Leo Delibes: Coppélia (Bart, 2011)1 dvd Opus Arte

Divina Coppélia

Avec Gisèle, Coppélia est l’emblème du ballet romantique français. L’ouvrage découle d’une collaboration riche et fructueuse entre Léo Delibes (mélodiste et orchestrateur de premier plan) et le danseur et musicien, Arthur Saint-Léon, lequel fournit au jeune compositeur, idées, astuces mais aussi mélodies glanées pendant ses voyages nombreux entre Paris et Saint-Pétersbourg où le mène sa carrière paneuropéenne, plutôt très active. L’écrivain archiviste à l’Opéra de Paris, Charles Nuitter adapte pour eux, l’intrigue d’après la nouvelle de ETA Hoffmann (Der Sandmann, 1816) dont s’est aussi largement inspiré Offenbach pour son premier tableau des Contes d’Hoffmann (acte d’Olympia): Nathanaël tombe amoureux de la fille du professeur Spalanzani: Olympia, une créature divine qui n’est… qu’une automate, créé par Spalanzani avec la collaboration du savant délirant Coppélius (Coppola). Mais les deux géniteurs se disputent et la poupée en fait les frais: elle perd ses yeux… Nathanaël témoin de la bagarre, comprend qu’il a été trompé et devient fou. Clara sa fiancé apaise un temps son tourment mais le jeune homme, aveuglé et trahi, se suicide du haut du clocher de l’église, après avoir aperçu dans la foule au-dessous, le mystérieux Coppélius. Fantastique et tragique se mêlent ici pour créer un spectacle à la magie illusoire; l’onirisme cède le pas au vertige de l’amertume et de la tromperie… Le ballet a été conçu par Saint-Léon qui travaille en très étroite complicité avec le compositeur Delibes.
Dans la transcription pour l’Opéra impérial, Nuitter édulcore la gravité originelle et l’ambivalence onirique et fantastique du drame: il en fait une comédie légère non dénuée de profondeur et d’éclairs mystérieux: ainsi naît le ballet Coppélia ou la fille aux yeux d’émail présenté à l’Opéra le 25 mai 1870. Olympia devient Coppélia; Nathanaël, Franz; Clara, Swanilda. Le succès est immédiat; l’Empereur conquis ne ferma pas les yeux pendant la création, (c’est dire!) et après 40 représentations, le ballet est transféré au Palais Garnier flambant neuf en 1875, devenant l’un de ses spectacles emblématiques.
L’Opéra national de Paris profite de la reprise de l’ouvrage en 1996 pour actualiser la version originelle de Saint-Léon. L’ex danseur et maître de ballet à l’Opéra, Patrice Bart, réécrit le profil des personnages (Spalanzani devient l’assistant du professeur Coppélius qui est un aristocrate déçu par l’amour), ajoute des musiques complémentaires d’autres partitions de Léo Delibes (extraits de Lakmé, du Roi l’a dit…) … il fusionne aussi les figures de Coppélia et de Swanilda: car pour raviver l’amour et la flamme (le goût à la vie) de Coppélius, Spalanzani s’engage à prendre l’âme d’une innocente afin d’en doter la poupée qu’ils ont fabriqué. Mais à mesure que la jeune femme perd sa flamme au profit de la poupée, Coppélius se sent attirer par la jeune femme ainsi dépossédée. Tableau essentiel, dans l’atelier de Spalanzani, Swanilda revêt le costume de la reine des blé, puis danses des figures espagnoles et écossaises, s’identifiant à la ballerine dont fut tant épris Coppélius… la danseuse réelle éblouit par son élégance: elle dépasse même ce que fit la poupée.
Patrice Bart approfondit le rôle de Frantz: il est étudiant (et non plus silhouette à peine élaborée du ballet de Saint-Léon où le rôle était traditionnellement dansé par une femme!). Pas de deux, pas de trois, le personnage du jeune homme prend ici de l’épaisseur… C’est lui qui sauve Swanilda du piège tendu par les deux hommes mûrs prêts à ravir son âme trop enviable.

La production présentée en mars 2011 au Palais Garnier souligne la part du fantastique et du rêve, tout en permettant aux deux jeunes amants de se retrouver dans un duo triomphal. Ni le port altier de prince blessé mais digne qui s’ouvre enfin à l’amour de José Martinez, ni la grâce aérienne de Dorothée Gilbert, sans compter l’excellent et malicieux Fabrice Bourgeois (Spalazani équivoque et idéal) n’affectent l’excellente réalisation de cette Coppélia 2011 dans la vision en rien datée de Patrice Bart: la dramaturgie reconstituée par le chorégraphe et ex danseur étoile de l’Opéra de Paris, délivre toujours ses qualités visuelles et théâtrales. Même le Frantz de la jeune étoile (parfois fébrile dans ses enchaînements, Mathias Heymann) défend avec conviction un personnage totalement repensé… Les ensembles sont soignés; le duo des jeunes amoureux rééquilibre absolument l’action du ballet romantique et les options parisiennes (décors et danse) savent régénérer ce caractère de féerie et de mystère, de fantastique entre illusion et réalité, tragédie et art qui font de Coppélia, l’un des ballets romantiques français les plus captivants. Dommage cependant que l’Orchestre Colonne n’exprime en rien la finesse instrumentale de la partition, l’un des joyaux du romantisme musical… que les orchestres d’époque, Les Siècles en tête, savent si superbement transfigurer. A quand une reprise de Coppélia avec orchestre d’époque? Le bénéfice musical en sortirait largement gagnant comme la magie de la réalisation scénique et chorégraphique. Un spectacle où l’illusion et l’imaginaire pèsent de tout leur poids, le mérite définitivement.

Production magistrale qui mérite absolument sa publication en dvd. Swanilda: Dorothée Gilbert. Frantz: Mathias Heymann. Coppélius: José Martinez. Spalanzani: Fabrice Bourgeois. Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction. Chorégraphie: Patrice Bart (1996). Filmé à Paris, Palais Garnier, mars 2011. 1 dvd Opus Arte

Cyril Huvé, Daria Fadeeva: Liszt, poèmes symphoniquesChâteauroux, dimanche 10 octobre 2010 à 16h

Mi temps classic’
Festival d’hiver de musique de chambre
à Châteauroux
Saison 2010 – 2011


Cyril Huvé
Daria Fadeeva

pianos

Franz Liszt (1811-1886)
Prélude au bicentenaire 2011

Les Poèmes Symphoniques à deux pianos

Châteauroux, Chapelle des Rédemptoristes

Dimanche 10 octobre 2010 à 16h

Dans l’écrin intimiste de la chapelle des Rédemptoristes à Châteauroux, le pianiste et pianofortiste Cyril Huvé (- qui a récemment obtenu une Victoire de la musique 2010 pour son enregistrement superlatif Mendelssohn joué sur un Broadwood 1840 édité par Paraty en mars 2010-), présente sa saison de musique de chambre: un cycle de concerts incontournables dont les invités savent cultiver cet art si difficile du dialogue musical.

Premier rendez vous le dimanche 10 octobre 2010 à 16h avec en prélude au bicentenaire Franz Liszt 2011, un programme captivant dédié aux poèmes symphoniques du pianiste et compositeur romantique. S’il a écrit ses poèmes symphoniques pour orchestre, Liszt a aussi composé une version de chacun d’eux pour 2 pianos (alors qu’il avait transcript toutes les Symphonies de Beethoven pour 1 piano).
A Châteauroux, Cyril Huvé et Daria Fadeeva jouent 5 Poèmes: Les Préludes, Prométhée, Orphée, Héroïque Funèbre, Hamlet.

Liszt a composé 13 pièces dans le genre qu’il a inventé: le poème symphonique, de 1848 à 1882. Non pas développement rationnel dans un cadre formel fixe, comme peut l’être la succession de mouvements précis chacun porteur d’une narration descriptive: le poème selon Liszt est plutôt une allusion suggestive aux climats atmosphériques, aux états psychologiques qui sous tendent le drame… Liszt s’inspire des tableaux, de la mythologie, de la poésie mais aussi de sa vie propre…
Les Préludes s’inspirent des Nouvelles Méditations poétiques de Lamartine et posent la question préalable qui vaut manifeste esthétique: “notre vie n’est elle autre chose qu’une série de Préludes à ce chant inconnu dont la mort entonne la première et solennelle note?”.

