COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. GOZO (Malta), Teatru Astra, le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. L’OPERA comme expĂ©rience collective et populaire. Ce n’est rien d’écrire que l’opĂ©ra Ă  Gozo, Ă  travers l’offre de ses 2 thĂ©Ăątres lyriques Ă  Victoria rayonne d’un Ă©clat particulier. Ainsi dans la salle du thĂ©Ăątre (Teatru) Astra : le genre est unanimement adoptĂ© par tous. ImmĂ©diatement ce qui saisit le mĂ©lomane amateur d’opĂ©ras, habituĂ©s des salles europĂ©ennes, c’est l’ambiance bon enfant et ce goĂ»t partagĂ© naturellement par tous pour l’expĂ©rience lyrique. L’implication est au cƓur de chaque reprĂ©sentation car Ă  l’occasion de ce « festival d’opĂ©ras » (festival mĂ©diterranĂ©en / Festival Mediterranea à Victoria, sur l’üle de Gozo, la seconde de l’archipel maltaise) qui a lieu chaque mois d’octobre dans la ville de Victoria, le nombre de bĂ©nĂ©voles, incluant une grande communautĂ© de locaux, reste constant, en ferveur, en gĂ©nĂ©rositĂ©, en participation surtout : nombre d’habitants sont figurants, choristes, personnel de salle
 autant d’initiatives qui contribuent Ă  renforcer ce lien social qui manque tant en France. Et qui fait du concert, de l’opĂ©ra : une cĂ©lĂ©bration du collectif. La culture, ciment du vivre-ensemble et de la curiositĂ© vers les autres, voilĂ  une vertu que l’on redĂ©couvre dans l’Hexagone, mais qui est depuis l’aprĂšs-guerre Ă  Victoria, une activitĂ© naturelle dĂ©fendue avec passion.

De fait, nul ne s’étonne dans la salle, Ă  quelques minutes avant le spectacle, de la ferveur d’un public trĂšs passionnĂ© qui applaudit spontanĂ©ment Ă  chaque fin d’air et de tableau collectif. La chaleur se transmet du parterre Ă  la scĂšne ; un encouragement permanent pour les solistes qui chantent leur duo sur un praticable devant la fosse d’orchestre et Ă  quelques centimĂštres des premiers spectateurs. Cette proximitĂ© ajoute Ă  l’intensitĂ© de la reprĂ©sentation.

 
 

 
 

L’opĂ©ra Ă  Gozo (Malte)

La fiĂšvre du lyrique intacte au Teatru Astra de Victoria

 

 

traviata-astra-teatru-goeo-opera-house-critique-review-by-classiquenews-violetta-valery-1

 

 

D’emblĂ©e, le cadre intime du Teatru ASTRA, offre une bonne acoustique qui permet de beaux Ă©quilibres entre solistes, orchestre et chƓur.

Ce soir sur les terres du tĂ©nor vedette, vĂ©ritable trĂ©sor national vivant et ambassadeur de la culture maltaise, Joseph Calleja, c’est une soprano native qui chante le rĂŽle-titre : Miriam Cauchi. La cantatrice maltaise n’a certes pas des trilles prĂ©cises mais la chaleur du timbre et la justesse de l’intention font une Violetta particuliĂšrement digne et Ă©mouvante. Elle n’a pas le physique ni la jeunesse du personnage (du reste qui pourrait chanter Ă  17 ans un rĂŽle qui exige tant de la chanteuse comme de l’actrice?), mais Miriam Cauchi sait soigner un chant crĂ©dible, incarnĂ©, qui reste, vertu de plus en plus, mesurĂ© (combien d’autres divas en mal d’effets dĂ©monstratifs, cultive un vĂ©risme hors sujet chez Verdi).

Face Ă  elle, Alfredo ne manque pas d’aplomb ; le tĂ©nor italien Giulio Pelligra a de la vaillance Ă  revendre trop peut ĂȘtre car dans ses duos avec sa partenaire, davantage d’Ă©coute de l’autre, plus de dolcezza suave auraient mieux rĂ©ussi ce qui doit exprimer la magie enivrĂ©e de leur premiĂšre rencontre (au I, par exemple, pour le Brindisi final)


 

 

astra-traviata-oct-2018-review-critique-opera-par-classiquenews-germont-pere-et-violetta-valery-duo-ideal

 

 

Reste l’excellent Germon pĂšre du baryton russe Maxim Aniskin qui est la vedette de la soirĂ©e tant sa prestation suscite bien des Ă©loges ; le style, la noblesse humaine, la finesse vocale de sa caractĂ©risation illustrent idĂ©alement le type du baryton verdien (il a la voix et la couleur pour chanter Boccanegra) ; l’acteur clarifie l’évolution du personnage Ă  travers sa prĂ©sence Ă  l’acte II : il est d’abord conquĂ©rant, sĂ»r et inflexible, puis au contact de la pĂ©cheresse qu’il est venu sermonner et vĂ©ritablement sacrifier (pour l’honneur familial), pĂšre Ă©mu, Ăąme noble et compatissante, saisi par la dignitĂ© sacrificielle de Violetta, cette courtisane magnifique, qui accepte de rompre avec Germont fils.

Dans le duo avec Violetta, lui troublĂ©, Ă©mu, compassionnel / elle, Ă©perdue, blessĂ©e-, le chanteur arrondit les angles, caresse chaque nuance de sa partie, s’enlace vĂ©ritablement au chant de la soprano; sans jamais la couvrir trop ; une telle musicalitĂ© accordĂ©e Ă  l’autre est exemplaire et donne enfin Ă  entendre ce chant chambriste si fin et nuancĂ© ; proche du thĂ©Ăątre et qui doit beaucoup au bel canto bellinien.
Puis son grand air oĂč il sermonne cette fois son fils en le rappelant Ă  plus de maĂźtrise et de sagesse est lĂ©gitimement plĂ©biscitĂ© : le soliste est un immense interprĂšte, dans le style, la nuance. Un rĂ©gal lyrique.

De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre Symphonique de Malte, sous la direction de Philip Walsh, veille Ă  la couleur et au caractĂšre de chaque acte : brillant au I ; plus contrastĂ© au II (entre le sacrifice et le renoncement de Violetta, et son humiliation publique Ă  Paris) ; tragique, intimiste, crĂ©pusculaire au III. C’est au final une production nouvelle (commande du Teatru Astra) qui rĂ©alise alors un spectacle prenant, poĂ©tiquement juste avec des solistes de haut vol, plutĂŽt convaincants. Il n’y a aucun doute : la tradition de l’opĂ©ra est flamboyante Ă  Gozo, et ses manifestations, comme en cet automne 2018, particuliĂšrement sĂ©duisantes. Rendez-vous est dĂ©jĂ  pris pour l’automne 2019.

 

 

 astra-opera-house-traviata-verdi-review-critique-opera-par-classiquenews-violetta-valery

 

 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

distribution

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)
Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)
Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)
Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)
Philip Walsh, direction. Enrico Stinchelli, mise en scĂšne.
Orchestre Philharmonique de Malte / MPO Malta Philharmonic Orchestra, choeurs du Festival Méditerranée de Gozo.

 

  

 

teatru-astra-traviata-opera-classiquenews-review-festival-mediterranea-opera-tosca-traviata
 

 

Reportage vidéo : ONL Orchestre National de Lille : MASS de BERNSTEIN / Alexandre Bloch (juin 2018)

mass-bernstein-lille-orchestre-national-compte-rendu-critique-classiquenews-alexandre-blochREPORTAGE VIDEO. ONL Orchestre National de Lille. BERNSTEIN : MASS (juin 2018). En hommage au gĂ©nie de Leonard Bernstein et pour son centenaire en 2018, l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de son directeur musical Alexandre BLOCH, frappe fort en ce mois de juin 2018 ; la phalange lilloise Ă  la laquelle se joignent les troupes musicales de la RĂ©gion (choeurs, tambours et orchestres d’harmonie
) rĂ©ussit tous les dĂ©fis d’une partition atypique, mĂ©connue et pourtant essentielle pour comprendre et mesurer l’humanisme engagĂ© du compositeur amĂ©ricain : MASS (1972). ChƓurs d’enfants angĂ©liques, Ă©merveillĂ©s (une rĂ©fĂ©rence Ă  cette innocence perdue dont a rĂȘvĂ© Bernstein toute sa vie ?), choeur solennel et parodique ; « street chorus », mordant, cynique, critique voire blasphĂ©matoire ; surtout cĂ©lĂ©brant incarnĂ© sombrant dans le doute et le dĂ©sarroi le plus vertigineux
 avant la grande rĂ©conciliation fraternelle de la fin. Bernstein ne fait pas que le procĂšs du rituel, de tous les offices religieux ; il sait les rĂ©inscrire dans une vision profondĂ©ment humaine, qui rĂ©tablit le sens profond d’une cĂ©lĂ©bration collective : le partage et le respect mutuel. Tout dogme enseignĂ© doit Ă©largir le champs de vision, renforcer l’Ă©coute de la diversitĂ©, cultiver la tolĂ©rance.

Rien ne manque dans cette partition qui cite certes l’esthĂ©tique des 70’s, mais reste atemporelle par son message pacifiste, amoureux, gĂ©nĂ©reux, humaniste. Voici assurĂ©ment le point d’orgue de l’annĂ©e BERNSTEIN 2018 en France, et la rĂ©alisation la plus significative de l’annĂ©e de cĂ©lĂ©bration. GRAND REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM.

———————————————————————————————————

LIRE aussi notre critique complĂšte de MASS de Leonard BERNSTEIN par Alexandre BLOCH (28 juin 2018) – Auditorium du Nouveau SiĂšcle, LILLE / ONL

200 personnes sur le plateau et au-dessus (s’agissant des deux jazz band, et rock band, situĂ©s chacun au dessus de la scĂšne, Ă  jardin et Ă  cour) incarnent et exaltent l’ivresse grandissante d’une partition protĂ©iforme signĂ©e Bernstein, au dĂ©but des annĂ©es 1970 : MASS. Il faut donc pour le chef savoir coordonner le geste d’une colonie Ă©parse de musiciens aux parties simultanĂ©es, et aussi prĂ©server la clartĂ© d’une oeuvre construite comme une cathĂ©drale particuliĂšrement riche en changements de rythmes et en formes musicales. GĂ©nĂ©reux, Ă©clectique, Bernstein fait montre d’une invention parfois dĂ©routante pour l’auditeur, mais tout le mĂ©rite revient au formidable engagement des chanteurs et instrumentistes, Ă  la direction Ă  la fois fiĂ©vreuse et prĂ©cise du chef Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille ; le maestro sculpte un monument esthĂ©tique qui suit trĂšs minutieusement son parcours, sans dilution, et avec des pointes sarcastiques ou lyriques d’une indiscutable intelligence…

ZAHIR : 4 saxophones enivrés

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit
 Ce quatuor de saxos (nĂ© en 2015) Ă©cartent tous ses concurrents par son audace, la libertĂ© du geste, une virtuositĂ© naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractĂ©risĂ© : le son du Quatuor ZAHIR enchante littĂ©ralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (rĂ©alisĂ©e par le sxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifiĂ©, transcript, sublimĂ© dont le charme d’esprit populaire dĂšs son premier Allegro caressant sĂ©duit immĂ©diatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutĂŽt que quatuor Ă  cordes : c’est Ă  dire saxophones soprano, alto, tĂ©nor, baryton). Le souci de la caractĂ©risation, le sens du dialogue entre les parties, la trĂšs fine conception du format sonore, d’une subtilitĂ© rĂ©jouissante, la fluiditĂ© de l’écriture qui fait passer d’un instrument Ă  l’autre, de surcroĂźt dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop Ă©loignĂ©e, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrĂȘme ductilitĂ© lumineuse des Zahir (pulsion dansĂ©e, organiquement trĂšs soignĂ©e du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au trĂšs beau mystĂšre grave du dĂ©but du Finale avant la sĂ©quence plus vive, trĂšs animĂ©e, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e elle aussi dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences successives. Jaillit une expressivitĂ© assumĂ©e, jamais tendue ni outrĂ©e grĂące Ă  la recherche constante et exaucuĂ©e d’un sublime Ă©quilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiositĂ© tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idĂ©al esthĂ©tique, un laboratoire musicale. D’oĂč une implication totale dans la dĂ©fense des partitions contemporaines. LIRE notre critique complĂšte du cd ZAHIR (Klarthe records)

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX (92), le 13 octobre 2018. La Schubertiade de Sceaux. RĂ©cital SCHUBERT. Trio Atanassov.

schubertiadeCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX (92), le 13 octobre 2018. La Schubertiade de Sceaux. RĂ©cital SCHUBERT. Trio Atanassov. En dialogue et en complicitĂ©, les trois instrumentistes du TRIO ATANASSOV ont inaugurĂ© ce 13 octobre 2018, le nouveau cycle Ă©vĂ©nement Ă  Sceaux, La Schubertiade de 
 Sceaux. Une initiative qui renoue avec le riche passĂ© musical de la citĂ© scĂ©enne oĂč la musique de chambre a son public. En jouant Ă  chaque concert une Ɠuvre de Franz Schubert, les musiciens cĂ©lĂšbrent surtout l’esprit de partage et cette fraternitĂ© heureuse et discrĂšte qui renforce ce qui fonde la paix et l’harmonie : le respect et l’estime de soi et des autres. Pour preuve, ce concert 100% Schubert, – une monographie musicale bienvenue pour lancer la nouvelle saison Ă  Sceaux, dont le prĂ©sentateur, cultivĂ© et enjouĂ©, n’est autre que FrĂ©dĂ©ric LodĂ©on, voix radiophonique qui rĂ©tablit les enjeux de chaque piĂšce, non sans humour.

En prĂ©sence de l’Ambassadeur d’Autriche Ă  Paris, les musiciens enchaĂźnent les piĂšces, toutes invitation Ă  l’introspection et au repli intime, Schubert Ă©tant passĂ© maĂźtre dans l’expression de la Sensucht, cette pensĂ©e vagabonde, humeur de l’errance et d’une indicible mĂ©lancolie ; pas suspension dĂ©pressive, mais hypersensibilitĂ© pour le songe, l’inouĂŻ, le surgissement de la poĂ©sie pure.
trio-atanassov-schuebrtiade-de-sceaux-concert-critique-par-classiquenews-la-schubertiade-de-sceauxDe style comme de nuances, les 3 instrumentistes (Perceval Gilles, Sarah Sultan et Pierre-Kaloyann Atanassov, respectivement violon, violoncelle, piano) ne manquent pas; sachant nĂ©gocier trĂšs intelligemment avec une salle qui n’est pas de concert et une acoustique plutĂŽt sĂšche, ils sont capable de convoquer et diffuser l’atmosphĂšre amicale des Schubertiades viennoises, quand Franz, entourĂ© de ses proches, cultivait l’entente musicale, et suscitait l’écoute croisĂ©e, jouant lui-mĂȘme au piano, accompagnant les chanteurs ou ses amis instrumentistes


L’esprit de famille rĂšgne aussi sur ce cycle de sĂ©quences enivrĂ©es qui bercent par leur richesse allusive : la mĂšre du pianiste, Pierre-Kaloyann Atanassov (fondateur du Trio en 2007), Elisabeth Atanassov, tourne les pages, complicitĂ© suprĂȘme d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre, qui cultive ce goĂ»t de la profondeur et de la finesse offertes en partage. Le tableau est admirable comme le programme du concert.

Ils ont déjà à leur actif, un premier cd de musique de chambre (Smetana, Dvorak). On retrouve ce soir les qualités qui distingue le Trio : clarté des intentions, sens des nuances, lisibilité du cadre, écoute supérieure entre eux.
ATANASSOV-trio-pierre-kaloyann-atanassov-entretien-par-classiquenews-la-schubertiade-de-sceaux-par-classiquenewsToutes les facettes de Schubert sont exprimĂ©es, de la Sonatensatz D 28, sa premiĂšre partition cordes / piano, – dĂ©jĂ  fĂ©brile, contrastĂ©e (Ă©crite en 1812, Ă  15 ans) ; au sublime Trio opus 100 de 1827 (un an avant sa mort), – immortalisĂ© par Stanley Kubrick dans le film Barry Lindon (suivant en cela l’usage de Fritz Lang dans Docteur Mabuse (1922), en particulier son Andante con moto, d’une vivacitĂ© rythmique, Ă  la fois percussive et hallucinĂ©e
 sereine et intense (Ă  partir de la chanson suĂ©doise « le soleil se couche », conscience chez Schubert de sa fin prochaine ?
). La mĂ©lodie Ă©noncĂ©e sonne comme un dĂ©tachement tranquille et comme la prĂ©science de la fin, une marche funĂšbre qui n’a de triste et sombre que son nom ; 
 Ă©quation indicible entre la tendresse et la mort. Sans omettre le Notturno D 897, de la mĂȘme pĂ©riode, immersion et plongĂ©e dans l’autre monde, tel un voyage sans retour
 dont le caractĂšre suspendu annonce directement l’Andante de son ultime Quintette pour violoncelle (conçu Ă  l’Automne 1828, quelques semaines avant de mourir). S’y dĂ©ploie cette nuance inexprimable, jeu d’un oxymore Ă  dĂ©chiffrer par tous les interprĂštes : adagio apassionnato. Ici la traversĂ©e est d’un autre monde, vers l’autre rive, en modulations et passages aussi divers que tĂ©nus, cheminement de l’ombre et du murmure, en clair-obscur.

Chez Schubert rĂšgne une Ă©vidence qui semble simple, mais affirme trĂšs vite une saisissante profondeur ; ce jeu entre l’insouciance feinte et le sentiment plus grave qui Ă©treint, se dĂ©ploie ici sans entrave, avec la libertĂ© de l’entente, dans le geste complice des 3 musiciens.
Une certaine Ă©loquence facĂ©tieuse dans les reprises nous a beaucoup amusĂ©, en particulier dans le dernier mouvement du Trio opus 100, Ɠuvre majeure qui a figurĂ© au programme du seul concert public comprenant Ă  Vienne (Musikverein) des piĂšces de Schubert (de surcroĂźt jouĂ©es par des interprĂštes familiers de Beethoven). On ne pouvait rĂȘver meilleur programme et interprĂštes plus engagĂ©s pour inaugurer ce nouveau festival de musique de chambre Ă  Sceaux.

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsRendez-vous est pris pour la prochaine session de la Schubertiade de Sceaux, samedi 10 novembre (17h30) : ici mĂȘme, Ă  l’HĂŽtel de Ville de Sceaux : concert « un fil, la vie, un simple fil », oeuvres de Lucien Durosoir, concert spectacle par le Trio Atanassov et le comĂ©dien et metteur en scĂšne, Alain CarrĂ©, en rĂ©citant, Ă  partir des lettres du soldat, adressĂ©es Ă  sa mĂšre depuis le front
 Les piĂšces de Durosoir ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es sont associĂ©es aux composition de Beethoven, Schumann, Ravel, …

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de la saison La SCHUBERTIADE DE SCEAUX 2018 – 2019 :
http://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-saison-2018-2019-du-13-octobre-2018-au-30-mars-2019/

Programme du concert du samedi 10 novembre 2018, 17h30 :

EugĂšne YsaĂże : “Obsession” (1923), extrait de la Sonate pour violon seul N°2
Maurice Ravel : “Pantoum” , 2Ăšme mouvement du Trio en la (1914)
Lucien Durosoir : 1er mouvement du Trio en si mineur (1926-27)
Frank Bridge : 2Úme et 3Úme mouvements du Trio n°2 (1929)
Robert Schumann :  ”l’oiseau prophĂšte” extrait des “ScĂšnes de la forĂȘt”
Ludwig van Beethoven : 4Úme mouvement de la Sonate op.30 n°2 pour violon et piano
Robert Schumann : 2Úme et 3Úme mouvement du trio N° 1 en ré mineur
Lucien Durosoir : 2Ăšme et 3Ăšme mouvements du Trio en si mineur
Lucien Durosoir : “priĂšre Ă  Marie” (1949) pour violon et piano

COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : K. SAARIAHO, La Passion de Simone, création française.

COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : K. SAARIAHO, La Passion de Simone, création française.
Philosophe & martyr
 UN ORATORIO CONTEMPORAIN. TĂ©moin exemplaire de la sociĂ©tĂ©, Simone Weil (1909 – 1943) conçoit la philosophie comme un combat concret ; elle fustige la violence, les massacres, la guerre ; elle est constamment indignĂ©e, rĂ©voltĂ©e, puis croisant idĂ©es et action, martyrise son corps, s’identifie aux victimes et comme elles, s’affame (« parce que les enfants de France Ă©taient privĂ©s de lait  ») ; l’ñme Ă©corchĂ©e, Simone se sacrifie volontairement pour dĂ©noncer l’inhumanitĂ© des hommes, c’est Ă  dire moins leur « bestialité » comme il est dit de façon maladroite et Ă©quivoque Ă  notre avis, dans le livret d’Amin Maalouf, que leur barbarie. La guerre n’a rien Ă  voir avec les animaux ; c’est une dĂ©viation spĂ©cifiquement humaine ; une tare permanente qui brĂ»le et embrase le coeur et l’ñme de la pacifiste et humaniste Simone Weil.
Sa vie a tout d’un engagement radical, sociĂ©tal, politique, intellectuel voire
 spirituel.
Son itinĂ©raire a tout du martyr ; un chemin de croix du XXĂš, aiguisĂ© encore par le climat de terreur Ă  l’heure du nazisme et de la Shoa. En tant que juive française, Simone Weil vit tout cela dans sa chair : elle meurt trop affaiblie pendant le conflit en Angleterre en 1943.

VoilĂ  une vie de souffrance et de conscience, de courage et de lumiĂšre qui mĂ©ritait absolument un 
oratorio. La finlandaise Kaija Saariaho relĂšve le dĂ©fi et nous propose cette version II, rĂ©duite et chambriste (crĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2013 Ă  Brattislava) Ă  partir de l’originale (pour grand orchestre et chƓur, crĂ©Ă©e en 2006 Ă  Vienne). Le sujet mordant, rugueux, continĂ»ment intranquille s’adapte parfaitement au dispositif pour petit ensemble, soprano principale et « chƓur » (quatre chanteurs) ; il creuse les stridences d’une partition qui nous semble la plus incandescente et la plus angoissĂ©e de la compositrice, si on la compare avec ses ouvrages lyriques antĂ©rieurs, tels L’Amour de loin (sur un livret du mĂȘme Malouf, 2000), Adriana Mater (Paris, Bastille, 2006), et rĂ©cemment Only sound remains (Dutch National Opera, 2016).

   

La Passion de Simone
oratorio pour une révolté, mystique, humaniste :
Simone WEIL

 
 
 

passion-de-simone-creation-francaise-kaija-saariaho-nantes-octobre-2018-critique-opera-critique-oratorio-par-classiquenews-la-voix-de-simone

 
 
 

En 15 « stations », ce chemin musical qui forme un portrait hagiographique de Simone, exalte la grandeur morale, et l’acuitĂ© poĂ©tique d’une femme qui a su exprimer ( et Ă©pingler) l’horreur et donc la barbarie ordinaire Ă  son Ă©poque. Une femme juste et admirable qui a su trouver la force et le courage de combattre personnellement l’horreur de la barbarie.
La violence de la partition foudroie littĂ©ralement le spectateur, en particulier presque en son milieu, une large sĂ©quence instrumentale qui cristallise ce climat Ă©lectrique. On y goĂ»te aussi la trĂšs fine prose d’une philosophe hypersensible, vĂ©ritable apĂŽtre de l’humanitĂ© avec un grand « H » (comme l’est aussi Anna Arendt / 1906 – 1975) : grĂące Ă  la rĂ©citante Isabelle Seleskovitch qui cite Simone dans le texte. en maints endroits, l’écrivain dĂ©voile une rĂ©flexion singuliĂšrement pertinente sur la notion de diabolisme, et sur les racines du mal. Elle est la premiĂšre certainement Ă  parler directement de l’homme inhumain, figure du mal absolu
 cette barbarie selon un terme auquel nous sommes attachĂ©s.

« Comme Dieu est impuissant Ă  faire le bien parmi les hommes sans la coopĂ©ration des hommes, de mĂȘme le dĂ©mon Ă  faire le mal ».

« Tout ce qui est soumis au contact de la force est avili, quel que soit le contact. Frapper et ĂȘtre frappĂ© c’est une seule et mĂȘme souillure ».

 

 

passion-de-simone-kaija-saariaho-oratorio-critique-compte-rendu-par-classiquenews-deux-chanteuse-et-philosophe

 
 

GrĂące aussi Ă  la performance de la soprano solo Sayuri Araida qui Ă©voque Simone dans l’action, dans ses combats, dans sa rĂ©sistance perpĂ©tuelle. L’ouvriĂšre qui Ă©prouve l’inhumanitĂ© du travail Ă  la chaine qu’impose le productivisme ; la philosophe militante qui dĂ©nonce l’indignitĂ© de la sociĂ©tĂ©, capable de sentences foudroyantes : « Rien de ce qui existe n’est absolument digne d’amour… il faut donc aimer ce qui n’existe pas. »  Simone aimait probablement le Christ pour qui elle voue une admiration et auquel elle s’est identifiĂ©e : une sĂ©quence vidĂ©o fait paraĂźtre en gros plan le visage de ce petit bout de femme dont l’image (celle de sa carte d’usine, avec le matricule « A96630-WEIL »), comme irradiĂ©e l’assimile Ă  un suaire
 en de nombreux endroits, le texte du livret inscrit le chemin de Simone sur les pas du Christ.

 

 

simone-weil-passion-de-simone-kaija-saariaho-oratoior-portrait-par-classiquenews-angers-nantes-opera-2018

 
 

Du dĂ©but Ă  la fin, la musique ne varie pas sa course : elle crĂ©pite, fulmine souvent, se met au diapason d’une guerriĂšre humaniste, se nourrit de ses Ă©clairs poĂ©tiques d’une vĂ©ritĂ© on la dit poĂ©tique et criante, rappelant les visions des grandes mystiques foudroyĂ©es. Mais ici, une mystique profane. Voici un ouvrage dont la forme rappelle l’oratorio sacrĂ©, celui flamboyant des XVIIĂš et XVIIIĂš. Saahario sait en renouveler l’architecture et la mise en forme, portĂ© par l’engagement de la soprano soliste, qui est aidĂ©e, accompagnĂ©e par le quatuor vocal, lequel rĂ©pĂšte, souligne, anime aussi certaines sentences


PERSPECTIVES… VITALITÉ DE LA CRÉATION à Angers et Ă  Nantes. MalgrĂ© quelques faiblesses de dĂ©tail (et qui ne concerne que le livret), voilĂ  un spectacle qui nous a rappelĂ© en bien des points, la crĂ©ation de l’opĂ©ra Maria Republica, premier opĂ©ra de François Paris, en avril 2016, dont les dĂ©charges Ă©lectriques, le climat d’angoisse et de terreur sublimĂ©, la dĂ©nonciation de toutes les barbaries et de l’inhumanitĂ© croissante avaient dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits (VOIR notre reportage vidĂ©o MARIA REPUBLICA).

Comme il nous a immĂ©diatement remĂ©morer la crĂ©ation française d’un autre drame lyrique, d’une beautĂ© foudroyante, Ă  deux voix La Rose Blanche, bouleversant hommage lyrique aux deux hĂ©ros Sophie et Hans, par Udo Zimmermann, rĂ©vĂ©lation en son temps, proposĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra
 fĂ©vrier 2013.

VoilĂ  qui classe Angers Nantes OpĂ©ra au nombre des scĂšnes lyriques remarquablement engagĂ©e dans la crĂ©ation, capable de choisir des sujets « difficiles » dans des mises en musique, solides et convaincantes.Quand la mise en musique renforce la pertinence du sujet, l’opĂ©ra ressort gagnant. La machine lyrique doit Ă©videmment nous faire rĂ©flĂ©chir autant que nous saisir au premier regard.

La Passion de Simone s’écoule ainsi en moins d’1h30, comme un retable moderne au rythme saisissant, distillant une Ă©tonnante musique de la souffrance et de la compassion sur un mode Ă©veillĂ©, conscient, militant. La soprano solo emprunte la voie de Simone : prenant Ă  tĂ©moin le spectateur, circulant sur scĂšne et parmi les musiciens. La rĂ©alisation est rĂ©glĂ©e par le collectif La Chambre aux Ă©chos (un titre qui convient idĂ©alement Ă  l’écriture Ă  la fois suggestive et ici Ă©ruptive de Saariaho) auquel participent les instrumentistes de l’Orchestre national des Pays de la Loire. Kaija Saariaho clĂŽt actuellement sa rĂ©sidence au sein de l’Orchestre. Captivant.

 
 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, oratorio. NANTES, Th Graslin, le 8 octobre 2018 : KAIJA SAARIAHO, La Passion de Simone (version de chambre, 2013), création française.

Soprano solo : Sayuri Araida

Le chƓur :
Soprano : Sandra Darcel
Mezzo soprano : Marianne Seleskovitch
TĂ©nor : Johan Viau
Baryton : Romain Dayez

ComĂ©dienne – voix parlĂ©e : Isabelle Seleskovitch
La Chambre aux échos, compagnie de théùtre musical
Instrumentistes de l’Orchestre des Pays de La Loire

Direction musicale : Clément Mao-Takacs
Mise en scÚne et vidéo : Aleksi BarriÚre

  

——————————————————————————————————————————————————

PROCHAIN OPERA prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra, Ă  Angers, Nantes, Rennes : The Beggar’s opera, ballad opera de John Gay (1685-1732) et Johann Christoph Pepusch (1667-1752) – Nouvelle version de Ian Burton et Robert Carsen, Ă  partir du 7 novembre Ă  Angers ; du 11 dĂ©cembre Ă  Nantes ; du 16 janvier Ă  Rennes
 LIRE toutes les infos sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/the-beggars-opera

 

 
 
 

COMPTE-RENDU, Opéra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Aleko / Iolanta. Bolshoï Minsk

iolanta-aleko-opera-critique-opera-par-classiquenews-visuel-saison-2018-2019COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / TchaĂŻkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du BolshoĂŻ Minsk / Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Choeur MĂ©lisme(s). AndreĂŻ Galanov, direction. En une soirĂ©e, deux ouvrages lyriques s’enchaĂźnent offrant une plongĂ©e forte et franche dans l’opĂ©ra russe romantique tardif. CrĂ©Ă©s successivement en 1892 et 1893, Iolanta et Aleko partagent en dĂ©pit de la singularitĂ© de leurs gĂ©niteurs, Tchaikovski et Rachmaninov, une Ă©vidente parentĂ© sonore, expressive, vocale. La troupe invitĂ©e par Alain Surrans dĂ©fend et projette un chant passionnĂ© voire Ă©ruptif, auquel il est difficile, surtout dans la configuration requise (version de concert, dĂ©tails lire plus loin) de rester insensible. Pour l’ouverture de sa saison lyrique, Angers Nantes OpĂ©ra sait nous surprendre et nous convaincre.

D’abord ALEKO. Bain d’opĂ©ra russe pour Angers Nantes opĂ©ra dans une formule chronologique complĂ©mentaire et passionnante. Écouter aujourd’hui l’un des opĂ©ras de jeunesse de Rachmaninov Aleko et le dernier de Tchaikovski, Iolanta, relĂšve d’une intuition gĂ©nĂ©reuse, aux repĂšres esthĂ©tiques proches tant il y a bien proximitĂ© de climats jusqu’aux choix de la parure instrumentale (somptueuse) dont dans l’un et l’autre, la clarinette ou le cor anglais, au relief mordant, crĂ©pusculaire, de velours… d’emblĂ©e le dĂ©paysement est total sur le plan sonore tant du jeune Rachmaninov au dernier Tchaikovski, couleurs et ombres, harmonie et chant n’ont absolument rien de commun avec le rĂ©pertoire habituel Ă©coutĂ© en Europe ou en AmĂ©rique ; l’opĂ©ra russe est un continent Ă  part et l’on salue Alain Surrans, nouveau directeur des lieux, de nous avoir fait partager les bienfaits de cette immersion totale et rĂ©ussie en bien des aspects.

 

 

 

PremiĂšre production d’Angers Nantes OpĂ©ra
saison 2018 – 2019
SÉDUCTION & FRANCHISE DE L’OPERA RUSSE

 

 

aleko-opera-rachmaninov-angers-nantes-opera-gromov-baryton-critique-opera-par-classiquenews-octobre-2018

 

 

ALEKO est une partition, qui pourrait ĂȘtre la « soeur » de Carmen de Bizet (1875), mais postĂ©rieure (crĂ©Ă©e en mai 1893) ; les deux opus convoquent le peuple gitan (Ă©chappĂ©e exotique en vogue alors). Ils mettent en lumiĂšre la libertĂ© sauvage, radicale, passionnelle de l’amour. Si Zemfira et le jeune gitan s’aiment sans contraintes, ils en paient le prix fort car Aleko, l’Ă©poux de la jeune femme, les tuent
 tous les deux. L’histoire est en somme banale, c’est un crime passionnel comme on en voit beaucoup Ă  l’opĂ©ra, mais elle a le mĂ©rite de rĂ©vĂ©ler l’exceptionnelle invention et l’imagination orchestrale d’un jeune compositeur, alors couronnĂ© de prix au Conservatoire de Moscou, estimĂ© mĂȘme de Tchaikovski ; la filiation entre eux est avĂ©rĂ©e ; elle renforce la pertinence d’avoir programmĂ© leur ouvrages respectifs en une mĂȘme soirĂ©e.
L’action se dĂ©roule pendant une nuit entiĂšre, les cadavres gisant Ă  l’aube, dĂ©couverts par un peuple pourtant « gentil et gĂ©nĂ©reux »; et dans les faits, dĂ©concertĂ©. Qui d’ailleurs condamne la colĂšre criminelle d’Aleko car son coeur noir ne correspond pas Ă  la qualitĂ© morale du collectif ainsi magnifiĂ© par le jeune compositeur.

