COMPTE RENDU, opéra. Varsovie, Opéra, le 16 août 2019. Stanislaw Moniuszko : Le Bùtelier. Europa Galante, F BIONDI.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. Varsovie, OpĂ©ra, le 16 aoĂ»t 2019. Stanislaw Moniuszko : Le BĂątelier. Europa Galante, F BIONDI. VARSOVIE est un lieu oĂč la flĂąnerie peut apporter des belles perspectives et des promesses de rencontres avec la riche histoire de la Pologne. Si bien, dans ce centre historique martyre de la barbarie nazie, on voit se cĂŽtoyer Ă  la fois la gloire reconstruite de la Rzeczpospolita avec le cĂ©lĂšbre chĂąteau du roi Auguste le fort, amoureux de l’opĂ©ra, et les monumentaux ensembles de l’ùre communiste. On arrive Ă  apercevoir en contrebas le domaine de MĂ©lusine, cette Vistule aux remous mystĂ©rieux que de paisibles bĂąteliers sillonnent toujours.

La SirĂšne de la Wisla

Stanislaw Moniuszko classiquenews portrait opera concert critique operalI y a deux siĂšcles naissait STANISLAW MONIUSZKO, le plus grand compositeur avec Chopin, du romantisme Polonais. Connu surtout pour ses Ɠuvres comiques, Moniuszko n’a pas moins composĂ© des ouvrages sĂ©rieux (Paria) et une multitude d’autres Ɠuvres. La musique de Moniuzsko, mĂȘme si elle est le creuset d’une multitude d’influences italiennes et françaises, elle reste unique puisqu’elle a donnĂ© voix Ă  la rĂ©silience culturelle Polonaise. En effet tout comme Jan Stefani dans son Miracle SupposĂ©, Moniuszko se fait le chantre d’un pays opprimĂ© par trois pays. Dans Flis, Moniuszko fait une belle photographie musicale de la vie de Varsovie.

Pour l’auditeur du XXI Ăšme siĂšcle, la musique de Moniuszko ne ressemble Ă  aucune autre, elle est un savant mĂ©lange de vivacitĂ© et de mĂ©lancolie. On retrouve dans toutes ses mesures l’Ăąme de cette Pologne qui a refusĂ© de disparaĂźtre. Quel plaisir de retrouver cette belle partition dĂ©fendue avec une Ă©nergie enthousiasmante par Fabio Biondi et son Europa Galante.

Connus Ă©videmment pour ses merveilleuses productions et enregistrements baroques, Fabio Biondi, depuis une petite dizaine d’annĂ©es nous a rĂ©vĂ©lĂ© un aspect moins connu de ses talents de chef. En s’attaquant d’abord Ă  Bellini ou Ă  Verdi, il leur insuffle une Ă©nergie nouvelle. AprĂšs Halka en version italienne, dont le fantastique enregistrement est disponible en France, il poursuit son exploration du rĂ©pertoire de Moniuszko avec Flis.

InstallĂ©s ce soir carrĂ©ment sur le colossal plateau de l’OpĂ©ra de Varsovie, le plus grand d’Europe, on apprĂ©cie l’acoustique surprenante sous les cintres de cette scĂšne immense. Au coeur des gradins on retrouve donc l’Europa Galante et le fabuleux Choeur de Podlasie. L’orchestre sur instruments d’Ă©poque rĂ©vĂšle toute la finesse et les couleurs Ă©blouissantes de la partition de Moniuszko.

DĂšs l’ouverture, on ressent le ressac des ondes de la Wisla, la demeure de la sirĂšne de Varsovie, l’immensitĂ© du fleuve, succĂšde Ă  ses torrents, ses mĂ©andres capricieux et ses flots puissants. Moniuszko dĂ©ploie en un seul acte toute la belle orfĂšvrerie de son gĂ©nie et maestro Biondi lui rend tout Ă  fait justice en interprĂ©tant Ă  merveille ce chef d’oeuvre.

La distribution est convaincante. On remarquera la Zosia merveilleuse d’Ewa Tracz, avec une voix grande et Ă©quilibrĂ©e dans toute son Ă©tendue. Riche dans les graves et dans le mĂ©dium et brillante dans les aĂŻgus. Nous avons Ă©tĂ© Ă©mus plusieurs fois par ses interventions d’un beau dramatisme. Face Ă  elle, le tĂ©nor Matheus Pompeu, incroyable de nuances ; Ă  l’image d’un Michael Spyres, sa voix nous Ă©merveille tout au long de son incarnation de l’amoureux Franek. De mĂȘme nous avons adorĂ© le baryton Mariusz Godlewski, dĂ©sopilant en tant que Jakub, le coiffeur Ă©conduit et prĂ©tentieux, dont l’air “Ach nie mow tego Zosiu mila” (ScĂšne IX) est un petit bijou que tout baryton devrait inclure dans son rĂ©pertoire. Le reste de la distribution a offert Ă  la soirĂ©e une trĂšs belle interprĂ©tation, digne d’ĂȘtre considĂ©rĂ©e par tout passionnĂ© ; soit un futur joyau pour figurer dans sa collection dĂšs que l’enregistrement sera disponible.

AprĂšs la derniĂšre nuit Ă  Varsovie, en passant de la place Pilsudski Ă  l’imposant et iconique Palais de la Culture, Ă  chaque pas on sent battre le coeur de la ville qui affrontera les tempĂȘtes envers et contre tout
 Il est l’heure que les chants de sa belle sirĂšne soient entendus partout parce qu’ils sont d’une beautĂ© enivrante.

COMPTE RENDU, opéra. Varsovie, Opéra, le 16 août 2019. Stanislaw Moniuszko : Le Bùtelier. Europa Galante / F BIONDI
ScĂšne du Teatru Wielki- OpĂ©ra National – 20h

Stanislaw Moniuszko (1819 – 1872)
Flis (1858) – Le BĂątelier

Antoni – Aleksander Teliga – basse
Zosia – Ewa Tracz – soprano
Szostak – Wojtek Gierlach – basse
Franek – Matheus Pompeu – tĂ©nor
Jakub – Mariusz Godlewski – baryton
Feliks – Pawel Cichonski – tĂ©nor

Choeur Philharmonique et d’Opera de Podlasie
chef de choeur – Violetta Bielecka

Europa Galante
dir. Fabio Biondi

COMPTE RENDU, opĂ©ra. Varsovie, le 15 aoĂ»t 2019. Jan Stefani (1746 – 1829) Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale Le Miracle supposĂ© ou les Cracoviens et les Montagnards Varsovie – 1794 

varsovie-e1531396395212COMPTE RENDU, opĂ©ra. Varsovie, le 15 aoĂ»t 2019. Jan Stefani (1746 – 1829) Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale Le Miracle supposĂ© ou les Cracoviens et les Montagnards Varsovie – 1794   –  La lĂ©gende raconte que la sirĂšne MĂ©lusine a menĂ© le duc BolesƂaw II de Mazovie sur un des coudes de la WisƂa (Vistule) pour y fonder une ville en son honneur, ce sera la belle Warszawa, Varsovie.  Varsovie est digne de sa devise, Contemnit procellas (rĂ©siste aux tempĂȘtes). Telle la sirĂšne guerriĂšre qui orne son blason, la capitale de la Pologne est revenue parmi les ruines aprĂšs la barbarie des nazis. Au XXIĂšme siĂšcle, Varsovie est un coeur qui bat avec vigueur, avec une vie culturelle passionnante toujours tournĂ©e vers la richesse de son patrimoine musical.

Sur les rives de la Sirùne
 Classiquenews à Varsovie

Connaissez vous Stanislaw Moniuszko et Jan Stefani ?

 

En plus du fabuleux concours Chopin de piano et de son pendant sur instruments anciens, le prestigieux Institut Chopin organise tous les Ă©tĂ©s le Festival « Chopin i jego Europa » (« Chopin et son Europe »). Pour sa 15e Ă©dition cette fabuleuse manifestation a rĂ©uni des artistes de taille internationale pour rendre hommage Ă  Chopin et ses contemporains. Ce festival unique en son genre fait la part belle aux interprĂ©tations sur instruments d’époque et se concentre aussi sur la musique composĂ©e par la talentueuse Ă©cole Polonaise du XIXĂšme siĂšcle et les Ɠuvres qui ont pour sujet la Pologne et l’hĂ©roĂŻque peuple Polonais.

L’identitĂ© de cette manifestation, conçue par le directeur artistique Stanislaw Leszczynski, est d’offrir Ă  la musique de Chopin un contexte esthĂ©tique et historique pour placer son gĂ©nie au cƓur de la musique EuropĂ©enne de son temps. En 2019 double cĂ©lĂ©bration puisque le festival se lance dans la redĂ©couverte du fabuleux gĂ©nie de Stanislaw Moniuszko !

Stanislaw Moniuszko classiquenews portrait opera concert critique operaStanislaw Moniuszko (1819 – 1872) est toujours injustement mĂ©connu en dehors de Pologne. Et pourtant, il a suscitĂ© l’admiration de plĂ©thore de ses confrĂšres et de ses contemporains Polonais ou EuropĂ©ens. C’est grĂące Ă  l’admirable travail que mĂšnent main dans la main l’Institut Chopin et l’Institut Adam Minckiewicz que des projets fabuleux tels que les derniers enregistrements de la version italienne de Halka ou le Straszny dwĂłr (Le Manoir enchantĂ©) ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. Rendons aussi hommage au travail enthousiaste et enthousiasmant du directeur artistique du festival « Chopin i jego Europa », Stanislaw Leszczynski. GrĂące Ă  lui, la rencontre entre le richissime patrimoine musical Polonais et des artistes de grande renommĂ©e rĂ©ussit Ă  faire vibrer le cƓur du public avec ces chefs d’Ɠuvre.

La Pologne de 2019 est active dans la dĂ©couverte de son patrimoine musical. La preuve en est l’énergie avec laquelle M. Leszczynski construit une remarquable programmation et des artistes polonais tels que le chef admirable Luckasz Borowicz s’engagent dans la rĂ©surrection des plus belles pages de la musique Polonaise.

VARSOVIE, le 15 aoĂ»t 2019 – Salle Philharmonique -  20h

Jan Stefani (1746 – 1829)
Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale
Le Miracle supposé ou les Cracoviens et les Montagnards
Varsovie – 1794
PremiĂšre mondiale en version concert

En 1794, la Pologne vivait ses derniers mois comme un Ă©tat vĂ©ritablement indĂ©pendant. En effet, ce qui jusqu’alors Ă©tait la glorieuse Rzeczpospolita Obojga NarodĂłw (La RĂ©publique des deux Nations ou Pologne-Lituanie). Cette nation Ă©tait un des plus grands Ă©tats d’Europe, s’Ă©tendant des rives de l’Oder Ă  Smolensk et le sud de l’Estonie actuelle. Cas unique en son genre, cette RĂ©publique sui generis Ă©lisait un roi. D’ailleurs ce fut le cas d’Henri de Valois, ce cĂ©lĂšbre “Roi malgrĂ© lui” que Chabrier immortalisa, qui deviendra Henri III de France en 1574.

Le miraculeux Stefani ! 

stefani-jan-polonais-compositeur-concert-annonce-critique-concertLa France a toujours Ă©tĂ© un pays qui a beaucoup influencĂ© la destinĂ©e de la Pologne. Les Ă©vĂ©nements de 1789 et la suite de l’aventure RĂ©volutionnaire ont Ă©tĂ© vivement ressentis en Pologne et ont fait croitre un jacobinisme certain au sein de la RĂ©publique. Las ce grand Ă©tat, Ă©tait entourĂ© des ambitions territoriales d’une Prusse de plus en plus puissante, de l’Autriche avide de nouveaux territoires et de la tsarine Catherine II qui souhaitait pĂ©nĂ©trer de plus en plus en occident. En 1772, un premier “partage” de l’immense territoire de la Pologne s’est opĂ©rĂ©, sans coup fĂ©rir. En 1794, le destin de la Rzeczpospolita semblait scellĂ©, en effet en 1793 l’alliance dit “d’amitiĂ©” que le rĂ©gime a signĂ© avec la Prusse Ă©tait la porte ouverte Ă  son dĂ©membrement final qui aura lieu lors de la derniĂšre DiĂšte de la RĂ©publique des Deux Nations Ă  Grodno du 17 juin au 23 novembre 1793. La fin de l’existence de l’Etat Polonais semblait inĂ©luctable et irrĂ©versible.

Lors de la crĂ©ation de ce Miracle SupposĂ© le 1er mars 1794 Ă  Varsovie, la fureur couvait dans la capitale Ă  cause de l’inique rĂ©solution de partition arrachĂ©e par la force des baĂŻonnettes Russes et Prussiennes aux membres de la DiĂšte. Et le livret de Boguslawski, est truffĂ© de “LibertĂ©” et de valeurs de rĂ©sistance. En effet l’histoire raconte l’arrivĂ©e des sauvages Montagnards Ă  Mogila, village de la banlieue de Cracovie, qui risquent d’enlever la belle Basia. Heureusement pour les villageois et malgrĂ© l’appel Ă  la fraternitĂ© de l’Ă©tudiant Bardos, ce sont les hĂ©roĂŻques Cracoviens qui repoussent les barbares Montagnards.
L’argument et des extraits Ă©loquents, contrastent avec la rĂ©alitĂ© que devait vivre la nation Polonaise Ă  l’heure de la crĂ©ation. En effet, coĂŻncidence Ă©tonnante, alors que ce Miracle SupposĂ© devait toujours ĂȘtre Ă  l’affiche, le 12 mars 1794 marque le dĂ©but du soulĂšvement glorieux de Tadeusz Kosciuszko qui sera matĂ© dans le sang par l’armĂ©e Russo-prussienne le 16 novembre 1794. AprĂšs ça, la Pologne cessera d’exister tout Ă  fait aprĂšs le partage de 1795 jusqu’Ă  la fondation du Grand DuchĂ© de Varsovie par NapolĂ©on Ier en 1807.

LA RÉSISTANCE DU PEUPLE
L’on peut concevoir ce magnifique opĂ©ra comme un vĂ©ritable appel Ă  la rĂ©sistance culturelle d’un peuple qui a toujours refusĂ© de cĂ©der Ă  l’ambition de ses voisins.

Et l’oeuvre est admirable. Construite comme un opĂ©ra comique ou un singspiel, on retrouve des dialogues parlĂ©s et des arias pĂ©tillants et d’une beautĂ© Ă©lĂ©giaque. On sent aisĂ©ment une influence de l’Ă©cole de Haydn et aussi de la musique populaire Polonaise. DĂšs l’ouverture nous sentons le raffinement classique de Stefani, nĂ© TchĂšque et dĂ©sormais Polonais. DĂšs l’ouverture avec les soli de l’harmonie qui dialoguent avec les cuivres et les cordes, ont pourrait comparer cette partition au meilleur de Salieri ou de Martin y Soler.

On retrouve aussi des airs fabuleux, tels que les airs de Basia et le “Jestem dobra” qui aurait pu ĂȘtre un des airs de Susanna dans les Noces de Figaro. Aussi on remarque la trĂšs belle Cavatine “Swiat srogi” de l’Ă©tudiant Bardos qui nous appelle Ă  la fraternitĂ©. Ou bien la trĂšs belle Polacca : “Rzadko widac” de Dorota. La partition regorge de merveilleux trĂ©sors.

Et l’interprĂ©tation est juste 
 sublime. MalgrĂ© l’acoustique trĂšs rĂ©sonnante de la Salle Philharmonique de Varsovie, le Collegium 1704 et son choeur le Collegium Vocale 1704 ont fait honneur Ă  leur belle rĂ©putation. Cet orchestre nous a dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  des superbes versions de Zelenka, Bach, HĂ€ndel et Vivaldi ; les retrouver dans un territoire plus tardif Ă©tait une trĂšs belle surprise.
Vaclav Luks mĂšne son orchestre avec le mĂȘme enthousiasme communicatif que pour tous ses projets et dessine les nuances de la partition de Stefani avec prĂ©cision et une richesse de timbre inĂ©galĂ©e. On devine finalement les influences du compositeur mais aussi la maĂźtrise du style avec des orchestrations liĂ©es Ă  la dramaturgie. Vivement que Vaclav Luks et son orchestre poursuivent leur exploration du rĂ©pertoire classique, on en rĂ©clame !

CĂŽtĂ© cast, Nous saluons des voix dans l’ensemble trĂšs belles et justes. Notre prĂ©fĂ©rence s’est portĂ©e vers les sublimes Basia de Natalia Rubis, aux aigus fruitĂ©s; la Dorota pĂ©tillante de Lenka Cafourkova ; les fabuleux Bardos Ă©lĂ©giaque de Tomas Selc et Krystian Adam dans les rĂŽles de Stach et Morgal.

Souhaitons retrouver cette belle oeuvre avec des tels artistes un jour sur nos scÚnes Françaises. Un enregistrement a fixé cette oeuvre au disque et il sortira bientÎt dans les bacs en France.

Bartlomiej/ Jonek / Swistos – Vaclav Cizek – tĂ©nor
Dorota – Lenka Cafourkova – soprano
Basia – Natalia Rubis – soprano
Stach/Morgal – Krystian Adam – tĂ©nor
Bryndas – Jan Martinik – basse
Bardos – Tomas Selc – baryton-basse

Collegium Vocale 1704
Collegium 1704  -  dir. Vaclav Luks

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Festival Terraqué 2019 : 30 août-7sept 2019

5b6417eadbecaterraqué_2018_logo-BDCARNAC. Festival TerraquĂ© 2019 – Les chemins qui vont Ă  la mer”. La terre de Morbihan porte en son sein des richesses multiples. Du vert au bleu qui se fondent entre ciel et mer et cet argent terraquĂ© qui charme lors des crĂ©puscules ondoyants. Des belles lĂ©gendes des couronnes fĂ©eriques et d’autres Korrigans, c’est Ă  Carnac que la musique a choisi sa demeure tout prĂšs des menhirs dont la renommĂ©e n’est plus Ă  formuler.
En effet, depuis 3 ans, maestro Mao-Takacs a crĂ©Ă© Ă  Carnac le Festival TerraquĂ©. Pour certains ce nom semble abstrus mais les poĂštes ne s’y trompent pas, puisque l’Ă©pithĂšte dĂ©crit en trois syllabes, l’union de la terre et de l’eau: la quintessence de la Bretagne !
Le but essentiel du Festival TerraquĂ© est de permettre aux jeunes artistes de grand talent de se produire auprĂšs du public Morbihanais. Ainsi aussi c’est possible de crĂ©er une dynamique territoriale en sublimant des lieux tels que la Chapelle de la Madeleine ou l’Eglise de Saint-CornĂ©ly (le pape Corneille de la lĂ©gende des mĂ©nhirs !).
Le rĂ©pertoire variĂ© centrĂ© majoritairement autour des musiques des XIXĂšme et XXĂšme siĂšcles, avec comme particularitĂ© cette annĂ©e d’avoir beaucoup de musique vocale. Nous remarquons notamment la prĂ©sence de deux fabuleuses solistes : Axelle Fanyo et Marie-Laure Garnier.
Chaque Ă©dition le Festival TerraquĂ© voit aussi des concerts avec le Secession Orchestra, phalange crĂ©Ă©e et dirigĂ©e par maestro Mao-Takacs. Chaque concert est un bijou et nous encourageons vivement tout auditeur de les dĂ©couvrir et d’ĂȘtre fidĂšle Ă  ces extraordinaires artistes.
DĂ©sormais, si les chemins qui vont Ă  la mer ne vous conduisent vers la flĂąnerie, qu’ils cĂšdent aux sentiers ponctuĂ©s de merveilles terraquĂ©es Ă  l’heure oĂč l’Ă©tĂ© mĂ»rit et devient propice aux musiques de ClĂ©ment Mao-Takacs et ses talentueux artistes.

 

30/08 – 7/09 -2019 – CARNAC (Morbihan)- festival TERRAQUÉ 2019

 

COMPTE-RENDU, festival. HARDELOT (Pas-de-Calais), 10Ăš festival Midsummer. Les 27, 28 et 29 juin 2019. Orlinski, Vivaldi, Ens. Correspondances

midsummer hardelot festival 2019 annonce critique classiquenewsCOMPTE-RENDU, festival. HARDELOT (Pas-de-Calais), 10Ăš festival Midsummer. Les 27, 28 et 29 juin 2019. Orlinski, Vivaldi, Ens. Correspondances. 3 soirs Ă  Hardelot. Surgissant tel un bosquet parmi les herbes fertiles des prĂ©s qui entourent le chĂąteau d’Hardelot, le ThĂ©Ăątre Ă©ponyme semble respirer le mĂȘme air que les frondaisons et s’élĂšve vers le soleil de juin avec la mĂȘme force originelle. Hardelot c’est le bois, le vert, le bleu d’azur et des lacs assoupis; Hardelot c’est la pierre argentĂ©e du chĂąteau romantique et des bastions anciens des comtes de Boulogne. Hardelot c’est un tout, un Ă©lĂ©ment total, l’épithalame des sens.
Tout a surgi d’un songe, tel celui fĂ©erique de Shakespeare. De la fosse Ă  la terrasse et des pilastres au plancher, tous les bois le composent, ouvrant sa scĂšne telle une clairiĂšre fabuleuse.

Pour le dernier week-end du dixiĂšme Festival Midsummer au cƓur de l’entente cordiale, le directeur artistique SĂ©bastien Mahieuxe a proposĂ© un voyage aux mille couleurs du prisme.

 

 

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Jeudi 27 Juin 2019 – 20h30
ThĂ©Ăątre d’Hardelot

Anima Sacra

Airs sacrĂ©s et d’oratorios de Heinichen, Hasse, Zelenka, Fago.
Jakub Jozef OrliƄski – contretenor
Il Pomo d’Oro
Premier violon – Zefira Valova
Francesco Corti, direction

Âme errante

orlinski-cd-anima-sacra-erto-cd-critique-cd-critique-opera-critique-lyrique-xl_orlinski_disqueSi la floraison de jeunes talents dans notre monde musical est une merveilleuse chose, le talent reste une affaire relativement galvaudĂ©e. HĂ©las, alors que nous vivons dans une Ăšre d’image qui pollue la politique, les mĂ©dias, et n’importe quel interstice du quotidien, la musique de patrimoine ne semble pas Ă©chapper Ă  un tel phĂ©nomĂšne. Doit-on enchĂ©rir avec le sempiternel adage blasĂ© et nostalgique du « c’était mieux avant … » ? – la rĂ©ponse est double. Échapper Ă  la surexposition de l’image est impossible pour tout artiste qui souhaite s’imposer dans le marchĂ© de la musique d’aujourd’hui, or si l’image pousse des artistes de plus en plus jeunes dans l’ocĂ©an musical infestĂ© de requins et autres murĂšnes, il demeure compliquĂ© de maintenir le cap vers le bon port.

Le phĂ©nomĂšne des contre-tĂ©nors n’est pas nouveau. Depuis Alfred Deller et son « look » Old England trĂšs classe Ă  la nouvelle coqueluche des amoureux des nouveaux Primi Uomini, le jeune Polonais Jakub Jozef OrliƄski
 Ce talentueux soliste de 29 ans, tout droit sorti de Juilliard, a fait exploser les rĂ©seaux sociaux avec son interprĂ©tation du « Vedro con mio diletto » issu du Giustino de Vivaldi. De plus il fascine par son charisme et sa passion pour le breakdance et autres chorĂ©graphies urbaines. Mr OrliƄski est le produit qu’attendait le baroque depuis des annĂ©es, il fait le mĂȘme buzz qu’a fait Ivo Pogolerić dans le monde du piano avec ses converse.

Depuis HĂ©lĂšne de Troie, la beautĂ© nous fascine, si en plus elle est moderne Ă  outrance alors c’est le comble du bonheur. Mais est ce que qu’on parle des divers hobbies des solistes et chefs d’hier et d’aujourd’hui ? Sommes-nous victimes des trĂšs habiles marketeurs des labels ? L’artiste lui mĂȘme n’est il pas en danger de succomber Ă  son image, qui, tel la mare funeste pour Narcisse, le dĂ©vorera tout entier ?

Le rĂ©cital Anima Sacra de Mr OrliƄski est riche en redĂ©couvertes. On y trouve enfin ces musiques souvent oubliĂ©es de Heinichen, Hasse et le fabuleux Nicola Fago ! Or, si les piĂšces sont d’une incroyable beautĂ©, interprĂ©tĂ©es avec brio et talent par le contre-tĂ©nor, il n’en demeure pas moins qu’elles se ressemblent. Ce programme peine Ă  garder une ligne dramaturgique et mĂȘme liturgique. Il est monochrome Ă  part un air. Dommage pour les compositeurs et pour les Ɠuvres.

Il Pomo d’Oro nous a habituĂ© Ă  des envolĂ©es fougueuses que ce soit avec Riccardo Minasi ou avec Maxim Emelyachev. HĂ©las, ce soir, Francesco Corti, avec une battue sans Ă©nergie n’arrive pas Ă  insuffler allant, feu et fiĂšvre aux morceaux sĂ©lectionnĂ©s. Heureusement que le premier violon, la fabuleuse Zefira Valova nous entraĂźne dans toutes les nuances des partitions et notamment dans la symphonie de Zelenka !

Mr OrliƄski minaude tout autant que Mme Bartoli et se contrit des mĂȘmes gestes sans diffĂ©rencier les Ă©motions dans les Ă©vocations sacrĂ©es. On dirait qu’il n’a cure de transmettre ce que dit le texte, malgrĂ© sa nature sacrĂ©e. Vocalement, si l’extrait de l’oratorio Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena « Mea tormenta properate! » est interprĂ©tĂ© parfaitement, le reste du programme fait Ă©tat de limites Ă©tonnantes pour une si jeune voix. Un vibrato persistant parasite les aigus et les graves, le mĂ©dium est fragile voire parfois inexistant. Mais le public a reçu ce jeune talent avec une chaleureuse ovation qui a dĂ©bouchĂ© sur trois bis.

Finalement pour ce soir, l’esprit d’Oberon et sa voix de contre-tĂ©nor Ă©taient partis chasser les esprits de la nuit ailleurs.

 

 

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Vendredi 28 juin 2019 – 20h30
ThĂ©Ăątre d’Hardelot

Les voix des éléments
Les Quatre Saisons
Les Musiciens de Saint-Julien
Direction, flĂ»tes, musette – François Lazarevitch

Pour la deuxiĂšme soirĂ©e dans l’univers magique d’Hardelot, c’est le vent qui vient caresser les prĂšs et la cime des arbres avec ses mains effilĂ©es. Et ce soir c’est la musique des vents qui allait envahir le beau ThĂ©Ăątre d’Hardelot.

Alors que notre terre subit un changement certain du climat, ni le premier, ni certainement pas le dernier, nous regrettons ces saisons qui firent neiger en hiver, dorer les peaux en été et fleurir les champs au mois de mai. La carte postale de cette nature évanouie a été fixée par Antonio Vivaldi dans ses concerti inoubliables qui sont devenus la base de sa renommée.

François Lazarevitch, dĂ©fricheur infatigable, nous offre des Quatre saisons Ă©tonnantes dans une version pour divers instruments Ă  vent, dont des flĂ»tes Ă©videmment et plus curieusement la version transposĂ©e du cĂ©lĂšbre Printemps de Nicolas de ChĂ©deville pour musette. Cette version Ă©tonne dĂ©jĂ  par l’utilisation de cet instrument trĂšs prĂ©sent dans la musique Française, surtout pour Ă©voquer les pĂątres.

Soutenu en force par des musiciens aguerris, François Lazarevitch s’engage dans l’interprĂ©tation fascinante de ces piĂšces que nous croyons connaĂźtre par cƓur pour nous apporter des nuances nouvelles. On s’étonne aussi par la construction du programme, oĂč les saisons subissent le mĂȘme changement que notre planĂšte, une rĂ©elle prise de conscience musicale.

Nous sortons du concert des Musiciens de Saint-Julien avec la satisfaction d’avoir redĂ©couvert un chef d’Ɠuvre avec des interprĂštes d’une Ă©nergie et d’une modestie revigorantes.

La nuit s’abattit lentement sur Hardelot et les parfums de ses mille nuances d’émeraude nous apportent la promesse d’une nouvelle journĂ©e aux accents nouveaux et enthousiasmants.

 

 

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Samedi 29 Juin 2019 – 20h30
ThĂ©Ăątre d’Hardelot
Matthew Locke (1621 – 1677)
Psyche (Londres – 1675)
Semi-opéra

 

 
L’ñme et l’esprit

Matthew Locke est un des premiers compositeurs anglais Ă  avoir mis en musique des Ɠuvres pour la scĂšne. Sa vie a traversĂ© la pĂ©riode la plus troublĂ©e de l’histoire britannique, notamment pour les arts et la musique en particulier. En effet entre 1648 et 1660 lors de la pĂ©riode du « Protectorat » de Cromwell, le puritanisme Ă  outrance a barricadĂ© l’Angleterre de toute forme d’expression scĂ©nique et profane alors qu’en Europe continentale, la crĂ©ation musicale explosait littĂ©ralement. A l’arrivĂ©e de Charles II (1660 – 1685), toute l’énergie crĂ©atrice bridĂ©e a dĂ©bordĂ© dans une vĂ©ritable renaissance de la musique Anglaise grĂące aux compositeurs tels Purcell, Locke, et italiens tels que Draghi.

MĂ©connue depuis l’enregistrement introuvable de Philip Pickett chez Oiseau Lyre, la Psyche de Matthew Locke s’inspire directement des tragĂ©dies en musique Outre-Manche et plus particuliĂšrement de celles de Lully / MoliĂšre. Contrairement Ă  l’enregistrement de Pickett, SĂ©bastien DaucĂ© abandonne ici la musique de Draghi pour ne faire que du Locke. L’Ɠuvre finalement gagne en cohĂ©rence mĂȘme si elle perd en authenticitĂ© vu que les musiques de Draghi et Locke cohabitaient lors de la crĂ©ation vraisemblablement. Cette version aussi ajoute deux extraits de la PsychĂ© de Lully, l’ouverture et la scĂšne des affligĂ©s, ce qui offre de trĂšs belles nuances. Saluons le travail incomparable d’édition de cet insigne chef chercheur qu’est SĂ©bastien DaucĂ© !

SĂ©bastien DaucĂ©, pour sa premiĂšre incursion dans l’opĂ©ra Anglais de la Restauration, ouvre des perspectives brillantes et d’une rare beautĂ©. On a plaisir Ă  dĂ©vorer cette partition grĂące Ă  l’élĂ©gance et la gĂ©nĂ©rositĂ© de sa direction, d’une prĂ©cision parfaite. Il mĂšne ses musiciens et le public dans un voyage aux confins d’un style nouveau. Nous sommes saisis d’émotion avec les airs et les chƓurs, tout est construit avec harmonie. SĂ©bastien DaucĂ© est plus qu’un chef, il est un vĂ©ritable architecte des sens ; il partage, il innove, il rĂ©vĂšle et sublime toute la musique qu’il touche.

Autour de lui ses musiciens sont rĂ©actifs et apportent Ă  la partition une infinitĂ© de nuances. On devine l’intrigue malgrĂ© l’absence du texte parlĂ©. Les cordes sont richement parĂ©es par les gestes Ă©nergiques des musiciens et les vents Ă©voquent les voix amoureuses des sous-bois et la fanfare tonitruante de la suite des dieux.

Les solistes Ă  la fois dans le choeur et dans les airs impriment une interprĂ©tation mĂ©morable. La douceur du timbre gĂ©nĂ©reux de Caroline Weynants qui souligne la fureur des Erynnies et la fragilitĂ© des nymphes nous font frĂ©mir autant que l’air inoubliable « Apritemi il varco a la morte » du Diluvio de Falvetti qu’elle a chantĂ©. DĂ©borah Cachet et Élodie Fonnard sont des divinitĂ©s Ă  la voix brillante et Ă©gale. En femmes affligĂ©es, elles nous brisent le cƓur tellement elles transmettent la dĂ©solation.

En prĂȘtresse, Lucile Richardot est impĂ©riale, on ne se lasse pas de ce grave veloutĂ© de ces aigus puissants ni de son incarnation incomparable. Nouveau venu dans Correspondances, le contrĂ©tenor William Shelton est gĂ©nĂ©reux et prĂ©cis, au timbre d’or digne du fier Apollo qu’il incarne.

Le tĂ©nor David Tricou Ă  la trĂšs belle prestance, nous offre une interprĂ©tation toute en couleurs avec sa voix brillante et Ă  l’aigu ciselĂ©, un talent Ă  suivre absolument.

Dans un des plus beaux airs de cette Psyche, “Behold the god”, Marc Mauillon est un Mars vaillant et sublime avec cette voix incomparable.

L’intĂ©gralitĂ© des voix a rĂ©ussi le pari de la rĂ©surrection de Psyche. Avec de tels talents, on ne pouvait s’attendre qu’à la rĂ©ussite de cette recrĂ©ation mondiale. C’est avec de tels artistes que le Parnasse peut refleurir, sans les chichis de la communication Ă  outrance et avec l’élĂ©gance de la modestie des grands interprĂštes.

A la fin de cette fable mythologique, on sort au cƓur du chĂąteau d’Hardelot, entre la pierre et les hautes herbes parsemĂ©es de coquelicots, on y croit deviner l’envol soudain d’une crĂ©ature fĂ©erique tandis qu’au dessus de nos tĂȘtes, brille un ciel transparent Ă©claboussĂ© de milliers d’étoiles.

 

 

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LOCKE : Psyche / Ensemble Correspondances.

Dessus

DĂ©borah Cachet
Élodie Fonnard
Caroline Weynants
Perrine Devillers

Altos

Lucile Richardot
William Shelton
David Tricou

Tailles

Marc Mauillon
Randol Rodriguez
Antonin Rondepierre

Basses

Étienne Bazola
Renaud Bres
Nicolas Brooymans

Ensemble Correspondances
Direction et orgue : Sébastien Daucé

COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Athénée-LJ, le 23 mai 2019. BARRY : The importance of being Earnest. CHAVAZ / KUHN

Barry gerald importance being earnest critique opera classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, AthĂ©nĂ©e-LJ, le 23 mai 2019. BARRY : The importance of being Earnest. CHAVAZ / KUHN. Il est des musiques qui ne sont pas d’emblĂ©e abordables. On imagine assez le problĂšme des musiques contemporaines, dans un XXIe siĂšcle en proie Ă  la panique dĂšs l’Ă©coute de la moindre dissonance. Osons le dire, certaines musiques de notre temps sont complexes et, par extension, Ă©litistes. Ce n’est pas un problĂšme de public ou de compositeurs, c’est un problĂšme de chaque individu et sa sensibilitĂ©. Il existe aussi des personnes qui dĂ©testent la moindre note de Wagner ou le son des instruments d’Ă©poque: le monde mĂ©lomane est polychrome.

Life in technicolor

Pour la musique de Gerald Barry est une construction minutieuse et sans concessions. Il introduit des beaux moments , malgré le caractÚre parfois psychédélique de ses partitions.

Adapter en musique un chef d’Ɠuvre tel que The importance of being Earnest, est un dĂ©fi qui dĂ©passe le cadre mĂȘme du thĂ©Ăątre. Le quiproquo continu de l’argument de Wilde marque un rythme effrĂ©nĂ© qui ajoute une difficultĂ© supplĂ©mentaire Ă  toute adaptation.

Mais, contre toute rĂ©serve, la partition de Gerald Barry garde le dynamisme survoltĂ© d’Oscar Wilde. On ne perd jamais ni l’humour mordant ni les saltimbanques de chaque instant de l’action. Gerald Barry maintient un la raillerie et le « wit » so British avec notamment de idĂ©es fabuleuses comme un concertino de vaisselle cassĂ©e pour ponctuer les conflits.

