Compte-rendu, opĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018, le 4 aoĂ»t 2018. Rossini: Le Barbier de SĂ©ville / Sinivia / Bisanti

Compte-rendu, opĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018, le 4 aoĂ»t 2018. Rossini: Le Barbier de SĂ©ville / Sinivia / Bisanti. En cette pĂ©riode de Coupe du Monde victorieuse, il est de coutume de dire que la France compte autant de sĂ©lectionneurs que d’habitants. Chacun y va de son commentaire sur la tactique menĂ©e ou sur le choix des joueurs prĂ©sents sur le terrain. C’est le mĂȘme sentiment que nous avons pu ressentir Ă  l’issue de la deuxiĂšme et derniĂšre reprĂ©sentation du Barbier de SĂ©ville ce soir Ă  Orange. Si il y avait des supporters de la Juventus de Turin en guise de figurants, c’est bien une seule et mĂȘme Ă©quipe qui Ă©tait sur scĂšne avec comme capitaine le toujours plus charismatique, Florian Sempey.

Une reprĂ©sentation est comme un match, il faut la prendre dans son ensemble et voir ce qui importe le plus : le rĂ©sultat. Nous ferons donc fi des quelques esprits chagrins entendus en sortant du thĂ©Ăątre antique qui par snobisme ou manque de bienveillance aiment critiquer ou jouer au jeu des comparaisons avec les grandes maisons d’opĂ©ra (ici Pesaro ou Paris). Le fameux « c’était bien MAIS
 ». L’écrasante majoritĂ© du public ne s’y est pas trompĂ© en accordant un triomphe Ă  toute la distribution Ă  l’issue des 2h55 de ce grand spectacle.

 

 

 

Barbier de SĂ©ville aux ChorĂ©gies d’Orange 2018

FIGARO CRÈVE L’ECRAN

Par notre envoyé spécial Bertrand Balmitgere

 

 

 

barbier-de-seville-orange-choregies-aout-2018-Lopera-Rossini-Choregies-dOrange_0_729_249Car il faut remettre ce Barbier de SĂ©ville dans son contexte. Celui d’une renaissance patiente et raisonnĂ©e des ChorĂ©gies sous la houlette de Jean-Louis Grinda, son nouveau directeur. DonnĂ© presque pour mort l’étĂ© dernier, voici le festival sur la voie du redressement et Ă  la reconquĂȘte des cƓurs grĂące Ă  une programmation intelligente. AprĂšs un formidable Mefistofele de Boito, le Barbier de Rossini se devait Ă  tout prix de transformer l’essai. Commençons par la mise en scĂšne astucieuse d’Adriano Sinivia. C’est toujours un dĂ©fi que de rĂ©ussir Ă  occuper intelligemment la scĂšne du thĂ©Ăątre antique. VĂ©ritable fiertĂ© pour les orangeois, elle n’en demeure pas moins un casse tĂȘte pour les metteurs en scĂšne. Non seulement il faut tenir compte des dimensions hors norme de l’endroit ouvert au vent et Ă©crasĂ© par la chaleur de l’étĂ© provençal (prĂšs de 40 degrĂ©s ce jour lĂ ) mais il faut offrir au prĂšs de 8000 spectateurs Ă©talĂ©s sur 50 rangĂ©es de gradins en pierre brĂ»lante, une visibilitĂ© satisfaisante.

C’est dans cet esprit que Sinivia nous plonge dans l’ñge d’or du cinĂ©ma italien. C’est la CinecittĂ  qui s’offre Ă  nos yeux. Tout y est : le Vespa, la Fiat 500, les camĂ©ras, les Ă©quipes de tournage, les figurants… il ne manque que Fellini ou Germi ! On circule, on change de costume, on filme, ça papote, le soin apportĂ© aux dĂ©tails est trĂšs impressionnant. On se laisse mĂȘme souvent distraire (pour notre plus grand plaisir) par ce qui se passe en dehors de l’action principale. L’illusion est lĂ  et la magie opĂšre le temps des deux actes de l’Ɠuvre. A ce dĂ©cor s’ajoutaient les traditionnelles projections sur le mur du thĂ©Ăątre antique, ici de Gabriel Grinda. Les gros plans prĂ©-enregistrĂ©s des mimiques des acteurs/chanteurs en rĂ©ponse Ă  certaines actions principales resteront un grand moment. On ne pourra pas dire que cette production manquait d’humour.