Sur le plan orchestral, la partition est de bout en bout captivante, conçue telle un ample notturno tragique ; sĂ©duisant voire captivant, en particulier grĂące aux couleurs fauves de l’orchestre et Ă  la participation rĂ©guliĂšre du choeur (les gitans qui sont les tĂ©moins du drame et son dĂ©roulement fatal). Si l’on rappelle les autres ouvrages lyriques du jeune Rachmaninov,- autres joyaux absolus, tels Le chevalier ladre et Francesca da Rimini,  le gĂ©nie dramatique de celui qu’avait adoubĂ© directement Tchaikovski, s’impose immĂ©diatement, par son sens du climat et des atmosphĂšres Ă©perdues et tendres, – quand paraissent les deux amants-; quand Aleko surtout Ă©voque l’amour perdu de sa femme Ă  prĂ©sent dĂ©loyale
 Mais le jeune auteur sait essentiellement construire les ensembles solistes et choeurs, solidement soutenus par un orchestre toujours souple et scintillant. En cela la direction du chef requis, AndreĂŻ Galanov s’avĂšre trĂšs efficace, exploitant de somptueux coloris en particulier chez les cuivres et l’harmonie des vents (instrumentistes de l’Orchestre Symphonique de Bretagne).

Le plateau est servi par plusieurs jeunes tempĂ©raments plutĂŽt intenses qui forcent parfois la caractĂ©risation dans le sens de la puissance moins de la psychologie, ce qui contredit souvent le travail de l’orchestre et du chef, eux tout en dĂ©tails, en nuances. Le dispositif qui place les musiciens en fond de scĂšne et place les voix au devant de la salle, favorise la projection du chant et des solistes et des choeurs ce qui comble Ă©videmment les amateurs de dĂ©cibels en particulier dans les finales. C’est aussi un relief dĂ©cuplĂ© pour le texte dont on savoure alors l’articulation et les couleurs si spĂ©cifiques.
Saluons parmi la troupe de chanteurs venus du BolshoĂŻ de Minsk, la Zemfira ardente, aussi passionnĂ©e et fĂ©line, provocatrice et mordante que Carmen (Anastassia Moskvina) ; la noblesse percutante du vieux gitan (Vladimir Petrov), l’Aleko parfois trop lisse du baryton Vladimir Gromov (en particulier dans la scĂšne des deux crimes ; photo ci dessus)


La force du spectacle se concentre sur l’exposition des voix que favorise le dispositif scĂ©nique. Pas de mise en scĂšne mais une immersion directe dans ce chant russe puissant, caverneux, guttural, taillĂ© pour l’exacerbation des passions radicales et que seuls des chanteurs familiers de ce rĂ©pertoire, savent maĂźtriser en expressivitĂ© comme en franchise. D’autant que le Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra et les membres de MĂ©lisme(s) relĂšvent eux aussi le dĂ©fi du style russe, se distinguant tout autant par leur implication. On est pris voire envoĂ»tĂ© par la flamboyance orchestrale, la vĂ©hĂ©mence vocale,  cette implication collective que renforce encore la troupe de chanteurs russes invitĂ©e Ă  dĂ©fendre un rĂ©pertoire qui est leur terreau naturel. Captivant.

 

 

IOLANTA. Le cas de Iolanta est plus intĂ©ressant encore car il s’agit de l’oeuvre ultime d’un compositeur sĂ»r, au parcours couronnĂ© de succĂšs et d’estime Ă  l’opĂ©ra comme au ballet. Comme pour enrichir encore la vaste galerie de portraits fĂ©minins dĂ©veloppĂ©s par nombre de compositeurs au XIXe, TchaĂŻkovski façonne un trĂšs subtile portrait de femme, sĂ©questrĂ©e, aveugle donc dĂ©pendante, tenue dans l’ombre et entiĂšrement soumise Ă  l’autoritĂ© paternelle qui choisit de la tenir ignorante de son propre handicap. Iolanta ignore ce qu’est la lumiĂšre et les couleurs ; elle pense mĂȘme que les yeux ne servent qu’à
 pleurer. Ce qu’elle fait au dĂ©but de l’action sans comprendre rĂ©ellement quelle est la cause de sa souffrance. VoilĂ  prĂ©sentĂ© le cas d’une jeune femme qui ne vit pas pour elle-mĂȘme, mais existe Ă  travers les autres.

 

 

 
iolanta-bolshoi-minsk-angers-nantes-opera-octobre-2018-critique-opera-compte-rendu-par-classiquenews

 
 

 

Un symbole d’emprisonnement inouĂŻ qui renvoie Ă  l’actualitĂ© la plus rĂ©cente. Le rapport au pĂšre, l’hypocrisie de son monde qui se rĂ©sume Ă  une colonie d’aimables suivantes qui l’assistent en tout, et l’endorment dans des vapeurs florales (ce qui nous vaut un tableau collectif et musical particuliĂšrement rĂ©ussi, bel emblĂšme d’angĂ©lisme trompeur dont Tchaikovski a toujours eu le secret).
La valeur de la partition tient au personnage mĂȘme de Iolanta, son parcours pendant l’action, profil suffisamment affinĂ© pour ĂȘtre aujourd’hui dĂ©fendue par les grandes sopranos de l’heure de Sonya Yoncheva Ă  Anna Netrebko, laquelle demeure seule Ă  ce jour, Ă  maĂźtriser idĂ©alement la juvĂ©nilitĂ© et la dignitĂ© comme la noblesse d’Ăąme du rĂŽle-titre. Et dans une articulation linguistique idoine.
NĂ©anmoins la soprano de ce soir (sincĂšre et franche Iryna Kuchynskaya) n’a rien Ă  envier Ă  ses consoeurs autant dans la sincĂ©ritĂ© de l’Ă©mission que le jeu progressif, qui de jeune vierge innocente devient femme volontaire dĂ©cidant malgrĂ© le pĂšre, de sa propre guĂ©rison, des risques Ă  vaincre pour s’Ă©manciper.
Le changement et le moment de bascule de l’action est sa rencontre avec VaudĂ©mont, chevalier ardent prĂȘt Ă  la sauver. Qui lui rĂ©vĂšle les limites de son monde et aussi la nature de son handicap.

Le sujet n’est pas tant la guĂ©rison elle-mĂȘme que le moment du choix, la volontĂ© de couper le cordon d’avec le pĂšre, de se voir enfin telle qu’elle est. Un instant saisissant de vĂ©ritĂ© en un effet de miroir qui dans le final est amplement dĂ©veloppĂ©: Ă  notre goĂ»t, d’une maniĂšre un peu pompier en un hymne sacrĂ© qui rend soudainement grĂące Ă  
 Dieu.

Soulignons lĂ  aussi, la soliditĂ© des voix, leur immĂ©diate vraisemblance. Un engagement de chaque mesure qui conduit aussi le choeur invitĂ© Ă  partager une mĂȘme implication.
On est d’abord convaincu par la modernitĂ© de l’ouverture uniquement pour vents et cuivres, d’une intensitĂ© intimiste et Ă©motionnelle aussi prenante que celle de Cappriccio de Richard Strauss (laquelle est pour les cordes seules). De mĂȘme, dans la construction dramatique, aprĂšs l’exposition premiĂšre de Iolanta, le duo des voix graves : entre le roi RenĂ© (la basse Andrei Valentii) et le mĂ©decin maure Ibn-Hakia, venu la soigner (le baryton Vladimir Gromov, Ă©coutĂ© dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©demment dans le rĂŽle d’Aleko) ; puis les deux chevaliers, par lequel le changement et le dessillement (l’émancipation de l’hĂ©roĂŻne) se produisent : l’incisif VaudĂ©mont (le tĂ©nor Victor Mendelev) et son ami Robert de Bourgogne (le baryton bien timbrĂ© bien chantant Ilya Silchukou), initialement fiancĂ© Ă  Iolantha
 sont autant de sĂ©quences vocalement trĂšs intenses.

 

 

Des tempĂ©raments tranchĂ©s, vifs, percutants, emblĂ©matiques de toute la production. Ici, dispositif qui Ă©loigne l’orchestre et absence de mise en scĂšne favorisent la trĂšs proche expressivitĂ© et la prĂ©sence des voix. De fait les spectateurs du cycle, dĂ©couvrent dans toute leur force d’Ă©mission et aussi d’intonation, les atouts d’une Ă©quipe russophone celle du BolchoĂŻ de Minsk vivement engagĂ©e. C’est donc un somptueux diptyque qui ouvre la nouvelle saison d’Angers Nantes OpĂ©ra, dans deux Ɠuvres fortes et puissantes de l’Ăąme russe, dĂ©fendues par une troupe expĂ©rimentĂ©e qui nous rappelle aussi la saisissante attractivitĂ© des voix, thĂ©matique qui est au coeur du projet culturel de la maison tricĂ©phale Ă  prĂ©sent (associant Angers, Nantes, Rennes) portĂ©e par son nouveau directeur Alain Surrans.

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / TchaĂŻkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du BolshoĂŻ Minsk / Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Choeur de chambre MĂ©lisme(s). AndreĂŻ Galanov, direction.

 

Prochaines productions lyriques Ă  Angers, Nantes et Rennes : The Beggar’s opera, Ă  partir du 7 novembre ; l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella, Ă  partir du 9 novembre 2018
 Toutes les infos, les dates, horaires, lieux sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra
http://www.angers-nantes-opera.com

 

 

ALEKO
de SergueĂŻ Rachmaninov
OpĂ©ra en 1 acte, sur un livret de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko d’aprĂšs Les Tsiganes de Pouchkine
Créé le 9 mai 1893 au Théùtre du Bolchoï de Moscou

IOLANTA
de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Opéra en 1 acte, sur un livret de Modeste Tchaïkovski
Créé le 18 décembre 1892 au Théùtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Opéras en russe avec surtitres en français
Durée estimée : 3h avec entracte

IOLANTA
René, roi de Provence : Andrei Valentii
Iolanta, sa fille aveugle : Iryna Kuchynskaya
Ibn Hakia : Vladimir Gromov
Robert, duc de Bourgogne : Ilya Silchukou
Le Chevalier Vaudémont : Victor Mendelev
Alméric : Aleksandre Gelakh
Bertrand : Vladimir Petrov
Martha : Natallia Akinina

ALEKO
Zemfira : Anastassia Moskvina
Aleko : Vladimir Gromov
Le vieux gitan : Vladimir Petrov
Le jeune gitan : Aleksandre Gelakh
La vieille gitane : Natallia Akinina

Orchestre symphonique de Bretagne
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
ChƓur de chambre MĂ©lisme(s) – Direction Gildas Pungier
Direction musicale : Andrei Galanov

Illustrations : photos Aleko / Iolanta © L Guizard Opéra de Rennes

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Opéra, le 6 oct 2018. Concert DEBUSSY. Orch Symph. Région Cenre-Val de Loire / Tours. R. Houlihan.

HOULIHAN-RObert-maestro-chef-d-orchestre-concert-tours-review-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-decembre-Robert-Houlihan1-1COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand ThĂ©Ăątre / OpĂ©ra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie PellĂ©as, Printemps
 Orch Symphonique RĂ©gion Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Il fallait ĂȘtre Ă  Tours pour apprĂ©cier l’un des concerts Debussy parmi les mieux conçus et les plus passionnants Ă  suivre en cette annĂ©e commĂ©morative du Centenaire Debussy 2018. Un cadeau d’autant plus apprĂ©ciĂ© que ce Centenaire est fĂȘtĂ© Ă  l’échelle nationale de façon bien timide
 pour ne pas dire timorĂ©e de la part des programmateurs ; preuve que dans l’esprit et le cƓur des mĂ©lomanes comme de la part du milieu des professionnels de la musique, Debussy rebute encore : trop difficile, trop raffinĂ© ? C’est pourtant l’égal de Picasso : Debussy rĂ©alise en musique ce que Pablo a accompli en peinture : une rĂ©volution esthĂ©tique. Il a fait entrer la France et Paris, dans la modernitĂ© la plus insolente dĂšs les annĂ©es 1890
 Et plus encore avec son ouvrage lyrique PellĂ©as et MĂ©lisande crĂ©Ă© en 1902. Debussy est un monstre sacrĂ©, crĂ©ateur, novateur,
 Tours honore cet hĂ©ritage et souligne ce statut Ă  part, grĂące Ă  un programme d’une exceptionnelle pertinence.

debussy jeuneLe chef et directeur de l’OpĂ©ra, Benjamin Pionnier, invite (pour la dĂ©jĂ  troisiĂšme fois) le chef irlandais Robert Houlihan (2Ăš Prix du Concours des chefs d’orchestre de Besançon 1981 dont le prĂ©sident du jury Ă©tait l’inflexible Pierre Dervaux) ; Robert Houlihan peut Ă  prĂ©sent poursuivre un travail de fond avec les instrumentistes de l’Orchestre tourangeau ; le maestro irlandais qui parle trĂšs bien notre langue, confirme une rĂšgle dĂ©sormais Ă©tablie; ce sont souvent les anglo-saxons qui viennent en France nous (rĂ©)enseigner l’amour des Ɠuvres françaises. C’est vrai de Berlioz par un certain Colin Davis hier (aujourd’hui John Eliot Gardner) ; c’est encore vrai de Debussy, ce soir, dont la suite extraite de l’opĂ©ra PellĂ©as et MĂ©lisande, (et conçue fort bien en « Symphonie » par Marius Constant), ainsi que « Printemps » (que jouait Boulez Ă  Cleveland) sont Ă  Tours rĂ©vĂ©lĂ©s dans toute leur parure chromatique et dans leur force expressive 
imprĂ©vue. Robert Houlihan nous offre un bain de jouissance symphonique dont il a dĂ©sormais le secret avec ce goĂ»t et cette sincĂ©ritĂ© pour les Ɠuvres françaises qu’il doit Ă  son professeur George Hurst lequel a recueilli l’hĂ©ritage de Pierre Monteux.
On ne peut guĂšre rĂȘver meilleure transmission, comprĂ©hension naturelle, accomplissement,
 Les faits sont lĂ  et la direction qui se rĂ©alise ici parle pour l’Ă©vidente affinitĂ© du maestro avec les Ɠuvres choisies. C’est que le chef rĂ©ussit la gageure inscrite  dans l’écriture debussyste mĂȘme : son activitĂ© instrumentale en surface, qui fait jaillir des timbres et des couleurs inĂ©dites en vagues et nimbes sonores Ă©blouissants ; sa profonde cohĂ©sion architecturĂ©e qui soustend toute la mer d’accents et de nuances
 entre dĂ©tail et flux organique, microactivitĂ© et vue d’ensemble, la direction ne s’égare jamais ; tendue, vive, parfois vĂ©hĂ©mente, elle suit une trajectoire qu’il est passionnant d’écouter et de repĂ©rer pendant le concert.

 

 

houlihan-robert-concert-maestro-concert-du-6-octobre-2018-critique-concert-Maestro-robert-Hoihan-2-par-classiquenews-P-A-PHAM

 

 
DÉTAIL ET ARCHITECTURE
 C’est une rĂ©ussite majeure Ă  laquelle nous assistons ; Robert Houlihan veillant au relief de chaque timbre, Ă  l’Ă©quilibre des pupitres, Ă  la sonoritĂ© de l’ensemble malgrĂ© une grande disparitĂ© de couleurs comme d’effets, 
 autant de caractĂšres, et dĂ©fauts qui Ă  l’Ă©poque mĂȘme de Debussy, et ici pour « Printemps » (Ă©crit en 1887), avait suscitĂ© le dĂ©saveu du jury destinataire de cet « envoi de Rome ». Incompris, maladroit, cet impressionnisme musical est-il si fumeux ou brumeux que cela ? C’est tout l’inverse en dĂ©finitive car Robert Houlihan dĂ©taille, scrute chaque alliance de timbres avec un soin ciselĂ©, une Ă©coute magicienne qui sait aussi rĂ©tablir l’unitĂ© profonde et souterraine des sĂ©quences.

C’est donc vrai de « Printemps », Ɠuvre de jeunesse que Henry BĂŒsser a rĂ©orchestrĂ© (en 1908 ; crĂ©Ă© en 1913) mais sans le mĂ©tier du compositeur ; il en dĂ©coule des disparitĂ©s dans les annotations et indications agogiques souvent contradictoires. Voila pourquoi de grands chefs ont veillĂ© particuliĂšrement Ă  rĂ©soudre les problĂšmes d’Ă©quilibre et de clartĂ© des timbres, en abordant la partition. Robert Houlihan convainc de bout en bout, Ă  travers les deux parties, par une sensibilitĂ© littĂ©ralement picturale, amoureux du dĂ©tail comme grand architecte d’un dĂ©veloppement parfaitement lisible.

 

 

HOULIHAN-robert-maestro-opera-de-tours-concert-DEBUSSY-concert-critique-par-classiquenews-ROBERT-HOULIHAN-BOBBY3-P-A-PHAM-octobre-2018-concert-debussy-critique

 

ÉLOGE DE LA COULEUR ET DU TIMBRE
 C’est vrai aussi de la « Symphonie PellĂ©as » (conçue par Marus Constant en 1983) dont malgrĂ© le dĂ©coupage arbitraire des extraits de l’opĂ©ra et l’assemblage parfois illogique qui en dĂ©coule, la force expressive, l’Ă©lan structurel, la profondeur des climats intĂ©rieurs surgissent sous la baguette d’un maestro dramaturge et poĂšte. Robert Houlihan insuffle Ă  l’orchestre une quiĂ©tude enveloppante, des vapeurs sombres et mystĂ©rieuses ; une sauvagerie qui soutient l’apparent scintillement de surface. PlutĂŽt que d’impressionnisme, il serait plus exact de parler d’illusionnisme car jamais la violence de Debussy qui sait mieux exprimer en dĂ©finitive la jalousie maladive de Golaud que la passion juvĂ©nile de PellĂ©as pour MĂ©lisande, ne s’est mieux dĂ©voilĂ©e dans un concert. Le dramatisme brĂ»lant que repĂšre le chef et qu’il transmet Ă  l’orchestre est percutant.
On aura vainement chercher les arabesques mĂ©lodiques si suaves et innocentes de PellĂ©as, auquel Debussy dans l’opĂ©ra rĂ©serve les plus beaux airs
 en particulier le duo amoureux, enivrĂ© de la scĂšne de la Tour (acte III); oĂč le frĂšre de Golaud s’emmĂȘle, ardent, tendu par son dĂ©sir, dans les longs cheveux de MĂ©lisande ; elles ont moins inspirĂ© Marius Constant dans son dĂ©coupage que les stridences acides et douloureuses du Golaud, fou de rage et jaloux Ă  en crever qui mĂȘme torture MĂ©lisande en l’empoigant par les cheveux (acte IV : « Absalon! En avant! en arriĂšre! Jusqu’Ă  terre! jusqu’Ă  terre »). D’ailleurs l’unique opĂ©ra de Claude ne devrait-il pas s’appeler Golaud plutĂŽt que PellĂ©as et MĂ©lisande ? Constant architecture sa premiĂšre partie en choisissant ce tableau orchestralement somptueux, suggestif et barbare pour le finale.

L’Ă©paisseur et la matiĂšre du mystĂšre se diffusent ensuite dans la mort de MĂ©lisande quand contrairement Ă  ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, c’est l’ascension de son Ăąme, dans l’ombre qui s’efface peu Ă  peu, au son des cloches qui sonnent hors scĂšne, comme un glas
 la tension concentre alors tout l’orchestre, dans une sonoritĂ© de plus en plus diaphane. Le MYSTÈRE jaillit. Et la musique qui exprime tout ce que les mots ne peuvent dire, atteint alors un moment de grĂące d’une indicible intensitĂ©. Dans le silence. En quelques secondes, on passe de l’absolu solitude Ă  l’Ă©vanescence la plus Ă©thĂ©rĂ©e. Quel sens de la suggestion ; quel chef tout simplement. S’y rĂ©vĂšlent, dans des effets de brumes harmoniques Ă  la fois Ă©paisses et aĂ©riennes, le souvenir Ă©videmment de Wagner, que Debussy quoiqu’on en dise, a particuliĂšrement assimilĂ© et digĂ©rĂ© : Tristan, Parsifal s’accordent Ă  la matiĂšre symphonique de PellĂ©as. Passionnante expĂ©rience.

 

 

Houlihan-robert-concert-6-octbre-OPera-de-TOURS-par-classiquenews-critique-concert-BOBBY-1

 

 

PERLES COMPLÉMENTAIRES
 Pertinent, le programme rappelle que c’est FaurĂ© qui mit en musique le premier (avant Debussy), la piĂšce de thĂ©Ăątre PellĂ©as et MĂ©lisande de Maeterlinck (1893), dĂšs 1898
 Ainsi jouĂ©e en ouverture du concert, sa suite PellĂ©as est abordĂ©e avec une profonde connaissance de l’Ă©criture faurĂ©enne, c’est Ă  dire, avec infiniment d’élĂ©gance ; jamais maniĂ©rĂ©e ni dĂ©corative ; mais naturelle, coulante, fluide ; plus organique qu’objective
 mais aussi Ăąpre voire rugueuse et puissante avec accents et coups de semonce, comme dans la derniĂšre sĂ©quence, celle de la mort de MĂ©lisande, l’Ă©pisode le plus prenant ce soir aprĂšs l’Ă©lĂ©giaque et suave Sicilienne et sa mĂ©lodie dĂ©ployĂ©e Ă  la flĂ»te. Du sombre et du tellurique il y en a bien, chez FaurĂ©, dans l’appel des trompettes de plus en plus sourd et prĂ©sent ; rĂ©pĂ©titif, obsĂ©dant. Et lĂ  encore la sensibilitĂ© du chef dĂ©ploie une vision Ă  la fois claire, transparente, prĂ©cise, subtilement grave, onctueusement intĂ©rieure. Ce grave lĂ  avait Ă©tĂ© jouĂ© pour les funĂ©railles de FaurĂ©. C’est dire.

Complet et jouant la carte du sensualisme le plus rĂ©volutionnaire, le programme affichait aussi PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (1894), dont le dĂ©veloppement s’émancipe du poĂšme de MallarmĂ©, comme de son prĂ©texte chorĂ©graphique (dansĂ© et chorĂ©graphiĂ© par Nijinksi) pour atteindre Ă  un sommet de musique pure, abstraite, plus sensorielle que cĂ©rĂ©brale. Et sans la narration chorĂ©graphique, libĂ©rĂ© de sa contrainte scĂ©nique. Quoique. Le chef s’alanguit, souligne le poids naturel du silence, et dans le silence, il sait dĂ©tacher puis dĂ©ployer le fil continu qui s’écoule entre chaque sĂ©quence instrumentale, et qui rĂ©tablit la cohĂ©sion secrĂštement organique de la piĂšce. En son milieu , comme un emblĂšme, l’unisson des 3 flĂ»tes, au thĂšme clĂ© qui semble dĂ©livrer au centre de la piĂšce, le sens cachĂ© de tout l’édifice. On s’incline devant une telle intelligence interprĂ©tative. Superbe soirĂ©e, et de loin, le concert le plus captivant de ce centenaire Debussy 2018. De nouveaux rvs Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont prĂ©vus, la saison prochaine, sous la conduite de Robert Houlihan : Ă  suivre Ă©videmment.

 

 
 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand ThĂ©Ăątre / OpĂ©ra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie PellĂ©as, Printemps
 Orch Symphonique RĂ©gion Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Illustrations : Robert Houlihan Ă  la tĂȘte de l’Orch Symph RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours © OpĂ©ra de Tours 2018

 

Programme

Gabriel FAURÉ
Pelléas et Mélisande, suite Op.80

Claude DEBUSSY
Printemps, Suite symphonique

PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune

Claude DEBUSSY | Marius CONSTANT
PellĂ©as et MĂ©lisande – Symphonie (1983)

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale : Robert Houlihan

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

LIRE aussi TOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théùtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction.

 

 

http://www.classiquenews.com/tours-compte-rendu-critique-concert-grand-theatre-le-11-decembre-2016-concert-shakespeare-sullivan-berlioz-tchaikovski-nicolai-sibelius-dvorak-orch-symphonique-region-centre-val-de-loire/

 
 

 

TEASER. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsTEASER. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

VIDEO, reportage. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsVIDEO, reportage. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. REPORTAGE VIDEO, avec Benjamin Pionnier, directeur de l’OpĂ©ra de Tours et directeur musical ; Pierre-Emmanuel ROUSSEAU, metteur en scĂšne… © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM – durĂ©e : 12 mn : Tout savoir des FĂ©es du Rhin de Jacques Offenbach : la prĂ©sence de la Nature et du Fantastique, les Elfes, les deux personnages clĂ©s (Hedwig et Laura), l’Ă©criture d’Offenbach…

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

COMPTE RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les Fées du Rhin (version français originale), création mondiale. Rousseau / Pionnier

COMPTE RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les FĂ©es du Rhin (version français originale), crĂ©ation mondiale. P-E Rousseau / B Pionnier.  Dans les Balkans au XXĂš siĂšcle, des villageois se font attaquer puis martyriser par une horde de mercenaires sans scrupule : le capitaine Conrad et ses sbires font rĂ©gner un climat d’oppression et de peur ; la barbarie occupe tout le plateau, viols, tortures, terreur Ă  l’envi
 Pas de fleuve impĂ©tueux, ni de rĂ©pit pour le bon peuple. Mais une scĂšne fermĂ©e, asphyxiante, traitĂ©e comme un piĂšge collectif
 VoilĂ  pour le climat gĂ©nĂ©ral.

 

 

RecrĂ©ation magique Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Barbarie et onirisme des FĂ©es du Rhin d’Offenbach

fees-du-rhin-offenbach-opera-de-tours-laura-la-fee-acte-III-classiquenews

 

 

Le metteur en scĂšne Pierre-Emmanuel Rousseau inscrit toute l’action des 4 actes dans une seule et mĂȘme forĂȘt ; le tableau le plus saisissant sur le plan visuel, Ă©tant ce fameux acte fĂ©erique, celui des elfes, oĂč paraissent en rĂ©alitĂ© sous la forme de femmes animales ou dĂ©capitĂ©es, les purs esprits des victimes sacrifiĂ©es qui cĂ©lĂšbrent en un hymne puissant le pouvoir rĂ©parateur de la Nature profonde, mystĂ©rieuse, Ă©nigmatique
 Le fantastique est ici vĂ©gĂ©tal et sylvestre, pour lequel Offenbach avant les Contes d‘Hoffmann dĂ©veloppe le fameux thĂšme de la Barcarolle, ici le chant des elfes, souverains, inaccessibles, oniriques
 le compositeur y ajoute aussi tout un ballet dont la non moins cĂ©lĂšbre valse (des elfes), au souffle enivrant, entĂȘtant qui exprime idĂ©alement ce pouvoir secret d’une nature qui Ă©chappe aux hommes.

Tout le spectacle est construit sur ce saisissant effet de contrastes : barbarie des hommes ; magie Ă©nigmatique de la Nature
 Entre ces deux mondes, progressent sans vraiment communiquer entre eux, la mĂšre Hedwig, ample mezzo de la trempe d’une Azucena (prenante Marie Gautrot), la fille Laura (somptueuse et volubile Serenad Burcu Uyar qui en outre chante la FĂ©e dans l’acte magique), Gottfried, qui aime sans retour la dite Laura, et qui de chasseur chez Offenbach, devient pope Ă  Tours
 (impeccable Guilhem Worms).

Face aux villageois, la soldatesque haineuse et inhumaine, conduite par le capitaine Conrad (cynique Jean-Luc Ballestra, vrai baryton verdien, de plus en plus convaincant Ă  la fin, dans son parcours vers l’humanisation, quand il dĂ©couvre qu’Hedwig fait partie de ses nombreuses victimes violĂ©es
 et que Laura est 
sa fille). Il y a enfin, fermant le quintette vocal des protagonistes, Franz, l’amour rĂ©el ancien ou fantasmĂ© de Laura, qui amnĂ©sique, s’est reconstruit en bĂȘte violente, qui rĂŽde encagoulĂ©, prĂȘt Ă  tuer, dominer, Ă©viscĂ©rer… (sincĂšre SĂ©bastien Droy).

Tous sont malgrĂ© les apparences, prisonniers de leur destin, pris dans les rouages d’une machine qui les dĂ©passe. Seule, en phare lumineux et d’une vocalitĂ© versatile d’une grande richesse de caractĂšres, s’affirme Laura. La jeune fille rappelle les figures fĂ©minines des Contes d’Hoffmann Ă  venir, surtout Olympia (Ă  l’acte I), et aussi Antonia
 dont elle partage cette extase du chant exacerbĂ©, jusqu’à l’ivresse Ă©perdue, mortifĂšre. En outre sa relation avec sa mĂšre Ă©maille l’ouvrage de dĂ©chirants accents, qui creusent davantage la dĂ©nonciation des victimes de guerre. Ces deux femmes lĂ  ont endurĂ© plus et davantage que ce nous pourrions imaginer.

Le spectacle est une crĂ©ation mondiale car l’ouvrage a Ă©tĂ© crĂ©Ă© mais avec coupures Ă  Vienne, en 1864, et dans une traduction allemande. C’est Ă  Montpellier en 2002 qu’avait Ă©tĂ© donnĂ© en partie, l’opĂ©ra en France (mais en allemand). Tours crĂ©e l’évĂ©nement en produisant la version française originale, jamais Ă©coutĂ©e dans l’Hexagone.

 

 

MARSEILLE : La Belle HĂ©lĂšne d'Offenbach version PisaniOFFENBACH, maĂźtre du genre romantique fĂ©erique… On n’avait jamais mesurĂ© cet Offenbach sĂ©rieux, puissamment romantique, dramatiquement aussi intense que gĂ©nĂ©reux, capable d’écrire autre chose que des piĂšces comiques dĂ©lirantes ou parodiques. En 1864, il a 45 ans, un talent certain qui produit alors aussi La Belle HĂ©lĂšne… Son gĂ©nie se dĂ©voile ainsi, parfait assimilateur des germaniques tels Weber ; annonçant Verdi, et cĂŽtĂ© français, certains autres poĂštes tels Bizet et ses PĂȘcheurs de Perles, ou Delibes et sa Lakmé  Saluons donc l’OpĂ©ra de Tours et son directeur Benjamin Pionnier, en fosse : impĂ©tueux, prĂ©cis, engagé  soucieux de rĂ©tablir ce que nous ignorions jusque lĂ  : la veine romantique et fantastique, sĂ©rieuse, violente et supĂ©rieurement onirique de Jacques Offenbach. VoilĂ  enfin ces FĂ©es du Rhin dĂ©voilĂ©es, sƓurs magiciennes des Contes d’Hoffmann auxquels elles n’ont rien Ă  envier, loin de lĂ . La barbarie et le portrait des victimes de la guerre y sont remarquablement exprimĂ©es. Comme la sainte et enivrante Nature. Magistrale rĂ©surrection.

 

 

fees-du-rhin-offenbach-opera-de-tours-annonce-presentation-par-classiquenews

 

 

fees-du-rhin-laura-et-franz-opera-offenbach-opera-de-tours-critique-annonce-classiquenews

——————————————————————————————————————————————————

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsA l’affiche de l’OpĂ©ra de TOURS, demain dim 30 sept, puis mardi 2 octobre 2018. Incontournable pour tous les amateurs d’opĂ©ras fĂ©eriques, ou tous ceux dĂ©sirant dĂ©couvrir un joyau de l’opĂ©ra romantique français
 Illustrations : © Sandra Daveau / OpĂ©ra de TOURS 2018

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

La production sera reprise Ă  l’OpĂ©ra de Bienne Soleure (Suisse) en novembre, dĂ©cembre 2018, puis janvier 2019 : plus d’infos

LIRE aussi notre prĂ©sentation L’OpĂ©ra de Tours crĂ©e Les FĂ©es du Rhin de Jacques Offenbach : les 28, 30 sept puis 2 oct 2018

Compte-rendu, concert. BLANC-MESNIL (93), La symphonie sur l’herbe, le 31 aoĂ»t 2018

blanc-mesnil-symphonie-sur-l-herbe-concert-2018-annonce-crtique-sur-classiquenewsCompte rendu, concert. BLANC-MESNIL (93), La symphonie sur l’herbe, le 31 aoĂ»t 2018. En Seine-Saint Denis loin des Ă©lites parisiennes et des salles fermĂ©es qui se sont appropriĂ©es la musique symphonique pour la dĂ©lectation des nantis, voici une expĂ©rience populaire au sens le plus noble du terme qui redĂ©finit la fonction, le sens, les valeurs d’un concert de musique classique: la magie, le partage, la dĂ©tente. C’est le classique comme on l’aime ni compassĂ© et arrogant ni low cost ou bradĂ©. La qualitĂ© et la beautĂ© sont pour tous particuliĂšrement pour ceux qui n’en sont ni habituĂ©s ni dĂ©sabusĂ©s.

Car ici sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e, les familles et les enfants ont investis le vaste tapis qui  fait face Ă  la scĂšne ; ils sont couchĂ©s, en tailleur et de toute façon non contraints par l’Ă©tiquette sociale et mondaine qui a dĂ©crĂ©tĂ© hier que l’opĂ©ra et le classique se consommaient uniquement assis en costumes de soirĂ©e, dans des lieux rĂ©servĂ©s.

 

 

 

En plein air et gratuit,
le classique s’offre un nouvel oxygĂšne au Blanc Mesnil

 

 

C’est comme Ă  Berlin les grands rvs populaires de la WaldbĂŒhne ou Ă  Orange dans le ThĂ©Ăątre Antique sous le ciel lĂ  encore car le classique Ă  besoin de telles expĂ©riences pour repenser et enrichir sa propre expĂ©rience du spectacle, pour rĂ©Ă©crire la nature de sa relation avec le public ou plutĂŽt les publics. De spectacle il s’agit bien. Les artistes se succĂšdent comme dans une grande soirĂ©e de gala comme on en a vu et vĂ©cu de nombreuses fois ; d’autant qu’il y en a pour tous les styles : la danse style foxtrot, la guitare, le lyrique aussi… Et mĂȘme le conte musical Pierre et le loup de Prokofiev passe aussi vite qu’une apparition fabuleuse et la narratrice Julie Depardieu trouve le ton exact : celui de l’Ă©merveillement et de l’enfance, surprise elle-mĂȘme par l’enchantement des timbres instrumentaux et le raffinement sonore de l’orchestre conteur.

