COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

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  • mahler-symphonie-de-smille-8-symphonie-8-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-critique-classiquenews-20-nov-2019

    COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.
    La plus colossale, la plus spectaculaire et pourtant sous les effectifs impressionnants, (plus de 1000 musiciens Ă  la crĂ©ation)
 pĂ©nĂ©trante, bouleversante, humaine. Le propre du chef Alexandre Bloch est de nuancer l’échelle spectaculaire de la symphonie « cosmique » que Mahler compose en quelque mois Ă  l’étĂ© 1909 : le maestro, directeur musical du National de Lille, en exprime l’unitĂ© architecturale et l’irrĂ©pressible Ă©lan salvateur. S’il est bien une symphonie rĂ©demptrice et Ă©lĂ©vatrice, celle ci serait un sommet. Car l’édifice…

  • wurth-piano-au-musee-urth-piano-concerts-critique-annonce-classiquenews-piano-au-musee-wurth-2019-vignette

    ERSTEIN (67). PIANO AU MUSEE WÜRTH : 22 – 24 nov 2019. 2Ăšme et dernier week end. La collection d’art moderne et contemporain propose son festival de piano chaque annĂ©e en novembre : temps privilĂ©giĂ© qui offre l’écoute de tempĂ©raments artistiques choisis et dĂ©lectables, dans un Ă©crin culturel qui favorise le questionnement et la contemplation entre peinture, arts plastiques et musique. Actuellement le MusĂ©e expose JosĂ© de Guimaraes (jusqu’en mars 2020).
    Selon le vƓu de Marie-France Bertrand, directrice du MusĂ©e WĂŒrth et Olivier Erouart, directeur artistique de Piano au MusĂ©e WĂŒrth, cette dĂ©jĂ  4Ăš Ă©dition proclame comme fil directeur, « …

  • orchestre-national-montpellier-40-ans-orchestre-review-critique-classiquenews

    Compte-rendu, concert. Montpellier, OpĂ©ra Berlioz, le 15 novembre 2019. Concert de gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Nelson Goerner (piano), Michael Schonwandt (direction)
    40 ans
 Ca se fĂȘte ! C’est l’ñge de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, nĂ© de la volontĂ© politique de George FrĂȘche en 1979, et dont le premier chef fut Louis Bertholon. D’autres aprĂšs lui, au fil des annĂ©es, l’ont fait progresser, et l’on se souvient de ses successeurs : Gianfranco Masini, Cyril Diederich, Friedmann Layer, Lawrence Foster et aujourd’hui le grand Michael Schonwandt, dont chacun des concerts avec la phalange occitane soulĂšve l’enthousiasme tant…

  • trionfo della morte alliotti oratorio critique classiquenews review critique opera classiquenews

    Compte-rendu critique. Oratorio. DIJON, ALIOTTI, Il trionfo della morte, 15 novembre 2019. Orchestre Les TraversĂ©es baroques, Étienne Meyer. L’exhumation et le succĂšs exceptionnel de deux oratorios de Falvetti avaient rĂ©vĂ©lĂ© la richesse de la musique mĂ©ridionale italienne du 17e siĂšcle. Bonaventura Aliotti l’avait pourtant prĂ©cĂ©dĂ© lorsque Gabriel Garrido avait donnĂ© et gravĂ© Il Sansone en 2001. Compositeur palermitain, Ă©lĂšve de Giovanni Battista Fasolo, Aliotti fut actif Ă  Padoue, Venise et Ferrare, oĂč il donna ce Trionfo della Morte per il peccato d’Adamo, sans doute le plus fascinant de ses quatre oratorios (sur les onze qu’il composa) parvenus jusqu’à nous. Les…

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    ERSTEIN (67). PIANO AU MUSEE WÜRTH : 15 – 24 nov 2019. La collection d’art moderne et contemporain propose son festival de piano chaque annĂ©e en novembre : temps privilĂ©giĂ© qui offre l’écoute de tempĂ©raments artistiques choisis et dĂ©lectables, dans un Ă©crin culturel qui favorise le questionnement et la contemplation entre peinture, arts plastiques et musique. Actuellement le MusĂ©e expose JosĂ© de Guimaraes (jusqu’en mars 2020).
    Selon le vƓu de Marie-France Bertrand, directrice du MusĂ©e WĂŒrth et Olivier Erouart, directeur artistique de Piano au MusĂ©e WĂŒrth, cette dĂ©jĂ  4Ăš Ă©dition proclame comme fil directeur, « de l’humour en toutes choses…

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    radio

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  • FRANCE MUSIQUE, sam 23 nov 2019, 20h. VERDI : ERNANI. RUSTIONI. Suite du cycle verdien initiĂ© depuis Lyon… Concert donnĂ© le 8 novembre 2019 Ă  19h30 au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris. D’aprĂšs le compte rendu de notre rĂ©dacteur JF Lattarico, tĂ©moin de la production prĂ©sentĂ©e en nov Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon, le plateau (comprenant certains jeunes apprentis du Studio lyrique local) et l’orchestre mĂ©ritaient le meilleur accueil. Voici ce qu’écrivait notre collaborateur envoyĂ© spĂ©cial Ă  Lyon Ă  propos de l’excellente distribution masculine : 
 « La direction de Rustioni fait encore mouche face Ă  une distribution dominĂ©e par…

  • France Musique, dim 1er dĂ©c 2020. RAVEL : Gaspard de la nuit. La tribune des critiques de disques interroge l’enjeu de la partition pour piano de Ravel et distingue les meilleurs interprĂštes. Partenaire familier, et vĂ©ritable double pianistique, Ricardo Viñes prĂȘte pour le lire, le Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand (1842). En dĂ©coule sous le prisme poĂ©tique ravĂ©lien, trois « poĂšmes romantiques de virtuositĂ© transcendante ». Ici dans le sillon mĂȘme de Bertrand, Ravel s’inscrit en creux dans le travail des contrastes entre ombre et lumiĂšre, car Bertrand cite Rembrandt et Jacques Callot, dont le trait incisif des gravures…


    télé

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  • FRANCE 2, lun 2 dĂ©c 2019, 00h55. BERLIOZ : La damnation de Faust. L’annĂ©e 2019 marque les cĂ©lĂ©brations du 150Ăšme anniversaire de la disparition d’Hector Berlioz. En lien avec la grande exposition sur Louis-Philippe donnĂ©e au ChĂąteau de Versailles, l’OpĂ©ra Royal de Versailles avait anticipĂ© cet Ă©vĂ©nement en programmant sur la saison 2018/2019, un cycle Berlioz, dont ce concert faisait partie.
    Il y a  plus de 170 ans, prĂ©cisĂ©ment le dimanche 29 octobre 1848, dans une salle rĂ©novĂ©e et enfin ouverte au grand public, Hector Berlioz dirigeait l’un de ces immenses concerts dont il dĂ©tenait le secret : 400 musiciens…

  • ARTE, direct. Sam 7 dĂ©c 2019 : TOSCA. Netrebko, 20h50. Pas vraiment en direct, mais en trĂšs lĂ©ger diffĂ©rĂ© sur Arte et Arte Concert, la production Ă©vĂ©nement qui ouvre la nouvelle saison de la Scala de Milan 2019 – 2020. Tosca crĂ©Ă© en 1900, l’opĂ©ra de Puccini est un chef d’Ɠuvre lyrique dans le genre vĂ©riste, pourtant ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ© de la Rome monarchiste qui voit d’un mauvais Ɠil l’avancĂ©e des idĂ©aux libertaires et rĂ©publicaines de Bonaparte. Au devant de la scĂšne, la peintre Cavaradossi bonapartiste convaincu aime et est aimĂ© passionnĂ©ment par la jalouse cantatrice Floria Tosca, la…


    concerts et opéras

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  • LILLE, ONL, A BLOCH, 15, 16 janv 2020. MAHLER : Symph n°9. ONL, Orch national de Lille. Alexandre Bloch. Superbe volet final de l’odyssĂ©e mahlĂ©rienne par l’orchestre lillois et son trĂšs engagĂ© directeur musical, Alexandre Bloch. AprĂšs l’achĂšvement du Chant de la terre, Mahler amorce Ă  l’étĂ© 1908, sa 9Ăš symphonie, qu’il achĂšve l’annĂ©e suivante en 1909. A Bruno Walter, sans que l’on connaisse la raison exacte, Mahler reste rĂ©servĂ© sur la genĂšse de cet opus 9 : qu’il rapproche de la symphonie n°4, sans dire pourquoi explicitement.

    SYMPHONIE DE L’ADIEU
    C’est un compositeur maĂźtre de son langage, lequel s’est…

  • LILLE, ONL. MAHLER : Symph n°8, les 20 et 21 nov 2019. Alexandre Bloch emporte le National de Lille dans son dernier jalon mahlĂ©rien : la 8Ăš, dite des mille par rĂ©fĂ©rence au nombre de musiciens sur le plateau : un Everest pour tout maestro, et une sorte de Nirvana pour l’amateur de sensations symphoniques… Certes Mahler n’a Ă©crit aucun opĂ©ra. Pourtant la seconde partie de sa 8Ăš Symphonie dite des mille concentre tous les styles lyriques, sur un sujet que tous les Romantiques avant lui ont tentĂ© de traiter en musique : Faust. AprĂšs Berlioz et Schumann, Liszt et…

  • SCEAUX, HDV. Samedi 16 novembre 2019. Muza RubackytĂ©, piano … « Les deux Franz ». Enfant prodige, virtuose internationale, personnalitĂ© engagĂ©e rĂ©compensĂ©e par les plus hautes distinctions dans son pays, directrice artistique du Festival de Vilnius, la pianiste lituanienne MUZA RUBACKYTÉ voue une passion manifeste, communicative au piano mystique lyrique du grand Franz Liszt : soit « Les deux Franz ». La pianiste propose Ă  Sceaux, un programme original rĂ©unissant Schubert et Liszt. Ce dernier consacra plus de la moitiĂ© de ses Ɠuvres Ă  des adaptations ou paraphrases d’autres compositeurs qu’il admirait et notamment la transcription de quelque cinquante-huit lieder…

  • LEONARDO par DOULCE MÉMOIRE : 13, puis 15 nov 2019. Doulce MĂ©moire et son fondateur Denis Raisin Dadre prĂ©sentent leur nouveau programme, fruit d’une rĂ©flexion spĂ©cifique sur le gĂ©nie du plus grand artiste de la Renaissance, Leonardo da Vinci (mort en France en 1619). A l’occasion de l’exposition Ă©vĂ©nement du Louvre, le chef et flĂ»tiste, accompagnĂ© par sa fidĂšle troupe, chanteurs et instrumentistes de DOULCE MEMOIRE (qui soufflent en 2019 leur 30 ans) rĂ©tablissent la connivence et les correspondances magicienne entre peinture et musique qui sont au cƓur de la pratique picturale de Leoanrdo. Denis Raisin Dadre a choisi 10…

  • FESTIVAL ROUSSEL 2019. AIRE s/LA LYS, ven 15 nov 2019. ROUSSEL : Quatuor. PilotĂ© par Damien TOP, le CIAR, Centre International Albert Roussel souffle les 150 ans du compositeur, dont le gĂ©nie de l’orchestre Ă©gale celui de Ravel. Or qui aujourd’hui dĂ©fend la diffusion et la connaissance de Roussel
 sinon le CIAR Ă  travers la programmation du dĂ©jĂ  23Ăš festival Alebrt Roussel. Ce vendredi 15 novembre 2019 Ă  AIRE SUR LA LYS, programme ambitieux dĂ©diĂ© au genre quatuor, associant les Ă©critures de Paray, Roussel, Dalvincourt.
    Le Quatuor de ROUSSEL
    Le Quatuor de Roussel est comme le reste de son Ɠuvre,…

  • PARIS, FOLIA. 13 nov – 31 dĂ©c 2019. Concert de l’Hostel Dieu, FE COMTE / M MERZOUKI. Le 13Ăšme Art, place d’Italie Ă  Paris accueille le spectacle Ă©vĂ©nement entre danse contemporaine, hip hop (signĂ©s Mourad Merzouki) et vertiges voire transes des Tarentelles Baroques, d’oĂč le titre de FOLIA (signĂ©s FE COMTE et son ensemble sur instruments anciens Le Concert de l’Hostel Dieu). L’heure est propice aux confluences, mĂ©tissages, croisements interdiscipinaires. La danse et la musique baroque s’en trouvent comme revivifiĂ©es. DĂ©jĂ  saluĂ© au dernier festival des Nuits de FourviĂšre 2019, le ballet s’installe jusqu’au 31 dĂ©cembre au 13Ăš ART Ă …

  • LEONARDO par DOULCE MÉMOIRE : 13, puis 15 nov 2019.  Les 13 puis 15 nov, Doulce MĂ©moire et son fondateur Denis Raisin Dadre prĂ©sentent leur nouveau programme, fruit d’une rĂ©flexion spĂ©cifique sur le gĂ©nie du plus grand artiste de la Renaissance, Leonardo da Vinci (mort en France en 1619). A l’occasion de l’exposition Ă©vĂ©nement du Louvre, le chef et flĂ»tiste, accompagnĂ© par sa fidĂšle troupe, chanteurs et instrumentistes de DOULCE MEMOIRE (qui soufflent en 2019 leur 30 ans) rĂ©tablissent la connivence et les correspondances magicienne entre peinture et musique qui sont au cƓur de la pratique picturale de Leoanrdo. Denis…

  • PARIS, TCE. MOZART: Nozze par James GRAY, 1er nov – 8 dĂ©c 2019. Le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray, bien connu pour soigner en particulier le profil psychologique de ses personnages, comme le tableau final qui les abandonne Ă  leur destin, rĂ©ussira-t-il Ă  renouveler notre perception des Nozze de Figaro de Mozart et Da Ponte, eux-mĂȘme inspirĂ©s par Beaumarchais ? Dans le trop court film d’annonce, Ă©ditĂ© sur le site du TCE, James Gray explique pourquoi il a dit oui Ă  cette aventure qui l’éloigne du cinĂ©ma, son territoire naturel. Lunettes d’intellos, faux air de mal rasĂ© sorti de son lit,…

  • RENNES, OpĂ©ra. Les 6, 8, 10 nov 2019. THOMAS : HAMLET. Vue Ă  Nantes, au tout dĂ©but octobre 2019, cette production passionnante rend hommage au mythe shakespearien traitĂ© par le plus romantique des Romantiques Français, Ambroise Thomas. L’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra impĂ©rial en 1868, fleuron de grande classe du Second Empire, qui a vu prĂ©cĂ©demment triompher la maniĂšre de Verdi dans le registre du grand opĂ©ra (Don Carlos en français en 1867). Noir et acide, efficace et mĂ©lodiquement trĂšs raffinĂ©e, avec dans l’orchestration l’utilisation visionnaire des saxophones (dans la scĂšne des comĂ©diens payĂ©s par Hamlet), la partition Ă©tonne, surprend,…

  • LILLE, ONL. MAHLER : Symph n°8, les 20 et 21 nov 2019. Alexandre Bloch emporte le National de Lille dans son dernier jalon mahlĂ©rien : la 8Ăš, dite des mille par rĂ©fĂ©rence au nombre de musiciens sur le plateau : un Everest pour tout maestro, et une sorte de Nirvana pour l’amateur de sensations symphoniques… Certes Mahler n’a Ă©crit aucun opĂ©ra. Pourtant la seconde partie de sa 8Ăš Symphonie dite des mille concentre tous les styles lyriques, sur un sujet que tous les Romantiques avant lui ont tentĂ© de traiter en musique : Faust. AprĂšs Berlioz et Schumann, Liszt et…

  • FESTIVAL CLASSICA. QUEBEC, HAENDEL : LE MESSIE : 3 – 8 dĂ©c 2019. CĂ©lĂ©brer la magie de NoĂ«l avec l’oratorio le plus saisissant de Georg Friedrich Haendel. VoilĂ  une invitation qui ne se refuse pas. A la fois dramatique comme un opĂ©ra, Le Messie est une partition de maturitĂ©, emblĂ©matique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais et qui a le souci d’une vĂ©ritable intention spirituelle, permettant de mĂ©diter sur les thĂšmes de la Passion, de la RĂ©surrection…
    Premier acteur de la vie musicale classique au QuĂ©bec, le Festival Classica s’associe Ă   L’Harmonie des saisons pour une nouvelle lecture…

  • METZ, Arsenal. PROKOFIEV Alexandre Nevski, sam 16 nov 2019. Pour insuffler au rĂ©gime soviĂ©tique, un supplĂ©ment d’ñme et de souffle qu’il n’a pas, Prokofiev puisse dans l’histoire des hĂ©ros russe et livre un superbe oratorio symphonique qui exalte les vertus des grands hommes, patriotes, libĂ©rateurs
 Le courage exemplaire, l’abnĂ©gation jusqu’à la victoire. Prokofiev met en musique le film Ă©pique d’Eisenstein.
     
     
    Symphonique, ciné-concert à METZ
    Grande fresque cinĂ©matographique de la pĂ©riode soviĂ©tique relatant la victoire d’un hĂ©ros russe du XIIIe siĂšcle, vainqueur des armĂ©es teutoniques, Alexandre Nevski a souvent Ă©tĂ© qualifiĂ© de « symphonie d’images et de sons ».…

temps forts

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  • ARTE.TV/opera Mardi 15 octobre 2019, 20h, en direct. PUCCINI : TURANDOT en direct du Liceu de Barcelone, mise en scĂšne : Franck ALEU, vidĂ©aste / direction musicale : Josep PONS. 3 énigmes sont rĂ©vĂ©lĂ©es par le prince Calaf pour obtenir la main de la princesse vierge Turandot. 3 personnages sont clĂ©s au centre de ce drame oriental Ă  la fois cruel, barbare et finalement transcendĂ© par l’amour : Calaf donc, le prince Ă©tranger ; Turandot, la vierge hystĂ©rique et frigide ; Liu enfin, celle qui aime en secret Calaf mais se sacrifie volontiers… Elle meurt assassinĂ©e aprĂšs avoir Ă©tĂ© torturĂ©e,…

  • GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF. LIVESTREAM ! Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©veloppe ses contenus digitaux et dĂ©voile des sessions inĂ©dites en exclusivitĂ© sur la toile
 Visionnez aujourd’hui en direct la masterclass de Sir Andras Schiff depuis la plateforme Gstaad Digital Festival Ă  partir de 15h. Cette masterclass fait partie des nombreux ateliers pĂ©dagogiques que propose le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL (7 acadĂ©mies au total dont une exceptionnel acadĂ©mie de direction d’orchestre, – session unique en Europe chaque Ă©tĂ©).
     
     

     
     
    CONNECTEZ-VOUS pour la Master class d’Andras Schiff au GSTAAD…

  • Internet en direct. BALANCHINE : JEWELS, le 11 avril 2019, 19h30. STAATSOPER.TV, Munich, Bayerische Staatsoper. L’opĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich crĂ©Ă© l’évĂ©nement avec la retransmission du Ballet JEWELS de George Balanchine (1967) / Music: Gabriel FaurĂ©, Igor Strawinsky, Peter I. Tschaikowsky / Soloists and ensemble of the Bayerisches Staatsballett. Dans l’ordre, Emeraude, Rubis, Diamants
    LIVE STREAM, JEUDI 11 avril 2019 Ă  19h30 (7.30 pm CEST)
    + d’infos : https://www.staatsoper.de/en/staatsopertv.html?no_cache=1&utm_campaign=advertisement&utm_medium=display&utm_source=bachtrack.com
     
     
     
    L’élĂ©gance Balanchine
     
    Joyaux (Jewels), triptyque chorĂ©graphique conçu par le maĂźtre du ballet nĂ©oclassique, Balanchine est crĂ©Ă© en 1967 Ă  New York et devient l’emblĂšme de la compagnie…

  • MUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : JephtĂ©. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrĂ©e JephtĂ©, chef-d’Ɠuvre de Michel Pignolet de MontĂ©clair, unique exemple de tragĂ©die composĂ©e sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de MontĂ©clair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du rĂšgne de Louis XIV et l’esprit de la rĂ©gence. C’est le maillon qui manquait Ă  notre connaissance entre la pompe de Lully et le gĂ©nie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair Ă  partir de son…

  • LILLE, Nouveau SiĂšcle : La 2Ăšme Symphonie de Mahler, le 28 fĂ©vrier 2019. Et aussi en direct sur Youtube. 2Ăš volet de l’épopĂ©e orchestrale majeure, portĂ©e par l’ONL Orchestre National de Lille
 AprĂšs une Symphonie n°1, « Titan », mĂ©morable, voici le dĂ©jĂ  2Ăšme volet : la Symphonie n°2 dite « RĂ©surrection » qui sollicite en plus de l’orchestre, le concours du chƓur (adultes et enfants), deus voix fĂ©minines – alto et soprano, afin que se rĂ©alise cette ascension spirituelle du FInale oĂč le salut est enfin promis au hĂ©ros (et donc Ă  l’auditeur). Pas facile de se confronter Ă …


    cinéma

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  • CinĂ©ma, ballet. CoppĂ©lia, mardi 10 dĂ©cembre 2019 en direct du ROH, Londres. CoppĂ©lia, grand classique du Royal Ballet Ă  Covent Garden (londres), est ainsi projetĂ© en direct dans les cinĂ©mas partout en France, ce 10 dĂ©cembre 2019 (20h15). Fantastique et poĂ©tique, le ballet CoppĂ©lia bĂ©nĂ©ficie d’une musique raffinĂ©e, conçue par LĂ©o Delibes. A Londres, la partition est devenue un pilier du rĂ©pertoire de la troupe de danseurs britanniques depuis qu’elle a Ă©tĂ© chorĂ©graphiĂ©e par la fondatrice du Royal Ballet, Dame Ninette de Valois. InspirĂ© des Contes d’Hoffmann, l’action fait paraĂźtre une poupĂ©e mĂ©canique plus vraie que la vie, charmant jusqu’à…

  • LILLE, ONL. STAR WARS, 14 et 15 fĂ©v 2019. CinĂ©-concert de rĂȘve Ă  Lille
 La saga Star Wars de George Lucas n’aurait jamais eu son retentissement ni sa puissance dramatique sans le chant de l’orchestre qui sert de rĂ©sonateur, d’amplificateur Ă  sa formidable action interstellaire. John Wiliams a composĂ© l’une des musiques de films les plus envoĂ»tantes, inscrites dans le mystĂšre voire la terreur (quand l’infĂąme Dark Vador paraĂźt), mais aussi dans le drame et l’onirisme des Ă©toiles
 L’Orchestre National de Lille joue la carte du grand Ă©cran et de la magie orchestrale en proposant pendant deux soirs, les 14…

  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…


    expos

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  • PARIS, Louvre. EXPOSITION : LEONARDO DA VINCI et la musique
    Focus spécial CLASSIQUENEWS
    LEONARDO LUTHISTE… Homme de science, Leonard n’a cessĂ© de rechercher les preuves tangibles et visibles de l’harmonie et des rapports harmoniques dans la nature. Ses travaux tĂ©moignent d’une curiositĂ© toujours insatisfaite. Constante, critique et analytique. Des mathĂ©matiques, sa quĂȘte le conduit Ă  l’architecture, Ă  l’anatomie et de fait Ă  la musique. Le rapport des nombres rĂ©vĂšlent des constructions secrĂštes qui produisent le son de l’équilibre et de l’harmonie. La peinture dont il a toujours expĂ©rimentĂ© la technique, jusqu’à redĂ©finir un style spĂ©cifique – suggestif, comme voilĂ©, onirique,…

  • EXPO. PARIS, Palais Garnier, Le grand opĂ©ra 1828-1867 : Le spectacle de l’Histoire, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. A partir du 24 octobre 2019, le Palais Garnier Ă  Paris (BibliothĂšque musĂ©e de l’opĂ©ra), accueille sa nouvelle exposition intitulĂ©e « Le grand opĂ©ra, 1828-1867, le spectacle de l’Histoire ». L’exposition cĂ©lĂšbre les 350 ans de la naissance de l’Institution de l’OpĂ©ra, ex AcadĂ©mie de musique, royale ou impĂ©riale
 selon les rĂ©gimes. C’est une nouvelle initiative de cĂ©lĂ©bration Ă  laquelle participe aussi l’exposition du MusĂ©e d’Orsay : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Le Palais Garnier expose tableaux, maquettes de dĂ©cors, manuscrits musicaux qui composent une…

  • Exposition. PARIS, « Un air d’Italie », Palais Garnier, BibliothĂšque-MusĂ©e de l’OpĂ©ra : L’OpĂ©ra de Paris de Louis XIV Ă  la RĂ©volution : 28 mai – 1er septembre 2019. OrganisĂ©e par la BnF et l’OpĂ©ra national de Paris, l’exposition souligne le 350e anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris ; elle interroge l’histoire, souvent tumultueuse, de la premiĂšre scĂšne lyrique française, sous un angle inĂ©dit : celui du dialogue continu entre les modĂšles français et italien. De 1669 Ă  1791, l’OpĂ©ra de Paris tente d’incarner sa propre continuitĂ© entre rĂ©fĂ©rence Ă  un modĂšle transalpin et affirmation d’une ambition nationale. 130 piĂšces (manuscrits,…

  • PARIS, MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020. Quand il peint les danseuses, Edgar Degas invente un nouveau langage pictural et dĂ©nonce la prĂ©dation sexuelle en coulisses dont sont victimes les jeunes danseuses si mal payĂ©es et “chapotĂ©es” par leurs mĂšres maquerelles… RĂ©formateur plasticien et sociologue affĂ»tĂ©, DEGAS peint et analyse.  Degas  aime les plans originaux, dĂ©calĂ©s, hors scĂšne frontale, dans les coulisses et en dehors de la reprĂ©sentation elle-mĂȘme ; c’est pourquoi, ses vues dĂ©voilent ce qui n’est pas connu ni officialisĂ© : l’arriĂšre de la scĂšne, le foyer, les rĂ©pĂ©titions,
 tout un monde non…

  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…


COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

HOMEPAGE-gustav-mahler-BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsLa plus colossale, la plus spectaculaire et pourtant sous les effectifs impressionnants, (plus de 1000 musiciens Ă  la crĂ©ation)
 pĂ©nĂ©trante, bouleversante, humaine. Le propre du chef Alexandre Bloch est de nuancer l’échelle spectaculaire de la symphonie « cosmique » que Mahler compose en quelque mois Ă  l’étĂ© 1909 : le maestro, directeur musical du National de Lille, en exprime l’unitĂ© architecturale et l’irrĂ©pressible Ă©lan salvateur. S’il est bien une symphonie rĂ©demptrice et Ă©lĂ©vatrice, celle ci serait un sommet. Car l’édifice est surtout spirituel, liĂ© Ă  la ferveur personnelle du compositeur : un acte de foi, une expĂ©rience de partage et de fraternitĂ© retrouvĂ©e oĂč l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© s’il s’ouvre Ă  l’Amour que lui accorde l’Eternel fĂ©minin. VoilĂ  pour le sens gĂ©nĂ©ral, ascensionnel et de moins en moins terrestre. Sur le plan de la rĂ©alisation, le chef est confrontĂ© Ă  tous les dĂ©fis.

L’ESPRIT CRÉATEUR
 En latin, l’hymne chrĂ©tien de la PentecĂŽte, « Veni creator », exalte d’abord toutes les forces d’espĂ©rance, les aspirations des fervents pour que jaillisse l’Esprit CrĂ©ateur. En tant qu’auteur lui-mĂȘme, Mahler devait ĂȘtre plus qu’aucun autre, concernĂ© par le mystĂšre de l’inspiration et de la crĂ©ation ainsi invoquĂ©. EngagĂ© et passionnĂ© par son sujet, le compositeur a souhaitĂ© inventer sa propre Ă©criture en collant au texte ; sans rĂ©fĂ©rence Ă  aucun motif prĂ©alable (ni valses, ni lĂ€ndler ici contrairement Ă  ses symphonies prĂ©cĂ©dentes), il invente littĂ©ralement une nouvelle « prosodie orchestrale » oĂč le chant et la parole des instruments articulent le texte latin. Alexandre Bloch dĂ©taille et explicite ce concept miroitant, autogĂ©nĂ©rateur
  de « variance », oĂč un mĂȘme motif est recyclĂ© en autant de dĂ©clinaisons possibles, produisant en parentĂ© proche et semblable, une multitude d’épisodes divers. Tout est Ă  la fois appareillĂ© mais diffĂ©rent. L’architecture du contrepoint atteint un sommet de complexitĂ© (double fugue) que le chef Ă©claire de l’intĂ©rieur, veillant toujours au sens fraternel global, Ă  la souveraine cohĂ©rence organique que le principe prĂ©serve, malgrĂ© le colossal des effectifs rĂ©unis.
Pour se faire, le chƓur britannique Philharmonia Chorus (impliquĂ©, vivant, prĂ©parĂ© par son chef Gavin Carr) relĂšve les dĂ©fis d’une partition qui saisit et mĂȘme foudroie : ici l’incantation du verbe choral « terrasse » mĂȘme ; il assoit la soliditĂ© de l’édifice qui se dĂ©roule et se dĂ©ploie sous nos yeux, occupant un espace de plus en plus large ; idem pour les plus jeunes chanteurs (Jeune ChƓur des Hauts de France, pilotĂ© par Pascale Dieval-Wils), apportant le scintillement vif argent des angelots, surtout des Enfants Bienheureux : dans la partie II, inspirĂ©e par Goethe, chacune de leur intervention jalonne l’élĂ©vation du corps de Faust, vers son accomplissement spirituel complet, accueilli par Mater Gloriosa.

 

 

 

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La premiĂšre partie est en soi une synthĂšse de toute la musique polyphonique depuis la Renaissance, mais avec ce laboratoire instrumental propre Ă  Mahler (juif, lui-mĂȘme converti au catholicisme). On sent bien que ce travail particulier fait Ă©cho Ă  son cheminement personnel, le plus critique comme le plus exigeant.
Avec l’expĂ©rience de toutes les symphonies prĂ©cĂ©dentes, l’Orchestre National de Lille et son chef en mesurent toutes les nuances, chaque aspiration et chaque vertige d’espĂ©rance ou de sidĂ©ration panique, autant de tentatives, de souhaits vĂ©cus par le fervent confrontĂ© Ă  lui-mĂȘme.

LE FAUST TRANSCENDÉ DE MAHLER
 La Seconde partie est assurĂ©ment le seul opĂ©ra que Mahler ait jamais composĂ©. Directeur de l’OpĂ©ra de Vienne pendant une dĂ©cade, le compositeur connaĂźt le rĂ©pertoire lyrique comme peu Ă  son Ă©poque : de Mozart Ă  Beethoven, de Strauss, Debussy Ă  Wagner. Il faut remettre dans la genĂšse de chaque opus symphonique, le travail spĂ©cifique du chef, dirigeant les opĂ©ras des grands maĂźtres. Le second volet de la 8Ăš recycle et Wagner et Strauss, mais dans l’écriture propre Ă  Mahler, avec ces aspĂ©ritĂ©s instrumentales, la diversitĂ© de sĂ©quences qui suivent Ă  la lettre l’enjeu dramatique du sujet, dans le texte de Goethe (ultime scĂšne, Faust II) : la machine orchestrale s’appuyant sur les ressources des choeurs et des 8 solistes expriment cette opĂ©ration mystique qui assure l’élĂ©vation et la rĂ©demption du hĂ©ros ; lĂ  oĂč Schumann et Berlioz ne parlaient que de damnation, ou dans le cas d’une salvation, il ne autorisaient Ă  n’évoquer de celle de Marguerite, Mahler embrasse plus large ; rĂ©capitule la tradition romantique faustĂ©enne et « ose » mettre en musique le salut final du hĂ©ros qui avait pourtant pactisĂ© avec le dĂ©mon. Chance lui est offerte d’ĂȘtre sauvĂ© par l’absolu pardon que permet l’Eternel FĂ©minin (quelle soit ici Magna Peccatrix / Magdalena, Samaritana ou Mater Gloriosa) : dĂ©itĂ© souveraine, « reine du ciel » dont ici le docteur Marianus se fait le tĂ©moin, si Ă©mu, et si convaincant (un vĂ©ritable intercesseur).
Alexandre Bloch n’oublie jamais l’échelle de l’humain en dĂ©pit du colossal effectif. Exploitant les facilitĂ©s permises par la salle du Nouveau SiĂšcle, les solistes d’abord dans l’orchestre pour le Veni Creator, car ils sont adorants comme la foule des chƓurs, se prĂ©sentent ensuite comme des acteurs sur le devant de la scĂšne, chacun selon son air soliste (Pater Ecstaticus, Pater Profundis), puis donc Doctor Marianus, tĂ©moin terrassĂ© ; enfin les femmes, pĂ©nitentes sublimes. Toujours, il s’agit d’amour et de compassion ; d’appels brĂ»lant Ă  l’amour. Le chef les porte, souligne chaque intervention d’une activitĂ© wagnĂ©rienne, comme un tĂ©moignage s’adressant directement au public. L’exhortation exclamative du Veni Creator s’immisce insidieusement ainsi dans le texte de Goethe : il lui souffle son urgence, son ardeur embrasĂ©e. Et finalement, on perçoit l’étonnante cohĂ©rence qui respire d’une partie Ă  l’autre.

ACCOMPLISSEMENT A LILLE
 Ecriture picturale d’une invention prodigieuse, ce Faust mahlĂ©rien prolonge par ses couleurs et ses crĂ©pitements fauves, tout ce que les premiers romantiques Berlioz, Schumann, Liszt ont apportĂ© au mythe. Il n’est que d’écouter ici l’ample prĂ©lude introductif qui dĂ©peint la solitude de Faust ermite dans la montagne pour mesurer l’acuitĂ© et la profondeur de Mahler. Sa capacitĂ© Ă  peindre et exprimer le drame du hĂ©ros que la question taraude.
GĂ©nĂ©reux comme Ă  son habitude, engagĂ© et mesurant aussi en dĂ©licats Ă©quilibres, l’impact de chaque pupitre traitĂ© en bloc agissant, dĂ©taillĂ©, articulĂ© (cuivres, cordes, vents et bois), Alexandre Bloch nous offre une superbe leçon d’éloquence orchestrale au service de ce cheminement progressif qui conduit Faust Ă©reintĂ©, des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre ; du terrestre au cĂ©leste, sous la caresse permanente de la Femme protectrice, compassionnelle, gĂ©nĂ©reuse, omnisciente.

Pour assoir encore l’assise chtonienne de la cathĂ©drale, le maestro opte comme Ă  Vienne oĂč a Ă©tĂ© triomphalement crĂ©Ă©e en 1910, la 8Ăš, pour l’alignement des 10 contrebasses sur toute la rangĂ©e du fond de l’orchestre. Outre un son collectif puissant et volontaire, l’Orchestre National de Lille auquel se sont joints plusieurs membres complĂ©mentaires de l’Orchestre de Picardie, en un partenariat judicieux, dĂ©montre son haut niveau d’expertise solistique. Percent, ronds et actifs, clarinettes, flĂ»tes, hautbois ; mais aussi le prodigieux cor solo, le premier violon (Fernand Iaciu), 
 c’est un collectif d’individualitĂ©s qui se dressent, tĂ©moignent, exultent jusqu’à l’accomplissement final (choeur mysticus).

 

 

 

Jalon du cycle Mahler 2019, la symphonie des Mille
confirme l’évidente sĂ©duction de l’Orchestre National de Lille

Du colossal et du spirituel
L’ivresse fraternelle de la 8ù par Alexandre BLOCH

 

 

 

 

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Parmi les solistes, d’une remarquable musicalitĂ©, les voix de Daniela Köhler (sop I : Magna Peccatrix), de Michaela Selinger (Samaritana) se distinguent particuliĂšrement, par leur rondeur naturelle, leur projection Ă©vidente ; comme le Doctor Marianus du tĂ©nor Ric Furman, soucieux du texte. On y retrouve ce sens du relief et de l’incarnation, identique Ă  celui qui inspirait Solti lorsqu’il optait pour des voix wagnĂ©riennes – amples mais articulĂ©es et trĂšs finement caractĂ©risĂ©es.
Chacun dĂ©fend sa partie comme celle d’un opĂ©ra, mais avec le souffle universel que vĂ©hicule le texte de Goethe. Alexandre Bloch n’en oublie pas pour autant audaces et singularitĂ©s saisissantes de l’écriture de Mahler : l’orchestre en plusieurs passages dessinent comme un vortex sonore, aux couleurs et harmonies inĂ©dites dont le chromatisme et l’exacerbation prolongent Wagner et rejoignent aussi son contemporain – autre grand symphoniste et narrateur habile dans les fresques saisissantes : Richard Strauss (prĂ©cisĂ©ment celui de La Femme sans ombre, conçue dans la mĂȘme dĂ©cennie que la 8Ăš).
On attend d’ailleurs Alexandre Bloch dans les Ɠuvres symphoniques de ce dernier. Certainement chantier complĂ©mentaire, jouant comme un double, en un autre cycle attendu, espĂ©ré  qui pourrait se rĂ©vĂ©ler tout aussi passionnant que celui dĂ©diĂ© cette annĂ©e Ă  Gustav Mahler.
L’ambition du chef aujourd’hui directeur du National de Lille se confirme ainsi indiscutablement. Alexandre Bloch a ce caractĂšre des grands guides, capable de fĂ©dĂ©rer autour d’un fil ambitieux : chaque jalon du « feuilleton » MAHLER l’a dĂ©montrĂ©. La rĂ©alisation d’une telle Ɠuvre reste exceptionnelle ; elle est aussi redoutable que spectaculaire ; son enjeu spirituel fusionnant avec les effectifs pharaoniques requis pour l’exprimer. Sur chacun de ces plans, chef et musiciens ont offert au Nouveau SiĂšcle de Lille, un indiscutable accomplissement. Mais pour se faire, il a fallu aussi associer les ressources locales et les rendre complĂ©mentaires. De sorte que cette 8Ăš de Mahler est aussi la concrĂ©tisation d’une action exemplaire de concertation et d’implication de diffĂ©rents acteurs sur un mĂȘme territoire : ici orchestres National de Lille, de Picardie, Jeune ChƓur des Hauts de France. Le « terrassement » souhaitĂ© dans sa premiĂšre partie ; le tournoiement des « soleils » et des « planĂštes », Ă©voquĂ©s par Mahler Ă  propos de son Ɠuvre, se sont bien rĂ©alisĂ©s Ă  Lille sous la conduite d’Alexandre Boch. Il s’agit bien d’un jalon particuliĂšrement convaincant avec les 3Ăš et 7Ăš symphonies de ce cycle dĂ©sormais majeur dans la vie de l’Orchestre.

Prochain rv Mahler Ă  Lille par l’Orchestre National de Lille, dernier Ă©pisode, Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020. Le cd de la 7Ăš symphonie est annoncĂ© au printemps 2020.

 

 

 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse : Sebastian Pilgrim
Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie
Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
 

 

 

 

Illustrations : remerciements à © Ugo Ponte / ONL 2019

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Approfondir

 

 

 

La minute du chef : la 8Ăšme Symphonie / l’écriture spĂ©cifique de Gustav Mahler
https://www.youtube.com/watch?v=dKyM441oMGA

 

 

 

La 8Úme Symphonie dans son intégralité
https://www.facebook.com/france3nordpasdecalais/posts/2861139047264898

 

  

 

 

LIRE aussi notre annonce de la Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020
http://www.classiquenews.com/symphonies-n8-des-mille-symphonie-n9-de-gustav-mahler-a-lille/

 

 

VIDEO – REPLAY / Revoir aussi (jusqu’en avril 2020), toutes les Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch sur le site YOU TUBE de l’ONL Orchestre National de Lille (avec de nombreux modules vidĂ©o des musiciens et de tĂ©moins expliquant leur comprĂ©hension de l’univers malhĂ©rien)

https://www.youtube.com/user/ONLille

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 B Pionnier / G Bouillon.

COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2019 2020, l’OpĂ©ra de Tours rĂ©affiche COSI FAN TUTTE du divin MOZART, dernier opus de la trilogie conçue avec Da ponte (Vienne, 1790). Ce dernier avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de l’infidĂ©litĂ© et de l’inconstance du dĂ©sir dans un prĂ©cĂ©dent livret pour l’opĂ©ra de Salieri, La Scuola degli Gelosi (l’école des jaloux) de 1783. Pour Wolfgang, le propos devient « la scuola degli amanti / l’école des amants, avec pour devise gĂ©nĂ©rique « Cosi fan tutte » : elles font toutes pareil (autrement dit, toutes les femmes sont infidĂšles). La production a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©e in loco en 2014, sa justesse mĂ©rite absolument d’ĂȘtre reprise. Et puis rien de tel qu’un bon Mozart pour amorcer un nouveau cycle d’opĂ©ras.

Aucune rĂ©fĂ©rence Ă  cette Naples XVIIIĂšme qui souvent continue de marquer les mises en scĂšnes les plus rĂ©centes. L’homme de thĂ©Ăątre (ex directeur du CDN de Tours), Gilles Bouillon, a rĂ©solument inscrit ce Cosi comme une fable contemporaine dans une espace moderne oĂč brille surtout la vivacitĂ© des femmes, grĂące Ă  un excellent trio fĂ©minin rĂ©uni pour cette reprise sur les planches de l’opĂ©ra de Tours. Car la devise qui sert de titre offre en rĂ©alitĂ© un miroir Ă  une sociĂ©tĂ© machiste : au nom de l’inconstance des femmes, Mozart et Da Ponte dĂ©noncent surtout les hommes qui non seulement sont infidĂšles et volages, mais fustigent et condamnent celles qui osent faire de mĂȘme, outrageusement libres, maĂźtresses de leur corps et de leur plaisir.
Au sortir des deux actes de ce dramma giocoso, c’est l’incohĂ©rence et l’hypocrisie des hommes qui sortent ridiculisĂ©es. Avant de juger, certains feraient bien de s’analyser et faire amende honorable.

 

 

Reprise du Cosi de Gilles Bouillon Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Angélique Boudeville,
mozartienne de grande classe

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A Tours, les voix de femmes sont Ă  la fĂȘte, soulignant tout ce que l’ouvrage, son texte, sa divine musique doivent au gĂ©nie mozartien, premier fĂ©ministe avant l’heure.

Petite voix mais volubile et habile en travestissements (en faux mĂ©decin, adepte du mesmerisme, au I ; puis au II, faux notaire Ă  la vois Ă©raillĂ©e, aigrelette), la Despina de DIMA BAWAB souligne la saveur comique de l’action : comĂ©dienne astucieuse et interprĂšte sincĂšre, elle respire l’esprit, la facĂ©tie, le goĂ»t du jeu et une bonne dose de militantisme fĂ©mininiste : c’est elle qui rĂ©Ă©duque les deux jeunes oies trop crĂ©dules. N’hĂ©sitant pas Ă  rudoyer ces jeunes patronnes en les traitant de bouffonnes, et d’Ă©pingler les hommes qui ne valent rien et qui « se valent tous ».
En Fiordiligi et Dorabella, les spectateurs tourangeaux bĂ©nĂ©ficient de deux tempĂ©raments aussi caractĂ©risĂ©s que subtils, aussi puissants que racĂ©s qui relĂšvent les dĂ©fis multiples de leurs duos et solos. Les deux françaises choisies pour ce duo fĂ©minin parmi les plus passionnants du rĂ©pertoire, Ă©blouissent littĂ©ralement chacune dans leurs parties. Dorabella d’abord de marbre puis qui succombe au charme du bel albanais (Ferrando dĂ©guisĂ©), ALIÉNOR FEIX dĂ©ploie de solides attraits ; voix ample et franche, sculptĂ©e en une voluptĂ© de plus en plus manifeste ; un cran au dessus est atteint avec l’impeccable Fiordilgi d’ANGÉLIQUE BOUDEVILLE ; la finesse et la beautĂ© de son diamant clair soutenu par une coloratoure fluide et naturelle et des aigus rayonnants par leur douceur d’attaque, semblent raviver les grandes mozartiennes d’hier, tenantes du rĂŽle : Della casa, CaballĂ©, Te Kanawa… Il y a du miel et une lumineuse candeur qui foudroient, dans cette voix mozartienne naturelle. Si elle soigne encore davantage le sens et la puretĂ© de son legato, les riches nuances de chaque syllabe, son intelligibilitĂ© et la subtilitĂ© des phrases, la jeune diva pourrait prĂ©tendre demain aux plus redoutables emplois belcantistes et aux autres rĂŽles mozartiens remarquables (Suzanna, la Comtesse, Pamina…) ; dans Cosi, ses deux airs solos (Come scoglio au I, puis son Rondo « Per pietà » au II)
 vĂ©ritables airs de concerts exigeants des moyens phĂ©nomĂ©naux, imposent une classe exceptionnelle, soliditĂ© des moyens, intelligence de l’intonation et conception du rĂŽle dans la situation
, Ă  l’avenant. Belle rĂ©vĂ©lation d’un talent Ă  suivre Ă©videmment.

Les hommes ne dĂ©mĂ©ritent pas mais sont d’un niveau en dessous : moins de souplesse comme de nuances, quoique Leonardo Galeazzi campe un Don Alfonso sĂ»r, moqueur, trĂšs au faĂźte de la connaissance humaine, un vrai mentor pour Ă©difier les deux jeunes fiancĂ©s prĂ©tentieux. Ceux ci sont dĂ©fendus avec conviction par le baryton Marc Scoffoni (Guglielmo) et SĂ©bastien Droy (Ferrando) mais comme il leur manque la finesse d’un chant mieux ciselĂ©, c’est Ă  dire mozartien.

