COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Athénée-LJ, le 23 mai 2019. BARRY : The importance of being Earnest. CHAVAZ / KUHN

Barry gerald importance being earnest critique opera classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, AthĂ©nĂ©e-LJ, le 23 mai 2019. BARRY : The importance of being Earnest. CHAVAZ / KUHN. Il est des musiques qui ne sont pas d’emblĂ©e abordables. On imagine assez le problème des musiques contemporaines, dans un XXIe siècle en proie Ă  la panique dès l’Ă©coute de la moindre dissonance. Osons le dire, certaines musiques de notre temps sont complexes et, par extension, Ă©litistes. Ce n’est pas un problème de public ou de compositeurs, c’est un problème de chaque individu et sa sensibilitĂ©. Il existe aussi des personnes qui dĂ©testent la moindre note de Wagner ou le son des instruments d’Ă©poque: le monde mĂ©lomane est polychrome.

Life in technicolor

Pour la musique de Gerald Barry est une construction minutieuse et sans concessions. Il introduit des beaux moments , malgré le caractère parfois psychédélique de ses partitions.

Adapter en musique un chef d’œuvre tel que The importance of being Earnest, est un défi qui dépasse le cadre même du théâtre. Le quiproquo continu de l’argument de Wilde marque un rythme effréné qui ajoute une difficulté supplémentaire à toute adaptation.

Mais, contre toute réserve, la partition de Gerald Barry garde le dynamisme survolté d’Oscar Wilde. On ne perd jamais ni l’humour mordant ni les saltimbanques de chaque instant de l’action. Gerald Barry maintient un la raillerie et le « wit » so British avec notamment de idées fabuleuses comme un concertino de vaisselle cassée pour ponctuer les conflits.

On imaginerait mal cette Ĺ“uvre sans la mise en scène prĂ©cise, inventive, pleine d’esprit de Julien Chavaz. Non seulement on apprĂ©cie son esthĂ©tique très sixties, au tartan pastel, mais aussi une Ă©nergie qui rĂ©vèle les beautĂ©s de la partition et qui garde tout l’humour de Wilde. Julien Chavaz nous livre un spectacle brillant et Ă  l’humanitĂ© universelle. On retrouve avec plaisir l’humour absurde et cocasse “so british” du film “The wrong box” (Bryan Forbes, 1966). Vivement qu’on le retrouve Ă  la tĂŞte d’une nouvelle production Ă  Fribourg ou ailleurs !

La distribution est brillante Ă  la fois dans l’interprĂ©tation histrionique et dans la restitution musicale. Nous saluons les très beaux timbres Ă  l’amplitude stratosphĂ©rique de Timur et d’Ed Ballard, les deux “Earnest” Ă  la grande classe comme Ă  la pĂ©tulance dĂ©sarmante. Les “ladies” Alison Scherzer et Nina van Essen forment le duo d’amoureuses Ă  la naĂŻvetĂ© toute relative mais aux moyens vocaux impressionnants. Notons au passage la dĂ©sopilante Jessica Walker en Miss Prism dĂ©jantĂ©e. Et comment ne pas mentionner l’inoubliable Aunt Augusta du baryton-basse Graeme Danby au geste prĂ©cis et tailleur en tweed violet, petit sac en bandoulière, so Buckingham Palace. Le Dr Chasuble de Steven Beard nous rappelle le cĂ©lèbre Dr Pratt de la “Wrong box” interprĂ©tĂ© dans la film par Peter Sellers et en maĂ®tre de cĂ©rĂ©monies Vincent Casagrande est parfait.

Toute cette production contient Ă  la fois l’humour, l’esprit, la richesse musicale pour sertir et sublimer idĂ©alement le chef d’oeuvre d’Oscar Wilde. Gageons que nous aurons le plaisir d’assister bientĂ´t Ă  une reprise et de suivre avec beaucoup d’intĂ©rĂŞt les prochaines productions que Patrice Martinet nous offre dans son théâtre de l’AthĂ©nĂ©e.

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PARIS, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet / Jeudi 23 mai 2019 à 20h
GERALD BARRY : The Importance of being Earnest

Cecily Cardew: Alison Scherzer
Dr Chasuble: Steven Beard
Gwendolyn Fairfax: Nina van Essen
Lady Bracknell: Graeme Danby
Jack Worthing: Timur
Algernon Moncrieff: Ed Ballard
Miss Prism: Jessica Walker
Lane/Merriman: Vincent Casagrande

costumes: Severine Besson
scénographie: Julien Chavaz et Séverine Besson
perruques et maquillages: Sanne Oostervink
lumières: Eloi Gianini
chorégraphie: Nicole Morel
dramaturgie: Anne Schwaller
chefs de chant: Stephanie Gurga, Silvia Fraser et Florent Lattuga
constructeur des décors: Yves Besson
peintures: Lola Sacier et Valérie Margot
directeur technique: Alain Menétrey
technique: Jakub Dlab
assistante à la mise en scène: Lauriane Tissot

Mise en scène : Julien Chavaz

Orchestre de Chambre Fribourgeois
Direction : JĂ©rĂ´me Kuhn

Coproduction OpĂ©ra Louise, NOF – Nouvel OpĂ©ra de Fribourg, AthĂ©nĂ©e – Théâtre Louis-Jouvet.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye. La lumière contrastĂ©e du moi de Mai aux Pays-Bas tend a virer au dorĂ© sous un fond de gris qui a Ă©tĂ© au coeur de l’inspiration de Vermeer, de Hals ou Rembrandt van Rijn. On aperçoit de Rotterdam Ă  Eindhoven, ces villes qui traversèrent les siècles par leur mĂ©moire militaire et artistique, telle Breda ou Tilburg. Le soleil, entre deux voiles, irise les jonquilles qui se mouillent leur longues extrĂ©mitĂ©s dans les canaux nourriciers de leurs champs limoneux.

 

 

 

 

Ils ont le mal du siècle et l’ont jusqu’Ă  cent ans
Autrefois de ce mal, ils mouraient Ă  trente ans.

LĂ©o FerrĂ© – Les Romantiques

 

 

Eindhoven, siège historique de Philips et petite ville calme du Brabant Septentrional aux ruelles en briques et les verdoyants ormeaux des rues rĂ©sidentielles près du Théâtre du Parc oĂą, ce dimanche de giboulĂ©es, les lumières chromatiques du gai Paris allaient dĂ©barquer au coeur de l’après-midi.
Fantasio, contrairement Ă  ce que l’on a vu ces dernières annĂ©es en France, n’est pas simplement une myriade de musiques lĂ©gères et dansantes ou une histoire de clowns et d’autres circassiens qui n’apportent qu’une lecture superficielle de cette oeuvre multiple.

Fantasio est inspirĂ© directement de la pièce posthume d’Alfred de Musset, une comĂ©die au Romantisme exacerbĂ© de l’enfant du siècle par excellence. Alors que Musset dĂ©crit Fantasio comme ayant “le mois de mai sur les joues et le mois de janvier dans le coeur”, malgrĂ© l’adaptation du grand compositeur lĂ©ger que fut Offenbach, nous retrouvons dès l’ouverture l’esprit lunaire et mĂ©lancolique de cette partition.

 

 

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En 1872 la France et le Paris sortent Ă  peine du chaos et des traumatismes de la Guerre Franco-Prussienne et de la Commune de Paris. La fĂŞte chatoyante du Second Empire est dĂ©finitivement terminĂ©e et le pays, exsangue, ruinĂ© et vaincu peine Ă  se reconstruire. Offenbach, malgrĂ© une reprise de l’activitĂ© théâtrale, n’aura pas autant d’influence que la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente et demeurera un compositeur dont l’Ă©tiquette NapolĂ©on III et de divertissement lui colle encore et toujours. CrĂ©er Fantasio Ă  ce moment prĂ©cis est un message fort. Non seulement pour ses contemporains brisĂ©s par la guerre et le conflit social, mais aussi pour la jeunesse qui, dĂ©boussolĂ©e et rĂ©voltĂ© a pĂ©ri sur le champ de bataille ou dans les rues de Paris. Avec Fantasio, Offenbach, tout comme Tchaikovsky dans Eugen Onegin (1879), tend un miroir Ă  la jeunesse aux rĂŞves perdus et qui tend Ă  les retrouver dans un amas de ruines de la grandeur passĂ©e.

Cette oeuvre finalement nous parle directement. MalgrĂ© le siècle et trois-quarts qui sĂ©pare la crĂ©ation de Fantasio, des Millenials et autres jeunes trentenaires en 2019, on a l’impression que ce miroir tendu en 1872, reflète notre propre sentiment de solitude et d’ennui, une poĂ©sie de la mĂ©lancolie des gĂ©nĂ©rations errantes dans un labyrinthe technologique et global qui nous condamne Ă  suivre le cours d’un monde qui demeure Ă©tranger et vaste. La philosophie dans les mots de Musset et l’adaptation de son frère Paul, pourrait ĂŞtre retranscrite dans un compte facebook ou un fil twitter sans mal, frĂ´lant un Ă©gotisme et une rĂ©volte sans objet, nous sommes tous les bouffons de notre siècle, des dĂ©cadents sublimes en recherche d’absolu. #JesuisFantasio.

 

 
 

 

Fantasio Ă  Eindhoven
Production idéale entre émotion et humour

 

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Benjamin Prins, en puisant au coeur du message ultra moderne de l’opĂ©ra d’Offenbach et de la pièce originelle de Musset, compose une mise en scène exceptionnelle. On sent d’emblĂ©e cette expression du mal d’exister tout en Ă©tant vivant d’une jeunesse qui traverse les siècles. En contrastant le monde des puissants, hommes mĂ»rs caricaturĂ©s en eux-mĂŞmes sous les cheveux gris ou les perruques peroxydĂ©es, avec la jeunesse dĂ©braillĂ©e mais libĂ©rĂ©e du carcan des apparences. Il nous offre Ă  la fois une vision tout Ă  fait en accord avec l’humour caustique d’ Offenbach et l’Ă©motion subtile de chaque tableau. On remarque notamment la qualitĂ© de sa direction d’acteurs, prĂ©cise, dynamique et inventive. Benjamin Prins signe ici, avec le concours de son assistants PĂ©nĂ©lope Driant, une des meilleures mises en scène qui soient pour un spectacle d’opĂ©ra. La scĂ©nographie et les costumes de Lola Kirchner avec le concours de FASHIONCLASH, sont beaux et modernes, mĂŞlant les influences mĂ©diĂ©vales, chères Ă  l’Ă©poque de l’oeuvre, et les sweatshirts et capuches de notre dĂ©cennie crĂ©pusculaire.

Le dispositif scĂ©nique principal, une couronne brisĂ©e est un symbole fort, que l’on comprend comme la fragilitĂ© du pouvoir et la folie qui lui est voisine voire nĂ©cessaire pour exister. Une idĂ©e non loin de l’Ă©pisode final de Game of Thrones, retransmis quelques heures après la première de Fantasio Ă  Eindhoven. De cette mise en scène, plusieurs tableaux sont sublimes et inoubliables, tels, l’arrivĂ©e de Elsbeth Ă  l’acte II avec son voile de mariĂ©e pendu aux cintres, Ă©voquant Ă  la fois le poids du devoir et le joug du mariage. Cette belle image nous rappelle le vers de la chanson Mexicaine, El amor acaba (1985) :”Porque se vuelven cadenas, lo que fueron cintas blancas” (“Parce maintenant les rubans blancs du passĂ© sont devenus des chaĂ®nes”). Chaque tableau nous interpelle, nous Ă©meut. Nous saluons l’initiative de Waut Koeken d’avoir programmĂ© Fantasio et l’avoir confiĂ© Ă  une telle Ă©quipe artistique.

Dans le rĂ´le titre de Fantasio-Henri, la mezzo-soprano Française Romie Estèves a un naturel histrionique Ă©merveillant. Tour Ă  tour pantin adolescent et polichinelle, elle dĂ©ploie une Ă©nergie scĂ©nique impressionnante. Elle nous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par ses multiples mĂ©tamorphoses dans le spectacle “Vous qui savez ce qu’est l’amour”, mis en scène par Benjamin Prins, au Théâtre de l’AthĂ©nĂ©e en FĂ©vrier 2019 et repris la saison prochaine, oĂą Romie Estèves incarne tous les rĂ´les des Noces de Figaro sur fond des 24 heures de la vie d’une chanteuse lyrique, courrez la dĂ©couvrir dans ce spectacle en Avril-Mai 2020. Dans son rĂ´le de Fantasio, elle surpasse de loin Marianne Crebassa, elle incarne bien mieux ce personnage androgyne et a une voix bien plus solide que la coqueluche des mezzi Françaises. MalgrĂ© parfois quelques instants qui manquent un peu d’Ă©motion, nous avons Ă©tĂ© conquis par ce grand talent et souhaitons vivement la retrouver sur les scènes Françaises oĂą elle incarnerait de Cherubino Ă  Urbain en passant par Lazuli.

Face Ă  elle, l’incomparable Elsbeth est la jeune soprano russe Anna Emelianova. D’un timbre très fruitĂ©, elle nous offre une princesse mĂ©lancolique, mi-Ophelia mi-Tatiana, une figure fantomatique mais au coeur de feu. Nous avons aussi rĂŞvĂ© avec son incarnation Ă  la fois drĂ´le et lĂ©gère, notamment dans des dialogues franco-russes (“sa mère aimait beaucoup DostoĂŻevski”) qui sont dĂ©sopilants, mais aussi des moments touchants et dignes de l’Ă©gĂ©rie romantique qu’elle interprète divinement. Les airs et duos très exigeants sont battus en brèche avec une voix stable, Ă  l’aigu puissant et prĂ©cis, au medium riche et contrastant. Un talent Ă  suivre absolument.

Dans les rĂ´les bouffons, nous remarquons Ă  la fois l’Ă©quilibre entre une belle exĂ©cution vocale et un aplomb histrionique de tous les interprètes. Les monarques aux timbres contrastĂ©s de Huub Claessens et Roger Smeets. Le Marinioni Ă  se tordre de rire de Thomas Morris, tĂ©nor de caractère d’anthologie. Les trois Ă©tudiants Ivan Thirion, Jeroen de Vaal et Jacques de Faber, tour Ă  tour punks et junkies, ils nous offrent une belle photographie de ce qu’est notre jeunesse. Dans le rĂ´le parlĂ© d’un aide de camp Peter Vandemeulebroecke est dĂ©sopilant, notamment quand il organise, avant l’entrĂ©e en salle, une audition pour les candidats au poste de bouffon du roi dans le foyer du théâtre.

L’orchestre Philharmonie Zuidnederland restitue une partition aux couleurs chatoyantes, notamment saluons les vents dans la Ballade Ă  la lune. La direction dynamique, brillante et prĂ©cise du maestro Enrico Delamboye retrouve chaque pĂ©pite de la partition d’Offenbach et nous les offre avec une passion communicative.

A la fin de ce fabuleux spectacle de la compagnie Opera Zuid, nous sortons avec la certitude que la folie peut ĂŞtre une solution certaine Ă  la perte de repères de notre temps, mais Ă©videment non pas l’insanitĂ© psychiatrique ou le dĂ©lire pervers, mais la folie d’aimer avec dĂ©raison ce qui est beau et ce qui nous fait ressentir la folie que tous les auteurs et artistes romantiques nous apportent ainsi sur un plateau d’argent.

 

 
 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

Jacques OFFENBACH
Fantasio (1872)

Fantasio – Romie Estèves
Elsbeth – Anna Emelianova
Le Roi de Bavière – Huub Claessens
Le Prince de Mantoue – Roger Smeets
Marinoni – Thomas Morris
Sparck – Ivan Thirion
Facio – Jeroen de Vaal
Flamel – Francis van Broekhuizen
Hartmann – Rick Zwart
Max – Jacques de Faber
Le Passer-By – Benjamin Prins
RĂ´les parlĂ©s – Peter Vandemeulebrocken

Danseurs – Zora Westbroek, Isaiah Selleslaghs, Sandy Ceesay, Iuri Costa

Mise en scène – Benjamin Prins
ScĂ©nographie et costumes – Lola Kirchner
Costumes  – FASHIONCLASH
ChorĂ©graphie – Dunja Jocic
Lumières – AndrĂ© Pronk
Assistante Ă  la mise-en-scène – PĂ©nĂ©lope Driant

Theaterkoor Opera Zuid
Philharmonie Zuidnederland

Direction – Enrico Delamboye

Production OPERA ZUID – Maastricht

Illustrations : © Joost Milde

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, le 18 avril 2019. M’O, Auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs

blind Tom wiggins compositeur black is beautiful concert critique musee orsay critique concert opera festival classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs. C’est au cĹ“ur des souterrains de verre givrĂ© et d’anthracite mĂ©tallique qu’Orsay, musĂ©e de toutes les couleurs, loge son auditorium. A l’énoncĂ© du programme, en marge de l’exposition « Le modèle noir », on exulte par la richesse des propositions de Clement Mao-Takacs et son fabuleux orchestre. Comme souvent dans ses concerts, on retrouve des Ĺ“uvres inattendues et une narration qui mĂŞle Ă  la fois l’émotion et le recueillement, la surprise et la redĂ©couverte. Le programme nous ramène enfin des pièces de compositeurs oubliĂ©s dans la musique Ă©tasunienne tels que Tom Wiggins dit “Blind Tom” et Robert Nathaniel Dett. Tom Wiggins, aveugle et esclave, mĂŞme au dĂ©lĂ  de l’abolition de l’esclavage en 1865, a Ă©tĂ© un des compositeurs les plus adulĂ©s de son Ă©poque. Son talent est bien plus Ă©vident que celui de Robert Nathaniel Dett dont la suite “In the Bottoms” demeure quelque peu caricaturale.

Les belles surprises de ce concert ont Ă©tĂ© la redĂ©couverte de la Rapsodie nègre de Poulenc qui annonce dĂ©jĂ  des oeuvres telles que les sublimes Afrika songs de Wilhelm Grosz. La crĂ©ation Française du Langvad de Eleonor Alberga (compositrice JamaĂŻcaine), quoique superbement interprĂ©tĂ©e, reste anecdotique et un peu trop brutale dans l’Ă©criture.

Les deux moments extraordinaires de la soirĂ©e furent, sans aucun doute, le cycle des “Chants symphoniques” de Zemlinsky et la trop rare Sensemaya de Revueltas. La voix d’Edwin Fardini, quoique parfois couverte par l’orchestre dans Zemlinsky, nous a offert une myriade de couleurs surtout dans ce cycle aux difficultĂ©s stylistiques que le soliste a rĂ©ussi Ă  surmonter totalement. C’est un des talents Ă  suivre absolument!

Comme le couple originel de la Genèse, la part fĂ©minine du baryton, la comĂ©dienne Mata Gabin a habitĂ© la scène de l’Auditorium du MusĂ©e d’Orsay telle une muse des temps modernes. Tour Ă  tour narratrice, humoriste et tragĂ©dienne, elle demeure une enchanteresse du rĂ©cit, une poĂ©tesse de la parole qu’elle a fait vibrer dans les mots qu’elle dĂ©clama ou improvisa.

ClĂ©ment Mao-Takacs mène avec enthousiasme ses musiciens. Son geste est prĂ©cis et empli d’Ă©nergie, il rĂ©unit les membres de Secession Orchestra dans une grande fresque aux couleurs vibrantes. Il demeure un maitre coloriste et nous apporte la mystĂ©rieuse sensualitĂ© dans la Rapsodie de Poulenc et maĂ®trise totalement la subtilitĂ© de la partition complexe de Revueltas.

A la sortie du concert de ce temple de la couleur qu’est le MusĂ©e d’Orsay, maison Ă©ternelle de Degas, de Manet, de Puvis de Chavannes et de Claude Monet, nous ressentons encore vibrer les dernières notes du serpent sacrĂ© du peuple Purepecha, nommĂ© aussi Sensemaya.

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs.

Jeudi 18 avril 2019 / Auditorium du Musée d’Orsay

« Black is beautiful »

Robert Nathaniel Dett
“In the Bottoms”, suite

Alexander von Zemlinsky
Symphonische Gesänge pour baryton et orchestre, op. 20

Tom “Blind Tom” Wiggins
Water in the Moonlight

Eleonor Alberga
Langvad

Francis Poulenc
Rapsodie nègre

Silvestre Revueltas
Sensemaya

Mata Gabin – rĂ©citante
Edwin Fardini – baryton

SĂ©cession orchestra
dir. Clément Mao-Takacs

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pèlerinage est plutôt une notion d’ordre liturgique. Faire le pèlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse à tout jamais les individus qui l’entament. Au cœur de la démarche, il y a un sens mystique, tout pèlerin est un témoin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les génies n’ont pas d’âge. Dans la partition des Paladins, truffée d’hédonisme et de passages d’une grande virtuosité, Rameau déploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirée du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », même si elle est expurgée de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualité. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mêmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnée et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

opera-critique-classiquenews-annonce-critique-concerts-opera-festivals-classiquenews-paladins_1©Aurélie-Remy
 

 
 

S’engager à faire un opéra si français dans un théâtre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opération délicate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spécificités, semble parfois inaccessible pour les interprètes étrangers. Or, grâce à l’enthousiasme des équipes artistiques et le courage de la direction du théâtre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne cité ducale dans le giron de la ville Hanséatique de Brême. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime théâtre à la salle lambrissée du XIXeme siècle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribué à parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont réuni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogène et enthousiasmant. Chaque soliste a pris à bras le corps le style et affronté les obstacles de cette œuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pétillante de Sooyeon Lee et dans le double rôle d’Atis et de Manto l’inénarrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevé les défis du rôle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert à la musique de Rameau, une interprétation éclatante. On remarque d’ailleurs l’inventivité chorégraphique d’Antoine Jully. Le chorégraphe Français, révèle ainsi des bijoux insoupçonnés dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaît à oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intégralement sur boyaux. Menés par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scène ! A la fois simple dans le déroulé de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scène de François de Carpentries évoque très poétiquement, la nécessité de fantaisie dans la vie pour la croquer à pleines dents. Le besoin irrépressible de candeur pour révéler toute l’humanité qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels à se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scènes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rêve poétique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opéra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bénéfique au calme de la douce lumière nordique d’Oldenburg.

  

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scène – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigCOMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud. Il est des œuvres que l’on ne présente pas, que l’on se plairait presque à dire que c’est inutile de les revoir ou les retrouver du fait qu’elles sont les fondations du répertoire lyrique universel. L’inévitable Barbiere di Siviglia / Le Barbier de Séville de Rossini, qui a réussi le pari de la postérité face à son illustre prédécesseur signé Paisiello, et que dire ce celui de Morlacchi hélas voué à l’oubli. Mais si un tel poncif opératique semble ne garder aucune surprise pour nous, il est stupéfiant quand l’on redécouvre une œuvre telle, grâce au travail d’une équipe artistique !

 

 
 
 

Nouveau Barbier à Bordeaux par un Pelly le plus inspiré
LAURENT il magnifico !

 
 
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Coproduction impressionnante entre le Théâtre des Champs-Elysées, l’Opéra National de Bordeaux, les Opéras de Marseille et de Tours, les Théâtres de la ville de Luxembourg et le Stadttheater de Klagenfurt, cette réalisation réussie voyage d’un bout à l’autre de la France et offre à son cast souvent des prises de rôle. Si bien le premier cast a offert au public Le Figaro puissant de Florian Sempey et le Bartolo idéal de Carlo Lepore, le deuxième cast possède une énergie et une fraîcheur qui convient plus à Rossini et à son Barbier.

DĂ©poussiĂ©rer un “classique” est une affaire dĂ©licate, il suffit d’avoir l’imagination dĂ©bordante de Laurent Pelly. Finis les dĂ©cors dĂ©bordant d’ocres style pizzeria du Port d’Hyeres, les personnages telles des noires ou des blanches Ă©voluent sur d’immenses feuillets de papier Ă  musique et la portĂ©e devient tour Ă  tour balcon, prison et rideau, une magnifique idĂ©e pour prĂ©senter l’ambiguĂŻtĂ© des situations. Laurent Pelly dĂ©veloppe dans ce Barbiere, le meilleur de son talent.

 

 

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Face Ă  cette mise en scène, en fosse l’extraordinaire Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine allie une richesse fabuleuse de couleurs et des timbres d’une justesse fascinante. Il faut reconnaĂ®tre que c’est l’un des meilleurs orchestres de France. Grâce Ă  l’aplomb des musiciens, on redĂ©couvre des bijoux dans la partition de Rossini que l’on croyait connaĂ®tre. Évidemment c’est aussi la direction vive et spirituelle de Marc Leroy-Calatayud qui imprime une belle Ă©nergie dans les tempi et une battue claire et raffinĂ©e. Son enthousiasme communicatif nous sĂ©duit, un talent Ă  suivre absolument. Si Marc Leroy-Calatayud rĂ©ussit avec simplicitĂ© Ă  polir une des partitions les plus jouĂ©es au monde, vite qu’on lui donne des raretĂ©s pour qu’il leur donne un souffle nouveau !

Cependant, la fosse surélevée n’aide aucunement à la balance entre les chanteurs et la salle. Souvent on entend davantage l’orchestre et c’est bien dommage, surtout pour un cast de jeunes solistes.

Or, nous retrouvons une belle équipe, dont certains profils se détachent nettement. Adele Charvet est une Rosine idéale. Tour à tour garçon manqué et femme de poigne, elle sait jouer son rôle à merveille avec une voix dont les graves de velours nous enveloppent dans une ravissante pelisse d’une musicalité inégalable.
De la même sorte, Anas Seguin campe un Figaro tout en finesse et avec l’énergie picaresque qui sied à merveille au rôle. Sa voix au timbre riche et brillant nous offre un « Largo al factotum » d’anthologie. Un immense artiste à suivre.
Le Basilio de Dimitri Timoshenko a un timbre aux beaux graves mais reste quelque peu timide notamment dans l’inénarrable air de la calomnie.
Nous retrouvons au début de l’opéra le Fiorello de Romain Dayez, qui a la voix et l’énergie pour être un Basilio d’exception. Souhaitons l’entendre bientôt dans un rôle qui nous offre toute l’entendue de sa musicalité.
Dans le petit rôle de Berta, Julie Pasturaud est incroyable. Le seul air du personnage, qui, habituellement est anecdotique, est une petite merveille dans son interprétation. La voix est belle, colorée dans toute son étendue. Vivement une prochaine rencontre avec ce talent.
Dans les rôles de pantomime d’Ambrogio et du Notaire, le comédien Aubert Fenoy excelle dans l’art de faire rire sans artifices. Ses interventions sont remarquées, notamment à l’entracte. La subtilité de son jeu nous rappelle dans la précision de son geste, le comique naturel de Charles Chaplin.

Hélas, nous ne pouvions pas passer outre Elgan Llyr Thomas qui offre à Almaviva une incarnation tout juste physique. Si certaines couleurs semblent belles, l’émission est très diminuée par un souffle inégal. Ce qui est dommage c’est que toutes les vocalises manquent de naturel et de légèreté. C’est bien dommage pour un rôle aussi important. De même, le Bartolo de Thibault de Damas reste vocalement assez peu investi alors que théâtralement il se révèle un interprète intéressant.

En somme nous saluons la belle scénographie imaginée par Laurent Pelly et son équipe et les étoiles montantes de cette distribution, gageons que leur avenir est pavé de productions qui nous offriront leur éclat et l’étendue de leur talent.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, Grand Théâtre, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbier di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud.
Gioachino Rossini – Il Barbiere di Siviglia / Le Barbier de SĂ©ville
 
Conte Almaviva – Elgan Llyr Thomas
Rosina – Adèle Charvet
Figaro – Anas Seguin
Don Bartolo – Thibault de Damas
Don Basilio – Mikhail Timoshenko
Berta – Julie Pasturaud
Fiorello – Romain Dayez
Ambrogio / Notario – Aubert Fenoy
Un Ufficiale – LoĂŻck Cassin

Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux-Aquitaine
Direction: Marc Leroy-Calatayud
Mise en scène: Laurent Pelly

 
 
Illustrations : © Maitetxu Etchevarria / Opéra National de Bordeaux 2019

 
 

INTERVALLES, la webradio de classiquenews. Notre sélection cadeaux de NOËL 2018

CLIC_macaron_2014 AUDIO : Quels cadeaux pour NOËL 2018 ? INTERVALLES, le mag audio par Pedro Octavio Diaz. CLASSIQUENEWS inaugure sa radio et ses contenus audios exclusifs. Notre rédacteur Pedro Octavio Diaz enrichit notre rubrique INTERVALLES, magazine audio de CLASSIQUENEWS : conversations libres ou éditos à voce sola qui interrogent une question d’actualité, questionnent un geste artistique, s’intéressent aux missions et aux réalisations d’institutions encore méconnues. Défrichement, exploration, enquêtes aussi, INTERVALLES se déplace là ou la culture vivante s’accomplit… En ces temps de Noël, voici notre sélection cadeaux cd de NOËL 2018 :

 

 

 

INTERVALLES, le magazine audio de classiquenews par Pedro Octavio DIAZ

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Dossier cadeaux de NOĂ‹L 2018Pedro Octavo Diaz sĂ©lectionne les meilleurs cd et rĂ©alisations Ă  offrir et Ă  partager pour NOĂ‹L 2018… Qu’offrir pour NoĂ«l 2018 ? Un exemple ? … Ascanio de Saint-SaĂ«ns, rĂ©vĂ©lation de l’annĂ©e 2018 : Pedro vous dit pourquoi offrir cet excellent opĂ©ra inconnu, perle de l’opĂ©ra romantique français…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Opéra. BORDEAUX, le 16 octobre 2018. OFFENBACH : La Périchole. Extrémo, Minkowski, Gilbert.

COMPTE-RENDU, Opéra. BORDEAUX, le 16 octobre 2018. OFFENBACH : La Périchole. Extrémo, Minkowski, Gilbert.

» Anegada en lágrimas de ternura, acompañó al Santo de los Santos, arrastrando por las calles sus encajes y brocados; y no queriendo profanar el carruaje que había sido purificado con la presencia de su Dios, regaló en el acto carruaje y tiros, lacayos y libreas a la parroquia de San Lázaro »

Ricardo PalmaGenialidades de la Perricholi

   

Ricardo Palma, avec ses « Curiosités de la Perricholi » a immortalisé littérairement la figure de l’actrice et demi-mondaine Péruvienne Micaela Villegas, dite la Perricholi. Cette femme aux mœurs légères et au talent histrionique indéniable, a fait amende honorable dans l’extrait ci-dessus en offrant son carrosse au transport du Saint Sacrement. Cet épisode a inspiré directement Prosper Mérimée pour sa pièce « Le carrosse du Saint-Sacrement » dans son Théâtre de Clara Gazul.

     

AMOUR, GLOIRE ET BEAUTÉ AU PAYS DES CITÉS D’OR

     

offenbach-violoncelle-dossier-offenbach-2018Au delĂ  des libertĂ©s prises par MĂ©rimĂ©e, dont le changement de nom du Vice-roi Amat en Ribeira, la cĂ©lèbre Perricholi est devenue PĂ©richole. Et le surnom est cocasse puisqu’il fait allusion Ă  l’injure que le vice-roi excĂ©dĂ© a profĂ©rĂ© lors d’une Ă©nième dispute avec Micaela Villegas : « Perra chola », avec l’accent catalan d’Amat : « Perri choli » et avec les dĂ©formations des siècles et des langues cet insulte (« chienne de crĂ©ole ») est devenu le personnage PĂ©richole (la prononciation exacte serait « ch » et non pas « k »). Après bien de versions mĂ©morables telle celle de Michel Plasson avec Berganza et Carreras ou la très parodique avec Sheila et Marcel Aumont / Nana Mouskouri et Thierry Le Luron, enfin, les amoureux d’Offenbach ont une très belle nouvelle version de cet opĂ©ra comique aux Ă©pices sud-amĂ©ricaines! … D’abord concert au Festival de Radio-France Montpellier/Occitanie en juillet 2018, cette PĂ©richole est devenue une production scĂ©nique grâce Ă  la volontĂ© de Marc Minkowski. VolontĂ© qui a Ă©tonnĂ© les membres de l’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine. Cette invitation inespĂ©rĂ©e des Musiciens du Louvre pour ouvrir la saison Bordelaise a Ă©tĂ© prise comme un affront par les musiciens de l’ONBA. Si bien la maladresse est surtout l’origine de ce conflit, cela n’empĂŞche de se questionner sur l’ouverture des maisons d’opĂ©ra Ă  d’autres orchestres pour intĂ©grer des coproductions. La question reste ouverte.

