CHEFS. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ?

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dépêches

  • ELIM CHAN cheffe classiquenews ON LILLE steaming concert audito 2

    LIVE STREAMING, concert, critique. LILLE, ONL, sam 10 avril 2021 : Ravel, Debussy. Orchestre National de Lille, AS OTT, piano / Elim CHAN, direction. Comme un signe annonciateur, espĂ©rĂ© du retour du public dans les salles de concerts, confirmant la continuitĂ© du travail musical de l’Orchestre National de Lille, ce malgrĂ© l’application des mesures sanitaires, voici un nouveau jalon de l’offre digitale de la phalange lilloise ; le catalogue des programmes ainsi captĂ©s depuis l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille (offre 100 numĂ©rique intitulĂ©e « AUDITO 2.0 ») est devenu plĂ©thorique et variĂ© : tout est accessible depuis la chaĂźne…

  • ELIM CHAN cheffe classiquenews ON LILLE steaming concert audito 2

    STREAMING concert. LILLE, sam 10 avril 2021, 20h. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts 100% numĂ©riques en live streaming. Prochain direct depuis l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, samedi 10 avril 2021 : Concerto en sol de Ravel, Symphonie n°2 de Beethoven par la cheffe hong-kongaise ELIM CHAN (directrice musicale de l’Antwerp Symphony Orchestra) et la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.
    Ravel, de retour d’une tournĂ©e aux USA (1928), Ă©blouit par son Ă©criture virtuose, lĂ©gĂšre, nĂ©o mozartienne, Ă  la fois classique et swinguĂ©e dans l’esprit aussi de Saint-SaĂ«ns. La Symphonie n°2 de Beethoven affirme en 1803, le tempĂ©rament rĂ©formateur…

  • Stravinsky-Complete-Works-Edition-Limitee-Coffret classiquenews review critique

    CD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. NEW STRAVINSKY COMPLETE EDITION STRAVINKSY (30 cd Deutsche Grammophon) – Il est mort il y a juste 50 ans (le 6 avril 1971) : Igor Stravinsky reste celui par lequel le scandale est venu : gĂ©nie des ballets Russes, son Sacre du Printemps de 1913 aura marquĂ© l’histoire du TCE Ă  Paris ; furieuse, incandescente, voluptueuse et aussi sacrificielle, la musique d’Igor ne cesse depuis de nous interroger ; Ă  l’aube de la premiĂšre guerre mondiale, le Sacre a plongĂ© l’histoire musicale dans l’ironie cynique et sanglante du XXĂš. Voici que pour fĂȘter l’évĂ©nement, DG Deutsche…

  • pelleasmelisande_0813-©Frederic-Iovino opera lille critique annonce classiquenews stremaing opera

    STREAMING OPERA : PellĂ©as et MĂ©lisande, jusqu’au 9 oct 2021. L’OpĂ©ra de Lille a enregistrĂ© cette nouvelle production en mars 2021. L’argument principal est certes la distribution, principalement francophone, mais surtout la couleur spĂ©cifique d’un orchestre sur instruments d’époque, qui plus est dirigĂ© par l’excellent chef François-Xavier ROTH
 Ici l’orchestre dit et parle une langue que les chanteurs n’entendent pas ; Ă  l’inverse, la prose onirique de Maeterlinck dont la piĂšce Ă©ponyme est la source de l’opĂ©ra, cultive un verbe Ă©nigmatique mais onirique d’individualitĂ©s saisies comme en transe qui ne communiquent pas entre elle. Le drame naĂźt de la jalousie…

  • MOSER edda opera mozart critique classiquenews

    ARTE, dim 18 avril 2021, 23h40. EDDA MOSER. Voix mozartienne absolue (c’est la Reine de la nuit idĂ©ale), la soprano berlinoise Edda Moser nĂ©e en 1938, tĂ©moigne de sa carriĂšre, brillante, cĂ©lĂ©brĂ©e dans les annĂ©es 1960 et 1970 ; Sa Reine de la Nuit (personnage clĂ© de l’opĂ©ra de Mozart, La FlĂ»te enchantĂ©e) est enregistrĂ©e sous la baguette de l’excellent wagnĂ©rien Sawalisch elle figure aussi dans le film Don Giovanni de Losey (1979 / direction musicale : Lorin Maazel) oĂč sa noblesse naturelle, son port de reine offre une nouvelle incarnation de Donna Anna, Ă  la fois Ă©tincelante et humaine…

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  • FRANCE MUSIQUE, SAM 20 MARS 2021, 20h. Zad Moultaka : HĂ©mon. CrĂ©ation. Depuis l’OpĂ©ra de Strasbourg, OpĂ©ra National du Rhin. Dans le cadre de son Festival Arsmondo Liban, l’OpĂ©ra national du Rhin se dĂ©roule sous une forme numĂ©rique (dĂšs le 10 mars), dont la crĂ©ation attendue de HĂ©mon, nouvel opĂ©ra du compositeur Zad Moultaka et du philosophe Paul Audi (qui a Ă©crit le livret). L’opĂ©ra est retransmis en direct ce 20 mars par France-Musique, donc sans public. Le duo Moultaka / Audi relit le mythe de l’Antigone de Sophocle Ă  travers HĂ©mon, qui, contrairement Ă  la tragĂ©die originale, ne se…

  • FRANCE MUSIQUE, sam 27 mars 2021, 20h. POULENC / ESCAICH. La soprano familiĂšre des grands dĂ©fis vocaux chante La Voix humaine du premier, Point d’orgue du second (crĂ©ation, prĂ©sentĂ©e en mars au TCE, sans public). Captation les 3 et 5 mars 2021 pour diffusion sur la toile ultĂ©rieure (avril 2021?).
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     FRANCE MUSIQUE, Samedi 27 mars 2021, 20h
    Programme double :
    La Voix Humaine de Poulenc / Point d’Orgue de Thierry Escaich (crĂ©ation mondiale).
    Mise en scĂšne : O.Py,
    avec P. Petibon (Elle), J.S Bou (Lui), C.Dubois (L’Autre) – Orchestre National de Bordeaux / J. Rhorer, direction.
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    télé

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  • ARTE, dim 18 avril 2021, 23h40. EDDA MOSER. Voix mozartienne absolue (c’est la Reine de la nuit idĂ©ale), la soprano berlinoise Edda Moser nĂ©e en 1938, tĂ©moigne de sa carriĂšre, brillante, cĂ©lĂ©brĂ©e dans les annĂ©es 1960 et 1970 ; Sa Reine de la Nuit (personnage clĂ© de l’opĂ©ra de Mozart, La FlĂ»te enchantĂ©e) est enregistrĂ©e sous la baguette de l’excellent wagnĂ©rien Sawalisch elle figure aussi dans le film Don Giovanni de Losey (1979 / direction musicale : Lorin Maazel) oĂč sa noblesse naturelle, son port de reine offre une nouvelle incarnation de Donna Anna, Ă  la fois Ă©tincelante et humaine…

  • ARTE, dim 18 avril 2021, 18h45. REQUIEM, Bartabas. Mozart au ManĂšge des rochers : l’équation est magique ; elle s’est imposĂ©e au Festival de Salzbourg 2017. DĂ©jĂ  en 2015, pour un autre ouvrage de Mozart (celui lĂ  propre Ă  la jeunesse et moins connu : Davide Penitente), le fondateur du ballet Ă©questre Ă  Versailles, Bartabas avait scĂ©nographiĂ© la partition mozartienne, ciselant les figures des chevaux, exploitant aussi le vaste espace du ManĂšge aux rochers, Ă©crin singulier dĂ©sormais emblĂ©matique du Festival de Salzbourg. Instrumentistes, chanteurs et chƓur sont placĂ©s dans les galeries cintrĂ©es qui entourent l’espace clos. La lecture restitue au…


    concerts et opéras

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  • STREAMING concert. LILLE, sam 10 avril 2021, 20h. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts 100% numĂ©riques en live streaming. Prochain direct depuis l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, samedi 10 avril 2021 : Concerto en sol de Ravel, Symphonie n°2 de Beethoven par la cheffe hong-kongaise ELIM CHAN (directrice musicale de l’Antwerp Symphony Orchestra) et la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.
    Ravel, de retour d’une tournĂ©e aux USA (1928), Ă©blouit par son Ă©criture virtuose, lĂ©gĂšre, nĂ©o mozartienne, Ă  la fois classique et swinguĂ©e dans l’esprit aussi de Saint-SaĂ«ns. La Symphonie n°2 de Beethoven affirme en 1803, le tempĂ©rament rĂ©formateur…

  • STREAMING OPERA : PellĂ©as et MĂ©lisande, jusqu’au 9 oct 2021. L’OpĂ©ra de Lille a enregistrĂ© cette nouvelle production en mars 2021. L’argument principal est certes la distribution, principalement francophone, mais surtout la couleur spĂ©cifique d’un orchestre sur instruments d’époque, qui plus est dirigĂ© par l’excellent chef François-Xavier ROTH
 Ici l’orchestre dit et parle une langue que les chanteurs n’entendent pas ; Ă  l’inverse, la prose onirique de Maeterlinck dont la piĂšce Ă©ponyme est la source de l’opĂ©ra, cultive un verbe Ă©nigmatique mais onirique d’individualitĂ©s saisies comme en transe qui ne communiquent pas entre elle. Le drame naĂźt de la jalousie…

  • STREAMING, PĂąques 2021. JS BACH : Oratorio de PĂąques / Ascension, D Guillon et le Banquet CĂ©leste nous porte haut, trĂšs haut dans un concert filmĂ© Ă  Rennes dont l’affiche est plus que sĂ©duisante en ces temps d’incertitude : alors que la nouvelle de la rĂ©ouverture des salles de spectacles nous parvient en provenance de New York, voici un programme jouĂ© sans masques (instrumentistes) et de façon distanciĂ©e.
    La veine dramatique habite et inspire Bach quoique l’on dise : outre ses Passions, son Oratorio de NoĂ«l, ceux comme ici de PĂąques et de l’Ascension, enchaĂźnĂ©s avec conviction et pertinence, soulignent…

  • STREAMING, OpĂ©ra. Dim 18 avril 2021. BRITTEN : Mort Ă  Venise. L’OpĂ©ra national du Rhin (OnR) a filmĂ© sa nouvelle production signĂ©e du collectif « Clarac-Deloeuil > le Lab », annulĂ©e en fĂ©vrier, mais cependant captĂ©e. A voir sur le site de l’OnR dĂšs le 18 avril 2021. Le 17 avril sur certaines chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision (*)
    AprĂšs les coups d’éclats de la jeunesse – Peter Grimes, Billy Budd – partitions proches de la comĂ©die mais parfois sombres et toujours tendues vers le mystĂšre, le britannique Benjamin Britten au dĂ©but des annĂ©es 1970, mettre en musique le chef d’Ɠuvre de…

  • STREAMING, PĂąques. Ven 2 avril 2021. Pour le Vendredi Saint (prochain, 2 avril 2021), John Eliot Gardiner dirige ses troupes pour rĂ©aliser la Passion Saint-Jean de JS BACH (BWV 245), plus fulgurante et contrastĂ©e, plus passionnĂ©e et pourtant essentielle voire Ă©purĂ©e (en tous cas plus courte) que la Saint-Mathieu. La Saint-Jean est crĂ©Ă©e vraisemblablement le Vendredi Saint 1724 Ă  l’église Saint-Thomas de Leipzig. Les Britanniques semblent en cette fin mars 2021 crier victoire sur la covid, ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© davantage qu’en France, d’approvisionnement en vaccins (Astra-Zeneca principalement). L’embellie est toujours au bout du tunnel
 VoilĂ  qui donnera une saveur particuliĂšre Ă …

  • STREAMING, concert. Sam 3 avril 21, 20h. Wagner, Sibelius. ON LILLE, Dalia Stasevska. Pour ce nouveau rv numĂ©rique, dans le cadre de son offre digitale AUDIO 2.0, L’ON LILLE Orchestre National de Lille diffuse ce samedi Ă  20h, un nouveau programme symphonique
 et lyrique sous la direction (premiĂšre collaboration) de la maestra finlandaise Dalia Stasevska, principale invitĂ©e du BBC Symphony Orchestra.
    IntitulĂ© « Enchantements », le programme associe la jeune cheffe et la soprano suĂ©doise Ingela Brimberg dans le diptyque wagnĂ©ren « PrĂ©lude et Mort d’Isolde », sorte de synthĂšse orchestrale et lyrique de l’opĂ©ra Tristan et Isolde, sommet romantique,…

  • ARTE concert, ven 2 avril 2021, 19h30. JS BACH : Passion selon St-Mathieu. Pygmalion. Depuis le Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence formatĂ© en une Ă©dition 100% numĂ©rique, Arte cĂ©lĂšbre la magie et l’espoir du temps de PĂąques. Au programme : l’oratorio la Passion selon Saint-Matthieu (BWV 244) de Jean-SĂ©bastien Bach, sommet du baroque sacrĂ© germanique luthĂ©rien avec la Passion selon Saint-Jean (plus courte et plus fulgurante) et la Messe en si (testament spirituel du compositeur). La partition fut probablement rĂ©alisĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  Leipzig, le 7 avril 1727 (Vendredi Saint) Ă  l’église Saint-Thomas ; au cours de sa fonction…

  • STREAMING OPERA. Ven 2 avril 2021, 20h. WAGNER : Parsifal. L’OpĂ©ra de GenĂšve qui a du annuler les reprĂ©sentations scĂ©niques et publiques prĂ©vues du 30 mars au 11 avril 2021, maintient une sĂ©ance, celle du 2 avril prochain, diffusĂ©e sur le site GTG Digital et RTS Play (en replay jusqu’au 5 avril 2021). C’est une version de concert ajustĂ©e, d’autant plus oportune au moment des FĂȘtes Pascales : la fameuse et sublime sĂ©quence lyrique et orchestrale du Vendredi Saint, telle que l’a conçue Wagner dans le dĂ©roulement de son opĂ©ra, gagne une pertinence accrue ainsi.
    Un monde condamnĂ©, sclĂ©rosĂ©, celui…

  • STREAMING OPERA. La FlĂ»te (Cyber) enchantĂ©e, sam 27 mars 2021, 20h. L’OpĂ©ra de Vichy diffuse une nouvelle production totalement produite dans ses murs et rĂ©alisĂ©e en un mois
 un dĂ©fi artistique qui est aussi un pied de nez Ă  la crise sanitaire et Ă  la mise sous cloche des salles de spectacles.  En Ă  peine un mois, les Ă©quipes de Vichy Culture ont bouclĂ© la relecture de l’opĂ©ra la FlĂ»te EnchantĂ©e (Die Zauberflöte), dernier drame en allemand de Wolfgang Amadeus Mozart d’aprĂšs le livret d’Emanuel Schikaneder (1791). Le metteur en scĂšne Samuel SenĂ© en conçoit un projet mĂȘlant numĂ©rique et…

  • LIVE STREAMING, crĂ©ation. L’AFFAIRE BACH, Dim 21 mars 2021, 18h. Le Concert de l’Hostel Dieu et son chef fondateur Franck-Emmanuel Comte mĂšnent l’enquĂȘte
 L’AFFAIRE BACH : dĂ©mĂȘler les vrais des faux ! Comme Sherlock Holmes, apprenez Ă  discerner les partitions vĂ©ritables de Jean SĂ©bastien Bach, Ă  dĂ©mĂȘler les faux des authentiques ! Et si vous Ă©tiez transportĂ© Ă  la fin du XIXe siĂšcle? Devenu membre d’une sociĂ©tĂ© savante dĂ©diĂ©e Ă  la recherche des partitions oubliĂ©es de Johann Sebastian Bach, vous donnez votre avis, vous participez et et peu-Ă -peu, aider Ă  constituer le catalogue des Ɠuvres de ce grand compositeur.‹À…

  • STREAMING OPERA. Ven 19 mars 2021, 19h. VERDI : ATTILA. Depuis l’OpĂ©ra de Sofia. « Attila, tu auras l’univers, moi je garde l’Italie »  (Ezio)
 Le 9Ăš opĂ©ra de Verdi reste peu connu. C’est pourtant un trĂ©sor lyrique riche en Ă©motions, aux chƓurs puissants et dramatiques. Chronique de l’invasion de l’Italie par l’impitoyable roi des Huns au milieu du cinquiĂšme siĂšcle, ATTLIA rĂ©sonne de l’agitation politique de l’unification italienne Ă  l’époque de Verdi. Le compositeur offre Ă  la voix de basse, un superbe rĂŽle dramatique voire terrifiant (Attila), mais c’est le romain Ezio, guerrier ardent qui assoit ici la stature…

  • ON LILLE : Orchestre National de Lille. Le printemps de l’Orchestre, 16-26 mars 2021. AprĂšs avoir lancĂ© son offre numĂ©rique, composant une vĂ©ritable salle de concert virtuelle, sur la toile, «  l’AUDITO 2.0 » (accessible ici sur la chaĂźne YOUTUBE de l’Orchestre), l’ON LILLE Orchestre National de Lille ne cĂšde rien pour conjurer les effets / mĂ©faits de la morositĂ© ambiante, contre l’asphyxie qui menace sĂ©rieusement les formations musicales. Puisque le gouvernement s’entĂȘte Ă  maintenir fermĂ©s les lieux de culture, la formation lilloise montre Ă  nouveau qu’elle ne manque pas de crĂ©ativitĂ© citoyenne, soucieuse de rĂ©tablir le lien avec les…

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  • STREAMING BAROQUE : dim 21 mars 2021. Concerts et opĂ©ras pour la JournĂ©e europĂ©enne de musique ancienne (donc baroque). Cette annĂ©e, la violoniste Rachel Podger (aprĂšs Skip SempĂ©) est l’ambassadrice officielle de la journĂ©e musicale Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne. Voici les meilleurs programmes retransmis ce 21 mars 2021, Ă  ne pas manquer :
     
     
     
     
    17h
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    RAMEAU : Acanthe et CĂ©phise, version 1751
    Extraits, version de concert
    VOIR ici
    https://www.youtube.com/watch?v=cTNUPRRjxvE
    Avec Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, David Witczak, Judith Van Wanroij, Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, Les Ambassadeurs – La Grande Ecurie / Alexis Kossenko,…

  • STREAMING, FESTIVAL DE PONTOISE, le 5 mars 2021, 20h30. CASANOVA rĂ©sistant
 Des Italiens Ă  PARIS. Qui pourrait imaginer Casanova baissant les bras devant les difficultĂ©s ? CASANOVA, hĂ©ros de la rĂ©silience
 Une Ă©vasion de la prison la plus sĂ»re de Venise, 18 ans d’exil dans toute l’Europe, un duel Ă  mort contre le sous-chambellan du roi de Pologne, toutes les pĂ©ripĂ©ties et les rebondissements de la vie d’un des italiens les plus cĂ©lĂšbres du XVIIIe siĂšcle peuvent nous inspirer Ă©nergie et rĂ©silience aujourd’hui.
    Les PincĂ©es Musicales, le Festival Baroque de Pontoise et le thĂ©Ăątre de l’AntarĂšs de VaurĂ©al ont donc…

  • STREAMING, opĂ©ra, critique I SONYA YONCHEVA, soprano. Le 27 fĂ©vrier 2021. VERDI, PURCELL, PUCCINI, MASSENET
 La bibliothĂšque rococo de l’Abbaye de Schussenried (Allemagne) offre un Ă©crin somptueux pour ce rĂ©cital prĂ©sentĂ© par le Metropolitan Opera dans le cadre de sa sĂ©rie digitale « Met Stars Live in Concert ». C’est un nouveau volet mĂ©morable de l’offre de streaming de l’institution newyorkaise dont la rentrĂ©e lyrique ne se fera pas avant 
 septembre 2021. Pour rompre le silence, la voix de la soprano bulgare Sonya Yoncheva, diva Ă©vanescente dans sa robe rouge, rĂ©alise un parcours semĂ© de perles indiscutables.
    Sonya YONCHEVA…

  • STREAMING, opĂ©ra. MOZART : Der SchauspielDirektor, 19 fĂ©v 21, 20h. En streaming depuis l’opĂ©ra La Monnaie Ă  Bruxelles, l’opĂ©ra de Mozart n’a jamais semblĂ© plus actuel, dĂšs les premiĂšres paroles du livret : « Nous avons la permission de jouer! ». Dans cette (trop) courte « comĂ©die accompagnĂ©e de musique », Mozart scrute voire parodie avec humour et invention le petit monde de l’opĂ©ra dont les susceptibilitĂ©s et rivalitĂ©s entre les divas. Voici les coulisses d’une production d’opĂ©ra imaginĂ©es par  Wolfgang alors qu’il Ă©crit dans le mĂȘme temps son chef d’Ɠuvre Les Nozze di Figaro d’aprĂšs Beaumarchais
 Comme « opera…

  • STREAMING, concert. LILLE, sam 13 fĂ©v 2021, 20h. BEETHOVEN / STRAVINSKY, ON LILLE, FX Roth. Nouveau concert en streaming du National de Lille ce samedi 13 fĂ©vrier 2021 (dans le cadre de son offre digitale intitulĂ©e « AUDITO 2.0 » : tous les concerts sont enregistrĂ©s diffusĂ©s depuis l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille). Au programme deux Ɠuvres dont l’effectif restent compatibles avec les mesures sanitaires exigĂ©es pour la pratique en orchestre, soit deux Ɠuvres en formation Mozart et de chambre : le premier Concerto pour piano de Beethoven, encore redevable Ă  l’esprit de Mozart, Ă  l’élĂ©gance de Haydn (surtout…


    cinéma

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  • CINEMA, Anna Netrebko chante AIDA de Verdi, les 25 juin et 2 juillet 2020. Retour de l’opĂ©ra dans les salles obscures. Dans le cadre de l’opĂ©ration Viva l’opĂ©ra !, Ă  19h30 pour les deux dates, revivez la magie d’une production convaincante grĂące au nerf expressif du chef Riccardo Muti, au timbre charnel blessĂ© de la soprano Anna Netrebko dans le rĂŽle d’Aida, esclave Ă  la cour de Pharaon et dont est Ă©pris le gĂ©nĂ©ral victorieux RadamĂšs
 Pour autant, la fille de Pharaon, Amneris (ample contralto sombre) jalouse Aida car elle aime aussi RadamĂšs. Anna Netrebko Ă©tait alors diva verdienne, ayant…

  • CINÉMA, Fidelio le 17 mars 2020, 18h. Jonas Kaufmann chante Florestan dans les salles obscures
 CĂ©lĂ©brez le 250Ăšme anniversaire de Mudwig Beethoven, grĂące Ă  la diffusion en live de la nouvelle production du Royal Opera Fidelio, avec dans le rĂŽel de Florestan, le prisonnier, victime de l’arbitraire tyranique, JONAS KAUFMANN dont le timbre rauque, de fĂ©lin blessĂ©, la puissance et la finesse devraient renouveler l’interprĂ©tation du personnage, dans le sillon d’un John Vickers avant lui.
    Fidelio narre le parcours de LĂ©onore, qui sous les traits d’un homme (Fidelio), entend sauver son mari Florestan, prisonnier politique dĂ©tenu par le tyran Don…

  • CINEMA, en direct du MET : HAENDEL, AGRIPPINA. Le 29 fĂ©v 2020. Joyce DiDonato, impĂ©ratrice haendĂ©lienne chante la mĂšre de NĂ©ron, prĂȘte Ă  tout pour que l’empereur Claude son Ă©poux, nomme comme son successeur le fils qu’elle a eu en premiĂšres noces. NĂ©ron ne pouvait trouver mĂšre plus ambitieuse et travailleuse, et manipulatrice, d’une obsession quasi maladive
 au bord de la folie. ERATO vient de publier l’intĂ©grale d’AGRIPPINA avec le trĂšs fougueux Maxym Emelyanychev pilotant la nervositĂ© expressive de son ensemble Il Pomo d’Oro. A New York, dans la nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  New york (dĂ©jĂ  vue Ă  Bruxelles), David…

  • CinĂ©ma, ballet. CoppĂ©lia, mardi 10 dĂ©cembre 2019 en direct du ROH, Londres. CoppĂ©lia, grand classique du Royal Ballet Ă  Covent Garden (londres), est ainsi projetĂ© en direct dans les cinĂ©mas partout en France, ce 10 dĂ©cembre 2019 (20h15). Fantastique et poĂ©tique, le ballet CoppĂ©lia bĂ©nĂ©ficie d’une musique raffinĂ©e, conçue par LĂ©o Delibes. A Londres, la partition est devenue un pilier du rĂ©pertoire de la troupe de danseurs britanniques depuis qu’elle a Ă©tĂ© chorĂ©graphiĂ©e par la fondatrice du Royal Ballet, Dame Ninette de Valois. InspirĂ© des Contes d’Hoffmann, l’action fait paraĂźtre une poupĂ©e mĂ©canique plus vraie que la vie, charmant jusqu’à…

  • LILLE, ONL. STAR WARS, 14 et 15 fĂ©v 2019. CinĂ©-concert de rĂȘve Ă  Lille
 La saga Star Wars de George Lucas n’aurait jamais eu son retentissement ni sa puissance dramatique sans le chant de l’orchestre qui sert de rĂ©sonateur, d’amplificateur Ă  sa formidable action interstellaire. John Wiliams a composĂ© l’une des musiques de films les plus envoĂ»tantes, inscrites dans le mystĂšre voire la terreur (quand l’infĂąme Dark Vador paraĂźt), mais aussi dans le drame et l’onirisme des Ă©toiles
 L’Orchestre National de Lille joue la carte du grand Ă©cran et de la magie orchestrale en proposant pendant deux soirs, les 14…


    expos

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  • PARIS, Exposition : « SAINT-SAËNS, un esprit libre » : 5 mars > 20 juin 2020. Le Palais Garnier Ă  PARIS, Ă  travers la BibliothĂšque MusĂ©e de l’OpĂ©ra cĂ©lĂšbre le centenaire de la mort (1921 – 2021) du plus grand romantique français de la seconde moitiĂ© du XIXĂš : Camille Saint-SaĂ«ns (1835 – 1921), jamais couronnĂ© par le Prix de Rome ni reconnu Ă  sa juste valeur par les institutions Ă©tatiques ; aux cĂŽtĂ©s de Massenet, Saint-SaĂ«ns offre un visage diffĂ©rent du romantisme Ă  la française grĂące Ă  son sens du drame (ses opĂ©ras Samson et Dalila ou Ascanio rĂ©cemment…

  • EXPO, Paris. Les Musiques de Picasso Ă  la Philharmonie, jusqu’au 3 janvier 2021 : c’est l’expo Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e post confinement. La musique chez Picasso est d’autant plus passionnante Ă  mesurer et dĂ©couvrir que le sujet fut source de passion et de dĂ©clarations spectaculaires voire dĂ©finitive de la part du peintre. S’il a dĂ©clarĂ© qu’il n’aimait pas la musique, Picasso comme Victor Hugo avait une idĂ©e trop haute de la crĂ©ation musicale et des citations instrumentales pour accepter leur dĂ©voiement. Pas une toile ou une composition de Picasso qui en reprĂ©sentant un instrument ou un instrumentiste, n’ait Ă©tĂ© minutieusement…

  • CONFINEMENT. EXPOS et musĂ©es virtuels Ă  visiter.
    Et si le confinement Ă©tait tout simplement le temps des musĂ©es et des expos ? Comme pour l’opĂ©ra, les ballets et les concerts en ligne dĂ©sormais, l’offre culturelle musĂ©ale comme les expositions enrichissent considĂ©rablement leurs contenus. Les parcours et programmes virtuels sont en plein essor. CLASSIQUENEWS vous propose sa sĂ©lection des sites les plus captivants. Le monde de demain a dĂ©jĂ  commencĂ© : ce ne sont pas les programmes culturels ci aprĂšs sĂ©lectionnĂ©s qui infirmeront cette Ă©volution sociĂ©tale et culturelle. Il faut Ă  prĂ©sent envisager de nouvelles maniĂšres d’accĂ©der aux Ɠuvres, de vivre…

  • ARTE, dim 5 avril 2020, 17h45. JAMES TISSOT L’étoffe d’un peintre – Portraitiste de la haute sociĂ©tĂ© britannique et parisienne, le nantais James Tissot (1836-1902) portraiture les mondanitĂ©s et les rituels sociaux comme les mutations de son temps, en particulier celui de l’Angleterre Ă  l’ñge industriel quand il se fixe Ă  Londres (1871) aprĂšs la guerre de 1870.
    S’il a reniĂ© son prĂ©nom (Jacques-Joseph) fleurant bon la bourgeoisie provinciale (nantaise) du XIXe siĂšcle succombant Ă  l’anglomanie ambiante (l’Angleterre victorienne, celle du musicien Elgar, est la premiĂšre puissance europĂ©enne), « James » Tissot, nĂ© Ă  Nantes en 1836, a conservĂ© le…

  • PARIS, Palais Garnier, EXPO « L’aventure du Ring en France », 5 mai – 13 sept 2020. BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra / BNF – OpĂ©ra national de Paris. Histoire de la mise en scĂšne de la TĂ©tralogie en France, de la fin du 19e siĂšcle Ă  aujourd’hui. Au dĂ©but des annĂ©es 1890, Charles Lamoureux s’investit plus que tout autre pour faire Ă©couter les opĂ©ras de Wagner dont Lohengrin et Tristan und Isolde. Mais le Ring wagnĂ©rien crĂ©Ă© Ă  Bayreuth en aoĂ»t 1876 s’imposera plus tard encore sur la scĂšne de l’OpĂ©ra national. Il est vrai que le contexte de la premiĂšre…


CHEFS. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ?

LILLE : JC CASADESUS dirige Brahms et Dvorak. Alchimie musicaleENTRETIEN VIDÉO. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ? En dĂ©cembre 2020, Jean-Claude Casadesus a fĂȘtĂ© ses 85 printemps. Le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille peut ĂȘtre fier d’avoir crĂ©er ex nihilo une tradition musicale de premier plan Ă  Lille et dans la RĂ©gion Hauts de France. A l’auditorium du Nouveau SiĂšcle, les lillois ont pris l’habitude des grands bains symphoniques et des festivals et concerts aussi riches que diversifiĂ©s. Retour sur un parcours portĂ© par la passion de la musique et du partage. A l’occasion de son anniversaire, Jean-Claude Casadesus s’est prĂȘtĂ© au jeu de l’entretien vidĂ©o, avec l’élĂ©gance, l’humour et la grande culture littĂ©raire que nous lui connaissons. Entretien vidĂ©o pour classiquenews.com.

 

 

Jean-CLaude CASADESUS, maestro flamboyant. Pour ses 85 ans, CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le fondateur de l’Orchestre National de Lille, phalange exemplaire dont il a accompagnĂ© et guidĂ© l’essor depuis sa crĂ©ation en 1976. Entretien vidĂ©o rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2020 Ă  l’occasion de son anniversaire.

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AGENDA

Si le contexte sanitaire le permet toujours, Jean-Claude Casadesus dirige les instrumentistes de l’Orchestre du Conservatoire de Paris, lundi 18 janvier 2021, Philharmonie de Paris Ă  19h (Grande Salle Pierre Boulez) – au programme : Debussy (PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs-midi d’un faune), Robert Schumann (Concerto pour piano / David Kadouch, piano), Ravel (Pavane pour une infante dĂ©funte), Beethoven : Symphonie n°1.
INFOS & RÉSERVATIONS :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/21656-romantismes?date=1610992800

 

 

 

 

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Discographie Jean-Claude Casadesus
Parmi un vaste choix de rĂ©alisations discographiques rĂ©alisĂ©es par Jean-Claude Casadesus Ă  la tĂȘte de « son » orchestre National de Lille (qu’il a fondĂ© en 1976), citons deux albums fĂ©tiches. L’un rĂ©cent (Le chant de la terre, live 2008, enfin Ă©ditĂ© en dĂ©c 2020 / Une vie de hĂ©ros de Strauss : bain orchestral Ă  la fois subtil et Ă©tourdissant qui force l’admiration par sa conception d’ensemble).

 

 

strauss heldenleben vie de heros orchestre national de lille cd naxos casadesus_jean-claude-casadesusR. STRAUSS : Une vie de hĂ©ros (Naxos, 2011). EnregistrĂ© sur le vif en janvier 2011 Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle de Lille, le concert fixe Ă  la fois le souffle et la couleur Ă©laborĂ©s par maestro Casadesus. On est saisi dĂšs le dĂ©but par la noblesse franche et ronde des cuivres, l’extension spatiale du son qui en dĂ©coule ; et tout au long des 9 sĂ©quences de cette Ă©popĂ©e tendre et spectaculaire, la balance et la richesse des couleurs et des timbres se montrent captivantes, Ă©lĂ©ments d’une vision architecturĂ©e d’une rare clartĂ©. C’est Ă©pique et suggestif, d’une unitĂ© organique Ă©vidente, frappant par la franchise du geste comme la subtilitĂ© des accents. Le couplage choisi, avec le rare Chant funĂšbre opus 9 de Magnard conclut le cycle dans des rĂ©sonances tout aussi allusives, Ă©voquant la suspension Ă©motionnelle d’une aube progressive dont lĂ  encore l’architecture et la progression sonore captivent. Eloquente rĂ©ussite et vrai bain orchestral.

 

 

mahler casadesus chant la terre lied von des erde urmana cd classiquenewsG. MAHLER : Le chant de la terre (Évidence, 2008). L’opiniĂątretĂ© du chef a portĂ© ses fruits et s’est rĂ©vĂ©lĂ©e pertinente : il fallait fixer la mĂ©moire de ce live convaincant Ă  l’affiche du Festival de Saint-Denis 2008. 13 ans ont passĂ© et ce qui frappe immĂ©diatement c’est la puissance des nuances ; une vision pleine, riche, totalement assumĂ©e qui dans la direction, assure cette sĂ»retĂ© et cette intensitĂ© sans boursouflures ni pathos, hĂ©las souvent prĂ©sentes ailleurs. Le timbre claironnant du tĂ©nor Clifton Forbis, la voix caressante, maternelle de Violeta Urmana cisĂšlent et habitent le texte, 
 pĂ©pite finale, cadre d’une mĂ©tamorphose bouleversante Ă  l’orchestre, « Der Abschied » est une dissolution du souffle, une Ă©vaporation sonore jusqu’à l’ultime murmure oĂč le chef dirige avec son Ăąme, rĂ©vĂ©lant des trĂ©sors de couleurs intĂ©rieures, marquĂ©es Ă  la fois par la dĂ©pression, la douleur, puis dans la lumiĂšre, le renoncement et la rĂ©demption. Chez Mahler, il faut toujours tomber trĂšs bas pour remonter au plus haut. InterprĂšte fin et subtil de Mahler, JC Casadesus, en humaniste inspirĂ© et sincĂšre, nous dĂ©livre ici une leçon de musique magistrale par son humanitĂ©, sa force fraternelle, son espoir coĂ»te que coĂ»te.

 

 

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COUP DE COEUR CLASSIQUENEWS

mahler casasesus jean claude orchestre national lille cd review cd critique classiquenews cd EVCD027-Cover-ONL-1024x1024CD, compte rendu critique. Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd Ă©vidence classics). D’une caresse maternelle, l’Urlicht trop fugace s’accomplit grĂące au timbre chaud et enveloppant de la mezzo Hermine Haselböck. L’accord en tendresse et dĂ©sir de conciliation se rĂ©alise aussi dans la tenue des instruments d’une douceur engageante. Vrai dĂ©fi conclusif pour l’orchestre, le dernier mouvement, le plus long (Finale / Im tempo des scherzos / Wild herausfahrend), plus de 35 mn ici, rĂ©alise ce volet de rĂ©solution et d’apaisement qui rassure et rassĂ©rĂšne idĂ©alement : Jean-Claude Casadesus maĂźtrise cet exercice de haute voltige oĂč la sublime fanfare, d’un souffle cosmique et cĂ©leste, rĂ©pond Ă  l’activitĂ© des cordes et Ă  l’harmonie des bois. Comme le dit le maestro lui-mĂȘme, il s’agit bien d’une page parmi les plus belles Ă©crites amoureusement par CLIC_macaron_2014Malher : appel souverain, olympien du cor, rĂ©ponse de la trompette, caresse enivrante lĂ  encore des cordes en Ă©tat de
 lĂ©vitation. L’orchestre ouvre des paysages aux proportions inĂ©dites, aux couleurs visionnaires, absolues, abstraites. La direction rĂ©capitule et rĂ©sout les tensions avec une hauteur de vue magistrale. LIRE notre critique complĂšte du cd Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd Ă©vidence classics) / CLIC de CLASSIQUENEWS oct 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUÉBEC, Festival CLASSICA mai et juin 2018 : grand reportage vidĂ©o

festival classica 2018 quebec monteregie canada par classiquenewsQUÉBEC, Festival CLASSICA 2018 – 25 mai au 16 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones / Le premier festival quĂ©bĂ©cois, CLASSICA sait sĂ©duire, attirant une foule d’amateurs, de connaisseurs, de nĂ©ophytes
 au cƓur du centre ville de Saint-Lambert (au sud de MontrĂ©al). L’épicentre du Festival en MontĂ©rĂ©gie est devenu comme pour les Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, un village musical Ă  multiples facettes. Un lieu, une multitude d’offres
 telle a Ă©tĂ© l’équation gagnante des derniers Ă©vĂ©nements CLASSICA. Jusqu’au 16 juin prochain, le Festival CLASSICA poursuit son cours, affirmant une superbe offre artistique Ă  Saint-Lambert et dans plusieurs autres villes de la MontĂ©rĂ©gie avec toujours Ă  l’honneur, entre autres le relĂšve avec les nouveaux talents, les grands solistes et les ensembles confirmĂ©s. CLASSICA, c’est l’esprit du partage pour tous (grandes soirĂ©es symphoniques sous les Ă©toiles, concerts en salles fermĂ©es, tremplins sur de larges scĂšnes ouvertes sur la rue… la seconde Ă©dition 2018 rĂ©alise et rĂ©ussit tous ces dĂ©fis). TEXTE et VIDEO © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM

COMPTE-RENDU, concert. LILLE, ONL : Hitchcock symphonique, sam 31 oct 2020, Nouveau SiĂšcle.

VERTIGO-PSYCHOSE-Hitchcock-orchestre-national-de-lille-hermann-classiquenews-concertCOMPTE-RENDU, concert. LILLE, ONL : Hitchcock symphonique (Psychose, Vertigo, extraits), sam 31 oct 2020, Nouveau SiĂšcle. MalgrĂ© le confinement, l’Orchestre National de Lille maintient son activitĂ© pour notre plus grand plaisir. La soirĂ©e traverse, – Halloween et Toussaint oblige-, des paysages intĂ©rieurs tendus d’une grande force psychologique, Ă©cho Ă  l’écriture labyrinthique du sorcier Hitchcock. Plusieurs extraits de deux films marquants sont jouĂ©s sur la scĂšne de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, sans public, en diffusion sur internet, depuis la chaĂźne Youtube de l’Orchestre National de Lille.
En une musique haletante comme une course Ă  l’inĂ©luctable issue tragique, les cordes  Ă©grĂšnent leur mĂ©lodie entĂȘtante traversĂ©e de secousses aigres : la musique du New Yorkais Bernard Hermann pour Psychose de 1960 (PrĂ©lude, la ville) se dĂ©ploie comme une formidable immersion symphonique, Ă  la fois mystĂ©rieuse et suspendue, que les musiciens de l’ONL – cordes seules tout d’abord, expriment avec une clartĂ© tĂ©nĂ©breuse idĂ©ale. Le motif amoureux de “Marion” berce un temps, Ă©chappĂ©e fugitive en eaux poisseuses. Mais la mĂ©canique implacable de Hermann s’accomplit ; mĂȘme sans les images du film, la puissance Ă©vocatrice du compositeur est terriblement efficace : jusqu’aux cordes suraigus comme des coups incisifs de “Meurtre”, sĂ©quence musicale dĂ©sormais mythique. Sous la direction trĂšs aĂ©rĂ©e de Ernst Van Tiel, les instrumentistes masquĂ©s convainquent par leur sens des respirations, une Ă©coute dĂ©cuplĂ©e, un son d’un criante voluptĂ© : est-ce la disposition plus distancĂ©e qui opĂšre ainsi ?

