FESTIVAL CLASSICA : l’Ă©vĂ©nement au QuĂ©bec, classique et populaire. Bilan 2019 et 10Ăš Ă©dition en 2020

Marc-BOUCHER baryton festival classica-200x300COMPTE-RENDU, festivals. QuĂ©bec, Festival CLASSICA Ă  Saint-Lambert – 9Ăš Ă©dition 2019 : portant la dĂ©jĂ  9Ăš Ă©dition de son festival CLASSICA, Ă©vĂ©nement majeur au sein de l’agenda des festivals du printemps au QuĂ©bec, le baryton Marc Boucher confirme un rare talent, capable de concilier musique classique et grand public, concerts en salles fermĂ©es et Ă©vĂ©nements en plein air, partitions hyperconnues et joyaux oubliĂ©es
 C’est une vision large et lĂ©gitime, aux Ă©quilibres exemplaires, qui cultive l’éclectisme et l’accessibilitĂ© des rĂ©pertoires, la diversitĂ© des formes choisies, telles les fondamentaux d’une offre Ă  prĂ©sent inscrite dans le paysage musical quĂ©bĂ©cois. En terres francophones, l’évĂ©nement fĂ©dĂ©rateur situĂ© en MontĂ©rĂ©gie, soit sur la rive sud du Saint-Laurent, fidĂ©lise Ă  prĂ©sent un trĂšs large public canadien ; il a toutes les chances d’attirer aussi Ă  MontrĂ©al, un nombre de plus en plus importants de visiteurs et touristes français, depuis l’autre rive de l’Atlantique. Mais l’édition 2019 n’est qu’un prĂ©lude Ă  la grande Ă©dition 2020, 
 celle des 10 ans du Festival et des cĂ©lĂ©brations Beethoven (250Ăšme anniversaire en 2020).

 

 

 

I
RÉCITAL – CONCOURS DE MÉLODIES : LA PASSION DE LA LANGUE FRANCAISE

 
Mais l’évĂ©nement – nous le disions dĂ©jĂ  en 2018, pourrait marquer tout simplement l’histoire des festivals francophones : l’interprĂšte directeur dĂ©fend la langue française et la culture quĂ©bĂ©coise comme peu (les deux notions ne sont-elles pas liĂ©es?) ; d’oĂč son idĂ©e depuis 3 ans dĂ©jĂ , d’organiser une compĂ©tition pour les chanteurs qui chantent en français : ainsi est nĂ©e le RÉCITAL-CONCOURS international de mĂ©lodies françaises (3Ăš Ă©dition en juin 2019). Son originalitĂ© est dans son titre : c’est d’abord un rĂ©cital en public, avant d’ĂȘtre une compĂ©tition. Ici, chaque interprĂšte chante l’intĂ©gralitĂ© de son programme : pas de coupures ni de commentaires expĂ©ditif de la part d’un jury narquois et arrogant. Le public comme les 6 « juges » prĂ©sents dans la salle jaugent, analysent, et notent enfin les interprĂštes les plus mĂ©ritants : ceux qui articulent un texte et qui savent en exprimer l’intensitĂ© Ă©motionnelle. Celles et ceux qui savent emporter avec eux, les auditeurs dans une histoire qui se vit au moment de la prestation, Ă  travers les images de textes souvent trĂšs poĂ©tiques. Rien de moins.
CONCOURS-MELODIES-FRANCAISES-annonce-2019-quebec-2019Quoi de plus naturel en vĂ©ritĂ© que d’expliquer et faire rayonner l’art si difficile de la mĂ©lodie française au QuĂ©bec ? : articulation, prononciation, intonation
 le français y est plus qu’ailleurs, une passion rĂ©gionale ardemment dĂ©fendue ; de la mĂȘme façon, n’y a-t-il pas depuis des dĂ©cennies, et mĂȘme bien avant, une Ă©cole de chanteurs francophones QuĂ©bĂ©cois, dont la maĂźtrise et l’intelligibilitĂ©, la musicalitĂ© et l’engagement dĂ©passent bien souvent les chanteurs français eux-mĂȘmes ? VoilĂ  expliquĂ©es deux rĂ©alitĂ©s indiscutables qui lĂ©gitiment aujourd’hui l’initiative depuis le QuĂ©bec.
Son fonctionnement est moderne et devrait inspirer moult compĂ©titions françaises, rigidifiĂ©es par des pratiques d’un autre Ăąge. Le concours est ici d’abord, un rĂ©cital : c’est un concert Ă  l’adresse du public, dans lequel l’interprĂšte est invitĂ© Ă  dĂ©fendre son propre programme (5 mĂ©lodies françaises dont une canadienne pour la demi finale – puis, un cycle intĂ©grale, quelle que soit sa durĂ©e
 pour la finale).
A chaque sĂ©ance, le public vote comme les 6 juges : au total, chaque vote compte pour 50% de l’évaluation globale. Il s’agit de distinguer les chanteurs professionnels ou en professionnalisation qui dĂ©fendent leur interprĂ©tation ; qui sont capables de raconter leur conception de l’histoire, Ă  niveau de technique Ă©gale. L’art du diseur, l’articulation naturelle et l’intelligibilitĂ© sont ici des qualitĂ©s essentielles dont la maĂźtrise fait les plus grands chanteurs. En dĂ©fendant cette conception du beau chant français, Marc Boucher, Ă©mule d’un Philippe Martinon, grand spĂ©cialiste de diction au milieu du XXĂš, devient un dĂ©fenseur incontournable de la mĂ©lodie, laquelle favorise et enrichit l’expĂ©rience du chanteur lyrique.

Demain, le RÉCITAL-CONCOURS qui a lieu Ă  Saint-Lambert, Ă©picentre du festival depuis ses dĂ©buts, reconnaĂźtra les tempĂ©raments les plus convaincants, le temps de ce rĂ©cital unique au monde, comme une Ă©tape dĂ©cisive et obligĂ©e pour qui veut affirmer sa maestria et sa lĂ©gitimitĂ© dans le genre. Et lorsque l’on songe au vivier impressionnant de chanteurs francophones au QuĂ©bec, tous les espoirs pour de prochaines Ă©ditions passionnantes sont dĂ©sormais possibles. A l’issue de la Finale 2019 (16 juin 2019), c’est la soprano Caroline GĂ©linas qui a obtenu le Premier Prix (fusionnant les votes du jury et du public).

DU CONCERT AU DISQUE. Des romances de Berlioz aux mĂ©lodies de Massenet. Marc Boucher sait aussi conserver la trace de programmes dĂ©fricheurs qui ont fait l’évĂ©nement du festival CLASSICA. Lors du grand week-end Ă  Saint-Lambert, Ă©taient recrĂ©es les 25 romances de Berlioz, pour voix et guitare ; un dispositif original et intimiste qui aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en concert (samedi 1er juin 2019) Ă©tait dans la foulĂ©e enregistrĂ© (prochaine parution prĂ©vue Ă  l’automne 2019 chez Atma / avec la soprano Magali Simard-GaldĂšs, laurĂ©ate 2018 du RĂ©cital Concours de mĂ©lodies françaises, et le tĂ©nor Antonio Figueroa, avec le guitariste David Jacques). Un programme qui en s’inscrivant dans l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations Berlioz 2019, dĂ©voile un pan mĂ©connu de l’écriture du Romantique français.

faure integrale melodies marc boucher olivier godin pour ATMA classique 4 cd par classiquenews la critique du cd En novembre 2019, un nouveau projet au long cours occupera Marc Boucher : une nouvelle intĂ©grale
 de mĂ©lodies bien sĂ»r, celles de Jules Massenet, soit plus de 300 airs restituĂ©s avec une plĂ©iade de chanteurs diseurs triĂ©s sur le volet, et avec la singularitĂ© sonore (mais si lĂ©gitime, et mĂȘme bĂ©nĂ©fique pour la ligne vocale des solistes) du piano historique, un Erard 1854 (avec lequel s’est d’ailleurs dĂ©roulĂ© le dernier RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises : la nuance est d’importance car elle rĂ©vĂšle aussi le souci du format sonore le plus proche de l’époque des salons parisiens oĂč ont Ă©tĂ© chantĂ©s la majoritĂ© des mĂ©lodies françaises). Visionnaire, infatigable dĂ©fricheur, surtout interprĂšte et perfectionniste, Marc Boucher ne cĂšde rien Ă  la qualitĂ© artistique de chacun de ses projets. C’est d’ailleurs ce qui avait fondĂ© la rĂ©ussite de sa prĂ©cĂ©dente intĂ©grale, dĂ©diĂ©e aux mĂ©lodies de Gabriel FaurĂ©, somptueux et dĂ©lectable somme artistique, aujourd’hui de rĂ©fĂ©rence (4 cd Atma, CLIC de CLASSIQUENEWS, paru Ă  l’étĂ© 2018).

 

 

 

II
SUR LES TRACES DE BERLIOZ : REINVENTER L’EXPÉRIENCE ORCHESTRALE DU XXIE SIECLE
 UNE CERTAINE IDÉE DU PLEIN AIR.
 
En visionnaire, Marc Boucher devance aussi l’évolution des orchestres, telle qu’elle se manifeste dĂ©jĂ  en France. Le temps des phalanges routiniĂšres, souvent fonctionnarisĂ©e, qui demeurent dans le seul cadre fermĂ© du concert en salle (souvent dans les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra dont ils assurent aussi la saison symphonique), est rĂ©volu, dĂ©passĂ©. Le classique souffre de son image Ă©litiste, cloisonnĂ©e, confinĂ©e, poussiĂ©reuse. A l’heure numĂ©rique et des rĂ©seaux sociaux, l’expĂ©rimentation, le renouvellement des formes du concert, le dĂ©roulement et la rĂ©alisation des programmes sont un chantier dĂ©sormais ouvert, qui permet aux orchestres 2.0 de toucher les jeunes publics, naturellement connectĂ©s. Les formations sont bien inspirĂ©es de vouloir rĂ©inventer Ă  l’adresse des audiences, l’expĂ©rience musicale et la relation aux instruments.

classica-festival-plein-air-concert-bee-gees-classica-2019-concerts-festivals-annonce-critique-festivals-crtiique-concerts-opera-classiquenews-plein-airCette annĂ©e, anniversaire BERLIOZ 2019, Marc Boucher offre un avant goĂ»t de ce qui pourrait devenir une expĂ©rience orchestrale digne de ce qu’inventait au XIXĂš, le grand Hector. Sur les pas de l’auteur de La Damnation de Faust et du Requiem, – rĂ©formateur de l’expĂ©rience orchestrale dĂšs 1845 avec ses concerts gĂ©ants au Cirque Olympique-, Marc Boucher tente le pari du tout symphonique en plein air, rĂ©alisĂ© par presque 100 musiciens d’orchestre regroupĂ©s sur une scĂšne, sous arabesque (vaste podium fermĂ© protĂ©geant les instrumentistes en cas de pluie). On sait les puristes, recroquevillĂ©s et plutĂŽt rĂ©tifs Ă  l’idĂ©e d’écouter un orchestre hors des salles acoustiques. Mais tout l’enjeu du classique pour demain n’est-il pas lĂ  justement ? Exposer le plus grand nombre Ă  une expĂ©rience orchestrale inouĂŻe, oĂč la spatialisation, les effets visuels, le choix rythmĂ© des Ɠuvres (composant une thĂ©matique) suivent un programme unifiĂ©, orchestrent un spectacle mĂ©morable. Ouvert pour tous.

Toutes les institutions musicales en France souffrent d’un trop faible renouvellement des publics. Les plus grands orchestres menacĂ©s d’isolement et de moins d’adhĂ©sion citoyenne, cherchent Ă  tout prix Ă  sĂ©duire le plus grands nombre : concerts bĂ©bĂ©s, concerts connectĂ©s, opĂ©ras et symphonies dans les stades, dans les gares ou dans les musĂ©es
 Ce dĂ©cloisonnement de mieux en mieux pensĂ© constitue pour les annĂ©es Ă  venir un vaste et dĂ©cisif laboratoire dont l’enjeu concerne les orchestres et leur facultĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer.
En proposant demain aux orchestres canadiens de s’exposer le temps d’une soirĂ©e hors normes chaque annĂ©e Ă  CLASSICA, Marc Boucher rencontre cette Ă©volution inĂ©luctable qui pourrait bien assurer le futur du classique orchestral. D’autant qu’au QuĂ©bec, les orchestres dignes de ce nom de manquent pas.

Le Festival CLASSICA organise depuis ses dĂ©buts de grands concerts de rock symphonique (hommage sur instruments classiques et avec la coopĂ©ration de choristes prĂ©parĂ©s, aux Rolling Stones ; aux Bee Gees, cette annĂ©e ; en 2020, il s’agira de David Bowie). La ville de Saint-Lambert et son parc de la Voie maritime accueilleront bientĂŽt un grand orchestre, des choristes et des solistes pour une soirĂ©e exceptionnelle, avec arabesque et grands Ă©crans, oĂč les grands noms de la variĂ©tĂ© française cĂŽtoient des airs d’opĂ©ra français, oĂč le classique montrera sa forte attractivitĂ© quand il est intelligemment mĂ©tissĂ©. Tout est affaire de goĂ»t et de dosage ; de ce point de vue, le directeur de CLASSICA maĂźtrise les Ă©quilibres.

 

 

 

III
2020, L’ANNÉE DE TOUS LES DÉFIS : De Beethoven à Miguela

 
Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 En 2020, un cycle supérieur en nombre devrait marquer la programmation (entre 3 et 5 grands concerts symphoniques sous les étoiles, alternant rock symphonique et programme purement classique), de quoi séduire de nombreuses phalanges, soucieuses de renouveler leur image et de conquérir de nouveaux spectateurs.
Mais l’édition CLASSICA 2020 Ă©largit encore son champs d’activitĂ©. IntitulĂ© de « Beethoven Ă  David Bowie » (comme il y eut « De Schubert aux Rolling Stones » et « De Berlioz aux Bee Gees »)  : un trĂšs riche cycle BEETHOVEN est annoncĂ© afin de cĂ©lĂ©brer l’anniversaire du grand Ludwig. Au programme d emai et juin 2020 : intĂ©grale des Sonates pour piano, Sonates pour violoncelle, pour violon, lieder et aussi Bagatelles (joyaux mĂ©connus), sans omettre en grand format justement et sur la grande scĂšne en plein air : la Missa Solemnis, l’oratorio Le Christ au mont des Oliviers (en partenariat avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing), les Symphonies n°3 et 5


 

 

MIGUELA DE DUBOIS, UNE CRÉATION MONDIALE TRES ATTENDUE.
CLASSICA comme tous les grands festivals internationaux cultive les genres symphoniques et populaires, les rĂ©citals chambristes, mais aussi le goĂ»t du chant, mĂ©lodies et opĂ©ra. CLASSICA n’est rien sans la prĂ©sence de la voix. Les Festivaliers retrouveront la 4Ăš Ă©dition du RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises (juin 2020, Ă©dition programmĂ©e comme chaque annĂ©e comme conclusion de l’évĂ©nement). Enfin, l’annĂ©e prochaine est celle de tous les dĂ©fis car y sera rĂ©alisĂ©e aussi la crĂ©ation du dernier opĂ©ra de ThĂ©odore Dubois, compositeur romantique français rĂ©cemment ressuscitĂ© ici et lĂ , mais de façon trop disparate pour juger pleinement de son Ă©criture comme de son tempĂ©rament lyrique. Marc Boucher prolonge ainsi le travail pionnier, rĂ©alisĂ© dans un vĂ©ritable esprit de famille et de troupe, avec son mentor, le regrettĂ© chef, fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire. Le chef français avait le souci de jouer les Ɠuvres de Dubois : Ă  Tourcoing furent ainsi crĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, l’oratorio Le Paradis perdu (dans une version orchestrale restaurĂ©e), puis l’opĂ©ra ABEN HAMET, Ă©blouissante production qui rĂ©unissait Marc Boucher, Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Hasnaa Bennani, Nora Sourouzian
).

LE VERDI FRANCAIS
dubois_theodoreRĂ©tablir la crĂ©ation de ce qui serait bien le dernier ouvrage de ThĂ©odore Dubois, Miguela, dans le sillon de ces Ɠuvres dĂ©jĂ  recrĂ©Ă©es est d’autant plus pertinent que son livret souligne les mĂȘmes thĂšmes que Aben Hamet (1884) : l’élan amoureux ici entre une espagnole et un officier français (dans Aben Hamet, il s’agit d’un arabe et d’une princesse catholique) confrontĂ© Ă  la violence de la guerre, du terrorisme, des armes. « ThĂ©odore Dubois est pour moi, le Verdi français », prĂ©cise Marc Boucher. « Comme Verdi, Dubois connaĂźt la voix ; il choisit les tessitures selon le profil dramatique des personnages ; sa prosodie est parfaite : chanter Dubois, c’est parler et respirer ; il n’y a aucun arrangement Ă  concĂ©der, aucune transposition Ă  envisager : tout coule de source, en parfaite connexion avec la situation dramatique, et les ressources de chaque tessiture ».
Le baryton en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il a interprĂ©tĂ© ses Ɠuvres et chantera aussi lors de la crĂ©ation de Miguela (le rĂŽle du mĂ©chant, Fernandes, l’agent de la barbarie et de la haine, celui qui ne cesse de rappeler Miguela Ă  son devoir
). La haine des autres contre l’amour de tous. VoilĂ  un schĂ©ma dĂ©jĂ  passionnant qui suscite la plus grande attente d’ici au printemps 2020 au QuĂ©bec. DĂ©jĂ , le directeur de CLASSICA, heureux de poursuivre l’enthousiasme et la curiositĂ© de Jean-Claude Malgoire par delĂ  l’Atlantique, prĂ©pare le matĂ©riel musical laissĂ© par ThĂ©odore Dubois. L’auteur du livret de Miguela est Jules Barbier, d’aprĂšs les derniĂšres dĂ©couvertes : Dubois a pu ainsi s’appuyer sur un homme d’expĂ©rience.
C’est Marc Boucher qui dans les cahiers constituant l’inventaire des Ɠuvres dĂ©posĂ©es Ă  BNF avait repĂ©rĂ© et identifiĂ© le dernier opus lyrique de ThĂ©odore Dubois, probablement composĂ© en 1891 : un ouvrage ambitieux (en trois actes et six tableaux), dans le style du grand opĂ©ra français qui tĂ©moigne des derniĂšres Ă©volutions lyriques du directeur du Conservatoire, au dĂ©but des annĂ©es 1890.
Miguela serait-il ce grand opĂ©ra romantique oubliĂ©, jalon essentiel de l’opĂ©ra français de la fin du XIXĂš et au dĂ©but du XXĂš, Ă  l’époque du dernier Verdi et des opĂ©ras de Massenet ? L’idĂ©e est sĂ©duisante. Pour Marc Boucher, Miguela se rapprocherait « de Manon de Massenet, dans une forme en route vers Falstaff oĂč le rĂ©cit accompagnĂ© est prĂ©dominant et oĂč l’intrigue bien qu’ayant ses protagonistes principaux, est soutenue par les rĂŽles secondaires. »
A l’heure des rĂ©surrections plus ou moins heureuses rĂ©vĂ©lant souvent de façon tronquĂ©e, des partitions exhumĂ©es que l’on croyait connaĂźtre, Marc Boucher a dĂ©cidĂ© de tout jouer : Miguela pourra ainsi ĂȘtre jugĂ©e dans sa continuitĂ© originelle. A la BNF, de fait, tout le matĂ©riel existait (le conducteur, la partie chant / piano, les parties d’orchestre
) ; ils attendaient d’ĂȘtre ressuscitĂ©es pour une crĂ©ation intĂ©grale. Probablement pour une rĂ©alisation partielle dĂ©cidĂ©e pour la Palais Garnier en 1916. « la genĂšse de l’opĂ©ra demeure mystĂ©rieuse ; beaucoup d’élĂ©ments de la genĂšse restent dans l’ombre » prĂ©cise Marc Boucher. Et d’ajouter en interprĂšte connaisseur :  « Il y a 12 rĂŽles : 2 pour voix de femmes dont un soprano lyrique pour le rĂŽle-titre ; et 10 voix masculines, le hĂ©ros amoureux Ă©tant ici chantĂ© par un tĂ©nor ; fait assez surprenant quand on sait le goĂ»t de Dubois pour la voix de baryton – comme Verdi : Aben Hamet est chantĂ© par un baryton ». En somme, Miguela est le sommet lyrique de ThĂ©odore Dubois, et certainement une prochaine rĂ©vĂ©lation majeure pour notre connaissance de l’opĂ©ra romantique français.

 

 

 

 

 

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classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaRĂ©servez dĂšs Ă  prĂ©sent votre sĂ©jour au QuĂ©bec, au moment du festival CLASSICA : concerts chambristes, grands Ă©vĂ©nements symphoniques en plein air, opĂ©ra en crĂ©ation, mais aussi le cycle Beethoven 2020
 promettent une nouvelle Ă©dition mĂ©morable, celle des 10 ans (« de Beethoven Ă  David Bowie »). Le rendez-vous est d’ores et dĂ©jĂ  pris.

 

 

TOUTES LES INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA
https://www.festivalclassica.com

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, Extrémo, Bélanger
 ONL, Alex. BLOCH

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, ExtrĂ©mo, BĂ©langer
 ONL, Alex. BLOCH. Ils l’avaient laissĂ© il y a deux ans, depuis des PĂȘcheurs de perles rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (entre autres par une direction sculptĂ©e et narrative, Ă©nergique et colorĂ©e, et une distribution oĂč brillait l’éclat de la jeunesse). Les musiciens de l’Orchestre National de Lille et leur directeur musical Alexandre Bloch, reprennent le mĂ©tier amorcĂ© et dĂ©diĂ© Ă  Georges Bizet. Pour lancer leur nouveau festival estival, « les Nuits d’été », voici donc Carmen, l’ultime opĂ©ra du maĂźtre romantique (1875) et dans un dispositif adaptĂ© au volume de l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. Ici pas de dĂ©cors ni de mise en scĂšne traditionnelle, mais une gigantesque fresque illustrĂ©e, mouvante, animĂ©e en fond de plateau, un narrateur mĂȘlant humour et citations du roman de MĂ©rimĂ©e (Carmen, 1845 dont s’est inspirĂ© Bizet), soit une mise en espace qui au dernier tableau, produit pour le public une immersion convaincante. De toute Ă©vidence, pour le National de Lille, ce nouveau pari – lyrique-, est amplement rĂ©ussi. Guide et rĂ©citant, enjouĂ©, prĂ©cis quand il cite la nouvelle de MĂ©rimĂ©e, le narrateur Alex Vizorek trouve le ton juste, sans pĂ©danterie, dans la dĂ©contraction qui sied infiniment Ă  un spectacle d’opĂ©ra (merci Ă  cette intelligence), osant mĂȘme des saillies bien trempĂ©es Ă  l’endroit des RĂ©publicains ou de Manuel Vals


 

 

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AprĂšs une ouverture riante et mĂ©diterranĂ©enne Ă  souhait oĂč le chef n’oublie jamais le drame ni mĂȘme la veine Ăąpre et tragique ; aprĂšs la premiĂšre apparition de la frĂȘle Micaela (ardente Gabrielle Philipponet remplaçant au pied levĂ© Layla Claire) ; aprĂšs le choeur rĂ©jouissant des enfants (chƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
 idĂ©alement prĂ©parĂ© dans l’Ă©vocation de la relĂšve de la garde), 
 voici enfin la « carmencita », furie sauvage, crĂ©ature bondissante, Ă  peine extirpĂ©e (par JosĂ©) d’un bain de sang, dans cette manufacture des cigariĂšres Ă  SĂ©ville… oĂč les coups de poignards tranchent la peau, oĂč la voluptĂ© des corps fĂ©minins dĂ©nudĂ©s est une provocation, une abomination Ă  faire se signer les puritains. L’opĂ©ra de Bizet est une peinture Ă©rotique franche : et son hĂ©roĂŻne revendique cette libertĂ© sĂ©ditieuse. A la fois dĂ©voreuse et menthe religieuse, Aude ExtrĂ©mo incarne une sirĂšne mĂ©morable ; elle dĂ©verse Ă  plein gosier le mĂ©tal onctueux et quasi caverneux de son ample mezzo : on aura rarement Ă©couter Carmen plus abyssale plus dominatrice, plus fatale
 C’est une arme de sĂ©duction massive. Quand elle chante, tout s’efface dans ce relief vocal, cette soie au souffle infini, Ă  la fois sensuel et monstrueux.

  

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH jouent Bizet
CARMEN revivifiée au Nouveau SiÚcle

 

 

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C’est une maĂźtresse Ăšs voluptĂ© ; on comprend que le trop frĂȘle Don JosĂ©, brigadier de pacotille, qui se place toujours dans l’ombre de sa mĂšre, se soit soumis corps et Ăąme sous l’attraction de cette enchanteresse dont la raucitĂ© fascine. Mais Ă  y rĂ©flĂ©chir plus scrupuleusement, le tĂ©nor quĂ©bĂ©cois Antoine BĂ©langer gagne en maturitĂ©, sĂ»retĂ© et Ă©paisseur en cours de drame ; dĂ©bord un rien serrĂ©s, ses formidables aigus se galbent et s’adoucissent; il rĂ©ussit Ă  rendre sincĂšre et dĂ©chirant son air de la fleur (magnifique voix de tĂȘte qui a la tendresse d’un garçonnet Ă©pris) puis trouve de justes accents dignes du thĂ©Ăątre tragique dans le duo final oĂč il tue son bourreau, Carmen 
 laquelle confesse qu’elle est bien le diable incarnĂ©.

 

 

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Finalement, aprĂšs ces 2h45 de spectacle, c’est lui le vrai hĂ©ros de la soirĂ©e capable sur la durĂ©e de construire son personnage, de le rendre crĂ©dible… de l’amoureux transi, au soldat pris de scrupules militaires quand le clairon sonne (chez Lilas Pastia), sans omettre le jaloux haineux (au III : vis Ă  vis du torero Escamillo, trop beau, trop noble trop arrogant : impeccable et presque hautain Florian Sempey) ; jusqu’au fou d’amour au IV, prĂ©fĂ©rant alors poignarder celle qu’il adore, plutĂŽt que d’accepter qu’elle le quitte. Ce frĂȘle transi est devenu par la force de sa passion, un sanguin criminel. La dĂ©testation qu’il Ă©prouve alors, est aussi intense que l’amour suscitĂ© par la Gitane au II.

 

 

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Outre l’acuitĂ© des scĂšnes et confrontations Ă©pineuses, passionnelles, rageuses, la rĂ©ussite de la soirĂ©e vient des illustrations animĂ©es qui offrent un commentaire visuel et chromatique aux tableaux musicaux ; les atmosphĂšres et les climats,  la puissance poĂ©tique de l’orchestre de Bizet, fait saillant du spectacle, s’en trouvent dĂ©cuplĂ©s.
Saluons l’imagination du plasticien GrĂ©goire Pont : ses dessins font respirer le drame orchestral ; ils revivifient le mythe de Carmen.

 

 

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Mais ne nous trompons pas : les protagonistes de choc ce soir sont bien chaque instrumentiste du National de Lille, fabuleux collectif capable de couleurs, d’accents, d’Ă©clats,.. souvent furieux, exacerbĂ©s mais souples. Le chef Alexandre Bloch veille essentiellement au drame. Et Ă  l’opulence dĂ©taillĂ©e de la parure orchestrale : sous sa direction affĂ»tĂ©e, les bois et les cuivres en particulier, redoublent d’intensitĂ© et d’ardeur, d’indĂ©cente voluptĂ© aussi, car ainsi on comprend combien la Carmen de Bizet ronronne, tempĂȘte, s’enflamme en lascive impudeur. Clarinette, hautbois, basson subjuguent littĂ©ralement comme le trompettiste solo au I, accompagnant le changement des gardes, descendante et montante. On y dĂ©tecte les mĂȘmes justes rĂ©glages et soucis des timbres qui font actuellement la valeur du cycle Gustav Mahler en cours.
Comme il l’avait superbement dĂ©montrĂ© en mai 2017, Alexandre Bloch dĂ©voile de rĂ©elles  affinitĂ©s lyriques, dans l’Ă©nergie et l’articulation dramatique. DĂ©jĂ , il s’agissait de Bizet mais celui lĂ  de jeunesse : les PĂȘcheurs de perles (sujet du premier enregistrement discographique entre Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille - enregistrĂ© en mai 2017, Ă©ditĂ© chez Pentatone en 2018).
On peut ici et lĂ  regretter chez certains solistes la perte dommageable du texte qui rend incomprĂ©hensible leur intervention, d’autant plus qu’il n’y a pas de surtitrage. Mais la direction souvent somptueuse du directeur musical Ă©claircit et mĂȘme explicite par le seul caractĂšre des prĂ©ludes (superbe intro du III entre autres), le sens et la direction des Ă©pisodes dont il saisit la poĂ©sie heureuse, le rĂȘve et la voluptĂ©, comme la pression du fatum : aucun doute, ce dernier Bizet Ă©poustoufle par son gĂ©nie mĂ©lodique, sa conception dramatique et par le raffinement de son orchestration.
Chef et orchestre nous transmettent le souffle et la vivacitĂ© riante, la plĂ©nitude et le nuancier mĂ©diterranĂ©en d’un Bizet souvent touchĂ© par la grĂące. C’est Manet devenu musicien, tant Alexandre Bloch en vrai amateur des timbres, rĂ©ussit les alliages et les dosages comme l’équilibre des pupitres. Le voici cet orchestre solaire et viscĂ©ralement latin, non pas tant « africain » comme l’a suggĂ©rĂ© Nietzsche alors en froid avec les brumes nordiques de Wagner, mais plutĂŽt fiĂ©vreux et passionnĂ©, d’une ivresse insolente, d’un dramatisme Ă  la fois sanguin et tendre. C’est un bel hommage que les interprĂštes ont ainsi rĂ©servĂ© au thĂ©Ăątre de Bizet, des PĂȘcheurs de perles Ă  Carmen.

Cette soirĂ©e fut un festin de couleurs Ă©panouies, joyeuses, aux cĂŽtĂ©s du drame noir et cru. ContrastĂ©, souverain, le National de Lille a bien raison de proposer ainsi son premier volet de son nouveau festival d’étĂ© « Les Nuits d’été » : un opĂ©ra chaque Ă©tĂ©, en juillet dans l’auditorium du Nouveau SiĂšcle. Pour une premiĂšre, c’est un triomphe au regard de la salle comble et plus qu’enthousiaste : convaincus, les spectateurs applaudissent debout tous les artistes. L’Orchestre dĂ©montre ainsi qu’il sait plaire Ă  son public. Ce dernier est prĂȘt Ă  le suivre pour de nouveaux dĂ©fis lyriques.

 

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La salle du Nouveau SiÚcle à Lille transformée en arÚnes de corrida pour le tableau final, celui tragique du meurtre de Carmen par Don José

 
  

 

 

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Carmen par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, avec Aude ExtrĂ©mo, Antoine BĂ©langer, Florian Sempey
 Ă  l’affiche du Nouveau SiĂšcle, les 10 et 11 juillet 2019. Incontournable.

Illustrations : © Ugo Ponte + ONL Orchestre National de Lille 2019

 

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Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Gabrielle Philipponet : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle CARMEN par l’Orchestre National de LILLE

LIRE notre entretien avec François Bou, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de LILLE Ă  propos du nouveau cycle estival d’opĂ©ras, Les Nuits d’Ă©tĂ©

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction. Programme plein d’audaces et voire ambitieux ne serait ce que par la prĂ©sence de deux Ɠuvres rares en concert : le Concertino pour violoncelle de Roussel et le Concerto n°2 pour piano de Jacques HĂ©tu. Pour ce 2Ăš Ă©vĂ©nement dans la ville de Mont-Royal, le Festival a souhaitĂ© profitĂ© de la prĂ©sence de l’Orchestre Metropolitain et prĂ©senter ainsi plusieurs Ɠuvres concertantes au souffle symphonique indĂ©niable.

 

 

VIBRATIONS ORCHESTRALES
Tout en vibration rythmique et suractivitĂ© instrumentale chez Roussel, mais un Roussel frappĂ© par les blessures, l’angoisse panique, la dĂ©sespĂ©rance intime, le grave, le tragique. En dĂ©monstration fiĂ©vreuse et nourrie Ă©galement, pour l’ouverture de La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach, qui fait un beau lever de rideau ; puis en conclusion, le marche hongroise pĂ©taradante Ă  souhaits, extraite de la Damnation de Faust de Berlioz. On se fĂ©licite que de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, grĂące Ă  CLASSICA 2019, les trois compositeurs français (Berlioz, Offenbach, Roussel) soient ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s, anniversaires oblige.
Le chef Alain Trudel ne manque pas de volontĂ© ni d’autoritĂ© dans une mise en place indĂ©niable. D’autant que le contenu du programme sait ensuite dĂ©ployer des arguments dignes des meilleures salles de concert Ă  MontrĂ©al.
Ainsi l’école des couleurs et de la sidĂ©ration sentimentale chez Berlioz dont le chef dirige la grandiose scĂšne d’amour extraite de RomĂ©o et Juliette :… les musiciens du Metropolitain n’ont pas manquĂ© de prĂ©cision et d’équilibre dans le plans sonores ; quand on sait la passion de Berlioz pour Shakespeare, « oser » traiter par l’orchestre le miracle du dĂ©sir, la magie de la rencontre entre deux ĂȘtres que tout sĂ©pare
 relĂšve d’une vocation viscĂ©rale ; et les instrumentistes s’immergent avec beaucoup de finesse et de clartĂ© dans ce jeu miroitant des teintes et des timbres superposĂ©s pour que s’en dĂ©gage cet absolu de l’amour dont Berlioz, lui-mĂȘme Ăąme passionnĂ©e et fougueuse, a le secret avant tout autre. Son langage est d’une modernitĂ© absolue, neuve et franche Ă  la fois, surtout poĂ©tique. Dans la Paroisse Lady of The Annunciation, il est permis ainsi d’entrevoir l’extase de Berlioz qui vaut bien celle de Wagner.

 

 

PIANO VOLONTAIRE
Le Concert pour piano n°2 de Jacques HĂ©tu place d’emblĂ©e (dĂšs les premiers accords) le pianiste sur le devant de la scĂšne, dans un bain fougueux et impĂ©tueux, riche en contrastes et en confrontations. Cette activitĂ© impĂ©rieuse n’est pas sans repenser fondamentalement la relation soliste / orchestre. L’écriture nĂ©oromantique, puissante, souvent flamboyante et suave, alla Rachmaninov, ne manque ni de structure ni de cohĂ©rence dans le dĂ©veloppement en 3 parties. Une piĂšce taillĂ©e pour le tempĂ©rament entier, franc lui aussi du trĂšs efficace Jean-Philippe Sylvestre. Il semble que sous ses doigts se rĂ©vĂšle dans une Ă©vidence expressive l’écriture des compositeurs quĂ©bĂ©cois qui comptent : hier AndrĂ© Mathieu (l’an dernier avec le mĂȘme orchestre et le mĂȘme chef : LIRE ici notre compte rendu CLASSICA 2018) et donc cette annĂ©e, Jacques HĂ©tu.

 

 

ROUSSEL et OFFENBACH : les éclairs introspectifs de Stéphane Tétreault
Plus ambivalent et difficile dans une premiĂšre Ă©coute, le Concertino d’Albert Roussel est une oeuvre Ă  la fois Ăąpre (proche de Chostakovitch) et d’une dĂ©licatesse d’articulation nĂ©o « baroque » qui se souvient aussi de 
 Tchaikovsky (Variations rococo pour violoncelle, 1877). L’Opus 57 de Roussel ainsi lĂ©gitimement fĂȘtĂ© pour son anniversaire 2019, est crĂ©Ă© en 1937 et semble faire Ă©cho aux tensions politiques et sociĂ©tales de l’époque : il est parcouru par une urgence qui presse et emporte dans un tempo parfois prĂ©cipitĂ© et panique. Tout aussi mis en avant, l’orchestre n’accompagne pas : il commente, s’essouffle, transpire, scintille en une exacerbation poĂ©tique
 ravĂ©lienne. C’est dire les dĂ©fis pour les instrumentistes et le chef.
Au devant de la scĂšne, inspirĂ©, funambule, StĂ©phane TĂ©treault plonge dans les trĂ©fonds obscurs de la partition, en fait resurgir des accents dĂ©chirants, en plĂ©nitude intime, en blessures ourlĂ©es avec un tact, des respirations qui tĂ©moignent d’une somptueuse maturitĂ© musicale. On comprend pourquoi pour ses visuels 2019, Classica ait choisi d’afficher StĂ©phane TĂ©treault tel “un artiste de gĂ©nie” : de toute Ă©vidence, les festivaliers de CLASSICA ont pu depuis ses dĂ©buts il y a 9 annĂ©es dĂ©jĂ , suivre l’Ă©volution et la maturation artistique du violoncelliste. Une Ă©mergence et une confirmation qu’il a Ă©tĂ© ainsi passionnant de mesurer et de comprendre. L’artiste se rĂ©vĂšle de concert en concert par cette pudeur intense qui Ă©blouit dans la sonoritĂ© Ă  la fois chantante et allusive de son violoncelle si singulier (Stradivarius « Comtesse de Stainlein, ex-Paganini”, 1707). AprĂšs l’Allegro moderato fougueux mais intĂ©rieur, saisi par une urgence fauve, l’Adagio dĂ©ploie des pĂ©pites autrement plus troublantes, lunaires mais inquiĂštes voire tendues
 la virtuositĂ© du soliste en servant surtout la sincĂ©ritĂ© du geste, Ă©claire la profondeur de la partition.
Une mĂȘme gravitĂ© pudique affirme enfin cette introspection crĂ©pusculaire qui dĂ©finit aussi l’art d’Offenbach : en jouant aprĂšs Roussel, Les larmes de Jacqueline (transposition pour violoncelle d’un air prĂ©cĂ©dent, probablement l’harmonie des bois), l’opus 76/2 retrouve l’intensitĂ© Ă©lĂ©gantissime qui avait fait la rĂ©ussite de son rĂ©cital prĂ©cĂ©dent Ă  CLASSICA 2019, autre grand moment d’accomplissement musical : « Les chants du crĂ©puscule », Duos pour violoncelles d’Offenbach / LIRE notre compte rendu du concert Ă  Mirabel, le 6 juin 2019.

On reste saisi par l’incandescence du geste, sa sobriĂ©tĂ© continue, l’absence de tout artifice. C’est un Ă©cho Ă  l’Adagio si Ăąpre de Roussel : Offenbach y semble au sommet de la dĂ©ploration pathĂ©tique, mais ici sublimĂ©e par le renoncement maĂźtrisĂ©, la douleur acceptĂ©e. Les tempĂ©raments des deux solistes Jean-Philippe Sylvestre et StĂ©phane TĂ©treault assurent au programme Ă  Mont-Royal, son relief, ses crĂ©pitements, auprĂšs d’un public venu en masse. Un nouveau succĂšs populaire pour des partitions pourtant rares et complexes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction.