Quoi qu’il en soit, la qualité certaine du projet a réussi la résurrection de La Périchole avec des couleurs proches de ce que semblait avoir imaginé Offenbach.

Premièrement l’orchestre des Musiciens du Louvre est idéal pour ce répertoire et demeure une source de nuances et de dynamisme qui conviennent tout à fait à l’esprit de l’œuvre. Malgré une balance un peu déséquilibrée entre la fosse et le plateau, on apprécie l’énergie et le rendu enthousiasmant.

Marc Minkowski relève le défi malgré des moments où l’on aurait souhaité un peu plus de précision dans le geste et un petit peu moins de célérité dans certains tempi.

La mise en scène (une mise en espace +++). Romain Gilbert remplace le dĂ©cor exotique PĂ©ruvien dans le clair-obscur Ă  paillettes des clubs interlopes du Paris coquin. On peut accepter que le temps a jouĂ© contre une mise en scène aboutie mais, hĂ©las on remarque toutefois un manque d’imagination qui plonge l’histoire dans la caricature et, parfois, le contre-sens… cessera-t-on un jour de vouloir rendre la musique lyrique lĂ©gère tout Ă  fait «divertissante » et gratter sous le vernis toute la sensibilitĂ© qui y demeure? Paris ouverts!

Le cast est équilibré et malgré la prestation en demi teinte d’Aude Extrémo, souffrante, nous remarquons à la fois les qualités vocales et histrioniques de tout le plateau vocal.

Or se détache notamment l’extraordinaire Piquillo de Stanislas de Barbeyrac. Avec une aisance théâtrale sans faute et une présence scénique élégante et comique, le jeune ténor campe le rôle dans toute l’étendue vocale de la partition qui est loin d’être facile. Il offre un Piquillo au faite de la musicalité et des phrasés d’une richesse exceptionnelle. Qu’on lui propose encore et encore de nous faire frissonner avec autant de beautés.

On remarque aussi l’extraordinaire Alexandre Duhamel en Vice-roi déchaîné et nymphomane. Le timbre est riche et chaleureux, nous nous réjouissons de le retrouver dans le comique après sa prestation remarquée à Montpellier dans Kassya de Delibes.

Nous remarquons aussi Enguerrand de Hys, Marc Mauillon et Eric Huchet ainsi que les « girls » Mélodie Ruvio, Olivia Doray et Julie Pasturaud.

Cette belle distribution Ă©tait Ă  la hauteur du dĂ©fi lancĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. Heureusement, nous retrouverons très bientĂ´t les aventures de l’inĂ©narrable Perricholi dans les bacs… peut-ĂŞtre une idĂ©e cadeau pour NoĂ«l ? A suivre.

       

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MARDI 16 OCTOBRE 2018 – 20H – GRAND THEATRE DE BORDEAUX

Jacques Offenbach
La PĂ©richole (1874)

La PĂ©richole – Aude ExtrĂ©mo
Piquillo – Stanislas de Barbeyrac
Don AndrĂ©s de Ribeira – Alexandre Duhamel
Don Miguel de Panatellas – Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa – Marc Mauillon
Le Marquis/Premier notaire – Enguerrand de Hys
Second Notaire – François PardailhĂ©
Guadalena/Manuelita – Olivia Doray
Berginella/Frasquinella – Julie Pasturaud
Mastrilla/Ninetta – MĂ©lodie Ruvio
Brambilla – Adriana Bignagni Lesca

Choeur des Musiciens du Louvre
Les Musiciens du Louvre

direction – Marc Minkowski
Mise en scène – Romain Gilbert

     

COMPTE RENDU, OPERA. ROCHEFORT, Th de la Coupe d’or. Le 27 avril 2018. RAVEL : L’ENFNAT ET LES SORTILEGES. Surot / Dhénin.

COMPTE RENDU, OPERA. ROCHEFORT, Th de la Coupe d’or. Le 27 avril 2018. RAVEL : L’ENFNAT ET LES SORTILEGES. Surot / DhĂ©nin. Les mĂ©andres sablonneux de la Charente baignent de leur cours nourricier les terres vertes du Rochefortais. La ville cĂ©lèbre des “Demoiselles” aux belles maisons de ville en pierre de taille respire l’appel du large qui fit la gloire de ses fosses et de sa Corderie Royale. Si bien la ville de Rochefort respire encore cette ambiance festive du film de Jacques Demy, peu de gens connaissent le magnifique Théâtre de la Coupe d’Or, salle Ă  l’Italienne aux Ă©chos magnifiques de la vie florissante de la citĂ© maritime.

 
 

Le temps bĂ©ni de l’enfance

 
 

Rochefort est aussi le siège d’une des compagnies les plus investies dans l’animation territoriale et un ferme engagement dans la redécouverte du répertoire. La Compagnie Winterreise, fondée et brillamment dirigée par le metteur en scène Olivier Dhénin s’est très tôt engagé dans la transmission de l’art lyrique auprès des plus jeunes. Avec une audace scénographique et de répertoire unique, Olivier Dhénin a exploré les œuvres les plus belles allant de la Petite Marchande d’allumettes du Danois August Enna à L’Enfant et les Sortilèges de Ravel. Le principe de ses productions est d’initier les enfants à la pratique de l’art lyrique et de les rendre protagonistes de ses productions. Dans cet Enfant éponyme, nous avons saisi la profondeur de sa démarche artistique.

 
 

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Olivier Dhénin a véritablement réinventé un classique de l’opéra avec cette production. En confiant le rôle-titre à Siméon Petrov, jeune maîtrisien à l’Orchestre de Paris, il dévoile la véritable couleur emplie d’innocente candeur de la partition ravélienne. Les mots de Colette prennent un tout autre sens quand ils sont chantés par une voix d’enfant, on saisit à la fois l’insouciance et les peurs de l’enfance et on ressent au fond de nous le souvenir de ces émotions. De même confronter un enfant aux autres rôles interprétés par des adultes, même jeunes, confère toute la puissance du rapport de forces de la narration, l’enfant face à un monde parfois incompréhensible et souvent effrayant, notamment lorsque les objets et les animaux s’animent.

Louons notamment la mise en scène du jardin, simulĂ© par un rideau de fils et de fleurs accrochĂ©es comme autant de bouquets de floraisons sauvages. On se reprĂ©sente le jardin comme le lieu de tous les mystères et des toutes les rencontres. Pour citer Barbara: « le jardin oĂą nos cris d’enfants jaillissaient comme source claire… » (l’Enfance), le jardin est le lieu de l’enfance libre et aussi dĂ©terminĂ©e par la rencontre du danger et de la nature.

Cette nature a été évoquée par Olivier Dhénin avec une subtilité sublime. Avec des costumes parfaitement en accord avec l’intemporalité de l’argument et d’une grande élégance.

Le plateau vocal réunit les étoiles montantes du chant Français. Tous incarnent avec un mimétisme surprenant les bêtes et les objets. Nous sommes transportés par les qualités vocales de chaque soliste et surtout la parfaite prosodie!

Yete Queiroz à la voix chaleureuse et au timbre puissant et rond nous ravit, avis aux lecteurs, c’est un talent à suivre absolument!

Nous sommes ravis d’entendre Aimery Lefèvre dans Ravel, sa voix riche et généreuse nous comble et nous souhaitons l’entendre partout, c’est un des meilleurs barytons Français de sa génération.

Dans les rôles épigones du Feu et de la Princesse, Anne-Marine Suire assure ces deux parties vocalement exigeantes avec panache malgré un timbre quelque peu voilé.

Parmi la belle palette d’interprètes, l’on a remarqué le Mezzo agile et suave d’Alexia Macbeth, son jeu ajouté à la beauté de son timbre.

Nous remarquons aussi la belle voix aux ombres veloutées de Thibault de Damas.

Mentionnons aussi parmi ce plateau vocal très équilibré : le joli timbre de Bastien Rimondi en inénarrable Arithmétique et tendre Rainette. Aussi Juliette Raffin-Gay aux belles couleurs.

En fosse si la réduction de l’orchestre à la quintessence peut laisser place à une certaine perplexité en voyant les musiciens en fosse, c’est ce format même qui démontre que la partition de Ravel, même en réduction, opère les mêmes ensorcèlements.

Les musiciens sont d’un niveau tel, que l’on a l’impression d’entendre tout un orchestre. Louons enfin la direction raffinée, précise et polychrome de Martin Surot, très grand talent à suivre absolument!

C’est alors que l’on répondrait bien aux thuriféraires sédentaires du centralisme lyrique, d’ouvrir une carte de France et voir qu’entre Paris et Rochefort, le voyage assure des belles découvertes. Nous saluons ici le soutien indéfectible des autorités municipales à ce genre de projet, le courage et l’enthousiasme de la Mairie de Rochefort démontre encore combien, il est important de reconnaître l’engagement sincère des villes auprès de la création artistique.

Vivement les prochaines productions d’Olivier Dhénin et Winterreise à Rochefort, puissent ses sortilèges nous embarquer encore et toujours dans la nef de l’émerveillement.

 
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. THEATRE DE LA COUPE D’OR – ROCHEFORT
Vendredi 27 Avril 2018 Ă  20H30

Maurice Ravel
L’ENFANT ET LES SORTILEGES

L’Enfant – SimĂ©on Petrov (MaĂ®trise de l’Orchestre de Paris)
La Princesse/Le Feu/ Le Rossignol – Anne-Marine Suire
La ThĂ©ière, L’ArithmĂ©tique, La Rainette – Bastien Rimondi
Maman, La Tasse Chinoise, La Libellule – Yete Queiroz
La Bergère, Un Pâtre, La Chatte, L’Ecureuil – Alexia Macbeth
L’Horloge comtoise, Le Chat – Aimery Lefèvre
Une Pastourelle, La Chauve-Souris, La Chouette – Juliette Raffin-Gay
Le Fauteuil, L’Arbre – Thibault de Damas

MaĂ®trise et Choeur d’Enfants des Collèges Edouard Grimaud et Pierre Loti de Rochefort et Jean Monnet de Saint-Agnant.

Piano – MichaĂ«l Guido
FlĂ»te – Corentin Garac
Violoncelle – Matthieu Lecoq

Direction Musicale – Martin Surot

Mise en scène, dramaturgie, scènographie et costumes – Olivier DhĂ©nin & Cie Winterreise

 
 

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq

auber-francois-esprit-portrait-la-muette-de-portici-le-domino-noir-opera-romantique-francais-par-classiquenews-presentation-critique-compte-renduCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq. Lorsque l’on observe la façade du Palais Garnier, on peine Ă  croire que l’un des bustes dorĂ©s qui dominent l’Avenue de l’OpĂ©ra au dessus de la loggia monumentale, est celui de Daniel François Esprit Auber. En effet le contraste criant entre l’absence des oeuvres de cet insigne compositeur et sa prĂ©sence hiĂ©ratique dans le temple de l’art lyrique par excellence semblent dessiner le scandale de l’oubli de son gĂ©nie. La rĂ©ponse et la rĂ©paration Ă  cette iniquitĂ©, a retenti dans la courageuse programmation de la Salle Favart. Louons l’initiative d’Olivier Mantei et de ses Ă©quipes qui entreprennent une rĂ©gĂ©nĂ©ration du rĂ©pertoire et offrent Ă  des chefs d’oeuvres injustement oubliĂ©s, un terreau renouvelĂ© pour le genre de l’opĂ©ra comique, lui rendant sa pertinence et sa modernitĂ©.

AUBER c’est Paris!

Ce soir de première entre les rues de Gramont, GrĂ©try et Marivaux, on aurait pu entendre crisser les soies des dominos festifs de jadis. Par les façades se glissant des ombres et des rumeurs qui se pressaient dans les entrĂ©es de la Salle Favart, Ă©clairĂ©e des mille feux de ses lampions dorĂ©s. Les statues illustres et les bustes prĂ©cĂ©dent cette belle redĂ©couverte. Le Domino Noir en effet introduisait toute la pĂ©tulance de ses Ă©chos dans l’amphithéâtre du Comique, plein Ă  faire craquer ses boiseries dorĂ©es.

Fruit d’une coproduction entre l’OpĂ©ra Comique et l’OpĂ©ra Royal de Wallonie Ă  Liège, cette belle rĂ©alisation a rĂ©cemment vu la coopĂ©ration s’Ă©largir au bord du Lac LĂ©man avec l’OpĂ©ra de Lausanne, oĂą les aventures de la mystĂ©rieuse Angèle d’Olivarès dĂ©ploieront leur charme auprès du public Suisse en 2021. Gageons qu’il y en ait d’autres, notamment le Théâtre de Caen, qui pourrait accueillir ainsi l’oeuvre emblĂ©matique de l’enfant du pays.

Si bien l’exagĂ©ration et le feu de la passion ne sont pas chose courante dans nos compte-rendus habituels, il est une certitude, nous avons assistĂ© ce soir Ă  l’une des productions scĂ©niques les plus abouties qu’on ait pu voir depuis longtemps. A la fois l’Ă©quilibre fosse-scène, l’ingĂ©niositĂ© et l’espièglerie dĂ©capante de la mise en situation et la distribution composĂ©e des meilleurs interprètes pour chaque rĂ´le. Bref, pari rĂ©ussi pour cette rĂ©surrection qui, j’espère rendra le Domino Noir, pour longtemps Ă  une longue et nouvelle vie.

A entendre les vidĂ©os introductives et les entretiens des membres de la production, Christian Hecq et ValĂ©rie Lesort ont surmontĂ© une lĂ©gère apprĂ©hension face au livret. Et c’est totalement rĂ©ussi. Sans faire un Ă©talage de gags ou d’exagĂ©rations, ils ont restituĂ© l’intrigue avec une finesse et un dynamisme impressionnant. Comprenant les codes du genre et sans forcer l’esthĂ©tique, on saisit leur vision proche de l’oeuvre mais avec un regard contemporain proche de ceux de JĂ©rĂ´me Deschamps ou de Laurent Pelly, mais sans jamais dĂ©naturer l’ouvrage par des rĂ©Ă©critures inutiles. Les Ă©motions jaillissent d’une alliance parfaite entre la fosse et la scène, cas rare dans notre Ă©poque oĂą la mise en scène est parfois prĂ©pondĂ©rante. Christian Hecq et ValĂ©rie Lesort ont trouvĂ© la clef de la minutieuse dramaturgie de Scribe et l’ont rendue Ă  nos yeux avec une passionnante modernitĂ©. Nous sommes impatients de retrouver leurs futures incursions dans l’art lyrique et les encourageons Ă  poursuivre en nous faisant vivre des soirĂ©es aussi rĂ©ussies.

Auber en dĂ©finitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

CĂ´tĂ© fosse, on ne peut qualifier que d’excellente la direction de Patrick Davin. Il prend Ă  bras le corps la musique d’Auber. Patrick Davin met en valeur les dynamiques, souligne les nuances, apporte un grand nombre de couleurs. Avec une prĂ©cision impressionnante, la baguette caractĂ©rise la partition sans caricaturer le style. Patrick Davin a compris le dĂ©licat Ă©difice de la musique d’Auber, lĂ©gère comme le cristal et structurĂ©e comme une parure, il joue tel un orfèvre avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le meilleur orchestre de France Ă  notre goĂ»t. Cette nuit, on ne pouvait pas rĂŞver d’un meilleur rendu musical pour ce Domino Noir, la version Bonynge devient pâle et mĂŞme caricaturale, Ă  cĂ´tĂ© de la restitution sublime du Philhar et de Patrick Davin.

Sur le plateau, on ne pouvait pas rĂŞver mieux. L’Angèle d’Olivarès, pĂ©tillante comme du champagne frais de la soprano Anne-Catherine Gillet est brillante de bout en bout de ce rĂ´le exigeant Ă©crit pour la Cinti-Damoreau. La voix est belle, iridescente au possible. MalgrĂ© quelques petits et très lĂ©gers dĂ©calages lors des tubes “La Belle Inès” et “Je suis sauvĂ©e enfin… Flamme vengeresse”, son interprĂ©tation est Ă  marquer d’une pierre blanche.

Face Ă  elle, Cyrille Dubois incarne l’ingĂ©nu Horace de Massarena. M. Dubois nous a gâtĂ© avec une très belle gamme de couleurs et une voix ample dans l’aigu, Ă  l’aise dans les ensembles et touchante. Cependant, l’on aurait souhaitĂ© ça et lĂ  un peu plus de théâtre et un peu moins de rigiditĂ© dans le jeu. Quoi qu’il en soit, Cyrille Dubois est l’interprète idĂ©al pour le personnage.

Dans les petits rôles, nous remarquons la désopilante Jacinthe de Marie Lenormand, avec une voix puissante. François Rougier est un Juliano un peu en retrait malheureusement, mais excellent comédien. Antoinette Dennefeld est une Brigitte de San Lucar affublée en mimosa charmante et à la voix très belle. Le concierge Gil Perez de Laurent Kubla fait rire aux éclats par ses facéties. Les comédiens Sylvia Bergé, terrifiante Soeur Ursule, Laurent Montel en Lord Elfort caricatural mais drôle, se distinguent aussi.

Le plateau est complété par le formidable choeur Accentus, dont certains membres comptent parmi eux des solistes remarquables tels que Valérie Rio ou Olivier Déjean.

image002Très remarquable première donc de ce Domino Noir d’Auber/Scribe. Accourrez donc jusqu’à la Salle Favart Ă  Paris, les 28, 30 mars et 1er, 3 et 5 avril 2018, vous y comprendrez pourquoi Auber peut incarner autre chose qu’un arrĂŞt du RER A ou un triste buste dans les cartes postales du Palais Garnier. Auber en dĂ©finitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir

Angèle d’Olivarès – Anne-Catherine Gillet
Horace de Massarena – Cyrille Dubois
Brigitte de San Lucar – Antoinette Dennefeld
Comte Juliano – François Rougier
Jacinthe – Marie Lenormand
Gil Perez – Laurent Kubla
La Tourière – ValĂ©rie Rio
Melchior – Olivier DĂ©jean

Ursule – Sylvia BergĂ© (SociĂ©taire de la ComĂ©die Française)
Lord Elfort – Laurent Montel (ComĂ©dien)

Choeur Accentus
Orchestre Philharmonique de Radio-France
dir. Patrick Davin

Mise en scène: Valérie Lesort & Christian Hecq

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APPROFONDIR

LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du DOMINO NOIR d’AUBER prĂ©sentĂ© avant Paris, Ă  Liège (ORW)

Compte-rendu, opéra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim

alcina-haendel-theatre-champs-elysees-paris-billets-abonnement-carte-spectacles-coffret-box-culture la critique opera critique concert par classiquenews-300x180-min (1)Compte-rendu, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim. Chaque fois que Cecilia Bartoli entreprend d’explorer une oeuvre ou une partie du rĂ©pertoire, le succès est d’une certitude quasiment inĂ©luctable. Après des cabotinages de Norma Ă  West Side Story, la diva Romaine entreprend une incursion dans un des rĂ´les emblĂ©matiques de l’opĂ©ra Handelien: Alcina.

Yesterday morning my sister and I went with Mrs. Donellan to Mr. Handel’s house to hear the first rehearsal of the new opera Alcina. I think it the best he ever made, but I have thought so of so many, that I will not say positively ’tis the finest, but ’tis so fine I have not words to describe it. Strada has a whole scene of charming recitative – there are a thousand beauties. Whilst Mr. Handel was playing his part, I could not help thinking him a necromancer in the midst of his own enchantments. »

 Mary Granville – Delany

Si bien la magicienne est un leitmotiv de l’imaginaire baroque, la version Handelienne se révèle d’une efficacité sans équivoque. L’intrigue, issue de l’Orlando Furioso de l’Arioste, nous ébauche une magicienne dans son île enchantée, à l’orée de la perte de ses pouvoirs. L’amour des êtres magiques semble dessiner un fond moralisateur ou tant les poètes que les compositeurs demeurent fascinés par l’univers surréel que ces fables contiennent mais mettent en garde contre les affres des enchantements. En d’autres termes, la magie d’Alcina semble être l’infatuation passionnelle des amours sexuées, bien loin de l’idéal quasi platonique de la flamme vertueuse conjugale et procréatrice.

 

 

 

 

“El Desengaño”

 

 

 

 

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Ce soir, sur la scène des amours fantastiques du Spectre de la rose, Alcina promettait de déployer ses voiles et ses parfums enchanteurs. Surprise totale à la vue du faux rideau de scène au dessin quasi identique de celui du Théâtre Royal de Drottningholm, étrange, l’on se croirait un instant sous les voûtes baroques de l’Opéra Royal de Versailles.

Des l’ouverture, la mise en scène de Christof Loy semble entreprendre une vision baroqueuse de l’ouvrage, heureusement après ça s’arrange. Outre la surenchère de danses à la Francine Lancelot, perruques et décors à la Pizzi, la baroquerie surannée ne dure qu’un instant. L’idée de confronter les enchantements d’Alcina par les illusions du théâtre baroque aux raideurs des costumes Hugo Boss pour les intervenants du monde réel est vieille comme le théâtre lui-même. La vision de M.Loy manque de recul et retombe dans une superficialité qui semble nuire au rythme et à la puissance de l’œuvre. En effet on se fatigue vite de cette confrontation simpliste et sans originalité. A part le début du 2ème acte qui se déroule dans le coulisses défraîchies du théâtre illusoire peut être une belle idée. Le dédoublement des personnages féeriques est intéressant aussi mais pas très original, Katie Mitchell n’avait réussi que cela dans sa mise en scène « 50 nuances de Grey » de cette même Alcina à Aix. Alors ne parlons pas de la chorégraphie Spice Girls de l’air « Sta nell’Ircana » qui tombe un peu comme une mouche dans la soupe et n’est qu’un gag pour « que Handel soit funny ». Inutile et vulgaire. On se demande si M. Loy a lu le livret et comprend les situations de l’intrigue ou pire, s’il s’en fiche complètement et fait passer sa vision avant tout. Casser les codes, pourquoi pas, mais avec pertinence. En revanche, les vrais moments intéressants par leur intensité se retrouvent à la fin de l’œuvre, le désespoir d’Alcina est traduit dans une simplicité d’une force redoutable. D’ailleurs le trio « Non è amor ne gelosia » demeure un très bel instant de cette mise en scène. Le final avec Alcina muée en monument parce que « les fées ne meurent pas » n’est ni convaincant, ni clairement exprimé, sauf pour les heureux détenteurs du programme de salle.

bartoli_4783517_norma_12CĂ´tĂ© plateau, Cecilia Bartoli offre une Alcina sans concessions, une incarnation franche et personnelle. On comprend par le parcours semĂ© de belles nuances que Mme Bartoli a saisi l’énergie du personnage. Rien qu’avec le regard elle a rĂ©ussi Ă  s’approprier cette magicienne Ă  la lente agonie de ses pouvoirs. Contrairement Ă  ce qu’on aurait pu s’attendre d’une interprète d’un tel calibre, Mme Bartoli s’efface lors des moments clefs derrière le personnage. Le « Ah mio cor » est simplement bouleversant. En outre son « Ombre pallide » nous Ă©meut au plus profond malgrĂ© un tempo trop rapide qui gâte l’univers mystĂ©rieux et grave Ă©crit par Händel. Quoi qu’il en soit, Mme Bartoli nous ouvre son coeur avec cette Alcina et la consacre comme une des preuses de l’opĂ©ra, digne de figurer Ă  la mĂŞme place que Norma, Carmen ou Donna Elvira.

Face Ă  cette incandescente interprĂ©tation, le Ruggiero falot et sans personnalitĂ© de Philippe Jaroussky n’Ă©tonne guère. On retrouve d’air en air les tics de M. Jaroussky, tout se ressemble et manque de relief. C’est regrettable parce qu’il fait de tous les arie des “Verdi prati” charmants aux couleurs pastel, donc hors propos. D’ailleurs son “Mio bel tesoro” nous fait regretter amèrement une voix plus dramatique et Ă©lĂ©giaque telle que celle de Lea Desandre ou de Arleen Auger. Il Ă©pouse bien, toutefois, les partis pris de la mise en scène, mais cela demeure anecdotique tout de mĂŞme.

Dans les rĂ´les fĂ©minins, mĂŞme si l’on regrette que Julie Fuchs ne fasse que la figuration d’un rĂ´le qu’elle doit certainement sublimer par sa voix riche et son timbre diamantin, nous retrouvons en fosse la magnifique interprĂ©tation d’Emöke Barath aux couleurs diaphanes et Ă  l’agilitĂ© pure et prĂ©cise. Bravo Ă  elles deux pour cette incarnation de Morgana Ă  deux Ă©nergies complĂ©mentaires. Dans le rĂ´le quasi androgyne de Bradamante, le riche alto de Varduhi Abrahamyan porte des magnifiques couleurs, un timbre veloutĂ© et une belle ornementation malgrĂ© toutefois un lĂ©ger manque de souplesse et de soutien dans les graves.
Le cast masculin n’est pas rĂ©jouissant. Le Melisso de Krzysztof Baczyk est hiĂ©ratique mais avec une voix d’un bloc, notamment dans l’incroyable sicilienne « Pensa a chi geme d’amor piagata ». On peine Ă  imaginer cette voix dans une musique aussi subtile que celle de Händel, mais dans du Mahler ou du Schreker très bien. A l’écoute de l’interprĂ©tation de l’Oronte de Christoph Strehl on a l’impression d’entendre davantage Mario Cavaradossi qu’un personnage Händelien. On voit que M. Strehl peine dans les vocalises. Le pire vient dans « Un momento di contento ». On comprend que la voix de M. Strehl est saine et belle dans un rĂ©pertoire plus large, mais on conçoit, à  l’entendre,  qu’il n’a rien compris Ă  la fragilitĂ© de l’édifice musical de Händel.
On ne comprend pas non plus l’absence du personnage d’Oberto, et sa suppression sans argument semble abusive et inexplicable.
Cependant, c’est dans la fosse que les véritables enchantements se sont refugiés. A la tête de son Concert d’Astrée, l’excellente Emmanuelle Haïm a encore une fois montré sa maîtrise de la musique de Händel par son dynamisme, l’intelligence de ses nuances, la précision de ses intentions. Mme Haïm est sans équivoque la fabuleuse fée de cette production. Tout comme Händel dans le témoignage de Mary Delany, elle égrène les enchantements telle une formidable nécromantienne. Les musiciens du Concert d’Astrée investissent la partition avec une solide cohésion, un sans fin de couleurs et une énergie manifeste. Dans les airs avec des instruments obligés l’on est transporté dans la poésie et la situation de chaque intervention.
Saluons aussi la présence de certains des solistes Français les plus talentueux de leur génération dans les soli de l’ensemble du désenchantement, Sébastian Monti, Aimery Lefèvre et Eugénie Lefebvre nous offrent une courte phrase mais charmante.
L’on quitte le théâtre des illusions avec ce que les hispanophones appellent le « Desengaño ». Une sorte de désenchantement mélancolique mais aussi fascinant que les pâles ombres qu’Alcina peine à invoquer.

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Compte-rendu, opéra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim

Georg Friedrich Händel : ALCINA HW 34 (1735)

Alcina – Cecilia Bartoli
Ruggiero – Philippe Jaroussky
Morgana – Julie Fuchs (Emöke Barath)
Bradamante – Varduhi Abrahamyan
Oronte – Christoph Strehl
Melisso – Krzysztof Baczyk

Solistes : Eugénie Lefebvre, Sébastian Monti, Aimery Lefèvre

Le Concert d’Astrée / dir. Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Christof Loy
Production Opernhaus ZĂĽrich

Ilustrations : © Monika Rittershaus.

Compte rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC : Dialogues des Carmélites. Rhorer / Py.

DIALOGUES DES CARMELITES -Compte rendu critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 7 fĂ©vrier 2018. POULENC : Dialogues des CarmĂ©lites. Rhorer / Py. La mère de toutes les filles du Carmel est devenue une figure aussi immortelle que la Joconde dans l’art occidental. Grâce au gĂ©nie polymorphe du Bernin, Sainte-ThĂ©rèse a Ă©tĂ© l’objet d’une des sculptures les plus ambigĂĽes qui peuplent la Rome baroque. Dans son extase mystique, la sainte connait aussi le bĂ»cher sensuel qui ne l’Ă©loigne pas de son enveloppe charnelle malgrĂ© les voiles et la bure.

Extase sur fond tricolore

« Nada te turbe,
nada te espante,
todo se pasa,
Dios no se muda
La paciencia todo lo alcanza
quien a Dios tiene nada le falta
solo Dios basta.”

Santa Teresa de Avila

Le dilemme de la foi et son rapport Ă  l’humain qui nous dĂ©termine est inhĂ©rent Ă  toute la rĂ©flexion des docteurs de l’Eglise. Si bien se rĂ©clamer d’une quelconque divinitĂ© individuelle est proche de l’hĂ©rĂ©sie et des sectes qui gangrènent notre ère, le fait d’apercevoir une grande part d’humain dans l’approche de la foi pour les religieux, est une question cruciale pour toute vocation de piĂ©tĂ©.

Dialogues des CarmĂ©lites, qu’ils soient dans leur genèse cinĂ©matographique ou théâtrale ou dans la forme opĂ©ratique, fixent pour toujours le sort dramatique des 16 carmĂ©lites de Compiègne, victimes de l’idĂ©ologie de l’extrĂŞme sous Robespierre et ses thurifĂ©raires. L’oeuvre de Poulenc, Ă  la fois personnelle et douloureuse, Ă©clate le cadre de la narration de Gertrud von Lefort et la verbe sublime de Bernanos, Poulenc rend les CarmĂ©lites Ă  l’universalitĂ© de la question ultime de la mortalitĂ© humaine. Finalement, grâce Ă  l’opĂ©ra, les 16 bienheureuses de Compiègne sont rĂ©unies avec l’idĂ©al Robespierristes de l’immortalitĂ© de l’âme.

Pour cette reprise de l’incroyable mise en scène d’Olivier Py, le Théâtre des Champs ElysĂ©es s’offre un casting de rĂŞve pour l’histoire thĂ©ologico-philosophique des CarmĂ©lites.

Au coeur de la rĂ©flexion autour de la mort et de la peur inhĂ©rente des ĂŞtres imparfaits que nous sommes, se tiennent les deux personnages atteints par la crainte et la grâce: Mme de Croissy et Blanche de la Force. Dans le rĂ´le extrĂŞme de la Première Prieure de Croissy, Anne-Sophie von Otter est bouleversante, tant par la rigueur de son incarnation que par la parfaite interprĂ©tation. Lors de la scène d’agonie et de trĂ©pas, Anne-Sophe von Otter nous livre un moment unique d’opĂ©ra, digne des grandes tragĂ©diennes. Face Ă  elle, Patricia Petibon livre une interprĂ©tation toute en nuances, des grands moments de musique et de théâtre.

Tout aussi merveilleuses sont la Mère Lidoine de VĂ©ronique Gens, avec une voix dans sa plĂ©nitude, et la touchante Soeur Constance de Sabine Devieilhe, toute deux offrent Ă  la partition de Poulenc une mise en valeur des plus belles couleurs. Ces quatre interprètes nous font redĂ©couvrir des pages entières de la partition de Poulenc, ce sont ces vĂ©ritables interprètes qui accordent aux oeuvres connues le bonheur d’un nouveau regard.

Dans les rôles secondaires, le Père confesseur de François Piolino est brillant, le trio masculin composé par les excellents Enguerrand de Hys, Arnaud Richard et Mathieu Lécroart font face aux carmélites comme autant de brillants adversaires dans le drame.

HĂ©las, c’est dans le rĂ´le essentiel de Mère Marie de l’Incarnation que le manque de prĂ©cision et surtout de prosodie de Sophie Koch a fait basculer cette production dans une triste limite. En effet, du texte de Bernanos l’on ne retrouvait parfois que des voyelles chantĂ©es ça et lĂ  avec un timbre robuste mais sans couleurs. La subtilitĂ© du rĂ´le de Marie de l’Incarnation, Ă  la fois tĂ©moin, instigatrice et hĂ©ritière du Carmel, n’a pas trouvĂ© en Sophie Koch l’interprète idoine pour succĂ©der, dans l’opĂ©ra, Ă  l’ineffable Jeanne Moreau dans la version cinĂ©matographique de 1960.