 

 

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Dans la fosse, Benjamin pionnier diffuse l’équilibre idĂ©al d’un Mozart Ă  la fois chambriste et d’une infinie tendresse fraternelle pour ses personnages. La souplesse chantante des cordes fait ici les dĂ©lices du trio « soave il vento » (Alfonso / Dorabella / Fiordiligi au I), temps suspendu d’une exceptionnelle sensualitĂ© caressante ; les solos instrumentaux sont impeccablement calibrĂ©s dans ce labyrinthe des cƓurs, oĂč la passion se frotte Ă  l’illusion ; l’amour, aux caprices du dĂ©sir ; les derniĂšres espĂ©rances, Ă  la barbarie de l’amour volage 

Jamais les voix ne sont couvertes mais elles rayonnent toutes distinctement dans les ensembles… (dans les sextuors du II). Du reste, le maestro redoublent de prĂ©cision et de transparence soulignant tout ce que Cosi doit aux deux prĂ©cĂ©dents opĂ©ras de la trilogie Da ponte, Don Giovanni et les Nozze di Figaro ; sans omettre d’autres traits si proches qui annoncent La FlĂ»te EnchantĂ©e (1791) Ă  maints endroits… : le duo Ferrando / Dorabella du II, prĂ©figurant dans les jeux de mots et l’esprit scherzando, l’étreinte facĂ©tieuse du duo Ă  venir, Papageno / Papagena. Tout cela s’entend Ă  Tours dans cette reprise de haute volĂ©e auquel participe aussi la prĂ©cision du chƓur maison, prĂ©parĂ© avec le soin que l’on sait par la cheffe Sandrine Abello. Production incontournable.Encore deux dates, demain, dim 6 oct (15h), puis mardi 8 oct 2019 (20h) : RĂ©servez ici

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scÚne.

 

 

Opéra de TOURS : COSI FAN TUTTE de MozartCOSI FAN TUTTE de Mozart
Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours
Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi
Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Photos : © Sandra Daveau 2019 pour l’OpĂ©ra de TOURS
Prochaines productions Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le DOCTEUR MIRACLE de Charles Lecocq, les 12, 13 et 14 dĂ©cembre 2019 – version pour piano et pour les juniors (et toutes leurs familles) –  pour NoËL 2019 :  LES P’TITES MICHU d’AndrĂ© Messager : Ch Grapperon / RĂ©my BarchĂ© – les 27, 28, 29 et 31 dĂ©cembre 2019 – informations ici

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de COSI FAN TUTTE, reprise Ă  l’OpĂ©ra de TOURS
http://www.classiquenews.com/nouveau-cosi-fan-tutte-de-mozart-a-lopera-de-tours/

 

 

 

 

COMPTE-RENDU critique, opéra. NANTES, Opéra Graslin, le 2 oct 2019. THOMAS : Hamlet. Franck van Laecke / Pierre Dumoussaud.

HAMLET-ophelie-opera-nantes-angers-rennes-critique-classiquenews-homepage-582COMPTE-RENDU critique, opĂ©ra. NANTES, OpĂ©ra Graslin, le 2 oct 2019. THOMAS : Hamlet. Franck van Laecke (mes) / Pierre Dumoussaud (dir musicale). Le gĂ©nie dramatique d’Ambroise Thomas Ă©clate dans Hamlet (1868). Sa force thĂ©atrale claque mĂȘme Ă  l’esprit des spectateurs tant la succession des tableaux s’enchaĂźne dans le style de Shakespeare et de Verdi ; rien n’y est Ă  jeter tout au long des deux premiers actes (entre autres) : denses, justes, prĂ©cis dans l’exposition et le dĂ©veloppement de chaque personnage, dans le profil de leur lente descente aux enfers.
Les contrastes des climats, la clartĂ© et l’intensitĂ© des situations rayonnent d’autant mieux dans la mise en scĂšne de Frank Van Laecke : sobre, efficace, elle illustre le profil d’Hamlet dĂšs le dĂ©but comme un dĂ©calĂ© social, solitaire dans sa chambre sĂ©pulcrale, clairement portĂ© sur l’alcool dont il tire une ivresse oublieuse, insolente, moqueuse. Le solitaire illuminĂ© que tout le monde pense « fou », a des visions que le dispositif unique rend visible, sous la forme de tableaux vivants qui occupent l’espace central, qui s’ouvre et se referme. Au devant de la scĂšne, Hamlet pense, cogite, telle une ombre errante ; il soliloque et fait face au public dans la formidable scĂšne du spectre, assurĂ©ment la scĂšne la plus spectaculaire de la partition.

Tout commence par un somptueux duo d’amour que n’aurait pas reniĂ© Gounod (celui de RomĂ©o et Juliette, crĂ©Ă© un an avant Hamlet, en 1867) : autres cƓurs inspirĂ©s shakespeariens, – mais eux aussi, maudits, Hamlet et OphĂ©lie y Ă©changent des serments d’une rare intensitĂ©.
Puis le fantastique et le surnaturel prennent bientĂŽt le pas sur cette histoire somme toute assez banale de trouble dynastique et royale Ă  la cour danoise. Ce qui nous vaut une scĂšne mĂ©morable oĂč le spectre du pĂšre assassinĂ©, paraĂźt Ă  Hamlet (et aussi devant Marcellus et Horatio mĂ©dusĂ©s, hallucinĂ©s ; preuve qu’il n’est pas fou comme le pense sa mĂšre Gertrud) ; en une sĂ©quence trĂšs forte et face au public, Hamlet dĂ©veloppe son grand air de vengeance et de rage haineuse, chauffĂ© Ă  blanc par la voix paternelle qui lui enjoint (terrible injonction) Ă  le venger : il n’existe pas de drame plus terrifiant ni de rĂŽle plus engageant Ă  l’opĂ©ra sauf peut-ĂȘtre celui trĂšs proche d’Elektra, elle aussi dĂ©truite et dĂ©munie, face Ă  sa mĂšre dĂ©loyale et Ă  son pĂšre qui a Ă©tĂ© trahie et assassinĂ©.
Ambroise Thomas Ă©crit un rĂŽle Ă©crasant pour bartyon, dans la rĂ©alitĂ© le cĂ©lĂšbre Jean-Baptiste Faure- vedette Ă  l’OpĂ©ra de Paris sous la direction du trĂšs inspirĂ© Emile Perrin, dĂšs l’hiver 1862. Ce mĂȘme chanteur cĂ©lĂ©brĂ© Ă  son Ă©poque et qui chanta Posa dans Don Carlos de Verdi crĂ©Ă© Ă  Paris Ă©galement en 1867, fut effectivement l’ami de Manet ; surtout, ce que ne prĂ©cise pas le livret programme Ă©ditĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra, c’est que Jean-Baptiste FAURE commanda plusieurs tableaux Ă  l’immense Edgar Degas
 autant de vues exceptionnelles de l’orchestre et de la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris, des portraits d’instrumentistes aussi
 joyaux Ă  voir absolument sur les cimaises du MusĂ©e d’Orsay, Ă©crin de l’actuelle exposition (passionnante) : « Degas Ă  l’OpĂ©ra » (jusqu’en janvier 2020).

AprĂšs ce monologue sidĂ©rant oĂč un fils parle Ă  son pĂšre mort (Hamlet / le spectre), oĂč Shakespeare Ă©gale le mythe grec antique (Elektra / Agamemnon), surgit l’ñme sacrifiĂ©e mais elle aussi dĂ©lirante et poĂ©tique, d’OphĂ©lie ; son premier air qui succĂšde presqu’immĂ©diatement au surnaturel sidĂ©rant qui a prĂ©cĂ©dĂ©, est celui d’une amoureuse, sombre, trĂšs rĂ©aliste et dĂ©sespĂ©rĂ©e sur l’amour et les serments illusoires… prĂ©ambule bouleversant au magnifique tableau de la noyade Ă  l’acte IV) ; sa coloratoure est dune soie sombre et lugubre, produit singulier du gĂ©nie de Thomas.

 

 

 

Nouvelle production événement à NANTES et à ANGERS

Ambroise Thomas, génie du drame shakespearien
HAMLET : Mille et une nuances de NOIR


 

 

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Puis c’est la mĂšre dĂ©passĂ©e elle aussi et qui « a peur ». Enfin s’accomplit la formidable conclusion de l’acte II, celui de la pantomime, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, achĂšve cette succession d’épisodes saisissants. A travers le meurtre du roi Gonzague, jouĂ©, parodiĂ© avec la distance requise par 3 comĂ©diens trĂšs drĂŽles, Hamlet indique clairement Ă  sa mĂšre (Gertrud) et son usurpateur d’oncle (Claudius) qu’il sait tout du crime que les deux veulent cacher. C’est un autre grand moment du drame ; habile, la mise en scĂšne rĂ©tablit la puissance d’un grand moment de thĂ©Ăątre : d’un coup imprĂ©visible, le drame lyrique dĂ©borde de la scĂšne habituelle et s’inscrit dans l’espace de la salle des spectateurs ; le couple royal paraĂźt dans une vraie loge, le choeur d’hommes investit la vraie salle, de sorte que les spectateurs  assistent Ă  une vraie mascarade en prĂ©sence des souverains d’Elseneur. L’effet est saisissant. Ici le raffinement d’Ambroise Thomas place un somptueux solo pour saxophone, exprimant la superbe de ce couple de parfaits imposteurs, qui sont de vrais criminels.
Dans la partition, Thomas associe alors l’effroi feint du roi et de la reine, (amplifiĂ©e par le chƓur qui chante au balcon parmi le public), et l’air d’ivresse d’un Hamlet dĂ©nonciateur et pourtant impuissant, Ă  la fois triomphant et dĂ©truit. C’est l’un des plus grands moments dramatiques de tout l’opĂ©ra romantique français. Et parfaitement traitĂ© par le metteur en scĂšne. Belle rĂ©alisations ; et pour les spectateurs, formidable expĂ©rience.

Solide distribution pour l’un des ouvrages les plus exigeants du Romantisme français. Dans le rĂŽle-titre, Charles Rice s’il ne maĂźtrise pas totalement les nuances du français (il est quand mĂȘme un peu fĂąchĂ© avec les « u »), dĂ©ploie une raucitĂ© puissante, intense tout au long d’un rĂŽle Ă©crasant pour les barytons ; saluons le souci d’intelligibilitĂ© du soliste et aussi sa concentration qui Ă©claire de l’intĂ©rieur, le feu Ă  la fois haineux et hallucinĂ© qui le ronge jusqu’à la fin ; dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e ici mĂȘme dans Cendrillon de Massenet (oĂč elle incarnait la fĂ©e bienveillante), la quĂ©bĂ©coise Marianne Lambert, diseuse convaincante dans le lied et la mĂ©lodie, construit pas Ă  pas l’exceptionnel rĂŽle d’OphĂ©lie, amoureuse noire, depuis ses ivresses et aspirations Ă©perdues – en cela trĂšs proche de la Juliette de Gounod ; jusqu’au tableau de sa folie psychique (et vocale) puis sa noyade dans l’acte IV,
 sublime romantisme lugubre et dĂ©sespĂ©rĂ© mais d’une puissante force poĂ©tique (l’Ă©gal de la Mort d’OphĂ©lie de Berlioz ?). Si la voix reste petite, sa suavitĂ© et sa sincĂ©ritĂ© touchent immĂ©diatement, mĂȘme si l’on perd (et c’est dommage) beaucoup de texte. Face Ă  ces deux solitudes condamnĂ©es au sacrifice, le couple des meurtriers s’impose tout autant ; Philippe Rouillon incarne un Claudius faussement fragile et idĂ©alement manipulateur, quand le mezzo de Julie Robard-Gendre (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e ici aussi dans OrphĂ©e et Eurydice de Gluck version Berlioz) personnifie sans appui ni outrance, la peur et l’effroi dĂ©muni de la mĂšre d’Hamlet.

 
 
 

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Tous les seconds rĂŽles sont corrects ; et l’on doit saluer, s’agissant d’un opĂ©ra romantique français, assurĂ©ment l’un des plus aboutis en 1868, Ă  l’époque du Second Empire, le couple Horatio / Marcellus, tĂ©moins terrassĂ©s des visions d’Hamlet, eux mĂȘmes ayant vu le spectre de son pĂšre : respectivement la basse NathanaĂ«l Tavernier et le tĂ©nor Florian Cafiero, Ă  l’intelligibilitĂ© parfaite. Les chƓurs sont Ă  notre avis trop sonores : leur texte reste inintelligible. L’Orchestre National des Pays de la Loire sous la baguette souple et scrupuleuse de Pierre Dumoussaud relĂšve les dĂ©fis d’une partition particuliĂšrement « composite » (cf les jugements d’époque), redoutable en rĂ©alitĂ© dans le passage des caractĂšres et des situations, sans omettre les trĂšs nombreux solos instrumentaux (cor dĂšs l’ouverture ; hautbois et flĂ»te pour les apparitions d’OphĂ©lie ; en particulier le saxo dont le monologue qui permet d’assoir la cruditĂ© rĂ©aliste de la pantomime Ă  la fin du II, est magnifiquement assumĂ© par Baptiste Blondeau : et l’on se dit, quel orchestrateur et quel gĂ©nie des ambiances et des couleurs Ă©tait Thomas, le grand oubliĂ© de nos scĂšnes lyriques.
Remonter et faire redĂ©couvrir ainsi Hamlet suscite les plus grands Ă©loges : la lecture est juste et ardemment dĂ©fendue, intensĂ©ment et subtilement incarnĂ©e. Saluons lĂ  encore Angers Nantes OpĂ©ra de poursuivre sa dĂ©fense de notre patrimoine national. Ambroise Thomas fusionne selon nous, Verdi et Gounod. D’autant qu’ici, inspirĂ© par Shakespeare, il invente vĂ©ritablement l’opĂ©ra noir et psychologique qui n’existait pas encore en France. ComparĂ© Ă  Berlioz, – sa Damnation de Faust par exemple, le messin Thomas est d’une texture plus Ăąpre, poĂ©tiquement trĂšs subtile qui exige d’ĂȘtre ciselĂ©e comme du Mozart ; tout en rugissant, comme du
 Verdi. Fascinante rĂ©surrection, encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Graslin de NANTES le 4 octobre 2019; puis Ă  ANGERS, Grand ThĂ©Ăątre, les dim 24 puis mardi 26 nov 2019. Incontournable. Ainsi l’institution lyrique des Pays de la Loire ouvre avec pertinence sa nouvelle saison 2019 – 2020.

 
 
 

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Photos : © JM Jagu / Angers Nantes Opéra

 
  

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, dir.

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction. TrĂšs rĂ©ussi et mĂȘme passionnant premier concert du National de Metz Ă  l’Arsenal : pour l’ouverture de sa nouvelle saison 2019 – 2020, l’Orchestre National de Metz jouait ce vendredi 13 septembre 2019, Mozart puis Berlioz sous la direction de son directeur musical, depuis septembre 2018, David Reiland. La 41Ăš faisait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la phalange messine ; un point important car il s’agit aussi pour le maestro d’élargir et d’enrichir toujours les champs musicaux des instrumentistes messins. David Reiland a dirigĂ© la 40Ăš ici mĂȘme en 2015, alors qu’il n’était pas encore directeur musical. Le maestro nous offre deux lectures investies, abouties, Ă©tonnamment ciselĂ©es et vivantes.

 

 

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Dans les faits, c’est d’abord un formidable travail sur les cordes qui s’affirme : flexibilitĂ© et articulation constantes, apportant Ă  l’architecture mozartienne sa grande soliditĂ© structurelle et un sens naturel des respirations. Chaque phrase est magistralement Ă©tirĂ©e, explicitĂ©e, avec des nuances savoureuses, sur des tempi roboratifs. Ainsi l’Allegro initial affirme une Ă©nergie pleine d’équilibre et d’élĂ©gance, parfaitement adaptĂ© au dessin nĂ©oclassique et lui-mĂȘme architecturĂ© de la grande salle. L’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© et sa profondeur dans l’épure la mieux Ă©noncĂ©e ; c’est une effusion lĂ  encore riche en nuances et passages dynamiques maĂźtrisĂ©s oĂč deux qualitĂ©s nous semblent dĂ©sormais emblĂ©matiques de David Reiland : sa tendresse intĂ©rieure, son Ă©lĂ©gance expressive. Du trĂšs peu – un matĂ©riau finalement trĂšs rĂ©duit, le chef construit une totalitĂ© qui respire et Ă©meut ; rĂ©vĂ©lant chez Mozart, le magicien du cƓur et de la profondeur ; sa mĂ©lancolie dĂ©jĂ  romantique, son urgence Ă  la dĂ©passer
 Enfin le Finale (Molto Allegro) gagne un surcroĂźt de mordant et d’articulation, rĂ©vĂ©lant la puissance d’un contrepoint dont l’énergie mais aussi le dĂ©tail des timbres, la violence rythmique prĂ©figurent dĂ©jĂ  Beethoven. Et l’on se dit, davantage qu’ailleurs, comme il aurait Ă©tĂ© passionnant sous une telle direction, de dĂ©couvrir ce que Mozart aurait composĂ© aprĂšs 1791 s’il n’était pas mort si tĂŽt.

 

 

 

Dans la forge berliozienne,
élégance et nuance, passion et contrastes de David Reiland

 

 

 

Reiland davidDans la seconde partie (aprĂšs l’entracte), un autre bain orchestral, celui tout aussi captivant du Berlioz de 1834. Soit quatre ans aprĂšs la Fantastique qui est dĂ©jĂ  en soi un Everest symphonique. DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© (mais avec rĂ©citant) Ă  La CĂŽtĂ© Saint-AndrĂ© cet Ă©tĂ© dans le cadre du Festival BERLIOZ 2019 (celui des 150 ans de la mort d’Hector), « Harold en Italie » stigmatise les sentiments contradictoires de Berlioz avec l’Italie. David Reiland en dĂ©livre une lecture magistrale par son souci du dĂ©tail, de la tension et de la respiration poĂ©tique. Chaque accent semble inscrit dans un vaste mouvement dont la comprĂ©hension globale surprend et convainc. Chez Berlioz, le motif du paysage italien suscite un embrasement des sens, de la jubilation extatique Ă  la transe quasi grimaçante (cf le Finale et son « orgie de brigands »), dĂ©voilant chez Hector, l’alchimiste symphonique, dont la fougue et l’inventivitĂ© n’empĂȘchent (grĂące Ă  la sensibilitĂ© hyperactive du chef) ni la clartĂ© ni la transparence.
En jouant de tous les filtres ensorcelants nĂ©s du souvenir, Berlioz Ă©difie un monument Ă  plusieurs plans et registres; dont les rugissements surtout aprĂšs le final de l’Orgie de Brigands laissent l’auditeur, sidĂ©rĂ©. La texture orchestral se fait grand cerveau Ă©motionnel dont les strates renvoient aux souvenirs rĂ©els ou fantasmĂ©s. David Reiland dĂ©crypte cette matiĂšre en fusion, entre imagination et rĂ©alitĂ©, aux Ă©panchements imprĂ©visibles. Grand amoureux, Berlioz reste un grand frustrĂ©, toujours insatisfait : il ne s’épargne aucun accent tĂ©nu, aucune trouvaille de timbres inĂ©dite pour exprimer au plus juste, le sentiment d’une immense et permanente insatisfaction. VoilĂ  pourquoi l’énonciation de l’idĂ©e fixe, amoureuse, bascule souvent dans la folie. Mais quelle folie, car elle passe par le chant libĂ©rĂ© d’un orchestre laboratoire. Sous la direction du jeune maestro, l’auditeur ne perd aucun accent instrumental, aucune phrase musicale, tant la prĂ©cision du chef est constante. Et sa concentration, gĂ©nĂ©reuse en indications gestuelles.

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David Reiland © Cyrille Guir / CMM cité musicale METZ 2019

DĂšs le premier tableau « Harold aux montagnes », chef et instrumentistes font surgir le massif naturel de l’ombre, avec une tendresse dĂ©jĂ  mĂ©lancolique qui tient du mystĂšre : David Reiland exprime cette alliance spĂ©cifique Ă  Berlioz qui fusionne rĂȘverie et fantastique. La tendresse intĂ©rieure, contemplative de l’alto d’Adrien Boisseau, trouve constamment le ton juste et une sonoritĂ© quasi voluptueuse, dans ce vortex d’une rare poĂ©sie. On y retrouve, talent rare de la filiation nĂ©e d’un programme habilement construit, cette mĂȘme tendresse grave qui se dĂ©ployait dans l’Andante de la Jupiter mozartienne Ă©coutĂ©e dans la premiĂšre partie.
 On ne doute plus de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du chef, sa maestriĂ  Ă©lĂ©gantissime Ă  passer d’un univers Ă  l’autre.
Ciselant une dĂ©finition et une articulation lĂ  encore trĂšs françaises, David Reiland joue avec autant d’intelligence sur les effets sonores et de spatialisation, soulignant aux cĂŽtĂ©s du Berlioz, orchestrateur fascinant, l’immense paysagiste (comme Turner dilate l’espace et creuse l’infini de la couleur), capable d’élargir de façon cosmique, les perspectives orchestrales, en Ă©tagement, en profondeur, en hauteur. Ici s’affirme dĂ©jĂ  l’auteur des champs goethĂ©ens de la Damnation de Faust (crĂ©Ă©e en 1846).

La fin du mĂȘme premier mouvement est ensuite caractĂ©risĂ©e avec le nerf et une Ă©nergie de tous les diables, comme si la grande machine symphonique s’emballait, en une distanciation, dĂ©sormais et rĂ©aliste et cynique, de l’idĂ©al amoureux. La forge musicale resplendit alors dans toute sa perfection vivante car il revient au chef un travail exemplaire sur la mise en place, la comprĂ©hension de l’architecture et du drame, – exposition et rĂ©itĂ©rations
, le sens et la direction du flux orchestral, l’audace des timbres et des couleurs qui scintillent tout en se reconstruisant en permanence.

DAVID REILAND, maestrissimo !Quelle belle idĂ©e de prendre le tempo prĂ©cisĂ© par Hector lui-mĂȘme dans la marche des pĂšlerins (106 Ă  la noire) : le maestro offre une relecture complĂšte sur un tempo revivifiĂ©, celui d’une marche active et sportive qui souligne la structure allante de l’architecture berliozienne. MĂȘmes vertiges mais ceux ci superbement contrastĂ©s dans le vaste Ă©pisode final (Orgie de brigands) oĂč les remous du bain orchestral atteignent houle et tempĂȘte d’un ocĂ©an spectaculaire. C’est un Ă©pisode de rĂ©capitulation oĂč tous les thĂšmes sont rĂ©exposĂ©s et superposĂ©s en un contrepoint proprement 
 cosmique. L’imagination de Berlioz n’a pas de limites : ravĂ©lien naturel, David Reiland, orfĂšvre des nuances et capable d’un souffle irrĂ©sistible, y rĂ©alise une parure instrumentale et une direction saisissantes. Aucun doute, l’Orchestre a trouvĂ© son chef. Cette nouvelle saison (la seconde donc sous son mandat) s’annonce prometteuse. Et le concert s’inscrit parmi les meilleures contributions Ă  l’anniversaire Berlioz 2019. A suivre.

 

 

 

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David Reiland et l’Orchestre National de Metz © Cyrille Guir / CMM citĂ© musicale METZ 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture la saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction.

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LIRE aussi pour les 150 ans en 2019 de la mort de Hector Berlioz, notre grand dossier BERLIOZ 2019 :
http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/?fbclid=IwAR2Co0LYiAjWECfKJKZx6d-NzRJjfVIGlsi4SraP4R8MgZmhpWyQ48xTTJg

 

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PROCHAIN CONCERT de l’Orchestre national de METZ, dirigĂ© par David REILAND Ă  l’Arsenal de METZ : Le BolĂ©ro de Ravel dans un dispositif dĂ©complexĂ©, accessible

METZ, Arsenal. Ravel : BOLÉRO, dim 22 sept 2019, 18h. APERO-CONCERT. LIRE ici notre prĂ©sentation du BolĂ©ro de Ravel par David Reiland et le National de Metz :
https://www.classiquenews.com/metz-apero-concert-le-bolero-de-maurice-ravel/

LIRE aussi notre présentation de HAROLD en Italie de Berlioz :
https://www.classiquenews.com/metz-concert-douverture-david-reiland-joue-berlioz/ 

 

 

 

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Découvrez aussi la nouvelle saison 2019 2020 de la cité musicale Metz, et nos temps forts à ne pas manquer :

 

 

https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/METZ CitĂ© musicale-METZ, saison 2019 – 2020. La nouvelle saison 2019 2020 de la CitĂ© musicale-Metz affirme davantage l’ampleur de la vie culturelle et musicale destinĂ©es au messins et aux visiteurs de METZ. A travers son Ă©loquente diversitĂ© des lieux et des offres (aux cĂŽtĂ©s de l’Orchestre National de Metz, trois salles Ă  METZ : Arsenal, BAM, Trinitaires), la programmation messine affiche un bel Ă©clectisme, pourtant douĂ© d’une cohĂ©rence manifeste. L’offre sait exploiter Ă  l’échelle de la ville, les sites et phalanges prĂ©sentes pour unifier et clarifier davantage l’offre musique et danse Ă  Metz. En plus de son cƓur artistique, la CitĂ© musicale-Metz favorise les plaisirs de la musique Ă  travers ses actions d’éducation artistique, de mĂ©diations, ses nombreuses rencontres conviviales, familiales
 lesquelles tissent dĂ©sormais un lien constant entre l’art et les citoyens. En somme, un modĂšle de culture vivante intĂ©grĂ©e.

 

 

 

 

 

 

VIDEO. BELLINI belcanto AcadĂ©mie, Ă©tĂ© 2019 : chanter Bellini, Roissini, Puccini…

bellini-belcanto-academie-guidarini-cortez-opera-stage-vendome-classiquenews-musicarteVIDEO, reportage  BELLINI belcanto AcadĂ©mie, Ă©tĂ© 2019. C’était du 1er au 9 aoĂ»t dernier (2019) Ă  VENDÔME (41), au Campus Monceau : les jeunes chanteurs stagiaires de la BELLINI belcanto AcadĂ©mie suivaient les sessions de travail et d’approfondissement prodiguĂ©s par les deux maĂźtres de stage : le chef Marco Guidarini, et la mezzo-soprano Viorica Cortez (avec au piano, Maguelone Parigot, chef de chant). Tous maĂźtrisent, expĂ©rience oblige, l’art si dĂ©licat et raffinĂ© du belcanto italien : phrasĂ©s, articulation, agilitĂ© et Ă©lĂ©gance, sans omettre le legato et la prĂ©cision
 autant de qualitĂ©s et prĂ©requis qui font de l’art du bel canto, l’une des disciplines lyriques les plus difficiles.
Pendant cette nouvelle Ă©dition de l’Atelier Lyrique d’étĂ©, l’AcadĂ©mie a innovĂ© en proposant aux jeunes chanteurs le travail scĂ©nique de leurs airs : chanter c’est savoir jouer avec son corps.

De la technique vocale Ă  l’interprĂ©tation avec jeu scĂ©nique
 l’AcadĂ©mie Bellini propose aujourd’hui la meilleure formation et la plus complĂšte pour le jeune interprĂšte lyrique, de surcroit appliquĂ© au bel canto (Rossini, Bellini, Donizetti). IntitulĂ© « de Mozart Ă  Puccini », l’Atelier estival 2019 permettait de perfectionner encore et encore sa comprĂ©hension des styles vocaux depuis Mozart jusqu’à Puccini. Parmi les stagiaires cet Ă©tĂ©, la prĂ©sence du dernier Grand Prix Bellini 2019, la sud-africaine Nombulelo Yende a Ă©tĂ© particuliĂšrement remarquĂ©e, comme celle de ses consƓurs, les sopranos françaises CĂ©cile Achile et DĂ©borah Salazar
 Best of video de la session 2019. © CLASSIQUENEWS.TV –  MUSICARTE – RĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM

 

 

Le mĂȘme reportage vidĂ©o sur YOUTUBE :

 

 

COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon


COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582Christoph MĂŒller, intendant gĂ©nĂ©ral du GSTAAD MENUHIN Festifal, d’édition en Ă©dition, ne cesse d’affirmer sa singularitĂ© estivale, a contrario d’autres festivals suisses et europĂ©ens dont la programmation demeure Ă©clectique mais confuse, souvent standardisĂ©e Ă  force d’artistes invitĂ©s au profil interchangeable. Rien de tel Ă  Gstaad chaque Ă©tĂ© tant l’équation entre Nature et Musique s’avĂšre prĂ©servĂ©e, et mĂȘme sublimĂ©e. En choisissant (et fidĂ©lisant) Ă  prĂ©sent certains artistes de la scĂšne internationale, Christoph MĂŒller a su marquer son festival d’une forte identitĂ© artistique, que le geste singulier « d’ambassadeurs », tels Sol Gabetta, Jonas Kaufmann, Yuja Wang, – et cette annĂ©e Bertrand Chamayou, prĂ©sentĂ© en “artiste en rĂ©sidence”,  rend spĂ©cifique.

GSTAAD, UNE ARCADIE RETROUVÉE ENTRE NATURE ET MUSIQUE

Le festivalier qui vient Ă  Gstaad, ou rĂ©side dans les villages voisins de Schönried ou de Saanen (entre autres), retrouve ainsi le charme spĂ©cifique de programmes musicaux rares voire inĂ©dits, au sein d’églises souvent sĂ©culaires, Ă  la nef de bois tapissĂ©e, dont la rusticitĂ© et le caractĂšre champĂȘtre offrent une inusable sĂ©duction pastorale. Ailleurs on aime et se dĂ©lecte de musique baroque sur le motif (en VendĂ©e : voyez le festival de William Christie chaque mois d’aoĂ»t aussi, en ses jardins que le chef jardinier a totalement dessinĂ©s) ; ou d’opĂ©ras sur nature (allez Ă  Glyndebourne oĂč le spectateur triĂ© sur le volet peut pique-niquer sur un gazon des plus tendres, entre deux actes, pourvu que le bosquet soit confortable
). A Gstaad, s’ajoute le dĂ©cor, majestueux, onirique, des montagnes et sommets alpins d’une irrĂ©sistible solennitĂ©. Le rĂȘve d’une Arcadie alpine se prĂ©cise Ă  Gstaad.

GrĂące Ă  la diversitĂ© des formes musicales, le temps de notre (trop court) sĂ©jour : rĂ©cital de piano, musique de chambre, rĂ©cital lyrique
, le Gstaad Festival Menuhin sait rĂ©pondre Ă  tous les goĂ»ts. A l’offre Ă©largie rĂ©pond la beautĂ© des sites naturels prĂ©servĂ©s dans cet Ă©crin unique au monde, d’une Suisse verte et florissante. Entre chaque concert (le soir Ă  19h30), le festivalier marcheur peut se hisser jusqu’aux sommets grĂące aux remontĂ©es mĂ©caniques de Wispile, Rellerli ou de Wasserngrat. Il y contemple le vertige qu’offre la vision panoramique des vallĂ©es tranquilles, dignes des meilleurs compositions d’un Caspar Friedrich. Gstaad chaque Ă©tĂ© s’adresse au mĂ©lomane exigeant comme au randonneur Ă©pris de tourisme vert. Les 3 concerts des 25, 26 et 27 juillet auxquels nous avons assistĂ©, n’ont pas manquĂ© de confirmer la forte attractivitĂ© du Gstaad Menuhin Festival (63Ăšme Ă©dition Ă  l’étĂ© 2019).

 

 

 

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Bertrand CHAMAYOU, Sol GABETTA, Christoph MÜLLER
(© Raphaël Faux / GSTAAD MENUHIN Festival 2019)

 

 

 

 

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Musique de chambre, rĂ©cital de piano, concert lyrique…

3 concerts exceptionnels au GSTAAD Menuhin Festival 2019

 

 

 

 

 

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CHAMBRISME à la française

Jeudi 25 juillet 2019. Le thĂšme de cette annĂ©e cĂ©lĂšbre PARIS Ă  travers les compositeurs qui ont marquĂ© le paysage hexagonal comme l’histoire de la musique tout court. Ce sont aussi des interprĂštes que la sensibilitĂ© et le sens des couleurs comme de la transparence – qualitĂ©s essentiellement parisiennes et françaises, destinent prĂ©cisĂ©ment au sujet gĂ©nĂ©rique : ainsi, le pianiste toulousain Bertrand Chamayou (nĂ© en 1981, Ă©lĂšve de Jean-François Heisser) affirme une maturitĂ© Ă  la fois, rayonnante et rĂ©servĂ©e au service de programmes multiples (5 annoncĂ©s pour cette Ă©dition 2019) qui en font « l’artiste en rĂ©sidence » de ce cru. Dans l’église mythique de Saanen, lĂ  mĂȘme oĂč a jouĂ© le fondateur Yehudi Menuhin dĂšs 1957 (pour les dĂ©buts du Festival suisse), le Français partage la scĂšne avec la violoncelliste Sol Gabetta, autre ambassadrice de charme, chaque Ă©tĂ© Ă  Gstaad : les deux artistes se connaissent depuis de trĂšs longues annĂ©es ; depuis l’adolescence, ils jouent trĂšs souvent ensemble ; mais ce soir, c’est la premiĂšre fois qu’ils opĂšrent de concert Ă  Saanen.
DĂšs la Sonate de Debussy (1916), claire rĂ©vĂ©rence Ă  l’esprit de Rameau et de Watteau, la complicitĂ© des deux interprĂštes rayonnent d’une mĂȘme ardeur, souvent plus mesurĂ©e et mieux ciselĂ©e chez Sol Gabetta dont on ne cesse de se dĂ©lecter de la grĂące intĂ©rieure et du caractĂšre d’urgence enflammĂ©e ; l’épure, le sens de la fulgurance, comme le picaresque de la SĂ©rĂ©nade (habanera avec effet de mandoline) fourmille d’éclats Ă  la façon des Français baroques (on pense davantage Ă  Couperin qu’à Rameau, dans cette alliance ineffable entre langueur mĂ©lancolique et panache ironique). Puis, la libĂ©ration (cadence du 3Ăš et dernier mouvement) est rĂ©servĂ©e au violoncelle, lĂ  encore d’une fiertĂ© latine (espagnole, proche d’IbĂ©ria) que la violoncelliste illumine avec cette tendresse fluide et intĂ©rieure qui est sa marque. Aux cordes rubanĂ©es, d’une exquise langueur chantante rĂ©pond parfois un piano trop dur auquel Ă©chappe Ă  notre avis, le ton de saturnisme lunaire et nostalgique du Pierrot que Debussy avait imaginĂ© en second plan.
La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e demeure la Sonate de Poulenc, aussi flamboyante (et parfois bavarde) qu’oubliĂ©e depuis sa crĂ©ation en 1949. Poulenc se rapproche du cercle de Debussy et Ravel car il apprit le piano avec Ricardo Viñes, – immense interprĂšte des deux ainĂ©s de Poulenc. En 4 mouvements, chacun trĂšs caractĂ©risĂ© et riche en contrastes, la FP 143 collectionne rythmes et atmosphĂšres mais sait aussi plonger dans la tendresse qui berce en une gravitĂ© saisissante (Cavatine). Agile et volubile, inspirĂ© et complice, le duo Gabetta / Chamayou convainc du dĂ©but Ă  la fin par ses allers retours percutants, dessinĂ©s, d’une nervositĂ© affectueuse.
Dernier volet de ce triptyque chambriste Ă  Saanen, la Sonate pour violoncelle de Chopin (1848) Ă©crite pour le virtuose et ami lillois Auguste-Joseph Franchomme. DerniĂšre des quatre Sonates, la Sonate opus 65 Ă©tonne par la fusion trĂšs rĂ©ussie entre les deux instruments, un accord qui retrouve l’entente de la Sonate de Debussy : s’y affirme ce goĂ»t de l’équilibre formel (peut-ĂȘtre inspirĂ© par le traitĂ© de Cherubini que le dernier Chopin lit et relit comme pour mieux structurer ses derniĂšres Ɠuvres
 surtout celles non strictement pianistiques). Le sens du phrasĂ© propre Ă  Sol Gabetta facilite l’élucidation du rubato chopinien que beaucoup de ses confrĂšres et consƓurs ne maĂźtrisent pas avec autant d’évidence : comme souvent dans son jeu intĂ©riorisĂ©, le chant du violoncelle semble surgir de l’ombre, portĂ©, incarnĂ© par une Ă©nergie viscĂ©rale, organique. On y remarque en particulier la valse languissante du trio dans le Scherzo ; surtout l’entrain et la vivacitĂ© du Finale oĂč rayonne l’entente idĂ©ale des deux artistes. On aime Ă  Gstaad le dĂ©fi des duos de musiciens : ce soir, l’intelligence en partage et le sens d’une mĂȘme musicalitĂ© expressive font la valeur de ce programme. L’esprit de Paris s’est incarnĂ© dans l’élĂ©gance et la profondeur, grĂące Ă  deux interprĂštes heureux de jouer ensemble.

 

 

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BERTRAND CHAMAYOU, alchimiste ravélien
Le lendemain, autre programme, autre lieu, mais les festivaliers retrouvent Bertrand Chamayou pour son rĂ©cital en soliste, vendredi 26 juillet, dans la petite Ă©glise de Rougemont, dont le volume de la nef est couronnĂ© par la figure d’un sublime Christ sur la croix dont le dessin est du dĂ©but XVIIĂš. Le programme est ambitieux et s’ouvre d’abord par Schumann. A l’écoute de Carnaval principalement, la schizophrĂ©nie double de Robert le romantique, alternativement Florestan et Eusebius nous paraĂźt dĂ©pourvue de nuances troubles, trop marquĂ©e, trop sĂšchement assĂ©nĂ©e. Dommage. Par contre, aprĂšs la pause, un tout autre univers nous est rĂ©vĂ©lĂ© sous les doigts plus naturels et comme frappĂ©s d’évidence du pianiste français : les 5 joyaux de « Miroirs » de Ravel (1906) Ă©blouissent par leur justesse, un flux organiquement captivant, des nuances infinies qui ciselĂ©es dans la rĂ©sonance et les couleurs, miroitent : ils nous invitent au grand banquet des scintillements ravĂ©liens.

 

 

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Aucun doute, Bertrand Chamayou se montre immense poĂšte, alchimiste Ă©vocateur, Ă  la fois passeur des sortilĂšges et grand ambassadeur du sorcier Ravel. On y perce le secret d’épisodes suspendus et picturaux dont le gĂ©nie de la ligne et des impulsions esquissĂ©es, compose pourtant une cathĂ©drale harmoniquement subtile et onirique, aux caractĂšres et accents fermes et nets, Ă  couper le souffle. Le jeu est solide et il respire. Le sĂ©rieux, la probitĂ© voire le scrupule du pianiste en comprennent et les Ă©quilibres millimĂ©trĂ©s et la brillance Ă©vanescente. En surgit un Ravel Ă  la fois cĂ©rĂ©bral et sensuel dont l’esprit des couleurs vibre, s’exalte, ambitionne un nouveau monde ; quand l’élan et l’audace des harmonies toujours imprĂ©visibles font imploser l’assise et l’architecture. On connaĂźt les deux fragments que Ravel orchestra par la suite : Une barque sur l’ocĂ©an et Alborada del Gracioso (Aubade du bouffon).
Ecouter ce soir Ă  Rougemont, l’intĂ©gralitĂ© du cycle des 5 piĂšces relĂšve d’une expĂ©rience singuliĂšre oĂč le compositeur semble rĂ©inventer tout le langage musical pour piano. On s’y berce de sonoritĂ©s Ă  la fois enveloppantes et Ă©cumantes, enivrĂ©s par un pur esprit expĂ©rimental. La libertĂ© harmonique sous les doigts flexibles, facĂ©tieux, enchanteurs du pianiste, saisit immĂ©diatement : on y perçoit un Ravel, grand prĂȘtre des images et illusions, peintre des modernitĂ©s et du futur qui ose plus loin que Debussy. Ses Miroirs dĂ©voilent le son de l’invisible et de l’inconnu, selon la conception d’un aigle agile et visionnaire, libĂ©rĂ© de toute entrave, et narrative et stylistique. « Noctuelles » expriment l’envol des papillons noctambules, leur lĂ©gĂšretĂ© dĂ©sirante ; « Oiseaux tristes » (dĂ©diĂ© au crĂ©ateur Riccardo Viñes), touche au cƓur de la magie animaliĂšre qui inspire et rĂ©vĂšle un Ravel ornithologue : Bertrand Chamayou sublime le chant solitaire d‘oiseaux dĂ©sespĂ©rĂ©s saisis par la chaleur de l’étĂ© (quoi de plus actuel au moment oĂč une canicule terrifiante s’abat sur l’Europe?) : c’est la plus courte piĂšce
 et la plus bouleversante.
Les couleurs d’ « Une barque sur l’ocĂ©an
 » (dĂ©diĂ© au peintre Paul Sordes du groupe des Apaches) envoĂ»tent par leurs balancements marins, Ă©perdus, suspendus, enivrants. « L’Aubade du bouffon » (/Alborada del Gracioso) semble citer Chabrier, modĂšle pour Ravel et premier compositeur Ă  ouvrir dans les champs français, la grande perspective des rythmes hispaniques : le nerf et le sens du dessin leur confĂšrent ici, sous les doigts magiciens de Bertrand Chamayou, une carrure et un allant, phĂ©nomĂ©naux. Enfin, « La vallĂ©e des cloches » dĂ©ploie cette sensualitĂ© ondulante, serpent harmonique qui sĂ©duit, tout en fermetĂ© onirique et qui au final, fait imploser la forme. Conception et geste fusionnent : ils Ă©clairent combien le sens de la musique ravĂ©lienne est pictural, synthĂšse inouĂŻe du Monet coloriste et du Picasso, concepteur rĂ©formateur. La sĂ©quence relĂšve du prodige et confirme dĂ©finitivement l’adĂ©quation comme les affinitĂ©s de Bertrand Chamayou avec l’auteur de Gaspard de la nuit. Les effets de miroir se poursuivent prĂ©cisant d’autres filiations que l’on ne soupçonnait guĂšre : aux cloches ravĂ©liennes rĂ©pondent celles (pourtant plus tardives) d’un Saint-SaĂ«ns, lui aussi soucieux de couleurs comme de rĂ©sonances (« Les cloches de Las Palmas »). Voici donc l’auteur de Samson et Dalila mis au parfum de l’innovation
 en bis de ce rĂ©cital saisissant, la rare toccata du Tombeau de Couperin, ultime offrande ravĂ©lienne oĂč l’espace et le temps deviennent couleurs et mouvements. RĂ©cital mĂ©morable.
 

 

 

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MOZART INCANDESCENT
Le lendemain (samedi 27 juillet 2019) retour dans l’église de Saanen. Lever de rideau des plus engageants, l’ouverture des Nozze di Figaro trĂ©pigne et fait claquer les tutti, – l’orchestre sur instruments d’époque La Cetra ne manque pas de nervositĂ© ; c’est une prĂ©paration idĂ©ale et trĂšs dramatique pour l’apparition de la diva française Patricia Petibon dont la silhouette relĂšve d’une pythie hallucinĂ©e, sorte d’extraterrestre de passage, engagĂ©e dans un chant surexpressif, Ă  la gestuelle volontaire.

 

 

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La chanteuse a du chien et du tempĂ©rament. Par respect du public et de la musique, elle leur donne tout. Fabuleuse crĂ©ature dĂ©lirante plutĂŽt que cocotte statique, la cantatrice a construit un programme majoritairement mozartien qui va crescendo, depuis la langueur tendre et inquiĂšte de Barbarina (des Nozze justement), Ă  la solitude mĂ©lancolique de la Comptesse (Porgi amor : victime impuissante des dĂ©sillusions amoureuses). Puis c’est l’écriture parisienne du dernier Gluck en France (Paride ed Elena) dont on savoure l’esprit pastoral, la tendresse simple dont s’est tant dĂ©lectĂ© Rousseau.
La seconde partie affirme l’impĂ©tuositĂ© des instrumentistes, leur qualitĂ© roborative sous la direction parfois mĂ©canisĂ©e, un peu sĂšche et roide du chef en manque de nuances (symphonie VB 142 de Joseph Martin Kraus). Enfin, chauffĂ©e et prĂȘte Ă  en dĂ©coudre dans cette arĂšne nĂ©oclassique, pleine de furie comme d’élans vengeurs, « Sturm und drang » (tempĂȘte et passion), Patricia Petibon finit le portrait lyrique qu’elle avait amorcĂ© en premiĂšre partie : sa Giunia (Lucio Silla, premier seria d’une ardeur inĂ©dite alors) n’est que frĂ©missement et invocation sincĂšre ; l’imprĂ©cation d’Alceste « DivinitĂ©s du Styx » s’impose par sa noblesse et sa dĂ©sespĂ©rance ample.

