagent la vision de la dĂ©esse et de Leila qui enivre littĂ©ralement l’esprit ; sans omettre aussi le grand air du II de Leila (avec cor) oĂč la jeune femme tout en s’abandonnant au bonheur promis de revoir Nadir, Ă©voque l’image du pĂšre. La nostalgie et la langueur rĂ©trospective sont des sentiments qui inspirent particuliĂšrement le jeune Bizet.

Fermant ce trio triomphal, le Zurga de Florian Sempey scintille de la mĂȘme flamme tĂ©nue, entre tendresse, haine et amour puis renoncement final : c’est lui aussi un cƓur terrassĂ©, qui d’abord agent de la tragĂ©die contre Leila et Nadir, sait pardonner et vaincre sa rancƓur. Une telle Ăąme large et sincĂšre, se rĂ©vĂšle dans les deux duos clĂ©s de l’ouvrage qui l’engagent. Au I, duo du serment fraternel avec Nadir (chacun renonce Ă  la femme aimĂ©e pour ne pas ĂȘtre le rival de l’autre) – Au II, duo avec Leila venue implorer en Zurga, le chef de la tribu afin qu’il sache inflĂ©chir sa haine et pardonner Ă  Nadir. Baryton diseur, Florian Sempey – davantage connu comme Figaro (Le Barbier de SĂ©ville de Rossini), trouve le ton juste, une noblesse naturelle et surtout des phrasĂ©s de grande classe, murmurĂ©s, toujours intelligibles qui annoncent demain d’autres prises de rĂŽles prometteuses (Golaud ?).

 

 

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Julie Fuchs et Florian Sempey

 

 

 

Louons la tenue impeccable du choeur des Cris de Paris, qui se prĂȘte au jeu de l’étagement spatial, selon les tableaux : au 2Ăš balcon dans le lointain, au dessus de la Vierge prĂȘtresse, – envoĂ»tant, proclamateur, hiĂ©ratique ; de chaque cĂŽtĂ© de la scĂšne, sur le balcon surplombant l’orchestre, engagĂ©, syllabique, Ă  la projection prĂ©cise et dramatique quand les pĂȘcheurs, comme possĂ©dĂ©s fustigent le couple des amants surpris (II), puis lors de la prĂ©paration du bĂ»cher oĂč ils doivent ĂȘtre brĂ»lĂ©s : l’ivresse expressive du chƓur s’apparente alors Ă  une transe collective, bacchanale ivre de sang que Bizet peint avec ardeur et efficacitĂ©. Pour autant, nous ne sommes pas devant un opĂ©ra pompier, hollywoodien ni dĂ©coratif : Bizet contient son inspiration ; il cultive l’équilibre et la couleur. De mĂȘme, la profondeur s’invite aux cĂŽtĂ©s de la diversitĂ© des enchaĂźnements et le contraste continu entre les tableaux. Jouant la version originale de 1863 (crĂ©Ă©e le 30 septembre au ThĂ©Ăątre Lyrique), Alexandre Bloch veille Ă  l’articulation des sĂ©quences, leurs enjeux poĂ©tiques (dĂšs le dĂ©but, dans la noblesse, grave, tragique, sombre et pourtant sereine de l’ouverture) ; c’est comme dans Rienzi de Wagner, un lever de rideau qui saisit par sa grandeur, son souffle maĂźtrisĂ© et sa grande sĂ©duction mĂ©lodique. De mĂȘme dans chaque fin d’acte, aprĂšs la convulsion frĂ©nĂ©tique du chƓur des pĂȘcheurs en rien compatissants pour le couple protagoniste (Leila / Nadir), le chef tisse la soie d’une ample marche en forme de choral, entonnĂ© par tous et qui renforce encore la noblesse et l’élĂ©gance de l’ouvrage. L’intelligence de Bizet rayonne dans chacun des trois actes et dans leur agencement : aucun temps morts ; solos fermĂ©s, duos languissants, tableaux collectifs porteurs de dĂ©chainement cathartique
 tout s’enchaĂźne ici en une continuitĂ© Ă©tonnamment cohĂ©rente. L’acmĂ© de ce principe d’imbrication heureuse des registres concerne toute la seconde partie du II, aprĂšs le duo amoureux (Leila / Nadir), oĂč s’invite un orage de plus en plus menaçant. MĂȘme tendue et Ăąpre, l’action s’achĂšve de façon heureuse, grĂące au sublime duo amoureux (au lointain), car Bizet a contrario de Carmen (1875), conçoit le triomphe de l’amour. Il n’en sera rien dans la dĂ©cennie suivante.
On relĂšve dĂ©jĂ  ici toute la sensibilitĂ© du Bizet coloriste, trĂšs scrupuleux du temps musical, dramatique et psychologique. C’est essentiellement le personnage de Zurga – frĂšre trahi par Nadir, et jaloux de ce dernier car il est aimĂ© de Leila, qui enrichit le terreau passionnel de l’ouvrage. En trĂšs peu de temps, Bizet caractĂ©rise, commente, suggĂšre
 avec un sens innĂ© de la prosodie (en cela le soin apportĂ© aux rĂ©citatifs est exemplaire).

 

 

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Les deux choeurs placĂ©s de part et d’autre de l’orchestre sur le plateau

 

 

TrĂšs impliquĂ© dans la rĂ©ussite de cette production qui se donne aprĂšs Lille, au TCE Ă  Paris, le 12 mai, Alexandre Bloch, rĂ©ussit lĂ  une totale rĂ©vĂ©lation : si la partition est connue par fragments, trop peu de maisons lyriques osent afficher le drame dans sa continuitĂ©. Pourtant c’est l’intelligence de son dĂ©roulement et le profil des caractĂšres qui saisissent aujourd’hui, attĂ©nuant de beaucoup la rĂ©putation de l’ouvrage comme une Ɠuvre mĂ©diocre et surannĂ©e. Aucun doute aprĂšs une telle soirĂ©e : en 1863, le jeune Bizet signe bel et bien une perle lyrique Ă  connaĂźtre absolument. Les pĂȘcheurs de perles font partie de la trilogie (prĂ©parant Carmen), avec La Jolie Fille de Perth et L’ArlĂ©sienne, conçus pour l’innovateur ThĂ©Ăątre Lyrique de LĂ©on Carvalho.
A revoir sur culturebox, puis diffusĂ© sur France Musique le 18 juin 2017. En outre, l’enregistrement discographique est aussi annoncĂ© chez Pentatone, courant 2018. Classiquenews prĂ©sent au moment de la prĂ©gĂ©nĂ©rale et de la gĂ©nĂ©rale (9 mai), enfin Ă  la premiĂšre lilloise publiera un prochain reportage vidĂ©o complet sur cette aventure lyrique, vrai dĂ©fi artistique, relevĂ© avec maestriĂ  par l’ONL et son nouveau directeur musical, Alexandre Bloch.

 

 

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Compte-rendu critique, opĂ©ra. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 10 mai 2017. BIZET : Les PĂȘcheurs de Perles (1863). Julie Fuchs (LeĂŻla), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey (Zurga), Luc Bertin Hugault (Nourabad) / Les Cris de Paris / Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction. A l’affiche du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 12 mai 2017, 20h.

 

 

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Illustrations : © Ugo Ponte / Orchestre national de Lille 2017

Nouvelle Calisto Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

Nouvelle Calisto Ă  l'OpĂ©ra du RhinCompte-rendu, opĂ©ra. STRASBOURG. Jusqu’au 14 mai 2017. La CALISTO de CAVALLI. Les Talens Lyriques / Mariame ClĂ©ment. VICTIMES DE L’AMOUR
 LANGUEURS & EXTASE DE L’OPERA VENITIEN DU SEICENTO. Voyez ces pauvres cƓurs : Pan, Endymion, le petit satyre et mĂȘme la vecchia LymphĂ©e 
 qui se lamentent tous, de ne pas ĂȘtre …aimĂ©s : palmes en cela Ă  Pan qui reste seul et frustrĂ© en sa grotte froide et sinistre (sa vengeance n’en sera que plus sadique Ă  l’endroit d’Endymion) ; d’autant que ce dernier, s’il est lui aussi languissant, extatique, rĂ©ussit cependant Ă  sĂ©duire et se faire aimer de Diane l’inaccessible (une prouesse car la divinitĂ© est rĂ©putĂ©e pour sa chastetĂ© comme sa haine des hommes
). Une autre victime mais Ă  l’inverse et Ă  l’extrĂ©mitĂ© de cet Ă©chiquier sentimental, demeure Calisto : c’est elle qui est la plus trompĂ©e du lot ; croyant aimer Diane quand c’est Jupiter travesti, qui abuse de sa confiance, avec la complicitĂ© de Mercure, vrai dĂ©pravĂ© par ailleurs. La Calisto de Cavalli crĂ©Ă© Ă  Venise en 1651 (au TĂ©Ăątre d’opĂ©ra Sant Apollinare) est moins l’opĂ©ra d’une identitĂ© imprĂ©cise, comme on le dit souvent, que du dĂ©sir languissant, déçu, amer, toujours Ă©prouvant. Pour autant, le spectateur n’y retrouvera pas les Ă©lĂ©ments visuels que promettait l’affiche pour annoncer le spectacle ; en lieu et place d’un couple moderne alitĂ© (lui tĂ©lĂ©commande Ă  la main, elle rĂȘveuse plus lointaine, dĂ©laissĂ©e ?), il s’agit d’une immersion assez poĂ©tique qui dĂ©voile lĂ  encore, la puissante sensualitĂ© de l’opĂ©ra vĂ©nitien au milieu du XVIIĂš.

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LIRE notre compte rendu complet de la nouvelle production de La Calisto de Cavalli Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

 

LIRE notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra LA CALISTO de CAVALLI, nouvelle production de l’OpĂ©ra national du Rhin, du 26 avril au 14 mai 2017

http://www.classiquenews.com/nouvelle-calisto-a-strasbourg-et-mulhouse/

 

Compte rendu, opéra. STRASBOURG, ONR, le 23 avril 2017. CAVALLI : LA CALISTO, nouvelle production.

 

 

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Nouvelle production
Francesco Cavalli : La Calisto
Dramma per musica en trois actes avec prologue
Livret de Giovanni Faustini
Créé au Théùtre San Apollinare de Venise, le 28 novembre 1651

Direction musicale : Christophe Rousset
Mise en scÚne : Mariame Clément

La Calisto: Elena Tsallagova
EternitĂ  Diana: Vivica Genaux
Giove: Giovanni Battista Parodi
Mercurio: Nikolay Borchev
Endimione: Filippo Mineccia
Destino, Giunone: Raffaella Milanesi
Linfea: Guy de Mey
Satirino: Vasily Khoroshev
Natura, Pane: Lawrence Olsworth-Peter
Silvano: Jaroslaw Kitala
2 Furies: Tatiana Zolotikova, Yasmina Favre

Les T. Lyriques

I

 

STRASBOURG, Opéra
me 26 avril, 20h
ve 28 avril, 20h
di 30 avril, 15h
ma 2 mai, 20h
je 4 mai, 20h

MULHOUSE, La Sinne
ve 12 mai, 20 h
di 14 mai, 15 h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operanationaldurhin.eu/opera-2016-2017–la-calisto-opera-national-du-rhin.html

 

 

 

Illustrations transmises : La Calisto à Strasbourg / © K.Beck ONR 2017

Monteverdi en son jardin Ă  BAR LE DUC

bar-le-duc-12-13-14-mai-2017-festival-MUSIQUES-EN-NOS-MURS-presentation-classiquenewsFESTIVAL MUSIQUES EN NOS MURS, 12,13,14 mai 2017. BAR-LE-DUC (55 / Meuse, LORRAINE) a son nouveau festival. Un cycle musical qui accorde idĂ©alement riche patrimoine de la ville Renaissance et concerts intimiste dont la conception et l’accessibilitĂ© ont Ă©tĂ© conçus pour favoriser proximitĂ© et trĂšs large public
 Musiques en nos murs s’inscirt Ă  prĂ©sent comme l’évĂ©nement incontournable Ă  BAR-LE-DUC. Entretien avec son directeur artistique, BenoĂźt Damant : prĂ©sentation des sites emblĂ©matiques, temps forts et spĂ©cificitĂ©s qui rythment un festival conçu comme un parcours enchantĂ©. LIRE notre prĂ©sentation du Festival Musiques en nos murs Ă  Bar-Le-Duc (55), temps forts, enjeux, ligne artistique spĂ©cifique entre patrimoine et programmes musicaux prĂ©sentĂ©s…

 

 

 

Comment se déroule le festival à BAR LE DUC ?

Bar-le-Duc est une ville au riche patrimoine architectural oĂč la ville-haute est un secteur sauvegardĂ© dont une grande partie des maisons et hĂŽtels particuliers construits en pierre de taille sont des XVIe, XVIIe ou XVIIIe siĂšcles. Notre festival souhaite faire vivre et faire dĂ©couvrir ce patrimoine en investissant plusieurs lieux rarement voire jamais ouverts au public.
L’une de nos caractĂ©ristiques, est ce que nous avons appelĂ© les Écoutes-intimes du samedi aprĂšs-midi (13 mai 2017) ; pendant lesquels des petits groupes d’une vingtaine de personnes se dĂ©placent au grĂšs de 6 concerts et expositions, dans des lieux privĂ©s, maisons ou jardins, dont les propriĂ©taires nous ouvrent les portes. L’aprĂšs-midi se termine dans un septiĂšme lieu, un hĂŽtel particulier, autour d’un verre pour un Ă©change entre public et artistes.

eglise_saint_etiennePour les trois grands concerts, nous investissons l’église Saint-Etienne qui date de la fin du XVe et du XVIe siĂšcle. Parmi les Ɠuvres les plus marquantes de cet Ă©difice figurent le fameux « Transi » de Ligier Richier, sculpteur dont le 450Ăšme anniversaire de la mort (inscrit aux commĂ©morations nationales) coĂŻncide avec celui de la naissance de Claudio Monteverdi. Du mĂȘme artiste, un impressionnant Christ et les deux larrons constitue un prestigieux fond de scĂšne Ă  nos Grands concerts.

Pour le nocturne du vendredi soir (12 mai 2017), l’église Saint-Louis, qui est aujourd’hui essentiellement une salle d’exposition rĂ©sonnera au son du cornet Ă  bouquin.
Le nocturne du samedi (13 Mai 2017) sera consacrĂ© Ă  Salomone Rossi, et ses psaumes en hĂ©breux en particulier, et aura lieu Ă  la synagogue qui n’est plus ouverte que pour les journĂ©es du patrimoine.

Nous avons une politique tarifaire trĂšs raisonnable pour ouvrir les concerts au plus grand nombre. Deux systĂšmes de PASS permettent d’entendre 3 ou 5 concerts, et un bon nombre de festivalier a dĂ©jĂ  pris l’habitude de rĂ©server pour les 5 concerts d’emblĂ©e.

Pendant 3 jours, Bar-le-Duc se met ainsi Ă  l’heure italienne avec l’aide de certains commerçants. Les festivaliers pourront en profiter pour dĂ©couvrir l’hĂŽtel des postes Art dĂ©co, et ses vitraux de Jean GrĂŒber, ou encore deux Ă©glises
 Saint-Antoine, du XIVe siĂšcle et ses fresques des XIV et XVe siĂšcles ou Notre-Dame, son trĂšs beau Christ en croix du XVIe siĂšcle Sans omettre la Vierge aux litanies attribuĂ©e Ă  Jean Croq. Ils pourront Ă©galement dĂ©ambuler dans la rue du Bourg et admirer les plus prestigieux hĂŽtels particuliers Renaissance de la ville ; comme dĂ©guster la spĂ©cialitĂ© de Bar-le-Duc, la confiture de groseille Ă©pĂ©pinĂ©e Ă  la plume d’oie, apprĂ©ciĂ©e aussi bien de Marie Stuart (dont la mĂšre est nĂ©e Ă  Bar-le-Duc) que d’Alfred Hitchcock.
Le MusĂ©e barrois est situĂ© dans ce qui reste du chĂąteau des ducs de Bar et ses trĂšs belles collections y dialoguent avec l’architecture ; ainsi un bel OrphĂ©e de Nicolas de Bar, peintre natif de la ville ayant fait toute sa carriĂšre Ă  Rome, est acquisition rĂ©cente qui rĂ©sonne si bien avec Monteverdi (fĂȘtĂ© par notre Ă©dition 2017). L’an dernier, nous avons donnĂ© un concert dans cette salle.

 

 

 

Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?