 

 

 

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COMPTE RENDU, CRITIQUE, concert prĂ©cĂ©dent : COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH :

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LRDans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA
 Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprĂšte capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂȘchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scĂšne de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : PrĂŠludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi trĂšs inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consƓur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂȘme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200Ăš anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa trĂšs grande culture lyrique : dans la fosse des thĂ©Ăątres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le thĂ©Ăątre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale
 En dĂ©coulent ces piĂšces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cƓur de cette soirĂ©e, qui lĂšve le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂźt comme sa poche.

FidĂšle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂȘt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂŽt douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poĂšte des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avĂšre splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂȘtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprĂšte permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂȘte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ɠuvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poÚte crépusculaire


 

 
CLASSICA 2019 festival annonce critique concerts opera par classiquenews ETI_3579_LR

 

 

C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intĂ©resser au visage d’un Offenbach, proche des poĂštes saturniens et mĂ©lancoliques, volontiers introspectif, gĂ©nie aussi des mĂ©lodies comme des variations et des surprises harmoniques. StĂ©phane TĂ©treault dĂ©voile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnĂ©e d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement dĂ©sarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la premiĂšre partie Ă  sa consƓur qu’il connaĂźt depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂȘlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cƓur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funĂšbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relĂšve le mĂȘme Ă©clat mĂ©lancolique sous le masque de la virtuositĂ© agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio lĂ  encore se distingue par sa solitude extrĂȘme qui tend au dĂ©nuement, Ă  l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rĂȘverie ou d’un allegro, pĂ©tillant (finale).

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LR

 

 

Dans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ɠuvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1Ăšre variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gĂšrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste BarriĂšre (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede.

THE EMIDY PROJECT, l'odyssĂ©e d'un esclave devenu compositeurCOMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede. 6 artistes sur scĂšne incarnent les brĂ»lures d’une vie sacrifiĂ©e et sublimĂ©e, celle d’Emidy (Joseph Antonio Emidy qui vĂ©cu au XVIIIĂš), esclave devenu violoniste et compositeur, enfant arrachĂ©, nĂšgre exploitĂ©, puis musicien reconnu, respectĂ©, homme rĂ©habilité  le destin d’Emidy force l’admiration et le texte du narrateur, Ă©crit par le musicien nigĂ©rian Tunde Jegede, saisit par sa coupe dense, resserrĂ©e, poĂ©tique. Sur les planches, pas de violon, mais le mouvement Ă©purĂ©, expressive d’un danseur taillĂ© comme une sculpture d’ébĂšne ; et la voix saisissante et suave de la flĂ»tiste – transfuge de CafĂ© Zimmermmann dont elle est membre fondateur, Diana Baroni, gemme vocal aux accents flĂ»tĂ©s et cuivrĂ©s : Ă  la fois mĂšre d’Emidy, prophĂ©tesse, aimĂ©e dĂ©sirĂ©e
 voix de la dĂ©tresse et de la compassion les plus vives, voix du destin et d’une narration sublimĂ©e
 pour un spectacle d’une heure Ă  peine, au souffle Ăąpre, chaloupĂ©, viscĂ©ral.

 

  

 

 

Sur les traces d’Emidy
L’OdyssĂ©e poĂ©tique d’un esclave
devenu musicien & compositeur baroque

 

 

 

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La chanteuse et instrumentiste sait assembler les piĂšces de divers styles, tous cependant prenant sens dans la vie d’Emidy : Ă©vocation de la Cornouailles (UK), piĂšces de tradition orale, pages tirĂ©es des manuscrits anciens de la Cour du Portugal et du BrĂ©sil
 sans omettre, les crĂ©ations de compositions conçues par le joueur de Cora Tunde Jegede (qui chante aussi et qui a surtout Ă©crit les textes d’aprĂšs les sources historiques).
La performance collective ressuscite enfin une existence odyssĂ©e qui force l’admiration. De l’ombre Ă  la lumiĂšre, piĂšces mandingues africaines, chants et mĂ©lodies afro-amĂ©rindiennes (de traditions orales) et partitions baroques du Nouveau Monde s’entrecroisent et s’électrisent. Du savant au traditionnel, de l’oubli Ă  la rĂ©vĂ©lation
 Le voyage traverse et relie 3 continents ; en son cƓur, la figure inspirante d’un ĂȘtre d’exception, toujours portĂ© par son destin et qui chemine fier et digne malgrĂ© les humiliations et les intempĂ©ries. En fond de scĂšne, un film en continu, qui enrichit encore la narration comme le jeu des interprĂštes : la beautĂ© des images vidĂ©o ajoute Ă  la force poĂ©tique de la rĂ©alisation (film de Sunara Begum). LabellisĂ© par l’Unesco, le spectacle part en juin en tournĂ©e en Afrique (11,12, 14 et 15 juin 2019, avant de revenir en France. Prochaines dates Ă  venir… incontournables.

 
 

 
emidy-project-diana-baroni-tunde-jegede-concert-critique-annonce-oturnee-afrique-classiquenewsIllustration : © festival METIS / concert Saint-Denis 23 mai 2019 / © Christophe Fillieule 

  

  

 

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COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13. THE EMIDY PROJECT
Portrait Joseph Emidy, « premier compositeur de la Diaspora Africaine ».

Création Tunde Jegede / Diana Baroni
Musique, Film & Danse

TUNDE JEGEDE : kora, compositions, violoncelle, direction artistique – NigĂ©ria / UK

Ishimwa Muhimanyi, danse

DIANA BARONI : chant, traverso, recherche et compilation musical des sources – Argentine / France.
RAFAEL GUEL : vihuela, flutes – Mexico.
SIMON DRAPPIER : arpeggione – France.

SUNARA BEGUM : artiste audio-visuelle – Bangladesh / UK

 

 

 

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VOIR aussi les 4 dates de la tournée AFRICAINE de juin 2019 : 11,12 puis 14 et 15 juin 2019

 

 

 

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CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle / Gubaidulina, Gabrielli, JS BACH, Menut (1 cd Klarthe Records)

LANGOT-patrick-PRAELUDIO-&-cd-klarthe-annonce-cd-evenement-mai-2019CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records). Le geste et la performance sont au cƓur de ce programme rĂ©jouissant. Patrick Langot croise Gabrielli et Gubaidulina, enchante Menut Ă  l’aulne de Bach, en une Ă©loquence critique et poĂ©tique
 superlative. Les Gubaidulina (10 Études de 1974) imposent la matĂ©rialitĂ© mordante, Ăąpre, rugueuse de l’instrument, sa physicalitĂ© brute, hurlante, surexpressive dont l’interprĂšte joue allĂšgrement et en contrastes. ComparĂ© aux arabesques fluides et coulantes des 7 Ricercari de Gabrielli (conçus Ă  la fin du XVIIĂš soit 3 siĂšcles auparavant), inventeur entre Bologne et Venise d’une certaine Ă©loquence soliste pour le violoncelle, les 10 PrĂ©ludes / Études de Gubaidulina, ainsi enchĂąssĂ©s, produisent par contrastes et dialogue avec le compositeur baroque, une surenchĂšre qui interroge la musicalitĂ© ; jusqu’à Ă©prouver la vocalitĂ© de l’instrument. Tout est syncopes, cris, spasmes jusqu’à la section VIII. « Arco – pizzicato » – plage 14, qui semble s’approprier le discours baroque en une hallucination Ă©ruptive. Le IX creuse davantage le sens et le discours des cordes en bonds et rebonds Ă©lastiques / Ă©nigmatiques, d’une infinie rĂ©sonance, jusqu’au delĂ  de la vibration et de la phrase. L’arche sonore s’étire, se dĂ©tend en questions posĂ©es d’une indicible motricitĂ©.
MĂȘme s’agissant de JS BACH, de ses PrĂ©ludes BWV 1007 Ă  1012), Gubaidulina semble questionner directement le sens et l’architecture du gĂ©nie de Leipzig, tant dans l’alternance des deux modes de jeu qu’elle a choisi, l’illusion de la polyphonie renvoie directement Ă  l’édifice et Ă  la pensĂ©e mĂȘme du Director Musices.

 
 

 
 

Gabrielli, Gubaidulina, Menut, JS Bach


PRÆLUDIO : le geste suprĂȘme
du violoncelliste Patrick Langot

 

 

praeludio patrick langot cd critique classiquenews CLIC de classiquenews bach menut gubaidulina gabrielli violoncelle KLA066couv_lowTout circule avec un tact suprĂȘme, une intelligence flexible incarnĂ©e par l’expĂ©rience et la maĂźtrise du violoncelliste Patrick Langot dont ne saurait louer trop la sĂ»retĂ© du geste comme la cohĂ©rence du programme. Pratique historiquement informĂ©e, affinitĂ©s contemporaines, interprĂ©tation et crĂ©ation
 tout se rĂ©pond et s’exalte dans ce parcours aux dialogues captivants ; tout sonne naturel, crĂ©pitant, idĂ©alement pensĂ© et investi de la part du violoncelliste. Il sait d’ailleurs maĂźtriser 3 violoncelles diffĂ©rents, chacun adaptĂ© au mieux aux enjeux expressifs et aux esthĂ©tiques sonores des 3 sĂ©quences.
Cette probitĂ© et cet engagement Ă  servir la musique comme Ă  « musiquer » (au sens de l’essai de Christopher Small, rĂ©cemment Ă©ditĂ© en français par les Ă©ditions de la Philharmonie de Paris) sont pour nous 
 : exemplaires ; un accomplissement rare qui assoit davantage la ligne artistique du label Klarthe, plus que jamais aux cĂŽtĂ©s de l’interprĂšte, de ses dĂ©fis les plus personnels.

Bien sĂ»r au cƓur de ce cycle passionnant brille le gemme musical central « Postlude pour violoncelle solo » de BenoĂźt MENUT (nĂ© en 1977) et qui en 2017, alors rĂ©pondant Ă  une commande du violoncelliste, rĂ©alise l’une de ses piĂšces les plus Ă©blouissantes. Une ampleur de vue et une diversitĂ© d’intentions Ă  la mesure du geste et des capacitĂ©s de Patrick Langot.
CLIC D'OR macaron 200De plus de 8 mn, la piĂšce fait elle aussi Ă©cho au rĂ©pertoire baroque, Ă  l’esprit et au dĂ©veloppement des Ricercari ; comme sur un axe tournoyant, la partition s’inspire du principe rĂ©pĂ©titif de la basse obstinĂ©e, mais sait varier et s’engendrer Ă  l’infini, en un flux kalĂ©idoscopique, proprement vertigineux. Et pourtant rien de strictement virtuose ou soliloquant, mais un dĂ©veloppement prenant et dramatique qui sous l’archer du violoncelliste, saisit, sidĂšre, enchante
 comme un vortex aux mouvements cinĂ©matographiques (fin rĂ©pĂ©titive sombrant dans le silence). Le dĂ©roulement relĂšve de la transe et de l’ivresse, serties de questionnements multiples qui Ă©prouvent encore et toujours, le chant et le sens de l’instrument. EnchaĂźnĂ© avec la sublime Suite en sol majeur BWV 1007, l’écoute est bouleversĂ©e : aprĂšs l’esprit du chaos le plus mystĂ©rieux, surgit alors l’or de Bach, dans sa plĂ©nitude olympienne et sereine. Magistral dĂ©roulement, dĂ» Ă  un artiste accompli. Evidemment CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019.

 

 

  

 

 

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CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records) – Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2017 Ă  Paris. A noter la superbe prise de son d’Alban Moraud.

 

 

 

 

VOIR un extrait vidéo du cd PRAELUDIO :

 

 

  

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes. Petite rĂ©serve tout d’abord dans la conception mĂȘme de la soirĂ©e. MalgrĂ© sa forme chaotique entre rĂ©cital de chansons, revue, volets habituels du cabaret berlinois, la premiĂšre partie de soirĂ©e (Berliner Kabarett) prĂ©sente quelques superbes mĂ©lodies aux textes tout autant savoureux ; curieusement en dĂ©pit de la prĂ©sence de l’orchestre en fond de scĂšne, c’est au piano seul que trois chanteurs Ă©grĂšnent leur juste complainte entre poĂ©sie et dĂ©sespoir, tous ont cette dĂ©sillusion enchantĂ©e qui est la marque du thĂ©Ăątre aussi politique que dĂ©lirant du duo Weill / Brecht.

Ainsi trois sĂ©quences sont mĂ©morables en particulier ; citons « l’heure bleue » ou l’extase au bain, que chante et qu’incarne en un nirvana cosmĂ©tique, avec une suavitĂ© Ă©vanescente la pulpeuse Marie Lenormand ; plus ambiguĂ« encore entre dĂ©sespĂ©rance et visions glaçantes (de larmes et de mort), « au fond de la Seine », est un splendide lamento, maĂźtrisĂ© dans des tenues de notes impeccables et trĂšs investies par le tĂ©nor RaphaĂ«l Jardin ; plus sombre encore, aprĂšs une critique acerbe contre l’hypocrisie dĂ©mocratique, en clown grimaçant hystĂ©rique, l’excellente basse française FrĂ©dĂ©ric Caton, 
lequel tombe le masque et exprime le deuil de la mĂšre qui a perdu son fils dans les tranchĂ©es. Le ton est juste, le texte dĂ©chirant; ce tragique noir, acide, lugubre, surgissant comme une douche froide, est du plus puissant effet; comme si Weill et Brecht nous avaient sĂ©duits et trompĂ©s par ce qui prĂ©cĂšde sur le ton d’un divertissement sans gravitĂ©, pour nous infliger cette appel Ă  conscience. Inoubliable. La voix naturelle de la basse, veloutĂ©e et toujours parfaitement intelligible (dans la grande tradition, et la seule exemplaire Ă  ce jour, celle du diseur Francois Le Roux), fait vibrer le texte en une sincĂ©ritĂ© qui touche au cƓur. Bravo l’artiste. Sous le masque d’un spectacle de pacotille, dans le mouvement d’une vacuitĂ© faite religion, s’impose Ă  nous, le cri dĂ©chirant de ce chant dont texte et musique ressuscitent le dĂ©nuement et la profondeur de Schubert.

Ces perles sont les piliers d’un spectacle qui Ă  partir de son prĂ©texte sur l’ivresse consumĂ©riste des grands magasins se fait brĂ»lot politique. Mais la forme Ă©clatĂ©e qui s’apparente Ă  une succession de numĂ©ros, sans liens apparents, et non intĂ©grĂ©s dans une action continue, unitaire, se rĂ©vĂšle Ă  la peine, dĂ©routante, dĂ©cousue, un rien confuse. Serait-ce pour mieux nous prĂ©parer Ă  la forme idĂ©ale, resserrĂ©e, continue de l’oeuvre qui suit et qui constitue le clou de la soirĂ©e : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux ? De fait la grande cohĂ©rence de la partition qui file Ă  toute allure saisit immĂ©diatement le spectateur.

 

 

 

SƓurs martyrs
d’un spectacle parodique et politique

 

 

 

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Rien avoir en effet dans ce cycle de 40 mn, menĂ© tambour battant tel un « road movie », et qui grĂące au dispositif des instrumentistes placĂ©s derriĂšre les chanteurs (qui ne sont plus sonorisĂ©s), rĂ©vĂšle sa nature hautement symphonique. On se glisse dans le sprachgesang de la mĂȘme Marie Lenormand, tout en confort et en naturel. Son intonation est juste et la couleur du chant mĂȘle les espĂ©rances de la conteuse Anna I, spectatrice et narratrice des avatars des deux Sisters, et la plainte lancinante de celle qui compte les mille humiliations et sĂ©vices (surtout sexuels) dont elles sont victimes (surtout Anna II) qui est un personnage non chantĂ© mais dansĂ© : dans ce dernier rĂŽle on distingue la performance de la danseuse Fanny Aguado dont postures et poses convoquent une lolita allumĂ©e, dĂ©vergondĂ©e et ingĂ©nue, une Lulu bis, diverses facettes d’une jeunette prĂȘte Ă  tout pour vendre ses charmes.
Les vrais responsables de ce jeu de dupes sont les parents et les (deux) frĂšres des deux Anna, sƓurs martyrs, prostituĂ©es dominĂ©es, consentantes, dont les revenus rĂ©guliers financent la petite maison familiale en Louisiane au bord du Mississipi. Le rĂȘve et l’idĂ©al tant dĂ©fendus relĂšvent peu a peu du cauchemar mais aussi dans le spectacle, dĂ©voile l’hypocrisie bien pensante qu’incarne Ă  la façon d’un chƓur rĂ©pĂ©titif, scandant chaque tableau des pĂ©chĂ©s (« Seigneur illumine tes fidĂšles, mĂšne-les vers la prospĂ©rité »), les 4 membres de la famille.
Impeccable en ce sens la mĂšre du mĂȘme FrĂ©dĂ©ric Caton : il/elle brandit le crucifix pour mieux envelopper ses turpitudes de mĂšre proxĂ©nĂšte.

 

 

 

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On ne saurait trop souligner la rĂ©ussite d’une telle partition, musicalement splendide, dramatiquement prenante ; les auteurs y dĂ©veloppent les thĂšmes dĂ©sormais structurels de leur travail sur la scĂšne : dĂ©nonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme, hypocrisie bourgeoise, fausse morale, fausse religion ; et toujours cette tension et ce lugubre voire cette inquiĂ©tude souterraine qui doublent chaque situation. On a le sentiment qu’à chaque avancĂ©e dans cette chevauchĂ©e fantastique, c’est l’humanitĂ© et la beautĂ© du monde qu’on assassine. La musique est subtile et ambiguĂ«, troublante souvent dĂ©chirante. Le livret Ă  rebours d’une dĂ©nonciation en rĂšgle de la barbarie et des turpitudes humaines, nous parle bien de l’humain.
En rĂ©alitĂ©, Brecht, toujours mordant, tout en dĂ©nonçant les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, dĂ©montre qu’en les appliquant strictement, – tentation lĂ©gitime, les deux sƓurs montent les Ă©chelons et amassent toujours un peu plus. Le monde est ainsi corrompu qu’il faille simplement appliquer les 7 tares pour rĂ©ussir et s’enrichir.

 

 

 

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La premiĂšre partie qui dure presque 1h30, souligne le climat et le contexte des spectacles de Weill et Brecht alors en transit Ă  Paris aprĂšs l’échec des idĂ©aux de la RĂ©publique de Weimar.
On ne cesse de penser tout au long de la soirĂ©e Ă  l’apocalypse collectif et sociĂ©tal des annĂ©es 1930 en Allemagne
 les arts du spectacle pourtant clairvoyants alors, se sont confrontĂ©s Ă  une sorte d’aveuglement et de fatalisme gĂ©nĂ©ral. Un Ă©tat de soumission inscrit dans l’air du temps
 Un parallĂšle avec nos dĂ©mocraties mourantes en Europe ?
Voila qui fait mĂȘme du choix de Weill / Brecht, Ă  Tours en avril 2019, Ă  quelques semaines des Ă©lections europĂ©ennes, un acte politique. DĂ©jĂ  Brecht et Weill avaient Ă©pingler le danger des faux dĂ©mocrates et des vrais dĂ©magogues populistes. Approche visionnaire, et spectacle passionnant.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. Marie Lenormand
 Bleuse /Desbordes

KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht
Précédés de Berliner Kabarett

Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours

Avec
Anna Marie Lenormand
La MÚre Frédéric Caton
Le PĂšre Carl Ghazarossian
Les FrÚres Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale:Pierre Bleuse
Mise en scĂšne:Olivier Desbordes

Costumes: Patrice Gouron
LumiÚre: Joël Fabing
Décors: Opéra de Tours

Illustrations : © Sandra Daveau / 7 pĂ©chĂ©s capitaux Kurt WEILL Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

PARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, Conférence et concert (Damien TOP, Daniel KAWKA)

ROUSSEL-conference-concert-classiquenews-annonce-critique-concert-et-conference-albert-roussel-affiche-concert-RousselPARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, ConfĂ©rence et concert (Damein TOP, Daniel KAWKA). Formidable cĂ©lĂ©bration Salle Cortot du gĂ©nie d’Albert Roussel : 2019 marque le 150 Ăšme anniversaire du compositeur français (il est nĂ© Ă  Tourcoing, le 5 avril 1869). Un cas toujours surprenant d’un auteur exceptionnel, toujours mĂ©sestimĂ©, perpĂ©tuel mĂ©connu des producteurs et des directeurs des thĂ©Ăątres et des salles de concerts
 quand sa musique vaut naturellement celle des plus grands, Debussy ou Ravel. Musique de chambre, opĂ©ras, symphonies, ballets, 
 et mĂ©lodies, car la confĂ©rence qui ouvre la soirĂ©e (sur le thĂšme : « L’univers poĂ©tique de Roussel ») met l’accent non sans raison sur la passion de Roussel pour les textes et son goĂ»t de la poĂ©sie dont tĂ©moignent ses amitiĂ©s et ses mĂ©lodies.
Grand spĂ©cialiste de Roussel, chef d’orchestre, chanteur et biographe remarquĂ©, Damien Top (qui avait participĂ© Ă  la production de l’opĂ©ra PĂądmavatĂź au ChĂątelet) rĂ©tablit ainsi la place du texte, la figure des Ă©crivains et poĂštes dans la chronologie des Ɠuvres ; le futur officier de la Marine savait dĂ©jĂ  voyager par l’esprit en lisant Jules Verne

Lionel des Rieux, Arnaud Sylvestre, Laurent Tailhade, Lecomte de Lisle, surtout Henri de RĂ©gnier, son double poĂ©tique, sans omettre les plus tardifs, Maurice CarĂȘme ou AndrĂ© Fortin
 Chacun lui permet d’affiner son rapport Ă  la nature
 une approche de plus en plus ciselĂ©e qui se rĂ©alisera bientĂŽt grĂące Ă  son voyage jusqu’aux Indes et au Cambodge, voyage de noces aprĂšs son mariage avec Blanche en 1908. Le Festin de l’AraignĂ©e puis surtout PĂądmavĂąti mettent en forme toutes les Ă©vocations fortement Ă©prouvĂ©es sur le motif Ă  travers ses explorations et ses voyages.

Les noms s’enchaĂźnent ; et l’on mesure mieux combien l’idĂ©al esthĂ©tique de Roussel a pu se rĂ©aliser dans la recherche constante des affinitĂ©s, entre verbe et musique.
Damien Top rĂ©vĂšle de l’intĂ©rieur un parcours personnel et original, jalonnĂ© de lectures formatrices, de rencontres stimulantes. Les Ɠuvres, rares, concentrĂ©es, attestent la quĂȘte et les valeurs d’un esprit perfectionniste, gĂ©nie de la forme, et aussi expĂ©rimentateur, comme en tĂ©moignent le choix de ses ballets et des opĂ©ras : La Naissance de la lyre qui puise aux racines de la civilisation occidentale, jusqu’à l’humour dĂ©lirant mais politiquement caustique (contre l’hypocrisie de la bourgeoisie bien pensante) : le Testament de la Tante Caroline, une pochade qui reste inclassable dans le paysage lyrique français (et que les parisiens pourront applaudir Ă  PARIS, au ThĂ©Ăątre AthĂ©nĂ©e Louis-Jouvet, du 6 au 13 juin 2019.

ALBERT ROUSSEL, symphoniste magicien (150 ans en 2019)

Puis vient le concert, avec la participations des Ă©lĂšves instrumentistes de l’Ecole normale de musique, sous la direction de Daniel Kawka : soit 5 instrumentistes en phase, habiles et suggestifs dans l’art des Ă©vocations oniriques telles que les a magistralement Ă©laborĂ©es l’auteur du si subtil Festin de l’AraignĂ©e.

Damien Top a pris soin de faire Ă©cho Ă  sa confĂ©rence prĂ©alable dans le choix des piĂšces ainsi prĂ©sentĂ©es : SĂ©rĂ©nade opus 30 avec poĂšmes d’Henri de RĂ©gnier (1925) ; puis Le Marchand de sable qui passe, texte de Georges Jean Aubry – dits magnifiquement par Michel Favory, sociĂ©taire honoraire de la ComĂ©die Française. Le triptyque de la SĂ©rĂ©nade enchante littĂ©ralement par la texture liquide, scintillante de la musique conçue par Roussel : le caractĂšre musical de chaque piĂšce suit le sens et le dĂ©veloppement de chaque poĂšme : « FĂȘte d’eau », « Pour que la nuit soit douce, les roses  », « Voici l’aube  »; il le sublime par la justesse octueuse des climats harmoniques : rien n’est superflu s’il ne sert et enrichit la trame onirique qui porte au songe, Ă  l’enchantement ; Roussel est dans la clartĂ© Ă©loquente de son Ă©criture, un voluptueux magicien, comme
 Ravel.

On retrouve dans la musique de scĂšne du Marchand de sable qui passe (1908), tous les caractĂšres emblĂ©matiques de la musique roussellienne : la finesse, l’infinie subtilitĂ©, l’appel au rĂȘve ; mĂȘme Ă  un seul personnage (quand l’action en nĂ©cessite trois : le marchand – wanderer et le couple amoureux), le texte prend son essor, portĂ© par la qualitĂ© de l’écriture musicale que l’on dĂ©couvre ici dans sa forme originale (flĂ»te, clarinette, cor, violon 1 et violon 2, alto, violoncelle, contrebasse, harpe).
Le premier extrait exprime la texture de la sensualitĂ© rĂȘveuse, comme une belle endormie qui revient Ă  la vie : le solitaire banni, promeneur / observateur paraĂźt dans cet Ă©pisode introductif qui s’approche de l’ouverture de Capriccio de R Strauss
 la sĂ©quence suivante plonge dans le mystĂšre de l’amour ; elle exprime aussi plus subtilement, l’incrĂ©dulitĂ© du passeur, un rien cynique, qui cependant s’émeut lui-mĂȘme du miracle de l’amour
 Roussel qui est un grand rĂȘveur amoureux lui-mĂȘme, sait enchanter Ă  travers les paroles du Marchand, son double ; il se dĂ©voile : c’est un enchanteur dont le charme suscite l’émergence de l’amour (il est « semeur d’amour ») ou a minima, le retour Ă  l’innocence de l’enfance. La flĂ»te aux volutes proches du Faune de Debussy (comme nous l’a signalĂ© non sans raison Daniel Kawka), chante l’Ɠuvre du Mage enivré  Comme une Ă©nigme qui se rĂ©sout, l’homme Ă©nigmatique lĂšve le voile (effusion de la flĂ»te, pudeur du quatuor Ă  cordes)

Le chef veille aux Ă©quilibres sonores ; respecte la finesse dynamique Ă©laborĂ©e par Roussel, mais il est vrai que Daniel Kawka est un rousselien de la premiĂšre; lui qui a dĂ©fendu sa thĂšse ici mĂȘme Ă  l’école normale de musique, sur Roussel dans la classe d’orchestre. Les cĂ©lĂ©brations Roussel sont rares cette annĂ©e malgrĂ© son anniversaire. GrĂące Ă  Damien Top en voici un premier volet, avant le lancement de son festival international Albert Roussel Ă  venir du 21 sept au 25 novembre 2019. A suivre.

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COMPTE RENDU, confĂ©rence, concert. PARIS, le 5 avril 2019 (Salle Cortot) : L’univers poĂ©tique d’Albert Roussel – SĂ©rĂ©nade opus 30, Le marchand de sable qui passe. Michel Favory, rĂ©citant. ElĂšves de l’Ecole normale de musique (Giulia-Deniz Unel, flĂ»te – Emiliano Mendoza, clarinette – David Somoza, cor -Waka Hadame, violon 1 – Alban Marceau, violon 2 – Ayako Tahara, alto – Sin Hye Lee, violoncelle – Venancio Rodrigues contrebasse – Mitsumi Okamoto, harpe) – Daniel Kawka, direction.

APPROFONDIR

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LIRE la biographie d’ALBERT ROUSSEL par Damien TOP
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/

VISITEZ le site du Festival international Albert ROUSSEL 2019
http://ciar.e-monsite.com/pages/festival/festival-2019/

ROUSSEL : Le testament de la tante Caroline
Paris, Athénée Théùtre L jouvet, 6 < 13 juin 2019
Par les Frivolités parisiennes

https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/le_testament_de_la_tante_caroline.htm

ENTRETIEN avec PHILIPPE MOURATOGLOU : Jouer Fernando Sor…

MOURATOGLOU-philippe-guitare-fernando-sor-cd-evenemnt-critique-annonce-cd-classiquenews-musique-classique-newsENTRETIEN avec le guitariste PHILIPPE MOURATOGLOU : le gĂ©nie de Fernando SOR (1778 – 1839). En avril 2019, le guitariste Philippe Mouratoglou cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur Fernando Sor, crĂ©ateur atypique entre l’Espagne et la France (il est mort Ă  Paris), auteur de piĂšces dĂ©sormais essentielles dans le rĂ©pertoire de la guitare classique. Philippe Mouratoglou interroge la sincĂ©ritĂ© de ses Études (entre autres), leur potentiel autant pĂ©dagogique, que musical pour l’interprĂšte exigeant. A travers les Ɠuvres choisies pour son nouvel album Ă©ditĂ© par Vision Fugitive, le guitariste restitue la trĂšs forte sĂ©duction d’une Ă©criture puissante, originale, expĂ©rimentale : jamais purement virtuose, douĂ©e d’une profondeur qui saisit encore aujourd’hui. A l’occasion de la parution de son cd qui sort ce 26 avril 2019 (distinguĂ© par un CLIC), Philippe Mouratoglou rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS /CNC : Quelle image avez-vous de Fernando Sor, en particulier Ă  travers les piĂšces choisies pour ce nouvel album ?

SOR fernandoPHILIPPE MOURATOGLOU : Fernando Sor est le compositeur le plus important pour la guitare Ă  l’époque classique et prĂ©romantique. En Ă©crivant ses Études, il fait avancer considĂ©rablement la technique de la guitare. En rĂ©alitĂ©, il ne cesse d’innover, jouant en particulier sur les harmoniques naturelles, ou sur les effets expressifs pour crĂ©er des contrastes (cf. les tromolos de l’Etude n°16, opus 29, par exemple). Ses piĂšces sont complĂštes et idĂ©ales, Ă  la fois musicales et pĂ©dagogiques. A la diffĂ©rence de ses contemporains qui cantonnent les piĂšces pour guitare Ă  des Ɠuvres de virtuositĂ© souvent dĂ©coratives, Fernando Sor sait surprendre, toucher : il ne cĂšde jamais Ă  la facilitĂ©. MĂȘme ses transcriptions des opĂ©ras, comme celle d’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e (« Introduction et Variations sur un thĂšme de Mozart O cara armonia de La flĂ»te enchantĂ©e », opus 9 ) exprime une claire admiration pour le bel canto mais dans une Ă©criture prĂ©cise et naturelle qui n’est jamais artificielle.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : Comment avez-vous choisi les piĂšces de ce nouvel album ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Cela n’a pas Ă©tĂ© facile car il en existe beaucoup. J’ai surtout retenu les Études qui me plaisaient, mes prĂ©fĂ©rĂ©es. Ensuite, le choix s’est affirmĂ© selon les contraintes d’équilibre et de contrastes afin de construire un parcours pour l’auditeur. La question des tonalitĂ©s a Ă©tĂ© importante aussi pour rĂ©ussir les enchaĂźnements, d’autant que la prise de son, trĂšs proche de l’instrument, permet d’écouter au plus prĂšs la richesse harmonique de chaque piĂšce.
Fernando Sor est capable d’émouvoir et de surprendre. Ses piĂšces sont trĂšs courtes, mais il exprime une palette de sentiments trĂšs contrastĂ©s. Certaines sont introspectives : elles Ă©cartent ce prĂ©jugĂ© trompeur qui fait de Sor, un compositeur de salon. Rien de tel ici. Prenez le « Gran solo » (opus 14, en rĂ© majeur de 1822), c’est une piĂšce conçue comme une grande ouverture, lumineuse et virtuose, Ă  la fois sincĂšre et souriante.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous avouez ĂȘtre inspirĂ© par les grands pianistes interprĂštes des Ɠuvres du XIXĂš, comme Sviatoslav Richter, Martha Argerich, Arturo Benedetti Michelangeli, Claudio Arrau
 Que vous apportent-il ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Evidemment le rĂ©pertoire romantique pour le piano est immense, ce qui n’est pas le cas de la guitare. Les interprĂštes y trouvent un terrain de jeu Ă  la fois riche et stimulant. Pour moi, la possibilitĂ© des nuances, le travail sur le son
 sont tout autant possibles Ă  la guitare, en particulier dans l’interprĂ©tation des oeuvres de Fernando Sor. La guitare est un instrument moins sonore que le piano, mais le jeu des dynamiques est passionnant. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle, dans cet enregistrement, nous avons privilĂ©giĂ© une prise de son trĂšs proche qui renforce et les harmoniques et le relief et la qualitĂ© du timbre de l’instrument. Tout cela au service des caractĂšres et des climats de la musique : profondeur, sincĂ©ritĂ©, lumiĂšre. L’écriture de Sor est d’autant plus inspirante qu’elle permet ce jeu particulier sur les nuances et les rĂ©sonances.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous jouez des compositeurs trĂšs diffĂ©rents et de nombreux rĂ©pertoires. Pourquoi jouer aujourd’hui Fernando Sor ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : J’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment le rĂ©pertoire classique. Enregistrer et jouer Sor est un besoin et aussi un accomplissement. D’autant plus que son Ă©criture est d’une rare exigence musicale ; ses Sonates pour guitare ambitionnent l’ampleur et le dĂ©veloppement des Sonates de Beethoven au piano. Sor partage avec Chopin, ce goĂ»t pour le chant et le bel canto. Les Etudes du premier se rapprochent des PrĂ©ludes du second. Les dĂ©fis sont nombreux pour l’interprĂšte. Multiples donc stimulants.

Propos recueillis en avril 2019

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd Fernando SOR par Philippe MOURATOGLOU, guitare solo.
http://www.classiquenews.com/teaser-video-philippe-mouratoglou-joue-fernando-sor-1-cd-vision-fugitive/

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. FERNANDO SOR par Philippe MOURATOGLOU – Guitare Solo – 1 cd Vision Fugitive – Parution : le 26 avril 2019 - CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2019

 

 

 

 

 

EN CONCERT

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Jeudi 16 mai 2019 à L’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet (PARIS)
FERNANDO SOR
Philippe Mouratoglou
guitare classique

BILLETTERIE

https://bit.ly/2HEnCZe

01 53 05 19 19
Tarifs : PLEIN 20€ / RÉDUIT 12€

INFOS PRATIQUES
16 MAI 20h
Athénée Théùtre Louis-Jouvet
Sq. de l’OpĂ©ra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau – 75009 Paris
MĂ©tro : Bonne Nouvelle ou ChĂąteau d’eau

www.athenee-theatre.com

Evénement Facebook 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Teaser
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou – FERNANDO SOR [Teaser]

Vidéo longue (clip)
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou (Guitare Solo) – FERNANDO SOR
Extrait audio : Egalement un morceau de l’album (Etude opus 6 n°9)  dĂ©jĂ  disponible sur Soundcloud : juste ici

CLIP vidéo (3mn31) :

 

 

 

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Le nouveau cd de Philippe Mouratoglou, Ă  paraĂźtre ce 26 avril 2019

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire (dernier concert de la saison 2018 – 2019). Voilà assurĂ©ment un programme modĂšle pour la nouvelle et fabuleuse Schubertiade de Sceaux dans les Hauts de Seine. « ModĂšle » car l’Ɠuvre la plus bouleversante et profonde de Franz Schubert est ici servie par une jeune phalange d’une maturitĂ© dĂ©jĂ  prometteuse (ils n’ont que 3 ans, regroupĂ©s en quatuor depuis 2016) : les quatre instrumentistes du Quatuor Elmire (pour comprendre le choix de leur nom, voyez du cĂŽtĂ© de MoliĂšre et de son Tartuffe)

D’abord « chauffĂ©s » par l’équilibre et l’élĂ©gance en rien artificiels du Quatuor de Beethoven (Quatuor op. 18 n°3, trĂšs proche de la finesse d’un Haydn), les quatre musiciens abordent le dernier Quatuor de Schubert, avec un 2Ăš violoncelle (Quintette), en intensitĂ© et intĂ©rioritĂ©. Ils (et elle : car le 2Ăš violoncelle est assumĂ©e par Sarah Sultan, transfuge pour l’occasion du Trio Atanassov) dessinent les paysages crĂ©pusculaires suspendus du Wanderer Franz en longues phrases profondes, dĂ©veloppant articulation flexible (violon 1 et violoncelle 1), Ă©coute continue, surtout sonoritĂ© d’un souffle et d’une justesse nuancĂ©e 
 proprement saisissante.

L’Ɠuvre jamais Ă©ditĂ©e du vivant de l’auteur, est intense et tragique, c’est un « testament musical » composĂ© pendant l’étĂ© 1828, deux mois avant la mort de Schubert.

 

 

 

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsDans la salle de rĂ©union de l’Hotel de Ville de Sceaux, les musiciens sculptent la matiĂšre ardente, crĂ©pitante et mordante aussi du premier mouvement (Allegro ma non troppo) : entrĂ©e en matiĂšre fortement charpentĂ©e dont les jeunes instrumentistes excellent Ă  exprimer la carrure, le relief parfois Ăąpre et mĂȘme vĂ©hĂ©ment, comme les derniers assauts d’une conscience Ă  la fois dĂ©cuplĂ©e et …foudroyĂ©e. Puis vient l’admirable Adagio, nocturne Ă©perdu, suspendu, dont il font en une plongĂ©e progressive et calibrĂ©e, rythmĂ©e selon les pizz enchanteurs du 2Ăš violoncelle, une rĂ©flexion ample, dĂ©finitive, lugubre sur la mort, la finalitĂ© de toute chose
 C’est comme si Schubert nous faisaient plonger au delĂ  de l’expĂ©rience sensible, au delĂ  de la conscience, dans des eaux inconnues qui toujours questionnent le sens d’une vie terrestre, et jusqu’oĂč pouvons-nous aller ? Jusqu’oĂč pouvons-nous nous perdre dans cette quĂȘte infinie, qui est dĂ©couverte, exploration mais aussi chute et ensevelissement ? Nous Ă©garer hors de l’espace et au delĂ  du temps mesurable, voilĂ  l’une des Ă©preuves que nous rĂ©serve Schubert et que permet la musique. SinguliĂšrement.
Dans ce parcours introspectif d’une exceptionnelle acuitĂ©, les Elmire sont des guides d’une prodigieuse activitĂ©, faisant briller et rougir ce chant de l’au-delĂ , d’une sincĂ©ritĂ© et d’un dĂ©nuement ultime. La clartĂ© du contrepoint, la lisibilitĂ© des rĂ©ponses, l’activitĂ© filigranĂ©e et parfaitement articulĂ©e de tous les contrechants, comme la ligne mĂ©lodique Ă  la fois sobre et flexible du violon I (Scherzo, puis Allegretto final) n’en finissent pas d’enchanter, d’enivrer, de nous hypnotiser.