 

 

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Mais l’acmĂ© de ce rĂ©cital qui cĂ©lĂšbre le style tragique et pathĂ©tique Ă  Paris propre aux annĂ©es 1770 et 1780, demeure Idomeneo, autre seria majeur de Mozart, en sa somptueuse parure orchestrale (l’ouverture majestueuse et impĂ©tueuse, mieux rĂ©ussie par La Cetra) : paraĂźt Elettra, victime haineuse et rageuse que son impuissance lĂ  encore rend inconsolable et persiflante, au bord de la folie : cette Électre de Mozart prolonge, en conclusion de tout l’opĂ©ra, la sĂ©rie des magiciennes baroques (les MĂ©dĂ©e, Alcina et Armide), pourtant solitaires et finalement dĂ©munies ; le chant se fait au delĂ  de l’invocation terrifiante (digne d’une Gorgone car elle Ă©voque la morsure des serpents), expression troublante d’une dĂ©pression personnelle : la furie est un ĂȘtre dĂ©truit. Formidable actrice au chant servant le texte, Patricia Petibon Ă©claire ce qui Ă  Paris Ă  la veille de la RĂ©volution, – comme ce soir Ă  Saanen, a troublĂ© le public : l’expression du tragique dĂ©sespĂ©rĂ©. PrĂ©sence et incarnation, irrĂ©sistibles.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, festivals. GSTAAD MENUHIN Festival, les 25, 26 et 27 juillet 2019. «  PARIS » : Debussy, Poulenc, Chopin / RAVEL, Saint-SaĂ«ns / Mozart, Gluck
 Sol Gabetta (violoncelle), Bertrand Chamayou (piano), Patricia Petibon (soprano). La Cetra (Karel Valter, direction). / Illustrations : © RaphaĂ«l Faux /   gstaadphotography.com / GSTAAD MENUHIN Festival 2019

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A VENIR... Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL se dĂ©roule en Suisse (Saanenland) jusqu’au 6 septembre prochain. Parmi les nombreux Ă©vĂ©nements musicaux annoncĂ©s, voici nos 10 coups de coeur Ă  ne pas manquer :

 

 

1
Samedi 3 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
La Truite – Semaine française IV
Ibragimova, Power, Gabetta & Chamayou
Alina Ibragimova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Lawrence Power, alto
Sol Gabetta, violoncelle
Yann Dubost, contrebasse
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-03-08-19-2

 

 

2
Dimanche 11 août 2019
18h00, Eglise de Saanen
Concert orchestral
80 ans de Bartók à Gstaad – Bartók et la Suisse I
Bertrand Chamayou & Kammerorchester Basel
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019
Kammerorchester Basel

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19

 

 

3
Jeudi 15 août 2019
17h30, Tente du Festival de Gstaad
L’Heure Bleue
Gstaad Conducting Academy – Concert de clîture III
Gstaad Festival Orchestra
Etudiants de la Gstaad Conducting Academy

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/l-heure-bleue15-08-19

 

 

4
Samedi 17 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
PathĂ©tique – Manfred Honeck & Seong-Jin Cho
Gstaad Festival Orchestra II
Seong-Jin Cho, piano
Gstaad Festival Orchestra
Manfred Honeck, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-17-08-19

 

 

5
Vendredi 23 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
GALA Concert orchestral
Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Vivaldi : airs d’opĂ©ras & concertos
Les Musiciens du Prince – Monaco
Andrés Gabetta, Violine & Konzertmeister

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-23-08-19

 

 

6
Samedi 24 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Opéra version de concert
Carmen
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano (Carmen)
Marcelo Alvarez, ténor (Don José)
Julie Fuchs, soprano (Micaëla)
Luca Pisaroni, baryton (Escamillo)
Uliana Alexyuk, soprano (Frasquita)
SinĂ©ad O’Kelly, mezzo-soprano (MercĂ©dĂšs)
Manuel Walser, baryton (Le DancaĂŻre)
Omer Kobiljak, ténor (Le Remendado)
Alexander Kiechle, basse (Zuniga)
Dean Murphy, baryton (MoralĂšs)
ChƓur philharmonique de Brno
Orchestre de l’OpĂ©ra de Zurich – Philharmonia Zurich
Marco Armiliato, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/opera-concertant-24-08-19

 

 

7
Vendredi 30 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
Capriccioso – Daniel Lozakovich
Daniel Lozakovich, violon
Sergei Babayan, piano

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-30-08-19

 

 

8
Samedi 31 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction
Symphonie Fantastique de Berlioz / Concertopour violoncelle n°1 de Saint-Saëns

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

 

 

9
Dimanche 1er septembre 2019
18h, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
De Wagner à Ravel – Classique France-Allemagne
Klaus Florian Vogt & Gergely Madaras
Klaus Florian Vogt, ténor
Airs de Parsifal, Lohengrin (Wagner) / Boléro de Ravel
Orchestre National de Lyon
Gergely Madaras, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-01-09-19

 

 

10
Vendredi 6 septembre 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
«Rach 3»
Myung-Whun Chung & Yuja Wang
Yuja Wang, piano
Staatskapelle Dresden
Myung-Whun Chung, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-06-09-19

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS ET LES MODALITES DE RESERVATIONS
sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr

 

 

 

 

CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. À la source d’un genre riche en reprĂ©sentants Ă  chaque siĂšcle, et bien avant ceux de Mozart (dĂ©sarmant, sincĂšre … autobiographique ?), Berlioz (spectaculaire et spatial), Verdi (opĂ©ratique mais si fraternel)… Ă©blouit, tel un gemme tombĂ© du ciel, celui lumineux et solaire de l’espagnol TomĂĄs Luis de Victoria (1548 – 1611), maĂźtre de la polyphonie Renaissance. Autant ses successeurs, exprimeront les souffrances des pĂȘcheurs, l’incertitude du croyant, la figure effrayante de la mort inflexible, autant Victoria illuminĂ© lui-mĂȘme par la grĂące de la rĂ©vĂ©lation, peint au cours de ce sommet de la ferveur datĂ© de 1603 (pour les funĂ©railles de l’impĂ©ratrice douairiĂšre Marie de Habsbourg), les champs cĂ©lestes du Paradis
 ceux promis pour les justes, mais aussi l’extase des Ă©lus, la bĂ©atitude bienheureuse qu’offrent et diffusent les sphĂšres divines. L’auditeur est comme aspirĂ© vers des hauteurs de plus en plus vertigineuses Ă  peine concevables.

 

 
 

 

VERTIGES ET SENSATION DES HAUTEURS RÉVÉLÉES

 

 

Mais c’est davantage qu’une reprĂ©sentation abstraite et plus qu’une opĂ©ration de lĂ©vitation, car Vox Luminis par la rondeur de la sonoritĂ© collective, la maĂźtrise des nuances, expriment aussi la tendresse d’un Ă©tat de bien-ĂȘtre inouĂŻ. L’ensemble Ă  l’articulation enveloppante et pourtant aussi dĂ©taillĂ©e, plus intelligible que certains anglais, rĂ©vĂšlent la force poĂ©tique des textes, entre imploration et tendresse, comme l’impressionnante architecture de la partition, de l’ombre et son mystĂšre, Ă  la lumiĂšre des hauteurs rĂ©vĂ©lĂ©es.

victoria tomas luis polyphonie 1603 Officium defunctorum critique dossier concert classiquenewsDu chƓur de l’Ă©glise Saint-Martin encore ancrĂ©s au sol et rĂ©solus en une disposition en miroir, jusqu’Ă  la tribune au dessus du porche occidental : voix des anges plutĂŽt que chƓur implorant, les chanteurs de Vox Luminis expriment l’essence mĂȘme de cette Ă©criture faite splendeur et lumiĂšre. Comme le Livre des morts de l’Egypte ancienne (et clĂ© de voĂ»te de toute la croyance populaire dans l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne), c’est une traversĂ©e d’abord inquiĂšte et intranquille puis immĂ©diatement resplendissante qui nous est rĂ©servĂ©e. Vox Luminis rĂ©alise finalement une promesse exaucĂ©e, celle du dernier voyage dont il font une fabuleuse expĂ©rience : de la nuit Ă  l’aube des bienheureux. Les fabuleux passeurs sont nos guides pour une musique divine (au sens propre du terme). Ils achĂšvent le voyage dans les hauteurs, sur la tribune du porche, enveloppĂ©s dans les ondes cĂ©lestes qui offrent confort et fĂ©licitĂ©.

Au final, Vox Luminis nous fait entendre la richesse d’une partition parfaitement construite, synthĂšse et grand Ɠuvre personnelle, comme le sera la Messe en si de Bach (que l’ensemble a interprĂ©tĂ© l’annĂ©e derniĂšre pour Musique & MĂ©moire : voir notre reportage vidĂ©o Vox Luminis chante JS BACH au 25Ăš festival Musique et MĂ©moire). En un contrepoint sensible, apportant dans cette fresque inspirĂ©e qui tend Ă  l’éther, Jean-Charles Ablitzer fait sonner le somptueux orgue ibĂ©rique de l’église de Grandvillars, ajoutant Ă  la rĂ©alisation, une caractĂ©risation elle aussi bienheureuse. Mais aussi « efficace » car il faut bien accompagner les chanteurs pendant leur pĂ©rĂ©grination, du chƓur terrestre Ă  la tribune occidentale, cĂ©leste. Du grand art, en complicitĂ©.

Debout le public sidĂ©rĂ© applaudit chaleureusement les chanteurs et leur chef (Lionel Meunier) en un nouvel accomplissement qui est aussi une premiĂšre absolue pour les interprĂštes. CrĂ©ation et commande du festival Musique et MĂ©moire, ce concert demeurera mĂ©morable pour les festivaliers. Il est vrai que le directeur Fabrice Creux a ce don rare de choisir les interprĂštes, les oeuvres et les lieux, au bon moment. VoilĂ  qui fait de Musique et MĂ©moire l’Ă©crin d’expĂ©riences musicales aussi dĂ©cisives, autant pour le public que pour les artistes. En 2019, le festival dans les Vosges du Sud nous promet bien d’autres (re) decouvertes prometteuses… A suivre.

 

 
 

 

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CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. Prochains concerts Musique & MĂ©moire 2019 : WEEK END II ou “Acte II” : ALIA MENS joue JS BACH, du vendredi 25 juillet au dimanche 28 juillet 2019. Nouveau cycle de concerts incontournables dans les Vosges du sud, cet Ă©tĂ©.

 

 
 

 

REPORTAGE VIDEO. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25Ăš Ă©dition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE
 Peu Ă  peu, le Festival Musique & MĂ©moire (Vosges du Sud) a rĂ©vĂ©lĂ© des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques dĂ©fricheurs, exigeants. C’est le bĂ©nĂ©fice d’une ligne artistique qui fonde son action auprĂšs des artistes dans le sens d’un compagnonnage inĂ©dit
 des rĂ©sidences qui se dĂ©clinent pour chaque ensemble invitĂ© et donc associĂ©, Ă  3 annĂ©es de recherche, d’expĂ©rimentation, de consolidation. L’écriture suprĂȘme de Jean-SĂ©bastien Bach y tient une place en or – phĂ©nomĂšne singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien. VOIR notre reportage vidĂ©o JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

 

 

 

 
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LIRE aussi nos autres critiques comptes rendus des concerts FESTIVAL MUSIQUE & MEMOIRE 2019 :

 

COMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN


 

 

COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis. Au mĂ©rite du Festival Musique & MĂ©moire revient l’originalitĂ© de ce programme qui dĂ©voile ce qu’ailleurs on Ă©carte pour cause de focus trop « musicologique » : la verve en diable d’un auteur espagnol au carrefour du XVIĂš et du XVIIĂš, soit Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654) dont l’oeuvre avait Ă©tĂ© en partie rĂ©vĂ©lĂ©e dans le trĂšs bon coffret discographique publiĂ© par le Festival en mars dernier : coffret 2 cd / EL SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Arauxo, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2019. En rĂ©alitĂ© rien de pontifiant ni de spĂ©cialisĂ© : les spectateurs et festivaliers ont pu se dĂ©lecter d’un exceptionnel rĂ©cital engageant l’acoustique du lieu, la caractĂšre de l’orgue, en adĂ©quation parfaite avec la musique choisie.

Orgue et spiritualitĂ© de l’Espagne baroque

Cet aprĂšs midi (17h), nous retrouverons l’orgue ibĂ©rique de Grandvillars, inaugurĂ© l’annĂ©e derniĂšre, et aussi l’organiste Jean-Charles Ablitzer qui en a pilotĂ© le chantier. Au final, l’instrument remarquable vient complĂ©ter le riche patrimoine d’orgues sur le territoire des Vosges du Sud, et se montre parfaitement adaptĂ© au choix du compositeur et des partitions abordĂ©es ; les fameux Tientos dont 9 ici sont issus de son recueil publiĂ© en 1626. S’y libĂšre une fantaisie libre qui frappe par son invention, qu’il s’agisse de la main gauche et de la main droite, Arauxo ayant toujours le souci des ruptures, des contrastes ; son Ă©criture fourmille d’idĂ©es et de schĂ©mas imprĂ©vus, oĂč s’affirment les vocalises infinies (pour les 2 claviers) comme ce goĂ»t irrĂ©pressible des accents harmoniquement dissonants. AprĂšs l’atelier vĂ©nitien, celui flamboyant, sensuel, majestueux de Giovanni Gabrielli, incarnĂ© par La Fenice / Jean TubĂ©ry (concert Ă  Lure, ouverture de ce 26Ăš Festival Musique & MĂ©moire, la veille au soir : vendredi 19 juillet 2019), voici l’éblouissante virtuositĂ© expĂ©rimentale d’Arauxo, prĂȘtre et compositeur, organiste Ă  SĂ©ville et SĂ©govie, probablement d’origine portugaise.
La verve et l’imagination de ce prodigieux conteur indiquent un tempĂ©rament hors normes qui permet de mesurer les ressources saisissantes de l’orgue ibĂ©rique ainsi magnifiĂ©, d’autant que le jeu de Jean-Charles Ablitzer rĂ©pond aux dĂ©fis de partitions surprenantes : prĂ©cis et nuancĂ©, virtuose et dĂ©taillĂ©, il sait surtout indiquer le sens et la direction de piĂšces moins pĂ©dagogiques ou dĂ©monstratives que l’on veut bien le dire : des piĂšces de caractĂšre, vrais dĂ©fis pour l’interprĂšte, dont il faut trouver le liant unificateur, le flux organique naturel pour en rĂ©soudre la succession d’épisodes trĂšs diffĂ©rents. Rond et percutant, aussi facĂ©tieux et inspirĂ© que le compositeur lui-mĂȘme, Jean-Charles Ablitzer offre l’illusion d’un concert aux Ă©preuves rĂ©solues, entre expression et intention, comme si nous assistions Ă  un concert d’improvisations en Espagne au temps d’Arauxo. Eloquente rĂ©surrection.

POITIERS, TAP : Vox Luminis rĂ©enchante Bach et SchĂŒtzLe bel Ă©crin de l’église Saint-Martin de Grandvillars assure une acoustique idĂ©ale pour ce type de rĂ©pertoire : orgue et voix. Car les 9 tientos d’Arauxo ponctuent un itinĂ©raire spirituel composĂ© de piĂšces magistrales signĂ©es Victoria et surtout Morales dont on demeure frappĂ© par la piĂ©tĂ© Ă  la fois austĂšre et majestueuse (dernier Ă©pisode extrait de son Officium Defunctorum : Parce mihi, Domine, / Nihil enim sunt dies mei : « Epargne-moi Seigneur, car mes jours ne sont rien »). Si Victoria nous laisse apercevoir la lumiĂšre des bĂ©atitudes cĂ©lestes, Morales ne cache rien de la terreur profonde qui rĂ©duit l’homme Ă  la poussiĂšre et Ă  la vacuitĂ©. Il faut absolument lire et approfondir la haute spiritualitĂ© de ses vers pour apprĂ©cier dans toute leur clartĂ© onctueuse, le verbe articulĂ©, le geste sonore d’une superbe cohĂ©rence collective de Vox Luminis.

« Si j’ai pĂ©chĂ©, que t‘ai je fait, Ă  toi,
l’observateur attentif de l’homme ?
Pourquoi m’as tu pris pour cible,
pourquoi te suis Ă  charge ?
Ne peux-tu tolérer mon offense,
passer sur ma faute ?
Car bientÎt je serai couché dans la poussiÚre,
tu me chercheras,
et je ne serai déjà plus. »

La foi baroque espagnole s’impose ainsi par son rĂ©alisme cru (vers tirĂ©s du Livre de Job), son dĂ©nuement, son mysticisme tissĂ© dans l’humilitĂ© et la vanitĂ©, un souffle qui est touchĂ© par la grĂące et, dĂ©jĂ , simultanĂ©ment l’insigne du renoncement (comme pour compenser l’orgueil de la priĂšre). Vox Luminis ferme les interventions chorales par ce sublime Ă©noncĂ© qui renvoie Ă  nos propres expĂ©riences intimes : une intonation saisissante de sincĂ©ritĂ©, et dans la nef du vaisseau de Grandvillars, dans sa rĂ©sonance idĂ©ale, la concrĂ©tisation musicale d’une conscience incandescente, presque rasserĂ©nĂ©e : l’imploration se fait dans la rĂ©alisation vocale, acte de tendresse, et dĂ©jĂ  volontĂ© d’apaisement. Par la magie des lieux, l’engagement des interprĂštes, la qualitĂ© propre d’un superbe orgue, le concert s’inscrit parmi les grands moments de Musique & MĂ©moire. Et pourtant, le programme qui suit Ă  21h dans le mĂȘme lieu allait franchir un jalon supplĂ©mentaire.

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COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

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CD : El Siglo de Oro (Jean-Charles Ablitzer / Festival Musique & MĂ©moire, 2018)

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. El SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018). En 2 cd, remarquablement Ă©ditĂ©s (livret et illustrations de grande valeur, dĂ©taillant les qualitĂ©s de l’instrument ibĂ©rique rĂ©cemment inaugurĂ© Ă  Grandvillars, en oct 2018), le coffret Ă  l’initiative du festival Musique & MĂ©moire souligne l’Ɠuvre de dĂ©fricheur de l’organiste Jean-Charles Ablitzer (par ailleurs artiste associĂ© du Festival des Vosges du sud) ; sa recherche sur l’organologie Ă©largit toujours les champs de connaissances comme elle ne cesse de poser des questions sur la maniĂšre d’interprĂ©ter une trĂšs riche littĂ©rature musicale. S’agissant de l’orgue ibĂ©rique, voici un jalon indiscutable qui lĂšve le voile sur la diversitĂ© des Ă©critures comme l’originalitĂ© de la facture instrumentale Ă  l’époque de Charles Quint et de ses successeurs
 Lire notre critique intĂ©grale du cd El Siglo de oro (Jean-Charles Ablitzer / Festival Musique & MĂ©moire, 2018)

COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN
 Alors que la monarchie en France cherche encore la musique de sa gloire, Venise a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© la sienne Ă  travers la chapelle de son Doge, incarnation vivante et thĂ©ĂątralisĂ©e de sa puissance sur les mers (en particulier depuis la bataille de LĂ©pante, 1571). En peinture, les maĂźtres de la couleur affirment un sens innĂ© de l’architecture et des compositions vertigineuses qui font d’ailleurs dĂ©lices et splendeur du dĂ©cor du palais des doges : Tintoret (et sa formidable Ă©vocation du Paradis en anneaux cĂ©lestes), en attestent son souffle, sa carrure, son rythme dĂ©jĂ  baroque de la mise en scĂšne… MĂȘme Ă©clat, mĂȘme faste et intelligence des mouvements et de l’espace chez Giovanni Gabrielli (1557 – 1612) dont la puissante polyphonie, le sens des contrastes, le raffinements des couleurs instrumentales (cordes, cornets, trombones) semblent ici concrĂ©tiser un absolu expressif qui concentre et les recherches musicales, et le prestige du doge.
Grand dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire et de cette pĂ©riode oĂč tout se joue entre Renaissance et Baroque, Jean TubĂ©ry rĂ©unit autour de lui instrumentistes et chanteurs pour Ă©voquer le cĂ©rĂ©moniel du couronnement du Doge Giovanni Bembo Ă  Venise, probablement vers 1615. Sous les coupoles de San Marco, – la chapelle du Doge, se dĂ©ploie comme nulle part ailleurs, l’esthĂ©tique Ă  la fois spatialisĂ©e et d’un grand raffinement de timbres, en rapport avec le riche dĂ©cor des mosaĂŻques d’or. Il paraĂźt Ă©vident que Gabrielli a connu le remarquable recueil des VĂȘpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (1557 – 1643), datĂ© de 1610 : vrai laboratoire mĂȘlant avec une rare intelligence expĂ©rimentale, styles modernes et anciens. De Giovanni Ă  Claudio (nĂ©s la mĂȘme annĂ©e), rayonnent une mĂȘme libertĂ© du geste, l’amour des combinaisons nouvelles, le sens des jeux formels, une volontĂ© inĂ©dite de renouveler et inventer les formes musicales en variant effectifs et dĂ©veloppements.

 
 

 
 

Pour lancer le 26Ăš Festival Musique & MĂ©moire, Jean TubĂ©ry et La Fenice Ă©voquent le couronnement du Doge Giovanni Bembo
 Ă  VENISE, Ă  San Marco et au Palazzo Ducale…

VENISE, 1615

 
 

Giovanni Bembo incoronazione a venezia la fenice jean tubery critique musique et memoire festival critique concert opera messe classiquenews 26 e festival musique et memoire 2019Autant d’inventions qui renouvellent le stricte cadre d’une cĂ©lĂ©bration officielle et pompeuse. Car c’est bien ce que nous permet d’écouter Jean TubĂ©ry et les musiciens de son ensemble La Fenice (la formation fĂȘtera ses 30 ans en 2020) : la richesse et la sensualitĂ©, le dramatisme et la vitalitĂ©. Venise n’a pas encore inventĂ© l’opĂ©ra (1637), mais elle a dĂ©sormais tous les Ă©lĂ©ments du langage pour rĂ©ussir ce dĂ©fi. 10 annĂ©es avant, on reste saisi par la facultĂ© Ă  varier, le souci de sĂ©duire et d’envelopper, la volontĂ© d’articuler par la voix et l’instrument, traitĂ©s Ă  Ă©galitĂ©. De Gabrieli Ă  Monteverdi (et vice versa) circule la mĂȘme ambition inventive, d’autant que Claudio Monteverdi succĂšde Ă  son aĂźnĂ© au poste de maĂźtre de chapelle de San Marco en 1614. Puis en 1617, sont publiĂ©es plusieurs recueils de la musique de Gabrieli alors que Claudio est responsable de toute la musique officielle Ă  San Marco. Il est donc plus que lĂ©gitime d’associer les deux signatures : opportunitĂ© pertinente qui Ă©claire cet atelier vĂ©nitien entre les deux styles (antico et moderno), une communautĂ© de sensibilitĂ© et de recherches, aux maniĂšres quasi interchangeables (comme en leur atelier « cubiste », Picasso et Braque peignant de la mĂȘme façon au dĂ©but du XXĂš). Ici la proximitĂ© est indĂ©niable : elle dĂ©voile ce laboratoire musical intense et rĂ©formateur, entre Renaissance et Baroque, pĂ©riode mixte, intermĂ©diaire, dĂ©licieusement ambivalente dont le Festival Musique et MĂ©moire aime prĂ©ciser la dynamique des ferments mĂȘlĂ©s.

Le concert dĂ©bute Ă  l’orgue positif (aux trĂšs riches couleurs instrumentales) qui ponctue toute l’architecture du concert ; puis c’est le vertigineux motet concertant (Motetto concertato) pour voix et instruments de Giovanni Gabrielli : « In ecclesiis benedicte Domino », vĂ©ritable cathĂ©drale bondissante et rugissante, sensuelle et mĂȘme caressante dont la prodigieuse architecture indique l’ambition de spatialisation, le souffle pictural, le sens dramatique aussi dans les longues vagues sonores qui n’en finissent pas d’étirer leur superbe ondulation. S’il ne fallait retenir qu’une piĂšce de Gabrielli, celle ci s’affirme sans discussion. Jean TubĂ©ry ajoute le « Laudate Dominum » de Francesco Usper (1561 – 1641), autre formidable partition, trĂšs dramatique lĂ  encore, exclamative dont on savoure le jeu dialoguĂ© entre cuivres (profondeur et majestĂ© des trombones) et cordes (brillance des violons). Joueur de l’instrument, le chef et crĂ©ateur de La Fenice, n’omet pas la place premiĂšre du cornet, dont l’aigu infini dessine l’extrĂ©mitĂ© d’un spectre sonore Ă©largi, contrastant avec le grave spectaculaire (chtonien) des mĂȘmes trombones, complĂ©tĂ©s par le basson.
C’est Ă  Venise aussi que se fixent les premiĂšres formes de musique instrumentale pure : le goĂ»t des timbres associĂ©s, diversifiĂ©s, alternĂ©s s’affirment dans plusieurs piĂšces qui font converser dans l’esprit d’un chambrisme qui se façonne alors, cornets, violons, cuivres amples et articulĂ©s.
Le collectif, instrumentistes et chanteurs, s’enivre et joue la surenchĂšre en un festival de couleurs et de nuances dont le but ultime cherche Ă  fusionner majestĂ© et sensualitĂ©, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. A l’égal des peintres qui ont marquĂ© d’un Ăąge d’or le siĂšcle prĂ©cĂ©dent Ă  Venise, les musiciens s’offrent et affirment la mĂȘme maestriĂ , dans l’opulence, la couleur, une suavitĂ© nouvelle qui fait bien de la CitĂ© lacustre, en ce dĂ©but du XVIIĂš (Seicento), le premier laboratoire artistique d’Europe. InspirĂ© par son sujet, pilotant les effectifs de la Fenice auxquels se joignent deux jeunes instrumentistes locaux pour le dernier Ă©pisode (« Jubilate Deo Omnis terra », particuliĂšrement festif), Jean TubĂ©ry illustre idĂ©alement son sujet : le couronnement du Doge, Ă  San Marco puis au Palais ducal (Palazzo Ducale) ; il en ressuscite l’énergie impĂ©tueuse, la riche palette sonore, l’ampleur et les Ă©tagements vertigineux. Pour inaugurer, le 26Ăš festival Musique et MĂ©moire, on ne pouvait rĂȘver meilleure arche Ă  la fois majestueuse et raffinĂ©e, sacrĂ©e et profane, incarnĂ©e, dramatique et spirituelle.

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (26Ăšme Festival MUSIQUE ET MÉMOIRE) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry

FESTIVAL CLASSICA : l’Ă©vĂ©nement au QuĂ©bec, classique et populaire. Bilan 2019 et 10Ăš Ă©dition en 2020

Marc-BOUCHER baryton festival classica-200x300COMPTE-RENDU, festivals. QuĂ©bec, Festival CLASSICA Ă  Saint-Lambert – 9Ăš Ă©dition 2019 : portant la dĂ©jĂ  9Ăš Ă©dition de son festival CLASSICA, Ă©vĂ©nement majeur au sein de l’agenda des festivals du printemps au QuĂ©bec, le baryton Marc Boucher confirme un rare talent, capable de concilier musique classique et grand public, concerts en salles fermĂ©es et Ă©vĂ©nements en plein air, partitions hyperconnues et joyaux oubliĂ©es
 C’est une vision large et lĂ©gitime, aux Ă©quilibres exemplaires, qui cultive l’éclectisme et l’accessibilitĂ© des rĂ©pertoires, la diversitĂ© des formes choisies, telles les fondamentaux d’une offre Ă  prĂ©sent inscrite dans le paysage musical quĂ©bĂ©cois. En terres francophones, l’évĂ©nement fĂ©dĂ©rateur situĂ© en MontĂ©rĂ©gie, soit sur la rive sud du Saint-Laurent, fidĂ©lise Ă  prĂ©sent un trĂšs large public canadien ; il a toutes les chances d’attirer aussi Ă  MontrĂ©al, un nombre de plus en plus importants de visiteurs et touristes français, depuis l’autre rive de l’Atlantique. Mais l’édition 2019 n’est qu’un prĂ©lude Ă  la grande Ă©dition 2020, 
 celle des 10 ans du Festival et des cĂ©lĂ©brations Beethoven (250Ăšme anniversaire en 2020).

 

 

 

I
RÉCITAL – CONCOURS DE MÉLODIES : LA PASSION DE LA LANGUE FRANCAISE

 
Mais l’évĂ©nement – nous le disions dĂ©jĂ  en 2018, pourrait marquer tout simplement l’histoire des festivals francophones : l’interprĂšte directeur dĂ©fend la langue française et la culture quĂ©bĂ©coise comme peu (les deux notions ne sont-elles pas liĂ©es?) ; d’oĂč son idĂ©e depuis 3 ans dĂ©jĂ , d’organiser une compĂ©tition pour les chanteurs qui chantent en français : ainsi est nĂ©e le RÉCITAL-CONCOURS international de mĂ©lodies françaises (3Ăš Ă©dition en juin 2019). Son originalitĂ© est dans son titre : c’est d’abord un rĂ©cital en public, avant d’ĂȘtre une compĂ©tition. Ici, chaque interprĂšte chante l’intĂ©gralitĂ© de son programme : pas de coupures ni de commentaires expĂ©ditif de la part d’un jury narquois et arrogant. Le public comme les 6 « juges » prĂ©sents dans la salle jaugent, analysent, et notent enfin les interprĂštes les plus mĂ©ritants : ceux qui articulent un texte et qui savent en exprimer l’intensitĂ© Ă©motionnelle. Celles et ceux qui savent emporter avec eux, les auditeurs dans une histoire qui se vit au moment de la prestation, Ă  travers les images de textes souvent trĂšs poĂ©tiques. Rien de moins.
CONCOURS-MELODIES-FRANCAISES-annonce-2019-quebec-2019Quoi de plus naturel en vĂ©ritĂ© que d’expliquer et faire rayonner l’art si difficile de la mĂ©lodie française au QuĂ©bec ? : articulation, prononciation, intonation
 le français y est plus qu’ailleurs, une passion rĂ©gionale ardemment dĂ©fendue ; de la mĂȘme façon, n’y a-t-il pas depuis des dĂ©cennies, et mĂȘme bien avant, une Ă©cole de chanteurs francophones QuĂ©bĂ©cois, dont la maĂźtrise et l’intelligibilitĂ©, la musicalitĂ© et l’engagement dĂ©passent bien souvent les chanteurs français eux-mĂȘmes ? VoilĂ  expliquĂ©es deux rĂ©alitĂ©s indiscutables qui lĂ©gitiment aujourd’hui l’initiative depuis le QuĂ©bec.
Son fonctionnement est moderne et devrait inspirer moult compĂ©titions françaises, rigidifiĂ©es par des pratiques d’un autre Ăąge. Le concours est ici d’abord, un rĂ©cital : c’est un concert Ă  l’adresse du public, dans lequel l’interprĂšte est invitĂ© Ă  dĂ©fendre son propre programme (5 mĂ©lodies françaises dont une canadienne pour la demi finale – puis, un cycle intĂ©grale, quelle que soit sa durĂ©e
 pour la finale).
A chaque sĂ©ance, le public vote comme les 6 juges : au total, chaque vote compte pour 50% de l’évaluation globale. Il s’agit de distinguer les chanteurs professionnels ou en professionnalisation qui dĂ©fendent leur interprĂ©tation ; qui sont capables de raconter leur conception de l’histoire, Ă  niveau de technique Ă©gale. L’art du diseur, l’articulation naturelle et l’intelligibilitĂ© sont ici des qualitĂ©s essentielles dont la maĂźtrise fait les plus grands chanteurs. En dĂ©fendant cette conception du beau chant français, Marc Boucher, Ă©mule d’un Philippe Martinon, grand spĂ©cialiste de diction au milieu du XXĂš, devient un dĂ©fenseur incontournable de la mĂ©lodie, laquelle favorise et enrichit l’expĂ©rience du chanteur lyrique.

Demain, le RÉCITAL-CONCOURS qui a lieu Ă  Saint-Lambert, Ă©picentre du festival depuis ses dĂ©buts, reconnaĂźtra les tempĂ©raments les plus convaincants, le temps de ce rĂ©cital unique au monde, comme une Ă©tape dĂ©cisive et obligĂ©e pour qui veut affirmer sa maestria et sa lĂ©gitimitĂ© dans le genre. Et lorsque l’on songe au vivier impressionnant de chanteurs francophones au QuĂ©bec, tous les espoirs pour de prochaines Ă©ditions passionnantes sont dĂ©sormais possibles. A l’issue de la Finale 2019 (16 juin 2019), c’est la soprano Caroline GĂ©linas qui a obtenu le Premier Prix (fusionnant les votes du jury et du public).

DU CONCERT AU DISQUE. Des romances de Berlioz aux mĂ©lodies de Massenet. Marc Boucher sait aussi conserver la trace de programmes dĂ©fricheurs qui ont fait l’évĂ©nement du festival CLASSICA. Lors du grand week-end Ă  Saint-Lambert, Ă©taient recrĂ©es les 25 romances de Berlioz, pour voix et guitare ; un dispositif original et intimiste qui aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en concert (samedi 1er juin 2019) Ă©tait dans la foulĂ©e enregistrĂ© (prochaine parution prĂ©vue Ă  l’automne 2019 chez Atma / avec la soprano Magali Simard-GaldĂšs, laurĂ©ate 2018 du RĂ©cital Concours de mĂ©lodies françaises, et le tĂ©nor Antonio Figueroa, avec le guitariste David Jacques). Un programme qui en s’inscrivant dans l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations Berlioz 2019, dĂ©voile un pan mĂ©connu de l’écriture du Romantique français.

faure integrale melodies marc boucher olivier godin pour ATMA classique 4 cd par classiquenews la critique du cd En novembre 2019, un nouveau projet au long cours occupera Marc Boucher : une nouvelle intĂ©grale
 de mĂ©lodies bien sĂ»r, celles de Jules Massenet, soit plus de 300 airs restituĂ©s avec une plĂ©iade de chanteurs diseurs triĂ©s sur le volet, et avec la singularitĂ© sonore (mais si lĂ©gitime, et mĂȘme bĂ©nĂ©fique pour la ligne vocale des solistes) du piano historique, un Erard 1854 (avec lequel s’est d’ailleurs dĂ©roulĂ© le dernier RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises : la nuance est d’importance car elle rĂ©vĂšle aussi le souci du format sonore le plus proche de l’époque des salons parisiens oĂč ont Ă©tĂ© chantĂ©s la majoritĂ© des mĂ©lodies françaises). Visionnaire, infatigable dĂ©fricheur, surtout interprĂšte et perfectionniste, Marc Boucher ne cĂšde rien Ă  la qualitĂ© artistique de chacun de ses projets. C’est d’ailleurs ce qui avait fondĂ© la rĂ©ussite de sa prĂ©cĂ©dente intĂ©grale, dĂ©diĂ©e aux mĂ©lodies de Gabriel FaurĂ©, somptueux et dĂ©lectable somme artistique, aujourd’hui de rĂ©fĂ©rence (4 cd Atma, CLIC de CLASSIQUENEWS, paru Ă  l’étĂ© 2018).

 

 

 

II
SUR LES TRACES DE BERLIOZ : REINVENTER L’EXPÉRIENCE ORCHESTRALE DU XXIE SIECLE
 UNE CERTAINE IDÉE DU PLEIN AIR.
 
En visionnaire, Marc Boucher devance aussi l’évolution des orchestres, telle qu’elle se manifeste dĂ©jĂ  en France. Le temps des phalanges routiniĂšres, souvent fonctionnarisĂ©e, qui demeurent dans le seul cadre fermĂ© du concert en salle (souvent dans les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra dont ils assurent aussi la saison symphonique), est rĂ©volu, dĂ©passĂ©. Le classique souffre de son image Ă©litiste, cloisonnĂ©e, confinĂ©e, poussiĂ©reuse. A l’heure numĂ©rique et des rĂ©seaux sociaux, l’expĂ©rimentation, le renouvellement des formes du concert, le dĂ©roulement et la rĂ©alisation des programmes sont un chantier dĂ©sormais ouvert, qui permet aux orchestres 2.0 de toucher les jeunes publics, naturellement connectĂ©s. Les formations sont bien inspirĂ©es de vouloir rĂ©inventer Ă  l’adresse des audiences, l’expĂ©rience musicale et la relation aux instruments.

classica-festival-plein-air-concert-bee-gees-classica-2019-concerts-festivals-annonce-critique-festivals-crtiique-concerts-opera-classiquenews-plein-airCette annĂ©e, anniversaire BERLIOZ 2019, Marc Boucher offre un avant goĂ»t de ce qui pourrait devenir une expĂ©rience orchestrale digne de ce qu’inventait au XIXĂš, le grand Hector. Sur les pas de l’auteur de La Damnation de Faust et du Requiem, – rĂ©formateur de l’expĂ©rience orchestrale dĂšs 1845 avec ses concerts gĂ©ants au Cirque Olympique-, Marc Boucher tente le pari du tout symphonique en plein air, rĂ©alisĂ© par presque 100 musiciens d’orchestre regroupĂ©s sur une scĂšne, sous arabesque (vaste podium fermĂ© protĂ©geant les instrumentistes en cas de pluie). On sait les puristes, recroquevillĂ©s et plutĂŽt rĂ©tifs Ă  l’idĂ©e d’écouter un orchestre hors des salles acoustiques. Mais tout l’enjeu du classique pour demain n’est-il pas lĂ  justement ? Exposer le plus grand nombre Ă  une expĂ©rience orchestrale inouĂŻe, oĂč la spatialisation, les effets visuels, le choix rythmĂ© des Ɠuvres (composant une thĂ©matique) suivent un programme unifiĂ©, orchestrent un spectacle mĂ©morable. Ouvert pour tous.

Toutes les institutions musicales en France souffrent d’un trop faible renouvellement des publics. Les plus grands orchestres menacĂ©s d’isolement et de moins d’adhĂ©sion citoyenne, cherchent Ă  tout prix Ă  sĂ©duire le plus grands nombre : concerts bĂ©bĂ©s, concerts connectĂ©s, opĂ©ras et symphonies dans les stades, dans les gares ou dans les musĂ©es
 Ce dĂ©cloisonnement de mieux en mieux pensĂ© constitue pour les annĂ©es Ă  venir un vaste et dĂ©cisif laboratoire dont l’enjeu concerne les orchestres et leur facultĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer.
En proposant demain aux orchestres canadiens de s’exposer le temps d’une soirĂ©e hors normes chaque annĂ©e Ă  CLASSICA, Marc Boucher rencontre cette Ă©volution inĂ©luctable qui pourrait bien assurer le futur du classique orchestral. D’autant qu’au QuĂ©bec, les orchestres dignes de ce nom de manquent pas.

Le Festival CLASSICA organise depuis ses dĂ©buts de grands concerts de rock symphonique (hommage sur instruments classiques et avec la coopĂ©ration de choristes prĂ©parĂ©s, aux Rolling Stones ; aux Bee Gees, cette annĂ©e ; en 2020, il s’agira de David Bowie). La ville de Saint-Lambert et son parc de la Voie maritime accueilleront bientĂŽt un grand orchestre, des choristes et des solistes pour une soirĂ©e exceptionnelle, avec arabesque et grands Ă©crans, oĂč les grands noms de la variĂ©tĂ© française cĂŽtoient des airs d’opĂ©ra français, oĂč le classique montrera sa forte attractivitĂ© quand il est intelligemment mĂ©tissĂ©. Tout est affaire de goĂ»t et de dosage ; de ce point de vue, le directeur de CLASSICA maĂźtrise les Ă©quilibres.

 

 

 

III
2020, L’ANNÉE DE TOUS LES DÉFIS : De Beethoven à Miguela

 
Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 En 2020, un cycle supérieur en nombre devrait marquer la programmation (entre 3 et 5 grands concerts symphoniques sous les étoiles, alternant rock symphonique et programme purement classique), de quoi séduire de nombreuses phalanges, soucieuses de renouveler leur image et de conquérir de nouveaux spectateurs.
Mais l’édition CLASSICA 2020 Ă©largit encore son champs d’activitĂ©. IntitulĂ© de « Beethoven Ă  David Bowie » (comme il y eut « De Schubert aux Rolling Stones » et « De Berlioz aux Bee Gees »)  : un trĂšs riche cycle BEETHOVEN est annoncĂ© afin de cĂ©lĂ©brer l’anniversaire du grand Ludwig. Au programme d emai et juin 2020 : intĂ©grale des Sonates pour piano, Sonates pour violoncelle, pour violon, lieder et aussi Bagatelles (joyaux mĂ©connus), sans omettre en grand format justement et sur la grande scĂšne en plein air : la Missa Solemnis, l’oratorio Le Christ au mont des Oliviers (en partenariat avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing), les Symphonies n°3 et 5


 

 

MIGUELA DE DUBOIS, UNE CRÉATION MONDIALE TRES ATTENDUE.
CLASSICA comme tous les grands festivals internationaux cultive les genres symphoniques et populaires, les rĂ©citals chambristes, mais aussi le goĂ»t du chant, mĂ©lodies et opĂ©ra. CLASSICA n’est rien sans la prĂ©sence de la voix. Les Festivaliers retrouveront la 4Ăš Ă©dition du RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises (juin 2020, Ă©dition programmĂ©e comme chaque annĂ©e comme conclusion de l’évĂ©nement). Enfin, l’annĂ©e prochaine est celle de tous les dĂ©fis car y sera rĂ©alisĂ©e aussi la crĂ©ation du dernier opĂ©ra de ThĂ©odore Dubois, compositeur romantique français rĂ©cemment ressuscitĂ© ici et lĂ , mais de façon trop disparate pour juger pleinement de son Ă©criture comme de son tempĂ©rament lyrique. Marc Boucher prolonge ainsi le travail pionnier, rĂ©alisĂ© dans un vĂ©ritable esprit de famille et de troupe, avec son mentor, le regrettĂ© chef, fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire. Le chef français avait le souci de jouer les Ɠuvres de Dubois : Ă  Tourcoing furent ainsi crĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, l’oratorio Le Paradis perdu (dans une version orchestrale restaurĂ©e), puis l’opĂ©ra ABEN HAMET, Ă©blouissante production qui rĂ©unissait Marc Boucher, Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Hasnaa Bennani, Nora Sourouzian
).

LE VERDI FRANCAIS
dubois_theodoreRĂ©tablir la crĂ©ation de ce qui serait bien le dernier ouvrage de ThĂ©odore Dubois, Miguela, dans le sillon de ces Ɠuvres dĂ©jĂ  recrĂ©Ă©es est d’autant plus pertinent que son livret souligne les mĂȘmes thĂšmes que Aben Hamet (1884) : l’élan amoureux ici entre une espagnole et un officier français (dans Aben Hamet, il s’agit d’un arabe et d’une princesse catholique) confrontĂ© Ă  la violence de la guerre, du terrorisme, des armes. « ThĂ©odore Dubois est pour moi, le Verdi français », prĂ©cise Marc Boucher. « Comme Verdi, Dubois connaĂźt la voix ; il choisit les tessitures selon le profil dramatique des personnages ; sa prosodie est parfaite : chanter Dubois, c’est parler et respirer ; il n’y a aucun arrangement Ă  concĂ©der, aucune transposition Ă  envisager : tout coule de source, en parfaite connexion avec la situation dramatique, et les ressources de chaque tessiture ».
Le baryton en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il a interprĂ©tĂ© ses Ɠuvres et chantera aussi lors de la crĂ©ation de Miguela (le rĂŽle du mĂ©chant, Fernandes, l’agent de la barbarie et de la haine, celui qui ne cesse de rappeler Miguela Ă  son devoir
). La haine des autres contre l’amour de tous. VoilĂ  un schĂ©ma dĂ©jĂ  passionnant qui suscite la plus grande attente d’ici au printemps 2020 au QuĂ©bec. DĂ©jĂ , le directeur de CLASSICA, heureux de poursuivre l’enthousiasme et la curiositĂ© de Jean-Claude Malgoire par delĂ  l’Atlantique, prĂ©pare le matĂ©riel musical laissĂ© par ThĂ©odore Dubois. L’auteur du livret de Miguela est Jules Barbier, d’aprĂšs les derniĂšres dĂ©couvertes : Dubois a pu ainsi s’appuyer sur un homme d’expĂ©rience.
C’est Marc Boucher qui dans les cahiers constituant l’inventaire des Ɠuvres dĂ©posĂ©es Ă  BNF avait repĂ©rĂ© et identifiĂ© le dernier opus lyrique de ThĂ©odore Dubois, probablement composĂ© en 1891 : un ouvrage ambitieux (en trois actes et six tableaux), dans le style du grand opĂ©ra français qui tĂ©moigne des derniĂšres Ă©volutions lyriques du directeur du Conservatoire, au dĂ©but des annĂ©es 1890.
Miguela serait-il ce grand opĂ©ra romantique oubliĂ©, jalon essentiel de l’opĂ©ra français de la fin du XIXĂš et au dĂ©but du XXĂš, Ă  l’époque du dernier Verdi et des opĂ©ras de Massenet ? L’idĂ©e est sĂ©duisante. Pour Marc Boucher, Miguela se rapprocherait « de Manon de Massenet, dans une forme en route vers Falstaff oĂč le rĂ©cit accompagnĂ© est prĂ©dominant et oĂč l’intrigue bien qu’ayant ses protagonistes principaux, est soutenue par les rĂŽles secondaires. »
A l’heure des rĂ©surrections plus ou moins heureuses rĂ©vĂ©lant souvent de façon tronquĂ©e, des partitions exhumĂ©es que l’on croyait connaĂźtre, Marc Boucher a dĂ©cidĂ© de tout jouer : Miguela pourra ainsi ĂȘtre jugĂ©e dans sa continuitĂ© originelle. A la BNF, de fait, tout le matĂ©riel existait (le conducteur, la partie chant / piano, les parties d’orchestre
) ; ils attendaient d’ĂȘtre ressuscitĂ©es pour une crĂ©ation intĂ©grale. Probablement pour une rĂ©alisation partielle dĂ©cidĂ©e pour la Palais Garnier en 1916. « la genĂšse de l’opĂ©ra demeure mystĂ©rieuse ; beaucoup d’élĂ©ments de la genĂšse restent dans l’ombre » prĂ©cise Marc Boucher. Et d’ajouter en interprĂšte connaisseur :  « Il y a 12 rĂŽles : 2 pour voix de femmes dont un soprano lyrique pour le rĂŽle-titre ; et 10 voix masculines, le hĂ©ros amoureux Ă©tant ici chantĂ© par un tĂ©nor ; fait assez surprenant quand on sait le goĂ»t de Dubois pour la voix de baryton – comme Verdi : Aben Hamet est chantĂ© par un baryton ». En somme, Miguela est le sommet lyrique de ThĂ©odore Dubois, et certainement une prochaine rĂ©vĂ©lation majeure pour notre connaissance de l’opĂ©ra romantique français.

 

 

 

 

 

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classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaRĂ©servez dĂšs Ă  prĂ©sent votre sĂ©jour au QuĂ©bec, au moment du festival CLASSICA : concerts chambristes, grands Ă©vĂ©nements symphoniques en plein air, opĂ©ra en crĂ©ation, mais aussi le cycle Beethoven 2020
 promettent une nouvelle Ă©dition mĂ©morable, celle des 10 ans (« de Beethoven Ă  David Bowie »). Le rendez-vous est d’ores et dĂ©jĂ  pris.