Ceux qui nous ont le plus Ă©bloui restent les sƓurs Bertholet, Camille et Julie, deux sirĂšnes de blanc vĂȘtues, et le jeune pianiste Peter Bence qui a le swing transcendant et rĂ©alise ce que nous sommes venus Ă©couter spĂ©cifiquement au cours d’une telle soirĂ©e face Ă  un tel dispositif : le mĂ©lange des genres, classique et cinĂ©ma, surtout classique et pop (on rĂȘve d’un symphonique rock Ă  la façon gĂ©niale des quĂ©bĂ©cois qui osent chez eux ce qui est encore impossible en France : les Rolling Stones, les Bee Gees par un orchestre symphonique…)… Le jeune Bence lui dans le parc du Blanc-Mesnil, joue au piano suivi par l’orchestre, un medley de tubes de Michael Jackson en une immersion poĂ©tique scintillante et swinguante, trĂšs convaincante.

symphonie-sur-lherbe-blanc-mesnil-2018-grand-format-concert-festival-musique-classique-par-classiquenewsÉvidemment l’orchestre (prĂšs de 80 instrumentistes classiques, placĂ©s sous la direction du chef JĂ©rĂŽme Pillement) est l’acteur majeur de ce soir qui ouvre la soirĂ©e avec le galop de l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini, se perd dans l’adagio de la symphonie n°2 de Rachmaninov (un mauvais choix en dĂ©finitive car la tension retombe Ă  plat)  mais contexte oblige, en grand format et en plein air, les extraits de Star Wars fonctionnent immĂ©diatement et c’est une excellente idĂ©e que d’associer Ă  quelques extraits du Moussorgski retenu (les fabuleux Tableaux d’une exposition), la fĂ©erie de feux d’artifice qui nous renvoie cette fois Ă  un grand final façon Disney. Les yeux, les oreilles sont comblĂ©s. On ne peut que souscrire Ă  l’expĂ©rience qui dĂ©cloisonne dĂ©finitivement le classique, surprend la majoritĂ© des spectateurs en une fĂȘte des sens stimulĂ©s par le pouvoir Ă©vocatoire des seuls instruments : ici la beautĂ© se partage en toute dĂ©contraction. BRAVO au Maire du Blanc-Mesnil (Thierry Meignen / lire notre entretien ci dessous) dont l’action est exemplaire. En rĂ©tablissant la place de la musique classique au plus proche des habitants de la commune, c’est l’art et la magie de l’orchestre symphonique qui rĂ©enchante l’espace urbain. Ce n’est pas tant une question de choix et de partenariat artistique, c’est surtout la vision qui nous convainc. Comme il n’est pas de futur sans nature, pas d’essor dĂ©mocratique sans symphonique !

Comme un Ă©vĂ©nement majeur de l’agenda du 93, “La Symphonie sur l’herbe” est Ă  prĂ©sent ancrĂ©e dans le territoire, rv incontournable de la fin d’Ă©tĂ© de la Seine-Saint-Denis. Plus de 5000 spectateurs se sont massĂ©s cette nuit pour vivre l’expĂ©rience symphonique proposĂ©e par le Monsieur le Maire : on ne pourrait concevoir meilleur accueil, ni plus Ă©loquente validation. Rv est pris pour aoĂ»t 2019. A suivre.

 

 

——————————————————————————————————

A LIRE AUSSI ….

meignen-thierry-maire-du-blanc-mesnil-symphonie-sur-l-herbe-soiree-symphonique-blanc-mesnil-annonce-entretien-exclusif-avec-le-maire-du-blanc-mesnil-Thierry-Meignen-par-classiquenewsENTRETIEN AVEC THIERRY MEIGNEN / La Symphonie sur l’Herbe au Blanc Mesnil. Entretien avec Thierry Meignen, Maire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). DĂ©mocratiser la musique classique n’est pas un vain mot ni un dĂ©fi de pacotille
 c’est selon le vƓu du Maire du Blanc-Mesnil, une volontĂ© sincĂšre nĂ©e de la constatation que le classique fait partie intĂ©grante de notre quotidien, que la musique classique comme la culture en gĂ©nĂ©ral, favorise le lien social. Pour l’élu, Maire du Blanc-Mesnil et dĂ©putĂ© europĂ©en, il s’agit donc de rĂ©tablir un lien naturel, rĂ©conciliant populaire et excellence artistique. VoilĂ  en engagement exemplaire qui fait bouger les lignes et dĂ©montre clairement que la culture et le classique ne sont pas rĂ©servĂ©s Ă  « l’élite ». ConcrĂštement, l’équation est rĂ©alisĂ©e le temps d’un festival unique, en particulier lors d’une soirĂ©e de plein air, ce 31 aoĂ»t : « La Symphonie sur l’herbe », Ă©vĂ©nement exceptionnel, gratuit, ouvert Ă  tous, dont le programme et les artistes invitĂ©s incarnent l’exigence artistique qui conditionne la cohĂ©rence et la haute valeur de l’évĂ©nement. Chaque spectateur y vit une expĂ©rience propice Ă  l’enrichir dans le partage et l’ouverture aux autres. En LIRE PLUS

 

COMPTE RENDU, Festival. MUSIQUE & MÉMOIRE, les 25 ans. Week end III (dernier) : les 28 et 29 juillet 2018. JS BACH par Vox Luminis.

musique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018COMPTE-RENDU, Festival. MUSIQUE & MÉMOIRE, les 25 ans. Week end III (dernier) : les 28 et 29 juillet 2018. JS BACH par Vox Luminis. Rares les festivals implantĂ©s, gĂ©nĂ©reux et ouverts, au nord de la Loire et de surcroĂźt dans l’Est rural
 AncrĂ© dans son (splendide) territoire des Vosges du Sud (Pays des 1000 Ă©tangs), voilĂ  25 ans que le Festival MUSIQUE & MEMOIRE dĂ©fend une autre idĂ©e de la culture vivante, accessible et pointue, populaire et exigeante. Ici, en trois actes (trois week ends), le meilleur du Baroque actuel permet de rĂ©couter les grandes Ɠuvres du rĂ©pertoire, capables d’ĂȘtre rĂ©inventĂ©es par les meilleures jeunes phalanges de la scĂšne d’aujourd’hui : les dĂ©sormais familiers TIMBRES (heureux invitĂ©s depuis 6 ans), Les TRAVERSEES BAROQUES (nouveaux venus cette annĂ©e), les plus reconnus, qui ne cessent d’éblouir par leur approche de la musique chorale religieuse : VOX LUMINIS
 Le premier week end (14 et 15 juillet 2018) a permis d’écouter l’ORFEO de Monteverdi dans une formulation ciselĂ©e, vivante, chambriste dĂ©fendue par LES TIMBRES et l’excellent baryton français Marc Mauillon
 Un dĂ©fi artistique que seul MUSIQUE & MEMOIRE sait relever chaque annĂ©e.

 

 

Fabrice Creux, fondateur du Festival, le plus important parmi les offres estivales en Haute-SaĂŽne, – et dans la rĂ©gion « Bourgogne France Comté », a Ă  cƓur de rĂ©inventer le principe et le fonctionnement d’un festival inscrit dans son territoire. Le Pays des Mille Ă©tangs, la couverture boisĂ©e et les miroirs d’eau impriment Ă  l’évĂ©nement qui s’est dĂ©roulĂ© dans la seconde moitiĂ© du mois de juillet 2018, son caractĂšre Ă  la fois raffinĂ© (dans le choix des interprĂštes) et simple, et mĂȘme chaleureux
 valeurs humaines incarnĂ©es par l’équipe du Festival qui sait comme au QuĂ©bec, rendre Ă©vident et naturel, l’accĂšs au concert ; rendre facile et sans chichi, l’expĂ©rience de la culture. Hors des salles de concerts et d’opĂ©ra habituelles, souvent guindĂ©es et froides, le Baroque se rĂ©invente ici, d’annĂ©e en annĂ©e, grĂące Ă  ce que vivent les festivaliers Ă  Luxeuil-les-Bains, Faucogney, Servance, Melisey, Lure, HĂ©ricourt, Fougerolles
 sites dĂ©sormais emblĂ©matiques du travail de Fabrice Creux localement. Le Festival ose et dĂ©friche ; rĂ©alise plusieurs dispositifs innovants Ă  l’adresse du public, comme la visite, le dĂźner puis le concert « couché » (Ă  l’écomusĂ©e du Pays de la cerise, en complicitĂ© avec l’ensemble associĂ©, LES TIMBRES). La pĂ©riode est Ă  l’innovation heureuse

 

 

 

Le temps de notre prĂ©sence Ă  MUSIQUE & MÉMOIRE, en ce dernier week end JS BACH (28 et 29 juillet), on mesure l’adĂ©quation parfaite entre la nature des propositions musicales et les lieux oĂč elles s’inscrivent et se dĂ©roulent ; on recueille les mĂȘmes impressions collectĂ©es au fil des annĂ©es d’une prĂ©sence rĂ©guliĂšre. C’est lĂ  que se rĂ©inventent dans un esprit d’ouverture et de simplicitĂ©, la formulation du concert, la recherche d’une ligne artistique, conçue comme une expĂ©rimentation permanente sur le long terme. A travers l’affiche baroque, majoritairement dĂ©veloppĂ©e, Fabrice Creux sait enrichir le propos, tisser des filiations antĂ©rieures ou postĂ©rieures, offrir de nouvelles pistes de rĂ©flexion et de comprĂ©hension (cf la cĂ©lĂ©bration, unique en France alors, des 400 ans de Froberger, gĂ©nie oubliĂ© du dĂ©but XVIIĂš, lĂ©gitimement fĂȘtĂ© sur le territoire oĂč il a vĂ©cu et composé  VOIR notre reportage les 400 ans de Froberger au Festival Musique & MĂ©moire 2016). C’est surtout l’expĂ©rience singuliĂšre d’un compagnonnage particuliĂšrement maĂźtrisĂ©, assurĂ© pendant plusieurs annĂ©es aux cĂŽtĂ©s des artistes : le travail artistique pendant le festival et aussi pendant l’annĂ©e auprĂšs des cibles scolaires, a1068rĂ©alisĂ© avec LES TIMBRES est en cela exemplaire ; c’est une complicitĂ© unique qui aura permis de nombreuses crĂ©ations pendant l’étĂ© (Proserpine de Lully en version chambriste originale / Musique & MĂ©moire 2015 ; Musiques au temps de Shakespeare, entre nostalgie indicible et poĂ©sie suprĂȘme sur le renoncement et la cĂ©lĂ©bration des saisons, ou donc cette annĂ©e, cet Orfeo montĂ©verdien donnĂ© lui aussi en version chambriste
). Le propre de MUSIQUE & MÉMOIRE est de se rĂ©inventer constamment, trouvant les dĂ©fis qui assurent une attraction inĂ©puisable auprĂšs des publics, et aussi les moyens de les rĂ©ussir. Ce lien qui s’est tissĂ© avec les artistes, accomplit souvent d’étonnantes rĂ©alisations.

 

 

 

Le Baroque au sommet
VOX LUMINIS à MUSIQUE & MÉMOIRE

 

 

 

VOX LUMINIS Ă  Musique & MĂ©moire
 Cette annĂ©e, pour le dernier week end des 25 ans, le festivalier a pu retrouver un ensemble dĂ©jĂ  prĂ©sent : VOX LUMINIS (crĂ©Ă© en 2004), et dans deux programmes en particulier qui rehaussent encore cette intelligence de la coopĂ©ration artistique. Fabrice Creux a invitĂ© l’ensemble belge (composĂ© de 10 chanteurs, et de 16 instrumentistes) Ă  relire les piliers du rĂ©pertoire baroque sacrĂ©, le Magnificat (Lure, samedi 28 juillet 2018) puis la Messe en si (Dimanche 29 juillet dans la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains) de Johann Sebastian Bach : deux lectures d’une puissance ciselĂ©e exceptionnelle, – jalons dĂ©sormais mĂ©morables de cette Ă©dition des 25 ans.
37942405_2356557347904695_4808829690238205952_nA LURE (Ă©glise Saint-Martin, le 28 juil), en une extension esthĂ©tique qui rĂ©tablit la place de chacun et donc le gĂ©nie immĂ©diat, franc, fulgurant de JS Bach, les Vox Luminis chantent plusieurs partitions, avant celle de Johann Sebastian : une cantate de Pachebel, puis le Magnificat de Kuhnau, lequel prĂ©cĂ©da Bach au poste de Directeur de la musique de Leipzig. Les effectifs instrumentaux sont quasi identiques entre chaque partition. L’écoute globale rĂ©tablit ce style commun partagĂ© alors, soucieux du verbe mais aussi d’une Ă©tonnante sĂ©duction sonore (grĂące aux trompettes, flĂ»tes, hautbois)
 la souplesse de l’orchestre, en format sonore d’un Ă©quilibre idĂ©al, renforce l’impact des voix, composant deux choeurs de chaque cĂŽtĂ© des musiciens ; aux cĂŽtĂ©s du raffinement fleuri de Pachebel, on reste saisi par l’activitĂ© ciselĂ©e de Kuhnau, dont le Magnificat annonce directement l’écriture de son successeur Ă  Leipzig, Johann Sebastian. Energie, somptuositĂ©, Kuhnau Ă©blouit par sa maĂźtrise du style concertant ; d’autant que dans cette configuration, les chanteurs de Vox Luminis savent articuler avec un naturel confondant, laissant toute la place au sens du texte ; l’humilitĂ© de Marie, Ă©lue parmi les femmes, en gagne un Ă©clat de premier plan.
En comparaison, le Bach de 1723 (premiĂšre version pour sa premiĂšre grande occasion Ă  Leipzig) Ă©lectrise par sa maĂźtrise du contrepoint, son architecture souveraine qui fait entendre le son de la perfection cĂ©leste en un incroyable mouvement de jubilation collective. La vitalitĂ© de Vox Luminis se montre d’une incroyable souplesse, dans la grĂące (Et exultavit) comme dans l’introspection plus mystĂ©rieuse (Quia respexit). Comme il l’a prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ© dans le cd dĂ©jĂ  enregistrĂ© (Magnificat et Dixit Dominus: lire ici notre critique du cd VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL – 1 cd Alpha), Lionel Meunier, fondateur de Vox Luminis, assume pleinement des choix de tempo jusque lĂ  jamais entendus, dont « Omnes generationes », qui semble porter l’émotion saisissant le choeur des croyants, confrontĂ©s Ă  ce qui a surgi prĂ©cĂ©demment, comme une onde miraculeuse irradiant toute l’assemblĂ©e alors Ă©mue; cette nuance qui creuse l’incise humaine, exprime toute la tendre espĂ©rance du fervent. On souscrit alors pleinement Ă  ce qu’écrivait Camille de Joyeuse, en octobre 2017, au moment de la parution du disque Alpha en particulier pour le duetto « Et misericordia » 
 « suspendu, interrogatif, c’est le plus dĂ©chirant ; il se fait priĂšre pour le Sauveur en vu de l’obtention du salut
 fine ciselure, d’une sobriĂ©tĂ© dĂ©sarmante. » Du disque au concert, tant d’intelligence et de naturel demeurent captivant tout au long du concert Ă  Lure.

 

 

 

37932214_2356562521237511_7276161975132880896_nLe lendemain, dimanche 29 juillet 2018, un cran est dĂ©passĂ© encore pour la clĂŽture du 25Ăš Festival, sous la somptueuse nef de la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains (et devant son buffet d’orgue, magistral massif de bois sculptĂ© oĂč Pierre est racontĂ© dans des mĂ©daillons, de part et d’autres d’atlantes michelangelesques). Un Ă©crin parfaitement adaptĂ© pour l’évĂ©nement qui va s’y rĂ©aliser. Et quel dĂ©fi pour les chanteurs et les instrumentistes ; un Everest de la liturgie baroque, le monument sacrĂ© le plus difficile et le plus dĂ©licat Ă  rĂ©ussir : la Messe en si de Johann Sebastian. On ne rĂ©capitulera pas ce qui compose l’essence d’une partition Ă©laborĂ©e sur 30 ans dont le faux Ă©clectisme formel, dĂ©signe en vĂ©ritĂ© la cohĂ©rence et la pensĂ©e d’un gĂ©nie inĂ©galĂ© qui pense l’acte de ferveur au delĂ  des contingences des cultes, protestant et catholique. Puisqu’il les englobe tous les deux en une vision suprĂȘme. A la fois universelle et fraternelle.
Le parcours nous intĂ©resse : du dĂ©but Ă  la fin, c’est bien le cheminement du croyant, son expĂ©rience spirituelle, de mĂ©andres en doute, de certitude en espĂ©rance, de quĂȘte en sĂ©rĂ©nitĂ© enfin atteinte ; tout est dit, exposĂ©, exprimĂ© comme les jalons d’un pĂšlerinage qui dure toute une vie et dont les enjeux comme le sens profond interrogent la condition de l’homme.
Effectivement cet Everest musical engage celui qui croit et celui qui pense, Ă  travers un cycle de sĂ©quences qui aussi, musicalement, dĂ©montrent dans sa diversitĂ© foisonnante, la virtuositĂ© d’un Bach Ă  son sommet. Aria solo, duos, choeurs, contrepoint, et double choeur
 Johann Sebastian fait comme Monteverdi dans son Vespro della Beata Vergine (1610) : il dĂ©ploie une invention alors inĂ©galĂ©e, ose des dispositifs nouveaux, invente un genre sacrĂ©, qui tient et de l’oratorio et de l’opĂ©ra. A la façon d’un fabuleux collectionneur, Bach assemble, compose, diversifie les formes et les les effectifs.
Les 10 chanteurs de Vox Luminis nous font face, chacun exprimant individuellement et collectivement la puissance du texte. La finesse de l’intonation globale, comme l’incarnation solistique, inquiĂšte, surprend, emporte
 jusqu’à l’Agnus Dei dont le dĂ©pouillement (instrumental : rien que la voix et le continuo), dit la fulgurance de ce qui est alors rĂ©vĂ©lĂ©, en un temps oĂč l’éternitĂ© surgit ; le jeune contre-tĂ©nor Alex Chance incarne alors un moment suspendu oĂč le temps et l’espace fusionnent et se figent, vĂ©ritable chant de grĂące qui efface toutes les souffrances Ă©prouvĂ©es.
Lionel Meunier qui fut l’élĂšve Ă  La Haye de Peter Kooij, et qui chante aux cĂŽtĂ©s de ses partenaires, comme baryton, avoue qu’il attendra encore avant d’enregistrer ce qui tient dĂ©jĂ  d’une prouesse remarquable. Sans dĂ©monstration ni dĂ©clamation appuyĂ©e, sans intention artificielle, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© intime du geste vocal de Vox Luminis qui nous a ce soir au sens littĂ©ral du terme, « sidĂ©ré ». Son contrepoint, son articulation, le naturel tissĂ© en humanitĂ© et en sincĂ©ritĂ©, saisissent par leur franchise et leur souplesse. L’approche est semblable Ă  une tapisserie : du dĂ©tail, de la ciselure dans chaque geste vocal, et aussi une lisibilitĂ© naturelle de l’élan choral, une claire vision de l’architecture globale. En version allĂ©gĂ©e, transparente, palpitante, – du fait de son seul effectif, la Messe en si sonne Ă  Luxeuil les Bains comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e par Vox Luminis. VoilĂ  qui clĂŽt de magnifique façon, l’édition des 25 ans de MUSIQUE & MÉMOIRE. Jamais en reste d’une idĂ©e, d’une nouvelle offre, ou d’un fonctionnement novateur voire visionnaire, Fabrice Creux, comme s’il avait une claire vision du Festival futur, nous annonce pour les 25 ans prochains, et dĂšs l’édition 2019, un changement de cap, et une formulation elle aussi renouvelĂ©e
. Ă  suivre. Rendez vous est dĂ©jĂ  pris en juillet prochain.

 

 

 
 

 

——————————————————————————————————————————————————

Plus d’infos sur le site du Festival MUSIQUE & MÉMOIRE
http://www.musetmemoire.com
et sur la page facebook du Festival
https://www.facebook.com/festivalmusetmemoire/

Illustrations : Les Timbres : Myriam Rignol et Julien Wolfs © Myriam Rignol – Vox Luminis © Nicolas Maget

  

 

——————————————————————————————————————————————————

 

 
 

 

 

COMPTE RENDU, festival. CANADA, Festival CLASSICA 2018 (25 mai – 16 juin 2018). 8Ăš Ă©dition. Du 30 mai au 8 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones, Mathieu, Debussy, Neukomm


COMPTE RENDU, festival. CANADA, Festival CLASSICA 2018 (25 mai – 16 juin 2018). 8Ăš Ă©dition. Du 30 mai au 8 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones, Mathieu, Debussy, Neukomm


CLASSICA-schubert-rolling-stones-classica-2018-vignetteUNE CERTAINE IDEE DU CLASSIQUE
 Ils semblerait que nos cousins d’AmĂ©rique aient beaucoup de choses Ă  nous apprendre, nous, français pĂ©tris de bonnes intentions, souvent arrogants, pĂ©trifiĂ©s dans des certitudes
 aujourd’hui dĂ©passĂ©es. Au QuĂ©bec se rĂ©invente l’esprit et le fonctionnement d’un festival de musique classique. Prenez l’exemple du Festival CLASSICA, en MontĂ©rĂ©gie (rive sud de MontrĂ©al) : une initiative portĂ©e par le baryton Marc Boucher (photo ci dessous) / DR) qui en est le directeur artistique et gĂ©nĂ©ral. 2018 en marque la dĂ©jĂ  8Ăš Ă©dition. L’idĂ©e est fĂ©dĂ©ratrice, associant plusieurs communes sur le territoire ; elle offre du classique, une image ouverte, gĂ©nĂ©reuse, dĂ©tendue, en rien compassĂ©e ni guindĂ©e 
 comme on peut le voir trop souvent en France oĂč la culture et la musique classique continuent d’ĂȘtre confisquĂ©s par la vanitĂ© d’une Ă©lite qui se croyant supĂ©rieure, entend utiliser concerts, festivals, et surtout opĂ©ra pour assoir sa soi disante supĂ©rioritĂ© : on le sait aujourd’hui, le classique en meurt et il n’est pas une institution culturelle digne de ce nom qui ne dĂ©veloppe Ă  prĂ©sent dans l’Hexagone, toutes les actions possibles pour Ă©largir ses publics, dĂ©mocratiser ses actions et ses offres musicales ; pour en dĂ©finitive, populariser au meilleur sens du terme, l’expĂ©rience de la musique classique sous toutes ses formes. Heureusement, internet pourvoit Ă  cette vision large, gĂ©nĂ©reuse, Ă©galitaire de la culture. C’est un dĂ©but et certainement, l’amorce d’une nouvelle Ăšre pour la culture dans le monde et en Europe.

 
 
 

Pourtant au QuĂ©bec donc, le classique est dĂ©jĂ  une expĂ©rience humaine fondĂ©e sur l’ouverture aux autres et sur le partage. Des valeurs qui se perdent dans l’Hexagone. Aucun dĂ©tournement d’aucune sorte au Canada francophone, oĂč l’art d’ĂȘtre ensemble imprime Ă  l’esprit du festival CLASSICA, une maniĂšre exemplaire de « fiertĂ© collective ».

 
 
 

Marc-BOUCHER baryton festival classica-200x300De toute Ă©vidence, il rĂšgne au QuĂ©bec, une joie de vivre qui n’existe pas en Europe. Ce qui compte avant tout, c’est l’engagement sincĂšre des artistes invitĂ©s, la pluralitĂ© des engagements, l’accessibilitĂ© des offres, le confort des festivaliers, la contribution simple, facile des villes partenaires et associĂ©es. Cette 8Ăšme Ă©dition aura Ă©tĂ© marquĂ©e surtout par l’affluence, certes favorisĂ©e par une mĂ©tĂ©o idĂ©ale, lors du week end des 2 et 3 juin oĂč c’est le coeur de la ville de Saint-Lambert qui Ă©tait rĂ©amĂ©nagĂ© en scĂšne vivante, alternant concerts en plein air et en accĂšs libre, et programmes payants en salles fermĂ©es, c’est Ă  dire une offre large et Ă©clectique conçue comme un menu Ă  la carte, et dans le mĂȘme pĂ©rimĂštre.

 
 
 

OUVERTURE, ACCESSIBILITÉ, INNOVATIONS
 Ainsi Ă  Saint-Lambert, 3 Ă©glises, le centre multifonctionnel municipal, la grand place et la rue principale (rue Victoria) accueillent spectacle pour enfants avec la pĂ©tillante Natalie Choquette (porte parole du Festival); spectacle Ă©clectique dĂ©lirant associant musique d’opĂ©ra et cirque (rencontre inĂ©dite et marquante entre les acrobates du cirque Eloize et plusieurs solistes dont la mĂȘme Natalie Choquette et le baryton Gino Quilico) ; concerts de musique de chambre (avec la crĂšme actuelle des jeunes solistes chambristes canadiens dont l’excellent violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault) ; musique sacrĂ©e baroque, haendĂ©lienne sur le thĂšme de l’amour, sans omettre la grande soirĂ©e de rock symphonique, en accĂšs gratuit, sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e cette annĂ©e sans nuages
 Croiser les genres, associer formations et programmes sans apriori ni prĂ©jugĂ©s, sont bien ici l’apanage d’une culture vivante dĂ©complexĂ©e et libre qui se vit sans tension ni malentendu. Imaginez aujourd’hui en France, un concert de rock symphonique relĂšve de l’impensable : les mĂ©lomanes puristes et la « critique » bien pensante crieraient au dĂ©tournement scandaleux, voire au vices d’un cross over Ă©hontĂ©, indĂ©cent ; l’audience plus tolĂ©rante et dĂ©tendue des concerts de rock ou de variĂ©tĂ©, serait elle plus intĂ©ressĂ©e
 On mesure le fossĂ© qui sĂ©pare encore France et QuĂ©bec sur ce point.

Comme en 2017, CLASSICA compte aussi son propre concours de mĂ©lodies françaises, contribution majeure et emblĂ©matique Ă  cette francophonie qui ne se porte pas si bien de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, quoi qu’on en dise: au QuĂ©bec, l’amour de la langue française s’expose avec une rare Ă©lĂ©gance et l’engagement sur ce terrain de Marc Boucher Ă  travers son festival CLASSICA nous paraĂźt rĂ©confortant, salutaire, voire dĂ©cisif. En France, qui se soucie de transmettre les fleurons de notre patrimoine musicale, surtout cette maĂźtrise de la langue de Hugo, Gautier, Baudelaire ? Qui s’intĂ©resse sur le plan national Ă  l’articulation du français dans le genre qui en est le joyau, la mĂ©lodie ?

La diversitĂ©, l’éclectisme, le mĂ©tissage des genres offrent ainsi un laboratoire d’expĂ©riences qui en croisant le genre classique avec diverses disciplines et de nombreux registres sans limites, rĂ©invente surtout notre expĂ©rience du genre. C’est peu dire que dans notre monde hyperconnectĂ©; oĂč les plus jeunes comme les autres sont saturĂ©s de sollicitations, le classique, genre Ă©tiquettĂ© « vieux » et « ringard », joue ici son avenir.

 
   
 
 
 

Festival CLASSICA (Montérégie)
MÉTISSAGES, GENEROSITE & LANGUE FRANCAISE…
Au Québec, le classique se réinvente et réussit

 
 
 

WEEK-END des 2 et 3 juin 2018. Pendant notre (premier sĂ©jour) Ă  CLASSICA, on aura mesurĂ© le talent du Festival pour Ă©quilibrer et diversifier une offre riche et gĂ©nĂ©reuse dont chaque Ă©vĂ©nement s’organise et se consomme comme un menu Ă  la carte, d’autant plus aisĂ©ment que tout est concentrĂ© sur le mĂȘme lieu et sur un week end. PrĂ©cisĂ©ment le premier week end des 2 et 3 juin. Ensuite, le Festival se poursuivait dans diffĂ©rentes villes partenaires, rĂ©vĂ©lant une extension territoriale impressionnante grĂące Ă  ses « concerts satellites » Ă  Boucherville, Saint-Bruno de Montarville (sublime bourgade prĂ©servĂ©e au bord du Saint-Laurent), Brossard, Saint-Jean sur Richelieu
 sans omettre le centre ville de MontrĂ©al avec le « pianothon » par 6 pianistes conviĂ©s, soit 6 h de performance rendant hommage au gĂ©nie d’AndrĂ© Mathieu, marathon musical et pianistique, organisĂ© Ă  l’initiative de Marc Boucher au Centre Phi (rue Saint-Pierre).

AU COEUR DE SAINT-LAMBERT: essor d’un village musical. Pour le Week end des 1er, 2 et 3 juin, c’est le coeur de ville de Saint-Lambert qui est investi par les concerts et les rencontres artistiques, les ateliers de toute sorte (yoga pour les enfants et pour les parents, hennĂ©, maquillage pour les plus jeunes
). Un concours de peinture est mĂȘme organisĂ© au bistrot CLASSICA, oĂč les festivaliers amateurs peuvent enchĂ©rir pour acquĂ©rir la toile de leur choix
 Catalyseur, provocateur, initiateur et novateur, CLASSICA bouillonne d’idĂ©es, explore toujours plus loin des offres artistiques autour de la musique, repousse les lignes pour fĂ©dĂ©rer le plus grand nombre autour des valeurs que suscite l’art.

julien brodyPendant ce week-end bouillonnant, on aura surtout apprĂ©ciĂ© la vitalitĂ© des expĂ©riences musicales de toute sorte, orchestrĂ©es avec un grand sens du rythme : scĂšne de la relĂšve Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la grande rue, oĂč se succĂšdent les plus jeunes instrumentistes et les chanteurs amateurs ou dĂ©jĂ  professionnalisĂ©s. A ce titre, le talent et l’art d’une dĂ©tente pourtant trĂšs concentrĂ©e du jeune sopraniste Julien Brody retient l’attention. Ce jeune soliste enchaĂźne les standards baroques (Haendel, PergolĂšse
) comme les tubes plus rĂ©cents avec une intensitĂ© sincĂšre, engageante, dĂ©jĂ  trĂšs professionnelle. Favoriser l’émergence de jeunes tempĂ©raments, dont la vocalitĂ  radieuse de Julien Brody, voilĂ  un objectif qui prend tout son sens Ă  CLASSICA. Le jeune artiste vient de sortir un album intitulĂ© « Peace, Love and Opera », – on ne peut que souscrire Ă  un tel programme, comprenant des airs de Vivaldi, CĂ©sar Franck
, sans omettre Mozart, – et demain, on l’imagine trĂšs bien dans Bastien et Bastienne de Mozart sur les plus grandes scĂšnes lyriques-, un rĂŽle qui devrait idĂ©alement coller Ă  sa tessiture, son timbre souple et claire.
Ailleurs, alors que l’autre grande scĂšne sur la place centrale, rebaptisĂ©e place Hydro-QuĂ©bec, accueille les jeunes pianistes du CĂ©gep Saint-Laurent, comme le jeune relĂšve du Conservatoire de musique de la MontĂ©rĂ©gie, les festivaliers butinent entre les 3 Ă©glises du centre ville : Saint-Andrew ’s Presbyterian Church, Paroisse catholique, ou Saint-Lambert United Church. RĂ©cital de musique de chambre pour alto et piano, entre Schubert et Schumann par Marina Thibeault et Janelle Fung ; « violon Xtreme » par le violoniste performeur au son trĂšs affirmĂ©, intense, Alexandre Da Costa ; surtout, airs des Rolling Stones par un Quatuor classique composĂ© pour l’occasion, Ă  la demande de Marc Boucher, constituĂ© par Marc Djokic (violon), StĂ©phane TĂ©trault (violoncelle), Airat Ichmouratov (clarinette) et Elvira Misbakhova (alto), un programme inĂ©dit qui colle au thĂšme de cette annĂ©e (De Schubert aux Stones
), et que seul Marc Boucher, soucieux de mĂ©tissages comme de crĂ©ations, a l’audace d’amorcer et d’accompagner.

 
 
 

POUR TOUS LES GOÛTS
 Il y en donc pour tous les goĂ»ts, et toujours dans une qualitĂ© de rĂ©alisation rare, avec en bonus non nĂ©gligeable, la dĂ©couverte de programmes inĂ©dits. Personnellement, on aura surtout apprĂ©ciĂ© le talent de diseur d’un maĂźtre du lied, le baryton Russel Braun accompagnĂ© par son Ă©pouse au piano, en un duo poĂ©tique et allusif, serviteur des errances hallucinĂ©es / illuminĂ©es du Voyage d’Hiver de Schubert (fil rouge oblige car le thĂšme de cette annĂ©e est : « De Schubert aux Rolling Stones » ).
C’est aussi la rencontre de deux instruments, permise uniquement cette annĂ©e Ă  CLASSICA, autour du tango de Piazzolla, bandĂ©nĂ©on et violoncelle, Ă©quation magicienne grĂące au talent en complicitĂ© du mĂȘme violoncelliste StĂ©phane TĂ©trault et de Denis Plante. Autre dĂ©couverte de charme, la flĂ»tiste Nadia Labrie dans un remarquable rĂ©cital flĂ»te piano dĂ©diĂ© Ă  Schubert dont la flĂ»tiste a conçu une transposition magnĂ©tique de la Sonate Arpeggione 
 Ce dĂ©fi hautement relevĂ© et avec quelle finesse figure dans son dernier cd paru chez Analekta.
On se souviendra aussi du rĂ©cital de la pianiste Alice Ader qui rĂ©cente interprĂšte de Mompou, troque registre et Ă©poque, offrant un Schubert, sublimement distanciĂ©, aux portes de la mort, emprunt d’abandon mesurĂ©, et de renoncement serein mais si nostalgique. VoilĂ  quelques pĂ©pites vĂ©cues pendant ce 8Ăš festival CLASSICA au QuĂ©bec, mosaĂŻque d’instants inspirĂ©s, offerts en partage pour le plus grand nombre et avec une dĂ©contraction bienheureuse.


