LIVRE événement, critique. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots (Hermann)

livre critique classiquenews beatrice didier la sirene boutes musique et mots harmattan critique enserrer-la-musique-dans-le-filet-des-mots.jpgLIVRE événement, critique. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots (Hermann). L’auteure qui pose avec polémique la question centrale à l’opéra, entre texte et musique est coutumière des sujets qui cultivent le dialogue des arts. Elle est en particulier très inspirée par les rapports de la musique et de la littérature au XVIIIe et au XIXe siècles. La musique est-elle cette sirène, difficile à saisir, à sentir, à éprouver par le truchement des mots ou d’une nacelle textuelle et poétique ? Concrètement : comment le flux musical fonctionne-t-il avec la trame d’un texte ? « Saisir l’insaisissable : enserrer la sirène » : telle est la question centrale de cet essai de Béatrice Didier. Si Ulysse sait se protéger du chant des sirènes musicales, le mythe de Boutès également légué par l’Antiquité, a moins de retentissement, mais il est certainement révélateur et plus riche de questions : plus dramatique donc inquiétant. Boutès lui, suit la sirène, plonge et se laisse envoûté par elle, au risque d’en mourir, ou de s’y perdre. Désir d’entendre, « de se précipiter »… (comme Tosca). Boutès est celui qui se meut, il danse : contrairement à Ulysse qui s’attache immobile au mat du navire. Musique, chorégraphie expriment en définitive le pouvoir irrésistible de la musique. Mais alors pouvoir dire la musique, ne serait-ce pas l’attacher, l’enserrer au sens de piloter, contraindre, assujettir, réduire, appauvrir ?

 

 

Écrire la musique…
A la suite de Boutès, expliquer le pouvoir de la musique

 

 

Ainsi débute le texte d’un essai captivant qui interroge à travers 3 parties (« Définir et délimiter » ; « S’associer » ; « Capter la sirène dans le texte »), les noces heureuses, tendues entre texte / livret et musique. Comment dire la musique ? Et quand il a été possible de l’exprimer, le mot l’a-t-il traduit fidèlement sans la dénaturer ? Du dictionnaire encyclopédique destiné à expliquer le langage musical (Brossard, Rousseau, Berlioz), aux écrits sur la musique (la figure de la musique et surtout du musicien depuis Le Neveu de Rameau de Diderot ; premières critiques… Berlioz encore), au genres musicaux qui supposent la fusion parole / musique (« la chanson, l’hymne, l’opéra-comique, la tragédie en musique, l’opéra moderne… »), le texte interroge la pertinence des mots quand ils sont mis en musique, comme la capacité des mots à exprimer le mystère de la musique…

ulysse ulisse opera monteverdi classiquenewsD’ailleurs, la parole est-elle nécessaire quand il faut préserver le sens ? L’exemple du ballet et de la pantomime nous indiquent des options sérieuses qui se passent de paroles et de chant. Mais au final, l’auteure (en suivant l’exemple de Boutès qui suit la sirène) pose la question féconde en créativité et imaginaires, est-il possible d’exprimer la musique ? Et quand les écrivains (compositeurs ou non : de Berlioz et Hugo à Zola – même Balzac est cité…) quand ils nous parlent de musique (et des musiciens), de quoi parlent-ils exactement ? A défaut de mesurer la qualité du verbe à exprimer le musique, les tentatives littéraires ont été de fabuleuses ressources littéraires autant que musicales. Passionnante électrisation des disciplines artistiques entre elles.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE événement, annonce. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots – Éditions Hermann : 15 x 21 cm, 362 pages – Parution : décembre 2018 – ISBN 9782705695309 : http://www.editions-hermann.fr/5403-enserrer-la-musique-dans-le-filet-des-mots.html

 

 

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur (Hermann) :

Musique et littérature sont-elles des soeurs ennemies, ou sont-elles susceptibles de s’entendre ? Rousseau rêve d’un langage originel qui aurait été à la fois musique et parole, mais cette union de deux arts qui sont proches parents et dont pourtant les langages diffèrent profondément a toujours été périlleuse. Certains écrivains tentent de capter l’essence même de la musique à travers leurs romans, leurs poésies, tandis que d’autres s’essaient à la critique musicale, ou encore tentent de mêler musiques et mots dans les genres mixtes que sont l’opéra et la chanson. Quant aux lexicographes, ils proposent des définitions de la musique – nécessairement imparfaites – dans des dictionnaires. Ces tentatives sans cesse renouvelées de capter la musique au travers des mots, jamais totalement satisfaisantes, sont-elles de ce fait perpétuellement vouées à l’échec ? Béatrice Didier montre ici qu’elles sont au contraire une source constante d’inspiration, grâce auxquelles musique et littérature gagnent de nouvelles formes d’expression.

 

 

 

 

CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon)

Verdi ildar abdrazakov cd annonce critique classiquenews verdi orch metropolitain de montreal classiquenewsCD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon). Voilà le déjà 2è cd réalisé par la basse vedette et le chef à qui tout semble réussir, pour Deutsche Grammophon.
ATTILA fait valoir l’élasticité sombre et noble du ruban mélodique dont est capable la basse Ildar Abdrazakov : le chanteur colore, étire, sur le souffle, sans jamais écraser. Dans la prière langoureuse du roi Felipe II, monarque auquel est refusé le bonheur et l’amour : Ella giamma m’amo! (DON CARLOS), il faut un diseur capable de nuancer toutes les couleurs de l’amertume frustrée, mais là aussi, dignité de la personne, dans la noblesse et aussi une certaine tendresse, car cet air contrairement à ce qui précède dans l’opéra, concerne la dévoilement d’un sentiment (voire d’une tragédie) intime : osons dire que la basse malgré son souci du texte et du caractère de la pièce, écrase un peu, lissant le tout dans une couleur monochrome… Dans NABUCCO I (« Sperate, o figli » de Zaccaria), le soliste plafonne davantage dans un air qui manque de ciselure, déçoit par son gris terne, rond certes mais dépourvu de relief caverneux, ce qui est d’autant plus dommage car le chœur et l’orchestre (basson) sont impeccables, riches en vitalité intérieure. Dans la cabalette, la voix pourtant intense, manque de brillant ; finit par être couverte par les choristes et les instrumentistes. Et si les vrais vedettes de ce récital verdien orchestralement passionnant, étaient les instrumentistes montréalais et leur chef charismatique ?

Ildar Abdrazakov est-il un verdien affûté ?…
Basse moyenne, un rien monochrome.
Par contre l’orchestre…

Verdi a soigné les barytons et basses. L’opéra Boccanegra offre des caractères inoubliables pour tout chanteur acteur : l’air A te l’estremo de Fiesco respire la lassitude de l’homme, tourmenté, dévoré (au sens strict comme symbolique). Là encore malgré la puissance (peut-être renforcé par le niveau du micro), le timbre tend à la monochromie, certes sa teinte grise et sombre éclairant le mal qui ronge le héros : « A te l’estremo addio » (plage 8 et 9), air d’adieu, de renoncement encore âpre et tendu, lugubre, surtout imploratif et introspectif, la basse russe perd dans l’étendu de la ligne, sa justesse, se détimbre, manque l’éclat de sidération et d’accent fantastique, en cela soutenu, dialogué avec le choeur, halluciné ; regrettable manque de couleurs, de nuances, d’autant que l’orchestre lui offre une palette de références souvent saisissante, sous la baguette abbadesque du québécois Yannick Nézet Séguin. Le second air de Zaccaria de Nabucco dévoile les limites d’une voix qui tend à rester dans son medium, engorgée, lissant tout le texte, au vibrato de plus en plus omniprésent. Même lassitude et vibrato gras pour son Procida (i Vespri Siciliani). Partition lumineuse et fantastique, Luisa Miller scintille ici par le jeu de l’orchestre, millimétré, nuancé. Hélas, le Walter de Abdrazakov reste d’un terne vibré qui finit par lasser tant il aplatit tout le texte.
Dommage. La direction de Yannick Nézet-Séguin est, elle, inspirée, hallucinée, détaillée… d’une conviction nuancée égale à son récent Mozart en direction de Baden Baden (Die Zauberföte / La Flûte enchantée : clic de classiquenews de l’été 2019). Abdrazakov n’est pas Nicolai Ghiaurov : verdien autrement mieux colorés et diseurs, même avec sa voix ample et caverneuse.

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CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon) – Parution en France : le 15 août 2019.

CD, critique. MENDELSSOHN. Orpheus chamber orchestra / Jan Lisieck, piano (1 cd Deutsche Grammophon 2018)

LISIECKI orpheus mendelssohn concertos dg critique cd review cd critique cd classiquenews actualites infos musique classique opera concerts festivals jan-lisiecki-mendelssohnCD, critique. MENDELSSOHN. Orpheus chamber orchestra / Jan Lisieck, piano (1 cd Deutsche Grammophon 2018). JAN LISIECKI déçoit. Le jeunisme attractif ne fait pas tout… icône du marketing actuel, le jeune pianiste déçoit dans ce programme qui souligne d’évidentes faiblesses dans le jeu et la musicalité. Son Mendelsssohn est plutôt (et rien que…) martial et sec (Concerto n°1 créé à Munich en 1831) : le piano comme l’orchestre chantent avec difficulté ; le clavier étant plus percussif que vraiment énigmatique et allusif : plus beethovénien que schumannien. Beethoven est cité au début de l’Allegro final. L’interprète s’en tient à une lecture littérale, pure virtuosité extérieure sans aucun nuance intérieure, avec un clavier qui martèle et sature dans la cadence finale. Tout cela manque quand même de profondeur (et ce malgré le moelleux des violoncelles en dialogue): mais est ce bien discutable diront les plus motivés et défenseurs du jeu du pianiste, … dans une série de partitions guère inspirées par l’introspection ? Même la sonorité de l’orchestre de chambre, d’une élégance qui fut mozartienne et haydnienne, l’Orpheus, manque de souplesse comme de tendresse.

Le caractère plus tragique et l’énoncé fin du n°2 opus 40, en mi mineur, créé à Leipzig en 1837, brille d’une nuance nerveuse qui aurait mérité une lecture là encore moins dure, moins tendue ; on comprend que la jeunesse et la beauté font beaucoup pour l’image et le rayonnement médiatique d’un jeune pianiste ; il reste qu’en écoute aveugle, sa sonorité, son imagination et sa faculté de nuances font défaut : osons écrire que sans démériter, l’instrumentiste joue toutes les notes, et bien, mais sans aucun arrière plan intérieure, ni investissement émotionnel manifeste. La lecture reste linéaire, aux accents lissés, prévisibles, sans surprises. Monochrome et plate, la palette expressive du jeune homme manque singulièrement de richesse, de trouble, de diversité. Sans les ruptures de rythmes et d’harmonies comme de mélodies, le Concerto n°2 fait surgir …l’ennui.
Alors sans l’orchestre, que valent les Variations sérieuses jointes en complément ? Même constat d’une lecture uniforme et expressivement limitée. L’artiste encore jeune, donc perfectible, ignore tout pianissimo, jusqu’au quadruple « p ».

Le Rondo capriccioso et son sublime Andante est « massacré » par un jeu martelé, uniformément forte, un cri percussif qui radicalise la langueur pourtant inscrite dans cet opus le plus chopinien de Mendelssohn (et le plus tendre).
Même son « presto leggiero » manque de finesse ; tout cela est joué avec de gros sabots, et une épaisseur qui s’enlise… non, non : peut mieux faire. Où est l’extrême agilité aérienne de Puck dans cette ronde échevelée qui convoque toute la poésie et l’imaginaire shakespeariens ? C’est une réduction des nuances à l’essentiel, à l’image du visuel de couverture au fort voire violent contraste … Passé sous sa moulinette, le Mendelssohn de Lisiecki, affadi, dévitalisé, est réduit à une exécution scolaire. Est ce suffisant pour convaincre ?

 

 

 

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CD, critique. MENDELSSOHN (Concertos pour piano 1 et 2, 17 Variations sérieuses opus 54…), Orpheus chamber orchestra / Jan Lisiecki, piano (1 cd Deutsche Grammophon – durée : 1h03 mn, 2018)

CD événement, annonce. MAHLER : 6ème Symphonie. Teodor Currentzis (juil 2016, 1 cd Sony classical)

teodor_currentzis_52CD événement, annonce. MAHLER : 6ème Symphonie. Teodor Currentzis (juil 2016, 1 cd Sony classical). Après une autre symphonie, elle aussi intense, tragique et aussi habitée par le sentiment de la résistance et de la reconstruction intime, – 6è Symphonie « pathétique » de Tchaikovski (enregistrée à Berlin en 2015, éditée en février 2018, CLIC de CLASSIQUENEWS). Le chef iconoclaste, radical Teodor Currentzis, dont le questionnement critique fait sens, s’attaque ici à la Symphonie n°6 de Mahler : aussi introspective, profonde, et finalement autobiographique que celle de Tchaikovski. C’est aussi un défi sur le plan interprétatif, une gageure sur le plan instrumental : les mondes sonores, les alliages de timbre définissent ici un imaginaire poétique qui transcende angoisse (dans le cas de Tchaikovski), dépression dans le cas de Gustav Mahler. Sony classical édite en décembre 2018, la nouvelle approche symphonique du maestro souvent provocateur mais dont les options et partis artistiques sont toujours inspirés par une recherche et une exigence fouillées ; le nouveau cd devrait produire une lecture désormais captivante du massif mahlérien.

La 6è symphonie de Mahler est l’une des partitions les plus abouties du compositeur ; hymne personnel du destin humain, expérience intime offerte en partage, la partition qui est la plus sombre de son auteur, exprime la force du destin, l’emprise de la fatalité… Elle permet surtout aux orchestres de démontrer leur valeur. Simon Rattle l’a choisie comme enregistrement d’adieu à sa mandature comme directeur musical du Berliner Philharmoniker (superbe coffret édité en novembre 2018). Dans le cas de Currentzis, l’enregistrement devrait compter tout autant car le chef et son ensemble MusicAeterna ne laissent jamais indifférent, par leur précision expressive, leur engagement, une dramaturgie instrumentale et esthétique particulièrement ciselée. Dans sa lecture, Teodor Currentzis fait surgir cette beauté tragique qui fait écho dans l’esprit souvent noir et dépressif de Gustav Mahler (en particulier dans l’admirable ANDANTE) ; au centre de cette révélation intime, l’ineffable et éternelle fascination pour la Nature, à la fois réconfortante et énigmatique… autant de facettes d’une interprétation parmi les plus passionnantes.

Prochaine critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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Cd événement, annonce. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018. A suivre…

CD précédent, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74 currentzis musicaeterna par classiquenewsCd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015). La 6è symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littérature tchaikovskyenne : un everest de la poésie intime et interrogative parfois inquiète voire angoissée. Annonçant ce même sentiment de terreur intérieur sublimé d’un Chostakovtich à venir. Les Tchaikovski de Currentzis sont passionnants : ils sont l’autre face d’un voyage artistique habité lui aussi de l’intérieur et qui dans son amplitude élastique, – propre à cette nouvelle génération d’artiste qui traverse tous les répertoires, mais de façon spécialisée – entendez avec l’instrumentarium ad hoc, fourmille d’idées neuves, expressives, remettant les fondamentaux dans un équilibre critique. SONY suit les étapes de ce cheminement expérimental qui exige tout des interprètes réunis sous la coupe du bouillonnant et éclectique maestro. Avec ses instrumentistes de l’ensemble sur instruments d’époque MusicAeterna, Teodor Currentzis a ainsi interrogé Rameau (The Sound of Light), Purcell (avec Peter Sellars : formidable Indian Queen), mais aussi Stravinsky (Le Sacre du Printemps), Mozart (déjà une très intéressante « trilogie » Da Ponte, malgré les faiblesses impardonnables de certains chanteurs dont Kermes en … Comtesse !) ; EN LIRE +

Nuit à Florence : éloge de la Renaissance italienne

bronzino-classiquenews-portrait-peinture-Angelo_Bronzino_-_Portrait_of_a_Young_ManARTE, le 12 déc 2018, 22h35. UNE NUIT A FLORENCE. CELEBRATION DE L’ART FLORENTIN, à l’époque de la Renaissance. Ce qui fait l’âge d’or d’une ville, écrin béni des arts aux XVè et XVIè siècles…. Au XVe siècle, une ère nouvelle émerge à Florence, qui transforme l’Italie puis l’Europe tout entière : la Renaissance. À la faveur d’une promenade nocturne, ce documentaire nous entraîne dans un voyage unique à travers la ville des Médicis, où les destins de ces grands mécènes ont croisé ceux d’artistes de renom : Botticelli, Léonard de Vinci, Michel-Ange ou Raphaël, mais aussi Bronzino qui au carrefour des deux siècles a révolutionné l’art du portrait patricien et princier, modèle désormais pour les peintres et créateurs à venir : dont surtout François Clouet en France à l’époque de François Ier, lui-même le plus italophile des rois de France, avant Louis XIV.
Du musée sis dans la maison de famille de Michel-Ange au mystère d’une fresque disparue de Léonard de Vinci, du prodigieux musée des Offices à la basilique San Lorenzo en passant par le merveilleux et peu accessible corridor de Vasari – le passage jadis secret reliant le Palazzo Vecchio au Palazzo Pitti, au-dessus de l’Arno –, Florence dévoile ses trésors. Documentaire de Gabrielle Cipollitti (Italie, 2016, 52mn) – Coproduction : ARTE GEIE, Rai Com. Illustration : Bronzino : portrait d’un jeune homme (DR)

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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER).

MUNCH charles complete recordings on warner classics 13 cd review cd critique cd par classiquenews xmas gifts 2018CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Mort en 1968, Munch le magnifique incarne l’excellence de la baguette depuis l’après guerre, défenseur zélé, inspiré du répertoire français, quand tous les grands démontraient leur compétence voire leur brio dans Beethoven, Brahms voire Bruckner, soit les compositeurs germaniques romantiques. Né en 1891, l’Alsacien, fut enrolé sous bannière prussienne pendant la grande guerre, puis devint français en 1918 (son nom perd le tréma du u) : triste et cynique réalité politique. Mais la carrure du chef dépasse les conflits nationalistes car il est européen et l’un des meilleurs chefs de son temps. Fils de musiciens établis à Strasbourg, tous interprètes et connaisseurs de Bach, Charles s’engage résolument pour Bruckner.

CHARLES MUNCH en majesté
avec les orchestres français

CLIC D'OR macaron 200Formé entre Paris et Berlin, Charles Munch devient premier violon au Gewandhaus de Leipzig (1925) et joue sous la direction d’un chef qui devient modèle pour son expérience propre, Furtwängler ; puis sous Bruno Walter dont l’humanisme le marque profondément. A Paris en 1932, Munch dirige l’orchestre Straram ; en 1935, la Société Philharmonique de Paris créée par Cortot. Enfin, devient le chef attitré de la Société des concerts du Conservatoire (1938), laquelle avait en 1830 créé la Fantastique de Berlioz.
Pendant l’Occupation, le chef poursuit sa carrière musicale, et renverse ses cachets à la Résistance. Un héros, le modèle du musicien engagé. Tout en défendant les Français (de Berlioz à Ravel), Munch se passionne aussi pour la création et joue les oeuvres nouvelles de ses contemporains ou des jeunes auteurs dont Martinon, Messiaen, Honegger. Il dirige l’Orchestre national de France encore jeune (créé en 1934), l’emmène aux States en 1946 ; là, le Boston Symphony Orchestra lui offre sa direction musicale dès 1949 (et jusqu’en 1962, tout en dirigeant le Festival de Tanglewood, résidence d’été de l’orchestre bostonien). Il fait de la phalange américaine, un orchestre racé, stylé, élégant, français et terriblement nerveux.
Les 13 cd du coffret WARNER, regroupe l’intégrale des enregistrements réalisés pour EMI et ERATO, dans les années 1930, 1940 et 1960. L’ensemble reflète l’éclectisme du goût musical de Munch, du Baroque (VIVALDI : Concerto pour violon opus 3 n°9 ; Bach son dieu : Cantate BWV 189, cd10), aux Français Romantiques (Chopin et Saint-Saëns), modernes (RAVEL : Daphnis, Pavane, les deux Concertos pour piano, La Valse… et DEBUSSY : La Mer), mais aussi les contemporains tels HONEGGER : Symphonies n°2, n°4, Danse des morts…, les jeunes auteurs comme DUTILLEUX (Symphonie n°2 Le Double, …). Sa version des Symphonies 3 et 4, fébrile et puissante (cd5) reste indépassable. Côté germaniques se distinguent la Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour piano L’Empereur de Beethoven.
Munch-Charles-8Le présent coffret événement s’il en est, pour ceux qui veulent écouter le son d‘un maestro anthologique, rassemble le travail du chef mythique avec les orchestres français : Société des Concerts du Conservatoire devenue Orchestre de Paris, Concerts Lamoureux, Orchestre National de l’ORTF, National de la Radio diffusion française. Il nous reste aujourd’hui pour mesurer le génie de Munch à l’œuvre, les versions (deux) de la Fantastique de Berlioz, sa partition fétiche ; la Mer de Debussy ou Daphnis de Ravel sans omettre les Symphonies de Roussel : Munch pas toujours très précis sur le plan métronomique, savait comme nul autre électriser les instrumentistes au moment du concert, les emportant littéralement comme les spectateurs, jusqu’à des sommets d’extase poétique. Rien de moins. Coffret événement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018.