 

 

TOUTES LES INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA
https://www.festivalclassica.com

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, Extrémo, Bélanger
 ONL, Alex. BLOCH

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, ExtrĂ©mo, BĂ©langer
 ONL, Alex. BLOCH. Ils l’avaient laissĂ© il y a deux ans, depuis des PĂȘcheurs de perles rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (entre autres par une direction sculptĂ©e et narrative, Ă©nergique et colorĂ©e, et une distribution oĂč brillait l’éclat de la jeunesse). Les musiciens de l’Orchestre National de Lille et leur directeur musical Alexandre Bloch, reprennent le mĂ©tier amorcĂ© et dĂ©diĂ© Ă  Georges Bizet. Pour lancer leur nouveau festival estival, « les Nuits d’été », voici donc Carmen, l’ultime opĂ©ra du maĂźtre romantique (1875) et dans un dispositif adaptĂ© au volume de l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. Ici pas de dĂ©cors ni de mise en scĂšne traditionnelle, mais une gigantesque fresque illustrĂ©e, mouvante, animĂ©e en fond de plateau, un narrateur mĂȘlant humour et citations du roman de MĂ©rimĂ©e (Carmen, 1845 dont s’est inspirĂ© Bizet), soit une mise en espace qui au dernier tableau, produit pour le public une immersion convaincante. De toute Ă©vidence, pour le National de Lille, ce nouveau pari – lyrique-, est amplement rĂ©ussi. Guide et rĂ©citant, enjouĂ©, prĂ©cis quand il cite la nouvelle de MĂ©rimĂ©e, le narrateur Alex Vizorek trouve le ton juste, sans pĂ©danterie, dans la dĂ©contraction qui sied infiniment Ă  un spectacle d’opĂ©ra (merci Ă  cette intelligence), osant mĂȘme des saillies bien trempĂ©es Ă  l’endroit des RĂ©publicains ou de Manuel Vals


 

 

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AprĂšs une ouverture riante et mĂ©diterranĂ©enne Ă  souhait oĂč le chef n’oublie jamais le drame ni mĂȘme la veine Ăąpre et tragique ; aprĂšs la premiĂšre apparition de la frĂȘle Micaela (ardente Gabrielle Philipponet remplaçant au pied levĂ© Layla Claire) ; aprĂšs le choeur rĂ©jouissant des enfants (chƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
 idĂ©alement prĂ©parĂ© dans l’Ă©vocation de la relĂšve de la garde), 
 voici enfin la « carmencita », furie sauvage, crĂ©ature bondissante, Ă  peine extirpĂ©e (par JosĂ©) d’un bain de sang, dans cette manufacture des cigariĂšres Ă  SĂ©ville… oĂč les coups de poignards tranchent la peau, oĂč la voluptĂ© des corps fĂ©minins dĂ©nudĂ©s est une provocation, une abomination Ă  faire se signer les puritains. L’opĂ©ra de Bizet est une peinture Ă©rotique franche : et son hĂ©roĂŻne revendique cette libertĂ© sĂ©ditieuse. A la fois dĂ©voreuse et menthe religieuse, Aude ExtrĂ©mo incarne une sirĂšne mĂ©morable ; elle dĂ©verse Ă  plein gosier le mĂ©tal onctueux et quasi caverneux de son ample mezzo : on aura rarement Ă©couter Carmen plus abyssale plus dominatrice, plus fatale
 C’est une arme de sĂ©duction massive. Quand elle chante, tout s’efface dans ce relief vocal, cette soie au souffle infini, Ă  la fois sensuel et monstrueux.

  

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH jouent Bizet
CARMEN revivifiée au Nouveau SiÚcle

 

 

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C’est une maĂźtresse Ăšs voluptĂ© ; on comprend que le trop frĂȘle Don JosĂ©, brigadier de pacotille, qui se place toujours dans l’ombre de sa mĂšre, se soit soumis corps et Ăąme sous l’attraction de cette enchanteresse dont la raucitĂ© fascine. Mais Ă  y rĂ©flĂ©chir plus scrupuleusement, le tĂ©nor quĂ©bĂ©cois Antoine BĂ©langer gagne en maturitĂ©, sĂ»retĂ© et Ă©paisseur en cours de drame ; dĂ©bord un rien serrĂ©s, ses formidables aigus se galbent et s’adoucissent; il rĂ©ussit Ă  rendre sincĂšre et dĂ©chirant son air de la fleur (magnifique voix de tĂȘte qui a la tendresse d’un garçonnet Ă©pris) puis trouve de justes accents dignes du thĂ©Ăątre tragique dans le duo final oĂč il tue son bourreau, Carmen 
 laquelle confesse qu’elle est bien le diable incarnĂ©.

 

 

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Finalement, aprĂšs ces 2h45 de spectacle, c’est lui le vrai hĂ©ros de la soirĂ©e capable sur la durĂ©e de construire son personnage, de le rendre crĂ©dible… de l’amoureux transi, au soldat pris de scrupules militaires quand le clairon sonne (chez Lilas Pastia), sans omettre le jaloux haineux (au III : vis Ă  vis du torero Escamillo, trop beau, trop noble trop arrogant : impeccable et presque hautain Florian Sempey) ; jusqu’au fou d’amour au IV, prĂ©fĂ©rant alors poignarder celle qu’il adore, plutĂŽt que d’accepter qu’elle le quitte. Ce frĂȘle transi est devenu par la force de sa passion, un sanguin criminel. La dĂ©testation qu’il Ă©prouve alors, est aussi intense que l’amour suscitĂ© par la Gitane au II.

 

 

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Outre l’acuitĂ© des scĂšnes et confrontations Ă©pineuses, passionnelles, rageuses, la rĂ©ussite de la soirĂ©e vient des illustrations animĂ©es qui offrent un commentaire visuel et chromatique aux tableaux musicaux ; les atmosphĂšres et les climats,  la puissance poĂ©tique de l’orchestre de Bizet, fait saillant du spectacle, s’en trouvent dĂ©cuplĂ©s.
Saluons l’imagination du plasticien GrĂ©goire Pont : ses dessins font respirer le drame orchestral ; ils revivifient le mythe de Carmen.

 

 

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Mais ne nous trompons pas : les protagonistes de choc ce soir sont bien chaque instrumentiste du National de Lille, fabuleux collectif capable de couleurs, d’accents, d’Ă©clats,.. souvent furieux, exacerbĂ©s mais souples. Le chef Alexandre Bloch veille essentiellement au drame. Et Ă  l’opulence dĂ©taillĂ©e de la parure orchestrale : sous sa direction affĂ»tĂ©e, les bois et les cuivres en particulier, redoublent d’intensitĂ© et d’ardeur, d’indĂ©cente voluptĂ© aussi, car ainsi on comprend combien la Carmen de Bizet ronronne, tempĂȘte, s’enflamme en lascive impudeur. Clarinette, hautbois, basson subjuguent littĂ©ralement comme le trompettiste solo au I, accompagnant le changement des gardes, descendante et montante. On y dĂ©tecte les mĂȘmes justes rĂ©glages et soucis des timbres qui font actuellement la valeur du cycle Gustav Mahler en cours.
Comme il l’avait superbement dĂ©montrĂ© en mai 2017, Alexandre Bloch dĂ©voile de rĂ©elles  affinitĂ©s lyriques, dans l’Ă©nergie et l’articulation dramatique. DĂ©jĂ , il s’agissait de Bizet mais celui lĂ  de jeunesse : les PĂȘcheurs de perles (sujet du premier enregistrement discographique entre Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille - enregistrĂ© en mai 2017, Ă©ditĂ© chez Pentatone en 2018).
On peut ici et lĂ  regretter chez certains solistes la perte dommageable du texte qui rend incomprĂ©hensible leur intervention, d’autant plus qu’il n’y a pas de surtitrage. Mais la direction souvent somptueuse du directeur musical Ă©claircit et mĂȘme explicite par le seul caractĂšre des prĂ©ludes (superbe intro du III entre autres), le sens et la direction des Ă©pisodes dont il saisit la poĂ©sie heureuse, le rĂȘve et la voluptĂ©, comme la pression du fatum : aucun doute, ce dernier Bizet Ă©poustoufle par son gĂ©nie mĂ©lodique, sa conception dramatique et par le raffinement de son orchestration.
Chef et orchestre nous transmettent le souffle et la vivacitĂ© riante, la plĂ©nitude et le nuancier mĂ©diterranĂ©en d’un Bizet souvent touchĂ© par la grĂące. C’est Manet devenu musicien, tant Alexandre Bloch en vrai amateur des timbres, rĂ©ussit les alliages et les dosages comme l’équilibre des pupitres. Le voici cet orchestre solaire et viscĂ©ralement latin, non pas tant « africain » comme l’a suggĂ©rĂ© Nietzsche alors en froid avec les brumes nordiques de Wagner, mais plutĂŽt fiĂ©vreux et passionnĂ©, d’une ivresse insolente, d’un dramatisme Ă  la fois sanguin et tendre. C’est un bel hommage que les interprĂštes ont ainsi rĂ©servĂ© au thĂ©Ăątre de Bizet, des PĂȘcheurs de perles Ă  Carmen.

Cette soirĂ©e fut un festin de couleurs Ă©panouies, joyeuses, aux cĂŽtĂ©s du drame noir et cru. ContrastĂ©, souverain, le National de Lille a bien raison de proposer ainsi son premier volet de son nouveau festival d’étĂ© « Les Nuits d’été » : un opĂ©ra chaque Ă©tĂ©, en juillet dans l’auditorium du Nouveau SiĂšcle. Pour une premiĂšre, c’est un triomphe au regard de la salle comble et plus qu’enthousiaste : convaincus, les spectateurs applaudissent debout tous les artistes. L’Orchestre dĂ©montre ainsi qu’il sait plaire Ă  son public. Ce dernier est prĂȘt Ă  le suivre pour de nouveaux dĂ©fis lyriques.

 

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La salle du Nouveau SiÚcle à Lille transformée en arÚnes de corrida pour le tableau final, celui tragique du meurtre de Carmen par Don José

 
  

 

 

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Carmen par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, avec Aude ExtrĂ©mo, Antoine BĂ©langer, Florian Sempey
 Ă  l’affiche du Nouveau SiĂšcle, les 10 et 11 juillet 2019. Incontournable.

Illustrations : © Ugo Ponte + ONL Orchestre National de Lille 2019

 

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Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Gabrielle Philipponet : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle CARMEN par l’Orchestre National de LILLE

LIRE notre entretien avec François Bou, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de LILLE Ă  propos du nouveau cycle estival d’opĂ©ras, Les Nuits d’Ă©tĂ©

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction. Programme plein d’audaces et voire ambitieux ne serait ce que par la prĂ©sence de deux Ɠuvres rares en concert : le Concertino pour violoncelle de Roussel et le Concerto n°2 pour piano de Jacques HĂ©tu. Pour ce 2Ăš Ă©vĂ©nement dans la ville de Mont-Royal, le Festival a souhaitĂ© profitĂ© de la prĂ©sence de l’Orchestre Metropolitain et prĂ©senter ainsi plusieurs Ɠuvres concertantes au souffle symphonique indĂ©niable.

 

 

VIBRATIONS ORCHESTRALES
Tout en vibration rythmique et suractivitĂ© instrumentale chez Roussel, mais un Roussel frappĂ© par les blessures, l’angoisse panique, la dĂ©sespĂ©rance intime, le grave, le tragique. En dĂ©monstration fiĂ©vreuse et nourrie Ă©galement, pour l’ouverture de La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach, qui fait un beau lever de rideau ; puis en conclusion, le marche hongroise pĂ©taradante Ă  souhaits, extraite de la Damnation de Faust de Berlioz. On se fĂ©licite que de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, grĂące Ă  CLASSICA 2019, les trois compositeurs français (Berlioz, Offenbach, Roussel) soient ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s, anniversaires oblige.
Le chef Alain Trudel ne manque pas de volontĂ© ni d’autoritĂ© dans une mise en place indĂ©niable. D’autant que le contenu du programme sait ensuite dĂ©ployer des arguments dignes des meilleures salles de concert Ă  MontrĂ©al.
Ainsi l’école des couleurs et de la sidĂ©ration sentimentale chez Berlioz dont le chef dirige la grandiose scĂšne d’amour extraite de RomĂ©o et Juliette :… les musiciens du Metropolitain n’ont pas manquĂ© de prĂ©cision et d’équilibre dans le plans sonores ; quand on sait la passion de Berlioz pour Shakespeare, « oser » traiter par l’orchestre le miracle du dĂ©sir, la magie de la rencontre entre deux ĂȘtres que tout sĂ©pare
 relĂšve d’une vocation viscĂ©rale ; et les instrumentistes s’immergent avec beaucoup de finesse et de clartĂ© dans ce jeu miroitant des teintes et des timbres superposĂ©s pour que s’en dĂ©gage cet absolu de l’amour dont Berlioz, lui-mĂȘme Ăąme passionnĂ©e et fougueuse, a le secret avant tout autre. Son langage est d’une modernitĂ© absolue, neuve et franche Ă  la fois, surtout poĂ©tique. Dans la Paroisse Lady of The Annunciation, il est permis ainsi d’entrevoir l’extase de Berlioz qui vaut bien celle de Wagner.

 

 

PIANO VOLONTAIRE
Le Concert pour piano n°2 de Jacques HĂ©tu place d’emblĂ©e (dĂšs les premiers accords) le pianiste sur le devant de la scĂšne, dans un bain fougueux et impĂ©tueux, riche en contrastes et en confrontations. Cette activitĂ© impĂ©rieuse n’est pas sans repenser fondamentalement la relation soliste / orchestre. L’écriture nĂ©oromantique, puissante, souvent flamboyante et suave, alla Rachmaninov, ne manque ni de structure ni de cohĂ©rence dans le dĂ©veloppement en 3 parties. Une piĂšce taillĂ©e pour le tempĂ©rament entier, franc lui aussi du trĂšs efficace Jean-Philippe Sylvestre. Il semble que sous ses doigts se rĂ©vĂšle dans une Ă©vidence expressive l’écriture des compositeurs quĂ©bĂ©cois qui comptent : hier AndrĂ© Mathieu (l’an dernier avec le mĂȘme orchestre et le mĂȘme chef : LIRE ici notre compte rendu CLASSICA 2018) et donc cette annĂ©e, Jacques HĂ©tu.

 

 

ROUSSEL et OFFENBACH : les éclairs introspectifs de Stéphane Tétreault
Plus ambivalent et difficile dans une premiĂšre Ă©coute, le Concertino d’Albert Roussel est une oeuvre Ă  la fois Ăąpre (proche de Chostakovitch) et d’une dĂ©licatesse d’articulation nĂ©o « baroque » qui se souvient aussi de 
 Tchaikovsky (Variations rococo pour violoncelle, 1877). L’Opus 57 de Roussel ainsi lĂ©gitimement fĂȘtĂ© pour son anniversaire 2019, est crĂ©Ă© en 1937 et semble faire Ă©cho aux tensions politiques et sociĂ©tales de l’époque : il est parcouru par une urgence qui presse et emporte dans un tempo parfois prĂ©cipitĂ© et panique. Tout aussi mis en avant, l’orchestre n’accompagne pas : il commente, s’essouffle, transpire, scintille en une exacerbation poĂ©tique
 ravĂ©lienne. C’est dire les dĂ©fis pour les instrumentistes et le chef.
Au devant de la scĂšne, inspirĂ©, funambule, StĂ©phane TĂ©treault plonge dans les trĂ©fonds obscurs de la partition, en fait resurgir des accents dĂ©chirants, en plĂ©nitude intime, en blessures ourlĂ©es avec un tact, des respirations qui tĂ©moignent d’une somptueuse maturitĂ© musicale. On comprend pourquoi pour ses visuels 2019, Classica ait choisi d’afficher StĂ©phane TĂ©treault tel “un artiste de gĂ©nie” : de toute Ă©vidence, les festivaliers de CLASSICA ont pu depuis ses dĂ©buts il y a 9 annĂ©es dĂ©jĂ , suivre l’Ă©volution et la maturation artistique du violoncelliste. Une Ă©mergence et une confirmation qu’il a Ă©tĂ© ainsi passionnant de mesurer et de comprendre. L’artiste se rĂ©vĂšle de concert en concert par cette pudeur intense qui Ă©blouit dans la sonoritĂ© Ă  la fois chantante et allusive de son violoncelle si singulier (Stradivarius « Comtesse de Stainlein, ex-Paganini”, 1707). AprĂšs l’Allegro moderato fougueux mais intĂ©rieur, saisi par une urgence fauve, l’Adagio dĂ©ploie des pĂ©pites autrement plus troublantes, lunaires mais inquiĂštes voire tendues
 la virtuositĂ© du soliste en servant surtout la sincĂ©ritĂ© du geste, Ă©claire la profondeur de la partition.
Une mĂȘme gravitĂ© pudique affirme enfin cette introspection crĂ©pusculaire qui dĂ©finit aussi l’art d’Offenbach : en jouant aprĂšs Roussel, Les larmes de Jacqueline (transposition pour violoncelle d’un air prĂ©cĂ©dent, probablement l’harmonie des bois), l’opus 76/2 retrouve l’intensitĂ© Ă©lĂ©gantissime qui avait fait la rĂ©ussite de son rĂ©cital prĂ©cĂ©dent Ă  CLASSICA 2019, autre grand moment d’accomplissement musical : « Les chants du crĂ©puscule », Duos pour violoncelles d’Offenbach / LIRE notre compte rendu du concert Ă  Mirabel, le 6 juin 2019.

On reste saisi par l’incandescence du geste, sa sobriĂ©tĂ© continue, l’absence de tout artifice. C’est un Ă©cho Ă  l’Adagio si Ăąpre de Roussel : Offenbach y semble au sommet de la dĂ©ploration pathĂ©tique, mais ici sublimĂ©e par le renoncement maĂźtrisĂ©, la douleur acceptĂ©e. Les tempĂ©raments des deux solistes Jean-Philippe Sylvestre et StĂ©phane TĂ©treault assurent au programme Ă  Mont-Royal, son relief, ses crĂ©pitements, auprĂšs d’un public venu en masse. Un nouveau succĂšs populaire pour des partitions pourtant rares et complexes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction.

 

 

 

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COMPTE RENDU, CRITIQUE, concert prĂ©cĂ©dent : COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH :

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LRDans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA
 Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprĂšte capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂȘchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scĂšne de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : PrĂŠludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi trĂšs inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consƓur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂȘme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200Ăš anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa trĂšs grande culture lyrique : dans la fosse des thĂ©Ăątres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le thĂ©Ăątre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale
 En dĂ©coulent ces piĂšces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cƓur de cette soirĂ©e, qui lĂšve le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂźt comme sa poche.

FidĂšle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂȘt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂŽt douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poĂšte des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avĂšre splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂȘtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprĂšte permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂȘte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ɠuvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poÚte crépusculaire


 

 
CLASSICA 2019 festival annonce critique concerts opera par classiquenews ETI_3579_LR

 

 

C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intĂ©resser au visage d’un Offenbach, proche des poĂštes saturniens et mĂ©lancoliques, volontiers introspectif, gĂ©nie aussi des mĂ©lodies comme des variations et des surprises harmoniques. StĂ©phane TĂ©treault dĂ©voile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnĂ©e d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement dĂ©sarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la premiĂšre partie Ă  sa consƓur qu’il connaĂźt depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂȘlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cƓur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funĂšbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relĂšve le mĂȘme Ă©clat mĂ©lancolique sous le masque de la virtuositĂ© agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio lĂ  encore se distingue par sa solitude extrĂȘme qui tend au dĂ©nuement, Ă  l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rĂȘverie ou d’un allegro, pĂ©tillant (finale).

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LR

 

 

Dans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ɠuvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1Ăšre variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gĂšrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste BarriĂšre (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede.

THE EMIDY PROJECT, l'odyssĂ©e d'un esclave devenu compositeurCOMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede. 6 artistes sur scĂšne incarnent les brĂ»lures d’une vie sacrifiĂ©e et sublimĂ©e, celle d’Emidy (Joseph Antonio Emidy qui vĂ©cu au XVIIIĂš), esclave devenu violoniste et compositeur, enfant arrachĂ©, nĂšgre exploitĂ©, puis musicien reconnu, respectĂ©, homme rĂ©habilité  le destin d’Emidy force l’admiration et le texte du narrateur, Ă©crit par le musicien nigĂ©rian Tunde Jegede, saisit par sa coupe dense, resserrĂ©e, poĂ©tique. Sur les planches, pas de violon, mais le mouvement Ă©purĂ©, expressive d’un danseur taillĂ© comme une sculpture d’ébĂšne ; et la voix saisissante et suave de la flĂ»tiste – transfuge de CafĂ© Zimmermmann dont elle est membre fondateur, Diana Baroni, gemme vocal aux accents flĂ»tĂ©s et cuivrĂ©s : Ă  la fois mĂšre d’Emidy, prophĂ©tesse, aimĂ©e dĂ©sirĂ©e
 voix de la dĂ©tresse et de la compassion les plus vives, voix du destin et d’une narration sublimĂ©e
 pour un spectacle d’une heure Ă  peine, au souffle Ăąpre, chaloupĂ©, viscĂ©ral.

 

  

 

 

Sur les traces d’Emidy
L’OdyssĂ©e poĂ©tique d’un esclave
devenu musicien & compositeur baroque

 

 

 

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La chanteuse et instrumentiste sait assembler les piĂšces de divers styles, tous cependant prenant sens dans la vie d’Emidy : Ă©vocation de la Cornouailles (UK), piĂšces de tradition orale, pages tirĂ©es des manuscrits anciens de la Cour du Portugal et du BrĂ©sil
 sans omettre, les crĂ©ations de compositions conçues par le joueur de Cora Tunde Jegede (qui chante aussi et qui a surtout Ă©crit les textes d’aprĂšs les sources historiques).
La performance collective ressuscite enfin une existence odyssĂ©e qui force l’admiration. De l’ombre Ă  la lumiĂšre, piĂšces mandingues africaines, chants et mĂ©lodies afro-amĂ©rindiennes (de traditions orales) et partitions baroques du Nouveau Monde s’entrecroisent et s’électrisent. Du savant au traditionnel, de l’oubli Ă  la rĂ©vĂ©lation
 Le voyage traverse et relie 3 continents ; en son cƓur, la figure inspirante d’un ĂȘtre d’exception, toujours portĂ© par son destin et qui chemine fier et digne malgrĂ© les humiliations et les intempĂ©ries. En fond de scĂšne, un film en continu, qui enrichit encore la narration comme le jeu des interprĂštes : la beautĂ© des images vidĂ©o ajoute Ă  la force poĂ©tique de la rĂ©alisation (film de Sunara Begum). LabellisĂ© par l’Unesco, le spectacle part en juin en tournĂ©e en Afrique (11,12, 14 et 15 juin 2019, avant de revenir en France. Prochaines dates Ă  venir… incontournables.

 
 

 
emidy-project-diana-baroni-tunde-jegede-concert-critique-annonce-oturnee-afrique-classiquenewsIllustration : © festival METIS / concert Saint-Denis 23 mai 2019 / © Christophe Fillieule 

  

  

 

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COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13. THE EMIDY PROJECT
Portrait Joseph Emidy, « premier compositeur de la Diaspora Africaine ».

Création Tunde Jegede / Diana Baroni
Musique, Film & Danse

TUNDE JEGEDE : kora, compositions, violoncelle, direction artistique – NigĂ©ria / UK

Ishimwa Muhimanyi, danse

DIANA BARONI : chant, traverso, recherche et compilation musical des sources – Argentine / France.
RAFAEL GUEL : vihuela, flutes – Mexico.
SIMON DRAPPIER : arpeggione – France.

SUNARA BEGUM : artiste audio-visuelle – Bangladesh / UK

 

 

 

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VOIR aussi les 4 dates de la tournée AFRICAINE de juin 2019 : 11,12 puis 14 et 15 juin 2019

 

 

 

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CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle / Gubaidulina, Gabrielli, JS BACH, Menut (1 cd Klarthe Records)

LANGOT-patrick-PRAELUDIO-&-cd-klarthe-annonce-cd-evenement-mai-2019CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records). Le geste et la performance sont au cƓur de ce programme rĂ©jouissant. Patrick Langot croise Gabrielli et Gubaidulina, enchante Menut Ă  l’aulne de Bach, en une Ă©loquence critique et poĂ©tique
 superlative. Les Gubaidulina (10 Études de 1974) imposent la matĂ©rialitĂ© mordante, Ăąpre, rugueuse de l’instrument, sa physicalitĂ© brute, hurlante, surexpressive dont l’interprĂšte joue allĂšgrement et en contrastes. ComparĂ© aux arabesques fluides et coulantes des 7 Ricercari de Gabrielli (conçus Ă  la fin du XVIIĂš soit 3 siĂšcles auparavant), inventeur entre Bologne et Venise d’une certaine Ă©loquence soliste pour le violoncelle, les 10 PrĂ©ludes / Études de Gubaidulina, ainsi enchĂąssĂ©s, produisent par contrastes et dialogue avec le compositeur baroque, une surenchĂšre qui interroge la musicalitĂ© ; jusqu’à Ă©prouver la vocalitĂ© de l’instrument. Tout est syncopes, cris, spasmes jusqu’à la section VIII. « Arco – pizzicato » – plage 14, qui semble s’approprier le discours baroque en une hallucination Ă©ruptive. Le IX creuse davantage le sens et le discours des cordes en bonds et rebonds Ă©lastiques / Ă©nigmatiques, d’une infinie rĂ©sonance, jusqu’au delĂ  de la vibration et de la phrase. L’arche sonore s’étire, se dĂ©tend en questions posĂ©es d’une indicible motricitĂ©.
MĂȘme s’agissant de JS BACH, de ses PrĂ©ludes BWV 1007 Ă  1012), Gubaidulina semble questionner directement le sens et l’architecture du gĂ©nie de Leipzig, tant dans l’alternance des deux modes de jeu qu’elle a choisi, l’illusion de la polyphonie renvoie directement Ă  l’édifice et Ă  la pensĂ©e mĂȘme du Director Musices.

 
 

 
 

Gabrielli, Gubaidulina, Menut, JS Bach


PRÆLUDIO : le geste suprĂȘme
du violoncelliste Patrick Langot

 

 

praeludio patrick langot cd critique classiquenews CLIC de classiquenews bach menut gubaidulina gabrielli violoncelle KLA066couv_lowTout circule avec un tact suprĂȘme, une intelligence flexible incarnĂ©e par l’expĂ©rience et la maĂźtrise du violoncelliste Patrick Langot dont ne saurait louer trop la sĂ»retĂ© du geste comme la cohĂ©rence du programme. Pratique historiquement informĂ©e, affinitĂ©s contemporaines, interprĂ©tation et crĂ©ation
 tout se rĂ©pond et s’exalte dans ce parcours aux dialogues captivants ; tout sonne naturel, crĂ©pitant, idĂ©alement pensĂ© et investi de la part du violoncelliste. Il sait d’ailleurs maĂźtriser 3 violoncelles diffĂ©rents, chacun adaptĂ© au mieux aux enjeux expressifs et aux esthĂ©tiques sonores des 3 sĂ©quences.
Cette probitĂ© et cet engagement Ă  servir la musique comme Ă  « musiquer » (au sens de l’essai de Christopher Small, rĂ©cemment Ă©ditĂ© en français par les Ă©ditions de la Philharmonie de Paris) sont pour nous 
 : exemplaires ; un accomplissement rare qui assoit davantage la ligne artistique du label Klarthe, plus que jamais aux cĂŽtĂ©s de l’interprĂšte, de ses dĂ©fis les plus personnels.

Bien sĂ»r au cƓur de ce cycle passionnant brille le gemme musical central « Postlude pour violoncelle solo » de BenoĂźt MENUT (nĂ© en 1977) et qui en 2017, alors rĂ©pondant Ă  une commande du violoncelliste, rĂ©alise l’une de ses piĂšces les plus Ă©blouissantes. Une ampleur de vue et une diversitĂ© d’intentions Ă  la mesure du geste et des capacitĂ©s de Patrick Langot.
CLIC D'OR macaron 200De plus de 8 mn, la piĂšce fait elle aussi Ă©cho au rĂ©pertoire baroque, Ă  l’esprit et au dĂ©veloppement des Ricercari ; comme sur un axe tournoyant, la partition s’inspire du principe rĂ©pĂ©titif de la basse obstinĂ©e, mais sait varier et s’engendrer Ă  l’infini, en un flux kalĂ©idoscopique, proprement vertigineux. Et pourtant rien de strictement virtuose ou soliloquant, mais un dĂ©veloppement prenant et dramatique qui sous l’archer du violoncelliste, saisit, sidĂšre, enchante
 comme un vortex aux mouvements cinĂ©matographiques (fin rĂ©pĂ©titive sombrant dans le silence). Le dĂ©roulement relĂšve de la transe et de l’ivresse, serties de questionnements multiples qui Ă©prouvent encore et toujours, le chant et le sens de l’instrument. EnchaĂźnĂ© avec la sublime Suite en sol majeur BWV 1007, l’écoute est bouleversĂ©e : aprĂšs l’esprit du chaos le plus mystĂ©rieux, surgit alors l’or de Bach, dans sa plĂ©nitude olympienne et sereine. Magistral dĂ©roulement, dĂ» Ă  un artiste accompli. Evidemment CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019.

 

 

  

 

 

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CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records) – Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2017 Ă  Paris. A noter la superbe prise de son d’Alban Moraud.

 

 

 

 

VOIR un extrait vidéo du cd PRAELUDIO :

 

 

  

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes. Petite rĂ©serve tout d’abord dans la conception mĂȘme de la soirĂ©e. MalgrĂ© sa forme chaotique entre rĂ©cital de chansons, revue, volets habituels du cabaret berlinois, la premiĂšre partie de soirĂ©e (Berliner Kabarett) prĂ©sente quelques superbes mĂ©lodies aux textes tout autant savoureux ; curieusement en dĂ©pit de la prĂ©sence de l’orchestre en fond de scĂšne, c’est au piano seul que trois chanteurs Ă©grĂšnent leur juste complainte entre poĂ©sie et dĂ©sespoir, tous ont cette dĂ©sillusion enchantĂ©e qui est la marque du thĂ©Ăątre aussi politique que dĂ©lirant du duo Weill / Brecht.

Ainsi trois sĂ©quences sont mĂ©morables en particulier ; citons « l’heure bleue » ou l’extase au bain, que chante et qu’incarne en un nirvana cosmĂ©tique, avec une suavitĂ© Ă©vanescente la pulpeuse Marie Lenormand ; plus ambiguĂ« encore entre dĂ©sespĂ©rance et visions glaçantes (de larmes et de mort), « au fond de la Seine », est un splendide lamento, maĂźtrisĂ© dans des tenues de notes impeccables et trĂšs investies par le tĂ©nor RaphaĂ«l Jardin ; plus sombre encore, aprĂšs une critique acerbe contre l’hypocrisie dĂ©mocratique, en clown grimaçant hystĂ©rique, l’excellente basse française FrĂ©dĂ©ric Caton, 
lequel tombe le masque et exprime le deuil de la mĂšre qui a perdu son fils dans les tranchĂ©es. Le ton est juste, le texte dĂ©chirant; ce tragique noir, acide, lugubre, surgissant comme une douche froide, est du plus puissant effet; comme si Weill et Brecht nous avaient sĂ©duits et trompĂ©s par ce qui prĂ©cĂšde sur le ton d’un divertissement sans gravitĂ©, pour nous infliger cette appel Ă  conscience. Inoubliable. La voix naturelle de la basse, veloutĂ©e et toujours parfaitement intelligible (dans la grande tradition, et la seule exemplaire Ă  ce jour, celle du diseur Francois Le Roux), fait vibrer le texte en une sincĂ©ritĂ© qui touche au cƓur. Bravo l’artiste. Sous le masque d’un spectacle de pacotille, dans le mouvement d’une vacuitĂ© faite religion, s’impose Ă  nous, le cri dĂ©chirant de ce chant dont texte et musique ressuscitent le dĂ©nuement et la profondeur de Schubert.

Ces perles sont les piliers d’un spectacle qui Ă  partir de son prĂ©texte sur l’ivresse consumĂ©riste des grands magasins se fait brĂ»lot politique. Mais la forme Ă©clatĂ©e qui s’apparente Ă  une succession de numĂ©ros, sans liens apparents, et non intĂ©grĂ©s dans une action continue, unitaire, se rĂ©vĂšle Ă  la peine, dĂ©routante, dĂ©cousue, un rien confuse. Serait-ce pour mieux nous prĂ©parer Ă  la forme idĂ©ale, resserrĂ©e, continue de l’oeuvre qui suit et qui constitue le clou de la soirĂ©e : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux ? De fait la grande cohĂ©rence de la partition qui file Ă  toute allure saisit immĂ©diatement le spectateur.

 

 

 

SƓurs martyrs
d’un spectacle parodique et politique

 

 

 

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Rien avoir en effet dans ce cycle de 40 mn, menĂ© tambour battant tel un « road movie », et qui grĂące au dispositif des instrumentistes placĂ©s derriĂšre les chanteurs (qui ne sont plus sonorisĂ©s), rĂ©vĂšle sa nature hautement symphonique. On se glisse dans le sprachgesang de la mĂȘme Marie Lenormand, tout en confort et en naturel. Son intonation est juste et la couleur du chant mĂȘle les espĂ©rances de la conteuse Anna I, spectatrice et narratrice des avatars des deux Sisters, et la plainte lancinante de celle qui compte les mille humiliations et sĂ©vices (surtout sexuels) dont elles sont victimes (surtout Anna II) qui est un personnage non chantĂ© mais dansĂ© : dans ce dernier rĂŽle on distingue la performance de la danseuse Fanny Aguado dont postures et poses convoquent une lolita allumĂ©e, dĂ©vergondĂ©e et ingĂ©nue, une Lulu bis, diverses facettes d’une jeunette prĂȘte Ă  tout pour vendre ses charmes.
Les vrais responsables de ce jeu de dupes sont les parents et les (deux) frĂšres des deux Anna, sƓurs martyrs, prostituĂ©es dominĂ©es, consentantes, dont les revenus rĂ©guliers financent la petite maison familiale en Louisiane au bord du Mississipi. Le rĂȘve et l’idĂ©al tant dĂ©fendus relĂšvent peu a peu du cauchemar mais aussi dans le spectacle, dĂ©voile l’hypocrisie bien pensante qu’incarne Ă  la façon d’un chƓur rĂ©pĂ©titif, scandant chaque tableau des pĂ©chĂ©s (« Seigneur illumine tes fidĂšles, mĂšne-les vers la prospĂ©rité »), les 4 membres de la famille.
Impeccable en ce sens la mĂšre du mĂȘme FrĂ©dĂ©ric Caton : il/elle brandit le crucifix pour mieux envelopper ses turpitudes de mĂšre proxĂ©nĂšte.

 

 

 

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On ne saurait trop souligner la rĂ©ussite d’une telle partition, musicalement splendide, dramatiquement prenante ; les auteurs y dĂ©veloppent les thĂšmes dĂ©sormais structurels de leur travail sur la scĂšne : dĂ©nonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme, hypocrisie bourgeoise, fausse morale, fausse religion ; et toujours cette tension et ce lugubre voire cette inquiĂ©tude souterraine qui doublent chaque situation. On a le sentiment qu’à chaque avancĂ©e dans cette chevauchĂ©e fantastique, c’est l’humanitĂ© et la beautĂ© du monde qu’on assassine. La musique est subtile et ambiguĂ«, troublante souvent dĂ©chirante. Le livret Ă  rebours d’une dĂ©nonciation en rĂšgle de la barbarie et des turpitudes humaines, nous parle bien de l’humain.
En rĂ©alitĂ©, Brecht, toujours mordant, tout en dĂ©nonçant les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, dĂ©montre qu’en les appliquant strictement, – tentation lĂ©gitime, les deux sƓurs montent les Ă©chelons et amassent toujours un peu plus. Le monde est ainsi corrompu qu’il faille simplement appliquer les 7 tares pour rĂ©ussir et s’enrichir.

 

 

 

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La premiĂšre partie qui dure presque 1h30, souligne le climat et le contexte des spectacles de Weill et Brecht alors en transit Ă  Paris aprĂšs l’échec des idĂ©aux de la RĂ©publique de Weimar.
On ne cesse de penser tout au long de la soirĂ©e Ă  l’apocalypse collectif et sociĂ©tal des annĂ©es 1930 en Allemagne
 les arts du spectacle pourtant clairvoyants alors, se sont confrontĂ©s Ă  une sorte d’aveuglement et de fatalisme gĂ©nĂ©ral. Un Ă©tat de soumission inscrit dans l’air du temps
 Un parallĂšle avec nos dĂ©mocraties mourantes en Europe ?
Voila qui fait mĂȘme du choix de Weill / Brecht, Ă  Tours en avril 2019, Ă  quelques semaines des Ă©lections europĂ©ennes, un acte politique. DĂ©jĂ  Brecht et Weill avaient Ă©pingler le danger des faux dĂ©mocrates et des vrais dĂ©magogues populistes. Approche visionnaire, et spectacle passionnant.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. Marie Lenormand
 Bleuse /Desbordes

KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht
Précédés de Berliner Kabarett

Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours

Avec
Anna Marie Lenormand
La MÚre Frédéric Caton
Le PĂšre Carl Ghazarossian
Les FrÚres Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale:Pierre Bleuse
Mise en scĂšne:Olivier Desbordes

Costumes: Patrice Gouron
LumiÚre: Joël Fabing
Décors: Opéra de Tours

Illustrations : © Sandra Daveau / 7 pĂ©chĂ©s capitaux Kurt WEILL Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

PARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, Conférence et concert (Damien TOP, Daniel KAWKA)

ROUSSEL-conference-concert-classiquenews-annonce-critique-concert-et-conference-albert-roussel-affiche-concert-RousselPARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, ConfĂ©rence et concert (Damein TOP, Daniel KAWKA). Formidable cĂ©lĂ©bration Salle Cortot du gĂ©nie d’Albert Roussel : 2019 marque le 150 Ăšme anniversaire du compositeur français (il est nĂ© Ă  Tourcoing, le 5 avril 1869). Un cas toujours surprenant d’un auteur exceptionnel, toujours mĂ©sestimĂ©, perpĂ©tuel mĂ©connu des producteurs et des directeurs des thĂ©Ăątres et des salles de concerts
 quand sa musique vaut naturellement celle des plus grands, Debussy ou Ravel. Musique de chambre, opĂ©ras, symphonies, ballets, 
 et mĂ©lodies, car la confĂ©rence qui ouvre la soirĂ©e (sur le thĂšme : « L’univers poĂ©tique de Roussel ») met l’accent non sans raison sur la passion de Roussel pour les textes et son goĂ»t de la poĂ©sie dont tĂ©moignent ses amitiĂ©s et ses mĂ©lodies.
Grand spĂ©cialiste de Roussel, chef d’orchestre, chanteur et biographe remarquĂ©, Damien Top (qui avait participĂ© Ă  la production de l’opĂ©ra PĂądmavatĂź au ChĂątelet) rĂ©tablit ainsi la place du texte, la figure des Ă©crivains et poĂštes dans la chronologie des Ɠuvres ; le futur officier de la Marine savait dĂ©jĂ  voyager par l’esprit en lisant Jules Verne

Lionel des Rieux, Arnaud Sylvestre, Laurent Tailhade, Lecomte de Lisle, surtout Henri de RĂ©gnier, son double poĂ©tique, sans omettre les plus tardifs, Maurice CarĂȘme ou AndrĂ© Fortin
 Chacun lui permet d’affiner son rapport Ă  la nature
 une approche de plus en plus ciselĂ©e qui se rĂ©alisera bientĂŽt grĂące Ă  son voyage jusqu’aux Indes et au Cambodge, voyage de noces aprĂšs son mariage avec Blanche en 1908. Le Festin de l’AraignĂ©e puis surtout PĂądmavĂąti mettent en forme toutes les Ă©vocations fortement Ă©prouvĂ©es sur le motif Ă  travers ses explorations et ses voyages.

Les noms s’enchaĂźnent ; et l’on mesure mieux combien l’idĂ©al esthĂ©tique de Roussel a pu se rĂ©aliser dans la recherche constante des affinitĂ©s, entre verbe et musique.
Damien Top rĂ©vĂšle de l’intĂ©rieur un parcours personnel et original, jalonnĂ© de lectures formatrices, de rencontres stimulantes. Les Ɠuvres, rares, concentrĂ©es, attestent la quĂȘte et les valeurs d’un esprit perfectionniste, gĂ©nie de la forme, et aussi expĂ©rimentateur, comme en tĂ©moignent le choix de ses ballets et des opĂ©ras : La Naissance de la lyre qui puise aux racines de la civilisation occidentale, jusqu’à l’humour dĂ©lirant mais politiquement caustique (contre l’hypocrisie de la bourgeoisie bien pensante) : le Testament de la Tante Caroline, une pochade qui reste inclassable dans le paysage lyrique français (et que les parisiens pourront applaudir Ă  PARIS, au ThĂ©Ăątre AthĂ©nĂ©e Louis-Jouvet, du 6 au 13 juin 2019.

ALBERT ROUSSEL, symphoniste magicien (150 ans en 2019)

Puis vient le concert, avec la participations des Ă©lĂšves instrumentistes de l’Ecole normale de musique, sous la direction de Daniel Kawka : soit 5 instrumentistes en phase, habiles et suggestifs dans l’art des Ă©vocations oniriques telles que les a magistralement Ă©laborĂ©es l’auteur du si subtil Festin de l’AraignĂ©e.

Damien Top a pris soin de faire Ă©cho Ă  sa confĂ©rence prĂ©alable dans le choix des piĂšces ainsi prĂ©sentĂ©es : SĂ©rĂ©nade opus 30 avec poĂšmes d’Henri de RĂ©gnier (1925) ; puis Le Marchand de sable qui passe, texte de Georges Jean Aubry – dits magnifiquement par Michel Favory, sociĂ©taire honoraire de la ComĂ©die Française. Le triptyque de la SĂ©rĂ©nade enchante littĂ©ralement par la texture liquide, scintillante de la musique conçue par Roussel : le caractĂšre musical de chaque piĂšce suit le sens et le dĂ©veloppement de chaque poĂšme : « FĂȘte d’eau », « Pour que la nuit soit douce, les roses  », « Voici l’aube  »; il le sublime par la justesse octueuse des climats harmoniques : rien n’est superflu s’il ne sert et enrichit la trame onirique qui porte au songe, Ă  l’enchantement ; Roussel est dans la clartĂ© Ă©loquente de son Ă©criture, un voluptueux magicien, comme
 Ravel.

On retrouve dans la musique de scĂšne du Marchand de sable qui passe (1908), tous les caractĂšres emblĂ©matiques de la musique roussellienne : la finesse, l’infinie subtilitĂ©, l’appel au rĂȘve ; mĂȘme Ă  un seul personnage (quand l’action en nĂ©cessite trois : le marchand – wanderer et le couple amoureux), le texte prend son essor, portĂ© par la qualitĂ© de l’écriture musicale que l’on dĂ©couvre ici dans sa forme originale (flĂ»te, clarinette, cor, violon 1 et violon 2, alto, violoncelle, contrebasse, harpe).
Le premier extrait exprime la texture de la sensualitĂ© rĂȘveuse, comme une belle endormie qui revient Ă  la vie : le solitaire banni, promeneur / observateur paraĂźt dans cet Ă©pisode introductif qui s’approche de l’ouverture de Capriccio de R Strauss
 la sĂ©quence suivante plonge dans le mystĂšre de l’amour ; elle exprime aussi plus subtilement, l’incrĂ©dulitĂ© du passeur, un rien cynique, qui cependant s’émeut lui-mĂȘme du miracle de l’amour
 Roussel qui est un grand rĂȘveur amoureux lui-mĂȘme, sait enchanter Ă  travers les paroles du Marchand, son double ; il se dĂ©voile : c’est un enchanteur dont le charme suscite l’émergence de l’amour (il est « semeur d’amour ») ou a minima, le retour Ă  l’innocence de l’enfance. La flĂ»te aux volutes proches du Faune de Debussy (comme nous l’a signalĂ© non sans raison Daniel Kawka), chante l’Ɠuvre du Mage enivré  Comme une Ă©nigme qui se rĂ©sout, l’homme Ă©nigmatique lĂšve le voile (effusion de la flĂ»te, pudeur du quatuor Ă  cordes)

Le chef veille aux Ă©quilibres sonores ; respecte la finesse dynamique Ă©laborĂ©e par Roussel, mais il est vrai que Daniel Kawka est un rousselien de la premiĂšre; lui qui a dĂ©fendu sa thĂšse ici mĂȘme Ă  l’école normale de musique, sur Roussel dans la classe d’orchestre. Les cĂ©lĂ©brations Roussel sont rares cette annĂ©e malgrĂ© son anniversaire. GrĂące Ă  Damien Top en voici un premier volet, avant le lancement de son festival international Albert Roussel Ă  venir du 21 sept au 25 novembre 2019. A suivre.

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COMPTE RENDU, confĂ©rence, concert. PARIS, le 5 avril 2019 (Salle Cortot) : L’univers poĂ©tique d’Albert Roussel – SĂ©rĂ©nade opus 30, Le marchand de sable qui passe. Michel Favory, rĂ©citant. ElĂšves de l’Ecole normale de musique (Giulia-Deniz Unel, flĂ»te – Emiliano Mendoza, clarinette – David Somoza, cor -Waka Hadame, violon 1 – Alban Marceau, violon 2 – Ayako Tahara, alto – Sin Hye Lee, violoncelle – Venancio Rodrigues contrebasse – Mitsumi Okamoto, harpe) – Daniel Kawka, direction.