Changement de climats avec l’Ă©toffe plus scintillante de Vertigo (Sueurs froides, 1958), tous les pupitres (cors, harpes, clarinettes, cĂ©lesta
) semblent distiller une petite musique intĂ©rieure de plus en plus ample aux rĂ©sonances somptueuses et solennelles, puis confuses et menaçantes comme l’intranquillitĂ© d’un cauchemar, comme si la musique manifestait clairement l’activitĂ© de la psychĂ© dont l’image Ă  l’écran serait le produit et le prolongement. Le jeu des timbres, le dialogue entre les pupitres, la construction prenante de plus en plus menaçante confirment le talent fantastique, ses Ă©carts lyriques souvent vertigineux de Bernard Hermann (intimisme d’Au coin du feu) dont les sons et les alliages ont beaucoup ƓuvrĂ© Ă  la rĂ©ussite et Ă  l’impact visuel des scĂ©narios d’Hitchcock. On berce constamment entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, Ă  la frontiĂšre de la conscience et de la volontĂ© (“ScĂšne d’amour” finale), du souvenir Ă  la rĂ©itĂ©ration plus brumeuse (Ă©vocation Ă©thĂ©rĂ©e, arachnĂ©nenne de “la Fille” / “La couleur des cheveux”)
 la conception relĂšve du cheminement proustien : la subtilitĂ© de l’évocation marque de façon indĂ©lĂ©bile l’esprit ; la violence et la force de l’épisode sont d’autant plus prenantes que le motif musical est d’une fluiditĂ© immatĂ©rielle, d’une lĂ©gĂšretĂ© aussi ineffable que dĂ©chirante ; en cela la tenue des musiciens de l’Orchestre Lillois captive d’un bout Ă  l’autre : le final de Vertigo a mĂȘme des accents wagnĂ©riens comme rĂ©flexion enivrĂ©e, interrogation Ă©perdue et obsessionnelle sur le mystĂšre de l’amour. A l’initiative de l’ON LILLE Orchestre National de Lille, l’expĂ©rience symphonique est un festival de nuances et d’accents, et au-delĂ , un formidable appel Ă  l’imaginaire. Heureuse proposition digitale qui berce et nourrit l’ñme en ces temps de confinement.

 

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REVOIR Musiques de Psychose et Vertigo / Hitchcock par l’ON LILLE

 

 

 

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CONCERT DISPONIBLE EN REPLAY, sur la chaüne YOUTUBE de l’ON LILLE Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=BmVsG0gU81U

Extraits de PSYCHOSE
[Titre original : Psycho]
Film d’Alfred Hitchcock, États-Unis, 1960
PrĂ©lude – La Ville / Prelude – The City
Marion
La chambre d’hîtel / Hotel Room
Le meurtre / The Murder
Le marais / The Swamp
Le porche – Les escaliers – Le couteau / The Porch – The Stairs – The Knife

 

 

Extraits de VERTIGO
[Titre français : Sueurs froides]
Film d’Alfred Hitchcock, États-Unis, 1958
Prélude & Le toit / Prelude & Roof-top
Au coin du feu / By the Fireside
Le cauchemar / The Nightmare
Le passé / The Past
La fille / The Girl
La couleur de cheveux / The Hair Color
Scùne d’amour / Love scene

Musique de Bernard Herrmann
Mise en scùne d’Alfred Hitchcock

 

Orchestre National de Lille
Ernst van Tiel, direction
Fernand Iaciu, Violon solo

 

 

COMPTE RENDU critique CONCERT. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 25 oct 2020. ON LILLE, JC Casadesus : Ravel, Casadesus, Beethoven

COMPTE RENDU critique CONCERT. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 25 oct 2020. ON LILLE, JC Casadesus : Ravel, Casadesus, Beethoven. Impatients et fidĂ©lisĂ©s, les spectateurs lillois viennent cet aprĂšs midi applaudir le chef fondateur de « leur » orchestre, Jean-Claude Casadesus (JCC) qui dirige ainsi son premier concert de la nouvelle saison 2020 – 2021 ; c’est aussi son retour sur le podium depuis… plus de 6 mois. BientĂŽt 85 ans (dĂ©but dĂ©cembre prochain), le chef altier et aĂ©rien, retrouve son cher public et ses musiciens pour un concert gĂ©nĂ©reux et Ă©quilibrĂ© : musique française et complicitĂ© avec un jeune soliste, ivresse concertante et Ă©nergie symphonique… En 1h (format Ă  prĂ©sent plĂ©biscitĂ© et sanitairement conforme), le programme comble les attentes.

La Pavane (pour une infante dĂ©funte) de Ravel est miroitante et d’une Ă©toffe magicienne qui touche aussi par la poĂ©sie de ses accents instrumentaux comme l’Ă©lĂ©gance de phrasĂ©s somptueusement articulĂ©s. Architecte raffinĂ©, orfĂšvre des timbres, le Ravel de JCC est aussi un sensuel qui par ses jaillissements enchantĂ©s, retrouve la grĂące de l’innocence. Le chef articule, clarifie, Ă©pure, rĂ©vĂ©lant sous la parure des alliages sonores (cors / clarinettes, harpes / cordes
), l’Ă©quilibre de la structure comme le scintillement de la texture : sa transparence qui fait drame. VoilĂ  qui rappelle comment la musique française (les rĂ©volutionnaires Debussy et Ravel) a selon le vƓu de son fondateur, façonnĂ© l’identitĂ© du National lillois.

 

 

 

Altier, aérien, en orfÚvre de la ciselure sonore
Jean-Claude Casadesus dirige le National de Lille

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AmorcĂ©e, pĂ©nĂ©trante, dĂšs Hindemith (Trauermusik composĂ© pour la mort de Georges V en janvier 1936), la complicitĂ© entre l’altiste britannique Timothy Ridout et le chef se rĂ©alise plus encore dans les 3 mouvements courts du Concerto nĂ©o baroque qu’Henri Casadesus, le grand pĂšre du chef, Ă©crit aussi dans les annĂ©es 1930 : on y dĂ©tecte l’assimilation maĂźtrisĂ©e de Gluck (Ă©lĂ©gie du mouvement lent central), Bach, Ă©videmment Haendel


Dernier volet enthousiasmant. Beethoven Ă©blouit par son Ă©quilibre et son allure, entre ciselure et Ă©nergie, JCC nous montrant que l’un ne va pas sans l’autre, que l’un se nourrit de l’autre ; la Symphonie n°1 (crĂ©Ă©e dirigĂ©e Ă  Vienne en 1800 Ă  30 ans) frappe un grand coup par ses audaces (un brin trop « martiales » ?
 selon les critiques de l’époque). La partition affirme de la part du chef, une conception complĂšte, unifiĂ©e, rĂ©solue en un tout organique grĂące Ă  la souplesse de sa direction. Roboratif voire Ă©ruptif, l’Orchestre souligne dĂšs ce premier opus, le souffle de la machine Ludwig : une force bondissante et puissante qui sĂ©duit aussi par l’Ă©loquence tendre de ses bois, ses vents comme le grain des percussions, le mĂ©tal victorieux des cuivres. Tout sonne plein et dĂ©taillĂ© dans l’esprit d’un galop et d’une danse. C’est un hymne furieusement instrumental qui dĂ©passe dĂ©jĂ  Haydn par ses Ă©lans et sa dimension (le menuet est en rĂ©alitĂ© un vrai scherzo trĂ©pidant).
La construction nous parle, l’impĂ©tuositĂ© nous saisit, le fini instrumental captive. Le sens du relief et du rebond comme de la motricitĂ© Ă©gale les phalanges sur instruments historiques. Le geste du chef vivifie ses troupes et accomplit dans ce premier beethoven gĂ©nial, un retour aux sources du symphonisme europĂ©en qui sonne comme une rĂ©gĂ©nĂ©ration salvatrice autant pour les auditeurs que les musiciens. Éclectique, le programme Ravel, Hindemith, Beethoven (sans omettre le pastiche scherzando du Concerto d’Henri Casadesus) confirme si l’on en doutait, la prodigieuse volubilitĂ© plastique de l’ON Lille sous la direction de son fondateur historique. Une connivence qui vaut rĂ©gal. Photo : Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte / ON LILLE.

 

 

   

 

 

agenda

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A ne pas manquer bientĂŽt : PARIS, Philharmonie, Jean-Claude Casadesus dirige l’orchestre du Conservatoire de Paris lundi 18 janvier Ă  20h30 – Grande salle Pierre Boulez : Schumann (Concerto pour piano avec David Kadouch, piano) et Mahler (Symphonie n° 4 avec Miah Persson, soprano). Infos, rĂ©servations :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/21656-romantismes?date=1610998200

casadesus_jean_claude_portrait_290Prochain concert de Jean-Claude Casadesus Ă  la tĂȘte de l’ON LILLE Orchestre National de Lille au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille : les 20 et 21 avril 2021 – au programme : 5Ăšme Symphonie de Beethoven (couplĂ©e avec le Concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch / soliste : Truls Mork).
Programme repris ensuite en rĂ©gion, les 22 (Boulogne sur mer) puis 23 avril (Aulnoye-Aymeries). Plus d’infos sur le site de l’Orchestre National de Lille : https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-5eme-symphonie-de-beethoven/

 

 

 

COMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. RĂ©sidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi Ă  Chardavoine


salle-de-bal-fontainebleau-concert-renaissance-thomas-hengelbrock-classiquenewsCOMPTE-RENDU critique, concert. FONTAINEBLEAU, salle de bal, dim 18 oct 2020. RĂ©sidence Thomas Hengelbrock I : de Monteverdi Ă  Chardavoine
 Fontainebleau, capitale musicale Ă  l’époque des Valois. Si Versailles demeure le foyer du goĂ»t des rois Bourbons (le roi soleil en est l’astre Ă©tincelant), Fontainebleau avait dĂ©jĂ  favorisĂ© dĂšs le XVIĂš, l’art de cour et l’essor des divertissements sous le rĂšgne des Valois, François Ier et Henri II particuliĂšrement. voilĂ  donc un concert riche en symbole et aussi en promesses 

Comme premiĂšre Ă©tape de sa rĂ©sidence bellifontaine, le chef allemand Thomas Hengelbrock dirige son ensemble Balthasar Neumann, ici en formation de chambre : il se consacre exclusivement aux Ă©critures de la Renaissance et du premier Baroque, alternant cycle d’Ɠuvres italiennes et françaises.
Le spectateur Ă  Fontainebleau, heureux dĂ©tenteur d’une place de concert, traverse de somptueux appartements avant de rejoindre la salle de bal oĂč l’attendent les musiciens. C’est un voyage unique dans le temps dont les jalons remarquables sont l’enfilade des appartements royaux (ceux d’Anne d’Autriche et de Louis XIII qui est nĂ© in loco) ; puis, la fameuse galerie François Ier, l’étonnant Ă©crin maniĂ©riste (comptant fresques et stucs Ă©rotiques) de la Chambre de la Duchesse d’Etampes, enfin la salle de bal proprement dite, vĂ©ritable « Vatican français » (selon Ingres lui-mĂȘme). De fait les impressionnantes fresques par Niccolo del‘Abbate sous la direction du Primatice, mĂȘme situĂ© Ă  bonne hauteur composent un ensemble unique au monde ; le rythme des allĂ©gories, des figures et nombre de Dianes lunaires et chasseresses forment le meilleur Ă©cho aux Ɠuvres choisies : tout un monde poĂ©tique et raffinĂ© que les musiciens ressuscitent. Au Monteverdi souterrain, d’abord murmurĂ©, presque fantastique (sublime « Hor che ciel ») rĂ©pondent les chansonniers Sermisy, Costeley, Lassus et surtout Guedron dont on aime retrouver l’exaltation du verbe, cet allant hĂ©doniste que les 6 chanteurs dĂ©fendent avec ardeur (« ça donnons Ă  tous nos sens »). La fantasia de Purcell puis la Sonate de Castello fait passer des brumes de la Tamise, – dans leur texture Ă©tirĂ©e, en rĂ©alitĂ© trĂšs françaises, au soleil virtuose italien, grĂące Ă  la vĂ©locitĂ© chantante du premier violon Daniel Spec. Parmi les Français, se distingue d’aprĂšs Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose » mis en musique par Jehan Chardavoine, bien Ă©noncĂ©e par l’alto Christian Rohrbach (voix petite mais trĂšs musicale). Thomas Hengelbrock Ă©voque la figure de Marguerite de Navarre, la Reine Margot (fille d’Henri II et derniĂšre Valois), rĂ©sidente ici mĂȘme, dont le souvenir est incarnĂ© grĂące Ă  l’Hymne que compose Claude Goudimel pour sa mort (1615).

La derniĂšre partition du programme est dĂ©jĂ  en soi un jalon exemplaire, en particulier dans le volume de la salle de bal (photo ci dessus) ; on imagine aisĂ©ment comment l’Orfeo de Monteverdi Ă  sa crĂ©ation au palais ducal de Mantoue (1607) a pu s’accorder au volume d’un Ă©crin palatial, dans une acoustique moins rĂ©sonante qu’une Ă©glise. L’expĂ©rience Ă  Fontainebleau est trĂšs convaincante : la scĂšne sĂ©lectionnĂ©e permet Ă  chaque chanteur d’affirmer un vrai tempĂ©rament dramatique, car ici les 6 chanteurs sont solistes, assurant son personnage comme sa partie au sein du chƓur (extrait « Rosa del Ciel »). La vitalitĂ© souple du continuo oĂč brillent sur le tapis aĂ©rien des violons, les timbres plus scintillants de la harpe et du thĂ©orbe, ajoute Ă  l’expressivitĂ© de la direction : Hengelbrock maĂźtrise l’élan et le souffle lyrique, la libertĂ© dansante des rythmes d’un opĂ©ra Ă  la fois madrigalesque et baroque ; veillant aux Ă©quilibres entre voix, chƓur et instruments. En cela l’ultime piĂšce donnĂ©e (en bis), le bouleversant Lamento della Ninfa, chef d’oeuvre languissant de Monteverdi, saisit par la sincĂ©ritĂ© et la musicalitĂ© des interprĂštes : aux 3 hommes tragiques et dĂ©clamatoires rĂ©pond la priĂšre ciselĂ©e et naturelle de la soprano requise (Bobbie Blommesteijn), sobre, humaine, au chant Ă©perdue et sensible. Divine Ninfa pour un programme idĂ©alement Ă©quilibrĂ©. On attend la suite de la rĂ©sidence de Thomas Hengelbrock Ă  Fontainebleau, en particulier en 2021, pour le bicentenaire NapolĂ©on Ier, Israel en Egypte de Haendel qui Ă©voque la campagne de Bonaparte en Egypte (8 et 9 mai 2021). A suivre.
http://www.classiquenews.com/fontainebleau-salle-de-bal-concert-renaissance/

Concert, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK

edgarmoreauConcert, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 24 septembre 2020. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Edgar Moreau, Alexandre Bloch. HAYDN, BARTOK
 IdĂ©alement adaptĂ© Ă  la configuration instrumentale requise, mesure sanitaire oblige (l’Orchestre National de Lille est « rĂ©duit » en formation de chambre), le Concerto pour violoncelle n°1 de HAYDN sied particuliĂšrement bien Ă  la direction nerveuse, dynamique, flexible d’Alexandre Bloch et au tempĂ©rament incandescent du jeune soliste Edgar Moreau (26 ans – photo ci contre) : le violoncelliste français est parmi les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Il n’a pas seulement pour lui une technique et une sonoritĂ© des plus raffinĂ©es ; il exprime avec un art des nuances et une profondeur exceptionnelle, la subtile Ă©lĂ©gance de Haydn.

 

 

Concert d’ouverture de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille

Somptueuse ouverture au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille

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L’allant et la vitalitĂ© en superbe Ă©quilibre d’une partition Ă  la fois classique, d’une volubilitĂ© mĂȘme baroque, triomphent ici. Et la conception Ă©conome des expositions, rĂ©expositions et variations offre au soliste, une arĂšne dĂ©jĂ … romantique. L’intelligence des accents, la gestion des nuances, l’éloquence des phrasĂ©s superbement maĂźtrisĂ©s
 ce style toujours mesurĂ© mais articulĂ©, jamais artificiel ni dĂ©monstratif, indiquent clairement un interprĂšte de premier plan dont la vĂ©ritĂ© dialogue somptueusement avec l’heureuse vivacitĂ© de l’orchestre. La virtuositĂ© chantante et lumineuse du violoncelle jouĂ©e ainsi aprĂšs l’ample portique du Copland (Fanfare for the common man) forme la plus sĂ©duisante des partitions pour le concert d’ouverture de la saison 2020 – 2021. Notons que le violoncelliste remplace le violoniste Nemanju Radulovic, artiste en rĂ©sidence pour cette nouvelle saison 2020 – 2021. HĂ©las, le virtuose franco-serbe n’a pas venir en France jusqu’Ă  Lille, confinĂ© parce qu’il a Ă©tĂ© testĂ© positif Ă  la covid 19. Ainsi se dĂ©roule la saison musicale, avec ses imprĂ©vus de derniĂšre minute. L’Orchestre National de Lille s’est d’ailleurs adaptĂ© au contexte sanitaire actuel, en proposant une billetterie ouverte plus souple, rĂ©actualisĂ©e tous les deux mois, afin d’affiner au mieux les offres musicales selon les “empĂȘchements” prĂ©visibles, malheureusement inĂ©luctables dans la situation que nous vivons tous depuis mars dernier.

EnchaĂźnĂ© et jouĂ© debout (violons I et II), le Divertimento de Bartok permet lĂ  encore au cordes seules de l’Orchestre lillois de captiver en crĂ©pitements et intensitĂ© ; la partition composĂ©e Ă  Saanen (Suisse) Ă  l’étĂ© 1939, lĂ  mĂȘme oĂč devait naĂźtre le futur Menuhin Gstaad Festival, allie souffle et ĂąpretĂ©, cultivant mĂȘme une tension presque Ă©touffante, en relation avec les heures noires d’une Europe soumise Ă  la barbarie nazie. Du Haydn prĂ©cĂ©dent Ă  la partition moderne circule et s’affirme la mĂȘme homogĂ©nĂ©itĂ© des cordes. QualitĂ© des unissons, dialogues entre les deux solistes (violons I et II) et l’ensemble des cordes (Ă  la façon d’un concerto grosso), articulation et densitĂ© pourtant claire du son de l’orchestre
 le travail d’Alexandre Bloch et des musiciens de l’ON LILLE dĂ©voilent de superbes qualitĂ©s ; on les avait quittĂ© la saison derniĂšre, dans l’achĂšvement du cycle Mahler. On retrouve ici la mĂȘme Ă©coute partagĂ©e, l’engagement, le souci des accents qu’il s’agisse du dynamisme dansant de l’Allegro initial ou des Ă©clairs contrastĂ©s de l’Allegro final oĂč pointe aussi la superbe tenue du violon I dont les solos ont de courtes et fulgurantes irisations tziganes. La franchise du geste collectif parfois assumĂ©e « rude » rend justice Ă  la partition de Bartok qui y revendiquait clairement son caractĂšre de fantaisie « paysanne ». Au centre, s’affirme l’Adagio si intense, et si subtil dans ses Ă©clairs funĂšbres Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de Lilledont le chef sait aussi exprimer la couleur du mystĂšre le plus inquiĂ©tant. Tant de profondeur suggestive et d’aisance articulĂ©e confirment Ă  prĂ©sent l’excellence des instrumentistes de l’Orchestre lillois. On attend avec impatience les prochains programmes de l’Orchestre National de Lille. Et pour nous faire patienter, le cd de la 7Ăš Symphonie de Mahler – jalon important de l’épopĂ©e Mahler de la saison prĂ©cĂ©dente vient de sortir chez Alpha (critique du cd Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews).

 

 

 

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Prochains concerts de l’Orchestre National de Lille :
30 sept / 1er octobre 2020 : Divertimenti (Alevtina Ioffe, direction)
7, 8, 9 octobre 2020 : MĂ©tamorphoses (Alexandre Bloch, direction)
PLUS D’INFOS sur le site de l’Orchestre National de Lille / saison 2020 – 2021
https://www.onlille.com/saison_20-21/

COMPTE RENDU, Festival 1001 NOTES 2020 (15 ans), les 4 et 5 août 2020

1001-NOTES-festival-classiquenews-concerts-critiques-annonce-classiquenewsCOMPTE RENDU, Festival 1001 NOTES 2020 (Haute-Vienne, Limousin), les 4 et 5 aoĂ»t 2020. DĂ©confinement, solidaritĂ©, ouverture
 Face Ă  la crise et la mise sous cloche de la culture, en particulier du spectacle vivant, les Festivals n’ont pas tardĂ© Ă  rĂ©agir et produire de premiĂšres alternatives bĂ©nĂ©fiques. Le Festival 1001 Notes portĂ© par son directeur artistique Albin de la Tour n’est pas en reste ; il a mĂȘme Ă©tĂ© le premier Ă  proposer sur la toile plusieurs courtes sessions musicales ; permettant aux artistes et au public de renouer un fil qui s’était coupĂ© brutalement mi mars dernier ; Ă  cause du confinement imposĂ© (LIRE ici « Contre la crise et le confinement, le cycle de concerts live « Aux notes citoyens »).
Pour l’étĂ©, quand d’autres ont jetĂ© l’éponge, empĂȘtrĂ©s par la difficultĂ© de mettre en pratique les mesures barriĂšres et le protocole sanitaire, le Festival 1001 Notes affirme clairement sa ligne : solidaritĂ©, sĂ©curitĂ©, Ă©clectisme. SolidaritĂ© pour les artistes qui ont besoin de jouer ; sĂ©curitĂ© sanitaire pour tous Ă  tous les concerts ; Ă©clectisme et ouverture d’une programmation qui par sa simplicitĂ© et son sens maĂźtrisĂ© des mĂ©tissages et des mĂ©langes, rĂ©invente concrĂštement l’expĂ©rience de la musique classique. Une alternative heureuse pour les spectateurs, d’autant plus mĂ©ritante qu’elle a Ă©tĂ© conçue en trĂšs peu de temps.

 

 

 


15Ăš Ă©dition du Festival 1001 Notes
ALTERNATIVE DÉCONFINÉE, HEUREUSE, ACCESSIBLE


 

 

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Traditionnellement itinĂ©rant, rayonnant sur le territoire limousin, 1001 Notes pour ses 15 ans, s’est ainsi rĂ©inventĂ© et propose cet Ă©tĂ© en un lieu unique (le parc de Saint-Priest Taurion Ă  20 km de Limoges) une multitude d’évĂ©nements, riches, variĂ©s, divers, complĂ©mentaires ; de quoi rĂ©galer le festivalier venu sur place. Au sens strict comme figurĂ©, car les produits locaux y sont aussi prĂ©sentĂ©s, comme une restauration sur place est assurĂ©e. Les enfants s’y initient aux dĂ©lices des contes en musique ; les amateurs de dĂ©tente et de bien ĂȘtre expĂ©rimentent sous la yourte, ouverte aux vents rafraĂźchissants, les bienfaits du yoga, de la mĂ©ditation, et tant d’autres pratiques qui soignent le corps comme l’esprit. Au bar, l’offre est allĂ©chante, comptant entre autres une biĂšre locale, 
 typiquement limousine. En somme de quoi vivre sur le site une nouvelle expĂ©rience de la musique, sans contraintes, sans codes, mais avec le masque obligatoire et l’application des gestes barriĂšres comme de la distanciation sociale.

 

 

BAROQUE & CULTURES URBAINES
Fugacités, a work in progress
Le Concert de l’Hostel Dieu au travail

 

 

concert-hostel-dieu-danseur-fugacites-festival-1001-notes-critique-classiquenews-jerome-oudou-critique-danse-classiquenewsMardi 4 aoĂ»t 2020. En toute sĂ©curitĂ©, nous avons pu ainsi dĂ©couvrir le nouveau spectacle du Concert de l’Hostel Dieu et Franck Emmanuel Comte, intitulĂ© « FugacitĂ©s ». Le chef et claveciniste prĂ©sentait le 4 aoĂ»t, les 2 premiers volets d’un triptyque qui croise musique baroque et cultures urbaines. D’abord avec un danseur hip hop (JĂ©rĂŽme Oussou) dont la grĂące gestuelle s’accorde aux respirations de la musique choisie : Westhoff, Playford
 et aussi, clin d’oeil Ă  l’excellent ballet chorĂ©graphiĂ© Ă©galement par Mourad Merzouki, « Folia », le finale chantĂ© par tous les artistes sur le plateau. Effet d’apesanteur, sĂ©quences en solo syncopĂ©es, interaction humoristique avec les instrumentistes, le danseur fait danser la musique comme les musiciens la font parler.
Puis c’est le slameur Mehdi KrĂŒger qui dĂ©clame un superbe texte rĂ©digĂ© pendant et sur le confinement, sur l’échec de notre sociĂ©tĂ© et le chaos global contemporain. On y dĂ©tecte un goĂ»t particulier pour les jeux de mots, les doubles voire triples lectures, un raffinement de la langue qui passe d’abord par son articulation (vivante, gestes Ă  l’appui) et sa musique propre dont les respirations, scansion, accentuation Ă©pousent idĂ©alement la musique qui leur est associĂ©e. Dans un paysage dĂ©rĂ©glĂ©, celui d’une course Ă  l’abĂźme (« l’OdyssĂ©e d’un homme qui cherchait la mer  »), le conteur trĂšs en verve Ă©voque de multiples rivages, Ă©lectrisĂ© par la pulsion des instruments, leur expressivitĂ© rythmique comme mĂ©lodique, Ă©pinglant l’hystĂ©rie paranoĂŻaque de notre Ă©poque, avec une malice lyrique parfois ironique : « Champagne pour tous, sauf pour ceux qui trinquent ! ». En images allusives et prose riche en dĂ©licieuses allitĂ©rations, le rĂ©citant pointent du doigt tout ce qui compose aujourd’hui notre apocalypse moderne.

slam-fe-comte-concert-hostel-dieu-fugacites-volet-2-critique-concert-classiquenews-1001-notes-limousinAu coeur de la performance, jaillit une perle lyrique (Monteverdi), priĂšre pour un monde rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© ou souvenir d’un monde perdu, chantĂ©e par la violoncelliste Aude Walker-Viry dont on apprĂ©cie la finesse, et du jeu et de la voix. Encore perfectible, selon les mots de Franck-Emmanuel Comte, la sĂ©quence saisit et convainc, dans ses contrastes, ses tensions, l’espĂ©rance qu’elle fait naĂźtre, la parfaite fusion du verbe dĂ©clamĂ© et des piĂšces baroques associĂ©es. VoilĂ  qui prolonge le travail du Concert de l’Hostel Dieu, fruit d’un compagnonage fĂ©cond avec 1001 Notes et Albin de la Tour. Ou comment explorer (et rĂ©ussir) de nouvelles formes Ă  partir et autour du Baroque. Dans la lignĂ©e du ballet « Folia », le nouveau spectacle « FugacitĂ©s », dans ses premiers aspects, tient dĂ©jĂ  ses promesses. A suivre.

CHOPIN, SATIE
 le piano explorateur
de Laure Favre Kahn et Artuan de Lierrée

 

 

Mercredi 5 aoĂ»t 2020. Riche parcours pour le mĂ©lomane : cette seconde journĂ©e Ă  1001 Notes enchaĂźne rĂ©citals et concerts, autant d’invitations musicales dĂ©fendues, incarnĂ©es par des tempĂ©raments pianistiques indiscutables. La richesse et la diversitĂ© des programmes (autant dans leur formulation que dans le rĂ©pertoire jouĂ©) soulignent cette ouverture du Festival, son Ă©clectisme dĂ©complexĂ©, Ă  l’adresse de tous les publics ; une conception dĂ©sormais emblĂ©matique dans l’esprit d’une cĂ©lĂ©bration Ă  la fois conviviale et fraternelle (il y est trĂšs facile par exemple pour les spectateurs de rencontrer et de dialoguer avec chaque artiste prĂ©sent
 avant, aprĂšs le concert, Ă  la buvette, Ă  l’occasion des repas ; toujours dans le respect des gestes barriĂšres).

1001-notes-laure-favre-kahn-piano-recital-concert-critique-classiquenewsPremier rĂ©cital dĂšs 11h, celui de Laure Favre Kahn dont l’amour pour Chopin se livre sans entraves en premiĂšre partie. Le jeu est limpide et fluide ; la construction franche et claire. C’est un Chopin pleinement assumĂ© qui se dĂ©voile, en sa double nature : Ă©perdument tendre et nostalgique, mais aussi impĂ©tueux et conquĂ©rant (voire guerrier). L’articulation directe, le relief d’une conception contrastĂ©e sait aussi s’adoucir, rĂ©alisant d’heureux phrasĂ©s au galbe nuancĂ©. Les Valses de Chopin permettent le passage avec les danses qui suivent : celles aiguĂ«s, percutantes de Bartok (Ă  la carrure rythmique si spĂ©cifique, Ă  l’orientalisme Ă  peine masquĂ© aussi) ; l’ampleur orchestrale, riches en textures harmoniques s’affirme enfin dans le Granados, voluptueux, volontaire ; tandis que la pianiste nĂ©e Ă  Arles, joue dans la mĂȘme veine naturelle la suite de Bizet, « l’ArlĂ©sienne »; bel hommage personnel qui fonctionne Ă  merveille.

artuan-de-lierree-piano-concert-festival-1001-notes-aout-2020-classiquenews-critique-cd-et-concert-5-aout-2020Familier de 1001 notes, le pianiste et compositeur Artuan de LierrĂ©e retrouve son public (12h) dans le format atypique qui lui est propre : prĂ©sentation de ses Ɠuvres personnelles auxquelles l’auteur ajoute moult explications souvent savoureuses, jouant parfois sur deux claviers, le piano classique et son piano miniature aux sons plus courts, plus secs, sans rĂ©sonance avec lequel le musicien aime Ă©chafauder ses propres divagations musicales, le plus souvent inspirĂ©es de Satie, un modĂšle permanent qui est sa principale source d’inspiration. L’inventeur ajoute un 3Ăš clavier, son piano jouet (aux sons de clochette)
 Comme un fabuleux conteur, le compositeur prĂ©sente ses Ɠuvres, parfois courtes (8 miniatures prĂ©sentĂ©es pour la premiĂšre fois) ; d’autres ont des titres narratifs prometteurs (« l’étrange dĂ©couverte d’Albert Poisson », « le service Ă  ThĂ© de Marthe CĂ©lĂ©rier ») ; ils immergent l’auditeur dans un univers imprĂ©vu: le nom mĂȘme de Marthe CĂ©lĂ©rier n’est pas fictif car le compositeur l’a dĂ©couvert sur l’étiquette de son instrument miniature (sa propriĂ©taire prĂ©cĂ©dente ?). Le cas relĂšve du roman, mais une fable Ă  la Satie Ă©videmment : on y dĂ©tecte l’humour dĂ©lirant et loufoque de l’auteur des Gnossiennes, sa coupe dramatique et narrative si puissante et originale, ses harmonies rares, une sensibilitĂ© manifeste aussi pour le son et la texture
 le compositeur conduit le spectateur au delĂ  des notes, le sensibilise Ă  la durĂ©e, la hauteur du son ; son exploration est sans limites, mais toujours dans ses tuilages harmoniques et ses scintillements enchantĂ©s, une rĂ©ponse poĂ©tique Ă  la fĂ©rocitĂ© dĂ©shumanisĂ©e et barbare de notre Ă©poque.

 

 

Superbe récital de Nicolas Horvat
SCINTILLEMENTS MINIMALISTES DE PHILIP GLASS

horvat-nicolas-philipp-glass-concert-5-aout-2020-critique-concert-classiquenewsRemplaçant le spectacle de Marie-AgnĂšs Gillot qui blessĂ©e, n’a pu prĂ©sentĂ© son programme, le pianiste Nicolas Horvat Ă  17h30, est invitĂ© Ă  dĂ©fendre un compositeur contemporain qu’il connaĂźt plutĂŽt bien. Familier voire spĂ©cialiste de Glass, l’interprĂšte offre un somptueux programme 100% Glass, gĂ©nĂ©reux, explicatif, n’hĂ©sitant pas Ă  prĂ©senter lui-mĂȘme chaque piĂšce choisie dont une premiĂšre « Tissu number 6 », hymne lyrique Ă  la Nature, Ă©voquant le fragile Ă©quilibre du vivant et tout ce que l’homme fait subir Ă  la flore comme Ă  la faune. C’est d’abord la Suite OrphĂ©e dont on distingue immĂ©diatement le formidable travail sur l’architecture, la progression structurelle et les nuances apportĂ©es dans chaque rĂ©itĂ©ration. Horvat fait surgir du matĂ©riau sonore, son intensitĂ© intĂ©rieure, l’activitĂ© qui bouillonne, souterraine, s’infiltre puis s’expose, dans le sens d’un Ă©coulement perpĂ©tuel. La rĂ©pĂ©tition n’est pas mĂ©canique, mais cyclique, unifie, construit en une conception toujours renouvelĂ©e, jaillissante et revivifiĂ©e. VoilĂ  qui donne Ă  l’approche, Ă  la nappe sonore qui en dĂ©coule, son Ă©tonnante assise organique. L’idĂ©e d’un parcours et d’un cheminement se dĂ©ploie ; la question du sens et du dĂ©veloppement s’aiguise, de sorte qu’à chaque palier harmonique, se prĂ©cise le principe de transformation et de mĂ©tamorphose. La reformulation et les multiples rĂ©expositions alimentent un flux permanent, fluvial ; et le jeu du pianiste en une apesanteur inĂ©luctable, comme une priĂšre mĂ©ditative exprime le fragile Ă©quilibre, la « gravitas » aussi d’un temps Ă  la fois comptĂ©, unique et infini. Nicolas Horvat sait exprimer l’ampleur de cette Suite conçue comme un portique impressionnant dont il perçoit et dĂ©livre les Ă©clats, alertes, glissements, anĂ©antissements.
L’élĂ©gie que forme « Tissu number 6 » frappe tout autant par sa construction aussi souple et flexible, qu’affirmĂ©e voire dĂ©nonciatrice. La couleur est proche d’un lamento, d’une dĂ©ploration au chevet de la Nature martyrisĂ©e dont le pianiste exprime l’exhortation primitive, le jaillissement continu, celui d’un rituel qui gravit une Ă  une les marches d’une arche spirituelle dont le cri final dit le chaos qui menace.
Enfin, la Sonate « Trilogie » associe trois opĂ©ras, en particulier leur mouvement ascendant, vers le soleil en une Ă©lĂ©vation irrĂ©pressible (Einstein on the Beach, Satyagraha, Akhenaton) – chaque extrait marque un climax dramatique dans le dĂ©roulement de l’action lyrique. Nicolas Horvat renforce sans appui leur formidable activitĂ© ascensionnelle, constellĂ©e de particules qui s’agglomĂšrent peu Ă  peu dans la quĂȘte des sommets. Exposition, rĂ©ponse, rĂ©pĂ©tition, prĂ©cipitation, questionnement, extase, fureur
 Il fallait Ă©videmment Vers la Flamme (Scriabine), bis ou conclusion opportune, pour rĂ©soudre les appels d’un programme fabuleux, d’une ivresse sonore inextinguible. Scriabine lui donne sa rĂ©ponse propre dans l’éblouissement final qui vaut rĂ©vĂ©lation. Superbe programme, servi par un interprĂšte habitĂ© et particuliĂšrement juste.

 

 

Le Festival 1001 Notes rĂ©ussit son pari. Il surprend, explore, rĂ©invente. Le site accorde heureusement comme une Arcadie moderne, toutes les envies, tous les goĂ»ts des festivaliers, heureux d’éprouver les dĂ©lices du dĂ©confinement. Albin de La Tour y cultive l’accessibilitĂ© et l’invention, de quoi dans les faits dĂ©cloisonner la musique classique, la dĂ©mocratiser ; de quoi surtout rĂ©gĂ©nĂ©rer l’expĂ©rience du concert classique. Une Ă©vasion heureuse en Limousin, Ă  vivre encore aujourd’hui, vendredi 7 aoĂ»t et samedi 8 aoĂ»t 2020. A l’affiche : Simon Ghraichy, Thibault Cauvin, Hemolia entre autres


 

 

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1001-notes-festival-bandeau-pave-imu-from-1er-juin-20203Festival 1001 Notes, Limousin, 20 km de Limoges, Parc Saint-Priest Taurion, jusqu’au 8 aoĂ»t 2020. DĂ©couvrez ici tous les programmes, les horaires et les nombreuses activitĂ©s sur place Ă  vivre en famille et entre amis : http://www.classiquenews.com/limousin-les-15-ans-du-festival-1001-notes-1er-9-aout-2020/

Photos du Festival 1001 NOTES 2020 : merci à © Amelin Chanteloup

 

 

 

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Approfondir

LIRE notre entretien avec Franck Emmanuel Comte : chantiers d’étĂ© (FugacitĂ©s
), nouvelle saison 2020-2021 (French Connection, l’Affaire Bach
), nouvel album discographique (La Francesina) : ici
http://www.classiquenews.com/franck-emmanuel-comte-chantiers-dete-nouveaux-programmes-20-21/

Découvrir les coulisses et les acteurs du Festivals 1001 NOTES 2020, dans le BLOG dédié, sur le site du Festival 1001 NOTES : ici  


1001 NOTES
, c’est aussi un label discographique, une chaine vidĂ©o dont des contenus exclusifs en liaison avec l’Ă©dition 2020 seront diffusĂ©s prochainement. Supports, modalitĂ©s de visionnage Ă  suivre sur CLASSIQUENEWS

QUEBEC. 4Ú Récital-Concours international de mélodies françaises (16 et 18 juin 2020)

classica concours melodies francaises TOUR EIFELL FOND NBTEASER. QUEBEC, Festival CLASSICA : 4Ăš RĂ©cital-Concours international de mĂ©lodies françaises 2020 – Point fort de chaque Ă©dition du Festival CLASSICA au QuĂ©bec, le RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises prĂ©sente les tempĂ©raments les plus prometteurs dans le genre si difficile de la mĂ©lodie française : De Berlioz Ă  Poulenc et Ravel, sans omettre les compositeurs contemporains français et canadiens, s’impose l’Ă©quation redoutable de l’Ă©lĂ©gance, l’intelligibilitĂ©, la technique et la suggestion. Conçu comme un rĂ©cital avec public (dont le vote compte autant que celle du jury), le RĂ©cital Concours international de mĂ©lodies françaises est la plus importante compĂ©tition dans sa catĂ©gorie. TEASER video de prĂ©sentation avec les finalistes 2029 : la française Axelle FANYO, les canadiennes Caroline GÉLINAS (Grand Prix), Jacqueline WOODLEY (2Ăš prix), Ellen WIESER, et Geoffroy Salvas … C’est aussi la seule compĂ©tition oĂč les pianistes accompagnateurs jouent un piano historique ERARD ajoutant un autre dĂ©fi pour les interprĂštes… © studio CLASSIQUENEWS.COM 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2020

 

 

 

Récital-Concours international de mélodies françaises

PROCHAINE EDITION : les 16 et 18 juin 2020.

 

 

PARTICIPEZ !

 

 DépÎt des CANDIDATURES

jusqu’au 29 mars 2020

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Modalités, rÚglement sur le site www.festivalclassica.com/recital-concours

 

 

 

 

 CLASSICA-festival-recital-concours-de-melodies-francaises-opera-francais-critique-annonce-classiquenews

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VOIR AUSSI notre REPORTAGE vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  la 3Ăš Ă©dition du RĂ©cital-Concours international de mĂ©lodies françaises – PrĂ©sentation, fonctionnement, palmarĂšs 2019…

 

 

 
 

REPORTAGE : L’Etoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING (7, 9 et 11 fĂ©v 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂȘle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux thĂ©Ăątre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans aprĂšs la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie dĂ©jantĂ©e du chant bellinien
 sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Un indĂ©crottable auvergnat soucieux de rĂ©former les codes de l’OpĂ©ra Ă  Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’ĂȘtre condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’Ă©vĂ©nement lyrique portĂ© par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 fĂ©vrier 2020

VOIR LE REPORTAGE VIDEO

La Fabrique sonore de CLARA IANNOTTA à METZ : les 5 fév, 25 et 31 mars 2020

METZ, Cycle CLARA IANNOTTA : les 5 fĂ©v, 25 et 31 mars 2020. LA FABRIQUE SONORE
 Son vif intĂ©rĂȘt pour la fabrication des objets remonte Ă  l’enfance quand son pĂšre architecte lui expliquait qu’il ne faut pas acheter ses jouets mais les fabriquer. Ce qui est mieux si l’on veut comprendre les mĂ©canismes et Ă©largir son propre imaginaire. Depuis Clara Iannotta (nĂ©e Ă  Rome en 1983) dĂ©veloppe sa propre idĂ©e du son ; non pas Ă  partir d’une instrumentation dĂ©jĂ  Ă©tablie, mais en fonction des objets qu’elle peut elle-mĂȘme construire, et des nouveaux sons que ses “jouets sonores” permettent.