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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, The complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Ref. : 0190295611989

LIVRE événement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (éditions L’Harmattan / nov 2018)

DEBUSSY-trace-ecart-la-trace-et-lecart-livre-evenement-claude-debussy-jean-pierre-armengaud-pierre-albert-castanet-critique-annonce-livreLIVRE événement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (éditions L’Harmattan / nov 2018). 2 cd, plusieurs articles et contributions complémentaires font les délices du lecteur de ce livre très opportun sur la question de l’écriture debussyste. Nouvel opus de la collection « Musiques en question(s) » chez L’Harmattan, ce collectif aux regards multiples tourne autour de la question de l’écriture, donc de l’esthétique de Claude Debussy. En termes très accessibles (pour une fois), il y est question de l’immatérialité de l’écriture, ses caractères, son vocabulaire et sa syntaxe, lesquels ont révolutionné la musique du XXè… Si Debussy n’eut pas d’élève à proprement parler, des compositeurs majeurs se sont ensuite emparé de son oeuvre et de son travail, trouvant dans ce terreau visionnaire, un ADN de la modernité qui les ont marqués ou continuent encore de les inspirer : Arthur Lourié, Olivier Messiaen, Giacinto Scelsi, Henri Dutilleux, Toru Takemitsu, Edison Denisov, György Ligeti, João Madureira, Alain Louvié, Thierry Pécou… autant de compositeurs qui sont d’ailleurs au programme des 2 cd complémentaires aux textes.
Parmi les thématiques et sujets développés ici, certains nous paraissent très prometteurs et d’une juste pertinence : Debussy et Dutilleux : « mystères en résonance », Debussy spectral, « Debussy selon Boulez ou M. Croche et son double », Debussy et les compositeurs russes du XXè, « un air d’eau : le son matière chez debussy et Sciarrino », « Debussy et la musique portugaise pour piano du XXIè », « Le portamento chez Debussy », … sans omettre les commentaires de Jean-Pierre Armengaud concernant des enregistrements récemment édités dans le cadre du centenaire Debussy 2018 : « Diane au bois » et « La Chute de la maison Usher », deux inédits qui méritent en effet d’être présentés, commentés, valorisés en 2018 au moment du Centenaire… lecture hautement recommandée.

CLIC D'OR macaron 200Présentation de l’ouvrage par l’éditeur, et présentation de l’auteur : … « En cette année du 100e anniversaire de la mort de Claude Debussy, ce livre accompagné de 2 CD a l’ambition d’une exploration dans l’univers debussyste sous des angles pluriels, inédits, originaux ou inattendus parfois, sans exclure quelques échappées d’humour faunesque… faites par une pléiade de grands debussystes, chercheurs, professeurs, compositeurs, interprètes. Refusant comme le préconisait Debussy de « démonter les oeuvres comme de curieuses montres », ils ont choisi d’investiguer les traces que la musique de Debussy a laissées chez quelques compositeurs contemporains majeurs.

Pianiste-concertiste et musicologue, Jean-Pierre Armengaud est professeur émérite de l’Université d’Evry (Paris-Saclay). Il est l’interprète de plusieurs intégrales discographiques dont celle de Debussy et d’un coffret d’inédits chez Warner Music. Ancien responsable de la création musicale à Radio France, il est l’auteur de plusieurs publications dont une biographie sur Erik Satie aux éditions Fayard.

Compositeur et musicologue, Pierre-Albert Castanet est professeur à l’Université de Rouen Normandie et au CNSM de Paris. Membre titulaire de l’Académie des sciences, belles lettres et arts de Rouen, il est l’auteur de nombreux textes et ouvrages portant notamment sur Scelsi et sur les compositeurs historiques de l’Itinéraire (Grisey, Murail, Dufourt, Levinas, Tessier). »

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LIVRE événement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (éditions L’Harmattan / novembre 2018)

Broch̩ Рformat : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-343-15634-7 • 3 octobre 2018 • 348 pages
EAN13 : 9782343156347
EAN PDF : 9782140101748

CLIC de CLASSIQUENEWS

Toutes les infos sur le site des éditions L’HARMATTAN
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=61067

CD critique. GIOVANNI LORENZO LULIER : CANTATE E SONATE – Francesca Boncompagni, soprano. Accademia Ottoboni, Marco Ceccato (violoncelle et direction) / 2017 – 1 cd Alpha

CD critique. GIOVANNI LORENZO LULIER : CANTATE E SONATE РFrancesca Boncompagni, soprano. Accademia Ottoboni, Marco Ceccato (violoncelle et direction) / Enregistr̩ en novembre 2017 (Italie) Р1 cd Alpha 406

lulier giovanni lorenzo cantates ottoboni cd ALPHA review critiqie cd par classiquenews compte renduALPHA nous régale en entretenant cette flamme pour l’exploration intacte de partitions et de compositeurs baroques oubliés. Voyez ce Lulier actif à Rome à l’époque des cénacles patriciens, quand au début du XVIIIè, Corelli marque un âge d’or musical… qui attire aussi le jeune Haendel. Probable pilier de l’activité artistique privée à Rome, GL Lulier dit « Giovanni del Violone », s’affirme comme compositeur pour la voix (et ici la musique concertante d’où ses Sonates pour violon, violoncelle et continuo).
Les quatre cantates révélées dans ce programme réjouissant (propres aux années 1690) attestent d’un tempérament fort, original, qui aime évidemment la ligne vocale, un certain esthétisme languissant, mais aussi une expressivité qui suit très scrupuleusement les méandres du texte. Lulier sert alors le Cardinal Ottoboni. Comme le peintre Caravage a su répondre au goût réaliste et ténébriste des cardinaux romains un siècle auparavant (dans les années 1590), pour le cardinal Del Monte alors, Lullier, 100 ans plus tard, réchauffe encore ce goût raffiné d’une élite particulièrement cultivée : appréciant fusionner musique et poésie.

Rien n’est négligé. La forme donc, et aussi le sens. Le verbe poétique, à plusieurs lectures évidemment occupe l’écriture de Lulier, familier des nombreuses Académies / Accademie romaines (dont la plus prestigieuse, l’Accademia dell’Arcadia, fondée entre autres par Ottoboni), qui stimulent les amateurs, souvent patriciens, voraces quand à l’idéal esthétique qui associe le mot, le sens, la note. Le sentiment d’amour (Cantate 1 : « Amor, di che tu vuoi »), la passion trahie qui mène au suicide (Cantate 4 : « La Didone » de 1692) sont les sujets qui passionnent la bonne société lettrée réunie en son cénacle ou plutôt académie par le Cardinal Ottoboni.
Révélé par ce programme ardemment défendu, Lulier a servi la cour du cardinal Benedetto Pamphili, et a commencé comme violoniste dans l’orchestre de Corelli. Il fournit aux séances académiques d’Ottoboni, et aussi à ses conversazioni hebdomadaires, cantates et sonates (dans le style corellien… forcément) pour la délectation des auditeurs, une élite bien née. Lulier séduit car il sait expérimenter (écrivant certaines cantates pour voix… et violoncelle, ainsi la cantate déjà citée : « Amor, di che tu vuoi », prière à l’élue dont le poète épris, languissant voire en souffrance car captif, loue la beauté des « yeux noirs » qui l’ont ensorcelé : d’où le visuel de couverture…). Lulier inspiré par le poème de Fiduro Maniaco, membre de l’Arcadia, évoque la passion solitaire et fatale de la reine de Carthage, qu’abandonne Enée, à travers un ample lamento, au caractère déploratif et grave. Didon se lamente, maudit puis se suicide (dans l’ultime récitativo).

« Ferma alato pensier, ferma il tuo volo » / Suspend, penser ailé ton vol…, créé par le sopraniste castrat du pape le célèbre Andrea Adami, devant Ottoboni en septembre 1693, mêle arioso (au début) et arias majoritairement da capo. La voix articulée, engagée est accompagnée par le continuo avec violoncelle. Le texte évoque les souffrances d’un cœur lui aussi envoûté / emporté, qui supplie Amour / Cupidon d’être offert enfin à … Tircis. L’écriture est habile, ses figuralismes servent étroitement parcours et labyrinthe amoureux des textes. Voilà une remarquable « révélation » qui justifie totalement le présent cd.

 

 

 

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CD critique. GIOVANNI LORENZO LULIER : CANTATE E SONATE РFrancesca Boncompagni, soprano. Accademia Ottoboni, Marco Ceccato (violoncelle et direction) / Enregistr̩ en novembre 2017 (Italie) Р1 cd Alpha 406

LIVRE, critique. JEAN-PHILIPPE THIELLAY : MEYERBEER (Actes Sud)

meyerbeer-giacomo-thiellay-actes-sud-biographie-livre-critique-review-par-classiquenews-sept-2018LIVRE, critique. JEAN-PHILIPPE THIELLAY : MEYERBEER (Actes Sud). A l’heure où sont repris à Paris ses fameux Huguenots (1836) / opéra Bastille dès le 28 sept 2018, voici une biographie de Giacomo Meyerbeer, d’autant plus bienvenue qu’elle éclaire (enfin) son apport musical et surtout lyrique, comme étranger à Paris (comme Bellini, Spontini, Rossini mais aussi au XVIIIè, les Gossec, Sacchini, Piccinni ou le Chevalier Gluck…), tous porteurs de réformes et d’avancées phénomènales sur le plan esthétique. Meyerbeer est un profil européen et germanique (Berlin) avant d’être français et parisien : son œuvre essentiel est d’avoir dans la lignée de Spontini et Rossini, fixé le modèle du « grand opéra français », spectacle et grandiose comprenant ballet, tableaux collectifs et scène d’intimisme individuel afin que se croisent et s’exaltent les destinées personnelles et le plus souvent tragiques, et le grand souffle de l’Histoire, insatiable machine à broyer les âmes…

meyerbeer_dapres_p_0Meyerbeer – Jakob Liebmann Meyer Beer enfant d’une riche famille berlinoise- est né en 1791 et mort en 1864 ; devenu Giacomo, il se nourrit des opéras ultramontains, auprès de Salieri ; ses premiers ouvrages seront italiens : Romilda e Constanza (1817), Emma di Resburgo(1819), Margherita d’Anjou (1820) et Il Crociato in Egitto (créé triomphalement à Venise, La Fenice, 1824 ; puis repris à Paris en 1825) ; il éclaire la scène lyrique internationale pendant plusieurs décennies ; ses oeuvres sont jouées partout ; il est l’intime des têtes couronnées (Frédéric-Guillaume IV qui le nomme directeur de la musique à Berlin dès 1842, la Reine Victoria, Napoléon III…) estimé d’eux, mais aussi des artistes, savants et intellectuels tels Sand, Hugo, Alexandre Dumas, Heinrich Heine, Franz Liszt, …. Successeur de Rossini à Paris, il comprend parfaitement les attentes de la société européenne du milieu du XIXe siècle et invente un genre d’opéra à part entière. Avec Scribe, il invente l’opéra romantique français… riche en fureur et en tendresse, synthèse heureuse et foudroyante sur le plan dramatique de la vocalità italienne, de l’élégance racée du verbe français déclamé, du symphonisme germanique…
Son éviction depuis le milieu du XXè des scènes lyriques actuelles reste incompréhensible. Il est vrai que la réalisation de ses ouvrages exige des moyens « cinématographiques », et que chanter ses personnages, ne peut être résolu qu’avec le concours des meilleurs chanteurs de son temps… Lecture nécessaire pour qui veut comprendre l’homme, l’ami, le travailleur acharné, d’une rare exigence (comme Gluck et Berlioz qui admira tant ses opéras, de Robert le Diable de 1831, opéra comique devenu grand opéra français, au Prophète de 1849 et à L’Africaine, création posthume en 1865).
Citons encore L’Étoile du Nord et Dinorah ou Le Pardon de Ploërmel parmi ses oeuvres puissantes et bouleversantes à redécouvrir d’urgence. D’autant que l’intelligence dramatique de Meyerbeer préfigure et marque les opéras de Berlioz, Gounod, de Verdi et Wagner. L’auteur de cet essai biographique n’omet aucun des aspects d’une carrière riche et passionnante qui à l’échelle européenne, croise invention et gloire.

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LIVRE, critique. JEAN-PHILIPPE THIELLAY : MEYERBEER – Actes Sud Beaux Arts – Parution : Septembre, 2018 / 10,0 x 19,0 / 192 pages – ISBN 978-2-330-10876-2 / prix indicatif : 19, 00€
https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/meyerbeer

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonie n°2 « Age of Anxiety » (Rattle, Zimerman, 1 cd DG)

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonie n°2 « Age of Anxiety » (Rattle, Zimerman, 1 cd DG)

Bernstein rattle zimerman symphony the age of anxiety berliner philahrmoniker cd review critique classiquenews 71Qf2D+Sf9L._SY355_La symphonie n°2 de Bernstein crée en 1949 interroge un sujet cher au compositeur : l’identité… Qui suis-je et dans quel monde ? C’est évidemment une source d’angoisse voire d’inquiétude pour celui qui aborde la sujet sous la forme concertante, et après une seconde partie plus développée, (moins dispersée que la part 1), semble cependant peu sûr de sa conclusion, car le final martèle à grands coups orchestraux souvent hollywoodiens, une fin tissée comme une prière dont la formulation malgré son dessein humaniste, ne semble pas convaincre jusqu’à son auteur même.
Le principe de la variation anime chacune des séquence de ce Concerto pour piano : il faut donc un excellent soliste ; force est de reconnaître que rares sont les pianistes modernes à s’être emparé de cette partition qui comme toutes les autres de Bernstein sonne comme un manifeste humaniste et dans son déroulement et sa résolution finale comme un hymne fraternel.
La variation suscite alors une série de séquences très contrastées et caractérisées dont les méandres et soubresauts expriment la quête du penseur héros, ses doutes et ses tiraillements les plus intimes.

Bernstein fait montre d’une étonnante virtuosité dans le genre « variation », et certains ne comprenant pas l’architecture de cette pièce symphonique déroutante, ont regretté son manque d’inspiration réelle, lui reprochaient surtout son usage des pastiches vers Prokofiev, Poulenc, Mahler; omettant de souligner les références magistrales à son modèle américain Aaron Copland dont il reprend la matière et l’esprit (grande plaine de l’ouest, souffle hollywoodien à la clé) du ballet Billy the kid.
Rattle veille surtout à l’assise et la fermeté structurelle de l’approche moins à sa finesse d’élocution, réussissant par exemple le swing très américain de l’épisode du « Masque » dont le titre renvoie évidemment à la question première de l’identité questionnée.

Le chef britannique dirige ainsi son dernier concert comme directeur musical du Berliner Philharmoniker. Derrière lui, Zimerman met de la bonne volonté revendiquant un lien historico-musical avec Bernstein lui même, ce dernier lui ayant demandé de jouer le Concerto pour ses 100 ans… Ce qu’il a fait donc ici.
Eclectique, parfois rien que percussive, contrastée,  « bavarde » ou (de façon irrésolue et énigmatique) autobiographique, la partition déconcerte ; comme beaucoup dans le catalogue de Bersntein. Le développement de la Symphonie à travers sa découpe à clés (PART 1 : Prologue, The Seven Ages, The seven Stages / PART II : The Dirge, The Masque, the Epilogue) paraît décousu voire sans véritable ossature ; pourtant à y entendre de plus près, les 3 épisodes de la PART II donnent la clé, chacun dans leur déploiement plus développé et long : soit 7 mn pour le Largo de The Dirge, puis 8mn19 pour l’Epilogue.

Dans la résonnance grave et sombre (The Dirge), Bernstein amplifie le caractère pesant, suffoquant même, ne serait- ce que dans la densité du tissu sonore qui paraît saturé (grands tutti répétitifs). Ce lamento funèbre atteint une désespérance froide et mordante, comme si, ici, le compositeur américain passait de la coupe frénétique et faussement jubilatoire « alla Prokofiev », aux sentiments mêlés, inextricablement inquiets « alla Chostakovitch ».
Rattle réussit à densifier la pâte, sans pour autant cultiver clairement l’option de la clarté et de la transparence. Ce geste tendu, souvent âpre réduit parfois le cycle à une démonstration sèche, auquel fait défaut, une souplesse poétique (Bernstein est tout de même un grand sensible, un éternel sentimental). Quel contraste avec le swing de The Masque : d’une insouciance qui avance, parfois jusqu’à la convulsion hystérique voire caricaturale. C’est de loin le morceau où piano et orchestre fusionnent véritablement.

Tant de versatilité dans l’énoncé des épisodes, entre gravité blessée (The Dirge) et vivacité euphorique (The Masque) dévoile bien l’intranquille question de l’identité trouble qui taraude Bernstein sa vie durant. Comme un miroir, la symphonie exprime doutes et vertiges intérieurs d’un compositeur saisi par la dureté et la violence de la nature humaine, de son époque, et la nécessité de composer et de faire avec.
On aurait souhaité plus de finesse et de subtilité cependant, d’ambivalence, dans un jeu pianistique et une tenue d’orchestre, souvent strictement littéraux, linéaires. A croire que comme chez Chostakovitch, le mélange des genres, et le tissu énigmatique des sentiments et caractères mêlés, posent d’évidentes difficultés aux interprètes. Sans vraiment démériter (car l’Epilogue atteint une palette de nuances plus ténue et riche, portée par un vrai souffle poétique, une transparence inédite malgré son finale grandiose, un rien pompéien voire grandiloquent), osons dire que la lecture de Rattle et Zimerman, manque souvent de vraies nuances. Le programme est à souligner cependant, adieu officiel du chef à la phalange dont il était jusque là le directeur musical. Bientôt une page se tournera avec l’arrivée de son successeur à la tête des Berliner Philharmoniker, l’excellent et passionnant Kiril Petrenko. A suivre.

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CD, critique. Leonard Bernstein: Symphony No. 2 “The Age of Anxiety », Berliner Philharmoniker, Rattle (1 cd Deutsche Grammophon)
Krystian Zimerman, piano.

https://my.deutschegrammophon.com/fr/bonus-material/658/krystian-zimerman

DVD, critique. BRITTEN : BILLY BUDD (Bolton / D. Wagner, Madrid f̩vrier 2017 Р2 dvd BelAir classiques)

billy budd deborah warner ivor bolton dvd belair dvd critique review dvd par classiquenewsDVD, critique. BRITTEN : BILLY BUDD (Bolton / D. Wagner, Madrid fevrier 2017 – 2 dvd BelAir classiques). Au cÅ“ur du théâtre de Britten, règne le cynisme et la haine jalouse qui manipule et s’entend à sacrifier l’innocence. Sur cette trame originelle, première dans le projet lyrique et poétique de Britten, ont été conçus Peter Grimes, The Turn of the Screw, … Cette nouvelle production madrilène de février 2017, méritait absolument sa gravure en dvd, dévoilant le travail très théâtral et intimiste de Deborah Wagner. D’après Melville, l’ouvrage de 1951 – mis en scène en 1964, plonge dans l’univers masculin étouffant de l’Indomptable, navire britannique en 1797. Jeune homme sacrifié, Billy, âme positive et lumineuse, est bientôt pris dans les rêts de l’abject Claggart, possédé par une attraction vicieuse et impuissante pour le beau Billy. Témoin lui aussi impuissant et subjugué, le Capitaine Vere qui ne peut empêcher la catastrophe et la pendaison finale du jeune Billy que son bégaiement a empêché de clairement se disculper. Au final, c’est une passion à mots couverts qui est emportée par la brutalité et cruauté d’un système social inhumain et manichéen. Britten développe ici une réflexion sur le bien et le mal, et au final, les victimes sacrifiées au nom d’une lutte perdue d’avance. Britten montre avec raison combien la société des hommes détruit le bien, par haine et perversité, d’un accord tacite collectif.

Le chef d’oeuvre, sorte de labyrinthe viril élaboré par Britten, fait une entrée remarquée et réussie au Real de Madrid. On relève la finesse avec laquelle Wagner décrit chaque caractère : la loi (Vere), le pervers manipulateur (Claggart), l’ange démuni (Budd). D’autant que chaque chanteur est un acteur, jouant des éclairages esthétiques et des mouvements ciselés d’une grande direction d’acteurs. L’art du suggestif et du non dit enveloppe chaque relation avec une justesse cinématographique (surtout la relation lumineuse qui rapproche Vere et Billy).

 

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Jacques Imbrailo incarne l’innocence de Billy avec un évidence désarmante, instillant la fragilité dans des phrasés d’une très juste tendresse. Le Vere de Toby Spence déploie un timbre inchangé, d’une claire autorité et pourtant d’une certaine distance (très articulée) qui le pose en témoin (et en narrateur, récitant, dès le début de l’action puisqu’il s’agit de son récit) : même s’il a décelé le diable sous Claggart, a-t-il réellement mesuré l’enjeu du drame ? Et le sacrifice du pauvre Billy ? Sa voix expose, raconte, presque froidement sans porter jugement, sans parti prendre. Avec un recul qui approche l’injustice de l’autorité. Simple, juste, fin, Brindley Sherratt incarne un Claggart aussi passionnant que terrifiant, épaississant peu à peu sa perversion dévorée, sa force diabolique qui prend appui sur l’angélisme insupportable de Billy. Le reste du cast suscite le même enthousiasme, car ici, renforçant la hideuse splendeur à l’oeuvre, les seconds rôles sont très bien tenus : entre autres, Thomas Oliemans (Mr Redburn), Duncan Rock (Donald) …
Le chef Ivor Bolton réalise un écrin instrumental à la hauteur de ce huis clos sordide et sauvage : il éclaire et articule la machinerie / machination jusqu’à son dénouement tragique et sacrificiel. Le geste semble parfois atténué, recherchant l’indicible et le mystère, plutôt que la sauvagerie et le cynisme le plus âpre. De ce fait, vents et cuivres peuvent paraître sousexposés, mais l’intention poétique orientée vers le silence et le murmure font une différence qui se révèlent étrangement persuasive. Excellente nouvelle production à Madrid. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de septembre 2018.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. BRITTEN : BILLY BUDD (Bolton / D. Wagner, Madrid f̩vrier 2017 Р2 dvd BelAir classiques) / CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018. Parution annonc̩e le 13 septembre 2018.

