Dunkerque. Trois mâts Duchesse Anne, le 19 octobre 2008, Festival international Albert Roussel, soirée de clôture. Raymond Berner: “Un voyage sans retour”(création)

Raymond Berner,
Un voyage sans retour

Le destin tragique de Raymond Berner (1899-1944), musicien juif disparu à Auschwitz, demeure ignoré du monde artistique. Critique, pianiste et compositeur, il écrivit entre autres pour le cinéma (« Cancans » et « Le train des suicidés » d’Edmond Gréville et « Le Champion du Régiment » de Henry Wulschleger) et harmonisa de nombreuses chansons de marin. Nous ne connaissons malheureusement rien de sa production originale. Ses archives survécurent-elles à la guerre ? Rien ne l’atteste. Le Voyage sans retour, la seule de ses partitions pour l’instant retrouvée, fut écrite pour mezzo-soprano et ténor. Berner parvint à déposer quelques unes de ses dernières mélodies à la Sacem en octobre 1940. Début 1941, il confia ses manuscrits à son voisin Fernand Faniard, ténor à l’Opéra de Paris, avec lequel il avait eu le temps d’en déchiffrer certains. Arrêtés en 1943, Berner et son épouse furent internés à Drancy, puis déportés à Auschwitz le 27 mars 1944. Ils y finirent en fumée le 1er avril. Le chanteur conserva pieusement cette œuvre mais n’eut jamais l’occasion de l’interpréter, ayant mis un terme à sa carrière.

Lorsque soixante trois ans plus tard, la petite-fille du ténor conte l’histoire du Voyage sans retour à Damien Top, chercheur associé à l’italien Francesco Lottoro sur le projet d’une « Bibliotheca della Memoria » (musique concentrationnaire) à Barletta, celui-ci décide aussitôt de créer cette œuvre singulière pour la clôture du Festival Albert Roussel, qu’il dirige dans le Nord/Pas de Calais.
Le musicologue se double d’un interprète : il a déjà redonné vie à diverses partitions de musiciens prisonniers de guerre comme Emile Goué (enregistrement des mélodies), Jean Martinon, Marcel Dautremer ou encore Maurice Thiriet, dont il a dirigé l’oratorio Œdipe-Roi avec l’orchestre de chambre tchèque en 2006. Le Festival centré autour de la figure et de l’oeuvre d’Albert Roussel offre une fenêtre unique à ce jour pour redécouvrir le patrimoine musical à l’époque de Roussel, conçu par les compositeurs de sa génération ou dans la lignée de son héritage artistique. La création et le dévoilement d’oeuvres aujourd’hui totalement inconnues font partie d’une programmation exceptionnelle encore trop méconnue du grand public.

« Le Voyage sans retour » de Raymond Berner a ainsi vu le jour le 19 octobre 2008 à bord du Trois-mâts Duchesse Anne amarré en face du Musée Portuaire de Dunkerque. Le soleil d’automne brillait, faisant étinceler le blanc et fringant vaisseau, le vent soufflait dans les haubans. En gravissant la passerelle menant sur le pont du navire, une impression d’embarquement imminent nous saisissait, renforcée par les effluves marins et les cris des mouettes; les réminiscences de départs vers l’aventure si bien décrits par Jules Verne ou Patrick O’Brian nous assaillaient. Installés à l’intérieur du musée flottant, entourés des hamacs d’un équipage fantôme, mollement balancés par un léger roulis, les auditeurs s’imprègnaient de l’atmosphère de ces chansons de cap-horniers, d’autant que les craquements du bateau ponctuaient le spectacle de manière inopinée. Sur des paroles d’Henry Jacques, bourlingueur des mers, la musique poignante et entraînante du « Voyage sans retour » exalte le courage des cap-horniers, les combats du grand large contre les éléments et décrit la vie dure et solitaire des femmes restées au port. Cette suite lyrique alterne habilement les genres : chansons de marin, berceuse, romance, véritable mélodie aux harmonies subtiles héritées de Fauré se succèdent sans heurts et concourent à une diversité de bon aloi. Tour à tour nostalgique ou gouailleur, le style bernerien s’apparente souvent à celui de la musique de films de l’entre-deux guerre. Curieusement, aucun duo ne réunit les protagonistes, comme pour accentuer la solitude parallèle de deux destins, celle des marins et de leurs épouses retées à terre, inéluctablement séparés par l’océan. Berner n’eut peut-être pas le temps de le composer. Le prémonitoire « Voyage sans retour » aurait-il un goût d’inachèvement ?

Il semblait tout naturel de faire appel à la petite fille de Fernand Faniard pour donner vie à cette partition qui hantait l’imaginaire familial depuis des décennies. On mettra sur le compte du trac les grimaceries disgracieuses d’Odile Faniard dont la prestation réserva par ailleurs de beaux moments intensément expressifs, en particulier dans « Mon matelot porte en son corps » et la « berceuse de la houle » ; son timbre chaud s’épanouit pleinement dans « La barque mise en bouteille ». Au clavier, Pascal Lefrançois, organiste et fondateur de l’ensemble baroque « Le triomphe de Neptune », a montré un louable engagement et une complicité réelle à souligner les interprétations des chanteurs. Le ténor, à qui étaient naturellement dévolus plusieurs authentiques couplets de marins, fut apprécié dans la délicate romance : « Dans mon sac de toile blonde ». Un morceau de bravoure parachève l’œuvre. Le lyrisme efficace et grandiloquent de la « Ballade du Roi de la mer » (sœur échevelée de celle de Senta dans « Le Vaisseau fantôme », opéra de Richard Wagner), s’inscrit sans conteste dans la lignée des grands opéras français du XIXe siècle. Vocalement redoutable par l’emploi de notes répétées dans le registre aigu, elle fut défendue par un Damien Top en pleine forme et offrit une conclusion flamboyante à une prestation riche en émotions. La puissance évocatrice et la qualité d’écriture de cette partition miraculeusement préservée est désormais reconnue.

Dunkerque. Trois Mâts Duchesse Anne, dimanche 19 octobre 2008. Festival international Albert Roussel, soirée de clôture. Raymond Berner (1899-1944): Le Voyage sans retour, suite lyrique p o u r m e z z o – s o p r a n o, t é n o r et piano. Poèmes de Henri Jacques. Création mondiale. 1 – Sa lettre est venue. 2 – Ma lettre, Chéri, te dira. 3 – Dans quelques jours tu reviendras. 4 – Le Voilier est près du Port. 5 – La Terre est à Nous. 6 – Viens, la Terre a des attraits. 7 – Dans mon sac de toile blonde. 8 – En ce jour à mes côtés. 9 – Mon matelot porte en son corps. 10 – Le voilier va quitter le Port. 11 – Chantons comme tous ceux qui partent. 12 – Berceuse de la Houle. 13 – La Mer, Bon Dieu, qu’elle est grande. 14 – Chanson du Cap Hornier. 15 – La Barque mise en Bouteille. 16 – Ballade du Roi de la Mer.

Cassel, Aire-sur-la-Lys. Les 4 et 11 octobre 2008. Festival international Albert Roussel. L’Australie à Cassel, Enchantements aquatiques à l’Area, Aire-sur-la-Lys

Festival International Albert Roussel 2008

I.


L’Australie à Cassel


avec les solistes de l’ONL

Cassel. Médiathèque. Le 4 octobre 2008. Dans le sillage d’Albert Roussel, qui embrassa la carrière d’officier de marine avant de se consacrer à la composition, le Festival International Albert-Roussel invitait à larguer les amarres et nous a entraîné à sa suite vers le grand large. Ce samedi 4 octobre, l’aventure musicale fut placée sous le signe des îles lointaines du Pacifique et de l’Australie. Le programme surprenant, comme souvent le sont ceux de ce festival, faisait alterner chefs-d’œuvre et pièces méconnues autour du thème de la mer.


Installée dans une chapelle désaffectée
, la nouvelle médiathèque de Cassel récemment distinguée par un « ruban du patrimoine », surplombe la plaine flamande en direction de la Belgique. En cet écrin convivial, idoine à la concentration et à l’élévation, le 12e Festival avaient convié les solistes de l’Orchestre National de Lille. Ils en apprécièrent l’acoustique ainsi que la chaleur du décor, tout comme l’auditoire. Ces artistes se connaissent depuis longtemps et leur complicité joue évidemment en faveur de l’absolue cohérence des interprétations proposées. Chrystel Delaval magnifia les quatre volets des « Joueurs de flûte » de Roussel, Claude Faucomprez déploya des sonorités envoûtantes dans la « Rapsodie » de Debussy. En parfaite connivence avec son pianiste, Damien Top, renouant avec sa formation de comédien, révéla deux œuvres avec récitant. Les « Nocturnes maritimes », sous titrés : poésie avec adaptation musicale, de Pierre Coindreau, élève de Vincent d’Indy, habile illustration se
conformant aux évocations habituelles de l’élément liquide. Plus consistant et plus étonnant apparut le « Cœur de docker » d’Alphonse Stallaert sur un texte de Prévert, qui renouvelle le genre du mélodrame. La partition de Stallaert saisit exactement l’humour surréaliste d’une tragi-comédie populaire.

Soulignons l’ardeur et l’abattage sans faille d’Alain Raës au piano qui fit merveille d’un bout à l’autre du concert. Schmitt, Langlais et Roussel représentent pour lui un univers familier, sa discographie en témoigne. Il s’investit pareillement avec une enthousiaste versatilité dans les morceaux de La Tombelle et d’Alkan.

Le périple sur les mers du globe s’acheva au bout de l’océan. Abordant aux îles lointaines du Pacifique et l’Australie, le programme comportait deux créations signées Peter Tahourdin, octogénaire déjà honoré à plusieurs reprises par le festival et le jeune Houston Dunleavy, spécialement venu pour l’occasion de Wollongong où il enseigne. Du premier, les « Five short pieces » pour piano se déclinent comme une sonatine concise et percutante, d’écriture librement postsérielle, synthèse du style de maturité de leur auteur. « To the ends of the ocean » du second, pour flûte, clarinette et piano, commande du festival, s’affirme comme un vibrant hommage d’un compositeur australien à la musique française avec ses allusions ouvertement perceptibles à Debussy et à l’impressionnisme aquatique.

Cassel. Médiathèque. Le 4 octobre 2008. Les îles au-delà de la mer. Fernand de La Tombelle: Chanson de Mer. Albert Roussel : Aria. Florent Schmitt: Barcarolle. Albert Roussel : Joueurs de flûte. Jean Langlais : Suite armoricaine. Pierre Coindreau : Nocturnes maritimes. Peter Tahourdin : Five short pieces création mondiale. Claude Debussy : Rapsodie. Charles Valentin Alkan:La chanson de la folle au bord de la mer. Alphonse Stallaert : Cœur de docker. Houston Dunleavy : To the Ends of the Ocean (création mondiale). Chrystel Delaval, flûte. Claude Faucomprez, clarinette. Damien Top, récitant. Alain Raës, piano

Illustration: Florent Schmitt (DR)

II.


Enchantements aquatiques à l’AREA

Aire-sur-la-Lys. Area, le 11 octobre 2008. Au cœur de la cité historique d’Aire-sur-la-Lys s’élève le Centre Culturel AREA. Une salle accueillante et confortable, à dimensions humaines, de bois clair et de velours bleu, offrant une excellente acoustique et appréciée des musiciens. Elle a vibré aux sonorités envoutantes des légendes aquatiques ce 11 octobre. Proposé dans le cadre du Festival International Albert-Roussel, dont les programmes inventifs ne sont plus à présenter aux mélomanes, le concert de musique française réunissait une palette d’œuvres à découvrir, défendus par des artistes de tout premier plan. Damien Top ouvrit le feu avec un bouquet de mélodies « maritimes », reflet du thème choisi par le festival 2008. Son interprétation distinguée à la diction modèle s’accordait parfaitement aux styles raffinés de Fernand de La Tombelle (excellent « Sur la grève »), Roussel (« Le Départ » sur un texte d’Henri de Régnier) et René de Castéra (« Je ne sais pourquoi », sur un poème de Verlaine, à l’écriture fluide et robuste). « Musique sur l’eau » de Florent Schmitt bouleversa l’auditoire par la puissante virtuosité sonore du piano enchâssant le texte de Samain sans jamais couvrir la voix. Claude Guillon-Verne, neveu de l’écrivain et compositeur élégant, était représenté pour clore la série avec « L’Océan ». Après cette échappée vers le grand large, le canadien Marc Boucher prit le relais avec un cycle plus intimiste de six mélodies de Théodore Dubois également intitulé « Musiques sur l’eau » (Albert Samain), qu’il vient d’enregistrer pour le label XXI (disque lauréat du Prix Opus 2007). Superbe résurrection d’un auteur à tort décrié, que les artistes québecquois remettent opportunément au goût du jour. Le sens de la poésie et des couleurs vocales du baryton se révéla en adéquation avec la subtilité inventive du piano d’Olivier Godin et leur duo réserva des moments d’intense émotion.