 

La singularitĂ© de Musiques en nos murs est la proximitĂ© avec les artistes Ă  plusieurs moments clĂ©s de notre programmation. En particulier pendant les Ecoutes-intimes Ă©voquĂ©es plus haut, mais aussi les deux Nocturnes de 22h30 qui sont donnĂ©s devant un public restreint (une centaine de personnes maximum). Une audience limitĂ©e et une ambiance singuliĂšre due Ă  l’heure tardive confĂšrent Ă  ces moments une grĂące particuliĂšre.
Le principe habituel de Musiques en nos murs, c’est de consacrer un jour Ă  la musique mĂ©diĂ©vale, un jour Ă  la Renaissance et un jour au Baroque, parce que la ville permet le dialogue avec ses pĂ©riodes. Mais dĂšs le lendemain de notre premiĂšre Ă©dition qui a eu lieu l’an passĂ©, j’ai travaillĂ© sur la programmation 2017. Il m’est vite apparu qu’en cette annĂ©e Monteverdi, nous avions matiĂšre Ă  de trĂšs beaux programmes autour de ce maĂźtre au gĂ©nie protĂ©iforme. Nous avions en particulier la possibilitĂ© de montrer et de faire entendre le passage de la Renaissance au Baroque, dans cette pĂ©riode si passionnante de 1560 Ă  1640 environ oĂč tout bascule.
Nous étions déjà convenus de mettre en valeur la synagogue, aussi un programme autour des psaumes de Salomone Rossi a rapidement semblé incontournable. Il nous semblait également important de faire entendre des madrigaux et de la musique sacrée.

 
 

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Quels sont les 3/4 temps forts de l’édition 2017 ?

 

Pour nos trois grands concerts, nous avons trois créations de programmes.
Le samedi soir, l’Ensemble Cronexos et la superbe soprano Barbara Kusa donneront un programme pour soprano solo et basse continue autour de Monteverdi et de son temps dans lequel on pourra entendre Ă  cĂŽtĂ© de piĂšces instrumentales de Frescobaldi, le Stabat Mater de Giovanni F. Sances et le Salve O regina ou le Pianto della madone de Monteverdi.
Le dimanche, la MaĂźtrise de la cathĂ©drale de Metz dirigĂ©e par Christophe Bergossi s’associe Ă  l’AchĂ©ron de François Joubert-Caillet pour un programme qui illustre le passage de la Renaissance au Baroque dans l’Ɠuvre phare d’un Monteverdi devenu rĂ©vĂ©rend : la Selva morale e spirituale (ForĂȘt morale et spirituelle). On s’y perdra avec bonheur.
Le festival aura Ă©tĂ© lancĂ© le vendredi soir par l’Ensemble EnthĂ©os que je dirige, dans un programme prĂ©sentant l’évolution du madrigal, de sa crĂ©ation sous les plumes de Verdelot et Arcadelt jusqu’à l’explosion du genre avec Monteverdi. Les Ɠuvres de ce dernier constituent un peu plus de la moitiĂ© du programme. C’est une histoire subjective bien sĂ»r dans laquelle je montre une filiation entre 5 gĂ©nĂ©rations de compositeurs. C’est aussi l’occasion de creuser la littĂ©rature madrigalesque puisque parmi les auteurs des textes, on rencontrera les incontournables Petrarque, Guarini, Le Tasse, mais Ă©galement les plus rares Machiavel ou Michel-Ange. On pourra entendre dans ce programme les cĂ©lĂšbres Hor che’l ciel e la terra, le Lamento della ninfa; le Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, mais aussi de vĂ©ritables pĂ©pites signĂ©es Arcadelt, Willaert, de Rore, de Wert, Guesualdo


 

 

 

Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?

 

Nous mettons souvent en avant dans notre communication « Dialogue des musiques anciennes et du patrimoine ». Ce n’est pas qu’une formule. C’est la rĂ©alitĂ© qui s’offre Ă  tout visiteur de Bar-Le-Duc. D’abord parce que le festival est portĂ© par une association qui travaille sur le patrimoine et qui veut le faire vivre, c’est-Ă -dire le restaurer et le mettre en valeur. Ensuite parce que cette association est constituĂ©e de passionnĂ©s qui ont Ă  cƓur de faire dĂ©couvrir leur ville et qui se dĂ©mĂšnent pour que ces concerts se fassent dans l’ambiance la plus chaleureuse possible. Le festivalier est ainsi rĂ©ellement invitĂ© Ă  une immersion dans la musique qui dialogue avec la pierre, lui rĂ©pond, lui fait Ă©cho.
Les impressions et tĂ©moignages qui reviennent le plus souvent de la part des festivaliers sont : « aller de surprise en surprise », « se laisser aller au fil d’une programmation hors des sentiers battus et rebattus, alliant exigence et accessibilité artistique et financiĂšre », « dĂ©couvrir des interprĂštes rares dont on dĂ©couvre le travail », « l’alliance des musiques, des rĂ©fĂ©rences historiques et du cadre patrimonial qui leur font Ă©cho ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, en avril 2017.

 

 
 

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CONSULTER le programme 2017 et LIRE notre présentation du festival MUSIQUES EN NOS MURS à Bar-Le-Duc.

http://www.classiquenews.com/bar-le-duc-55-festival-musiques-en-nos-murs/

 

 

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VIDEO. OPERA, Belcanto. Stage de chant lyrique par la Vincenzo Bellini belcanto Académie

BELLINI-masterclasses-Bellini-academie-1-9-aout17OPERA, Belcanto. Stage belcantiste par  la Vincenzo Bellini belcanto AcadĂ©mie. Chaque Ă©tĂ© en France, la Vincenzo Bellini belcanto AcadĂ©mie propose une expĂ©rience unique en matiĂšre de formation lyrique. C’est un stage exceptionnel entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  l’esthĂ©tique et Ă  la technique vocale belcantiste, c’est Ă  dire qui concerne principalement Rossini, Bellini, Donizetti, soit la pĂ©riode prĂ©verdienne. La Vincenzo Bellini Belcanto AcadĂ©mie crĂ©Ă©e dans le sillage du Concours international de BELCANTO VINCENZO BELLINI, est la seule compĂ©tition lyrique à dĂ©fendre les couleurs du belcanto le plus authentique. Chaque Ă©tĂ©, l’AcadĂ©mie permet aux jeunes chanteurs d’accĂ©der Ă  une formation ciblĂ©e en privilĂ©giant l’Ă©tude de ce rĂ©pertoire si formateur.

 

 

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Depuis 2016, l’AcadĂ©mie est en rĂ©sidence d’Ă©tĂ© Ă  VendĂŽme (41, Ă  55 mn de Paris en TGV), et propose cette annĂ©e, du 1er au 9 aoĂ»t 2017, un nouvel atelier de formation, immersion complĂšte, pilotĂ© par deux grandes figures de la scĂšne internationale : la mezzo Viorica CORTEZ et Marco Guidarini, chef d’orchestre ; tous deux, experts charismatiques du chant bellinien et de la pĂ©riode romantique, italienne et française. Pour chacune de ses sessions, l’AcadĂ©mie a pour thĂšme, et de façon large : “le belcanto de Bellini Ă  Verdi. De la technique vocale Ă   l’interprĂ©tation et au style — reportage exclusif rĂ©alisĂ© pendant l’Atelier lyrique de l’Ă©tĂ© 2016 © studio CLASSIQUENEWS.TV — rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

 

 

Places sont limitĂ©es —  Inscriptions et informations :

musicarte-org@live.fr

www.bellinibelcanto-internationalcompetition.com/l-academie

 

 

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REPORTAGE de l’Atelier lyrique rĂ©alisĂ© Ă  VENDÔME en aoĂ»t 2016 :  

 

 

 

 

Bellini_vincenzo_belliniCONCOURS BELLINI : AcadĂ©mie lyrique Ă  VendĂŽme, du 1er au 9 aoĂ»t 2017. Le prochain Atelier lyrique d’Ă©té de la Vincenzo Bellini belcanto acadĂ©mie, Ă©manation du Concours international de belcanto du mĂȘme nom, aura lieu du 1er au 9 aoĂ»t 2017. L’AcadĂ©mie lyrique se dĂ©roule Ă  40 mn de Paris (en TGV direct depuis la gare Montparnasse), Ă  VENDÔME oĂč le Concours Bellini est en rĂ©sidence sur le Campus de Monceau Assurances mĂ©cĂ©nat, dans la RĂ©gion des ChĂąteaux de la Loire.

 

 

A VendĂŽme, une formation au bel Canto unique au monde
1er – 9 aoĂ»t 2017

 

 

Depuis 3 ans, aprĂšs GSTAAD cette annĂ©e en janvier 2017, l’AcadĂ©mie lyrique du Concours Bellini offre une formation unique au monde spĂ©cilaisĂ©e dans l’art du bel canto romantique, c’est Ă  dire, pour la pĂ©riode prĂ© verdienne, concernant le style vocal de Rossini, Bellini, Donizetti.

 

C’est pour les jeunes chanteurs acadĂ©miciens l’occasion de bĂ©nĂ©ficier de conseils de deux trĂšs grands artistes internationaux : le chef (et prĂ©sident cofondateur du Concours Bellini), Marco Guidarini et la soprano lĂ©gendaire Viorica Cortez : technique, interprĂ©tation, connaissance du rĂ©pertoire sont abordĂ©s par les Ă©lĂšves sous la tutelle de leur maĂźtre de chant, en immersion complĂšte et dans un cadre propice au repos et Ă  la rĂ©flexion. Coaching pour le concert de clĂŽture, Ă  la fin du stage. HĂ©bergement et demi-pension sont inclus dans le stage.
ThĂšme de cet Atelier : ” Le belcanto de Bellini Ă  Verdi …”

 

Attention : les places sont limitĂ©es et traitĂ©es par ordre d’arrivĂ©e.
Inscriptions et informations : musicarte-org@live.fr   

 

 

Plus d’informations sur le site du Concours Bellini / l’AcadĂ©mie :
https://www.bellinibelcanto-internationalcompetition.com/l-academie

 

 

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Compte-rendu, opéra. STRASBOURG, Opéra national du Rhin, le 26 avril 2017. CAVALLI : La CALISTO. Les Talens Lyriques / Mariame Clément.

Nouvelle Calisto Ă  l'OpĂ©ra du RhinCompte-rendu, opĂ©ra. STRASBOURG, ONR.CAVALLI : La CALISTO. Jusqu’au 14 mai 2017. Les Talens Lyriques / Mariame ClĂ©ment. VICTIMES DE L’AMOUR
 LANGUEURS & EXTASE DE L’OPERA VENITIEN DU SEICENTO. Voyez ces pauvres cƓurs : Pan, Endymion, le petit satyre et mĂȘme la vecchia LymphĂ©e 
 qui se lamentent tous, de ne pas ĂȘtre …aimĂ©s : palmes en cela Ă  Pan qui reste seul et frustrĂ© en sa grotte froide et sinistre (sa vengeance n’en sera que plus sadique Ă  l’endroit d’Endymion) ; d’autant que ce dernier, s’il est lui aussi languissant, extatique, rĂ©ussit cependant Ă  sĂ©duire et se faire aimer de Diane l’inaccessible (une prouesse car la divinitĂ© est rĂ©putĂ©e pour sa chastetĂ© comme sa haine des hommes
). Une autre victime mais Ă  l’inverse et Ă  l’extrĂ©mitĂ© de cet Ă©chiquier sentimental, demeure Calisto : c’est elle qui est la plus trompĂ©e du lot ; croyant aimer Diane quand c’est Jupiter travesti, qui abuse de sa confiance, avec la complicitĂ© de Mercure, vrai dĂ©pravĂ© par ailleurs. La Calisto de Cavalli crĂ©Ă© Ă  Venise en 1651 (au TĂ©Ăątre d’opĂ©ra Sant Apollinare) est moins l’opĂ©ra d’une identitĂ© imprĂ©cise, comme on le dit souvent, que du dĂ©sir languissant, déçu, amer, toujours Ă©prouvant. Pour autant, le spectateur n’y retrouvera pas les Ă©lĂ©ments visuels que promettait l’affiche pour annoncer le spectacle ; en lieu et place d’un couple moderne alitĂ© (lui tĂ©lĂ©commande Ă  la main, elle rĂȘveuse plus lointaine, dĂ©laissĂ©e ?), il s’agit d’une immersion assez poĂ©tique qui dĂ©voile lĂ  encore, la puissante sensualitĂ© de l’opĂ©ra vĂ©nitien au milieu du XVIIĂš.

 
 

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ETONNANT CHOIX DRAMATURGIQUE. Une surprise dĂ©sagrĂ©able d’abord : enchaĂźner ici l’acte I et II, c’est Ă  dire offrir le seul entracte Ă  la fin du II, est une erreur, car le continuum qui en dĂ©coule, dĂ©sĂ©quilibre la continuitĂ© et le rythme originels. Ainsi se succĂšdent plusieurs scĂšnes de lamentation et d’extase, de priĂšre aussi, certes justes sur le plan Ă©motionnel mais qui accumulent dans l’Ă©chelle des genres, une sĂ©rie de sĂ©quences semblables, plus intĂ©rieures que dramatiques: dans cette collection de priĂšres individuelles ou de lamentos tous caractĂ©risĂ©s et individualisĂ©s
 l’ennui pointe malheureusement.

 

 

 

Langueur et extase cavaliennes Ă  Strasbourg

Victimes de l’amour

 

 

ENVOÛTANTE ET TRES REUSSIE, la premiĂšre scĂšne du II, oĂč au mont LycĂ©e, le berger s’unit Ă  sa dĂ©esse contre toute attente (par le truchement du sommeil et du songe) ; ils rĂ©alisent ce que tous espĂšrent, et souhaitent : un amour partagĂ©. Ainsi s’Ă©nonce la superbe fusion des deux cƓurs qui se reconnaissent vĂ©ritablement, soit Diane et Endymion auxquels Cavalli destine ses plus beaux airs. En gĂ©nie de la voluptĂ© enivrante et de la langueur, le compositeur se surpasse mĂȘme. Y compris les airs de Calisto seule (dĂšs son entrĂ©e Ă  l’acte dans son air oĂč elle dĂ©plore l’Arcadie sans eau, brĂ»lĂ©e par le soleil aprĂšs la chute du char solaire prĂ©cipitĂ© par l’imprudent PhaĂ«ton) ; chaque air de Calisto, nymphe assoiffĂ©e (au sens propre comme figurĂ©) exprime idĂ©alement l’Ă©lan du dĂ©sir, la quintessence d’une Ăąme naturellement voluptueuse, prĂȘte Ă  basculer et Ă  s’offrir : les joyaux musicaux de la partition lui sont aussi rĂ©servĂ©s.

girodet endymion et diane louvre par classiquenewsEn Ă©cho au duo sublime Endymion/Diane (voir d’ailleurs le peintre romantique Girodet qui a peint dans le sillon de Cavalli pareilles langueur et extase du bel Endymion sous l’étreinte de la Diane lunaire, tableau au Louvre – ci contre illustration : Endymion endormi caressĂ© par la lune) succĂšdent ainsi une sĂ©rie de facettes du dĂ©sir de l’amour incandescent avec pour la plupart une bonne dose de cynisme, de cruautĂ©, d’illusion amĂšre voire de sadisme sexuel (viol de la vecchia par la bande des satyres lubriques Ă  la fin du II) : ainsi le duo parodique entre Calisto et Jupiter travesti ; miroir de l’amour mensonger ou de l’illusion amoureuse : Calisto croit aimer et possĂ©der Diane, alors qu’elle est abusĂ©e par Jupiter
 on se souvient de la production mythique du regrettĂ© Herbert Wernicke avec Maria Bayo, diamant vocal d’une voluptĂ© saisissante. C’Ă©tait le temps oĂč l’on recrĂ©ait l’ouvrage vĂ©nitien et avec lui toute l’esthĂ©tique sensuelle vĂ©nitienne du XVIIĂš (Bruxelles, 1993, sous la conduite du flamand RenĂ© Jacobs). A Strasbourg, les producteurs ont Ă©cartĂ© le registre bouffon abandonnant comme hier la performance  d’une basse-bouffe dans le rĂŽle de Jupiter / Giove car Ă  Strasbourg, c’est en rĂ©alitĂ© la mĂȘme mezzo qui joue Diane et Jupiter (dĂ©guisĂ© en Diane).

