Compte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. Collegium de l’OJIF / MONTEVERDI. Christophe Dylis

dilys christophe jeune maestro orchestre jeunes ile de france colelgium presentation classiquenewsCompte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. MONTEVERDI, … Concert de lancement de l’OJIF. Christophe Dylis. Deux jeunes formations illustrent avec panache et appĂ©tit, l’essor actuel des talents musicaux, malgrĂ© le manque de curiositĂ© pour les distinguer et les programmer. Allons, responsables des lieux culturelles et des saisons musicales, l’OJIF incarne un projet plus que captivant : modèle. Pour parer Ă  toutes les moroses prophĂ©ties de la crise et des sinistres augures de rigueur dans le monde culturel. En effet le contribuable français est sollicitĂ© pour un financement Ă©quitable des arts, cependant Ă  cause d’un snobisme nĂ©faste à la variĂ©tĂ© et la libertĂ© de crĂ©ation et d’interprĂ©tation, l’offre visible demeure celle des ogres survitaminĂ©s en subventions et communication.
Les difficultĂ©s actuelles de la diffusion n’effraient pas, heureusement, des musiciens aussi enthousiastes que talentueux pour crĂ©er des collectifs en ĂŽle-de-France et favoriser des projets promis Ă  demeurer et prendre la musique pour ce qu’elle est : une action collective.

 
 

ORCHESTRE DES JEUNES D’ILE DE FRANCE et son COLLEGIUM:
LA MUSIQUE VIVANTE! 

 

LancĂ©e en 2016, l’ORCHESTRE DES JEUNES D’ĂŽLE DE FRANCE, rĂ©unit de formidables interprètes qui dĂ©fient la morositĂ© du monde musical pour interprĂ©ter le rĂ©pertoire que certains veulent enfermer dans les “grandes formations”. Ce passionnant projet se bat pour attirer les soutiens qu’il mĂ©rite, tant la qualitĂ© de leurs rĂ©alisations mĂ©rite attention et admiration. Un an juste après sa fondation, le 10 mars 2017, l’OJIF s’aventurait dans un autre rĂ©pertoire avec la fondation de son “Collegium baroque”. Cette formation rĂ©unit Ă  la fois des spĂ©cialistes de la musique ancienne et des musiciens plutĂ´t “moderneux” pour permettre Ă  la fois une Ă©mulation et une coopĂ©ration formidable.

Le Collegium de l’OJIF est dirigĂ© par Christophe Dilys. Ce jeune chef Ă  la direction claire et sensible, nous a offert une soirĂ©e aux couleurs chaudes et Ă  la sensualitĂ© dĂ©bordante, Ă  la fois dans des Monteverdi (“Hor che il Ciel e la terra” et Les Vespro della Beata Vergine) et des suites de musique Française aussi dansantes que rigoureusement rythmĂ©es dans la polychromie. Christophe Dilys ouvre le chemin aux instrumentistes avec l’Ă©nergie des vrais chefs et un langage prĂ©cis qui ne manque jamais dans le style.
Musiciens et choristes, engagĂ©s dans des formations diverses, des choeurs et orchestres des Conservatoires aux ensembles spĂ©cialisĂ©s, montrent que la jeunesse qui s’engage dans la construction culturelle peut ĂŞtre aussi volontaire que les gĂ©nĂ©rations du passĂ©, avec peut-ĂŞtre une passion beaucoup plus chevronnĂ©e et un savoir bien plus profond.

L’OJIF et son Collegium demeurent toutefois deux jeunes ensembles menĂ©s par l’incandescente flamme de la musique, nous faisons un appel aux programmateurs Franciliens, ces musiciens vous feront aimer la musique encore plus! Plus d’infos sur le site de l’OJIF
http://ojif.fr/index.php/fr/

 
 
 

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov

rimsky korsakov Nikolay_A_Rimsky_Korsakov_1897Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov. Après-midi fĂ©erique ce lundi de Pâques Ă  l’OpĂ©ra Bastille. L’opĂ©ra « Snegourotchka » ou la Fleur/Fille de Neige du maĂ®tre russe Rimsky-Korsakov investit la maison nationale dans une nouvelle production signĂ©e Dmitri Tcherniakov. Une distribution largement russophone et un orchestre en forme, sous la direction du chef Mikhail Tatarnikov, rĂ©galent l’auditoire. Une production très russe, folklorique, impĂ©riale… Curieusement intĂ©ressante au niveau musical et historique, nĂ©anmoins non sans lourdeur et lenteur, en dĂ©pit des coupures opĂ©rĂ©es sur la partition.

Rimsky-Korsakov et Tcherniakov, un concert de conventions

Bien que le maĂ®tre russe, appartenant au Groupe des 5, NikolaĂŻ Rimsky-Korsakov (1844 – 1908) soit surtout connu hors Russie pour ses compositions instrumentales issues du romantisme nationaliste typique du XIXe siècle, – comme la cĂ©lèbre suite symphonique ShĂ©hĂ©razade, le poème Sadko, ou encore sa deuxième symphonie, Ă  programme, dite « Antar », il a composĂ© au moins 13 opĂ©ras, dont la majoritĂ© est toujours au rĂ©pertoire du monde russophone. Professeur de conservatoire, ses talents d’arrangeur et d’orchestrateur s’avèrent aussi dans ses interventions, bien intentionnĂ©es mais pas toujours rĂ©ussies, sur les Ĺ“uvres de ses camarades du Groupe des 5, qu’il aimait rĂ©-orchestrer par souci d’attachement Ă  des conventions formelles. Des exemples flagrants se trouvent dans ses remaquillages des oeuvres de Moussorgsky, qui sous sa plume Ă©ditrice et professorale, devient un sage musicien, tandis que les orchestrations d’un Stokovski ou d’un Shostakovitch rĂ©vèlent des Ĺ“uvres Ă  la finition moins lisse mais beaucoup plus authentiques (voir les diffĂ©rentes versions d’Une Nuit sur le Mont Chauve ou de Boris Godounov, entre autres).

GĂ©nie de la couleur orchestrale et de l’exotisme, Rimsky est en mĂŞme temps attachĂ© et limitĂ© par son attachement aux conventions. Sa Fille de Neige, aux couleurs fĂ©eriques ravissantes et avec une histoire mignonne inspirĂ©e du folklore slave, devient dans les mains de Dmitri Tcherniakov, une histoire mignonne d’une platitude pourtant bien ennuyeuse. Dans la vision de Tcherniakov, -vedette actuelle de la mise en scène d’opĂ©ra (-pour des raisons qui nous Ă©chappent), La Fille de Neige est la fille de la Dame Printemps, en l’occurrence devenue pseudo-maĂ®tresse de Ballet, et du Père Gel, dont le costume moderne et le jeu d’acteur ne nous renvoient Ă  rien de glacial ni de pittoresque, mais Ă  un espèce de monsieur grognon, ma non troppo. La pauvre Fille de Neige est maudite par le mĂ©chant Dieu Soleil qui veut faire fondre son cĹ“ur de glace, une fois tombĂ©e amoureuse. Elle tombe amoureuse parmi les BerendeĂŻs, un peuple qui dans l’histoire prĂ©cède l’histoire mais qui dans cette mise en scène vit dans des campings cars, dans les bois. Pour combler la surdose de formalisme très niais et pas très cohĂ©rent, quelques figurants Ă  poil, se promènent parfois sur scène. Cela a le mĂ©rite de distraire le public parisien assez exigeant, mais seulement pour quelques secondes.

snegourochtka opera de paris direct au cinemaHeureusement, il y a le chant. DĂ©cevants d’abord, le remplacement de Ramon Vargas dans le rĂ´le de Tsar des BerendeĂŻs, par Maxim Paster dont nous apprĂ©cions nĂ©anmoins l’effort, comme celui de Rupert Enticknap par le contre-tĂ©nor Yuriy Mynenko dans la meilleure des formes au niveau vocal et faisant preuve d’un investissement scĂ©nique Ă  l’allure dĂ©contractĂ©e, peu Ă©vidente ! Distinguons cepedant sa chanson d’entrĂ©e au premier acte, un sommet inattendu de beautĂ© mystĂ©rieuse. La Dame Printemps d’Elena Manistina a un bel instrument et une belle prĂ©sence scĂ©nique, mĂŞme si de temps en temps l’Ă©quilibre avec l’orchestre est compromis et nous avons du mal Ă  l’entendre. Le Père Gel de Vladimir Ognovenko est solide, sans plus. Fort contraste avec la prestation, parfois superlative, souvent fabuleuse, de Martina Serafin dans le rĂ´le piquant de Koupava. La Serafin maĂ®trise son instrument avec aisance et son implication dans l’action théâtrale est pĂ©tillante. Son partenaire, le wagnĂ©rien Thomas Johaness Mayer dans le rĂ´le de Mizguir qui la dĂ©laisse pour la Fille de Neige, est peut-ĂŞtre moins maĂ®tre de son instrument, certes, large, mais fait tout autant preuve d’un bel engagement. Si la Fille de Neige d’Aida Garifullina est la vedette de la soirĂ©e (sa lamentation au premier acte est un autre sommet troublant de beautĂ©), avec une voix jolie et seine ainsi qu’une allure idĂ©ale pour le rĂ´le, nous n’oublierons pas les prestations formidables de quelques rĂ´les secondaires comme l’Esprit des Bois de Vasily Efimov ou encore l’excellent Franz Hawlata en Bermiata. Les choeurs sont toujours prĂ©sents, fidèles Ă  leur rĂ©putation, dans les opĂ©ras russes. Pas d’exception pour la Fille de Neige oĂą les choeurs de l’OpĂ©ra dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso sont Ă  la fois dynamiques et spirituosi.
Et l’orchestre ? La phalange parisienne rayonne en un coloris et des timbres inouĂŻs, surtout chez les vents, cuivres et bois confondus. Si les cordes sont toujours très sages, la partition rĂ©vèle d’agrĂ©ables surprises. Le chef paraĂ®t avoir un jeu quelque peu dĂ©contractĂ© qui ne nuit pas du tout Ă  la qualitĂ© de la performance, mais nous nous demandons si d’autres choix artistiques auraient pu dynamiser davantage le drame, (trop?) riche en lenteurs malgrĂ© les coupures. Au final la nouvelle production est une belle et bonne curiositĂ©, idĂ©ale pour chauffer les cĹ“urs en ce dĂ©but de printemps, avec une musique fĂ©erique et un livret exotique, pas nĂ©gligĂ©s par la mise en scène, mais pas mis en valeur non plus. A ne pas manquer. Encore Ă  l’affiche les 20, 22, 25, 28 et 30 avril 2017 ainsi que le 3 mai 2017.

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Aida Grifullina, Yuriy Minenko, Martina Serafin, Franz Hawlata… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris, Mikhail Tatarnikhov, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Diffusion dans les salles de cinĂ©ma, le 25 avril 2017

Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément

ulisse-villazon-tce-paris-classiquenewsCompte rendu, opĂ©ra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, HaĂŻm / ClĂ©ment. Pour cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Monteverdi, c’est Ă  Paris qu’Emmanuelle HaĂŻm retrouve le compositeur CrĂ©monais et mène l’histoire d’Ulysse et ses retrouvailles avec Ithaque. Un parcours initiatique qui renouvelle l’approche scĂ©nique et musicale d’un chef d’oeuvre de l’art baroque. Monteverdi, le plus illustre des maĂ®tres italiens du XVIIème siècle a vu le jour au cĹ“ur des collines boisĂ©es de CrĂ©mone en 1567.  On aime Ă  raconter que les bois de cette belle contrĂ©e ont donnĂ© leur matière pour faire les Stradivarii, les Guarnieri, – voix premières de l’opĂ©ra et des madrigaux. Revenir Ă  Monteverdi n’est jamais une OdysĂ©e et ce n’est jamais un parcours Ă©reintant. Pour certains, le Ritorno d’Ulisse in Patria est l’opĂ©ra le plus complexe Ă  dĂ©livrer scĂ©niquement du maĂ®tre Cremonais. Ă€ 450 ans de sa naissance, on peut trouver cet argument facile et quelque peu fallacieux. Il suffit de voir les mises en scène extraordinaires qui ont traversĂ© notre siècle adolescent. De la mĂ©morable production de Christie Ă  Aix avec Adrian Noble oĂą la mythique Ithaque Ă©tait un rĂŞve mĂ©diterranĂ©en, … Ă  l’univers dĂ©cadent et fascinant de Christophe Rauck en 2012 (ARCAL/Les Paladins), Ulysse est devenu la figure très contemporaine du rĂ©fugiĂ© intĂ©grant sa place dans une sociĂ©tĂ© en proie aux conflits sociaux.

Bleu de ciel/bleu d’abysses

 

 

Rolando-Willazon-au-TCE_c-Vincent-Pontet

En 2017, Le Théâtre des Champs-ElysĂ©es nous offre une vision postmoderne puissante avec Mariame ClĂ©ment, et Emmanuelle HaĂŻm en fosse. Que dire après la crucifixion mĂ©diatique de cette superbe production? Nous ne pouvons que nous insurger! La libertĂ© de blâmer s’arrĂŞte quand elle devient injuste et ouvertement subjective. Ce Ritorno d’Ulisse est un coffret magnifique et la narration de Mariame ClĂ©ment porte la marque Ă  la fois d’un vĂ©ritable souci du livret mais aussi une fantaisie non dĂ©munie d’aplomb. Mariame ClĂ©ment offre Ă  ce Ritorno les questionnements humains de notre Ă©poque aux sursauts egotiques. En effet les personnages sont autant d’Ă®lots mais secouĂ©s de telles forces telluriques qu’ils forment La Belle gĂ©ographie des emois, la cartographie des affects et des passions. Nous remarquons aussi le mĂ©lange des genres qui, tout En modernisant l’intrigue (notamment dans les Ă©pisodes olympiens), la replace dans le “merveilleux” baroque.

RĂ©pondant avec panache dans la fosse, Emmanuelle HaĂŻm dĂ©montre encore une fois que Monteverdi lui sied magnifiquement bien! C’est un beau retour de son Concert d’AstrĂ©e aux couleurs opĂ©ratiques du maĂ®tre CrĂ©monais, après un Orfeo fondateur de lĂ©gende en 2000, ce Ritorno d’Ulisse in Patria est loin de laisser indiffĂ©rent. Les lignes sont nettes et les ritournelles riches en polychromie. Nous attendons avec impatience qu’Emmanuelle HaĂŻm nous rende ainsi toutes les couleurs d’un XVIIème siècle qui demeure encore « terra incognita ».

ulysse ulisse monteverdi tce villazon kozena classiquenewsTel son rĂ´le, Rolando Villazon a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  la houle des critiques autant injustes que subjectives, campe un Ulisse fringant. Sa diction n’est jamais emportĂ©e par le style et l’Ă©motion dramatique qu’il injecte au personnage, lui offre toute la bravoure et l’humanitĂ© qu’il faut Ă  son incarnation. M. Villazon rĂ©ussit lĂ  oĂą beaucoup de chanteurs baroqueux Ă©chouent : le naturel. Il nous offre un Ulisse dĂ©barrassĂ© enfin de toutes les affèteries baroqueuses, et son interprĂ©tation se rĂ©vèle sincère et puissante. En revanche, la PĂ©nĂ©lope de Magdalena Kozena est quasiment une dĂ©ception Ă  peu de choses près. Si vocalement le rĂ´le est parfaitement interprĂ©tĂ© par Mme Kozena, c’est une certaine raideur bien regrettable qui lui Ă´te tous les affects du personnage. Pourtant royale  et impĂ©rieuse, Magdalena Kozena semble avoir du mal Ă  se glisser dans le théâtre subtil de Mariame ClĂ©ment. En effet les passions et les dilemmes auxquels est soumise PĂ©nĂ©lope, semblent complexes Ă  l’expression théâtrale de Mme Kozena. Le regret est d’autant plus grand que sa voix est source de tous les plaisirs sis dans la gĂ©ographie ravissante de l’Ă©criture MontĂ©verdienne.

Dans la myriade des personnages qui ponctuent le livret, constatons une distribution assez Ă©quilibrĂ©e et riche en surprises. Certains chanteurs allemands, nous Ă©tonnent par leur prĂ©sence dans le cast, mais « naturels » semble-t-il, par la magie de la coproduction avec Le Theatre de NĂĽrnberg.  Nous remarquons avec enthousiasme le très touchant et fabuleux Telemaco de Mathias Vidal, l’Eumete de Kresimir Spicer aux couleurs chatoyantes, le Eurimaco de Emiliano Gonzalez, toujours gĂ©nĂ©reux et subtil, l’espiègle Melanto d’Isabelle Druet et l’incroyable Minerva d’Anne-Catherine Gillet. Callum Thorpe en Tempo et Antinoo se rĂ©vèle ĂŞtre un interprète vocalement parfait. Maarten Engeltjes offre une belle palette vocale avec une profonde Ă©motion dans l’Humana FragilitĂ  et Pisandro, il est l’interprète idĂ©al pour ces deux rĂ´les. L’Iro de Jörg Schneider est dĂ©sopilant en caricature grotesque et Katherine Watson est idĂ©ale en Junon.

Avec quelques bĂ©mols qui n’entame pas en somme une très belle production, notre voyage, serti des marbres du Théâtre des Champs-ElysĂ©es, se parachève dans la mer de jais et des Ă©toiles fugaces de la Nuit Parisienne; un autre théâtre, et d’autres drames qui nous feront fredonner encore et encore : “Fragil cosa son io…”

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Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément.

Rolando Villazón  Ulisse
Magdalena Kožená  Penelope
Katherine Watson  Giunone
Kresimir Spicer  Eumete
Anne-Catherine Gillet  Amore / Minerva
Isabelle Druet  La Fortuna / Melanto
Maarten Engeltjes  L’Humana Fragilità / Pisandro
Callum Thorpe  Il Tempo / Antinoo
Lothar Odinius  Giove / Anfinomo
Jean Teitgen  Nettuno
Mathias Vidal  Telemaco
Emiliano Gonzalez Toro  Eurimaco
Jörg Schneider  Iro
Elodie Méchain  Ericlea
Mise en scène – Mariame ClĂ©ment
LE CONCERT D’ASTREE
dir. Emmanuelle HaĂŻm

Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier Dhénin / Julien Masmondet

HAHN reynaldo_hahn_2015_Compte rendu critique, OpĂ©ra. Paris, L’AthĂ©nĂ©e, le 11 dĂ©cembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DhĂ©nin / Julien Masmondet. La PolynĂ©sie, Ă  sa simple Ă©vocation semble bien plus que ce paradis de carte postale et de rĂ©clame de tour operator. ImmortalisĂ©e par Jacques Brel et Paul Gauguin, la magie des iles du Pacifique a bercĂ© les rĂŞves languissants du monde occidental. MalgrĂ© des dĂ©buts complexes avec le SupplĂ©ment du Voyage de Bougainville de Diderot, la relation littĂ©raire de la PolynĂ©sie et de la MĂ©tropole a vu le XIXème siècle, en quĂŞte d’exotisme, dĂ©velopper un fantasme Ă©tonnant.

“La fleur de PomarĂ©”

Le plus grand conteur des terres équinoxiales est Pierre Loti, né Louis-Marie Julien Viaud, il doit son nom de plume au surnom que lui donna une des dernières souveraines de Tahiti, Pomaré IV (1827-1877). Loti est une des plus belles fleurs de Tahiti, une de ces pétulantes floraisons qui jaillissent tels des bijoux au coeur des frondaisons.

EnrobĂ© de poĂ©sie, avec des dorures incroyables, l’Ile du RĂŞve de Reynaldo Hahn a Ă©tĂ© composĂ©e pour l’OpĂ©ra Comique et demeure la première oeuvre lyrique de Hahn. C’est un ouvrage aux contrastes riches et au lyrisme particulièrement touchant, une sorte d’estampe prĂ©cieuse. La musique du jeune Reynaldo Hahn se pare de couleurs, la partition est une redĂ©couverte majeure dans la musique lyrique Française, non seulement par sa thĂ©matique mais par la maĂ®trise de Hahn de l’orfèvrerie narrative et des volutes passionnantes de sa crĂ©ativitĂ©.

Le prodige de cette recrĂ©ation est possible grâce Ă  l’enthousiasme de Julien Masmondet. Ce chef, ancien assistant de Paavo Järvi Ă  l’Orchestre de Paris, est un des plus passionnants artistes de sa gĂ©nĂ©ration. Maniant la baguette avec prĂ©cision et Ă©nergie, il insuffle Ă  l’orchestre contemplation et les plus vives couleurs de la palette orchestrale. De plus, il dirige le Festival “Musiques au Pays de Pierre Loti” dans le Rochefortais. Julien Masmondet est un directeur artistique courageux et n’hĂ©site pas Ă  offrir au public des raretĂ©s du rĂ©pertoire Français. Son engagement pour la recrĂ©ation est louable et c’est de cette Ă©nergie que devra se nourrir la culture pour survivre. Le retour de l’Ile du RĂŞve de Reynaldo Hahn est un exemple vivifiant d’un renouveau notable dans l’intĂ©rĂŞt de ces musiques, totalement ignorĂ©es depuis près d’un siècle. Nous ne pouvons qu’encourager nos lectrices et lecteurs Ă  courir Ă  Rochefort pour les prochaines lueurs Lotiennes avec Julien Masmondet.

Ce spectacle est aussi un ravissement visuel. A la fois par ses couleurs et l’Ă©vocation toute en nuances et raffinement, la mise en scène d’Olivier DhĂ©nin porte l’onirisme inhĂ©rent Ă  la partition. Conjuguant des gestes simples et des figurations de la religion polynĂ©sienne, le rĂŞve devient rĂ©alitĂ©, nous sommes transportĂ©s dans un autre monde et la musique est sublimĂ©e. Sans pĂŞcher d’exagĂ©ration, la mise en scène de l’Ile du RĂŞve surpasse de beaucoup les rĂ©alisations actuelles.

Servie par des chanteurs exceptionnels, la musique de Reynaldo Hahn se dĂ©ploie tel un papillon formidable. Le fringant et fantastique Loti d’Enguerrand de Hys nous touche au plus profond avec une incarnation gĂ©nĂ©reuse. Marion Tassou est l’hĂ©roĂŻne MahĂ©nu, touchante, vibrante de passion et d’une fragilitĂ© florale qui rappelle facilement le rĂ´le de LakmĂ©. ElĂ©onore Pancrazi a un des timbres les plus beaux de la distribution et sa voix toute en dramatisme nous Ă©voque le drame humain de l’intrigue avec Ă©motion. Safir Behloul et Ronan Debois sont des interprètes louables et aux voix bien calibrĂ©es.

Nous rĂŞvons encore pendant les minutes de marche qui sĂ©parent cette salle mythique de l’AthĂ©nĂ©e. La contemplation du ciel de Paris nous fait chavirer tout de suite dans les contrĂ©es mĂ©ridionales et tout en fredonnant les mĂ©lodieuses beautĂ©s de Reynaldo Hahn, l’on a tout Ă  coup envie de vivre le destin de Julien Viaud, de Jacques Brel et de Paul Gauguin, de rĂŞver des fleurs qui ne meurent jamais sous les tropiques.

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Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DHenin / Julien Masmondet.

Pierre Loti – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
MahĂ©nu – Marion Tassou – soprano
TĂ©ria/OrĂ©na – Eleonore Pancrazi – mezzo-soprano
Tsen-Lee – Safir Behloul – tĂ©nor
TaĂŻrapa – Ronan Debois  - tĂ©nor

Mise-en-scène : Olivier Dhénin

Orchestre du Festival Musiques au Pays de Pierre Loti
direction : Julien Masmondet

CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

lavandier berlioz cd symphoniqe fantastique cd review cd critique classiquenews LE BALCON maxime pascal Cover_V2bWEBCD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records). Le coffret est dĂ©jĂ  tout un concept. Dès leur genèse, Le Balcon et la formidable aventure du label B-Records, sont des acteurs majeurs d’une culture en pleine mutation. PlutĂ´t connus pour leur exploration du rĂ©pertoire lyrique et des superbes crĂ©ations contemporaines, Le Balcon est un collectif qui rĂ©unit tous les acteurs musicaux, des ingĂ©nieurs de son au metteurs en scène en passant par des compositeurs, des musiciens et chanteurs: Le Balcon est une maison d’opĂ©ra Ă  lui tout seul.

Le Balcon… une maison d’opéra à lui tout seul…
“#VISIONNAIRES” ou XIX-21

RĂ©pondant Ă  une commande du Festival Berlioz de la CĂ´te Saint-AndrĂ©, Maxime Pascal et Le Balcon rĂ©pondent d’une manière plutĂ´t inattendue en mĂ©tamorphosant un des monuments de la musique symphonique universelle: La Symphonie Fantastique.

Pour rĂ©pondre aux scepticisme et autres grincements de dents, le produit de ce dĂ©fi de taille est digne de l’honnĂŞtetĂ© artistique du Balcon, gĂ©nĂ©reuse et empreinte de libertĂ©. Toutes les qualitĂ©s sont rĂ©unies pour rendre la Symphonie Fantastique Ă  la jeunesse des temps prĂ©sents.

L’adaptation incroyable d’Arthur Lavandier est un vrai manifeste de ce que la rencontre musicale de plusieurs influences peuvent apporter Ă  une partition dĂ©jĂ  pĂ©trie d’une architecture colossale. S’attaquant aux cinq mouvements en jouant sur des sonoritĂ©s, sur la transposition sur des instruments inattendus (synthĂ©tiseurs, guitare Ă©lectrique, …) on est saisi encore plus par la modernitĂ© de Berlioz. C’est ainsi que le compositeur de 1830, devient en 2017 un de nous, en proie aux mĂŞmes dĂ©lires et prĂ©occupations qui touchent nos affects. Avec cette adaptation riche, formidable d’Ă©quilibre et respectueuse des diffĂ©rents univers de la partition, Arthur Lavandier nous saisit avec une Ă©motion renouvelĂ©e. L’on ressent, avec cette version, la force brutale des Ă©motions que le public de 1830 ressentit Ă  la crĂ©ation.

Parmi les moments sublimes de cet enregistrement nous pouvons citer le deuxième mouvement, oĂą le bal fĂ©brile et un peu mièvre de la version de 1830, se transforme dans une bacchanale parisienne des vendredis soir dans quelque bar sympa de Belleville, d’Oberkampf ou de “RĂ©pu”. On peut y entendre Ă  la fois les salons confortables et bourgeois bien rangĂ©s et les “bands” aux accents de jazz, percussions et guitares Ă©lectriques Ă  l’appui. On y retrouve Ă  la fois le calme de l’intĂ©rieur coquet des grands appartements cossus et l’Ă©nergie vive de l’extĂ©rieur. Une sorte de Rhapsody in blue mais avec une Tour Eiffel.

L’Ă©merveillement continue avec le 4e mouvement, un des “tubes”. La Marche au supplice est le  zĂ©nith du romantisme torturĂ© et tonitruant de Berlioz. Mais dans cette version, avec le concours de l’AcadĂ©mie de Musique de Rue “Tonton a Faim”, cette marche est une sorte de parade ragga, ce qui n’enlève rien au caractère dramatique et mĂŞme effrayant de l’argument. Au contraire, le rythme est encore plus oppressant et mĂŞme tourne Ă  l’obsession. Avec les couleurs de la fanfare, la marche de l’artiste vers la guillotine se peuple de figures inquiĂ©tantes, comme un rituel mystĂ©rieux Ă  l’issue fatale.

La cĂ©rĂ©monie s’achève par Un Songe d’un Nuit du Sabbat plus vraie que nature. DĂ©sormais, grâce Ă  JK Rowling l’on n’est plus effrayĂ© par des sorcières volant sur des balais, contrairement aux annĂ©es 1830. Cependant, cette version demeure inquiĂ©tante par l’introduction du clavier midi au moment oĂą le diable apparaĂ®t au malĂ©fice. Cet instrument donne une couleur semblable aux univers obscurs de la culture pop des annĂ©es 1980, et aussi, pourquoi pas une couleur certaine des musiques transformĂ©es de l’Orange MĂ©canique de Stanley Kubrick.

Maxime Pascal et les Musiciens du Balcon abordent ce monument refleuri avec l’Ă©nergie qui lui sied. On y trouve Ă  la fois la prĂ©cision et l’Ă©quilibre. A aucun moment l’on sombre ni dans l’ennui, ni dans la bizarrerie. Les instruments sont tous intĂ©grĂ©s et mĂŞme les sonoritĂ©s hors 1830 donnent l’impression d’avoir toujours jouĂ© cette partition. Nous saluons cette maĂ®trise musicale et l’enthousiasme de retrouver La Symphonie Fantastique dans toute sa jeunesse, sa vigueur et l’actualitĂ© que tout chef d’oeuvre intemporel porte en lui.

Nous souhaitons vivement entendre cette version des temps présents et futurs en concert. Nous attendons ainsi, la prochaine réalisation du Balcon et de B-Records, toujours un pas en avant pour nous offrir des surprenantes rencontres.

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CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

HECTOR BERLIOZ (1803 – 1869)

SYMPHONIE FANTASTIQUE
libre adaptation pour orchestre de chambre d’ARTHUR LAVANDIER

LE BALCON & AcadĂ©mie de Musique de rue “Tonton a faim”
dir. Maxime Pascal

CD – BRecords (Florent Derex)

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LIRE aussi notre autre compte rendu critique du coffret CD BRecords / Florent Derex : Berlioz, Symphonie Fantastique par Le Balcon. Par Benjamin Ballifh, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS / septembre 2018

EDITO… Make America great again? par Pedro Octavo Diaz

EDITO, par Pedro Octavo Diaz… Depuis 24 heures le monde est secouĂ© par la clameur rageante d’un triste histrion matamore Ă  la tĂŞte de la première puissance Ă©conomique et militaire de l’Occident. Effectivement, il a emportĂ©, Ă  coups de slogans dĂ©magogiques et quelques beuglements crus, la prĂ©sidentielle Étasunienne la plus dĂ©chirante de l’histoire de cette incipiente dĂ©mocratie.

Make America great again?

palmyre cite syrie cite martyr ete 2015Sa devise: “Make America great again” (“Rendre les États-Unis grands Ă  nouveau » / « Rendre Ă  l’AmĂ©rique sa grandeur »). De toute Ă©vidence, Mister Trump, du haut de ses 70 printemps, fait croire Ă  la dĂ©cadence d’un Ă©tat et d’une Ă©conomie. N’en dĂ©plaise Ă  cette vedette de Manhattan et des Stock-options, tout comme une certaine dynastie de Saint-Cloud en France, tout un pan de la grandeur Étasunienne est mise de cĂ´tĂ©. Outre le sĂ©rieux “Overpromising” de l’impĂ©trant et un abus de phrasettes Ă  gogo, Trump demeure le châtelain d’un Monde clos et irrĂ©mĂ©diablement accrochĂ© aux annĂ©es de son toupet blond, les annĂ©es 80, rĂŞveuses et tournĂ©es vers un avenir Ă  la George Lucas.

Et ce n’est pas inhĂ©rent Ă  M. Trump, parce que depuis un certain temps l’on recèle un oubli criminel et dangereux des classes politiques mondiales du fait culturel et, plus particulièrement, pour le spectacle vivant.

Le 21 Janvier 2017, alors que les Ă©ditorialistes mondiaux se dĂ©chaĂ®nent, tantĂ´t sur les aventures de Trump tantĂ´t sur le tailleur Ralph Lauren de son hĂ©taĂŻre, on oublie que Daesh a finalement fini par dĂ©truire un des plus beaux sites de l’histoire humaine : Le ThĂ©atre de Palmyre. Symbole de la tolĂ©rance, du partage, de la geste humaine, de sa permanence dans l’histoire par l’imaginaire.

On limite Ă  quels critères, aujourd’hui, la grandeur des peuples et l’accomplissement des nations? Ă€ l’ineffable Ă©conomie, froide et volage? Aux indices sociologiques ? Ou bien Ă  ce qui reste malgrĂ© les conflits et les dĂ©flagrations irrĂ©versibles de l’Histoire?