Mémorable création

La deuxième partie mettait à l’honneur le compositeur lillois Maxime Dumoulin avec une scène lyrique inédite à trois personnages d’après la légende slave de « Roussalka ». L’argument, tiré de Pouchkine, en est simple et efficace : l’ondine parviendra-t-elle à entraîner Yégor dans les contrées irréelles et splendides où la nuit n’existe pas ? Au bord du grand lac, elle use de ses charmes tandis que le pope tente de raisonner le jeune pêcheur et de sauver son âme. Un beau décor nocturne et romantique à souhait occupait le fond du plateau. La musique du jeune Dumoulin, composée vers 1925 est héritière du chromatisme wagnérien, employé à bon escient. Elle fait preuve tour à tour de généreux élans lyriques
(trio « tu m’as juré d’être fidèle »), de retenue et de concision efficientes (lever du jour en conclusion de la scène finale). Un incontestable sens du drame s’y déploie, faisant regretter qu’il n’ait pas écrit d’opéra ! La distribution franco-américano-canadienne de haute tenue défendit avec bonheur cette révélation : le rôle titre était tenu par l’américaine Brenda Witmer, ondine charmante et tentatrice (très beau duo « Dans le doux mystère »), dont les aigus de cristal compensaient une articulation du français trop peu convaincante. Avec sa voix de ténor tour à tour héroïque et séductrice, Damien Top conféra une dimension tragique au personnage de Yégor tiraillé entre l’amour et le devoir.

Face à lui, Marc Boucher incarnait de son baryton d’airain un pope autoritaire et compréhensif. A lui seul, Olivier Godin parvint à colorer son clavier de tous les timbres de l’orchestre et sa maestria mérite une mention spéciale. La création de « Roussalka » à l’AREA a soulevé l’enthousiasme du public.Souhaitons une belle carrière à cette œuvre qui sommeillait depuis 1925. Puisse-t-elle préluder à la redécouverte d’un compositeur négligé. Les mélomanes désireux d’en connaitre plus sur Maxime Dumoulin (1893-1972) peuvent lire la biographie parue chez L’Harmattan que lui consacre un de ses élèves, Robert Guilloux.

Aire sur la Lys. Area, le 11 octobre 2008. Fernand de La Tombelle: Sur la grève (Paul Bourget), Albert Roussel : Le Départ (Henri de Régnier), René de Castéra: Je ne sais pourquoi (Paul Verlaine), Florent Schmitt: Musique sur l’eau (Albert Samain), Claude Guillon-Verne: L’Océan (Claude Guillon). Théodore Dubois: Musiques sur l’eau (Albert Samain), 1. Ecoute la symphonie, 2. La lune s’effeuille sur l’eau, 3. Sous la profondeur des feuilles, 4. Promenade à l’étang, 5. Soir de silence, 6. Blancheurs d’ailes. Maxime Dumoulin: Roussalka (création mondiale). Brenda K. Witmer, soprano. Damien Top, ténor. Marc Boucher, baryton. Olivier Godin, piano.

Illustration: Ondine par John William Waterhouse (DR)

Félix Mendelssohn, bicentenaire de la naissance (3 février 1809) Feuilleton 1: A Berlin, défricheur des baroques, Bach et Haendel

Felix Mendelssohn




2009 est une année particulièrement musicale. Les anniversaires mettent à l’honneur 3 musiciens de première valeur, tous germaniques et de style comme d’esthétique, parfaitement distincts: Mendelssohn, Haendel, Haydn…
Pleins feux tout d’abord sur le prince romantique, Félix Mendelssohn, né le 3 février 1809 à Hambourg (bicentenaire de la naissance); puis, le baroque, génie de l’opéra et de l’oratorio à Londres, Georg Friedrich Haendel, décédé le 14 avril 1759 (250ème anniversaire de la mort); enfin, commémorons le classique et ambassadeur de l’Aufklärung, Joseph Haydn, inventeur du quatuor et de la symphonie, grand ami de Mozart: 2009 marque le bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, survenue le 31 mai 1809. Leurs histoires se mêlent et se répondent. On sait moins qu’aux côtés de Bach, Mendelssohn voua une passion non moins capitale pour Haendel. Et quand meurt Haydn, naît la même année (1809), le compositeur romantique qui devait s’éteindre 38 ans plus tard.
Pour préparer l’an neuf, prometteur en diverses célébrations, voici le premier feuilleton dédié à Félix Mendelssohn. Ce chapitre dévoile un aspect méconnu de Mendelssohn, comme défricheur de Bach et de Haendel, soucieux d’authenticité, compositeur passionné par la forme fuguée, citant chorals de Bach ou Airs de Haendel dans ses propres oeuvres…

Mendelssohn 1
A Berlin, le premier compositeur “baroqueux”. Quand il dévoile aux Berlinois médusés et conquis, la puissante prière de la Saint Matthieu en 1829, Mendelssohn seulement âgé de 20 ans, s’affirme comme la personnalité musicale la plus talentueuse et la plus audacieuse de son temps. Cultivé, engagé, chef et compositeur, le musicien allait aussi composer dans l’admiration de Bach et de Haendel, plusieurs chefs d’oeuvre sacrés dont ses oratorios Saint-Paul et Elias sont les pièces maîtresses. Portrait du Mendelssohn, apôtre de la musique religieuse, et précurseur de l’authenticité interprétative.


A 20 ans, apôtre de Bach et de Haendel

Le défenseur des anciens, pour lequel il n’y a pas de césure entre les siècles mais une continuité qui mêle présent, futur et passé, s’intéresse à Haendel et Bach, mais aussi nombre de compositeurs (Pergolesi, Lotti, Palestrina, Haydn, Allegri…) qui depuis ont trouvé grâce aux yeux de nos chers baroqueux, depuis les années 1970. Cette ouverture musicale qu’il doit à son inititateur Zelter, comme on le verra plus loin, fera dire à Berlioz que Mendelssohn aimait un peu trop les morts… Curieux verdict de la part de celui qui adula Gluck comme peu avant lui…
Un siècle après sa révision de 1729, la Passion selon Saint Matthieu de Bach est “recréée” sous la direction d’un Mendelssohn de 20 ans, à Berlin, dans la Singakademie, le 11 mars 1829. Mendelssohn est bien le précurseur des Herreweghe, Jacobs, Kuijken, Koopman, Suzuki, ou Junghänel d’aujourd’hui… Certes, il ne joue pas encore sur instruments d’époque mais déjà inspiré par un souci d’authenticité, il reprend les partitions d’époque et en restitue la sève originelle, quitte à la réadapter (réorchestration de certains récitatifs) mais en indiquant explicitement les ajouts ainsi réalisés. Equité musicale exemplaire et visionnaire. Fanny chante dans le choeur et le musicien s’engage aussi pour les plus démunis (la recette est reversée pour les enfants pauvres de Berlin. Les Berlinois acclament l’oeuvre, sa profondeur, redécouvrent leur patrimoine baroque, et saluent en Mendelssohn, son “prophète”, ainsi que le précisera là aussi Berlioz.

Karl Zelter, le mentor

Mendelssohn doit à son mentor Karl Zelter (né en 1758 à Berlin), sa passion constante pour Bach. Celui qui admirait aussi Carl Fasch, portait aux nues la forme polyphonique (fugues…) dans laquelle Bach se distingua sans rival, enseigne cet art majeur et noble à son meilleur élève, Mendelssohn, qui a 12 ans, montre sa maîtrise en composant pas moins de 12 symphonies sur le mode contrapuntique le plus complexe: l’adolescent assimile et Bach et Mozart (en particulier les fugues triomphales et monumentales des Symphonies n°8 et Jupiter). C’est Zelter qui directeur de la Singakademie et heureux propriétaire d’une partition originale de la Saint-Matthieu, lui-même élève de Johann Philipp Kirnberger (ami de Bach), aida Felix dans son oeuvre de résurrection du monument sacré. Le vieux conservateur accepta que soit mis à disposition du projet le choeur de la Singakademie à condition que la recette de l’une des représentations simultanées d’Acis et Galatée de Haendel (également portées par le jeune et infatigable Mendelssohn) soit reversée au profit de l’institution chorale berlinoise, soit 50 thalers… Mendelssohn ne s’intéresse pas qu’à Bach. Son intuition s’avéra là encore ingénieuse et visionnaire; les recettes dépassèrent de loin ce montant, comme le précisa Fanny. Exhumateur, Mendelssohn est aussi un chef électrisant et charismatique capable d’emporter autour de son travail, instrumentistes, chanteurs. Dans la redécouverte de Haendel, à l’époque romantique, Zelter apporte également sa contribution capitale: au moment où le jeune Melndelssohn dirige la Saint-Matthieu, le maître initie un cycle Haendel interprété également par la Singakademie: Berlin redécouvre alors Joshua (1827), puis Judas Macchabaeus, Alexander’s Feast et Samson en 1828…
Les relations avec Berlin cessèrent cependant quand on préféra à Mendelssohn, le redécouvreur de Bach à Berlin, immense apport dans l’histoire musicale, un obscur inconnu, plus âgé que lui, Rungenhagen, en 1833, quand Zelter mourut laissant son poste de directeur à la Singakademie, vacant.


Un modèle d’assimilation: Moses Mendelssohn

Le musicien juif se révéla être plus protestant que ces contemporains, artisan pour la redécouverte des monuments de la ferveur chrétienne. Assimilé, intégré à la société de son temps, Felix se montrait digne héritier de son grand-père, le philosophe Moses Mendelssohn (né en 1729-1786), figure notoire de l’Aufklärung (L’esprit des Lumières), qui inspira à Lessing, le personnage de sa pièce, Nathan le sage et fut couronné tel ” le Socrate de Berlin”. Mozart était lecteur de son Phédon. C’est lui qui germanise son nom “Ben Mendel Dessau” en Mendelssohn. Enfant de la pensée ouverte et généreuse de son ancêtre, Félix, juif, fut converti par ses parents au christianisme et baptisé dès 1816. C’est le frère de son père Abraham, Jacob, qui recommanda de porter aussi le nom de sa métairie Bartholdy, qui accolée au nom patronymique Mendelssohn, offrait une preuve éclatante de l’assimilation de la dynastie juive des Mendelssohn au sein de la société berlinoise. Abraham le père, voyait dans son fils Félix, la continuation voire l’aboutissement de tant d’effort d’intégration. Le jeune musicien s’affirmait ainsi à Berlin, comme défenseur et compositeur de musique sacrée.


Mendelssohn, auteur sacré

De fait, le compositeur nous a laissé une part importante de musique religieuse, la plus développée même comparée à son oeuvre de musique de chambre et symphonique. Fidèle à l’oecuménisme de son grand père Moses, Félix ose même mêler les différentes confessions dans une même oeuvre.
Ses deux oratorios, si célébrés de son vivant, avec un ferveur et un enthousiasme difficile à imaginer aujourd’hui, où on les joue que rarement, témoignent de sa maîtrise et de son ouverture de pensée. Saint-Paul (1836) et Elias (1846) racontent le processus exemplaire de deux figures de l’Ancien Testament: la conversion de Paul sur le chemin de Damas quand la parole de Jésus lui est révélée, et les avatars d’Elias, précurseur du Messie. Particulièrement acclamés à Londres, parce qu’ils correspondirent à l’essor des chorales religieuses, les partitions sont injustement étiquettées “victoriennes”, assujetties à un sentiment de sentimentalisme prude voire puritain propre à l’esprit de la Reine Victoria, d’une bigoterie austère. Pourtant, rien de tel à l’écoute approfondie et objective des deux oeuvres qui sont bien deux chefs d’oeuvres de Mendelssohn, et deux oeuvres majeures de l’histoire musicale au XIXème siècle, après Schubert et Beethoven.

Déjà le Psaume 42 (1837) indique le génie de l’inspiration mélodique, accordée à une intuition sûre dans l’orchestration. Mieux Paul et Elias désignent l’instinct dramatique du compositeur qui plus que d’adapter les ficelles baroques (cantates et Passions de Bach et oratorios de Haendel) dans un cadre solennel et majestueux, “grandiloquent” diront ses critiques, atteint des sommets d’expressivité juste, dignes des meilleurs opéras de son époque.