 
 
 

mathieu andre piano j p sylvestre concerto de quebec annonce par classiquenewsHOMMAGE Ă  AndrĂ© Mathieu
 Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans l’évocation d’un autre fil rouge, structurant la programmation de cette annĂ©e : l’oeuvre du compositeur « national », AndrĂ© Mathieu dĂ©fendu aujourd’hui par le pianiste Jean-Philippe Sylvestre et Marc Boucher. Pour preuve, le concert du 31 mai, Ă  la Paroisse Saint-Constant, premier jour de notre sĂ©jour canadien : le pianiste jouait deux oeuvres en miroir, en une filiation Ă©vidente : le Concerto n°4 de Mathieu, puis Variations sur un thĂšme de Paganini de Rachmaninov. Mathieu s’étant toujours rĂ©fĂ©rĂ© comme une source exemplaire, primordiale, Ă  l’oeuvre de Rachmaninov, il Ă©tait Ă©vident de « confronter «  les deux maniĂšres au cours d’un seul concert. Le mĂ©rite de ce type de concert en Ă©glise, certes dans des conditions acoustiques parfois dĂ©licates, revient Ă  Marc Boucher qui lĂ  encore, a le souci de la diffusion des Ɠuvres, dĂ©fend une musique ouverte, fraternelle pour tous et dans une diversitĂ© de lieux du territoire qui emporte l’adhĂ©sion. Hors des salles de concerts plus habituelles dans l’espace urbain, le goĂ»t pour la musique concertante et symphonique peut s’épanouir et ĂȘtre stimulĂ©e en MontĂ©rĂ©gie.

 
 
 


Pelleas melisande festival classica critique opera par classiquenews alain buet guillaume andrieu quebec juin 2018Pour enrichir encore la valeur d’une programmation trĂšs Ă©quilibrĂ©e, CLASSICA dĂ©veloppe aussi deux autres genres : le lyrique et le symphonique, ou plus exactement le rock symphonique. Le pari Ă©tait fou Ă  l’origine : interprĂ©ter dans une Ă©glise (Saint-Bruno de Montarville), l’opĂ©ra des opĂ©ras français, PellĂ©as et MĂ©lisande de Claude Debussy (pour cĂ©lĂ©brer aussi de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, le centenaire Debussy 2018) : grĂące Ă  une distribution solide, dont l’excellent Alain Buet en Golaud – cƓur tourmentĂ© et impulsif qui souhaite (vainement et criminellement) percer l’énigme MĂ©lisande, la langue de Maeterlinck associĂ©e Ă  la somptueuse parure orchestrale de Debussy, Ă  la fois sensuelle et mystĂ©rieuse, s’est incarnĂ©e d’une Ă©loquente maniĂšre (LIRE ici l’intĂ©gralitĂ© de notre critique de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy au Festival Classica 2018). L’expĂ©rience a permis que de trĂšs jeunes instrumentistes explorent la partition envoĂ»tante de Debussy. Le public quĂ©becois retrouvera le plateau (avec Marc Boucher dans le rĂŽle de Golaud) ce 29 juillet Ă  QuĂ©bec dans le cadre de son « Festival d’OpĂ©ra ».

 
 
 

entete-queenROCK SYMPHONIQUE. En ouverture comme en conclusion de l’édition 2018, place Ă  un genre trĂšs prisĂ© des quĂ©bĂ©cois : le rock symphonique. La foule rĂ©pond prĂ©sente pour ce type de concert en plein air et en accĂšs libre : ce 2 juin 2018, Ă  Saint-Lambert l’Hommage aux Rolling Stones rĂ©unit 150 interprĂštes dont les instrumentistes de l’Orchestre symphonique du Conservatoire de la MontĂ©rĂ©gie (OSCM), le trĂšs nombreux chƓur Classica, sous la direction du chef Simon Fournier, lequel a signĂ© les arrangements musicaux avec Peter Brennan : la transcription fonctionne idĂ©alement, suscitant chez les auditeurs, plusieurs vagues de satisfaction qui se traduisent par une interactivitĂ© immĂ©diate : la foule chante, danse, accompagne l’effort et l’engagement des artistes. Le concert a le mĂ©rite de rĂ©ussir une Ă©quation rarement atteint dans l’Hexagone : le classique et le populaire. Un vrai dĂ©fi pour l’Hexagone dans les annĂ©es qui viennent. Le fait mĂȘme que les spectateurs Ă©coutent, participent, coopĂšrent, dansent debout (et non assis) modifie totalement l’expĂ©rience du concert classique. Les QuĂ©becois eux, ont dĂ©jĂ  adoptĂ© ce principe qui n’a rien d’étrange ni de suspect, de ce cĂŽtĂ© ci du Saint-Laurent.
Et comme si l’expĂ©rience couverte de succĂšs (et d’affluence) ne suffisait pas, Marc Boucher a programmĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la programmation, le 16 juin, pour la clĂŽture, un second temps fort rock et symphonique : « Hommage Ă  Queen », cette fois, dans le Parc Gerry-Boulet de St-Jean de Richelieu, – un plateau professionnel avec l’orchestre symphonique du Conservatoire de la MontĂ©rĂ©gie (OSCM), le ChƓur de l’OpĂ©ra bouffe du QuĂ©bec et le soliste Marc Martel : un pied de nez aux traditionnels et aux conservateurs qui pensent toujours que les instruments classiques sont destinĂ©s Ă  l’opĂ©ra et aux salles de thĂ©Ăątre et de concert. Ici la langue symphonique revisite avec un talent fou, les standards de Queen.

 
 
 

BERLIOZ, les BEE GEES et JEAN-CLAUDE MALGOIRE. Unique et spĂ©cifique expĂ©rience qui en 2019, se poursuit forcĂ©ment ; cette fois, la thĂ©matique annoncĂ©e par Marc Boucher, de plus en plus volontaire et serein, sera : « De Berlioz aux Bee Gees ». Cela ne se passe qu’au QuĂ©bec, avec le naturel, la dĂ©contraction et l’expertise requis. RĂ©servez dĂšs Ă  prĂ©sent votre sĂ©jour en mai et juin 2019 Ă  MontrĂ©al et en MontĂ©rĂ©gie. Le Festival CLASSICA saura vous satisfaire tout en vous surprenant. La thĂ©matique 2019 est particuliĂšrement prometteuse : outre un grand concert BERLIOZ dĂ©diĂ© Ă  La Damnation de Faust, dans un site magnifique au bord du Saint-Laurent ayant pour fond la ville mĂȘme de MontrĂ©al, Marc Boucher annonce aussi la crĂ©ation mondiale d’un opĂ©ra ambitieux, somme de toute une vie, jamais jouĂ© de son vivant, MIGUELA du fameux ThĂ©odore Dubois (1837-1924) dont un festival il y a quelques annĂ©es Ă  Venise avait semblĂ© marquĂ© la rĂ©habilitation et un regain d’intĂ©rĂȘt, bien vite Ă©touffĂ©s depuis
 Dubois est un compositeur toujours Ă©tiquettĂ© acadĂ©mique : pourtant la recrĂ©ation d’ABEN HAMET par Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing, la recrĂ©ation de la version complĂšte (avec orchestre) de son Paradis Perdu, par le mĂȘme Jean-Claude Malgoire ont rĂ©cemment dĂ©montrĂ© la haute valeur d’une Ă©criture taillĂ©e pour le drame et l’opĂ©ra. MIGUELA devrait donc marquĂ© les esprits et perpĂ©tuĂ© aussi l’oeuvre pionniĂšre de Jean-Claude Malgoire, disparu en avril 2018 et dont Marc Boucher a Ă  cƓur d’honorer la mĂ©moire comme poursuivre les pistes de travail. Le directeur de CLASSICA a su inviter le fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing dĂšs les premiĂšres Ă©ditions du festival QuĂ©bĂ©cois : de leur relation privilĂ©giĂ©e et de leur amitiĂ©, un esprit de famille s’est constituĂ© : la prochaine Ă©dition de CLASSICA en 2019 en concrĂ©tise toujours l’activitĂ©. L’actualitĂ© lyrique française sera donc Ă  suivre en mai et juin 2019 au Canada francophone, grĂące au festival CLASSICA. Comptant 70 000 spectateurs en 2018, le Festival crĂ©Ă© par Marc Boucher est devenu l’évĂ©nement incontournable de chaque dĂ©but d’étĂ© : une occasion exceptionnelle pour traverser l’Atlantique et (re)dĂ©couvrir le QuĂ©bec qui ose, innove, et rĂ©ussit ce qui n’existe pas encore en France.

 
 
   
 
 

————————————————————————————————————————————————

COMPTE RENDU, festival. CANADA, Festival CLASSICA 2018 (25 mai – 16 juin 2018). 8Ăš Ă©dition. Du 30 mai au 8 juin 2018. De Schubert aux Rolling Stones, Mathieu, Debussy, Neukomm


 
 
   
 
 

————————————————————————————————————————————————

 
 
   
 
 

Approfondir

 
 
 

PLUS D’INFOS : visitez le site du Festival CLASSICA 2018 (du 25 mai au 16 juin 2018).

http://www.festivalclassica.com/index.html

La diversitĂ© artistique et musicale portĂ©e par le festival CLASSICA, principal festival qui lance la saison des Ă©vĂ©nements de l’étĂ© au Canada, rend compte de la vitalitĂ© musicale et artistique au QuĂ©bec. Plusieurs artistes prĂ©sents cette annĂ©e avaient simultanĂ©ment une riche actualitĂ© discographique
 Voici quelques titres Ă  dĂ©couvrir dans le prolongement du festival de ce printemps 2018.

Julien Brody, soprano. Nouvel Album « Peace, Love and Opera »

Nadia Labrie, flĂ»te. FlĂ»te passion 1. Premier cd Ă©ditĂ© chez Analekta : transcriptions d’aprĂšs Schubert dont la Sonate Arpeggionne


Caroline Gélinas : Confidences (Premier album de la mezzo québécoise) (1 cd Atma classique)

Marc Boucher : intégrale des mélodies de Gabriel Fauré (4 cd Analekta)

LIRE AUSSI notre compte rendu complet du concert du 5 juin 2018 : recrĂ©ation de l’oratorio de Neukomm : La RĂ©surrection, autre Ă©vĂ©nement du 8Ăš festival CLASSICA 2018, et bel hommage au regrettĂ© Jean-Claude Malgoire, initiateur du programme ainsi rĂ©vĂ©lĂ©.

 
 
   
 
 

 

Compte rendu, concert. LILLE, le 28 juin 2018. BERNSTEIN : MASS. Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch.

ONL-orchestre-national-de-lille-vignette-saison-2018-2017-par-classiquenews-temps-forts-orchestre-national-de-lilleCompte rendu, concert. LILLE, le 28 juin 2018. BERNSTEIN : MASS. Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch. FRESQUE SPECTACULAIRE
 200 personnes sur le plateau et au-dessus (s’agissant des deux jazz band, et rock band, situĂ©s chacun au dessus de la scĂšne, Ă  jardin et Ă  cour) incarnent et exaltent l’ivresse grandissante d’une partition protĂ©iforme signĂ©e Bernstein, au dĂ©but des annĂ©es 1970 : MASS. Il faut donc pour le chef savoir coordonner le geste d’une colonie Ă©parse de musiciens aux parties simultanĂ©es, et aussi prĂ©server la clartĂ© d’une oeuvre construite comme une cathĂ©drale particuliĂšrement riche en changements de rythmes et en formes musicales. GĂ©nĂ©reux, Ă©clectique, Bernstein fait montre d’une invention parfois dĂ©routante pour l’auditeur, mais tout le mĂ©rite revient au formidable engagement des chanteurs et instrumentistes, Ă  la direction Ă  la fois fiĂ©vreuse et prĂ©cise du chef Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille ; le maestro sculpte un monument esthĂ©tique qui suit trĂšs minutieusement son parcours, sans dilution, et avec des pointes sarcastiques ou lyriques d’une indiscutable intelligence.

  

 

 MASS bernstein lille alexandre bloch orch national de lille

 

 

Chacun a pu y goĂ»ter ce qu’il aime selon son goĂ»t. Le jazz, le gospel, la comĂ©die musicale, la transe rock, l’introspection purement orchestrale (sublimes « Meditations » au souffle Ăąpre et profond digne d’un Chostakovitch ou d’un Mahler), sans omettre aussi, l’incursion de musique enregistrĂ©e (Ă  la rythmique trĂšs proche de Stravinksy) ; ni sur le plan dramatique, les danseurs prĂ©vus par le compositeur (mais ici finalement Ă©cartĂ©s) ni surtout les diffĂ©rents registres qui s’entremĂȘlent, se rĂ©pondent, tout cela pour mieux creuser la question de la foi, du verbe incarnĂ©, comme la sincĂ©ritĂ© du rituel, du sermon en son dĂ©roulement dĂ©clamatoire : en cela le personnage du Speaker / CĂ©lĂ©brant tente de prĂ©server la cohĂ©sion de l’ensemble, revient toujours au dogme, Ă  la cĂ©lĂ©bration de Dieu
 Il est « soutenu » par l’extraordinaire participation du choeur d’enfants (sĂ©raphique), du chƓur d’adultes formant l’imposant « choeur d’église » ; il est de la mĂȘme façon, et a contrario, chahutĂ© et vertement critiquĂ© par les solistes du « Street chorus », collectif laĂŻque au verbe libre et incisif : de quel Dieu s’agit-il rĂ©ellement ? Comment servir les valeurs les plus justes ? Comment ĂȘtre digne, bon, aimant ? Qu’est ce qu’ĂȘtre homme, humain, frĂšre pour les autres ? VoilĂ  profilĂ©es plusieurs thĂ©matiques qui taraudent la foi du croyant ou du simple mortel. VoilĂ  Ă©noncĂ© ce qui intĂ©resse Bernstein dans une « Messe / Mass » scrupuleusement Ă©laborĂ©e.
Au coeur du dĂ©roulement, le chaos hallucinĂ© de l’AGNUS DEI, oĂč tout se dĂ©rĂšgle et se « casse » en une transe de plus en plus appuyĂ©e et intense pour laquelle le chef descend de son pupitre et invite le public Ă  se lever et marquer le rythme de ce dĂ©lire collectif indescriptible.
On comprend qu’une telle dĂ©mesure, incorrecte, indĂ©cente, iconoclaste, impudique, ait pu heurter le public de la crĂ©ation en 1971 (en particulier un certain critique amĂ©ricain pointilleux et puritain, jugeant tel “maelstrom” particuliĂšrement indigeste) ; pourtant l’intention de Bernstein, plus pacifiste et humaniste que jamais, est trĂšs explicite : comme le dit le CĂ©lĂ©brant (sublime Brett Polegato, baryton fin aux phrasĂ©s impressionnants) : « les choses se cassent si facilement ». Le compositeur, fraternel, semble comprendre le prix d’une vie, de toutes les vies ; il appelle Ă  la rĂ©conciliation, Ă  la paix universelle. CĂ©lĂšbre surtout tout ce qui permet Ă  chacun d’élever sa condition et d’aimer les autres. C’est en dĂ©finitive une superbe leçon de tolĂ©rance et de solidaritĂ©, d’amour et de fraternitĂ©.
A plusieurs endroits du texte, dans les tĂ©moignages des solistes du Street chorus, se prĂ©cisent dĂ©jĂ  les questions de sociĂ©tĂ© et d’écologie qui nous concernent aujourd’hui. La modernitĂ© de l’oeuvre et sa furieuse, irrĂ©pressible urgence critique, n’ont pas pris une ride. L’angle et les intentions de l’oeuvre sont d’une justesse absolue.

 

 

 

 

MASS de BERNSTEIN : la conclusion Ă©blouissante
de l’Orchestre national de Lille pour finir sa saison 2017-2018
Entre transe collective et priĂšre fraternelle, un hymne d’une Ă©tonnante modernitĂ©

 

 
 

 
mass-bersntein-orches-national-de-lille-critique-classiquenews
 

bloch-alexandre-repetitions-orchestre-national-de-lille-582-390 Pour rĂ©aliser ce dĂ©voilement spirituel et fraternel qui passe par l’expĂ©rience d’une transe collective, tous les intervenants de ce « spectacle » hors normes se montrent trĂšs impliquĂ©s. Chaque groupe exprimant sa juste part, dans un vaste programme dont le sens global se rĂ©vĂšle peu Ă  peu : aprĂšs les dĂ©votions d’avant la Messe (diffusĂ©es par une bande enregistrĂ©e et spatialisĂ©e dans la salle de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle), on distingue entre autres, le formidable marching band d’ouverture, – citant mĂȘme un air traditionnel et populaire propre au nord : le petit Quinquin-, composĂ© de l’Orchestre d’Harmonie de Lille Fives et des Tambours de la CĂŽte d’Opale : signe d’une coopĂ©ration entre les divers ensembles de musique du territoire ; puis pendant la « MASS » proprement dite, l’activitĂ© des choeurs, qu’il s’agisse des enfants (Choeur MaĂźtrisien de Conservatoire de Wasqhehal qui fournit aussi deux jeunes solistes trĂšs convaincant, en dĂ©but et fin du drame), des adultes pour le choeur d’église : leur implication vaut au moment de Dona nobis pacem, quand tout se dĂ©rĂšgle, un jeu scĂ©nique particuliĂšrement crĂ©dible sur un dĂ©mantĂšlement minutieux des paroles, dĂ©construites, hĂąchĂ©es, parfaitement dĂ©tournĂ©es. Soulignons aussi la tenue superlative des solistes chanteurs du chƓur Color, qui offrent une caractĂ©risation trĂšs fine de chaque intervention / incursion « profane », rĂ©vĂ©lant entre autres l’urgence intĂ©rieure du trope « I believe » / Je crois en Dieu, du Credo, … Ă©pisode alors fiĂ©vreux, embrasĂ© par une tension lĂ  aussi irrĂ©pressible).
Du dĂ©but Ă  la fin, l’auditeur est happĂ©, comme saisi et interloquĂ© par le sens mĂȘme de cette action en apparence dĂ©jantĂ©e, incontrĂŽlĂ©e, « monstrueuse ». Pourtant, la force des sĂ©quences enchaĂźnĂ©es, l’ivresse des passages chantĂ©s qui citent avec dĂ©lices la rythmique fiĂ©vreuse de West Side Story, le gouffre spirituel qu’ouvre immĂ©diatement l’orchestre seul dans chacune des 3 Meditations, l’incarnation saisissante que rĂ©ussit le baryton canadien Brett Polegato (prĂ©sent sur scĂšne constamment pendant les presque 2h de tension ininterrompue, et devant tout donner en fin de dĂ©roulement dans son grand monologue : « Fraction » (XVI) qui succĂšde immĂ©diatement Ă  la transe de l’Agnus Dei), 
 sont autant de jalons d’une Ɠuvre dense, parfaitement conçus, trĂšs architecturĂ©e.

De toute Ă©vidence, voilĂ  par l’Orchestre National de Lille, une conclusion Ă©blouissante de sa saison 2018-2019 ; de surcroĂźt opportune, rĂ©vĂ©lant pour le Centenaire BERNSTEIN 2018, une partition inclassable dans toute sa pertinente frĂ©nĂ©sie comme dans la rĂ©solution de son message. C’est surtout pour le spectateur de la soirĂ©e, une expĂ©rience rare, irrĂ©sistible et spectaculaire qui tĂ©moigne d’un humanisme sincĂšre et directe dont il est lui-mĂȘme une part active. La place des spectateurs auditeurs participant concrĂštement Ă  cette cĂ©lĂ©bration profane y est un Ă©lĂ©ment moteur : de quoi espĂ©rer revivre une telle performance. Les concerts participatifs sont Ă  la mode : Bernstein avait dĂ©jĂ  tout inventĂ©, conçu, mesurĂ© en 1971. Le moment mĂȘme oĂč Alexandre Bloch a fait participĂ© l’audience Ă©tait des plus justes : bel acte de partage. Merci Ă  l’Orchestre National de Lille et Ă  son chef d’avoir choisi cette oeuvre, et dans ce dispositif trĂšs rĂ©ussi. RĂ©vĂ©lation magistrale et qui vient Ă©clairer avec quelle pertinence, l’annĂ©e BERNTEIN en France.

 
 

 
brett-polegatto-alexandre-bloch-mass-de-bersntein-lille-juin-2018-compte-rendu-critique-par-CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

—————————————————————————————————————————————————

 

 

 

Compte rendu, concert. LILLE, le 28 juin 2018. BERNSTEIN : MASS. Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch.

Récitant  : Brett Polegato
Street People : Ensemble Color
Grand ChƓur (choeur d’église) : Ensemble vocal Adventi, Choeur de l’Avesnois, ChƓur du Conservatoire de Cambrai, InChorus, Ă©tudiants du Conservatoire de Lille et choristes amateurs
ChƓur d’enfants ChƓur Maütrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de chƓur : Pascal Adoumbou
Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction. Illustration : © Ugo Ponte / Orch National de Lille 2018 : 1 / le tableau dĂ©jantĂ© de l’AGNUS DEI / Dona nobis pacem – 2 / Brett Polegato et Alexandre Bloch aux saluts

 

 

 

CAHIER PHOTOGRAPHIQUE sur la page de l’Orchestre National de Lille / Flickr
https://www.flickr.com/photos/onlille/28244315197/

 

 

 

 

 

 

LILLE, MASS de BERNSTEIN. DerniĂšre ce soir, Ă  18h30

LILLE, MASS de BERNSTEIN : la conclusion Ă©blouissante de la saison 2018-2019. DerniĂšre ce soir, Ă  18h30. A Lille, l’Orchestre National de Lille illumine l’annĂ©e Bernstein grĂące Ă  une nouvelle production d’une partition autant mĂ©connue en France que sujet Ă  polĂ©mique en AmĂ©rique du nord
 C’est surtout pour le spectateur de la soirĂ©e, une expĂ©rience rare, irrĂ©sistible et spectaculaire qui tĂ©moigne d’un humanisme sincĂšre et directe. Celui du compositeur amĂ©ricain dont le 25 aoĂ»t 2018, marque le centenaire.

 
  
 

bloch-alexandre-maestro-orchestre-national-de-lille-582-presentation-classiquenews-saison-2017-2018

 
  
 

Leonard Bernstein construit sa MASS apparemment inclassable, voire indigeste pour certains, comme un manifeste pour l’humanitĂ©. En mettant en scĂšne, une parodie de liturgie (avec son choeur d’église et son cĂ©lĂ©brant : fabuleux baryton Brett Polegato), le compositeur amĂ©ricain met en question la sincĂ©ritĂ© du rituel et de l’église, en particulier Ă  travers les interventions critiques, acerbes, mordantes (et d’une rare actualitĂ©) des chanteurs solistes de « Street chorus » : le chef a rĂ©uni un plateau de jeunes tempĂ©raments vocaux d’une trĂšs belle tension expressive – cf entre autres le tĂ©nor du trope « I believe » / Je crois en Dieu, du Credo, fiĂ©vreux, comme brĂ»lĂ© par une urgence irrĂ©pressible).
Dans la salle, le spectateur mĂ©dusĂ© passe du lyrisme introspectif le plus Ă©thĂ©rĂ© (a simple song) Ă  la transe collective qui se fait dĂ©lire dĂ©bridĂ© dĂ©fendu, projetĂ© par tous les chanteurs (Agnus Dei, dont le Dona nobis pacem devient sĂ©ance de fureur dĂ©boutonnĂ©e hallucinante) : l’expĂ©rience est totale et incroyablement bien Ă©laborĂ©e.
Bernstein conduit peu Ă  peu l’assemblĂ©e (public, plateau, double band : jazz et rock) vers le dĂ©voilement d’un message fraternel : il faut cĂ©lĂ©brer la vie et la fraternitĂ©. N’oublions pas que tout est fragile et tĂ©nu : « les choses se cassent si facilement » prĂ©cise trĂšs justement le cĂ©lĂ©brant.

bernstein-leonard-banniere-centenaire-bernstein-2018-sur-classiquenewsAu final, on est portĂ© par une partition protĂ©iforme dont la variĂ©tĂ© formelle (qui emprunte au marching band, au jazz, au rock, Ă  la comĂ©die musicale, mais aussi Ă  Chostakovtich et Ă  Mahler, dans les MĂ©ditations d’une profondeur Ă©purĂ©e inouĂŻe), mĂšne Ă  une cĂ©lĂ©bration intime d’une portĂ©e universelle. Si Bernstein fut croyant, c’est en apĂŽtre de la musique et de la fraternitĂ©. La communion admirablement canalisĂ©e que nous offre Ă  vivre Alexandre Bloch (notre photo) et toutes les Ă©quipes associĂ©es sous sa direction, laisse un incroyable sentiment de fiertĂ© collective, de cheminement partagĂ©. Quel plus beau cadeau peut offrir un orchestre et son chef pour conclusion Ă  leur saison musicale ? Il reste une date, ce soir, Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle, 18h30. Incontournable.

 
 
 

 
 

 

—————————————————————————————————————————————————

vendredi 29 juin 20hboutonreservation
samedi 30 juin 18h30
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle

BILLETTERIE EN LIGNE

 

 

 

MASS BERNSTEIN / Direction : Alexandre Bloch
Récitant  : Brett Polegato
Orchestre National de Lille

Street People Ensemble Color
Grand ChƓur Ensemble vocal Adventi, Choeur de l’Avesnois, ChƓur du Conservatoire de Cambrai, InChorus, Ă©tudiants du Conservatoire de Lille et choristes amateurs
ChƓur d’enfants ChƓur Maütrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de chƓur Pascal Adoumbou

Plus de 200 interprĂštes sur scĂšne

 

 
 
 

COMPTE RENDU, opéra. Festival CLASSICA, le 8 juin 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Buet, Andrieu, Caton / Tremblay

debussy_profil_430COMPTE RENDU, opĂ©ra. Festival CLASSICA, le 8 juin 2018 (saint-Bruno de Montarville). DEBUSSY : PellĂ©as et MĂ©lisande. Buet, Andrieu, Caton, 
 A l’initiative de Marc Boucher (qui devait chanter le rĂŽle de Golaud ce soir, mais qui le chantera aux cĂŽtĂ©s des mĂȘmes solistes partenaires, ce 29 juillet dans le cadre du festival d’opĂ©ra de QuĂ©bec), le Festival Classica accueille un plateau de rĂȘve pour un opĂ©ra mythique, le joyau du français le mieux articulĂ© et le plus onirique sur la scĂšne lyrique : PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy. Le festival CLASSICA au QuĂ©bec fĂȘte donc le centenaire Debussy en 2018.
L’ouvrage est un sommet sonore, surtout linguistique. Le texte ainsi chantĂ©-parlĂ©, baignĂ© dans la gangue symphonique, sublimĂ© par l’extraordinaire tissu orchestral, est un baume et aussi une expĂ©rience musicale inouĂŻe. Et l’on se fĂ©licite que mĂȘme sans dĂ©cors, et dans une Ă©glise Ă  la rĂ©verbĂ©ration parfois trop amplificatrice (pour les instrumentistes), l’Orchestre de la Francophonie dirigĂ© par Jean-Philippe Tremblay, joue TOUS les prĂ©ludes et intermĂšdes symphoniques, vĂ©ritables machines hypnotiques propres Ă  dilater le temps, reculer l’espace, en un vortex miroitant et vertigineux que seul Wagner avant Debussy avait su atteindre et dĂ©velopper. Avec les intermĂšdes marins de Britten (Peter Grimes).

L’idĂ©e de donner un opĂ©ra Ă  tort Ă©tiquettĂ© « difficile » hors des salles d’opĂ©ras traditionnelles, jouĂ© par un orchestre de trĂšs jeunes musiciens (pour certains exposĂ©s pour la premiĂšre fois Ă  l’opĂ©ra et au chef d’oeuvre de Debussy) est un dĂ©fi qui occupe aussi le festival CLASSICA : dĂ©cloisonner l’expĂ©rience et l’accĂšs de la musique, offrir sur le territoire de la rive sud de MontrĂ©al, en MontĂ©rĂ©gie, une offre lyrique qui concentre alors une distribution exemplaire. De sorte que toutes les conditions sont rĂ©unis pour goĂ»ter cette langue unique tissĂ©e par Maesterlinck et Debussy, soit un français onirique et Ă©nigmatique qui excite notre imaginaire et notre dĂ©sir poĂ©tique.

Dans les faits, deux chanteurs ici ont incarnĂ© leur personnage sur les plus grandes scĂšnes française, Ă  Paris (TCE ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es) et aussi Ă  Tourcoing, au sein de l’Atelier Lyrique quand le regrettĂ© Jean-Claude Malgoire dĂ©cidait dĂšs 2015, soit avant le centenaire Debussy 2018, de produire dans le Nord français, et dans son « thĂ©Ăątre » (Raymond Devos Ă  Tourcoing), une nouvelle production, rĂ©unissant alors la crĂšme de la crĂšme parmi les chanteurs français : Sabine Deviehle (MĂ©lisande), Guillaume Andrieu (PellĂ©as), Alain Buet (Golaud), trois prises de rĂŽles saisissante de vĂ©ritĂ© et de subtilitĂ©. Classiquenews a filmĂ© cette production reprise ensuite pour le centenaire : voir notre reportage vidĂ©o PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy par Jean-Claude Malgoire, 2015.

 

 

Festival CLASSICA 2018

Pelléas captivant à Saint-Bruno de Montarville

 

 

Au Canada, le Festival Classica n’oublie l’amitiĂ© et le partenariat au long cours tissĂ© avec le chef français, et c’est en toute logique que parmi les projets qui avaient Ă©tĂ© validĂ©s l’an dernier, Marc Boucher avait programmĂ© une version de PellĂ©as en concert, avec partie des chanteurs français choisis par Jean-Claude Malgoire.

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche Ă©ditĂ©e aprĂšs l’annonce du dĂ©cĂšs de Jean-Claude Malgoire le 14 avril 2018

Pelleas melisande festival classica critique opera par classiquenews alain buet guillaume andrieu quebec juin 2018DĂ©fricheur, le maestro qui nous a quittĂ© en avril dernier, a eu l’intuition juste en choisissant les deux chanteurs français : tendre, suave, jamais outrĂ©, mais ciselĂ©, le PellĂ©as de Guillaume Andrieu fait entendre cette lumiĂšre franche, la candeur d’un innocent qui dĂ©couvre l’amour au contact de sa belle-soeur, MĂ©lisande ; Alain Buet captive et surprend de bout en bout par son engagement et l’investissement vocal (comme physique) qu’il sait apporter au personnage si complexe de Golaud : quand d’autres en font un brutal sanguin, violent (la scĂšne d’Absalom), une bĂȘte parfois sadique (ce qu’il est mais ici malgrĂ© lui), le baryton français au verbe naturel et lui aussi ciselĂ©, rĂ©tablit toute la complexitĂ© du rĂŽle : humain surtout, doutant, dĂ©passĂ©, dĂ©concertĂ© et mis en panique par l’énigme impĂ©nĂ©trable que demeure MĂ©lisande : jusqu’au bout, l’obsession le taraude, le hante, le tue mĂȘme (au sens artificiel et non sans stratĂ©gie aussi) quand il parle de sa mort, auprĂšs d’une MĂ©lisande parvenue quant Ă  elle au terme de sa vie, en fin d’action. Le relief thĂ©Ăątral, la justesse des intonations font un Golaud superlatif, celui qui finalement est le clĂ© centrale de ce drame du silence et du non-dit : le spectateur vit l’action Ă  travers ses yeux (d’oĂč la scĂšne du voyeurisme avec le petit Yniold oĂč les yeux dĂ©multipliĂ©s de Golaud sont ceux transposĂ©s du petit garçon, placĂ© en observateur forcĂ© voire violentĂ© pour en obtenir les informations exigĂ©es). La brĂ»lure, la faiblesse mais aussi l’humanitĂ© sont remarquablement restituĂ©es dans l’incarnation que compose Alain Buet : un rĂŽle majeur dans sa carriĂšre dont la finesse et l’intelligence montrent combien le choix de Jean-Claude Malgoire Ă©tait fondĂ©.
Aux cĂŽtĂ©s des français, deux solides jeunes chanteuses quĂ©bĂ©coises relĂšvent les dĂ©fis du français de Debussy (aucune surprise Ă  cela puisque les chanteurs quĂ©bĂ©cois sont parmi les meilleurs chanteurs diseurs actuels : l’excellente GeneviĂšve de Caroline GĂ©linas, et Rosalie Lane LĂ©pine dans le rĂŽle du petit Yniold, qui a la tendresse et l’innocence du rĂŽle.
Certes l’orchestre parfois couvre les voix, et jouant trop fort, dĂ©sĂ©quilibre la projection de ce chant indĂ©finissable qui est surtout chambrisme tournĂ© vers l’intĂ©rioritĂ© Ă©nigmatique des ĂȘtres. ‹Sur ce point, la fĂ©linitĂ© mystĂ©rieuse et comme distanciĂ©e, Ă  la fois froide, fataliste mais subtilement Ă©trangĂšre Ă  toute situation, de la soprano Samantha Louis-Jean, choisie pour le rĂŽle de MĂ©lisande par Marc Boucher, ne manque pas d’impact. Son chant pose directement la question de la femme : qui-est-elle ? que penses-t-elle ? En exposant aux autres son silence et son mystĂšre, elle les invite Ă  rĂ©vĂ©ler leur nature profonde : le dĂ©sir incarnĂ© qui est PellĂ©as (auquel sont dĂ©diĂ©s les plus beaux airs, les plus suaves et les plus mĂ©lodieux) ; le doute et le soupçon pour Golaud qui en crĂšve littĂ©ralement peu Ă  peu. Pour Ă©paissir encore le mystĂšre, Maeterlinck place le personnage tutĂ©laire d’Arkel, sorte de gardien de la mĂ©moire qui fige encore les piliers de ce drame suspendu, en une sĂ©rie de sentences dĂ©finitives, Ă©ternelles comme gravĂ©es dans le marbre et qui Ă©crasent encore les personnages en les inscrivant dans un temps figĂ© oĂč rien ne semble changer : en cela, la voix droite, sĂ©pulcrale de FrĂ©dĂ©ric Caton, aux couleurs sombres, apporte un Ă©clairage tout aussi passionnant. Une version fouillĂ©e, vivante, palpitante mĂȘme Ă  Saint-Bruno de Montarville oĂč c’est toute la fascinante magie du duo Debussy / Maeterlinck qui s’est cristallisĂ©e. Saluons l’initiative de Marc Boucher d’oser ainsi (et de rĂ©ussir) la pari de l’opĂ©ra français hors des salles convenues, dans les villes de la MontĂ©rĂ©gie, la rive sud de MontrĂ©al. On retrouvera la fine Ă©quipe ce 29 juillet 2018 Ă  QuĂ©bec (Festival d’opĂ©ra), avec dans le rĂŽle de Golaud, le trĂšs attendu Marc Boucher, autre diseur maniant finesse et profondeur. A suivre.
 