APPROFONDIR

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LIRE la biographie d’ALBERT ROUSSEL par Damien TOP
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/

VISITEZ le site du Festival international Albert ROUSSEL 2019
http://ciar.e-monsite.com/pages/festival/festival-2019/

ROUSSEL : Le testament de la tante Caroline
Paris, Athénée Théùtre L jouvet, 6 < 13 juin 2019
Par les Frivolités parisiennes

https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/le_testament_de_la_tante_caroline.htm

ENTRETIEN avec PHILIPPE MOURATOGLOU : Jouer Fernando Sor…

MOURATOGLOU-philippe-guitare-fernando-sor-cd-evenemnt-critique-annonce-cd-classiquenews-musique-classique-newsENTRETIEN avec le guitariste PHILIPPE MOURATOGLOU : le gĂ©nie de Fernando SOR (1778 – 1839). En avril 2019, le guitariste Philippe Mouratoglou cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur Fernando Sor, crĂ©ateur atypique entre l’Espagne et la France (il est mort Ă  Paris), auteur de piĂšces dĂ©sormais essentielles dans le rĂ©pertoire de la guitare classique. Philippe Mouratoglou interroge la sincĂ©ritĂ© de ses Études (entre autres), leur potentiel autant pĂ©dagogique, que musical pour l’interprĂšte exigeant. A travers les Ɠuvres choisies pour son nouvel album Ă©ditĂ© par Vision Fugitive, le guitariste restitue la trĂšs forte sĂ©duction d’une Ă©criture puissante, originale, expĂ©rimentale : jamais purement virtuose, douĂ©e d’une profondeur qui saisit encore aujourd’hui. A l’occasion de la parution de son cd qui sort ce 26 avril 2019 (distinguĂ© par un CLIC), Philippe Mouratoglou rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS /CNC : Quelle image avez-vous de Fernando Sor, en particulier Ă  travers les piĂšces choisies pour ce nouvel album ?

SOR fernandoPHILIPPE MOURATOGLOU : Fernando Sor est le compositeur le plus important pour la guitare Ă  l’époque classique et prĂ©romantique. En Ă©crivant ses Études, il fait avancer considĂ©rablement la technique de la guitare. En rĂ©alitĂ©, il ne cesse d’innover, jouant en particulier sur les harmoniques naturelles, ou sur les effets expressifs pour crĂ©er des contrastes (cf. les tromolos de l’Etude n°16, opus 29, par exemple). Ses piĂšces sont complĂštes et idĂ©ales, Ă  la fois musicales et pĂ©dagogiques. A la diffĂ©rence de ses contemporains qui cantonnent les piĂšces pour guitare Ă  des Ɠuvres de virtuositĂ© souvent dĂ©coratives, Fernando Sor sait surprendre, toucher : il ne cĂšde jamais Ă  la facilitĂ©. MĂȘme ses transcriptions des opĂ©ras, comme celle d’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e (« Introduction et Variations sur un thĂšme de Mozart O cara armonia de La flĂ»te enchantĂ©e », opus 9 ) exprime une claire admiration pour le bel canto mais dans une Ă©criture prĂ©cise et naturelle qui n’est jamais artificielle.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : Comment avez-vous choisi les piĂšces de ce nouvel album ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Cela n’a pas Ă©tĂ© facile car il en existe beaucoup. J’ai surtout retenu les Études qui me plaisaient, mes prĂ©fĂ©rĂ©es. Ensuite, le choix s’est affirmĂ© selon les contraintes d’équilibre et de contrastes afin de construire un parcours pour l’auditeur. La question des tonalitĂ©s a Ă©tĂ© importante aussi pour rĂ©ussir les enchaĂźnements, d’autant que la prise de son, trĂšs proche de l’instrument, permet d’écouter au plus prĂšs la richesse harmonique de chaque piĂšce.
Fernando Sor est capable d’émouvoir et de surprendre. Ses piĂšces sont trĂšs courtes, mais il exprime une palette de sentiments trĂšs contrastĂ©s. Certaines sont introspectives : elles Ă©cartent ce prĂ©jugĂ© trompeur qui fait de Sor, un compositeur de salon. Rien de tel ici. Prenez le « Gran solo » (opus 14, en rĂ© majeur de 1822), c’est une piĂšce conçue comme une grande ouverture, lumineuse et virtuose, Ă  la fois sincĂšre et souriante.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous avouez ĂȘtre inspirĂ© par les grands pianistes interprĂštes des Ɠuvres du XIXĂš, comme Sviatoslav Richter, Martha Argerich, Arturo Benedetti Michelangeli, Claudio Arrau
 Que vous apportent-il ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Evidemment le rĂ©pertoire romantique pour le piano est immense, ce qui n’est pas le cas de la guitare. Les interprĂštes y trouvent un terrain de jeu Ă  la fois riche et stimulant. Pour moi, la possibilitĂ© des nuances, le travail sur le son
 sont tout autant possibles Ă  la guitare, en particulier dans l’interprĂ©tation des oeuvres de Fernando Sor. La guitare est un instrument moins sonore que le piano, mais le jeu des dynamiques est passionnant. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle, dans cet enregistrement, nous avons privilĂ©giĂ© une prise de son trĂšs proche qui renforce et les harmoniques et le relief et la qualitĂ© du timbre de l’instrument. Tout cela au service des caractĂšres et des climats de la musique : profondeur, sincĂ©ritĂ©, lumiĂšre. L’écriture de Sor est d’autant plus inspirante qu’elle permet ce jeu particulier sur les nuances et les rĂ©sonances.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous jouez des compositeurs trĂšs diffĂ©rents et de nombreux rĂ©pertoires. Pourquoi jouer aujourd’hui Fernando Sor ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : J’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment le rĂ©pertoire classique. Enregistrer et jouer Sor est un besoin et aussi un accomplissement. D’autant plus que son Ă©criture est d’une rare exigence musicale ; ses Sonates pour guitare ambitionnent l’ampleur et le dĂ©veloppement des Sonates de Beethoven au piano. Sor partage avec Chopin, ce goĂ»t pour le chant et le bel canto. Les Etudes du premier se rapprochent des PrĂ©ludes du second. Les dĂ©fis sont nombreux pour l’interprĂšte. Multiples donc stimulants.

Propos recueillis en avril 2019

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd Fernando SOR par Philippe MOURATOGLOU, guitare solo.
http://www.classiquenews.com/teaser-video-philippe-mouratoglou-joue-fernando-sor-1-cd-vision-fugitive/

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. FERNANDO SOR par Philippe MOURATOGLOU – Guitare Solo – 1 cd Vision Fugitive – Parution : le 26 avril 2019 - CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2019

 

 

 

 

 

EN CONCERT

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Jeudi 16 mai 2019 à L’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet (PARIS)
FERNANDO SOR
Philippe Mouratoglou
guitare classique

BILLETTERIE

https://bit.ly/2HEnCZe

01 53 05 19 19
Tarifs : PLEIN 20€ / RÉDUIT 12€

INFOS PRATIQUES
16 MAI 20h
Athénée Théùtre Louis-Jouvet
Sq. de l’OpĂ©ra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau – 75009 Paris
MĂ©tro : Bonne Nouvelle ou ChĂąteau d’eau

www.athenee-theatre.com

Evénement Facebook 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Teaser
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou – FERNANDO SOR [Teaser]

Vidéo longue (clip)
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou (Guitare Solo) – FERNANDO SOR
Extrait audio : Egalement un morceau de l’album (Etude opus 6 n°9)  dĂ©jĂ  disponible sur Soundcloud : juste ici

CLIP vidéo (3mn31) :

 

 

 

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Le nouveau cd de Philippe Mouratoglou, Ă  paraĂźtre ce 26 avril 2019

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire (dernier concert de la saison 2018 – 2019). Voilà assurĂ©ment un programme modĂšle pour la nouvelle et fabuleuse Schubertiade de Sceaux dans les Hauts de Seine. « ModĂšle » car l’Ɠuvre la plus bouleversante et profonde de Franz Schubert est ici servie par une jeune phalange d’une maturitĂ© dĂ©jĂ  prometteuse (ils n’ont que 3 ans, regroupĂ©s en quatuor depuis 2016) : les quatre instrumentistes du Quatuor Elmire (pour comprendre le choix de leur nom, voyez du cĂŽtĂ© de MoliĂšre et de son Tartuffe)

D’abord « chauffĂ©s » par l’équilibre et l’élĂ©gance en rien artificiels du Quatuor de Beethoven (Quatuor op. 18 n°3, trĂšs proche de la finesse d’un Haydn), les quatre musiciens abordent le dernier Quatuor de Schubert, avec un 2Ăš violoncelle (Quintette), en intensitĂ© et intĂ©rioritĂ©. Ils (et elle : car le 2Ăš violoncelle est assumĂ©e par Sarah Sultan, transfuge pour l’occasion du Trio Atanassov) dessinent les paysages crĂ©pusculaires suspendus du Wanderer Franz en longues phrases profondes, dĂ©veloppant articulation flexible (violon 1 et violoncelle 1), Ă©coute continue, surtout sonoritĂ© d’un souffle et d’une justesse nuancĂ©e 
 proprement saisissante.

L’Ɠuvre jamais Ă©ditĂ©e du vivant de l’auteur, est intense et tragique, c’est un « testament musical » composĂ© pendant l’étĂ© 1828, deux mois avant la mort de Schubert.

 

 

 

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsDans la salle de rĂ©union de l’Hotel de Ville de Sceaux, les musiciens sculptent la matiĂšre ardente, crĂ©pitante et mordante aussi du premier mouvement (Allegro ma non troppo) : entrĂ©e en matiĂšre fortement charpentĂ©e dont les jeunes instrumentistes excellent Ă  exprimer la carrure, le relief parfois Ăąpre et mĂȘme vĂ©hĂ©ment, comme les derniers assauts d’une conscience Ă  la fois dĂ©cuplĂ©e et …foudroyĂ©e. Puis vient l’admirable Adagio, nocturne Ă©perdu, suspendu, dont il font en une plongĂ©e progressive et calibrĂ©e, rythmĂ©e selon les pizz enchanteurs du 2Ăš violoncelle, une rĂ©flexion ample, dĂ©finitive, lugubre sur la mort, la finalitĂ© de toute chose
 C’est comme si Schubert nous faisaient plonger au delĂ  de l’expĂ©rience sensible, au delĂ  de la conscience, dans des eaux inconnues qui toujours questionnent le sens d’une vie terrestre, et jusqu’oĂč pouvons-nous aller ? Jusqu’oĂč pouvons-nous nous perdre dans cette quĂȘte infinie, qui est dĂ©couverte, exploration mais aussi chute et ensevelissement ? Nous Ă©garer hors de l’espace et au delĂ  du temps mesurable, voilĂ  l’une des Ă©preuves que nous rĂ©serve Schubert et que permet la musique. SinguliĂšrement.
Dans ce parcours introspectif d’une exceptionnelle acuitĂ©, les Elmire sont des guides d’une prodigieuse activitĂ©, faisant briller et rougir ce chant de l’au-delĂ , d’une sincĂ©ritĂ© et d’un dĂ©nuement ultime. La clartĂ© du contrepoint, la lisibilitĂ© des rĂ©ponses, l’activitĂ© filigranĂ©e et parfaitement articulĂ©e de tous les contrechants, comme la ligne mĂ©lodique Ă  la fois sobre et flexible du violon I (Scherzo, puis Allegretto final) n’en finissent pas d’enchanter, d’enivrer, de nous hypnotiser.

 

 

 

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A la sĂ»retĂ© de leur geste, les jeunes instrumentistes produisent aussi une sonoritĂ© dĂ©lectable, Ă  la fois claire et puissante, jamais forcĂ©e ni Ă©paisse et qui grĂące Ă  un rĂ©glage de l’acoustique de la salle, se rĂ©alise idĂ©alement. Ajoutons que le premier violon et le violoncelle sont d’une facture historique contemporaine, assurant Ă  l’ensemble cette Ă©tonnante ossature, ferme, solide, carrĂ©e, continĂ»ment Ă©quilibrĂ©e.

Il fallait donc attendre le dernier concert de la premiĂšre saison de la Schubertiade de Sceaux pour atteindre aux Ă©thers mĂ©taphysiques et spirituels d’un Schubert touchĂ© par la grĂące, voyageur, questionneur, explorateur de l’ñme humaine. Ce programme est d’autant plus mĂ©morable qu’il assure un tremplin Ă  une jeune formation parmi les plus douĂ©es de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de chambristes français. Aucun disque encore, car ils attendent de progresser. Mais Ă  Sceaux (oĂč ils jouaient ensemble pour la premiĂšre fois l’odyssĂ©e spirituelle de Schubert), la rĂ©vĂ©lation et la confirmation d’une intelligence collective qu’il faut dĂ©sormais suivre.

 

 

 

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Saluons le discernement et l’appui du Maire de Sceaux, Philippe Laurent, impliquĂ© depuis son dĂ©but pour la rĂ©ussite de la nouvelle saison de concerts. Il ne s’agit pas seulement d’un appui logistique (la salle de rĂ©union de l’HĂŽtel de ville devient salle de concert en un transfert pour nous exemplaire : ainsi le lieu des dĂ©libĂ©rations publiques et citoyennes se fait aussi comme naturellement Ă©crin de culture proposĂ© Ă  tous).
Il s’agit aussi de poursuivre dans la durĂ©e ce que la musique classique et l’expĂ©rience de la musique de chambre peut apporter dans la vie de la citĂ© : un temps de rĂ©flexion dans un planning quotidien qui en manque considĂ©rablement ; une pause qui devient comme ce soir, baume pour l’ñme et pour l’esprit. Mais le lien entre la MunicipalitĂ© et la pratique de la musique de chambre ne date pas d’aujourd’hui ; la conversation en musique qui est le point le plus abouti de la pratique chambriste remonte au temps oĂč les Lowenguth (Alfred puis Jacqueline) dĂ©fendaient Ă  Sceaux dĂ©jĂ  une saison de musique de chambre. L’acte est emblĂ©matique et presque militant en soi : comment ne pas Ă©tablir un parallĂšle alors entre l’exercice de la musique de chambre, et le dĂ©fi du dialogue et de la conversation sur la place publique, d’autant plus actuellement oĂč le « grand dĂ©bat » a suscitĂ© une vaste adhĂ©sion des français ? L’écoute et le goĂ»t de la combinaison, la rĂ©ussite d’une expĂ©rience collective sont Ă  n’en pas douter des dĂ©fis permanents, jamais acquis
 mais dans leur accomplissement, porteurs de progrĂšs sociĂ©tal et civique. VoilĂ  une rencontre du politique et de la culture, rĂ©solue, heureuse, durable.

 

 

 

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Souhaitons que le dialogue Ă©tabli entre le Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov, directrice gĂ©nĂ©rale des La Schubertiade de Sceaux ne s’interrompe jamais : la place de la culture et de la musique classique cultivent des valeurs fondamentales pour notre cadre de vie et la rĂ©alisation du vivre ensemble : partage, ouverture, curiositĂ©, comprĂ©hension, rĂ©flexion
 un modĂšle de sociĂ©tĂ© en sorte. Ce soir, annoncĂ©e dans le programme de salle, les trĂšs nombreux festivaliers de la Schubertiade de Sceaux ont pu dĂ©couvrir un avant-goĂ»t de la saison prochaine. L’aventure continue donc. A suivre sur classiquenews.com. Illustrations : les musiciens du concert du 30 mars / Philippe Laurent, Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov (DR / Mairie de Sceaux)

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 30 mars 2019. Haydn, Schubert (Quintette pour deux violoncelles). Quatuor Elmire. Dernier concert de la saison 2018 – 2019.

 

 

 

LIRE aussi notre annonce présentation du concert du Quatuor ELMIRE, sam 30 mars 2019 à Sceaux, La Schubertiade de Sceaux
http://www.classiquenews.com/le-quatuor-elmire-a-la-schubertiade-de-sceaux-2/

LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la saison 1 de La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

LIRE aussi notre entretien avec Elisabeth Aranassov, directrice générale des La Schubertiade de Sceaux :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

cycle-mahlerCOMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction). Apres une Symphonie n°1 « Titan », de « lancement », puis une n°2 « RĂ©surrection », tendue, recueillie, incarnĂ©e
 enfin spiritualisĂ©e en sa fin cĂ©leste, la 3Ăšme Symphonie de Mahler, jouĂ©e ce soir au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, dĂ©livre et confirme dĂ©sormais les qualitĂ©s du cycle Ă©vĂ©nement que le chef et directeur musical du National de Lille, ALEXANDRE BLOCH, dĂ©die au compositeur (qui fut aussi un grand chef). De l’Ă©nergie, une urgence continue, une intelligence des timbres, surtout une attention particuliĂšre Ă  l’architecture interne du massif malhĂ©rien
 A contrario des conceptions plus « droites », objectives de certains chefs, plus extraverti que d’autres (comme les « grands ainĂ©s » tels Karajan, Haitink
 sans omettre Abbado), Alexandre Bloch lui ne s’économise en rien, dansant sur le podium, habitĂ©, exaltĂ© par son sujet, avec une intensitĂ© qui rappelle 
 Bernstein.

 

 

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FINALE DE COMPASSION ET D’AMOUR… Ceci nous vaut pour le dernier mouvement, le plus aĂ©rien (aux cordes surtout), des jaillissements de lyrisme flexible et amoureusement dĂ©ployĂ©, un baume pour le cƓur et l’esprit, aprĂšs avoir passĂ© tant d’épisodes si divers et contrastĂ©s. On n’oubliera pas ce 6Ăš mouvement final (« Langsam. Ruhevoll. Empfunde ») qui semble comme un choral fraternel et recueilli, embrasser tous les ĂȘtres vivants (hommes et animaux) et les couvrir d’un sentiment d’amour, irrĂ©pressible et caressant. Dans son intonation, sa pĂąte transparente, suspendue, le mouvement prĂ©figure l’Adagietto de la 5Ăš, ses amples respirations,sa couleur parsifalienne, sa ligne constante qui appelle et dessine l’infini


 

 
 

 

La 3Ăš Symphonie de Mahler par
l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch

Sons et conscience de la Nature

 

 

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Toutes les illustrations : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 
 

Notre attente Ă©tait d’autant plus affĂ»tĂ©e que la 3Ăš Symphonie de Gustav Mahler (alors ĂągĂ© de 34 ans) est rarement donnĂ©e si on la compare aux autres Ă©videmment; mĂȘme le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, malhĂ©rien distinguĂ© et reconnu, ne l’a jouĂ© avec les musiciens lillois que… trois fois (1996, 1997, puis 2006) quand on compte pas moins de 11 rĂ©alisations de la 4Ăšme sous sa baguette !, soit de 1978 Ă  2017 ; distinguons l’enregistrement que CLASSIQUENEWS avait saluĂ© lors de sa parution par un CLIC : la Symphonie n°2 RĂ©surrection de 2017). Voila qui en dit long.

VoilĂ  qui donne du poids aussi Ă  la proposition d’Alexandre Bloch de jouer les 9 symphonies pendant 2019, histoire de renouer avec un rĂ©pertoire qui a construit et façonnĂ© le son de l’Orchestre lillois depuis sa crĂ©ation. DĂ©fi aussi puisqu’il s’agit Ă  chaque session de dĂ©voiler la richesse de l’écriture malhĂ©rienne, tout en renouvelant encore l’engagement de tous les musiciens. Ce cycle en cours s’affirme donc comme une expĂ©rience majeure pour l’auditeur et pour les interprĂštes, un nouveau jalon de leur aventure musicale.

De par ses effectifs, l’ONL / Orchestre National de Lille, voit grand et peut aborder des Ɠuvres spectaculaires. Dans ce sens MASS, fresque dĂ©lirante, inouĂŻe s’inscrivait pour l’annĂ©e Bernstein 2018 dans cette ambition (fin de saison, juin 2018); la Symphonie des Mille, n°8 sera le prochain volet Ă  ne pas manquer. Sans avoir jamais Ă©crit d’opĂ©ras, Mahler, qui comme chef, en dirigea beaucoup (entre autres comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne) semble y synthĂ©tiser toutes les possibilitĂ©s orchestrales et lyriques, – en particulier dans sa 2Ăš partie.‹ D’opĂ©ra, il est aussi question dans la 3Ăš, prĂ©cisĂ©ment dans l’épisode IV oĂč sort de l’ombre, Ă  la fois entitĂ© maternelle envoĂ»tante et prophĂ©tesse d’une Ăšre Ă  venir, la mezzo (convaincante Christianne Stotjin, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans la RĂ©surrection de fĂ©vrier dernier). Son texte empruntĂ© Ă  Nietzsche (Zarathoustra) est une exhortation adressĂ©e aux hommes, un appel, Ă  la fois berceuse et priĂšre, une invocation et une alerte pour que chacun s’interroge sur lui-mĂȘme, sur le sens de sa vie terrestre. Le texte contient la clĂ© de l’Ɠuvre ; sans joie, sans dĂ©passement de la souffrance, l’homme ne peut atteindre l’éternitĂ©. Encore faut-il qu’il atteigne cet Ă©tat de conscience salvateur 
auquel nous prĂ©pare la musique de Mahler. Dans l’opĂ©ra imaginaire du compositeur, ce pourrait ĂȘtre une apparition magique et nocturne dont la couleur est saisissante par sa profondeur, sa justesse, sa couleur de fraternitĂ©. Chef, soliste, instrumentistes sculptent la couleur de l’hallucination ; ils en expriment idĂ©alement le caractĂšre d’urgence et d’envoĂ»tement.

  

 

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SPLENDEUR D’UNE NATURE A L’AGONIE… Auparavant, prĂ©lude Ă  ce surgissement inĂ©dit, Mahler n’a pas mĂ©nagĂ© son auditeur. Son orchestre plĂ©thorique embrasse toute la crĂ©ation et le monde, convoque les Ă©lĂ©ments dans leur primitive splendeur. Mais une splendeur parfois lugubre qui paraĂźt comme en sursis : Ă©videmment l’ample premier mouvement le plus long jamais Ă©crit par Mahler (« I. KrĂ€ftig. Entschieden ») dĂ©veloppe en une mise en ordre progressive, qui s’apparente peu Ă  peu Ă  une marche, l’évocation d’un monde terrestre tellurique et chtonien, inscrit dans la gravitas la plus caverneuse (rang fourni des contrebasses…), oĂč brillent aussi tous les pupitres des cuivres : cors par 8, trombones, tuba, trompettes
 MĂȘme s’il s’agit d’une vision panthĂ©iste, le regard que porte Mahler sur la crĂ©ation est froid, analytique, mordant.
Au scalpel, Alexandre Bloch en fait surgir (rugir) toutes les rĂ©sonances hallucinĂ©es et souvent fulgurantes : cris, dĂ©flagrations, dĂ©chirements, plutĂŽt que cĂ©lĂ©bration bienheureuse ; mĂȘme si de purs vertiges sensuels, lyriques, d’une tendresse absolue, Ă©mergent : ils s’y pressent, prĂ©cipitĂ©s, exacerbĂ©s jusqu’à la parodie. Le geste est clair, prĂ©cis, souple : le chef dessine le plus passionnant des orages naturels, Ă  la fois chaos et mĂ©canique cynique singeant une marche militaire, plus ivre que majestueuse.

 

 

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionMAHLER ECOLOGISTE... La richesse des teintes, le creuset des accents et des nuances simultanĂ©es forment une matrice orchestrale et un maelström symphonique d’une irrĂ©sistible puissance. Pour nous, en Ă©cho Ă  notre planĂšte martyrisĂ©e et au rĂšgne animal sacrifiĂ©, agonisant, ce premier mouvement exprime les tensions qui soumettent une terre Ă  l’agonie : et nous voyons clairement dans les Ă©clairs et les fulgurances (appels des trompettes, danse lugubre des bassons, solo du trombone
) que dessinent l’énergie du chef, l’indice d’une conscience visionnaire, celle d’un Mahler plus que panthĂ©iste: animaliste, Ă©cologiste
 Le chant de son orchestre exprime la conscience doloriste de la Nature, la mise Ă  mort des espĂšces animales, le cri de la terre qui se convulse, meurt et ressuscite Ă  chaque battement de la grosse caisse, battement sourd et dĂ©licat Ă  la fois, (Ă  peine audible mais si prĂ©sent cependant ce soir) sur lequel s’organise et se dĂ©ploie toute la mĂ©canique orchestrale, du dĂ©but Ă  la fin de ce premier acte sidĂ©rant. Passionnante lecture.

On ne passera pas en revue chaque sĂ©quence suivante, Ă  la loupe, pourtant l’acuitĂ© et l’analyse que sait dĂ©velopper le chef, affirment davantage sa comprĂ©hension, sa conception trĂšs juste de tous les climats qui sont nĂ©s dans l’esprit de Mahler, que l’on aime imaginer, chaque Ă©tĂ©, dans son cabanon de travail, vĂ©ritable balcon sur la Nature, miraculeuse, fragile, impĂ©rieuse


Le II est ainsi depuis le premier solo instrumental (hautbois) une claire Ă©vocation florale dont l’activitĂ© et le chatoiement des couleurs (transparent et dĂ©taillĂ©) contrastent avec le tragique tellurique qui a dĂ©ferlĂ© prĂ©cĂ©demment. Les combinaisons de timbres prĂ©figurent dĂ©jĂ  ce que sera la parure de la 4Ăš (clarinette).
Puis Alexandre Bloch enchaĂźne le III (« Comodo. Scherzando. Ohne Hast ») : d’abord suractivitĂ© instrumentale qui caractĂ©rise chaque espĂšce animale de la forĂȘt ; puis, surprenant rupture de climat avec l’enchantement suspendu du cuivre soliste dans la coulisse, – nouveau surgissement du songe le plus pur et le plus angĂ©lique (l’idĂ©al d’innocence et d’insouciance auquel rĂȘve le compositeur) dont la ligne aussi nous Ă©voque le voyage de Siegfried sur le Rhin (Wagner) par son caractĂšre onirique, Ă©perdu, magicien, la distanciation spatiale, le souffle poĂ©tique… La souplesse et le tact du musicien soliste affirment ce caractĂšre de nocturne enchantĂ©, et toute la grĂące du mystĂšre de la nature. Que n’a t on assez dit de ce troisiĂšme mouvement, qu’il Ă©tait vĂ©ritable expression d’une conscience enfin accordĂ©e aux animaux ?

 

 

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AprĂšs le IV, – exhortation nietszchĂ©enne-, l’épisode V fait intervenir le chƓur des femmes et la maĂźtrise des enfants, dĂ©fenseurs zĂ©lĂ©s, articulĂ©s du salut permis au coupable Pierre (« la joie cĂ©leste a Ă©tĂ© accordĂ©e Ă  Pierre / Par JĂ©sus et pour la bĂ©atitude de tous. »)

Enfin c’est l’Adagio final, apaisement, rĂ©conciliation, acte de pardon et d’amour gĂ©nĂ©ral dont le chef Ă©tire le ruban orchestral avec une tension et une dĂ©tente qui creusent encore et encore l’unisson voluptueux des cordes : c’est Ă  la fois un choral spirituel et le plus bel acte de fraternitĂ©, de compassion, comme de renoncement. L’indice, franc et vertigineux, retenu, suspendu que la lumiĂšre est atteinte. Et avec le chef, d’une sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e, entraĂźnante 
 que la hauteur souhaitĂ©e et l’état de conscience qui lui est inhĂ©rente, rĂ©alisĂ©s.
Il n’y a que chez Mahler que l’auditeur peut Ă©prouver telle expĂ©rience. Alexandre Bloch s’avĂšre notre guide  inspirĂ© et  communicatif. A suivre. Reprise ce soir Ă  Amiens de la 3Ăš Symphonie. Prochain volet du cycle des 9 symphonies de Mahler avec l’Orchestre National de Lille, samedi 8 juin Ă  18h30 (Symphonie n°4) ; puis, Symphonie n°5 (et son Adagietto suspendu, aĂ©rien.), vendredi 28 juin 2019, 20h (toujours Ă  l’Auditorium du Nouveau siĂšcle de Lille)
 RV pris.

 

 
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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maßtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction).

 

  

 

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VIDEO : replay FRANCE 3 Hauts de Seine
Revoir et récouter la Symphonie n°3 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/concert-regardez-direct-symphonie-ndeg3-gustav-mahler-mercredi-3-avril-20h-1648220.html

 

 

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Direction : Alexandre Bloch
Mezzo-soprano : Christianne Stotijn
Philharmonia Chorus
Chef de choeur : Gavin Carr
Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de choeur : Pascale Dieval-Wils
Violon solo : Fernand Iaciu

 

  

  

 

REPORTAGE. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25Ăš Ă©dition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE
 Peu Ă  peu, le Festival Musique & MĂ©moire (Vosges du Sud) a rĂ©vĂ©lĂ© des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques dĂ©fricheurs, exigeants. C’est le bĂ©nĂ©fice d’une ligne artistique qui fonde son action auprĂšs des artistes dans le sens d’un compagnonnage inĂ©dit
 des rĂ©sidences qui se dĂ©clinent pour chaque ensemble invitĂ© et donc associĂ©, Ă  3 annĂ©es de recherche, d’expĂ©rimentation, de consolidation. L’écriture suprĂȘme de Jean-SĂ©bastien Bach y tient une place en or – phĂ©nomĂšne singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien.

En 2017, Alia Mens rĂ©vĂ©lait des affinitĂ©s Ă©videntes, une sonoritĂ© critique aiguisant aussi l’écoute des spectateurs. A l’étĂ© 2018, c’était Vox Luminis qui rĂ©alisait aux cĂŽtĂ©s de la Messe en si, un programme mettant en perspective, le premier Magnificat de Bach avec celui de son prĂ©dĂ©cesseur Ă  Leipzig, Kuhnau. DĂ©fricheur, audacieux, le Festival dans les Vosges du Sud, conçu par Fabrice Creux, proposait aussi Ă  Vox Luminis de dĂ©fendre une cantate de Pachebel, un proche de JS Bach, dont l’écriture reste injustement minorĂ©e
 Reportage spĂ©cial dĂ©diĂ© Ă  la 25 Ăšme Ă©dition de Musique & MĂ©moire : JS Bach par Vox Luminis – bilan & perspectives du Festival par Fabrice Creux, fondateur et directeur artistique. RĂ©alisation : © studio classiquenews / Philippe-Alexandre PHAM 2019

ENTRETIEN avec Fabrice CREUX et Jean-Charles Ablitzer
 L’orgue ibĂ©rique de Grandvillars

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsENTRETIEN avec Fabrice CREUX et Jean-Charles Ablitzer
 le premier est fondateur du Festival dans les Vosges du sud, Musique & MĂ©moire ; le second est organiste renommĂ©. Les deux partagent une mĂȘme passion pour l’orgue. Une communautĂ© de goĂ»t et de valeurs qui explique l’essor de l’orgue dans les Vosges, en Franche-ComtĂ© prĂ©cisĂ©ment oĂč ils se retrouvent et Ɠuvrent pour l’enrichissement instrumental dans le territoire. Jean-Charles Ablitzer coopĂšre rĂ©guliĂšrement au Festival Musique & MĂ©moire, offrant de somptueux rĂ©citals qui met « l’orgue en scĂšne », association souvent fĂ©conde entre le clavier et les instruments, le clavier et aussi les voix
 En mars 2019, le Festival Musique & MĂ©moire Ă©dite le premier recueil discographique qui met en avant le nouvel orgue ibĂ©rique de l’église Saint-Martin de Grandvillars. InterprĂšte de la riche littĂ©rature pour l’orgue au SiĂšcle d’or, Jean-Charles Ablitzer sait explorer et exploiter toutes les ressources expressives et esthĂ©tiques du joyau instrumental ainsi magnifiĂ©. Entretien avec Fabrice Creux et Jean-Charles Ablitzer Ă  propos de l’orgue rĂ©cemment inaugurĂ© (juin 2018) et du cd El Siglo de Oro qui en dĂ©coule (CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019)


 

 
 

 

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‹CLASSIQUENEWS / CNC : Comment ce nouvel enregistrement s’inscrit au sein du Festival Musique et MĂ©moire ?

Fabrice CREUX : Depuis 2006, le festival Musique et MĂ©moire s’est engagĂ© dans un compagnonnage au long cours avec Jean-Charles Ablitzer permettant de valoriser pleinement le travail de recherche portĂ© par cet organiste chercheur aux qualitĂ©s musicales unanimement reconnues.
C’est donc tout naturellement, que nous avons souhaitĂ© porter Ă  la connaissance de la communautĂ© musicale, le fruit de ses nombreuses explorations des rĂ©pertoires en rĂ©alisant plusieurs productions discographiques rĂ©alisĂ©es sur des instruments historiques :

Auch auff Orgeln
Michaël Praetorius (1572-1621), motets et danses
transcriptions de Johann Woltz (1617), Jean-Charles Ablitzer et Friedrich Wandersleb
Orgue historique Esaias Compenius 1610 du chùteau de Frederiksborg (Danemark)

Gröningen 1596
CĂ©lĂšbre rencontre d’organistes
Hieronymus Praetorius (1560-1629), Hans Leo Hassler (1564-1612) et Michaël Praetorius (1572-1621)
Orgue historique Fritzsche (1622) / Treutmann (1728) de l’église St. Levin de Harbke(Allemagne, Saxe-Anhalt)

Sebastiån Aguilera de Heredia (1561-1627)
L’Ɠuvre d’orgue
Orgue historique Juan de Apecechea (1684) reconstruit en 2006 par Claudio Rainolter et Christine Vetter de l’église San Salvador de Salvatierra de Esca (Espagne, province d’Aragon)

Nourrie par un travail Ă©ditorial inspirĂ© de l’artisanat d’art, chaque publication est richement mise en scĂšne afin de rechercher la meilleure adĂ©quation entre la rĂ©alisation musicale et l’objet qui la porte.
RaretĂ© et exigence du contenu musical, design de l’objet, richesse des textes et des illustrations
 Tout concourt Ă  faire de chaque publication un objet unique et prĂ©cieux.

Ce nouvel enregistrement est avant tout un « coup de cƓur » pour le magnifique orgue espagnol de l’église Saint-Martin de Grandvillars construit par les facteurs d’orgues JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter.

A l’issue de l’inauguration en juin 2018 par Jean-Charles Ablitzer, il nous a semblĂ© indispensable de contribuer au rayonnement de cet instrument par une rĂ©alisation discographique.

Cette rĂ©alisation s’inscrit pleinement dans l’esprit du festival, qui depuis sa crĂ©ation s’attache Ă  dĂ©fendre des rĂ©pertoires musicaux singuliers dans un contexte sonore adaptĂ©.

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CLASSIQUENEWS / CNC : Quelles sont les qualitĂ©s de l’instrument que le programme du double cd met en avant ?

Jean-Charles ABLITZER : La rĂ©alisation technique et sonore de l’orgue de Grandvillars repose sur un concept Ă©volutif de la facture d’orgues espagnole, de l’époque Renaissance Ă  l’avĂšnement du Baroque. De nombreux instruments historiques nous renseignent sur cette Ă©volution. Adoption du sommier chromatique avec coupure de tous les jeux en basse et dessus, installation de jeux d’anches placĂ©s horizontalement Ă  l’extĂ©rieur du buffet, apparition de jeux nouveaux. Bien souvent les orgues de l’époque Renaissance ont Ă©tĂ© « rĂ©formĂ©s » dĂšs la seconde moitiĂ© du XVIIe siĂšcle. Il s’agissait alors de modifier certaines parties mĂ©caniques et de procĂ©der Ă  l’ajout de nouveaux jeux afin d’adapter ces instruments au goĂ»t baroque. Sur le plan sonore, le « fond ancien » subsistait pourtant. Ce processus a servi de modĂšle Ă  la construction de l’orgue de Grandvillars, lequel prĂ©sente des Ă©lĂ©ments purement Renaissance et d’autres typiques de l’époque baroque.
Le programme du double CD  a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© pour illustrer ce concept et mettre en valeur les qualitĂ©s sonores de l’orgue de Grandvillars, lui-mĂȘme basĂ© sur cette Ă©volution historique. D’oĂč la pertinence de prĂ©senter les Ă©coles du nord et du sud de l’Espagne qui se sont succĂ©dĂ©es de la fin du XVe siĂšcle au tout dĂ©but du XVIIIe. Chaque compositeur est ainsi servi par un univers sonore qui lui est propre. Cette palette sonore Ă©largie constitue une vĂ©ritable originalitĂ© dans la dĂ©marche de construction d’un orgue typĂ© et sans compromis, en regard de la rĂ©alitĂ© historique, ce que le double album illustre parfaitement. Ce survol stylistique permet Ă©galement de proposer une recherche pertinente dans le domaine de la registration, suivant les Ă©poques, les compositeurs espagnols Ă©tant avares de conseils sur ce plan. Le meilleur guide reste donc la spĂ©cificitĂ© sonore des jeux copiĂ©s sur les modĂšles historiques et les possibilitĂ©s de mĂ©langes qu’ils offrent. S’y ajoute le souci constant de servir au mieux la musique dans sa structure rythmique et mĂ©lodique, tout en respectant les Ă©quilibres nĂ©cessaires entre les contrastes sonores. Enfin, l’enjeu Ă©tait de faire entendre toutes les possibilitĂ©s sonores de cet orgue Ă  travers les diffĂ©rentes formes d’écriture, du tiento lleno (plein, sans contraste sonore) aux piĂšces pour demi-registres (dont la partie haute ou basse est contrastĂ©e) jusqu’aux batailles descriptives, imitant mĂȘme le roulement de tambour produit par des basses profondes faisant intervenir une dissonance entre deux notes Ă  un demi-ton d’intervalle (effet non indiquĂ© par le compositeur bien sĂ»r mais faisant appel Ă  l’imagination de l’interprĂšte)
 

 

SUBLIME ORGUE DE GRANDVILLARS

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : Pendant le festival Musique et Mémoire, Jean-Charles Ablitzer occupe une place a part ; pouvez vous en préciser les enjeux et les apports ? Les formes de concert, comme les artistes avec lesquels il se produit (par exemple en 2019
)?

Fabrice CREUX : La musique baroque a fait l’objet depuis prĂšs de quarante ans d’un intense mouvement de redĂ©couverte d’Ɠuvres inconnues et des principes d’interprĂ©tation historiquement informĂ©s (recherche des manuscrits originaux, des instruments d’époque, des effectifs d’origine, du style d’interprĂ©tation
).
Ce mouvement de retour au baroque s’est attachĂ© tout particuliĂšrement Ă  retrouver le son originel. Pour Philippe Beaussant, c’est la « recherche du son, de la couleur du son, de la vĂ©ritĂ© du son, de la vĂ©ritĂ© sonore d’une Ɠuvre » qui importe vraiment.
Dans les annĂ©es 70, alors que le rĂ©pertoire d’orgue ancien se jouait sur des instruments inadaptĂ©s et que les instruments antĂ©rieurs au XVIIIe siĂšcle sont meurtris, quelques organistes « pionniers » redonnent vie Ă  un patrimoine oubliĂ©. Ils explorent les rĂ©pertoires en redĂ©couvrant les principes d’interprĂ©tation et rĂ©vĂšlent au public des pages majeures de la mĂ©moire musicale.

Ainsi, grĂące Ă  la restauration scrupuleuse des orgues d’époque et la construction d’instruments typĂ©s, les organistes ont retrouvĂ© progressivement les sonoritĂ©s adaptĂ©es aux diffĂ©rentes littĂ©ratures europĂ©ennes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siĂšcles.

C’est dans ce contexte que Jean-Charles Ablitzer a initiĂ© Ă  Belfort et Grandvillars la construction d’instruments aux esthĂ©tiques sonores affirmĂ©es :
‱ Orgue italien (GĂ©rald Guillemin, 1979), Ă©glise Saint-Odile de Belfort
‱ Orgue nordique (Marc Garnier, 1984), temple Saint-Jean de Belfort
‱ Orgue espagnol (JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter, 2018), Ă©glise Saint-Martin de Grandvillars.

Le festival Musique et MĂ©moire s’est toujours attachĂ©  à mettre en situation les rĂ©pertoires associĂ©s Ă  ce patrimoine exceptionnel en crĂ©ant un Ă©crin dramatique adaptĂ© Ă  chaque univers sonore oĂč les voix, les instruments, la mise en lumiĂšre font Ă©cho aux Ă©mouvantes musiques de Correa de Arauxo, Frescobaldi, Praetorius, Buxtehude, Bach
.

Ainsi, cet Ă©tĂ© nous valoriserons Ă  nouveau l’orgue espagnol de Grandvillars avec deux concerts successifs proposant une immersion dans l’univers de deux gĂ©ants de la musique espagnole : TomĂĄs Luis de Victoria (Requiem, Vox Luminis) et Francisco Correa de Arauxo (Tientos, Jean-Charles Ablitzer).

A travers ces deux programmes, il nous a semblĂ© essentiel de permettre aux mĂ©lomanes de mieux comprendre dans quel contexte artistique se situe cet instrument dont le rĂ©pertoire appartient Ă  une pĂ©riode extraordinaire de rayonnement culturel de l’Espagne en Europe (Le SiĂšcle d’Or).

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : En quoi les concerts d’orgue apportent-ils des Ă©lĂ©ments diffĂ©rents Ă  une programmation traditionnelle ?
 
Fabrice CREUX : Compte-tenu de son histoire, l’orgue est Ă©videmment un instrument singulier, comparable Ă  nul autre. Pour autant, la place qu’il occupe dans l’histoire de la musique et plus particuliĂšrement aux Ă©poques dĂ©fendues par le festival est absolument essentielle. Les plus grands compositeurs ont Ă©crit pour l’orgue, au premier rang d’entre eux, l’immense Johann Sebastian Bach !
Comment alors imaginer un projet artistique dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne qui ignorerait ce patrimoine ?  C’est Ă©videmment inconcevable. Aussi, profitant de la richesse du patrimoine local, nous avons tout naturellement donnĂ© Ă  sa littĂ©rature une place de choix dans chaque programmation, permettant aux auditeurs d’en apprĂ©cier la beautĂ©.

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : Quels sont les aspects de ce double cd qui vous ont particuliĂšrement captivĂ© ?‹

Jean-Charles ABLITZER : L’enregistrement d’un double CD Ă©tait nĂ©cessaire pour pouvoir offrir un choix de piĂšces illustrant tous les styles d’écritures ainsi que l’ensemble des grandes Ă©coles d’orgue en Espagne. Il est clair que ces deux disques ne sont pas faits pour ĂȘtre Ă©coutĂ©s in extenso, mais ils offrent la possibilitĂ© de voyager dans le temps, de comparer des styles de composition. Ils permettent de comprendre l’évolution de l’écriture et font dĂ©couvrir l’art de la « mise en son », voire l’« orchestration » Ă  travers la registration choisie pour certaines piĂšces. Il faut se rappeler que ces formes d’écriture peuvent aussi ĂȘtre traduites par d’autres instruments que ceux Ă  clavier (harpe, luth ou ensembles instrumentaux). Le cĂŽtĂ© un peu « encyclopĂ©dique» d’un tel  survol musical n’est possible qu’à travers l’enregistrement, car seule cette forme de diffusion  permet de donner une vision d’ensemble de la musique espagnole dĂ©diĂ©e Ă  l’orgue. La dĂ©marche est diffĂ©rente de celle du concert, mais l’auditeur a aussi la possibilitĂ© d’« organiser » le programme d’écoute Ă  sa guise, grĂące Ă  la commande des plages Ă  distance.
L’autre aspect trĂšs sĂ©duisant de cette publication tient au fait que l’on peut dĂ©couvrir dans le livret  la beautĂ© de l’instrument Ă  travers les photos remarquables qui y sont publiĂ©es, le tĂ©moignage original des facteurs d’orgues sur l’engagement qu’ils mettent dans leur travail. L’ensemble, instrument, interprĂ©tation, travail Ă©ditorial, met en avant une rĂ©alisation collective, dans laquelle chacun a donnĂ© le meilleur de lui-mĂȘme.

 

 

Propos recueillis en mars 2019

 

 

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LIRE aussi notre CRITIQUE DU CD EL SIGLO DE ORO / Jean-Charles Ablitzer / CLIC DE CLASSIQUENEWS de mars 2019

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. El SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018). En 2 cd, remarquablement Ă©ditĂ©s (livret et illustrations de grande valeur, dĂ©taillant les qualitĂ©s de l’instrument ibĂ©rique rĂ©cemment inaugurĂ© Ă  Grandvillars, en oct 2018), le coffret Ă  l’initiative du festival Musique & MĂ©moire souligne l’Ɠuvre de dĂ©fricheur de l’organiste Jean-Charles Ablitzer (par ailleurs artiste associĂ© du Festival des Vosges du sud) ; sa recherche sur l’organologie Ă©largit toujours les champs de connaissances comme elle ne cesse de poser des questions sur la maniĂšre d’interprĂ©ter une trĂšs riche littĂ©rature musicale. S’agissant de l’orgue ibĂ©rique, voici un jalon indiscutable qui lĂšve le voile sur la diversitĂ© des Ă©critures comme l’originalitĂ© de la facture instrumentale Ă  l’époque de Charles Quint et de ses successeurs

 

 

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LIRE aussi notre ANNONCE du El Siglo de Oro :
CD événement, annonce. SIGLO DE ORO, Jean-Charles Ablitzer (2 cd Festival Musique & Mémoire 2018).