Génie de la forme fuguée

Mendelssohn recycle sa maestrià comme compositeur de fugues et de chorals, dans le sillon tracé par Bach. Saint Paul commence en citant le choral du veilleur de Bach. Le compositeur a pu étudier de très près les manuscrits d’époque: Mendelssohn classe les partitions de l’ancienne bibliothèque musicale de Whilhelm Friedemann, l’un des fils de Jean-Sébastien, à la demande de son propriétaire, Carl Philp Heinrich Pistor. Divin maître des fugues, ainsi pourrait s’imposer Mendelssohn qui suscite sur ce plan l’admiration sans borne de Schumann, lequel se sentait moins inspiré que son confrère dans ce domaine. A Bach, Mendelssohn ajoute une parfaite connaissance des oeuvres de Beethoven. Ainsi que les parties fuguées de ses premiers Quatuors, composés en 1827, en témoignent.
Même ses Symphonies réutilisent ou s’inspirent de mélodies puisées dans le fonds sacré baroque. La Réformation est composée au moment où Mendelssohn dirige les répétitions de la Saint-Matthieu, en 1829. Son premier mouvement reprend comme le fera plus tard Wagner pour son Parsifal, l’Amen de Dresde, air éminemment catholique, quand son ultime mouvement cite un choral luthérien également célébrissime. La partition ne sera jouée qu’en 1832.
Ainsi aussi la Symphonie Lobgesang: créée en 1840 en l’église Saint-Thomas de Leipzig, (l’ombre de Bach n’est décidément jamais loin d’une oeuvre de Mendelssohn!), la partition commémore l’invention de l’imprimerie. Pour évoquer l’oeuvre de Gutenberg, Mendelssohn “réinvente” un choral mais à la façon contemporaine, dévoilant les forces de l’esprit contre l’obscurantisme antérieur à l’imprimerie naissante.


Israël en Egypte de Haendel: l’oeuvre fétiche

L’oratorio de Haendel que Mendelssohn affectionne particulièrement reste Israël en Egypte. D’autant que Félix est encouragé par son père Abraham dans cette oeuvre de défrichement. Le père est passionné par l’oeuvre du Saxon. L’art de Mendelssohn, haendélien convaincu et persuasif, lui permet de s’imposer entre autres au Festival du Bas-Rhin, dès 1833, à Düsseldorf. Repris en 1836 à Leipzig, l’oratorio de Haendel marqua un nouvel événement dans l’histoire de l’interprétation des oeuvres baroques: Mendelssohn “osa” restituer la partie originelle d’orgue… incroyable intuition visionnaire qui prélude à la révolution baroqueuse du XXème siècle. La Haendel Society de Londres lui commande ainsi en 1844, une version expurgée du Messie. Mais Mendelssohn préféra livrer une version critique de son oratorio favori, Israël en Egypte.
A y regarder de plus près, il semble que Haendel ait davantage inspiré Mendelssohn que Bach… Son Octuor (1825) cite dans le finale, un air du Messie. Naturellement le souffle des oratorios de Haendel l’encourage dans la composition de Saint Paul et d’ Elias. On sait que Wagner peu adepte du compositeur, aima ironiser sur sa piètre écriture en inventant même le mot “haendelssohnien”, asservissant l’écriture de Mendelssohn comme une stricte allégeance à Haendel. Nouvelle jalousie et confirmation de l’antisémitisme de l’auteur du Ring…

Illustrations: Félix Mendelssohn Bartholdy, Carl Zelder, Georg Friederich Haendel (DR)

Giacomo Puccini: Turandot à Pékin, Zubin Mehta (1998) Mezzo, jusqu’au 17 janvier 2009 à 10h

Giacomo Puccini

Turandot

Mezzo

Mardi 30 décembre 2008 à 17h

Le 13 janvier 2009 à 10h30

Le 17 janvier 2009 à 10h

La princesse reçoit chez elle

En 1998, pour les 140 ans de la naissance de Puccini, toutes les équipes du Mai Musical Florentin, Maggio Musicale Fiorentino, dirigé par l’infatigable et fougueux Zubin Mehta, célèbre la beauté barbare de la Princesse chinoise, Turandot, fille du fils du ciel, l’Empereur Altoum, dans son palais historique, la Cité Interdite à Pékin. Pour investir les lieux monumentaux, et adapter l’opulence sonore de la partition italienne à la démesure du cadre, le Ministère de la Culture Chinois a sollicité le réalisateur et metteur en scène Zhang Yimou, dont l’impeccable sens de l’esthétisme accordé au souffle des tableaux collectifs, rend service à l’ouvrage laissé inachevé par l’auteur italien. Quelle bonne idée de diffuser cette production convaincante à plus d’un titre… pour les 150 ans de la naissance de Puccini en 2008. D’autant que le compositeur souffle ses 150 bougies le 22 décembre…
On s’incline face à la beauté des costumes, cette élégance du propos, ce luxe sans kitch qui convoque d’emblée l’histoire de longue mémoire des dynasties impériales chinoises.
Les splendides tambours de l’armée millénaire ouvrent la représentation, et entre chaque nouvelle scène, en accord avec la musique, Yimou glisse à l’écran plusieurs vues de la Cité Interdite, accréditant la vraisemblance de cette fresque à la fois grandiose et intime.
Ici, l’évocation nostalgique des 3 ministres Ping, Pang, Pong se déroule sur fond de pavillons glissants dans lesquels apparaissent des femmes nénuphars; la pauvre et loyal Liù se frappe mortellement avec une épingle du chignon de Turandot… comme dans les films à effets du réalisateur chinois.

La distribution n’ a rien à envier aux meilleures productions de la Scala ou des Arènes de Vérone; elle s’impose même par sa solide cohérence.
La Turandot de Giovanna Casolla tient ses aigus et reste efficace; saluons surtout, l’ardent et rayonnant Sergej Larin, au timbre léonin, viril, noble; la Liù de Barbara Frittoli qui ajoute à la tendresse du personnage, une profondeur nouvelle. Au bas du plateau, l’orchestre emmené par Zubin Mehta sait conduire sans lourdeur intempestive, les étapes progressives du drame, à chaque heure de la nuit, du coucher du soleil à l’aube renaissante: apparition spectaculaire de la princesse; la scène des 3 énigmes; l’empressement du peuple pour dévoiler le nom de Calaf, le suicide de Liù, l’infléchissement de Turandot et son éveil à l’amour. Superbe spectacle.

Turandot de Giacomo Puccini. Opéra (1998, 2h30mn) réalisé par Hugo Käch. Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni. Orchestre et choeur Maggio Musicale Fiorentino dirigé par Zubin Mehta. Production du Teatro Comunale di Firenze et du Maggio Musicale Fiorentino. Avec Giovanna Casolla (Turandot), Serge Larin (Calaf), Barbara Frittoli (Liù), Carlo Colombara (Timur). Décors : Gao Guangjian. Costumes : Zengli. Chorégraphie : Chen Weiya.


CD

La bande audio a été gravée par Bmg et fait partie du coffret Puccini édité en 2008 pour les 150 ans de la naissance du compositeur italien.

Illustrations: Puccini, Serge Larin (DR)

Ensemble Orchestral Contemporain, Daniel Kawka, direction Lyon, Opéra. Boulez… le 16 décembre 2008 à 12h30 puis 20h30


Ensemble Orchestral Contemporain


Daniel Kawka


Saison 2008 – 2009


Musique française


Mardi 16 décembre 2008

à 12h30 puis 20h30
Lyon, auditorium de l’Opéra

L’Amphi à midi
12h30 : Entrée libre

Présentation de l’oeuvre par Daniel Kawka
et 11 musiciens
Pierre Boulez: Dérive 2 ’

L’Amphi le soir
20h30

Daniel Kawka, direction

14 musiciens

Marc-André Dalbavie Tactus 1996 – 19’


Pierre Boulez
Dérive 1 1984 – 6’

Youri Kasparov Hommage à Honegger 2005 – 10’

Philippe Leroux AAA 1995 – 17’


Journée à l’Amphi!

Mais plus qu’une séance d’apprentissage magistrale, les deux rv de la journée de ce 16 décembre 2008, offre aux 14 musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain, ainsi qu’à leur chef et fondateur, Daniel Kawka; une opportunité exceptionnelle et vivante d’évoquer nos classiques du XXème siècle. Le chef au cours de la présentation à 12h30 souligne combien en chercheurs sur le timbre, Boulez (né en 1925), Dalbavie (né en 1961) et Leroux (né en 1959) créent un rapport dynamique entre temps, espace et monde environnant. De son côté, le russe Kasparov (né en 1955), amateur de sonorités et d’écritures françaises rend un hommage aux Symphonies d’Honegger. Le fil conducteur du programme demeure l’attention préservés à la résonance, aux timbres, aux répétitivités.

Daniel Kawka qui a créé le dernier opéra de G. Battistelli, Divorce à l’italienne présenté en création mondiale à l’Opéra de Nancy, à l’automne 2008, a fondé l’Ensemble Orchestral Contemporain en 1992. En quelques années, le maestro ardent défenseur des répertoires du XXème siècle et des écritures contemporaines, dans la Loire, connaît une véritable reconnaissance, ô combien méritée, à l’international, comme … chef lyrique: Tristan und Isolde de Wagner (dans la mise en scène créée à Genève d’Olivier Py que le regretté Armin Jordan avait dirigée, en juin 2009; Tannhäuser de Wagner toujours, mise en scène de Robert Carsen à l’Opéra de Rome à l’automne 2009, Wozzeck et Saint-François d’Assise à l’horizon 2009/2010… A Lyon, à la tête de son ensemble ligérien, le chef revient à ses fondamentaux, avec cette maestrià captivante propre à une approche inscrite dans l’approfondissement et l’analyse à la fois musicale, esthétique et philosophique de chaque oeuvre choisie, puis mise en perspective avec les autres. Car dans le cas de Daniel Kawka, la notion de programme ne répond pas à un simple déroulement anodin: il s’agit souvent d’une construction réfléchie dont l’écoulement naturel débouche sur de passionnantes découvertes …


De Dérives (1 et 2) en Hommage…

Les dérives, surtout Dérive 2 (2006) est une manière de mille feuilles instrumental et temporel dans lesquelles le compositeur accumule plusieurs strates de temps musical. Pierre Boulez cisèle en particulier les alliances de timbres, en constante régénération afin que l’oreille se tende au fur et à mesure de l’écoute pour y déceler tout ce qui produit ce foisonnement permanent qui fait sens. Pour 11 instruments.

Dérive 1 (1984) beacoup plus courte que sa “soeur”: Dérive 2 (qui se déroule sur circa 45mn), est une élégie fugace qui ne fait que 6 mn. Il s’agit bien selon l’habitude de Boulez de développer une idée musicale extraite d’une autre grande oeuvre, de s’intéresser particulièrement à un principe sommairement abordée dans un cycle plus vaste. Le compositeur isole et transplante ungreffon de recherche musicale pour en développer toutes les possibiltés… Pour 6 instruments, la partition créée à Londres extrapole une idée survenue pendant la composition de Répons. Boulez part de la prolifération d’une structure harmonique: série de 6 accords (à partir du cryptogramme de sir Wiilliam Glock auquel l’oeuvre est dédiée), permutés, transposés, inversés. Instrument résonant en continu, le piano fait vibrer chacune des notes de l’octave la plus basse. Tout se déploie librement en une richesse harmonique jubilatoire brusquement interrompue.

Dans Tactus (1996), Marc-André Dalbavie aborde pour la seconde fois le genre chambriste: en près de 20 mn, 5 mouvements se succèdent avec contrastes, les deux derniers étant enchaînés, grâce à un pont assuré par la note tenue par la clarinette qui emprunte sa sonorité à l’Abîme des oiseaux du Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen. Le compositeur déconstruit la notion de temps régulier (qui est évoqué dans le titre), interroge même l’idée de désynchronisme entre temps régulier et temps musical, désaccord initiateur du rythme même. Dalbavie superpose aussi des temps différents. Comme il aime citer certains fragments de la culture musicale qui l’ont précédé: Requies de Berio dans le mouvement 2; mais aussi métamorphose et recyclage, ainsi le motif d’un thème brucknérien au cor s’emballe et prend une nouvelle autonomie. L’oeuvre a été particulièrement récompensée lors du Festival de Pâques de Salzbourg 1997.

Le triple A de Philippe Leroux dans “AAA“, pour sept instruments reprend une pièce conçue pour 4 contrôleurs à vent Midi. Le compositeur transpose des comportements musicaux propres aux sons électroniques, au domaine instrumental. Or le jeu des instruments classiques imposent des modes spécifiques qui produisent des phénomènes sonores étrangers à l’électronique. Leroux joue lui-même de la perception déformante d’un même fonds musical: “Dans un cas l’oreille s’attache surtout aux timbres, aux morphologies dynamiques
et aux couleurs harmoniques, tandis que dans l’autre c’est l’élément syntaxique qui apparaît
en premier parce que privilégié par l’unité de timbre référentiel (tout le monde a dans l’oreille les
sons de clarinette, de violon, etc.) et la prédominance des hauteurs. Dans les deux pièces, il s’agit
bien de la même musique, mais elle n’exprime pas la même chose
“, précise le musicien.

En 10 minutes, Youri Kasparov rend hommage à Honegger. L’hommage composé en 2005 (Hommage à Honegger), pour l’Automne musical de Varsovie, commémore les 50 ans de la disparition du compositeur français. L’idée de la course du train, emprunté à Pacific 231, opéra d’Honegger impose sa rythmique spécifique, en un mouvement perpétuel qui compose l’attraction particulière du mouvement central, véritable pivot de l’oeuvre. Les thèmes des 5 symphonies d’Honegger apparaîssent et s’effacent dans la course générale.