Orphée est un prélude à l’Orfeo de Gluck, créé à Weimar en 1854. La partition souligne ce chant pacificateur et civilisateur de la musique. Prométhée (1850-1855) est la musique de scène du drame de Herder, avant d’être recyclée en … cantate. Liszt a laissé les idées maîtresses qui pourraient résumer son essor musical: “audace, souffrance, endurance, salvation”.
Plainte pour un héros ou Héroïque funèbre contient les ferments de ce qui devait être à l’origine une ample symphonique en 5 mouvements écrite au moment des mouvements révolutionnaires de 1830. Liszt, frère des opprimés, se fait chantre de la souffrance. Toute la partition résonne dans un tragique lugubre, à la fois terrifiant et mystérieux.
Après avoir écouté la pièce Hamlet de Shakespeare en 1856, Liszt en tanscrit un poème symphonique en 1858: le prince sombre et désespéré de Goethe est plutôt pour Liszt un être lumineux, rationnel et suprêmement intelligent qui attend le moment propice pour imposer sa vengeance. Stratège et scrupuleux, Hamlet lisztéen est un être supérieur que la pauvre Ophélie ne peut comprendre ni atteindre. Pour Hamlet, le compositeur exprime la douleur solitaire et aussi la grâce d’une intelligence finalement vengée.
Dimanche 10 octobre 2010 à 16h
Daria Fadeeva,
Cyril Huvé, pianos
Franz Liszt:

Préludes à un bicentenaire
Les Poèmes Symphoniques à deux pianos

(Les Préludes, Prométhée, Orphée, Héroïde funèbre, Hamlet)

Informations complémentaires sur le site www.musiciensensemble.com ou 02 54 48 36 86

Francis Poulenc: Dialogues des Carmélites, 1957Nice, Opéra. Du 7 au 16 octobre 2010


Francis Poulenc


Dialogues des Carmélites
, 1957


Nice, Opéra
Du 7 au 16 octobre 2010

Michel Plasson, direction
Robert Carsen, mise en scène

La première production à l’affiche de l’Opéra de Nice est l’un des événements lyriques de la rentrée. Dans la vision de Robert Carsen, l’ouvrage de Poulenc gagne un relief humain et tragique superlatif… La distribution constituée est l’une des plus prometteuses qui soit en la matière. Bref, en 4 dates, les 7, 10, 13 et 16 octobre 2010, spectacle incontournable.

Au départ, il y a le refus de la réalité et la peur d’affronter son propre destin: Blanche à Compiègne en 1789 annonce à son père son désir de s’abstraire de la violence environnante en choisissant de rejoindre le Carmel. Mais très vite, la volonté d’isolement et cet aveuglement éperdu au monde, sont rattrapés par l’histoire et les événements sociaux. Même si elle s’échappe quand les Révolutionnaires arrêtent les carmélites de Compiègne, se dérobant à une inévitable condamnation à mort, Blanche comme prise de remords et par compassion fraternelle vis à vis de ses soeurs, les rejoint dans leur cellule afin de se soumettre au martyre qu’elles ont décidé de réaliser par consentement collectif.
Elle mourra à leurs côtés.


Opéra des angoisses

A l’angoisse existentielle de Blanche face à la mort, répond les propres craintes de Poulenc, confronté à la longue agonie de son compagnie de vie, Lucien Roubert. Le compositeur, saisi par le sujet transmis par Flavio Testi d’après les textes de Bernanos (portés sur la scène du Théâtre Hébertot en mai 1952, se passionne totalement dans l’écriture de son opéra.

Pour la création parisienne (21 juin 1957) qui succède 5 mois après celle scaligène, en janvier 1957, Blanche est chantée et incarnée par Denise Duval, la soprano fétiche du musicien qui lui a écrit aussi La Voix Humaine (sur un livret de Cocteau). Même panique émotionnelle, même angoisse profonde et viscérale… A l’inquiétude de la jeune Blanche correspond pendant sa retraite comme Carmélite, sa confrontation avec la première Prieure (Madame de Croissy) en proie elle aussi aux tourments âpres et amers d’une âme exténuée dont la vie doit cesser. Au final la pauvre et jeune âme décide de mourir avec ses soeurs, sous le couperet de la guillotine qui conclue l’opéra: son sacrifice est sa grâce. Blanche a affronté ses peurs.

Sur le plan vocal, l’opéra offre 3 rôles stupéfiants de vérité expressive, 3 incarnations mémorables, 3 défis pour l’interprète: la jeune agitée (Blanche), la mûre qui maîtrise (Madame Lidoine), la vieille tiraillée par ses doutes au bord du gouffre (la Première Prieure): certaines cantatrices au fil de leur carrière ont abordé l’un et l’autre rôle ou tous les trois. Echelle des tempéraments, succession d’engagements émotionnels qui se construisent au cours d’une vie de chanteuse…

Illustrations: Francis Poulenc (DR)

Gustav Mahler, 150è anniversaire discographie 2010. 2 coffrets cd événements

coffrets cd événements
150 ans de Gustav Mahler

Pour les 150 ans de Gustav Mahler, (7 juillet prochain) Deutsche
Grammophon et Emi classics publient chacun et simultanément, un coffret
des oeuvres complètes du compositeur Gustav Mahler, né il y a 150 ans,
le 7 juillet 1860 à Kaliste (actuelle République Tchèque). Les deux
cycles discographiques sont d’autant plus recommandables qu’ils sont sur
le plan interprétatif totalement complémentaires. Coffrets événements.

gustav mahler, the complete edition, deutsche<br />
grammophon, gustav mahler 2010, gustav mahler 2011, cdGustav Mahler, complete edition
(Deutsche Grammophon,
18 cd). 2010 et 2011 sont deux années Mahlériennes qui consécutivement
mettent à
l’honneur le figure du compositeur Gustav Mahler mais aussi, aspect
moins connu de sa carrière glorieuse, le chef d’orchestre célébré de son
vivant, entre autres à l’Opéra de Vienne dont il est directeur, de 1897
à 1907. Le coffret de 18 cd, édité en juin 2010 par Deutsche
Grammophon
présente l’intégrale des oeuvres pour voix et
orchestre de Gustav Mahler, évidemment les 10 symphonies, mais aussi ses
cycles lyriques, lieder avec orchestre, soit 5 oeuvres rassemblées, du Lied
von
der
erde
au Klagende lied, sans omettre les lieder et
Gesännge aus der Jugendzeit…
Lire la suite


Gustav Mahler (150th
anniversary): the complete works (Emi classics, 16 cd).
Voici un
apport surtout britannique sur le plan orchestral: City of Birmingham
symphony orchestra (Rattle d’avant Berlin), Philharmonia orchestra
(Furtwängler et Klemperer), London Philharmonic orchestra (Horenstein,
Tennstedt), New Philharmonia Orchestra (Barbirolli), London Symphony
orchestra (Szell) font belle figure aux côté des Berliner Philharmoniker
(Barbirolli, Rattle). Heureux mahlériens: 2010 pour les 150 ans
de la
naissance (1860) du compositeur devenu directeur de l’Opéra de Vienne de
1897 à 1907, les éditeurs rééditent leurs archives plus que
recommandables. Ce coffret de 16 cd paru chez Emi classics est d’autant
plus opportun qu’il complète celui édité simultanément par Deutsche
Grammophon. De l’un à l’autre, la généalogie des grands chefs
mahlériens se recompose pour notre plus grand plaisir. Toutes les
oeuvres sont donc contenues dans cet opus très estimable. Ce nouveau
coffret
en témoigne, avec quelle force de conviction! Incontournable. Gustav
Mahler: 150th anniversary edition. The complete works

(coffret 16 cd, Emi classics). Lire la suite

Lire aussi notre dossier Gustav Mahler 2010

Arte Juin 2010… Mahler, Elektra en direct Concerts du Bicentenaire Schumann 2010

Arte en juin 2010
Mahler et Elektra en direct
Schumann: concerts du bicentenaire 2010

Juin hautement musical sur Arte avec 2 directs incontournables :le 6 juin tout d’abord à 19h15 en direct de La Scala de Milan, où Claudio Abbado dirige la Symphonie n°2 “Résurection” de Gustav Mahler… et pour fêter l’avènement de l’été, le 21 juin (21h45), Elektra, sommet post romantique de Richard Strauss et son génial librettiste, Hugo Van Hoffmanstahl, depuis Baden Baden sous la direction de Christian Thielemann (Herbert Wernicke, mise en scène).
Arte fête aussi l’anniversaire Schumann 2010 (bicentenaire de la naissance le 8 juin 2010). Deux dates incontournables également: les 20 juin à 19h15: concert depuis la Frauen Kirche à Dresde où Daniel Harding dirige la Staatskapelle de Dresde. Au programme: Ouverture de Genoveva, Scherzo en sol mineur (nouvelle orchestration de Joachim Draheim), Abdenmusik, Nachtlied, Requiem für Mignon opus 98b d’après Wihelm Meister de Goethe. Puis, le dimanche suivant, 27 juin, même heure (19h15): Paavo Järvi et la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême jouent La Fiancée de Messine (ouverture), Symphonie n°1 opus 38, dite “du Printemps”…


