Dossier cadeaux de NOËL 2018 : nos meilleurs cd, dvd, livres à offrir et à partager

CD de NoĂ«l 2016Dossier cadeaux de NOËL 2018 : les articles Ă©vĂ©nements parus rĂ©cemment, nos meilleurs cd, dvd, livres Ă  offrir et Ă  partager. Quels titres Ă©ditĂ©s pendant l’annĂ©e 2018 ou plus rĂ©cemment sont-ils absolument Ă  offrir et Ă  partager ? La RĂ©daction de classiquenews a sĂ©lectionnĂ© le meilleur pour des instants hautement musicaux
 Et lĂ  encore, notre label “CLIC” de CLASSIQUENEWS distingue l’exceptionnel parmi la multitude d’éditions
 Consultez ce dossier rĂ©guliĂšrement d’ici les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2018 : nous actualisons notre sĂ©lection au fur et Ă  mesure des titres reçus et distinguĂ©s.

 

 
 

 

 

 

 

COFFRETS CD événements : nos valeurs sûres

 

 

 

BERLINER PHILHARMONIKER : ASIAN TOUR / SIMON RATTLE

 

berliner-philharmoniker-coffret-cd-the-asian-tour-review-presentation-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. THE ASIAN TOUR : Berliner Philharmoniker / Rattle (nov 2017 – 5 SACD, 1 Blu ray). Voici le coffret Ă©vĂ©nement par excellence, tant par le luxe de son Ă©dition que la qualitĂ© des tĂ©moignages musicaux et les complĂ©ments proposĂ©s (1 vidĂ©o blu ray / 1 documentaire The Berliner Philharmoniker en Asie, journal de la tournĂ©e, un livret richement Ă©ditorialisĂ© comprenant de nombreux articles sur l’orchestre et le chef, ainsi qu’un carnet photographique tĂ©moignant des sĂ©quences artistiques et humaines vĂ©cues pendant la tournĂ©e). La derniĂšre tournĂ©e en Asie de l’orchestre berlinois sous la direction de Simon Rattle (Ă  la fin de son mandat comme directeur musical, avant l’arrivĂ©e de Kiril Petrenko son successeur Ă  partir de septembre 2018). Au centre des programmes, les deux derniers concerts ainsi jouĂ©s en Asie, Ă  Tokyo (Japon, Suntory Hall, en novembre 2017)
 Au programme, symphonies de Brahms (n°4) et Rachmaninov (n°3), Petrouchka de Stravinsky, Don Juan de R Strauss (une partition jouĂ©e il y a 60 ans dĂ©jĂ , depuis sa premiĂšre performance avec l’Orchestre sous la direction de Karajan), en complĂ©ment, la collaboration de deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, dĂ©jĂ  reconnus Ă  juste titre, le corĂ©en Seong-Jin CHO et la chinoise Yuja WANG (dans les Concertos pour piano de BartĂłk et Ravel). En lire +

berliner-philharmoniker-simon-rattle-orchestre-the-asian-tour-coffret-set-cd-box-review-presentation-par-classiquenews-2-sept-2018    

 

 

 

Le MOZART de  IAN PAGE / CLASSICAL OPERA…

 

Zaide-cd critique review cd ian page classical opera cd release and review critique cd par classiquenews MOZART 220x220-1Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016). L’orchestre CLASSICAL OPERArĂ©unissant quelques uns des meilleurs instrumentistes britanniques actuels par le chef mordant, nerveux, d’une exceptionnelle direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rienne, Ian PAGE, – fondateur de la formation, rĂ©ussissent un ZAIDE de premiĂšre qualitĂ© : la tenue permanente de l’orchestre demeure vivace, palpitante, Ă©lectrisĂ©e, et aussi d’une flexibilitĂ© expressive d’un galbe inouĂŻ c’est Ă  dire d’une sonoritĂ© Ă  la fois vivante, voire trĂ©pidante, et pourtant colorĂ©e, dĂ©taillĂ©e, poĂ©tiquement profonde. Le sujet met en scĂšne des europĂ©ens (Gomatz, Zaide) rĂ©duits en esclavage par le sultan Soliman : une prĂ©figuration de ce que dĂ©noncera L’EnlĂšvement au SĂ©rail : l’amour souverain contre toute forme d’arbitraire tyrannique. Ian Page reconstitue la matiĂšre dramatique de cet opĂ©ra qui devait ĂȘtre en 2 actes, avec son ouverture empruntĂ© Ă  Thamos, roi d’Egypte. La lecture force l’admiration par son fini, sa grande cohĂ©rence, un son mozartien d’une Ă©lĂ©gance jamais Ă©coutĂ©e Ă  ce jour, sur instruments d’époque…  En LIRE +

    

 

 

 

Le MOZART de Mathieu HERZOG / APPASSIONATO

 

HERZOG Mathieu appassionato symphonies de MOZART cd NAIVE clic de classiquenews cd review critique cd compte rendu cd critique cdCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41 (« Jupiter ») / Appassionato. Mathieu Herzog, direction (1 cd NAIVE / parution : 2 novembre 2018). Inattendu et plus que convaincant : jubilatoire ! En ces temps de disettes miraculeuses, quand nous dĂ©sespĂ©rions d’écouter enfin un chef ou un ensemble dignes des pionniers baroqueux, mordant, percutant, surtout poĂ©tiquement juste et audacieux, voici, de surcroĂźt chez Mozart, (et le plus difficile, 
 celui que l’on croit connaĂźtre) un maestro au tempĂ©rament exceptionnel, Mathieu Herzog, chambriste avĂ©rĂ© et baguette ciselĂ©e, qui ici nous dĂ©voile avec son ensemble «  Appassionato » (le bien nommĂ©), une lecture rafraĂźchissante et trĂšs fouillĂ©e, des 3 derniĂšres symphonies du divin Mozart (soit les n°39, 40 et 41 « Jupiter » ; un « oratorio instrumental », selon le dernier Harnoncourt, qui aura laissĂ© le concernant un vĂ©ritable testament artistique ; avec les instrumentistes d’Appassionato, Mathieu HERZOG nous propose une approche totalement irrĂ©sistible, pleine de feu, de verve, d’audace, juste et renouvelĂ©e. Bravo maestro HERZOG. LIRE notre annonce du coffret Mozart, les 3 derniĂšres Symphonies par Appassionato / Mathieu Herzog

  
 

 

 
  

_______________________________________________________________________________________________

 
Ă  suivre…

CD, DVD, LIVRES de NOËL 2018

 

 

LIRE aussi notre dossier cadeaux cd dvd livres de NOËL 2017 

LIRE aussi notre dossier cd dvd livres de NOËL 2016

 

 

 

 
 

CD, critique. MOZART : MITRIDATE, re di Ponto. Bevan, Banks
 Classical Opera. Ian Page (4 cd Signum classics)

MITRIDATE MOZART ian page classical opera cd review critique cd classiquenews6927_CO_Mitridate-220x220CD, critique. MOZART : MITRIDATE, re di Ponto. Bevan, Banks
 Classical Opera. Ian Page (4 cd Signum classics) . La production britannique a dĂ©sormais tous les arguments dĂ©fendus rĂ©cemment par la compagnie trĂšs engagĂ©e fondĂ©e par Ian Page et ses instrumentistes sur instruments d’époque (period instruments). C’est peu dire que Mozart excelle dans la langue seria, ainsi ce Mitridate de jeunesse (1770, Ă©crit Ă  14 ans) d’une finesse d’intonation oĂč le sujet tirĂ© de l’histoire romaine, n’est qu’un prĂ©texte pour traiter ce en quoi le jeune compositeur salzbougeois rayonne encore et Ă©blouit : l’expression moins des passions humaines que du sentiment. Une telle acuitĂ© ira en s’affinant encore jusqu’aux opĂ©ras gĂ©niaux, aboutis que sont Les Nozze di Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte (soit la trilogie Da Ponte, propre aux annĂ©es 1780, soit plus de 15 ans aprĂšs).

Mozart adolescent ne peint pas des types interchangables mais dĂ©jĂ  des personnalitĂ©s et de tempĂ©raments psychologiques qui se prĂ©cisent de scĂšnes en scĂšnes, de recitativos en airs : voilĂ  pourquoi il faut le tenir aujourd’hui comme le premier romantique, poĂšte du cƓur humain.
Mozart sur France MusiqueIci chacun implore, se languit, Ă©prouve sur l’échiquier amoureux, ce labyrinthe que prĂ©cĂ©demment Vivaldi avait empruntĂ© mais sur le mode de la folie et de l’extrĂȘme tension Ă  travers la fable lĂ©guĂ© par L’Arioste, dans le pĂ©riple d’Orlando / Roger.
Ici, au cƓur de l’intrigue politique se joue la rivalitĂ© des deux fils de Mitridate, Farnace, l’aĂźnĂ©, traitre Ă  son pĂšre ; le cadet Sifare, plus digne et loyal (en lequel le jeune Mozart s’est probablement identifiĂ©). AprĂšs moult pĂ©ripĂ©ties, oĂč les princesses IsmĂšne et Aspasia sont tour Ă  tour financĂ©es Ă  Mitridate et Ă  Farnace, Ă©prouvant la constance morale du jeune Sifare, le clan familial se resoude face Ă  la menace des Romains. Au terme des 3 actes, Mitridate meurt sur le champ de bataille, dominant les Romains, et pardonnant Ă  ses deux fils, retrouve un semblant de grandeur royale
 surtout, triomphe l’amour vĂ©ritable : Sifare pourra Ă©pouser Aspasia.

La langue du jeune Wolfgang est encore trÚs inspirée par la coupe frénétique des Vénitiens du début du siÚcle et surtout des Napolitains (Jommelli, Traetta
). On a ici la nomenclature typique des serias napolitains, avec 2 castrats : alto (Farnace) et soprano (Sifare), dans le rÎle des deux fils de Mitridate.

Les chanteurs sont, certains malgrĂ© des moyens limitĂ©s, trĂšs engagĂ©s sur le plan Ă©motionnel. IsmĂšne reste sincĂšre (petite voix mais impliquĂ©e de Klara Ek) ; en tĂ©nor hĂ©roĂŻque, moins vertueux, que soumis Ă  ses affects les plus immĂ©diats, Barry Banks convainc par sa versatilitĂ© et un chant fĂ©brile, tendu, osant tout
 insolence vocale et aigus francs expriment sous l’étoffe royale, une Ăąme intuitive et animale qui palpite) ; la mezzo Miah Persson, pulpeuse, charnelle fait une Aspasia noble et ardente, d’un calme attendri : « Pallid ombre  », puis agile dans son air original, d’une virtuositĂ© napolitaine standard (airs alternatifs originaux du cd4 : « Al destin », avec cependant des aigus vibrĂ©s); plus agitĂ©, mais trĂšs contrĂŽlĂ© vocalement, le Sifare de la soprano Sophie Bevan rayonne de sa voix juvĂ©nile et presque incandescente : le plus jeune fils de Mitridate, lui aussi perdu dans l’arĂšne des sentiments, projette sa vĂ©ritable nature troublĂ©e et trĂšs Sturm und Drang (« S’il rigor d’ingrate sorte »). MĂȘme implication pour le Farnace du contre-tĂ©nor Lawrence Zazzo : voix pourtant instable, mais l’intonation canalisĂ©e, malgrĂ© un timbre assez ordinaire fait un second fils de Mitridate (l’aĂźnĂ© de Sifare), plus mĂ©lancolique, contemplatif, dolent (« GiĂ  dagli occhi  »).
Le Marzio du tĂ©nor Robert Murray est parfois instable lui aussi mais comme ses partenaires, engagĂ©, convaincu. Parmi les plus beaux airs, mentionnons grĂące au travail de restitution de Ian Page, le duetto Sifare / Aspasia (Bevan / Persson), enregistrĂ© en « bonus » : « Si viver non degg’io », tout Ă  fait emblĂ©matique de l’inspiration juvĂ©nile du jeune Mozart, tendre et dĂ©terminĂ© : ardent.
IanPage-1-e1517575314281La rĂ©vĂ©lation de cette lecture convaincante souligne cette tendresse amoureuse de l’écriture du jeune Mozart, qui ainsi attendrit l’austĂ©ritĂ© morale de la source du livret : Racine (Mithridate, 1672), chez lequel l’action hĂ©roĂŻque, stoĂŻque mĂȘme dans le cas du souverain empoisonnĂ©, prime sur l’intrigue sentimentale. Le devoir et la mission imposĂ©e par le destin, plutĂŽt que l’amour. Avec Mozart c’est tout l’inverse. Le jeune compositeur se joue des vertiges paniques ou des Ă©lans languissants et tendres de ses personnages, perdus dans le labyrinthe du sentiment. L’esprit de troupe rĂšgne constamment et la tenue de l’orchestre brille par son engagement dĂ©taillĂ©. Convaincant.

CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN)

CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN). Percutant, vif argent, trĂšs dĂ©taillĂ© et expressif, le cycle en suite du ballet Daphnis et ChloĂ© (premiĂšre commande parisienne de Diaghilev Ă  un compositeur français pour la saison des Ballets Russes de 1912) percute et marque l’esprit par son relief trĂšs dĂ©monstratif. Pourtant il manque ici toute la sensualitĂ© trouble du Ravel Ă©perdu, dĂ©bridĂ©, mĂȘme si le finale se finit effectivement en une frĂ©nĂ©sie orgiaque (Ă  la maniĂšre de la Valse Ă  venir
).
ravel duparc kozena valses melodies robin ticciati belrin sinphonie orchester cd Linn critique cd cd review classiquenewsPuis vient les chansons de Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage est emblĂ©matique de tout le cycle ; si le chef dĂ©taille et articule le scintillement empoisonnĂ© Ă  l’orchestre (d’un voile post tristanesque) : Duparc, Ă©lĂšve de CĂ©sar Franck, est avec Chausson le plus wagnĂ©rien des compositeurs romantiques français, le mezzo charnu et d’une beautĂ© saisissante de Magdalena Kozena, pose problĂšme sur son articulation du français. On pert ici 60 % de la comprĂ©hension du texte : or alchimiste de la note et du texte, Du parc exige pour ĂȘtre rĂ©ussi, une maĂźtrise idĂ©ale de l’intelligibilitĂ© et d e l’intonation ; ainsi on reste trĂšs rĂ©servĂ© sur son articulation et l’intelligibilitĂ© du français. La diphtongue Ă©chappe totalement Ă  la chanteuse donnant ici, « ta moidre », au lieu de « ton moindre »  pourtant la couleur de la voix est proche du sublime, exprimant la dignitĂ© blessĂ©e, vĂ©nĂ©neuse d’un Duparc vĂ©ritablement envoĂ»tĂ© par Wagner.
PhydillĂ© (1882) est la plus convaincante, Ă©perdue, radicale, d’une passion lĂ  encore wagnĂ©rienne, et tristanesque : Duparc a fait le chemin et le pĂšlerinage de Bayreuth (avec Chabrier en 1879), au point, qu’il ne s’en remit jamais


Les Valses nobles et sentimentales font valoir le mĂȘme sens du dĂ©tail et du mordant expressif de l’Orchestre Deutsches Symphonie Berlin dont Robin Ticciati est devenu le directeur musical en titre depuis 2017 : si Daphnis est une immersion dans le grand bain hĂ©doniste et suave d’un Ravel presque lascif voire orgiaque (finale), ici rĂšgnent la ciselure et le raffinement des climats, d’une tendresse Ă©merveillĂ©e. CaractĂ©risĂ©e, pudique aussi, la direction s’affine et atteint Ă  cette cristallisation suggestive dont Ravel, conteur magicien dĂ©tient la secret. L’écoute approfondie met en lumiĂšre les qualitĂ©s du chef en terme de flexibilitĂ© et d’accents par sĂ©quence, avec un souci de respect des indications dynamiques.

Belle lecture et surtout bel engagement pour la musique française postromantique et moderne. Reste que la transition entre la derniĂšre des chansons de Duparc (PhydillĂ©) enchainĂ©e directement Ă  la vivacitĂ© expressive et pleine de panache provocant des Valses de Ravel, n’est pas une continuitĂ© des plus heureuses. Petite erreur dans la conception du programme.

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. Ravel & Duparc: « Aimer et mourir » – Danses et mĂ©lodies. Magdalena KoĆŸenĂĄ, mezzo. Deutsches Symphonie-Orchester BERLIN. Robin, Ticciati, direction – 1 cd LINN records

+ d’infos sur le site de LINN records
http://www.linnrecords.com/recording-aimer-et-mourir.aspx

Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016)

Zaide-cd critique review cd ian page classical opera cd release and review critique cd par classiquenews MOZART 220x220-1Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016). L’orchestre CLASSICAL OPERA rĂ©unissant quelques uns des meilleurs instrumentistes britanniques actuels par le chef mordant, nerveux, d’une exceptionnelle direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rienne, Ian PAGE, – fondateur de la formation, rĂ©ussissent un ZAIDE de premiĂšre qualitĂ© : la tenue permanente de l’orchestre demeure vivace, palpitante, Ă©lectrisĂ©e, et aussi d’une flexibilitĂ© expressive d’un galbe inouĂŻ c’est Ă  dire d’une sonoritĂ© Ă  la fois vivante, voire trĂ©pidante, et pourtant colorĂ©e, dĂ©taillĂ©e, poĂ©tiquement profonde.
Le sujet met en scĂšne des europĂ©ens (Gomatz, Zaide) rĂ©duits en esclavage par le sultan Soliman : une prĂ©figuration de ce que dĂ©noncera L’EnlĂšvement au SĂ©rail : l’amour souverain contre toute forme d’arbitraire tyrannique.
Ian Page reconstitue la matiĂšre dramatique de cet opĂ©ra qui devait ĂȘtre en 2 actes, avec son ouverture empruntĂ© Ă  Thamos, roi d’Egypte.
La lecture force l’admiration par son fini, sa grande cohĂ©rence, un son mozartien d’une Ă©lĂ©gance jamais Ă©coutĂ©e Ă  ce jour, sur instruments d’époque.
De surcroĂźt, le plateau rĂ©unit des solistes chevronnĂ©s, soucieux de la projection et de l’articulation de l’allemand, avec verve, imagination, nuance et intensitĂ©.
Jackson-Stuart-soliman-tenor-porait-zaide-par-classiquenewsEn Soliman, le tĂ©nor Stuart Jackson maĂźtrise idĂ©alement cette nervositĂ© Ă©lĂ©gante propre au Mozart de la fin des annĂ©es 1770, sa profondeur et cette lumiĂšre noire spĂ©cifique Ă  la pĂ©riode oĂč le compositeur Ă©mancipĂ© de Salzbourg, recherche un emploi digne de sa valeur, voyageant jusqu’à lÂ â€˜Ă©puisement, vivant, Ă©prouvant la douleur la plus intense, comme Ă  Paris en 1778, la mort de sa mĂšre
 C’est peu dire que le gĂ©nie de Mozart, entre tendresse et fulgurance funĂšbre, tient Ă  cette profondeur grave, cette sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, qui est Ă  la fois tendresse et prĂ©science de la mort, ce gouffre vertigineux, noir, dĂ©jĂ  romantique. La sensibilitĂ© de Wolfgang sait exprimer le dĂ©sarroi de l’ñme Ă©prouvĂ©e jusqu’au vertige ultime qui marie douleur infinie et prĂ©monition funĂšbre. Ainsi les airs ici de Zaide (touchante voire bouleversante Ă  mesure de l’action, Sophie Bevan), qui de tendres versent progressivement dans un infini doloriste, mortifĂšre (air plage 14 « Troslosschluchzet Philome ») qui dans le profil de l’hĂ©roĂŻne, prĂ©figure la profondeur tragique de Pamina de la FlĂ»te enchantĂ©e. dans un prĂ©cĂ©dent enregistrement, la soprano britannique a enregistrĂ© les airs de Sophie Dusseck (cf cd rĂ©alisĂ© par Ian Page, « PERFIDO ! »).‹Distinguons entre autresn parmi un cast irrĂ©prochbale – autre indice de l’intuition infaillible du chef-, l’excellent baryton Jacques Imbrailo (Allazim).

Ian Page comprend la violence du sentiment de solitaire impuissance, d’absolu dĂ©nuement qui traverse le personnage de l’hĂ©roĂŻne. (plage 15 air « Tiger ! »).
On reste stupĂ©fait par l’économie expressive du chef, sa science du naturel tragique : de fait, oĂč a t on Ă©coutĂ© telle sonoritĂ© ronde et chaude, flexible et expressive, d’une Ă©quilibre souverain ? Le finale, quatuor des protagonistes synthĂ©tise toute la charge des Napolitains, avec cette tension prĂ©classique, Sturm und Drang, Ă©lectrique, dont la tension, l’architecture tragique et hĂ©roĂŻque annonce les Ɠuvres ultimes (gravitas morale de Titus), et aussi le Fidelio de Beethoven par cette couleur fraternelle, compassionnelle, humaine, propre au Mozart attendri, supĂ©rieurement humaniste.

La comprĂ©hension du chef Page face Ă  la gĂ©ographie et Ă  l’imaginaire fraternel mozartien est proprement superlatif. Mozartien, humaniste, le chef l’est totalement. Le maestro inspirĂ©, raffinĂ©, dĂ©montre ici tout ce que Zaide apporte d’élĂ©ments dĂ©cisifs dans la maturation du gĂ©nie mozartien, le menant directement vers son dernier singspiel lui aussi viscĂ©ralement traversĂ© par l’esprit et l ‘idĂ©al des LumiĂšres, La FlĂ»te enchantĂ©e de 1791. Lecture superlative.

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera, Ian PAGE (1 cd Signum classics, 2016). Sophie Bevan, Zaide. Allan Clayton, Gomatz. Stuart Jackson, Soliman. Jacques Imbrailo, Allazim. Darren Jeffery, Osmin. Jonathan, McGovern. The Orchestra of Classical Opera. Ian Page, direction.

CD, critique. PERFIDO : récital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics)

perfido sophie BEVAN MOZART BEETHOVEN cd review critique cd par classiquenews SIGNUM classics CLIC de classiquenews oct 2018CD, critique. PERFIDO : rĂ©cital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics). VoilĂ  un excellent programme qui souligne combien Mozart est 
 un romantique, le premier romantique mĂȘme ; source Ă©lectrisant pour le jeune Beethoven. VĂ©ritable alchimiste et poĂšte du cƓur humain, et Ă  l’époque des LumiĂšres, fin connaisseur et peintre inĂ©galĂ© du sentiment. Ni dĂ©monstratif, ni dĂ©coratif mais juste, son style Ă©tincelle par sa vĂ©ritĂ©. Le chef Ian PAGE et son ensemble MOZARTISTS sur instruments d’époque signent ici un programme tout en sincĂ©ritĂ© d’autant car leur geste est ciselĂ©s, eux aussi, et d’une mordante nervositĂ©, jamais alanguis ni 
 artificieux (comme peuvent l’ĂȘtre certains baroqueux français, et non des moindres dans ce rĂ©pertoire oĂč la vĂ©ritĂ©, la mesure, l’équilibre, doivent prĂ©valoir). Les instrumentistes rĂ©unis autour de Ian PAGE depuis 2017, encore rĂ©cemment donc, reprĂ©sentent Ă  nos yeux l’excellence de la musique britannique actuelle, entre engagement, expression et agilitĂ© virtuose. Du vif et du sens. A chaque mesure.

C’est peu dire que tout chanteur mozartien est un belcantiste en puissance : phrasĂ©, legato, expressivitĂ©, intonation filigranĂ©e
 la britannique Sophie Bevan possĂšde tout cela ; dĂšs la premiĂšre scĂšne, signĂ©e Haydn, alternant recitatifs et arias, qui s’inscrit dans l’esthĂ©tique frĂ©nĂ©tique, par Ă©clairs et contrastes vifs du 
 courant romantique et germanique « Sturm und drang » (tempĂȘte et passion) : de fait, « Berenice, che faï », fulmine, s’extasie, avant de s’effondrer en langueur embrasĂ©e, avec des Ă©carts et intervales vertigineux pour la voix. Versatile, claire, intense, la soprano ne manque pas d’aplomb ni d’autoritĂ©.

 

 

Sainte tendresse, tragique fiĂšvre de MOZART
Ian Page réussit la résurrection du sentiment mozartien dans son ambivalence et sa singularité

 

 

Aux cĂŽtĂ©s de Haydn, trĂšs percutant, les 5 airs mozartiens sĂ©lectionnĂ©s ici, forment un festival d’une Ă©criture inouĂŻe; ils se distinguent par leur coupe plus franche encore, l’expression la plus fulgurante du sentiment : de la tendresse et une langueur comme suspendue, nĂ©cessitant une belle coloratoure aussi (premier air d’aprĂšs Metastase, qui produit et rĂ©ussit la langueur attendrie d’Arbace : « Oh temerario Arbace », composition unique par sa maturitĂ© et lĂ  encore sa profondeur juste
 nĂ©e sous la plume d’un gamin de 
 8 ans (!).

Puis voici Dido / Didone, saisie dans la trahison qui la crucifie littĂ©ralement, pour laquelle Mozart dĂ©ploie toute les caresses de la compassion la plus humaine ; tendresse encore, qui conduit la Reine de Carthage Ă  se confesser, se murmurant Ă  elle-mĂȘme l’inavouable tragĂ©die qui est la sienne : le style et l’intonation de la diva, la tenue filigranĂ©e des instrumentistes, le souci de la couleur et du caractĂšre intĂ©rieur dĂ©fendu par le chef, sont superlatifs. C’est le seul aria de concert composĂ© pour Mannhein en avril 1778 (Mozart revient de Paris oĂč il a vĂ©cu un enfer dont la mort de sa mĂšre), en particulier pour la soprano Dorothea Wendling qui sera la crĂ©atrice deux ans plus tard du rĂŽle d’Ilia dans Idomeneo (son 3Ăš opera seria aprĂšs Lucio Silla et Mitridate). Sur un texte du trĂšs moral Metastasia, Mozart Ă©blouit par sa couleur, sa coloratoure mesurĂ©e, qui exprime l’intensitĂ© d’une scĂšne de dĂ©ploration surtout intĂ©rieure, Ă  la fois souple et Ă©noncĂ©e naturellement (malgrĂ© le carcan de son texte)
.
De 1778 toujours, annĂ©e tragique et sur le plan artistique d’une exceptionnelle maturitĂ©, le second air Ă©crit pour la soprano praguoise Josefa Dussek : « Ah, lo previdi
Ah, t’invola agl’occhi miei » ; encore une pĂ©pite lyrique qui Ă©tincelle de mille feux ; oĂč les aigus semblent hisser la soprano au sommet de vertiges vocaux, ivresse Ă©motionnelle et lyrique absolue : plus de tendresse mais un Ă©lan Ă©perdu, un Ă©tat de panique totale, car ici Andromeda qui s’adresse Ă  Euristeus en parlant de PersĂ©e son prince sauveur, est victime de l’apparente cruautĂ© de son aimĂ© avec lĂ  aussi, un tapis instrumental des plus dĂ©licatement ciselĂ©s (et Ă©noncĂ© par la finesse des instrumentistes). Ian Page, dans le second recitatif (« Misera ! Invan m’adiro ») creuse davantage ce thĂ©Ăątre intĂ©rieur, jusqu’à la rĂ©sonance d’une inquiĂ©tude sourde et irrĂ©pressible. Quelle scĂšne d’incandescence Ă©motionnelle, qui s’achĂšve – Mozart oblige, par un Ă©tat de tendre aspiration, d’appel absolu Ă  la paix (avec hautbois obligĂ©), en un dernier soupir toutĂ  fait canalisĂ©. Sublime.

« Bella mia fiamma
 Resta o cara » (K 528) est l’air le plus tardif de cette collection de joyaux mozartiens (1788). Sur un texte tirĂ© de la CĂ©rĂšs ApaisĂ©e de Jommelli (Cerere placata), Mozart Ă©crit ainsi le second et dernier air de concert pour Josefa Dussek alors en octobre 1787, Ă  l’époque de la crĂ©ation triomphante de Don Giovanni Ă  Prague. Voici par la voix de Titano (Titan, mortel amoureux de Proserpine) s’adressant Ă  Proserpine et Ă  sa mĂšre, CĂ©rĂšs, l’ñme mozartienne exprimant / rĂ©alisant comme une mort en direct, un renoncement dĂ©chirant : Titano doit renoncer Ă  celle qu’il aime car elle doit rejoindre les enfers, comme Ă©pouse de HadĂšs / Pluton. La subtilitĂ© mozartienne atteint ici un sommet, entre inquiĂ©tude, terreur, saisissement, sidĂ©ration. Chanteuse et orchestre scintillent passant par climats et couleurs d’une rare profondeur : Sophie Bevan est trĂšs convaincante d’autant qu’elle tient ses aigus, et se soucie du verbe comme de son intelligibilitĂ©.

Belle respiration, lumiĂšre intĂ©rieure, souffle aĂ©rien
 la prestation des Mozartists montrent qu’ils portent trĂšs bien leur nom. Jamais les instruments et l’orchestre n’ont mieux colorer et Ă©lucider les paysages introspectifs de l’hĂ©roĂŻne qu’ils n’accompagnent pas ; qu’ils portent plutĂŽt,
 soutiennent, apaisent ou Ă©lectrisent. Une leçon d’éloquence mozartienne.

BEETHOVEN MOZARTIEN
 A cette source jaillissante de vĂ©ritĂ© et d’éclairs sentimentaux, Beethoven souhaitait s’abreuver quand il vient Ă  Vienne en avril 1787. De fait son air « No non turbi, o mio tesoro »  possĂšde dĂ©jĂ  toute l’intensitĂ© d’un air passionnĂ©, ardent, lumineux dans son cheminement Ă©prouvĂ© qui annonce Leonore de Fidelio. Quelle rĂ©vĂ©lation.

Beethoven_Hornemann-500-carreMais le diamant de cette filiation Mozart / Beethoven reste « Ah perfido » que Ludwig Ă©crit pour 
 Josefa Dussek en 1796, d’une magistrale architecture, entre vĂ©hĂ©mence et caresse intĂ©rieure (le modĂšle mozartien a Ă©tĂ© parfaitement assimilĂ©). AprĂšs les premiĂšres invocations proches de la folie dĂ©clarĂ©e, puis un Ă©pisode de soliloque interrogatif plus intĂ©rieur, se dĂ©ploie la priĂšre (Per pietĂ ) de l’aimĂ©e qui souffre et souhaite la paix (elle aussi)
 jusque’à la mort ; contrairement Ă  ce qui est prĂ©cisĂ© dans le livret (qui prĂ©sente chaque air avec moult dĂ©tails), Beethoven nous semble plus proche dans le caractĂšre, de Mozart, moins de Haydn. La coupe, le sens de la franchise et cette extase languissante introspective sont viscĂ©ralement 
 mozartiens. Le tact, l’intention et l’agilitĂ© Ă  la fois dĂ©terminĂ©e et tendre de la voix convainquent. Y compris dans la derniĂšre sĂ©quence oĂč l’ amoureuse se rebiffe (Ah crudel!) en vertiges et intervales
 spectaculaires, maltraitant la voix (pour la rendre davantage expressive). VoilĂ  qui annonce l’urgence et la radicalisme de Fidelio, ses fulgurances. La Fulgurance, voilĂ  ce que Beethoven apprend au contact de la musique mozartienne. La tĂ©nacitĂ© vocale de la soprano Sophie Bevan se montre Ă  la hauteur d’un programme Ă©blouissant : dĂ©fi pour l’interprĂšte (il n’est pas sĂ»r que la chanteuse puisse rĂ©aliser autant d’airs en un mĂȘme programme au concert ; rĂ©alisĂ© par sessions distinctes, le disque le permet heureusement) ; l’intĂ©rĂȘt musicologique et esthĂ©tique qui naĂźt dans cette confrontation Haydn, Mozart, Beethoven, est indiscutable. Programme magistral. Superbement dĂ©fendu. Qui est plus mozartien aujourd’hui que les MOZARTISTS ?

 

 

—————————————————————————————————————————————————

CLIC D'OR macaron 200CD, critique. PERFIDO : rĂ©cital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics). CLIC de CLASSIQUENEWS. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2016 Ă  Londres, cet enregistrement qui appartient Ă  prĂ©sent aux dĂ©buts glorieux des MOZARTISTS, demeure l’un des tĂ©moignages les plus engagĂ©s et les plus crĂ©dibles de l’ensemble fondĂ© par Ian Page. Bravo maestro ! A suivre.

CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series)

widmann arche nagano cd reiwe critique cd classiquenews ECM-2605-06-240x240CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series). HAMBOURG janvier 2017. AprĂšs Rihm (crĂ©Ă© par le NDR Elbphilharmonie Orchester), Widmann propose en janvier 2017, sa nouvelle oeuvre, un oratorio monumental pour inaugurer la Philharmonie de l’Elbe / Elbphilharmonie, salle de concert au profil design qui souhaite ĂȘtre Ă  la pointe de l’innovation musicale. Ainsi «  Arche », nouvelle partition a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en janvier 2016 : Kent Nagano (ordinairement pilote du Symphonique de MontrĂ©al) conduit pour se faire l’orchestre local en Allemagne (et en rĂ©sidence dans l’institution), le Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, pour la crĂ©ation de la piĂšce qu’il a commandĂ©e : oratorio en grand format pour soli, 3 choeurs, choeurs d’enfants et (trĂšs) grand orchestre (avec orgue) : soit 300 participants.
RĂ©ponse contemporaine aux Gurrelieder de Schoenberg, ou mieux Ă  la 8Ăšme Symphonie de Mahler (dite «Symphonie des Mille »), Arche assume son gigantisme (avec effet de lumiĂšre pour ceux qui ont assistĂ© Ă  la piĂšce, en particulier pour le Fiat Lux), et aussi sa signification par rĂ©fĂ©rence Ă  l’Ancien Testament : le vaisseau de NoĂ© indique un nouveau « commencement », point de dĂ©part de la Philharmonie de l’Elbe elle-mĂȘme. D’autant que l’architecture du bĂątiment cite elle, une proue de bateau.
La piĂšce compte 5 Ă©pisodes : Fiat lux, le DĂ©luge, l’Amour, Dies Irae, Dona nobis pacem avec citations et rĂ©fĂ©rences Ă  Michel-Ange, Heine, Schiller. Musicalement, c’est une mosaĂŻque de parodies, reprenant les mĂ©lodies de Boradway, surtout la Fantaisie pour piano chƓur et orchestre op.80 de Beethoven, repĂšres facilement comprĂ©hensible par la public. Le principe est facile mais fonctionne. Chacun s’amuse ici Ă  reconnaĂźtre l’oeuvre citĂ©e.
Les solistes dĂ©fendent avec engagement une partition plĂ©thorique et grandiloquente on l’a compris : la soprano Marlis Petersen se distingue par son chant assurĂ©, dĂ©clamatoire, emphatique; le baryton Thomas E.Bauer paraĂźt parfois serrĂ©, « petit »; Ă  leur cĂŽtĂ©, les enfants semblent plus Ă  leur aise (en voix parlĂ©es ou chantĂ©es). Le texte glouton comme la mise en musique, cite une foi triomphante en l’homme
 une autoconfiance dans une monde globalisĂ© et interdĂ©pendant, de moins moins sensible Ă  son salut collectif. Cette oeuvre qui proclame la foi en internet et dans les rĂ©unions politiques internationales type G8 ou G7 montre surtout les limites d’une humanitĂ© qui doute profondĂ©ment d’elle-mĂȘme et se bloque dans sa capacitĂ© Ă  assurer son futur. Il est bien dommage que le texte ne soit pas Ă  la mesure de l’enjeu : aucune rĂ©fĂ©rence au dĂ©rĂšglement climatique, Ă  l’agonie des espĂšces animales, bientĂŽt des espĂšces vĂ©gĂ©tales et des arbres
 avant l’espĂšce humaine. Un texte engagĂ©, plus directement connectĂ© avec la rĂ©alitĂ© de la planĂšte aurait eu infiniment plus d’impact.
Widman de son cĂŽtĂ©, dĂ©ploie une musique habile car thĂ©Ăątrale et rythmique, contrastĂ©e et caractĂ©risĂ©e. Jamais ennuyeuse, mais pas troublante non plus. Mahler savait autrement porter, conduire, exalter, sublimer, transfigurer collectivement. Et toucher malgrĂ© le nombre et l’effectif. Jörg Widmann se borne Ă  une dĂ©monstration virtuose qui peine Ă  dĂ©passer son ampleur, sa dĂ©mesure, .
 osons dire une vacuitĂ© spectaculaire bien dans l’ùre du temps.
 