Mais, le plus grand problème ce soir a Ă©tĂ© entendu dans la fosse. Si bien l’Orchestre National de France n’est pas Ă  ses premiers Dialogues, loin s’en faut, c’est la direction brutale et brouillonne de JĂ©rĂ©mie Rhorer qui a brisĂ© la dĂ©licate architecture de Poulenc. A la fois par un volume incomprĂ©hensiblement Ă©levĂ© qui a couvert quasiment toutes les solistes (pour couvrir Von Otter, Gens, Koch, Devieilhe ou Petibon il faut vraiment pousser au maximum), et des tempi chaotiques on se demande quelle est le but ultime de sa conception de l’oeuvre. Agit-il en jacobin avec des rythmes en guillotine ou souhaite-t-il en finir avec la force sous-jacente de Poulenc dans les moments les plus touchants, les plus Ă©thĂ©rĂ©s? Quoi qu’il en soit, M. Rhorer n’est pas le seul fautif, le National n’a pas fait d’efforts pour amener les couleurs ni l’enthousiasme. Nous sommes par ailleurs choquĂ©s de voir les instrumentistes ranger et partir de la fosse au mĂŞme temps que les saluts, ce manque de solidaritĂ© frĂ´le le manque de savoir vivre, le National se prendrai-t-il pour un organisme au-dessus des interprètes et des Ă©quipes de production?

Ceci dit, la soirĂ©e fut belle, quoi qu’il en soit des petits bĂ©mols soulevĂ©s. Cette production mĂ©rite un retour continu, puisque sous l’oeil expert et raffinĂ© d’Olivier Py, les CarmĂ©lites des estampes bĂ©nites, sont devenues de femmes en chair et en os, des ĂŞtres de paradoxes, leur extase nous enflamme tous, autant que le sĂ©raphin du Bernin avec sa flĂŞche d’or sur le marbre Ă©burnĂ© du coeur de Sainte-ThĂ©rèse.

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COMPTE-RENDU, OPERA. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC : Dialogues des Carmélites. Rhorer / Py.

Mercredi 7 février  2018
PARIS / Théâtre des Champs-Elysées

Francis Poulenc : DIALOGUES DES CARMELITES

Blanche de la Force – Patricia Petibon
Mère Lidoine – VĂ©ronique Gens
Mère de Croissy – Anne-Sophie von Otter
Soeur Constance de Saint-Denis – Sabine Devieilhe
Mère Marie de l’Incarnation – Sophie Koch
Le Chevalier de la Force – Stanislas de Barbeyrac
Le Marquis de la Force – Nicolas Cavallier
Le Père confesseur – François Piolino
Mère Jeanne de l’Enfant JĂ©sus – Sarah Jouffroy
Lucie Roche – Soeur Mathilde
Le Premier commissaire – Enguerrand de Hys
Le Second commissaire/Un officier – Arnaud Richard
Thierry, Monsieur Javelinot, le geĂ´lier – Matthieu LĂ©croart

Choeur du Théâtre des Champs Elysées
Ensemble Aedes – Mathieu Romano
Orchestre National de France

dir. Jérémie Rhorer

Mise en scène – Olivier Py
Scènographie – Pierre-AndrĂ© Weitz
Lumières – Bertrand Killy

CLASSIQUENEWS, la RADIO… INTERVALLES, le magazine audio par Pedro Octavio Diaz

CLIC_macaron_2014INTERVALLES, le mag audio par Pedro Octavio Diaz. CLASSIQUENEWS inaugure sa radio et ses contenus audios exclusifs. Notre rĂ©dacteur Pedro Octavio Diaz inaugure la rubrique INTERVALLES, conversations libres ou Ă©ditos Ă  voce cola qui interrogent une question d’actualitĂ©, questionnent un geste artistique, s’intĂ©ressent aux missions et aux rĂ©alisations d’institutions encore mĂ©connues. DĂ©frichement, exploration, enquĂŞtes aussi, INTERVALLES se dĂ©place lĂ  ou la culture vivante s’accomplit…

 

Ce 9 octobre 2017, notre rédacteur Pedro Octavio Diaz explique la pertinence de FEDORA, ovni visionnaire aux vertus multiples sur la planète classique française, un rien verrouillée et conservatrice..

Résumé du contenu audio (durée 7 mn) : Capsule « INTERVALLES » par Pedro Octavio Diaz : soyons impertinents pour susciter et partager la passion du classique… cette semaine FEDORA, créé en 2014, cercle européen des philantrhopes de l’opéra et du ballet… fonctionnement, missions (créativité et émergence), prix Fedora…


fedora cercle circle ballet and opera by classiquenewsFEDORA
, est “destinĂ©e Ă  favoriser l’Ă©mergence de nouveaux talents dans les domaines de l’opĂ©ra et du ballet, FEDORA a aussi pour mission d’encourager le renouvellement et le rajeunissement de ces formes artistiques.” Dans ce premier numĂ©ro d’INTERVALLES, nous vous prĂ©sentons en quelques mots ses actions et la portĂ©e de ses projets.

 

FOCUS sur … le nouvel opĂ©ra de Philippe Manoury : KEIN LICHT (prĂ©sentation de l’opĂ©ra en crĂ©ation pour cette rentrĂ©e en France… Strasbourg et OpĂ©ra-Comique) – Prix FĂ©dora 2016

A ce sujet, Pedro Octavo Diaz pose la question des nouvelles productions lyriques qui peinent Ă  ĂŞtre soutenues par les institutions et les partenaires accompagnateurs de projets nouveaux et Ă©mergents…. Que faire pour soutenir les nouveaux talents et dĂ©couvrir les nouvelles formes de spectacle musical, lyriques et chorĂ©graphiques en France ?

 

Compte rendu critique. Montpellier, Festival Radio France, le 24 juillet 2017. Un opéra Imaginaire. Lully, Rameau… Deshayes, Watson, Niquet

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdCompte rendu critique. Montpellier, Festival Radio France, le 24 juillet 2017. Un opĂ©ra Imaginaire. Lully, Rameau… Deshayes, Watson, Niquet. Atteindre la troisième dĂ©cennie pour un ensemble est en soit un aboutissement, notamment en notre ère oĂą le spectacle vivant demeure faible lueur dans un lointain horizon. L’on dit aisĂ©ment que les 30 ans sont l’âge de raison, parfois, on dit aussi, plus rĂ©cemment que c’est “la nouvelle vingtaine”. Quoi qu’il en soit, que le Concert Spirituel atteigne cette maturitĂ© artistique est un vĂ©ritable Ă©vĂ©nement. D’autant plus que l’OpĂ©ra-ComĂ©die de Montpellier accueillait la crĂ©ation d’un spectacle d’un genre nouveau.

L’Ă‚ge de Raison

“Sa fin est de plaire, et d’Ă©mouvoir en nous des passions variĂ©es.
RenĂ© Descartes – Compendium Musicae (1618)

Le Concert Spirituel nous a habituĂ© Ă  des expĂ©riences lyriques uniques. Allant de la recrĂ©ation mondiale des chefs d’oeuvre de la tragĂ©die lyrique et de l’opĂ©ra-ballet (Campra, Boismortier, Destouches, Lully…) aux choeurs monumentaux d’Alessandro Striggio, cette empreinte de fougue et d’audace ont toujours caractĂ©risĂ© cet ensemble protĂ©ĂŻforme. Cette fois-ci, pour cĂ©lĂ©brer ses trente annĂ©es, HervĂ© Niquet et BenoĂ®t Dratwicki ont conçu le projet longtemps caressĂ© par Louis XIV, celui de rĂ©unir en un seul rĂ©cit dramatique, ses airs et danses prĂ©fĂ©rĂ©es de toute la production de l’AcadĂ©mie Royale de Musique.

Pari fou pour certains voire anecdotique pour d’autres. Cependant, il faut lire entre les lignes. Si cet “OpĂ©ra Imaginaire” est basĂ© sur une intrigue assez classique dans l’opĂ©ra Français (deux amants qui subissent les rotomontades d’une Magicienne jalouse), la rĂ©union de certains des plus grands moments de la tragĂ©die lyrique en un seul bloc est une belle idĂ©e. Le programme a non seulement visĂ© Ă  nous prĂ©senter, finalement, toute la gamme des affects de l’opĂ©ra Français des XVIIe et XVIIIe siècles; mais aussi, constatons la richesse des belles surprises. On dĂ©vore les airs de l’Achille et DĂ©idamie ou des Muses de Campra ; de mĂŞme on reste aisĂ©ment transportĂ© par les magnifiques duos de Gervais et de Royer Ă  la fin du spectacle.

Cependant, malgrĂ© la guirlande magnifique des trĂ©sors ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s, nous regrettons parfois une certaine monochromie dans le rythme dramaturgique ; nous aurions aimĂ© ça et lĂ  des danses qui marquent des pauses pour contribuer encore plus aux contrastes. Quoi qu’il en soit, le programme a le mĂ©rite de faire dĂ©couvrir, en un temps assez court, toutes les nuances essentielles du style Français.

Cet “OpĂ©ra Imaginaire” n’a pas de dĂ©cor Ă  proprement parler, mais s’inscrit par sa nature dans notre temps. En effet, en faisant appel Ă  un jeune vidĂ©aste de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, le Concert Spirituel est entrĂ© dans l’ère de la 3D avec ce projet. Cette projection, qui dure de la première Ă  la dernière mesure, a Ă©tĂ© directement inspirĂ©e au vidĂ©aste par le programme musical afin d’Ă©voquer chaque situation et donner un dĂ©cor grandiose Ă  la dramaturgie. La tâche a Ă©tĂ© lourde et très ambitieuse, notamment pour un artiste seul face Ă  un tel chantier.

Cependant, il faut constater, hĂ©las, que l’univers proposĂ© vire par moments au kitsch. On comprend tout Ă  fait que cette musique a Ă©tĂ© donnĂ©e du temps des talons rouges et des basques Ă  rubans, mais est-ce une raison, en 2017 pour l’inscrire encore plus dans un dĂ©cor surannĂ©?
Surtout quand on a une technologie qui permet aisĂ©ment de donner libre cours Ă  l’inspiration que cette musique peut offrir Ă  la sensibilitĂ© de tout artiste. Nous dĂ©plorons, dans cette vidĂ©o un certain manque de fantaisie et d’imagination. La musique proposĂ©e et mĂŞme l’intrigue permettaient des situations telles que nous aurions pu ĂŞtre transportĂ©s ailleurs, Ă  mille lieues d’un univers connu, reconnu, archi-connu. HĂ©las cette vidĂ©o ne semble pas contribuer Ă  sublimer un programme qui, dĂ©jĂ  tout seul, regorge de nouveautĂ©s. Finalement, la partie promise Ă  l’innovation de cet “OpĂ©ra Imaginaire” est demeurĂ©e bien… raisonnable.

Sur le plateau, nous constatons que les trois solistes campent les trois rĂ´les correctement. Karine Deshayes se dĂ©chaĂ®ne dans le magnifique air de Scanderberg de Rebel & Francoeur ; elle est mĂŞme dĂ©chirante dans son air issu des Muses de Campra. Katherine Watson est divine de bout en bout, musicalement et dramatiquement ; aussi notamment, dans la prosodie Française remarquable. En revanche, Reinoud van Mechelen est restĂ© un peu en retrait, parfois quelque peu hĂ©sitant sur certains tempi mais magnifique dans l’air de Dardanus “Lieux dĂ©solĂ©s”!

Le Choeur et l’Orchestre du Concert Spirituel nous ont habituĂ© Ă  mieux. Alors que l’on sentait un engagement et une fougue certaines des choristes et des musiciens on a ressenti parfois des sauts de tempo brutaux, surtout dans l’ouverture redoutable du Titon et l’Aurore de Mondonville. HervĂ© Niquet ne semblait pas donner une vĂ©ritable ligne de conduite et il nous a semblĂ© qu’il y a eut une dĂ©connection entre le chef et ses musiciens. Nous avons aussi ressenti une sorte de fuite en avant dans certains passages oĂą M. Niquet a poussĂ© son orchestre et ses choeurs dans des retranchements qui n’ont pas contribuĂ© davantage Ă  donner un coup de boost dramatique. Plusieurs questions se posent, mais serait-il probable que le besoin de synchronie avec la vidĂ©o explique cette frĂ©nĂ©sie et ces brusques changements? La question reste ouverte pour tous les spectacles qui incluent les arts numĂ©riques.

En sortant sur la Place de la ComĂ©die, au coeur de son brouhaha festif, nous demeurons dans une certaine perplexitĂ© sur le ressenti après cet “OpĂ©ra Imaginaire”. Nous ne pouvons pas nier que c’est un bien beau programme qui ravit la curiositĂ© et alimente l’appĂ©tit de la passion; cependant l’émotion est celle d’un rendez-vous manquĂ© entre le monde numĂ©rique et l’opĂ©ra Français. NĂ©anmoins, comme toute expĂ©rience, c’est finalement ce premier essai qui compte, nous sommes certains que la prochaine fois sera la bonne!

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE – MONTPELLIER

Lundi 24 Juillet 2017 – 20h
OpĂ©ra – ComĂ©die

“OPERA IMAGINAIRE”

Extraits et airs de:

MONDONVILLE – Titon et l’Aurore, Le Carnaval du Parnasse.
RAMEAU – Les FĂŞtes d’HĂ©bĂ©, Hippolyte et Aricie, Dardanus, Le Temple de la Gloire.
CAMPRA – Achille et DĂ©idamie, Les Muses, Le Carnaval de Venise.
BERTIN DE LA DOUEE – Le Jugement de Pâris
DAUVERGNE – Les Amours de TempĂ©, Hercule Mourant, EnĂ©e et Lavinie.
COLIN DE BLAMONT – Les FĂŞtes Grecques et Romaines
FRANCOEUR & REBEL – Scanderberg, Pyrame et ThisbĂ©.
MARAIS – Alcyone, SĂ©mĂ©lĂ©.
CHARPENTIER – MĂ©dĂ©e.
LECLAIR – Scylla et Glaucus.
STUCK – MĂ©lĂ©agre.
DESTOUCHES – CallirhoĂ©.
GERVAIS – Hypermnestre
ROYER – Le Pouvoir de l’Amour.
MONTECLAIR – JephtĂ©.
LULLY – Armide.

La Reine Magicienne – Karine Deshayes
La Princesse – Katherine Watson
Le Prince – Reinoud van Mechelen

Conception du programme – BenoĂ®t Dratwicki
Conception vidĂ©o – Anthony Rubier

Choeur et Orchestre du Concert Spirituel
dir. Hervé Niquet

Compte rendu critique, concert. Montpellier, le 24 juillet 2017. JS BACH, RAMEAU… RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin.

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte rendu critique, concert. Montpellier, le 24 juillet 2017. JS BACH, RAMEAU… RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin. FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE-MONTPELLIER. Voir avec les oreilles physicien Trinh Xuan Thuan, dans son traitĂ© Les voies de la lumière, fait Ă©tat que l’humain ne se contente pas de voir qu’avec les yeux mais aussi avec le cerveau. La question se pose alors aussi pour la musique, notre puissant centre nerveux serait-il aussi capable de voir avec les oreilles?

Voir avec les oreilles

Parler de chromatisme en musique lance un vaste dĂ©bat et surtout dĂ©ploie un sans-nombre de possibilitĂ©s dans la perception de la musique. Est ce que comme ce mot l’indique, la musique chromatique serait faite pour Ă©voquer des couleurs Ă  l’ouĂŻe ?

Avec ce programme, le fabuleux claveciniste Justin Taylor nous dĂ©montre par les pièces les plus diverses, que l’art de toucher le clavecin est semblable Ă  la peinture par la nature des sensations qu’il Ă©voque Ă  l’Ă©coute. De Bach Ă  Forqueray en passant par Rameau et Sweelinck, La grande fresque du chromatisme est tracĂ©e.

Ă€ l’Ă©coute de la Toccata BWV 914 et sa mĂ©lancolie patente ou de l’Enharmonique de Rameau on ressent l’alchimie inexplicable qui tient quasiment de la physique quantique. On voit avec l’oreille, les bruns veloutĂ©s de Bach et les irisĂ©es fontaines de Rameau pour ĂŞtre saisis par les Ă©clats tonnants des accords de Forqueray qui nous dĂ©crit un ciel en tempĂŞte et feu.

Justin Taylor, en une heure, tel un magicien prestidigitateur, a empruntĂ© Ă  Montpellier toute la pulpe de ses couleurs pour nous enivrer d’un tableau musical aux nuances interminables.

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Lundi 24 Juillet 2017 – 12h30
Festival Montpellier Radio France / Salle Pasteur – Le Corum

” CHROMATISMES “

Johann Sebastian Bach
Fantaisie Chromatique

Johann Sebastian Bach
Toccata BWV 914 en mi mineur

Jean-Philippe Rameau
Pièces de clavecin en concert
- L’Enharmonique
- L’Egyptienne
- Suite en La mineur

Jan Pieterszoon Sweelinck
Fantasia chromatica

Domenico Scarlatti
Sonata K115

Jean-Baptiste Forqueray
Extrait de la 5e suite en do mineur
- La Jupiter

Justin Taylor – Clavecin

Compte rendu critique, concert. Montpellier, le 23 juillet 2017. HAYDN, DEVIENNE… Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction

chauvin-julien-concert-de-la-loge-orchestre-prensentation-critique-classiquenewsCompte rendu critique, concert. Montpellier, le 23 juillet 2017. HAYDN, DEVIENNE…  Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction.  Lorsqu’on s’intĂ©resse de près Ă  cet orchestre fabuleux qu’est Le Concert de la Loge, on entrevoit la volontĂ© artistique de Julien Chauvin aisĂ©ment, celle de la “rĂ©invention du Concert”. Mais que veut dire “rĂ©inventer le concert”? En quoi consiste le “concert” en tant que tel? S’il est vrai que pour nous, ĂŞtres connectĂ©s de l’ère virtuelle, Le “concert” revient soit Ă  tapoter sur internet ou sur la tablette sur les sites YouTube ou Vimeo, le fait de se dĂ©placer au concert (prĂ©cisons que nous excluons l’opĂ©ra) revient cejourd’hui Ă  un vĂ©ritable acte de foi, un engagement du public pour la musique et pour l’artiste.

 

 

 

 

RĂ©inventer le concert

 

Chaque concert de Julien Chauvin et de ses musiciens du Concert de la Loge et du Quatuor Cambini construit un vĂ©ritable manifeste pour crĂ©er un lien direct avec le public et que le “concert” soit un rendez-vous du XXIème siècle tout comme il l’a Ă©tĂ© au XVIIIème et au XIXème siècles. Ce lien social entre la scène et La Salle et parmi le public rend le concert beaucoup plus vivant et est inoubliable par sa durĂ©e dans le temps.

Pour rĂ©pondre Ă  la thĂ©matique de l’Ă©dition 2017 du Festival Radio France Occitanie-Montpellier, un dĂ©tour par la musique de La RĂ©volution de 1789 ne devait pas manquer.

Pour ce concert, Julien Chauvin a proposĂ© deux symphonies Françaises très peu donnĂ©es serties de la Symphonie 82 de Haydn dite “l’Ours”. Afin de multiplier les sensations, Le Quatuor Ă  cordes Opus 18 n. 4 de Beethoven est ajoutĂ© au programme comme un rappel au raz de marĂ©e idĂ©ologique de la RĂ©volution Française sur l’esthĂ©tique europĂ©enne.

Magnifique programme qui a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© avec un vĂ©ritable enthousiasme contagieux. Les partis pris ont Ă©tĂ© justes et originaux, l’orchestre d’un Ă©quilibre de couleurs et d’une MaĂ®trise sans faille. Nous retrouvons aussi dans le Haydn et Le Devienne une rĂ©elle incarnation sonore, une pâte qui surprend, sĂ©duit et rend gourmand de cette musique brillante.

Le public, sollicitĂ© directement par Julien Chauvin a rĂ©agi avec vivacitĂ© lors des variations de la Symphonie Concertante de Devienne, tout comme Ă  l’Ă©poque. Une expĂ©rience fabuleuse et didactique pour aprehender la musique comme un organisme vivant qui vise Ă  interpeler.

La Symphonie sur des airs patriotiques de Davaux est une curiositĂ© oĂą s’entremĂŞlent La Marseillaise, La Carmagnole, Ah ça ira! et ce qui semble ĂŞtre La Guillotine permanente (1793). C’est par un tel Ă©talage de “patrioterie” Ă  outrance que Davaux a survĂ©cu au “hachoir national”. Cependant nous sommes surpris par la beautĂ© des arrangements qui piquent au plus vif par les deux violons solo.

La Symphonie de Haydn et Le Quatuor de Beethoven sont exĂ©cutĂ©s avec une fantastique maitrise du style, un Ă©veil des beautĂ©s cachĂ©es de ces deux chefs d’Ĺ“uvre. Nous attendons avec impatience que “l’Ours” vienne hanter nos oreilles dans une future intĂ©grale.

D’ici lĂ , nous parions que Julien Chauvin et son fabuleux Concert de la Loge ont rĂ©ussi olympiquement Ă  rĂ©inventer le concert et qu’ils pourront l’ancrer Ă  tout jamais dans la pratique quotidienne de notre sociĂ©tĂ©.

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER

Dimanche 23 Juillet – 20h30
Salle Pasteur – Le Corum

Musique au temps de la Révolution Française

Joseph Haydn
Symphonie n 82 en ut majeur
“L’Ours”

François Devienne
Symphonie Concertante n. 4
Pour flûte, hautbois, basson et cor en fa majeur

Tami Krausz – flĂ»te
Emma Black – hautbois
Javier Zafra – basson
Nicolas Chedmail – cor

Ludwig van Beethoven
Quatuor Ă  cordes n 4 en ut mineur
Opus 18, n 4

Quatuor Cambini

Jean-Baptiste Davaux
Symphonie Concertante en sol majeur mĂŞlĂ©e d’airs patriotiques pour deux violons principaux

Julien Chauvin – Violon
Chouchane Siranossian – Violon

Le Concert de la Loge
Dir. Julien Chauvin

Compte rendu critique, opéra. Montpellier, le 22 juillet 2017. GIORDANO : Siberia. Yoncheva, DG Hindoyan

Compte rendu critique, opĂ©ra. Montpellier, le 22 juillet 2017. GIORDANO : Siberia. Yoncheva, DG Hindoyan. Comme tous les ans le Festival Radio France Occitanie Montpellier nous offre des merveilleuses surprises, un vrai parti pris pour cette institution de proposer avec un courage rare des chefs d’Ĺ“uvres trop longtemps promis Ă  un destin injuste.  Cette annĂ©e Le Soleil MontpelliĂ©rain accueille les (R)Ă©volution(s). Qu’elles soient idĂ©ologiques, spirituelles ou esthĂ©tiques, ces sursauts de l’histoire alimentent en profondeur les gammes et les nuances de l’aventure humaine.

Retour à la vie 

“Sonnera-t-elle l’heure de ma dĂ©livrance ? Je l’appelle, je l’appelle. J’erre sur le rivage, j’attends un vent favorable, je hèle les vaisseaux. Quand commencerai-je enfin ma libre course sur les libres chemins de la mer, n’ayant plus Ă  lutter qu’avec les flots et les tempĂŞtes? Il est temps que j’abandonne ce monotone Ă©lĂ©ment qui m’est hostile, et que, bercĂ© sur les vagues brĂ»lĂ©es du soleil, sous le ciel de mon Afrique je soupire au souvenir de ma sombre Russie, oĂą j’ai souffert, oĂą j’ai enterrĂ© mon cĹ“ur, mais oĂą j’ai aimĂ©. “
 

Alexandr Pushkin – Evgeny Onegin 

 

 

YONCHEVA SIBERIA montpellier compte rendu opera par classiquenews

 

 

On retrouve dans cette thĂ©matique, Ă©videmment l’anniversaire de la RĂ©volution d’Octobre 1917, avec ses bouleversements mais aussi, saupoudrĂ©s d’une manière hautement ingĂ©nieuse, des rĂ©fĂ©rences aux autres RĂ©volutions. Comme si le “perpetum mobile” des Arts Ă©pouse les actes des hĂ©roĂŻsmes de l’instant.

En 2016 déjà, cette brillante programmation a dévoilé Iris, drame japonisant et sublime de Pietro Mascagni avec Sonya Yoncheva et Domingo Garcia Hindoyan à la baguette.  Pour cette édition nous découvrons avec bonheur un opéra aux contours fébriles: Siberia de Umberto Giordano.

Avec un livret de Luigi Illica, Siberia rĂ©unit quasiment tous les leitmotiv de l’opĂ©ra VĂ©riste: passion, folie amoureuse, jalousie, dĂ©cor somptueux, grands effets de masse et des chĹ“urs aux ardeurs plĂ©thoriques. Il faut tout de mĂŞme rappeler que Luigi Illica est l’auteur et, parfois co-auteur, des plus grands livrets d’opĂ©ra de Puccini (Madama Butterfly, La Bohème, …) et c’est Ă  ce dernier qu’il aurait proposĂ© Siberia en première instance. Face au rejet de Puccini au bĂ©nĂ©fice de Madame Butterfly, Illica s’est tournĂ© vers Giordano pour ce drame Russe. L’argument Ă  Ă©tĂ© vraisemblablement construit Ă  partir de deux grands romans russes : Souvenirs de la maison des morts de DostoĂŻevski et RĂ©surrection de TolstoĂŻ.

Giordano avait remportĂ© un joli succès avec Fedora, drame russe aussi mais directement inspirĂ© par la pièce de Victorien Sardou (auteur de La Tosca aussi) dont la version théâtrale a Ă©tĂ© un des rĂ´les principaux de Sarah Bernhardt. Contrairement à Fedora, l’intrigue de Siberia nous mène des salons cossus de Petrograd Ă  l’horreur du bagne au cĹ“ur de la plaine d’Omsk en SibĂ©rie.
La partition est ponctuĂ©e de merveilles et d’une musique mĂŞlant le plus pur Verismo et le folklore Russe (notamment les balalaĂŻkas du Bal du troisième acte). L’ambiance musicale du bagne est poignante avec notamment un choeur de forçâts au deuxième acte qui finit par une tonitruante et glaçante fanfare funèbre. Pour sa musique et le livret, Giordano a remportĂ© un succès tel Ă  la crĂ©ation Ă  la Scala de Milan en 1903, qu’il a Ă©clipsé Madama Butterflyl’annĂ©e suivante. Siberia s’exportera après et notamment en France oĂą il aura les honneurs du Palais Garnier en 1911 en version Française.

Donc cela fait plus d’un siècle, Ă  peu de choses près, que Siberia n’a pas eu la grâce des scènes Françaises. Saluons le travail des Ă©quipes de programmation du Festival Radio France et Montpellier – Occitanie qui, d’Ă©dition en Ă©dition font des cadeaux plus que remarquables aux festivaliers et rendent vivante la musique par leur audace et leur dĂ©termination.

Tout autant que De la Maison des morts de Janacek, Siberia est une fable qui oppose l’homme, La fatalitĂ© et La brutalitĂ© du destin qui s’accomplit. Ici La courtisane Stephana suit dans les mines dĂ©solĂ©e du bagne SibĂ©rien, son amant Vassili. Elle est vite rejointe par son ancien amant et souteneur, Glaby, qui sera le principal instigateur de l’issue tragique. Il faut signaler toutefois, que pour cette recrĂ©ation française, la fin de l’opĂ©ra Ă  Ă©tĂ© celle voulue par le librettiste et très rarement donnĂ©e depuis sa composition lors de la rĂ©vision de la partition par Giordano en 1927.

Pour offrir Ă  la sublime musique de Giordano un Ă©crin aux sensations puissantes, il fallait des interpretes de taille.

Tous les Ă©pithètes ne pourraient suffire Ă  qualifier l’admirable incarnation de Stephana par la soprano Sonya Yoncheva. DĂ©jĂ  Montpellier avait vibrĂ© avec son Iris de Mascagni en 2016, mais cette fois ci, Mme Yoncheva nous a menĂ© au sommet avec cette fougue et ce pathos qui caractĂ©risent la musique de Giordano. Sonia Yoncheva nous livre une Stephana d’un tempĂ©rament incandescent, fĂ©minine, hĂ©roĂŻque. Sonya Yoncheva a rendu Stephana au piĂ©destal des grandes hĂ©roĂŻnes tragiques, elle demeure, grâce Ă  son incarnation, l’Ă©gal d’une Mimi, d’une Violetta ou d’une Tosca! Nous sommes ravis que les ondes ont conservĂ© une trace de cette formidable interprĂ©tation, Madame Yoncheva mĂ©rite ici tout Ă  fait son surnom de La Divina!

Face Ă  elle la rĂ©vĂ©lation, le tenor Turc Murat Karahan campe un personnage un peu plus classique, Ă©pousant quelque peu les poncifs du style. En effet Vassili est le jumeau de Cavaradossi et de Turiddu dans sa fuite vers l’avant par amour. NĂ©anmoins la voix de M. Karahan est impressionnante. D’une puissance et d’une projection sans pareil et une palette de couleurs qui ne font qu’augmenter les beautĂ©s de la musique de Giordano. HĂ©las, Murat Karahan n’a pas eu l’endurance nĂ©cessaire pour tenir les trois actes Ă  pleine voix et dès l’acte II nous percevons un manque de puissance certain et une prosodie Italienne chancelante. Quoi qu’il en soit, ce tĂ©nor nous a ravi avec cette voix qui promet, si elle est bien dosĂ©e, de nous porter au plus profond de l’Ă©motion.

Dans le rĂ´le antagoniste de Gleby , souteneur cynique et tenace, Gabriele Viviani est tout d’un bloc. Belle voix solide de baryton-basse, comme un roc inĂ©branlable. HĂ©las, ses qualitĂ©s n’Ă©pousent pas le parcours dramatique du personnage. Gleby est tour Ă  tour tendre et cruel, cynique et manipulateur, il provoque le dĂ©nouement de l’intrigue. M. Viviani nous offre une bien belle prestation mais une bien pauvre interprĂ©tation.

Dans les rôles secondaires, nous remarquons les excellents Anaïs Constans, Riccardo Frassi, Jean-Gabriel Saint-Martin et Catherine Carby. Siberia est ponctuée de leurs interventions qui nous ont ravi à chaque fois.

Les Choeurs de l’Opera de Montpellier et de La Radio Lettone sont tout simplement extraordinaires nous comblant de nuances et nous faisant voyager au cĹ“ur de la dĂ©solation et des espaces immenses de l’Asie BorĂ©ale.

L’Orchestre national de Montpellier-Occitanie dĂ©borde de couleurs et de nuances, comme un tableau vivant ils colorent avec adresse le propos de Giordano. Lors de l’intermezzo de l’acte II nous imaginons aisĂ©ment l’interminable forteresse de la taĂŻga, La bise terrible des hivers de glace et de Nuit et le Soleil de plomb des Ă©tĂ©s continentaux.

Ă€ leur tĂŞte le chef HĂ©lveto-Venezuelien Domingo GarcĂ­a Hindoyan a offert Ă  la musique de Giordano toute l’Ă©nergie et la force d’un dĂ©miurge. L’on saisit Ă  la fois le drame mais tout l’exotisme de cette partition. Sa direction fougueuse nous porte Ă  la fois dans un voyage intĂ©rieur et dans une odyssĂ©e aux confins du monde des hommes. L’on pense aisĂ©ment Ă  un autre chef quand on Ă©voque le Venezuela, mais Domingo GarcĂ­a Hindoyan a dĂ©montrĂ© dans Siberia qu’il a Ă  la fois le geste et le cĹ“ur d’un des plus grands chefs.

 

Siberia est revenue en France finalement, du lointain passĂ© oĂą elle demeurait, espĂ©rons que cette splendide partition ne retombe jamais dans l’indiffĂ©rence injuste qui la condamna au bagne de  l’oubli. Alors que les plaines immenses de la Russie Asiatique ont dĂ©roulĂ© leur tapis de glace et de steppe sous nos yeux, en sortant du Corum, les Ă©toiles de l’Occitanie semblaient encore rĂ©sonner aux accords des cigales musiciennes du pourtour MĂ©diterranĂ©en.

 

 

 

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER

Samedi 22 Juillet 2017 – 20h
Opera Berlioz – Le Corum

Umberto Giordano : SIBERIA (1903)

Stephana – Sonya Yoncheva
Vassili – Murat Karahan
Gleby – Gabriele Viviani
Capitano, Walikoff, Governatore – Riccardo Frassi
Il Banchiere Miskinsky, l’Invalido – Jean- Gabriel Saint- Martin

Nikona – Catherine Carby
Fanciulla – AnaĂŻs Constans
Ivan, il Cosacco – Marin Yonchev
Alexis, il Sargente – Alvaro Zambrano
Ispettore – Laurent SĂ©rou

ChĹ“urs de l’OpĂ©ra National Montpellier-Occitanie
Choeur de la radio Lettone

Orchestre National Montpellier-Occitanie

Domingo GarcĂ­a Hindoyan, direction

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Illustrations : @ Festival Montpellier et Radio France 2017 / Luc Jennepi

Compte rendu, festival. 21è Festival de Pâques de Deauville 2017. Les 15 et 16 avril 2017.