Agenda Arte juin 2010

Les 4 temps forts

Le 6 juin 2010 à 19h15: direct de la Scala de Milan. Claudio Abbado dirige la 2è Symphonie résurrection de Gustav Mahler
Le 20 juin 2010 à 19h15: Concert Schumann Bicentenaire 2010
Le 21 juin 2010 à 21h45: direct de Baden Baden. Elektra de Richard Strauss (Christian Thielemann, direction)
Le 27 juin 2010 à 19h15: Concert Schumann Bicentenaire 2010

Illustration: Robert Schumann

Valery Gergiev: Symphonies 3 et 6 de Tchaïkovski En direct de Pleyel à Paris, le 29 janvier 2010 à 20h

Medici.tv
présente

Valery Gergiev
Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Petersbourg

Tchaïkovsky
Symphonies n°3 et n°6

En direct depuis la salle Pleyel
le 29 janvier 2010 à partir de 20h, heure française
Réalisation: Andy Sommer

Depuis qu’il en assure la direction artistique en 1988, Valery Gergiev a élevé le niveau artistique et musical du Mariinsky à un sommet jamais atteint, du moins perpétue-t-il la grande tradition déjà florissante sous l’ère soviétique avec les chefs déjà renommés tels Evgeni Mravinski ou Yuri Temirkanov… En plus de doter le théâtre de Saint-Petersbourg d’un répertoire lyrique digne d’une scène internationale (comptant désormais les oeuvres de Wagner, Prokofiev, Chostakovitch, Moussorsgki…), la maestro s’engage aussi à constituer un corpus d’oeuvres symphoniques de référence, en particulier de musique russe au sein de laquelle, trônent évidemment les symphonies de Piotr Illiytch Tchaïkovski.

En direct sur internet, le 29 janvier 2010 à partir de 20h (heure de Paris), sur Medici.tv

André Messager: portrait France Musique, du 14 au 18 décembre 2009 à 13h

André Messager

1853-1929

Prince de l’opéra léger

Pour beaucoup de mélomanes plus adeptes de Strauss, Wagner ou des tragiques baroques tels Lully ou Rameau, l’opéra comique a indéfectiblement commerce avec une musique légère donc creuse et décorative. Or le genre, surtout lorsqu’il est servi par le génie d’un Messager, s’autorise des libertés souvent séditieuses, des degrés mordants que le genre noble de l’opéra ne peut commettre… En fin artisan, Messager partage avec Debussy et Ravel, une maîtrise harmonique ciselée, une science orchestrale qui rappelle Chabrier…
D’après Fauré (qui admirait le compositeur comme Saint-Saëns), Messager fut un génie du genre, à l’élégance jamais facile, singulièrement subtil, alerte, aisé, soucieux d’un orchestre sans négligence… Messager de fait, fut audacieux, voire “osé”, d’une étonnante conscience musicale.
L’admiration de Fauré n’est pas mince et justifie que l’on se penche comme France Musique, pendant toute une semaine, sur “le cas Messager.”
N’oublions pas que Debussy lui dédia son Pelléas, opéra que Messager, chef d’orchestre, créa avec le tact et toujours dans son cas, cette assurance distanciée, cette modernité parfaitement assumée, qui le caractérisent.
Deux chefs d’oeuvres, créés aux Bouffes-Parisiens, consécutifs le portent sur le devant de la scène: Les P’tites Michu (1897) et surtout Véronique (1898): non seulement les deux ouvrages imposent un nouveau tempérament mais ils renouvellent aussi le genre.

Messager y atteint un naturel et une suavité mélodique désarmants, qui fusionnent le rythme de la musique et la musicalité immédiate du texte. Tout y est nuancé, suggestif, “filigrané”… Debussyste. Le créateur de Florestan dans Véronique chantera en 1902… Pelléas. C’est dire. En outre la même année où Messager fait représenter Véronique, il est nommé directeur musical de l’Opéra-Comique. Comme directeur musical, Messager supervise ainsi la réussite de plusieurs nouveaux ouvrages: Fervaal de d’Indy (1898), Louise de Charpentier (1900), Pelléas et Méisande (1902) et la première française de Tosca de Puccini en 1903.
Messager est donc engagé comme peu sur la scène contemporaine. Après le succès de Véronique, le compositeur compose Fortunio, créé en 1907.
Devenu directeur musical de l’Opéra de Paris, le chef fait valoir ses dons à la baguette en pilotant la première Tétralogie parisienne en 1908. Après la Guerre, en 1918, il éblouit encore la scène légère, et d’un raffinement renouvelé, avec Monsieur Beaucaire (1918).

France Musique. Du lundi 14 au vendredi 19 décembre 2009 à 13h. Grands compositeurs

Illustration: André Messager (DR)

Orch. Philharmonique de Nice. Jean-Yves Thibaudet, piano Nice, Opéra. Les 16 et 17 octobre 2009

Saison 2009-2010

Orchestre Philharmonique de Nice




Jean-Yves Thibaudet joue Liszt




Le
pianiste français, originaire de Lyon, Jean-Yves Thibaudet interprète
le Concerto n. 2 pour piano de Liszt, avec l’Orchestre Philharmonique
de Nice, sous la direction de Philippe Bender.




Vendredi 16 octobre 2009, 20h


Samedi 17 octobre 2009, 16h


Concert symphonique à l’Opéra de Nice




Au programme:




STRAUSS: Till Eulenspiegels lustige Streiche, op.28


LISZT: Concerto n.2 en la majeur pour piano et orchestre


BRAHMS: Symphonie n.1 en ut mineur, op.68






C’est le nouveau directeur musical Philippe Bender qui accompagne le
soliste français Jean-Yves Thibaudet, dans le Concerto n. 2 en la
majeur de Liszt. Jean-Yves Thibaudet, un des musiciens les plus
intéressants de sa génération, a reçu, en 2007, une Victoire d’honneur
lors de la XIVe édition des Victoires de la musique. En complément, le
Philharmonique de Nice joue aussi la première symphonie de Brahms et
Till Eulenspiegels de Richard Strauss.






Philippe Bender, direction


Philippe Bender, Victoire d’honneur de la Musique 2005, qui est aussi
directeur musical de l’Orchestre de Cannes eut la révélation de la
direction d’orchestre grâce à l’appui de Paul Paray qui l’encourage à
concourir à Besançon: il remporte le Concours des chefs d’orchestre en
1968! A la suite de cette distinction, il devient l’assistant au sein
du Philharmonic de New York, de Leonard Bernstein et de Pierre Boulez.






Jean-Yves Thibaudet, piano


Le
pianiste lyonnais Jean-Yves Thibaudet est l’élève à 12 ans au
Conservatoire de Paris d’Aldo Ciccolini et de Lucette Descaves, amie et
collaboratrice de Ravel. Le pianiste s’impose sur la scène
internationale grâce à son style élégant, les couleurs profondes de son
jeu et une technique brillante. En 2005, il a été le soliste de la
bande originale du film d’Universal Pictures “Orgueil et Préjugés”, nominée pour l’Oscar 2005. L’artiste enregistre exclusivement pour
Decca dont le récent album “Aria-Opera Without
Words”

(transcriptions d’airs d’opéra de Saint-Saëns,
Strauss,Gluck, Korngold, Bellini, J. Strauss II et de Puccini) : édité
en février 2007 et inspiré par l’amour et l’admiration qu’a l’artiste
pour la voix humaine, « le meilleur vecteur de l’expression en
musique » , l’album a été salué par la rédaction de cd de
classiquenews.com. Jean-Yves Thibaudet demeure un pianiste trop discret
en
France dont l’aura internationale est plus active et vive que dans son
propre pays.




Toutes les informations sur le site de l’Orchestre Phiharmonique de Nice



Giacomo Puccini: La Bohème en banlieue. En direct Arte, mardi 29 septembre 2009 à 20h

Giacomo Puccini
La Bohème … en banlieue

Arte, en direct
Mardi 29 septembre 2009 à 20h

en simultané sur www.arteliveweb.com

Présenté par Alice Tumler, Sandra Studer et Michel Cerutti. Mise en scène : Anja Horst. Direction musicale : Srboljub Dinić avec l’Orchestre symphonique de Berne et le chœur du théâtre de Berne. Interprètes : Maya Boog (Mimi); Saimir Pirgu (Rodolfo) ; Robin Adams (Marcello).
Réalisation : Felix Breisach. Coproduction réalisée avec le Stadttheater Bern, le Berner Symphonie Orchester et les résidents du quartier de Gäbelbach à Berne-Bethlehem.