Illustrations: Daniel Kawka (DR), Pierre Boulez (DR)

Gioacchino Rossini: La petite messe solennelle, 1866. Riccardo Chailly Arte, dimanche 28 décembre 2008 à 19h

Giaocchino Rossini
La petite messe solennelle
, 1866

Arte
Dimanche 28 décembre 2008
à 19h

Avec Alexandrini Pendatchanska, soprano. Carmen Oprisanu, alto. Sefano Secco (ténor. Mirco Palazzi, basse. Choeur de l’opéra de Leipzig, Choeur et orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Riccardo Chailly, direction. Concert enregistré à Leipzig les 6 et 7 novembre 2008. Réalisation: Michael Beyer (2008, 1h22mn)

Petite messe, grand coeur

Pour le 140ème anniversaire de la mort de Rossini, Riccardo Chailly à la tête du Gewandhaus de Leipzig joue l’une des partitions majeures de la ferveur rossinienne. Mais dans seconde version, symphonique.
Dans ce concert enregistré les 6 et 7 novembre 2008, solistes, choeur et orchestre abordent la partition de 1863 que le compositeur écrivit dans un premier temps pour voix, deux pianos et harmonium. En 1866, Rossini compose une nouvelle version symphonique car il ne souhaitait pas qu’après sa mort, un autre compositeur soit tenté d’écrire une lecture orchestrale de son ouvrage, quitte de façon posthume, à trahir sa pensée originelle.
“Bon Dieu…la voilà terminée cette pauvre petite messe. Est ce bien de la musique sacrée que je viens de faire, ou bien de la sacrée musique?” s’interrogeait Rossini un brin facétieux. L’auteur de tant de chefs d’oeuvre dans le genre buffa, approche sans effets et avec une franchise irrésistible la profondeur et la sincérité de la ferveur. Avec “peu de science, un peu de coeur“, le compositeur espérait ainsi son Paradis.

Illustrations: Rossini (DR)

Saphir Productions: concert des 10 ans Paris, Théâtre Louis Jouvet. Le 30 novembre 2008 à 17h

Les 10 ans de Saphir

Soirée anniversaire

1.
Dimanche 30 novembre 2008
à 17h
Paris, Théâtre Louis Jouvet

Paul Taffanel, Gabriel Fauré et Camille St Saëns

oeuvres pour vents et piano

Philippe Bernold, flûte traversière, Jean-Louis-Capezzali, hautbois,

Philippe Bernold, clarinette & Ariane Jacob, piano

Serge Rachmaninov : Trio «Elégiaque», opus 9

Régis Pasquier, violon, Roland Pidoux, violoncelle

& Jean-Claude Pennetier, piano

Max Reger : pièces pour violoncelle et piano

Alexandre Kniazev, violoncelle et Edouard Oganessian, piano

10 ans de passion musicale

Première décennie de réalisations majeures, en particulier au service
du répertoire français, grâce à l’engagement des interprètes choisis. A
l’occasion de ses 10 ans, le label Saphir Productions organise toute
une série de concerts avec les artistes de son catalogue.
Depuis 1998, Saphir Productions a réalisé pas moins de 100 albums
discographiques, défendus “avec cœur et passion malgré la crise que
traverse l’édition phonographique depuis plusieurs années”.

Particulièrement tournée vers la musique de chambre, Saphir sait
cultiver une couleur résolument “intimiste” comme en témoignent les
musiciens qui choisissent d’enregistrer sous sa bannière: Emile
Naoumoff, Jean-Pierre Rampal, Marielle Nordman, Bruno Pasquier, Patrick
Gallois, Bruno Rigutto auxquels se sont ralliés le trio Pasquier,
Pennetier, Pidoux, Philippe Bernold, Alexandre Kniazev, Marie-Catherine
Girod, le Quintette Moraguès, le Quatuor Parisii …

Après la soirée anniversaire du 30 novembre 2008, un cycle de concerts anniversaire se poursuit en décembre 2008 à l’Archipel

2.
Du 1er au 23 décembre 2008
Paris, L’Archipel

Cycle de concerts exceptionnels avec les artistes du label Saphir… Les artistes du label Saphir qui souffle ses déjà 10 ans,
grâce à l’efficacité, à la passion et au dynamisme de son fondateur
Pierre Dyens et de son équipe, tiennent le haut de l’affiche à l’Archipel à Paris, du 30 novembre au 23 décembre 2008, en un festival exceptionnel de talents divers.

Radio
France Musique, aujourd’hui, vendredi 28 novembre à partir de 18h10, retransmet une émission spéciale Saphir en direct de l’Archipel
à Paris.

Ouverture
Dimanche 30 novembre 2008 à 17h, Les 10 ans de Saphir productions, Concert d’ouverture à l’Athénée à Paris

Festival de décembre
Le cycle des concerts de décembre 2008 offre plusieurs
récitals de piano, de musique de chambre, de musique baroque par les
interprètes qui participent à l’aventure du label discographique. Entre
autres, à ne pas manquer: les récitals de Michaël Levinas (le 1er,
20h30), Quatuor Parisii (le 3, 20h30), L’aventure du violon par Patrice
Fontanarosa (le 7 à 18h), Laurent Wagshal (le 8 à 20h30), The Consort
Project (le 14 à 11h), Marie-Catherine Girod (le 14 à 18h), Quintette
Moraguès (le 19 à 20h30), Emile Naoumoff (le 21 à 18h), Jörg Demus
(concert de clôture, le 23 à 20h30)…

Tous les programmes et les infos pratiques depuis l’agenda musical de classiquenews.com, sélectionnez “L’Archipel” dans notre moteur de recherche

[Tarifs de cette soirée : 25€ / 20€]
Réservations indispensables : Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Sq. de l’Opéra Louis-Jouvet – 7 rue Boudreau – 75009 PARIS
01 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com
Concert donné au profit de l’association «UN COEUR POUR LA PAIX»

Antonin Dvorak: Stabat Mater. Les Solistes de Lyon Lyon, Chapelle Saint-Marc. Vendredi 23 janvier 2009 à 20h30


Antonin Dvorak
Stabat Mater
, 1877

Version originale pour piano et choeur

Soprano solo : Sophie Lou
alto solo : Sarah Jouffroy
ténor solo : Valerio Contaldo
basse solo : Alain Buet
Solistes de Lyon-Bernard Tétu
Piano : Marie-Josèphe Jude
Les Solistes de Lyon
Bernard Tétu
, direction

Vendredi 23 janvier 2009 à 20h30
Lyon (69), Chapelle du Lycée Saint-Marc


Deuil sublimé

Dans son « Stabat Mater », Antonín Dvorák nous laisse le témoignage d’un père affligé, accablé par la douleur et la perte de ses enfants. Confronté à l’injustice et à la fatalité, le compositeur écrit l’une des partitions sacrées les plus émouvantes: acte de douleur personnel, mais aussi accomplissement intime et pudique en liaison avec une foi finalement renforcée.
Antonín Dvorák a terminé ce chef d’oeuvre en 1877, après avoir perdu trois enfants en bas âge. Inspiré par le texte de Jacopone da Todi, Dvorak exprime son espérance dans la rédemption. Le chant des solistes comme celui du choeur entonnent la prière humble de l’orant démuni, déconcerté mais confiant et serein: aux côtés de la Mère pleurant le corps du Christ crucifié, le compositeur se tient humble et éveillé: sa prière n’a rien de solennel ni de complaisant. Dvorak trouve le ton juste, celle des êtres endeuillés, traversés par l’effusion tragique, tout à leur douleur mais intensément dignes.

Ambassadeurs de l’intensité poétique des textes musicaux, Les Solistes de Lyon choisissent la version originale, chambriste du Stabat Mater, pour choeur et piano.

Rien de mieux, comme complice tout autant inspirée par les plis et replis d’une ferveur aussi ardente qu’intime, que le jeu de la pianiste Marie-Josèphe Jude. L’élève de Gyorgy Cziffra, Aldo Ciccolini, Jean-Claude Pennetier, puis à Londres de Maria Curcio-Diamand, elle même disciple d’Arthur Schnabel, s’est affirmée dans la défense des répertoires classique et romantique (intégrale Brahms chez Lyrinx) mais aussi dans l’interprétation particulière de Maurice Ohana dont elle devient l’ambassadrice désignée à partir de 1986. Finaliste du Concours Clara Haskil 1989, Victoire de la musique 1995, la pianiste s’est aussi fait remarquer par ses nombreux concerts de musique de chambre, en particulier au sein du duo qu’elle forme avec Jean-François Heisser, depuis 1997.

Illustrations: Les Solistes de Lyon, Antonin Dvorak (DR)

George Enescu: Oedipe, 1936 France Musique. Samedi 25 octobre 2008 à 19h

George Enescu
Oedipe
, 1936

Toulouse, Capitole
Du 10 au 19 octobre 2008

Pinchas Steinberg, direction
Nicolas Joel, mise en scène

France Musique
Samedi 25 octobre 2008 à 19h
. Séance enregistrée le 10 octobre 2008

Nicolas Joel ouvre sa dernière saison au Capitole avec une oeuvre qui
lui tient particulièrement à coeur : Oedipe, l’unique opéra de George
Enescu, créé à l’Opéra de Paris en 1936. Après Toulouse, la production
toulousaine se jouera à l’été 2009, dans le cadre du Festival
international George Enescu de Bucarest (programme d’ouverture, le 30
août 2009).

Oedipe, personnage légendaire, est chanté pour la première fois par le baryton français Franck Ferrari, qui incarnait Karnac dans Le Roi d’Ys sur la même scène (octobre 2007). La mezzo-soprano Sylvie Brunet (hier ardente et mémorable Padmavâti dans l’opéra éponyme d’Albert Roussel)
incarne la mère d’Oedipe, la tragique et humaine Jocaste. Les deux
chanteurs, très attendus dans leur rôle respectif sont placés sous la
baguette de Pinchas Steinberg (qui avait dirigé un cycle wagnérien puis
Une Femme sans ombre à Toulouse).

Le
rêve lyrique d’Enescu se précise en 1909 lorsqu’il découvre, à la
Comédie-Française, l’Oedipe-Roi de Sophocle. Dès 1910 (et jusqu’en
1931), le compositeur s’ingénie à exprimer en musique la grandeur et la
vérité déchirante du mythe. Dans ce grand oeuvre lyrique, Enescu
souhaite synthétiser de nombreuses influences et sources musicales:
les enseignements de Gabriel Fauré, les avancées propres au
néoclassicisme ambiant, les thèmes et les caractères du fonds musical
roumain. En particulier, les mélodies populaires.

Avant Enescu, les compositeurs d’opéras qui ont déjà traité le sujet,
sont nombreux. Mais Enescu demeure l’un des rares à l’aborder dans sa
totalité, jusqu’à la mort du héros, vainqueur à Thèbes, de l’inflexible
Sphinx. Citons entre autres devanciers, Sacchini (Oedipe à Colone,
1786), Leoncavallo (Edipo Re, 1920), surtout Stravinsky (Oedipus Rex,
1927), Paul Bastide (OEdipe Roi, 1936), enfin, après Enescu, Carl Orff
(OEdipe le tyran, 1959).

Illustration: George Enescu jouant du violon (DR). Eugène-Ernest Hillemacher: Oedipe et Antigone s’exilent de Thèbes (DR)

Orchestre des Champs Elysées, Philippe Herreweghe. Beethoven Du 3 au 17 octobre 2008

Orchestre des Champs Elysées
Saison 2008 – 2009

Philippe Herreweghe,
direction

Beethoven 1
Concerto pour violon (Patricia Koptchinskaya, violon)
Symphonie N°7
Le 3 octobre 2008: L’Equinoxe de Chateauroux
Le 7, Le Cratère à Alès
Le 9, Théâtre Anne de Bretagne à Vannes
Le 11, Arsenal de Metz

Beethoven 2
Symphonies n°3 et n°7
Le 17 octobre 2008, Auditorium de Poitiers

Programmes beethovéniens

Qu’il s’agisse du Concerto pour violon, avec la brûlante, mi angélique mi furieuse jeune moldave, Patricia Kopatchinskaya, comme soliste, lancée en France par la firme Naïve, ou d’un programme purement symphonique qui allie les numéros 3 et 7, Philippe Herreweghe, avant d’aborder la très attendue Création de Haydn à partir du 18 novembre prochain à Poitiers, se voue entièrement au grand Ludwig van Beethoven. De l’Eroïca à la 7ème, le souffle fraternel et l’énergie battante qui redéfinissent les cadres de l’écriture symphonique, porteront les instrumentistes de l’Orchestre des Champs Elysées, phalange sur instruments d’époque, reconnue pour sa transparence et ses couleurs inimitables.

A l’heure où Jos Van Immerseel dépoussière à son tour, la canevas beethovénien, la lecture de Philippe Herreweghe vaut pour sa conception claire et architecturée, son allant millimétré, un soin scrupuleux, visionnaire et premier qui depuis sa création en 1991, impose l’Orchestre parmi les meilleurs sur instruments dits d’époque.