 

 

DISTRIBUTION COHERENTE. Vocalement, la distribution rend bien ce dĂ©chaĂźnement des passions (jusqu’à la frĂ©nĂ©sie libidineuse des faunes et du duo Jupiter/Mercure) comme la langueur insatisfaite des protagonistes : ainsi Calisto, ardente et sensuelle nymphe, s’affirme dans le timbre ample et rond de la soprano russe Elena Tsallagova, qui malgrĂ© la sĂ©duction de sa voix suave, peine cependant Ă  ciseler le verbe voluptueux qui hier avait rĂ©vĂ©lĂ© la lĂ©gendaire et diseuse Maria Bayo : il est vrai que la premiĂšre ne possĂšde pas le diamant Ă©clatant des aigus de son aĂźnĂ©e. Du coup, c’est toute la matiĂšre souvent incandescente du texte qui est diluĂ©e dans l’Ă©toffe flatteuse un beau chant souvent 
 imprĂ©cis. La soprano ne s’alanguit pas assez dans le mystĂšre du dĂ©sir et la force irrĂ©sistible qu’il fait naĂźtre dans le cƓur de celui (ou celle) qui en est traversĂ©(e). Ses rĂ©citatifs sont trop lisses et malgrĂ© un Ă©rotisme inscrit dans le personnage, l’interprĂšte ne mord pas assez dans la chair du texte, – en l’occurrence, le livret du cynique et fataliste Faustini, riche en images des plus lascives et en saillies truculentes, ces derniĂšres inspirant mĂȘme aux costumes des satyres d’éloquentes prothĂšses sexuelles (!).
Dans sa mise en scĂšne si fabuleuse, Wernicke avait rĂ©solu la prĂ©sence du lubrique et de l’indĂ©cence par des dessins et tags aux murs en forme de bites, et les nombreux passages aller-retours des personnages par une sĂ©rie de trappes dĂ©coupĂ©es dans le cube de l’espace thĂ©Ăątral. Ici, le mouvement incessant des personnages et des situations alternĂ©es est rĂ©solu par une boĂźte centrale circulaire qui pivotante, assure le passage d’un dĂ©cor Ă  l’autre ; quant au lubrique et Ă  l’obscĂ©nitĂ© incarnĂ©s par les faunes / satyres, fallait-il rĂ©ellement affubler les comĂ©diens de sexes apparents ? Le paillard et le grivois sont magnifiĂ©s quand ils sont suggĂ©rĂ©s.

Duo lubrique et goguenard d’une vulgaritĂ© qui discrĂ©dite la noblesse de la dignitĂ© divine, Jupiter et Mercure- respectivement Giovanni Battista Parodi (routinier) et Nikolay Borchev (engagĂ©, bon acteur)- ; leur tandem incarne sur scĂšne cette perversitĂ© de l’Ă©lite portĂ©e, obsĂ©dĂ©e par la gaudriole, – collectionneurs en tromperies et coups pendables les plus scabreux. Ces deux lĂ  sont deux jouisseurs d’une barbarie inepte (les prĂ©curseurs de Don Giovanni et de Leporello chez Mozart ?). Calisto fait Ă©videmment les frais de la duplicitĂ© d’un Jupiter qui n’a rien de divin. VoilĂ  bien ce cynisme poĂ©tique, propre Ă  Venise, dĂ©ployĂ© par le librettiste Faustini, habile dramaturge qui n’hĂ©site pas comme ses confrĂšres Ă  Venise, et ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Ă  relire au vitriol les pĂ©ripĂ©ties des dieux de la Mythologie. Comme avant lui, Busenello, Ă©crivain librettiste de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente pour Monteverdi (Le Couronnement de PoppĂ©e, 1642).

Rayonnantes, deux chanteuses actrices d’une prĂ©sence remarquable... D’abord, la Diane autrement plus engagĂ©e est doublement portĂ©e par l’agile et mordante Vivica Genaux qui exprime vis Ă  vis de Calisto, la dĂ©esse soucieuse de pudeur chaste (quand elle est elle-mĂȘme) ; mais aussi s’agissant de Jupiter travesti (en Diane), l’empire de la sĂ©duction mĂąle, la sĂ©duction fleurie, la promesse du rut, l’appĂ©tit du fornicateur : la mezzo de Fairbanks (Alaska) trouve et la couleur de voix et la gestuelle propre au Jupiter en verve, incarnant ce buffa virtuose qui d’ordinaire est rĂ©alisĂ© par la basse chantant Jupiter. L’interprĂšte convainc davantage encore dans ses duos avec Endymion, le berger langoureux lui aussi amoureusement envoĂ»tĂ© par Diane dont les caresses lunaires l’enveloppent : ces deux lĂ  fusionnent et se rĂ©pondent avec un charme Ă©loquent.

 

 

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Vivica Genaux (Jupiter dĂ©guisĂ© en Diane) s’adresse Ă  son complice Mercure

 
 
 

 

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Junon (Raffaella Milanesi) entend la solitude douloureuse de la nymphe Calisto (II)

 

 

OPERA. Raffaella Milanesi : soprano incandescenteD’un sĂ©rieux tragique chauffĂ© jusqu’aux braises, Junon trouve en l’impeccable soprano Raffaella Milanesi, un rĂŽle taillĂ© Ă  sa suprĂȘme mesure, vocal et dramatique ; la vĂ©ritĂ© de l’Ă©pouse trahie et perpĂ©tuellement humiliĂ©e s’incarne immĂ©diatement Ă  son apparition : le jeu est sĂ©vĂšre et exacerbĂ© Ă  la mesure de cette scĂšne (au II) oĂč assurant le surgissement du genre seria dans cette comĂ©die sculptĂ©e dans l’encre la plus cynique, Junon, la dĂ©esse bafouĂ©e, donne une leçon de morale Ă  son Ă©poux coupable, dĂ©guisĂ© en femme, mais qu’elle feint de prendre pour Diane. La confrontation des deux figures, chacune dans un registre opposĂ©, elle : morale trahie contre lui: insouciance frĂ©nĂ©tique, fait penser Ă  une mĂšre/reproche surprenant en flagrant dĂ©lit son rejeton en plein larcin ; elle est humiliĂ©e, Ă  vif ; il est lĂ©ger, insouciant, Ă  l’obscĂ©nitĂ© infidĂšle : un volage effrontĂ©. C’est impeccable, hilarant et fonctionne Ă  merveille car il s’agit bien d’une comĂ©die. La scĂšne est le point le plus drĂŽle de la soirĂ©e.

 
 

Filippo MinecciaParmi les hommes, outre le trĂšs vivant Mercure dĂ©jĂ  distinguĂ©, reconnaissons la voix moelleuse et flexible de l’excellent Filippo Mineccia (belle rĂ©vĂ©lation vocale), dans le rĂŽle crĂ©pusculaire du berger Endymion, attachĂ© au songe et Ă  l’extase qui sont ses modes de connexion avec Diane. Tous ses airs – lamentos ou priĂšres extatiques, expriment a contrario de tout ce que se passe ailleurs, les vertiges languissants du dĂ©sir. MĂȘme justesse de ton pour le vĂ©tĂ©ran du baroque, Guy de Mey : le tĂ©nor est parfait dans le rĂŽle travesti de LymphĂ©e, la vieille / le “vecchia”, qui pense trouver ce jeune Adonis qui saura l’aimer et la prendre malgrĂ© ses rides


 
 
 

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 Endymion (Prologue), idéalement incarné par le contre ténor Philippo Mineccia

 

 

DANS LA FOSSE, le frĂȘle continuo des Talens Lyriques (qui restitue le format sonore des orchestres dans les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  Venise au XVIIĂš) manque souvent de relief et de caractĂ©risation optant pour un tempo ralenti au risque de diluer la tension. Pas chauffĂ©s immĂ©diatement, les deux cornetistes dans l’ouverture sonnent, courts, Ă©troits, rĂ©trĂ©cis 
refusant Ă  la caresse envoĂ»tante de la musique de se dĂ©ployer : pas facile d’exprimer la poĂ©tique musicale et sonore de Cavalli dans l’un des chefs d’Ɠuvre voluptueux Ă©rotique les mieux aboutis (1651). NĂ©anmoins en cours de reprĂ©sentation, l’Ă©quilibre musique et chant, l’articulation instrumentale, comme la direction du chef se bonifient.

 

La mise en scĂšne de Mariame ClĂ©ment applique une lecture cohĂ©rente sur l’histoire de la pauvre Calisto, amoureuse trompĂ©e par le lubrique Jupiter et sa transformation (expĂ©diĂ©e) en ourse puis en constellation (meilleure mĂ©tamorphose finale) : la metteure en scĂšne choisit la fosse d’un ours continĂ»ment dominĂ© et contraint aux pitreries de cirque sous les coups de fouet que tiennent tour Ă  tour les acteurs de ce thĂ©Ăątre barbare et violent. C’est une dĂ©clinaison en plusieurs Ă©pisodes des visages multiples de l’amour cruel. L’opĂ©ra vĂ©nitien connaĂźtrait il aujourd’hui un regain durable ? On ne peut que s’en fĂ©liciter en cette annĂ©e Monteverdi qui en est l’auteur le plus impressionnant et aussi le maĂźtre de Cavalli. Cette nouvelle production de La Calisto sans rĂ©ellement atteindre l’ivresse et l’extase comme la frĂ©nĂ©sie truculente des aĂźnĂ©s baroqueux d’hier (Ă©videmment RenĂ© Jacobs en tĂȘte) ne dĂ©mĂ©rite pas. GrĂące au jeu d’actrices et de chanteuses accomplies que sont les divas Genaux et Milanesi, grĂące au mĂ©tier et Ă  l’assurance vocale du contre tĂ©nor italien Filippo Mineccia (dans le rĂŽle majeur d’Endymion), la lyre cavallienne surgit Ă  Strasbourg, dans sa vĂ©ritĂ© sensuelle, Ăąpre et enivrante, profonde et grave comme insolente et truculente. A voir Ă  Strasbourg et Mulhouse jusqu’au 14 mai 2017.

 
 

 

 

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APPROFONDIR

 
 

VOIR notre séquence Vidéo RAFFAELLA MILANESI chante ALCINA de HAENDEL

http://www.classiquenews.com/diva-daujourdhui-raffaella-milanesi-soprano-lardente-flamme/

http://www.classiquenews.com/diva-daujourdhui-raffaella-milanesi-soprano-lardente-flamme/

LIRE notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra LA CALISTO de CAVALLI, nouvelle production de l’OpĂ©ra national du Rhin, du 26 avril au 14 mai 2017

http://www.classiquenews.com/nouvelle-calisto-a-strasbourg-et-mulhouse/

 

Compte rendu, opéra. STRASBOURG, ONR, le 23 avril 2017. CAVALLI : LA CALISTO, nouvelle production.

 

 

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Nouvelle production
Francesco Cavalli : La Calisto
Dramma per musica en trois actes avec prologue
Livret de Giovanni Faustini
Créé au Théùtre San Apollinare de Venise, le 28 novembre 1651

Direction musicale : Christophe Rousset
Mise en scÚne : Mariame Clément

La Calisto: Elena Tsallagova
EternitĂ  Diana: Vivica Genaux
Giove: Giovanni Battista Parodi
Mercurio: Nikolay Borchev
Endimione: Filippo Mineccia
Destino, Giunone: Raffaella Milanesi
Linfea: Guy de Mey
Satirino: Vasily Khoroshev
Natura, Pane: Lawrence Olsworth-Peter
Silvano: Jaroslaw Kitala
2 Furies: Tatiana Zolotikova, Yasmina Favre

Les T. Lyriques

I

 

STRASBOURG, Opéra
me 26 avril, 20h
ve 28 avril, 20h
di 30 avril, 15h
ma 2 mai, 20h
je 4 mai, 20h

MULHOUSE, La Sinne
ve 12 mai, 20 h
di 14 mai, 15 h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operanationaldurhin.eu/opera-2016-2017–la-calisto-opera-national-du-rhin.html

 

 

 

Illustrations transmises : La Calisto à Strasbourg / © K.Beck ONR 2017

Compte-rendu, opéra. TOURS, le 23 avril 2017. PUCCINI : TOSCA. Maria Katzarava. Benjamin Pionnier / Pier-Francesco Maestrini

Compte-rendu, opĂ©ra. TOURS, le 23 avril 2017. PUCCINI : TOSCA. Maria Katzarava. Benjamin Pionnier / Pier-Francesco Maestrini. VoilĂ  une (nouvelle) production somptueuse et riche en dĂ©cors et rĂ©fĂ©rences pour chaque acte, au contexte de la Rome romantique de 1800 (Ă  l’Ă©poque de la victoire napolĂ©onienne de Marengo)- car une toile au devant de la scĂšne permettant un dĂ©cor sur toute la largeur, Ă©voque tantĂŽt la fuite de l’ancien prĂ©fet de la rĂ©publique de Rome alors dĂ©chue (Angelotti rĂ©duit Ă  une ombre que l’on devine s’Ă©chapper) puis le portrait de femme (l’Attaventi) que Mario artiste rĂ©publicain donc bonapartiste finit de peindre dans l’Ă©glise Sant Andrea della Valle pour une sublime Madeleine au pied de la Croix
 immĂ©diatement la situation dramatique s’inscrit dans l’imaginaire du spectateur qui ne perd aucun enjeux ni aucun dĂ©tail des Ă©lĂ©ments citĂ©s dans le livret. L’image fait une incursion intelligente dans le dĂ©ploiement des tableaux. On se dĂ©lecte ainsi de dĂ©tails “oubliĂ©s”, pourtant prĂ©sents mais moins signifiants ailleurs, Ă  ce degrĂ© de rĂ©alisme.  AussitĂŽt c’est le thĂ©Ăątre qui s’invite sur la scĂšne lyrique d’autant que la piĂšce de Victorien Sardou a Ă©tĂ© magistralement adaptĂ©e Ă  la scĂšne par Puccini et ses librettistes (Luigi Illica et Giuseppe Giacosa). VoilĂ  une production ĂŽ combien juste qui rĂ©tablit la place du jeu thĂ©Ăątral et de la force des tableaux visuels dans Tosca.

PUCCINI dramatique et lyrique. GrĂące Ă  une direction prĂ©cise et particuliĂšrement nuancĂ©e le temps dramatique fusionne avec le temps musical : la baguette de Benjamin Pionnier sait respirer et s’alanguir, autant dans le murmure que la dĂ©flagration ; le maestro sait installer de somptueuses atmosphĂšres, des climats qui regorgent d’indices Ă©motionnels mĂȘlĂ©s, composant le plus vibrant et palpitant des chants orchestraux. La vision est claire et fluide, d’une rare Ă©lĂ©gance expressive avec pour chaque sĂ©quence, une attĂ©nuation recherchĂ©e de la couleur et du timbre qui au final approfondit l’intensitĂ© comme la justesse poĂ©tique de chaque Ă©pisode.

 

 

 

Pari rĂ©ussi pour le chef et directeur de l’OpĂ©ra de Tours, Benjamin Pionnier, la nouvelle production de Tosca est aussi visuelle que psychologique

Une nouvelle Tosca au souffle symphonique

 

 

Puccini TOSCA Benjamin Pionnier TPG80©MariePetryAinsi l’acte I file comme une fresque cinĂ©matographique d’une remarquable acuitĂ© de ton : c’est un acte d’exposition oĂč paraissent tout Ă  tour, la jalousie maladive de Tosca sous son masque d’espiĂšglerie amoureuse. Puis la figure sadique et manipulatrice du baron Scarpia, chez lequel pouvoir et emprise sexuelle se mĂȘlent imperceptiblement. Le souffle du collectif (magistral aplomb du chƓur final) comme le relief des tempĂ©raments individuels se trouvent parfaitement articulĂ©s grĂące Ă  une vision d’architecte : le chef veille aux Ă©quilibres entre chaque partie. Dans le II, -acte de torture physique (sur Mario) et psychologique (la proie est ici Tosca), le chef exprime par la tenue d’un orchestre trĂšs maĂźtrisĂ©, le cynisme Ă  l’Ɠuvre dont se dĂ©lecte le bourreau Scarpia, et le renversement de situation 
 quand l’ignoble prĂ©dateur s’abattant sur Tosca, reçoit le coup de couteau qu’il n’avait pas prĂ©vu et qui le prĂ©cipite en enfer, en Ăąme damnĂ©e
 le tableau des deux bougeoirs au chevet du cadavre raidi a toujours un impact incroyable et montre combien ici quand l’opĂ©ra fusionne avec le thĂ©Ăątre, la musique est en capacitĂ© de sublimer une situation.
Sachant aussi calibrer chaque effet et accent dans le vaste maelstrom orchestral, Benjamin Pionnier saisit le raffinement de l’orchestration fabuleusement suggestive de Puccini comme sa violence et sa fureur rentrĂ©e qui fait de Tosca, un opĂ©ra esentiellement symphonique. L’idĂ©e du Puccini contemporain alors, des derniers essais orchestraux du passionnant Richard Strauss, se prĂ©cise et la direction tout en retenue et en acuitĂ© du chef a dĂ©voilĂ© combien cette Tosca de 1900 prĂ©parait dĂ©jĂ  dans ses fureurs spectaculaires comme inscrites dans la psychĂ© la plus tĂ©nue, les SalomĂ© et Elektra Ă  venir: ici et lĂ , un orchestre somptueusement vĂ©nĂ©neux, aux couleurs et rugositĂ©s fauves. Tout cela Ă©claire derriĂšre et autour des protagonistes, le contexte sonore et historique qui assoit d’autant mieux le dĂ©roulement de l’action psychologique.