 

________________________________________________________________________________________________

festival classica 2018 quebec monteregie canada par classiquenewsCompte-rendu, opéra. Festival CLASSICA (Québec), Saint Bruno de Montarville (rive sud de Montréal / Montérégie), le 8 juin 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Samantha Louis-Jean (Mélisande) Alain Buet (Golaud) Frédéric Caton (Arkel) Isabelle Gélinas (GeneviÚve) Rosalie Lane Lépine (Yniold) Guillaume Andrieux (Pelléas) et Martin Dagenais (le médecin). Choeur La Petite bande Montréal / Orchestre de la Francophonie / Jean-Philippe Tremblay, direction. Version de concert. Drame lyrique en cinq actes et douze tableaux composé de 1893 à 1902 par Claude Debussy
PoĂšme de Maurice Maeterlinck
CrĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris le 30 avril 1902

Illustration : Samantha Louis-Jean (Mélisande) Alain Buet (Golaud) Frédéric Caton (Arkel) Isabelle Gélinas (GeneviÚve) Rosalie Lane Lépine (Yniold) Guillaume Andrieux (Pelléas) et Martin Dagenais ( le médecin) © Festival CLASSICA 2018

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. BOUCHERVILLE (QuĂ©bec), le 5 juin 2018. Festival Classica. Mozart, Neukomm …

boucherville festival classica 6 juin concert neukomm et mozart marc boucher baryton laetitia grimaldi spitzer soprano _generale_du_concertCOMPTE-RENDU, concert. BOUCHERVILLE (QuĂ©bec), le 5 juin 2018. Festival Classica. Mozart, Neukomm (La RĂ©surection, rĂ©crĂ©ation). Temps fort de la 8Ăš Ă©dition du Festival CLASSICA au QuĂ©bec, le concert « fermé », dans l’église trĂšs Ă©lĂ©gante de Boucherville, au bord du Saint-Laurent. Le programme devait ĂȘtre dirigĂ© par le chef Jean-Claude Malgoire, dĂ©cĂ©dĂ© brutalement en avril dernier, si grand artiste passionnĂ© par le dĂ©frichement et qui continue de marquer la redĂ©couverte actuelle de Neukomm. C’est lui qui ressuscitait dĂ©jĂ  la version du Requiem de Mozart, telle que la partition fut achevĂ©e par le compositeur autrichien (Libera me final). Neukom, bien que contemporain de Beethoven, reste hermĂ©tique aux excĂšs expressifs du grand Ludwig. Il s’engage plutĂŽt pour le dernier Mozart et sa diffusion ainsi au BrĂ©sil (lors d’un fameux sĂ©jour transatlantique rĂ©alisĂ© de 1816 Ă  1821 : la cĂ©lĂšbre mission française au BrĂ©sil). Sigismond (von) Neukomm (1778-1858), fut Ă©lĂšve de Michael Haydn, avant de servir Ă  Vienne, son frĂšre Joseph, comme confident et disciple. De ce dernier, Neukomm apprit les rudiments de son mĂ©tier, partageant avec le concepteur de la CrĂ©ation (1799), ce goĂ»t pour le travail Ă©lĂ©gant, mesurĂ©, classique, pourtant d’un raffinement absolu servant un dramatisme toujours lumineux et nerveux. Dans les faits, alors que Beethoven rĂ©volutionne le genre symphonique, Neukomm cultive et prolonge le goĂ»t et l’esprit des LumiĂšres avec un Ă©quilibre aristocratique. Ici la tempĂȘte impĂ©tueuse ; la l’élĂ©gance et le raffinement polissĂ©s. Il fut proche de La Restauration, Ă©crivant un Requiem posthume pour Louis XVI (aprĂšs le CongrĂšs de Vienne en 1815, qu’il avait rejoint comme musicien particulier de.. Talleyrand). Les derniĂšres annĂ©es de la vie de Neukomm se dĂ©roulent Ă  Paris oĂč il meurt en 1858, non sans avoir traversĂ© tout le siĂšcle romantique, et laissĂ© in loco prĂšs de 
 2000 oeuvres : un trĂ©sor aujourd’hui dĂ©posĂ© Ă  la BNF oĂč Jean-Claude Malgoire avait dĂ©nichĂ© la partition autographe, la rendant exploitable grĂące Ă  l’aide de son fidĂšle assistant Vincent Boyer.

MĂȘme s’il existe une version attestĂ©e en anglais, l’oratorio La RĂ©surrection (Christi Auferstehung) vit ce soir sa recrĂ©ation en langue allemande. Et mĂȘme sa crĂ©ation tout court en AmĂ©rique du nord. DatĂ©e de 1828, la partition prĂ©sente de nombreux atouts qui la rendent particuliĂšrement sĂ©duisante aujourd’hui. Son architecture, du grave et lugubre au dĂ©but, jusqu’à la lumiĂšre Ă©clatante de la fin, soit de l’ombre Ă  la lumiĂšre : tout indique une intelligence musicale qui sait Ă©laborer un vrai drame selon l’esthĂ©tique des LumiĂšres. La finesse de l’orchestration oĂč percent souvent la clarinette, mais aussi le fruitĂ© noble et majestueux des trombones, souligne la noblesse solennelle de l’inspiration, complĂ©tĂ©e par des sĂ©quences chorales exaltĂ©es, et les airs de solistes proprement dits, lesquels sont des monologues dont la forme libre suit et articule le sens du texte. Les solistes en comprennent l’enjeu expressif et surtout poĂ©tique, car ici, chaque aria dont le plus dĂ©veloppĂ© demeure rĂ©servĂ© au baryton, amplifie la profondeur mĂ©ditative de ce drame de chambre. Les trois chanteurs qui fusionnent en fin de partition dans un trio tendre et rayonnant de sĂ©rĂ©nitĂ© enfin recouvrĂ©e, abordent leur partie respective avec la sobriĂ©tĂ© requise.

LaurĂ©ate du rĂ©cital-concours de mĂ©lodies française organisĂ© pour sa premiĂšre Ă©dition l’an dernier (juin 2017) dans le cadre du Festival CLASSICA, la soprano Laetitia Grimaldi-Splitzer affirme une plĂ©nitude vocale ronde et grave dans un air qui Ă©voque Weber Ă  maints endroits ; morceau de bravoure et d’éloquence intĂ©rieure, le grand arioso dramatique dĂ©fendu par le baryton Marc Boucher (Ă©galement directeur du festival CLASSICA) saisit par sa justesse humaine, aux lueurs hallucinĂ©es et profondes : la voix dĂ©pouillĂ©e de tout artifice, cible l’essentiel, mĂ©dite la leçon transmise par le Christ sacrifiĂ© et bientĂŽt ressuscitĂ© : tout est lĂ , dans cette dĂ©ploration prĂ©sente et cet irrĂ©pressible miracle de la rĂ©surrection finale.
Belle prestation en mesure, intĂ©rioritĂ© et noblesse qui nous invite aussi Ă  cĂ©lĂ©brer la gĂ©nĂ©rositĂ© rayonnante de Jean-Claude Malgoire auquel la soirĂ©e est dĂ©diĂ©e comme un hommage lĂ©gitime et naturel : le chef français a longtemps participĂ© au Festival CLASSICA, – lui-mĂȘme comme on a dit, premier dĂ©fricheur de Neukomm, et mentor comme partenaire du chanteur Marc Boucher.
Percutant et mesurĂ© lui aussi, le tĂ©nor Antoine BĂ©langer, dĂ©veloppe ce goĂ»t propre Ă  Neukomm pour la ferveur rentrĂ©e, introspective dans le sillon aussi des oratorios nerveux mais souples de CPE Bach. MalgrĂ© quelques dĂ©calages que le chef commis pour remplacer Jean-Claude Malgoire, peine Ă  rĂ©parer, la structure de cette Ɠuvre puissante captive de bout en bout. La finesse de son Ă©criture, l’évolution de l’oratorio mĂ©ditatif, d’abord sombre puis Ă©clatant attestent d’une pensĂ©e compositionnelle de premier plan ; pourtant son contemporain, Neukomm s’écarte de facto de la furiĂ  humaniste d’un Beethoven, pour prolonger le climat Ă©lĂ©gantissime de son maĂźtre, Joseph Haydn, jusqu’à la fin des annĂ©es 1820.
Le choeur requis pour cette recrĂ©ation jubile, dĂ©clame avec une superbe qui dĂ©fend constamment et avec justesse lĂ  encore, la majestĂ© et la solennitĂ© du compositeur autrichien. Sa parentĂ© avec Mozart, le gĂ©nie du siĂšcle, paraĂźt naturel : il y a dans cette RĂ©surrection, de nombreuses sĂ©quences proches du Requiem mozartien, une piĂšce que Neukomm connaissait bien pour l’avoir analysĂ©e et donc achevĂ©e.
Si Neukomm aime creuser l’introspection individuelle, Mozart son ainĂ© de 22 ans, ne laisse aucune place au doute comme Ă  la langueur dans sa Messe du Couronnement, une partition qui file droit, riche en exclamation collective Ă  la doxologie triomphante et solaire, trĂšs vite, affirmĂ©e par le duo premier, entre soprano et tĂ©nor (Kyrie). Aux trois artistes prĂ©sents dĂšs le Neukomm, se joint la mezzo quĂ©bĂ©coise Caroline GĂ©linas. LĂ  encore c’est la sĂ»retĂ© du chƓur qui pose l’architecture d’une oeuvre certes circonstantielle mais touchĂ©e en maints endroits par la grĂące et la tendresse comme l’effusion collective. Ampleur du Gloria, la fermetĂ© du Credo prĂ©pare au moment tant attendu, l’Agnus Dei pour soprano solo : Laetitia Grimaldi prĂ©serve l’intensitĂ© de la projection comme la clartĂ© et la couleur rayonnante de cet air sublime car il est capable de fusionner la tendresse fervente et l’exaltation conquĂ©rante. Martin Dagenais, invitĂ© in extremis Ă  piloter ce programme, dirige La Petite Bande de MontrĂ©al depuis 2013, parfois avec une fermetĂ© dure voire un rien prĂ©cipitĂ©e, qui aurait mĂ©ritĂ© davantage d’attention Ă  la clartĂ© et l’explicitation des nuances. On attend dĂ©jĂ  la reprise de ce programme Neukomm / Mozart Ă  Tourcoing et Ă  Versailles dĂ©but 2019. Passionnant programme dont les interprĂštes devraient encore nuancer leurs apports pour les 2 concerts en France Ă  venir.

—————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, concert. BOUCHERVILLE (QuĂ©bec), le 5 juin 2018. Festival Classica. Mozart (Messe du Couronnement), Neukomm (Christi Auferstehung / RĂ©surrection du Christ) , rĂ©crĂ©ation et premiĂšre nord-amĂ©ricaine). Avec l’Orchestre de chambre de la MontĂ©rĂ©gie (OCM) et le chƓur La Petite Bande de MontrĂ©al. Solistes : Laetitia Grimaldi, soprano, Caroline GĂ©linas, mezzo-soprano, Antoine BĂ©langer, tĂ©nor, et Marc Boucher, baryton. REPRISE : ‹CONCERT repris les 11 janvier 2019 Ă  Tourcoing / Atelier Lyrique (20h), puis Ă  Versailles, Chapelle royale, le 13 janvier 2019 (17h30)

http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/la-messe-du-couronnement-la-resurrection/

Festival Classica (Québec). DEBUSSY: Pelléas et Mélisande, vend  8 juin 2018, 19h, Saint Bruno de Montarville

CLASSICA-schubert-rolling-stones-classica-2018-vignetteFestival Classica (QuĂ©bec). DEBUSSY: PellĂ©as et MĂ©lisande, vend  8 juin 2018, 19h, Saint Bruno de Montarville. C’est le nouveau temps fort de cette 8Ăšme Ă©dition du Festival Classica  en MontĂ©rĂ©gie, sur la rive sud de Montreal. Le QuĂ©bec a l’exemplaritĂ© heureuse, si confidentielle en France mĂȘme: celle de la defense de la langue  française. Alors que Paris ose Ă  peine programmer des cycles et concerts de mĂ©lodies françaises, Marc Boucher directeur du festival Classica organise, experience unique au monde, le seul concours-rĂ©cital dediĂ© exclusivement Ă  la mĂ©lodie française : ce dimanche 10 juin Ă  partir de 16h (St-Andrew’s Presbyterian church Ă  Saint-Lambert).
Pour celĂ©brer aussi le centenaire DEBUSSY 2018, le Festival Classica programme l’opĂ©ra Pelleas et MĂ©lisande, chef d’oeuvre lyrique et joyau inclassable crĂ©Ă© Ă  Paris en 1902. Marc Boucher a rĂ©uni une distribution solide dont les chanteurs français invitĂ©s spĂ©cialement pour relever ce dĂ©fi :  Guillaume Andrieu (PellĂ©as) et Alain Buet (Golaud). Les deux artistes ont chantĂ© leur role respectif  dĂšs 2015 Ă  Tourcoing et Paris sous la direction du regrettĂ© Jean-Claude Malgoire, disparu brutalement au dĂ©but de cette annĂ©e 2018. L’ombre du chef français qui a tant fait pour le patrimoine français connu et mĂ©connu, sera prĂ©sente Ă  Saint-Bruno de Montarville. Elle devrait mĂȘme inspirer les artistes pour une soirĂ©e qui promet d’ĂȘtre mĂ©morable.

 

 

 

Au Québec, le festival CLASSICA programme Debussy et la mélodie française

Pour l’amour de la langue française

 

 

 

Toute audition du seul opera de DEBUSSY est une expĂ©rience exceptionnelle car l’auditeur dĂ©couvre alors la force suggestive de l’orchestre, ses couleurs, son activitĂ© miroitante et son chant specifique; l’auditeur dĂ©couvre aussi cette langue française ciselĂ©e qui signifie moins qu’elle ne suggĂšre et interroge. Au final voici un ouvrage inouĂŻ qui rĂ©volutionne le genre lyrique : qui est MĂ©lisande rĂ©ellement? A-t-elle succombĂ© au charme du jeune PellĂ©as? Golaud, personnage central du drame, a-t-il raison d’ĂȘtre aussi jaloux? Jusqu’au terme de ce fabuleux voyage oĂč les sentiments et la rĂ©alitĂ© se troublent, le mystĂšre demeure. Audela de sa forme dĂ©routante, l’opĂ©ra de DEBUSSY sur le texte de Maurice Maeterlinck nous laisse un chef d’oeuvre dune poĂ©sie puissante et irrĂ©sistible. SoirĂ©e incontournable en MontĂ©rĂ©gie.

 

 

 

vendredi 8 juin, 19h
Paroisse de Saint-Bruno de Montarville
PELLEAS ET MELISANDE de Claude Debussy
version de concert
Solistes : Guillaume Andrieux (PellĂ©as), Samantha Louis-Jean (MĂ©lisande), Alain Buet (Golaud), FrĂ©dĂ©ric Caton (Arkel), Caroline GĂ©linas (GeneviĂšve), Rosalie Lane LĂ©pine (Yniold) et Martin Dagenais (MĂ©decin). L’Orchestre de la Francophonie, le chƓur La Petite Bande de MontrĂ©al et les solistes seront sous la direction de Jean-Philippe Tremblay. Production reprise le 29 juillet 2018 dans le cadre du festival d’opera de Quebec.

 

 

 

dimanche 10 juin 2018, 16h
Saint-Andrew’s Presbyterian Church, Saint-Lambert
2Ú récital-concours international de mélodies françaises
Dans le cadre de ce 2e rĂ©cital Ă©liminatoire, cinq nalistes chanteront un cycle de mĂ©lodies et se partageront 30 000 $ en bourses. Venez entendre les meilleurs interprĂštes nationaux et internationaux dans ce subtil rĂ©pertoire mĂȘlant poĂ©sie et art lyrique. Ce concours est ouvert, sans restriction d’ñge, aux artistes Ă©mergents, mais aussi aux artistes Ă©tablis. Soyez au cƓur de l’émotion et participez directement sur place Ă  la notation des laurĂ©ats. Tout ne sera que vĂ©ritĂ© Ă©motion- nelle et beautĂ© de l’instant prĂ©sent.

 

 

 

—————————————————————————————–

 

 

 

CLASSICA-schubert-rolling-stones-classica-2018-vignette

BILLETTERIE
Pass familial : 185 dollars / accĂšs gratuit Ă  tous les concerts 2018
(sous conditions)
Billets et passeports
450 912 0868 poste 101
festivalclassica.com
Toutes les infos, modalités de réservation, programme complet
sur le site du festival CLASSICA : www.festivalclassica.com

 

 

 

Festival Classica 2018, temps forts

CLASSICA-schubert-rolling-stones-classica-2018-vignetteFestival Classica 2018… nos temps forts, la sĂ©lection de classiquenews. En quelques annĂ©es le festival Classica sur la rive sud du Saint Laurent face Ă  MontrĂ©al, est devenu l’Ă©vĂ©nement musical incontournable de la saison estivale. Avec lui commence officiellement le cycle des festivals de l’Ă©tĂ© mais ici, depuis son cƓur de ville historique, Ă  SaintLambert, la diversitĂ© des offres artistiques, le rythme qui invite les festivaliers Ă  parcourir les rues de la ville, ce goĂ»t spĂ©cifique des mĂ©tissages des genres, le principe rĂ©ussi d’un festival populaire et urbain trĂšs accessible renouvellent notre conception mĂȘme d’un Festival musical. Classica est mĂȘme devenu un modĂšle du genre : alternant concerts payant mais Ă  moindre coĂ»t, cĂ©lĂ©brations festives en plein air et en accĂšs gratuit, cet Ă©vĂ©nement laboratoire incarne le nouveau type de festival du XXIeme siĂšcle : Ă©clectique pour tous, accessible Ă  la carte, exigeant mais innovant, Classica inaugure pour le siĂšcle Ă  venir un cycle idĂ©al pour le maillage urbain.

C’est surtout une occasion exceptionnelle oĂč se rĂ©invente le futur de la musique classique, laquelle mĂ©tissĂ©e aux autres genres (cirque et rĂ©cital lyrique) et dans des propositions et formes innovantes (rock symphonique) peut enfin toucher un trĂšs large public en particulier la relĂšve qui demain composera les mĂ©lomanes hyperconnectĂ©s de demain. VoilĂ  plantĂ©s les enjeux et lĂ  singularitĂ© d’un Ă©vĂ©nement unique au Canada, Ă  terme le festival de musique classique populaire et urbain le plus important en AmĂ©rique du Nord.

Tout le mĂ©rite en revient Ă  son directeur Marc Boucher, personnalitĂ© visionnaire qui sait programmer les piliers du rĂ©pertoire national (AndrĂ© Mathieu, Jacques Hetu…),les grands auteurs cĂ©lĂšbres Debussy et Schubert, et les standards de la culture populaire tels les Rollings Stones cette annĂ©e, comme en 2019, sera dĂ©veloppĂ©e la thĂ©matique “De Berlioz aux Bee Gees”, Ă©tonnante Ă©quation qui produit dĂ©sormais ses rĂ©alisations spectaculaires. Et chaque annĂ©e le public est prĂ©sent qui applaudit en masse les instruments classiques jouant les tubes de la variĂ©tĂ© internationale.

Aujourd’hui vendredi 1er juin 2018, dĂ©bute Ă  17h dans le centre de Saint-Lambert le premier volet du marathon 2018, un cycle de sĂ©quences musicales en plein air et dans les Ă©glises du cƓur de ville, cĂ©lĂ©brations festives gratuites et concerts fermĂ©s payants. Le public dĂ©ambule et construit son parcours selon son goĂ»t. Un festival urbain donc dont le dĂ©cor et les lieux de partage sont la ville elle-mĂȘme.

 

 

 

 

 

Vendredi 1er juin 2018
Temps forts

 
1
Jeunes artistes sur la scĂšne de la RelĂšve de la Caisse Desjardins Charles LeMoyne
À partir de 17h

 
2
Viens valser !
ScÚne Loto Québec
Les festivaliers sont invités à danser la valse
Ă  partir de 18h30

 
3
RĂ©cital lyrique Ă  19h
Russel Braun chante Le voyage d’hiver de Schubert
Paroisse catholique de Saint-Lambert
Le célÚbre chanteur canadien cisÚle le cycle de lieder le plus justement renommé de Schubert

 
4
Saveurs méditerranéennes à 20h
Al’mira, de l’Andalousie aux Balkans
St Andrew’s presbyterian Church

 

 

 

5
stradivarius et bandoneon Ă  21h
Stéphane Tetreault, violoncelle et Denis Plante, bandoneon
Un duo de timbre inouĂŻ, permis grĂące Ă  l’invitation de Marc Boucher

 

 
6
Cirque et opéra à 21h
ScÚne Loto Québec
le Cirque Éloize prĂ©sente le cabaret Classica
Avec les chambristes de la Montérégie, les solistes Nathalie Choquette, Gino Quilico, (Soprano et baryton), Nadia Labrie (flûte).

 
 
La suite demain samedi 2 juin 2018
CƓur de ville de Saint-Lambert
À partir de 9h : Yoga pour les parents et leurs enfants…

 

 

 

Toutes les infos et le programme du festival Classica 2018
Sur le site officiel Classica 2018

 

LIRE aussi notre présentation générale du festival Classica 2018 

 

 

BESTIAIRE : duo enchanteur Revault d’Allones / Humeau

cd bestiaire stephanie humeau sabine revault d allonnes cd critique review cd classiquenews 28576551_1195465910583423_5463063621917155421_nPARIS, le 24 avril 2018 : Concert ” BESTIAIRE ” par Sabine Revault d’Allonnes et StĂ©phanie Humeau. Deux artistes françaises Sabine Revault d’Allonnes (soprano) et StĂ©phanie Humeau (piano) se frottent ici au dĂ©fi des textes et Ă©vocations poĂ©tiques inspirĂ©s par les animaux. Le concert du 24 avril prochain (Mairie du IIIÚ arrdt Ă  Paris, lire en fin d’article, la prĂ©sentation du concert) est aussi le sujet de leur nouveau album discographique. Parcours Ă©tonnant et convaincant, serti de mĂ©lodies mĂ©connues, de piĂšces pianistiques rĂ©enchantĂ©es, grĂące Ă  un trĂšs subtil travail sur le sens des textes et leur enchaĂźnement… En rĂ©alitĂ© c’est davantage qu’un bestiaire choisi … : une collection de piĂšces remarquables et intelligemment associĂ©es. Le programme convoque un jardin animalier aux postures, silhouettes, situations et paysages d’une irrĂ©sistible sĂ©duction. La sincĂ©ritĂ© et la justesse du geste rendent hommage Ă  la multiplicitĂ© des sensibilitĂ©s – compositeurs et poĂštes, retenus.
Ici, chaque piĂšce illustre Ă  sa maniĂšre un comportement ou une attitude animale. Mais l’animalitĂ© identifiĂ©e s’apparente souvent aux sentiments et passions de l’ñme humaine. Que ces oiseaux, animaux (cochons forcĂ©ment « roses ») et petit cheval, sans omettre l’irremplaçable chat sur le toit, 
 et insectes
 ont de raison (et d’enseignements) Ă  nous transmettre (Ă©couter la derniĂšre Coccinelle de Hugo mise en musique et avec quel gĂ©nie par Bizet ! : « les bĂȘtes sont au bon Dieu, mais la bĂȘtise est Ă  l’homme », sagesse hugolienne absolument bouleversante).

 

 

Célébration de la mélodie française
Sublimes portraits animaliers

 

Capture d’écran 2018-03-30 Ă  19.09.19

 

 


TĂȘtes Ă  l’envers (sur le visuel de couverture), mais engagement total et trĂšs juste, les deux interprĂštes suscitent l’adhĂ©sion dans ce programme riche et Ă©quilibrĂ©, dĂ©diĂ© aux incontournables de la mĂ©lodies, comme rĂ©vĂ©lateur de joyaux moins connus
 ; le chant / piano dialogue Ă  juste titre, permettant Ă  chacune d’exprimer dans sa palette expressive Ă©tendue, tout ce qui rapproche l’animal de l’homme : le bestiaire dont il est question servi par d’admirables talents poĂ©tiques et littĂ©raires et non des moindres (Lecomte de Lisle, Hugo, Apollinaire, Jules Renard,
) marque l’esprit et l’écoute car ces bĂȘtes lĂ  – oiseaux, poissons ou insectes (« La cigale » de Chausson / L. de Lisle) sont plus humains que les hommes eux-mĂȘmes (la Coccinelle de Hugo dĂ©jĂ  citĂ©e – en sa morale imprĂ©vue, impertinente et sincĂšre, qui referme le cycle). Le piano seul y creuse des Ă©vocations Ă  la fois lĂ©gĂšres et nostalgiques aux climats rĂȘveurs d’une absolue fantaisie, oĂč jaillissent comme des poĂ©sies uniquement musicales, de purs paysages intĂ©rieurs (les sublimes « Oiseaux tristes » de Ravel dĂ©jĂ  citĂ©s, y rĂ©pondent aux « Poissons d’or » de son contemporain et si proche en pensĂ©e et inspiration, Debussy).

L’immersion poĂ©tique est totale, magnifiquement assumĂ©e, grĂące au soprano riche, ample, incarnĂ© de Sabine Revault d’Allonnes, capable aussi de graves quasi lugubres pour l’Albatros de Chausson (d’aprĂšs Baudelaire, la seule mĂ©lodie originellement destinĂ© Ă  un alto et heureusement transposĂ© pour le rĂ©cital)… LIRE notre critique complĂšte du CD BESTIAIRE

—————————————

CLIC D'OR macaron 200CD, annonce. BESTIAIRE. StĂ©phanie Humeau, piano / Sabine Revault d’Allonnes (soprano). MĂ©lodies françaises, piĂšces pour piano : de Chopin, Chausson, Bizet et Chabrier
 Ă  Poulenc et Ravel – 1 cd ARTIE’S records — enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet 2017 (Bourg la Reine) – DurĂ©e : 1h01. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2018. Parution : le 9 avril 2018.

 

 

 

 

———————————-

AGENDA / CONCERT

Concert de sortie / Programme du cd ” Bestiaire “, PARIS, Mairie du IIIĂš arrdt – 2, rue EugĂšne Spuller, 75003 PARIS, le 24 avril 2018, 19h30 – INFORMATIONS et RESERVATIONS :
https://www.facebook.com/BestaireMusical/

 

bestiaire leaderboard homepage from 30 mars

REPORTAGE : Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Benjamin Britten Ă  l’OpĂ©ra de TOURS (13, 15 et 17 avril 2018).

tours-opera-britten-midsummer-nights-dream-benjamin-pionnierREPORTAGE : Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Benjamin Britten Ă  l’OpĂ©ra de TOURS (13, 15 et 17 avril 2018). La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la direction de Benjamin Pionnier offre une nouvelle vision de la partition de Britten, inspirĂ©e de Shakespeare. Nuit enivrante, extatique ou cauchemar hallucinĂ© ? Un peu des deux certainement. Car le dĂ©sordre rĂšgne dans une Nature chaotique – et mĂȘme bitumineuse ici, – ; si le retour Ă  l’ordre s’opĂšre dans la reprĂ©sentation de la tragĂ©die Pyrame et ThisbĂ© par les artisans rustics, amateurs devenus acteurs (un rien parodique dĂ©lirants), le chemin parcouru depuis le dĂ©but par tous les personnages les laisse Ă©prouvĂ©s : l’ordre oui, mais Ă  quel prix ! Le spectacle est la premiĂšre mise en scĂšne de Jacques Vincey, directeur du centre dramatique rĂ©gional de Tours qui Ă  l’invitation de Benjamin Pionnier, directeur de l’OpĂ©ra de Tours, rĂ©alise ainsi une Ă©blouissante relecture de la partition, Ă  la fois, onirique et cynique – Production Ă©vĂ©nement Ă  Tours en 3 dates : les 13, 15 et 17 avril 2018. ENTRETIENS, EXPLICATIONS, PRESENTATION DES PERSONNAGES ET DES OPTIONS DE MISE EN SCENE avec Jacques Vincey et Benjamin Pionnier – rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM / © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 – DurĂ©e : 8mn 08.

 

 

 

——————————–

 

 

 

BRITTEN, Un SONGE D’UNE NUIT D’ETE,
A Midsummer night’s Dream
Nouvelle production

TOURS, Opéra / Grand Théùtre
Vendredi 13 avril 2018 – 20h
Dimanche 15 avril 2018 – 15h
Mardi 17 avril 2018 – 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/a-midsummer-night-s-dream

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.f

 

 

 

benjamin_britten_vieuxTOURS, OpĂ©ra. Les 13, 15 et 17 avril 2018. BRITTEN : Songe d’une nuit d’étĂ© (A Midsummer Night’s Dream) plonge au cƓur de l’illusion amoureuse en labyrinthe des coeurs qui Ă©prouvent chaque protagonistes qu’il soit souverain, comĂ©dien, homme ou fĂ©e, voire « rustre » (rustics)
 Entre fable et drame tragique, lĂ©gende onirique et action thĂ©Ăątrale, Benjamin Britten (1913-1976) a conçu une suite musicale Ă  la piĂšce de Shakespeare (crĂ©Ă©e dans les annĂ©es 1590) d’une toute autre inspiration que celle de son prĂ©dĂ©cesseur sur le mĂȘme sujet, Mendelssohn (dont il chantait adolescent la partie d’alto). La comĂ©die amoureuse cible la gravitĂ© de l’amour manipulateur, son oeuvre illusoire ; il ne rend pas heureux, il dĂ©sespĂšre les Ăąmes Ă©prouvĂ©es, trompĂ©es, Ă©garĂ©es. Comme The Rape of Lucrezia (Le Viol de LucrĂšce), Britten approfondit encore sa propre conception de l’opĂ©ra de chambre anglais, viscĂ©ralement thĂ©Ăątral, mais d’une fausse lĂ©gĂšretĂ© dans sa rĂ©alisation : Midsummer a Ă©tĂ© conçu pour le festival d’Aldeburgh, fondĂ© 10 ans auparavant par Britten (1948). LIRE NOTRE PRESENTATION complĂšte

 

 
 

VOIR aussi notre TEASER VIDEO court : Le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Benjamin Britten Ă  l’OpĂ©ra de Tours, nouvelle production Ă©blouissante

 
  

FESTIVAL & ACADEMIE : VERAO CLASSICO à Lisbonne (édition 2017), grand reportage vidéo

verao-classico-vignette-50Reportage vidĂ©o du Festival et AcadĂ©mie VERAO CLASSICO Ă  Lisbonne : prĂ©sentation, fonctionnement, missions Ă  l’occasion de l’Ă©dition de l’Ă©tĂ© 2017. Un festival unique en Europe, favorisant l’expĂ©rience du jeu soliste et chambriste pour tous les musiciens soucieux de perfectionner leur approche et leur comprĂ©hension des rĂ©pertoires… Les jeunes Ă©tudiants y suivent les masterclasses des plus grands solistes actuels, partenaires familiers de concerts de musique de chambre… Entretien avec Filipe Pinto-Ribeiro, pianiste et fondateur de l’Ă©vĂ©nement musical portugais / Prof. Filipe Pinto-Ribeiro (Portugal) Piano – Artistic and Pedagogical Director ; avec Gary Hoffman, violoncelliste, …— rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM – © studio CLASSIQUENEWS.TV 2017

 

 

 

————————

 

 

 

LIRE aussi notre compte rendu de l’Ă©dition VERAO CLASSICO Ă  Lisbonne en aoĂ»t 2017

 
 
verao-classico-2017-masterfest-concert-des-professeurs-critique-compte-rendu-par-classiquenews

 

 

Extrait de notre compte rendu critique de VERAO CLASSICO 2017 : ” UNE ECOLE DE VIE
 Le temps de notre sĂ©jour, Ă  Lisbonne, il a Ă©tĂ© possible de mesurer le degrĂ© d’implication des jeunes musiciens acadĂ©miciens (Ă  l’étĂ© 2017, plus de 150 jeunes venus de toute l’Europe, d’Asie et des AmĂ©riques
), la qualitĂ© des cours assurĂ©s par les professeurs, l’organisation des concerts proposĂ©s au public. Chacun y puise un bĂ©nĂ©fice humain, artistique, technique d’une trĂšs grande valeur. La musique de chambre exige une qualitĂ© d’écoute, une humilitĂ©, une grande ouverture d’esprit qui s’avĂšrent dans la vie elle-mĂȘme, de prĂ©cieux bagages. Rien ne remplace les apports d’une expĂ©rience musicale collective. Jouer ensemble, c’est apprendre Ă  vivre avec les autres. La mĂ©taphore montre combien le cycle et l’offre sont essentiels aujourd’hui. Au cƓur du programme, s’imposent l’enseignement et l’expĂ©rience des 4 concerts de professeurs (« les « MasterFest »), et les 6 concerts des jeunes instrumentistes acadĂ©miciens (« TalentFest »).
Aux cĂŽtĂ©s des profils internationaux, originaires du monde entier, de trĂšs nombreux jeunes musiciens portugais suivent les sessions de travail et participent aux concerts : l’école de musique de l’Orchestre MĂ©tropolitain de Lisbonne, autre ruche musicale permanente, qui accueille tous les profils de jeunes instrumentistes, est un partenaire privilĂ©giĂ© du festival acadĂ©mie du CCB : ainsi, chacun y trouve sa place selon son niveau et ses objectifs.
Les frontiĂšres s’affranchissent : une seule famille se prĂ©cise et se renforce au diapason des nationalitĂ©s associĂ©es (20 pays diffĂ©rents sont reprĂ©sentĂ©s ainsi Ă  Lisbonne), des rencontres et des Ă©changes. Rien ne saurait atteindre Ă  ce degrĂ© d’émulation collective, tant l’expĂ©rience de la musique de chambre, telle qu’elle est vĂ©cu Ă  Lisbonne, le temps du festival-acadĂ©mie Verao classico (en portugais, l’étĂ© classique) transforme les esprits, leur façon de jouer et de vivre la musique. L’expĂ©rience des autres, l’écoute des partenaires
 l’offrande finale donnĂ©e en partage aux festivaliers lors de chaque concert rĂ©active cet idĂ©al europĂ©en oĂč les nationalitĂ©s s’unissent pour bĂątir une harmonie soudainement tangible et audible. Par son fonctionnement, son but, ses rĂ©alisations, le festival acadĂ©mie VERAO CLASSICO Ă  Lisbonne est un exemple Ă  suivre. Une utopie devenue rĂ©alitĂ©.”