 

 

 

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A la sĂ»retĂ© de leur geste, les jeunes instrumentistes produisent aussi une sonoritĂ© dĂ©lectable, Ă  la fois claire et puissante, jamais forcĂ©e ni Ă©paisse et qui grĂące Ă  un rĂ©glage de l’acoustique de la salle, se rĂ©alise idĂ©alement. Ajoutons que le premier violon et le violoncelle sont d’une facture historique contemporaine, assurant Ă  l’ensemble cette Ă©tonnante ossature, ferme, solide, carrĂ©e, continĂ»ment Ă©quilibrĂ©e.

Il fallait donc attendre le dernier concert de la premiĂšre saison de la Schubertiade de Sceaux pour atteindre aux Ă©thers mĂ©taphysiques et spirituels d’un Schubert touchĂ© par la grĂące, voyageur, questionneur, explorateur de l’ñme humaine. Ce programme est d’autant plus mĂ©morable qu’il assure un tremplin Ă  une jeune formation parmi les plus douĂ©es de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de chambristes français. Aucun disque encore, car ils attendent de progresser. Mais Ă  Sceaux (oĂč ils jouaient ensemble pour la premiĂšre fois l’odyssĂ©e spirituelle de Schubert), la rĂ©vĂ©lation et la confirmation d’une intelligence collective qu’il faut dĂ©sormais suivre.

 

 

 

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Saluons le discernement et l’appui du Maire de Sceaux, Philippe Laurent, impliquĂ© depuis son dĂ©but pour la rĂ©ussite de la nouvelle saison de concerts. Il ne s’agit pas seulement d’un appui logistique (la salle de rĂ©union de l’HĂŽtel de ville devient salle de concert en un transfert pour nous exemplaire : ainsi le lieu des dĂ©libĂ©rations publiques et citoyennes se fait aussi comme naturellement Ă©crin de culture proposĂ© Ă  tous).
Il s’agit aussi de poursuivre dans la durĂ©e ce que la musique classique et l’expĂ©rience de la musique de chambre peut apporter dans la vie de la citĂ© : un temps de rĂ©flexion dans un planning quotidien qui en manque considĂ©rablement ; une pause qui devient comme ce soir, baume pour l’ñme et pour l’esprit. Mais le lien entre la MunicipalitĂ© et la pratique de la musique de chambre ne date pas d’aujourd’hui ; la conversation en musique qui est le point le plus abouti de la pratique chambriste remonte au temps oĂč les Lowenguth (Alfred puis Jacqueline) dĂ©fendaient Ă  Sceaux dĂ©jĂ  une saison de musique de chambre. L’acte est emblĂ©matique et presque militant en soi : comment ne pas Ă©tablir un parallĂšle alors entre l’exercice de la musique de chambre, et le dĂ©fi du dialogue et de la conversation sur la place publique, d’autant plus actuellement oĂč le « grand dĂ©bat » a suscitĂ© une vaste adhĂ©sion des français ? L’écoute et le goĂ»t de la combinaison, la rĂ©ussite d’une expĂ©rience collective sont Ă  n’en pas douter des dĂ©fis permanents, jamais acquis
 mais dans leur accomplissement, porteurs de progrĂšs sociĂ©tal et civique. VoilĂ  une rencontre du politique et de la culture, rĂ©solue, heureuse, durable.

 

 

 

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Souhaitons que le dialogue Ă©tabli entre le Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov, directrice gĂ©nĂ©rale des La Schubertiade de Sceaux ne s’interrompe jamais : la place de la culture et de la musique classique cultivent des valeurs fondamentales pour notre cadre de vie et la rĂ©alisation du vivre ensemble : partage, ouverture, curiositĂ©, comprĂ©hension, rĂ©flexion
 un modĂšle de sociĂ©tĂ© en sorte. Ce soir, annoncĂ©e dans le programme de salle, les trĂšs nombreux festivaliers de la Schubertiade de Sceaux ont pu dĂ©couvrir un avant-goĂ»t de la saison prochaine. L’aventure continue donc. A suivre sur classiquenews.com. Illustrations : les musiciens du concert du 30 mars / Philippe Laurent, Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov (DR / Mairie de Sceaux)

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 30 mars 2019. Haydn, Schubert (Quintette pour deux violoncelles). Quatuor Elmire. Dernier concert de la saison 2018 – 2019.

 

 

 

LIRE aussi notre annonce présentation du concert du Quatuor ELMIRE, sam 30 mars 2019 à Sceaux, La Schubertiade de Sceaux
http://www.classiquenews.com/le-quatuor-elmire-a-la-schubertiade-de-sceaux-2/

LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la saison 1 de La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

LIRE aussi notre entretien avec Elisabeth Aranassov, directrice générale des La Schubertiade de Sceaux :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

cycle-mahlerCOMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction). Apres une Symphonie n°1 « Titan », de « lancement », puis une n°2 « RĂ©surrection », tendue, recueillie, incarnĂ©e
 enfin spiritualisĂ©e en sa fin cĂ©leste, la 3Ăšme Symphonie de Mahler, jouĂ©e ce soir au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, dĂ©livre et confirme dĂ©sormais les qualitĂ©s du cycle Ă©vĂ©nement que le chef et directeur musical du National de Lille, ALEXANDRE BLOCH, dĂ©die au compositeur (qui fut aussi un grand chef). De l’Ă©nergie, une urgence continue, une intelligence des timbres, surtout une attention particuliĂšre Ă  l’architecture interne du massif malhĂ©rien
 A contrario des conceptions plus « droites », objectives de certains chefs, plus extraverti que d’autres (comme les « grands ainĂ©s » tels Karajan, Haitink
 sans omettre Abbado), Alexandre Bloch lui ne s’économise en rien, dansant sur le podium, habitĂ©, exaltĂ© par son sujet, avec une intensitĂ© qui rappelle 
 Bernstein.

 

 

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FINALE DE COMPASSION ET D’AMOUR… Ceci nous vaut pour le dernier mouvement, le plus aĂ©rien (aux cordes surtout), des jaillissements de lyrisme flexible et amoureusement dĂ©ployĂ©, un baume pour le cƓur et l’esprit, aprĂšs avoir passĂ© tant d’épisodes si divers et contrastĂ©s. On n’oubliera pas ce 6Ăš mouvement final (« Langsam. Ruhevoll. Empfunde ») qui semble comme un choral fraternel et recueilli, embrasser tous les ĂȘtres vivants (hommes et animaux) et les couvrir d’un sentiment d’amour, irrĂ©pressible et caressant. Dans son intonation, sa pĂąte transparente, suspendue, le mouvement prĂ©figure l’Adagietto de la 5Ăš, ses amples respirations,sa couleur parsifalienne, sa ligne constante qui appelle et dessine l’infini


 

 
 

 

La 3Ăš Symphonie de Mahler par
l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch

Sons et conscience de la Nature

 

 

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Toutes les illustrations : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 
 

Notre attente Ă©tait d’autant plus affĂ»tĂ©e que la 3Ăš Symphonie de Gustav Mahler (alors ĂągĂ© de 34 ans) est rarement donnĂ©e si on la compare aux autres Ă©videmment; mĂȘme le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, malhĂ©rien distinguĂ© et reconnu, ne l’a jouĂ© avec les musiciens lillois que… trois fois (1996, 1997, puis 2006) quand on compte pas moins de 11 rĂ©alisations de la 4Ăšme sous sa baguette !, soit de 1978 Ă  2017 ; distinguons l’enregistrement que CLASSIQUENEWS avait saluĂ© lors de sa parution par un CLIC : la Symphonie n°2 RĂ©surrection de 2017). Voila qui en dit long.

VoilĂ  qui donne du poids aussi Ă  la proposition d’Alexandre Bloch de jouer les 9 symphonies pendant 2019, histoire de renouer avec un rĂ©pertoire qui a construit et façonnĂ© le son de l’Orchestre lillois depuis sa crĂ©ation. DĂ©fi aussi puisqu’il s’agit Ă  chaque session de dĂ©voiler la richesse de l’écriture malhĂ©rienne, tout en renouvelant encore l’engagement de tous les musiciens. Ce cycle en cours s’affirme donc comme une expĂ©rience majeure pour l’auditeur et pour les interprĂštes, un nouveau jalon de leur aventure musicale.

De par ses effectifs, l’ONL / Orchestre National de Lille, voit grand et peut aborder des Ɠuvres spectaculaires. Dans ce sens MASS, fresque dĂ©lirante, inouĂŻe s’inscrivait pour l’annĂ©e Bernstein 2018 dans cette ambition (fin de saison, juin 2018); la Symphonie des Mille, n°8 sera le prochain volet Ă  ne pas manquer. Sans avoir jamais Ă©crit d’opĂ©ras, Mahler, qui comme chef, en dirigea beaucoup (entre autres comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne) semble y synthĂ©tiser toutes les possibilitĂ©s orchestrales et lyriques, – en particulier dans sa 2Ăš partie.‹ D’opĂ©ra, il est aussi question dans la 3Ăš, prĂ©cisĂ©ment dans l’épisode IV oĂč sort de l’ombre, Ă  la fois entitĂ© maternelle envoĂ»tante et prophĂ©tesse d’une Ăšre Ă  venir, la mezzo (convaincante Christianne Stotjin, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans la RĂ©surrection de fĂ©vrier dernier). Son texte empruntĂ© Ă  Nietzsche (Zarathoustra) est une exhortation adressĂ©e aux hommes, un appel, Ă  la fois berceuse et priĂšre, une invocation et une alerte pour que chacun s’interroge sur lui-mĂȘme, sur le sens de sa vie terrestre. Le texte contient la clĂ© de l’Ɠuvre ; sans joie, sans dĂ©passement de la souffrance, l’homme ne peut atteindre l’éternitĂ©. Encore faut-il qu’il atteigne cet Ă©tat de conscience salvateur 
auquel nous prĂ©pare la musique de Mahler. Dans l’opĂ©ra imaginaire du compositeur, ce pourrait ĂȘtre une apparition magique et nocturne dont la couleur est saisissante par sa profondeur, sa justesse, sa couleur de fraternitĂ©. Chef, soliste, instrumentistes sculptent la couleur de l’hallucination ; ils en expriment idĂ©alement le caractĂšre d’urgence et d’envoĂ»tement.

  

 

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SPLENDEUR D’UNE NATURE A L’AGONIE… Auparavant, prĂ©lude Ă  ce surgissement inĂ©dit, Mahler n’a pas mĂ©nagĂ© son auditeur. Son orchestre plĂ©thorique embrasse toute la crĂ©ation et le monde, convoque les Ă©lĂ©ments dans leur primitive splendeur. Mais une splendeur parfois lugubre qui paraĂźt comme en sursis : Ă©videmment l’ample premier mouvement le plus long jamais Ă©crit par Mahler (« I. KrĂ€ftig. Entschieden ») dĂ©veloppe en une mise en ordre progressive, qui s’apparente peu Ă  peu Ă  une marche, l’évocation d’un monde terrestre tellurique et chtonien, inscrit dans la gravitas la plus caverneuse (rang fourni des contrebasses…), oĂč brillent aussi tous les pupitres des cuivres : cors par 8, trombones, tuba, trompettes
 MĂȘme s’il s’agit d’une vision panthĂ©iste, le regard que porte Mahler sur la crĂ©ation est froid, analytique, mordant.
Au scalpel, Alexandre Bloch en fait surgir (rugir) toutes les rĂ©sonances hallucinĂ©es et souvent fulgurantes : cris, dĂ©flagrations, dĂ©chirements, plutĂŽt que cĂ©lĂ©bration bienheureuse ; mĂȘme si de purs vertiges sensuels, lyriques, d’une tendresse absolue, Ă©mergent : ils s’y pressent, prĂ©cipitĂ©s, exacerbĂ©s jusqu’à la parodie. Le geste est clair, prĂ©cis, souple : le chef dessine le plus passionnant des orages naturels, Ă  la fois chaos et mĂ©canique cynique singeant une marche militaire, plus ivre que majestueuse.

 

 

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionMAHLER ECOLOGISTE... La richesse des teintes, le creuset des accents et des nuances simultanĂ©es forment une matrice orchestrale et un maelström symphonique d’une irrĂ©sistible puissance. Pour nous, en Ă©cho Ă  notre planĂšte martyrisĂ©e et au rĂšgne animal sacrifiĂ©, agonisant, ce premier mouvement exprime les tensions qui soumettent une terre Ă  l’agonie : et nous voyons clairement dans les Ă©clairs et les fulgurances (appels des trompettes, danse lugubre des bassons, solo du trombone
) que dessinent l’énergie du chef, l’indice d’une conscience visionnaire, celle d’un Mahler plus que panthĂ©iste: animaliste, Ă©cologiste
 Le chant de son orchestre exprime la conscience doloriste de la Nature, la mise Ă  mort des espĂšces animales, le cri de la terre qui se convulse, meurt et ressuscite Ă  chaque battement de la grosse caisse, battement sourd et dĂ©licat Ă  la fois, (Ă  peine audible mais si prĂ©sent cependant ce soir) sur lequel s’organise et se dĂ©ploie toute la mĂ©canique orchestrale, du dĂ©but Ă  la fin de ce premier acte sidĂ©rant. Passionnante lecture.

On ne passera pas en revue chaque sĂ©quence suivante, Ă  la loupe, pourtant l’acuitĂ© et l’analyse que sait dĂ©velopper le chef, affirment davantage sa comprĂ©hension, sa conception trĂšs juste de tous les climats qui sont nĂ©s dans l’esprit de Mahler, que l’on aime imaginer, chaque Ă©tĂ©, dans son cabanon de travail, vĂ©ritable balcon sur la Nature, miraculeuse, fragile, impĂ©rieuse


Le II est ainsi depuis le premier solo instrumental (hautbois) une claire Ă©vocation florale dont l’activitĂ© et le chatoiement des couleurs (transparent et dĂ©taillĂ©) contrastent avec le tragique tellurique qui a dĂ©ferlĂ© prĂ©cĂ©demment. Les combinaisons de timbres prĂ©figurent dĂ©jĂ  ce que sera la parure de la 4Ăš (clarinette).
Puis Alexandre Bloch enchaĂźne le III (« Comodo. Scherzando. Ohne Hast ») : d’abord suractivitĂ© instrumentale qui caractĂ©rise chaque espĂšce animale de la forĂȘt ; puis, surprenant rupture de climat avec l’enchantement suspendu du cuivre soliste dans la coulisse, – nouveau surgissement du songe le plus pur et le plus angĂ©lique (l’idĂ©al d’innocence et d’insouciance auquel rĂȘve le compositeur) dont la ligne aussi nous Ă©voque le voyage de Siegfried sur le Rhin (Wagner) par son caractĂšre onirique, Ă©perdu, magicien, la distanciation spatiale, le souffle poĂ©tique… La souplesse et le tact du musicien soliste affirment ce caractĂšre de nocturne enchantĂ©, et toute la grĂące du mystĂšre de la nature. Que n’a t on assez dit de ce troisiĂšme mouvement, qu’il Ă©tait vĂ©ritable expression d’une conscience enfin accordĂ©e aux animaux ?

 

 

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AprĂšs le IV, – exhortation nietszchĂ©enne-, l’épisode V fait intervenir le chƓur des femmes et la maĂźtrise des enfants, dĂ©fenseurs zĂ©lĂ©s, articulĂ©s du salut permis au coupable Pierre (« la joie cĂ©leste a Ă©tĂ© accordĂ©e Ă  Pierre / Par JĂ©sus et pour la bĂ©atitude de tous. »)

Enfin c’est l’Adagio final, apaisement, rĂ©conciliation, acte de pardon et d’amour gĂ©nĂ©ral dont le chef Ă©tire le ruban orchestral avec une tension et une dĂ©tente qui creusent encore et encore l’unisson voluptueux des cordes : c’est Ă  la fois un choral spirituel et le plus bel acte de fraternitĂ©, de compassion, comme de renoncement. L’indice, franc et vertigineux, retenu, suspendu que la lumiĂšre est atteinte. Et avec le chef, d’une sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e, entraĂźnante 
 que la hauteur souhaitĂ©e et l’état de conscience qui lui est inhĂ©rente, rĂ©alisĂ©s.
Il n’y a que chez Mahler que l’auditeur peut Ă©prouver telle expĂ©rience. Alexandre Bloch s’avĂšre notre guide  inspirĂ© et  communicatif. A suivre. Reprise ce soir Ă  Amiens de la 3Ăš Symphonie. Prochain volet du cycle des 9 symphonies de Mahler avec l’Orchestre National de Lille, samedi 8 juin Ă  18h30 (Symphonie n°4) ; puis, Symphonie n°5 (et son Adagietto suspendu, aĂ©rien.), vendredi 28 juin 2019, 20h (toujours Ă  l’Auditorium du Nouveau siĂšcle de Lille)
 RV pris.

 

 
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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maßtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction).

 

  

 

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VIDEO : replay FRANCE 3 Hauts de Seine
Revoir et récouter la Symphonie n°3 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/concert-regardez-direct-symphonie-ndeg3-gustav-mahler-mercredi-3-avril-20h-1648220.html

 

 

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Direction : Alexandre Bloch
Mezzo-soprano : Christianne Stotijn
Philharmonia Chorus
Chef de choeur : Gavin Carr
Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de choeur : Pascale Dieval-Wils
Violon solo : Fernand Iaciu

 

  

  

 

REPORTAGE. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25Ăš Ă©dition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE
 Peu Ă  peu, le Festival Musique & MĂ©moire (Vosges du Sud) a rĂ©vĂ©lĂ© des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques dĂ©fricheurs, exigeants. C’est le bĂ©nĂ©fice d’une ligne artistique qui fonde son action auprĂšs des artistes dans le sens d’un compagnonnage inĂ©dit
 des rĂ©sidences qui se dĂ©clinent pour chaque ensemble invitĂ© et donc associĂ©, Ă  3 annĂ©es de recherche, d’expĂ©rimentation, de consolidation. L’écriture suprĂȘme de Jean-SĂ©bastien Bach y tient une place en or – phĂ©nomĂšne singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien.

En 2017, Alia Mens rĂ©vĂ©lait des affinitĂ©s Ă©videntes, une sonoritĂ© critique aiguisant aussi l’écoute des spectateurs. A l’étĂ© 2018, c’était Vox Luminis qui rĂ©alisait aux cĂŽtĂ©s de la Messe en si, un programme mettant en perspective, le premier Magnificat de Bach avec celui de son prĂ©dĂ©cesseur Ă  Leipzig, Kuhnau. DĂ©fricheur, audacieux, le Festival dans les Vosges du Sud, conçu par Fabrice Creux, proposait aussi Ă  Vox Luminis de dĂ©fendre une cantate de Pachebel, un proche de JS Bach, dont l’écriture reste injustement minorĂ©e
 Reportage spĂ©cial dĂ©diĂ© Ă  la 25 Ăšme Ă©dition de Musique & MĂ©moire : JS Bach par Vox Luminis – bilan & perspectives du Festival par Fabrice Creux, fondateur et directeur artistique. RĂ©alisation : © studio classiquenews / Philippe-Alexandre PHAM 2019

ENTRETIEN avec Fabrice CREUX et Jean-Charles Ablitzer
 L’orgue ibĂ©rique de Grandvillars

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsENTRETIEN avec Fabrice CREUX et Jean-Charles Ablitzer
 le premier est fondateur du Festival dans les Vosges du sud, Musique & MĂ©moire ; le second est organiste renommĂ©. Les deux partagent une mĂȘme passion pour l’orgue. Une communautĂ© de goĂ»t et de valeurs qui explique l’essor de l’orgue dans les Vosges, en Franche-ComtĂ© prĂ©cisĂ©ment oĂč ils se retrouvent et Ɠuvrent pour l’enrichissement instrumental dans le territoire. Jean-Charles Ablitzer coopĂšre rĂ©guliĂšrement au Festival Musique & MĂ©moire, offrant de somptueux rĂ©citals qui met « l’orgue en scĂšne », association souvent fĂ©conde entre le clavier et les instruments, le clavier et aussi les voix
 En mars 2019, le Festival Musique & MĂ©moire Ă©dite le premier recueil discographique qui met en avant le nouvel orgue ibĂ©rique de l’église Saint-Martin de Grandvillars. InterprĂšte de la riche littĂ©rature pour l’orgue au SiĂšcle d’or, Jean-Charles Ablitzer sait explorer et exploiter toutes les ressources expressives et esthĂ©tiques du joyau instrumental ainsi magnifiĂ©. Entretien avec Fabrice Creux et Jean-Charles Ablitzer Ă  propos de l’orgue rĂ©cemment inaugurĂ© (juin 2018) et du cd El Siglo de Oro qui en dĂ©coule (CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019)


 

 
 

 

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‹CLASSIQUENEWS / CNC : Comment ce nouvel enregistrement s’inscrit au sein du Festival Musique et MĂ©moire ?

Fabrice CREUX : Depuis 2006, le festival Musique et MĂ©moire s’est engagĂ© dans un compagnonnage au long cours avec Jean-Charles Ablitzer permettant de valoriser pleinement le travail de recherche portĂ© par cet organiste chercheur aux qualitĂ©s musicales unanimement reconnues.
C’est donc tout naturellement, que nous avons souhaitĂ© porter Ă  la connaissance de la communautĂ© musicale, le fruit de ses nombreuses explorations des rĂ©pertoires en rĂ©alisant plusieurs productions discographiques rĂ©alisĂ©es sur des instruments historiques :

Auch auff Orgeln
Michaël Praetorius (1572-1621), motets et danses
transcriptions de Johann Woltz (1617), Jean-Charles Ablitzer et Friedrich Wandersleb
Orgue historique Esaias Compenius 1610 du chùteau de Frederiksborg (Danemark)

Gröningen 1596
CĂ©lĂšbre rencontre d’organistes
Hieronymus Praetorius (1560-1629), Hans Leo Hassler (1564-1612) et Michaël Praetorius (1572-1621)
Orgue historique Fritzsche (1622) / Treutmann (1728) de l’église St. Levin de Harbke(Allemagne, Saxe-Anhalt)

Sebastiån Aguilera de Heredia (1561-1627)
L’Ɠuvre d’orgue
Orgue historique Juan de Apecechea (1684) reconstruit en 2006 par Claudio Rainolter et Christine Vetter de l’église San Salvador de Salvatierra de Esca (Espagne, province d’Aragon)

Nourrie par un travail Ă©ditorial inspirĂ© de l’artisanat d’art, chaque publication est richement mise en scĂšne afin de rechercher la meilleure adĂ©quation entre la rĂ©alisation musicale et l’objet qui la porte.
RaretĂ© et exigence du contenu musical, design de l’objet, richesse des textes et des illustrations
 Tout concourt Ă  faire de chaque publication un objet unique et prĂ©cieux.

Ce nouvel enregistrement est avant tout un « coup de cƓur » pour le magnifique orgue espagnol de l’église Saint-Martin de Grandvillars construit par les facteurs d’orgues JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter.

A l’issue de l’inauguration en juin 2018 par Jean-Charles Ablitzer, il nous a semblĂ© indispensable de contribuer au rayonnement de cet instrument par une rĂ©alisation discographique.

Cette rĂ©alisation s’inscrit pleinement dans l’esprit du festival, qui depuis sa crĂ©ation s’attache Ă  dĂ©fendre des rĂ©pertoires musicaux singuliers dans un contexte sonore adaptĂ©.

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CLASSIQUENEWS / CNC : Quelles sont les qualitĂ©s de l’instrument que le programme du double cd met en avant ?

Jean-Charles ABLITZER : La rĂ©alisation technique et sonore de l’orgue de Grandvillars repose sur un concept Ă©volutif de la facture d’orgues espagnole, de l’époque Renaissance Ă  l’avĂšnement du Baroque. De nombreux instruments historiques nous renseignent sur cette Ă©volution. Adoption du sommier chromatique avec coupure de tous les jeux en basse et dessus, installation de jeux d’anches placĂ©s horizontalement Ă  l’extĂ©rieur du buffet, apparition de jeux nouveaux. Bien souvent les orgues de l’époque Renaissance ont Ă©tĂ© « rĂ©formĂ©s » dĂšs la seconde moitiĂ© du XVIIe siĂšcle. Il s’agissait alors de modifier certaines parties mĂ©caniques et de procĂ©der Ă  l’ajout de nouveaux jeux afin d’adapter ces instruments au goĂ»t baroque. Sur le plan sonore, le « fond ancien » subsistait pourtant. Ce processus a servi de modĂšle Ă  la construction de l’orgue de Grandvillars, lequel prĂ©sente des Ă©lĂ©ments purement Renaissance et d’autres typiques de l’époque baroque.
Le programme du double CD  a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© pour illustrer ce concept et mettre en valeur les qualitĂ©s sonores de l’orgue de Grandvillars, lui-mĂȘme basĂ© sur cette Ă©volution historique. D’oĂč la pertinence de prĂ©senter les Ă©coles du nord et du sud de l’Espagne qui se sont succĂ©dĂ©es de la fin du XVe siĂšcle au tout dĂ©but du XVIIIe. Chaque compositeur est ainsi servi par un univers sonore qui lui est propre. Cette palette sonore Ă©largie constitue une vĂ©ritable originalitĂ© dans la dĂ©marche de construction d’un orgue typĂ© et sans compromis, en regard de la rĂ©alitĂ© historique, ce que le double album illustre parfaitement. Ce survol stylistique permet Ă©galement de proposer une recherche pertinente dans le domaine de la registration, suivant les Ă©poques, les compositeurs espagnols Ă©tant avares de conseils sur ce plan. Le meilleur guide reste donc la spĂ©cificitĂ© sonore des jeux copiĂ©s sur les modĂšles historiques et les possibilitĂ©s de mĂ©langes qu’ils offrent. S’y ajoute le souci constant de servir au mieux la musique dans sa structure rythmique et mĂ©lodique, tout en respectant les Ă©quilibres nĂ©cessaires entre les contrastes sonores. Enfin, l’enjeu Ă©tait de faire entendre toutes les possibilitĂ©s sonores de cet orgue Ă  travers les diffĂ©rentes formes d’écriture, du tiento lleno (plein, sans contraste sonore) aux piĂšces pour demi-registres (dont la partie haute ou basse est contrastĂ©e) jusqu’aux batailles descriptives, imitant mĂȘme le roulement de tambour produit par des basses profondes faisant intervenir une dissonance entre deux notes Ă  un demi-ton d’intervalle (effet non indiquĂ© par le compositeur bien sĂ»r mais faisant appel Ă  l’imagination de l’interprĂšte)
 

 

SUBLIME ORGUE DE GRANDVILLARS

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : Pendant le festival Musique et Mémoire, Jean-Charles Ablitzer occupe une place a part ; pouvez vous en préciser les enjeux et les apports ? Les formes de concert, comme les artistes avec lesquels il se produit (par exemple en 2019
)?

Fabrice CREUX : La musique baroque a fait l’objet depuis prĂšs de quarante ans d’un intense mouvement de redĂ©couverte d’Ɠuvres inconnues et des principes d’interprĂ©tation historiquement informĂ©s (recherche des manuscrits originaux, des instruments d’époque, des effectifs d’origine, du style d’interprĂ©tation
).
Ce mouvement de retour au baroque s’est attachĂ© tout particuliĂšrement Ă  retrouver le son originel. Pour Philippe Beaussant, c’est la « recherche du son, de la couleur du son, de la vĂ©ritĂ© du son, de la vĂ©ritĂ© sonore d’une Ɠuvre » qui importe vraiment.
Dans les annĂ©es 70, alors que le rĂ©pertoire d’orgue ancien se jouait sur des instruments inadaptĂ©s et que les instruments antĂ©rieurs au XVIIIe siĂšcle sont meurtris, quelques organistes « pionniers » redonnent vie Ă  un patrimoine oubliĂ©. Ils explorent les rĂ©pertoires en redĂ©couvrant les principes d’interprĂ©tation et rĂ©vĂšlent au public des pages majeures de la mĂ©moire musicale.

Ainsi, grĂące Ă  la restauration scrupuleuse des orgues d’époque et la construction d’instruments typĂ©s, les organistes ont retrouvĂ© progressivement les sonoritĂ©s adaptĂ©es aux diffĂ©rentes littĂ©ratures europĂ©ennes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siĂšcles.

C’est dans ce contexte que Jean-Charles Ablitzer a initiĂ© Ă  Belfort et Grandvillars la construction d’instruments aux esthĂ©tiques sonores affirmĂ©es :
‱ Orgue italien (GĂ©rald Guillemin, 1979), Ă©glise Saint-Odile de Belfort
‱ Orgue nordique (Marc Garnier, 1984), temple Saint-Jean de Belfort
‱ Orgue espagnol (JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter, 2018), Ă©glise Saint-Martin de Grandvillars.

Le festival Musique et MĂ©moire s’est toujours attachĂ©  à mettre en situation les rĂ©pertoires associĂ©s Ă  ce patrimoine exceptionnel en crĂ©ant un Ă©crin dramatique adaptĂ© Ă  chaque univers sonore oĂč les voix, les instruments, la mise en lumiĂšre font Ă©cho aux Ă©mouvantes musiques de Correa de Arauxo, Frescobaldi, Praetorius, Buxtehude, Bach
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Ainsi, cet Ă©tĂ© nous valoriserons Ă  nouveau l’orgue espagnol de Grandvillars avec deux concerts successifs proposant une immersion dans l’univers de deux gĂ©ants de la musique espagnole : TomĂĄs Luis de Victoria (Requiem, Vox Luminis) et Francisco Correa de Arauxo (Tientos, Jean-Charles Ablitzer).

A travers ces deux programmes, il nous a semblĂ© essentiel de permettre aux mĂ©lomanes de mieux comprendre dans quel contexte artistique se situe cet instrument dont le rĂ©pertoire appartient Ă  une pĂ©riode extraordinaire de rayonnement culturel de l’Espagne en Europe (Le SiĂšcle d’Or).

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : En quoi les concerts d’orgue apportent-ils des Ă©lĂ©ments diffĂ©rents Ă  une programmation traditionnelle ?
 
Fabrice CREUX : Compte-tenu de son histoire, l’orgue est Ă©videmment un instrument singulier, comparable Ă  nul autre. Pour autant, la place qu’il occupe dans l’histoire de la musique et plus particuliĂšrement aux Ă©poques dĂ©fendues par le festival est absolument essentielle. Les plus grands compositeurs ont Ă©crit pour l’orgue, au premier rang d’entre eux, l’immense Johann Sebastian Bach !
Comment alors imaginer un projet artistique dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne qui ignorerait ce patrimoine ?  C’est Ă©videmment inconcevable. Aussi, profitant de la richesse du patrimoine local, nous avons tout naturellement donnĂ© Ă  sa littĂ©rature une place de choix dans chaque programmation, permettant aux auditeurs d’en apprĂ©cier la beautĂ©.

 

 

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CLASSIQUENEWS / CNC : Quels sont les aspects de ce double cd qui vous ont particuliĂšrement captivĂ© ?‹

Jean-Charles ABLITZER : L’enregistrement d’un double CD Ă©tait nĂ©cessaire pour pouvoir offrir un choix de piĂšces illustrant tous les styles d’écritures ainsi que l’ensemble des grandes Ă©coles d’orgue en Espagne. Il est clair que ces deux disques ne sont pas faits pour ĂȘtre Ă©coutĂ©s in extenso, mais ils offrent la possibilitĂ© de voyager dans le temps, de comparer des styles de composition. Ils permettent de comprendre l’évolution de l’écriture et font dĂ©couvrir l’art de la « mise en son », voire l’« orchestration » Ă  travers la registration choisie pour certaines piĂšces. Il faut se rappeler que ces formes d’écriture peuvent aussi ĂȘtre traduites par d’autres instruments que ceux Ă  clavier (harpe, luth ou ensembles instrumentaux). Le cĂŽtĂ© un peu « encyclopĂ©dique» d’un tel  survol musical n’est possible qu’à travers l’enregistrement, car seule cette forme de diffusion  permet de donner une vision d’ensemble de la musique espagnole dĂ©diĂ©e Ă  l’orgue. La dĂ©marche est diffĂ©rente de celle du concert, mais l’auditeur a aussi la possibilitĂ© d’« organiser » le programme d’écoute Ă  sa guise, grĂące Ă  la commande des plages Ă  distance.
L’autre aspect trĂšs sĂ©duisant de cette publication tient au fait que l’on peut dĂ©couvrir dans le livret  la beautĂ© de l’instrument Ă  travers les photos remarquables qui y sont publiĂ©es, le tĂ©moignage original des facteurs d’orgues sur l’engagement qu’ils mettent dans leur travail. L’ensemble, instrument, interprĂ©tation, travail Ă©ditorial, met en avant une rĂ©alisation collective, dans laquelle chacun a donnĂ© le meilleur de lui-mĂȘme.

 

 

Propos recueillis en mars 2019

 

 

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LIRE aussi notre CRITIQUE DU CD EL SIGLO DE ORO / Jean-Charles Ablitzer / CLIC DE CLASSIQUENEWS de mars 2019

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. El SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018). En 2 cd, remarquablement Ă©ditĂ©s (livret et illustrations de grande valeur, dĂ©taillant les qualitĂ©s de l’instrument ibĂ©rique rĂ©cemment inaugurĂ© Ă  Grandvillars, en oct 2018), le coffret Ă  l’initiative du festival Musique & MĂ©moire souligne l’Ɠuvre de dĂ©fricheur de l’organiste Jean-Charles Ablitzer (par ailleurs artiste associĂ© du Festival des Vosges du sud) ; sa recherche sur l’organologie Ă©largit toujours les champs de connaissances comme elle ne cesse de poser des questions sur la maniĂšre d’interprĂ©ter une trĂšs riche littĂ©rature musicale. S’agissant de l’orgue ibĂ©rique, voici un jalon indiscutable qui lĂšve le voile sur la diversitĂ© des Ă©critures comme l’originalitĂ© de la facture instrumentale Ă  l’époque de Charles Quint et de ses successeurs

 

 

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LIRE aussi notre ANNONCE du El Siglo de Oro :
CD événement, annonce. SIGLO DE ORO, Jean-Charles Ablitzer (2 cd Festival Musique & Mémoire 2018).

EmblĂ©matique de sa recherche musicale Ă  partir de la facture des orgues historiques, le festival Musique & MĂ©moire publie le nouveau disque de Jean-Charles Ablitzer qui joue sur l’orgue espagnol JoaquĂ­n Lois Cabello – Christine Vetter (2018) de l’église St. Martin de Grandvillars (France, Territoire-de-Belfort). La volontĂ© de rendre compte des possibilitĂ©s saisissantes de l’instrument ainsi rĂ©alisĂ© (inaugurĂ© au printemps 2018) est au cƓur d’un programme qui sous le titre du SiĂšcle d’or, Siglo de oro, cible l’apogĂ©e culturel et musical des Habsbourg, quand Cabezon et Cabanilles livraient la musique d’une dynastie soucieuse de sa grandeur comme de l’expression de sa propre spiritualitĂ©. DouĂ© de qualitĂ©s surprenantes, « l’orgue ibĂ©rique, avec ses sonoritĂ©s flamboyantes et contrastĂ©es, invente ses formes caractĂ©ristiques tels que le tiento, les diferencias ou encore la batalla. » Le programme est d’autant plus convaincant qu’il est l’objet d’une remarquable Ă©dition en 2 cd et un livret de 72 pages. C’est une claire manifestation de l’interaction entre l’ancrage dans un territoire, l’essor de la facture d’orgue qui s’y est implantĂ© et la complicitĂ© de longue date entre le Festival Musique & MĂ©moire (fleuron des festivals d’étĂ©) et l’organiste Jean-Charles Ablitzer. LIRE notre critique dĂ©veloppĂ©e du cd Siglo d’oro par Jean-Charles Ablitzer dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

Illustrations de l’entretien croisĂ© Fabrice Creux / Jean-Charles Ablitzer : © Michel Gantner 2019 / Festival Musique & MĂ©moire

 

 
 

 

LILLE, ONL. Alexandre BLOCH dirige la 3Ăš Symphonie de Mahler

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLELILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch pilote l’orchestre National de Lille, son orchestre puisqu’il en est le directeur musical, dans une Ă©popĂ©e Ă  risques, mais spectaculaire et singuliĂšre : les 9 symphonies de Gustav Mahler, architecte visionnaire dont le souffle, le goĂ»t des timbres, et le sens des Ă©tagements s’avĂšrent sous la baguette du maestro
 passionnants Ă  suivre. Jusqu’en juin 2019, le premier objectif est de jouer les 5 premiĂšres symphonies. Un marathon qui expose les musiciens Ă  de multiples dĂ©fis. AprĂšs les Symphonies 1 et 2, voici venir les 3 et 4 avril prochains, la symphonie n°3, moins connue car moins jouĂ©e. Un nouvel Ă©difice dont les dimensions correspondent manifestement Ă  l’Orchestre lillois que la grande forme ne fait pas fuir, bien au contraire. On l’a rĂ©cemment vu en fin de saison derniĂšre dans la flamboyance fraternelle, dĂ©jantĂ©e, humaniste de la partition Mass de Leonard Bernstein, formidable expĂ©rience humaine et artistique par laquelle chef et orchestre fĂȘtaient le centenaire Bernstein 2018. Un dispositif regroupant de nombreuses phalanges locales (orchestres d’harmonies, chorales et chƓurs, sans compter les chanteurs acteurs « jouant » leur partie sur la scĂšne de ce rituel paĂŻen polymorphe
 Et si la maestro savait mieux qu’aucun autre, rĂ©tablir l’humain au cƓur de partitions pourtant colossales ?
Entretien avec Alexandre Bloch à propos de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler, à l’affiche du Nouveau Siùcle à Lille le 3 avril (concert repris le 4 avril à la Maison de la culture d’Amiens). Propos recueillis en mars 2019.

 

 

 

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille poursuivent leur cycle MAHLER 2019 

Les enjeux de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler

  

 

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QUELQUES CLÉS DE COMPRÉHENSION
 POUR LA 3Ăšme de MAHLER. En 2019, cap sur Mahler : un nouvel eldorado dont les promesses ciblent le grand frisson symphonique. Pour mieux comprendre la structure et le sens de ce nouvel opus, nous avons posĂ© quelques questions au Maestro, qui venait de diriger en Allemagne, la symphonie la plus sombre et bouleversante de Tchaikovski, le 6Ăš (« PathĂ©tique », le 18 mars dernier Ă  la Tonhalle de DĂŒsseldorf, Ă  la tĂȘte du DĂŒsseldorfer Symphoniker).
« C’est un Ă©cart total d’une symphonie Ă  l’autre”, nous prĂ©cise Alexandre Bloch. « Si la 6Ăš et derniĂšre symphonie de Tchaikovski est des plus tragiques, la 3Ăš de Mahler s’achĂšve dans l’espĂ©rance, mais Ă  la diffĂ©rence de la 2Ăš, RĂ©surrection, il n’y est pas question de la souffrance ni des peines inĂ©vitables qui sont le prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la rĂ©surrection finale. Dans la 3Ăš Symphonie, Mahler exprime son admiration pour la Nature, pour toutes les crĂ©atures terrestres. Et comme les prĂ©cĂ©dentes, la 3Ăš prĂ©pare au dernier mouvement qui incarne un fabuleux message d’optimisme et de sĂ©rĂ©nité ».