DEAUVILLE festpaq2017_500x700Compte rendu, festival. 21è Festival de Pâques de Deauville. Les 15 et 16 avril 2017. IMMERSION 2 jours durant au sein du XXIème FESTIVAL DE PAQUES DE DEAUVILLE. 3 concerts que nous avons suivi tĂ©moignent de la très haute technicitĂ© des jeunes talents qui tiennent l’affiche de Deauville en ce printemps 2017, comme de l’intelligence du Festival Ă  savoir les marier… L’évocation de Deauville au dĂ©but du printemps prĂ©juge des promesses des villĂ©giatures mondaines de l’Ouest Parisien et des courses et divertissements qui naguère ravirent les jeunes filles en fleur d’un Balbec voisin. Mais en 2017, si les embruns racĂ©s de cette Normandie balnĂ©aire perdurent avec un chic inĂ©galĂ©, il est une manifestation qui ne cesse de surprendre sachant faire fructifier un terreau de jeunes artistes aux talents prometteurs et passionnants.

 

 

 

Samedi 15 avril 2017
Centre International de Deauville : LE REVE et LA SIRENE

 

LE REVE ET LA SIRENE… Pour sa 21eme Ă©dition le Festival ouvre ses week-ends avec audace. Le programme fait la part belle au lyrisme avec la soprano Julie Fuchs et Le Balcon & Maxime Pascal. Le programme est centrĂ© sur les adaptations formidables d’Arthur Lavandier. Nous avons remarquĂ© au disque son incandescente adaptation pour Le Balcon de la Symphonie Fantastique de Berlioz (LIRE notre compte rendu critique du cd Lavandière : rĂ©Ă©crire la Fantastique de Berlioz, 2013). Pendant ce concert, c’est une belle fresque de son langage qui perce Ă  travers les musiques aussi diverses que Handel, Mahler, Debussy. Chaque incursion est une redĂ©couverte. Arthur Lavandier, en parfait alchimiste sait doser les expressions : il met en avant l’originalitĂ© et les couleurs les plus vives de chaque compositeur. Multipliant les rencontres entre instrumentarium d’aujourd’hui et musiques d’hier, on tient Ă  saluer son adaptation de l’air “Credete il mio dolore” (Morgana) de l’acte III de l’Alcina de Handel, un bijou qui nous pousse Ă  souhaiter qu’un directeur d’opĂ©ra Ă©clairĂ© programme tout un opera ancien avec la vision splendide d’Arthur Lavandier.
On a aussi l’occasion d’entendre une mĂ©lodie de sa plume, nous plongeant dans le monde interlope et ambigu des eaux sirĂ©niennes, magnifiquement interprĂ©tĂ© par Julie Fuchs au sommet de son art!
Julie Fuchs nous cueille au cĹ“ur des Ă©motions par un phrasĂ© raffinĂ© et un timbre richement ciselĂ©. Du lamento simple mais dĂ©chirant de Morgana dans Alcina aux accords empreints de mystère de la complainte d’Arthur Lavandier, Julie Fuchs dĂ©veloppe chaque air comme un livre aux images merveilleuses. La fabuleuse soprano aux nuances envoĂ»tantes nous emmène dans des contrĂ©es diverses, des Ă©toiles cĂ©rulĂ©ennes d’une Nuit calme aux profondeurs des silences recueillis de Mahler.

DirigĂ© avec l’Ă©nergie et la finesse de Maxime Pascal, les musiciens du Balcon posent chaque note et chaque accord avec le soin des orfèvres. En première partie, avec les Ĺ“uvres vocales dans les mondes les plus divers ou encore mieux dans la Fantastique 4G qui pourrait aisĂ©ment retrouver ainsi le chemin de l’hymne de la jeunesse en 2017! Le Balcon plus qu’un orchestre ou un ensemble, c’est un concept, un discours, un thĂ©orème… oĂą la jeunesse dĂ©montre sans cesse la sincĂ©ritĂ© et la force de son talent. Nous suivrons encore et toujours la voie ouverte par de tels artistes, Ă  l’instar de Berlioz en 1830, Maxime Pascal et Le Balcon sont les hĂ©rauts de l’avenir!

 

 

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Claude Debussy (1862-1918)
Nuit d’étoiles pour soprano et orchestre

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Alcina : Credete al mio dolor pour soprano et orchestre

Rodgers & Hammerstein : Sound of Music
Last rose of summer, air traditionnel irlandais pour soprano et orchestre

Gustav Mahler (1860-1911)
Ruckert lieder : Ich bin der welt abhanden gekommen pour soprano et orchestre

Arthur Lavandier (1987-)
Complainte pour la sirène pour soprano et orchestre (création)
Poème de Charles Roudaut
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Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie Fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste
Libre adaptation pour orchestre de chambre d’Arthur Lavandier
Julie Fuchs, soprano
Le Balcon
Harmonie de Lisieux-Pays d’Auge
Maxime Pascal, direction

 

 

 

Dimanche 16 avril 2017
Salle Elie de Brignac : Un portrait troublé

 

ligeti gyorgy par karol beffa editions fayard critique compte rendu annonce Classiquenews9782213701240-001-X_0PORTRAIT TROUBLÉ. Quand on Ă©voque György Ligeti, l’esprit mĂŞme de l’inventivitĂ© se manifeste. Le parti pris, pour ce deuxième concert du Festival de Pâques de Deauville d’offrir un portrait de la puissante plume du maĂ®tre Hongrois, est une idĂ©e heureuse ; le concept s’annonçait rĂ©jouissant. De mĂŞme l’introduction annoncĂ©e de Karol Beffa, rĂ©cent biographe de Ligeti chez Fayard, prĂ©sentait les meilleurs augures pour pĂ©nĂ©trer dans l’intimitĂ© d’une musique aussi fascinante que complexe. Cependant, alors que l’on s’attendait Ă  une introduction brève et concise pour donner place ensuite Ă  la musique, Karol Beffa nous a fait un exposĂ© aux ramifications techniques qui au lieu d’introduire … a perdu davantage les spectateurs.
Au bout de 45 minutes d’un vĂ©ritable cours magistral sur Ligeti place Ă  la musique avec de tout jeunes interprètes.  Le portrait fut exĂ©cutĂ© avec un talent technique hors pair, les intentions Ă©taient justes ; les articulations, sans accroc. Saluons la MaĂ®trise incroyable de Jonas Vitaud et de Guillaume Vincent au piano, notamment dans les pièces Ă  quatre mains.  Mais dans l’ensemble, on remarque que la technique l’emporte sur la sensibilitĂ©. Et c’est un syndrome rĂ©current chez les jeunes gĂ©nĂ©rations, trop tĂ´t propulsĂ©es sur le devant des scènes. L’exĂ©cution est parfaite mais laisse de marbre.
En glosant sur l’exposĂ© de Karol Beffa qui nous rĂ©vĂ©la le rapport extrĂŞmement important de la danse et de la musique de Ligeti, l’on ne retrouve fondamentalement que des tempi … taillĂ©s mathĂ©matiquement, au scalpel ni aucune vĂ©ritable envolĂ©e dansante ni incursions dans le caractère ironisant et sarcastique qui caractĂ©rise Ligeti dès l’intitulĂ© des pièces.
Regrettons cette implication toute technique mais vu la jeunesse des interprètes, nous sommes confiants qu’ils seront très bientĂ´t en mesure de nous enthousiasmer ; ils ont Le tisonnier d’une flamme qui ne fera que grandir.

 

 

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CONCERT LIGETI… Présentation de Karol Beffa, compositeur et auteur de György Ligeti (Fayard 2016)

György Ligeti (1923-2006)
Trio pour cor, violon et piano (1982)
Étude polyphonique pour piano à quatre mains (1950)
Szonatina pour piano Ă  quatre mains (1950)
Études pour piano
Cordes Ă  vide (1985)
Automne Ă  Varsovie (1985)
Der Zauberlerhling (1994)
Vertige (1990)
Six bagatelles pour quintette Ă  vent (1953)
Quatuor à cordes n° 1 Métamorphoses nocturnes (1968)

Quintette Ouranos :
Mathilde Calderini flûte
Philibert Perrine hautbois
Amaury Viduvier clarinette
Nicolas Ramez cor
Rafaël Angster basson

Quatuor Hermès :
Omer Bouchez, Elise Liu violon
Lou Chang alto
Anthony Kondo violoncelle
David Petrlik violon

Jonas Vitaud, Guillaume Vincent piano

 

 

 

 

Dimanche 16 avril  2017
Salle Elie de Brignac : réunion des talents chambristes

 

CHAMBRISME ARDENT… Le dernier concert du premier week-end du Festival de Pâques de Deauville est surprenant par la beautĂ© de son programme. Tout d’emblĂ©e, nous assistons Ă  la rĂ©union de certains des meilleurs interprètes de leur gĂ©nĂ©ration. On est saisi encore et toujours par la perfection technique de leurs exĂ©cutions respectives. Cependant tout comme le concert prĂ©cĂ©dent nous demeurons quelque peu perplexes par une sensibilitĂ© en filigrane qui convient tout Ă  fait Ă  Brahms par son Ă©criture solide mais qui demeure insuffisante dans FaurĂ©. Saluons toutefois le toucher dĂ©licat de Guillaume Bellom, un pianiste qui promet de belles incantations Ă  l’avenir. Les belles nuances des alti de Lise Berthaud et de Marie Chilemme ont rĂ©vĂ©lĂ© une maĂ®trise de leur instrument certaine.
C’est la magie spĂ©cifique Ă  Deauville : rĂ©unir des jeunes tempĂ©raments en ensembles pour rendre grâce Ă  la musique. C’est un bel atout de ce festival. NĂ©anmoins nous espĂ©rons que les talents qui aujourd’hui dĂ©ploient la technique la plus chevronnĂ©e, seront ceux qui demain nous offriront les plus belles Ă©motions au concert.

 

 

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Gabriel Fauré (1845-1924)
Quintette pour piano et cordes n° 2 opus 115

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Johannes Brahms (1833-1897)
Sextuor à cordes n° 2 opus 36
Pierre Fouchenneret, Guillaume Chilemme, violon
Lise Berthaud, Marie Chilemme, alto
François Salque, Victor Julien-Laferrière, violoncelle
Guillaume Bellom, piano

 

 

 

Compte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies…

electr()cution festival brest 2017 ensemble sillages compte rendu critique sur classiquenewsCompte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies… Il y a des rendez-vous que l’on ne rate pas. Les musiques Ă©lectro-acoustique et acousmatique ont leur festival au bord des infinitĂ©s de l’ocĂ©an dans la ville de Brest qui brille par cette avant-garde comme aucune autre en France. Retourner dans la très belle salle du Centre d’Art Contemporain La Passerelle et s’imbiber de l’ambiance familiale du lieu et de l’enthousiasme des nouvelles musiques, est un rĂ©gal pour la dĂ©couverte des nouvelles musiques du temps prĂ©sent. OrganisĂ© par l’ensemble Sillages, le Festival Electrocution revĂŞt l’Ă©lan de dĂ©couverte qui caractĂ©rise les rĂ©alisations de cet ensemble. Philippe Arrii Ă  la direction artistique, nous offre Ă  la fois des crĂ©ations avec Ă©lectronique en temps rĂ©el et des allers-retours sur l’ensemble de la crĂ©ation contemporaine. Lui et Sillages, composĂ© des meilleurs musiciens possibles, nous rĂ©vèlent les prismes surprenants et passionnants d’un monde en constante Ă©volution.

Concert ELECTRO-LADIES
29 Mars 2017 

INAUGURATION DU FESTIVAL

CONCERT ELECTR( )LADIES
scène I, patio – 20h30
Javier Torres Maldonado, Inoltre pour piano et Ă©lectronique
Lara Morciano, Raggi di Stringhe pour violon et électronique
Marta Gentilucci, Exercises de Stratigraphie pour accordéon et électronique, création
Édith Canat de Chizy, Over the sea pour trio à cordes, accordéon et électronique
Georgia Spiropoulos …Landscapes and monstrous things… pour piano, quatuor Ă  cordes, Ă©lectronique et vidĂ©o, crĂ©ation aide Ă  l’écriture de l’État

Les Fées électricité

Dans cette ère ou finalement le génie féminin commence à être reconnu à sa juste valeur, le premier concert du Festival Électrocution 2017 (ce 29 mars 2017) a été consacré à 4 visions féminines de la création contemporaine et de la musique électroacoustique. Seul bémol à ce programme : une présence non féminine mais tout autant formidable, le compositeur Mexicain Javier Torres Maldonado. Nous saluons Sillages par son engagement dans la découverte de compositeurs et compositrices qui souvent sont exclues des programmes traditionnels des grandes formations.

En effet nous constatons avec regret que la diffusion et la promotion des crĂ©atrices dans la musique contemporaine est largement insuffisante. L’enfermement Ă©litaire des grandes formations (Orchestre de Paris, OpĂ©ra de Paris…) et le manque grave de curiositĂ© ont regrettablement serti le talent remarquable des compositrices dans une confidentialitĂ© incomprĂ©hensible. Il y a urgence Ă  cesser de confisquer les esthĂ©tiques et permettre aux artistes de rencontrer les publics, c’est la mission primordiale des organismes et structures de diffusion musicale (NDLR : de surcroĂ®t quand les dits organismes reçoivent des subventions publiques financĂ©es par les contribuables).

TrĂŞve de dĂ©bat, le programme “Electroladies” est Ă©quilibrĂ© et surprenant par la variĂ©tĂ© polychrome de la musique et la crĂ©ation des dispositifs Ă©lectroniques dont certains sont en temps rĂ©el.

INOLTRE, de Javier Torres Maldonado, pour piano et Ă©lectronique nous amène dans le monde profondĂ©ment lyrique du compositeur Mexicain. C’est un questionnement jovial et intrinsèque de ces voix profondes qui dĂ©limitent le subconscient. Nous saluons la performance de Vincent Leterme, prĂ©cis, impressionnant de justesse et d’expressivitĂ© dans chaque phrase.

Place aux dames avec RAGGI DI STRINGHE de Lara Morciano. Cette pièce pour violon et Ă©lectronique en temps rĂ©el porte une force particulière dans la construction et le dĂ©veloppement du langage. Le violon comme un faisceau de lumière dispose la musique Ă  la fois comme une source constante et un torrent fougueux. La crĂ©ation en temps rĂ©el de l’Ă©lectronique est un privilège rare, l’intention directe de Lara Marciano s’est exprimĂ©e tout du long. On y a vu des nuances contrastĂ©es qui enrichirent le langage du violon. Le jeu de Lyonel Schmitt s’affirme avec un timbre riche et une maĂ®trise technique sans Ă©quivoque.

Suivent deux Ĺ“uvres finalement un peu plus anecdotiques, Les Exercices de Stratigraphie de Marta Gentilucci sont d’une complexitĂ© parfois hors propos. L’on s’y perd dans une structure de l’Ă©lectronique quelque peu sophistiquĂ©e. Pascal Contet, en revanche, relève le dĂ©fi de cette complexitĂ© en interprĂ©tant une Ĺ“uvre hyperconstruite avec un souffle certain et une prĂ©cision inestimable.

Le Quatuor Over the sea de Edith Canat de Chizy malgrĂ© la formidable interprĂ©tation des membres de l’ensemble Sillages, laisse dĂ©concertĂ© : le style alambiquĂ© de Mme Canat de Chizy ne permet pas de dĂ©coller d’une raideur technique et d’un manque de contrastes dans le discours.

Une autre des belles dĂ©couvertes fut … Landscapes and monstrous things… de Georgia Spiropoulos. Ce “work in progress” nous offre trois des six pièces qui composeront ce cycle. La palette de Georgia Spiropoulos est plĂ©thorique et raffinĂ©e. S’inspirant et crĂ©ant l’Ă©lectronique en temps rĂ©el lĂ  aussi, avec la projection des tableaux d’Eugen Gabritchevsky, sa musique explose de sensibilitĂ© ; elle sublime les tableaux composĂ©s des nostalgies tourmentĂ©es du peintre russe. La musique de Georgia Spiropoulos devient tour Ă  tour aussi onirique que les cauchemars nĂ©s de l’esprit de Grabitchevsky. Elle nous a Ă©veillĂ©s Ă  la puissante essence des Arts quand ils dialoguent. Les excellents solistes de Sillages ont contribuĂ© Ă  la rĂ©vĂ©lation de ces belles pages. En dĂ©finitive Georgia Spiropoulos a touchĂ© au chef d’Ĺ“uvre avec ces trois pièces et par leur force quasi dramatique elles pourraient très bien ĂŞtre assimilĂ©es Ă  la “Fantastique” du XXIe siècle.

Quoi qu’il en soit, ces Electroladies sont les nouvelles Erato de notre temps, avec la sincĂ©ritĂ© de leur musique et la gĂ©nĂ©rositĂ© de chaque page, la force du gĂ©nie fĂ©minin nous dit que la musique gagne quand elle Ă©pouse la tolĂ©rance, l’exigence et la paritĂ©. Bravo a l’ensemble Sillages pour son engagement dans ce sens.

Sillages et Électrocution, deux institutions qui nous offrent l’excellence sans la pavane rĂ©gulière / indigeste des “je sais tout”. L’ouverture internationale et sur les esthĂ©tiques proposĂ©e par Philippe Arrii nous dĂ©montrent, en ces temps de repli, que les Arts peuvent ouvrir des portes nouvelles et tendre les liens entre les cultures et les peuples.

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FESTIVAL ELECTR()CUTION – Ensemble Sillages
Brest – La Passerelle, centre d’Art contemporain
29 Mars – 1er avril 2017

Compte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. Collegium de l’OJIF / MONTEVERDI. Christophe Dylis

dilys christophe jeune maestro orchestre jeunes ile de france colelgium presentation classiquenewsCompte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. MONTEVERDI, … Concert de lancement de l’OJIF. Christophe Dylis. Deux jeunes formations illustrent avec panache et appĂ©tit, l’essor actuel des talents musicaux, malgrĂ© le manque de curiositĂ© pour les distinguer et les programmer. Allons, responsables des lieux culturelles et des saisons musicales, l’OJIF incarne un projet plus que captivant : modèle. Pour parer Ă  toutes les moroses prophĂ©ties de la crise et des sinistres augures de rigueur dans le monde culturel. En effet le contribuable français est sollicitĂ© pour un financement Ă©quitable des arts, cependant Ă  cause d’un snobisme nĂ©faste à la variĂ©tĂ© et la libertĂ© de crĂ©ation et d’interprĂ©tation, l’offre visible demeure celle des ogres survitaminĂ©s en subventions et communication.
Les difficultĂ©s actuelles de la diffusion n’effraient pas, heureusement, des musiciens aussi enthousiastes que talentueux pour crĂ©er des collectifs en ĂŽle-de-France et favoriser des projets promis Ă  demeurer et prendre la musique pour ce qu’elle est : une action collective.

 
 

ORCHESTRE DES JEUNES D’ILE DE FRANCE et son COLLEGIUM:
LA MUSIQUE VIVANTE! 

 

LancĂ©e en 2016, l’ORCHESTRE DES JEUNES D’ĂŽLE DE FRANCE, rĂ©unit de formidables interprètes qui dĂ©fient la morositĂ© du monde musical pour interprĂ©ter le rĂ©pertoire que certains veulent enfermer dans les “grandes formations”. Ce passionnant projet se bat pour attirer les soutiens qu’il mĂ©rite, tant la qualitĂ© de leurs rĂ©alisations mĂ©rite attention et admiration. Un an juste après sa fondation, le 10 mars 2017, l’OJIF s’aventurait dans un autre rĂ©pertoire avec la fondation de son “Collegium baroque”. Cette formation rĂ©unit Ă  la fois des spĂ©cialistes de la musique ancienne et des musiciens plutĂ´t “moderneux” pour permettre Ă  la fois une Ă©mulation et une coopĂ©ration formidable.

Le Collegium de l’OJIF est dirigĂ© par Christophe Dilys. Ce jeune chef Ă  la direction claire et sensible, nous a offert une soirĂ©e aux couleurs chaudes et Ă  la sensualitĂ© dĂ©bordante, Ă  la fois dans des Monteverdi (“Hor che il Ciel e la terra” et Les Vespro della Beata Vergine) et des suites de musique Française aussi dansantes que rigoureusement rythmĂ©es dans la polychromie. Christophe Dilys ouvre le chemin aux instrumentistes avec l’Ă©nergie des vrais chefs et un langage prĂ©cis qui ne manque jamais dans le style.
Musiciens et choristes, engagĂ©s dans des formations diverses, des choeurs et orchestres des Conservatoires aux ensembles spĂ©cialisĂ©s, montrent que la jeunesse qui s’engage dans la construction culturelle peut ĂŞtre aussi volontaire que les gĂ©nĂ©rations du passĂ©, avec peut-ĂŞtre une passion beaucoup plus chevronnĂ©e et un savoir bien plus profond.

L’OJIF et son Collegium demeurent toutefois deux jeunes ensembles menĂ©s par l’incandescente flamme de la musique, nous faisons un appel aux programmateurs Franciliens, ces musiciens vous feront aimer la musique encore plus! Plus d’infos sur le site de l’OJIF
http://ojif.fr/index.php/fr/

 
 
 

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov

rimsky korsakov Nikolay_A_Rimsky_Korsakov_1897Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov. Après-midi fĂ©erique ce lundi de Pâques Ă  l’OpĂ©ra Bastille. L’opĂ©ra « Snegourotchka » ou la Fleur/Fille de Neige du maĂ®tre russe Rimsky-Korsakov investit la maison nationale dans une nouvelle production signĂ©e Dmitri Tcherniakov. Une distribution largement russophone et un orchestre en forme, sous la direction du chef Mikhail Tatarnikov, rĂ©galent l’auditoire. Une production très russe, folklorique, impĂ©riale… Curieusement intĂ©ressante au niveau musical et historique, nĂ©anmoins non sans lourdeur et lenteur, en dĂ©pit des coupures opĂ©rĂ©es sur la partition.

Rimsky-Korsakov et Tcherniakov, un concert de conventions

Bien que le maĂ®tre russe, appartenant au Groupe des 5, NikolaĂŻ Rimsky-Korsakov (1844 – 1908) soit surtout connu hors Russie pour ses compositions instrumentales issues du romantisme nationaliste typique du XIXe siècle, – comme la cĂ©lèbre suite symphonique ShĂ©hĂ©razade, le poème Sadko, ou encore sa deuxième symphonie, Ă  programme, dite « Antar », il a composĂ© au moins 13 opĂ©ras, dont la majoritĂ© est toujours au rĂ©pertoire du monde russophone. Professeur de conservatoire, ses talents d’arrangeur et d’orchestrateur s’avèrent aussi dans ses interventions, bien intentionnĂ©es mais pas toujours rĂ©ussies, sur les Ĺ“uvres de ses camarades du Groupe des 5, qu’il aimait rĂ©-orchestrer par souci d’attachement Ă  des conventions formelles. Des exemples flagrants se trouvent dans ses remaquillages des oeuvres de Moussorgsky, qui sous sa plume Ă©ditrice et professorale, devient un sage musicien, tandis que les orchestrations d’un Stokovski ou d’un Shostakovitch rĂ©vèlent des Ĺ“uvres Ă  la finition moins lisse mais beaucoup plus authentiques (voir les diffĂ©rentes versions d’Une Nuit sur le Mont Chauve ou de Boris Godounov, entre autres).

GĂ©nie de la couleur orchestrale et de l’exotisme, Rimsky est en mĂŞme temps attachĂ© et limitĂ© par son attachement aux conventions. Sa Fille de Neige, aux couleurs fĂ©eriques ravissantes et avec une histoire mignonne inspirĂ©e du folklore slave, devient dans les mains de Dmitri Tcherniakov, une histoire mignonne d’une platitude pourtant bien ennuyeuse. Dans la vision de Tcherniakov, -vedette actuelle de la mise en scène d’opĂ©ra (-pour des raisons qui nous Ă©chappent), La Fille de Neige est la fille de la Dame Printemps, en l’occurrence devenue pseudo-maĂ®tresse de Ballet, et du Père Gel, dont le costume moderne et le jeu d’acteur ne nous renvoient Ă  rien de glacial ni de pittoresque, mais Ă  un espèce de monsieur grognon, ma non troppo. La pauvre Fille de Neige est maudite par le mĂ©chant Dieu Soleil qui veut faire fondre son cĹ“ur de glace, une fois tombĂ©e amoureuse. Elle tombe amoureuse parmi les BerendeĂŻs, un peuple qui dans l’histoire prĂ©cède l’histoire mais qui dans cette mise en scène vit dans des campings cars, dans les bois. Pour combler la surdose de formalisme très niais et pas très cohĂ©rent, quelques figurants Ă  poil, se promènent parfois sur scène. Cela a le mĂ©rite de distraire le public parisien assez exigeant, mais seulement pour quelques secondes.

snegourochtka opera de paris direct au cinemaHeureusement, il y a le chant. DĂ©cevants d’abord, le remplacement de Ramon Vargas dans le rĂ´le de Tsar des BerendeĂŻs, par Maxim Paster dont nous apprĂ©cions nĂ©anmoins l’effort, comme celui de Rupert Enticknap par le contre-tĂ©nor Yuriy Mynenko dans la meilleure des formes au niveau vocal et faisant preuve d’un investissement scĂ©nique Ă  l’allure dĂ©contractĂ©e, peu Ă©vidente ! Distinguons cepedant sa chanson d’entrĂ©e au premier acte, un sommet inattendu de beautĂ© mystĂ©rieuse. La Dame Printemps d’Elena Manistina a un bel instrument et une belle prĂ©sence scĂ©nique, mĂŞme si de temps en temps l’Ă©quilibre avec l’orchestre est compromis et nous avons du mal Ă  l’entendre. Le Père Gel de Vladimir Ognovenko est solide, sans plus. Fort contraste avec la prestation, parfois superlative, souvent fabuleuse, de Martina Serafin dans le rĂ´le piquant de Koupava. La Serafin maĂ®trise son instrument avec aisance et son implication dans l’action théâtrale est pĂ©tillante. Son partenaire, le wagnĂ©rien Thomas Johaness Mayer dans le rĂ´le de Mizguir qui la dĂ©laisse pour la Fille de Neige, est peut-ĂŞtre moins maĂ®tre de son instrument, certes, large, mais fait tout autant preuve d’un bel engagement. Si la Fille de Neige d’Aida Garifullina est la vedette de la soirĂ©e (sa lamentation au premier acte est un autre sommet troublant de beautĂ©), avec une voix jolie et seine ainsi qu’une allure idĂ©ale pour le rĂ´le, nous n’oublierons pas les prestations formidables de quelques rĂ´les secondaires comme l’Esprit des Bois de Vasily Efimov ou encore l’excellent Franz Hawlata en Bermiata. Les choeurs sont toujours prĂ©sents, fidèles Ă  leur rĂ©putation, dans les opĂ©ras russes. Pas d’exception pour la Fille de Neige oĂą les choeurs de l’OpĂ©ra dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso sont Ă  la fois dynamiques et spirituosi.
Et l’orchestre ? La phalange parisienne rayonne en un coloris et des timbres inouĂŻs, surtout chez les vents, cuivres et bois confondus. Si les cordes sont toujours très sages, la partition rĂ©vèle d’agrĂ©ables surprises. Le chef paraĂ®t avoir un jeu quelque peu dĂ©contractĂ© qui ne nuit pas du tout Ă  la qualitĂ© de la performance, mais nous nous demandons si d’autres choix artistiques auraient pu dynamiser davantage le drame, (trop?) riche en lenteurs malgrĂ© les coupures. Au final la nouvelle production est une belle et bonne curiositĂ©, idĂ©ale pour chauffer les cĹ“urs en ce dĂ©but de printemps, avec une musique fĂ©erique et un livret exotique, pas nĂ©gligĂ©s par la mise en scène, mais pas mis en valeur non plus. A ne pas manquer. Encore Ă  l’affiche les 20, 22, 25, 28 et 30 avril 2017 ainsi que le 3 mai 2017.

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Aida Grifullina, Yuriy Minenko, Martina Serafin, Franz Hawlata… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris, Mikhail Tatarnikhov, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Diffusion dans les salles de cinĂ©ma, le 25 avril 2017

Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément

ulisse-villazon-tce-paris-classiquenewsCompte rendu, opĂ©ra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, HaĂŻm / ClĂ©ment. Pour cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Monteverdi, c’est Ă  Paris qu’Emmanuelle HaĂŻm retrouve le compositeur CrĂ©monais et mène l’histoire d’Ulysse et ses retrouvailles avec Ithaque. Un parcours initiatique qui renouvelle l’approche scĂ©nique et musicale d’un chef d’oeuvre de l’art baroque. Monteverdi, le plus illustre des maĂ®tres italiens du XVIIème siècle a vu le jour au cĹ“ur des collines boisĂ©es de CrĂ©mone en 1567.  On aime Ă  raconter que les bois de cette belle contrĂ©e ont donnĂ© leur matière pour faire les Stradivarii, les Guarnieri, – voix premières de l’opĂ©ra et des madrigaux. Revenir Ă  Monteverdi n’est jamais une OdysĂ©e et ce n’est jamais un parcours Ă©reintant. Pour certains, le Ritorno d’Ulisse in Patria est l’opĂ©ra le plus complexe Ă  dĂ©livrer scĂ©niquement du maĂ®tre Cremonais. Ă€ 450 ans de sa naissance, on peut trouver cet argument facile et quelque peu fallacieux. Il suffit de voir les mises en scène extraordinaires qui ont traversĂ© notre siècle adolescent. De la mĂ©morable production de Christie Ă  Aix avec Adrian Noble oĂą la mythique Ithaque Ă©tait un rĂŞve mĂ©diterranĂ©en, … Ă  l’univers dĂ©cadent et fascinant de Christophe Rauck en 2012 (ARCAL/Les Paladins), Ulysse est devenu la figure très contemporaine du rĂ©fugiĂ© intĂ©grant sa place dans une sociĂ©tĂ© en proie aux conflits sociaux.

Bleu de ciel/bleu d’abysses

 

 

Rolando-Willazon-au-TCE_c-Vincent-Pontet

En 2017, Le Théâtre des Champs-ElysĂ©es nous offre une vision postmoderne puissante avec Mariame ClĂ©ment, et Emmanuelle HaĂŻm en fosse. Que dire après la crucifixion mĂ©diatique de cette superbe production? Nous ne pouvons que nous insurger! La libertĂ© de blâmer s’arrĂŞte quand elle devient injuste et ouvertement subjective. Ce Ritorno d’Ulisse est un coffret magnifique et la narration de Mariame ClĂ©ment porte la marque Ă  la fois d’un vĂ©ritable souci du livret mais aussi une fantaisie non dĂ©munie d’aplomb. Mariame ClĂ©ment offre Ă  ce Ritorno les questionnements humains de notre Ă©poque aux sursauts egotiques. En effet les personnages sont autant d’Ă®lots mais secouĂ©s de telles forces telluriques qu’ils forment La Belle gĂ©ographie des emois, la cartographie des affects et des passions. Nous remarquons aussi le mĂ©lange des genres qui, tout En modernisant l’intrigue (notamment dans les Ă©pisodes olympiens), la replace dans le “merveilleux” baroque.

RĂ©pondant avec panache dans la fosse, Emmanuelle HaĂŻm dĂ©montre encore une fois que Monteverdi lui sied magnifiquement bien! C’est un beau retour de son Concert d’AstrĂ©e aux couleurs opĂ©ratiques du maĂ®tre CrĂ©monais, après un Orfeo fondateur de lĂ©gende en 2000, ce Ritorno d’Ulisse in Patria est loin de laisser indiffĂ©rent. Les lignes sont nettes et les ritournelles riches en polychromie. Nous attendons avec impatience qu’Emmanuelle HaĂŻm nous rende ainsi toutes les couleurs d’un XVIIème siècle qui demeure encore « terra incognita ».

ulysse ulisse monteverdi tce villazon kozena classiquenewsTel son rĂ´le, Rolando Villazon a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  la houle des critiques autant injustes que subjectives, campe un Ulisse fringant. Sa diction n’est jamais emportĂ©e par le style et l’Ă©motion dramatique qu’il injecte au personnage, lui offre toute la bravoure et l’humanitĂ© qu’il faut Ă  son incarnation. M. Villazon rĂ©ussit lĂ  oĂą beaucoup de chanteurs baroqueux Ă©chouent : le naturel. Il nous offre un Ulisse dĂ©barrassĂ© enfin de toutes les affèteries baroqueuses, et son interprĂ©tation se rĂ©vèle sincère et puissante. En revanche, la PĂ©nĂ©lope de Magdalena Kozena est quasiment une dĂ©ception Ă  peu de choses près. Si vocalement le rĂ´le est parfaitement interprĂ©tĂ© par Mme Kozena, c’est une certaine raideur bien regrettable qui lui Ă´te tous les affects du personnage. Pourtant royale  et impĂ©rieuse, Magdalena Kozena semble avoir du mal Ă  se glisser dans le théâtre subtil de Mariame ClĂ©ment. En effet les passions et les dilemmes auxquels est soumise PĂ©nĂ©lope, semblent complexes Ă  l’expression théâtrale de Mme Kozena. Le regret est d’autant plus grand que sa voix est source de tous les plaisirs sis dans la gĂ©ographie ravissante de l’Ă©criture MontĂ©verdienne.