Telle vision active et subtile s’accomplit idĂ©alement dans le fameux air de la cantatrice Ă  genoux “Vissi d’arte, vissi d’amore”, dĂ©chirante priĂšre d’une femme toujours pieuse qui ne comprend pas que Dieu puisse lui infliger une telle souffrance
 accordĂ©s au chant soliste, les couleurs et le format de l’orchestre sont superlatifs dans ce qui demeure le moment clĂ© de l’action.

D’autant que la vraie vedette de la production aux cĂŽtĂ©s d’une fosse souveraine, reste le soprano puissant, clair, timbrĂ©, fabuleusement rond et charnel, comme clair et subtil de la mexicaine Maria Katzarava.

katzarava maria ALH_Maria-Katzarava_5659La formidable intensitĂ© du jeu, la brillance et la sincĂ©ritĂ© du style comme des intentions assurent Ă  la chanteuse, une irrĂ©sistible sĂ©duction. Au I, elle est juvĂ©nile presque ingĂ©nue, quoique maladivement jalouse comme on a dit. Au II, la diva paraĂźt grave et mĂ»re, en robe de soirĂ©e, artiste accomplie, cantatrice dans l’histoire et sur la scĂšne, mise en abyme hyperrĂ©aliste. C’est une autre femme qui paraĂźt dĂ©sormais, liĂ©e au drame tragique qui va l’emporter au III. Ce changement crĂ©dible dans l’incarnation, cette progression qui traverse et cristallise chacune des Ă©tapes de la tragĂ©die (ici les 3 protagonistes trouvent la mort au terme des 3 actes) affirment une chanteuse et une actrice trĂšs attachante.
A ses cĂŽtĂ©s, le Mario Cavaradossi de Angelo Villari, s’il n’offre pas pareille palette de nuances Ă©motionnelles, conserve de bout en bout, cette ardeur tranchante, fureur au poing, dĂ©voilant le rĂ©volutionnaire, prĂȘt Ă  en dĂ©coudre, malgrĂ© la douleur que lui inflige la scĂšne de torture du II. Assez lisse, et gris, le Scarpia de Valdis Jansons gagne une Ă©paisseur barbare au II : la figure dĂ©moniaque gagne une prĂ©sence manifeste Ă  mesure qu’elle s’impose Ă  Tosca, auteur d’un chantage monstrueux. Parmi les comprimari,- rĂŽles secondaires, le Sacristain de Francis Dudziak relĂšve les dĂ©fis du seul rĂŽle comique – pleutre et supersticieux, dans une arĂšne incandescente. On distinguera tout autant l’impeccable tenue des Choeurs maison, prĂ©parĂ© par Alexandre Herviant. Superbe nouvelle production qui saisit par l’intelligence de sa vision orchestrale.

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. TOURS, le 23 avril 2017. PUCCINI : TOSCA. Maria Katzarava. Benjamin Pionnier / Pier-Francesco Maestrini. Encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours, les mardi 25 puis jeudi 27 avril 2017, 20h.

 

Monteverdi en son jardin Ă  Bar-le-Duc, 12,13,14 mai 2017

bar-le-duc-12-13-14-mai-2017-festival-MUSIQUES-EN-NOS-MURS-presentation-classiquenewsFESTIVAL MUSIQUES EN NOS MURS, 12,13,14 mai 2017. BAR-LE-DUC (55 / Meuse, LORRAINE) a son nouveau festival. Un cycle musical qui accorde idĂ©alement riche patrimoine de la ville Renaissance et concerts intimiste dont la conception et l’accessibilitĂ© ont Ă©tĂ© conçus pour favoriser proximitĂ© et trĂšs large public
 Musiques en nos murs s’inscirt Ă  prĂ©sent comme l’évĂ©nement incontournable Ă  BAR-LE-DUC. Entretien avec son directeur artistique, BenoĂźt Damant : prĂ©sentation des sites emblĂ©matiques, temps forts et spĂ©cificitĂ©s qui rythment un festival conçu comme un parcours enchantĂ©. LIRE notre prĂ©sentation du Festival Musiques en nos murs Ă  Bar-Le-Duc (55), temps forts, enjeux, ligne artistique spĂ©cifique entre patrimoine et programmes musicaux prĂ©sentĂ©s…

 

 

 

Comment se déroule le festival à BAR LE DUC ?

 

Bar-le-Duc est une ville au riche patrimoine architectural oĂč la ville-haute est un secteur sauvegardĂ© dont une grande partie des maisons et hĂŽtels particuliers construits en pierre de taille sont des XVIe, XVIIe ou XVIIIe siĂšcles. Notre festival souhaite faire vivre et faire dĂ©couvrir ce patrimoine en investissant plusieurs lieux rarement voire jamais ouverts au public.
L’une de nos caractĂ©ristiques, est ce que nous avons appelĂ© les Écoutes-intimes du samedi aprĂšs-midi (13 mai 2017) ; pendant lesquels des petits groupes d’une vingtaine de personnes se dĂ©placent au grĂšs de 6 concerts et expositions, dans des lieux privĂ©s, maisons ou jardins, dont les propriĂ©taires nous ouvrent les portes. L’aprĂšs-midi se termine dans un septiĂšme lieu, un hĂŽtel particulier, autour d’un verre pour un Ă©change entre public et artistes.

eglise_saint_etiennePour les trois grands concerts, nous investissons l’église Saint-Etienne qui date de la fin du XVe et du XVIe siĂšcle. Parmi les Ɠuvres les plus marquantes de cet Ă©difice figurent le fameux « Transi » de Ligier Richier, sculpteur dont le 450Ăšme anniversaire de la mort (inscrit aux commĂ©morations nationales) coĂŻncide avec celui de la naissance de Claudio Monteverdi. Du mĂȘme artiste, un impressionnant Christ et les deux larrons constitue un prestigieux fond de scĂšne Ă  nos Grands concerts.

Pour le nocturne du vendredi soir (12 mai 2017), l’église Saint-Louis, qui est aujourd’hui essentiellement une salle d’exposition rĂ©sonnera au son du cornet Ă  bouquin.
Le nocturne du samedi (13 Mai 2017) sera consacrĂ© Ă  Salomone Rossi, et ses psaumes en hĂ©breux en particulier, et aura lieu Ă  la synagogue qui n’est plus ouverte que pour les journĂ©es du patrimoine.

Nous avons une politique tarifaire trĂšs raisonnable pour ouvrir les concerts au plus grand nombre. Deux systĂšmes de PASS permettent d’entendre 3 ou 5 concerts, et un bon nombre de festivalier a dĂ©jĂ  pris l’habitude de rĂ©server pour les 5 concerts d’emblĂ©e.

Pendant 3 jours, Bar-le-Duc se met ainsi Ă  l’heure italienne avec l’aide de certains commerçants. Les festivaliers pourront en profiter pour dĂ©couvrir l’hĂŽtel des postes Art dĂ©co, et ses vitraux de Jean GrĂŒber, ou encore deux Ă©glises
 Saint-Antoine, du XIVe siĂšcle et ses fresques des XIV et XVe siĂšcles ou Notre-Dame, son trĂšs beau Christ en croix du XVIe siĂšcle Sans omettre la Vierge aux litanies attribuĂ©e Ă  Jean Croq. Ils pourront Ă©galement dĂ©ambuler dans la rue du Bourg et admirer les plus prestigieux hĂŽtels particuliers Renaissance de la ville ; comme dĂ©guster la spĂ©cialitĂ© de Bar-le-Duc, la confiture de groseille Ă©pĂ©pinĂ©e Ă  la plume d’oie, apprĂ©ciĂ©e aussi bien de Marie Stuart (dont la mĂšre est nĂ©e Ă  Bar-le-Duc) que d’Alfred Hitchcock.
Le MusĂ©e barrois est situĂ© dans ce qui reste du chĂąteau des ducs de Bar et ses trĂšs belles collections y dialoguent avec l’architecture ; ainsi un bel OrphĂ©e de Nicolas de Bar, peintre natif de la ville ayant fait toute sa carriĂšre Ă  Rome, est acquisition rĂ©cente qui rĂ©sonne si bien avec Monteverdi (fĂȘtĂ© par notre Ă©dition 2017). L’an dernier, nous avons donnĂ© un concert dans cette salle.

 

 

 

Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?

 

La singularitĂ© de Musiques en nos murs est la proximitĂ© avec les artistes Ă  plusieurs moments clĂ©s de notre programmation. En particulier pendant les Ecoutes-intimes Ă©voquĂ©es plus haut, mais aussi les deux Nocturnes de 22h30 qui sont donnĂ©s devant un public restreint (une centaine de personnes maximum). Une audience limitĂ©e et une ambiance singuliĂšre due Ă  l’heure tardive confĂšrent Ă  ces moments une grĂące particuliĂšre.
Le principe habituel de Musiques en nos murs, c’est de consacrer un jour Ă  la musique mĂ©diĂ©vale, un jour Ă  la Renaissance et un jour au Baroque, parce que la ville permet le dialogue avec ses pĂ©riodes. Mais dĂšs le lendemain de notre premiĂšre Ă©dition qui a eu lieu l’an passĂ©, j’ai travaillĂ© sur la programmation 2017. Il m’est vite apparu qu’en cette annĂ©e Monteverdi, nous avions matiĂšre Ă  de trĂšs beaux programmes autour de ce maĂźtre au gĂ©nie protĂ©iforme. Nous avions en particulier la possibilitĂ© de montrer et de faire entendre le passage de la Renaissance au Baroque, dans cette pĂ©riode si passionnante de 1560 Ă  1640 environ oĂč tout bascule.
Nous étions déjà convenus de mettre en valeur la synagogue, aussi un programme autour des psaumes de Salomone Rossi a rapidement semblé incontournable. Il nous semblait également important de faire entendre des madrigaux et de la musique sacrée.

bar-le-duc-musiques-en-nos-murs-jardin-et-musique-presentation-festival-evenement-sur-classiquenews

Quels sont les 3/4 temps forts de l’édition 2017 ?

 

Pour nos trois grands concerts, nous avons trois créations de programmes.
Le samedi soir, l’Ensemble Cronexos et la superbe soprano Barbara Kusa donneront un programme pour soprano solo et basse continue autour de Monteverdi et de son temps dans lequel on pourra entendre Ă  cĂŽtĂ© de piĂšces instrumentales de Frescobaldi, le Stabat Mater de Giovanni F. Sances et le Salve O regina ou le Pianto della madone de Monteverdi.
Le dimanche, la MaĂźtrise de la cathĂ©drale de Metz dirigĂ©e par Christophe Bergossi s’associe Ă  l’AchĂ©ron de François Joubert-Caillet pour un programme qui illustre le passage de la Renaissance au Baroque dans l’Ɠuvre phare d’un Monteverdi devenu rĂ©vĂ©rend : la Selva morale e spirituale (ForĂȘt morale et spirituelle). On s’y perdra avec bonheur.
Le festival aura Ă©tĂ© lancĂ© le vendredi soir par l’Ensemble EnthĂ©os que je dirige, dans un programme prĂ©sentant l’évolution du madrigal, de sa crĂ©ation sous les plumes de Verdelot et Arcadelt jusqu’à l’explosion du genre avec Monteverdi. Les Ɠuvres de ce dernier constituent un peu plus de la moitiĂ© du programme. C’est une histoire subjective bien sĂ»r dans laquelle je montre une filiation entre 5 gĂ©nĂ©rations de compositeurs. C’est aussi l’occasion de creuser la littĂ©rature madrigalesque puisque parmi les auteurs des textes, on rencontrera les incontournables Petrarque, Guarini, Le Tasse, mais Ă©galement les plus rares Machiavel ou Michel-Ange. On pourra entendre dans ce programme les cĂ©lĂšbres Hor che’l ciel e la terra, le Lamento della ninfa; le Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, mais aussi de vĂ©ritables pĂ©pites signĂ©es Arcadelt, Willaert, de Rore, de Wert, Guesualdo


 

 

 

Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?

 

Nous mettons souvent en avant dans notre communication « Dialogue des musiques anciennes et du patrimoine ». Ce n’est pas qu’une formule. C’est la rĂ©alitĂ© qui s’offre Ă  tout visiteur de Bar-Le-Duc. D’abord parce que le festival est portĂ© par une association qui travaille sur le patrimoine et qui veut le faire vivre, c’est-Ă -dire le restaurer et le mettre en valeur. Ensuite parce que cette association est constituĂ©e de passionnĂ©s qui ont Ă  cƓur de faire dĂ©couvrir leur ville et qui se dĂ©mĂšnent pour que ces concerts se fassent dans l’ambiance la plus chaleureuse possible. Le festivalier est ainsi rĂ©ellement invitĂ© Ă  une immersion dans la musique qui dialogue avec la pierre, lui rĂ©pond, lui fait Ă©cho.
Les impressions et tĂ©moignages qui reviennent le plus souvent de la part des festivaliers sont : « aller de surprise en surprise », « se laisser aller au fil d’une programmation hors des sentiers battus et rebattus, alliant exigence et accessibilité artistique et financiĂšre », « dĂ©couvrir des interprĂštes rares dont on dĂ©couvre le travail », « l’alliance des musiques, des rĂ©fĂ©rences historiques et du cadre patrimonial qui leur font Ă©cho ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, en avril 2017.

 

 

 

__________

 

 

CONSULTER le programme 2017 et LIRE notre présentation du festival MUSIQUES EN NOS MURS à Bar-Le-Duc.

http://www.classiquenews.com/bar-le-duc-55-festival-musiques-en-nos-murs/

 

 

bar-le-duc-12-13-14-mai-2017-festival-MUSIQUES-EN-NOS-MURS-presentation-classiquenews

 

 

Festival MUSIQUES EN NOS MURS Ă  BAR-LE-DUC, entretien avec BenoĂźt Damant

bar-le-duc-12-13-14-mai-2017-festival-MUSIQUES-EN-NOS-MURS-presentation-classiquenewsFESTIVAL MUSIQUES EN NOS MURS, 12,13,14 mai 2017. BAR-LE-DUC (55 / Meuse, LORRAINE) a son nouveau festival. Un cycle musical qui accorde idĂ©alement riche patrimoine de la ville Renaissance et concerts intimiste dont la conception et l’accessibilitĂ© ont Ă©tĂ© conçus pour favoriser proximitĂ© et trĂšs large public
 Musiques en nos murs s’inscirt Ă  prĂ©sent comme l’évĂ©nement incontournable Ă  BAR-LE-DUC. Entretien avec son directeur artistique, BenoĂźt Damant : prĂ©sentation des sites emblĂ©matiques, temps forts et spĂ©cificitĂ©s qui rythment un festival conçu comme un parcours enchantĂ©.

 

 

 

Comment se déroule le festival à BAR LE DUC ?

 

Bar-le-Duc est une ville au riche patrimoine architectural oĂč la ville-haute est un secteur sauvegardĂ© dont une grande partie des maisons et hĂŽtels particuliers construits en pierre de taille sont des XVIe, XVIIe ou XVIIIe siĂšcles. Notre festival souhaite faire vivre et faire dĂ©couvrir ce patrimoine en investissant plusieurs lieux rarement voire jamais ouverts au public.
L’une de nos caractĂ©ristiques, est ce que nous avons appelĂ© les Écoutes-intimes du samedi aprĂšs-midi (13 mai 2017) ; pendant lesquels des petits groupes d’une vingtaine de personnes se dĂ©placent au grĂšs de 6 concerts et expositions, dans des lieux privĂ©s, maisons ou jardins, dont les propriĂ©taires nous ouvrent les portes. L’aprĂšs-midi se termine dans un septiĂšme lieu, un hĂŽtel particulier, autour d’un verre pour un Ă©change entre public et artistes.

eglise_saint_etiennePour les trois grands concerts, nous investissons l’église Saint-Etienne qui date de la fin du XVe et du XVIe siĂšcle. Parmi les Ɠuvres les plus marquantes de cet Ă©difice figurent le fameux « Transi » de Ligier Richier, sculpteur dont le 450Ăšme anniversaire de la mort (inscrit aux commĂ©morations nationales) coĂŻncide avec celui de la naissance de Claudio Monteverdi. Du mĂȘme artiste, un impressionnant Christ et les deux larrons constitue un prestigieux fond de scĂšne Ă  nos Grands concerts.

Pour le nocturne du vendredi soir (12 mai 2017), l’église Saint-Louis, qui est aujourd’hui essentiellement une salle d’exposition rĂ©sonnera au son du cornet Ă  bouquin.
Le nocturne du samedi (13 Mai 2017) sera consacrĂ© Ă  Salomone Rossi, et ses psaumes en hĂ©breux en particulier, et aura lieu Ă  la synagogue qui n’est plus ouverte que pour les journĂ©es du patrimoine.