Parmi les temps forts de l’opus achevĂ© Ă  l’étĂ© 1896 (mais qui ne sera crĂ©Ă© qu’en
 1902), le chef distingue l’ampleur du premier mouvement : « c’est l’un des plus longs et des plus dĂ©veloppĂ©s jamais Ă©crits par Mahler ; c’est un monde Ă  lui seul, et terminĂ© en dernier, comme une piĂšce Ă  part, distinct des 5 autres parties. Le souffle emporte cette premiĂšre et vaste fresque prĂ©liminaire dans laquelle le compositeur affirme si l’on en doutait, son gĂ©nie du contrepoint. La force d’évocation y est spectaculaire. »

 

 

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 Notez-vous d’autres points importants ? « L’intelligence de la construction est comme pour les symphonies prĂ©cĂ©dentes, captivante. Mahler est un architecte : les 3 premiers mouvements s’inscrivent dans la terre (d’oĂč leurs couleurs graves et sombres) ; les 3 derniers expriment une Ă©lĂ©vation progressive, jusqu’à l’Adagio final, – en rĂ© majeur, vaste chant d’amour. J’aimerai aussi souligner le champs des expĂ©rimentations que dĂ©veloppe Mahler sur le plan instrumental : je retrouve comme dans la 2Ăš Symphonie, des alliages souvent remarquables par leur pertinence, leur justesse, entre autres, dans l’évocation des espĂšces terrestres, vĂ©gĂ©tales et animales (2Ăš et 3Ăš mouvements) mais il ne s’agit pas de simples descriptions car le langage de Mahler va au delĂ  de l’illustration (
) ; Enfin, la 3Ăš est traversĂ©e par une hauteur de vue phĂ©nomĂ©nale : la 2Ăš nous parlait du destin de l’homme ; ici, il s’agit d’un hymne Ă  la Nature, de la place de l’homme ; la vision est trĂšs large et bien sĂ»r l’on peut parler du panthĂ©isme de Mahler, lequel s’accomplit dans le sublime Adagio final ».

  

 

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LILLE, les 3 et 4 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille. 20h. RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

 

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Illustrations : Alexandre Bloch (© Ugo Ponte / ONL) – Gustav Mahler

  

 

 

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LIRE notre prĂ©sentation du concert : Symphonie n°3 de Gustav Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille :
http://www.classiquenews.com/lille-3eme-symphonie-de-mahler-par-lorchestre-national-de-lille/

 

VISITER le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

 

 

 

VISIONNER les Symphonies de Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille sur la chaüne Youtube de l’ONL / Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/user/ONLille/videos
(Accessibles : les symphonies n°1 Titan, n°2 RĂ©surrection, de nombreux entretiens et explications sur les symphonies par les musiciens de l’orchestre, par Alexandre Bloch

 

 

 

 

 

VOIR la Symphonie n°3 de Mahler par Leonard Bersntein / Wiener Philharmoniker / VIENNE 1973
https://www.youtube.com/watch?v=1AwFutIcnrU
 
 

 
 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Orchestre Symphonique royal d’Oman.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Orchestre Symphonique royal d’Oman. Sur scĂšne, en formation restreinte, une quinzaine d’instrumentistes dont pas moins de 5 femmes musiciennes, bel Ă©largissement des profils au sein de l’orchestre. Le programme est divers : il a la claire intention de dĂ©montrer l’ouverture du rĂ©pertoire de l’orchestre comme sa volontĂ© d’aborder tous les styles d’écriture. L’Orchestre symphonique royal d’Oman (ROSO / Royal Oman Symphony Orchestra) a Ă©tĂ© fondĂ© en 1985 par le Sultan d’Omar, le sultan Qabus, lui-mĂȘme grand mĂ©lomane, ayant Ă©tĂ© marquĂ© par la musique classique europĂ©enne lors de sa formation Ă  l’AcadĂ©mie royale militaire de Sandhurst (Royaume-Uni).
BasĂ© Ă  Mascate, capitale du sultanat d’Oman, l’orchestre n’est composĂ© que de musiciennes et musiciens arabes. Son premier concert remonte Ă  1987. C’est l’un des fleurons de l’activitĂ© musicale Ă  Mascate avec le nouvel OpĂ©ra inaugurĂ© en 2011 (Royal Opera House Muscat).

Ce soir, devant une salle comble (au 2Ăš sous sol du bĂątiment), on ne peut guĂšre juger du niveau de l’orchestre en son entier car ce n’est qu’une partie de la formation qui est l’invitĂ©e de l’Auditorium de l’IMA Institut du Monde Arabe Ă  Paris. Dans ce dispositif, rĂ©duit en orchestre de chambre, certains pupitres sont Ă  un instrument (contrebasse, violoncelle). Le Sultanat d’Oman Ă©tant l’invitĂ© du Salon du livre (Ă©vĂ©nement simultanĂ© au concert), a choisi de donner ce programme, emblĂšme de son ouverture culturelle vers l’Occident.

 
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Ce sont de fait plusieurs compositeurs europĂ©ens qui sont ainsi jouĂ©s : parmi une collection Ă©clectique, on distingue les deux mouvements nerveux, majestueux de la Symphonie n°44 de Haydn ; la prĂ©sence de Desmarest, compositeur baroque du XVIIĂš français suffisamment rare mĂȘme en France pour ĂȘtre mentionnĂ© (somptueuse Passacaille de VĂ©nus et Adonis, pleine de souplesse amoureuse, en son balancement nostalgique qui se souvient Ă©videmment de Lully) ; sans omettre, la Pavane pour une Infante dĂ©funte de Ravel qui berce elle aussi par sa caresse suspendue, ses climats qui portent au rĂȘve, par le seul chant des cordes. Les spectateurs auront mesurĂ© le talent de l’oboĂŻste soliste, placĂ© devant l’orchestre dans le fameux Oblivion de Piazzolla. Puis comme un formidable lever de rideau, portĂ© par la lumiĂšre, le premier mouvement de la symphonie n°29 de Mozart dont l’urgence de l’écriture contraste avec ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©.

On ne peut que souligner la pertinence d’un tel programme et les promesses qu’il fait naĂźtre. Il faut dĂ©sormais aller jusque dans la PĂ©ninsule arabique et Ă©prouver sur le terrain, Ă  Mascate, l’activitĂ© de l’orchestre et aussi saisir dans son architecture minĂ©rale et prismatique, la vitalitĂ© de l’opĂ©ra du Sultanat d’Oman. La culture rayonne en favorisant l’ouverture et le partage. Cette soirĂ©e en tĂ©moigne. D’autant plus que la cĂŽte de ce pays aux contours idylliques, offre des paysages Ă  couper le souffle ; c’est du moins ce que laissent entendre la collection de superbes photos Ă  caractĂšre touristique, exposĂ©es sur des pupitres de bois, dans la salle hypostyle qui prĂ©cĂšde immĂ©diatement le vaste auditorium de l’IMA oĂč se tenaient les musiciens. A suivre.

  

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, concert. PARIS, IMA, le 17 mars 2019. Haydn, Albinoni, Warlock, Piazzolla, Ravel, Desmarest, Mozart, Pachelbel
 Orchestre Symphonique royal d’Oman.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, les 13, 14 mars 2019. Festival CLASSICAVAL opus 2 (26Ăšme Ă©dition). FrĂ©dĂ©ric Lagarde, piano & friends.‹

COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, Festival CLASSICAVAL opus 2, les 13, 14 mars 2019. FrĂ©dĂ©ric Lagarde, piano & friends. En Savoie, au pied du Glacier des sources de l’IsĂšre, Val d’IsĂšre (le bien nommĂ©) est la station de ski bien connue (et Ă  juste titre) des amateurs de glisse, de neige, de pistes spectaculaires
 C’est aussi grĂące aux deux volets du festival d’Hiver CLASSICAVAL, une escale hivernale dĂ©sormais incontournable dans l’agenda des festivals de musique classique en France. Le skieur peut s’y dĂ©fouler comme il se doit, le matin et l’aprĂšs midi ; puis, se dĂ©tendre au moment du concert qui a lieu dans l’église du village Ă  18h30. Depuis ses dĂ©buts, le festival cultive l’art du chambrisme le plus ciselĂ©, invitant pas moins de quatre directeurs artistiques qui alternent d’une annĂ©e Ă  l’autre et Ă©laborent chacun comme un jardin musical qui est une aventure Ă  la fois humaine et artistique ; ainsi en mars 2019, c’est le pianiste FrĂ©dĂ©ric Lagarde qui a conçu chaque programme de mars 2019 ; a choisi ses partenaires musiciens pour en relever les multiples dĂ©fis.

 

 

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Tout le mĂ©rite lui revient : habituĂ© et familier de l’évĂ©nement (il Ă©tait prĂ©sent dĂšs la 2Ăš Ă©dition, ce qui remonte Ă  loin puisque Classicaval affiche en 2019 sa dĂ©jĂ  26Ăš Ă©dition), FrĂ©dĂ©ric Lagarde n’en oublie pas moins de surprendre ni de retenir des partitions redoutables dans leur rĂ©alisation. Le goĂ»t du risque (et des standards plus connus) comme les combinaisons instrumentales originales seraient-ils ce sel nĂ©cessaire pour que, Ă  chaque Ă©dition, se rĂ©alise la magie du concert ?

 

HIVER 2019. Festival CLASSICAVAL Ă  Val d'IsĂšre
 

  

 
 

Ski et concerts classiques : l’équation magique

 

 

classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019Depuis ses premiĂšres propositions, le public avalin apprĂ©cie d’ĂȘtre conduit dans une traversĂ©e musicale qui se lit et se vit de soirĂ©e en soirĂ©e ; mais les dĂ©fis y sont joyeusement dĂ©passĂ©s tant la cohĂ©sion humaine et artistique que le pianiste sait prĂ©server et diffuser autour de lui, stimule les ardeurs. Rien de routinier ni de tranquille au concert. L’église de Val d’IsĂšre regroupe une troupe de talents complĂ©mentaires qui vibrent collectivement et transmettent le plaisir du jeu collectif. Cette formulation peut valoir pour le sport en Ă©quipe. MĂȘme respect de l’autre, mĂȘme obligation de complicité  et pour le public, qu’il soit averti ou nĂ©ophyte, s’accomplit la promesse d’une nouvelle expĂ©rience saisissante. Pour preuve, la rĂ©alisation des deux derniers concerts auxquels nous avons assistĂ© cette annĂ©e.

 

 

 

 

Mercredi 13 mars 2019
val-d-isere-eglise-festival-classicaval-concerts-par-classiquenews-festival-hiver-saisonSoirĂ©e de chambrisme intense et de courage artistique aussi, car le concert du 13 mars 2019 porte avec Ă©loquence les fondamentaux du festival Classicaval Ă  Val d’IsĂšre : partage, transmission, et cette annĂ©e, audace des rĂ©pertoires. De surcroĂźt dans un dispositif instrumental aussi surprenant que
 captivant Pilote facĂ©tieux et superbement articulĂ© au clavier, FrĂ©dĂ©ric Lagarde a Ă©laborĂ© une programmation digne des plus grands festivals de musique, tout en s’appuyant sur l’intimisme du lieu, lequel donne son identitĂ© au cycle de concerts en l’église Saint Bernard de Menton. A nouveau cette annĂ©e, – en ce 2Ăš volet de l’édition 2019 (le prĂ©cĂ©dent s’est tenu en janvier), force est de distinguer l’excellente acoustique de l’église de Val d’IsĂšre : chaque timbre est idĂ©alement projetĂ© ; et les concertistes chambristes n’ont aucun besoin de forcer le trait ni amplifier leurs efforts pour se faire entendre : ils n’ont qu’à colorer et phraser chaque nuance. VoilĂ  qui explique aussi la rĂ©ussite du cycle musical dans son entier. De fait, la nef est pour chaque concert, pleine Ă  craquer. Les organisateurs ont mĂȘme dĂ» refuser du monde.

EntrĂ©e et superbe lever de rideau plein de charme, d’Ă©nergie et d’humour, le premier mouvement de la Sonate alla turca de Mozart, ouvre le bal. FacĂ©tieux, lĂ©ger mais musicien d’une rare finesse d’articulation, FrĂ©dĂ©ric Lagarde ouvre avec Ă©lĂ©gance et mĂȘme irrĂ©vĂ©rence le thĂšme de ce soir, « les musiciens et l’orient”. Le pianiste (et directeur artistique en alternance Ă  CLASSICAVAL), conçoit un programme qui suit son sujet et mĂȘme surprend invitant l’excellent oboĂŻste qui est aussi transcripteur inspirĂ©, David Walter dans une rĂ©Ă©criture enchantĂ©e, enivrante de trois sĂ©quences issues des Contes de Ma mĂšre l’Oye, soit 3 joyaux d’orchestration et de timbres ciselĂ©s : Laideronnette impĂ©ratrice des pagodes, la belle et la bĂȘte, le jardin fĂ©erique. RĂ©unis en quintette Ă  vents, avec piano, les 6 solistes de cette Ă©dition enivrent littĂ©ralement par la fusion des timbres, enveloppants et caractĂ©risĂ©s ; par leur Ă©coute et leur plaisir (affichĂ©, manifeste, rĂ©jouissant) du jeu collectif. A leur mesure et souci de clartĂ©, rĂ©pond la qualitĂ© de l’acoustique ; en dĂ©coule, pendant tout le concert, cette voluptĂ© onirique des teintes et nuances qui n’appartiennent qu’Ă  Ravel. D’autant que de la verve du compositeur (qui revisite les contes de Perrault), les instrumentistes n’oublient pas de dĂ©fendre la grande suggestion comme l’esprit de pudeur ; l’écriture ravĂ©lienne est celle d’un gĂ©nie des Ă©quilibres et alliages instrumentaux : cela s’entend. Dans ce dispositif oĂč brille l’association flĂ»te / hautbois, basson / cor / clarinette, l’écriture de Ravel sonne comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, capable de nuances, d’accents nouveaux.
Comme si l’oeuvre jaillissait dans une Ă©nonciation inĂ©dite et intense qui renforce l’expressivitĂ© rĂ©parti instrumentale. A travers la prĂ©sence des instruments, c’est comme un hommage aux pupitres des vents, cuivres et surtout bois qui s’affirme ainsi, dans une Ă©loquence et une palpitation sonore, dĂ©cuplĂ©e. L’invention et l’imaginaire de Ravel y gagnent un relief presque mordant. Toujours sĂ©ducteur. VoilĂ  qui permet de reĂ©couter les partitions, de les rĂ©estimer pour ce qu’elles sont : de formidables poĂšmes oniriques.

Puis FrĂ©dĂ©ric Lagarde invite Ă  traverser l’Ɠuvre de Debussy : d’Arabesque pour piano seul (d’une envoĂ»tante suavitĂ© elle aussi), nous voici bercĂ©s, caressĂ©s par la ligne aĂ©rienne et liquide (Ă  la fois) de la flĂ»tiste Annabelle Meunier dans plusieurs piĂšces pour flĂ»te et piano ; son chant naturel comme improvisĂ©, fait imploser tout cadre formel, tant son dessin et ses ses volutes sonores sont proches de la confession naturelle et du murmure idyllique.

 

 

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Enfin, au chant des instruments, rĂ©pond le timbre Ă©mouvant de la soprano japonaise Shigeko Hata, douceur tragique cependant dotĂ©e d’une puissance d’émission naturelle, la jeune diva enchante l’audience dans deux airs de l’opĂ©ra de Puccini (Madama Butterfly) : soutenue et portĂ©e par tous les instrumentistes, la cantatrice-actrice fait vibrer l’Ă©crin acoustique de l’Ă©glise Saint Bernard de Menton : surgit ainsi la priĂšre digne et tragique de l’hĂ©roĂŻne Cio-Cio-San (Ă  l’acte II), jeune geisha Ă©prouvĂ©e jusqu’à la mort mais qui reste Ă©tonnamment droite et dĂ©terminĂ©e face Ă  l’adversitĂ© (« Un bel di vedremo », priĂšre de l’amoureuse qui attend le retour de son « mari » au port de Nagasaki). Quelle belle idĂ©e de croiser chant des instruments et airs d’opĂ©ra, en une seule et mĂȘme soirĂ©e.

 

  

 

 

Nouvelle Ă©dition de CLASSICAVAL Ă  Val d’IsĂšre (26Ăšme)

RAVEL, R. STRAUSS
 transcriptions enchanteresses

 

Festival CLASSICAVAL au Val d'IsĂšre : 8, 9 et 10 mars 2016

 

 

 

Jeudi 14 mars 2019
Le lendemain, jeudi 14 mars 2019, mĂȘme lieu (Ă©glise Saint-Bernard de Menton), mĂȘme heure (18h30), mais programme diffĂ©rent, – celui lĂ  aussi captivant et peut-ĂȘtre mĂȘme, plus surprenant que la veille, par les oeuvres choisies et lĂ  encore, la formation proposĂ©e pour les jouer.

Les festivaliers retrouvent ce qui a fait l’intĂ©rĂȘt du concert prĂ©cĂ©dent la prĂ©sence d’un quintette Ă  vent (flĂ»te, hautbois, basson, cor et clarinette). OĂč brillent en particulier au sein dune troupe amicale et trĂšs complice, le hautbois de David Walter (en rĂ©alitĂ© l’instrumentiste joue aussi du cor anglais), et la bassoniste Rie Koyama (basson solo de l’Orchestre de Chambre de BrĂȘme). La superbe Ă©loquence en dialogue des deux solistes articule les 5 piĂšces de Bruch opus 83 (initialement pour alto et clarinette) : aĂ©rien, volubile, le hautbois (ou le cor anglais), les deux instruments sont jouĂ©s, prĂ©sentĂ©s par David Walter, finit par adoucir les saillies pleines de caractĂšre du basson, et les deux en fusion Ă©motionnelle, colorent la langueur, – il est vrai brahmsienne, de la  4 Ăšme piĂšce dont les deux excellents solistes creusent la courbe de la suprĂȘme mĂ©lancolie Ă  deux voix.
C’est une vĂ©ritable dĂ©couverte que de mesurer l’art des nuances dĂ©fendues par les deux solistes ; ils sont plus qu’inspirĂ©s par la partition : Ă©lectrisĂ©s, en un chambrisme haletant, trĂšs finement caractĂ©risĂ©. Au piano, FrĂ©dĂ©ric Lagarde est un complice volubile et stimulant.
Le parcours de ce soir intitulé « Soirée romantique en Allemagne », fait aussi entendre de somptueux lieder de Schubert (dont Marguerite au rouet, Ganymed) ici trÚs investi par le clarinettiste invité.
Mais il fallait bien maintenir le cap de l’audace et du chambrisme le plus original, dans un nouveau jeu de transcriptions qui rĂ©vĂšle autrement des oeuvres pourtant connues ; c’est le cas des lieder de Richard Strauss, au tissu raffinĂ© et dense, d’un lyrisme Ă©perdu et crĂ©pusculaire, dont FrĂ©dĂ©ric Lagarde et David Walter ont transcrits les Quatre derniers. Initialement pour orchestre, dans ce grand bain symphonique particuliĂšrement flamboyant et lunaire, chaque lied retranscrit pour la formation du festival CLASSICAVAL de mars 2019, s’offre une nouvelle parure (somptueusement articulĂ©e), la rĂ©duction de l’effectif jouant sur les couleurs, l’ équilibre sonore, surtout la cohĂ©rence enveloppant le timbre souple et douĂ© d’une trĂšs solide ligne vocale de la soprano Shigeko Hata dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e la veille dans Puccini.
Le veloutĂ© du chant, le souffle Ă©gal et soutenu, la conduite du texte sont particuliĂšrement convaincants, et en complicitĂ© avec le jeu concertant des instrumentistes, l’éblouissante voluptĂ© des lieder straussiens diffuse son charme capiteux ; c’est un concertino pour voix Ă  l’irrĂ©sistible pouvoir d’attraction. Comme le soir prĂ©cĂ©dent, l’interprĂ©tation sĂ©duit, surprend, captive : le mĂ©lomane habituĂ© Ă  la version originale pour voix et orchestre, redĂ©couvre ici les Ɠuvres, sans rien regretter de la nouvelle formulation. Reconnaissons aux transcripteurs, David Walter et FrĂ©dĂ©ric Lagarde, un talent rĂ©el pour adapter les partitions selon l’effectif concernĂ©, sans entamer ce qui constitue leur essence poĂ©tique ni leur saveur expressive. Belle gageure remarquablement dĂ©fendue Ă  Val d’IsĂšre pour ce nouveau Classicaval 2019. Nous sommes dĂ©jĂ  impatients de vivre l’annĂ©e prochaine de nouveaux moments musicaux de cette qualitĂ© Ă  Val d’IsĂšre.

 

 
 

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classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019COMPTE-RENDU, critique, Festivals. VAL D’ISERE, festival CLASSICAVAL 2019, les 13 et 14 mars 2019. FrĂ©dĂ©ric Lagarde, direction artistique. Chaque festival Classicaval Ă  Val d’isĂšre se dĂ©roule en janvier (opus I), puis en mars (opus II). C’est l’occasion exceptionnelle de suivre plusieurs concerts de musique de chambre souvent passionnants au pieds des pistes, Ă  l’époque oĂč la neige et des paysages Ă  couper le souffle s’offrent aux visiteurs de la station la plus authentique de Savoie. Cette Ă©dition de mars 2019 a suscitĂ© un succĂšs publique jamais constatĂ© auparavant ; l’église de Saint-Bernard de Menton faisant le plein et au-delà


Plus d’infos : visitez le site du festival CLASSICAVAL de Val d’Isùre : https://www.festival-classicaval.com/index.php

 

  

 

REPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. Pourquoi mettre en scĂšne l’ouvrage de Godard, opĂ©ra fĂ©erique, infernal et onirique crĂ©Ă© en 1890 Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris ? PrĂ©sence du chƓur (personnage Ă  part entiĂšre et d’une force « verdienne »), tableaux spectaculaires dont l’acte des enfers ; personnages intenses, absolus (Dante et sa muse bien aimĂ©e BĂ©atrice) ; second couple exaltĂ©, noir pour Bardi ; portĂ© par la bontĂ© (Gemma), surtout raffinement et souplesse d’un orchestre somptueux
 et si Dante Ă©tait le chef d’oeuvre oubliĂ© de l’opĂ©ra romantique français ? Godard Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant sait fusionner le meilleur de Bizet, Massenet, Verdi et mĂȘme Tchaikovski. Un ouvrage majeur, aujourd’hui ressuscitĂ© par les forces vives de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. PrĂ©sentation, explication
 reportage par © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2019

 
 
 

 

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VOIR aussi notre REPORTAGE 1 :

dante opera de saint etienneREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

 

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard,rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

http://www.classiquenews.com/teaser-video-dante-de-benjamin-godard-a-lopera-de-saint-etienne-81012-mars-2019/

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)  

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

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REPORTAGE 2/2 : PrĂ©sentation de la partition ; pourquoi remonter aujourd’hui Dante de Benjamin Godard ? Et si Dante Ă©tait un ouvrage majeur de l’opĂ©ra romantique français, oubliĂ©, enfin rĂ©vĂ©lĂ© ?

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard, rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

http://www.classiquenews.com/teaser-video-dante-de-benjamin-godard-a-lopera-de-saint-etienne-81012-mars-2019/

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. TOURCOING, le 7 fév 2019. MOZART : La Clémence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti.

titus-clemence-tourcoing-duffau-tilquin-boucher-mozart-critique-opera-trio-classiquenews-compte-rendu-critiqueCOMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. TOURCOING, le 7 fĂ©v 2019. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti. Tourcoing, fabrique lyrique unique. Presque un aprĂšs la disparition de son fondateur Jean-Claude Malgoire (le 14 avril 2018), L’Atelier Lyrique poursuit trĂšs haut cette exigence salvatrice et magicienne qui rĂ©alise l’équation tĂ©nue du chant, de la musique, et du thĂ©Ăątre. DĂ©tenteur d’un secret fĂ©dĂ©rateur, Jean-Claude Malgoire comme nul autre, savait choisir les Ɠuvres, les interprĂštes, surtout ses complices Ă  la mise en scĂšne : une intelligence globalisante unique qui a permis et permet encore aujourd’hui, de proposer des lectures toujours justes et fines des oeuvres du rĂ©pertoire ou moins connues. Une vision et une façon de travailler qui font dĂ©sormais la rĂ©putation de la ville de Tourcoing.

C’est assurĂ©ment le cas de cette nouvelle production du dernier seria de Wolfgang, La ClĂ©mence de Titus (crĂ©Ă©e Ă  Prague en septembre 1791). InspirĂ© de Racine (moins du sujet que de sa vision intimiste et psychologique) et d’abord du livret de MĂ©tastase, la partition tĂ©moigne du dernier Mozart, lequel avec son librettiste Mazzola, tout en rĂ©pondant Ă  une commande de circonstance (pour le couronnement de l’Empereur Leopold II), propose sa version du genre seria : Ă©purĂ©e, franche, directe. En deux parties, l’action ne faiblit pas et musicalement produit des enchaĂźnements fabuleux qui renforcent ce flux orchestral inĂ©dit, d’un souffle expressif nouveau – dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© dans son seria antĂ©rieur Idomeneo (n’écoutez que la succesion des airs finaux du I, depuis le fameux « Parto » de Sesto, au trio puis Ă  l’incendie de Rome et au chƓur funĂšbre qui pleure la mort supposĂ©e de l’Empereur
.). Tout cela est d’un sang neuf, visionnaire mĂȘme.

 
 
 

A Tourcoing, poursuite d’une excellence lyrique
TITUS ou l’opĂ©ra du cƓur

 

 

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Ici, un vrai travail d’équipe Ă©claire dans l’opĂ©ra politique de Mozart, sa force Ă©motionnelle qui distingue les personnalitĂ©s clĂ©s de Titus et Vitellia
 Le chef Emmanuel Olivier qui a travaillĂ© avec Jean-Claude Malgoire, prolonge l’esprit de troupe et cette implication collective qui continue de distinguer Tourcoing des autres foyers de crĂ©ation lyrique. La direction est vive, imaginative, au diapason d’une partition affĂ»tĂ©e dont il sait souligner la force dramatique (malgrĂ© les idĂ©es fausses distillĂ©es contre elle). Le brio et la sensualitĂ© sombre des airs avec la clarinette d’amour (ou clarinette de basset), pour l’air prĂ©citĂ© de Sesto : « Parto » au I ; ou avec le cor de basset pour l’air capital de Vitellia « Non piĂč di fiori »), l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, l’allant des cordes (dĂšs l’ouverture), et chaque final (avec chƓur) 
 au dessin Ă  la fois claire et puisant, accrĂ©ditent une direction que n’aurait pas reniĂ© Malgoire lui-mĂȘme.
D’autant que Titus Ă©tait son opĂ©ra prĂ©fĂ©rĂ©. On peut dĂ©duire que le choix du maestro dĂ©funt quant au metteur en scĂšne, Ă©tait lui aussi capital. La prĂ©sence de Christian Schiaretti est Ă©vidente ; les deux hommes ont travaillĂ© Ă  Tourcoing pour 12 productions, dont un somptueux PellĂ©as crĂ©Ă© en 2015, repris Ă  Tourcoing en 2018 ; cette ClĂ©mence aurait du ĂȘtre leur 13Ăš. S’y cristallise le vƓu esthĂ©tique de Malgoire : la fusion parfaite du thĂ©Ăątre et de la musique ; l’un et l’autre ne tirant jamais la couverture Ă  soi, surtout pas au dĂ©triment de l’autre. De sorte que sur scĂšne, se dĂ©ploie une action lyrique produite comme une piĂšce de thĂ©Ăątre (Ă©conomie et lisibilitĂ© discrĂšte des dĂ©cors / peut-ĂȘtre davantage de lumiĂšre parfois aurait Ă©tĂ© profitable, en particulier pour Ă©clairer le relief mordant et essentiel ici des rĂ©citatifs, parmi les mieux Ă©crits des opĂ©ras mozartiens ; qu’ils aient Ă©tĂ© pour partie Ă©crits par son Ă©lĂšve SĂŒsmayer
). Qu’importe l’Ɠil du compositeur a veillĂ© Ă  la cohĂ©rence dramatique, Ă  la force de l’architecture globale, Ă  la violence des passions qui s’affrontent, rĂ©vĂ©lant comme toujours chez Mozart, la vĂ©ritĂ© des Ăąmes, et la sincĂ©ritĂ© des cƓurs.
Conçue comme un thĂ©Ăątre simplifiĂ©, presque symbolique (Le serment des Horaces de David n’est pas loin), la scĂšne lyrique prend souvent des airs de bas-relief antique dont le diamant synthĂ©tique du texte, l’intensitĂ© Ă©motionnelle des airs accrochent l’écoute par leur justesse et leur vĂ©ritĂ©.

 

 

 

 

 

LES CHANTEURS
 Piliers de la distribution, trois voix se distinguent nettement. La vaillance du tĂ©nor JĂ©rĂ©my Duffau dans le rĂŽle-titre fait mouche. On lui reprocherait certaines notes mal nĂ©gociĂ©es ou des aigus parfois tendus
 n’empĂȘche, la franchise de l’émission et l’intonation globale crĂ©dibilisent son incarnation, une rĂ©alisation solide d’un empereur tiraillĂ© entre devoir et affection (pour Sesto, voire davantage), en proie Ă  l’inflexibilitĂ© mais au final, portĂ© par cet idĂ©al des LumiĂšres qui en fait un Prince vertueux et
 clĂ©ment. S’il sait pardonner Ă  ceux qui ont intriguĂ© pour sa mort, Sesto et Vitellia, Titus sait aussi les tenir fermement, les obligeant Ă  un vƓu de loyautĂ© s’ils veulent dĂ©sormais conserver la vie. Cette tension politique est bien prĂ©sente, idĂ©alement incarnĂ©e par la posture du tĂ©nor.

 

 

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 Marc Boucher (Publius)

 

 

Double discret et permanent, Ă  la silhouette d’acteur trĂšs aboutie, Ă  la fois souple et investie, le Publio du baryton Marc Boucher soigne les nuances de son personnage dont il fait le garant coĂ»te que coĂ»te de l’autoritĂ© impĂ©riale. En lui s’affirme malgrĂ© les avatars et pĂ©ripĂ©ties de l’action, une conscience politique et morale imperturbable, de surcroĂźt dotĂ©e surtout d’une clairvoyance exceptionnelle : c’est lui qui rĂ©vĂšle au dĂ©tour d’une tirade (II) que la relation entre Titus et Sesto serait de nature amoureuse
 Le chanteur, ailleurs trĂšs fin diseur (il poursuit l’enregistrement de mĂ©lodies françaises, travail Ă  long terme et d’un apport majeur, hier dĂ©diĂ© Ă  FaurĂ©, prochainement Ă  Massenet). La couleur du timbre est superbe (il fut cet Ă©tĂ© Ă  QuĂ©bec un Golaud embrasĂ©) et par son seul air (au II dĂ©cidĂ©ment), le baryton canadien, ciselant le mĂ©tal argentĂ© de ses rĂ©citatifs, apporte une Ă©paisseur remarquable au rĂŽle qui assoit aussi harmoniquement les ensembles auxquels il participe.

 
 

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Marc Boucher (Publio) et Jérémy Duffau (Titus)

  

 

Enfin, torche vivante et palpitante qui fait de Titus un opĂ©ra du cƓur avant d’ĂȘtre un manifeste politique, la soprano suisse ClĂ©mence Tilquin illumine les planches par l’intelligence captivante de sa Vitellia : aussi haineuse, infecte, manipulatrice au I (envoĂ»tant Sesto jusqu’à en faire l’assassin de l’Empereur), que ravagĂ©e par la culpabilitĂ© de son intrigue criminelle au II, – hyĂšne dĂ©truite, vĂ©ritablement terrassĂ©e par une triple prise de conscience : celle du meurtre qu’elle a pilotĂ© (contre Titus), celle de la trahison Ă  Sesto (exploitant l’amour de ce dernier dont elle n’avait pas su mesurer jusque lĂ   la puissance ni la sincĂ©ritĂ©), enfin celle de sa propre lĂąchetĂ© qui lui inspirent alors dans son air essentiel « Non piĂč di fiori », le sentiment de sa mort. Il est vrai que le jeu tout en simplicitĂ© et profondeur onirique du clarinettiste Lorenzo Coppola (jouant alors du cor de basset Ă  l’exotisme lugubre et glaçant) renforce l’impact ahurissant de cet air qui bien qu’il ait Ă©tĂ© recyclĂ© dans l’opĂ©ra, fonctionne Ă  merveille, faisant de Vitellia, le personnage clĂ© de la partition par cette sublime mĂ©tamorphose (l’intrigante est saisie par une humanitĂ© inconnue qui la dĂ©passe soudainement). Une passionnante prise de rĂŽle qui confirme les vertus dramatiques et vocales de la jeune soprano, dĂ©jĂ  remarquĂ©e par CLASSIQUENEWS pour son interprĂ©tation du rĂŽle de Colombe dans Ascanio de Saint-SaĂ«ns, opĂ©ra rĂ©vĂ©lĂ© en 2018 par le chef Guillaume Tourniaire (CLIC de classiquenews d’octobre 2018).

 

 

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Amaya Dominguez (Sesto) et Clémence Tilquin (Vitellia)

  

 

ThĂ©Ăątrale et intimiste, d’une Ă©pure et lisibilitĂ© affĂ»tĂ©e, bien dans l’esprit de l’écriture mozartienne, cette nouvelle production de La ClĂ©mence de Titus prolonge la leçon de Jean-Claude Malgoire. La continuitĂ© est donc assurĂ©e Ă  Tourcoing. Une « aventure » qui se poursuit et comptera un nouveau volet passionnant du 17 au 21 mai prochains avec la burletta d’une ineffable finesse, L’Occasione fa il ladro de Rossini, autre production choisie par Jean-Claude Malgoire, et dirigĂ©e Ă©galement par Emmanuel Olivier (avec les mĂȘmes JĂ©rĂ©my Duffau et ClĂ©mence Tilquin)
 A suivre.

  

  
  
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. TOURCOING, le 7 fév 2019. MOZART : La Clémence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti.

Wolfgang Amadeus Mozart : La Clémence de Titus (1791)
OpĂ©ra en deux actes – Livret de Caterino Mazzola d’aprĂšs Pietro Metastasio

Tito: Jérémy Duffau, ténor
Vitellia: Clémence  Tilquin, soprano
Sesto: Amaya Dominguez, mezzo-soprano
Annio: Ambroisine Bré, soprano
Servilia: Juliette Raffin Gay, soprano
Publio: Marc Boucher, baryton-basse

ChƓur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Direction musicale : Emmanuel Olivier
Mise en scĂšne : Christian Schiaretti

 

 

 

 

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Approfondir
LIRE nos dossiers dédiés au dernier seria de Mozart La Clémence de Titus de Mozart
http://www.classiquenews.com/tag/la-clemence-de-titus/

 

 

VOIR notre reportage vidéo de la production de Pelléas et Mélisande par le duo Schiaretti et Malgoire, créée en 2015, reprise à Tourcoing en mars 2018 pour le centenaire Debussy

 

ENTRETIEN avec Timothée PICARD. A propos de « Anatomie de la folle lyrique »

thumbnail_afl_plat1ENTRETIEN avec TimothĂ©e PICARD. A propos de « Anatomie de la folle lyrique »  TimothĂ©e Picard a Ă©crit la postface du livre que vient d’éditer La Philharmonie : “ Anatomie de la folle lyrique ”, essai sur l‘opĂ©ra de l’amĂ©ricain Wayne Koestenbaum, paru pour la premiĂšre fois en 1993. Pour cette premiĂšre Ă©dition en français, TimothĂ©e Picard rĂ©sume les enjeux et les enseignements d’un texte qui a comptĂ© dans l’histoire de la typologie du public d’opĂ©ra, depuis les annĂ©es 1990
 C’est pourtant moins ce qui date le texte et l’inscrit dans une pĂ©riode prĂ©cise de l’histoire du XXĂš que les fondamentaux et invariants, intellectuels, esthĂ©tiques, artistiques qu’il Ă©claire, que l’écrivain et musicologue met en lumiĂšre. En s’interrogeant sur lui-mĂȘme, et en interrogeant le phĂ©nomĂšne de l’opĂ©ra, singulier, intact, d’une permanente actualitĂ©, Koestenbaum ne cible-t-il pas ce qui identifie spĂ©cifiquement un genre toujours fascinant ? TimothĂ©e Picard analyse ainsi ce qui fonde les apports d’un texte pertinent et majeur au delĂ  de son titre polĂ©mique
 Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS.COM

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CNC : Pourquoi avez vous choisi d’Ă©diter ce texte ? Quel est son apport sur le plan documentaire et historique ? Est-il trĂšs emblĂ©matique d’une certaine Ă©poque et d’un certain goĂ»t ?

TimothĂ©e Picard : La question des liens – supposĂ©s – privilĂ©giĂ©s entre les homosexuels et l’opĂ©ra est un lieu commun bien connu des amateurs d’art lyrique mais que ne documente pratiquement aucun texte en France, alors qu’il a donnĂ© lieu Ă  une importante littĂ©rature Ă  l’étranger, dans le domaine anglo-saxon en particulier. Paru en 1993, le livre de Koestenbaum a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de toute cette littĂ©rature qui, presque toujours, prend position par rapport Ă  lui. C’est probablement son reprĂ©sentant le plus intĂ©ressant, Ă  la fois sur le plan thĂ©orique et littĂ©raire, quoique tout Ă  fait singulier. C’est pourquoi il m’a paru bienvenu de le faire traduire en France, oĂč il Ă©tait connu de rĂ©putation ; et, surtout, d’en profiter pour faire le point sur les principaux discours et imaginaires tenus sur ce lieu commun avant comme aprĂšs, et tenter de mesurer le degrĂ© de validitĂ© des hypothĂšses de l’auteur encore aujourd’hui.
Il m’a Ă©galement semblĂ© que cet ouvrage reprĂ©sentait une tentative exemplaire de cerner ce qui peut faire l’étrangetĂ© de la lyricomanie en gĂ©nĂ©ral.