Dans la myriade des personnages qui ponctuent le livret, constatons une distribution assez Ă©quilibrĂ©e et riche en surprises. Certains chanteurs allemands, nous Ă©tonnent par leur prĂ©sence dans le cast, mais « naturels » semble-t-il, par la magie de la coproduction avec Le Theatre de NĂĽrnberg.  Nous remarquons avec enthousiasme le très touchant et fabuleux Telemaco de Mathias Vidal, l’Eumete de Kresimir Spicer aux couleurs chatoyantes, le Eurimaco de Emiliano Gonzalez, toujours gĂ©nĂ©reux et subtil, l’espiègle Melanto d’Isabelle Druet et l’incroyable Minerva d’Anne-Catherine Gillet. Callum Thorpe en Tempo et Antinoo se rĂ©vèle ĂŞtre un interprète vocalement parfait. Maarten Engeltjes offre une belle palette vocale avec une profonde Ă©motion dans l’Humana FragilitĂ  et Pisandro, il est l’interprète idĂ©al pour ces deux rĂ´les. L’Iro de Jörg Schneider est dĂ©sopilant en caricature grotesque et Katherine Watson est idĂ©ale en Junon.

Avec quelques bĂ©mols qui n’entame pas en somme une très belle production, notre voyage, serti des marbres du Théâtre des Champs-ElysĂ©es, se parachève dans la mer de jais et des Ă©toiles fugaces de la Nuit Parisienne; un autre théâtre, et d’autres drames qui nous feront fredonner encore et encore : “Fragil cosa son io…”

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Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément.

Rolando Villazón  Ulisse
Magdalena Kožená  Penelope
Katherine Watson  Giunone
Kresimir Spicer  Eumete
Anne-Catherine Gillet  Amore / Minerva
Isabelle Druet  La Fortuna / Melanto
Maarten Engeltjes  L’Humana Fragilità / Pisandro
Callum Thorpe  Il Tempo / Antinoo
Lothar Odinius  Giove / Anfinomo
Jean Teitgen  Nettuno
Mathias Vidal  Telemaco
Emiliano Gonzalez Toro  Eurimaco
Jörg Schneider  Iro
Elodie Méchain  Ericlea
Mise en scène – Mariame ClĂ©ment
LE CONCERT D’ASTREE
dir. Emmanuelle HaĂŻm

Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier Dhénin / Julien Masmondet

HAHN reynaldo_hahn_2015_Compte rendu critique, OpĂ©ra. Paris, L’AthĂ©nĂ©e, le 11 dĂ©cembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DhĂ©nin / Julien Masmondet. La PolynĂ©sie, Ă  sa simple Ă©vocation semble bien plus que ce paradis de carte postale et de rĂ©clame de tour operator. ImmortalisĂ©e par Jacques Brel et Paul Gauguin, la magie des iles du Pacifique a bercĂ© les rĂŞves languissants du monde occidental. MalgrĂ© des dĂ©buts complexes avec le SupplĂ©ment du Voyage de Bougainville de Diderot, la relation littĂ©raire de la PolynĂ©sie et de la MĂ©tropole a vu le XIXème siècle, en quĂŞte d’exotisme, dĂ©velopper un fantasme Ă©tonnant.

“La fleur de PomarĂ©”

Le plus grand conteur des terres équinoxiales est Pierre Loti, né Louis-Marie Julien Viaud, il doit son nom de plume au surnom que lui donna une des dernières souveraines de Tahiti, Pomaré IV (1827-1877). Loti est une des plus belles fleurs de Tahiti, une de ces pétulantes floraisons qui jaillissent tels des bijoux au coeur des frondaisons.

EnrobĂ© de poĂ©sie, avec des dorures incroyables, l’Ile du RĂŞve de Reynaldo Hahn a Ă©tĂ© composĂ©e pour l’OpĂ©ra Comique et demeure la première oeuvre lyrique de Hahn. C’est un ouvrage aux contrastes riches et au lyrisme particulièrement touchant, une sorte d’estampe prĂ©cieuse. La musique du jeune Reynaldo Hahn se pare de couleurs, la partition est une redĂ©couverte majeure dans la musique lyrique Française, non seulement par sa thĂ©matique mais par la maĂ®trise de Hahn de l’orfèvrerie narrative et des volutes passionnantes de sa crĂ©ativitĂ©.

Le prodige de cette recrĂ©ation est possible grâce Ă  l’enthousiasme de Julien Masmondet. Ce chef, ancien assistant de Paavo Järvi Ă  l’Orchestre de Paris, est un des plus passionnants artistes de sa gĂ©nĂ©ration. Maniant la baguette avec prĂ©cision et Ă©nergie, il insuffle Ă  l’orchestre contemplation et les plus vives couleurs de la palette orchestrale. De plus, il dirige le Festival “Musiques au Pays de Pierre Loti” dans le Rochefortais. Julien Masmondet est un directeur artistique courageux et n’hĂ©site pas Ă  offrir au public des raretĂ©s du rĂ©pertoire Français. Son engagement pour la recrĂ©ation est louable et c’est de cette Ă©nergie que devra se nourrir la culture pour survivre. Le retour de l’Ile du RĂŞve de Reynaldo Hahn est un exemple vivifiant d’un renouveau notable dans l’intĂ©rĂŞt de ces musiques, totalement ignorĂ©es depuis près d’un siècle. Nous ne pouvons qu’encourager nos lectrices et lecteurs Ă  courir Ă  Rochefort pour les prochaines lueurs Lotiennes avec Julien Masmondet.

Ce spectacle est aussi un ravissement visuel. A la fois par ses couleurs et l’Ă©vocation toute en nuances et raffinement, la mise en scène d’Olivier DhĂ©nin porte l’onirisme inhĂ©rent Ă  la partition. Conjuguant des gestes simples et des figurations de la religion polynĂ©sienne, le rĂŞve devient rĂ©alitĂ©, nous sommes transportĂ©s dans un autre monde et la musique est sublimĂ©e. Sans pĂŞcher d’exagĂ©ration, la mise en scène de l’Ile du RĂŞve surpasse de beaucoup les rĂ©alisations actuelles.

Servie par des chanteurs exceptionnels, la musique de Reynaldo Hahn se dĂ©ploie tel un papillon formidable. Le fringant et fantastique Loti d’Enguerrand de Hys nous touche au plus profond avec une incarnation gĂ©nĂ©reuse. Marion Tassou est l’hĂ©roĂŻne MahĂ©nu, touchante, vibrante de passion et d’une fragilitĂ© florale qui rappelle facilement le rĂ´le de LakmĂ©. ElĂ©onore Pancrazi a un des timbres les plus beaux de la distribution et sa voix toute en dramatisme nous Ă©voque le drame humain de l’intrigue avec Ă©motion. Safir Behloul et Ronan Debois sont des interprètes louables et aux voix bien calibrĂ©es.

Nous rĂŞvons encore pendant les minutes de marche qui sĂ©parent cette salle mythique de l’AthĂ©nĂ©e. La contemplation du ciel de Paris nous fait chavirer tout de suite dans les contrĂ©es mĂ©ridionales et tout en fredonnant les mĂ©lodieuses beautĂ©s de Reynaldo Hahn, l’on a tout Ă  coup envie de vivre le destin de Julien Viaud, de Jacques Brel et de Paul Gauguin, de rĂŞver des fleurs qui ne meurent jamais sous les tropiques.

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Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DHenin / Julien Masmondet.

Pierre Loti – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
MahĂ©nu – Marion Tassou – soprano
TĂ©ria/OrĂ©na – Eleonore Pancrazi – mezzo-soprano
Tsen-Lee – Safir Behloul – tĂ©nor
TaĂŻrapa – Ronan Debois  - tĂ©nor

Mise-en-scène : Olivier Dhénin

Orchestre du Festival Musiques au Pays de Pierre Loti
direction : Julien Masmondet

CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

lavandier berlioz cd symphoniqe fantastique cd review cd critique classiquenews LE BALCON maxime pascal Cover_V2bWEBCD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records). Le coffret est dĂ©jĂ  tout un concept. Dès leur genèse, Le Balcon et la formidable aventure du label B-Records, sont des acteurs majeurs d’une culture en pleine mutation. PlutĂ´t connus pour leur exploration du rĂ©pertoire lyrique et des superbes crĂ©ations contemporaines, Le Balcon est un collectif qui rĂ©unit tous les acteurs musicaux, des ingĂ©nieurs de son au metteurs en scène en passant par des compositeurs, des musiciens et chanteurs: Le Balcon est une maison d’opĂ©ra Ă  lui tout seul.

Le Balcon… une maison d’opéra à lui tout seul…
“#VISIONNAIRES” ou XIX-21

RĂ©pondant Ă  une commande du Festival Berlioz de la CĂ´te Saint-AndrĂ©, Maxime Pascal et Le Balcon rĂ©pondent d’une manière plutĂ´t inattendue en mĂ©tamorphosant un des monuments de la musique symphonique universelle: La Symphonie Fantastique.

Pour rĂ©pondre aux scepticisme et autres grincements de dents, le produit de ce dĂ©fi de taille est digne de l’honnĂŞtetĂ© artistique du Balcon, gĂ©nĂ©reuse et empreinte de libertĂ©. Toutes les qualitĂ©s sont rĂ©unies pour rendre la Symphonie Fantastique Ă  la jeunesse des temps prĂ©sents.

L’adaptation incroyable d’Arthur Lavandier est un vrai manifeste de ce que la rencontre musicale de plusieurs influences peuvent apporter Ă  une partition dĂ©jĂ  pĂ©trie d’une architecture colossale. S’attaquant aux cinq mouvements en jouant sur des sonoritĂ©s, sur la transposition sur des instruments inattendus (synthĂ©tiseurs, guitare Ă©lectrique, …) on est saisi encore plus par la modernitĂ© de Berlioz. C’est ainsi que le compositeur de 1830, devient en 2017 un de nous, en proie aux mĂŞmes dĂ©lires et prĂ©occupations qui touchent nos affects. Avec cette adaptation riche, formidable d’Ă©quilibre et respectueuse des diffĂ©rents univers de la partition, Arthur Lavandier nous saisit avec une Ă©motion renouvelĂ©e. L’on ressent, avec cette version, la force brutale des Ă©motions que le public de 1830 ressentit Ă  la crĂ©ation.

Parmi les moments sublimes de cet enregistrement nous pouvons citer le deuxième mouvement, oĂą le bal fĂ©brile et un peu mièvre de la version de 1830, se transforme dans une bacchanale parisienne des vendredis soir dans quelque bar sympa de Belleville, d’Oberkampf ou de “RĂ©pu”. On peut y entendre Ă  la fois les salons confortables et bourgeois bien rangĂ©s et les “bands” aux accents de jazz, percussions et guitares Ă©lectriques Ă  l’appui. On y retrouve Ă  la fois le calme de l’intĂ©rieur coquet des grands appartements cossus et l’Ă©nergie vive de l’extĂ©rieur. Une sorte de Rhapsody in blue mais avec une Tour Eiffel.

L’Ă©merveillement continue avec le 4e mouvement, un des “tubes”. La Marche au supplice est le  zĂ©nith du romantisme torturĂ© et tonitruant de Berlioz. Mais dans cette version, avec le concours de l’AcadĂ©mie de Musique de Rue “Tonton a Faim”, cette marche est une sorte de parade ragga, ce qui n’enlève rien au caractère dramatique et mĂŞme effrayant de l’argument. Au contraire, le rythme est encore plus oppressant et mĂŞme tourne Ă  l’obsession. Avec les couleurs de la fanfare, la marche de l’artiste vers la guillotine se peuple de figures inquiĂ©tantes, comme un rituel mystĂ©rieux Ă  l’issue fatale.

La cĂ©rĂ©monie s’achève par Un Songe d’un Nuit du Sabbat plus vraie que nature. DĂ©sormais, grâce Ă  JK Rowling l’on n’est plus effrayĂ© par des sorcières volant sur des balais, contrairement aux annĂ©es 1830. Cependant, cette version demeure inquiĂ©tante par l’introduction du clavier midi au moment oĂą le diable apparaĂ®t au malĂ©fice. Cet instrument donne une couleur semblable aux univers obscurs de la culture pop des annĂ©es 1980, et aussi, pourquoi pas une couleur certaine des musiques transformĂ©es de l’Orange MĂ©canique de Stanley Kubrick.

Maxime Pascal et les Musiciens du Balcon abordent ce monument refleuri avec l’Ă©nergie qui lui sied. On y trouve Ă  la fois la prĂ©cision et l’Ă©quilibre. A aucun moment l’on sombre ni dans l’ennui, ni dans la bizarrerie. Les instruments sont tous intĂ©grĂ©s et mĂŞme les sonoritĂ©s hors 1830 donnent l’impression d’avoir toujours jouĂ© cette partition. Nous saluons cette maĂ®trise musicale et l’enthousiasme de retrouver La Symphonie Fantastique dans toute sa jeunesse, sa vigueur et l’actualitĂ© que tout chef d’oeuvre intemporel porte en lui.

Nous souhaitons vivement entendre cette version des temps présents et futurs en concert. Nous attendons ainsi, la prochaine réalisation du Balcon et de B-Records, toujours un pas en avant pour nous offrir des surprenantes rencontres.

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CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

HECTOR BERLIOZ (1803 – 1869)

SYMPHONIE FANTASTIQUE
libre adaptation pour orchestre de chambre d’ARTHUR LAVANDIER

LE BALCON & AcadĂ©mie de Musique de rue “Tonton a faim”
dir. Maxime Pascal

CD – BRecords (Florent Derex)

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LIRE aussi notre autre compte rendu critique du coffret CD BRecords / Florent Derex : Berlioz, Symphonie Fantastique par Le Balcon. Par Benjamin Ballifh, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS / septembre 2018

EDITO… Make America great again? par Pedro Octavo Diaz

EDITO, par Pedro Octavo Diaz… Depuis 24 heures le monde est secouĂ© par la clameur rageante d’un triste histrion matamore Ă  la tĂŞte de la première puissance Ă©conomique et militaire de l’Occident. Effectivement, il a emportĂ©, Ă  coups de slogans dĂ©magogiques et quelques beuglements crus, la prĂ©sidentielle Étasunienne la plus dĂ©chirante de l’histoire de cette incipiente dĂ©mocratie.

Make America great again?

palmyre cite syrie cite martyr ete 2015Sa devise: “Make America great again” (“Rendre les États-Unis grands Ă  nouveau » / « Rendre Ă  l’AmĂ©rique sa grandeur »). De toute Ă©vidence, Mister Trump, du haut de ses 70 printemps, fait croire Ă  la dĂ©cadence d’un Ă©tat et d’une Ă©conomie. N’en dĂ©plaise Ă  cette vedette de Manhattan et des Stock-options, tout comme une certaine dynastie de Saint-Cloud en France, tout un pan de la grandeur Étasunienne est mise de cĂ´tĂ©. Outre le sĂ©rieux “Overpromising” de l’impĂ©trant et un abus de phrasettes Ă  gogo, Trump demeure le châtelain d’un Monde clos et irrĂ©mĂ©diablement accrochĂ© aux annĂ©es de son toupet blond, les annĂ©es 80, rĂŞveuses et tournĂ©es vers un avenir Ă  la George Lucas.

Et ce n’est pas inhĂ©rent Ă  M. Trump, parce que depuis un certain temps l’on recèle un oubli criminel et dangereux des classes politiques mondiales du fait culturel et, plus particulièrement, pour le spectacle vivant.

Le 21 Janvier 2017, alors que les Ă©ditorialistes mondiaux se dĂ©chaĂ®nent, tantĂ´t sur les aventures de Trump tantĂ´t sur le tailleur Ralph Lauren de son hĂ©taĂŻre, on oublie que Daesh a finalement fini par dĂ©truire un des plus beaux sites de l’histoire humaine : Le ThĂ©atre de Palmyre. Symbole de la tolĂ©rance, du partage, de la geste humaine, de sa permanence dans l’histoire par l’imaginaire.

On limite Ă  quels critères, aujourd’hui, la grandeur des peuples et l’accomplissement des nations? Ă€ l’ineffable Ă©conomie, froide et volage? Aux indices sociologiques ? Ou bien Ă  ce qui reste malgrĂ© les conflits et les dĂ©flagrations irrĂ©versibles de l’Histoire?

Les États-Unis sont grands par leur gĂ©ographie d’abord, par les paysages immenses qui ont fait rĂŞver Samuel de Champlain et Lewis et Clark. Ces pierres jaunes du Wyoming, ces lĂ©gendes de l’Oiseau Tonnerre que JK Rowling Ă  vulgarisĂ© dans la valise de Newt Scamander. Les États-Unis demeurent gigantesques et Ă©ternels par les mĂ©andres mystĂ©rieux et fascinants des lettres. Des embruns sauvages de Melville aux questionnements Ă©gotiques de Paul Auster. Et les volutes captivantes de Poe et la geste aristocratique de Henry James ou Edith Wharton. Le rĂŞve AmĂ©ricain se dĂ©ploie tel un papillon merveilleux dans les vers d’Emily Dickinson, les rĂ©verbĂ©rations de Walt Whitman et la torpeur sensuelle de Tenessee Williams…

Mais les États-Unis sont aussi un ciel toujours sublime, blanc virginal aux abords des cols, cĂ©rulĂ©en aux abords des Ă©tendues sans fin des ocres et des verts et aux gris zibelins rasant les gratte-ciel. La musique, grandes sont les contributions des États-Unis aux chemins invisibles du son. Mariss Jansons, Isaac et David Stern, Yehudi Menuhin, Cole Porter, Thomas Ades, George Gershwin, John Musto, Jessye Norman, Lucinda Childs, Nicholas McGegan, William Christie, Laura Claycomb, RenĂ©e Fleming, Lisa Vroman, Larry Blanck, Amy Burton, Ed Lyon, Vivica Genaux, Joshua Bell, Nicholas Angelich, pour ne citer qu’eux, sont les voix puissantes des États-Unis. Mais que l’on ne se trompe pas. La voix des États-uniens est celle que ni les trusts, ni les thurifĂ©raires de M. Trump ne peuvent ni veulent comprendre parce qu’elle ne produit aucun profit.

Quoi qu’il arrive et qu’il en soit des choix des peuples ou des calculs Ă©lectoraux, aucun Pays ne se dĂ©termine par sa gouvernance. Les actes de barbarie ou d’iniquitĂ© qui jaillissent de l’actuelle incompĂ©tente irresponsabilitĂ© des Ă©quipes politiques ne doit en aucun cas entacher comme naguère la destinĂ©e des peuples.

Actuellement les États-Unis sont traversĂ©s par des convulsions inquiĂ©tantes. Les Ă©lites culturelles s’insurgent contre les dĂ©crets nĂ©fastes de l’actuelle administration. Les artistes et les institutionnels de la culture sont en grève. Mais en creusant l’Ă©cart entre les soutiens de base de Monsieur Trump et la “gens” culturelle ne verrons-nous pas le germe redoutable de la guerre civile, qui est la “coda” inĂ©vitable de tout totalitarisme ?

N’oublions pas les leçons de l’Histoire. L’Ă©ditorialiste de CNN, Christiane Amanpour l’exploite bien dans ses comptes-rendus. Il y a 70 ans les pires dictatures ont surgi d’un mouvement d’humeur et d’un vote de protestation. De mĂŞme, le parti mĂ©diocre de la bureaucratie a fait surgir les pires monstres, l’immobilisme est toujours ennemi de la crĂ©ation. La culture fut la solution, il y a bien des dĂ©cennies, dĂ©sormais elle sera une arme.

N’en dĂ©plaise aux factieux et aux tenants de la revanche, la France restera le monument du monde envers et contre la dynastie Le Pen; les États-Unis seront toujours une terre d’espoir envers et contre Mr Trump et ses coryphĂ©es RĂ©publicains; le Mexique sera toujours constellĂ© du granit de son Histoire envers et contre Messieurs Peña Nieto et Videgaray. La Pologne sera toujours la patrie de Chopin plutĂ´t que celle de Mr Kaczynski, et la Russie Ă©ternelle de Tchaikovsky et Lomonosov Ă©crase dĂ©jĂ , de sa trace indĂ©lĂ©bile, la paranoĂŻa de Mr Putin.

La mortifère nuĂ©e de leurs voraces harpies n’atteindra jamais ceux qui ont un livre dans les mains, une peinture sous les yeux, un casque sur les oreilles. Il faut dĂ©sormais avoir l’Ă©nergie de faire et non pas l’ambition de devenir.

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Illustration : Palmyre avant Daesh (DR)

Compte rendu, concert. Théâtre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble.

Compte rendu, concert. Théâtre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble. Souvent on fait, Ă  tort, le rapprochement entre le spectacle vivant et le divertissement. En pĂ©riode de crise identitaire, le divertissement est devenu une figure du credo politico-social qui dessert la crĂ©ation en brouillant ses vĂ©ritables argumentaires culturels.

Parce que le spectacle vivant n’est pas sans “divertissement”, on peut, en effet, rendre au spectateur Ă  la fois la joie et Le faire revisiter un rĂ©pertoire, une Ă©poque et une histoire. Le spectacle vivant c’est nous. Et c’est le cas de “Paris Cheries”, un spectacle dĂ©diĂ© Ă  l’amour sous ses formes les plus charnelles et dĂ©bordant de sensualitĂ© chic!

“T’ es bell’ tu sais sous tes lampions,
Des fois quand tu pars en saison
Dans les bras d’un accordĂ©on.”
Paname  - Léo Ferré
paris-cheries-theatre-trevise-critique-classiquenewsLe programme a Ă©tĂ© conçu par le prodigieux esprit de Christophe Mirambeau, Ă©ternel dĂ©fricheur de trĂ©sors dans un rĂ©pertoire largement peu connu et souvent mĂ©prisĂ© Ă  tort. Christophe Mirambeau est Ă  l’origine notamment des recrĂ©ations mondiales telles que les extraits de Brummel de Reynaldo Hahn (Salle Gaveau, 2012), La Revue des Ambassadeurs de Cole Porter (2012 et 2014, OpĂ©ra de Rennes), Yes de Maurice Yvain dans sa version originale (2016 – FrivolitĂ©s Parisiennes). De plus, Christophe Mirambeau anime très rĂ©gulièrement avec son laboratoire de crĂ©ation et production “Les Grands Boulevards”, les scènes parisiennes avec des rencontres musicales avec des superbes spectacles autour des grandes figures du Music-Hall telles Sacha Guitry, Mistinguett ou les grandes heures du Théâtre du Châtelet (2010).
Tout aussi formidable, l’activitĂ© des enthousiasmantes FrivolitĂ©s Parisiennes qui nous ouvrent avec bonheur tout le rĂ©pertoire de l’opĂ©ra comique, de l’opĂ©rette et du music-hall. Mathieu Franot et Benjamin El Arbi, nous offrent quasiment deux siècles entiers de rĂ©pertoire et la crĂ©ation contemporaine toutes les saisons. “Les Frivos” sont une compagnie dynamique, passionnĂ©e et passionnante. On dĂ©nombre une belle panoplie d’oeuvres qui leur doivent une redĂ©couverte Ă©clatante: L’Ambassadrice d’Auber, Le Petit Faust d’HervĂ©,Bonsoir Monsieur Pantalon de Grisar, Le Guitarrero d’HalĂ©vy, Don CĂ©sar de Bazan de Massenet et très rĂ©cemment le Farfadet d’Adam et Yes de Maurice Yvain. En rĂ©unissant les talents et formant les jeunes solistes dans une AcadĂ©mie, “Les Frivos” nous passionnent encore et encore.
2017 dĂ©bute en rĂ©jouissances dans l’historique Théâtre TrĂ©vise, au coeur festif du Paris Chantant. Paris ChĂ©ries nous prend par la cravate et nous fait voyager dans l’imaginaire sexy et follement frivole de la capitale. Et rien n’est vulgaire pour faire taire toute rĂ©serve moralisatrice. Chaque morceau est d’un coquin subtil, comme le satin des plus belles lingeries. Des chansons, des airs issus des revues et des opĂ©rettes, dont le superbe “Un petit quelque chose” de Van Parys et la dĂ©sopilante Polka des “CĂ©nobites”… Paris ChĂ©ries nous touche dans l’effeuillage du Paris fantasmĂ© et qui devient rĂ©el sous les milliers de lumières de ses nuits.
Sur scène les artistes nous livrent une soirĂ©e euphorisante et l’on retrouve les plus grandes heures du Paris frivole. Tous les solistes ont Ă  la fois le don de la comĂ©die et des voix riches et polychromes. Les deux “leading ladies” LĂ©ovanie Raud et la mythique Charlène Duval sont dĂ©bordantes de sensualitĂ©. Les textes, Ă  l’Ă©quivoque rĂ©jouissant, sont dĂ©livrĂ©s avec une clartĂ© de prosodie incroyable, ce qui augmente l’humour. LĂ©ovanie Raud a la voix de soie et de feu nous transporte notamment dans un extrait des Trois Valses d’Oscar Strauss “C’est un p’tit quelque chose”. Charlène Duval, sensuelle et splendide dans ses numĂ©ros aux airs exotiques et d’un grand raffinement. Les garçons nous Ă©patent tout autant avec des voix bien tournĂ©es et au jeu euphorisant. Pascal Neyron, un très beau meneur de revue, plein d’esprit, Alexis Meriaux Ă  la voix veloutĂ©e et Guillaume Beaujolais aux couleurs chaleureuses et le comique dĂ©sarmant.
Jean-Yves Aizic Ă  l’Ă©nergie hautement communicative et un arrangeur de gĂ©nie, mène du piano, le “Frivol’ensemble” tambour battant. Les musiciens portĂ©s dans la vague envoĂ»tante et charmeuse des musiques de Paris ChĂ©ries, nous communiquent un vrai plaisir de jouer d’une traite cette magnifique revue qui revĂŞt d’un rouge passion la Ville Lumière.
Ne laissez pas passer vous filer entre les doigts la nuisette de Paris! Courrez au Théâtre Trévise avant le 14 janvier!
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PARIS ChĂ©ri(es). Frivol’Ensemble. Jusqu”au 14 janvier au Théâtre TrĂ©vise
Léovanie Raud, Charlène Duval, Pascal Neyron, Alexis Mériaux, Guillaume Beaujolais
Frivol’ensemble (Mathieu Franot & Benjamin El Arbi)
direction et arrangements – Jean-Yves Aizic
Conception, rĂ©pertoire, mise-en-scène – Christophe Mirambeau

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud à Montpellier déploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyé spécial Pedro Octavio Diaz était présent pour plusieurs événements artistiques mémorables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliérenne du Festival Radio France décentralisé, hors de la Maison ronde parisienne… Compte rendu en 3 étapes, 3 programmes diversement évalués… sous le filtre impertinent, critique de notre rédacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. Dès que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchâssĂ© des forĂŞts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumière. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂ´ne, juste avant de tourner vers NĂ®mes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gâtĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Ă‚ge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’ère digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. Après 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael Schønwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rêve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La Flûte d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, L’Indifférent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂŞte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂ®cheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31ème Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂŞveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂŞtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des pièces et musiques qui nous sont familières, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂŞtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂŞve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genèse littĂ©raire de ces nuits oĂą l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mène vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. Grâce Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂ´t cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂŞte, le chef Danois Michael Schønwandt fait un travail fascinant d’orfèvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂ®t Ă  la rĂŞverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

Agnès Pagès-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, après avoir passé par les encens de Bagdad, place à la chinoiserie rêvée des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumières. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grâce Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succès. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mène tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avèrent ĂŞtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂ´le fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la première Ă  la dernière note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vèle ĂŞtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette très rĂ©ussie. De mĂŞme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relève certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne Pagès-Boisset,qui interprète au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂŞte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂ®chi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂŞte bien après la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
Rêveries – Passions
Un Bal
Scène aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂŞme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la première interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprès des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂ´t vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité…. osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

Après les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime pièce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxième partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grâce Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31ème fĂŞte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpèges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’ĂŽle de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂŞvĂ© des contrĂ©es oĂą le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Festival de Beaune 2016 : première soirée ce 8 juillet 2016…

christie420BEAUNE, festival 2016. Temps forts… Ce vendredi 8 juillet 2016, comme tous les ans depuis près de 4 dĂ©cennies (34ème Ă©dition), la magnifique cour des Hospices de Beaune accueille l’opĂ©ra baroque dans toute sa splendeur. HĂ©ritière des puissants ducs de Bourgogne, la volontĂ© musicale de Anne Blanchard, directrice du Festival, sublime la beautĂ© de cette ville de patrimoine et de vigne. Pour cette nouvelle Ă©dition, le Festival de Beaune nous offre une sĂ©rie d’opĂ©ras et d’oratorios baroques interprĂ©tĂ©s par les princes du sang de l’univers baroque. De William Christie (Cantates de Bach, le 22 juillet) Ă  Laurence Equilbey, tous y sont cette annĂ©e. Mais, ce qui est d’autant plus encourageant, parce qu’ils excitent  la curiositĂ© sont deux propositions d’un intĂ©rĂŞt superlatif: la recrĂ©ation du Tamerlano de Vivaldi (le 23 juillet) et la Descente d’OrphĂ©e aux Enfers de Charpentier (le 29 juillet). Le premier sera interprĂ©tĂ© par Thibault Noally et son ensemble Les Accents, en rĂ©sidence Ă  Beaune depuis 2014 et dont l’enthousiasme ne tarit pas depuis la recrĂ©ation en première mondiale de l’oratorio Il Trionfo della Divina Misericordia de Porpora. MĂŞme sentiment enthousiaste pour la fraĂ®cheur incroyable de SĂ©bastien DaucĂ© qui nous prĂ©pare un Charpentier au dramatisme profond, Ă  la fragilitĂ© palpable et touchante. Ce juillet parcourrons les routes ensoleillĂ©es de la Bourgogne, si, au loin, les clochers appellent vers les Ă©tapes d’un voyage au grĂ© des champs, le voyageur s’arrĂŞtera Ă  Beaune, lĂ  oĂą le vin est pourprĂ© de velours et la musique Ă©tincelante comme un ostensoir…

Festival de Beaune 2016, du 8 au 31 juillet 2016. Infos et réservations sur le site du Festival de Beaune 2016

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GRAND ENTRETIEN d’Alain JuppĂ© pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et mĂŞme europĂ©en

GRAND ENTRETIEN avec Alain Juppé pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et même européen. Les Grands entretiens de « politicS », le magazine politique de classiquenews…  Quelle politique culturelle pour la France par Alain Juppé?

 

 

jupe-alain-entretien-sur-la-culture-classiquenews-juin-2016

 

 

La Culture, un enjeu national et européen

La Culture est au coeur du projet politique d’Alain JuppĂ©. Le Maire de Bordeaux prĂ©sente et commente quelques uns des points clĂ©s de son programme pour la culture en France et en Europe : nouveau plan Patrimoine, renforcement de l’enseignement culturel Ă  l’Ecole, nouvelles lois pour le mĂ©cĂ©nat, coopĂ©ration renforcĂ©e entre les Etats europĂ©ens, parce que demain l’Europe doit reprendre la parole sur le plan culturel pour restaurer son identitĂ© et favoriser sa cohĂ©sion…. Visiblement le lecteur de Montaigne et de Proust est inspirĂ© par la question culturelle et il s’en explique pour classiquenews.

 

Dans le cadre de la Primaire Ă  Droite, classiquenews poursuit son grand tour auprès des candidats en lice. Cette semaine, tribune est offerte Ă  l’actuel Maire de Bordeaux, capitale Ă©conomique et surtout culturelle du grand Sud Ouest français. Quelle culture demain en France ? Quels missions et enjeux des projets Ă  rĂ©aliser sur le plan national ? Quelles rĂ©formes d’urgence Ă  accomplir ?… Autant de questions auxquelles Alain JuppĂ© a acceptĂ© de rĂ©pondre et qui rĂ©sonnent comme son programme culturel. Grand entretien pilotĂ© par notre correspondant politique Julien Vallet.  Coordination pour classiquenews : Pedro Octavio Diaz, directeur de la rĂ©daction politique de classiquenews. Retrouvez tous les points phares du programme pour la culture d’Alain JuppĂ©, dans son discours sur la culture prĂ©sentĂ© au Forum d’Avignon (Bordeaux, mars 2016).