 

 

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CLIC_macaron_2014BRITTEN : BILLY BUDD [DVD & BLU-RAY]
Opéra en deux actes (composé en 1951, création scénique en 1964)
Musique : Benjamin Britten (1913-1976)
Livret : Edward Morgan Foster et Eric Crozier, d’après Billy Budd de Herman Melville
Billy Budd : Jacques Imbrailo
Edward Fairfax Vere : Toby Spence
John Claggart : Brindley Sherratt
Mr. Redburn : Thomas Oliemans
Mr. Flint : David Soar
Lieutenant Ratcliffe : Torben Jürgens
Red Whiskers : Christopher Gillet
Donald : Duncan Rock
Orchestre et Choeurs du Teatro Real – Madrid
Pequeños Cantores de la ORCAM
Direction musicale : Ivor Bolton
Mise en scène : Deborah Warner
Décors : Michael Levine
Costumes : Chloe Obolensky
Lumières : Jean Kalman
Chorégraphie : Kim Brandstrup
Chef du choeur : Andrés Maspero
Cheffe du choeur d’enfants : Ana Gonzalez

FICHE TECHNIQUE
Enregistrement HD : Teatro Real – Madrid | 02/2017
Réalisation : Jérémie Cuvillier
Date de parution : 14 septembre 2018
Distribution : Outhere Distribution France

2 DVD
Référence : BAC154
Code-barre : 3760115301542
Durée : 173 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, NTSC
Son : PCM 2.0, Dolby Digital 5.1
Code région : 0

1 BLU-RAY
Référence : BAC554
Code-barre : 3760115305540
Durée : 173 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, Full HD
Son : PCM 2.0, DTS HD Master audio 5.1
Code région : A, B, C

Présentation sur le site de l’éditeur BEL AIR CLASSIQUES :
https://belairclassiques.com/film/britten-billy-budd-deborah-warner-madrid-dvd-blu-ray

 

 

« Qu’ai-je fait ? » se demande avec horreur le Capitaine Edward Fairfax Vere au lever du rideau, avant de se remémorer les événements tragiques qui se déroulèrent en 1797, à bord du navire de guerre britannique H.M.S Indomitable. On y rencontre Billy Budd, jeune matelot exemplaire, et John Claggart, maître d’armes peu scrupuleux que la beauté angélique de Billy obsède et affole : s’ensuivra une plongée infernale au plus profond de la perversion et de la psychose, explorant les thèmes de l’innocence, de la culpabilité, de la responsabilité individuelle et de la justice. Dans ce conte symbolique et ambigu, inspiré du dernier chef d’oeuvre d’Herman Melville, c’est toute la complexité de l’expérience humaine que donne à voir Britten, qui renoue à cette occasion avec l’opéra symphonique et à ses infinies possibilités pour déstabiliser et déranger son auditoire. Résistant à la tentation de faire des personnages principaux des allégories du Bien et du Mal, l’opéra nous montre plutôt avec quelle logique de mort déferlent les aspirations, les angoisses et les désirs les plus enfouis dans le coeur des hommes. Mais dans cet opéra entièrement masculin, Deborah Warner a su voir au-delà de la violence, des rivalités et de la haine, soulignant au contraire toute la beauté insolite de la camaraderie, de l’amitié et du pardon…
Le baryton Jacques Imbrailo, habitué du rôle, livre une interprétation magistrale du jeune matelot sacrifié, tandis que les britanniques Toby Spence et Brindley Sherratt assurent ceux du capitaine « Starry » Vere et de John Claggart. Dans la fosse, Ivor Bolton déploie d’une main de maître, avec l’Orchestre du Teatro Real, toute la force et l’énergie contenue dans la partition de Britten. Un spectacle de référence, en coproduction avec le Royal Opera House et l’Opéra de Rome. Illustrations : © Javier del Real | Teatro del Real

 
 

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CD, critique. BRUCKNER : 7̬ Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 Р1 cd DG)


bruckner 7 symphonie andris nelsons gewandhaus leipzig critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. BRUCKNER : 7̬ Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 Р1 cd DG).
La 7è de Bruckner est un sommet autant majestueux que d’une tendresse infinie, celle d’un organiste devenu par la seule force de sa volonté… symphoniste de premier plan, immensément dévoué à l’exemple de Wagner. Toute la 7è est un hommage et une célébration de l’oeuvre wagnérien. Bruckner sincère et entier, bien que très tardivement célébré comme compositeur, – son premier succès est justement la 7è, acclamé alors qu’il a déjà 60 ans, développe de superbes couleurs funèbres et intimistes.
Andris Nelsons poursuit son intégrale pour DG Deutsche Grammophon avec le sens de la grandeur (brahmsienne), du tragique spectaculaire, mais très investi par le sentiment d’une pudeur constante. La flexibilité entre passages ou se déploient la formidable fanfare et les basses de l’harmonie, puis l’expression d’une blessure personnelle, force l’admiration : ampleur, profondeur, intériorité, humanité. On saisit ici combien Bruckner autodidacte repousse très très loin le format spatial de la sonorité orchestrale, atteignant une extension qui dépasse d’une certaine façon et Wagner et Mahler : la formidable sonorité tissée comme une tension continue fait surgir le grand dragon wagnérien, et aussi le souffle supérieur d’une pensée mystique planante. C’est peu dire que le compositeur met toute sa foi dans cet acte de composition qui fédère toutes ses ressources.
Dès l’Allegro moderato initial, on sent poindre une irrépressible tristesse préalable, celle de l’intuition de la mort de son modèle Wagner : filiation (car tout l’orchestre de Bruckner cite par son ampleur, sa couleur, sa spatialité, sa pleine conscience, l’opéra wagnérien, les voix en moins, ne serait ce que dans l’emploi récurrent par Bruckner dans cette 7è commémorative, de 4 fameux tubas wagnériens (cors sombres et d’un sublime lugubre). Emotion initiale et première, déflagration spectaculaire (dont l’orchestration fait entrevoir le colossal du Wahlala) et sentiment tragique irrépressible (pleurs des cordes au I) : tout cela est magistralement exprimé par le chef letton.
Il peut disposer d’un orchestre de première classe, lui qui dès 1884, date de la création de la symphonie applaudie, l’orchestre déjà du Gewandhaus était dirigé par son fondateur et pilier de sa tradition brucknérienne, Arthur Nikisch. De Nikisch à Nelsons, de 1884 à 2018 (mars précisément quand a été fixé ce live au Gewandhaus), se perpétue la même tradition comme une évidence et une culturelle native. Leur entente, instrumentistes et chef s’accomplit véritablement dans l’Adagio qui est aussi le plus long des quatre mouvements (23 mn) : extension au legato noir mais aérien, étiré jusqu’aux confins d’une douleur et d’une peine finalement apaisée : la mort n’est pas une fin, elle est passage. C’est tout le sens de cette séquence qui reprend l’épais et le colossal du mouvement initial mais allège, étire, s’élève jusqu’à exprimer l’immatérialité des nimbes célestes.
CLIC D'OR macaron 200Couplée en préambule avec la mort du héros Siegfried du Crépuscule des dieux (Götterdämmerung) : marche funèbre de Siegfried, au souffle aérien là aussi énoncé comme un superbe voile noir et finalement caressant, la 7è Symphonie trouve en Andris Nelsons et la phalange de Leipzig, des ambassadeurs actuels de premier plan. Magistral rencontre, excellent accomplissement. Intégrale en cours à suivre. Pour le moment le meilleur volet du cycle. CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 
 
 
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CD, critique. BRUCKNER : 7̬ Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 Р1 cd DG)

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APPROFONDIR

LIRE aussi notre critique des cd précédents de l’intégrale Symphonies de BRUCKNER par Andris NELSONS et l’Orch du Gewandhaus de Leipzig :

 
 
NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureCD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°3, WAGNER : Ouverture de Tannhäuser / Andris Nelsons / Gewandhausorchester Leipzig ( 1 cd Deutsche Grammophon, Leipzig juin 2016). L’expérience à laquelle nous convie le chef letton Andris, – pas encore quadragénaire (né à Riga en Lettonie en 1978), est une immersion intelligente et réfléchie, de Bruckner à Wagner, d’autant plus pertinente et convaincante que l’ambition des effectifs requis ici n’écarte jamais le souci de précision claire, de sonorité transparente et riche. C’est même un modèle de finesse et d’élégance à mettre à présent au crédit d’un jeune chef superbement doué (on le connaît davantage dans une fosse d’opéra que comme maestro symphonique), dont le parcours discographique chez DG Deutsche Grammophon devra être suivi à présent, avec l’attention qu’il mérite… Le chef débute ainsi sa coopération à Leipzig comme directeur musical du Gewandhausorchester Leipzig,- fonction dédiée qu’il partage avec un poste équivalent à Boston (directeur musical du Boston Symphony Orchestra). Engagement et pourtant humilité, Andris Nelsons perpétue aujourd’hui cette abnégation pour la musique comme son mentor et maître (depuis 2002) : l’immense Mariss Jansons.  
 

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4è de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle réussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgré l’ampleur des effectifs ; le sentiment préservé malgré l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennité parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricité souterraine qui illumine de l’intérieur, une partition toute dédiée à l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur âpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres et familles d’instruments (cordes / bois / cuivres en fanfare déployée), enfin l’allure… doivent immédiatement sa nourrir d’une vitalité jamais éteinte : continue, tendue, soutenue de haute lutte. Voilà qui fait les grandes interprétations (Jochuum, Gand, et le plus récent, de surcroît sur instruments d’époque, Herreweghe avec son fabuleux orchestre des Champs-Elysées, lequel dépoussière aussi de façon décisive… le massif brahmsien).

 
 
Cliquer sur l’image visuel du cd pour accéder à la critique complète.
 
 

CD, critique. GOUNOD : Piano works. Roberto Prosseda, piano (Decca, mai 2017)

gounod cd piano works prosseda piano critique cd par classiquenewsCD, critique. GOUNOD : Piano works. Roberto Prosseda, piano (Decca, mai 2017). Le Gounod au piano reste peu connu : voilà donc un recueil qui était attendu. On note la facilité mélodique du compositeur romantique, l’agilité vivace facétieuse enjoué de l’Impromptu (plage 2), puis l’intériorité tout en pudeur de Souvenance (Nocturne) – à la grâce un rien frétillante, deux inédits, en premières discographiques.
L’imagination opératique et très narrative s’exprimant dans le destin plein d’effets de la marche funèbre d’une marionnette cg 583 – air ultra célèbre utilisé par un Hitchcock goguenard, laisse plus réservé. La Fazioli grossit le trait démonstratif ou surexpressif.
Selon nous, étranger à la subtilité de Gounod, Prosseda en affirme de façon un peu sèche et sarcastique, l’ironie glaçante. Ce n’est pas une marche mais le démentèlement, la mise à mort d’une pauvre créature qui n’avait aucun destin… la pointe sèche et rien que percussive du pianiste, tirant cette séquence pourtant tendre, vers la parodie froide et mécanique, est un contre sens pour nous. Dommage. C’est Chostakovitch dans le jardin fleuri de Gounod. Coup raté.
Même déception pour l’Ave Maria, méditation sur le 1er Prélude de JS Bach dont le pianiste fait un exercice de brio artificiel sans aucune profondeur spirituelle. Dommage.

Les apports complémentaires de ce récital qui était prometteur, révèle plusieurs facettes de l’inspiration pianistique de l’auteur de Roméo et Juliette : en particulier les 2 cycles de 6 épisodes chacun: ROMANCES SANS PAROLES (dans le sillon tracé par Mendelssohn) puis les Préludes et Fugues. Les Romances enchaînent 6 épisodes, 6 portraits séquences d’une amabilité de salon, auxquelles le pianiste accorde une attention parfois plus nuancée. Distinguons Le Calme (air en partage avec son opéra La Nonne Sanglante GC2e, inédit lui aussi au disque)
Les Préludes revêtent sur des doigts bien huilés, une énergie mécanisée, absente à toute atténuation et sensibilité dynamique : tout est expédié. Bon an, mal an.

La Sonate à quatre mains (autre première discographique avec Enrico P Piano) en trois mouvements sous des doigts routiniers, pour ne pas dire grossiers et peu nuancés, est menée tambour battant. Même l’Adagio plus apaisé et intérieur tourne à un bavardage asséné avec une autocélébration qui finit par agacer. En guise de révélation, voici une autre destruction massive. Bref un disque GOUNOD dont on attendait beaucoup mais qui tombe à l’eau, exprimant un Gounod artificiel, décoratif voire caricatural. Il aurait paut-être fallu choisir un autre piano, et d’autres interprètes. A oublier, ou à écouter à titre uniquement documentaire pour connaître les œuvres pour piano, souvent inconnues jusque là.

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CD, critique. GOUNOD : Piano works. Roberto Prosseda, piano (Decca, mai 2017)

CD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017)

GOUNOD cd critique par classiquenews Integrale-des-Quatuors-a-cordesCD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017). L’intérêt des Quatuors de Gounod est qu’ils sont d’un compositeur mûr, quinquagénaire, reconnu à l’opéra, mais désireux de se faire connaître aussi comme auteur pour les cordes seules. Il reste passionnant de découvrir cette essor d’un chambrisme néoviennois (mêlant Haydn, Beethoven…) dans les années 1870 – 1890. Premier enregistrement sur instruments d’époque, ce double coffret met l’accent sur les dispositions évidentes, très inspirées, de Charles Gounod dans le genre du Quatuor à cordes. Le compositeur aime les cordes, et ses séjours à Vienne, à Berlin alimentent une passion pour le genre germanique par excellence. Même dans les opéras (Quatuor du jardin dans Faust, gravitas sombre et mélancolique dans Roméo e Juliette…), les cordes sont présentes en fosse selon ses souhaits esthétiques. Contrairement à la notice du présent coffret, on penche plus du côté de Haydn, son amabilité, son alacrité courtoise et badine mais sans artifice, dont le contrepoint confine souvent à l’exercice et au jeu formel. Il n’y a pas comme Mozart, cette profondeur sincère, cette vérité affleurante… même si de fait, Gounod se disait très admirateur de Wolfgang. En fin d’écriture, le compositeur s’autorise une vision plus épurée, sévère même, manifestement beethovénienne (CG 565). Ses indications structurelles au jeune René Franchomme en 1855, montre la clarté d’un discours assimilé qui permet à Gounod de nager comme un poisson dans l’eau, avec une facilité et une rapidité étonnante. Les combinaisons, les enchaînements (expositions, reprises, développements, contrastes, etc…) ne lui posent aucun problème. Gounod a concrètement bien étudié les Viennois pour transmettre à son tour, une telle maîtrise.

5 Quatuors viennois de Charles Gounod (1870-1890)

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsLes Quatuors réunis ici, remontent aux années 1870 (Petit Quatuor en ut majeur, dédié aux membres du Quatuor Armengaud). Les 3 plus tardifs réunis dans le cd 1 confirment la justesse de la manière : le CG 563 (Quatuor en fa majeur en 5 mouvements) date de 1889 et cultive une volubilité très contrastée, vive, parfois Beethovénienne (premier Scherzo / mouvement second). Il est majoritairement d’une autre couleur, inédite, faisant jaillir une langueur grave, mélancolique proche de l’écœurement. Cette profondeur désespéré, dépressive est remarquable de la part de Gounod plus familier des suavités exquises. De ce tissu vénéneux, l’écriture fait surgir des éclats plus brillants d’une simplicité touchante.
En fin de parcours, comme l’accomplissement d’une frénésie première qui se régularise peu à peu à mesure que le genre passe dans ses mains et son esprit, les deux derniers mouvements du dernier Quatuor CG 564 en la mineur (créé probablement en mars 1890), atteignent une belle plénitude grâce à l’équilibre d’une écriture volontairement solaire et apaisée : en témoigne l’ultime accord sur la corde pincée, pizzicato, d’une délicatesse haydnienne, c’est à dire d’une élégance viennoise tout à fait résolue. Le dernier CG 565 en sol mineur, est clairement le plus épuré, beethovénien manifestement, sans séduction néo opératique. En 1891-1892, Gounod cultive une audace ascétique nouvelle, acérée, plus franche, parfois tendue, avec dans le final, cette accent rapide fouetté, même expédié du majeur, – avant le retour probable  (irrépressible ?) du mineur.

Le cd 2 rassemble les deux premiers Quatuors parvenus. Le début du Quatuor en la majeur (CG 561, plage 5) développe un climat de fébrilité sensible, aiguë, souvent inquiète, d’un mordant vibratile de première qualité (néo haydnienne), plus âpre et électrique que vraiment intime dans le style de Mozart. L’éloquence comme incisive, brûlante, d’une volubilité affirme une agitation à peine canalisée. Puis l’Allegretto du Quatuor n°2 en la majeur (créé en 1887 à la Société nationale de Musique), plage 6, atteint même à une aridité et une sécheresse portées par une belle vivacité et une attention agogique très précise du Quatuor ici réuni. Gounod développe une manière de marche funambule comme un nocturne souvent grave et lugubre (procession inquiète), avant un finale, clairement construit, énoncé comme une comédie lyrique (avec trémolos littéralement « vocaux »).

La vivacité et l’imagination d’un Gounod qui se renouvelle constamment, inspire les membres du Quatuor Cambini. Fièvreuse, précise, mordante et profonde quand il faut l’être, leur lecture ne finit pas de convaincre par son engagement détaillé.

Reste qu’il manque dans cette « intégrale » (des oeuvres connues retrouvées), les deux ultimes de l’année 1893, cités par un témoin fiable, Saint-Saëns, dont on sait l’admiration pour Gounod, et la passion de la musique de chambre française qu’il défendit avec militantisme au sein de la Société nationale de Musique. De nouvelles prochaines découvertes ? A suivre. D’ores et déjà, voilà un excellent coffret, opportun en cette année GOUNOD 2018 (bicentenaire de la naissance).

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CD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017 – 2 cd Aparté – enregistré à Paris en octobre 2017)

Compte rendu, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 3 février 2018 / Et in Arcadia ego… Léa Desandre, Les Talens Lyriques / Phia Ménard

Desandre-lea-et-in-arcadia-ego-opera-comique-critique-par-classiqueenwsCompte rendu, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 3 février 2018 / Et in Arcadia ego… Léa Desandre, Les Talens Lyriques / Phia Ménard. Remanier une œuvre est un procédé très utilisé à la période baroque, Rameau lui-même utilise plusieurs pièces écrites pour le clavecin dans ses propres opéras. Quand une œuvre ne trouvait pas son public, on la retrouvait peu de temps après dans une nouvelle version ; plusieurs opéras du compositeur ont connu ainsi une nouvelle version. Le trio plutôt expérimenté : Rousset, Ménard, Reinhardt (chef, metteuse en scène, écrivain) a créé un nouveau parcours à partir d’œuvres déjà connues de Rameau ; revoir les œuvres, les appréhender autrement est toujours une expérience qui ne manque d’intérêt.
Et in Arcadia Ego a été constitué comme un vrai opéra, quatre entrées ou tableaux nous racontent la vie et la mort du personnage incarné par la jeune mezzo française, récemment distinguée, Lea Desandre.

Tout commence dans une ambiance informelle, sans préparation, les lumières de la salle sont encore presque totalement allumées, le public est encore bruyant et hop, on est déjà dans la (formidable) ouverture de Zaïs.
Tout au long du spectacle, nous découvrons l’histoire grâce au texte écrit par Éric Reinhardt. Pour servir l’histoire, les paroles des airs sont revisités à chaque fois que le dramaturge veut nous guider sur le fil de son sujet. Des interludes projetés remplacent les récitatifs, – lesquels sont absents dans ce spectacle, nous aidant à mieux comprendre l’état d’esprit  de Marguerite (Lea Desandre).

Après un long texte projeté sur le rideau comme un prologue, le  rideau de fer est levé, découvrant  une paroi de lumière aveuglante ou presque. En tout cas, le public semble méconnaître les concerts de rock, dont l’impact visuel est bien plus aveuglant. Néanmoins, le dispositif aveuglant marche, le public grimasse, ronchonne  … Il se chauffe également par la puissance des lampes.
Après quelques longueur et tendresses orchestrales, enfin se déploie la première intervention du chœur qui doit représenter la voix de l’espace. Dommage qu’il reste caché et voilé tout au long du spectacle, car sa présence aurait vraiment apporté de la force. Il faut vraiment saluer la qualité des chanteurs du chœur, leur précision malgré quelques petits décalages avec l’orchestre au début du spectacle que Rousset n’est pas arrivé à fédérer.

DEsandre-lea-opera-comique-spectacle-opera-comique-la-critique-et-in-arcadia-ego-critique-par-classiquenews-photo-portrait-2Pour sa part, soliste vedette du spectacle, Lea Desandre incarne un personnage omniprésent, plus qu’une divinité, l’incarnation du réel qui doit retrouver sa mort annoncée, non sans nous expliquer que son parcours a été riche et que nul regret est nécessaire. Rameau, peut-être a éprouvé ce même sentiment quand il a composé à l’âgé de 50 ans son premier opéra, ce vieillard savait que la partie était  déjà jouée pour lui et il a tout osé, ce qui fait de lui et de sa musique un hiatus d’une telle manière que son œuvre supporte toute les expériences baroques ou contemporaines sans fléchir, à condition que les acteurs embrassent les changements proposés par la direction scénique.

Malgré le talent de Lea Desandre et de sa prestation scénique et musicale engagée, il n’est pas facile de nous tenir sen haleine pendant une heure et demi ; il s’agit d’un pari risqué quand on est encore une jeune artiste.
Tout est permis pour continuer à nous présenter la merveilleuse musique de Rameau, on salue l’audace de la plasticienne, chorégraphe, metteuse en scène Phia Menard ; elle a cassé tous les codes et a placé le public comme partie intégrante de ce show, au risque de recevoir une chaude huée à la fin de la représentation. Mais on aurait aussi voulu écouter l’ensemble Les Talens Lyriques plus audacieux, plus contrasté, plus loquace. Malgré l’immense qualité de ce spectacle et la vive recommandation d’aller l’apprécier à l’Opéra Comique afin d’avoir vos propres impressions, un sentiment étrange nous submerge. Tant d’idées et de raffinement intellectuel … pour finalement un sentiment de n’être pas rassasié, quel anachronisme. Persistante frustration.

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Compte rendu, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 3 février 2018 / Léa Desandre, Les Talens Lyriques / Phia Ménard, création d’après Rameau, jusqu’au 11 février 2018.

 

NANTES. Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi par le duo Caurier / Leiser

ANO logo 2017 2018 vignetteNANTES, MONTEVERDI : POPPEA. 9 > 17 octobre 2017. Ce pourrait bien être la production événement de cette nouvelle saison 17 – 18 d’Angers Nantes Opéra et aussi l’ultime offrande d’importance portée par son directeur général, jusqu’en décembre 2017, Jean-Paul Davois. Depuis les débuts de sa direction exemplaire, Jean-Paul Davois n’a cessé de défendre un théâtre lyrique soucieux du texte, du sens, en étroite connexion avec la société. Opéra engagé, – qui sait offrir en résonance avec les tumultes inquiétants de notre société, de sérieuses pistes de réflexion; la notion lyrique qu’il défend  concerne d’abord, l’action dramatique mise en musique : l’action y est préservée, dans sa cohérence, dans sa profonde unité poétique. Voilà reformulée une intention qui se concrétise particulièrement dans le travail des deux metteurs en scène, devenus partenaires familiers à Nantes et à Angers, Patrice Caurier et Moshe Leiser, pour lesquels comme pour Jean-Paul Davois, théâtre et musique sont aussi importants dans la réussite du spectacle, traités ainsi à parts égales. On a vu réalisés par leur soin ici même, entre autres productions qui nous ont marqué : Le Château de Barbe-Bleue, Falstaff, et récemment un Don Giovanni, âpre, brûlant, d’une violence électrique.