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RĂ©sidence Ă  l’Arsenal de METZ

La fabrique sonore de Clara IANNOTTA

 

 

 A METZ, CLARA IANOTTA fait de l'ARSENAL son laboratoire musical

 

 

L’idĂ©e de base, prĂ©alable Ă  toute piĂšce peut-ĂȘtre une vision, une expĂ©rience, une sensation. Pour le cas de MOULT pour orchestre, le noyau prĂ©liminaire a Ă©tĂ© l’observation pendant sa rĂ©sidence Ă  la Villa Medicis en 2019, des mues des araignĂ©es ; en particulier leur capacitĂ© Ă  produire deux Ă©tats tangibles de leur existence : la peau morte, du passĂ© ; la nouvelle enveloppe, celle de leur nouvelle existence. Il s’en est suivi l’élaboration d’une partition qui mĂȘle le son de l’orchestre aux champs sonores issus de cassettes prĂ©enregistrĂ©es (Ă©coutez ici MOULT (2018-2019) pour orchestre : https://soundcloud.com/claraiannotta). L’immersion dans un univers sonore inĂ©dit est total : la force des ondes convoque le bruit des planĂštes et les micro craquements, presque organiques, Ă©voquent le grouillement secret, imperceptible d’une vie continue, souterraine et prĂ©sente (durĂ©e : presque 17mn).

clara-ianotta-portrait-classiquenews-concerts-metz-critique-presentation-classiquenewsLa rĂ©sidence qui lui a Ă©tĂ© offerte par l’Arsenal de Metz dĂ©coule de l’enthousiasme de David Reiland, actuel directeur de l’Orchestre National de Metz Ă  la suite de son Ă©coute de « Dead wasps » en 2016. L’idĂ©e de proposer Ă  Clara Iannotta d’écrire pour l’Orchestre National de Metz a germĂ© chez l’un et l’autre ; le chef Ă©tant curieux de dĂ©couvrir ce que l’approche hors normes de la compositrice romaine peut apporter aux musiciens de l’orchestre
 Une interrogation qui devrait se concrĂ©tiser en septembre 2021 avec la crĂ©ation d’une nouvelle Ɠuvre pour orchestre que la compositrice amorcera fin 2020 ; d’une durĂ©e d’environ 20 mn, la partition sera Ă©troitement conçue aux cĂŽtĂ©s des instrumentistes de l’orchestre, prĂ©cisĂ©ment pour prĂ©parer leurs instruments en vue de la rĂ©alisation de l’Ɠuvre. Dans le cadre de sa saison 2019 – 2020, la CitĂ© Musicale METZ offre des conditions optimales aux interprĂštes et crĂ©atrices d’aujourd’hui, les laissant libres d’approfondir encore et encore la rĂ©alisation de leur travail. C’est le cas de la danseuse Sarah Baltzinger qui a crĂ©Ă© son dernier ballet le 29 janvier « Don’t you see it coming ? » LIRE notre prĂ©sentation de cette crĂ©ation qui explore le mythe de Barbe-Bleue. C’est aussi le cas de la joueuse de marimba Vasselina Serafimova qui prĂ©sente comme Clara Iannotta une sĂ©rie de programmes de son cru, avec les partenaires et les complicitĂ©s choisis, dont le nouveau programme « Time », rĂ©alisĂ© in loco le 9 janvier dernier
 LIRE notre article METZ, Arsenal : l’écrin des musiciennes.

 

 

ACTIONS PEDAGOGIQUES
 PrĂ©sente sur le territoire et dans la ville de Metz, la compositrice italienne associe Ă©troitement les jeunes publics Ă  sa quĂȘte des nouveaux sons. Elle fait de la pratique musicale, un voyage et une expĂ©rience. De quoi accrocher concrĂštement l’intĂ©rĂȘt des jeunes. En atelier (3 fĂ©vrier), autour de la notion de « jouets sonores », Clara Iannotta prĂ©sente et explique son travail aux lycĂ©ens, certains n’étant pas musiciens : «  ce qui est beaucoup plus intĂ©ressant et riche dans nos Ă©changes car ils sont sans prĂ©jugĂ©s », prĂ©cise la musicienne. Elle commente ce qui l’inspirĂ© au cours de l’écriture de Dead wasps ; pourquoi il s’agit de concevoir puis fabriquer les instruments nouveaux ; le titre de cette piĂšce comprend 3 volets ; au dĂ©part, il s’agissait d’une commande afin d’inventer une suite Ă  la Courante de la Partita de JS Bach ; aprĂšs une analyse trĂšs fouillĂ©e de l’écriture, des sauts de notes, des Ă©chelles trĂšs rapides enchaĂźnĂ©es, Clara Iannotta s’est intĂ©ressĂ©e aux glissandos ; elle en a dĂ©duit des images et des mondes sonores inĂ©dits, puis a identifiĂ© les gestes et la pratique nouvelle, adaptĂ©s aux cordes pour produire les sons. Sur le site de Clara Ianotta, il est possible d’écouter Dead wasps in the jam-jar (III) par la Quatuor Diotima (nov 2018) : ici : http://claraiannotta.com/2019/01/hear-dead-wasps-in-the-jam-jar-iii/

 

 

 

iannotta-clara-concerts-festivals-actualite-UNE

 

 

 Illustration : Clara IANNOTTA © L Hossepied

 

L’ÉCOLE DE L’ÉCOUTE
 En une dĂ©marche ludique et pĂ©dagogique, les lycĂ©ens messins comprendront Ă  regarder et mesurer un son, Ă  le questionner c’est Ă  dire Ă  deviner le geste qui le produit ; et la matiĂšre du « jouet sonore » dont il fait. « C’est un voyage interne dans le son, dans sa matĂ©rialitĂ©, sa densitĂ©, sa texture, sa genĂšse. Je ne m’intĂ©resse pas Ă  la temporalitĂ© musicale, c’est Ă  dire Ă  la notion de dĂ©roulement horizontal ; comment une note va d’un point A et Ă  point B, ni Ă  son dĂ©veloppement, ni Ă  l’enchaĂźnement des sons diffĂ©rents. Avec les lycĂ©ens, j’aimerai regarder chaque son au microscope ; jauger, arpenter sa profondeur ; il s’agit d’une Ă©cole de l’écoute ; il en rĂ©sulte la dĂ©couverte de craquements, de bruits, de dynamiques diverses. Mon approche est concrĂšte. Avec les lycĂ©ens, je souhaite ensuite fabriquer les instruments qui produiront le son dont nous avons l’idĂ©e ; puis nous travaillerons de concert avec les Ă©lĂšves compositeurs du Conservatoire qui seront invitĂ©s Ă  composer pour les jouets sonores ainsi fabriquĂ©s », prĂ©cise Clara Iannotta.

 

 


ianotta-clara-metz-portrait-analyse-dead-wasps-moult-eclipse-plumage-classiquenewsJOUETS MOTORISÉS : la « e-bow machine » 
L’inventivitĂ© sonore de Clara Iannotta sait aussi dĂ©tourner les instruments classiques. A partir du clavecin dont elle n’aime pas le son, ni son timbre, ni sa durĂ©e trop courte, la compositrice s’est intĂ©ressĂ©e Ă  l’apport des ondes magnĂ©tiques rĂ©vĂ©lĂ©es par l’utilisation des aimants agissant autour des cordes et qui produisent des ondes sonores sans contact (Ă©coutez “ Improvisation with my e-bow circuit machine, dĂ©c 2019 ” ; ici : https://soundcloud.com/claraiannotta). Le geste nĂ© du e-bow permet de produire une vague sonore particuliĂšrement stable et puissante (l’inverse du clavecin). C’est l’apport des instruments motorisĂ©s, autre voie de recherche que dĂ©veloppe la compositrice avec la complicitĂ© de son partenaire depuis 2014, l’ingĂ©nieur Jan Bernstein. L’onde se dĂ©ploie comme un rayon continu, comme un faisceau saisissant par son intensitĂ© ; la machine permet de rĂ©gler au millimĂštre la frĂ©quence, et dans sa hauteur et dans sa longueur. Clara Iannotta en contraste et pour enrichir encore la texture de la matiĂšre sonore ainsi produite, ajoute des frottements, des enroulements percussifs qui semblent se cristalliser sur l’onde
 Le spectre expressif de ce champs Ă©lectromagnĂ©tique est spectaculaire et hypnotique. De quoi renforcer la place de l’Arsenal de METZ tel un laboratoire musical, le lieu des expĂ©rimentations imprĂ©vues. Et si dĂ©sormais les nouvelles voies de la recherche musicale contemporaine montraient leurs visages Ă  Metz ? Cycle Ă  suivre.

 

 

 

AGENDA : les concerts de CLARA IANNOTTA Ă  venir Ă  METZ
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boutonreservationREVERIES ITALIENNES
mer 5 février 2020, 20h
Arsenal Salle de l’Esplanade

Produire de nouveaux univers sonores, rĂ©inventer les formes du concert
 la quĂȘte des compositeurs contemporains italiens Clara Iannotta et Francesco Filidei, « figures de la nouvelle gĂ©nĂ©ration », s’avĂšre passionnante. L’Ensemble Linea permet la rĂ©alisation des sonoritĂ©s envisagĂ©es, « innover en transformant des objets en instruments et mettre l’inventivitĂ© au service du spectacle ». Ainsi le concert conçoit le jeu comme terreau d’expĂ©rimentation et renforce le pouvoir onirique de la musique. C’est le cas des deux Ɠuvres de Clara Iannotta Ă  l’affiche de ce concert dont l’envoĂ»tant Eclipse Plumage
DurĂ©e : 1h10 – Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz

 

 

ECLIPSE PLUMAGE (2019)
Pour la premiĂšre fois Ă  Metz, Clara Iannotta travaille avec l’ensemble Ă©lectronique Linea, un collectif qu’elle connaĂźt mais avec lequel elle n’avait encore jamais rĂ©alisĂ© de programmes. Eclipse Plumage est une nouvelle rĂ©flexion / recherche sur le parcours sinusoĂŻdal des ondes, en un jeux de vibrations et de distorsions, selon que les aimants se rapprochent des cordes. En jouant sur le dessin des crĂȘtes, l’intensitĂ© des pulsations, la compositrice semble dilater l’espace et le temps, les replier en une suite de signaux dont elle modifie constamment l’amplitude et la frĂ©quence, mais en demeurant toujours dans la verticalitĂ© du son. Ici aucune recherche sur le dĂ©veloppement temporel, l’idĂ©e d’une construction logique comme d’un dĂ©placement mĂ©lodique ou harmonique cadrĂ© et formatĂ©. Clara Iannotta met en lumiĂšre la notion des temporalitĂ©s non fixes et jamais semblables. D’ailleurs pour elle, l’idĂ©e d’un temps identique n’existe pas. Il y a des temporalitĂ©s multiples, simultanĂ©es. Pas de temps universel. Il semble que le matĂ©riau sonore s’organise en failles vertigineuses oĂč s’engouffrent et se libĂšrent des Ă©clats de matiĂšres sonores mobiles ; oĂč surgissent aussi des hululements sourds Ă©voquant toujours ce rapport trouble dans l’imaginaire de la compositrice, entre bruits abstraits et cris du vivant. La rĂ©alisation est toujours saisissante. Ecoutez ici Eclipse plumage (2019) : https://soundcloud.com/claraiannotta
(durée : 18mn).

Programme :
Francesco Filidei : Finito ogni gesto, Ballata 3
Clara Iannotta : ECLIPSE PLUMAGE – D’aprĂšs Troglodyte Angels Clank By

RESERVEZ ici :
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/reveries-italiennes

 

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boutonreservationMIGRANTES
mer 25 mars 2020, 20h
Arsenal Salle de l’Esplanade

mirgantes-carla-iannotta-concert-critique-classiquenewsEngagĂ© sur le front des mĂ©tissages culturels et de la crĂ©ation, l’Ensemble Linea propose dans « Migrantes », un concert abordant les thĂšmes de la migration et de l’égalitĂ© des genres. « ComposĂ© d’Ɠuvres Ă©crites par des femmes originaires d’Asie, du Moyen Orient, d’OcĂ©anie ou d’Europe, ce programme rend hommage Ă  la richesse des croisements culturels et au courage, Ă  l’humanitĂ© et Ă  la force de femmes artistes qui, partout dans le monde, tentent de faire entendre leur propre voix et celle d’une culture imprĂ©gnĂ©e de mĂ©tissages ». Clara Iannotta ouvre ce concert avec « Paw-marks in wet cement (ii) », partition sur la mĂ©moire.

DurĂ©e : 1h – Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz / contrebasse : Florentin Ginot

Clara Ianotta prĂ©sente sa nouvelle version du Concerto pour piano ; il ne s’agit pas d’une Ɠuvre concertante classique, mais du jeu simultanĂ© de 3 instrumentistes qui jouent dans le piano. Tous les sons de l’Ɠuvre proviennent du piano, lieu de transformation, boĂźte expĂ©rimentale et caisse de rĂ©sonance unique d’oĂč jaillissent et se fondent les sons, Ă  partir du clavier « prĂ©paré »

Programme :
Clara Iannotta : Paw-marks in wet cement (ii)
Zeynep Toraman : 
A gilding process that echoes back to ancient times (CrĂ©ation mondiale).
Liza Lim : The table of knowledge pour contrebasse seule
Feliz Macahis : Nouvelle oeuvre pour ensemble Création
Rebecca Saunders : Fury II pour contrebasse et ensemble

RESERVEZ ici :
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/migrantes

 

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boutonreservationBEETHOVEN ET LA MODERNITÉ
mar 31 mars 2020, 20h
Arsenal, Salle de l’Esplanade

Clara Iannotta, poursuit sa rĂ©sidence Ă  la CitĂ© musicale-Metz, et dĂ©voile de nouveaux fragments de son travail en cours d’accomplissement. A partir des objets dont elle fait des instruments, la compositrice italienne rĂ©invente son propre spectre sonore, envisage de nouvelles passerelles entre expĂ©rimentation ludique et nouvelles Ă©critures sonores.
diotima-quatuor-beethoven-carla-iannotta-concert-critique-metz-classiquenewsComplices de ce labyrinthe aux prolongements inĂ©dits, les instrumentistes du Quatuor DIOTIMA repousse les frontiĂšres de l’exploration esthĂ©tique : « Dead wasps in the jam-jar (iii) » plonge le spectateur dans « d’insondables profondeurs oĂč le solo du violon s’étire dans des dimensions ocĂ©aniques ». Pour l’annĂ©e Beethoven 2020, dont est jouĂ© le sublime et visionnaire Quatuor n°15, les Diotima tisse les passerelles entre le prophĂšte romantique et les perspectives ouvertes Ă©noncĂ©es, permises par l’écriture de Carla Iannotta. La musique n’est-elle pas un questionnement continu qui ne cesse de rĂ©inventer les formes de l’avenir ?

DurĂ©e : 1h30 – Quatuor Diotima.

Clara Iannotta présente le 3Ú volet du cycle Dead wasps, réflexion et recherche spécifiques sur les glissandos et les sauts, créant à partir des instruments à cordes joués autrement, les sinus harmoniques inédits qui semblent à la fois immobiles et infinis.

Programme :
Karol Szymanovski : Quatuor n°2
Clara Iannotta : « Dead wasps in the jam-jar » (iii)
pour quatuor Ă  cordes et Ă©lectronique
Ludwig van Beethoven : Quatuor n°15

RESERVEZ ici:
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/beethoven-et-la-modernite

 

 

 

 

 

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 METZ-cite-musicale-metz-abonnements-saison-musicale-2019-2020-classiquenews

 

 

 

RESERVATIONS & INFORMATIONS
3 programmes événements de CLARA IANNOTTA à METZ
https://www.citemusicale-metz.fr

 

 

LIRE aussi notre présentation des 5 temps forts de la saison musicale 2019 2020 à la Cité musicale METZ
https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

 

 ECOUTER VOIR CLARA IANNOTTA :

skull ark, upturned with no mast (2017–18) from Clara Iannotta on Vimeo.

 

TOURS, Opéra. Le Barbier de Séville de ROSSINI de Pelly et Pionnier

babrier-pelly-rossini-tours-critique-trio-terzetto-acte-II-opera-critique-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville : 29 janv – 2 fĂ©v 2020. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. On ne saurait souligner la rĂ©ussite totale de cette production, pour certains, dĂ©jĂ  vue (crĂ©Ă©e Ă  Paris en 2017), mais Ă  Tours rĂ©activĂ©e sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idĂ©al.

Rossini en 1816, Ă  peine ĂągĂ© de 25 ans, ouvre une nouvelle Ăšre musicale avec ce Barbier sommet d’élĂ©gance et de pĂ©tillance et qui semble sublimer le genre buffa. La rĂ©alisation Ă  l’OpĂ©ra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scĂšne rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspirĂ© de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une maniĂšre inoubliable de fĂȘter l’annĂ©e nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 Ă  Tours.

LIRE NOTRE PRÉSENTATION du Barbier de SĂ©ville de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier Ă  l’OpĂ©ra de Tours, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. Production Ă©vĂ©nement

barbier-seville-rossini-pelly-pionnier-opera-de-tours-janv-2020-critique-opera-critique-concert-classiquenews

ONL LILLE : 8Ăš Symphonie de MAHLER (reportage nov 2019)


mahler-mille-ONL-LILLE-alexandre-Bloch-vignette-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 8Ăš symphonie de MAHLER... ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Alexandre BLOCH. La 8Ăš Symphonie des Gustav Mahler est un Everest orchestral, choral et lyrique crĂ©Ă© en 1910 dont le colossal des effectifs (jamais vu jusque lĂ , d’oĂč son sous titre « des Mille », pour 1000 musiciens sur scĂšne) Ă©gale l’exigence morale, poĂ©tique, spirituelle. PrĂ©sentation de la partition composĂ©e d’une premiĂšre partie de tradition contrapuntique traditionnelle mais revisitĂ© (Hymne « Veni Creator Spiritus »), puis d’une seconde partie qui aborde comme un opĂ©ra, la derniĂšre partie du second Faust de Goethe. Y paraissent de nombreux personnages Magna Peccatrix, Pater Ecstaticus, Pater Profundus, Doctor Marianus, Mulier Samaritana, Maria Aegyptiaca, 
 enfin Mater Gloriosa, sans omettre les choeurs des anges, le chƓur Mysticus en une fresque flamboyante qui exprime les forces vitales de l’Amour et le pouvoir de l’Eternel FĂ©minin, source de salut et de rĂ©demption pour le monde et l’humanitĂ©. Entretien avec les interprĂštes et les parties engagĂ©es dans la rĂ©alisation de ce dĂ©fi suprĂȘme pour l’Orchestre National de Lille. C’est l’un des jalons du cycle Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH, directeur musical. 12mn – © studio CLASSIQUENEWS  -  rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM (nov 2019)

 

COMPTE RENDU, critique, concert. TOURS, Opéra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms


Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursCOMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, OpĂ©ra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms
 Superbe soirĂ©e qui donne du baume au cƓur en ce dĂ©but d’annĂ©e 2020 Ă  Tours. Le chef Benjamin Pionnier, directeur gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra de Tours, poursuit son travail avec les musiciens maison ; une collaboration qui est marquĂ©e par un Ă©largissement significatif du rĂ©pertoire ; par l’accroissement de l’expĂ©rience musicale grĂące Ă  l’invitation faite Ă  d’autres chefs invitĂ©s aux profils variĂ©s, ce qui est toujours profitable pour rĂ©duire les effets de la routine ; par des actions nouvelles vers les jeunes publics (l’OpĂ©ra de Tours a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă©tablissements lyriques Ă  lancer les « concerts bĂ©bé »   depuis lors, complets tout au long de la saison)

Ce soir, c’est l’esprit viennois et la magie des valses des Strauss, pĂšre et fils qui s’exportent de Vienne Ă  Tours. Il faut toute la premiĂšre partie (Ouverture des Joyeuses CommĂšres de Windsor de Nicolai, Suite de Casse-Noisette opus 71, 
) pour chauffer les instruments, pour que le collectif atteigne une volubilitĂ© expressive, une Ă©vidente lĂ©gĂšretĂ©.
Ce n’est pourtant pas la direction du chef, claire et prĂ©cise qui manque d’entrain. D’autant que le programme Ă©gale en rĂ©alitĂ© le concept sur mĂ©diatisĂ© du concert du nouvel an Ă  Vienne ; le directeur de l’OpĂ©ra de Tours inaugure mĂȘme un cycle totalement viennois ou rĂšgnent Ă©videmment la facĂ©tie heureuse, l’énergie hyper Ă©lĂ©gante des deux Strauss lĂ©gendaires, Johann 1 et 2, le pĂšre et le fils. Tradition instituĂ©e par le Philharmonique de Vienne, dans la salle dorĂ©e du Musikverein chaque 1er janvier (depuis 1939), les deux totems, universellement connus et lĂ©gitimement cĂ©lĂ©brĂ©s, « le Beau Danube bleu », du fils ; puis « la Marche de Radetsky », du pĂšre sont jouĂ©s et enchainĂ©s ce soir Ă  Tours en sĂ©quence finale ; le chef conduisant mĂȘme le public rĂ©joui, prĂȘt Ă  rĂ©aliser sa claque d’encouragement (comme Ă  Vienne), mais en respectant aux bons moments, les nuances piano et forte.

 

 

 

Valses viennoises Ă  Tours

 
 

 
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Les Danses hongroises (5 et 6) de Brahms ouvrent ainsi le bal dans la nervosité quasi électrique, sachant caractériser avec la souplesse requise les superbes effets de contrastes. Enfin une certaine urgence se fait entendre, conférant au concert ce rayonnement sonore et cette intensité, souhaités.

On se dĂ©lecte dans la mĂȘme mesure de la Polka opus 330 de Johann 2 intitulĂ©e « Fata Morgana », rarement donnĂ©e et qui rappelle combien les valses du fils redoublent d’intelligence dramatique, d’imagination, 
 en une Ă©criture foisonnante de pĂ©ripĂ©ties expressives, servies par une orchestration des plus raffinĂ©es. C’est bien un rĂ©servoir d’idĂ©es et de nuances qui pourraient davantage ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es dans ce qui s’affirme ĂȘtre un vrai poĂšme symphonique (plus esquissĂ© que longuement dĂ©ployĂ©).
La vivacitĂ© du chef fait merveille dans une autre pĂ©pite symphonique, celle-ci plus cĂ©lĂšbre, la Polka rapide opus 324, autre chef d’oeuvre de Johann fils, tableau climatique dont l’entrain irrĂ©pressible, la verve rĂ©jouissante, suscitent de trĂšs efficaces effets de tonnerre et d’Ă©clairs, comme le rappelle le chef au prĂ©alable, s’adressant au public.

 

 

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Avec « Sang Viennois » / Wiener Blut (1873), le mĂȘme Johann fils atteint une suavitĂ© mĂ©lodique d’une rare Ă©lĂ©gance lĂ  encore, dont l’exposĂ© prĂ©liminaire rĂ©servĂ© aux seules cordes annonce la grĂące d’un autre Strauss (mais qui n’a rien Ă  voir avec la famille des faiseurs de valses), Richard. Difficile d’imaginer que c’est avec ce standard depuis lors cĂ©lĂ©brĂ© que Johann Strauss dirige pour la premiĂšre fois, le Philharmonique de Vienne, jusque lĂ  rĂ©tif Ă  jouer ses partitions (!).

VoilĂ  qui inscrit dĂ©finitivement Johann Strauss 2, parmi les plus grands crĂ©ateurs symphoniques et lyriques ; et c’est bien sur ses deux activitĂ©s que reposent aujourd’hui la force expressive comme l’habiletĂ© de l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Tours dont le chef directeur prend soin de cultiver l’appĂ©tence. La programmation en cours le montre bien, diversitĂ© de la saison lyrique, passant par exemple du prochain Barbier de SĂ©ville de Rossini (fin janvier 2020) Ă  Powder her face de Thomas Hades (en avril) ; mĂȘme exigence pour la saison symphonique qui renforce un Ă©clectisme inĂ©dit comme formateur pour les instrumentistes sans omettre la diffusion des programmes sur le territoire. La ville de Tours et la rĂ©gion Centre-Val de Loire dont l’Orchestre porte le nom, ont bien de la chance de pouvoir compter aujourd’hui avec un tel acteur culturel. Ce soir, Ă  l’initiative de Benjamin Pionnier, les tourangeaux ont fĂȘtĂ© la nouvelle annĂ©e dans l’énergie, la souplesse, l’élĂ©gance, grĂące Ă  ce programme qui semblait venir directement du Musikverien de Vienne. Une suggestion : comme il aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ© que soit jouer aussi Offenbach dont le sourire et la finesse Ă©taient admirĂ©s de Johann Strauss II son contemporain; d’autant que Benjamin Pionnier a su crĂ©er la premiĂšre mondiale en français de son opĂ©ra Les FĂ©es du Rhin de 1864 (jusque lĂ  connu dans sa version viennoise)
 C’était en octobre 2018, un Ă©vĂ©nement lyrique qui reste mĂ©morable. A suivre.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, OpĂ©ra, le 11 janvier 2020. Concert du nouvel An, OSRCVLT, Benjamin Pionnier. Strauss, Tchaikovsky, Brahms
 Illustrations / photos : © OpĂ©ra de Tours 2020

 

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Agenda 2020

Prochains Ă©vĂ©nements Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le Barbier de SĂ©ville de Rossini, 29 janv – 2 fĂ©v 2020. B. Pionnier, direction / L. Pelly, mise en scĂšne (avec Guillaume Andrieux, Anna Bonitatibus, Patrick Kabongo
).
Concert Beethoven (Symphonie n°8 en fa majeur, Op.93 ; Air de concert pour soprano et orchestre « Primo Amore » ; Egmont, Ouverture et musique de scĂšne pour le drame de Goethe, Op. 84, avec Marie Perbost, soprano et Jacques Vincey, rĂ©citant – sam 8 et dim 9 fĂ©vrier 2020) – Ă©vĂ©nement pour les 250 ans de Beethoven

Infos & RĂ©servations : http://www.operadetours.fr

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Vidéo

 

 


L'OpĂ©ra de TOURS rĂ©ussit la crĂ©ation mondiale des FĂ©es du Rhin d'OffenbachVOIR notre reportage : TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie

http://www.classiquenews.com/video-reportage-opera-de-tours-creation-mondiale-des-fees-du-rhin-de-j-offenbach-1864/

Illustrations : © classiquenews 2020

 
 

  

 

COMPTE-RENDU, danse et concert. PARIS, 13Ăš Art, le 31 dĂ©c 2019. FOLIA : Tarentelles et danse. Merzouki / FE COMTE, Le Concert de l’Hostel Dieu.

COMPTE-RENDU, danse et concert. PARIS, 13Ăš Art, le 31 dĂ©c 2019. FOLIA : Tarentelles et danse. Merzouki / FE COMTE, Le Concert de l’Hostel Dieu. L’onirisme porte ce spectacle lĂ©gitimement acclamĂ© (depuis sa crĂ©ation en 2018) car la fusion de la danse hip hop et du baroque le plus Ă©chevelĂ© tient du miracle ; un sens trĂšs apprĂ©ciable de la transition et des enchaĂźnements qui pourrait inspirer bien des concepteurs. A partir d’une collection de tarentelles napolitaines et autres standards baroques dont Vivaldi, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu et Franck-Emmanuel Comte aux claviers revisitent avec une trĂ©pidation engageante chaque section musicale qui devient tableau chorĂ©graphique captivant sous l’effet des mouvements collectifs de la Compagnie de danseurs du chorĂ©graphe Mourad Merzouki.

 

 

 

HIP HOP et BAROQUE
la fusion idéale du couple Merzouki et Comte

 

 

Baroque et hip hop : la " FOLIA "  Ă  PARIS !
 

 

La complicitĂ© et la comprĂ©hension mutuelle des deux artistes fonctionnent d’évidence, livrant un flux continu de force, de poĂ©sie, de pulsion rythmique et physique qui interroge le sens mĂȘme des danses choisies dont la tarentelle. Tout s’enchaĂźne sans heurts, jouant des contrastes, de la variĂ©tĂ© des Ă©pisodes dont les mĂ©lodies chantĂ©es par la soprano Heather Newhouse ; le summum Ă©tant atteint avec le Nisi Dominus, Cum dederit de Vivaldi (Psaume 126) pour lequel la cantatrice paraĂźt au sommet d’une immense sphĂšre qui pourrait ĂȘtre sa robe mappemonde.
De part en part, d’immenses coloquintes Ă©vidĂ©es crĂ©ent des coupoles vĂ©gĂ©tales mobiles oĂč se nichent instrumentistes, chanteuse, danseurs
 Tout s’enchaĂźne avec grĂące et cohĂ©rence, en particulier dans l’unitĂ© de la sĂ©lection musicale : les danseurs hip-hop s’accordent Ă  l’acuitĂ© expressive des cordes. L’équation entre les Ă©critures associĂ©es, de la danse contemporaine et urbaine, et de la musique baroque produit un thĂ©Ăątre du mouvement et de la vie particuliĂšrement homogĂšne, fruit de la rencontre fĂ©conde entre Mourad Merzouki et Franck-Emmanuel Comte.
A la vitalitĂ© permanente des tableaux rĂ©pond aussi une rĂ©flexion sur le sens du spectacle : ce groupe qui porte des sphĂšres, qui se renvoie un globe bientĂŽt Ă©clatĂ© (avec effets de ralentis de corps en corps, assez sidĂ©rant) ne reflĂšte-t-il pas la course de notre monde en perte d’équilibre et d’harmonie ? Et l’on comprend pourquoi « Folia » a Ă©tĂ© choisi comme titre gĂ©nĂ©rique. La tarentelle est une danse qui libĂšre par sa transe. LibĂ©ration d’un temps de convulsions dangereuses et menaçantes pour que naisse, enfin, ce monde miraculĂ©, pacifiĂ© et fraternel que nous attendons de tous nos vƓux et que sollicite en rĂ©alitĂ© le fabuleux spectacle. Il faut repĂ©rer les reprises de cette fresque hypnotique et saluer la volontĂ© de bannir les frontiĂšres comme Ă©largir le bĂ©nĂ©fices des mĂ©tissages artistiques : ce produit hors normes ravit les sens. Il rĂ©gĂ©nĂšre aussi l’approche du baroque sur la scĂšne. Magique.

 

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la saison 2019 2020 du Concert de l’Hostel Dieu
http://www.classiquenews.com/le-concert-de-lhostel-dieu-nouvelle-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

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LIRE aussi notre critique complĂšte du cd FOLIA regroupant les musiques du ballet FOLIA
FOLIA-concert-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-cd-review-critique-cd-classiquenews-mourad-merzouki-critique-balletCD, critique. FOLIA. Le Concert de l’HOSTEL-DIEU, Franck-Emmanuel Comte, direction (1 cd 1001 NOTES, 2018). Voici un programme musical qui malgrĂ© son « prĂ©texte » chorĂ©graphique s’écoute avec plaisir, tant la sonoritĂ©, le geste, l’implication des musiciens du Concert de l’Hostel-Dieu savent incarner chaque sĂ©quence choisie, en un cycle dont l’unitĂ© fait sens, et ses contrastes, rĂ©activent continument la tension et la vitalitĂ©.
https://www.classiquenews.com/cd-critique-folia-le-concert-de-lhostel-dieu-franck-emmanuel-comte-direction-1-cd-1001-notes-2018/

 

 

 

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A VENIR
Le Concert de l’Hostel Dieu et Franck Emmanuel Comte proposent en fĂ©vrier 2020, la suite du cycle BAROQUE AU FEMININ (volet 2 : Compositrices françaises du SiĂšcle des LumiĂšres, les 11 et 12 fĂ©vrier 2020), puis en juin, un focus sur une diva oubliĂ©e pourtant lĂ©gendaire, Elisabeth DUPARC, « la Francesina », mer 10 juin 2020
LIRE ici notre présentation de ces deux temps forts de la saison 2019 2020 à LYON
http://www.classiquenews.com/le-concert-de-lhostel-dieu-nouvelle-saison-2019-2020-temps-forts/

 

 

 

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Festival Musique et MĂ©moire 2019 : La Fenice, Vox Luminis, Jean-Charles Ablitzer

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsVIDEO. MUSIQUE MEMOIRE 2019 : La Fenice, Vox Luminis et Jean-Charles ABLITZER, orgue (juillet 2019) – Le 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire poursuit son exploration des rĂ©pertoires entre XVIĂš et XVIIĂš avec La Fenice et Jean TubĂ©ry ; il met aussi en scĂšne le formidable orgue ibĂ©rique de Grandvillars, rĂ©cemment inaugurĂ©, que joue l’organiste Jean-Charles Ablitzer (Tientos de Arauxo) auquel rĂ©pondent les voix uniques, cĂ©lestes, de VOX LUMINIS, interprĂštes du Requiem de Victoria – reportage © studio classiquenews.tv / RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM (juillet 2019)

Duo Ă  deux guitares : PALISSANDRE. cd MosaĂŻque (PARATY)

duo-palissandre-paraty-concert-critique-classiquenewsPALISSANDRE : MosaĂŻque (1 cd Paraty). Vanessa Dartier et Yann Dufresne compose le DUO de Guitares PALISSANDRE. Leur premier cd aidĂ© par PARATY Ă©blouit par ses audaces (transcriptions d’aprĂšs Rameau, FaurĂ©) et sait aussi dĂ©voiler le tempĂ©rament mozartien du prĂ©romantique Antoine de LHOYER dont ils jouent dans sa version originale pour deux guitares, le Duo Concertant n°3 opus 31 – CLIP vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV dĂ©c 2019

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COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 déc 2019. Le temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano)

COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 dĂ©c 2019. Le temps retrouvĂ© / Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano). Au cƓur du chambrisme français. Chausson, Saint-SaĂ«ns, Hahn, YsaĂże
 le duo Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano) Ă  la faveur de leur rĂ©cent cd Ă©ditĂ© par Cadence Brillante, intitulĂ© « Le temps retrouvé » (rĂ©compensĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS), souligne l’ñge d’or de la musique de chambre en France au temps de Proust dont ils ont proposĂ© une certaine idĂ©e du goĂ»t musical, propre Ă  la Belle-Epoque. Il n’y a aucun doute sur la qualitĂ© de cette musique Ă©vocatrice e poĂ©tique et l’on s’étonne toujours de ne pas l’écouter plus souvent dans les salles de concert.

 

 

Mille et une nuances du chambrisme français

 

 

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©Sur les traces de la lĂ©gendaire et trĂšs littĂ©raire Sonate de Vinteuil, mythe proustien par excellence, les deux artistes abordent plusieurs auteurs du programme de leur cd, mais dans un ordre diffĂ©rent, terminant par EugĂšne YsaĂże dont il trace ainsi un portrait complet, comme interprĂšte et comme compositeur.‹ A l’époque de Proust, le chant de l’ñme vibrante et dĂ©sirante s’exprime au violon ainsi : virtuosissime (Caprice opus 52 n°6, d’aprĂšs Saint-SaĂ«ns d’YsaĂże) ; Ăąpre et profond, jusqu’à l’expiration enivrĂ©e (trĂšs wagnĂ©rien et tristanesque PoĂšme de Chausson opus 25 ; extatique Ă©perdu en une voluptĂ© heureuse (Nocturne de Hahn) 

Le sommet du rĂ©cital Ă  Cortot Ă©tant la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns (opus 75) de 1885, sa petite mĂ©lodie aĂ©rienne, fruit d’un gĂ©nie français de 50 ans, qui aura certainement inspirĂ© Marcel, lequel n’hĂ©sitait jamais, comme pour mieux brouiller les pistes, Ă  dire sa dĂ©testation de
 Saint-SaĂ«ns justement. C’est pourtant bien cet air qui semble jaillir de l’enfance, naturel et coulant en une innocence, intacte et vive qui surgit comme second thĂšme du premier mouvement, saisissant par sa simplicitĂ© et son intensitĂ© sincĂšre. Proust y dĂ©tecte comme un leit motiv emblĂ©matique de La Recherche du temps perdu, la « masse » du piano sous la ligne violonistique, Ă©crit-il transportĂ©, « multiforme, indivise, (
), la mauve agitation des flots que charme et bĂ©molise le clair de lune ». Au cƓur de l’inspiration proustienne, la musique qui a ce don de jaillir comme une source fĂ©condante, continue. Tout le gĂ©nie de Camille s’exprime alors, organisant la forme Sonate en un diptyque qui marque les esprits par son souffle, ses crĂ©pitements vifs argents, son charme « intĂ©rieur », ce « chic Ă  la française » qui surpasse mĂȘme l’élĂ©gance viennoise par sa profondeur et la sensualitĂ© de ses couleurs
 que CĂ©dric Lorel, remarquable de couleurs fauves en effet, par son toucher suggestif, 
 « proustien », rĂ©active d’un bout Ă  l’autre au clavier.
Sa complicitĂ© et son Ă©coute offrent une assise souple et articulĂ©e au chant direct et intense du violoniste taiwanais Li-Kung Kuo dont la franchise sonore sait libĂ©rer la tension et maintenir l’expressivitĂ© du son de façon continue. Et c’est peu dire que le violoniste aborde avec une superbe chauffĂ©e Ă  blanc la sĂ©quence ivre de doubles croches qui s’électrise en cascades irradiantes jusqu’au finale, Ă©blouissant de santĂ© apollinienne. Du cran et de la constance marque ce programme rĂ©gĂ©nĂ©rant. Un bain de romantisme français d’une hallucinante maturitĂ© poĂ©tique.
Le Chausson (que crĂ©a YsaĂże) culmine dans l’évocation de paysages crĂ©pusculaires oĂč plane l’idĂ©e d’un envoĂ»tement mystĂ©rieux.

UN AGE D’OR de la musique française
 Rien n’est semblable Ă  l’acuitĂ© expressive des compositeurs français que marque alors une nette volontĂ© d’affirmer l’écriture nationale vis Ă  vis des germaniques. Si Chausson, mort trop jeune, se forme en vĂ©ritĂ© en copiant les quatuors de Beethoven et de Schumann, saine vocation pour celui que son pĂšre força au droit, il nous laisse (avec Franck), une alternative au wagnĂ©risme inĂ©vitable, que les deux interprĂštes ce soir, dĂ©voilent avec une sĂ»retĂ© musicale et une grande finesse.
Et quelle belle idĂ©e de terminer le concert en jouant Lili Boulanger, trĂšs inspirĂ©e dans ce Nocturne (qui semble ainsi rĂ©pondre Ă  celui de Reynaldo Hahn, jouĂ© en ouverture). En un mot, superbe concert que l’auditeur retrouve dans le cd opportunĂ©ment intitulĂ© « le temps retrouvé ».

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd Le temps retrouvé par Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano), édité en novembre 2019 chez Cadence Brillante.

COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction

COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction. Jean-Philippe Sarcos dirige son ensemble Le Palais royal (fondĂ© en 2010) dans un programme de cĂ©lĂ©bration, Ă  caractĂšre officiel car il s’agit des musiques de circonstances composĂ©es pour ses protecteurs Georges II et son Ă©pouse la reine Caroline. Chant exclamatif et majestueux pour le couronnement des souverains (1727, Coronation Anthems), surtout enchaĂźnĂ© sans entracte, le trĂšs rare Te Deum de Dettingen, hymne ambrosien, qui cĂ©lĂšbre la victoire remportĂ©e «  Ă  l’arrache » et de façon tout Ă  fait imprĂ©vue voire rocambolesque par Georges II sur les français.

 

 

 

HAENDEL au cƓur

 

 

 

HANDEL glory corporation anthems dettingen concert critique classique news le-palais-royal-jean-philippe-sarcos-event_gallery-1Pourtant en dĂ©pit de la dĂ©claration solennelle que promet le programme, le chef insiste avec raison sur la relation particuliĂšre qui rapproche Haendel et les Souverains. Des patrons certes mais surtout des amis : Haendel a connu en Allemagne le prince de Hanovre avant qu’il ne devienne roi d’Angleterre. Le compositeur Ă©tait trĂšs proche de la souveraine Caroline. Le programme exprime cette affection particuliĂšre du musicien pour ses protecteurs. Jean-Philippe Sarcos met l‘accent sur une soirĂ©e oĂč le cƓur et le sentiment prĂ©valent. Le decorum est bien lĂ , dans les effectifs et le style grandiose, mais comme Ă  son habitude, la musique de Haendel n’écarte pas la sincĂ©ritĂ© ni la profondeur. C’est bien lĂ  ce qui explique son gĂ©nie et qu’a bien compris Jean-Philippe Sarcos.
Des Coronations Anthems (HWV 258-261), les interprĂštes insufflent respirations et Ă©nergie ; Zadok the Priest en marque le sommet telle une arche spectaculaire, et le dernier, My heart is inditing / Mon cƓur compose
 (HWV 261) est un hommage direct Ă  Caroline, sa douceur d’ñme.