Un appartement en banlieue

La Bohème en banlieue et en direct. Double défi que Arte se fait fort de relayer… Le projet « La Bohème en banlieue » ose l’opéra dans un immeuble d’habitation de Berne (quartier de Gäbelbach à Berne-Bethlehem). Après le succès de « La Traviata à la gare de Zurich » (il y a an, réalisé en septembre 2008), dans un site éminemment public (et ouvert à tous, saisi dans le mouvement de la ville et des transports urbains), la télévision suisse met en scène a contrario « La Bohème » de Giacomo Puccini dans un espace privé : une tour de banlieue.
Un grand ensemble dans le quartier de Gäbelbach à Berne-Bethlehem. Des façades sévères, des tours à logements en clapiers, des résidents issus de plus de 20 pays: une mixité humaine, des destins cassés où pourrait bien se jouer le futur du lyrique… Tel est le décor où se déroule l’opéra. Contrairement au concept ouvert et pleinairiste de « La Traviata à la gare de Zurich », les téléspectateurs suivent l’action de « La Bohème » dans un lieu des plus privés : un appartement en location dans une cité de la banlieue de Berne.

Tout l’espace de l’immeuble est investi par le dispositif : divers logements, la buanderie, l’ascenseur et même le toit. Le chœur des 40 chanteurs est dans le séjour. Inspiré des Scènes de la vie de Bohème de Murger, l’ouvrage -souvent interprété sous la charpente à peine chauffée-, s’inscrit dans les milieux humbles de la misère citadine. Quoi de plus édifiant en ce sens que les habitants des banlieues souvent laissés pour compte de la croissance asphyxiée? Rodolfo interpréte l’air « Che gelida manina » devant la fenêtre de la cuisine. Rodolfo et Mimi entonnent leur duo d’amour dans l’ascenseur, et le final dramatique se tient dans la chambre à coucher en noyer, … située trois étages plus haut.

La musique s’empare de tout le bâtiment. Et selon, le concept du scénographe et réalisateur, l’édifice devient installation, et objet. L’intrigue de l’opéra et la réalité sociale s’entrechoquent. Deux heures durant, les airs de Puccini font naître une poésie inusitée dans la grisaille de Bethlehem, et l’immeuble se transforme en un autre monde. Un passage qui ressemble à notre modernité. Jamais La Bohème n’aura été plus actuelle. Et son sujet simple et tragique, plus touchant.

L’opéra « La Bohème en banlieue » est diffusé en direct sur www.arteliveweb.com ainsi que les coulisses du spectacle avec des reportages et des interviews en direct de Berne !

Charles Gounod: Mireille, 1864. Version 5 actes Paris, Palais Garnier. Du 14 septembre au 14 octobre 2009


Charles Gounod


Mireille
, 1864

Paris, Palais Garnier

Du 14 septembre au 14 octobre 2009

Marc Minkowski, direction
Nicolas Joel, mise en scène

Dans Mireille (d’après le long poème Mirèio, “pouèmo prouvençau” de Frédéric Mistral, paru en 1859) Gounod fait un opéra personnel et singulier où il faut dépasser sa condition misérable, vaincre le fatalisme de la société archaïque, s’élever quitte à en perdre la vie (pèlerinage ultime de Mireille aux Saintes Maries de la mer afin d’y prier pour le salut de son fiancé blessé). Le texte original valut à Mistral le Prix Nobel de littérature 1904. Il doit son évidente réussite, outre à la maîtrise de la langue occitane, à l’amour impossible de Mireille et de Vincent, mais aussi à l’ivresse quasi mystique et tout au moins lyrique qui nait dans l’évocation des paysages vécus sur le motif par le poète: les Alpilles, la Crau, la Camargue. Dans Mireille, opéra des individualités fortes autant que des paysages enivrants, Gounod souligne combien il faut conjurer la loi abusive du père, l’ordre étouffant d’une société qui contraint la liberté et l’amour pur… Mireille, nouvelle héroïne à l’opéra, sur les traces de Rachel (La Juive de Halévy,1835: autre jeune femme courageuse qui ose défier la loi paternelle), entend faire triompher la noblesse éternelle des sentiments contre les manipulations liées au pouvoir et à l’argent.

De Mirèio à Mireille

Le 8è opéra de Charles Gounod, lui permet après Sapho (1851), La Nonne sanglante (1854), Faust (1859) de s’écarter du wagnérisme ambiant (surtout explicite dans La Reine de Sabat, 1862), afin de retrouver la fluidité naturelle de Mozart, en un canevas propre à l’opéra comique, avec dialogues parlés.
Gounod, dès l’origine entend exprimer le souffle du vaste poème de Frédéric Mistral, cycle poétique unique qui suscita l’admiration de Lamartine lequel n’hésite pas à comparer l’auteur d’”Homère champêtre“! Mireille est de fait, le plus bel hommage poétique et pictural, usant de toutes les capacités suggestives de la langue, aux paysages saisissants de la Basse Provence. Frédéric Mistral a aussi laissé un autre sommet littéraire : Le Trésor de Felebrige, somme encyclopédique consacrée à la langue d’Oc.
L’opéra se déroule en Arles vers 1840: Mireille est une icône sentimentale et bientôt spirituelle dont le parcours, confronté à la noirceur du monde qui l’environne, est celui d’une Sainte martyr: âme désirante et libertaire qui ose fuir la loi du père pour vivre son amour pur avec Vincent.
En toute perte.

Messe blanche pour Mireille

Après la traversée du désert de La Crau où elle vit l’expérience des grands mystiques, Mireille fait le sacrifice de sa vie dans son refus d’accepter une société barbare, inhumaine qui fait commerce des personnes au nom de l’intérêt matériel des familles. Force solitaire (Vincent comprend-t-il réellement le sacrifice et la mort de son aimée?), Mireille suit les traces des autres héroïnes qui sur les planches lyriques offrent aussi un visage exacerbé de la passion humaine: reconvertie splendide (Thaïs de Massenet), ou comme nous l’avons déjà signalé, La Juive de Halévy.

Le passage de la vie terrestre à l’illumination ultime (qui fait de l’acte de mourir, une délivrance et une libération) est plus encore souligné par le cycle des moissons: le voyage et l’errance de Mireille suit les étapes de la culture des champs. Au moment où les paysans fêtent la Saint-Jean (IV), Mireille telle Maguelone en quête de son amant Pierre de Provence, éprouve la solitude irradiée des ermites au désert de La Crau. Et quant elle arrive aux Saintes-Marie, aboutissement de sa traversée spirituelle exténuante (comme Thaïs), Gounod réserve à son héroïne, une “messe en blanc“, signe de son illumination finale (apothéose de Mireille, V).

Du fantastique dans Mireille

Le surnaturel et l’appel de l’autre monde sont tout aussi importants dans un ouvrage moins décoratif et anecdotique qu’il n’y paraît: Mistral suit Dante, et Sa Divine comédie en créant des passerelles avec l’au-delà. Le personnage de Taven, mi sorcière mi visionnaire, qui met en garde Mireille tout en l’aidant dans sa quête intérieure: la médiatrice a la prémonition de l’avenir et de ses conflits cycliques. Instance de méfiance et de clairvoyance, Taven soumet le monde inhumain à sa propre intuition critique. Contradictoirement à sa forme païenne, la sorcière se met au service de Mireille, âme de plus en plus consumée par un désir spirituel et sacré. La croyance et la superstition anciennes se mêlent à l’ambition fervente de Mirèio, à sa quête de liberté et de sublimation: d’ailleurs, Mistral pensait que Dante pendant son séjour en Arles avait lui-même reconnu le trou des Fées au coeur du Val d’Enfer, tel le lieu des passages entre les mondes… C’est exactement là que Taven a établi son repère, cadre des métamorphoses où se produit sa magie salvatrice: elle y soigne le corps supplicié de Vincent, blessé par Ourrias après leur confrontation violente. La rencontre des univers parallèles se réalise encore non sans connotation fantastique (et finalement morale) quand Gounod imagine la présence des ombres flottantes sur le Rhône (scène 2, de l’acte III) au moment où l’indigne et criminel Ourrias (le rival de Vincent) s’abîme dans les flots, – chute d’une âme maudite-, quand paraît la figure du passeur, véritable commandeur et juges des âmes…

L’art de décomposer

L’Opéra de Paris est bien inspiré de programmer l’un des chefs d’oeuvres oubliés de Gounod. D’autant que l’ouvrage composé dans la proximité de Mistral, conçu sur le motif, -comme les impressionnistes posaient leur chevalet dans la campagne peinte-, a connu des versions allégées, édulcorées
qui ont fini par dénaturer le projet initial de Gounod. Le compositeur plutôt bonne pâte et arrangeant, tout en réadaptant les airs, révisant même l’ordre des scènes (au risque souvent d’un déséquilibre dommageable), s’est moqué de lui-même, parlant de son nouvel art de “décomposer“. Le détricotage systématique dont a souffert l’opéra devrait trouver son terme en 2009: sur la scène de l’Opéra Garnier, – et dans la mise en scène du nouveau directeur Nicolas Joel-, la version en 5 actes, avec la mort et l’apothéose de Mireille (au lieu de la version en 3 actes s’achevant sur le mariage bien bourgeois et rassurant de l’héroïne!) devrait réhabiliter une partition majeure, prenante dans sa construction tragique et mystique. Majeure par son souffle musical, respectueuse du lyrisme poétique du texte original de Mistral.