 
 
nagano elbe philharmonie classiquenewsWDW_Widmann-ARCHE_20170109

 
 
 
Californien analytique, Nagano dĂ©taille, comme Ă  son habitude, souligne mĂȘme la finesse d’une orchestration plutĂŽt fouillĂ©e : mais dont le sens manque de profondeur rĂ©elle. Cette gravitĂ© parfois prenante rĂ©sonne vainement, dĂ©pourvue d’un vrai texte de prise de conscience sur notre monde et le dĂ©sarroi des sociĂ©tĂ©s modernes. PlĂ©thorique, gigantesque, la partition manque Ă  notre avis son but car ne dĂ©nonce rien, dans notre monde proche de l’apocalypse.

 
 
 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. Jörg Widmann : Arche, oratorio crĂ©Ă© Ă  Hambourg en janvier 2017 – 2 cd ECM New Series 4817007

Marlis Petersen, soprano / Thomas E.Bauer, baryton
Knabensopran: Soliste du chƓur d’enfants de la Chorakademie Dortmund / RĂ©citant (enfant): Antonius Hentschel / RĂ©citante (enfant): Jonna Plate / Orgue: Iveta Apkalna
Hamburger Alsterspatzen (Chef de chƓur: JĂŒrgen Luhn)
Audi Jugendchorakademie (Chef de chƓur: Martin Steidler)
Chor der Hamburgischen Staatsoper (Chef de chƓur: Eberhard Friedrich)
Philharmonisches Staatsorchester Hamburg
Direction musicale: Kent Nagano

Programme de l’oratorio ARCHE :

CD 1
1 FIAT LUX / ES WERDE LICHT – 18:58
2 SINTFLUT – 29:03
3 DIE LIEBE – 26:55

CD 2
1 DIES IRAE – 16:52
2 DONA NOBIS PACEM – 09:16

 
 
 

CD événement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records)

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense.

PIANO / VOIX SUPERLATIF

La rĂ©ussite est totale car l’intelligence du programme, c’est Ă  dire la succession des oeuvres proposĂ©es crĂ©e une dramaturgie qui saisit par l’intensitĂ© des climats intĂ©rieurs, la recherche permanente de ce que dit le texte, la volontĂ© d’exprimer l’introspection et la charge Ă©motionnelle de chaque air. C’est une traversĂ©e intime oĂč chaque Ă©pisode doit sa « vĂ©rité » au choix des compositeurs : les plus grands du XVIIĂš (Monteverdi, Purcell
) et du XVIIIĂš europĂ©en (JS Bach, Haendel, Vivaldi
).

21 airs, 21 sentiments de l’Ăąme… Belle idĂ©e en ouverture d’aborder le rĂ©cital par l’indicible langueur de Monteverdi (“Oblivion soave“
 extrait de L’Incoronazione di Poppea) dont le contre tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre exprime tout le vertige hallucinĂ© ; lui rĂ©pond un piano littĂ©ralement hypnotique du trĂšs pictural Guillaume Vincent 
 au toucher de rĂȘve : quel rĂ©gal dans des airs baroques oĂč l’on pensait que seuls comptaient la virtuositĂ© et le panache. Rien de tel ici tant la sincĂ©ritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©, la prĂ©cision feutrĂ©e sont Ă©loquentes et remarquablement exprimĂ©es. On souhaiterait Ă©couter le pianiste dans un rĂ©cital seul chez Rameau ou Scarlatti

CLIC D'OR macaron 200Ecoutez ainsi comment le clavier installe un climat de balancement onirique, Ă  la scansion taillĂ©e comme un diamant, Ă  la fois percussif mais tendre (nouvel oxymore
 notion qu’apprĂ©cient les initiateurs de ce programme) pour l’air de l’hiver de Purcell (« cold song » / renommĂ© « l’effroi » – plage 6) ; mĂȘme franche Ă©mission et naturel vocal rĂ©jouissant, et d’une belle complicitĂ© dans le meilleur duo lyrique Ă  notre avis (avec la soprano Marion Tassou), Ă©pisode “Les larmes” : « son nata a lagrimar» de Haendel, oĂč les deux timbres s’enlacent et se rĂ©pondent en une dĂ©ploration aĂ©rienne, pudique et sobre.
Tout le programme relĂšve dans le chant, de ce souci de la nuance et de l’émission, sublimĂ© par un piano constamment enivrant.

EN CONCERT

Les amateurs de cette relecture rafraßchissante du Baroque lyrique le plus connu, retrouveront les deux artistes en tournée. PremiÚres dates à Paris, Athénée, les 22 et 23 octobre 2018.

________________________________________________________________________________________________

CD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records) – durĂ©e : 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris

 
Programme / track listing

 

1. L’OUBLI  I  OBLIVION SOAVE, MONTEVERDI
2. LA CÉLÉBRATION  I  STRIKE THE VIOL, PURCELL
3. L’AMBITION  I  SARÒ QUAL VENTO, HAENDEL
4. L’ESPOIR  I  ALTO GIOVE, PORPORA
5. LE DÉSIR  I  PUR TI MIRO*, MONTEVERDI
6. L’EFFROI  I  COLD SONG, PURCELL
7. LA COLÈRE  I  GEMO IN UN PUNTO, VIVALDI
8. L’EMPATHIE  I  EJA MATER, VIVALDI
9. LA CANDEUR  I  LES SAUVAGES*, RAMEAU
10. LES TOURMENTS  I  AGITATA INFIDO FLATU, VIVALDI
11. LA FOI  I  CUM DEDERIT, VIVALDI
12. LES REGRETS  I  ERBARME DICH, BACH
13. LE PLAISIR  I  ONE CHARMING NIGHT, PURCELL
14. LA FIERTÉ  I  DOMERÒ LA TUA FIEREZZA, HAENDEL
15. LE JEU  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI**, PORPORA
16. LA LÉGÈRETÉ  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI***, PORPORA
17. LE DOUTE  I  IF LOVE’S A SWEET PASSION, PURCELL
18. LA VENGEANCE  I  OMBRA CARA, HAENDEL
19. LES LARMES  I  SON NATA A LAGRIMAR**, HAENDEL
20. L’ABANDON  I  DITE OHIMÈ, VIVALDI
21. LA LIBERTÉ  I  LASCIA CH’IO PIANGA, HAENDEL

VOIR le TEASER vidéo ADN BAROQUE :

CD, critique. JONAS KAUFMANN : AN ITALIAN EVENING (1 cd SONY classical, 2018)

italian night jonas kaufmann sonu classical cd critique par classiquenewsCD, critique. JONAS KAUFMANN : AN ITALIAN EVENING (1 cd SONY classical, 2018). Timbre d’airain, contrĂŽlĂ© sur toute la tessiture, avec ce medium dĂ©sormais presque barytonant (en particulier dans Cielo e mar de La Gioconda de Ponchielli, abordĂ© avec une couleur fauve et sombre d’une irrĂ©pressible langueur blessĂ©e radicale), 
 la prestation vocale du bavarois Jonas Kaufmann rĂ©pond Ă  nos attentes. Saluons cette ivresse Ă©perdue des hĂ©ros marquĂ©s par le destin, promis Ă  vivre les Ă©lans extatiques amoureux d’une irrĂ©pressible passion
 De toute Ă©vidence Jonas Kaufmann affirme ici dans cet exercice de plein air et immergĂ© parmi un public trĂšs nombreux, qui l’acclame Ă  chaque passage vers l’aigu en gĂ©nĂ©ral trĂšs bien nĂ©gociĂ©. La prĂ©sence des spectateurs dans le thĂ©Ăątre Ă  ciel ouvert de la Waldbuhne de Berlin conditionne tout le dispositif d’un spectacle qui Ă©videmment heurtera les plus pointus, habituĂ©s, nantis des salles fermĂ©es de l’opĂ©ra.
Mais le genre a besoin de ses grandes messes populaires et trĂšs grand public, pour renforcer ce lien vital entre un artiste et son public, pour rĂ©gĂ©nĂ©rer aussi l’opĂ©ra qui sans cela, serait rĂ©servĂ© Ă  une poignĂ©e de pseudo spĂ©cialistes arrogants et constipĂ©s.
D’oĂč la valeur de ce type d’expĂ©rience qui a toute sa place aujourd’hui. D’ailleurs, Jonas Kaufmann n’invente rien : avant lui, le lĂ©gendaire Luciano Pavarotti savait Ă©largir l’horizon lyrique, mĂ©tissant ses rĂ©citals en mĂȘlant les genres et les catĂ©gories. Et cela ne bouleverse personne. Et le succĂšs fut au rendez-vous.
Kaufmann prolonge donc un exercice qui se cultive en marge du lyrique en salle (et avec mise en scÚne), sans empiéter sur ses frontiÚres.

kaufmann jonas berlin waldbuhne recital liveAprĂšs ce Ponchielli solistique d’un lyrisme embrasĂ© a voce sola, voici tout un cycle thĂ©Ăątral, extrait de la dramaturgie la plus tendue, Ăąpre de Cavalleria Rusticana de Mascagni, opposant Santuzza et Turiddu, ex amants ici affrontĂ©s car elle ne l’aime plus dĂ©sormais, ce qu’il n’accepte pas : un duo mordant, fĂ©lin lĂ  encore, qui se termine comme chez Bizet (Carmen) par l’assassinat de la jeune femme : pour exprimer toutes les nuances de cette passion refroidie qui pourtant suscite la colĂšre hallucinĂ©e du tĂ©nor, Jonas Kaufmann invite le mezzo onctueux et charnel de la diva Anita Rachvelishvili, cantatrice qui a prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ© un passionnant et inĂ©gal rĂ©cital chez le mĂȘme Ă©diteur. Les 3 seynettes ainsi restituĂ©es, rappellent combien le vĂ©risme est une Ă©criture chambriste qui met en lumiĂšre les affects les plus enfouies des protagonistes, en gĂ©nĂ©ral comme ici, des amants Ă©prouvĂ©s, dĂ©truits (Turiddu) ou exacerbĂ©s, volontaires, libertaires (Santuzza). Bel Ă©pisode de tragĂ©die amoureuse dont Mascagni a le gĂ©nie et que servent avec une passion mesurĂ©e les deux chanteurs prĂ©sents Ă  la Waldbuhne de Berlin.
Evidemment, hors de la scĂšne d’un thĂ©Ăątre, et ici en plein air, on demande des chanteurs de se dĂ©passer, d’oser une nouvelle palette de sentiments qui se projettent vers le public massĂ© en foule compacte
 le dernier Ă©pisode qui commence par le solo Mamma, quel vino Ăš genero, affirme la qualitĂ© du timbre de Kaufmann, brĂ»lĂ©, dĂ©vastĂ©, avec ces richesses harmoniques dont il seul aujourd’hui Ă  possĂ©der l’intensitĂ© musicale. Aucun tĂ©nor n’atteint tel prodige expressif : Ă©coutez l’air 14 : “Parla piĂč piano”, version du Parrain par Nino Rota, Ă©noncĂ© avec une finesse d’intonation d’une … diseur acteur de premier plan. Bluffant.
Ensuite suivent plusieurs tubes et standards dĂ©jĂ  enregistrĂ©s dans son prĂ©cĂ©dent rĂ©cital Dolce vita, de quoi illustrer et coller Ă  sujet de la thĂ©matique de la soirĂ©e : An italien evening / une soirĂ©e italienne. Et de passion comme d’italianitĂ , le tĂ©nor n’en manque pas (comme Anita dans le cĂ©lĂ©brissime air Caruso de Lucio Dalla).
Chacun mesurera leur latinitĂ© passionnelle, – la facultĂ© du tĂ©nor en crooner et sĂ©ducteur rugissant, envoĂ»tant, captivant
, son charisme hallucinĂ©, fauve lĂ  encore, aux couleurs souvent trĂšs sombres : se succĂšdent parfois sirupeuses les mĂ©lodies de Ernesto de Curtis, Giovanni d’Anzi, Nino Rota
 Avouons que dans ces terres pas vraiment lyriques, mais qui mettent en lumiĂšre une voix taillĂ©e pour l’incarnation la plus pathĂ©tique, voire thĂ©Ăątreuse, – qui sait – heureusement demeurĂ©e musicale, sensible, presque subtile;, la reprise de l’inusable VOLARE de Domenico Modugno, avec la soprano Rachvelishvili, est pilotĂ© avec tact et finesse : un trĂšs beau duo, tout en complicitĂ©, et en empathie avec le public.
CLIC_macaron_2014Et pour finir, le sublime Nessun dorma chanté par le prince Calaf dans Turandot de Puccini conclut cette soirée grand public sous la voûte berlinoise du théùtre en plein air de la Waldbuhne. Le charme opÚre, grùce à la généreuse musicalité du plus grand ténor actuel.
Jochen Rieder pilote le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, avec efficacitĂ©. Et oeillades, effets de manche
 car ici, exercice oblige, c’est la dĂ©monstration et la thĂ©ĂątralitĂ© qui comptent essentiellement. Les puristes Ă©videmment crieront au blasphĂšme. Mais cela fonctionne. IndĂ©niablement.

________________________________________________________________________________________________

Programme :
« Cielo e mar », La Gioconda, Ponchielli
« Tu qui, Santuzza », Cavalleria Rusticana, Mascagni
« Mamma, quel vino e generoso », Cavalleria Rusticana, Mascagni
Ti voglio tanto bene »
Voglio vivere cosi
Mattinata
Rondine al nido
Caruso
Parlami d’amore, MariĂč
Tornar a Surriento
Il Canto
Non ti scordar di me
Parla piu piano
Un amore cosi grande
Musica proibita
Passione
Catari, Catari
Volare
« Nessun dorma », Turandot (Puccini)

Jonas Kaufmann, ténor
Avec Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano

Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Jochen Rieder, direction

EnregitstrĂ© au WaldbĂŒhne Berlin le 13 juillet 2018
CD Sony Classical 19075879332

LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018)

tresors-de-la-musique-classique-BNF-TEXTUEL-catalogue-LIVRE-evenement-par-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018). Rien ne remplace la consultation directe d’un manuscrit autographe, en l’occurrence celle d’une partition destinĂ©e Ă  sa sa crĂ©ation
 les ratures, les traits marquĂ©s Ă  grands coups de plume et de crayon de couleur, … sont autant de signes des repentirs, des corrections, et aussi des coupures rĂ©alisĂ©s par l’auteur, ou d’autres mains dont il faut retrouver les motivations et l’identitĂ©. La BNF BibliothĂšque Nationale de France conserve un corpus unique au monde de partitions originales dont celles d’Ɠuvres majeures de l’histoire de la musique. Les Baroques (Rameau et Charpentier, Bach et Vivaldi), les classiques viennois dont Haydn et Mozart (le manuscrit de l’opĂ©ra Don Giovanni quand mĂȘme, don de la cantatrice Pauline Viardot !), les Romantiques dont Beethoven, Chopin, Liszt, Schumann, 
 avec un chapĂźtre dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra (Rossini, Gounod, Verdi, Wagner, Bizet, Offenbach, Massenet et Saint-SaĂ«ns, Franck, FaurĂ©, Dukas
), 


 
 
 

PARTITIONS AUTOGRAPHES

 
 
 

les premiers rĂ©volutionnaires au dĂ©but du XXĂš (Debussy, Stravinksy, Boulanger, Ravel, Satie, Poulenc
), puis trĂ©sor effectivement, Une Symphonie Alpestre de Richard Strauss – entre autres-, dont le manuscrit a Ă©tĂ© lĂ©guĂ© par le compositeur lui-mĂȘme comme un signe de rĂ©conciliation entre France et Allemagne, et aussi pour remercier les autoritĂ©s françaises pour la conservation de son propre fonds de manuscrits saisis pendant la guerre
 Au XXIĂš, se distinguent aussi les documents et leur graphie de Dutilleux et Boulez

Voici donc en grand format et 272 pages, les plus impressionnants des manuscrits de musique conservĂ©s Ă  la BNF. Le prĂ©sent ouvrage a le mĂ©rite d’éditorialiser le propos, c’est Ă  dire pour chaque partition, dĂ©velopper un texte de prĂ©sentation et de synthĂšse qui rappelle le contexte de sa production dans la vie du compositeur, et indique prĂ©cisĂ©ment ce qui constitue la valeur du document. La qualitĂ© (et le format) permettent de comprendre cette « fabrique » d’oĂč Ă©mergent et se prĂ©cisent Ă  partir de l’inspiration du cerveau musical, l’écriture des mĂ©lodies, le tissu harmonique, les principes de construction et de sonoritĂ© des Ɠuvres ainsi dĂ©voilĂ©es dans la coulisse de leur conception. Le plus : le volume comprend 100 pages de reproductions des partitions manuscrites (aux cĂŽtĂ©s des 90 illustrations Ă©voquant le fond social, historique, personnel des compositeurs Ă©voquĂ©s
). Parution annoncĂ©e le 24 octobre 2018. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / avec un focus sur les partitions les plus impressionnantes
 Ă  suivre.

 
 
 

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018) – co Ă©dition BNF Ă©ditions / Textuel. Sous la direction de Mathias Auclair. 271 pages, 55 € (prix indicatif) – CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018.
 
 
 

SCEAUX : SCHUBERT par le TRIO ATANASSOV

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsSCEAUX (92). Sam 13 oct 2018. TRIO ATANASSOV : SCHUBERT. Sceaux inaugure ce 13 octobre, sa nouvelle saison de musique de chambre : la Schubertiade de Sceaux, cĂ©lĂ©bration dans l’esprit de Schubert et de ses amis, d’une fraternitĂ© heureuse, artistique, complice… Le cycle inĂ©dit ressuscite une tradition musicale bien ancrĂ©e dans la ville Ă©lĂ©gante du 92. On se souvient des fĂȘtes lĂ©gendaires qu’a donnĂ© la Duchesse du Maine, patronne des arts et passionnĂ©e par la musique, insomniaque, offrant des concerts et spectacles dans son vaste domaine en son chĂąteau de Sceaux


Le premier concert de la (nouvelle) et trĂšs lĂ©gitime SCHUBERTIADE de SCEAUX a lieu ce samedi 13 octobre 2018, Ă 17h30, Ă  l’HĂŽtel de Ville de Sceaux (salle Erwin GĂŒldner). A l’affiche l’excellent Trio Atanassov dans un programme qui cĂ©lĂšbre un compositeur prĂ©sent dans chaque session de la saison musicale de la Schubertiade, Franz SCHUBERT. Lire notre prĂ©sentation complĂšte de la nouvelle saison de musique de chambre Ă  Sceaux, la bien nommĂ©e Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019

atanassov-trio-musique-de-chambre-concert-schubert-sceaux-concert-annonce-par-classiquenews

________________________________________________________________________________________________

Programme

Concert inaugural de La Schubertiade, présenté par Frédéric Lodéon.
EntiĂšrement consacrĂ© Ă  Franz Schubert, l’un des maitres de la musique de chambre et qui allie intimitĂ©, intensitĂ©, spontanĂ©itĂ©.

Le Trio Atanassov joue

La Sonatensatz, D. 28
Ɠuvre inachevĂ©e de jeunesse (Schubert l’écrit alors qu’il n’a que quinze ans !) : c’est sa premiĂšre partition pour cordes et piano ;

puis, deux de ses derniÚres piÚces :
Le fameux Trio op. 100 et
Le Notturno D.897
composĂ©s en 1827 Ă  l’aube de sa disparition Ă  trente-et-un ans le 19 novembre 1828. Des Ɠuvres «  bouleversantes, nĂ©es du sentiment tragique de l’existence qui habite au plus au point le compositeur
 expression d’une mĂ©lancolie indicible mais aussi voyage intĂ©rieur qui est aussi songe et rĂȘve suspendu d’une indicible et trĂšs juste sincĂ©ritĂ©.
Dialogue, complicitĂ©, Ă©coute, virtuositĂ© mais intĂ©rieure, souffle et respiration filigranĂ©e, prĂ©cision apportĂ©e dans le dessin de l’architecture comme dans l’ossature et le relief de chaque nuance
 il ne manque rien Ă  l’approche des trois instrumentistes du Trio Atanassov. Un trio intensĂ©ment sensible qui accorde intensitĂ© et grande finesse. Concert incontournable.

________________________________________________________________________________________________

RESERVEZ VOTRE PLACE
Trio ATANASSOV
Samedi 13 octobre 2018, 17h30
HĂŽtel de Ville de Sceaux
http://www.schubertiadesceaux.fr/la-programmation/edition-2018-2019/

Plus d’informations sur le Trio Atanassov : www.trioatanassov.com
https://www.trioatanassov.com

________________________________________________________________________________________________

MEYERBEER : Les Huguenots

meyerbeer-portrait-grand-detail-biographie-classiquenews-livre-critique-opera-septembre-2018-CLASSIQUENEWSFRANCE MUSIQUE. FRANCE MUSIQUE. Dim 21 oct 2018. MEYERBEER : Les Huguenots. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, voilĂ  enfin la reprise des Huguenots de Meyerbeer, modĂšle parfait du grand opĂ©ra Ă  la française, ici conçu en 1836, c’est Ă  dire comprenant duos et solos intĂ©rieurs pour exprimer l’intrigue sentimentale ; de grands ensembles collectifs pour exalter le souffle de l’histoire, sans omettre le ballet de rigueur Ă  Paris, spĂ©cificitĂ© française oĂč brillent les danseuses de l’OpĂ©ra. Meyerbeer dans une conception personnelle (fixĂ©e avec le librettiste Scribe) prĂ©cise dĂ©sormais la rĂšgle et inscrit le genre lyrique dans une vision souvent pessimiste, avec une fin spectaculaire toujours terrifiante et particuliĂšrement tragique. Finies les fins heureuses, hĂ©ritĂ©es du siĂšcle des LumiĂšres et de l’opera seria italien : les dieux ont soif et les hĂ©ros malgrĂ© tout leur courage et leur sens sacrificiel, dĂ©montrent in fine, leur dĂ©risoire et vaine volontĂ©.

Qu’en est-il de cette production annoncĂ©e comme un Ă©vĂ©nement ? Las, la mise en scĂšne, terne, sans idĂ©e, et plutĂŽt laide (heureusement qui ne s’entend pas ici dans cette retransmission) et les solistes internationaux » peu habiles Ă  dĂ©clamer un français parfait et fluide, ne rĂ©ussissent pas Ă  relever les dĂ©fis d’une partition qui sans finesse, peut sonner lourde, imposante, dĂ©monstrative et artificielle. Il est vrai qu’Ă  la crĂ©ation, les chanteurs requis par Meyerbeer sont parmi les meilleurs qui aient jamais existĂ© : reprĂ©sentants d’un Ăąge d’or du chant romantique français… Alors en 2018, reprise ratĂ©e ? A vous de juger dans cette diffusion enregistrĂ©e Ă  Bastille le 28 sept 2018.

————————————————————————————————————————————————–

 

LIRE ici notre présentation des Huguenots de Meyerbeer
LIRE ici notre critique compte rendu des Huguenots de Meyerbeer Ă  l’OpĂ©ra Bastille

————————————————————————————————————————————————–

 

Giacomo Meyerbeer: Les Huguenots
OpĂ©ra donnĂ© le 28 septembre 2018 Ă  18h Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris – En cinq actes et trois tableaux sur un livret d’EugĂšne Scribe et Émile Deschamps

Diana Damrau, soprano, Marguerite de Valois
Bryan Hymel, ténor, Raoul de Nangis
Ermonela Jaho, soprano, Valentine
Karine Deshayes, mezzo-soprano, Urbain
Nicolas Testé, baryton-basse, Marcel
Paul Gay, basse, Le Comte de Saint-Bris
Julie Robard-Gendre, soprano, La dame d’honneur, Une bohĂ©mienne
François Rougier, ténor, Cossé, un étudiant catholique
Florian Sempey, baryton, Le Comte de Nevers
Cyrille Dubois, ténor, Tavannes, premier moine
Michal Partyka, baryton, MĂ©ru, deuxiĂšme moine
Patrick Bolleire, baryton, Thoré, Maurevert
Tomislav Lavoie, basse, Retz, troisiĂšme moine
Elodie Hache, soprano, Coryphée, une jeune catholique, une bohémienne
Philippe Do, ténor, Bois-Rosé, valet
Olivier Ayault, baryton, Un archet du guet
John Bernard, ténor, Un seigneur
Cyrille Lovighi, ténor, Un seigneur
Bernard Arrieta, baryton, Un seigneur
Fabio Bellenghi, Un seigneur

Choeur de l’OpĂ©ra de Paris
dirigé par José Luis Basso

Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris
Direction : Michele Mariotti

————————————————————————————————————————————————–

 

CD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures (LSO Gardiner, 4 SACD, 1 Blu ray LSO 2014 – 2016)

LSOLive_Mendelssohn_gardiner cd review critique cd CLIC de classiquenews Apr18_3000x3000_9c98a321-df27-4744-a43d-a8b3c1ee8a2b_1024x1024CD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures (LSO Gardiner, 4 SACD, 1 Pure Audio Blu ray LSO0826 / Londres 2014 – 2016). Lecture vivifiante. C’est peu dire que l’approche du « baroqueux » Gardiner apporte l’exaltation et le sens du relief et du caractĂšre Ă  l’écriture d’un Mendelssohn, plus dramatique et Ăąpre qu’on imagine ordinairement. EnregistrĂ©es au Barbican de Londres, en 2014 et 2016 principalement, les ouvertures et symphonies constituant une intĂ©grale trĂšs sĂ©duisante, de Mendelssohn bĂ©nĂ©ficient sous la direction de Gardiner d’une Ă©vidente et saine motricitĂ©, avec de rĂ©elles trouvailles stimulantes dans le relief de certains pupitres : bois, cuivres (n°5 RĂ©formation, 1832), cordes et bois (Lobgesang n°2, 1840).
La musique de scĂšne de A Midsummer night’s dream (1842) quant Ă  elle gagne un surcroĂźt de thĂ©ĂątralitĂ© mesurĂ©e, affĂ»tĂ©e, avec en plus des instruments trĂšs individualisĂ©s, et mis en avant par la prise de son, le concours des comĂ©diens et des chanteurs et choristes, eux aussi, parfaitement intĂ©grĂ©s Ă  l’écrin orchestral.
Ce qui frappe immĂ©diatement l’écoute (n°2 et n°5) c’est la vitalitĂ© de l’approche, une tendresse juvĂ©nile et ardente qui emporte les cordes principalement et font par exemple toute la vive exaltation du premier volet maestoso con moto de la Sinfonia d’ouverture de la n°2 Lobgesang ; l’élan des sections chorales, frappĂ©es et portĂ©es par un pur esprit de conquĂȘte. Ou encore l’onctueuse mĂ©lopĂ©e cantabile de l’Andante pour deux voix (et cor)
 Gardiner dĂ©voile l’ample tendresse qui soustend tout l’édifice de cette symphonie cantate, ou chant de louange. S’y Ă©coule la facilitĂ© du compositeur, auteur de somptueux oratorios, habile magicien et conteur, jouant des effectifs, des formes diverses pour solistes et choeur.

 

 

Accomplissement du LSO London Symphony Orchestra
Mendelssohn, articulé, dramatique, fervent sous la conduite
de John Eliot GARDINER

 

 

mendelsohn felix grand portrait classiquenews Felix_Mendelssohn_Bartholdy_-_Edward_Magnus_1846Le souffle de la majestĂ© la plus grandiose mais sans emphase, puis l’appel de cuivres (au relief vif argent) auquel rĂ©pond le mystĂšre des cordes dans l’énoncĂ© de « l’Amen de Dresde » (que reprendra Wagner ensuite dans Parsifal) assure l’ancrage tellurique, l’expression d’un drame viscĂ©ral et terrien dans la rĂ©alisation la somptueuse n°5 « RĂ©formation » commencĂ© dĂšs dĂ©cembre 1829, quand Mendelssohn fait crĂ©er la Saint-Matthieu de JS Bach : c’est un massif inouĂŻ par son ampleur sans vanitĂ© ni boursouflure dĂ©monstrative (grĂące Ă  la direction mesurĂ©e, Ă©quilibrĂ©e, ardente de Gardiner), marquĂ© ici par le poids du fatum. Mendelssohn, juif baptisĂ© dans la foi catholique, cĂ©lĂ©brant ici la RĂ©forme (le tricentenaire de la confession d’Augsbourg pour 1830), signe sa symphonie la plus ambitieuse par son ton spectaculaire qui associe mystĂšre fervent et grandeur colossale. La RĂ©formation est assurĂ©ment la piĂšce maĂźtresse de cette intĂ©grale symphonique du LSO pilotĂ© par Gardiner.
A ranger au crĂ©dit des rĂ©vĂ©lations, les ouvertures vĂ©ritablement opĂ©ratiques, condensĂ©s d’idĂ©es dramatiques Ă  la hauteur du sujet ; ainsi Ruy Blas (ouverture composĂ©e en 1839), d’aprĂšs la piĂšce si « dĂ©testable » de Hugo. Le feu tragique, le souffle amoureux manipulĂ©, l’ambition dĂ©voyĂ©e et elle aussi instrumentalisĂ©e par le redoutable Salluste (lequel se venge de la reine qu’il humilie grĂące Ă  la naivetĂ© du jeune Blas dont il a fait un faux « grand d’Espagne »  le souffle de Mendelssohn, sa verve hĂ©roĂŻque sont magnifiquement exprimĂ©s grĂące Ă  la fluide nervositĂ© des instrumentistes galvanisĂ©s par le chef.
La Symphonie la plus exaltante demeure la coupe frĂ©nĂ©tique, exaltĂ©e et printaniĂšre – schumanienne, de l’Italienne n°4 (1833) : d’une irrĂ©pressible Ă©nergie primitive, primesautiĂšre, au souffle originel, mĂ©diterranĂ©en, Ă  100 lieues des brumes de l’Ecossaise. Et de fait, un peu enlisĂ©e, fumeuse. Ici le brio solaire s’impose et s’affirme d’un bout Ă  l’autre, avec cette vivacitĂ© plastique que Gardiner sait insuffler Ă  tous les mouvements. C’est comme si le cycle retrouvait une sorte d’évidence londonienne, n’a t elle pas Ă©tĂ© crĂ©Ă© ans la citĂ© de Shakespeare en 1833 ? Et avec un remarquable succĂšs, cĂ©lĂ©brant le gĂ©nie d’un jeune homme de 21 ans, heureux voyageur aprĂšs son tour italien (Venise, Florence, Rome). En Italie, oĂč Berlioz est aussi prĂ©sent (malheureux pensionnaire de la Villa Medicis), Mendelssohn ne ovit pas tant l’essor des arts.. que la beautĂ© exaltante de la nature en ses paysages enchanteurs : l’Italienne exprime cet enthousiasme nĂ© dans la contemplation enivrĂ©e des motifs naturels.
La Saltarelle (danse napolitain sautĂ©e, dĂ©couverte en 1831) porte tout l’élan du dernier mouvement, lui aussi d’une irrĂ©pressible exaltation. Les musiciens du LSO London Symphony Orchestra relĂšvent chaque dĂ©fi de chaque mouvement, dans son dĂ©roulement formel et ses Ă©vocations, pastorales ou rythmiques dont ils font une transe superbement articulĂ©e.
Autre superbe rĂ©alisation l’ouverture, vraie opĂ©ra miniature sur son sujet bien identifiĂ©, « Calm sea and Prospero’s voyage » (1828) : l’opus 27 regorge d’idĂ©es et de somptueuses parures instrumentales oĂč rĂšgne surtout l’éloquence enjouĂ©e, motrice des flĂ»tes qui dit cette jubilation de l’instant dont est prolixe l’écriture d’un Mendelssohn toujours exaltĂ© mais noble et racĂ©. Gardiner manie la baguette avec une Ă©tonnante vivacitĂ©, caressant les arĂȘtes de l’architecture, tout en dĂ©taillant toutes les trouvailles en terme de timbres
 cela coule et s’électrise avec un panache et une certaine grandeur primitive absolument irrĂ©sistible. Belle restitution lĂ  encore. On peut en dire de mĂȘme pour les autres ouvertures parmi les mieux connues, souvent jouĂ©es comme Ă©pisodes dans les programmes symphoniques ici et lĂ  en concert, comme la Grotte de Fingal des cĂ©lĂšbres HĂ©brides (1832), emmenĂ©e avec une mĂȘme souple exaltation.
CLIC D'OR macaron 200La prise live ajoute Ă  la vivacitĂ© et Ă  l’éloquence des sessions ainsi enregistrĂ©es. Le coffret compose une intĂ©grale trĂšs sĂ©duisante. D’une tenue irrĂ©prochable, passionnante qui sait caractĂ©riser sans emphase l’intense thĂ©ĂątralitĂ© des symphonies et des ouvertures. Le coffret publiĂ© par le LSO rĂ©unit donc en une seule boĂźte, les 5 cd enregistrements sĂ©parĂ©s publiĂ©s jusque lĂ . La totalitĂ© par son unitĂ© et sa cohĂ©rence dramatique comme poĂ©tique rend lĂ©gitime cette compilation formant intĂ©grale. TrĂšs recommandable, donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

LSOLive_Mendelssohn_gardiner cd review critique cd CLIC de classiquenews Apr18_3000x3000_9c98a321-df27-4744-a43d-a8b3c1ee8a2b_1024x1024CD coffret Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures. LSO London Symphony Orchestra / John ELiot Gardiner (2014 – 2016, 4 sacd, 1 audio Pure Blu ray – LSO LIVE collection)
+ D’infos sur le site du LSO live : https://lsolive.lso.co.uk/collections/sir-john-eliot-gardiners-mendelssohn-cycle

 

PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019

exposition-Paris-VENISE-eblouissante-annonce-expo-evenemnt-par-classiquenewsPARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on connaĂźt surtout Venise au XVIĂš, – alors temple de la peinture Ă  son meilleur, avec la trilogie gĂ©niale VĂ©ronĂšse, Tintoret et surtout Titien (voir l’exposition prĂ©sentĂ©e sur ce sujet au Louvre), le XVIIIĂš Ă  Venise reste un siĂšcle ambigu et ambivalent, jugĂ© trop licencieux par certains (alors Venise serait le « bordel » de l’Europe, comptant plus de tripots, salles de jeux et maisons closes que de boulangeries, comparĂ©e Ă  toutes les mĂ©tropoles europĂ©ennes !) ; voire superficielle et artificielle pour ne pas dire dĂ©cadente (son Carnaval oĂč toutes les noblesses et tous les aventuriers se pressent parce que tout est permis, reste l’emblĂšme de la pĂ©riode)
 Or l’exposition du Grand Palais montre aussi le visage trĂšs surprenant d’une CitĂ© jalouse de son prestige et de sa puissance, soucieuse d’une organisation administrative et politique trĂšs strictement encadrĂ©e, respectueuse du calendrier religieux, et donc, comme aux XVIĂš et XVIIĂš, particuliĂšrement artistique.