La piĂšce maĂźtresse est ici le Te Deum (HWV 283), partition rarement jouĂ©e, qui immĂ©diatement dĂšs son ouverture, fait rĂ©sonner son caractĂšre solennel et martial (excellence des 3 trompettes naturelles, dont les deux principales reviennent, mais cette fois Ă©tagĂ©es dans les balcons pour l’adagio de mĂ©ditation / n°12, aprĂšs l’annonce du Jugement dernier). Le chƓur qui chante par cƓur et gagne ainsi une Ă©vidente aisance dans le geste vocal et la projection du texte souligne dans la ferveur collective le sens glorificateur de la partition, saluant le Dieu des armĂ©es, et le Christ prĂȘt au sacrifice. Parmi les solistes distinguons surtout deux personnalitĂ©s trĂšs assurĂ©es, convaincantes : la taille toujours percutante, au verbe vif, acĂ©rĂ©, de Mathias Vidal ; la soliditĂ© vocale, claire et elle aussi percutante du contre-tĂ©nor Carlo Vistoli. La voix est droite, parfaitement juste, vĂ©ritable instrument, tranchant et aiguisĂ© qui semble vouloir en dĂ©coudre.
Directeur musical impliquĂ©, Jean-Philippe Sarcos ne s’épargne aucune indication expressive pour porter et sculpter la matiĂšre vivante de son ensemble : instrumentistes et chanteurs vibrent au mĂȘme diapason d’une Ă©vidente sincĂ©ritĂ©. A travers ce programme festif et royal dans sa forme et son intention, c’est le Haendel, intime et affectueux, sa personnalitĂ© fraternelle et communicative qui nous sont intensĂ©ment rĂ©vĂ©lĂ©s. VoilĂ  qui souligne la prĂ©sence du Baroque Ă  la Seine Musicale ; un choix de programmation louable qui dĂ©fend in loco, la diversitĂ© de l’offre.

 

 

 

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 Le Palais Royal / Jean-Philippe Sarcos (DR)

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. BOULOGNE-BILL, la Seine Musicale, le 30 nov 2019. Haendel : Glory. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction.

 
 

COMPTE-RENDU, critique, concert. METZ, Arsenal, le 22 nov 2019. MOZART, RAVEL. Orchestre National de Lorraine / David Reiland.

reiland-david-orchestre-national-de-metz-concert-annonce-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, concert. METZ, Arsenal, le 22 nov 2019. MOZART, RAVEL. Orchestre National de Metz / David Reiland. Il est toujours rĂ©vĂ©lateur voire Ă©difiant de faire dialoguer au cours d’une mĂȘme soirĂ©e les deux compositeurs ; le premier, Mozart, gĂ©nie de l’élĂ©gance et de la sincĂ©ritĂ© incarnĂ©es ; le second, Ravel, grand admirateur du premier, restant le modĂšle absolu du raffinement et de l’incandescence… On regrette mĂȘme la cĂ©sure rĂ©alisĂ©e entre les deux parties du concert messin Ă  l’Arsenal, tant leur gĂ©nie respectif parle, dans l’écriture orchestrale, d’une mĂȘme lumiĂšre, d’une mĂȘme exigence.

 

 

 
Le National de Metz Ă  son meilleur

GrĂące brillante, introspective de Mozart
VoluptĂ© Ă©ruptive de Ravel…

 

 

 

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David Reiland, directeur musical de l’Orchestre National de Metz © C Guir / CitĂ© musicale METZ

 

 

 

 

Directeur musical du National de Metz, David Reiland a le souci du dĂ©tail comme de l’architecture; passĂ© par Salzbourg, il connait l’équilibre subtile qui fait rayonner une sonoritĂ© spĂ©cifique Ă  l’orchestre en particulier dans la symphonie concertante pour violon et alto de Wolfgang, un sommet de tout ce qui, relevant de l’esprit des lumiĂšres, fut capable en intelligence, lĂ©gĂšretĂ©, esprit de conversation. Le tapis instrumental entre cordes et bois redouble de flexibilitĂ© bondissante, de vivacitĂ© Ă©lĂ©gante, de nerf comme d’Ă©loquence, en particulier au niveau des cordes toujours magnifiquement galbĂ©es sous le pilotage du chef.
Les deux solistes invitĂ©s Alena Baev (violon) et Adrien la Marca (alto), affirment une indĂ©niable musicalitĂ©, brillant comme deux gemmes complĂ©mentaires ; elle, du fait de la tessiture et du timbre mĂȘme de son instrument, solaire et vibrante ; lui, complice attentionnĂ©, tel son double noir, sombre Ă©videmment- instrument que jouait Wolfgang lui-mĂȘme, sĂ©duisant, percutant par cette gravitas, moins bavarde, plus subjective, directe. La personnalitĂ© des deux tempĂ©raments rayonne enveloppĂ©s, portĂ©s par un tel Ă©crin orchestral. Du moins on note une disposition plus solistique chez elle comparĂ©e Ă  son partenaire
 qui en plusieurs reprises et appels en regards complices, … n’est guĂšre exaucĂ©. Qu’importe la musicalitĂ© est lĂ , rayonnante.
De son cĂŽtĂ©, la direction du chef Ă©blouit indiscutablement, ciselant un Mozart d’une acuitĂ© expressive directe mais nuancĂ©e en particulier dans le formidable Andante central qui atteint une profondeur hors temps suspendue, dĂ©jĂ  romantique. Selon cette clairvoyance visionnaire dont est capable Mozart et dont il garde le secret spĂ©cifique.

La deuxiÚme partie, purement orchestrale, confirme la complicité créative, engageante entre chef et musiciens.
Les Ravel sont tout autant passionnants. Ils rĂ©vĂšlent sous le feu flamboyant des instrumentistes la part de luciditĂ© et de clairvoyance finalement terrifiante d’un compositeur rattrapĂ© par le cynisme le plus impitoyable. La Valse tout d’abord dĂ©roule des rubans de soie voluptueux et melliflus, mais le rythme enivrant implose bientĂŽt en plein vol, produisant des sirĂšnes Ă©tourdissantes ; spasmes et convulsions d’une irrĂ©pressible douleur : tĂ©moin de la guerre et de la barbare sanguinaire, Ravel tire la sonnette d’alarme orchestrale. On oublie souvent sous les effets d’une voluptĂ© amplifiĂ©e, oublieuse, et de plus en plus affirmĂ©e, le cri de cette conscience douloureuse. David Reiland et son orchestre expriment cette implosion graduelle qui fait basculer un Ă©lan prĂ©alablement enivrĂ©… en cauchemar formellement dĂ©tonant.
MĂȘme accomplissement pour le BolĂ©ro, entĂȘtant et envoĂ»tant Ă  souhait mais aussi d’une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e que n’aurait pas reniĂ© Ravel lui-mĂȘme, passionnĂ© de mĂ©canique et d’horlogerie (grĂące Ă  son pĂšre). On y dĂ©tecte dans la prĂ©cision et une transparence rythmiquement hypnotique (cf le mordant imperturbable de la caisse claire et sa formule rythmique d’un bout Ă  l’autre, Ă©noncĂ©e comme un compte Ă  rebours), un mĂȘme cycle de destruction qui passe de l’ivresse mĂ©lodique Ă  la convulsion orgiaque.
AssurĂ©ment un concert rondement dĂ©fendu qui confirme le niveau acquis grĂące Ă  l’entente du chef et des instrumentistes du National de Metz lesquels au terme de plusieurs bis n’hĂ©sitent pas Ă  saluer comme le fait le public plus qu’enthousiaste, le charisme engageant de leur directeur musical. VoilĂ  qui positionne idĂ©alement le National de Metz ainsi Ă©lectrisĂ© par son chef, parmi le top 6 des meilleurs orchestres hexagonaux. A suivre.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. METZ, Arsenal, le 22 nov 2019. MOZART, RAVEL. Orchestre National de Metz / David Reiland.

 

 

 

 

Critique précédente concert David Reiland / Orchestre National de Metz (13 sept 2019) :

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction. TrĂšs rĂ©ussi et mĂȘme passionnant premier concert du National de Metz Ă  l’Arsenal : pour l’ouverture de sa nouvelle saison 2019 – 2020, l’Orchestre National de Metz jouait ce vendredi 13 septembre 2019, Mozart puis Berlioz sous la direction de son directeur musical, depuis septembre 2018, David Reiland. La 41Ăš faisait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la phalange messine ; un point important car il s’agit aussi pour le maestro d’élargir et d’enrichir toujours les champs musicaux des instrumentistes messins. David Reiland a dirigĂ© la 40Ăš ici mĂȘme en 2015, alors qu’il n’était pas encore directeur musical. Le maestro nous offre deux lectures investies, abouties, Ă©tonnamment ciselĂ©es et vivantes.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin.

handel-haendel-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin. Les Nouveaux CaractĂšres sous la direction de leur chef fondateur SĂ©bastien d’HĂ©rin donnent cet aprĂšs midi la premiĂšre de leur lecture d’un oratorio flamboyant mais dramatiquement saisissant : La Resurrezione de Haendel (1708), alors que le Saxon encore jeune achĂšve son tour d’Italie, dĂ©couvrant Ă  Rome (1706 – 1710), et le genre de l’oratorio et l’expressivitĂ© virtuose de la ferveur italienne.
Il en dĂ©coule un drame sacrĂ© d’une Ă©tonnante puissance, liĂ© certes Ă  la musique, mais aussi au texte d’un lettrĂ© romain, particuliĂšrement inspirĂ© par le sujet du mystĂšre et du miracle de la RĂ©surrection ; chaque tĂ©moins du Miracle exprimant sa sidĂ©ration et sa compassion admirable Ă  mesure que le Diable se rĂ©jouit au contraire de la mort du Sauveur dont il doute de la nature divine et salvatrice.
Haendel reprend ici la tradition des oratorios du XVIIĂš, des Sepolcri, de tous les oratorios qui organisent l’expansion du drame musical Ă  partir des personnages clĂ©s que sont la Vierge, Marie-Madeleine, Jean
 chacun de leur air cristallise l’émotion ressentie et l’intensitĂ© de leur foi revivifiĂ©e.
SĂ©bastien d’HĂ©rin rĂ©active Ă  son tour la puissance dramatique de la partition, dans l’énergie et d’indiscutables rebonds dramatiques, se rappelant trĂšs probablement les plus de 40 musiciens (jusqu’à 47 !) qui sous la direction de Corelli assurĂšrent la crĂ©ation du drame allĂ©gorique au Palais Bonelli (propriĂ©tĂ© du commanditaire le Prince Francesco Maria Ruspoli).

Versailles réussit un coup de maßtre
en associant au décor de la Chapelle royale,
l’oratorio romain La Resurrezione de Haendel
superbement dĂ©fendu par SĂ©bastien d’HĂ©rin et ses Nouveaux CaractĂšres…

Haendel joue avec un instrumentarium minutieusement choisi (comme JS BACH dans ses Passions) et SĂ©bastien d’HĂ©rin dĂ©montre une rĂ©elle sensibilitĂ© pour les timbres, veillant Ă  la tenue des trompettes, hautbois, thĂ©orbe, viole de gambe, sans omettre le concert de flĂ»tes (Marie Madeleine ; ou la flĂ»te solo pour Jean) qui marquent de façon spĂ©cifique, le caractĂšre de chaque intervention magnifiquement incarnĂ©e. D’autant que le choix des solistes accrĂ©dite la valeur de l’approche, dĂ©sormais emblĂ©matique du travail de SĂ©bastien d’HĂ©rin, dans la caractĂ©risation des personnages sacrĂ©s, dans l’explicitation graduelle et argumentĂ©e du drame, l’un des plus aboutis, des plus riches mĂ©lodiquement, et des mieux conçus par son architecture dramatique. On y relĂšve par exemple le final de la premiĂšre partie qui deviendra cette fameuse bourrĂ©e de la Water Music ; de mĂȘme que la conception impressionnantes des Ă©vocations confiĂ©es en particulier aux cordes, au souffle Ă©pique (entre autres, air pour Jean : “Cosi la tortorella” qui oppose la certitude ailĂ©e de la colombe aux plongeons tĂ©nĂ©breux du faucon prĂȘt Ă  la chasser et fondre sur elle…), annonçant les grands oratorios de la maturitĂ©, ceux anglais de la dĂ©cennie 1740 (auxquels appartient Le Messie). SĂ©bastien d’HĂ©rin n’omet ni les vertiges d’une foi Ă©clatante, ni la sincĂ©ritĂ© de chaque protagoniste dont sobre et percutant, le soprano direct de Caroline Mutel (Marie-Madeleine), comme l’aplomb textuel de la basse FrĂ©dĂ©ric Caton (Lucifer). En Delphine Galou que nous avions il y a quelques annĂ©es dĂ©couverte dans le Viol de LucrĂšce de Britten Ă  Nantes, Marie-Cleophas gagne un relief Ă©vident, une prĂ©sence indĂ©niable grĂące Ă  sa persuasion mĂ©lismatique et son sens du texte. Les nouveaux CaractĂšres n’en sont pas Ă  leur premier concert dans le chĂąteau de Louis XIV : ils y ont ressuscitĂ© Le Devin du village de Rousseau, ou L’Europe Galante de Campra
 avec ce mĂȘme souci de prĂ©cision et de vraisemblance expressive.

 

 

 

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Les auditeurs de la Chapelle royale de Versailles savent l’acoustique si particuliĂšre du lieu historique. Le jour de PĂąques 1708, c’est la diva Durastanti qui chantait Madeleine tandis que deux castrats rĂ©alisaient les deux parties de soprano. A Versailles, sous la voĂ»te peinte et son sujet du Christ ressuscitĂ© (par le nĂ©ovĂ©nitien et grand coloriste La Fosse), la musique de Haendel a su Ă©mouvoir et toucher l’audience en une expĂ©rience unique qui se produit comme rarement quand le geste musical, le thĂšme du drame, collent idĂ©alement Ă  l’écrin patrimonial qui les accueille (La Fosse peint sa RĂ©surrection Ă  la mĂȘme Ă©poque que Haendel soit de 1708 Ă  1710 : magistrale convergence !). Superbe production qui atteste de la grande maturitĂ© artistique de l’ensemble fondĂ© par SĂ©bastien d’HĂ©rin : Les Nouveaux CaractĂšres. A suivre.

 

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COMPTE-RENDU, critique, oratorio. VERSAILLES, Chapelle royale, le 24 nov 2019. HAENDEL : La Resurrezione. Les nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin.

Jeanine De Bique, soprano (l’Ange)
Caroline Mutel, soprano (Marie-Madeleine)
Delphine Galou, contralto (Marie-Cleophas)
Hugo Hymas, ténor (Jean)
Frédéric Caton, basse (Lucifer)

Les Nouveaux CaractĂšres
SĂ©bastien d’HĂ©rin, direction musicale

 

 

 

 

Les Nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin Ă  VERSAILLES :

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rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’ArchevĂšque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ɠil la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses
 Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, aprĂšs s’ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂȘchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIĂš (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

HOMEPAGE-gustav-mahler-BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsLa plus colossale, la plus spectaculaire et pourtant sous les effectifs impressionnants, (plus de 1000 musiciens Ă  la crĂ©ation)
 pĂ©nĂ©trante, bouleversante, humaine. Le propre du chef Alexandre Bloch est de nuancer l’échelle spectaculaire de la symphonie « cosmique » que Mahler compose en quelque mois Ă  l’étĂ© 1909 : le maestro, directeur musical du National de Lille, en exprime l’unitĂ© architecturale et l’irrĂ©pressible Ă©lan salvateur. S’il est bien une symphonie rĂ©demptrice et Ă©lĂ©vatrice, celle ci serait un sommet. Car l’édifice est surtout spirituel, liĂ© Ă  la ferveur personnelle du compositeur : un acte de foi, une expĂ©rience de partage et de fraternitĂ© retrouvĂ©e oĂč l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© s’il s’ouvre Ă  l’Amour que lui accorde l’Eternel fĂ©minin. VoilĂ  pour le sens gĂ©nĂ©ral, ascensionnel et de moins en moins terrestre. Sur le plan de la rĂ©alisation, le chef est confrontĂ© Ă  tous les dĂ©fis.

QUE JAILLISSE L’ESPRIT CRÉATEUR
 En latin, l’hymne chrĂ©tien de la PentecĂŽte, « Veni creator », exalte d’abord (premiĂšre partie) toutes les forces d’espĂ©rance, les aspirations des fervents pour que jaillisse l’Esprit CrĂ©ateur. En tant qu’auteur lui-mĂȘme, Mahler devait ĂȘtre plus qu’aucun autre, concernĂ© par le mystĂšre de l’inspiration et de la crĂ©ation ainsi invoquĂ©. EngagĂ© et passionnĂ© par son sujet, le compositeur a souhaitĂ© inventer sa propre Ă©criture en collant au texte ; sans rĂ©fĂ©rence Ă  aucun motif prĂ©alable (ni valses, ni lĂ€ndler ici contrairement Ă  ses symphonies prĂ©cĂ©dentes), il invente littĂ©ralement une nouvelle « prosodie orchestrale » oĂč le chant et la parole des instruments articulent le texte latin. Alexandre Bloch dĂ©taille et explicite ce concept miroitant, autogĂ©nĂ©rateur
  de « variance » (1), oĂč un mĂȘme motif est recyclĂ© en autant de dĂ©clinaisons possibles, produisant en parentĂ© proche et semblable, une multitude d’épisodes divers. Tout est Ă  la fois appareillĂ© mais diffĂ©rent. L’architecture du contrepoint atteint un sommet de complexitĂ© (double fugue) que le chef Ă©claire de l’intĂ©rieur, veillant toujours au sens fraternel global, Ă  la souveraine cohĂ©rence organique que le principe de “variance” prĂ©serve, malgrĂ© le colossal des effectifs rĂ©unis.
Pour se faire, le chƓur britannique Philharmonia Chorus (impliquĂ©, vivant, prĂ©parĂ© par son chef Gavin Carr) relĂšve les dĂ©fis d’une partition qui saisit et mĂȘme foudroie : ici l’incantation du verbe choral « terrasse » mĂȘme ; il assoit la soliditĂ© de l’édifice qui se dĂ©roule et se dĂ©ploie sous nos yeux, occupant un espace de plus en plus large ; idem pour les plus jeunes chanteurs (Jeune ChƓur des Hauts de France, pilotĂ© par Pascale Dieval-Wils), apportant le scintillement vif argent des angelots, surtout des Enfants Bienheureux : dans la partie II, inspirĂ©e par Goethe, chacune de leur intervention y jalonne l’élĂ©vation du corps de Faust, vers son accomplissement spirituel complet, accueilli par Mater Gloriosa.

 

 

 

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La premiĂšre partie est en soi une synthĂšse de toute la musique sacrĂ©e polyphonique depuis la Renaissance, mais avec ce laboratoire instrumental propre Ă  Mahler (juif, lui-mĂȘme converti au catholicisme). On sent bien que ce travail particulier fait Ă©cho Ă  son cheminement personnel, le plus critique comme le plus exigeant.
Avec l’expĂ©rience de toutes les symphonies prĂ©cĂ©dentes, l’Orchestre National de Lille et son chef en mesurent toutes les nuances, chaque aspiration et chaque vertige d’espĂ©rance ou de sidĂ©ration panique, autant de tentatives, de souhaits vĂ©cus par le fervent, confrontĂ© Ă  lui-mĂȘme.

Suite de l'odyssĂ©e MAHLER par l'Orchestre National de LilleLE FAUST TRANSCENDÉ DE MAHLER
 La Seconde partie est assurĂ©ment le seul opĂ©ra que Mahler ait jamais composĂ©. Directeur de l’OpĂ©ra de Vienne pendant une dĂ©cade, le compositeur connaĂźt le rĂ©pertoire lyrique comme peu Ă  son Ă©poque : de Mozart Ă  Beethoven, de Strauss, Debussy Ă  Wagner. Il faut remettre dans la genĂšse de chaque opus symphonique, le travail spĂ©cifique du chef, dirigeant les opĂ©ras des grands maĂźtres. Le second volet de la 8Ăš recycle et Wagner et Strauss, mais dans l’écriture propre Ă  Mahler, avec ces aspĂ©ritĂ©s instrumentales, la diversitĂ© de sĂ©quences qui suivent Ă  la lettre l’enjeu dramatique du sujet, dans le texte de Goethe (ultime scĂšne, Faust II) : la machine orchestrale s’appuyant sur les ressources des choeurs et des 8 solistes expriment cette opĂ©ration mystique qui assure l’élĂ©vation et la rĂ©demption du hĂ©ros ; lĂ  oĂč Schumann et Berlioz ne parlaient que de damnation, ou, dans le cas d’une salvation, ils s’autorisaient Ă  n’évoquer que celle de Marguerite, Mahler embrasse plus large ; rĂ©capitule la tradition romantique faustĂ©enne et « ose » mettre en musique le salut final du hĂ©ros qui avait pourtant pactisĂ© avec le dĂ©mon. Chance lui est offerte d’ĂȘtre sauvĂ© par l’absolu pardon que permet l’Eternel FĂ©minin (quelle soit ici Magna Peccatrix / Magdalena, Samaritana ou Mater Gloriosa) : dĂ©itĂ© souveraine, « reine du ciel » dont ici le docteur Marianus se fait le tĂ©moin, si Ă©mu, et si convaincant (un vĂ©ritable intercesseur).
Alexandre Bloch n’oublie jamais l’échelle de l’humain en dĂ©pit du colossal effectif. Exploitant les facilitĂ©s permises par la salle du Nouveau SiĂšcle, les solistes d’abord dans l’orchestre pour le Veni Creator, car ils sont adorants comme la foule des chƓurs, se prĂ©sentent ensuite comme des acteurs sur le devant de la scĂšne, chacun selon son air soliste et le personnage d’une action lyrique (Pater Ecstaticus, Pater Profundis), puis donc Doctor Marianus, tĂ©moin terrassĂ© ; enfin les 3 femmes, pĂ©nitentes sublimes (trio fĂ©minin). Toujours, il s’agit d’amour et de compassion ; d’appels brĂ»lant Ă  l’amour. Le chef les porte, souligne chaque intervention (d’une activitĂ© wagnĂ©rienne), comme un tĂ©moignage s’adressant directement au public. L’exhortation exclamative du Veni Creator s’immisce insidieusement ainsi dans le texte de Goethe : il lui souffle son urgence, son ardeur embrasĂ©e. Et finalement, on perçoit l’étonnante cohĂ©rence qui respire d’une partie Ă  l’autre.

ACCOMPLISSEMENT A LILLE
 Ecriture picturale d’une invention prodigieuse, ce Faust mahlĂ©rien prolonge par ses couleurs et ses crĂ©pitements fauves, tout ce que les premiers romantiques Berlioz, Schumann, Liszt ont apportĂ© au mythe. Il n’est que d’écouter ici l’ample prĂ©lude introductif qui dĂ©peint la solitude de Faust ermite dans la montagne pour mesurer l’acuitĂ© et la profondeur de Mahler. Sa capacitĂ© Ă  peindre et exprimer le drame du hĂ©ros que la question taraude. On y dĂ©tecte et la profonde insatisfaction de l’homme, et l’ample souffle de la Nature qui se dĂ©robe.
GĂ©nĂ©reux comme Ă  son habitude, engagĂ© et mesurant aussi en dĂ©licats Ă©quilibres, l’impact de chaque pupitre traitĂ© en bloc agissant, dĂ©taillĂ©, articulĂ© (cuivres, cordes, vents et bois), Alexandre Bloch nous offre une superbe leçon d’éloquence orchestrale au service de ce cheminement progressif qui conduit Faust Ă©reintĂ©, des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre ; du terrestre au cĂ©leste, sous la caresse permanente de la Femme protectrice, compassionnelle, gĂ©nĂ©reuse, omnisciente.

Pour assoir encore l’assise chtonienne de la cathĂ©drale, le maestro opte comme Ă  Vienne oĂč a Ă©tĂ© triomphalement crĂ©Ă©e en 1910, la 8Ăš, pour l’alignement des 10 contrebasses sur toute la rangĂ©e du fond de l’orchestre. Outre un son collectif puissant et volontaire, l’Orchestre National de Lille auquel se sont joints plusieurs membres complĂ©mentaires de l’Orchestre de Picardie, en un partenariat judicieux, dĂ©montre son haut niveau d’expertise solistique. Percent, ronds et actifs, clarinettes, flĂ»tes, hautbois ; mais aussi le prodigieux cor solo, le premier violon (Fernand Iaciu), 
 c’est un collectif d’individualitĂ©s qui se dressent, tĂ©moignent, exultent dans le partage, jusqu’à l’accomplissement final (choeur mysticus).

 

 

 

Jalon du cycle Mahler 2019, la symphonie des Mille
confirme l’évidente sĂ©duction de l’Orchestre National de Lille

Du colossal et du spirituel
L’ivresse fraternelle de la 8ù par Alexandre BLOCH

 

 

 

 

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Parmi les solistes, d’une remarquable musicalitĂ©, les voix de Daniela Köhler (sop I : Magna Peccatrix), de Michaela Selinger (Samaritana) se distinguent particuliĂšrement, par leur rondeur naturelle, leur projection Ă©vidente ; comme le Doctor Marianus du tĂ©nor Ric Furman, soucieux du texte. On y retrouve ce sens du relief et de l’incarnation, identique Ă  celui qui inspirait Solti lorsqu’il optait pour des voix wagnĂ©riennes – amples mais articulĂ©es et trĂšs finement caractĂ©risĂ©es.
Chacun dĂ©fend sa partie comme celle d’un opĂ©ra, mais avec le souffle universel que vĂ©hicule le texte de Goethe. Alexandre Bloch n’en oublie pas pour autant audaces et singularitĂ©s saisissantes de l’écriture de Mahler : l’orchestre en plusieurs passages dessinent comme un vortex sonore, aux couleurs et harmonies inĂ©dites dont le chromatisme et l’exacerbation prolongent Wagner et rejoignent aussi son contemporain – autre grand symphoniste et narrateur habile dans les fresques saisissantes : Richard Strauss (prĂ©cisĂ©ment celui de La Femme sans ombre, conçue dans la mĂȘme dĂ©cennie que la 8Ăš).
On attend d’ailleurs Alexandre Bloch dans les Ɠuvres symphoniques de ce dernier. Certainement un chantier complĂ©mentaire, jouant comme un double, en un autre cycle attendu, espĂ©ré  qui pourrait se rĂ©vĂ©ler tout aussi passionnant que celui dĂ©diĂ© cette annĂ©e Ă  Gustav Mahler.
L’ambition du chef, aujourd’hui directeur du National de Lille se confirme ainsi indiscutablement. Alexandre Bloch a ce caractĂšre des grands guides, capable de fĂ©dĂ©rer autour d’un fil ambitieux : chaque jalon du « feuilleton » MAHLER l’a dĂ©montrĂ©. La rĂ©alisation d’une telle Ɠuvre reste exceptionnelle ; elle est aussi redoutable que spectaculaire ; son enjeu spirituel fusionnant avec les effectifs pharaoniques requis pour l’exprimer. Sur chacun de ces plans, chef et musiciens ont offert au Nouveau SiĂšcle de Lille, un indiscutable accomplissement. Mais pour se faire, il a fallu aussi associer les ressources locales et les rendre complĂ©mentaires. De sorte que cette 8Ăš de Mahler est aussi la concrĂ©tisation d’une action exemplaire de concertation et d’implication de diffĂ©rents acteurs sur un mĂȘme territoire : ici orchestres National de Lille, de Picardie, Jeune ChƓur des Hauts de France. Le « terrassement » souhaitĂ© dans sa premiĂšre partie ; le tournoiement des « soleils » et des « planĂštes », Ă©voquĂ©s par Mahler Ă  propos de son Ɠuvre (dans une lettre adressĂ©e au chef Mengelberg), se sont bien rĂ©alisĂ©s Ă  Lille sous la conduite d’Alexandre Boch. Il s’agit bien d’un jalon particuliĂšrement convaincant (avec les 3Ăš et 7Ăš symphonies) de ce cycle dĂ©sormais majeur dans la vie de l’Orchestre.

Prochain rv Mahler Ă  Lille par l’Orchestre National de Lille, dernier Ă©pisode, Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020. Le cd de la 7Ăš symphonie est annoncĂ© au printemps 2020.

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse : Sebastian Pilgrim
Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie
Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
Illustrations : remerciements à © Ugo Ponte / ONL 2019

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Approfondir

 

 

 

La minute du chef : la 8Ăšme Symphonie / l’écriture spĂ©cifique de Gustav Mahler expliquĂ©e par Alexandre Bloch (principe de “variance”, identifiĂ© par Adorno) (1)
https://www.youtube.com/watch?v=dKyM441oMGA

 

 

 

La 8Úme Symphonie dans son intégralité
https://www.facebook.com/france3nordpasdecalais/posts/2861139047264898

 

 

 

LIRE aussi notre annonce de la Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020
http://www.classiquenews.com/symphonies-n8-des-mille-symphonie-n9-de-gustav-mahler-a-lille/

 

 

VIDEO – REPLAY / Revoir aussi (jusqu’en avril 2020), toutes les Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch sur le site YOU TUBE de l’ONL Orchestre National de Lille (avec de nombreux modules vidĂ©o des musiciens et de tĂ©moins expliquant leur comprĂ©hension de l’univers malhĂ©rien)

https://www.youtube.com/user/ONLille

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 B Pionnier / G Bouillon.

COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2019 2020, l’OpĂ©ra de Tours rĂ©affiche COSI FAN TUTTE du divin MOZART, dernier opus de la trilogie conçue avec Da ponte (Vienne, 1790). Ce dernier avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de l’infidĂ©litĂ© et de l’inconstance du dĂ©sir dans un prĂ©cĂ©dent livret pour l’opĂ©ra de Salieri, La Scuola degli Gelosi (l’école des jaloux) de 1783. Pour Wolfgang, le propos devient « la scuola degli amanti / l’école des amants, avec pour devise gĂ©nĂ©rique « Cosi fan tutte » : elles font toutes pareil (autrement dit, toutes les femmes sont infidĂšles). La production a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©e in loco en 2014, sa justesse mĂ©rite absolument d’ĂȘtre reprise. Et puis rien de tel qu’un bon Mozart pour amorcer un nouveau cycle d’opĂ©ras.

Aucune rĂ©fĂ©rence Ă  cette Naples XVIIIĂšme qui souvent continue de marquer les mises en scĂšnes les plus rĂ©centes. L’homme de thĂ©Ăątre (ex directeur du CDN de Tours), Gilles Bouillon, a rĂ©solument inscrit ce Cosi comme une fable contemporaine dans une espace moderne oĂč brille surtout la vivacitĂ© des femmes, grĂące Ă  un excellent trio fĂ©minin rĂ©uni pour cette reprise sur les planches de l’opĂ©ra de Tours. Car la devise qui sert de titre offre en rĂ©alitĂ© un miroir Ă  une sociĂ©tĂ© machiste : au nom de l’inconstance des femmes, Mozart et Da Ponte dĂ©noncent surtout les hommes qui non seulement sont infidĂšles et volages, mais fustigent et condamnent celles qui osent faire de mĂȘme, outrageusement libres, maĂźtresses de leur corps et de leur plaisir.
Au sortir des deux actes de ce dramma giocoso, c’est l’incohĂ©rence et l’hypocrisie des hommes qui sortent ridiculisĂ©es. Avant de juger, certains feraient bien de s’analyser et faire amende honorable.

 

 

Reprise du Cosi de Gilles Bouillon Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Angélique Boudeville,
mozartienne de grande classe

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A Tours, les voix de femmes sont Ă  la fĂȘte, soulignant tout ce que l’ouvrage, son texte, sa divine musique doivent au gĂ©nie mozartien, premier fĂ©ministe avant l’heure.

Petite voix mais volubile et habile en travestissements (en faux mĂ©decin, adepte du mesmerisme, au I ; puis au II, faux notaire Ă  la vois Ă©raillĂ©e, aigrelette), la Despina de DIMA BAWAB souligne la saveur comique de l’action : comĂ©dienne astucieuse et interprĂšte sincĂšre, elle respire l’esprit, la facĂ©tie, le goĂ»t du jeu et une bonne dose de militantisme fĂ©mininiste : c’est elle qui rĂ©Ă©duque les deux jeunes oies trop crĂ©dules. N’hĂ©sitant pas Ă  rudoyer ces jeunes patronnes en les traitant de bouffonnes, et d’Ă©pingler les hommes qui ne valent rien et qui « se valent tous ».
En Fiordiligi et Dorabella, les spectateurs tourangeaux bĂ©nĂ©ficient de deux tempĂ©raments aussi caractĂ©risĂ©s que subtils, aussi puissants que racĂ©s qui relĂšvent les dĂ©fis multiples de leurs duos et solos. Les deux françaises choisies pour ce duo fĂ©minin parmi les plus passionnants du rĂ©pertoire, Ă©blouissent littĂ©ralement chacune dans leurs parties. Dorabella d’abord de marbre puis qui succombe au charme du bel albanais (Ferrando dĂ©guisĂ©), ALIÉNOR FEIX dĂ©ploie de solides attraits ; voix ample et franche, sculptĂ©e en une voluptĂ© de plus en plus manifeste ; un cran au dessus est atteint avec l’impeccable Fiordilgi d’ANGÉLIQUE BOUDEVILLE ; la finesse et la beautĂ© de son diamant clair soutenu par une coloratoure fluide et naturelle et des aigus rayonnants par leur douceur d’attaque, semblent raviver les grandes mozartiennes d’hier, tenantes du rĂŽle : Della casa, CaballĂ©, Te Kanawa… Il y a du miel et une lumineuse candeur qui foudroient, dans cette voix mozartienne naturelle. Si elle soigne encore davantage le sens et la puretĂ© de son legato, les riches nuances de chaque syllabe, son intelligibilitĂ© et la subtilitĂ© des phrases, la jeune diva pourrait prĂ©tendre demain aux plus redoutables emplois belcantistes et aux autres rĂŽles mozartiens remarquables (Suzanna, la Comtesse, Pamina…) ; dans Cosi, ses deux airs solos (Come scoglio au I, puis son Rondo « Per pietà » au II)
 vĂ©ritables airs de concerts exigeants des moyens phĂ©nomĂ©naux, imposent une classe exceptionnelle, soliditĂ© des moyens, intelligence de l’intonation et conception du rĂŽle dans la situation
, Ă  l’avenant. Belle rĂ©vĂ©lation d’un talent Ă  suivre Ă©videmment.

Les hommes ne dĂ©mĂ©ritent pas mais sont d’un niveau en dessous : moins de souplesse comme de nuances, quoique Leonardo Galeazzi campe un Don Alfonso sĂ»r, moqueur, trĂšs au faĂźte de la connaissance humaine, un vrai mentor pour Ă©difier les deux jeunes fiancĂ©s prĂ©tentieux. Ceux ci sont dĂ©fendus avec conviction par le baryton Marc Scoffoni (Guglielmo) et SĂ©bastien Droy (Ferrando) mais comme il leur manque la finesse d’un chant mieux ciselĂ©, c’est Ă  dire mozartien.

 

 

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Dans la fosse, Benjamin pionnier diffuse l’équilibre idĂ©al d’un Mozart Ă  la fois chambriste et d’une infinie tendresse fraternelle pour ses personnages. La souplesse chantante des cordes fait ici les dĂ©lices du trio « soave il vento » (Alfonso / Dorabella / Fiordiligi au I), temps suspendu d’une exceptionnelle sensualitĂ© caressante ; les solos instrumentaux sont impeccablement calibrĂ©s dans ce labyrinthe des cƓurs, oĂč la passion se frotte Ă  l’illusion ; l’amour, aux caprices du dĂ©sir ; les derniĂšres espĂ©rances, Ă  la barbarie de l’amour volage 

Jamais les voix ne sont couvertes mais elles rayonnent toutes distinctement dans les ensembles… (dans les sextuors du II). Du reste, le maestro redoublent de prĂ©cision et de transparence soulignant tout ce que Cosi doit aux deux prĂ©cĂ©dents opĂ©ras de la trilogie Da ponte, Don Giovanni et les Nozze di Figaro ; sans omettre d’autres traits si proches qui annoncent La FlĂ»te EnchantĂ©e (1791) Ă  maints endroits… : le duo Ferrando / Dorabella du II, prĂ©figurant dans les jeux de mots et l’esprit scherzando, l’étreinte facĂ©tieuse du duo Ă  venir, Papageno / Papagena. Tout cela s’entend Ă  Tours dans cette reprise de haute volĂ©e auquel participe aussi la prĂ©cision du chƓur maison, prĂ©parĂ© avec le soin que l’on sait par la cheffe Sandrine Abello. Production incontournable.Encore deux dates, demain, dim 6 oct (15h), puis mardi 8 oct 2019 (20h) : RĂ©servez ici

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scÚne.

 

 

Opéra de TOURS : COSI FAN TUTTE de MozartCOSI FAN TUTTE de Mozart
Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours
Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi
Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Photos : © Sandra Daveau 2019 pour l’OpĂ©ra de TOURS
Prochaines productions Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le DOCTEUR MIRACLE de Charles Lecocq, les 12, 13 et 14 dĂ©cembre 2019 – version pour piano et pour les juniors (et toutes leurs familles) –  pour NoËL 2019 :  LES P’TITES MICHU d’AndrĂ© Messager : Ch Grapperon / RĂ©my BarchĂ© – les 27, 28, 29 et 31 dĂ©cembre 2019 – informations ici

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de COSI FAN TUTTE, reprise Ă  l’OpĂ©ra de TOURS
http://www.classiquenews.com/nouveau-cosi-fan-tutte-de-mozart-a-lopera-de-tours/

 

 

 

 

COMPTE-RENDU critique, opéra. NANTES, Opéra Graslin, le 2 oct 2019. THOMAS : Hamlet. Franck van Laecke / Pierre Dumoussaud.

HAMLET-ophelie-opera-nantes-angers-rennes-critique-classiquenews-homepage-582COMPTE-RENDU critique, opĂ©ra. NANTES, OpĂ©ra Graslin, le 2 oct 2019. THOMAS : Hamlet. Franck van Laecke (mes) / Pierre Dumoussaud (dir musicale). Le gĂ©nie dramatique d’Ambroise Thomas Ă©clate dans Hamlet (1868). Sa force thĂ©atrale claque mĂȘme Ă  l’esprit des spectateurs tant la succession des tableaux s’enchaĂźne dans le style de Shakespeare et de Verdi ; rien n’y est Ă  jeter tout au long des deux premiers actes (entre autres) : denses, justes, prĂ©cis dans l’exposition et le dĂ©veloppement de chaque personnage, dans le profil de leur lente descente aux enfers.
Les contrastes des climats, la clartĂ© et l’intensitĂ© des situations rayonnent d’autant mieux dans la mise en scĂšne de Frank Van Laecke : sobre, efficace, elle illustre le profil d’Hamlet dĂšs le dĂ©but comme un dĂ©calĂ© social, solitaire dans sa chambre sĂ©pulcrale, clairement portĂ© sur l’alcool dont il tire une ivresse oublieuse, insolente, moqueuse. Le solitaire illuminĂ© que tout le monde pense « fou », a des visions que le dispositif unique rend visible, sous la forme de tableaux vivants qui occupent l’espace central, qui s’ouvre et se referme. Au devant de la scĂšne, Hamlet pense, cogite, telle une ombre errante ; il soliloque et fait face au public dans la formidable scĂšne du spectre, assurĂ©ment la scĂšne la plus spectaculaire de la partition.