Si le cĂŽtĂ© pratique et crĂ©dible du dĂ©cor plaçant l’action dans une Italie marquĂ©e par son aprĂšs guerre sont indĂ©niables, l’aspect modulable pouvait donner l’impression d’une production « Ă  l’économie » sur ce point. C’est un lĂ©ger bĂ©mol qui ne gĂąche en rien notre plaisir mais qui donne parfois une impression de vide. Ce choix dĂ©libĂ©rĂ© renforce d’autant plus l’importance visuelle de ce qui se passe « hors-champ ». Ce postulat se dĂ©fendant, nous nous contenterons de le relever car cela ne fait que reposer la question d’une si grande scĂšne pour une Ɠuvre qui ne nĂ©cessite pas autant d’espace.
Ne perdons pas de vue un Ă©lĂ©ment d’explication plausible. Contrairement Ă  Mefistofele, France TĂ©lĂ©vision « faisait l’effort » de passer la captation du concert du 31 juillet en deuxiĂšme partie de soirĂ©e aprĂšs la Ă©niĂšme diffusion d’un programme sur Roberto Alagna. Il est fort possible – qu’en dehors d’un impĂ©ratif Ă©conomique – qu’Adriano Sinivia est dĂ» tenir compte de cet Ă©lĂ©ment avec Enzo Iorio en charge des dĂ©cors. L’Ɠil nu du tĂ©lĂ©spectateur n’offre pas les mĂȘmes possibilitĂ©s que les camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision. Signalons au passage qu’Enzo Iorio assurait le rĂŽle d’Ambrogio. DĂ©corateur, costumier et chanteur, ce dernier cumule les talents. C’est assez inĂ©dit pour en faire mention.

CĂŽtĂ© distribution justement, Ă©voquons d’entrĂ©e le cas de Ioan Hotea car c’est sans doute le rĂŽle qui fera le plus dĂ©bat. Comment trouver un Comte Almaviva en quelques jours ? Cette question Ă©pineuse a dĂ» hanter Jean-Louis Grinda en apprenant le forfait de Michael Spyres. A l’instar d’Elena O’Connor l’an passĂ© dans AĂŻda, Hotea demeure une belle surprise pour un Lindoro de secours. Sa performance vocale est par moment limitĂ©e mais nous ne parlerons pas de dĂ©ception compte tenu du contexte ; ses talents d’acteur, son dynamisme et son humour communicatif compensent largement. A cela s’ajoute une complicitĂ© convaincante avec le Figaro de Sempey (l’épisode du scooter est grandiose !). Si Hotea est laurĂ©at de plusieurs concours internationaux ce n’est pas le fruit du hasard mais d’un talent qui ne demande qu’à s’affirmer avec le temps. Alors laissons-lui le temps de grandir !

barbier-de-seville-choregies-orange-juillet-aout-2018-florian-sempay-critique-opera-par-classiquenewsVenons en maintenant Ă  l’autre membre du tandem le plus cĂ©lĂšbre de l’opĂ©ra : le Figaro de Florian Sempey. Non seulement c’est dĂ©jĂ  un grand chanteur mais sur ce plateau de cinĂ©ma, nous avions lĂ  un acteur nĂ© ! Quel plaisir de le voir sur scĂšne. Son dynamisme, son humour et sa prĂ©sence ont illuminĂ© cette chaude nuit d’étĂ© provençal. C’est tout le thĂ©Ăątre antique qui Ă©tait sous le charme de Figaro Sempey. Et pourtant tout cela lui semble si naturel ! SĂ»rement la marque d’une future star française de l’opĂ©ra. Nous espĂ©rons le revoir trĂšs vite Ă  Orange et qui sait peut-ĂȘtre parmi la distribution de Guillaume Tell ou de Don Giovanni l’an prochain ?