Les États-Unis sont grands par leur gĂ©ographie d’abord, par les paysages immenses qui ont fait rĂŞver Samuel de Champlain et Lewis et Clark. Ces pierres jaunes du Wyoming, ces lĂ©gendes de l’Oiseau Tonnerre que JK Rowling Ă  vulgarisĂ© dans la valise de Newt Scamander. Les États-Unis demeurent gigantesques et Ă©ternels par les mĂ©andres mystĂ©rieux et fascinants des lettres. Des embruns sauvages de Melville aux questionnements Ă©gotiques de Paul Auster. Et les volutes captivantes de Poe et la geste aristocratique de Henry James ou Edith Wharton. Le rĂŞve AmĂ©ricain se dĂ©ploie tel un papillon merveilleux dans les vers d’Emily Dickinson, les rĂ©verbĂ©rations de Walt Whitman et la torpeur sensuelle de Tenessee Williams…

Mais les États-Unis sont aussi un ciel toujours sublime, blanc virginal aux abords des cols, cĂ©rulĂ©en aux abords des Ă©tendues sans fin des ocres et des verts et aux gris zibelins rasant les gratte-ciel. La musique, grandes sont les contributions des États-Unis aux chemins invisibles du son. Mariss Jansons, Isaac et David Stern, Yehudi Menuhin, Cole Porter, Thomas Ades, George Gershwin, John Musto, Jessye Norman, Lucinda Childs, Nicholas McGegan, William Christie, Laura Claycomb, RenĂ©e Fleming, Lisa Vroman, Larry Blanck, Amy Burton, Ed Lyon, Vivica Genaux, Joshua Bell, Nicholas Angelich, pour ne citer qu’eux, sont les voix puissantes des États-Unis. Mais que l’on ne se trompe pas. La voix des États-uniens est celle que ni les trusts, ni les thurifĂ©raires de M. Trump ne peuvent ni veulent comprendre parce qu’elle ne produit aucun profit.

Quoi qu’il arrive et qu’il en soit des choix des peuples ou des calculs Ă©lectoraux, aucun Pays ne se dĂ©termine par sa gouvernance. Les actes de barbarie ou d’iniquitĂ© qui jaillissent de l’actuelle incompĂ©tente irresponsabilitĂ© des Ă©quipes politiques ne doit en aucun cas entacher comme naguère la destinĂ©e des peuples.

Actuellement les États-Unis sont traversĂ©s par des convulsions inquiĂ©tantes. Les Ă©lites culturelles s’insurgent contre les dĂ©crets nĂ©fastes de l’actuelle administration. Les artistes et les institutionnels de la culture sont en grève. Mais en creusant l’Ă©cart entre les soutiens de base de Monsieur Trump et la “gens” culturelle ne verrons-nous pas le germe redoutable de la guerre civile, qui est la “coda” inĂ©vitable de tout totalitarisme ?

N’oublions pas les leçons de l’Histoire. L’Ă©ditorialiste de CNN, Christiane Amanpour l’exploite bien dans ses comptes-rendus. Il y a 70 ans les pires dictatures ont surgi d’un mouvement d’humeur et d’un vote de protestation. De mĂŞme, le parti mĂ©diocre de la bureaucratie a fait surgir les pires monstres, l’immobilisme est toujours ennemi de la crĂ©ation. La culture fut la solution, il y a bien des dĂ©cennies, dĂ©sormais elle sera une arme.

N’en dĂ©plaise aux factieux et aux tenants de la revanche, la France restera le monument du monde envers et contre la dynastie Le Pen; les États-Unis seront toujours une terre d’espoir envers et contre Mr Trump et ses coryphĂ©es RĂ©publicains; le Mexique sera toujours constellĂ© du granit de son Histoire envers et contre Messieurs Peña Nieto et Videgaray. La Pologne sera toujours la patrie de Chopin plutĂ´t que celle de Mr Kaczynski, et la Russie Ă©ternelle de Tchaikovsky et Lomonosov Ă©crase dĂ©jĂ , de sa trace indĂ©lĂ©bile, la paranoĂŻa de Mr Putin.

La mortifère nuĂ©e de leurs voraces harpies n’atteindra jamais ceux qui ont un livre dans les mains, une peinture sous les yeux, un casque sur les oreilles. Il faut dĂ©sormais avoir l’Ă©nergie de faire et non pas l’ambition de devenir.

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Illustration : Palmyre avant Daesh (DR)

Compte rendu, concert. Théâtre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble.

Compte rendu, concert. Théâtre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble. Souvent on fait, Ă  tort, le rapprochement entre le spectacle vivant et le divertissement. En pĂ©riode de crise identitaire, le divertissement est devenu une figure du credo politico-social qui dessert la crĂ©ation en brouillant ses vĂ©ritables argumentaires culturels.

Parce que le spectacle vivant n’est pas sans “divertissement”, on peut, en effet, rendre au spectateur Ă  la fois la joie et Le faire revisiter un rĂ©pertoire, une Ă©poque et une histoire. Le spectacle vivant c’est nous. Et c’est le cas de “Paris Cheries”, un spectacle dĂ©diĂ© Ă  l’amour sous ses formes les plus charnelles et dĂ©bordant de sensualitĂ© chic!

“T’ es bell’ tu sais sous tes lampions,
Des fois quand tu pars en saison
Dans les bras d’un accordĂ©on.”
Paname  - Léo Ferré
paris-cheries-theatre-trevise-critique-classiquenewsLe programme a Ă©tĂ© conçu par le prodigieux esprit de Christophe Mirambeau, Ă©ternel dĂ©fricheur de trĂ©sors dans un rĂ©pertoire largement peu connu et souvent mĂ©prisĂ© Ă  tort. Christophe Mirambeau est Ă  l’origine notamment des recrĂ©ations mondiales telles que les extraits de Brummel de Reynaldo Hahn (Salle Gaveau, 2012), La Revue des Ambassadeurs de Cole Porter (2012 et 2014, OpĂ©ra de Rennes), Yes de Maurice Yvain dans sa version originale (2016 – FrivolitĂ©s Parisiennes). De plus, Christophe Mirambeau anime très rĂ©gulièrement avec son laboratoire de crĂ©ation et production “Les Grands Boulevards”, les scènes parisiennes avec des rencontres musicales avec des superbes spectacles autour des grandes figures du Music-Hall telles Sacha Guitry, Mistinguett ou les grandes heures du Théâtre du Châtelet (2010).
Tout aussi formidable, l’activitĂ© des enthousiasmantes FrivolitĂ©s Parisiennes qui nous ouvrent avec bonheur tout le rĂ©pertoire de l’opĂ©ra comique, de l’opĂ©rette et du music-hall. Mathieu Franot et Benjamin El Arbi, nous offrent quasiment deux siècles entiers de rĂ©pertoire et la crĂ©ation contemporaine toutes les saisons. “Les Frivos” sont une compagnie dynamique, passionnĂ©e et passionnante. On dĂ©nombre une belle panoplie d’oeuvres qui leur doivent une redĂ©couverte Ă©clatante: L’Ambassadrice d’Auber, Le Petit Faust d’HervĂ©,Bonsoir Monsieur Pantalon de Grisar, Le Guitarrero d’HalĂ©vy, Don CĂ©sar de Bazan de Massenet et très rĂ©cemment le Farfadet d’Adam et Yes de Maurice Yvain. En rĂ©unissant les talents et formant les jeunes solistes dans une AcadĂ©mie, “Les Frivos” nous passionnent encore et encore.
2017 dĂ©bute en rĂ©jouissances dans l’historique Théâtre TrĂ©vise, au coeur festif du Paris Chantant. Paris ChĂ©ries nous prend par la cravate et nous fait voyager dans l’imaginaire sexy et follement frivole de la capitale. Et rien n’est vulgaire pour faire taire toute rĂ©serve moralisatrice. Chaque morceau est d’un coquin subtil, comme le satin des plus belles lingeries. Des chansons, des airs issus des revues et des opĂ©rettes, dont le superbe “Un petit quelque chose” de Van Parys et la dĂ©sopilante Polka des “CĂ©nobites”… Paris ChĂ©ries nous touche dans l’effeuillage du Paris fantasmĂ© et qui devient rĂ©el sous les milliers de lumières de ses nuits.
Sur scène les artistes nous livrent une soirĂ©e euphorisante et l’on retrouve les plus grandes heures du Paris frivole. Tous les solistes ont Ă  la fois le don de la comĂ©die et des voix riches et polychromes. Les deux “leading ladies” LĂ©ovanie Raud et la mythique Charlène Duval sont dĂ©bordantes de sensualitĂ©. Les textes, Ă  l’Ă©quivoque rĂ©jouissant, sont dĂ©livrĂ©s avec une clartĂ© de prosodie incroyable, ce qui augmente l’humour. LĂ©ovanie Raud a la voix de soie et de feu nous transporte notamment dans un extrait des Trois Valses d’Oscar Strauss “C’est un p’tit quelque chose”. Charlène Duval, sensuelle et splendide dans ses numĂ©ros aux airs exotiques et d’un grand raffinement. Les garçons nous Ă©patent tout autant avec des voix bien tournĂ©es et au jeu euphorisant. Pascal Neyron, un très beau meneur de revue, plein d’esprit, Alexis Meriaux Ă  la voix veloutĂ©e et Guillaume Beaujolais aux couleurs chaleureuses et le comique dĂ©sarmant.
Jean-Yves Aizic Ă  l’Ă©nergie hautement communicative et un arrangeur de gĂ©nie, mène du piano, le “Frivol’ensemble” tambour battant. Les musiciens portĂ©s dans la vague envoĂ»tante et charmeuse des musiques de Paris ChĂ©ries, nous communiquent un vrai plaisir de jouer d’une traite cette magnifique revue qui revĂŞt d’un rouge passion la Ville Lumière.
Ne laissez pas passer vous filer entre les doigts la nuisette de Paris! Courrez au Théâtre Trévise avant le 14 janvier!
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PARIS ChĂ©ri(es). Frivol’Ensemble. Jusqu”au 14 janvier au Théâtre TrĂ©vise
Léovanie Raud, Charlène Duval, Pascal Neyron, Alexis Mériaux, Guillaume Beaujolais
Frivol’ensemble (Mathieu Franot & Benjamin El Arbi)
direction et arrangements – Jean-Yves Aizic
Conception, rĂ©pertoire, mise-en-scène – Christophe Mirambeau

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud à Montpellier déploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyé spécial Pedro Octavio Diaz était présent pour plusieurs événements artistiques mémorables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliérenne du Festival Radio France décentralisé, hors de la Maison ronde parisienne… Compte rendu en 3 étapes, 3 programmes diversement évalués… sous le filtre impertinent, critique de notre rédacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. Dès que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchâssĂ© des forĂŞts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumière. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂ´ne, juste avant de tourner vers NĂ®mes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gâtĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Ă‚ge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’ère digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. Après 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael Schønwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rêve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La Flûte d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, L’Indifférent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂŞte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂ®cheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31ème Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂŞveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂŞtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des pièces et musiques qui nous sont familières, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂŞtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂŞve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genèse littĂ©raire de ces nuits oĂą l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mène vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. Grâce Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂ´t cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂŞte, le chef Danois Michael Schønwandt fait un travail fascinant d’orfèvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂ®t Ă  la rĂŞverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

Agnès Pagès-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, après avoir passé par les encens de Bagdad, place à la chinoiserie rêvée des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumières. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grâce Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succès. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mène tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avèrent ĂŞtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂ´le fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la première Ă  la dernière note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vèle ĂŞtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette très rĂ©ussie. De mĂŞme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relève certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne Pagès-Boisset,qui interprète au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂŞte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂ®chi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂŞte bien après la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
Rêveries – Passions
Un Bal
Scène aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂŞme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la première interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprès des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂ´t vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité…. osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

Après les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime pièce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxième partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grâce Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31ème fĂŞte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpèges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’ĂŽle de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂŞvĂ© des contrĂ©es oĂą le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Festival de Beaune 2016 : première soirée ce 8 juillet 2016…

christie420BEAUNE, festival 2016. Temps forts… Ce vendredi 8 juillet 2016, comme tous les ans depuis près de 4 dĂ©cennies (34ème Ă©dition), la magnifique cour des Hospices de Beaune accueille l’opĂ©ra baroque dans toute sa splendeur. HĂ©ritière des puissants ducs de Bourgogne, la volontĂ© musicale de Anne Blanchard, directrice du Festival, sublime la beautĂ© de cette ville de patrimoine et de vigne. Pour cette nouvelle Ă©dition, le Festival de Beaune nous offre une sĂ©rie d’opĂ©ras et d’oratorios baroques interprĂ©tĂ©s par les princes du sang de l’univers baroque. De William Christie (Cantates de Bach, le 22 juillet) Ă  Laurence Equilbey, tous y sont cette annĂ©e. Mais, ce qui est d’autant plus encourageant, parce qu’ils excitent  la curiositĂ© sont deux propositions d’un intĂ©rĂŞt superlatif: la recrĂ©ation du Tamerlano de Vivaldi (le 23 juillet) et la Descente d’OrphĂ©e aux Enfers de Charpentier (le 29 juillet). Le premier sera interprĂ©tĂ© par Thibault Noally et son ensemble Les Accents, en rĂ©sidence Ă  Beaune depuis 2014 et dont l’enthousiasme ne tarit pas depuis la recrĂ©ation en première mondiale de l’oratorio Il Trionfo della Divina Misericordia de Porpora. MĂŞme sentiment enthousiaste pour la fraĂ®cheur incroyable de SĂ©bastien DaucĂ© qui nous prĂ©pare un Charpentier au dramatisme profond, Ă  la fragilitĂ© palpable et touchante. Ce juillet parcourrons les routes ensoleillĂ©es de la Bourgogne, si, au loin, les clochers appellent vers les Ă©tapes d’un voyage au grĂ© des champs, le voyageur s’arrĂŞtera Ă  Beaune, lĂ  oĂą le vin est pourprĂ© de velours et la musique Ă©tincelante comme un ostensoir…

Festival de Beaune 2016, du 8 au 31 juillet 2016. Infos et réservations sur le site du Festival de Beaune 2016

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GRAND ENTRETIEN d’Alain JuppĂ© pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et mĂŞme europĂ©en

GRAND ENTRETIEN avec Alain Juppé pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et même européen. Les Grands entretiens de « politicS », le magazine politique de classiquenews…  Quelle politique culturelle pour la France par Alain Juppé?

 

 

jupe-alain-entretien-sur-la-culture-classiquenews-juin-2016

 

 

La Culture, un enjeu national et européen

La Culture est au coeur du projet politique d’Alain JuppĂ©. Le Maire de Bordeaux prĂ©sente et commente quelques uns des points clĂ©s de son programme pour la culture en France et en Europe : nouveau plan Patrimoine, renforcement de l’enseignement culturel Ă  l’Ecole, nouvelles lois pour le mĂ©cĂ©nat, coopĂ©ration renforcĂ©e entre les Etats europĂ©ens, parce que demain l’Europe doit reprendre la parole sur le plan culturel pour restaurer son identitĂ© et favoriser sa cohĂ©sion…. Visiblement le lecteur de Montaigne et de Proust est inspirĂ© par la question culturelle et il s’en explique pour classiquenews.

 

Dans le cadre de la Primaire Ă  Droite, classiquenews poursuit son grand tour auprès des candidats en lice. Cette semaine, tribune est offerte Ă  l’actuel Maire de Bordeaux, capitale Ă©conomique et surtout culturelle du grand Sud Ouest français. Quelle culture demain en France ? Quels missions et enjeux des projets Ă  rĂ©aliser sur le plan national ? Quelles rĂ©formes d’urgence Ă  accomplir ?… Autant de questions auxquelles Alain JuppĂ© a acceptĂ© de rĂ©pondre et qui rĂ©sonnent comme son programme culturel. Grand entretien pilotĂ© par notre correspondant politique Julien Vallet.  Coordination pour classiquenews : Pedro Octavio Diaz, directeur de la rĂ©daction politique de classiquenews. Retrouvez tous les points phares du programme pour la culture d’Alain JuppĂ©, dans son discours sur la culture prĂ©sentĂ© au Forum d’Avignon (Bordeaux, mars 2016).

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

Quelles valeurs, selon vous, la culture doit-elle préserver et transmettre ?
La culture est pour moi un espace de liberté, de création, d’imagination personnelle, mais elle est aussi ce que nous avons reçu en partage et qui nous unit. C’est, je pense, la définition qu’aurait pu en donner un Montaigne. Ce que doit préserver et transmettre la culture, c’est donc cette capacité et cette envie  – sans cesse renouvelée  – de penser, de rêver, de ressentir des émotions, et au besoin de s’insurger. Dans une société où il est assez tentant de céder au « prêt à penser », les œuvres de l’esprit doivent plus que jamais être des aiguiseurs de conscience. Elles jouent un rôle fondamental dans la construction du jugement libre qui est au fondement de la citoyenneté, mais aussi de la sensibilité sans laquelle notre monde serait déshumanisé. C’est en cela qu’il existe un lien fort, qui mérite, à mon sens, d’être encore resserré, entre la culture et l’éducation.

En quoi la culture peut-elle avoir un rôle sociétal ?
Depuis plusieurs années, nous faisons face à un climat de défiance généralisée dans lequel de multiples fractures érodent l’unité de notre pays. Nous regardons peu à peu disparaître notre capacité à nous projeter et à espérer ensemble. Or, je suis intimement convaincu que nous ne parviendrons pas à combler ce manque de sens, à redonner corps à notre destin collectif sans replacer la culture au cœur de notre projet de société. Nous avons besoin d’un nouvel élan partagé qui, pour réussir, ne pourra, loin de là, être seulement économique. Je crois à la culture comme antidote au désenchantement et à la fragmentation de notre société. L’année, aussi terrible qu’éprouvante, que nous venons de traverser nous a montré combien la culture était source de réconfort individuel et collectif mais également puissant ferment de rassemblement, de résistance face à la barbarie et d’espoir.

Un exemple concret d’une politique culturelle exemplaire pour vous ?
Les exemples sont nombreux et je crois que, dans ce climat de dénigrement permanent, il faut le dire et être fiers de ces belles réussites. Si je suis contraint de n’en choisir qu’un exemple, je retiendrais peut-être la politique de soutien au cinéma. Même si des améliorations sont toujours possibles, la France, dans un partenariat exemplaire entre les professionnels et les pouvoirs publics, a su se doter, avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), d’d’une institution remarquable, qui a permis de développer des instruments variés de soutien, de l’écriture à l’exploitation, en passant par la production et la distribution des films. Alors que les productions nationales ont quasi disparu chez certains de nos grands voisins, notre pays dispose d’une industrie cinématographique d’une vitalité exceptionnelle. Notre cinéma est une référence dans le monde entier. Nous disposons de formations reconnues pour leur sérieux, d’un maillage territorial de salles dense et d’équipements de bonne qualité. Notre pays est aujourd’hui le deuxième exportateur de cinéma, derrière les États-Unis. Nous avons également su inventer mais surtout préserver et renouveler des évènements internationalement reconnus : je pense à Cannes. Exemplaire par l’étendue du public auquel elle s’adresse, cette politique a su promouvoir l’exigence et la diversité des œuvres, sans exclure et sans ériger des barrières esthétiques infranchissables entre les spectateurs.

 

Y a-t-il un projet culturel, un type d’événement culturel qui n’existe pas encore auquel vous pensez et que vous aimeriez demain défendre ?
Je crois que la culture a beaucoup souffert depuis plusieurs décennies d’une course effrénée à l’évènementiel, à une certaine surenchère médiatique plutôt qu’à la valorisation de l’existant ou à la promotion des actions de fond, moins immédiatement visibles La politique culturelle que j’entends proposer sera ambitieuse mais pas capricieuse ni superficielle. Si vous me demandez si je compte me lancer dans un nouveau grand chantier culturel  à la manière des années 80, je vous réponds que la France dispose déjà de superbes équipements. Souvent construits sans en anticiper le coût de fonctionnement et de maintenance ; ce sont eux qui aujourd’hui, dans un contexte budgétaire contraint, doivent être soutenus en priorité afin d’en assurer la transmission aux générations futures.
Si une initiative nouvelle doit aujourd’hui être prise, elle devra, à mon sens, être européenne, car l’Union, en proie à une grave crise d’identité, a besoin de montrer qu’elle défend la culture. Ma première initiative en la matière sera de réunir les grands créateurs européens pour réfléchir avec eux à la définition et au lancement d’un « Erasmus culturel ». La France, qui a toujours mené ces combats dans le passé, a vocation à prendre la tête d’une coalition pour rappeler qu’il existe une « Culture de l’Europe » et faire émerger une « Europe de la culture ». Un « agenda culturel européen » devrait prendre de nouvelles initiatives, grâce à une relation franco-allemande renforcée, en matière de création, d’échanges et de formation, de valorisation du patrimoine européen. La chaîne Arte nous donne en la matière un magnifique exemple de ce qu’une coopération européenne peut offrir de meilleur.

DEUXIEME PARTIE

 

Y a-t-il une politique culturelle de gauche et une politique culturelle de droite selon vous ?
Faut-il être de droite pour aimer Chateaubriand ou Céline, faut-il être de gauche pour aimer Zola ou Rimbaud ? La vraie culture ignore le sectarisme politique. Pour autant, il existe des nuances ou même des oppositions. Ainsi la droite est-elle portée à manifester un plus grand souci du patrimoine, tandis que la gauche met davantage l’accent sur la démocratisation de la culture ou le multiculturalisme. Pour moi, j’entends dépasser ces clivages : une politique culturelle réussie est une politique qui veut toucher le plus grand nombre tout en visant au plus haut et en s’adaptant aux enjeux de notre temps. Une politique culturelle intelligente au XXIème siècle doit être une politique capable de fédérer les énergies entre un État stratège, des collectivités territoriales dynamiques, et l’initiative privée que, loin de redouter, nous devons au contraire mobiliser en faveur de ce bien commun qu’est la culture. À ce titre, je souhaite mettre en place un acte II du mécénat et de l’initiative privée afin de renforcer la législation de 2003, mise en œuvre à l’initiative de Jacques Chirac et Jean-Jacques Aillagon, reconnue comme l’une des meilleures au monde et d’en accentuer les effets d’entraînement.

 

Quelles sont vos propositions pour la politique culturelle en France ?
Avant tout, il me semble important que la politique culturelle de la France retrouve un sens et un cap afin de rompre avec cinq années de discours convenus et de lois fourre-tout. Je ne pourrai pas dans le cadre de cette interview développer l’ensemble des mes propositions pour la culture. Je renvoie donc vos lecteurs intéressés à la brochure que nous venons de publier dans ce domaine. Comme je l’ai dit publiquement lors du forum d’Avignon qui s’est tenu à Bordeaux, je veux mettre la culture au cœur de mon projet politique national et européen. Outre la remise à niveau du budget du ministère de la culture, mon programme s’articule autour de trois enjeux essentiels : un enjeu de transmission et de partage ; un enjeu de création et un enjeu de rayonnement.
En matière de transmission et de partage, je veux, dans le cadre de ma priorité à l’éducation, placer l’éducation artistique et culturelle (EAC) au centre de mon projet. En dépit des grandes proclamations, les progrès réalisés ces dernières années restent insuffisants. Il faut aller au-delà de quelques expériences ponctuelles proposées aux élèves. Je souhaite que l’histoire des arts soit mieux intégrée dans les cours d’arts plastiques au collège et dans les programmes d’histoire au lycée. Il faut pour cela engager un plan de formation des enseignants en matière d’EAC, associé à la création d’un CAPES et d’une agrégation d’histoire des arts. Il est également important d’accompagner les établissements scolaires, qui se verront confier l’organisation de la dotation horaire globale des enseignements, afin qu’ils disposent d’outils pour mieux assurer la présence de l’éducation artistique et culturelle à l’école et dans le champ des activités périscolaires. Je souhaite également favoriser les échanges et les partenariats avec les orchestres, les formations musicales, les lieux de théâtre dans toute leur diversité afin que les artistes interviennent au sein des établissements scolaires. Bien entendu, cette politique s’inscrit dans ma vision globale de l’éducation qu’elle vise à compléter et à enrichir : la culture que devraient partager tous les jeunes Français, dans mon projet pour l’Ecole, c’est bien sûr aussi la familiarité avec les grands textes de notre littérature, la connaissance des grands moments de notre histoire et de notre géographie, l’ouverture aux sciences et à leurs questionnements les plus actuels
En matière de création, il me semble primordial de faire contribuer les acteurs transnationaux de l’Internet au financement de la production des contenus culturels et à la modernisation des réseaux numériques, en fiscalisant d’abord leurs activités en France. Je souhaite également renforcer et moderniser les dispositifs d’insertion professionnelle grâce à un meilleur partenariat entre les structures existantes, les écoles de formation et les entreprises culturelles. J’entends aussi soutenir l’entrepreneuriat culturel, en créant par exemple un outil consacré à l’amorçage des entreprises du secteur destiné à financer des projets ou produits culturels innovants.
Enfin, en matière de rayonnement, nous devons conforter l’attractivité culturelle dont jouit notre pays. Pour cela, je propose, entre autres, de construire un partenariat stratégique pour la promotion de la langue française associant acteurs publics et privés (notamment du secteur audiovisuel et des télécommunications), ainsi qu’une politique audiovisuelle extérieure française adaptée à la forte demande de programmes français en Afrique. Il nous faudra aussi poursuivre nos combats historiques au service d’une Europe de la création et de la diversité : la défense du droit d’auteur aujourd’hui menacé ; la lutte contre le piratage et la contrefaçon ; l’harmonisation de la fiscalité sur les biens culturels et la presse et la sauvegarde de notre diversité dans les accords commerciaux internationaux et dans la négociation du TAFTA.
Ce ne sont lĂ  que quelques pistes parmi les propositions que je souhaite mettre en Ĺ“uvre pour redonner un nouvel Ă©lan Ă  notre politique culturelle.

 

Quels sont les domaines qui doivent être impérativement réformés ?
Je ne citerai qu’un exemple ici. Depuis 2012, les moyens consacrés à la politique du patrimoine ont supporté l’essentiel des baisses de crédit du ministère de la Culture. Ce domaine a dû faire face à des à-coups dévastateurs pour les chantiers comme pour les entreprises. Or, notre patrimoine est non seulement un enjeu de civilisation mais également un formidable levier de croissance pour notre économie. Il me semble indispensable d’engager un Plan Patrimoine sur dix ans, qui comprendra une remise à niveau des crédits dédiés aux monuments historiques, un partenariat renouvelé avec les propriétaires privés et les collectivités territoriales ainsi qu’un important volet de formation de main-d’œuvre spécialisée dans le bâtiment et la restauration afin d’encourager la création d’emplois dans ces métiers de tradition.
Parallèlement, nous organiserons dans chaque région des assises régionales du patrimoine, associant tous les acteurs publics et privés concernés, afin de mieux articuler politique du patrimoine, politique de l’urbanisme et politique de la ville et mettre ainsi en œuvre un développement véritablement durable.
Enfin, nous veillerons à ce que la Fondation du patrimoine dispose effectivement des ressources qui lui sont affectées (fraction du produit des successions laissées en déshérence) afin d’augmenter le nombre de projets de restauration du patrimoine local.

TROISIEME PARTIE

 

Vous avez proposé en 2009 avec Michel Rocard la numérisation massive du « patrimoine culturel français ». Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Je reste intimement persuadé que le numérique est une chance sans précédent de transmission et de partage de notre culture, comme le prouve par exemple le succès de Gallica, avec ses 3,5 millions de documents et d’œuvres en ligne issus de la BnF et de 270 autres bibliothèques françaises. Les potentialités offertes par le numérique restent cependant insuffisamment exploitées en France. C’est pourquoi je propose un programme de numérisation massive et de référencement méthodique de notre patrimoine culturel dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. Parallèlement, la France devra être à l’initiative de la création de champions numériques culturels qui ne pourront exister qu’au niveau européen (développement de plateformes françaises et européennes). Or, il n’y a aujourd’hui aucune stratégie européenne organisée et offensive en la matière, coordonnant effort public et initiative privée et capitalisant sur les succès, notamment français comme Deezer et Dailymotion.
Bordeaux est une ville laboratoire dans le domaine des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques. En tĂ©moigne la vitalitĂ© de la rĂ©cente « Semaine digitale », qui a croisĂ© des univers artistiques singuliers (mapping, installations sonores, concerts, expositions) avec le monde des entreprises digitales. Pour ce qui relève de la numĂ©risation patrimoniale, je citerai volontiers l’exemple des “Essais” de Montaigne dont l’Ă©dition originale a fait l’objet d’un traitement numĂ©rique, rendant accessible sa lecture au plus grand nombre, autour de l’exposition “Montaigne superstar” organisĂ©e par le rĂ©seau des bibliothèques et des mĂ©diathèques de Bordeaux Ă  l’automne prochain.

 

Comment expliquer l’échec de Bordeaux à devenir capitale européenne de la culture, à l’inverse de Lille ou de Marseille ?
Les critères de sĂ©lection des capitales europĂ©ennes de la culture ont considĂ©rablement Ă©voluĂ© après Lille 2004. Aujourd’hui, de nombreuses villes se portent candidates, lors des annĂ©es dĂ©signĂ©es pour leur pays (toujours croisĂ©es avec un pays nouvellement entrĂ© dans l’Union). A l’Ă©poque de la candidature pour 2013, le jury s’Ă©tait clairement exprimĂ© sur le fait que Marseille semblait en avoir plus « besoin » que Bordeaux puisque prĂ©sentant un moindre degrĂ© de structuration du rĂ©seau culturel. La dimension mĂ©diterranĂ©enne du projet portĂ© par Marseille a certainement jouĂ© Ă©galement, dans un contexte oĂą le frĂ©missement des printemps arabes commençait Ă  se faire sentir. Pour autant, le travail de prĂ©paration dĂ©ployĂ© Ă  Bordeaux au moment de la candidature a portĂ© ses fruits et a permis d’identifier de nouveaux projets, tels la CitĂ© du Vin qui vient d’ouvrir.
Sur le fond, je me demande si, comme le suggèrent certains, le concept ne devrait pas évoluer. Pourquoi ne pas désigner chaque année une capitale nationale de la culture, comme le fait déjà l’Italie ?

 

Les différents jumelages de Bordeaux avec d’autres grandes villes (Munich, Québec, Cracovie, etc.) remplissent-ils une fonction culturelle ?
Bordeaux entretient un rapport actif sur le plan culturel avec un certain nombre de ses villes jumelles. Je citerai ainsi le projet Bordeaux-Los Angeles, qui a fĂ©dĂ©rĂ© nos Ă©tablissements culturels, MusĂ©e des Beaux Arts, CAPC etc. et qui a permis l’accueil d’artistes en rĂ©sidence croisĂ©e entre les deux villes en 2013. Un jumelage très vivant est Ă©galement en place avec la Ville de Fukuoka au Japon avec laquelle nous sommes en train de construire un programme autour de la musique contemporaine et de l’enseignement musical, qui devrait dĂ©boucher sur l’organisation d’un concours international de composition.

 

Le festival d’art contemporain Evento présente un bilan en demi-teinte, il a même connu une fréquentation en baisse en 2011 pour la deuxième édition. Comment expliquer ces mauvais résultats ? Y aura-t-il une troisième édition d’Evento ?

Evento a Ă©tĂ© une Ă©tape qui avait justement  pour objet de crĂ©er une dynamique sur notre territoire et d’ĂŞtre la partie Ă©mergĂ©e d’un travail poursuivi Ă  l’annĂ©e. Le coĂ»t d’une manifestation de ce type reste Ă©levĂ©. Il Ă©tait peu compatible avec les contraintes budgĂ©taires auxquelles il faut faire face aujourd’hui. NĂ©anmoins, les rĂ©sultats artistiques et les propositions se rĂ©vèlent au fil des annĂ©es pertinents et en parfaite harmonie avec le territoire : Anri Sala Ă  la Salle des FĂŞtes du Grand Parc en 2009 ou Jeanne van Hesswijk Ă  la Halle des Douves en 2011 ont contribuĂ© au renouveau de chacun de ces quartiers et ont prĂ©figurĂ© ces Ă©quipements aujourd’hui rĂ©novĂ©s ou en cours de rĂ©novation. En ce sens, l’apport d’Evento ne se mesure pas seulement en termes de frĂ©quentation mais aussi Ă  la rĂ©-interprĂ©tation de notre territoire et Ă  la rencontre artistique. La passerelle de Tadasho Kawamata reste ainsi dans tous les esprits, Ă©voquant dĂ©jĂ  l’ensemble des ponts qui vont rapprocher les deux rives de la Garonne. Aujourd’hui l’enjeu n’est pas de faire ou non un troisième Evento mais de faire vivre le territoire.
Outre la prĂ©servation du budget culturel de Bordeaux, j’ai souhaitĂ© que la Ville imagine une saison culturelle autour du thème « Paysages », qui verra le jour entre le 25 juin et le 25 octobre 2017, Ă  l’occasion de l’arrivĂ©e de la LGV sur le territoire de Bordeaux et de sa mĂ©tropole. C’est un exemple atypique et crĂ©atif de fĂ©dĂ©ration d’acteurs culturels, dans tous les champs disciplinaires, rassemblĂ©s autour d’un thème partagĂ©, celui des « Paysages ». Ainsi, expositions, installations dans l’espace public, balades sonores, concerts, lectures, spectacles, objets culturels circulants composeront un vaste programme invitant le public Ă  la dĂ©couverte culturelle du territoire.