EmblĂ©matique de sa recherche musicale Ă  partir de la facture des orgues historiques, le festival Musique & MĂ©moire publie le nouveau disque de Jean-Charles Ablitzer qui joue sur l’orgue espagnol JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter (2018) de l’église St. Martin de Grandvillars (France, Territoire-de-Belfort). La volontĂ© de rendre compte des possibilitĂ©s saisissantes de l’instrument ainsi rĂ©alisĂ© (inaugurĂ© au printemps 2018) est au cƓur d’un programme qui sous le titre du SiĂšcle d’or, Siglo de oro, cible l’apogĂ©e culturel et musical des Habsbourg, quand Cabezon et Cabanilles livraient la musique d’une dynastie soucieuse de sa grandeur comme de l’expression de sa propre spiritualitĂ©. DouĂ© de qualitĂ©s surprenantes, « l’orgue ibĂ©rique, avec ses sonoritĂ©s flamboyantes et contrastĂ©es, invente ses formes caractĂ©ristiques tels que le tiento, les diferencias ou encore la batalla. » Le programme est d’autant plus convaincant qu’il est l’objet d’une remarquable Ă©dition en 2 cd et un livret de 72 pages. C’est une claire manifestation de l’interaction entre l’ancrage dans un territoire, l’essor de la facture d’orgue qui s’y est implantĂ© et la complicitĂ© de longue date entre le Festival Musique & MĂ©moire (fleuron des festivals d’étĂ©) et l’organiste Jean-Charles Ablitzer. LIRE notre critique dĂ©veloppĂ©e du cd Siglo d’oro par Jean-Charles Ablitzer dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

Illustrations de l’entretien croisĂ© Fabrice Creux / Jean-Charles Ablitzer : © Michel Gantner 2019 / Festival Musique & MĂ©moire

 

 
 

 

LILLE, ONL. Alexandre BLOCH dirige la 3Ăš Symphonie de Mahler

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLELILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch pilote l’orchestre National de Lille, son orchestre puisqu’il en est le directeur musical, dans une Ă©popĂ©e Ă  risques, mais spectaculaire et singuliĂšre : les 9 symphonies de Gustav Mahler, architecte visionnaire dont le souffle, le goĂ»t des timbres, et le sens des Ă©tagements s’avĂšrent sous la baguette du maestro
 passionnants Ă  suivre. Jusqu’en juin 2019, le premier objectif est de jouer les 5 premiĂšres symphonies. Un marathon qui expose les musiciens Ă  de multiples dĂ©fis. AprĂšs les Symphonies 1 et 2, voici venir les 3 et 4 avril prochains, la symphonie n°3, moins connue car moins jouĂ©e. Un nouvel Ă©difice dont les dimensions correspondent manifestement Ă  l’Orchestre lillois que la grande forme ne fait pas fuir, bien au contraire. On l’a rĂ©cemment vu en fin de saison derniĂšre dans la flamboyance fraternelle, dĂ©jantĂ©e, humaniste de la partition Mass de Leonard Bernstein, formidable expĂ©rience humaine et artistique par laquelle chef et orchestre fĂȘtaient le centenaire Bernstein 2018. Un dispositif regroupant de nombreuses phalanges locales (orchestres d’harmonies, chorales et chƓurs, sans compter les chanteurs acteurs « jouant » leur partie sur la scĂšne de ce rituel paĂŻen polymorphe
 Et si la maestro savait mieux qu’aucun autre, rĂ©tablir l’humain au cƓur de partitions pourtant colossales ?
Entretien avec Alexandre Bloch à propos de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler, à l’affiche du Nouveau Siùcle à Lille le 3 avril (concert repris le 4 avril à la Maison de la culture d’Amiens). Propos recueillis en mars 2019.

 

 

 

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille poursuivent leur cycle MAHLER 2019 

Les enjeux de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler

  

 

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QUELQUES CLÉS DE COMPRÉHENSION
 POUR LA 3Ăšme de MAHLER. En 2019, cap sur Mahler : un nouvel eldorado dont les promesses ciblent le grand frisson symphonique. Pour mieux comprendre la structure et le sens de ce nouvel opus, nous avons posĂ© quelques questions au Maestro, qui venait de diriger en Allemagne, la symphonie la plus sombre et bouleversante de Tchaikovski, le 6Ăš (« PathĂ©tique », le 18 mars dernier Ă  la Tonhalle de DĂŒsseldorf, Ă  la tĂȘte du DĂŒsseldorfer Symphoniker).
« C’est un Ă©cart total d’une symphonie Ă  l’autre”, nous prĂ©cise Alexandre Bloch. « Si la 6Ăš et derniĂšre symphonie de Tchaikovski est des plus tragiques, la 3Ăš de Mahler s’achĂšve dans l’espĂ©rance, mais Ă  la diffĂ©rence de la 2Ăš, RĂ©surrection, il n’y est pas question de la souffrance ni des peines inĂ©vitables qui sont le prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la rĂ©surrection finale. Dans la 3Ăš Symphonie, Mahler exprime son admiration pour la Nature, pour toutes les crĂ©atures terrestres. Et comme les prĂ©cĂ©dentes, la 3Ăš prĂ©pare au dernier mouvement qui incarne un fabuleux message d’optimisme et de sĂ©rĂ©nité ».

Parmi les temps forts de l’opus achevĂ© Ă  l’étĂ© 1896 (mais qui ne sera crĂ©Ă© qu’en
 1902), le chef distingue l’ampleur du premier mouvement : « c’est l’un des plus longs et des plus dĂ©veloppĂ©s jamais Ă©crits par Mahler ; c’est un monde Ă  lui seul, et terminĂ© en dernier, comme une piĂšce Ă  part, distinct des 5 autres parties. Le souffle emporte cette premiĂšre et vaste fresque prĂ©liminaire dans laquelle le compositeur affirme si l’on en doutait, son gĂ©nie du contrepoint. La force d’évocation y est spectaculaire. »

 

 

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 Notez-vous d’autres points importants ? « L’intelligence de la construction est comme pour les symphonies prĂ©cĂ©dentes, captivante. Mahler est un architecte : les 3 premiers mouvements s’inscrivent dans la terre (d’oĂč leurs couleurs graves et sombres) ; les 3 derniers expriment une Ă©lĂ©vation progressive, jusqu’à l’Adagio final, – en rĂ© majeur, vaste chant d’amour. J’aimerai aussi souligner le champs des expĂ©rimentations que dĂ©veloppe Mahler sur le plan instrumental : je retrouve comme dans la 2Ăš Symphonie, des alliages souvent remarquables par leur pertinence, leur justesse, entre autres, dans l’évocation des espĂšces terrestres, vĂ©gĂ©tales et animales (2Ăš et 3Ăš mouvements) mais il ne s’agit pas de simples descriptions car le langage de Mahler va au delĂ  de l’illustration (
) ; Enfin, la 3Ăš est traversĂ©e par une hauteur de vue phĂ©nomĂ©nale : la 2Ăš nous parlait du destin de l’homme ; ici, il s’agit d’un hymne Ă  la Nature, de la place de l’homme ; la vision est trĂšs large et bien sĂ»r l’on peut parler du panthĂ©isme de Mahler, lequel s’accomplit dans le sublime Adagio final ».

  

 

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LILLE, les 3 et 4 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille. 20h. RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

 

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Illustrations : Alexandre Bloch (© Ugo Ponte / ONL) – Gustav Mahler

  

 

 

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LIRE notre prĂ©sentation du concert : Symphonie n°3 de Gustav Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille :
http://www.classiquenews.com/lille-3eme-symphonie-de-mahler-par-lorchestre-national-de-lille/

 

VISITER le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

 

 

 

VISIONNER les Symphonies de Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille sur la chaüne Youtube de l’ONL / Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/user/ONLille/videos
(Accessibles : les symphonies n°1 Titan, n°2 RĂ©surrection, de nombreux entretiens et explications sur les symphonies par les musiciens de l’orchestre, par Alexandre Bloch

 

 

 

 

 

VOIR la Symphonie n°3 de Mahler par Leonard Bersntein / Wiener Philharmoniker / VIENNE 1973
https://www.youtube.com/watch?v=1AwFutIcnrU
 
 

 
 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Orchestre Symphonique royal d’Oman.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Orchestre Symphonique royal d’Oman. Sur scĂšne, en formation restreinte, une quinzaine d’instrumentistes dont pas moins de 5 femmes musiciennes, bel Ă©largissement des profils au sein de l’orchestre. Le programme est divers : il a la claire intention de dĂ©montrer l’ouverture du rĂ©pertoire de l’orchestre comme sa volontĂ© d’aborder tous les styles d’écriture. L’Orchestre symphonique royal d’Oman (ROSO / Royal Oman Symphony Orchestra) a Ă©tĂ© fondĂ© en 1985 par le Sultan d’Omar, le sultan Qabus, lui-mĂȘme grand mĂ©lomane, ayant Ă©tĂ© marquĂ© par la musique classique europĂ©enne lors de sa formation Ă  l’AcadĂ©mie royale militaire de Sandhurst (Royaume-Uni).
BasĂ© Ă  Mascate, capitale du sultanat d’Oman, l’orchestre n’est composĂ© que de musiciennes et musiciens arabes. Son premier concert remonte Ă  1987. C’est l’un des fleurons de l’activitĂ© musicale Ă  Mascate avec le nouvel OpĂ©ra inaugurĂ© en 2011 (Royal Opera House Muscat).

Ce soir, devant une salle comble (au 2Ăš sous sol du bĂątiment), on ne peut guĂšre juger du niveau de l’orchestre en son entier car ce n’est qu’une partie de la formation qui est l’invitĂ©e de l’Auditorium de l’IMA Institut du Monde Arabe Ă  Paris. Dans ce dispositif, rĂ©duit en orchestre de chambre, certains pupitres sont Ă  un instrument (contrebasse, violoncelle). Le Sultanat d’Oman Ă©tant l’invitĂ© du Salon du livre (Ă©vĂ©nement simultanĂ© au concert), a choisi de donner ce programme, emblĂšme de son ouverture culturelle vers l’Occident.

 
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Ce sont de fait plusieurs compositeurs europĂ©ens qui sont ainsi jouĂ©s : parmi une collection Ă©clectique, on distingue les deux mouvements nerveux, majestueux de la Symphonie n°44 de Haydn ; la prĂ©sence de Desmarest, compositeur baroque du XVIIĂš français suffisamment rare mĂȘme en France pour ĂȘtre mentionnĂ© (somptueuse Passacaille de VĂ©nus et Adonis, pleine de souplesse amoureuse, en son balancement nostalgique qui se souvient Ă©videmment de Lully) ; sans omettre, la Pavane pour une Infante dĂ©funte de Ravel qui berce elle aussi par sa caresse suspendue, ses climats qui portent au rĂȘve, par le seul chant des cordes. Les spectateurs auront mesurĂ© le talent de l’oboĂŻste soliste, placĂ© devant l’orchestre dans le fameux Oblivion de Piazzolla. Puis comme un formidable lever de rideau, portĂ© par la lumiĂšre, le premier mouvement de la symphonie n°29 de Mozart dont l’urgence de l’écriture contraste avec ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©.

On ne peut que souligner la pertinence d’un tel programme et les promesses qu’il fait naĂźtre. Il faut dĂ©sormais aller jusque dans la PĂ©ninsule arabique et Ă©prouver sur le terrain, Ă  Mascate, l’activitĂ© de l’orchestre et aussi saisir dans son architecture minĂ©rale et prismatique, la vitalitĂ© de l’opĂ©ra du Sultanat d’Oman. La culture rayonne en favorisant l’ouverture et le partage. Cette soirĂ©e en tĂ©moigne. D’autant plus que la cĂŽte de ce pays aux contours idylliques, offre des paysages Ă  couper le souffle ; c’est du moins ce que laissent entendre la collection de superbes photos Ă  caractĂšre touristique, exposĂ©es sur des pupitres de bois, dans la salle hypostyle qui prĂ©cĂšde immĂ©diatement le vaste auditorium de l’IMA oĂč se tenaient les musiciens. A suivre.

  

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Haydn, Albinoni, Warlock, Piazzolla, Ravel, Desmarest, Mozart, Pachelbel
 Orchestre Symphonique royal d’Oman.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, les 13, 14 mars 2019. Festival CLASSICAVAL opus 2 (26Ăšme Ă©dition). FrĂ©dĂ©ric Lagarde, piano & friends.‹

COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, Festival CLASSICAVAL opus 2, les 13, 14 mars 2019. FrĂ©dĂ©ric Lagarde, piano & friends. En Savoie, au pied du Glacier des sources de l’IsĂšre, Val d’IsĂšre (le bien nommĂ©) est la station de ski bien connue (et Ă  juste titre) des amateurs de glisse, de neige, de pistes spectaculaires
 C’est aussi grĂące aux deux volets du festival d’Hiver CLASSICAVAL, une escale hivernale dĂ©sormais incontournable dans l’agenda des festivals de musique classique en France. Le skieur peut s’y dĂ©fouler comme il se doit, le matin et l’aprĂšs midi ; puis, se dĂ©tendre au moment du concert qui a lieu dans l’église du village Ă  18h30. Depuis ses dĂ©buts, le festival cultive l’art du chambrisme le plus ciselĂ©, invitant pas moins de quatre directeurs artistiques qui alternent d’une annĂ©e Ă  l’autre et Ă©laborent chacun comme un jardin musical qui est une aventure Ă  la fois humaine et artistique ; ainsi en mars 2019, c’est le pianiste FrĂ©dĂ©ric Lagarde qui a conçu chaque programme de mars 2019 ; a choisi ses partenaires musiciens pour en relever les multiples dĂ©fis.

 

 

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Tout le mĂ©rite lui revient : habituĂ© et familier de l’évĂ©nement (il Ă©tait prĂ©sent dĂšs la 2Ăš Ă©dition, ce qui remonte Ă  loin puisque Classicaval affiche en 2019 sa dĂ©jĂ  26Ăš Ă©dition), FrĂ©dĂ©ric Lagarde n’en oublie pas moins de surprendre ni de retenir des partitions redoutables dans leur rĂ©alisation. Le goĂ»t du risque (et des standards plus connus) comme les combinaisons instrumentales originales seraient-ils ce sel nĂ©cessaire pour que, Ă  chaque Ă©dition, se rĂ©alise la magie du concert ?

 

HIVER 2019. Festival CLASSICAVAL Ă  Val d'IsĂšre
 

  

 
 

Ski et concerts classiques : l’équation magique

 

 

classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019Depuis ses premiĂšres propositions, le public avalin apprĂ©cie d’ĂȘtre conduit dans une traversĂ©e musicale qui se lit et se vit de soirĂ©e en soirĂ©e ; mais les dĂ©fis y sont joyeusement dĂ©passĂ©s tant la cohĂ©sion humaine et artistique que le pianiste sait prĂ©server et diffuser autour de lui, stimule les ardeurs. Rien de routinier ni de tranquille au concert. L’église de Val d’IsĂšre regroupe une troupe de talents complĂ©mentaires qui vibrent collectivement et transmettent le plaisir du jeu collectif. Cette formulation peut valoir pour le sport en Ă©quipe. MĂȘme respect de l’autre, mĂȘme obligation de complicité  et pour le public, qu’il soit averti ou nĂ©ophyte, s’accomplit la promesse d’une nouvelle expĂ©rience saisissante. Pour preuve, la rĂ©alisation des deux derniers concerts auxquels nous avons assistĂ© cette annĂ©e.

 

 

 

 

Mercredi 13 mars 2019
val-d-isere-eglise-festival-classicaval-concerts-par-classiquenews-festival-hiver-saisonSoirĂ©e de chambrisme intense et de courage artistique aussi, car le concert du 13 mars 2019 porte avec Ă©loquence les fondamentaux du festival Classicaval Ă  Val d’IsĂšre : partage, transmission, et cette annĂ©e, audace des rĂ©pertoires. De surcroĂźt dans un dispositif instrumental aussi surprenant que
 captivant Pilote facĂ©tieux et superbement articulĂ© au clavier, FrĂ©dĂ©ric Lagarde a Ă©laborĂ© une programmation digne des plus grands festivals de musique, tout en s’appuyant sur l’intimisme du lieu, lequel donne son identitĂ© au cycle de concerts en l’église Saint Bernard de Menton. A nouveau cette annĂ©e, – en ce 2Ăš volet de l’édition 2019 (le prĂ©cĂ©dent s’est tenu en janvier), force est de distinguer l’excellente acoustique de l’église de Val d’IsĂšre : chaque timbre est idĂ©alement projetĂ© ; et les concertistes chambristes n’ont aucun besoin de forcer le trait ni amplifier leurs efforts pour se faire entendre : ils n’ont qu’à colorer et phraser chaque nuance. VoilĂ  qui explique aussi la rĂ©ussite du cycle musical dans son entier. De fait, la nef est pour chaque concert, pleine Ă  craquer. Les organisateurs ont mĂȘme dĂ» refuser du monde.

EntrĂ©e et superbe lever de rideau plein de charme, d’Ă©nergie et d’humour, le premier mouvement de la Sonate alla turca de Mozart, ouvre le bal. FacĂ©tieux, lĂ©ger mais musicien d’une rare finesse d’articulation, FrĂ©dĂ©ric Lagarde ouvre avec Ă©lĂ©gance et mĂȘme irrĂ©vĂ©rence le thĂšme de ce soir, « les musiciens et l’orient”. Le pianiste (et directeur artistique en alternance Ă  CLASSICAVAL), conçoit un programme qui suit son sujet et mĂȘme surprend invitant l’excellent oboĂŻste qui est aussi transcripteur inspirĂ©, David Walter dans une rĂ©Ă©criture enchantĂ©e, enivrante de trois sĂ©quences issues des Contes de Ma mĂšre l’Oye, soit 3 joyaux d’orchestration et de timbres ciselĂ©s : Laideronnette impĂ©ratrice des pagodes, la belle et la bĂȘte, le jardin fĂ©erique. RĂ©unis en quintette Ă  vents, avec piano, les 6 solistes de cette Ă©dition enivrent littĂ©ralement par la fusion des timbres, enveloppants et caractĂ©risĂ©s ; par leur Ă©coute et leur plaisir (affichĂ©, manifeste, rĂ©jouissant) du jeu collectif. A leur mesure et souci de clartĂ©, rĂ©pond la qualitĂ© de l’acoustique ; en dĂ©coule, pendant tout le concert, cette voluptĂ© onirique des teintes et nuances qui n’appartiennent qu’Ă  Ravel. D’autant que de la verve du compositeur (qui revisite les contes de Perrault), les instrumentistes n’oublient pas de dĂ©fendre la grande suggestion comme l’esprit de pudeur ; l’écriture ravĂ©lienne est celle d’un gĂ©nie des Ă©quilibres et alliages instrumentaux : cela s’entend. Dans ce dispositif oĂč brille l’association flĂ»te / hautbois, basson / cor / clarinette, l’écriture de Ravel sonne comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, capable de nuances, d’accents nouveaux.
Comme si l’oeuvre jaillissait dans une Ă©nonciation inĂ©dite et intense qui renforce l’expressivitĂ© rĂ©parti instrumentale. A travers la prĂ©sence des instruments, c’est comme un hommage aux pupitres des vents, cuivres et surtout bois qui s’affirme ainsi, dans une Ă©loquence et une palpitation sonore, dĂ©cuplĂ©e. L’invention et l’imaginaire de Ravel y gagnent un relief presque mordant. Toujours sĂ©ducteur. VoilĂ  qui permet de reĂ©couter les partitions, de les rĂ©estimer pour ce qu’elles sont : de formidables poĂšmes oniriques.

Puis FrĂ©dĂ©ric Lagarde invite Ă  traverser l’Ɠuvre de Debussy : d’Arabesque pour piano seul (d’une envoĂ»tante suavitĂ© elle aussi), nous voici bercĂ©s, caressĂ©s par la ligne aĂ©rienne et liquide (Ă  la fois) de la flĂ»tiste Annabelle Meunier dans plusieurs piĂšces pour flĂ»te et piano ; son chant naturel comme improvisĂ©, fait imploser tout cadre formel, tant son dessin et ses ses volutes sonores sont proches de la confession naturelle et du murmure idyllique.

 

 

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Enfin, au chant des instruments, rĂ©pond le timbre Ă©mouvant de la soprano japonaise Shigeko Hata, douceur tragique cependant dotĂ©e d’une puissance d’émission naturelle, la jeune diva enchante l’audience dans deux airs de l’opĂ©ra de Puccini (Madama Butterfly) : soutenue et portĂ©e par tous les instrumentistes, la cantatrice-actrice fait vibrer l’Ă©crin acoustique de l’Ă©glise Saint Bernard de Menton : surgit ainsi la priĂšre digne et tragique de l’hĂ©roĂŻne Cio-Cio-San (Ă  l’acte II), jeune geisha Ă©prouvĂ©e jusqu’à la mort mais qui reste Ă©tonnamment droite et dĂ©terminĂ©e face Ă  l’adversitĂ© (« Un bel di vedremo », priĂšre de l’amoureuse qui attend le retour de son « mari » au port de Nagasaki). Quelle belle idĂ©e de croiser chant des instruments et airs d’opĂ©ra, en une seule et mĂȘme soirĂ©e.

 

  

 

 

Nouvelle Ă©dition de CLASSICAVAL Ă  Val d’IsĂšre (26Ăšme)

RAVEL, R. STRAUSS
 transcriptions enchanteresses

 

Festival CLASSICAVAL au Val d'IsĂšre : 8, 9 et 10 mars 2016

 

 

 

Jeudi 14 mars 2019
Le lendemain, jeudi 14 mars 2019, mĂȘme lieu (Ă©glise Saint-Bernard de Menton), mĂȘme heure (18h30), mais programme diffĂ©rent, – celui lĂ  aussi captivant et peut-ĂȘtre mĂȘme, plus surprenant que la veille, par les oeuvres choisies et lĂ  encore, la formation proposĂ©e pour les jouer.

Les festivaliers retrouvent ce qui a fait l’intĂ©rĂȘt du concert prĂ©cĂ©dent la prĂ©sence d’un quintette Ă  vent (flĂ»te, hautbois, basson, cor et clarinette). OĂč brillent en particulier au sein dune troupe amicale et trĂšs complice, le hautbois de David Walter (en rĂ©alitĂ© l’instrumentiste joue aussi du cor anglais), et la bassoniste Rie Koyama (basson solo de l’Orchestre de Chambre de BrĂȘme). La superbe Ă©loquence en dialogue des deux solistes articule les 5 piĂšces de Bruch opus 83 (initialement pour alto et clarinette) : aĂ©rien, volubile, le hautbois (ou le cor anglais), les deux instruments sont jouĂ©s, prĂ©sentĂ©s par David Walter, finit par adoucir les saillies pleines de caractĂšre du basson, et les deux en fusion Ă©motionnelle, colorent la langueur, – il est vrai brahmsienne, de la  4 Ăšme piĂšce dont les deux excellents solistes creusent la courbe de la suprĂȘme mĂ©lancolie Ă  deux voix.
C’est une vĂ©ritable dĂ©couverte que de mesurer l’art des nuances dĂ©fendues par les deux solistes ; ils sont plus qu’inspirĂ©s par la partition : Ă©lectrisĂ©s, en un chambrisme haletant, trĂšs finement caractĂ©risĂ©. Au piano, FrĂ©dĂ©ric Lagarde est un complice volubile et stimulant.
Le parcours de ce soir intitulé « Soirée romantique en Allemagne », fait aussi entendre de somptueux lieder de Schubert (dont Marguerite au rouet, Ganymed) ici trÚs investi par le clarinettiste invité.
Mais il fallait bien maintenir le cap de l’audace et du chambrisme le plus original, dans un nouveau jeu de transcriptions qui rĂ©vĂšle autrement des oeuvres pourtant connues ; c’est le cas des lieder de Richard Strauss, au tissu raffinĂ© et dense, d’un lyrisme Ă©perdu et crĂ©pusculaire, dont FrĂ©dĂ©ric Lagarde et David Walter ont transcrits les Quatre derniers. Initialement pour orchestre, dans ce grand bain symphonique particuliĂšrement flamboyant et lunaire, chaque lied retranscrit pour la formation du festival CLASSICAVAL de mars 2019, s’offre une nouvelle parure (somptueusement articulĂ©e), la rĂ©duction de l’effectif jouant sur les couleurs, l’ équilibre sonore, surtout la cohĂ©rence enveloppant le timbre souple et douĂ© d’une trĂšs solide ligne vocale de la soprano Shigeko Hata dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e la veille dans Puccini.
Le veloutĂ© du chant, le souffle Ă©gal et soutenu, la conduite du texte sont particuliĂšrement convaincants, et en complicitĂ© avec le jeu concertant des instrumentistes, l’éblouissante voluptĂ© des lieder straussiens diffuse son charme capiteux ; c’est un concertino pour voix Ă  l’irrĂ©sistible pouvoir d’attraction. Comme le soir prĂ©cĂ©dent, l’interprĂ©tation sĂ©duit, surprend, captive : le mĂ©lomane habituĂ© Ă  la version originale pour voix et orchestre, redĂ©couvre ici les Ɠuvres, sans rien regretter de la nouvelle formulation. Reconnaissons aux transcripteurs, David Walter et FrĂ©dĂ©ric Lagarde, un talent rĂ©el pour adapter les partitions selon l’effectif concernĂ©, sans entamer ce qui constitue leur essence poĂ©tique ni leur saveur expressive. Belle gageure remarquablement dĂ©fendue Ă  Val d’IsĂšre pour ce nouveau Classicaval 2019. Nous sommes dĂ©jĂ  impatients de vivre l’annĂ©e prochaine de nouveaux moments musicaux de cette qualitĂ© Ă  Val d’IsĂšre.

 

 
 

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classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019COMPTE-RENDU, critique, Festivals. VAL D’ISERE, festival CLASSICAVAL 2019, les 13 et 14 mars 2019. FrĂ©dĂ©ric Lagarde, direction artistique. Chaque festival Classicaval Ă  Val d’isĂšre se dĂ©roule en janvier (opus I), puis en mars (opus II). C’est l’occasion exceptionnelle de suivre plusieurs concerts de musique de chambre souvent passionnants au pieds des pistes, Ă  l’époque oĂč la neige et des paysages Ă  couper le souffle s’offrent aux visiteurs de la station la plus authentique de Savoie. Cette Ă©dition de mars 2019 a suscitĂ© un succĂšs publique jamais constatĂ© auparavant ; l’église de Saint-Bernard de Menton faisant le plein et au-delà


Plus d’infos : visitez le site du festival CLASSICAVAL de Val d’Isùre : https://www.festival-classicaval.com/index.php

 

  

 

REPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. Pourquoi mettre en scĂšne l’ouvrage de Godard, opĂ©ra fĂ©erique, infernal et onirique crĂ©Ă© en 1890 Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris ? PrĂ©sence du chƓur (personnage Ă  part entiĂšre et d’une force « verdienne »), tableaux spectaculaires dont l’acte des enfers ; personnages intenses, absolus (Dante et sa muse bien aimĂ©e BĂ©atrice) ; second couple exaltĂ©, noir pour Bardi ; portĂ© par la bontĂ© (Gemma), surtout raffinement et souplesse d’un orchestre somptueux
 et si Dante Ă©tait le chef d’oeuvre oubliĂ© de l’opĂ©ra romantique français ? Godard Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant sait fusionner le meilleur de Bizet, Massenet, Verdi et mĂȘme Tchaikovski. Un ouvrage majeur, aujourd’hui ressuscitĂ© par les forces vives de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. PrĂ©sentation, explication
 reportage par © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2019

 
 
 

 

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VOIR aussi notre REPORTAGE 1 :

dante opera de saint etienneREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

 

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard,rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

http://www.classiquenews.com/teaser-video-dante-de-benjamin-godard-a-lopera-de-saint-etienne-81012-mars-2019/

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)  

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

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REPORTAGE 2/2 : PrĂ©sentation de la partition ; pourquoi remonter aujourd’hui Dante de Benjamin Godard ? Et si Dante Ă©tait un ouvrage majeur de l’opĂ©ra romantique français, oubliĂ©, enfin rĂ©vĂ©lĂ© ?

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard, rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. TOURCOING, le 7 fév 2019. MOZART : La Clémence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti.

titus-clemence-tourcoing-duffau-tilquin-boucher-mozart-critique-opera-trio-classiquenews-compte-rendu-critiqueCOMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. TOURCOING, le 7 fĂ©v 2019. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti. Tourcoing, fabrique lyrique unique. Presque un aprĂšs la disparition de son fondateur Jean-Claude Malgoire (le 14 avril 2018), L’Atelier Lyrique poursuit trĂšs haut cette exigence salvatrice et magicienne qui rĂ©alise l’équation tĂ©nue du chant, de la musique, et du thĂ©Ăątre. DĂ©tenteur d’un secret fĂ©dĂ©rateur, Jean-Claude Malgoire comme nul autre, savait choisir les Ɠuvres, les interprĂštes, surtout ses complices Ă  la mise en scĂšne : une intelligence globalisante unique qui a permis et permet encore aujourd’hui, de proposer des lectures toujours justes et fines des oeuvres du rĂ©pertoire ou moins connues. Une vision et une façon de travailler qui font dĂ©sormais la rĂ©putation de la ville de Tourcoing.

C’est assurĂ©ment le cas de cette nouvelle production du dernier seria de Wolfgang, La ClĂ©mence de Titus (crĂ©Ă©e Ă  Prague en septembre 1791). InspirĂ© de Racine (moins du sujet que de sa vision intimiste et psychologique) et d’abord du livret de MĂ©tastase, la partition tĂ©moigne du dernier Mozart, lequel avec son librettiste Mazzola, tout en rĂ©pondant Ă  une commande de circonstance (pour le couronnement de l’Empereur Leopold II), propose sa version du genre seria : Ă©purĂ©e, franche, directe. En deux parties, l’action ne faiblit pas et musicalement produit des enchaĂźnements fabuleux qui renforcent ce flux orchestral inĂ©dit, d’un souffle expressif nouveau – dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© dans son seria antĂ©rieur Idomeneo (n’écoutez que la succesion des airs finaux du I, depuis le fameux « Parto » de Sesto, au trio puis Ă  l’incendie de Rome et au chƓur funĂšbre qui pleure la mort supposĂ©e de l’Empereur
.). Tout cela est d’un sang neuf, visionnaire mĂȘme.

 
 
 

A Tourcoing, poursuite d’une excellence lyrique
TITUS ou l’opĂ©ra du cƓur

 

 

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Ici, un vrai travail d’équipe Ă©claire dans l’opĂ©ra politique de Mozart, sa force Ă©motionnelle qui distingue les personnalitĂ©s clĂ©s de Titus et Vitellia
 Le chef Emmanuel Olivier qui a travaillĂ© avec Jean-Claude Malgoire, prolonge l’esprit de troupe et cette implication collective qui continue de distinguer Tourcoing des autres foyers de crĂ©ation lyrique. La direction est vive, imaginative, au diapason d’une partition affĂ»tĂ©e dont il sait souligner la force dramatique (malgrĂ© les idĂ©es fausses distillĂ©es contre elle). Le brio et la sensualitĂ© sombre des airs avec la clarinette d’amour (ou clarinette de basset), pour l’air prĂ©citĂ© de Sesto : « Parto » au I ; ou avec le cor de basset pour l’air capital de Vitellia « Non piĂč di fiori »), l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, l’allant des cordes (dĂšs l’ouverture), et chaque final (avec chƓur) 
 au dessin Ă  la fois claire et puisant, accrĂ©ditent une direction que n’aurait pas reniĂ© Malgoire lui-mĂȘme.
D’autant que Titus Ă©tait son opĂ©ra prĂ©fĂ©rĂ©. On peut dĂ©duire que le choix du maestro dĂ©funt quant au metteur en scĂšne, Ă©tait lui aussi capital. La prĂ©sence de Christian Schiaretti est Ă©vidente ; les deux hommes ont travaillĂ© Ă  Tourcoing pour 12 productions, dont un somptueux PellĂ©as crĂ©Ă© en 2015, repris Ă  Tourcoing en 2018 ; cette ClĂ©mence aurait du ĂȘtre leur 13Ăš. S’y cristallise le vƓu esthĂ©tique de Malgoire : la fusion parfaite du thĂ©Ăątre et de la musique ; l’un et l’autre ne tirant jamais la couverture Ă  soi, surtout pas au dĂ©triment de l’autre. De sorte que sur scĂšne, se dĂ©ploie une action lyrique produite comme une piĂšce de thĂ©Ăątre (Ă©conomie et lisibilitĂ© discrĂšte des dĂ©cors / peut-ĂȘtre davantage de lumiĂšre parfois aurait Ă©tĂ© profitable, en particulier pour Ă©clairer le relief mordant et essentiel ici des rĂ©citatifs, parmi les mieux Ă©crits des opĂ©ras mozartiens ; qu’ils aient Ă©tĂ© pour partie Ă©crits par son Ă©lĂšve SĂŒsmayer
). Qu’importe l’Ɠil du compositeur a veillĂ© Ă  la cohĂ©rence dramatique, Ă  la force de l’architecture globale, Ă  la violence des passions qui s’affrontent, rĂ©vĂ©lant comme toujours chez Mozart, la vĂ©ritĂ© des Ăąmes, et la sincĂ©ritĂ© des cƓurs.
Conçue comme un thĂ©Ăątre simplifiĂ©, presque symbolique (Le serment des Horaces de David n’est pas loin), la scĂšne lyrique prend souvent des airs de bas-relief antique dont le diamant synthĂ©tique du texte, l’intensitĂ© Ă©motionnelle des airs accrochent l’écoute par leur justesse et leur vĂ©ritĂ©.

 

 

 

 

 

LES CHANTEURS
 Piliers de la distribution, trois voix se distinguent nettement. La vaillance du tĂ©nor JĂ©rĂ©my Duffau dans le rĂŽle-titre fait mouche. On lui reprocherait certaines notes mal nĂ©gociĂ©es ou des aigus parfois tendus
 n’empĂȘche, la franchise de l’émission et l’intonation globale crĂ©dibilisent son incarnation, une rĂ©alisation solide d’un empereur tiraillĂ© entre devoir et affection (pour Sesto, voire davantage), en proie Ă  l’inflexibilitĂ© mais au final, portĂ© par cet idĂ©al des LumiĂšres qui en fait un Prince vertueux et
 clĂ©ment. S’il sait pardonner Ă  ceux qui ont intriguĂ© pour sa mort, Sesto et Vitellia, Titus sait aussi les tenir fermement, les obligeant Ă  un vƓu de loyautĂ© s’ils veulent dĂ©sormais conserver la vie. Cette tension politique est bien prĂ©sente, idĂ©alement incarnĂ©e par la posture du tĂ©nor.

 

 

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 Marc Boucher (Publius)

 

 

Double discret et permanent, Ă  la silhouette d’acteur trĂšs aboutie, Ă  la fois souple et investie, le Publio du baryton Marc Boucher soigne les nuances de son personnage dont il fait le garant coĂ»te que coĂ»te de l’autoritĂ© impĂ©riale. En lui s’affirme malgrĂ© les avatars et pĂ©ripĂ©ties de l’action, une conscience politique et morale imperturbable, de surcroĂźt dotĂ©e surtout d’une clairvoyance exceptionnelle : c’est lui qui rĂ©vĂšle au dĂ©tour d’une tirade (II) que la relation entre Titus et Sesto serait de nature amoureuse
 Le chanteur, ailleurs trĂšs fin diseur (il poursuit l’enregistrement de mĂ©lodies françaises, travail Ă  long terme et d’un apport majeur, hier dĂ©diĂ© Ă  FaurĂ©, prochainement Ă  Massenet). La couleur du timbre est superbe (il fut cet Ă©tĂ© Ă  QuĂ©bec un Golaud embrasĂ©) et par son seul air (au II dĂ©cidĂ©ment), le baryton canadien, ciselant le mĂ©tal argentĂ© de ses rĂ©citatifs, apporte une Ă©paisseur remarquable au rĂŽle qui assoit aussi harmoniquement les ensembles auxquels il participe.

 
 

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Marc Boucher (Publio) et Jérémy Duffau (Titus)

  

 

Enfin, torche vivante et palpitante qui fait de Titus un opĂ©ra du cƓur avant d’ĂȘtre un manifeste politique, la soprano suisse ClĂ©mence Tilquin illumine les planches par l’intelligence captivante de sa Vitellia : aussi haineuse, infecte, manipulatrice au I (envoĂ»tant Sesto jusqu’à en faire l’assassin de l’Empereur), que ravagĂ©e par la culpabilitĂ© de son intrigue criminelle au II, – hyĂšne dĂ©truite, vĂ©ritablement terrassĂ©e par une triple prise de conscience : celle du meurtre qu’elle a pilotĂ© (contre Titus), celle de la trahison Ă  Sesto (exploitant l’amour de ce dernier dont elle n’avait pas su mesurer jusque lĂ   la puissance ni la sincĂ©ritĂ©), enfin celle de sa propre lĂąchetĂ© qui lui inspirent alors dans son air essentiel « Non piĂč di fiori », le sentiment de sa mort. Il est vrai que le jeu tout en simplicitĂ© et profondeur onirique du clarinettiste Lorenzo Coppola (jouant alors du cor de basset Ă  l’exotisme lugubre et glaçant) renforce l’impact ahurissant de cet air qui bien qu’il ait Ă©tĂ© recyclĂ© dans l’opĂ©ra, fonctionne Ă  merveille, faisant de Vitellia, le personnage clĂ© de la partition par cette sublime mĂ©tamorphose (l’intrigante est saisie par une humanitĂ© inconnue qui la dĂ©passe soudainement). Une passionnante prise de rĂŽle qui confirme les vertus dramatiques et vocales de la jeune soprano, dĂ©jĂ  remarquĂ©e par CLASSIQUENEWS pour son interprĂ©tation du rĂŽle de Colombe dans Ascanio de Saint-SaĂ«ns, opĂ©ra rĂ©vĂ©lĂ© en 2018 par le chef Guillaume Tourniaire (CLIC de classiquenews d’octobre 2018).

 

 

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Amaya Dominguez (Sesto) et Clémence Tilquin (Vitellia)

  

 

ThĂ©Ăątrale et intimiste, d’une Ă©pure et lisibilitĂ© affĂ»tĂ©e, bien dans l’esprit de l’écriture mozartienne, cette nouvelle production de La ClĂ©mence de Titus prolonge la leçon de Jean-Claude Malgoire. La continuitĂ© est donc assurĂ©e Ă  Tourcoing. Une « aventure » qui se poursuit et comptera un nouveau volet passionnant du 17 au 21 mai prochains avec la burletta d’une ineffable finesse, L’Occasione fa il ladro de Rossini, autre production choisie par Jean-Claude Malgoire, et dirigĂ©e Ă©galement par Emmanuel Olivier (avec les mĂȘmes JĂ©rĂ©my Duffau et ClĂ©mence Tilquin)
 A suivre.

  

  
  
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. TOURCOING, le 7 fév 2019. MOZART : La Clémence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti.

Wolfgang Amadeus Mozart : La Clémence de Titus (1791)
OpĂ©ra en deux actes – Livret de Caterino Mazzola d’aprĂšs Pietro Metastasio

Tito: Jérémy Duffau, ténor
Vitellia: Clémence  Tilquin, soprano
Sesto: Amaya Dominguez, mezzo-soprano
Annio: Ambroisine Bré, soprano
Servilia: Juliette Raffin Gay, soprano
Publio: Marc Boucher, baryton-basse

ChƓur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Direction musicale : Emmanuel Olivier
Mise en scĂšne : Christian Schiaretti

 

 

 

 

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Approfondir
LIRE nos dossiers dédiés au dernier seria de Mozart La Clémence de Titus de Mozart
http://www.classiquenews.com/tag/la-clemence-de-titus/

 

 

VOIR notre reportage vidéo de la production de Pelléas et Mélisande par le duo Schiaretti et Malgoire, créée en 2015, reprise à Tourcoing en mars 2018 pour le centenaire Debussy

 

ENTRETIEN avec Timothée PICARD. A propos de « Anatomie de la folle lyrique »

thumbnail_afl_plat1ENTRETIEN avec TimothĂ©e PICARD. A propos de « Anatomie de la folle lyrique »  TimothĂ©e Picard a Ă©crit la postface du livre que vient d’éditer La Philharmonie : “ Anatomie de la folle lyrique ”, essai sur l‘opĂ©ra de l’amĂ©ricain Wayne Koestenbaum, paru pour la premiĂšre fois en 1993. Pour cette premiĂšre Ă©dition en français, TimothĂ©e Picard rĂ©sume les enjeux et les enseignements d’un texte qui a comptĂ© dans l’histoire de la typologie du public d’opĂ©ra, depuis les annĂ©es 1990
 C’est pourtant moins ce qui date le texte et l’inscrit dans une pĂ©riode prĂ©cise de l’histoire du XXĂš que les fondamentaux et invariants, intellectuels, esthĂ©tiques, artistiques qu’il Ă©claire, que l’écrivain et musicologue met en lumiĂšre. En s’interrogeant sur lui-mĂȘme, et en interrogeant le phĂ©nomĂšne de l’opĂ©ra, singulier, intact, d’une permanente actualitĂ©, Koestenbaum ne cible-t-il pas ce qui identifie spĂ©cifiquement un genre toujours fascinant ? TimothĂ©e Picard analyse ainsi ce qui fonde les apports d’un texte pertinent et majeur au delĂ  de son titre polĂ©mique
 Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS.COM

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CNC : Pourquoi avez vous choisi d’Ă©diter ce texte ? Quel est son apport sur le plan documentaire et historique ? Est-il trĂšs emblĂ©matique d’une certaine Ă©poque et d’un certain goĂ»t ?

TimothĂ©e Picard : La question des liens – supposĂ©s – privilĂ©giĂ©s entre les homosexuels et l’opĂ©ra est un lieu commun bien connu des amateurs d’art lyrique mais que ne documente pratiquement aucun texte en France, alors qu’il a donnĂ© lieu Ă  une importante littĂ©rature Ă  l’étranger, dans le domaine anglo-saxon en particulier. Paru en 1993, le livre de Koestenbaum a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de toute cette littĂ©rature qui, presque toujours, prend position par rapport Ă  lui. C’est probablement son reprĂ©sentant le plus intĂ©ressant, Ă  la fois sur le plan thĂ©orique et littĂ©raire, quoique tout Ă  fait singulier. C’est pourquoi il m’a paru bienvenu de le faire traduire en France, oĂč il Ă©tait connu de rĂ©putation ; et, surtout, d’en profiter pour faire le point sur les principaux discours et imaginaires tenus sur ce lieu commun avant comme aprĂšs, et tenter de mesurer le degrĂ© de validitĂ© des hypothĂšses de l’auteur encore aujourd’hui.
Il m’a Ă©galement semblĂ© que cet ouvrage reprĂ©sentait une tentative exemplaire de cerner ce qui peut faire l’étrangetĂ© de la lyricomanie en gĂ©nĂ©ral.

Oui, l’ouvrage a par certains aspects une valeur documentaire : il est historiquement, gĂ©ographiquement et socialement situĂ©. Koestenbaum est, comme la majoritĂ© des auteurs illustrant cette littĂ©rature, nĂ© dans les annĂ©es 1950-1960, issu de la classe moyenne, ayant grandi sur la CĂŽte Est, blanc, gay, juif, intellectuel, formĂ© dans des universitĂ©s prestigieuses puis enseignant dans ces derniĂšres, et principalement l’opĂ©ra sans ĂȘtre musicologue. L’essai est Ă©galement trĂšs reprĂ©sentatif de ce moment oĂč, au cƓur des annĂ©es sida, un certain nombre d’intellectuels gays se dĂ©cident Ă  sortir du placard et Ă  revendiquer leur passion pour l’opĂ©ra, et surtout une maniĂšre spĂ©cifique de l’investir, comme trait d’identification. On retrouve donc dans ces pages une culture littĂ©raire, musicale et cinĂ©matographique caractĂ©ristique, mais qui semblera en rĂ©alitĂ© moins exotique au lecteur français de la fin des annĂ©es 2010 qu’à celui des annĂ©es 1990 tant la comĂ©die musicale ou le mĂ©lodrame et les films de l’ñge d’or hollywoodien jouissent aujourd’hui en France d’un intĂ©rĂȘt qu’ils n’avaient pas alors. Les rĂ©fĂ©rences aux grandes icĂŽnes du monde lyrique – Callas, Tebaldi, Sutherland, etc. – ne sont pas non plus exagĂ©rĂ©ment tributaires de cet espace-temps au point de risquer de perdre le lecteur français, toutes gĂ©nĂ©rations confondues.

Toutefois il ne faut pas se mĂ©prendre : ce qui pourrait nous sembler documentaire et donc datĂ© dans cet essai l’était dĂ©jĂ  pour le lecteur de 1993. Koestenbaum sollicite Ă  travers leurs enregistrements et les tĂ©moignages les fantĂŽmes de divas qui sont dĂ©jĂ  largement de l’ordre du passĂ©, Ă©voque un rapport fĂ©tichiste au vinyle Ă  l’heure du CD, et semble de prime abord dĂ©livrer une image ambivalente de l’homosexuel fou d’opĂ©ra – par certains aspects doloriste et Ă©lĂ©giaque – qui, presque vingt-cinq ans aprĂšs les Ă©meutes de Stonewall (1969), point de dĂ©part d’un mouvement mondial d’émancipation des gays, entre en contradiction avec celle, rĂ©solument optimiste et combative, dĂ©fendue par les nouveau mouvements militants dĂ©sireux d’en finir avec la civilisation du placard. Il y a parfois dans ce texte une dimension Ă©gotiste, esthĂšte, mĂ©lancolique et mĂȘme un rien masochiste, qui peut sembler anachronique et qui, de ce fait, n’a pas manquĂ© de susciter dĂšs la parution du livre certaines rĂ©ticences – particuliĂšrement chez les folles lyriques !
Il faut dire que le terme mĂȘme de folle lyrique, que nous avons volontairement fait figurer dans le titre, revalorisation paradoxale d’une stigmatisation premiĂšre, ne pousse pas les principaux intĂ©ressĂ©s Ă  se revendiquer tels : Ă  moins d’ĂȘtre particuliĂšrement Ă  l’aise avec sa singularitĂ©, l’homosexuel fou d’opĂ©ra et le fou d’opĂ©ra tout court auront tendance Ă  vouloir fuir ce dĂ©nominatif ; la folle lyrique sera toujours cet autre que l’on ne veut pas ĂȘtre !