Illustrations: Philippe Herreweghe, Patricia Kopatchinskaya (DR)

George Enescu: Oedipe, 1936 Toulouse, Capitole. Du 10 au 19 octobre 2008

George Enescu
Oedipe
, 1936

Toulouse, Capitole
Du 10 au 19 octobre 2008

Pinchas Steinberg, direction
Nicolas Joel, mise en scène

Nicolas Joel ouvre sa dernière saison au Capitole avec une oeuvre qui lui tient particulièrement à coeur : Oedipe, l’unique opéra de George Enescu, créé à l’Opéra de Paris en 1936. Après Toulouse, la production toulousaine se jouera à l’été 2009, dans le cadre du Festival international George Enescu de Bucarest (programme d’ouverture, le 30 août 2009).

Oedipe, personnage légendaire, est chanté pour la première fois par le baryton français Franck Ferrari, qui incarnait Karnac dans Le Roi d’Ys sur la même scène (octobre 2007). La mezzo-soprano Sylvie Brunet (hier ardente et mémorable Padmavâti dans l’opéra éponyme d’Albert Roussel) incarne la mère d’Oedipe, la tragique et humaine Jocaste. Les deux chanteurs, très attendus dans leur rôle respectif sont placés sous la baguette de Pinchas Steinberg (qui avait dirigé un cycle wagnérien puis Une Femme sans ombre à Toulouse).

Le rêve lyrique d’Enescu se précise en 1909 lorsqu’il découvre, à la Comédie-Française, l’Oedipe-Roi de Sophocle. Dès 1910 (et jusqu’en 1931), le compositeur s’ingénie à exprimer en musique la grandeur et la vérité déchirante du mythe. Dans ce grand oeuvre lyrique, Enescu souhaite synthétiser de nombreuses influences et sources musicales: les enseignements de Gabriel Fauré, les avancées propres au néoclassicisme ambiant, les thèmes et les caractères du fonds musical roumain. En particulier, les mélodies populaires.

Avant Enescu, les compositeurs d’opéras qui ont déjà traité le sujet, sont nombreux. Mais Enescu demeure l’un des rares à l’aborder dans sa totalité, jusqu’à la mort du héros, vainqueur à Thèbes, de l’inflexible Sphinx. Citons entre autres devanciers, Sacchini (Oedipe à Colone, 1786), Leoncavallo (Edipo Re, 1920), surtout Stravinsky (Oedipus Rex, 1927), Paul Bastide (OEdipe Roi, 1936), enfin, après Enescu, Carl Orff (OEdipe le tyran, 1959).

Illustration: George Enescu jouant du violon (DR). Eugène-Ernest Hillemacher: Oedipe et Antigone s’exilent de Thèbes (DR)

Piotr Ilyitch Tchaïkovski: Eugène Onéguine. Mattei, Salzbourg 2007 (2 dvd Deutsche Grammophon)

Regard désenchanté

La vision est cynique et mordante, comme « déromantisée ». Sur
la scène salzbourgeoise 2007, Oneguine est un Don Juan à la sexualité
gavée, sans désir, hautain, désimpliqué, dans une société corrompue
jusqu’à la moelle. Les tableaux collectif, pieds dans l’eau (le navire
coule) dont celui entre autres du bal (acte II), précisent la peinture
d’une communauté avilie, à la dérive, soumise aux pires habitudes
mafieuses, à ses petits arrangements détestables qui ont pollué tout
l’ancien système communiste. Aucune place pour l’idéal romantique… De
fait, la production nous offre l’une des meilleures compréhensions de
l’œuvre de Tchaïkovski d’après Pouchkine : sa vision noire, désabusée,
définitivement meurtrie par le poison de l’amertume, du défaitisme, de
l’impuissance : de la galopante lâcheté.

L’apport de Claus Guth sur la scène de Salzbourg avait montré ses attraits, en particulier dans une production des Noces à présent mémorable (Netrebko, Röchmann, Harnoncourt, 1 dvd Deutsche Grammophon)
: réalisme acide à la Ibsen, tension fantastique des scènes, solitudes
éprouvées des caractères… Même lecture âpre voire cynique, réaliste
voire clinique. Andrea Breth suit le sillon de son aîné et offre
d’Onéguine, un regard passablement désenchanté qui se concentre du côté
des deux protagonistes, Tatiana, l’amoureuse romantique d’une loyauté
indéfectible, Onéguine, loup solitaire, libertin impérial. La violence
des sentiments s’oppose à la dureté des individualités : comme Onéguine
dont elle fut amoureuse l’écarta sans douceur alors qu’elle lui avait
écrit une lettre enflammée, Tatiana, devenue princesse Grémine, se
refuse à Onéguine quand celui-ci, à la fin de l’action, lui déclare sa
flamme irrépressible et tourmentée. Amour en décalage. Ce désaccord
temporel fonde la tragédie de l’œuvre. Sa lecture noire, désespérée,
amère. Tchaïkovski a parfaitement suivi la trame progressive de
Pouchkine.

Saluons dans le rôle titre, l’impeccable Peter Mattei
: hier, Don Giovanni de grande classe, animal, carnassier et déjà
libertin ; aujourd’hui, diseur et acteur de premier ordre, fouillant
avec une subtilité inouïe, les replis d’une âme aussi sensible
qu’écorchée. A ses côtés, aucune fausse note : ni de ses partenaires,
dont l’excellent Lensky de Joseph Kaiser, encore moins de la fosse où
règne l’impérial Barenboim, esprit soucieux de clarté dramaturgique et
de souffle tragique. Excellente version !

Piotr Ilyitch Tchaïkovsky (1840-1893): Eugène Onéguine. Avec
Peter Mattei (Onéguine), Anna Samuil (Tatiana), Renée Morloc (Larina),
Joseph Kaiser (Lensky), Ferrucio Furlanetto (Prince Gremin)…
Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor, Wiener Philharmoniker.
Daniel Barenboim, direction. Andrea Breth, mise en scène. Réalisation;
Brian Large

François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : portrait musical France Musique, du 29 septembre au 3 octobre 2008 à 13h

François-Joseph Gossec
(1734 – 1829)
Compositeur


France Musique
Du 29 septembre au 3 octobre 2008 à 13h

Magazine « Grands compositeurs »

L’ami de Mozart, né en Belgique (Hainaut), deux après Haydn, voit le jour sous le règne de Louis XV. Au service de la haute aristocratie (Prince de Condé et de Conti), Gossec dirige l’Ecole Royale de chant, futur Conservatoire de musique. Sa longévité comme sa gloire traversent les époques et les régimes : compositeur officiel de la Révolution, il est aussi célébré sous Napoléon Ier, auteur attitré du goût impérial. L’artiste fut autant inspiré que durable : il est contemporain des premiers romantiques tels Beethoven et Schubert qui meurent avant lui.

Le jeune chanteur à la cathédrale d’Anvers rejoint à Paris, l’orchestre privé du fermier général, protecteur de Rameau, La Pouplinière, comme violoniste. La carrière de Gossec est digne d’une épopée riche en nominations, responsabilités, avantages : le musicien dirige la musique du théâtre du Prince de Condé à Chantilly (1762-1770), le Concert Spirituel (1773-1777), puis devient sous-directeur de l’Opéra en 1780 (Académie royale de musique), enfin directeur, après la démission d’Antoine Dauvergne, en 1782. En 1784, il préfère prendre la direction de l’Ecole Royale de Chant. Pendant la Révolution, Gossec compose de nombreux hymnes qui font de lui l’un des plus ardents créateurs de chants et hymnes populaires. Son activité la plus importante demeure assurément la direction, avec Grétry, du Conservatoire de Paris, où il enseigne la composition (1795-1814), figure majeure de la musique impériale. Il est vrai que Gossec, avec ses quelques 50 symphonies, est reconnu comme l’inventeur de la Symphonie française, contemporain et proche de Mozart. Son ultime opus orchestral, composé pour le 20 è anniversaire de la prise de la Bastille, fut écrit en 1809.
Auteur polymorphe, Gossec compose aussi de la musique de chambre dont de superbes quatuors, plusieurs opéras et comédies dans le genre italien qui firent les beaux soirs du Petit Théâtre de la Reine Marie-Antoinette à Trianon (dont Le Pêcheur, 1766) ; Toinon et Toinette, 1767 ; Sabinus ou Thésée…) mais aussi des œuvres sacrées dont l’oratorio La Nativité (1774).
L’influence de Gossec se précise même au travers de son Requiem (Missa pro defunctis ou « Grande Messe de morts ») qui marquèrent Mozart et Berlioz.
La personnalité de Gossec est attachante, son œuvre plurielle. Le compositeur mérite assurément davantage que cette estime discrète qu’on lui réserve ordinairement. Son style, permanent et progressif en sachant s’adapter aux esthétismes des régimes politiques qu’il a servi (monarchie, ère révolutionnaire, Empire), souligne une exceptionnelle continuité artistique.

Illustration : Gossec composant : sur le pupitre, partition de la Marche Lugubre. Sous le pupitre, son Te Deum, dernière œuvre du musicien (DR)

Ensemble Orchestral de Paris: concert d’ouverture saison 08 – 09 Paris, TCE. Mardi 16 septembre 2008 à 20h

Ensemble Orchestral de Paris

Saison 2008 – 2009

Ensemble Orchestral de Paris

Thierry Fischer, direction

Paris, Théâtre des Champs Elysées

Mardi 16 septembre 2008 à 20h

Haydn: La Création, extraits. Symphonie n°22

Schubert: Chant des Esprits au-dessu des eaux

Holliger: Six Lieder sur des poèmes de Christian Morgenstern

Martin: In terra pax

Ouverture de saison
Le premier concert de la nouvelle saison de l’EOP, qui en 2008 fête ses 30 ans, met à l’honneur les expressions classiques, romantiques, modernes et contemporaines d’une intense ferveur. Le programme privilégie aussi le compositeur suisse Frank Martin, compatriote du chef Armin Jordan, décédé le 19 septembre 2006 auquel est dédié le concert parisien. De Haydn à Frank Martin, les partitions choisies exaltent le miracle divin de la nature (Haydn), les visions fantastiques (Schubert), l’espoir ardent pour un monde nouveau (Martin). L’orchestre est dirigé par le chef suisse Thierry Fischer, directeur musical principal au BBC National orchestra of Wales depuis 2006, récemment nommé (2008), à la tête du Nagoya Philharmonic orchestra. Thierry Fisher a commencé sa carrière musicale comme flûtiste solo au Philharmonique de Hambourg puis au sein du Chamber orchestra of Europe (sous la direction de Claudio Abbado).

A la mémoire d’Armin Jordan

Né en 1932 à Lucerne, Armin Jordan a suivi son premier apprentissage
musical au Conservatoire de Lausanne. Sa carrière débute très
rapidemment comme chef dans la fosse des théâtres opéras de Bienne,
Soleure (1961-1963), puis les opéras de Zürich et de Bâle. Il dirige
comme directeur musical l’Orchestre de la Suisse Romande (1985 – 1997).
Hospitalisé le 15 septembre 2006, des suites d’une syncope survenue
alors qu’il dirigeait L’amour des trois oranges de Prokofiev à l’Opéra
de Bâle, le chef décède quelques jours plus tard, le 20 septembre.
L’une de ses dernières directions lyriques particulièrement
éblouissantes demeure Tristan und Isolde, mis en scène par Olivier Py, à
l’Opéra de Genève, en février 2005 (1 dvd Bel Air classiques)
.

De Haydn à Martin
Composé à la toute fin des années 1790, l’oratorio de Joseph Haydn (1732-1809) La Création s’ouvre sur un « Chaos » aux harmonies et sonorités déstabilisantes et géniales qui marquèrent profondément le XIXe siècle musical.
La Symphonie n° 22 « Le Philosophe » (1764) appartient au second groupe des symphonies de Haydn (n° 6 à 31), composé durant les cinq premières années que le compositeur passa au service des princes Esterhazy. Ici, le musicien utilisa de manière particulièrement expressive deux cors anglais (ou hautbois graves), à la place des hautbois traditionnels.
Le Chant des Esprits au-dessus des eaux de Franz Schubert (1797-1828), pour chœur d’hommes et cordes, illustre au plus près les mystérieuses images évoquées dans le poème de Goethe qui l’inspira.
Mal connue en France, la poésie de Christian Morgenstern (1871-1914) marque, aujourd’hui encore, les pays de culture germanique. Les beaux lieder pour soprano et orchestre composés en 2003 par le Suisse Heinz Holliger (né en 1939) en témoignent.
Autre compositeur suisse, Frank Martin (1890-1974) composa en 1944 une grave cantate In terra pax, message d’espoir sur des textes bibliques, en écho aux derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale.

Thierry Fischer, direction.
Hendrickje Van Kerckhove, soprano.
Jane Irwin, alto.
Christopher Maltman, baryton. BBC National Chorus of Wales
(Adrian Partington, direction de choeur). Matthew Best, basse.
Barry Banks, ténor.