On imaginerait mal cette Ɠuvre sans la mise en scĂšne prĂ©cise, inventive, pleine d’esprit de Julien Chavaz. Non seulement on apprĂ©cie son esthĂ©tique trĂšs sixties, au tartan pastel, mais aussi une Ă©nergie qui rĂ©vĂšle les beautĂ©s de la partition et qui garde tout l’humour de Wilde. Julien Chavaz nous livre un spectacle brillant et Ă  l’humanitĂ© universelle. On retrouve avec plaisir l’humour absurde et cocasse “so british” du film “The wrong box” (Bryan Forbes, 1966). Vivement qu’on le retrouve Ă  la tĂȘte d’une nouvelle production Ă  Fribourg ou ailleurs !

La distribution est brillante Ă  la fois dans l’interprĂ©tation histrionique et dans la restitution musicale. Nous saluons les trĂšs beaux timbres Ă  l’amplitude stratosphĂ©rique de Timur et d’Ed Ballard, les deux “Earnest” Ă  la grande classe comme Ă  la pĂ©tulance dĂ©sarmante. Les “ladies” Alison Scherzer et Nina van Essen forment le duo d’amoureuses Ă  la naĂŻvetĂ© toute relative mais aux moyens vocaux impressionnants. Notons au passage la dĂ©sopilante Jessica Walker en Miss Prism dĂ©jantĂ©e. Et comment ne pas mentionner l’inoubliable Aunt Augusta du baryton-basse Graeme Danby au geste prĂ©cis et tailleur en tweed violet, petit sac en bandouliĂšre, so Buckingham Palace. Le Dr Chasuble de Steven Beard nous rappelle le cĂ©lĂšbre Dr Pratt de la “Wrong box” interprĂ©tĂ© dans la film par Peter Sellers et en maĂźtre de cĂ©rĂ©monies Vincent Casagrande est parfait.

Toute cette production contient Ă  la fois l’humour, l’esprit, la richesse musicale pour sertir et sublimer idĂ©alement le chef d’oeuvre d’Oscar Wilde. Gageons que nous aurons le plaisir d’assister bientĂŽt Ă  une reprise et de suivre avec beaucoup d’intĂ©rĂȘt les prochaines productions que Patrice Martinet nous offre dans son thĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e.

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PARIS, ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e-Louis Jouvet / Jeudi 23 mai 2019 Ă  20h
GERALD BARRY : The Importance of being Earnest

Cecily Cardew: Alison Scherzer
Dr Chasuble: Steven Beard
Gwendolyn Fairfax: Nina van Essen
Lady Bracknell: Graeme Danby
Jack Worthing: Timur
Algernon Moncrieff: Ed Ballard
Miss Prism: Jessica Walker
Lane/Merriman: Vincent Casagrande

costumes: Severine Besson
scénographie: Julien Chavaz et Séverine Besson
perruques et maquillages: Sanne Oostervink
lumiĂšres: Eloi Gianini
chorégraphie: Nicole Morel
dramaturgie: Anne Schwaller
chefs de chant: Stephanie Gurga, Silvia Fraser et Florent Lattuga
constructeur des décors: Yves Besson
peintures: Lola Sacier et Valérie Margot
directeur technique: Alain Menétrey
technique: Jakub Dlab
assistante Ă  la mise en scĂšne: Lauriane Tissot

Mise en scĂšne : Julien Chavaz

Orchestre de Chambre Fribourgeois
Direction : JĂ©rĂŽme Kuhn

Coproduction OpĂ©ra Louise, NOF – Nouvel OpĂ©ra de Fribourg, AthĂ©nĂ©e – ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye. La lumiĂšre contrastĂ©e du moi de Mai aux Pays-Bas tend a virer au dorĂ© sous un fond de gris qui a Ă©tĂ© au coeur de l’inspiration de Vermeer, de Hals ou Rembrandt van Rijn. On aperçoit de Rotterdam Ă  Eindhoven, ces villes qui traversĂšrent les siĂšcles par leur mĂ©moire militaire et artistique, telle Breda ou Tilburg. Le soleil, entre deux voiles, irise les jonquilles qui se mouillent leur longues extrĂ©mitĂ©s dans les canaux nourriciers de leurs champs limoneux.

 

 

 

 

Ils ont le mal du siĂšcle et l’ont jusqu’Ă  cent ans
Autrefois de ce mal, ils mouraient Ă  trente ans.

LĂ©o FerrĂ© – Les Romantiques

 

 

Eindhoven, siĂšge historique de Philips et petite ville calme du Brabant Septentrional aux ruelles en briques et les verdoyants ormeaux des rues rĂ©sidentielles prĂšs du ThĂ©Ăątre du Parc oĂč, ce dimanche de giboulĂ©es, les lumiĂšres chromatiques du gai Paris allaient dĂ©barquer au coeur de l’aprĂšs-midi.
Fantasio, contrairement Ă  ce que l’on a vu ces derniĂšres annĂ©es en France, n’est pas simplement une myriade de musiques lĂ©gĂšres et dansantes ou une histoire de clowns et d’autres circassiens qui n’apportent qu’une lecture superficielle de cette oeuvre multiple.

Fantasio est inspirĂ© directement de la piĂšce posthume d’Alfred de Musset, une comĂ©die au Romantisme exacerbĂ© de l’enfant du siĂšcle par excellence. Alors que Musset dĂ©crit Fantasio comme ayant “le mois de mai sur les joues et le mois de janvier dans le coeur”, malgrĂ© l’adaptation du grand compositeur lĂ©ger que fut Offenbach, nous retrouvons dĂšs l’ouverture l’esprit lunaire et mĂ©lancolique de cette partition.

 

 

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En 1872 la France et le Paris sortent Ă  peine du chaos et des traumatismes de la Guerre Franco-Prussienne et de la Commune de Paris. La fĂȘte chatoyante du Second Empire est dĂ©finitivement terminĂ©e et le pays, exsangue, ruinĂ© et vaincu peine Ă  se reconstruire. Offenbach, malgrĂ© une reprise de l’activitĂ© thĂ©Ăątrale, n’aura pas autant d’influence que la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente et demeurera un compositeur dont l’Ă©tiquette NapolĂ©on III et de divertissement lui colle encore et toujours. CrĂ©er Fantasio Ă  ce moment prĂ©cis est un message fort. Non seulement pour ses contemporains brisĂ©s par la guerre et le conflit social, mais aussi pour la jeunesse qui, dĂ©boussolĂ©e et rĂ©voltĂ© a pĂ©ri sur le champ de bataille ou dans les rues de Paris. Avec Fantasio, Offenbach, tout comme Tchaikovsky dans Eugen Onegin (1879), tend un miroir Ă  la jeunesse aux rĂȘves perdus et qui tend Ă  les retrouver dans un amas de ruines de la grandeur passĂ©e.

Cette oeuvre finalement nous parle directement. MalgrĂ© le siĂšcle et trois-quarts qui sĂ©pare la crĂ©ation de Fantasio, des Millenials et autres jeunes trentenaires en 2019, on a l’impression que ce miroir tendu en 1872, reflĂšte notre propre sentiment de solitude et d’ennui, une poĂ©sie de la mĂ©lancolie des gĂ©nĂ©rations errantes dans un labyrinthe technologique et global qui nous condamne Ă  suivre le cours d’un monde qui demeure Ă©tranger et vaste. La philosophie dans les mots de Musset et l’adaptation de son frĂšre Paul, pourrait ĂȘtre retranscrite dans un compte facebook ou un fil twitter sans mal, frĂŽlant un Ă©gotisme et une rĂ©volte sans objet, nous sommes tous les bouffons de notre siĂšcle, des dĂ©cadents sublimes en recherche d’absolu. #JesuisFantasio.

 

 
 

 

Fantasio Ă  Eindhoven
Production idéale entre émotion et humour

 

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Benjamin Prins, en puisant au coeur du message ultra moderne de l’opĂ©ra d’Offenbach et de la piĂšce originelle de Musset, compose une mise en scĂšne exceptionnelle. On sent d’emblĂ©e cette expression du mal d’exister tout en Ă©tant vivant d’une jeunesse qui traverse les siĂšcles. En contrastant le monde des puissants, hommes mĂ»rs caricaturĂ©s en eux-mĂȘmes sous les cheveux gris ou les perruques peroxydĂ©es, avec la jeunesse dĂ©braillĂ©e mais libĂ©rĂ©e du carcan des apparences. Il nous offre Ă  la fois une vision tout Ă  fait en accord avec l’humour caustique d’ Offenbach et l’Ă©motion subtile de chaque tableau. On remarque notamment la qualitĂ© de sa direction d’acteurs, prĂ©cise, dynamique et inventive. Benjamin Prins signe ici, avec le concours de son assistants PĂ©nĂ©lope Driant, une des meilleures mises en scĂšne qui soient pour un spectacle d’opĂ©ra. La scĂ©nographie et les costumes de Lola Kirchner avec le concours de FASHIONCLASH, sont beaux et modernes, mĂȘlant les influences mĂ©diĂ©vales, chĂšres Ă  l’Ă©poque de l’oeuvre, et les sweatshirts et capuches de notre dĂ©cennie crĂ©pusculaire.

Le dispositif scĂ©nique principal, une couronne brisĂ©e est un symbole fort, que l’on comprend comme la fragilitĂ© du pouvoir et la folie qui lui est voisine voire nĂ©cessaire pour exister. Une idĂ©e non loin de l’Ă©pisode final de Game of Thrones, retransmis quelques heures aprĂšs la premiĂšre de Fantasio Ă  Eindhoven. De cette mise en scĂšne, plusieurs tableaux sont sublimes et inoubliables, tels, l’arrivĂ©e de Elsbeth Ă  l’acte II avec son voile de mariĂ©e pendu aux cintres, Ă©voquant Ă  la fois le poids du devoir et le joug du mariage. Cette belle image nous rappelle le vers de la chanson Mexicaine, El amor acaba (1985) :”Porque se vuelven cadenas, lo que fueron cintas blancas” (“Parce maintenant les rubans blancs du passĂ© sont devenus des chaĂźnes”). Chaque tableau nous interpelle, nous Ă©meut. Nous saluons l’initiative de Waut Koeken d’avoir programmĂ© Fantasio et l’avoir confiĂ© Ă  une telle Ă©quipe artistique.

Dans le rĂŽle titre de Fantasio-Henri, la mezzo-soprano Française Romie EstĂšves a un naturel histrionique Ă©merveillant. Tour Ă  tour pantin adolescent et polichinelle, elle dĂ©ploie une Ă©nergie scĂ©nique impressionnante. Elle nous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par ses multiples mĂ©tamorphoses dans le spectacle “Vous qui savez ce qu’est l’amour”, mis en scĂšne par Benjamin Prins, au ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e en FĂ©vrier 2019 et repris la saison prochaine, oĂč Romie EstĂšves incarne tous les rĂŽles des Noces de Figaro sur fond des 24 heures de la vie d’une chanteuse lyrique, courrez la dĂ©couvrir dans ce spectacle en Avril-Mai 2020. Dans son rĂŽle de Fantasio, elle surpasse de loin Marianne Crebassa, elle incarne bien mieux ce personnage androgyne et a une voix bien plus solide que la coqueluche des mezzi Françaises. MalgrĂ© parfois quelques instants qui manquent un peu d’Ă©motion, nous avons Ă©tĂ© conquis par ce grand talent et souhaitons vivement la retrouver sur les scĂšnes Françaises oĂč elle incarnerait de Cherubino Ă  Urbain en passant par Lazuli.

Face Ă  elle, l’incomparable Elsbeth est la jeune soprano russe Anna Emelianova. D’un timbre trĂšs fruitĂ©, elle nous offre une princesse mĂ©lancolique, mi-Ophelia mi-Tatiana, une figure fantomatique mais au coeur de feu. Nous avons aussi rĂȘvĂ© avec son incarnation Ă  la fois drĂŽle et lĂ©gĂšre, notamment dans des dialogues franco-russes (“sa mĂšre aimait beaucoup DostoĂŻevski”) qui sont dĂ©sopilants, mais aussi des moments touchants et dignes de l’Ă©gĂ©rie romantique qu’elle interprĂšte divinement. Les airs et duos trĂšs exigeants sont battus en brĂšche avec une voix stable, Ă  l’aigu puissant et prĂ©cis, au medium riche et contrastant. Un talent Ă  suivre absolument.

Dans les rĂŽles bouffons, nous remarquons Ă  la fois l’Ă©quilibre entre une belle exĂ©cution vocale et un aplomb histrionique de tous les interprĂštes. Les monarques aux timbres contrastĂ©s de Huub Claessens et Roger Smeets. Le Marinioni Ă  se tordre de rire de Thomas Morris, tĂ©nor de caractĂšre d’anthologie. Les trois Ă©tudiants Ivan Thirion, Jeroen de Vaal et Jacques de Faber, tour Ă  tour punks et junkies, ils nous offrent une belle photographie de ce qu’est notre jeunesse. Dans le rĂŽle parlĂ© d’un aide de camp Peter Vandemeulebroecke est dĂ©sopilant, notamment quand il organise, avant l’entrĂ©e en salle, une audition pour les candidats au poste de bouffon du roi dans le foyer du thĂ©Ăątre.

L’orchestre Philharmonie Zuidnederland restitue une partition aux couleurs chatoyantes, notamment saluons les vents dans la Ballade Ă  la lune. La direction dynamique, brillante et prĂ©cise du maestro Enrico Delamboye retrouve chaque pĂ©pite de la partition d’Offenbach et nous les offre avec une passion communicative.

A la fin de ce fabuleux spectacle de la compagnie Opera Zuid, nous sortons avec la certitude que la folie peut ĂȘtre une solution certaine Ă  la perte de repĂšres de notre temps, mais Ă©videment non pas l’insanitĂ© psychiatrique ou le dĂ©lire pervers, mais la folie d’aimer avec dĂ©raison ce qui est beau et ce qui nous fait ressentir la folie que tous les auteurs et artistes romantiques nous apportent ainsi sur un plateau d’argent.

 

 
 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

Jacques OFFENBACH
Fantasio (1872)

Fantasio – Romie EstĂšves
Elsbeth – Anna Emelianova
Le Roi de BaviĂšre – Huub Claessens
Le Prince de Mantoue – Roger Smeets
Marinoni – Thomas Morris
Sparck – Ivan Thirion
Facio – Jeroen de Vaal
Flamel – Francis van Broekhuizen
Hartmann – Rick Zwart
Max – Jacques de Faber
Le Passer-By – Benjamin Prins
RĂŽles parlĂ©s – Peter Vandemeulebrocken

Danseurs – Zora Westbroek, Isaiah Selleslaghs, Sandy Ceesay, Iuri Costa

Mise en scĂšne – Benjamin Prins
ScĂ©nographie et costumes – Lola Kirchner
Costumes  – FASHIONCLASH
ChorĂ©graphie – Dunja Jocic
LumiĂšres – AndrĂ© Pronk
Assistante Ă  la mise-en-scĂšne – PĂ©nĂ©lope Driant

Theaterkoor Opera Zuid
Philharmonie Zuidnederland

Direction – Enrico Delamboye

Production OPERA ZUID – Maastricht

Illustrations : © Joost Milde

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, le 18 avril 2019. M’O, Auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs

blind Tom wiggins compositeur black is beautiful concert critique musee orsay critique concert opera festival classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs. C’est au cƓur des souterrains de verre givrĂ© et d’anthracite mĂ©tallique qu’Orsay, musĂ©e de toutes les couleurs, loge son auditorium. A l’énoncĂ© du programme, en marge de l’exposition « Le modĂšle noir », on exulte par la richesse des propositions de Clement Mao-Takacs et son fabuleux orchestre. Comme souvent dans ses concerts, on retrouve des Ɠuvres inattendues et une narration qui mĂȘle Ă  la fois l’émotion et le recueillement, la surprise et la redĂ©couverte. Le programme nous ramĂšne enfin des piĂšces de compositeurs oubliĂ©s dans la musique Ă©tasunienne tels que Tom Wiggins dit “Blind Tom” et Robert Nathaniel Dett. Tom Wiggins, aveugle et esclave, mĂȘme au dĂ©lĂ  de l’abolition de l’esclavage en 1865, a Ă©tĂ© un des compositeurs les plus adulĂ©s de son Ă©poque. Son talent est bien plus Ă©vident que celui de Robert Nathaniel Dett dont la suite “In the Bottoms” demeure quelque peu caricaturale.

Les belles surprises de ce concert ont Ă©tĂ© la redĂ©couverte de la Rapsodie nĂšgre de Poulenc qui annonce dĂ©jĂ  des oeuvres telles que les sublimes Afrika songs de Wilhelm Grosz. La crĂ©ation Française du Langvad de Eleonor Alberga (compositrice JamaĂŻcaine), quoique superbement interprĂ©tĂ©e, reste anecdotique et un peu trop brutale dans l’Ă©criture.

Les deux moments extraordinaires de la soirĂ©e furent, sans aucun doute, le cycle des “Chants symphoniques” de Zemlinsky et la trop rare Sensemaya de Revueltas. La voix d’Edwin Fardini, quoique parfois couverte par l’orchestre dans Zemlinsky, nous a offert une myriade de couleurs surtout dans ce cycle aux difficultĂ©s stylistiques que le soliste a rĂ©ussi Ă  surmonter totalement. C’est un des talents Ă  suivre absolument!

Comme le couple originel de la GenĂšse, la part fĂ©minine du baryton, la comĂ©dienne Mata Gabin a habitĂ© la scĂšne de l’Auditorium du MusĂ©e d’Orsay telle une muse des temps modernes. Tour Ă  tour narratrice, humoriste et tragĂ©dienne, elle demeure une enchanteresse du rĂ©cit, une poĂ©tesse de la parole qu’elle a fait vibrer dans les mots qu’elle dĂ©clama ou improvisa.

ClĂ©ment Mao-Takacs mĂšne avec enthousiasme ses musiciens. Son geste est prĂ©cis et empli d’Ă©nergie, il rĂ©unit les membres de Secession Orchestra dans une grande fresque aux couleurs vibrantes. Il demeure un maitre coloriste et nous apporte la mystĂ©rieuse sensualitĂ© dans la Rapsodie de Poulenc et maĂźtrise totalement la subtilitĂ© de la partition complexe de Revueltas.

A la sortie du concert de ce temple de la couleur qu’est le MusĂ©e d’Orsay, maison Ă©ternelle de Degas, de Manet, de Puvis de Chavannes et de Claude Monet, nous ressentons encore vibrer les derniĂšres notes du serpent sacrĂ© du peuple Purepecha, nommĂ© aussi Sensemaya.

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs.

Jeudi 18 avril 2019 / Auditorium du MusĂ©e d’Orsay

« Black is beautiful »

Robert Nathaniel Dett
“In the Bottoms”, suite

Alexander von Zemlinsky
Symphonische GesÀnge pour baryton et orchestre, op. 20

Tom “Blind Tom” Wiggins
Water in the Moonlight

Eleonor Alberga
Langvad

Francis Poulenc
Rapsodie nĂšgre

Silvestre Revueltas
Sensemaya

Mata Gabin – rĂ©citante
Edwin Fardini – baryton

SĂ©cession orchestra
dir. Clément Mao-Takacs

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pĂšlerinage est plutĂŽt une notion d’ordre liturgique. Faire le pĂšlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse Ă  tout jamais les individus qui l’entament. Au cƓur de la dĂ©marche, il y a un sens mystique, tout pĂšlerin est un tĂ©moin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les gĂ©nies n’ont pas d’ñge. Dans la partition des Paladins, truffĂ©e d’hĂ©donisme et de passages d’une grande virtuositĂ©, Rameau dĂ©ploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirĂ©e du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », mĂȘme si elle est expurgĂ©e de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualitĂ©. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mĂȘmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnĂ©e et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

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S’engager Ă  faire un opĂ©ra si français dans un thĂ©Ăątre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opĂ©ration dĂ©licate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spĂ©cificitĂ©s, semble parfois inaccessible pour les interprĂštes Ă©trangers. Or, grĂące Ă  l’enthousiasme des Ă©quipes artistiques et le courage de la direction du thĂ©Ăątre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne citĂ© ducale dans le giron de la ville HansĂ©atique de BrĂȘme. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime thĂ©Ăątre Ă  la salle lambrissĂ©e du XIXeme siĂšcle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribuĂ© Ă  parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont rĂ©uni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogĂšne et enthousiasmant. Chaque soliste a pris Ă  bras le corps le style et affrontĂ© les obstacles de cette Ɠuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pĂ©tillante de Sooyeon Lee et dans le double rĂŽle d’Atis et de Manto l’inĂ©narrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevĂ© les dĂ©fis du rĂŽle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert Ă  la musique de Rameau, une interprĂ©tation Ă©clatante. On remarque d’ailleurs l’inventivitĂ© chorĂ©graphique d’Antoine Jully. Le chorĂ©graphe Français, rĂ©vĂšle ainsi des bijoux insoupçonnĂ©s dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaĂźt Ă  oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intĂ©gralement sur boyaux. MenĂ©s par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scĂšne ! A la fois simple dans le dĂ©roulĂ© de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scĂšne de François de Carpentries Ă©voque trĂšs poĂ©tiquement, la nĂ©cessitĂ© de fantaisie dans la vie pour la croquer Ă  pleines dents. Le besoin irrĂ©pressible de candeur pour rĂ©vĂ©ler toute l’humanitĂ© qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels Ă  se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scĂšnes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rĂȘve poĂ©tique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opĂ©ra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bĂ©nĂ©fique au calme de la douce lumiĂšre nordique d’Oldenburg.

  

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scĂšne – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. BORDEAUX, le 11 fĂ©v 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud. Il est des Ɠuvres que l’on ne prĂ©sente pas, que l’on se plairait presque Ă  dire que c’est inutile de les revoir ou les retrouver du fait qu’elles sont les fondations du rĂ©pertoire lyrique universel. L’inĂ©vitable Barbiere di Siviglia / Le Barbier de SĂ©ville de Rossini, qui a rĂ©ussi le pari de la postĂ©ritĂ© face Ă  son illustre prĂ©dĂ©cesseur signĂ© Paisiello, et que dire ce celui de Morlacchi hĂ©las vouĂ© Ă  l’oubli. Mais si un tel poncif opĂ©ratique semble ne garder aucune surprise pour nous, il est stupĂ©fiant quand l’on redĂ©couvre une Ɠuvre telle, grĂące au travail d’une Ă©quipe artistique !

 

 
 
 

Nouveau Barbier à Bordeaux par un Pelly le plus inspiré
LAURENT il magnifico !

 
 
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Coproduction impressionnante entre le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’OpĂ©ra National de Bordeaux, les OpĂ©ras de Marseille et de Tours, les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg et le Stadttheater de Klagenfurt, cette rĂ©alisation rĂ©ussie voyage d’un bout Ă  l’autre de la France et offre Ă  son cast souvent des prises de rĂŽle. Si bien le premier cast a offert au public Le Figaro puissant de Florian Sempey et le Bartolo idĂ©al de Carlo Lepore, le deuxiĂšme cast possĂšde une Ă©nergie et une fraĂźcheur qui convient plus Ă  Rossini et Ă  son Barbier.

DĂ©poussiĂ©rer un “classique” est une affaire dĂ©licate, il suffit d’avoir l’imagination dĂ©bordante de Laurent Pelly. Finis les dĂ©cors dĂ©bordant d’ocres style pizzeria du Port d’Hyeres, les personnages telles des noires ou des blanches Ă©voluent sur d’immenses feuillets de papier Ă  musique et la portĂ©e devient tour Ă  tour balcon, prison et rideau, une magnifique idĂ©e pour prĂ©senter l’ambiguĂŻtĂ© des situations. Laurent Pelly dĂ©veloppe dans ce Barbiere, le meilleur de son talent.

 

 

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Face Ă  cette mise en scĂšne, en fosse l’extraordinaire Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine allie une richesse fabuleuse de couleurs et des timbres d’une justesse fascinante. Il faut reconnaĂźtre que c’est l’un des meilleurs orchestres de France. GrĂące Ă  l’aplomb des musiciens, on redĂ©couvre des bijoux dans la partition de Rossini que l’on croyait connaĂźtre. Évidemment c’est aussi la direction vive et spirituelle de Marc Leroy-Calatayud qui imprime une belle Ă©nergie dans les tempi et une battue claire et raffinĂ©e. Son enthousiasme communicatif nous sĂ©duit, un talent Ă  suivre absolument. Si Marc Leroy-Calatayud rĂ©ussit avec simplicitĂ© Ă  polir une des partitions les plus jouĂ©es au monde, vite qu’on lui donne des raretĂ©s pour qu’il leur donne un souffle nouveau !

Cependant, la fosse surĂ©levĂ©e n’aide aucunement Ă  la balance entre les chanteurs et la salle. Souvent on entend davantage l’orchestre et c’est bien dommage, surtout pour un cast de jeunes solistes.

Or, nous retrouvons une belle Ă©quipe, dont certains profils se dĂ©tachent nettement. Adele Charvet est une Rosine idĂ©ale. Tour Ă  tour garçon manquĂ© et femme de poigne, elle sait jouer son rĂŽle Ă  merveille avec une voix dont les graves de velours nous enveloppent dans une ravissante pelisse d’une musicalitĂ© inĂ©galable.
De la mĂȘme sorte, Anas Seguin campe un Figaro tout en finesse et avec l’énergie picaresque qui sied Ă  merveille au rĂŽle. Sa voix au timbre riche et brillant nous offre un « Largo al factotum » d’anthologie. Un immense artiste Ă  suivre.
Le Basilio de Dimitri Timoshenko a un timbre aux beaux graves mais reste quelque peu timide notamment dans l’inĂ©narrable air de la calomnie.
Nous retrouvons au dĂ©but de l’opĂ©ra le Fiorello de Romain Dayez, qui a la voix et l’énergie pour ĂȘtre un Basilio d’exception. Souhaitons l’entendre bientĂŽt dans un rĂŽle qui nous offre toute l’entendue de sa musicalitĂ©.
Dans le petit rÎle de Berta, Julie Pasturaud est incroyable. Le seul air du personnage, qui, habituellement est anecdotique, est une petite merveille dans son interprétation. La voix est belle, colorée dans toute son étendue. Vivement une prochaine rencontre avec ce talent.
Dans les rĂŽles de pantomime d’Ambrogio et du Notaire, le comĂ©dien Aubert Fenoy excelle dans l’art de faire rire sans artifices. Ses interventions sont remarquĂ©es, notamment Ă  l’entracte. La subtilitĂ© de son jeu nous rappelle dans la prĂ©cision de son geste, le comique naturel de Charles Chaplin.

HĂ©las, nous ne pouvions pas passer outre Elgan Llyr Thomas qui offre Ă  Almaviva une incarnation tout juste physique. Si certaines couleurs semblent belles, l’émission est trĂšs diminuĂ©e par un souffle inĂ©gal. Ce qui est dommage c’est que toutes les vocalises manquent de naturel et de lĂ©gĂšretĂ©. C’est bien dommage pour un rĂŽle aussi important. De mĂȘme, le Bartolo de Thibault de Damas reste vocalement assez peu investi alors que thĂ©Ăątralement il se rĂ©vĂšle un interprĂšte intĂ©ressant.

En somme nous saluons la belle scĂ©nographie imaginĂ©e par Laurent Pelly et son Ă©quipe et les Ă©toiles montantes de cette distribution, gageons que leur avenir est pavĂ© de productions qui nous offriront leur Ă©clat et l’étendue de leur talent.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, Grand Théùtre, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbier di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud.
Gioachino Rossini – Il Barbiere di Siviglia / Le Barbier de SĂ©ville
 
Conte Almaviva – Elgan Llyr Thomas
Rosina – AdĂšle Charvet
Figaro – Anas Seguin
Don Bartolo – Thibault de Damas
Don Basilio – Mikhail Timoshenko
Berta – Julie Pasturaud
Fiorello – Romain Dayez
Ambrogio / Notario – Aubert Fenoy
Un Ufficiale – LoĂŻck Cassin

Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux-Aquitaine
Direction: Marc Leroy-Calatayud
Mise en scĂšne: Laurent Pelly

 
 
Illustrations : © Maitetxu Etchevarria / Opéra National de Bordeaux 2019

 
 

INTERVALLES, la webradio de classiquenews. Notre sĂ©lection cadeaux de NOËL 2018

CLIC_macaron_2014 AUDIO : Quels cadeaux pour NOËL 2018 ? INTERVALLES, le mag audio par Pedro Octavio Diaz. CLASSIQUENEWS inaugure sa radio et ses contenus audios exclusifs. Notre rĂ©dacteur Pedro Octavio Diaz enrichit notre rubrique INTERVALLES, magazine audio de CLASSIQUENEWS : conversations libres ou Ă©ditos Ă  voce sola qui interrogent une question d’actualitĂ©, questionnent un geste artistique, s’intĂ©ressent aux missions et aux rĂ©alisations d’institutions encore mĂ©connues. DĂ©frichement, exploration, enquĂȘtes aussi, INTERVALLES se dĂ©place lĂ  ou la culture vivante s’accomplit
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COMPTE-RENDU, Opéra. BORDEAUX, le 16 octobre 2018. OFFENBACH : La Périchole. Extrémo, Minkowski, Gilbert.

COMPTE-RENDU, Opéra. BORDEAUX, le 16 octobre 2018. OFFENBACH : La Périchole. Extrémo, Minkowski, Gilbert.

» Anegada en lågrimas de ternura, acompañó al Santo de los Santos, arrastrando por las calles sus encajes y brocados; y no queriendo profanar el carruaje que había sido purificado con la presencia de su Dios, regaló en el acto carruaje y tiros, lacayos y libreas a la parroquia de San Låzaro »

Ricardo PalmaGenialidades de la Perricholi

   

Ricardo Palma, avec ses « CuriositĂ©s de la Perricholi » a immortalisĂ© littĂ©rairement la figure de l’actrice et demi-mondaine PĂ©ruvienne Micaela Villegas, dite la Perricholi. Cette femme aux mƓurs lĂ©gĂšres et au talent histrionique indĂ©niable, a fait amende honorable dans l’extrait ci-dessus en offrant son carrosse au transport du Saint Sacrement. Cet Ă©pisode a inspirĂ© directement Prosper MĂ©rimĂ©e pour sa piĂšce « Le carrosse du Saint-Sacrement » dans son ThĂ©Ăątre de Clara Gazul.

     

AMOUR, GLOIRE ET BEAUTÉ AU PAYS DES CITÉS D’OR

     

offenbach-violoncelle-dossier-offenbach-2018Au delĂ  des libertĂ©s prises par MĂ©rimĂ©e, dont le changement de nom du Vice-roi Amat en Ribeira, la cĂ©lĂšbre Perricholi est devenue PĂ©richole. Et le surnom est cocasse puisqu’il fait allusion Ă  l’injure que le vice-roi excĂ©dĂ© a profĂ©rĂ© lors d’une Ă©niĂšme dispute avec Micaela Villegas : « Perra chola », avec l’accent catalan d’Amat : « Perri choli » et avec les dĂ©formations des siĂšcles et des langues cet insulte (« chienne de crĂ©ole ») est devenu le personnage PĂ©richole (la prononciation exacte serait « ch » et non pas « k »). AprĂšs bien de versions mĂ©morables telle celle de Michel Plasson avec Berganza et Carreras ou la trĂšs parodique avec Sheila et Marcel Aumont / Nana Mouskouri et Thierry Le Luron, enfin, les amoureux d’Offenbach ont une trĂšs belle nouvelle version de cet opĂ©ra comique aux Ă©pices sud-amĂ©ricaines! … D’abord concert au Festival de Radio-France Montpellier/Occitanie en juillet 2018, cette PĂ©richole est devenue une production scĂ©nique grĂące Ă  la volontĂ© de Marc Minkowski. VolontĂ© qui a Ă©tonnĂ© les membres de l’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine. Cette invitation inespĂ©rĂ©e des Musiciens du Louvre pour ouvrir la saison Bordelaise a Ă©tĂ© prise comme un affront par les musiciens de l’ONBA. Si bien la maladresse est surtout l’origine de ce conflit, cela n’empĂȘche de se questionner sur l’ouverture des maisons d’opĂ©ra Ă  d’autres orchestres pour intĂ©grer des coproductions. La question reste ouverte.

Quoi qu’il en soit, la qualitĂ© certaine du projet a rĂ©ussi la rĂ©surrection de La PĂ©richole avec des couleurs proches de ce que semblait avoir imaginĂ© Offenbach.

PremiĂšrement l’orchestre des Musiciens du Louvre est idĂ©al pour ce rĂ©pertoire et demeure une source de nuances et de dynamisme qui conviennent tout Ă  fait Ă  l’esprit de l’Ɠuvre. MalgrĂ© une balance un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ©e entre la fosse et le plateau, on apprĂ©cie l’énergie et le rendu enthousiasmant.

Marc Minkowski relĂšve le dĂ©fi malgrĂ© des moments oĂč l’on aurait souhaitĂ© un peu plus de prĂ©cision dans le geste et un petit peu moins de cĂ©lĂ©ritĂ© dans certains tempi.

La mise en scĂšne (une mise en espace +++). Romain Gilbert remplace le dĂ©cor exotique PĂ©ruvien dans le clair-obscur Ă  paillettes des clubs interlopes du Paris coquin. On peut accepter que le temps a jouĂ© contre une mise en scĂšne aboutie mais, hĂ©las on remarque toutefois un manque d’imagination qui plonge l’histoire dans la caricature et, parfois, le contre-sens… cessera-t-on un jour de vouloir rendre la musique lyrique lĂ©gĂšre tout Ă  fait «divertissante » et gratter sous le vernis toute la sensibilitĂ© qui y demeure? Paris ouverts!

Le cast est Ă©quilibrĂ© et malgrĂ© la prestation en demi teinte d’Aude ExtrĂ©mo, souffrante, nous remarquons Ă  la fois les qualitĂ©s vocales et histrioniques de tout le plateau vocal.

Or se dĂ©tache notamment l’extraordinaire Piquillo de Stanislas de Barbeyrac. Avec une aisance thĂ©Ăątrale sans faute et une prĂ©sence scĂ©nique Ă©lĂ©gante et comique, le jeune tĂ©nor campe le rĂŽle dans toute l’étendue vocale de la partition qui est loin d’ĂȘtre facile. Il offre un Piquillo au faite de la musicalitĂ© et des phrasĂ©s d’une richesse exceptionnelle. Qu’on lui propose encore et encore de nous faire frissonner avec autant de beautĂ©s.

On remarque aussi l’extraordinaire Alexandre Duhamel en Vice-roi dĂ©chaĂźnĂ© et nymphomane. Le timbre est riche et chaleureux, nous nous rĂ©jouissons de le retrouver dans le comique aprĂšs sa prestation remarquĂ©e Ă  Montpellier dans Kassya de Delibes.

Nous remarquons aussi Enguerrand de Hys, Marc Mauillon et Eric Huchet ainsi que les « girls » Mélodie Ruvio, Olivia Doray et Julie Pasturaud.

Cette belle distribution Ă©tait Ă  la hauteur du dĂ©fi lancĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. Heureusement, nous retrouverons trĂšs bientĂŽt les aventures de l’inĂ©narrable Perricholi dans les bacs… peut-ĂȘtre une idĂ©e cadeau pour NoĂ«l ? A suivre.