 

En tant que maire de Bordeaux depuis 1995, quelle est votre plus grande réussite ? Votre plus grand regret s’il y en a un ?
Sans aucun doute la mĂ©tamorphose des quais de la Garonne et leur rĂ©appropriation par les Bordelais. Ce dĂ©fi a changĂ© le visage de la ville. Il  a rendu sa fiertĂ© Ă  ses habitants. Je dis souvent que c’est notre Guggenheim Ă  nous, tant ce succès impressionne et attire les visiteurs du monde entier. Plus rĂ©cemment c’est l’ouverture de la CitĂ© du Vin -produit de haute culture s’il en est et Ă  tous les sens du terme ! – qui va marquer les esprits et renforcer la dynamique dont bĂ©nĂ©ficie notre ville. Il n’y a pas de regret car je n’ai pas encore Ă©puisĂ© mes rĂŞves, en particulier celui d’un grand musĂ©e des beaux-arts, reliant les deux ailes du musĂ©e actuel. Nous n’avons pas encore trouvĂ© le montage idĂ©al et de nombreux autres projets sont en cours (notamment la rĂ©novation du Museum, la construction d’une nouvelle mĂ©diathèque Ă  CaudĂ©ran, la rĂ©novation de la salle des fĂŞtes du Grand Parc, etc.). Mais cela viendra sans doute un jour prochain.

 

Vous êtes parfois accusé de prôner une conception élitiste de la culture en favorisant par exemple le Grand Théâtre avec 20 millions d’euros de subventions, au détriment du Centre d’art plastique contemporain (CAPC). Que répondez-vous à ces critiques ?
D’abord, il ne s’agit pas de 20 millions d’euros. La RĂ©gie personnalisĂ©e de l’OpĂ©ra de Bordeaux (qui regroupe 2 salles, l’Auditorium et le Grand Théâtre, pour 3 forces artistiques, l’orchestre, le chĹ“ur et le ballet) reçoit une subvention d’environ 15 millions d’euros de la Ville de Bordeaux (un peu plus de 16 M€ en intĂ©grant les transferts de charges). Ensuite, nous avons sur notre territoire un de 5 opĂ©ras nationaux français qui emploie donc plus de 450 personnes et son budget reste dans la moyenne des opĂ©ras de mĂŞme taille gĂ©rant qui plus est deux grandes salles.
Ensuite, l’OpĂ©ra de Bordeaux fait partie de l’ADN culturel de notre Ville comme le CAPC, mais aussi comme les musiques actuelles. Bordeaux est une ville « Rock », qui a vu naĂ®tre Noir DĂ©sir et aujourd’hui Odezenne ou la BD. Les efforts restent importants pour tous les Ă©tablissements culturels qui participent au rayonnement de la Ville de Bordeaux. Nous poursuivons Ă©galement toute une politique orientĂ©e vers le soutien Ă  la crĂ©ation, vers des champs artistiques spĂ©cifiques comme le Street Art, dont nous lançons une première grande saison dès cet Ă©tĂ©. Au total, la subvention Ă  notre OpĂ©ra ne reprĂ©sente que 20 % du budget culturel de la ville.

 

Quelle vision de la culture portez-vous sur le long terme Ă  Bordeaux ?
Depuis deux ans, la Ville de Bordeaux s’attache à mettre en œuvre les 3 nouvelles orientations culturelles, débattues et partagées par le Conseil Municipal : « Donner l’envie de Culture à tous », « Favoriser la création et l’innovation », « La Culture facteur d’attractivité et de rayonnement ». Cette ambition, si elle s’appuie sur les artistes, est destinée à tous les bordelais, et peut-être davantage encore à ceux qui s’en sentent éloignés. La tâche est immense, particulièrement dans un contexte financier incertain.
Les grandes villes sont les premiers financeurs de la Culture en France. Comme elle s’y était engagée, la Ville développe ses ressources propres (notamment grâce aux nouveaux tarifs de location des espaces culturels), le mécénat et le financement participatif (avec la reconduction et le développement du Ticket Mécène).
C’est notamment du dialogue entre l’impulsion politique et la totale liberté de création laissée aux acteurs que naît la politique culturelle. La Ville s’attache à généraliser des réflexes devenus indispensables, pour elle-même et pour les opérateurs de son territoire, afin de continuer à faire mieux, avec parfois moins ou autant : mutualisations, partenariats, changement d’échelle territoriale et décloisonnement en sont les maîtres-mots.

Est-ce que Bordeaux a été pour vous un laboratoire pour la politique culturelle au niveau national ?
Un Maire est un élu de proximité, apprécié de nos concitoyens. Il dispose de nombreux leviers pour agir. Dans le domaine culturel, je me suis toujours attaché à faire vivre la culture, 365 jours par an, en donnant une forte priorité à l’éducation artistique et culturelle. La Ville s’est dotée d’un fonds d’aide à la création artistique qui est passé de 150 000 € en 2013 à 650 000 € en 2016 pour soutenir toutes les formes d’art.
J’ai récemment lancé un plan en faveur de l’équité culturelle pour agir, à mon niveau, à la suite des cruels évènements qui ont endeuillé le France en 2015. 17 actions qui nous permettront de renforcer nos actions culturelles dans les quartiers. Ne l’oublions jamais : la culture est une réponse essentielle en ces temps troublés.
Enfin, depuis 1995, j’ai souhaité donné une priorité forte à la lecture publique : Bordeaux dispose d’un remarquable réseau de 10 bibliothèques de quartier, premier maillage culturel de la ville. Mais aussi au Patrimoine : Bordeaux est la ville de France qui dispose du plus grand nombre de monuments classés ou inscrits au titre des monuments historiques après Paris.
Ces axes sont bien sûr des politiques que je défendrai demain au niveau national, comme je l’ai rappelé lors de mon discours d’ouverture du Forum d’Avignon à Bordeaux.

 

Vous avez reçu le soutien de Christine Albanel, elle-même ancienne ministre de la Culture et membre de la famille chiraquienne, pour la primaire de 2016. Est-ce que ce type de soutien compte pour vous ?
Je connais Christine Albanel depuis longtemps. Non seulement c’est une amie, de longue date mais c’est aussi une personnalité dont j’apprécie la vaste culture, la finesse des analyses et l’acuité du regard sur le temps et sur le monde. Elle dispose d’une solide expérience acquise dans la sphère publique et aujourd’hui dans l’entreprise. C’est une chance de l’avoir à mes côtés.

 

Pourquoi parlez-vous si peu finalement des livres que vous avez lus et des films que vous avez vus, à l’inverse d’un Nicolas Sarkozy par exemple ?
Dans le Temps retrouvé, Marcel Proust dit que l’art véritable s’accomplit dans le silence. Il en va de même de la pratique… Plus sérieusement, dans un monde politique très corseté, je m’accorde encore une petite liberté, celle de soustraire à tout impératif médiatique mes choix culturels, mes coup-de cœur et parfois aussi… mes irritations. Je vous rassure, ils sont nombreux. Et il m’arrive quand même parfois, non seulement d’écrire et de publier, mais aussi d’exprimer mes passions. J’ai ainsi beaucoup apprécié tout récemment Britannicus à la Comédie-Française, belle réflexion sur le pouvoir, ses enjeux et ses tensions.

 

Propos recueillis par notre correspondant Julien Vallet en juin 2016

 

RÉSUMÉ

PREMIERE PARTIE. Adepte du jugement libre pour une culture rĂ©humanisĂ©e, Alain JupĂ© dĂ©fend la culture comme idĂ©al pour s’insurger contre le prĂŞt Ă  penser ou la pensĂ©e unique… RĂ©concilier culture et Ă©ducation, transmettre les valeurs fondamentales, encourager la capacitĂ© Ă  se projeter ensemble, restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©sion national Ă  l’heure oĂą tout les menace… La politique en faveur du cinĂ©ma restent exemplaires en France, et si demain l’Europe devait se redĂ©finir, elle aurait grand intĂ©rĂŞt Ă  le faire sur le plan culturel : fonder le concept d’un “Erasmus culturel” serait intĂ©ressant quand le modèle de la chaĂ®ne culturelle ARTE reste elle aussi une preuve Ă©loquente de ce que peut produire la coopĂ©ration entre les nations.
DEUXIEME PARTIE. Plus concrètement, Alain JuppĂ© entend rĂ©flĂ©chir Ă  un acte II de la politique du mĂ©cĂ©nat pour faire Ă©voluer encore la loi 2003 ; si la Culture est bien au centre de son programme national et europĂ©en, il s’agit de dĂ©velopper pratiquement les projets en faveur de l’Ă©ducation, la crĂ©ation et le rayonnement de la culture française partout dans le monde. Un nouveau plan patrimoine sur 10 ans doit aussi ĂŞtre lancer
TROISIEME PARTIE. Bilan sur la numĂ©risation du patrimoine culturel lancĂ© avec Michel Rocard en 2009… En souhaitant faire de Bordeaux, une capitale internationale des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques, Alain JuppĂ© entend dĂ©velopper considĂ©rablement le numĂ©rique sur le plan culturel car c’est un media de transmission au potentiel exceptionnel. Quels sont Ă  Bordeaux les chantiers porteurs d’enseignement et d’avenir ? Jumelage avec des villes Ă©trangères, bilan sur Evento, place de l’OpĂ©ra dans le budget municipal, orientations stratĂ©giques culturelles pour Bordeaux dans les annĂ©es futures…

 

 

VISITEZ le site officiel d’Alain JupĂ© : www.alainjuppe2017.com

 

 

politicS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-Frédéric Poisson #1

poisson-jean-frederic-politics-CULTURE-classiquenewspoliticS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson #1/2. A partir de Juin 2016, CLASSIQUENEWS offre la parole aux politiques qui nous parlent Culture. Dans le cadre de la Primaire de la Droite, rencontre avec les candidats dĂ©clarĂ©s, tour d’horizon de leur programme respectif pour la Culture en France… Pour la première fois de son histoire, la Droite française organise en novembre 2016 une Primaire pour dĂ©signer son poulain pour l’ElysĂ©e. L’occasion pour Classiquenews d’interroger les diffĂ©rents candidats en lice, sur leurs conceptions, leurs ambitions, leurs projets pour la Culture. RĂ´le de la culture dans la sociĂ©tĂ©, place du Ministère de la Culture, goĂ»ts et affinitĂ©s artistiques… dans « politicS », les politiques nous parlent culture.  Aucun sujet n’est laissĂ© de cĂ´tĂ©. « politicS » : un nouveau magazine vidĂ©o conçu par classiquenews, une nouvelle sĂ©rie d’entretiens Ă  dĂ©couvrir tout au long de la campagne jusqu’au scrutin final, le 27 novembre 2016.

JEAN-FREDERIC POISSON : Surtout connu du grand public pour son opposition au mariage gay, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson s’est lancĂ© dans la course Ă  la primaire de la droite en septembre 2015 – une annonce faite d’ailleurs dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, classĂ© Ă  droite. DĂ©putĂ© LR, ancien maire de Rambouillet dans les Yvelines, il a succĂ©dĂ© en 2013 Ă  Christine Boutin Ă  la tĂŞte du Parti chrĂ©tien-dĂ©mocrate Ă  la suite de la dĂ©mission de cette dernière. Comme son concurrent HervĂ© Mariton, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson compte parmi les partisans de la suppression pure et simple du ministère de la Culture qui “ne sert Ă  rien”, d’après lui. S’il estime que le patrimoine devrait ĂŞtre sous la supervision du Premier ministre, selon lui, la culture ne devrait pas relever du ressort de l’Etat, avait-il expliquĂ© en mai dernier”. RĂ©dacteur : Julien Vallet, journaliste © studio CLASSIQUENEWS — juin 2016

SOMMAIRE / sujets et thĂ©matiques dans ce premier volet : les valeurs de la Culture (autonomie de l’esprit, Ă©lĂ©vation de l’âme…) ; le rĂ´le sociĂ©tal de la Culture ; la Culture dans les anciens rĂ©gimes : un Ă©quilibre exemplaire ; pourquoi  il faut supprimer le Ministère de la Culture (4mn27) ; le statut des intermittents (5mn20) ; le mĂ©cĂ©nat privĂ© (6mn44) ; Conserver et prĂ©server le patrimoine est la seule action qui relève de l’Etat… (8mn08)…

VOIR aussi dans le cadre de notre tour d’horizon des candidats pour la Primaire de la Droite : HervĂ© Mariton volets 1 et 2

Compte rendu critique, opéra. Massy, Opéra, le 20 avril 2016. Janacek : La Petite renarde rusée. Arcal. Louise Moaty, Laurent Cuniot

arcal janacek petite renarde rusee le renard Ă  lunettesAu coeur des champs et des forĂŞts, lorsque l’habitation humaine cède aux pâturages, aux arbres et aux coteaux boisĂ©s, nul doute pour le promeneur alerte qu’il est observĂ©. Le parti pris de passer son chemin et ne pas s’arrĂŞter ne permettra jamais de se soucier si sous la voĂ»te des arbres se trouve le verdoyant pivert et son oeuvre de menuiserie; le perspicace geai bavard et colorĂ©; le perçant autour aux ailes d’airain ou derrière l’ombre d’un chĂŞne, la silhouette fuyante d’un chevreuil alerte. Et dans les champs, l’Ă©clair roux d’un goupil que les fabliaux du Moyen-Ă‚ge ont dĂ©clinĂ© en vers et chants de geste. C’est au XXème siècle qu’un visiteur inattendu a repris le flambeau de la voix animale, Leos Janacek, parcourant les forĂŞts de Bohème et de Moravie, s’Ă©lance dans une vibrante contemplation, une ode aux valeurs profondes de la nature, la libertĂ© et la rĂ©gĂ©nĂ©ration.

L’animal est un homme comme les autres

Tout comme Rostand dans son Chantecler (1910), Janacek offre Ă  l’animal une voix et une sensibilitĂ© bien plus profonde que certains humains lourds de cuistrerie dans son opĂ©ra. Contrairement Ă  Chantecler, tirade de basse-cour aux accents rĂ©vanchards, La Petite Renarde RusĂ©e est une porte ouverte Ă  la comprĂ©hension profonde de la nature. En effet on arrive beaucoup plus vite Ă  comprendre par cette narration le cycle de la vie que finalement, l’homme par sa maladresse et sa ladrerie brise.

Pour cette production L’ARCAL, compagnie lyrique aux projets passionants dirigĂ©e par Catherine Kollen, propose une lecture extrĂŞmement fine et puissante d’une oeuvre que l’on a si souvent bâclĂ©e. En effet dans des productions passĂ©es, l’animal est grimĂ© par des accessoires Ă  foison et force maquillage qui lui Ă´tent toute humanitĂ© et donc la pertinence du manifeste de Janacek, auteur du livret. Catherine Kollen rĂ©unit autour d’elle une Ă©quipe artistique d’un niveau d’excellence et offre aux artistes le terreau parfait pour Ă©panouir leur indĂ©niable talent.

arcal janacek petite renarde petiterenarde4-362x436-78887La retranscription de cette contemplation est dĂ©volue Ă  Louise Moaty. En reprenant des techniques issues de son spectacle magique de la Lanterne, qui poursuit sa route de succès, et mĂŞlĂ©es Ă  l’inspiration cinĂ©matographique de la Belle Epoque, Louise Moaty rĂ©veille les points les plus sensibles de cette rĂŞverie. On rĂ©ussit Ă  s’identifier Ă  l’animal, Ă  excuser au chasseur balourd et ĂŞtre transportĂ© dans les champs avec les insectes, les oiseaux et les crĂ©atures du bois. Grâce Ă  Louise Moaty, l’oeil du renard nous transmet des sentiments qui nous touchent, la langue tchèque devient intelligible et rĂ©vèle les profondes beautĂ©s de la musique. La Petite Renarde, dans le regard de Louise Moaty rĂ©vèle sa vĂ©ritable renaissance comme un chef d’oeuvre d’humanitĂ© et un captivant tĂ©moignage de l’importance de l’environnement pour notre propre Ă©volution. De plus, lors de la scène phare de l’opĂ©ra, le mariage de la Petite Renarde, le public porte une paire d’yeux incarnant les regards des animaux de la forĂŞt dans la nuit, le public devient aussi animal et scelle son lien avec la nature. Louise Moaty nous offre encore une fois un moment, un rĂŞve, un instant captivant qui interroge notre propre humanitĂ©, Ă  travers l’oeil de l’animal qui nous observe tapi dans sa libertĂ©.

CĂ´tĂ© solistes, nous sommes gâtĂ©s avec des voix indĂ©niablement marquantes et touchantes. Philippe-Nicolas Martin, campe un Garde-Chasse maladroit mais attachĂ© avec ferveur Ă  la nature qui l’appelle vers un dĂ©sir de libertĂ© au coeur des bois. Il dĂ©veloppe tout du long les nuances dans sa voix d’un grave veloutĂ©.

Avec autant d’assurance, la protagoniste aux agilitĂ©s tels des bonds de renard, la soprano japonaise Noriko Urata Ă©veille ainsi toute la sensibilitĂ© et la soif de libertĂ© de la Renarde. Espiègle et rĂŞveuse Noriko Urata rĂ©ussit Ă  nous attacher Ă  son personnage avec une pertinente sensibilitĂ©.

Aussi profonde est la poésie de Caroline Meng, incarnant le Renard. A la fois tombeur à la fourrure mordorée et amoureux transi de sa belle rouquine, la mezzo-soprano ne démérite pas dans les accents et le lyrisme de son chant.

Incarnant le malheureux Instituteur, Paul Gaugler anime son timbre ciselé de ténor avec une verbe et une véritable excellence. On retrouve avec plaisir une expressivité solaire et herculéenne qui sculptent la partition de Janacek sans perdre les nuances du texte.

Wassyl Slipak offre Ă  ses multiples incarnations Ă  la fois les accents du bourru chez le Blaireau et la barbarie de Harasta. A la fois excellent acteur et puissante basse, il rĂ©veille dans le combat avec la Renarde un semblant d’inquiĂ©tude.

Françoise Masset nous offre une belle prestation dans plusieurs rôles, Sylvia Vadimova émeut et nous déploie une voix pleine de contrastes et de couleurs. Dans les rôles des animaux de la forêt, coryphées de la fable de la Renarde, on retrouve des voix aux accents touchants, Sophie-Nouchka Wernel et Joanna Malewski.

En fosse, reprenant une version rĂ©orchestrĂ©e pour 16 musiciens, Laurent Cuniot mène avec adresse et une prĂ©cision rythmique sans pareil son talentueux ensemble TM+. En effet l’ensemble de Nanterre, propose une lecture touchante, alerte et richement multicolore de la partition de Janacek. De ce fait, malgrĂ© la rĂ©duction, l’orchestre est beaucoup plus malĂ©able aux murmures de la nature que Janacek a semblĂ© retranscrire dans sa partition. TM+ nous renouvelle un voeu de restitution fraĂ®che et la Petite Renarde ici semble retrouver une jeunesse crĂ©ative sans pareil.

Après cette reprĂ©sentation, alors que la nuit perlĂ©e de pluie embrasse la ville de Massy, on commence par se demander si, derrière les haies qui bordent les autoroutes, quelques bĂŞtes aux yeux alertes ne nous observent avec une certaine curiositĂ©, mais toujours avec la bienveillance des ĂŞtres en Ă©ternelle dĂ©couverte, ivres de la libertĂ© au coeur des coffres verts des campagnes et des bois. La musique de Janacek fit son oeuvre, germant dans les coeurs la conscience que l’animal n’est que bĂŞte par rapport Ă  notre propre maladresse. La rĂŞverie bucolique accompagna Janacek jusqu’Ă  Brno, oĂą, près d’un monument Ă  sa gloire, nulle statue, nul buste, mais un rocher sur lequel la belle Renarde de bronze veille farouchement sur celui qui lui offrit non point la parole humaine, mais l’immortalitĂ© de la musique et du chant.

La Petite Renarde RusĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Massy, le 20 avril 2016.

Noriko Urata, soprano : Renarde
Caroline Meng, soprano : Grillon, Coq, Renard
Philippe-Nicolas Martin, baryton : Garde-Chasse, un animal de la forĂŞt
Wassyl Slipak, basse : Blaireau, Curé, Harasta (Le Vagabond)
Sylvia Vadimova, mezzo-soprano : Lapak (Le Chien), une poule, Aubergiste, Pic-vert, un animal de la forĂŞt, un renardeau
Françoise Masset, mezzo-soprano : Femme du Garde-Chasse, une poule, Chouette, un animal de la forêt, un renardeau
Paul Gaugler, ténor : Moustique, Instituteur, un animal de la forêt
Sophie-Nouchka Wemel, soprano : Crapaud, Frantik, Geai, une poule, un animal de la forêt, un renardeau
Joanna Malewski, soprano : Sauterelle, Pepik, Poule Huppée, un animal de la forêt, un renardeau
version réorchestrée à 16 musiciens par Jonathan Dove
TM+ ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui – Laurent Cuniot, direction

Direction artistique : Arcal - Catherine Kollen
Mise en scène : Louise Moaty
Conception vidéo et conseil : Benoît Labourdette
Collaboration scénographie et costumes : Adeline Caron & Marie Hervé
Lumière : Nathalie Perrier
Maquillage : Elisa Provin
Conseil musical et linguistique : Irène Kudela
Chef de chant : Nicolas Jortie
Collaboration à la mise en scène : Florence Beillacou
Construction du décor et régie générale : Stéphane Holvêque
Fabrication des marionnettes : Marie Hervé
Fabrication des costumes et accessoires : Julia Brochier et Louise Bentkowski
Conception et régie vidéo : Philippe André
Conception vidéo et direction technique : Nicolas Roger

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

MUSIQUE EN CONTINU. Saint-Merri est une des plus vĂ©nĂ©rables Ă©glises de Paris, moult fois remaniĂ©e et avec des ajouts Ă©clectiques, ce temple de l’art est le siège de concerts reguliers. Surplombant de ses gargouilles et ses mystères, le haut clocher de Saint-Merry abrite la plus ancienne cloche de Paris. Fondue en 1331, elle tonna pendant la Guerre de Cent Ans et poursuit son carillon Ă©vangĂ©lique sur les toĂ®ts haussmaniens, au cĹ“ur du Beaubourg de l’avant-garde plastique.

C’est au sein de cette Ă©glise que depuis plus de quarante ans l’association l’Accueil Musical Saint-Merri permet Ă  des multiples propositions artistiques de s’y produire au cĹ“ur de Paris. Cette soirĂ©e est consacrĂ©e Ă  l’excellent Ensemble Sillages avec un programme axĂ© sur une dĂ©couverte passionnante de trois compositeurs aux univers complĂ©mentaires: Jean-Luc HervĂ©, Javier Torres Maldonado et Karlheinz Stockhausen.
Le format itinĂ©rant du concert commence par les mystĂ©rieuses volutes des Horizons InclinĂ©s de Jean-Luc HervĂ© dans le chĹ“ur de l’Eglise. Cette pièce pour violon solo, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Lyonel Schmit,  érige des colonnes harmoniques qui se diluent dans les inclinations spectrales magnifiĂ©es par un dispositif acousmatique au langage Ă©loquent. Au mĂŞme moment que le soleil se couchait sur les couleurs dĂ©trempĂ©es des vitraux anciens, les horizons de Jean-Luc HervĂ© dĂ©clinaient leurs courbes Ă  l’infini.

Philippe Aari-Blanchette, défricheur de mondes à découvrir

arrii-blachette-concert ensemble sillagesAprès un lĂ©ger changement d’espace, place Ă  la crĂ©ation Française du Cuarteto para cuerdas n°2 du compositeur Mexicain, Javier Torres Maldonado. Ă©minemment interprĂ©tĂ© par les solistes de l’ensemble Sillages, ce quatuor Ă  cordes est un exemple type d’un langage nouveau et passionnant dans l’Ă©criture de la musique contemporaine. Magnifiant le lyrisme et abandonnant la sempiternelle glose du spectral, l’ancrage mĂ©lodique de chaque mouvement est un plaisir florissant de trouvailles et de surprises que l’on se plaĂ®t Ă  dĂ©couvrir.  Sans tomber dans la fatuitĂ© sans fard des quatuors Ă  rallonge de Dusapin, Javier Torres Maldonado dĂ©ploie une palette riche et prĂ©cise Ă  la fois, il dĂ©veloppe en maĂ®tre du genre des respirations qui ouvrent ses phrases et nourrissent l’interprĂ©tation. Avec une vision plus organique et sensible, Javier Torres Maldonado reprend le flambeau de Haydn et Brahms dans la conception du quatuor Ă  cordes et ouvre une nouvelle voie pour ce genre.
En clĂ´ture de ce fabuleux programme, nous avons vibrĂ© avec la splendide performance de la Microphonie de Stockhausen. Ĺ’uvre inclassable et inconoclaste, cette pièce pour solistes chevronĂ©s est un Ă©cueil pour les interprètes Ă  cause de la complexitĂ© et la mĂ©ticulositĂ© de ses paramètres. Surgie de l’esprit de Stockhausen alors qu’il recherchait des nouvelles formes musicales dans les objets du quotidien, elle illustrerait bien un certain “parti pris des choses” dont Francis Ponge s’est fait le chantre. En invoquant son langage complexe et rĂ©vĂ©lant les merveilleuses facettes de chaque mouvement, les solistes de Sillages accomplissent un vĂ©ritable exploit en rendant Ă  la Microphonie les plus fines nuances de sa construction, tels des architectes ils cisèlent les sons, modèlent chaque objet qui abandonne l’utile pour devenir un Ă©lĂ©ment artistique.
Encore une fois, l’ensemble des solistes qui composent Sillages rĂ©ussit Ă  transmettre et rendre sensible la musique d’aujourd’hui, le lien avec le public ne se fend pas une seule seconde. L’Ă©veil musical vers les langages musicaux de notre temps a trouvĂ© dans Sillages, le passeur le plus accompli et, grâce Ă  Philippe Arrii-Blanchette, le dĂ©fricheur d’un monde Ă  dĂ©couvrir.

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

Jean-Luc Hervé
Horizons inclinés (création Française 2016) pour violon et dispositif acousmatique

Javier Torres Maldonado
Quatuor à cordes n°2 (création Française 2016)

Karlheinz Stockhausen
Microphonie (1964)

Ensemble Sillages
Direction artistique : Philippe Arrii-Blanchette

Compte rendu, concerts. Brest, les 30 et 31 mars 2016. Festival Electr()cution, Sillages.

1426024805_tourinsoftBrest, dernière limite de la France face Ă  l’ocĂ©an, est une ville Ă©tonnante, entre ciel et mer. PhĂ©nix de l’Atlantique, Brest renaĂ®t sans cesse des cendres d’un passĂ© meurtri. Des quais de sa rade Ă  la blanche Rue de Siam, la ville s’Ă©tend sur les scintillements lointains d’un large de plus en plus cĂ©rulĂ©en. Connue surtout pour son importance stratĂ©gique, Brest n’abandonne pas son ambition culturelle, et comme toute fille des mers, c’est en multipliant la nouveautĂ© qu’elle exprime les beautĂ©s cachĂ©es de sa citĂ© de pierre et d’ardoise. On connaĂ®t bien le Quartz, l’ensemble Matheus, mais Brest est aussi le siège d’un des plus importants ensembles contemporains: Sillages.

Depuis 22 ans, SILLAGES imprime avec excellence un tracĂ© sur le paysage de la musique contemporaine et notamment la crĂ©ation française. Il est essentiel de mettre en avant d’ailleurs l’extraordinaire qualitĂ© des projets de Sillages, Ă©quilibrĂ©s, artistiquement très bien pensĂ©s par Philippe Arii. Mais aussi Sillages, tel un navire aventureux, porte un Ă©quipage de solistes musiciens formidable. C’est très rare de trouver un ensemble aux timbres aussi riches et dont la bonne entente est palpable, c’est un facteur qui enrichit favorablement l’interprĂ©tation.

FESTIVAL ELECTR()CUTION – ENSEMBLE SILLAGES (BREST)

Un courant qui passe

Depuis 3 ans Sillages s’investit dĂ©sormais dans une diffusion directe de la musique contemporaine avec le public Brestois dans le Festival Electr()cution. Étonnant par l’initiative riche d’inventivitĂ© et aussi l’Ă©nergie fascinante de cet Ă©vĂ©nement. Sis dans le Centre d’Art Contemporain La Passerelle, en plein quartier rĂ©sidentiel, le Festival Electr()cution, dĂ©ploie son Ă©nergie au cĹ“ur de la crĂ©ation pure. La situation gĂ©ographique de La Passerelle est un symbole Ă  elle mĂŞme, un Centre d’Art et un Festival qui expriment l’esprit de notre Ă©poque au cĹ“ur du quotidien des habitants.

La Passerelle ouvre ses portes, et son cĹ“ur plein de clartĂ©, aux mondes oniriques de la musique interprĂ©tĂ©e par Sillages. En parfaite symbiose, la musique et les arts plastiques forment un double Ă©crin qui s’Ă©change parfaitement, un dialogue s’installe alors pour le plus grand plaisir du public et des instants inoubliables. La Passerelle devient ainsi l’incarnation absolue des sens, un lien puissant et constant entre la banalitĂ© du quotidien et l’Ă©merveillement que procurent les arts.

Pour cette Ă©dition, Philippe Arii et Sillages convient en ouverture le monde de la spatialisation.

MERCREDI 30 MARS 2016 Ă  20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Nouvelles mythologies

Empruntant le sillage de l’Ă©lectronique et l’acousmatique, le concert d’ouverture de la troisième Ă©dition d’Electr()cution, est aussi variĂ© par les Ă©motions que par la force des pièces du programme. On peut dire sans hĂ©siter que la soirĂ©e est divisĂ©e en deux parties qui se complètent: l’onirisme profond de Georgia Spiropoulos et la quĂŞte de spiritualitĂ© et mĂŞme de mythologie de Bertrand Dubedout.

sillage_drama_logoNous avons ressenti dans les deux compositions de Georgia Spiropoulos, le langage interne d’un monde en devenir, comme le bruissement d’une rumeur dans Saksti, parfois angoissante et parfois Ă©nergique, mais jamais brutale. Dans la merveilleuse Music for 2? C’est un Ă©quilibre de forme qui rĂ©veille nos sens, une sorte de force astrale Ă©voquĂ©e par l’ensemble de l’Ă©criture de cette poĂ©tesse du son qu’est Georgia Spiropoulos. Face Ă  elle, la musique de Bertrand Dubedout est tout autrement fantastique. Entrant dans une rĂ©verbĂ©ration virtuose dans Onze/eleven, on en vient Ă  ressentir la dĂ©licatesse japonisante, emplie de rituel mais riche de timbres. Aussi excellemment bien rendue par Alexandre Babel aux polyblocks. Et ensuite nous entrons dans un vĂ©ritable monde aux merveilles insoupçonnĂ©es avec Les Cheveux de Shiva. On entend les rickshaws et les Klaxons de Delhi ou de Bhopal, les Ă©vocations des cĂ©rĂ©monies hindoues, un voyage spirituel au cĹ“ur d’une mythologie toute empreinte de beautĂ©, de mystère, des stupĂ©fiantes rencontres. Les musiciens de Sillages nous portent comme un souffle de parfum sur les rives lointaines des Indes avec un talent remarquable, saluons ici la flĂ»te formidable de Sophie Deshayes et le piano de Vincent Leterme.

Un peu plus sobrement, Collapsed, de Pierre Jodlowski est un peu plus intĂ©riorisĂ©e. MĂŞme si la musique nous Ă©voque un rĂ©el message, on entre difficilement dans la matière. Après, les dialogues saxophone et percussions sont une construction prĂ©cise et passionnante. On salue l’aplomb et la virtuositĂ© de l’excellent Stephane Sordet. Dans une moindre mesure, la pièce de GrĂ©goire Lorieux nous fait voyager. Elle demeure assez classique et descriptive, avec des grands effets. Première nuit hallucinante d’Ă©motions Ă  Brest, le lendemain allait porter la musique vers des sommets inespĂ©rĂ©s.