Palais Garnier ou Opéra-Comique?

La production fait figure d’événement (l’Opéra parisien indique déjà sur son site qu’il ne reste quasiment plus de places à la vente): inaugurant le nouveau “règne” du directeur Nicolas Joel, ex toulousain (directeur artistique du Capitole). Restons cependant circonspects: l’oeuvre aurait dû connaître son nouveau salut sur les planches parisiennes de sa création, l’Opéra Comique (en fait lors de ses reprises en 1874, avec sa conclusion tragique partiellement restaurée). Mais Nicolas Joel a pris soin d’imposer une clause d’exclusivité, empêchant pour la saison à venir de reprendre l’oeuvre hors de la Maison parisienne. Exclusivité exhorbitante. Au moment où l’on vient de redécouvrir Carmen dans le volume originel de l’Opéra Comique (avec Anna Caterina Antonacci sous la baguette de Gardiner, juin 2009), le mesure paraît déplacée. A l’Opéra Comique de relever le défi: Mireille qu’on le veuille ou non devra tôt ou tard être remontée sous le plafond de la salle Favart: ses dialogues parlés, ses récitatifs accompagnés, le rapport voix et orchestre, la fine orchestration voulue par Gounod ne pourront être écoutées et mesurées qu’à ce prix. Au Palais Garnier, inaugurant la nouvelle saison lyrique 2009 – 2010, la nouvelle production de l’oeuvre, en 5 actes, reste néanmoins l’événement lyrique de la rentrée parisienne 2009.

Charles Gounod (1818-1893): Mireille, 1864. Version originale en 5 actes et 7 tableaux. Livret de Michel Carré d’après Mirèio de Frédéric Mistral (1859). Palais Garnier à Paris, du 14 septembre au 14 octobre 2009. Avec Inva Mula (Mireille), Charles Castronovo (Vincent), Sylvie Brunet (Taven), Franck Ferrari (Ourrias)…

Exposition

En complément aux représentations de l’opéra Mireille (1864) dans sa version originale en 5 actes, la bibliothèque-musée de l’Opéra Garnier (BNF) accueille une exposition dédiée à la place de Charles Gounod dans le paysage musical du Second Empire et son apport sur la scène lyrique française: costumes, dessins, estampes, photographies… Le matériel exposé souligne “l’art du portraitiste” ainsi que Gounod définissait lui-même son activité de compositeur: “[L’art dramatique] doit traduire des caractères comme un peintre reproduit un visage ou une attitude.”

Exposition “Gounod, Mireille et l’opéra”, du 7 septembre au 18 octobre 2009. Bibliothèque musée de l’Opéra Garnier, à l’angle des rues Scribe et Auber. Paris 9ème ardt. Tous les jours, de 10h à 16h30.

Toulouse. Théâtre du Capitole, Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique de Jean-Philippe Rameau, le 8 mars 2009. Emmanuelle Haïm, direction.


Premier opéra d’un quinqua…





Le 1er octobre 1733, il y a 275 ans et 4 mois, l’Académie royale de musique lève son rideau sur Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique en un prologue et cinq actes de Jean-Philippe Rameau. Le compositeur a 50 ans. C’est son premier opéra. C’est un coup de maître.

Le sujet de ce premier ouvrage lyrique n’a pourtant rien d’exceptionnel. C’est un remake de la tragédie gréco-romaine qui a sa source dans la mythologie, laquelle, partie d’Euripide, passe par Sénèque pour aboutir à Racine dans sa tragédie (non lyrique) de Phèdre. Et l’auteur du livret, l’abbé Pellegrin, se livre au pillage habilement (peut-être même génialement, contrairement à certaines opinions) synthétisé de ces trois auteurs.


D’un bois d’amour aux enfers acides




La pièce. De quoi s’agit-il ? Au lever de rideau- c’est le Prologue – apparaissent la Diane chasseresse [Jennifer Hollowy] et l’Amour [Jaël Azzaretti] se disputant dans la forêt d’Erymanthe pour savoir lequel des deux règnera sur le cœur des habitants des bois. Mais Jupiter [François Lis], qui apparaît dans les airs tout comme Diane, met fin à la querelle en persuadant celle-ci de laisser faire l’Amour, la convainquant si bien qu’elle va même jusqu’à jurer de protéger les amours d’Hippolyte et Aricie. Car ces amours-là sont menacées : Hippolyte [Frédéric Antoun], le fils du roi Thésée, aime la jeune Aricie [Anne-Catherine Gillet] d’ailleurs sur le point de prononcer ses vœux dans un temple consacré à Diane, alors que Phèdre [Allyson McHardy], l’épouse de Thésée, convoite incestueusement Hippolyte (son gendre) et ordonne de détruire le temple de Diane pour détruire Aricie par la même occasion. Mais Diane intervient, toujours célestement, pour protéger les amoureux – c’est le méli-mélo mythologique classique toujours favori des humanistes et des humanités. C’est l’Acte I.

Mais voilà qu’à l’Acte II, Neptune [Jérôme Vernier], dieu de la mer, frère de Jupiter et père de Thésée [dixit l’abbé Pellegrin], promet aide et protection à son fils en lui accordant trois voeux : lui permettant de descendre aux enfers pour secourir son ami Pirithoüs, de combattre la furie Tisiphone, d’échapper à Pluton [François Lis] le dieu de l’enfer sur les instances de Mercure [Johan Christensson] venant rappeler à Pluton le serment de Neptune (deuxième vœu accordé). Mais Pluton ordonne toutefois aux Parques (les trois sœurs qui règlent le destin des mortels, en un trio aux dissonances harmoniques qui firent tant de terrifiés à l’époque des répétitions originales) [Nicholas Mulroy, Marc Mauillon, Jérôme Varnier] de lui révéler son sort : car c’est peut-être l’invisible Destin, « sous qui tout tremble » comme dit Jupiter dans le Prologue, qui joue le rôle principale dans cette tragédie.
Pendant ce temps, Acte III, Phèdre va déclarer son amour à Hippolyte, qui réclame alors un châtiment divin. Mais en fait de châtiment divin, c’est un quiproquo infernal qui s’installe en la personne de Thésée qui, revenu impromptu des enfers et croyant son fils coupable après la déclaration ambiguë de la servante Oenone [Françoise Masset], demande son sang à Neptune (troisième vœu).

Acte IV. Revoici un bois consacré à Diane : on y trouve Hippolyte en train de se lamenter sur ses amours, et justement voici Aricie qui le rejoint, et tous deux supplient Diane de les bénir. Suit un divertissement de chasseurs et de chasseresses que disperse une brusque tempête du bord de mer, un monstre surgit qui engloutit Hippolyte : le troisièrme vœu est accompli. Et l’on retrouve Phèdre prise de remords par un hasard heureux. Elle va se suicider.
C’est l’Acte V, le drame s’aggrave : Thésée, apprenant la mort de sa femme après celle de son fils, court vers la mer pour en finir avec le triste destin que lui avaient annoncé les Parques. C’est alors que Neptune, encore lui, intervient pour lui dire qu’en réalité Hippolyte n’est pas mort, ayant été sauvé par Diane, encore elle ! Mais seulement, à titre de châtiment, Thésée est condamné à ne plus revoir son fils – toujours le destin annoncé par les Parques.
Et c’est ainsi que, tout ayant été remis en ordre moral par les divines interventions de Neptune et de Diane, cette dernière déesse couronne son œuvre en éveillant Aricie, éplorée endormie, dans la forêt merveilleuse sur laquelle elle doit régner, lui apprenant du même coup qu’Hippolyte est vivant. Si ce n’est le Paradis reconquis, c’en est une forte suggestion : Adam n’aurait-il pas ainsi retrouvé Ève, après s’être fait pardonner son erreur ?