       

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MARDI 16 OCTOBRE 2018 – 20H – GRAND THEATRE DE BORDEAUX

Jacques Offenbach
La PĂ©richole (1874)

La PĂ©richole – Aude ExtrĂ©mo
Piquillo – Stanislas de Barbeyrac
Don AndrĂ©s de Ribeira – Alexandre Duhamel
Don Miguel de Panatellas – Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa – Marc Mauillon
Le Marquis/Premier notaire – Enguerrand de Hys
Second Notaire – François PardailhĂ©
Guadalena/Manuelita – Olivia Doray
Berginella/Frasquinella – Julie Pasturaud
Mastrilla/Ninetta – MĂ©lodie Ruvio
Brambilla – Adriana Bignagni Lesca

Choeur des Musiciens du Louvre
Les Musiciens du Louvre

direction – Marc Minkowski
Mise en scĂšne – Romain Gilbert

     

COMPTE RENDU, OPERA. ROCHEFORT, Th de la Coupe d’or. Le 27 avril 2018. RAVEL : L’ENFNAT ET LES SORTILEGES. Surot / DhĂ©nin.

COMPTE RENDU, OPERA. ROCHEFORT, Th de la Coupe d’or. Le 27 avril 2018. RAVEL : L’ENFNAT ET LES SORTILEGES. Surot / DhĂ©nin. Les mĂ©andres sablonneux de la Charente baignent de leur cours nourricier les terres vertes du Rochefortais. La ville cĂ©lĂšbre des “Demoiselles” aux belles maisons de ville en pierre de taille respire l’appel du large qui fit la gloire de ses fosses et de sa Corderie Royale. Si bien la ville de Rochefort respire encore cette ambiance festive du film de Jacques Demy, peu de gens connaissent le magnifique ThĂ©Ăątre de la Coupe d’Or, salle Ă  l’Italienne aux Ă©chos magnifiques de la vie florissante de la citĂ© maritime.

 
 

Le temps bĂ©ni de l’enfance

 
 

Rochefort est aussi le siĂšge d’une des compagnies les plus investies dans l’animation territoriale et un ferme engagement dans la redĂ©couverte du rĂ©pertoire. La Compagnie Winterreise, fondĂ©e et brillamment dirigĂ©e par le metteur en scĂšne Olivier DhĂ©nin s’est trĂšs tĂŽt engagĂ© dans la transmission de l’art lyrique auprĂšs des plus jeunes. Avec une audace scĂ©nographique et de rĂ©pertoire unique, Olivier DhĂ©nin a explorĂ© les Ɠuvres les plus belles allant de la Petite Marchande d’allumettes du Danois August Enna Ă  L’Enfant et les SortilĂšges de Ravel. Le principe de ses productions est d’initier les enfants Ă  la pratique de l’art lyrique et de les rendre protagonistes de ses productions. Dans cet Enfant Ă©ponyme, nous avons saisi la profondeur de sa dĂ©marche artistique.

 
 

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Olivier DhĂ©nin a vĂ©ritablement rĂ©inventĂ© un classique de l’opĂ©ra avec cette production. En confiant le rĂŽle-titre Ă  SimĂ©on Petrov, jeune maĂźtrisien Ă  l’Orchestre de Paris, il dĂ©voile la vĂ©ritable couleur emplie d’innocente candeur de la partition ravĂ©lienne. Les mots de Colette prennent un tout autre sens quand ils sont chantĂ©s par une voix d’enfant, on saisit Ă  la fois l’insouciance et les peurs de l’enfance et on ressent au fond de nous le souvenir de ces Ă©motions. De mĂȘme confronter un enfant aux autres rĂŽles interprĂ©tĂ©s par des adultes, mĂȘme jeunes, confĂšre toute la puissance du rapport de forces de la narration, l’enfant face Ă  un monde parfois incomprĂ©hensible et souvent effrayant, notamment lorsque les objets et les animaux s’animent.

Louons notamment la mise en scĂšne du jardin, simulĂ© par un rideau de fils et de fleurs accrochĂ©es comme autant de bouquets de floraisons sauvages. On se reprĂ©sente le jardin comme le lieu de tous les mystĂšres et des toutes les rencontres. Pour citer Barbara: « le jardin oĂč nos cris d’enfants jaillissaient comme source claire… » (l’Enfance), le jardin est le lieu de l’enfance libre et aussi dĂ©terminĂ©e par la rencontre du danger et de la nature.

Cette nature a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par Olivier DhĂ©nin avec une subtilitĂ© sublime. Avec des costumes parfaitement en accord avec l’intemporalitĂ© de l’argument et d’une grande Ă©lĂ©gance.

Le plateau vocal rĂ©unit les Ă©toiles montantes du chant Français. Tous incarnent avec un mimĂ©tisme surprenant les bĂȘtes et les objets. Nous sommes transportĂ©s par les qualitĂ©s vocales de chaque soliste et surtout la parfaite prosodie!

Yete Queiroz à la voix chaleureuse et au timbre puissant et rond nous ravit, avis aux lecteurs, c’est un talent à suivre absolument!

Nous sommes ravis d’entendre Aimery LefĂšvre dans Ravel, sa voix riche et gĂ©nĂ©reuse nous comble et nous souhaitons l’entendre partout, c’est un des meilleurs barytons Français de sa gĂ©nĂ©ration.

Dans les rÎles épigones du Feu et de la Princesse, Anne-Marine Suire assure ces deux parties vocalement exigeantes avec panache malgré un timbre quelque peu voilé.

Parmi la belle palette d’interprĂštes, l’on a remarquĂ© le Mezzo agile et suave d’Alexia Macbeth, son jeu ajoutĂ© Ă  la beautĂ© de son timbre.

Nous remarquons aussi la belle voix aux ombres veloutées de Thibault de Damas.

Mentionnons aussi parmi ce plateau vocal trÚs équilibré : le joli timbre de Bastien Rimondi en inénarrable Arithmétique et tendre Rainette. Aussi Juliette Raffin-Gay aux belles couleurs.

En fosse si la rĂ©duction de l’orchestre Ă  la quintessence peut laisser place Ă  une certaine perplexitĂ© en voyant les musiciens en fosse, c’est ce format mĂȘme qui dĂ©montre que la partition de Ravel, mĂȘme en rĂ©duction, opĂšre les mĂȘmes ensorcĂšlements.

Les musiciens sont d’un niveau tel, que l’on a l’impression d’entendre tout un orchestre. Louons enfin la direction raffinĂ©e, prĂ©cise et polychrome de Martin Surot, trĂšs grand talent Ă  suivre absolument!

C’est alors que l’on rĂ©pondrait bien aux thurifĂ©raires sĂ©dentaires du centralisme lyrique, d’ouvrir une carte de France et voir qu’entre Paris et Rochefort, le voyage assure des belles dĂ©couvertes. Nous saluons ici le soutien indĂ©fectible des autoritĂ©s municipales Ă  ce genre de projet, le courage et l’enthousiasme de la Mairie de Rochefort dĂ©montre encore combien, il est important de reconnaĂźtre l’engagement sincĂšre des villes auprĂšs de la crĂ©ation artistique.

Vivement les prochaines productions d’Olivier DhĂ©nin et Winterreise Ă  Rochefort, puissent ses sortilĂšges nous embarquer encore et toujours dans la nef de l’émerveillement.

 
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. THEATRE DE LA COUPE D’OR – ROCHEFORT
Vendredi 27 Avril 2018 Ă  20H30

Maurice Ravel
L’ENFANT ET LES SORTILEGES

L’Enfant – SimĂ©on Petrov (MaĂźtrise de l’Orchestre de Paris)
La Princesse/Le Feu/ Le Rossignol – Anne-Marine Suire
La ThĂ©iĂšre, L’ArithmĂ©tique, La Rainette – Bastien Rimondi
Maman, La Tasse Chinoise, La Libellule – Yete Queiroz
La BergĂšre, Un PĂątre, La Chatte, L’Ecureuil – Alexia Macbeth
L’Horloge comtoise, Le Chat – Aimery LefĂšvre
Une Pastourelle, La Chauve-Souris, La Chouette – Juliette Raffin-Gay
Le Fauteuil, L’Arbre – Thibault de Damas

MaĂźtrise et Choeur d’Enfants des CollĂšges Edouard Grimaud et Pierre Loti de Rochefort et Jean Monnet de Saint-Agnant.

Piano – MichaĂ«l Guido
FlĂ»te – Corentin Garac
Violoncelle – Matthieu Lecoq

Direction Musicale – Martin Surot

Mise en scĂšne, dramaturgie, scĂšnographie et costumes – Olivier DhĂ©nin & Cie Winterreise

 
 

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq

auber-francois-esprit-portrait-la-muette-de-portici-le-domino-noir-opera-romantique-francais-par-classiquenews-presentation-critique-compte-renduCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq. Lorsque l’on observe la façade du Palais Garnier, on peine Ă  croire que l’un des bustes dorĂ©s qui dominent l’Avenue de l’OpĂ©ra au dessus de la loggia monumentale, est celui de Daniel François Esprit Auber. En effet le contraste criant entre l’absence des oeuvres de cet insigne compositeur et sa prĂ©sence hiĂ©ratique dans le temple de l’art lyrique par excellence semblent dessiner le scandale de l’oubli de son gĂ©nie. La rĂ©ponse et la rĂ©paration Ă  cette iniquitĂ©, a retenti dans la courageuse programmation de la Salle Favart. Louons l’initiative d’Olivier Mantei et de ses Ă©quipes qui entreprennent une rĂ©gĂ©nĂ©ration du rĂ©pertoire et offrent Ă  des chefs d’oeuvres injustement oubliĂ©s, un terreau renouvelĂ© pour le genre de l’opĂ©ra comique, lui rendant sa pertinence et sa modernitĂ©.

AUBER c’est Paris!

Ce soir de premiĂšre entre les rues de Gramont, GrĂ©try et Marivaux, on aurait pu entendre crisser les soies des dominos festifs de jadis. Par les façades se glissant des ombres et des rumeurs qui se pressaient dans les entrĂ©es de la Salle Favart, Ă©clairĂ©e des mille feux de ses lampions dorĂ©s. Les statues illustres et les bustes prĂ©cĂ©dent cette belle redĂ©couverte. Le Domino Noir en effet introduisait toute la pĂ©tulance de ses Ă©chos dans l’amphithĂ©Ăątre du Comique, plein Ă  faire craquer ses boiseries dorĂ©es.

Fruit d’une coproduction entre l’OpĂ©ra Comique et l’OpĂ©ra Royal de Wallonie Ă  LiĂšge, cette belle rĂ©alisation a rĂ©cemment vu la coopĂ©ration s’Ă©largir au bord du Lac LĂ©man avec l’OpĂ©ra de Lausanne, oĂč les aventures de la mystĂ©rieuse AngĂšle d’OlivarĂšs dĂ©ploieront leur charme auprĂšs du public Suisse en 2021. Gageons qu’il y en ait d’autres, notamment le ThĂ©Ăątre de Caen, qui pourrait accueillir ainsi l’oeuvre emblĂ©matique de l’enfant du pays.

Si bien l’exagĂ©ration et le feu de la passion ne sont pas chose courante dans nos compte-rendus habituels, il est une certitude, nous avons assistĂ© ce soir Ă  l’une des productions scĂ©niques les plus abouties qu’on ait pu voir depuis longtemps. A la fois l’Ă©quilibre fosse-scĂšne, l’ingĂ©niositĂ© et l’espiĂšglerie dĂ©capante de la mise en situation et la distribution composĂ©e des meilleurs interprĂštes pour chaque rĂŽle. Bref, pari rĂ©ussi pour cette rĂ©surrection qui, j’espĂšre rendra le Domino Noir, pour longtemps Ă  une longue et nouvelle vie.

A entendre les vidĂ©os introductives et les entretiens des membres de la production, Christian Hecq et ValĂ©rie Lesort ont surmontĂ© une lĂ©gĂšre apprĂ©hension face au livret. Et c’est totalement rĂ©ussi. Sans faire un Ă©talage de gags ou d’exagĂ©rations, ils ont restituĂ© l’intrigue avec une finesse et un dynamisme impressionnant. Comprenant les codes du genre et sans forcer l’esthĂ©tique, on saisit leur vision proche de l’oeuvre mais avec un regard contemporain proche de ceux de JĂ©rĂŽme Deschamps ou de Laurent Pelly, mais sans jamais dĂ©naturer l’ouvrage par des rĂ©Ă©critures inutiles. Les Ă©motions jaillissent d’une alliance parfaite entre la fosse et la scĂšne, cas rare dans notre Ă©poque oĂč la mise en scĂšne est parfois prĂ©pondĂ©rante. Christian Hecq et ValĂ©rie Lesort ont trouvĂ© la clef de la minutieuse dramaturgie de Scribe et l’ont rendue Ă  nos yeux avec une passionnante modernitĂ©. Nous sommes impatients de retrouver leurs futures incursions dans l’art lyrique et les encourageons Ă  poursuivre en nous faisant vivre des soirĂ©es aussi rĂ©ussies.

Auber en dĂ©finitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

CĂŽtĂ© fosse, on ne peut qualifier que d’excellente la direction de Patrick Davin. Il prend Ă  bras le corps la musique d’Auber. Patrick Davin met en valeur les dynamiques, souligne les nuances, apporte un grand nombre de couleurs. Avec une prĂ©cision impressionnante, la baguette caractĂ©rise la partition sans caricaturer le style. Patrick Davin a compris le dĂ©licat Ă©difice de la musique d’Auber, lĂ©gĂšre comme le cristal et structurĂ©e comme une parure, il joue tel un orfĂšvre avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le meilleur orchestre de France Ă  notre goĂ»t. Cette nuit, on ne pouvait pas rĂȘver d’un meilleur rendu musical pour ce Domino Noir, la version Bonynge devient pĂąle et mĂȘme caricaturale, Ă  cĂŽtĂ© de la restitution sublime du Philhar et de Patrick Davin.

Sur le plateau, on ne pouvait pas rĂȘver mieux. L’AngĂšle d’OlivarĂšs, pĂ©tillante comme du champagne frais de la soprano Anne-Catherine Gillet est brillante de bout en bout de ce rĂŽle exigeant Ă©crit pour la Cinti-Damoreau. La voix est belle, iridescente au possible. MalgrĂ© quelques petits et trĂšs lĂ©gers dĂ©calages lors des tubes “La Belle InĂšs” et “Je suis sauvĂ©e enfin
 Flamme vengeresse”, son interprĂ©tation est Ă  marquer d’une pierre blanche.

Face Ă  elle, Cyrille Dubois incarne l’ingĂ©nu Horace de Massarena. M. Dubois nous a gĂątĂ© avec une trĂšs belle gamme de couleurs et une voix ample dans l’aigu, Ă  l’aise dans les ensembles et touchante. Cependant, l’on aurait souhaitĂ© ça et lĂ  un peu plus de thĂ©Ăątre et un peu moins de rigiditĂ© dans le jeu. Quoi qu’il en soit, Cyrille Dubois est l’interprĂšte idĂ©al pour le personnage.

Dans les petits rÎles, nous remarquons la désopilante Jacinthe de Marie Lenormand, avec une voix puissante. François Rougier est un Juliano un peu en retrait malheureusement, mais excellent comédien. Antoinette Dennefeld est une Brigitte de San Lucar affublée en mimosa charmante et à la voix trÚs belle. Le concierge Gil Perez de Laurent Kubla fait rire aux éclats par ses facéties. Les comédiens Sylvia Bergé, terrifiante Soeur Ursule, Laurent Montel en Lord Elfort caricatural mais drÎle, se distinguent aussi.

Le plateau est complété par le formidable choeur Accentus, dont certains membres comptent parmi eux des solistes remarquables tels que Valérie Rio ou Olivier Déjean.

image002TrĂšs remarquable premiĂšre donc de ce Domino Noir d’Auber/Scribe. Accourrez donc jusqu’à la Salle Favart Ă  Paris, les 28, 30 mars et 1er, 3 et 5 avril 2018, vous y comprendrez pourquoi Auber peut incarner autre chose qu’un arrĂȘt du RER A ou un triste buste dans les cartes postales du Palais Garnier. Auber en dĂ©finitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir

AngĂšle d’OlivarĂšs – Anne-Catherine Gillet
Horace de Massarena – Cyrille Dubois
Brigitte de San Lucar – Antoinette Dennefeld
Comte Juliano – François Rougier
Jacinthe – Marie Lenormand
Gil Perez – Laurent Kubla
La TouriĂšre – ValĂ©rie Rio
Melchior – Olivier DĂ©jean

Ursule – Sylvia BergĂ© (SociĂ©taire de la ComĂ©die Française)
Lord Elfort – Laurent Montel (ComĂ©dien)

Choeur Accentus
Orchestre Philharmonique de Radio-France
dir. Patrick Davin

Mise en scÚne: Valérie Lesort & Christian Hecq

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APPROFONDIR

LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du DOMINO NOIR d’AUBER prĂ©sentĂ© avant Paris, Ă  LiĂšge (ORW)

Compte-rendu, opéra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim

alcina-haendel-theatre-champs-elysees-paris-billets-abonnement-carte-spectacles-coffret-box-culture la critique opera critique concert par classiquenews-300x180-min (1)Compte-rendu, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim. Chaque fois que Cecilia Bartoli entreprend d’explorer une oeuvre ou une partie du rĂ©pertoire, le succĂšs est d’une certitude quasiment inĂ©luctable. AprĂšs des cabotinages de Norma Ă  West Side Story, la diva Romaine entreprend une incursion dans un des rĂŽles emblĂ©matiques de l’opĂ©ra Handelien: Alcina.

Yesterday morning my sister and I went with Mrs. Donellan to Mr. Handel’s house to hear the first rehearsal of the new opera Alcina. I think it the best he ever made, but I have thought so of so many, that I will not say positively ’tis the finest, but ’tis so fine I have not words to describe it. Strada has a whole scene of charming recitative – there are a thousand beauties. Whilst Mr. Handel was playing his part, I could not help thinking him a necromancer in the midst of his own enchantments. »

 Mary Granville – Delany

Si bien la magicienne est un leitmotiv de l’imaginaire baroque, la version Handelienne se rĂ©vĂšle d’une efficacitĂ© sans Ă©quivoque. L’intrigue, issue de l’Orlando Furioso de l’Arioste, nous Ă©bauche une magicienne dans son Ăźle enchantĂ©e, Ă  l’orĂ©e de la perte de ses pouvoirs. L’amour des ĂȘtres magiques semble dessiner un fond moralisateur ou tant les poĂštes que les compositeurs demeurent fascinĂ©s par l’univers surrĂ©el que ces fables contiennent mais mettent en garde contre les affres des enchantements. En d’autres termes, la magie d’Alcina semble ĂȘtre l’infatuation passionnelle des amours sexuĂ©es, bien loin de l’idĂ©al quasi platonique de la flamme vertueuse conjugale et procrĂ©atrice.

 

 

 

 

“El Desengaño”

 

 

 

 

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Ce soir, sur la scĂšne des amours fantastiques du Spectre de la rose, Alcina promettait de dĂ©ployer ses voiles et ses parfums enchanteurs. Surprise totale Ă  la vue du faux rideau de scĂšne au dessin quasi identique de celui du ThĂ©Ăątre Royal de Drottningholm, Ă©trange, l’on se croirait un instant sous les voĂ»tes baroques de l’OpĂ©ra Royal de Versailles.

Des l’ouverture, la mise en scĂšne de Christof Loy semble entreprendre une vision baroqueuse de l’ouvrage, heureusement aprĂšs ça s’arrange. Outre la surenchĂšre de danses Ă  la Francine Lancelot, perruques et dĂ©cors Ă  la Pizzi, la baroquerie surannĂ©e ne dure qu’un instant. L’idĂ©e de confronter les enchantements d’Alcina par les illusions du thĂ©Ăątre baroque aux raideurs des costumes Hugo Boss pour les intervenants du monde rĂ©el est vieille comme le thĂ©Ăątre lui-mĂȘme. La vision de M.Loy manque de recul et retombe dans une superficialitĂ© qui semble nuire au rythme et Ă  la puissance de l’Ɠuvre. En effet on se fatigue vite de cette confrontation simpliste et sans originalitĂ©. A part le dĂ©but du 2Ăšme acte qui se dĂ©roule dans le coulisses dĂ©fraĂźchies du thĂ©Ăątre illusoire peut ĂȘtre une belle idĂ©e. Le dĂ©doublement des personnages fĂ©eriques est intĂ©ressant aussi mais pas trĂšs original, Katie Mitchell n’avait rĂ©ussi que cela dans sa mise en scĂšne « 50 nuances de Grey » de cette mĂȘme Alcina Ă  Aix. Alors ne parlons pas de la chorĂ©graphie Spice Girls de l’air « Sta nell’Ircana » qui tombe un peu comme une mouche dans la soupe et n’est qu’un gag pour « que Handel soit funny ». Inutile et vulgaire. On se demande si M. Loy a lu le livret et comprend les situations de l’intrigue ou pire, s’il s’en fiche complĂštement et fait passer sa vision avant tout. Casser les codes, pourquoi pas, mais avec pertinence. En revanche, les vrais moments intĂ©ressants par leur intensitĂ© se retrouvent Ă  la fin de l’Ɠuvre, le dĂ©sespoir d’Alcina est traduit dans une simplicitĂ© d’une force redoutable. D’ailleurs le trio « Non Ăš amor ne gelosia » demeure un trĂšs bel instant de cette mise en scĂšne. Le final avec Alcina muĂ©e en monument parce que « les fĂ©es ne meurent pas » n’est ni convaincant, ni clairement exprimĂ©, sauf pour les heureux dĂ©tenteurs du programme de salle.

bartoli_4783517_norma_12CĂŽtĂ© plateau, Cecilia Bartoli offre une Alcina sans concessions, une incarnation franche et personnelle. On comprend par le parcours semĂ© de belles nuances que Mme Bartoli a saisi l’énergie du personnage. Rien qu’avec le regard elle a rĂ©ussi Ă  s’approprier cette magicienne Ă  la lente agonie de ses pouvoirs. Contrairement Ă  ce qu’on aurait pu s’attendre d’une interprĂšte d’un tel calibre, Mme Bartoli s’efface lors des moments clefs derriĂšre le personnage. Le « Ah mio cor » est simplement bouleversant. En outre son « Ombre pallide » nous Ă©meut au plus profond malgrĂ© un tempo trop rapide qui gĂąte l’univers mystĂ©rieux et grave Ă©crit par HĂ€ndel. Quoi qu’il en soit, Mme Bartoli nous ouvre son coeur avec cette Alcina et la consacre comme une des preuses de l’opĂ©ra, digne de figurer Ă  la mĂȘme place que Norma, Carmen ou Donna Elvira.

Face Ă  cette incandescente interprĂ©tation, le Ruggiero falot et sans personnalitĂ© de Philippe Jaroussky n’Ă©tonne guĂšre. On retrouve d’air en air les tics de M. Jaroussky, tout se ressemble et manque de relief. C’est regrettable parce qu’il fait de tous les arie des “Verdi prati” charmants aux couleurs pastel, donc hors propos. D’ailleurs son “Mio bel tesoro” nous fait regretter amĂšrement une voix plus dramatique et Ă©lĂ©giaque telle que celle de Lea Desandre ou de Arleen Auger. Il Ă©pouse bien, toutefois, les partis pris de la mise en scĂšne, mais cela demeure anecdotique tout de mĂȘme.

Dans les rĂŽles fĂ©minins, mĂȘme si l’on regrette que Julie Fuchs ne fasse que la figuration d’un rĂŽle qu’elle doit certainement sublimer par sa voix riche et son timbre diamantin, nous retrouvons en fosse la magnifique interprĂ©tation d’Emöke Barath aux couleurs diaphanes et Ă  l’agilitĂ© pure et prĂ©cise. Bravo Ă  elles deux pour cette incarnation de Morgana Ă  deux Ă©nergies complĂ©mentaires. Dans le rĂŽle quasi androgyne de Bradamante, le riche alto de Varduhi Abrahamyan porte des magnifiques couleurs, un timbre veloutĂ© et une belle ornementation malgrĂ© toutefois un lĂ©ger manque de souplesse et de soutien dans les graves.
Le cast masculin n’est pas rĂ©jouissant. Le Melisso de Krzysztof Baczyk est hiĂ©ratique mais avec une voix d’un bloc, notamment dans l’incroyable sicilienne « Pensa a chi geme d’amor piagata ». On peine Ă  imaginer cette voix dans une musique aussi subtile que celle de HĂ€ndel, mais dans du Mahler ou du Schreker trĂšs bien. A l’écoute de l’interprĂ©tation de l’Oronte de Christoph Strehl on a l’impression d’entendre davantage Mario Cavaradossi qu’un personnage HĂ€ndelien. On voit que M. Strehl peine dans les vocalises. Le pire vient dans « Un momento di contento ». On comprend que la voix de M. Strehl est saine et belle dans un rĂ©pertoire plus large, mais on conçoit, à  l’entendre,  qu’il n’a rien compris Ă  la fragilitĂ© de l’édifice musical de HĂ€ndel.
On ne comprend pas non plus l’absence du personnage d’Oberto, et sa suppression sans argument semble abusive et inexplicable.
Cependant, c’est dans la fosse que les vĂ©ritables enchantements se sont refugiĂ©s. A la tĂȘte de son Concert d’AstrĂ©e, l’excellente Emmanuelle HaĂŻm a encore une fois montrĂ© sa maĂźtrise de la musique de HĂ€ndel par son dynamisme, l’intelligence de ses nuances, la prĂ©cision de ses intentions. Mme HaĂŻm est sans Ă©quivoque la fabuleuse fĂ©e de cette production. Tout comme HĂ€ndel dans le tĂ©moignage de Mary Delany, elle Ă©grĂšne les enchantements telle une formidable nĂ©cromantienne. Les musiciens du Concert d’AstrĂ©e investissent la partition avec une solide cohĂ©sion, un sans fin de couleurs et une Ă©nergie manifeste. Dans les airs avec des instruments obligĂ©s l’on est transportĂ© dans la poĂ©sie et la situation de chaque intervention.
Saluons aussi la prĂ©sence de certains des solistes Français les plus talentueux de leur gĂ©nĂ©ration dans les soli de l’ensemble du dĂ©senchantement, SĂ©bastian Monti, Aimery LefĂšvre et EugĂ©nie Lefebvre nous offrent une courte phrase mais charmante.
L’on quitte le thĂ©Ăątre des illusions avec ce que les hispanophones appellent le « Desengaño ». Une sorte de dĂ©senchantement mĂ©lancolique mais aussi fascinant que les pĂąles ombres qu’Alcina peine Ă  invoquer.

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Compte-rendu, opéra. PARIS, TCE, le 16 mars 2018. HAENDEL : ALCINA. Bartoli. Loy / Haim

Georg Friedrich HĂ€ndel : ALCINA HW 34 (1735)

Alcina – Cecilia Bartoli
Ruggiero – Philippe Jaroussky
Morgana – Julie Fuchs (Emöke Barath)
Bradamante – Varduhi Abrahamyan
Oronte – Christoph Strehl
Melisso – Krzysztof Baczyk

Solistes : Eugénie Lefebvre, Sébastian Monti, Aimery LefÚvre

Le Concert d’AstrĂ©e / dir. Emmanuelle HaĂŻm
Mise en scĂšne : Christof Loy
Production Opernhaus ZĂŒrich

Ilustrations : © Monika Rittershaus.

Compte rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC : Dialogues des Carmélites. Rhorer / Py.

DIALOGUES DES CARMELITES -Compte rendu critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 7 fĂ©vrier 2018. POULENC : Dialogues des CarmĂ©lites. Rhorer / Py. La mĂšre de toutes les filles du Carmel est devenue une figure aussi immortelle que la Joconde dans l’art occidental. GrĂące au gĂ©nie polymorphe du Bernin, Sainte-ThĂ©rĂšse a Ă©tĂ© l’objet d’une des sculptures les plus ambigĂŒes qui peuplent la Rome baroque. Dans son extase mystique, la sainte connait aussi le bĂ»cher sensuel qui ne l’Ă©loigne pas de son enveloppe charnelle malgrĂ© les voiles et la bure.

Extase sur fond tricolore

« Nada te turbe,
nada te espante,
todo se pasa,
Dios no se muda
La paciencia todo lo alcanza
quien a Dios tiene nada le falta
solo Dios basta.”

Santa Teresa de Avila

Le dilemme de la foi et son rapport Ă  l’humain qui nous dĂ©termine est inhĂ©rent Ă  toute la rĂ©flexion des docteurs de l’Eglise. Si bien se rĂ©clamer d’une quelconque divinitĂ© individuelle est proche de l’hĂ©rĂ©sie et des sectes qui gangrĂšnent notre Ăšre, le fait d’apercevoir une grande part d’humain dans l’approche de la foi pour les religieux, est une question cruciale pour toute vocation de piĂ©tĂ©.

Dialogues des CarmĂ©lites, qu’ils soient dans leur genĂšse cinĂ©matographique ou thĂ©Ăątrale ou dans la forme opĂ©ratique, fixent pour toujours le sort dramatique des 16 carmĂ©lites de CompiĂšgne, victimes de l’idĂ©ologie de l’extrĂȘme sous Robespierre et ses thurifĂ©raires. L’oeuvre de Poulenc, Ă  la fois personnelle et douloureuse, Ă©clate le cadre de la narration de Gertrud von Lefort et la verbe sublime de Bernanos, Poulenc rend les CarmĂ©lites Ă  l’universalitĂ© de la question ultime de la mortalitĂ© humaine. Finalement, grĂące Ă  l’opĂ©ra, les 16 bienheureuses de CompiĂšgne sont rĂ©unies avec l’idĂ©al Robespierristes de l’immortalitĂ© de l’Ăąme.

Pour cette reprise de l’incroyable mise en scĂšne d’Olivier Py, le ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es s’offre un casting de rĂȘve pour l’histoire thĂ©ologico-philosophique des CarmĂ©lites.

Au coeur de la rĂ©flexion autour de la mort et de la peur inhĂ©rente des ĂȘtres imparfaits que nous sommes, se tiennent les deux personnages atteints par la crainte et la grĂące: Mme de Croissy et Blanche de la Force. Dans le rĂŽle extrĂȘme de la PremiĂšre Prieure de Croissy, Anne-Sophie von Otter est bouleversante, tant par la rigueur de son incarnation que par la parfaite interprĂ©tation. Lors de la scĂšne d’agonie et de trĂ©pas, Anne-Sophe von Otter nous livre un moment unique d’opĂ©ra, digne des grandes tragĂ©diennes. Face Ă  elle, Patricia Petibon livre une interprĂ©tation toute en nuances, des grands moments de musique et de thĂ©Ăątre.

Tout aussi merveilleuses sont la MĂšre Lidoine de VĂ©ronique Gens, avec une voix dans sa plĂ©nitude, et la touchante Soeur Constance de Sabine Devieilhe, toute deux offrent Ă  la partition de Poulenc une mise en valeur des plus belles couleurs. Ces quatre interprĂštes nous font redĂ©couvrir des pages entiĂšres de la partition de Poulenc, ce sont ces vĂ©ritables interprĂštes qui accordent aux oeuvres connues le bonheur d’un nouveau regard.

Dans les rÎles secondaires, le PÚre confesseur de François Piolino est brillant, le trio masculin composé par les excellents Enguerrand de Hys, Arnaud Richard et Mathieu Lécroart font face aux carmélites comme autant de brillants adversaires dans le drame.

HĂ©las, c’est dans le rĂŽle essentiel de MĂšre Marie de l’Incarnation que le manque de prĂ©cision et surtout de prosodie de Sophie Koch a fait basculer cette production dans une triste limite. En effet, du texte de Bernanos l’on ne retrouvait parfois que des voyelles chantĂ©es ça et lĂ  avec un timbre robuste mais sans couleurs. La subtilitĂ© du rĂŽle de Marie de l’Incarnation, Ă  la fois tĂ©moin, instigatrice et hĂ©ritiĂšre du Carmel, n’a pas trouvĂ© en Sophie Koch l’interprĂšte idoine pour succĂ©der, dans l’opĂ©ra, Ă  l’ineffable Jeanne Moreau dans la version cinĂ©matographique de 1960.

Mais, le plus grand problĂšme ce soir a Ă©tĂ© entendu dans la fosse. Si bien l’Orchestre National de France n’est pas Ă  ses premiers Dialogues, loin s’en faut, c’est la direction brutale et brouillonne de JĂ©rĂ©mie Rhorer qui a brisĂ© la dĂ©licate architecture de Poulenc. A la fois par un volume incomprĂ©hensiblement Ă©levĂ© qui a couvert quasiment toutes les solistes (pour couvrir Von Otter, Gens, Koch, Devieilhe ou Petibon il faut vraiment pousser au maximum), et des tempi chaotiques on se demande quelle est le but ultime de sa conception de l’oeuvre. Agit-il en jacobin avec des rythmes en guillotine ou souhaite-t-il en finir avec la force sous-jacente de Poulenc dans les moments les plus touchants, les plus Ă©thĂ©rĂ©s? Quoi qu’il en soit, M. Rhorer n’est pas le seul fautif, le National n’a pas fait d’efforts pour amener les couleurs ni l’enthousiasme. Nous sommes par ailleurs choquĂ©s de voir les instrumentistes ranger et partir de la fosse au mĂȘme temps que les saluts, ce manque de solidaritĂ© frĂŽle le manque de savoir vivre, le National se prendrai-t-il pour un organisme au-dessus des interprĂštes et des Ă©quipes de production?

Ceci dit, la soirĂ©e fut belle, quoi qu’il en soit des petits bĂ©mols soulevĂ©s. Cette production mĂ©rite un retour continu, puisque sous l’oeil expert et raffinĂ© d’Olivier Py, les CarmĂ©lites des estampes bĂ©nites, sont devenues de femmes en chair et en os, des ĂȘtres de paradoxes, leur extase nous enflamme tous, autant que le sĂ©raphin du Bernin avec sa flĂȘche d’or sur le marbre Ă©burnĂ© du coeur de Sainte-ThĂ©rĂšse.

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COMPTE-RENDU, OPERA. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC : Dialogues des Carmélites. Rhorer / Py.

Mercredi 7 février  2018
PARIS / Théùtre des Champs-Elysées

Francis Poulenc : DIALOGUES DES CARMELITES

Blanche de la Force – Patricia Petibon
MĂšre Lidoine – VĂ©ronique Gens
MĂšre de Croissy – Anne-Sophie von Otter
Soeur Constance de Saint-Denis – Sabine Devieilhe
MĂšre Marie de l’Incarnation – Sophie Koch
Le Chevalier de la Force – Stanislas de Barbeyrac
Le Marquis de la Force – Nicolas Cavallier
Le PĂšre confesseur – François Piolino
MĂšre Jeanne de l’Enfant JĂ©sus – Sarah Jouffroy
Lucie Roche – Soeur Mathilde
Le Premier commissaire – Enguerrand de Hys
Le Second commissaire/Un officier – Arnaud Richard
Thierry, Monsieur Javelinot, le geĂŽlier – Matthieu LĂ©croart

Choeur du Théùtre des Champs Elysées
Ensemble Aedes – Mathieu Romano
Orchestre National de France

dir. Jérémie Rhorer

Mise en scĂšne – Olivier Py
ScĂšnographie – Pierre-AndrĂ© Weitz
LumiĂšres – Bertrand Killy

CLASSIQUENEWS, la RADIO… INTERVALLES, le magazine audio par Pedro Octavio Diaz

CLIC_macaron_2014INTERVALLES, le mag audio par Pedro Octavio Diaz. CLASSIQUENEWS inaugure sa radio et ses contenus audios exclusifs. Notre rĂ©dacteur Pedro Octavio Diaz inaugure la rubrique INTERVALLES, conversations libres ou Ă©ditos Ă  voce cola qui interrogent une question d’actualitĂ©, questionnent un geste artistique, s’intĂ©ressent aux missions et aux rĂ©alisations d’institutions encore mĂ©connues. DĂ©frichement, exploration, enquĂȘtes aussi, INTERVALLES se dĂ©place lĂ  ou la culture vivante s’accomplit…

 

Ce 9 octobre 2017, notre rédacteur Pedro Octavio Diaz explique la pertinence de FEDORA, ovni visionnaire aux vertus multiples sur la planÚte classique française, un rien verrouillée et conservatrice..