 

 

 
 

 

Peinture, musique, divertissement


Au XVIIIÚ, VENISE affirme son statut de cité des arts

 

 

 guardi-venezia-venise-eblouissante-exposition-paris-par-classiquenews

 

 

Le sujet principal de l’exposition VENISE EBLOUISSANTE demeure la peinture Ă©videment mais aussi la musique car aux cĂŽtĂ©s des Guardi et Canaletto – vedutistes renommĂ©s Ă  juste titre qui renouvellent considĂ©rablement le genre du paysage, aux cĂŽtĂ©s du gĂ©nie thĂ©Ăątral et dramatique, truculent et rĂ©aliste des Tiepolo, pĂšre (Gian Battista) et fils (Gian Domenico), s’affirme aussi l’opĂ©ra vĂ©nitien et l’engouement pour les divas et castrats, et l’étoile entre tous, compositeur et poĂšte de premier plan, Vivaldi, le Pretre Rosso (le PrĂȘtre roux), dommage d’ailleurs qu’une salle ne lui soit pas dĂ©diĂ© car ses Ɠuvres, ses opĂ©ras, sont rĂ©cemment le sujet Ă©blouissant pour le coup de la recherche musicologique la plus passionnante.
NĂ©anmoins, le visiteur du Grand Palais pourra mesurer l’éclat de la sociĂ©tĂ© vĂ©nitienne au XVIIIĂš grĂące au parcours qui lui est proposĂ© ainsi Ă  partir du 26 septembre 2018.

 

 

 guardi-piazza-san-marco-classiquenews-venise-eblouissante-exposition-paris-presentation-annonce-par-classiquenews

 
 

_________________________________________________________________________________________________

PARIS, exposition «  VENISE EBLOUISSANTE » 
 Arts dĂ©coratifs, opĂ©ra, peinture, sculpture
 tout indique l’essor renouvelĂ© d’une Venise sensuelle et virtuose, temple et foyer du thĂ©Ăątre et du divertissement, citĂ© des plaisirs, du jeu, d’un Ă©rotisme libre mais tenu caché : la SĂ©rĂ©nissime s’expose au Grand Palais du 26 septembre 2018 au 21 janvier 2019. PLUS D’INFOS sur le site de l’exposition VENISE EBLOUISSANTE : 10h-20h / le mercredi, jusqu’au 22h. 

 

 

exposition-Paris-VENISE-eblouissante-annonce-expo-evenemnt-par-classiquenews

_________________________________________________________________________________________________

A venir, et sous la forme d’un feuilleton, les oeuvres Ă  voir, les rĂ©vĂ©lations d’une exposition majeure de la rentrĂ©e 2018 : en 3 volets, pourquoi l’exposition « Venise Ă©blouissante » tient ses promesses ? A suivre sur CLASSIQUENEWS.COM

 

 

Livre, critique. Correspondance de Paul Dukas par SIMON-PIERRE PERRET (Actes Sud)

DUKAS-paul-correspondance-actes-sud-critique-livre-review-par-classiquenews-sept-2018Livre, critique. Correspondance de Paul Dukas par SIMON-PIERRE PERRET (Actes Sud). UN COMPOSITEUR VISIONNAIRE
 Voici donc le premier volume des lettres écrites par Paul Dukas, compositeur postromantique et contemporain de Ravel et Debussy dont il loua le premier dans un article critique fabuleux, le génie de Pelléas. Ce premier corpus présenté, annoté regroupe la correspondance entre 1878 et 1914.
Paul Dukas, nĂ© en 1865 et mort en 1935, est un compositeur Ă  part, difficile, exigeant qui comme Leonard de Vinci se laisse dicter par le seul idĂ©al : pas d’oeuvre achevĂ©e si elle n’est « parfaite » : il en dĂ©coule un catalogue restreint mais d’une qualitĂ© exceptionnelle. Dukas Ă©crit dans tous les genres : musique de chambre et symphonie, opĂ©ra et concert sans omettre le poĂšme symphonique dont L’Apprenti sorcier est restĂ© sa partition la plus justement cĂ©lĂšbre (reprise au cinĂ©ma par Walt Disney qui dans le film Fantasia, crĂ©ation visionnaire entre classique et cinĂ©ma) grĂące au personnage de Mickey en a exprimĂ© / exaltĂ©, le souffle dramatique, Ă  la fois onirique et fantastique.
La correspondance rĂ©unie ici commence Ă  l’ñge de 23 ans (sans un an Ă  peu prĂšs avant qu’il ne s’intĂ©resse et se dĂ©die totalement Ă  la composition musicale)
 prĂ©cocitĂ© Ă©pistolaire qui peut paraĂźtre Ă©tonnante, mais est naturelle dans la famille Dukas car le pĂšre dĂ©jĂ  cultivait l’art de la correspondance. Les 704 lettres dĂ©voilent dans l’anecdote, la vie intime, amicale, sociale du compositeur, ami de FaurĂ©. On y retrouve les Ă©tapes de sa carriĂšre jusqu’à l’aube de la cinquantaine : l’étudiant au Conservatoire de Paris, le candidat malheureux au Prix de Rome (dont la cantate VellĂ©da en 1889, est un chef d’oeuvre de raffinement orchestral et vocal). Exclu du Prix de Rome, malgrĂ© le soutien de Saint-SaĂ«ns, Dukas est trop bouillonnant et raffinĂ© pour le style alors dĂ©fendu par le jury qui a souvent dĂ©mĂ©ritĂ©, prĂ©fĂ©rant descendre les candidats qui n’Ă©taient officieusement soutenus par certains membres ; ainsi Gounod fit tout pour exclure le jeune Dukas, favorisant un autre “Ă©lu” plus mĂ©ritant ; les lettres Ă©clairent tout autant, le compositeur avisĂ©, redoutable, et aussi le critique visionnaire, analysant comme peu l’évolution de la musique au tournant du XXĂš. RĂ©vĂ©lation, Dukas fut le tĂ©moin aussi de son Ă©poque politique : il pressent l’horreur et la barbarie de la guerre, avec une humanitĂ© et un discernement admirables. Rare les musiciens aussi curieux de son Ă©poque et des Ă©volutions de la sociĂ©tĂ©. Dukas clairvoyant et gĂ©nial en tous points.
Lecture indispensable.

 

________________________________________________________________________________________________

DUKAS bio Xpress. DUKAS, PAUL (1865-1935)
DUKAS paul portrait classiquenews  Paul_DukasPianiste Ăšs mĂ©rite, Paul Dukas se voue Ă  la composition dĂšs 1879 : il entre au Conservatoire de Paris en 1881 dans la classe d’harmonie de ThĂ©odore Dubois (l’ultra classique parmi les auteurs acadĂ©miques). ÉlĂšve de Mathias (piano) et de Guiraud (contrepoint et fugue), le talentueux apprentis se prĂ©sente au Concours du Prix de Rome, lourde machine au fonctionnement pesant et rĂ©trograde mais qui laisse entrevoir reconnaissance et commandes d’état.
D’abord, Dukas subit deux Ă©checs : un second prix en 1888 pour VellĂ©da ; aucune rĂ©compense en 1889 pour SĂ©mĂ©lĂ©, malgrĂ© le soutien de Saint-SaĂ«ns. Dukas est cependant installĂ© comme compositeur et aussi critique musical.
Son service militaire achevĂ© (1891), il fait crĂ©er par les Concerts Lamoureux l’ouverture Polyeucte (janvier 1892) et publie un compte rendu du Ring de Wagner, donnĂ© Ă  Londres. La Symphonie en ut majeur (1896) puis L’Apprenti sorcier (1897) affirme sa reconnaissance 
 internationale. Dukas a le gĂ©nie de croiser comme personne le grand symphonisme germanique et le principe de la variation, selon le modĂšle baroque (d’un Rameau par exemple dont il a le culte avec son ami Saint-SaĂ«ns, et avec lequel il s’engage pour une nouvelle Ă©dition complĂšte des Ɠuvres du Dijonais). Son opĂ©ra Ariane et Barbe-Bleue, commencĂ© dĂšs 1889, est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1907 ; le poĂšme ballet La PĂ©ri est crĂ©Ă© au ChĂątelet en 1912. Enfin, Dukas fut aussi un pĂ©dagogue cĂ©lĂ©brĂ© et admirĂ© au Conservatoire de Paris : pilotant la classe d’orchestration (1910), puis celle de composition (1928).

 

________________________________________________________________________________________________

Livre, critique. Correspondance de PAUL DUKAS par SIMON-PIERRE PERRET / vol. 1 : 1878-1914 – Co Ă©dition Actes Sud et Palazzetto Bru Zane – parution : septembre, 2018 / 16,5 x 24,0 / 704 pages – ISBN 978-2-330-10912-7 – Prix indicatif : 45 €
https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/correspondance-de-paul-dukas

LIVRE événement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard)

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard). Catalogue de l’exposition en plein air au domaine de Saint-Germain en Laye (78), « Debussy Ă  la plage » regroupe un ensemble de photographies uniques dĂ©voilant le compositeur en costume de villĂ©giature, en Normandie principalement, Ă  Houlgate et Prouville, en 1904 ou 1907 et surtout 1911. En couverture, Claude Debussy Ă  la plage, appareil photo en main : tout est dit. Il s’agit de clichĂ©s le reprĂ©sentant lui et sa famille (Emma son Ă©pouse, leur enfant, Chouchou ; avec la fille d’Emma, HĂ©lĂšne), ou photographies dĂ©but du siĂšcle, fixant les lieux oĂč ils ont sĂ©journĂ©, qu’il a saisis lui-mĂȘme Ă  travers son objectif. Debussy comme sujet, Debussy comme Ɠil Ă  l’affĂ»t, curieux de capter une atmosphĂšre, une situation, le visage et la silhouette de ses proches ou de ses amis

Ainsi est dĂ©voilĂ©, un aspect mĂ©connu de la vie de l’auteur de PellĂ©as, le Debussy en vacances, qui comme ses contemporains, tout en se tenant Ă  distance des bondieuseries mondaines, s’adonne au plaisir du bord de mer. Les clichĂ©s ainsi rĂ©unis composent une nouvelle manne scientifique, pilier inestimable d’une nouvelle source documentaire constituant dĂ©sormais une archĂ©ologie par l’image d’une Ă©vidente vĂ©ritĂ©. L’auteur et commissaire RĂ©my Campos restitue un Ă©tĂ© idĂ©al ou une villĂ©giature type des Debussy (Claude, sa compagne Emma, leur fille, la mĂšre de Emma
) pendant l’étĂ© 1911. Debussy est fatiguĂ©, peu disposĂ© Ă  sacrifier au rituel social (le dĂ©filĂ© du promenoir), plutĂŽt un solitaire qui prĂ©fĂšre passĂ© inaperçu en se fondant dans une foule pourtant avide de potins, signes extĂ©rieurs de pouvoir, respectabilitĂ© et convenances en tout genre


 

 

 

Gallimard nous offre pour l’annĂ©e de son Centenaire 2018
un portrait passionnant inédit de Claude Debussy


VISAGES DU DEBUSSY PHOTOGRAPHE

 

 

 

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenews

 

 

 

Les 224 pages de ce catalogues trĂšs illustrĂ©s offrent ainsi pour son Centenaire 2018, un portrait inĂ©dit et vivant de Debussy tel qu’en lui-mĂȘme, (et aussi PAR lui-mĂȘme puisqu’il photographie son entourage et les lieux investis) ; devant l’objectif, – pas toujours trĂšs prĂ©cis (ce qui donne aux images, un caractĂšre Ă©vanescent et pictural), le compositeur paraĂźt face Ă  l’oeil mĂ©canique, distinguĂ© dans ses costumes estivaux, chapeau, gilet, nƓud de papillon
 en sus.
L’auteur ajoute l’apport de tĂ©moignages rĂ©els (inespĂ©rĂ©s) comme celui de Jacques-Henri Lartigue lequel semble reconnaĂźtre sur un clichĂ© pris en 1907, la silhouette typique de Debussy ; ou bien le regard hypothĂ©tique d’un contemporain, Proust qui lui aussi frĂ©quenta les mĂȘmes lieux et aima Ă  la diffĂ©rence de Claude, l’esprit des sites de vacances (Casino et Grand HĂŽtel, digues et plages
), tout ce thĂ©Ăątre social qui suit rĂšgles et tenues loin de la ville, tout en en recomposant les rites et les convenances des mondanitĂ©s les plus Ă©laborĂ©es.

Contrairement Ă  ce qui est prĂ©sentĂ© comme « trivial », ce milieu balnĂ©aire et maritime rĂ©vĂšle la relation de Debussy aux autres, ou plutĂŽt renforce une volontĂ© de se prĂ©server coĂ»te que coĂ»te des banalitĂ©s sociales. Est ainsi Ă©pinglĂ©e, la « mondanité » chose si « triviale » pour Debussy (en effet de son point de vue), lui qui cultive comme compositeur, la suggestion, le mystĂšre, l’indicible.
Rien n’est tenu cachĂ© des intentions des promeneurs, des motivations avouĂ©es ou non des nombreux hommes qui se tiennent debout sur le sable, au moment du bain
 alors que les robes sont longues (voir les toilettes des Ă©lĂ©gantes Ă  Auteuil ou Ă  Longchamps en 1911
) et que les corps des baigneuses sont abondamment couverts d’habits, l’Ɠil s’excite Ă  l’idĂ©e de contempler Ă  travers le vĂȘtement mouillĂ© au sortir de l’onde, des formes que l’on tient ordinairement cachĂ©es.

 

 

 

debussy-a-la-plage-emma-devant-le-casino-de-houlgate-critique-livre-par-classiquenews-sept-2018

 

 

 

DEBUSSY en SON HÔTEL PARTICULIER avec EMMA
 Plus loin dans la partie « citadine » (non balnĂ©aire), Ă  Paris, l’intimitĂ© du clan Debussy dans l’hĂŽtel particulier au Bois de Boulogne, est « traquĂ©e » par un jeune photographe en herbe, Lartigue, leur voisin (habitant rue Leroux, donnant sur l’avenue du Bois, le quartier du compositeur), dont l’appareil capte un formidable clichĂ© (entre autres) mĂ©connu voire inĂ©dit des 3 femmes de Claude en promenade : Chouchou, Emma, et la fille de cette derniĂšre, HĂ©lĂšne (superbe clichĂ© sur le vif, « Avenue des Acacias, mai 1911).
Cette partie sur la vie Ă  Boulogne, « mondaine », plutĂŽt rĂ©servĂ©e Ă  quelques habituĂ©s, est tout aussi passionnante que les tĂ©moignages de l’activitĂ© estivale Ă  la plage. On y repĂšre Ă  travers les clichĂ©s sur le perron du bĂątiment situĂ© prĂšs du chemin de fer, Satie, Bonnard
 et Ă  l’intĂ©rieur de l’HĂŽtel, Stravinsky, 
 et bien sĂ»r Debussy lui-mĂȘme Ă  son bureau, en compositeur « embourgeoisé ».
Le bĂ©nĂ©fice visuel et documentaire de ce corpus ainsi idĂ©alement prĂ©sentĂ© (par thĂ©matiques : La Plage, La Digue-promenoir, Le Casino, Le Grand HĂŽtel; puis, dans l’intimitĂ© de la famille Debussy hors Ă©tĂ© : L’HĂŽtel particulier, Avenue du Bois, Une Biographie en images
) offre un aperçu plus que concret ou anecdotique sur la vie intime du clan Debussy. Du musicien, ailleurs tenu discret, timide, rĂ©servĂ©. Le livre est un formidable Ă©cran, rĂ©vĂ©lant l’homme et le pĂšre de famille en bord de mer et Ă  Paris, en cette annĂ©e clĂ©, 1911.

CLIC D'OR macaron 200CD, BONUS PROFITABLE : l’éditeur ajoute un cd Ă©voquant l’activitĂ© musicale de Debussy en 1911 : partitions crĂ©Ă©es et dirigĂ©es cette annĂ©e par Debussy aux Concerts Sechiari, ou avec l’Orchestre du Cercle Musical ; Ɠuvre inĂ©dite reconstituĂ©e Ă  partir de la partition mentionnĂ©e par le compositeur sur une carte postale dĂ©diĂ©e Ă  Emma pour NoĂ«l 1911: chƓur des marins dont le texte consigne le renoncement de Debussy – selon le voeu d’Emma-, Ă  rejoindre Boston pour y assister Ă  la crĂ©ation de PellĂ©as,.
Edition magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

 

—————————————————————————————————————————————————

BEAUX-LIVRES, Ă©vĂ©nement. RÉMY CAMPOS : Debussy Ă  la plage. Hors sĂ©rie Connaissance, Gallimard / Parution : 13 sept 2018. PrĂ©face de Jean-Yves TadiĂ© + 1 cd : activitĂ© musicale de Debussy en 1911. DurĂ©e d’Ă©coute : 74 mn – 224 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 275 x 210 mm, cartonnĂ© – ISBN : 9782072797910 – Gencode : 9782072797910 – Code distributeur : G02130. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

LIRE aussi notre grand dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018 

—————————————————————————————————————————————————

 

 

 

CD, annonce. JAVIER CAMARENA, ténor : contrabandista (1 cd DECCA)

camarena javier tenor cd review critique cd annonce sur classiquenews decca4833958secondCD, annonce. JAVIER CAMARENA : contrabandista (1 cd DECCA). Le disque fait partie (avec un coffret rĂ©jouissant Ă  venir dĂ©diĂ© Ă  ROSSINI) des cĂ©lĂ©brations des 30 ans de complicitĂ© artistique entre CECILIA BARTOLI et DECCA. Alors qu’a Ă  faire ce rĂ©cital Camarena dans le cycle Bartoli / Decca ? C’est que le tĂ©nor mexicain est son « protĂ©gé », jeune artiste qu’elle a choisi d’accompagner. Ici le soliste (« mentored by BARTOLI » Ă  travers sa fondation) « ose » un rĂ©cital d’airs d’opĂ©ras romantiques, mais dans un rĂ©pertoire qu’il connaĂźt (surtout d’esprit et de style rossinien). Bartoli ajoute certains airs de son cher Manuel Garcia, le pĂšre de Maria Malibran, qui fut un chanteur de premier ordre au XIXĂš.
S’agissant de Camarena, Bartoli met ainsi en avant un tempĂ©rament qu’elle connaĂźt d’autant mieux qu’il a Ă©tĂ© Ă  plusieurs reprises son partenaire Ă  la scĂšne.
On connaĂźt dĂ©jĂ  ainsi Javier Camarena, qui a paru dans plusieurs productions, entre autres : Le Comte Ory (aux cĂŽtĂ©s de Bartoli, dvd DECCA Zurich 2011 : notre rĂ©dacteur critique soulignait combien le tĂ©nor manquait 
 de finesse, malgrĂ© la furiĂ  scĂ©nique et expressive de Cecilia Bartoli, en comtesse AdĂšle dĂ©lirante. Lire la critique en bas d’article ci-dessous), ou dans Les Puritains de Bellini, avec Diana Damrau (DVD Bel Air classiques)
 Actuellement, le chanteur inaugure avec Pretty Yende (couronnĂ©e rĂ©vĂ©lĂ©e par le Concours Bellini), la nouvelle saison du Liceo de Barcelone (I Puritani de Bellini : 5-21 oct 2018)

camarena javier tenor annonce cd critique cd review cd par classiquenews ContrabandistaDisons que Javier Camarena, dĂ©jĂ  chanteur et soliste professionnel, a les qualitĂ©s et les dĂ©fauts de son type de voix : techniquement, il maĂźtrise abattage, vocalises (en prĂ©cision et en intensitĂ©) mais la couleur de la voix et le timbre sont serrĂ©s dans les aigus (pris en gĂ©nĂ©ral de façon trop dure et forcĂ©e). Son style manque de cetet tendresse alanguie que d’autres avant lui ont portĂ© avec autrement de subtilitĂ©. L’élĂ©gance et l’élĂ©gie ne sont pas dans ses gĂšnes (on Ă©coutera pour se faire une idĂ©e Ă  ce propos Juan Diego Florez).

C’est donc un tĂ©nor hĂ©roĂŻque et agile pas vraiment di grazia
 le feu, l’abattage, la duretĂ© devront ĂȘtre mieux ciselĂ©s ou adoucis s’il veut demain rĂ©ussir Ă  ĂȘtre un rossinien, un mozartien plus convaincant.

Mais l’artiste sait souligner ses qualitĂ©s et choisir des airs qui lui vont parfaitement. Les 2 premiers airs sont en espagnol ; tous deux, de Manuel Garcia, le compositeur le plus adaptĂ©, techniquement et dans le caractĂšre, Ă  sa voix. Le 1 (El Gitano por amor) est d’esprit rossinien : virtuositĂ© et agilitĂ© sont prĂ©sentes et bien dĂ©fendues.

Le 2 (Yo soy contrabandista (El Poeta calculista, qui donne son titre au présent programme) affirme ce feu espagnol, ce chien et ce chant racé à la latinité mexicaine, un rien nerveuse et tendue, parfaitement assumée, plus avide, conquérante voire démonstrative que pudique, réservée, introspective. En cela Camarena a des allures de Villazon à ses débuts.

Et voici le premier air de Rossini (plage 3 : « Si, ritrovarla io giuro » de La Cenerentola) qui met en avant son abattage nerveux ; on regrettera un manque d’élĂ©gance dont nous parlions. Cependant dans la partie plus tendre, le tĂ©nor mesure ses effets enfin, et fait entendre des couleurs plus riches et profondes, troubles, suspendues avec cependant des aigus un peu serrĂ©s (sa faiblesse). D’autant que « en fosse », l’orchestre fouettĂ© avec tension par Gianluca Capuano lui donne une rĂ©plique pleine de sang et de nerf.

En espagnol, en italien, et aussi en français, le tĂ©nor est prĂȘt Ă  relever le dĂ©fi d’un programme plutĂŽt ambitieux. La plage 4 souligne Ă  nouveau le gĂ©nie de Manuel GARCIA : barytĂ©nor et professeur de chant, cĂ©lĂ©brĂ© par Cecilia Bartoli dont le cd MARIA (Malibran) Ă©clairait le sens thĂ©Ăątral et dramatique d’une famille qui, du pĂšre Ă  la fille, de Manuel Ă  Maria, ont incarnĂ© un Ăąge d’or du chant romantique. Ici en français quand il ne force pas trop, le tĂ©nor mexicain sait ciseler un chant cantabile, assez riche en nuances, au français hĂ©las perfectible (les Ă© et les Ăš sont interchangeables entre autres)
 un cycle de coaching s’impose s’il veut reprendre les grands rĂŽles romantiques français. NĂ©anmoins, saluons la belle rĂ©vĂ©lation de cet air en forme de priĂšre, extrait de La Mort du Tasse dont le style reste rossinien dans la coloratoure (Rossini n’a t il pas avant Meyerbeer, inventĂ© l’opĂ©ra romantique français, avec Guillaume Tell en 1828 ?.

PiĂšce maĂźtresse du rĂ©cital : le duo avec sa protectrice Bartoli dans Armida de Rossini. Les plus sĂ©vĂšres ne manqueront pas de relever ici, le chant dur et aux aigus forcĂ©s, d’une tendresse approximative

question de style, de goĂ»t, selon que l’on conçoit Rossini comme tremplin vocal de pure virtuositĂ© ou chant Ă©lĂ©gant capable de sensibilitĂ© Ă©motionnelle
 chacun jugera sur piĂšces. Par contre mĂȘme l’orchestre sonne Ă©chevelĂ© voire mĂȘme brouillon dans le final.

Autre Garcia, en français (Florestan, 7) : Camarena y dĂ©ploie une hargne vocale qu’il maĂźtrise sans forcer. AssurĂ©ment les airs de Garcia lui vont comme un gant car il y met l’intensitĂ© requise, aidĂ© aussi par la langue du livret, l’espagnol qui est sa langue natale (en ce sens l’air « FormarĂ© mi plan con cuidado » / j’élaborerai mon plan avec soin – plage 9-, est la piĂšce de choix, presque 10 mn de feu thĂ©Ăątral qui souligne le gĂ©nie lyrique de l’ouvrage clĂ© de Garcia, – dĂ©jĂ  abordĂ© dans la plage 2, au dĂ©but du rĂ©cital : El poeta calculista) . Ainsi s’il est moins rossinien que « Garcien », Camarena devrait vĂ©ritablement ĂȘtre Ă  son aise et d’un naturel convaincant dans une prochaine production d’un opĂ©ra de Manuel Garcia sur la scĂšne (directeurs d’opĂ©ras que faĂźtes vous ?) 
 Suite de la critique Ă  venir.

—————————————————————————————————————————————————

camarena javier tenor cd review critique cd annonce sur classiquenews decca4833958secondCD, annonce. JAVIER CAMARENA : contrabandista (1 cd DECCA, parution annoncée le 5 octobre 2018). Airs de Garcia, Rossini, Zingarelli
 Les Musiciens du Prince / Gianluca Capuano. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le jour de la parution officielle du cd, le 5 octobre 2018.

—————————————————————————————————————————————————

Approfondir

LIRE notre critique du DVD Le Comte Ory par Cecilia Bartoli et Javier Camarena (Decca)
http://www.classiquenews.com/dvd-rossoni-le-comte-ory-cecilia-bartoli-2011/

VOIR : Les Puritains de Bellini, avec Diana Damrau (DVD Bel Air classiques)
Extrait vidéo
https://www.youtube.com/watch?v=o1jmF55lg0k&vl=en

 

—————————————————————————————————————————————————

Illustrations : Javier Camarena en contrabandista
© Amanda Nikolic

CD, opĂ©ra, critique. BIZET : les PĂȘcheurs de perles, 1864. Nouvelle version complĂšte. ONL Orchestre National de LILLE / A Bloch ( 2 cd Pentatone, 2017).

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD, opĂ©ra, critique. BIZET : les PĂȘcheurs de perles, 1864. Nouvelle version complĂšte. ONL Orchestre National de LILLE / A Bloch ( 2 cd Pentatone, 2017). PERLE DISCOGRAPHIQUE. On peut reconnaĂźtre au nouveau directeur musical de l’ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch, une extension remarquable du rĂ©pertoire de l’Orchestre lillois, le prolongement d’une tradition commencĂ©e, cultivĂ©e avec le chef fondateur Jean-Claude Casadesus, et qui aujourd’hui, affirme ce symphonisme passionnant, ainsi dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra. Souvent minorĂ©, sousestimĂ©, l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet, Les PĂȘcheurs de Perles, appartient Ă  cet orientalisme soit disant “sucrĂ©, artificiel” propre au XIXĂš, un “sous-Carmen”, ou “sous-LakmĂ©”, selon que certains le rattache nĂ©gativement Ă  l’opĂ©ra de LĂ©o Delibes, lui aussi orientalisant. Pourtant ici, ce que rĂ©ussit fort bien Alexandre Bloch, la puissance d’un orchestre surtout dramatique donc efficace, colorĂ©, orchestrĂ© avec raffinement (donc orientalisant) s’impose Ă  nous, dans un geste et une lecture globale qui soignent les Ă©quilibres, la clartĂ© voire la transparence de la pĂąte orchestrale.

 

 

 

Entre puissance et élégance, précision et sensualité,
Alexandre Bloch ressuscite les PĂȘcheurs de Perles du jeune Bizet

 

 

L'Orchestre national de Lille recrĂ©e Les PĂȘcheurs de perles de BizetPour cette version complĂšte de 1893, – premiĂšre mondiale-, le chef a rĂ©uni un cast idĂ©al, soulignant ici la fraĂźcheur et la vitalitĂ© d’une distribution de voix juvĂ©niles. C’est mĂȘme la crĂšme des jeunes chanteurs français dont le relief et le tempĂ©rament propre, sculptent chaque profil psychologique : LeĂŻla, jeune fille d’abord soumise Ă  l’ordre religieux puis amoureuse libre et rebelle ; Nadir, que l’amour transfigure lui-aussi au point de le rendre audacieux et courageux ; Zurga enfin, le plus spectaculaire par la mĂ©tamorphose qui s’opĂšre en lui du dĂ©but Ă  la fin : rival de Nadir, jaloux, colĂ©rique d’abord ; puis complice fraternel d’une idylle qui le hantait et qu’il avait condamnĂ©e
 C’est lui que le spectateur accompagne depuis le dĂ©but, sujet d’un bouleversement comme peu Ă  l’opĂ©ra alors. Du jaloux haineux, Zurga apprend au contact du couple LeĂŻla / Nadir, la compassion et le renoncement.
Julie Fuchs brille en LeĂŻla, par son angĂ©lisme idĂ©alement incarnĂ© / elle annonce Ă©videmment la LakmĂ© de Delibes ; quand ses deux partenaires Cyrille Dubois et Florian Sempey, apportent aux personnages de Nadir et Zurga, le poids et le rĂ©alisme qui convient (entre autres superbe passage, leur duo « Au fond du temple saint », est Ă©noncĂ© avec une finesse qui est emblĂ©matique de toute la lecture). L’intĂ©rĂȘt de l’opĂ©ra du jeune Bizet est de reprendre Ă  son compte le duo tĂ©nor / baryton, gĂ©nĂ©ralement affrontĂ© car rivaux, mais ici, il les fait devenir amis, et finalement complices.
L’orchestre scintille, le choeur diffuse ses vapeurs orientales, et aussi exprime le dĂ©chainement de la foule vorace, avec un aplomb lui aussi superlatif. VoilĂ  qui expose l’opĂ©ra de 1863, ici restituĂ© pour la premiĂšre fois dans une version complĂšte, avec une pertinence qui accrĂ©dite le travail de l’Orchestre National de Lille.
Enfin derniĂšre qualitĂ©, non des moindres, les 3 chanteurs articulent et cisĂšlent un français continument intelligible, maĂźtrise rare pour ĂȘtre relevĂ©e. Que l’on songe aux opĂ©ras baroques recrĂ©Ă©s rĂ©cemment par d’autres Ă©quipes pas aussi scrupuleuses, le souci d’intelligibilitĂ© est rarement aussi fouillĂ© comme ici.
CLIC_macaron_2014Pour leur premier disque lyrique, Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille relĂšvent donc les dĂ©fis de l’opĂ©ra romantique français, dans la puissance comme l’élĂ©gance. A quand leur prochain opus ?
Recréation majeure, CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2018.

——————————————————————————————————————————————————

CD, opĂ©ra, critique. BIZET : les PĂȘcheurs de perles, 1864. Nouvelle version complĂšte. ONL Orchestre National de LILLE / Alexandre Bloch ( 2 cd Pentatone, 2017).

LeĂŻla : Julie Fuchs
Nadir : Cyrille Dubois
Zurga : Florian Sempey
Nourabad : Luc Bertin-Hugault
Les Cris de Paris

Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction

Enregistré au Nouveau SiÚcle, Lille, du 9 au 11 mai 2017
2 CD Pentatone PTC 5186685– 48mn + 61mn

——————————————————————————————————————————————————

VOIR aussi notre reportage vidĂ©o Les PĂȘcheurs de Perles par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (Reportage vidĂ©o en 2 volets, rĂ©alisĂ© au moment de l’enregistrement et de la reprĂ©sentation de l’opĂ©ra en version de concert et spatialitĂ© au Nouveau SiĂšcle de Lille, 2017)

 

http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

bizet-pecheurs-de-perles-a-lille-orchestre-national-de-lille-compte-rendu-par-classiquenews-le-10-mai-2017REPORTAGE VIDEO : Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet, 1863. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch. Partition d’un compositeur de 25 ans, Les PĂȘcheurs de perles du jeune Bizet affirme en 1863 une superbe maturitĂ© : orchestration raffinĂ©e, Ă©lĂ©gance des mĂ©lodies dont des airs devenus mythiques : celui de Nadir (romance), celui de LeĂŻla (Comme autrefois, berceuse avec cor obligĂ©), mais aussi subtilitĂ© des choeurs et sĂ©quences orchestrales finement caractĂ©risĂ©es et contrastĂ©es (le duo d’amour entre Nadir et LeĂŻla enchaĂźne directement sur une nuit d’orage convoquant Ă  la fin du II, l’orchestre et le choeur au grand complet). Si l’action se dĂ©roule Ă  Ceylan, au sein d’une communautĂ© de pĂȘcheurs adorant Brahma, l’orientalisme de Bizet n’est pas celui de FĂ©licien David et plus tard de Delibes (LakmĂ©, dont la partition de Bizet se rapproche de façon surprenante). La richesse du coloris orchestral s’incarne par les timbres instrumentaux de l’orchestre europĂ©en
 Ici c’est moins la sublime loyautĂ© amoureuse de LeĂŻla (proche ainsi de la tragique LakmĂ©), crĂ©Ă©e par un soprano coloratoure, que le personnage tiraillĂ© du baryton Zurga – le chef de la tribu et l’ami de Nadir, qui rejaillit et finit par distinguer nettemnt par son caractĂšre d’abord impĂ©rieux, brutal, puis sa jalousie premiĂšre Ă©cartĂ©e, noble et compatissant, sacrificiel. Cf. le duo au dĂ©but du III, oĂč Zurga en prĂ©sence de LeĂŻla dĂ©cide d’aider les deux amants Ă©prouvĂ©s. Ainsi le jeune Bizet qui trahit ici une maestriĂ  annonçant directement Carmen, ose une fin heureuse pour ses hĂ©ros Ă©perdus : ils pourront fuir la haine et la violence du peuple grĂące Ă  l’ami de Nadir, Zurga, pourtant lui aussi Ă©pris de la belle prĂȘtresse
 L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch en offre en premiĂšre française, la version de 1893 (Urtext)

http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

CD, coffret événement, critique. LEONARD BERNSTEIN : An American in Paris / ONF, 1975, 1976, 1979 (7 cd WARNER classics)

CLIC_macaron_2014CD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. LEONARD BERNSTEIN : An American in Paris / ONF, 1975, 1976, 1979 (7 cd WARNER classics). DĂ©but juillet 1975, Bernstein revient de Salzbourg (oĂč il a dirigĂ© plusieurs sessions de la spectaculaire 8Ăš Symphonie de Gustav Mahler)
 il retrouve Ă  Paris, les instrumentistes de l’Orchestre National de France, pour un programme Berlioz et Ravel (dont l’Orchestre parisien fĂȘte le centenaire alors) qui est l’affiche du TCE de septembre suivant.