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

Quelles valeurs, selon vous, la culture doit-elle préserver et transmettre ?
La culture est pour moi un espace de liberté, de création, d’imagination personnelle, mais elle est aussi ce que nous avons reçu en partage et qui nous unit. C’est, je pense, la définition qu’aurait pu en donner un Montaigne. Ce que doit préserver et transmettre la culture, c’est donc cette capacité et cette envie  – sans cesse renouvelée  – de penser, de rêver, de ressentir des émotions, et au besoin de s’insurger. Dans une société où il est assez tentant de céder au « prêt à penser », les œuvres de l’esprit doivent plus que jamais être des aiguiseurs de conscience. Elles jouent un rôle fondamental dans la construction du jugement libre qui est au fondement de la citoyenneté, mais aussi de la sensibilité sans laquelle notre monde serait déshumanisé. C’est en cela qu’il existe un lien fort, qui mérite, à mon sens, d’être encore resserré, entre la culture et l’éducation.

En quoi la culture peut-elle avoir un rôle sociétal ?
Depuis plusieurs années, nous faisons face à un climat de défiance généralisée dans lequel de multiples fractures érodent l’unité de notre pays. Nous regardons peu à peu disparaître notre capacité à nous projeter et à espérer ensemble. Or, je suis intimement convaincu que nous ne parviendrons pas à combler ce manque de sens, à redonner corps à notre destin collectif sans replacer la culture au cœur de notre projet de société. Nous avons besoin d’un nouvel élan partagé qui, pour réussir, ne pourra, loin de là, être seulement économique. Je crois à la culture comme antidote au désenchantement et à la fragmentation de notre société. L’année, aussi terrible qu’éprouvante, que nous venons de traverser nous a montré combien la culture était source de réconfort individuel et collectif mais également puissant ferment de rassemblement, de résistance face à la barbarie et d’espoir.

Un exemple concret d’une politique culturelle exemplaire pour vous ?
Les exemples sont nombreux et je crois que, dans ce climat de dénigrement permanent, il faut le dire et être fiers de ces belles réussites. Si je suis contraint de n’en choisir qu’un exemple, je retiendrais peut-être la politique de soutien au cinéma. Même si des améliorations sont toujours possibles, la France, dans un partenariat exemplaire entre les professionnels et les pouvoirs publics, a su se doter, avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), d’d’une institution remarquable, qui a permis de développer des instruments variés de soutien, de l’écriture à l’exploitation, en passant par la production et la distribution des films. Alors que les productions nationales ont quasi disparu chez certains de nos grands voisins, notre pays dispose d’une industrie cinématographique d’une vitalité exceptionnelle. Notre cinéma est une référence dans le monde entier. Nous disposons de formations reconnues pour leur sérieux, d’un maillage territorial de salles dense et d’équipements de bonne qualité. Notre pays est aujourd’hui le deuxième exportateur de cinéma, derrière les États-Unis. Nous avons également su inventer mais surtout préserver et renouveler des évènements internationalement reconnus : je pense à Cannes. Exemplaire par l’étendue du public auquel elle s’adresse, cette politique a su promouvoir l’exigence et la diversité des œuvres, sans exclure et sans ériger des barrières esthétiques infranchissables entre les spectateurs.

 

Y a-t-il un projet culturel, un type d’événement culturel qui n’existe pas encore auquel vous pensez et que vous aimeriez demain défendre ?
Je crois que la culture a beaucoup souffert depuis plusieurs décennies d’une course effrénée à l’évènementiel, à une certaine surenchère médiatique plutôt qu’à la valorisation de l’existant ou à la promotion des actions de fond, moins immédiatement visibles La politique culturelle que j’entends proposer sera ambitieuse mais pas capricieuse ni superficielle. Si vous me demandez si je compte me lancer dans un nouveau grand chantier culturel  à la manière des années 80, je vous réponds que la France dispose déjà de superbes équipements. Souvent construits sans en anticiper le coût de fonctionnement et de maintenance ; ce sont eux qui aujourd’hui, dans un contexte budgétaire contraint, doivent être soutenus en priorité afin d’en assurer la transmission aux générations futures.
Si une initiative nouvelle doit aujourd’hui être prise, elle devra, à mon sens, être européenne, car l’Union, en proie à une grave crise d’identité, a besoin de montrer qu’elle défend la culture. Ma première initiative en la matière sera de réunir les grands créateurs européens pour réfléchir avec eux à la définition et au lancement d’un « Erasmus culturel ». La France, qui a toujours mené ces combats dans le passé, a vocation à prendre la tête d’une coalition pour rappeler qu’il existe une « Culture de l’Europe » et faire émerger une « Europe de la culture ». Un « agenda culturel européen » devrait prendre de nouvelles initiatives, grâce à une relation franco-allemande renforcée, en matière de création, d’échanges et de formation, de valorisation du patrimoine européen. La chaîne Arte nous donne en la matière un magnifique exemple de ce qu’une coopération européenne peut offrir de meilleur.

DEUXIEME PARTIE

 

Y a-t-il une politique culturelle de gauche et une politique culturelle de droite selon vous ?
Faut-il être de droite pour aimer Chateaubriand ou Céline, faut-il être de gauche pour aimer Zola ou Rimbaud ? La vraie culture ignore le sectarisme politique. Pour autant, il existe des nuances ou même des oppositions. Ainsi la droite est-elle portée à manifester un plus grand souci du patrimoine, tandis que la gauche met davantage l’accent sur la démocratisation de la culture ou le multiculturalisme. Pour moi, j’entends dépasser ces clivages : une politique culturelle réussie est une politique qui veut toucher le plus grand nombre tout en visant au plus haut et en s’adaptant aux enjeux de notre temps. Une politique culturelle intelligente au XXIème siècle doit être une politique capable de fédérer les énergies entre un État stratège, des collectivités territoriales dynamiques, et l’initiative privée que, loin de redouter, nous devons au contraire mobiliser en faveur de ce bien commun qu’est la culture. À ce titre, je souhaite mettre en place un acte II du mécénat et de l’initiative privée afin de renforcer la législation de 2003, mise en œuvre à l’initiative de Jacques Chirac et Jean-Jacques Aillagon, reconnue comme l’une des meilleures au monde et d’en accentuer les effets d’entraînement.

 

Quelles sont vos propositions pour la politique culturelle en France ?
Avant tout, il me semble important que la politique culturelle de la France retrouve un sens et un cap afin de rompre avec cinq années de discours convenus et de lois fourre-tout. Je ne pourrai pas dans le cadre de cette interview développer l’ensemble des mes propositions pour la culture. Je renvoie donc vos lecteurs intéressés à la brochure que nous venons de publier dans ce domaine. Comme je l’ai dit publiquement lors du forum d’Avignon qui s’est tenu à Bordeaux, je veux mettre la culture au cœur de mon projet politique national et européen. Outre la remise à niveau du budget du ministère de la culture, mon programme s’articule autour de trois enjeux essentiels : un enjeu de transmission et de partage ; un enjeu de création et un enjeu de rayonnement.
En matière de transmission et de partage, je veux, dans le cadre de ma priorité à l’éducation, placer l’éducation artistique et culturelle (EAC) au centre de mon projet. En dépit des grandes proclamations, les progrès réalisés ces dernières années restent insuffisants. Il faut aller au-delà de quelques expériences ponctuelles proposées aux élèves. Je souhaite que l’histoire des arts soit mieux intégrée dans les cours d’arts plastiques au collège et dans les programmes d’histoire au lycée. Il faut pour cela engager un plan de formation des enseignants en matière d’EAC, associé à la création d’un CAPES et d’une agrégation d’histoire des arts. Il est également important d’accompagner les établissements scolaires, qui se verront confier l’organisation de la dotation horaire globale des enseignements, afin qu’ils disposent d’outils pour mieux assurer la présence de l’éducation artistique et culturelle à l’école et dans le champ des activités périscolaires. Je souhaite également favoriser les échanges et les partenariats avec les orchestres, les formations musicales, les lieux de théâtre dans toute leur diversité afin que les artistes interviennent au sein des établissements scolaires. Bien entendu, cette politique s’inscrit dans ma vision globale de l’éducation qu’elle vise à compléter et à enrichir : la culture que devraient partager tous les jeunes Français, dans mon projet pour l’Ecole, c’est bien sûr aussi la familiarité avec les grands textes de notre littérature, la connaissance des grands moments de notre histoire et de notre géographie, l’ouverture aux sciences et à leurs questionnements les plus actuels
En matière de création, il me semble primordial de faire contribuer les acteurs transnationaux de l’Internet au financement de la production des contenus culturels et à la modernisation des réseaux numériques, en fiscalisant d’abord leurs activités en France. Je souhaite également renforcer et moderniser les dispositifs d’insertion professionnelle grâce à un meilleur partenariat entre les structures existantes, les écoles de formation et les entreprises culturelles. J’entends aussi soutenir l’entrepreneuriat culturel, en créant par exemple un outil consacré à l’amorçage des entreprises du secteur destiné à financer des projets ou produits culturels innovants.
Enfin, en matière de rayonnement, nous devons conforter l’attractivité culturelle dont jouit notre pays. Pour cela, je propose, entre autres, de construire un partenariat stratégique pour la promotion de la langue française associant acteurs publics et privés (notamment du secteur audiovisuel et des télécommunications), ainsi qu’une politique audiovisuelle extérieure française adaptée à la forte demande de programmes français en Afrique. Il nous faudra aussi poursuivre nos combats historiques au service d’une Europe de la création et de la diversité : la défense du droit d’auteur aujourd’hui menacé ; la lutte contre le piratage et la contrefaçon ; l’harmonisation de la fiscalité sur les biens culturels et la presse et la sauvegarde de notre diversité dans les accords commerciaux internationaux et dans la négociation du TAFTA.
Ce ne sont lĂ  que quelques pistes parmi les propositions que je souhaite mettre en Ĺ“uvre pour redonner un nouvel Ă©lan Ă  notre politique culturelle.

 

Quels sont les domaines qui doivent être impérativement réformés ?
Je ne citerai qu’un exemple ici. Depuis 2012, les moyens consacrés à la politique du patrimoine ont supporté l’essentiel des baisses de crédit du ministère de la Culture. Ce domaine a dû faire face à des à-coups dévastateurs pour les chantiers comme pour les entreprises. Or, notre patrimoine est non seulement un enjeu de civilisation mais également un formidable levier de croissance pour notre économie. Il me semble indispensable d’engager un Plan Patrimoine sur dix ans, qui comprendra une remise à niveau des crédits dédiés aux monuments historiques, un partenariat renouvelé avec les propriétaires privés et les collectivités territoriales ainsi qu’un important volet de formation de main-d’œuvre spécialisée dans le bâtiment et la restauration afin d’encourager la création d’emplois dans ces métiers de tradition.
Parallèlement, nous organiserons dans chaque région des assises régionales du patrimoine, associant tous les acteurs publics et privés concernés, afin de mieux articuler politique du patrimoine, politique de l’urbanisme et politique de la ville et mettre ainsi en œuvre un développement véritablement durable.
Enfin, nous veillerons à ce que la Fondation du patrimoine dispose effectivement des ressources qui lui sont affectées (fraction du produit des successions laissées en déshérence) afin d’augmenter le nombre de projets de restauration du patrimoine local.

TROISIEME PARTIE

 

Vous avez proposé en 2009 avec Michel Rocard la numérisation massive du « patrimoine culturel français ». Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Je reste intimement persuadé que le numérique est une chance sans précédent de transmission et de partage de notre culture, comme le prouve par exemple le succès de Gallica, avec ses 3,5 millions de documents et d’œuvres en ligne issus de la BnF et de 270 autres bibliothèques françaises. Les potentialités offertes par le numérique restent cependant insuffisamment exploitées en France. C’est pourquoi je propose un programme de numérisation massive et de référencement méthodique de notre patrimoine culturel dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. Parallèlement, la France devra être à l’initiative de la création de champions numériques culturels qui ne pourront exister qu’au niveau européen (développement de plateformes françaises et européennes). Or, il n’y a aujourd’hui aucune stratégie européenne organisée et offensive en la matière, coordonnant effort public et initiative privée et capitalisant sur les succès, notamment français comme Deezer et Dailymotion.
Bordeaux est une ville laboratoire dans le domaine des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques. En tĂ©moigne la vitalitĂ© de la rĂ©cente « Semaine digitale », qui a croisĂ© des univers artistiques singuliers (mapping, installations sonores, concerts, expositions) avec le monde des entreprises digitales. Pour ce qui relève de la numĂ©risation patrimoniale, je citerai volontiers l’exemple des “Essais” de Montaigne dont l’Ă©dition originale a fait l’objet d’un traitement numĂ©rique, rendant accessible sa lecture au plus grand nombre, autour de l’exposition “Montaigne superstar” organisĂ©e par le rĂ©seau des bibliothèques et des mĂ©diathèques de Bordeaux Ă  l’automne prochain.

 

Comment expliquer l’échec de Bordeaux à devenir capitale européenne de la culture, à l’inverse de Lille ou de Marseille ?
Les critères de sĂ©lection des capitales europĂ©ennes de la culture ont considĂ©rablement Ă©voluĂ© après Lille 2004. Aujourd’hui, de nombreuses villes se portent candidates, lors des annĂ©es dĂ©signĂ©es pour leur pays (toujours croisĂ©es avec un pays nouvellement entrĂ© dans l’Union). A l’Ă©poque de la candidature pour 2013, le jury s’Ă©tait clairement exprimĂ© sur le fait que Marseille semblait en avoir plus « besoin » que Bordeaux puisque prĂ©sentant un moindre degrĂ© de structuration du rĂ©seau culturel. La dimension mĂ©diterranĂ©enne du projet portĂ© par Marseille a certainement jouĂ© Ă©galement, dans un contexte oĂą le frĂ©missement des printemps arabes commençait Ă  se faire sentir. Pour autant, le travail de prĂ©paration dĂ©ployĂ© Ă  Bordeaux au moment de la candidature a portĂ© ses fruits et a permis d’identifier de nouveaux projets, tels la CitĂ© du Vin qui vient d’ouvrir.
Sur le fond, je me demande si, comme le suggèrent certains, le concept ne devrait pas évoluer. Pourquoi ne pas désigner chaque année une capitale nationale de la culture, comme le fait déjà l’Italie ?

 

Les différents jumelages de Bordeaux avec d’autres grandes villes (Munich, Québec, Cracovie, etc.) remplissent-ils une fonction culturelle ?
Bordeaux entretient un rapport actif sur le plan culturel avec un certain nombre de ses villes jumelles. Je citerai ainsi le projet Bordeaux-Los Angeles, qui a fĂ©dĂ©rĂ© nos Ă©tablissements culturels, MusĂ©e des Beaux Arts, CAPC etc. et qui a permis l’accueil d’artistes en rĂ©sidence croisĂ©e entre les deux villes en 2013. Un jumelage très vivant est Ă©galement en place avec la Ville de Fukuoka au Japon avec laquelle nous sommes en train de construire un programme autour de la musique contemporaine et de l’enseignement musical, qui devrait dĂ©boucher sur l’organisation d’un concours international de composition.

 

Le festival d’art contemporain Evento présente un bilan en demi-teinte, il a même connu une fréquentation en baisse en 2011 pour la deuxième édition. Comment expliquer ces mauvais résultats ? Y aura-t-il une troisième édition d’Evento ?

Evento a Ă©tĂ© une Ă©tape qui avait justement  pour objet de crĂ©er une dynamique sur notre territoire et d’ĂŞtre la partie Ă©mergĂ©e d’un travail poursuivi Ă  l’annĂ©e. Le coĂ»t d’une manifestation de ce type reste Ă©levĂ©. Il Ă©tait peu compatible avec les contraintes budgĂ©taires auxquelles il faut faire face aujourd’hui. NĂ©anmoins, les rĂ©sultats artistiques et les propositions se rĂ©vèlent au fil des annĂ©es pertinents et en parfaite harmonie avec le territoire : Anri Sala Ă  la Salle des FĂŞtes du Grand Parc en 2009 ou Jeanne van Hesswijk Ă  la Halle des Douves en 2011 ont contribuĂ© au renouveau de chacun de ces quartiers et ont prĂ©figurĂ© ces Ă©quipements aujourd’hui rĂ©novĂ©s ou en cours de rĂ©novation. En ce sens, l’apport d’Evento ne se mesure pas seulement en termes de frĂ©quentation mais aussi Ă  la rĂ©-interprĂ©tation de notre territoire et Ă  la rencontre artistique. La passerelle de Tadasho Kawamata reste ainsi dans tous les esprits, Ă©voquant dĂ©jĂ  l’ensemble des ponts qui vont rapprocher les deux rives de la Garonne. Aujourd’hui l’enjeu n’est pas de faire ou non un troisième Evento mais de faire vivre le territoire.
Outre la prĂ©servation du budget culturel de Bordeaux, j’ai souhaitĂ© que la Ville imagine une saison culturelle autour du thème « Paysages », qui verra le jour entre le 25 juin et le 25 octobre 2017, Ă  l’occasion de l’arrivĂ©e de la LGV sur le territoire de Bordeaux et de sa mĂ©tropole. C’est un exemple atypique et crĂ©atif de fĂ©dĂ©ration d’acteurs culturels, dans tous les champs disciplinaires, rassemblĂ©s autour d’un thème partagĂ©, celui des « Paysages ». Ainsi, expositions, installations dans l’espace public, balades sonores, concerts, lectures, spectacles, objets culturels circulants composeront un vaste programme invitant le public Ă  la dĂ©couverte culturelle du territoire.

 

En tant que maire de Bordeaux depuis 1995, quelle est votre plus grande réussite ? Votre plus grand regret s’il y en a un ?
Sans aucun doute la mĂ©tamorphose des quais de la Garonne et leur rĂ©appropriation par les Bordelais. Ce dĂ©fi a changĂ© le visage de la ville. Il  a rendu sa fiertĂ© Ă  ses habitants. Je dis souvent que c’est notre Guggenheim Ă  nous, tant ce succès impressionne et attire les visiteurs du monde entier. Plus rĂ©cemment c’est l’ouverture de la CitĂ© du Vin -produit de haute culture s’il en est et Ă  tous les sens du terme ! – qui va marquer les esprits et renforcer la dynamique dont bĂ©nĂ©ficie notre ville. Il n’y a pas de regret car je n’ai pas encore Ă©puisĂ© mes rĂŞves, en particulier celui d’un grand musĂ©e des beaux-arts, reliant les deux ailes du musĂ©e actuel. Nous n’avons pas encore trouvĂ© le montage idĂ©al et de nombreux autres projets sont en cours (notamment la rĂ©novation du Museum, la construction d’une nouvelle mĂ©diathèque Ă  CaudĂ©ran, la rĂ©novation de la salle des fĂŞtes du Grand Parc, etc.). Mais cela viendra sans doute un jour prochain.

 

Vous êtes parfois accusé de prôner une conception élitiste de la culture en favorisant par exemple le Grand Théâtre avec 20 millions d’euros de subventions, au détriment du Centre d’art plastique contemporain (CAPC). Que répondez-vous à ces critiques ?
D’abord, il ne s’agit pas de 20 millions d’euros. La RĂ©gie personnalisĂ©e de l’OpĂ©ra de Bordeaux (qui regroupe 2 salles, l’Auditorium et le Grand Théâtre, pour 3 forces artistiques, l’orchestre, le chĹ“ur et le ballet) reçoit une subvention d’environ 15 millions d’euros de la Ville de Bordeaux (un peu plus de 16 M€ en intĂ©grant les transferts de charges). Ensuite, nous avons sur notre territoire un de 5 opĂ©ras nationaux français qui emploie donc plus de 450 personnes et son budget reste dans la moyenne des opĂ©ras de mĂŞme taille gĂ©rant qui plus est deux grandes salles.
Ensuite, l’OpĂ©ra de Bordeaux fait partie de l’ADN culturel de notre Ville comme le CAPC, mais aussi comme les musiques actuelles. Bordeaux est une ville « Rock », qui a vu naĂ®tre Noir DĂ©sir et aujourd’hui Odezenne ou la BD. Les efforts restent importants pour tous les Ă©tablissements culturels qui participent au rayonnement de la Ville de Bordeaux. Nous poursuivons Ă©galement toute une politique orientĂ©e vers le soutien Ă  la crĂ©ation, vers des champs artistiques spĂ©cifiques comme le Street Art, dont nous lançons une première grande saison dès cet Ă©tĂ©. Au total, la subvention Ă  notre OpĂ©ra ne reprĂ©sente que 20 % du budget culturel de la ville.

 

Quelle vision de la culture portez-vous sur le long terme Ă  Bordeaux ?
Depuis deux ans, la Ville de Bordeaux s’attache à mettre en œuvre les 3 nouvelles orientations culturelles, débattues et partagées par le Conseil Municipal : « Donner l’envie de Culture à tous », « Favoriser la création et l’innovation », « La Culture facteur d’attractivité et de rayonnement ». Cette ambition, si elle s’appuie sur les artistes, est destinée à tous les bordelais, et peut-être davantage encore à ceux qui s’en sentent éloignés. La tâche est immense, particulièrement dans un contexte financier incertain.
Les grandes villes sont les premiers financeurs de la Culture en France. Comme elle s’y était engagée, la Ville développe ses ressources propres (notamment grâce aux nouveaux tarifs de location des espaces culturels), le mécénat et le financement participatif (avec la reconduction et le développement du Ticket Mécène).
C’est notamment du dialogue entre l’impulsion politique et la totale liberté de création laissée aux acteurs que naît la politique culturelle. La Ville s’attache à généraliser des réflexes devenus indispensables, pour elle-même et pour les opérateurs de son territoire, afin de continuer à faire mieux, avec parfois moins ou autant : mutualisations, partenariats, changement d’échelle territoriale et décloisonnement en sont les maîtres-mots.

Est-ce que Bordeaux a été pour vous un laboratoire pour la politique culturelle au niveau national ?
Un Maire est un élu de proximité, apprécié de nos concitoyens. Il dispose de nombreux leviers pour agir. Dans le domaine culturel, je me suis toujours attaché à faire vivre la culture, 365 jours par an, en donnant une forte priorité à l’éducation artistique et culturelle. La Ville s’est dotée d’un fonds d’aide à la création artistique qui est passé de 150 000 € en 2013 à 650 000 € en 2016 pour soutenir toutes les formes d’art.
J’ai récemment lancé un plan en faveur de l’équité culturelle pour agir, à mon niveau, à la suite des cruels évènements qui ont endeuillé le France en 2015. 17 actions qui nous permettront de renforcer nos actions culturelles dans les quartiers. Ne l’oublions jamais : la culture est une réponse essentielle en ces temps troublés.
Enfin, depuis 1995, j’ai souhaité donné une priorité forte à la lecture publique : Bordeaux dispose d’un remarquable réseau de 10 bibliothèques de quartier, premier maillage culturel de la ville. Mais aussi au Patrimoine : Bordeaux est la ville de France qui dispose du plus grand nombre de monuments classés ou inscrits au titre des monuments historiques après Paris.
Ces axes sont bien sûr des politiques que je défendrai demain au niveau national, comme je l’ai rappelé lors de mon discours d’ouverture du Forum d’Avignon à Bordeaux.

 

Vous avez reçu le soutien de Christine Albanel, elle-même ancienne ministre de la Culture et membre de la famille chiraquienne, pour la primaire de 2016. Est-ce que ce type de soutien compte pour vous ?
Je connais Christine Albanel depuis longtemps. Non seulement c’est une amie, de longue date mais c’est aussi une personnalité dont j’apprécie la vaste culture, la finesse des analyses et l’acuité du regard sur le temps et sur le monde. Elle dispose d’une solide expérience acquise dans la sphère publique et aujourd’hui dans l’entreprise. C’est une chance de l’avoir à mes côtés.

 

Pourquoi parlez-vous si peu finalement des livres que vous avez lus et des films que vous avez vus, à l’inverse d’un Nicolas Sarkozy par exemple ?
Dans le Temps retrouvé, Marcel Proust dit que l’art véritable s’accomplit dans le silence. Il en va de même de la pratique… Plus sérieusement, dans un monde politique très corseté, je m’accorde encore une petite liberté, celle de soustraire à tout impératif médiatique mes choix culturels, mes coup-de cœur et parfois aussi… mes irritations. Je vous rassure, ils sont nombreux. Et il m’arrive quand même parfois, non seulement d’écrire et de publier, mais aussi d’exprimer mes passions. J’ai ainsi beaucoup apprécié tout récemment Britannicus à la Comédie-Française, belle réflexion sur le pouvoir, ses enjeux et ses tensions.

 

Propos recueillis par notre correspondant Julien Vallet en juin 2016

 

RÉSUMÉ

PREMIERE PARTIE. Adepte du jugement libre pour une culture rĂ©humanisĂ©e, Alain JupĂ© dĂ©fend la culture comme idĂ©al pour s’insurger contre le prĂŞt Ă  penser ou la pensĂ©e unique… RĂ©concilier culture et Ă©ducation, transmettre les valeurs fondamentales, encourager la capacitĂ© Ă  se projeter ensemble, restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©sion national Ă  l’heure oĂą tout les menace… La politique en faveur du cinĂ©ma restent exemplaires en France, et si demain l’Europe devait se redĂ©finir, elle aurait grand intĂ©rĂŞt Ă  le faire sur le plan culturel : fonder le concept d’un “Erasmus culturel” serait intĂ©ressant quand le modèle de la chaĂ®ne culturelle ARTE reste elle aussi une preuve Ă©loquente de ce que peut produire la coopĂ©ration entre les nations.
DEUXIEME PARTIE. Plus concrètement, Alain JuppĂ© entend rĂ©flĂ©chir Ă  un acte II de la politique du mĂ©cĂ©nat pour faire Ă©voluer encore la loi 2003 ; si la Culture est bien au centre de son programme national et europĂ©en, il s’agit de dĂ©velopper pratiquement les projets en faveur de l’Ă©ducation, la crĂ©ation et le rayonnement de la culture française partout dans le monde. Un nouveau plan patrimoine sur 10 ans doit aussi ĂŞtre lancer
TROISIEME PARTIE. Bilan sur la numĂ©risation du patrimoine culturel lancĂ© avec Michel Rocard en 2009… En souhaitant faire de Bordeaux, une capitale internationale des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques, Alain JuppĂ© entend dĂ©velopper considĂ©rablement le numĂ©rique sur le plan culturel car c’est un media de transmission au potentiel exceptionnel. Quels sont Ă  Bordeaux les chantiers porteurs d’enseignement et d’avenir ? Jumelage avec des villes Ă©trangères, bilan sur Evento, place de l’OpĂ©ra dans le budget municipal, orientations stratĂ©giques culturelles pour Bordeaux dans les annĂ©es futures…

 

 

VISITEZ le site officiel d’Alain JupĂ© : www.alainjuppe2017.com

 

 

politicS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-Frédéric Poisson #1

poisson-jean-frederic-politics-CULTURE-classiquenewspoliticS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson #1/2. A partir de Juin 2016, CLASSIQUENEWS offre la parole aux politiques qui nous parlent Culture. Dans le cadre de la Primaire de la Droite, rencontre avec les candidats dĂ©clarĂ©s, tour d’horizon de leur programme respectif pour la Culture en France… Pour la première fois de son histoire, la Droite française organise en novembre 2016 une Primaire pour dĂ©signer son poulain pour l’ElysĂ©e. L’occasion pour Classiquenews d’interroger les diffĂ©rents candidats en lice, sur leurs conceptions, leurs ambitions, leurs projets pour la Culture. RĂ´le de la culture dans la sociĂ©tĂ©, place du Ministère de la Culture, goĂ»ts et affinitĂ©s artistiques… dans « politicS », les politiques nous parlent culture.  Aucun sujet n’est laissĂ© de cĂ´tĂ©. « politicS » : un nouveau magazine vidĂ©o conçu par classiquenews, une nouvelle sĂ©rie d’entretiens Ă  dĂ©couvrir tout au long de la campagne jusqu’au scrutin final, le 27 novembre 2016.

JEAN-FREDERIC POISSON : Surtout connu du grand public pour son opposition au mariage gay, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson s’est lancĂ© dans la course Ă  la primaire de la droite en septembre 2015 – une annonce faite d’ailleurs dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, classĂ© Ă  droite. DĂ©putĂ© LR, ancien maire de Rambouillet dans les Yvelines, il a succĂ©dĂ© en 2013 Ă  Christine Boutin Ă  la tĂŞte du Parti chrĂ©tien-dĂ©mocrate Ă  la suite de la dĂ©mission de cette dernière. Comme son concurrent HervĂ© Mariton, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson compte parmi les partisans de la suppression pure et simple du ministère de la Culture qui “ne sert Ă  rien”, d’après lui. S’il estime que le patrimoine devrait ĂŞtre sous la supervision du Premier ministre, selon lui, la culture ne devrait pas relever du ressort de l’Etat, avait-il expliquĂ© en mai dernier”. RĂ©dacteur : Julien Vallet, journaliste © studio CLASSIQUENEWS — juin 2016

SOMMAIRE / sujets et thĂ©matiques dans ce premier volet : les valeurs de la Culture (autonomie de l’esprit, Ă©lĂ©vation de l’âme…) ; le rĂ´le sociĂ©tal de la Culture ; la Culture dans les anciens rĂ©gimes : un Ă©quilibre exemplaire ; pourquoi  il faut supprimer le Ministère de la Culture (4mn27) ; le statut des intermittents (5mn20) ; le mĂ©cĂ©nat privĂ© (6mn44) ; Conserver et prĂ©server le patrimoine est la seule action qui relève de l’Etat… (8mn08)…

VOIR aussi dans le cadre de notre tour d’horizon des candidats pour la Primaire de la Droite : HervĂ© Mariton volets 1 et 2

Compte rendu critique, opéra. Massy, Opéra, le 20 avril 2016. Janacek : La Petite renarde rusée. Arcal. Louise Moaty, Laurent Cuniot

arcal janacek petite renarde rusee le renard Ă  lunettesAu coeur des champs et des forĂŞts, lorsque l’habitation humaine cède aux pâturages, aux arbres et aux coteaux boisĂ©s, nul doute pour le promeneur alerte qu’il est observĂ©. Le parti pris de passer son chemin et ne pas s’arrĂŞter ne permettra jamais de se soucier si sous la voĂ»te des arbres se trouve le verdoyant pivert et son oeuvre de menuiserie; le perspicace geai bavard et colorĂ©; le perçant autour aux ailes d’airain ou derrière l’ombre d’un chĂŞne, la silhouette fuyante d’un chevreuil alerte. Et dans les champs, l’Ă©clair roux d’un goupil que les fabliaux du Moyen-Ă‚ge ont dĂ©clinĂ© en vers et chants de geste. C’est au XXème siècle qu’un visiteur inattendu a repris le flambeau de la voix animale, Leos Janacek, parcourant les forĂŞts de Bohème et de Moravie, s’Ă©lance dans une vibrante contemplation, une ode aux valeurs profondes de la nature, la libertĂ© et la rĂ©gĂ©nĂ©ration.

L’animal est un homme comme les autres

Tout comme Rostand dans son Chantecler (1910), Janacek offre Ă  l’animal une voix et une sensibilitĂ© bien plus profonde que certains humains lourds de cuistrerie dans son opĂ©ra. Contrairement Ă  Chantecler, tirade de basse-cour aux accents rĂ©vanchards, La Petite Renarde RusĂ©e est une porte ouverte Ă  la comprĂ©hension profonde de la nature. En effet on arrive beaucoup plus vite Ă  comprendre par cette narration le cycle de la vie que finalement, l’homme par sa maladresse et sa ladrerie brise.