Tout commence par un somptueux duo d’amour que n’aurait pas reniĂ© Gounod (celui de RomĂ©o et Juliette, crĂ©Ă© un an avant Hamlet, en 1867) : autres cƓurs inspirĂ©s shakespeariens, – mais eux aussi, maudits, Hamlet et OphĂ©lie y Ă©changent des serments d’une rare intensitĂ©.
Puis le fantastique et le surnaturel prennent bientĂŽt le pas sur cette histoire somme toute assez banale de trouble dynastique et royale Ă  la cour danoise. Ce qui nous vaut une scĂšne mĂ©morable oĂč le spectre du pĂšre assassinĂ©, paraĂźt Ă  Hamlet (et aussi devant Marcellus et Horatio mĂ©dusĂ©s, hallucinĂ©s ; preuve qu’il n’est pas fou comme le pense sa mĂšre Gertrud) ; en une sĂ©quence trĂšs forte et face au public, Hamlet dĂ©veloppe son grand air de vengeance et de rage haineuse, chauffĂ© Ă  blanc par la voix paternelle qui lui enjoint (terrible injonction) Ă  le venger : il n’existe pas de drame plus terrifiant ni de rĂŽle plus engageant Ă  l’opĂ©ra sauf peut-ĂȘtre celui trĂšs proche d’Elektra, elle aussi dĂ©truite et dĂ©munie, face Ă  sa mĂšre dĂ©loyale et Ă  son pĂšre qui a Ă©tĂ© trahie et assassinĂ©.
Ambroise Thomas Ă©crit un rĂŽle Ă©crasant pour bartyon, dans la rĂ©alitĂ© le cĂ©lĂšbre Jean-Baptiste Faure- vedette Ă  l’OpĂ©ra de Paris sous la direction du trĂšs inspirĂ© Emile Perrin, dĂšs l’hiver 1862. Ce mĂȘme chanteur cĂ©lĂ©brĂ© Ă  son Ă©poque et qui chanta Posa dans Don Carlos de Verdi crĂ©Ă© Ă  Paris Ă©galement en 1867, fut effectivement l’ami de Manet ; surtout, ce que ne prĂ©cise pas le livret programme Ă©ditĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra, c’est que Jean-Baptiste FAURE commanda plusieurs tableaux Ă  l’immense Edgar Degas
 autant de vues exceptionnelles de l’orchestre et de la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris, des portraits d’instrumentistes aussi
 joyaux Ă  voir absolument sur les cimaises du MusĂ©e d’Orsay, Ă©crin de l’actuelle exposition (passionnante) : « Degas Ă  l’OpĂ©ra » (jusqu’en janvier 2020).

AprĂšs ce monologue sidĂ©rant oĂč un fils parle Ă  son pĂšre mort (Hamlet / le spectre), oĂč Shakespeare Ă©gale le mythe grec antique (Elektra / Agamemnon), surgit l’ñme sacrifiĂ©e mais elle aussi dĂ©lirante et poĂ©tique, d’OphĂ©lie ; son premier air qui succĂšde presqu’immĂ©diatement au surnaturel sidĂ©rant qui a prĂ©cĂ©dĂ©, est celui d’une amoureuse, sombre, trĂšs rĂ©aliste et dĂ©sespĂ©rĂ©e sur l’amour et les serments illusoires… prĂ©ambule bouleversant au magnifique tableau de la noyade Ă  l’acte IV) ; sa coloratoure est dune soie sombre et lugubre, produit singulier du gĂ©nie de Thomas.

 

 

 

Nouvelle production événement à NANTES et à ANGERS

Ambroise Thomas, génie du drame shakespearien
HAMLET : Mille et une nuances de NOIR


 

 

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Puis c’est la mĂšre dĂ©passĂ©e elle aussi et qui « a peur ». Enfin s’accomplit la formidable conclusion de l’acte II, celui de la pantomime, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, achĂšve cette succession d’épisodes saisissants. A travers le meurtre du roi Gonzague, jouĂ©, parodiĂ© avec la distance requise par 3 comĂ©diens trĂšs drĂŽles, Hamlet indique clairement Ă  sa mĂšre (Gertrud) et son usurpateur d’oncle (Claudius) qu’il sait tout du crime que les deux veulent cacher. C’est un autre grand moment du drame ; habile, la mise en scĂšne rĂ©tablit la puissance d’un grand moment de thĂ©Ăątre : d’un coup imprĂ©visible, le drame lyrique dĂ©borde de la scĂšne habituelle et s’inscrit dans l’espace de la salle des spectateurs ; le couple royal paraĂźt dans une vraie loge, le choeur d’hommes investit la vraie salle, de sorte que les spectateurs  assistent Ă  une vraie mascarade en prĂ©sence des souverains d’Elseneur. L’effet est saisissant. Ici le raffinement d’Ambroise Thomas place un somptueux solo pour saxophone, exprimant la superbe de ce couple de parfaits imposteurs, qui sont de vrais criminels.
Dans la partition, Thomas associe alors l’effroi feint du roi et de la reine, (amplifiĂ©e par le chƓur qui chante au balcon parmi le public), et l’air d’ivresse d’un Hamlet dĂ©nonciateur et pourtant impuissant, Ă  la fois triomphant et dĂ©truit. C’est l’un des plus grands moments dramatiques de tout l’opĂ©ra romantique français. Et parfaitement traitĂ© par le metteur en scĂšne. Belle rĂ©alisations ; et pour les spectateurs, formidable expĂ©rience.

Solide distribution pour l’un des ouvrages les plus exigeants du Romantisme français. Dans le rĂŽle-titre, Charles Rice s’il ne maĂźtrise pas totalement les nuances du français (il est quand mĂȘme un peu fĂąchĂ© avec les « u »), dĂ©ploie une raucitĂ© puissante, intense tout au long d’un rĂŽle Ă©crasant pour les barytons ; saluons le souci d’intelligibilitĂ© du soliste et aussi sa concentration qui Ă©claire de l’intĂ©rieur, le feu Ă  la fois haineux et hallucinĂ© qui le ronge jusqu’à la fin ; dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e ici mĂȘme dans Cendrillon de Massenet (oĂč elle incarnait la fĂ©e bienveillante), la quĂ©bĂ©coise Marianne Lambert, diseuse convaincante dans le lied et la mĂ©lodie, construit pas Ă  pas l’exceptionnel rĂŽle d’OphĂ©lie, amoureuse noire, depuis ses ivresses et aspirations Ă©perdues – en cela trĂšs proche de la Juliette de Gounod ; jusqu’au tableau de sa folie psychique (et vocale) puis sa noyade dans l’acte IV,
 sublime romantisme lugubre et dĂ©sespĂ©rĂ© mais d’une puissante force poĂ©tique (l’Ă©gal de la Mort d’OphĂ©lie de Berlioz ?). Si la voix reste petite, sa suavitĂ© et sa sincĂ©ritĂ© touchent immĂ©diatement, mĂȘme si l’on perd (et c’est dommage) beaucoup de texte. Face Ă  ces deux solitudes condamnĂ©es au sacrifice, le couple des meurtriers s’impose tout autant ; Philippe Rouillon incarne un Claudius faussement fragile et idĂ©alement manipulateur, quand le mezzo de Julie Robard-Gendre (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e ici aussi dans OrphĂ©e et Eurydice de Gluck version Berlioz) personnifie sans appui ni outrance, la peur et l’effroi dĂ©muni de la mĂšre d’Hamlet.

 
 
 

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Tous les seconds rĂŽles sont corrects ; et l’on doit saluer, s’agissant d’un opĂ©ra romantique français, assurĂ©ment l’un des plus aboutis en 1868, Ă  l’époque du Second Empire, le couple Horatio / Marcellus, tĂ©moins terrassĂ©s des visions d’Hamlet, eux mĂȘmes ayant vu le spectre de son pĂšre : respectivement la basse NathanaĂ«l Tavernier et le tĂ©nor Florian Cafiero, Ă  l’intelligibilitĂ© parfaite. Les chƓurs sont Ă  notre avis trop sonores : leur texte reste inintelligible. L’Orchestre National des Pays de la Loire sous la baguette souple et scrupuleuse de Pierre Dumoussaud relĂšve les dĂ©fis d’une partition particuliĂšrement « composite » (cf les jugements d’époque), redoutable en rĂ©alitĂ© dans le passage des caractĂšres et des situations, sans omettre les trĂšs nombreux solos instrumentaux (cor dĂšs l’ouverture ; hautbois et flĂ»te pour les apparitions d’OphĂ©lie ; en particulier le saxo dont le monologue qui permet d’assoir la cruditĂ© rĂ©aliste de la pantomime Ă  la fin du II, est magnifiquement assumĂ© par Baptiste Blondeau : et l’on se dit, quel orchestrateur et quel gĂ©nie des ambiances et des couleurs Ă©tait Thomas, le grand oubliĂ© de nos scĂšnes lyriques.
Remonter et faire redĂ©couvrir ainsi Hamlet suscite les plus grands Ă©loges : la lecture est juste et ardemment dĂ©fendue, intensĂ©ment et subtilement incarnĂ©e. Saluons lĂ  encore Angers Nantes OpĂ©ra de poursuivre sa dĂ©fense de notre patrimoine national. Ambroise Thomas fusionne selon nous, Verdi et Gounod. D’autant qu’ici, inspirĂ© par Shakespeare, il invente vĂ©ritablement l’opĂ©ra noir et psychologique qui n’existait pas encore en France. ComparĂ© Ă  Berlioz, – sa Damnation de Faust par exemple, le messin Thomas est d’une texture plus Ăąpre, poĂ©tiquement trĂšs subtile qui exige d’ĂȘtre ciselĂ©e comme du Mozart ; tout en rugissant, comme du
 Verdi. Fascinante rĂ©surrection, encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Graslin de NANTES le 4 octobre 2019; puis Ă  ANGERS, Grand ThĂ©Ăątre, les dim 24 puis mardi 26 nov 2019. Incontournable. Ainsi l’institution lyrique des Pays de la Loire ouvre avec pertinence sa nouvelle saison 2019 – 2020.

 
 
 

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Photos : © JM Jagu / Angers Nantes Opéra

 
  

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, dir.

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction. TrĂšs rĂ©ussi et mĂȘme passionnant premier concert du National de Metz Ă  l’Arsenal : pour l’ouverture de sa nouvelle saison 2019 – 2020, l’Orchestre National de Metz jouait ce vendredi 13 septembre 2019, Mozart puis Berlioz sous la direction de son directeur musical, depuis septembre 2018, David Reiland. La 41Ăš faisait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la phalange messine ; un point important car il s’agit aussi pour le maestro d’élargir et d’enrichir toujours les champs musicaux des instrumentistes messins. David Reiland a dirigĂ© la 40Ăš ici mĂȘme en 2015, alors qu’il n’était pas encore directeur musical. Le maestro nous offre deux lectures investies, abouties, Ă©tonnamment ciselĂ©es et vivantes.

 

 

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Dans les faits, c’est d’abord un formidable travail sur les cordes qui s’affirme : flexibilitĂ© et articulation constantes, apportant Ă  l’architecture mozartienne sa grande soliditĂ© structurelle et un sens naturel des respirations. Chaque phrase est magistralement Ă©tirĂ©e, explicitĂ©e, avec des nuances savoureuses, sur des tempi roboratifs. Ainsi l’Allegro initial affirme une Ă©nergie pleine d’équilibre et d’élĂ©gance, parfaitement adaptĂ© au dessin nĂ©oclassique et lui-mĂȘme architecturĂ© de la grande salle. L’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© et sa profondeur dans l’épure la mieux Ă©noncĂ©e ; c’est une effusion lĂ  encore riche en nuances et passages dynamiques maĂźtrisĂ©s oĂč deux qualitĂ©s nous semblent dĂ©sormais emblĂ©matiques de David Reiland : sa tendresse intĂ©rieure, son Ă©lĂ©gance expressive. Du trĂšs peu – un matĂ©riau finalement trĂšs rĂ©duit, le chef construit une totalitĂ© qui respire et Ă©meut ; rĂ©vĂ©lant chez Mozart, le magicien du cƓur et de la profondeur ; sa mĂ©lancolie dĂ©jĂ  romantique, son urgence Ă  la dĂ©passer
 Enfin le Finale (Molto Allegro) gagne un surcroĂźt de mordant et d’articulation, rĂ©vĂ©lant la puissance d’un contrepoint dont l’énergie mais aussi le dĂ©tail des timbres, la violence rythmique prĂ©figurent dĂ©jĂ  Beethoven. Et l’on se dit, davantage qu’ailleurs, comme il aurait Ă©tĂ© passionnant sous une telle direction, de dĂ©couvrir ce que Mozart aurait composĂ© aprĂšs 1791 s’il n’était pas mort si tĂŽt.

 

 

 

Dans la forge berliozienne,
élégance et nuance, passion et contrastes de David Reiland

 

 

 

Reiland davidDans la seconde partie (aprĂšs l’entracte), un autre bain orchestral, celui tout aussi captivant du Berlioz de 1834. Soit quatre ans aprĂšs la Fantastique qui est dĂ©jĂ  en soi un Everest symphonique. DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© (mais avec rĂ©citant) Ă  La CĂŽtĂ© Saint-AndrĂ© cet Ă©tĂ© dans le cadre du Festival BERLIOZ 2019 (celui des 150 ans de la mort d’Hector), « Harold en Italie » stigmatise les sentiments contradictoires de Berlioz avec l’Italie. David Reiland en dĂ©livre une lecture magistrale par son souci du dĂ©tail, de la tension et de la respiration poĂ©tique. Chaque accent semble inscrit dans un vaste mouvement dont la comprĂ©hension globale surprend et convainc. Chez Berlioz, le motif du paysage italien suscite un embrasement des sens, de la jubilation extatique Ă  la transe quasi grimaçante (cf le Finale et son « orgie de brigands »), dĂ©voilant chez Hector, l’alchimiste symphonique, dont la fougue et l’inventivitĂ© n’empĂȘchent (grĂące Ă  la sensibilitĂ© hyperactive du chef) ni la clartĂ© ni la transparence.
En jouant de tous les filtres ensorcelants nĂ©s du souvenir, Berlioz Ă©difie un monument Ă  plusieurs plans et registres; dont les rugissements surtout aprĂšs le final de l’Orgie de Brigands laissent l’auditeur, sidĂ©rĂ©. La texture orchestral se fait grand cerveau Ă©motionnel dont les strates renvoient aux souvenirs rĂ©els ou fantasmĂ©s. David Reiland dĂ©crypte cette matiĂšre en fusion, entre imagination et rĂ©alitĂ©, aux Ă©panchements imprĂ©visibles. Grand amoureux, Berlioz reste un grand frustrĂ©, toujours insatisfait : il ne s’épargne aucun accent tĂ©nu, aucune trouvaille de timbres inĂ©dite pour exprimer au plus juste, le sentiment d’une immense et permanente insatisfaction. VoilĂ  pourquoi l’énonciation de l’idĂ©e fixe, amoureuse, bascule souvent dans la folie. Mais quelle folie, car elle passe par le chant libĂ©rĂ© d’un orchestre laboratoire. Sous la direction du jeune maestro, l’auditeur ne perd aucun accent instrumental, aucune phrase musicale, tant la prĂ©cision du chef est constante. Et sa concentration, gĂ©nĂ©reuse en indications gestuelles.

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David Reiland © Cyrille Guir / CMM cité musicale METZ 2019

DĂšs le premier tableau « Harold aux montagnes », chef et instrumentistes font surgir le massif naturel de l’ombre, avec une tendresse dĂ©jĂ  mĂ©lancolique qui tient du mystĂšre : David Reiland exprime cette alliance spĂ©cifique Ă  Berlioz qui fusionne rĂȘverie et fantastique. La tendresse intĂ©rieure, contemplative de l’alto d’Adrien Boisseau, trouve constamment le ton juste et une sonoritĂ© quasi voluptueuse, dans ce vortex d’une rare poĂ©sie. On y retrouve, talent rare de la filiation nĂ©e d’un programme habilement construit, cette mĂȘme tendresse grave qui se dĂ©ployait dans l’Andante de la Jupiter mozartienne Ă©coutĂ©e dans la premiĂšre partie.
 On ne doute plus de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du chef, sa maestriĂ  Ă©lĂ©gantissime Ă  passer d’un univers Ă  l’autre.
Ciselant une dĂ©finition et une articulation lĂ  encore trĂšs françaises, David Reiland joue avec autant d’intelligence sur les effets sonores et de spatialisation, soulignant aux cĂŽtĂ©s du Berlioz, orchestrateur fascinant, l’immense paysagiste (comme Turner dilate l’espace et creuse l’infini de la couleur), capable d’élargir de façon cosmique, les perspectives orchestrales, en Ă©tagement, en profondeur, en hauteur. Ici s’affirme dĂ©jĂ  l’auteur des champs goethĂ©ens de la Damnation de Faust (crĂ©Ă©e en 1846).

La fin du mĂȘme premier mouvement est ensuite caractĂ©risĂ©e avec le nerf et une Ă©nergie de tous les diables, comme si la grande machine symphonique s’emballait, en une distanciation, dĂ©sormais et rĂ©aliste et cynique, de l’idĂ©al amoureux. La forge musicale resplendit alors dans toute sa perfection vivante car il revient au chef un travail exemplaire sur la mise en place, la comprĂ©hension de l’architecture et du drame, – exposition et rĂ©itĂ©rations
, le sens et la direction du flux orchestral, l’audace des timbres et des couleurs qui scintillent tout en se reconstruisant en permanence.

DAVID REILAND, maestrissimo !Quelle belle idĂ©e de prendre le tempo prĂ©cisĂ© par Hector lui-mĂȘme dans la marche des pĂšlerins (106 Ă  la noire) : le maestro offre une relecture complĂšte sur un tempo revivifiĂ©, celui d’une marche active et sportive qui souligne la structure allante de l’architecture berliozienne. MĂȘmes vertiges mais ceux ci superbement contrastĂ©s dans le vaste Ă©pisode final (Orgie de brigands) oĂč les remous du bain orchestral atteignent houle et tempĂȘte d’un ocĂ©an spectaculaire. C’est un Ă©pisode de rĂ©capitulation oĂč tous les thĂšmes sont rĂ©exposĂ©s et superposĂ©s en un contrepoint proprement 
 cosmique. L’imagination de Berlioz n’a pas de limites : ravĂ©lien naturel, David Reiland, orfĂšvre des nuances et capable d’un souffle irrĂ©sistible, y rĂ©alise une parure instrumentale et une direction saisissantes. Aucun doute, l’Orchestre a trouvĂ© son chef. Cette nouvelle saison (la seconde donc sous son mandat) s’annonce prometteuse. Et le concert s’inscrit parmi les meilleures contributions Ă  l’anniversaire Berlioz 2019. A suivre.

 

 

 

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David Reiland et l’Orchestre National de Metz © Cyrille Guir / CMM citĂ© musicale METZ 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture la saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction.

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LIRE aussi pour les 150 ans en 2019 de la mort de Hector Berlioz, notre grand dossier BERLIOZ 2019 :
http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/?fbclid=IwAR2Co0LYiAjWECfKJKZx6d-NzRJjfVIGlsi4SraP4R8MgZmhpWyQ48xTTJg

 

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PROCHAIN CONCERT de l’Orchestre national de METZ, dirigĂ© par David REILAND Ă  l’Arsenal de METZ : Le BolĂ©ro de Ravel dans un dispositif dĂ©complexĂ©, accessible

METZ, Arsenal. Ravel : BOLÉRO, dim 22 sept 2019, 18h. APERO-CONCERT. LIRE ici notre prĂ©sentation du BolĂ©ro de Ravel par David Reiland et le National de Metz :
https://www.classiquenews.com/metz-apero-concert-le-bolero-de-maurice-ravel/

LIRE aussi notre présentation de HAROLD en Italie de Berlioz :
https://www.classiquenews.com/metz-concert-douverture-david-reiland-joue-berlioz/ 

 

 

 

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Découvrez aussi la nouvelle saison 2019 2020 de la cité musicale Metz, et nos temps forts à ne pas manquer :

 

 

https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/METZ CitĂ© musicale-METZ, saison 2019 – 2020. La nouvelle saison 2019 2020 de la CitĂ© musicale-Metz affirme davantage l’ampleur de la vie culturelle et musicale destinĂ©es au messins et aux visiteurs de METZ. A travers son Ă©loquente diversitĂ© des lieux et des offres (aux cĂŽtĂ©s de l’Orchestre National de Metz, trois salles Ă  METZ : Arsenal, BAM, Trinitaires), la programmation messine affiche un bel Ă©clectisme, pourtant douĂ© d’une cohĂ©rence manifeste. L’offre sait exploiter Ă  l’échelle de la ville, les sites et phalanges prĂ©sentes pour unifier et clarifier davantage l’offre musique et danse Ă  Metz. En plus de son cƓur artistique, la CitĂ© musicale-Metz favorise les plaisirs de la musique Ă  travers ses actions d’éducation artistique, de mĂ©diations, ses nombreuses rencontres conviviales, familiales
 lesquelles tissent dĂ©sormais un lien constant entre l’art et les citoyens. En somme, un modĂšle de culture vivante intĂ©grĂ©e.

 

 

 

 

 

 

VIDEO. BELLINI belcanto AcadĂ©mie, Ă©tĂ© 2019 : chanter Bellini, Rossini, Puccini…

bellini-belcanto-academie-guidarini-cortez-opera-stage-vendome-classiquenews-musicarteVIDEO, reportage  BELLINI belcanto AcadĂ©mie, Ă©tĂ© 2019. C’était du 1er au 9 aoĂ»t dernier (2019) Ă  VENDÔME (41), au Campus Monceau : les jeunes chanteurs stagiaires de la BELLINI belcanto AcadĂ©mie suivaient les sessions de travail et d’approfondissement prodiguĂ©s par les deux maĂźtres de stage : le chef Marco Guidarini, et la mezzo-soprano Viorica Cortez (avec au piano, Maguelone Parigot, chef de chant). Tous maĂźtrisent, expĂ©rience oblige, l’art si dĂ©licat et raffinĂ© du belcanto italien : phrasĂ©s, articulation, agilitĂ© et Ă©lĂ©gance, sans omettre le legato et la prĂ©cision
 autant de qualitĂ©s et prĂ©requis qui font de l’art du bel canto, l’une des disciplines lyriques les plus difficiles.
Pendant cette nouvelle Ă©dition de l’Atelier Lyrique d’étĂ©, l’AcadĂ©mie a innovĂ© en proposant aux jeunes chanteurs le travail scĂ©nique de leurs airs : chanter c’est savoir jouer avec son corps.

De la technique vocale Ă  l’interprĂ©tation avec jeu scĂ©nique
 l’AcadĂ©mie Bellini propose aujourd’hui la meilleure formation et la plus complĂšte pour le jeune interprĂšte lyrique, de surcroit appliquĂ© au bel canto (Rossini, Bellini, Donizetti). IntitulĂ© « de Mozart Ă  Puccini », l’Atelier estival 2019 permettait de perfectionner encore et encore sa comprĂ©hension des styles vocaux depuis Mozart jusqu’à Puccini. Parmi les stagiaires cet Ă©tĂ©, la prĂ©sence du dernier Grand Prix Bellini 2019, la sud-africaine Nombulelo Yende a Ă©tĂ© particuliĂšrement remarquĂ©e, comme celle de ses consƓurs, les sopranos françaises CĂ©cile Achile et DĂ©borah Salazar
 Best of video de la session 2019. © CLASSIQUENEWS.TV –  MUSICARTE – RĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM

 

 
 

 
Le mĂȘme reportage vidĂ©o sur YOUTUBE :

 

  

 

COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon


COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582Christoph MĂŒller, intendant gĂ©nĂ©ral du GSTAAD MENUHIN Festifal, d’édition en Ă©dition, ne cesse d’affirmer sa singularitĂ© estivale, a contrario d’autres festivals suisses et europĂ©ens dont la programmation demeure Ă©clectique mais confuse, souvent standardisĂ©e Ă  force d’artistes invitĂ©s au profil interchangeable. Rien de tel Ă  Gstaad chaque Ă©tĂ© tant l’équation entre Nature et Musique s’avĂšre prĂ©servĂ©e, et mĂȘme sublimĂ©e. En choisissant (et fidĂ©lisant) Ă  prĂ©sent certains artistes de la scĂšne internationale, Christoph MĂŒller a su marquer son festival d’une forte identitĂ© artistique, que le geste singulier « d’ambassadeurs », tels Sol Gabetta, Jonas Kaufmann, Yuja Wang, – et cette annĂ©e Bertrand Chamayou, prĂ©sentĂ© en “artiste en rĂ©sidence”,  rend spĂ©cifique.

GSTAAD, UNE ARCADIE RETROUVÉE ENTRE NATURE ET MUSIQUE

Le festivalier qui vient Ă  Gstaad, ou rĂ©side dans les villages voisins de Schönried ou de Saanen (entre autres), retrouve ainsi le charme spĂ©cifique de programmes musicaux rares voire inĂ©dits, au sein d’églises souvent sĂ©culaires, Ă  la nef de bois tapissĂ©e, dont la rusticitĂ© et le caractĂšre champĂȘtre offrent une inusable sĂ©duction pastorale. Ailleurs on aime et se dĂ©lecte de musique baroque sur le motif (en VendĂ©e : voyez le festival de William Christie chaque mois d’aoĂ»t aussi, en ses jardins que le chef jardinier a totalement dessinĂ©s) ; ou d’opĂ©ras sur nature (allez Ă  Glyndebourne oĂč le spectateur triĂ© sur le volet peut pique-niquer sur un gazon des plus tendres, entre deux actes, pourvu que le bosquet soit confortable
). A Gstaad, s’ajoute le dĂ©cor, majestueux, onirique, des montagnes et sommets alpins d’une irrĂ©sistible solennitĂ©. Le rĂȘve d’une Arcadie alpine se prĂ©cise Ă  Gstaad.

GrĂące Ă  la diversitĂ© des formes musicales, le temps de notre (trop court) sĂ©jour : rĂ©cital de piano, musique de chambre, rĂ©cital lyrique
, le Gstaad Festival Menuhin sait rĂ©pondre Ă  tous les goĂ»ts. A l’offre Ă©largie rĂ©pond la beautĂ© des sites naturels prĂ©servĂ©s dans cet Ă©crin unique au monde, d’une Suisse verte et florissante. Entre chaque concert (le soir Ă  19h30), le festivalier marcheur peut se hisser jusqu’aux sommets grĂące aux remontĂ©es mĂ©caniques de Wispile, Rellerli ou de Wasserngrat. Il y contemple le vertige qu’offre la vision panoramique des vallĂ©es tranquilles, dignes des meilleurs compositions d’un Caspar Friedrich. Gstaad chaque Ă©tĂ© s’adresse au mĂ©lomane exigeant comme au randonneur Ă©pris de tourisme vert. Les 3 concerts des 25, 26 et 27 juillet auxquels nous avons assistĂ©, n’ont pas manquĂ© de confirmer la forte attractivitĂ© du Gstaad Menuhin Festival (63Ăšme Ă©dition Ă  l’étĂ© 2019).

 

 

 

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Bertrand CHAMAYOU, Sol GABETTA, Christoph MÜLLER
(© Raphaël Faux / GSTAAD MENUHIN Festival 2019)

 

 

 

 

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Musique de chambre, rĂ©cital de piano, concert lyrique…

3 concerts exceptionnels au GSTAAD Menuhin Festival 2019

 

 

 

 

 

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CHAMBRISME à la française

Jeudi 25 juillet 2019. Le thĂšme de cette annĂ©e cĂ©lĂšbre PARIS Ă  travers les compositeurs qui ont marquĂ© le paysage hexagonal comme l’histoire de la musique tout court. Ce sont aussi des interprĂštes que la sensibilitĂ© et le sens des couleurs comme de la transparence – qualitĂ©s essentiellement parisiennes et françaises, destinent prĂ©cisĂ©ment au sujet gĂ©nĂ©rique : ainsi, le pianiste toulousain Bertrand Chamayou (nĂ© en 1981, Ă©lĂšve de Jean-François Heisser) affirme une maturitĂ© Ă  la fois, rayonnante et rĂ©servĂ©e au service de programmes multiples (5 annoncĂ©s pour cette Ă©dition 2019) qui en font « l’artiste en rĂ©sidence » de ce cru. Dans l’église mythique de Saanen, lĂ  mĂȘme oĂč a jouĂ© le fondateur Yehudi Menuhin dĂšs 1957 (pour les dĂ©buts du Festival suisse), le Français partage la scĂšne avec la violoncelliste Sol Gabetta, autre ambassadrice de charme, chaque Ă©tĂ© Ă  Gstaad : les deux artistes se connaissent depuis de trĂšs longues annĂ©es ; depuis l’adolescence, ils jouent trĂšs souvent ensemble ; mais ce soir, c’est la premiĂšre fois qu’ils opĂšrent de concert Ă  Saanen.
DĂšs la Sonate de Debussy (1916), claire rĂ©vĂ©rence Ă  l’esprit de Rameau et de Watteau, la complicitĂ© des deux interprĂštes rayonnent d’une mĂȘme ardeur, souvent plus mesurĂ©e et mieux ciselĂ©e chez Sol Gabetta dont on ne cesse de se dĂ©lecter de la grĂące intĂ©rieure et du caractĂšre d’urgence enflammĂ©e ; l’épure, le sens de la fulgurance, comme le picaresque de la SĂ©rĂ©nade (habanera avec effet de mandoline) fourmille d’éclats Ă  la façon des Français baroques (on pense davantage Ă  Couperin qu’à Rameau, dans cette alliance ineffable entre langueur mĂ©lancolique et panache ironique). Puis, la libĂ©ration (cadence du 3Ăš et dernier mouvement) est rĂ©servĂ©e au violoncelle, lĂ  encore d’une fiertĂ© latine (espagnole, proche d’IbĂ©ria) que la violoncelliste illumine avec cette tendresse fluide et intĂ©rieure qui est sa marque. Aux cordes rubanĂ©es, d’une exquise langueur chantante rĂ©pond parfois un piano trop dur auquel Ă©chappe Ă  notre avis, le ton de saturnisme lunaire et nostalgique du Pierrot que Debussy avait imaginĂ© en second plan.
La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e demeure la Sonate de Poulenc, aussi flamboyante (et parfois bavarde) qu’oubliĂ©e depuis sa crĂ©ation en 1949. Poulenc se rapproche du cercle de Debussy et Ravel car il apprit le piano avec Ricardo Viñes, – immense interprĂšte des deux ainĂ©s de Poulenc. En 4 mouvements, chacun trĂšs caractĂ©risĂ© et riche en contrastes, la FP 143 collectionne rythmes et atmosphĂšres mais sait aussi plonger dans la tendresse qui berce en une gravitĂ© saisissante (Cavatine). Agile et volubile, inspirĂ© et complice, le duo Gabetta / Chamayou convainc du dĂ©but Ă  la fin par ses allers retours percutants, dessinĂ©s, d’une nervositĂ© affectueuse.
Dernier volet de ce triptyque chambriste Ă  Saanen, la Sonate pour violoncelle de Chopin (1848) Ă©crite pour le virtuose et ami lillois Auguste-Joseph Franchomme. DerniĂšre des quatre Sonates, la Sonate opus 65 Ă©tonne par la fusion trĂšs rĂ©ussie entre les deux instruments, un accord qui retrouve l’entente de la Sonate de Debussy : s’y affirme ce goĂ»t de l’équilibre formel (peut-ĂȘtre inspirĂ© par le traitĂ© de Cherubini que le dernier Chopin lit et relit comme pour mieux structurer ses derniĂšres Ɠuvres
 surtout celles non strictement pianistiques). Le sens du phrasĂ© propre Ă  Sol Gabetta facilite l’élucidation du rubato chopinien que beaucoup de ses confrĂšres et consƓurs ne maĂźtrisent pas avec autant d’évidence : comme souvent dans son jeu intĂ©riorisĂ©, le chant du violoncelle semble surgir de l’ombre, portĂ©, incarnĂ© par une Ă©nergie viscĂ©rale, organique. On y remarque en particulier la valse languissante du trio dans le Scherzo ; surtout l’entrain et la vivacitĂ© du Finale oĂč rayonne l’entente idĂ©ale des deux artistes. On aime Ă  Gstaad le dĂ©fi des duos de musiciens : ce soir, l’intelligence en partage et le sens d’une mĂȘme musicalitĂ© expressive font la valeur de ce programme. L’esprit de Paris s’est incarnĂ© dans l’élĂ©gance et la profondeur, grĂące Ă  deux interprĂštes heureux de jouer ensemble.

 

 

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BERTRAND CHAMAYOU, alchimiste ravélien
Le lendemain, autre programme, autre lieu, mais les festivaliers retrouvent Bertrand Chamayou pour son rĂ©cital en soliste, vendredi 26 juillet, dans la petite Ă©glise de Rougemont, dont le volume de la nef est couronnĂ© par la figure d’un sublime Christ sur la croix dont le dessin est du dĂ©but XVIIĂš. Le programme est ambitieux et s’ouvre d’abord par Schumann. A l’écoute de Carnaval principalement, la schizophrĂ©nie double de Robert le romantique, alternativement Florestan et Eusebius nous paraĂźt dĂ©pourvue de nuances troubles, trop marquĂ©e, trop sĂšchement assĂ©nĂ©e. Dommage. Par contre, aprĂšs la pause, un tout autre univers nous est rĂ©vĂ©lĂ© sous les doigts plus naturels et comme frappĂ©s d’évidence du pianiste français : les 5 joyaux de « Miroirs » de Ravel (1906) Ă©blouissent par leur justesse, un flux organiquement captivant, des nuances infinies qui ciselĂ©es dans la rĂ©sonance et les couleurs, miroitent : ils nous invitent au grand banquet des scintillements ravĂ©liens.

 

 

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Aucun doute, Bertrand Chamayou se montre immense poĂšte, alchimiste Ă©vocateur, Ă  la fois passeur des sortilĂšges et grand ambassadeur du sorcier Ravel. On y perce le secret d’épisodes suspendus et picturaux dont le gĂ©nie de la ligne et des impulsions esquissĂ©es, compose pourtant une cathĂ©drale harmoniquement subtile et onirique, aux caractĂšres et accents fermes et nets, Ă  couper le souffle. Le jeu est solide et il respire. Le sĂ©rieux, la probitĂ© voire le scrupule du pianiste en comprennent et les Ă©quilibres millimĂ©trĂ©s et la brillance Ă©vanescente. En surgit un Ravel Ă  la fois cĂ©rĂ©bral et sensuel dont l’esprit des couleurs vibre, s’exalte, ambitionne un nouveau monde ; quand l’élan et l’audace des harmonies toujours imprĂ©visibles font imploser l’assise et l’architecture. On connaĂźt les deux fragments que Ravel orchestra par la suite : Une barque sur l’ocĂ©an et Alborada del Gracioso (Aubade du bouffon).
Ecouter ce soir Ă  Rougemont, l’intĂ©gralitĂ© du cycle des 5 piĂšces relĂšve d’une expĂ©rience singuliĂšre oĂč le compositeur semble rĂ©inventer tout le langage musical pour piano. On s’y berce de sonoritĂ©s Ă  la fois enveloppantes et Ă©cumantes, enivrĂ©s par un pur esprit expĂ©rimental. La libertĂ© harmonique sous les doigts flexibles, facĂ©tieux, enchanteurs du pianiste, saisit immĂ©diatement : on y perçoit un Ravel, grand prĂȘtre des images et illusions, peintre des modernitĂ©s et du futur qui ose plus loin que Debussy. Ses Miroirs dĂ©voilent le son de l’invisible et de l’inconnu, selon la conception d’un aigle agile et visionnaire, libĂ©rĂ© de toute entrave, et narrative et stylistique. « Noctuelles » expriment l’envol des papillons noctambules, leur lĂ©gĂšretĂ© dĂ©sirante ; « Oiseaux tristes » (dĂ©diĂ© au crĂ©ateur Riccardo Viñes), touche au cƓur de la magie animaliĂšre qui inspire et rĂ©vĂšle un Ravel ornithologue : Bertrand Chamayou sublime le chant solitaire d‘oiseaux dĂ©sespĂ©rĂ©s saisis par la chaleur de l’étĂ© (quoi de plus actuel au moment oĂč une canicule terrifiante s’abat sur l’Europe?) : c’est la plus courte piĂšce
 et la plus bouleversante.
Les couleurs d’ « Une barque sur l’ocĂ©an
 » (dĂ©diĂ© au peintre Paul Sordes du groupe des Apaches) envoĂ»tent par leurs balancements marins, Ă©perdus, suspendus, enivrants. « L’Aubade du bouffon » (/Alborada del Gracioso) semble citer Chabrier, modĂšle pour Ravel et premier compositeur Ă  ouvrir dans les champs français, la grande perspective des rythmes hispaniques : le nerf et le sens du dessin leur confĂšrent ici, sous les doigts magiciens de Bertrand Chamayou, une carrure et un allant, phĂ©nomĂ©naux. Enfin, « La vallĂ©e des cloches » dĂ©ploie cette sensualitĂ© ondulante, serpent harmonique qui sĂ©duit, tout en fermetĂ© onirique et qui au final, fait imploser la forme. Conception et geste fusionnent : ils Ă©clairent combien le sens de la musique ravĂ©lienne est pictural, synthĂšse inouĂŻe du Monet coloriste et du Picasso, concepteur rĂ©formateur. La sĂ©quence relĂšve du prodige et confirme dĂ©finitivement l’adĂ©quation comme les affinitĂ©s de Bertrand Chamayou avec l’auteur de Gaspard de la nuit. Les effets de miroir se poursuivent prĂ©cisant d’autres filiations que l’on ne soupçonnait guĂšre : aux cloches ravĂ©liennes rĂ©pondent celles (pourtant plus tardives) d’un Saint-SaĂ«ns, lui aussi soucieux de couleurs comme de rĂ©sonances (« Les cloches de Las Palmas »). Voici donc l’auteur de Samson et Dalila mis au parfum de l’innovation
 en bis de ce rĂ©cital saisissant, la rare toccata du Tombeau de Couperin, ultime offrande ravĂ©lienne oĂč l’espace et le temps deviennent couleurs et mouvements. RĂ©cital mĂ©morable.
 

 

 

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MOZART INCANDESCENT
Le lendemain (samedi 27 juillet 2019) retour dans l’église de Saanen. Lever de rideau des plus engageants, l’ouverture des Nozze di Figaro trĂ©pigne et fait claquer les tutti, – l’orchestre sur instruments d’époque La Cetra ne manque pas de nervositĂ© ; c’est une prĂ©paration idĂ©ale et trĂšs dramatique pour l’apparition de la diva française Patricia Petibon dont la silhouette relĂšve d’une pythie hallucinĂ©e, sorte d’extraterrestre de passage, engagĂ©e dans un chant surexpressif, Ă  la gestuelle volontaire.

 

 

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La chanteuse a du chien et du tempĂ©rament. Par respect du public et de la musique, elle leur donne tout. Fabuleuse crĂ©ature dĂ©lirante plutĂŽt que cocotte statique, la cantatrice a construit un programme majoritairement mozartien qui va crescendo, depuis la langueur tendre et inquiĂšte de Barbarina (des Nozze justement), Ă  la solitude mĂ©lancolique de la Comptesse (Porgi amor : victime impuissante des dĂ©sillusions amoureuses). Puis c’est l’écriture parisienne du dernier Gluck en France (Paride ed Elena) dont on savoure l’esprit pastoral, la tendresse simple dont s’est tant dĂ©lectĂ© Rousseau.
La seconde partie affirme l’impĂ©tuositĂ© des instrumentistes, leur qualitĂ© roborative sous la direction parfois mĂ©canisĂ©e, un peu sĂšche et roide du chef en manque de nuances (symphonie VB 142 de Joseph Martin Kraus). Enfin, chauffĂ©e et prĂȘte Ă  en dĂ©coudre dans cette arĂšne nĂ©oclassique, pleine de furie comme d’élans vengeurs, « Sturm und drang » (tempĂȘte et passion), Patricia Petibon finit le portrait lyrique qu’elle avait amorcĂ© en premiĂšre partie : sa Giunia (Lucio Silla, premier seria d’une ardeur inĂ©dite alors) n’est que frĂ©missement et invocation sincĂšre ; l’imprĂ©cation d’Alceste « DivinitĂ©s du Styx » s’impose par sa noblesse et sa dĂ©sespĂ©rance ample.