 

 

 

Paris, 1975, 1976, 1979, un Américain à Paris
Lenny et le National de France
une entente passionnelle

 

 

 

warner classics bernstein an american in paris cd review critique cd par classiquenews CLIC de classiquenewsL’esprit de camaraderie et la bonhommie fraternelle qui animent le maestro renforcent son empathie avec l’Orchestre français. Une relation qui relĂšve du coup de foudre rĂ©ciproque et que les 7 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Warner dĂ©voilent sans fard : en particulier les cd 5 (rĂ©pĂ©titions du 6 juillet 1975: Alborada del gracioso, ShĂ©hĂ©razade, Concerto pour piano en sol – avec Bernstein au piano, enfin La Valse / cd 6 : concert au TCE du 20 septembre avec Marilyn Horne dans ShĂ©razade, et Boris Belkin pour Tzigane, et en plus des Ɠuvres citĂ©es pour les rĂ©pĂ©titions prĂ©cĂ©dentes, BolĂ©ro dont la fiĂšvre quasi transe emporte toute rĂ©serve
). Le coffret Warner, ajoute aussi les programmes de 1976 (Darius Milhaud : La CrĂ©ation du Monde, Saudades do Brasil, Le Boeuf sur le toit, de nov 1976 / le Concerto pour violoncelle de Schumann, idem / avec Mstislav Rostropovitch) et 1979 (concert Bernstein dirige Bernstein : Suite Symphonique de On the Waterfront, et Danses Symphoniques extraites de l’inusable West Side Story (TCE, septembre 1979).
Ce qui frappe immĂ©diatement c’est l’engagement des instrumentistes, tous solistes, magnifiquement exposĂ©s et fusionnĂ©s, qui suivent le maestro dans des tempi souvent audacieux (ralentis, extatiques dans l’Adagio du Concert pour piano de Ravel oĂč le chef pianiste Ă©tire, allonge la pĂąte et la ligne sonore
). Danse physique, gestuelle amoureuse et directe, qui a vu Bernstein diriger le National, est immĂ©diatement touchĂ© par la charge humaine que le maestro diffuse, Ă  l’orchestre, vers les spectateurs
 la tension est canalisĂ©e idĂ©alement (Horne dans ShĂ©hĂ©razade, d’un legato inoubliable) pour se libĂ©rer au final dans une explosion libĂ©ratrice
 En ce sens sa Valse, entre joie et angoisse, jubilation et inquiĂ©tude, reste exemplaire. Evidemment les critiques parisiens pour certains, ont tirĂ© sur ce « pathos » dĂ©figurant la pudeur de Ravel. Rien de tel en vĂ©ritĂ©, tant la cohĂ©rence de la vision dĂ©fendue par Bernstein articule, Ă©claire chaque dĂ©tail, chaque accent. Le chef ouvrage chaque partition comme un orfĂšvre, trouvant aussi avec Rostro en 1976, le ton juste schumannien. DĂ©monstratif dĂ©boutonnĂ© quasi obscĂšne pour Martinoty, alors critique pour l’Huma avant d’ĂȘtre metteur en scĂšne, qui comment plusieurs erreurs de comprĂ©hension du travail entre le chef et les instrumentistes ; c’est que pour ĂȘtre critique musical il faut avoir chantĂ© ou jouĂ© un instrument pour ĂȘtre compĂ©tent. Visiblement, le commentateur ne connaissait rien au façonnage progressif du matĂ©riau musical (ce que dĂ©voilent les cd du prĂ©sent coffret : Ă  travers la rĂ©pĂ©titions puis le concert) ; surtout Ă  l’éloquente prĂ©cision de la baguette d’un Bernstein capable de faire danser un orchestre grĂące au confort qu’il apporte dans sa direction

warner classics bernstein an american in paris cd review critique cd par classiquenews BBAujourd’hui les bandes parlent d’elles mĂȘmes, fulgurantes et incarnĂ©es comme jamais
 des modĂšles d’engagement participatif, et de tempĂ©rament risquĂ© et assumĂ©, d’autant plus passionnant Ă  notre Ă©poque oĂč la mondialisation tend Ă  uniformiser le son des orchestres et la façon de les diriger. Coffret Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018. D’autant plus opportun pour le Centenaire BERNSTEIN 2018.

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

CD, coffret événement, critique. LEONARD BERNSTEIN : An American in Paris / ONF, 1975, 1976, 1979 (7 cd WARNER classics). CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

 

CD, événement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018).

olafsson vikingur jean sebastian bach critique cd par classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018). Depuis un an, l’écurie DG Deutsche Grammophon Ă©largit la palette de ses talents, en accueillant le pianiste islandais VĂ­kingur Ólafsson dont le prĂ©cĂ©dent programme, premier et convaincant, Ă©tait dĂ©diĂ© Ă  Philip Glass. L’interprĂšte poursuit un parcours sans faute dans ce nouvel album, dĂ©diĂ© Ă  JS BACH dont il sĂ©lectionne PrĂ©ludes et Fugues, originelles et transcriptions, certaines signĂ©es de sa main (air de la cantate « Widerstehe doch der SĂŒnde ».)
 Fragments trĂšs bien choisis du Clavier bien tempĂ©rĂ©, mais aussi Sinfonia (au contrepoint redoutable), 
 transcriptions historiques aussi signĂ©es Busoni, Rachmaninov, Ziloti
 chaque sĂ©quence ainsi enchaĂźnĂ©e, compose un tableau global d’une indĂ©niable cohĂ©rence ; Olafsson prĂ©cisant le gĂ©nie multiforme d’un Bach, maĂźtre du dĂ©veloppement aussi intense, expressif, caractĂ©risĂ© que court. C’est un « maĂźtre de l’histoire courte ». Ou du court mĂ©trage pourrions nous dire plus justement. Quelques exemples d’un parcours qui se fait voyage et traversĂ©e enchantĂ©s ?

Le premier PrĂ©lude exprime ce caractĂšre d’éternitĂ©, hors du temps, avec une liquiditĂ© aĂ©rienne, d’une limpiditĂ© de ton laquelle souligne la clartĂ© contrapuntique et l’éloquence inĂ©luctable du discours musical. Le Chorale d’aprĂšs Kempff est plus incarnĂ©, habitĂ©, personnalisĂ©, d’une pulsion jazzy Ă©tonnante, vive presque saisie dans l’urgence : Olafsson a bien raison de parler du gĂ©nie de Bach, tel un maĂźtre hors style, Ă©clectique et moderne.

Dans le PrĂ©lude BWV 855 : le pianiste rĂ©lise une Ă©lĂ©vation cĂ©leste dĂ©sincarnĂ©e, toute de fluiditĂ© aĂ©rienne, miroir d’un innocence recouvrĂ©e tel un miracle; puis une vivacitĂ© transcendante laisse s’exprimer librement l’énergie de la musique pure : la Fugue est vive, frĂ©missante, nerveuse, Ă©cho d’une ascension plus laborieuse, presque Ăąpre, citant l’effort pour tant de limpiditĂ© coulante.

L’Adagio (plage 5), d’aprĂšs celui pour orgue BWV 528, est le plus long des 35 airs du cd (Ă  part les Variations BWV 989, totalisant 11 mn) : de plus de 5 mn, l’Adagio exprime le retrait des eaux ou la lente et inĂ©luctable immersion dans la nuit calme et tranquille, notturno d’une poĂ©sie qui berce l’ñme. Douceur, prĂ©cision, clartĂ© du jeu et du toucher, le pianiste convainc ; il sait nourrir le crescendo vers plus de lisibilitĂ© ; sait renforcer la sĂ©duction magnĂ©tique de cette piĂšce suspendue, elle aussi hors temps, vrai son de l’éternitĂ©.

Autre cas de figure pour le PrĂ©lude et Fugue BWV 850 : le PrĂ©lude est caractĂ©risĂ©, sa Fugue d’un allant qui renonce et qui montre combien d’ailleurs un Michel Legrand a puisĂ© largement dans cette alternance de dĂ©tente et de tension : l’élasticitĂ© Ă©lectrique, prĂ©cise et fluide du pianiste enchante.
Bel ajout, dans cette compilation personnelle : le Chorale (plage 8), d’une rare intĂ©rioritĂ© lovĂ© dans le mystĂšre du verbe (transcription de Busoni, l’homme des Ă©nigmes), avec justesse d’intonation, la fin qui murmurĂ©e, s’épuise dans l’ombre


Diptyque de la fulgurance Ă©crite, le double volet BWV 847 affirme Ă  l’inverse l’urgence tragique, dramatique, intense du PrĂ©lude (9) ; auquel succĂšde la sublime Fugue elle aussi saisissante par sa rythmique jazzy, jubilation, et joie pure.
La plage 11 se distingue car l’aria BWV 54 est ici transcrit par le pianiste Olafsson lui-mĂȘme : sa progression de l’ombre Ă  la lumiĂšre fait scintiller sa tendresse caressante, son sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă©ternelle


Dans les Variations BWV 989, Vikingur Olafsson fait valoir (plage 18) une trùs subtile gestion du rubato, limpide, clair, expressif et sans appui ni accent qui en ralentirait l’allant.

Pour finir, distinguons enfin, les derniers jalons de ce cycle en tout point captivant. La plage 26, est la Partita originellement pour violon (BWV 1006), transcripte par Rachmaninov : elle étincelle par sa candeur enivrée.

Les plages 30, 31, 32, sont le Concerto pour clavecin BWV 974, lequel rayonne de la mĂȘme façon depuis son Adagio miraculeux de simple enchantement, lĂ  encore suspendu hors temps. Sous le velours suggestif du pianiste, c’est comme la caresse inespĂ©rĂ©e, venue de l’éternitĂ©.
CLIC D'OR macaron 200Enfin, la plage 33, air transcrit par Busoni, est un splendide chorale (BWV 639) qui rĂ©capitule tout ce qui a Ă©tĂ© dit, dĂ©veloppĂ©, ornementĂ©, d’un calme grave presque lugubre comme un carillon funĂšbre mais d’une tranquille certitude. La versatilitĂ© et la justesse dont fait preuve le pianiste islandais rĂ©ussit ici une somptueux hommage au gĂ©nie de Bach : exprimant sa part sidĂ©rante et inventive sans jamais la rĂ©duire Ă  une synthĂšse en virtuositĂ©. Chapeau bas. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

——————————————————————————————————————————————————

CD, événement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018)

Compte-rendu, opĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018, le 4 aoĂ»t 2018. Rossini: Le Barbier de SĂ©ville / Sinivia / Bisanti

Compte-rendu, opĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018, le 4 aoĂ»t 2018. Rossini: Le Barbier de SĂ©ville / Sinivia / Bisanti. En cette pĂ©riode de Coupe du Monde victorieuse, il est de coutume de dire que la France compte autant de sĂ©lectionneurs que d’habitants. Chacun y va de son commentaire sur la tactique menĂ©e ou sur le choix des joueurs prĂ©sents sur le terrain. C’est le mĂȘme sentiment que nous avons pu ressentir Ă  l’issue de la deuxiĂšme et derniĂšre reprĂ©sentation du Barbier de SĂ©ville ce soir Ă  Orange. Si il y avait des supporters de la Juventus de Turin en guise de figurants, c’est bien une seule et mĂȘme Ă©quipe qui Ă©tait sur scĂšne avec comme capitaine le toujours plus charismatique, Florian Sempey.

Une reprĂ©sentation est comme un match, il faut la prendre dans son ensemble et voir ce qui importe le plus : le rĂ©sultat. Nous ferons donc fi des quelques esprits chagrins entendus en sortant du thĂ©Ăątre antique qui par snobisme ou manque de bienveillance aiment critiquer ou jouer au jeu des comparaisons avec les grandes maisons d’opĂ©ra (ici Pesaro ou Paris). Le fameux « c’était bien MAIS
 ». L’écrasante majoritĂ© du public ne s’y est pas trompĂ© en accordant un triomphe Ă  toute la distribution Ă  l’issue des 2h55 de ce grand spectacle.

 

 

 

Barbier de SĂ©ville aux ChorĂ©gies d’Orange 2018

FIGARO CRÈVE L’ECRAN

Par notre envoyé spécial Bertrand Balmitgere

 

 

 

barbier-de-seville-orange-choregies-aout-2018-Lopera-Rossini-Choregies-dOrange_0_729_249Car il faut remettre ce Barbier de SĂ©ville dans son contexte. Celui d’une renaissance patiente et raisonnĂ©e des ChorĂ©gies sous la houlette de Jean-Louis Grinda, son nouveau directeur. DonnĂ© presque pour mort l’étĂ© dernier, voici le festival sur la voie du redressement et Ă  la reconquĂȘte des cƓurs grĂące Ă  une programmation intelligente. AprĂšs un formidable Mefistofele de Boito, le Barbier de Rossini se devait Ă  tout prix de transformer l’essai. Commençons par la mise en scĂšne astucieuse d’Adriano Sinivia. C’est toujours un dĂ©fi que de rĂ©ussir Ă  occuper intelligemment la scĂšne du thĂ©Ăątre antique. VĂ©ritable fiertĂ© pour les orangeois, elle n’en demeure pas moins un casse tĂȘte pour les metteurs en scĂšne. Non seulement il faut tenir compte des dimensions hors norme de l’endroit ouvert au vent et Ă©crasĂ© par la chaleur de l’étĂ© provençal (prĂšs de 40 degrĂ©s ce jour lĂ ) mais il faut offrir au prĂšs de 8000 spectateurs Ă©talĂ©s sur 50 rangĂ©es de gradins en pierre brĂ»lante, une visibilitĂ© satisfaisante.

C’est dans cet esprit que Sinivia nous plonge dans l’ñge d’or du cinĂ©ma italien. C’est la CinecittĂ  qui s’offre Ă  nos yeux. Tout y est : le Vespa, la Fiat 500, les camĂ©ras, les Ă©quipes de tournage, les figurants… il ne manque que Fellini ou Germi ! On circule, on change de costume, on filme, ça papote, le soin apportĂ© aux dĂ©tails est trĂšs impressionnant. On se laisse mĂȘme souvent distraire (pour notre plus grand plaisir) par ce qui se passe en dehors de l’action principale. L’illusion est lĂ  et la magie opĂšre le temps des deux actes de l’Ɠuvre. A ce dĂ©cor s’ajoutaient les traditionnelles projections sur le mur du thĂ©Ăątre antique, ici de Gabriel Grinda. Les gros plans prĂ©-enregistrĂ©s des mimiques des acteurs/chanteurs en rĂ©ponse Ă  certaines actions principales resteront un grand moment. On ne pourra pas dire que cette production manquait d’humour.

Si le cĂŽtĂ© pratique et crĂ©dible du dĂ©cor plaçant l’action dans une Italie marquĂ©e par son aprĂšs guerre sont indĂ©niables, l’aspect modulable pouvait donner l’impression d’une production « Ă  l’économie » sur ce point. C’est un lĂ©ger bĂ©mol qui ne gĂąche en rien notre plaisir mais qui donne parfois une impression de vide. Ce choix dĂ©libĂ©rĂ© renforce d’autant plus l’importance visuelle de ce qui se passe « hors-champ ». Ce postulat se dĂ©fendant, nous nous contenterons de le relever car cela ne fait que reposer la question d’une si grande scĂšne pour une Ɠuvre qui ne nĂ©cessite pas autant d’espace.
Ne perdons pas de vue un Ă©lĂ©ment d’explication plausible. Contrairement Ă  Mefistofele, France TĂ©lĂ©vision « faisait l’effort » de passer la captation du concert du 31 juillet en deuxiĂšme partie de soirĂ©e aprĂšs la Ă©niĂšme diffusion d’un programme sur Roberto Alagna. Il est fort possible – qu’en dehors d’un impĂ©ratif Ă©conomique – qu’Adriano Sinivia est dĂ» tenir compte de cet Ă©lĂ©ment avec Enzo Iorio en charge des dĂ©cors. L’Ɠil nu du tĂ©lĂ©spectateur n’offre pas les mĂȘmes possibilitĂ©s que les camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision. Signalons au passage qu’Enzo Iorio assurait le rĂŽle d’Ambrogio. DĂ©corateur, costumier et chanteur, ce dernier cumule les talents. C’est assez inĂ©dit pour en faire mention.

CĂŽtĂ© distribution justement, Ă©voquons d’entrĂ©e le cas de Ioan Hotea car c’est sans doute le rĂŽle qui fera le plus dĂ©bat. Comment trouver un Comte Almaviva en quelques jours ? Cette question Ă©pineuse a dĂ» hanter Jean-Louis Grinda en apprenant le forfait de Michael Spyres. A l’instar d’Elena O’Connor l’an passĂ© dans AĂŻda, Hotea demeure une belle surprise pour un Lindoro de secours. Sa performance vocale est par moment limitĂ©e mais nous ne parlerons pas de dĂ©ception compte tenu du contexte ; ses talents d’acteur, son dynamisme et son humour communicatif compensent largement. A cela s’ajoute une complicitĂ© convaincante avec le Figaro de Sempey (l’épisode du scooter est grandiose !). Si Hotea est laurĂ©at de plusieurs concours internationaux ce n’est pas le fruit du hasard mais d’un talent qui ne demande qu’à s’affirmer avec le temps. Alors laissons-lui le temps de grandir !

barbier-de-seville-choregies-orange-juillet-aout-2018-florian-sempay-critique-opera-par-classiquenewsVenons en maintenant Ă  l’autre membre du tandem le plus cĂ©lĂšbre de l’opĂ©ra : le Figaro de Florian Sempey. Non seulement c’est dĂ©jĂ  un grand chanteur mais sur ce plateau de cinĂ©ma, nous avions lĂ  un acteur nĂ© ! Quel plaisir de le voir sur scĂšne. Son dynamisme, son humour et sa prĂ©sence ont illuminĂ© cette chaude nuit d’étĂ© provençal. C’est tout le thĂ©Ăątre antique qui Ă©tait sous le charme de Figaro Sempey. Et pourtant tout cela lui semble si naturel ! SĂ»rement la marque d’une future star française de l’opĂ©ra. Nous espĂ©rons le revoir trĂšs vite Ă  Orange et qui sait peut-ĂȘtre parmi la distribution de Guillaume Tell ou de Don Giovanni l’an prochain ?

Si Sempey est Ă  son aise dans le rĂŽle de Figaro que dire du Bartolo campĂ© par Bruno de Simone. HabituĂ© du rĂŽle, il est tout autant crĂ©dible en Bartolo qu’en vieux barbon embourgeoisĂ© des annĂ©es 50. MĂȘme si Ă  l’image de ses petits camarades, il a souffert sur la durĂ©e de la chaleur, sa prestation vocale et scĂ©nique ne souffre d’aucune comparaison.

Mais la star attendue par beaucoup Ă©tait Olga Peretyatko... L’étoile montante de la scĂšne lyrique mondiale a beau ĂȘtre une « soprano 2.0 », elle n’en demeure pas moins une artiste intelligente et avisĂ©e qui sait faire les bons choix artistiques contrairement Ă  certaines de ses jeunes collĂšgues qui succombent un peu trop vite aux sirĂšnes du star system. Longtemps rĂ©ticente Ă  l’idĂ©e d’endosser le rĂŽle de Rosina, la native de Saint Petersbourg Ă©tait clairement un ton au dessus et donne avec Florian Sempey toutes ces lettres de noblesse Ă  cette production. Jamais en difficultĂ©, sa Rosina est espiĂšgle et moderne. A tel point que le couple Almaviva-Rosina pouvait sembler dĂ©sĂ©quilibrĂ© !

Nous dĂ©couvrions Ă©galement Alexei Tikhomirov dans le rĂŽle de Don Basilio. Quelle stature, Ă  tous les sens du terme ! Sa voix puissante et son expressivitĂ© auront sĂ»rement marquĂ© le public. A l’image d’ailleurs du reste de la distribution et des chƓurs, tous partie prenante du succĂšs d’estime de ce Barbier.

Pour mener tout ce petit monde, Giampaolo Bisanti Ă  la tĂȘte de l’orchestre national de Lyon, affirme un rĂ©el talent. Connaisseur du rĂ©pertoire rossinien, le chef milanais Ă©tait Ă  son aise dans la fosse improvisĂ©e du thĂ©Ăątre antique. MalgrĂ© la chaleur celui-ci n’a pas mĂ©nagĂ© ses efforts pour maintenir un tempo soutenu mais toujours avec beaucoup de souplesse et de prĂ©cision. Toujours attentif au moindre dĂ©tail, Bisanti a su Ă©viter le piĂšge de la dĂ©monstration de force tout en maintenant une proximitĂ© Ă©vidente avec son orchestre et les solistes.

Un bilan donc plus que positif qui nous laisse sur une note d’espoir pour les annĂ©es Ă  venir. AprĂšs les annĂ©es Duffaut marquĂ©es par un manque de renouvellement (six “Aida”, cinq “Carmen”, cinq “Nabucco”,
), nous espĂ©rons que l’ùre Grinda continuera sous les mĂȘmes auspices et avec la mĂȘme audace. Nous avons hĂąte d’ĂȘtre Ă  l’étĂ© 2019 pour assister Ă  ces deux Everest musicaux que sont Don Giovanni et Guillaume Tell. A suivre.

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

Compte-rendu, OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 AoĂ»t 2018. Gioachino Rossini (1792-1868) : MĂ©lodrame bouffe en deux actes. Livret de Cesare Sterbini, d’aprĂšs la comĂ©die Le Barbier de SĂ©ville, ou La PrĂ©caution inutile de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.
Mise en scĂšne : Adriano Sinivia ; DĂ©cors : Adriano Sinivia et Enzo Iorio ; Costumes : Enzo Iorio ; LumiĂšres : Patrick MĂ©eĂŒs ; VidĂ©os : Gabriel Grinda. Avec : Ioan Hotea, Le Comte Almaviva ; Bruno de Simon, Don Bartolo ; Olga Peretyatko, Rosina ; Florian Sempey, Figaro ; AlexeĂŻ Tikhomirov, Don Basilio ; Annunziata Vestri, Berta ; Gabriele Ribis, Fiorello ; Enzo Iorio, Ambrogio.
ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon, direction : Aurore Marchand ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, direction : Stefano Visconti. Orchestre national de Lyon; direction musicale : Gianpaolo Bisanti.

 

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, opéra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann
 Petrenko / Kriegenburg

kaufmann-jonas-siegmund-walkyrie-wagner-ring-munich-petrenko-kriegenburg-la-critique-2-sur-classiquenewsCOMPTE RENDU, opĂ©ra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann
 Petrenko / Kriegenburg. Alors que la nouvelle production de Lohengrin Ă  Bayreuth, a finalement trouvĂ© son chevalier en Piotr Beczala, choisi in extremis aprĂšs la dĂ©saffection de Roberto Alagna, Bayreuth 2018 s’enlise faute de vraie politique de qualitĂ©. La magie wagnĂ©rienne se dĂ©place en 
 BaviĂšre, Ă  Munich prĂ©cisĂ©ment, oĂč le festival lyrique au ThĂ©Ăątre National sĂ©vit outrageusement, faisant mĂȘme de l’ombre Ă  la colline verte. A-ton encore raison de dĂ©passer des fortunes pour des places dĂ©sormais surestimĂ©es ? Il y a certes le dĂ©sir de vivre l’expĂ©rience acoustique du thĂ©Ăątre conçu et voulu par Wagner pour son opĂ©ra, mais est-il raisonnable d’attendre autant, de payer autant pour des spectacle de moins en moins convaincants ?

Cette Walkyrie – Munichoise, en tĂ©moigne, grĂące entre autres Ă  l’excellent Siegmund du tĂ©nor Jonas Kaufmann, personnage noir et tragique, dĂ©sespĂ©rĂ© et si humain : le pĂšre de Siegfried trouve dans son chant rauque, viscĂ©ral et naturel, une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. – Que l’on retrouvera d’ailleurs ce 18 aoĂ»t prochain Ă  Gstaad, au Festival Menuhin, oĂč l’Orchestre du Festival sous la direction de Jaap van Zweden, dirige l’acte I de La Walkyrie : cet acte justement oĂč Wagner expose et dĂ©veloppe l’amour incestueux des Welsungen, Sieglinde (mariĂ©e Ă  l’infect Hunding) et Siegmund, maudits mais bouleversants. Le chef Kirill Petrenko, habituĂ© de Bayreuth, dirige avec tact, prĂ©cision, force et mĂȘme ironie (la ChevauchĂ©e des Walkyries sonne comme un fracas de jugement dernier et comme une nuit de panique impuissante) ; de mĂȘme, le maestro n’oublie pas que dans cette partition, se prĂ©cise surtout la condamnation de la walkyrie ingrate et rebelle au pĂšre : de fait, la colĂšre de Wotan (Wolfgang Koch au format limitĂ© mais au chant sincĂšre), en papa outragĂ© et surtout trahie, s’exprime magnifiquement, comme ses adieux dĂ©chirants Ă  sa fille bien aimĂ©e, dans la scĂšne du feu final. Petrenko, sait surtout creuser les rĂ©seaux Ă©motionnels qui soutiennent une action surtout psychologique dont l’orchestre est la voix privilĂ©giĂ©e.
Ainsi on comprend la haine juste de l’épouse outragĂ©e, Fricka, Ă  laquelle Wotan doit des excuses et un respect inaltĂ©rable : il revient Ă  Ekaterina Gubanova, le mĂ©rite d’incarner subtilement ce personnage de louve souvent outranciĂšre ailleurs.
Reste le joyau de ce plateau quasi parfait, le Siegmund de Jonas Kaufmann dont la vĂ©ritĂ© du chant, sa qualitĂ© de diseur, l’éclat du loup condamnĂ© mais digne, bouleversent littĂ©ralement : son duo amoureux, magnĂ©tique avec la Sieglinde de Anja Kampe, actrice et chanteuse comme lui, brĂ»lĂ©e, dĂ©truite mais ardente et d’une gĂ©nĂ©rositĂ© ivre (parfois peu juste vocalement, mais quelle prĂ©sence et quel engagement), demeure mĂ©morable. Les parents de Siegfried, le hĂ©ros Ă  venir, sortent gagnants de cette lecture viscĂ©rale, intĂ©rieure, sincĂšre.
Jonas Kaufmann s’avĂšre aussi bouleversant dans sa rencontre avec la Walkyrie, celle dont vient le salut : Ninna Stemme, suĂ©doise wagnĂ©rienne avĂ©rĂ©e, fait de BrĂŒnnhilde, un rĂŽle lui aussi bouleversant, dont le fil dĂ©chirant, de guerriĂšre quasi divine, Ă  femme dĂ©chue, punie, saisit par sa vĂ©ritĂ©. D’autant que les aigus passent la fosse et transpercent le coeur et l’ñme par leur justesse. Elle devient soudainement petite fille apeurĂ©e quand le pĂšre proclame la sentence de sa dĂ©chĂ©ance coupable. VoilĂ  qui rĂ©tablit la musique wagnĂ©rienne Ă  sa premiĂšre qualitĂ© : non pas sa puissance, mais sa capacitĂ© psychanalytique, dĂ©voiler la psychĂ© des Ăąmes et nous faire partager leurs chutes et leurs vertiges.
wagner-munich-ring-petrenko-kriegenburg-jonas-kaufmann-critique-opera-par-classiquenewsD’autant que la mise en scĂšne d’Andreas Kriegenburg s’impose par son intelligence et son souci elle aussi de la justesse, Ă  la fois poĂ©tique et visuelle. De menus dĂ©tails, soulignent ce qui fait sens, ce qui se produit, simultanĂ©ment au chant oĂč Ă  la musique ; autant d’indices clĂ©s qui font un spectacle fluide, oĂč les chanteurs ne campent pas des types et des situations dĂ©jĂ  prĂ©visibles. La Walkyrie est un opĂ©ra sur le sacrifice, c’est Ă  dire le sang versĂ©, l’amour immolĂ© ; mort de Siegmund et Sieglinde, (aprĂšs celle d’Hunding), sacrifice emblĂ©matique de la Walkyrie surtout qui prĂ©fĂ©rant sauver les amants maudits et le fruit de leurs entrailles (Siegfried bĂ©bĂ©), perd tout (statut, pouvoir, libertĂ©, famille
) ; Kriegenburg fait de la ChevauchĂ©e des Walkyries n’ont pas une courses hystĂ©risĂ©e mais une machine infernale, indomptable par sa cruautĂ© concrĂšte, que le spectateur peut mesurer par le champs d’épieux oĂč sont piquĂ©s, comme des insectes, les corps des hĂ©ros tuĂ©s, sacrifiĂ©s
 promis certes au Walhala. Mais chairs Ă  Ă©pĂ©e. L’émotion Ă©treint le cƓur du spectateur confrontĂ© Ă  la justesse de ces tableaux, musicalement, thĂ©Ăątralement rĂ©ussis. Belle rĂ©alisation Ă  Munich, au Bayerische Staatsoper ce 22 juillet, qui Ă©tait aussi le dernier volet de la JournĂ©e wagnĂ©rienne, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e, comme le cycle entier, en janvier 2018. Le Ring Petrenko / Kriegenburg s’achĂšve cet Ă©tĂ© (Siegfried, ce 24 juillet / puis Le CrĂ©puscule des dieux, ce 27 juillet 2018). Illustrations : © Wilfried Höst.

VOIR aussi le teaser de cette production du Ring de Wagner Ă  Munich
https://www.staatsoper.de/17-18/ring.html

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE RENDU, opéra. MUNICH,Nationaltheater, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann


Wagner, Richard : Die WalkĂŒre / La Walkyrie
Der Ring des Nibelungen, PremiÚre journée (3 actes)
Création le 26 juin 1870 à Munich (Théùtre de la Cour)

Siegmund: Jonas Kaufmann
Hunding: Ain Anger
Wotan : Wolfgang Koch
Sieglinde: Anja Kampe
BrĂŒnnhilde: Nina Stemme
Fricka: Ekaterina Gubanova


Bayerisches Staatsorchester
Kirill Petrenko, direction
Andreas Kriegenburg, mise en scĂšne

COMPTE RENDU, GSTAAD Menuhin Festival 2018. WEEK END 1 : 13,14, 15 juillet 2018. SEASONS RECOMPOSED : Haydn, Vivaldi, Richter, Piazzolla

gstaad-festival-yehudy-menuhin-festival-academy-presentation-concerts-edition-2018-par-classiquenews-highlightsCOMPTE RENDU, GSTAAD Menuhin Festival 2018. WEEK END 1 : 13,14, 15 juillet 2018. SEASONS RECOMPOSED. Pour son premier cycle de concerts inaugurant sa 62e Ă©dition en 2018, le Gstaad Menuhin Festival (Saanenland, Suisse) a prĂ©sentĂ© un premier triptyque passionnant. Son directeur gĂ©nĂ©ral (et artistique) Christophe MĂŒller (depuis 2002) ne s’économise aucun effort ni aucune audace pour sĂ©duire et surprendre aussi un public particuliĂšrement fidĂ©lisĂ©. Chaque Ă©tĂ©, les festivaliers sur les cimes ne s’autorisent pas seulement les joies du plein air ni le vertige esthĂ©tique que les meilleurs artistes peuvent parfois procurer. Chacun ici peut mesurer la pertinence d’une programmation trĂšs habilement conçue, qui sait inscrire l’offre musicale dans un environnement unique au monde … la nature miraculeuse des paysages suisses, ses villages, chalets et Ă©glises, lacs et sentiers de randonnĂ©e, particuliĂšrement prĂ©servĂ©s, ses forĂȘts et ses arĂȘtes montagneuse dessinĂ©es comme dans une composition idyllique, y orchestrent le plus bel Ă©crin d’un festival enchanteur.

 

 

 

GSTAAD-photo-classiquenews-eglise-chruch-saanen-juillet-2018-copyright-classiquenews-concert-presentation-GSTAAD-Menuhin-festival

 

L’Ă©glise de Saanen, lieu mythique, Ă©lu dĂšs 1957 par Yehudi Menuhin, pour le premier festival de musique classique © studio CLASSIQUENEWS.COM 2018

 

 

 

L’ARCADIE SUISSE. On comprend face au motif naturel combien le paysage du Saanenland est un conservatoire de la nature Ă  grande Ă©chelle. L’Arcadie chĂšre  aux poĂštes et aux artistes s’incarne ici avec un naturel et une Ă©vidence d’une exceptionnelle façon; ce d’autant mieux que le thĂšme gĂ©nĂ©rique du festival Menuhin 2018, s’intitule ” les Alpes”. Hommage Ă  la sainte Nature donc, au profil majestueux, spectaculaire comme rassurant des massifs montagneux … autant de thĂšmes et de motifs prĂ©sents et mĂȘme sublimĂ©s sous la plume de Joseph Haydn dont l’oratorio Les Saisons de 1801 donnĂ© au coeur de ce premier week end, aura marquĂ© son dĂ©roulement, comme un accomplissement majeur. On ne pouvait imaginer meilleure amorce pour des festivitĂ©s pastorales et musicales programmĂ©es jusqu’au 
 1er septembre.

launen-lec-view-gstaad-menuhin-festival-concerts-2018-by-classiquenews-gstaad-saanen-menuhin-festival-presentation-2018
 

Joyau des lieux, le lac de Launen (DR / office de Tourisme GSTAAD)

 

 

 

Pour son 1er week end d’ouverture, le Festival Menuhin de Gstaad en Suisse (Saanenland) offre un somptueux triptyque : Vivaldi / Richter, Haydn, Vivaldi / Piazzolla


Sublimes saisons inaugurales Ă  Gstaad

Les 13, 14 et 15 juillet 2018

  

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

MCcreesh paul gstaad menuhin festival par classiquenews 02_dsc_1701_fuer_newsticker-465Eglise de Saanen, samedi 14 juillet 2018. Avant de le jouer en France Ă  Beaune, Paul McCreesh s’affirme en dĂ©fenseur de l’oratorio Les Saisons. Le chef fondateur des Gabrieli, prĂ©sente Ă  Gstaad, un travail spĂ©cifique sur l’oeuvre de Haydn la moins connue donc la plus mĂ©sestimĂ©e. Nous n’irons pas jusqu’Ă  dĂ©clarer qu’il s’agit d’une piĂšce maĂźtresse valant le Messie de Haendel ou la 9e de Beethoven (comme s’ingĂ©nie Ă  le proclamer en introduction le maestro trĂšs enthousiaste Ă  l’idĂ©e d’interprĂ©ter plus de 3h de musique) ; mais dans la suite de son chef d’oeuvre, La CrĂ©ation (Die Shöpfung, Vienne, 1799) dont il reprend l’orchestre et le dispositif vocal (choeur omniprĂ©sent et dramatique, 3 solistes), Haydn cisĂšle 2 ans plus tard, et davantage encore, la caractĂ©risation de chaque saison, grĂące Ă  un raffinement instrumental plus riche, oĂč signe du gĂ©nie, il s’agit moins de dĂ©crire que de suggĂ©rer chaque caractĂšre climatique, comme chaque situation Ă©motionnelle et humaine qui lui est reliĂ©e. Les plus grands chefs et dans des effectifs Ă©videmment plus larges, – Bernstein, Solti, Karajan ont voulu mesurer l’imagination dĂ©bordante du dernier Haydn. Paul McCreesh leur emboĂźte leur pas, dans des effectifs rĂ©duits et une caractĂ©risation millimĂ©trĂ©e.