Si Sempey est Ă  son aise dans le rĂŽle de Figaro que dire du Bartolo campĂ© par Bruno de Simone. HabituĂ© du rĂŽle, il est tout autant crĂ©dible en Bartolo qu’en vieux barbon embourgeoisĂ© des annĂ©es 50. MĂȘme si Ă  l’image de ses petits camarades, il a souffert sur la durĂ©e de la chaleur, sa prestation vocale et scĂ©nique ne souffre d’aucune comparaison.

Mais la star attendue par beaucoup Ă©tait Olga Peretyatko... L’étoile montante de la scĂšne lyrique mondiale a beau ĂȘtre une « soprano 2.0 », elle n’en demeure pas moins une artiste intelligente et avisĂ©e qui sait faire les bons choix artistiques contrairement Ă  certaines de ses jeunes collĂšgues qui succombent un peu trop vite aux sirĂšnes du star system. Longtemps rĂ©ticente Ă  l’idĂ©e d’endosser le rĂŽle de Rosina, la native de Saint Petersbourg Ă©tait clairement un ton au dessus et donne avec Florian Sempey toutes ces lettres de noblesse Ă  cette production. Jamais en difficultĂ©, sa Rosina est espiĂšgle et moderne. A tel point que le couple Almaviva-Rosina pouvait sembler dĂ©sĂ©quilibrĂ© !

Nous dĂ©couvrions Ă©galement Alexei Tikhomirov dans le rĂŽle de Don Basilio. Quelle stature, Ă  tous les sens du terme ! Sa voix puissante et son expressivitĂ© auront sĂ»rement marquĂ© le public. A l’image d’ailleurs du reste de la distribution et des chƓurs, tous partie prenante du succĂšs d’estime de ce Barbier.

Pour mener tout ce petit monde, Giampaolo Bisanti Ă  la tĂȘte de l’orchestre national de Lyon, affirme un rĂ©el talent. Connaisseur du rĂ©pertoire rossinien, le chef milanais Ă©tait Ă  son aise dans la fosse improvisĂ©e du thĂ©Ăątre antique. MalgrĂ© la chaleur celui-ci n’a pas mĂ©nagĂ© ses efforts pour maintenir un tempo soutenu mais toujours avec beaucoup de souplesse et de prĂ©cision. Toujours attentif au moindre dĂ©tail, Bisanti a su Ă©viter le piĂšge de la dĂ©monstration de force tout en maintenant une proximitĂ© Ă©vidente avec son orchestre et les solistes.

Un bilan donc plus que positif qui nous laisse sur une note d’espoir pour les annĂ©es Ă  venir. AprĂšs les annĂ©es Duffaut marquĂ©es par un manque de renouvellement (six “Aida”, cinq “Carmen”, cinq “Nabucco”,
), nous espĂ©rons que l’ùre Grinda continuera sous les mĂȘmes auspices et avec la mĂȘme audace. Nous avons hĂąte d’ĂȘtre Ă  l’étĂ© 2019 pour assister Ă  ces deux Everest musicaux que sont Don Giovanni et Guillaume Tell. A suivre.

 

 

 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 AoĂ»t 2018. Gioachino Rossini (1792-1868) : MĂ©lodrame bouffe en deux actes. Livret de Cesare Sterbini, d’aprĂšs la comĂ©die Le Barbier de SĂ©ville, ou La PrĂ©caution inutile de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.
Mise en scĂšne : Adriano Sinivia ; DĂ©cors : Adriano Sinivia et Enzo Iorio ; Costumes : Enzo Iorio ; LumiĂšres : Patrick MĂ©eĂŒs ; VidĂ©os : Gabriel Grinda. Avec : Ioan Hotea, Le Comte Almaviva ; Bruno de Simon, Don Bartolo ; Olga Peretyatko, Rosina ; Florian Sempey, Figaro ; AlexeĂŻ Tikhomirov, Don Basilio ; Annunziata Vestri, Berta ; Gabriele Ribis, Fiorello ; Enzo Iorio, Ambrogio.
ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon, direction : Aurore Marchand ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, direction : Stefano Visconti. Orchestre national de Lyon; direction musicale : Gianpaolo Bisanti.