 

 

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Mais l’acmĂ© de ce rĂ©cital qui cĂ©lĂšbre le style tragique et pathĂ©tique Ă  Paris propre aux annĂ©es 1770 et 1780, demeure Idomeneo, autre seria majeur de Mozart, en sa somptueuse parure orchestrale (l’ouverture majestueuse et impĂ©tueuse, mieux rĂ©ussie par La Cetra) : paraĂźt Elettra, victime haineuse et rageuse que son impuissance lĂ  encore rend inconsolable et persiflante, au bord de la folie : cette Électre de Mozart prolonge, en conclusion de tout l’opĂ©ra, la sĂ©rie des magiciennes baroques (les MĂ©dĂ©e, Alcina et Armide), pourtant solitaires et finalement dĂ©munies ; le chant se fait au delĂ  de l’invocation terrifiante (digne d’une Gorgone car elle Ă©voque la morsure des serpents), expression troublante d’une dĂ©pression personnelle : la furie est un ĂȘtre dĂ©truit. Formidable actrice au chant servant le texte, Patricia Petibon Ă©claire ce qui Ă  Paris Ă  la veille de la RĂ©volution, – comme ce soir Ă  Saanen, a troublĂ© le public : l’expression du tragique dĂ©sespĂ©rĂ©. PrĂ©sence et incarnation, irrĂ©sistibles.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, festivals. GSTAAD MENUHIN Festival, les 25, 26 et 27 juillet 2019. «  PARIS » : Debussy, Poulenc, Chopin / RAVEL, Saint-SaĂ«ns / Mozart, Gluck
 Sol Gabetta (violoncelle), Bertrand Chamayou (piano), Patricia Petibon (soprano). La Cetra (Karel Valter, direction). / Illustrations : © RaphaĂ«l Faux /   gstaadphotography.com / GSTAAD MENUHIN Festival 2019

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A VENIR... Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL se dĂ©roule en Suisse (Saanenland) jusqu’au 6 septembre prochain. Parmi les nombreux Ă©vĂ©nements musicaux annoncĂ©s, voici nos 10 coups de coeur Ă  ne pas manquer :

 

 

1
Samedi 3 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
La Truite – Semaine française IV
Ibragimova, Power, Gabetta & Chamayou
Alina Ibragimova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Lawrence Power, alto
Sol Gabetta, violoncelle
Yann Dubost, contrebasse
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-03-08-19-2

 

 

2
Dimanche 11 août 2019
18h00, Eglise de Saanen
Concert orchestral
80 ans de Bartók à Gstaad – Bartók et la Suisse I
Bertrand Chamayou & Kammerorchester Basel
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019
Kammerorchester Basel

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19

 

 

3
Jeudi 15 août 2019
17h30, Tente du Festival de Gstaad
L’Heure Bleue
Gstaad Conducting Academy – Concert de clîture III
Gstaad Festival Orchestra
Etudiants de la Gstaad Conducting Academy

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/l-heure-bleue15-08-19

 

 

4
Samedi 17 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
PathĂ©tique – Manfred Honeck & Seong-Jin Cho
Gstaad Festival Orchestra II
Seong-Jin Cho, piano
Gstaad Festival Orchestra
Manfred Honeck, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-17-08-19

 

 

5
Vendredi 23 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
GALA Concert orchestral
Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Vivaldi : airs d’opĂ©ras & concertos
Les Musiciens du Prince – Monaco
Andrés Gabetta, Violine & Konzertmeister

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-23-08-19

 

 

6
Samedi 24 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Opéra version de concert
Carmen
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano (Carmen)
Marcelo Alvarez, ténor (Don José)
Julie Fuchs, soprano (Micaëla)
Luca Pisaroni, baryton (Escamillo)
Uliana Alexyuk, soprano (Frasquita)
SinĂ©ad O’Kelly, mezzo-soprano (MercĂ©dĂšs)
Manuel Walser, baryton (Le DancaĂŻre)
Omer Kobiljak, ténor (Le Remendado)
Alexander Kiechle, basse (Zuniga)
Dean Murphy, baryton (MoralĂšs)
ChƓur philharmonique de Brno
Orchestre de l’OpĂ©ra de Zurich – Philharmonia Zurich
Marco Armiliato, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/opera-concertant-24-08-19

 

 

7
Vendredi 30 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
Capriccioso – Daniel Lozakovich
Daniel Lozakovich, violon
Sergei Babayan, piano

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-30-08-19

 

 

8
Samedi 31 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction
Symphonie Fantastique de Berlioz / Concertopour violoncelle n°1 de Saint-Saëns

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

 

 

9
Dimanche 1er septembre 2019
18h, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
De Wagner à Ravel – Classique France-Allemagne
Klaus Florian Vogt & Gergely Madaras
Klaus Florian Vogt, ténor
Airs de Parsifal, Lohengrin (Wagner) / Boléro de Ravel
Orchestre National de Lyon
Gergely Madaras, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-01-09-19

 

 

10
Vendredi 6 septembre 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
«Rach 3»
Myung-Whun Chung & Yuja Wang
Yuja Wang, piano
Staatskapelle Dresden
Myung-Whun Chung, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-06-09-19

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS ET LES MODALITES DE RESERVATIONS
sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr

 

 

 

 

CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. À la source d’un genre riche en reprĂ©sentants Ă  chaque siĂšcle, et bien avant ceux de Mozart (dĂ©sarmant, sincĂšre … autobiographique ?), Berlioz (spectaculaire et spatial), Verdi (opĂ©ratique mais si fraternel)… Ă©blouit, tel un gemme tombĂ© du ciel, celui lumineux et solaire de l’espagnol TomĂĄs Luis de Victoria (1548 – 1611), maĂźtre de la polyphonie Renaissance. Autant ses successeurs, exprimeront les souffrances des pĂȘcheurs, l’incertitude du croyant, la figure effrayante de la mort inflexible, autant Victoria illuminĂ© lui-mĂȘme par la grĂące de la rĂ©vĂ©lation, peint au cours de ce sommet de la ferveur datĂ© de 1603 (pour les funĂ©railles de l’impĂ©ratrice douairiĂšre Marie de Habsbourg), les champs cĂ©lestes du Paradis
 ceux promis pour les justes, mais aussi l’extase des Ă©lus, la bĂ©atitude bienheureuse qu’offrent et diffusent les sphĂšres divines. L’auditeur est comme aspirĂ© vers des hauteurs de plus en plus vertigineuses Ă  peine concevables.

 

 
 

 

VERTIGES ET SENSATION DES HAUTEURS RÉVÉLÉES

 

 

Mais c’est davantage qu’une reprĂ©sentation abstraite et plus qu’une opĂ©ration de lĂ©vitation, car Vox Luminis par la rondeur de la sonoritĂ© collective, la maĂźtrise des nuances, expriment aussi la tendresse d’un Ă©tat de bien-ĂȘtre inouĂŻ. L’ensemble Ă  l’articulation enveloppante et pourtant aussi dĂ©taillĂ©e, plus intelligible que certains anglais, rĂ©vĂšlent la force poĂ©tique des textes, entre imploration et tendresse, comme l’impressionnante architecture de la partition, de l’ombre et son mystĂšre, Ă  la lumiĂšre des hauteurs rĂ©vĂ©lĂ©es.

victoria tomas luis polyphonie 1603 Officium defunctorum critique dossier concert classiquenewsDu chƓur de l’Ă©glise Saint-Martin encore ancrĂ©s au sol et rĂ©solus en une disposition en miroir, jusqu’Ă  la tribune au dessus du porche occidental : voix des anges plutĂŽt que chƓur implorant, les chanteurs de Vox Luminis expriment l’essence mĂȘme de cette Ă©criture faite splendeur et lumiĂšre. Comme le Livre des morts de l’Egypte ancienne (et clĂ© de voĂ»te de toute la croyance populaire dans l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne), c’est une traversĂ©e d’abord inquiĂšte et intranquille puis immĂ©diatement resplendissante qui nous est rĂ©servĂ©e. Vox Luminis rĂ©alise finalement une promesse exaucĂ©e, celle du dernier voyage dont il font une fabuleuse expĂ©rience : de la nuit Ă  l’aube des bienheureux. Les fabuleux passeurs sont nos guides pour une musique divine (au sens propre du terme). Ils achĂšvent le voyage dans les hauteurs, sur la tribune du porche, enveloppĂ©s dans les ondes cĂ©lestes qui offrent confort et fĂ©licitĂ©.

Au final, Vox Luminis nous fait entendre la richesse d’une partition parfaitement construite, synthĂšse et grand Ɠuvre personnelle, comme le sera la Messe en si de Bach (que l’ensemble a interprĂ©tĂ© l’annĂ©e derniĂšre pour Musique & MĂ©moire : voir notre reportage vidĂ©o Vox Luminis chante JS BACH au 25Ăš festival Musique et MĂ©moire). En un contrepoint sensible, apportant dans cette fresque inspirĂ©e qui tend Ă  l’éther, Jean-Charles Ablitzer fait sonner le somptueux orgue ibĂ©rique de l’église de Grandvillars, ajoutant Ă  la rĂ©alisation, une caractĂ©risation elle aussi bienheureuse. Mais aussi « efficace » car il faut bien accompagner les chanteurs pendant leur pĂ©rĂ©grination, du chƓur terrestre Ă  la tribune occidentale, cĂ©leste. Du grand art, en complicitĂ©.

Debout le public sidĂ©rĂ© applaudit chaleureusement les chanteurs et leur chef (Lionel Meunier) en un nouvel accomplissement qui est aussi une premiĂšre absolue pour les interprĂštes. CrĂ©ation et commande du festival Musique et MĂ©moire, ce concert demeurera mĂ©morable pour les festivaliers. Il est vrai que le directeur Fabrice Creux a ce don rare de choisir les interprĂštes, les oeuvres et les lieux, au bon moment. VoilĂ  qui fait de Musique et MĂ©moire l’Ă©crin d’expĂ©riences musicales aussi dĂ©cisives, autant pour le public que pour les artistes. En 2019, le festival dans les Vosges du Sud nous promet bien d’autres (re) decouvertes prometteuses… A suivre.

 

 
 

 

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CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. Prochains concerts Musique & MĂ©moire 2019 : WEEK END II ou “Acte II” : ALIA MENS joue JS BACH, du vendredi 25 juillet au dimanche 28 juillet 2019. Nouveau cycle de concerts incontournables dans les Vosges du sud, cet Ă©tĂ©.

 

 
 

 

REPORTAGE VIDEO. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25Ăš Ă©dition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE
 Peu Ă  peu, le Festival Musique & MĂ©moire (Vosges du Sud) a rĂ©vĂ©lĂ© des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques dĂ©fricheurs, exigeants. C’est le bĂ©nĂ©fice d’une ligne artistique qui fonde son action auprĂšs des artistes dans le sens d’un compagnonnage inĂ©dit
 des rĂ©sidences qui se dĂ©clinent pour chaque ensemble invitĂ© et donc associĂ©, Ă  3 annĂ©es de recherche, d’expĂ©rimentation, de consolidation. L’écriture suprĂȘme de Jean-SĂ©bastien Bach y tient une place en or – phĂ©nomĂšne singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien. VOIR notre reportage vidĂ©o JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

 

 

 

 
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LIRE aussi nos autres critiques comptes rendus des concerts FESTIVAL MUSIQUE & MEMOIRE 2019 :

 

COMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN


 

 

COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis. Au mĂ©rite du Festival Musique & MĂ©moire revient l’originalitĂ© de ce programme qui dĂ©voile ce qu’ailleurs on Ă©carte pour cause de focus trop « musicologique » : la verve en diable d’un auteur espagnol au carrefour du XVIĂš et du XVIIĂš, soit Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654) dont l’oeuvre avait Ă©tĂ© en partie rĂ©vĂ©lĂ©e dans le trĂšs bon coffret discographique publiĂ© par le Festival en mars dernier : coffret 2 cd / EL SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Arauxo, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2019. En rĂ©alitĂ© rien de pontifiant ni de spĂ©cialisĂ© : les spectateurs et festivaliers ont pu se dĂ©lecter d’un exceptionnel rĂ©cital engageant l’acoustique du lieu, la caractĂšre de l’orgue, en adĂ©quation parfaite avec la musique choisie.

Orgue et spiritualitĂ© de l’Espagne baroque

Cet aprĂšs midi (17h), nous retrouverons l’orgue ibĂ©rique de Grandvillars, inaugurĂ© l’annĂ©e derniĂšre, et aussi l’organiste Jean-Charles Ablitzer qui en a pilotĂ© le chantier. Au final, l’instrument remarquable vient complĂ©ter le riche patrimoine d’orgues sur le territoire des Vosges du Sud, et se montre parfaitement adaptĂ© au choix du compositeur et des partitions abordĂ©es ; les fameux Tientos dont 9 ici sont issus de son recueil publiĂ© en 1626. S’y libĂšre une fantaisie libre qui frappe par son invention, qu’il s’agisse de la main gauche et de la main droite, Arauxo ayant toujours le souci des ruptures, des contrastes ; son Ă©criture fourmille d’idĂ©es et de schĂ©mas imprĂ©vus, oĂč s’affirment les vocalises infinies (pour les 2 claviers) comme ce goĂ»t irrĂ©pressible des accents harmoniquement dissonants. AprĂšs l’atelier vĂ©nitien, celui flamboyant, sensuel, majestueux de Giovanni Gabrielli, incarnĂ© par La Fenice / Jean TubĂ©ry (concert Ă  Lure, ouverture de ce 26Ăš Festival Musique & MĂ©moire, la veille au soir : vendredi 19 juillet 2019), voici l’éblouissante virtuositĂ© expĂ©rimentale d’Arauxo, prĂȘtre et compositeur, organiste Ă  SĂ©ville et SĂ©govie, probablement d’origine portugaise.
La verve et l’imagination de ce prodigieux conteur indiquent un tempĂ©rament hors normes qui permet de mesurer les ressources saisissantes de l’orgue ibĂ©rique ainsi magnifiĂ©, d’autant que le jeu de Jean-Charles Ablitzer rĂ©pond aux dĂ©fis de partitions surprenantes : prĂ©cis et nuancĂ©, virtuose et dĂ©taillĂ©, il sait surtout indiquer le sens et la direction de piĂšces moins pĂ©dagogiques ou dĂ©monstratives que l’on veut bien le dire : des piĂšces de caractĂšre, vrais dĂ©fis pour l’interprĂšte, dont il faut trouver le liant unificateur, le flux organique naturel pour en rĂ©soudre la succession d’épisodes trĂšs diffĂ©rents. Rond et percutant, aussi facĂ©tieux et inspirĂ© que le compositeur lui-mĂȘme, Jean-Charles Ablitzer offre l’illusion d’un concert aux Ă©preuves rĂ©solues, entre expression et intention, comme si nous assistions Ă  un concert d’improvisations en Espagne au temps d’Arauxo. Eloquente rĂ©surrection.

POITIERS, TAP : Vox Luminis rĂ©enchante Bach et SchĂŒtzLe bel Ă©crin de l’église Saint-Martin de Grandvillars assure une acoustique idĂ©ale pour ce type de rĂ©pertoire : orgue et voix. Car les 9 tientos d’Arauxo ponctuent un itinĂ©raire spirituel composĂ© de piĂšces magistrales signĂ©es Victoria et surtout Morales dont on demeure frappĂ© par la piĂ©tĂ© Ă  la fois austĂšre et majestueuse (dernier Ă©pisode extrait de son Officium Defunctorum : Parce mihi, Domine, / Nihil enim sunt dies mei : « Epargne-moi Seigneur, car mes jours ne sont rien »). Si Victoria nous laisse apercevoir la lumiĂšre des bĂ©atitudes cĂ©lestes, Morales ne cache rien de la terreur profonde qui rĂ©duit l’homme Ă  la poussiĂšre et Ă  la vacuitĂ©. Il faut absolument lire et approfondir la haute spiritualitĂ© de ses vers pour apprĂ©cier dans toute leur clartĂ© onctueuse, le verbe articulĂ©, le geste sonore d’une superbe cohĂ©rence collective de Vox Luminis.

« Si j’ai pĂ©chĂ©, que t‘ai je fait, Ă  toi,
l’observateur attentif de l’homme ?
Pourquoi m’as tu pris pour cible,
pourquoi te suis Ă  charge ?
Ne peux-tu tolérer mon offense,
passer sur ma faute ?
Car bientÎt je serai couché dans la poussiÚre,
tu me chercheras,
et je ne serai déjà plus. »

La foi baroque espagnole s’impose ainsi par son rĂ©alisme cru (vers tirĂ©s du Livre de Job), son dĂ©nuement, son mysticisme tissĂ© dans l’humilitĂ© et la vanitĂ©, un souffle qui est touchĂ© par la grĂące et, dĂ©jĂ , simultanĂ©ment l’insigne du renoncement (comme pour compenser l’orgueil de la priĂšre). Vox Luminis ferme les interventions chorales par ce sublime Ă©noncĂ© qui renvoie Ă  nos propres expĂ©riences intimes : une intonation saisissante de sincĂ©ritĂ©, et dans la nef du vaisseau de Grandvillars, dans sa rĂ©sonance idĂ©ale, la concrĂ©tisation musicale d’une conscience incandescente, presque rasserĂ©nĂ©e : l’imploration se fait dans la rĂ©alisation vocale, acte de tendresse, et dĂ©jĂ  volontĂ© d’apaisement. Par la magie des lieux, l’engagement des interprĂštes, la qualitĂ© propre d’un superbe orgue, le concert s’inscrit parmi les grands moments de Musique & MĂ©moire. Et pourtant, le programme qui suit Ă  21h dans le mĂȘme lieu allait franchir un jalon supplĂ©mentaire.

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COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

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CD : El Siglo de Oro (Jean-Charles Ablitzer / Festival Musique & MĂ©moire, 2018)

ablitzer-jean-charles-siglo-de-oro-cd-festival-musique-et-memoire-cd-critique-annonce-cd-orgue-par-classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. El SIGLO DE ORO. Jean-Charles Ablitzer, orgue espagnol de Grandvillars : Cabezon, Cabanilles
 (2 cd Musique & MĂ©moire, oct 2018). En 2 cd, remarquablement Ă©ditĂ©s (livret et illustrations de grande valeur, dĂ©taillant les qualitĂ©s de l’instrument ibĂ©rique rĂ©cemment inaugurĂ© Ă  Grandvillars, en oct 2018), le coffret Ă  l’initiative du festival Musique & MĂ©moire souligne l’Ɠuvre de dĂ©fricheur de l’organiste Jean-Charles Ablitzer (par ailleurs artiste associĂ© du Festival des Vosges du sud) ; sa recherche sur l’organologie Ă©largit toujours les champs de connaissances comme elle ne cesse de poser des questions sur la maniĂšre d’interprĂ©ter une trĂšs riche littĂ©rature musicale. S’agissant de l’orgue ibĂ©rique, voici un jalon indiscutable qui lĂšve le voile sur la diversitĂ© des Ă©critures comme l’originalitĂ© de la facture instrumentale Ă  l’époque de Charles Quint et de ses successeurs
 Lire notre critique intĂ©grale du cd El Siglo de oro (Jean-Charles Ablitzer / Festival Musique & MĂ©moire, 2018)

COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN
 Alors que la monarchie en France cherche encore la musique de sa gloire, Venise a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© la sienne Ă  travers la chapelle de son Doge, incarnation vivante et thĂ©ĂątralisĂ©e de sa puissance sur les mers (en particulier depuis la bataille de LĂ©pante, 1571). En peinture, les maĂźtres de la couleur affirment un sens innĂ© de l’architecture et des compositions vertigineuses qui font d’ailleurs dĂ©lices et splendeur du dĂ©cor du palais des doges : Tintoret (et sa formidable Ă©vocation du Paradis en anneaux cĂ©lestes), en attestent son souffle, sa carrure, son rythme dĂ©jĂ  baroque de la mise en scĂšne… MĂȘme Ă©clat, mĂȘme faste et intelligence des mouvements et de l’espace chez Giovanni Gabrielli (1557 – 1612) dont la puissante polyphonie, le sens des contrastes, le raffinements des couleurs instrumentales (cordes, cornets, trombones) semblent ici concrĂ©tiser un absolu expressif qui concentre et les recherches musicales, et le prestige du doge.
Grand dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire et de cette pĂ©riode oĂč tout se joue entre Renaissance et Baroque, Jean TubĂ©ry rĂ©unit autour de lui instrumentistes et chanteurs pour Ă©voquer le cĂ©rĂ©moniel du couronnement du Doge Giovanni Bembo Ă  Venise, probablement vers 1615. Sous les coupoles de San Marco, – la chapelle du Doge, se dĂ©ploie comme nulle part ailleurs, l’esthĂ©tique Ă  la fois spatialisĂ©e et d’un grand raffinement de timbres, en rapport avec le riche dĂ©cor des mosaĂŻques d’or. Il paraĂźt Ă©vident que Gabrielli a connu le remarquable recueil des VĂȘpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (1557 – 1643), datĂ© de 1610 : vrai laboratoire mĂȘlant avec une rare intelligence expĂ©rimentale, styles modernes et anciens. De Giovanni Ă  Claudio (nĂ©s la mĂȘme annĂ©e), rayonnent une mĂȘme libertĂ© du geste, l’amour des combinaisons nouvelles, le sens des jeux formels, une volontĂ© inĂ©dite de renouveler et inventer les formes musicales en variant effectifs et dĂ©veloppements.

 
 

 
 

Pour lancer le 26Ăš Festival Musique & MĂ©moire, Jean TubĂ©ry et La Fenice Ă©voquent le couronnement du Doge Giovanni Bembo
 Ă  VENISE, Ă  San Marco et au Palazzo Ducale…

VENISE, 1615

 
 

Giovanni Bembo incoronazione a venezia la fenice jean tubery critique musique et memoire festival critique concert opera messe classiquenews 26 e festival musique et memoire 2019Autant d’inventions qui renouvellent le stricte cadre d’une cĂ©lĂ©bration officielle et pompeuse. Car c’est bien ce que nous permet d’écouter Jean TubĂ©ry et les musiciens de son ensemble La Fenice (la formation fĂȘtera ses 30 ans en 2020) : la richesse et la sensualitĂ©, le dramatisme et la vitalitĂ©. Venise n’a pas encore inventĂ© l’opĂ©ra (1637), mais elle a dĂ©sormais tous les Ă©lĂ©ments du langage pour rĂ©ussir ce dĂ©fi. 10 annĂ©es avant, on reste saisi par la facultĂ© Ă  varier, le souci de sĂ©duire et d’envelopper, la volontĂ© d’articuler par la voix et l’instrument, traitĂ©s Ă  Ă©galitĂ©. De Gabrieli Ă  Monteverdi (et vice versa) circule la mĂȘme ambition inventive, d’autant que Claudio Monteverdi succĂšde Ă  son aĂźnĂ© au poste de maĂźtre de chapelle de San Marco en 1614. Puis en 1617, sont publiĂ©es plusieurs recueils de la musique de Gabrieli alors que Claudio est responsable de toute la musique officielle Ă  San Marco. Il est donc plus que lĂ©gitime d’associer les deux signatures : opportunitĂ© pertinente qui Ă©claire cet atelier vĂ©nitien entre les deux styles (antico et moderno), une communautĂ© de sensibilitĂ© et de recherches, aux maniĂšres quasi interchangeables (comme en leur atelier « cubiste », Picasso et Braque peignant de la mĂȘme façon au dĂ©but du XXĂš). Ici la proximitĂ© est indĂ©niable : elle dĂ©voile ce laboratoire musical intense et rĂ©formateur, entre Renaissance et Baroque, pĂ©riode mixte, intermĂ©diaire, dĂ©licieusement ambivalente dont le Festival Musique et MĂ©moire aime prĂ©ciser la dynamique des ferments mĂȘlĂ©s.

Le concert dĂ©bute Ă  l’orgue positif (aux trĂšs riches couleurs instrumentales) qui ponctue toute l’architecture du concert ; puis c’est le vertigineux motet concertant (Motetto concertato) pour voix et instruments de Giovanni Gabrielli : « In ecclesiis benedicte Domino », vĂ©ritable cathĂ©drale bondissante et rugissante, sensuelle et mĂȘme caressante dont la prodigieuse architecture indique l’ambition de spatialisation, le souffle pictural, le sens dramatique aussi dans les longues vagues sonores qui n’en finissent pas d’étirer leur superbe ondulation. S’il ne fallait retenir qu’une piĂšce de Gabrielli, celle ci s’affirme sans discussion. Jean TubĂ©ry ajoute le « Laudate Dominum » de Francesco Usper (1561 – 1641), autre formidable partition, trĂšs dramatique lĂ  encore, exclamative dont on savoure le jeu dialoguĂ© entre cuivres (profondeur et majestĂ© des trombones) et cordes (brillance des violons). Joueur de l’instrument, le chef et crĂ©ateur de La Fenice, n’omet pas la place premiĂšre du cornet, dont l’aigu infini dessine l’extrĂ©mitĂ© d’un spectre sonore Ă©largi, contrastant avec le grave spectaculaire (chtonien) des mĂȘmes trombones, complĂ©tĂ©s par le basson.
C’est Ă  Venise aussi que se fixent les premiĂšres formes de musique instrumentale pure : le goĂ»t des timbres associĂ©s, diversifiĂ©s, alternĂ©s s’affirment dans plusieurs piĂšces qui font converser dans l’esprit d’un chambrisme qui se façonne alors, cornets, violons, cuivres amples et articulĂ©s.
Le collectif, instrumentistes et chanteurs, s’enivre et joue la surenchĂšre en un festival de couleurs et de nuances dont le but ultime cherche Ă  fusionner majestĂ© et sensualitĂ©, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. A l’égal des peintres qui ont marquĂ© d’un Ăąge d’or le siĂšcle prĂ©cĂ©dent Ă  Venise, les musiciens s’offrent et affirment la mĂȘme maestriĂ , dans l’opulence, la couleur, une suavitĂ© nouvelle qui fait bien de la CitĂ© lacustre, en ce dĂ©but du XVIIĂš (Seicento), le premier laboratoire artistique d’Europe. InspirĂ© par son sujet, pilotant les effectifs de la Fenice auxquels se joignent deux jeunes instrumentistes locaux pour le dernier Ă©pisode (« Jubilate Deo Omnis terra », particuliĂšrement festif), Jean TubĂ©ry illustre idĂ©alement son sujet : le couronnement du Doge, Ă  San Marco puis au Palais ducal (Palazzo Ducale) ; il en ressuscite l’énergie impĂ©tueuse, la riche palette sonore, l’ampleur et les Ă©tagements vertigineux. Pour inaugurer, le 26Ăš festival Musique et MĂ©moire, on ne pouvait rĂȘver meilleure arche Ă  la fois majestueuse et raffinĂ©e, sacrĂ©e et profane, incarnĂ©e, dramatique et spirituelle.

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (26Ăšme Festival MUSIQUE ET MÉMOIRE) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry

FESTIVAL CLASSICA : l’Ă©vĂ©nement au QuĂ©bec, classique et populaire. Bilan 2019 et 10Ăš Ă©dition en 2020

Marc-BOUCHER baryton festival classica-200x300COMPTE-RENDU, festivals. QuĂ©bec, Festival CLASSICA Ă  Saint-Lambert – 9Ăš Ă©dition 2019 : portant la dĂ©jĂ  9Ăš Ă©dition de son festival CLASSICA, Ă©vĂ©nement majeur au sein de l’agenda des festivals du printemps au QuĂ©bec, le baryton Marc Boucher confirme un rare talent, capable de concilier musique classique et grand public, concerts en salles fermĂ©es et Ă©vĂ©nements en plein air, partitions hyperconnues et joyaux oubliĂ©es
 C’est une vision large et lĂ©gitime, aux Ă©quilibres exemplaires, qui cultive l’éclectisme et l’accessibilitĂ© des rĂ©pertoires, la diversitĂ© des formes choisies, telles les fondamentaux d’une offre Ă  prĂ©sent inscrite dans le paysage musical quĂ©bĂ©cois. En terres francophones, l’évĂ©nement fĂ©dĂ©rateur situĂ© en MontĂ©rĂ©gie, soit sur la rive sud du Saint-Laurent, fidĂ©lise Ă  prĂ©sent un trĂšs large public canadien ; il a toutes les chances d’attirer aussi Ă  MontrĂ©al, un nombre de plus en plus importants de visiteurs et touristes français, depuis l’autre rive de l’Atlantique. Mais l’édition 2019 n’est qu’un prĂ©lude Ă  la grande Ă©dition 2020, 
 celle des 10 ans du Festival et des cĂ©lĂ©brations Beethoven (250Ăšme anniversaire en 2020).

 

 

 

I
RÉCITAL – CONCOURS DE MÉLODIES : LA PASSION DE LA LANGUE FRANCAISE

 
Mais l’évĂ©nement – nous le disions dĂ©jĂ  en 2018, pourrait marquer tout simplement l’histoire des festivals francophones : l’interprĂšte directeur dĂ©fend la langue française et la culture quĂ©bĂ©coise comme peu (les deux notions ne sont-elles pas liĂ©es?) ; d’oĂč son idĂ©e depuis 3 ans dĂ©jĂ , d’organiser une compĂ©tition pour les chanteurs qui chantent en français : ainsi est nĂ©e le RÉCITAL-CONCOURS international de mĂ©lodies françaises (3Ăš Ă©dition en juin 2019). Son originalitĂ© est dans son titre : c’est d’abord un rĂ©cital en public, avant d’ĂȘtre une compĂ©tition. Ici, chaque interprĂšte chante l’intĂ©gralitĂ© de son programme : pas de coupures ni de commentaires expĂ©ditif de la part d’un jury narquois et arrogant. Le public comme les 6 « juges » prĂ©sents dans la salle jaugent, analysent, et notent enfin les interprĂštes les plus mĂ©ritants : ceux qui articulent un texte et qui savent en exprimer l’intensitĂ© Ă©motionnelle. Celles et ceux qui savent emporter avec eux, les auditeurs dans une histoire qui se vit au moment de la prestation, Ă  travers les images de textes souvent trĂšs poĂ©tiques. Rien de moins.
CONCOURS-MELODIES-FRANCAISES-annonce-2019-quebec-2019Quoi de plus naturel en vĂ©ritĂ© que d’expliquer et faire rayonner l’art si difficile de la mĂ©lodie française au QuĂ©bec ? : articulation, prononciation, intonation
 le français y est plus qu’ailleurs, une passion rĂ©gionale ardemment dĂ©fendue ; de la mĂȘme façon, n’y a-t-il pas depuis des dĂ©cennies, et mĂȘme bien avant, une Ă©cole de chanteurs francophones QuĂ©bĂ©cois, dont la maĂźtrise et l’intelligibilitĂ©, la musicalitĂ© et l’engagement dĂ©passent bien souvent les chanteurs français eux-mĂȘmes ? VoilĂ  expliquĂ©es deux rĂ©alitĂ©s indiscutables qui lĂ©gitiment aujourd’hui l’initiative depuis le QuĂ©bec.
Son fonctionnement est moderne et devrait inspirer moult compĂ©titions françaises, rigidifiĂ©es par des pratiques d’un autre Ăąge. Le concours est ici d’abord, un rĂ©cital : c’est un concert Ă  l’adresse du public, dans lequel l’interprĂšte est invitĂ© Ă  dĂ©fendre son propre programme (5 mĂ©lodies françaises dont une canadienne pour la demi finale – puis, un cycle intĂ©grale, quelle que soit sa durĂ©e
 pour la finale).
A chaque sĂ©ance, le public vote comme les 6 juges : au total, chaque vote compte pour 50% de l’évaluation globale. Il s’agit de distinguer les chanteurs professionnels ou en professionnalisation qui dĂ©fendent leur interprĂ©tation ; qui sont capables de raconter leur conception de l’histoire, Ă  niveau de technique Ă©gale. L’art du diseur, l’articulation naturelle et l’intelligibilitĂ© sont ici des qualitĂ©s essentielles dont la maĂźtrise fait les plus grands chanteurs. En dĂ©fendant cette conception du beau chant français, Marc Boucher, Ă©mule d’un Philippe Martinon, grand spĂ©cialiste de diction au milieu du XXĂš, devient un dĂ©fenseur incontournable de la mĂ©lodie, laquelle favorise et enrichit l’expĂ©rience du chanteur lyrique.

Demain, le RÉCITAL-CONCOURS qui a lieu Ă  Saint-Lambert, Ă©picentre du festival depuis ses dĂ©buts, reconnaĂźtra les tempĂ©raments les plus convaincants, le temps de ce rĂ©cital unique au monde, comme une Ă©tape dĂ©cisive et obligĂ©e pour qui veut affirmer sa maestria et sa lĂ©gitimitĂ© dans le genre. Et lorsque l’on songe au vivier impressionnant de chanteurs francophones au QuĂ©bec, tous les espoirs pour de prochaines Ă©ditions passionnantes sont dĂ©sormais possibles. A l’issue de la Finale 2019 (16 juin 2019), c’est la soprano Caroline GĂ©linas qui a obtenu le Premier Prix (fusionnant les votes du jury et du public).

DU CONCERT AU DISQUE. Des romances de Berlioz aux mĂ©lodies de Massenet. Marc Boucher sait aussi conserver la trace de programmes dĂ©fricheurs qui ont fait l’évĂ©nement du festival CLASSICA. Lors du grand week-end Ă  Saint-Lambert, Ă©taient recrĂ©es les 25 romances de Berlioz, pour voix et guitare ; un dispositif original et intimiste qui aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en concert (samedi 1er juin 2019) Ă©tait dans la foulĂ©e enregistrĂ© (prochaine parution prĂ©vue Ă  l’automne 2019 chez Atma / avec la soprano Magali Simard-GaldĂšs, laurĂ©ate 2018 du RĂ©cital Concours de mĂ©lodies françaises, et le tĂ©nor Antonio Figueroa, avec le guitariste David Jacques). Un programme qui en s’inscrivant dans l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations Berlioz 2019, dĂ©voile un pan mĂ©connu de l’écriture du Romantique français.

faure integrale melodies marc boucher olivier godin pour ATMA classique 4 cd par classiquenews la critique du cd En novembre 2019, un nouveau projet au long cours occupera Marc Boucher : une nouvelle intĂ©grale
 de mĂ©lodies bien sĂ»r, celles de Jules Massenet, soit plus de 300 airs restituĂ©s avec une plĂ©iade de chanteurs diseurs triĂ©s sur le volet, et avec la singularitĂ© sonore (mais si lĂ©gitime, et mĂȘme bĂ©nĂ©fique pour la ligne vocale des solistes) du piano historique, un Erard 1854 (avec lequel s’est d’ailleurs dĂ©roulĂ© le dernier RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises : la nuance est d’importance car elle rĂ©vĂšle aussi le souci du format sonore le plus proche de l’époque des salons parisiens oĂč ont Ă©tĂ© chantĂ©s la majoritĂ© des mĂ©lodies françaises). Visionnaire, infatigable dĂ©fricheur, surtout interprĂšte et perfectionniste, Marc Boucher ne cĂšde rien Ă  la qualitĂ© artistique de chacun de ses projets. C’est d’ailleurs ce qui avait fondĂ© la rĂ©ussite de sa prĂ©cĂ©dente intĂ©grale, dĂ©diĂ©e aux mĂ©lodies de Gabriel FaurĂ©, somptueux et dĂ©lectable somme artistique, aujourd’hui de rĂ©fĂ©rence (4 cd Atma, CLIC de CLASSIQUENEWS, paru Ă  l’étĂ© 2018).

 

 

 

II
SUR LES TRACES DE BERLIOZ : REINVENTER L’EXPÉRIENCE ORCHESTRALE DU XXIE SIECLE
 UNE CERTAINE IDÉE DU PLEIN AIR.
 
En visionnaire, Marc Boucher devance aussi l’évolution des orchestres, telle qu’elle se manifeste dĂ©jĂ  en France. Le temps des phalanges routiniĂšres, souvent fonctionnarisĂ©e, qui demeurent dans le seul cadre fermĂ© du concert en salle (souvent dans les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra dont ils assurent aussi la saison symphonique), est rĂ©volu, dĂ©passĂ©. Le classique souffre de son image Ă©litiste, cloisonnĂ©e, confinĂ©e, poussiĂ©reuse. A l’heure numĂ©rique et des rĂ©seaux sociaux, l’expĂ©rimentation, le renouvellement des formes du concert, le dĂ©roulement et la rĂ©alisation des programmes sont un chantier dĂ©sormais ouvert, qui permet aux orchestres 2.0 de toucher les jeunes publics, naturellement connectĂ©s. Les formations sont bien inspirĂ©es de vouloir rĂ©inventer Ă  l’adresse des audiences, l’expĂ©rience musicale et la relation aux instruments.

classica-festival-plein-air-concert-bee-gees-classica-2019-concerts-festivals-annonce-critique-festivals-crtiique-concerts-opera-classiquenews-plein-airCette annĂ©e, anniversaire BERLIOZ 2019, Marc Boucher offre un avant goĂ»t de ce qui pourrait devenir une expĂ©rience orchestrale digne de ce qu’inventait au XIXĂš, le grand Hector. Sur les pas de l’auteur de La Damnation de Faust et du Requiem, – rĂ©formateur de l’expĂ©rience orchestrale dĂšs 1845 avec ses concerts gĂ©ants au Cirque Olympique-, Marc Boucher tente le pari du tout symphonique en plein air, rĂ©alisĂ© par presque 100 musiciens d’orchestre regroupĂ©s sur une scĂšne, sous arabesque (vaste podium fermĂ© protĂ©geant les instrumentistes en cas de pluie). On sait les puristes, recroquevillĂ©s et plutĂŽt rĂ©tifs Ă  l’idĂ©e d’écouter un orchestre hors des salles acoustiques. Mais tout l’enjeu du classique pour demain n’est-il pas lĂ  justement ? Exposer le plus grand nombre Ă  une expĂ©rience orchestrale inouĂŻe, oĂč la spatialisation, les effets visuels, le choix rythmĂ© des Ɠuvres (composant une thĂ©matique) suivent un programme unifiĂ©, orchestrent un spectacle mĂ©morable. Ouvert pour tous.

Toutes les institutions musicales en France souffrent d’un trop faible renouvellement des publics. Les plus grands orchestres menacĂ©s d’isolement et de moins d’adhĂ©sion citoyenne, cherchent Ă  tout prix Ă  sĂ©duire le plus grands nombre : concerts bĂ©bĂ©s, concerts connectĂ©s, opĂ©ras et symphonies dans les stades, dans les gares ou dans les musĂ©es
 Ce dĂ©cloisonnement de mieux en mieux pensĂ© constitue pour les annĂ©es Ă  venir un vaste et dĂ©cisif laboratoire dont l’enjeu concerne les orchestres et leur facultĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer.
En proposant demain aux orchestres canadiens de s’exposer le temps d’une soirĂ©e hors normes chaque annĂ©e Ă  CLASSICA, Marc Boucher rencontre cette Ă©volution inĂ©luctable qui pourrait bien assurer le futur du classique orchestral. D’autant qu’au QuĂ©bec, les orchestres dignes de ce nom de manquent pas.

Le Festival CLASSICA organise depuis ses dĂ©buts de grands concerts de rock symphonique (hommage sur instruments classiques et avec la coopĂ©ration de choristes prĂ©parĂ©s, aux Rolling Stones ; aux Bee Gees, cette annĂ©e ; en 2020, il s’agira de David Bowie). La ville de Saint-Lambert et son parc de la Voie maritime accueilleront bientĂŽt un grand orchestre, des choristes et des solistes pour une soirĂ©e exceptionnelle, avec arabesque et grands Ă©crans, oĂč les grands noms de la variĂ©tĂ© française cĂŽtoient des airs d’opĂ©ra français, oĂč le classique montrera sa forte attractivitĂ© quand il est intelligemment mĂ©tissĂ©. Tout est affaire de goĂ»t et de dosage ; de ce point de vue, le directeur de CLASSICA maĂźtrise les Ă©quilibres.

 

 

 

III
2020, L’ANNÉE DE TOUS LES DÉFIS : De Beethoven à Miguela

 
Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 En 2020, un cycle supérieur en nombre devrait marquer la programmation (entre 3 et 5 grands concerts symphoniques sous les étoiles, alternant rock symphonique et programme purement classique), de quoi séduire de nombreuses phalanges, soucieuses de renouveler leur image et de conquérir de nouveaux spectateurs.
Mais l’édition CLASSICA 2020 Ă©largit encore son champs d’activitĂ©. IntitulĂ© de « Beethoven Ă  David Bowie » (comme il y eut « De Schubert aux Rolling Stones » et « De Berlioz aux Bee Gees »)  : un trĂšs riche cycle BEETHOVEN est annoncĂ© afin de cĂ©lĂ©brer l’anniversaire du grand Ludwig. Au programme d emai et juin 2020 : intĂ©grale des Sonates pour piano, Sonates pour violoncelle, pour violon, lieder et aussi Bagatelles (joyaux mĂ©connus), sans omettre en grand format justement et sur la grande scĂšne en plein air : la Missa Solemnis, l’oratorio Le Christ au mont des Oliviers (en partenariat avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing), les Symphonies n°3 et 5


 

 

MIGUELA DE DUBOIS, UNE CRÉATION MONDIALE TRES ATTENDUE.
CLASSICA comme tous les grands festivals internationaux cultive les genres symphoniques et populaires, les rĂ©citals chambristes, mais aussi le goĂ»t du chant, mĂ©lodies et opĂ©ra. CLASSICA n’est rien sans la prĂ©sence de la voix. Les Festivaliers retrouveront la 4Ăš Ă©dition du RĂ©cital-Concours de mĂ©lodies françaises (juin 2020, Ă©dition programmĂ©e comme chaque annĂ©e comme conclusion de l’évĂ©nement). Enfin, l’annĂ©e prochaine est celle de tous les dĂ©fis car y sera rĂ©alisĂ©e aussi la crĂ©ation du dernier opĂ©ra de ThĂ©odore Dubois, compositeur romantique français rĂ©cemment ressuscitĂ© ici et lĂ , mais de façon trop disparate pour juger pleinement de son Ă©criture comme de son tempĂ©rament lyrique. Marc Boucher prolonge ainsi le travail pionnier, rĂ©alisĂ© dans un vĂ©ritable esprit de famille et de troupe, avec son mentor, le regrettĂ© chef, fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire. Le chef français avait le souci de jouer les Ɠuvres de Dubois : Ă  Tourcoing furent ainsi crĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, l’oratorio Le Paradis perdu (dans une version orchestrale restaurĂ©e), puis l’opĂ©ra ABEN HAMET, Ă©blouissante production qui rĂ©unissait Marc Boucher, Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Hasnaa Bennani, Nora Sourouzian
).