 

Armida de Haydn en tournĂ©eSAISONS RECOMPOSÉES, SAISONS RÉENCHANTÉES
 On reste saisi par ce travail d’orfĂšvre qui imprime Ă  la tenue continue de l’orchestre, son expressivitĂ© jaillissante et qui module et varie ses accents selon le temps de ce « drame atmosphĂ©rique » : comme un tapisserie « mille fleurs », la partition dense, Ă©lĂ©gante, est constellĂ© de joyaux musicaux. McCreesh a rĂ©Ă©crit lui mĂȘme le livret en anglais d’aprĂšs la mauvaise traduction allemande commise par le baron van Swieten (lui-mĂȘme rĂ©adaptant souvent le poĂšme anglais originel de James Thomson) ; le chef rĂ©tablit l’accord d’un texte poĂ©tique avec les nuances tĂ©nues d’une partition au fini mozartien,
 qui se souvient aussi des grandes masses comme de l’élĂ©gance haendĂ©lienne (le modĂšle absolu pour le genre oratorio et que Haydn prĂ©sent Ă  Londres a pu Ă©tudier minutieusement); l’auditeur distingue aussi des couleurs et une conception de l’Ă©quilibre sonore prĂ©figurant Schubert, dans les motifs poĂ©tiques et littĂ©raires du texte, dans le caractĂšre aussi de nombreuses sĂ©quences oĂč la tendresse et l’intime façonnent la rĂ©alisation dans le sens d’un lied: parure orchestrale millimĂ©trĂ©e, chant proche de la confession pudique et de la parole fraternelle, 
 l’intonation gĂ©nĂ©rale dĂ©fendue par le chef et ses Ă©quipes dĂ©tecte chez Haydn, le peintre inspirĂ© par son sujet, douĂ© d’une sensibilitĂ© et d’une imagination voire d’une verve sans limite. Tout l’esprit du Wanderer comme la Symphonie « Pastorale » (n°6) de Beethoven se profilent dĂ©jĂ  chez Haydn avec une Ă©tonnante justesse. Il y rĂšgne dĂ©jĂ  le souffle et l’irrĂ©pressible jubilation des oratorios romantiques de Mendelssohn et de Schumann.

Certes il y a parfois des dilutions du discours, qui sont rĂ©pĂ©titions ; voire des longueurs permises et excusĂ©es par un crĂ©ateur prolixe, mais l’Ă©lĂ©gance de l’Ă©criture sait demeurĂ©e proche de l’idĂ©al des LumiĂšres dont Haydn, avec Mozart, reste le plus grand ambassadeur. Dans l’Hiver, aprĂšs avoir dĂ©voiler comme d’une morale, le parallĂšle du cycle des saisons avec les Ă©tapes de la vie humaine, Haydn soigne son dernier choeur (plus grandiose et serein que celui de « La CrĂ©ation »), la sĂ©quence est une sublime priĂšre collective cĂ©lĂ©brant la fragilitĂ© humaine et le miracle d’une nature Ă©ternelle. Qui n’a pas ressenti ce sentiment d’humilitĂ© et d’admiration, de grandeur comme de vanité  au pied des Alpes ?

 

 

mccreesh-paul-festival-gstaad-menuhin-festival-2018-seasons-review-critique-by-par-classiquenews

 

 

McCreesh connaĂźt bien l’oeuvre pour la dĂ©fendre depuis au moins 2012 lorsqu’il dirigeait les Gabrieli dans un effectif plus Ă©toffĂ©. Cela rend la lecture Ă  Saanen d’autant plus intĂ©ressante sur instruments anciens et dans un format sonore scrupuleusement rĂ©glĂ© : le geste cible et obtient une transparence accrue, des couleurs nettes, et pourtant admirablement fluidifiĂ©es dans une conception d’ensemble trĂšs architecturĂ©e. Le jeu des Ă©quilibres entre solistes choeur, chant de l’orchestre perce avec une acuitĂ© comme revivifiĂ©e, dĂ©voilant avec plus de vitalitĂ© encore l’enchaĂźnement des formes et des dispositifs que Haydn assemble avec imagination : duos, trios, solos avec chƓur, mystĂ©rieux et pĂ©nĂ©trants prĂ©ludes orchestraux, amples sĂ©quences chorales (la kermesse pour les vendanges et la chasse, dans « L’Automne”), scĂšnes et situations si proche de l’opĂ©ra, 
 dĂ©signent un Haydn expĂ©rimental, facĂ©tieux et libre.
Le trio de solistes aux cĂŽtĂ©s des choeurs en verve et en prĂ©cision, renforce l’impact dramatique de chaque Ă©pisode
 au point de convoquer bien souvent l’opĂ©ra dans ce cadre oratorio si mouvant. La soprano familiĂšre de la partition, Carolyn Sampson sĂ©duit continĂ»ment, par sa grĂące inspirĂ©e et son timbre flĂ»tĂ© ; le tĂ©nor Jeremy Ovenden et la basse Ashley Riches savent toujours prĂ©server l’articulation du texte et aussi le sens de la situation, comme pour ce dernier, la morale de l’oratorio, dans son dernier air (Hiver) quand par sa voix, Haydn dĂ©voile qu’à travers le cycle des saisons, se lit les Ă©tapes d’une vie terrestre, si fragile et si vaine


VoilĂ  donc un programme particuliĂšrement bien inscrit dans le thĂšme de cette annĂ©e. Le souffle miraculeux de la nature sous tous ses aspects et Ă  travers le cycle des saisons, la tendresse (et la drĂŽlerie) des scĂšnes humaines qui en tĂ©moignent, composent une fresque passionnante Ă  suivre et Ă  vivre. La partition a diffusĂ© ainsi sa puisante Ă©nergie trouvant en Paul McCreesh son plus fervent interprĂšte. La cohĂ©rence du programme de ce soir s’inscrit aussi comme une nouvelle Ă©tape de sa « rĂ©sidence » au Gstaad Menuhin Festival… AprĂšs un concert hommage Ă  Menuhin en 2016 pour le centenaire du violoniste et pour les 60 ans du Festival, et aprĂšs, l’an dernier, un fabuleux Messiah de Handel non moins passionnant.

 

 

——————————————————————————————————————————————————

 

 

SAANEN, Ă©glise, vendredi 13 juillet 2018. Pourtant, c’est devant une nef comble, que le violoniste britannique Daniel Hope inaugurait, la veille, le 62Ăš Festival, dans un programme qui Ă©clairait tout autant le thĂšme Nature et Musique. Les Saisons de Vivaldi y Ă©taient « recomposĂ©es », – et comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es par le regard et l’imagination du compositeur contemporain Max Richter. Un enregistrement paru en 2012 au moment de la crĂ©ation de ses nouvelles Saisons de Vivaldi a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© par Daniel Hope le dĂ©dicataire, chez Deutsche Grammophon.
Il existe sur Youtube un document intégral dévoilant le travail de Max Richter à partir de Vivaldi : ici.

 

 

daniel-hope-seasons-vivaldi-max-richter-vivaldi-recomposed-concert-review-critique-de-concert-par-classiquenews-gstaad-menuhin-festival-2018-concert-review

 

 
C’est une opĂ©ration de dĂ©construction minutieuse et de reconstruction / recomposition respectueuse (ajout d’une harpiste, pour enrichir encore la palette des timbres des cordes seules) oĂč Richter s’approprie les thĂšmes, et les cellules rythmiques dont il fait souvent le noyau de sĂ©quences rĂ©pĂ©titives qui ont la force hypnotique des oeuvres de Philip Glass. NĂ©oclassique et post romantique, minimaliste aussi on l’aura compris, l’auteur germanique nĂ© en 1966, tout en rĂ©Ă©crivant chaque saison de Vivaldi, leur apporte une nouvelle vie, un dĂ©mantĂšlement recrĂ©atif qui en interroge et exalte la profonde modernitĂ©. Jouer Vivaldi originel puis la rĂ©Ă©criture ciselĂ©e par Richter, rĂ©alise une singuliĂšre expĂ©rience oĂč l’auditeur, confrontĂ© / exposĂ© Ă  un canevas neuf et imprĂ©vu, semble (re)dĂ©couvrir ce qui fait l’impact, la force voire l’irrĂ©vĂ©rence audacieuse du matĂ©riau d’origine, et c’est tout Ă  coup, sous le feu communicatif d’un Daniel Hope, bienheureux et trĂšs communicatif Ă  l’endroit de chaque musicien du ZĂŒrcher Kammerorchester, comme si l’on Ă©coutait pour la premiĂšre fois un Vivaldi rĂ©Ă©clairĂ©, ressuscitĂ© : poĂ©tiquement vertigineux / rythmiquement rĂ©volutionnaire. Une (re)dĂ©couverte qu’on Ă©prouve face Ă  une fresque ou un tableau restaurĂ©, ayant gagnĂ© un surcroĂźt d’intensitĂ©, de contrastes, de profondeur…
D’autant que le violoniste qui a su cultiver une relation privilĂ©giĂ©e avec Yehudi Menuhin, le fondateur du Festival en 1957, dĂ©fend ici une lecture surexpressive, incarnĂ©e, parfois vive et musclĂ©e, jamais dĂ©monstrative ni exclusivement « excitĂ©e ». Relief, articulation, architecture
 tout s’inscrit dans une approche vive certes mais aussi trĂšs dĂ©taillĂ©e et caractĂ©risĂ©e de chaque saison (avec adjonction pour varier et colorer le continuo d’une guitare baroque ou d’un thĂ©orbe selon l’épisode).

 

richter max vivaldi seasons recomposed critique concert classiquenews max-888x700La « version II » signĂ©e Richter Ă©blouit elle, par le mĂȘme engagement sincĂšre, une exaltation sonore qui cristallise cette quĂȘte sombre et scintillante, – enveloppante et extatique selon sa propre sensibilitĂ© (Ă©couter son autre crĂ©ation rĂ©cente Dream III du cycle SLEEP, vĂ©ritable priĂšre / hymne Ă  la bĂ©atitude sereine, suspendue)-, en particulier toute la premiĂšre sĂ©quence, conduite comme un immense crescendo, repris ensuite dans « Autumn III », – pour nous la rĂ©invention la plus puissante conçue par l’Allemand d’aprĂšs la source vivaldienne. Belle mise en perspective, bel enrichissement en dialogue qui de Vivaldi Ă  Richter, offre pour le festivalier, une formidable expĂ©rience sensorielle. C’est moins une paraphrase qu’une relecture conçue comme une rĂ©itĂ©ration riche en irisations et sensations subjectives qui ne font, au final, que rĂ©vĂ©ler l’insondable gĂ©nie de Vivaldi.

SLEEP / Dream 3 de Max Richter :
https://www.youtube.com/watch?v=AwpWZVG5SsQ

 

 

hope-daniel-gstaad-festivla-menuhin-juil18-critique-review-classiquenews-2018-Menuhin-gstaad-festival
  

 

——————————————————————————————————————————————————

SAANEN, Ă©glise, dimanche 15 juillet 2018. En guise de 3Ăš (et dernier) volet du triptyque « SEASONS RECOMPOSED », c’est un (autre) passionnant chapitre que le concert « Tango Seasons », et Ă  double visage lui aussi : Vivaldi d’un cĂŽtĂ© / Piazzolla de l’autre. La confrontation des deux Ă©critures et dans le mĂȘme effectif -avec adjonction du bandonĂ©on pour les saisons de l’Argentin, s’avĂšre d’un intĂ©ressant apport car la rythmique vivaldienne dĂ©jĂ  trĂšs caractĂ©risĂ©e et changeante, trouve un Ă©cho survoltĂ© chez Piazzolla dont les effets d’abandon et de ralentis puis de frĂ©nĂ©sie parfois extatique, semble heureusement dialoguer avec l’illustre VĂ©nitien. L’investissement qu’y concentre le bandonĂ©oniste Mario Stefano Pietrodarchi- rictus et gestuelle Ă  l’avenant, fait imploser littĂ©ralement tout ce que nous avions vu et Ă©coutĂ© jusqu’alors : dans une approche chorĂ©graphiĂ©e, voire hallucinĂ©e que certains trouveront outrĂ©e et dĂ©bordante, mais qui construit pas Ă  pas, un Piazzolla d’une ivresse fiĂ©vreuse, thĂ©ĂątralisĂ©e, souvent lascive et soudainement grave comme suspendue; de ce point de vue c’est l’Hiver (chez Vivaldi comme chez Piazzolla) qui nous aura rĂ©ellement le plus convaincu. Les instrumentistes comme galvanisĂ©s par la personnalitĂ© du bandĂ©oniste, toute en inflexions et indications (des mains, du visage, des intentions expressives), osent davantage et respirent mieux.

 

 

GABETTA-bandoneon-TANGO-SEASON-PIAZZOLLA-VIVALDI-concert-gstaad-festivla-menuhin-saanen-concert-review-la-critique-concert-par-classiquenews

 

 

Curieusement alors qu’ils sont sur instruments anciens, donc cordes en boyau, les musiciens s’entĂȘtent en une sonoritĂ© lisse, avare en rebonds et aspĂ©ritĂ©s, en une Ă©mission qui comme celle du violoniste solo AndrĂšs Gabetta (le frĂšre de la violoncelliste Sol), demeure souvent petite, resserrĂ©e, dĂ©taillĂ©e certes, tĂ©nue continĂ»ment. Les musiciens de Daniel Hope ont dĂ©fendu avec plus de contrastes et de relief, l’une des partitions les plus musclĂ©es du rĂ©pertoire baroque. HĂ©las la comparaison est facile mais dans la continuitĂ© des concerts, inĂ©vitable.

 

 

PIAZZOLLA-BANDONEON-concert-gstaad-menuhin-festival-season-tango-passion-critique-concert-review-vconcert-par-classiquenews-GSTAAD-MENUHIN-festival-2018Par contre la combinaison du bandonĂ©on et des cordes quasi filigranĂ©es de la Cappella Gabetta est dans le Piazzolla, d’une meilleure qualitĂ© poĂ©tique et expressive, d’une toute autre Ă©vidence ; les musiciens classiques semblant s’approprier le tempĂ©rament- feu mordant voire hargne, langueur et abandon, du joueur de bandonĂ©on, au chant d’une lascivitĂ© quasi 
bestiale. A son contact, les musiciens baroques ont paru transfigurĂ©s, offrant dans le cas d’AndrĂšs Gabetta, une belle complicitĂ© avec le bandonĂ©on, – dans l’Hiver donc : fusion des timbres qui dialoguent aussi et dans une Ă©gale vibration.

 

 

vivaldi opera giustinoVIVALDI, SOURCE INEPUISABLE… Qu’il s’agisse de Hope ou de Gabetta, les deux concerts, dirigĂ©s par deux solides violonistes, ont permis de rĂ©Ă©couter la formidable « furia » du Pretre Rosso, dans son cycle le plus poĂ©tique et le plus innovant. Le mettre en dialogue avec Piazzolla et Richter, aiguise davantage son acuitĂ©, comme si Vivaldi confrontĂ© aux compositeurs qui lui succĂšdent, plutĂŽt que de relativiser et souligner les faiblesses de son invention, la dĂ©voilait mĂȘme sous un angle nouveau, n’atteignant en rien sa formidable unitĂ© poĂ©tique.
Christophe MĂŒller Ă  choisi les Alpes et donc la nature comme thĂšme gĂ©nĂ©ral du festival Menuhin : on ne pouvait lĂ  encore aprĂšs Hope et McCreesh, espĂ©rer meilleure cristallisation de cette intention. Les Saisons orchestrent finalement une formidable « thĂ©atralisation » du motif naturel ; changeant, Ă©ternel, douĂ© de mĂ©tamorphoses qui appellent au pur onirisme
 Ă  l’extase de Richter (romantique en cela), succĂšde la cabrure amoureuse et convulsive, viscĂ©rale et « cathartique », de Piazzolla sur le thĂšme ; car le concert de dimanche, faisant danser la musique au rythme des saisons, s’est achevĂ© dans un fracas orageux, le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments soudainement survoltĂ©s rĂ©pondant Ă  la transe des musiciens sur scĂšne (Piazzolla, et le dernier compositeur qui fermait ce chapitre). Musique et Nature…. Une Ă©quation qui prend tout son sens ici chaque Ă©tĂ© Ă  Gstaad. Et qui fait du Menuhin festival, un passionnant laboratoire musical, offert dans des Ă©crins champĂȘtres d’une tenace poĂ©sie. Premier week end trĂšs rĂ©ussi.

 

 

GABETTA-tango-passion-vivaldi-piazzolla-saisons-gstaad-menuhin-festival-saanen-concert-critique-concert-review-concert-par-classiquenews

 

 

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

gstaad-menuhin-festival-academy-2018-vignette-GFJUSQU’AU 1er SEPTEMBRE 2018. ENCORE de trĂšs nombreux concerts Ă  GSTAAD et dans le SAANENLAND, jusqu’au 1er septembre 2018 : de quoi organiser un sĂ©jour inoubliable en Suisse (canton de Bern) 
 ainsi recomposer l’oeuvre et l’inspiration de Brahms au bord du lac de Thoune, revivre les vertiges d’Une Symphonie alpestre / Eine Alpensinfonie de Strauss (sous la direction de Gergiev et le Mariinsky orchestra, St-Petersbourg, le 24 aoĂ»t, l’un des temps forts du Festival), sans omettre les multiples concerts jeunes talents dans les Ă©glises champĂȘtres du territoire, ni les grands rĂ©citals lyriques sous la tente, cette annĂ©e avec les tĂ©nors lĂ©gendaires, Jonas Kaufmann dans Wagner (Siegmund de La Walkyrie, Acte I, le 18 aoĂ»t) et le rossinien mozartien belcantiste de charme Juan Diego Florez (le 31 aoĂ»t, rĂ©cital « les Alpes dans l’opĂ©ra italien, avec Olga Peretyatko)
 Et si le Festival MENUHIN Ă  GSTAAD Ă©tait le meilleur des Festivals Suisses de l’étĂ© ? A suivre sur CLASSIQUENEWS, pendant tout l’étĂ©, en juillet et en aoĂ»t, les « temps forts » du Festival 2018 et les vidĂ©os de l’offre digitale, Ă©ditĂ©e par le Festival.

 

 

——————————————————————————————————————————————————

TOUTES LES INFOS sur le site du Festival : GSTAAD MENUHIN Festival & Academy 2018

——————————————————————————————————————————————————

Toutes les photos des concerts du Festival MENUHIN, GSTAAD / SAANEN © Raphael Faux 2018

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

gstaad-menuhin-digital-festival-classiquenews-schedule-calendrier-des-captations-et-diffusions-par-classiquenewsLe FESTIVAL MENUHIN à GSTAAD sur le net
 Retrouvez aussi les moments forts du Festival MENUHIN à GSTAAD sur la chaßne digitale du Festival. Voici les prochaines diffusions depuis la plateforme dédiée du Gstaad MENUHIN Festival :
Concerts : Tango Seasons du 15 juillet 2018, Chiaroscuro Quartett du 17 juillet, Sol Gabetta du 27 juillet et Ein Deutsche Requiem de Brahms du 12 aoĂ»t. A suivre sur le site gstaad digital festival : https://www.gstaaddigitalfestival.ch – y sont prĂ©sentĂ©s entretiens d’artistes, focus sur les programmes, photos, activitĂ©s des coulisses, 


——————————————————————————————————————————————————

 
 

CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe)

doisy alexandre saxophone so french cd klarthe critique cd cd review par classiquenews 3149028107425CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe) — VeloutĂ© (proche de la clarinette basse) et pourtant mordant (comme tuyautĂ© et flĂ»tĂ©), le timbre du somptueux saxophone d’Alexandre Doisy distille sa sĂ©duction sonore avec une Ă©tonnante intĂ©rioritĂ© suggestive dans le premier tableau : Impressions d’Automne d’AndrĂ© Caplet (1905), riche en nuances d’un gris nostalgique, suspendu et rĂȘveur comme surgi d’un songe encore envoĂ»tĂ©. MĂȘme calme souverain, imperturbable, hors du temps rĂ©el et efficace dans le « Choral varié » de D’Indy (1903), auquel l’instrument en ondes rondes et sourdes, trĂšs bien tenues sur la longueur, apporte un galbe recueilli, avec cette couleur sombre et grave propre au compositeur français.

Le soliste fait de son instrument un vĂ©hicule inspirĂ© superbement chambriste aux accents surtout introspectifs, taillĂ© pour le rĂȘve, la rĂ©itĂ©ration, le souvenir (voire une certaine gravitĂ©).
Le plus long tableau de ce rĂ©cital titre et sĂ©quence rare au concert : « LĂ©gende » de Georges Spork, Ă©galement dĂ©but du siĂšcle (1905) affirme plus nettement le timbre cuivrĂ© du saxo ; c’est une ample fantaisie plutĂŽt trĂšs caractĂ©risĂ©e et de plus en plus rĂȘveuse : la piĂšce comme la majoritĂ© porte la dĂ©dicace Ă  l’amĂ©ricaine et mĂ©cĂšne Elise Hall, laquelle a commanditĂ© nombre de ces piĂšces composĂ©es pour le saxophone.

Récital français du saxophoniste Alexandre Doisy

Gravitas fruitée du saxo soliste

La MĂ©ditation de ThaĂŻs confirme les mĂȘmes dispositions pour le chant intĂ©rieur ; elle contraste avec la Rhapsodie plus libre et enjouĂ©e, d’une grĂące aĂ©rienne de Debussy qui l’écrivit Ă  l’époque de PellĂ©as et dont l’esprit Ă  la fois continu et ondulant Ă©voque aussi la souple texture du triptyque La Mer. Les deux instrumentistes (belles ondulations quasi « picturales » du piano de Claudine Simon) en expriment toute l’activitĂ© irrĂ©pressible et la caresse chantante presque enivrĂ©e et lascive comme l’ossature plus nerveuse.
Autre « LĂ©gende » 
 celle de Florent Schmitt (1918) : l’opus est avec la piĂšce Ă©ponyme de Sporck et la Rhapsodie de Debussy (d’une durĂ©e Ă©gale), la sĂ©quence la plus dĂ©veloppĂ©e (plus de 10 mn) : Ă©vanescent, Ă  l’énoncĂ© liquide proche d’un Debussy Ă©nigmatique, sans omettre l’essor d’une tension parfois inquiĂšte et plus agitĂ©e qui se relĂąche enfin dans un abandon conclusif, la partition sĂ©crĂšte un parfum d’enivrement irrĂ©sistible et tĂ©nu, trĂšs français, donc emblĂ©matique de ce rĂ©cital de musique hexagonale d’oĂč son titre « so french ». Au choix des piĂšces françaises, le saxophoniste ajoute aussi une dilection spĂ©cifique pour le timbre, la nuance, et la transparence, l’écoute naturelle des nuances, 
 comme l’engagement plus thĂ©Ăątral et d’une franche vivacitĂ© narrative tel qu’il s’impose dans le court triptyque Scaramouche de Milhaud (1939 : Brazileira bien dansant et chaloupĂ©). VoilĂ  des contrastes idĂ©alement nĂ©gociĂ©s qui sont encore rehaussĂ©s par le choix de l’ultime piĂšce : Les Berceaux d’un FaurĂ© lui aussi secret, un rien sombre voire grave (1875). TrĂšs beau rĂ©cital pour un instrument trop rare au concert dont Alexandre Doisy dĂ©voile sans artifice, le caractĂšre caressant, intĂ©rieur.

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe) – EnregistrĂ© en octobre 2015 Ă  Paris (Studio Sextan). Label : Klarthe Records – RĂ©fĂ©rence : 2810742115596 – EAN : 3149028107425. Le programme est rare, constituĂ© de piĂšces trĂšs peu connues : il mĂ©rite donc le CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Ă©tĂ© 2018.

MONTPELLIER. Recréation de Kassya, dernier opéra de Delibes (1893)

DELIBES-leo-par-classiquenews-classiquenews-dossier-coppelia-kassya-opera-dossier-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, le 21 juil 2018, 20h. DELIBES : KASSYA… Montpellier s’apprĂȘt Ă  vivre un Ă©vĂ©nement lyrique en ce 21 juillet, avec la recrĂ©ation du dernier opĂ©ra de LĂ©o Delibes, Kassya, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e que le Werther de Massenet : en 1893. A Montpelleir c’est la soprano plus habituĂ© au rĂŽle de princesse noble et altiĂšre qui incarnera le personnage d’ambitieuse et sĂ©ductrice : Kassya.
Delibes est dĂ©cĂ©dĂ© depuis 2 annĂ©es (1891) et il appartient Ă  d’autres aprĂšs lui de piloter la diffusion de son ultime ouvrage thĂ©Ăątral. Malheureusement, le public n’adhĂšre que moyennement aux raffinements de la partition qui sont gĂąchĂ©s par des interprĂštes en deçà des qualitĂ©s requises : le tĂ©nor Etienne Gibert massacre la partie du personnage de Cyrille, lui qui a dĂ©jĂ  chantĂ© GĂ©rald dans LakmĂ© en 1891, et semblablement sans comprendre rien des nuances et subtilitĂ©s du caractĂšre. MĂȘme la mezzo Emma de Nuovina tombe malade pour la premiĂšre date de crĂ©ation
 qui est dĂ©placĂ©e.

Le livret s’inspire du roman de Sacher-Masoch, Frinko Balaban (publiĂ© en français en 1874) : l’histoire appartient au cycle des lĂ©gendes galiciennes. En Galicie, aux pieds des Carpathes, Delibes place son action dans un village imaginaire (Zevale) en 1846, prĂ©cisĂ©ment, c’est Ă  dire Ă  l’époque des violentes rĂ©voltes paysannes en Galicie polonaise contre les aristocrates. Il devait en dĂ©couler l’abolition de l’esclavage (servage sĂ©culaire).

ACTE I : Cyrille, paysan destinĂ© Ă  conduire la rĂ©volte contre les seigneurs, est aimĂ© de Sonia, sa sage cousine, cependant qu’il est viscĂ©ralement attirĂ© par la belle bohĂ©mienne, Kassya : une sorte de nouvelle Carmen : sirĂšne fatale Ă  la sensualitĂ© souveraine. Une voyante prĂ©dit l’action Ă  venir : si Kassya sera riche (et donc sacrifiera l’amour), Sonia sera heureuse

ACTE II : le drame se resserre alors. Cyrille a Ă©cartĂ© Sonia toujours amoureuse, Ă  la faveur de Kassya qu’il aime Ă©perdument : ils se fiancent mais le comte de Zevale jette son dĂ©volu sur la belle bohĂ©mienne, et lui offrant sa fortune, son chĂąteau, son titre, la future comtesse Kassya accepte de l’épouser. Cyrille est arrĂȘtĂ© et forcĂ© de s’enrĂŽler.
ACTE III : deux annĂ©es ont passĂ©. Le soldat Cyrille a finit son service et retrouve au hasard d’un chemin enneigĂ©, la belle Sonia qui l’aime toujours et son pĂšre, rĂ©duits Ă  la misĂšre par le comte et la comtesse de Zevale. La rĂ©volte gronde : Cyrille prend la tĂȘte des rĂ©voltĂ©s et tous se dirigent vers le chĂąteau.
ACTE IV : le chĂąteau de Zevale est assailli par les paysans. Cyrille empĂȘche que la comtesse Kassya ne soit massacrĂ©e avec son Ă©poux.
ACTE V : c’est le triomphe de Cyrille et de 
 Sonia. A l’origine, Delibes prĂ©fĂšre composer la mort par suicide de Kassya qui implorant son ancien fiancĂ© Cyrille, et constatant que celui ci l’écarte dĂ©finitivement, se plante une lame dans le cƓur, alors que le choeur nuptial pour les noces de Cyrille / Sonia se fait entendre.
AprĂšs 8 reprĂ©sentations, le directeur de l’OpĂ©ra-Comique, Carvalho retire l’ouvrage de l’affiche. Pourtant Delibes s’est renseignĂ© sur la musique galicienne, ukrainienne et polonaise, (thĂšme de la Dumka) notamment pendant son sĂ©jour de 1885. La volontĂ© du compositeur pointilleux est claire, Ă©viter un melting pot golablement « slave » et distinguer c’est Ă  dire caractĂ©riser musicalement, ce qui relĂšve des chants des paysans ruthĂšnes (ukrainiens), et la musique savante des nobles polonais
 auquel il ajoute des Ă©lĂ©ments du folklore tzigane. Le tout sonne comme un opĂ©ra Ă  proprement parler et authentiquement Europe centrale et de l’Est.
Reste que l’architecture de Kassya, plus opĂ©ra-comique que drame lyrique, enchaĂźne les diffĂ©rentes sĂ©quences caractĂ©risĂ©es sans vraiment dĂ©velopper un continuum musical. Or l’époque est au drame continu, celui omnipotent, incontournable et envahissant de Wagner dont Lohengrin est repris dĂšs 1891, puis L’or du Rhin et la Walkyrie en 1893 justement (mai). MalgrĂ© la finesse de son Ă©criture et sa rĂ©elle sensibilitĂ© Ă©motionnelle, Kassya passe pour une Ɠuvre posthume dĂ©calĂ©e avec son Ă©poque et visiblement dĂ©modĂ©e, voire rĂ©trograde. Qu’en sera-t-il Ă  l’écoute directe de la partition ce 21 juillet Ă  Montpellier et sur les ondes de France Musique ? Critique complĂšte Ă  venir sur CLASSIQUENEWS


FRANCE MUSIQUE, le 21 juil 2018, 20h. DELIBES : KASSYA. Recréation. En direct depuis Montpellier, Festival de Radio France
Opéra Berlioz-Le Corum

LĂ©o Delibes : Kassya
Opéra en 4 actes et 5 tableaux sur un Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille, achevé et orchestré par Jules Massenet
Version de concert

VĂ©ronique Gens, soprano, Kassya
Anne Catherine Gillet, soprano, Sonia
Nora Gubisch, mezzo-soprano, Une bohémienne
Cyrille Dubois, ténor, Cyrille
Alexandre Duhamel, baryton, Le comte de Zevale
Renaud Delaigue, basse, Kostska (pĂšre de Sonia)
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton, Kolenati
Rémy Mathieu, ténor, Mochkou

Anas SĂ©guin, baryton, Un sergent recruteur
Luc Bertin Hugault, basse, Un buveur, Un vieillard
VĂ©ronique Parize, soprano, Une paysanne, Une jeune fille
Christine Craipeau, mezzo-soprano, Une paysanne
Charles Alvez Da Cruz, ténor, Un autre marchand
Laurent SĂ©rou, basse, Second seigneur, Messager
Jean-Philippe Elleouet-Molina, basse, Messager
Xin Wang, basse, Messager
Albert Alcaraz , basse, Messager

Choeur de l’OpĂ©ra de Montpellier
Choeur de la Radio Lettone
Orchestre national Montpellier Occitanie
Michael Schönwandt, direction musicale

COMPTE RENDU, Opéra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane à Naxos.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane Ă  Naxos (Devielhe, Mitchell). En 2016, Katie Mitchell avait, aprĂšs son fulgurant et premier (Ă  Aix) Written on skin, frappĂ© juste et fort dans un PellĂ©as et MĂ©lisande, tendu et onirique Ă  la fois, grĂące Ă  l’excellente et troublante soprano charismatique Barbara Hanigan dans le rĂŽle de MĂ©lisande. Revoici Mitchell dans l’un des joyaux de l’opĂ©ra moderne, celui conçu dĂ©but XXĂš (en pleine premiĂšre guerre) par le duo mythique Strauss / Hofmmansthal : Ariadne auf Naxos / Ariane Ă  Naxos.
La nouvelle production aixoise hĂ©las rate son entrĂ©e et voici assurĂ©ment le premier Ă©chec de la metteure en scĂšne britannique dont l’univers littĂ©raire et nĂ©obaroque (la piĂšce s’inspire de MoliĂšre) lui semble bien Ă©tranger. Pourtant, l’Ɠuvre dans sa version finale de 1916 est un miracle de poĂ©sie et de facĂ©tie jouant sur l’obligation imposĂ©e aux interprĂštes prĂ©sents (ce qu’explique le Prologue), de jouer, comme le souhaite le mĂ©cĂšne de la soirĂ©e (l’homme le plus riche de Vienne), la comĂ©die italienne et l’opĂ©ra, en mĂȘme temps. VoilĂ  pourquoi les deux Ă©quipes doivent s’accorder : le prĂ©texte est un mĂ©tissage des genres qui sur le plan thĂ©Ăątral et musical produit des miracles.