Oui, l’ouvrage a par certains aspects une valeur documentaire : il est historiquement, gĂ©ographiquement et socialement situĂ©. Koestenbaum est, comme la majoritĂ© des auteurs illustrant cette littĂ©rature, nĂ© dans les annĂ©es 1950-1960, issu de la classe moyenne, ayant grandi sur la CĂŽte Est, blanc, gay, juif, intellectuel, formĂ© dans des universitĂ©s prestigieuses puis enseignant dans ces derniĂšres, et principalement l’opĂ©ra sans ĂȘtre musicologue. L’essai est Ă©galement trĂšs reprĂ©sentatif de ce moment oĂč, au cƓur des annĂ©es sida, un certain nombre d’intellectuels gays se dĂ©cident Ă  sortir du placard et Ă  revendiquer leur passion pour l’opĂ©ra, et surtout une maniĂšre spĂ©cifique de l’investir, comme trait d’identification. On retrouve donc dans ces pages une culture littĂ©raire, musicale et cinĂ©matographique caractĂ©ristique, mais qui semblera en rĂ©alitĂ© moins exotique au lecteur français de la fin des annĂ©es 2010 qu’à celui des annĂ©es 1990 tant la comĂ©die musicale ou le mĂ©lodrame et les films de l’ñge d’or hollywoodien jouissent aujourd’hui en France d’un intĂ©rĂȘt qu’ils n’avaient pas alors. Les rĂ©fĂ©rences aux grandes icĂŽnes du monde lyrique – Callas, Tebaldi, Sutherland, etc. – ne sont pas non plus exagĂ©rĂ©ment tributaires de cet espace-temps au point de risquer de perdre le lecteur français, toutes gĂ©nĂ©rations confondues.

Toutefois il ne faut pas se mĂ©prendre : ce qui pourrait nous sembler documentaire et donc datĂ© dans cet essai l’était dĂ©jĂ  pour le lecteur de 1993. Koestenbaum sollicite Ă  travers leurs enregistrements et les tĂ©moignages les fantĂŽmes de divas qui sont dĂ©jĂ  largement de l’ordre du passĂ©, Ă©voque un rapport fĂ©tichiste au vinyle Ă  l’heure du CD, et semble de prime abord dĂ©livrer une image ambivalente de l’homosexuel fou d’opĂ©ra – par certains aspects doloriste et Ă©lĂ©giaque – qui, presque vingt-cinq ans aprĂšs les Ă©meutes de Stonewall (1969), point de dĂ©part d’un mouvement mondial d’émancipation des gays, entre en contradiction avec celle, rĂ©solument optimiste et combative, dĂ©fendue par les nouveau mouvements militants dĂ©sireux d’en finir avec la civilisation du placard. Il y a parfois dans ce texte une dimension Ă©gotiste, esthĂšte, mĂ©lancolique et mĂȘme un rien masochiste, qui peut sembler anachronique et qui, de ce fait, n’a pas manquĂ© de susciter dĂšs la parution du livre certaines rĂ©ticences – particuliĂšrement chez les folles lyriques !
Il faut dire que le terme mĂȘme de folle lyrique, que nous avons volontairement fait figurer dans le titre, revalorisation paradoxale d’une stigmatisation premiĂšre, ne pousse pas les principaux intĂ©ressĂ©s Ă  se revendiquer tels : Ă  moins d’ĂȘtre particuliĂšrement Ă  l’aise avec sa singularitĂ©, l’homosexuel fou d’opĂ©ra et le fou d’opĂ©ra tout court auront tendance Ă  vouloir fuir ce dĂ©nominatif ; la folle lyrique sera toujours cet autre que l’on ne veut pas ĂȘtre !

Mais Ă  partir de lĂ , on comprend que cette anatomie de la folle lyrique et, plus largement, cette analyse au scalpel de la lyricomanie, ont moins une valeur historique et documentaire qu’un intĂ©rĂȘt thĂ©orique : cet essai constitue un kalĂ©idoscope d’hypothĂšses – la folle lyrique est en effet Ă  la fois une et multiple – qui ont une pertinence transhistorique. Sous cet angle, on retrouve dans ce texte l’esprit et la qualitĂ© des plus grands essayistes tentant de penser dans une forme et un styles singuliers ce qui fonde leur subjectivitĂ© : Roland Barthes ou Susan Sontag, par exemple, dont on retrouve ici le goĂ»t pour la succession rhapsodique de brefs paragraphes mĂȘlant considĂ©rations autobiographiques, mĂ©ditations poĂ©tiques et mises en perspectives historiques.

Ces hypothĂšses trouvent mĂȘme par certains aspects un regain de validitĂ©. Car quelle qu’ait Ă©tĂ©, durant ces trente derniĂšres annĂ©es, l’évolution des supports techniques, des rĂ©pertoires et des visages que prennent les icĂŽnes du chant lyrique d’une part, et celle de la place et de l’image des homosexuels dans nos sociĂ©tĂ©s d’autre part, Koestenbaum dessine lĂ  une cartographie d’invariants qui, moyennant parfois quelques transpositions, semble toujours singuliĂšrement adĂ©quate pour les folles lyriques et, plus largement, pour les fous d’opĂ©ra d’aujourd’hui. Indirectement thĂ©orique, son livre est trĂšs reprĂ©sentatif d’un courant moins soucieux de s’interroger sur l’identitĂ© gay, qui Ă©tait au centre des revendications des annĂ©es 1970-1990, que sur ce qui fonderait sa culture et sa subjectivitĂ©, prĂ©occupation qui a tendance Ă  redevenir prĂ©dominante depuis les annĂ©es 2000.
On s’aperçoit alors que, derriĂšre ses soupirs et ses extases prĂ©tendument onanistes et anachroniques, le type de la folle lyrique, loin d’ĂȘtre dĂ©passĂ©, est au contraire pĂ©renne et porteur d’une vraie modernitĂ©, liĂ©e Ă  une force d’inventivitĂ© et de subversion qui lui seraient propres, du fait de sa rĂ©sistance patente Ă  toute une sĂ©rie d’injonctions, venues tant de la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral que d’une certaine communautĂ© gay en particulier. D’esthĂšte asocial, il se pare alors malgrĂ© lui d’une dimension politique paradoxale. C’est que, comme je le signale dans la conclusion de ma prĂ©face, la folle lyrique est en prise directe et privilĂ©giĂ©e avec l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© de l’opĂ©ra lui-mĂȘme : elle la maintient vive, et l’opĂ©ra avec elle.

 
 

CNC : Selon vous qu’est ce que Olivier Py met en lumiĂšre dans sa prĂ©face ? Y a t il un « regard français » (et prĂ©cisĂ©ment parisien) sur ce texte ?

TimothĂ©e Picard : Olivier Py – si passionnĂ© d’opĂ©ra qu’il a fait de l’art lyrique, art du chant, du spectaculaire, du travestissement, un vĂ©ritable mode d’ĂȘtre au monde – offre un cas exemplaire de folle lyrique parfaitement assumĂ©. Il confirme par son parcours et son tĂ©moignage que le livre de Koestenbaum, bien que liĂ© Ă  un espace-temps spĂ©cifique, rend compte d’une expĂ©rience, d’un ressenti existentiel, qu’ont pu et peuvent partager de nombreux homosexuels dans d’autres lieux et d’autres Ă©poques – en l’occurrence en France, mais pas spĂ©cifiquement Ă  Paris.

Dans plusieurs de ses Ă©crits, et notamment dans son roman de jeunesse Le Cahier noir (2015), paru une trentaine d’annĂ©es aprĂšs son Ă©criture, Py dĂ©crit le profond mal-ĂȘtre existentiel qu’a pu et peut connaĂźtre encore l’adolescent homosexuel grandissant dans une petite ville de province Ă©triquĂ©e et intolĂ©rante, ne trouvant aucun dĂ©bouchĂ© Ă  ses dĂ©sirs Ă©rotiques et Ă  son besoin d’absolu, et convertissant cette Ă©nergie sans but en pulsion de mort, automutilations et pulsions suicidaires. Il confie combien l’opĂ©ra – Tristan et Isolde de Wagner, OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, etc. – a pu jouer dans ce cadre le rĂŽle ambivalent de refuge consolateur et de caisse d’amplification dĂ©mesurĂ©e Ă  une soif d’infini ne pouvant s’attacher Ă  aucun objet.
Le cas du jeune Py illustre ainsi parfaitement l’hypothĂšse selon laquelle l’opĂ©ra donnerait aux gays la possibilitĂ© d’accĂ©der Ă  des sentiments forts de leur vie affective faisant habituellement l’objet d’une rĂ©pression sociale, mais ici transposĂ©s sur scĂšne et sans censure ; mais aussi, plus gĂ©nĂ©ralement, qu’une partie de la fonction dĂ©volue Ă  la musique et Ă  la musicalitĂ© dans la culture occidentale a Ă©tĂ© d’encadrer et de contrĂŽler les pulsions sexuelles, a fortiori homosexuelles. L’hypersensibilitĂ© Ă©trange des folles lyriques Ă  l’opĂ©ra n’est Ă©videmment pas la consĂ©quence d’une pathologie originelle ; elle est l’inscription dans la psychĂ© d’un sujet des consĂ©quences pathogĂšnes d’une vie menĂ©e dans un monde homophobe.

Py montre ainsi combien, encore aujourd’hui, la folle lyrique est tout sauf le rĂ©sidu anachronique d’une Ă©poque vouĂ©e Ă  disparaĂźtre.
Quand, avant 1969, la civilisation du placard Ă©tait Ă  son Ăąge d’or, les homosexuels contraints dans leur sexualitĂ© et leur affectivitĂ© ont trouvĂ© des subterfuges extraordinairement inventifs pour exprimer malgrĂ© tout leur subjectivitĂ©. La relecture et l’appropriation de la culture dominante a alors jouĂ© un rĂŽle primordial. Bien que masquĂ©, le dĂ©sir homosexuel trouvait quantitĂ© d’objets sur lesquels se poser. Et tout particuliĂšrement dans des formes artistiques telles que le mĂ©lodrame hollywoodien, la comĂ©die musicale et l’opĂ©ra, dont la thĂ©ĂątralitĂ© stylisĂ©e et le pathos ostensible se prĂȘtaient bien Ă  cette sorte d’investissement : le spectateur gay pouvait projeter sa propre situation de stigmatisĂ© sur la figure de la diva superbe et outragĂ©e pour Ă  la fois en pleurer et en rire.
Mais la progressive conquĂȘte des droits et libertĂ©s, Ă©tayĂ©e par le souci de donner une image positive de soi, semble avoir d’abord eu pour effet de tirer un trait sur cette figure de la folle lyrique et tout ce qu’elle pouvait reprĂ©senter : trop honteuse, trop clivĂ©e ou bien trop spectaculaire, trop opĂ©ratique, alors que le nouveau type d’homosexuel que l’on souhaitait promouvoir aspirait Ă  une forme de normalitĂ© dĂ©marquĂ©e sur les modĂšles hĂ©tĂ©rosexuels. Les signes mĂȘmes d’une sensibilitĂ© aux formes culturelles estampillĂ©es gay se sont alors transformĂ©s en repoussoir.
Or il se trouve qu’aujourd’hui, malgrĂ© ces Ă©volutions, les jeunes homosexuels sont encore socialisĂ©s dans un environnement culturel dans lequel ils ne trouvent que peu de modĂšles auxquels s’identifier ; ils sont toujours confrontĂ©s Ă  une homophobie qui les force Ă  adopter des stratĂ©gies de dissimulation, et ils continuent donc Ă  pratiquer le mĂȘme type d’investissement de la culture dominante que leurs aĂźnĂ©s. Par ailleurs si, aujourd’hui, les personnages et les intrigues gays ont pu faire ici et lĂ  leur apparition, Ă  l’opĂ©ra comme ailleurs, si on s’est donc mis Ă  valoriser une reprĂ©sentation littĂ©rale et non plus mĂ©taphorique de l’homosexualitĂ©, nombre de ces homosexuels des nouvelles gĂ©nĂ©rations trouvent cette littĂ©ralitĂ© explicite bien moins riche, intĂ©ressante et, au bout du compte, subversive, que les formes culturelles polysĂ©miques et sophistiquĂ©es
qu’investissait autrefois la sensibilitĂ© gay. De telle sorte qu’ils continuent Ă  les pratiquer aujourd’hui.
Ce sont en effet les esthĂ©tiques plus mĂ©taphoriques que littĂ©rales qui ont le plus de chance de susciter l’intĂ©rĂȘt des gays : par elles, le spectateur gay peut se projeter dans un univers plus intense, lyrique, spectaculaire, fantaisiste, que ce que lui offre sa vie courante. L’injection de quelque personnage ou intrigue explicitement gay serait un procĂ©dĂ© qui, au bout du compte, s’avĂšrerait contre-productif. On comprend alors en quoi l’opĂ©ra et, plus gĂ©nĂ©ralement, ce qui possĂšde des traits opĂ©ratiques – par exemple dans certains shows rock, chez certaines divas de la musique pop, etc. – peut, encore aujourd’hui, figurer en bonne place dans une certaine culture gay.

 
 

CNC : Evidemment le titre du livre renvoie Ă  une catĂ©gorie du public d’opĂ©ra. NĂ©anmoins qu’est ce qui apporte un Ă©clairage sur le grand public amateur d’opĂ©ra ? Selon vous en quoi l’auteur prĂ©cise-t-il ce rapport passionnĂ© au chant des divas ?

TimothĂ©e Picard : L’essai de Koestenbaum et toute la littĂ©rature qui a suivi s’accordent sur les leviers permettant le fort investissement de la matiĂšre opĂ©ratique par les gays mais, en effet, toutes les composantes de ce processus ne sont pas une exclusivitĂ© des gays. Ce livre offre donc Ă©galement une analyse extrĂȘmement prĂ©cise et fascinante de cette merveilleuse et monstrueuse Ă©trangetĂ© qu’est la lyricomanie en gĂ©nĂ©ral.

Cela peut s’expliquer ainsi. Deux impulsions complĂ©mentaires interviennent dans la formation de l’identitĂ© gay : une tendance Ă  rapporter telle ou telle donnĂ©e Ă  ce qui fait minoritĂ©, caractĂ©risĂ©e par un rapport au monde qui serait spĂ©cifique et irrĂ©ductible ; et une tendance au contraire Ă  l’universaliser, Ă  s’inclure dans une totalitĂ©. L’opĂ©ra rend possibles les deux Ă  la fois : il peut ĂȘtre saisi comme monde Ă  part, avec d’autres lois, d’autres dynamiques du dĂ©sir que celles de la sociĂ©tĂ© hĂ©tĂ©ronormĂ©e ; mais la forme de dĂ©sir large, non spĂ©cifique et non rigidement contrĂŽlĂ© qu’il met en Ɠuvre permet aussi que ces passions spĂ©cifiques rejoignent celles de tous les autres dans un ensemble gĂ©nĂ©ral, commun et partagĂ©. En ce sens, l’opĂ©ra n’est Ă©videmment pas gay en soi ; il est plutĂŽt queer, terme anglais qui dĂ©signe une Ă©trangetĂ© non rĂ©ductible aux discours dominants : l’opĂ©ra peut se faire le porte-parole d’un pouvoir officiel ; mais il offre aussi Ă  tous la possibilitĂ© d’exprimer une dissidence voire une opposition par rapport aux comportements et constructions communes du dĂ©sir imposĂ©s par la sociĂ©tĂ©, tout en y trouvant sa place.

Au-delĂ  de la folle lyrique, on peut donc avancer que le fou d’opĂ©ra en gĂ©nĂ©ral manifesterait quelques traits constants. Il goĂ»terait moins la musique et le drame en tant que tels que les possibilitĂ©s de performance qu’ils crĂ©ent pour le chanteur. En l’occurrence, il s’agirait le plus souvent d’une chanteuse (mĂȘme si Koestenbaum n’exclut pas l’adulation de chanteurs) et, parmi les cantatrices, il en serait toujours une qui s’imposerait comme objet de prĂ©dilection au dĂ©triment des autres. Le spectateur gay, lui, a pour particularitĂ© d’activer une forme d’identification par-delĂ  le genre avec l’hĂ©roĂŻne en surinterprĂ©tant pour cela certaines composantes d’un livret invariablement hĂ©tĂ©ronormĂ©. La musicalitĂ© et la qualitĂ© du jeu de cette diva jouent certes dans ce cadre un rĂŽle important ; mais il s’y surajouterait un je-ne-sais-quoi de difficilement explicable : une personnalitĂ© charismatique apparentant l’objet adulĂ© Ă  une divinitĂ© et qui, sur une base partagĂ©e, parlerait plus spĂ©cifiquement Ă  tel ou tel de ses admirateurs.
En toute logique, le fou d’opĂ©ra prĂ©fĂšrerait donc les Ɠuvres dans lesquelles les grandes cantatrices peuvent avoir un impact maximal : le bel canto, les Ɠuvres de Wagner, Puccini ou Strauss. Il privilĂ©gierait certains moments particuliĂšrement intenses plutĂŽt que la ligne gĂ©nĂ©rale de l’ouvrage et se livrerait alors entiĂšrement Ă  ses Ă©motions, en un type d’adhĂ©sion plus dionysiaque qu’apollinien, dont l’énergĂ©tique aurait quelque chose d’érotique. Son plaisir se focaliserait sur la voix comme objet pulsionnel, particuliĂšrement source de jouissance quand il bordure le hors-sens. Pour cela il activerait un goĂ»t personnel fondĂ© avant tout sur la conviction – la subjectivitĂ© trouvant dans certains passages une vĂ©ritĂ© propre qui ne souffrirait aucune contestation, quand bien mĂȘme le fou d’opĂ©ra peut l’étayer de connaissances musicales ou historiques prĂ©cises. C’est cela qui en fait la grandeur, au risque de susciter le sourire de ses dĂ©tracteurs – qui, comme on l’a dit, sont souvent parfois aussi, sous une autre forme, des fous d’opĂ©ra, des folles lyriques.

Car la grande force de l’essai de Koestenbaum est qu’il propose une multitude de pistes construisant un socle commun, mais qui sont aussi parfois Ă©loignĂ©es ou contradictoires, sans jamais en imposer aucune. Certes un portrait type de la folle lyrique ou, plus largement, du fou d’opĂ©ra, se dĂ©gage nettement, mais ses contours restent volontairement flous : en la matiĂšre, il n’y a pas un seul moule, encore moins une seule norme. La dĂ©nomination repoussoir devient accueillante : en somme il est temps de reconnaĂźtre que nous sommes toutes et tous Ă  notre maniĂšre des folles lyriques !

 
 

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LIRE AUSSI notre critique du LIVRE : Wayne Koestenbaum Anatomie de la Folle Lyrique (Editions Philharmonie de Paris, janvier 2019)
http://www.classiquenews.com/livre-critique-wayne-koestenbaum-anatomie-de-la-folle-lyrique-editions-philharmonie-de-paris-janvier-2019/

 
 

KOESTENBAUM-opera-folle-lyrique-livre-opera-diva-critique-review-livre-par-classiquenews-homepage-Wayne-Koestenbaum©EbruYildiz

 

Illustration : portrait de l’auteur Wayne Koestenbaum
© Ebru Yildiz

 

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-AmĂ©riques, le 14 janvier 2019. VĂ©ronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Il fallait bien attendre la fin de l’annĂ©e Debussy (et donc au delĂ ) pour disposer enfin d’une main sĂ»re, d’une pensĂ©e entiĂšre capable d’en comprendre et la construction rĂ©volutionnaire et l’infini poĂ©tique : si l’annĂ©e Debussy 2018 est bel et bien derriĂšre nous, janvier 2019 nous renvoie Ă  cette (triste car timide) annĂ©e de cĂ©lĂ©bration du centenaire, mais ici revivifiĂ©e avec Ă©clat et pertinence grĂące Ă  l’approche de la pianiste VĂ©ronique Bonnecaze. L’expĂ©rience du concert confirme la rĂ©ussite de son disque dĂ©diĂ© au grand Claude, que fait paraĂźtre le label Paraty, ce 25 janvier 2019. Le cercle France-AmĂ©riques accueille son premier concert de lancement.

 
 
 
 

Pictural, poétique : le Debussy de Véronique Bonnecaze

 
 

Le Debussy enivrĂ©, poĂ©tique de VĂ©ronique BONNECAZE 
 

Pour commencer, il faut chauffer le clavier et affiner la projection sonore du Bechstein dans la salle Ă©crin XVIIIĂš en blanc et or (salon central du premier Ă©tage de l’HĂŽtel le Marois) ; les Ɠuvres de Liszt le permettent (3 extraits des AnnĂ©es de PĂšlerinage – La Suisse) : profondeur mĂ©ditative et intimitĂ© qui s’électrise progressivement de La VallĂ©e d’Obermann ; vitalitĂ© coulante, claire, secrĂȘtement allusive d’au bord d’une source
 la voici cette sensation qui semble vĂ©cue sur le motif naturel et que Debussy explore aprĂšs Franz. Puis c’est la puissance narrative et la force sonore quasi abstraite d’Orage qui fait imploser le cadre linguistique
 LISZT, gĂ©nie Ă©loquent et dramatique dĂ©ploie une dramaturgie mystique, Ă  force de dĂ©tails expressifs, autant d’élĂ©ments qui mettent en condition l’interprĂšte. Et lui permettent de parcourir le clavier, d’éprouver la mĂ©canique


VĂ©ronique Bonnecaze a bien raison de croiser les deux tempĂ©raments. Jouer Liszt puis Debussy nous paraĂźt excellent. Le premier, lyrique et dĂ©monstratif, compose le plus engageant des dĂ©buts de programme ; mais il n’est pas que virtuose : il est aussi poĂšte, et mĂȘme atonal, comme Nuage gris, dans sa matiĂšre flottante, Ă©vocatrice et suspendue, nous le rappelle. C’est en rĂ©alitĂ© une transition idĂ©ale vers le mystĂšre et les tableaux sensoriels d’un Debussy, absolument inclassable. Et Debussy lui-mĂȘme put Ă©couter le MaĂźtre, dĂ©tailler sa fabuleuse technicitĂ©, servante d’une ardeur spirituelle hors normes.

 

C’est tout le mĂ©rite de VĂ©ronique Bonnecaze que de nous livrer, et mieux, nous dĂ©voiler, Claude Debussy Ă  la fois immĂ©diatement proche, et fabuleusement abstrait. La technique est sĂ»re, les mains dans le clavier, et la pensĂ©e dĂ©jĂ  habitĂ©e par la poĂ©sie Ă©vanescente, suggestive du magicien Claude. La pianiste joue quelques piĂšces extraites de son nouvel album Ă  paraĂźtre chez PARATY. Ce sont 5 joyaux qui composent la matiĂšre allusive des PrĂ©ludes. Tous paysages pianistiques d’un fini souverain, aux titres Ă©vocateurs, qui rappellent combien le compositeur fut amateur et connaisseur de poĂ©sie ; poĂšte, Debussy Ă©crit comme un peintre, maniant la couleur, en alchimiste. Liszt demeure Ă  distance de son sujet, comme pour mieux contempler puis nous transmettre la noblesse de l’architecture. En esthĂšte idĂ©aliste, il contemple et cĂ©lĂšbre le grand dessein universel en exprimant l’extase souvent spirituelle voire mystique que cela suscite chez lui ; Ă  l’inverse, en sensuel et d’une modernitĂ© picturale, Debussy, lui, palpite et vibre dans la matiĂšre de l’air, de l’eau ; tout respire chez lui la sensation organique des Ă©lĂ©ments : il est dans le sujet. Mais une matiĂšre aux vapeurs harmoniques qui enchantent, dont VĂ©ronique Bonnecaze rĂ©tablit le chant fluide et continu, les vibrations spĂ©cifiques, la constellation d’éclats nuancĂ©s qui transforme le piano en thĂ©Ăątre naturel, oĂč se lovent amoureusement souvenirs et sensations.

« Le vent dans la plaine » est Ă  la fois chant aĂ©rien et traversĂ©e dans l’espace ; « Les collines d’Anacapri » sont des rires, un appel Ă  l’embarquement oĂč les rythmes crĂ©pitent comme des Ă©clairs finement ciselĂ©s ; le toucher fin et prĂ©cis, le sens des respirations, la justesse du rubato dĂ©taillent toute la magie de l’ensevelissement et du secret dans « Des pas sur la neige », jusqu’à la sensation de la matiĂšre neigeuse elle-mĂȘme
 Impressionniste, Debussy l’est incontestablement ; comme Monet sur le sujet des NymphĂ©as, le compositeur se place dans le motif, en plein air, au cƓur du saisissement sensoriel qui en dĂ©coule.

Puis, aprĂšs la fureur flamboyante de « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », (qui clĂŽt pour la soirĂ©e, le cycle extraits des PrĂ©ludes), avouons notre totale adhĂ©sion aux visions et sensations de « Poissons d’or » (extrait d’Images) dont la pianiste des mieux inspirĂ©es exprime jusqu’à la suspension de l’animal aquatique dans l’onde, jouant des transparences et des miroitements de l’écriture. Eau, espace, temps fusionnent ; s’électrisent.

 

Le rĂ©cital s’achĂšve sur la texture aĂ©rienne de « l’Isle joyeuse » et l’infinie tendresse de « Clair de lune ». A-t-on mieux jouĂ©, a-t-on mieux compris la lyre poĂ©tique et Ă©nigmatique de Debussy ? Cette moisson de voluptueuses sensations qui fĂ©condent l’imaginaire confirme les affinitĂ©s de VĂ©ronique Bonnecaze avec les mondes picturaux de Debussy, et son disque Ă  paraĂźtre le 25 janvier chez Paraty s’annonce comme l’évĂ©nement de l’annĂ©e Debussy 2018 en France, son couronnement Ă  un mois prĂšs. A suivre.

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques (HÎtel Le Marois, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Extraits du cd Debussy par Véronique Bonnecaze (Bechstein 1900), 1 cd Paraty à paraßtre le 25 janvier 2019.

  
 

LIRE aussi notre présentation du CD DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdEnregistrĂ© Ă  la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française VĂ©ronique Bonnecaze clĂŽt l’annĂ©e du centenaire Debussy 2018 et crĂ©e l’évĂ©nement en dĂ©but 2019, tant le geste pianistique, le choix des piĂšces et celui du piano (un Bechstein restaurĂ© pour l’occasion) et leur enchaĂźnement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy rĂ©invente le langage pianistique au dĂ©but du XXĂš, en Ă©troite connivence avec les mondes poĂ©tiques et littĂ©raires. En ambassadrice inspirĂ©e, VĂ©ronique Bonnecaze dĂ©tecte les allitĂ©rations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poĂšte…

 

 

 

VOIR le TEASER vidéo DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy.

modigliani-quatuor-concert-annonce-festival-critique-concert-par-classiquenewsCOMPTE RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 dĂ©cembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. De toute Ă©vidence, ce qui frappe avant tout chez les Modigliani, c’est la sĂ»retĂ© de leur sonoritĂ©, l’ampleur du geste en particulier dĂ©fendu par le premier violon (Amaury Coeytaux), la volontĂ© d’unir et de fusionner une respiration claire et nuancĂ©e qui emporte et prĂ©cise le caractĂšre de chaque piĂšce. Le programme rentre bien dans la thĂ©matique cultivĂ©e depuis sa premiĂšre session par La Schubertiade de Sceaux : piliers de la musique de chambre (dont surtout la prĂ©sence pour chaque concert du samedi, d’une Ɠuvre clĂ© de Schubert) et horizon stylistique trĂšs Ă©largi, car passer ainsi ce 8 dĂ©cembre, de Schubert Ă  Mozart puis Debussy, exige chez les spectateurs comme de la part des interprĂštes, une capacitĂ© de concentration Ă©gale et mĂȘme progressive, Ă  mesure que l’on passe d’une Ă©criture Ă  l’autre.

Schubert d’abord, incontournable en raison du titre mĂȘme de la saison musicale Ă  Sceaux : rien n’atteint l’appel Ă  la mystĂ©rieuse mĂ©lancolie que l’écriture schubertienne
 PlutĂŽt passionnĂ©, le Quartettsatz D 703 de 1820 est un mouvement de quatuor, sans suite, mais son intensitĂ© justifie amplement qu’il soit jouĂ© en ouverture du concert : comme un portique d’une rare activitĂ© ; les Modigliani, portĂ© par l’activitĂ© mĂ©lodique incessante du premier violon, en expriment et l’urgence et la dĂ©termination.

Quoiqu’on en dise, Ă  chaque audition de l’une de ses oeuvres, Mozart saisit par sa profondeur et sa sincĂ©ritĂ©. Il est classique et dĂ©jĂ  
romantique. Le quatuor K 465 « les dissonances » de 1785 dĂ©passe largement le cadre de son Ă©poque, celui du nĂ©oclaccisime, des LumiĂšres, Ă  quelques mois de la RĂ©volution française. La libertĂ© du geste, la fougue cependant millimĂ©trĂ©e que les Modigliani savent cultiver Ă  travers ses 4 mouvements en disent long sur l’imagination et l’ambition de l’écriture. Mozart plus sĂ»r que jamais, et visionnaire, n’a rien laissĂ© au hasard, surtout pas Ă  l’erreur, comme cela fut avancĂ© par un critique mal intentionĂ© : aucune dissonance en rĂ©alitĂ©. Ce n’est pas parce que le manuscrit comporte des ratures (si rares dans le catalogue de Mozart) qu’elles indiquent une faiblesse dans l’inspiration. Bien au contraire. Les instrumentistes, prĂ©cis, fougueux, mais toujours souples, dĂšs le dĂ©but conçu comme une marche funĂšbre voire lugubre, s’accordent en nuances tĂ©nues : dĂ©livrant immĂ©diatement cette Ă©lĂ©gance viennoise, ce ton de lĂ©gĂšretĂ© profonde, soucieux de clartĂ© comme d’articulation, en particulier dans le jeu des dialogues entre le violon I et l’alto
 L’Andante cantabile foudroie par sa gravitĂ© noire, une sorte de suspension tragique qui redouble de pudeur, comme l’expression d’une intĂ©rioritĂ© secrĂšte. Contrastant avec ce qui prĂ©cĂšde, le Menuetto (allegro) affirme une belle Ă©lasticitĂ© rythmique grĂące Ă  un jeu Ă  la fois enjouĂ© et vif. Enfin le dernier Allegro (molto) confirme l’extrĂȘme agilitĂ© du violon I, sa volubilitĂ© toujours musicale qui entraĂźne ses partenaires, 
 le sourire du violon II, la carrure du violoncelle.

AprĂšs le court entracte, place Ă  la piĂšce maĂźtresse selon nous. Celle que nous attendons. L’Ɠuvre pour laquelle nous nous sommes dĂ©placĂ©s et qui s’inscrit opportunĂ©ment dans le cycle des cĂ©lĂ©brations du centenaire Debussy 2018 : le seul Quatuor de l’auteur de PellĂ©as, une partition de jeunesse, conçue en sol mineur et datĂ©e de 1892. Debussy y fait la synthĂšse Ă  son Ă©poque des recherches les plus avancĂ©es en matiĂšre d’écriture (comme le principe cyclique cher Ă  Franck) mais c’est une offrande premiĂšre, assujettie Ă  sa passionnante et puissante personnalitĂ©, en particulier dans la conception de l’architecture harmonique. Inclassable, porteur et dĂ©fricheur d’horizons nouveaux, l’unique Quatuor de Debussy offre une traversĂ©e sertie de surprenants passages, une constellation de rythmes changeants, un caractĂšre continĂ»ment sinueux et mouvant oĂč se love comme une ondulation toujours prĂ©sente et structurante, l’expression renouvelĂ©e d’une sensualitĂ© souvent irrĂ©sistible voire enivrante qui ne cesse de modifier sa forme au cours des quatre mouvements. Ainsi les Modigliani soulignent la voluptĂ© naturelle du premier « AnimĂ© et trĂšs dĂ©cidé » / telle une danse libĂ©rĂ©e, Ă  l’énoncĂ© trĂšs inventif ; l’acuitĂ© superactive des pizz du second mouvement (« Assez vif et bien rythmé », aux effets dĂ©cuplĂ©s d’une guitare ou d’une harpe) ; la qualitĂ© introspective de l’Andantino, entre retenue sensuelle et tristesse simple, avec en fin d’épisode, une exceptionnelle qualitĂ© pudique, Ă  la fois allusive et mystĂ©rieuse. LĂ  encore le sens des nuances saisit, rappelant dĂ©sormais tout ce en quoi la partition de 1892, annonce dans climats et articulation du flux musical et mĂ©lodique, l’envoĂ»tement futur de son
 lui aussi unique, opĂ©ra : PellĂ©as (1902, soit 20 annĂ©es plus tard). Enfin le dernier et quatriĂšme mouvement ne cesse de captiver par son allant irrĂ©pressible, avec cette notation qui n’appartient qu’à la pensĂ©e d’un Debussy trĂšs amateur de poĂ©sie : « trĂšs modĂ©rĂ© puis trĂšs mouvementĂ© et avec passion » ; le tissu harmonique se densifie, s’exalte en particulier par la voix de l’alto et du violoncelle. Debussy semble y peindre une traversĂ©e hallucinĂ©e Ă  la maniĂšre de la Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, en un souffle Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e et Ă©perdu, puis tout s’allĂšge et s’éclaircit comme une flamme qui s’élĂšve. De toute Ă©vidence, Debussy s’affirme dans son Quatuor avec une maĂźtrise et une sĂ»retĂ©, une ivresse sonore que les quatre cordes du Quatuor Modigliani abordent avec caractĂšre, Ă©nergie, passion et voluptĂ©. Passionnant. Encore une session de chambrisme exaltĂ© et subtil Ă  Sceaux. De surcroĂźt dans l’HĂŽtel de ville : une occasion exemplaire de permettre aux citoyens de s’approprier un lieu public, ailleurs, froid et distant. C’est Ă  Sceaux, un samedi par mois, Ă  17h, et nul par ailleurs. Lire ici toute la programmation de La Schubertiade de Sceaux, saison 1 : 2018 – 2019.

 
 
 
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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. Illustrations : © Perceval Gilles / La Schubertiade de Sceaux 2018

 
 
   
 
 

ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’IntĂ©grale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH
 A quelques mois du dĂ©but du cycle Mahler Ă  Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait Ă  Innsbruck, la 7Ăš Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer Ă  partir du 1er fĂ©vrier 2019 dans une intĂ©grale Gustav Mahler
 Un cycle qui s’annonce dĂ©jĂ  spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’ĂȘtre une expĂ©rience orchestrale particuliĂšrement saisissante : Ă©tagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, prĂ©sence des choeurs, de solistes, souffle opĂ©ratique, instrumentarium singulier qui dĂ©voile la recherche expĂ©rimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler Ă  Lille est l’Ă©vĂ©nement symphonique de l’annĂ©e 2019.