Pour cette production L’ARCAL, compagnie lyrique aux projets passionants dirigĂ©e par Catherine Kollen, propose une lecture extrĂŞmement fine et puissante d’une oeuvre que l’on a si souvent bâclĂ©e. En effet dans des productions passĂ©es, l’animal est grimĂ© par des accessoires Ă  foison et force maquillage qui lui Ă´tent toute humanitĂ© et donc la pertinence du manifeste de Janacek, auteur du livret. Catherine Kollen rĂ©unit autour d’elle une Ă©quipe artistique d’un niveau d’excellence et offre aux artistes le terreau parfait pour Ă©panouir leur indĂ©niable talent.

arcal janacek petite renarde petiterenarde4-362x436-78887La retranscription de cette contemplation est dĂ©volue Ă  Louise Moaty. En reprenant des techniques issues de son spectacle magique de la Lanterne, qui poursuit sa route de succès, et mĂŞlĂ©es Ă  l’inspiration cinĂ©matographique de la Belle Epoque, Louise Moaty rĂ©veille les points les plus sensibles de cette rĂŞverie. On rĂ©ussit Ă  s’identifier Ă  l’animal, Ă  excuser au chasseur balourd et ĂŞtre transportĂ© dans les champs avec les insectes, les oiseaux et les crĂ©atures du bois. Grâce Ă  Louise Moaty, l’oeil du renard nous transmet des sentiments qui nous touchent, la langue tchèque devient intelligible et rĂ©vèle les profondes beautĂ©s de la musique. La Petite Renarde, dans le regard de Louise Moaty rĂ©vèle sa vĂ©ritable renaissance comme un chef d’oeuvre d’humanitĂ© et un captivant tĂ©moignage de l’importance de l’environnement pour notre propre Ă©volution. De plus, lors de la scène phare de l’opĂ©ra, le mariage de la Petite Renarde, le public porte une paire d’yeux incarnant les regards des animaux de la forĂŞt dans la nuit, le public devient aussi animal et scelle son lien avec la nature. Louise Moaty nous offre encore une fois un moment, un rĂŞve, un instant captivant qui interroge notre propre humanitĂ©, Ă  travers l’oeil de l’animal qui nous observe tapi dans sa libertĂ©.

CĂ´tĂ© solistes, nous sommes gâtĂ©s avec des voix indĂ©niablement marquantes et touchantes. Philippe-Nicolas Martin, campe un Garde-Chasse maladroit mais attachĂ© avec ferveur Ă  la nature qui l’appelle vers un dĂ©sir de libertĂ© au coeur des bois. Il dĂ©veloppe tout du long les nuances dans sa voix d’un grave veloutĂ©.

Avec autant d’assurance, la protagoniste aux agilitĂ©s tels des bonds de renard, la soprano japonaise Noriko Urata Ă©veille ainsi toute la sensibilitĂ© et la soif de libertĂ© de la Renarde. Espiègle et rĂŞveuse Noriko Urata rĂ©ussit Ă  nous attacher Ă  son personnage avec une pertinente sensibilitĂ©.

Aussi profonde est la poésie de Caroline Meng, incarnant le Renard. A la fois tombeur à la fourrure mordorée et amoureux transi de sa belle rouquine, la mezzo-soprano ne démérite pas dans les accents et le lyrisme de son chant.

Incarnant le malheureux Instituteur, Paul Gaugler anime son timbre ciselé de ténor avec une verbe et une véritable excellence. On retrouve avec plaisir une expressivité solaire et herculéenne qui sculptent la partition de Janacek sans perdre les nuances du texte.

Wassyl Slipak offre Ă  ses multiples incarnations Ă  la fois les accents du bourru chez le Blaireau et la barbarie de Harasta. A la fois excellent acteur et puissante basse, il rĂ©veille dans le combat avec la Renarde un semblant d’inquiĂ©tude.

Françoise Masset nous offre une belle prestation dans plusieurs rôles, Sylvia Vadimova émeut et nous déploie une voix pleine de contrastes et de couleurs. Dans les rôles des animaux de la forêt, coryphées de la fable de la Renarde, on retrouve des voix aux accents touchants, Sophie-Nouchka Wernel et Joanna Malewski.

En fosse, reprenant une version rĂ©orchestrĂ©e pour 16 musiciens, Laurent Cuniot mène avec adresse et une prĂ©cision rythmique sans pareil son talentueux ensemble TM+. En effet l’ensemble de Nanterre, propose une lecture touchante, alerte et richement multicolore de la partition de Janacek. De ce fait, malgrĂ© la rĂ©duction, l’orchestre est beaucoup plus malĂ©able aux murmures de la nature que Janacek a semblĂ© retranscrire dans sa partition. TM+ nous renouvelle un voeu de restitution fraĂ®che et la Petite Renarde ici semble retrouver une jeunesse crĂ©ative sans pareil.

Après cette reprĂ©sentation, alors que la nuit perlĂ©e de pluie embrasse la ville de Massy, on commence par se demander si, derrière les haies qui bordent les autoroutes, quelques bĂŞtes aux yeux alertes ne nous observent avec une certaine curiositĂ©, mais toujours avec la bienveillance des ĂŞtres en Ă©ternelle dĂ©couverte, ivres de la libertĂ© au coeur des coffres verts des campagnes et des bois. La musique de Janacek fit son oeuvre, germant dans les coeurs la conscience que l’animal n’est que bĂŞte par rapport Ă  notre propre maladresse. La rĂŞverie bucolique accompagna Janacek jusqu’Ă  Brno, oĂą, près d’un monument Ă  sa gloire, nulle statue, nul buste, mais un rocher sur lequel la belle Renarde de bronze veille farouchement sur celui qui lui offrit non point la parole humaine, mais l’immortalitĂ© de la musique et du chant.

La Petite Renarde RusĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Massy, le 20 avril 2016.

Noriko Urata, soprano : Renarde
Caroline Meng, soprano : Grillon, Coq, Renard
Philippe-Nicolas Martin, baryton : Garde-Chasse, un animal de la forĂŞt
Wassyl Slipak, basse : Blaireau, Curé, Harasta (Le Vagabond)
Sylvia Vadimova, mezzo-soprano : Lapak (Le Chien), une poule, Aubergiste, Pic-vert, un animal de la forĂŞt, un renardeau
Françoise Masset, mezzo-soprano : Femme du Garde-Chasse, une poule, Chouette, un animal de la forêt, un renardeau
Paul Gaugler, ténor : Moustique, Instituteur, un animal de la forêt
Sophie-Nouchka Wemel, soprano : Crapaud, Frantik, Geai, une poule, un animal de la forêt, un renardeau
Joanna Malewski, soprano : Sauterelle, Pepik, Poule Huppée, un animal de la forêt, un renardeau
version réorchestrée à 16 musiciens par Jonathan Dove
TM+ ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui – Laurent Cuniot, direction

Direction artistique : Arcal - Catherine Kollen
Mise en scène : Louise Moaty
Conception vidéo et conseil : Benoît Labourdette
Collaboration scénographie et costumes : Adeline Caron & Marie Hervé
Lumière : Nathalie Perrier
Maquillage : Elisa Provin
Conseil musical et linguistique : Irène Kudela
Chef de chant : Nicolas Jortie
Collaboration à la mise en scène : Florence Beillacou
Construction du décor et régie générale : Stéphane Holvêque
Fabrication des marionnettes : Marie Hervé
Fabrication des costumes et accessoires : Julia Brochier et Louise Bentkowski
Conception et régie vidéo : Philippe André
Conception vidéo et direction technique : Nicolas Roger

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

MUSIQUE EN CONTINU. Saint-Merri est une des plus vĂ©nĂ©rables Ă©glises de Paris, moult fois remaniĂ©e et avec des ajouts Ă©clectiques, ce temple de l’art est le siège de concerts reguliers. Surplombant de ses gargouilles et ses mystères, le haut clocher de Saint-Merry abrite la plus ancienne cloche de Paris. Fondue en 1331, elle tonna pendant la Guerre de Cent Ans et poursuit son carillon Ă©vangĂ©lique sur les toĂ®ts haussmaniens, au cĹ“ur du Beaubourg de l’avant-garde plastique.

C’est au sein de cette Ă©glise que depuis plus de quarante ans l’association l’Accueil Musical Saint-Merri permet Ă  des multiples propositions artistiques de s’y produire au cĹ“ur de Paris. Cette soirĂ©e est consacrĂ©e Ă  l’excellent Ensemble Sillages avec un programme axĂ© sur une dĂ©couverte passionnante de trois compositeurs aux univers complĂ©mentaires: Jean-Luc HervĂ©, Javier Torres Maldonado et Karlheinz Stockhausen.
Le format itinĂ©rant du concert commence par les mystĂ©rieuses volutes des Horizons InclinĂ©s de Jean-Luc HervĂ© dans le chĹ“ur de l’Eglise. Cette pièce pour violon solo, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Lyonel Schmit,  érige des colonnes harmoniques qui se diluent dans les inclinations spectrales magnifiĂ©es par un dispositif acousmatique au langage Ă©loquent. Au mĂŞme moment que le soleil se couchait sur les couleurs dĂ©trempĂ©es des vitraux anciens, les horizons de Jean-Luc HervĂ© dĂ©clinaient leurs courbes Ă  l’infini.

Philippe Aari-Blanchette, défricheur de mondes à découvrir

arrii-blachette-concert ensemble sillagesAprès un lĂ©ger changement d’espace, place Ă  la crĂ©ation Française du Cuarteto para cuerdas n°2 du compositeur Mexicain, Javier Torres Maldonado. Ă©minemment interprĂ©tĂ© par les solistes de l’ensemble Sillages, ce quatuor Ă  cordes est un exemple type d’un langage nouveau et passionnant dans l’Ă©criture de la musique contemporaine. Magnifiant le lyrisme et abandonnant la sempiternelle glose du spectral, l’ancrage mĂ©lodique de chaque mouvement est un plaisir florissant de trouvailles et de surprises que l’on se plaĂ®t Ă  dĂ©couvrir.  Sans tomber dans la fatuitĂ© sans fard des quatuors Ă  rallonge de Dusapin, Javier Torres Maldonado dĂ©ploie une palette riche et prĂ©cise Ă  la fois, il dĂ©veloppe en maĂ®tre du genre des respirations qui ouvrent ses phrases et nourrissent l’interprĂ©tation. Avec une vision plus organique et sensible, Javier Torres Maldonado reprend le flambeau de Haydn et Brahms dans la conception du quatuor Ă  cordes et ouvre une nouvelle voie pour ce genre.
En clĂ´ture de ce fabuleux programme, nous avons vibrĂ© avec la splendide performance de la Microphonie de Stockhausen. Ĺ’uvre inclassable et inconoclaste, cette pièce pour solistes chevronĂ©s est un Ă©cueil pour les interprètes Ă  cause de la complexitĂ© et la mĂ©ticulositĂ© de ses paramètres. Surgie de l’esprit de Stockhausen alors qu’il recherchait des nouvelles formes musicales dans les objets du quotidien, elle illustrerait bien un certain “parti pris des choses” dont Francis Ponge s’est fait le chantre. En invoquant son langage complexe et rĂ©vĂ©lant les merveilleuses facettes de chaque mouvement, les solistes de Sillages accomplissent un vĂ©ritable exploit en rendant Ă  la Microphonie les plus fines nuances de sa construction, tels des architectes ils cisèlent les sons, modèlent chaque objet qui abandonne l’utile pour devenir un Ă©lĂ©ment artistique.
Encore une fois, l’ensemble des solistes qui composent Sillages rĂ©ussit Ă  transmettre et rendre sensible la musique d’aujourd’hui, le lien avec le public ne se fend pas une seule seconde. L’Ă©veil musical vers les langages musicaux de notre temps a trouvĂ© dans Sillages, le passeur le plus accompli et, grâce Ă  Philippe Arrii-Blanchette, le dĂ©fricheur d’un monde Ă  dĂ©couvrir.

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

Jean-Luc Hervé
Horizons inclinés (création Française 2016) pour violon et dispositif acousmatique

Javier Torres Maldonado
Quatuor à cordes n°2 (création Française 2016)

Karlheinz Stockhausen
Microphonie (1964)

Ensemble Sillages
Direction artistique : Philippe Arrii-Blanchette

Compte rendu, concerts. Brest, les 30 et 31 mars 2016. Festival Electr()cution, Sillages.

1426024805_tourinsoftBrest, dernière limite de la France face Ă  l’ocĂ©an, est une ville Ă©tonnante, entre ciel et mer. PhĂ©nix de l’Atlantique, Brest renaĂ®t sans cesse des cendres d’un passĂ© meurtri. Des quais de sa rade Ă  la blanche Rue de Siam, la ville s’Ă©tend sur les scintillements lointains d’un large de plus en plus cĂ©rulĂ©en. Connue surtout pour son importance stratĂ©gique, Brest n’abandonne pas son ambition culturelle, et comme toute fille des mers, c’est en multipliant la nouveautĂ© qu’elle exprime les beautĂ©s cachĂ©es de sa citĂ© de pierre et d’ardoise. On connaĂ®t bien le Quartz, l’ensemble Matheus, mais Brest est aussi le siège d’un des plus importants ensembles contemporains: Sillages.

Depuis 22 ans, SILLAGES imprime avec excellence un tracĂ© sur le paysage de la musique contemporaine et notamment la crĂ©ation française. Il est essentiel de mettre en avant d’ailleurs l’extraordinaire qualitĂ© des projets de Sillages, Ă©quilibrĂ©s, artistiquement très bien pensĂ©s par Philippe Arii. Mais aussi Sillages, tel un navire aventureux, porte un Ă©quipage de solistes musiciens formidable. C’est très rare de trouver un ensemble aux timbres aussi riches et dont la bonne entente est palpable, c’est un facteur qui enrichit favorablement l’interprĂ©tation.

FESTIVAL ELECTR()CUTION – ENSEMBLE SILLAGES (BREST)

Un courant qui passe

Depuis 3 ans Sillages s’investit dĂ©sormais dans une diffusion directe de la musique contemporaine avec le public Brestois dans le Festival Electr()cution. Étonnant par l’initiative riche d’inventivitĂ© et aussi l’Ă©nergie fascinante de cet Ă©vĂ©nement. Sis dans le Centre d’Art Contemporain La Passerelle, en plein quartier rĂ©sidentiel, le Festival Electr()cution, dĂ©ploie son Ă©nergie au cĹ“ur de la crĂ©ation pure. La situation gĂ©ographique de La Passerelle est un symbole Ă  elle mĂŞme, un Centre d’Art et un Festival qui expriment l’esprit de notre Ă©poque au cĹ“ur du quotidien des habitants.

La Passerelle ouvre ses portes, et son cĹ“ur plein de clartĂ©, aux mondes oniriques de la musique interprĂ©tĂ©e par Sillages. En parfaite symbiose, la musique et les arts plastiques forment un double Ă©crin qui s’Ă©change parfaitement, un dialogue s’installe alors pour le plus grand plaisir du public et des instants inoubliables. La Passerelle devient ainsi l’incarnation absolue des sens, un lien puissant et constant entre la banalitĂ© du quotidien et l’Ă©merveillement que procurent les arts.

Pour cette Ă©dition, Philippe Arii et Sillages convient en ouverture le monde de la spatialisation.

MERCREDI 30 MARS 2016 Ă  20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Nouvelles mythologies

Empruntant le sillage de l’Ă©lectronique et l’acousmatique, le concert d’ouverture de la troisième Ă©dition d’Electr()cution, est aussi variĂ© par les Ă©motions que par la force des pièces du programme. On peut dire sans hĂ©siter que la soirĂ©e est divisĂ©e en deux parties qui se complètent: l’onirisme profond de Georgia Spiropoulos et la quĂŞte de spiritualitĂ© et mĂŞme de mythologie de Bertrand Dubedout.

sillage_drama_logoNous avons ressenti dans les deux compositions de Georgia Spiropoulos, le langage interne d’un monde en devenir, comme le bruissement d’une rumeur dans Saksti, parfois angoissante et parfois Ă©nergique, mais jamais brutale. Dans la merveilleuse Music for 2? C’est un Ă©quilibre de forme qui rĂ©veille nos sens, une sorte de force astrale Ă©voquĂ©e par l’ensemble de l’Ă©criture de cette poĂ©tesse du son qu’est Georgia Spiropoulos. Face Ă  elle, la musique de Bertrand Dubedout est tout autrement fantastique. Entrant dans une rĂ©verbĂ©ration virtuose dans Onze/eleven, on en vient Ă  ressentir la dĂ©licatesse japonisante, emplie de rituel mais riche de timbres. Aussi excellemment bien rendue par Alexandre Babel aux polyblocks. Et ensuite nous entrons dans un vĂ©ritable monde aux merveilles insoupçonnĂ©es avec Les Cheveux de Shiva. On entend les rickshaws et les Klaxons de Delhi ou de Bhopal, les Ă©vocations des cĂ©rĂ©monies hindoues, un voyage spirituel au cĹ“ur d’une mythologie toute empreinte de beautĂ©, de mystère, des stupĂ©fiantes rencontres. Les musiciens de Sillages nous portent comme un souffle de parfum sur les rives lointaines des Indes avec un talent remarquable, saluons ici la flĂ»te formidable de Sophie Deshayes et le piano de Vincent Leterme.

Un peu plus sobrement, Collapsed, de Pierre Jodlowski est un peu plus intĂ©riorisĂ©e. MĂŞme si la musique nous Ă©voque un rĂ©el message, on entre difficilement dans la matière. Après, les dialogues saxophone et percussions sont une construction prĂ©cise et passionnante. On salue l’aplomb et la virtuositĂ© de l’excellent Stephane Sordet. Dans une moindre mesure, la pièce de GrĂ©goire Lorieux nous fait voyager. Elle demeure assez classique et descriptive, avec des grands effets. Première nuit hallucinante d’Ă©motions Ă  Brest, le lendemain allait porter la musique vers des sommets inespĂ©rĂ©s.

ELECTR() SPATIAL

Georgia Spiropoulos
Saksti
Saxophone et Ă©lectronique

Grégoire Lorieux
Strange Spiral Lights
Vibraphone et Ă©lectronique

Georgia Spiropoulos
Music for 2?
Flûte, piano préparé, petites percussions, voix et électronique

Pierre Jodlowski
Collapsed
Saxophone, percussion et Ă©lectronique

Bertrand Dubedout
Onze/eleven
2 polyblocks

Les Cheveux de Shiva
Flûte, saxophone, percussion, piano et électronique

JEUDI 31 MARS 2016 – 20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Electr()states

La magie du dialogue entre arts plastiques et musique contemporaine rĂ©side dans l’Ă©quilibre parfait du temps et de l’Ă©motion. En choisissant de faire un programme d’inspiration Ă©tasunienne en miroir des trois vidĂ©os New Yorkaises d’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin, le rĂŞve est encore plus fort et nous pĂ©nĂ©trons Ă  la fois dans la musique et dans la rĂ©alitĂ© virtuelle de l’image enregistrĂ©e.

Multipliant les Ă©motions comme des coups de ciseau sur le marbre, les membres de Sillages ont fait des musiques de Reich, Dubedout et Ledoux un Ă©crin tout particulier aux chorĂ©graphies muettes de la rĂŞverie fantasmatique de New York, une promenade nouvelle qui Ă©veille nos sens vers la contemplation. Un des moments les plus captivants fut le puissant New York Counterpoint de Reich avec Jean-Marc Fessard splendide Ă  la clarinette, qui s’accordait Ă  la perfection avec les situations projetĂ©es.

arton254-d572eEt puis ce fut la secousse, un autre rĂŞve musical qui nous transporta au cĹ“ur de la piste d’un cirque. Le Musicircus de Cage avec un semblant de cacophonie, pĂ©nètrent dans l’inconscient collectif et particulier pour faire sortir l’Ă©motion. On y retrouve la musique obstinĂ©e sur ses bases et ses classicismes mais aussi les plus simples plaisirs de l’enfance et la flânerie de la curiositĂ© et la dĂ©couverte. Pendant une grosse vingtaine de minutes on est dĂ©vorĂ© par la musique, on s’y sent bien, comme dans une forĂŞt bariolĂ©e aux bruissements divers, aux couleurs chatoyantes. La complicitĂ© des musiciens de Sillages, de la maĂ®trise absolue de l’Ă©lectronique de Jean-François Charles, et les professeurs et Ă©lèves du Conservatoire de Brest, ont rĂ©ussi ce pari risquĂ© comme un numĂ©ro de haute-Ă©cole. Le monde fragile construit par Cage Ă  Ă©tĂ© maĂ®trisĂ©, finement interprĂ©tĂ© et ciselĂ©, et la fontaine de l’Ă©vocation a surgi sans se tarir.

Après ces deux vagues sublimes qui ont colorĂ© de musique la ville blanche de l’Ouest, Electr()cution poursuit sa troisième Ă©dition jusqu’au 2 avril. Alors chaque dĂ©but de printemps nous suivrons le riche sillage des ondes musicales de l’ensemble Sillages, au bout des terres et Ă  la pointe de la musique.

Dialogues entre l’exposition “New York(s)”
D’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin

Et

Bertrand Dubedout
GefĂĽhl
Tambour sur cadre et Ă©lectronique

Steve Reich
Vermont Counterpoint
Flûte et électronique

Claude Ledoux
Dolphin Tribute
Hommage à Éric Dolphy
Clarinette basse et Ă©lectronique

Steve Reich
New York Counterpoint
Clarinette et Ă©lectronique

John Cage
MUSICIRCUS
Ensemble et Ă©lectronique

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. ”Pass’d the point of no return, the final threshold  The bridge is crossed, so stand and watch it burn!” Charles Hart – Dom Juan triumphant (The Phantom of the Opera) Dans la comĂ©die musicale sur le FantĂ´me de l’Opera signĂ©e Andrew Lloyd Weber, le terrible monstre mĂ©lomane qui terrorise le Palais Garnier Ă©crit et impose son opera, “Dom Juan Triumphant”. Pendant le paroxysme de cette crĂ©ation, il se glisse dans le costume du hĂ©ros pour enlever la chanteuse Christine dont il est follement Ă©pris, le duo “Pass’d the point of no return” est d’une inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©.  “InquiĂ©tante Ă©trangetĂ©” est l’effet que cette nouvelle mise en scène du Don Giovanni de Mozart nous provoque.

 

 

Don Giovanni fascinant, auto destructeur

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Les temps modernes veulent en effet que les adaptations, plus ou moins rĂ©ussies, des Ĺ“uvres du rĂ©pertoire soient parfois d’un rĂ©alisme tel qu’il tend Ă  nous faire bondir de notre siège de paisibles spectateurs du divertissement. Don Giovanni est un jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© et Ă©goĂŻste, c’est un fait ; mais sa damnation est finalement plus un châtiment moral et divin qu’un aboutissement d’une quĂŞte autodestructrice.  Pour cette mise en scène, Patrice Caurier et Moshe Leiser parient sur un Don Giovanni fascinant et auto-destructeur. En somme, Don Giovanni est un caĂŻd de banlieue droguĂ© et excessif, qui attire et qui rĂ©vulse. Finalement en mettant en scène l’action dans un immeuble quelconque, ce drame moral en devient un fait divers digne des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s du week-end. Bonnes idĂ©es de base mais cette production demeure assez nĂ©vrotique malgrĂ© tout. Une bonne idĂ©e est de rendre Leporello beaucoup plus consistant que le rĂ´le de valet complice. On retrouve un personnage fascinĂ© par Don Giovanni,  complice mĂŞme charnellement, une rĂ©elle bonne idĂ©e bien transmise dans le jeu excellent de Ruben Drole. Or c’est aussi lĂ  que ça cloche : la monstration du sexe sur scène est excessive et sans aucune subtilitĂ© ; quasiment tous les airs sont prĂ©texte Ă  des Ă©bats (or Don Ottavio et Donna Anna) allant jusqu’Ă  la sodomie. On arrive Ă  se demander si cette monstration est un banalisateur pour choquer le bourgeois et faire plaisir au spectateur de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© ? Finalement on peut plutĂ´t y ressentir un certain malaise. De mĂŞme la fin, ou l’on retrouve un Don Giovanni au paroxysme de son excès (scène de banquet au sandwich Sodebo et whisky eco+, sodomie de Leporello, cocaĂŻne…) et finalement le pauvre Commandeur, dans la vision de messieurs Caurier et Leiser perd sa figure statuaire et terrible pour devenir une simple allucination issue d’une piqure d’hĂ©roĂŻne. En effet, ici Don Giovanni ne tombe pas dans les enfers mais meurt d’une overdose; ce qui revient Ă  faire mourir au XVIIIeme siècle Don Giovanni d’une indigestion.  Outre cette mise en scène qui mĂŞle excellentes idĂ©es et visions moins heureuses, la direction d’acteurs est mitigĂ©e par le talent des uns et des autres, le couple Don Giovanni (John Chest) et Leporello (Ruben Drole) se dĂ©tachant largement. CĂ´tĂ© musique, l’Orchestre National des Pays de Loire trouve les couleurs de Mozart Ă  son aise surtout sous la baguette formidable de Marc Shanahan. Ce chef est sublime de dynamisme, gardant le rythme, la narration, les nuances. CĂ´tĂ© plateau, le choix des solistes est un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ©. John Chest est un Giovanni incroyable de jeunesse, de beautĂ©, et de fougue. Il est inĂ©narrable dans la sĂ©duction et le cynisme, excellent acteur, il donne un relief incroyable au travail complexe de banalisation du personnage pour le rendre proche de notre monde. Vocalement il demeure correct mĂŞme si ça et la, on aurait souhaitĂ© plus de nuances. Le Leporello de Ruben Drole est remarquable dans l’Ă©motion et notamment Ă  la fin, il Ă©meut jusqu’aux larmes. Cependant vocalement il demeure un peu en retrait, avec une voix quelque peu monochrome.  Troisième splendeur de la soirĂ©e l’incroyable Elvira de Rinat Shaham. NuancĂ©e, puissante et terriblement attachante, ses phrases ont une Ă©lĂ©gance envoĂ»tante et la vocalise mozartienne n’a aucun secret pour elle. Bravo mille fois Ă  cette interprète formidable et encourageons les ensembles et les directeurs d’opĂ©ra Ă  lui offrir des occasions de nous surprendre encore. Tout pareil la Zerlina de Elodie Kimmel est d’un raffinement notable, dĂ©gageant cette innocence Ă©quivoque et une belle dĂ©termination inhĂ©rentes au rĂ´le. Le Masetto de Ross Ramgobin est correct mais sans beaucoup de souplesse. La Donna Anna de Gabrielle Philiponet déçoit par une forte tension dans l’aigu et une interprĂ©tation monochrome qui ajoute Ă  la froideur virginale de son rĂ´le. Le Ottavio de Philippe Talbot est sans fard et assez ennuyeux. Son jeu est tout aussi dĂ©cevant puisqu’il en est inexpressif. C’est dommage, surtout que son “Dalla sua Pace” est beau et plein d’Ă©motions. Le Commandeur de Andrew Greenan est correct. Ce Don Giovanni Nantais nous rappelle dans une course folle Ă  l’excès que nous sommes bien plus proches des Dom Juan que nous ne voulons l’admettre. Cependant, le “point de non retour” est lors du dĂ©ni de notre propre libre-arbitre, le cynisme de voir la limite et de la toucher du bout des doigts. Finalement ce Don Giovanni avec ses excès et ses imperfections est loin de laisser indiffĂ©rents et gageons que c’est ce qui constitue la plus grande beautĂ© de cette production. A Nantes les 6, 8, 10 et 12 mars 2016, puis Ă  Angers les 4, 6 et 8 mai. www.angers-nantes-opera.com)

 

Don Giovanni de WA Mozart Ă  Nantes

Don Giovanni           John Chest
Le Commandeur         Andrew Greenan
Leporello                    Ruben Drole
Donna Anna                Gabrielle Philiponet
Don Ottavio                Philippe Talbot
Donna Elvira                Rinat Shaham
Masetto                      Ross Ramgobin
Zerlina                           Élodie Kimmel
Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire.
Direction musicale: Mark Shanahan
Mise en scène: Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. Illustration : Jeff Rabillon © Angers Nantes OpĂ©ra 2016.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, Présences 2016, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Francesco Filidei,Clara Iannotta,Francesca Verunelli.

Festival PrĂ©sences 2016 Ă  Paris“Un monde apparemment immobile“. La relation symbiotique de l’Italie et de la musique n’a pas stagnĂ©. En effet, la programmation de PrĂ©sences 2016 offre, fait rare en France, une belle place Ă  l’avant-garde italienne et dĂ©montre de la passionnante vivacitĂ© de la crĂ©ation de la PĂ©ninsule. Pour son 7ème concert,  PrĂ©sences accueille des jeunes compositrices et compositeurs qui se sont attachĂ©s Ă  Ă©veiller un certain lyrisme dans chaque composition. La jeune Clara Iannotta est la première Ă  nous proposer la Commande de Radio France, Troglodyte Angels Clank By, splendide de poĂ©sie et de puissance, comme une Ă©vocation profonde de l’esprit qui touche plus par le lyrisme de l’Ă©criture que par les couleurs du dispositif orchestral et Ă©lĂ©ctro-acoustique. La forme est un petit bijou qui se dĂ©voile petit Ă  petit gardant le lien ineffable entre la poĂ©sie de Dorothy Molloy, source d’inspiration, et le monde de Clara Iannotta. Comme chaque annĂ©e, PrĂ©sences rĂ©serve une belle part Ă  la dĂ©couverte des grands compositeurs et compositrices de demain, Clara Iannotta entre ainsi dans l’Olympe musical, pas tellement par une complexitĂ© de langage et des artifices sophistiquĂ©s, mais par la simple Ă©vocation universelle qui touche mĂŞme l’ĂŞtre le plus hermĂ©tique Ă  la musique.

Dans ce mĂŞme sens, c’est Francesco Filidei qui poursuit ce concert. Un peu plus connu que la prĂ©cĂ©dente, notamment par la somptueuse production Giordano Bruno, donnĂ©e l’automne dernier au Festival Musica de Strasbourg. Avec une originalitĂ© qui ne dĂ©mĂ©rite guère, Francesco Filidei se lance avec Canzone (Commande de Radio France et de l’ensemble 2e2m) dans l’exploration de l’harmonica comme instrument soliste. Si la pensĂ©e mĂŞme de cet instrument peut Ă©voquer les risques d’une telle opĂ©ration, le rĂ©sultat est passionnant et avec des couleurs insoupçonnĂ©es. Le plus lyrique des compositeurs italiens depuis Berio a rĂ©ussi son pari haut la main avec Canzone qui nous fait voyager avec l’harmonica dans une nouvelle virtuositĂ©. Francesco Filidei se revendique de Puccini, de Tchaikovsky et mĂŞme de Vivaldi, et la lumière de ces grands maĂ®tres rejaillit dans sa crĂ©ation sans pour autant lui enlever le mĂ©rite d’ĂŞtre lui-mĂŞme un des meilleurs compositeurs italiens de notre temps. Saluons ici l’exĂ©cution formidable de Gianluca Littera Ă  l’harmonica.

La deuxième partie de ce concert a Ă©tĂ© bien plus contrastĂ©e. Car elle a commencĂ© par le cycle pour soprano Trazos, avec des poesies espagnoles pour la plupart issues du Siglo de Oro, et l’Ă©motion ne prend pas. L’Ă©criture  de Aureliano Cattaneo est complexe, s’ajoutant Ă  la prosodie pauvre de Petra Hoffmann. Les vers du Siglo de Oro sont dĂ©jĂ  d’une lourdeur baroque pesante et pour mieux rendre les Ă©motions qui s’y renferment, la musique infranchissable d’Aureliano Cattaneo n’a fait qu’alourdir encore plus l’hermĂ©tisme du langage. Trazos gagnerait a reprendre un peu plus de lĂ©gĂ©retĂ©, le parti pris n’est pas rĂ©ussi.

De mĂŞme que la Commande d’Etat, Deshabillage impossible de Francesca Verunelli. Une pièce complexe comme un noeud gordien au langage sans subtilitĂ©. Gageons que certains moments ça et lĂ  mĂ©ritent un intĂ©rĂŞt particulier du fait de la qualitĂ© de l’Ă©criture et de la structuration, mais les couleurs demeurent ternes et le langage brouillĂ© par des idĂ©es qui semblent contradictoires.

Le tout est portĂ© magnifiquement par Pierre Roullier et son Ensemble 2e2m, d’une prĂ©cision sans faille. Par ailleurs on a remarquĂ© l’intelligence d’exĂ©cution dans chaque partie pour permettre au public de jouir de chaque pièce individuellement sans avoir l’impression d’entendre les mĂŞmes choses. Chaque pupitre se rĂ©vèle investi du langage de chaque compositeur et dĂ©fend avec brio leur propre personnalitĂ©. Peu d’ensembles peuvent se targuer d’une telle qualitĂ© d’interprĂ©tation et un tel investissement dans des crĂ©ations passionnantes.

MalgrĂ© les contrastes, c’est sous un ciel couvert d’Ă©toiles et un asphalte aussi lisse que le dos d’un cĂ©tacĂ©, que les auditeurs de ce 7ème concert de PrĂ©sences, ont retrouvĂ© un peu d’Italie dans sa plus vivante modernitĂ©. Au loin les lumières de la Tour Eiffel et la skyline du XVème arrondissement nous Ă©voquaient que le XXIème siècle est fait d’audace et d’un certain regard du passĂ©.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Canzona de Francesco Filidei, Troglodyte Angels Clank By de Clara Iannotta et Déshabillage impossible de Francesca Verunelli.