RĂ©sumĂ© du contenu audio (durĂ©e 7 mn) : Capsule « INTERVALLES » par Pedro Octavio Diaz : soyons impertinents pour susciter et partager la passion du classique
 cette semaine FEDORA, crĂ©Ă© en 2014, cercle europĂ©en des philantrhopes de l’opĂ©ra et du ballet
 fonctionnement, missions (crĂ©ativitĂ© et Ă©mergence), prix Fedora



fedora cercle circle ballet and opera by classiquenewsFEDORA
, est “destinĂ©e Ă  favoriser l’Ă©mergence de nouveaux talents dans les domaines de l’opĂ©ra et du ballet, FEDORA a aussi pour mission d’encourager le renouvellement et le rajeunissement de ces formes artistiques.” Dans ce premier numĂ©ro d’INTERVALLES, nous vous prĂ©sentons en quelques mots ses actions et la portĂ©e de ses projets.

 

FOCUS sur … le nouvel opĂ©ra de Philippe Manoury : KEIN LICHT (prĂ©sentation de l’opĂ©ra en crĂ©ation pour cette rentrĂ©e en France… Strasbourg et OpĂ©ra-Comique) – Prix FĂ©dora 2016

A ce sujet, Pedro Octavo Diaz pose la question des nouvelles productions lyriques qui peinent Ă  ĂȘtre soutenues par les institutions et les partenaires accompagnateurs de projets nouveaux et Ă©mergents…. Que faire pour soutenir les nouveaux talents et dĂ©couvrir les nouvelles formes de spectacle musical, lyriques et chorĂ©graphiques en France ?

 

Compte rendu critique. Montpellier, Festival Radio France, le 24 juillet 2017. Un opéra Imaginaire. Lully, Rameau
 Deshayes, Watson, Niquet

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdCompte rendu critique. Montpellier, Festival Radio France, le 24 juillet 2017. Un opĂ©ra Imaginaire. Lully, Rameau
 Deshayes, Watson, Niquet. Atteindre la troisiĂšme dĂ©cennie pour un ensemble est en soit un aboutissement, notamment en notre Ăšre oĂč le spectacle vivant demeure faible lueur dans un lointain horizon. L’on dit aisĂ©ment que les 30 ans sont l’Ăąge de raison, parfois, on dit aussi, plus rĂ©cemment que c’est “la nouvelle vingtaine”. Quoi qu’il en soit, que le Concert Spirituel atteigne cette maturitĂ© artistique est un vĂ©ritable Ă©vĂ©nement. D’autant plus que l’OpĂ©ra-ComĂ©die de Montpellier accueillait la crĂ©ation d’un spectacle d’un genre nouveau.

L’Âge de Raison

“Sa fin est de plaire, et d’Ă©mouvoir en nous des passions variĂ©es.
RenĂ© Descartes – Compendium Musicae (1618)

Le Concert Spirituel nous a habituĂ© Ă  des expĂ©riences lyriques uniques. Allant de la recrĂ©ation mondiale des chefs d’oeuvre de la tragĂ©die lyrique et de l’opĂ©ra-ballet (Campra, Boismortier, Destouches, Lully…) aux choeurs monumentaux d’Alessandro Striggio, cette empreinte de fougue et d’audace ont toujours caractĂ©risĂ© cet ensemble protĂ©ĂŻforme. Cette fois-ci, pour cĂ©lĂ©brer ses trente annĂ©es, HervĂ© Niquet et BenoĂźt Dratwicki ont conçu le projet longtemps caressĂ© par Louis XIV, celui de rĂ©unir en un seul rĂ©cit dramatique, ses airs et danses prĂ©fĂ©rĂ©es de toute la production de l’AcadĂ©mie Royale de Musique.

Pari fou pour certains voire anecdotique pour d’autres. Cependant, il faut lire entre les lignes. Si cet “OpĂ©ra Imaginaire” est basĂ© sur une intrigue assez classique dans l’opĂ©ra Français (deux amants qui subissent les rotomontades d’une Magicienne jalouse), la rĂ©union de certains des plus grands moments de la tragĂ©die lyrique en un seul bloc est une belle idĂ©e. Le programme a non seulement visĂ© Ă  nous prĂ©senter, finalement, toute la gamme des affects de l’opĂ©ra Français des XVIIe et XVIIIe siĂšcles; mais aussi, constatons la richesse des belles surprises. On dĂ©vore les airs de l’Achille et DĂ©idamie ou des Muses de Campra ; de mĂȘme on reste aisĂ©ment transportĂ© par les magnifiques duos de Gervais et de Royer Ă  la fin du spectacle.

Cependant, malgrĂ© la guirlande magnifique des trĂ©sors ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s, nous regrettons parfois une certaine monochromie dans le rythme dramaturgique ; nous aurions aimĂ© ça et lĂ  des danses qui marquent des pauses pour contribuer encore plus aux contrastes. Quoi qu’il en soit, le programme a le mĂ©rite de faire dĂ©couvrir, en un temps assez court, toutes les nuances essentielles du style Français.

Cet “OpĂ©ra Imaginaire” n’a pas de dĂ©cor Ă  proprement parler, mais s’inscrit par sa nature dans notre temps. En effet, en faisant appel Ă  un jeune vidĂ©aste de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, le Concert Spirituel est entrĂ© dans l’Ăšre de la 3D avec ce projet. Cette projection, qui dure de la premiĂšre Ă  la derniĂšre mesure, a Ă©tĂ© directement inspirĂ©e au vidĂ©aste par le programme musical afin d’Ă©voquer chaque situation et donner un dĂ©cor grandiose Ă  la dramaturgie. La tĂąche a Ă©tĂ© lourde et trĂšs ambitieuse, notamment pour un artiste seul face Ă  un tel chantier.

Cependant, il faut constater, hĂ©las, que l’univers proposĂ© vire par moments au kitsch. On comprend tout Ă  fait que cette musique a Ă©tĂ© donnĂ©e du temps des talons rouges et des basques Ă  rubans, mais est-ce une raison, en 2017 pour l’inscrire encore plus dans un dĂ©cor surannĂ©?
Surtout quand on a une technologie qui permet aisĂ©ment de donner libre cours Ă  l’inspiration que cette musique peut offrir Ă  la sensibilitĂ© de tout artiste. Nous dĂ©plorons, dans cette vidĂ©o un certain manque de fantaisie et d’imagination. La musique proposĂ©e et mĂȘme l’intrigue permettaient des situations telles que nous aurions pu ĂȘtre transportĂ©s ailleurs, Ă  mille lieues d’un univers connu, reconnu, archi-connu. HĂ©las cette vidĂ©o ne semble pas contribuer Ă  sublimer un programme qui, dĂ©jĂ  tout seul, regorge de nouveautĂ©s. Finalement, la partie promise Ă  l’innovation de cet “OpĂ©ra Imaginaire” est demeurĂ©e bien
 raisonnable.

Sur le plateau, nous constatons que les trois solistes campent les trois rĂŽles correctement. Karine Deshayes se dĂ©chaĂźne dans le magnifique air de Scanderberg de Rebel & Francoeur ; elle est mĂȘme dĂ©chirante dans son air issu des Muses de Campra. Katherine Watson est divine de bout en bout, musicalement et dramatiquement ; aussi notamment, dans la prosodie Française remarquable. En revanche, Reinoud van Mechelen est restĂ© un peu en retrait, parfois quelque peu hĂ©sitant sur certains tempi mais magnifique dans l’air de Dardanus “Lieux dĂ©solĂ©s”!

Le Choeur et l’Orchestre du Concert Spirituel nous ont habituĂ© Ă  mieux. Alors que l’on sentait un engagement et une fougue certaines des choristes et des musiciens on a ressenti parfois des sauts de tempo brutaux, surtout dans l’ouverture redoutable du Titon et l’Aurore de Mondonville. HervĂ© Niquet ne semblait pas donner une vĂ©ritable ligne de conduite et il nous a semblĂ© qu’il y a eut une dĂ©connection entre le chef et ses musiciens. Nous avons aussi ressenti une sorte de fuite en avant dans certains passages oĂč M. Niquet a poussĂ© son orchestre et ses choeurs dans des retranchements qui n’ont pas contribuĂ© davantage Ă  donner un coup de boost dramatique. Plusieurs questions se posent, mais serait-il probable que le besoin de synchronie avec la vidĂ©o explique cette frĂ©nĂ©sie et ces brusques changements? La question reste ouverte pour tous les spectacles qui incluent les arts numĂ©riques.

En sortant sur la Place de la ComĂ©die, au coeur de son brouhaha festif, nous demeurons dans une certaine perplexitĂ© sur le ressenti aprĂšs cet “OpĂ©ra Imaginaire”. Nous ne pouvons pas nier que c’est un bien beau programme qui ravit la curiositĂ© et alimente l’appĂ©tit de la passion; cependant l’émotion est celle d’un rendez-vous manquĂ© entre le monde numĂ©rique et l’opĂ©ra Français. NĂ©anmoins, comme toute expĂ©rience, c’est finalement ce premier essai qui compte, nous sommes certains que la prochaine fois sera la bonne!

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE – MONTPELLIER

Lundi 24 Juillet 2017 – 20h
OpĂ©ra – ComĂ©die

“OPERA IMAGINAIRE”

Extraits et airs de:

MONDONVILLE – Titon et l’Aurore, Le Carnaval du Parnasse.
RAMEAU – Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Hippolyte et Aricie, Dardanus, Le Temple de la Gloire.
CAMPRA – Achille et DĂ©idamie, Les Muses, Le Carnaval de Venise.
BERTIN DE LA DOUEE – Le Jugement de PĂąris
DAUVERGNE – Les Amours de TempĂ©, Hercule Mourant, EnĂ©e et Lavinie.
COLIN DE BLAMONT – Les FĂȘtes Grecques et Romaines
FRANCOEUR & REBEL – Scanderberg, Pyrame et ThisbĂ©.
MARAIS – Alcyone, SĂ©mĂ©lĂ©.
CHARPENTIER – MĂ©dĂ©e.
LECLAIR – Scylla et Glaucus.
STUCK – MĂ©lĂ©agre.
DESTOUCHES – CallirhoĂ©.
GERVAIS – Hypermnestre
ROYER – Le Pouvoir de l’Amour.
MONTECLAIR – JephtĂ©.
LULLY – Armide.

La Reine Magicienne – Karine Deshayes
La Princesse – Katherine Watson
Le Prince – Reinoud van Mechelen

Conception du programme – BenoĂźt Dratwicki
Conception vidĂ©o – Anthony Rubier

Choeur et Orchestre du Concert Spirituel
dir. Hervé Niquet

Compte rendu critique, concert. Montpellier, le 24 juillet 2017. JS BACH, RAMEAU… RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin.

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte rendu critique, concert. Montpellier, le 24 juillet 2017. JS BACH, RAMEAU… RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin. FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE-MONTPELLIER. Voir avec les oreilles physicien Trinh Xuan Thuan, dans son traitĂ© Les voies de la lumiĂšre, fait Ă©tat que l’humain ne se contente pas de voir qu’avec les yeux mais aussi avec le cerveau. La question se pose alors aussi pour la musique, notre puissant centre nerveux serait-il aussi capable de voir avec les oreilles?

Voir avec les oreilles

Parler de chromatisme en musique lance un vaste dĂ©bat et surtout dĂ©ploie un sans-nombre de possibilitĂ©s dans la perception de la musique. Est ce que comme ce mot l’indique, la musique chromatique serait faite pour Ă©voquer des couleurs Ă  l’ouĂŻe ?

Avec ce programme, le fabuleux claveciniste Justin Taylor nous dĂ©montre par les piĂšces les plus diverses, que l’art de toucher le clavecin est semblable Ă  la peinture par la nature des sensations qu’il Ă©voque Ă  l’Ă©coute. De Bach Ă  Forqueray en passant par Rameau et Sweelinck, La grande fresque du chromatisme est tracĂ©e.

À l’Ă©coute de la Toccata BWV 914 et sa mĂ©lancolie patente ou de l’Enharmonique de Rameau on ressent l’alchimie inexplicable qui tient quasiment de la physique quantique. On voit avec l’oreille, les bruns veloutĂ©s de Bach et les irisĂ©es fontaines de Rameau pour ĂȘtre saisis par les Ă©clats tonnants des accords de Forqueray qui nous dĂ©crit un ciel en tempĂȘte et feu.

Justin Taylor, en une heure, tel un magicien prestidigitateur, a empruntĂ© Ă  Montpellier toute la pulpe de ses couleurs pour nous enivrer d’un tableau musical aux nuances interminables.

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Lundi 24 Juillet 2017 – 12h30
Festival Montpellier Radio France / Salle Pasteur – Le Corum

” CHROMATISMES “

Johann Sebastian Bach
Fantaisie Chromatique

Johann Sebastian Bach
Toccata BWV 914 en mi mineur

Jean-Philippe Rameau
PiĂšces de clavecin en concert
- L’Enharmonique
- L’Egyptienne
- Suite en La mineur

Jan Pieterszoon Sweelinck
Fantasia chromatica

Domenico Scarlatti
Sonata K115

Jean-Baptiste Forqueray
Extrait de la 5e suite en do mineur
- La Jupiter

Justin Taylor – Clavecin

Compte rendu critique, concert. Montpellier, le 23 juillet 2017. HAYDN, DEVIENNE… Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction

chauvin-julien-concert-de-la-loge-orchestre-prensentation-critique-classiquenewsCompte rendu critique, concert. Montpellier, le 23 juillet 2017. HAYDN, DEVIENNE…  Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction.  Lorsqu’on s’intĂ©resse de prĂšs Ă  cet orchestre fabuleux qu’est Le Concert de la Loge, on entrevoit la volontĂ© artistique de Julien Chauvin aisĂ©ment, celle de la “rĂ©invention du Concert”. Mais que veut dire “rĂ©inventer le concert”? En quoi consiste le “concert” en tant que tel? S’il est vrai que pour nous, ĂȘtres connectĂ©s de l’Ăšre virtuelle, Le “concert” revient soit Ă  tapoter sur internet ou sur la tablette sur les sites YouTube ou Vimeo, le fait de se dĂ©placer au concert (prĂ©cisons que nous excluons l’opĂ©ra) revient cejourd’hui Ă  un vĂ©ritable acte de foi, un engagement du public pour la musique et pour l’artiste.

 

 

 

 

RĂ©inventer le concert

 

Chaque concert de Julien Chauvin et de ses musiciens du Concert de la Loge et du Quatuor Cambini construit un vĂ©ritable manifeste pour crĂ©er un lien direct avec le public et que le “concert” soit un rendez-vous du XXIĂšme siĂšcle tout comme il l’a Ă©tĂ© au XVIIIĂšme et au XIXĂšme siĂšcles. Ce lien social entre la scĂšne et La Salle et parmi le public rend le concert beaucoup plus vivant et est inoubliable par sa durĂ©e dans le temps.

Pour rĂ©pondre Ă  la thĂ©matique de l’Ă©dition 2017 du Festival Radio France Occitanie-Montpellier, un dĂ©tour par la musique de La RĂ©volution de 1789 ne devait pas manquer.

Pour ce concert, Julien Chauvin a proposĂ© deux symphonies Françaises trĂšs peu donnĂ©es serties de la Symphonie 82 de Haydn dite “l’Ours”. Afin de multiplier les sensations, Le Quatuor Ă  cordes Opus 18 n. 4 de Beethoven est ajoutĂ© au programme comme un rappel au raz de marĂ©e idĂ©ologique de la RĂ©volution Française sur l’esthĂ©tique europĂ©enne.

Magnifique programme qui a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© avec un vĂ©ritable enthousiasme contagieux. Les partis pris ont Ă©tĂ© justes et originaux, l’orchestre d’un Ă©quilibre de couleurs et d’une MaĂźtrise sans faille. Nous retrouvons aussi dans le Haydn et Le Devienne une rĂ©elle incarnation sonore, une pĂąte qui surprend, sĂ©duit et rend gourmand de cette musique brillante.

Le public, sollicitĂ© directement par Julien Chauvin a rĂ©agi avec vivacitĂ© lors des variations de la Symphonie Concertante de Devienne, tout comme Ă  l’Ă©poque. Une expĂ©rience fabuleuse et didactique pour aprehender la musique comme un organisme vivant qui vise Ă  interpeler.

La Symphonie sur des airs patriotiques de Davaux est une curiositĂ© oĂč s’entremĂȘlent La Marseillaise, La Carmagnole, Ah ça ira! et ce qui semble ĂȘtre La Guillotine permanente (1793). C’est par un tel Ă©talage de “patrioterie” Ă  outrance que Davaux a survĂ©cu au “hachoir national”. Cependant nous sommes surpris par la beautĂ© des arrangements qui piquent au plus vif par les deux violons solo.

La Symphonie de Haydn et Le Quatuor de Beethoven sont exĂ©cutĂ©s avec une fantastique maitrise du style, un Ă©veil des beautĂ©s cachĂ©es de ces deux chefs d’Ɠuvre. Nous attendons avec impatience que “l’Ours” vienne hanter nos oreilles dans une future intĂ©grale.

D’ici lĂ , nous parions que Julien Chauvin et son fabuleux Concert de la Loge ont rĂ©ussi olympiquement Ă  rĂ©inventer le concert et qu’ils pourront l’ancrer Ă  tout jamais dans la pratique quotidienne de notre sociĂ©tĂ©.

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER

Dimanche 23 Juillet – 20h30
Salle Pasteur – Le Corum

Musique au temps de la Révolution Française

Joseph Haydn
Symphonie n 82 en ut majeur
“L’Ours”

François Devienne
Symphonie Concertante n. 4
Pour flûte, hautbois, basson et cor en fa majeur

Tami Krausz – flĂ»te
Emma Black – hautbois
Javier Zafra – basson
Nicolas Chedmail – cor

Ludwig van Beethoven
Quatuor Ă  cordes n 4 en ut mineur
Opus 18, n 4

Quatuor Cambini

Jean-Baptiste Davaux
Symphonie Concertante en sol majeur mĂȘlĂ©e d’airs patriotiques pour deux violons principaux

Julien Chauvin – Violon
Chouchane Siranossian – Violon

Le Concert de la Loge
Dir. Julien Chauvin

Compte rendu critique, opéra. Montpellier, le 22 juillet 2017. GIORDANO : Siberia. Yoncheva, DG Hindoyan

Compte rendu critique, opĂ©ra. Montpellier, le 22 juillet 2017. GIORDANO : Siberia. Yoncheva, DG Hindoyan. Comme tous les ans le Festival Radio France Occitanie Montpellier nous offre des merveilleuses surprises, un vrai parti pris pour cette institution de proposer avec un courage rare des chefs d’Ɠuvres trop longtemps promis Ă  un destin injuste.  Cette annĂ©e Le Soleil MontpelliĂ©rain accueille les (R)Ă©volution(s). Qu’elles soient idĂ©ologiques, spirituelles ou esthĂ©tiques, ces sursauts de l’histoire alimentent en profondeur les gammes et les nuances de l’aventure humaine.

Retour à la vie 

“Sonnera-t-elle l’heure de ma dĂ©livrance ? Je l’appelle, je l’appelle. J’erre sur le rivage, j’attends un vent favorable, je hĂšle les vaisseaux. Quand commencerai-je enfin ma libre course sur les libres chemins de la mer, n’ayant plus Ă  lutter qu’avec les flots et les tempĂȘtes? Il est temps que j’abandonne ce monotone Ă©lĂ©ment qui m’est hostile, et que, bercĂ© sur les vagues brĂ»lĂ©es du soleil, sous le ciel de mon Afrique je soupire au souvenir de ma sombre Russie, oĂč j’ai souffert, oĂč j’ai enterrĂ© mon cƓur, mais oĂč j’ai aimĂ©. “
 

Alexandr Pushkin – Evgeny Onegin 

 

 

YONCHEVA SIBERIA montpellier compte rendu opera par classiquenews

 

 

On retrouve dans cette thĂ©matique, Ă©videmment l’anniversaire de la RĂ©volution d’Octobre 1917, avec ses bouleversements mais aussi, saupoudrĂ©s d’une maniĂšre hautement ingĂ©nieuse, des rĂ©fĂ©rences aux autres RĂ©volutions. Comme si le “perpetum mobile” des Arts Ă©pouse les actes des hĂ©roĂŻsmes de l’instant.

En 2016 déjà, cette brillante programmation a dévoilé Iris, drame japonisant et sublime de Pietro Mascagni avec Sonya Yoncheva et Domingo Garcia Hindoyan à la baguette.  Pour cette édition nous découvrons avec bonheur un opéra aux contours fébriles: Siberia de Umberto Giordano.

Avec un livret de Luigi Illica, Siberia rĂ©unit quasiment tous les leitmotiv de l’opĂ©ra VĂ©riste: passion, folie amoureuse, jalousie, dĂ©cor somptueux, grands effets de masse et des chƓurs aux ardeurs plĂ©thoriques. Il faut tout de mĂȘme rappeler que Luigi Illica est l’auteur et, parfois co-auteur, des plus grands livrets d’opĂ©ra de Puccini (Madama Butterfly, La BohĂšme, …) et c’est Ă  ce dernier qu’il aurait proposĂ© Siberia en premiĂšre instance. Face au rejet de Puccini au bĂ©nĂ©fice de Madame Butterfly, Illica s’est tournĂ© vers Giordano pour ce drame Russe. L’argument Ă  Ă©tĂ© vraisemblablement construit Ă  partir de deux grands romans russes : Souvenirs de la maison des morts de DostoĂŻevski et RĂ©surrection de TolstoĂŻ.

Giordano avait remportĂ© un joli succĂšs avec Fedora, drame russe aussi mais directement inspirĂ© par la piĂšce de Victorien Sardou (auteur de La Tosca aussi) dont la version thĂ©Ăątrale a Ă©tĂ© un des rĂŽles principaux de Sarah Bernhardt. Contrairement à Fedora, l’intrigue de Siberia nous mĂšne des salons cossus de Petrograd Ă  l’horreur du bagne au cƓur de la plaine d’Omsk en SibĂ©rie.
La partition est ponctuĂ©e de merveilles et d’une musique mĂȘlant le plus pur Verismo et le folklore Russe (notamment les balalaĂŻkas du Bal du troisiĂšme acte). L’ambiance musicale du bagne est poignante avec notamment un choeur de forçùts au deuxiĂšme acte qui finit par une tonitruante et glaçante fanfare funĂšbre. Pour sa musique et le livret, Giordano a remportĂ© un succĂšs tel Ă  la crĂ©ation Ă  la Scala de Milan en 1903, qu’il a Ă©clipsé Madama Butterflyl’annĂ©e suivante. Siberia s’exportera aprĂšs et notamment en France oĂč il aura les honneurs du Palais Garnier en 1911 en version Française.

Donc cela fait plus d’un siĂšcle, Ă  peu de choses prĂšs, que Siberia n’a pas eu la grĂące des scĂšnes Françaises. Saluons le travail des Ă©quipes de programmation du Festival Radio France et Montpellier – Occitanie qui, d’Ă©dition en Ă©dition font des cadeaux plus que remarquables aux festivaliers et rendent vivante la musique par leur audace et leur dĂ©termination.

Tout autant que De la Maison des morts de Janacek, Siberia est une fable qui oppose l’homme, La fatalitĂ© et La brutalitĂ© du destin qui s’accomplit. Ici La courtisane Stephana suit dans les mines dĂ©solĂ©e du bagne SibĂ©rien, son amant Vassili. Elle est vite rejointe par son ancien amant et souteneur, Glaby, qui sera le principal instigateur de l’issue tragique. Il faut signaler toutefois, que pour cette recrĂ©ation française, la fin de l’opĂ©ra Ă  Ă©tĂ© celle voulue par le librettiste et trĂšs rarement donnĂ©e depuis sa composition lors de la rĂ©vision de la partition par Giordano en 1927.

Pour offrir Ă  la sublime musique de Giordano un Ă©crin aux sensations puissantes, il fallait des interpretes de taille.

Tous les Ă©pithĂštes ne pourraient suffire Ă  qualifier l’admirable incarnation de Stephana par la soprano Sonya Yoncheva. DĂ©jĂ  Montpellier avait vibrĂ© avec son Iris de Mascagni en 2016, mais cette fois ci, Mme Yoncheva nous a menĂ© au sommet avec cette fougue et ce pathos qui caractĂ©risent la musique de Giordano. Sonia Yoncheva nous livre une Stephana d’un tempĂ©rament incandescent, fĂ©minine, hĂ©roĂŻque. Sonya Yoncheva a rendu Stephana au piĂ©destal des grandes hĂ©roĂŻnes tragiques, elle demeure, grĂące Ă  son incarnation, l’Ă©gal d’une Mimi, d’une Violetta ou d’une Tosca! Nous sommes ravis que les ondes ont conservĂ© une trace de cette formidable interprĂ©tation, Madame Yoncheva mĂ©rite ici tout Ă  fait son surnom de La Divina!

Face Ă  elle la rĂ©vĂ©lation, le tenor Turc Murat Karahan campe un personnage un peu plus classique, Ă©pousant quelque peu les poncifs du style. En effet Vassili est le jumeau de Cavaradossi et de Turiddu dans sa fuite vers l’avant par amour. NĂ©anmoins la voix de M. Karahan est impressionnante. D’une puissance et d’une projection sans pareil et une palette de couleurs qui ne font qu’augmenter les beautĂ©s de la musique de Giordano. HĂ©las, Murat Karahan n’a pas eu l’endurance nĂ©cessaire pour tenir les trois actes Ă  pleine voix et dĂšs l’acte II nous percevons un manque de puissance certain et une prosodie Italienne chancelante. Quoi qu’il en soit, ce tĂ©nor nous a ravi avec cette voix qui promet, si elle est bien dosĂ©e, de nous porter au plus profond de l’Ă©motion.

Dans le rĂŽle antagoniste de Gleby , souteneur cynique et tenace, Gabriele Viviani est tout d’un bloc. Belle voix solide de baryton-basse, comme un roc inĂ©branlable. HĂ©las, ses qualitĂ©s n’Ă©pousent pas le parcours dramatique du personnage. Gleby est tour Ă  tour tendre et cruel, cynique et manipulateur, il provoque le dĂ©nouement de l’intrigue. M. Viviani nous offre une bien belle prestation mais une bien pauvre interprĂ©tation.

Dans les rÎles secondaires, nous remarquons les excellents Anaïs Constans, Riccardo Frassi, Jean-Gabriel Saint-Martin et Catherine Carby. Siberia est ponctuée de leurs interventions qui nous ont ravi à chaque fois.

Les Choeurs de l’Opera de Montpellier et de La Radio Lettone sont tout simplement extraordinaires nous comblant de nuances et nous faisant voyager au cƓur de la dĂ©solation et des espaces immenses de l’Asie BorĂ©ale.

L’Orchestre national de Montpellier-Occitanie dĂ©borde de couleurs et de nuances, comme un tableau vivant ils colorent avec adresse le propos de Giordano. Lors de l’intermezzo de l’acte II nous imaginons aisĂ©ment l’interminable forteresse de la taĂŻga, La bise terrible des hivers de glace et de Nuit et le Soleil de plomb des Ă©tĂ©s continentaux.

À leur tĂȘte le chef HĂ©lveto-Venezuelien Domingo GarcĂ­a Hindoyan a offert Ă  la musique de Giordano toute l’Ă©nergie et la force d’un dĂ©miurge. L’on saisit Ă  la fois le drame mais tout l’exotisme de cette partition. Sa direction fougueuse nous porte Ă  la fois dans un voyage intĂ©rieur et dans une odyssĂ©e aux confins du monde des hommes. L’on pense aisĂ©ment Ă  un autre chef quand on Ă©voque le Venezuela, mais Domingo GarcĂ­a Hindoyan a dĂ©montrĂ© dans Siberia qu’il a Ă  la fois le geste et le cƓur d’un des plus grands chefs.

 

Siberia est revenue en France finalement, du lointain passĂ© oĂč elle demeurait, espĂ©rons que cette splendide partition ne retombe jamais dans l’indiffĂ©rence injuste qui la condamna au bagne de  l’oubli. Alors que les plaines immenses de la Russie Asiatique ont dĂ©roulĂ© leur tapis de glace et de steppe sous nos yeux, en sortant du Corum, les Ă©toiles de l’Occitanie semblaient encore rĂ©sonner aux accords des cigales musiciennes du pourtour MĂ©diterranĂ©en.

 

 

 

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FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER

Samedi 22 Juillet 2017 – 20h
Opera Berlioz – Le Corum

Umberto Giordano : SIBERIA (1903)

Stephana – Sonya Yoncheva
Vassili – Murat Karahan
Gleby – Gabriele Viviani
Capitano, Walikoff, Governatore – Riccardo Frassi
Il Banchiere Miskinsky, l’Invalido – Jean- Gabriel Saint- Martin

Nikona – Catherine Carby
Fanciulla – AnaĂŻs Constans
Ivan, il Cosacco – Marin Yonchev
Alexis, il Sargente – Alvaro Zambrano
Ispettore – Laurent SĂ©rou

ChƓurs de l’OpĂ©ra National Montpellier-Occitanie
Choeur de la radio Lettone

Orchestre National Montpellier-Occitanie

Domingo GarcĂ­a Hindoyan, direction

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Illustrations : @ Festival Montpellier et Radio France 2017 / Luc Jennepi

Compte rendu, festival. 21Ăš Festival de PĂąques de Deauville 2017. Les 15 et 16 avril 2017.

DEAUVILLE festpaq2017_500x700Compte rendu, festival. 21Ăš Festival de PĂąques de Deauville. Les 15 et 16 avril 2017. IMMERSION 2 jours durant au sein du XXIĂšme FESTIVAL DE PAQUES DE DEAUVILLE. 3 concerts que nous avons suivi tĂ©moignent de la trĂšs haute technicitĂ© des jeunes talents qui tiennent l’affiche de Deauville en ce printemps 2017, comme de l’intelligence du Festival Ă  savoir les marier
 L’évocation de Deauville au dĂ©but du printemps prĂ©juge des promesses des villĂ©giatures mondaines de l’Ouest Parisien et des courses et divertissements qui naguĂšre ravirent les jeunes filles en fleur d’un Balbec voisin. Mais en 2017, si les embruns racĂ©s de cette Normandie balnĂ©aire perdurent avec un chic inĂ©galĂ©, il est une manifestation qui ne cesse de surprendre sachant faire fructifier un terreau de jeunes artistes aux talents prometteurs et passionnants.

 

 

 

Samedi 15 avril 2017
Centre International de Deauville : LE REVE et LA SIRENE

 

LE REVE ET LA SIRENE
 Pour sa 21eme Ă©dition le Festival ouvre ses week-ends avec audace. Le programme fait la part belle au lyrisme avec la soprano Julie Fuchs et Le Balcon & Maxime Pascal. Le programme est centrĂ© sur les adaptations formidables d’Arthur Lavandier. Nous avons remarquĂ© au disque son incandescente adaptation pour Le Balcon de la Symphonie Fantastique de Berlioz (LIRE notre compte rendu critique du cd LavandiĂšre : rĂ©Ă©crire la Fantastique de Berlioz, 2013). Pendant ce concert, c’est une belle fresque de son langage qui perce Ă  travers les musiques aussi diverses que Handel, Mahler, Debussy. Chaque incursion est une redĂ©couverte. Arthur Lavandier, en parfait alchimiste sait doser les expressions : il met en avant l’originalitĂ© et les couleurs les plus vives de chaque compositeur. Multipliant les rencontres entre instrumentarium d’aujourd’hui et musiques d’hier, on tient Ă  saluer son adaptation de l’air “Credete il mio dolore” (Morgana) de l’acte III de l’Alcina de Handel, un bijou qui nous pousse Ă  souhaiter qu’un directeur d’opĂ©ra Ă©clairĂ© programme tout un opera ancien avec la vision splendide d’Arthur Lavandier.
On a aussi l’occasion d’entendre une mĂ©lodie de sa plume, nous plongeant dans le monde interlope et ambigu des eaux sirĂ©niennes, magnifiquement interprĂ©tĂ© par Julie Fuchs au sommet de son art!
Julie Fuchs nous cueille au cƓur des Ă©motions par un phrasĂ© raffinĂ© et un timbre richement ciselĂ©. Du lamento simple mais dĂ©chirant de Morgana dans Alcina aux accords empreints de mystĂšre de la complainte d’Arthur Lavandier, Julie Fuchs dĂ©veloppe chaque air comme un livre aux images merveilleuses. La fabuleuse soprano aux nuances envoĂ»tantes nous emmĂšne dans des contrĂ©es diverses, des Ă©toiles cĂ©rulĂ©ennes d’une Nuit calme aux profondeurs des silences recueillis de Mahler.

DirigĂ© avec l’Ă©nergie et la finesse de Maxime Pascal, les musiciens du Balcon posent chaque note et chaque accord avec le soin des orfĂšvres. En premiĂšre partie, avec les Ɠuvres vocales dans les mondes les plus divers ou encore mieux dans la Fantastique 4G qui pourrait aisĂ©ment retrouver ainsi le chemin de l’hymne de la jeunesse en 2017! Le Balcon plus qu’un orchestre ou un ensemble, c’est un concept, un discours, un thĂ©orĂšme
 oĂč la jeunesse dĂ©montre sans cesse la sincĂ©ritĂ© et la force de son talent. Nous suivrons encore et toujours la voie ouverte par de tels artistes, Ă  l’instar de Berlioz en 1830, Maxime Pascal et Le Balcon sont les hĂ©rauts de l’avenir!