Humour & merveilleux




La musique: L’harmonie réduite à ses principes naturels (ouvrage de Rameau de 1722), voilà précisément ce qu’illustre le compositeur dans cette partition destinée à La Génération harmonique (autre ouvrage de Rameau de 1737) : harmoniques naturelles (octave supérieure, quinte de l’accord parfait, renversement des accords, la triade majeure, la triade mineure, les dissonances des tierces ajoutées). Mais ces subtilités techniques, pour importantes qu’elles soient, ne sauraient occulter ce que Rameau perçoit mieux que tous les musiciens de son temps, et qui répond étrangement aux préoccupations « modernes » : l’expressivité confiée à l’orchestre. Tout savant qu’il est, Rameau demeure proche du sentiment et de la vérité.
Précisément. Emmanuelle Haïm qui dirige le chœur et l’orchestre du Concert d’Astrée, et pour qui « c’est la musique qui explique plus que la parole » s’ingénie à souligner ce naturel irrésistible dans la musique ramélienne. Même les « divertissements » qui interviennent tout au long du sujet « rendent l’œuvre plus saillante encore », dit-elle. Et d’ailleurs les danses [danseurs de la compagnie Les Cavatines magistralement mis en situation par leur créatrice, Natalie van Parys] participent de plein droit au drame : il convient d’en admirer la chorégraphie tranquille qui colle à la musique, et les figures qui en résultent, vues de l’Amphithéâtre, quatrième étage du Capitole, forment d’impressionnants tableaux pastel dont l’expressivité subtile est la parfaite illustration de la musique française à la Rameau : décidément, les « ramoneurs » (selon le mot de Voltaire) prennent le pas sur les « lullystes ». Rameau a bien réinventé l’opéra baroque.
Emmanuelle Haïm dirige l’ensemble avec le brio mais aussi le « doigté » qui lui est propre, et c’est avec un à-propos inattaquable qu’elle note « l’humour » de la musique du prologue et le « merveilleux » de celle de l’Acte V « qui donne un relief décisif à Aricie. » Oui, on ne saurait trop le souligner : l’orchestre tient ici une place essentielle, il participe à l’action, suit la déclamation, déchaîne la tempête, fait chanter la forêt, donne aux instruments et aux voix tout leur relief, notamment par le choix du diapason 400 qui a été retenu ici.


Scénographie respectueuse




La mise en scène: Ivan Alexandre, musicologue issu de la Sorbonne, comprend l’unité de la disparité : passer « d’une forêt à un temple, d’un temple aux enfers, des enfers à un palais et ainsi de suite », opposer la justice à la loi et inversement requiert une hauteur de perception nécessaire. Mais il a finalement réussi, et le public ne s’y est pas trompé, à trouver une unité qui n’était pas utopique entre le verbe, le son, l’esprit et l’image. Pour ce faire, il a notamment élargi le rôle de l’Amour, « qui s’arroge des airs initialement destinés à une matelote et une bergère anonymes. »
Dans cette œuvre, Ivan Alexandre, s’inspirant de l’attitude de Rameau en son temps, a voulu respecter « avec enthousiasme » la forme de l’opéra français d’alors : les machines qui font descendre et remonter au ciel dieux et déesses, les danses et les divertissements, les tempêtes, les monstres, le tout dans les décors également très conformes d’Antoine Fontaine et aussi les magnifiques costumes dessinés par Jean-Daniel Vuillermoz. Il s’est bien gardé, contrairement à d’autres, de vouloir actualiser le spectacle en imaginant d’autres scènes que ce qu’avaient prévu le librettiste et le compositeur : la forme n’a pas été déformée, et le fond, indubitablement, en a profité aussi. Sans distorsion visuelle ni décalage pseudo dépoussiéré, tout cela fonctionne et conduit l’action. L’ovation finale l’a démontré.


Un cast sans failles



Les chanteurs: Frederic Antoun, le ténor canadien dans le rôle d’Hippolyte n’a pas déçu son public, bien au contraire, puisqu’il a interprété le personnage dans un style qui eut fort plu à Rameau : naturel, sans excès ni faiblesse, gardant sa dignité dans tous les cas, sans pour autant faire montre d’austérité, aussi bien quand il s’agissait de faire face aux pulsions dominatrices de sa belle-mère, Phèdre, que lorsqu’il était question de répondre aux tendresses d’Aricie. Ajoutons que sa voix, dont on nous avait annoncé la faiblesse due à une maladie passagère, ne l’a pas trahi une seconde, l’ayant au contraire bien servi, avec les inflexions expressives nécessaires aux différentes circonstances que nous avons mentionnées.
Anne-Catherine Gillet, soprano, est une Aricie peu passionnée mais néanmoins suffisamment expressive, puisque le rôle, du moins dans cette version de la pièce, semblait l’exiger ainsi. Allyson McHardy, mezzo-soprano dans le rôle de Phèdre, déploie une belle énergie furieuse, réclamant un amour impossible, celui de son beau-fils Hippolyte, jurant également la mort d’Aricie, sa rivale au bonheur insolent. C’est ce qui justifie vraisemblablement l’allongement des gémissements « à la baroque » dans les fins de phrase. Stéphane Degout, à la voix basse d’or et à la forte personnalité est un Thésée digne, tant en surface (dans son palais) que souterrain (aux enfers), tant dans la fortune que dans l’infortune.
François Lis, baryton sombre quand il incarne Pluton, le dieu des enfers, mais baryton lumineux quand il incarne Jupiter, le dieu des dieux. Dans les deux cas, il s’impose lui aussi grâce à sa forte personnalité. Jaël Azzaretti, la soprano malicieuse venait dérider l’atmosphère souvent tendue de cette « œuvre rouge sang » [Emmanuelle Haïm], en incarnant le joyeux petit Amour qui décoche généreusement ses flèches de ci, de là et qui, à la fin l’Acte V, « qu’elle porte à elle seule » [Ivan Alexandre], termine la pièce en un véritable duo paradisiaque avec la flûte cajoleuse et lumineuse, tendre et élégiaque.

Saluons les chœurs, esprits infernaux, peuple de Trézène, marins, nymphes, bergers et bergères prévus par l’abbé Pellegrin et conduits majestueusement par Emmanuelle Haïm. Opéra rare mais ici production délectable: la réalisation est magnifiquement interprétée et opportunément produite pour rappeler à beaucoup la belle présence de l’opéra « à la française »: nous ne pouvons qu’en remercier le Capitole de Toulouse qui suit les pas de l’Opéra de Paris, oublieux depuis des lustres d’un Rameau génial… et dont les oeuvres demeurent trop exceptionnelles sur les scènes lyriques (quoique à la fin mars, un Zoroastre nouveau, devrait convaincre à l’Opéra-Comique).

Toulouse. Théâtre du Capitole, Hyppolyte et Aricie, tragédie lyrique de Jean-Philippe Rameau, le 8 mars 2009. Chœur et Orchestre du Concert d’Astrée, sous la direction d’Emmanuelle Haïm. Jusqu’au 15 mars 2009.

Crédits photographiques: © Patrice Nin 2009
1. Thésée (Stéphane Degout)
2. Aricie (Anne-Catherine Gillet)
3. Diane descend des cintres
4. Hippolyte (Frédéric Antoum)
5. Amour (Jaël Azzaretti)

Nantes. Cité Internationale des Congrès, du mercredi 28 janvier au dimanche 1er févier 2009. 15ème Folle Journée 2009: De Schütz à Bach


Baroqueux du monde entier

Le programme de cette quinzième édition de la Folle Journée voulait plonger le public dans le monde de la musique baroque, particulièrement celle de J.S. Bach, embrassant une période allant de la seconde moitié du XVIIème siècle jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. L’importance de la manifestation, avec la participation des “baroqueux” du monde entier, Chine comprise, a rempli son objectif, si l’on en juge par l’affluence des auditeurs-spectateurs à la Cité Internationale des Congrès, et cela dès le premier jour: il y eut finalement plus de 120.000 places vendues!
Toutes les salles de la Cité avaient été rebaptisées pour l’occasion du nom de l ‘une des villes autrefois fréquentées par Bach: l’auditorium Eisenach (sa ville natale), les salles Leipzig, Coethen, Lunebourg, Muhlhausen, Dresde, Weimar, la Grande Halle de Lubeck, les salons Arnstadt et Zell.
Le contenu musical avait, on s’en doute, reçu la plus grande attention et l’on est partisan du fait que des concerts aient proposé les mêmes oeuvres jouées à différents moments par différents ensembles. C’est ainsi que les violonistes Claudio Cruz et Dmitri Makhtin ont pu interpréter (le jeudi, salle Coethen) trois concertos pour violon de Bach (en la mineur, en mi majeur et pour 2 violons en ré mineur) en compagnie de l’Orchestre d’Auvergne dirigé par Arie van Beek, ces mêmes Concertos étant joués (le samedi, à l’auditorium Eisenach) par Sayaka Shoji, David Grimal et l’orchestre Sinfonia Varsovia sous la direction de Jean-Jacques Kantorow, puis interprétés de nouveau (le dimanche, à l’auditorium Eisenach) par Alina Ibragimova et Renaud Capuçon accompagnés, là aussi, par le Sinfonia Varsovia sous la direction de Jean-Jacques Kantorow.