Pourtant, ici, rÚgnent le non sens et les idées hors sujet.
Contresens absolu et dĂ©lire exubĂ©rant / exorbitant : le maĂźtre Ă  danser (impeccable Rupert Charlesworth), est dans le Prologue, caricatural, affublĂ© d’une perruque blonde Marylin, figure dĂ©jantĂ©e, bling bling et qui est de surcroĂźt, ici le pilier du Prologue : agitĂ©, nerveux, en rien fin ni comique. Dommage.
De mĂȘme Ariane empaquetĂ©e dans une robe impossible est enceinte jusqu’aux dents et accouche au moment de sa rencontre avec le dieu de l’ivresse et de la rĂ©surrection : Bacchus. Pourquoi une telle idĂ©e ?
Mais plus embĂȘtant, Mitchell ne s’intĂ©resse qu’au drame douloureux, celui d’Ariane trahie par ThĂ©sĂ©e
 Ici rĂšgne la douleur (alors que la partition pĂ©tille par son double effervescent, tragique et comique : soit Ariane et Zerbinette). Les comĂ©diens italiens ratent (volontairement) toutes leurs pseudo facĂ©ties, maladroits, prĂ©visibles. Le majordome coupe plusieurs airs en sentences malvenues (et totalement incongrues), 
 le spectacle est dĂ©routant par son incohĂ©rence et ses options qui dĂ©naturent et dĂ©calent le sens de l’opĂ©ra. Oublions vite cette erreur d’une Katie Mitchell, Ă©trangĂšre Ă  la finesse ambivalente voulue et rĂ©ussie par Strauss et Hofmannsthal. Aix avait jusque lĂ  rĂ©ussit spĂ©cifiquement ses lectures de l’opĂ©ra comique, lĂ©ger et tragique Ă©nivrĂ©. Ici, on s’ennuie ferme. La vision et ses interruptions sauvages finissent mĂȘme par agacer. Exactement quand Ă  Aix encore, Dmitri Tcherniakov se permettait de repenser le dĂ©roulĂ© chronologique des Noces de Figaro, et de Don Giovanni, perturbant profondĂ©ment la clartĂ© du drame conçu par Mozart et Da Ponte. Les directeurs actuels pensent rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique en acceptant le dĂ©lire et les visions souvent fumeuses des metteurs en scĂšne. Soit. Mais on risque de fatiguer un public difficile Ă  capter, sensibiliser, fidĂ©liser


Musicalement, les Ă©lĂ©ments proposĂ©s sont plus convaincants. Mais la tradition aixoise nous a habituĂ© Ă  l’excellente : on ne citera qu’une production prĂ©cĂ©dente, celle avec Jessye Norman, Ariane embrasĂ©e, tragique, hallucinĂ©e Ă  la prĂ©sence magnĂ©tique (1985)


Dans la premiĂšre partie, aux cĂŽtĂ©s du maĂźtre Ă  danser pĂ©tillant, au comique percutant et savoureux dĂ©jĂ  citĂ©, la mezzo amĂ©ricaine Angela Brower campe un trĂšs solide Componist. Puis au dĂ©but du drame, avant l’apparition d’Ariane, les 3 naĂŻades sĂ©duisent par le grain accordĂ© du trio qu’elles composent. Aux cĂŽtĂ©s d’un Bacchus rayonnant et sans effort (excellent Eric Cutler dont le timbre exprime cette lumiĂšre salvatrice qui ressuscite Ariane moribonde et clame le miracle de leur rencontre), l’Ariane justement de la norvĂ©gienne Lise Davidsen si elle ne manque pas de puissance, maĂźtrise bien peu la tenue de ses aigus et manque de finesse comme d’intensitĂ© pour un personnage ciselĂ© comme un gemme noir : Ariane Ă  Naxos est aux portes de la mort : Ă©conduite par celui qu’elle aime toujours, ThĂ©sĂ©e, elle ne songe qu’à mourir.
Reste le quatuor des comĂ©diens italiens (Arlequin, Brighella, Scaramuccio et Truffaldino) : ratĂ©, comme Ă©vacuĂ©s par une mise en scĂšne qui n’a pas travaillĂ© leur prĂ©sence ni interroger le contraste qu’ils permettent et rĂ©alisent sur la scĂšne. Le rĂ©sultat laisse dĂ©concertĂ©. Et la Zerbinette de Sabine Devielhe, malgrĂ© l’estime que nous avons pour la chanteuse, par ailleurs excellente mozartienne et remarquable MĂ©lisande, sa Zerbinette manque de profondeur, de trouble, de malice voire d’impertinence, car le rĂŽle contraste avec l’amour tragique et sombre, incarnĂ© par Ariane : zerbinette est la contrepartie comique, insouciante de celle qui a Ă©tĂ© Ă©conduite et abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e : or rien dans ce chant jolie, mĂ©ticuleux, un rien pincĂ©, n’exprime l’insolente vivacitĂ© d’une Zerbinette ardente et enivrante qu’ont en leur temps, magnifiquement dĂ©fendu Rita Streich ou Kathleen Battle (qui a d’ailleurs enregistrĂ© le rĂŽle pour Decca aux cĂŽtĂ©s de Jessye Norman). Non, il est trop tĂŽt pour Sabine Devielhe : la voix est trop fragile et frĂȘle pour un caractĂšre qui demande de l’esprit et de l’espiĂšglerie mĂȘme. Mais Mitchell avait-elle conçu une partie importante pour elle dans une mise en scĂšne 
 ratĂ©e ? MĂȘme impression d’inabouti et de superficialitĂ© dans la direction bonhomme et parfois prĂ©cipitĂ©e du chef. Dommage. Pour sĂ»r, la production n’est pas l’évĂ©nement encore moins le miracle qu’on nous a annoncĂ©. Seconde chance : le 11 juin Ă  partir de 20h : diffusion d’Ariadne auf Naxos, Arianne Ă  Naxos, sur Musique.

_________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, Opéra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane à Naxos. En direct sur France Musique, le mercredi 11 juillet. 2018

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

MISE A POINT
Pourquoi ressasser toujours et encore les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences du passĂ© ? VOIR ci aprĂšs les trois extraits vidĂ©o et vous comprendrez 


Kathleen Battle chante Zerbinette en répétition (Metropolitan Opera 1989) :
https://www.youtube.com/watch?v=oj-o7TbGCek

Grand monologue oĂč la comĂ©dienne loue les amours volages et lĂ©gers, l’insouciance plutĂŽt que les chaĂźnes d’un seul amour tragique :
https://www.youtube.com/watch?v=xM9B-z53BBk

Jessye Norman chante Ariane en répétition (14mn) :
https://www.youtube.com/watch?v=8xVEtwnT3aE

Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani )

EIDI billy gabriel faure les treize barcarolles timpani cd review critique cd par classiquenews BEidi-362x325Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani). Comme une constante mais Ă©pisodique offrande au rythme ternaire de la Barcarolle, les Treize opus ici rĂ©unis n’étaient pas destinĂ©s Ă  composer un tout unitaire. Ils tĂ©moignent cependant de l’évolution et des questionnement de l’auteur, toujours secret et trĂšs pudique, Ă  l’endroit du genre, de la forme, de l’intention et du dĂ©veloppement. FaurĂ© sillonne le filon compositionnel de rĂ©fĂ©rences Ă©videntes Ă  Chopin, mais il sait comme un Monet, sublimer le format en intensifiant le mordorĂ© des couleurs, l’éclatement mĂȘme du schĂ©ma harmonique dont il rĂ©invente un cheminement expressif et poĂ©tique. L’idĂ©e de les jouer une Ă  une, restitue ainsi un itinĂ©raire esthĂ©tique qui rĂ©vĂšle une richesse en contrastes, crĂ©ant des scintillements et des silences comme le jeu perpĂ©tuellement changeant de la surface aquatique. De l’onde jaillissante et d’un mĂ©lodisme juvĂ©nile, presque attendu pour les premiĂšres, nous voici dĂ©jĂ  en eau profonde et inquiĂšte pour les derniĂšres. Ne prenons que les ultimes comme reflets rĂ©vĂ©lateurs de ce pianisme aussi stylĂ© que poĂ©tique.
La 10 Ăšme Barcarolle en la mineur sonne comme un questionnement grave, d’une instabilitĂ© inquiĂšte intranquille, au passionnant balancement qui contient comme un secret sombre et amoureusement murmurĂ©. L’Ă©loquence et la liquiditĂ© souple du pianiste ensorcĂšle littĂ©ralement, car il sait et dire la douceur et exprimer la force voire la violence rentrĂ©e d’un FaurĂ© volontaire et rĂ©formateur.

La 11Ăšme en sol mineur fait Ă©clater et mĂȘme scintiller une mĂȘme recherche sonore tout en semblant gravir des Ă©chelons verticaux de plus en plus Ă©levĂ©s, quĂȘte mystique et redĂ©finition radicale du dĂ©veloppement formel. FAURÉ semble ouvrir de nouveaux horizons Ă  la limite du dicible et de l’imaginable, le tout exprimĂ© et rĂ©itĂ©rĂ© Ă  la façon d’une houle de plus en plus mystĂ©rieuse et impĂ©nĂ©trable. Tout cela en Ă©chelles harmoniques, libertĂ© du plan formel, comme Ă©lĂ©ments clĂ©s d’une hypersensiblitĂ© dĂ©jĂ  debussyste, elle aussi d’une fĂ©conde intranquillitĂ©.
Survient alors, plus calme et d’un souffle plus construit, la 12Ăšme Barcarolle d’une lumineuse motricitĂ©, non moins habitĂ©e par une urgence intĂ©rieure presque impĂ©rieuse. L’agilitĂ© flexible du pianiste rĂ©tablit et l’esprit de conquĂȘte et la formidable cohĂ©rence sonore comme dĂ©roulĂ©e sans noeud ni rupture d’aucune sorte.

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSEntre hypnose et rĂȘverie funambule la 13Ăšme enrichit encore le spectre harmonique tout en se jouant d’un balancement toujours aussi saisissant par ses ondulations incessantes. Sans pesanteur, esprit insaisissable, l’Ă©criture de FaurĂ© trouve une Ă©locution entre le fil aĂ©rien de Liszt et la liquiditĂ© profonde de Debussy. Avec une affection intime donc pour un crĂ©pitement perlĂ© qui ouvrage dans une finesse orfĂšvrĂ©e, des ornements liquides parfaitement Ă©noncĂ©s. Tout le mĂ©rite en revient au jeu nuancĂ©, poĂ©tique, miroitant de Billy Eidi, maĂźtre Ăšs chatoiements.

—————————————————————————————————————————————————————

Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani 1C1247). Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2017

CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics)

MOZART Don giovanni silete ventii avec raffaella milanesi  cd critique review cd warner classicsCD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics). Reconnaissons aux italiens ici, rĂ©unis sous la coupe financiĂšre de l’éditeur et crĂ©ateur Fornasetti, initiateur de la production, un sens irrĂ©sistible du temps thĂ©Ăątral qui fusionnant ici avec le temps musical, recrĂ©e l’opĂ©ra de Mozart, en soulignant la violence passionnel du livret de Da Ponte. C’est une version certes « iconoclaste », rompant avec les habitudes sirotantes car ce que nous invite Ă  Ă©couter et « redĂ©couvrir » comme une crĂ©ation contemporaine, toute la lecture, c’est la verve Ă©ruptive, Ăąpre et furieusement sensuelle d’un Mozart dĂ©jĂ  romantique, surtout suprĂȘme analyste des cƓurs.
En proposant de revenir Ă  l’effectif de la crĂ©ation praguoise de 1787 (30 instrumentistes no more), en privilĂ©giant une direction nerveuse, parfois fouettĂ©e et incisive, le chef de l’ensemble Silete Ventii, Simone Toni, sculpte son « Mozart » avec une passion mordante, tendue, extrĂȘme qui sonne mĂȘme plus radicale que l’approche d’un Teodor Currentzis lui aussi sur instruments modernes. Pour telle conception Ă  la fois hallucinĂ©e et minimaliste (cela avance avec une urgence de tous les diables), il faut Ă©videmment des chanteurs rompus Ă  la dĂ©licatesse, la nostalgie, la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© mozartienne : Oublions l’Ottavio trop bas, trop imprĂ©cis d’AndrĂ©s Agudelo. Mais saluons surtout le soprano Ă  la fois rond, cuivrĂ©, voluptueux de l’excellente Rafaella Milanesi, interprĂšte Ă  la fois fĂ©line et racĂ©e qui comprend et exprime toutes les nuances des sentiments de la victime abusĂ©e de Don Giovanni, Donna Anna.

Le Mozart de Simone Toni : le geste mozartien qui foudroie
oĂč triomphe l’éblouissante Anna de Raffaella Milanesi

Une telle vĂ©ritĂ© incandescente du chant s’entend rarement ; elle avait pourtant dĂ©jĂ  marquĂ© notre esprit lors de sa prise de rĂŽle d’Alcina avec la compagnie lyrique Opera Fuoco et David Stern, Ă  ShanghaĂŻ en dĂ©cembre 2015 (festival Baroque de ShanghaĂŻ : VOIR notre reportage vidĂ©o «  Opera Fuoco, de Paris Ă  Shanghaï »). GrĂące Ă  la finesse qu’apporte la cantatrice dans ce rĂŽle si fragile et complexe, surgit tout le trouble qui fait imploser la raison bourgeoise de la jeune femme, fiancĂ©e malheureuse d’Ottavio et qui dĂ©couvre l’amour, sa puissance, sa dĂ©flagration quasi providentielle, au contact violent d’un Giovanni hypersexuĂ©. HĂ©las Ă  ses cĂŽtĂ©s, l’Elvira d’Emanuela Galli peine et dĂ©rape dans les excĂšs et violences rĂ©clamĂ©s par la production, sa technique vocale montre d’évidentes limites qui ne pardonnent pas chez Mozart, peintre des Ăąmes chancelantes et fulminantes


Parmi les chanteurs, Christian Senn dans le rĂŽle-titre, son valet (aussi agitĂ© et allumĂ© que lui : Renato Dolcini en Leporello), sans omettre Mauro Borgioni qui comme Ă  Prague en 1787, chante deux rĂŽles : Le Commandeur (sa statue) et Masetto, tirent leur Ă©pingle du jeu par leur prĂ©sence thĂ©Ăątrale, intensĂ©ment dramatique et une technique comme une projection qui suivent. En fosse, l’orchestre Silete Venti! siffle, tempĂȘte, scalpe et semble foudroyer chaque protagoniste, l’obligeant Ă  exacerber ses Ă©lans, dĂ©sirs, amertumes
 Et le pianoforte omniprĂ©sent de Luca Oberti relĂšve ce dĂ©fi de la fulgurance. Une version qui ne laisse pas indiffĂ©rent et marque mĂȘme l’écoute par son sens de l’urgence et de la foudre.

—————————————————————————————————————————————————

CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd + 1 dvd « extras » : making of, etc
 ) FORNASETTI / Warner classics. Enregistrement rĂ©alisĂ© au moment des rĂ©prĂ©sentations scĂ©niques de la production Fornasetti, Ă  Florence (Pergola), janvier 2017. Prise de son en 24 bit/96 kHz (ingĂ©niĂ©rie BartokStudio/ Raffaele Cacciola). « CLIC » de CLASSIQUENEWS du printemps 2018.

Orchestre Silete Venti!
Simone Toni, direction.

Christian Senn, baritono (Don Giovanni)
Renato Dolcini, baritono (Leporello)
Emanuela Galli, soprano (Donna Elvira)
Raffaella Milanesi, soprano (Donna Anna)
Andres Agudelo, tenore (Don Ottavio)
Mauro Borgioni, baritono (Commendatore e Masetto)
LucĂ­a MartĂ­n-CartĂłn, soprano (Zerlina)

Maestro di coro: Marco Bellasi

VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne, 4-12 juillet 2018

vannes academie early music institute concerts festival programme 2018 par classiquenewsVANNES, 8Ăš AcadĂ©mie de musique ancienne : 4-12 juil 2018. Le Festival des musiciens voyageurs fait Ă  nouveau souffler l’esprit des explorations et du partage Ă  VANNES, devenue en quelques annĂ©es la capitales des innovations baroques. Cette annĂ©e, le laboratoire merveilleux renouvelle sa proposition musicale d’une richesse absolue en parcourant diverses contrĂ©es et de multiples formes : « Italie, Espagne, Angleterre, France, Autriche, Perse
 chants d’oiseaux  » ; faisant aussi dialoguer musique et peinture (Ă  l’époque des peintres baroques italiens, Reni et Caravage, rĂ©volution et spiritualitĂ© : concert d’ouverture, le 4 juillet). Tous les sites patrimoniaux accueillent les concerts, en accĂšs libre ou payant : Ă  Vannes, Ă©glise St Patern, Auditorium des Carmes, HĂŽtel de Limur (qui est aussi le siĂšge du VEMI, Vannes Early Music Institute), CathĂ©drale, sans omettre les concerts Ă  Pontivy, Guern
 ni l’Ă©vĂ©nement musical sur l’Ăźle aux moines.
Sur le territoire, le Baroque, passions de l’ñme et sensualitĂ© des timbres ciselĂ©s, mĂȘlĂ©s proposent une fĂȘte des sens, oĂč s’accordent le temps de l’AcadĂ©mie, instrumentistes renommĂ©s et jeunes apprentis acadĂ©miciens, lesquels rĂ©alisent plusieurs concerts Ă  l’adresse du public dont le programme de clĂŽture dĂ©diĂ© aux Symphonies de Haydn (CathĂ©drale de Vannes, le 12 juillet, sous la direction de Johannes Leertouwer). depuis sa crĂ©ation par le violoncelliste virtuose Bruno Cocset, l’Institut de musique ancienne Ă  Vannes (Vannes Early Music Institute) et l’AcadĂ©mie estivale qu’il organise, ne cessent de surprendre par la diversitĂ© des approches et la pertinence de sa rĂ©alisation comme de ses choix artistiques. AcadĂ©mie baroque Ă  suivre de prĂšs. DĂšs Ă  prĂ©sent organisez votre sĂ©jour Ă  VANNES le temps des concerts proposĂ©s par l’AcadĂ©mie de Bruno Cocset.

 

 

 

 
COCSET-bruno-582-390-homepage-Bruno-Cocset 

 
 

INFORMATIONS et RESERVATIONS
Ă  partir du 18 juin 2018

Premier aperçu de la programmation 2018

—————————————————————————————————————————————————–
VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne
 

 
 

   8 concerts – programmes Ă©vĂ©nements

 

 
 

 

Mercredi 4 juillet 2018, 21h
Vannes, Eglise St Patern (payant)
CARAVAGE classiquenews caravage-musiciens-discmuseumCONCERT D’OUVERTURE MUSICA al TEMPO di GUIDO RENI & CARAVAGGIO. La musique Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂš, quand Rome accueille l’invention rĂ©volutionnaire du peintre baroque Caravage, celui qui est nĂ© pour “tuer” la peinture (disait le trĂšs classique, et trĂšs jaloux… Poussin). RĂ©aliste, mystique et sensuelle, la peinture du Caravage demeure un absolu singulier, visionnaire, inclassable dans la premiĂšre dĂ©cennie du XVIIĂš : une comĂšte d’une modernitĂ© inouĂŻe qui ne laisse pas de nous interroger sur notre propre humanitĂ©… Musiques de Dario Castello, Giovanni Battista Fontana, Francesco Rognoni, Bartolomeo de Selma y Salaverde, Giuseppe Scarani, Antonio Bertali & altri…
Ensemble AURORA
Enrico Gatti, violon & direction, Luca Giardini violon, Elena Bianchi dulciane, Anna Fontana clavecin et orgue

 

 
 

 

Jeudi 5 juillet, 21h
Pontivy, Basilique Notre Dame de Joie (gratuit)

CONCERT « DIEGO ORTIZ & LE SIECLE D’OR EN ESPAGNE » (co-production « Les Jeudis Musicaux de Pontivy ») Diego Ortiz, Antonio de CabezĂČn, Luis de Milan, Francisco Guerrero, Tomas luis de Victoria
Les Basses RĂ©unies
Bruno Cocset, Guido Balestracci,
Maude Gratton, Richard Myron

 

 
 

 

Samedi 7 juillet, 18h30
Chapelle de Quelven – Guern
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT « A LA TRIBUNE : musique anglaise pour orgue & voix » (soirĂ©e en partenariat avec « L’Art dans les Chapelles ») – Hadrien Jourdan : orgue, MaĂŻlys de Villoutreys : soprano, Bruno Cocset : violoncelle
(avec la possibilitĂ© d’une Visite du sanctuaire Ă  17h)

 

 
 

 

Dimanche 8 juillet :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERTS « MUSIQUE FRANCAISE AUX CARMES » 17h : FRANCOIS COUPERIN : RECITAL DE CLAVECIN
Skip Sempé
21h : ANTOINE FORQUERAY : RECITAL VIOLE & CLAVECIN – Guido Balestracci & Maude Gratton

 

 
 

 

Lundi 9 juillet 21h :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERT « SYRINX, UN REVE D’ENVOL » FlĂ»tes du monde, chant persan et chants d’oiseaux – Instrumentistes : Pierre Hamon, Esteban Valdivia – Chant persan : Taghi Akhbari – Les Chanteurs d’oiseaux : Jean Boucault, Johnny Rasse

 

 
 

 

Mardi 10 juillet, 19h
Ile aux Moines – Eglise (gratuit)
CONCERT « UNE FENETRE SUR LIMUR
 Ă  l’Ile aux Moines ! » – Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

 

Mercredi 11 juillet, 20h & 21h :
Vannes, HĂŽtel de Limur (gratuit)
CONCERTS BALLADES « UNE NUIT à LIMUR »
Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

 

Jeudi 12 juillet, 21h : Vannes, Cathédrale
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT DE CLOTURE
JOSEPH HAYDN : SYMPHONIES »
Etudiants de l’AcadĂ©mie – Johannes Leertouwer, direction

 

 
 

 

Tarifs des concerts payants :
plein tarif : 14€ – Tarif rĂ©duit : 8€ et gratuit jusqu’à 12 ans – Concerts entrĂ©e libre : EntrĂ©e gratuite sous rĂ©serve de places disponibles

La réservation est conseillée pour tous les concerts.

Renseignements :
Vannes Early Music Institute (VEMI)
HĂŽtel de Limur, 31 rue Thiers, 56000 Vannes
+33 (0)6 13 43 05 14 – contact@vemi.fr
Programmation sous réserve de modification
Site : http://www.vemi.fr

 

 

VANNES : 6Úme Académie Européenne de musique baroque

 
 

 

Compte-rendu, critique, opéra. Bilbao, le 28 mai 2018. Bellini : Norma. Pirozzi. Kunde, Rizzo / Livermore

VENDÔME : CONCOURS BELLINI 2017Compte-rendu critique, opĂ©ra. Bilbao. Palacio Euskalduna, le 28 mai 2018. Vincenzo Bellini : Norma. Anna Pirozzi, Gregory Kunde, Silvia Tro SantafĂ©, Roberto Tagliavini. Pietro Rizzo, direction musicale. Davide Livermore, mise en scĂšne. 19 mai 2018 : Ă  la Fenice de Venise, la lĂ©gendaire Mariella Devia se retire de la scĂšne lyrique avec une ultime reprĂ©sentation de Norma / LIRE ici notre compte rendu de cette adieu Ă  la scĂšne lyrique historique. Quelques heures plus tard, une nouvelle Norma nait sur les planches du Palacio Euskalduna de Bilbao : Anna Pirozzi. Comme un symbole, comme un passage de tĂ©moin. Merci tout d’abord Ă  l’ABAO d’avoir permis cette prise de rĂŽle importante, sinon essentielle, dans la carriĂšre de la soprano napolitaine. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narciso Fiordaliso.

La Norma de la décennie

Anna-PirozziDepuis notre premiĂšre rencontre avec la voix et la personnalitĂ© uniques d’Anna Pirozzi, Ă  l’occasion d’un Roberto Devereux inoubliable dans cette mĂȘme capitale du pays basque, nous pressentions que le personnage de la druidesse bellinienne marquerait un tournant dans le cheminement artistique de la chanteuse. Et nous ne nous Ă©tions pas trompĂ©s. Car Ă  l’issue de cette quatriĂšme et derniĂšre reprĂ©sentation, c’est une Ă©vidence : la Norma de celle qu’on peut dĂ©sormais nommer LA Pirozzi se rĂ©vĂšle dĂ©jĂ  grande, sinon accomplie, et sera de celles qui comptent dans l’Histoire de l’art lyrique.
Que dire de plus, sinon que l’artiste semble avoir trouvĂ© le rĂŽle de sa vie ?
Sa simple silhouette, se dĂ©coupant du fond de scĂšne alors que la musique annonce son entrĂ©e, nous fait dĂ©jĂ  frissonner. Les premiĂšres paroles du rĂ©citatif brisent le silence avec une tranquille autoritĂ©, les notes semblent Ă©crites pour sa voix. Le premier grave permet l’assise du timbre, et l’instrument se dĂ©ploie tout entier, rond, enveloppant, charnu, et pourtant brillant, aĂ©rien. « Casta diva » s’élĂšve posĂ©ment, paraissant couler de source, jusqu’à des aigus lentement enflĂ©s dans de superbes crescendi et des gruppetti parfaitement rĂ©alisĂ©s, dans la droite lignĂ©e de Maria Callas, pour s’achever dans un pianissimo immatĂ©riel qui suspend le temps. Suit une cabalette Ă©lectrisante, oĂč la virtuositĂ© n’exclut jamais la tendresse, s’offrant mĂȘme le luxe d’une reprise variĂ©e avec beaucoup d’art et couronnĂ©e par deux contre-uts absolument spectaculaires.
Mais c’est lorsque la prĂȘtresse fait place Ă  la femme, l’amante et la mĂšre qu’Anna Pirozzi atteint des sommets de sincĂ©ritĂ© et d’émotion, osant des nuances d’une infinie dĂ©licatesse, les mots Ă  fleurs de lĂšvres et la pudeur Ă  fleur de cƓur. Incarnation majeure qui culmine, peu avant la fin de l’Ɠuvre, sur un « Son io » dĂ©chirant, oĂč l’hĂ©roĂŻne se dĂ©charge enfin du lourd secret qu’elle porte en elle, dĂ©livrance qu’on peut lire jusque dans le regard de l’interprĂšte. Et c’est dans une bouleversante confession, chantĂ©e toute entiĂšre mezza-voce, comme chuchotĂ©e Ă  chacun des spectateurs, que s’achĂšve cette rencontre au sommet entre un rĂŽle de lĂ©gende et une artiste de gĂ©nie.
Autour d’elle, l’Association Bilbayenne des Amis de l’OpĂ©ra a rĂ©uni une distribution d’exception, formant le plus beau quatuor qu’on puisse imaginer, rĂ©ussissant ainsi – selon nous – la Norma de la dĂ©cennie.
Toujours merveilleusement accordĂ© Ă  la flamme de sa partenaire – ces murs se souviennent encore de leurs Roberto Devereux et Andrea ChĂ©nier communs – Gregory Kunde dĂ©montre une fois encore – aprĂšs LiĂšge en octobre dernier – qu’il est peut-ĂȘtre le seul tĂ©nor actuel Ă  triompher de la quadrature du cercle que reprĂ©sente l’écriture du rĂŽle de Pollione. A la fois vaillant, dotĂ© d’un mĂ©dium de bronze comme d’un aigu souverain, et maĂźtre du style belcantiste souvent nĂ©gligĂ© dans cet emploi, le tĂ©nor amĂ©ricain Ă©lectrise dĂšs son entrĂ©e, air plein d’urgence et intensĂ©ment vĂ©cu, suivi d’une cabalette fougueuse aux variations audacieuses qui met le feu aux poudres et transporte la salle. Ardent et sincĂšre comme lui seul sait l’ĂȘtre, il fait de ses duos, tant avec Adalgisa que Norma, de grands moments, et demeure l’unique interprĂšte du rĂŽle Ă  rendre palpable la renaissance de son amour pour la mĂšre de ses enfants.
Avec Silvia Tro SantafĂ©, on retrouve la troisiĂšme protagoniste du Roberto Devereux qui nous a tant marquĂ©s ici mĂȘme voilĂ  bientĂŽt trois ans. La mezzo espagnole n’a rien perdu de sa superbe Ă©nergie et propose de la jeune novice un portrait plus volontaire et moins timide qu’à l’accoutumĂ©e. VoilĂ  rĂ©ellement une prĂȘtresse en devenir, qui pourrait bien prendre la succession de Norma. Vocalement, l’opulence des moyens, la fiertĂ© du grave et la soliditĂ© de l’aigu font merveille, d’autant que la musicienne sait magnifiquement adoucir son instrument, notamment dans son entrĂ©e, que ponctuent de splendides crescendi et autres messe di voce. Sa voix se mariant parfaitement Ă  celle d’Anna Pirozzi, leurs duos sont de purs joyaux finement ciselĂ©s, les deux artistes semblant en outre prendre un plaisir Ă©vident Ă  chanter ensemble.
Avec un tel trio, le final du premier acte demeure pour nous le sommet de la soirĂ©e, chacun faisant assaut de vaillance et de mordant. Un moment d’anthologie, flamboyant Ă  force de dĂ©mesure, comme un combat de titans oĂč le coup de grĂące nous est donnĂ© par Anna Pirozzi qui nous cloue Ă  notre fauteuil par un contre-rĂ© gigantesque, tellurique, crucifiant d’impact et de puissance. Une scĂšne qui nous laisse Ă©puisĂ©s, chancelants et pantelants, de ces minutes qui rappellent ce que peut ĂȘtre rĂ©ellement l’opĂ©ra.
Le trio se fait quatuor grĂące Ă  l’Oroveso somptueux de Roberto Tagliavini, le premier qui parvienne Ă  nous rendre intĂ©ressantes, sinon passionnantes, les interventions du personnage. Loin des basses charbonneuses et fatiguĂ©es trop souvent entendues dans ce rĂŽle, le chanteur transalpin fait admirer l’extraordinaire beautĂ© de son timbre, la perfection de son Ă©mission, ronde et claire, ainsi que sa diction splendide. Fier et plein de prestance, il occupe littĂ©ralement le plateau Ă  chacune de ses apparitions.
On salue Ă©galement la Clotilde touchante d’Itxaro Mentxaka et le Flavio sonore de Vicenç Esteve, qui complĂštent un plateau de lĂ©gende.
TrĂšs investi, le chƓur maison se jette Ă  tout entier dans l’aventure et se donne sans compter, avec une plĂ©nitude sonore Ă  saluer bien bas.
Tous Ă©voluent dans la mise en scĂšne trĂšs illustrative de Davide Livermore. Assumant un kitsch trĂšs Ă©tudiĂ©, la scĂ©nographie convoque toute l’imagerie traditionnelle associĂ©e Ă  l’intrigue, quelque part Ă  mi-chemin entre la sĂ©rie Kaamelott et AstĂ©rix. Et pourtant, alors que le grotesque n’est jamais bien loin, tout fonctionne de bout en bout grĂące Ă  la sincĂ©ritĂ© sans faille de tous les interprĂštes. DĂ©cor principal autour duquel s’articule toute l’action, une immense souche dans lequel a Ă©tĂ© taillĂ© un monumental escalier cĂŽtĂ© pile et dont les anfractuositĂ©s cĂŽtĂ© face servent d’abri aux les enfants de Norma. C’est au sommet de ce tronc que se tient la druidesse lors de sa premiĂšre apparition, illuminĂ©e par une immense lune projetĂ©e en arriĂšre-plan, image forte qui rajoute encore Ă  la majestĂ© de l’instant. L’usage de la vidĂ©o souligne les enjeux du drame, parfois Ă  l’excĂšs, mais permet de trĂšs beaux tableaux puisant directement dans l’univers du genre hĂ©roĂŻc fantasy.
Tenant fermement les rĂȘnes d’un orchestre rutilant de tous ses pupitres, Pietro Rizzo, prenant le parti d’une exĂ©cution presque complĂšte de la partition, soutient amoureusement les chanteurs, ajustant tempi et couleurs selon leurs besoins, sans jamais perdre de vue le drame, en vrai chef d’opĂ©ra.
Une soirĂ©e grandiose, qui aura vu naĂźtre une interprĂšte majeure de Norma en ce dĂ©but de XXIe siĂšcle. Une soirĂ©e qui nous marquera sans doute pour toujours, avec ce sentiment irrĂ©pressible de dĂ©couvrir l’Ɠuvre pour la premiĂšre fois.

_________________________________________________________________________________________________

 

Bilbao. Palacio Euskalduna, 28 mai 2018. Vincenzo Bellini : Norma. Livret de Felice Romani d’aprĂšs Norma ou l’Infanticide de L. A. Soumet. Avec Norma : Anna Pirozzi ; Pollione : Gregory Kunde ; Adalgisa : Silvia Tro Santafé ; Oroveso : Roberto Tagliavini ; Clotilda : Itxaro Mentxaka , Flavio : Vicenç Esteve. ChƓur de l’OpĂ©ra de Bilbao ; Chef de chƓur : Boris Dujin. Bilbao Orkestra Sinfonikoa. Direction musicale : Pietro Rizzo. Mise en scĂšne : Davide Livermore ; DĂ©cors : GiĂČ Forma Studio ; Costumes : Mariana Fracasso ; LumiĂšres : Antonio Castro ; VidĂ©os : D-WOK

VANNES : 8Ú Académie, 4-12 juillet 2018

vannes academie early music institute concerts festival programme 2018 par classiquenewsVANNES, 8Ăš AcadĂ©mie de musique ancienne : 4-12 juil 2018. Le Festival des musiciens voyageurs fait Ă  nouveau souffler l’esprit des explorations et du partage Ă  VANNES, devenue en quelques annĂ©es la capitales des innovations baroques. Cette annĂ©e, le laboratoire merveilleux renouvelle sa proposition musicale d’une richesse absolue en parcourant diverses contrĂ©es et de multiples formes : « Italie, Espagne, Angleterre, France, Autriche, Perse
 chants d’oiseaux  » ; faisant aussi dialoguer musique et peinture (Ă  l’époque des peintres baroques italiens, Reni et Caravage, rĂ©volution et spiritualitĂ© : concert d’ouverture, le 4 juillet). Tous les sites patrimoniaux accueillent les concerts, en accĂšs libre ou payant : Ă  Vannes, Ă©glise St Patern, Auditorium des Carmes, HĂŽtel de Limur (qui est aussi le siĂšge du VEMI, Vannes Early Music Institute), CathĂ©drale, sans omettre les concerts Ă  Pontivy, Guern
 ni l’Ă©vĂ©nement musical sur l’Ăźle aux moines.
Sur le territoire, le Baroque, passions de l’ñme et sensualitĂ© des timbres ciselĂ©s, mĂȘlĂ©s proposent une fĂȘte des sens, oĂč s’accordent le temps de l’AcadĂ©mie, instrumentistes renommĂ©s et jeunes apprentis acadĂ©miciens, lesquels rĂ©alisent plusieurs concerts Ă  l’adresse du public dont le programme de clĂŽture dĂ©diĂ© aux Symphonies de Haydn (CathĂ©drale de Vannes, le 12 juillet, sous la direction de Johannes Leertouwer). depuis sa crĂ©ation par le violoncelliste virtuose Bruno Cocset, l’Institut de musique ancienne Ă  Vannes (Vannes Early Music Institute) et l’AcadĂ©mie estivale qu’il organise, ne cessent de surprendre par la diversitĂ© des approches et la pertinence de sa rĂ©alisation comme de ses choix artistiques. AcadĂ©mie baroque Ă  suivre de prĂšs. DĂšs Ă  prĂ©sent organisez votre sĂ©jour Ă  VANNES le temps des concerts proposĂ©s par l’AcadĂ©mie de Bruno Cocset.