LE VERDI FRANCAIS
dubois_theodoreRĂ©tablir la crĂ©ation de ce qui serait bien le dernier ouvrage de ThĂ©odore Dubois, Miguela, dans le sillon de ces Ɠuvres dĂ©jĂ  recrĂ©Ă©es est d’autant plus pertinent que son livret souligne les mĂȘmes thĂšmes que Aben Hamet (1884) : l’élan amoureux ici entre une espagnole et un officier français (dans Aben Hamet, il s’agit d’un arabe et d’une princesse catholique) confrontĂ© Ă  la violence de la guerre, du terrorisme, des armes. « ThĂ©odore Dubois est pour moi, le Verdi français », prĂ©cise Marc Boucher. « Comme Verdi, Dubois connaĂźt la voix ; il choisit les tessitures selon le profil dramatique des personnages ; sa prosodie est parfaite : chanter Dubois, c’est parler et respirer ; il n’y a aucun arrangement Ă  concĂ©der, aucune transposition Ă  envisager : tout coule de source, en parfaite connexion avec la situation dramatique, et les ressources de chaque tessiture ».
Le baryton en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il a interprĂ©tĂ© ses Ɠuvres et chantera aussi lors de la crĂ©ation de Miguela (le rĂŽle du mĂ©chant, Fernandes, l’agent de la barbarie et de la haine, celui qui ne cesse de rappeler Miguela Ă  son devoir
). La haine des autres contre l’amour de tous. VoilĂ  un schĂ©ma dĂ©jĂ  passionnant qui suscite la plus grande attente d’ici au printemps 2020 au QuĂ©bec. DĂ©jĂ , le directeur de CLASSICA, heureux de poursuivre l’enthousiasme et la curiositĂ© de Jean-Claude Malgoire par delĂ  l’Atlantique, prĂ©pare le matĂ©riel musical laissĂ© par ThĂ©odore Dubois. L’auteur du livret de Miguela est Jules Barbier, d’aprĂšs les derniĂšres dĂ©couvertes : Dubois a pu ainsi s’appuyer sur un homme d’expĂ©rience.
C’est Marc Boucher qui dans les cahiers constituant l’inventaire des Ɠuvres dĂ©posĂ©es Ă  BNF avait repĂ©rĂ© et identifiĂ© le dernier opus lyrique de ThĂ©odore Dubois, probablement composĂ© en 1891 : un ouvrage ambitieux (en trois actes et six tableaux), dans le style du grand opĂ©ra français qui tĂ©moigne des derniĂšres Ă©volutions lyriques du directeur du Conservatoire, au dĂ©but des annĂ©es 1890.
Miguela serait-il ce grand opĂ©ra romantique oubliĂ©, jalon essentiel de l’opĂ©ra français de la fin du XIXĂš et au dĂ©but du XXĂš, Ă  l’époque du dernier Verdi et des opĂ©ras de Massenet ? L’idĂ©e est sĂ©duisante. Pour Marc Boucher, Miguela se rapprocherait « de Manon de Massenet, dans une forme en route vers Falstaff oĂč le rĂ©cit accompagnĂ© est prĂ©dominant et oĂč l’intrigue bien qu’ayant ses protagonistes principaux, est soutenue par les rĂŽles secondaires. »
A l’heure des rĂ©surrections plus ou moins heureuses rĂ©vĂ©lant souvent de façon tronquĂ©e, des partitions exhumĂ©es que l’on croyait connaĂźtre, Marc Boucher a dĂ©cidĂ© de tout jouer : Miguela pourra ainsi ĂȘtre jugĂ©e dans sa continuitĂ© originelle. A la BNF, de fait, tout le matĂ©riel existait (le conducteur, la partie chant / piano, les parties d’orchestre
) ; ils attendaient d’ĂȘtre ressuscitĂ©es pour une crĂ©ation intĂ©grale. Probablement pour une rĂ©alisation partielle dĂ©cidĂ©e pour la Palais Garnier en 1916. « la genĂšse de l’opĂ©ra demeure mystĂ©rieuse ; beaucoup d’élĂ©ments de la genĂšse restent dans l’ombre » prĂ©cise Marc Boucher. Et d’ajouter en interprĂšte connaisseur :  « Il y a 12 rĂŽles : 2 pour voix de femmes dont un soprano lyrique pour le rĂŽle-titre ; et 10 voix masculines, le hĂ©ros amoureux Ă©tant ici chantĂ© par un tĂ©nor ; fait assez surprenant quand on sait le goĂ»t de Dubois pour la voix de baryton – comme Verdi : Aben Hamet est chantĂ© par un baryton ». En somme, Miguela est le sommet lyrique de ThĂ©odore Dubois, et certainement une prochaine rĂ©vĂ©lation majeure pour notre connaissance de l’opĂ©ra romantique français.

 

 

 

 

 

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classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaRĂ©servez dĂšs Ă  prĂ©sent votre sĂ©jour au QuĂ©bec, au moment du festival CLASSICA : concerts chambristes, grands Ă©vĂ©nements symphoniques en plein air, opĂ©ra en crĂ©ation, mais aussi le cycle Beethoven 2020
 promettent une nouvelle Ă©dition mĂ©morable, celle des 10 ans (« de Beethoven Ă  David Bowie »). Le rendez-vous est d’ores et dĂ©jĂ  pris.

 

 

TOUTES LES INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA
https://www.festivalclassica.com

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, Extrémo, Bélanger
 ONL, Alex. BLOCH

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LILLE, le 9 juillet 2019. BIZET : Carmen, ExtrĂ©mo, BĂ©langer
 ONL, Alex. BLOCH. Ils l’avaient laissĂ© il y a deux ans, depuis des PĂȘcheurs de perles rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (entre autres par une direction sculptĂ©e et narrative, Ă©nergique et colorĂ©e, et une distribution oĂč brillait l’éclat de la jeunesse). Les musiciens de l’Orchestre National de Lille et leur directeur musical Alexandre Bloch, reprennent le mĂ©tier amorcĂ© et dĂ©diĂ© Ă  Georges Bizet. Pour lancer leur nouveau festival estival, « les Nuits d’été », voici donc Carmen, l’ultime opĂ©ra du maĂźtre romantique (1875) et dans un dispositif adaptĂ© au volume de l’auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. Ici pas de dĂ©cors ni de mise en scĂšne traditionnelle, mais une gigantesque fresque illustrĂ©e, mouvante, animĂ©e en fond de plateau, un narrateur mĂȘlant humour et citations du roman de MĂ©rimĂ©e (Carmen, 1845 dont s’est inspirĂ© Bizet), soit une mise en espace qui au dernier tableau, produit pour le public une immersion convaincante. De toute Ă©vidence, pour le National de Lille, ce nouveau pari – lyrique-, est amplement rĂ©ussi. Guide et rĂ©citant, enjouĂ©, prĂ©cis quand il cite la nouvelle de MĂ©rimĂ©e, le narrateur Alex Vizorek trouve le ton juste, sans pĂ©danterie, dans la dĂ©contraction qui sied infiniment Ă  un spectacle d’opĂ©ra (merci Ă  cette intelligence), osant mĂȘme des saillies bien trempĂ©es Ă  l’endroit des RĂ©publicains ou de Manuel Vals


 

 

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AprĂšs une ouverture riante et mĂ©diterranĂ©enne Ă  souhait oĂč le chef n’oublie jamais le drame ni mĂȘme la veine Ăąpre et tragique ; aprĂšs la premiĂšre apparition de la frĂȘle Micaela (ardente Gabrielle Philipponet remplaçant au pied levĂ© Layla Claire) ; aprĂšs le choeur rĂ©jouissant des enfants (chƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
 idĂ©alement prĂ©parĂ© dans l’Ă©vocation de la relĂšve de la garde), 
 voici enfin la « carmencita », furie sauvage, crĂ©ature bondissante, Ă  peine extirpĂ©e (par JosĂ©) d’un bain de sang, dans cette manufacture des cigariĂšres Ă  SĂ©ville… oĂč les coups de poignards tranchent la peau, oĂč la voluptĂ© des corps fĂ©minins dĂ©nudĂ©s est une provocation, une abomination Ă  faire se signer les puritains. L’opĂ©ra de Bizet est une peinture Ă©rotique franche : et son hĂ©roĂŻne revendique cette libertĂ© sĂ©ditieuse. A la fois dĂ©voreuse et menthe religieuse, Aude ExtrĂ©mo incarne une sirĂšne mĂ©morable ; elle dĂ©verse Ă  plein gosier le mĂ©tal onctueux et quasi caverneux de son ample mezzo : on aura rarement Ă©couter Carmen plus abyssale plus dominatrice, plus fatale
 C’est une arme de sĂ©duction massive. Quand elle chante, tout s’efface dans ce relief vocal, cette soie au souffle infini, Ă  la fois sensuel et monstrueux.

  

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH jouent Bizet
CARMEN revivifiée au Nouveau SiÚcle

 

 

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C’est une maĂźtresse Ăšs voluptĂ© ; on comprend que le trop frĂȘle Don JosĂ©, brigadier de pacotille, qui se place toujours dans l’ombre de sa mĂšre, se soit soumis corps et Ăąme sous l’attraction de cette enchanteresse dont la raucitĂ© fascine. Mais Ă  y rĂ©flĂ©chir plus scrupuleusement, le tĂ©nor quĂ©bĂ©cois Antoine BĂ©langer gagne en maturitĂ©, sĂ»retĂ© et Ă©paisseur en cours de drame ; dĂ©bord un rien serrĂ©s, ses formidables aigus se galbent et s’adoucissent; il rĂ©ussit Ă  rendre sincĂšre et dĂ©chirant son air de la fleur (magnifique voix de tĂȘte qui a la tendresse d’un garçonnet Ă©pris) puis trouve de justes accents dignes du thĂ©Ăątre tragique dans le duo final oĂč il tue son bourreau, Carmen 
 laquelle confesse qu’elle est bien le diable incarnĂ©.

 

 

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Finalement, aprĂšs ces 2h45 de spectacle, c’est lui le vrai hĂ©ros de la soirĂ©e capable sur la durĂ©e de construire son personnage, de le rendre crĂ©dible… de l’amoureux transi, au soldat pris de scrupules militaires quand le clairon sonne (chez Lilas Pastia), sans omettre le jaloux haineux (au III : vis Ă  vis du torero Escamillo, trop beau, trop noble trop arrogant : impeccable et presque hautain Florian Sempey) ; jusqu’au fou d’amour au IV, prĂ©fĂ©rant alors poignarder celle qu’il adore, plutĂŽt que d’accepter qu’elle le quitte. Ce frĂȘle transi est devenu par la force de sa passion, un sanguin criminel. La dĂ©testation qu’il Ă©prouve alors, est aussi intense que l’amour suscitĂ© par la Gitane au II.

 

 

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Outre l’acuitĂ© des scĂšnes et confrontations Ă©pineuses, passionnelles, rageuses, la rĂ©ussite de la soirĂ©e vient des illustrations animĂ©es qui offrent un commentaire visuel et chromatique aux tableaux musicaux ; les atmosphĂšres et les climats,  la puissance poĂ©tique de l’orchestre de Bizet, fait saillant du spectacle, s’en trouvent dĂ©cuplĂ©s.
Saluons l’imagination du plasticien GrĂ©goire Pont : ses dessins font respirer le drame orchestral ; ils revivifient le mythe de Carmen.

 

 

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Mais ne nous trompons pas : les protagonistes de choc ce soir sont bien chaque instrumentiste du National de Lille, fabuleux collectif capable de couleurs, d’accents, d’Ă©clats,.. souvent furieux, exacerbĂ©s mais souples. Le chef Alexandre Bloch veille essentiellement au drame. Et Ă  l’opulence dĂ©taillĂ©e de la parure orchestrale : sous sa direction affĂ»tĂ©e, les bois et les cuivres en particulier, redoublent d’intensitĂ© et d’ardeur, d’indĂ©cente voluptĂ© aussi, car ainsi on comprend combien la Carmen de Bizet ronronne, tempĂȘte, s’enflamme en lascive impudeur. Clarinette, hautbois, basson subjuguent littĂ©ralement comme le trompettiste solo au I, accompagnant le changement des gardes, descendante et montante. On y dĂ©tecte les mĂȘmes justes rĂ©glages et soucis des timbres qui font actuellement la valeur du cycle Gustav Mahler en cours.
Comme il l’avait superbement dĂ©montrĂ© en mai 2017, Alexandre Bloch dĂ©voile de rĂ©elles  affinitĂ©s lyriques, dans l’Ă©nergie et l’articulation dramatique. DĂ©jĂ , il s’agissait de Bizet mais celui lĂ  de jeunesse : les PĂȘcheurs de perles (sujet du premier enregistrement discographique entre Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille - enregistrĂ© en mai 2017, Ă©ditĂ© chez Pentatone en 2018).
On peut ici et lĂ  regretter chez certains solistes la perte dommageable du texte qui rend incomprĂ©hensible leur intervention, d’autant plus qu’il n’y a pas de surtitrage. Mais la direction souvent somptueuse du directeur musical Ă©claircit et mĂȘme explicite par le seul caractĂšre des prĂ©ludes (superbe intro du III entre autres), le sens et la direction des Ă©pisodes dont il saisit la poĂ©sie heureuse, le rĂȘve et la voluptĂ©, comme la pression du fatum : aucun doute, ce dernier Bizet Ă©poustoufle par son gĂ©nie mĂ©lodique, sa conception dramatique et par le raffinement de son orchestration.
Chef et orchestre nous transmettent le souffle et la vivacitĂ© riante, la plĂ©nitude et le nuancier mĂ©diterranĂ©en d’un Bizet souvent touchĂ© par la grĂące. C’est Manet devenu musicien, tant Alexandre Bloch en vrai amateur des timbres, rĂ©ussit les alliages et les dosages comme l’équilibre des pupitres. Le voici cet orchestre solaire et viscĂ©ralement latin, non pas tant « africain » comme l’a suggĂ©rĂ© Nietzsche alors en froid avec les brumes nordiques de Wagner, mais plutĂŽt fiĂ©vreux et passionnĂ©, d’une ivresse insolente, d’un dramatisme Ă  la fois sanguin et tendre. C’est un bel hommage que les interprĂštes ont ainsi rĂ©servĂ© au thĂ©Ăątre de Bizet, des PĂȘcheurs de perles Ă  Carmen.

Cette soirĂ©e fut un festin de couleurs Ă©panouies, joyeuses, aux cĂŽtĂ©s du drame noir et cru. ContrastĂ©, souverain, le National de Lille a bien raison de proposer ainsi son premier volet de son nouveau festival d’étĂ© « Les Nuits d’été » : un opĂ©ra chaque Ă©tĂ©, en juillet dans l’auditorium du Nouveau SiĂšcle. Pour une premiĂšre, c’est un triomphe au regard de la salle comble et plus qu’enthousiaste : convaincus, les spectateurs applaudissent debout tous les artistes. L’Orchestre dĂ©montre ainsi qu’il sait plaire Ă  son public. Ce dernier est prĂȘt Ă  le suivre pour de nouveaux dĂ©fis lyriques.

 

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La salle du Nouveau SiÚcle à Lille transformée en arÚnes de corrida pour le tableau final, celui tragique du meurtre de Carmen par Don José

 
  

 

 

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Carmen par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch, avec Aude ExtrĂ©mo, Antoine BĂ©langer, Florian Sempey
 Ă  l’affiche du Nouveau SiĂšcle, les 10 et 11 juillet 2019. Incontournable.

Illustrations : © Ugo Ponte + ONL Orchestre National de Lille 2019

 

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Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Gabrielle Philipponet : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle CARMEN par l’Orchestre National de LILLE

LIRE notre entretien avec François Bou, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de LILLE Ă  propos du nouveau cycle estival d’opĂ©ras, Les Nuits d’Ă©tĂ©

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction. Programme plein d’audaces et voire ambitieux ne serait ce que par la prĂ©sence de deux Ɠuvres rares en concert : le Concertino pour violoncelle de Roussel et le Concerto n°2 pour piano de Jacques HĂ©tu. Pour ce 2Ăš Ă©vĂ©nement dans la ville de Mont-Royal, le Festival a souhaitĂ© profitĂ© de la prĂ©sence de l’Orchestre Metropolitain et prĂ©senter ainsi plusieurs Ɠuvres concertantes au souffle symphonique indĂ©niable.

 

 

VIBRATIONS ORCHESTRALES
Tout en vibration rythmique et suractivitĂ© instrumentale chez Roussel, mais un Roussel frappĂ© par les blessures, l’angoisse panique, la dĂ©sespĂ©rance intime, le grave, le tragique. En dĂ©monstration fiĂ©vreuse et nourrie Ă©galement, pour l’ouverture de La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach, qui fait un beau lever de rideau ; puis en conclusion, le marche hongroise pĂ©taradante Ă  souhaits, extraite de la Damnation de Faust de Berlioz. On se fĂ©licite que de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, grĂące Ă  CLASSICA 2019, les trois compositeurs français (Berlioz, Offenbach, Roussel) soient ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s, anniversaires oblige.
Le chef Alain Trudel ne manque pas de volontĂ© ni d’autoritĂ© dans une mise en place indĂ©niable. D’autant que le contenu du programme sait ensuite dĂ©ployer des arguments dignes des meilleures salles de concert Ă  MontrĂ©al.
Ainsi l’école des couleurs et de la sidĂ©ration sentimentale chez Berlioz dont le chef dirige la grandiose scĂšne d’amour extraite de RomĂ©o et Juliette :… les musiciens du Metropolitain n’ont pas manquĂ© de prĂ©cision et d’équilibre dans le plans sonores ; quand on sait la passion de Berlioz pour Shakespeare, « oser » traiter par l’orchestre le miracle du dĂ©sir, la magie de la rencontre entre deux ĂȘtres que tout sĂ©pare
 relĂšve d’une vocation viscĂ©rale ; et les instrumentistes s’immergent avec beaucoup de finesse et de clartĂ© dans ce jeu miroitant des teintes et des timbres superposĂ©s pour que s’en dĂ©gage cet absolu de l’amour dont Berlioz, lui-mĂȘme Ăąme passionnĂ©e et fougueuse, a le secret avant tout autre. Son langage est d’une modernitĂ© absolue, neuve et franche Ă  la fois, surtout poĂ©tique. Dans la Paroisse Lady of The Annunciation, il est permis ainsi d’entrevoir l’extase de Berlioz qui vaut bien celle de Wagner.

 

 

PIANO VOLONTAIRE
Le Concert pour piano n°2 de Jacques HĂ©tu place d’emblĂ©e (dĂšs les premiers accords) le pianiste sur le devant de la scĂšne, dans un bain fougueux et impĂ©tueux, riche en contrastes et en confrontations. Cette activitĂ© impĂ©rieuse n’est pas sans repenser fondamentalement la relation soliste / orchestre. L’écriture nĂ©oromantique, puissante, souvent flamboyante et suave, alla Rachmaninov, ne manque ni de structure ni de cohĂ©rence dans le dĂ©veloppement en 3 parties. Une piĂšce taillĂ©e pour le tempĂ©rament entier, franc lui aussi du trĂšs efficace Jean-Philippe Sylvestre. Il semble que sous ses doigts se rĂ©vĂšle dans une Ă©vidence expressive l’écriture des compositeurs quĂ©bĂ©cois qui comptent : hier AndrĂ© Mathieu (l’an dernier avec le mĂȘme orchestre et le mĂȘme chef : LIRE ici notre compte rendu CLASSICA 2018) et donc cette annĂ©e, Jacques HĂ©tu.

 

 

ROUSSEL et OFFENBACH : les éclairs introspectifs de Stéphane Tétreault
Plus ambivalent et difficile dans une premiĂšre Ă©coute, le Concertino d’Albert Roussel est une oeuvre Ă  la fois Ăąpre (proche de Chostakovitch) et d’une dĂ©licatesse d’articulation nĂ©o « baroque » qui se souvient aussi de 
 Tchaikovsky (Variations rococo pour violoncelle, 1877). L’Opus 57 de Roussel ainsi lĂ©gitimement fĂȘtĂ© pour son anniversaire 2019, est crĂ©Ă© en 1937 et semble faire Ă©cho aux tensions politiques et sociĂ©tales de l’époque : il est parcouru par une urgence qui presse et emporte dans un tempo parfois prĂ©cipitĂ© et panique. Tout aussi mis en avant, l’orchestre n’accompagne pas : il commente, s’essouffle, transpire, scintille en une exacerbation poĂ©tique
 ravĂ©lienne. C’est dire les dĂ©fis pour les instrumentistes et le chef.
Au devant de la scĂšne, inspirĂ©, funambule, StĂ©phane TĂ©treault plonge dans les trĂ©fonds obscurs de la partition, en fait resurgir des accents dĂ©chirants, en plĂ©nitude intime, en blessures ourlĂ©es avec un tact, des respirations qui tĂ©moignent d’une somptueuse maturitĂ© musicale. On comprend pourquoi pour ses visuels 2019, Classica ait choisi d’afficher StĂ©phane TĂ©treault tel “un artiste de gĂ©nie” : de toute Ă©vidence, les festivaliers de CLASSICA ont pu depuis ses dĂ©buts il y a 9 annĂ©es dĂ©jĂ , suivre l’Ă©volution et la maturation artistique du violoncelliste. Une Ă©mergence et une confirmation qu’il a Ă©tĂ© ainsi passionnant de mesurer et de comprendre. L’artiste se rĂ©vĂšle de concert en concert par cette pudeur intense qui Ă©blouit dans la sonoritĂ© Ă  la fois chantante et allusive de son violoncelle si singulier (Stradivarius « Comtesse de Stainlein, ex-Paganini”, 1707). AprĂšs l’Allegro moderato fougueux mais intĂ©rieur, saisi par une urgence fauve, l’Adagio dĂ©ploie des pĂ©pites autrement plus troublantes, lunaires mais inquiĂštes voire tendues
 la virtuositĂ© du soliste en servant surtout la sincĂ©ritĂ© du geste, Ă©claire la profondeur de la partition.
Une mĂȘme gravitĂ© pudique affirme enfin cette introspection crĂ©pusculaire qui dĂ©finit aussi l’art d’Offenbach : en jouant aprĂšs Roussel, Les larmes de Jacqueline (transposition pour violoncelle d’un air prĂ©cĂ©dent, probablement l’harmonie des bois), l’opus 76/2 retrouve l’intensitĂ© Ă©lĂ©gantissime qui avait fait la rĂ©ussite de son rĂ©cital prĂ©cĂ©dent Ă  CLASSICA 2019, autre grand moment d’accomplissement musical : « Les chants du crĂ©puscule », Duos pour violoncelles d’Offenbach / LIRE notre compte rendu du concert Ă  Mirabel, le 6 juin 2019.

On reste saisi par l’incandescence du geste, sa sobriĂ©tĂ© continue, l’absence de tout artifice. C’est un Ă©cho Ă  l’Adagio si Ăąpre de Roussel : Offenbach y semble au sommet de la dĂ©ploration pathĂ©tique, mais ici sublimĂ©e par le renoncement maĂźtrisĂ©, la douleur acceptĂ©e. Les tempĂ©raments des deux solistes Jean-Philippe Sylvestre et StĂ©phane TĂ©treault assurent au programme Ă  Mont-Royal, son relief, ses crĂ©pitements, auprĂšs d’un public venu en masse. Un nouveau succĂšs populaire pour des partitions pourtant rares et complexes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S TĂ©treault, JP Sylvestre, Orch MĂ©tropolitain. Alain Trudel, direction.

 

 

 

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COMPTE RENDU, CRITIQUE, concert prĂ©cĂ©dent : COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH :

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LRDans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA
 Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprĂšte capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂȘchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scĂšne de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : PrĂŠludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi trĂšs inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consƓur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂȘme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200Ăš anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa trĂšs grande culture lyrique : dans la fosse des thĂ©Ăątres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le thĂ©Ăątre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale
 En dĂ©coulent ces piĂšces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cƓur de cette soirĂ©e, qui lĂšve le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂźt comme sa poche.

FidĂšle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂȘt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂŽt douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poĂšte des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avĂšre splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂȘtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprĂšte permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂȘte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ɠuvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poÚte crépusculaire


 

 
CLASSICA 2019 festival annonce critique concerts opera par classiquenews ETI_3579_LR

 

 

C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intĂ©resser au visage d’un Offenbach, proche des poĂštes saturniens et mĂ©lancoliques, volontiers introspectif, gĂ©nie aussi des mĂ©lodies comme des variations et des surprises harmoniques. StĂ©phane TĂ©treault dĂ©voile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnĂ©e d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement dĂ©sarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la premiĂšre partie Ă  sa consƓur qu’il connaĂźt depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂȘlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cƓur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funĂšbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relĂšve le mĂȘme Ă©clat mĂ©lancolique sous le masque de la virtuositĂ© agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio lĂ  encore se distingue par sa solitude extrĂȘme qui tend au dĂ©nuement, Ă  l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rĂȘverie ou d’un allegro, pĂ©tillant (finale).

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LR

 

 

Dans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ɠuvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1Ăšre variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gĂšrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste BarriĂšre (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede.

THE EMIDY PROJECT, l'odyssĂ©e d'un esclave devenu compositeurCOMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13, le 23 mai 2019. THE EMIDY PROJECT : D Baroni / T Jegede. 6 artistes sur scĂšne incarnent les brĂ»lures d’une vie sacrifiĂ©e et sublimĂ©e, celle d’Emidy (Joseph Antonio Emidy qui vĂ©cu au XVIIIĂš), esclave devenu violoniste et compositeur, enfant arrachĂ©, nĂšgre exploitĂ©, puis musicien reconnu, respectĂ©, homme rĂ©habilité  le destin d’Emidy force l’admiration et le texte du narrateur, Ă©crit par le musicien nigĂ©rian Tunde Jegede, saisit par sa coupe dense, resserrĂ©e, poĂ©tique. Sur les planches, pas de violon, mais le mouvement Ă©purĂ©, expressive d’un danseur taillĂ© comme une sculpture d’ébĂšne ; et la voix saisissante et suave de la flĂ»tiste – transfuge de CafĂ© Zimmermmann dont elle est membre fondateur, Diana Baroni, gemme vocal aux accents flĂ»tĂ©s et cuivrĂ©s : Ă  la fois mĂšre d’Emidy, prophĂ©tesse, aimĂ©e dĂ©sirĂ©e
 voix de la dĂ©tresse et de la compassion les plus vives, voix du destin et d’une narration sublimĂ©e
 pour un spectacle d’une heure Ă  peine, au souffle Ăąpre, chaloupĂ©, viscĂ©ral.

 

 

 

Sur les traces d’Emidy
L’OdyssĂ©e poĂ©tique d’un esclave
devenu musicien & compositeur baroque

 

 

 

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La chanteuse et instrumentiste sait assembler les piĂšces de divers styles, tous cependant prenant sens dans la vie d’Emidy : Ă©vocation de la Cornouailles (UK), piĂšces de tradition orale, pages tirĂ©es des manuscrits anciens de la Cour du Portugal et du BrĂ©sil
 sans omettre, les crĂ©ations de compositions conçues par le joueur de Cora Tunde Jegede (qui chante aussi et qui a surtout Ă©crit les textes d’aprĂšs les sources historiques).
La performance collective ressuscite enfin une existence odyssĂ©e qui force l’admiration. De l’ombre Ă  la lumiĂšre, piĂšces mandingues africaines, chants et mĂ©lodies afro-amĂ©rindiennes (de traditions orales) et partitions baroques du Nouveau Monde s’entrecroisent et s’électrisent. Du savant au traditionnel, de l’oubli Ă  la rĂ©vĂ©lation
 Le voyage traverse et relie 3 continents ; en son cƓur, la figure inspirante d’un ĂȘtre d’exception, toujours portĂ© par son destin et qui chemine fier et digne malgrĂ© les humiliations et les intempĂ©ries. En fond de scĂšne, un film en continu, qui enrichit encore la narration comme le jeu des interprĂštes : la beautĂ© des images vidĂ©o ajoute Ă  la force poĂ©tique de la rĂ©alisation (film de Sunara Begum). LabellisĂ© par l’Unesco, le spectacle part en juin en tournĂ©e en Afrique (11,12, 14 et 15 juin 2019, avant de revenir en France. Prochaines dates Ă  venir… incontournables.

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Illustration : © festival METIS / concert Saint-Denis 23 mai 2019 / © Christophe Fillieule

 

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COMPTE-RENDU, spectacle. SAINT-DENIS, Salle de spectacle Ligne 13. THE EMIDY PROJECT
Portrait Joseph Emidy, « premier compositeur de la Diaspora Africaine ».

Création Tunde Jegede / Diana Baroni
Musique, Film & Danse

TUNDE JEGEDE : kora, compositions, violoncelle, direction artistique – NigĂ©ria / UK

Ishimwa Muhimanyi, danse

DIANA BARONI : chant, traverso, recherche et compilation musical des sources – Argentine / France.
RAFAEL GUEL : vihuela, flutes – Mexico.
SIMON DRAPPIER : arpeggione – France.

SUNARA BEGUM : artiste audio-visuelle – Bangladesh / UK

 

 

 

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VOIR aussi les 4 dates de la tournée AFRICAINE de juin 2019 : 11,12 puis 14 et 15 juin 2019

 

 

 

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VOIR le TEASER THE EMIDY PROJECT / Diana Baroni & Tunde Jegede :

 

 

 

 

 

 

 

VOIR LE CLIP : Tonada de LUNA LLENA (Diana Baroni) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle / Gubaidulina, Gabrielli, JS BACH, Menut (1 cd Klarthe Records)

LANGOT-patrick-PRAELUDIO-&-cd-klarthe-annonce-cd-evenement-mai-2019CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records). Le geste et la performance sont au cƓur de ce programme rĂ©jouissant. Patrick Langot croise Gabrielli et Gubaidulina, enchante Menut Ă  l’aulne de Bach, en une Ă©loquence critique et poĂ©tique
 superlative. Les Gubaidulina (10 Études de 1974) imposent la matĂ©rialitĂ© mordante, Ăąpre, rugueuse de l’instrument, sa physicalitĂ© brute, hurlante, surexpressive dont l’interprĂšte joue allĂšgrement et en contrastes. ComparĂ© aux arabesques fluides et coulantes des 7 Ricercari de Gabrielli (conçus Ă  la fin du XVIIĂš soit 3 siĂšcles auparavant), inventeur entre Bologne et Venise d’une certaine Ă©loquence soliste pour le violoncelle, les 10 PrĂ©ludes / Études de Gubaidulina, ainsi enchĂąssĂ©s, produisent par contrastes et dialogue avec le compositeur baroque, une surenchĂšre qui interroge la musicalitĂ© ; jusqu’à Ă©prouver la vocalitĂ© de l’instrument. Tout est syncopes, cris, spasmes jusqu’à la section VIII. « Arco – pizzicato » – plage 14, qui semble s’approprier le discours baroque en une hallucination Ă©ruptive. Le IX creuse davantage le sens et le discours des cordes en bonds et rebonds Ă©lastiques / Ă©nigmatiques, d’une infinie rĂ©sonance, jusqu’au delĂ  de la vibration et de la phrase. L’arche sonore s’étire, se dĂ©tend en questions posĂ©es d’une indicible motricitĂ©.
MĂȘme s’agissant de JS BACH, de ses PrĂ©ludes BWV 1007 Ă  1012), Gubaidulina semble questionner directement le sens et l’architecture du gĂ©nie de Leipzig, tant dans l’alternance des deux modes de jeu qu’elle a choisi, l’illusion de la polyphonie renvoie directement Ă  l’édifice et Ă  la pensĂ©e mĂȘme du Director Musices.

 
 

 
 

Gabrielli, Gubaidulina, Menut, JS Bach


PRÆLUDIO : le geste suprĂȘme
du violoncelliste Patrick Langot

 

 

praeludio patrick langot cd critique classiquenews CLIC de classiquenews bach menut gubaidulina gabrielli violoncelle KLA066couv_lowTout circule avec un tact suprĂȘme, une intelligence flexible incarnĂ©e par l’expĂ©rience et la maĂźtrise du violoncelliste Patrick Langot dont ne saurait louer trop la sĂ»retĂ© du geste comme la cohĂ©rence du programme. Pratique historiquement informĂ©e, affinitĂ©s contemporaines, interprĂ©tation et crĂ©ation
 tout se rĂ©pond et s’exalte dans ce parcours aux dialogues captivants ; tout sonne naturel, crĂ©pitant, idĂ©alement pensĂ© et investi de la part du violoncelliste. Il sait d’ailleurs maĂźtriser 3 violoncelles diffĂ©rents, chacun adaptĂ© au mieux aux enjeux expressifs et aux esthĂ©tiques sonores des 3 sĂ©quences.
Cette probitĂ© et cet engagement Ă  servir la musique comme Ă  « musiquer » (au sens de l’essai de Christopher Small, rĂ©cemment Ă©ditĂ© en français par les Ă©ditions de la Philharmonie de Paris) sont pour nous 
 : exemplaires ; un accomplissement rare qui assoit davantage la ligne artistique du label Klarthe, plus que jamais aux cĂŽtĂ©s de l’interprĂšte, de ses dĂ©fis les plus personnels.

Bien sĂ»r au cƓur de ce cycle passionnant brille le gemme musical central « Postlude pour violoncelle solo » de BenoĂźt MENUT (nĂ© en 1977) et qui en 2017, alors rĂ©pondant Ă  une commande du violoncelliste, rĂ©alise l’une de ses piĂšces les plus Ă©blouissantes. Une ampleur de vue et une diversitĂ© d’intentions Ă  la mesure du geste et des capacitĂ©s de Patrick Langot.
CLIC D'OR macaron 200De plus de 8 mn, la piĂšce fait elle aussi Ă©cho au rĂ©pertoire baroque, Ă  l’esprit et au dĂ©veloppement des Ricercari ; comme sur un axe tournoyant, la partition s’inspire du principe rĂ©pĂ©titif de la basse obstinĂ©e, mais sait varier et s’engendrer Ă  l’infini, en un flux kalĂ©idoscopique, proprement vertigineux. Et pourtant rien de strictement virtuose ou soliloquant, mais un dĂ©veloppement prenant et dramatique qui sous l’archer du violoncelliste, saisit, sidĂšre, enchante
 comme un vortex aux mouvements cinĂ©matographiques (fin rĂ©pĂ©titive sombrant dans le silence). Le dĂ©roulement relĂšve de la transe et de l’ivresse, serties de questionnements multiples qui Ă©prouvent encore et toujours, le chant et le sens de l’instrument. EnchaĂźnĂ© avec la sublime Suite en sol majeur BWV 1007, l’écoute est bouleversĂ©e : aprĂšs l’esprit du chaos le plus mystĂ©rieux, surgit alors l’or de Bach, dans sa plĂ©nitude olympienne et sereine. Magistral dĂ©roulement, dĂ» Ă  un artiste accompli. Evidemment CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019.

 

 

  

 

 

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CD, critique. PRÆLUDIO : Patrick Langot, violoncelle (1 cd Klarthe Records) – Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2017 Ă  Paris. A noter la superbe prise de son d’Alban Moraud.

 

 

 

 

VOIR un extrait vidéo du cd PRAELUDIO :

 

 

  

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes. Petite rĂ©serve tout d’abord dans la conception mĂȘme de la soirĂ©e. MalgrĂ© sa forme chaotique entre rĂ©cital de chansons, revue, volets habituels du cabaret berlinois, la premiĂšre partie de soirĂ©e (Berliner Kabarett) prĂ©sente quelques superbes mĂ©lodies aux textes tout autant savoureux ; curieusement en dĂ©pit de la prĂ©sence de l’orchestre en fond de scĂšne, c’est au piano seul que trois chanteurs Ă©grĂšnent leur juste complainte entre poĂ©sie et dĂ©sespoir, tous ont cette dĂ©sillusion enchantĂ©e qui est la marque du thĂ©Ăątre aussi politique que dĂ©lirant du duo Weill / Brecht.

Ainsi trois sĂ©quences sont mĂ©morables en particulier ; citons « l’heure bleue » ou l’extase au bain, que chante et qu’incarne en un nirvana cosmĂ©tique, avec une suavitĂ© Ă©vanescente la pulpeuse Marie Lenormand ; plus ambiguĂ« encore entre dĂ©sespĂ©rance et visions glaçantes (de larmes et de mort), « au fond de la Seine », est un splendide lamento, maĂźtrisĂ© dans des tenues de notes impeccables et trĂšs investies par le tĂ©nor RaphaĂ«l Jardin ; plus sombre encore, aprĂšs une critique acerbe contre l’hypocrisie dĂ©mocratique, en clown grimaçant hystĂ©rique, l’excellente basse française FrĂ©dĂ©ric Caton, 
lequel tombe le masque et exprime le deuil de la mĂšre qui a perdu son fils dans les tranchĂ©es. Le ton est juste, le texte dĂ©chirant; ce tragique noir, acide, lugubre, surgissant comme une douche froide, est du plus puissant effet; comme si Weill et Brecht nous avaient sĂ©duits et trompĂ©s par ce qui prĂ©cĂšde sur le ton d’un divertissement sans gravitĂ©, pour nous infliger cette appel Ă  conscience. Inoubliable. La voix naturelle de la basse, veloutĂ©e et toujours parfaitement intelligible (dans la grande tradition, et la seule exemplaire Ă  ce jour, celle du diseur Francois Le Roux), fait vibrer le texte en une sincĂ©ritĂ© qui touche au cƓur. Bravo l’artiste. Sous le masque d’un spectacle de pacotille, dans le mouvement d’une vacuitĂ© faite religion, s’impose Ă  nous, le cri dĂ©chirant de ce chant dont texte et musique ressuscitent le dĂ©nuement et la profondeur de Schubert.

Ces perles sont les piliers d’un spectacle qui Ă  partir de son prĂ©texte sur l’ivresse consumĂ©riste des grands magasins se fait brĂ»lot politique. Mais la forme Ă©clatĂ©e qui s’apparente Ă  une succession de numĂ©ros, sans liens apparents, et non intĂ©grĂ©s dans une action continue, unitaire, se rĂ©vĂšle Ă  la peine, dĂ©routante, dĂ©cousue, un rien confuse. Serait-ce pour mieux nous prĂ©parer Ă  la forme idĂ©ale, resserrĂ©e, continue de l’oeuvre qui suit et qui constitue le clou de la soirĂ©e : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux ? De fait la grande cohĂ©rence de la partition qui file Ă  toute allure saisit immĂ©diatement le spectateur.