Mais Ă  partir de lĂ , on comprend que cette anatomie de la folle lyrique et, plus largement, cette analyse au scalpel de la lyricomanie, ont moins une valeur historique et documentaire qu’un intĂ©rĂȘt thĂ©orique : cet essai constitue un kalĂ©idoscope d’hypothĂšses – la folle lyrique est en effet Ă  la fois une et multiple – qui ont une pertinence transhistorique. Sous cet angle, on retrouve dans ce texte l’esprit et la qualitĂ© des plus grands essayistes tentant de penser dans une forme et un styles singuliers ce qui fonde leur subjectivitĂ© : Roland Barthes ou Susan Sontag, par exemple, dont on retrouve ici le goĂ»t pour la succession rhapsodique de brefs paragraphes mĂȘlant considĂ©rations autobiographiques, mĂ©ditations poĂ©tiques et mises en perspectives historiques.

Ces hypothĂšses trouvent mĂȘme par certains aspects un regain de validitĂ©. Car quelle qu’ait Ă©tĂ©, durant ces trente derniĂšres annĂ©es, l’évolution des supports techniques, des rĂ©pertoires et des visages que prennent les icĂŽnes du chant lyrique d’une part, et celle de la place et de l’image des homosexuels dans nos sociĂ©tĂ©s d’autre part, Koestenbaum dessine lĂ  une cartographie d’invariants qui, moyennant parfois quelques transpositions, semble toujours singuliĂšrement adĂ©quate pour les folles lyriques et, plus largement, pour les fous d’opĂ©ra d’aujourd’hui. Indirectement thĂ©orique, son livre est trĂšs reprĂ©sentatif d’un courant moins soucieux de s’interroger sur l’identitĂ© gay, qui Ă©tait au centre des revendications des annĂ©es 1970-1990, que sur ce qui fonderait sa culture et sa subjectivitĂ©, prĂ©occupation qui a tendance Ă  redevenir prĂ©dominante depuis les annĂ©es 2000.
On s’aperçoit alors que, derriĂšre ses soupirs et ses extases prĂ©tendument onanistes et anachroniques, le type de la folle lyrique, loin d’ĂȘtre dĂ©passĂ©, est au contraire pĂ©renne et porteur d’une vraie modernitĂ©, liĂ©e Ă  une force d’inventivitĂ© et de subversion qui lui seraient propres, du fait de sa rĂ©sistance patente Ă  toute une sĂ©rie d’injonctions, venues tant de la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral que d’une certaine communautĂ© gay en particulier. D’esthĂšte asocial, il se pare alors malgrĂ© lui d’une dimension politique paradoxale. C’est que, comme je le signale dans la conclusion de ma prĂ©face, la folle lyrique est en prise directe et privilĂ©giĂ©e avec l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© de l’opĂ©ra lui-mĂȘme : elle la maintient vive, et l’opĂ©ra avec elle.

 
 

CNC : Selon vous qu’est ce que Olivier Py met en lumiĂšre dans sa prĂ©face ? Y a t il un « regard français » (et prĂ©cisĂ©ment parisien) sur ce texte ?

TimothĂ©e Picard : Olivier Py – si passionnĂ© d’opĂ©ra qu’il a fait de l’art lyrique, art du chant, du spectaculaire, du travestissement, un vĂ©ritable mode d’ĂȘtre au monde – offre un cas exemplaire de folle lyrique parfaitement assumĂ©. Il confirme par son parcours et son tĂ©moignage que le livre de Koestenbaum, bien que liĂ© Ă  un espace-temps spĂ©cifique, rend compte d’une expĂ©rience, d’un ressenti existentiel, qu’ont pu et peuvent partager de nombreux homosexuels dans d’autres lieux et d’autres Ă©poques – en l’occurrence en France, mais pas spĂ©cifiquement Ă  Paris.

Dans plusieurs de ses Ă©crits, et notamment dans son roman de jeunesse Le Cahier noir (2015), paru une trentaine d’annĂ©es aprĂšs son Ă©criture, Py dĂ©crit le profond mal-ĂȘtre existentiel qu’a pu et peut connaĂźtre encore l’adolescent homosexuel grandissant dans une petite ville de province Ă©triquĂ©e et intolĂ©rante, ne trouvant aucun dĂ©bouchĂ© Ă  ses dĂ©sirs Ă©rotiques et Ă  son besoin d’absolu, et convertissant cette Ă©nergie sans but en pulsion de mort, automutilations et pulsions suicidaires. Il confie combien l’opĂ©ra – Tristan et Isolde de Wagner, OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, etc. – a pu jouer dans ce cadre le rĂŽle ambivalent de refuge consolateur et de caisse d’amplification dĂ©mesurĂ©e Ă  une soif d’infini ne pouvant s’attacher Ă  aucun objet.
Le cas du jeune Py illustre ainsi parfaitement l’hypothĂšse selon laquelle l’opĂ©ra donnerait aux gays la possibilitĂ© d’accĂ©der Ă  des sentiments forts de leur vie affective faisant habituellement l’objet d’une rĂ©pression sociale, mais ici transposĂ©s sur scĂšne et sans censure ; mais aussi, plus gĂ©nĂ©ralement, qu’une partie de la fonction dĂ©volue Ă  la musique et Ă  la musicalitĂ© dans la culture occidentale a Ă©tĂ© d’encadrer et de contrĂŽler les pulsions sexuelles, a fortiori homosexuelles. L’hypersensibilitĂ© Ă©trange des folles lyriques Ă  l’opĂ©ra n’est Ă©videmment pas la consĂ©quence d’une pathologie originelle ; elle est l’inscription dans la psychĂ© d’un sujet des consĂ©quences pathogĂšnes d’une vie menĂ©e dans un monde homophobe.

Py montre ainsi combien, encore aujourd’hui, la folle lyrique est tout sauf le rĂ©sidu anachronique d’une Ă©poque vouĂ©e Ă  disparaĂźtre.
Quand, avant 1969, la civilisation du placard Ă©tait Ă  son Ăąge d’or, les homosexuels contraints dans leur sexualitĂ© et leur affectivitĂ© ont trouvĂ© des subterfuges extraordinairement inventifs pour exprimer malgrĂ© tout leur subjectivitĂ©. La relecture et l’appropriation de la culture dominante a alors jouĂ© un rĂŽle primordial. Bien que masquĂ©, le dĂ©sir homosexuel trouvait quantitĂ© d’objets sur lesquels se poser. Et tout particuliĂšrement dans des formes artistiques telles que le mĂ©lodrame hollywoodien, la comĂ©die musicale et l’opĂ©ra, dont la thĂ©ĂątralitĂ© stylisĂ©e et le pathos ostensible se prĂȘtaient bien Ă  cette sorte d’investissement : le spectateur gay pouvait projeter sa propre situation de stigmatisĂ© sur la figure de la diva superbe et outragĂ©e pour Ă  la fois en pleurer et en rire.
Mais la progressive conquĂȘte des droits et libertĂ©s, Ă©tayĂ©e par le souci de donner une image positive de soi, semble avoir d’abord eu pour effet de tirer un trait sur cette figure de la folle lyrique et tout ce qu’elle pouvait reprĂ©senter : trop honteuse, trop clivĂ©e ou bien trop spectaculaire, trop opĂ©ratique, alors que le nouveau type d’homosexuel que l’on souhaitait promouvoir aspirait Ă  une forme de normalitĂ© dĂ©marquĂ©e sur les modĂšles hĂ©tĂ©rosexuels. Les signes mĂȘmes d’une sensibilitĂ© aux formes culturelles estampillĂ©es gay se sont alors transformĂ©s en repoussoir.
Or il se trouve qu’aujourd’hui, malgrĂ© ces Ă©volutions, les jeunes homosexuels sont encore socialisĂ©s dans un environnement culturel dans lequel ils ne trouvent que peu de modĂšles auxquels s’identifier ; ils sont toujours confrontĂ©s Ă  une homophobie qui les force Ă  adopter des stratĂ©gies de dissimulation, et ils continuent donc Ă  pratiquer le mĂȘme type d’investissement de la culture dominante que leurs aĂźnĂ©s. Par ailleurs si, aujourd’hui, les personnages et les intrigues gays ont pu faire ici et lĂ  leur apparition, Ă  l’opĂ©ra comme ailleurs, si on s’est donc mis Ă  valoriser une reprĂ©sentation littĂ©rale et non plus mĂ©taphorique de l’homosexualitĂ©, nombre de ces homosexuels des nouvelles gĂ©nĂ©rations trouvent cette littĂ©ralitĂ© explicite bien moins riche, intĂ©ressante et, au bout du compte, subversive, que les formes culturelles polysĂ©miques et sophistiquĂ©es
qu’investissait autrefois la sensibilitĂ© gay. De telle sorte qu’ils continuent Ă  les pratiquer aujourd’hui.
Ce sont en effet les esthĂ©tiques plus mĂ©taphoriques que littĂ©rales qui ont le plus de chance de susciter l’intĂ©rĂȘt des gays : par elles, le spectateur gay peut se projeter dans un univers plus intense, lyrique, spectaculaire, fantaisiste, que ce que lui offre sa vie courante. L’injection de quelque personnage ou intrigue explicitement gay serait un procĂ©dĂ© qui, au bout du compte, s’avĂšrerait contre-productif. On comprend alors en quoi l’opĂ©ra et, plus gĂ©nĂ©ralement, ce qui possĂšde des traits opĂ©ratiques – par exemple dans certains shows rock, chez certaines divas de la musique pop, etc. – peut, encore aujourd’hui, figurer en bonne place dans une certaine culture gay.

 
 

CNC : Evidemment le titre du livre renvoie Ă  une catĂ©gorie du public d’opĂ©ra. NĂ©anmoins qu’est ce qui apporte un Ă©clairage sur le grand public amateur d’opĂ©ra ? Selon vous en quoi l’auteur prĂ©cise-t-il ce rapport passionnĂ© au chant des divas ?

TimothĂ©e Picard : L’essai de Koestenbaum et toute la littĂ©rature qui a suivi s’accordent sur les leviers permettant le fort investissement de la matiĂšre opĂ©ratique par les gays mais, en effet, toutes les composantes de ce processus ne sont pas une exclusivitĂ© des gays. Ce livre offre donc Ă©galement une analyse extrĂȘmement prĂ©cise et fascinante de cette merveilleuse et monstrueuse Ă©trangetĂ© qu’est la lyricomanie en gĂ©nĂ©ral.

Cela peut s’expliquer ainsi. Deux impulsions complĂ©mentaires interviennent dans la formation de l’identitĂ© gay : une tendance Ă  rapporter telle ou telle donnĂ©e Ă  ce qui fait minoritĂ©, caractĂ©risĂ©e par un rapport au monde qui serait spĂ©cifique et irrĂ©ductible ; et une tendance au contraire Ă  l’universaliser, Ă  s’inclure dans une totalitĂ©. L’opĂ©ra rend possibles les deux Ă  la fois : il peut ĂȘtre saisi comme monde Ă  part, avec d’autres lois, d’autres dynamiques du dĂ©sir que celles de la sociĂ©tĂ© hĂ©tĂ©ronormĂ©e ; mais la forme de dĂ©sir large, non spĂ©cifique et non rigidement contrĂŽlĂ© qu’il met en Ɠuvre permet aussi que ces passions spĂ©cifiques rejoignent celles de tous les autres dans un ensemble gĂ©nĂ©ral, commun et partagĂ©. En ce sens, l’opĂ©ra n’est Ă©videmment pas gay en soi ; il est plutĂŽt queer, terme anglais qui dĂ©signe une Ă©trangetĂ© non rĂ©ductible aux discours dominants : l’opĂ©ra peut se faire le porte-parole d’un pouvoir officiel ; mais il offre aussi Ă  tous la possibilitĂ© d’exprimer une dissidence voire une opposition par rapport aux comportements et constructions communes du dĂ©sir imposĂ©s par la sociĂ©tĂ©, tout en y trouvant sa place.

Au-delĂ  de la folle lyrique, on peut donc avancer que le fou d’opĂ©ra en gĂ©nĂ©ral manifesterait quelques traits constants. Il goĂ»terait moins la musique et le drame en tant que tels que les possibilitĂ©s de performance qu’ils crĂ©ent pour le chanteur. En l’occurrence, il s’agirait le plus souvent d’une chanteuse (mĂȘme si Koestenbaum n’exclut pas l’adulation de chanteurs) et, parmi les cantatrices, il en serait toujours une qui s’imposerait comme objet de prĂ©dilection au dĂ©triment des autres. Le spectateur gay, lui, a pour particularitĂ© d’activer une forme d’identification par-delĂ  le genre avec l’hĂ©roĂŻne en surinterprĂ©tant pour cela certaines composantes d’un livret invariablement hĂ©tĂ©ronormĂ©. La musicalitĂ© et la qualitĂ© du jeu de cette diva jouent certes dans ce cadre un rĂŽle important ; mais il s’y surajouterait un je-ne-sais-quoi de difficilement explicable : une personnalitĂ© charismatique apparentant l’objet adulĂ© Ă  une divinitĂ© et qui, sur une base partagĂ©e, parlerait plus spĂ©cifiquement Ă  tel ou tel de ses admirateurs.
En toute logique, le fou d’opĂ©ra prĂ©fĂšrerait donc les Ɠuvres dans lesquelles les grandes cantatrices peuvent avoir un impact maximal : le bel canto, les Ɠuvres de Wagner, Puccini ou Strauss. Il privilĂ©gierait certains moments particuliĂšrement intenses plutĂŽt que la ligne gĂ©nĂ©rale de l’ouvrage et se livrerait alors entiĂšrement Ă  ses Ă©motions, en un type d’adhĂ©sion plus dionysiaque qu’apollinien, dont l’énergĂ©tique aurait quelque chose d’érotique. Son plaisir se focaliserait sur la voix comme objet pulsionnel, particuliĂšrement source de jouissance quand il bordure le hors-sens. Pour cela il activerait un goĂ»t personnel fondĂ© avant tout sur la conviction – la subjectivitĂ© trouvant dans certains passages une vĂ©ritĂ© propre qui ne souffrirait aucune contestation, quand bien mĂȘme le fou d’opĂ©ra peut l’étayer de connaissances musicales ou historiques prĂ©cises. C’est cela qui en fait la grandeur, au risque de susciter le sourire de ses dĂ©tracteurs – qui, comme on l’a dit, sont souvent parfois aussi, sous une autre forme, des fous d’opĂ©ra, des folles lyriques.

Car la grande force de l’essai de Koestenbaum est qu’il propose une multitude de pistes construisant un socle commun, mais qui sont aussi parfois Ă©loignĂ©es ou contradictoires, sans jamais en imposer aucune. Certes un portrait type de la folle lyrique ou, plus largement, du fou d’opĂ©ra, se dĂ©gage nettement, mais ses contours restent volontairement flous : en la matiĂšre, il n’y a pas un seul moule, encore moins une seule norme. La dĂ©nomination repoussoir devient accueillante : en somme il est temps de reconnaĂźtre que nous sommes toutes et tous Ă  notre maniĂšre des folles lyriques !

 
 

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LIRE AUSSI notre critique du LIVRE : Wayne Koestenbaum Anatomie de la Folle Lyrique (Editions Philharmonie de Paris, janvier 2019)
http://www.classiquenews.com/livre-critique-wayne-koestenbaum-anatomie-de-la-folle-lyrique-editions-philharmonie-de-paris-janvier-2019/

 
 

KOESTENBAUM-opera-folle-lyrique-livre-opera-diva-critique-review-livre-par-classiquenews-homepage-Wayne-Koestenbaum©EbruYildiz

 

Illustration : portrait de l’auteur Wayne Koestenbaum
© Ebru Yildiz

 

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-AmĂ©riques, le 14 janvier 2019. VĂ©ronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Il fallait bien attendre la fin de l’annĂ©e Debussy (et donc au delĂ ) pour disposer enfin d’une main sĂ»re, d’une pensĂ©e entiĂšre capable d’en comprendre et la construction rĂ©volutionnaire et l’infini poĂ©tique : si l’annĂ©e Debussy 2018 est bel et bien derriĂšre nous, janvier 2019 nous renvoie Ă  cette (triste car timide) annĂ©e de cĂ©lĂ©bration du centenaire, mais ici revivifiĂ©e avec Ă©clat et pertinence grĂące Ă  l’approche de la pianiste VĂ©ronique Bonnecaze. L’expĂ©rience du concert confirme la rĂ©ussite de son disque dĂ©diĂ© au grand Claude, que fait paraĂźtre le label Paraty, ce 25 janvier 2019. Le cercle France-AmĂ©riques accueille son premier concert de lancement.

 
 
 
 

Pictural, poétique : le Debussy de Véronique Bonnecaze

 
 

Le Debussy enivrĂ©, poĂ©tique de VĂ©ronique BONNECAZE 
 

Pour commencer, il faut chauffer le clavier et affiner la projection sonore du Bechstein dans la salle Ă©crin XVIIIĂš en blanc et or (salon central du premier Ă©tage de l’HĂŽtel le Marois) ; les Ɠuvres de Liszt le permettent (3 extraits des AnnĂ©es de PĂšlerinage – La Suisse) : profondeur mĂ©ditative et intimitĂ© qui s’électrise progressivement de La VallĂ©e d’Obermann ; vitalitĂ© coulante, claire, secrĂȘtement allusive d’au bord d’une source
 la voici cette sensation qui semble vĂ©cue sur le motif naturel et que Debussy explore aprĂšs Franz. Puis c’est la puissance narrative et la force sonore quasi abstraite d’Orage qui fait imploser le cadre linguistique
 LISZT, gĂ©nie Ă©loquent et dramatique dĂ©ploie une dramaturgie mystique, Ă  force de dĂ©tails expressifs, autant d’élĂ©ments qui mettent en condition l’interprĂšte. Et lui permettent de parcourir le clavier, d’éprouver la mĂ©canique


VĂ©ronique Bonnecaze a bien raison de croiser les deux tempĂ©raments. Jouer Liszt puis Debussy nous paraĂźt excellent. Le premier, lyrique et dĂ©monstratif, compose le plus engageant des dĂ©buts de programme ; mais il n’est pas que virtuose : il est aussi poĂšte, et mĂȘme atonal, comme Nuage gris, dans sa matiĂšre flottante, Ă©vocatrice et suspendue, nous le rappelle. C’est en rĂ©alitĂ© une transition idĂ©ale vers le mystĂšre et les tableaux sensoriels d’un Debussy, absolument inclassable. Et Debussy lui-mĂȘme put Ă©couter le MaĂźtre, dĂ©tailler sa fabuleuse technicitĂ©, servante d’une ardeur spirituelle hors normes.

 

C’est tout le mĂ©rite de VĂ©ronique Bonnecaze que de nous livrer, et mieux, nous dĂ©voiler, Claude Debussy Ă  la fois immĂ©diatement proche, et fabuleusement abstrait. La technique est sĂ»re, les mains dans le clavier, et la pensĂ©e dĂ©jĂ  habitĂ©e par la poĂ©sie Ă©vanescente, suggestive du magicien Claude. La pianiste joue quelques piĂšces extraites de son nouvel album Ă  paraĂźtre chez PARATY. Ce sont 5 joyaux qui composent la matiĂšre allusive des PrĂ©ludes. Tous paysages pianistiques d’un fini souverain, aux titres Ă©vocateurs, qui rappellent combien le compositeur fut amateur et connaisseur de poĂ©sie ; poĂšte, Debussy Ă©crit comme un peintre, maniant la couleur, en alchimiste. Liszt demeure Ă  distance de son sujet, comme pour mieux contempler puis nous transmettre la noblesse de l’architecture. En esthĂšte idĂ©aliste, il contemple et cĂ©lĂšbre le grand dessein universel en exprimant l’extase souvent spirituelle voire mystique que cela suscite chez lui ; Ă  l’inverse, en sensuel et d’une modernitĂ© picturale, Debussy, lui, palpite et vibre dans la matiĂšre de l’air, de l’eau ; tout respire chez lui la sensation organique des Ă©lĂ©ments : il est dans le sujet. Mais une matiĂšre aux vapeurs harmoniques qui enchantent, dont VĂ©ronique Bonnecaze rĂ©tablit le chant fluide et continu, les vibrations spĂ©cifiques, la constellation d’éclats nuancĂ©s qui transforme le piano en thĂ©Ăątre naturel, oĂč se lovent amoureusement souvenirs et sensations.

« Le vent dans la plaine » est Ă  la fois chant aĂ©rien et traversĂ©e dans l’espace ; « Les collines d’Anacapri » sont des rires, un appel Ă  l’embarquement oĂč les rythmes crĂ©pitent comme des Ă©clairs finement ciselĂ©s ; le toucher fin et prĂ©cis, le sens des respirations, la justesse du rubato dĂ©taillent toute la magie de l’ensevelissement et du secret dans « Des pas sur la neige », jusqu’à la sensation de la matiĂšre neigeuse elle-mĂȘme
 Impressionniste, Debussy l’est incontestablement ; comme Monet sur le sujet des NymphĂ©as, le compositeur se place dans le motif, en plein air, au cƓur du saisissement sensoriel qui en dĂ©coule.

Puis, aprĂšs la fureur flamboyante de « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », (qui clĂŽt pour la soirĂ©e, le cycle extraits des PrĂ©ludes), avouons notre totale adhĂ©sion aux visions et sensations de « Poissons d’or » (extrait d’Images) dont la pianiste des mieux inspirĂ©es exprime jusqu’à la suspension de l’animal aquatique dans l’onde, jouant des transparences et des miroitements de l’écriture. Eau, espace, temps fusionnent ; s’électrisent.

 

Le rĂ©cital s’achĂšve sur la texture aĂ©rienne de « l’Isle joyeuse » et l’infinie tendresse de « Clair de lune ». A-t-on mieux jouĂ©, a-t-on mieux compris la lyre poĂ©tique et Ă©nigmatique de Debussy ? Cette moisson de voluptueuses sensations qui fĂ©condent l’imaginaire confirme les affinitĂ©s de VĂ©ronique Bonnecaze avec les mondes picturaux de Debussy, et son disque Ă  paraĂźtre le 25 janvier chez Paraty s’annonce comme l’évĂ©nement de l’annĂ©e Debussy 2018 en France, son couronnement Ă  un mois prĂšs. A suivre.

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques (HÎtel Le Marois, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Extraits du cd Debussy par Véronique Bonnecaze (Bechstein 1900), 1 cd Paraty à paraßtre le 25 janvier 2019.

  
 

LIRE aussi notre présentation du CD DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdEnregistrĂ© Ă  la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française VĂ©ronique Bonnecaze clĂŽt l’annĂ©e du centenaire Debussy 2018 et crĂ©e l’évĂ©nement en dĂ©but 2019, tant le geste pianistique, le choix des piĂšces et celui du piano (un Bechstein restaurĂ© pour l’occasion) et leur enchaĂźnement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy rĂ©invente le langage pianistique au dĂ©but du XXĂš, en Ă©troite connivence avec les mondes poĂ©tiques et littĂ©raires. En ambassadrice inspirĂ©e, VĂ©ronique Bonnecaze dĂ©tecte les allitĂ©rations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poĂšte…

 

 

 

VOIR le TEASER vidéo DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy.

modigliani-quatuor-concert-annonce-festival-critique-concert-par-classiquenewsCOMPTE RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 dĂ©cembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. De toute Ă©vidence, ce qui frappe avant tout chez les Modigliani, c’est la sĂ»retĂ© de leur sonoritĂ©, l’ampleur du geste en particulier dĂ©fendu par le premier violon (Amaury Coeytaux), la volontĂ© d’unir et de fusionner une respiration claire et nuancĂ©e qui emporte et prĂ©cise le caractĂšre de chaque piĂšce. Le programme rentre bien dans la thĂ©matique cultivĂ©e depuis sa premiĂšre session par La Schubertiade de Sceaux : piliers de la musique de chambre (dont surtout la prĂ©sence pour chaque concert du samedi, d’une Ɠuvre clĂ© de Schubert) et horizon stylistique trĂšs Ă©largi, car passer ainsi ce 8 dĂ©cembre, de Schubert Ă  Mozart puis Debussy, exige chez les spectateurs comme de la part des interprĂštes, une capacitĂ© de concentration Ă©gale et mĂȘme progressive, Ă  mesure que l’on passe d’une Ă©criture Ă  l’autre.

Schubert d’abord, incontournable en raison du titre mĂȘme de la saison musicale Ă  Sceaux : rien n’atteint l’appel Ă  la mystĂ©rieuse mĂ©lancolie que l’écriture schubertienne
 PlutĂŽt passionnĂ©, le Quartettsatz D 703 de 1820 est un mouvement de quatuor, sans suite, mais son intensitĂ© justifie amplement qu’il soit jouĂ© en ouverture du concert : comme un portique d’une rare activitĂ© ; les Modigliani, portĂ© par l’activitĂ© mĂ©lodique incessante du premier violon, en expriment et l’urgence et la dĂ©termination.

Quoiqu’on en dise, Ă  chaque audition de l’une de ses oeuvres, Mozart saisit par sa profondeur et sa sincĂ©ritĂ©. Il est classique et dĂ©jĂ  
romantique. Le quatuor K 465 « les dissonances » de 1785 dĂ©passe largement le cadre de son Ă©poque, celui du nĂ©oclaccisime, des LumiĂšres, Ă  quelques mois de la RĂ©volution française. La libertĂ© du geste, la fougue cependant millimĂ©trĂ©e que les Modigliani savent cultiver Ă  travers ses 4 mouvements en disent long sur l’imagination et l’ambition de l’écriture. Mozart plus sĂ»r que jamais, et visionnaire, n’a rien laissĂ© au hasard, surtout pas Ă  l’erreur, comme cela fut avancĂ© par un critique mal intentionĂ© : aucune dissonance en rĂ©alitĂ©. Ce n’est pas parce que le manuscrit comporte des ratures (si rares dans le catalogue de Mozart) qu’elles indiquent une faiblesse dans l’inspiration. Bien au contraire. Les instrumentistes, prĂ©cis, fougueux, mais toujours souples, dĂšs le dĂ©but conçu comme une marche funĂšbre voire lugubre, s’accordent en nuances tĂ©nues : dĂ©livrant immĂ©diatement cette Ă©lĂ©gance viennoise, ce ton de lĂ©gĂšretĂ© profonde, soucieux de clartĂ© comme d’articulation, en particulier dans le jeu des dialogues entre le violon I et l’alto
 L’Andante cantabile foudroie par sa gravitĂ© noire, une sorte de suspension tragique qui redouble de pudeur, comme l’expression d’une intĂ©rioritĂ© secrĂšte. Contrastant avec ce qui prĂ©cĂšde, le Menuetto (allegro) affirme une belle Ă©lasticitĂ© rythmique grĂące Ă  un jeu Ă  la fois enjouĂ© et vif. Enfin le dernier Allegro (molto) confirme l’extrĂȘme agilitĂ© du violon I, sa volubilitĂ© toujours musicale qui entraĂźne ses partenaires, 
 le sourire du violon II, la carrure du violoncelle.

AprĂšs le court entracte, place Ă  la piĂšce maĂźtresse selon nous. Celle que nous attendons. L’Ɠuvre pour laquelle nous nous sommes dĂ©placĂ©s et qui s’inscrit opportunĂ©ment dans le cycle des cĂ©lĂ©brations du centenaire Debussy 2018 : le seul Quatuor de l’auteur de PellĂ©as, une partition de jeunesse, conçue en sol mineur et datĂ©e de 1892. Debussy y fait la synthĂšse Ă  son Ă©poque des recherches les plus avancĂ©es en matiĂšre d’écriture (comme le principe cyclique cher Ă  Franck) mais c’est une offrande premiĂšre, assujettie Ă  sa passionnante et puissante personnalitĂ©, en particulier dans la conception de l’architecture harmonique. Inclassable, porteur et dĂ©fricheur d’horizons nouveaux, l’unique Quatuor de Debussy offre une traversĂ©e sertie de surprenants passages, une constellation de rythmes changeants, un caractĂšre continĂ»ment sinueux et mouvant oĂč se love comme une ondulation toujours prĂ©sente et structurante, l’expression renouvelĂ©e d’une sensualitĂ© souvent irrĂ©sistible voire enivrante qui ne cesse de modifier sa forme au cours des quatre mouvements. Ainsi les Modigliani soulignent la voluptĂ© naturelle du premier « AnimĂ© et trĂšs dĂ©cidé » / telle une danse libĂ©rĂ©e, Ă  l’énoncĂ© trĂšs inventif ; l’acuitĂ© superactive des pizz du second mouvement (« Assez vif et bien rythmé », aux effets dĂ©cuplĂ©s d’une guitare ou d’une harpe) ; la qualitĂ© introspective de l’Andantino, entre retenue sensuelle et tristesse simple, avec en fin d’épisode, une exceptionnelle qualitĂ© pudique, Ă  la fois allusive et mystĂ©rieuse. LĂ  encore le sens des nuances saisit, rappelant dĂ©sormais tout ce en quoi la partition de 1892, annonce dans climats et articulation du flux musical et mĂ©lodique, l’envoĂ»tement futur de son
 lui aussi unique, opĂ©ra : PellĂ©as (1902, soit 20 annĂ©es plus tard). Enfin le dernier et quatriĂšme mouvement ne cesse de captiver par son allant irrĂ©pressible, avec cette notation qui n’appartient qu’à la pensĂ©e d’un Debussy trĂšs amateur de poĂ©sie : « trĂšs modĂ©rĂ© puis trĂšs mouvementĂ© et avec passion » ; le tissu harmonique se densifie, s’exalte en particulier par la voix de l’alto et du violoncelle. Debussy semble y peindre une traversĂ©e hallucinĂ©e Ă  la maniĂšre de la Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, en un souffle Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e et Ă©perdu, puis tout s’allĂšge et s’éclaircit comme une flamme qui s’élĂšve. De toute Ă©vidence, Debussy s’affirme dans son Quatuor avec une maĂźtrise et une sĂ»retĂ©, une ivresse sonore que les quatre cordes du Quatuor Modigliani abordent avec caractĂšre, Ă©nergie, passion et voluptĂ©. Passionnant. Encore une session de chambrisme exaltĂ© et subtil Ă  Sceaux. De surcroĂźt dans l’HĂŽtel de ville : une occasion exemplaire de permettre aux citoyens de s’approprier un lieu public, ailleurs, froid et distant. C’est Ă  Sceaux, un samedi par mois, Ă  17h, et nul par ailleurs. Lire ici toute la programmation de La Schubertiade de Sceaux, saison 1 : 2018 – 2019.

 
 
 
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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. Illustrations : © Perceval Gilles / La Schubertiade de Sceaux 2018

 
 
   
 
 

ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’IntĂ©grale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH
 A quelques mois du dĂ©but du cycle Mahler Ă  Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait Ă  Innsbruck, la 7Ăš Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer Ă  partir du 1er fĂ©vrier 2019 dans une intĂ©grale Gustav Mahler
 Un cycle qui s’annonce dĂ©jĂ  spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’ĂȘtre une expĂ©rience orchestrale particuliĂšrement saisissante : Ă©tagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, prĂ©sence des choeurs, de solistes, souffle opĂ©ratique, instrumentarium singulier qui dĂ©voile la recherche expĂ©rimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler Ă  Lille est l’Ă©vĂ©nement symphonique de l’annĂ©e 2019.

 

 

 

 

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Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expĂ©rience, les Ă©tapes aussi de sa vie amoureuse
 en cela la rencontre avec Alma aura Ă©videmment marquĂ© l’homme et son Ɠuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres Ă  Nathalie Bauer auront beaucoup renseignĂ© sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dĂ©voile et explique son Ă©criture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilitĂ©s de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifiĂ©, renouvelĂ© ; il s’intĂ©resse aussi Ă  la place des percussions, ou Ă  la technique instrumentale
 Prenez par exemple le cas de la 7Ăš Symphonie, celle que je travaille actuellement Ă  Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un Ă©norme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notĂ©s « 5 f » : Mahler innove, et rĂ©alise dĂ©jĂ  le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlĂ©rien, il est intĂ©ressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opĂ©ra et de compositeur
 Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur Ă©crivait l’étĂ©. Comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, il a dirigĂ© nombre d’opĂ©ras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture Ă©tait prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particuliĂšrement affĂ»tĂ©e. Tout cela l’a menĂ© Ă  l’expĂ©rimentation ; il a laissĂ© des annotations trĂšs prĂ©cises et souvent ses partitions Ă©taient jugĂ©s « injouables ».
J’ai effectuĂ© un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre Ă  l’époque de Mahler au dĂ©but du XXĂš siĂšcle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, Ă  l’articulation ; c’est la mission du chef de rĂ©tablir la clartĂ© du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique Ă  LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour premiĂšre intĂ©grale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un rĂ©pertoire adaptĂ© aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la rĂ©alisation d’Ɠuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grĂące et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thĂšme retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssĂ©e, 
 certainement la plus impressionnante et passionnante du XXĂš. Rien de mieux pour exprimer l’idĂ©e d’un Eldorado
 que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1Ăšre Symphonie Titan le 1er fĂ©vrier 2019, soit 130 ans aprĂšs sa crĂ©ation.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies – les 4 premiĂšres, puis la 8Ăš. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opĂ©ra est prĂ©sent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, il Ă©tait familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigĂ© Tristan und Isolde, opĂ©rant en tant que directeur, la rĂ©forme du concert et des conditions de reprĂ©sentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines sĂ©quences orchestrales sont trĂšs proches de l’opĂ©ra. Il faut toujours avoir en mĂ©moire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opĂ©ra l’hiver, puis l’étĂ©, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activitĂ©s se mĂȘlent, elles sont interdĂ©pendantes.
L’autre Ă©lĂ©ment qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimĂ© le souffle, le mystĂšre, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalitĂ©s d’une mesure Ă  l’autre, avec une versatilitĂ© qui peut dĂ©sorienter, mais qui porte des Ă©tats Ă©motionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilitĂ© chez Mahler qui remonte certainement Ă  son enfance ; Son Ă©pouse Alma a relatĂ© la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait Ă©tĂ© marquĂ© par des scĂšnes trĂšs violentes entre ses parents ; oĂč son pĂšre frappait sa mĂšre.
Dans sa jeunesse, il cite Ă  de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires
 tout cela a nourri un monde sonore liĂ© Ă  son enfance et que l’on entend dans ses Ɠuvres. Il y a un caractĂšre versatile, parodique, ironique voire schizophrĂšne chez Mahler. L’auditeur comme l’interprĂšte doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours Ă©laborĂ© du dĂ©but Ă  la fin, oĂč la voix quand elle est prĂ©sente semble transcender l’expĂ©rience offerte, vers une Ă©lĂ©vation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « RĂ©surrection » (Ă  l’affiche Ă  Lille, le 28 fĂ©vrier 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sĂ»r Leonard Bernstein pour son cĂŽtĂ© humain et gĂ©nĂ©reux, sa fraternitĂ© et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du dĂ©tail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une Ă©conomie qui Ă©carte toute exubĂ©rance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7Ăš Symphonie lors du MahlerFest 1995 Ă  Amsterdam : or je dirige actuellement la partition Ă  Innsbruck. Sa vision, son mĂ©tier sont de l’or pour l’interprĂšte et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’ĂȘtre prolongĂ© comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intĂ©grale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunitĂ© pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. LĂ  oĂč Brahms est davantage jouĂ©, Mahler est tout autant convoitĂ©, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhĂ©rer au groupe. Les instrumentistes apprennent Ă  se connaĂźtre au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intĂ©grale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohĂ©sion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de rĂ©pĂ©titions prĂ©alables, supĂ©rieurs Ă  l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de rĂ©aliser pour chaque session, une formidable expĂ©rience symphonique pour le public. J’ai souhaitĂ© renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 fĂ©vrier Ă  18h30, pour la 2Ăš Ă©dition de « Smartphony », dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°1 que nous aurons dirigĂ©e la veille : avec son mobile allumĂ©, le spectateur rĂ©pond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, Ă©coute la symphonie, portable Ă©teint, en connaissance de cause. Mahler se prĂȘte trĂšs bien Ă  cette nouvelle expĂ©rience qui renouvelle le format du concert et son accessibilitĂ© pour tous. A noter : 2Ăš session de Smartphony, le 2 fĂ©vrier 2019 : Ă  la dĂ©couverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

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APPROFONDIR
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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er fĂ©vrier 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

RESERVEZ VOTRE PLACE POUR LES CONCERTS DE
L’INTEGRALE GUSTAV MAHLER : Symphonies n°1 Ă  9
par L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
ALEXANDRE BLOCH, direction

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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualitĂ© de l’Ă©popĂ©e symphonique de l’Orchestre National de Lille

GOZO (Malte) : les 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  VICTORIA (Astra et Aurora)

Malte Gozo Comino HD 2019GOZO (Malte), 2Ăšme Ăźle de l’Archipel Maltais, accueille chaque mois d’octobre son festival d’opĂ©ras. Les thĂ©Ăątres ASTRA et AURORA produisent chacun un spectacle de grande envergure qui implique ressources locales et musiciens professionnels : une offre unique qui concurrence aujourd’hui la programmation des scĂšnes lyriques europĂ©ennes et internationales Ă  l’automne. En 2018, le thĂ©Ăątre Astra affichait La Traviata de Verdi et le thĂ©Ăątre voisin Aurora, Tosca de Puccini… EN LIRE +

    

TOSCA teatru AURORA 13oct18GOZO est la seconde Ăźle de l’Archipel Maltais, Ă  moins de 30 mn en ferry depuis MALTE, l’üle principale. GOZO est l’üle de la nymphe Calypso qui ) pendant 7 annĂ©es, fut capable de retenir par ses charmes, Ulysse (de retour de Troie et avant de rejoindre Ithaque)
 Aujourd’hui, GOZO continue de sĂ©duire et d’enchanter par son offre culturelle d’une exceptionnelle richesse : ainsi, chaque mois d’octobre, Ă  VICTORIA, citĂ© principale de l’üle, deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ras perpĂ©tuent la tradition de l’opĂ©ra mais en y impliquant aux cĂŽtĂ©s des musiciens et chanteurs professionnels, les communautĂ©s d’habitants : l’opĂ©ra Ă  GOZO est un genre raffinĂ©, exigeant, surtout populaire. Michael Formosa (thĂ©Ăątre ASTRA) / Matthew Sultana (thĂ©Ăątre AURORA), prĂ©sentent bĂątiments, salles, histoire des lieux ; prĂ©cisent leur genĂšse, – des sociĂ©tĂ©s de musique du XIXĂš, aux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra actuels


 
 

GOZO Ă  l’heure de l’opĂ©ra
Les théùtres ASTRA et AURORA

 
 
 

GOZO et MALTE sont depuis toujours deux foyers lyriques importants : en tĂ©moignent la carriĂšre de la soprano gozitaine Miriam Gauchi ; du tĂ©nor maltais Joseph Calleja, star mondiale, fleuron du label Decca et qui ne cesse de partager sa passion de l’opĂ©ra depuis Malte, dans le monde (LIRE ici la critique de son dernier cd Decca VERDI)


LE PUBLIC qui suit la programmation des deux thĂ©Ăątres (gozitans et maltais, visiteurs lyricophiles
) sait combien il peut y vivre une expĂ©rience unique au moment des reprĂ©sentations d’octobre. En 2018, il s’agissait de La Tosca de Puccini (le 13 octobre), associant choristes bĂ©nĂ©voles et amateurs auprĂšs du Philharmonique de Malte et des solistes invitĂ©s pour cette nouvelle production ; de La Traviata de Verdi (avec Miriam Gauchi dans le rĂŽle titre, au Teatru ASTRA).
GRAND REPORTAGE VIDEO exclusif © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 / voir le sommaire détaillé au bas de la page

 
 
 

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APPROFONDIR
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LIRE notre critique du cd de JOSEPH CALLEJA / DECCA février 2018 : «  CALLEJA VERDI «
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-joseph-calleja-verdi-airs-doperas-de-giuseppe-de-verdi-1-cd-decca/

 

 

LIRE notre critique du DVD MEFISTOFELE de BOITO avec Joseph Calleja / novembre 2015 / Munich / CLIC DE CLASSIQUENEWS 2016
http://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-boito-mefistofele-pape-calleja-om-wellber-1-dvd-c-major-739208-2015/

 

 

LIRE notre prĂ©sentation de GOZO Ă  l’heure de l’opĂ©ra : Octobre 2018, les ThĂ©Ăątres ASTRA et AURORA – prĂ©sentation de La Traviata et de La Tosca
http://www.classiquenews.com/gozo-victoria-tosca-la-traviata-13-25-27-octobre-2018/

LIRE notre COMPTE RENDU : LA TRAVIATA de VERDI au Teatru ASTRA, le 25 octobre 2018 (GOZO)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-victoria-gozo-malte-le-25-oct-2018-verdi-la-traviata-cauchi-aniskin-stinchelli-walsh/

 
  
 
 

AGENDA 2019
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Prochaines productions en octobre 2019 : LA BOHEME de PUCCINI au Teatru AURORA le 12 octobre 2019.

VISITEZ les sites des deux théùtres
Teatru ASTRA
Teatru AURORA

 

 

 
 
 

ORGANISEZ VOTRE SEJOUR A MALTE ________________________________________________________________________________________________

 

Malte Gozo Comino HD 2019ORGANISEZ votre sĂ©jour Ă  Gozo Ă  l’occasion des reprĂ©sentations de TOSCA et de LA TRAVIATA, 13, 25 et 27 octobre 2018
sur le site www.visitgozo.com
https://www.visitgozo.com/fr/quoi-faire/profiter/evenements-annuels/les-operas/

 
 
  
 
 
 

Les 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra de GOZO (Victoria, Malte)
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DOCUMENTAIRE  : 18 mn

 
 
 

SOMMAIRE

(1) INTRO
Jusqu’à 1’38 : INTRO : MALTE – GOZO – le mois de l’opĂ©ra Ă  Victoria

 

Festival MEDITERRANEA
1’39 – 2’35 : (17Ăš Ă©dition en octobre 2018)

 

(2) Les Théùtres ASTRA et AURORA
2’36 : Les deux thĂ©Ăątres ASTRA et AURORA
2’51 : les origines, les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra aujourd’hui

 

(3) L’ARCHITECTURE DES DEUX OPERAS
5’30 – : architecture et style
TEATRU AURORA
6’43 : TEATRU ASTRA

 

(4) FONCTIONNEMENT :
7’40 : La part des bĂ©nĂ©voles
L’OpĂ©ra Ă  Gozo : un genre populaire
10’36 : un Festival familial qui sĂ©duit les plus grands chanteurs

 

(5) PROGRAMMATION ARTISTIQUE
11’08 : la programmation artistique
Un tremplin pour les chanteurs
Les comĂ©dies musicales Ă  l’OpĂ©ra ASTRA

 

(6) LE PUBLIC
13’40 : le public des deux opĂ©ras

 

(7) CONCURRENCE ENTRE LES DEUX OPERAS
14’56 : UNE OFFRE GLOBALE UNIQUE

 

(8) DES PRODUCTIONS D’UN NIVEAU INTERNATIONAL
à 16’23

 

(9) CONCLUSION
Gozo et Malte Ă  l’heure europĂ©enne
à 16’56.

 
 
 
 
 

Approfondir : VOIR AUSSI notre reportage vidéo dédié au Festival international de musique Baroque à La Valette à MALTE

 

la-valette-malte-vignette-carreGrand reportage Ă  La Vallette pour le Festival baroque international (Janvier 2016). Depuis 2013, La Vallette capitale de Malte (le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne) et bientĂŽt capitale europĂ©enne de la culture (en 2018) propose son festival de musique baroque, une programmation enivrante sur deux semaines, en Ă©troite fusion avec les lieux et sites remarquables de la ville, en grande partie Ă©difiĂ©e dans les annĂ©es 1560 par le Chevalier français La Vallette. Le temps du festival maltais, les spectateurs goĂ»tent la finesse et l’engagement d’interprĂštes triĂ©s sur le volet, tout en explorant les multiples offres culturelles, touristiques et gastronomiques de l’üle de Malte. Entre Orient et Occident
 VOIR notre REPORTAGE VIDEO 

 

 

ENTRETIEN. Alain SURRANS, directeur d’ANGERS NANTES OPERA

angers nantes operaAngers Nantes OpĂ©ra. ENTRETIEN avec ALAIN SURRANS. CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral d’ANGERS NANTES OPERA, Alain SURRANS, aux goĂ»ts Ă©clectiques, – du baroque au contemporain-, soucieux de dĂ©fendre la crĂ©ation comme toutes les actions innovantes permettant de dĂ©cloisonner le genre lyrique. A partir des temps forts de la programmation 2018 – 2019, – sa premiĂšre saison Ă  proprement parler, Alain SURRANS s’engage plus que jamais Ă  renforcer le lien de l’opĂ©ra avec la sociĂ©tĂ© et les publics
 tous les publics, y compris ceux qui sont Ă©cartĂ©s des centres urbains, culturellement plus favorisĂ©s*. L’expĂ©rience lyrique doit ĂȘtre gĂ©nĂ©rale et sans entraves, accessibles et familiĂšre. Un sacrĂ© dĂ©fi qui s’annonce passionnant, Ă  l’heure des nouvelles Ă©chelles rĂ©gionales, oĂč dĂ©sormais, ce sont trois villes qui sont invitĂ©es Ă  travailler ensemble : Angers, Nantes et 
 Rennes. Pour tous et pour que chacun puisse vivre comme il le souhaite sa propre expĂ©rience du lyrique. PremiĂšre rencontre.