Nous avons une politique tarifaire trĂšs raisonnable pour ouvrir les concerts au plus grand nombre. Deux systĂšmes de PASS permettent d’entendre 3 ou 5 concerts, et un bon nombre de festivalier a dĂ©jĂ  pris l’habitude de rĂ©server pour les 5 concerts d’emblĂ©e.

Pendant 3 jours, Bar-le-Duc se met ainsi Ă  l’heure italienne avec l’aide de certains commerçants. Les festivaliers pourront en profiter pour dĂ©couvrir l’hĂŽtel des postes Art dĂ©co, et ses vitraux de Jean GrĂŒber, ou encore deux Ă©glises
 Saint-Antoine, du XIVe siĂšcle et ses fresques des XIV et XVe siĂšcles ou Notre-Dame, son trĂšs beau Christ en croix du XVIe siĂšcle Sans omettre la Vierge aux litanies attribuĂ©e Ă  Jean Croq. Ils pourront Ă©galement dĂ©ambuler dans la rue du Bourg et admirer les plus prestigieux hĂŽtels particuliers Renaissance de la ville ; comme dĂ©guster la spĂ©cialitĂ© de Bar-le-Duc, la confiture de groseille Ă©pĂ©pinĂ©e Ă  la plume d’oie, apprĂ©ciĂ©e aussi bien de Marie Stuart (dont la mĂšre est nĂ©e Ă  Bar-le-Duc) que d’Alfred Hitchcock.
Le MusĂ©e barrois est situĂ© dans ce qui reste du chĂąteau des ducs de Bar et ses trĂšs belles collections y dialoguent avec l’architecture ; ainsi un bel OrphĂ©e de Nicolas de Bar, peintre natif de la ville ayant fait toute sa carriĂšre Ă  Rome, est acquisition rĂ©cente qui rĂ©sonne si bien avec Monteverdi (fĂȘtĂ© par notre Ă©dition 2017). L’an dernier, nous avons donnĂ© un concert dans cette salle.

 

 

 

Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?

 

La singularitĂ© de Musiques en nos murs est la proximitĂ© avec les artistes Ă  plusieurs moments clĂ©s de notre programmation. En particulier pendant les Ecoutes-intimes Ă©voquĂ©es plus haut, mais aussi les deux Nocturnes de 22h30 qui sont donnĂ©s devant un public restreint (une centaine de personnes maximum). Une audience limitĂ©e et une ambiance singuliĂšre due Ă  l’heure tardive confĂšrent Ă  ces moments une grĂące particuliĂšre.
Le principe habituel de Musiques en nos murs, c’est de consacrer un jour Ă  la musique mĂ©diĂ©vale, un jour Ă  la Renaissance et un jour au Baroque, parce que la ville permet le dialogue avec ses pĂ©riodes. Mais dĂšs le lendemain de notre premiĂšre Ă©dition qui a eu lieu l’an passĂ©, j’ai travaillĂ© sur la programmation 2017. Il m’est vite apparu qu’en cette annĂ©e Monteverdi, nous avions matiĂšre Ă  de trĂšs beaux programmes autour de ce maĂźtre au gĂ©nie protĂ©iforme. Nous avions en particulier la possibilitĂ© de montrer et de faire entendre le passage de la Renaissance au Baroque, dans cette pĂ©riode si passionnante de 1560 Ă  1640 environ oĂč tout bascule.
Nous étions déjà convenus de mettre en valeur la synagogue, aussi un programme autour des psaumes de Salomone Rossi a rapidement semblé incontournable. Il nous semblait également important de faire entendre des madrigaux et de la musique sacrée.

 
  
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Quels sont les 3/4 temps forts de l’édition 2017 ?

 

Pour nos trois grands concerts, nous avons trois créations de programmes.
Le samedi soir, l’Ensemble Cronexos et la superbe soprano Barbara Kusa donneront un programme pour soprano solo et basse continue autour de Monteverdi et de son temps dans lequel on pourra entendre Ă  cĂŽtĂ© de piĂšces instrumentales de Frescobaldi, le Stabat Mater de Giovanni F. Sances et le Salve O regina ou le Pianto della madone de Monteverdi.
Le dimanche, la MaĂźtrise de la cathĂ©drale de Metz dirigĂ©e par Christophe Bergossi s’associe Ă  l’AchĂ©ron de François Joubert-Caillet pour un programme qui illustre le passage de la Renaissance au Baroque dans l’Ɠuvre phare d’un Monteverdi devenu rĂ©vĂ©rend : la Selva morale e spirituale (ForĂȘt morale et spirituelle). On s’y perdra avec bonheur.
Le festival aura Ă©tĂ© lancĂ© le vendredi soir par l’Ensemble EnthĂ©os que je dirige, dans un programme prĂ©sentant l’évolution du madrigal, de sa crĂ©ation sous les plumes de Verdelot et Arcadelt jusqu’à l’explosion du genre avec Monteverdi. Les Ɠuvres de ce dernier constituent un peu plus de la moitiĂ© du programme. C’est une histoire subjective bien sĂ»r dans laquelle je montre une filiation entre 5 gĂ©nĂ©rations de compositeurs. C’est aussi l’occasion de creuser la littĂ©rature madrigalesque puisque parmi les auteurs des textes, on rencontrera les incontournables Petrarque, Guarini, Le Tasse, mais Ă©galement les plus rares Machiavel ou Michel-Ange. On pourra entendre dans ce programme les cĂ©lĂšbres Hor che’l ciel e la terra, le Lamento della ninfa; le Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, mais aussi de vĂ©ritables pĂ©pites signĂ©es Arcadelt, Willaert, de Rore, de Wert, Guesualdo


 

 

 

Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?

 

Nous mettons souvent en avant dans notre communication « Dialogue des musiques anciennes et du patrimoine ». Ce n’est pas qu’une formule. C’est la rĂ©alitĂ© qui s’offre Ă  tout visiteur de Bar-Le-Duc. D’abord parce que le festival est portĂ© par une association qui travaille sur le patrimoine et qui veut le faire vivre, c’est-Ă -dire le restaurer et le mettre en valeur. Ensuite parce que cette association est constituĂ©e de passionnĂ©s qui ont Ă  cƓur de faire dĂ©couvrir leur ville et qui se dĂ©mĂšnent pour que ces concerts se fassent dans l’ambiance la plus chaleureuse possible. Le festivalier est ainsi rĂ©ellement invitĂ© Ă  une immersion dans la musique qui dialogue avec la pierre, lui rĂ©pond, lui fait Ă©cho.
Les impressions et tĂ©moignages qui reviennent le plus souvent de la part des festivaliers sont : « aller de surprise en surprise », « se laisser aller au fil d’une programmation hors des sentiers battus et rebattus, alliant exigence et accessibilité artistique et financiĂšre », « dĂ©couvrir des interprĂštes rares dont on dĂ©couvre le travail », « l’alliance des musiques, des rĂ©fĂ©rences historiques et du cadre patrimonial qui leur font Ă©cho ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, en avril 2017.

 

 

 

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CONSULTER le programme 2017 et LIRE notre présentation du festival MUSIQUES EN NOS MURS à Bar-Le-Duc.

http://www.classiquenews.com/bar-le-duc-55-festival-musiques-en-nos-murs/

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Grand ThĂ©Ăątre, le 7 avril 2017. MOZART : LES NOCES DE FIGARO. Guillemette, Schuen… Caurier & Leiser

figaro-noces-angers-nantes-opera-caurier-leiser-critique-classiquenews-avril-2017Compte-rendu, opĂ©ra. Angers, Grand ThĂ©Ăątre, le 7 avril 2017. MOZART : LES NOCES DE FIGARO. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scĂšne. VoilĂ  une vision de la nature humaine plutĂŽt mordante, brĂ»lĂ©e qui tout en rĂ©tablissant le jeu thĂ©Ăątral dans la continuitĂ© de la musique souligne combien l’invention de Mozart sait exprimer la vĂ©ritĂ© des sentiments et au-delĂ  mĂȘme, dĂ©voile le propre de la nature humaine : son dĂ©raisonnable attachement au dĂ©sir, sa maladive posture de sĂ©duction, sa propension naturelle, instinctive Ă  la possession et Ă  la domination. Et quand Eros possĂšde les ĂȘtres avec autant de force, c’est toute la sociĂ©tĂ© qui se dĂ©sagrĂšge (tableau final oĂč chacun semble errer, plus dĂ©construit encore qu’il n’Ă©tait en dĂ©but de soirĂ©e), libĂ©rant une violence sociale particuliĂšrement terrifiante ici : est-ce pour cela que le dĂ©cor lambrissĂ© du palais oĂč se passe cette « Folle journĂ©e », est envahi par une forĂȘt de vĂ©gĂ©taux de plus en plus envahissants ? La forĂȘt bientĂŽt s’inscrit avec vĂ©hĂ©mence dans cet espace dĂ©rĂ©glĂ© : annonce du jardin final oĂč les masques tombent au IV, et aussi indice que les esprits pourtant civilisĂ©s s’écroulent un Ă  un, basculent dans cet Ă©tat de nature, cette sauvagerie peu Ă  peu manifeste, oĂč le dĂ©sir et le sexe rendent esclaves.

 

 

 

AprĂšs leur Don Giovanni, prĂ©cĂ©dent mozartien pour Angers Nantes OpĂ©ra, Patrice Caurier et Moshe Leiser analysent au scapel Les Noces, soulignant chez chaque protagoniste combien l’ñpre et irrĂ©pressible dĂ©sir est l’agent du dĂ©rĂšglement social


OPÉRA DE FOLIE

 

 

 

figaro-noces-mozart-angers-nantes-opera-susanna-figaro-critique-classiquenews-avril-2017-caurier-leiserOn ne s’Ă©tonne plus de voir sur la scĂšne lyrique un comte Almaviva sĂ©rieusement entamĂ© par la cabriole au point d’en ĂȘtre sĂ©rieusement dĂ©pendant : l’abolition du droit de cuissage occupe une bonne partie des dialogues de l’opĂ©ra, mais dans les faits rien n’est concrĂštement changĂ© et le comte peut exercer un droit de viol sur chaque Ă©lĂ©ment fĂ©minin de sa maisonnĂ©e (Barbarina, Susanna
). Or la mise en scĂšne va plus loin encore en osant Ă©gratigner aussi la figure mĂȘme de la comtesse que les lectures traditionnelles font paraĂźtre plutĂŽt en victime, Ă©pouse dĂ©laissĂ©e par son trop volage mari, – dĂ©munie, nostalgique, frustrĂ©e. Voire dĂ©pressive (son air Porgi amor ouvrant le II)… RIEN DE TEL ICI. Rosina a conservĂ© un tempĂ©rament de feu qui s’Ă©veille goulument, en vraie cougar imprĂ©vue, Ă  chaque fois qu’elle est en prĂ©sence du jeune page de la maison, Cherubino
 voilĂ  qui casse bien des habitudes Ă  l’opĂ©ra s’agissant des Noces.

En rien dĂ©corative, n’empruntant finalement aucune rĂ©fĂ©rence visuelle Ă  ce XVIIIĂš emperruquĂ© et viennois de l’Ă©poque Mozartienne, mais au contraire rĂ©aliste et moderne, essentiellement thĂ©Ăątrale, l’approche de Patrice Caurier et Moshe Leiser trouve des idĂ©es souvent trĂšs convaincantes assurant le passage d’une scĂšne Ă  l’autre, d’un rĂ©citatif Ă  une aria
 en une continuitĂ© dramatique idĂ©alement fluide ; leur rĂ©flexion poursuit un travail psychologique affĂ»tĂ©, parfois glaçant 
 par ce qu’il rĂ©vĂšle de facto de la nature humaine et des passions affrontĂ©es,- nouvelle Ă©tape d’une complicitĂ© dĂ©sormais emblĂ©matique qu’a su favoriser et cultiver le directeur gĂ©nĂ©ral d’Angers Nantes OpĂ©ra, Jean-Paul Davois. Les spectateurs Ă  Nantes et Ă  Angers peuvent ĂȘtre fiers ainsi de suivre l’un des cycles mozartiens les plus passionnants vus rĂ©cemment.

 

VIOLENCE DES SOLITAIRES. Comme dans sa mise en scĂšne prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©e pour Angers Nantes OpĂ©ra (Don Giovanni, il y a un an dĂ©jĂ  : LIRE notre compte rendu critique de mars 2016), le duo Caurier et Leiser creuse la profonde solitude des ĂȘtres, met Ă  jour leur impuissance solitaire qui produit une violence rarement exprimĂ©e avec autant d’acuitĂ© acide. Ici emblĂšme d’un thĂ©Ăątre Ă©lectrique et violent (dĂ©jĂ  observĂ© dans leur Tosca comme dans leur Don Giovanni), une lumiĂšre blanche, d’interrogatoire quasiment dans tous les airs solistes, qui Ă©blouit et souligne l’intensitĂ© et la blessure des solos, scrutant comme un Ă©clair radiographique puis dans le clichĂ© qu’il produit, la barbare exaspĂ©ration de l’Ăąme en souffrance. OĂč a t-on vu un couple d’aristos aussi dĂ©vorĂ© par une jalouse haine, l’un Ă  l’autre opposĂ© ? Lui s’exaspĂšre, tempĂȘte et brutalise, – il est autant volage que furieusement jaloux de sa femme ; hantĂ© par le doute et le poison du soupçon, ce sĂ©ducteur fragile trĂ©pigne de ne pas ĂȘtre aimĂ© pour lui-mĂȘme, sautant sur toutes les proies soumises qu’il flatte et sĂ©duit comme un chaton Ă©garĂ© ; la charge contre ce despote domestique est violente : sur les traces de Beaumarchais, le duo Da Ponte et Mozart ne l’a pas Ă©pargnĂ©. Et le tableau de sĂ©ducteurs et de sĂ©ductrices (car la comtesse toute dĂ©laissĂ©e par son mari n’est donc pas en reste, comme on l’a dit
) offre un portrait particuliĂšrement incisif de la nature humaine, de ce que peut ĂȘtre la dĂ©route des relations conjugales et des relations tout court quand rĂšgnent dĂ©loyautĂ©, manipulations, quiproquos, infidĂ©litĂ©s.

Et c’est justement ChĂ©rubin, Ăąme encore tendre qui fait les frais de ces Ă©carts tempĂ©tueux propres Ă  la Folle journĂ©e. Sadiquement fessĂ© par le comte au I ; objet de toutes les caresses et baisers les plus chauds dans les bras de la comtesse cougar quelques minutes plus tard (II), le page en aurait Ă  raconter dans cette Ă©cole de la folie ordinaire, dans ce tunnel du dĂ©rĂšglement des sens.

 

EXPÉRIENCE DE LUCIDITÉ. Chacun croit exister et aimer mais ils possĂšdent et accumulent dans un rapport de conquĂȘte et de domination illusoire. VoilĂ  ce que tend Ă  nous dire la mise en scĂšne particuliĂšrement fouillĂ©e, et de ce point de vue tout Ă  fait cohĂ©rente avec ce que l’on a dĂ©jĂ  vu du duo Caurier / Leiser (en particulier pour Angers Nantes OpĂ©ra : aux Tosca et Don Giovanni dĂ©jĂ  citĂ©s, saluons aussi la rĂ©ussite de L’Affaire Makropoulos et de Falstaff). Ce rĂ©alisme sans fard, vraie expĂ©rience de luciditĂ© demeure rĂ©jouissant quand il est Ă  ce point rĂ©ussi et juste. Car c’est bien l’éloquente musique de Mozart qui en sort gagnante, en particulier dans la continuitĂ© des finales de chaque acte, – performances inouĂŻes sur le plan de l’écriture vocale, expression directe et combien inspirĂ©e qui rĂ©vĂšle la sincĂ©ritĂ© des ĂȘtres, Ă  la fois victimes et bourreaux (le Comte particuliĂšrement). D’ailleurs les ensembles, si dĂ©licat Ă  rĂ©gler sont abordĂ©s avec une justesse impeccable (cf. le trio dans les appartements de la Comtesse : Comte / Comtesse / Susanna).