Approfondir
Lire notre présentation de la saison 2008 – 2009 de l’Ensemble Orchestral de Paris

Illustration: Thierry Fischer (DR)

Antonio Vivaldi: La Fida Ninfa, (Vérone, 1732). Spinosi France Musique. Samedi 20 septembre 2008 à 19h

Antonio Vivaldi
La Fida Ninfa, 1732

France Musique

Samedi 20 septembre 2008 à 19h

La Fida Ninfa est l’un des opéras de la maturité du compositeur,
d’après le livret du poète véronais, Scipione Maffei. L’ouvrage scelle
la collaboration du compositeur avec l’illustre Teatro Filarmonico de
Vérone à l’occasion de sa réaouverture en janvier 1732.
La Fida qui s’inscrit donc dans la veine rococo italienne, profite
surtout de la maîtrise du poète-musicien, soucieux d’imposer alors sa
manière vis à vis des napolitains.
La qualité des mélodies et la riche orchestration ont conduit Vivaldi à
reprendre près de 25 airs pour l’établissement d’un pasticcio, destiné
à Dresde en 1733. L’œuvre célébrée du vivant de son auteur est reprise
à Vienne en 1737 sous un titre révisé : Il Giorno felice.

The Spinosi’s touch: nerf et poésie

La production qu’en offre aujourd’hui Jean-Christophe Spinosi a été
créée pour le festival d’Ambronay en 2004. Elle bénéficie d’une
distribution idéale, restituant à chaque protagoniste, une
caractérisation vocale jubilatoire, qui rétablit en Vivaldi, poète
psychologue, préoccupé autant de vérité émotionnelle que de fulgurances
lyriques.

Vitalité analytique, fluide mais aussi musclée comme poétique du geste
interprétatif, la direction du chef et la tenue de Matheus sont
désormais identifiables et pour nous, stimulants. Vivaldi a trouvé en
eux d’indiscutables ambassadeurs, qui d’opus en opus, enregistrés pour
le label Naïve, (La verità in cimento, Orlando Furioso) composent une
lecture historique des opéras de Vivaldi. D’ailleurs, cohérents et de plus en plus profonds, chef et ensemble instrumental, recueillent les bénéfices de leur travail sur les deux opéras enregistrés, qui devancent non sans génie, cette Fida délectable: La verità de 1720, puis Orlando Furioso, chef d’oeuvre absolu de 1727).

Et les chanteurs? Palpitante Veronica Cangemi
(Morasto), de surcroît avec des variations inventives pour les reprises
de ses airs ; fièvreux et languissant Philippe Jaroussky (dans le rôle
du frère de Morasto, Osmino), dont la voix de mieux en mieux contrôlée
fait résonner une ligne musicale quasi instrumentale par la perfection
de son émission comme de sa justesse ; noble et amusée Sandrine Piau
(Licori) qui se faufile sans accroc dans les arabesques coloratoure de ses airs… : le plateau suit les indications du chef. Complices, et même souvent
« libérés » grâce à l’osmose avec l’orchestre, les solistes se
dépassent souvent. Concert événement.

Antonio Vivaldi (1678-1741) : La Fida Ninfa rv 714. Opéra en 3 actes sur un livret de Scipione Maffei (1732)
Veronica Cangemi : Morasto
Sandrine Piau: Licori
Philippe Jaroussky : Osmino
Sara Mingardo: Elpina / Giunone
José-Manuel Zapata : Narete
Lorenzo Regazzo : Oralto / Eolo
Ensemble Matheus
Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi

Le cd de La Fida Ninfa de Vivaldi par Jean-Christophe Spinosi et Matheus est annoncé chez Naïve en novembre 2008.

Claude Debussy: Pelléas et Mélisande, 1902

Claude debussy
Pelléas et Mélisande
, 1902

Hors du temps, comme sous l’emprise d’un envoûtement qui annihile toute réalité historique, Pelléas ne cesse de nous fasciner pa son caractère onirique.

L’étranger et l’intime
Pelléas n’est-il pas en définitive cet opéra de l’étranger et de l’intime ? Par étranger, il faudrait entendre l’inédit, ce qui n’a jamais été entendu, ni dévoilé. Si selon Debussy la musique est faite pour exprimer l’inexprimable, Pelléas ouvre de nouvelles failles où s’écoulent des résonances jamais entendues, du moins l’auteur s’autorise-t-il néanmoins quelques concessions à Wagner dont les réminiscences lui ont en particulier permis d’achever les musiques intercalaires (pour les changements de scènes) de l’acte III. Au-delà des formes manifestes, sous la surface d’une activité multiple, se love un mystère continu, tenu caché, imperceptible, présent mais dont la porte demeure dérobée. Mélisande incarne ce qui est gardé secret, voire inexprimable : la musique pour sa part, ne cesse d’exprimer cette activité permanente qui chante toujours toujours sans jamais dire. Or l’orchestre semble exalter cette épaisseur du non-dit. Déjà, les spectateurs de la création parisienne (1902) furent décontenancés en écoutant le français de Maeterlinck reformulé par la soprano anglaise Mary Garden dont l’accent soulignait le caractère étranger de la pièce lyrique.
Quant à l’intime, l’opéra tout entier plonge au cœur du moi déprimé de l’héroïne dont l’âme mélancolique ne cesse de dire et redire encore et encore sa langueur insatisfaite. Mélisande a perdu le sens profond des choses, cet éros tendu qui soutient l’élan vital des individus. En Mélisande, l’être profond a été brisé, définitivement. C’est une âme désenchantée qui a perdu toute idée de désir. Elle se languit, inconsciente, fuyant sans cesse, perdue sans attache dans Allemonde, ce pays qui se délite et s’effondre lentement. Comme sa couronne jetée au fond de l’eau, comme l’anneau de même, dissimulé au fond du puits, tout aspire à être enseveli. Autour d’elle, ni la puissance virile et violente de Golaud, ni le sentiment amoureux et tendre de Pelléas ne savent comprendre l’héroïne et l’enraciner dans une nouvelle histoire.

Chant solitaire d’un moi déprimé
Aucun des hommes ne peut réenchanter la sensibilité pourtant active de Mélisande. En elle, tout tend à s’éteindre et à s’évanouir. Finalement, Pelléas et Mélisande raconte un amour impossible, dans une réalité vacillante qui est condamnée à décliner jusqu’à mourir. Grand admirateur de Wagner (Tristan et Parsifal), Debussy construit son unique opéra comme l’aurait fait à son époque, l’auteur du Ring : en Pelléas et Mélisande, s’écoule ce même poison mortifère qui entraîne jusqu’à la mort, les protagonistes aimantés par la fascination de leur propre langueur. Mais différence importante : si Tristan et Isolde savent dialoguer et se comprendre en une fusion magistrale, Ni Mélisande ni Pelléas ne savent ce qu’ils disent ni ne comprennent ce qu’ils entendent.

Bernarda Fink, mezzo. Récital “il pianto di Maria” Bruxelles, Bozar. Lundi 9 septembre 2008 à 20h

Bernarda Fink
Mezzo

Bruxelles, Bozar
Lundi 9 septembre 2008 à 20h

Récital “Il pianto di Maria”
Caldara, Monteverdi, Haendel, Vivaldi..
Il Giardino Armonico

La passion lyrique portée, incarnée par la mezzo, née en Argentine, le 29 août 1955 (Buenos Aires), Bernarda Fink, se consacre au chant spirituel de Marie. Souvent l’exercice de la prière mystique n’est pas si éloigné de la théâtralité lyrique, en particulier à l’époque baroque où un même musicien composait Messes et Hymnes mais aussi opéras. Le cas du Lamento d’Arianna de Claudio Monteverdi est à ce titre exemplaire: le compositeur a réutilisé le même motif mélodique pour plus tard, le réemployer dans un contexte sacré, pour Il pianto della Madona… Prière de Marie, lamentation de la Nymphe: deux visages d’une même passion lacrymale et tragique.

Du Lamento au Pianto
Pour les fêtes mantouanes de 1608, Monteverdi compose après Orfeo (1607), un nouvel opéra, Arianna, (en plus du Ballo delle ingrate) dont seul subsiste aujourd’hui, le célèbre, Lamento. soucieux d’imitation, c’est à dire de vérité, à l’image de la nature et du réalisme humain, le compositeur réussit en musique à exprimer les nuances de la passion de l’âme, les plus ténues, grâce en particulier à l’articulation spécifique de la musique toute entière inféodée à la projection intelligible du verbe. La prière d’Ariane sur son sort, abandonnée par celui qu’elle a sauvé (Thésée), est développée en successions d’états d’âme, auxquels répond le choeur des pêcheurs, qui étangers à son malêtre tragique, commentent le bien fondé de sa détresse. Heurts, langueurs, dissonances… le musicien édifie une ligne mordante où l’arioso d’Orfeo se fait dans le chant de la jeune femme trahie, berceau de l’âme désespérée, implorante, doloriste, suicidaire, mais aussi convulsive, grâce au rythme répété, ardent, du mode concitato, exhalant déjà dans le texte son dernier souffle, un adieu définitif à la vie. La partition que Monteverdi utilisera ensuite à Venise pour un hymne à la Vierge, demeure l’un des défis pour toute cantatrice, soucieuse de démontrer son expertise éloquente, entre langueur, exaspération, intensité.

Programme

Antonio Caldara: Sinfonia (La Passione di Gesù Christo)
Biagio Marini: Passacaglio in sol
Claudio Monteverdi: Pianto della Madonna sopra il Lamento d’Arianna
Antonio Vivaldi: Concerto madrigalesco, RV 129, Sonata, RV 130, “Al Santo Sepolcro”, Sinfonia per archi, RV 169, “Al Santo Sepolcro”
Francesco Conti: Aria “Sento già mancar la vita” (Il Martirio di S. Lorenzo)
Johann Georg Pisendel: Sonata in do minore
Silvius Leopold Weiss: Prélude en mi bémol majeur, pour luth
Georg Friedrich Händel: Giunta l’ora fatal (Il pianto di Maria), HWV 234 (attr. Giovanni Battista Ferrandini)

Richard Strauss: Symphonie Alpestre, opus 64. Kurt Masur France Musique, Jeudi 14 août 2008 à 10h

Richard Strauss
Symphonie Alpestre
, 1915


France Musique
Jeudi 14 août 2008 à 10h

Rediffusion du concert donné le 29 novembre 2007 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris et diffusé sur France Musique le 29 novembre 2007

Johannes Brahms
Double concerto pour violon et violoncelle en la Majeur op.102
Sarah Nemtanu : violon
Raphaël Perraud : violoncelle

Richard Strauss
Symphonie alpestre op.64

Orchestre National de France
Chef assistant : Adrian Prabava
Kurt Masur, direction

Démesure panthéiste
Achevée en février 1915, la Symphonie Alpestre est créée le 28 octobre suivant à la Philharmonie de Berlin par la Hofkapelle de Dresde sous la direction de l’auteur qui dédie l’ouvrage à l’orchestre dresdois et au comte Nicolaus von Seebach. La partition originale, ultime offrande de Strauss à la grandeur symphonique, est aujourd’hui conservée à la Bibliothèque Nationale de France car le compositeur en fit don à l’Hexagone au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Alors qu’il s’est dédié au théâtre lyrique avec le poète et librettiste Hugo von Hofmannsthal, Strauss s’offre cette “pause” purement symphonique dont l’architecture pharaonique demeure l’une des partitions les plus ambitieuses de son écriture pour l’orchestre. Le plan suit une journée de marche dans les Alpes Bavaroises. Tout commence aux dernières heures de la nuit pour assister au lever du soleil, ascension, sur les cimes, puis retour de la nuit. Soit quatre mouvements unis en une seule odyssée continue où l’homme prend la mesure de lui-même face à la grandeur miraculeuse du massif montagneux. Le foisonnement mélodique qui a fait dire aux critiques que Strauss était trop bavard, enchaîne en vérité toutes les étapes de cette randonnée qui peut aussi être initiation. Sentiment d’extase panthéiste, lyrisme éperdu pour la divine nature, la Symphonie Alpestre, outre sa démesure instrumentale, est un vaste chantier qui révèle l’excellence des orchestres et la vision poétique du chef.

Illustration: Richard Strauss (DR)

Rome, la Città Eterna. Evasion musicale France Musique, les samedis à 15h. A partir du 2 août 2008

Rome, la Città eterna
Voyage musical



France Musique
Samedi 2 août 2008 à 15h
Samedi 9 août 2008 à 15h
Samedi 16 août 2008 à 15h
Samedi 23 août 2008 à 15h

Samedi 30 août 2008 à 15h

De 15h à 18h, chaque samedi, voyage musical à Rome, au travers des partitions et compositeurs qui ont croisé le destin et la magie de la Ville Eternelle.