La comparaison de ces trois interprétations, tout en ayant révélé les intéressantes différences de sensibilité musicale de chaque soliste, révèle les points communs aux trois ensembles, notamment la vitesse d’exécution des mouvements rapides, qui semble être un paramètre actuel de l’interprétation des mouvements les plus allants de Bach. Dans l’interprétation du dernier jour (le dimanche), les trois concertons ont été joués en moins de 45 minutes, ce qui donne entre autres une vitesse proprement vertigineuse pour les traits de virtuosité du concerto pour 2 violons: la maestria d’Alina Ibragimova et de Renaud Capuçon n’en a été que plus saisissante, laissant l’auditeur à la fois émerveillé, essoufflé, époustouflé, …pantois.


Histoire d’Evangélistes


La violoniste russe Alina Ibragimova s’était déjà singulièrement distinguée (le samedi, salle Dresde) dans l’interprétation des sonates n° 2 et 3 pour violon seul, de J.S. Bach, respectivement en la mineur et ut mineur (BWV 1003 et 1005). En effet, l’expressivité du jeu d’Alina se trouve décuplée par le spectacle qu’elle donne d’une sorte de danse avec le violon, dans laquelle son corps épouse étonnamment le contour de la mélodie: elle monte, descend, s’accroupissant presque, puis remonte comme l’éclair à l’octave, se balance dans les mouvements arpégés comme une liane au vent d’automne: féerie visuelle à l’unisson de l’auditive, une merveille, un miracle!
Le Quatuor à Cordes Amadeo Modigliani (Philippe Bernhard, violon, Loïc Rio, violon, Laurent Marfaing, alto, François Kieffer, violoncelle) a donné un récital le vendredi à la FNAC, toujours dans le cadre de la Folle Journée. Au cours de leur interview, ils ont mentionné l’extraordinaire histoire des Evangélistes: Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc et Saint Jean, dont les portraits ont été gravés sur les cordiers des instruments, “et ces quatre bougres-là ne se quittent pas“, a déclaré le violoniste Eric Rio car il s’agit de leurs instruments qui ont été réalisés en 1863 par le luthier français Jean-Baptiste Vuillaume, s’inspirant de la configuration du célèbre Stradivarius Le Messie de Paganini. Le célèbre luthier les réalisa dans le même bois d’arbre pour plus d’homogénéité dans la sonorité des quatre instruments jouant ensemble: c’est dire qu’on ne pouvait les séparer; et c’est bien ce qu’avait compris Etienne Vatelot qui confia un jour ces merveilles de sonorité “en unisson d’harmonie” au tout jeune Quatuor Amadeo Modigliani.
Ce jour-là, les Modigliani interprétèrent en première mondiale la transcription du Prélude de Choral “O Mensch, bewein’ deine Sünde grob” du compositeur japonais Toshio Osokawa (né en 1955 a Hiroshima), réalisée à la demande de René Martin spécialement pour la Folle Journée de Nantes (laquelle sera exportée au Japon au mois de mai prochain).


Côté piano


La pianiste chinoise Zhu Xiao Mei jouait jeudi au Forum de la FNAC (dans le cadre de la Folle Journée), interprétant quelques numéros des Variations Goldberg qu’elle affectionne particulièrement depuis (au moins) trente ans. Interrogée sur la manière dont la musique occidentale pouvait faire vibrer l ‘âme chinoise, elle a déclaré, après quelques considérations sur l’interdiction de cette même musique sous Mao, que Bach répondait en quelque sorte à la culture bouddhique et à la sagesse du “plus grand philosophe chinois, Lao Tseu“, a tel point qu’on pouvait le considérer, a-t-elle dit, comme “le plus grand musicien chinois”! Voilà un scoop! De plus, et comme pour couronner le tout, Zhi Xiao Mei a réitéré sa satisfaction d’avoir choisi la France “dont l’esprit est en parfaite conjonction avec l’esprit chinois”, a-t-elle conclu.


Côté voix


Le groupe vocal des 32 chanteurs d’Accentus, fondé et dirigé par Laurence Equilbey, s’exprime autant a cappella qu’accompagnés par les instruments. En l’occurrence, le samedi, la salle Lunebourg accueillait le groupe en compagne des Nouveaux Caractères, ensemble orchestral d’instruments anciens (violes de gambe, théorbes, violone, orgue positif, violons…). Laurence Equilbey a dirigé l’ensemble du collectif avec sa maestria habituelle, devant le professionnalisme, le sérieux, la puissance expressive et sonore qui caractérise, de l’avis général en France comme à l’étranger, le bel ensemble Accentus.


… et bidons


Dans la grande Halle de Lubeck, le mercredi à 20h30, le jeudi à 19h, le vendredi à 19h45, dans l’auditorium Eisenach le samedi à 9h, de nouveau dans la Grande Halle de Lubeck le samedi à 12h45 et enfin le dimanche à 12h30, on vit débarquer un ensemble de divers barils à pétrole qui, une fois organisés dans un ordre précis, se transformèrent en autant d’instruments de musique maniés de main de maître par les instrumentistes brandissant un petit marteau caoutchouté. Et tout d’un coup éclata la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach, d’une manière peut-être encore plus précise et plus puissante encore qu’à l’orgue, devant un public absolument médusé comme hors de lui.

Interrogé, le chef a précisé que le Renegades Steel Band venait de Trinidad & Tobago et que les bidons d’acier avaient été travaillés de manière à pouvoir reproduire le son de n’importe quel instrument: c’est ainsi que les steel bands (en français: orchestres de tambours d’acier) formés de drums (tambours) et de pans (batteries) existent dans ces îles depuis plus de soixante et même soixante-dix ans et connaissent toujours un succès qui ne se dément guère, succès maintenant exporté à l’étranger, comme en témoigne la présence mémorable de cet ensemble à la Folle Journée de Nantes.

La Folle Journée de Nantes a, semble-t-il, encore une fois bien atteint son objectif, celui de mettre la belle musique, et singulièrement ici la musique baroque, à la portée du plus grand nombre, dans une atmosphère de fête et de convivialité. René Martin peut en être fier, et, avec lui, toute l’équipe du CREA et de la SEM, au même titre que la ville de Nantes.

Nantes. Cité Internationale des Congrès, du
mercredi 28 janvier au dimanche 1er févier 2009. La Folle Journée 2009: De Schütz à Bach

Paris. Opéra Comique, 26 décembre 2008. Hérold: Zampa. William Christie, direction. Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, mise en scène

Renaissance d’Hérold

Le compositeur. Louis Joseph Ferdinand Hérold est un vrai Parisien né à Paris le 28 janvier 1791, l’année même de la mort de Mozart, et c’est dès l’âge de 11 ans que ce nouveau génie succède à l’ancien, puisqu’il se met à composer à partir de cet âge. Hérold est reçu au Conservatoire à 15 ans: il y étudie le piano avec Adam, le violon avec Kreutzer, l’harmonie avec Catel, la composition avec Méhul, qui le prend immédiatement sous sa protection, et sous son égide, Hérold reçoit à 21 ans le premier grand prix de Rome qui va consacrer sa vocation de compositeur et en même temps lui changer la vie, puisqu’il part de là s’installer à Naples. Devenu professeur de musique des filles du Roi de Naples, Joachim Murat, il fréquente Paisiello et Zingarelli. Et il a finalement l’audace de faire jouer son premier opéra, La Gioventù di Enrico Quinto, au Teatro del Fondo en 1815, avec Manuel Garcia (le père et professeur des célèbres cantatrices La Malibran et Pauline Viardot) jouant le premier rôle.
Hérold quitte alors Naples et rejoint Vienne où Salieri l’accueille chaleureusement, pour finalement revenir à Paris au cours de l’été de cette année fertile (1815). Sollicité par Boieldieu, il entre à l’Opéra Comique et fait représenter avec succès en 1817 Les Rosières, suivi, quelques mois plus tard, de La Clochette, le tout en poursuivant au Théâtre-Italien une carrière de pianiste et de répétiteur.
Après plusieurs insuccès ou succès mitigés, dus notamment à la pauvreté des livrets, il retrouve en 1826 la faveur du public avec Marie, un opéra qui connaîtra une centaine de représentations en un an..
Pour l’Opéra, où il est engagé après avoir quitté le Théâtre-Italien, il compose des ballets qui font date en raison de leur expression dramatique innovante: La Somnambule en 1827, La Fille Mal Gardée en 1828, La Belle Au Bois Dormant en 1829. Vers cette époque, Mélesville lui confie le fameux livret du Corsaire qui devient rapidement Zampa ou La Fiancée de Marbre. Bien sûr, Hérold ne s’en tiendra pas là car il va créer le 15 décembre 1832 son plus grand chef-d’oeuvre: Le Pré-aux-Clercs, cent cinquante représentations en un an et plus de mille autres au cours de ce siècle. Mais Hérold n’en jouira guère car il meurt de phtisie le 19 janvier 1833 (il avait 41 ans).