 

 

 

 

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Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expĂ©rience, les Ă©tapes aussi de sa vie amoureuse
 en cela la rencontre avec Alma aura Ă©videmment marquĂ© l’homme et son Ɠuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres Ă  Nathalie Bauer auront beaucoup renseignĂ© sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dĂ©voile et explique son Ă©criture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilitĂ©s de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifiĂ©, renouvelĂ© ; il s’intĂ©resse aussi Ă  la place des percussions, ou Ă  la technique instrumentale
 Prenez par exemple le cas de la 7Ăš Symphonie, celle que je travaille actuellement Ă  Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un Ă©norme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notĂ©s « 5 f » : Mahler innove, et rĂ©alise dĂ©jĂ  le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlĂ©rien, il est intĂ©ressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opĂ©ra et de compositeur
 Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur Ă©crivait l’étĂ©. Comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, il a dirigĂ© nombre d’opĂ©ras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture Ă©tait prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particuliĂšrement affĂ»tĂ©e. Tout cela l’a menĂ© Ă  l’expĂ©rimentation ; il a laissĂ© des annotations trĂšs prĂ©cises et souvent ses partitions Ă©taient jugĂ©s « injouables ».
J’ai effectuĂ© un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre Ă  l’époque de Mahler au dĂ©but du XXĂš siĂšcle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, Ă  l’articulation ; c’est la mission du chef de rĂ©tablir la clartĂ© du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique Ă  LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour premiĂšre intĂ©grale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un rĂ©pertoire adaptĂ© aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la rĂ©alisation d’Ɠuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grĂące et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thĂšme retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssĂ©e, 
 certainement la plus impressionnante et passionnante du XXĂš. Rien de mieux pour exprimer l’idĂ©e d’un Eldorado
 que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1Ăšre Symphonie Titan le 1er fĂ©vrier 2019, soit 130 ans aprĂšs sa crĂ©ation.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies – les 4 premiĂšres, puis la 8Ăš. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opĂ©ra est prĂ©sent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, il Ă©tait familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigĂ© Tristan und Isolde, opĂ©rant en tant que directeur, la rĂ©forme du concert et des conditions de reprĂ©sentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines sĂ©quences orchestrales sont trĂšs proches de l’opĂ©ra. Il faut toujours avoir en mĂ©moire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opĂ©ra l’hiver, puis l’étĂ©, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activitĂ©s se mĂȘlent, elles sont interdĂ©pendantes.
L’autre Ă©lĂ©ment qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimĂ© le souffle, le mystĂšre, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalitĂ©s d’une mesure Ă  l’autre, avec une versatilitĂ© qui peut dĂ©sorienter, mais qui porte des Ă©tats Ă©motionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilitĂ© chez Mahler qui remonte certainement Ă  son enfance ; Son Ă©pouse Alma a relatĂ© la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait Ă©tĂ© marquĂ© par des scĂšnes trĂšs violentes entre ses parents ; oĂč son pĂšre frappait sa mĂšre.
Dans sa jeunesse, il cite Ă  de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires
 tout cela a nourri un monde sonore liĂ© Ă  son enfance et que l’on entend dans ses Ɠuvres. Il y a un caractĂšre versatile, parodique, ironique voire schizophrĂšne chez Mahler. L’auditeur comme l’interprĂšte doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours Ă©laborĂ© du dĂ©but Ă  la fin, oĂč la voix quand elle est prĂ©sente semble transcender l’expĂ©rience offerte, vers une Ă©lĂ©vation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « RĂ©surrection » (Ă  l’affiche Ă  Lille, le 28 fĂ©vrier 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sĂ»r Leonard Bernstein pour son cĂŽtĂ© humain et gĂ©nĂ©reux, sa fraternitĂ© et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du dĂ©tail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une Ă©conomie qui Ă©carte toute exubĂ©rance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7Ăš Symphonie lors du MahlerFest 1995 Ă  Amsterdam : or je dirige actuellement la partition Ă  Innsbruck. Sa vision, son mĂ©tier sont de l’or pour l’interprĂšte et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’ĂȘtre prolongĂ© comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intĂ©grale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunitĂ© pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. LĂ  oĂč Brahms est davantage jouĂ©, Mahler est tout autant convoitĂ©, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhĂ©rer au groupe. Les instrumentistes apprennent Ă  se connaĂźtre au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intĂ©grale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohĂ©sion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de rĂ©pĂ©titions prĂ©alables, supĂ©rieurs Ă  l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de rĂ©aliser pour chaque session, une formidable expĂ©rience symphonique pour le public. J’ai souhaitĂ© renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 fĂ©vrier Ă  18h30, pour la 2Ăš Ă©dition de « Smartphony », dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°1 que nous aurons dirigĂ©e la veille : avec son mobile allumĂ©, le spectateur rĂ©pond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, Ă©coute la symphonie, portable Ă©teint, en connaissance de cause. Mahler se prĂȘte trĂšs bien Ă  cette nouvelle expĂ©rience qui renouvelle le format du concert et son accessibilitĂ© pour tous. A noter : 2Ăš session de Smartphony, le 2 fĂ©vrier 2019 : Ă  la dĂ©couverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

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APPROFONDIR
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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er fĂ©vrier 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

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L’INTEGRALE GUSTAV MAHLER : Symphonies n°1 Ă  9
par L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualitĂ© de l’Ă©popĂ©e symphonique de l’Orchestre National de Lille

GOZO (Malte) : les 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  VICTORIA (Astra et Aurora)

Malte Gozo Comino HD 2019GOZO (Malte), 2Ăšme Ăźle de l’Archipel Maltais, accueille chaque mois d’octobre son festival d’opĂ©ras. Les thĂ©Ăątres ASTRA et AURORA produisent chacun un spectacle de grande envergure qui implique ressources locales et musiciens professionnels : une offre unique qui concurrence aujourd’hui la programmation des scĂšnes lyriques europĂ©ennes et internationales Ă  l’automne. En 2018, le thĂ©Ăątre Astra affichait La Traviata de Verdi et le thĂ©Ăątre voisin Aurora, Tosca de Puccini… EN LIRE +

    

TOSCA teatru AURORA 13oct18GOZO est la seconde Ăźle de l’Archipel Maltais, Ă  moins de 30 mn en ferry depuis MALTE, l’üle principale. GOZO est l’üle de la nymphe Calypso qui ) pendant 7 annĂ©es, fut capable de retenir par ses charmes, Ulysse (de retour de Troie et avant de rejoindre Ithaque)
 Aujourd’hui, GOZO continue de sĂ©duire et d’enchanter par son offre culturelle d’une exceptionnelle richesse : ainsi, chaque mois d’octobre, Ă  VICTORIA, citĂ© principale de l’üle, deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ras perpĂ©tuent la tradition de l’opĂ©ra mais en y impliquant aux cĂŽtĂ©s des musiciens et chanteurs professionnels, les communautĂ©s d’habitants : l’opĂ©ra Ă  GOZO est un genre raffinĂ©, exigeant, surtout populaire. Michael Formosa (thĂ©Ăątre ASTRA) / Matthew Sultana (thĂ©Ăątre AURORA), prĂ©sentent bĂątiments, salles, histoire des lieux ; prĂ©cisent leur genĂšse, – des sociĂ©tĂ©s de musique du XIXĂš, aux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra actuels


 
 

GOZO Ă  l’heure de l’opĂ©ra
Les théùtres ASTRA et AURORA

 
 
 

GOZO et MALTE sont depuis toujours deux foyers lyriques importants : en tĂ©moignent la carriĂšre de la soprano gozitaine Miriam Gauchi ; du tĂ©nor maltais Joseph Calleja, star mondiale, fleuron du label Decca et qui ne cesse de partager sa passion de l’opĂ©ra depuis Malte, dans le monde (LIRE ici la critique de son dernier cd Decca VERDI)


LE PUBLIC qui suit la programmation des deux thĂ©Ăątres (gozitans et maltais, visiteurs lyricophiles
) sait combien il peut y vivre une expĂ©rience unique au moment des reprĂ©sentations d’octobre. En 2018, il s’agissait de La Tosca de Puccini (le 13 octobre), associant choristes bĂ©nĂ©voles et amateurs auprĂšs du Philharmonique de Malte et des solistes invitĂ©s pour cette nouvelle production ; de La Traviata de Verdi (avec Miriam Gauchi dans le rĂŽle titre, au Teatru ASTRA).
GRAND REPORTAGE VIDEO exclusif © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 / voir le sommaire détaillé au bas de la page

 
 
 

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APPROFONDIR
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LIRE notre critique du cd de JOSEPH CALLEJA / DECCA février 2018 : «  CALLEJA VERDI «
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-joseph-calleja-verdi-airs-doperas-de-giuseppe-de-verdi-1-cd-decca/

 

 

LIRE notre critique du DVD MEFISTOFELE de BOITO avec Joseph Calleja / novembre 2015 / Munich / CLIC DE CLASSIQUENEWS 2016
http://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-boito-mefistofele-pape-calleja-om-wellber-1-dvd-c-major-739208-2015/

 

 

LIRE notre prĂ©sentation de GOZO Ă  l’heure de l’opĂ©ra : Octobre 2018, les ThĂ©Ăątres ASTRA et AURORA – prĂ©sentation de La Traviata et de La Tosca
http://www.classiquenews.com/gozo-victoria-tosca-la-traviata-13-25-27-octobre-2018/

LIRE notre COMPTE RENDU : LA TRAVIATA de VERDI au Teatru ASTRA, le 25 octobre 2018 (GOZO)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-victoria-gozo-malte-le-25-oct-2018-verdi-la-traviata-cauchi-aniskin-stinchelli-walsh/

 
  
 
 

AGENDA 2019
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Prochaines productions en octobre 2019 : LA BOHEME de PUCCINI au Teatru AURORA le 12 octobre 2019.

VISITEZ les sites des deux théùtres
Teatru ASTRA
Teatru AURORA

 

 

 
 
 

ORGANISEZ VOTRE SEJOUR A MALTE ________________________________________________________________________________________________

 

Malte Gozo Comino HD 2019ORGANISEZ votre sĂ©jour Ă  Gozo Ă  l’occasion des reprĂ©sentations de TOSCA et de LA TRAVIATA, 13, 25 et 27 octobre 2018
sur le site www.visitgozo.com
https://www.visitgozo.com/fr/quoi-faire/profiter/evenements-annuels/les-operas/

 
 
  
 
 
 

Les 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra de GOZO (Victoria, Malte)
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DOCUMENTAIRE  : 18 mn

 
 
 

SOMMAIRE

(1) INTRO
Jusqu’à 1’38 : INTRO : MALTE – GOZO – le mois de l’opĂ©ra Ă  Victoria

 

Festival MEDITERRANEA
1’39 – 2’35 : (17Ăš Ă©dition en octobre 2018)

 

(2) Les Théùtres ASTRA et AURORA
2’36 : Les deux thĂ©Ăątres ASTRA et AURORA
2’51 : les origines, les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra aujourd’hui

 

(3) L’ARCHITECTURE DES DEUX OPERAS
5’30 – : architecture et style
TEATRU AURORA
6’43 : TEATRU ASTRA

 

(4) FONCTIONNEMENT :
7’40 : La part des bĂ©nĂ©voles
L’OpĂ©ra Ă  Gozo : un genre populaire
10’36 : un Festival familial qui sĂ©duit les plus grands chanteurs

 

(5) PROGRAMMATION ARTISTIQUE
11’08 : la programmation artistique
Un tremplin pour les chanteurs
Les comĂ©dies musicales Ă  l’OpĂ©ra ASTRA

 

(6) LE PUBLIC
13’40 : le public des deux opĂ©ras

 

(7) CONCURRENCE ENTRE LES DEUX OPERAS
14’56 : UNE OFFRE GLOBALE UNIQUE

 

(8) DES PRODUCTIONS D’UN NIVEAU INTERNATIONAL
à 16’23

 

(9) CONCLUSION
Gozo et Malte Ă  l’heure europĂ©enne
à 16’56.

 
 
 
 
 

Approfondir : VOIR AUSSI notre reportage vidéo dédié au Festival international de musique Baroque à La Valette à MALTE

 

la-valette-malte-vignette-carreGrand reportage Ă  La Vallette pour le Festival baroque international (Janvier 2016). Depuis 2013, La Vallette capitale de Malte (le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne) et bientĂŽt capitale europĂ©enne de la culture (en 2018) propose son festival de musique baroque, une programmation enivrante sur deux semaines, en Ă©troite fusion avec les lieux et sites remarquables de la ville, en grande partie Ă©difiĂ©e dans les annĂ©es 1560 par le Chevalier français La Vallette. Le temps du festival maltais, les spectateurs goĂ»tent la finesse et l’engagement d’interprĂštes triĂ©s sur le volet, tout en explorant les multiples offres culturelles, touristiques et gastronomiques de l’üle de Malte. Entre Orient et Occident
 VOIR notre REPORTAGE VIDEO 

 

 

ENTRETIEN. Alain SURRANS, directeur d’ANGERS NANTES OPERA

angers nantes operaAngers Nantes OpĂ©ra. ENTRETIEN avec ALAIN SURRANS. CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral d’ANGERS NANTES OPERA, Alain SURRANS, aux goĂ»ts Ă©clectiques, – du baroque au contemporain-, soucieux de dĂ©fendre la crĂ©ation comme toutes les actions innovantes permettant de dĂ©cloisonner le genre lyrique. A partir des temps forts de la programmation 2018 – 2019, – sa premiĂšre saison Ă  proprement parler, Alain SURRANS s’engage plus que jamais Ă  renforcer le lien de l’opĂ©ra avec la sociĂ©tĂ© et les publics
 tous les publics, y compris ceux qui sont Ă©cartĂ©s des centres urbains, culturellement plus favorisĂ©s*. L’expĂ©rience lyrique doit ĂȘtre gĂ©nĂ©rale et sans entraves, accessibles et familiĂšre. Un sacrĂ© dĂ©fi qui s’annonce passionnant, Ă  l’heure des nouvelles Ă©chelles rĂ©gionales, oĂč dĂ©sormais, ce sont trois villes qui sont invitĂ©es Ă  travailler ensemble : Angers, Nantes et 
 Rennes. Pour tous et pour que chacun puisse vivre comme il le souhaite sa propre expĂ©rience du lyrique. PremiĂšre rencontre.

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CLASSIQUENEWS : Pour cette nouvelle saison 2018 – 2019, nous avons remarquĂ© un rapprochement entre les salles lyriques Ă  l’échelle de la RĂ©gion
 Quel est concrĂštement le fonctionnement entre Angers Nantes OpĂ©ra, et l’OpĂ©ra de Rennes que vous avez dirigĂ© auparavant ?

surrans-2-benedicte-de-vanssay-240x300ALAIN SURRANS : C’est une collaboration artistique et culturelle qui permet en rĂ©alitĂ© de faire tourner une mĂȘme production sur les trois sites associĂ©s : Angers, Nantes et Rennes. Il y a une volontĂ© d’équilibre dans l’apport de chaque maison : l’OpĂ©ra de Rennes participant Ă  la production de certains spectacles. Ainsi dans ce jeu croisĂ©, et Ă©quitable, Un Bal MasquĂ© de Verdi sera crĂ©Ă© Ă  Nantes (13 mars 2019) avec l’ONPL – Orchestre National des Pays de la Loire, puis repris Ă  Rennes (le 31 mars 2019). De mĂȘme, inversement, mĂȘme esprit d’équilibre avec Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner par l’Orchestre symphonique de Bretagne : prĂ©sentĂ© en mai 2019 Ă  Rennes (le 3), puis Ă  Angers (le 21), enfin Ă  Nantes du 5 au 13 juin 2019. Chacun des thĂ©Ăątres profitent aussi de cette mutualisation des moyens pour libĂ©rer du temps vers d’autres activitĂ©s culturelles car quand tout le thĂ©Ăątre Ă©tait immobilisĂ© pour les rĂ©pĂ©titions prĂ©alables Ă  une production, il est possible dĂ©sormais d’organiser et de produire d’autres Ă©vĂ©nements, lesdites rĂ©pĂ©titions Ă©tant rĂ©alisĂ©es dĂ©sormais dans le thĂ©Ăątre partenaire. C’est une libĂ©ration des sites qui favorise la diversitĂ© et la richesse de nos offres, tout au long de l’annĂ©e.

Il s’agit de dĂ©velopper dans l’avenir un vrai projet culturel amplifiĂ©, pas seulement centrĂ© sur l’opĂ©ra, mais pluridisciplinaire. J’en veux pour preuve cette saison, notre cycle « Voix du monde », nouvelle sĂ©rie de concerts qui fait dialoguer l’opĂ©ra et les autres formes de musiques traditionnelles, populaires ou savantes qui sollicitent la voix. Il s’agit de faire vivre autrement les thĂ©Ăątres d’opĂ©ras, d’en faire des lieux de vie, ouverts Ă  tous, prĂ©sentant divers manifestations et Ă©vĂ©nements artistiques


 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critĂšres Ă©tablissez-vous votre programmation ?

ALAIN SURRANS : Les rencontres jouent pour beaucoup. Par exemple, le cycle d’opĂ©ras russes, rĂ©unissant Iolanta et Aleko, a Ă©tĂ© possible parce que j’avais un excellent contact avec le BolshoĂŻ de Minsk, Ă©tant membre d’un concours de chant dans la ville biĂ©lorusse. Il n’y a guĂšre que les chanteurs slaves qui puissent maĂźtriser idĂ©alement l’opĂ©ra russe, prĂ©cisĂ©ment de TchaĂŻkovski et de Rachmaninov ; ne serait-ce que par la couleur spĂ©cifique de leurs voix, Ă  la rĂ©sonance gutturale propre, dans cette projection et cette intonation Ă  la fois franches et sincĂšres. Je souhaitais offrir Ă  notre public la possibilitĂ© d’écouter les chanteurs russes dans leur rĂ©pertoire. (NDLR : lire notre compte rendu complet de ALEKO / IOLANTA prĂ©sentĂ© en octobre 2018 par Angers Nantes OpĂ©ra).

C’est aussi une question aussi de prĂ©fĂ©rences personnelles, parfois. J’ai une prĂ©dilection pour Verdi et Wagner, car Ă  l’heure Ă©poque, l’histoire de l’opĂ©ra franchit un cap dĂ©cisif ; c’est le moment essentiel oĂč le directeur de thĂ©Ăątre perd son pouvoir ; il n’est plus seul Ă  dĂ©cider. Verdi et Wagner ont pensĂ© la globalitĂ© du spectacle d’opĂ©ra. Le premier intervient dans l’élaboration des livrets ; le second Ă©crit lui-mĂȘme le texte du livret. Ils dĂ©fendent tous deux une conception nouvelle du drame lyrique. De la mĂȘme maniĂšre, j’attache aussi une grande importance au travail de JoĂ«l Pommerat, en particulier, Ă  la rĂ©flexion qu’il a menĂ© sur les contes de fĂ©es ; sur ce qui les rend toujours trĂšs actuels et contemporains. Au cours de cette saison, nous prĂ©sentons par exemple Cendrillon de Massenet (Ă  l’affiche jusqu’au 18 dĂ©cembre 2018 – LIRE notre compte rendu, reprĂ©sentation du 4 dĂ©cembre dernier Ă  Nantes), un ouvrage exemplaire dĂ©voilant la volontĂ© et la dĂ©termination d’une jeune femme. Ce combat pour la libertĂ© et l’émancipation fait Ă©cho Ă  notre actualitĂ© rĂ©cente. Vous le voyez, le conte a Ă  nous dire encore beaucoup.

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous dĂ©veloppez de nombreuses actions et activitĂ©s Ă  l’attention du grand public ? Quel en est le contenu, quel en est l’enjeu ?

ALAIN SURRANS : C’est un aller-retour : il faut faire venir le plus grand nombre de spectateurs dans nos salles, et dans le mĂȘme temps, aller vers tous ceux qui se sentent Ă©loignĂ©s du spectacle et plus encore de l’opĂ©ra, hors de nos thĂ©Ăątres, et dans le territoire. Ainsi la tournĂ©e de l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella ou The Beggar’s opera de Johan Gay et JC Pepusch ; ces deux spectacles tournent partout grĂące Ă  notre rĂ©seau de partenaires Ă  l’échelle rĂ©gionale (jusqu’au 23 janvier 2019 pour The Beggar’s opera / jusqu’au 30 avril 2019 pour le Stradella).

De la mĂȘme façon, nous avons conçu une offre pour le public que nous souhaitons sensibiliser et impliquer, grĂące Ă  la voix et au chant. Il s’agit de rendez-vous rĂ©guliers sous forme d’ateliers (intitulĂ©s « ça va mieux en le chantant
 ») pour les familles, entre amis ; soit 1h d’expĂ©rience vocale, Ă  18h et Ă  20h
 Chacun, quelque soit son niveau musical, dĂ©couvre, explore les ressources de sa voix sous la conduite des membres du ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Chacun peut travailler sa justesse, dĂ©couvrir la sensation du chant par le corps, apprendre Ă  respirer, partager, 
 et mĂȘme chanter faux (
en dĂ©rapages contrĂŽlĂ©s). Il faut dĂ©cloisonner la pratique musicale ; Ă©largir et rendre accessible les spectacles d’opĂ©ra, enrichir l’expĂ©rience collective
 Les sites de Nantes, Angers et de Rennes sont trĂšs impliquĂ©s dans ce nouveau dispositif qui s’adresse Ă  un trĂšs large public.

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Prochain atelier  “Du surgrave au suraigu”, Angers et Nantes, les 31 janvier et 6 fĂ©vrier 2019 / http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/du-surgrave-au-suraigu

 
 
   
 
 

CLASSIQUENEWS : Vous avez collaborĂ© Ă  l’élaboration du livret de l’adaptation de Genitrix, – roman de François Mauriac, pour l’opĂ©ra, musique d’Honegger. Quelle expĂ©rience en avez-vous tirĂ© ?

ALAIN SURRANS : C’est un travail spĂ©cifique sur la langue et sa prosodie. Comment mettre en musique des mots, comment faire chanter un texte, lequel Ă  l’origine n’est pas conçu pour une mise en musique. Il faut donc apprendre Ă  dĂ©couper le texte, le rendre apte Ă  la prosodie, pour qu’il sonne auprĂšs du public, 
audible, accessible, naturel. L’attention se porte sur le rythme, sur l’accentuation des mots. Une redĂ©finition de la prononciation d’autant plus difficile et dĂ©licate que le français est peu accentuĂ© et plutĂŽt naturellement monotone.

Tout cela rĂ©sonne particuliĂšrement dans le travail que je dĂ©fends au profit de la crĂ©ation. Ainsi je peux d’ores et dĂ©jĂ  vous annoncer la crĂ©ation d’un nouvel opĂ©ra, Ă  l’horizon 2019 (crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra Comique le 27 sept 2019), d’aprĂšs L’Inondation d’Evgueni Zamiatine, nouvelle publiĂ©e en 1929. L’histoire est celle d’un couple sans enfants Ă  Saint-Petersbourg, qui adopte une orpheline alors que les eaux de La Neva ne cessent de monter
 La musique sera signĂ©e Francesco Filidei, et le livret (comme la mise en scĂšne), de JoĂ«l Pommerat. L’ouvrage aprĂšs sa crĂ©ation parisienne sera prĂ©sentĂ©e dans les salles, Ă  Nantes et Ă  Rennes, au sein de la saison lyrique 2019-2020.

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Propos recueillis en octobre 2018.

Illustration : © Bénédicte de Vanssay

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* culturellement plus favorisĂ©s. C’est relatif car tout dĂ©pend des quartiers concernĂ©s.

 
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, ThĂ©Ăątre Graslin, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous prĂ©sente Angers Nantes OpĂ©ra en ce mois de dĂ©cembre 2018 : une maniĂšre Ă©lĂ©gante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet mĂ©connu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son Ăąme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poĂ©sie du rĂȘve
 ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scĂšne, dans son rĂ©cit d’ouverture comme prĂ©alable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rĂȘve. Massenet ajoute aussi l’Ă©lan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fĂ©e, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment Ă  deux reprises un trio rĂ©ellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – Ă©pris mĂȘme-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lĂšbre crĂ©atrice de Carmen, Emma CalvĂ©, au dĂ©part pressentie pour le rĂŽle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversĂ© par un dĂ©sir ardent, juvĂ©nile, d’une irrĂ©pressible aspiration, tĂ©moignage autobiographique de cette passion qui Ă©lectrise Massenet lui-mĂȘme en 1899.

 
 
 

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ROI STATUE ET PRINCE DEPRESSIF
 Si le tableau d’ouverture est un peu sage voire confus : on ne comprend pas bien ce qu’est cette « chose » en fil de fer rose (???) au dĂ©but du spectacle
 (qui traverse l’ensemble du dĂ©cor comme si elle en dĂ©coupait la paroi blanche), l’immersion dans le rĂȘve nĂ©anmoins se rĂ©alise trĂšs vite affirmant son univers onirique parfois surrĂ©aliste
 ainsi le tableau oĂč paraĂźt le prince, juchĂ© sur un chapiteau corinthien inversĂ©, emblĂšme de son dĂ©sĂ©quilibre intĂ©rieur manifeste : il ne veut rien faire, surtout pas participer au dĂ©filĂ© des filles de la noblesse que son pĂšre a dĂ©cidĂ© pour qu’il trouve Ă©pouse. Parlons du roi justement : il appartient au monde des lĂ©gendes, caricatural et dĂ©jantĂ© : une icĂŽne statufiĂ©e, dĂ©bout / assis, tout amidonnĂ©e dans son ample manteau royal : truculent Olivier Naveau.
Concernant le Prince mĂ©lancolique voire dĂ©pressif
 il faut bien toute la couleur du timbre grave de Julie Robard-Gendre pour exprimer un mal-ĂȘtre certain, ce moelleux maladif. Jusqu’Ă  ce que paraisse  Lucette / Cendrille dans sa robe blanche (de style Empire). Et les sens du jeune homme se rĂ©veillent soudainement (Massenet tout enamourĂ© de sa belle et jeune Julia ?).

‹CENDRILLON ENIVRÉE
 Dans le rĂŽle-titre Rinat Shahan ici mĂȘme Ă©coutĂ©e en Octavia tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e (Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi), incarne une jeune femme angĂ©lique et volontaire, dont la couleur vocale fait tout le charme d’un chant simple, fluide, lumineux. Un angĂ©lisme ardent et sincĂšre qui certes ne maĂźtrise pas encore parfaitement l’intelligibilitĂ© de notre langue mais reste toujours trĂšs juste ; il n’y a guĂšre que le baryton emblĂ©matique François Le Roux qui rĂ©ussisse parfaitement l’exercice : son Ă©locution est exemplaire avec ce ton inspirĂ©, hallucinĂ©, des grands diseurs. Le chanteur donne du corps Ă  ce Pandolphe, vraie pantoufle domestique, passive et soumise
 qui finit mĂȘme par agacer tant il demeure attachĂ© Ă  sa nouvelle femme, la comtesse de La HaltiĂšre (la britannique Rosalind Plowright, dragon rageur et haineux, qui a presque 70 ans, dĂ©ploie une prĂ©sence scĂ©nique totale, dramatique et 
 sonore, vraie marĂątre dĂ©testable).

On sait Alain Surrans trĂšs soucieux de cohĂ©sion dramatique, y compris dans la dĂ©fense des Ɠuvres mĂ©connues ; le nouveau directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra apprĂ©cie particuliĂšrement les contes, prĂ©cisĂ©ment leur force poĂ©tique capable de nous parler encore aujourd’hui, dĂ©voilant des thĂšmes qui font Ă©cho Ă  notre actualitĂ©.
C’est assurĂ©ment le cas de Cendrillon de Massenet dont la figure courageuse de Lucette / Cendrille rappelle combien la dĂ©sobĂ©issance et la volontĂ© de croire Ă  ses sentiments sont majeurs pour toute Ă©mancipation.

 
 
  
 
 

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On Ă©mettra quelques rĂ©serves nĂ©anmoins dans cette nouvelle production. Bien des aspects de la partition surtout son livret, restent marquĂ©s par cette miĂšvrerie fleurie, typique de l’extrĂȘme fin du XIXĂšme ; les rĂ©fĂ©rences Ă  la nature, le sujet de cet « avril printanier » Ă©voquĂ©s Ă  plusieurs reprises, par Lucette et son pĂšre (et jusqu’au couple que le pĂšre Ă©voque avec sa fille comme celui « d’amoureux » en promenade
) laissent un rien perplexe. On en regretterait les bienfaits de l’actualisation. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle ce soir Ă  Nantes : pas sĂ»r que la majoritĂ© adhĂšre Ă  un art ainsi dĂ©modĂ© voire affectĂ© par des tournures d’un autre temps qui rĂ©duisent aujourd’hui la force de l’action. AssurĂ©ment quelques coupures eussent Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques.

ESSOR ONIRIQUE
 Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Le spectacle rĂ©alise en maints endroits la volontĂ© onirique de Massenet. Son invitation Ă  retrouver notre Ăąme d’enfant prend forme et se rĂ©alise. Les deux tableaux oĂč paraĂźt la fĂ©e (suave et agile Marianne Lambert malgrĂ© les redoutables arches coloratoure de sa partie), la premiĂšre fois dans sa baignoire / nacelle, permettant Ă  Lucette d’aller au bal ; quand elle trĂŽne enfin, en dĂ©esse sylvestre, parmi les chĂȘnes, 
 sont trĂšs convaincants.

Parmi les sĂ©quences les plus marquantes, ce sont bien les duos entre Cendrille et le Prince qui sont les plus inspirĂ©s (moins le couple du pĂšre et de sa fille : Pandolphe / Lucette). L’union des nouveaux amants, en particulier dans le tableau du bal (premiĂšre rencontre) puis dans celui de leurs retrouvailles au pied du chĂȘne des fĂ©es, illustre ce Massenet inspirĂ©, – dans la lignĂ©e de Gounod, Ă©perdu et tendre, – entre dĂ©votion partagĂ©e et profondeur Ă©motionnelle ; quand par exemple dans leur premier Ă©moi, Cendrille avoue sa dĂ©votion immĂ©diate et totale Ă  l’ĂȘtre tout juste rencontré   On est proche de ce ravissement dont Massenet a dĂ©jĂ  Ă©laborĂ© l’expression dans Manon Ă©videmment (rĂ©fĂ©rence Ă  « la main presse »), composĂ©e 5 ans auparavant (1884).

 
 
 

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Manon est finalement une source maintes fois citĂ©e ou exploitĂ©e ici, ne serait ce que dans le parfum nĂ©o baroque, propre Ă  ce “classicisme XIXĂšme », de l’ouverture ; Ă©galement dans l’esprit Grand SiĂšcle des ballets qui citent toujours Manon (cf. le tableau de l’OpĂ©ra dans l’opĂ©ra). Saluons enfin danseurs et membres du Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra ; souvent trĂšs drĂŽle, la transposition que rĂ©alise le noyau des 5 danseurs du Centre ChorĂ©graphique national de Nantes, dans la chorĂ©graphie d’Ambra Senatore : ils emmĂšnent avec eux les choristes maison dont le talent et la volontĂ© du jeu se rĂ©vĂšlent et s’affirment bel et bien, de production en production, avec chez certains, une claire rĂ©fĂ©rence Ă  Charlie Chaplin.
Enfin en fosse, l’ONPL, dirigĂ© par Claude Schnitzler, s’il sonne dur et court en dĂ©but de spectacle, se dĂ©ploie plus onctueux et suggestif Ă  mesure que l’action rĂ©alise ce passage du rĂ©el au rĂȘve. Et vice versa. Convaincant.

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. NANTES, le 4 dĂ©c 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux
 Toffolutti / Schnitzler - Encore Ă  l’affiche au Grand ThĂ©Ăątre d’Angers, pour 3 reprĂ©sentations incontournables, les 14, 16 et 18 dĂ©cembre 2018.

http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/cendrillon

LIRE aussi notre présentation annonce de la nouvelle Cendrillon présentée par Angers Nantes Opéra en décembre 2018
http://www.classiquenews.com/nouvelle-cendrillon-de-massenet-a-nantes-et-a-angers/

 
 
 

PROCHAINES productions Ă  ne pas manquer Ă  NANTES : Un Bal masquĂ© de Verdi (13 mars – 6 avril 2019)
A Nantes puis Angers : Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner, 3 mai – 13 juin 2019

 
 
 
Illustration : Marianne Lambert (la fĂ©e) apparaĂźt Ă  Lucette / Cendrille (DR – Angers Nantes OpĂ©ra – JM Jagu 2018  
 
   
 
 

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil » Trio Atanassov / Alain Carré

Schubertiade de Sceaux Logo copiable logo 2018COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil » Trio Atanassov (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov) / Alain CarrĂ©, rĂ©citant. Hommage aux soldats de la PremiĂšre Guerre. Le sujet du programme Ă©tait opportun en ce week end du 11 novembre 2018, centenaire de l’Armistice. Elisabeth Atanassov, directrice de la Schubertiade de Sceaux ajoute Ă  cette cĂ©lĂ©bration bienvenue, plusieurs piĂšces d’un violoniste virtuose, soldat enrĂŽlĂ© sur le front de la barbarie (1914-1918), devenu compositeur : Lucien Durosoir. En prĂ©sence des descendants du musicien, le concert est surtout un spectacle percutant oĂč le verbe est Ă©noncĂ©, projetĂ©, incarnĂ© par le diseur acteur Alain CarrĂ©. La vie dans les tranchĂ©es – humide, alcoolisĂ©e, nausĂ©abonde
 pour le dire d’un mot, inhumaine est ainsi Ă©voquĂ©e par le dĂ©tail et l’anecdote, Ă  travers des citations de la correspondance du soldat Durosoir Ă  sa mĂšre ; Ă  travers le tĂ©moignage complĂ©mentaire contenu dans les Carnets de guerre de Maurice MarĂ©chal.
Ponctuant le texte, plusieurs fragments musicaux sont jouĂ©s par le Trio Atanassov (Perceval Gilles, violon / Sarah Sultan, violoncelle / Pierre-Kaloyann Atanassov, piano) : on y dĂ©tecte l’intensitĂ© suggestive et qui semble recueillir les cris et l’impuissance dans la bataille, des Ɠuvres choisies signĂ©es Ravel (l’extraordinaire poĂ©tique de Pantoum, qui est le second mouvement de son sublime Trio de 1914), Beethoven, Schumann
 De cette mise en dialogue du texte et de la musique, ce sont certainement les partitions de Durosoir qui se dĂ©tachent par leur acuitĂ© Ă©motionnelle, Ă  la fois enivrante et recueillie (PriĂšre Ă  Marie de 1949, pour violon et piano : la piĂšce conclut avec beaucoup de sensibilitĂ© le programme). Comme on reste saisi par cette modernitĂ© palpitante qui porte et embrase le premier mouvement de son Trio en si mineur de 1927. Comme de nombreux auteurs marquĂ©s par la guerre, et davantage : qui ont affrontĂ© l’ignominie la plus terrifiante, Lucien Durosoir semble retisser un fil salvateur dans l’acte mĂȘme de composer ; toute son Ɠuvre qui suit ses annĂ©es de traumatisme, exprime et transcende cette Ă©preuve inimaginable.

durosoir lucien violon portrait annocne concert par classiquenewsComme le dit Debussy, la musique commence oĂč s’arrĂȘtent les mots : la formule est idĂ©ale dans le cas de Lucien Durosoir dont l’intensitĂ© et la pudeur de l’écriture musicale, en disent infiniment plus que bien des discours. La rĂ©ussite de ce « spectacle », Ă  la fois concert, Ă  la fois tĂ©moignage rĂ©citĂ© (et excellemment par l’incantatoire Alain CarrĂ©) vient de cet Ă©quilibre tĂ©nu et ici idĂ©al entre la vĂ©hĂ©mence du mot cru, et la parure musicale qui semble l’enrober, dans les fragments de musique qui ponctuent les rĂ©cits. On ne pouvait imaginer meilleure proposition, en hommage aux soldats massacrĂ©s, Ă©prouvĂ©s sur le champs de bataille entre 1914 et 1918.
A l’issue de ce deuxiĂšme rv, il apparaĂźt comme une Ă©vidence que par la qualitĂ© de l’offre musicale et la diversitĂ© des concerts dans leur forme et leur dĂ©roulement, La Schubertiade de Sceaux a dĂ©sormais trouvĂ© son rythme de croisiĂšre (dans l’HĂŽtel de Ville mĂȘme) et surtout son public. L’idĂ©e de proposer aux rĂ©sidents citoyens, un concert de musique de chambre dans les espaces municipaux, est exemplaire.
Prochain rv, samedi 8 dĂ©cembre 2018 : Quatuor Modigliani (au programme : Mozart, Schubert et surtout Debussy, pour fĂȘter le centenaire de la mort en 2018).

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 10 nov 2018. « Un fil, la vie, un simple fil »  / Trio Atanassov (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov / Alain Carré, récitant.

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LIRE notre compte-rendu du concert du 13 octobre 2018 : Programme Schubert par le Trio Atanassov / La Schubertiade de Sceaux
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-sceaux-92-le-13-octobre-2018-la-schubertiade-de-sceaux-recital-schubert-trio-atanassov/

VISITEZ le site du Trio Atanassov : www.trioatanassov.com

LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la saison musicale La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 et ses 6 concerts Ă©vĂ©nements.  
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. Saint-Etienne, le 18 nov 2018. MASSENET : Hérodiade. Elodie Hache, Ossonce / Pichon  

massenet jules portrait classiquenewsCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, le 18 novembre 2018. Jules Massenet : HĂ©rodiade. Elodie Hache, Emanuela Pascu, Florian Laconi, Christian Helmer, Nicolas Cavallier. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Jean-Louis Pichon, mise en scĂšne. Ce sont les mots, empruntĂ©s au rĂŽle d’HĂ©rode, qu’on a envie de lancer comme des fleurs Ă  Elodie Hache une fois le rideau tombĂ©. Car depuis sa Blanche de la Force sur cette mĂȘme scĂšne stĂ©phanoise voilĂ  un an et demi, la soprano française a encore progressĂ© dans la maĂźtrise de son gĂ©nĂ©reux instrument, de ceux qu’on rencontre peu parmi les artistes de l’Hexagone. DĂšs son premier air « Il est doux, il est bon », on est impressionnĂ©s par l’ampleur de la voix et la puissance dĂ©ployĂ©e sans effort apparent. En outre, l’ouragan sait se faire caresse, en de magnifiques nuances, flottantes et transparentes. Durant toute la reprĂ©sentation, on assiste mĂ©dusĂ©s Ă  l’affirmation progressive de cette superbe artiste, dotĂ©e qui plus est d’une trĂšs belle diction et d’une grande prĂ©sence scĂ©nique, alliĂ©es Ă  une poignante sobriĂ©tĂ© dans les effets. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narcisso Fiordaliso.

 

 

 

SalomĂ©, laisse-moi t’aimer

 

 
On souhaiterait simplement lui conseiller du prendre garde au vibrato parfois quelque peu excessif dans un haut-médium semblant moins canalisé que le reste de la tessiture, afin de pouvoir goûter le plus longtemps possibles à toutes ses immenses qualités.
A ses cĂŽtĂ©s, la mezzo roumaine Emanuela Pascu incarne une imposante et vĂ©nĂ©neuse HĂ©rodiade, jeune encore, plus femme que mĂšre, dardant avec Ă©clat le mĂ©tal de sa voix sonore et osant de trĂšs beaux piani. L’écriture d’ensemble du rĂŽle parait bien parfois un rien grave pour elle, mais, Ă  part quelques graves Ă  notre sens trop appuyĂ©s, la chanteuse se tire avec les honneurs de cette tessiture difficile, dĂ©montrant par ailleurs un beau travail sur le texte.
AprĂšs l’avoir chantĂ© avec succĂšs Ă  Marseille voilĂ  il y a quelques mois, Florian Laconi retrouve le rĂŽle de Jean, dont il vient toujours Ă  bout avec une soliditĂ© qu’on ne peut que saluer. Son air du quatriĂšme acte est Ă  ce titre Ă©loquent, et s’achĂšvent triomphalement sur un aigu lentement enflĂ© dans un crescendo Ă©lectrisant.
Toujours noble de port et fier de ton, Nicolas Cavallier remporte tous les suffrages en Phanuel, et on est, comme à chaque fois, heureux de retrouver la basse française, de ces phares qui semblent éclairer le paysage lyrique actuel par leur auguste présence.
Face Ă  de telles voix et autant de prĂ©sences, Christian Helmer fait de son mieux pour trouver sa place, et se lance avec franchise dans la partie ardue d’HĂ©rode, semblant souvent poussĂ© aux limites de ses moyens. Mais il se donne tout entier, sans tricher, et son courage est Ă  saluer.
Vitellius autoritaire, Jean-Marie Delpas prend un malin plaisir Ă  faire tonner sa grande voix, tandis que tous les autres rĂŽles secondaires sont tenus avec beaucoup d’efficacitĂ©. Quant au chƓur, il n’appelle que des Ă©loges grĂące Ă  une homogĂ©nĂ©itĂ© superbe et surtout une prĂ©cision superlative dans la diction.
Tout ce petit monde Ă©volue dans la mise en scĂšne dĂ©pouillĂ©e de Jean-Louis Pichon. Familier de l’Ɠuvre, ce grand amoureux de l’opĂ©ra français a choisi la carte de la sobriĂ©tĂ©, enveloppant dĂ©cors comme costumes d’une teinte gĂ©nĂ©rale ocre avec des reflets dorĂ©s, des murs formĂ©s par des lances aiguisĂ©es refermant le plateau. Si le faste manque parfois Ă  l’appel, l’Ɠuvre y gagne en intimitĂ©, vĂ©ritable affaire de famille et on vit pleinement le drame en mĂȘme temps que les personnages qui s’y dĂ©battent.
Dans la fosse, la direction apollinienne de Jean-Yves Ossonce participe de ce climat énigmatique, le chef français refusant tout clinquant excessif, dirigeant de main de maßtre un orchestre maison somptueux, audiblement familier de cet univers musical.
Une fois de plus, l’OpĂ©ra de Saint-Etienne se pose en rĂ©fĂ©rence en matiĂšre d’opĂ©ra français.