 

THEATRE ET MUSIQUE…

 

 

monteverdi claudio portraitRien n’atteint l’impact du verbe incarné, en une action saisissante, où le temps théâtral rejoint le temps musical. Avant Verdi qui en un opéra réaliste, violent, parfois sauvage et fantastique a réussi dans cet art de l’équilibre, Monteverdi au XVIIè réalise déjà l’équation. Pour lui le texte est servi par la musique et les deux, chant et action, s’accomplissent grâce à l’action théâtrale. Rien de plus manifeste dans le cas de son dernier ouvrage, Le Couronnement de Poppée, où la passion soumet raison et politique (Amor vincit omnia), sommet lyrique, créé à Venise pour le Carnaval de 1642, grâce à une coopération exceptionnelle avec le poète Francesco Busenello.  Leur duo est resté depuis légendaire, annonçant par sa réussite, celui de Mozart et Da Ponte, puis de Strauss (Richard) et Hofmannsthal.

 

LE DESIR DE NERON… Dans le cas du Couronnement de Poppée, compositeur et poète librettiste mettent en scène et en musique l’histoire romaine, mais selon le prisme de la pensée vénitienne. La République contre l’ordre impérial, c’est à dire l’ordre tyranique. Les Vénitiens se montrent particulièrement critiques vis à vis des héros romains…En effet, Néron y paraît en monstre infantile, être dépravé et érotomane habité, dévoré par une irrépressible soif de jouissance, en particulier pour la jeune Poppée, dont il fait sa maîtresse et sa nouvelle impératrice… Beaucoup de metteurs en scène ont joué sur la jeunesse troublante, et la perversité adolescente de ce couple fascinant et écÅ“urant : pour satisfaire son seul désir, Néron répudie son épouse officielle (Octavie), trahit tous les préceptes de son mentor le philosophe Sénèque (qu’il fait assassiner et dont Monteverdi trace un portrait plutôt négatif, lui aussi d’après la soldatesque du début de l’opéra, acteur à la moralité douteuse). Le politique, inféodé au règne de l’amour, tue la raison, l’ordre, la vertu… Rien ne peut commander à la passion de l’empereur, fût-elle immorale et choquante. On ne saurait fustiger l’histoire romaine avec plus de cruauté et de cynisme. Cette parodie politique, permet cependant à Monteverdi d’écrire l’un de ses opéras les plus sensuels, d’une volupté même saisissante (les duos entre Poppea et Nerone) ; et en psychologue passionné par les vertiges du sentiment, Monteverdi fait de l’impératrice répudiée, Ottavia, une figure hautement tragique dont l’air unique (Addio Roma / l’adieu à Rome), est l’un des sommets de son oeuvre lyrique.

 

HUIT CLOS THEATRAL ET MUSICAL… C’est un huit clos tragique et amoureux, cynique et politique qui frappe par son austérité sauvage, mais aussi très voluptueux. Un théâtre musical d’une intensité unique à ce jour et propre au début des années 1640. Monteverdi lègue ainsi son plus haut génie poétique, à l’époque où à Venise, l’opéra devient publique (1637). Aujourd’hui, comme Don Giovanni de Mozart ou Le Chevalier à la rose de Strauss, – ouvrages universels, Le Couronnement de Poppée ne cesse de nous interroger. Sur la question de la folie amoureuse, de l’emprise de la passion (avant Racine) ; sur l’indignité d’un prince corrompue, avili, soucieux du seul accomplissement de son désir…

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserEt même sa réalisation pose problème et soulève le débat. Car les deux manuscrits encore accessibles, remontent certes au XVIIè mais sont d’une main ou d’un atelier qui a fixé deux versions après la mort du Maître (manuscrits conservés à la bibliothèque Marciana de Venise et au conservatoire San Pietro a Maiella de Naples). Sans indication précise sur les instruments obligés, le doute persiste sur la sonorité et les couleurs de « l’orchestre » d’origine, tel qu’il était pratiqué dans les théâtres publiques d’opéras à Venise au XVII, qui est en réalité un continuo développé. Alors faut-il respecter la vision chambriste, intimiste – théâtrale d’un Gardiner ? Ou celle plus flamboyante et latine défendue par d’autres chefs plus récents ? Sur les traces d’un Monteverdi soucieux de détails de mise en place sur les planches – le premier metteur en scène de l’histoire ?, Patrice Caurier et Mosche Leiser nous livrent leur propre vision d’un drame et d’une partition inclassables. Dont la vérité et la justesse poétique interrogent notre modernité au théâtre comme à l’opéra.

Que sera la nouvelle production conçue à Nantes ? Plus théâtrale, plus musicale ? Ou les deux, … très probablement. Réponse à partir du 9 et jusqu’au 17 octobre 2017. 6 représentations au Théâtre Graslin de Nantes.
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NANTES, THÉÂTRE GRASLIN
6 représentations événements
lundi 9, mardi 10, jeudi 12, vendredi 13,
dimanche 15, mardi 17 octobre 2017
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

RESERVEZ VOTRE PLACE
ANO logo 2017 2018 vignetteLe Couronnement de Poppée / L’Incoronazione di Poppea
Dramma in musica, en un prologue et 3 actes
Livret de Giovanni Francesco Busenello d’après les Annales de Tacite.
Créé au Teatro Grimano de Venise en 1642.
[Opéra en italien avec surtitres en français]
DIRECTION MUSICALE : MOSHE LEISER ET GIANLUCA CAPUANO
MISE EN SCÈNE: MOSHE LEISER ET PATRICE CAURIER
Chiara Skerath, Poppée
Rinat Shaham, Octavie / la Fortune
Peter Kalman, Sénèque
Élodie Kimmel, Drusilla / la Vertu
Sarah Aristidou, Demoiselle
Elmar Gilbertsson, Néron
Dominique Visse, la Nourrice / le Premier Familier
Renato Dolcini, Othon
Mark van Arsdale, Lucain / Libertus / le Second Familier / le Premier Soldat
Agustin Perez Escalante, le Licteur
Augusto Garcia Vazquez, le Troisième Familier

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes

Ensemble I Canto di Orfeo
Direction Gianluca Capuano

Livre, compte rendu critique. PROVENCE ET LANGUEDOC A L’OPERA EN FRANCE AU XIXème SIECLE (Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2017)

provence-et-languedoc-e-lopera-en-france-au-XIX-gounod-saint-saens-cultures-et-representations-compte-rendu-critique-par-classiquenewsLivre, compte rendu critique. PROVENCE ET LANGUEDOC A L’OPERA EN FRANCE AU XIXème SIECLE (Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2017). Comme il est détaché, distingué, mis en exergue, « Méridionaux. tous Poètes », selon la formule positive de Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. C’est un donc un préjugé qui argumente opportunément le sujet de ce livre à l’ancrage aussi original que passionnant. Les œuvres qui mettent scène la Provence rayonnent ici d’un intérêt particulier. Prolongement d’un colloque qui s’est déroulé le 20 décembre 2014 à Nîmes, le cycle de textes et interventions rassemblés ici témoignent d’un corpus indiscutable qui atteste d’une certaine vision de la culture provençale à l’opéra, en particulier dans le « grand  XIXè », soit du Second Empire à la Première Guerre mondial. Evidemment Mireille de Gounod et Mistral (1864) incarne un premier sommet de ce goût pour le folklore régional. D’autant plus exacerbé et cultivé, porté par le Félibrige, et d’autres courants intellectuels et culturels, en réaction contre le wagnérisme ambiant, conquérant, inévitable. Quand Saint-Saëns cherche et trouve (cf son Concerto pour piano), une nouvelle inspiration, étrangère à tout germanisme vénéneux, en Algérie, Egypte et dans ce proche Orient africain qu’avant lui, le peintre Delacroix a su peindre et célébré, les compositeurs français romantiques s’intéressent aux particularités territoriales, le folklore livrant une nouvelle source dépaysante. Le populaire et le traditionnel fécondent la musique savante. Avec la création de la société nationale de musique (en 1871, c’est à dire comme une réponse culturelle de la France politiquement vaincue par la Prusse), il s’agit à présent de célébrer les joyaux du patrimoine français, en particulier méridional. Ainsi serait exaucer Nietzsche aussi dont la formule de 1888, « il faut méditerranéiser la musique », prenait prétexte de Carmen de Bizet (1875) pour appuyer son nouveau positionnement antiwagnérien.

 

 

 

De Mireille de Gounod (1863) aux Barbares de Saint-Saëns (1901)
L’université de Saint-Etienne publie les actes du Colloque de 2014 soulignant PROVENCE ET LANGUEDOC à l’opéra en France au XIXè
comme sources d’une importante régénération du genre

Les Méridionaux à l’opéra

 

 

Ainsi dans le sillon de la pensée nietzschéenne, si musicale, – le poète « trahi » par Wagner ne se disait-il pas compositeur autant que philosophe ?- Gounod donc, puis Ravel, Chabrier, Debussy se passionnent chacun à leur tour pour les couleurs et les rythmes du midi, ligure, provençal, ibérique.
C’est aussi une célébration des hauts lieux lyriques en Provence, où l’opéra s’affirme comme le genre idoine : Mireille donc dans les Arênes de Nîmes, puis Les Barbares de Saint-Saëns (1901) qui entend affirmer le théâtre antique d’Orange comme une nouvelle scène opératique majeure (malgré les critiques du compositeur sur la réalité des conditions de représentation). En définitive, l’opéra sera créé à Paris.
Les textes attestent d’une longue tradition provençale à l’opéra qui remonte aux Lumières et s’affirme tout au long du XIXè : depuis les Feste de Thalie de Mouret (1720), et les tambourins de Rameau (Indes Galantes, 1735), à Daphnis et Alcimadure, pastorale en languedocien de Mondonville (1754), puis Aline de Berton (1803), Le Roi René d’Hérold (1824), … Simultanément, l’histoire géopolitique a déplacé le centre d’intérêt vers le monde méditerranéen, depuis la Campagne d’Egypte de Bonaparte (1799), avec la prise d’Alger (1830) ; l’identité méditerranéenne se précise au fil des ouvrages musicaux et lyriques au cours du XIXè. Elle se manifeste par des marqueurs emblématiques, liés à l’esprit et à la vie du lieu rural ou maritime, afin de faire « primitif voire paysan ».
Outre l’image de la Méditerranée sur la scène lyrique (à Paris majoritairement), le livre explore aussi l’activité des foyers de créations en Provence, phénomène lié à l’enracinement personnel d’un compositeur sur le territoire, ou la commande d’un théâtre ou d’un site à un auteur. Ainsi : Pétrarque de Duprat (1873) créé à l’Opéra de Marseille, comme Naïs Micoulin de Bruneau (1907) créé à Monte Carlo ; Héliogabale de Séverac (1910) créé à Béziers ; enfin, le volet le plus intéressant concerne la genèse puis les conditions de création des Barbares (apothéose à peine masquée de la civilisation gallo-romaine), nouvelle tragédie de Saint-Saëns, conçue pour Orange en 1901, car l’action s’y déroule, en 105 avant JC. Mais créé in fine à l’Opéra de Paris : Le 10è ouvrage lyrique de Saint-Saëns narre l’amour de la Vestale romaine Floria pour le germain barbare Marcomir et la tragédie qui les accable : Livie, autre vestale amie de Floria poignarde le barbare car il a tué jadis son père. Dans le contexte géopolitique de Saint-Saëns, Livie tuant Marcomir, c’est la France qui se venge indirectement de l’envahisseur germanique…
Pour autant, il ne suffit pas d’intégrer d’authentiques danses folkoriques provençales pour réussir un opéra provençal ; et même si elles sont conçues, les danses peuvent être sine die interdites pour cause de régionalisme indigne sur la scène parisienne, comme en fait l’expérience Séverac qui avait présenté la partition intégrale du Cœur du moulin à l’Opéra-Comique en 1910 : le directeur du théâtre parisien refusa net les danses du chevalet et des treilles.
L’intérêt majeur de ce corpus, aux regards spécialisés, et aux textes complémentaires est de questionner les sources d’inspiration du grand genre lyrique.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014Livre, compte rendu critique. PROVENCE ET LANGUEDOC A L’OPERA EN FRANCE AU XIXème SIECLE : CULTURES ET REPRESENTATIONS. Ouvrage collectif, sous la direction de Jean-Christophe Branger et Sabine Teulon Lardic. Publications de l’Université de Saint-Etienne, parution en juin 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS. ISBN 978 2 86272 693 9.

 

 

 

CD, compte rendu critique. LISZT : Faust Symphonie (1857). Steve Davislim, ténor. Sine Nomine, Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck (1 cd Alpha, 2014-2016)

Liszt Faust symphonie symphony martin haselbock cd alpha review compte rendu critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. LISZT : Faust Symphonie (1857). Steve Davislim, ténor. Sine Nomine, Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck (1 cd Alpha, 2014-2016). Faust, éternel insatisfait inspire dans son premier volet du triptyque Faust, – véritable opéra symphonique, un drame de l’angoisse qui naît d’une aspiration non satisfaite dont la soif ne se tarit pas, bien au contraire. Le premier tableau des 3, intitulé « Faust » exprime les tourments tenaillés au corps d’une âme en proie au doute, le plus redoutable, vertigineux et inéluctable : doute existentiel. Qui suis je ? Où vais-je ? Une conscience tiraillée par son inutilité même. Liszt, lui-même croyant exprime la reconquête parfois in extremis des déchus, perdus, maudits. Toute son oeuvre et son écriture y compris pianistique, raconte (avant Mahler), le chemin, ses étapes, d’une ascension spirituelle conquise au prix d’un combat intime, viscéral. Les quatre accords de quintes, enchainés disent cette tension assoiffée et inquiète,instable, désirante. Ici le lettré et savant doute, terrorisé par la conscience du néant qui menace toutes ses croyances. Les cordes mordent, édifient une arche interrogative qui inscrit l’appel au sens d’un homme fragilisé : Faust au terme de ce premier épisode de plus de 20 mn, semble reconquérir sa forces vitales, toutes ascensionnelles, dans une partition inspirée du Faust de Nerval, conçue dès 1854 et pleinement aboutie pour les célébrations de 1857 à Weimar où était fêté le génie de Goethe. Le chant des altos et violons sur le tapis incisif des violoncelles portent l’ivresse du thème d’espérance qui porte toute l’exaltation de ce mouvement initial, imprimé d’une inéluctable vibration de l’espoir, entre lyrisme et solennité de plus en plus palpitante, dont le chant de triomphe, final, sonne comme la victoire que porteront dans les décennies suivantes les ballets de Tchaikovsky et qui s’achève au violoncelles comme un questionnement sans réponse.

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886La seconde partie, féminité de la flûte associé aux clarinettes, puis du hautbois, évoque la figure salvatrice et sacrifiée, plus introspective et moins tourmentée, éminemment romantique de Marguerite / Gretchen : le premier développement plutôt chambriste, évoquant la psyché de la jeune femme dont est épris Faust amoureux, bascule dans le souffle épique grâce à l’amorce des cors, puis flûtes et harpes s’accordent pour en dévoiler toutes les aspirations lumineuses qui fusionnent avec le duo ardent entre les deux coeurs passionnés. Le souci de clarté, l’articulation et l’éloquence des timbres soutenus par les instrumentistes de l’orchester Wiener Akademie souligne l’angélisme et la sincérité de l’amour de Marguerite, en un tableau parmi les plus enchanteurs du cycle.

Eclairs, aspiration, transcendance du Faust de Liszt

Très habile, Liszt déploie dans son 3è et dernier volet, l’ironie cynique, destructrice de Mephistopheles dont la grimace dérive des variations déformantes des thèmes de Faust ( dans le mouvement I). Les flûtes paraissent sous un autre jour : sardonique, aigre, démoniaque et halluciné. Auquel répondent les cordes au timbre tendu, cynique, comme des hennissements – les accents défendus par chef et orchestre sont jubilatoires, de fini et d’élocution justes, dans une mise en place très claire. Ce jusqu’à la fugue satanique, coeur exultant de l’opus. Pour rompre et conclure à ce déchainement orgiaque (que Wagner n’aurait pas rejeté pour sa propre Bacchanale de Tannhäuser, dans version française évidemment) : Liszt aspirant au miracle d’une résurrection / absolution pour son héros vaniteux mais attachant, résoud le programme dans le Finale (IV) pour choeur d’hommes et ténor, dont le chant séraphique exprime cette unité salvatrice après une phase de transformation, où l’éternel féminin, amour sacré et subliminal par les élans et aspirations qu’il suscite dans le coeur de l’artiste et du héros, peuvent sauver de l’enfer et de la folie.
Précis, palpitant – dans une formidable dernière partie mephistophélienne, le chef et l’orchestre accuse le relief de l’orchestre de Liszt, d’une grâce surexpressive, dramatique et dans sa résolution, idéalement divine. Très convaincant éclairage sur le génie symphonique du Liszt de Weimar, propre aux années 1950.
Inventeur et sublimateur du genre poème symphonique, Liszt se révèle dans toute sa flamboyance architecturée et poétique.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. LISZT : Une Faust Symphonie, S 108. Steve Davislim, ténor. Choeur d’hommes Sine Nomine. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction (2014-2016). 1 cd ALPHA 475. CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2017

Poitiers. Satie, Debussy, Schubert au TAP

Coffret cd événement : TOUT SATIE chez EratoPOITIERS, TAP. Le 19 janvier 2017. Concert symphonique : Satie, Schubert, Debussy. Une femme chef d’orchestre défend à Poitiers compositeurs français et viennois, soit Satie, Debussy et Schubert. Marzena Diakun, chef assistante de l’Orchestre philharmonique de Radio France, entend piloter la direction d’orchestre, particulièrement inspirée par la passion des sentiments. Pour elle, « les chefs d’orchestre ont le rôle de faire pleurer, rendre heureux, d’exalter les gens par la plus raffinée des musiques ». Le programme, premier de 2017, au TAP Poitiers, met à l’honneur ( aux côtés de Franz Schubert), la musique française du début du XXème siècle : alliant délicatesse de l’orchestration et texture particulière de la pâte orchestrale. Children’s Corner de Debussy exprime la tendresse du père pour ses enfants, surtout la fille du compositeur qui lui a inspiré ce cycle enchanteur, conçu comme une succession de scènes d’enfance. Sensibilité et énergie fusionnent dans la quatrième symphonie (dite Tragique) d’un Schubert de 18 ans, encore très classique, mais dont l’exceptionnelle maturité, comme celle de Mozart, réalise un prodige d’accomplissement orchestral. La qualité n’attend pas ici le nombre des années.
Enfin, climats suspendus et humeur mélancolique avec Erik Satie (notre photo ci dessus, célèbres Gymnopédies). Sa cantate pour ténor et orchestre, Socrate, moins connue, est d’une autre veine. Les épisodes de la vie du philosophe grec antique sont évoqués avec simplicité, en une musique objective et franche qui touche par son immédiate sincérité. A l’articulation du texte, le ténor Mathias Vidal, récemment applaudi pour son excellente prestation du Pluton d’Orphée aux enfers à Nantes (novembre 2016, LIRE notre compte rendu complet), en diseur captivant, réserve au public de Poitiers, son sens du relief, de la fine incarnation, de la caractérisation idéalement intelligible. Grande soirée de prosodie et de symphonisme, de Vienne (Schubert) à Paris (Satie, Debussy).

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boutonreservationPOITIERS, Théâtre Auditorium de Poitiers / TAP
Jeudi 19 janvier 2017, 20h30
Durée : 1h40 dont entracte

RESERVEZ VOTRE PLACE
Toutes les infos et les modalités de réservation :
http://www.tap-poitiers.com/satie-schubert-debussy-1786

Programme :

Claude Debussy
Children’s Corner orchestration Caplet (extraits)

Erik Satie
2 Gymnopédies (orchestration Debussy),
Socrate (Mathias Vidal, ténor)

Franz Schubert
Symphonie n°4 « tragique »

Orchestre Poitou-Charentes
Marzena Diakun, direction
Mathias Vidal, ténor

DVD. Einstein on the Beach (Châtelet, 2014). Glass, Wilson, Childs. The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass ensemble (2 DVD Opus Arte)

DVD. Einstein on the Beach (Châtelet, 2014). Glass, Wilson, Childs. The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass ensemble. Enregistré au Théâtre du Châtelet à Paris, en janvier 2014; 2 dvd OPUS ARTE BD7173 D. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016.

glass wilson childs einstein on the beach dvd chatelet dvd review critique dvd classiquenews CLIC novembre 2016 1474030354_OA1178DCréé le 25 juillet 1976 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon dans le cadre du Festival, l’opéra Einstein on the beach, malgré son sujet, – scientifique-, reste un jalon majeur de l’écriture moderne au XXè siècle, touchant par son originalité formelle et sa grande invention visuelle. Un ovni onirique sans équivalent alors. Une certaine élite artistique américaine, réunissant comme un art total à la façon des Ballets Russes au début du siècle : danse (Childs), musique (Glass), dramaturgie, mise en scène, décors (Wilson), s’imposait alors sur la scène internationale après leur consécration française en Avignon. Opéra en quatre actes, Einstein on the beach renaissait ainsi dans les années 2010, par ses trois concepteurs re sollicités (surtout la chorégraphe Lucinda Childs invitée à écrire de nouveaux ballets) pour une nouvelle tournée américaine puis européenne passant par Montpellier (2012), puis Paris (comme ici au Châtelet en janvier 2014 où a été réalisé la captation vidéo).