 

 

figaro-noces-mozart-angers-nantes-opera-critique-classiquenews-almaviva-582

 

 

La palme de ce portrait du mal-ĂȘtre se concentre sur le comte, figure dĂ©jantĂ©e, viscĂ©ralement dĂ©structurĂ©e, en migraine au dĂ©but du III : l’air pour baryton « Hai giĂ  vinta la causa  » dĂ©peint la violence et l’impuissance du petit tyran Almaviva, dĂ©vorĂ© de l’intĂ©rieur, un despote de pacotille dont la psychĂ© s’effondre : lĂ  encore dans un jeu d’acteur Ăąpre et taillĂ© au scalpel, le formidable baryton AndrĂš Schuen rayonne, Ă©blouit par une rageuse dĂ©sespĂ©rance (articulation, phrasĂ©, Ă©lĂ©gance totalement maĂźtrisĂ©e
) une prĂ©sence et une finesse comme une franchise expressive que l’on avait pas Ă©coutĂ©e ni suivie depuis longtemps. Autre accomplissement entre chant naturel et jeu d’actrice, la pĂ©tillante et profonde Susanna d’HĂ©lĂšne Guilmette qui possĂšde le caractĂšre du personnage. Le Figaro du baryton-basse hongrois Peter KĂ lmĂ n affirme Ă  l’inverse une rusticitĂ© de jeu parfois rustre, mais l’interprĂšte habituĂ© aux rĂŽles bouffons, rĂ©ussit scĂ©niquement dans toutes les sĂ©quences comiques ou interactives
 quand il prend Ă  tĂ©moin l’audience, confrontĂ©e Ă  ce qu’il croit ĂȘtre une nouvelle espiĂšglerie de sa future Ă©pouse, fustigeant la perfidie des femmes (« Aprite un po’ quegl’occhi  », au IV).
Tous les autres personnages sont honnĂȘtement incarnĂ©s ; Ă©videmment on nous reprochera notre duretĂ© critique en regrettant que le soprano de Nicole Cabell, – certes douĂ© de velours et d’onctuositĂ©, affirme un organe plus verdien que mozartien – l’élĂ©gance et la subtilitĂ© d’intonation de la Comtesse s’en trouvent parfois dĂ©naturĂ©es).

Dans la fosse, le chef Mark Shanahan, opte parfois pour des tempi Ă©tirĂ©s, ralentis assez dĂ©routants (le premier air de Cherubino, celui de la Comtesse
), mais saluons l’intensitĂ© et le continuum, la motricitĂ© ardente de ses ensembles, dirigĂ©s avec l’énergie et le sens du dĂ©tail requis. Vite, Ă  l’annĂ©e prochaine, pour dĂ©couvrir la nouvelle production du duo Caurier / Leiser, d’autant qu’il s’agira de l’ultime saison de Jean-Paul Davois. Si les spĂ©culations diverses n’annoncent pas un autre Mozart, les spectateurs d’Angers Nantes OpĂ©ra ne perdront rien au change : il n’existe nul par ailleurs en France, un tel travail entre chant et thĂ©Ăątre. Ce Mozart cru, toujours Ă©poustouflant par sa vĂ©ritĂ© scĂ©nique, sa pĂ©tillance musicale fonctionne Ă  merveille. Encore une seule et derniĂšre date pour applaudir cette production prenante : demain, dimanche 9 avril 2017, au Grand ThĂ©Ăątre d’Angers, Ă  14h30. Illustrations : © Les Noces de Figaro, Angers Nantes OpĂ©ra / Jef Rabillon.

 

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Grand ThĂ©Ăątre, le 7 avril 2017. Mozart : Les Noces de Figaro. AndrĂš Schuen, Nicole Cabell, Peter KĂ lmĂ n, HĂ©lĂšne Guilmette… Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Xavier Ribes, chef des choeurs. Orchestre National des Pays de la Loire, Mark Shanahan, direction. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scĂšne.

 

 

Compte rendu, concert. Le Puy en Velay, ThĂ©Ăątre, le 31 mars 2017. Rameau, CPE Bach, Dauvergne,
 Orchestre d’Auvergne. Bruno Procopio, direction

procopio-bruno-concert-orchestre-lamoureux-jobim-milhaud-neukommCompte rendu, concert. Le Puy en Velay, ThĂ©Ăątre, le 31 mars 2017. Rameau, CPE Bach, Dauvergne,
 Orchestre d’Auvergne. Bruno Procopio, direction. Bruno Procopio a la quarantaine florissante : une autoritĂ© libre et gĂ©nĂ©reuse, une acuitĂ© dans le geste qui allie prĂ©cision et fluiditĂ©. Pilotant pour la seconde fois et dans le mĂȘme programme, les cordes virtuoses de l’Orchestre d’Auvergne, le jeune maestro transatlantique (VOIR notre portrait vidĂ©o de Bruno Procopio, maestro transatlantique, de Rio Ă  Paris), rĂ©ussit lĂ  encore l’équation instruments modernes et partitions Baroques et prĂ©romantiques ; avec une constance inspirĂ©e, le jeune maestro conduit une collection de piĂšces puissamment caractĂ©risĂ©es, de Rameau (qu’il connaĂźt comme personne) Ă  Mozart, sans omettre le second fils Bach, CPE Carl Philipp Emanuel, et compositeur local, – suiveur de Rameau et injustement cĂ©lĂ©brĂ© y compris dans son territoire : l’immense autant que mĂ©connu, Antoine Dauvergne.

L’ECOLE DU DEPASSEMENT
 Les dĂ©fis du programme engagent tout l’orchestre, qui sur instruments modernes, rĂ©sout toutes les problĂ©matiques, techniques, sonores, esthĂ©tiques propre aux Baroques du XVIIIĂš, française et germaniques. L’agilitĂ© et la prĂ©cision, l’écoute collective surtout pour les unissons (redoutablement virtuoses chez CPE, aux cĂŽtĂ©s de ses ruptures rythmiques et harmoniques) offrent aux instrumentistes auvergnats regroupĂ©s autour du clavecin sur lequel joue et dirige Bruno Procopio, une nouvelle expĂ©rience dans leur dĂ©jĂ  riche histoire musicale. La phalange basĂ©e Ă  Clermont-Ferrand, habituellement dirigĂ©e par la catalan Roberto ForĂ©s Veses, affirme depuis plusieurs annĂ©es, une audace sĂ»re qui a su conquĂ©rir l’enthousiasme des publics sur le territoire comme Ă  l’international (tournĂ©e au BrĂ©sil en avril 2016, par exemple) : ce sont des tempĂ©raments et partenaires, d’une complicitĂ© explicite, qui aiment visiblement le jeu collectif, et (re)dĂ©couvrent sous la direction du jeune chef invitĂ©, Bruno Procopio, les spĂ©cificitĂ© du langage baroque, celui incroyablement original et raffinĂ© de Rameau ; celui plus dramatique encore et trĂšs caractĂ©risĂ© du prĂ©romantique Carl Philipp Emanuel Bach ; celui enfin aussi volubile et profond de Mozart. Quelle pertinence de jouer les Symphonies de CPE puis le Divertimento du Salzbourgeois; les musiciens nous font revivre l’évolution du langage orchestral Ă  la fin du XVIIIĂš : de ce classicisme «  Empfindsamkeit » (sensibilitĂ©), ciselĂ© par CPE, au prĂ©romantisme mozartien, tel qu’il s’impose par sa profondeur et l’infini des phrasĂ©s, creusĂ©s jusqu’à dĂ©voiler le trĂ©fonds de l’ñme ; et soudain, dans cette Ă©loquence dramatique parfois Ă©lectrique, s’insinue une profondeur et une gravitĂ© qui n’appartiennent qu’au divin Wolfgang. A la motricitĂ© Ă©loquente, les musiciens ajoutent l’élĂ©gance et la finesse.

BRUNO PROCOPIO : maestro transatlantique !Toujours soucieux des Ă©quilibres entre pupitres, Bruno Procopio ce soir, pense l’orchestre comme une formidable opĂ©ra instrumental dans un espace intime, Ă  l’affĂ»t de l’arĂȘte expressive comme du souffle collectif ; le maestro sculpte le son que filent les cordes ardentes de l’Orchestre d’Auvergne ; dans l’acoustique sĂšche et trĂšs analytique du superbe ThĂ©Ăątre du Puy en Velay, chef et instrumentistes atteignent des prodiges de vitalitĂ© chambriste ; une leçon d’incisivitĂ© palpitante oĂč l’orchestre vibre et rĂ©sonne comme un seul cƓur. Le dĂ©tail et l’allant, la clartĂ© et l’émotion, Ă©cartant froideur et dĂ©monstration, la complicitĂ© du chef claveciniste et des cordes se rĂ©vĂšlent dĂ©terminants dans les deux premiĂšres Symphonies de CPE Bach ; d’autant qu’auparavant, les seules cordes ont su relever les dĂ©fis de la Suite de Castor et Pollux de Rameau (dĂ©sormais le cheval de bataille des programmes orchestraux dĂ©fendus par Bruno Procopio), dessinant avec une finesse nostalgique pleine d’élĂ©gance, l’arche chorĂ©graphique de la Chaconne finale, sans bois ni vents (un dĂ©fi quand on sait la science de la couleur chez le Dijonais).
OrfĂšvre du timbre, dans un spectre oĂč seules pourtant rĂšgne l’empire des cordes, Bruno Procopio affirme toujours une Ă©nergie nuancĂ©e, Ă  l’écoute des mille accents contenus dans chaque partition. Habile concepteur, grĂące Ă  une sĂ©lection d’oeuvres qui se font rĂ©sonance – permettant Ă  l’enfant du terroir, Antoine Dauvergne de retrouver sa brillance originelle et sa vitalitĂ© et dramatique et chorĂ©graphique, le jeune maestro franco-brĂ©silien sait Ă©lectriser le bouillonnant collectif. Il saisit tout ce que lui offre les instrumentistes de l’Orchestre Dauvergne, polissant chaque nuance, dĂ©taillant chaque arĂȘte expressive, en un feu d’artifice riche en panache, en contrastes, en Ă©lĂ©gance. Remarquable programme, d’une irrĂ©sistible tension.

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Compte rendu, concert. Le Puy en Velay, ThĂ©Ăątre, le 31 mars 2017. Concert de musique baroque XVIIIĂš, française et germanique : Rameau, CPE Bach, Dauvergne, Mozart. Orchestre d’Auvergne. Bruno Procopio, direction.

LIRE aussi notre prĂ©sentation du concert Rameau, CPE BACH, Dauvergne et Mozart par Bruno Procopio et l’Orchestre d’Auvergne

CD, lire aussi notre critique complĂšte du cd SĂ©rĂ©nade de Tchaikovsky par l’Orchestre D’Auvergne (Roberto ForĂ©s Veses, direction).

Compte-rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 18 mars 2017. Francesconi : Trompe-la-Mort, 2017 : Cassiers, MÀlkki

Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, samedi 18 mars 2017. Francesconi : Trompe-la-Mort, crĂ©ation : Cassiers / MĂ€lkki. BALZAC SUR LES RAILS LYRIQUES. RĂ©pondant Ă  la commande de l’OpĂ©ra national de Paris, Luca Francesconi signe un nouvel opĂ©ra d’une cohĂ©rence indiscutable qui confrontĂ© Ă  sa source balzacienne, relĂšve les dĂ©fis de la mise en forme et de la transposition des sujets et thĂ©matiques littĂ©raires pourtant si dĂ©licats. Le passage du roman Ă  l’opĂ©ra est d’autant mieux rĂ©alisĂ© que le compositeur milanais nĂ© en 1956, Ă©crit aussi le livret de son drame lyrique : il en dĂ©coule, grĂące Ă  la fusion paroles et musique, conçue d’une seule main, dans la succession des Ă©pisodes, un rythme fluide, hautement contrastĂ©, des situations qui dessinent les profils psychologiques et cisĂšlent leurs intentions souterraines.

 

 

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En outre la construction de l’opĂ©ra est l’une des plus abouties qui soient, alternant les quatre « diffĂ©rents » niveaux, soit les quatre milieux sociaux et politiques que Francesconi dĂ©crit scrupuleusement, sur les traces d’un Balzac d’une finesse critique mordante
. et parodique. Car le propos de l’opĂ©ra est politique et dĂ©nonce comme Balzac le dĂ©veloppe dans la ComĂ©die Humaine, les travers les plus ignobles mais si ordinaires du genre humain : la corruption, la vĂ©nalitĂ©, la dĂ©loyautĂ©, l’exploitation et la manipulation, la haine – ce dernier terme est mĂȘme explicitement prononcĂ© dans le dernier tableau, finale Ă  la fois terrifiant et spectaculaire oĂč le dĂ©miurge cachĂ©, Herrera / Colin, protagoniste de l’action et qui lui donne son titre, dĂ©voile la clĂ© qui lui permet de rĂ©gner sur l’humanitĂ© partout et de tout temps : « « je rĂšgnerai toujours sur ce monde, qui depuis vingt-cinq ans m’obĂ©it. Allons, la haine fait vivre ! Qu’on travaille. ». Ainsi rayonne, glaçants, les ultimes mots d’un opĂ©ra mĂ©morable. Un accomplissement puissant et juste dont l’actualitĂ© des termes et des vilĂ©nies dĂ©noncĂ©es est en rĂ©sonance avec notre actualitĂ©. Jamais nos sociĂ©tĂ©s dites dĂ©mocratiques n’ont autant souffert d’un manque d’intĂ©gritĂ© morale et de justice sociale.

 
 

Pari réussi pour Luca Francesconi
son nouvel opĂ©ra Trompe-la-mort, d’aprĂšs Balzac est un spectacle fort et trĂšs juste

La grande machine des turpitudes

 
 

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Sur le plan musical, les amateurs d’opĂ©ras retrouveront un vocabulaire dĂ©jĂ  connu, qui enchaĂźne les duos (courts incisifs et rĂ©guliĂšrement intĂ©grĂ©s, entre Herrera et sa crĂ©ature Lucien), scĂšne collective (qui dĂ©file comme une fresque dĂ©corative et superficielle, miroir de l’hypocrisie sociale, ici le « niveau 1 »), solos touchants (rĂ©servĂ©s Ă  ceux qui trop faibles sont broyĂ©s par l’exploitation et l’humiliation : soit Lucien et Esther) ; Francesconi n’omet pas non plus, afin d’allĂ©ger la tension de cette satire cinglante, de purs moments bouffons : le trio des espions, le personnage pĂ©pĂšre-vulgaire-cochon de Nucingen (malgrĂ© ses millions)
 comme l’entremetteuse et femme de mains, « Asie », complice d’Herrera, vraie tenanciĂšre fantasque, dĂ©lurĂ©e, tyranique, sorte de Madame Claude hystĂ©rique, marchandant les faveurs de la courtisane Esther auprĂšs du banquier Nucingen

Sous la direction prĂ©cise de Susanna MĂ€lkki, l’Orchestre national de l’OpĂ©ra de Paris rĂ©alise une performance dĂ©lectable, rendant compte d’une Ă©criture qui sait instaurer un climat, nourrir dĂ©tente et tension selon les enjeux de chaque scĂšne. De ce point de vue, la fosse exprime par le raffinement des timbres – instruments oĂč se mĂȘlent les voix dĂšs le dĂ©but et Ă  la fin du drame, les intrigues qui pilotent le monde, c’est Ă  dire les rouages et les machineries implicites qui animent l’ignoble sociĂ©tĂ© humaine oĂč priment sur toute valeur morale, l’argent, l’orgueil, le sexe, la corruption. Balzac analyse les sources d’une probable et inĂ©luctable implosion sociale : l’immoralitĂ© et la barbarie ordinaire. Sur ce constat qui jouit des stridences sonores (nombreuses percussions Ă  la clĂ©), le compositeur tisse aussi de superbes tableaux plus introspectifs (les deux arias des deux victimes de cette grande machine broyeuse : Lucien le manipulĂ© 
 par Herrera; Esther la violĂ©e
 par Nucingen). MĂȘme dans la seconde partie, et quasiment en fin d’action, la SĂ©risy criant, suppliant Lucien (qui est dĂ©jĂ  mort) a des accents bouleversants (au point que l’on se dit que le jeune homme suicidĂ© ne sera peut-ĂȘtre pas mort pour rien, suscitant dans l’esprit de celle qui en Ă©tait Ă©prise, un sentiment nouveau de soudaine compassion ?).

Le « niveau 3 » qui est celui qui rĂ©capitule rĂ©guliĂšrement la rencontre entre le machiavĂ©lique et sa proie manipulĂ©e (Herrera / Lucien) produit une scansion fugace, saisissante, rĂ©vĂ©lant Ă  chaque apparition comme un monstre Ă  2 tĂȘtes : la « bĂȘte » Ă  2 visages qui entend par vengeance, rĂ©gner sur cette arĂšne honteuse. La tension va grandissante, jusqu’au dernier tableau, – quand le « niveau 4 », souterrain et qui cite les trĂ©fonds de l’OpĂ©ra Garnier lui-mĂȘme, se hisse Ă  hauteur de scĂšne, dĂ©voilant en une derniĂšre rĂ©vĂ©lation, qui vaut rĂ©solution, tous les secrets et les machinations tues : les juges sont compromis et avec eux, sous la menace de scandales Ă  venir, tout le systĂšme social vacille dans l’immoralitĂ© et l’injustice. Ici, l’opĂ©ra tend le miroir au spectateur et lui renvoie son vrai visage, celui d’un ĂȘtre emprisonnĂ© dans une vaste machine immorale.