 

 

 

 
 

 
COCSET-bruno-582-390-homepage-Bruno-Cocset 

 

 

 
 

 

INFORMATIONS et RESERVATIONS
Ă  partir du 18 juin 2018

Premier aperçu de la programmation 2018

 
—————————————————————————————————————————————————–

 

 
 

VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne

 

 
 

   8 concerts – programmes Ă©vĂ©nements

 

 

Mercredi 4 juillet 2018, 21h
Vannes, Eglise St Patern (payant)
CARAVAGE classiquenews caravage-musiciens-discmuseumCONCERT D’OUVERTURE MUSICA al TEMPO di GUIDO RENI & CARAVAGGIO. La musique Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂš, quand Rome accueille l’invention rĂ©volutionnaire du peintre baroque Caravage, celui qui est nĂ© pour “tuer” la peinture (disait le trĂšs classique, et trĂšs jaloux… Poussin). RĂ©aliste, mystique et sensuelle, la peinture du Caravage demeure un absolu singulier, visionnaire, inclassable dans la premiĂšre dĂ©cennie du XVIIĂš : une comĂšte d’une modernitĂ© inouĂŻe qui ne laisse pas de nous interroger sur notre propre humanitĂ©… Musiques de Dario Castello, Giovanni Battista Fontana, Francesco Rognoni, Bartolomeo de Selma y Salaverde, Giuseppe Scarani, Antonio Bertali & altri…
Ensemble AURORA
Enrico Gatti, violon & direction, Luca Giardini violon, Elena Bianchi dulciane, Anna Fontana clavecin et orgue

 

 

 
 

Jeudi 5 juillet, 21h
Pontivy, Basilique Notre Dame de Joie (gratuit)

CONCERT « DIEGO ORTIZ & LE SIECLE D’OR EN ESPAGNE » (co-production « Les Jeudis Musicaux de Pontivy ») Diego Ortiz, Antonio de CabezĂČn, Luis de Milan, Francisco Guerrero, Tomas luis de Victoria
Les Basses RĂ©unies
Bruno Cocset, Guido Balestracci,
Maude Gratton, Richard Myron

 

 

 
 

Samedi 7 juillet, 18h30
Chapelle de Quelven – Guern
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT « A LA TRIBUNE : musique anglaise pour orgue & voix » (soirĂ©e en partenariat avec « L’Art dans les Chapelles ») – Hadrien Jourdan : orgue, MaĂŻlys de Villoutreys : soprano, Bruno Cocset : violoncelle
(avec la possibilitĂ© d’une Visite du sanctuaire Ă  17h)

 

 
 

Dimanche 8 juillet :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERTS « MUSIQUE FRANCAISE AUX CARMES » 17h : FRANCOIS COUPERIN : RECITAL DE CLAVECIN
Skip Sempé
21h : ANTOINE FORQUERAY : RECITAL VIOLE & CLAVECIN – Guido Balestracci & Maude Gratton

 

 
 

Lundi 9 juillet 21h :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERT « SYRINX, UN REVE D’ENVOL » FlĂ»tes du monde, chant persan et chants d’oiseaux – Instrumentistes : Pierre Hamon, Esteban Valdivia – Chant persan : Taghi Akhbari – Les Chanteurs d’oiseaux : Jean Boucault, Johnny Rasse

 

 
 

Mardi 10 juillet, 19h
Ile aux Moines – Eglise (gratuit)
CONCERT « UNE FENETRE SUR LIMUR
 Ă  l’Ile aux Moines ! » – Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

Mercredi 11 juillet, 20h & 21h :
Vannes, HĂŽtel de Limur (gratuit)
CONCERTS BALLADES « UNE NUIT à LIMUR »
Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

Jeudi 12 juillet, 21h : Vannes, Cathédrale
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT DE CLOTURE
JOSEPH HAYDN : SYMPHONIES »
Etudiants de l’AcadĂ©mie – Johannes Leertouwer, direction

 

 
 
 

Tarifs des concerts payants :
plein tarif : 14€ – Tarif rĂ©duit : 8€ et gratuit jusqu’à 12 ans – Concerts entrĂ©e libre : EntrĂ©e gratuite sous rĂ©serve de places disponibles

La réservation est conseillée pour tous les concerts.

Renseignements :
Vannes Early Music Institute (VEMI)
+33 (0)6 13 43 05 14 – contact@vemi.fr
Programmation sous réserve de modification
Site : http://www.vemi.fr

 

 

VANNES : 6Úme Académie Européenne de musique baroque

 

LANNION. Festival VOCE HUMANA : 28 juil – 11 aoĂ»t 2018

VOCE HUMANA : les 10 ansFestival VOCE HUMANA, 28 juil > 11 aoĂ»t 2018. Lannion (CĂŽtes d’Armor) a son propre festival estival depuis 10 ans dĂ©jĂ  (2008) : tout un cycle de cĂ©lĂ©brations et d’évĂ©nements divers dĂ©diĂ©s Ă  la magie de la voix (d’oĂč son titre parlant, chantant : « Voce Humana / Voix humaine »). Aujourd’hui, le programme de concerts s’étend sur un vaste territoire dont le TrĂ©gor rural. Le Festival a trouvĂ© ses publics grĂące Ă  une diversitĂ© d’offres culturelles et artistiques d’autant mieux identifiĂ©es et comprĂ©hensibles que le fil conducteur en est le chant et la voix sous leurs formes les plus variĂ©es. Depuis 2017, le chanteur Olivier Rault pilote la direction artistique, succĂ©dant au fondateur Gildas Pungier (directeur musical du choeur de chambre MĂ©lisme(s). Chaque Ă©tĂ©, le public lannionnais retrouve les lieux propices Ă  la dĂ©couverte et Ă  l’émerveillement. Le festival compte de nombreux fidĂšles car il s’est trĂšs tĂŽt mis au service du public dans l’esprit d’un dĂ©cloisonnement et d’un renouvellement des formes traditionnelles : manifestations en accĂšs libre et en plein air, confĂ©rences, rencontres avant-concerts, rĂ©pĂ©titions publiques, etc
 Pour fĂȘter les 10 ans de Voce Humana, le concert inaugural (28 juillet, Ă©glise St-Jean du Baly, Lannion) accueille la soprano coloratoure Sabine Devieilhe (Victoire de la musique classique 2013 et 2015) dans un rĂ©cital Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra et Ă  la mĂ©lodie française. Et pour conclusion (en apothĂ©ose, dans l’église de Plouaret, samedi 11 aoĂ»t), l’ensemble MĂ©lisme(s), partenaire familier du Festival, et collectif prĂ©sent depuis les origines-, exprime la brĂ»lante ferveur de Vivaldi (Magnificat et Dixit Dominus).

A Lannion, dans les Cîtes d’Armor
Le Festival de la voix VOCE HUMANA
fĂȘte ses 10 ans

lannion voce humana festival 2018 par classiquenewsEntre ces deux bornes incontournables, Voce Humana 2018 propose une dizaine de concerts Ă  la diversitĂ© chatoyante (musique du monde, rĂ©citals, animations de rue, jazz vocal, musique baroque, chanson, choeur a cappella
), 
 toujours il s’agit d’exposer la voix, les timbres mĂȘlĂ©s, associer le chant aux instruments, ou goĂ»ter la magie du chant seul ; dans les Ă©glises de Lannion, sur le territoire tregorrois, 
 sans omettre la rĂ©sidence de l’ensemble A Bocca chiusa (Ă  bouche fermĂ©e), quatuor vocal (30 juillet-5 aoĂ»t)
 un Ă©clectisme pour tous les styles et tous les goĂ»ts, – depuis le Manoir de KerhervĂ© Ă  Ploubezre, propre Ă  sĂ©duire le public le plus large.

 

 

 

Festival Voce Humana : 28 juillet – 11 aoĂ»t 2018
RESERVEZ VOTRE PLACE
sur le site du Festival VOCE HUMANA
https://www.vocehumana.fr
Billetterie ouverte le 1er juin 2018.
Voir la page tarifs :
https://www.vocehumana.fr/infos-pratiques/tarifs

—————————————————————————————————————————————————–

Quelques temps forts de Voce Humana 2018

Samedi 28 juillet 2018
Concert inaugural des 10 ans
Eglise St-Jean du Baly, Lannion
RĂ©cital lyrique : Sabine Devieilhe, soprano coloratoure
Colette Diard, piano
Airs d’opĂ©ras français, mĂ©lodies françaises
Delibes, Massenet, Viardot, Lalo, Messager

Déjà présente en 2008, la diva française revient à Lannion pour les 10 ans de Voce Humana

Dimanche 29 juillet 2018
Cour du ChĂąteau de Rosanbo, Lanvellec
Jazz vocal : Les Glossy Sisters
(trio vocal féminin)
De Piaf et Beyoncé à Boris Vian et AdÚle


Mardi 31 juillet
Espace Sainte-Anne, Lannion
Schubert
Conférence
Concert : Schwanengesang, extraits
Louis-Pierre Patron, baryton
JĂ©rĂŽme Lelong, piano

Lundi 6 août
Eglise de Trégrom
Choeur a cappella
Ensemble Perspectives
Geoffroy Heurard
Playlist : de Mendelssohn et Coleridge Taylor, Ă  Schubert et les Beach Boys

Mardi 7 août
Eglise de Brélévenez, Lannion
Baroque italien : Monteverdi
La Main Harmonique
Frédéric Bétous, direction
Transposant avec gĂ©nie l’univers des passions en musique, Monteverdi dit lui- mĂȘme que « la bonne musique doit avoir l’émotion pour but ». OĂč mieux que dans notre Ă©tat amoureux nous est-il possible de percevoir ces affetti ? C’est dans ce stato amoroso que jaillissent les Ă©lans dĂ©sespĂ©rĂ©s du cƓur. C’est aussi lĂ  que s’opĂšrent les transformations les plus subtiles de l’Ăąme.

Mercredi 8 août
Eglise de Trédez / Baroque traditionnel
Shakespeare songs
Ensemble Leviathan
Lucile Tessier, direction

Jeudi 9 août
Dans les rues de Lannion
Chasons de proximité, à la carte
Garçons s’il vous plaüt
(trio vocal masculin)

Vendredi 10 août
Salle des fĂȘtes, Le Vieux MarchĂ© / Chanson
voix et accordéon
DĂ©linquante : deux filles joyeuses et communicatives
(duo féminin)

Samedi 11 août 2018
Concert de clĂŽture / Choeur
MĂ©lisme(s)
Gildas Pungier, direction
Antonio Vivaldi
Magnificat RV 610
Dixit Dominus RV 595

 

—————————————————————————————————————————————————–

Festival Voce Humana : 28 juillet – 11 aoĂ»t 2018VOCE HUMANA : les 10 ans
RESERVEZ VOTRE PLACE
sur le site du Festival VOCE HUMANA
https://www.vocehumana.fr
Billetterie ouverte le 1er juin 2018.
Voir la page tarifs :
https://www.vocehumana.fr/infos-pratiques/tarifs

—————————————————————————————————————————————————–

FESTIVAL VOCE HUMANA TREGOR 2018 par classiquenews thumbnail_Olivier Rault (c) Nicolas ScordiaFESTIVAL VOCE HUMANA (TrĂ©gor). Entretien avec Olivier RAULT, directeur artistique. Olivier Rault vient de prendre la direction artistique du Festival VOCE HUMANA (Bretagne, 10Ăš Ă©dition en juillet 2018). En 4 questions clĂ©s, CLASSIQUENEWS identifie les axes clĂ©s d’un festival prometteur sur le territoire du TrĂ©gor (Ă  Lannion et sa rĂ©gion), en Bretagne. Redimensionner un Ă©vĂ©nement sur son territoire, jouer la carte de la diversitĂ© et de l’ouverture, sans rien nĂ©gocier sur la qualité  savoir aussi ĂȘtre proches du public en investissant de nouveaux lieux dont il est plus familier, 
 LIRE l’intĂ©gralitĂ© de notre entretien avec Olivier RAULT 
 

—————————————————————————————————————————————————–

 

CD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HMCD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY – ANNONCE). Ce pourrait bien ĂȘtre le coffret Ă©vĂ©nement de 2018 : l’intĂ©grale des oeuvres pour musique de chambre pour cordes et piano de Chostakovitch – Jamais une telle somme majeure pour l’expression musicale du XXĂš siĂšcle n’avait Ă©tĂ© rĂ©unie en un seul coffret : c’est chose faite grace Ă  l’initiative du pianiste Filipe Pinto-Ribeiro et son DSCH – Ensemble Shostakovich. Âpre et intense, profonde voire lugubre, inquiĂšte voire angoissĂ©e, mais d’une ineffable tendresse humaine, la musique de Dmitri Chostakovitch Ă  l’époque de la terreur stalinienne sait porter le masque de la distance faussement indifĂ©rente pour mieux ciseler une absolue comprĂ©hension de la nature humaine, dans ses contradictions, ses horreurs et sa grandeur. A l’écoute de cette musique pudique et intime (sous la voile d’un cynisme distanciĂ©), relevant les dĂ©fis de l’écoute collective, et du jeu chmabriste le plus raffinĂ©, les 4 solistes rĂ©unis autour de Filipe PINTO-RIBEIRO, - tous individualitĂ©s fortes capables aussi de se fondre dans une Ă©tonnante sonoritĂ© collective-, rĂ©alisent en 2 cd, pour le label PARATY, une intĂ©grale Ă©vĂ©nement, vĂ©ritable accomplissement qui s’avĂšre ĂȘtre la rĂ©fĂ©rence nouvelle.

 
 

CLIC_macaron_2014Un Chostakovitch / Shostakovich dĂ©poussiĂ©rĂ©, habitĂ©, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© : sincĂšre et vrai. Coffret Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS 2018, Ă©lu meilleur cd de l’annĂ©e 2018. Classiquenews Ă©tait prĂ©sent lors des sĂ©ances de travail autour de l’enregistrement : VOIR ici le reportage vidĂ©o de l’intĂ©grale CHOSTAKOVITCH de musique de chambre avec piano (rĂ©alisation studio CLASSIQUENEWS.TV)

_________________________________________________________________________________________________

CD Ă©vĂ©nement, SHOTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

_________________________________________________________________________________________________

 
 
 
 

VOIR notre reportage vidĂ©o : SHOTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

 
 

SHOSTAKOVICH-CHOSTAKOVITCH-ensmeble-pinto-ribeiro-complete-chamber-music-for-strings-and-piano-video-par-classiquenews-PARATY-2-cd-set-box

 
 

DSCH – Ensemble Shostakovich :
Filipe PINTO-RIBEIRO, piano
Corey CEROVSEK, violon
Cerys JONES, violon
Isabel CHARISIUS, alto
Adrian Brendel, violoncelle

 
 
 

SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HM

 
 

PINTO RIBEIRO piano SHOSTAKOVITCH-CHOSTAKOVITCH-ensemble-CD-PARATY-coffret-set-box-integrale-

 

Filipe PINTO-RIBEIRO, piano (DR)

 
 
 
 

CD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone)

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone). En mai 2017, l’Orchestre national de Lille dirigĂ© par Alexandre Bloch son directeur musical, choisissait de ressusciter l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet, les PĂȘcheurs de perles (1863). Un sommet lyrique plus abouti et cohĂ©rent qu’on ne le dit, le maillon essentiel avant Carmen (crĂ©e 12 ans plus tard), pour comprendre ce goĂ»t de la caractĂ©risation individuelle, des atmosphĂšres (orientalisantes, proches de LakmĂ© de LĂ©o Delibes plus tardif, crĂ©Ă© en 1883), ce gĂ©nie du drame qui sans emphase et tout en subtilitĂ© dĂ©peint des ĂȘtres d’exception comme les deux amoureux Nadir et Leila, finalement sauvĂ© par le rival du premier, Zurga
 Pour l’orchestre, c’est un dĂ©fi dans l’expression des nombreux paysages sonores ; pour les chanteurs, – tous de la nouvelle gĂ©nĂ©ration du chant français dont surtout les indiscutables Cyrille Dubois et Julie Fuchs (Nadir et Leila), un dĂ©fi sur le plan de la diction romantique française ; pour le chef, mĂȘme travail de ciselure dĂ©taillĂ©e comme de cohĂ©rence du plateau qui comprend l’orchestre, les solistes, et les choeurs trĂšs sollicitĂ©s par la partition du jeune Bizet. Les reprĂ©sentations en version scĂ©nique donnĂ©es Ă  Lille, avaient amplement convaincu : dĂ©voilant la complicitĂ© renforcĂ©e entre musiciens et chef, dans un chantier lyrique d’importance. Le disque qui sort un an aprĂšs prĂ©sente les mĂȘmes qualitĂ©s : cohĂ©sion du plateau vocal, finesse, dramatisme intense voire passionnĂ©, d’une irrĂ©sistible Ă©loquence. Prochaine critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS. Coffret de 2 cd Pentatone, Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS.

_________________________________________________________________________________________________

 

VOIR aussi notre reportage vidĂ©o LES PECHEURS DE PERLES DE BIZET – reportage en 2 volets :
http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

_________________________________________________________________________________________________

 

CLIC_macaron_2014LIRE aussi notre compte rendu critique des PĂȘcheurs de Perles de Bizet par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille, les 10 et 12 mai 2017
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-lille-nouveau-siecle-le-10-mai-2017-bizet-les-pecheurs-de-perles-1863-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-direction/

_________________________________________________________________________________________________

 

CD événement. Les Girard jouent le Quatuor n°4 Starry Sky de Philippe Hersant (1 cd PARATY)

hersant-quatuor-chez-PARATY-le-cd-evenement-2018-par-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. HERSANT : Quatuor n°4 / BEETHOVEN : Quatuor opus 59 n°2 – Quatuor Girard – 1 cd PARATY. Hersant, Quatuor n°4 « The starry Sky ». Inutile de justifier en quoi nous parlons de Philippe Hersant comme le plus grand compositeur français actuel (avec Thierry Escaich et Philippe Manoury). Outre une attention spĂ©cifique sur le timbre, les alliages sonores, le dĂ©veloppement et sa direction, l’architecture comme le dĂ©tail, Philippe Hersant est l’un des rares Ă  se prĂ©occuper aussi de la rĂ©ceptivitĂ© de ses oeuvres et de son intelligibilitĂ© vis Ă  vis du grand public. Si l’écriture contemporaine peine toujours Ă  se faire reconnaĂźtre et apprĂ©cier du grand public, on ne discutera pas qu’il fait tout pour rĂ©aliser le contraire. Car ses oeuvres sont les plus audibles parmi la constellation des auteurs contemporains.

SOUS UN CIEL ÉTOILÉ
. De Beethoven à Hersant

En tĂ©moigne son prochain Quatuor n°4 (dĂ©jĂ ) enregistrĂ© par le Quatuor Girard pour le label PARATY. Directement affiliĂ© Ă  Beethoven (le cd Ă  paraĂźtre d’ici l’étĂ© propose un judicieux couplage du Quatuor de Philippe Hersant Ă  le Quatuor n°8 opus 59 de Beethoven), la partition contemporaine cite ce « ciel Ă©toilé » dont parle souvent le gĂ©nie romantique dans son journal intime, qu’il Ă©voque aussi dans plusieurs oeuvres (le lied Abendlied Unterm gestirnten Himmel / Chant du soir sous le ciel Ă©toilĂ© ; ou dans le mouvement lent de son HuitiĂšme Quatuor, l’Opus 59 n° 2, deux partitions Ă©crite en mi majeur, la tonalitĂ© spirituelle et mystique par excellence pour Ludwig).
Or on sait le goĂ»t de Hersant pour la littĂ©rature allemande, poĂ©sie, musique et
 peinture. Le Français rend ainsi un hommage sensible et subtil Ă  la pensĂ©e et la main de Beethoven, en particulier le Molto adagio du deuxiĂšme quatuor « Razoumovski », et ce goĂ»t des ruptures et des contrastes, structurant l’oeuvre entier de son prĂ©dĂ©cesseur romantique. Comme Van Gogoh s’inspire de Millet, ou Degas qui copie Mantegna, Hersant reprend certains motifs de Beethoven (thĂšme hymnique en forme de choral du dĂ©but de l’Adagio prĂ©cisĂ©ment ; motif russe de l’Allegretto aussi) qu’il colore d’éclats et d’humeurs manifestement slaves (son des balalaĂŻkas), lesquels citent aussi la dĂ©pression profonde, grave, solitaire du crĂ©pusculaire et aussi lumineux, Shostakovich. Philippe Hersant signe l’un de ses chefs d’oeuvre chambristes, hommage certes au passĂ© (lointain et proche, de Beethoven Ă  Shosta), surtout rĂ©flexion intime sur le genre musical, son sens, sa consistance. Avec Hersant, se prĂ©cise l’activitĂ© d’une pensĂ©e en marche, qui analyse et questionne
 Ce qui rend ce cd prometteur : prochain cd Ă©vĂ©nement saluĂ© par CLASSIQUENEWS. A suivre.

 
 

_________________________________________________________________________________________________

 
 

HErsant-quatuor-beethoven-quatuor-girard-cd-presentation-annonce-clic-de-classiquenews-PARATY318167_Beethoven_QuatuorGirard_COUV_HM

 
 

_________________________________________________________________________________________________

 
 

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. HERSANT : Quatuor n°4 / BEETHOVEN : Quatuor opus 59 n°2 – Quatuor Girard – 1 cd PARATY (enregistrĂ© en sept 2017, Chapelle musicale Reine Elisabeth – Prise de son : CĂ©cile Lenoir). Prochaine grand critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM

CD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. (1 cd Melodyia)

Dmitry MASLEEVCD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. (1 cd Melodyia). Il ne faut pas rester sur l’impression trĂšs sage en couverture et qui assimile le candidat pianiste Ă  un avatar d’Harry Poter
 Les premiers disques sont en gĂ©nĂ©ral des dĂ©clarations d’intention, l’expression d’un jardin personnel qui affirme un geste, un monde sonore, une approche prĂ©liminaire appelĂ©e Ă  connaĂźtre des dĂ©veloppements postĂ©rieurs. S’agissant du pianiste russe Dmitry MASLEEV (nĂ© en mai 1988), la promesse s’avĂšre consistante et le plaisir qui en dĂ©coule, majeur. C’est une rĂ©vĂ©lation que confirme son Premier Prix au XVĂš Concours Tchaikovsky Ă  Moscou (2015, l’annĂ©e oĂč avait Ă©tĂ© remarquĂ© aussi Debargue qui obtenait alors un 4Ăš Prix) : car le toucher et la conception dynamique du pianiste trentenaire affirment un grand talent qui s’appuie d’abord sur une technicitĂ© exigeante, sensible, jamais dĂ©monstrative. Le jeu est naturel, allant, sans posture d’aucune sorte. Les Scarlatti coule comme une onde jaillissante avec un sens de l’articulation manifeste ; le Prokofiev combine dĂ©construction et vision intĂ©rieure animĂ©es par un formidable appui ; le Concerto n°2 de Chostakovitch (Ă©crit pour le fils du compositeur Maxim) fascine par son Ă©criture nĂ©oclassique, pourtant inquiĂšte, parfois Ă©lectrique (mais d’une Ă©nergie toute juvĂ©nile, dĂ©dicataire oblige); et qui sait dĂ©velopper de superbes climats sous les doigts de velours du jeune Russe. L’interprĂšte a dĂ©jĂ  donnĂ© plusieurs sĂ©ries de concerts en Europe et en France. Le pianiste qui a Ă©tĂ© formĂ© au Conservatoire de Moscou, pourrait avoir l’étoffe des grands russes du piano actuel, les Matsuev (mais en plus suggestif et intĂ©rieur) ou Trifonov
 On attend dĂ©sormais l’interprĂšte dans des rĂ©citals plus consistants, rĂ©vĂ©lant les secrets de son approche des rĂ©pertoires : Schubert et Mozart, Beethoven et Mendelssohn, ou les russes Ă©videmment ? Mais il est vrai rapprocher Scarlatti et Prokofiev relĂšve d’un choix judicieux car le second jouait souvent le premier, – parallĂšle trĂšs pertinent aussi sur le plan de l’écriture. TempĂ©rament Ă  suivre de prĂšs


 
 
 
—————————————————

 
 
 

CD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. 1 cd Melodyia – enregistrĂ© en 2016 et 2017 – durĂ©e : 58 : 15 mn.

 
 
 
MASLEEV-DMITRI-portrait-piano-jeune-talent-par-classiquenews-PIANO-magazine

 
 
 
 

CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4Ăš de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle rĂ©ussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgrĂ© l’ampleur des effectifs ; le sentiment prĂ©servĂ© malgrĂ© l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennitĂ© parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricitĂ© souterraine qui illumine de l’intĂ©rieur, une partition toute dĂ©diĂ©e Ă  l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur Ăąpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres et familles d’instruments (cordes / bois / cuivres en fanfare dĂ©ployĂ©e), enfin l’allure
 doivent immĂ©diatement sa nourrir d’une vitalitĂ© jamais Ă©teinte : continue, tendue, soutenue de haute lutte. VoilĂ  qui fait les grandes interprĂ©tations (Jochuum, Gand, et le plus rĂ©cent, de surcroĂźt sur instruments d’époque, Herreweghe avec son fabuleux orchestre des Champs-ElysĂ©es, lequel dĂ©poussiĂšre aussi de façon dĂ©cisive
 le massif brahmsien).
Ici reconnaissons Ă  Andris Nelsons, la continuitĂ© d’un travail passionnant rĂ©alisĂ© avec le Gewandhaus Orchester Leipzig, familier par ailleurs du rĂ©pertoire symphonique germanique, de Mendelssohn Ă  
 Mahler. Successeur ici mĂȘme de Masur, puis de Chailly, Andris Nelsons n’est pas encore concrĂštement directeur musical de la phalange de Leipzig, mais il poursuit une maniĂšre de cycle brucknĂ©rien
avec l’orchestre, par le disque.
Reconnaissons d’emblĂ©e que la sĂ»retĂ© du geste, la clartĂ© de la vision, et surtout la richesse et la cohĂ©sion de la sonoritĂ© de l’orchestre voisinne avec les meilleurs parmi le top 5 d’Allemagne : le Berliner Phil., le Radio Bavaroise, le Dresden, le Berliner Staatsoper
 Un travail Ă©tonnant en maĂźtrise et intelligence intĂ©rieure obtenue en proportion avec un travailleur forcenĂ© qui dirige aussi le Boston Symphony orchestra (DG enregistre les Symphonies de Chostakovitch simultanĂ©ment Ă  Bruckner Ă  Leipzig donc
).

AprĂšs la 3Ăš Symphonie (saluĂ©e par classiquenews : voir ci dessous le lien vers la critique du cd), cette Symphonie n°4 de Bruckner ne dĂ©mĂ©rite en rien : au contraire, les qualitĂ©s de cohĂ©sion interne, d’énergie architecturĂ©e, de lisibilitĂ© voire de transparence de la matiĂšre orchestrale, malgrĂ© ses contrastes par vagues submersives et l’ambition des effectifs requis (3 flĂ»tes, bois par 2
, riche fanfare des cuivres comprenant 4 cors, trompettes et trombones par 3, tuba
). EnregistrĂ© en 2017, la lecture saisie sur le vif (Live recording) confirme l’aisance du maestro Nelsons comme architecte et prophĂšte : exigeant, cultivant le dĂ©tail comme le souffle ; il opte pour la version 1878 / 1880 plus courte, raccourcie Ă  circa 65 mn / versus 75 mn par un Bruckner ĂągĂ©, obligĂ© Ă  de sĂ©rieuses coupes sous la pression de son Ă©diteur, mais avec un nouveau Scherzo et un finale « rationalisé »), travaillant sur la clartĂ© structurelle (le premier mouvement allegro molto moderato, l’un des plus complexe par son assise, mais d’une construction lumineuse). S’aidant surtout de la flexibilitĂ© aĂ©rienne et scintillante des excellentes cordes. Nelsons aime l’efficacitĂ© mais aussi la fidĂ©litĂ© au texte originel, reconnaissant ainsi Ă  Bruckner, l’artisan dit rustre, une Ă©vidente intelligence de bĂątisseur : pas Ă©tonnant donc qu’il ait prĂ©fĂ©rĂ© cette version Ă©quilibrĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, comparĂ©e Ă  celle retaillĂ©e (Ă  la serpe parfois) de 1889). Rien ne nuit ni n’empĂȘche la fabuleuse activitĂ© de l’orchestre oĂč perce l’élĂ©gie incisive, individualisĂ©e des fabuleux solos instrumentaux 
 notons la couleur nuancĂ©e mĂ©lancolique de l’Andante, moins endeuillĂ© que songeur voire Ă©nigmatique ; l’énergie cynĂ©gĂ©tique du Scherzo, celui rĂ©Ă©crit par Bruckner, douĂ© d’une inspiration trĂšs programmatique mais saisissante par sa flamboyance contrastĂ©e ; enfin, l’équilibre et la rĂ©solution qui ordonne dans une aisance souveraine, le FINALE, dont le portique dernier donne la mesure de l’imaginaire mystique de Bruckner : un Hosanna miraculeux dont Nelsons nous fait entendre la lĂ©gĂšretĂ© et l’élan irrĂ©pressible.

Voici la preuve nouvelle que Nelsons est bien un brucknérien de premiÚre qualité. A suivre, car le cycle Bruckner à Leipzig devrait ainsi se poursuivre. Le Prélude de Lohengrin joué en lever de rideau pour ce récital symphonique, semble envisager les éthers célestes que Bruckner parvient à rejoindre lui aussi en une priÚre lente, solennelle, majestueuse et parsemée de stations, noires et sombres, pastorales et lumineuses. Itinéraire passionnant.

———————————

CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureLIRE aussi notre critique complÚte de la Symphonie n°3 de Bruckner par Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2016)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

PARIS, récital : 3 Sonates de HAYDN par ARTHUR ANCELLE, piano

haydn-joseph-portrait-perruquePARIS, Le 26 mars 2018. HAYDN : 3 SONATES. Arthur Ancelle, piano. Compagnon et partenaire de la pianiste russe Ludmilla Berlinskaia, Arthur Ancelle joue solo dans ce nouveau programme Haydn dont le disque paraĂźt le 23 mars prochain (2). Entre « fun » et « hooligan », le profil du bon papa Haydn en prend pour son compte, mais la justesse et la finesse de l’intention avec laquelle le pianiste français aborde le clavier du Viennois force l’admiration. L’approche est d’une grande intelligence : elle sait renouveler notre perception du compositeur, l’un des plus facĂ©tieux et des plus raffinĂ©s.

Arthur Ancelle a analysĂ© en profondeur l’enjeu esthĂ©tique, la richesse expressive et le sens de chaque partition ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e. C’est son deuxiĂšme album comme interprĂšte seul (1), brossant un portrait de Joseph Haydn, vĂ©ritable monument et vĂ©nĂ©rable, respectĂ© dans toute l’Europe prĂ©romantique, Ă  la fois, lĂ©ger et profond. Au programme : les Sonates n° 30 et 31, qui frappent par la modernitĂ© de leur conception, et la plus connue encore, Sonate n° 62 en mi bĂ©mol majeur, composĂ©e pendant son second (dernier) sĂ©jour Londonien. Rien de compassĂ© ou de mou, conforme ou dĂ©coratif ici. La plume de Haydn est vive et mordante, portĂ©e par l’un des esprits les plus agiles et audacieux de son temps
 Sa musique «   nous raconte Ă  chaque page son goĂ»t de la provocation, de la surprise, du non-conformisme. Les Anglais l’avaient d’ailleurs bien compris, qui l’appelaient « le Shakespeare de la musique », entre autre pour sa facilitĂ© Ă  faire cohabiter, en quelques mesures, tragique et comique, noblesse et trivialité » prĂ©cise Arthur Ancelle.

  

 

"FUN et HOOLIGAN", un HAYDN imprévu, par Arthur ANCELLE

 

 

PARIS, Cercle Suédois
Lundi 26 mars 2018, 20h

JOSEPH HAYDN
Sonate n° 31 en la bémol majeur, Hob. XVI:46
Sonate n° 30 en ré majeur, Hob. XVI:19
Sonate n° 62 en mi bémol majeur, Hob. XVI:52

ARTHUR ANCELLE, piano

 

 

 

 

 

ANCELLE-PIANO-cd-critique-annonce-par-classiquenews-Arthur-Ancelle-Haydn-3-sonates-1Le pianiste dont on sait le talent dans l’art si dĂ©licat et complexe de la transcription : il a Ă©crit lui-mĂȘme l’Apprenti Sorcier de Dukas pour piano seul, Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski pour deux pianos, et aussi une Suite originale pour deux pianos Ă©galement, d’aprĂšs le ballet RomĂ©o & Juliette de Prokofiev (2014), retrouve dans l’écriture volubile et expĂ©rimentale, raffinĂ©e, Ă©lĂ©gante et facĂ©tieuse de Haydn, ce terreau gĂ©nĂ©reux et foisonnant qui parle Ă  son imaginaire. Haydn / Ancelle… la rencontre ne pouvait que faire des Ă©tincelles. Cd Ă  paraĂźtre le 23 mars, concert Ă  Paris (Cercle SuĂ©dois) ce 26 mars 2018, 20h.

 

 

 

———————

 

 

 

(1) En 2015, il sort son premier album solo chez Melodia, consacrĂ© Ă  aux Ballades de Chopin et aux oeuvres pour piano d’Henri Dutilleux (remarquable lecture de la Sonate).

(2) Parution du cd Sonates de Haydn, Melodia / le 23 mars 2018 – [EnregistrĂ© du 3 au 5 juillet 2017 dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou (Russie)]

 

Illustration : portrait photographique Noir et Blanc d’Arthur Ancelle © F Broede
 
 

 
 

Festival Musique & MĂ©moire 2018 : les 25 ans

musique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018Festival MUSIQUE & MEMOIRE 2018 : Les 25 ans : 13-29 juillet 2018. SidĂ©rante ! La programmation du prochain festival Musique et MĂ©moire, fleuron des festivals de musique baroque dans les Vosges du sud, est tout simplement incontournable en promettant plusieurs Ă©vĂ©nements. Du 13 au 29 juillet, soit tout au long des 3 derniers week ends de juillet 2018, le fonctionnement du festival laboratoire, – Ă©lu le plus intĂ©ressant des festivals du grand Est français par la RĂ©daction de classiquenews, confirme en 2018, un champs de recherche et d’accomplissement dĂ©fendu depuis ses dĂ©buts.
« NĂ© d’un rĂȘve au coeur du plateau majestueux des Mille Etangs, espace naturel incontournable des Vosges du Sud, le festival Musique et MĂ©moire a su se forger une identitĂ© artistique originale et sans cesse en mouvement », on ne saurait dire mieux la singularitĂ© d’un cycle de concerts et d’évĂ©nements musicaux idĂ©alement inscrit dans son territoire.

La constance aux artistes devenus « associĂ©s », le goĂ»t du risque, des effectifs vocaux et instrumentaux nouveaux, le souci du dĂ©frichement et des auteurs mĂ©connus (on l’a vu en 2016 pour la cĂ©lĂ©bration des 400 ans du gĂ©nie de Froberger), le sens critique appliquĂ© dans les options interprĂ©tatives
 rĂ©inventent aujourd’hui l’idĂ©e mĂȘme d’un festival d’étĂ©. EquilibrĂ©e, audacieuse, exigeante, la ligne artistique pilotĂ©e par le directeur fondateur Fabrice Creux reprĂ©sente haut et fort ce que doit ĂȘtre un festival de musique aujourd’hui : proche des festivaliers, riche, rythmĂ© mais Ă  Ă©chelle humaine (ce qui manque Ă  tant de festivals estivaux devenus de trop grosses machines), sachant allier surprise et relecture des piliers du rĂ©pertoire. A n’en pas douter, la nouvelle Ă©dition 2018 satisfait tous ces critĂšres.