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. COMPTE-RENDU, opéra. Saint-Etienne, le 18 nov 2018. MASSENET : Hérodiade. Elodie Hache, Ossonce / Pichon
Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, 18 novembre 2018. Jules Massenet : HĂ©rodiade. Livret de Paul Millet et Henri GrĂ©mont, inspirĂ© d’HĂ©rodias de Gustave Flaubert.
Avec HĂ©rodiade : Elodie Hache ; Salomé : Emanuela Pascu ; Jean : Florian Laconi ; HĂ©rode : Christian Helmer ; Phanuel : Nicolas Cavallier ; Vitellius : Jean-Marie Delpas ; La Babylonienne : Catherine SĂ©on ; Le Grand PrĂȘtre : Bardassar Ohanian ; La Voix : Pier-Yves TĂ©tu. ChƓur Lyrique Saint-Etienne Loire ; Chef de chƓur : Laurent Touche. Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Jean-Louis Pichon ; DĂ©cors et costumes : JĂ©rĂŽme Bourdin ; LumiĂšres : Michel Theuil ; ChorĂ©graphie : Laurence Fanon ; VidĂ©o : Georges Flores
 

 

Compte-rendu critique, opéra. Bordeaux, le 8 nov 2018. Donizetti : Anna Bolena. Rebeka
 Daniel / Bischofberger

Compte-rendu critique, opĂ©ra. Bordeaux, Grand-ThĂ©Ăątre, le 8 novembre 2018. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Marina Rebeka, Ekaterina Semenchuk, Dimitry Ivashchenko, Pene Pati. Paul Daniel, direction musicale. Marie-Louise Bischofberger, mise en scĂšne. En ce mois de novembre, l’OpĂ©ra National de Bordeaux frappe un grand coup en reprenant sa production d’Anna Bolena de Donizetti, crĂ©Ă©e in loco voilĂ  quatre ans et vue depuis aussi bien Ă  Avignon et Toulon qu’à la Scala de Milan. ElĂ©gante et dĂ©pouillĂ©e mais manquant parfois de faste et tenant parfois du concert en costumes, la mise en scĂšne de Marie-Louise Bischofberger sert surtout d’écrin Ă  un plateau superlatif, digne du Metropolitan Opera de New York.
Mieux encore, chacun des artistes semble jouer sa vie ce soir-lĂ , ce qui demeure rare Ă  l’occasion d’une deuxiĂšme reprĂ©sentation, souvent considĂ©rĂ©e dans le mĂ©tier comme la moins rĂ©ussie d’une sĂ©rie. La prĂ©sence dans la salle de plusieurs importants directeurs de maisons d’opĂ©ra, Ă  l’occasion du concours international de chant Bordeaux-MĂ©doc, aurait-elle poussĂ© les interprĂštes Ă  donner le meilleur d’eux-mĂȘmes ? On a envie de le croire. COMPTE-RENDU, CRITIQUE par notre envoyĂ© spĂ©cial Narciso Fiordaliso.

 

 

 

Plateau de luxe

 
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D’autant plus que, dans la salle relativement petite du Grand-ThĂ©Ăątre, toutes ces voix au lyrisme dĂ©complexĂ© emplissent l’espace avec un plaisir non dissimulĂ©, Ă  la plus grande joie des spectateurs
 et la nĂŽtre.
A toute souveraine, tout honneur : dans le rĂŽle-titre, Marina Rebeka effectue une prise de rĂŽle fracassante, en parallĂšle de la sortie de son nouvel album Spirito, consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes belcantistes et paru le lendemain de la reprĂ©sentation (NDLR : LIRE notre critique complĂšte du cd SPIRITO par MARINA REBEKA, “CLIC” de CLASSIQUENEWS de novembre 2018).
La soprano lettone fait feu de tout bois et se consume littĂ©ralement en scĂšne, dĂ©ployant Ă  plaisir sa grande voix et Ă©lectrisant le public en mĂȘme temps que la reine laisse Ă©clater sa fureur. Son instrument corsĂ© et son timbre sombre font merveille dans cette partition, rendant encore plus impressionnantes les notes aiguĂ«s, en particulier le contre-rĂ© achevant la premiĂšre partie et surtout le contre-mi bĂ©mol, attaquĂ© sans respirer, sur lequel tombe le rideau Ă  l’issue de la reprĂ©sentation. Quelques nuances de plus, quelques piani plus flottants, un grave plus naturel, et on tenait lĂ  la rĂ©fĂ©rence moderne dans ce rĂŽle. Mais la chanteuse se hisse dĂ©jĂ  au niveau des meilleures, et on lui souhaite de pouvoir continuer Ă  mĂ»rir son incarnation, tant vocale que musicale.
Face à elle, Ekaterina Semenchuk impose une Seymour qui aurait des liens de parenté avec Azucena et Eboli. Certes, la vocalité torrentielle et éminemment verdienne de la mezzo russe parait parfois surdimensionnée pour le rÎle, mais comment résister à une prestation aussi généreuse, aussi proprement jouissive ?
La chanteuse se tire par ailleurs avec les honneurs de l’écriture parfois fleurie qui orne sa partie, bien que son terrain d’élection soit audiblement ailleurs.
La confrontation entre les deux femmes restera un grand moment, véritable affrontement, authentique émulation entre deux trÚs grandes chanteuses.
RĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e, le Percy de Pene Pati marque les esprits. VĂ©ritable colosse, le tĂ©nor polynĂ©sien Ă©tonne au premier abord par sa voix en apparence lĂ©gĂšre, surtout face aux titans avec lesquels il partage le plateau. Mais au fur et Ă  mesure des notes, il emporte l’adhĂ©sion par son Ă©mission d’un naturel confondant, jamais sombrĂ©e mais au contraire toujours rayonnante, jusqu’à un contre-ut interminable d’une facilitĂ© dĂ©concertante. Sa grande scĂšne du second acte enthousiasme tout autant, Ă©mouvante autant que brillante, et couronnĂ©e par un contre-rĂ© aussi impressionnant qu’inattendu. Un vrai talent Ă  suivre, et, s’il parvient Ă  rĂ©sister aux sirĂšnes des rĂŽles trop lourds, un des grands tĂ©nors de demain.

 

 

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Moins marquant, l’Enrico de Dimitry Ivashchenko, toujours somptueux de timbre mais peu Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire, la basse russe semblant parfois comme encombrĂ© de son instrument imposant et paraissant souvent ne savoir que faire de son personnage, assez monolithique et finalement celui ayant visiblement le moins inspirĂ© le compositeur.
Smeaton Ă  croquer, Marion LebĂšgue donne vie avec gourmandise Ă  ce petit page, amoureux et maladroit, la superbe mezzo française laissant percevoir que, d’une certaine maniĂšre, c’est aussi par lui et malgrĂ© lui que le drame se noue.
Bien chantants et percutants, le Lord Rochefort de Guilhem Worms et le Sir Hervy de KĂ©vin Amiel font mieux que ne pas dĂ©mĂ©riter face Ă  pareils partenaires, ils savent s’imposer et capter l’attention en seulement quelques phrases.
A la tĂȘte d’un trĂšs beau chƓur et d’un excellent orchestre, le chef Paul Daniel, directeur musical de la phalange bordelaise, laisse malheureusement un sentiment plus mitigĂ©, sa direction manquant souvent de souplesse et de respiration. En outre, on dĂ©plore de trĂšs nombreuses coupures, notamment presque toutes les reprises des cabalettes, ce qui prive cette musique d’une bonne partie de son vertige et de son pouvoir de fascination.
Enthousiaste et heureux, le public s’abandonne aux ovations et fait fĂȘte Ă  toute la distribution. On le comprend.

 

 

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Bordeaux. Grand-ThĂ©Ăątre, 8 novembre 2018. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Livret de Felice Romani. Avec Anna Bolena : Marina Rebeka ; Giovanna Seymour : Ekaterina Semenchuk ; Enrico VIII : Dimitry Ivashchenko ; Lord Percy : Pene Pati ; Smeaton : Marion LebĂšgue ; Sir Hervey : KĂ©vin Amiel ; Lord Rochefort : Guilhem Worms. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux ; Chef de chƓur : Salvatore Caputo. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Direction musicale : Paul Daniel. Mise en scĂšne : Marie-Louise Bischofberger ; ScĂ©nographie : Erich Wonder ; Costumes : Kaspar Glarner ; LumiĂšres : Bertrand Couderc

Illustrations : © Maitetxu Etcheverria / Opéra de Bordeaux 2018

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. GOZO (Malta), Teatru Astra, le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. L’OPERA comme expĂ©rience collective et populaire. Ce n’est rien d’écrire que l’opĂ©ra Ă  Gozo, Ă  travers l’offre de ses 2 thĂ©Ăątres lyriques Ă  Victoria rayonne d’un Ă©clat particulier. Ainsi dans la salle du thĂ©Ăątre (Teatru) Astra : le genre est unanimement adoptĂ© par tous. ImmĂ©diatement ce qui saisit le mĂ©lomane amateur d’opĂ©ras, habituĂ©s des salles europĂ©ennes, c’est l’ambiance bon enfant et ce goĂ»t partagĂ© naturellement par tous pour l’expĂ©rience lyrique. L’implication est au cƓur de chaque reprĂ©sentation car Ă  l’occasion de ce « festival d’opĂ©ras » (festival mĂ©diterranĂ©en / Festival Mediterranea à Victoria, sur l’üle de Gozo, la seconde de l’archipel maltaise) qui a lieu chaque mois d’octobre dans la ville de Victoria, le nombre de bĂ©nĂ©voles, incluant une grande communautĂ© de locaux, reste constant, en ferveur, en gĂ©nĂ©rositĂ©, en participation surtout : nombre d’habitants sont figurants, choristes, personnel de salle
 autant d’initiatives qui contribuent Ă  renforcer ce lien social qui manque tant en France. Et qui fait du concert, de l’opĂ©ra : une cĂ©lĂ©bration du collectif. La culture, ciment du vivre-ensemble et de la curiositĂ© vers les autres, voilĂ  une vertu que l’on redĂ©couvre dans l’Hexagone, mais qui est depuis l’aprĂšs-guerre Ă  Victoria, une activitĂ© naturelle dĂ©fendue avec passion.

De fait, nul ne s’étonne dans la salle, Ă  quelques minutes avant le spectacle, de la ferveur d’un public trĂšs passionnĂ© qui applaudit spontanĂ©ment Ă  chaque fin d’air et de tableau collectif. La chaleur se transmet du parterre Ă  la scĂšne ; un encouragement permanent pour les solistes qui chantent leur duo sur un praticable devant la fosse d’orchestre et Ă  quelques centimĂštres des premiers spectateurs. Cette proximitĂ© ajoute Ă  l’intensitĂ© de la reprĂ©sentation.

 
 

 
 

L’opĂ©ra Ă  Gozo (Malte)

La fiĂšvre du lyrique intacte au Teatru Astra de Victoria

 

 

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D’emblĂ©e, le cadre intime du Teatru ASTRA, offre une bonne acoustique qui permet de beaux Ă©quilibres entre solistes, orchestre et chƓur.

Ce soir sur les terres du tĂ©nor vedette, vĂ©ritable trĂ©sor national vivant et ambassadeur de la culture maltaise, Joseph Calleja, c’est une soprano native qui chante le rĂŽle-titre : Miriam Cauchi. La cantatrice maltaise n’a certes pas des trilles prĂ©cises mais la chaleur du timbre et la justesse de l’intention font une Violetta particuliĂšrement digne et Ă©mouvante. Elle n’a pas le physique ni la jeunesse du personnage (du reste qui pourrait chanter Ă  17 ans un rĂŽle qui exige tant de la chanteuse comme de l’actrice?), mais Miriam Cauchi sait soigner un chant crĂ©dible, incarnĂ©, qui reste, vertu de plus en plus, mesurĂ© (combien d’autres divas en mal d’effets dĂ©monstratifs, cultive un vĂ©risme hors sujet chez Verdi).

Face Ă  elle, Alfredo ne manque pas d’aplomb ; le tĂ©nor italien Giulio Pelligra a de la vaillance Ă  revendre trop peut ĂȘtre car dans ses duos avec sa partenaire, davantage d’Ă©coute de l’autre, plus de dolcezza suave auraient mieux rĂ©ussi ce qui doit exprimer la magie enivrĂ©e de leur premiĂšre rencontre (au I, par exemple, pour le Brindisi final)


 

 

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Reste l’excellent Germon pĂšre du baryton russe Maxim Aniskin qui est la vedette de la soirĂ©e tant sa prestation suscite bien des Ă©loges ; le style, la noblesse humaine, la finesse vocale de sa caractĂ©risation illustrent idĂ©alement le type du baryton verdien (il a la voix et la couleur pour chanter Boccanegra) ; l’acteur clarifie l’évolution du personnage Ă  travers sa prĂ©sence Ă  l’acte II : il est d’abord conquĂ©rant, sĂ»r et inflexible, puis au contact de la pĂ©cheresse qu’il est venu sermonner et vĂ©ritablement sacrifier (pour l’honneur familial), pĂšre Ă©mu, Ăąme noble et compatissante, saisi par la dignitĂ© sacrificielle de Violetta, cette courtisane magnifique, qui accepte de rompre avec Germont fils.

Dans le duo avec Violetta, lui troublĂ©, Ă©mu, compassionnel / elle, Ă©perdue, blessĂ©e-, le chanteur arrondit les angles, caresse chaque nuance de sa partie, s’enlace vĂ©ritablement au chant de la soprano; sans jamais la couvrir trop ; une telle musicalitĂ© accordĂ©e Ă  l’autre est exemplaire et donne enfin Ă  entendre ce chant chambriste si fin et nuancĂ© ; proche du thĂ©Ăątre et qui doit beaucoup au bel canto bellinien.
Puis son grand air oĂč il sermonne cette fois son fils en le rappelant Ă  plus de maĂźtrise et de sagesse est lĂ©gitimement plĂ©biscitĂ© : le soliste est un immense interprĂšte, dans le style, la nuance. Un rĂ©gal lyrique.

De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre Symphonique de Malte, sous la direction de Philip Walsh, veille Ă  la couleur et au caractĂšre de chaque acte : brillant au I ; plus contrastĂ© au II (entre le sacrifice et le renoncement de Violetta, et son humiliation publique Ă  Paris) ; tragique, intimiste, crĂ©pusculaire au III. C’est au final une production nouvelle (commande du Teatru Astra) qui rĂ©alise alors un spectacle prenant, poĂ©tiquement juste avec des solistes de haut vol, plutĂŽt convaincants. Il n’y a aucun doute : la tradition de l’opĂ©ra est flamboyante Ă  Gozo, et ses manifestations, comme en cet automne 2018, particuliĂšrement sĂ©duisantes. Rendez-vous est dĂ©jĂ  pris pour l’automne 2019.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

distribution

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)
Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)
Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)
Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)
Philip Walsh, direction. Enrico Stinchelli, mise en scĂšne.
Orchestre Philharmonique de Malte / MPO Malta Philharmonic Orchestra, choeurs du Festival Méditerranée de Gozo.

 

  

 

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Reportage vidéo : ONL Orchestre National de Lille : MASS de BERNSTEIN / Alexandre Bloch (juin 2018)

mass-bernstein-lille-orchestre-national-compte-rendu-critique-classiquenews-alexandre-blochREPORTAGE VIDEO. ONL Orchestre National de Lille. BERNSTEIN : MASS (juin 2018). En hommage au gĂ©nie de Leonard Bernstein et pour son centenaire en 2018, l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de son directeur musical Alexandre BLOCH, frappe fort en ce mois de juin 2018 ; la phalange lilloise Ă  la laquelle se joignent les troupes musicales de la RĂ©gion (choeurs, tambours et orchestres d’harmonie
) rĂ©ussit tous les dĂ©fis d’une partition atypique, mĂ©connue et pourtant essentielle pour comprendre et mesurer l’humanisme engagĂ© du compositeur amĂ©ricain : MASS (1972). ChƓurs d’enfants angĂ©liques, Ă©merveillĂ©s (une rĂ©fĂ©rence Ă  cette innocence perdue dont a rĂȘvĂ© Bernstein toute sa vie ?), choeur solennel et parodique ; « street chorus », mordant, cynique, critique voire blasphĂ©matoire ; surtout cĂ©lĂ©brant incarnĂ© sombrant dans le doute et le dĂ©sarroi le plus vertigineux
 avant la grande rĂ©conciliation fraternelle de la fin. Bernstein ne fait pas que le procĂšs du rituel, de tous les offices religieux ; il sait les rĂ©inscrire dans une vision profondĂ©ment humaine, qui rĂ©tablit le sens profond d’une cĂ©lĂ©bration collective : le partage et le respect mutuel. Tout dogme enseignĂ© doit Ă©largir le champs de vision, renforcer l’Ă©coute de la diversitĂ©, cultiver la tolĂ©rance.

Rien ne manque dans cette partition qui cite certes l’esthĂ©tique des 70’s, mais reste atemporelle par son message pacifiste, amoureux, gĂ©nĂ©reux, humaniste. Voici assurĂ©ment le point d’orgue de l’annĂ©e BERNSTEIN 2018 en France, et la rĂ©alisation la plus significative de l’annĂ©e de cĂ©lĂ©bration. GRAND REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM.

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LIRE aussi notre critique complĂšte de MASS de Leonard BERNSTEIN par Alexandre BLOCH (28 juin 2018) – Auditorium du Nouveau SiĂšcle, LILLE / ONL

200 personnes sur le plateau et au-dessus (s’agissant des deux jazz band, et rock band, situĂ©s chacun au dessus de la scĂšne, Ă  jardin et Ă  cour) incarnent et exaltent l’ivresse grandissante d’une partition protĂ©iforme signĂ©e Bernstein, au dĂ©but des annĂ©es 1970 : MASS. Il faut donc pour le chef savoir coordonner le geste d’une colonie Ă©parse de musiciens aux parties simultanĂ©es, et aussi prĂ©server la clartĂ© d’une oeuvre construite comme une cathĂ©drale particuliĂšrement riche en changements de rythmes et en formes musicales. GĂ©nĂ©reux, Ă©clectique, Bernstein fait montre d’une invention parfois dĂ©routante pour l’auditeur, mais tout le mĂ©rite revient au formidable engagement des chanteurs et instrumentistes, Ă  la direction Ă  la fois fiĂ©vreuse et prĂ©cise du chef Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille ; le maestro sculpte un monument esthĂ©tique qui suit trĂšs minutieusement son parcours, sans dilution, et avec des pointes sarcastiques ou lyriques d’une indiscutable intelligence…

ZAHIR : 4 saxophones enivrés

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit
 Ce quatuor de saxos (nĂ© en 2015) Ă©cartent tous ses concurrents par son audace, la libertĂ© du geste, une virtuositĂ© naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractĂ©risĂ© : le son du Quatuor ZAHIR enchante littĂ©ralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (rĂ©alisĂ©e par le sxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifiĂ©, transcript, sublimĂ© dont le charme d’esprit populaire dĂšs son premier Allegro caressant sĂ©duit immĂ©diatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutĂŽt que quatuor Ă  cordes : c’est Ă  dire saxophones soprano, alto, tĂ©nor, baryton). Le souci de la caractĂ©risation, le sens du dialogue entre les parties, la trĂšs fine conception du format sonore, d’une subtilitĂ© rĂ©jouissante, la fluiditĂ© de l’écriture qui fait passer d’un instrument Ă  l’autre, de surcroĂźt dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop Ă©loignĂ©e, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrĂȘme ductilitĂ© lumineuse des Zahir (pulsion dansĂ©e, organiquement trĂšs soignĂ©e du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au trĂšs beau mystĂšre grave du dĂ©but du Finale avant la sĂ©quence plus vive, trĂšs animĂ©e, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e elle aussi dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences successives. Jaillit une expressivitĂ© assumĂ©e, jamais tendue ni outrĂ©e grĂące Ă  la recherche constante et exaucuĂ©e d’un sublime Ă©quilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiositĂ© tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idĂ©al esthĂ©tique, un laboratoire musicale. D’oĂč une implication totale dans la dĂ©fense des partitions contemporaines. LIRE notre critique complĂšte du cd ZAHIR (Klarthe records)

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX (92), le 13 octobre 2018. La Schubertiade de Sceaux. RĂ©cital SCHUBERT. Trio Atanassov.

schubertiadeCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX (92), le 13 octobre 2018. La Schubertiade de Sceaux. RĂ©cital SCHUBERT. Trio Atanassov. En dialogue et en complicitĂ©, les trois instrumentistes du TRIO ATANASSOV ont inaugurĂ© ce 13 octobre 2018, le nouveau cycle Ă©vĂ©nement Ă  Sceaux, La Schubertiade de 
 Sceaux. Une initiative qui renoue avec le riche passĂ© musical de la citĂ© scĂ©enne oĂč la musique de chambre a son public. En jouant Ă  chaque concert une Ɠuvre de Franz Schubert, les musiciens cĂ©lĂšbrent surtout l’esprit de partage et cette fraternitĂ© heureuse et discrĂšte qui renforce ce qui fonde la paix et l’harmonie : le respect et l’estime de soi et des autres. Pour preuve, ce concert 100% Schubert, – une monographie musicale bienvenue pour lancer la nouvelle saison Ă  Sceaux, dont le prĂ©sentateur, cultivĂ© et enjouĂ©, n’est autre que FrĂ©dĂ©ric LodĂ©on, voix radiophonique qui rĂ©tablit les enjeux de chaque piĂšce, non sans humour.

En prĂ©sence de l’Ambassadeur d’Autriche Ă  Paris, les musiciens enchaĂźnent les piĂšces, toutes invitation Ă  l’introspection et au repli intime, Schubert Ă©tant passĂ© maĂźtre dans l’expression de la Sensucht, cette pensĂ©e vagabonde, humeur de l’errance et d’une indicible mĂ©lancolie ; pas suspension dĂ©pressive, mais hypersensibilitĂ© pour le songe, l’inouĂŻ, le surgissement de la poĂ©sie pure.
trio-atanassov-schuebrtiade-de-sceaux-concert-critique-par-classiquenews-la-schubertiade-de-sceauxDe style comme de nuances, les 3 instrumentistes (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov, respectivement violon, violoncelle, piano) ne manquent pas; sachant nĂ©gocier trĂšs intelligemment avec une salle qui n’est pas de concert et une acoustique plutĂŽt sĂšche, ils sont capable de convoquer et diffuser l’atmosphĂšre amicale des Schubertiades viennoises, quand Franz, entourĂ© de ses proches, cultivait l’entente musicale, et suscitait l’écoute croisĂ©e, jouant lui-mĂȘme au piano, accompagnant les chanteurs ou ses amis instrumentistes


L’esprit de famille rĂšgne aussi sur ce cycle de sĂ©quences enivrĂ©es qui bercent par leur richesse allusive : la mĂšre du pianiste, Pierre-Kaloyann Atanassov (fondateur du Trio en 2007), Elisabeth Atanassov, tourne les pages, complicitĂ© suprĂȘme d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre, qui cultive ce goĂ»t de la profondeur et de la finesse offertes en partage. Le tableau est admirable comme le programme du concert.

Ils ont déjà à leur actif, un premier cd de musique de chambre (Smetana, Dvorak). On retrouve ce soir les qualités qui distingue le Trio : clarté des intentions, sens des nuances, lisibilité du cadre, écoute supérieure entre eux.
ATANASSOV-trio-pierre-kaloyann-atanassov-entretien-par-classiquenews-la-schubertiade-de-sceaux-par-classiquenewsToutes les facettes de Schubert sont exprimĂ©es, de la Sonatensatz D 28, sa premiĂšre partition cordes / piano, – dĂ©jĂ  fĂ©brile, contrastĂ©e (Ă©crite en 1812, Ă  15 ans) ; au sublime Trio opus 100 de 1827 (un an avant sa mort), – immortalisĂ© par Stanley Kubrick dans le film Barry Lindon (suivant en cela l’usage de Fritz Lang dans Docteur Mabuse (1922), en particulier son Andante con moto, d’une vivacitĂ© rythmique, Ă  la fois percussive et hallucinĂ©e
 sereine et intense (Ă  partir de la chanson suĂ©doise « le soleil se couche », conscience chez Schubert de sa fin prochaine ?
). La mĂ©lodie Ă©noncĂ©e sonne comme un dĂ©tachement tranquille et comme la prĂ©science de la fin, une marche funĂšbre qui n’a de triste et sombre que son nom ; 
 Ă©quation indicible entre la tendresse et la mort. Sans omettre le Notturno D 897, de la mĂȘme pĂ©riode, immersion et plongĂ©e dans l’autre monde, tel un voyage sans retour
 dont le caractĂšre suspendu annonce directement l’Andante de son ultime Quintette pour violoncelle (conçu Ă  l’Automne 1828, quelques semaines avant de mourir). S’y dĂ©ploie cette nuance inexprimable, jeu d’un oxymore Ă  dĂ©chiffrer par tous les interprĂštes : adagio apassionnato. Ici la traversĂ©e est d’un autre monde, vers l’autre rive, en modulations et passages aussi divers que tĂ©nus, cheminement de l’ombre et du murmure, en clair-obscur.

Chez Schubert rĂšgne une Ă©vidence qui semble simple, mais affirme trĂšs vite une saisissante profondeur ; ce jeu entre l’insouciance feinte et le sentiment plus grave qui Ă©treint, se dĂ©ploie ici sans entrave, avec la libertĂ© de l’entente, dans le geste complice des 3 musiciens.
Une certaine Ă©loquence facĂ©tieuse dans les reprises nous a beaucoup amusĂ©, en particulier dans le dernier mouvement du Trio opus 100, Ɠuvre majeure qui a figurĂ© au programme du seul concert public comprenant Ă  Vienne (Musikverein) des piĂšces de Schubert (de surcroĂźt jouĂ©es par des interprĂštes familiers de Beethoven). On ne pouvait rĂȘver meilleur programme et interprĂštes plus engagĂ©s pour inaugurer ce nouveau festival de musique de chambre Ă  Sceaux.

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsRendez-vous est pris pour la prochaine session de la Schubertiade de Sceaux, samedi 10 novembre (17h30) : ici mĂȘme, Ă  l’HĂŽtel de Ville de Sceaux : concert « un fil, la vie, un simple fil », oeuvres de Lucien Durosoir, concert spectacle par le Trio Atanassov et le comĂ©dien et metteur en scĂšne, Alain CarrĂ©, en rĂ©citant, Ă  partir des lettres du soldat, adressĂ©es Ă  sa mĂšre depuis le front
 Les piĂšces de Durosoir ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es sont associĂ©es aux composition de Beethoven, Schumann, Ravel, …

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de la saison La SCHUBERTIADE DE SCEAUX 2018 – 2019 :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-saison-2018-2019-du-13-octobre-2018-au-30-mars-2019/

Programme du concert du samedi 10 novembre 2018, 17h30 :

EugĂšne YsaĂże : “Obsession” (1923), extrait de la Sonate pour violon seul N°2
Maurice Ravel : “Pantoum” , 2Ăšme mouvement du Trio en la (1914)
Lucien Durosoir : 1er mouvement du Trio en si mineur (1926-27)
Frank Bridge : 2Úme et 3Úme mouvements du Trio n°2 (1929)
Robert Schumann :  ”l’oiseau prophĂšte” extrait des “ScĂšnes de la forĂȘt”
Ludwig van Beethoven : 4Úme mouvement de la Sonate op.30 n°2 pour violon et piano
Robert Schumann : 2Úme et 3Úme mouvement du trio N° 1 en ré mineur
Lucien Durosoir : 2Ăšme et 3Ăšme mouvements du Trio en si mineur
Lucien Durosoir : “priĂšre Ă  Marie” (1949) pour violon et piano

COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : K. SAARIAHO, La Passion de Simone, création française.

COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : K. SAARIAHO, La Passion de Simone, création française.
Philosophe & martyr
 UN ORATORIO CONTEMPORAIN. TĂ©moin exemplaire de la sociĂ©tĂ©, Simone Weil (1909 – 1943) conçoit la philosophie comme un combat concret ; elle fustige la violence, les massacres, la guerre ; elle est constamment indignĂ©e, rĂ©voltĂ©e, puis croisant idĂ©es et action, martyrise son corps, s’identifie aux victimes et comme elles, s’affame (« parce que les enfants de France Ă©taient privĂ©s de lait  ») ; l’ñme Ă©corchĂ©e, Simone se sacrifie volontairement pour dĂ©noncer l’inhumanitĂ© des hommes, c’est Ă  dire moins leur « bestialité » comme il est dit de façon maladroite et Ă©quivoque Ă  notre avis, dans le livret d’Amin Maalouf, que leur barbarie. La guerre n’a rien Ă  voir avec les animaux ; c’est une dĂ©viation spĂ©cifiquement humaine ; une tare permanente qui brĂ»le et embrase le coeur et l’ñme de la pacifiste et humaniste Simone Weil.
Sa vie a tout d’un engagement radical, sociĂ©tal, politique, intellectuel voire
 spirituel.
Son itinĂ©raire a tout du martyr ; un chemin de croix du XXĂš, aiguisĂ© encore par le climat de terreur Ă  l’heure du nazisme et de la Shoa. En tant que juive française, Simone Weil vit tout cela dans sa chair : elle meurt trop affaiblie pendant le conflit en Angleterre en 1943.

VoilĂ  une vie de souffrance et de conscience, de courage et de lumiĂšre qui mĂ©ritait absolument un 
oratorio. La finlandaise Kaija Saariaho relĂšve le dĂ©fi et nous propose cette version II, rĂ©duite et chambriste (crĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2013 Ă  Brattislava) Ă  partir de l’originale (pour grand orchestre et chƓur, crĂ©Ă©e en 2006 Ă  Vienne). Le sujet mordant, rugueux, continĂ»ment intranquille s’adapte parfaitement au dispositif pour petit ensemble, soprano principale et « chƓur » (quatre chanteurs) ; il creuse les stridences d’une partition qui nous semble la plus incandescente et la plus angoissĂ©e de la compositrice, si on la compare avec ses ouvrages lyriques antĂ©rieurs, tels L’Amour de loin (sur un livret du mĂȘme Malouf, 2000), Adriana Mater (Paris, Bastille, 2006), et rĂ©cemment Only sound remains (Dutch National Opera, 2016).

   

La Passion de Simone
oratorio pour une révolté, mystique, humaniste :
Simone WEIL

 
 
 

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En 15 « stations », ce chemin musical qui forme un portrait hagiographique de Simone, exalte la grandeur morale, et l’acuitĂ© poĂ©tique d’une femme qui a su exprimer ( et Ă©pingler) l’horreur et donc la barbarie ordinaire Ă  son Ă©poque. Une femme juste et admirable qui a su trouver la force et le courage de combattre personnellement l’horreur de la barbarie.
La violence de la partition foudroie littĂ©ralement le spectateur, en particulier presque en son milieu, une large sĂ©quence instrumentale qui cristallise ce climat Ă©lectrique. On y goĂ»te aussi la trĂšs fine prose d’une philosophe hypersensible, vĂ©ritable apĂŽtre de l’humanitĂ© avec un grand « H » (comme l’est aussi Anna Arendt / 1906 – 1975) : grĂące Ă  la rĂ©citante Isabelle Seleskovitch qui cite Simone dans le texte. en maints endroits, l’écrivain dĂ©voile une rĂ©flexion singuliĂšrement pertinente sur la notion de diabolisme, et sur les racines du mal. Elle est la premiĂšre certainement Ă  parler directement de l’homme inhumain, figure du mal absolu
 cette barbarie selon un terme auquel nous sommes attachĂ©s.

« Comme Dieu est impuissant Ă  faire le bien parmi les hommes sans la coopĂ©ration des hommes, de mĂȘme le dĂ©mon Ă  faire le mal ».

« Tout ce qui est soumis au contact de la force est avili, quel que soit le contact. Frapper et ĂȘtre frappĂ© c’est une seule et mĂȘme souillure ».

 

 

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GrĂące aussi Ă  la performance de la soprano solo Sayuri Araida qui Ă©voque Simone dans l’action, dans ses combats, dans sa rĂ©sistance perpĂ©tuelle. L’ouvriĂšre qui Ă©prouve l’inhumanitĂ© du travail Ă  la chaine qu’impose le productivisme ; la philosophe militante qui dĂ©nonce l’indignitĂ© de la sociĂ©tĂ©, capable de sentences foudroyantes : « Rien de ce qui existe n’est absolument digne d’amour… il faut donc aimer ce qui n’existe pas. »  Simone aimait probablement le Christ pour qui elle voue une admiration et auquel elle s’est identifiĂ©e : une sĂ©quence vidĂ©o fait paraĂźtre en gros plan le visage de ce petit bout de femme dont l’image (celle de sa carte d’usine, avec le matricule « A96630-WEIL »), comme irradiĂ©e l’assimile Ă  un suaire
 en de nombreux endroits, le texte du livret inscrit le chemin de Simone sur les pas du Christ.

 

 

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Du dĂ©but Ă  la fin, la musique ne varie pas sa course : elle crĂ©pite, fulmine souvent, se met au diapason d’une guerriĂšre humaniste, se nourrit de ses Ă©clairs poĂ©tiques d’une vĂ©ritĂ© on la dit poĂ©tique et criante, rappelant les visions des grandes mystiques foudroyĂ©es. Mais ici, une mystique profane. Voici un ouvrage dont la forme rappelle l’oratorio sacrĂ©, celui flamboyant des XVIIĂš et XVIIIĂš. Saahario sait en renouveler l’architecture et la mise en forme, portĂ© par l’engagement de la soprano soliste, qui est aidĂ©e, accompagnĂ©e par le quatuor vocal, lequel rĂ©pĂšte, souligne, anime aussi certaines sentences


PERSPECTIVES… VITALITÉ DE LA CRÉATION à Angers et Ă  Nantes. MalgrĂ© quelques faiblesses de dĂ©tail (et qui ne concerne que le livret), voilĂ  un spectacle qui nous a rappelĂ© en bien des points, la crĂ©ation de l’opĂ©ra Maria Republica, premier opĂ©ra de François Paris, en avril 2016, dont les dĂ©charges Ă©lectriques, le climat d’angoisse et de terreur sublimĂ©, la dĂ©nonciation de toutes les barbaries et de l’inhumanitĂ© croissante avaient dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits (VOIR notre reportage vidĂ©o MARIA REPUBLICA).

Comme il nous a immĂ©diatement remĂ©morer la crĂ©ation française d’un autre drame lyrique, d’une beautĂ© foudroyante, Ă  deux voix La Rose Blanche, bouleversant hommage lyrique aux deux hĂ©ros Sophie et Hans, par Udo Zimmermann, rĂ©vĂ©lation en son temps, proposĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra
 fĂ©vrier 2013.

VoilĂ  qui classe Angers Nantes OpĂ©ra au nombre des scĂšnes lyriques remarquablement engagĂ©e dans la crĂ©ation, capable de choisir des sujets « difficiles » dans des mises en musique, solides et convaincantes.Quand la mise en musique renforce la pertinence du sujet, l’opĂ©ra ressort gagnant. La machine lyrique doit Ă©videmment nous faire rĂ©flĂ©chir autant que nous saisir au premier regard.

La Passion de Simone s’écoule ainsi en moins d’1h30, comme un retable moderne au rythme saisissant, distillant une Ă©tonnante musique de la souffrance et de la compassion sur un mode Ă©veillĂ©, conscient, militant. La soprano solo emprunte la voie de Simone : prenant Ă  tĂ©moin le spectateur, circulant sur scĂšne et parmi les musiciens. La rĂ©alisation est rĂ©glĂ©e par le collectif La Chambre aux Ă©chos (un titre qui convient idĂ©alement Ă  l’écriture Ă  la fois suggestive et ici Ă©ruptive de Saariaho) auquel participent les instrumentistes de l’Orchestre national des Pays de la Loire. Kaija Saariaho clĂŽt actuellement sa rĂ©sidence au sein de l’Orchestre. Captivant.

 
 

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COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : KAIJA SAARIAHO, La Passion de Simone (version de chambre, 2013), création française.

Soprano solo : Sayuri Araida

Le chƓur :
Soprano : Sandra Darcel
Mezzo soprano : Marianne Seleskovitch
TĂ©nor : Johan Viau
Baryton : Romain Dayez

ComĂ©dienne – voix parlĂ©e : Isabelle Seleskovitch
La Chambre aux échos, compagnie de théùtre musical
Instrumentistes de l’Orchestre des Pays de La Loire

Direction musicale : Clément Mao-Takacs
Mise en scÚne et vidéo : Aleksi BarriÚre

  

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PROCHAIN OPERA prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra, Ă  Angers, Nantes, Rennes : The Beggar’s opera, ballad opera de John Gay (1685-1732) et Johann Christoph Pepusch (1667-1752) – Nouvelle version de Ian Burton et Robert Carsen, Ă  partir du 7 novembre Ă  Angers ; du 11 dĂ©cembre Ă  Nantes ; du 16 janvier Ă  Rennes
 LIRE toutes les infos sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/the-beggars-opera

 

 
 
 

COMPTE-RENDU, Opéra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Aleko / Iolanta. Bolshoï Minsk

iolanta-aleko-opera-critique-opera-par-classiquenews-visuel-saison-2018-2019COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / TchaĂŻkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du BolshoĂŻ Minsk / Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Choeur MĂ©lisme(s). AndreĂŻ Galanov, direction. En une soirĂ©e, deux ouvrages lyriques s’enchaĂźnent offrant une plongĂ©e forte et franche dans l’opĂ©ra russe romantique tardif. CrĂ©Ă©s successivement en 1892 et 1893, Iolanta et Aleko partagent en dĂ©pit de la singularitĂ© de leurs gĂ©niteurs, Tchaikovski et Rachmaninov, une Ă©vidente parentĂ© sonore, expressive, vocale. La troupe invitĂ©e par Alain Surrans dĂ©fend et projette un chant passionnĂ© voire Ă©ruptif, auquel il est difficile, surtout dans la configuration requise (version de concert, dĂ©tails lire plus loin) de rester insensible. Pour l’ouverture de sa saison lyrique, Angers Nantes OpĂ©ra sait nous surprendre et nous convaincre.

D’abord ALEKO. Bain d’opĂ©ra russe pour Angers Nantes opĂ©ra dans une formule chronologique complĂ©mentaire et passionnante. Écouter aujourd’hui l’un des opĂ©ras de jeunesse de Rachmaninov Aleko et le dernier de Tchaikovski, Iolanta, relĂšve d’une intuition gĂ©nĂ©reuse, aux repĂšres esthĂ©tiques proches tant il y a bien proximitĂ© de climats jusqu’aux choix de la parure instrumentale (somptueuse) dont dans l’un et l’autre, la clarinette ou le cor anglais, au relief mordant, crĂ©pusculaire, de velours… d’emblĂ©e le dĂ©paysement est total sur le plan sonore tant du jeune Rachmaninov au dernier Tchaikovski, couleurs et ombres, harmonie et chant n’ont absolument rien de commun avec le rĂ©pertoire habituel Ă©coutĂ© en Europe ou en AmĂ©rique ; l’opĂ©ra russe est un continent Ă  part et l’on salue Alain Surrans, nouveau directeur des lieux, de nous avoir fait partager les bienfaits de cette immersion totale et rĂ©ussie en bien des aspects.