Sans entracte, durant deux heures, l’expĂ©rience est prenante et l’enseignement dĂ©cisif. A croire que Balzac avait tout compris de la nature humaine. Ici, les hĂ©ros sont des « zĂ©ros », numĂ©ros Ă  nĂ©gocier ; ici, il n’est pas d’opinions mais des “intĂ©rĂȘts” ; et tout un chacun attend passivement, fatalement, que le diable passe car tous ont vendu leur Ăąme. Ici, les jeunes inexpĂ©rimentĂ©s, encore plein d’espoir / d’amour sont 
 suicidaires (Esther la courtisane, et Lucien qui l’était dĂ©jĂ , dĂšs l’origine, dĂšs sa rencontre premiĂšre avec Herrera) ; les aristocrates sont compromis, impuissants en proie Ă  la concupiscence (Nucingen) ou la folie (SĂ©risy) ; les juges, pourris, corrompus (Grandville). Le livret nourrit la violence tendue que projette la trĂšs efficace musique de Francesconi : « Les voilĂ  donc, ces gens qui dĂ©cident de nos destinĂ©es et de celles des peuples. Un soupir poussĂ© de travers pa rune femelle leur retourne l’intelligence comme un gant. Une jupe mise un peu plus haut, ou bas, et ils courent par tout Paris au dĂ©sespoir. », proclame incisif, implacable, et si juste, Collin / Trompe-la-Mort.

naouri-laurent-c-bernard-mar-resizeLES CHANTEURS. Reste la figure axiale et omniprĂ©sente du (faux) prĂȘtre Herrera, c’est Ă  dire Jacques Collin ou Trompe-la-Mort : Laurent Naouri Ă©poustoufle dans un rĂŽle qui renouvelle la tradition des emplois pour barytons mĂ©phistophĂ©liens. Fantastique, romantique, picaresque, le formidable chanteur-acteur incarne l’un de ses personnages les plus saisissants : il y a de l’amertume et de la dĂ©sillusion dans ce pĂšre manipulateur et de l’amour aussi, pour sa crĂ©ature, Lucien, qu’il a aimĂ© sincĂšrement. Ses airs machiavĂ©liques quand il siffle son cynisme acerbe ; sa silhouette aiguĂ«, souple, mordante, jusqu’à sa transformation premiĂšre et en grand Ă©cran, au dĂ©but du spectacle, lui donnent une stature faustĂ©enne, visionnaire, prophĂ©tique qui a tout sondĂ© dans le cƓur de l’homme. Naouri laurent Trompe-la-Mort-16-17-c-Kurt-Van-der-Elst-OnP-30-800-362x498Chez lui aussi coulent les larmes d’une Ăąme fatiguĂ©e par ses mĂ©tamorphoses multiples et successives (l’opĂ©ra d’ailleurs s’ouvre sur l’une d’elle) ; Trompe-la-mort a aussi un air d’Emilia Marty dans L’Affaire Makropoulos de Janacek, mais au masculin : Trompe-la-mort connaĂźt tout des turpitudes humaines mais il s’accroche pourtant encore et encore, comme s’il avait l’espĂ©rance Ă  chaque expĂ©rience nouvelle, qu’un miracle soit possible et que l’homme parvienne Ă  se sauver de lui-mĂȘme. Cet amour, cette espĂ©rance se lit dans le jeu du chanteur et finit par le rendre positif.

 

CLIC_macaron_2014Aux cĂŽtĂ©s du baryton captivant (dont on apprĂ©cie aussi l’art subtil de l’accentuation hispanique puisque dans le travestissement qui le camoufle, il arbore l’identitĂ© de l’abbĂ© Carlos Herrera-, saluons la performance du jeune tĂ©nor Cyrille Dubois (jusque lĂ  surtout remarquĂ© pour ses emplois baroques), dont le Lucien de RubimprĂ©, ardent, vaillant, juvĂ©nile, contraste idĂ©alement avec son mentor diabolique Herrera. L’Esther de Julie Fuchs (dite « la torpille ») touche en particulier dans son dernier air, en bord de scĂšne Ă  cour (aprĂšs son suicide) ; le fabuleux Nucingen, hagard et babillant, gras et benet de Marc Labonnette ; la suave Chiara Skerath en Clotilde de Grandlieu ; le trio des espions, d’une impeccable drĂŽlerie (Contenson / Peyrade / Corentin : Laurent Alvaro / François Piolino / Rodolphe Briand). Moins convaincants, soit qu’ils soient inintelligibles ou d’un format vocal trop petit vis Ă  vis de l’orchestre : BĂ©atrice Uria-Monzon (la Comtesse de SĂ©rizy, au jeu caricatural), ou Philippe Talbot qui fait un Rastignac en rien conquĂ©rant ni Ă©clatant aux aigus tirĂ©s, tendus, Ă©triquĂ©s, perdu dans l’espace pourtant rĂ©duit de Garnier). Dans l’ultime scĂšne oĂč l’escroc magnifique (Herrera / Trompe-la-mort) retourne le juge, Christian Helmer (Grandville) affirme une autoritĂ© sobre, elle aussi trĂšs convaincante. OpĂ©ra rĂ©ussi et spectacle visuellement lĂ©chĂ©, froid sans ĂȘtre glaçant. A voir absolument au Palais Garnier Ă  Paris, les 25, 30 mars puis 2 et 5 avril 2017. Qui a dit que l’opĂ©ra contemporain Ă©tait inaccessible et conceptuel ? Rien de tel ici, bien au contraire. Spectacle lyrique “CLIC” de CLASSIQUENEWS

 

 

Illustrations : © Kurt Van Der Elst /Opéra national de Paris

 

 

 

REPORTAGE VIDEO : Michel Legrand, ses 2 Concertos pour violoncelle et pour piano (mars 2017)

legrand concertos pour piano concerto pour violoncelle annonce classiquenewsREPORTAGE VIDEO : Les 2 Concertos pour orchestre de MICHEL LEGRAND. Les Deux Concertos de Michel Legrand (parution chez SONY classical, le 10 mars 2017). A 85 ans, le bouillonnant orchestrateur (nĂ© en 1932), puis compositeur pour le cinĂ©ma s’offre une nouvelle jeunesse en livrant ce 10 mars 2017 chez Sony classical, ses deux Concertos inĂ©dits : pour piano qu’il joue lui-mĂȘme (aprĂšs une sĂ©rie de sessions d’enregistrement rĂ©alisĂ©es Ă  Paris fin 2016) et pour violoncelle (composĂ© en 2012), ici jouĂ© par son commanditaire, le violoncelliste Henri Demarquette. L’étudiant en piano de Lucette Descaves et en composition de Nadia Boulanger, retrouve la veine classique, inscrivant Ă  son catalogue dominĂ©e par les musiques de films, deux partitions Ă  la fois raffinĂ©e et efficaces. Toujours Ă  l’ombre des grands rĂ©alisateurs au grand Ă©cran, voici l’aplomb du compositeur qui occupe la pleine affiche, affirmant la seule musique comme emblĂšme de sa fabuleuse inspiration. Flamboyante, lyrique, et poĂ©tique, l’écriture de ce conteur nĂ© est ici servie par l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigĂ© par Mikko Franck. On peut difficilement rĂȘver mieux. Grande critique sur classiquenews.com, le 10 mars 2017, jour de la parution de ce cd Ă©vĂ©nement. REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM / prochaine critique complĂšte Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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ENTRETIEN exclusif avec Michel Legrand, Ă  propos de ses deux nouveaux Concertos avec orchestre… Enthousiaste, inspirĂ©, Ă©nergique, le compositeur pour le cinĂ©ma s’offre une belle nouvelle carriĂšre comme compositeur classique…

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Compte-rendu, concert. Angers, Centre de congrĂšs, le 5 mars 2017. Paris Ă  l’époque des LumiĂšres : Rameau, Mozart, Gossec. ONPL, Bruno Procopio. Avec Juliette Hurel, I. Moretti (Concerto pour flĂ»te et harpe de Mozart).

PORTRAIT VIDEO : Bruno Procopio, Maestro TransatlantiqueCompte-rendu, concert. Angers, Centre de congrĂšs, le 5 mars 2017. Paris Ă  l’époque des LumiĂšres : Rameau, Mozart, Gossec. ONPL, Bruno Procopio. Avec Juliette Hurel, I. Moretti (Concerto pour flĂ»te et harpe de Mozart). MAESTRO DEFRICHEUR… Concert aprĂšs concert, Bruno Procopio ne cesse de repousser toujours les capacitĂ©s de l’orchestre : sur instruments modernes, mais appliquant les ornements et la pulsation “historiquement informĂ©s”, le jeune maestro dĂ©montre une exceptionnelle sensibilitĂ© Ă  l’exploration et au risque : il n’hĂ©site pas Ă  jouer Rameau et Gossec, Baroque et prĂ©romantique, sur instruments modernes, mais avec une exigence rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Pour Bruno Procopio, chaque expĂ©rience orchestrale est un formidable laboratoire, oĂč le goĂ»t et le style sont au service du dĂ©passement. Devant une salle comble (celle du Centre de CongrĂšs) – la plus grande Ă  Angers et hall familier de l’Orchestre national des Pays de La Loire (ONPL), le jeune chef franco-brĂ©silien, Bruno Procopio, porte, Ă©lectrise mĂȘme les instrumentistes chez Rameau, Mozart, enfin Gossec. En un voyage copieux qui mĂšne l’auditeur dans ce Paris, virtuose et Ă©lĂ©gantissime du XVIIIĂš, illuminĂ© par l’esprit pointu, nerveux, affĂ»tĂ© des LumiĂšres, le jeune maestro mĂšne Ă  bon port chaque pupitre, dans un exercice si peu routinier, car c’est bien la premiĂšre fois que Rameau s’affirme ainsi dans l’un des concerts de l’ONPL. Servir le Baroque Dijonais dans deux sĂ©quences, parmi les plus dĂ©licates et puissantes de son catalogue, – ainsi deux Suites extraites des opĂ©ras Acanthe et CĂ©phise, puis Castor et Pollux, – n’est pas qu’une seule question d’instruments. Jouer Rameau sur instruments modernes est tout aussi lĂ©gitime et bĂ©nĂ©fique pour l’interprĂšte comme pour le spectateur, qu’aborder Bach
 au piano. Il ressort mĂȘme de l’expĂ©rience une comprĂ©hension rĂ©gĂ©nĂ©ratrice qui a dĂ©montrĂ© ses apports chez Jean-SĂ©bastien. Mais s’agissant des musiciens de l’ONPL (en rĂ©alitĂ© une partie de la phalange car l’autre moitiĂ© joue actuellement Les noces de Figaro Ă  l’OpĂ©ra Graslin de Nantes), le dĂ©fi est stimulant : retrouver les clĂ©s du langage, ressusciter la finesse nerveuse propre Ă  la syntaxe baroque, rĂ©soudre le flux rythmique et l’enchaĂźnement des accents
 autant d’aspects nouveaux pour des instrumentistes plus familiers du XIXĂš et du XXĂš. Le choix du programme renouvelle les gestes que l’on pensait maĂźtriser : le jeu d’archer, la rĂ©alisation des ornements, la pulsation juste et l’articulation naturelle ne sont pas de vains mots chez Rameau comme chez Gossec : ils cĂ©lĂšbrent l’expression d’une texture sonore qui recherche Ă  devenir chant et respiration.

 
 
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Bruno Procopio et l’ONPL jouent Rameau, Mozart, Gossec

PARIS SYMPHONIQUE

 

 

procopio-bruno-maestro-transatlantico-582-390-HOMEPAGELa direction du maestro Procopio fine, prĂ©cise, carrĂ©e vise cet objectif dans un programme intense, aux climats aussi divers que caractĂ©risĂ©s. D’autant qu’il a dirigĂ© dĂ©jĂ  Ă  de nombreuses reprises Rameau et ce Gossec symphonique et hĂ©roĂŻque de 1809, – prĂ©BeethovĂ©nien, sur instruments modernes, Ă  Caracas (avec le mythique Orchestre Simon Bolivar, l’orchestre de Gustavo Dudamel) et aussi Ă  Rio de Janeiro (avec l’OSB, Orchestre Symphonique du BrĂ©sil), prĂ©servant toujours ce sens innĂ© du rythme, de la plasticitĂ© nerveuse, de la prĂ©cision stylĂ©e


Ce soir Ă  Angers (comme prĂ©cĂ©demment au Mans et Ă  Laval, les 3 et 4 mars derniers) le chef a rĂ©pondu Ă  l’invitation de Pascal RophĂ©, directeur musical de l’ONPL ; tous deux peuvent ĂȘtre fiers de rĂ©tablir la place des Français baroques et prĂ©romantiques dans la programmation de la Phalange. Revenir aux « fondamentaux », Ă  la source de l’école française, Ă  ce XVIIIĂš, aussi brillant qu’expĂ©rimental, permet ainsi de mieux comprendre ce qui a suivi : l’éclosion des Romantiques et des Modernes. Acanthe fait valoir de superbes couleurs instrumentales avec dans l’énoncĂ© des cordes un allant raffinĂ© qui sait aussi danser. Castor et Pollux affirme ce nerf guerrier d’une souplesse absolue (ductilitĂ© de la Chaconne final). Autres sommets spĂ©cifiquement raffinĂ©s du cycle, les deux Mozart : les « Petits riens » sont Ă  l’inverse de leur titre, un condensĂ© d’invention bouillonnante, – il y faut beaucoup de science comme d’entrain pour rĂ©ussir ce parcours jalonnĂ© d’épisodes et d’atmosphĂšres des plus divers, oĂč s’Ă©coule une saine Ă©nergie dramatique, proche de l’EnlĂšvement au sĂ©rail et aussi d’Idomeneo ; quant au Concerto pour flĂ»te et harpe, le chef sait canaliser tous les instrumentistes pour offrir aux deux solistes (dont surtout la flĂ»te ciselĂ©e, nuancĂ©e de Juliette Hurel), un tapis des plus aĂ©riens. MĂȘme si Mozart compose une partition de salon (au sens le plus noble du terme), pour des amateurs Ă©clairĂ©s (un noble flĂ»tiste et sa fille prodigieusement douĂ©e pour la harpe), l’inspiration du compositeur salzbourgeois s’y renouvelle constamment, en particulier dans les deux premiers mouvements : l’élĂ©gance et la grĂące y fusionnent avec un charme typiquement parisien. Et il faut infiniment de sobriĂ©tĂ© intĂ©rieure et d’écoute collective pour en rĂ©ussir l’énoncĂ© Ă  la fois chambriste et concertant. Nous voilĂ  bien au coeur de cette sophistication parisienne qui prenant sa source auprĂšs de l’insurpassable Rameau, assure la cohĂ©sion du programme.

 
 

GOSSEC_Gossec-portraitLe clou de la soirĂ©e pourrait naturellement ĂȘtre la Symphonie Ă  17 parties de Monsieur Gossec (1734 – 1829), partition premiĂšre, et primitive dans l’écriture de la symphonie française (jalon important en France, crĂ©Ă©e Ă  Paris, au Concert spirituel en 1809) : Gossec Ă©tant pour la France, ce qu’est Haydn pour Vienne et l’éclosion du genre orchestral. Sa Symphonie Ă  17 parties revendique et affirme son orchestration fournie, gĂ©nĂ©reuse, douĂ©e de sensibilitĂ© instrumentale qui annonce dĂ©jĂ  Berlioz et les impressionnistes (flĂ»tes, hautbois, bassons, clarinettes
, sans omettre trompettes et cors). Gossec impressionne Mozart qui obtient grĂące Ă  son confrĂšre, la commande de sa fameuse Symphonie n°31 dite « Paris » (1778).