ELECTR() SPATIAL

Georgia Spiropoulos
Saksti
Saxophone et Ă©lectronique

Grégoire Lorieux
Strange Spiral Lights
Vibraphone et Ă©lectronique

Georgia Spiropoulos
Music for 2?
Flûte, piano préparé, petites percussions, voix et électronique

Pierre Jodlowski
Collapsed
Saxophone, percussion et Ă©lectronique

Bertrand Dubedout
Onze/eleven
2 polyblocks

Les Cheveux de Shiva
Flûte, saxophone, percussion, piano et électronique

JEUDI 31 MARS 2016 – 20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Electr()states

La magie du dialogue entre arts plastiques et musique contemporaine rĂ©side dans l’Ă©quilibre parfait du temps et de l’Ă©motion. En choisissant de faire un programme d’inspiration Ă©tasunienne en miroir des trois vidĂ©os New Yorkaises d’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin, le rĂŞve est encore plus fort et nous pĂ©nĂ©trons Ă  la fois dans la musique et dans la rĂ©alitĂ© virtuelle de l’image enregistrĂ©e.

Multipliant les Ă©motions comme des coups de ciseau sur le marbre, les membres de Sillages ont fait des musiques de Reich, Dubedout et Ledoux un Ă©crin tout particulier aux chorĂ©graphies muettes de la rĂŞverie fantasmatique de New York, une promenade nouvelle qui Ă©veille nos sens vers la contemplation. Un des moments les plus captivants fut le puissant New York Counterpoint de Reich avec Jean-Marc Fessard splendide Ă  la clarinette, qui s’accordait Ă  la perfection avec les situations projetĂ©es.

arton254-d572eEt puis ce fut la secousse, un autre rĂŞve musical qui nous transporta au cĹ“ur de la piste d’un cirque. Le Musicircus de Cage avec un semblant de cacophonie, pĂ©nètrent dans l’inconscient collectif et particulier pour faire sortir l’Ă©motion. On y retrouve la musique obstinĂ©e sur ses bases et ses classicismes mais aussi les plus simples plaisirs de l’enfance et la flânerie de la curiositĂ© et la dĂ©couverte. Pendant une grosse vingtaine de minutes on est dĂ©vorĂ© par la musique, on s’y sent bien, comme dans une forĂŞt bariolĂ©e aux bruissements divers, aux couleurs chatoyantes. La complicitĂ© des musiciens de Sillages, de la maĂ®trise absolue de l’Ă©lectronique de Jean-François Charles, et les professeurs et Ă©lèves du Conservatoire de Brest, ont rĂ©ussi ce pari risquĂ© comme un numĂ©ro de haute-Ă©cole. Le monde fragile construit par Cage Ă  Ă©tĂ© maĂ®trisĂ©, finement interprĂ©tĂ© et ciselĂ©, et la fontaine de l’Ă©vocation a surgi sans se tarir.

Après ces deux vagues sublimes qui ont colorĂ© de musique la ville blanche de l’Ouest, Electr()cution poursuit sa troisième Ă©dition jusqu’au 2 avril. Alors chaque dĂ©but de printemps nous suivrons le riche sillage des ondes musicales de l’ensemble Sillages, au bout des terres et Ă  la pointe de la musique.

Dialogues entre l’exposition “New York(s)”
D’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin

Et

Bertrand Dubedout
GefĂĽhl
Tambour sur cadre et Ă©lectronique

Steve Reich
Vermont Counterpoint
Flûte et électronique

Claude Ledoux
Dolphin Tribute
Hommage à Éric Dolphy
Clarinette basse et Ă©lectronique

Steve Reich
New York Counterpoint
Clarinette et Ă©lectronique

John Cage
MUSICIRCUS
Ensemble et Ă©lectronique

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. ”Pass’d the point of no return, the final threshold  The bridge is crossed, so stand and watch it burn!” Charles Hart – Dom Juan triumphant (The Phantom of the Opera) Dans la comĂ©die musicale sur le FantĂ´me de l’Opera signĂ©e Andrew Lloyd Weber, le terrible monstre mĂ©lomane qui terrorise le Palais Garnier Ă©crit et impose son opera, “Dom Juan Triumphant”. Pendant le paroxysme de cette crĂ©ation, il se glisse dans le costume du hĂ©ros pour enlever la chanteuse Christine dont il est follement Ă©pris, le duo “Pass’d the point of no return” est d’une inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©.  “InquiĂ©tante Ă©trangetĂ©” est l’effet que cette nouvelle mise en scène du Don Giovanni de Mozart nous provoque.

 

 

Don Giovanni fascinant, auto destructeur

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Les temps modernes veulent en effet que les adaptations, plus ou moins rĂ©ussies, des Ĺ“uvres du rĂ©pertoire soient parfois d’un rĂ©alisme tel qu’il tend Ă  nous faire bondir de notre siège de paisibles spectateurs du divertissement. Don Giovanni est un jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© et Ă©goĂŻste, c’est un fait ; mais sa damnation est finalement plus un châtiment moral et divin qu’un aboutissement d’une quĂŞte autodestructrice.  Pour cette mise en scène, Patrice Caurier et Moshe Leiser parient sur un Don Giovanni fascinant et auto-destructeur. En somme, Don Giovanni est un caĂŻd de banlieue droguĂ© et excessif, qui attire et qui rĂ©vulse. Finalement en mettant en scène l’action dans un immeuble quelconque, ce drame moral en devient un fait divers digne des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s du week-end. Bonnes idĂ©es de base mais cette production demeure assez nĂ©vrotique malgrĂ© tout. Une bonne idĂ©e est de rendre Leporello beaucoup plus consistant que le rĂ´le de valet complice. On retrouve un personnage fascinĂ© par Don Giovanni,  complice mĂŞme charnellement, une rĂ©elle bonne idĂ©e bien transmise dans le jeu excellent de Ruben Drole. Or c’est aussi lĂ  que ça cloche : la monstration du sexe sur scène est excessive et sans aucune subtilitĂ© ; quasiment tous les airs sont prĂ©texte Ă  des Ă©bats (or Don Ottavio et Donna Anna) allant jusqu’Ă  la sodomie. On arrive Ă  se demander si cette monstration est un banalisateur pour choquer le bourgeois et faire plaisir au spectateur de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© ? Finalement on peut plutĂ´t y ressentir un certain malaise. De mĂŞme la fin, ou l’on retrouve un Don Giovanni au paroxysme de son excès (scène de banquet au sandwich Sodebo et whisky eco+, sodomie de Leporello, cocaĂŻne…) et finalement le pauvre Commandeur, dans la vision de messieurs Caurier et Leiser perd sa figure statuaire et terrible pour devenir une simple allucination issue d’une piqure d’hĂ©roĂŻne. En effet, ici Don Giovanni ne tombe pas dans les enfers mais meurt d’une overdose; ce qui revient Ă  faire mourir au XVIIIeme siècle Don Giovanni d’une indigestion.  Outre cette mise en scène qui mĂŞle excellentes idĂ©es et visions moins heureuses, la direction d’acteurs est mitigĂ©e par le talent des uns et des autres, le couple Don Giovanni (John Chest) et Leporello (Ruben Drole) se dĂ©tachant largement. CĂ´tĂ© musique, l’Orchestre National des Pays de Loire trouve les couleurs de Mozart Ă  son aise surtout sous la baguette formidable de Marc Shanahan. Ce chef est sublime de dynamisme, gardant le rythme, la narration, les nuances. CĂ´tĂ© plateau, le choix des solistes est un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ©. John Chest est un Giovanni incroyable de jeunesse, de beautĂ©, et de fougue. Il est inĂ©narrable dans la sĂ©duction et le cynisme, excellent acteur, il donne un relief incroyable au travail complexe de banalisation du personnage pour le rendre proche de notre monde. Vocalement il demeure correct mĂŞme si ça et la, on aurait souhaitĂ© plus de nuances. Le Leporello de Ruben Drole est remarquable dans l’Ă©motion et notamment Ă  la fin, il Ă©meut jusqu’aux larmes. Cependant vocalement il demeure un peu en retrait, avec une voix quelque peu monochrome.  Troisième splendeur de la soirĂ©e l’incroyable Elvira de Rinat Shaham. NuancĂ©e, puissante et terriblement attachante, ses phrases ont une Ă©lĂ©gance envoĂ»tante et la vocalise mozartienne n’a aucun secret pour elle. Bravo mille fois Ă  cette interprète formidable et encourageons les ensembles et les directeurs d’opĂ©ra Ă  lui offrir des occasions de nous surprendre encore. Tout pareil la Zerlina de Elodie Kimmel est d’un raffinement notable, dĂ©gageant cette innocence Ă©quivoque et une belle dĂ©termination inhĂ©rentes au rĂ´le. Le Masetto de Ross Ramgobin est correct mais sans beaucoup de souplesse. La Donna Anna de Gabrielle Philiponet déçoit par une forte tension dans l’aigu et une interprĂ©tation monochrome qui ajoute Ă  la froideur virginale de son rĂ´le. Le Ottavio de Philippe Talbot est sans fard et assez ennuyeux. Son jeu est tout aussi dĂ©cevant puisqu’il en est inexpressif. C’est dommage, surtout que son “Dalla sua Pace” est beau et plein d’Ă©motions. Le Commandeur de Andrew Greenan est correct. Ce Don Giovanni Nantais nous rappelle dans une course folle Ă  l’excès que nous sommes bien plus proches des Dom Juan que nous ne voulons l’admettre. Cependant, le “point de non retour” est lors du dĂ©ni de notre propre libre-arbitre, le cynisme de voir la limite et de la toucher du bout des doigts. Finalement ce Don Giovanni avec ses excès et ses imperfections est loin de laisser indiffĂ©rents et gageons que c’est ce qui constitue la plus grande beautĂ© de cette production. A Nantes les 6, 8, 10 et 12 mars 2016, puis Ă  Angers les 4, 6 et 8 mai. www.angers-nantes-opera.com)

 

Don Giovanni de WA Mozart Ă  Nantes

Don Giovanni           John Chest
Le Commandeur         Andrew Greenan
Leporello                    Ruben Drole
Donna Anna                Gabrielle Philiponet
Don Ottavio                Philippe Talbot
Donna Elvira                Rinat Shaham
Masetto                      Ross Ramgobin
Zerlina                           Élodie Kimmel
Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire.
Direction musicale: Mark Shanahan
Mise en scène: Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. Illustration : Jeff Rabillon © Angers Nantes OpĂ©ra 2016.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, Présences 2016, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Francesco Filidei,Clara Iannotta,Francesca Verunelli.

Festival PrĂ©sences 2016 Ă  Paris“Un monde apparemment immobile“. La relation symbiotique de l’Italie et de la musique n’a pas stagnĂ©. En effet, la programmation de PrĂ©sences 2016 offre, fait rare en France, une belle place Ă  l’avant-garde italienne et dĂ©montre de la passionnante vivacitĂ© de la crĂ©ation de la PĂ©ninsule. Pour son 7ème concert,  PrĂ©sences accueille des jeunes compositrices et compositeurs qui se sont attachĂ©s Ă  Ă©veiller un certain lyrisme dans chaque composition. La jeune Clara Iannotta est la première Ă  nous proposer la Commande de Radio France, Troglodyte Angels Clank By, splendide de poĂ©sie et de puissance, comme une Ă©vocation profonde de l’esprit qui touche plus par le lyrisme de l’Ă©criture que par les couleurs du dispositif orchestral et Ă©lĂ©ctro-acoustique. La forme est un petit bijou qui se dĂ©voile petit Ă  petit gardant le lien ineffable entre la poĂ©sie de Dorothy Molloy, source d’inspiration, et le monde de Clara Iannotta. Comme chaque annĂ©e, PrĂ©sences rĂ©serve une belle part Ă  la dĂ©couverte des grands compositeurs et compositrices de demain, Clara Iannotta entre ainsi dans l’Olympe musical, pas tellement par une complexitĂ© de langage et des artifices sophistiquĂ©s, mais par la simple Ă©vocation universelle qui touche mĂŞme l’ĂŞtre le plus hermĂ©tique Ă  la musique.

Dans ce mĂŞme sens, c’est Francesco Filidei qui poursuit ce concert. Un peu plus connu que la prĂ©cĂ©dente, notamment par la somptueuse production Giordano Bruno, donnĂ©e l’automne dernier au Festival Musica de Strasbourg. Avec une originalitĂ© qui ne dĂ©mĂ©rite guère, Francesco Filidei se lance avec Canzone (Commande de Radio France et de l’ensemble 2e2m) dans l’exploration de l’harmonica comme instrument soliste. Si la pensĂ©e mĂŞme de cet instrument peut Ă©voquer les risques d’une telle opĂ©ration, le rĂ©sultat est passionnant et avec des couleurs insoupçonnĂ©es. Le plus lyrique des compositeurs italiens depuis Berio a rĂ©ussi son pari haut la main avec Canzone qui nous fait voyager avec l’harmonica dans une nouvelle virtuositĂ©. Francesco Filidei se revendique de Puccini, de Tchaikovsky et mĂŞme de Vivaldi, et la lumière de ces grands maĂ®tres rejaillit dans sa crĂ©ation sans pour autant lui enlever le mĂ©rite d’ĂŞtre lui-mĂŞme un des meilleurs compositeurs italiens de notre temps. Saluons ici l’exĂ©cution formidable de Gianluca Littera Ă  l’harmonica.

La deuxième partie de ce concert a Ă©tĂ© bien plus contrastĂ©e. Car elle a commencĂ© par le cycle pour soprano Trazos, avec des poesies espagnoles pour la plupart issues du Siglo de Oro, et l’Ă©motion ne prend pas. L’Ă©criture  de Aureliano Cattaneo est complexe, s’ajoutant Ă  la prosodie pauvre de Petra Hoffmann. Les vers du Siglo de Oro sont dĂ©jĂ  d’une lourdeur baroque pesante et pour mieux rendre les Ă©motions qui s’y renferment, la musique infranchissable d’Aureliano Cattaneo n’a fait qu’alourdir encore plus l’hermĂ©tisme du langage. Trazos gagnerait a reprendre un peu plus de lĂ©gĂ©retĂ©, le parti pris n’est pas rĂ©ussi.

De mĂŞme que la Commande d’Etat, Deshabillage impossible de Francesca Verunelli. Une pièce complexe comme un noeud gordien au langage sans subtilitĂ©. Gageons que certains moments ça et lĂ  mĂ©ritent un intĂ©rĂŞt particulier du fait de la qualitĂ© de l’Ă©criture et de la structuration, mais les couleurs demeurent ternes et le langage brouillĂ© par des idĂ©es qui semblent contradictoires.

Le tout est portĂ© magnifiquement par Pierre Roullier et son Ensemble 2e2m, d’une prĂ©cision sans faille. Par ailleurs on a remarquĂ© l’intelligence d’exĂ©cution dans chaque partie pour permettre au public de jouir de chaque pièce individuellement sans avoir l’impression d’entendre les mĂŞmes choses. Chaque pupitre se rĂ©vèle investi du langage de chaque compositeur et dĂ©fend avec brio leur propre personnalitĂ©. Peu d’ensembles peuvent se targuer d’une telle qualitĂ© d’interprĂ©tation et un tel investissement dans des crĂ©ations passionnantes.

MalgrĂ© les contrastes, c’est sous un ciel couvert d’Ă©toiles et un asphalte aussi lisse que le dos d’un cĂ©tacĂ©, que les auditeurs de ce 7ème concert de PrĂ©sences, ont retrouvĂ© un peu d’Italie dans sa plus vivante modernitĂ©. Au loin les lumières de la Tour Eiffel et la skyline du XVème arrondissement nous Ă©voquaient que le XXIème siècle est fait d’audace et d’un certain regard du passĂ©.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Canzona de Francesco Filidei, Troglodyte Angels Clank By de Clara Iannotta et Déshabillage impossible de Francesca Verunelli.

Yes ! Joyau lyrique de Maurice Yvain

yes-yvain-les-frivolites-parisiennes-janvier-2015PARIS, cafĂ© de la danse. Yes de Maurice Yvain, les 7,8 et 9 janvier 2016. On dit : “Yes, yes, yes” pour yes de Maurice Yvain. Outre la sĂ©duction de la partition, la production de Yes actuellement Ă  l’affiche (et pour seulement 3 dates) suscite enthousiasme et surprise : un jeune collectif de musiciens et enchanteurs y affirment une justesse de ton … renversante. Il est des soirĂ©es qui ont des anecdotes Ă©tonnantes. Un des piliers de la critique musicale racontait sa rencontre avec un fĂ©ru de Wagner lors d’une reprĂ©sentation lĂ©gendaire de la Walkyrie Ă  Bayreuth au dĂ©but des annĂ©es 1960. Etant lui mĂŞme un passionnĂ©, il a demandĂ© Ă  l’inconnu son nom, c’Ă©tait Maurice Yvain. Aujourd’hui; la musique de monsieur Yvain est quasiment oubliĂ©e Ă  tort. CantonĂ©e au film d’Alain Resnais “Pas sur la bouche” qui ne lui rend qu’une justice très limitĂ©e, la production lyrique de ce compositeur des annĂ©es d’or du Music Hall est passĂ©e dans les souvenirs d’autrefois.

YES! nous parle pourtant d’amour et de jeunesse avec un livret efficace et dĂ©sopilant d’Albert Willemetz avec un argument phare… celui de la musique brillante et passionnante de Maurice Yvain. Parmi les tubes de ce YES!, l’air Ă©ponyme de Totte, immortalisĂ© par Felicity Lott et d’autres Julie Fuchs… (voir son dernier cd intitulĂ© Yes ! justement et qui a dĂ©crochĂ© le CLIC de classiquenews en novembre 2015).

ComposĂ©e initialement pour deux pianos et solistes, en ce dĂ©but d’annĂ©e, c’est l’occasion de redĂ©couvrir la version originale de cette partition inĂ©dite, sertie de merveilles. Une belle aventure drĂ´le, spirituelle et dĂ©capante qui fait danser Cupidon sur les rythmes de charleston et au fox-trot endiablĂ©s.

YES! ne pouvait pas revenir sans une Ă©quipe artistique de très haute teneur. Ici toute l’Ă©quipe des solistes est au zĂ©nith dans l’interprĂ©tation et composent un cast idĂ©al. La mise en scène virtuose de Christophe Mirambeau saisit dans un tourbillon drĂ´le et sensible Ă  la fois qui rend YES! Ă  une postĂ©ritĂ© bien mĂ©ritĂ©e.  Vous voulez vivre une vraie soirĂ©e Parisienne? Alors dĂ®tes YES! Ă  Maurice Yvain au CafĂ© de la Danse et vous en sortirez ravi!

LIRE aussi notre présentation complète de la partition Yes de Maurice Yvain par Les Frivolités parisiennes

boutonreservationParis, Café de la Danse
Les 7,8 et 9 janvier 2016 Ă  19h30
Direction Musicale: Jean-Yves Aizic
Mise en scène: Christophe Mirambeau

Avec : Sandrine Buendia, Guillaume Durand, Vincent Vanthygem, Charlène Duval, Alexandre Martin-Varroy, Jeff Broussoux, Olivier Podesta, Emilien Marion, LĂ©ovadie Raud, DorothĂ©e Thivet, Claire-Marie Systchenko, Anne La So…

Coproduction Les Grands Boulevards & Les Frivolités Parisiennes

PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Diaz

IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, AndrĂ© Danican Philidor demeure le gĂ©nie oubliĂ© du baroque comique. Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent dans "Blaise le savetier" d'après La Fontaine, sa verve dĂ©lirante d'une inestimable poĂ©sie... PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Dia. Entretien avec Iakovos Pappas rĂ©alisĂ© Ă  Paris en novembre 2015 par notre rĂ©dacteur Pedro Octavo Diaz. IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, le rĂ©pertorie lyrique dĂ©fendu par  Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent les joyaux oubliĂ©s du théâtre lyrique du XVIIIème siècle.  Dans le paysage très variĂ© de la musique baroque Française, Iakovos Pappas demeure l’infatigable dĂ©fenseur de la redĂ©couverte de l’opĂ©ra comique et des Ĺ“uvres de chambre du XVIIIeme siècle. Fort d’une sĂ©rie de rĂ©alisations qui ont rendu des compositeurs tels que Duni ou Philidor Ă  nos oreilles, Iakovos Pappas lance un nouveau dĂ©fi avec l’enregistrement des Fables de Jean de Lafontaine mises en musique par Louis-Nicolas ClĂ©rambault. Par ailleurs, le maestro Grec nous fait part de ses projets futurs et la fondation d’une nouvelle compagnie lyrique… de quoi encourager la redĂ©couverte d’un pan entier de la musique Française mĂ©connue, oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e… et pourtant majeure par son raffinement instrumentale, son intelligence dramatique, son exigence poĂ©tique et littĂ©raire. ActualitĂ©s : nouveau cd dĂ©diĂ© aux fables de La Fontaine, lyre Ă©rotique du XVIIIème, rituel funèbre maçonnique versaillais, prochains concerts en juin 2016 Ă  la BNF…

 

 

 

Entretien avec Iakovos Pappas, projets pour Almazis… par Pedro Octavio Pappas by Classiquenews Classiquenews on Mixcloud

VOIR, LIRE aussi Reportage vidéo et Compte-rendu : Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Logis de la Chabotterie, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la Laitière. Elisabeth Fernandez, Perrette. Yakovos Pappas, scénographie et direction.

Festival Musiques à la Chabotterie 2013 : Egidio Duni révélé (Les 2 chasseurs et la laitière, 1763). Chaque été, en Vendée, le festival Musique à la Chabotterie devient la scène lyrique du baroque le plus délirant, celui de l’opéra comique. Dans la France Louis XV, les Italiens conquièrent les tréteaux : depuis la Querelle des Bouffons (1752), les auteurs français s’italianisent, y compris Rameau. En 1763, Egidio Duni crée Les 2 chasseurs et la laitière d’après deux fables de La Fontaine. A partir de la poésie morale et cynique du XVIIè, Duni invente un genre comique et satirique qui renouvelle la veine théâtrale en France.  En août 2013, dans la cour d’honneur du logis vendéen, Iakovos Pappas et son ensemble Almazis ressuscitent un jalon de la création comique, furieusement italienne, française par son sens de la satire, insolente et séditieuse par les codes qu’il aime pourfendre… Reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM © 2014. EN LIRE +

 

 

philidor-blise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. André Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759 (Almazis, Pappas, 2013)… Iakovos Pappas nous dévoile ici l’un des joyaux bruts du comique français à l’époque où le théâtre de la Foire Saint-Germain éblouit par sa verve délirante, sachant prolonger en le transfigurant le modèle du buffa italien. Créé en 1759 sur la scène du théâtre de l’Opéra Comique de la Foire Saint-Germain, Blaise le Savetier appartient à un cycle particulièrement convaincant où encore au début de sa florissante carrière, André Danican Philidor se met au diapason des Italiens, d’autant plus après la Querelle des Bouffons (1752). Mais avec cette truculence spécifique, à la gouaille parisienne, à l’esprit satirique et parodique. Sedaine librettiste de Philidor réécrit le conte de La Fontaine : au couple de Blaise et Blaisine, l’écrivain acoquine le couple des huissiers, Mr et Mme Pince, venus saisir leurs biens (Blaise préfère se ruiner au cabaret avec Mathurin que travailler et gagner honnêtement sa vie). Ici s’affrontent les caractères et tempéraments abrupts : l’ignoble Mme Pince, nourrie au fiel de l’avarice et de la convoitise à laquelle répond la bonhommie débraillée du Savetier, alcoolique et volage que soulage son épouse bien sage (voire toute aussi paillarde que son époux si sympathique). Au demeurant, tenants d’une sexualité qui ne se cache pas, Blaisine (ex Margot) et Blaise s’avouent leur ancienne aventure avec Mr et Mme Pince… Leur sens de la rivalité et de la surenchère dont se souviendra encore Mozart dans le fameux air du Catalogue de Don Giovanni (air de Leporello à propos des conquêtes de son maître) inscrit davantage l’opéra dans la démesure satirique la plus audacieuse. Sur le plan musical comme poétique

 

 

 

POSCAST / Entretien avec Raymond Duffaut, président du Centre Français de Promotion Lyrique

duffaut-raymond-centre-francais-de-promotion-lyriquePOSCAST. Raymond Duffaut prĂ©sente les missions du CFPL et la crĂ©ation de l’opĂ©ra de Martin Matalon : L’ombre de Venceslao (d’après Copi – mise en scène de Jorge Lavelli). CLASSIQUENEWS Ă©tait prĂ©sent Ă  la confĂ©rence de presse (octobre 2015) annonçant la prochaine production lyrique portĂ© par le CFPL Centre Français de Promotion Lyrique : L’Ombre de Venceslao, opĂ©ra de Martin Matalon, en crĂ©ation Ă  partir d’octobre 2016 (d’après Copi, mise en scène de Jorge Lavelli). Notre grand reporter opĂ©ra Pedro Octavio Diaz interroge Raymon Duffaut, prĂ©sident du Centre Français de Promotion Lyrique : missions du CFPL, enjeux et objectifs de la crĂ©ation L’Ombre de Venceslao

 

 

 

 

Les PODCAST de CLASSIQUENEWS.COM : les acteurs majeurs du classique s’expriment

RAYMOND DUFFAUT : les clefs de la passion

 

Raymond Duffaut est l’une des figures les plus importantes du milieu lyrique en France. A la fois directeur artistique des ChorĂ©gies d’Orange et de l’OpĂ©ra d’Avignon, il est Ă  l’initiative du Centre Français de Promotion Lyrique. Cette association a pour but de mutualiser les moyens de production et de rĂ©alisation dans les maisons d’opĂ©ra et promouvoir aussi les nouveaux talents par des incursions dans tous les rĂ©pertoires. Nous rencontrons Raymond Duffaut pour la nouvelle production du CFPL : “L’ombre de Venceslao”, première crĂ©ation lyrique de l’association et dĂ©but opĂ©ratique pour le compositeur Martin Matalon. La mise en scène et l’adaptation du livret par Jorge Lavelli consacrent le premier projet international du CFPL. Raymond Duffaut a rĂ©pondu Ă  nos questions portant sur le CFPL, son engagement international et cette passionnante nouvelle production.

 

 

Entretien avec Raymond Duffaut, président du Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL)
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Festivals, compte rendu critique. Pas de Calais, le 27 septembre 2015. Festival Contrepoints 62

contrepoints-festival-62-presentation-10-edition-octobre-2015Festivals, compte rendu critique. Pas de Calais. Festival Contrepoints 62, le 27 septembre 2015. Les lumières du Nord : 10 ans de Contrepoints 62. Un rĂ©veil insolite se produit quand on arrive dans les villes et villages patrimoniaux du Pas de Calais. Chaque rue silencieuse, chaque bois, chaque prairie est arrosĂ©e d’une lumière Ă©tonnante. L’Artois du blĂ© et des guerres anciennes et le Calaisis couvert du drap d’or du soleil d’automne. Pour sa dixième Ă©dition, le festival Contrepoints 62, fait Ă  nouveau revivre la voix des orgues de ce Pas de Calais riche et mĂ©connu. Pour cette fois, c’est l’Espagne qui s’invite et fait retentir ses musiques dans les villes qui jadis la composèrent. Lointain passĂ© mais ancrĂ© encore dans la mĂ©moire des façades et des orgues, qui font retentir Ă  la fois les douces mĂ©lopĂ©es de la guitare et le martial canon des combats.

Raquel Andueza et La Galania
Chapelle St Jacques de l’Aire sur la Lys.

“Yo soy la locura”

La GalanĂ­a
Raquel Andueza – soprano
Jesús Fernández Baena – théorbe
Pierre Pitzl – guitare baroque

Al tiempo que El sol se pone… Dans le cĹ“ur de La Chapelle baroque du Saint de Compostelle, au pied du RĂ©dempteur Universel, quelques flaques d’or venues du ciel ont accueilli l’Espagne. La Soprano Raquel Andueza et l’ensemble La Galania ont invoquĂ© la grâce du XVII ème siècle, dans ses soupirs, dans ses complaintes, dans sa sensualitĂ© exubĂ©rante.  Passant du tragique au comique et du charnel Ă  l’Ă©thĂ©rĂ©e, Raquel Andueza convoque les muses profanes. Dans sa voix, on saisit le palpitant, le passionnant, le diaphane. Nous avons Ă©tĂ© littĂ©ralement saisis par « Credito es de mi decoro », le lamento de la nymphe Canente, de la zarzuela Pico y Canente de Juan de Hidalgo.  Dans cet air, la nymphe se mĂ©tamorphose petit Ă  petit en nuage et la musique s’Ă©vapore note par note. Une surprenante Ă©motion dans cette dĂ©couverte.  Il faut dire que Raquel Andueza est une interprète incomparable dans l’Ă©motion et le sens de la musique. Après un lĂ©ger rayon de soleil et une belle dĂ©couverte des lieux patrimoniaux de l’Aire sur la Lys, la somptueuse nef de la CollĂ©giale allait ouvrir ses portes pour le concert du soir.

Collégiale de l’Aire-sur-la-Lys
Bach, Liszt, Messiaen, Saint-Saens
Vincent Warnier – orgue
Orchestre National de Lille
Dir. Jean-Claude Casadesus 

L’art de la mĂ©tamorphose

festival contrepoints 62 pas de calais compte rendu critique CLASSIQUENEWS pedro octavio diazDans ces temps de crises, certains se rĂ©fugient dans le sacrĂ©, d’autres s’en rĂ©clament pour l’iniquitĂ© et la barbarie. Mais quand la musique est le calice d’une communion entre l’art et l’homme, ce n’est que pour l’élĂ©vation de ceux qui en tĂ©moignent. Au sein de la nef immense de la CollĂ©giale de l’Aire-sur-la-Lys, juste au pied de l’orgue, l’Orchestre National de Lille s’apprĂŞtait Ă  nous offrir un programme fastueux.  Entre l’orgue, tel un vaisseau majestueux et les phalanges, un dialogue Ă©leva son message vers des hauteurs inusitĂ©es. En effet, l’organiste Vincent Warnier, dĂ©veloppant l’agilitĂ© et la maĂ®trise de l’instrument et du rĂ©pertoire, nous offre Ă  la fois la rigueur et la contemplation du PrĂ©lude et fugue en la mineur de Bach. De mĂŞme, la virtuositĂ© de son jeu, avec une solide prĂ©cision dans le PrĂ©lude et fugue sur le nom BACH de Liszt. Mais l’épanouissement total se produit lors de la conjugaison parfaite de l’orgue et l’orchestre dans la Symphonie n°3 de Camille Saint-SaĂ«ns avec orgue. En une comprĂ©hension naturelle de l’énergique style de Saint-SaĂ«ns, Jean-Claude Casadesus mène l’Orchestre National de Lille vers l’apothĂ©ose Ă  chaque mouvement. Vincent Warnier rĂ©pond de l’orgue, dans la couleur et la sophistication sans faillir Ă  aucun moment Ă  l’équilibre et Ă  l’univers construit par Jean-Claude Casadesus.
Dans la vie d’un chroniqueur, dans le tourbillon des concerts et musiques, il est des moments uniques. Ce concert est, sans hésitation, l’un des plus marquants de ma vie. La nuit tomba sur les rumeurs secrètes de la Lys, au cœur des pierres de la ville, on sentit encore vibrer les orgues comme un murmure lointain.

Dimanche 27 septembre 2015

NIELLES LES ARDRES
Eglise

Pas loin de Calais, se situe la petite ville d’Ardres, et dans sa conurbation se trouve le charmant village de Nielles-lès-Ardres. Au cœur des champs et entre les souvenirs des tombes anciennes se dresse l’Eglise – grange.  Quand on pénètre dans ses entrailles, on découvre des beautés insoupçonnées. Et notamment un orgue remarquable datant de 1692. Tout en bois et aux motifs marins, le bois sculpté fit jaillir des dauphins et des sirènes, dont le chant parmi les jeux, allait nous émouvoir.

11h – L’ORGUE ESPAGNOL ET FLAMAND
Daniel Oyarzabal – orgue

Il est toujours rare d’entendre le répertoire ibérique et découvrir sous les doigts experts de Daniel Oyarzabal. Le son acéré et aigu de cet instrument permet de rendre un parfum quasiment espiègle à ces musiques, pour la plupart sacrées.

15h – IN PARADISO – Musiques sacrées du baroque
Raquel Andueza & La Galania
Daniel Oyarzabal – orgue

L’après-midi, au pied de l’orgue marin de Nielles, on retrouve la sirène Raquel Andueza pour un programme sacré.  Du Lamento della Maddalena de Monteverdi au Stabat Mater de Sances, Raquel Andueza évoque avec bonheur le recueillement dramatique des œuvres baroques dédiées au culte Marial. La soprano perpétue avec ce programme, l’interprétation splendide du répertoire  qu’elle maîtrise ostensiblement. Sans tomber dans le pathos extrême et en montrant une solide capacité de coloriste, Raquel Andueza nous surprend par l’émotion et le talent.