Samedi 2 août 2008 à 15h

” Je ne saurais exprimer le trouble, le saisissement, que me causa l’aspect lointain de la Ville éternelle, au milieu de cette immense plaine nue et désolée… Tout à mes yeux devint grand, poétique, sublime.
” Comment ne pas partager l’émotion de Berlioz à la vue de Rome ? De Tite-Live aux grands cinéastes du XXème siècle, Rome n’a cessé d’être une intarissable source d’inspiration pour les écrivains, les poètes, les historiens, les architectes, les peintres, les sculpteurs, mais aussi les musiciens.
L’ampleur de cette série (quinze heures !) est à la (dé)mesure de cette ville et de son histoire. En cinq fois trois heures, nous évoquerons des musiciens et des compositeurs qui se sont nourris au lait de la louve romaine, que ce soit sur place ou bien en rêve… Chaque émission sera divisée en trois parties : les sonorités de la Ville, l’histoire de la Rome Antique, les compositeurs de Rome.
Aujourd’hui, les cloches de Rome sonneront à grandes volées dans des extraits de la “Tosca” de Puccini, des “Fêtes Romaines” de Respighi, d’une symphonie du XVIIIème siècle de Giuseppe Demachi intitulée “Le campane di Roma” ou encore dans un enregistrement historique de 1936 restituant l’ambiance tintinnabulante de la ville depuis la Place Saint-Pierre. Puis, à travers Tite-Live, nous évoquerons la fondation légendaire de Rome, depuis l’arrivée d’Enée jusqu’au viol de Lucrèce, évoqué par Shakespeare, Haendel (diffusion intégrale de sa cantate “La Lucrezia”), Benjamin Britten (“The Rape of Lucretia”) et une lecture inédite de Jean Desailly (qui vient de nous quitter). Ce sera également l’occasion de réviser nos classiques avec une scène “d’Horace” de Pierre Corneille (” Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! “).
Enfin, des fresques symphoniques décrivant la ville de Rome (Bizet, Richard Strauss, Ibert) viendront “compléter le tableau “.


Samedi 9 août 2008
à 15h
Nous tendrons les yeux et les oreilles vers les fontaines de Rome. Là encore, l’inévitable Ottorino Respighi fera chanter les Fontane di Roma, tandis que Marcello Mastroianni rejoindra de nouveau Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi et que les Jeux d’eau à la villa d’Este de Franz Liszt seront entendus sur le piano qui les avaient vus naître. Notre chronologie antique nous mènera ensuite sur les traces des héros et des ennemis de la République romaine, Coriolan (avec Shakespeare et Beethoven), Tito Manlio (avec Vivaldi), Lucio Silla (avec Mozart), ainsi qu’un extrait du Spartacus de Stanley Kubrick. Hommage sera enfin rendu à Giovanni Pierluigi da Palestrina, à travers son immortelle Messe du Pape Marcel chantée en 1994 par les Tallis Scholars dans l’église Sainte-Marie-Majeure (pour laquelle il travailla), ainsi qu’un extrait des Harmonies poétiques et religieuses de Liszt et de l’opéra Palestrina de Pfitzner.

Samedi 16 août 2008 à 15h
Un aspect peu connu des sonorités de Rome, le dialecte romain, ou romanesco, nous permettra de retrouver la musique inimitable des dialogues romains dans Accattone de Pasolini (avec un témoignage en français de l’artiste dans les faubourgs de Rome), dans plusieurs prestations parlées et chantées d’Anna Magnani, grâce à des poètes de ce dialecte comme Giuseppe Gioachino Belli ou Trilussa que connaissent bien la plupart des Romains.
“Glamour” sera ensuite le maître-mot de la séquence antique grâce aux amours de Cléopâtre avec Jules César puis Marc-Antoine, ou comment faire se rencontrer Haendel, Shakespeare (encore lui !) et Liz Taylor… La Rome des Borghese et des Barberini est bien connue des touristes et des amateurs d’art à travers les noms du Bernin ou de Borromini, mais les compositeurs de cette période faste n’ont malheureusement pas la même notoriété. Nous entendrons ainsi un extrait de la Représentation de l’âme et du corps d’Emilio de’ Cavalieri, et la cantate Il pecator pentito (Le pécheur repentant) de Luigi Rossi.

Samedi 23 août 2008 à 15h
Nous ferons revivre une institution qui a profondément marqué
l’histoire de la Città eterna, le Carnaval de Rome. Disparu à la fin du
XIXème siècle à la suite d’un accident mortel en présence du roi
pendant le Corso, la course de chevaux, le Carnaval a pourtant fait
vibrer la Ville pendant des années, comme en témoignent Goethe,
Alexandre Dumas (dans “Le Comte de Monte Cristo” récité par des
comédiens) ou encore Charles Dickens, mais aussi les musiques de
Berlioz, Bizet ou Johann Strauss qui lui sont consacrées. Les
pifferari, musiciens mendiants des Abruzzes descendant à cette occasion
à Rome, seront aussi de la fête. Après le “Glamour” de Cléopâtre, les
orgies et les crimes sanglants des débuts de l’Empire seront pour
Monteverdi (Le Couronnement de Poppée), Haendel (Agrippina) ou Mascagni
(Nerone) de dignes sujets d’inspiration. Giacomo Carissimi, génie du baroque romain, fera enfin
l’objet d’un hommage multiple qui nous permettra notamment d’entendre
l’une des plus belles voix de la ville, celle de Cecilia Bartoli.

Samedi 30 août 2008 à 15h
Puisqu’il est impensable de passer par Rome sans faire un détour par le
Vatican
, nous écouterons quelques orgues, chants de pèlerins et autres
castrats (dont l’enregistrement historique d’un des derniers,
Alessandro Moreschi). Nous assisterons à la chute de l’Empire romain
(pas moins que cela !) avec Purcell et son Dioclétien ou Verdi et son
Attila, en écoutant la voix de Marguerite Yourcenar lisant un extrait
de ses Mémoires d’Hadrien. Enfin, il sera temps de reprendre en choeur
” Arriiiiiivedeeeeerci Roma ! “, ainsi que d’autres chants qui mettent
en scène la Città Eterna, un extrait du Sant’Alessio de Stefano Landi,
un Hymne à Rome de Puccini, une promenade familiale de Robert Lamoureux
ou encore un hommage émouvant et méconnu de Charles Trenet.

Radio : Piano d’été. Ciccolini, Fleisher, Andsnes, Tharaud… FRance Musique. Du 15 juillet au 5 août 2008

Radio: Piano d’été



Pendant l’été 2008, en juillet et en août, France Musique diffuse plusieurs concerts de piano par les meilleurs interprètes de l’heure. Voici la sélection de classiquenews.com

Mardi 15 juillet 2008 à 15h
Aldo Ciccolini
Enregistér le 29 septembre 2006, Salle Pleyel à Paris. Programme: Ravel (Une Barque sur l’Océan), Saint-Saëns (Concerto pour piano n°5), Debussy (Iberia, Printemps). Philharmonique de Radio France. Mikko Franck, direction

Lundi 21 juillet 2008 à 10h
Léon Fleisher
Enregistré le 26 octobre 1996 à Radio France, Paris. Programme: Ravel (Une barque sur l’océan, Alborada del gracioso, Concerto pour la main gauche), Brahms (Symphonie n°4). Orchestre du Cnsmd de Paris. Leon Fleisher, piano et direction

Mercredi 23 juillet 2008 à 15h
Leif Ove Andsnes

Enregistré Salle Pleyel à Paris, le 5 octobre 2007. Programme: Beethoven (Symphonie n°7), Brahms (Concerto pour piano n°2). Philharmonique de Radio France. Gustavo Dudamel, direction

Jeudi 24 juillet 2008 à 20h
Aldo Ciccolini

En direct de Montpellier. Récital de piano: Clementi, Czerny, Beethoven (Sonates Clair de lune et Walstein)

Mardi 5 août 2008 à 20h
Alexandre Tharaud
Récital enregistré à Utrecht, Rasa, le 2 septembre 2007. Domenico Scarlatti, Ravel, Rameau.

Illustration; Leon Fleisher (DR)

Eglise de Durtal, Jeudi 23 août 2007. 29ème Festival de Musique baroque de Sablé-sur-Sarthe. Concert Buxtehude. La Chapelle Rhénane

La Chapelle RhĂ©nane, dirigĂ©e par BenoĂ®t Haller, avait programmĂ© pour son concert du Festival de SablĂ© l’immense cycle de cantates Membra Jesu Nostri de Buxtehude, dont nous fĂŞtons le 300ème anniversaire de la mort cette annĂ©e. Ce cycle est considĂ©rĂ© comme le chef d’œuvre de son auteur. Il fut composĂ© en 1680 et dĂ©diĂ© Ă  Gustav DĂĽben, maĂ®tre de chapelle du roi de Suède Ă  Stockholm. DivisĂ© en sept parties, chacune d’elles Ă©voque l’un des membres de notre Seigneur Jesus-Christ en croix – les pieds, les genoux, les mains, le cĂ´tĂ©, la poitrine, le cĹ“ur, le visage – et respecte un schĂ©ma formel identique : trois airs de solistes se finissant par une ritournelle instumentale se succèdent, faisant suite au chĹ“ur d’entrĂ©e, lui-mĂŞme repris Ă  la fin de la section. Austères, insaississables, d’une grande subtilitĂ©, les Membra Jesu Nostri de Buxtehude nĂ©cessitent Ă  la fois des interprètes, un imaginaire riche et inĂ©puisable, des interprètes-coloristes inventifs mais jamais dĂ©monstratifs. C’est sans doute la raison pour laquelle de nombreux musiciens depuis quelques annĂ©es livrent leur vision de cette Ĺ“uvre au disque ou au concert, comme un dĂ©fi Ă  la beautĂ©.
La Chapelle RhĂ©nane privilĂ©giait Ă  notre sens le dramatisme au dolorisme tragique, l’engagement physique Ă  la respiration globale, sans que, pour autant, l’auditeur se rende totalement compte de la finesse et de la transparence ineffable des textures instrumentales. En outre, la lisibilitĂ© du texte est très nettement perfectible ; sans chercher la caratĂ©risation « outrancière », ce que dĂ©plore Ă  juste titre BenoĂ®t Haller dans son excellent texte de prĂ©sentation du programme du festival, il est nĂ©anmoins possible d’être plus comprĂ©hensible, plus attentif aux mots, et donc d’en traduire plus prĂ©cisĂ©ment toute la diversitĂ© signifiante. A ce titre, seule StĂ©phanie RĂ©vidat, merveilleuse deuxième soprano – quelle voix Ă  la fois pure, sincère et lumineuse ! – Ă©tait Ă  la hauteur des ambitions de l’œuvre. Ni ses collègues – BenoĂ®t Arnould (son Ă©mission pâteuse et la voix un peu ingrate constrastaient singulièrement avec nos beaux souvenirs des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes), BenoĂ®t Haller, dĂ©jĂ  très occupĂ© Ă  diriger – ni les violons, trop souvent Ă  la limite de la justesse, n’ont convaincu. L’acoustique assez sèche de l’église de Durtal perturbait-elle les interprètes ? NĂ©anmoins, la Chapelle RhĂ©nane pourra prendre le temps d’approfondir sa conception de l’œuvre avant son prochain enregistrement, et son exploration de l’œuvre de Johann Sebastian Bach.