 

COLORIS et ARCHITECTURE. TrĂšs au fait de la coloration d’époque, sachant Ă©videmment s’appuyer sur un rang de basses mordant et suractif (contrebasses, violoncelles, altos
 que doublent souvent les bassons Ă©videmment), Bruno Procopio prĂ©serve toujours l’éloquence d’une Ă©criture conquĂ©rante et puissante, d’une Ă©nergie presque sauvage et en effet, « primitive », dont il faut restituer le contexte pour en mesurer l’audace : contemporain de Beethoven, Gossec rĂ©ussit l’alliance du nerveux guerrier et de l’élĂ©gance colorĂ©e (superbe activitĂ© des bois et des vents, sollicitant toute l’harmonie, comme le fait aussi au mĂȘme moment, un autre beethovĂ©nien, que sert admirablement le jeune maestro : MĂ©hul). Le nerf n’écarte pas l’élĂ©gance ; voilĂ  la formule clĂ© de cette soirĂ©e hautement symphonique. En moins de 30 minutes, toute l’évolution – Ă©ruptive, foisonnante, de l’écriture de Gossec (qui fut aussi un trĂšs grand compositeur d’opĂ©ras : voir son ThĂ©sĂ©e qui dĂ©voile la connaissance des symphonistes de Mannheim), affirme un caractĂšre Ă©lectrique qui sait aussi construire; car le chef, outre la rĂ©solution des ornements et la comprĂ©hension du tactus pour chaque sĂ©quence, sait aussi rendre intelligible la formidable capacitĂ© de Gossec Ă  architecturer : la fugue magistrale – qui vaut bien Beethoven par sa pensĂ©e et son intelligence interne, saisit. Un autre grand dĂ©fi pour l’orchestre.

ELOGE DE LA SYMPHONIE FRANCAISE. Nous voilĂ  au coeur de la forge matricielle et magique, lĂ  oĂč se prĂ©cise une sonoritĂ©, dans l’articulation et la finesse des accents, l’équilibre et le relief des alliances de timbres et de couleurs instrumentales, l’énergie et le sens des phrasĂ©s qui assurent le flux organique du tout. Jouer la musique baroque (Rameau), nĂ©oclassique / prĂ©romantique (Gossec), en association avec la sensibilitĂ© spĂ©cifique de Mozart, demeure une performance autant technique qu’esthĂ©tique : saluons tous les musiciens de l’ONPL d’en avoir accepter l’expĂ©rience. Sous le pilotage du chef Bruno Procopio, l’exploit dĂ©voile tous ses bĂ©nĂ©fices, autant pour les instrumentistes que pour les auditeurs. C’est une remise Ă  plat de la pratique, un enrichissement culturel inĂ©dit, un exercice salutaire de dĂ©passement et d’approfondissement. Tous les orchestres en France devraient passer par cette Ă©tape. Et rĂ©guliĂšrement.

 
 

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D’autant qu’il reste incomprĂ©hensible qu’en France, alors que le public rĂ©pond prĂ©sent Ă  l’offre (voir encore ce soir la salle angevine, Ă  guichets fermĂ©s), et qu’ailleurs en Autriche et en Allemagne, les directeurs savent construire toujours des programmes symphoniques aux origines du genre, associant les fondateurs : Haydn, Mozart, Beethoven-, aucune initiative artistique dans l’Hexagone, ne s’intĂ©resse notablement Ă  prĂ©senter les fondateurs de la Symphonie française, depuis ses origines nĂ©oclassiques Ă  l’essor du sentiment romantique : Gossec, MĂ©hul, Onslow
 (pour ne citer qu’eux), sans omettre les essais remarquables de Cherubini
 A quand de nouveaux programmes qui honorent notre patrimoine national ? La France n’a pas Ă  rougir de ses crĂ©ateurs. Car il n’y a pas que les germaniques
 Et que l’on ne nous dise pas qu’un tel programme n’intĂ©resse personne : le succĂšs public de cette tournĂ©e le dĂ©montre indiscutablement. Incontournable et passionnant. A ne pas manquer, « Concert PARIS au siĂšcle des LumiĂšres / ONPL / Bruno Procopio », encore en tournĂ©e dans les Pays de la Loire, jusqu’au 12 mars 2017. + D’INFOS

 
 
 

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Compte-rendu, concert. Angers, Centre de congrĂšs, le 5 mars 2017. Paris Ă  l’époque des LumiĂšres : Rameau, Mozart, Gossec. ONPL, Bruno Procopio. Avec Juliette Hurel, I. Moretti (Concerto pour flĂ»te et harpe de Mozart).

 
 

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APPROFONDIR

LIRE aussi notre compte rendu et prĂ©sentaiton vidĂ©o de la Symphonie Ă  17 parties de Gossec, par Bruno Procopio et l’OSB, Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (avril 2015)

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la tournĂ©e : Bruno Procopio dirige l’ONPL Orchestre National des pays de La Loire, du 3 au 12 mars 2017.

 
 

VOIR notre grand portrait vidéo : BRUNO PROCOPIO, maestro transtlantique (2017)

 
 

VIDEO, reportage. Festival estival Les Cimes Ă  Val d’IsĂšre 2016

val d isere les cimes 2016 presentation classiquenews 582VIDEO, reportage. Festival estival Les Cimes Ă  Val d’IsĂšre 2016. Chaque Ă©tĂ©, Val d’IsĂšre accueille son festival estival, Ă  la fois AcadĂ©mie et Festival. Les jeunes instrumentistes acadĂ©miciens jouent avec un orchestre afin de perfectionner leur approche du rĂ©pertoire et apprendre les exigences du mĂ©tier. Entretien avec Robert Telian, directeur artistique, Amy Flammer, violoniste et chef d’orchestre invitĂ©, Jean-Jacques Kantorow, et les jeunes acadĂ©miciens de l’Ă©dition 2016. Ligne artistique, fonctionnement, spĂ©cificitĂ©s d’un Festival sur les cimes du classiques… © studio CLASSIQUENEWS / RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham © mars 2017

VIDEO, reportage. Action Jeune Public Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-opera-orchestre-grand-theatre-benjamin-pionnier-saison-2016-2017-clic-de-clasiquenewsVIDEO reportage, Action Jeune Public Ă  l’OpĂ©ra de Tours. L’OpĂ©ra de Tours sous l’impulsion de son directeur gĂ©nĂ©ral, le chef Benjamin Pionnier redouble d’énergie pour offrir aux jeunes publics, une palette ajustĂ©e d’offres musicales, chacune Ă©laborĂ©e selon l’ñge des enfants, leur attente, leur possibilitĂ©s d’écoute. Le public de demain se construit aujourd’hui. La culture est le garant fondamental du mieux vivre ensemble : aller au concert, prĂ©parer l’écoute d’un opĂ©ra, approcher de prĂšs les choristes du choeur maison
 tout cela cultive l’écoute, Ă©veille la curiositĂ©, enrichit l’imaginaire, dĂ©voile les vertus du vivre ensemble, du partage et du respect des diffĂ©rences. L’expĂ©rience menĂ©e Ă  Tours est exemplaire, dĂ©fendue par un directeur militant, convaincu que la musique apporte concrĂštement sa part Ă  l’édifice sociĂ©tal et fraternel. Voici donc, portĂ©es par les Ă©quipes de l’OpĂ©ra, les concerts bĂ©bĂ©s, les ateliers-parcours, les ateliers-musiques, le Grand ThĂ©Ăątre des petits, surtout, dĂ©couverte majeure pour nos futurs spectateurs, les concerts des Petites Oreilles oĂč la grande salle se dĂ©voile aux plus jeunes, prĂ©sentant un concert symphonique rien que pour eux
 Action Jeune Public — grand reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS — rĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham (mars 2017)

 

 

 

A l’OpĂ©ra de Tours, le futur se prĂ©pare aujourd’hui / l’OpĂ©ra soigne ses jeunes spectateurs…

 

 

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Le Choeur de l’OpĂ©ra de Tours en action, auprĂšs des bĂ©bĂ©s / concert bĂ©bĂ© prĂ©sentĂ© par les Ă©quipes de l’OpĂ©ra de Tours (janvier 2017) © studio CLASSIQUENEWS / Philippe-Alexandre Pham, mars 2017

 

 

PORTRAIT VIDEO : Natalia Valentin, pianofortiste

PORTRAIT VIDEO : Natalia VALENTIN, pianofortiste. Jouer les musiciens Français, du Mexique au BrĂ©sil. Natalia Valentin n’est pas seulement l’une des pianofortistes les plus douĂ©es de sa gĂ©nĂ©ration, l’interprĂšte sait aussi s’engager pour la dĂ©fense des compositeurs français baroques et romantiques, – auteurs au tempĂ©rament parfois gĂ©nial mais mĂ©sestimĂ©, comme Hyacinthe JADIN dont la jeune musicienne crĂ©ait Ă  Rio de Janeiro en octobre 2016, le sublime Concerto n°2 (1796) ; mais l’artiste polyvalente sait aussi jouer en duo inĂ©dit (pianoforte et clavecin dans une Sonate inĂ©dite de Rigel), dialoguer avec la soprano Katia Velletaz (Chansons de Dauvergne), avec la violoniste StĂ©phanie-Marie Degand (Mozart)… Portrait vidĂ©o d’un musicienne Ă  la sensibilitĂ© exemplaire  — Reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham 2017— Reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham 2017

PORTRAIT VIDEO : Bruno Procopio, maestro transatlantique

procopio-bruno-maestro-transatlantico-582-390-HOMEPAGEPORTRAIT VIDEO : Bruno Procopio, maestro transatlantique. Transatlantique… telle est l’activitĂ© atypique et exemplaire d’un chef dĂ©fricheur entre deux cultures, deux continents, deux esthĂ©tiques : nĂ© au BrĂ©sil, français de cƓur et rĂ©sident non loin de Paris, le jeune maestro Bruno Procopio cultive les richesses multiples de sa double culture. Entre France et BrĂ©sil, il sait faire dialoguer les accents de chaque nation, des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique. Jouer les compositeurs français, Baroques et Romantiques Ă  Rio de Janeiro ; jouer Ă  Paris, Villa-Lobos et Jobim… au TCE, ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es. MaĂźtre des croisements fĂ©conds, porteur d’une singularitĂ© artistique visionnaire, Bruno Procopio dirige les orchestres sur instruments modernes au service de Rameau, Gossec, MĂ©hul… Portrait d’un maestro transatlantique – grand reportage vidĂ©o / RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham © studio CLASSIQUENEWS 2017

Entretien. L’ALTO en majestĂ© : Pierre Lenert joue les 24 Caprices de Paganini

Lenert alto paganini complete caprices PARATY_816156_couv_HMCD, ENTRETIEN avec Pierre Lenert, alto : les 24 Caprices de PAGANINI. Paganini : Caprices par Pierre Lenert – transcriptions pour alto (2 cd Paraty). TRANSCRIPTIONS SPECTACULAIRES. Du cĂ©leste fantasmĂ© au terrestre incarnĂ©, Pierre Lenert retrouve l’alto de Paganini… Depuis Emanuel Vardi en 1965 (Epic) aucun soliste digne de ce nom ne s’était frottĂ© aux dĂ©lices enivrants dĂ©concertants et aussi particuliĂšrement Ă©prouvants des Caprices paganiniens. Pierre Lenert en relĂšve le dĂ©fi en 2017 dans ce rĂ©cital de transcriptions pour l’alto, rĂ©vĂ©lant toute l’ambiguitĂ© fascinante des Caprices : piĂšces de virtuositĂ© vertigineuses et miniatures ciselĂ©es dĂ©voilant des harmoniques inconnues propres Ă  l’instrument ainsi chahutĂ©, « forcé », Ă©reintĂ©, sublimĂ©. De l’épreuve (acrobatique et technique) naĂźt le pur plaisir et des joyaux de musicalitĂ© expressive. Du travail surgit l’inespĂ©rĂ©, l’inouĂŻ, plus fort et intense que la nature
Tel pourrait ĂȘtre le credo de ce projet exceptionnel qui nous offre en fĂ©vrier 2017, ses apports spectaculaires, grĂące Ă  l’éditeur Paraty (2 cd annoncĂ© le 24 fĂ©vrier 2017). Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS

 

 

 

 Pourquoi avez vous choisi ce programme ?

PIERRE LENERT : C’est un rĂȘve d’enfant. La premiĂšre fois que j’ai entendu le 5Ăšme Caprice par William Primrose,  j’ai Ă©tĂ© subjuguĂ© par la qualitĂ© de son jeu et j’ai tout de suite senti que l’alto pouvait apporter une couleur diffĂ©rente de ce que nous pouvions entendre habituellement au violon, que l’alto pouvait apporter une richesse harmonique diffĂ©rente.  J’ai tout de suite Ă©tĂ© attirĂ© par l’éclat de cette musique et surtout je me suis rendu compte que les violonistes ont pu grĂące aux Caprices prendre un recul formidable par rapport Ă  leur instrument.

 

 

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Pourquoi avoir transcrit les Caprices pour alto ?

Paganini Ă©tait altiste. Il jouait sur un trĂšs bel alto de Stradivarius. Je me suis plu Ă  imaginer Paganini  jouant les Caprices sur son magnifique alto.  Paganini dominait si bien son violon qu’il a rĂ©ussi Ă  faire oublier les contingences de l’instrument. Ma transcription des Caprices pour l’alto va dans ce sens : je me suis dĂ©passĂ© dans le jeu de ces Caprices. J’ai tentĂ© de me libĂ©rer de l’ordinaire pour m’approcher de la vraie beautĂ©. J’ai pensĂ© aux jeunes altistes, en espĂ©rant qu’ils seront conquis par le cĂŽtĂ© rebelle de ces oeuvres.

 

 

 

Que rĂ©vĂšle t il de l’écriture de Paganini ?

Ce miracle des Caprices est d’ĂȘtre plus que de simples Ă©tudes de virtuositĂ©, mais de vĂ©ritables petits bijoux, des chefs-d’Ɠuvres dans lesquels l’auteur s’est plu Ă  concentrer maintes difficultĂ©s techniques, inventĂ©es pour provoquer une considĂ©rable richesse harmonique tout Ă  fait insoupçonnĂ©e. Cette orfĂšvrerie de musicalitĂ© que constitue chacun des Caprices, peut aussi faire penser Ă  des airs du Bel Canto d’opĂ©ras italiens tels ceux de Donizetti, Bellini voire Rossini.

 

 

 

Quels en sont les défis techniques ?

Bien Ă©videmment les Caprices ont Ă©tĂ© Ă©crits en premier lieu pour le violon. Les Ă©carts entre les doigts de la main gauche sont moins importants, la prise de son diffĂ©rente, plus directe que sur un alto. Il a donc fallu bien rĂ©flĂ©chir Ă  la façon de prendre le son et adapter certains passages des Caprices. Je  dirais que j’ai essayĂ© d’avoir en premier lieu une approche plus musicale en essayant d’imaginer ce que ferait un chanteur entre chaque phrase, prendre le temps de respirer entre les sauts de notes, les accords, et m’inspirer d’OpĂ©ra comme le Barbier de SĂ©ville de Rossini pour trouver le brillant, l’éclat et l’espiĂšglerie des Caprices. Cela m’a permis de transcender leurs dĂ©fis techniques.

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Quelles sont les qualités sonores de votre instrument, les caractÚres de son identité ?

Jean-Baptiste Vuillaume Ă©tait un inventeur et un chercheur gĂ©nial. Il avait aussi une admiration sans borne pour Stradivarius. Mon Alto de Jean-Baptiste Vuillaume “Comte Cheremetiev de 1865″ est d’ailleurs une copie d’un alto de Stradivarius. Pour moi il est parfait, pas trop grand (41,3 cm), il a un diapason idĂ©al pour les Ă©carts de la main gauche. Une sonoritĂ© profonde, une prĂ©cision de jeu extraordinaire : il est magnifique. C’est vraiment ma voix. N’oublions pas que, nous musiciens, sommes des passants dans l’histoire des instruments : un jour- le plus tard possible bien Ă©videmment- un autre musicien le jouera. Cela me rappelle d’ailleurs une petite anecdote :  lors du Festival d’étĂ© de Marlboro, je travaillais avec le grand violoniste FĂ©lix Galimir. Il nous regardait avec son regard brillant et son petit sourire : “vous voyez, les jeunes, plus je vieillis et moins j’arrive Ă  faire sonner mon violon ! Mais plus mon violon vieillit et mieux il sonne !”

 

 

Par “Caprices”, de quoi s’agit il ? Et quel est votre objectif esthĂ©tique ici ?

Je ne crois pas qu’il faille jouer sur les mots. Ce n’est pas UN Caprice, quelque chose de finalement sans intĂ©rĂȘt, mais bien au contraire, la quintessence de l’art de Paganini. Je crois qu’il est allĂ© au bout de son savoir faire, en tentant toujours de repousser ses limites comme celle de son instrument dans la recherche d’une harmonie totale. Tout ceci est parfaitement rĂ©flĂ©chi et organisĂ©. C’est de la musique pure dans une esthĂ©tique complĂštement centrĂ©e sur la beautĂ© du son et la virtuositĂ© de l’expression. J’ai voulu approcher , Ă  ma maniĂšre, ce qu’il a voulu proposer.

 

 

 

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Propos recueillis en mars 2017 par Alexandre Pham © studio classiquenews 2017

 

 

 

LIRE notre annonce & présentation complÚte du double cd Pierre Lenert, alto joue les 24 Caprices de Paganini, édité par PARATY - Parution le 24 février 2017