TOURNEHEM-SUR-LA-HEM
Eglise

Dans les pérégrinations des orgues, notre route nous mena vers le site perché de Tournehem-sur-la-Hem. On arrive au cœur d’une joyeuse localité, avec une belle petite église dominant les toits.  Comme une caverne de merveilles, l’intérieur de l’église de Tournehem-sur-la-Hem éblouit par la profusion d’art sacré. Du bois, des ornements en stuc doré, des tableaux pieux et un orgue baroque monumental.

17h15 – HOSANNA TO THE HIGHEST
Musique sacrée à trois voix d’hommes de Henry Purcell

Jeffrey Thompson – ténor
Marc Mauillon – baryton
Geoffroy Buffière – basse
La RĂŞveuse
Florence Bolton & Benjamin Perrot
Pierre Gallon – orgue

Passer de l’Espagne à l’Angleterre dans cette région est tout aussi habituel que les nuées qui évoluent sur son ciel lumineux.  Pour conclure notre voyage au cœur du patrimoine du Pas de Calais, c’est l’émouvante voix de la piété britannique qui nous offrit un beau corollaire. Les psaumes et hymnes sacrés de Purcell sont parmi les plus belles manifestations du répertoire religieux.  Dans le bel écrin de l’église de Tournehem, chaque note frissonna dans les sculptures, dans les dorures et les boiseries.
La magie de la trans substantation s’opéra grâce à la splendide équipe artistique. Tout d’abord La Rêveuse qui, dans ce répertoire offre une réelle maîtrise et une richesse dans l’ornementation.  Les solistes se complètent très bien dans les nuances. Ceux qui ont ébloui l’audience sont Marc Mauillon avec un timbre contrasté, et riche et le dramatisme hallucinant de Jeffrey Thompson. Geoffroy Buffière en revanche pèche par un certain retrait et quelques faiblesses dans les nuances. La fin du concert révéla, à l’extérieur, un crépuscule de feu sur les prairies vallonnées de Tournehem.

Visiter Contrepoints 62, nous a offert l’occasion de découvrir les palpitants témoignages de l’Histoire dans un territoire abreuvé de la passion de la musique. Chaque orgue nous a conté dans chaque nervure du bois ancien, et dans le souffle de leur voix, un récit venu d’ailleurs. La richesse du Pas de Calais est dans sa culture, dans la sensibilité de son patrimoine.  En quittant les riches terres d’Artois, encore empreints du chant des brillants contrepoints, on fait le vœu de revenir suivre la route des orgues qui mériterait bien devenir plus que l’apanage des terres flamandes, mais le patrimoine reconnu de toute l’humanité.

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

Arriver Ă  Utrecht depuis Paris est dĂ©paysant. Sous les trombes d’eau, un ciel qui ne se retrouve que dans les tableaux des grands maĂ®tres du XVIIème. La lumière est le terreau du langage visuel des terres nĂ©erlandaises. Des bouches de l’Escaut aux docks de Rotterdam et des vertes parcelles de Gouda aux clochers Ă©carlates d’Utrecht. On imagine bien dans ces Ă©tendues le creuset de tant d’inspiration paysagiste et aux coloris divers. Depuis les baies vitrĂ©es du Thalys, on s’imprègne des riches nuances d’un tableau vivant, une sorte d’impressionnisme biologique dont semble issu l’oeil de Van Gogh.

 

 

Utrecht

 

 

Utrecht, (NDLR : 4ème ville des Pays Bas, 314 000 habitants), ville des canaux, des façades riantes et des rues emplies de bicyclettes et de la jeunesse en fleur. La ville de la Paix centenaire qui calma l’Europe de 1713 pour deux siècles. Utrecht est une ville au passĂ© gĂ©nĂ©reux et riche. Mais c’est dans cette citĂ©, au coeur des Pays-Bas qu’a lieu le prestigieux Festival de Musique Ancienne (NDLR : oudemuziek en nĂ©erlandais : voir le site http://oudemuziek.nl/home/) . Ce festival est l’un des plus cĂ©lèbres et des plus dynamiques en Europe, en tĂ©moigne la programmation, toujours axĂ©e sur une thĂ©matique et un esprit de renouvellement du rĂ©pertoire. La curiositĂ© de ce festival, nous emmena en 2015 sur les rives de l’ile d’Albion, au sein de ses plus grandioses trĂ©sors. De la polyphonie de Lawes et de Tallis, au dramatisme de Purcell et Eccles.

 

 

Utrecht: la cité de la musique!

 

La ville d’Utrecht respire le dynamisme et des endroits tels que le Tivoli (grande salle multiple de concerts) et les rues commerçantes en tĂ©moignent. Par ailleurs, nous avons eu la chance d’ĂŞtre logĂ©s dans le EYE HOTEL qui rĂ©sume Ă  lui seul l’esprit d’avant-garde d’Utrecht, tout en prĂ©servant la tradition et l’histoire. En effet cet hĂ´tel est sis dans un ancien hĂ´pital ophtamologique, d’oĂą le nom d’”Eye”.

 

 

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Par ailleurs, cette tendance de renouveau se ressent dans l’implication politique innovante de la municipalitĂ© d’Utrecht dans la musique. Ne se contentant pas simplement de soutenir le Festival dans cette pĂ©riode difficile, mais aussi de crĂ©er un programme spĂ©cial dĂ©diĂ© Ă  la musique, la Ville assure sa diffusion et son irrigation dans la ville. Saluons cette dĂ©marche qui, comme c’est souvent le cas dans les pays du Nord, commence Ă  ĂŞtre une rĂ©ussite. A l’heure oĂą les communes et collectivitĂ©s territoriales en France se dĂ©sengagent par pourcentages, on en deviendrait presque jaloux de ces initiatives.

Et pourtant tout n’est pas pour le mieux Ă  Utrecht, le Festival a vu ses subventions de l’Etat NĂ©erlandais tronquĂ©es de 70%! Nous nous demandons si les conseillers ou thurifĂ©raires de l’Ă©conomie triomphante sont suffisamment observateurs avant de couper sans raison. L’administration, dans sa folie de thĂ©saurisation, tue petit Ă  petit des manifestations uniques et coupe les subsides d’emplois stables. Nous soutenons ici la labeur artistique et institutionnelle de l’Oudemuziek Festival de musique ancienne d’Utrecht contre les prĂ©ceptes et actions nĂ©fastes des tutelles sans conscience.

utrecht oudemuziek 2016 early music festival utrecht festival de musique ancienne d utrecht 2015 presentation reviex 2015 classiquenewsEt pourtant, malgrĂ© 70% de subventions en moins, le Festival n’en dĂ©mĂ©rite pas quant Ă  la qualitĂ© de son offre et l’intelligence de ses choix. A sa tĂŞte, Xavier Vandamme, qui prĂ©side maintenant le RĂ©seau EuropĂ©en de Musique Ancienne et le flĂ»tiste Jed Wentz qui l’assiste Ă  la programmation, ont posĂ© les bases solides d’un type de programmation inventif et variĂ©. Pour l’Ă©dition Anglaise de 2015, non seulement le choix esthĂ©tique et historique a rendu accessible toute la musique ancienne d’Albion Ă  nos oreilles, mais en plus ils ont associĂ© le festival Ă  l’immense patrimoine de la Collection des ducs de Montague. Ce cocktail a donnĂ© une Ă©dition anglaise pleine des dĂ©lices de la Merry England!

 

 

 

 

2 SEPTEMBRE 2015 – 20h – Tivoli Vredenburg
DUNEDIN CONSORT – John Butt

Alliant une certaine idĂ©e de la musique anglaise avec un souci pĂ©dagogique et historique, ce concert est un condensĂ© de tout le XVIIème siècle britannique. Partant des pièces sacrĂ©es de Tallis et Lawes, le Dunedin Consort aboutit en deuxième partie Ă  l’incroyable Venus & Adonis de Blow avec un naturel assez surprenant.  Dunedin Consort, c’est d’abord une maĂ®trise du langage de la musique anglaise et puis un savoir faire qui offre une vue enthousiasmante de leur interprĂ©tation. Des polyphonies, ils exposent le substrat dĂ©licat et colorĂ©. Pour la partie plus dramatique, John Butt et ses musiciens opèrent une narration toute en finesse et avec des rebondissements successifs sans que l’ennui s’installe. Nous saluons le quatuor vocal, menĂ© par Mhairi Lawson, sublime et sensuelle VĂ©nus et Matthew Brook en Adonis, viril et tendre. C’est avec cette puissance que la beautĂ© peut ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©e dans toute sa splendeur.

 

 

 

 

3 SEPTEMBRE 2015 – 20H – Tivoli Vredenburg
John Eccles : SEMELE
LA RISONANZA – Fabio Bonizzoni

Stefanie True – Semele

Fulvio Bettini – Jupiter

Marina de Liso – Juno

Jean-François Lombard – Athamas

bonizzoni fabio la risonanza semele eccles utrchet festival 2015 presentation review CLASSIQUENEWS_BonizzoniSĂ©mĂ©lĂ© en glamazone… »I love and I am loved…” La pluie est joyeuse sur les pavĂ©s et les briques d’Utrecht. On y retrouve en mille reflets la lumière des colères du roi des Dieux. Aussi s’y reflètent les badauds, les couples qui s’enlacent et mille autres sensations urbaines, comme un tableau vivant, de nouvelles mythologies.  Semele est une mortelle, belle et sĂ©ductrice. C’est, des deux filles de Cadmus, celle qui a eu la faveur de Jupiter. Son impertinence et, pourrait-on dire, sa naĂŻvetĂ© l’a prĂ©cipitĂ©e dans le feu des foudres. Et c’est dans son sein que naquit Bacchus, prince et roi de la joyeuse treille, celui aussi dont la colère perdit bon nombre de mortels. Semele est l’incarnation de la fatuitĂ©, au XXIème siècle ce serait une glamazone aveuglĂ©e par le pouvoir et l’argent.

Utrecht invite dans ses riches heures musicales, cette oeuvre magnifique, dont le livret signĂ© William Congreve est une merveille d’Ă©quilibre et de soliditĂ© dramatique. D’ailleurs il servit en 1744 Ă  une autre Semele, celle de Händel. La musique de John Eccles est le maillon qui unit Purcell Ă  Boyce, Croft, ou Händel, c’est l’un des maĂ®tres de l’opĂ©ra anglais. Sa Semele est un exemple formidable de la maĂ®trise de l’Ă©criture pour consort de cordes, puisqu’il n’y a pas vraiment de vents. On saisit la force de l’histoire de la ThĂ©baine avec incision et sensualitĂ©.

Pour cette mouture, Fabio Bonizzoni et sa Risonanza habitent merveilleusement bien la partition. Excellents dĂ©jĂ  dans l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire italien, ici ils se surpassent en nous offrant une performance dans le plus pur style anglais mais avec une Ă©nergie solaire. Une sorte de Canaletto Londonien! A part quelques coupures, que nous regrettons, tels deux airs de Semele sublimes, c’Ă©tait une reprĂ©sentation rĂ©ussie.  CĂ´tĂ© voix, le plateau est idĂ©al. Stefanie True est sensuelle, pleine de puissance et avec une subtilitĂ© de taille pour le rĂ´le -itre. Fulvio Bettini est un peu moins Ă©nergique mais demeure correct. Marina de Liso est grandiose en Juno, l’anglais est remarquable et l’interprĂ©tation gĂ©niale. Jean-François Lombard est un Athamas tendre et Ă©mouvant. Le voyage anglais de La Risonanza a permis Ă  cet ensemble d’explorer d’autres rĂ©pertoires oĂą on les attend avec impatience. Utrecht est comme ça, une ville de surprises, de voyages inattendus et de rĂ©vĂ©lations.

 

 

 

 

4 SEPTEMBRE 2015 – Beffroi, Ă  80 m au dessus d’Utrecht
Malgosia Fiebig – Carillonneuse

Tout le long des promenades et dĂ©couvertes, au dĂ©tour des rues, c’est la haute figure du Beffroi d’Utrecht qui domine les heures de la ville. Et en son sein, on entend tour Ă  tour les Ă©chos des cloches qui font battre le coeur musical de la citĂ©.  Chaque Festival a son hymne secret, et cette annĂ©e, le vĂ©nĂ©rable carillon d’Utrecht a jouĂ© les impondĂ©rables pièces emblĂ©matiques du rĂ©pertoire anglais.

A la tĂŞte de cette institution, se tient Malgosia Fiebig, carillonneuse d’Utrecht et de Nijmegen, deux villes de paix. MalgrĂ© les marches et la hauteur, le concert des cloches et saisissant. Malgosia Fiebig, de point ferme, sillonne les jeux du carillon avec la virtuositĂ© d’un concertiste. Tout en contemplant les rigoles de la ville sous les larmes du ciel, la musique des cloches teinte l’atmosphère d’une poĂ©sie particulière.

Utrecht nous saluait ainsi, par les diamantins appels au lointain, comme un au revoir qui fit lever les nuages pour nous conduire vers le retour. A travers les canaux et les champs, le train fit dĂ©filer encore et encore les lumières du Nord, parĂ©es des voiles des promises de l’automne. De sorte qu’on espère toujours qu’Utrecht soit un Ă©ternel retour.

NDLR : en 2016, le thème conducteur du festival d’Utrecht Oudemuziek 2016 est la Serenissima, musique vénitienne avec Vivaldi, Willaert, Gabrieli. Du 26 août au 4 septembre 2016. 

 

 

 

 

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

 

 

 

Festival de Musique Ancienne d’Utrecht 2015. Du 28 aoĂ»t au 6 septembre 2015

utrecht festival oude muziek utrcht 2015Festival de Musique Ancienne d’Utrecht 2015. Du 28 aoĂ»t au 6 septembre 2015. L’Angleterre en majestĂ©… GOD SAVE THE KONINGIN!  :  »England, O my England! ». Pour les baroqueux, Utrecht est une sorte de Mecque. C’est un bien inestimable pour l’histoire de l’art et de l’HumanitĂ©. En effet, la citĂ© est sertie de canaux, de bijoux architecturaux et d’une mâne intarissable de crĂ©ation.  La ville du cĂ©lèbre TraitĂ© de 1713 qui mit le soleil de Versailles au crĂ©puscule et la patrie du peintre Gerrit van Honthorst accueille pour sa 34ème Ă©dition sa soeur et rivale : l’Angleterre. Le programme rĂ©unit la fine fleur des interprètes baroques autour de plus de trois siècles de musique de Tallis Ă  Händel en passant par Purcell, Dowland, Eccles et tous les gĂ©nies qui se sont succĂ©dĂ©s sur le trĂ´ne musical d’Albion. Utrecht offre notamment des surprises en laissant la part belle aux compositeurs hollandais qui ont Ĺ“uvrĂ© en Angleterre au XVIIème siècle (concert du 2 septembre 2015) et la recrĂ©ation europĂ©enne de la Semele de John Eccles (3 septembre) dont le livret de Congreve sera rĂ©utilisĂ© par Händel en 1744 pour son cĂ©lèbre et inoubliable oratorio. Aux confins de l’Ă©tĂ©, c’est Ă  Utrecht que le Baroque reprend le souffle des hornpipes qui viennent de la Tamise! Prochains comptes rendus sur classiquenews.com

Infos, réservations sur le site du festival d’Utrecht / Festival Oudemuziek Utrecht 2015

Compte rendu, festival. ItinĂ©raire Baroque (PĂ©rigord), 30 juillet – 2 aoĂ»t 2015 (14ème Ă©dition, direction artistique: Ton Koopman)

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Compte rendu, festival. ItinĂ©raire Baroque (PĂ©rigord), 30 juillet – 2 aoĂ»t 2015 (14ème Ă©dition, direction artistique:  Ton Koopman). Le mois d’aoĂ»t, alors que le silence sillonne les villes en absence, au creux des vallons et forĂŞts la musique vole de clocher en clocher dans l’Itineraire Baroque en Perigord Vert. Ce festival, Ă  l’orĂ©e de sa 15ème Ă©dition est le plus beau tĂ©moignage de l’alliance du patrimoine et de la musique. FondĂ© comme une grande rĂ©union familiale par Ton Koopman, on est en balade, en partage au coeur des campagnes, des prĂ©s et des vallĂ©es de cette rĂ©gion Ă  l’orĂ©e des mystères.

A Antoine, Ariane, Elie, Bas, Donatien, Florie et Joe.

“Voyez dans la nuit brune sur le clocher joli, la lune comme un point sur un i”

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015BrantĂ´me, Abbaye. Jeudi 30 juillet 2015. Il pianto d’Orfeo. Deborah Cachet – soprano. Scherzi Musicali. Direction, chant, thĂ©orbe – Nicolas Achten. Alors que les premières lueurs du crĂ©puscule caressaient la frondaison des bois de la vallĂ©e de BrantĂ´me, notre parcours commença dans cet ItinĂ©raire surprenant. BrantĂ´me est enfouie sous une marĂ©e verte et des hautes falaises, forteresse imprenable offerte par la nature. TraversĂ©e ça et lĂ  par un vol d’hirondelles sur les miroirs Ă©tincelants des mĂ©andres de la Dronne. Ă  l’Ouest se dresse fièrement, contre la muraille blanche du calcaire millĂ©naire, l’Abbaye de BrantĂ´me. Allure palatiale et dont le clocher contemple la ville depuis plus de mille ans. C’est au coeur de la chapelle de Saint-Sicaire que OrphĂ©e allait retrouver sa lyre et sa voix pour charmer la pierre et briser l’obscuritĂ©.  Le relicaire monumental de Saint-Sicaire, avec son groupe sculptural dramatique brisait la monotonie de la pierre blanche avec son ombre formidable et menaçante, une sorte de cerbère protĂ©ĂŻforme.

Lors de la première note, c’est OrphĂ©e lui mĂŞme qui hanta le thĂ©orbe de Nicolas Achten, nouveau trouvère venu pour nous Ă©mouvoir au sein du PĂ©rigord. Fable enchanteresse en musique que celle du musicien absolu. OrphĂ©e est le seul hĂ©ros dont la force est autrement que physique, c’est la musique qui est son gourdin, sa foudre et son glaive. Pour une Ă©poque qui emprisonne l’art dans des esthĂ©tiques Ă©conomiques, c’est une belle manière de libĂ©rer par le chant les beautĂ©s inattendues, ce concert est un acte de foi, un manifeste.

Le récital, reprenant peu ou prou le programme du disque éponyme, est une narration de l’histoire d’Orphée, depuis ses premiers émois avec Eurydice jusqu’à sa mort tragique et sa mystification, une sorte aussi de martyre éloquent dans une chapelle à la gloire d’un saint innocent. Comme quoi, les coïncidences font cohabiter l’imaginaire humain malgré les cultes et les âges.

Compulsant dans les belles partitions de Peri, Caccini, Sartorio, Rossi et Monteverdi, Nicolas Achten et sa troupe incroyable de joyeux interprètes nous offrent une belle soirée. Equilibrée, nuancée et aux couleurs chatoyantes, la musique émise par les membres des Scherzi Musicali fait la part belle à l’inventivité et l’ornementation heureuse.

Côté voix, Deborah Cachet, très jeune soprano campe assez bien les tourments d’Eurydice. Malgré quelques raideurs dans l’émission et une interprétation parfois trop sage, elle tire bien son épingle du jeu, étant tour à tour l’amante, le fantôme et l’égérie. Nicolas Achten, formidable en théorbiste et en baryton, campe un Orphée touchant de bout en bout, ayant l’émotion à fleur de peau.

A la fin des musiques, sur les toits de vieille ardoise de Brantôme, le noir de la nuit célébrait en diamants l’histoire d’Orphée, et la Dronne à ses pieds, semblait murmurer les échos de son immortalité musicale. Le lendemain allait se lever avec une journée au cœur des champs, dans le village de Cercles, pour d’autres festivités.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Baroque en cercles, vendredi 31 juillet 2015. Le ciel se couvrit soudain d’une pelisse de zibeline, gardant tel un avare la perle dorée que le feu de Phébus offrit à l’été, la matinée se refroidit malgré le méridion. Et là, gravita entre les pierres blanches, la résine nouvelle et les fruits à mûrir un halo de fraicheur et de mélancolie.  La pluie allait venir par l’Est, les champs secs allaient certainement retrouver des nouvelles fleurs. Au coin de quelques villages, de clocher en clocher la brise ramena un soupir vers les monuments aux morts de chaque place, de chaque marché. Soudaine pensée qui fait un souvenir des ensevelis de l’Histoire, l’on saisit  dans ces contrées silencieuses l’émotion du vers d’Aragon : « Soudain vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places (…) soudain vous n’êtes plus que pour avoir péri ».  L’itinéraire est une route vers des nouvelles mémoires dans ces villages et ces champs.  Ce Vendredi c’était le tour de Cercles, posé autour d’une église aux voluptés romanes, sobres et chastes mais aux mystères intacts.

Cercles et sa célébration dans l’Itinéraire baroque avait le goût des promenades familiales du dimanche, de ces festins joyeux aux grandes tablées.  Devant l’église, la famille de cet Itinéraire se pressait pour, pendant toute une journée se croiser en musique dans l’Eglise de Cercles, comme une communion à plusieurs voix, un orgue humain qui ne chante pas mais entend.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015koopman tom festival perigord itineraire baroque festival tom koopmanQUATRE FOIS QUATRE - 12h. Intégrale des Concerti à Quatre clavecins de Johann Sebastian Bach (Transcriptions des concerti de Vivaldi / arrangements de Ton Koopman). AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA – Ton Koopman. On connaît aisément les concerti pour clavecin du Cantor de Leipzig, certainement composés pour des représentations brillantes avec les membres de la famille Bach.  On savait aussi que Bach avait arrangé lui-même pour ces œuvres là des concerti de Vivaldi. Sans faillir au respect du style et de l’arrangement, c’est Ton Koopman qui nous offre ici une véritable intégrale, ayant fini par arranger les concerti du Preste Rosso que Bach n’a pas arrangé ou qui demeurent perdus.. L’exercice est plus que risqué et pouvait tomber dans la parodie. Cependant, la surprise demeure, sous les doigts alertes de Ton Koopman et de trois autres clavecinistes formidables, on retrouve un sens à cette intégrale, c’est une restitution, très très loin d’une quelconque caricature, c’est une création.  Nous espérons que cette nouvelle reconstitution parviendra aux générations futures avec un enregistrement.  Hélas nous avons, néanmoins, remarqué avec étonnement un léger manque de justesse et d’énergie dans le Concerto pour Deux Clavecins dirigé par la Konzertmeister Catherine Manson.  En absence de Ton Koopman, Catherine Manson a manqué d’une réelle cohésion avec les musiciens, laissant les tempi tomber un peu dans une lourdeur inexplicable. Néanmoins nous tenons à remarquer l’excellent altiste James Crockatt, son d’une richesse formidable et d’une énergie véritable.  Cependant, pour le Largo, c’est grâce au violon de Catherine Manson que les couleurs les plus belles ont été mises en évidence, l’émotion alliée à un sens très juste de la partition nous ont émerveillés.
Entreprise singulière que cette intégrale aux réverbérations vénitiennes, Ton Koopman et son incomparable équipe ont relevé le défi en engageant leur énergie dans une architecture solide et originale.

A la sortie du concert, le soleil apparut comme un invité de plus à la grande table familiale du midi.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015BRISK joue Bach - 16h30. BRISK : Marjan Banis, Susanna Borsch, Bert Honig, Alide Verheij. Transcriptions de Johann Sebastian Bach et créations de Toek Numan et Guus Janssen. Tout à coup le vent se leva, il poussa doucement le public vers l’intérieur de la petite église de Cercles pour un curieux concert. BRISK est un ensemble de flûtes à bec néerlandais. Une sorte de consort de vents. Avec plusieurs tessitures, le langage de la flûte à bec et les transcriptions sont enrichies avec éclat. Nous découvrons notamment le fil conducteur de l’Itinéraire baroque dans les œuvres de Johann Sebastian Bach et, en miroir des splendides créations composées pour l’occasion par des compositeurs néerlandais.  Il est étonnant le vent qui nous vient des Pays-Bas, empreint de couleurs, d’artifices et d’énergie. Nous avons été conquis par l’équilibre dans la transcription, l’inventivité des reliefs et l’investissement intense et sincère dans les créations. BRISK a réveillé en un coup de vent les accents les plus profonds du génie musical du baroque au contemporain.

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015LA NUIT DU QUATUOR – 20h30. London Haydn Quartet. La nuit à Cercles le silence l’emporte. Mais comme dans les anciennes retraites aristocratiques, le soir invite à la contemplation oisive de la musique de chambre. Evidemment pas de nuit musicale sans les chefs d’œuvres de Haydn pour quatuor à cordes.  En effet de tous les maîtres du genre, c’est étonnamment le moins revisité, peut-être par le caractère monumental de sa production mais aussi par un léger manque de curiosité. Dans ce programme tout en subtilité Haydn et Mozart (dans sa sublime Quintette) cohabitent comme, de leur vivant, deux frères et deux amis. Pour interpréter ces chefs d’œuvre, reposants et contemplatifs,  c’est le London Haydn Quartet de Catherine Manson qui s’est invité dans cette soirée de Cercles.  Le savoir faire britannique dans l’interprétation du genre est une garantie pour la réussite de ce concert. Hélas, une certaine étrangeté a flotté dans les attaques et les mouvements des quatuors. Comme si l’hésitation dominait plus qu’une détermination. Par ailleurs, quelques fragilités de justesse se sont manifestées, certainement à cause des hésitations dans l’attaque. Néanmoins l’ensemble des interprètes ont un certain équilibre qui ne démérite pas d’élégance et de couleur.
Après la pause c’est le tour de Mozart. Malgré le caractère enjoué de la partition, on a sensiblement senti le crève-cœur dans chaque intervention de la clarinette exceptionnelle de Eric Hoeprich.  Ce véritable maître dans l’interprétation nous a ravi par la clarté et la justesse, une sensualité empreinte de mélancolie. Comme un souvenir nostalgique au cœur du tohu-bohu d’une fête,  les interventions de la clarinette, inventives et multicolores nous ont ému et convaincu juste par leur simplicité.

Cercles se vide petit à petit du public qui l’habita pendant une demi-journée, la musique restera sans doute, résonnante et pétrifiée dans le souvenir des murs de son église. Entre les pilastres romanes et les pierres multi séculaires de son cimetière, Cercles a défié les heures et le sablier véloce en musique, dans un Itinéraire qui nous mena toujours plus loin, au bout des mystères intimes d’un Périgord ouvert aux émotions.

 

Catherine Manson – violon
Michael Gurevich – violon
James Boyd – alto
Jonathan Manson – violoncelle

Eric Hoeprich – clarinette

Haydn – Quatuors op 55 n°1 en La majeur et op 54 n° 2 en Do mineur
Mozart – Quintette pour clarinette en La majeur (KV581)

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Samedi 1er Août 2015 – ITINÉRAIRE BAROQUE : La baroque en campagne ! Le réveil se fait présent au cœur du charmant bourg de Mareuil sur Belle, au fond du jardin centenaire on entend entre deux rayons de soleil, couler le ruissellement d’un affluent de la Belle. Évocation des champs et des bois, tournant dans cette région aux anciennes écorces et à la pierre grisée par le temps. Au loin, vers la sortie du village, la ruine magnifique du Château, ancien repaire des Talleyrand-Périgord, et nid d’aigle d’un des faucons de Bonaparte, le Maréchal Lannes. Pendant toute une journée c’est le principe même du festival Itinéraire baroque qui allait être développé : une visite itinérante d’une grande partie du département avec des étapes musicales au sein d’églises, pour la plupart méconnues. Grâce aux présentations liminaires de Alain de la Ville dans le programme général, notre plongée dans le patrimoine religieux de cette verte région allait être moins mystérieuse. En règle générale, comme l’explique M. de la Ville, l’ensemble de ces hauts lieux du Périgord mérite une restauration et une protection efficace. Ce n’est pas par un souci de culte, mais pour préserver l’œuvre humaine, le témoignage d’une époque et l’expression primordiale de l’art et de la culture.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201511h – Saint-Sulpice de Mareuil. Dans la petite église hors des temps de Saint-Sulpice de Mareuil et sous un titre bien alambiqué, c’est l’Italie qui s’invitait dans le roman Français. Malgré un choix de pièces équilibré et intéressant qui mêla Vivaldi, Lanzetti et Domenico Scarlatti, le programme tomba un peu à plat.  Malgré une technique profondément judicieuse, la justesse du violoncelle de Werner Matzke n’a pas été à la hauteur des sonates de Vivaldi et de Lanzetti, nous avons été déçus par une rigueur exagérée. Au clavecin Seugnmin Lee a été techniquement irréprochable mais sans véritable intensité dans l’interprétation. Hélas, c’est souvent le jeu d’un itinéraire, de la variété mais aussi des risques.

Expressivité mélodique et virtuosité italiennes
Sonates de Vivaldi, Domenico Scarlatti et Lanzetti
Werner Matzke – violoncelle
Seugnmin Lee – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201512h15 – Saint-Martin de Champeaux. Il est parfois dans une promenade musicale des instants magiques. C’est dans la charmante église de Saint-Martin de Champeaux que l’Italie déploya toute la chaleur et la beauté de sa musique sous les doigts habiles de deux interprètes d’exception. Le principe même de mettre en miroir les Bach n’est pas nouveau, mais dans ce contexte, ce concert nous révèle facilement que chez les Bach le génie est héréditaire. Patrizia Marisaldi est extraordinaire au clavecin. Son jeu est ponctué d’ornements justes et raffinés, la subtilité se dégage sans cesse. Alberto Rasi attaque ces partitions redoutables avec finesse et nous propose une interprétation mêlant émotion et virtuosité. A la sortie, le soleil nous attendait, appelé sans doute par l’Italie florissante révélée par les deux Bach, amoureux de la belle méditerranéenne.

Bach père et fils
Musique pour viole de gambe et clavecin de Johann Sebastian et Carl Philip Emmanuel Bach

Patrizia Marisaldi – clavecin
Alberto Rasi – viole de gambe

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201515h -  Saint-Pierre de Vieux Mareuil. Dans les murs solides de l’église fortifiée de Vieux Mareuil, c’est le tour d’un tout jeune et enthousiasmant ensemble l’ARCO SONORO. Traitant le programme comme une petite introduction à la sonate, dans un sens dramatique, ce concert est une sorte de « Teatrum mundi » qui déroule ses nuances et subtilités.  Que ce soit par la précision absolu et la richesse du timbre de l’hautbois de Yongcheon Shin ou les belles nuances du violon de Francesco Bergamin et du continuo, on a retrouvé à la fois la virtuosité de Vivaldi, la puissance de Platti et le théâtre de Händel. D’ailleurs nous saluons l’excellente idée de mettre Platti en miroir de Vivaldi et de Händel, ça permet toujours de nuancer le classement arbitraire des génies. Nous espérons très vite voir cet ARCO SONORO couvrir de leurs programmes les routes des festivals de France !

La Sonate en trio théâtrale
Musique de chambre dans le style italien

Sonates de Vivaldi, Platti et Händel

ARCO SONORO

Yongcheon Shin – hautbois baroque
Francesco Bergamin – violon baroque
Bob Smith – violoncelle baroque
Edoardo Valorz – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201516h15 – Rossignol. Petite église nichée sur les champs de tournesols, comme un phare de pierre au dessus des collines boisées, dominant de son clocher une commune au nom éloquent. L’humidité rogne ses entrailles, mêlant à la fois la mousse et les images pieuses. Au cœur de l’autel, le baryton (plutôt un ténor grave) Jasper Schweppe nous offrait magnifiquement ces pièces empreintes de foi et d’humanité. Tant par la couleur que par l’intensité cet interprète a réussi à nous emporter loin de la réalité, hors des temps. A l’orgue, Gerard de Wit a notamment été formidable dans la pastorale de Zipoli, offrant une petite pause au génie Allemand. En sortant de ce concert, le soleil d’après-midi dorait encore l’arc céleste, la nuit était encore bien loin, malgré tout le Rossignol chanta.