Yes ! Joyau lyrique de Maurice Yvain

yes-yvain-les-frivolites-parisiennes-janvier-2015PARIS, cafĂ© de la danse. Yes de Maurice Yvain, les 7,8 et 9 janvier 2016. On dit : “Yes, yes, yes” pour yes de Maurice Yvain. Outre la sĂ©duction de la partition, la production de Yes actuellement Ă  l’affiche (et pour seulement 3 dates) suscite enthousiasme et surprise : un jeune collectif de musiciens et enchanteurs y affirment une justesse de ton … renversante. Il est des soirĂ©es qui ont des anecdotes Ă©tonnantes. Un des piliers de la critique musicale racontait sa rencontre avec un fĂ©ru de Wagner lors d’une reprĂ©sentation lĂ©gendaire de la Walkyrie Ă  Bayreuth au dĂ©but des annĂ©es 1960. Etant lui mĂŞme un passionnĂ©, il a demandĂ© Ă  l’inconnu son nom, c’Ă©tait Maurice Yvain. Aujourd’hui; la musique de monsieur Yvain est quasiment oubliĂ©e Ă  tort. CantonĂ©e au film d’Alain Resnais “Pas sur la bouche” qui ne lui rend qu’une justice très limitĂ©e, la production lyrique de ce compositeur des annĂ©es d’or du Music Hall est passĂ©e dans les souvenirs d’autrefois.

YES! nous parle pourtant d’amour et de jeunesse avec un livret efficace et dĂ©sopilant d’Albert Willemetz avec un argument phare… celui de la musique brillante et passionnante de Maurice Yvain. Parmi les tubes de ce YES!, l’air Ă©ponyme de Totte, immortalisĂ© par Felicity Lott et d’autres Julie Fuchs… (voir son dernier cd intitulĂ© Yes ! justement et qui a dĂ©crochĂ© le CLIC de classiquenews en novembre 2015).

ComposĂ©e initialement pour deux pianos et solistes, en ce dĂ©but d’annĂ©e, c’est l’occasion de redĂ©couvrir la version originale de cette partition inĂ©dite, sertie de merveilles. Une belle aventure drĂ´le, spirituelle et dĂ©capante qui fait danser Cupidon sur les rythmes de charleston et au fox-trot endiablĂ©s.

YES! ne pouvait pas revenir sans une Ă©quipe artistique de très haute teneur. Ici toute l’Ă©quipe des solistes est au zĂ©nith dans l’interprĂ©tation et composent un cast idĂ©al. La mise en scène virtuose de Christophe Mirambeau saisit dans un tourbillon drĂ´le et sensible Ă  la fois qui rend YES! Ă  une postĂ©ritĂ© bien mĂ©ritĂ©e.  Vous voulez vivre une vraie soirĂ©e Parisienne? Alors dĂ®tes YES! Ă  Maurice Yvain au CafĂ© de la Danse et vous en sortirez ravi!

LIRE aussi notre présentation complète de la partition Yes de Maurice Yvain par Les Frivolités parisiennes

boutonreservationParis, Café de la Danse
Les 7,8 et 9 janvier 2016 Ă  19h30
Direction Musicale: Jean-Yves Aizic
Mise en scène: Christophe Mirambeau

Avec : Sandrine Buendia, Guillaume Durand, Vincent Vanthygem, Charlène Duval, Alexandre Martin-Varroy, Jeff Broussoux, Olivier Podesta, Emilien Marion, LĂ©ovadie Raud, DorothĂ©e Thivet, Claire-Marie Systchenko, Anne La So…

Coproduction Les Grands Boulevards & Les Frivolités Parisiennes

PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Diaz

IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, AndrĂ© Danican Philidor demeure le gĂ©nie oubliĂ© du baroque comique. Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent dans "Blaise le savetier" d'après La Fontaine, sa verve dĂ©lirante d'une inestimable poĂ©sie... PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Dia. Entretien avec Iakovos Pappas rĂ©alisĂ© Ă  Paris en novembre 2015 par notre rĂ©dacteur Pedro Octavo Diaz. IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, le rĂ©pertorie lyrique dĂ©fendu par  Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent les joyaux oubliĂ©s du théâtre lyrique du XVIIIème siècle.  Dans le paysage très variĂ© de la musique baroque Française, Iakovos Pappas demeure l’infatigable dĂ©fenseur de la redĂ©couverte de l’opĂ©ra comique et des Ĺ“uvres de chambre du XVIIIeme siècle. Fort d’une sĂ©rie de rĂ©alisations qui ont rendu des compositeurs tels que Duni ou Philidor Ă  nos oreilles, Iakovos Pappas lance un nouveau dĂ©fi avec l’enregistrement des Fables de Jean de Lafontaine mises en musique par Louis-Nicolas ClĂ©rambault. Par ailleurs, le maestro Grec nous fait part de ses projets futurs et la fondation d’une nouvelle compagnie lyrique… de quoi encourager la redĂ©couverte d’un pan entier de la musique Française mĂ©connue, oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e… et pourtant majeure par son raffinement instrumentale, son intelligence dramatique, son exigence poĂ©tique et littĂ©raire. ActualitĂ©s : nouveau cd dĂ©diĂ© aux fables de La Fontaine, lyre Ă©rotique du XVIIIème, rituel funèbre maçonnique versaillais, prochains concerts en juin 2016 Ă  la BNF…

 

 

 

Entretien avec Iakovos Pappas, projets pour Almazis… par Pedro Octavio Pappas by Classiquenews Classiquenews on Mixcloud

VOIR, LIRE aussi Reportage vidéo et Compte-rendu : Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Logis de la Chabotterie, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la Laitière. Elisabeth Fernandez, Perrette. Yakovos Pappas, scénographie et direction.

Festival Musiques à la Chabotterie 2013 : Egidio Duni révélé (Les 2 chasseurs et la laitière, 1763). Chaque été, en Vendée, le festival Musique à la Chabotterie devient la scène lyrique du baroque le plus délirant, celui de l’opéra comique. Dans la France Louis XV, les Italiens conquièrent les tréteaux : depuis la Querelle des Bouffons (1752), les auteurs français s’italianisent, y compris Rameau. En 1763, Egidio Duni crée Les 2 chasseurs et la laitière d’après deux fables de La Fontaine. A partir de la poésie morale et cynique du XVIIè, Duni invente un genre comique et satirique qui renouvelle la veine théâtrale en France.  En août 2013, dans la cour d’honneur du logis vendéen, Iakovos Pappas et son ensemble Almazis ressuscitent un jalon de la création comique, furieusement italienne, française par son sens de la satire, insolente et séditieuse par les codes qu’il aime pourfendre… Reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM © 2014. EN LIRE +

 

 

philidor-blise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. André Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759 (Almazis, Pappas, 2013)… Iakovos Pappas nous dévoile ici l’un des joyaux bruts du comique français à l’époque où le théâtre de la Foire Saint-Germain éblouit par sa verve délirante, sachant prolonger en le transfigurant le modèle du buffa italien. Créé en 1759 sur la scène du théâtre de l’Opéra Comique de la Foire Saint-Germain, Blaise le Savetier appartient à un cycle particulièrement convaincant où encore au début de sa florissante carrière, André Danican Philidor se met au diapason des Italiens, d’autant plus après la Querelle des Bouffons (1752). Mais avec cette truculence spécifique, à la gouaille parisienne, à l’esprit satirique et parodique. Sedaine librettiste de Philidor réécrit le conte de La Fontaine : au couple de Blaise et Blaisine, l’écrivain acoquine le couple des huissiers, Mr et Mme Pince, venus saisir leurs biens (Blaise préfère se ruiner au cabaret avec Mathurin que travailler et gagner honnêtement sa vie). Ici s’affrontent les caractères et tempéraments abrupts : l’ignoble Mme Pince, nourrie au fiel de l’avarice et de la convoitise à laquelle répond la bonhommie débraillée du Savetier, alcoolique et volage que soulage son épouse bien sage (voire toute aussi paillarde que son époux si sympathique). Au demeurant, tenants d’une sexualité qui ne se cache pas, Blaisine (ex Margot) et Blaise s’avouent leur ancienne aventure avec Mr et Mme Pince… Leur sens de la rivalité et de la surenchère dont se souviendra encore Mozart dans le fameux air du Catalogue de Don Giovanni (air de Leporello à propos des conquêtes de son maître) inscrit davantage l’opéra dans la démesure satirique la plus audacieuse. Sur le plan musical comme poétique

 

 

 

POSCAST / Entretien avec Raymond Duffaut, président du Centre Français de Promotion Lyrique

duffaut-raymond-centre-francais-de-promotion-lyriquePOSCAST. Raymond Duffaut prĂ©sente les missions du CFPL et la crĂ©ation de l’opĂ©ra de Martin Matalon : L’ombre de Venceslao (d’après Copi – mise en scène de Jorge Lavelli). CLASSIQUENEWS Ă©tait prĂ©sent Ă  la confĂ©rence de presse (octobre 2015) annonçant la prochaine production lyrique portĂ© par le CFPL Centre Français de Promotion Lyrique : L’Ombre de Venceslao, opĂ©ra de Martin Matalon, en crĂ©ation Ă  partir d’octobre 2016 (d’après Copi, mise en scène de Jorge Lavelli). Notre grand reporter opĂ©ra Pedro Octavio Diaz interroge Raymon Duffaut, prĂ©sident du Centre Français de Promotion Lyrique : missions du CFPL, enjeux et objectifs de la crĂ©ation L’Ombre de Venceslao

 

 

 

 

Les PODCAST de CLASSIQUENEWS.COM : les acteurs majeurs du classique s’expriment

RAYMOND DUFFAUT : les clefs de la passion

 

Raymond Duffaut est l’une des figures les plus importantes du milieu lyrique en France. A la fois directeur artistique des ChorĂ©gies d’Orange et de l’OpĂ©ra d’Avignon, il est Ă  l’initiative du Centre Français de Promotion Lyrique. Cette association a pour but de mutualiser les moyens de production et de rĂ©alisation dans les maisons d’opĂ©ra et promouvoir aussi les nouveaux talents par des incursions dans tous les rĂ©pertoires. Nous rencontrons Raymond Duffaut pour la nouvelle production du CFPL : “L’ombre de Venceslao”, première crĂ©ation lyrique de l’association et dĂ©but opĂ©ratique pour le compositeur Martin Matalon. La mise en scène et l’adaptation du livret par Jorge Lavelli consacrent le premier projet international du CFPL. Raymond Duffaut a rĂ©pondu Ă  nos questions portant sur le CFPL, son engagement international et cette passionnante nouvelle production.

 

 

Entretien avec Raymond Duffaut, président du Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL)
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Festivals, compte rendu critique. Pas de Calais, le 27 septembre 2015. Festival Contrepoints 62

contrepoints-festival-62-presentation-10-edition-octobre-2015Festivals, compte rendu critique. Pas de Calais. Festival Contrepoints 62, le 27 septembre 2015. Les lumières du Nord : 10 ans de Contrepoints 62. Un rĂ©veil insolite se produit quand on arrive dans les villes et villages patrimoniaux du Pas de Calais. Chaque rue silencieuse, chaque bois, chaque prairie est arrosĂ©e d’une lumière Ă©tonnante. L’Artois du blĂ© et des guerres anciennes et le Calaisis couvert du drap d’or du soleil d’automne. Pour sa dixième Ă©dition, le festival Contrepoints 62, fait Ă  nouveau revivre la voix des orgues de ce Pas de Calais riche et mĂ©connu. Pour cette fois, c’est l’Espagne qui s’invite et fait retentir ses musiques dans les villes qui jadis la composèrent. Lointain passĂ© mais ancrĂ© encore dans la mĂ©moire des façades et des orgues, qui font retentir Ă  la fois les douces mĂ©lopĂ©es de la guitare et le martial canon des combats.

Raquel Andueza et La Galania
Chapelle St Jacques de l’Aire sur la Lys.

“Yo soy la locura”

La GalanĂ­a
Raquel Andueza – soprano
Jesús Fernández Baena – théorbe
Pierre Pitzl – guitare baroque

Al tiempo que El sol se pone… Dans le cĹ“ur de La Chapelle baroque du Saint de Compostelle, au pied du RĂ©dempteur Universel, quelques flaques d’or venues du ciel ont accueilli l’Espagne. La Soprano Raquel Andueza et l’ensemble La Galania ont invoquĂ© la grâce du XVII ème siècle, dans ses soupirs, dans ses complaintes, dans sa sensualitĂ© exubĂ©rante.  Passant du tragique au comique et du charnel Ă  l’Ă©thĂ©rĂ©e, Raquel Andueza convoque les muses profanes. Dans sa voix, on saisit le palpitant, le passionnant, le diaphane. Nous avons Ă©tĂ© littĂ©ralement saisis par « Credito es de mi decoro », le lamento de la nymphe Canente, de la zarzuela Pico y Canente de Juan de Hidalgo.  Dans cet air, la nymphe se mĂ©tamorphose petit Ă  petit en nuage et la musique s’Ă©vapore note par note. Une surprenante Ă©motion dans cette dĂ©couverte.  Il faut dire que Raquel Andueza est une interprète incomparable dans l’Ă©motion et le sens de la musique. Après un lĂ©ger rayon de soleil et une belle dĂ©couverte des lieux patrimoniaux de l’Aire sur la Lys, la somptueuse nef de la CollĂ©giale allait ouvrir ses portes pour le concert du soir.

Collégiale de l’Aire-sur-la-Lys
Bach, Liszt, Messiaen, Saint-Saens
Vincent Warnier – orgue
Orchestre National de Lille
Dir. Jean-Claude Casadesus 

L’art de la mĂ©tamorphose

festival contrepoints 62 pas de calais compte rendu critique CLASSIQUENEWS pedro octavio diazDans ces temps de crises, certains se rĂ©fugient dans le sacrĂ©, d’autres s’en rĂ©clament pour l’iniquitĂ© et la barbarie. Mais quand la musique est le calice d’une communion entre l’art et l’homme, ce n’est que pour l’élĂ©vation de ceux qui en tĂ©moignent. Au sein de la nef immense de la CollĂ©giale de l’Aire-sur-la-Lys, juste au pied de l’orgue, l’Orchestre National de Lille s’apprĂŞtait Ă  nous offrir un programme fastueux.  Entre l’orgue, tel un vaisseau majestueux et les phalanges, un dialogue Ă©leva son message vers des hauteurs inusitĂ©es. En effet, l’organiste Vincent Warnier, dĂ©veloppant l’agilitĂ© et la maĂ®trise de l’instrument et du rĂ©pertoire, nous offre Ă  la fois la rigueur et la contemplation du PrĂ©lude et fugue en la mineur de Bach. De mĂŞme, la virtuositĂ© de son jeu, avec une solide prĂ©cision dans le PrĂ©lude et fugue sur le nom BACH de Liszt. Mais l’épanouissement total se produit lors de la conjugaison parfaite de l’orgue et l’orchestre dans la Symphonie n°3 de Camille Saint-SaĂ«ns avec orgue. En une comprĂ©hension naturelle de l’énergique style de Saint-SaĂ«ns, Jean-Claude Casadesus mène l’Orchestre National de Lille vers l’apothĂ©ose Ă  chaque mouvement. Vincent Warnier rĂ©pond de l’orgue, dans la couleur et la sophistication sans faillir Ă  aucun moment Ă  l’équilibre et Ă  l’univers construit par Jean-Claude Casadesus.
Dans la vie d’un chroniqueur, dans le tourbillon des concerts et musiques, il est des moments uniques. Ce concert est, sans hésitation, l’un des plus marquants de ma vie. La nuit tomba sur les rumeurs secrètes de la Lys, au cœur des pierres de la ville, on sentit encore vibrer les orgues comme un murmure lointain.

Dimanche 27 septembre 2015

NIELLES LES ARDRES
Eglise

Pas loin de Calais, se situe la petite ville d’Ardres, et dans sa conurbation se trouve le charmant village de Nielles-lès-Ardres. Au cœur des champs et entre les souvenirs des tombes anciennes se dresse l’Eglise – grange.  Quand on pénètre dans ses entrailles, on découvre des beautés insoupçonnées. Et notamment un orgue remarquable datant de 1692. Tout en bois et aux motifs marins, le bois sculpté fit jaillir des dauphins et des sirènes, dont le chant parmi les jeux, allait nous émouvoir.

11h – L’ORGUE ESPAGNOL ET FLAMAND
Daniel Oyarzabal – orgue

Il est toujours rare d’entendre le répertoire ibérique et découvrir sous les doigts experts de Daniel Oyarzabal. Le son acéré et aigu de cet instrument permet de rendre un parfum quasiment espiègle à ces musiques, pour la plupart sacrées.

15h – IN PARADISO – Musiques sacrées du baroque
Raquel Andueza & La Galania
Daniel Oyarzabal – orgue

L’après-midi, au pied de l’orgue marin de Nielles, on retrouve la sirène Raquel Andueza pour un programme sacré.  Du Lamento della Maddalena de Monteverdi au Stabat Mater de Sances, Raquel Andueza évoque avec bonheur le recueillement dramatique des œuvres baroques dédiées au culte Marial. La soprano perpétue avec ce programme, l’interprétation splendide du répertoire  qu’elle maîtrise ostensiblement. Sans tomber dans le pathos extrême et en montrant une solide capacité de coloriste, Raquel Andueza nous surprend par l’émotion et le talent.

TOURNEHEM-SUR-LA-HEM
Eglise

Dans les pérégrinations des orgues, notre route nous mena vers le site perché de Tournehem-sur-la-Hem. On arrive au cœur d’une joyeuse localité, avec une belle petite église dominant les toits.  Comme une caverne de merveilles, l’intérieur de l’église de Tournehem-sur-la-Hem éblouit par la profusion d’art sacré. Du bois, des ornements en stuc doré, des tableaux pieux et un orgue baroque monumental.

17h15 – HOSANNA TO THE HIGHEST
Musique sacrée à trois voix d’hommes de Henry Purcell

Jeffrey Thompson – ténor
Marc Mauillon – baryton
Geoffroy Buffière – basse
La RĂŞveuse
Florence Bolton & Benjamin Perrot
Pierre Gallon – orgue

Passer de l’Espagne à l’Angleterre dans cette région est tout aussi habituel que les nuées qui évoluent sur son ciel lumineux.  Pour conclure notre voyage au cœur du patrimoine du Pas de Calais, c’est l’émouvante voix de la piété britannique qui nous offrit un beau corollaire. Les psaumes et hymnes sacrés de Purcell sont parmi les plus belles manifestations du répertoire religieux.  Dans le bel écrin de l’église de Tournehem, chaque note frissonna dans les sculptures, dans les dorures et les boiseries.
La magie de la trans substantation s’opéra grâce à la splendide équipe artistique. Tout d’abord La Rêveuse qui, dans ce répertoire offre une réelle maîtrise et une richesse dans l’ornementation.  Les solistes se complètent très bien dans les nuances. Ceux qui ont ébloui l’audience sont Marc Mauillon avec un timbre contrasté, et riche et le dramatisme hallucinant de Jeffrey Thompson. Geoffroy Buffière en revanche pèche par un certain retrait et quelques faiblesses dans les nuances. La fin du concert révéla, à l’extérieur, un crépuscule de feu sur les prairies vallonnées de Tournehem.

Visiter Contrepoints 62, nous a offert l’occasion de découvrir les palpitants témoignages de l’Histoire dans un territoire abreuvé de la passion de la musique. Chaque orgue nous a conté dans chaque nervure du bois ancien, et dans le souffle de leur voix, un récit venu d’ailleurs. La richesse du Pas de Calais est dans sa culture, dans la sensibilité de son patrimoine.  En quittant les riches terres d’Artois, encore empreints du chant des brillants contrepoints, on fait le vœu de revenir suivre la route des orgues qui mériterait bien devenir plus que l’apanage des terres flamandes, mais le patrimoine reconnu de toute l’humanité.

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

Arriver Ă  Utrecht depuis Paris est dĂ©paysant. Sous les trombes d’eau, un ciel qui ne se retrouve que dans les tableaux des grands maĂ®tres du XVIIème. La lumière est le terreau du langage visuel des terres nĂ©erlandaises. Des bouches de l’Escaut aux docks de Rotterdam et des vertes parcelles de Gouda aux clochers Ă©carlates d’Utrecht. On imagine bien dans ces Ă©tendues le creuset de tant d’inspiration paysagiste et aux coloris divers. Depuis les baies vitrĂ©es du Thalys, on s’imprègne des riches nuances d’un tableau vivant, une sorte d’impressionnisme biologique dont semble issu l’oeil de Van Gogh.

 

 

Utrecht

 

 

Utrecht, (NDLR : 4ème ville des Pays Bas, 314 000 habitants), ville des canaux, des façades riantes et des rues emplies de bicyclettes et de la jeunesse en fleur. La ville de la Paix centenaire qui calma l’Europe de 1713 pour deux siècles. Utrecht est une ville au passĂ© gĂ©nĂ©reux et riche. Mais c’est dans cette citĂ©, au coeur des Pays-Bas qu’a lieu le prestigieux Festival de Musique Ancienne (NDLR : oudemuziek en nĂ©erlandais : voir le site http://oudemuziek.nl/home/) . Ce festival est l’un des plus cĂ©lèbres et des plus dynamiques en Europe, en tĂ©moigne la programmation, toujours axĂ©e sur une thĂ©matique et un esprit de renouvellement du rĂ©pertoire. La curiositĂ© de ce festival, nous emmena en 2015 sur les rives de l’ile d’Albion, au sein de ses plus grandioses trĂ©sors. De la polyphonie de Lawes et de Tallis, au dramatisme de Purcell et Eccles.

 

 

Utrecht: la cité de la musique!

 

La ville d’Utrecht respire le dynamisme et des endroits tels que le Tivoli (grande salle multiple de concerts) et les rues commerçantes en tĂ©moignent. Par ailleurs, nous avons eu la chance d’ĂŞtre logĂ©s dans le EYE HOTEL qui rĂ©sume Ă  lui seul l’esprit d’avant-garde d’Utrecht, tout en prĂ©servant la tradition et l’histoire. En effet cet hĂ´tel est sis dans un ancien hĂ´pital ophtamologique, d’oĂą le nom d’”Eye”.

 

 

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Par ailleurs, cette tendance de renouveau se ressent dans l’implication politique innovante de la municipalitĂ© d’Utrecht dans la musique. Ne se contentant pas simplement de soutenir le Festival dans cette pĂ©riode difficile, mais aussi de crĂ©er un programme spĂ©cial dĂ©diĂ© Ă  la musique, la Ville assure sa diffusion et son irrigation dans la ville. Saluons cette dĂ©marche qui, comme c’est souvent le cas dans les pays du Nord, commence Ă  ĂŞtre une rĂ©ussite. A l’heure oĂą les communes et collectivitĂ©s territoriales en France se dĂ©sengagent par pourcentages, on en deviendrait presque jaloux de ces initiatives.

Et pourtant tout n’est pas pour le mieux Ă  Utrecht, le Festival a vu ses subventions de l’Etat NĂ©erlandais tronquĂ©es de 70%! Nous nous demandons si les conseillers ou thurifĂ©raires de l’Ă©conomie triomphante sont suffisamment observateurs avant de couper sans raison. L’administration, dans sa folie de thĂ©saurisation, tue petit Ă  petit des manifestations uniques et coupe les subsides d’emplois stables. Nous soutenons ici la labeur artistique et institutionnelle de l’Oudemuziek Festival de musique ancienne d’Utrecht contre les prĂ©ceptes et actions nĂ©fastes des tutelles sans conscience.

utrecht oudemuziek 2016 early music festival utrecht festival de musique ancienne d utrecht 2015 presentation reviex 2015 classiquenewsEt pourtant, malgrĂ© 70% de subventions en moins, le Festival n’en dĂ©mĂ©rite pas quant Ă  la qualitĂ© de son offre et l’intelligence de ses choix. A sa tĂŞte, Xavier Vandamme, qui prĂ©side maintenant le RĂ©seau EuropĂ©en de Musique Ancienne et le flĂ»tiste Jed Wentz qui l’assiste Ă  la programmation, ont posĂ© les bases solides d’un type de programmation inventif et variĂ©. Pour l’Ă©dition Anglaise de 2015, non seulement le choix esthĂ©tique et historique a rendu accessible toute la musique ancienne d’Albion Ă  nos oreilles, mais en plus ils ont associĂ© le festival Ă  l’immense patrimoine de la Collection des ducs de Montague. Ce cocktail a donnĂ© une Ă©dition anglaise pleine des dĂ©lices de la Merry England!

 

 

 

 

2 SEPTEMBRE 2015 – 20h – Tivoli Vredenburg
DUNEDIN CONSORT – John Butt

Alliant une certaine idĂ©e de la musique anglaise avec un souci pĂ©dagogique et historique, ce concert est un condensĂ© de tout le XVIIème siècle britannique. Partant des pièces sacrĂ©es de Tallis et Lawes, le Dunedin Consort aboutit en deuxième partie Ă  l’incroyable Venus & Adonis de Blow avec un naturel assez surprenant.  Dunedin Consort, c’est d’abord une maĂ®trise du langage de la musique anglaise et puis un savoir faire qui offre une vue enthousiasmante de leur interprĂ©tation. Des polyphonies, ils exposent le substrat dĂ©licat et colorĂ©. Pour la partie plus dramatique, John Butt et ses musiciens opèrent une narration toute en finesse et avec des rebondissements successifs sans que l’ennui s’installe. Nous saluons le quatuor vocal, menĂ© par Mhairi Lawson, sublime et sensuelle VĂ©nus et Matthew Brook en Adonis, viril et tendre. C’est avec cette puissance que la beautĂ© peut ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©e dans toute sa splendeur.

 

 

 

 

3 SEPTEMBRE 2015 – 20H – Tivoli Vredenburg
John Eccles : SEMELE
LA RISONANZA – Fabio Bonizzoni

Stefanie True – Semele

Fulvio Bettini – Jupiter

Marina de Liso – Juno

Jean-François Lombard – Athamas

bonizzoni fabio la risonanza semele eccles utrchet festival 2015 presentation review CLASSIQUENEWS_BonizzoniSĂ©mĂ©lĂ© en glamazone… »I love and I am loved…” La pluie est joyeuse sur les pavĂ©s et les briques d’Utrecht. On y retrouve en mille reflets la lumière des colères du roi des Dieux. Aussi s’y reflètent les badauds, les couples qui s’enlacent et mille autres sensations urbaines, comme un tableau vivant, de nouvelles mythologies.  Semele est une mortelle, belle et sĂ©ductrice. C’est, des deux filles de Cadmus, celle qui a eu la faveur de Jupiter. Son impertinence et, pourrait-on dire, sa naĂŻvetĂ© l’a prĂ©cipitĂ©e dans le feu des foudres. Et c’est dans son sein que naquit Bacchus, prince et roi de la joyeuse treille, celui aussi dont la colère perdit bon nombre de mortels. Semele est l’incarnation de la fatuitĂ©, au XXIème siècle ce serait une glamazone aveuglĂ©e par le pouvoir et l’argent.

Utrecht invite dans ses riches heures musicales, cette oeuvre magnifique, dont le livret signĂ© William Congreve est une merveille d’Ă©quilibre et de soliditĂ© dramatique. D’ailleurs il servit en 1744 Ă  une autre Semele, celle de Händel. La musique de John Eccles est le maillon qui unit Purcell Ă  Boyce, Croft, ou Händel, c’est l’un des maĂ®tres de l’opĂ©ra anglais. Sa Semele est un exemple formidable de la maĂ®trise de l’Ă©criture pour consort de cordes, puisqu’il n’y a pas vraiment de vents. On saisit la force de l’histoire de la ThĂ©baine avec incision et sensualitĂ©.

Pour cette mouture, Fabio Bonizzoni et sa Risonanza habitent merveilleusement bien la partition. Excellents dĂ©jĂ  dans l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire italien, ici ils se surpassent en nous offrant une performance dans le plus pur style anglais mais avec une Ă©nergie solaire. Une sorte de Canaletto Londonien! A part quelques coupures, que nous regrettons, tels deux airs de Semele sublimes, c’Ă©tait une reprĂ©sentation rĂ©ussie.  CĂ´tĂ© voix, le plateau est idĂ©al. Stefanie True est sensuelle, pleine de puissance et avec une subtilitĂ© de taille pour le rĂ´le -itre. Fulvio Bettini est un peu moins Ă©nergique mais demeure correct. Marina de Liso est grandiose en Juno, l’anglais est remarquable et l’interprĂ©tation gĂ©niale. Jean-François Lombard est un Athamas tendre et Ă©mouvant. Le voyage anglais de La Risonanza a permis Ă  cet ensemble d’explorer d’autres rĂ©pertoires oĂą on les attend avec impatience. Utrecht est comme ça, une ville de surprises, de voyages inattendus et de rĂ©vĂ©lations.

 

 

 

 

4 SEPTEMBRE 2015 – Beffroi, Ă  80 m au dessus d’Utrecht
Malgosia Fiebig – Carillonneuse

Tout le long des promenades et dĂ©couvertes, au dĂ©tour des rues, c’est la haute figure du Beffroi d’Utrecht qui domine les heures de la ville. Et en son sein, on entend tour Ă  tour les Ă©chos des cloches qui font battre le coeur musical de la citĂ©.  Chaque Festival a son hymne secret, et cette annĂ©e, le vĂ©nĂ©rable carillon d’Utrecht a jouĂ© les impondĂ©rables pièces emblĂ©matiques du rĂ©pertoire anglais.

A la tĂŞte de cette institution, se tient Malgosia Fiebig, carillonneuse d’Utrecht et de Nijmegen, deux villes de paix. MalgrĂ© les marches et la hauteur, le concert des cloches et saisissant. Malgosia Fiebig, de point ferme, sillonne les jeux du carillon avec la virtuositĂ© d’un concertiste. Tout en contemplant les rigoles de la ville sous les larmes du ciel, la musique des cloches teinte l’atmosphère d’une poĂ©sie particulière.

Utrecht nous saluait ainsi, par les diamantins appels au lointain, comme un au revoir qui fit lever les nuages pour nous conduire vers le retour. A travers les canaux et les champs, le train fit dĂ©filer encore et encore les lumières du Nord, parĂ©es des voiles des promises de l’automne. De sorte qu’on espère toujours qu’Utrecht soit un Ă©ternel retour.

NDLR : en 2016, le thème conducteur du festival d’Utrecht Oudemuziek 2016 est la Serenissima, musique vénitienne avec Vivaldi, Willaert, Gabrieli. Du 26 août au 4 septembre 2016. 

 

 

 

 

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

 

 

 

Festival de Musique Ancienne d’Utrecht 2015. Du 28 aoĂ»t au 6 septembre 2015

utrecht festival oude muziek utrcht 2015Festival de Musique Ancienne d’Utrecht 2015. Du 28 aoĂ»t au 6 septembre 2015. L’Angleterre en majestĂ©… GOD SAVE THE KONINGIN!  :  »England, O my England! ». Pour les baroqueux, Utrecht est une sorte de Mecque. C’est un bien inestimable pour l’histoire de l’art et de l’HumanitĂ©. En effet, la citĂ© est sertie de canaux, de bijoux architecturaux et d’une mâne intarissable de crĂ©ation.  La ville du cĂ©lèbre TraitĂ© de 1713 qui mit le soleil de Versailles au crĂ©puscule et la patrie du peintre Gerrit van Honthorst accueille pour sa 34ème Ă©dition sa soeur et rivale : l’Angleterre. Le programme rĂ©unit la fine fleur des interprètes baroques autour de plus de trois siècles de musique de Tallis Ă  Händel en passant par Purcell, Dowland, Eccles et tous les gĂ©nies qui se sont succĂ©dĂ©s sur le trĂ´ne musical d’Albion. Utrecht offre notamment des surprises en laissant la part belle aux compositeurs hollandais qui ont Ĺ“uvrĂ© en Angleterre au XVIIème siècle (concert du 2 septembre 2015) et la recrĂ©ation europĂ©enne de la Semele de John Eccles (3 septembre) dont le livret de Congreve sera rĂ©utilisĂ© par Händel en 1744 pour son cĂ©lèbre et inoubliable oratorio. Aux confins de l’Ă©tĂ©, c’est Ă  Utrecht que le Baroque reprend le souffle des hornpipes qui viennent de la Tamise! Prochains comptes rendus sur classiquenews.com

Infos, réservations sur le site du festival d’Utrecht / Festival Oudemuziek Utrecht 2015