 

 

 

PremiĂšre production d’Angers Nantes OpĂ©ra
saison 2018 – 2019
SÉDUCTION & FRANCHISE DE L’OPERA RUSSE

 

 

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ALEKO est une partition, qui pourrait ĂȘtre la « soeur » de Carmen de Bizet (1875), mais postĂ©rieure (crĂ©Ă©e en mai 1893) ; les deux opus convoquent le peuple gitan (Ă©chappĂ©e exotique en vogue alors). Ils mettent en lumiĂšre la libertĂ© sauvage, radicale, passionnelle de l’amour. Si Zemfira et le jeune gitan s’aiment sans contraintes, ils en paient le prix fort car Aleko, l’Ă©poux de la jeune femme, les tuent
 tous les deux. L’histoire est en somme banale, c’est un crime passionnel comme on en voit beaucoup Ă  l’opĂ©ra, mais elle a le mĂ©rite de rĂ©vĂ©ler l’exceptionnelle invention et l’imagination orchestrale d’un jeune compositeur, alors couronnĂ© de prix au Conservatoire de Moscou, estimĂ© mĂȘme de Tchaikovski ; la filiation entre eux est avĂ©rĂ©e ; elle renforce la pertinence d’avoir programmĂ© leur ouvrages respectifs en une mĂȘme soirĂ©e.
L’action se dĂ©roule pendant une nuit entiĂšre, les cadavres gisant Ă  l’aube, dĂ©couverts par un peuple pourtant « gentil et gĂ©nĂ©reux »; et dans les faits, dĂ©concertĂ©. Qui d’ailleurs condamne la colĂšre criminelle d’Aleko car son coeur noir ne correspond pas Ă  la qualitĂ© morale du collectif ainsi magnifiĂ© par le jeune compositeur.

Sur le plan orchestral, la partition est de bout en bout captivante, conçue telle un ample notturno tragique ; sĂ©duisant voire captivant, en particulier grĂące aux couleurs fauves de l’orchestre et Ă  la participation rĂ©guliĂšre du choeur (les gitans qui sont les tĂ©moins du drame et son dĂ©roulement fatal). Si l’on rappelle les autres ouvrages lyriques du jeune Rachmaninov,- autres joyaux absolus, tels Le chevalier ladre et Francesca da Rimini,  le gĂ©nie dramatique de celui qu’avait adoubĂ© directement Tchaikovski, s’impose immĂ©diatement, par son sens du climat et des atmosphĂšres Ă©perdues et tendres, – quand paraissent les deux amants-; quand Aleko surtout Ă©voque l’amour perdu de sa femme Ă  prĂ©sent dĂ©loyale
 Mais le jeune auteur sait essentiellement construire les ensembles solistes et choeurs, solidement soutenus par un orchestre toujours souple et scintillant. En cela la direction du chef requis, AndreĂŻ Galanov s’avĂšre trĂšs efficace, exploitant de somptueux coloris en particulier chez les cuivres et l’harmonie des vents (instrumentistes de l’Orchestre Symphonique de Bretagne).

Le plateau est servi par plusieurs jeunes tempĂ©raments plutĂŽt intenses qui forcent parfois la caractĂ©risation dans le sens de la puissance moins de la psychologie, ce qui contredit souvent le travail de l’orchestre et du chef, eux tout en dĂ©tails, en nuances. Le dispositif qui place les musiciens en fond de scĂšne et place les voix au devant de la salle, favorise la projection du chant et des solistes et des choeurs ce qui comble Ă©videmment les amateurs de dĂ©cibels en particulier dans les finales. C’est aussi un relief dĂ©cuplĂ© pour le texte dont on savoure alors l’articulation et les couleurs si spĂ©cifiques.
Saluons parmi la troupe de chanteurs venus du BolshoĂŻ de Minsk, la Zemfira ardente, aussi passionnĂ©e et fĂ©line, provocatrice et mordante que Carmen (Anastassia Moskvina) ; la noblesse percutante du vieux gitan (Vladimir Petrov), l’Aleko parfois trop lisse du baryton Vladimir Gromov (en particulier dans la scĂšne des deux crimes ; photo ci dessus)


La force du spectacle se concentre sur l’exposition des voix que favorise le dispositif scĂ©nique. Pas de mise en scĂšne mais une immersion directe dans ce chant russe puissant, caverneux, guttural, taillĂ© pour l’exacerbation des passions radicales et que seuls des chanteurs familiers de ce rĂ©pertoire, savent maĂźtriser en expressivitĂ© comme en franchise. D’autant que le Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra et les membres de MĂ©lisme(s) relĂšvent eux aussi le dĂ©fi du style russe, se distinguant tout autant par leur implication. On est pris voire envoĂ»tĂ© par la flamboyance orchestrale, la vĂ©hĂ©mence vocale,  cette implication collective que renforce encore la troupe de chanteurs russes invitĂ©e Ă  dĂ©fendre un rĂ©pertoire qui est leur terreau naturel. Captivant.

 

 

IOLANTA. Le cas de Iolanta est plus intĂ©ressant encore car il s’agit de l’oeuvre ultime d’un compositeur sĂ»r, au parcours couronnĂ© de succĂšs et d’estime Ă  l’opĂ©ra comme au ballet. Comme pour enrichir encore la vaste galerie de portraits fĂ©minins dĂ©veloppĂ©s par nombre de compositeurs au XIXe, TchaĂŻkovski façonne un trĂšs subtile portrait de femme, sĂ©questrĂ©e, aveugle donc dĂ©pendante, tenue dans l’ombre et entiĂšrement soumise Ă  l’autoritĂ© paternelle qui choisit de la tenir ignorante de son propre handicap. Iolanta ignore ce qu’est la lumiĂšre et les couleurs ; elle pense mĂȘme que les yeux ne servent qu’à
 pleurer. Ce qu’elle fait au dĂ©but de l’action sans comprendre rĂ©ellement quelle est la cause de sa souffrance. VoilĂ  prĂ©sentĂ© le cas d’une jeune femme qui ne vit pas pour elle-mĂȘme, mais existe Ă  travers les autres.

 

 

 
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Un symbole d’emprisonnement inouĂŻ qui renvoie Ă  l’actualitĂ© la plus rĂ©cente. Le rapport au pĂšre, l’hypocrisie de son monde qui se rĂ©sume Ă  une colonie d’aimables suivantes qui l’assistent en tout, et l’endorment dans des vapeurs florales (ce qui nous vaut un tableau collectif et musical particuliĂšrement rĂ©ussi, bel emblĂšme d’angĂ©lisme trompeur dont Tchaikovski a toujours eu le secret).
La valeur de la partition tient au personnage mĂȘme de Iolanta, son parcours pendant l’action, profil suffisamment affinĂ© pour ĂȘtre aujourd’hui dĂ©fendue par les grandes sopranos de l’heure de Sonya Yoncheva Ă  Anna Netrebko, laquelle demeure seule Ă  ce jour, Ă  maĂźtriser idĂ©alement la juvĂ©nilitĂ© et la dignitĂ© comme la noblesse d’Ăąme du rĂŽle-titre. Et dans une articulation linguistique idoine.
NĂ©anmoins la soprano de ce soir (sincĂšre et franche Iryna Kuchynskaya) n’a rien Ă  envier Ă  ses consoeurs autant dans la sincĂ©ritĂ© de l’Ă©mission que le jeu progressif, qui de jeune vierge innocente devient femme volontaire dĂ©cidant malgrĂ© le pĂšre, de sa propre guĂ©rison, des risques Ă  vaincre pour s’Ă©manciper.
Le changement et le moment de bascule de l’action est sa rencontre avec VaudĂ©mont, chevalier ardent prĂȘt Ă  la sauver. Qui lui rĂ©vĂšle les limites de son monde et aussi la nature de son handicap.

Le sujet n’est pas tant la guĂ©rison elle-mĂȘme que le moment du choix, la volontĂ© de couper le cordon d’avec le pĂšre, de se voir enfin telle qu’elle est. Un instant saisissant de vĂ©ritĂ© en un effet de miroir qui dans le final est amplement dĂ©veloppĂ©: Ă  notre goĂ»t, d’une maniĂšre un peu pompier en un hymne sacrĂ© qui rend soudainement grĂące Ă  
 Dieu.

Soulignons lĂ  aussi, la soliditĂ© des voix, leur immĂ©diate vraisemblance. Un engagement de chaque mesure qui conduit aussi le choeur invitĂ© Ă  partager une mĂȘme implication.
On est d’abord convaincu par la modernitĂ© de l’ouverture uniquement pour vents et cuivres, d’une intensitĂ© intimiste et Ă©motionnelle aussi prenante que celle de Cappriccio de Richard Strauss (laquelle est pour les cordes seules). De mĂȘme, dans la construction dramatique, aprĂšs l’exposition premiĂšre de Iolanta, le duo des voix graves : entre le roi RenĂ© (la basse Andrei Valentii) et le mĂ©decin maure Ibn-Hakia, venu la soigner (le baryton Vladimir Gromov, Ă©coutĂ© dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©demment dans le rĂŽle d’Aleko) ; puis les deux chevaliers, par lequel le changement et le dessillement (l’émancipation de l’hĂ©roĂŻne) se produisent : l’incisif VaudĂ©mont (le tĂ©nor Victor Mendelev) et son ami Robert de Bourgogne (le baryton bien timbrĂ© bien chantant Ilya Silchukou), initialement fiancĂ© Ă  Iolantha
 sont autant de sĂ©quences vocalement trĂšs intenses.

 

 

Des tempĂ©raments tranchĂ©s, vifs, percutants, emblĂ©matiques de toute la production. Ici, dispositif qui Ă©loigne l’orchestre et absence de mise en scĂšne favorisent la trĂšs proche expressivitĂ© et la prĂ©sence des voix. De fait les spectateurs du cycle, dĂ©couvrent dans toute leur force d’Ă©mission et aussi d’intonation, les atouts d’une Ă©quipe russophone celle du BolchoĂŻ de Minsk vivement engagĂ©e. C’est donc un somptueux diptyque qui ouvre la nouvelle saison d’Angers Nantes OpĂ©ra, dans deux Ɠuvres fortes et puissantes de l’Ăąme russe, dĂ©fendues par une troupe expĂ©rimentĂ©e qui nous rappelle aussi la saisissante attractivitĂ© des voix, thĂ©matique qui est au coeur du projet culturel de la maison tricĂ©phale Ă  prĂ©sent (associant Angers, Nantes, Rennes) portĂ©e par son nouveau directeur Alain Surrans.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / TchaĂŻkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du BolshoĂŻ Minsk / Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Choeur de chambre MĂ©lisme(s). AndreĂŻ Galanov, direction.

 

Prochaines productions lyriques Ă  Angers, Nantes et Rennes : The Beggar’s opera, Ă  partir du 7 novembre ; l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella, Ă  partir du 9 novembre 2018
 Toutes les infos, les dates, horaires, lieux sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra
http://www.angers-nantes-opera.com

 

 

ALEKO
de SergueĂŻ Rachmaninov
OpĂ©ra en 1 acte, sur un livret de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko d’aprĂšs Les Tsiganes de Pouchkine
Créé le 9 mai 1893 au Théùtre du Bolchoï de Moscou

IOLANTA
de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Opéra en 1 acte, sur un livret de Modeste Tchaïkovski
Créé le 18 décembre 1892 au Théùtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Opéras en russe avec surtitres en français
Durée estimée : 3h avec entracte

IOLANTA
René, roi de Provence : Andrei Valentii
Iolanta, sa fille aveugle : Iryna Kuchynskaya
Ibn Hakia : Vladimir Gromov
Robert, duc de Bourgogne : Ilya Silchukou
Le Chevalier Vaudémont : Victor Mendelev
Alméric : Aleksandre Gelakh
Bertrand : Vladimir Petrov
Martha : Natallia Akinina

ALEKO
Zemfira : Anastassia Moskvina
Aleko : Vladimir Gromov
Le vieux gitan : Vladimir Petrov
Le jeune gitan : Aleksandre Gelakh
La vieille gitane : Natallia Akinina

Orchestre symphonique de Bretagne
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
ChƓur de chambre MĂ©lisme(s) – Direction Gildas Pungier
Direction musicale : Andrei Galanov

Illustrations : photos Aleko / Iolanta © L Guizard Opéra de Rennes

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Opéra, le 6 oct 2018. Concert DEBUSSY. Orch Symph. Région Cenre-Val de Loire / Tours. R. Houlihan.

HOULIHAN-RObert-maestro-chef-d-orchestre-concert-tours-review-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-decembre-Robert-Houlihan1-1COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand ThĂ©Ăątre / OpĂ©ra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie PellĂ©as, Printemps
 Orch Symphonique RĂ©gion Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Il fallait ĂȘtre Ă  Tours pour apprĂ©cier l’un des concerts Debussy parmi les mieux conçus et les plus passionnants Ă  suivre en cette annĂ©e commĂ©morative du Centenaire Debussy 2018. Un cadeau d’autant plus apprĂ©ciĂ© que ce Centenaire est fĂȘtĂ© Ă  l’échelle nationale de façon bien timide
 pour ne pas dire timorĂ©e de la part des programmateurs ; preuve que dans l’esprit et le cƓur des mĂ©lomanes comme de la part du milieu des professionnels de la musique, Debussy rebute encore : trop difficile, trop raffinĂ© ? C’est pourtant l’égal de Picasso : Debussy rĂ©alise en musique ce que Pablo a accompli en peinture : une rĂ©volution esthĂ©tique. Il a fait entrer la France et Paris, dans la modernitĂ© la plus insolente dĂšs les annĂ©es 1890
 Et plus encore avec son ouvrage lyrique PellĂ©as et MĂ©lisande crĂ©Ă© en 1902. Debussy est un monstre sacrĂ©, crĂ©ateur, novateur,
 Tours honore cet hĂ©ritage et souligne ce statut Ă  part, grĂące Ă  un programme d’une exceptionnelle pertinence.

debussy jeuneLe chef et directeur de l’OpĂ©ra, Benjamin Pionnier, invite (pour la dĂ©jĂ  troisiĂšme fois) le chef irlandais Robert Houlihan (2Ăš Prix du Concours des chefs d’orchestre de Besançon 1981 dont le prĂ©sident du jury Ă©tait l’inflexible Pierre Dervaux) ; Robert Houlihan peut Ă  prĂ©sent poursuivre un travail de fond avec les instrumentistes de l’Orchestre tourangeau ; le maestro irlandais qui parle trĂšs bien notre langue, confirme une rĂšgle dĂ©sormais Ă©tablie; ce sont souvent les anglo-saxons qui viennent en France nous (rĂ©)enseigner l’amour des Ɠuvres françaises. C’est vrai de Berlioz par un certain Colin Davis hier (aujourd’hui John Eliot Gardner) ; c’est encore vrai de Debussy, ce soir, dont la suite extraite de l’opĂ©ra PellĂ©as et MĂ©lisande, (et conçue fort bien en « Symphonie » par Marius Constant), ainsi que « Printemps » (que jouait Boulez Ă  Cleveland) sont Ă  Tours rĂ©vĂ©lĂ©s dans toute leur parure chromatique et dans leur force expressive 
imprĂ©vue. Robert Houlihan nous offre un bain de jouissance symphonique dont il a dĂ©sormais le secret avec ce goĂ»t et cette sincĂ©ritĂ© pour les Ɠuvres françaises qu’il doit Ă  son professeur George Hurst lequel a recueilli l’hĂ©ritage de Pierre Monteux.
On ne peut guĂšre rĂȘver meilleure transmission, comprĂ©hension naturelle, accomplissement,
 Les faits sont lĂ  et la direction qui se rĂ©alise ici parle pour l’Ă©vidente affinitĂ© du maestro avec les Ɠuvres choisies. C’est que le chef rĂ©ussit la gageure inscrite  dans l’écriture debussyste mĂȘme : son activitĂ© instrumentale en surface, qui fait jaillir des timbres et des couleurs inĂ©dites en vagues et nimbes sonores Ă©blouissants ; sa profonde cohĂ©sion architecturĂ©e qui soustend toute la mer d’accents et de nuances
 entre dĂ©tail et flux organique, microactivitĂ© et vue d’ensemble, la direction ne s’égare jamais ; tendue, vive, parfois vĂ©hĂ©mente, elle suit une trajectoire qu’il est passionnant d’écouter et de repĂ©rer pendant le concert.

 

 

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DÉTAIL ET ARCHITECTURE
 C’est une rĂ©ussite majeure Ă  laquelle nous assistons ; Robert Houlihan veillant au relief de chaque timbre, Ă  l’Ă©quilibre des pupitres, Ă  la sonoritĂ© de l’ensemble malgrĂ© une grande disparitĂ© de couleurs comme d’effets, 
 autant de caractĂšres, et dĂ©fauts qui Ă  l’Ă©poque mĂȘme de Debussy, et ici pour « Printemps » (Ă©crit en 1887), avait suscitĂ© le dĂ©saveu du jury destinataire de cet « envoi de Rome ». Incompris, maladroit, cet impressionnisme musical est-il si fumeux ou brumeux que cela ? C’est tout l’inverse en dĂ©finitive car Robert Houlihan dĂ©taille, scrute chaque alliance de timbres avec un soin ciselĂ©, une Ă©coute magicienne qui sait aussi rĂ©tablir l’unitĂ© profonde et souterraine des sĂ©quences.

C’est donc vrai de « Printemps », Ɠuvre de jeunesse que Henry BĂŒsser a rĂ©orchestrĂ© (en 1908 ; crĂ©Ă© en 1913) mais sans le mĂ©tier du compositeur ; il en dĂ©coule des disparitĂ©s dans les annotations et indications agogiques souvent contradictoires. Voila pourquoi de grands chefs ont veillĂ© particuliĂšrement Ă  rĂ©soudre les problĂšmes d’Ă©quilibre et de clartĂ© des timbres, en abordant la partition. Robert Houlihan convainc de bout en bout, Ă  travers les deux parties, par une sensibilitĂ© littĂ©ralement picturale, amoureux du dĂ©tail comme grand architecte d’un dĂ©veloppement parfaitement lisible.

 

 

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ÉLOGE DE LA COULEUR ET DU TIMBRE
 C’est vrai aussi de la « Symphonie PellĂ©as » (conçue par Marus Constant en 1983) dont malgrĂ© le dĂ©coupage arbitraire des extraits de l’opĂ©ra et l’assemblage parfois illogique qui en dĂ©coule, la force expressive, l’Ă©lan structurel, la profondeur des climats intĂ©rieurs surgissent sous la baguette d’un maestro dramaturge et poĂšte. Robert Houlihan insuffle Ă  l’orchestre une quiĂ©tude enveloppante, des vapeurs sombres et mystĂ©rieuses ; une sauvagerie qui soutient l’apparent scintillement de surface. PlutĂŽt que d’impressionnisme, il serait plus exact de parler d’illusionnisme car jamais la violence de Debussy qui sait mieux exprimer en dĂ©finitive la jalousie maladive de Golaud que la passion juvĂ©nile de PellĂ©as pour MĂ©lisande, ne s’est mieux dĂ©voilĂ©e dans un concert. Le dramatisme brĂ»lant que repĂšre le chef et qu’il transmet Ă  l’orchestre est percutant.
On aura vainement chercher les arabesques mĂ©lodiques si suaves et innocentes de PellĂ©as, auquel Debussy dans l’opĂ©ra rĂ©serve les plus beaux airs
 en particulier le duo amoureux, enivrĂ© de la scĂšne de la Tour (acte III); oĂč le frĂšre de Golaud s’emmĂȘle, ardent, tendu par son dĂ©sir, dans les longs cheveux de MĂ©lisande ; elles ont moins inspirĂ© Marius Constant dans son dĂ©coupage que les stridences acides et douloureuses du Golaud, fou de rage et jaloux Ă  en crever qui mĂȘme torture MĂ©lisande en l’empoigant par les cheveux (acte IV : « Absalon! En avant! en arriĂšre! Jusqu’Ă  terre! jusqu’Ă  terre »). D’ailleurs l’unique opĂ©ra de Claude ne devrait-il pas s’appeler Golaud plutĂŽt que PellĂ©as et MĂ©lisande ? Constant architecture sa premiĂšre partie en choisissant ce tableau orchestralement somptueux, suggestif et barbare pour le finale.

L’Ă©paisseur et la matiĂšre du mystĂšre se diffusent ensuite dans la mort de MĂ©lisande quand contrairement Ă  ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, c’est l’ascension de son Ăąme, dans l’ombre qui s’efface peu Ă  peu, au son des cloches qui sonnent hors scĂšne, comme un glas
 la tension concentre alors tout l’orchestre, dans une sonoritĂ© de plus en plus diaphane. Le MYSTÈRE jaillit. Et la musique qui exprime tout ce que les mots ne peuvent dire, atteint alors un moment de grĂące d’une indicible intensitĂ©. Dans le silence. En quelques secondes, on passe de l’absolu solitude Ă  l’Ă©vanescence la plus Ă©thĂ©rĂ©e. Quel sens de la suggestion ; quel chef tout simplement. S’y rĂ©vĂšlent, dans des effets de brumes harmoniques Ă  la fois Ă©paisses et aĂ©riennes, le souvenir Ă©videmment de Wagner, que Debussy quoiqu’on en dise, a particuliĂšrement assimilĂ© et digĂ©rĂ© : Tristan, Parsifal s’accordent Ă  la matiĂšre symphonique de PellĂ©as. Passionnante expĂ©rience.

 

 

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PERLES COMPLÉMENTAIRES
 Pertinent, le programme rappelle que c’est FaurĂ© qui mit en musique le premier (avant Debussy), la piĂšce de thĂ©Ăątre PellĂ©as et MĂ©lisande de Maeterlinck (1893), dĂšs 1898
 Ainsi jouĂ©e en ouverture du concert, sa suite PellĂ©as est abordĂ©e avec une profonde connaissance de l’Ă©criture faurĂ©enne, c’est Ă  dire, avec infiniment d’élĂ©gance ; jamais maniĂ©rĂ©e ni dĂ©corative ; mais naturelle, coulante, fluide ; plus organique qu’objective
 mais aussi Ăąpre voire rugueuse et puissante avec accents et coups de semonce, comme dans la derniĂšre sĂ©quence, celle de la mort de MĂ©lisande, l’Ă©pisode le plus prenant ce soir aprĂšs l’Ă©lĂ©giaque et suave Sicilienne et sa mĂ©lodie dĂ©ployĂ©e Ă  la flĂ»te. Du sombre et du tellurique il y en a bien, chez FaurĂ©, dans l’appel des trompettes de plus en plus sourd et prĂ©sent ; rĂ©pĂ©titif, obsĂ©dant. Et lĂ  encore la sensibilitĂ© du chef dĂ©ploie une vision Ă  la fois claire, transparente, prĂ©cise, subtilement grave, onctueusement intĂ©rieure. Ce grave lĂ  avait Ă©tĂ© jouĂ© pour les funĂ©railles de FaurĂ©. C’est dire.

Complet et jouant la carte du sensualisme le plus rĂ©volutionnaire, le programme affichait aussi PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (1894), dont le dĂ©veloppement s’émancipe du poĂšme de MallarmĂ©, comme de son prĂ©texte chorĂ©graphique (dansĂ© et chorĂ©graphiĂ© par Nijinksi) pour atteindre Ă  un sommet de musique pure, abstraite, plus sensorielle que cĂ©rĂ©brale. Et sans la narration chorĂ©graphique, libĂ©rĂ© de sa contrainte scĂ©nique. Quoique. Le chef s’alanguit, souligne le poids naturel du silence, et dans le silence, il sait dĂ©tacher puis dĂ©ployer le fil continu qui s’écoule entre chaque sĂ©quence instrumentale, et qui rĂ©tablit la cohĂ©sion secrĂštement organique de la piĂšce. En son milieu , comme un emblĂšme, l’unisson des 3 flĂ»tes, au thĂšme clĂ© qui semble dĂ©livrer au centre de la piĂšce, le sens cachĂ© de tout l’édifice. On s’incline devant une telle intelligence interprĂ©tative. Superbe soirĂ©e, et de loin, le concert le plus captivant de ce centenaire Debussy 2018. De nouveaux rvs Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont prĂ©vus, la saison prochaine, sous la conduite de Robert Houlihan : Ă  suivre Ă©videmment.

 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand ThĂ©Ăątre / OpĂ©ra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie PellĂ©as, Printemps
 Orch Symphonique RĂ©gion Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Illustrations : Robert Houlihan Ă  la tĂȘte de l’Orch Symph RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours © OpĂ©ra de Tours 2018

 

Programme

Gabriel FAURÉ
Pelléas et Mélisande, suite Op.80

Claude DEBUSSY
Printemps, Suite symphonique

PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune

Claude DEBUSSY | Marius CONSTANT
PellĂ©as et MĂ©lisande – Symphonie (1983)

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale : Robert Houlihan

 

 

 

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LIRE aussi TOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théùtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction.

 

 

http://www.classiquenews.com/tours-compte-rendu-critique-concert-grand-theatre-le-11-decembre-2016-concert-shakespeare-sullivan-berlioz-tchaikovski-nicolai-sibelius-dvorak-orch-symphonique-region-centre-val-de-loire/

 
 

 

TEASER. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsTEASER. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

VIDEO, reportage. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsVIDEO, reportage. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. REPORTAGE VIDEO, avec Benjamin Pionnier, directeur de l’OpĂ©ra de Tours et directeur musical ; Pierre-Emmanuel ROUSSEAU, metteur en scĂšne… © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM – durĂ©e : 12 mn : Tout savoir des FĂ©es du Rhin de Jacques Offenbach : la prĂ©sence de la Nature et du Fantastique, les Elfes, les deux personnages clĂ©s (Hedwig et Laura), l’Ă©criture d’Offenbach…

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

COMPTE RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les Fées du Rhin (version français originale), création mondiale. Rousseau / Pionnier

COMPTE RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les FĂ©es du Rhin (version français originale), crĂ©ation mondiale. P-E Rousseau / B Pionnier.  Dans les Balkans au XXĂš siĂšcle, des villageois se font attaquer puis martyriser par une horde de mercenaires sans scrupule : le capitaine Conrad et ses sbires font rĂ©gner un climat d’oppression et de peur ; la barbarie occupe tout le plateau, viols, tortures, terreur Ă  l’envi
 Pas de fleuve impĂ©tueux, ni de rĂ©pit pour le bon peuple. Mais une scĂšne fermĂ©e, asphyxiante, traitĂ©e comme un piĂšge collectif
 VoilĂ  pour le climat gĂ©nĂ©ral.

 

 

RecrĂ©ation magique Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Barbarie et onirisme des FĂ©es du Rhin d’Offenbach

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Le metteur en scĂšne Pierre-Emmanuel Rousseau inscrit toute l’action des 4 actes dans une seule et mĂȘme forĂȘt ; le tableau le plus saisissant sur le plan visuel, Ă©tant ce fameux acte fĂ©erique, celui des elfes, oĂč paraissent en rĂ©alitĂ© sous la forme de femmes animales ou dĂ©capitĂ©es, les purs esprits des victimes sacrifiĂ©es qui cĂ©lĂšbrent en un hymne puissant le pouvoir rĂ©parateur de la Nature profonde, mystĂ©rieuse, Ă©nigmatique
 Le fantastique est ici vĂ©gĂ©tal et sylvestre, pour lequel Offenbach avant les Contes d‘Hoffmann dĂ©veloppe le fameux thĂšme de la Barcarolle, ici le chant des elfes, souverains, inaccessibles, oniriques
 le compositeur y ajoute aussi tout un ballet dont la non moins cĂ©lĂšbre valse (des elfes), au souffle enivrant, entĂȘtant qui exprime idĂ©alement ce pouvoir secret d’une nature qui Ă©chappe aux hommes.

Tout le spectacle est construit sur ce saisissant effet de contrastes : barbarie des hommes ; magie Ă©nigmatique de la Nature
 Entre ces deux mondes, progressent sans vraiment communiquer entre eux, la mĂšre Hedwig, ample mezzo de la trempe d’une Azucena (prenante Marie Gautrot), la fille Laura (somptueuse et volubile Serenad Burcu Uyar qui en outre chante la FĂ©e dans l’acte magique), Gottfried, qui aime sans retour la dite Laura, et qui de chasseur chez Offenbach, devient pope Ă  Tours
 (impeccable Guilhem Worms).

Face aux villageois, la soldatesque haineuse et inhumaine, conduite par le capitaine Conrad (cynique Jean-Luc Ballestra, vrai baryton verdien, de plus en plus convaincant Ă  la fin, dans son parcours vers l’humanisation, quand il dĂ©couvre qu’Hedwig fait partie de ses nombreuses victimes violĂ©es
 et que Laura est 
sa fille). Il y a enfin, fermant le quintette vocal des protagonistes, Franz, l’amour rĂ©el ancien ou fantasmĂ© de Laura, qui amnĂ©sique, s’est reconstruit en bĂȘte violente, qui rĂŽde encagoulĂ©, prĂȘt Ă  tuer, dominer, Ă©viscĂ©rer… (sincĂšre SĂ©bastien Droy).

Tous sont malgrĂ© les apparences, prisonniers de leur destin, pris dans les rouages d’une machine qui les dĂ©passe. Seule, en phare lumineux et d’une vocalitĂ© versatile d’une grande richesse de caractĂšres, s’affirme Laura. La jeune fille rappelle les figures fĂ©minines des Contes d’Hoffmann Ă  venir, surtout Olympia (Ă  l’acte I), et aussi Antonia
 dont elle partage cette extase du chant exacerbĂ©, jusqu’à l’ivresse Ă©perdue, mortifĂšre. En outre sa relation avec sa mĂšre Ă©maille l’ouvrage de dĂ©chirants accents, qui creusent davantage la dĂ©nonciation des victimes de guerre. Ces deux femmes lĂ  ont endurĂ© plus et davantage que ce nous pourrions imaginer.

Le spectacle est une crĂ©ation mondiale car l’ouvrage a Ă©tĂ© crĂ©Ă© mais avec coupures Ă  Vienne, en 1864, et dans une traduction allemande. C’est Ă  Montpellier en 2002 qu’avait Ă©tĂ© donnĂ© en partie, l’opĂ©ra en France (mais en allemand). Tours crĂ©e l’évĂ©nement en produisant la version française originale, jamais Ă©coutĂ©e dans l’Hexagone.

 

 

MARSEILLE : La Belle HĂ©lĂšne d'Offenbach version PisaniOFFENBACH, maĂźtre du genre romantique fĂ©erique… On n’avait jamais mesurĂ© cet Offenbach sĂ©rieux, puissamment romantique, dramatiquement aussi intense que gĂ©nĂ©reux, capable d’écrire autre chose que des piĂšces comiques dĂ©lirantes ou parodiques. En 1864, il a 45 ans, un talent certain qui produit alors aussi La Belle HĂ©lĂšne… Son gĂ©nie se dĂ©voile ainsi, parfait assimilateur des germaniques tels Weber ; annonçant Verdi, et cĂŽtĂ© français, certains autres poĂštes tels Bizet et ses PĂȘcheurs de Perles, ou Delibes et sa Lakmé  Saluons donc l’OpĂ©ra de Tours et son directeur Benjamin Pionnier, en fosse : impĂ©tueux, prĂ©cis, engagé  soucieux de rĂ©tablir ce que nous ignorions jusque lĂ  : la veine romantique et fantastique, sĂ©rieuse, violente et supĂ©rieurement onirique de Jacques Offenbach. VoilĂ  enfin ces FĂ©es du Rhin dĂ©voilĂ©es, sƓurs magiciennes des Contes d’Hoffmann auxquels elles n’ont rien Ă  envier, loin de lĂ . La barbarie et le portrait des victimes de la guerre y sont remarquablement exprimĂ©es. Comme la sainte et enivrante Nature. Magistrale rĂ©surrection.

 

 

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offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsA l’affiche de l’OpĂ©ra de TOURS, demain dim 30 sept, puis mardi 2 octobre 2018. Incontournable pour tous les amateurs d’opĂ©ras fĂ©eriques, ou tous ceux dĂ©sirant dĂ©couvrir un joyau de l’opĂ©ra romantique français
 Illustrations : © Sandra Daveau / OpĂ©ra de TOURS 2018

 

 

 

 

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La production sera reprise Ă  l’OpĂ©ra de Bienne Soleure (Suisse) en novembre, dĂ©cembre 2018, puis janvier 2019 : plus d’infos

LIRE aussi notre prĂ©sentation L’OpĂ©ra de Tours crĂ©e Les FĂ©es du Rhin de Jacques Offenbach : les 28, 30 sept puis 2 oct 2018

Compte-rendu, concert. BLANC-MESNIL (93), La symphonie sur l’herbe, le 31 aoĂ»t 2018

blanc-mesnil-symphonie-sur-l-herbe-concert-2018-annonce-crtique-sur-classiquenewsCompte rendu, concert. BLANC-MESNIL (93), La symphonie sur l’herbe, le 31 aoĂ»t 2018. En Seine-Saint Denis loin des Ă©lites parisiennes et des salles fermĂ©es qui se sont appropriĂ©es la musique symphonique pour la dĂ©lectation des nantis, voici une expĂ©rience populaire au sens le plus noble du terme qui redĂ©finit la fonction, le sens, les valeurs d’un concert de musique classique: la magie, le partage, la dĂ©tente. C’est le classique comme on l’aime ni compassĂ© et arrogant ni low cost ou bradĂ©. La qualitĂ© et la beautĂ© sont pour tous particuliĂšrement pour ceux qui n’en sont ni habituĂ©s ni dĂ©sabusĂ©s.

Car ici sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e, les familles et les enfants ont investis le vaste tapis qui  fait face Ă  la scĂšne ; ils sont couchĂ©s, en tailleur et de toute façon non contraints par l’Ă©tiquette sociale et mondaine qui a dĂ©crĂ©tĂ© hier que l’opĂ©ra et le classique se consommaient uniquement assis en costumes de soirĂ©e, dans des lieux rĂ©servĂ©s.

 

 

 

En plein air et gratuit,
le classique s’offre un nouvel oxygĂšne au Blanc Mesnil

 

 

C’est comme Ă  Berlin les grands rvs populaires de la WaldbĂŒhne ou Ă  Orange dans le ThĂ©Ăątre Antique sous le ciel lĂ  encore car le classique Ă  besoin de telles expĂ©riences pour repenser et enrichir sa propre expĂ©rience du spectacle, pour rĂ©Ă©crire la nature de sa relation avec le public ou plutĂŽt les publics. De spectacle il s’agit bien. Les artistes se succĂšdent comme dans une grande soirĂ©e de gala comme on en a vu et vĂ©cu de nombreuses fois ; d’autant qu’il y en a pour tous les styles : la danse style foxtrot, la guitare, le lyrique aussi… Et mĂȘme le conte musical Pierre et le loup de Prokofiev passe aussi vite qu’une apparition fabuleuse et la narratrice Julie Depardieu trouve le ton exact : celui de l’Ă©merveillement et de l’enfance, surprise elle-mĂȘme par l’enchantement des timbres instrumentaux et le raffinement sonore de l’orchestre conteur.

Ceux qui nous ont le plus Ă©bloui restent les sƓurs Bertholet, Camille et Julie, deux sirĂšnes de blanc vĂȘtues, et le jeune pianiste Peter Bence qui a le swing transcendant et rĂ©alise ce que nous sommes venus Ă©couter spĂ©cifiquement au cours d’une telle soirĂ©e face Ă  un tel dispositif : le mĂ©lange des genres, classique et cinĂ©ma, surtout classique et pop (on rĂȘve d’un symphonique rock Ă  la façon gĂ©niale des quĂ©bĂ©cois qui osent chez eux ce qui est encore impossible en France : les Rolling Stones, les Bee Gees par un orchestre symphonique…)… Le jeune Bence lui dans le parc du Blanc-Mesnil, joue au piano suivi par l’orchestre, un medley de tubes de Michael Jackson en une immersion poĂ©tique scintillante et swinguante, trĂšs convaincante.

symphonie-sur-lherbe-blanc-mesnil-2018-grand-format-concert-festival-musique-classique-par-classiquenewsÉvidemment l’orchestre (prĂšs de 80 instrumentistes classiques, placĂ©s sous la direction du chef JĂ©rĂŽme Pillement) est l’acteur majeur de ce soir qui ouvre la soirĂ©e avec le galop de l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini, se perd dans l’adagio de la symphonie n°2 de Rachmaninov (un mauvais choix en dĂ©finitive car la tension retombe Ă  plat)  mais contexte oblige, en grand format et en plein air, les extraits de Star Wars fonctionnent immĂ©diatement et c’est une excellente idĂ©e que d’associer Ă  quelques extraits du Moussorgski retenu (les fabuleux Tableaux d’une exposition), la fĂ©erie de feux d’artifice qui nous renvoie cette fois Ă  un grand final façon Disney. Les yeux, les oreilles sont comblĂ©s. On ne peut que souscrire Ă  l’expĂ©rience qui dĂ©cloisonne dĂ©finitivement le classique, surprend la majoritĂ© des spectateurs en une fĂȘte des sens stimulĂ©s par le pouvoir Ă©vocatoire des seuls instruments : ici la beautĂ© se partage en toute dĂ©contraction. BRAVO au Maire du Blanc-Mesnil (Thierry Meignen / lire notre entretien ci dessous) dont l’action est exemplaire. En rĂ©tablissant la place de la musique classique au plus proche des habitants de la commune, c’est l’art et la magie de l’orchestre symphonique qui rĂ©enchante l’espace urbain. Ce n’est pas tant une question de choix et de partenariat artistique, c’est surtout la vision qui nous convainc. Comme il n’est pas de futur sans nature, pas d’essor dĂ©mocratique sans symphonique !

Comme un Ă©vĂ©nement majeur de l’agenda du 93, “La Symphonie sur l’herbe” est Ă  prĂ©sent ancrĂ©e dans le territoire, rv incontournable de la fin d’Ă©tĂ© de la Seine-Saint-Denis. Plus de 5000 spectateurs se sont massĂ©s cette nuit pour vivre l’expĂ©rience symphonique proposĂ©e par le Monsieur le Maire : on ne pourrait concevoir meilleur accueil, ni plus Ă©loquente validation. Rv est pris pour aoĂ»t 2019. A suivre.

 

 

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 c’est selon le vƓu du Maire du Blanc-Mesnil, une volontĂ© sincĂšre nĂ©e de la constatation que le classique fait partie intĂ©grante de notre quotidien, que la musique classique comme la culture en gĂ©nĂ©ral, favorise le lien social. Pour l’élu, Maire du Blanc-Mesnil et dĂ©putĂ© europĂ©en, il s’agit donc de rĂ©tablir un lien naturel, rĂ©conciliant populaire et excellence artistique. VoilĂ  en engagement exemplaire qui fait bouger les lignes et dĂ©montre clairement que la culture et le classique ne sont pas rĂ©servĂ©s Ă  « l’élite ». ConcrĂštement, l’équation est rĂ©alisĂ©e le temps d’un festival unique, en particulier lors d’une soirĂ©e de plein air, ce 31 aoĂ»t : « La Symphonie sur l’herbe », Ă©vĂ©nement exceptionnel, gratuit, ouvert Ă  tous, dont le programme et les artistes invitĂ©s incarnent l’exigence artistique qui conditionne la cohĂ©rence et la haute valeur de l’évĂ©nement. Chaque spectateur y vit une expĂ©rience propice Ă  l’enrichir dans le partage et l’ouverture aux autres. En LIRE PLUS