Ich habe genug

Airs pour voix et orgue de Zipoli, Hollanders, RosenmĂĽller et Bach

Jasper Schweppe – baryton
Gerard de Wit – orgue

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201517h30 – Château de Beaulieu. Il est parfois de concerts qui achèvent en extase une journée musicale. Au cœur des champs entre futaies et forêts, le Château de Beaulieu s’élève dans la pierre blanche et la vigne vierge, au sein de ses salons d’apparat tapissés de marbre bicolore et des meubles précieux, nous avons été charmés par un programme très bien conçu et varié. Alliant à la fois des pièces des sublimes opus de Sylvius Leopold Weiss et des airs humoristiques et touchants des meilleurs compositeurs du genre, dont certains tels Kremberg ou Rathgeber n’ont jamais été joués auparavant. Nous remarquons notamment le splendide «  Toutes sortes de nez » de Rathgeber et « Die kunst des küssens » de Hammerschmidt notablement chantés par Bettina Pahn, vivante et dramatique, au chant précis et au timbre caressant. Le jeu de Joachim Held a été un voyage agréable dans les émotions des airs et la contemplation profonde des pièces de Weiss.

L’itinéraire s’achèva en mille dorures et un caléidoscope d’émotions. Le principe du festival Itinéraire baroque était résumé dans ce dernier récital, de l’humour, de la contemplation, de la fraicheur et surtout l’esprit convivial d’une réunion de famille au cœur de la musique.

Recueil de Musique de Table
Arias pour luth et voix du baroque Allemand

Telemann, Weiss, Kremberg, Rathgeber, Hammerschmidt

Bettina Pahn – soprano
Joachim Held – luth

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Dimanche 2 août 2015 – Eglise de Saint-Astier. L’énergie solaire… Tout au sud, vers la Dordogne, Saint-Astier plante sa pierre blanche sur des coteaux boisés.  Dans une église aux imposantes nefs, c’est notre hôte Ton Koopman qui nous reçoit pour un concert jubilatoire qui unit les quasi jumeaux Bach et Händel. En effet, nés à quelques semaines et quelques kilomètres d’écart, Bach et Händel ont souvent été opposés alors que de leur vivant ils s’admiraient et respectaient mutuellement. Nous laissons aux esprits de la cabale et à d’autres les suppositions d’une rivalité jamais prouvée. Rarement en France pour un grand concert, l’Amsterdam Baroque Orchestra s’illustre depuis des décennies dans l’interprétation de Bach qui est l’épicentre du projet artistique de cette formation. Néanmoins, Ton Koopman a lancé le chantier titanesque et réussi de l’intégrale formidable de Buxtehude et, l’on espère un jour, une intégrale des oratorii de Händel.

Pour certains, il faut choisir entre Händel ou Bach. Koopman toujours plus enclin à explorer Bach nous a ravit par le choix dans ce concert d’interpréter Händel avec son orchestre.

En effet, dès la première note de la Suite III de Bach on remarque une formidable énergie, un souffle fondateur qui déroule une myriade de couleurs. L’enthousiasme de la direction de Ton Koopman est un moteur incontestable pour la justesse, la brillance des timbres et la puissance des pupitres. C’est une très belle surprise et nous soulage par ce parti pris, enfin on peut entendre un chef qui engage son orchestre dans la joie de vivre et l’éclat. Sans aucun « bling bling », Ton Koopman sait nuancer dans tous les mouvements, ses phalanges sont très bien conduites par Catherine Manson et possède un ensemble de cuivres d’une justesse renversante.  Pour les airs des cantates et les extraits de Samson, c’est le jeune ténor Allemand Tilman Lichdi qui a su faire entendre les différences et les rapprochements entre Bach et Händel, mais aussi toute la puissance du recueillement et du drame de ces deux monstres sacrés du baroque.

En définitive, Ton Koopman et son Amsterdam Baroque Orchestra possèdent une flamme particulière qui éclaire les plus belles surprises des partitions. Ces artistes ont compris qu’on ne fait pas de la musique qu’avec des soupirs, ils convertissent par la lumière. L’Amsterdam Baroque Orchestra et Ton Koopman ont su dévoiler le soleil là où l’on ne songeait qu’à la nuit.

L’itinéraire baroque s’achève. Avec le retour vers la ville, en traversant les champs à toute allure, c’est le sentiment d’avoir quitté une maison familiale qui demeure. Comme les exilés des études, on espère le retour de l’été au cœur des sous-bois et des pierres anciennes pour partager avec Ton Koopman et son équipe, un nouveau festin musical.

BACH VS HĂ„NDEL

Johann Sebastian Bach
Suite III BWV 1068

Arias des cantates BWV 62, 117 et 19
Georg-Friedrich Händel

Extraits de Samson
Music for the Royal Fireworks HWV 351

Tilman Lichdi – ténor
AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA
Dir. Ton Koopman

 

 

 

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-Lauchstädt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro. Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scène.

haendel_handel_costume_portraitIl y a parfois dans l’histoire humaine des instants cocasses.  Alexandre le Grand, au-delà de sa dimension hollywoodienne, est un personnage qui a séduit politiquement et sensuellement, créant une légende. Dans les épisodes de sa conquête de l’Asie Centrale, il y a celui du siège d’Oxidraca et de son second mariage avec la mystérieuse et sensuelle Roxane, princesse de Bactriane. Alexandre le Grand ayant épousé les coutumes orientales, impose aussi à son entourage la polygamie.  Outre la nature sociétale complexe de ces changements, la multiplication des conjoints peut causer quelques désagréments.

Alexandros polygamos !

Entrer dans l’univers Händelien à Halle est parfois un long saut dans le temps. Surtout quand, à quelques kilomètres se situe un des hauts lieux secrets de la musique : le Théâtre Goethe de Bad-Lauchstädt.  La ville balnéaire pluri-séculaire a été au cœur des célébrations autour de Händel et notamment son théâtre. Cette salle très ancienne a été construite et dirigée par le grand écrivain Johann Wolfgang Goethe. Ce lieu est magique, encore dans son jus néo-classique et aussi c’est le lieu où le jeune Wagner débuta en tant que chef d’orchestre avec un Don Giovanni, curieux et quelque peu ironique. C’est le Goethe theater qui accueillit les déboires d’Alessandro de Händel. Cet opéra dont la composition date du pinacle opératique de Händel quand il employait les plus grands interprètes de son temps. Mettre sur une même scène en 1728 la Cuzzoni, la Bordoni et Senesino ce serait comme si Peter Eötvös créait un opéra avec la Netrebko, la Georghiu et Fagioli, de quoi provoquer des remous ! Et c’est le parti pris du star system qui a inspiré la mise en scène de Lucinda Childs, cinématographique et quelque peu décorative.  Tous les arguments du livret sont glosés et saupoudrés ça et là de paillettes, sans une réelle volonté de donner à l’argumentaire autre chose que ce qu’il dit déjà. Cet Alessandro demeure une fable superficielle, de la « télé-réalité » scénique, pas plus et pas moins.

Et bien la part belle est aux chanteurs plus qu’à l’orchestre. George Petrou et Armonia Atenea, dont la carrière explose depuis cette récente décennie apportent un peu de légèreté à la partition riche en rebondissements de Händel. Les couleurs sont chatoyantes, les tempi souvent trop rapides, mais la pâte est là. Malgré quelques défauts significatifs de justesse et de départs, l’orchestre baroque grec demeure correct.

Parmi les chanteurs nous devons mettre en avant tout d’abord les deux mégères qui persécutent à tort et à raison le jeune Alessandro.  Dans le rôle dévolu à Bordoni à la création, Rossane, c’est une merveilleuse Blandine Staskiewicz qui relève le défi grâce à une tenue lyrique parfaite. Avec un sens incroyable du théâtre et du chant elle est idéale dans le rôle de la diva du cinéma hollywoodien. Une sorte d’incarnation de Mae West ou de Greta Garbo aux coloratures stratosphériques ! Nous sommes heureux d’entendre une voix Française défendre Händel dans sa patrie.

Face à elle, un peu moins assurée, la Lisaura de Dilyara Idrisova est plus terne. Affublée d’airs tout aussi formidables que sa rivale, malheureusement elle n’arrive pas à saisir la portée dramatique du rôle et le faire vivre avec la même force que Blandine Staskiewicz.

Assurant la part belle dans le rôle titre, Max-Emmanuel Cencic est un Alessandro désopilant, excellent comédien et vif dans l’interprétation surprenante de ce rôle dans la conception de Lucinda Childs. Musicalement il dépasse largement toute incarnation passée, dans la tessiture de Senesino il est à son apothéose.

Une autre voix formidable est celle de Xavier Sabata, formidable Tassilo, notamment dans le truchement de l’air « Da un breve riposo ».  Pour nous c’est une des meilleures voix de contre-ténor de notre époque !

Le trio masculin composé par Juan Sancho, Vasily Khoroshev et Pavel Kudinov est correct sans laisser un souvenir impérissable.

En somme, sous une chaleur caniculaire, cet Alessandro a permis à ce chef d’œuvre de rester dans la mémoire du XXIème siècle malgré les accrocs et les libertés prises par Lucinda Childs. Dans cette production, Alessandro est un best-seller, un succès du box office, pas plus pas moins.

Alessandro – Max-Emmanuel Cencic – contre-téno
Rossane – Blandine Staskiewicz – mezzo-soprano
Lisaura – Dilyara Idrisova – soprano
Tassile – Xavier Sabata – contre-ténor
Clito – Pavel Kudinov – Basse
Leonato – Juan Sancho – ténor
Cleone – Vasily Khoroshev – Alto

Mise-en-scène – Lucinda Childs
Décors et costumes – Paris Mexis
Chorégraphie – Bruno Benne

ARMONIA ATENEA
George Petrou, direction

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-Lauchstädt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro.  Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scène.

Compte rendu, opéra. Halle (Allemagne). Festival Händel. Le 5 juin 2015. Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas … Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scène.

HAENDEL CLASSIQUENEWS handel_-_fr_gesellschaftLe cœur de l’Allemagne est le creuset de la musique baroque. Des villes comme Eisenach, Magdeburg, Leipzig et Halle ont porté dans leur sein les plus grands compositeurs de la génération 1680 et même d’autres tels que Reichardt qui a contribué au Sturm und drang. A la convergence des villes, Halle est un centre intellectuel méconnu mais passionnant. Surtout évoquée dans les programmations par le célèbre Georg Friedrich Händel, la ville qui le vit naître et grandir est le siège d’un des plus grands festivals consacrés au compositeur du Messie. Sise dans sa maison natale, la Fondation Händel regroupe à la fois un musée, des éditions musicales et scientifiques, un centre de recherche, deux salles de concert et de conférences, un musée d’instruments musicaux. La belle « Maison jaune » de Halle est aussi un charmant lieu de rencontre avant les concerts qui ont lieu dans toute la ville. Pendant quasiment tout un mois,  Halle et sa région rayonnent à l’unisson de « vaillants Halle-lujahs ! ».

 

 

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Lucio Silla de Haendel au festival de Halle 2015
HALLE-LUJAH !
LA CADUTA DEGLI DEI

Faire revenir un des opéras privés de Händel est un pari. Comme dans tout pari, le risque n’est pas dans le hasard de la mise mais dans le moment et les numéros sur lesquels ont parie. En effet Lucio Silla est l’un des rares opéras de Händel qui ne bénéficie pas vraiment de la sollicitude publique. Ce mystérieux opus lyrique est vraisemblablement une commande du richissime Lord Burlington (aucun lien avec la marque de chaussettes !) et a été dédiée étonnamment au duc d’Aumont, ambassadeur du déclinant roi Louis XIV à Londres. En 1713, la Guerre de Succession d’Espagne faisait encore rage et le Roi-Soleil vivait un crépuscule plus que terni par quasiment 15 ans de conflit et des catastrophes naturelles.  Il est étonnant d’ailleurs, que le livret, portant sur un des tyrans les plus sanguinaires de Rome, puisse être sans ambigüité pour le monarque Bourbon. Quoi qu’il en soit, Lucio Silla demeure un ouvrage teinté d’ombres.

Et pourtant, l’œuvre est d’une richesse passionnante. La palette Händelienne est active dans toutes les mises en situation dramatiques, elle devient parfois beaucoup plus proche de l’école lyrique Hambourgeoise que de l’arcadisme italien.  Nous remarquons notamment l’efficacité des récits et des airs d’une inventivité géniale.

onofri-enrico-maestro-Ce Lucio Silla, histoire politique et mouvementée a déjà une intrigue d’une noirceur suffisante pour ajouter des gags à la Visconti dans Les Damnés. La mise-en-scène de Stephen Lawless est une lecture au papier calque sur l’intrigue, nous sommes déçus du manque de parti pris, du défaut d’appropriation  de l’histoire pour lui donner des nouveaux reliefs, pourtant présents tant dans le livret que dans la musique.  On dirait que Stephen Lawless manquait d’imagination et s’est contenté de construire une vision cinématographique, une glose ennuyeuse avec des clins d’œil aux dictatures… un résultat qui ne laisse pas un souvenir impérissable. Et pourtant l’affiche était belle.  La palme définitivement revient à l’extraordinaire Enrico Onofri ! Avec une souplesse et une hardiesse formidable, il engage cette partition dans une réalisation subtile, équilibrée et débordante de nuances.  Il réussit à galvaniser l’excellent Händelfestspielorchester Halle et nous offre une véritable recréation que nous espérons, un jour en CD plus qu’en DVD.

Côté voix c’est bien plus inégal malheureusement. Le Silla caricaturé par Filippo Mineccia qui demeure dans son registre sans apporter plus de plaisir ni de surprises. La voix est agile, techniquement correcte, mais sans plus. Peut-être qu’avec une autre mise-en-scène, Filippo Mineccia aurait pu nous offrir toute l’étendue d’une voix qui semble receler des promesses. Aux antipodes, l’extraordinaire Metella de Romelia Lichtenstein est une merveille à chaque note.  Cette magnifique interprète est purement formidable dans l’émotion, dans la puissance et les nuances. Elle nous offre des très beaux moments d’art lyrique et nous la plaçons sans hésiter dans le panthéon des grandes Händeliennes avec Ann Hallenberg, Rosemary Joshua, Renée Fleming et Sarah Connolly.

 

 

Papoulkas-Antigone-02

 

 

Mais le plus décevant, c’est Jeffrey Kim en Lepido.  Nous découvrons ici ce sopraniste d’ascendance coréenne.  Raide dans l’interprétation vocale et dramatique, son timbre est métallique et sans réel intérêt. Nous sommes surpris par l’emphase exagérée de ses ornements et de son émission, c’est contreproductif tant pour la partition que pour le drame. Dans la même veine, les soprani Ines Lex et Eva Bauchmüller n’ont pas réussi a émouvoir avec simplicité. C’est aussi le cas de la basse Ulrich Burdack. Cependant, dans le rôle de Claudio, la splendide Antigone Papoulkas (- NDLR : mezzo munichoise ; portrait ci contre -), a émerveillé nos sens avec ses coloratures et un sens réel du théâtre et de la musique. Son « Senti bel idol moi » d’anthologie, malgré un vibrato parfois un peu trop présent, rend le personnage de Claudio très attachant.

Halle est une fête, un lieu de toutes les surprises, malgré un pari risqué, le risque valait largement la peine, Lucio Silla est revenu des limbes et, on l’espère restera désormais parmi nous !

Lucio Silla de Haendel au Festival Halle 2015
Lucio Silla – Filippo Mineccia – contreténor
Metella – Romelia Lichtenstein – soprano
Lepido – Jeffrey Kim – contreténor (sopraniste)
Flavia – Ines Lex – soprano
Claudio – Antigone Papoulkas – mezzo-soprano
Celia – Eva Bauchmüller – soprano
Scabro / Il dio di guerra – Ulrich Burdack – basse
Mise-en-scène – Stephen Lawless
Décors et costumes – Franck Philip Schlößmann
Vidéo – Anke Tornow
Dramaturgie – André Meyer

Händelfestspielorchester Halle
Dir. Enrico Onofri

Compte rendu, opéra. Halle (Allemagne). Festival Händel. Le 5 juin 2015.  Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas … Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scène.

 

 

Compte rendu, concert. Montpellier, Opéra Berlioz-Le Corum. Le 19 juillet 2015. Koering : Sprachgitter Ephrem. Wagner, Liszt. Orchestre national de France. Alexander Vedernikov, direction.

Montpellier est une ville magique mĂŞme quand elle est assoupie. Sous un ciel de cobalt avec Ă  son zĂ©nith, une perle d’or et de feu, les volets demeurent clos, les ruelles semblent serpenter entre feu et ombre, sous les silences du sommeil mĂ©ridien. Le promeneur s’essaye aux musĂ©es, il s’Ă©gare dans les allĂ©es et finit son parcours dans une terrasse pour y goĂ»ter le nectar des maquis, un Pic Saint-Loup moirĂ© de velours cramoisi. A l’heure oĂą les cistres des cigales pĂ©rissent dans la nuit, c’est un public endimanchĂ© qui s’affaire dans Le Corum. Vestes en lin, robes fleuries et chaussures en daim, tout se prĂ©pare pour l’Ă©vĂ©nement: une crĂ©ation! En effet, ce 30ème Festival de Radio-France et Montpellier ne pouvait aucunement ignorer la figure tutĂ©laire de RenĂ© Koering. Ce concert est plus qu’un hommage ou une rĂ©trospective, c’est un manifeste du prĂ©sent. RenĂ© Koering est reçu comme un crĂ©ateur, un tĂ©moin fort de la musique.

En effet, les quatre pièces qui forment le programme sont Ă©trangement complĂ©mentaires. D’une suite recomposĂ©e par RenĂ© Koering, de PellĂ©as et MĂ©lisande, une formidable crĂ©ation “Sprachgitter Ephrem”, deux larges extraits du Parsifal de Wagner et le rare poème symphonique Mazeppa de Liszt, tout est une sorte de narration inspirĂ©e du monde crĂ©atif du compositeur.

La source et la mer

Nous passerons assez vite sur la “suite” de PellĂ©as et MĂ©lisande qui reprend les moments les plus contemplatifs de la partition de Debussy, cependant, on retrouve une sorte de pâte musicale, qui nous offre une vision très moderne de ce monument lyrique, sans les vers de Maeterlinck, finalement, PellĂ©as et MĂ©lisande aurait bien pu ĂŞtre un poème symphonique. Cette suite intelligemment pensĂ©e, glisse comme une Ă©charpe de soie, comme une lumière fugitive sur une fresque de Puvis de Chabannes.

Koering rene portrait classiquenews-Rene1_c_Ginot-JennepinCe qui fut passionnant sans Ă©quivoque fut le Concerto pour piano(s) et orchestre de RenĂ© Koering (portrait ci-contre). A la fois dĂ©peignant les horreurs barbares de la guerre et une sorte de mĂ©lismes poĂ©tiques imprĂ©gnĂ©s de romantisme, ce “Sprachgitter Ephrem” devient une crĂ©ation subjuguĂ©e Ă  l’astre dramatique des heures blĂŞmes. Par moments, on retrouverait mĂŞme des couleurs dignes des tableaux de Caspar David Friedrich, des consonances très proches d’un rĂŞve sur le temps, l’angoisse des souvenirs, encore un tĂ©moignage d’un passĂ© douloureux qui ne veut plus nous quitter. Par moments le piano est un amortisseur sensuel de l’orchestre, souvent incisif et en une seconde, on entend le deuxième piano en coulisses, dans un lamento nu, dĂ©naturĂ© et splendide, tel un spectre, une psychĂ© du piano concertant. Cette belle crĂ©ation a rĂ©vĂ©lĂ© la profonde grâce de la musique de RenĂ© Koering. Si les influences semblent ĂŞtre lĂ , on trouve que le langage propre au compositeur se dĂ©ploie sans autre force que la sienne. Les autres pièces sont intĂ©ressantes, et nous remarquerons notamment le sublime Mazeppa de Liszt, formidable Ă©preuve de virtuositĂ© et de voltige pour l’orchestre.

CĂ´tĂ© interprètes, remplaçant Boris Berezovsky pour la crĂ©ation de RenĂ© Koering, c’est le jeune Yuri Favorin qui relève le dĂ©fi magnifiquement bien. Si on peut lui reprocher un rien d’hĂ©sitation, il est formidable par cette Ă©preuve qui nous permet de le connaĂ®tre sous des excellents auspices.

L’Orchestre National de France, vouĂ© depuis ces dernier mois Ă  l’incertitude de son destin, malgrĂ© un Wagner un peu mollasson, est dans une forme exceptionnelle pour le Liszt et le Concerto, les couleurs et les effets sont lĂ . D’ailleurs, les musiciens ont rĂ©ussi Ă  vaincre les tempi, quelque fois trop brutaux de Alexander Vedernikov.  En effet le chef russe ne dirige pas avec subtilitĂ©, c’est plutĂ´t une lutte entre le pupitre et les phalanges, le pire Ă©tant les extraits de Parsifal rendus … inintĂ©ressants et par moments ennuyeux. Le Mazeppa, demeure juste mais l’excès de gestes du chef a certainement empiĂ©tĂ© largement sur la prĂ©cision. Quoi qu’il en soit, la soirĂ©e se termine avec le sentiment qu’un nouveau rĂ©veil pour le romantisme est possible, surtout quand sous les arbres de Montpellier, la lune est blanche comme un oeil d’ivoire.

Compte rendu, opéra. Montpellier, Opéra Berlioz. Samedi 18 juillet 2015 : Offenbach : Fantasio, 1872, version originelle reconstituée.

Les nuits d’Ă©tĂ© du Languedoc sont apprĂŞtĂ©es de leur nuditĂ© diamantine après leur dernier bain de soleil dĂ©corĂ©es ça et lĂ  de quelques cigales dont l’harmonie se tait quand le grillon enroule sa sĂ©rĂ©nade sous les arbres. Le Corum est au bout d’une fraĂ®che allĂ©e, en face du très beau musĂ©e Fabre aux trĂ©sors inespĂ©rĂ©s. Au coeur de cette nef de marbre et d’acier se trouve la salle immense de l’OpĂ©ra Berlioz, vĂ©ritable prouesse acoustique.

Les points sur les i

Entrer dans cet endroit avec la promesse d’un chef-d’oeuvre est toujours palpitant. Depuis le dĂ©but, le Festival de Radio-France et de Montpellier a saisi le mĂ©lomane avec les redĂ©couvertes et Jacques Offenbach n’a jamais Ă©tĂ© en reste. N’oublions surtout pas les Rheinnixen dont les accents romantiques et profonds font oublier l’ironie de  Wagner sur le “Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es”. En effet, Offenbach est un des compositeurs les plus mĂ©connus de la musique Française. Tel est le sort des auteurs de tubes, on ne connait que ce qui est demeurĂ© populaire, ils semblent condamnĂ©s Ă  n’ĂŞtre que les pères que des enfants qui ont rĂ©ussi, la cĂ©lĂ©britĂ© est ingrate bien plus que l’anonymat.

 

 

 

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Fantasio est une Ă©tape dans l’histoire de l’opĂ©ra comique et un tĂ©moin de son Ă©poque. Issu originellement du gĂ©nie poĂ©tique d’Alfred de Musset, Fantasio est un personnage qui rĂ©unit tout le pathos de “l’enfant du siècle”, mĂ©ditatif et lunaire. Un peu une sorte de fan de Christine and the Queens en 2015, un peu dandy, un peu hipster, mais très romantique. Fantasio, l’opĂ©ra comique est crĂ©Ă© deux ans après la dĂ©faite de Sedan qui sonna le glas du Second Empire. Dans une France humiliĂ©e et frileuse, en proie Ă  des crises profondes et au lendemain d’une guerre civile qui opposa Paris Ă  la province. 1872 c’est aussi une annĂ©e de pĂ©nurie, de restructurations et d’occupation. A la crĂ©ation, le 18 janvier 1872, les armĂ©es prussiennes occupent Reims, quasiment aux portes de Paris, qu’elles n’évacueront qu’en novembre. La France vit des heures de lourde remise en cause. En crĂ©ant une oeuvre plus contemplative que comique, plus sentimentale que railleuse, Offenbach a, semble-t-il déçu et Ă©nervĂ© les publics. L’heure n’Ă©tait pas au rire, mais plutĂ´t au divertissement. Malheureusement, Fantasio tomba, malgrĂ© la beautĂ© de la partition, la puissance poĂ©tique de son livret, fidèle quasiment mot par mot de la pièce de Musset. La mĂ©lancolie qui sĂ©vit sur la France en 1872 continue Ă  la perturber mĂŞme en 2015, on n’arrĂŞte pas un Ă©clat de rire avec un coup de canon.

 

 

Vivre par la poĂ©sie, le rire et l’amour

 

Mais Ă  Montpellier, Fantasio revient dans un contexte Ă©trange. La France au coeur d’une crise de la culture et en proie Ă  des remous institutionnels redĂ©couvre un ouvrage qui nous parle du rire de soi, de l’utilitĂ© de la contemplation. Sortir de la rĂ©alitĂ© du monde pour mieux le supporter, apprendre Ă  vivre par la poĂ©sie, le rire et l’amour. La musique est un ravissement et dans cette version de concert, elle est servie avec Ă©motion et justesse par un Orchestre National de Montpellier-Languedoc-Roussillon remarquable. Les couleurs sont lĂ , l’Ă©nergie aussi, qui ne dĂ©ment pas que c’est un opĂ©ra comique teintĂ© de romantisme. Les musiciens sont conduits par Friedemann Layer, formidable et sublime chef dans ce rĂ©pertoire qu’il connait, qu’il comprend et qu’il transmet admirablement.

CĂ´tĂ© voix, la fine fleur des jeunes voix Françaises Ă©tait Ă  l’honneur avec Marianne Crebassa incarnant Fantasio et Omo Bello, la princesse Elsbeth de Bavière. Marianne Crebassa a rendu la vie Ă  Fantasio en entrant dans les travers de cet hĂ©ros loufouque et fantasque, d’une bravoure et d’une Ă©motion incontestables, les couleurs scintillantes et subtiles de la partition ont Ă©tĂ© formidablement rendues par cette interprète magistrale. Omo Bello nous ravit par la tendresse de son timbre, la dĂ©licatesse de son incarnation et ça et lĂ  par l’Ă©nergie revigorante tout le long de ses apparitions.

Jean-Sébastien Bou est un Prince de Mantoue splendide avec un grand sens du comique et un timbre délicieux tout comme son comparse Loïc Félix, inénarrable Marinoni, surtout dans le duo de substitution.

Les quatre jeunes amis de Fantasio, Michal Partyka, Enguerrand de Hys, RĂ©my Mathieu, Jean-Gabriel Saint-Martin dĂ©ploient des purs moments de bonheur et des interventions bien plus justes que les interprètes des mĂŞmes rĂ´les dans l’enregistrement chez Opera Rara.

Le roi de Renaud Delaigue et le page Flamel de Marie Lenormand ont fait des apparitions remarquées malgré des personnages en demi-teinte dans la partition.

Au lieu de restituer l’intĂ©gralitĂ© des dialogues, les interventions narratives de Julie Depardieu rĂ©sument assez bien l’histoire et permettent de lui donner une synthèse qui rend l’intrigue accessible.

Finalement, Ă  part le talent rĂ©el et consacrĂ© de cette formidable Ă©quipe, ce Fantasio nous permet de saisir que c’est la contemplation et l’humilitĂ© qui semblent ĂŞtre les meilleures rĂ©ponses aux crises d’un monde, hĂ©las, si enclin Ă  la cĂ©lĂ©ritĂ© et Ă  l’impatience. Contempler, savoir Ă©couter, percevoir les sentiments et la personnalitĂ© d’autrui et rire de soi sont les principales leçons de cet opĂ©ra comique. BoudĂ© en 1872 Ă  cause du traumatisme et la douleur de la guerre d’ambition; en 2015, Fantasio nous est rendu pour que, par delĂ  les malheurs, nous continuions Ă  vivre et profiter de chaque instant envers et contre tout.

 

 

 

Jacques Offenbach
Fantasio (1872 – version de Paris originale reconstituĂ©e)
Fantasio – Marianne Crebassa
Le Prince de Mantoue – Jean-SĂ©bastien Bou
Elsbeth – Omo Bello
Sparck – Michal Partyka
Le Roi de Bavière – Renaud Delaigue
Marioni – LoĂŻc FĂ©lix
Flamel – Marie Lenormand
Facio – Enguerrand de Hys
Max – RĂ©my Mathieu
Hartmann – Jean-Gabriel Saint-Martin
Un PĂ©nitent – Gundars Dzilums
Un Monsieur qui passe – HervĂ© Martin

RĂ©citante – Julie Depardieu

Orchestre National Montpellier-Languedoc-Roussillon
Choeur de l’OpĂ©ra National Montpellier – Languedoc – Roussillon
Choeur de la Radio Lettone

dir. Friedemann Layer

Illustration : Omo Bello, Mariane Crebassa, Friedemann Layer © M Ginot 2015.

 

 

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Pour les vacanciers et baroudeurs de juillet, Montpellier est avant tout la plage… Palavas-les-Flots, Carnon ou La Grande Motte attirent dans les pourtours mĂ©diterranĂ©ens. Et pourtant aussi Montpellier, c’est une ville-Ă©tat mĂ©diĂ©vale, la Place Royale du Peyrou, la toute première universitĂ© de MĂ©decine, le MusĂ©e Fabre et, bien entendu, la musique. 30 ans sont passĂ©s vite pour le Festival de Radio France et Montpellier. Source de crĂ©ations, de rĂ©surrections, de rĂ©vĂ©lations, le Festival de Montpellier est devenu en trois dĂ©cennies l’aorte musicale des Ă©tĂ©s MĂ©diterranĂ©ens. Cette annĂ©e, Montpellier accueillait Ă  l’OpĂ©ra-ComĂ©die et au Corum, la fine fleur des ensembles et des voix. Avec deux recrĂ©ations du XIXème siècle et deux rĂ©surrections baroques, la 30ème Ă©dition a assurĂ© les surprises.

 

 

 

Festival de Radio France et Montpellier : la trentaine florissante !

 

 

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Le Rire. L’OpĂ©ra-ComĂ©die accueillait la production de Don Quichotte chez la Duchesse de Joseph Bodin de Boismortier, dans une reprise des productions de Metz et de l’OpĂ©ra Royal de Versailles. Cette mouture, est la deuxième incursion de Corinne et Gilles Benizio dans l’opĂ©ra baroque après le fastueux King Arthur de Purcell, toujours avec le Concert Spirituel et HervĂ© Niquet. Ce couple venant du théâtre est plus connu par leurs sketches grimĂ©s en Shirley et Dino. Mythiques dans le panthĂ©on populaire, Corinne et Gilles Benizio offrent une vision pointilleuse et lĂ©gère du spectacle lyrique. Que l’on ne s’y mĂ©prenne pas, cette vision nous a semblĂ© juste et aboutie, la potion magique dont avait sacrĂ©ment besoin la fatuitĂ© de la scène opĂ©ratique.  Quand on parle de comĂ©die, en France, souvent ça sonne faux aux oreilles des publics vieillissants et conservateurs. La comĂ©die, n’en dĂ©plaise, n’est pas simplement l’apanage des longues tirades de Lope de Vega ou des facĂ©ties de Molière ou autres Goldoni voire Ionesco ou Fo. Le propre du comique est de grossir les traits et dĂ©montrer par le rire que la vie n’est qu’une suite de ridicules, voulus ou pas; la gravitĂ© est un acte manquĂ© de la vie. Pour vivre en paix, il faut savoir rire, et surtout rire de soi.

boismortier don quichotte chez la duchesse Opera-ballet-La-rejouissante-exuberance-de-Don-Quichotte-chez-la-duchesse_article_popinDon Quichotte chez la Duchesse, avec un livret du grandiose Charles-Simon Favart, est une fable intĂ©ressante, issue du dĂ©lirant chevalier de Cervantes. Favart et Boismortier ont fignolĂ© un Ă©pisode efficace proche du théâtre de l’absurde.  Ce gĂ©nial tandem a crĂ©Ă© un objet unique, qui nous offre l’opportunitĂ© de veiller Ă  ne pas sombrer dans la folie du sĂ©rieux et rire de nous mĂŞmes. Favart et Boismortier ont tirĂ© les leçons essentielles du Don Quichotte de Cervantes, dans cette production Corinne et Gilles Benizio aussi. Ils ont accompli, avec respect, ce que d’autres membres de “l’establishment” lyrique auraient pu rendre lourd et pontifiant ; ils nous ont rendu le Quijote originel de Cervantes, celui qui brave le ridicule pour servir la cause de l’amour. Dans cette mise en scène, Corinne et Gilles Benizio nous ont fait sentir leur amour profond pour la musique lyrique. Merci Ă  eux.

A leurs cĂ´tĂ©s, HervĂ© Niquet se prĂŞte au plaisir de divertir et de jouer un rĂ´le plus que musical dans la production. Il interpelle tellement il joue bien. Musicalement, le Concert Spirituel dĂ©ploie toutes les couleurs dignes de cette oeuvre, alliant l’exotisme, la parodie, l’enthousiasme et, quelque fois un hĂ©roĂŻsme dramatique Ă  la Française.