Glass signe ainsi son premier opéra « minimaliste » d’une lenteur régénératrice – selon les mots de Childs, après l’explosion nihiliste de la culture pop, le minimalisme envisage une nouvelle ère artistique… soit un flux répétitif, suspendu, enivrant, hypnotique de 5h d’activité musicale. Pour rompre l’effet de lassitude, Wilson intègre une voix récitante qui scande des chiffres répétés, des notes de la gamme d’ut majeur énoncées en français, des textes vaguement poétiques écrits par un jeune auteur Christopher Knowles, jeune autiste repéré et suivi par Wilson, et d’autres textes rédigés aussi par Lucinda Childs…
Le mouvement et la fusion des arts et des disciplines opèrent une cristallisation dans chacun des actes dont la succession ne signifie rien dans la totalité mais expriment la puissance d’un jeu formel à plusieurs qui vaut révélation. Le spectateur cherchera en vain la cohérence d’un épisode à l’autre, ou l’intrigue qui relie les actes entre eux : comme l’a dit très justement les commentateurs de la première avignonnaise, le spectacle vaut essentiellement par l’atmosphère inédite, l’impact visuel qui nie et repousse les limites et frontières connues du temps et de l’espace. Tout fusionne dans une totalité plastiquent léchée. L’idée d’une histoire évoquant Einstein dans sa vie n’a pas lieu.

38 ans après sa création en Avignon…
Philip Glass, Robert Wilson, Lucinda Childs : retour du trio enchanteur novateur dans

Einstein on the Beach, une féerie contemporaine

Facilité grâce aux techniques du spectacles ayant fortement évolué et progressé depuis 1976, le trio créateur a pu encore affiner le projet visuel, -Wilson se félicitant même de restituer ses croquis de la création avec une vérité accrue. Seule importe la cohérence plastique de chaque tableau, entendue comme des recréation en 3 dimensions de certaines photos portraiturant Alfred Einstein. Les initiateurs avaient alors une fraîcheur première – atténuée ensuite dans leurs Å“uvres postérieures, que traduit directement des détails humoristiques voire enfantins, d’une candeur qui touche à la pure poésie (l’enfant qui jette des avions en papier…), autant de détails qui sont depuis absents des mises en scènes hyperléchées et toujours atemporelles d’un Wilson de plus en plus distancié, voire déshumanisé, recyclant sous une grille conceptuelle et technique les rouages du théâtre japonais No.
Tout est magnifiquement réglé ici comme du papier à musique : le Einstein violoniste qui joue éternellement les mêmes notes, les choristes égrenant les mêmes chiffres, la danseuse en fond de scène, reculant ou avançant comme au ralenti d’une imperturbable fixité, les figurants qui miment le jeu des mains des dactylos sur d’invisibles machines à écrire… chacun mêlé étroitement à la musique de Glass produit un vision hypnotique où la fausse répétition (Glass précise bien que chaque note « répétée » n’est jamais la même) jalonne en vérité une action qui vaut pour sa formidable progression globale. La puissance de l’imagerie visuelle, la féerie globale du spectacle a conservé intacte sa magie atemporelle, depuis 1976, soit il y a à présent… 40 ans. Longue vie au minimalisme qui n’a jamais semblé plus « moderne » et visionnaire.
DVD incontournable.

CLIC_macaron_2014DVD. Einstein on the Beach (Châtelet, 2014). Glass, Wilson, Childs. The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass ensemble. Enregistré au Théâtre du Châtelet à Paris, en janvier 2014; 2 dvd OPUS ARTE BD7173 D. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016.

CD, coffret événement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar)

ricercar-jerome-lejeune-coffret-8-cd-musqiue-au-temps-de-louis-XIV-review-critique-annonce-cd-classiquenewsCD, coffret événement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar). C’est d’emblée une édition capitale qui fera un excellent cadeau de Noël : réservez donc dès à présent ce titre événement parmi vos cadeaux potentiels pour les fêtes de fin d’année 2016 — on est jamais trop prévoyant pour ne pas laisser passer une telle publication remarquable en tous points… Jérôme Lejeune directeur du label Ricercar s’intéresse dans ce prometteur coffret, éditorialement exemplaire (iconographie et textes explicatifs particulièrement choisis), aux musiques du règne de Louis XIV. La recherche récente s’est plongée plus que d’habitude dans les sources et archives autographes pour nuancer et affiner notre connaissance des musiques jouées à Versailles et avant, sous l’autorité et la validation du Roi Soleil. Ainsi la musique de Louis XIV puise ses racines dans la Polyphonie héritée de la Renaissance. Durant le règne le plus long de l’histoire de France (72 ans), la musique française se définit, prend conscience d’elle-même, prolongeant une ambition et une volonté politique qui entendent occuper la suprématie en Europe.
De fait, alors que les souverains précédant le Grand Siècle ont rivalisé et réagi par rapport au raffinement italien (l’Italie, foyer de la Renaissance européenne), Louis XIV invente la musique de la France moderne, première force politique, et commande à ses musiciens, une musique spécifiquement française : comment interpréter différemment tout le chantier de Versailles, autrement que comme un manifeste du style gaulois le plus abouti ? La musique de la Cour à Versailles impose partout dans le royaume et en Europe ses nouveaux standards bientôt modèles du bon goût pendant l’âge baroque. Les nouvelles institutions, la Chapelle, la Chambre, l’Ecurie, les Vingt-Quatre Violons du Roi (premier orchestre de cour ainsi constitué), de même que l’Académie royale de musique comme celle de danse, organisent l’activité musicale en France, l’une des plus actives désormais. La Suite, l’Ouverture, la Tragédie en musique inventée par Lully souhaitant rivaliser et dépasser le modèle parlé de Corneille et de Racine, comme à la Chapelle, Les Grands et les Petits Motets à voix seules, sont les nouveaux genres et formes à la mode. Ils s’imposent alors comme les nouveaux emblèmes du raffinement absolu. Avec Louis XIV, l’Europe se met à la manière française ; l’art de vivre et le raffinement sont désormais versaillais. Coffret événement.

 
 

CD, coffret événement, annonce. Livre disque / 8 cd / Ricercar RIC 108 — prochaine grande critique du coffret La Musique au temps de Louis XIV dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

 
 
 

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Extraits et ressources musicals des 8 cd :

 

cd1 — airs de cour et Ballets de Cour : Louis XIII, Gabriel Bataille, Jean Boyer, Etienne Moulinié, Pierre Guédron, Michel Lambert, Joseph Chambanceau… / Ballets des fous et des estropiés de la cervelle (Anthoine Boesset) / Bellet royal de la Nuit (Cambrefort) / Ballet d’Alcidiane et Polexandre, Ballet de Xerses (Lully).

 

cd2 — Comédies-Ballets, Tragédies en musique, Cantates : (Les Plaisirs de l’île enchantée, Cadmus et Hermione, Atys, … de Lully / Le Malade Imaginaire, Actéon, Médée de Charpentier / Le Sommeil d’Ulysse d’Elisabeth Jacquet de la Guerre.

 

cd3 — Musique sacrée 1 : Nicolas Formé, Guillaume Bouzignac, Etienne Moulinié, Henry Du Mont, Lully…

 

cd4 — Musique sacrée 2 : MA Charpentier, Jean Gilles, François Couperin (Troisième leçon des Ténèbres, du Mercredy Sainct).

 

cd5 — Orgue et oratorios : Jean Titelouze, Louis Couperin, Nivers, Lebègue, Louis Marchand, de Grigny, MA Charpentier, Du Mont…

 

cd6 — Musique instrumentale 1 : MA Charpentier, Eustache du Caurroy, François Roberday, René Mésangeau, Denis Gaultier, jacques Champion, Louis Couperin, Jean-Henri d’Anglebert…

 

cd7 — Musique instrumental 2 : Nicolas Hotman, Monsieur Dubuisson, Sainte-Colombe, Monsieur Degrinis, Marin Mersenne, André-Danican Philidor, Robert de Visée, François Couperin, Jean-Philippe Rameau, Marin Marais…

 

cd8 — La Sonate française : Marain Marais, Delalande, MA Charpentier, François Duval, Jean-Fery Rebel, Jacques-Martin Hotteterre, Jacques Morel, Pierre-Danican Philidor, André Philidor…

 
 
 

Riccardo Chailly dirige la 8ème de Mahler à Lucerne

arte_logo_2013ARTE. Mahler: Symphonie n°8. Dimanche 28 août 2016,17h30. Riccardo Chailly à Lucerne, pilote les effectifs locaux dans la gigantesque et goethéenne symphonie n°8, dite « des Mille », sommet symphonique et choral signé par le grand Gustav en quête d’absolution. C’est le temps fort du Festival de Lucerne 2016 (Suisse). Comment parcourir les séquences vertigineuses de cette grande messe symphonique ? La 8ème de Mahler est l’un des plus grands défis qui se dressent face à l’orchestre et son chef…

Riccardo Chailly dirigeantL’Éternel Féminin / Nous entraîne en haut », sur les pas de Wagner, Mahler achève sur ces ultimes mots (extraits du Second Faust de Goethe), sa Symphonie n°8, l’une des plus ambitieuses jamais écrites. Si le désir masculin est vorace et sans fin, l’éternel féminin (incarné probablement par son épouse Alma) permet d’atteindre au renoncement et à la paix ultime, tant recherchés. D’emblée, l’hymne du début, ouvrant la première partie de la Symphonie, inscrit la partition comme le parcours d’une quête surtout spirituelle voire mystique (l’Hymne de la Pentecôte Veni Creator Spiritus, invocation du Saint-Esprit y façonne comme au début de la Messe en si de JS Bach, un portique d’ouverture aux proportions vertigineuses et colossales). A ceux qui lui reprochait de n’avoir pas composé de cycle sacré, Mahler arguait que “sa Huitième Symphonie était une messe”… Enregistré à Lucerne, les 12 et 13 août 2016.

LUCERNE FESTIVAL ORCHESTRA
Chœur de la Radio bavaroise
Latvian Radio Choir
Orfeón Donostiarra
Chœur d’enfants de Tölz
Riccardo Chailly, direction
Ricarda Merbeth, Magna Peccatrix
Christine Goerke, Una poenitentium
Anna Lucia Richter, Mater gloriosa
Sara Mingardo, Mulier Samaritana
Mihoko Fujimura, Maria Aegyptiaca
Andreas Schager, Doctor Marianus
Peter Mattei, Pater ecstaticus
Samuel Youn, Pater profundus

Gustav Mahler (1860–1911) : Symphonie n° 8 en mi bémol majeur Symphonie des Mille . ARTE, dimanche 28 août 2016, 17h30. LIRE aussi la page dédiée à la Symphonie n°8 par Riccardo Chailly, les 12 et 13 août 2016 sur le site du Festival de Lucerne 2016

 

ENTRETIEN avec Mihaly Zeke, nouveau directeur musical d’Arsys Bourgogne

mihaly_zeke_7_conrad_schmitzENTRETIEN avec le chef Mihaly Zeke. En Bourgogne, le chant choral n’a jamais été aussi florissant. A une tradition désormais bien installée, le pôle d’art vocal Arsys sait aussi cultiver la diversité et la richesse des sensibilités et des expériences pour nourrir l’activité et la pratique locale. Récemment nommé directeur artistique en 2015, Mihaly Zeke (né à Londres en 1982) entend poursuivre l’excellence actuelle tout en la fertilisant de nouvelles expériences, stimulantes et originales pour les chanteurs et les publics désormais fidélisés pour chacun des cycles de concerts proposés tout au long de l’année. Rencontre avec un jeune chef porté par le désir de dépassement et d’approfondissement… en particulier dans la défense des projets de création.

Le célèbre ensemble vocal bourguignon, Arsys, créé en 1999 et dirigé pendant quinze ans par le chef luxembourgeois Pierre Cao, a su creuser son sillon dans le monde vocal européen ; la renommée du chÅ“ur dépasse largement les frontières de la Région et la formation à géométrie variable a conquis de très nombreux spectateurs dans les grandes salles européennes sous la direction de chefs remarquables. Une série de réalisation qui porte à l’international l’excellence et l’activité du chant choral bourguignon. La venue du jeune chef formé à Budapest et qui a vécu en Grêce, marque en 2016, une nouvelle page de l’histoire d’Arsys.

 

 

 

Avec la nomination de Mihaly Zeke, comme directeur musical, Arsys vit une nouvelle page de sa riche histoire

Enrichir l’excellence, cultiver la création…

 

 

Mihaly Zeke est un jeune maestro, charismatique et pluriculturel, qui est bien conscient de l’enjeu de ses fonctions. Sans laisser de côté le répertoire baroque et classique, volets artistiques qui ont structuré et façonné la formation depuis sa création, Mihaly Zeke exprime la volonté de nouer une forte relation avec les compositeurs d’aujourd’hui ; le maestro se montre très impliqué dans la recherche d’un répertoire taillé sur mesure pour la phalange. Pour lui, une formation de cette envergure doit sans cesse repousser ses limites, oser, expérimenter… Rien de mieux dans ce cas, qu’un rapport direct avec la création.

 

 

Rencontre avec Mihaly Zeke, directeur artistique d'ARSYS Bourgogne

 

 

Mihaly Zeke est un artiste qui dispose de plusieurs cordes à son arc:  diplômé de la prestigieuse Musikhochschule de Stuttgart, il a baigné depuis son enfance dans un milieu musical; fils de musiciens, il possède également une solide formation comme organiste et pianiste. Dans le prochain travail avec les chanteurs d’Arsys, Mihaly Zeke privilégie un travail millimétré, au format chambriste, et focalise son action sur un groupe plus resserré, autour de 16 chanteurs, dans le but de créer un pupitre à partir des voix solistes ; il laisse la force expressive de chaque voix prendre place dans un répertoire où les interventions solistes sont nombreuses. Classiquenews a assisté au concert du 30 avril 2016 au Consortium de Dijon : au sein d’un programme extrêmement bien conçu autour de la musique française du XXème siècle, le chÅ“ur Arsys Bourgogne réalisait la création d’Ostanès le Chaldéen du jeune compositeur Jean-Baptiste Masson, affirmant une belle collaboration entre la formation et la création.  C’est pour Mihaly Zeke, un accomplissement désormais central dans le travail musical du chÅ“ur ; le chef est tout a fait conscient de l’importance de cristalliser ce nouveau répertoire, d’autant qu’à terme il s’agit de travailler dans le but de réinvestir les plateaux d’enregistrement. Soit à terme, dans les prochains mois, une nouvelle collection de jalons discographiques marquant les avancées et explorations du ChÅ“ur en terra incognita.

 

 

logoAvec la nomination de Mihaly Zeke, c’est un air nouveau qui souffle sur Vézelay, et aussi tout un cycle de promesses stimulantes par l’intensité et la profondeur musicale qui se dégagent du jeune chef. Tout cela est de bonne augure pour l’avenir de l’ensemble. L’impatience et la curiosité pointent déjà à l’idée de suivre et connaître les nouvelles collaborations et prochains projets qu’Arsys et son nouveau leader vont aborder dans les semaines à venir. A suivre sur classiquenews.

VISITEZ le site du Chœur ARSYS Bourgogne

Illustration : Mihaly Zeke © C Schmitz

 

 

arsys

 

PARIS, MONTFERMEIL. TRAVIATA des villes et des champs…

galerie-dame-aux-camelias-12-e1444309149441PARIS, MONTFERMEIL. TRAVIATA des villes et des champs : 23 mai-2 juillet 2016. Deux productions totalement distinctes tant du point de vue artistique que sociétal et même politique occupent simultanément l’affiche de ce printemps et presque été 2016 : l’une, production luxueuse occupant les planches de l’Opéra Bastille avec dans le rôle-titre, fidèle à la programmation médiatique, une tête d’affiche prometteuse, rien de moins que la diva du moment, Sonya Yoncheva, qui des terres baroques (en apprentissage à Ambronay pilotée alors par Leo Garcia Alarcon) s’affirme en diva dramatique, dans le chef d’oeuvre intimiste et tragique de Verdi… du 23 mai au 29 juin 2016 . Mais voilà que pour le grand malheur des amateurs qui auront payé le prix fort, la Yoncheva chante le rôle pour quelques représentations (du 23 mai au 7 juin 2016) a annulé ses engagements parisiens pour raisons familiales : elle est remplacé par Maria Agresta, le 20 mai, puis du 11 au 29 juin 2016. Un cran plus bas quand même.
C’est à quelques km de Paris, dans le 93 : une autre expérience qui fusionne art lyrique et aventure collective à l’échelle d’une ville : Montfermeil, où depuis quelques années, la municipalité propose aux citoyens résidents et de façon bénévole, l’expérience d’une production chaque été, en un “son et lumière” qui rassemble, regroupe, fédère les énergies locales. Le vivre ensemble s’organise de façon exemplaire et la culture surtout la musique, orchestrale et comme ici opératique, par les disciplines aussi variées que complémentaires qu’elle engage, offre un écrin des plus stimulants…

Giuseppe VerdiMONTFERMEIL : LA VILLE OPERA… A l’Opéra Bastille, La Traviata se déploie dans la mise en scène très conforme du réalisateur Benoît Jacquot (les parisiens habitués aux grandes divas en crinolines, y ont déjà applaudi Diana Damrau, dans cette scénographie qui est une reprise) ; les habitants de Montfermeil (300 personnes sur scène et en coulisses) jouent “la Dame aux camélias”, en costumes historiques avec ballets de cavaliers et d’attelages… soulignant ainsi tout ce que Verdi doit au génie d’Alexandre Dumas fils, en particulier à son roman, paru en 1852, et quasi historique, inspiré de la vie trop fugace d’une jeune courtisane aussi belle et irrésistible que condamnée (par la phtisie) : Alphonsine Duplessis qui meurt à l’âge canonique de… 23 ans en 1847.
A Paris comme à Montfermeil, les auditeurs assisteront à un véritable spectacle lyrique, défendu avec engagement par des interprètes impliqués. A Paris, la routine pourrait gagner certains esprits musiciens enchaînant les soirées de représentation ; à Montfermeil, rien de tel : l’idée de participer à une expérience singulière et unique (une fois par an, aux portes de l’été), citoyenne et sociétale, – soulignant combien la culture doit être investie par chacun de nous pour redéfinir le vivre ensemble, pourrait galvaniser davantage les esprits réunis dans une aventure sans équivalent en France.

PARIS, Opéra Bastille
Verdi : La Traviata
reprise de la mise en scène de Benoît Jacquot
Jusqu’au 23 mai au 29 juin 2016
RESERVEZ

MONTFERMEILgalerie-dame-aux-camelias-12-e1444309149441
La Dame aux camélias d’après La Traviata de Verdi
Les 23, 24, 25, 30 juin puis 1er et 2 juillet 2016
01 41 70 10 60
RESERVEZ

http://www.la-dame-aux-camelias.fr/

Devant la façade côté jardin du château des Cèdres, demeure historique des XVIIè et XVIIIè. Le son & lumière de Montfermeil existe depuis 1995.

Lucio Silla ou Mozart en ado romantique

mozart_portrait-300Mozart : LUCIO SILLA. Les 23, 25, 27 et 29 avril 2016. En 1772 après son éblouissant Mitridate le jeune Mozart adolescent  (il termine alors sa 16 ème année), s’intéresse au labyrinthe amoureux faisant évoluer encore et encore le genre seria dont il enrichit la forme (ajout du choeur, récitatifs soignés, orchestre raffiné); qu’il acclimate à un langage musical qui suit avec une acuité racinienne chaque vertige ou élan du coeur; c’est un théâtre sentimental d’une profondeur jamais écoutée auparavant car chaque personnage y souffre et palpite avec une force nouvelle;  aucun doute alors que Goethe finit alors Les Souffrances du jeune Werther, Mozart déploie une exceptionnelle maturité pour inventer l’opéra… romantique: ce Lucio milanais, créé en décembre 1772 au lendemain de la Noël (soit le 26 décembre) affirme le génie du jeune compositeur habité par la question du sentiment et du désir.

Lucio : c’est Mozart en ado romantique

Si le prince Lucio Silla aime Giunia, celle ci lui préfère Cecilio. Les deux amants menacés fomentent un complot contre l’autorité : ils envisagent l’assassinat du despote Silla : mais leur projet est éventé et se présentant devant le tribunal, Giunia et Cecilio sont prêts à mourir. Devant tant de courage et de force morale, Lucio Silla… de tyran devient témoin humanisé ; il renonce à Giunia et même abandonne le pouvoir au peuple de Rome;  l’époque est alors à la célébration du prince politique éclairé dont la transfiguration espérée, fantasmée dans le cadre de la représentation, est exprimée exaltée par la musique de Mozart.

mozart_portraitChaque production de Lucio Silla doit réunir une distribution de personnalités touchantes voire bouleversantes par la subtilité de leur caractérisation. L’orchestre doit commenter, exprimer et parfois contredire ce que dit les acteurs. Jamais Mozart n’a mieux compris la vérité des passions humaines : les épisodes psychologiques y sont ciselés, affinés encore par des récitatifs particulièrement audacieux – vrai défi pour les belcantistes auto déclarés;  Lucio Silla annonce la sincérité de la trilogie Mozart et Da Ponte (Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan gutte), tout en abordant le thème central du despote magnanime (bientôt traité dans son dernier sedia de 1791, soit presque 20 ans après Lucio), La Clémence de Titus.