 

 

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Claude Debussy (1862-1918)
Nuit d’étoiles pour soprano et orchestre

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Alcina : Credete al mio dolor pour soprano et orchestre

Rodgers & Hammerstein : Sound of Music
Last rose of summer, air traditionnel irlandais pour soprano et orchestre

Gustav Mahler (1860-1911)
Ruckert lieder : Ich bin der welt abhanden gekommen pour soprano et orchestre

Arthur Lavandier (1987-)
Complainte pour la sirÚne pour soprano et orchestre (création)
PoĂšme de Charles Roudaut
***
Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie Fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste
Libre adaptation pour orchestre de chambre d’Arthur Lavandier
Julie Fuchs, soprano
Le Balcon
Harmonie de Lisieux-Pays d’Auge
Maxime Pascal, direction

 

 

 

Dimanche 16 avril 2017
Salle Elie de Brignac : Un portrait troublé

 

ligeti gyorgy par karol beffa editions fayard critique compte rendu annonce Classiquenews9782213701240-001-X_0PORTRAIT TROUBLÉ. Quand on Ă©voque György Ligeti, l’esprit mĂȘme de l’inventivitĂ© se manifeste. Le parti pris, pour ce deuxiĂšme concert du Festival de PĂąques de Deauville d’offrir un portrait de la puissante plume du maĂźtre Hongrois, est une idĂ©e heureuse ; le concept s’annonçait rĂ©jouissant. De mĂȘme l’introduction annoncĂ©e de Karol Beffa, rĂ©cent biographe de Ligeti chez Fayard, prĂ©sentait les meilleurs augures pour pĂ©nĂ©trer dans l’intimitĂ© d’une musique aussi fascinante que complexe. Cependant, alors que l’on s’attendait Ă  une introduction brĂšve et concise pour donner place ensuite Ă  la musique, Karol Beffa nous a fait un exposĂ© aux ramifications techniques qui au lieu d’introduire 
 a perdu davantage les spectateurs.
Au bout de 45 minutes d’un vĂ©ritable cours magistral sur Ligeti place Ă  la musique avec de tout jeunes interprĂštes.  Le portrait fut exĂ©cutĂ© avec un talent technique hors pair, les intentions Ă©taient justes ; les articulations, sans accroc. Saluons la MaĂźtrise incroyable de Jonas Vitaud et de Guillaume Vincent au piano, notamment dans les piĂšces Ă  quatre mains.  Mais dans l’ensemble, on remarque que la technique l’emporte sur la sensibilitĂ©. Et c’est un syndrome rĂ©current chez les jeunes gĂ©nĂ©rations, trop tĂŽt propulsĂ©es sur le devant des scĂšnes. L’exĂ©cution est parfaite mais laisse de marbre.
En glosant sur l’exposĂ© de Karol Beffa qui nous rĂ©vĂ©la le rapport extrĂȘmement important de la danse et de la musique de Ligeti, l’on ne retrouve fondamentalement que des tempi 
 taillĂ©s mathĂ©matiquement, au scalpel ni aucune vĂ©ritable envolĂ©e dansante ni incursions dans le caractĂšre ironisant et sarcastique qui caractĂ©rise Ligeti dĂšs l’intitulĂ© des piĂšces.
Regrettons cette implication toute technique mais vu la jeunesse des interprĂštes, nous sommes confiants qu’ils seront trĂšs bientĂŽt en mesure de nous enthousiasmer ; ils ont Le tisonnier d’une flamme qui ne fera que grandir.

 

 

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CONCERT LIGETI
 PrĂ©sentation de Karol Beffa, compositeur et auteur de György Ligeti (Fayard 2016)

György Ligeti (1923-2006)
Trio pour cor, violon et piano (1982)
Étude polyphonique pour piano à quatre mains (1950)
Szonatina pour piano Ă  quatre mains (1950)
Études pour piano
Cordes Ă  vide (1985)
Automne Ă  Varsovie (1985)
Der Zauberlerhling (1994)
Vertige (1990)
Six bagatelles pour quintette Ă  vent (1953)
Quatuor à cordes n° 1 Métamorphoses nocturnes (1968)

Quintette Ouranos :
Mathilde Calderini flûte
Philibert Perrine hautbois
Amaury Viduvier clarinette
Nicolas Ramez cor
Rafaël Angster basson

Quatuor HermĂšs :
Omer Bouchez, Elise Liu violon
Lou Chang alto
Anthony Kondo violoncelle
David Petrlik violon

Jonas Vitaud, Guillaume Vincent piano

 

 

 

 

Dimanche 16 avril  2017
Salle Elie de Brignac : réunion des talents chambristes

 

CHAMBRISME ARDENT
 Le dernier concert du premier week-end du Festival de PĂąques de Deauville est surprenant par la beautĂ© de son programme. Tout d’emblĂ©e, nous assistons Ă  la rĂ©union de certains des meilleurs interprĂštes de leur gĂ©nĂ©ration. On est saisi encore et toujours par la perfection technique de leurs exĂ©cutions respectives. Cependant tout comme le concert prĂ©cĂ©dent nous demeurons quelque peu perplexes par une sensibilitĂ© en filigrane qui convient tout Ă  fait Ă  Brahms par son Ă©criture solide mais qui demeure insuffisante dans FaurĂ©. Saluons toutefois le toucher dĂ©licat de Guillaume Bellom, un pianiste qui promet de belles incantations Ă  l’avenir. Les belles nuances des alti de Lise Berthaud et de Marie Chilemme ont rĂ©vĂ©lĂ© une maĂźtrise de leur instrument certaine.
C’est la magie spĂ©cifique Ă  Deauville : rĂ©unir des jeunes tempĂ©raments en ensembles pour rendre grĂące Ă  la musique. C’est un bel atout de ce festival. NĂ©anmoins nous espĂ©rons que les talents qui aujourd’hui dĂ©ploient la technique la plus chevronnĂ©e, seront ceux qui demain nous offriront les plus belles Ă©motions au concert.

 

 

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Gabriel Fauré (1845-1924)
Quintette pour piano et cordes n° 2 opus 115

***
Johannes Brahms (1833-1897)
Sextuor à cordes n° 2 opus 36
Pierre Fouchenneret, Guillaume Chilemme, violon
Lise Berthaud, Marie Chilemme, alto
François Salque, Victor Julien-LaferriÚre, violoncelle
Guillaume Bellom, piano

 

 

 

Compte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies


electr()cution festival brest 2017 ensemble sillages compte rendu critique sur classiquenewsCompte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies
 Il y a des rendez-vous que l’on ne rate pas. Les musiques Ă©lectro-acoustique et acousmatique ont leur festival au bord des infinitĂ©s de l’ocĂ©an dans la ville de Brest qui brille par cette avant-garde comme aucune autre en France. Retourner dans la trĂšs belle salle du Centre d’Art Contemporain La Passerelle et s’imbiber de l’ambiance familiale du lieu et de l’enthousiasme des nouvelles musiques, est un rĂ©gal pour la dĂ©couverte des nouvelles musiques du temps prĂ©sent. OrganisĂ© par l’ensemble Sillages, le Festival Electrocution revĂȘt l’Ă©lan de dĂ©couverte qui caractĂ©rise les rĂ©alisations de cet ensemble. Philippe Arrii Ă  la direction artistique, nous offre Ă  la fois des crĂ©ations avec Ă©lectronique en temps rĂ©el et des allers-retours sur l’ensemble de la crĂ©ation contemporaine. Lui et Sillages, composĂ© des meilleurs musiciens possibles, nous rĂ©vĂšlent les prismes surprenants et passionnants d’un monde en constante Ă©volution.

Concert ELECTRO-LADIES
29 Mars 2017 

INAUGURATION DU FESTIVAL

CONCERT ELECTR( )LADIES
scĂšne I, patio – 20h30
Javier Torres Maldonado, Inoltre pour piano et Ă©lectronique
Lara Morciano, Raggi di Stringhe pour violon et électronique
Marta Gentilucci, Exercises de Stratigraphie pour accordéon et électronique, création
Édith Canat de Chizy, Over the sea pour trio Ă  cordes, accordĂ©on et Ă©lectronique
Georgia Spiropoulos …Landscapes and monstrous things… pour piano, quatuor Ă  cordes, Ă©lectronique et vidĂ©o, crĂ©ation aide Ă  l’écriture de l’État

Les Fées électricité

Dans cette Ăšre ou finalement le gĂ©nie fĂ©minin commence Ă  ĂȘtre reconnu Ă  sa juste valeur, le premier concert du Festival Électrocution 2017 (ce 29 mars 2017) a Ă©tĂ© consacrĂ© Ă  4 visions fĂ©minines de la crĂ©ation contemporaine et de la musique Ă©lectroacoustique. Seul bĂ©mol Ă  ce programme : une prĂ©sence non fĂ©minine mais tout autant formidable, le compositeur Mexicain Javier Torres Maldonado. Nous saluons Sillages par son engagement dans la dĂ©couverte de compositeurs et compositrices qui souvent sont exclues des programmes traditionnels des grandes formations.

En effet nous constatons avec regret que la diffusion et la promotion des crĂ©atrices dans la musique contemporaine est largement insuffisante. L’enfermement Ă©litaire des grandes formations (Orchestre de Paris, OpĂ©ra de Paris…) et le manque grave de curiositĂ© ont regrettablement serti le talent remarquable des compositrices dans une confidentialitĂ© incomprĂ©hensible. Il y a urgence Ă  cesser de confisquer les esthĂ©tiques et permettre aux artistes de rencontrer les publics, c’est la mission primordiale des organismes et structures de diffusion musicale (NDLR : de surcroĂźt quand les dits organismes reçoivent des subventions publiques financĂ©es par les contribuables).

TrĂȘve de dĂ©bat, le programme “Electroladies” est Ă©quilibrĂ© et surprenant par la variĂ©tĂ© polychrome de la musique et la crĂ©ation des dispositifs Ă©lectroniques dont certains sont en temps rĂ©el.

INOLTRE, de Javier Torres Maldonado, pour piano et Ă©lectronique nous amĂšne dans le monde profondĂ©ment lyrique du compositeur Mexicain. C’est un questionnement jovial et intrinsĂšque de ces voix profondes qui dĂ©limitent le subconscient. Nous saluons la performance de Vincent Leterme, prĂ©cis, impressionnant de justesse et d’expressivitĂ© dans chaque phrase.

Place aux dames avec RAGGI DI STRINGHE de Lara Morciano. Cette piĂšce pour violon et Ă©lectronique en temps rĂ©el porte une force particuliĂšre dans la construction et le dĂ©veloppement du langage. Le violon comme un faisceau de lumiĂšre dispose la musique Ă  la fois comme une source constante et un torrent fougueux. La crĂ©ation en temps rĂ©el de l’Ă©lectronique est un privilĂšge rare, l’intention directe de Lara Marciano s’est exprimĂ©e tout du long. On y a vu des nuances contrastĂ©es qui enrichirent le langage du violon. Le jeu de Lyonel Schmitt s’affirme avec un timbre riche et une maĂźtrise technique sans Ă©quivoque.

Suivent deux Ɠuvres finalement un peu plus anecdotiques, Les Exercices de Stratigraphie de Marta Gentilucci sont d’une complexitĂ© parfois hors propos. L’on s’y perd dans une structure de l’Ă©lectronique quelque peu sophistiquĂ©e. Pascal Contet, en revanche, relĂšve le dĂ©fi de cette complexitĂ© en interprĂ©tant une Ɠuvre hyperconstruite avec un souffle certain et une prĂ©cision inestimable.

Le Quatuor Over the sea de Edith Canat de Chizy malgrĂ© la formidable interprĂ©tation des membres de l’ensemble Sillages, laisse dĂ©concertĂ© : le style alambiquĂ© de Mme Canat de Chizy ne permet pas de dĂ©coller d’une raideur technique et d’un manque de contrastes dans le discours.

Une autre des belles dĂ©couvertes fut … Landscapes and monstrous things… de Georgia Spiropoulos. Ce “work in progress” nous offre trois des six piĂšces qui composeront ce cycle. La palette de Georgia Spiropoulos est plĂ©thorique et raffinĂ©e. S’inspirant et crĂ©ant l’Ă©lectronique en temps rĂ©el lĂ  aussi, avec la projection des tableaux d’Eugen Gabritchevsky, sa musique explose de sensibilitĂ© ; elle sublime les tableaux composĂ©s des nostalgies tourmentĂ©es du peintre russe. La musique de Georgia Spiropoulos devient tour Ă  tour aussi onirique que les cauchemars nĂ©s de l’esprit de Grabitchevsky. Elle nous a Ă©veillĂ©s Ă  la puissante essence des Arts quand ils dialoguent. Les excellents solistes de Sillages ont contribuĂ© Ă  la rĂ©vĂ©lation de ces belles pages. En dĂ©finitive Georgia Spiropoulos a touchĂ© au chef d’Ɠuvre avec ces trois piĂšces et par leur force quasi dramatique elles pourraient trĂšs bien ĂȘtre assimilĂ©es Ă  la “Fantastique” du XXIe siĂšcle.

Quoi qu’il en soit, ces Electroladies sont les nouvelles Erato de notre temps, avec la sincĂ©ritĂ© de leur musique et la gĂ©nĂ©rositĂ© de chaque page, la force du gĂ©nie fĂ©minin nous dit que la musique gagne quand elle Ă©pouse la tolĂ©rance, l’exigence et la paritĂ©. Bravo a l’ensemble Sillages pour son engagement dans ce sens.

Sillages et Électrocution, deux institutions qui nous offrent l’excellence sans la pavane rĂ©guliĂšre / indigeste des “je sais tout”. L’ouverture internationale et sur les esthĂ©tiques proposĂ©e par Philippe Arrii nous dĂ©montrent, en ces temps de repli, que les Arts peuvent ouvrir des portes nouvelles et tendre les liens entre les cultures et les peuples.

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FESTIVAL ELECTR()CUTION – Ensemble Sillages
Brest – La Passerelle, centre d’Art contemporain
29 Mars – 1er avril 2017

Compte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. Collegium de l’OJIF / MONTEVERDI. Christophe Dylis

dilys christophe jeune maestro orchestre jeunes ile de france colelgium presentation classiquenewsCompte-rendu, concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 10 mars 2017. MONTEVERDI, … Concert de lancement de l’OJIF. Christophe Dylis. Deux jeunes formations illustrent avec panache et appĂ©tit, l’essor actuel des talents musicaux, malgrĂ© le manque de curiositĂ© pour les distinguer et les programmer. Allons, responsables des lieux culturelles et des saisons musicales, l’OJIF incarne un projet plus que captivant : modĂšle. Pour parer Ă  toutes les moroses prophĂ©ties de la crise et des sinistres augures de rigueur dans le monde culturel. En effet le contribuable français est sollicitĂ© pour un financement Ă©quitable des arts, cependant Ă  cause d’un snobisme nĂ©faste à la variĂ©tĂ© et la libertĂ© de crĂ©ation et d’interprĂ©tation, l’offre visible demeure celle des ogres survitaminĂ©s en subventions et communication.
Les difficultĂ©s actuelles de la diffusion n’effraient pas, heureusement, des musiciens aussi enthousiastes que talentueux pour crĂ©er des collectifs en Île-de-France et favoriser des projets promis Ă  demeurer et prendre la musique pour ce qu’elle est : une action collective.

 
 

ORCHESTRE DES JEUNES D’ILE DE FRANCE et son COLLEGIUM:
LA MUSIQUE VIVANTE! 

 

LancĂ©e en 2016, l’ORCHESTRE DES JEUNES D’ÎLE DE FRANCE, rĂ©unit de formidables interprĂštes qui dĂ©fient la morositĂ© du monde musical pour interprĂ©ter le rĂ©pertoire que certains veulent enfermer dans les “grandes formations”. Ce passionnant projet se bat pour attirer les soutiens qu’il mĂ©rite, tant la qualitĂ© de leurs rĂ©alisations mĂ©rite attention et admiration. Un an juste aprĂšs sa fondation, le 10 mars 2017, l’OJIF s’aventurait dans un autre rĂ©pertoire avec la fondation de son “Collegium baroque”. Cette formation rĂ©unit Ă  la fois des spĂ©cialistes de la musique ancienne et des musiciens plutĂŽt “moderneux” pour permettre Ă  la fois une Ă©mulation et une coopĂ©ration formidable.

Le Collegium de l’OJIF est dirigĂ© par Christophe Dilys. Ce jeune chef Ă  la direction claire et sensible, nous a offert une soirĂ©e aux couleurs chaudes et Ă  la sensualitĂ© dĂ©bordante, Ă  la fois dans des Monteverdi (“Hor che il Ciel e la terra” et Les Vespro della Beata Vergine) et des suites de musique Française aussi dansantes que rigoureusement rythmĂ©es dans la polychromie. Christophe Dilys ouvre le chemin aux instrumentistes avec l’Ă©nergie des vrais chefs et un langage prĂ©cis qui ne manque jamais dans le style.
Musiciens et choristes, engagĂ©s dans des formations diverses, des choeurs et orchestres des Conservatoires aux ensembles spĂ©cialisĂ©s, montrent que la jeunesse qui s’engage dans la construction culturelle peut ĂȘtre aussi volontaire que les gĂ©nĂ©rations du passĂ©, avec peut-ĂȘtre une passion beaucoup plus chevronnĂ©e et un savoir bien plus profond.

L’OJIF et son Collegium demeurent toutefois deux jeunes ensembles menĂ©s par l’incandescente flamme de la musique, nous faisons un appel aux programmateurs Franciliens, ces musiciens vous feront aimer la musique encore plus! Plus d’infos sur le site de l’OJIF
http://ojif.fr/index.php/fr/

 
 
 

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov

rimsky korsakov Nikolay_A_Rimsky_Korsakov_1897Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Mikhail Tatarnikhov / Dmitri Tcherniakov. AprĂšs-midi fĂ©erique ce lundi de PĂąques Ă  l’OpĂ©ra Bastille. L’opĂ©ra « Snegourotchka » ou la Fleur/Fille de Neige du maĂźtre russe Rimsky-Korsakov investit la maison nationale dans une nouvelle production signĂ©e Dmitri Tcherniakov. Une distribution largement russophone et un orchestre en forme, sous la direction du chef Mikhail Tatarnikov, rĂ©galent l’auditoire. Une production trĂšs russe, folklorique, impĂ©riale… Curieusement intĂ©ressante au niveau musical et historique, nĂ©anmoins non sans lourdeur et lenteur, en dĂ©pit des coupures opĂ©rĂ©es sur la partition.

Rimsky-Korsakov et Tcherniakov, un concert de conventions

Bien que le maĂźtre russe, appartenant au Groupe des 5, NikolaĂŻ Rimsky-Korsakov (1844 – 1908) soit surtout connu hors Russie pour ses compositions instrumentales issues du romantisme nationaliste typique du XIXe siĂšcle, – comme la cĂ©lĂšbre suite symphonique ShĂ©hĂ©razade, le poĂšme Sadko, ou encore sa deuxiĂšme symphonie, Ă  programme, dite « Antar », il a composĂ© au moins 13 opĂ©ras, dont la majoritĂ© est toujours au rĂ©pertoire du monde russophone. Professeur de conservatoire, ses talents d’arrangeur et d’orchestrateur s’avĂšrent aussi dans ses interventions, bien intentionnĂ©es mais pas toujours rĂ©ussies, sur les Ɠuvres de ses camarades du Groupe des 5, qu’il aimait rĂ©-orchestrer par souci d’attachement Ă  des conventions formelles. Des exemples flagrants se trouvent dans ses remaquillages des oeuvres de Moussorgsky, qui sous sa plume Ă©ditrice et professorale, devient un sage musicien, tandis que les orchestrations d’un Stokovski ou d’un Shostakovitch rĂ©vĂšlent des Ɠuvres Ă  la finition moins lisse mais beaucoup plus authentiques (voir les diffĂ©rentes versions d’Une Nuit sur le Mont Chauve ou de Boris Godounov, entre autres).

GĂ©nie de la couleur orchestrale et de l’exotisme, Rimsky est en mĂȘme temps attachĂ© et limitĂ© par son attachement aux conventions. Sa Fille de Neige, aux couleurs fĂ©eriques ravissantes et avec une histoire mignonne inspirĂ©e du folklore slave, devient dans les mains de Dmitri Tcherniakov, une histoire mignonne d’une platitude pourtant bien ennuyeuse. Dans la vision de Tcherniakov, -vedette actuelle de la mise en scĂšne d’opĂ©ra (-pour des raisons qui nous Ă©chappent), La Fille de Neige est la fille de la Dame Printemps, en l’occurrence devenue pseudo-maĂźtresse de Ballet, et du PĂšre Gel, dont le costume moderne et le jeu d’acteur ne nous renvoient Ă  rien de glacial ni de pittoresque, mais Ă  un espĂšce de monsieur grognon, ma non troppo. La pauvre Fille de Neige est maudite par le mĂ©chant Dieu Soleil qui veut faire fondre son cƓur de glace, une fois tombĂ©e amoureuse. Elle tombe amoureuse parmi les BerendeĂŻs, un peuple qui dans l’histoire prĂ©cĂšde l’histoire mais qui dans cette mise en scĂšne vit dans des campings cars, dans les bois. Pour combler la surdose de formalisme trĂšs niais et pas trĂšs cohĂ©rent, quelques figurants Ă  poil, se promĂšnent parfois sur scĂšne. Cela a le mĂ©rite de distraire le public parisien assez exigeant, mais seulement pour quelques secondes.

snegourochtka opera de paris direct au cinemaHeureusement, il y a le chant. DĂ©cevants d’abord, le remplacement de Ramon Vargas dans le rĂŽle de Tsar des BerendeĂŻs, par Maxim Paster dont nous apprĂ©cions nĂ©anmoins l’effort, comme celui de Rupert Enticknap par le contre-tĂ©nor Yuriy Mynenko dans la meilleure des formes au niveau vocal et faisant preuve d’un investissement scĂ©nique Ă  l’allure dĂ©contractĂ©e, peu Ă©vidente ! Distinguons cepedant sa chanson d’entrĂ©e au premier acte, un sommet inattendu de beautĂ© mystĂ©rieuse. La Dame Printemps d’Elena Manistina a un bel instrument et une belle prĂ©sence scĂ©nique, mĂȘme si de temps en temps l’Ă©quilibre avec l’orchestre est compromis et nous avons du mal Ă  l’entendre. Le PĂšre Gel de Vladimir Ognovenko est solide, sans plus. Fort contraste avec la prestation, parfois superlative, souvent fabuleuse, de Martina Serafin dans le rĂŽle piquant de Koupava. La Serafin maĂźtrise son instrument avec aisance et son implication dans l’action thĂ©Ăątrale est pĂ©tillante. Son partenaire, le wagnĂ©rien Thomas Johaness Mayer dans le rĂŽle de Mizguir qui la dĂ©laisse pour la Fille de Neige, est peut-ĂȘtre moins maĂźtre de son instrument, certes, large, mais fait tout autant preuve d’un bel engagement. Si la Fille de Neige d’Aida Garifullina est la vedette de la soirĂ©e (sa lamentation au premier acte est un autre sommet troublant de beautĂ©), avec une voix jolie et seine ainsi qu’une allure idĂ©ale pour le rĂŽle, nous n’oublierons pas les prestations formidables de quelques rĂŽles secondaires comme l’Esprit des Bois de Vasily Efimov ou encore l’excellent Franz Hawlata en Bermiata. Les choeurs sont toujours prĂ©sents, fidĂšles Ă  leur rĂ©putation, dans les opĂ©ras russes. Pas d’exception pour la Fille de Neige oĂč les choeurs de l’OpĂ©ra dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso sont Ă  la fois dynamiques et spirituosi.
Et l’orchestre ? La phalange parisienne rayonne en un coloris et des timbres inouĂŻs, surtout chez les vents, cuivres et bois confondus. Si les cordes sont toujours trĂšs sages, la partition rĂ©vĂšle d’agrĂ©ables surprises. Le chef paraĂźt avoir un jeu quelque peu dĂ©contractĂ© qui ne nuit pas du tout Ă  la qualitĂ© de la performance, mais nous nous demandons si d’autres choix artistiques auraient pu dynamiser davantage le drame, (trop?) riche en lenteurs malgrĂ© les coupures. Au final la nouvelle production est une belle et bonne curiositĂ©, idĂ©ale pour chauffer les cƓurs en ce dĂ©but de printemps, avec une musique fĂ©erique et un livret exotique, pas nĂ©gligĂ©s par la mise en scĂšne, mais pas mis en valeur non plus. A ne pas manquer. Encore Ă  l’affiche les 20, 22, 25, 28 et 30 avril 2017 ainsi que le 3 mai 2017.

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 17 avril 2017. Rimsky-Korsakov : La Fille de Neige. Aida Grifullina, Yuriy Minenko, Martina Serafin, Franz Hawlata… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris, Mikhail Tatarnikhov, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scĂšne. Diffusion dans les salles de cinĂ©ma, le 25 avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, HaĂŻm / ClĂ©ment

ulisse-villazon-tce-paris-classiquenewsCompte rendu, opĂ©ra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, HaĂŻm / ClĂ©ment. Pour cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Monteverdi, c’est Ă  Paris qu’Emmanuelle HaĂŻm retrouve le compositeur CrĂ©monais et mĂšne l’histoire d’Ulysse et ses retrouvailles avec Ithaque. Un parcours initiatique qui renouvelle l’approche scĂ©nique et musicale d’un chef d’oeuvre de l’art baroque. Monteverdi, le plus illustre des maĂźtres italiens du XVIIĂšme siĂšcle a vu le jour au cƓur des collines boisĂ©es de CrĂ©mone en 1567.  On aime Ă  raconter que les bois de cette belle contrĂ©e ont donnĂ© leur matiĂšre pour faire les Stradivarii, les Guarnieri, – voix premiĂšres de l’opĂ©ra et des madrigaux. Revenir Ă  Monteverdi n’est jamais une OdysĂ©e et ce n’est jamais un parcours Ă©reintant. Pour certains, le Ritorno d’Ulisse in Patria est l’opĂ©ra le plus complexe Ă  dĂ©livrer scĂ©niquement du maĂźtre Cremonais. À 450 ans de sa naissance, on peut trouver cet argument facile et quelque peu fallacieux. Il suffit de voir les mises en scĂšne extraordinaires qui ont traversĂ© notre siĂšcle adolescent. De la mĂ©morable production de Christie Ă  Aix avec Adrian Noble oĂč la mythique Ithaque Ă©tait un rĂȘve mĂ©diterranĂ©en, 
 Ă  l’univers dĂ©cadent et fascinant de Christophe Rauck en 2012 (ARCAL/Les Paladins), Ulysse est devenu la figure trĂšs contemporaine du rĂ©fugiĂ© intĂ©grant sa place dans une sociĂ©tĂ© en proie aux conflits sociaux.

Bleu de ciel/bleu d’abysses

 

 

Rolando-Willazon-au-TCE_c-Vincent-Pontet

En 2017, Le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es nous offre une vision postmoderne puissante avec Mariame ClĂ©ment, et Emmanuelle HaĂŻm en fosse. Que dire aprĂšs la crucifixion mĂ©diatique de cette superbe production? Nous ne pouvons que nous insurger! La libertĂ© de blĂąmer s’arrĂȘte quand elle devient injuste et ouvertement subjective. Ce Ritorno d’Ulisse est un coffret magnifique et la narration de Mariame ClĂ©ment porte la marque Ă  la fois d’un vĂ©ritable souci du livret mais aussi une fantaisie non dĂ©munie d’aplomb. Mariame ClĂ©ment offre Ă  ce Ritorno les questionnements humains de notre Ă©poque aux sursauts egotiques. En effet les personnages sont autant d’Ăźlots mais secouĂ©s de telles forces telluriques qu’ils forment La Belle gĂ©ographie des emois, la cartographie des affects et des passions. Nous remarquons aussi le mĂ©lange des genres qui, tout En modernisant l’intrigue (notamment dans les Ă©pisodes olympiens), la replace dans le “merveilleux” baroque.

RĂ©pondant avec panache dans la fosse, Emmanuelle HaĂŻm dĂ©montre encore une fois que Monteverdi lui sied magnifiquement bien! C’est un beau retour de son Concert d’AstrĂ©e aux couleurs opĂ©ratiques du maĂźtre CrĂ©monais, aprĂšs un Orfeo fondateur de lĂ©gende en 2000, ce Ritorno d’Ulisse in Patria est loin de laisser indiffĂ©rent. Les lignes sont nettes et les ritournelles riches en polychromie. Nous attendons avec impatience qu’Emmanuelle HaĂŻm nous rende ainsi toutes les couleurs d’un XVIIĂšme siĂšcle qui demeure encore « terra incognita ».

ulysse ulisse monteverdi tce villazon kozena classiquenewsTel son rĂŽle, Rolando Villazon a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  la houle des critiques autant injustes que subjectives, campe un Ulisse fringant. Sa diction n’est jamais emportĂ©e par le style et l’Ă©motion dramatique qu’il injecte au personnage, lui offre toute la bravoure et l’humanitĂ© qu’il faut Ă  son incarnation. M. Villazon rĂ©ussit lĂ  oĂč beaucoup de chanteurs baroqueux Ă©chouent : le naturel. Il nous offre un Ulisse dĂ©barrassĂ© enfin de toutes les affĂšteries baroqueuses, et son interprĂ©tation se rĂ©vĂšle sincĂšre et puissante. En revanche, la PĂ©nĂ©lope de Magdalena Kozena est quasiment une dĂ©ception Ă  peu de choses prĂšs. Si vocalement le rĂŽle est parfaitement interprĂ©tĂ© par Mme Kozena, c’est une certaine raideur bien regrettable qui lui ĂŽte tous les affects du personnage. Pourtant royale  et impĂ©rieuse, Magdalena Kozena semble avoir du mal Ă  se glisser dans le thĂ©Ăątre subtil de Mariame ClĂ©ment. En effet les passions et les dilemmes auxquels est soumise PĂ©nĂ©lope, semblent complexes Ă  l’expression thĂ©Ăątrale de Mme Kozena. Le regret est d’autant plus grand que sa voix est source de tous les plaisirs sis dans la gĂ©ographie ravissante de l’Ă©criture MontĂ©verdienne.

Dans la myriade des personnages qui ponctuent le livret, constatons une distribution assez Ă©quilibrĂ©e et riche en surprises. Certains chanteurs allemands, nous Ă©tonnent par leur prĂ©sence dans le cast, mais « naturels » semble-t-il, par la magie de la coproduction avec Le Theatre de NĂŒrnberg.  Nous remarquons avec enthousiasme le trĂšs touchant et fabuleux Telemaco de Mathias Vidal, l’Eumete de Kresimir Spicer aux couleurs chatoyantes, le Eurimaco de Emiliano Gonzalez, toujours gĂ©nĂ©reux et subtil, l’espiĂšgle Melanto d’Isabelle Druet et l’incroyable Minerva d’Anne-Catherine Gillet. Callum Thorpe en Tempo et Antinoo se rĂ©vĂšle ĂȘtre un interprĂšte vocalement parfait. Maarten Engeltjes offre une belle palette vocale avec une profonde Ă©motion dans l’Humana FragilitĂ  et Pisandro, il est l’interprĂšte idĂ©al pour ces deux rĂŽles. L’Iro de Jörg Schneider est dĂ©sopilant en caricature grotesque et Katherine Watson est idĂ©ale en Junon.

Avec quelques bĂ©mols qui n’entame pas en somme une trĂšs belle production, notre voyage, serti des marbres du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, se parachĂšve dans la mer de jais et des Ă©toiles fugaces de la Nuit Parisienne; un autre thĂ©Ăątre, et d’autres drames qui nous feront fredonner encore et encore : “Fragil cosa son io…”

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, HaĂŻm / ClĂ©ment.

Rolando Villazón  Ulisse
Magdalena KoĆŸenå  Penelope
Katherine Watson  Giunone
Kresimir Spicer  Eumete
Anne-Catherine Gillet  Amore / Minerva
Isabelle Druet  La Fortuna / Melanto
Maarten Engeltjes  L’Humana Fragilità / Pisandro
Callum Thorpe  Il Tempo / Antinoo
Lothar Odinius  Giove / Anfinomo
Jean Teitgen  Nettuno
Mathias Vidal  Telemaco
Emiliano Gonzalez Toro  Eurimaco
Jörg Schneider  Iro
Elodie Méchain  Ericlea
Mise en scĂšne – Mariame ClĂ©ment
LE CONCERT D’ASTREE
dir. Emmanuelle HaĂŻm

Compte rendu critique, OpĂ©ra. Paris, L’AthĂ©nĂ©e, le 11 dĂ©cembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DhĂ©nin / Julien Masmondet

HAHN reynaldo_hahn_2015_Compte rendu critique, OpĂ©ra. Paris, L’AthĂ©nĂ©e, le 11 dĂ©cembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DhĂ©nin / Julien Masmondet. La PolynĂ©sie, Ă  sa simple Ă©vocation semble bien plus que ce paradis de carte postale et de rĂ©clame de tour operator. ImmortalisĂ©e par Jacques Brel et Paul Gauguin, la magie des iles du Pacifique a bercĂ© les rĂȘves languissants du monde occidental. MalgrĂ© des dĂ©buts complexes avec le SupplĂ©ment du Voyage de Bougainville de Diderot, la relation littĂ©raire de la PolynĂ©sie et de la MĂ©tropole a vu le XIXĂšme siĂšcle, en quĂȘte d’exotisme, dĂ©velopper un fantasme Ă©tonnant.

“La fleur de PomarĂ©”

Le plus grand conteur des terres équinoxiales est Pierre Loti, né Louis-Marie Julien Viaud, il doit son nom de plume au surnom que lui donna une des derniÚres souveraines de Tahiti, Pomaré IV (1827-1877). Loti est une des plus belles fleurs de Tahiti, une de ces pétulantes floraisons qui jaillissent tels des bijoux au coeur des frondaisons.

EnrobĂ© de poĂ©sie, avec des dorures incroyables, l’Ile du RĂȘve de Reynaldo Hahn a Ă©tĂ© composĂ©e pour l’OpĂ©ra Comique et demeure la premiĂšre oeuvre lyrique de Hahn. C’est un ouvrage aux contrastes riches et au lyrisme particuliĂšrement touchant, une sorte d’estampe prĂ©cieuse. La musique du jeune Reynaldo Hahn se pare de couleurs, la partition est une redĂ©couverte majeure dans la musique lyrique Française, non seulement par sa thĂ©matique mais par la maĂźtrise de Hahn de l’orfĂšvrerie narrative et des volutes passionnantes de sa crĂ©ativitĂ©.

Le prodige de cette recrĂ©ation est possible grĂące Ă  l’enthousiasme de Julien Masmondet. Ce chef, ancien assistant de Paavo JĂ€rvi Ă  l’Orchestre de Paris, est un des plus passionnants artistes de sa gĂ©nĂ©ration. Maniant la baguette avec prĂ©cision et Ă©nergie, il insuffle Ă  l’orchestre contemplation et les plus vives couleurs de la palette orchestrale. De plus, il dirige le Festival “Musiques au Pays de Pierre Loti” dans le Rochefortais. Julien Masmondet est un directeur artistique courageux et n’hĂ©site pas Ă  offrir au public des raretĂ©s du rĂ©pertoire Français. Son engagement pour la recrĂ©ation est louable et c’est de cette Ă©nergie que devra se nourrir la culture pour survivre. Le retour de l’Ile du RĂȘve de Reynaldo Hahn est un exemple vivifiant d’un renouveau notable dans l’intĂ©rĂȘt de ces musiques, totalement ignorĂ©es depuis prĂšs d’un siĂšcle. Nous ne pouvons qu’encourager nos lectrices et lecteurs Ă  courir Ă  Rochefort pour les prochaines lueurs Lotiennes avec Julien Masmondet.

Ce spectacle est aussi un ravissement visuel. A la fois par ses couleurs et l’Ă©vocation toute en nuances et raffinement, la mise en scĂšne d’Olivier DhĂ©nin porte l’onirisme inhĂ©rent Ă  la partition. Conjuguant des gestes simples et des figurations de la religion polynĂ©sienne, le rĂȘve devient rĂ©alitĂ©, nous sommes transportĂ©s dans un autre monde et la musique est sublimĂ©e. Sans pĂȘcher d’exagĂ©ration, la mise en scĂšne de l’Ile du RĂȘve surpasse de beaucoup les rĂ©alisations actuelles.

Servie par des chanteurs exceptionnels, la musique de Reynaldo Hahn se dĂ©ploie tel un papillon formidable. Le fringant et fantastique Loti d’Enguerrand de Hys nous touche au plus profond avec une incarnation gĂ©nĂ©reuse. Marion Tassou est l’hĂ©roĂŻne MahĂ©nu, touchante, vibrante de passion et d’une fragilitĂ© florale qui rappelle facilement le rĂŽle de LakmĂ©. ElĂ©onore Pancrazi a un des timbres les plus beaux de la distribution et sa voix toute en dramatisme nous Ă©voque le drame humain de l’intrigue avec Ă©motion. Safir Behloul et Ronan Debois sont des interprĂštes louables et aux voix bien calibrĂ©es.