Côté voix, Emiliano Gonzalez Toro remplace François Nicolas Geslot. Il incarne un Quichotte lunaire, très à même de grimer la folie, ayant un sens du comique tout en subtilité. La voix est grande et belle, avec des moments de pure beauté qui mettent en avant la musique inspirée de Boismortier.

Chantal Santon, sublime en Virago et en enchanteresse dĂ©guisĂ©e. Sa voix pourfend telle une Ă©pĂ©e d’argent les difficultĂ©s semĂ©es par Boismortier et s’en tire avec de l’or patinĂ© dans les graves, un torrent diamantin dans les aigus.

Les deux loufoques Sancho et Merlin, campés par Marc Labonnette et Joao Fernandes sont enivrants de drôlerie comme stupéfiants de talent dans les airs.

Camille Poul et Charles Barbier sont charmants ; ils ajoutent une belle cerise sur ce délicieux dessert lyrique.

Les danseurs de la Compagnie La Feuille d’Automne de Philippe Lafeuille ajoutent la grâce, l’humour et la beautĂ© Ă  cette production très complète.

Il est insoutenable de ne pas rire et d’apprĂ©cier ce Don Quichotte qui nous revient d’un extraordinaire voyage dans le temps. Mais pour les quelques dĂ©tracteurs Ă  la censure facile, nous rĂ©pondrons la belle phrase de l’Ingenioso Hidalgo de Cervantes: “Sancho, los perros ladran, quiere decir que vamos avanzando.” (“Sancho, les chiens aboient, ça veut dire qu’on avance ».)

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Don Quichotte – Emiliano Gonzalez Toro
Sancho Pança – Marc Labonnette
Altisidore/ La Duchesse/La reine du Japon – Chantal Santon Jeffery
Montesinos/Merlin / Le traducteur – Joao Fernandes
Le Duc / Le Japonais – Gilles Benizio (“Dino”)
La Danseuse espagnole – Corinne Benizio (“Shirley”)
Une paysanne, Une Amante, Le “Joli sapajou” – Camille Poul
Un Amant – Charles Barbier

Mise en scène – Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino)
ChorĂ©graphie – Philippe Lafeuille
DĂ©cors – Daniel Bevan
Lumières – Jacques Rouveyrollis
Costumes – Charlotte Winter & AnaĂŻs Heureaux

Le Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet
Cie La Feuille d’Automne

 

 

Grand entretien avec Olivier Morançais, directeur du Théâtre de Poissy

morancais-olivier-theatre-de-poissy-saison-2015-201-6--enfant-spectateur-opera-entretien-sur-classiquenews-juin-2015Grand entretien : Olivier Morançais. Le nouveau Théâtre de Poissy c’est lui ; l’opĂ©ration “Enfant, spectateur, opĂ©ra” poursuivie chaque annĂ©e dans les classes est sa rĂ©ponse Ă  la crise : sensibilisation, pĂ©dagogie, partage, Ă©ducation.  Avec panache et courage, le directeur du Théâtre de Poissy Olivier Morançais, poursuit surtout la politique exemplaire de son prĂ©dĂ©cesseur Christian Chorier aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ© : faire de Poissy une ville dĂ©diĂ©e Ă  la culture, dĂ©vouĂ©e Ă  sa large diffusion, Ă  son accessibilitĂ©. De fait, la saison musicale Ă  Poissy propose des grands concerts et de grands artistes ailleurs programmĂ©es dans des salles chères, Ă  Poissy dans des conditions tarifaires plus qu’avantageuse. Et si qualitĂ©, bon marchĂ© rimaient avec Poissy ? Entretien avec Olivier Morançais, directeur du Théâtre de Poissy. Propos recueillis par notre rĂ©dacteur Pedro Octavio Diaz.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Bonjour Olivier Morançais, vous nous recevez aujourd’hui au Théâtre de Poissy. Tout d’abord, pouvez-nous présenter en quelques mots le Théâtre de Poissy et votre parcours ?

Olivier Morançais : Le Théâtre de Poissy est un théâtre qui possède plusieurs particularités. La première est qu’il se trouve dans la ville de Poissy, dans l’Hôtel de Ville. Il y en a une dizaine comme ça en France. Il a été construit au même temps en 1937 et modifié en 1991pour être une salle de 1028 places sans fosse d’orchestre et proscenium et de 976 avec la fosse d’orchestre et le proscenium. Beaucoup l’appellent« l’opéra-théâtre » parce que le son y est totalement extraordinaire, il a été conçu pour la musique classique, pour la musique baroque et c’est vrai que l’acoustique est relativement excellente, et de grands chefs d’orchestre disent meilleures même à certaines grandes salles parisiennes. C’est un lieu pluridisciplinaire avec une dominante musique classique, musique lyrique, musique baroque.  Mais où depuis 5ans que je suis là, j’ai amené du cirque, de l’humour, du théâtre classique et contemporain, de la danse contemporaine, du jazz. Sur ce point je suis assez fier parce qu’il n’y avait pas de public de jazz à Poissy, ça fait 5 ans déjà qu’on a créé un vrai public de jazz. D’ailleurs, nous sommes associés au festival Blues sur Seine où on fait soit l’ouverture, soit la clôture. Alors, concernant mon parcours, je suis avant tout comédien, je crois qu’on le reste toute sa vie, surtout quand on a débuté à 20 ans. Mais aussi metteur en scène de théâtre, metteur en scène d’opéra, j’en ai monté 8. J’ai été artiste en résidence et compagnie en résidence à Herblay, dans le Val d’Oise,  pendant 13 ans. Et puis j’ai été directeur du Grand Théâtre de Calais, à qui j’ai donné son nom. Et puis je suis arrivé à Poissy en octobre 2010, il y a presque 5 ans.

 

CLN : Dans ce contexte de crise, quels sont les enjeux d’un théâtre comme celui de Poissy ?

OM : La nature d’un théâtre comme Poissy est d’abord d’être un théâtre de ville. Donc de s’adresser tout d’abord au public Pisciacais et du public Yvelinois.  Tout d’abord parce que les soutiens premiers du Théâtre sont la ville de Poissy et le département des Yvelines.  Ensuite je pense que comme tout théâtre de ville inscrit dans un territoire, le deuxième enjeu est de s’inscrire dans une action pédagogique forte envers tous les publics et, prioritairement en ce qui meconcerne, du jeune public scolaire. J’entends par là les scolaires de la maternelle au lycée. Avec, à Poissy, une particularité que j’ai apporté d’Herblay, où j’avais expérimenté la chose avec l’ancienne directrice du Théâtre d’Herblay, qui est de faire une opération qui a pour nom : « Enfant, spectateur, opéra » qui dure 4 mois et qui investit très fortement les enseignants, l’équipe artistique du projet d’opéra choisi et moi-même au théâtre. Le principe est le suivant : en octobre, on fait une réunion avec les enseignants qui souhaitent entrer dans le projet où on leur explique, avec la responsable pédagogique Mme Janie Lalande, la nature du projet que le metteur en scène et le chef d’orchestre vont monter. Cette année,  par exemple c’était le Barbier de Séville, l’année précédente c’était La Traviata, l’année précédente encore c’était Norma de Bellini. Durant la réunion préparatoire on explique aux enseignants que le metteur en scène et le chef d’orchestre viendront successivement dans leurs classes pour parler de mise en scène, d’opéra, de l’œuvre en question, des personnages, des situations, de la musique et des partis pris artistiques.  De plus, une chanteuse ou un chanteur lyrique nous accompagnent pour expliquer la mécanique du corps. On réunit les classes par école et on leur explique ça pendant plusieurs heures.
En novembre-décembre, Mme Janie Lalande va passer une heure par classe avec l’enseignant pour expliquer l’œuvre, l’année prochaine par exemple ce sera La Traviata ;  là ils expliquent  les personnages, les rapports humains entre les protagonistes. Puis en début d’année, l’enseignant fait aux élèves des séances d’écoute active et passive avec des enregistrements.  Après le professeur rebondit grâce à l’œuvre étudiée surd’autres matières,  par exemple le livret de Traviata peut faire appel à l’étude de la langue, le Français, la musique au calcul, surtout en primaire. L’opéra est un outil pédagogique formidable qui permet de toucher toutes les matières que les enseignants ont à transmettre aux enfants. Troisième étape, on vient avec l’équipe artistique pour faire une nouvelle séance de préparation. Puis quatrièmement, les élèves assistent à la répétition générale dans son intégralité, pendant 2h ou 2h45, et ils ressortent de là gorgés de bonheur, enthousiasmés. La première année nous avons eu 5 classes, la deuxième année 17 classes et la troisième année 27 classes, c’est à dire que cette saison, pour Le Barbier de Séville, nous avons accueilli 631enfants. Ces élèves ont travaillé sur l’opéra pendant 4 mois et ont apprit une œuvre en entier et connaissent mieux que quiconque les rapports humains qui s’y déroulent et les situations que s’y développent. C’est un projet qui a évidemment des conséquences positives dans la vie scolaire.  On est les seuls en France à faire ça sur une classe d’âge tous les ans depuis trois ans, il y en aura encore une l’année prochaine et j’espère l’année suivante.

 

CLN : Justement sur le territoire de Poissy, existe-t-il une réponse des institutions publiques à ce projet ?

OM : Oui et non, c’est à dire, que je suis parti de l’idée que les enseignants devaient être le premier vecteur de transmission d’art et de culture en direction des enfants. Lorsque ceux-là et ceux-ci s’emparent et s’approprient le projet, on n’a plus besoin de l’institution. Evidemment les institutions sont prévenues, évidemment on a leur soutien moral, philosophique et même culturel, puisque la responsable pédagogique musique de la Région assiste à nos interventions. On n’a pas eu besoin de solliciter du financement public. Le département nous soutient et est constamment informé par un rapport que nous rédigeons sur l’œuvre présentée et étudiée dans l’année. Mais l’initiative vient du Théâtre de Poissy en direction des enseignants pour les élèves.  Dans ma carrière, ce n’est pas nouveau puisque je l’ai vécu durant 13 ans au Théâtre d’Herblay. J’y ai compris que quand on met une petite graine d’opéra dans la tête des enfants, quelle qu’elle soit, cette graine et quoi que les enfants en fassent, peut  transformer de fond en comble l’état d’esprit de l’enfant ; au fond de lui-même, il sera un peu différent, il sera un peu plus ouvert sur le monde, un peu plus ouvert sur la différence, il aura un sens un peu plus critique sur ce qui se passe autour de lui.  Je l’ai expérimenté à Herblay et ça se passe à Poissy et j’en suis ravi.

 

CLN : Quels sont les établissements que vous touchez ?

OM : Les primaires,  pour cette année et les trois ans passés. Et cette année, je suis en projet de continuer le projet sur les primaires CE2, CM1, CM2 parce que les enfants sont à une étape plus encline à saisir la multitude d’informations que peut procurer un opéra. On parle de situations, de personnages, de costumes, de musique, de chef d’orchestre, toute une masse d’informations qui n’est pas simple, donc il faut quand même des enfants qui ont entre 8 et 11 ans. Et ils sont terriblement et avidement réceptifs et demandeurs dès qu’on leur offre la possibilité de comprendre. D’ailleurs grâce aux enseignants de Poissy,  à qui je rends hommage,  ceux qui suivent ce projet depuis le début ont des enfants qui vont donc voir 3 ou 4 opéras dans leur scolarité de primaire au Théâtre de Poissy. Donc c’est une chance inouïe pour ces enfants puisqu’ils sont « piqués »  au cœur et à l’émotion pour la durée de leur vie concernant l’approche du spectacle vivant. Le but étant évidemment, in fine, d’en faire des spectateurs avertis, critiques et aimants du spectacle vivant qui reviendront  adultes avec leur famille dans les salles de spectacle. Par ailleurs pour la saison 2016 / 2017, j’ai un autre projet avec un grand chef d’orchestre concernant les lycées.

 

CLN : Avec ce« laboratoire », vous êtes entrain de former votre futur public d’opéra. Mais est-ce que vous comptez étendre cette expérience au théâtre ?

OM : Oui et non. Pour étendre cela au théâtre il est nécessaire de passer par l’institution, l’Éducation Nationale, notamment par les classes PAC (Projet d’Action Culturelle). Le projet vient immanquablement des enseignants. J’ai deux enseignants dans deux écoles qui se positionnent sur un projet d’Action Culturelle dans leurs classes et qui me demandent de leur proposer des artistes et des compagnies qui vont travailler avec eux sur des projets d’écriture et de mise en scène théâtrales. C’est plus confidentiel.  Ce n’est pas toute une tranche d’âge, ni toutes les écoles de Poissy.

 

CLN : Alors si je comprends bien, pour résumer, sans aucune subvention supplémentaire, vous faites ce projet.

OM : L’Opéra de Paris le fait mais pas sur une tranche d’âge et pas sur 4 mois de durée d’apprentissage. D’autres théâtres le font sûrement en France ou en Île de France, mais pas avec cette durée et cette pérennité ni avec cet approfondissement ni cette approche méthodologique. Pour notre part, nous donnons aux enseignants qui suivent ce projet un dossier de 80 pages. Par exemple pour le Barbier de Séville, on y trouve l’historique de l’œuvre, la pièce de Beaumarchais, le livret de l’opéra, la musique et tout cela est décortiqué « comme une crevette rose », comme je dis aux enfants, pour aller au fond de l’outil pédagogique que peut représenter l’opéra. Nous sommes les seuls à aller autant en profondeur. On y trouve aussi plus loin, les maisons d’opéra, les tessitures… c’est extrêmement complet.

 

CLN : Est-ce que vous pensez exporter cette idée ?

OM : Non, ce n’est pas possible parce que le concept fonctionne à partir de la création d’un spectacle, une fois que cette création a lieu tout le travail préparatoire est déjà achevé. Je vous rappelle que les enfants assistent à la répétition générale. C’est très difficile de le refaire ailleurs, à moins de refaire une générale encore et les moyens, financiers et physiques, que cela mobilise seraient énormes puisqu’il faudrait faire tout le parcours sur une autre ville.

 

CLN : Et des coproductions avec d’autres théâtres ?

OM : Le producteur, jusqu’à présent, était l’association Opéra côté Cœur qui gérait les trois derniers spectacles et sont toujours en coproduction avec d’autres salles dans d’autres villes ne serait-ce pour la création de leurs spectacles. Ils essayent aussi d’aller dans ce sens et dans cette action pédagogique forte sans pouvoir aller jusqu’au bout. Ici c’est particulier parce que nous accueillons la création du spectacle. On ne peut pas faire semblant de créer un spectacle devant les enfants, ils s’en rendent compte tout de suite et leur réaction est impitoyable et ça ne passe pas.

 

CLN : Forcément, c’est un projet formidable parce que vous formez les mélomanes de demain. Et pour les mélomanes d’aujourd’hui, les jeunes adultes et jeunes actifs est-ce que vous développez aussi une approche ?

OM : Ce que je demande de plus en plus au directeur musical de chaque concert programmé à Poissy c’est de prendre un petit quart d’heure pour expliquer la musique que le spectateur va entendre. Tout le monde n’est pas un grand spécialiste de musique classique. Moi-même je suis un amateur éclairé de la musique, je suis tombé dedans par amour instinctif, j’ai aussi besoin qu’on m’explique ce qui s’y passe. Et comme je suis allé dans des festivals où ça se fait, j’ai décidé de le faire à Poissy. Effectivement quand on le fait, le public à l’entracte ou à la fin du spectacle sort ravi. Un spectateur, un soir m’a dit : « c’est une très bonne initiative parce que ça nous rend intelligents, on comprend mieux, on ressent mieux, et on prend plus de plaisir encore à la musique qu’on entend. »

 

CLN : D’ailleurs, j’ai remarqué votre formidable politique de tarifs et abonnements avec la carte d’adhésion.

OM : En effet le système est extrêmement simple, j’espère qu’il va le rester, je me bats pour qu’il le reste. Il restera tel quel la saison prochaine. Vous prenez une carte d’adhérent à 10 € et vous avez la seule obligation de prendre 6 spectacles à un tarif préférentiel évidemment. Si vous prenez une deuxième carte pour un conjoint ou un ami, l’adhérent peut faire bénéficier des tarifs préférentiels à un tiers sur un seul spectacle. On essaye de créer une dynamique. Le public ne s’y est pas trompé puisque cette saison on a démarré à 1500 adhérents et on la finit avec 2200 adhérents. En l’espace d’une saison on a considérablement augmenté notre public fidèle. C’est pourtant paradoxal pour les finances à cause dutarif préférentiel, mais au même temps on fidélise un public et ça me permet de leur faire des propositions parfois plus pointues, un plus osées sur certains spectacles de théâtre, où il n’y a pas forcément des grosses vedettes et ça me permet de leur dire : « Faîtes-moi confiance, et venez, de toutes façons vous êtes adhérents, vous avez un tarif préférentiel alors profitez-en. »

 

CLN : C’est justement quelque chose d’unique. La comparaison est intéressante. Puisqu’on voit dans votre programmation parfois des spectacles ou des concerts qui passent à la Philharmonie de Paris, avec une première catégorie à 90 € ou au Théâtre des Champs-Elysées à 140€ et on les retrouve à Poissy à 35€ en première catégorie.

OM : Elle montera à 40 € l’année prochaine, mais ça reste abordable pour des fans de musique classique qui font parfois des centaines de kilomètres pour voir des artistes. Pour le théâtre, c’est différent, ce n’est pas le même public, ce n’est pas la même démarche. Je vais souvent au Festival de Sablé, et chaque année je suis très surpris de constater sur le parking de la salle des plaques minéralogiques qui viennent de l’Europe entière et ça c’est spécifique au public de musique classique et même de musique tout court, puisqu’on trouve le même phénomène dans les festivals de rock et de variétés. C’est moins le cas pour le public de théâtre. Ici la politique tarifaire jusqu’à présent était de se positionner sur l’ouverture du Théâtre de Poissy au public le plus large possible et aussi au plus grand nombre en matière de budget. On va augmenter un peu cette année, et on est tous obligés de le faire, il y a moins de dotations de l’Etat donc un peu moins de dotations de la ville, il y a aussi un phénomène de crise et une augmentation des coûts de production musique ou théâtre quelles qu’elles soient. Mais on reste très en dessous des tarifs des salles parisiennes.

 

CLN : Vous formez donc votre jeune public avec les projets pédagogiques, vous appliquez une grille tarifaire très abordable et en plus Poissy bénéficiera du dézonage général à la rentrée de Septembre.

OM : Oui, on va bénéficier du dézonage du passe Navigo qui passe de 104 € pour 5 zones à 70 €. Effectivement ça permettra à d’autres personnes de Paris de venir au Théâtre de Poissy, d’autant que nous sommes très bien desservis. Poissy est à 19 minutes de la Gare Saint-Lazare, il y a un RER A toutes les 15 minutes et on est à 30 minutes en voiture depuis la Porte Maillot ou de la Porte d’Auteuil.

 

CLN : Concernant le public fidèle, c’est surtout un public local ou d’ailleurs ?

OM : Surtout un public Pisciacais et Yvelinois à 60%, des 40% majoritairement du Val d’Oise et des départements autour et bizarrement 1% de Parisiens. Au même temps ça s’explique par la multiplication des salles parisiennes de musique classique, la Philharmonie qui vient d’ouvrir notamment. Aussi la démocratisation de la culture qui veut qu’il y ait plus de salles qui programment de la musique classique, du baroque ou de l’opéra mitoyennes de Paris. Le public se repartit.  Malgré tout ça ne me gêne pas parce que le 1% de Parisiens vient pour les rendez vous tels Jordi Savall ou Laurence Equilbey, par exemple alors que ces deux artistes passaient l’un et l’autre dans les salles de la Philharmonie 1 et 2. Ça veut dire que lepublic vient grâce à la grille tarifaire. Evidemment c’est moins chic, mais c’est plus chaleureux, plus convivial et plus direct.

 

CLN : Justement cela s’explique aussi parce que vous êtes le programmateur d’un Théâtre de grande renommée notamment dans la redécouverte du baroque.

OM : Christian Chaurier, mon prédécesseur, a fait un travail remarquable de vulgarisation de la musique baroque pendant 18 années, je lui rends toujours hommage. Il a bénéficié d’une chose à son époque, mais ça n’enlève rien à son mérite,  il y avait 5 lieux de baroque en France : Royaumont, Pontoise, Poissy,  Sablé et Ambronay. Donc forcement les « fans » du baroque se déplaçaient depuis le début sur ces 5 lieux.  Depuis les années 90, avec la démultiplication des ensembles issus des grandes formations type Les Arts Florissants par conséquent, le baroque s’est dilué dans plusieurs lieux et salles en France, donc le public se répartit davantage. Poissy a moins de public baroque spécifiquement, mais en revanche on a gagné un public de musique classique auquel se mélange volontiers le public de musique baroque. Ce qui élargit la nature du public de musique, c’est une très bonne chose.

 

CLN : Alors quand vous programmez, vous faites des projets spécifiques ou vous participez à des tournées de certains programmes. Parce que souvent vos consœurs et confrères programmateurs préfèrent des programmes spécifiques qu’on ne voit nulle part ailleurs, aux concerts et spectacles en tournée partout.

OM : Moi, ça ne me choque pas du tout. Je ne fais pas des projets avec les salles, je fais des projets avec les artistes. Par exemple juste avant notre entretien j’étais en ligne avec Jérôme Correas des Paladins pour un projet en 2016 / 2017. Je sais qu’il va créer ici ce projet mais qu’il va le tourner ailleurs. C’est l’occasion d’avoir moins de contraintes et de s’essayer ici sans les critiques positives ou négatives. En revanche ce qui me déplait souverainement quand les artistes me disent qu’ils ne peuvent pas venir à Poissy parce qu’ils ont une exclusivité d’une des salles parisiennes. Alors j’ai envie de répondre à mes collègues parisiens qu’ils font une grave erreur en empêchant aux artistes de se produire avant ailleurs pour qu’ils arrivent au maximum au concert à Paris et aussi ils interdisent à une catégorie du public qui n’a pas les moyens d’accès à ce type de spectacles. Et finalement ceux qu’ils pénalisent, c’est à la fois le public et les artistes.  Donc je trouve cette notion d’exclusivité parfaitement ridicule, égoïste et anti-démocratique vis à vis de la façon dont nous avons de jouer notre rôle d’éducateur musical sur l’ensemble des publics.

 

CLN : Finalement, Olivier Morançais, quelles seraient vos ambitions pour le Théâtre de Poissy ?

OM : L’ambition de faire de cette salle, qui le mérite grandement, de ce public qui le mérite tout autant et de cette municipalité, un opéra-théâtre / Scène Nationale à vocation lyrique. Je pense que ce sera très difficile, ce n’est pas en cours pour le moment pourtout un tas de raisons, mais je sais que la DRAC Île de France est très attentive à ce qui se passe ici en matière de musique classique et de lyrique. Il n’est pas du tout impossible qu’on arrive à signer un partenariat avec eux sur la saison 2016 / 2017 avec notamment un chef d’orchestre avec qui ils travaillent beaucoup. Donc ça va demander du temps, ça va demander de la volonté politique, même si je sais qu’à Poissy, cette volonté politique existe pour ce projet. Ensuite ça va demander de la part de la DRAC et éventuellement du Ministère de la Culture une volonté de labelliser une salle « Scène Nationale lyrique » ou « Conventionnée lyrique ».

 

CLN : Et bien nous le souhaitons de toutes nos forces pour vous et pour Poissy. Merci beaucoup pourcet entretien passionnant. Nous vous souhaitons beaucoup de succès pour ceprojet courageux avec le jeune public.

OM : Merci en tous cas  de relayer cette aventure avec ces enfants qui est absolument passionnante et qui plaît aux enfants, aux enseignants et aux parents. Ces mêmes parents qui s’étonnent de l’émerveillement des enfants à la fin du projet, et bien nous avons travaillé avec eux pendant 4 mois et nous leur avons apporté du bonheur, nous leur avons ouvert les portes du bonheur.

 

CLASSIQUENEWS.COM : Vous en faîtes des passionnés.

Olivier Morançais : Exactement.

 

 

 

Entretien avec Olivier Morançais, réalisé en avril 2015. Propos recueillis par Pedro Octavio Diaz

Palmyre forever

PALMYRE NE SERA PLUS QU’UN OPÉRA? Dimanche 17 mai 2015,  vers minuit, l’organisation terroriste DAESH est entrée dans les secteurs nord de Palmyre, la perle du désert syrien.  Evidemment que pour le lecteur d’un magazine musical, cette information est une redondance, peut-être fastidieuse,  des dépêches de l’AFP ou de REUTERS. Si le propre du journalisme, même spécialisé, est d’informer, pourquoi réserver l’émoi informatif aux seuls médias généralistes ?

Great Colonnade

 

 

Palmyre forever

La prise en otage et, pire encore, l’anéantissement des sites immémoriaux du Croissant Fertile n’incombent pas que la politique, l’archéologie ou l’économie militaire. La musique est aussi concernée dans le cœur même de son existence : l’inspiration. Si l’on doit revenir sur les sites vandalisés et saccagés tels l’antique Nimrod ou les murs de Ninive, le mélomane les retrouverait à chaque fois que résonne la Semiramide de Rossini et même dans pléthore d’opéras du baroque.

zenobie palmyreEt Palmyre, la mythique cité de Zénobie ? Source d’inspiration des livrets de Matteo Norris et surtout du génial Metastasio dont la Zenobia a été mise en musique par des prestigieux compositeurs tels Hasse, Piccinni, Paisiello et Perez.  Pourquoi laisser cette musique pâtir de son abandon et que le site même qui fit rêver les artistes devienne la pâture de la barbarie ? Pour les moins baroqueux, c’est à Palmyre que se déroule l’action de l’Aureliano in Palmira, un des premiers opéras de Rossini (1813) dont l’ouverture est un tube absolu parce qu’elle fut réutilisée dans son Barbiere di Siviglia en 1816.

Faut-il sauver Palmyre ? La contemplerons nous derrière un écran sombrer sous les pioches et la dynamite ? Malheureusement il ne suffit plus d’écouter la musique. Ne laissons pas les jalons de notre histoire humaine, devenir, par le seul mandat du chaos, de vieux souvenirs ruinés, des légendes faites de poussière.  Et pourtant, si Palmyre devait périr, elle survivra encore à ses décombres par la scène et la musique !

Compte rendu, concert. Paris, Amphithéâtre Bastille. Le 29 avril 2015. Récital Annick Massis, soprano. Antoine Palloc, piano.

Paris, avril 2015. Aux limbes d’avril, les pluies sont revenues,  un léger parfum du dernier hiver revient dans la capitale aux portes du mois de mai.  L’été demeure éloigné.  Au cœur de l’amphithéâtre Bastille,  l’on se presse pour prendre place et voir apparaître incessamment, Annick Massis et Antoine Palloc pour un récital d’exception. En effet,  Paris n’est que trop rarement le lieu des récitals de cette grande voix, qui plus est accompagnée par un pianiste de cette teneur.

Le Sacre du printemps

annick_massisLe programme de ce récital peut sembler une évocation du printemps. D’abord d’une mélancolie douce, avec un relent de méfiance sous un ciel nuageux avec les pièces de Messiaen, Reynaldo Hahn et Debussy, petit à petit le soleil transperce les nuées avec des mélodies formidables dont les plus remarquables et rares sont celles de Paladilhe et de Bachelet. Le soleil s’installe définitivement dans la deuxième partie avec les belles mélodies de Verdi,  Bellini,  Puccini, Catalani, et finalement l’insouciance estivale s’exprime avec la chaleur et l’humour du Bacio de Luigi Arditi et quelques bis formidables !

Ce voyage au cœur des saisons du sentiment a été formidablement ciselé et dessiné par Annick Massis éblouissante de couleurs, d’émotion et de justesse. Elle nous a fait même redécouvrir à la fois des mélodies et des textes avec une profondeur et une diction hors pair. L’accompagnant avec équilibre et souplesse, le formidable Antoine Palloc a réussi à mettre en avant les beautés de ces pièces dont le genre chambriste aurait pu les rendre répétitives. A l’orée du printemps, alors que les Saints de glace s’installent à Paris,  la nuit de mercredi dernier le soleil a brillé, dans un ciel où brillaient deux étoiles, celles d’Annick Massis et d’Antoine Palloc !

Entretien avec Philippe Hersant

Interview Philippe Hersant. Notre collaborateur Pedro Octavio Diaz a rencontré en mars dernier le compositeur contemporain Philippe Hersant. Bilan et regards sur l’écriture contemporaine : sources d’inspiration, notions de senti et de ressenti, la place de l’opéra, l’évolution des concerts, les œuvres en cours et les créations à venir. 

 

ClassiqueNews : Bonjour Philippe Hersant, nous sommes au Vrai Paris, au cœur de Montmartre, je vous remercie de nous avoir donné rendez-vous. Tout d’abord pouvez-vous nous présenter brièvement vos dernières et futures créations ?

hersant P-Hersant_0024Philippe Hersant : J’ai une année assez chargée, consacrée en grande partie à des œuvres chorales, mais pas seulement : j’ai écrit également un concerto pour flûte et une pièce pour huit violoncelles qui a été  jouée  au CRR de Paris (j’ai eu la chance d’avoir Yo-Yo Ma comme premier violoncelle !) Il y a eu aussi une pièce pour trio (piano, violon, violoncelle) et orchestre à cordes qui a été créée à Pau et reprise ensuite à Poitiers puis à Bordeaux. Parmi les œuvres que je viens de terminer, il y a une grande pièce commandée par Radio France, Le Cantique des Trois Enfants dans la Fournaise d’après le Livre de Daniel pour la Maîtrise de Radio-France et la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles.  Elle va être créée avec une Messe de Marc-Antoine Charpentier à Abbeville au mois de mai. Je termine actuellement une oeuvre pour le Jubilé des 900 ans de  l’Abbaye de Clairvaux, pour chœur et archiluth qui sera créée au mois de Juin. Et je vais bientôt commencer une pièce pour piano, commandée par le Concours International d’Orléans.

CN : En préparant cette interview, nous avons remarqué que vous êtes licencié ès lettres et vous avez étudié la composition au CNSM de Paris. Les lettres et la littérature ont finalement beaucoup influencé votre œuvre. Rappelons notamment Les Hauts des Hurlevent, Le Château des Carpates, Le Moine Noir etcaetera… A la lumière de ce parcours intéressant, êtes-vous un compositeur lyrique né ?

PH : Je suis attirĂ© par le monde lyrique, par la voix, c’est certain. J’ai hĂ©sitĂ© vers 18-20 ans Ă  poursuivre des Ă©tudes de Lettres. C’est finalement Ă  l’âge de 30 ans que j’ai vraiment dĂ©cidĂ© de me consacrer Ă  la composition. Mais j’ai gardĂ© une passion pour la littĂ©rature, et j’aime mettre en musique des mots, des textes – que ce soit pour solistes ou (plus souvent) pour chĹ“ur.

CN : Ce qui est très intéressant dans votre parcours, c’est que vous avez fait de la musique de scène, même des expériences assez étonnantes au Festival d’Avignon avec des pièces assez complexes, telles celles d’Heiner Müller.

PH : Ces collaborations sont issues du hasard des rencontres. Pendant les années  80 j’ai beaucoup travaillé avec Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret. Jourdheuil a traduit Müller et a été un des premiers à faire connaître son œuvre en France. J’ai donc écrit trois musiques de scène pour des pièces d’Heiner Müller, la plus importante d’entre elles étant Paysage avec Argonautes, présentée en Avignon avec un gros effectif, 12 chanteurs et 8 trombones, une expérience tout à fait passionnante. J’ai écrit 7 ou 8 musiques de scène dans les années 80, ce fut une expérience très enrichissante qui m’a conduit vers l’opéra. J’ignorais tout de la scène avant cela, j’ignorais tout du théâtre, ma formation s’est faite au contact de ces metteurs en scène.  Et j’ai même eu la chance d’avoir des musiciens sur scène.  Par exemple mon deuxième quatuor était à l’origine une musique de scène pour Paysage sous surveillance de Müller. Le Quatuor Enesco l’a joué sur la scène de la MC93 de Bobigny tous les soirs, pendant quatre semaines.

CN : Et à quand un quatuor pour « Quartett » ?

PH : Jourdheuil et Peyret ont mis en scène Quartett à Avignon, mais j’avais choisi de mettre plutôt en musique Paysage avec Argonautes. Aujourd’hui cet univers est un peu loin de moi…

CN : Contrairement à beaucoup de compositeurs vous êtes entré à l’opéra par le théâtre.