L’oeuvre. C’est en Sicile que se préparent les noces de la fille du négociant Lugano, Camille, avec l’officier florentin Alphonse de Monza. Toutefois, le terrible corsaire Zampa menace la région, qui s est placée sous la protection de l’une de ses victimes, sainte Alice, à savoir, Alice Manfredi qu’il viola et abandonna jadis sur le rivage: une statue de marbre de la sainte rappelle ce triste évènement et Alphonse, apprenant l’histoire de Zampa, réalise brusquement qu’il s’agit de son frère le débauché qui avait disparu depuis longtemps.
Et ce qui devait arriver arriva: Zampa se présente avec sa troupe et se rend maître des lieux, faisant du chantage et menaçant de tuer Lugano si Camille ne lui cède pas. Zampa aggrave son cynisme en passant par défi un anneau au doigt de la statue. Mais que se passe-t-il? La main de marbre se ferme sur l’anneau!
Finalement, après diverses péripéties (terreurs des villageois, rodomontades des troupes de Zampa, plaintes déchirantes de Camille, apparition de la statue de marbre brandissant la bague, le vice-roi accorde la grâce à Zampa s’il se range à son côté contre les ottomans), Zampa croit pouvoir tranquillement se rendre maître de Camille en l’épousant régulièrement car, lui assure-t-on, la statue a été brisée en morceaux et jetée à l’eau, même si, à cet instant, l’Etna s est mis brusquement à cracher… Alors, ô réminiscence mozartienne, la statue de marbre qui s’est reconstituée toute seule réapparaît et entraîne Zampa, le forban cynique, dans les flammes du volcan infernal…
Les interprètes, pour la musique:
William Christie n’est plus à présenter, of course, puisque ce grand musicologue, grand claveciniste, grand chef d orchestre né à Buffalo et formé à Harvard et Yale officie en France depuis plus de 30 ans, créant Les Arts Florissants pour révéler, entre autres, aux Français la musique… française oubliée des 17è et 18è siècles. Les Arts Florissants auront donc 30 ans l’année prochaine, et ils sont toujours aussi florissants: Atys (de Lulli), Hyppolyte et Aricie, Les Indes Galantes, Alcina, Les Boréades, Médée, Le Retour d’Ulysse, Serse, Les Paladins, l’Enlèvement au Sérail, Castor et Pollux….. On notera le souci de William Christie de révéler de jeunes talents, souci qui s est particulièrement manifesté avec la création de l’académie Le Jardin des Voix à Caen, dont les présentations de 2002, 2005 et 2008 sont déjà reconnues dans le monde entier. Enfin, last but not least, nous rappellerons que William Christie est Français de nationalité depuis 1995, étant, de plus, Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur et de l’Ordre des Arts et des Lettres; pour couronner ce palmarès, William Christie est devenu membre de l’Académie des Beaux-Arts cette année (2008).

La mise en scène. Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff pour les décors et costumes, qui ont déjà mis en scène ensemble plus de vingt spectacles au théâtre, avec la compagnie qu’ils ont fondée en commun (on se souviendra de la fameuse famille Deschiens à la télévision) et Macha fera sensation en créant le Style Deschiens dans les années 90. Dans la mise en scène de Zampa, nous avons particulièrement retenu le mouvement des tableaux collectifs (les corsaires qui surgissent brusquement d’endroits inattendus, par exemple) qui composent des tableaux dignes de la Renaissance. La lecture est enjouée, vive, colorée comme un film de cape et d’épée: l’enchaînement des tableaux réserve continûment la lisibilité des rapports amoureux, des attentes, des désirs souterrains ou explicites de chaque personnage.

Les chanteurs. Richard Troxell, l’Américain, était un excellent Zampa, un vrai Corsaire et un acteur accompli, avec sa voix toujours très assurée de ténor lyrique et son jeu scénique irréprochable, habitué des grandes scènes de part et d’autre de l’Atlantique: Los Angeles, Washington, Houston, New York, Philadelphie, Boston; Portland, Monte-Carlo, Toulouse, Paris. Richard Troxell est également prévu à Varsovie où l’attendent Les Contes d’Hoffmann. Dans son interprétation de Zampa, le ténor convainc incarnant parfaitement un personnage cynique, brutal, finalement pathétique.
Jaël Azzaretti, habituée de l’Opéra Comique, joue Camille, la partenaire malgré elle de Zampa. On se souvient de ses débuts de soprano lyrique dans le rôle titre de La Finta Semplice de Mozart, en 1994 à Aix-en-Provence. Deux ans plus tard, elle entrait dans la troupe de l’Opéra Comique (La Cantatrice Chauve, Il Matrimonio Segreto, Carmen, La Dame Blanche, Les Mamelles de Tirésias…). C’est un tempérament vocal que nous suivons, dont la carrière a déjà réalisé de superbes incarnations à l’Opéra-Bastille, à l’Opéra Garnier, au Chatelet, à Genève (dirigée par Roberto Benzi), à Zurich et dans des enregistrements (Werther, rôle de Sophie, direction Jean-Claude Casadessus). L’interprète baroque, sous la direction de Christophe Rousset, René Jacobs, William Christie ou encore Emmanuelle Haïm, a récemment chanté Mozart (Cosi fan Tutte – voir notre reportage du 21 novembre 2008).
Avant de la suivre dans L’Elixir d’Amour et dans L’Italienne à Alger (à l’Opéra de Paris), puis dans Roméo et Juliette de Gounod (à Vienne), Camille offre à la soprano un personnage fin et sensible qui démontre la musicalité naturelle et dramatique de la chanteuse.

Colin Lee, un jeune ténor du Programme Jeunesse de l’Opéra National Anglais, est Alphonse de Monza, frère et rival de Zampa le débauché: celui-ci le fait tuer à la fin de l’oeuvre, mais nous avons néanmoins eu le temps de reconnaître ses magnifiques qualités vocales d’une suavité à faire tomber Camille,… et le public. Son jeu, moins brillant que celui de son “frère”, était voulu, il est vrai, par la mise en scène.
Leonard Pezzino, ténor lui aussi, est Daniel, le contremaître moralisateur mais complice de Zampa. Il cherche à “se retirer des affaires”, en se payant sur la bourse prélevée subrepticement, à la fin, sur le cadavre de Zampa. Dans cet opéra décidément à ténors, Leonard Pezzino tient une place bien à lui et le nombre des ténors ne nous fait absolument pas regretter ici l’absence de baryton ni de basse.
Doris Lamprecht, mezzo-soprano d’origine autrichienne, est Ritta la duègne qui est la femme de Daniel, abandonnée par lui depuis dix ans. Elle nous a réservé ses petits effets scéniques remueurs de public, avec quelques éclats vocaux et scéniques propres à détendre l’atmosphère dans certaines scènes plutôt tendues.

Les Arts Florissants (choeur et orchestre) restent égaux à eux-mêmes, sous la direction de leur chef, William Christie, faisant entendre à l’Opéra Comique, leurs accents à la fois puissants (les aspects “musica pompiera” de Hérold) et nuancés dans les passages plus mystérieux et feutrés, allant parfois jusqu’à mêler certains membres du choeur au public, en divers endroits de la salle.
L’oeuvre est incontestablement à connaître, d’autant plus qu’elle est aujourd’hui relativement peu jouée, ce qui, disent les mauvaises langues, est bien méritée!

Paris. opéra-Comique, le 26 décembre 2009. Ferdinand Hérold: Zampa, 1831. Livret de Mélesville. Avec Richard Troxell (Zampa), Jael Azzaretti (Camille), Colin Lee (Alphonse), Leonard Pezzino (Daniel)… Les Arts Florissants, William Christie. Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, mise en scène.