Nous rĂȘvons encore pendant les minutes de marche qui sĂ©parent cette salle mythique de l’AthĂ©nĂ©e. La contemplation du ciel de Paris nous fait chavirer tout de suite dans les contrĂ©es mĂ©ridionales et tout en fredonnant les mĂ©lodieuses beautĂ©s de Reynaldo Hahn, l’on a tout Ă  coup envie de vivre le destin de Julien Viaud, de Jacques Brel et de Paul Gauguin, de rĂȘver des fleurs qui ne meurent jamais sous les tropiques.

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Compte rendu critique, OpĂ©ra. Paris, L’AthĂ©nĂ©e, le 11 dĂ©cembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DHenin / Julien Masmondet.

Pierre Loti – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
MahĂ©nu – Marion Tassou – soprano
TĂ©ria/OrĂ©na – Eleonore Pancrazi – mezzo-soprano
Tsen-Lee – Safir Behloul – tĂ©nor
TaĂŻrapa – Ronan Debois  - tĂ©nor

Mise-en-scÚne : Olivier Dhénin

Orchestre du Festival Musiques au Pays de Pierre Loti
direction : Julien Masmondet

CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

lavandier berlioz cd symphoniqe fantastique cd review cd critique classiquenews LE BALCON maxime pascal Cover_V2bWEBCD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records). Le coffret est dĂ©jĂ  tout un concept. DĂšs leur genĂšse, Le Balcon et la formidable aventure du label B-Records, sont des acteurs majeurs d’une culture en pleine mutation. PlutĂŽt connus pour leur exploration du rĂ©pertoire lyrique et des superbes crĂ©ations contemporaines, Le Balcon est un collectif qui rĂ©unit tous les acteurs musicaux, des ingĂ©nieurs de son au metteurs en scĂšne en passant par des compositeurs, des musiciens et chanteurs: Le Balcon est une maison d’opĂ©ra Ă  lui tout seul.

Le Balcon
 une maison d’opĂ©ra Ă  lui tout seul

“#VISIONNAIRES” ou XIX-21

RĂ©pondant Ă  une commande du Festival Berlioz de la CĂŽte Saint-AndrĂ©, Maxime Pascal et Le Balcon rĂ©pondent d’une maniĂšre plutĂŽt inattendue en mĂ©tamorphosant un des monuments de la musique symphonique universelle: La Symphonie Fantastique.

Pour rĂ©pondre aux scepticisme et autres grincements de dents, le produit de ce dĂ©fi de taille est digne de l’honnĂȘtetĂ© artistique du Balcon, gĂ©nĂ©reuse et empreinte de libertĂ©. Toutes les qualitĂ©s sont rĂ©unies pour rendre la Symphonie Fantastique Ă  la jeunesse des temps prĂ©sents.

L’adaptation incroyable d’Arthur Lavandier est un vrai manifeste de ce que la rencontre musicale de plusieurs influences peuvent apporter Ă  une partition dĂ©jĂ  pĂ©trie d’une architecture colossale. S’attaquant aux cinq mouvements en jouant sur des sonoritĂ©s, sur la transposition sur des instruments inattendus (synthĂ©tiseurs, guitare Ă©lectrique, …) on est saisi encore plus par la modernitĂ© de Berlioz. C’est ainsi que le compositeur de 1830, devient en 2017 un de nous, en proie aux mĂȘmes dĂ©lires et prĂ©occupations qui touchent nos affects. Avec cette adaptation riche, formidable d’Ă©quilibre et respectueuse des diffĂ©rents univers de la partition, Arthur Lavandier nous saisit avec une Ă©motion renouvelĂ©e. L’on ressent, avec cette version, la force brutale des Ă©motions que le public de 1830 ressentit Ă  la crĂ©ation.

Parmi les moments sublimes de cet enregistrement nous pouvons citer le deuxiĂšme mouvement, oĂč le bal fĂ©brile et un peu miĂšvre de la version de 1830, se transforme dans une bacchanale parisienne des vendredis soir dans quelque bar sympa de Belleville, d’Oberkampf ou de “RĂ©pu”. On peut y entendre Ă  la fois les salons confortables et bourgeois bien rangĂ©s et les “bands” aux accents de jazz, percussions et guitares Ă©lectriques Ă  l’appui. On y retrouve Ă  la fois le calme de l’intĂ©rieur coquet des grands appartements cossus et l’Ă©nergie vive de l’extĂ©rieur. Une sorte de Rhapsody in blue mais avec une Tour Eiffel.

L’Ă©merveillement continue avec le 4e mouvement, un des “tubes”. La Marche au supplice est le  zĂ©nith du romantisme torturĂ© et tonitruant de Berlioz. Mais dans cette version, avec le concours de l’AcadĂ©mie de Musique de Rue “Tonton a Faim”, cette marche est une sorte de parade ragga, ce qui n’enlĂšve rien au caractĂšre dramatique et mĂȘme effrayant de l’argument. Au contraire, le rythme est encore plus oppressant et mĂȘme tourne Ă  l’obsession. Avec les couleurs de la fanfare, la marche de l’artiste vers la guillotine se peuple de figures inquiĂ©tantes, comme un rituel mystĂ©rieux Ă  l’issue fatale.

La cĂ©rĂ©monie s’achĂšve par Un Songe d’un Nuit du Sabbat plus vraie que nature. DĂ©sormais, grĂące Ă  JK Rowling l’on n’est plus effrayĂ© par des sorciĂšres volant sur des balais, contrairement aux annĂ©es 1830. Cependant, cette version demeure inquiĂ©tante par l’introduction du clavier midi au moment oĂč le diable apparaĂźt au malĂ©fice. Cet instrument donne une couleur semblable aux univers obscurs de la culture pop des annĂ©es 1980, et aussi, pourquoi pas une couleur certaine des musiques transformĂ©es de l’Orange MĂ©canique de Stanley Kubrick.

Maxime Pascal et les Musiciens du Balcon abordent ce monument refleuri avec l’Ă©nergie qui lui sied. On y trouve Ă  la fois la prĂ©cision et l’Ă©quilibre. A aucun moment l’on sombre ni dans l’ennui, ni dans la bizarrerie. Les instruments sont tous intĂ©grĂ©s et mĂȘme les sonoritĂ©s hors 1830 donnent l’impression d’avoir toujours jouĂ© cette partition. Nous saluons cette maĂźtrise musicale et l’enthousiasme de retrouver La Symphonie Fantastique dans toute sa jeunesse, sa vigueur et l’actualitĂ© que tout chef d’oeuvre intemporel porte en lui.

Nous souhaitons vivement entendre cette version des temps présents et futurs en concert. Nous attendons ainsi, la prochaine réalisation du Balcon et de B-Records, toujours un pas en avant pour nous offrir des surprenantes rencontres.

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CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

HECTOR BERLIOZ (1803 – 1869)

SYMPHONIE FANTASTIQUE
libre adaptation pour orchestre de chambre d’ARTHUR LAVANDIER

LE BALCON & AcadĂ©mie de Musique de rue “Tonton a faim”
dir. Maxime Pascal

CD – BRecords (Florent Derex)

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LIRE aussi notre autre compte rendu critique du coffret CD BRecords / Florent Derex : Berlioz, Symphonie Fantastique par Le Balcon. Par Benjamin Ballifh, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS / septembre 2018

EDITO… Make America great again? par Pedro Octavo Diaz

EDITO, par Pedro Octavo Diaz… Depuis 24 heures le monde est secouĂ© par la clameur rageante d’un triste histrion matamore Ă  la tĂȘte de la premiĂšre puissance Ă©conomique et militaire de l’Occident. Effectivement, il a emportĂ©, Ă  coups de slogans dĂ©magogiques et quelques beuglements crus, la prĂ©sidentielle Étasunienne la plus dĂ©chirante de l’histoire de cette incipiente dĂ©mocratie.

Make America great again?

palmyre cite syrie cite martyr ete 2015Sa devise: “Make America great again” (“Rendre les États-Unis grands Ă  nouveau » / « Rendre Ă  l’AmĂ©rique sa grandeur »). De toute Ă©vidence, Mister Trump, du haut de ses 70 printemps, fait croire Ă  la dĂ©cadence d’un Ă©tat et d’une Ă©conomie. N’en dĂ©plaise Ă  cette vedette de Manhattan et des Stock-options, tout comme une certaine dynastie de Saint-Cloud en France, tout un pan de la grandeur Étasunienne est mise de cĂŽtĂ©. Outre le sĂ©rieux “Overpromising” de l’impĂ©trant et un abus de phrasettes Ă  gogo, Trump demeure le chĂątelain d’un Monde clos et irrĂ©mĂ©diablement accrochĂ© aux annĂ©es de son toupet blond, les annĂ©es 80, rĂȘveuses et tournĂ©es vers un avenir Ă  la George Lucas.

Et ce n’est pas inhĂ©rent Ă  M. Trump, parce que depuis un certain temps l’on recĂšle un oubli criminel et dangereux des classes politiques mondiales du fait culturel et, plus particuliĂšrement, pour le spectacle vivant.

Le 21 Janvier 2017, alors que les Ă©ditorialistes mondiaux se dĂ©chaĂźnent, tantĂŽt sur les aventures de Trump tantĂŽt sur le tailleur Ralph Lauren de son hĂ©taĂŻre, on oublie que Daesh a finalement fini par dĂ©truire un des plus beaux sites de l’histoire humaine : Le ThĂ©atre de Palmyre. Symbole de la tolĂ©rance, du partage, de la geste humaine, de sa permanence dans l’histoire par l’imaginaire.

On limite Ă  quels critĂšres, aujourd’hui, la grandeur des peuples et l’accomplissement des nations? À l’ineffable Ă©conomie, froide et volage? Aux indices sociologiques ? Ou bien Ă  ce qui reste malgrĂ© les conflits et les dĂ©flagrations irrĂ©versibles de l’Histoire?

Les États-Unis sont grands par leur gĂ©ographie d’abord, par les paysages immenses qui ont fait rĂȘver Samuel de Champlain et Lewis et Clark. Ces pierres jaunes du Wyoming, ces lĂ©gendes de l’Oiseau Tonnerre que JK Rowling Ă  vulgarisĂ© dans la valise de Newt Scamander. Les États-Unis demeurent gigantesques et Ă©ternels par les mĂ©andres mystĂ©rieux et fascinants des lettres. Des embruns sauvages de Melville aux questionnements Ă©gotiques de Paul Auster. Et les volutes captivantes de Poe et la geste aristocratique de Henry James ou Edith Wharton. Le rĂȘve AmĂ©ricain se dĂ©ploie tel un papillon merveilleux dans les vers d’Emily Dickinson, les rĂ©verbĂ©rations de Walt Whitman et la torpeur sensuelle de Tenessee Williams


Mais les États-Unis sont aussi un ciel toujours sublime, blanc virginal aux abords des cols, cĂ©rulĂ©en aux abords des Ă©tendues sans fin des ocres et des verts et aux gris zibelins rasant les gratte-ciel. La musique, grandes sont les contributions des États-Unis aux chemins invisibles du son. Mariss Jansons, Isaac et David Stern, Yehudi Menuhin, Cole Porter, Thomas Ades, George Gershwin, John Musto, Jessye Norman, Lucinda Childs, Nicholas McGegan, William Christie, Laura Claycomb, RenĂ©e Fleming, Lisa Vroman, Larry Blanck, Amy Burton, Ed Lyon, Vivica Genaux, Joshua Bell, Nicholas Angelich, pour ne citer qu’eux, sont les voix puissantes des États-Unis. Mais que l’on ne se trompe pas. La voix des États-uniens est celle que ni les trusts, ni les thurifĂ©raires de M. Trump ne peuvent ni veulent comprendre parce qu’elle ne produit aucun profit.

Quoi qu’il arrive et qu’il en soit des choix des peuples ou des calculs Ă©lectoraux, aucun Pays ne se dĂ©termine par sa gouvernance. Les actes de barbarie ou d’iniquitĂ© qui jaillissent de l’actuelle incompĂ©tente irresponsabilitĂ© des Ă©quipes politiques ne doit en aucun cas entacher comme naguĂšre la destinĂ©e des peuples.

Actuellement les États-Unis sont traversĂ©s par des convulsions inquiĂ©tantes. Les Ă©lites culturelles s’insurgent contre les dĂ©crets nĂ©fastes de l’actuelle administration. Les artistes et les institutionnels de la culture sont en grĂšve. Mais en creusant l’Ă©cart entre les soutiens de base de Monsieur Trump et la “gens” culturelle ne verrons-nous pas le germe redoutable de la guerre civile, qui est la “coda” inĂ©vitable de tout totalitarisme ?

N’oublions pas les leçons de l’Histoire. L’Ă©ditorialiste de CNN, Christiane Amanpour l’exploite bien dans ses comptes-rendus. Il y a 70 ans les pires dictatures ont surgi d’un mouvement d’humeur et d’un vote de protestation. De mĂȘme, le parti mĂ©diocre de la bureaucratie a fait surgir les pires monstres, l’immobilisme est toujours ennemi de la crĂ©ation. La culture fut la solution, il y a bien des dĂ©cennies, dĂ©sormais elle sera une arme.

N’en dĂ©plaise aux factieux et aux tenants de la revanche, la France restera le monument du monde envers et contre la dynastie Le Pen; les États-Unis seront toujours une terre d’espoir envers et contre Mr Trump et ses coryphĂ©es RĂ©publicains; le Mexique sera toujours constellĂ© du granit de son Histoire envers et contre Messieurs Peña Nieto et Videgaray. La Pologne sera toujours la patrie de Chopin plutĂŽt que celle de Mr Kaczynski, et la Russie Ă©ternelle de Tchaikovsky et Lomonosov Ă©crase dĂ©jĂ , de sa trace indĂ©lĂ©bile, la paranoĂŻa de Mr Putin.

La mortifĂšre nuĂ©e de leurs voraces harpies n’atteindra jamais ceux qui ont un livre dans les mains, une peinture sous les yeux, un casque sur les oreilles. Il faut dĂ©sormais avoir l’Ă©nergie de faire et non pas l’ambition de devenir.

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Illustration : Palmyre avant Daesh (DR)

Compte rendu, concert. ThĂ©Ăątre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble.

Compte rendu, concert. ThĂ©Ăątre TrĂ©vise, le 10 janvier 2016. Paris cheri(es). Frivol’ensemble. Souvent on fait, Ă  tort, le rapprochement entre le spectacle vivant et le divertissement. En pĂ©riode de crise identitaire, le divertissement est devenu une figure du credo politico-social qui dessert la crĂ©ation en brouillant ses vĂ©ritables argumentaires culturels.

Parce que le spectacle vivant n’est pas sans “divertissement”, on peut, en effet, rendre au spectateur Ă  la fois la joie et Le faire revisiter un rĂ©pertoire, une Ă©poque et une histoire. Le spectacle vivant c’est nous. Et c’est le cas de “Paris Cheries”, un spectacle dĂ©diĂ© Ă  l’amour sous ses formes les plus charnelles et dĂ©bordant de sensualitĂ© chic!

“T’ es bell’ tu sais sous tes lampions,
Des fois quand tu pars en saison
Dans les bras d’un accordĂ©on.”
Paname  - Léo Ferré
paris-cheries-theatre-trevise-critique-classiquenewsLe programme a Ă©tĂ© conçu par le prodigieux esprit de Christophe Mirambeau, Ă©ternel dĂ©fricheur de trĂ©sors dans un rĂ©pertoire largement peu connu et souvent mĂ©prisĂ© Ă  tort. Christophe Mirambeau est Ă  l’origine notamment des recrĂ©ations mondiales telles que les extraits de Brummel de Reynaldo Hahn (Salle Gaveau, 2012), La Revue des Ambassadeurs de Cole Porter (2012 et 2014, OpĂ©ra de Rennes), Yes de Maurice Yvain dans sa version originale (2016 – FrivolitĂ©s Parisiennes). De plus, Christophe Mirambeau anime trĂšs rĂ©guliĂšrement avec son laboratoire de crĂ©ation et production “Les Grands Boulevards”, les scĂšnes parisiennes avec des rencontres musicales avec des superbes spectacles autour des grandes figures du Music-Hall telles Sacha Guitry, Mistinguett ou les grandes heures du ThĂ©Ăątre du ChĂątelet (2010).
Tout aussi formidable, l’activitĂ© des enthousiasmantes FrivolitĂ©s Parisiennes qui nous ouvrent avec bonheur tout le rĂ©pertoire de l’opĂ©ra comique, de l’opĂ©rette et du music-hall. Mathieu Franot et Benjamin El Arbi, nous offrent quasiment deux siĂšcles entiers de rĂ©pertoire et la crĂ©ation contemporaine toutes les saisons. “Les Frivos” sont une compagnie dynamique, passionnĂ©e et passionnante. On dĂ©nombre une belle panoplie d’oeuvres qui leur doivent une redĂ©couverte Ă©clatante: L’Ambassadrice d’Auber, Le Petit Faust d’HervĂ©,Bonsoir Monsieur Pantalon de Grisar, Le Guitarrero d’HalĂ©vy, Don CĂ©sar de Bazan de Massenet et trĂšs rĂ©cemment le Farfadet d’Adam et Yes de Maurice Yvain. En rĂ©unissant les talents et formant les jeunes solistes dans une AcadĂ©mie, “Les Frivos” nous passionnent encore et encore.
2017 dĂ©bute en rĂ©jouissances dans l’historique ThĂ©Ăątre TrĂ©vise, au coeur festif du Paris Chantant. Paris ChĂ©ries nous prend par la cravate et nous fait voyager dans l’imaginaire sexy et follement frivole de la capitale. Et rien n’est vulgaire pour faire taire toute rĂ©serve moralisatrice. Chaque morceau est d’un coquin subtil, comme le satin des plus belles lingeries. Des chansons, des airs issus des revues et des opĂ©rettes, dont le superbe “Un petit quelque chose” de Van Parys et la dĂ©sopilante Polka des “CĂ©nobites”… Paris ChĂ©ries nous touche dans l’effeuillage du Paris fantasmĂ© et qui devient rĂ©el sous les milliers de lumiĂšres de ses nuits.
Sur scĂšne les artistes nous livrent une soirĂ©e euphorisante et l’on retrouve les plus grandes heures du Paris frivole. Tous les solistes ont Ă  la fois le don de la comĂ©die et des voix riches et polychromes. Les deux “leading ladies” LĂ©ovanie Raud et la mythique CharlĂšne Duval sont dĂ©bordantes de sensualitĂ©. Les textes, Ă  l’Ă©quivoque rĂ©jouissant, sont dĂ©livrĂ©s avec une clartĂ© de prosodie incroyable, ce qui augmente l’humour. LĂ©ovanie Raud a la voix de soie et de feu nous transporte notamment dans un extrait des Trois Valses d’Oscar Strauss “C’est un p’tit quelque chose”. CharlĂšne Duval, sensuelle et splendide dans ses numĂ©ros aux airs exotiques et d’un grand raffinement. Les garçons nous Ă©patent tout autant avec des voix bien tournĂ©es et au jeu euphorisant. Pascal Neyron, un trĂšs beau meneur de revue, plein d’esprit, Alexis Meriaux Ă  la voix veloutĂ©e et Guillaume Beaujolais aux couleurs chaleureuses et le comique dĂ©sarmant.
Jean-Yves Aizic Ă  l’Ă©nergie hautement communicative et un arrangeur de gĂ©nie, mĂšne du piano, le “Frivol’ensemble” tambour battant. Les musiciens portĂ©s dans la vague envoĂ»tante et charmeuse des musiques de Paris ChĂ©ries, nous communiquent un vrai plaisir de jouer d’une traite cette magnifique revue qui revĂȘt d’un rouge passion la Ville LumiĂšre.
Ne laissez pas passer vous filer entre les doigts la nuisette de Paris! Courrez au Théùtre Trévise avant le 14 janvier!
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PARIS ChĂ©ri(es). Frivol’Ensemble. Jusqu”au 14 janvier au ThĂ©Ăątre TrĂ©vise
LĂ©ovanie Raud, CharlĂšne Duval, Pascal Neyron, Alexis MĂ©riaux, Guillaume Beaujolais
Frivol’ensemble (Mathieu Franot & Benjamin El Arbi)
direction et arrangements – Jean-Yves Aizic
Conception, rĂ©pertoire, mise-en-scĂšne – Christophe Mirambeau

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud Ă  Montpellier dĂ©ploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyĂ© spĂ©cial Pedro Octavio Diaz Ă©tait prĂ©sent pour plusieurs Ă©vĂ©nements artistiques mĂ©morables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliĂ©renne du Festival Radio France dĂ©centralisĂ©, hors de la Maison ronde parisienne
 Compte rendu en 3 Ă©tapes, 3 programmes diversement Ă©valuĂ©s
 sous le filtre impertinent, critique de notre rĂ©dacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. DĂšs que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchĂąssĂ© des forĂȘts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumiĂšre. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂŽne, juste avant de tourner vers NĂźmes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gĂątĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Âge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’Ăšre digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. AprĂšs 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael SchÞnwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rĂȘve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La FlĂ»te d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade, L’IndiffĂ©rent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂȘte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂźcheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31Úme Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂȘveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂȘtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des piĂšces et musiques qui nous sont familiĂšres, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂȘtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂȘve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genĂšse littĂ©raire de ces nuits oĂč l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mĂšne vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. GrĂące Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂŽt cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂȘte, le chef Danois Michael SchĂžnwandt fait un travail fascinant d’orfĂšvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂźt Ă  la rĂȘverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

AgnĂšs PagĂšs-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, aprĂšs avoir passĂ© par les encens de Bagdad, place Ă  la chinoiserie rĂȘvĂ©e des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumiĂšres. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grĂące Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succĂšs. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mĂšne tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avĂšrent ĂȘtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂŽle fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette trĂšs rĂ©ussie. De mĂȘme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relĂšve certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne PagĂšs-Boisset,qui interprĂšte au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂȘte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂźchi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂȘte bien aprĂšs la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
RĂȘveries – Passions
Un Bal
ScĂšne aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂȘme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprĂšs des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂŽt vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité . osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

AprĂšs les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime piĂšce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxiĂšme partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grĂące Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31Ăšme fĂȘte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpĂšges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’Île de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂȘvĂ© des contrĂ©es oĂč le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Festival de Beaune 2016 : premiÚre soirée ce 8 juillet 2016


christie420BEAUNE, festival 2016. Temps forts… Ce vendredi 8 juillet 2016, comme tous les ans depuis prĂšs de 4 dĂ©cennies (34Ăšme Ă©dition), la magnifique cour des Hospices de Beaune accueille l’opĂ©ra baroque dans toute sa splendeur. HĂ©ritiĂšre des puissants ducs de Bourgogne, la volontĂ© musicale de Anne Blanchard, directrice du Festival, sublime la beautĂ© de cette ville de patrimoine et de vigne. Pour cette nouvelle Ă©dition, le Festival de Beaune nous offre une sĂ©rie d’opĂ©ras et d’oratorios baroques interprĂ©tĂ©s par les princes du sang de l’univers baroque. De William Christie (Cantates de Bach, le 22 juillet) Ă  Laurence Equilbey, tous y sont cette annĂ©e. Mais, ce qui est d’autant plus encourageant, parce qu’ils excitent  la curiositĂ© sont deux propositions d’un intĂ©rĂȘt superlatif: la recrĂ©ation du Tamerlano de Vivaldi (le 23 juillet) et la Descente d’OrphĂ©e aux Enfers de Charpentier (le 29 juillet). Le premier sera interprĂ©tĂ© par Thibault Noally et son ensemble Les Accents, en rĂ©sidence Ă  Beaune depuis 2014 et dont l’enthousiasme ne tarit pas depuis la recrĂ©ation en premiĂšre mondiale de l’oratorio Il Trionfo della Divina Misericordia de Porpora. MĂȘme sentiment enthousiaste pour la fraĂźcheur incroyable de SĂ©bastien DaucĂ© qui nous prĂ©pare un Charpentier au dramatisme profond, Ă  la fragilitĂ© palpable et touchante. Ce juillet parcourrons les routes ensoleillĂ©es de la Bourgogne, si, au loin, les clochers appellent vers les Ă©tapes d’un voyage au grĂ© des champs, le voyageur s’arrĂȘtera Ă  Beaune, lĂ  oĂč le vin est pourprĂ© de velours et la musique Ă©tincelante comme un ostensoir


Festival de Beaune 2016, du 8 au 31 juillet 2016. Infos et réservations sur le site du Festival de Beaune 2016

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GRAND ENTRETIEN d’Alain JuppĂ© pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et mĂȘme europĂ©en

GRAND ENTRETIEN avec Alain JuppĂ© pour CLASSIQUENEWS. La Culture, un enjeu national et mĂȘme europĂ©en. Les Grands entretiens de « politicS », le magazine politique de classiquenews
  Quelle politique culturelle pour la France par Alain JuppĂ©?

 

 

jupe-alain-entretien-sur-la-culture-classiquenews-juin-2016

 

 

La Culture, un enjeu national et européen

La Culture est au coeur du projet politique d’Alain JuppĂ©. Le Maire de Bordeaux prĂ©sente et commente quelques uns des points clĂ©s de son programme pour la culture en France et en Europe : nouveau plan Patrimoine, renforcement de l’enseignement culturel Ă  l’Ecole, nouvelles lois pour le mĂ©cĂ©nat, coopĂ©ration renforcĂ©e entre les Etats europĂ©ens, parce que demain l’Europe doit reprendre la parole sur le plan culturel pour restaurer son identitĂ© et favoriser sa cohĂ©sion…. Visiblement le lecteur de Montaigne et de Proust est inspirĂ© par la question culturelle et il s’en explique pour classiquenews.

 

Dans le cadre de la Primaire Ă  Droite, classiquenews poursuit son grand tour auprĂšs des candidats en lice. Cette semaine, tribune est offerte Ă  l’actuel Maire de Bordeaux, capitale Ă©conomique et surtout culturelle du grand Sud Ouest français. Quelle culture demain en France ? Quels missions et enjeux des projets Ă  rĂ©aliser sur le plan national ? Quelles rĂ©formes d’urgence Ă  accomplir ?
 Autant de questions auxquelles Alain JuppĂ© a acceptĂ© de rĂ©pondre et qui rĂ©sonnent comme son programme culturel. Grand entretien pilotĂ© par notre correspondant politique Julien Vallet.  Coordination pour classiquenews : Pedro Octavio Diaz, directeur de la rĂ©daction politique de classiquenews. Retrouvez tous les points phares du programme pour la culture d’Alain JuppĂ©, dans son discours sur la culture prĂ©sentĂ© au Forum d’Avignon (Bordeaux, mars 2016).

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

Quelles valeurs, selon vous, la culture doit-elle préserver et transmettre ?
La culture est pour moi un espace de libertĂ©, de crĂ©ation, d’imagination personnelle, mais elle est aussi ce que nous avons reçu en partage et qui nous unit. C’est, je pense, la dĂ©finition qu’aurait pu en donner un Montaigne. Ce que doit prĂ©server et transmettre la culture, c’est donc cette capacitĂ© et cette envie  – sans cesse renouvelĂ©e  – de penser, de rĂȘver, de ressentir des Ă©motions, et au besoin de s’insurger. Dans une sociĂ©tĂ© oĂč il est assez tentant de cĂ©der au « prĂȘt Ă  penser », les Ɠuvres de l’esprit doivent plus que jamais ĂȘtre des aiguiseurs de conscience. Elles jouent un rĂŽle fondamental dans la construction du jugement libre qui est au fondement de la citoyennetĂ©, mais aussi de la sensibilitĂ© sans laquelle notre monde serait dĂ©shumanisĂ©. C’est en cela qu’il existe un lien fort, qui mĂ©rite, Ă  mon sens, d’ĂȘtre encore resserrĂ©, entre la culture et l’éducation.

En quoi la culture peut-elle avoir un rÎle sociétal ?
Depuis plusieurs annĂ©es, nous faisons face Ă  un climat de dĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans lequel de multiples fractures Ă©rodent l’unitĂ© de notre pays. Nous regardons peu Ă  peu disparaĂźtre notre capacitĂ© Ă  nous projeter et Ă  espĂ©rer ensemble. Or, je suis intimement convaincu que nous ne parviendrons pas Ă  combler ce manque de sens, Ă  redonner corps Ă  notre destin collectif sans replacer la culture au cƓur de notre projet de sociĂ©tĂ©. Nous avons besoin d’un nouvel Ă©lan partagĂ© qui, pour rĂ©ussir, ne pourra, loin de lĂ , ĂȘtre seulement Ă©conomique. Je crois Ă  la culture comme antidote au dĂ©senchantement et Ă  la fragmentation de notre sociĂ©tĂ©. L’annĂ©e, aussi terrible qu’éprouvante, que nous venons de traverser nous a montrĂ© combien la culture Ă©tait source de rĂ©confort individuel et collectif mais Ă©galement puissant ferment de rassemblement, de rĂ©sistance face Ă  la barbarie et d’espoir.

Un exemple concret d’une politique culturelle exemplaire pour vous ?
Les exemples sont nombreux et je crois que, dans ce climat de dĂ©nigrement permanent, il faut le dire et ĂȘtre fiers de ces belles rĂ©ussites. Si je suis contraint de n’en choisir qu’un exemple, je retiendrais peut-ĂȘtre la politique de soutien au cinĂ©ma. MĂȘme si des amĂ©liorations sont toujours possibles, la France, dans un partenariat exemplaire entre les professionnels et les pouvoirs publics, a su se doter, avec le Centre national du cinĂ©ma et de l’image animĂ©e (CNC), d’d’une institution remarquable, qui a permis de dĂ©velopper des instruments variĂ©s de soutien, de l’écriture Ă  l’exploitation, en passant par la production et la distribution des films. Alors que les productions nationales ont quasi disparu chez certains de nos grands voisins, notre pays dispose d’une industrie cinĂ©matographique d’une vitalitĂ© exceptionnelle. Notre cinĂ©ma est une rĂ©fĂ©rence dans le monde entier. Nous disposons de formations reconnues pour leur sĂ©rieux, d’un maillage territorial de salles dense et d’équipements de bonne qualitĂ©. Notre pays est aujourd’hui le deuxiĂšme exportateur de cinĂ©ma, derriĂšre les États-Unis. Nous avons Ă©galement su inventer mais surtout prĂ©server et renouveler des Ă©vĂšnements internationalement reconnus : je pense Ă  Cannes. Exemplaire par l’étendue du public auquel elle s’adresse, cette politique a su promouvoir l’exigence et la diversitĂ© des Ɠuvres, sans exclure et sans Ă©riger des barriĂšres esthĂ©tiques infranchissables entre les spectateurs.

 

Y a-t-il un projet culturel, un type d’évĂ©nement culturel qui n’existe pas encore auquel vous pensez et que vous aimeriez demain dĂ©fendre ?
Je crois que la culture a beaucoup souffert depuis plusieurs dĂ©cennies d’une course effrĂ©nĂ©e Ă  l’évĂšnementiel, Ă  une certaine surenchĂšre mĂ©diatique plutĂŽt qu’à la valorisation de l’existant ou Ă  la promotion des actions de fond, moins immĂ©diatement visibles La politique culturelle que j’entends proposer sera ambitieuse mais pas capricieuse ni superficielle. Si vous me demandez si je compte me lancer dans un nouveau grand chantier culturel  Ă  la maniĂšre des annĂ©es 80, je vous rĂ©ponds que la France dispose dĂ©jĂ  de superbes Ă©quipements. Souvent construits sans en anticiper le coĂ»t de fonctionnement et de maintenance ; ce sont eux qui aujourd’hui, dans un contexte budgĂ©taire contraint, doivent ĂȘtre soutenus en prioritĂ© afin d’en assurer la transmission aux gĂ©nĂ©rations futures.
Si une initiative nouvelle doit aujourd’hui ĂȘtre prise, elle devra, Ă  mon sens, ĂȘtre europĂ©enne, car l’Union, en proie Ă  une grave crise d’identitĂ©, a besoin de montrer qu’elle dĂ©fend la culture. Ma premiĂšre initiative en la matiĂšre sera de rĂ©unir les grands crĂ©ateurs europĂ©ens pour rĂ©flĂ©chir avec eux Ă  la dĂ©finition et au lancement d’un « Erasmus culturel ». La France, qui a toujours menĂ© ces combats dans le passĂ©, a vocation Ă  prendre la tĂȘte d’une coalition pour rappeler qu’il existe une « Culture de l’Europe » et faire Ă©merger une « Europe de la culture ». Un « agenda culturel europĂ©en » devrait prendre de nouvelles initiatives, grĂące Ă  une relation franco-allemande renforcĂ©e, en matiĂšre de crĂ©ation, d’échanges et de formation, de valorisation du patrimoine europĂ©en. La chaĂźne Arte nous donne en la matiĂšre un magnifique exemple de ce qu’une coopĂ©ration europĂ©enne peut offrir de meilleur.

DEUXIEME PARTIE

 

Y a-t-il une politique culturelle de gauche et une politique culturelle de droite selon vous ?
Faut-il ĂȘtre de droite pour aimer Chateaubriand ou CĂ©line, faut-il ĂȘtre de gauche pour aimer Zola ou Rimbaud ? La vraie culture ignore le sectarisme politique. Pour autant, il existe des nuances ou mĂȘme des oppositions. Ainsi la droite est-elle portĂ©e Ă  manifester un plus grand souci du patrimoine, tandis que la gauche met davantage l’accent sur la dĂ©mocratisation de la culture ou le multiculturalisme. Pour moi, j’entends dĂ©passer ces clivages : une politique culturelle rĂ©ussie est une politique qui veut toucher le plus grand nombre tout en visant au plus haut et en s’adaptant aux enjeux de notre temps. Une politique culturelle intelligente au XXIĂšme siĂšcle doit ĂȘtre une politique capable de fĂ©dĂ©rer les Ă©nergies entre un État stratĂšge, des collectivitĂ©s territoriales dynamiques, et l’initiative privĂ©e que, loin de redouter, nous devons au contraire mobiliser en faveur de ce bien commun qu’est la culture. À ce titre, je souhaite mettre en place un acte II du mĂ©cĂ©nat et de l’initiative privĂ©e afin de renforcer la lĂ©gislation de 2003, mise en Ɠuvre Ă  l’initiative de Jacques Chirac et Jean-Jacques Aillagon, reconnue comme l’une des meilleures au monde et d’en accentuer les effets d’entraĂźnement.