 

 

VOSGES DU SUD : le Festival Musique & MĂ©moire diffuse l'excellence au Pays des 1000 Ă©tangs

 

 

L’an dernier, – 24Ăš Ă©dition, les festivaliers, entre autres, redĂ©couvraient l’écriture et les mondes de Jean-SĂ©bastien Bach grĂące au geste de l’ensemble Alia Mens (Olivier Spilmont, direction), dont le remarquable cd Ă©ditĂ© chez Paraty, fisait la pertinence et l’acuitĂ© sensible de la rĂ©alisation musicale – La citĂ© cĂ©leste / CLIC de CLASSIQUENEWS 2017).
Cet Ă©tĂ©, continuitĂ© de la rĂ©decouverte d’un Bach inspirĂ© voire sublime avec un autre ensemble prometteur dans ce rĂ©pertoire : VOX LUMINIS. Mais auparavant en ouverture d’une Ă©dition mĂ©morable, ce sont LES TIMBRES, jeune collectif aux talents multiples, admirables, qui poursuivent leur rĂ©sidence Ă  Musique et MĂ©moire (5Ăš annĂ©e d’une trĂšs riche coopĂ©ration), osant mĂȘme cette annĂ©e aborder l’opĂ©ra – domaine familier car ils avaient dĂ©jĂ  en 2014, rĂ©ussi un Lully exceptionnel (une Proserpine trĂšs peu connue et jouĂ©e, de surcroĂźt dans une version historique inĂ©dite de 1682).
L’enchantement est bel et bien enracinĂ© au cƓur des Vosges saĂŽnoises, grĂące au discernement et au goĂ»t du directeur Fabrice Creux : « Vivre la fĂ©erie du plus vieil opĂ©ra du monde, Ă©couter une mĂ©lodie Ă  perdre la raison, voter pour sa nation prĂ©fĂ©rĂ©e lors d’une joute musicale, flotter entre inconscience et imagination couchĂ© dans un verger, suivre une voix unique en quĂȘte de l’essentiel, dĂ©couvrir l’arme la plus puissante de l’amour, ressentir l’énergie des sonoritĂ©s entre ombre et lumiĂšre de l’orgue espagnol, expĂ©rimenter l’universalitĂ© avec Bach
. Cette Ă©dition anniversaire ose tout ! ».

En 2018, l’étĂ© sera tout aussi enivrant voire enchanteur pour les festivaliers dans les Vosges du Sud, du 13 au 29 juillet 2018.

 
 

 
 

5 temps forts 2018

 

 

Voici les 4 temps forts, avec pour chaque cycle Ă©vĂ©nement, nos raisons de ne manquer AUCUN concert et programme dĂ©fendu par l’interprĂšte ou l’ensemble invité  :

 

 

 

 

 

1musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement
MONTEVERDI : Orfeo par Les Timbres
Vendredi 13 juillet 2018, 21h

commande du festival
ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurLe trio fondateur des Timbres, soit : Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs poursuit une rĂ©sidence qui a comptĂ© dĂ©jĂ  nombre de rĂ©alisations exemplaires. L’équilibre de la proposition des Timbres (qui d’ailleurs publient en avril 2018, un remarquable cd dĂ©diĂ© au gĂ©nie de François Couperin : les Concerts Royaux), tient Ă  la nature mĂȘme des programmes et dispositions des concerts choisis : des chefs d’oeuvres connus que l’on redĂ©couvre : tel ORFEO de Monteverdi (1606), sublimĂ© par leur sens de la subtilitĂ© rĂ©jouissante, articulĂ©e, naturelle, expressive
 et trĂšs habitĂ©e. Invention, disposition Ă©locution, passion
 tout devrait couler comme une seconde langue, Ă  travers le geste collectif des Timbres. Cet Orfeo, commande du Festival pour ses 25 ans, devrait ĂȘtre un temps fort mĂ©morable dans l’Histoire de Musique et MĂ©moire. Favola in musica, 5 actes, crĂ©Ă©e au Palais Ducal de Mantoue, le 24 fĂ©vrier 1607, d’aprĂšs les MĂ©tamorphoses d’Ovide, Les Gerogiques de Virgile. Orfeo, fable musicale, n’est pas le premier opĂ©ra de l’histoire : il faut plutĂŽt attendre prĂšs de 30 ans plus tard, et du mĂȘme auteur, – mais Ă  Venise, la crĂ©ation en 1642, du Couronnement de PoppĂ©e / L’incoronazione di Poppea, vĂ©ritable drame moderne d’un rĂ©alisme sublime, alliant cruautĂ©, vĂ©ritĂ©, poĂ©sie et Ă©rotisme. VOIR notre reportage Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi par Patrice Caurier et Moshe Leiser / prĂ©sentĂ©e par Jean-Paul Davois / Angers Nantes OpĂ©ra 2017.
Encore entre deux eaux, celle du magrilisme de la Renaissance et des prĂ©mices de la dĂ©clamation baroque, – rĂ©citar cantando, Orfeo met en scĂšne l’opĂ©ra lui-mĂȘme, c’est Ă  dire la force et la puissance du chant incarnĂ©. MĂȘme s’il Ă©choue Ă  sauver Eurydice et s’unir Ă  elle (comme chez Wagner, l’élu Lohengrin et Elsa), OrphĂ©e, le poĂšte de Thrace montre qu’il est capable d’émouvoir jusqu’au dieu des enfers, Pluton ; l’inflĂ©chir et le convaincre par sa peine endeuillĂ©e que son chant a sublimé 

 

 

distribution :

Ensemble Les Timbres
Orfeo : Marc Mauillon, baryton
La Musica, Euridice : Elodie Fonnard, soprano
La Messaggera, Speranza, Proserpina : Luca Mancini, alto
Pastor, Ninfa : Paul-Antoine Bénos, contre-ténor
Appolon, Pastor, Spirito : Nicholas Scott, ténor
Pastor, Spirito : Victor Sicard, baryton
Caronte, Plutone : Lisandro Abadie, basse

Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Vincent Bernhardt et Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel MĂ©nard, mise en espace / BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

17h, répétition publique

Réservation conseillée
20 €, 5 € (rĂ©duit), 15 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)

 

 

 

 

4 autres concerts des Timbres

Samedi 14 juillet, 15 h
Chapelle Saint-Martin et Eglise Saint-Georges de Faucogney
Folianniversaire
25 micro-concerts-surprises pour la 25e Ă©dition du festival sur le thĂšme de la Folia
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Marc Mauillon, baryton
Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel Ménard, comédien
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 15 juillet, 17 h
Eglise Notre-Dame de l’Assomption de Servance
Tournoi musical
Joute instrumentale entre l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie
programme en création (commande du festival)
Ensembles Les Timbres et Harmonia Lenis
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Kenichi Mizuuchi, flûtes à bec
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Mercredi 18 juillet, 17 h 30
Ecomusée du Pays de la Cerise de Fougerolles
Visite, dßner et concert couché
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Marc Mauillon, baryton
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 22 juillet, 17 h
Eglise Saint Jean-Baptiste de Corravillers
De Hambourg Ă  NĂŒremberg
Cinquante ans de sonates en trio en Allemagne du Nord
Dietrich Buxtehude, Philipp Heinrich Erlebach, Johann Philipp Krieger, Johann Sebastian Bach et Georg
Philipp Telemann
Ensemble Les Timbres
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 
 

 
 

 

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

2 – PlĂ©nitude, solitude : le Chant magicien de Marc Mauillon

Vendredi 20 juillet, 21h

 

Choeur roman de Melisey
Songline, itinéraire monodique
Marc Mauillon, voix
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

MARC MAUILLON, baryton enchanteurDISEUR, ORFEVRE DU VERBE MUSICAL... Son dernier cd, comme soliste, savait rendre hommage au premier bel canto de l’histoire musical, ce « recitar cantando » oĂč le texte et son articulation priment sur toute idĂ©e de virtuositĂ© vocale : d’abord le sens du mot, et le relief comme la nuance du verbe. Lire notre critique du cd les 2 orphies / Le due Orphei : Caccini / Peri
 CLIC de Classiquenews d’avril 2016. Pour Musique et MĂ©moire 2018, le barytĂ©nor Marc Mauillon retrouve les dĂ©fis d’un programme oĂč son chant incarnĂ©, expressif est au devant de la scĂšne.
CHANT ET MAGIE ES ABORIGENES AUSTRALIENS. Le spectacle s’inspire du livre Songlines (en français « Le chant des pistes ») de Bruce Chatwin, qui raconte la vibrante expĂ©rience de l’auteur Ă  la recherche des itinĂ©raires chantĂ©s des aborigĂšnes
australiens; ces itinĂ©raires chantĂ©s, vĂ©ritables cartes permettant de se repĂ©rer dans le dĂ©sert, sont l’hĂ©ritage des ancĂȘtres du « temps du rĂȘve » car dans la mythologie aborigĂšne tout ce qui existe a dĂ» ĂȘtre chantĂ© pour ĂȘtre crĂ©Ă©. AdaptĂ© au rythme de la marche, le chant est alors guide et alliĂ© dans ce milieu hostile.
VoilĂ  maintenant plus de 25 ans que le chant remplit ce mĂȘme rĂŽle dans la vie de Marc Mauillon. Le chant exprime et façonne, Ă©lĂšve l’esprit et l’ñme, guide et inspire, rassure et donne du courage, partage et rassemble
 Solo : c’est tout seul, comme ces aborigĂšnes qui partent en « walkabout » que le chanteur a dĂ©cidĂ© de prĂ©senter son itinĂ©raire, comme une initiation qui se doit d’ĂȘtre solitaire. Un bagage minimum, un rĂ©cital nomade, adaptable et Ă©volutif, avec juste cette ligne de chant pour guide, sans accompagnement.
Une quĂȘte d’essentiel, une ascĂšse qui met en valeur les infinies possibilitĂ©s de « l’instrument humain ». L’abondance dans la simplicitĂ©. La puissance aussi du chant solitaire, quand il est connectĂ© au monde et Ă  la nature.
LE CHANT, CARTE D’EXPLORATION ET DE DECOUVERTE DU MONDE
 « Songline : le titre a perdu son pluriel et devient personnel : une proposition, une direction, une seule ligne de chant. Monodie. Tout tient dans cette ligne chantĂ©e qui se suffit Ă  elle-mĂȘme et qui crĂ©e un monde en soi. L’unique portĂ©e sur la partition devient temps et espace et le voici connectĂ© Ă  ses propres ancĂȘtres du «Temps du rĂȘve », ses « ancĂȘtres » musiciens, du VIIIe au XXIe siĂšcle, avec lesquels le lien est bien vivant et le message, sacrĂ© ou profane, toujours vibrant. Il s’incarne dans un corps pensĂ© comme une matiĂšre modulable. L’incarnation est humaine, animale, vĂ©gĂ©tale. Ces chants suscitent des variations de densitĂ© du corps et crĂ©ent par ce filtre une Ă©motion. Le corps lui-mĂȘme devient une cartographie qui entre en rĂ©sonance avec ce qui l’entoure. ». Nul d oute que dans la rĂ©verbĂ©ration naturelle et dĂ©taillĂ©e pourtant du Choeur roman de Melisey, en Ă©cho Ă  la puretĂ© de son architecture minĂ©rale, la voix incantatoire, allusive, prophĂ©tique de Marc Mauillon saura fusionner le temps, l’espace, 
 en une quĂȘte de sens essentielle;

RĂ©servation obligatoire
15 €, 5 € (rĂ©duit), 12 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)
Songline, Marc Mauillon / 1 CD Son an Ero, décembre 2016

 

 

 

 

3 -  PremiĂšre annĂ©e pour les TraversĂ©es Baroques 


musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

Samedi 21 juillet, 21h

2018 à Musique et Mémoire offre une entrée nouvelle au jeune ensemble bourguignon Les Traversées Baroques

Samedi 21 juillet, 21 h
Eglise de Saint-Barthélemy
Passions et tourments amoureux
Cantates de Barbara Strozzi (1619-1667)
Les Traversées Baroques
Anne Magouët, soprano
Stéphanie Erös , violon
Judith Pacquier, cornet Ă  bouquin
Laurent Stewart, clavecin
Florent Marie, théorbe et luth
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres
Muse, chanteuse, compositrice à Venise : Barbara Strozzi, une femme au destin exceptionnel


 

 

 

 

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

4 — Jean-Charles Ablitzer
joue l’orgue ibĂ©rique de Grandvillars
Jeudi 26 juillet 2018

thumbnail_Orgue de Grandvillars vue gĂ©nĂ©raleMusique et MĂ©moire a su depuis ses dĂ©but inventer des formes nouvelles de concerts autour de l’orgue. Les Vosges du Sud offrent aujourd’hui une palette large d’orgues historiques, oĂč il est dĂ©sormais possible de ressusciter la musique pour orgue des XVIĂš, XVIIĂš, XVIIIĂš, tout en respectant les esthĂ©tiques des Ă©coles europĂ©ennes germaniques, françaises, ibĂ©riques Ă  prĂ©sent grĂące Ă  l’activitĂ© de l’organiste Jean-Charles Ablitzer dont l’engagement et la passion comme initiateur et interprĂšte est depuis toujours liĂ© Ă  l’aventure de Musique et MĂ©moire. Dans l’église Saint-Martin de Grandvillars, jeudi 26 juillet Ă  21h, Jean-Charles Ablitzer en complicitĂ© avec le baryton espagnol Josep CabrĂ©, joue l’orgue nouvellement installĂ© Ă  Grandvillars et inaugurĂ© au printemps 2018 : les deux interprĂštes ressuscitent Le SiĂšcle d’Or dans les Espagnes
 La splendeur de la ferveur ibĂ©rique Ă  l’époque impĂ©riale des Habsbourg, s’incarne entre vanitĂ©, Ă©pure, flamboyance et fulgurance dans l’art de Cabezon (organiste de Charles Quint) et jusqu’aux contrastes sensuels et mystique du fabuleux Cabanilles. Voix et orgue fusionnent en un concert riche en contrastes, comme l’est l’Espagne Baroque, celle qui a aimĂ© Titien, celle qui a permis l’essor inouĂŻ de Velazquez.

ƒuvres de Francisco de la Torre, Antonio de Cabezon, Manuel Rodrigues Coelho, Sebastian Aguilera de Heredia, Francisco Correa de Arauxo, Joan Prim, Pablo Bruna, Juan Hidalgo, Juan Bautista Cabanilles — Illustration : orgue Grandvillars © Jean-François Lami.

 

 

 

 

5 – Vox Luminis

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

Objectif Jean-SĂ©bastien Bach
Vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 juillet 2018

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 20153Ăš rĂ©sidence de l’ensemble vocal d’une remarquable cohĂ©sion sonore : Vox Luminis Ă  Musique et MĂ©moire, le cycle « Toute la lumiĂšre de Bach » promet une immersion exceptionnelle Ă  travers Motets, Magnificat, Messe en si mineur. Comment redĂ©couvrir Bach en un geste et une sonoritĂ© rĂ©inventĂ©s ? Leur dernier album « Actus Tragicus » a Ă©tĂ© saluĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS, coup de cƓur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS.

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianVendredi 27 juillet, 21 h
Eglise luthĂ©rienne d’HĂ©ricourt
Motets de Johann Sebastian Bach
Singet dem Herrn ein neues Lied BWV 225
Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
Komm, Jesu, Komm BWV 229
Ich lasse dich nicht BWV Anh.159
Jesu meine Freude BWV 227
Vox Luminis
10 chanteurs et 3 instrumentistes (orgue, basson et viole de gambe)
Les Motets de Johann Sebastian Bach occupent une place de choix au sein du rĂ©pertoire choral. ComposĂ©s lors des premiĂšres annĂ©es Ă  Leipzig (1723-1731), les piĂšces ont d’autant plus de poids Ă  ses yeux qu’elles appartiennent Ă  un genre que sa famille pratique depuis des gĂ©nĂ©rations. En tant que cantor Ă  l’Église St Thomas (Director musices), Bach est entre autres chargĂ© de composer pour les funĂ©railles et pour les offices commĂ©moratifs. Or, dans la liturgie luthĂ©rienne, c’est au genre du motet que l’on a recours pour ce type de services funĂšbre. Les Motets de Bach exigent dextĂ©ritĂ© et virtuositĂ©, la ligne vocale « peut s’y avĂ©rer instrumentale ». Bach allie ici habilement tradition et innovation. Il applique d’une part les rĂšgles que Josquin Des PrĂ©s a fixĂ©es au XVIe siĂšcle si bien que son langage polyphonique se compose d’écriture imitative et de passages en homophonie oĂč les voix chantent simultanĂ©ment le mĂȘme texte. Il agrĂ©mente d’autre part son Ă©criture de deux pratiques italiennes : l’emploi du double choeur et l’insertion de madrigalismes visant Ă  traduire musicalement certains mots du texte.
De passage Ă  Leipzig en 1789, Mozart ne manquera pas d’ĂȘtre conquis par la somptuositĂ© de ces piĂšces qu’il s’empresse d’étudier en dĂ©tail tant il estime qu’elles sont inspirantes.
Les motets de Bach, tout en prolongeant une tradition familiale remarquablement continue et qualitative, expriment le lien viscéral du croyant à Dieu, la contemplation comme le miracle de la dévotion humble et sincÚre


 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianSamedi 28 juillet, 21 h
Eglise Saint-Martin de Lure
Magnificat(s)
Johann Pachelbel (1653-1706) : Cantate Jauchzet dem Herrnalle Welt
Johann Kuhnau (1660-1722) : Magnificat
Johann Sebastian Bach : Magnificat BWV 243
Vox Luminis
31 musiciens
Le premier NoĂ«l de Bach Ă  Leipzig fut une grande responsabilitĂ©. En sa qualitĂ© de nouveau cantor de Saint-Thomas, – l’une des 2 Ă©glises dont il devait assurer le service musical, Jean-SĂ©bastien dĂ©ploie sa musique alors la plus impressionnante. Un fait remarquable, car durant sept mois, il avait Ă©crit et interprĂ©tĂ© une Ă  deux nouvelle(s) cantate(s) par semaine. Et pour cette fĂȘte de NoĂ«l, il devait faire ses preuves dans une ville qui, depuis la rĂ©cente fermeture de sa maison d’opĂ©ra, restait sur sa faim en matiĂšre de divertissements musicaux. Le Magnificat offre donc un drame majestueux dans une Ă©chelle resserrĂ©e, du moins dans la derniĂšre version de Bach avec trompettes de cĂ©rĂ©monie. Vox Luminis rĂ©tablit l’atmosphĂšre de NoĂ«l, avec le Magnificat de Kuhnau, une oeuvre que Bach a trĂšs probablement dirigĂ©e. D’Allemagne du Sud, on entendra Ă©galement une cantate de Pachelbel, aujourd’hui surtout connu pour son Canon, mais en son temps cĂ©lĂšbre pour ses talents d’organiste. Sans chef, Vox Luminis s’immerge totalement dans la musique pour en rĂ©vĂ©ler un ocĂ©an de nuances et d’intentions passionnĂ©es.

17h, Répétition publique

 

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianDimanche 29 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains
Messe en si BWV 232
Vox Luminis
10 chanteurs et 20 instrumentistes
Jamais jouĂ©e Ă  l’époque de Bach, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, la Messe en si mineur est une oeuvre emblĂ©matique de la musique occidentale sacrĂ©e, le testament de toute une vie, celle de Jean-SĂ©bastien Bach. MĂȘme dans ses dimensions spectaculaires (associant trompettes Ă©clatantes et choeur en majestĂ©), la partition reste un tĂ©moignage d’une puissante et profonde ferveur, exprimant ce qui est au coeur de la piĂ©tĂ© luthĂ©rienne comme catholique, les doutes du croyant, sublimĂ©s par la rĂ©vĂ©lation de la grĂące divine. Tout le cycle alterne doxologie collective victorieuse, et sentiment d’abandon et de perte, de solitude et d’impuissance, cependant rĂ©confortĂ© par la prĂ©sence ineffable de la misĂ©ricorde divine.

L’histoire nous laisse dans l’ombre tant sur l’origine que sur la fonction de l’oeuvre. Bach aurait-il Ă©tĂ© soucieux de sa vulnĂ©rabilitĂ© ? Cette compilation puisant dans des ressources antĂ©rieures (Bach y recycle de nombreuses partitions prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©es dans d’autres contextes) est dotĂ©e cependant d’une ingĂ©niositĂ© sans Ă©quivoque ; elle semble vouloir donner un aperçu global de tous les styles et techniques, pleinement maitrisĂ©s Ă  l’époque de Bach. Son Ă©clectisme n’empĂȘche pas au final, une cohĂ©rence troublante. L’architecture est unique et englobe une voĂ»te et son contraire : l’ancien et le nouveau, l’objectivitĂ© grĂ©gorienne dĂ©rivĂ©e de la psalmodie et la forme baroque la plus contemporaine, les formes libres et les formes carrĂ©es, le coeur et le choeur, l’individu et l’humanitĂ©, le populaire et le spirituel, les rythmes dansĂ©s et les voix angĂ©liques. RĂ©sumer le ciel et la terre, voici l’essence mĂȘme de l’Ordinaire – la partie rĂ©currente que le croyant se doit d’invoquer Ă  l’heure de la messe et que Bach met ici en musique. MĂȘme le meilleur de la musique profane y est intĂ©grĂ© ; Qui sedes ad dextram Patris rĂ©fĂšre Ă  une Gigue, Quoniam tu solus Sanctus Ă  une Polonaise, Crucifixus Ă  une Passacaille, Et resurrexit Ă  une RĂ©jouissance.
Plus on plonge dans l’oeuvre, plus la recherche d’une abstraction universelle semblemusique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018 Ă©vidente. Une messe en latin dans un contexte luthĂ©rien allemand est en soi un choix ambivalent qui a donnĂ© Ă  l’oeuvre un caractĂšre oecumĂ©nique. Y aurait-il la volontĂ© de transgresser les convictions individuelles en vue d’un message universel, inscrit dans la musique ? En offrant la Messe en si de Bach, le 25Ăš Festival Musique et MĂ©moire offre pour sa conclusion, « une clĂŽture sur le toit du monde de la crĂ©ation artistique » . Tous les grands chefs s’y sont frottĂ©s, rĂ©cemment William Christie avec le succĂšs que l’on sait. Lire notre critique de la Messe en si de Bill Christie.

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach. Collection Ă©clectique de piĂšces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achĂšve Ă  la fin des annĂ©es 1740, les derniĂšres pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’église de Saint-Thomas. Le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent de multiples versions Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active, d’un caractĂšre plus individuel voire intimiste ; toujours prĂ©server selon les options musicales, l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂȘme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂȘme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂŽt inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si rayonne et touche les cƓurs, par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif, Ă  travers son Ă©loquente humanitĂ©, son architecture plus fraternelle que spectaculaire : le sens de tout le cycle s’achevant dans une sĂ©quence finale bouleversante, oĂč tout est dit et exprimĂ© par la voix solo de l’alto et du continuo rĂ©duit Ă  l’essentiel. Programme Ă©vĂ©nement.

Pour les 25 ans de Musique et Mémoire, nul doute que les voix enchantées, enivrées et si précises et souples de Vox Luminis en proposeront une lecture caractérisée et subtilement incarnée. Concert événement.

17 h >  répétition publique

 

——————-

INFOS & RESERVATIONS :

Festival Musique et MĂ©moire — 25 ans, du 13 au 29 juillet 2018
Informations pratiques
Pour tous renseignements 06 40 87 41 39/ festival@musetmemoire.com
Présentation détaillée sur www.musetmemoire.com

 

 

 

 

 

EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dùs 19h, depuis le MÜPA, Budapest

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetEN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des quatre tableaux ou « entrĂ©es », de cette partition inclassable (vĂ©ritable prĂ©figuration avec PlatĂ©e, de la comĂ©die musicale Ă  la française). Pour se faire, le chef rĂ©unit autour de lui, des effectifs choraux et surtout orchestraux (l’Orfeo Orchestra, ensemble exceptionnel sur instruments anciens), d’un engagement total.

 

 

live web Ă©vĂ©nement, ce soir depuis le MÜPA de Budapest

György Vashegyi : le chef hongrois qui sait allumer le feu ramélien

 

 

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieEn rĂ©alitĂ©, le maestro n’en est pas Ă  son premier dĂ©fi baroque français : il sait distinguer les nuances d’un Mondonville ou d’un Rameau (modĂšle entre tous), mais il sait ciseler la langue ramĂ©lienne comme peu aujourd’hui, retrouvent ce caractĂšre de fraĂźcheur juvĂ©nile et de jaillissement expressif qui firent les saveurs des lectures pionniĂšres en la matiĂšre, celles des Christie,  Bruggen,  Leonhardt / Harnoncourt… Depuis 2014 qui avait Ă©tĂ© une annĂ©e riche en accomplissement sur le thĂšme, c’est Ă  dire l’annĂ©e Rameau 2014, le chef hongrois nous rĂ©gale en rĂ©ussissant des productions de haute tenue, soulignant chez Rameau, cette verve orchestrale, ce goĂ»t du timbre, cette Ă©lĂ©gance racĂ©e qui distinguent absolument l’auteur scandaleux d’Hippolyte et Aricie. Sous le masque emperruquĂ© d’un Rameau poudrĂ© et galant, – compositeur officiel Ă  la Cour de Louis XV, György Vashegyi a su nous montrer sa force de persuasion quand il s’agissait d’exprimer la profondeur et la nostalgie poĂ©tique sous l’écriture nerveuse, habile, virtuose de Rameau le grand. Pour l’annĂ©e Rameau, György Vashegyi avait d’ailleurs pilotĂ© avec le mĂȘme panache inspirĂ© la rĂ©surrection des FĂȘtes de Polymnie (cd, paru en fĂ©vrier 2015), une raretĂ© des annĂ©es fastes – versaillaises du Dijonais ; plus rĂ©cemment, le maestro hongrois a aussi jouĂ© et enregistrĂ© une nouvelle version des Grands Motets de Mondonville, miracles dramatique et poĂ©tique du gĂ©nie baroque français, nĂ© en Provence. VoilĂ  qui met en perspective ces Indes Galantes 2018
 Live aujourd’hui, dĂšs 19h, en direct du Concert Hall MÜPA de Budapest.

 

 

RAMEAU : Les Indes Galantes
par György Vashegyi
version de concert

 

 

BartĂłk BĂ©la National Concert Hall
MÜPA Budapest:

Distribution / Cast:

HÉBÉ/ZIMA : Chantal Santon-Jeffery
ÉMILIE: Katherine Watson
PHANI : VĂ©ronique Gens
VALÈRE/CARLOS/DAMON : Reinoud Van Mechelen
OSMAN/ADARIO : Jean-SĂ©bastien Bou
BELLONE/HUASCAR/ALVAR: Thomas Dolié

Purcell Choir & Orfeo Orchestra
(on period instruments / sur instruments anciens)

Concertmaster / premier violon:
Simon Standage

Conductor / direction:
György Vashegyi

 

 

 

 

Concert live retransmis sur le lien :
www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast
aujourd’hui dùs 19h

The concert will be live broadcast (sound and picture) on the internet
at (www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast) from cca. 19:00 CET.

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO – 2016 – 1 cd RCO LIVE)

RCO MARISS JANSONS MAHLER symphony 7 cd review critique cd par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS de fevrier 2018 compte rendu critique de cd 814337019389CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam – Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE). SYMPHONISME INCANDESCENT
 La 7Ăš de Mahler (- crĂ©Ă©e 3 ans aprĂšs son achĂšvement, en septembre 1908 Ă  Prague sous la direction du compositeur) comme la 6Ăš notre prĂ©fĂ©rĂ©e, offre une dualitĂ© flamboyante entre grandeur ivre et saillies dĂ©pressives d’une inĂ©luctable aspiration sombre. MĂȘme le triomphe en ut du dernier des 5 mouvements, n’Ă©vite pas ce glissement harmonique, Ă©pisode de clairvoyance, juste avant le dernier accord… Le premier mouvement est passionnant par ses bonds colossaux, ses spasmes, la pensĂ©e de tumultes cosmiques qui dĂ©passent ici le destin d’un individu fĂ»t-il notre hĂ©ros. D’ailleurs ce dernier observe le vaste monde au bord du prĂ©cipice qui gronde et menace. Mariss Jansons, directeur musical du Concertgebouw pendant 11 ans (2004-2015) dĂ©montre ici et la grande tradition de l’Orchestre nĂ©erlandais dans l’interprĂ©tation du massif malhĂ©rien (le plus impressionnant dan la 7Ăš), et aussi sa propre expĂ©rience, nourrie d’évidentes affinitĂ©s avec le langage trĂšs riche de Mahler. Rappelons que Gustav Mahler, chef d’orchestre et directeur d’opĂ©ra (Ă  Vienne), demeure le plus grand symphoniste du dĂ©but du XXĂš avec Richard Strauss
 contemporain de la rĂ©volution esthĂ©tique et orchestrale opĂ©rĂ©e par les Français, Ravel et surtout Debussy (La mer, Ă©galement achevĂ©e en … 1905). Mahler appartient encore Ă  la tradition d’un certain structuralisme beethovĂ©nien, s’interdisant cette dilution spatiale et d’une harmonisation nouvelle et raffinĂ©e qu’accomplira Debussy.

 

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursPrĂ©figurant les Chostakovitch Ă  venir et les Prokofiev, champion du double langage, cynique, parodique, aigre
, Gustav Mahler cristallise toutes les tensions, dĂ©sirs, aspirations de la vie en un magma d’une impĂ©tuositĂ© colossale et une sensibilitĂ© humaine d’une rare intensitĂ©. Cuivres sardoniques, cordes enivrĂ©es, 
 Ă©chelle de l’espace, et espĂ©rance terrestre se croisent et fusionnent dans ce premier mouvement Ă  l’énergie primitive et Ăąpre. Face Ă  une telle conscience des enjeux qui se jouent et nous dĂ©passent (voir le fracas final qui ferme en un panache militaire sec, le premier mouvement), il faut bien la rondeur parfois parodique et fanfaronnĂ©e du second mouvement (premier nocturne) pour atteindre une certaine neutralisation de la tension. Mariss Jansons se montre sĂ©ducteur et architecte sachant tirer partie des timbres mĂȘlĂ©s littĂ©ralement enivrĂ©s (harpes et flĂ»tes Ă©perdues, cordes aspirĂ©es, bois et surtout cuivres en lĂ©vitation), Ă©voquant cette pause nocturne, fouillant l’énigme de son mystĂšre oĂč pointe aussi le rendu rĂ©aliste des cloches des vaches
 (que l’on rĂ©entendra dans le final), le paysage et le motif naturel s’invitent dans ce paysage colossal, poĂ©tique et philosophique, allĂ©gorie de la destinĂ©e humaine foudroyĂ©e par le vide sidĂ©ral, Ă  la façon de la grande poĂ©tique baroque du peintre Poussin, grand rĂ©formateur lui-mĂȘme du paysage classique au XVIIĂš, entre ordre et leçon d’humilitĂ©.
Spectaculaires et libres, d’un souffle poĂ©tique Ă©perdu nous l’avons dit, que l’imaginaire et cette aspiration salvatrice d’un Mahler touchĂ© par la grĂące : musique autobiographique, aux Ă©lans d’un nouveau lyrisme
 le collectif maudit, l’espoir individuel s’y dĂ©ploient, antagonistes et complĂ©mentaires Ă  la fois, telle une marche aux Ă©toiles sans illusions et pourtant allant, errant, s’accomplissant telle une migration funambule. La richesse des nuances, et le soin dĂ©taillĂ©, dans la tenue directionnelle se rĂ©vĂšlent captivants. La rusticitĂ© et l’élĂ©gance de Jansons (piaillement enivrĂ© des clarinettes
) font mouche dans ce premier nocturne dont le gĂ©nie – rĂ©ussite absolue, est de s’achever comme une interrogation.

Le Scherzo est le dĂ©fi qui se dresse Ă  tous les grands chefs, rĂ©vĂ©lant limites ou 
 hauteur d’esprit. Reconnaissons que l’art du spasmes, des retenues Ă©lastiques dont fait preuve Jansons dĂ©montrent sa rĂ©ussite totale dans l’une des pages les plus difficiles du rĂ©pertoire symphonique. La valse qui s’y dĂ©hanche, se cabre en une silhouette ivre mais celle ci, caricaturale et hoquetant, tel un superbe animal blessĂ©. La tension dansante, Ă©chevelĂ©e, la formidable ligne dans les unissons des cordes confirment les affinitĂ©s du chef avec l’imaginaire MahlĂ©rien oĂč le feu rythmique n’est jamais Ă©loignĂ© d’un certain rictus rentrĂ© (l’aigreur ciselĂ©e comme un hoquet des bassons.)
 On cite certes la Valse de Ravel, nous prĂ©fĂ©rons citer surtout les spasmes convulsifs de la SalomĂ© straussienne, et ses 7 voiles incandescents. VoilĂ  le passage le plus abouti de la lyre mahlĂ©rienne dĂ©fendue par Jansons. Fabuleuse Ă©popĂ©e orchestrale.

Guitare et mandoline, d’une couleur webernienne, accusent ici leur appel au rĂȘve, dans la seconde NACHTMUSIK (« musique de la nuit » / Nocturne), mais un rĂȘve indistinct entre cauchemar foudroyant et songe douceĂątre et inquiet (le chant du violon solo, accordĂ© Ă  la cantilĂšne de la clarinette / hautbois dit l’essence de la romance amoureuse, sa tendresse et sa candeur mensongĂšre, comme une harmonie trompeuse : sentiment partagĂ© qui scelle aussi la relation contradictoire entre Gustav Mahler, et son Ă©pouse Alma). L’abandon dans le style amoureux (comme le rappel l’indication du passage « Andante amoroso »), semble Ă  la fois exprimer l’ivresse sincĂšre d’un amour partagĂ©, mais aussi la mascarade amĂšre qui pointe dans toute idylle (relents grave et lugubres des cordes, jamais formulĂ©s jusque lĂ ) : l’ambivalence est dans ce noeud tĂ©nu, formidable incertitude structurelle du chant mahlĂ©rien. Jansons rĂ©ussit Ă  exprimer le double langage, il Ă©claire la double lumiĂšre de ce jeu miroitant et
 trompeur. La justesse de la tenue est admirable on peut se laisser bercer par cet Ă©pisode d’ivresse amoureuse, sans pourtant perdre sa luciditĂ© sur la vanitĂ© et la fugacitĂ© de toute chose.

Jansons_mariss 2624018bPour Maris Jansons, l’humanisme de Mahler vainc toute tentation du chaos dans le dernier et spectaculaire tableau final (5Ăš mouvement : Rondo, indiquĂ© « allegro ordinario »). Les forces de l’esprit savent distinguer et discerner la barbarie et le dĂ©monisme du monde, comme il sait aussi insuffler un nouvel espoir ; toute l’architecture de ce mouvement en ut, terminĂ© en 1905 qui rĂ©sonne rĂ©solument telle un formidable aveu de victoire : face au dĂ©sordre diabolique du cosmos, l’esprit humain offre sa conscience capable de rĂ©organiser l’ordre du monde. Une priĂšre enf orme de marche conquĂ©rante et drappĂ©e dans une noblesse victorieuse, qui dans le dĂ©rĂšglement contemporain n’aura jamais sonnĂ© de façon si actuelle. MahlĂ©rien le plus moderne, le plus clairvoyant, et pourquoi pas douĂ© d’un jugement messianique parmi les compositeurs ? On voudrait bien partager l’espĂ©rance finale ainsi formulĂ©e. Ainsi Maris Jansons confirme sa maĂźtrise irrĂ©sistible dans l’interprĂ©tation mahlĂ©rienne : l’un des interprĂštes les plus saisissants avec Solti, Kubelik, Haitink. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

 

 

—————————————

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam  - Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE) – CLIC de CLASSIQUENEWS 2018.