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CLASSIQUENEWS : Pour cette nouvelle saison 2018 – 2019, nous avons remarquĂ© un rapprochement entre les salles lyriques Ă  l’échelle de la RĂ©gion
 Quel est concrĂštement le fonctionnement entre Angers Nantes OpĂ©ra, et l’OpĂ©ra de Rennes que vous avez dirigĂ© auparavant ?

surrans-2-benedicte-de-vanssay-240x300ALAIN SURRANS : C’est une collaboration artistique et culturelle qui permet en rĂ©alitĂ© de faire tourner une mĂȘme production sur les trois sites associĂ©s : Angers, Nantes et Rennes. Il y a une volontĂ© d’équilibre dans l’apport de chaque maison : l’OpĂ©ra de Rennes participant Ă  la production de certains spectacles. Ainsi dans ce jeu croisĂ©, et Ă©quitable, Un Bal MasquĂ© de Verdi sera crĂ©Ă© Ă  Nantes (13 mars 2019) avec l’ONPL – Orchestre National des Pays de la Loire, puis repris Ă  Rennes (le 31 mars 2019). De mĂȘme, inversement, mĂȘme esprit d’équilibre avec Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner par l’Orchestre symphonique de Bretagne : prĂ©sentĂ© en mai 2019 Ă  Rennes (le 3), puis Ă  Angers (le 21), enfin Ă  Nantes du 5 au 13 juin 2019. Chacun des thĂ©Ăątres profitent aussi de cette mutualisation des moyens pour libĂ©rer du temps vers d’autres activitĂ©s culturelles car quand tout le thĂ©Ăątre Ă©tait immobilisĂ© pour les rĂ©pĂ©titions prĂ©alables Ă  une production, il est possible dĂ©sormais d’organiser et de produire d’autres Ă©vĂ©nements, lesdites rĂ©pĂ©titions Ă©tant rĂ©alisĂ©es dĂ©sormais dans le thĂ©Ăątre partenaire. C’est une libĂ©ration des sites qui favorise la diversitĂ© et la richesse de nos offres, tout au long de l’annĂ©e.

Il s’agit de dĂ©velopper dans l’avenir un vrai projet culturel amplifiĂ©, pas seulement centrĂ© sur l’opĂ©ra, mais pluridisciplinaire. J’en veux pour preuve cette saison, notre cycle « Voix du monde », nouvelle sĂ©rie de concerts qui fait dialoguer l’opĂ©ra et les autres formes de musiques traditionnelles, populaires ou savantes qui sollicitent la voix. Il s’agit de faire vivre autrement les thĂ©Ăątres d’opĂ©ras, d’en faire des lieux de vie, ouverts Ă  tous, prĂ©sentant divers manifestations et Ă©vĂ©nements artistiques


 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critĂšres Ă©tablissez-vous votre programmation ?

ALAIN SURRANS : Les rencontres jouent pour beaucoup. Par exemple, le cycle d’opĂ©ras russes, rĂ©unissant Iolanta et Aleko, a Ă©tĂ© possible parce que j’avais un excellent contact avec le BolshoĂŻ de Minsk, Ă©tant membre d’un concours de chant dans la ville biĂ©lorusse. Il n’y a guĂšre que les chanteurs slaves qui puissent maĂźtriser idĂ©alement l’opĂ©ra russe, prĂ©cisĂ©ment de TchaĂŻkovski et de Rachmaninov ; ne serait-ce que par la couleur spĂ©cifique de leurs voix, Ă  la rĂ©sonance gutturale propre, dans cette projection et cette intonation Ă  la fois franches et sincĂšres. Je souhaitais offrir Ă  notre public la possibilitĂ© d’écouter les chanteurs russes dans leur rĂ©pertoire. (NDLR : lire notre compte rendu complet de ALEKO / IOLANTA prĂ©sentĂ© en octobre 2018 par Angers Nantes OpĂ©ra).

C’est aussi une question aussi de prĂ©fĂ©rences personnelles, parfois. J’ai une prĂ©dilection pour Verdi et Wagner, car Ă  l’heure Ă©poque, l’histoire de l’opĂ©ra franchit un cap dĂ©cisif ; c’est le moment essentiel oĂč le directeur de thĂ©Ăątre perd son pouvoir ; il n’est plus seul Ă  dĂ©cider. Verdi et Wagner ont pensĂ© la globalitĂ© du spectacle d’opĂ©ra. Le premier intervient dans l’élaboration des livrets ; le second Ă©crit lui-mĂȘme le texte du livret. Ils dĂ©fendent tous deux une conception nouvelle du drame lyrique. De la mĂȘme maniĂšre, j’attache aussi une grande importance au travail de JoĂ«l Pommerat, en particulier, Ă  la rĂ©flexion qu’il a menĂ© sur les contes de fĂ©es ; sur ce qui les rend toujours trĂšs actuels et contemporains. Au cours de cette saison, nous prĂ©sentons par exemple Cendrillon de Massenet (Ă  l’affiche jusqu’au 18 dĂ©cembre 2018 – LIRE notre compte rendu, reprĂ©sentation du 4 dĂ©cembre dernier Ă  Nantes), un ouvrage exemplaire dĂ©voilant la volontĂ© et la dĂ©termination d’une jeune femme. Ce combat pour la libertĂ© et l’émancipation fait Ă©cho Ă  notre actualitĂ© rĂ©cente. Vous le voyez, le conte a Ă  nous dire encore beaucoup.

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous dĂ©veloppez de nombreuses actions et activitĂ©s Ă  l’attention du grand public ? Quel en est le contenu, quel en est l’enjeu ?

ALAIN SURRANS : C’est un aller-retour : il faut faire venir le plus grand nombre de spectateurs dans nos salles, et dans le mĂȘme temps, aller vers tous ceux qui se sentent Ă©loignĂ©s du spectacle et plus encore de l’opĂ©ra, hors de nos thĂ©Ăątres, et dans le territoire. Ainsi la tournĂ©e de l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella ou The Beggar’s opera de Johan Gay et JC Pepusch ; ces deux spectacles tournent partout grĂące Ă  notre rĂ©seau de partenaires Ă  l’échelle rĂ©gionale (jusqu’au 23 janvier 2019 pour The Beggar’s opera / jusqu’au 30 avril 2019 pour le Stradella).

De la mĂȘme façon, nous avons conçu une offre pour le public que nous souhaitons sensibiliser et impliquer, grĂące Ă  la voix et au chant. Il s’agit de rendez-vous rĂ©guliers sous forme d’ateliers (intitulĂ©s « ça va mieux en le chantant
 ») pour les familles, entre amis ; soit 1h d’expĂ©rience vocale, Ă  18h et Ă  20h
 Chacun, quelque soit son niveau musical, dĂ©couvre, explore les ressources de sa voix sous la conduite des membres du ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Chacun peut travailler sa justesse, dĂ©couvrir la sensation du chant par le corps, apprendre Ă  respirer, partager, 
 et mĂȘme chanter faux (
en dĂ©rapages contrĂŽlĂ©s). Il faut dĂ©cloisonner la pratique musicale ; Ă©largir et rendre accessible les spectacles d’opĂ©ra, enrichir l’expĂ©rience collective
 Les sites de Nantes, Angers et de Rennes sont trĂšs impliquĂ©s dans ce nouveau dispositif qui s’adresse Ă  un trĂšs large public.

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Prochain atelier  “Du surgrave au suraigu”, Angers et Nantes, les 31 janvier et 6 fĂ©vrier 2019 / http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/du-surgrave-au-suraigu

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous avez collaborĂ© Ă  l’élaboration du livret de l’adaptation de Genitrix, – roman de François Mauriac, pour l’opĂ©ra, musique d’Honegger. Quelle expĂ©rience en avez-vous tirĂ© ?

ALAIN SURRANS : C’est un travail spĂ©cifique sur la langue et sa prosodie. Comment mettre en musique des mots, comment faire chanter un texte, lequel Ă  l’origine n’est pas conçu pour une mise en musique. Il faut donc apprendre Ă  dĂ©couper le texte, le rendre apte Ă  la prosodie, pour qu’il sonne auprĂšs du public, 
audible, accessible, naturel. L’attention se porte sur le rythme, sur l’accentuation des mots. Une redĂ©finition de la prononciation d’autant plus difficile et dĂ©licate que le français est peu accentuĂ© et plutĂŽt naturellement monotone.

Tout cela rĂ©sonne particuliĂšrement dans le travail que je dĂ©fends au profit de la crĂ©ation. Ainsi je peux d’ores et dĂ©jĂ  vous annoncer la crĂ©ation d’un nouvel opĂ©ra, Ă  l’horizon 2019 (crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra Comique le 27 sept 2019), d’aprĂšs L’Inondation d’Evgueni Zamiatine, nouvelle publiĂ©e en 1929. L’histoire est celle d’un couple sans enfants Ă  Saint-Petersbourg, qui adopte une orpheline alors que les eaux de La Neva ne cessent de monter
 La musique sera signĂ©e Francesco Filidei, et le livret (comme la mise en scĂšne), de JoĂ«l Pommerat. L’ouvrage aprĂšs sa crĂ©ation parisienne sera prĂ©sentĂ©e dans les salles, Ă  Nantes et Ă  Rennes, au sein de la saison lyrique 2019-2020.

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Propos recueillis en octobre 2018.

Illustration : © Bénédicte de Vanssay

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* culturellement plus favorisĂ©s. C’est relatif car tout dĂ©pend des quartiers concernĂ©s.

 
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, ThĂ©Ăątre Graslin, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous prĂ©sente Angers Nantes OpĂ©ra en ce mois de dĂ©cembre 2018 : une maniĂšre Ă©lĂ©gante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet mĂ©connu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son Ăąme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poĂ©sie du rĂȘve
 ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scĂšne, dans son rĂ©cit d’ouverture comme prĂ©alable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rĂȘve. Massenet ajoute aussi l’Ă©lan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fĂ©e, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment Ă  deux reprises un trio rĂ©ellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – Ă©pris mĂȘme-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lĂšbre crĂ©atrice de Carmen, Emma CalvĂ©, au dĂ©part pressentie pour le rĂŽle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversĂ© par un dĂ©sir ardent, juvĂ©nile, d’une irrĂ©pressible aspiration, tĂ©moignage autobiographique de cette passion qui Ă©lectrise Massenet lui-mĂȘme en 1899.

 
 
 

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ROI STATUE ET PRINCE DEPRESSIF
 Si le tableau d’ouverture est un peu sage voire confus : on ne comprend pas bien ce qu’est cette « chose » en fil de fer rose (???) au dĂ©but du spectacle
 (qui traverse l’ensemble du dĂ©cor comme si elle en dĂ©coupait la paroi blanche), l’immersion dans le rĂȘve nĂ©anmoins se rĂ©alise trĂšs vite affirmant son univers onirique parfois surrĂ©aliste
 ainsi le tableau oĂč paraĂźt le prince, juchĂ© sur un chapiteau corinthien inversĂ©, emblĂšme de son dĂ©sĂ©quilibre intĂ©rieur manifeste : il ne veut rien faire, surtout pas participer au dĂ©filĂ© des filles de la noblesse que son pĂšre a dĂ©cidĂ© pour qu’il trouve Ă©pouse. Parlons du roi justement : il appartient au monde des lĂ©gendes, caricatural et dĂ©jantĂ© : une icĂŽne statufiĂ©e, dĂ©bout / assis, tout amidonnĂ©e dans son ample manteau royal : truculent Olivier Naveau.
Concernant le Prince mĂ©lancolique voire dĂ©pressif
 il faut bien toute la couleur du timbre grave de Julie Robard-Gendre pour exprimer un mal-ĂȘtre certain, ce moelleux maladif. Jusqu’Ă  ce que paraisse  Lucette / Cendrille dans sa robe blanche (de style Empire). Et les sens du jeune homme se rĂ©veillent soudainement (Massenet tout enamourĂ© de sa belle et jeune Julia ?).

‹CENDRILLON ENIVRÉE
 Dans le rĂŽle-titre Rinat Shahan ici mĂȘme Ă©coutĂ©e en Octavia tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e (Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi), incarne une jeune femme angĂ©lique et volontaire, dont la couleur vocale fait tout le charme d’un chant simple, fluide, lumineux. Un angĂ©lisme ardent et sincĂšre qui certes ne maĂźtrise pas encore parfaitement l’intelligibilitĂ© de notre langue mais reste toujours trĂšs juste ; il n’y a guĂšre que le baryton emblĂ©matique François Le Roux qui rĂ©ussisse parfaitement l’exercice : son Ă©locution est exemplaire avec ce ton inspirĂ©, hallucinĂ©, des grands diseurs. Le chanteur donne du corps Ă  ce Pandolphe, vraie pantoufle domestique, passive et soumise
 qui finit mĂȘme par agacer tant il demeure attachĂ© Ă  sa nouvelle femme, la comtesse de La HaltiĂšre (la britannique Rosalind Plowright, dragon rageur et haineux, qui a presque 70 ans, dĂ©ploie une prĂ©sence scĂ©nique totale, dramatique et 
 sonore, vraie marĂątre dĂ©testable).

On sait Alain Surrans trĂšs soucieux de cohĂ©sion dramatique, y compris dans la dĂ©fense des Ɠuvres mĂ©connues ; le nouveau directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra apprĂ©cie particuliĂšrement les contes, prĂ©cisĂ©ment leur force poĂ©tique capable de nous parler encore aujourd’hui, dĂ©voilant des thĂšmes qui font Ă©cho Ă  notre actualitĂ©.
C’est assurĂ©ment le cas de Cendrillon de Massenet dont la figure courageuse de Lucette / Cendrille rappelle combien la dĂ©sobĂ©issance et la volontĂ© de croire Ă  ses sentiments sont majeurs pour toute Ă©mancipation.

 
 
  
 
 

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On Ă©mettra quelques rĂ©serves nĂ©anmoins dans cette nouvelle production. Bien des aspects de la partition surtout son livret, restent marquĂ©s par cette miĂšvrerie fleurie, typique de l’extrĂȘme fin du XIXĂšme ; les rĂ©fĂ©rences Ă  la nature, le sujet de cet « avril printanier » Ă©voquĂ©s Ă  plusieurs reprises, par Lucette et son pĂšre (et jusqu’au couple que le pĂšre Ă©voque avec sa fille comme celui « d’amoureux » en promenade
) laissent un rien perplexe. On en regretterait les bienfaits de l’actualisation. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle ce soir Ă  Nantes : pas sĂ»r que la majoritĂ© adhĂšre Ă  un art ainsi dĂ©modĂ© voire affectĂ© par des tournures d’un autre temps qui rĂ©duisent aujourd’hui la force de l’action. AssurĂ©ment quelques coupures eussent Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques.

ESSOR ONIRIQUE
 Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Le spectacle rĂ©alise en maints endroits la volontĂ© onirique de Massenet. Son invitation Ă  retrouver notre Ăąme d’enfant prend forme et se rĂ©alise. Les deux tableaux oĂč paraĂźt la fĂ©e (suave et agile Marianne Lambert malgrĂ© les redoutables arches coloratoure de sa partie), la premiĂšre fois dans sa baignoire / nacelle, permettant Ă  Lucette d’aller au bal ; quand elle trĂŽne enfin, en dĂ©esse sylvestre, parmi les chĂȘnes, 
 sont trĂšs convaincants.

Parmi les sĂ©quences les plus marquantes, ce sont bien les duos entre Cendrille et le Prince qui sont les plus inspirĂ©s (moins le couple du pĂšre et de sa fille : Pandolphe / Lucette). L’union des nouveaux amants, en particulier dans le tableau du bal (premiĂšre rencontre) puis dans celui de leurs retrouvailles au pied du chĂȘne des fĂ©es, illustre ce Massenet inspirĂ©, – dans la lignĂ©e de Gounod, Ă©perdu et tendre, – entre dĂ©votion partagĂ©e et profondeur Ă©motionnelle ; quand par exemple dans leur premier Ă©moi, Cendrille avoue sa dĂ©votion immĂ©diate et totale Ă  l’ĂȘtre tout juste rencontré   On est proche de ce ravissement dont Massenet a dĂ©jĂ  Ă©laborĂ© l’expression dans Manon Ă©videmment (rĂ©fĂ©rence Ă  « la main presse »), composĂ©e 5 ans auparavant (1884).

 
 
 

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Manon est finalement une source maintes fois citĂ©e ou exploitĂ©e ici, ne serait ce que dans le parfum nĂ©o baroque, propre Ă  ce “classicisme XIXĂšme », de l’ouverture ; Ă©galement dans l’esprit Grand SiĂšcle des ballets qui citent toujours Manon (cf. le tableau de l’OpĂ©ra dans l’opĂ©ra). Saluons enfin danseurs et membres du Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra ; souvent trĂšs drĂŽle, la transposition que rĂ©alise le noyau des 5 danseurs du Centre ChorĂ©graphique national de Nantes, dans la chorĂ©graphie d’Ambra Senatore : ils emmĂšnent avec eux les choristes maison dont le talent et la volontĂ© du jeu se rĂ©vĂšlent et s’affirment bel et bien, de production en production, avec chez certains, une claire rĂ©fĂ©rence Ă  Charlie Chaplin.
Enfin en fosse, l’ONPL, dirigĂ© par Claude Schnitzler, s’il sonne dur et court en dĂ©but de spectacle, se dĂ©ploie plus onctueux et suggestif Ă  mesure que l’action rĂ©alise ce passage du rĂ©el au rĂȘve. Et vice versa. Convaincant.

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler - Encore Ă  l’affiche au Grand ThĂ©Ăątre d’Angers, pour 3 reprĂ©sentations incontournables, les 14, 16 et 18 dĂ©cembre 2018.

http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/cendrillon

LIRE aussi notre présentation annonce de la nouvelle Cendrillon présentée par Angers Nantes Opéra en décembre 2018
http://www.classiquenews.com/nouvelle-cendrillon-de-massenet-a-nantes-et-a-angers/

 
 
 

PROCHAINES productions Ă  ne pas manquer Ă  NANTES : Un Bal masquĂ© de Verdi (13 mars – 6 avril 2019)
A Nantes puis Angers : Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner, 3 mai – 13 juin 2019

 
 
 
Illustration : Marianne Lambert (la fĂ©e) apparaĂźt Ă  Lucette / Cendrille (DR – Angers Nantes OpĂ©ra – JM Jagu 2018  
 
   
 
 

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil » Trio Atanassov / Alain Carré

Schubertiade de Sceaux Logo copiable logo 2018COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil » Trio Atanassov (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov) / Alain CarrĂ©, rĂ©citant. Hommage aux soldats de la PremiĂšre Guerre. Le sujet du programme Ă©tait opportun en ce week end du 11 novembre 2018, centenaire de l’Armistice. Elisabeth Atanassov, directrice de la Schubertiade de Sceaux ajoute Ă  cette cĂ©lĂ©bration bienvenue, plusieurs piĂšces d’un violoniste virtuose, soldat enrĂŽlĂ© sur le front de la barbarie (1914-1918), devenu compositeur : Lucien Durosoir. En prĂ©sence des descendants du musicien, le concert est surtout un spectacle percutant oĂč le verbe est Ă©noncĂ©, projetĂ©, incarnĂ© par le diseur acteur Alain CarrĂ©. La vie dans les tranchĂ©es – humide, alcoolisĂ©e, nausĂ©abonde
 pour le dire d’un mot, inhumaine est ainsi Ă©voquĂ©e par le dĂ©tail et l’anecdote, Ă  travers des citations de la correspondance du soldat Durosoir Ă  sa mĂšre ; Ă  travers le tĂ©moignage complĂ©mentaire contenu dans les Carnets de guerre de Maurice MarĂ©chal.
Ponctuant le texte, plusieurs fragments musicaux sont jouĂ©s par le Trio Atanassov (Perceval Gilles, violon / Sarah Sultan, violoncelle / Pierre-Kaloyann Atanassov, piano) : on y dĂ©tecte l’intensitĂ© suggestive et qui semble recueillir les cris et l’impuissance dans la bataille, des Ɠuvres choisies signĂ©es Ravel (l’extraordinaire poĂ©tique de Pantoum, qui est le second mouvement de son sublime Trio de 1914), Beethoven, Schumann
 De cette mise en dialogue du texte et de la musique, ce sont certainement les partitions de Durosoir qui se dĂ©tachent par leur acuitĂ© Ă©motionnelle, Ă  la fois enivrante et recueillie (PriĂšre Ă  Marie de 1949, pour violon et piano : la piĂšce conclut avec beaucoup de sensibilitĂ© le programme). Comme on reste saisi par cette modernitĂ© palpitante qui porte et embrase le premier mouvement de son Trio en si mineur de 1927. Comme de nombreux auteurs marquĂ©s par la guerre, et davantage : qui ont affrontĂ© l’ignominie la plus terrifiante, Lucien Durosoir semble retisser un fil salvateur dans l’acte mĂȘme de composer ; toute son Ɠuvre qui suit ses annĂ©es de traumatisme, exprime et transcende cette Ă©preuve inimaginable.

durosoir lucien violon portrait annocne concert par classiquenewsComme le dit Debussy, la musique commence oĂč s’arrĂȘtent les mots : la formule est idĂ©ale dans le cas de Lucien Durosoir dont l’intensitĂ© et la pudeur de l’écriture musicale, en disent infiniment plus que bien des discours. La rĂ©ussite de ce « spectacle », Ă  la fois concert, Ă  la fois tĂ©moignage rĂ©citĂ© (et excellemment par l’incantatoire Alain CarrĂ©) vient de cet Ă©quilibre tĂ©nu et ici idĂ©al entre la vĂ©hĂ©mence du mot cru, et la parure musicale qui semble l’enrober, dans les fragments de musique qui ponctuent les rĂ©cits. On ne pouvait imaginer meilleure proposition, en hommage aux soldats massacrĂ©s, Ă©prouvĂ©s sur le champs de bataille entre 1914 et 1918.
A l’issue de ce deuxiĂšme rv, il apparaĂźt comme une Ă©vidence que par la qualitĂ© de l’offre musicale et la diversitĂ© des concerts dans leur forme et leur dĂ©roulement, La Schubertiade de Sceaux a dĂ©sormais trouvĂ© son rythme de croisiĂšre (dans l’HĂŽtel de Ville mĂȘme) et surtout son public. L’idĂ©e de proposer aux rĂ©sidents citoyens, un concert de musique de chambre dans les espaces municipaux, est exemplaire.
Prochain rv, samedi 8 dĂ©cembre 2018 : Quatuor Modigliani (au programme : Mozart, Schubert et surtout Debussy, pour fĂȘter le centenaire de la mort en 2018).

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil »  / Trio Atanassov (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov / Alain Carré, récitant.

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LIRE notre compte-rendu du concert du 13 octobre 2018 : Programme Schubert par le Trio Atanassov / La Schubertiade de Sceaux
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-sceaux-92-le-13-octobre-2018-la-schubertiade-de-sceaux-recital-schubert-trio-atanassov/

VISITEZ le site du Trio Atanassov : www.trioatanassov.com

LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la saison musicale La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 et ses 6 concerts Ă©vĂ©nements.  
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. Saint-Etienne, le 18 nov 2018. MASSENET : Hérodiade. Elodie Hache, Ossonce / Pichon  

massenet jules portrait classiquenewsCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, le 18 novembre 2018. Jules Massenet : HĂ©rodiade. Elodie Hache, Emanuela Pascu, Florian Laconi, Christian Helmer, Nicolas Cavallier. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Jean-Louis Pichon, mise en scĂšne. Ce sont les mots, empruntĂ©s au rĂŽle d’HĂ©rode, qu’on a envie de lancer comme des fleurs Ă  Elodie Hache une fois le rideau tombĂ©. Car depuis sa Blanche de la Force sur cette mĂȘme scĂšne stĂ©phanoise voilĂ  un an et demi, la soprano française a encore progressĂ© dans la maĂźtrise de son gĂ©nĂ©reux instrument, de ceux qu’on rencontre peu parmi les artistes de l’Hexagone. DĂšs son premier air « Il est doux, il est bon », on est impressionnĂ©s par l’ampleur de la voix et la puissance dĂ©ployĂ©e sans effort apparent. En outre, l’ouragan sait se faire caresse, en de magnifiques nuances, flottantes et transparentes. Durant toute la reprĂ©sentation, on assiste mĂ©dusĂ©s Ă  l’affirmation progressive de cette superbe artiste, dotĂ©e qui plus est d’une trĂšs belle diction et d’une grande prĂ©sence scĂ©nique, alliĂ©es Ă  une poignante sobriĂ©tĂ© dans les effets. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narcisso Fiordaliso.

 

 

 

SalomĂ©, laisse-moi t’aimer

 

 
On souhaiterait simplement lui conseiller du prendre garde au vibrato parfois quelque peu excessif dans un haut-médium semblant moins canalisé que le reste de la tessiture, afin de pouvoir goûter le plus longtemps possibles à toutes ses immenses qualités.
A ses cĂŽtĂ©s, la mezzo roumaine Emanuela Pascu incarne une imposante et vĂ©nĂ©neuse HĂ©rodiade, jeune encore, plus femme que mĂšre, dardant avec Ă©clat le mĂ©tal de sa voix sonore et osant de trĂšs beaux piani. L’écriture d’ensemble du rĂŽle parait bien parfois un rien grave pour elle, mais, Ă  part quelques graves Ă  notre sens trop appuyĂ©s, la chanteuse se tire avec les honneurs de cette tessiture difficile, dĂ©montrant par ailleurs un beau travail sur le texte.
AprĂšs l’avoir chantĂ© avec succĂšs Ă  Marseille voilĂ  il y a quelques mois, Florian Laconi retrouve le rĂŽle de Jean, dont il vient toujours Ă  bout avec une soliditĂ© qu’on ne peut que saluer. Son air du quatriĂšme acte est Ă  ce titre Ă©loquent, et s’achĂšvent triomphalement sur un aigu lentement enflĂ© dans un crescendo Ă©lectrisant.
Toujours noble de port et fier de ton, Nicolas Cavallier remporte tous les suffrages en Phanuel, et on est, comme à chaque fois, heureux de retrouver la basse française, de ces phares qui semblent éclairer le paysage lyrique actuel par leur auguste présence.
Face Ă  de telles voix et autant de prĂ©sences, Christian Helmer fait de son mieux pour trouver sa place, et se lance avec franchise dans la partie ardue d’HĂ©rode, semblant souvent poussĂ© aux limites de ses moyens. Mais il se donne tout entier, sans tricher, et son courage est Ă  saluer.
Vitellius autoritaire, Jean-Marie Delpas prend un malin plaisir Ă  faire tonner sa grande voix, tandis que tous les autres rĂŽles secondaires sont tenus avec beaucoup d’efficacitĂ©. Quant au chƓur, il n’appelle que des Ă©loges grĂące Ă  une homogĂ©nĂ©itĂ© superbe et surtout une prĂ©cision superlative dans la diction.
Tout ce petit monde Ă©volue dans la mise en scĂšne dĂ©pouillĂ©e de Jean-Louis Pichon. Familier de l’Ɠuvre, ce grand amoureux de l’opĂ©ra français a choisi la carte de la sobriĂ©tĂ©, enveloppant dĂ©cors comme costumes d’une teinte gĂ©nĂ©rale ocre avec des reflets dorĂ©s, des murs formĂ©s par des lances aiguisĂ©es refermant le plateau. Si le faste manque parfois Ă  l’appel, l’Ɠuvre y gagne en intimitĂ©, vĂ©ritable affaire de famille et on vit pleinement le drame en mĂȘme temps que les personnages qui s’y dĂ©battent.
Dans la fosse, la direction apollinienne de Jean-Yves Ossonce participe de ce climat énigmatique, le chef français refusant tout clinquant excessif, dirigeant de main de maßtre un orchestre maison somptueux, audiblement familier de cet univers musical.
Une fois de plus, l’OpĂ©ra de Saint-Etienne se pose en rĂ©fĂ©rence en matiĂšre d’opĂ©ra français.

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. COMPTE-RENDU, opéra. Saint-Etienne, le 18 nov 2018. MASSENET : Hérodiade. Elodie Hache, Ossonce / Pichon
Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, 18 novembre 2018. Jules Massenet : HĂ©rodiade. Livret de Paul Millet et Henri GrĂ©mont, inspirĂ© d’HĂ©rodias de Gustave Flaubert.
Avec HĂ©rodiade : Elodie Hache ; Salomé : Emanuela Pascu ; Jean : Florian Laconi ; HĂ©rode : Christian Helmer ; Phanuel : Nicolas Cavallier ; Vitellius : Jean-Marie Delpas ; La Babylonienne : Catherine SĂ©on ; Le Grand PrĂȘtre : Bardassar Ohanian ; La Voix : Pier-Yves TĂ©tu. ChƓur Lyrique Saint-Etienne Loire ; Chef de chƓur : Laurent Touche. Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Jean-Louis Pichon ; DĂ©cors et costumes : JĂ©rĂŽme Bourdin ; LumiĂšres : Michel Theuil ; ChorĂ©graphie : Laurence Fanon ; VidĂ©o : Georges Flores
 

 

Compte-rendu critique, opéra. Bordeaux, le 8 nov 2018. Donizetti : Anna Bolena. Rebeka
 Daniel / Bischofberger

Compte-rendu critique, opĂ©ra. Bordeaux, Grand-ThĂ©Ăątre, le 8 novembre 2018. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Marina Rebeka, Ekaterina Semenchuk, Dimitry Ivashchenko, Pene Pati. Paul Daniel, direction musicale. Marie-Louise Bischofberger, mise en scĂšne. En ce mois de novembre, l’OpĂ©ra National de Bordeaux frappe un grand coup en reprenant sa production d’Anna Bolena de Donizetti, crĂ©Ă©e in loco voilĂ  quatre ans et vue depuis aussi bien Ă  Avignon et Toulon qu’à la Scala de Milan. ElĂ©gante et dĂ©pouillĂ©e mais manquant parfois de faste et tenant parfois du concert en costumes, la mise en scĂšne de Marie-Louise Bischofberger sert surtout d’écrin Ă  un plateau superlatif, digne du Metropolitan Opera de New York.
Mieux encore, chacun des artistes semble jouer sa vie ce soir-lĂ , ce qui demeure rare Ă  l’occasion d’une deuxiĂšme reprĂ©sentation, souvent considĂ©rĂ©e dans le mĂ©tier comme la moins rĂ©ussie d’une sĂ©rie. La prĂ©sence dans la salle de plusieurs importants directeurs de maisons d’opĂ©ra, Ă  l’occasion du concours international de chant Bordeaux-MĂ©doc, aurait-elle poussĂ© les interprĂštes Ă  donner le meilleur d’eux-mĂȘmes ? On a envie de le croire. COMPTE-RENDU, CRITIQUE par notre envoyĂ© spĂ©cial Narciso Fiordaliso.

 

 

 

Plateau de luxe

 
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D’autant plus que, dans la salle relativement petite du Grand-ThĂ©Ăątre, toutes ces voix au lyrisme dĂ©complexĂ© emplissent l’espace avec un plaisir non dissimulĂ©, Ă  la plus grande joie des spectateurs
 et la nĂŽtre.
A toute souveraine, tout honneur : dans le rĂŽle-titre, Marina Rebeka effectue une prise de rĂŽle fracassante, en parallĂšle de la sortie de son nouvel album Spirito, consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes belcantistes et paru le lendemain de la reprĂ©sentation (NDLR : LIRE notre critique complĂšte du cd SPIRITO par MARINA REBEKA, “CLIC” de CLASSIQUENEWS de novembre 2018).
La soprano lettone fait feu de tout bois et se consume littĂ©ralement en scĂšne, dĂ©ployant Ă  plaisir sa grande voix et Ă©lectrisant le public en mĂȘme temps que la reine laisse Ă©clater sa fureur. Son instrument corsĂ© et son timbre sombre font merveille dans cette partition, rendant encore plus impressionnantes les notes aiguĂ«s, en particulier le contre-rĂ© achevant la premiĂšre partie et surtout le contre-mi bĂ©mol, attaquĂ© sans respirer, sur lequel tombe le rideau Ă  l’issue de la reprĂ©sentation. Quelques nuances de plus, quelques piani plus flottants, un grave plus naturel, et on tenait lĂ  la rĂ©fĂ©rence moderne dans ce rĂŽle. Mais la chanteuse se hisse dĂ©jĂ  au niveau des meilleures, et on lui souhaite de pouvoir continuer Ă  mĂ»rir son incarnation, tant vocale que musicale.
Face à elle, Ekaterina Semenchuk impose une Seymour qui aurait des liens de parenté avec Azucena et Eboli. Certes, la vocalité torrentielle et éminemment verdienne de la mezzo russe parait parfois surdimensionnée pour le rÎle, mais comment résister à une prestation aussi généreuse, aussi proprement jouissive ?
La chanteuse se tire par ailleurs avec les honneurs de l’écriture parfois fleurie qui orne sa partie, bien que son terrain d’élection soit audiblement ailleurs.
La confrontation entre les deux femmes restera un grand moment, véritable affrontement, authentique émulation entre deux trÚs grandes chanteuses.
RĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e, le Percy de Pene Pati marque les esprits. VĂ©ritable colosse, le tĂ©nor polynĂ©sien Ă©tonne au premier abord par sa voix en apparence lĂ©gĂšre, surtout face aux titans avec lesquels il partage le plateau. Mais au fur et Ă  mesure des notes, il emporte l’adhĂ©sion par son Ă©mission d’un naturel confondant, jamais sombrĂ©e mais au contraire toujours rayonnante, jusqu’à un contre-ut interminable d’une facilitĂ© dĂ©concertante. Sa grande scĂšne du second acte enthousiasme tout autant, Ă©mouvante autant que brillante, et couronnĂ©e par un contre-rĂ© aussi impressionnant qu’inattendu. Un vrai talent Ă  suivre, et, s’il parvient Ă  rĂ©sister aux sirĂšnes des rĂŽles trop lourds, un des grands tĂ©nors de demain.

 

 

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Moins marquant, l’Enrico de Dimitry Ivashchenko, toujours somptueux de timbre mais peu Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire, la basse russe semblant parfois comme encombrĂ© de son instrument imposant et paraissant souvent ne savoir que faire de son personnage, assez monolithique et finalement celui ayant visiblement le moins inspirĂ© le compositeur.
Smeaton Ă  croquer, Marion LebĂšgue donne vie avec gourmandise Ă  ce petit page, amoureux et maladroit, la superbe mezzo française laissant percevoir que, d’une certaine maniĂšre, c’est aussi par lui et malgrĂ© lui que le drame se noue.
Bien chantants et percutants, le Lord Rochefort de Guilhem Worms et le Sir Hervy de KĂ©vin Amiel font mieux que ne pas dĂ©mĂ©riter face Ă  pareils partenaires, ils savent s’imposer et capter l’attention en seulement quelques phrases.
A la tĂȘte d’un trĂšs beau chƓur et d’un excellent orchestre, le chef Paul Daniel, directeur musical de la phalange bordelaise, laisse malheureusement un sentiment plus mitigĂ©, sa direction manquant souvent de souplesse et de respiration. En outre, on dĂ©plore de trĂšs nombreuses coupures, notamment presque toutes les reprises des cabalettes, ce qui prive cette musique d’une bonne partie de son vertige et de son pouvoir de fascination.
Enthousiaste et heureux, le public s’abandonne aux ovations et fait fĂȘte Ă  toute la distribution. On le comprend.

 

 

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Bordeaux. Grand-ThĂ©Ăątre, 8 novembre 2018. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Livret de Felice Romani. Avec Anna Bolena : Marina Rebeka ; Giovanna Seymour : Ekaterina Semenchuk ; Enrico VIII : Dimitry Ivashchenko ; Lord Percy : Pene Pati ; Smeaton : Marion LebĂšgue ; Sir Hervey : KĂ©vin Amiel ; Lord Rochefort : Guilhem Worms. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux ; Chef de chƓur : Salvatore Caputo. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Direction musicale : Paul Daniel. Mise en scĂšne : Marie-Louise Bischofberger ; ScĂ©nographie : Erich Wonder ; Costumes : Kaspar Glarner ; LumiĂšres : Bertrand Couderc

Illustrations : © Maitetxu Etcheverria / Opéra de Bordeaux 2018

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. GOZO (Malta), Teatru Astra, le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. L’OPERA comme expĂ©rience collective et populaire. Ce n’est rien d’écrire que l’opĂ©ra Ă  Gozo, Ă  travers l’offre de ses 2 thĂ©Ăątres lyriques Ă  Victoria rayonne d’un Ă©clat particulier. Ainsi dans la salle du thĂ©Ăątre (Teatru) Astra : le genre est unanimement adoptĂ© par tous. ImmĂ©diatement ce qui saisit le mĂ©lomane amateur d’opĂ©ras, habituĂ©s des salles europĂ©ennes, c’est l’ambiance bon enfant et ce goĂ»t partagĂ© naturellement par tous pour l’expĂ©rience lyrique. L’implication est au cƓur de chaque reprĂ©sentation car Ă  l’occasion de ce « festival d’opĂ©ras » (festival mĂ©diterranĂ©en / Festival Mediterranea à Victoria, sur l’üle de Gozo, la seconde de l’archipel maltaise) qui a lieu chaque mois d’octobre dans la ville de Victoria, le nombre de bĂ©nĂ©voles, incluant une grande communautĂ© de locaux, reste constant, en ferveur, en gĂ©nĂ©rositĂ©, en participation surtout : nombre d’habitants sont figurants, choristes, personnel de salle
 autant d’initiatives qui contribuent Ă  renforcer ce lien social qui manque tant en France. Et qui fait du concert, de l’opĂ©ra : une cĂ©lĂ©bration du collectif. La culture, ciment du vivre-ensemble et de la curiositĂ© vers les autres, voilĂ  une vertu que l’on redĂ©couvre dans l’Hexagone, mais qui est depuis l’aprĂšs-guerre Ă  Victoria, une activitĂ© naturelle dĂ©fendue avec passion.

De fait, nul ne s’étonne dans la salle, Ă  quelques minutes avant le spectacle, de la ferveur d’un public trĂšs passionnĂ© qui applaudit spontanĂ©ment Ă  chaque fin d’air et de tableau collectif. La chaleur se transmet du parterre Ă  la scĂšne ; un encouragement permanent pour les solistes qui chantent leur duo sur un praticable devant la fosse d’orchestre et Ă  quelques centimĂštres des premiers spectateurs. Cette proximitĂ© ajoute Ă  l’intensitĂ© de la reprĂ©sentation.

 
 

 
 

L’opĂ©ra Ă  Gozo (Malte)

La fiĂšvre du lyrique intacte au Teatru Astra de Victoria

 

 

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D’emblĂ©e, le cadre intime du Teatru ASTRA, offre une bonne acoustique qui permet de beaux Ă©quilibres entre solistes, orchestre et chƓur.

Ce soir sur les terres du tĂ©nor vedette, vĂ©ritable trĂ©sor national vivant et ambassadeur de la culture maltaise, Joseph Calleja, c’est une soprano native qui chante le rĂŽle-titre : Miriam Cauchi. La cantatrice maltaise n’a certes pas des trilles prĂ©cises mais la chaleur du timbre et la justesse de l’intention font une Violetta particuliĂšrement digne et Ă©mouvante. Elle n’a pas le physique ni la jeunesse du personnage (du reste qui pourrait chanter Ă  17 ans un rĂŽle qui exige tant de la chanteuse comme de l’actrice?), mais Miriam Cauchi sait soigner un chant crĂ©dible, incarnĂ©, qui reste, vertu de plus en plus, mesurĂ© (combien d’autres divas en mal d’effets dĂ©monstratifs, cultive un vĂ©risme hors sujet chez Verdi).

Face Ă  elle, Alfredo ne manque pas d’aplomb ; le tĂ©nor italien Giulio Pelligra a de la vaillance Ă  revendre trop peut ĂȘtre car dans ses duos avec sa partenaire, davantage d’Ă©coute de l’autre, plus de dolcezza suave auraient mieux rĂ©ussi ce qui doit exprimer la magie enivrĂ©e de leur premiĂšre rencontre (au I, par exemple, pour le Brindisi final)


 

 

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Reste l’excellent Germon pĂšre du baryton russe Maxim Aniskin qui est la vedette de la soirĂ©e tant sa prestation suscite bien des Ă©loges ; le style, la noblesse humaine, la finesse vocale de sa caractĂ©risation illustrent idĂ©alement le type du baryton verdien (il a la voix et la couleur pour chanter Boccanegra) ; l’acteur clarifie l’évolution du personnage Ă  travers sa prĂ©sence Ă  l’acte II : il est d’abord conquĂ©rant, sĂ»r et inflexible, puis au contact de la pĂ©cheresse qu’il est venu sermonner et vĂ©ritablement sacrifier (pour l’honneur familial), pĂšre Ă©mu, Ăąme noble et compatissante, saisi par la dignitĂ© sacrificielle de Violetta, cette courtisane magnifique, qui accepte de rompre avec Germont fils.

Dans le duo avec Violetta, lui troublĂ©, Ă©mu, compassionnel / elle, Ă©perdue, blessĂ©e-, le chanteur arrondit les angles, caresse chaque nuance de sa partie, s’enlace vĂ©ritablement au chant de la soprano; sans jamais la couvrir trop ; une telle musicalitĂ© accordĂ©e Ă  l’autre est exemplaire et donne enfin Ă  entendre ce chant chambriste si fin et nuancĂ© ; proche du thĂ©Ăątre et qui doit beaucoup au bel canto bellinien.
Puis son grand air oĂč il sermonne cette fois son fils en le rappelant Ă  plus de maĂźtrise et de sagesse est lĂ©gitimement plĂ©biscitĂ© : le soliste est un immense interprĂšte, dans le style, la nuance. Un rĂ©gal lyrique.

De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre Symphonique de Malte, sous la direction de Philip Walsh, veille Ă  la couleur et au caractĂšre de chaque acte : brillant au I ; plus contrastĂ© au II (entre le sacrifice et le renoncement de Violetta, et son humiliation publique Ă  Paris) ; tragique, intimiste, crĂ©pusculaire au III. C’est au final une production nouvelle (commande du Teatru Astra) qui rĂ©alise alors un spectacle prenant, poĂ©tiquement juste avec des solistes de haut vol, plutĂŽt convaincants. Il n’y a aucun doute : la tradition de l’opĂ©ra est flamboyante Ă  Gozo, et ses manifestations, comme en cet automne 2018, particuliĂšrement sĂ©duisantes. Rendez-vous est dĂ©jĂ  pris pour l’automne 2019.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

distribution

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)
Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)
Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)
Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)
Philip Walsh, direction. Enrico Stinchelli, mise en scĂšne.
Orchestre Philharmonique de Malte / MPO Malta Philharmonic Orchestra, choeurs du Festival Méditerranée de Gozo.

 

  

 

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Reportage vidéo : ONL Orchestre National de Lille : MASS de BERNSTEIN / Alexandre Bloch (juin 2018)

mass-bernstein-lille-orchestre-national-compte-rendu-critique-classiquenews-alexandre-blochREPORTAGE VIDEO. ONL Orchestre National de Lille. BERNSTEIN : MASS (juin 2018). En hommage au gĂ©nie de Leonard Bernstein et pour son centenaire en 2018, l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de son directeur musical Alexandre BLOCH, frappe fort en ce mois de juin 2018 ; la phalange lilloise Ă  la laquelle se joignent les troupes musicales de la RĂ©gion (choeurs, tambours et orchestres d’harmonie
) rĂ©ussit tous les dĂ©fis d’une partition atypique, mĂ©connue et pourtant essentielle pour comprendre et mesurer l’humanisme engagĂ© du compositeur amĂ©ricain : MASS (1972). ChƓurs d’enfants angĂ©liques, Ă©merveillĂ©s (une rĂ©fĂ©rence Ă  cette innocence perdue dont a rĂȘvĂ© Bernstein toute sa vie ?), choeur solennel et parodique ; « street chorus », mordant, cynique, critique voire blasphĂ©matoire ; surtout cĂ©lĂ©brant incarnĂ© sombrant dans le doute et le dĂ©sarroi le plus vertigineux
 avant la grande rĂ©conciliation fraternelle de la fin. Bernstein ne fait pas que le procĂšs du rituel, de tous les offices religieux ; il sait les rĂ©inscrire dans une vision profondĂ©ment humaine, qui rĂ©tablit le sens profond d’une cĂ©lĂ©bration collective : le partage et le respect mutuel. Tout dogme enseignĂ© doit Ă©largir le champs de vision, renforcer l’Ă©coute de la diversitĂ©, cultiver la tolĂ©rance.

Rien ne manque dans cette partition qui cite certes l’esthĂ©tique des 70’s, mais reste atemporelle par son message pacifiste, amoureux, gĂ©nĂ©reux, humaniste. Voici assurĂ©ment le point d’orgue de l’annĂ©e BERNSTEIN 2018 en France, et la rĂ©alisation la plus significative de l’annĂ©e de cĂ©lĂ©bration. GRAND REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM.

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LIRE aussi notre critique complĂšte de MASS de Leonard BERNSTEIN par Alexandre BLOCH (28 juin 2018) – Auditorium du Nouveau SiĂšcle, LILLE / ONL

200 personnes sur le plateau et au-dessus (s’agissant des deux jazz band, et rock band, situĂ©s chacun au dessus de la scĂšne, Ă  jardin et Ă  cour) incarnent et exaltent l’ivresse grandissante d’une partition protĂ©iforme signĂ©e Bernstein, au dĂ©but des annĂ©es 1970 : MASS. Il faut donc pour le chef savoir coordonner le geste d’une colonie Ă©parse de musiciens aux parties simultanĂ©es, et aussi prĂ©server la clartĂ© d’une oeuvre construite comme une cathĂ©drale particuliĂšrement riche en changements de rythmes et en formes musicales. GĂ©nĂ©reux, Ă©clectique, Bernstein fait montre d’une invention parfois dĂ©routante pour l’auditeur, mais tout le mĂ©rite revient au formidable engagement des chanteurs et instrumentistes, Ă  la direction Ă  la fois fiĂ©vreuse et prĂ©cise du chef Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille ; le maestro sculpte un monument esthĂ©tique qui suit trĂšs minutieusement son parcours, sans dilution, et avec des pointes sarcastiques ou lyriques d’une indiscutable intelligence…