Mozart: LUCIO SILLA, 1772
Insula Orchestra / Laurence Equilbey, direction
Avec Franco Fagioli (Cecilio), Paolo Fanale (Lucio Silla), Olga Pudova (Giunia)

Tournée

Le 23 avril 2016
PARIS, Philharmonie 2 / Cité de la musique, 20h30

Le 25 avril 2016
LE HAVRE, Le Volcan, 19h30

Le 27 avril 2016
VIENNE (Autriche), Theater an der Wien, 20h

Le 29 avril 2016
Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence, 20h30

d’infos, réservations sur le site Insula Orchestra

LIRE notre compte rendu complet développé de LUCIO SILLA, présenté par ANGERS NANTES OPERA en mars 2010

Yehudi Menuhin, centenaire 2016

menuhin yehudi violon engagement review critique portrait classiquenews centenary centenaire 2016Anniversaire Yehudi Menuhin (1916-1999) : le centenaire Menuhin 2016. Musicien fraternel.  Le 22 avril 2016 marque les 100 ans du violoniste et chef américain Yehudi Menuhin, figure majeure de l’histoire musicale du XXè et pour tous les artistes et interprètes, un modèle moral d’abnégation, de générosité, d’humanisme… Précocité, richesse du répertoire, souci des créations, mais aussi finesse et intelligence voire subtilité musicale, autant de facettes dérivées de ses maîtres (légendaires) dont les premiers restent Enesco (dont il est l’élève dès 1927 à 11 ans!) et Adolf Busch (aux étés 1929 et 1930), Yehudi Menuhin est la grande figure du violoniste, virtuose et humaniste. A la perfection d’une pureté expressive et poétique absolue, l’interprète ajoute l’évidence de la grâce, la présence tangible de l’âme en musique ; l’enfant, l’adolescent respire musique, pense musique, vit musique ; soucieux de révéler au monde, l’harmonie dont l’homme est capable, Yehudi Menuhin n’eut de cesse d’incarner cet idéal du spirituel et du sensuel, du fraternel et de l’universel, déjà par lui-même (union / fusion esprit et corps réalisées grâce au yoga qu’il pratiqua quotidiennement), afin d’exprimer et de communiquer tangiblement les bénéfices de la musique pour tous. Né en 1916, décédé en 1999, le violoniste et chef américain traverse tout le XXè, recueillant les souffrances de ses contemporains telles des sources de dépassements fraternels majeurs, révélant pour tous combien la musique est ce baume au coeur, ce medium permettant de vaincre la violence et la barbarie par une remise en ordre, en harmonie de la société humaine.

Comme Rostropovitch, le travail artistique de Menuhin est surtout un engagement pour l’humanité. Jouer c’est penser, communiquer, exprimer avec l’autre. Souffrir et grandir avec lui. De son enfance à l’âge adulte, Menuhin a su conserver son innocence et son espérance intactes. Une acuité qui relève de l’omniscience comme un gardien de la pureté pourtant éprouvée (par les guerres et les atrocités de la barbarie environnante).

PACIFICATEUR pour le grand pardon. Le jeune homme tolérant, apôtre de la réconciliation, sut régénérer le dernier Bartok auquel il commandait la Sonate pour violon, dernier sommet d’un créateur accablé, usé ; de même, il sut défendre le vieux Furtwängler, suspecté de connivence passive avec le nazisme : Menuhin lui apporta un soutien indéfectible pour sa dénazification (Berlin, septembre 1947). Dans l’adversité, les hommes sont touts frères, se soutenant, s’épaulant, se comprenant : une vision humaniste et résolument pacifique que tend à affirmer et transmettre le chef Daniel Barenboim vis à vis du conflit Israelo-Palestinien… C’est pourquoi dans tous les fronts où Menuhin s’affirma, il faut voire et le musicien et l’homme sublime, éblouissant littéralement par sa hauteur de vue et sa discipline morale. Le violon compassionnel de Yehudi Menuhin se distingue entre tous : il a souffert avec tous, quand tous aujourd’hui veulent briller individuellement en se réclamant de sa figure.

Il faut écouter le violoniste sage, humaniste soucieux du sens comme du salut, dans Bach et Mozart, mais aussi comme chambriste (avec Kempff dans Beethoven) surtout pilier rayonnant d’une mécanique familiale, jouant avec son fils Jeremy et sa soeur cadette Hephzibah, sa cadette, aussi voire plus musicienne encore que lui… A tout un chacun, Yehudi Menuhin aura dévoilé la force spirituelle de la musique pour le bienfaits des hommes, pour l’évolution heureuse de nos sociétés.

PEDAGOGUE. Son activité altruiste se concrétise entre autres en Angleterre où il fonde l’Ecole Menuhin à Cobham (Surrey, en 1962), puis en Suisse à Gstaad (il est devenu citoyen suisse en 1970) dont l’actuel Festival souhaite perpétuer sa conception de la musique, entre dépassement artistique et engagement humaniste. En 1994, le violoniste anobli par la Reine (1993), crée le programme MUSE, cycle d’éducation artistique pour les enfants pour prévenir les effets de la violence et du racisme comme de tous les extrêmismes. Donner une voix à ceux qui en sont privés, réduire l’exclusion, favoriser l’entente et le partage grâce à l’art et à la musique…

En général, ses concerts d’après guerre, après la douleur et la compassion des temps de guerre, sont les meilleurs de sa carrière de récitaliste ; ainsi les programmes Beethoven Brahms, Mendelssohn des années 1950, certains sujets d’enregistrements, sont-ils particulièrement vénérés. Ouvert, tolérant, curieux, ayant comme Bernstein le goût des autres, Menuhin expérimente de nouvelles orientations musicales au gré de ses rencontres ; deux seront marquantes, parce qu’elles lui apportent le bénéfice d’un élément jusque là étranger à son art (déjà grand) mais si essentiel pour l’harmonie de son âme artistique : l’improvisation. Expérience vécue et approfondie ainsi avec les instrumentistes Ravi Shankar et le violoniste Stephane Grappelli dont les concerts ensemble dans les années 1980 marquent un nouvel accomplissement du métier et de l’approche musicale et humaine.

Bilan des éditions spéciales 2016 (celles que nous avons reçues) :

 

menuhin yehudi violon rca classical victor 6 cd review presentation classiquenews compte rendu critique CLASSIQUENEWSYehudi Menuhin : the complete american Victor recordings : 6 enregistrement des débuts 1929 – 1952 — 6 cd RCA red seal / Sony classical (dont le Concerto de Bruch 1945 et 1951 respectivement avec Pierre Monteux puis Charles Munch ; sans compter l’éblouissant témoignage Bartok : Concerto pour violon et Sonate avec Antal Dorati et le pianiste Adolph Baller en 1947 et 1949).

menuhin yehudi le violon du siecle 3 cd review compte rendu classiquenews review presentation centenaire MenuhinCoffret Yehudi Menuhin : le violon du siècle (pour reprendre le titre du docu de Monsaingeon) : aperçu de l’art du violoniste américain comme concerttiste dans Bach, Vivaldi (les Quatre saisons), Viotti, Beethoven, Mendelssohn, Tchaikovski, Brahms, Paganini ; comme chambriste (Beethoven, Brahms, Schubert, Mozart, Bach, Franck, Fauré … 3 cd Warner classics

Nouveau Rigoletto signé Claus Guth à l’Opéra Bastille

RIGOLETTO-hoempage-582-390-verdi-rigoletto-presentation-nouvelle-production-opera-classiquenews-582-390Paris, Bastille. Nouveau Rigoletto par Claus Guth : 9 avril-30 mai 2016. D’après Le roi s’amuse de Hugo, Verdi aborde le thème du politique et de l’arrogance punies dans leur propre rouage : ceux qui, intrigants crapuleux et méprisants, maudissent, punissent, invectivent ou ironisent, agressent ou ridiculisent, feraient bien re réfléchir à deux fois avant de dénigrer. Le bouffon nain Rigoletto paie très cher son arrogance : sa propre fille sera même sacrifiée, détruite, immolée. Et le pauvre nain en son pouvoir dérisoire n’aura en fin d’action que ses larmes pour réconforter le corps refroidi de Gilda, la fille qu’il aurait du protéger avec plus de discernement. Mais Verdi surprend ici moins dans le traitement de l’histoire hugolienne dont il respecte presque à la lettre la fureur barbare, l’oeil critique qui dénonce l’horreur humaine à vomir, que dans sa nouvelle conception du trio vocal romantique. Dans Rigoletto, le ténor n’est pas la victime mais le bourreau inconscient, ou plutôt d’une insouciance irresponsable qui reste effrayante : le Duc de Mantoue s’il considère la femme comme volage (souvent femme varie) chante en réalité pour lui-même ; en paon superbe et narcissique, volubile et infidèle, séducteur collectionneur, il viole la pauvre vierge Gilda, tristement enamourée ; la horde de serpillères humaines qui lui sert de courtisans conclut le portrait de la société humaine : une arène d’acteurs infects où règne le désir d’un prince lascif et inconsistant. Dans ces eaux opaques, Rigoletto pense encore s’en sortir.  Mais le stratagème qu’il met en œuvre en sollicitant le concours du tueur à gages, Sparafucile, pour tuer le Duc se retourne indirectement contre lui : sa fille Gilda sera la victime d’une nuit de cauchemar (dernier acte).  Fantastique, musicalement efficace et même fulgurante, la partition de Rigoletto impose définitivement le génie dramatique de Verdi, un Shakespeare lyrique.

Aux côtés du ténor inconsistant, le baryton et la soprano sont les deux victimes expiatoires d’une tragédie particulièrement cynique : emblèmes de cette relation père / fille que Verdi n’ a cessé d’illustrer et d’éclaircir dans chacun de ses opéras : Stiffelio, Simon Boccanegra,…

Passion Verdi sur ArteRigoletto à l’opéra… ce n’est pas la première fois qu’un naif se fait duper et même tondre totalement sur l’autel du pouvoir … Dans l’ombre du Duc, pensait-il qu’en singeant les autres, c’est à dire en invectivant et humiliant les autres, il serait resté intouchable ? Le nain croyait-il vraiment qu’il avait sa place dans la société des hommes ? La Cour ducale de Mantoue, le lieu où se déroule le drame, semble incarner la société toute entière : chacun se moque de son prochain, et celui qui ridiculise, de moqueur devient moqué, nouvelle dupe d’un traquenard qu’il n’avait pas bien analysé… Que donnera la nouvelle production qui tient l’affiche de l’Opéra Bastille à Paris, signée Claus Guth (réputé pour sa noirceur et son épure théâtrale – en particulier ses Mozart à Salzbourg) ? Cette nouvelle production remplace le dispositif scénographié par Jérôme Savary, créé  in loco en 1996 et repris jusqu’en 2012… Réponse à partir du 9 avril 2016 et jusqu’au 30 mai 2016. A ne pas manquer, car il s’agit de la nouvelle production événement à Paris au printemps 2016.

 

 

 

Rigoletto de Verdi à l’Opéra Bastille à Parisboutonreservation
Du 9 avril au 30 mai 2016 — 18 représentations
Claus Guth, mise en scène
Nicola Luisotti, direction musicale

 

Toutes les infos, les modalités de réservations sur le site de l’Opéra Bastille à Paris

 

 

 

Coffret cd, compte rendu critique. Intégrale Maurice Ravel par Lionel Bringuier (4 cd Deutsche Grammophon)

RAVEL lionel bringuier complete integrale Ravel Yuja wang ray chen review compte rendu critique cd classiquenews 4 cd deutsche grammophon 4795524Coffret cd, compte rendu critique. Intégrale Ravel par Lionel Bringuier (4 cd Deutsche Grammophon). Première saison symphonique de Lionel Brunguier à Zürich... Voilà une première somme orchestrale dont tout jeune chef pourrait être particulièrement fier, enregistré par un label prestigieux dont chaque volet enregistré séparément, compose aujourd’hui cette intégrale captivante. Né niçois en septembre 1986, le maestro français Lionel Bringuier va souffler prochainement ses 30 ans. Et pourtant force est de constater une sensibilité vive et analytique, douée de respirations magiciennes dans le sillon tracé par ses prédécesseurs, les premiers enchanteurs déjà collaborateurs de Decca / Philips, à leur époque, défenseurs passionnés / passionnants d’un répertoire romantique et moderne français qui s’affirmait sans qu’il soit besoin d’étaler aujourd’hui presque exclusivement l’argument des instruments d’époque. La seule sensibilité instrumentale de chaque tempérament fédérateur, sa science personnelle des nuances et des dynamiques… – les Ansermet, Martinon, Cluytens et hier, Armin Jordan, suffisait alors à démontrer une maîtrise vivante de l’éloquence orchestrale symphonique à la française. Le jeune Bringuier serait-il animé par le même souci d’éloquence et de style ?

 

 

A Zurich, directeur musical de la Tonhalle, un chef français réalise une première intégrale ravélienne captivante…

Prodiges ravéliens de Lionel Bringuier

 

bringuier tonhalle Bringuier_Lionel__c__Priska_Ke_016d0fd013L’élève de Zsolt Nagy au Conservatoire de Paris, lauréat du 25ème Concours de Besançon 2005 (grâce à la Valse du même Ravel), affirme ici dans les champs ravéliens, une tension ciselée souvent irrésistible, même si la prise de son trop flatteuse souvent, exacerbe la plénitude sonore plutôt que sa transparente clarté. Un manque de détail et de ciselure arachnénenne qui ne doit pas être attribué à la direction fine, articulée, subtilement dramatique du jeune maestro. Ce sont moins les Concertos pour piano (avec le concours de l’excellente mais un rien trop technicienne pianiste chinoise Yuja Wang en avril 2015) que les pages purement orchestrales, nécessitant lyrisme, détail, feu dramatique qui confirment le tempérament du directeur musical, assistant de Salonen à Los Angeles (2007), puis chef associé nommé par Gustavo Dudamel.

CLIC_macaron_2014Les 4 cd édités par Deutsche Grammophon regroupent les premières réalisations officielles de Lionel Bringuier comme nouveau directeur musical de la Tonhalle de Zurich, depuis septembre 2014, successeur de David Zinman. Tous, live de septembre 2014 à novembre 2015 montrent la complicité évidente entre chef et instrumentistes. Analysons les apports des cd les plus intéressants.

CD1 : Shéhérazade scintille de lueurs inédites, rousséliennes, entre tragédie, mystère et texture allusive ; Tzigane souffre d’un trop plein d’ardeur (Ray Chen peu subtil) ; Le tombeau de Couperin en revanche offre un beau festin de couleurs instrumentales.
CD2 : Si le Oncerto pour piano en sol majeur est trop percutant pet pas assez allusif (pianisme incisif de la soliste chinoise, certes précise mais peu subtile), les Valses nobles et sentimentales étalent une souple et flamboyante texture ; et Ma Mère l’Oye convoque toute la magie et la nostalgie du Ravel conteur, prophète d’un raffinement et d’une élégance exceptionnelle. Lionel Bringuier, ravélien engagé et soucieux, tisse une étoffe orchestrale des plus soignées, à la fois, détaillée et d’une grande ductilité expressive.

bringuier lionel chef maestroLe CD 3 montre la direction sous un jour un peu trop détaillé et précautionneuse (déroulé et continuité des 4 épisodes de la Rhapsodie espagnole) ; cependant que Alborada del Gracioco enchante littéralement ; mais c’est évidemment La Valse – morceau de bravoure qui valut à l’intéressé son fameux Prix de Besançon et le déclic pour sa carrière internationale qui s’impose à nous : confirmation d’un beau tempérament, habile dans le fini instrumental et d’une écoute attentive à la progression enivrante du poème chorégraphique dont il souligne les éclairs mordants, cyniques, l’ivresse échevelée, à la fois déconstruite et organiquement structurée. Le travail sur les bois est en particulier flamboyant et magnifiquement ciselé ; on comprend que d’une telle vision / compréhension, l’écoute en sorte comme saisie par tant de contrastes maîtrisés, jouant sur la volubilité des instruments et l’élan collectif comme vénéneux, emportant vers la transe finale. Un sacre du printemps ravélien, aux forces chtoniennes soumises au moulinet le plus raffiné. Pour autant la mécanique est idéalement huilée, détaille tout… pourtant l’on se dit que si le technicien si doué y mettait la vraie urgence, un feu irrépressible, la direction en serait non seulement magistrale mais réellement captivante… Finalement le maestro qui ne peut que progresser nous promet de futurs accomplissements (à l’opéra entre autres ? et par Richard Strauss dont les poèmes symphoniques pourraient être bonne amorce..?). De toute évidence à suivre.

CD 4 : c’est le morceau de bravoure et le lieu des révélations comme des accomplissements s’il y a lieu. Le ballet ici dans son intégralité, Daphnis et Chloé, doit d’abord, enchanter, plus instinctif et d’une vibration allusive plutôt que décrire ou exprimer. L’énoncé est certainement moins murmuré et mystérieux que Philippe Jordan dans son excellente version parue en 2015, MAIS l’acuité des arêtes orchestrales, l’intelligence globale, l’hédonisme scintillant, bien présent, se révèlent malgré une étoffe séductrice souvent entière encore pas assez polie, ni filigranée, d’une plénitude amoureuse, manquant parfois et de tension et de lâcher prise. Le jeune chef aurait-il dû encore attendre avant d’enregistrer ce sommet de symphonisme français ? … assurément, mais il y reviendra. Car si l’énoncé est parfois trop explicite, et les contours comme les passages pas assez modulés ni nuancés (Danse gracieuse de Daphnis… trop claire, trop manifeste, et même trop appuyée ; même traits trop épais et marqués pour l’enchantement nocturne de Pan qui clôt le premier tableau…), la baguette sait danser, et même s’enfoncer dans le mystère, dans l’ivresse infinie, confinant à l’immatérialité atmosphérique. Evidemment emporté par le sens narratif plus facile, le chef réussit davantage Danse générale, Danse grotesque de Dorcon, … tout ce qui réclame le manifeste et l’expressif (Danse guerrière, Danse suppliante du II…).

 

 

Lionel Bringuier : jeune maestro à suivre

 

 

L’enchantement de l’aube ouvrant le III, manque lui aussi de scintillement même si l’on reconnaît une très belle parure analytique. Le travail est néanmoins splendide, techniquement et esthétiquement convaincant, à défaut d’y contenir ce supplément d’âme et de mystère qui font tant défaut. Si l’on exprime nos réserves c’est que passionnés par Ravel comme le chef, nous espérons que dans un second temps, (prochain?), le maestro nous comble cette fois, au-delà de l’éloquence flamboyante trouvée ici malgré son jeune âge. En dépit de nos réserves, le contenu de cette première saison zürichoise de Lionel Bringuier, audacieux defenseur de la musique française s’impose à nous avec force et éclat. Même s’il y manque la profondeur et la subtilité espérées, le résultat est convaincant, prometteur. C’est donc un CLIC d’encouragement et l’espérance que les prochaines réalisations iront plus loin encore dans le sens d’une absolue finesse suggestive.

 

 

 

RAVEL lionel bringuier complete integrale Ravel Yuja wang ray chen review compte rendu critique cd classiquenews 4 cd deutsche grammophon 4795524CD, coffret Maurice Ravel : intégrale des œuvres orchestales / complete orchestral Works. Lionel Bringuier. Tonhalle-Orchester Zürich (avec Yuja Wang, piano ; Ray Chen, violon) / 4 cd Deutsche Grammophon, live 2014-2015). CLIC de CLASSIQUENEWS.

Duo Beydts / Bernstein à l’Opéra de Tours

guitry sacha yvonne printemps 019-yvonne-printemps-and-sacha-guitry-theredlistTOURS, Opéra. Doublé Beydts / Bernstein : 25, 27 et 29 mars 2016. L’Opéra de Tours en cette ultime saison lyrique que dirige in poco le chef-directeur Jean-Yves Ossonce, joue la carte de l’insouciance apparente, pourtant portée par une gravité souterraine qui défend sous le masque de la comédie, une profondeur bouleversante. Subtilité, évanescence : voilà l’équation qui donne sa cohérence à cette nouvelle production événement. Au programme deux pièces lyriques à ne pas manquer : La Société anonyme des messieurs prudents ou SADMP, joyau bouffe en un acte signé Louis Beydts d’après le livret de Sacha Guitry et créé à Paris en 1931. Puis, Trouble in Tahiti de Leonard Bernstein, également en un seul acte unique, créé à Waltham en juin 1952. Pour unifier le diptyque, c’est la metteur en scène déjà appréciée ici même et dans une autre production double (associant La voix humaine de Pulenc et L’Heure espagnole de Ravel), Catherine Dune qui rétablit l’action théâtrale tout en cultivant aussi la poésie et l’humour. Guitry imagine 4 soupirants, désormais associés en sarl pour couvrir de cadeaux « Elle », leur chère idolâtrée, au prorata de leur investissement. A la création, Guitry avait créé le rôle d’Agénor, et sa partenaire, Yvonne Printemps était « Elle ». L’ouvrage incarne les délices d’un drame savoureux, plein d’esprit, propre aux années 1930. Une bouffée d’insouciance au bord du précipice  à venir…

bernstein Leonard_Bernstein_by_Jack_MitchellDans Trouble in Tahiti, Bernstein analyse avec l’acuité musicale qui lui est propre, les vertiges artificiels de la classe moyenne américaine, à travers un petit couple, très petit bourgeois, très convenable, et pourtant si dérisoire… décrit par 3 commentateurs (trio mâle et délirant). 5 années avant West Side Story, tout le Bernstein, génie du musical, s’affirme dès 1952 : suavité mélodique, parodie et satire à peine voilée, emporté par un swing irrésistible et une orchestration d’une finesse éblouissante. Nouvelle production incontournable.