 

 

 

SƓurs martyrs
d’un spectacle parodique et politique

 

 

 

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Rien avoir en effet dans ce cycle de 40 mn, menĂ© tambour battant tel un « road movie », et qui grĂące au dispositif des instrumentistes placĂ©s derriĂšre les chanteurs (qui ne sont plus sonorisĂ©s), rĂ©vĂšle sa nature hautement symphonique. On se glisse dans le sprachgesang de la mĂȘme Marie Lenormand, tout en confort et en naturel. Son intonation est juste et la couleur du chant mĂȘle les espĂ©rances de la conteuse Anna I, spectatrice et narratrice des avatars des deux Sisters, et la plainte lancinante de celle qui compte les mille humiliations et sĂ©vices (surtout sexuels) dont elles sont victimes (surtout Anna II) qui est un personnage non chantĂ© mais dansĂ© : dans ce dernier rĂŽle on distingue la performance de la danseuse Fanny Aguado dont postures et poses convoquent une lolita allumĂ©e, dĂ©vergondĂ©e et ingĂ©nue, une Lulu bis, diverses facettes d’une jeunette prĂȘte Ă  tout pour vendre ses charmes.
Les vrais responsables de ce jeu de dupes sont les parents et les (deux) frĂšres des deux Anna, sƓurs martyrs, prostituĂ©es dominĂ©es, consentantes, dont les revenus rĂ©guliers financent la petite maison familiale en Louisiane au bord du Mississipi. Le rĂȘve et l’idĂ©al tant dĂ©fendus relĂšvent peu a peu du cauchemar mais aussi dans le spectacle, dĂ©voile l’hypocrisie bien pensante qu’incarne Ă  la façon d’un chƓur rĂ©pĂ©titif, scandant chaque tableau des pĂ©chĂ©s (« Seigneur illumine tes fidĂšles, mĂšne-les vers la prospĂ©rité »), les 4 membres de la famille.
Impeccable en ce sens la mĂšre du mĂȘme FrĂ©dĂ©ric Caton : il/elle brandit le crucifix pour mieux envelopper ses turpitudes de mĂšre proxĂ©nĂšte.

 

 

 

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On ne saurait trop souligner la rĂ©ussite d’une telle partition, musicalement splendide, dramatiquement prenante ; les auteurs y dĂ©veloppent les thĂšmes dĂ©sormais structurels de leur travail sur la scĂšne : dĂ©nonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme, hypocrisie bourgeoise, fausse morale, fausse religion ; et toujours cette tension et ce lugubre voire cette inquiĂ©tude souterraine qui doublent chaque situation. On a le sentiment qu’à chaque avancĂ©e dans cette chevauchĂ©e fantastique, c’est l’humanitĂ© et la beautĂ© du monde qu’on assassine. La musique est subtile et ambiguĂ«, troublante souvent dĂ©chirante. Le livret Ă  rebours d’une dĂ©nonciation en rĂšgle de la barbarie et des turpitudes humaines, nous parle bien de l’humain.
En rĂ©alitĂ©, Brecht, toujours mordant, tout en dĂ©nonçant les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, dĂ©montre qu’en les appliquant strictement, – tentation lĂ©gitime, les deux sƓurs montent les Ă©chelons et amassent toujours un peu plus. Le monde est ainsi corrompu qu’il faille simplement appliquer les 7 tares pour rĂ©ussir et s’enrichir.

 

 

 

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La premiĂšre partie qui dure presque 1h30, souligne le climat et le contexte des spectacles de Weill et Brecht alors en transit Ă  Paris aprĂšs l’échec des idĂ©aux de la RĂ©publique de Weimar.
On ne cesse de penser tout au long de la soirĂ©e Ă  l’apocalypse collectif et sociĂ©tal des annĂ©es 1930 en Allemagne
 les arts du spectacle pourtant clairvoyants alors, se sont confrontĂ©s Ă  une sorte d’aveuglement et de fatalisme gĂ©nĂ©ral. Un Ă©tat de soumission inscrit dans l’air du temps
 Un parallĂšle avec nos dĂ©mocraties mourantes en Europe ?
Voila qui fait mĂȘme du choix de Weill / Brecht, Ă  Tours en avril 2019, Ă  quelques semaines des Ă©lections europĂ©ennes, un acte politique. DĂ©jĂ  Brecht et Weill avaient Ă©pingler le danger des faux dĂ©mocrates et des vrais dĂ©magogues populistes. Approche visionnaire, et spectacle passionnant.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. Marie Lenormand
 Bleuse /Desbordes

KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht
Précédés de Berliner Kabarett

Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours

Avec
Anna Marie Lenormand
La MÚre Frédéric Caton
Le PĂšre Carl Ghazarossian
Les FrÚres Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale:Pierre Bleuse
Mise en scĂšne:Olivier Desbordes

Costumes: Patrice Gouron
LumiÚre: Joël Fabing
Décors: Opéra de Tours

Illustrations : © Sandra Daveau / 7 pĂ©chĂ©s capitaux Kurt WEILL Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

PARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, Conférence et concert (Damien TOP, Daniel KAWKA)

ROUSSEL-conference-concert-classiquenews-annonce-critique-concert-et-conference-albert-roussel-affiche-concert-RousselPARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, ConfĂ©rence et concert (Damein TOP, Daniel KAWKA). Formidable cĂ©lĂ©bration Salle Cortot du gĂ©nie d’Albert Roussel : 2019 marque le 150 Ăšme anniversaire du compositeur français (il est nĂ© Ă  Tourcoing, le 5 avril 1869). Un cas toujours surprenant d’un auteur exceptionnel, toujours mĂ©sestimĂ©, perpĂ©tuel mĂ©connu des producteurs et des directeurs des thĂ©Ăątres et des salles de concerts
 quand sa musique vaut naturellement celle des plus grands, Debussy ou Ravel. Musique de chambre, opĂ©ras, symphonies, ballets, 
 et mĂ©lodies, car la confĂ©rence qui ouvre la soirĂ©e (sur le thĂšme : « L’univers poĂ©tique de Roussel ») met l’accent non sans raison sur la passion de Roussel pour les textes et son goĂ»t de la poĂ©sie dont tĂ©moignent ses amitiĂ©s et ses mĂ©lodies.
Grand spĂ©cialiste de Roussel, chef d’orchestre, chanteur et biographe remarquĂ©, Damien Top (qui avait participĂ© Ă  la production de l’opĂ©ra PĂądmavatĂź au ChĂątelet) rĂ©tablit ainsi la place du texte, la figure des Ă©crivains et poĂštes dans la chronologie des Ɠuvres ; le futur officier de la Marine savait dĂ©jĂ  voyager par l’esprit en lisant Jules Verne

Lionel des Rieux, Arnaud Sylvestre, Laurent Tailhade, Lecomte de Lisle, surtout Henri de RĂ©gnier, son double poĂ©tique, sans omettre les plus tardifs, Maurice CarĂȘme ou AndrĂ© Fortin
 Chacun lui permet d’affiner son rapport Ă  la nature
 une approche de plus en plus ciselĂ©e qui se rĂ©alisera bientĂŽt grĂące Ă  son voyage jusqu’aux Indes et au Cambodge, voyage de noces aprĂšs son mariage avec Blanche en 1908. Le Festin de l’AraignĂ©e puis surtout PĂądmavĂąti mettent en forme toutes les Ă©vocations fortement Ă©prouvĂ©es sur le motif Ă  travers ses explorations et ses voyages.

Les noms s’enchaĂźnent ; et l’on mesure mieux combien l’idĂ©al esthĂ©tique de Roussel a pu se rĂ©aliser dans la recherche constante des affinitĂ©s, entre verbe et musique.
Damien Top rĂ©vĂšle de l’intĂ©rieur un parcours personnel et original, jalonnĂ© de lectures formatrices, de rencontres stimulantes. Les Ɠuvres, rares, concentrĂ©es, attestent la quĂȘte et les valeurs d’un esprit perfectionniste, gĂ©nie de la forme, et aussi expĂ©rimentateur, comme en tĂ©moignent le choix de ses ballets et des opĂ©ras : La Naissance de la lyre qui puise aux racines de la civilisation occidentale, jusqu’à l’humour dĂ©lirant mais politiquement caustique (contre l’hypocrisie de la bourgeoisie bien pensante) : le Testament de la Tante Caroline, une pochade qui reste inclassable dans le paysage lyrique français (et que les parisiens pourront applaudir Ă  PARIS, au ThĂ©Ăątre AthĂ©nĂ©e Louis-Jouvet, du 6 au 13 juin 2019.

ALBERT ROUSSEL, symphoniste magicien (150 ans en 2019)

Puis vient le concert, avec la participations des Ă©lĂšves instrumentistes de l’Ecole normale de musique, sous la direction de Daniel Kawka : soit 5 instrumentistes en phase, habiles et suggestifs dans l’art des Ă©vocations oniriques telles que les a magistralement Ă©laborĂ©es l’auteur du si subtil Festin de l’AraignĂ©e.

Damien Top a pris soin de faire Ă©cho Ă  sa confĂ©rence prĂ©alable dans le choix des piĂšces ainsi prĂ©sentĂ©es : SĂ©rĂ©nade opus 30 avec poĂšmes d’Henri de RĂ©gnier (1925) ; puis Le Marchand de sable qui passe, texte de Georges Jean Aubry – dits magnifiquement par Michel Favory, sociĂ©taire honoraire de la ComĂ©die Française. Le triptyque de la SĂ©rĂ©nade enchante littĂ©ralement par la texture liquide, scintillante de la musique conçue par Roussel : le caractĂšre musical de chaque piĂšce suit le sens et le dĂ©veloppement de chaque poĂšme : « FĂȘte d’eau », « Pour que la nuit soit douce, les roses  », « Voici l’aube  »; il le sublime par la justesse octueuse des climats harmoniques : rien n’est superflu s’il ne sert et enrichit la trame onirique qui porte au songe, Ă  l’enchantement ; Roussel est dans la clartĂ© Ă©loquente de son Ă©criture, un voluptueux magicien, comme
 Ravel.

On retrouve dans la musique de scĂšne du Marchand de sable qui passe (1908), tous les caractĂšres emblĂ©matiques de la musique roussellienne : la finesse, l’infinie subtilitĂ©, l’appel au rĂȘve ; mĂȘme Ă  un seul personnage (quand l’action en nĂ©cessite trois : le marchand – wanderer et le couple amoureux), le texte prend son essor, portĂ© par la qualitĂ© de l’écriture musicale que l’on dĂ©couvre ici dans sa forme originale (flĂ»te, clarinette, cor, violon 1 et violon 2, alto, violoncelle, contrebasse, harpe).
Le premier extrait exprime la texture de la sensualitĂ© rĂȘveuse, comme une belle endormie qui revient Ă  la vie : le solitaire banni, promeneur / observateur paraĂźt dans cet Ă©pisode introductif qui s’approche de l’ouverture de Capriccio de R Strauss
 la sĂ©quence suivante plonge dans le mystĂšre de l’amour ; elle exprime aussi plus subtilement, l’incrĂ©dulitĂ© du passeur, un rien cynique, qui cependant s’émeut lui-mĂȘme du miracle de l’amour
 Roussel qui est un grand rĂȘveur amoureux lui-mĂȘme, sait enchanter Ă  travers les paroles du Marchand, son double ; il se dĂ©voile : c’est un enchanteur dont le charme suscite l’émergence de l’amour (il est « semeur d’amour ») ou a minima, le retour Ă  l’innocence de l’enfance. La flĂ»te aux volutes proches du Faune de Debussy (comme nous l’a signalĂ© non sans raison Daniel Kawka), chante l’Ɠuvre du Mage enivré  Comme une Ă©nigme qui se rĂ©sout, l’homme Ă©nigmatique lĂšve le voile (effusion de la flĂ»te, pudeur du quatuor Ă  cordes)

Le chef veille aux Ă©quilibres sonores ; respecte la finesse dynamique Ă©laborĂ©e par Roussel, mais il est vrai que Daniel Kawka est un rousselien de la premiĂšre; lui qui a dĂ©fendu sa thĂšse ici mĂȘme Ă  l’école normale de musique, sur Roussel dans la classe d’orchestre. Les cĂ©lĂ©brations Roussel sont rares cette annĂ©e malgrĂ© son anniversaire. GrĂące Ă  Damien Top en voici un premier volet, avant le lancement de son festival international Albert Roussel Ă  venir du 21 sept au 25 novembre 2019. A suivre.

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COMPTE RENDU, confĂ©rence, concert. PARIS, le 5 avril 2019 (Salle Cortot) : L’univers poĂ©tique d’Albert Roussel – SĂ©rĂ©nade opus 30, Le marchand de sable qui passe. Michel Favory, rĂ©citant. ElĂšves de l’Ecole normale de musique (Giulia-Deniz Unel, flĂ»te – Emiliano Mendoza, clarinette – David Somoza, cor -Waka Hadame, violon 1 – Alban Marceau, violon 2 – Ayako Tahara, alto – Sin Hye Lee, violoncelle – Venancio Rodrigues contrebasse – Mitsumi Okamoto, harpe) – Daniel Kawka, direction.

APPROFONDIR

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LIRE la biographie d’ALBERT ROUSSEL par Damien TOP
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/

VISITEZ le site du Festival international Albert ROUSSEL 2019
http://ciar.e-monsite.com/pages/festival/festival-2019/

ROUSSEL : Le testament de la tante Caroline
Paris, Athénée Théùtre L jouvet, 6 < 13 juin 2019
Par les Frivolités parisiennes

https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/le_testament_de_la_tante_caroline.htm

ENTRETIEN avec PHILIPPE MOURATOGLOU : Jouer Fernando Sor…

MOURATOGLOU-philippe-guitare-fernando-sor-cd-evenemnt-critique-annonce-cd-classiquenews-musique-classique-newsENTRETIEN avec le guitariste PHILIPPE MOURATOGLOU : le gĂ©nie de Fernando SOR (1778 – 1839). En avril 2019, le guitariste Philippe Mouratoglou cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur Fernando Sor, crĂ©ateur atypique entre l’Espagne et la France (il est mort Ă  Paris), auteur de piĂšces dĂ©sormais essentielles dans le rĂ©pertoire de la guitare classique. Philippe Mouratoglou interroge la sincĂ©ritĂ© de ses Études (entre autres), leur potentiel autant pĂ©dagogique, que musical pour l’interprĂšte exigeant. A travers les Ɠuvres choisies pour son nouvel album Ă©ditĂ© par Vision Fugitive, le guitariste restitue la trĂšs forte sĂ©duction d’une Ă©criture puissante, originale, expĂ©rimentale : jamais purement virtuose, douĂ©e d’une profondeur qui saisit encore aujourd’hui. A l’occasion de la parution de son cd qui sort ce 26 avril 2019 (distinguĂ© par un CLIC), Philippe Mouratoglou rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS /CNC : Quelle image avez-vous de Fernando Sor, en particulier Ă  travers les piĂšces choisies pour ce nouvel album ?

SOR fernandoPHILIPPE MOURATOGLOU : Fernando Sor est le compositeur le plus important pour la guitare Ă  l’époque classique et prĂ©romantique. En Ă©crivant ses Études, il fait avancer considĂ©rablement la technique de la guitare. En rĂ©alitĂ©, il ne cesse d’innover, jouant en particulier sur les harmoniques naturelles, ou sur les effets expressifs pour crĂ©er des contrastes (cf. les tromolos de l’Etude n°16, opus 29, par exemple). Ses piĂšces sont complĂštes et idĂ©ales, Ă  la fois musicales et pĂ©dagogiques. A la diffĂ©rence de ses contemporains qui cantonnent les piĂšces pour guitare Ă  des Ɠuvres de virtuositĂ© souvent dĂ©coratives, Fernando Sor sait surprendre, toucher : il ne cĂšde jamais Ă  la facilitĂ©. MĂȘme ses transcriptions des opĂ©ras, comme celle d’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e (« Introduction et Variations sur un thĂšme de Mozart O cara armonia de La flĂ»te enchantĂ©e », opus 9 ) exprime une claire admiration pour le bel canto mais dans une Ă©criture prĂ©cise et naturelle qui n’est jamais artificielle.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : Comment avez-vous choisi les piĂšces de ce nouvel album ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Cela n’a pas Ă©tĂ© facile car il en existe beaucoup. J’ai surtout retenu les Études qui me plaisaient, mes prĂ©fĂ©rĂ©es. Ensuite, le choix s’est affirmĂ© selon les contraintes d’équilibre et de contrastes afin de construire un parcours pour l’auditeur. La question des tonalitĂ©s a Ă©tĂ© importante aussi pour rĂ©ussir les enchaĂźnements, d’autant que la prise de son, trĂšs proche de l’instrument, permet d’écouter au plus prĂšs la richesse harmonique de chaque piĂšce.
Fernando Sor est capable d’émouvoir et de surprendre. Ses piĂšces sont trĂšs courtes, mais il exprime une palette de sentiments trĂšs contrastĂ©s. Certaines sont introspectives : elles Ă©cartent ce prĂ©jugĂ© trompeur qui fait de Sor, un compositeur de salon. Rien de tel ici. Prenez le « Gran solo » (opus 14, en rĂ© majeur de 1822), c’est une piĂšce conçue comme une grande ouverture, lumineuse et virtuose, Ă  la fois sincĂšre et souriante.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous avouez ĂȘtre inspirĂ© par les grands pianistes interprĂštes des Ɠuvres du XIXĂš, comme Sviatoslav Richter, Martha Argerich, Arturo Benedetti Michelangeli, Claudio Arrau
 Que vous apportent-il ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : Evidemment le rĂ©pertoire romantique pour le piano est immense, ce qui n’est pas le cas de la guitare. Les interprĂštes y trouvent un terrain de jeu Ă  la fois riche et stimulant. Pour moi, la possibilitĂ© des nuances, le travail sur le son
 sont tout autant possibles Ă  la guitare, en particulier dans l’interprĂ©tation des oeuvres de Fernando Sor. La guitare est un instrument moins sonore que le piano, mais le jeu des dynamiques est passionnant. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle, dans cet enregistrement, nous avons privilĂ©giĂ© une prise de son trĂšs proche qui renforce et les harmoniques et le relief et la qualitĂ© du timbre de l’instrument. Tout cela au service des caractĂšres et des climats de la musique : profondeur, sincĂ©ritĂ©, lumiĂšre. L’écriture de Sor est d’autant plus inspirante qu’elle permet ce jeu particulier sur les nuances et les rĂ©sonances.

 

 

 

CLASSIQUENEWS /CNC : vous jouez des compositeurs trĂšs diffĂ©rents et de nombreux rĂ©pertoires. Pourquoi jouer aujourd’hui Fernando Sor ?

PHILIPPE MOURATOGLOU : J’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment le rĂ©pertoire classique. Enregistrer et jouer Sor est un besoin et aussi un accomplissement. D’autant plus que son Ă©criture est d’une rare exigence musicale ; ses Sonates pour guitare ambitionnent l’ampleur et le dĂ©veloppement des Sonates de Beethoven au piano. Sor partage avec Chopin, ce goĂ»t pour le chant et le bel canto. Les Etudes du premier se rapprochent des PrĂ©ludes du second. Les dĂ©fis sont nombreux pour l’interprĂšte. Multiples donc stimulants.

Propos recueillis en avril 2019

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd Fernando SOR par Philippe MOURATOGLOU, guitare solo.
http://www.classiquenews.com/teaser-video-philippe-mouratoglou-joue-fernando-sor-1-cd-vision-fugitive/

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. FERNANDO SOR par Philippe MOURATOGLOU – Guitare Solo – 1 cd Vision Fugitive – Parution : le 26 avril 2019 - CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2019

 

 

 

 

 

EN CONCERT

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Jeudi 16 mai 2019 à L’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet (PARIS)
FERNANDO SOR
Philippe Mouratoglou
guitare classique

BILLETTERIE

https://bit.ly/2HEnCZe

01 53 05 19 19
Tarifs : PLEIN 20€ / RÉDUIT 12€

INFOS PRATIQUES
16 MAI 20h
Athénée Théùtre Louis-Jouvet
Sq. de l’OpĂ©ra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau – 75009 Paris
MĂ©tro : Bonne Nouvelle ou ChĂąteau d’eau

www.athenee-theatre.com

Evénement Facebook 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Teaser
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou – FERNANDO SOR [Teaser]

Vidéo longue (clip)
Sur Youtube : Philippe Mouratoglou (Guitare Solo) – FERNANDO SOR
Extrait audio : Egalement un morceau de l’album (Etude opus 6 n°9)  dĂ©jĂ  disponible sur Soundcloud : juste ici

CLIP vidéo (3mn31) :

 

 

 

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Le nouveau cd de Philippe Mouratoglou, Ă  paraĂźtre ce 26 avril 2019

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire (dernier concert de la saison 2018 – 2019). Voilà assurĂ©ment un programme modĂšle pour la nouvelle et fabuleuse Schubertiade de Sceaux dans les Hauts de Seine. « ModĂšle » car l’Ɠuvre la plus bouleversante et profonde de Franz Schubert est ici servie par une jeune phalange d’une maturitĂ© dĂ©jĂ  prometteuse (ils n’ont que 3 ans, regroupĂ©s en quatuor depuis 2016) : les quatre instrumentistes du Quatuor Elmire (pour comprendre le choix de leur nom, voyez du cĂŽtĂ© de MoliĂšre et de son Tartuffe)

D’abord « chauffĂ©s » par l’équilibre et l’élĂ©gance en rien artificiels du Quatuor de Beethoven (Quatuor op. 18 n°3, trĂšs proche de la finesse d’un Haydn), les quatre musiciens abordent le dernier Quatuor de Schubert, avec un 2Ăš violoncelle (Quintette), en intensitĂ© et intĂ©rioritĂ©. Ils (et elle : car le 2Ăš violoncelle est assumĂ©e par Sarah Sultan, transfuge pour l’occasion du Trio Atanassov) dessinent les paysages crĂ©pusculaires suspendus du Wanderer Franz en longues phrases profondes, dĂ©veloppant articulation flexible (violon 1 et violoncelle 1), Ă©coute continue, surtout sonoritĂ© d’un souffle et d’une justesse nuancĂ©e 
 proprement saisissante.

L’Ɠuvre jamais Ă©ditĂ©e du vivant de l’auteur, est intense et tragique, c’est un « testament musical » composĂ© pendant l’étĂ© 1828, deux mois avant la mort de Schubert.

 

 

 

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsDans la salle de rĂ©union de l’Hotel de Ville de Sceaux, les musiciens sculptent la matiĂšre ardente, crĂ©pitante et mordante aussi du premier mouvement (Allegro ma non troppo) : entrĂ©e en matiĂšre fortement charpentĂ©e dont les jeunes instrumentistes excellent Ă  exprimer la carrure, le relief parfois Ăąpre et mĂȘme vĂ©hĂ©ment, comme les derniers assauts d’une conscience Ă  la fois dĂ©cuplĂ©e et …foudroyĂ©e. Puis vient l’admirable Adagio, nocturne Ă©perdu, suspendu, dont il font en une plongĂ©e progressive et calibrĂ©e, rythmĂ©e selon les pizz enchanteurs du 2Ăš violoncelle, une rĂ©flexion ample, dĂ©finitive, lugubre sur la mort, la finalitĂ© de toute chose
 C’est comme si Schubert nous faisaient plonger au delĂ  de l’expĂ©rience sensible, au delĂ  de la conscience, dans des eaux inconnues qui toujours questionnent le sens d’une vie terrestre, et jusqu’oĂč pouvons-nous aller ? Jusqu’oĂč pouvons-nous nous perdre dans cette quĂȘte infinie, qui est dĂ©couverte, exploration mais aussi chute et ensevelissement ? Nous Ă©garer hors de l’espace et au delĂ  du temps mesurable, voilĂ  l’une des Ă©preuves que nous rĂ©serve Schubert et que permet la musique. SinguliĂšrement.
Dans ce parcours introspectif d’une exceptionnelle acuitĂ©, les Elmire sont des guides d’une prodigieuse activitĂ©, faisant briller et rougir ce chant de l’au-delĂ , d’une sincĂ©ritĂ© et d’un dĂ©nuement ultime. La clartĂ© du contrepoint, la lisibilitĂ© des rĂ©ponses, l’activitĂ© filigranĂ©e et parfaitement articulĂ©e de tous les contrechants, comme la ligne mĂ©lodique Ă  la fois sobre et flexible du violon I (Scherzo, puis Allegretto final) n’en finissent pas d’enchanter, d’enivrer, de nous hypnotiser.

 

 

 

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A la sĂ»retĂ© de leur geste, les jeunes instrumentistes produisent aussi une sonoritĂ© dĂ©lectable, Ă  la fois claire et puissante, jamais forcĂ©e ni Ă©paisse et qui grĂące Ă  un rĂ©glage de l’acoustique de la salle, se rĂ©alise idĂ©alement. Ajoutons que le premier violon et le violoncelle sont d’une facture historique contemporaine, assurant Ă  l’ensemble cette Ă©tonnante ossature, ferme, solide, carrĂ©e, continĂ»ment Ă©quilibrĂ©e.

Il fallait donc attendre le dernier concert de la premiĂšre saison de la Schubertiade de Sceaux pour atteindre aux Ă©thers mĂ©taphysiques et spirituels d’un Schubert touchĂ© par la grĂące, voyageur, questionneur, explorateur de l’ñme humaine. Ce programme est d’autant plus mĂ©morable qu’il assure un tremplin Ă  une jeune formation parmi les plus douĂ©es de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de chambristes français. Aucun disque encore, car ils attendent de progresser. Mais Ă  Sceaux (oĂč ils jouaient ensemble pour la premiĂšre fois l’odyssĂ©e spirituelle de Schubert), la rĂ©vĂ©lation et la confirmation d’une intelligence collective qu’il faut dĂ©sormais suivre.

 

 

 

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Saluons le discernement et l’appui du Maire de Sceaux, Philippe Laurent, impliquĂ© depuis son dĂ©but pour la rĂ©ussite de la nouvelle saison de concerts. Il ne s’agit pas seulement d’un appui logistique (la salle de rĂ©union de l’HĂŽtel de ville devient salle de concert en un transfert pour nous exemplaire : ainsi le lieu des dĂ©libĂ©rations publiques et citoyennes se fait aussi comme naturellement Ă©crin de culture proposĂ© Ă  tous).
Il s’agit aussi de poursuivre dans la durĂ©e ce que la musique classique et l’expĂ©rience de la musique de chambre peut apporter dans la vie de la citĂ© : un temps de rĂ©flexion dans un planning quotidien qui en manque considĂ©rablement ; une pause qui devient comme ce soir, baume pour l’ñme et pour l’esprit. Mais le lien entre la MunicipalitĂ© et la pratique de la musique de chambre ne date pas d’aujourd’hui ; la conversation en musique qui est le point le plus abouti de la pratique chambriste remonte au temps oĂč les Lowenguth (Alfred puis Jacqueline) dĂ©fendaient Ă  Sceaux dĂ©jĂ  une saison de musique de chambre. L’acte est emblĂ©matique et presque militant en soi : comment ne pas Ă©tablir un parallĂšle alors entre l’exercice de la musique de chambre, et le dĂ©fi du dialogue et de la conversation sur la place publique, d’autant plus actuellement oĂč le « grand dĂ©bat » a suscitĂ© une vaste adhĂ©sion des français ? L’écoute et le goĂ»t de la combinaison, la rĂ©ussite d’une expĂ©rience collective sont Ă  n’en pas douter des dĂ©fis permanents, jamais acquis
 mais dans leur accomplissement, porteurs de progrĂšs sociĂ©tal et civique. VoilĂ  une rencontre du politique et de la culture, rĂ©solue, heureuse, durable.

 

 

 

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Souhaitons que le dialogue Ă©tabli entre le Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov, directrice gĂ©nĂ©rale des La Schubertiade de Sceaux ne s’interrompe jamais : la place de la culture et de la musique classique cultivent des valeurs fondamentales pour notre cadre de vie et la rĂ©alisation du vivre ensemble : partage, ouverture, curiositĂ©, comprĂ©hension, rĂ©flexion
 un modĂšle de sociĂ©tĂ© en sorte. Ce soir, annoncĂ©e dans le programme de salle, les trĂšs nombreux festivaliers de la Schubertiade de Sceaux ont pu dĂ©couvrir un avant-goĂ»t de la saison prochaine. L’aventure continue donc. A suivre sur classiquenews.com. Illustrations : les musiciens du concert du 30 mars / Philippe Laurent, Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov (DR / Mairie de Sceaux)

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 30 mars 2019. Haydn, Schubert (Quintette pour deux violoncelles). Quatuor Elmire. Dernier concert de la saison 2018 – 2019.

 

 

 

LIRE aussi notre annonce présentation du concert du Quatuor ELMIRE, sam 30 mars 2019 à Sceaux, La Schubertiade de Sceaux
http://www.classiquenews.com/le-quatuor-elmire-a-la-schubertiade-de-sceaux-2/

LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la saison 1 de La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

LIRE aussi notre entretien avec Elisabeth Aranassov, directrice générale des La Schubertiade de Sceaux :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

cycle-mahlerCOMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction). Apres une Symphonie n°1 « Titan », de « lancement », puis une n°2 « RĂ©surrection », tendue, recueillie, incarnĂ©e
 enfin spiritualisĂ©e en sa fin cĂ©leste, la 3Ăšme Symphonie de Mahler, jouĂ©e ce soir au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, dĂ©livre et confirme dĂ©sormais les qualitĂ©s du cycle Ă©vĂ©nement que le chef et directeur musical du National de Lille, ALEXANDRE BLOCH, dĂ©die au compositeur (qui fut aussi un grand chef). De l’Ă©nergie, une urgence continue, une intelligence des timbres, surtout une attention particuliĂšre Ă  l’architecture interne du massif malhĂ©rien
 A contrario des conceptions plus « droites », objectives de certains chefs, plus extraverti que d’autres (comme les « grands ainĂ©s » tels Karajan, Haitink
 sans omettre Abbado), Alexandre Bloch lui ne s’économise en rien, dansant sur le podium, habitĂ©, exaltĂ© par son sujet, avec une intensitĂ© qui rappelle 
 Bernstein.

 

 

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FINALE DE COMPASSION ET D’AMOUR… Ceci nous vaut pour le dernier mouvement, le plus aĂ©rien (aux cordes surtout), des jaillissements de lyrisme flexible et amoureusement dĂ©ployĂ©, un baume pour le cƓur et l’esprit, aprĂšs avoir passĂ© tant d’épisodes si divers et contrastĂ©s. On n’oubliera pas ce 6Ăš mouvement final (« Langsam. Ruhevoll. Empfunde ») qui semble comme un choral fraternel et recueilli, embrasser tous les ĂȘtres vivants (hommes et animaux) et les couvrir d’un sentiment d’amour, irrĂ©pressible et caressant. Dans son intonation, sa pĂąte transparente, suspendue, le mouvement prĂ©figure l’Adagietto de la 5Ăš, ses amples respirations,sa couleur parsifalienne, sa ligne constante qui appelle et dessine l’infini


 

 
 

 

La 3Ăš Symphonie de Mahler par
l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch

Sons et conscience de la Nature

 

 

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Toutes les illustrations : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 
 

Notre attente Ă©tait d’autant plus affĂ»tĂ©e que la 3Ăš Symphonie de Gustav Mahler (alors ĂągĂ© de 34 ans) est rarement donnĂ©e si on la compare aux autres Ă©videmment; mĂȘme le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, malhĂ©rien distinguĂ© et reconnu, ne l’a jouĂ© avec les musiciens lillois que… trois fois (1996, 1997, puis 2006) quand on compte pas moins de 11 rĂ©alisations de la 4Ăšme sous sa baguette !, soit de 1978 Ă  2017 ; distinguons l’enregistrement que CLASSIQUENEWS avait saluĂ© lors de sa parution par un CLIC : la Symphonie n°2 RĂ©surrection de 2017). Voila qui en dit long.

VoilĂ  qui donne du poids aussi Ă  la proposition d’Alexandre Bloch de jouer les 9 symphonies pendant 2019, histoire de renouer avec un rĂ©pertoire qui a construit et façonnĂ© le son de l’Orchestre lillois depuis sa crĂ©ation. DĂ©fi aussi puisqu’il s’agit Ă  chaque session de dĂ©voiler la richesse de l’écriture malhĂ©rienne, tout en renouvelant encore l’engagement de tous les musiciens. Ce cycle en cours s’affirme donc comme une expĂ©rience majeure pour l’auditeur et pour les interprĂštes, un nouveau jalon de leur aventure musicale.

De par ses effectifs, l’ONL / Orchestre National de Lille, voit grand et peut aborder des Ɠuvres spectaculaires. Dans ce sens MASS, fresque dĂ©lirante, inouĂŻe s’inscrivait pour l’annĂ©e Bernstein 2018 dans cette ambition (fin de saison, juin 2018); la Symphonie des Mille, n°8 sera le prochain volet Ă  ne pas manquer. Sans avoir jamais Ă©crit d’opĂ©ras, Mahler, qui comme chef, en dirigea beaucoup (entre autres comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne) semble y synthĂ©tiser toutes les possibilitĂ©s orchestrales et lyriques, – en particulier dans sa 2Ăš partie.‹ D’opĂ©ra, il est aussi question dans la 3Ăš, prĂ©cisĂ©ment dans l’épisode IV oĂč sort de l’ombre, Ă  la fois entitĂ© maternelle envoĂ»tante et prophĂ©tesse d’une Ăšre Ă  venir, la mezzo (convaincante Christianne Stotjin, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans la RĂ©surrection de fĂ©vrier dernier). Son texte empruntĂ© Ă  Nietzsche (Zarathoustra) est une exhortation adressĂ©e aux hommes, un appel, Ă  la fois berceuse et priĂšre, une invocation et une alerte pour que chacun s’interroge sur lui-mĂȘme, sur le sens de sa vie terrestre. Le texte contient la clĂ© de l’Ɠuvre ; sans joie, sans dĂ©passement de la souffrance, l’homme ne peut atteindre l’éternitĂ©. Encore faut-il qu’il atteigne cet Ă©tat de conscience salvateur 
auquel nous prĂ©pare la musique de Mahler. Dans l’opĂ©ra imaginaire du compositeur, ce pourrait ĂȘtre une apparition magique et nocturne dont la couleur est saisissante par sa profondeur, sa justesse, sa couleur de fraternitĂ©. Chef, soliste, instrumentistes sculptent la couleur de l’hallucination ; ils en expriment idĂ©alement le caractĂšre d’urgence et d’envoĂ»tement.

  

 

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SPLENDEUR D’UNE NATURE A L’AGONIE… Auparavant, prĂ©lude Ă  ce surgissement inĂ©dit, Mahler n’a pas mĂ©nagĂ© son auditeur. Son orchestre plĂ©thorique embrasse toute la crĂ©ation et le monde, convoque les Ă©lĂ©ments dans leur primitive splendeur. Mais une splendeur parfois lugubre qui paraĂźt comme en sursis : Ă©videmment l’ample premier mouvement le plus long jamais Ă©crit par Mahler (« I. KrĂ€ftig. Entschieden ») dĂ©veloppe en une mise en ordre progressive, qui s’apparente peu Ă  peu Ă  une marche, l’évocation d’un monde terrestre tellurique et chtonien, inscrit dans la gravitas la plus caverneuse (rang fourni des contrebasses…), oĂč brillent aussi tous les pupitres des cuivres : cors par 8, trombones, tuba, trompettes
 MĂȘme s’il s’agit d’une vision panthĂ©iste, le regard que porte Mahler sur la crĂ©ation est froid, analytique, mordant.
Au scalpel, Alexandre Bloch en fait surgir (rugir) toutes les rĂ©sonances hallucinĂ©es et souvent fulgurantes : cris, dĂ©flagrations, dĂ©chirements, plutĂŽt que cĂ©lĂ©bration bienheureuse ; mĂȘme si de purs vertiges sensuels, lyriques, d’une tendresse absolue, Ă©mergent : ils s’y pressent, prĂ©cipitĂ©s, exacerbĂ©s jusqu’à la parodie. Le geste est clair, prĂ©cis, souple : le chef dessine le plus passionnant des orages naturels, Ă  la fois chaos et mĂ©canique cynique singeant une marche militaire, plus ivre que majestueuse.

 

 

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionMAHLER ECOLOGISTE... La richesse des teintes, le creuset des accents et des nuances simultanĂ©es forment une matrice orchestrale et un maelström symphonique d’une irrĂ©sistible puissance. Pour nous, en Ă©cho Ă  notre planĂšte martyrisĂ©e et au rĂšgne animal sacrifiĂ©, agonisant, ce premier mouvement exprime les tensions qui soumettent une terre Ă  l’agonie : et nous voyons clairement dans les Ă©clairs et les fulgurances (appels des trompettes, danse lugubre des bassons, solo du trombone
) que dessinent l’énergie du chef, l’indice d’une conscience visionnaire, celle d’un Mahler plus que panthĂ©iste: animaliste, Ă©cologiste
 Le chant de son orchestre exprime la conscience doloriste de la Nature, la mise Ă  mort des espĂšces animales, le cri de la terre qui se convulse, meurt et ressuscite Ă  chaque battement de la grosse caisse, battement sourd et dĂ©licat Ă  la fois, (Ă  peine audible mais si prĂ©sent cependant ce soir) sur lequel s’organise et se dĂ©ploie toute la mĂ©canique orchestrale, du dĂ©but Ă  la fin de ce premier acte sidĂ©rant. Passionnante lecture.

On ne passera pas en revue chaque sĂ©quence suivante, Ă  la loupe, pourtant l’acuitĂ© et l’analyse que sait dĂ©velopper le chef, affirment davantage sa comprĂ©hension, sa conception trĂšs juste de tous les climats qui sont nĂ©s dans l’esprit de Mahler, que l’on aime imaginer, chaque Ă©tĂ©, dans son cabanon de travail, vĂ©ritable balcon sur la Nature, miraculeuse, fragile, impĂ©rieuse


Le II est ainsi depuis le premier solo instrumental (hautbois) une claire Ă©vocation florale dont l’activitĂ© et le chatoiement des couleurs (transparent et dĂ©taillĂ©) contrastent avec le tragique tellurique qui a dĂ©ferlĂ© prĂ©cĂ©demment. Les combinaisons de timbres prĂ©figurent dĂ©jĂ  ce que sera la parure de la 4Ăš (clarinette).
Puis Alexandre Bloch enchaĂźne le III (« Comodo. Scherzando. Ohne Hast ») : d’abord suractivitĂ© instrumentale qui caractĂ©rise chaque espĂšce animale de la forĂȘt ; puis, surprenant rupture de climat avec l’enchantement suspendu du cuivre soliste dans la coulisse, – nouveau surgissement du songe le plus pur et le plus angĂ©lique (l’idĂ©al d’innocence et d’insouciance auquel rĂȘve le compositeur) dont la ligne aussi nous Ă©voque le voyage de Siegfried sur le Rhin (Wagner) par son caractĂšre onirique, Ă©perdu, magicien, la distanciation spatiale, le souffle poĂ©tique… La souplesse et le tact du musicien soliste affirment ce caractĂšre de nocturne enchantĂ©, et toute la grĂące du mystĂšre de la nature. Que n’a t on assez dit de ce troisiĂšme mouvement, qu’il Ă©tait vĂ©ritable expression d’une conscience enfin accordĂ©e aux animaux ?

 

 

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AprĂšs le IV, – exhortation nietszchĂ©enne-, l’épisode V fait intervenir le chƓur des femmes et la maĂźtrise des enfants, dĂ©fenseurs zĂ©lĂ©s, articulĂ©s du salut permis au coupable Pierre (« la joie cĂ©leste a Ă©tĂ© accordĂ©e Ă  Pierre / Par JĂ©sus et pour la bĂ©atitude de tous. »)

Enfin c’est l’Adagio final, apaisement, rĂ©conciliation, acte de pardon et d’amour gĂ©nĂ©ral dont le chef Ă©tire le ruban orchestral avec une tension et une dĂ©tente qui creusent encore et encore l’unisson voluptueux des cordes : c’est Ă  la fois un choral spirituel et le plus bel acte de fraternitĂ©, de compassion, comme de renoncement. L’indice, franc et vertigineux, retenu, suspendu que la lumiĂšre est atteinte. Et avec le chef, d’une sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e, entraĂźnante 
 que la hauteur souhaitĂ©e et l’état de conscience qui lui est inhĂ©rente, rĂ©alisĂ©s.
Il n’y a que chez Mahler que l’auditeur peut Ă©prouver telle expĂ©rience. Alexandre Bloch s’avĂšre notre guide  inspirĂ© et  communicatif. A suivre. Reprise ce soir Ă  Amiens de la 3Ăš Symphonie. Prochain volet du cycle des 9 symphonies de Mahler avec l’Orchestre National de Lille, samedi 8 juin Ă  18h30 (Symphonie n°4) ; puis, Symphonie n°5 (et son Adagietto suspendu, aĂ©rien.), vendredi 28 juin 2019, 20h (toujours Ă  l’Auditorium du Nouveau siĂšcle de Lille)
 RV pris.

 

 
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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maßtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction).

 

  

 

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VIDEO : replay FRANCE 3 Hauts de Seine
Revoir et récouter la Symphonie n°3 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/concert-regardez-direct-symphonie-ndeg3-gustav-mahler-mercredi-3-avril-20h-1648220.html

 

 

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Direction : Alexandre Bloch
Mezzo-soprano : Christianne Stotijn
Philharmonia Chorus
Chef de choeur : Gavin Carr
Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de choeur : Pascale Dieval-Wils
Violon solo : Fernand Iaciu