 

Quelles sont vos propositions pour la politique culturelle en France ?
Avant tout, il me semble important que la politique culturelle de la France retrouve un sens et un cap afin de rompre avec cinq annĂ©es de discours convenus et de lois fourre-tout. Je ne pourrai pas dans le cadre de cette interview dĂ©velopper l’ensemble des mes propositions pour la culture. Je renvoie donc vos lecteurs intĂ©ressĂ©s Ă  la brochure que nous venons de publier dans ce domaine. Comme je l’ai dit publiquement lors du forum d’Avignon qui s’est tenu Ă  Bordeaux, je veux mettre la culture au cƓur de mon projet politique national et europĂ©en. Outre la remise Ă  niveau du budget du ministĂšre de la culture, mon programme s’articule autour de trois enjeux essentiels : un enjeu de transmission et de partage ; un enjeu de crĂ©ation et un enjeu de rayonnement.
En matiĂšre de transmission et de partage, je veux, dans le cadre de ma prioritĂ© Ă  l’éducation, placer l’éducation artistique et culturelle (EAC) au centre de mon projet. En dĂ©pit des grandes proclamations, les progrĂšs rĂ©alisĂ©s ces derniĂšres annĂ©es restent insuffisants. Il faut aller au-delĂ  de quelques expĂ©riences ponctuelles proposĂ©es aux Ă©lĂšves. Je souhaite que l’histoire des arts soit mieux intĂ©grĂ©e dans les cours d’arts plastiques au collĂšge et dans les programmes d’histoire au lycĂ©e. Il faut pour cela engager un plan de formation des enseignants en matiĂšre d’EAC, associĂ© Ă  la crĂ©ation d’un CAPES et d’une agrĂ©gation d’histoire des arts. Il est Ă©galement important d’accompagner les Ă©tablissements scolaires, qui se verront confier l’organisation de la dotation horaire globale des enseignements, afin qu’ils disposent d’outils pour mieux assurer la prĂ©sence de l’éducation artistique et culturelle Ă  l’école et dans le champ des activitĂ©s pĂ©riscolaires. Je souhaite Ă©galement favoriser les Ă©changes et les partenariats avec les orchestres, les formations musicales, les lieux de thĂ©Ăątre dans toute leur diversitĂ© afin que les artistes interviennent au sein des Ă©tablissements scolaires. Bien entendu, cette politique s’inscrit dans ma vision globale de l’éducation qu’elle vise Ă  complĂ©ter et Ă  enrichir : la culture que devraient partager tous les jeunes Français, dans mon projet pour l’Ecole, c’est bien sĂ»r aussi la familiaritĂ© avec les grands textes de notre littĂ©rature, la connaissance des grands moments de notre histoire et de notre gĂ©ographie, l’ouverture aux sciences et Ă  leurs questionnements les plus actuels
En matiĂšre de crĂ©ation, il me semble primordial de faire contribuer les acteurs transnationaux de l’Internet au financement de la production des contenus culturels et Ă  la modernisation des rĂ©seaux numĂ©riques, en fiscalisant d’abord leurs activitĂ©s en France. Je souhaite Ă©galement renforcer et moderniser les dispositifs d’insertion professionnelle grĂące Ă  un meilleur partenariat entre les structures existantes, les Ă©coles de formation et les entreprises culturelles. J’entends aussi soutenir l’entrepreneuriat culturel, en crĂ©ant par exemple un outil consacrĂ© Ă  l’amorçage des entreprises du secteur destinĂ© Ă  financer des projets ou produits culturels innovants.
Enfin, en matiĂšre de rayonnement, nous devons conforter l’attractivitĂ© culturelle dont jouit notre pays. Pour cela, je propose, entre autres, de construire un partenariat stratĂ©gique pour la promotion de la langue française associant acteurs publics et privĂ©s (notamment du secteur audiovisuel et des tĂ©lĂ©communications), ainsi qu’une politique audiovisuelle extĂ©rieure française adaptĂ©e Ă  la forte demande de programmes français en Afrique. Il nous faudra aussi poursuivre nos combats historiques au service d’une Europe de la crĂ©ation et de la diversitĂ© : la dĂ©fense du droit d’auteur aujourd’hui menacĂ© ; la lutte contre le piratage et la contrefaçon ; l’harmonisation de la fiscalitĂ© sur les biens culturels et la presse et la sauvegarde de notre diversitĂ© dans les accords commerciaux internationaux et dans la nĂ©gociation du TAFTA.
Ce ne sont lĂ  que quelques pistes parmi les propositions que je souhaite mettre en Ɠuvre pour redonner un nouvel Ă©lan Ă  notre politique culturelle.

 

Quels sont les domaines qui doivent ĂȘtre impĂ©rativement rĂ©formĂ©s ?
Je ne citerai qu’un exemple ici. Depuis 2012, les moyens consacrĂ©s Ă  la politique du patrimoine ont supportĂ© l’essentiel des baisses de crĂ©dit du ministĂšre de la Culture. Ce domaine a dĂ» faire face Ă  des Ă -coups dĂ©vastateurs pour les chantiers comme pour les entreprises. Or, notre patrimoine est non seulement un enjeu de civilisation mais Ă©galement un formidable levier de croissance pour notre Ă©conomie. Il me semble indispensable d’engager un Plan Patrimoine sur dix ans, qui comprendra une remise Ă  niveau des crĂ©dits dĂ©diĂ©s aux monuments historiques, un partenariat renouvelĂ© avec les propriĂ©taires privĂ©s et les collectivitĂ©s territoriales ainsi qu’un important volet de formation de main-d’Ɠuvre spĂ©cialisĂ©e dans le bĂątiment et la restauration afin d’encourager la crĂ©ation d’emplois dans ces mĂ©tiers de tradition.
ParallĂšlement, nous organiserons dans chaque rĂ©gion des assises rĂ©gionales du patrimoine, associant tous les acteurs publics et privĂ©s concernĂ©s, afin de mieux articuler politique du patrimoine, politique de l’urbanisme et politique de la ville et mettre ainsi en Ɠuvre un dĂ©veloppement vĂ©ritablement durable.
Enfin, nous veillerons Ă  ce que la Fondation du patrimoine dispose effectivement des ressources qui lui sont affectĂ©es (fraction du produit des successions laissĂ©es en dĂ©shĂ©rence) afin d’augmenter le nombre de projets de restauration du patrimoine local.

TROISIEME PARTIE

 

Vous avez proposĂ© en 2009 avec Michel Rocard la numĂ©risation massive du « patrimoine culturel français ». Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Je reste intimement persuadĂ© que le numĂ©rique est une chance sans prĂ©cĂ©dent de transmission et de partage de notre culture, comme le prouve par exemple le succĂšs de Gallica, avec ses 3,5 millions de documents et d’Ɠuvres en ligne issus de la BnF et de 270 autres bibliothĂšques françaises. Les potentialitĂ©s offertes par le numĂ©rique restent cependant insuffisamment exploitĂ©es en France. C’est pourquoi je propose un programme de numĂ©risation massive et de rĂ©fĂ©rencement mĂ©thodique de notre patrimoine culturel dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. ParallĂšlement, la France devra ĂȘtre Ă  l’initiative de la crĂ©ation de champions numĂ©riques culturels qui ne pourront exister qu’au niveau europĂ©en (dĂ©veloppement de plateformes françaises et europĂ©ennes). Or, il n’y a aujourd’hui aucune stratĂ©gie europĂ©enne organisĂ©e et offensive en la matiĂšre, coordonnant effort public et initiative privĂ©e et capitalisant sur les succĂšs, notamment français comme Deezer et Dailymotion.
Bordeaux est une ville laboratoire dans le domaine des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques. En tĂ©moigne la vitalitĂ© de la rĂ©cente « Semaine digitale », qui a croisĂ© des univers artistiques singuliers (mapping, installations sonores, concerts, expositions) avec le monde des entreprises digitales. Pour ce qui relĂšve de la numĂ©risation patrimoniale, je citerai volontiers l’exemple des “Essais” de Montaigne dont l’Ă©dition originale a fait l’objet d’un traitement numĂ©rique, rendant accessible sa lecture au plus grand nombre, autour de l’exposition “Montaigne superstar” organisĂ©e par le rĂ©seau des bibliothĂšques et des mĂ©diathĂšques de Bordeaux Ă  l’automne prochain.

 

Comment expliquer l’échec de Bordeaux Ă  devenir capitale europĂ©enne de la culture, Ă  l’inverse de Lille ou de Marseille ?
Les critĂšres de sĂ©lection des capitales europĂ©ennes de la culture ont considĂ©rablement Ă©voluĂ© aprĂšs Lille 2004. Aujourd’hui, de nombreuses villes se portent candidates, lors des annĂ©es dĂ©signĂ©es pour leur pays (toujours croisĂ©es avec un pays nouvellement entrĂ© dans l’Union). A l’Ă©poque de la candidature pour 2013, le jury s’Ă©tait clairement exprimĂ© sur le fait que Marseille semblait en avoir plus « besoin » que Bordeaux puisque prĂ©sentant un moindre degrĂ© de structuration du rĂ©seau culturel. La dimension mĂ©diterranĂ©enne du projet portĂ© par Marseille a certainement jouĂ© Ă©galement, dans un contexte oĂč le frĂ©missement des printemps arabes commençait Ă  se faire sentir. Pour autant, le travail de prĂ©paration dĂ©ployĂ© Ă  Bordeaux au moment de la candidature a portĂ© ses fruits et a permis d’identifier de nouveaux projets, tels la CitĂ© du Vin qui vient d’ouvrir.
Sur le fond, je me demande si, comme le suggĂšrent certains, le concept ne devrait pas Ă©voluer. Pourquoi ne pas dĂ©signer chaque annĂ©e une capitale nationale de la culture, comme le fait dĂ©jĂ  l’Italie ?

 

Les diffĂ©rents jumelages de Bordeaux avec d’autres grandes villes (Munich, QuĂ©bec, Cracovie, etc.) remplissent-ils une fonction culturelle ?
Bordeaux entretient un rapport actif sur le plan culturel avec un certain nombre de ses villes jumelles. Je citerai ainsi le projet Bordeaux-Los Angeles, qui a fĂ©dĂ©rĂ© nos Ă©tablissements culturels, MusĂ©e des Beaux Arts, CAPC etc. et qui a permis l’accueil d’artistes en rĂ©sidence croisĂ©e entre les deux villes en 2013. Un jumelage trĂšs vivant est Ă©galement en place avec la Ville de Fukuoka au Japon avec laquelle nous sommes en train de construire un programme autour de la musique contemporaine et de l’enseignement musical, qui devrait dĂ©boucher sur l’organisation d’un concours international de composition.

 

Le festival d’art contemporain Evento prĂ©sente un bilan en demi-teinte, il a mĂȘme connu une frĂ©quentation en baisse en 2011 pour la deuxiĂšme Ă©dition. Comment expliquer ces mauvais rĂ©sultats ? Y aura-t-il une troisiĂšme Ă©dition d’Evento ?

Evento a Ă©tĂ© une Ă©tape qui avait justement  pour objet de crĂ©er une dynamique sur notre territoire et d’ĂȘtre la partie Ă©mergĂ©e d’un travail poursuivi Ă  l’annĂ©e. Le coĂ»t d’une manifestation de ce type reste Ă©levĂ©. Il Ă©tait peu compatible avec les contraintes budgĂ©taires auxquelles il faut faire face aujourd’hui. NĂ©anmoins, les rĂ©sultats artistiques et les propositions se rĂ©vĂšlent au fil des annĂ©es pertinents et en parfaite harmonie avec le territoire : Anri Sala Ă  la Salle des FĂȘtes du Grand Parc en 2009 ou Jeanne van Hesswijk Ă  la Halle des Douves en 2011 ont contribuĂ© au renouveau de chacun de ces quartiers et ont prĂ©figurĂ© ces Ă©quipements aujourd’hui rĂ©novĂ©s ou en cours de rĂ©novation. En ce sens, l’apport d’Evento ne se mesure pas seulement en termes de frĂ©quentation mais aussi Ă  la rĂ©-interprĂ©tation de notre territoire et Ă  la rencontre artistique. La passerelle de Tadasho Kawamata reste ainsi dans tous les esprits, Ă©voquant dĂ©jĂ  l’ensemble des ponts qui vont rapprocher les deux rives de la Garonne. Aujourd’hui l’enjeu n’est pas de faire ou non un troisiĂšme Evento mais de faire vivre le territoire.
Outre la prĂ©servation du budget culturel de Bordeaux, j’ai souhaitĂ© que la Ville imagine une saison culturelle autour du thĂšme « Paysages », qui verra le jour entre le 25 juin et le 25 octobre 2017, Ă  l’occasion de l’arrivĂ©e de la LGV sur le territoire de Bordeaux et de sa mĂ©tropole. C’est un exemple atypique et crĂ©atif de fĂ©dĂ©ration d’acteurs culturels, dans tous les champs disciplinaires, rassemblĂ©s autour d’un thĂšme partagĂ©, celui des « Paysages ». Ainsi, expositions, installations dans l’espace public, balades sonores, concerts, lectures, spectacles, objets culturels circulants composeront un vaste programme invitant le public Ă  la dĂ©couverte culturelle du territoire.

 

En tant que maire de Bordeaux depuis 1995, quelle est votre plus grande rĂ©ussite ? Votre plus grand regret s’il y en a un ?
Sans aucun doute la mĂ©tamorphose des quais de la Garonne et leur rĂ©appropriation par les Bordelais. Ce dĂ©fi a changĂ© le visage de la ville. Il  a rendu sa fiertĂ© Ă  ses habitants. Je dis souvent que c’est notre Guggenheim Ă  nous, tant ce succĂšs impressionne et attire les visiteurs du monde entier. Plus rĂ©cemment c’est l’ouverture de la CitĂ© du Vin -produit de haute culture s’il en est et Ă  tous les sens du terme ! – qui va marquer les esprits et renforcer la dynamique dont bĂ©nĂ©ficie notre ville. Il n’y a pas de regret car je n’ai pas encore Ă©puisĂ© mes rĂȘves, en particulier celui d’un grand musĂ©e des beaux-arts, reliant les deux ailes du musĂ©e actuel. Nous n’avons pas encore trouvĂ© le montage idĂ©al et de nombreux autres projets sont en cours (notamment la rĂ©novation du Museum, la construction d’une nouvelle mĂ©diathĂšque Ă  CaudĂ©ran, la rĂ©novation de la salle des fĂȘtes du Grand Parc, etc.). Mais cela viendra sans doute un jour prochain.

 

Vous ĂȘtes parfois accusĂ© de prĂŽner une conception Ă©litiste de la culture en favorisant par exemple le Grand ThĂ©Ăątre avec 20 millions d’euros de subventions, au dĂ©triment du Centre d’art plastique contemporain (CAPC). Que rĂ©pondez-vous Ă  ces critiques ?
D’abord, il ne s’agit pas de 20 millions d’euros. La RĂ©gie personnalisĂ©e de l’OpĂ©ra de Bordeaux (qui regroupe 2 salles, l’Auditorium et le Grand ThĂ©Ăątre, pour 3 forces artistiques, l’orchestre, le chƓur et le ballet) reçoit une subvention d’environ 15 millions d’euros de la Ville de Bordeaux (un peu plus de 16 M€ en intĂ©grant les transferts de charges). Ensuite, nous avons sur notre territoire un de 5 opĂ©ras nationaux français qui emploie donc plus de 450 personnes et son budget reste dans la moyenne des opĂ©ras de mĂȘme taille gĂ©rant qui plus est deux grandes salles.
Ensuite, l’OpĂ©ra de Bordeaux fait partie de l’ADN culturel de notre Ville comme le CAPC, mais aussi comme les musiques actuelles. Bordeaux est une ville « Rock », qui a vu naĂźtre Noir DĂ©sir et aujourd’hui Odezenne ou la BD. Les efforts restent importants pour tous les Ă©tablissements culturels qui participent au rayonnement de la Ville de Bordeaux. Nous poursuivons Ă©galement toute une politique orientĂ©e vers le soutien Ă  la crĂ©ation, vers des champs artistiques spĂ©cifiques comme le Street Art, dont nous lançons une premiĂšre grande saison dĂšs cet Ă©tĂ©. Au total, la subvention Ă  notre OpĂ©ra ne reprĂ©sente que 20 % du budget culturel de la ville.

 

Quelle vision de la culture portez-vous sur le long terme Ă  Bordeaux ?
Depuis deux ans, la Ville de Bordeaux s’attache Ă  mettre en Ɠuvre les 3 nouvelles orientations culturelles, dĂ©battues et partagĂ©es par le Conseil Municipal : « Donner l’envie de Culture Ă  tous », « Favoriser la crĂ©ation et l’innovation », « La Culture facteur d’attractivitĂ© et de rayonnement ». Cette ambition, si elle s’appuie sur les artistes, est destinĂ©e Ă  tous les bordelais, et peut-ĂȘtre davantage encore Ă  ceux qui s’en sentent Ă©loignĂ©s. La tĂąche est immense, particuliĂšrement dans un contexte financier incertain.
Les grandes villes sont les premiers financeurs de la Culture en France. Comme elle s’y Ă©tait engagĂ©e, la Ville dĂ©veloppe ses ressources propres (notamment grĂące aux nouveaux tarifs de location des espaces culturels), le mĂ©cĂ©nat et le financement participatif (avec la reconduction et le dĂ©veloppement du Ticket MĂ©cĂšne).
C’est notamment du dialogue entre l’impulsion politique et la totale libertĂ© de crĂ©ation laissĂ©e aux acteurs que naĂźt la politique culturelle. La Ville s’attache Ă  gĂ©nĂ©raliser des rĂ©flexes devenus indispensables, pour elle-mĂȘme et pour les opĂ©rateurs de son territoire, afin de continuer Ă  faire mieux, avec parfois moins ou autant : mutualisations, partenariats, changement d’échelle territoriale et dĂ©cloisonnement en sont les maĂźtres-mots.

Est-ce que Bordeaux a été pour vous un laboratoire pour la politique culturelle au niveau national ?
Un Maire est un Ă©lu de proximitĂ©, apprĂ©ciĂ© de nos concitoyens. Il dispose de nombreux leviers pour agir. Dans le domaine culturel, je me suis toujours attachĂ© Ă  faire vivre la culture, 365 jours par an, en donnant une forte prioritĂ© Ă  l’éducation artistique et culturelle. La Ville s’est dotĂ©e d’un fonds d’aide Ă  la crĂ©ation artistique qui est passĂ© de 150 000 € en 2013 Ă  650 000 € en 2016 pour soutenir toutes les formes d’art.
J’ai rĂ©cemment lancĂ© un plan en faveur de l’équitĂ© culturelle pour agir, Ă  mon niveau, Ă  la suite des cruels Ă©vĂšnements qui ont endeuillĂ© le France en 2015. 17 actions qui nous permettront de renforcer nos actions culturelles dans les quartiers. Ne l’oublions jamais : la culture est une rĂ©ponse essentielle en ces temps troublĂ©s.
Enfin, depuis 1995, j’ai souhaitĂ© donnĂ© une prioritĂ© forte Ă  la lecture publique : Bordeaux dispose d’un remarquable rĂ©seau de 10 bibliothĂšques de quartier, premier maillage culturel de la ville. Mais aussi au Patrimoine : Bordeaux est la ville de France qui dispose du plus grand nombre de monuments classĂ©s ou inscrits au titre des monuments historiques aprĂšs Paris.
Ces axes sont bien sĂ»r des politiques que je dĂ©fendrai demain au niveau national, comme je l’ai rappelĂ© lors de mon discours d’ouverture du Forum d’Avignon Ă  Bordeaux.

 

Vous avez reçu le soutien de Christine Albanel, elle-mĂȘme ancienne ministre de la Culture et membre de la famille chiraquienne, pour la primaire de 2016. Est-ce que ce type de soutien compte pour vous ?
Je connais Christine Albanel depuis longtemps. Non seulement c’est une amie, de longue date mais c’est aussi une personnalitĂ© dont j’apprĂ©cie la vaste culture, la finesse des analyses et l’acuitĂ© du regard sur le temps et sur le monde. Elle dispose d’une solide expĂ©rience acquise dans la sphĂšre publique et aujourd’hui dans l’entreprise. C’est une chance de l’avoir Ă  mes cĂŽtĂ©s.

 

Pourquoi parlez-vous si peu finalement des livres que vous avez lus et des films que vous avez vus, à l’inverse d’un Nicolas Sarkozy par exemple ?
Dans le Temps retrouvĂ©, Marcel Proust dit que l’art vĂ©ritable s’accomplit dans le silence. Il en va de mĂȘme de la pratique
 Plus sĂ©rieusement, dans un monde politique trĂšs corsetĂ©, je m’accorde encore une petite libertĂ©, celle de soustraire Ă  tout impĂ©ratif mĂ©diatique mes choix culturels, mes coup-de cƓur et parfois aussi
 mes irritations. Je vous rassure, ils sont nombreux. Et il m’arrive quand mĂȘme parfois, non seulement d’écrire et de publier, mais aussi d’exprimer mes passions. J’ai ainsi beaucoup apprĂ©ciĂ© tout rĂ©cemment Britannicus Ă  la ComĂ©die-Française, belle rĂ©flexion sur le pouvoir, ses enjeux et ses tensions.

 

Propos recueillis par notre correspondant Julien Vallet en juin 2016

 

RÉSUMÉ

PREMIERE PARTIE. Adepte du jugement libre pour une culture rĂ©humanisĂ©e, Alain JupĂ© dĂ©fend la culture comme idĂ©al pour s’insurger contre le prĂȘt Ă  penser ou la pensĂ©e unique… RĂ©concilier culture et Ă©ducation, transmettre les valeurs fondamentales, encourager la capacitĂ© Ă  se projeter ensemble, restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©sion national Ă  l’heure oĂč tout les menace… La politique en faveur du cinĂ©ma restent exemplaires en France, et si demain l’Europe devait se redĂ©finir, elle aurait grand intĂ©rĂȘt Ă  le faire sur le plan culturel : fonder le concept d’un “Erasmus culturel” serait intĂ©ressant quand le modĂšle de la chaĂźne culturelle ARTE reste elle aussi une preuve Ă©loquente de ce que peut produire la coopĂ©ration entre les nations.
DEUXIEME PARTIE. Plus concrĂštement, Alain JuppĂ© entend rĂ©flĂ©chir Ă  un acte II de la politique du mĂ©cĂ©nat pour faire Ă©voluer encore la loi 2003 ; si la Culture est bien au centre de son programme national et europĂ©en, il s’agit de dĂ©velopper pratiquement les projets en faveur de l’Ă©ducation, la crĂ©ation et le rayonnement de la culture française partout dans le monde. Un nouveau plan patrimoine sur 10 ans doit aussi ĂȘtre lancer
TROISIEME PARTIE. Bilan sur la numĂ©risation du patrimoine culturel lancĂ© avec Michel Rocard en 2009… En souhaitant faire de Bordeaux, une capitale internationale des industries crĂ©atives et des arts numĂ©riques, Alain JuppĂ© entend dĂ©velopper considĂ©rablement le numĂ©rique sur le plan culturel car c’est un media de transmission au potentiel exceptionnel. Quels sont Ă  Bordeaux les chantiers porteurs d’enseignement et d’avenir ? Jumelage avec des villes Ă©trangĂšres, bilan sur Evento, place de l’OpĂ©ra dans le budget municipal, orientations stratĂ©giques culturelles pour Bordeaux dans les annĂ©es futures…

 

 

VISITEZ le site officiel d’Alain JupĂ© : www.alainjuppe2017.com

 

 

politicS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-Frédéric Poisson #1

poisson-jean-frederic-politics-CULTURE-classiquenewspoliticS : les Politiques nous parlent de CULTURE. Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson #1/2. A partir de Juin 2016, CLASSIQUENEWS offre la parole aux politiques qui nous parlent Culture. Dans le cadre de la Primaire de la Droite, rencontre avec les candidats dĂ©clarĂ©s, tour d’horizon de leur programme respectif pour la Culture en France… Pour la premiĂšre fois de son histoire, la Droite française organise en novembre 2016 une Primaire pour dĂ©signer son poulain pour l’ElysĂ©e. L’occasion pour Classiquenews d’interroger les diffĂ©rents candidats en lice, sur leurs conceptions, leurs ambitions, leurs projets pour la Culture. RĂŽle de la culture dans la sociĂ©tĂ©, place du MinistĂšre de la Culture, goĂ»ts et affinitĂ©s artistiques
 dans « politicS », les politiques nous parlent culture.  Aucun sujet n’est laissĂ© de cĂŽtĂ©. « politicS » : un nouveau magazine vidĂ©o conçu par classiquenews, une nouvelle sĂ©rie d’entretiens Ă  dĂ©couvrir tout au long de la campagne jusqu’au scrutin final, le 27 novembre 2016.

JEAN-FREDERIC POISSON : Surtout connu du grand public pour son opposition au mariage gay, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson s’est lancĂ© dans la course Ă  la primaire de la droite en septembre 2015 – une annonce faite d’ailleurs dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, classĂ© Ă  droite. DĂ©putĂ© LR, ancien maire de Rambouillet dans les Yvelines, il a succĂ©dĂ© en 2013 Ă  Christine Boutin Ă  la tĂȘte du Parti chrĂ©tien-dĂ©mocrate Ă  la suite de la dĂ©mission de cette derniĂšre. Comme son concurrent HervĂ© Mariton, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson compte parmi les partisans de la suppression pure et simple du ministĂšre de la Culture qui “ne sert Ă  rien”, d’aprĂšs lui. S’il estime que le patrimoine devrait ĂȘtre sous la supervision du Premier ministre, selon lui, la culture ne devrait pas relever du ressort de l’Etat, avait-il expliquĂ© en mai dernier”. RĂ©dacteur : Julien Vallet, journaliste © studio CLASSIQUENEWS — juin 2016

SOMMAIRE / sujets et thĂ©matiques dans ce premier volet : les valeurs de la Culture (autonomie de l’esprit, Ă©lĂ©vation de l’Ăąme…) ; le rĂŽle sociĂ©tal de la Culture ; la Culture dans les anciens rĂ©gimes : un Ă©quilibre exemplaire ; pourquoi  il faut supprimer le MinistĂšre de la Culture (4mn27) ; le statut des intermittents (5mn20) ; le mĂ©cĂ©nat privĂ© (6mn44) ; Conserver et prĂ©server le patrimoine est la seule action qui relĂšve de l’Etat… (8mn08)…

VOIR aussi dans le cadre de notre tour d’horizon des candidats pour la Primaire de la Droite : HervĂ© Mariton volets 1 et 2

Compte rendu critique, opéra. Massy, Opéra, le 20 avril 2016. Janacek : La Petite renarde rusée. Arcal. Louise Moaty, Laurent Cuniot

arcal janacek petite renarde rusee le renard Ă  lunettesAu coeur des champs et des forĂȘts, lorsque l’habitation humaine cĂšde aux pĂąturages, aux arbres et aux coteaux boisĂ©s, nul doute pour le promeneur alerte qu’il est observĂ©. Le parti pris de passer son chemin et ne pas s’arrĂȘter ne permettra jamais de se soucier si sous la voĂ»te des arbres se trouve le verdoyant pivert et son oeuvre de menuiserie; le perspicace geai bavard et colorĂ©; le perçant autour aux ailes d’airain ou derriĂšre l’ombre d’un chĂȘne, la silhouette fuyante d’un chevreuil alerte. Et dans les champs, l’Ă©clair roux d’un goupil que les fabliaux du Moyen-Âge ont dĂ©clinĂ© en vers et chants de geste. C’est au XXĂšme siĂšcle qu’un visiteur inattendu a repris le flambeau de la voix animale, Leos Janacek, parcourant les forĂȘts de BohĂšme et de Moravie, s’Ă©lance dans une vibrante contemplation, une ode aux valeurs profondes de la nature, la libertĂ© et la rĂ©gĂ©nĂ©ration.

L’animal est un homme comme les autres

Tout comme Rostand dans son Chantecler (1910), Janacek offre Ă  l’animal une voix et une sensibilitĂ© bien plus profonde que certains humains lourds de cuistrerie dans son opĂ©ra. Contrairement Ă  Chantecler, tirade de basse-cour aux accents rĂ©vanchards, La Petite Renarde RusĂ©e est une porte ouverte Ă  la comprĂ©hension profonde de la nature. En effet on arrive beaucoup plus vite Ă  comprendre par cette narration le cycle de la vie que finalement, l’homme par sa maladresse et sa ladrerie brise.

Pour cette production L’ARCAL, compagnie lyrique aux projets passionants dirigĂ©e par Catherine Kollen, propose une lecture extrĂȘmement fine et puissante d’une oeuvre que l’on a si souvent bĂąclĂ©e. En effet dans des productions passĂ©es, l’animal est grimĂ© par des accessoires Ă  foison et force maquillage qui lui ĂŽtent toute humanitĂ© et donc la pertinence du manifeste de Janacek, auteur du livret. Catherine Kollen rĂ©unit autour d’elle une Ă©quipe artistique d’un niveau d’excellence et offre aux artistes le terreau parfait pour Ă©panouir leur indĂ©niable talent.

arcal janacek petite renarde petiterenarde4-362x436-78887La retranscription de cette contemplation est dĂ©volue Ă  Louise Moaty. En reprenant des techniques issues de son spectacle magique de la Lanterne, qui poursuit sa route de succĂšs, et mĂȘlĂ©es Ă  l’inspiration cinĂ©matographique de la Belle Epoque, Louise Moaty rĂ©veille les points les plus sensibles de cette rĂȘverie. On rĂ©ussit Ă  s’identifier Ă  l’animal, Ă  excuser au chasseur balourd et ĂȘtre transportĂ© dans les champs avec les insectes, les oiseaux et les crĂ©atures du bois. GrĂące Ă  Louise Moaty, l’oeil du renard nous transmet des sentiments qui nous touchent, la langue tchĂšque devient intelligible et rĂ©vĂšle les profondes beautĂ©s de la musique. La Petite Renarde, dans le regard de Louise Moaty rĂ©vĂšle sa vĂ©ritable renaissance comme un chef d’oeuvre d’humanitĂ© et un captivant tĂ©moignage de l’importance de l’environnement pour notre propre Ă©volution. De plus, lors de la scĂšne phare de l’opĂ©ra, le mariage de la Petite Renarde, le public porte une paire d’yeux incarnant les regards des animaux de la forĂȘt dans la nuit, le public devient aussi animal et scelle son lien avec la nature. Louise Moaty nous offre encore une fois un moment, un rĂȘve, un instant captivant qui interroge notre propre humanitĂ©, Ă  travers l’oeil de l’animal qui nous observe tapi dans sa libertĂ©.

CĂŽtĂ© solistes, nous sommes gĂątĂ©s avec des voix indĂ©niablement marquantes et touchantes. Philippe-Nicolas Martin, campe un Garde-Chasse maladroit mais attachĂ© avec ferveur Ă  la nature qui l’appelle vers un dĂ©sir de libertĂ© au coeur des bois. Il dĂ©veloppe tout du long les nuances dans sa voix d’un grave veloutĂ©.

Avec autant d’assurance, la protagoniste aux agilitĂ©s tels des bonds de renard, la soprano japonaise Noriko Urata Ă©veille ainsi toute la sensibilitĂ© et la soif de libertĂ© de la Renarde. EspiĂšgle et rĂȘveuse Noriko Urata rĂ©ussit Ă  nous attacher Ă  son personnage avec une pertinente sensibilitĂ©.

Aussi profonde est la poésie de Caroline Meng, incarnant le Renard. A la fois tombeur à la fourrure mordorée et amoureux transi de sa belle rouquine, la mezzo-soprano ne démérite pas dans les accents et le lyrisme de son chant.

Incarnant le malheureux Instituteur, Paul Gaugler anime son timbre ciselé de ténor avec une verbe et une véritable excellence. On retrouve avec plaisir une expressivité solaire et herculéenne qui sculptent la partition de Janacek sans perdre les nuances du texte.

Wassyl Slipak offre Ă  ses multiples incarnations Ă  la fois les accents du bourru chez le Blaireau et la barbarie de Harasta. A la fois excellent acteur et puissante basse, il rĂ©veille dans le combat avec la Renarde un semblant d’inquiĂ©tude.

Françoise Masset nous offre une belle prestation dans plusieurs rĂŽles, Sylvia Vadimova Ă©meut et nous dĂ©ploie une voix pleine de contrastes et de couleurs. Dans les rĂŽles des animaux de la forĂȘt, coryphĂ©es de la fable de la Renarde, on retrouve des voix aux accents touchants, Sophie-Nouchka Wernel et Joanna Malewski.

En fosse, reprenant une version rĂ©orchestrĂ©e pour 16 musiciens, Laurent Cuniot mĂšne avec adresse et une prĂ©cision rythmique sans pareil son talentueux ensemble TM+. En effet l’ensemble de Nanterre, propose une lecture touchante, alerte et richement multicolore de la partition de Janacek. De ce fait, malgrĂ© la rĂ©duction, l’orchestre est beaucoup plus malĂ©able aux murmures de la nature que Janacek a semblĂ© retranscrire dans sa partition. TM+ nous renouvelle un voeu de restitution fraĂźche et la Petite Renarde ici semble retrouver une jeunesse crĂ©ative sans pareil.

AprĂšs cette reprĂ©sentation, alors que la nuit perlĂ©e de pluie embrasse la ville de Massy, on commence par se demander si, derriĂšre les haies qui bordent les autoroutes, quelques bĂȘtes aux yeux alertes ne nous observent avec une certaine curiositĂ©, mais toujours avec la bienveillance des ĂȘtres en Ă©ternelle dĂ©couverte, ivres de la libertĂ© au coeur des coffres verts des campagnes et des bois. La musique de Janacek fit son oeuvre, germant dans les coeurs la conscience que l’animal n’est que bĂȘte par rapport Ă  notre propre maladresse. La rĂȘverie bucolique accompagna Janacek jusqu’Ă  Brno, oĂč, prĂšs d’un monument Ă  sa gloire, nulle statue, nul buste, mais un rocher sur lequel la belle Renarde de bronze veille farouchement sur celui qui lui offrit non point la parole humaine, mais l’immortalitĂ© de la musique et du chant.

La Petite Renarde RusĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Massy, le 20 avril 2016.

Noriko Urata, soprano : Renarde
Caroline Meng, soprano : Grillon, Coq, Renard
Philippe-Nicolas Martin, baryton : Garde-Chasse, un animal de la forĂȘt
Wassyl Slipak, basse : Blaireau, Curé, Harasta (Le Vagabond)
Sylvia Vadimova, mezzo-soprano : Lapak (Le Chien), une poule, Aubergiste, Pic-vert, un animal de la forĂȘt, un renardeau
Françoise Masset, mezzo-soprano : Femme du Garde-Chasse, une poule, Chouette, un animal de la forĂȘt, un renardeau
Paul Gaugler, tĂ©nor : Moustique, Instituteur, un animal de la forĂȘt
Sophie-Nouchka Wemel, soprano : Crapaud, Frantik, Geai, une poule, un animal de la forĂȘt, un renardeau
Joanna Malewski, soprano : Sauterelle, Pepik, Poule HuppĂ©e, un animal de la forĂȘt, un renardeau
version réorchestrée à 16 musiciens par Jonathan Dove
TM+ ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui – Laurent Cuniot, direction

Direction artistique : Arcal - Catherine Kollen
Mise en scÚne : Louise Moaty
Conception vidéo et conseil : Benoßt Labourdette
Collaboration scénographie et costumes : Adeline Caron & Marie Hervé
LumiÚre : Nathalie Perrier
Maquillage : Elisa Provin
Conseil musical et linguistique : IrÚne Kudela
Chef de chant : Nicolas Jortie
Collaboration à la mise en scÚne : Florence Beillacou
Construction du dĂ©cor et rĂ©gie gĂ©nĂ©rale : StĂ©phane HolvĂȘque
Fabrication des marionnettes : Marie Hervé
Fabrication des costumes et accessoires : Julia Brochier et Louise Bentkowski
Conception et régie vidéo : Philippe André
Conception vidéo et direction technique : Nicolas Roger

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

MUSIQUE EN CONTINU. Saint-Merri est une des plus vĂ©nĂ©rables Ă©glises de Paris, moult fois remaniĂ©e et avec des ajouts Ă©clectiques, ce temple de l’art est le siĂšge de concerts reguliers. Surplombant de ses gargouilles et ses mystĂšres, le haut clocher de Saint-Merry abrite la plus ancienne cloche de Paris. Fondue en 1331, elle tonna pendant la Guerre de Cent Ans et poursuit son carillon Ă©vangĂ©lique sur les toĂźts haussmaniens, au cƓur du Beaubourg de l’avant-garde plastique.