Diptyque Beydts / Bernstein à l’Opéra de Tours
Vendredi 25 mars – 20h
Dimanche 27 mars – 15h
Mardi 29 mars – 20h

 

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 à 12h00 / 13h00 à 17h45
02.47.60.20.20

theatre-billetterie@ville-tours.fr

LA SOCIÉTÉ ANONYME DES MESSIEURS PRUDENTS
Opéra bouffe en un acte de Louis Beydts
Livret de Sacha Guitry
Création le 3 novembre 1931 à Paris

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Catherine Dune
Décors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
Lumières : Marc Delamézière

Elle : Sophie Marin-Degor
Henri Morin : Laurent Deleuil *
Un gros commerçant : Antoine Normand
Un grand industriel : Lionel Peintre
Le Comte Agénor de Szchwyzki : Jean-Marie Frémeau

Présenté en français, surtitré en français

TROUBLE IN TAHITI
Opéra en un acte de Léonard Bernstein
Musique et Livret du compositeur
New Reduced Version – Garth Sunderland
Création le 12 juin 1952 à Waltham

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Catherine Dune
Décors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
Lumières : Marc Delamézière

Dinah : Sophie Marin-Degor
Sam : Laurent Deleuil *
Le trio : Pascale Sicaud Beauchesnais – Lionel Peintre – Antoine Normand

Présenté en anglais, surtitré en français

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site de l’Opéra de Tours

CD, coffret Narcisso Yepes : The complete Concertos recordings (5 cd Deutsche Grammphon)

yepes narcisso cd deutsche grammophon complete concertos recordings review compte rendu annonce critique classiquenews 028947954675-Cvr_n-240x240CD, coffret Narcisso Yepes : The complete COncertos recordings (5 cd Deutsche Grammphon). Décédé en mai 1997, le guitariste espagnol (né à Lorca en novembre 1927) Narcisso Yepes, incarne l’âge d’or de la guitare classique que Deutsche Grammophon a accompagné pendant plus de 20 années, en particulier de 1969 à 1979, soit une décennie parmi ses meilleures années comme interprète. Quadra puis quinqua, Yepes, ancien élève musicien au Conservatoire de Valence et d’origine plutôt modeste, se révèle subtile concertiste, soucieux de mettre en lumière une technicité souple et éloquente que son jeu précis, rond, chaleureux enrichit, en particulier dans plusieurs Concertos créés pour lui, et des transcriptions d’après Vivaldi (initialement pour luth), Granados, Falla, Albéniz (initialement pour piano)… entre autres. Le film Jeux interdits (René Clément, 1952, Narcisso Yepes a alors 25 ans et incarne la nouvelle génération d’interprète) le propulse internationalement, en particulier grâce à la pièce de Fernando Sor, à peine remanié. La musique angélique irradiante lumineuse exprime la tendresse d’une enfance sacrifiée sur l’autel de la guerre et de la barbarie humaine, enfance de la très jeune orpheline Paulette (5 ans) dont les parents on été mitraillés dans un convoi sur une route de la France de l’Exode de 1940… L’énergie palpitante du jeu de Yepes traduit magnifiquement la poésie pure, pleine d’espérance comme de blessures que le film de René Clément communique. Hélas pas de Jeux Interdits dans le coffret mais le Concerto de Rodrigo saura tout autant traduire et transmettre le feu pudique d’un Yepes souverain en son style.

Guitare concertante chez Deutsche Grammophon : 1969-1979

Narcisso Yepes, la probité de l’art

CLIC D'OR macaron 200Celui qui inaugura sa carrière officielle sous la direction du chef Ataulfo Argenta (l’élève de Karl Schuricht et qui créa l’orchestre de chambre de Madrid en 1949), dans le fameux Concerto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo, – ample concerto néobaroque et résolument méditatif et chambriste si proche du tempérament naturel de Yepes (pièce présente ici dans deux enregistrements, celui inaugural de mai 1969 puis celui plus tardif qui clôt le cycle, réalisé à Londres en avril 1979), s’affirma surtout pour la grande technicité avec laquelle il s’était rendu maître de sa guitare à 10 cordes. Un instrument que Maurice Ohana a mis en scène dans le fameux Concerto (Tres graficos / Trois graphiques pour guitare et orchestre-) composé spécialement pour le guitariste et ici enregistré avec le LSO et Rafael Frübeck de Burgos en janvier 1975).

Yepes-Narciso-16Le coffret édité par Deutsche Grammophon réunit en 5 cd l’intégralité de ses enregistrements de concertos effectués entre 1969 et 1979. Outre le Rodrigo de 1969, distinguons surtout les Concertos de Giuliani (1977), Bacarisse/Halffter (1972), Ruiz-Pipo (1975), Villa-Lobos et Castel Nuoco-Tedesco (1976), auxquels le Concerto d’Aranjuez de Rodrigo (enregsitré deux fois, à 10 années d’intervalle) apporte un complément plus méditatif et atemporel. Tout l’art de Narcisso Yepes est là, concentré dans ce condensé de musique baroque, néo baroque, et contemporaine : concentration mesurée, et sonorité limpide, aux côtés d’une digitalité précise voire arachnéenne. Et toujours sur chacune des pochettes de cette collection choisie, le visage concentré, simple d’un homme mûr quasi chauve, dont les yeux en forme de sourire se cachent derrière de grosses lunettes… Yepes c’est la probité de l’art, qui n’a besoin ni du masque séducteur de la jeunesse, ni d’un effet marketing décalé pour affirmer sa souveraine musicalité. Modestie et mise sans prétention d’un immense interprète. Coffret événement.

CD, coffret Narcisso Yepes : The complete Concertos recordings (5 cd Deutsche Grammphon). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

LIRE aussi la présentation du coffret Narcisso Yepes sur le site du Club Deutsche Grammophon :

Livres, compte rendu critique. Timothée Picard : La Civilisation de l’Opéra (Sur les traces d’un fantôme (Éditions Fayard, février 2016)

timothee picard la civilisation de l opera critique compte rendu classiquenews fevrier 2016 classiquenewsLivres, compte rendu critique. Timothée Picard : La Civilisation de l’Opéra (Sur les traces d’un fantôme (Éditions Fayard, février 2016). Le titre de cet essai global, emprunte à Nietzsche une posture partisane, celle où le philosophe encore ami de Wagner, défendait dans son propre essai, “La Naissance de la tragédie grecque”, l’opéra germanique seul héritier digne depuis l’opéra italien de Monteverdi, et comme lui véritable prolongement critique et évolutif sur la forme chant/théâtre. L’auteur se saisit d’un autre penseur critique, Walter Benjamin, qui déclare vis à vis du roman de Gaston Leroux (paru en 1910), journaliste devenu écrivain et précurseur du cinéma Pathé, que Le Fantôme de l’opéra est bien “l’un des grands romans sur le XIXème siècle”.
Aujourd’hui, ceux qui ont lu le livre ou sont capables d’en citer quelques chapitres, tout au moins retracer la construction de certains passages, sont bien peu nombreux (ormis peut-être la scène où le Fantôme monstrueux, Erik, paraît au Bal, masqué sous les traits de la Mort Rouge en allusion à la nouvelle macabre, terrifiante de Poe-), tant l’histoire du Fantôme de l’Opéra, ayant survécu à son origine littéraire et romanesque, inspire chanteurs, auteurs de séries télévisuelles, surtout comédies musicales dont celle signée Lloyd Webber, dépasse tous les succès l’ayant précédé. Génie romanesque doué d’une construction astucieuse (Le Mystère de la chambre jaune, premier chef d’Å“uvre de 1908), Leroux défie les lois habituelles du genre, aimant principalement fusionner les registres poétiques : onirique, fantastique, terrifiant, spectaculaire. Avant d’être cinématographique, son écriture est opératique. Consciente des effets visuels et imaginaires qu’elle produit, et géniale dans sa façon de les amener comme de les agencer. Mais le texte interroge moins les clés de l’écriture du dramaturge que la fascination exercée par son sujet, ce que signifie à chaque époque de réception, le choix du thème opéra et comment la perception et l’esthétique de Leroux a enrichi considérablement le mythe…
D’où vient cet attrait pour le roman français ? Ne serait-ce pas plutôt au fond, ses personnages (dignes du trio opératique romantique : un ténor, un baryton méchant – soit le monstre, et entre les deux, une soprano indécise ?), ou mieux : son sujet, l’Opéra, comme lieu et comme genre ?

 

 

 

Le mythe de l’opéra à travers les avatars du Fantôme de l’Opéra…

Fantômes et mythe de l’Opéra

 

LEROUX gaston G._LEROUXL’essai prend à bras le corps toutes les péripéties et les avatars nés depuis le roman de Leroux, engage un questionnement philosophique sur la question de l’opéra lui-même : miroir, emblème, “métonymie”, symptôme de la société, et donc par extension et références, “signe” de la civilisation elle-même, en particulier celle du XIXè, qui a produit le sommet de cette évolution qui fusionne opéra et société, le Palais Garnier. Le vaisseau créé par Garnier (admirateur de Théophile Gautier et de Dumas) en 1875, prend son origine au Second Empire, luxueux et décadent, et s’impose à l’imaginaire des bons bourgeois de la IIIè République, arrogants, prétentieux, parfaitement parisiens c’est à dire, fastueusement vaniteux. C’est le lieu où on écoute autant qu’il fait s’y faire entendre ; observer autant qu’il faut s’y faire voir… L’escalier monumental suffit à rappeler que ses abords sont d’abord des espaces publics, au caractère mondain et social. En somme si Stendhal a écrit la chronique de l’opéra aristocratique depuis la Scala (au tout début du XIXè), Leroux au début du siècle (suivant), à l’époque post industrielle et impressionniste, reconstruit le mythe de l’Opéra de Paris, qui reste encore la capitale du XIXème siècle et concentre les caractères les plus marquants de la France des Grands Magasins, des Boulevards, des gares, des chemins de fer.
Tout en restituant les nombreuses sources littéraires comme les hommages de Leroux, l’auteur inventorie ce que le roman intègre, n’écartant pas le contexte des Å“uvres contemporaines (Zola, Verne…), ni l’analyse objective de sa construction dramatique comme ses personnages : Christine se laisse mélancoliquement portée au bras de Raoul dans le dédale du Palais Garnier, à la fois grotte minérale et Atlantide en son lac, mais aussi se voit subjuguée d’abord par le monstre mystérieux, alors conquérant sublimé, avant de le considérer pour ce qu’il est (et pour ce qu’il ambitionne petitement): un petit bourgeois (plutôt qu’un véritable héros d’opéra), ayant creusé son appartement cossu, d’un kitsch inepte, pour y séquestrer sa future épouse : mari étriqué et confort poussiéreux, l’idéal et la figure héroïque démoniaque perdent ainsi de leur lustre.
Plutôt qu’un motif, décor interchangeable-, l’opéra atteint grâce au roman de Leroux, le statut d’un mythe, aux confluents des genres, entre industriel, criminel et fantastique. La Londres du XIXè a produit Jack l’Eventreur ; le Paris post hausmannien, celui de Garnier, recueillant le décadent Second Empire, et aussi l’idéal républicain de la IIIè République, engendre un nouveau métissage, le terrifiant pathétique (dans la mouvance d’Elephant man) et du surnaturel artistique : le monstre et la diva composent un duo éclectique, promis à bien des légendes et des fantasmagories en séries. La performance “monstrueuse” de la cantatrice, comme l’aspect hideux du fou masqué, s’exaltent l’une l’autre.
opera fantome de l opera de gaston leroux 220px-Gaston_Leroux_-_Le_Fantome_de_l'OpéraA travers toutes ses adaptations variées, c’est le mythe de l’Opéra, ses connotations fantastiques et dramatiques, tragiques et pathétiques qui se manifestent sans s’épuiser. Confronté au miroir social qu’il suscite, l’opéra pose clairement la question au centre de l’essai : qui sont les véritables monstres et où sont-ils ? ou plutôt s’il y a un monstre donc un mystère, je vais aimer. L’opéra après tout ne serait pas aussi, aimer se faire peur, soit la grand théâtre de l’effroi ? A l’heure des séries de plus en plus inventives sur le plan des scénarios (voyez l’excellente Penny Dreadfull, sommet des registres mêlés mais ici exclusivement britannique : onirisme, romantisme gothique, surnaturel satanique, fantastique et terrifiant spectaculaire où sont mêlés très habilement Wilde, Shelley, Frankenstein et le loup garou, jusqu’au Dracula de Stocker), le roman de Leroux s’affirme comme un modèle dramatique. En traitant le mythe de l’opéra, il en exposé toutes les composantes d’attraction.
Porteur d’une interrogation salvatrice, l’opéra en quête de lui-même, même au cÅ“ur de la culture mondialisée, standardisée, n’a jamais mieux attiré, cristalisant même toutes les attentes dans le genre du spectaculaire et du fantastique. A l’opéra, j’aime avoir peur (comme au cinéma) mais avec ce surcroît de réalité que diffuse les planches, l’orchestre en fosse, le chef qui s’agite, et les chanteurs qui jouent leur voix sur la scène. A celui dont on disait qu’il était un genre élitiste et mort, l’auteur consacre donc une manière d’hommage, face à son pouvoir inusable, tant de fois décrié (car soit disant poussiéreux, codifié, ridicule), mais toujours étonnamment vivace, captivant. Le roman de Leroux a su saisir l’essence de l’opéra à travers les âges : son indéfectible pouvoir d’attraction. L’auteur en démêle les multiples clés d’accès et de compréhension. Lecture indispensable.

CLIC D'OR macaron 200Livres, compte rendu critique. Timothée Picard : La Civilisation de l’Opéra (Sur les traces d’un fantôme (Éditions Fayard, février 2016). EAN13: 9782213681825. 760 pages. Prix indicatif :35 €. CLIC de CLASSIQUENEWS de Février et mars 2016.
Le Théâtre Mogador à Paris reprend Le Fantôme de l’Opéra, version Andrew Lloyd Webber, à partir du 13 octobre 2016 (30ème anniversaire de la création du spectacle, chanté en français). Et dans son livre, l’auteur annonce de nombreuses nouvelles adaptations du Fantôme de l’Opéra de Leroux en séries et au cinéma…

Faust’s Box au TAP de Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Le 11 février 2016, 20h30. Faust in the box / Faust’s Box, création. Nouvel objet sonore en création à Poitiers avec cette production inclassable dans sa forme musicale mais si riche en sens et questionnement que son thème suscite : Faust (dans une boîte) interroge la destinée humaine, le sens d’une vie terrestre. Désirs comblés au delà de ses espérances, le docteur Faust n’espère ni n’aspire à rien. Peut-il encore vivre ? En a t il encore la volonté et le vouloir ? A trop s’être perdu, peut-il se (re)trouver ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle production qui met en scène les multiples interrogations de Faust dans sa boîte.

Création au TAP de Poitiers

Faust’s Box / Faust in the box

Andrea Liberovici / Ars Nova ensemble instrumental

Faust en création à Poitiers

 

Faust est seul, enfermé dans une boîte. Il vient d’être damné et il est en fuite. Non plus vers un monde extérieur mais en lui-même. Il ne cherche plus rien sinon retrouver sa voix. S’ouvre alors un dialogue entre lui et son ombre. La chanteuse Helga Davis, remarquée dans la recréation de Einstein on the Beach de Philip Glass et Robert Wilson, campe un Faust ni homme ni femme. Un être qui pense et dit à la fois l’horreur et le miracle de la condition humaine. Narrateur, chanteuse et musiciens interprètent une partition à la croisée des esthétiques, démultipliant les espaces grâce à l’électronique et ouvrant la voie à de multiples illusions sonores. Andrea Liberovici signe une Å“uvre très originale pour voix, corps, instruments, ombres en mouvement, et crée un seul et même langage, nouveau et profondément expressif.

liberovici-andrea-faust-creation-opera-poitiers-presentation-annonce-CLASSIQUENEWS-fevrier-2016FACE AU MIROIRAndrea Liberovici qui a conçu la musique, le texte et la mise en scène du spectacle imagine Faust dans un ultime face à face : lui-même et son ombre. C’est face au miroir, le bilan d’une existence en quête de sens. Le héros (la chanteuse Helga Davis) interroge l’enjeu et le but d’une vie terrestre à travers sa propre quête. C’est un voyage intérieur et intime qui à travers l’évocation de son enfance, de l’amour, du pouvoir, de l’argent, récapitule enjeux et désirs, finalité et moralité de toute une vie, entre passion, désir, ambition. Face au miroir de son âme, que va découvrir Faust de lui-même ? Le spectacle d’Andrea Liberovici souligne la vacuité des existences solitaires et désespérées où le lien humain, la conscience à la Nature font défaut. La force du spectacle tient à la figure centrale de la chanteuse-Faust, ni homme ni femme ; au concours d’une voix off (celle de Robert Wilson, préenregistrée, sorte de “ghost-writer” ou narrateur de l’ombre dont la voix structurante mordante et juste par la pertinence des propos, organise l’action et lui apporte sa continuité dramaturgique). Avec l’apport de l’électronique, la réalisation visuelle produit de superbes illusions sonores. Les 7 instrumentistes se fondent dans une réflexion vivante d’une tension irrésistible. Car le théâtre de Liberovici nous parle à travers Faust du chemin qui s’offre à chacun de nous. Faust, c’est nous.

Le spectacle est repris à Paris, Philharmonie, le 17 septembre 2016 ; puis du 29 nomvebre au 4 décembre 2016, au Teatro Stabile de Gènes (Italie)

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP. Le 11 février 2016, 20h30. Faust in the box / Faust’s Box, création
Placement libre / Création
Andrea Liberovici, musique, texte et mise en scène
Helga Davis, chant
Philippe Nahon, direction
Ars Nova ensemble instrumental (7 musiciens)
Robert Wilson, narrateur de l’ombre
Controluce – Teatro d’ombre, ombres en vidéo

Autour de Faust au TAP de Poitiers

Dialogue des plateaux : Faust, une légende allemande de Murnau, dim 14 fév 11h

Pourquoi les chefs d’orchestre mènent-ils tout le monde à la baguette ? avec François Martel, jeu 11 fév 18h30

Une question existentielle à laquelle tentera de répondre par trois fois au cours de la saison un comédien ou metteur en scène avec la complicité d’un musicien ou chef d’orchestre. Ce duo s’interrogera sur une oeuvre du répertoire, un air connu ou un compositeur célèbre, il nous ouvrira avec humour et espièglerie les portes de la musique classique et contemporaine. Des « non-conférences », élaborées avec nos trois orchestres associés, à déguster au bar de l’auditorium.
jeudi 11 février 18h30
La réponse de François Martel, comédien, avec la complicité d’Alain Tresallet, altiste d’Ars Nova ensemble instrumental.
En lien avec Faust in the box

 

faust-andrea-liberovici-creation-poitiers-classiquenews-fevrier-2016

 

Création à Poitiers. Faust’s Box / Faust in the box

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Le 11 février 2016, 20h30. Faust in the box, création. Nouvel objet sonore en création à Poitiers avec cette production inclassable dans sa forme musicale mais si riche en sens et questionnement que son thème suscite : Faust (dans une boîte) interroge la destinée humaine, le sens d’une vie terrestre. Désirs comblés au delà de ses espérances, le docteur Faust n’espère ni n’aspire à rien. Peut-il encore vivre ? En a t il encore la volonté et le vouloir ? A trop s’être perdu, peut-il se (re)trouver ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle production qui met en scène les multiples interrogations de Faust dans sa boîte.

Création au TAP de Poitiers

Faust’s Box / Faust in the box

Andrea Liberovici / Ars Nova ensemble instrumental

Faust en création à Poitiers

 

Faust est seul, enfermé dans une boîte. Il vient d’être damné et il est en fuite. Non plus vers un monde extérieur mais en lui-même. Il ne cherche plus rien sinon retrouver sa voix. S’ouvre alors un dialogue entre lui et son ombre. La chanteuse Helga Davis, remarquée dans la recréation de Einstein on the Beach de Philip Glass et Robert Wilson, campe un Faust ni homme ni femme. Un être qui pense et dit à la fois l’horreur et le miracle de la condition humaine. Narrateur, chanteuse et musiciens interprètent une partition à la croisée des esthétiques, démultipliant les espaces grâce à l’électronique et ouvrant la voie à de multiples illusions sonores. Andrea Liberovici signe une Å“uvre très originale pour voix, corps, instruments, ombres en mouvement, et crée un seul et même langage, nouveau et profondément expressif.

liberovici-andrea-faust-creation-opera-poitiers-presentation-annonce-CLASSIQUENEWS-fevrier-2016FACE AU MIROIRAndrea Liberovici qui a conçu la musique, le texte et la mise en scène du spectacle imagine Faust dans un ultime face à face : lui-même et son ombre. C’est face au miroir, le bilan d’une existence en quête de sens. Le héros (la chanteuse Helga Davis) interroge l’enjeu et le but d’une vie terrestre à travers sa propre quête. C’est un voyage intérieur et intime qui à travers l’évocation de son enfance, de l’amour, du pouvoir, de l’argent, récapitule enjeux et désirs, finalité et moralité de toute une vie, entre passion, désir, ambition. Face au miroir de son âme, que va découvrir Faust de lui-même ? Le spectacle d’Andrea Liberovici souligne la vacuité des existences solitaires et désespérées où le lien humain, la conscience à la Nature font défaut. La force du spectacle tient à la figure centrale de la chanteuse-Faust, ni homme ni femme ; au concours d’une voix off (celle de Robert Wilson, préenregistrée, sorte de “ghost-writer” ou narrateur de l’ombre dont la voix structurante mordante et juste par la pertinence des propos, organise l’action et lui apporte sa continuité dramaturgique). Avec l’apport de l’électronique, la réalisation visuelle produit de superbes illusions sonores. Les 7 instrumentistes se fondent dans une réflexion vivante d’une tension irrésistible. Car le théâtre de Liberovici nous parle à travers Faust du chemin qui s’offre à chacun de nous. Faust, c’est nous.

Le spectacle est repris à Paris, Philharmonie, le 17 septembre 2016 ; puis du 29 nomvebre au 4 décembre 2016, au Teatro Stabile de Gènes (Italie)

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP. Le 11 février 2016, 20h30. Faust in the box, création
Placement libre
Création
Andrea Liberovici, musique, texte et mise en scène
Helga Davis, chant
Philippe Nahon, direction
Ars Nova ensemble instrumental (7 musiciens)
Robert Wilson, narrateur de l’ombre
Controluce – Teatro d’ombre, ombres en vidéo

Autour de Faust au TAP de Poitiers

Dialogue des plateaux : Faust, une légende allemande de Murnau, dim 14 fév 11h

Pourquoi les chefs d’orchestre mènent-ils tout le monde à la baguette ? avec François Martel, jeu 11 fév 18h30

Une question existentielle à laquelle tentera de répondre par trois fois au cours de la saison un comédien ou metteur en scène avec la complicité d’un musicien ou chef d’orchestre. Ce duo s’interrogera sur une oeuvre du répertoire, un air connu ou un compositeur célèbre, il nous ouvrira avec humour et espièglerie les portes de la musique classique et contemporaine. Des « non-conférences », élaborées avec nos trois orchestres associés, à déguster au bar de l’auditorium.
jeudi 11 février 18h30
La réponse de François Martel, comédien, avec la complicité d’Alain Tresallet, altiste d’Ars Nova ensemble instrumental.
En lien avec Faust in the box

 

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Nouvel Alcina à Genève

Haendel handel oratorio opera baroqueGenève, Gd Théâtre.Haendel : Alcina. 15-29 février 2016. Le Grand Théâtre de Genève (en réalité le cadre intimiste du théâtre de bois de l’Opéra des Nations) accueille une nouvelle production d’Alcina de Haendel, chef d’oeuvre absolu inspiré de la poésie noire et tragique de L’Arioste, où la passion amoureuse conduit chevaliers et magiciennes aux bords de la folie solitaire, destructrice. Chacun ici fait l’expérience de l’impuissance, même l’enchanteresse Alcina qui malgré ses pouvoirs, n’est pas la souveraine manipulatrice que l’on pourrait croire : son empire est celui de l’artifice et de l’illusion et gare au moment où en un éclair de pleine conscience, les masques tombent et la magicienne mesure la réalité dérisoire de son pouvoir. Avant les Armide et les Médée de la période des Lumières et des Romantiques, Haendel s’intéresse au personnage central d’Alcina dont il fait une figure de femme surtout humaine, troublante, attachante, et formidablement déchirante. Peu à peu, la magicienne humanisé, sombre dans le noir de l’amertume, la rancoeur sourde d’une âme blessée, détruite, dévastée. Car Renaud qu’elle aime et qu’elle a ensorcelé pour qu’il l’aime en retour, en reprenant ses esprits (grâce à ses amis chevaliers et à sa première compagne venue le recherche : Bradamante), comprend qu’il a été trompé ; il n’aime pas Alcina et le lui fait savoir sans ménagement. Terrible et effrayant, l’abîme qui se présente alors à la souveraine impuissante. Qui n’a pas su se faire aimer pour elle même. Qui se fait aimer par magie. Mais pour si peu de temps. Les airs d’Alcina sont d’une effrayante et captivante vérité : ils mettent peu à peu à nu, l’âme déchirée et soumise de la magicienne. Remarquable de subtile effusion, d’une vérité inouïe à son époque, l’écriture de Haendel, en véritable médecin des âmes, grand connaisseur du sentiment humain, éblouit par l’élégance d’une action fantastique qui se montre cruellement humaine.