CD
Membra Jesu Nostri – Société Bach des Pays-Bas, Jos von Veldhoven – Channel Classics (paru en octobre 2006) (distr. Abeille Musique)
Membra Jesu Nostri – English Baroque Soloists, Monteverdi Choir – John Eliot Gardiner – Erato (distr. Warner Classics, indisponible)
Nous signalons aux amoureux de Dietrich Buxtehude (1637-1707), dont l’œuvre reste encore l’une des plus méconnues de la fin du XVIIème siècle (mais il n’est pas le seul, que dire de Nikolaus Bruhns, l’un des plus grands….) que le claveciniste, organiste et chef d’orchestre néerlandais Ton Koopman a entrepris l’enregistrement de l’œuvre intégrale du compositeur pour le label Challenge Classics distribué par Harmonia Mundi. Les deux premiers volumes sont parus au printemps 2007 :
Das Jüngste Gericht – Solistes, The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir, Ton Koopman CC 72241
Œuvres pour clavecin, vol. I – Ton Koopman – CC 72240
Signalons que Ton Koopman a dĂ©jĂ  gravĂ© par le passĂ© deux albums lĂ©gendaires consacrĂ©s au compositeur qu’il faut absolument possĂ©der : Anthologie de cantates – Solistes, The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir, Ton Koopman – Erato (fin annĂ©es 1980) (indisponible),
Œuvres pour orgue – Ton Koopman – Novalis 1991 (indisponible)

29ème Festival de Sablé. Eglise de Durtal. Jeudi 23 août 2007 à 17h. Samuel Capricornus (1628-1665) : O amor, qui semper ardes, motet pour haute-contre, ténor, basse, ensemble à cordes et basse continue, extrait de Theatrum Musicum. O Traurigkeit, o Herzeleid, motet pour deux sopranos, ensemble à cordes et basse continue, extrait de Lieder vom dem Leyden und Tode Jesu. Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Sonate en ut majeur pour deux violons, viole de gambe & basse continue. Membra Jesu Nostri, cycle de cantates sur la Passion du Christ (Ad pedes, Ad genua, Ad manus, Ad latus, Ad pectus, Ad cor, Ad faciem).
La Chapelle Rhénane (Tanya Aspelmeier, soprano I ; Stéphanie Révidat, soprano II ; contre-ténor ; Benoît Haller, ténor ; Benoît Arnould, basse). Benoît Haller, direction

Crédit photographique
Stéphanie Révidat © 2007

Festival de Sablé. Eglise de Meslay-du-Maine, Jeudi 23 août 2007. Concert Jordi Savall, Marianne Muller (violes)

Notre séjour au Festival de Sablé s’achevait par le concert de Jordi Savall en compagnie de certains de ses amis de longue date, Marianne Muller, à la seconde basse de viole, Michael Behringer au clavecin et Xavier Diaz-Latorre, aux cordes pincées. Jordi Savall demeure sans doute avec Gustav Leonhardt l’un des artistes du monde baroque les plus complets, tant d’un point de vue technique qu’expressif. Pour illustrer sa thématique, le violiste catalan avait choisi des extraits de la Suitte d’un goût étranger, ainsi que Les Voix humaines et Les Folies d’Espagne de Marin Marais. Trois œuvres assez dissemblables mais uniques par leur virtuosité diabolique. Le jeu de Jordi Savall, à la fois concentré et hédoniste, tendre et doux, à la limite du silence étonne toujours autant par sa diversité poétique. Rien ne sonne ici désincarné ; la musique est pensée dans ses plus infimes détails (tel coup d’archet avec Savall n’est jamais hasardeux, il s’intègre non seulement dans une architecture globale mais reste cependant aussi vecteur d’émotion dans l’instantané), et pourtant, elle est retraduite le jour du concert avec un tel naturel, un tel déni de la réflexion ou de la sophistication que tout ceci n’est pas loin de l’art de l’improvisation, que Savall a toujours pratiquée beaucoup. A n’en pas douter, ses interprétations des « classiques » du baroque ont évolué : la fluidité des enchaînements, la souplesse des phrasés s’est encore accrue. Ici, chaque mouvement choisi de la Suitte possèdait un « caractère » vraiment distinct : la joie exultante dans la Marche Tartare, la mélancolie dans La Rêveuse, le sourire moqueur de la Tartarine, les plaisanteries rustiques des Fêtes Champêtres, etc. Tout ceci est inscrit dans la musique, l’auditeur le ressent, le vit. Le monde intérieur de Savall est d’une richesse incommensurable, avec toujours également cette magie de suggérer le contraire du sentiment exprimé. Comme si l’espoir existait toujours…ou si la tristesse pouvait reprendre à tout moment le dessus. Si l’acoustique de l’Eglise de Meslay-du-Maine ne servait pas toujours le catalan et sa viole Barak Norman (1697) dans la première partie, elle s’est révélée presque idéale dans le Concert à deux violes esgales (Les Regrets) de Mr. de Sainte-Colombe, un moment d’entente absolument unique entre deux musiciens.

29ème Festival de Sablé. Eglise de Meslay-du-Maine
. Jeudi 23 août 2007 à 21h. « Les Violes du Roi-Soleil ». Marin Marais (1656-1728) : Pièces pour viole de gambe et basse continue (Prélude, Muzettes, Menuets, La Sautillante), Suite d’un goût étranger (Marche Tartare, La Tartarine & Double, Les Fêtes Champêtres, Allemande La Superbe, L’Arabesque, La Rêveuse, Marche, Muzette), Les Voix humaines, Couplets des Folies d’Espagne. Robert de Visée: Les Sylvains de Mr. Couperin (théorbe). François Couperin : Les Barricades mystérieuses (clavecin). Jordi Savall, basse de viole (Barak Norman, Londres, 1697). Marianne Muller, basse de viole. Michael Behringer, clavecin. Xaviez Díaz-Latorre, théorbe et guitare

Crédit photographique
Marianne Muller © Z. Chrapek

Festival de Sablé. La Flèche, Le Prytanée National Militaire, Eglise Saint-Louis. Mercredi 22 août 2007. Zelenka: Missa Votiva (1739). Collegium 1704,Vaclav Luks.

Depuis quatre ans, Jean-Bernard Meunier, directeur artistique du Festival de Sablé, a entamé une collaboration avec les Instituts français de Prague et Bucarest, qui permet ainsi à de jeunes ensembles tchèques spécialisés dans la musique baroque de se faire connaître en France, et ce soir-là, il intronisait le Collegium 1704 et son chef Vaclav Luks. Ce fut très certainement le plus remarquable des concerts que notre site ait suivi cette année à Sablé. Václav Luks avait programmé la Missa Votiva de Jan Dismas Zelenka, composée en 1739, qui rejoint par ses dimensions (environ 1h15), et surtout par sa qualité, les grandes architectures chorales de Johann Sebastian Bach. Les interprètes furent prodigieux ; ils nous livraient une lecture analytique, par laquelle l’auditeur pouvait tout percevoir du style escarpé, dense, profondément chromatique de Zelenka. Cependant, cette écriture d’une grande transparence, aux audaces harmoniques souvent stupéfiantes, n’aurait pas semblé aussi moderne, et donc vivante, sans ce souffle extraordinaire, jamais interrompu, sans ce lyrisme bouillonnant qu’y développaient ce soir-là chacun des musiciens. On mesurait alors combien la conception de la musique de Zelenka avait évolué dans l’esprit du chef depuis son disque enregistré pour Supraphon en 1994, trois ans après la fondation de son ensemble Collegium 1704. Cet album, déjà superbe par les couleurs rondes et chaleureuses de l’orchestre, presque semblables aux caresses d’un félin, était légèrement inabouti sur le plan strictement expressif. Ici, à Sablé, le Collegium 1704 confirme que le monde de la musique baroque en République Tchèque fourmille de talents inoubliables, tous heureux de faire de la musique (on garde un souvenir extraordinaire du concert de Musica Florea lors de l’édition 2005 du Festival de Sablé), quand tant d’autres ensembles plus connus en nos régions s’installent dans une routine lénifiante, car ils oublient trop rapidement qu’être interprète, c’est vivre, respirer, porter et susciter le bonheur…

CD

Œuvres orchestrales – Collegium 1704, direction : Vaclav Luks – Supraphon 1994 (distribution Abeille Musique)
Missa dei Patris – Kammerchor Stuttgart & Stuttgarter Barockorchester – Frieder Bernius – Carus 1998 (distribution Distrart : www.clicmusique.com)
Messe Ultimarum Sexta Omnium Sanctorum – Kammerchor Stuttgart & Stuttgarter Barockorchester Frieder Bernius – Sony 1997 (distribution Sony/BMG)
Il serpente di bronzo, oratorio (1730). Solistes, Ensemble Inégal, direction: Adam Viktora (1 cd Nibiru).
Missa Votiva – Collegium Vocale 1704, Collegium 1704, Vaclav Luks –Zig-Zag Territoires (janvier 2008). A paraître.

P.S: Nous espérons que Jean-Bernard Meunier poursuive dans les prochaines années cette collaboration entre Zelenka, Vaclav Luks et le Festival de Sablé, tellement l’œuvre du compositeur tchèque, l’un des plus importants de l’époque baroque, bien avant Haendel et Telemann, regorge de chefs d’œuvre inépuisables…

29 ème Festival de Sablé. La Flèche, Le Prytanée National Militaire, Eglise Saint-Louis. Mercredi 22 août 2007 à 21h. Jan Dismas Zelenka (1679-1745): Missa Votiva ZWV 18 (1739). Hana Blazikova, Stanislava Mihalcova (sopranos), Marketa Cukrova (alto), Tomas Korinek (ténor), Tomas Kral (basse), Collegium Vocale 1704, Collegium 1704. Vaclav Luks, direction.

Crédit photographique
Vaklav Luks (DR)

20 ème Festival des CathĂ©drales de PicardieAmiens,… Du 1er septembre au 13 octobre 2007

20 ème Festival des Cathédrales de Picardie
Le Voyage Musical, La Semaine de la Renaissance
Du 1er septembre au 13 octobre 2007

20 ans déjà!
VoilĂ  20 ans que le Conseil RĂ©gional de Picardie, au travers du Festival qu’il a crĂ©Ă©, “chante” chaque automne, depuis 1988, dans les lieux patrimoniaux les plus emblĂ©matiques de son territoire. La musique y investit l’ample volume des nefs des CathĂ©drales qui manifestent une très riche histoire politique et culturelle, patrimoniale et musicale. La tradition chorale et les nobles arches polyphoniques s’y sont ainsi implantĂ©es dès 1324, quand naissait la première maĂ®trise Ă  la CathĂ©drale d’Amiens. Ensuite, Beauvais, Senlis, Noyon, Saint-Quentin suivirent son exemple…
Outre une programmation musicale de plus en plus exigeante et audacieuse en terme de rĂ©pertoires, le festival a initiĂ© plusieurs rĂ©alisations discographiques, de nombreuses rĂ©sidences d’artistes, et l’organisation d’un Concours europĂ©en de composition pour les jeunes crĂ©ateurs ainsi qu’un Concours de chant choral. Cette annĂ©e dans le cadre du Concours de composition, le festival 2007 a passĂ© commande pour son 20 ème anniversaire, au compositeur Luis de Pablo ainsi qu’Ă  trois jeunes auteurs, dĂ©jĂ  rĂ©compensĂ©s lors des sessions antĂ©rieures du Concours EuropĂ©en: Jol Mehra, Pierre-Alain Braye-Weppe et Bernat Vivancos.

Le Voyage musical
CĂ´tĂ© concerts 2007, l’Ă©dition promet de nombreux temps forts car les artistes familiers des 20 dernières sessions ont Ă©tĂ© conviĂ©s pour y donner de superbes programmes. Parmi les interprètes annoncĂ©s, citons: le Choeur de Sartène, Les Solistes de Lyon et le pianiste Philippe Cassard, La Grande Chapelle, le baryton Marc Mauillon accompagnĂ© par la pianiste Daria Fadeeva, les ensembles Ludus Modalis, Doulce MĂ©moire, Orlando di Lasso… L’Ă©dition anniversaire prĂ©figure ainsi quelques programmes prometteurs qui comptent deux fils rouges musicaux, le Voyage Musical et la Semaine de la Renaissance. Le Voyage musical permet d’Ă©couter les phalanges chorales et instrumentales particulièrement prĂ©parĂ©es aux rĂ©pertoires des musiques anciennes et baroques, prĂ©cisĂ©ment dans le volet des partitions sacrĂ©es. Mais l’ouverture de la programmation, conçue par Jacques Bidart, permettra aussi d’Ă©couter l’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart et les lieder de Schubert. “Ouverture” avec “Canti Selti” (Choeur de Sartène, le 1er septembre, parvis de la CathĂ©drale d’Amiens Ă  20h30, concert gratuit), “A la recherche de la FlĂ»te EnchantĂ©e” (Les Solistes de Lyon, Philippe Cassard au pianoforte, le 7 septembre Ă  Guise, Familistere, Ă  21h), Cantates de Buxtehude et Bach (Amsterdam baroque orchestra & choir, direction: Ton Koopman, le 21 septembre Ă  21h, Vervins), “L’enlèvement au sĂ©rail” de Mozart (version de concert, Château de Pierrefonds, le 6 octobre Ă  21h, Das Neue orchester, chorus Musicus Köln, direction: Christoph Spering), Musique espagnole au Siècle d’Or (Guerrero, Murillo, Hidalgo d’Uron. La Grande Chapelle, direction: Angel Recasens, le 12 octobre Ă  21h, Ă©glise de Peronne), “Schwanengesang”, D. 957 de Schubert (Marc Mauillon, baryton et Daria Fadeeva, pianoforte 1826, le 13 octobre Ă  21h, Ă©glise de Septmonts).

La Semaine de la Renaissance
Dans le cadre de la Semaine de la Renaissance (Amiens, du 11 au 14 septembre 2007), ne manquez pas: “Visages de Pascal de L’Estocart” par Ludus Modalis (CathĂ©drale, le 11 septembre Ă  20h30), “Meslanges royaux d’Eustache du Caurroy” par Doulce MĂ©moire, direction: Denis Raisin Dadre (CathĂ©drale, le 12 septembre Ă  20h30, concert retransmis en direct sur France Musique), “Picardie Musicale Ă  la Renaissance”, par Odhecaton, direction: Paolo da Col (CathĂ©drale d’Amiens, le 13 septembre Ă  20h30) ou “Josquin, prince des musiciens” par Orlando di Lasso, direction: Detlef Bratschke (CathĂ©drale, le 14 septembre Ă  20h30)…
Informations: www/festivaldescathedrales.com”. RĂ©servations: 03.22.22.44.94.

Crédit photographique
Ton Koopman (DR)