PH : Il faut que je rectifie un peu, car j’ai écrit dès 1983, un petit opéra de chambre, Les Visites espacées, créé également au Festival d’Avignon. Ma première expérience fut donc lyrique, mais j’étais assez novice à l’époque et par la suite j’ai beaucoup appris grâce au  théâtre.

CN : Est-ce que pour vous l’opéra tient beaucoup plus du théâtre ou de la musique ?

PH : Il faut évidemment les deux. On l’a vu dans le passé : beaucoup d’œuvres lyriques contiennent des merveilles musicales mais ne tiennent pas la route à cause d’un livret trop faible. Par exemple Euryanthe de Weber ou les opéras de Schubert. Musique souvent magnifique, mais livret faible. Ils sont difficiles à monter et ne sont pas vraiment entrés au répertoire.

CN : Est-ce qu’il faut avoir une « pâte » intellectuelle pour toucher le public par la création ?

PH : Je ne sais pas s’il le faut, je ne peux pas répondre d’une façon générale, mais pour moi oui, c’est important. J’avoue que je ne peux pas composer sans m’inscrire dans une continuité culturelle, musicale – même si mes « bagages » me semblent parfois un peu encombrants…

CN : Donc c’est une émotion partagée avec le public ?

PH : Il est sûr que l’émotion, pour moi, est au cœur de tout. C’est-à-dire l’émotion que l’art me procure, et qu’à mon tour j’espère pouvoir procurer.

CN : Justement, dans un cas très particulier de votre œuvre, en écoutant Les Hauts des Hurlevent, en voyant même la chorégraphie et en ressentant en live Les Vêpres à la Vierge, votre musique nous touche par une émotion délicate. Mais est-ce que vous croyez que notre temps est propice à cette création par l’émotion ?

PH : Je pense que oui. Les recherches spéculatives, du reste, ne m’intéressent pas beaucoup. Mais le risque inverse existe, bien sûr :  j’essaye de me préserver de tomber dans une émotion excessive.

CN : Votre musique se porte plus dans le senti que dans le ressenti ?

PH : Oui, et j’essaie de trouver la juste mesure. Le problème s’est posé pour moi tout particulièrement dans le ballet Wuthering Heights. Le roman d’Emily Brontë déborde d’émotion, c’est une littérature de l’excès. C’est sans doute la musique la plus « excessive » que j’aie jamais écrite, mais le sujet l’imposait. D’une manière générale, j’essaie de m’arrêter « à temps », d’éviter la surabondance – tout cela reste très subjectif, bien entendu.

CN : Dans ce sens là, dans Les Hauts des Hurlevent la difficulté de la mesure aussi venait de la chorégraphie et le maniement du langage corporel.

PH : Ecrire la musique d’un ballet narratif n’est pas simple. Il y avait trois auteurs, en fait : Emily Brontë, Kader Belarbi (le chorégraphe) et moi-même. Entre le musicien et le chorégraphe doit s’installer un climat de grande confiance, il faut impérativement éviter la guerre des ego, ne pas tirer à hue et à dia. Cette confiance s’est heureusement installée entre nous : je me suis très bien entendu avec Kader Belarbi et nous avons su négocier nos différends en toute amitié.  Ça a été une belle expérience – et le ballet s’est bonifié au gré des reprises. Les représentations de 2008 étaient parfaitement abouties.

CN : Est-ce que le compositeur est un poète ou un artisan ?

PH : Il est fatalement les deux. La technique est indispensable – et j’ai l’impression de passer plus de temps dans mon rôle d’artisan que dans celui de poète. Mais, par ailleurs, ce travail technique est plutôt rassurant.  Le polissage qui vous occupe toute une journée a quelque chose d’apaisant. En revanche, la recherche d’une idée qui ne vient pas est assez angoissante.

CN : Parfois on remarque que la tendance est à la recherche technique pure, même chez certains jeunes compositeurs.  Dans votre musique, en revanche, on sent le souffle de l’inspiration.

PH : J’essaye de renouveler l’émotion, d’éviter les tics, les répétitions de formules toutes faites. Un texte, bien souvent peut servir d’étincelle, il peut vous apporter des idées nouvelles – c’est pourquoi j’aime bien mettre des poèmes en musique.

CN : En parlant du métier de compositeur, vous avez traversé un certain âge d’or. Mais est-ce qu’il a vraiment existé ? La création est, de nos jours, bien plus soutenue qu’avant ?

PH : Il y a eu une rĂ©elle Ă©volution. Dans les annĂ©es 60, la notoriĂ©tĂ© de nos aĂ®nĂ©s – Messiaen, Boulez, Stockhausen, Berio, Xenakis – Ă©tait pour nous assez Ă©crasante. Et puis, certaines musiques (celles qui osaient faire rĂ©fĂ©rence au langage tonal) Ă©taient ouvertement mĂ©prisĂ©es. Je ne dis pas que les querelles esthĂ©tiques se sont tues, mais le jeu s’est beaucoup ouvert depuis une vingtaine d’annĂ©es. Jamais je n’aurais osĂ© Ă©crire mes VĂŞpres de la Vierge dans les annĂ©es 80. Ce langage modal, très rĂ©fĂ©rencĂ©, intĂ©grant des citations de Monteverdi  ou de monodies grĂ©goriennes, aurait sĂ»rement choquĂ©. Mais on juge moins aujourd’hui un compositeur sur son langage ou son appartenance esthĂ©tique.

CN : Alors est-ce que depuis le XIXème siècle, finalement, le ressenti du milieu musical a-t-il beaucoup changé ?

PH : Non, je ne pense pas vraiment.  On a essayé de casser la vision de la musique qui avait cours au XIXème siècle. On s’en est pris à l’orchestre, à l’opéra. Mais en somme le concert continue à être ce qu’il était au XIXème siècle.  Si on finance les orchestres c’est pour qu’ils interprètent le répertoire, la création a certes une place, mais le répertoire reste au cœur des programmes.  Finalement la « révolution » espérée n’a pas vraiment eu lieu. Nous demeurons  globalement dans une économie qui est celle du XIXème, malgré les progrès.

CN : Est-ce que vous croyez que ça changera ou c’est en cours de changement ?

PH : Il y a des éléments positifs, comme le développement du système de compositeur en résidence auprès des orchestres ou des festivals.  Dans le domaine de l’opéra, contemporain, en revanche, il me semble que la situation était meilleure il y a quelques années. Il y a des raisons économiques à cela, mais sans doute pas seulement… Le plus inquiétant, de façon plus générale, est la perte de vitesse de la musique classique en France.

CN : Et est-ce que vous croyez qu’avec des phénomènes comme Le Balcon on assiste à un renouvellement des publics ?

PH : Ce que fait le Balcon est formidable, en effet. L’intérêt du jeune public pour la musique contemporaine reste, hélas, très marginal.

CN : A ce sujet, vous avez des activités institutionnelles à la SACD, au FCL et à la Fondation Banque Populaire qui soutient des jeunes talents. Mais avec la conjoncture de vieillissement des publics quel langage avoir pour les encourager ?

PH : Ce que je conseillerais aux jeunes compositeurs, c’est d’aller le plus souvent possible au-devant du public. Un compositeur ne devrait jamais perdre une occasion de présenter ses œuvres – au public, aux étudiants des conservatoires, aux jeunes interprètes. C’est en général très apprécié. Cela aide à combler le fossé qui s’est creusé depuis longtemps entre le public mélomane et la création contemporaine.

CN : Finalement, faire du terrain.

PH : Absolument, c’est une politique des « petits pas ». Beaucoup de jeunes interprètes ont compris cela, en créant un festival dans leur région. J’ai entendu ainsi, dans une petite église de Picardie, le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, qui a recueilli une ovation enthousiaste d’un public quasi néophyte.

CN : Et vous qui avez été en contact avec le public partout dans le monde, Amérique Latine, Allemagne et Etats-Unis,  est-ce que c’est partout pareil qu’en France ?

PH : C’est un peu partout pareil. On est partout confronté à un public mélomane qui a eu de mauvaises expériences avec la création contemporaine.  Il est important de parler pour tenter de faire tomber les préventions.

CN : Faire de la pédagogie finalement.  En corollaire, permettez-moi de vous demander quelles seraient d’ici dix ans vos envies de composition?

PH : J’ai en projet un troisième opéra, mais je ne peux pas en parler plus précisément à l’heure actuelle. J’aimerais également écrire une pièce pour chœur et orchestre, et je travaille actuellement à une grande pièce pour chœur que m’a commandée Teodor Currentzis pour le Festival Diaghilev à Perm en 2015.

CN : En tous cas nous vous souhaitons le plus grand succès pour tous ces beaux projets et merci encore pour cet entretien.

PH : Merci à vous.

Propos recueillis par notre collaborateur, Pedro Octavio Diaz. 

Agenda : prochaine concert de Philippe Hersant. Parmi un agenda chargé, la rédaction de classiquenews a sélectionné la création de la nouvelle œuvre de Philippe Hersant, commande de Radio France, Chapelle royal de Versailles, jeudi 2 juillet 2015, 20h (concert Marc-Antoine Charpentier / Hersant).

Paris. Maison de Radio France, Studio 104. Festival Présences 2015. Le 20 février 2015. Rizo Salom, Vazquez, Adams. Ensemble Orchestral Contemporain. Daniel Kawka, direction

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreSous une pluie battante,  la Seine s’enroulant tel un drapé de soie noire à ses pieds, le vaisseau d’argent laqué de la Maison de la Radio offrit un pendant splendide aux réclames mordorées de la Nuit des Césars qui sévissait sur la circulation Place du Châtelet. Paris a souvent de ces curieux rapprochements d’une rive à l’autre et entre deux méandres du fleuve le plus lumineux du monde.  Présences 2015 achevait sa traversée des Amériques par un concert étonnant,  riche en surprises exaltantes.

Pour commencer, El Juego de Luis Fernando Rizo Salom, est une série de pièces aux intentions ludiques mais à la construction plutôt chaotique.  On comprend le propos du compositeur sans beaucoup de peine, mais la portée musicale demeure assez limitée et quasiment anecdotique.  Après le jeu,  une exploration formidable du son de l’alto et des touches impressionnistes par moments des sons latino-américains. Souvent parent pauvre des concerti, l’alto à la sonorité plus ronde que le violon demeure un instrument dont l’intérêt est à découvrir.  Dans Desjardins/Des prés,  Herbert Vazquez transfigure le son même de l’instrument dans des rocailles virtuoses qu’il juxtapose sur des rythmes tropicaux et des danses issues du folkore caraïbe et, même, des harpes du Veracruz.  Pari réussi pour ce magnifique concerto, qui ne fait pas du pur nationalisme ou de la monstration de la latinité, mais sait doser l’esprit d’à propos de cette musique dansante et des lignes chromatiques de l’alto dans une toute nouvelle virtuosité.  Herbert Vazquez sublime ainsi le jeu de Christophe Desjardins et l’implication de l’Ensemble Orchestral Contemporain.

Le concert s’achève sur le reliquat de pièces symphoniques de la Son of Chamber Symphony de John Adams,  un petit bijou mais d’une portée plus décorative et narrative qu’originale.  Pour bien saisir le génie d’Adams, autant écouter Nixon in China ou El Niño.  Cette dernière eut été d’ailleurs d’une grande cohérence avec la thématique de Présences en 2015.

OSE : l'Orchestre nouvelle génération créé par Daniel KawkaCe concert est l’exemple type de l’équilibre et de l’excellence.  Tout d’abord avec la maîtrise et la sophistication du jeu de l’altiste Christophe Desjardins, splendide dans le jeu d’orchestre et virtuose dans les soli. Nous découvrons cet artiste avec plaisir et faisons des vœux pour un avenir plein de succès dans la création.  De même notre écoute a chaviré pour le formidable Ensemble Orchestral Contemporain.  On entend aisément quand la passion et l’amour de la musique meut un artiste et c’est le cas des membres de cet ensemble qui surpassent en subtilité, justesse et inventivité même le trop connoté Ensemble Intercontemporain.  Venu des contreforts des Alpes, l’EOC, nous ravit par la sensibilité et la simplicité. L’Auditeur parisien, habitué à l’EIC, peut affirmer ici que les chapelles sont tenues souvent par les prédicateurs austères.  A la tête de son impeccable EOC, le très talentueux Daniel Kawka (son fondateur et chef principal), précis, sensible, au geste juste et équilibré,  nous offre des moments de ravissement continu que nous aurions aimé se poursuivre.

Présences 2015,  s’achève sous une pluie d’étoiles aux rives du 16ème arrondissement de Paris.  Juste derrière la réplique de la Statue de la Liberté qui regarde depuis la Seine sa grande sœur Américaine bien au delà des mers, au Nouveau Monde.

 

 

Concert 12
Studio 104 – Vendredi 20 Février 2015

Luis Fernando Rizo Salom – El juego
Pour flûte basse, percussion, piano, violon, alto et violoncelle

Herbert Vazquez – Desjardins/Des prés
Concerto pour alto

John Adams – Son of Chamber Symphony

Christophe Desjardins – alto
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawka, direction

Paris. Maison de Radio France, festival Présences 2015. Benzecry, Lieberson, Ives… National de France. Giancarlo Guerrero, direction

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreAvec une thématique telle que « Les Amériques », il fallait s’attendre à des poncifs nationalistes. Et pourtant cette occasion aurait pu offrir à la fine fleur de l’avant-garde des Amériques inexplorées, une tribune propice à des nouveaux messages, à des revendications esthétiques de notre temps. Madre Tierra de Esteban Benzeckry est un archétype du concept suranné de musique nationaliste.  Evidemment quand on s’attend à écouter des relents « latinos » et des mélanges folkloristes, Madre Tierra est d’une rare originalité. Mais ce qui est merveilleux et acceptable chez Ginastera, Revueltas ou Moncayo dans les années exaltantes du Nationalisme, l’est bien moins en 2015.  Esteban Benzeckry offre au public de Présences, ce qu’il s’attend à entendre quand on évoque la mythologie latino-américaine : une cascade d’images luxuriantes, une myriade de percussions exotiques à n’en plus finir et des danses grandiloquentes. Mais, au lieu de sortir des poussières archéologiques ces conceptions de l’univers, ces philosophies ancestrales, M. Benzeckry n’approfondit pas, il survole l’âme latine.  Il fait des trésors monumentaux de la pacotille pour touristes.

En poursuivant le parcours vers le sud, le programme visite les Neruda Songs de Peter Lieberson. Mettre en musique la poésie délicate de Neruda est un défi que peu de compositeurs ont réussi. Si bien, Mikis Theodorakis a réussi à saisir l’épopée du Canto General, les poèmes d’amour de Pablo Neruda n’ont pas eu réellement un sort glorieux dans la musique contemporaine.  Peter Lieberson met en lumière, par des couleurs simples les émotions qui bourgeonnent dans les vers de Neruda, il brode autour d’un mot, d’un vers, d’une syllabe. Les idées sont bonnes, l’ambiance est parfois juste et émouvante, mais le tout reste un peu trop simpliste. Ce cycle a été créé et composé pour l’inoubliable Lorraine Hunt-Lieberson qui a interprété à merveille chaque mélodie, comme un cours d’amour entre elle et son mari.  Ce soir hélas, ce fut la jeune Kelley O’Connor, mezzo-soprano aux couleurs rondes et chaudes et à l’allure élégante. Kelley O’Connor porte la musique simple de Lieberson au paroxysme mais oublie régulièrement le texte, ce qui vide immédiatement la mélodie de son sens et de sa sensibilité.  Pour ce genre de mélodies, le texte est essentiel.

La deuxième partie s’ouvrit sur l’extraordinaire Unanswered question de Charles Ives. Cette œuvre d’une modernité à faire pâlir certains académismes actuels,  a été composée en 1909 par ce génie inclassable qu’était ce compositeur étasunien, assureur de son état.  Mystère absolu pour l’auditeur, cette partition invite à se perdre dans la forêt orchestrale qui transparaît dans une brume des pianissimi des cordes et les cris perçants des bois avec une trompette qui pose l’interrogation onomastique de la pièce, comme une plainte de détresse au loin, qui se perd. Cette pièce est passionnante mais ne tolère aucune interrogation, un choix judicieux pour illustrer la création Américaine.

De même, mais avec un peu moins de génie, On the transmigration of souls de John Adams,  requiem pour les victimes des attentats du 11 septembre, sonne, malgré tout dans le très bel Auditorium de Radio-France, tel une complainte pour les victimes des attentats à Paris en 2015.  Le mélange des dispositifs électro-acoustiques, de l’orchestre et des chœurs touche au vif.  Une belle œuvre malgré des procédés quasiment mélodramatiques dans la réalisation.

A l’heure où l’on se questionne sur la fusion des orchestres de Radio-France et la disparition pure et simple de l’Orchestre National de France, il serait juste que les conseillers qui prônent cette idée écoutent la qualité supérieure de cette formation.  Même dans les pièces les plus faibles, l’Orchestre National de France est juste, pléthorique de timbres et de chromatismes. Nous invitons les économes et autres idéologues du paupérisme de connaître avant de condamner au souvenir, un instrument qui irrigue encore de vitalité le monde musical par la maîtrise des créations et des langages du XXIème siècle.

Accompagné par l’excellence des Chœurs et de la Maîtrise de Radio France,  le National s’impose encore comme la phalange essentielle pour montrer que la France est encore un pays de musique et de culture.

Malheureusement,  le choix du chef Nicaraguayen Giancarlo Guerrero, ne fut pas très heureux.  Manquant souvent de subtilité, de précision dans la battue et abusant de fantaisie,  certaines pièces lui ont échappé.  Heureusement que pour le chef d’œuvre de Charles Ives, le National put parcourir ses méandres sans son intervention.  Nous regrettons que Daniele Gatti n’ait pas pu diriger ce concert : le chef absent aurait apporté, sans doute,  plus de structure et de surprises.

Concert 11
Auditorium  – Jeudi 19 FĂ©vrier 2015

Esteban Benzeckry – Madre Tierra
Diptyque pour orchestre

Peter Lieberson – Neruda Songs
MĂ©lodies pour mezzo-soprano et orchestre

Charles Ives – Unanswered question

John Adams – On the transmigration of souls
Pour orchestre, chœur, chœur d’enfants et sons fixes

Kelley O’Connor – Mezzo-soprano
Orchestre National de France
Giancarlo Guerrero, direction

Paris. Maison de Radio France. Festival Présences 2015 : Les deux Amériques. Studio 104, le 18 février 2015. Markéas, Griffin, Tejera, Alvarez. TM+

A l’heure où divers remaniements et remises en cause agitent voire inquiètent le monde de la musique, Radio France renouvelle son lien avec la création avec un Festival Présences 2015 qui entame la grande traversée vers les (deux) Amériques. L’exploration du vaste continent aux couleurs si dissemblables, a permis au public parisien d’échapper à la pluie battante de cette fin d’hiver pour rejoindre les tropiques et les capitales de la mondialisation.  Des échanges emplis de surprises.

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-colorePour ouvrir notre couverture de Présences, le concert n°10 nous offrit la conjugaison de deux univers complémentaires : TM+ et l’ensemble de percussions Mexicain Tambuco.  La narration nous porta avec clarté dans plusieurs univers de la création contemporaine, sans que le voyage soit très concluant en vérité.  Néanmoins, le cadre magnifique du Studio 104 renové, offre une acoustique chaleureuse et précise pour la musique contemporaine. En véritable archétype de la tendance créatrice contemporaine actuelle,  le Conlon’s dream d’Alexandros Markéas est un tenant du mandarinat et de l’académisme. Dépouvu, hélas d’un sens poétique qui aurait pu offrir une identité à la pièce, Conlon’s dream reste un hommage ou bien, une pièce d’école.

Nous pourrions dire tout autant de The persistence of Past Chemistries de Charles B. Griffin, dont les trouvailles ne poussent pas très loin le propos et demeurent assez anecdotiques.

En revanche, le passionant Flashforward II de Januibe Tejera concrétise dès la première note, la voix nouvelle venue d’outre-Atlantique.  En effet, ce jeune compositeur brésilien y imprime une influence subtile de la musique indigène amazonienne et une exploration des ambiances, des nuances dans les développements. L’électronique apporte une voix nécessaire à la compréhension de l’atemporalité de ce voyage dans le temps en accéléré.  Flashforward II est passionnant par son originalité et l’implication de l’auditeur dans l’écoute et l’appréciation de son architecture.

Dans la même émotion, mais avec une structure plus simple, Metal de Corazones du compositeur Mexicain Javier Alvarez, est un bijou d’inventivité et de timbres.  Utilisant les percussions dans un langage de pulsations continu qui rappelle les battements d’un cœur mais aussi les bruits lancinants de la ville.  Une belle réalisation qui permet aux percussions d’atteindre une narration subtile et une évocation compréhensible de toute la gamme des possibilités dans le rythme et le timbre.

Partageant à la fois les univers de chaque compositeur et l’unicité de chaque pièce, les ensembles TM+ et Tambuco interprètent avec excellence la création contemporaine. On remarque notamment l’investissement de chaque soliste, comme des planètes qui entrent en conjonction pour obtenir une énergie efficace et solide.  Laurent Cuniot dirige parfaitement ces deux ensembles prêtant une attention particulière aux couleurs, à la précision et justesse rythmiques et un sens aigu des effets,  son investissement  permet à chaque pièce de germer avec ses couleurs particulières et au compositeur de jouir de sa voix et sa personnalité créatrice.

Paris. Maison de Radio France. Festival Présences 2015 : Les deux Amériques. Studio 104, le 18 février 2015. Markéas, Griffin, Tejera, Alvarez. TM+

Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie 2, cité de la musique. Le 4 février 2015. Ibrahim Maalouf : Au pays d’Alice…

Maalouf Ibrahim-Maalouf-330x300La définition de « Merveille » concerne à la fois l’admirable, le rare, le précieux et la perfection des la forme et du fond. Un travail remarquable en somme. Retrouver du merveilleux dans le commun tient parfois du rêve ou même de l’impossible. Finalement, le cœur de la narration de Lewis Carroll dans « Alice aux pays des Merveilles » est le prodige du quotidien qui en devient surnaturel et merveilleux. Dans l’esprit, faire une production de théâtre musical avec des intervenants classiques et des interprètes des styles jazz et rap sont une belle initiative. Néanmoins, ces cercles qui s’ignorent parfois, mais qui ont comme centre une belle énergie peuvent être un cocktail détonnant.

Le 4 février à la Philharmonie 2, ancienne Cité de la Musique, Alice apparaissait sous un aspect étrange. La narration dans la musique de Ibrahim Maalouf semblait se déliter dans un univers brumeux, sans suite véritable et les étapes du texte d’Oxmo Puccino avaient du mal à porter le spectacle dans un objectif précis. La question s’est posée sur le véritable sens de cette œuvre de théâtre musical : Est-ce une création ou bien un trip entre amis qui s’est bien déroulé grâce au soutiens des structures ? Cette question porte en elle la problématique qui inquiète tant d’interprètes : sommes nous dans une époque qui confond spectacle vivant et divertissement ?

Nous n’écornerons pas ici Oxmo Puccino, dont le livret manque de souffle, étonnant pour un narrateur aussi brillant dans ses chansons. Non plus nous égratignerons Ibrahim Maalouf dont le talent d’interprète n’est surtout pas en cause. Mais sa musique tient plus de l’anecdotique que de l’inspiration, tout comme une battue improvisée et incompréhensible. Face à eux, les phalanges de l’Orchestre du CRR et l’incroyable Maîtrise de Radio France réussissent à porter les quelques beautés de cette Alice. Malgré l’improvisation des figures de proue de ce spectacle, les jeunes ont tenu bon et offert, avec beaucoup de professionnalisme, le meilleur de leurs formations. « Au pays d’Alice » demeure un coup de bluff, mais aussi un signal inquiétant de la place que prend le divertissement dans les cœurs de ceux qui auraient pu aimer la musique.

Au Pays d’Alice

Oxmo Puccino, récitant, livret
Maîtrise de Radio-France
Orchestre des jeunes du CRR de Paris
Ibrahim Maalouf, composition, trompette, direction

Compte rendu, opéra. Paris, l’Européen. Le 28 janvier 2015. Albert Grisar : Bonsoir monsieur Pantalon, 1851. Les Frivolités parisiennes. Nicolas Simon, direction.

Les hasards de la vie parisienne, entre lampions et course contre la montre, nous apportent souvent un lot passionnant d’aventures et de risques.  La barrière de Clichy, offre un brin de ce Paris exaltant des années folles, entre les théâtres de Montmartre et la brasserie Wepler,  ce parfum surannée enivre encore de ses légendes des musiques étincelantes et joyeuses.  A quelques pas de la colonne de Moncey, c’est le siège de L’Européen, une salle dévolue maintenant aux spectacles de musiques rock. Jadis sa scène accueillit la fine fleur du Music hall à la parisienne. 

 

 

 

 

 

Un Pari(s) frivole et délicieux !

 

albert-Grisar-bonsoir-monsieur-pantalon-operaMais ce 28 janvier,  l’Européen revivait les fastes de naguère, avec la recréation en première mondiale de l’opéra comique d’Albert Grisar : Bonsoir Monsieur Pantalon. Albert Grisar, compositeur belge, a été injustement écarté de l’éternité musicale. Auteur des musiques dont le succès a traversé le XIXème siècle, ses partitions sont des bijoux qui explosent de charisme, d’inventivité et d’un subtil sens de l’humour et de la mélodie. Albert Grisar, tout comme Florimond Hervé, est un digne compagnon d’Offenbach. Sa musique, dans cette « pantalonnade » qu’est Bonsoir Monsieur Pantalon, nous rend palpable l’émotion des soirées de l’Ambigu Comique, des femmes à crinoline, du Paris des fiacres, des lampions, une image que seuls Prévert et Carné ont retrouvé dans Les Enfants du Paradis.

Sans un orchestre de choc la musique de Grisar aurait subi un retour anecdotique, mais ce soir, le formidable Orchestre des Frivolités Parisiennes accueillit avec enthousiasme cette partition pour nous l’offrir avec enthousiasme et une réelle énergie décapante. Suivant les recréations d’Auber (L’Ambassadrice), d’Hervé (le Petit Faust) et bientôt d’Halévy (le Guitarrero), les Frivolités Parisiennes ont bien raison de remettre au goût cette musique incroyable et inusitée dans ces heures de crise.

A la tête des géniales Frivolités, Nicolas Simon dirige avec une subtilité certaine et un goût irréprochable. Il offre à la musique de Grisar un réveil brillant, une clarté dans les mouvements et une énergie communicative. Son approche est constellée d’une multitude d’accents qui apportent à l’intrigue une réelle théâtralité et un lyrisme passionnant. Un talent à retrouver absolument.

Côté solistes, nous remarquons surtout l’incroyable performance de la soprano Anne-Aurore Cochet en Colombine, mêlant la grâce théâtrale à une voix stupéfiante, nous encourageons nos lecteurs à suivre ce jeune talent plein de promesses !

Le reste de la distribution demeure assez inégal. Avec quelques pépites tout de même, Alan Picol en savant est désopilant,  Clara Schmidt est une amoureuse Isabelle charmante et Jeanne Dumat campe un Lélio correct.  La Lucrèce d’Alicia Haté n’est pas très convaincante et le Monsieur Pantalon de Vincent Vantyghem n’arrive pas à nous saisir dramatiquement.  Par ailleurs, la mise en espace de Damien Bigourdian demeure assez faible, tenant plus du gag que du renouvellement du genre.  Si les Frivolités Parisiennes sont au top musicalement dans la redécouverte du répertoire d’opéra comique,  le déséquilibre d’une mise-en-scène un peu poussiéreuse laisse choir l’originalité de l’œuvre.  Gageons que l’équipe des Frivolités Parisiennes reviendront à Grisar avec un spectacle qui renouvèlera le genre aussi brillamment qu’ils le font dans la fosse.

 

Quoi qu’il en soit,  cette nouvelle vie de l’opéra comique au cœur de son terrain d’origine,  fait un joli pied de nez aux institutions consacrées qui ne jurent plus sur le talent mais sur la comptabilité des marchands de sièges.  Saluons alors le courage de cette jeune compagnie et laissons nous porter vers des rivages inconnus avec le sourire des explorateurs !

 

 

 

 

 

 

Bonsoir monsieur Pantalon
Opéra comique d’Albert Grisar  (1851)

 

Les Frivolités parisiennes

 

Colombine – Anne-Aurore Cochet
Isabelle – Clara Schmidt
Lucrèce  – Alicia HatĂ©
Lélio – Jeanne Dumat
Le Docteur – Alan Picol
M. Pantalon – Vincent Vantyghem
Deux porteurs  – Thibaut ThĂ©zan et Jaoued El Hirach

 

 

Mise en espace : Damien Bigourdian
Orchestre des Frivolités Parisiennes
Nicolas Simon, direction.

 

Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie 1, le 3 février 2015. Boulez: Pli selon pli. Varèse : Amériques. Marisol Montalvo, soprano (Pli selon pli). Ensemble Intercontemporain, Orchestre du CNSMDP. Matthias Pintscher, direction.

Une nuit magique, où l’hiver s’attache encore au ciel étoilé et aux lunes encore glacées. Sur le parvis de la Villette, la nef immense, tel un long cétacé semble dormir sous sa peau d’argent, mais son ventre gronde de lumière et bruisse d’impatience et d’éveil.  La Philharmonie ouvre ses portes au maître qui la désira de tous ses sens, Pierre Boulez, dont le siècle est déjà proche, un siècle qui lui doit tant.

Le bel aujourd’hui…

Pierre_BoulezLe retour des mystères incroyables de Pli selon pli et les vers sublimes de Stéphane Mallarmé, mais cette fois-ci dans le nouvel amphithéâtre de la Philharmonie de Paris (Philharmonie 1). Être confronté à un tel monument est en soi un vertigineux défi pour la sensibilité. La musique de Pli selon pli éveille, motive, incite et décline des mystères, une sorte de mystique sensuelle incarnée par la soprano qui est tour à tour vierge et enchanteresse, muse et élément.  Dans ce rôle protéiforme, la très latine Marisol Montalvo a touché à la perfection la corde puissante du désir et du symbole.  Avec une voix cristalline, plus incarnée que celle de Barbara Hannigan,  elle offre à la partition de Boulez un souffle émotionnel plus sauvage, aux prises avec une sensualité exacerbée. Là où Hannigan offre l’extase des camélias d’hiver, Marisol Montalvo fait naître des orchidées des forêts vierges et des rosiers pourprés. La seule faille fut un léger défaut dans la prosodie dans le français, essentiel néanmoins pour saisir l’intensité de l’œuvre.  Quand la voix laissa sa place à l’immense orchestre des Amériques de Varèse,  le leviathan sembla chanter à plusieurs voix dans cette exposition splendide de mondes divers. « Amériques » poursuit une quête dans la nouveauté, un langage pléthorique des sons, nous avons entendu l’imaginaire d’avant-garde qui n’a pas pris une ride. La musique de Varèse est d’une colossale finesse et offre une multitudes de références. Surtout quand l’irruption de sirènes mécaniques parsème la pièce. Un clin d’œil à ce parti pris des choses que Ponge décrivit si bien, une sorte de manifeste pour la musique du quotidien, où la nouveauté n’est toujours pas lointaine ni inatteignable.

Pour ce concert aux couleurs diverses et complémentaires, l’Ensemble Intercontemporain s’associe à l’Orchestre du CNSMDP.  Dans les rangs de l’Intercontemporain, nous entendons la précision, la parfaite maîtrise des styles et des nuances tant de Boulez que de Varèse, ils forment une belle tête de proue à un orchestre du CNSMDP parfois en mal de cohérence et de justesse. Nous saluons néanmoins les musiciens qui ont démontré d’une manière remarquable une assise chevronnée dans ce répertoire et une réponse très vive face aux exigences de ces deux œuvres monumentales.

A la tête de ces deux univers différents,  Matthias Pintscher est correct, mais, on remarque une battue quelque peu sévère et nerveuse. Dans Pli selon pli,  sa direction ôte parfois une souplesse inhérente à l’œuvre, qui aurait pu la rendre un peu plus légère.  Dans Amériques, sa direction demeure bonne mais un peu trop sur la retenue. A la Philharmonie maintenant les pas sont feutrés, une certaine émotion naît en sortant de cette nef d’argent et de verre,  surtout quand au loin on aperçoit cet immense monument de la musique qui rappelle les vers de Mallarmé :

« Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfui contre la vitre blĂŞme
Flotte plus qu’il n’ensevelit. »

Compte rendu rédigé par notre rédacteur Pedro Octavo Diaz. illustration : Pierre Boulez (DR)