 

 

————————

 

 

 

 

PROCHAINE EDITION du festival & AcadĂ©mie VERAO CLASSICO LISBOA : du 29 juillet au 7 aoĂ»t 2018. Informations, rĂ©servations, fonctionnement, prĂ©sentation des concerts des professeurs (MasterFest) et des jeunes apprentis instrumentistes (TalentFest) – inscriptions en ligne possible : www.veraoclassico.com

VERAO CLASSICO LISBOA 2018 presentation programm par classiquenews Banner1-pt-2018

 

 

————————

 

 

 

 

TEASER : Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Benjamin Britten Ă  l’OpĂ©ra de TOURS (13, 15 et 17 avril 2018)

tours-opera-britten-midsummer-nights-dream-benjamin-pionnierTEASER : Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Benjamin Britten Ă  l’OpĂ©ra de TOURS (13, 15 et 17 avril 2018). La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la direction de Benjamin Pionnier offre une nouvelle vision de la partition de Britten, inspirĂ©e de Shakespeare. Nuit enivrante, extatique ou cauchemar hallucinĂ© ? Un peu des deux certainement. Le spectacle est la premiĂšre mise en scĂšne de Jacques Vincey, directeur du centre dramatique rĂ©gional de Tours – Production Ă©vĂ©nement Ă  Tours en 3 dates : les 13, 15 et 17 avril 2018 – rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM / © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018

 
 
 

——————————–

 
 
 

BRITTEN, Un SONGE D’UNE NUIT D’ETE,
A Midsummer night’s Dream
Nouvelle production

TOURS, Opéra / Grand Théùtre
Vendredi 13 avril 2018 – 20h
Dimanche 15 avril 2018 – 15h
Mardi 17 avril 2018 – 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/a-midsummer-night-s-dream

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.f

 
 
 

benjamin_britten_vieuxTOURS, OpĂ©ra. Les 13, 15 et 17 avril 2018. BRITTEN : Songe d’une nuit d’étĂ© (A Midsummer Night’s Dream) plonge au cƓur de l’illusion amoureuse en labyrinthe des coeurs qui Ă©prouvent chaque protagonistes qu’il soit souverain, comĂ©dien, homme ou fĂ©e, voire « rustre » (rustics)
 Entre fable et drame tragique, lĂ©gende onirique et action thĂ©Ăątrale, Benjamin Britten (1913-1976) a conçu une suite musicale Ă  la piĂšce de Shakespeare (crĂ©Ă©e dans les annĂ©es 1590) d’une toute autre inspiration que celle de son prĂ©dĂ©cesseur sur le mĂȘme sujet, Mendelssohn (dont il chantait adolescent la partie d’alto). La comĂ©die amoureuse cible la gravitĂ© de l’amour manipulateur, son oeuvre illusoire ; il ne rend pas heureux, il dĂ©sespĂšre les Ăąmes Ă©prouvĂ©es, trompĂ©es, Ă©garĂ©es. Comme The Rape of Lucrezia (Le Viol de LucrĂšce), Britten approfondit encore sa propre conception de l’opĂ©ra de chambre anglais, viscĂ©ralement thĂ©Ăątral, mais d’une fausse lĂ©gĂšretĂ© dans sa rĂ©alisation : Midsummer a Ă©tĂ© conçu pour le festival d’Aldeburgh, fondĂ© 10 ans auparavant par Britten (1948). LIRE NOTRE PRESENTATION complĂšte :

 
 
 

CD événement : COUPERIN : Concerts Royaux par Les Timbres (1 cd Flora musica)

COUPERIN par les timbres cd visuel cd classiquenewsNOUVEAU CD, TEASER. Concerts Royaux (Paris 1722) par LES TIMBRES — Les Timbres jouent COUPERIN. Le 20 avril 2018 sort le nouveau disque de l’ensemble sur instruments d’époque, Les Timbres : Concerts Royaux de François COUPERIN. L’annĂ©e Couperin ne pouvait rĂȘver meilleur hommage ni accomplissement plus pertinent. TEASER vidĂ©o rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de l’enregistrement Ă  Frasne le ChĂąteau en juillet 2017 – Musique d’un Ă©quilibre dĂ©licat oĂč chaque partie compte, se complĂšte, s’écoute, le monde instrumental de Couperin permet aux Timbres de dĂ©voiler ce qu’ils maĂźtrisent, l’art du dialogue concertĂ©, l’harmonie collĂ©giale dont rĂȘve tout ensemble musical
 CD rĂ©compensĂ© par un “CLIC” de CLASSIQUENEWS
Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018

 

 

 

———————–

 

 

VOIR aussi notre REPORTAGE sur l’enregistrement des Concerts Royaux de François Couperin par LES TIMBRES : entretien avec les instrumentistes ; quel est le fonctionnement des Timbres ? Quel dĂ©fi de prĂ©sente Ă  l’interprĂšte dans le cas des Ɠuvres de François Couperin ?, etc…

 
 

REPORTAGE, vidĂ©o. Festival MUSIQUE & MÉMOIRE : ALIA MENS joue JS BACH (juil 2017)

Festival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du SudREPORTAGE, vidĂ©o. Festival MUSIQUE & MÉMOIRE : ALIA MENS joue JS BACH (juil 2017). Ensemble en rĂ©sidence Ă  Musique et MĂ©moire (Vosges du sud), l’ensemble baroque ALIA MENS dirigĂ© par Olivier Spilmont poursuit son exploration des mondes sonores et spirituels de JS BACH. En 2016, les cantates prĂ©sentĂ©es ont rĂ©alisĂ© un premier cd (La CitĂ© CĂ©leste, 1 cd PARATY). En juillet 2017, 2Ăš annĂ©e d’une rĂ©sidence de 3 ans, Olivier Spilmont enrichit davantage sa conception de la ferveur de Bach, et aussi de son Ă©criture pour instruments seuls (Concertos Brandebourgeois). Il en dĂ©coule un nouveau volet de rĂ©alisations musicales oĂč le geste et l’esthĂ©tique renouvellent notre comprĂ©hension du compositeur. Entretien avec Fabrice Creux, directeur du Festival Musique & MĂ©moire, avec Olivier Spilmont, crĂ©ateur et directeur musical d’Alia Mens. Reportage rĂ©alisĂ© par Philippe-Alexandre Pham / © studio CLASSIQUENEWS 2017

 

 

spilmont-olivier-concert-JS-BACH-festival-musique-et-memoire-concert-par-classiquenews-copyright-2018

 
 
 

Olivier Spilmont et Alia Mens crĂ©ent 2 programmes JS BACH en juillet 2017, commandes du Festival Musique et MĂ©moire — © studio CLASSIQUENEWS.COM 2018

———-

 
 
 
 
 

LIRE aussi notre compte rendu de la résidence ALIA MENS au Festival Musique & Mémoire / Les 29 et 30 juillet 2017 : Année 2 / 3 de la résidence

spilmont olivier alia mens copyright PA POINSIGNONDE L’EMERGENCE A L’ACCOMPLISSEMENT… Pour Alia Mens (l’autre esprit), s’agissant de Jean-SĂ©bastien Bach, la barre est plutĂŽt trĂšs Ă©levĂ©e. AprĂšs s’ĂȘtre pour nous dĂ©voilĂ© dans un programme suivi d’un cd rĂ©cemment paru (Cantates de Weimar, Ă©ditĂ© par PARATY, CLIC de classiquenews de mai 2017), intitulĂ© “La CitĂ© CĂ©leste”, lui-mĂȘme crĂ©Ă©, rodĂ© dans le cadre de son annĂ©e 1 Ă  Musique et MĂ©moire, Alia Mens confirme lors des deux concerts prĂ©sentĂ©s en crĂ©ation cet Ă©tĂ© (29 puis 30 juillet 2017), une Ă©vidente comprĂ©hension naturelle et organique de la musique du Cantor de Leipzig. A la justesse de l’interprĂ©tation, en une profondeur grave inĂ©dite, se joint l’intelligence dans la conception mĂȘme de chaque programme.
Le 29 juillet, place Ă  la cĂ©lĂ©bration de la RĂ©forme / « Soli Deo Gloria » / pour la seule gloire de Dieu, emblĂšme autographe inscrit comme une signature sur les manuscrit de Jean-SĂ©bastien (anniversaire particuliĂšrement fĂȘtĂ© de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin en 2017), avec 2 cantates (« Mit Fried und Freud » BWV 125 de 1725, et « Ein’ Feste Burg  » BWV 80 de 1724)) parmi les mieux contrastĂ©es et les plus profondes jamais Ă©crites que Olivier Spilmont, directeur et fondateur de l’ensemble, a choisi d’encadrer par des extraits de la Missa Brevis (BWV233) : Gloria gorgĂ© de vitalitĂ© irradiante en ouverture et Cum Sancto Spirito, acte final lui-mĂȘme inscrit dans la rĂ©vĂ©lation d’une ferveur de plus en plus assurĂ©e, ciselĂ©e, extatique, rĂ©jouie. EN LIRE +

 

———-

 

 

 

LIRE aussi notre critique dĂ©veloppĂ©e du cd “La CitĂ© CĂ©leste” / JS BACH / Alia Mens, Olivier Spilmont, direction / 1 cd PARATY (mai 2017)

BACH-JS-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-cantates-par-alia-mens-PARATY_916157_CiteCeleste_COUV_HMCD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016). L’enregistrement fait suite Ă  la premiĂšre annĂ©e de rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire 2016, l’un des meilleurs festivals français baroques, ayant cours chaque mois de juillet, dans les Vosges du sud. LA CITE CELESTE est celle que le jeune Bach, fougueux, rĂ©formateur mĂȘme, exprime dĂ©jĂ  dans ces fabuleuses Cantates de Weimar ici rĂ©estimĂ©es, rĂ©vĂ©lĂ©es. En 1708, le jeune organiste (23 ans), maĂźtre de musique sacrĂ©e de MĂŒhlhausen quitte ses fonctions, avec bonheur pour servir la cour de Saxe-Weimar. C’est lĂ  que le jeune Jean-SĂ©bastien Bach, compositeur audacieux et ambitieux pour son art, exploite le fonds de la bibliothĂšque locale

 

 

———-

 

 

 

SPECIALE ” PRINTEMPS 2018 ” avec Les Timbres

CONCERT SPRING / PRINTEMPS par Les Timbres (2016). FĂȘtons le printemps 2018 avec un collectif douĂ© d’une exceptionnelle intelligence de jeu, soucieux d’articulation et de profondeur… A l’Ă©tĂ© 2016, l’ensemble sur instruments anciens Les TIMBRES poursuit sa rĂ©sidence au Festival MUSIQUE & MÉMOIRE dans un programme introspectif et sensible qui met Ă  l’honneur couleurs et vertiges de l’Ăąme baroque anglaise… celle ciselĂ©e par les compositeurs britanniques Ă  l’Ă©poque de Shakespeare : Gibbons (introduction toute en vanitĂ©), Nicholson, Byrd, Morley, Ward et un anonyme traversĂ© par le sentiment d’espĂ©rance propre au printemps. Nostalgique et plein de poĂ©sie, le volet SPRING souligne l’accord tĂ©nu entre les cordes et le clavecin, en Ă©troite connivence avec le chant de la soprano Julia Kirchner — rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM © 2016

 

 

 

les timbres

 

Les Timbres, jeune ensemble de musique baroque, pour lesquels le jeu collectif s’appuie sur une solide Ă©coute, un sens du partage et de l’Ă©galitĂ© participative, sur l’alliance idĂ©ale entre connivence et personnalitĂ©s…Les Timbres sont actuellement en rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire

VIDEO, teaser. Naissance de VĂ©nus / Arsys Bourgogne / MihĂĄly Zeke (1 cd PARATY, 6 avril 2018)

Paraty117155_Naissance_de_Venus_COUV_HMVIDEO, teaser. Naissance de VĂ©nus / Arsys Bourgogne / MihĂĄly Zeke (1 cd PARATY, 6 avril 2018) - NAISSANCE DE VENUS par ARSYS B / M Zeke. Dans un nouvel album Ă©vĂ©nement Ă  paraĂźtre le 6 avril 2018, l’ensemble Arsys Bourgogne sous la direction de MihĂĄly Zeke, assume une nouvelle orientation artistique, un Ă©largissement de son rĂ©pertoire : les piĂšces chorales a cappella des compositeurs français de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš siĂšcle : Ravel, Debussy, Schmitt, Milhaud (dont la cantate La Naissance de VĂ©nus donne le titre du cd), Poulenc, sans omettre un Messiaen mĂ©connu plutĂŽt spectaculaire … TEASER VIDEO du cd PARATY (PIAS distribution) — Lancement le 6 avril 2018 © studio CLASSIQUENEWS.COM / RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM — Retrouvez sur classiquenews.com, la critique complĂšte du cd Naissance de VĂ©nus, avec l’obtention de la rĂ©compense suprĂȘme, “LE CLIC” de CLASSIQUENEWS du printemps 2018… Ă  suivre.

 

ENREGISTREMENT : Concerts Royaux (Paris 1722) par LES TIMBRES reportage vidéo)

COUPERIN portraitVIDEO, Reportage. Les Timbres jouent COUPERIN. Le 20 avril 2018 sort le nouveau disque de l’ensemble sur instruments d’Ă©poque, Les Timbres : Concerts Royaux de François COUPERIN. L’annĂ©e Couperin ne pouvait rĂȘver meilleur hommage ni accomplissement plus pertinent. Reportage vidĂ©o rĂ©alisĂ© pendant l’enregistrement Ă  Frasne le ChĂąteau en juillet 2017 – Qu’apportent aujourd’hui Les Timbres ? Quels sont les dĂ©fis de l’interprĂ©tation, le propre de l’Ă©criture de François Couperin, quelle est sa conception de la musique concertante ? Musique d’un Ă©quilibre dĂ©licat oĂč chaque partie compte, se complĂšte, s’Ă©coute, le monde instrumental de Couperin permet aux Timbres de dĂ©voiler davantage ce qu’ils maĂźtrisent, l’art du dialogue concertĂ©, l’harmonie collĂ©giale dont rĂȘve tout ensemble musical… CD rĂ©compensĂ© par un “CLIC” de CLASSIQUENEWS
Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018

 

 

 

Nouveau cd Ă  paraĂźtre le 20 avril 2018 : Concerts Royaux par Les Timbres

CD “CLIC” de classiquenews, d’avril 2018 – le cd Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e COUPERIN 2018

 
 

COUPERIN par les timbres cd visuel cd classiquenews

 
 

François_Couperin___[d'aprÚs]_Bouys_[...]_btv1b8432122f

 
 

 

Compte-rendu critique, opéra. TOURS, le 16 février 2018. GOUNOD : Philémon & Baucis, recréation en 3 actes. Pionnier / Ostini.

Compte-rendu critique, opĂ©ra. TOURS, le 16 fĂ©vrier 2018. GOUNOD : PhilĂ©mon & Baucis, recrĂ©ation en 3 actes. Pionnier / Ostini. VoilĂ  assurĂ©ment l’évĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2018, celle du Centenaire Debussy. Alors que les institutions parisiennes se montrent timides ou peu inspirĂ©es dans leur cĂ©lĂ©bration du gĂ©nie debussyste, l’OpĂ©ra de Tours cible juste en dĂ©voilant, de surcroĂźt dans sa version intĂ©grale (en 3 actes, dont le II comprenant le fameux et si mĂ©connu chƓur contestataire
), l’opĂ©ra comique, PhilĂ©mon & Baucis, joyau mĂ©connu crĂ©Ă© en 1860.

 

 

philemon-baucis-charles-gounod-opera-de-tours-recreation-version-integrale-compte-rendu-critique-opera-par-classiquenews

 

Norma Nahon (Baucis), fausse coquette volage au III

 
 
 

D’un format plus resserrĂ© et court que son prĂ©cĂ©dent opĂ©ra Faust, PhilĂ©mon n’en conserve pas moins la meilleure inspiration d’un Gounod qui excelle dans la caractĂ©risation de ses personnages inspirĂ©s de la fable de La Fontaine. Tout en se montrant Ă©perdu, lyrique, sentimental quand il faut dĂ©peindre l’amour fidĂšle et indĂ©fectible du couple PhilĂ©mon / Baucis, le musicien qui bientĂŽt composera son chef d’oeuvre absolu, RomĂ©o et Juliette, sait ciseler les contrastes dramatiques et psychologiques qui distinguent Jupiter et son comparse et double, Vulcain. Le mari volage batifole, se surpasse en noblesse supĂ©rieure (mais jamais arrogante ni condescendante vis Ă  vis de ses protĂ©gĂ©s PhilĂ©mon et Baucis) ; le second, perce par sa carrure brute, aigre, dĂ©sillusionnĂ©e
 en mari trompĂ© (par VĂ©nus son Ă©pouse, heureuse amante de Mars).
Ainsi le quatuor vocal excelle dans le style Ă©lĂ©gant et sincĂšre propre Ă  Gounod. Baucis tendre et sobre, Norma Nahoun, en vraie coloratoure (vocalises de la coquette au III) relĂšve les dĂ©fis de sa partie originellement conçue pour mettre en valeur l’épouse du directeur du ThĂ©Ăątre-Lyrique, et prĂ©cĂ©demment crĂ©atrice du rĂŽle de Marguerite (Faust). Fine, juste, agile, la soprano donne du corps et de la vraisemblance Ă  la jeune Baucis qui ĂągĂ©e ou juvĂ©nilisĂ©e, conserve une indĂ©fectible fidĂ©litĂ© pour son seul amour terrestre, PhilĂ©mon. Ce dernier trouve une belle ardeur grĂące au tĂ©nor SĂ©bastien Droy ; d’ailleurs, leurs duos qui traversent l’opĂ©ra (au I, en vieillards heureux, tranquilles ; au III, dans un final qui cĂ©lĂšbre leur loyautĂ© l’un Ă  l’autre), affirment une indiscutable sincĂ©ritĂ© : les deux timbres s’accordent magnifiquement, prĂ©figurant ce que seront bientĂŽt les quatre duos extatiques et sublimes de RomĂ©o et Juliette Ă  venir.
Alexandre Duhamel comprend toutes les facettes du Jupiter souverain, venu sur terre pour constater la mĂ©chancetĂ© des mortels ; en tombant sur les si accueillants PhilĂ©mon et Baucis, le dieu des dieux modĂšre son Ă©valuation et Ă©prouve mĂȘme une sĂ©rieuse compassion pour ceux qui ont su l’abriter et le nourrir Ă  la suite d’un tempĂȘte. Son air Ă  la fin du I, a tout d’un MĂ©phistophĂ©lĂšs protecteur, magicien, d’un abandon quasi voluptueux : instance protectrice, suscitant un formidable tableau nocturne. A ses cĂŽtĂ©s le Vulcain de Éric Martin-Bonnet tire aussi la couverture en rĂ©ussissant un portrait profond et vrai, celui d’un dieu trahi par son Ă©pouse et qui au III, sait s’émouvoir quand il mesure malgrĂ© les tentations, la fidĂ©litĂ© des Ă©poux PhilĂ©mon et Baucis – vrai sujet central de cet ouvrage poĂ©tique et philosophique.

La mise en scĂšne de Julien Ostini cultive la simplicitĂ© et la clartĂ© des tableaux : jeux de voiles au I ; puis de plus en plus dĂ©pouillĂ©e et vide quand il faut Ă©voquer le palais de Jupiter oĂč PhilĂ©mon et Baucis rajeunis se rĂ©veillent en protĂ©gĂ©s du dieu. Rien ne peut Ă©galer la richesse que procure un amour fidĂšle et partagĂ©, pas mĂȘme les stratagĂšmes d’un Jupiter sĂ©ducteur, Ă©pris de la belle Baucis (III) : les plaisirs divins offrent un espace froid, illimitĂ©, inhumain. Quand au final, les cintres descendent, dĂ©voilant le dispositif lumineux, les masques tombent 
 et l’essentiel paraĂźt sur scĂšne : l’omnipotence d’un amour fidĂšle. Gounod retrouve cette langue directe et franche de La Fontaine, sans rien perdre dans sa parure orchestrale, de la poĂ©sie originelle.

 

 

philemon-et-baucis-opera-de-tours-choeur-bacchanale-acte-II-copyright-classiquenews-com-studio-classiquenews
 
 

Dans la fosse, veillant Ă  la finesse gĂ©nĂ©rale, Benjamin Pionnier, trĂšs inspirĂ© et en verve, a rĂ©Ă©crit avec le metteur en scĂšne, partie des dialogues parlĂ©es, Ă©maillant le texte, de rĂ©fĂ©rences Ă  la politique contemporaine : essor de la vague « en marche », dieu facĂ©tieux Ă©voquant un prĂ©sident « jupitĂ©rien »,
 La palme de cette actualisation tout en douceur et subtilitĂ©, revient Ă  la tenue de l’acte II, enfin rĂ©vĂ©lĂ©e dans sa version intĂ©grale : le tableau du chƓur, celui des mortels qui se rebellent et protestent / dĂ©filent contre le pouvoir des dieux, se rapproche des meilleures situations cocasses d’un Offenbach, mais avec une Ă©lĂ©gance de ton propre Ă  Gounod. La Bacchante rĂ©voltĂ©e, dĂ©lirante de Marion Grange apporte ce grain de folie dĂ©jantĂ©e qui souligne chez Gounod, une facette inconnue. VĂ©ritable minidrame dans le drame principal, l’acte II pourrait se jouer indĂ©pendamment : ni PhilĂ©mon ni Baucis ne sont concernĂ©s (il n’y paraissent pas). Mais sur le plan de l’écriture, Gounod se dĂ©passe, au service d’un texte sĂ©ditieux et contestataire (saluons l’implication et le travail du chƓur de l’OpĂ©ra de Tours grĂące auquel ce volet mĂ©connu Ă©blouit par sa force expressive). De quoi souligner l’apport du spectacle rĂ©vĂ©lant un aspect mĂ©connu du gĂ©nie de Gounod.
La scĂšne tourangelle confirme une belle appĂ©tence pour l’opĂ©ra romantique français : on se souvient ici mĂȘme d’une remarquable production de RomĂ©o et Juliette du mĂȘme Gounod (avec Anne-Catherine Gillet en Juliette), et plus rĂ©cemment de LakmĂ© de Delibes (avec Jodie Devos dans le rĂŽle-titre). Distributions intelligentes, mises en scĂšne claires et inventives, approches souvent lumineuses voire raffinĂ©es
 l’OpĂ©ra de Tours s’engage avec mĂ©rite dans la dĂ©fense de notre patrimoine romantique. La rĂ©ussite est totale.

 

 

philemon-et-baucis-gounod-opera-de-tours-gounod-2018-copyright-classiquenews-2018

 
 
 

——————

 
 
 

Compte rendu critique, opéra. TOURS, le 16 février 2018. GOUNOD : Philémon & Baucis, 1860, recréation, version intégrale en 3 actes. Benjamin Pionnier, direction. Julien Ostini, mise en scÚne.

 

A l’affiche les 16, 18 et 20 fĂ©vrier 2018. Prochaine production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Tours : L’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti (Samuel Jean, direction), les 16, 18 et 20 mars 2018.
http://www.operadetours.fr/l-elisir-d-amore

——————

 
 
 

VOIR
Notre teaser vidĂ©o de PhilĂ©mon et Baucis de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Notre reportage vidĂ©o de PhilĂ©mon et Baucis de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Tours, entretiens avec Benjamin Pionnier (directeur de l’OpĂ©ra de Tours, directeur musical), Julien Ostini, Norma Nahoun, SĂ©bastien Droy


 

Illustrations : 1 : © OpĂ©ra de Tours / Marie PĂ©try 2018 – 2 et 3 : © studio CLASSIQUENEWS.COM

 
 
 

VIDEO, reportage. Philémon & Baucis de GOUNOD à Tours : les 16, 18, 20 février 2018

GOUNOD charles-gounod-2VIDEO, reportage. PhilĂ©mon & Baucis de GOUNOD Ă  Tours. Superbe recrĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de Tours : pour son centenaire en 2018, voici PhilĂ©mon & Baucis de Charles Gounod, joyau lyrique, tendre et Ă©lĂ©gant de 1860. L’OpĂ©ra de Tours et son directeur Benjamin Pionnier en dĂ©voilent l’esthĂ©tisme, la cohĂ©rence et la fine caractĂ©risation, en rĂ©alisant une nouvelle production de la version intĂ©grale en 3 actes (dont l’acte II, formidable bacchanale Ă  la saveur sĂ©ditieuse voire contestataire). Benjamin Pionnier, direction. Tout Gounod se concentre dans cet opĂ©ra comique mythologique : mais Ă  l’inverse d’Offenbach, Gounod, Prix de Rome, bientĂŽt auteur du sublime RomĂ©o et Juliette, cisĂšle son Ă©criture en lyrisme, tendresse, dramatisme piquant : la fidĂ©litĂ© amoureuse qui unit Baucis et PhilĂ©mon malgrĂ© les tentations, le couple Jupiter / Vulcain, l’acte II choral (la rĂ©volte des mortels contre les dieux)
 jalonnent un opĂ©ra qui est un chef d’oeuvre d’équilibre, de justesse poĂ©tique, d’inspiration mĂ©lodique, de caractĂ©risation
 Cette nouvelle crĂ©ation est bien l’évĂ©nement lyrique de l’annĂ©e GOUNOD 2018. 3 dates incontournables : 16, 18 et 20 fĂ©vrier 2018.
TEASER reportage – rĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham / © Classiquenews.tv 2018.

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle production de PhilĂ©mon & Baucis de Charles GOUNOD (1860) recrĂ©ation prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours, les 16, 18 et 20 fĂ©vrier 2018

Compte-rendu critique, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 26 janvier 2018. Haydn, Attahir, Beethoven. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch.

bloch-alexandre-maestro-beethoven-5eme-symphonie-concert-critique-lille-compte-rendu-critique-par-classiquenewsCompte-rendu critique, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 26 janvier 2018. Haydn, Attahir, Beethoven. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch. Rendu cohĂ©rent par sa thĂ©matique gĂ©nĂ©rale dĂ©diĂ©e au « midi », le concert de ce soir s’ouvre sur l’un des sommets de l’expĂ©rimentation orchestrale menĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1760 par Joseph Haydn – le pĂšre du genre symphonique-, Ă  Esterhaza. Directeur de la musique du prince Esterhazy, le compositeur inventif dispose d’un orchestre de premier plan et de virtuoses qui ne demandent qu’à le suivre dans ses recherches : ainsi la Symphonie « midi » opus 7 en ut, affirme sa facilitĂ© Ă  varier et creuser les contrastes de caractĂšres comme de formes, le rĂ©sultat favorisant d’emblĂ©e la performance individuelle d’instruments solistes, dont surtout les cordes : violon, violoncelle, contrebasse (cette derniĂšre, vedette du Menuet des plus enlevĂ©s)
 De cette symphonie concertante, – vĂ©ritable exercice de chauffe pour les solistes, c’est surtout le premier mouvement qui saisit quand le premier violon prend littĂ©ralement la parole Ă  la façon d’une scĂšne d’opĂ©ra, immergeant l’auditeur dans une sĂ©quence ayant ses propres enjeux dramatiques (recitativo adagio avec violon solo) : volubilitĂ© imprĂ©vue et d’autant apprĂ©ciĂ©e qui place l’éloquence facĂ©tieuse de la supersoliste, Ayako Tanaka, nouvellement nommĂ©e (depuis septembre dernier), au premier plan de la soirĂ©e. L’esprit du jeu, l’humour et la suprĂȘme Ă©lĂ©gance de Haydn font une sĂ©ance prĂ©liminaire idĂ©ale pour prĂ©parer Ă  la sĂ©quence contemporaine qui suit.

 

 

 

Création mondiale du Concerto pour serpent de Benjamin Attahir à Lille
DANSES & RESONANCES DU SERPENT

 

 

ATTAHIR benjamin residence orchestre national de lille concerto pour serpent creation critique par classiquenewsPREMIERE PARTITION DE BENJAMIN ATTAHIR POUR L’ONL
 C’était l’un des premiers temps forts du travail menĂ© par le nouveau compositeur en rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille, Benjamin Attahir, laurĂ©at de la Villa Medicis, remarquĂ© par Pierre Boulez Ă  Lucerne. Le jeune compositeur, pas encore trentenaire en 2018, prĂ©sente sa premiĂšre partition composĂ©e pour l’ONL, de surcroĂźt trĂšs originale
 car Ă©crite pour le « serpent », instrument baroque, ancĂȘtre du tuba et de l’ophiclĂ©ide, jusque lĂ , surtout utilisĂ© Ă  l’église pour soutenir les pupitres des basses ; c’est aussi le premier Concerto pour serpent de l’histoire de la musique.
Le Concerto est en rĂ©alitĂ© la 2Ăš piĂšce d’un cycle en cours de 5 sections, rĂ©capitulant les 5 appels Ă  la priĂšre de l’ordinaire musulman. Cette 2Ăš Ă©tape correspond Ă  la priĂšre du midi. Si au cours de la passionnante rencontre prĂ©liminaire au concert oĂč le compositeur et son interprĂšte / crĂ©ateur (Patrick Wibart) dialoguent et prĂ©sentent leur travail, Benjamin Attahir s’est dit trĂšs intĂ©ressĂ© par le timbre (proche du cor et du trombone) et par la vocalitĂ© naturelle du Serpent, il s’est surtout montrĂ© soucieux de la structure et de l’architecture dramatique d’une piĂšce de plus de 20 mn qui nous aura sĂ©duit par son plan ambitieux, son souci des contrastes, des ruptures de caractĂšres, sa recherche constante de couleurs. A cela s’ajoute aussi une dĂ©marche particuliĂšre pour la spatialisation : 2 cors Ă©tant placĂ©s au niveau du balcon principal, permettant dans la derniĂšre partie de l’oeuvre – la plus convaincante, des effets d’échos et de rĂ©ponses entre le chant puissant et feutrĂ© du serpent soliste situĂ© sur la scĂšne, et les deux cuivres placĂ©s de part et d’autres de la galerie ; leurs rĂ©sonances mĂȘlĂ©es, dĂ©calĂ©es, dialoguĂ©es recrĂ©ent l’impression de vagues sonores enveloppantes quand les appels Ă  la priĂšre se multiplient dans l’espace urbain.

 

 

attahir-concerto-pour-serpent-creation-lille-compte-rendu-critique-par-classiquenews-photo-plan-face-1

 

 

L’écriture est majoritairement monodique : le compositeur utilise 3 airs religieux qui constituent la matĂ©riau de base mĂ©lodique de la piĂšce : chant d’appel du muezzin, air yiddish, air grĂ©gorien (Dies Irae) ; orchestre et serpent amorcent alors un cycle d’enlacements et de sĂ©quences alternĂ©es, comme la forme mĂȘme de l’instrument vedette, 
 ondulant, serpentant avec une fluiditĂ© avide de contrastes et aussi de scintillements orchestraux (oĂč se sont distinguĂ©s entre autres, des alliages de timbres Ă©tonnants associant clarinette, flĂ»te, cuivres). Selon un plan bien dĂ©fini (du tutti initial au solo murmurant, selon la progression d’une Ă©pure graduelle), Ă  mesure que la partition s’écoule, en un geste compositionnel qui efface peu Ă  peu le chant de certains pupitres, c’est le chant rond, viscĂ©ral, puissant aussi du serpent qui s’affirme alors, concluant l’Ɠuvre dans une phrase qui s’épuise et susurre finalement, comme Ă©reintĂ©e par la constante Ă©nonciation des mĂȘmes tournures mĂ©lodiques.

attahir-concerto-pour-serpent-creation-par-patrick-wibart-serpent-concert-critique-compte-rendu-crtique-lille-par-classiquenews-vue-dessus-attahir-photo-2Quand on sait quelle maĂźtrise technique, en particulier des lĂšvres sur l’embout, le jeu du serpent requiert de l’interprĂšte, on reste saisi par l’engagement quasi permanent qui s’impose au soliste, du dĂ©but Ă  la fin. L’impression est bercĂ©e par un travail particulier sur la couleur du serpent – qui relĂšve du cor, du trombone, de la sacqueboute aussi, – nuances de sons cuivrĂ©s, ronds, suaves, feutrĂ©s, mais Ă©tonnamment puissant-, cultivant d’infinis nuances dans le sombre, le grave, parfois la lugubre et une raucitĂ© mate et sourde. C’est donc associĂ© Ă  un champ spatial rĂ©investi, tout un nuancier de timbres inĂ©dits qui s’offre Ă  l’imaginaire du spectateur / auditeur.
Benjamin Attahir questionne tous les champs des possibles et de l’expĂ©rimentation musicale : Orient / Occident, Baroque / Contemporain, Espace / Timbres
 A son mĂ©rite revient aussi un regard critique sur la notion de temporalitĂ©, d’expĂ©rience de la continuitĂ© musicale, car Ă  terme, il faudrait Ă©couter d’un seul trait, et dans leur succession conçue originellement, chacune des 5 partitions / 5 appels, dans leur flux ininterrompu et dans leurs formes caractĂ©risĂ©es. La premiĂšre piĂšce pour piano et ensemble a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  Berlin en septembre 2017 (par Daniel Barenboim et le Boulez Ensemble) ; la 3Ăš qui se prolonge dans la derniĂšre note du serpent expirant, est un 
 quatuor (par les Arod). La 5Ăš devrait ĂȘtre conçue elle aussi pour l’Orchestre National de Lille.