 

 

 

boutonreservationGenève, Opéra des Nations
Haendel : Alcina 8 représentations
Les 15,17,19,21, 23, 25,27 et 29 février 2016
Nouvelle production
Leonardo Garcia Alarcon, direction
David Bösch, mise en scène
Avec Nicole Cabell, Monica Bacelli, Siobhan Stagg, Kristina Hammarström, Michael Adams… L’Opéra des Nations
La Cappella Mediterranea (continuo)

Dramma per musica en 3 actes de Georg Friedrich Haendel.
Livret anonyme d’après celui d’Antonio Fanzaglia pour l’opéra L’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, lui-même inspiré de l’Orlando furioso de L’Arioste.
Créé le 16 avril 1735 à Londres, au Covent Garden Theatre.

Chanté en italien avec surtitres en anglais et français 
Billets de Fr. 44.- à Fr. 199.- / Location dès le 31 août 2015 à 10h

 

 

Conférence de présentation de l’opéra Alcina
Mercredi 10 février 2016, 18h15 au Théâtre de l’Espérance
Diffusion sur Espace 2, samedi 2 avril 2016, 20h.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical

Olga Peretyatko Rossini Alberto Zedda Sony Classical CD Arias and ScenesCD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical. On voudrait croire à la magie vocale, le charisme de la soprano russe née en 1980 à Saint-Pétersbourg, Olga Peretyatko (épouse à la ville du chef Michele Mariotti, – depuis 2012), et qui connaît depuis ces 3 dernières années, une exposition fulgurante sur la scène lyrique internationale. La couverture de ce nouveau disque la met en scène en nymphe lolita à l’italienne, style vita à la romana, dans un style rétro fifties…  L’image marketing joue à fond : on comprend que les producteurs de chez Sony classical « développe » l’artiste en la positionnant comme l’exacte petite soeur d’Anna Netrebko, dont pourtant « la Peretyatko » ne partage ni le timbre blessé ni le médium charnu et délicieusement sensuel. Car tout ici est une question de format : si la soprano séduit par la beauté à la fois ronde et perçante du timbre, ses limites dans les aigus sont vite atteintes et dévoilées, comme côté style et caractère, la couleur de la voix convient mieux aux héroïnes alanguies qu’aux piquantes facétieuses (Il Viaggio a Reims, surtout Rosina du Barbier).  Sa Traviata diffusée sur Arte récemment avait de fait affirmé ses talents de tragédienne verdienne… mais dans une palette d’expressions assez réduite et dans une tessiture serrée.

depuis leur coopération à Pesaro en 2006, la diva suit les conseils du chef Zedda… 

Olga Peretyatko est-elle une rossinienne d’exception ?

Pour autant, chanter Rossini, indique un déplacement complet du curseur expressif et stylisique, vers ce premier XIXème siècle, c’est à dire aux origines du romantisme italien d’avant Bellini, et qui nécessite de vraies dispositions belcantistes. D’autant que la soprano a choisi pour ce 3ème album Sony, un programme magnifiquement accompagnée, ciselé par un spécialiste du répertoire, Alberto Zedda (partenaire de la diva depuis 2006, l’année de leur rencontre au festival Rossini de Pesaro) dont on se délecte de la subtilité du trait, de la vivacité des accents, de l’euphorie générale d’une baguette qui sait articuler, respirer, taquiner… L’agilité, la précision quasi mécanique des vocalises, le style surtout positionné beau chant (bel canto) exige un talent de diseuse doté de souffle et de finesse. Le programme se déroule en deux parties, indiquant les deux veines poétiques rossiniennes : la pure agilité ouvre le bal (deux airs de Folleville et de Corinne du Voyage à Reims), une prière extatique héroïque (Matilde de Shabran… qui depuis des décades fait le tremplin jusqu’aux étoiles d’une certaine Edita Gruberova), puis les seria Tancredi et Semiramide (le fameux Bel raggio lusinghier adapté pour la voix légère d’Isabella Colbran) ; enfin en seconde et dernière section, deux airs comiques, ou deux standards rossiniens : alliant virtuosité et expressivité : Una voce poco fa – version soprano-, du barbier de Séville et L’infelice, che opprime sentira du Turc en Italie. Le récital est consistant. Est-il pour autant idéalement convaincant ?

Le timbre est beau, la technique sûre (ceux d’une lyrique colorature), mais…. le format réduit et les aigus vite courts, en particulier dans les deux airs les plus exigeants : Matilde de Shabran et Semiramide. Reste Rosina : question de couleur et de caractère, l’abattage et l’intonation exacte lui manquent : pas assez de mordant, de facétie, et l’italien manque parfois de tenue comme d’exactitude. Même sa Fiorilla du Turc en Italie – autre femme émancipée, libertaire à la facétie grave et profonde, manque singulièrement de trouble, de subtilité. Le programme suit exactement les emplois que le chef Zedda a confié depuis leur première coopération à Pesaro à la cantatrice : Folleville et Corinna, Matilde, Amenaide, Semiramide, Rosina et Fiorilla…

C’est donc un programme en demi teintes avec l’impression, en guise de conclusion que la soprano a ciblé trop grand, trop haut dans ce récital surdimensionné pour ses réelles aptitudes. La palette de nuances expressives n’offre pas assez de richesse émotionnelle, d’ambivalence vertigineuse aux rôles que Rossini a écrit pourtant dans une déconcertante subtilité de tons et d’intonation.

Quoiqu’il en soit, Rossinienne, « la Peretyatko l’est bel et bien : sur la scène milanaise en juillet (Scala de Milan), où elle vient de chanter (4-24 juillet) Desdemona dans Otello, aux côtés de Juan Diego Florez, un rôle déjà abordé à Pesaro dès 2007. Le disque mettrait-il l’accent sur ses vraies possibilités ?

CD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical 8887057412.

CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d’Andrea Bocelli (Decca, à paraître le 31 juillet 2015)

TURANDOT-puccini-zubin-mehta-500-cd-decca-andrea-bocelli-CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d’Andrea Bocelli. Annoncé le 31 juillet 2015, un nouveau coffret Decca met à l’honneur le Calaf du ténor Andrea Bocelli (né en 1958) : voix franche, émission directe et musicalement assurée, le prince futur époux de la princesse frigide Turandot gagne ici après les Pavarotti, Carreras, Domingo, un ardent interprète soucieux d’exprimer la vaillance de celui qui au mépris des risques encourus, démêle les 3 énigmes énoncées par la fille de l’Empereur de Chine… Inspiré de Gozzi (Turandot, 1761), et enregistré dans la Valence ibérique, l’opéra de Puccini, laissé inachevé en 1924 par le compositeur italien, semble une énergie narrative intacte grâce à l’instinct électrique et fiévreux du chef requis pour conduire les troupes impressionnantes de la fresque orientale (Zubin Mehta, familier de la partition pour l’avoir entre autres dirigée à Pékin, à la Cité Interdite dans une production spectaculaire et féérique), d’autant que l’ouvrage à la fois féérie sentimentale et fresque grandiose, mêlant sentimental et terrifiant, nécessite un orchestre colossal et des choeurs au format hollywoodien. Face à Andrea Bocelli, la soprano américaine Jennifer Wilson, campe une femme déjà mûre mais vierge, aux aigus tranchants qui cependant sait infléchir sa dureté primitive et répondre à l’amour pur d’un Calaf compatissant… a presque 60 ans, le ténor Bocelli démontre qu’il peut tout chanter avec un aplomb et une musicalité toujours prêts à en découdre. Prochaine critique développée dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

CD, annonce. Une nouvelle TURANDOT avec le Calaf d’Andrea Bocelli. Annoncé le 31 juillet 2015. 2 cd Decca.

Brahms – Symphonie n°3 (partition interactive pour PIANO)

Icône_1024x1024_BrahmsBrahms – Symphonie n°3 opus 90 (partition interactive pour PIANO)  : la partition interactive pour piano. Qui n’a jamais rêvé de jouer la fameuse mélodie du mouvement lent de la Symphonie n°3 que Johannes Brahms composa à l’été 1883 à Wiesbaden ? … L’Andante est une séquence exceptionnellement tendre et sereine en ut majeur (originellement jouée par les bois)… la pureté élégiaque de son motif associé aux autres mouvements a assuré à Brahms une gloire immédiate dès sa création à Vienne, le 2 décembre 1883 (sous la direction du chef Hans Richter). Présentation vidéo de l’application proposée par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition défile sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprétation du morceau.

bouton partition

 

 
 

 

 
 

 

Niveau de difficulté : progressif
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 4,99 euros

Démo vidéo de l’adaptation de la Symphonie n°3 de Brahms, second mouvement (andante) par le pianiste Mauro lo Conte – Arrangement de Guy-François Leuenberger. 14 niveaux de difficulté.

Brahms : Symphonie n°3 en fa majeur
Partition pour piano seul

 

DVD. Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo… (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical)

Mozart Don Giovanni Baden Baden Netrebko Schrott 88843040109DVD compte rendu critique.  Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo… (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical). Dans la mise en scène intelligente et moderniste de Philipp Himmelmann, ce Don Giovanni capté live en mai 2013 auFestival de Baden Baden dévoile plusieurs attraits non négligeables ; l’orchestre sur instruments d’époque d’abord de Thomas Engelbrock sevrant avec une fine caractérisation chaque climat de la partition de Mozart dont on réécoute avec beaucoup d’intérêt chaque trouvaille et trait génial. La sonorité séduisante (cordes à l’unisson), l’équilibre caractérisé des pupitres s’entend dès l’ouverture à la belle énergie, nerveuse et d’une gravitas prenante.  Ensuite le cast fournit un autre argument : ex époux à la ville, Anna Netrebko – star à Baden Baden et depuis longtemps comme à Salzbourg, tête d’affiche régulière, qui retrouve ainsi le baryton uruguayen Erwin Schrott. Les deux convainquent absolument chacun dans leur emploi : en nuisette rose, Anna, ardente, habitée, vraie nature tragique, cisèle chaque couleur de chaque situation comme si elle jouait sa vie, avec petites limites cependant, une attention pas toujours aussi raffinée à l’articulation du verbe, et parfois comme on l’a vu récemment dans un Strauss risqué, une ligne en perte de justesse. Mais par ailleurs quelle intensité sensible ! Sorte de maffieux à la lame facile, Erwin Schrott animal cynique et séducteur faussement amusé, semble agir comme un félin calculateur, tirant profit de tout : l’aisance du jeu scénique et vocal séduisent. A leurs côtés, le Leporello de Pisaroni s’emballe et trépigne comme une vraie nature dramatique, sans forcer : idem pour l’Ottavio de Castronovo, toujours égal et naturellement ardent : il incarne cet embrasement progressif que le fiancé de Anna éprouve avec son aimée aux côtés du provocateur infâme… Moins convaincante à force d’hystérie dans le jeu, l’Elvire de Ernman (le maillon faible de la distribution avec la Zerlina sans charme…).

Baden Baden a le chic de réunir un plateau digne de Salzbourg. Ne réfrénons donc pas notre plaisir face à cette production très séduisante.

 

 

 

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1

 

 

Mozart : Don Giovanni. Erwin Schrott, Anna Netrebko, Charles Castronovo, Malena Ernman, Luca Pisaroni, Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble. Thomas Hengelbrock, direction. 2 dvd Sony classical 88843040109. Festival de Baden Baden, live de mai 2013. Illustration : Erwin Schrott (DR)

 

 

 

Paris, TCE, le 31 octobre 2014. Milos, guitare. Rodrigo: Concerto d’Aranjuez

milos guitare milos karadaglicParis, TCE, le 31 octobre 2014. Milos, guitare. Rodrigo: Concerto d’Aranjuez. Fin de mois ibérique et romantique pour l’Orchestre de chambre de Paris qui sous le titre d’un programme intitulé « soirée à Madrid » invite le guitariste Milos dans un classique du répertoire symphonique pour guitare, le célébrissime concerto d’Aranjuez de Rodrigo, composé en 1939 au cours de la dernière année de son séjour à Paris et pendant la Guerre civile.

 

Programme espagnol. Surnommé le « Mozart espagnol », Juan Crisóstomo de Arriaga compose son unique opéra, Los esclavos felices, à l’âge de 15 ans… Précoce, le musicien meurt à 20 ans.  Il incarne un style virtuose, parfois fulgurant au diapason d’une vie fauchée avant l’âge mûr. Tout comme Arriaga, Manuel de Falla, un siècle plus tard, étudie à Paris. D’une saveur piquante, Le Magistrat et la Meunière est une première ébauche qui deviendra par la suite Le Tricorne ; c’est un mimodrame, rarement donné comme ce soir dans la version originale, pour petit ensemble. Il en va différemment du Concerto d’Aranjuez, la pièce la plus célèbre de Joaquin Rodrigo (1901-1999), interprétée par le guitariste né en 1983 au Montenegro, MiloÅ¡ Karadaglić ou tout simplement « Milos », son nom de scène désormais : ses références aux danses populaires (en particulier dans le finale – Allegro gentile-, la danse de cour associées aux rythmes ternaires…) tentent d’effacer les horreurs de la guerre civile qui déchire alors l’Espagne.

Un nouveau poète de la guitare : Milos

Milos_Karadaglic_(c)_Lars_BorgesMilos a depuis son enfance une affection particulière pour le folklore et le spleen ibérique : à 8 ans,  il a un choc en écoutant Asturias d’Albéniz (par Segovia) que lui fait découvrir son père. Elève à Londres (Royal Academy of Music) de Michael Lewin, l’adolescent Milos apprend son métier en écoutant aussi le guitariste classique Julian Bream. Le jeune Milos adapte pour la guitare plusieurs pièces de Granados, originellement écrites pour le piano. ll s’agit d’élargir le répertoire comme approfondir la musique espagnole. Dans son premier album discographique édité chez Deutsche Grammophon « Mediterraneo » (juin 2011), Milos enregistre le cœur du répertoire espagnol romantique : autour d’Albeniz, Granados, Tárrega, mais aussi Carlo Domeniconi… Récemment Milos a travaillé avec le compositeur Andrew Lloyd Weber pour le thème principal de la comédie musicale «  Theme from Stephen Ward »… En multipliant les rencontres et les formes musicales, le guitariste enrichit une expérience déjà riche dans l’univers de la guitare classique.  Le Monténégrin veut rendre accessible la guitare au plus grand nombre : son charme et sa constance relèvent aujourd’hui ce défi. Milos connaît d’autant mieux le Concerto d’Aranjuez de Rodrigo qu’il l’a enregistré (avec d’autres pièces du compositeur dont Invocación y danza, Fantasia para un gentilhombre…)  sous la direction de Yannick Nézet Séguin.

Le concerto d’Aranjuez de Rodrigo écrit à Paris alors que l’Espagne s’entredéchire pendant la Guerre Civile (1939) est le premier de ses 5 Concertos pour guitare. On y relève l’influence des maîtres anciens Domenico Scarlatti, Padre Soler. Le titre renvoie au jardins (enchanteurs) du palais royal d’Aranjuez, édifié pour Felipe II. C’est une partition panthéiste, un hymne au miracle de la nature où s’expriment directement les merveilles du jardin célébré : chant des oiseaux, ruissellement des fontaines multiples, jusqu’au parfum des magnolias en fleurs… un Eden terrestre en temps de guerre. Au temps de la barbarie, le compositeur affirme a contrario le miracle atemporel et éblouissant des fleurs et des oiseaux… Le second mouvement (Adagio où dialoguent la guitare avec les bois et les cuivres : cor anglais, basson, hautbois, cor d’harmonie…), le plus introspectif, entre sérénité et tristesse pudique n’est pas inspiré des victimes du bombardement de Guernica survenu en 1937 (comme on le dit très souvent), mais de la lune de miel du compositeur avec sa femme Victoria.

Soirée à Madrid
Paris, vendredi 31 octobre 2014
Théâtre des Champs-Eysées, 20h

Orchestre de chambre de Paris
Roberto Forés Veses, direction
Miloš Karadaglić, guitare

Programme

Arriaga : Les Esclaves heureux, ouverture
Rodrigo : Concerto d’Aranjuez, pour guitare et orchestre
De Falla : Le Magistrat et la Meunière

Rappel : critique du cd Latino de Milos par Elvire James, juin 2012

Milos, le nouveau poète guitariste. En roi du tango et des mélodies populaires les plus nobles qui parlent au coeur immédiatement, Carlos Gardel dont Por una cabeza écrit en 1935, l’année de sa mort, paraît ici d’une suavité souveraine, légère, badine à laquelle Milos apporte une distinction pudique. Même entrain pour cet autre tango très connu, La Cumparsita de l’uruguayen Gerardo Matos Rodriguez, composée en 1917: Milos souligne avec un sens des nuances personnel, le déséquilibre et les vertiges d’un air ciselé entre nostalgie et tendresse… LIRE la critique complète du cd Latino par Milos (Villa-Lobos, Piazzolla, Gardel, …)

LIRE aussi la critique du cd Mediterraneo par Milos (Albeniz, Tarreaga, Granados… )

Venezuela : les 39 ans du Sistema

Février 2014 à Caracas, Vénézuela : les 39 ans du SistemaNotre musique constitue un langage universel de paix” (Gustavo Dudamel). Concerts commémoratifs pour le 39ème anniversaire du Sistema fondé par José Antonio Abreu. En février 2014, le Vénézuela vit l’un de ses plus importants événements artistiques de l’année : cette semaine à Caracas, le Sistema célèbre son 39ème anniversaire sous la baguette, toujours enflammée de Gustavo Dudamel, son fils le plus médiatisé à l’échelle planétaire, qui dirigera quatre des grandes formation liés au Sistema, l’Orquesta Sinfónica Simón Bolívar de Venezuela, la Sinfónica Juvenil de Lara, le ChÅ“ur Sinfónico Juvenil de Lara et la Sinfónica Nacional Infantil de Venezuela.

La musique classique et l’expérience de l’orchestre seraient-elle des modèles d’intégration sociale? Le Sistema a été fondé en 1975 par le maestro vénézuélien José Antonio Abreu avec l’objectif de proposer un nouvel apprentissage à la fois collectif et individuel de la musique aux plus démunis, à travers les orchestres symphoniques et les chÅ“urs dans tout le pays. Son objectif est d’aider la jeunesse en l’accompagnant à trouver sa voie personnelle et sa place dans la société selon une vision humaniste. Apprentissage et discipline, éducation, expérience de l’orchestre comme excellente formation au groupe, le parcours de chaque élève instrumentiste est un moyen très efficace pour  son accomplissement.  Depuis ses débuts (et à travers ses nombreux résultats plutôt convaincants), le Sistema est devenu un modèle pédagogique, artistique et social, qui a obtenu une reconnaissance internationale : c’est sans doute le plus réussi de l’histoire du Venezuela et même de l’Amérique du Sud.

 

 

Les 39 ans du Sistema à Caracas

Tchaikovski pour célébrer les 39 ans du Sistema

 

 

Tchaikovsky est le compositeur mis à l’honneur pour le 39ème anniversaire du Sistema, une grande partie de son Å“uvre symphonique sera donnée, comme une folle semaine russe à Caracas. Gustavo Dudamel, Christian Vásquez, Dietrich Paredes, les fleurons du Sistema dirigeront les plus importantes formations du pays.

A l’heure où le manque de stratégie sociale et culturelle est la monnaie courante de beaucoup de pays, où même l’Europe fer de lance de l’histoire musicale depuis la polyphonie médiévale, ne développe pas de projet similaire au Sistema pour sa jeunesse en perte de valeurs et de références, il est gratifiant de suivre au Venezuela toute une génération de jeunes musiciens, de les voir grandir grâce à la force constructrice de l’art.

 

 

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José Antonio Abreu et de jeunes instrumentistes élèves du Sistema (DR)

 

 

agenda des célébrations du 39ème anniversaire du Sistema au Vénézuéla

 

Sala Simon Bolivar, Centro nacional de Accion Social por la Musica
Caracas Venezuela
Concert gratuit des 39 ans du Sistema : Dimanche 16 février 2014
Symphonies n°1, 6 de Tchaikovsky
Orquesta Sinfonica Simon Bolivar de Venezuela
Gustavo Dudamel, direction

Los Angeles, Walt Disney Concert Hall
Le 21 février, 20h
Festival Tchaikovsky
Orquesta Sinfonica Simon Bolivar de Venezuela
Gustavo Dudamel, direction
Concerto pour violon (soliste : Alina Pogostkina, violon)
Symphonie n°2 ” Petite Russie “

 

+ d’infos : sur le site officiel du Sistema à Caracas
Voir aussi le calendrier de tous les concerts commémoratifs des 39 ans du Sistema