C’est au sein de cette Ă©glise que depuis plus de quarante ans l’association l’Accueil Musical Saint-Merri permet Ă  des multiples propositions artistiques de s’y produire au cƓur de Paris. Cette soirĂ©e est consacrĂ©e Ă  l’excellent Ensemble Sillages avec un programme axĂ© sur une dĂ©couverte passionnante de trois compositeurs aux univers complĂ©mentaires: Jean-Luc HervĂ©, Javier Torres Maldonado et Karlheinz Stockhausen.
Le format itinĂ©rant du concert commence par les mystĂ©rieuses volutes des Horizons InclinĂ©s de Jean-Luc HervĂ© dans le chƓur de l’Eglise. Cette piĂšce pour violon solo, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Lyonel Schmit,  érige des colonnes harmoniques qui se diluent dans les inclinations spectrales magnifiĂ©es par un dispositif acousmatique au langage Ă©loquent. Au mĂȘme moment que le soleil se couchait sur les couleurs dĂ©trempĂ©es des vitraux anciens, les horizons de Jean-Luc HervĂ© dĂ©clinaient leurs courbes Ă  l’infini.

Philippe Aari-Blanchette, défricheur de mondes à découvrir

arrii-blachette-concert ensemble sillagesAprĂšs un lĂ©ger changement d’espace, place Ă  la crĂ©ation Française du Cuarteto para cuerdas n°2 du compositeur Mexicain, Javier Torres Maldonado. Ă©minemment interprĂ©tĂ© par les solistes de l’ensemble Sillages, ce quatuor Ă  cordes est un exemple type d’un langage nouveau et passionnant dans l’Ă©criture de la musique contemporaine. Magnifiant le lyrisme et abandonnant la sempiternelle glose du spectral, l’ancrage mĂ©lodique de chaque mouvement est un plaisir florissant de trouvailles et de surprises que l’on se plaĂźt Ă  dĂ©couvrir.  Sans tomber dans la fatuitĂ© sans fard des quatuors Ă  rallonge de Dusapin, Javier Torres Maldonado dĂ©ploie une palette riche et prĂ©cise Ă  la fois, il dĂ©veloppe en maĂźtre du genre des respirations qui ouvrent ses phrases et nourrissent l’interprĂ©tation. Avec une vision plus organique et sensible, Javier Torres Maldonado reprend le flambeau de Haydn et Brahms dans la conception du quatuor Ă  cordes et ouvre une nouvelle voie pour ce genre.
En clĂŽture de ce fabuleux programme, nous avons vibrĂ© avec la splendide performance de la Microphonie de Stockhausen. ƒuvre inclassable et inconoclaste, cette piĂšce pour solistes chevronĂ©s est un Ă©cueil pour les interprĂštes Ă  cause de la complexitĂ© et la mĂ©ticulositĂ© de ses paramĂštres. Surgie de l’esprit de Stockhausen alors qu’il recherchait des nouvelles formes musicales dans les objets du quotidien, elle illustrerait bien un certain “parti pris des choses” dont Francis Ponge s’est fait le chantre. En invoquant son langage complexe et rĂ©vĂ©lant les merveilleuses facettes de chaque mouvement, les solistes de Sillages accomplissent un vĂ©ritable exploit en rendant Ă  la Microphonie les plus fines nuances de sa construction, tels des architectes ils cisĂšlent les sons, modĂšlent chaque objet qui abandonne l’utile pour devenir un Ă©lĂ©ment artistique.
Encore une fois, l’ensemble des solistes qui composent Sillages rĂ©ussit Ă  transmettre et rendre sensible la musique d’aujourd’hui, le lien avec le public ne se fend pas une seule seconde. L’Ă©veil musical vers les langages musicaux de notre temps a trouvĂ© dans Sillages, le passeur le plus accompli et, grĂące Ă  Philippe Arrii-Blanchette, le dĂ©fricheur d’un monde Ă  dĂ©couvrir.

Compte rendu, concert. Paris, Saint-Merri, le 15 avril 2016. VIBRATIONS, ensemble Sillages. HervĂ©, Maldonado, Stockhausen… Philippe Arrii-Blanchette

Jean-Luc Hervé
Horizons inclinés (création Française 2016) pour violon et dispositif acousmatique

Javier Torres Maldonado
Quatuor à cordes n°2 (création Française 2016)

Karlheinz Stockhausen
Microphonie (1964)

Ensemble Sillages
Direction artistique : Philippe Arrii-Blanchette

Compte rendu, concerts. Brest, les 30 et 31 mars 2016. Festival Electr()cution, Sillages.

1426024805_tourinsoftBrest, derniĂšre limite de la France face Ă  l’ocĂ©an, est une ville Ă©tonnante, entre ciel et mer. PhĂ©nix de l’Atlantique, Brest renaĂźt sans cesse des cendres d’un passĂ© meurtri. Des quais de sa rade Ă  la blanche Rue de Siam, la ville s’Ă©tend sur les scintillements lointains d’un large de plus en plus cĂ©rulĂ©en. Connue surtout pour son importance stratĂ©gique, Brest n’abandonne pas son ambition culturelle, et comme toute fille des mers, c’est en multipliant la nouveautĂ© qu’elle exprime les beautĂ©s cachĂ©es de sa citĂ© de pierre et d’ardoise. On connaĂźt bien le Quartz, l’ensemble Matheus, mais Brest est aussi le siĂšge d’un des plus importants ensembles contemporains: Sillages.

Depuis 22 ans, SILLAGES imprime avec excellence un tracĂ© sur le paysage de la musique contemporaine et notamment la crĂ©ation française. Il est essentiel de mettre en avant d’ailleurs l’extraordinaire qualitĂ© des projets de Sillages, Ă©quilibrĂ©s, artistiquement trĂšs bien pensĂ©s par Philippe Arii. Mais aussi Sillages, tel un navire aventureux, porte un Ă©quipage de solistes musiciens formidable. C’est trĂšs rare de trouver un ensemble aux timbres aussi riches et dont la bonne entente est palpable, c’est un facteur qui enrichit favorablement l’interprĂ©tation.

FESTIVAL ELECTR()CUTION – ENSEMBLE SILLAGES (BREST)

Un courant qui passe

Depuis 3 ans Sillages s’investit dĂ©sormais dans une diffusion directe de la musique contemporaine avec le public Brestois dans le Festival Electr()cution. Étonnant par l’initiative riche d’inventivitĂ© et aussi l’Ă©nergie fascinante de cet Ă©vĂ©nement. Sis dans le Centre d’Art Contemporain La Passerelle, en plein quartier rĂ©sidentiel, le Festival Electr()cution, dĂ©ploie son Ă©nergie au cƓur de la crĂ©ation pure. La situation gĂ©ographique de La Passerelle est un symbole Ă  elle mĂȘme, un Centre d’Art et un Festival qui expriment l’esprit de notre Ă©poque au cƓur du quotidien des habitants.

La Passerelle ouvre ses portes, et son cƓur plein de clartĂ©, aux mondes oniriques de la musique interprĂ©tĂ©e par Sillages. En parfaite symbiose, la musique et les arts plastiques forment un double Ă©crin qui s’Ă©change parfaitement, un dialogue s’installe alors pour le plus grand plaisir du public et des instants inoubliables. La Passerelle devient ainsi l’incarnation absolue des sens, un lien puissant et constant entre la banalitĂ© du quotidien et l’Ă©merveillement que procurent les arts.

Pour cette Ă©dition, Philippe Arii et Sillages convient en ouverture le monde de la spatialisation.

MERCREDI 30 MARS 2016 Ă  20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Nouvelles mythologies

Empruntant le sillage de l’Ă©lectronique et l’acousmatique, le concert d’ouverture de la troisiĂšme Ă©dition d’Electr()cution, est aussi variĂ© par les Ă©motions que par la force des piĂšces du programme. On peut dire sans hĂ©siter que la soirĂ©e est divisĂ©e en deux parties qui se complĂštent: l’onirisme profond de Georgia Spiropoulos et la quĂȘte de spiritualitĂ© et mĂȘme de mythologie de Bertrand Dubedout.

sillage_drama_logoNous avons ressenti dans les deux compositions de Georgia Spiropoulos, le langage interne d’un monde en devenir, comme le bruissement d’une rumeur dans Saksti, parfois angoissante et parfois Ă©nergique, mais jamais brutale. Dans la merveilleuse Music for 2? C’est un Ă©quilibre de forme qui rĂ©veille nos sens, une sorte de force astrale Ă©voquĂ©e par l’ensemble de l’Ă©criture de cette poĂ©tesse du son qu’est Georgia Spiropoulos. Face Ă  elle, la musique de Bertrand Dubedout est tout autrement fantastique. Entrant dans une rĂ©verbĂ©ration virtuose dans Onze/eleven, on en vient Ă  ressentir la dĂ©licatesse japonisante, emplie de rituel mais riche de timbres. Aussi excellemment bien rendue par Alexandre Babel aux polyblocks. Et ensuite nous entrons dans un vĂ©ritable monde aux merveilles insoupçonnĂ©es avec Les Cheveux de Shiva. On entend les rickshaws et les Klaxons de Delhi ou de Bhopal, les Ă©vocations des cĂ©rĂ©monies hindoues, un voyage spirituel au cƓur d’une mythologie toute empreinte de beautĂ©, de mystĂšre, des stupĂ©fiantes rencontres. Les musiciens de Sillages nous portent comme un souffle de parfum sur les rives lointaines des Indes avec un talent remarquable, saluons ici la flĂ»te formidable de Sophie Deshayes et le piano de Vincent Leterme.

Un peu plus sobrement, Collapsed, de Pierre Jodlowski est un peu plus intĂ©riorisĂ©e. MĂȘme si la musique nous Ă©voque un rĂ©el message, on entre difficilement dans la matiĂšre. AprĂšs, les dialogues saxophone et percussions sont une construction prĂ©cise et passionnante. On salue l’aplomb et la virtuositĂ© de l’excellent Stephane Sordet. Dans une moindre mesure, la piĂšce de GrĂ©goire Lorieux nous fait voyager. Elle demeure assez classique et descriptive, avec des grands effets. PremiĂšre nuit hallucinante d’Ă©motions Ă  Brest, le lendemain allait porter la musique vers des sommets inespĂ©rĂ©s.

ELECTR() SPATIAL

Georgia Spiropoulos
Saksti
Saxophone et Ă©lectronique

Grégoire Lorieux
Strange Spiral Lights
Vibraphone et Ă©lectronique

Georgia Spiropoulos
Music for 2?
Flûte, piano préparé, petites percussions, voix et électronique

Pierre Jodlowski
Collapsed
Saxophone, percussion et Ă©lectronique

Bertrand Dubedout
Onze/eleven
2 polyblocks

Les Cheveux de Shiva
Flûte, saxophone, percussion, piano et électronique

JEUDI 31 MARS 2016 – 20h30
Centre d’art contemporain La Passerelle (Brest)
Electr()states

La magie du dialogue entre arts plastiques et musique contemporaine rĂ©side dans l’Ă©quilibre parfait du temps et de l’Ă©motion. En choisissant de faire un programme d’inspiration Ă©tasunienne en miroir des trois vidĂ©os New Yorkaises d’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin, le rĂȘve est encore plus fort et nous pĂ©nĂ©trons Ă  la fois dans la musique et dans la rĂ©alitĂ© virtuelle de l’image enregistrĂ©e.

Multipliant les Ă©motions comme des coups de ciseau sur le marbre, les membres de Sillages ont fait des musiques de Reich, Dubedout et Ledoux un Ă©crin tout particulier aux chorĂ©graphies muettes de la rĂȘverie fantasmatique de New York, une promenade nouvelle qui Ă©veille nos sens vers la contemplation. Un des moments les plus captivants fut le puissant New York Counterpoint de Reich avec Jean-Marc Fessard splendide Ă  la clarinette, qui s’accordait Ă  la perfection avec les situations projetĂ©es.

arton254-d572eEt puis ce fut la secousse, un autre rĂȘve musical qui nous transporta au cƓur de la piste d’un cirque. Le Musicircus de Cage avec un semblant de cacophonie, pĂ©nĂštrent dans l’inconscient collectif et particulier pour faire sortir l’Ă©motion. On y retrouve la musique obstinĂ©e sur ses bases et ses classicismes mais aussi les plus simples plaisirs de l’enfance et la flĂąnerie de la curiositĂ© et la dĂ©couverte. Pendant une grosse vingtaine de minutes on est dĂ©vorĂ© par la musique, on s’y sent bien, comme dans une forĂȘt bariolĂ©e aux bruissements divers, aux couleurs chatoyantes. La complicitĂ© des musiciens de Sillages, de la maĂźtrise absolue de l’Ă©lectronique de Jean-François Charles, et les professeurs et Ă©lĂšves du Conservatoire de Brest, ont rĂ©ussi ce pari risquĂ© comme un numĂ©ro de haute-Ă©cole. Le monde fragile construit par Cage Ă  Ă©tĂ© maĂźtrisĂ©, finement interprĂ©tĂ© et ciselĂ©, et la fontaine de l’Ă©vocation a surgi sans se tarir.

AprĂšs ces deux vagues sublimes qui ont colorĂ© de musique la ville blanche de l’Ouest, Electr()cution poursuit sa troisiĂšme Ă©dition jusqu’au 2 avril. Alors chaque dĂ©but de printemps nous suivrons le riche sillage des ondes musicales de l’ensemble Sillages, au bout des terres et Ă  la pointe de la musique.

Dialogues entre l’exposition “New York(s)”
D’Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin

Et

Bertrand Dubedout
GefĂŒhl
Tambour sur cadre et Ă©lectronique

Steve Reich
Vermont Counterpoint
Flûte et électronique

Claude Ledoux
Dolphin Tribute
Hommage à Éric Dolphy
Clarinette basse et Ă©lectronique

Steve Reich
New York Counterpoint
Clarinette et Ă©lectronique

John Cage
MUSICIRCUS
Ensemble et Ă©lectronique

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. ”Pass’d the point of no return, the final threshold  The bridge is crossed, so stand and watch it burn!” Charles Hart – Dom Juan triumphant (The Phantom of the Opera) Dans la comĂ©die musicale sur le FantĂŽme de l’Opera signĂ©e Andrew Lloyd Weber, le terrible monstre mĂ©lomane qui terrorise le Palais Garnier Ă©crit et impose son opera, “Dom Juan Triumphant”. Pendant le paroxysme de cette crĂ©ation, il se glisse dans le costume du hĂ©ros pour enlever la chanteuse Christine dont il est follement Ă©pris, le duo “Pass’d the point of no return” est d’une inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©.  “InquiĂ©tante Ă©trangetĂ©” est l’effet que cette nouvelle mise en scĂšne du Don Giovanni de Mozart nous provoque.

 

 

Don Giovanni fascinant, auto destructeur

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Les temps modernes veulent en effet que les adaptations, plus ou moins rĂ©ussies, des Ɠuvres du rĂ©pertoire soient parfois d’un rĂ©alisme tel qu’il tend Ă  nous faire bondir de notre siĂšge de paisibles spectateurs du divertissement. Don Giovanni est un jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© et Ă©goĂŻste, c’est un fait ; mais sa damnation est finalement plus un chĂątiment moral et divin qu’un aboutissement d’une quĂȘte autodestructrice.  Pour cette mise en scĂšne, Patrice Caurier et Moshe Leiser parient sur un Don Giovanni fascinant et auto-destructeur. En somme, Don Giovanni est un caĂŻd de banlieue droguĂ© et excessif, qui attire et qui rĂ©vulse. Finalement en mettant en scĂšne l’action dans un immeuble quelconque, ce drame moral en devient un fait divers digne des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s du week-end. Bonnes idĂ©es de base mais cette production demeure assez nĂ©vrotique malgrĂ© tout. Une bonne idĂ©e est de rendre Leporello beaucoup plus consistant que le rĂŽle de valet complice. On retrouve un personnage fascinĂ© par Don Giovanni,  complice mĂȘme charnellement, une rĂ©elle bonne idĂ©e bien transmise dans le jeu excellent de Ruben Drole. Or c’est aussi lĂ  que ça cloche : la monstration du sexe sur scĂšne est excessive et sans aucune subtilitĂ© ; quasiment tous les airs sont prĂ©texte Ă  des Ă©bats (or Don Ottavio et Donna Anna) allant jusqu’Ă  la sodomie. On arrive Ă  se demander si cette monstration est un banalisateur pour choquer le bourgeois et faire plaisir au spectateur de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© ? Finalement on peut plutĂŽt y ressentir un certain malaise. De mĂȘme la fin, ou l’on retrouve un Don Giovanni au paroxysme de son excĂšs (scĂšne de banquet au sandwich Sodebo et whisky eco+, sodomie de Leporello, cocaĂŻne…) et finalement le pauvre Commandeur, dans la vision de messieurs Caurier et Leiser perd sa figure statuaire et terrible pour devenir une simple allucination issue d’une piqure d’hĂ©roĂŻne. En effet, ici Don Giovanni ne tombe pas dans les enfers mais meurt d’une overdose; ce qui revient Ă  faire mourir au XVIIIeme siĂšcle Don Giovanni d’une indigestion.  Outre cette mise en scĂšne qui mĂȘle excellentes idĂ©es et visions moins heureuses, la direction d’acteurs est mitigĂ©e par le talent des uns et des autres, le couple Don Giovanni (John Chest) et Leporello (Ruben Drole) se dĂ©tachant largement. CĂŽtĂ© musique, l’Orchestre National des Pays de Loire trouve les couleurs de Mozart Ă  son aise surtout sous la baguette formidable de Marc Shanahan. Ce chef est sublime de dynamisme, gardant le rythme, la narration, les nuances. CĂŽtĂ© plateau, le choix des solistes est un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ©. John Chest est un Giovanni incroyable de jeunesse, de beautĂ©, et de fougue. Il est inĂ©narrable dans la sĂ©duction et le cynisme, excellent acteur, il donne un relief incroyable au travail complexe de banalisation du personnage pour le rendre proche de notre monde. Vocalement il demeure correct mĂȘme si ça et la, on aurait souhaitĂ© plus de nuances. Le Leporello de Ruben Drole est remarquable dans l’Ă©motion et notamment Ă  la fin, il Ă©meut jusqu’aux larmes. Cependant vocalement il demeure un peu en retrait, avec une voix quelque peu monochrome.  TroisiĂšme splendeur de la soirĂ©e l’incroyable Elvira de Rinat Shaham. NuancĂ©e, puissante et terriblement attachante, ses phrases ont une Ă©lĂ©gance envoĂ»tante et la vocalise mozartienne n’a aucun secret pour elle. Bravo mille fois Ă  cette interprĂšte formidable et encourageons les ensembles et les directeurs d’opĂ©ra Ă  lui offrir des occasions de nous surprendre encore. Tout pareil la Zerlina de Elodie Kimmel est d’un raffinement notable, dĂ©gageant cette innocence Ă©quivoque et une belle dĂ©termination inhĂ©rentes au rĂŽle. Le Masetto de Ross Ramgobin est correct mais sans beaucoup de souplesse. La Donna Anna de Gabrielle Philiponet déçoit par une forte tension dans l’aigu et une interprĂ©tation monochrome qui ajoute Ă  la froideur virginale de son rĂŽle. Le Ottavio de Philippe Talbot est sans fard et assez ennuyeux. Son jeu est tout aussi dĂ©cevant puisqu’il en est inexpressif. C’est dommage, surtout que son “Dalla sua Pace” est beau et plein d’Ă©motions. Le Commandeur de Andrew Greenan est correct. Ce Don Giovanni Nantais nous rappelle dans une course folle Ă  l’excĂšs que nous sommes bien plus proches des Dom Juan que nous ne voulons l’admettre. Cependant, le “point de non retour” est lors du dĂ©ni de notre propre libre-arbitre, le cynisme de voir la limite et de la toucher du bout des doigts. Finalement ce Don Giovanni avec ses excĂšs et ses imperfections est loin de laisser indiffĂ©rents et gageons que c’est ce qui constitue la plus grande beautĂ© de cette production. A Nantes les 6, 8, 10 et 12 mars 2016, puis Ă  Angers les 4, 6 et 8 mai. www.angers-nantes-opera.com)

 

Don Giovanni de WA Mozart Ă  Nantes

Don Giovanni           John Chest
Le Commandeur         Andrew Greenan
Leporello                    Ruben Drole
Donna Anna                Gabrielle Philiponet
Don Ottavio                Philippe Talbot
Donna Elvira                Rinat Shaham
Masetto                      Ross Ramgobin
Zerlina                           Élodie Kimmel
Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire.
Direction musicale: Mark Shanahan
Mise en scĂšne: Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. Illustration : Jeff Rabillon © Angers Nantes OpĂ©ra 2016.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, Présences 2016, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Francesco Filidei,Clara Iannotta,Francesca Verunelli.

Festival PrĂ©sences 2016 Ă  Paris“Un monde apparemment immobile“. La relation symbiotique de l’Italie et de la musique n’a pas stagnĂ©. En effet, la programmation de PrĂ©sences 2016 offre, fait rare en France, une belle place Ă  l’avant-garde italienne et dĂ©montre de la passionnante vivacitĂ© de la crĂ©ation de la PĂ©ninsule. Pour son 7Ăšme concert,  PrĂ©sences accueille des jeunes compositrices et compositeurs qui se sont attachĂ©s Ă  Ă©veiller un certain lyrisme dans chaque composition. La jeune Clara Iannotta est la premiĂšre Ă  nous proposer la Commande de Radio France, Troglodyte Angels Clank By, splendide de poĂ©sie et de puissance, comme une Ă©vocation profonde de l’esprit qui touche plus par le lyrisme de l’Ă©criture que par les couleurs du dispositif orchestral et Ă©lĂ©ctro-acoustique. La forme est un petit bijou qui se dĂ©voile petit Ă  petit gardant le lien ineffable entre la poĂ©sie de Dorothy Molloy, source d’inspiration, et le monde de Clara Iannotta. Comme chaque annĂ©e, PrĂ©sences rĂ©serve une belle part Ă  la dĂ©couverte des grands compositeurs et compositrices de demain, Clara Iannotta entre ainsi dans l’Olympe musical, pas tellement par une complexitĂ© de langage et des artifices sophistiquĂ©s, mais par la simple Ă©vocation universelle qui touche mĂȘme l’ĂȘtre le plus hermĂ©tique Ă  la musique.

Dans ce mĂȘme sens, c’est Francesco Filidei qui poursuit ce concert. Un peu plus connu que la prĂ©cĂ©dente, notamment par la somptueuse production Giordano Bruno, donnĂ©e l’automne dernier au Festival Musica de Strasbourg. Avec une originalitĂ© qui ne dĂ©mĂ©rite guĂšre, Francesco Filidei se lance avec Canzone (Commande de Radio France et de l’ensemble 2e2m) dans l’exploration de l’harmonica comme instrument soliste. Si la pensĂ©e mĂȘme de cet instrument peut Ă©voquer les risques d’une telle opĂ©ration, le rĂ©sultat est passionnant et avec des couleurs insoupçonnĂ©es. Le plus lyrique des compositeurs italiens depuis Berio a rĂ©ussi son pari haut la main avec Canzone qui nous fait voyager avec l’harmonica dans une nouvelle virtuositĂ©. Francesco Filidei se revendique de Puccini, de Tchaikovsky et mĂȘme de Vivaldi, et la lumiĂšre de ces grands maĂźtres rejaillit dans sa crĂ©ation sans pour autant lui enlever le mĂ©rite d’ĂȘtre lui-mĂȘme un des meilleurs compositeurs italiens de notre temps. Saluons ici l’exĂ©cution formidable de Gianluca Littera Ă  l’harmonica.

La deuxiĂšme partie de ce concert a Ă©tĂ© bien plus contrastĂ©e. Car elle a commencĂ© par le cycle pour soprano Trazos, avec des poesies espagnoles pour la plupart issues du Siglo de Oro, et l’Ă©motion ne prend pas. L’Ă©criture  de Aureliano Cattaneo est complexe, s’ajoutant Ă  la prosodie pauvre de Petra Hoffmann. Les vers du Siglo de Oro sont dĂ©jĂ  d’une lourdeur baroque pesante et pour mieux rendre les Ă©motions qui s’y renferment, la musique infranchissable d’Aureliano Cattaneo n’a fait qu’alourdir encore plus l’hermĂ©tisme du langage. Trazos gagnerait a reprendre un peu plus de lĂ©gĂ©retĂ©, le parti pris n’est pas rĂ©ussi.

De mĂȘme que la Commande d’Etat, Deshabillage impossible de Francesca Verunelli. Une piĂšce complexe comme un noeud gordien au langage sans subtilitĂ©. Gageons que certains moments ça et lĂ  mĂ©ritent un intĂ©rĂȘt particulier du fait de la qualitĂ© de l’Ă©criture et de la structuration, mais les couleurs demeurent ternes et le langage brouillĂ© par des idĂ©es qui semblent contradictoires.

Le tout est portĂ© magnifiquement par Pierre Roullier et son Ensemble 2e2m, d’une prĂ©cision sans faille. Par ailleurs on a remarquĂ© l’intelligence d’exĂ©cution dans chaque partie pour permettre au public de jouir de chaque piĂšce individuellement sans avoir l’impression d’entendre les mĂȘmes choses. Chaque pupitre se rĂ©vĂšle investi du langage de chaque compositeur et dĂ©fend avec brio leur propre personnalitĂ©. Peu d’ensembles peuvent se targuer d’une telle qualitĂ© d’interprĂ©tation et un tel investissement dans des crĂ©ations passionnantes.

MalgrĂ© les contrastes, c’est sous un ciel couvert d’Ă©toiles et un asphalte aussi lisse que le dos d’un cĂ©tacĂ©, que les auditeurs de ce 7Ăšme concert de PrĂ©sences, ont retrouvĂ© un peu d’Italie dans sa plus vivante modernitĂ©. Au loin les lumiĂšres de la Tour Eiffel et la skyline du XVĂšme arrondissement nous Ă©voquaient que le XXIĂšme siĂšcle est fait d’audace et d’un certain regard du passĂ©.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Canzona de Francesco Filidei, Troglodyte Angels Clank By de Clara Iannotta et Déshabillage impossible de Francesca Verunelli.

Yes ! Joyau lyrique de Maurice Yvain

yes-yvain-les-frivolites-parisiennes-janvier-2015PARIS, cafĂ© de la danse. Yes de Maurice Yvain, les 7,8 et 9 janvier 2016. On dit : “Yes, yes, yes” pour yes de Maurice Yvain. Outre la sĂ©duction de la partition, la production de Yes actuellement Ă  l’affiche (et pour seulement 3 dates) suscite enthousiasme et surprise : un jeune collectif de musiciens et enchanteurs y affirment une justesse de ton … renversante. Il est des soirĂ©es qui ont des anecdotes Ă©tonnantes. Un des piliers de la critique musicale racontait sa rencontre avec un fĂ©ru de Wagner lors d’une reprĂ©sentation lĂ©gendaire de la Walkyrie Ă  Bayreuth au dĂ©but des annĂ©es 1960. Etant lui mĂȘme un passionnĂ©, il a demandĂ© Ă  l’inconnu son nom, c’Ă©tait Maurice Yvain. Aujourd’hui; la musique de monsieur Yvain est quasiment oubliĂ©e Ă  tort. CantonĂ©e au film d’Alain Resnais “Pas sur la bouche” qui ne lui rend qu’une justice trĂšs limitĂ©e, la production lyrique de ce compositeur des annĂ©es d’or du Music Hall est passĂ©e dans les souvenirs d’autrefois.

YES! nous parle pourtant d’amour et de jeunesse avec un livret efficace et dĂ©sopilant d’Albert Willemetz avec un argument phare… celui de la musique brillante et passionnante de Maurice Yvain. Parmi les tubes de ce YES!, l’air Ă©ponyme de Totte, immortalisĂ© par Felicity Lott et d’autres Julie Fuchs… (voir son dernier cd intitulĂ© Yes ! justement et qui a dĂ©crochĂ© le CLIC de classiquenews en novembre 2015).

ComposĂ©e initialement pour deux pianos et solistes, en ce dĂ©but d’annĂ©e, c’est l’occasion de redĂ©couvrir la version originale de cette partition inĂ©dite, sertie de merveilles. Une belle aventure drĂŽle, spirituelle et dĂ©capante qui fait danser Cupidon sur les rythmes de charleston et au fox-trot endiablĂ©s.

YES! ne pouvait pas revenir sans une Ă©quipe artistique de trĂšs haute teneur. Ici toute l’Ă©quipe des solistes est au zĂ©nith dans l’interprĂ©tation et composent un cast idĂ©al. La mise en scĂšne virtuose de Christophe Mirambeau saisit dans un tourbillon drĂŽle et sensible Ă  la fois qui rend YES! Ă  une postĂ©ritĂ© bien mĂ©ritĂ©e.  Vous voulez vivre une vraie soirĂ©e Parisienne? Alors dĂźtes YES! Ă  Maurice Yvain au CafĂ© de la Danse et vous en sortirez ravi!

LIRE aussi notre présentation complÚte de la partition Yes de Maurice Yvain par Les Frivolités parisiennes

boutonreservationParis, Café de la Danse
Les 7,8 et 9 janvier 2016 Ă  19h30
Direction Musicale: Jean-Yves Aizic
Mise en scĂšne: Christophe Mirambeau

Avec : Sandrine Buendia, Guillaume Durand, Vincent Vanthygem, CharlĂšne Duval, Alexandre Martin-Varroy, Jeff Broussoux, Olivier Podesta, Emilien Marion, LĂ©ovadie Raud, DorothĂ©e Thivet, Claire-Marie Systchenko, Anne La So…

Coproduction Les Grands Boulevards & Les Frivolités Parisiennes

PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Diaz

IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, AndrĂ© Danican Philidor demeure le gĂ©nie oubliĂ© du baroque comique. Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent dans "Blaise le savetier" d'aprĂšs La Fontaine, sa verve dĂ©lirante d'une inestimable poĂ©sie... PODCAST AUDIO. Entretien avec Iakovos Pappas, par Pedro Octavio Dia. Entretien avec Iakovos Pappas rĂ©alisĂ© Ă  Paris en novembre 2015 par notre rĂ©dacteur Pedro Octavo Diaz. IrrĂ©vĂ©rencieux mais subtil, provocateur mais poĂ©tique, le rĂ©pertorie lyrique dĂ©fendu par  Iakovos Pappas et Almazis nous dĂ©voilent les joyaux oubliĂ©s du thĂ©Ăątre lyrique du XVIIIĂšme siĂšcle.  Dans le paysage trĂšs variĂ© de la musique baroque Française, Iakovos Pappas demeure l’infatigable dĂ©fenseur de la redĂ©couverte de l’opĂ©ra comique et des Ɠuvres de chambre du XVIIIeme siĂšcle. Fort d’une sĂ©rie de rĂ©alisations qui ont rendu des compositeurs tels que Duni ou Philidor Ă  nos oreilles, Iakovos Pappas lance un nouveau dĂ©fi avec l’enregistrement des Fables de Jean de Lafontaine mises en musique par Louis-Nicolas ClĂ©rambault. Par ailleurs, le maestro Grec nous fait part de ses projets futurs et la fondation d’une nouvelle compagnie lyrique… de quoi encourager la redĂ©couverte d’un pan entier de la musique Française mĂ©connue, oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e… et pourtant majeure par son raffinement instrumentale, son intelligence dramatique, son exigence poĂ©tique et littĂ©raire. ActualitĂ©s : nouveau cd dĂ©diĂ© aux fables de La Fontaine, lyre Ă©rotique du XVIIIĂšme, rituel funĂšbre maçonnique versaillais, prochains concerts en juin 2016 Ă  la BNF…

 

 

 

Entretien avec Iakovos Pappas, projets pour Almazis… par Pedro Octavio Pappas by Classiquenews Classiquenews on Mixcloud

VOIR, LIRE aussi Reportage vidéo et Compte-rendu : Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Logis de la Chabotterie, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la LaitiÚre. Elisabeth Fernandez, Perrette. Yakovos Pappas, scénographie et direction.

Festival Musiques Ă  la Chabotterie 2013 : Egidio Duni rĂ©vĂ©lé (Les 2 chasseurs et la laitiĂšre, 1763). Chaque Ă©tĂ©, en VendĂ©e, le festival Musique Ă  la Chabotterie devient la scĂšne lyrique du baroque le plus dĂ©lirant, celui de l’opĂ©ra comique. Dans la France Louis XV, les Italiens conquiĂšrent les trĂ©teaux : depuis la Querelle des Bouffons (1752), les auteurs français s’italianisent, y compris Rameau. En 1763, Egidio Duni crĂ©e Les 2 chasseurs et la laitiĂšre d’aprĂšs deux fables de La Fontaine. A partir de la poĂ©sie morale et cynique du XVIIĂš, Duni invente un genre comique et satirique qui renouvelle la veine thĂ©Ăątrale en France.  En aoĂ»t 2013, dans la cour d’honneur du logis vendĂ©en, Iakovos Pappas et son ensemble Almazis ressuscitent un jalon de la crĂ©ation comique, furieusement italienne, française par son sens de la satire, insolente et sĂ©ditieuse par les codes qu’il aime pourfendre
 Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM © 2014. EN LIRE +

 

 

philidor-blise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. AndrĂ© Danican Philidor : Blaise le Savetier, 1759 (Almazis, Pappas, 2013)
 Iakovos Pappas nous dĂ©voile ici l’un des joyaux bruts du comique français Ă  l’époque oĂč le thĂ©Ăątre de la Foire Saint-Germain Ă©blouit par sa verve dĂ©lirante, sachant prolonger en le transfigurant le modĂšle du buffa italien. CrĂ©Ă© en 1759 sur la scĂšne du thĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra Comique de la Foire Saint-Germain, Blaise le Savetier appartient Ă  un cycle particuliĂšrement convaincant oĂč encore au dĂ©but de sa florissante carriĂšre, AndrĂ© Danican Philidor se met au diapason des Italiens, d’autant plus aprĂšs la Querelle des Bouffons (1752). Mais avec cette truculence spĂ©cifique, Ă  la gouaille parisienne, Ă  l’esprit satirique et parodique. Sedaine librettiste de Philidor rĂ©Ă©crit le conte de La Fontaine : au couple de Blaise et Blaisine, l’écrivain acoquine le couple des huissiers, Mr et Mme Pince, venus saisir leurs biens (Blaise prĂ©fĂšre se ruiner au cabaret avec Mathurin que travailler et gagner honnĂȘtement sa vie). Ici s’affrontent les caractĂšres et tempĂ©raments abrupts : l’ignoble Mme Pince, nourrie au fiel de l’avarice et de la convoitise Ă  laquelle rĂ©pond la bonhommie dĂ©braillĂ©e du Savetier, alcoolique et volage que soulage son Ă©pouse bien sage (voire toute aussi paillarde que son Ă©poux si sympathique). Au demeurant, tenants d’une sexualitĂ© qui ne se cache pas, Blaisine (ex Margot) et Blaise s’avouent leur ancienne aventure avec Mr et Mme Pince
 Leur sens de la rivalitĂ© et de la surenchĂšre dont se souviendra encore Mozart dans le fameux air du Catalogue de Don Giovanni (air de Leporello Ă  propos des conquĂȘtes de son maĂźtre) inscrit davantage l’opĂ©ra dans la dĂ©mesure satirique la plus audacieuse. Sur le plan musical comme poĂ©tique