 

 

 

 

bloch-alexandre-maestro-beethoven-5eme-symphonie-concert-critique-lille-compte-rendu-critique-par-classiquenews

 

 

PROGRAMME EN EQUILIBRE
 TrĂšs Ă©quilibrĂ© dans sa proposition orchestrale, – des Viennois (classiques et prĂ©romantiques Ă  la fois, sujets d’un ressourcement toujours trĂšs profitables pour l’écoute collective), au contemporain inĂ©dit, le programme pilotĂ© par le chef Alexandre Bloch, ajoute un volet complĂ©mentaire avec la derniĂšre Ɠuvre affichĂ©e : la 5Ăš de Beethoven. AchevĂ©e en 1808, la partition remonte en rĂ©alitĂ© Ă  une pĂ©riode antĂ©rieure, dĂšs 1795 quand Ludwig en conçoit dĂ©jĂ  les premiĂšres idĂ©es force. Dans sa genĂšse, la 5Ăš est en rĂ©alitĂ© contemporaine de la 6Ăš, Pastorale, simultanĂ©itĂ© qui souligne combien le gĂ©nie beethovĂ©nien est aussi polymorphe, d’une exceptionnelle diversitĂ© formelle. En ut mineur, l’opus 67 frappe au sens premier du terme l’esprit de l’auditeur : sa franchise rĂ©pĂ©tĂ©e, son Ă©nergie radicale et rĂ©volutionnaire, la fusion des caractĂšres martiaux et conquĂ©rants, dĂ©finissent une nouvelle langue orchestrale, celle d’une absolue rupture, et aussi d’une maĂźtrise Ă©loquente, elle-mĂȘme porteuse de modernitĂ©.

Beethoven_Hornemann-500-carreDirigeant par coeur, ce qui facilite la proximitĂ© directe avec les instrumentistes, Alexandre Bloch, sans baguette, peut s’investir pleinement, ciselant les nuances, par des gestes souples et prĂ©cis, comme un peintre manie la pĂąte sur la toile, en une infinitĂ© d’indications trĂšs claires et expressives ; tout cela construit une vision globale qui architecture l’enchaĂźnement des 4 mouvements, dans le sens d’une formidable Ă©ruption, revitalisĂ©e Ă  chacun des jalons de son jaillissement par l’énoncĂ© cyclique du fameux motif rythmique initial. AcĂ©rĂ©, vif, mais jamais sec, le chef avance, articule, nuance aussi, en une danse gestuelle, nerveuse et musclĂ©e. Ce contrĂŽle rythmique se soucie des couleurs et de la profondeur : la lisibilitĂ© des bois en particulier est dĂ©lectable, Ă©vitant ce que l’on entend trop souvent ailleurs : la saturation immĂ©diate des tutti. Rien de tel ici, tant le goĂ»t pour les timbres associĂ©s (chant fraternel de la clarinette en particulier), remarquablement dĂ©taillĂ©, nous a sĂ©duit et convaincu. Brillante et dĂ©taillĂ©e, magnifiquement charpentĂ©e, animĂ©e par une Ă©nergie irrĂ©sistible, la direction du chef dĂ©voile l’ivresse conquĂ©rante de l’opus, – son affirmation frĂ©nĂ©tique, sa dĂ©termination viscĂ©rale, un jalon majeur dans la recherche de Ludwig et aussi un absolu dans l’histoire de la musique symphonique. Sachant cultiver le pilier du rĂ©pertoire – Haydn et Beethoven, prĂȘt Ă  l’inĂ©dit, dans la sensualitĂ© et les contrastes (Attahir), l’Orchestre national de Lille poursuit son exploration heureuse des Ă©critures, manifestement portĂ© par l’enthousiasme de son nouveau directeur musical, Alexandre Bloch (1). A suivre.

 

 

 

————————————

 

 

Compte-rendu critique, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 26 janvier 2018. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction.

Haydn : Symphonie n°7 “Le Midi”

Attahir : Adh-dhohr, Concerto pour serpent et orchestre
Serpent : Patrick Wibart

Beethoven : Symphonie n°5

 

 

 

————————————

casadesus_603x380 Ugo ponte ONLPROCHAIN CONCERT Ă©vĂ©nement de l’Orchestre National de Lille : Jeudi 15 fĂ©vrier 2018 : Brahms : Rhapsodie pour contralto / Prokofiev : Alexandre Nevski – 1936 (Jean-Claude Casadesus, direction / Elena Gabouri, mezzo-soprano / ChƓur Philharmonique TchĂšque de Brno). INFOS & RESERVATIONS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/alexandre-nevski/

————————————

 
 

 

bloch-alexandre-maestro-orchestre-national-de-lille-docu-film-presentation-annonce-critique-par-classiquenews1) En janvier 2018, un film documentaire rĂ©alisĂ© par Georges Tillard raconte l’arrivĂ©e d’Alexandre Bloch, comme directeur musical, au sein de l’Orchestre National de Lille : comment le jeune chef a t il Ă©tĂ© choisi ? Comme la passation avec le chef fondateur de l’orchestre, Jean-Claude Casadesus, s’est-elle dĂ©roulĂ©e ? PrĂ©sentation du film et critique du film « Alexandre Bloch : Bienvenue Maestro ! » de Georges Tillard 


Diffusion le 29 janvier vers 23h, aprÚs Soir 3, sur France 3 hauts de Seine, puis le 2 février 2018, 8h50. LIRE notre présentation du documentaire portrait Bienvenue Maestro / Alexandre Bloch / LIRE notre critique du film documentaire Alexandre Bloch / Bienvenue Maestro

 

 

Photos : © Ugo Ponte / Orchestre national de Lille 2018

 

 

ENTRETIEN AVEC MARA DOBRESCO, Ă  propos de son disque “Soleils de nuit” (1 cd PARATY)

PIANO DE LA NUIT : les Soleils enchanteurs de MARA DOBRESCOENTRETIEN AVEC MARA DOBRESCO. Chez Paraty, la pianiste roumaine Mara Dobresco publie l’un de ses albums les plus personnels : « Soleils de nuit ». Eloge du clair-obscur, voyage des contrastes solaires et crĂ©pusculaires
 dĂ©diĂ© Ă  l’enchantement enivrĂ© de la nuit, de Notturno en berceuse et Nocturnes, voire Clair de Lune, c’est un programme serti de Soleils de nuit qui ont pour noms : les deux Schumann, Lipati, Piotr Illiytch, Claude de France, Philippe Hersant
 Vision poĂ©tique d’un interprĂšte entre songe et subtilitĂ©. Classiquenews interroge la pianiste sur le pourquoi et le comment de ce nouvel album plutĂŽt convaincant.

 

 

MARA-DOBRESCO-PIANO-ENCHANTEUR-PORTRAIT-ENTRETIEN-PAR-CLASSIQUENEWS-au-sujet-de-son-cd-soleils-de-nuit-chez-paraty-clic-de-classiquenews-2017_06_mara_cd_170_1_a

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Comment et selon quels critÚres avez vous choisi chaque piÚce et conçu les enchaßnements du programme Soleils de Nuit ?

MARA DOBRESCO : Les oeuvres prĂ©sentĂ©es dans cet enregistrement se sont assemblĂ©es petit Ă  petit en moi comme peuvent s’agencer des souvenirs  qui prennent progressivement sens au contact l’un de l’autre. J’aime profondĂ©ment chacune des piĂšces 
j’ai dĂ» renoncer Ă  certaine qui ne trouvaient pas leur place. Les enchaĂźnements d’une oeuvre Ă  l’autre sont trĂšs importants car ils crĂ©ent l’unitĂ© de ce voyage 
 au bout de la nuit.
Je suis trĂšs heureuse de « mettre en lumiĂšre » dans cet enregistrement le Nocturne en fa diĂšse mineur de Dinu Lipatti (oeuvre qu’il a dĂ©diĂ©e Ă  Clara Haskil). Cette piĂšce se devait de figurer dans un programme qui est une recherche de lumiĂšre dans l’obscuritĂ©. Je garde toujours Ă  l’esprit les mots qu’il avait l’habitude de rappeler Ă  ses Ă©lĂšves : “Cherche la lumiĂšre toujours plus haut chez les autres et au plus profond de toi-mĂȘme.”
Le disque se finit par l’incroyable Carillon nocturne  de George Enesco  dans lequel l’atmosphĂšre est impalpable, solennelle, songeuse, emportĂ©e, et Ă  la  fin du morceau, j’imagine comme un geste d’adieu, esquissĂ© de la main depuis le bord du monde.

 
 
 

CNC : De quelle façon ce disque reflÚte-t-il votre esthétique personnelle ?

MD : C’est un disque qui ne cherche pas Ă  « impressionner » ou Ă  « dĂ©montrer » quelque chose. Pour cette raison, c’est un disque « anti star » presque 
.qui cherche Ă  aller dans les recoins profonds de notre mĂ©moire, de notre Ăąme je dirais 
 C’est un propos intime, et une recherche trĂšs personnelle, celle de la lumiĂšre. Avec le temps, j’ai appris Ă  « faire confiance Ă  la musique » comme disait l’un de mes maĂźtres, Jean-Claude Pennetier.

 
 
 

CNC : Comment avez choisi et préparé le piano de cet enregistrement ?

MD : J’aime bien dire: « La vie fait bien les choses »  eh bien ce piano est venu vers moi! Il y a eu un souci avec le piano qui Ă©tait censĂ© ĂȘtre celui de l’enregistrement et donc j’ai du changer Ă  la derniĂšre minute.
Dinu Lipatti disait: « Il n’y a pas de mauvais piano, seulement des mauvais pianistes ! » Bon, c’est presque vrai
mais j’aime bien faire UN avec le piano, celui qui est lĂ , l’apprivoiser. C’est un trĂšs beau Steinway sur lequel j’ai enregistrĂ© et je remercie la RĂ©gie Piano pour sa rĂ©activitĂ© et son soutien. La collaboration avec Jean Michel Daudon (l’accordeur) a Ă©tĂ© Ă©galement  trĂšs importante.

Propos recueillis en janvier 2018.

 
 
 

————

 
 
 


PIANO DE LA NUIT : les Soleils enchanteurs de MARA DOBRESCOCd événement, annonce. MARA DOBRESCO : Soleils de Nuit (1 cd PARATY 2017). 1001 nuances de la nuit

 La pianiste roumaine Mara Dobresco signe en un parcours semĂ© de scintillements nocturnes, l’un de ses programmes les plus personnels : « Notturno, Nocturne, In der Nacht, Nuit, Dans l’air du soir, Clair de lune, berceuse  »  Eloge de l’intime accordĂ© au songe de la nuit, chaque piĂšce ici rĂ©unie et enchaĂźnĂ©e, raconte toujours l’éloquence secrĂšte d’un temps suspendu, appel au rĂȘve, Ă  l’enchantement, mais aussi Ă  une Ă©coute « chopinienne » qui invite l’auditeur Ă  une vĂ©ritable Ă©coute murmurĂ©e et intĂ©rieure… EN LIRE +

 
 
 
 
 
 

VIDEO. Les Italiens Ă  Paris : BRUNO PROCOPIO joue Piccinni, Sacchini, Cherubini Ă  SAO PAULO (nov 2017)

procopio-bruno-ao-paulo-nov-2018-IMG_4784-selfie-tweeter-portrait-entretien-par-classiquenewsREPORTAGE VIDEO. BRUNO PROCOPIO joue Sacchini, Cherubini Ă  SAO PAULO – reportage rĂ©alisĂ© en novembre 2017 En interprĂ©tant avec l’Orchestre symphonique de l’Etat de Sao PAULO, les compositeurs qui dĂšs le XVIIIĂš ont favorisĂ© l’essor de l’Ă©criture symphonique, Bruno Procopio permet aujourd’hui aux orchestres modernes de se familiariser avec les Ă©critures mĂ©connues qui remontent aux origines de l’histoire orchestrale. Salieri, Sacchini, Piccinni, et Cherubini (Ă  travers son unique Symphonie de 1815) renseignent sur la genĂšse dont sont issus Haydn, Mozart, Beethoven… Reportage, version anglais / durĂ©e : 6mn44 © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

MAESTROS. Bruno Procopio : aux origines de la matiĂšre symphonique… Entretien

procopio-maestro-bruno-chef-transatlantique-par-classiquenewsMAESTROS D’AUJOURD’HUI. BRUNO PROCOPIO : retrouver les origines de la musique symphonique. Maestro entre Europe et AmĂ©rique, Bruno Procopio se dĂ©voile en vĂ©ritable chercheur de la matiĂšre orchestrale. Le jeune chef franco-brĂ©silien dĂ©fend avec passion une nouvelle approche des orchestres. Il vient de diriger fin 2017, l’Orchestre Symphonique de l’Etat de Sao Paulo, dans un programme rare de musique française lyrique et symphonique (Symphonie de Cherubini). Sur le plan artistique, il s’agit de rĂ©tablir la place dans les programmes de concerts, des compositeurs qui ont dĂšs le XVIIIĂš favorisĂ© l’essor de l’écriture symphonique. Pour les instrumentistes qu’il dirige, en AmĂ©rique du sud et en France, le jeune chef d’orchestre veille Ă  encourager les attentes des nouvelles gĂ©nĂ©rations de musiciens. Mobiles, habiles (sur instruments d’époque ou sur instruments modernes), les instrumentistes d’aujourd’hui comme les publics de plus en plus sĂ©duits par les programmes symphoniques, souhaitent se familiariser avec les compositeurs baroques, classiques et prĂ©romantiques qui ont prĂ©cĂ©dĂ© les Viennois. Or jouer Rameau ou Gossec permet de mieux comprendre Haydn, Mozart jusqu’à Beethoven. Une rĂ©volution orchestrale est en marche. Certes il y a l’apport des instruments d’époques dans la perception plus affinĂ©e des rĂ©pertoires ; Bruno Procopio apporte aussi pour les orchestres modernes, la dĂ©couverte des Ɠuvres moins connues, – baroques, classiques et prĂ©romantiques-, dont il maĂźtrise, comme chef claveciniste, la langue et l’esthĂ©tique. ENTRETIEN exclusif pour classiquenews.

 
 

 procopio-bruno-maestro-sao-paulo-cherubini-symphonie-1815-presentation-annonce-par-classiquenews-nov-2017

 

 

BRUNO PROCOPIO : comment l’orchestre moderne peut-il renouer avec son rĂ©pertoire premier ?
RETROUVER LES ORIGINES DE LA MUSIQUE SYMPHONIQUE

 
 
 

CNC : Vous dĂ©fendez aujourd’hui une approche rĂ©solument ouverte et novatrice de la pratique orchestrale. De quoi s’agit-il ?

BRUNO PROCOPIO : maestro transatlantique !BRUNO PROCOPIO : Deux nouvelles voies s’ouvrent Ă  nous aujourd’hui : d’une part, le dĂ©veloppement d’un orchestre plus accueillant Ă  la jeunesse et Ă  la formation professionnelle, pratiques amplement dĂ©veloppĂ©es en AmĂ©rique du Sud (SimĂłn Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela, Brazilian Symphony Orchestra, OSESP / Orchestre symphonique de l’Etat de Sao Paulo, etc) ; et d’autre part, la redĂ©couverte d’un rĂ©pertoire souvent confiĂ© aux ensembles et orchestres spĂ©cialisĂ©s.

Le renouvellement du rĂ©pertoire pour les formations  symphoniques traditionnelles me semble trĂšs salutaire, je suis convaincu que les  rĂ©pertoires baroque, classique et mĂȘme prĂ©-romantique, souvent proposĂ©s en premiĂšre partie de programme (pour initier  un programme spĂ©cialement conçu pour une symphonie de la fin du 19 Ăšme siĂšcle et un concerto) pourraient ĂȘtre programmĂ©s pour la totalitĂ© du concert. Au cours de mes dĂ©placements, je mesure l’appĂ©tit et la curiositĂ© grandissante des publics. Je rencontre des spectateurs avides de nouveaux horizons musicaux ; je vois Ă©galement que les abonnĂ©s aux grandes formations sont ravis de dĂ©couvrir leurs orchestre sous un nouvel angle, avec d’autres sonoritĂ©s. Leur offrir une nouvelle expĂ©rience est une vraie richesse.

Les pages orchestrales de la fin du 18Ăšme siĂšcle et du dĂ©but du 19Ăšme siĂšcle sont encore Ă  dĂ©couvrir. Elles offrent  un rĂ©pertoire riche et exaltant  qui reste encore peu jouĂ©. Il y a Ă©normĂ©ment Ă  faire, des compositeurs comme Gossec, MĂ©hul, tous les italiens qui ont travaillĂ© Ă  Paris (Salieri, Piccini, Sacchini, Cherubini
), d’illustres compositeurs comme Sigismund Neukomm, dont la plupart de son Ɠuvre se trouve Ă  la BNF, 
 tous nous ont laissĂ© une musique pleine de verve, de grandeur et de poĂ©sie expressive.

La fascination pour la France est encore de mise, notamment en AmĂ©rique du Sud. J’ai constatĂ© un rĂ©el et durable enthousiasme quand je propose la musique française quasiment inĂ©dite : plusieurs formations telles que le SimĂłn Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela, le Brazilian Symphony Orchestra, l’Orchestre Symphonique de SĂŁo Paulo OSESP, l’Orchestre Philharmonique du Minas Gerais, l’Orchestre Symphonique National du Costa Rica, entre autres formations du continent (pour ce citer que les phalanges que j’ai eu l’opportunitĂ© de diriger), 
 toutes ont embrassĂ© cette proposition avec joie et Ă©nergie. Je souhaite Ă©galement citer les orchestres europĂ©ens comme l’Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge, l’orchestre National des Pays de la Loire, l’Orchestre d’Auvergne qui ont, sous ma direction,  acceptĂ©  d’aborder uniquement la musique française du 18Ăšme siĂšcle.

 

 

 

CNC : À propos des orchestres modernes, quelles sont les rĂ©sistances qui se prĂ©cisent malgrĂ© votre proposition d’ouverture et d’élargissement ?

procopio-bruno-ao-paulo-nov-2018-IMG_4784-selfie-tweeter-portrait-entretien-par-classiquenewsIl est important de faire une préparation du matériel en amont, grùce, entre autres, au Centre de Musique Baroque de Versailles, un partenaire important pour moi depuis déjà trois ans ; nous disposons ainsi des partitions critiques de grande qualité. La musique de cette période peut sembler au premier abord « simple », sans prétention. Néanmoins, pour la jouer correctement dans le style et en faire ressortir toutes les beautés, il faut particuliÚrement une pré-disposition de la part des cordes. Les orchestres qui font cette démarche peuvent seuls acquérir beaucoup de connaissances et de maßtrise qui leur seront fort utiles  pour aborder le répertoire romantique.

Pour la musique française, peut-ĂȘtre plus que pour d’autres cultures musicales, plusieurs aspects techniques ne sont pas notĂ©s dans la partition (une Ă©cole Ă  part pour les coups d’archets, les ornements, l’inĂ©galité ) ; pour cette raison, j’insiste sur la rencontre, et non sur la simple invitation Ă  diriger un programme de plus dans une riche programmation trĂšs fournie.

 

 

 

 

CNC : Quels bĂ©nĂ©fices pourtant peuvent aujourd’hui en tirer les instrumentistes des orchestres et surtout le public ?

IMG_4778Les musiciens gagnent un indĂ©niable enrichissement de leur propre culture musicale, d’autant qu’il s’agit de rĂ©tablir un ordre logique selon la chronologie et l’évolution rĂ©elle de l’histoire musicale. Savoir jouer les compositeurs qui ont prĂ©cĂ©dĂ© Haydn, Mozart, Beethoven, est la clĂ© pour bien comprendre et jouer ce rĂ©pertoire central. C’est aussi accompagner et renforcer la nĂ©cessaire et dĂ©sormais inĂ©luctable flexibilitĂ© et polyvalence des jeunes instrumentistes d’ aujourd’hui ; les plus dynamiques sont capables de jouer un violon moderne et un violon d’époque.

C’est aussi, inverser l’approche habituelle qui prĂ©fĂšre interprĂ©ter Beethoven et Haydn Ă  travers la connaissance de Brahms, Bruckner, Mahler, Strauss, Wagner
 c’est Ă  dire tous les auteurs qui les ont suivis.

Pour le public, il est souhaitable de prĂ©server la diversitĂ© et la richesse des rĂ©pertoires jouĂ©s par les orchestres. Concernant les formations symphoniques traditionnelles, les baroques, les classiques et les premiers romantiques peinent Ă  occuper l’affiche des saisons ; or le contribuable a tout Ă  fait lĂ©gitimitĂ© de  pouvoir entendre tous les types d’esthĂ©tiques qu’il est possible d’interprĂ©ter aujourd’hui, comme toutes les pratiques spĂ©cifiques que l’on peut dĂ©sormais rĂ©aliser et maĂźtriser
 Pour les grandes villes culturelles dans le monde,  le problĂšme ne se pose pas, Ă©tant donnĂ© que l’offre est abondante, par contre pour les villes plus petites et pour des pays ayant plus de difficultĂ©s Ă  financer une offre riche, l’un des seuls moyens pour le public de profiter pleinement de cette diversitĂ© passe forcĂ©ment  par les formations symphoniques d’ Etat.

Les salles les plus innovantes prennent soin d’offrir Ă  leur audience toutes les esthĂ©tiques en proposant des cycles thĂ©matisĂ©s qui sont de vrais parcours artistiques restituant en une arche continue et claire, l’histoire de la musique ; de Lully Ă  Rameau, de Rameau Ă  Gossec, MĂ©hul, parfois Onslow et Haydn, Mozart et Beethoven. L’avenir du mĂ©tier et l’avenir des concerts symphoniques dĂ©pendent aujourd’hui de cette prise de conscience.

 

 

 

Propos recueillis en janvier 2018.

——————

 

 

 

APPROFONDIR

 
 

   

VOIR notre reportage vidĂ©o Bruno Procopio dirige Cherubini, Sacchini, Piccinni Ă  Sao Paulo (Les Italiens Ă  Paris), avec l’OSESP Orchestre Symphonique d’Etat de Sao Paulo, novembre 2017

 
 
PROCOPIO BRUNO Maestro sao paulo concert italiens a paris a sao paulo presentation reportage video par classiquenews

 
 

REPORTAGE VIDEO. BRUNO PROCOPIO joue Sacchini, Cherubini Ă  SAO PAULO - reportage rĂ©alisĂ© en novembre 2017 En interprĂ©tant avec l’Orchestre symphonique de l’Etat de Sao PAULO, les compositeurs qui dĂšs le XVIIIĂš ont favorisĂ© l’essor de l’Ă©criture symphonique, Bruno Procopio permet aujourd’hui aux orchestres modernes de se familiariser avec les Ă©critures mĂ©connues qui remontent aux origines de l’histoire orchestrale. Salieri, Sacchini, Piccinni, et Cherubini (Ă  travers son unique Symphonie de 1815) renseignent sur la genĂšse dont sont issus Haydn, Mozart, Beethoven… Reportage, version anglais / durĂ©e : 6mn44 © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

 
 
 

GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, ThĂ©Ăątre, le 7 janvier 2018. RĂ©cital lyrique de l’AcadĂ©mie & Concours Bellini

Le NEW YEAR MUSIC FESTIVAL Ă  GSTAAD !COMPTE-RENDU, critique, rĂ©cital lyrique - GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, ThĂ©Ăątre, le 7 janvier 2018. RĂ©cital lyrique de l’AcadĂ©mie & Concours Bellini. Depuis 2 ans, le Festival hivernal Ă  Gstaad et ses alentours (Rougemont, Saanen, et jusqu’à Launen
 dans le Saanenland) accueille les masterclasses d’hiver du Concours Bellini, co fondĂ© par le chef Marco Guidarini et Youra Simonetti. La terre choisi par Yehudi Menuhin qui y a fondĂ© lui-mĂȘme le fameux festival estival (GSTAAD MENUHIN Festival & Academy) cultive l’art lyrique dans l’un de ses genres les plus exigeants. C’est une expĂ©rience unique qui permet aux jeunes chanteurs d’affiner encore et encore leur maĂźtrise du bel canto romantique : soit les oeuvres si difficiles de Rossini, Bellini, Donizetti. Pendant une semaine, les « acadĂ©miciens »  apprennent leur futur mĂ©tier de belcantiste : l’élĂ©gance et le raffinement du style, la puretĂ© du legato, l’articulation du texte, le sens des nuances, pour un chant incarnĂ©, Ă©thĂ©rĂ©, surtout juste et sincĂšre. Il s’agit moins de dĂ©montrer sa bravoure que d’habiter un texte, le rendre immĂ©diatement vivant en clartĂ©, contrastes et toujours
 subtilitĂ©.
Seuls les plus grands rĂ©ussissent cet art lyrique dont le style exige le plus. Callas fut une belcantiste nĂ©e : actrice autant que diseuse, expressive et si juste. Les CaballĂ©, Sutherland, aujourd’hui Gruberova (d’une longĂ©vitĂ© spectaculaire) ont montrĂ© que la virtuositĂ© pouvait fusionner avec la profondeur et la finesse. C’est aprĂšs tout, l’essentiel qu’espĂšre sans souvent le trouver, les amateurs d’opĂ©ra.

 

 

santiago-martinez-tenor-bellini-academie-classiquenews-philippe-alexandre-PHAM

 

Santiago Martinez, futur tĂ©nor rossinien d’exception ? (© classiquenews.tv 2018)

 

 

Pourtant Ă  Chateau d’Oex, oĂč ils avaient leur classe quotidienne, les chanteurs ont prouvĂ© leur aptitude dans ce style supĂ©rieur entre tous. ‹A l’école de la facĂ©tie de Donizetti, de la langueur extatique de Bellini, entre autres, deux tempĂ©raments ont offert leur remarquable engagement ; d’autant qu’ils ont dĂ©jĂ  participĂ© au Concours Bellini 2017 : le tĂ©nor argentin Santiago Martinez et la soprano espagnole Sara Baneras. Le premier a remportĂ© le Prix de la meilleure interprĂ©tation d’un air en français lors du dernier Concours Bellini qui s’est tenu en dĂ©cembre dernier Ă  VendĂŽme.

 

 

Jeunes espoirs du Bel Canto :
Santiago Martinez, Sara Baneras

 

 

Pour se perfectionner – le mĂ©tier du chanteur d’opĂ©ra n’est il pas un constant apprentissage, pour rĂ©gler toujours et encore cet instrument des plus fragiles, la voix ?-, les deux chanteurs suivent les cours du chef Marco Guidarini (matin) et de Viorica Cortez (aprĂšs-midi). L’intention, la technique, le souffle, la prĂ©cision, la justesse
 tout cela est travaillĂ© avec un acharnement patient, une attention progressive lors de masterclasses qui sont ouvertes (au premier Ă©tage de l’hĂŽtel Roc et Neige).
A la fois d’une Ă©nergie virtuose et d’une finesse naturelle, le jeune tĂ©nor argentin, dĂ©jĂ  remarquĂ© Ă  VendĂŽme en dĂ©cembre dernier, « ouvre » le rĂ©cital au ThĂ©Ăątre de Saanen ; il confirme une prĂ©sence immĂ©diate, une brillance hors normes dans l’exposĂ© du timbre, une vaillance qui rappelle Luigi Alva ou Rockwel Blake, – une couleur raffinĂ©e qui l’inscrit dans les pas actuels de Juan Diego Florez. Rien de moins. Pour autant s’il rĂšgle certains dĂ©tails de justesse, il doit encore travailler, renforcer ses assises techniques s’il veut rejoindre demain la cour des trĂšs grands. Il faut beaucoup d’audace et de panache facĂ©tieux pour rĂ©ussir l’air si rare sur scĂšne et pourtant capital dans l’affirmation du caractĂšre d’Almaviva dans Le Barbier de SĂ©ville : « Cessa di piu resistere ». D’emblĂ©e, l’adĂ©quation du chanteur avec la verve et la finesse rossiniennes s’imposent avec une insolence inouĂŻe. VoilĂ  vĂ©ritablement un tĂ©nor agile « di grazia ». Les scĂšnes du monde entier attendent un nouvel Almaviva, percutant et intĂ©rieur. Santiago Martinez a tout de cela. Rien que pour cet air premier, le soliste mĂ©rite les meilleurs Ă©loges et suscite une attention privilĂ©giĂ©e. Un immense potentiel, Ă  suivre dĂ©sormais.
MĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© du timbre, avec un engagement sincĂšre plus manifeste encore dans le chant trĂšs incarnĂ© de la soprano Sara Baneras : sa Lucia (« Rengava nel silenzio ») offre des couleurs pĂ©nĂ©trantes quand l’interprĂšte pense Ă  la direction et aux images du texte. D’autant que la voix est ample et charnelle. Avec davantage de stabilitĂ©, et plus de prĂ©cision comme de nuances dans les phrasĂ©s (donc avec davantage de dĂ©licatesse), la jeune diva devrait bientĂŽt elle aussi, faire parler d’elle.
Leurs duos font jaillir le feu de la farce en demi teinte, pas vraiment comique mais entre vĂ©ritĂ© et travestissement des sentiments : sous un jeu feint, celui de l’insouciance, on sent poindre dans le dernier Ă©pisode («Trallala» de l’Elisir d’amore de Donizetti), cette sincĂ©ritĂ© de l’intention qui dĂ©masque les coeurs ; ces deux lĂ  jouent l’indiffĂ©rence mais en rĂ©alitĂ© ils sont touchĂ©s Ă  vif : les faux semblants, la vraie profondeur
 inspirent aux deux juvĂ©niles, une ardeur irrĂ©sistible. La vaillance lĂ  encore du tĂ©nor, son souci de la lĂ©gĂšretĂ© ; la pĂ©tillance de la soprano, sa sincĂ©ritĂ© franche font les dĂ©lices d’une scĂšne dramatique qui met en lumiĂšre leur tempĂ©rament d’acteurs.

 

 

bellini academie saanen maguelone sara santiago trio

 

Sara Baneras, Maguelone Parigot, Santiago Martinez – © classiquenews.tv 2018

 

 

La seconde partie du rĂ©cital lyrique, offre une scĂšne non moins convaincante Ă  la jeune soprano Anush Hovhannisyan, Prix du New Year Music Festival Gstaad au Concours Bellini 2016. Bel cantiste, d’un tempĂ©rament trĂšs affirmĂ©, entre noblesse et sentiment, la jeune soprano rĂ©alise un Rossini d’ouverture, d’une somptuositĂ© trĂšs convaincue (« Bel Raggio lusinghier de Semiramide »). Puis, l’interprĂšte Ă©blouit par sa maĂźtrise de la caractĂ©risation dramatique, volontiers cocasse et dĂ©lirante chez Nicolai (Les Joyeuses commĂšres de Windsor), plus intĂ©rieure et suavement colorĂ©e chez Berg (« Traumgekrönt » des Sieben FrĂŒhe Lieder). Le français de « Violon » (Poulenc) est carrĂ©ment perfectible, mais la Nymph de Rimsky-Korsakov fait valoir un timbre onctueux et mĂȘme crĂ©meux, d’une facilitĂ© virtuose, d’une justesse de ton, dĂ©jĂ  accomplies. Au piano, complice, au jeu allusif et trĂšs nuancĂ©, Maguelone Parigot sait murmurer, colorer, 
 et envelopper les voix dans le souci des Ă©quilibres ; la pianiste, sensible et imaginative, fait surgir le cadre Ă©motionnel de chaque sĂ©quence. Son soutien sonore est idĂ©al.

 

 

bellini academie saanen par classiquenews vanush maguelone recital lyrique

 

Maguelone Parigot et Vanush Hovhannisyan – © classiquenews.tv 2018

 

 

Le trĂšs haut niveau des solistes ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s par le Concours Bellini laisse l’audience quasi Ă©bahie. En offrant de vivre les premiers pas trĂšs prometteurs de trois superbes jeunes talents, le Concours Bellini (Ă  travers, Ă  Gstaad, son AcadĂ©mie d’hiver) et le New Year Music Festival rĂ©alisent les conditions dont rĂȘve tout festivalier : assister en leurs dĂ©buts Ă©tincelants, Ă  l’émergence de sensibilitĂ©s lyriques encore vertes mais prometteuses et particuliĂšrement attachantes. C’est aussi une « audition » en public dont tous les directeurs rĂȘvent en secret : dĂ©couvrir une nature musicale faite pour le thĂ©Ăątre. C’est assurĂ©ment ce qu’ont Ă©prouvĂ© les professionnels prĂ©sents au concert. DĂ©couverte mĂ©morable.

 

 

———————————

 

COMPTE-RENDU, critique, rĂ©cital lyrique. GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, ThĂ©Ăątre, le 7 janvier 2018. RĂ©cital lyrique de l’AcadĂ©mie & Concours Bellini. Santiago Martinez, tĂ©nor. Sara Baneras, soprano (1Ăšre partie). Anoush Hovhannisyan, soprano (2Ăš partie) – CrĂ©dits photographiques / Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS 2018

 

 

Compte-rendu, opéra. TOURS, Opéra, LOEWE : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Benjamin Pionnier / PE Fourny.

Compte-rendu, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, LOEWE : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Benjamin Pionnier / PE Fourny. Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e et la soirĂ©e du 31 dĂ©cembre 2017, l’OpĂ©ra de Tours affiche une production (dĂ©jĂ  vue) de l’inusable lyrique signĂ© Loewe : My Fair Lady (1956). Tout en français (dialogues et songs), l’ouvrage se prĂ©sente ainsi en 5 dates, offrant sa sĂ©duction particuliĂšre, propre au Broadway des annĂ©es 1950, entre mĂ©lodies suaves mais aussi critique vitriolĂ©e de la « bonne sociĂ©tĂ© londonienne » Ă  l’époque du puritanisme victorien. On y rit comme on y savoure un fĂ©minisme juste qui Ă©pingle l’arrogance phalocratique et machiste de la sociĂ©tĂ© britannique. L’intrigue quant Ă  elle, rĂ©alise ce basculement bien connu et toujours efficace sur la scĂšne, oĂč un parieur sĂ»r de lui, – un rien suffisant, se prend Ă  son propre piĂšge


 

 

 

Les aventures du professeur Higgins et de sa créature Eliza

Pygmalion Ă  Broadway

 

 
tours-opera-my-fair-lady-critique-opera-par-classiquenews-diva-londres-production-de-noel-2017

 

L’ouverture indique clairement les intentions du chef Benjamin Pionnier, directeur du ThĂ©Ăątre : lĂ©gĂšretĂ© et efficacitĂ©, entrain et 
 profondeur. DĂšs les premiĂšres mesures, l’allant, l’humour, la finesse portent les 2 actes avec une verve bienheureuse oĂč l’on suit pas Ă  pas, les progrĂšs de la jeune vendeuse de fleurs, Eliza Doolittle vers les cimes de la sociĂ©tĂ© mondaine la plus polissĂ©e ; elle s’évertue Ă  maĂźtriser l’art du bien dire et du mieux parler, indices d’une Ăąme bien nĂ©e. Et pourtant Ă  « singer » ainsi un rang qui n’est pas le sien, la jeune hĂ©roĂŻne, aux rĂ©elles aptitudes de maintien et de dĂ©clamation aristocratiques, finit par perdre toute identitĂ© : est-elle objet ou sujet ? Qu’a-t-elle Ă  gagner dans cette (fausse ascension sociale) qui l’enchaĂźne peu Ă  peu Ă  servir l’ambition de son mentor ?

Le divertissement de façade cache en vĂ©ritĂ© une lecture satirique trĂšs pertinente sur la libertĂ© et le statut de la femme en Angleterre au XIXĂš. Et l’on demeure surpris de bout en bout par l’acuitĂ© du propos et la profondeur de l’analyse, sous le masque d’une comĂ©die musicale apparemment dĂ©corative. Ainsi Frederick Loewe et son librettiste, Alan Jay Lerner signent-ils une Ɠuvre Ă  double face, Ă  la fois sĂ©duisante et critique, parfaitement contemporaine du West Side Story de Bernstein (Broadway, 1957) : relecture tout aussi dĂ©capante voire dĂ©sespĂ©rĂ©e du mythe de RomĂ©o et Juliette.

M-Y-FAIR-LADY-loewe-opera-de-tours-critique-par-classiquenews-ballet-MFLG18-copyright-Marie-PetryDans My Fair Lady, chaque tableau collectif bĂ©nĂ©ficie d’un travail prĂ©cis de la part des chanteurs du chƓur de l’OpĂ©ra de Tours (dont plusieurs membres assurent les rĂŽles secondaires), auxquels se joignent plusieurs danseurs : l’équilibre entre thĂ©Ăątre chantĂ© et tableaux chorĂ©graphiques est trĂšs rĂ©ussi. Tout l’attrait dramatique repose sur le duo du mentor et de sa crĂ©ature, qu’il façonne Ă  sa guise : le professeur Higgins et la jeune et si vulgaire (en ses dĂ©buts) Eliza. Le premier (Jean-Louis Pichon) affine les traits du professeur phalo, misogyne, d’une rare arrogance : emblĂšme de toute la caste virile britannique victorienne, coq suffisant, trop heureux de pouvoir mettre en pratique sa domination manipulatrice. Mais Ă  ce jeu, le dĂ©miurge Pygmalion se prend Ă  son propre piĂšge. Car la subtilitĂ© et l’imagination expressive dont est capable la trĂšs convaincante soprano Fabienne Conrad dans le rĂŽle titre (Eliza Doolittle), sait se rebiffer et reprendre le contrĂŽle de sa vie aprĂšs avoir Ă©tĂ© soumise et dominĂ©e : tout est rĂ©vĂ©lĂ© dans cette progression qui se dessine
 oĂč le dominateur vacille sous les traits de plus en plus enchanteurs de sa propre crĂ©ature, Eliza. Il y a bien sĂ»r un glissement fantasmatique propre Ă  l’Angleterre victorienne dans cette relation entre deux gĂ©nĂ©rations : une jeune femme de plus en plus sĂ©duisante mais pauvre, et un vieux loup solitaire confortablement installĂ©.
La partition comporte autant d’airs savoureux, souvent irrĂ©sistibles, que de saillies amĂšres voire violentes (de la part justement d’Eliza qui se rebelle quand elle se sent incomprise / humiliĂ©e en tant qu’objet et faire valoir social). Loewe connaĂźt son Kurt Weil, et le premier air (acte I) oĂč la jeune femme oppressĂ©e imagine la mort de Higgins, surprend, en dĂ©voilant la personnalitĂ© farouche, indĂ©pendante et entiĂšre de la future jeune Lady.
Parmi les rĂŽles complĂ©mentaires, distinguons le tĂ©nor amĂ©ricain Scott Emerson (Freddy, le jeune aristo qui s’entiche d’Eliza aux courses d’Ascot) : il apporte en authentique chanteur de Broadway, la touche rafraĂźchissante, originelle, Outre-Atlantique ; comme les trĂšs engagĂ©s Oliver Grand (Doolittle pĂšre) et Philippe Lebas (le colonel Pickering, double du professeur Higgins, et initiateur du pari premier dont tout dĂ©coule).

Ainsi les vertus d’un vrai bon spectacle sont-elles rĂ©unies Ă  Tours en cette fin 2017 : verve en diable, sĂ©duction mĂ©lodique, chant incarnĂ© assurant plusieurs sĂ©quences thĂ©Ăątrales et lyriques trĂšs convaincantes. A l’affiche encore les 29, 30 et 31 dĂ©cembre 2017. Illustrations : OpĂ©ra de Tours 2017 © M PĂ©ry.

 

 

 
———————

 

 

 

TOURS, Opéra. My Fair Lady de Friedrich Loewe
ComĂ©die musicale – Paroles et livret d’Alan Jay Lerner
d’aprùs la piùce Pygmalion de George Bernard Shaw
Créée le 15 mars 1956 au Mark Hellinger Theatre de Broadway
avec Julie Andrews et Rex Harrison
Adaptation française d’Alain Marce

Mardi 26 dĂ©cembre 2017 – 20h
Mercredi 27 dĂ©cembre – 20h
Vendredi 29 dĂ©cembre – 20h
Samedi 30 dĂ©cembre – 15h
Dimanche 31 dĂ©cembre 2017 – 19h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Eliza Doolittle : Fabienne Conrad
Henry Higgins : Jean-Louis Pichon
Colonel Hugh Pickering : Philippe Lebas
Alfred P.Doolittle : Olivier Grand
Freddy Eynsford-Hill : Scott Emerson
Mrs Higgins / Miss Hopkins : Coco Felgeirolles

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne & dĂ©cors : Paul-Émile Fourny

Costumes : Dominique Burté
LumiĂšres : Patrice Willaume
ChorĂ©graphies : Élodie Vella et Jean-Charles Donnay

 

 
my-fair-lady-opera-critique-compte-rendu-par-classiquenews-MFLG52HD©Marie-petry

 

 
LIRE aussi notre prĂ©sentation de My Fair Lady Ă  l’OpĂ©ra de Tours… en dĂ©cembre 2017

VIDEO. WINTER. Les Timbres / The way to Paradise (création, Festival Musique et Mémoire 2016)

timbres-winter-the-way-to-paradise-HOMEPAGE-582LES TIMBRES : WINTER. THE WAY TO PARADISE
. WINTER. Par Les Timbres. C’est l’HIVER… Dans une pĂ©nombre propice Ă  l’allusion, les instrumentistes des Timbres poursuivent leur exploration poĂ©tique sur le thĂšme des saisons. Leur programme jubilatoire crĂ©Ă© lors du Festival Musique et mĂ©moire Ă  l’étĂ© 2016, Ă©claire dans cette nouvelle partie, le temps d’hiver : un Ă©pisode d’une intĂ©rioritĂ© grave et directe, Ă  la fois intime, sombre mais d’une pudeur Ă©loquente, que rehausse le soprano de Julia Kirchner. Les instrumentistes rĂ©unis en consort de cordes uniquement, ouvragent un nuancier de teintes mordorĂ©es, explorant aussi les compositeurs anglais baroques du XVIIĂš, au temps de Shakespeare…
D’abord, Flow my tears de John Dowland laisse, Ă©tire, murmure sa plainte lacrymale, celle de l’exilĂ©e languissante, sublimĂ©e par le consort des 4 violes fraternelles. Et dĂšs avant Wagner, la muse tragique a abandonnĂ© tout espoir, s’écarte de toute lumiĂšre, toute entiĂšre traversĂ©e par son dĂ©sespoir d’une grandeur Ă  la fois tragique et douce
 « Heureux ceux qui en enfer, ne ressentent pas l’agonie de ce monde ». Lumineux rĂ©alisme aux Ă©chos contemporains.

Puis, la Fantaisia d’Orlando Gibbons, – purement instrumentale, approfondit encore le sentiment de langueur suspendue ; C’est ensuite « Come, Sable Night » de John Ward, (appel Ă  la nuit noire
), priĂšre Ă  l’ensevelissement et Ă  l’oubli Ă©ternel (pour consoler le deuil « d’Amyntas »). L’ombre gagne, le silence fait aussi partie de la succession des piĂšces choisies.
Enfin le collectif conclut la traversĂ©e (Ă  16’26) au pays des ombres par « In Paradise, d’un compositeur demeurĂ© anonyme : irradiante et solaire, la dame Ă©voquĂ©e au paradis, Ă  son lever est le sujet de ce dernier hymne Ă  la beautĂ© fĂ©minine certes terrestre mais saisissante. L’évocation illumine la derniĂšre strophe qui garde ses lueurs vacillantes et mystĂ©rieuses. A la suggestion du texte poĂ©tique, rĂ©pond le geste tout en nuance des musiciens des Timbres. Vous ne rĂȘvez pas alors : “The way to Paradise…”, vous ĂȘtes au Paradis. GrĂące Ă  l’inspiration des musiciens.

_______________

TIMBRES-the-way-to-paradise-WINTER-par-classiquenews-582

DurĂ©e totale : 21’23 mn.
Captation rĂ©alisĂ©e par le studio CLASSIQUENEWS.TV © / son : Jean-Valbert Gobillard – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM © Classiquenews / Les Timbres

 

VOIR aussi notre “Ă©pisode” AUTUMN, l’autre saison dĂ©voilĂ©e, sublimĂ©e par Les Timbres dans leur programme THE WAY TO PARADISE…(17 mn)

COMPLETE CHAMBER MUSIC for Strings and PIANO / DSCH – SCHOSTAKOVICH ENS (Ă  venir chez Paraty au printemps 2018)

dmitri-chostakovitchParaty_logo_rouge_582VIDEO, TEASER. COMPLETE CHAMBER MUSIC for Strings and PIANO / DSCH – SCHOSTAKOVITCH ENSEMBLE / Filipe Pinto-Ribeiro / Corey Cerovsek / Cerys Jones / Isabel Charisius / Adrian Brendel (cd set box PARATY) – En avril 2018, est annoncĂ©e la parution du coffret dĂ©diĂ© Ă  l’intĂ©grale de la musique de chambre avec piano de Dmitri Schostakovitch par le DSCH – SCHOSTAKOVITCH ENSEMBLE / Filipe PINTO-Ribeiro, piano & direction artistique. L’intĂ©grale, la premiĂšre du genre, promet dĂ©jĂ  d’ĂȘtre un enregistrement de rĂ©fĂ©rence – Coup de cƓur de CLASSIQUENEWS, donc Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS”, Ă  venir au printemps 2018 – pour attendre la venue de ce coffret Ă©vĂ©nement, voici pour patienter le TEASER VIDEO par le studio CLASSIQUENEWS.COM — RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM / Lisboa, Lisbonne Ă©tĂ© 2017

FOCUS SUR L’ONL – Orchestre National de Lille. PARRA / ATTAHIR en rĂ©sidence partagĂ©e

ONL-Orch-national-de-lille-bandeau-saison-17-18-vignette-cartouche-classiquenews-saison-annonce-2017-2018FOCUS SUR L’ONL – Orchestre National de Lille. RÉSIDENCE PARTAGÉE. PARRA / ATTAHIR. Deux compositeurs en rĂ©sidence. ONL, nouvelle saison 2017 – 2018. La nouvelle saison de l’ONL Orchestre National de Lille poursuit son cours. Comme au milieu du guĂ©, nous identifions les temps forts et les particularitĂ©s d’une programmation riche et gĂ©nĂ©reuse, dont l’ouverture sait favoriser la cohĂ©rence et l’accessibilitĂ©. Au sein du Nouveau SiĂšcle, au centre de la mĂ©gapole lilloise, vĂ©ritable vaisseau conçu comme lieu de vie, l’Orchestre national de Lille, fondĂ© par Jean-Claude Casadesus, ne cesse d’évoluer, repensant comme une rĂ©flexion permanente, la place et l’activitĂ© d’un orchestre dans la citĂ©, sur le territoire, vers tous les publics.

 

 

bloch-alexandre-maestro-orchestre-national-de-lille-582-presentation-classiquenews-saison-2017-2018

 

 

Avec Alexandre Bloch son nouveau directeur musical, l’Orchestre poursuit son exploration fĂ©conde entre musique et sociĂ©tĂ©, accordant la vitalitĂ© d’un orchestre polymorphe aux derniĂšres Ă©volutions de notre sociĂ©tĂ©, Ă  ses nouveaux modes de consommation culturelle. Chaque semaine, comme un feuilleton en plusieurs volets, classiquenews met l’accent sur une facette d’une programmation Ă©clectique, Ă  360°

VOLET 1 : le travail des 2 compositeurs en résidence (HÚctor Parra et Benjamin Attahir).

 

 

 

HĂšctor Parra et Benjamin Attahir
2 compositeurs en résidence
à l’Orchestre National de Lille

 

 

COMPOSITEURS EN RÉSIDENCE : Benjamin Attahir et HĂšctor Parra. L’un finit sa course lilloise, l’autre s’apprĂȘte Ă  la commencer (en janvier 2018). Depuis plusieurs saisons, les spectateurs auditeurs du Nouveau SiĂšcle l’ont remarquĂ© ; ils ont appris Ă  apprĂ©cier son sens de la clarification : les leçons de musique d’HĂšctor Parra sont devenues un temps fort de l’offre musicale au Nouveau SiĂšcle : avant le concert du soir, le compositeur en rĂ©sidence raconte la musique, qu’il s’agisse d’un point d’histoire gĂ©nĂ©rale, d’une prĂ©sentation de ses Ɠuvres, d’une prĂ©paration au concert qui va suivre
 Formidable pĂ©dagogue, HĂšctor Parra saint captiver son audience par le jeu trĂšs personnel de son Ă©criture comme compositeur.

 

 

parra-hector-portrait-orchestre-national-de-lille-presentation-par-classiquenewsLes Lillois pourront ainsi Ă©couter son ultime partition prĂ©sentĂ©e en juin 2018, en crĂ©ation mondiale, Ă  l’initiative de l’ONL, pour orchestre et ensemble, avec plusieurs musiciens (issus de l’Ensemble InterContemporain) rĂ©partis dans la salle dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle. La piĂšce combine instruments et musique Ă©lectronique, sollicitant les ressources technologiques du studio numĂ©rique de l’ONL. PassionnĂ© d’astrophysique (en particulier stimulĂ© par les Ă©crits et recherche de l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet), de physique thĂ©orique comme inspirĂ© aussi par la biologie Ă©volutive, HĂšctor Parra intitule sa nouvelle partition  immersive : « Inscape » . Le compositeur admiratif de l’oeuvre peint d’El Greco et de CĂ©zanne, s’interroge dans son Ɠuvre musicale sur la forme de l’univers, celle d’un univers « chiffonné », comme repliĂ© sur lui-mĂȘme, Ă  l’extension cachĂ©e, imprĂ©vue, ignorĂ©e / Samedi 16 juin 2017, 18h30. Temps fort de la fin de la saison, Inscape, partition d’à peu prĂšs 30 mn, nĂ©cessitant toutes les forces vives de l’ONL, – orchestre, studio numĂ©rique, mais aussi ensemble d’instrumentistes spatialisĂ©s, devrait marquer un jalon important de la rĂ©sidence d’HĂšctor Parra au sein de l’Orchestre National de Lille, et comme son point d’accomplissement.
Le style de Parra est Ă  la fois brillant sur le plan de l’orchestration, vivace et dynamique, surtout accessible pour le grand public. Avant juin 2018, le mois de mars permettra d’écouter deux oeuvres majeures du compositeur franco-catalan : deux autres immersions dans ses univers si personnels, Chroma I et Chroma II (hommage Ă  CĂ©zanne et aussi Ă  la structure des paysages) / Jeudi 22 mars 2018, 20h.

 

 

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLSi Parra rĂ©alise la derniĂšre sĂ©quence de sa rĂ©sidence Ă  Lille, Benjamin ATTAHIR la dĂ©bute, avec Ă  la clĂ© au mois de janvier 2018, plusieurs rvs importants dont surtout la crĂ©ation d’une nouvelle partition pour serpent, – instrument grave de l’époque baroque, souvent utilisĂ© pour doubler les choeurs dans la musique sacrĂ©e. Comme souvent Benjamin Attahir cultive une certaine affection pour la sensualitĂ© des timbres et le goĂ»t de la couleur. Le choix de l’instrument ainsi mis en avant en janvier 2018 correspond Ă  ce travail personnel / 26 janvier 2018, 20h : le programme croise le rĂ©pertoire classique et romantique avec la recherche du compositeur contemporain en rĂ©sidence
 Haydn, Beethoven (Symphonie n°5), et donc ADH-DHOHR de Benjamin Attahir, pour serpent et orchestre (crĂ©ation mondiale – soliste : Patrick Wibart). Pensionnaire de la Villa Medicis Ă  Rome, Benjamin Attahir poursuit son travail musical au moment oĂč il amorce sa rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille. Son Ă©criture cisĂšle l’orchestration, c’est l’un des rares auteurs contemporains (qui est violoniste de formation) dont la sensibilitĂ© pour l’orchestre se manifeste avec autant de naturel, de richesse, d’évidence.
Auparavant pour se familiariser avec l’imaginaire sonore de Benjamin Attahir, les auditeurs du Nouveau SiĂšcle pourront dĂ©couvrir son jardin personnel au cours du CONCERT FLASH du jeudi 25 janvier 2018, Ă  12h30 (« Musiques du monde », carte blanche Ă  Benjamin Attahir).

 

 

 

———————

 

 

AGENDA

Orchestre National de Lille / saison 2017 – 2018
RĂ©sidences d’HĂšctor Parra et de Benjamin Attahir

 

JANVIER 2018 avec Benjamin ATTAHIR

 

 

 

ONL-GLASS-REICH-concert-evenemnt-a-lille-presentation-enjeux-par-classiquenewsJeudi 11 janvier 2018, 20h
Vendredi 22 janvier 2018, 20h
Concert Glass vs Reich
ATTAHIR : Samaa Sawti Zaman
Reich : Three Movements
Glass : The American Four Seasons / Concerto pour violon n°2

Keith Lokhart, direction
Robert McDuffie, violon

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/glass-vs-reich/

LIRE aussi notre présentation du concert GLASS versus REICH, et Benjamin Attahir...

 

 

Jeudi 25 janvier 2018
Concert Flash à 12h30 / « Musiques du monde », carte blanche à Benjamin Attahir

Berio : Folksongs
Attahir : AnchĂŽ

Direction Benjamin Attahir
Orchestre National de Lille
avec Raquel Camarinha, soprano

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/musiques-du-monde/

 

 

 

Vendredi 26 janvier 2018
Concert Ă  20h
Haydn : Symphonie n°7 « Le midi »
Beethoven : Symphonie n°5
Attahir : Adh-dhohr, pour serpent et orchestre, création mondiale

Alexandre Bloch, direction
Patrick Wibart, serpent

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/la-cinquieme-de-beethoven/

et Ă  18h45 : Autour du concert / Leçon de musique – prĂ©sentation du concert et de la crĂ©ation mondiale « Adh-dhohr », par Benjamin Attahir, avec le soliste Patrick Wibart / « les instruments de musique Ă©tonnants ».

A plusieurs reprises, en liaison avec le programme donné selon les dates, Benjamin Attahir assure un certain nombre de Leçons de musique :
jeudi 22 fĂ©vrier 2018 – 18h45 : « le violon concertant »
les 12 et 13 avril 2018 – 18h45 : « l’orchestration »

 

 

 

——————

 

 

MARS puis JUIN 2018 avec HĂšctor PARRA

Jeudi 22 mars 2018, 20h

Concert « Correspondances »
Parra : LumiĂšres abyssales – Chroma I
Ravel : Rapsodie espagnole
Parra : Karst – Chroma II
Brahms : Symphonie n°1

Alexandre Bloch, direction

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/correspondances/

A 18h45, Leçon de musique, présentée par HÚctor Parra : « La technologie en musique et la spatialisation »
A l’issue du concert, bord de scùne avec Alexandre Bloch et Hùctor Parra

 

 

Vendredi 23 mars 2018, 12h30
Concert Flash / Carte blanche HĂšctor Parra
Tana_Studio-13-profils-582Avec le concours des membres du Quatuor Tana, Ă©lectron libre et d’une audace inouĂŻe, Ă  la fois expĂ©rimentale et visionnaire car ils savent rĂ©inventer leur propre technique selon les rĂ©pertoires investis (en tĂ©moigne leur dernier cd Ă©ditĂ© par PARATY, « VOLTS », CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2017)


György Ligeti
Métamorphoses noctures , quatuor à cordes n° 1

HĂšctor Parra
Aracne, quatuor à cordes n° 3

Quatuor Tana

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/hector-parra/

 

 

 

Samedi 16 juin 2018, 18h30

CONCERT « Immersion orchestrale »

Xenakis : Anaktoria
Parra : Inscape, création mondiale
commande de l’ONL Orchestre National de Lille

Bartok : Concerto pour orchestre

Orchestre National de Lille
Ensemble Intercontemporain
Technique IRCAM

Alexandre Bloch, direction
Concert commentĂ© : pendant le concert, le chef explique illustrations musicales Ă  l’apui la nouvelle partition de HĂšctor Parra

RESERVER, + D’INFOS :
http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/immersion-orchestrale/

A 17h15, autour du concert / Leçon de musique par HĂšctor Parra qui prĂ©sente sa nouvelle partition en crĂ©ation mondiale, « Inscape », aboutissement de sa rĂ©sidence au sein de l’ONL Orchestre National de Lille.

Compte rendu critique, oratorio. TOURCOING, le 26 novembre 2017. Théodore DUBOIS : Le Paradis Perdu (recréation 2017). Atelier lyrique de Tourcoing. Jean-Claude Malgoire

TOURCOING : Jean-Claude Malgoire recrĂ©e l'oratorio Le PARADIS PERDU de DUBOISCompte rendu critique, oratorio. TOURCOING, le 26 novembre 2017. ThĂ©odore DUBOIS : Le Paradis Perdu (recrĂ©ation 2017). Atelier lyrique de Tourcoing. Jean-Claude Malgoire, direction. CrĂ©ation de la version pour orchestre. Si Dieu mit quelques jours pour venir Ă  bout de sa CrĂ©ation, la partition sur le mĂȘme thĂšme de ThĂ©odore Dubois a mis davantage de temps pour Ă©merger de la nuit de l’oubli ; mieux, la genĂšse de la crĂ©ation dans sa version pour orchestre relĂšve d’un roman Ă  rebondissements. Songez qu’en 2012, lorsque l’on pensait tout savoir de la partition, alors que la version pour orchestre semblait avoir disparu, une premiĂšre rĂ©alisation fut alors pilotĂ©e dans une version « allĂ©gĂ©e » : volet d’un festival ThĂ©odore Dubois orchestrĂ© depuis Venise. Mais dĂ©jĂ , la BNF possĂ©dait la version complĂšte pour orchestre
 sans le savoir. Car c’est grĂące aux descendants actuels du compositeur que fut retrouvĂ©e la preuve qu’il existait bien la partition complĂšte pour solistes, choeur et orchestre 
 en France, et de surcroĂźt
 Ă  la BN. VoilĂ  qui en dit long sur les trĂ©sors cachĂ©s dans les collections nationales, ignorĂ©s de l’Administration elle-mĂȘme : car c’est bien ici une initiative extĂ©rieure qui dĂ©montre l’existence d’un manuscrit pourtant recherchĂ© depuis des annĂ©es. Le Festival canadien Classica en juin dernier a donnĂ© dĂ©jĂ  sous la direction du fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, une premiĂšre approche orchestrale mais pas aussi complĂšte que celle qui nous occupe ce soir. En terme d’évĂ©nement lyrique, au rayon prometteur du romantisme français, il s’agit bien d’une recrĂ©ation lyrique d’envergure. Nouveau jalon pour une meilleure estimation de l’art si controversĂ© de ThĂ©odore Dubois.

 

 

MALGOIRE-jean-claude-LE-PARADIS-PERDU-THEODORE-DUBOIS-recreation-version-pour-orchestre-compte-rendu-critique-par-classiquenews-26nov17

 

 

Saluons ainsi l’intelligence astucieusement orchestrĂ©e entre Jean-Claude Malgoire et les descendants de ThĂ©odore, mais aussi le baryton Marc Boucher, directeur du Festival CLASSICA de Montreal (Canada), – interprĂšte ce soir du personnage si captivant de Satan : tous nous offrent Ă  Tourcoing la crĂ©ation de l’oratorio de Dubois, crĂ©Ă© certes en 1878, mais Ă©laborĂ© depuis bien avant, 
 dĂšs 1874. Le compositeur profitant d’un Concours de la Ville de Paris, pour proposer l’une de ses Ɠuvres les plus abouties, offrant ce que tout le monde attendait, espĂ©rait : un bain orchestral riche en rĂ©fĂ©rences et trouvailles, capables de spatialisation Ă©tonnante, agençant les choeurs avec l’aplomb d’un vĂ©ritable dramaturge. En bien des sĂ©quences, l’ouvrage et ses 4 parties nettement identifiĂ©es, s’apparente Ă  un opĂ©ra sacrĂ© oĂč perce le gĂ©nie du mĂ©lodiste, la sensibilitĂ© de l’orchestrateur, surtout l’efficacitĂ© dramatique et la grande franchise de l’architecte. Or on connaissait surtout le chambriste (dont l’excellent et sublime Quintette pour piano demeure la plus grande rĂ©vĂ©lation rĂ©cente du romantisme français).
Jean-Claude Malgoire jamais en reste d’une exhumation heureuse, dĂ©voile avec quelle finesse Dubois sait citer l’orchestre de Berlioz (celui de la Symphonie Fantastique prĂ©cisĂ©ment), tout en se souvenant pour le dĂ©but du drame – grave, mystĂ©rieux, profond, de la CrĂ©ation du monde, version Haydn dans son oratorio Ă©ponyme de 1801. Quand l’AcadĂ©mique et professoral Dubois compose un drame biblique, convoquant les hĂ©ros de la GenĂšse et donc du Paradis perdu, le thĂ©oricien adoucit et enrichit tout ce que sa culture pourrait produire de sec et de dĂ©monstratif : il en rĂ©sulte des tableaux Ă  la fois construits (au mĂ©tier sĂ»r), finement caractĂ©risĂ©s (la cohorte des anges rebelles : « laissez passer Satan »), et une tentation emblĂ©matique pour la voluptĂ© suspendue, un sentiment d’extase et de plĂ©nitude qui, pour nous, inspire Ă  l’auteur ses meilleures pages : bĂ©atitude cotoneuse et ouatĂ©e au tout dĂ©but du drame aprĂšs la CrĂ©ation du monde, dans le premier chƓur des anges bienheureux (fĂ©minin).

 

 

DUBOIS-theodore-le-paradis-perdu-jean-claude-malgoire-atelier-lyrique-de-tourcoing-Marc-Boucher-critique-compte-rendu-par-classiquenews

 

 

 

UN VERITABLE OPERA SACRÉ ET NOIR
 Ce qui frappe et saisit ici demeure la figure de Satan : admirable emploi pour un baryton dont l’écriture Ă©vite bien des caricatures, et renouvelle alors en 1878, toute une tradition noire, celle mĂ©phistophĂ©lienne, des cyniques et manipulateurs, agents de l’ombre et dĂ©mons actifs, qui offre aux compositeurs de remarquables prĂ©textes dramatiques. C’est assurĂ©ment le cas dans les deux premiĂšres parties, la RĂ©volte (des anges rebelles), puis L’Enfer, oĂč rĂšgne la grand dĂ©miurge autoproclamĂ©, rival de Dieu lui-mĂȘme, jaloux de JĂ©sus auquel comme « premier des Archanges », il s’estimait supĂ©rieur. Tout l’oratorio cible la finesse et l’intelligence, trĂšs mesurĂ©e du Diable incarnĂ©, son esprit indirect (superbe jeu allusif de Marc Boucher), sa vocalitĂ© de nĂ©gociateur d’habile trompeur, toute en suggestion : et sa premiĂšre victime, Eve, succombe Ă©videmment Ă  la tentation qu’il lui rĂ©serve (3Ăš parie : La Tentation).
L’oeuvre machiavĂ©lique est d’autant plus troublante qu’elle s’accomplit quand Dubois imagine au dĂ©but de la sĂ©quence, l’un des duos les plus extatiques que nous ayons Ă©coutĂ© ; entre Adam et Eve (« aimons nous mieux »), action de grĂące d’une ineffable tendresse, et davantage encore, d’une sincĂ©ritĂ© saisissante dont les deux interprĂštes, Magali Simard-GaldĂšs et surtout le tĂ©nor Antonio Figueroa font un sommet de la soirĂ©e ; ils Ă©lectrisent l’association naturelle de leurs timbres : belle respiration et belle Ă©coute en partage de la part des deux jeunes chanteurs ; Eve rayonne ainsi par l’angĂ©lisme lumineux, Ă©clatant de son chant agile et joliment timbrĂ© ; Adam (mĂȘme enrouĂ©), s’impose par la subtilitĂ© de son Ă©mission, une finesse de style qui le fait d’emblĂ©e belcantiste : phrasĂ©s soyeux et tenus, projection claire, surtout, qualitĂ© si rare aujourd’hui, articulation exemplaire : le voici ce chant français romantique, Ă  la fois incarnĂ©, intelligible, incandescent, raffinĂ©, tĂ©nu mais redoutablement expressif ; Jean-Claude Malgoire a rĂ©uni 3 interprĂštes irrĂ©sistibles, qui assurent aux cĂŽtĂ©s de l’orchestre complet, la grande rĂ©ussite de cette crĂ©ation. Du reste c’est bien ce duo amoureux, d’une rare puissance Ă©motionnelle qui demeure la clĂ© de voĂ»te de l’ouvrage, fusion originale entre le style de Gounod et de Massenet Ă  leur sommet. C’est dire.
Distinguons le ChƓur de chambre de Namur (prĂ©parĂ© par l’excellent Thibaut Lenaerts), prĂ©cis, vivant qui exprime tour Ă  tour toutes les facettes d’une partition vive et trĂšs colorĂ©e : les Ă©tagements, les rĂ©ponses entre les pupitres de chanteurs ; et ce jeu trĂšs juste qui place les choristes en une armĂ©e prĂȘte Ă  en dĂ©coudre, dĂ©ployĂ©e derriĂšre l’orchestre, assure leur totale intĂ©gration au drame qui s’accomplit entre l’orchestre et les solistes : sĂ©raphins primordiaux, anges rebelles, damnĂ©s plaintifs, esprits paradisiaques, chƓur final 
 L’oratorio de Dubois est un vĂ©ritable opĂ©ra nĂ©cessitant un chƓur d’une prĂ©sence exceptionnelle. Si l’on pense Ă  Berlioz dans l’ivresse libĂ©rĂ©e de l’écriture orchestrale, c’est Rameau et ses tableaux infernaux (ceux d’Hippolyte de 1733) qui s’affirment ici : d’ailleurs, les 3 archanges rebelles (Uriel, Belial, Molock) rĂ©activent dans la partie II (L’Enfer), le trio des parques en leur chant hallucinĂ©, mordant, lugubre.
Enfin voici l’orchestre de Dubois, propre Ă  la fin des annĂ©es 1870 en France, dĂ©voilant le mĂ©tier du compositeur. Bassons, trompettes et cors par 4, trombones par 3, harpe (doublant l’Archange glorieux), sans omettre l’ophiclĂ©ide
 toutes les couleurs berlioziennes s’invitent au banquet cynique, barbare de Satan manipulateur. Et l’on comprend qu’à travers la flamboyance efficace qui structure les quatre parties, c’est la Paradis qui est perdu ; agissements et manipulation fourbe de Satan inspirent Ă  Dubois, une piĂšce maĂźtresse de son Ɠuvre lyrique.
AĂ©rĂ©e et prĂ©cise, la direction souligne toutes les vertus expressives d’une partition caractĂ©risĂ©e qui sait varier ses effets. Finalement ThĂ©odore Dubois, Prix de Rome, acadĂ©micien, professeur puis directeur du Conservatoire, thĂ©oricien enfin, a toujours souffert de n’ĂȘtre pas estimĂ© comme
 compositeur. La crĂ©ation mondiale dĂ©fendue Ă  Tourcoing par les Ă©quipes du dĂ©fricheur Jean-Claude Malgoire renverse la tendance : nous voilĂ  bien confrontĂ© Ă  un ouvrage dramatiquement incontestable.

 

 

Le mĂ©rite en revient Ă  Jean-Claude Malgoire qui, pilote prĂ©cĂ©dent de la recrĂ©ation d’ABEN HAMET (opĂ©ra crĂ©Ă© en 1884, rĂ©vision de 1888, d’aprĂšs Le dernier AbencĂ©rage de Chateaubriand) paraĂźt de fait comme le dĂ©fenseur constant de ThĂ©odore Dubois. Tourcoing est bien ce centre de crĂ©ation lyrique Ă  l’indĂ©fectible ardeur : Aben Hamet hier, Le Paradis Perdu aujourd’hui
 pour tous les amateurs d’opĂ©ra comme de romantisme français, ce qui se passe Ă  Tourcoing, sous l’aile visionnaire de Jean-Claude Malgoire est plus que jamais, incontournable. Illustrations : © Antonio Figueroa 2017 (rĂ©pĂ©tition du Paradis Perdu de ThĂ©odore Dubois, recrĂ©ation mondiale Ă  Tourcoing / novembre 2017).

 

 

——————————

 

 

 

Approfondir :

  ThĂ©odore DUBOIS par classiquenews.com

 

 

LIRE notre critique du cd Aben Hamet par Jean-Claude Malgoire , mars 2014 / CLIC de classiquenews.com d’avril 2015
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-dubois-aben-hamet-malgoire-2-cd-alt-mars-2014/

VOIR le clip vidĂ©o Aben Hamet par Jean-Claude Malgoire, mars 2014 / nouvelle production, rĂ©crĂ©ation, Ă  l’affiche les 14, 16 et 18 mars 2017
http://www.classiquenews.com/video-tourcoing-jean-claude-malgoire-ressuscite-aben-hamet-de-theodore-dubois-clip-video/

VOIR notre reportage vidéo complet : Aben Hamet par Jean-Claude Malgoire, mars 2014 / nouvelle production (12mn)
https://vimeo.com/91733532