 

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, opéra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann
 Petrenko / Kriegenburg

kaufmann-jonas-siegmund-walkyrie-wagner-ring-munich-petrenko-kriegenburg-la-critique-2-sur-classiquenewsCOMPTE RENDU, opĂ©ra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann
 Petrenko / Kriegenburg. Alors que la nouvelle production de Lohengrin Ă  Bayreuth, a finalement trouvĂ© son chevalier en Piotr Beczala, choisi in extremis aprĂšs la dĂ©saffection de Roberto Alagna, Bayreuth 2018 s’enlise faute de vraie politique de qualitĂ©. La magie wagnĂ©rienne se dĂ©place en 
 BaviĂšre, Ă  Munich prĂ©cisĂ©ment, oĂč le festival lyrique au ThĂ©Ăątre National sĂ©vit outrageusement, faisant mĂȘme de l’ombre Ă  la colline verte. A-ton encore raison de dĂ©passer des fortunes pour des places dĂ©sormais surestimĂ©es ? Il y a certes le dĂ©sir de vivre l’expĂ©rience acoustique du thĂ©Ăątre conçu et voulu par Wagner pour son opĂ©ra, mais est-il raisonnable d’attendre autant, de payer autant pour des spectacle de moins en moins convaincants ?

Cette Walkyrie – Munichoise, en tĂ©moigne, grĂące entre autres Ă  l’excellent Siegmund du tĂ©nor Jonas Kaufmann, personnage noir et tragique, dĂ©sespĂ©rĂ© et si humain : le pĂšre de Siegfried trouve dans son chant rauque, viscĂ©ral et naturel, une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. – Que l’on retrouvera d’ailleurs ce 18 aoĂ»t prochain Ă  Gstaad, au Festival Menuhin, oĂč l’Orchestre du Festival sous la direction de Jaap van Zweden, dirige l’acte I de La Walkyrie : cet acte justement oĂč Wagner expose et dĂ©veloppe l’amour incestueux des Welsungen, Sieglinde (mariĂ©e Ă  l’infect Hunding) et Siegmund, maudits mais bouleversants. Le chef Kirill Petrenko, habituĂ© de Bayreuth, dirige avec tact, prĂ©cision, force et mĂȘme ironie (la ChevauchĂ©e des Walkyries sonne comme un fracas de jugement dernier et comme une nuit de panique impuissante) ; de mĂȘme, le maestro n’oublie pas que dans cette partition, se prĂ©cise surtout la condamnation de la walkyrie ingrate et rebelle au pĂšre : de fait, la colĂšre de Wotan (Wolfgang Koch au format limitĂ© mais au chant sincĂšre), en papa outragĂ© et surtout trahie, s’exprime magnifiquement, comme ses adieux dĂ©chirants Ă  sa fille bien aimĂ©e, dans la scĂšne du feu final. Petrenko, sait surtout creuser les rĂ©seaux Ă©motionnels qui soutiennent une action surtout psychologique dont l’orchestre est la voix privilĂ©giĂ©e.
Ainsi on comprend la haine juste de l’épouse outragĂ©e, Fricka, Ă  laquelle Wotan doit des excuses et un respect inaltĂ©rable : il revient Ă  Ekaterina Gubanova, le mĂ©rite d’incarner subtilement ce personnage de louve souvent outranciĂšre ailleurs.
Reste le joyau de ce plateau quasi parfait, le Siegmund de Jonas Kaufmann dont la vĂ©ritĂ© du chant, sa qualitĂ© de diseur, l’éclat du loup condamnĂ© mais digne, bouleversent littĂ©ralement : son duo amoureux, magnĂ©tique avec la Sieglinde de Anja Kampe, actrice et chanteuse comme lui, brĂ»lĂ©e, dĂ©truite mais ardente et d’une gĂ©nĂ©rositĂ© ivre (parfois peu juste vocalement, mais quelle prĂ©sence et quel engagement), demeure mĂ©morable. Les parents de Siegfried, le hĂ©ros Ă  venir, sortent gagnants de cette lecture viscĂ©rale, intĂ©rieure, sincĂšre.
Jonas Kaufmann s’avĂšre aussi bouleversant dans sa rencontre avec la Walkyrie, celle dont vient le salut : Ninna Stemme, suĂ©doise wagnĂ©rienne avĂ©rĂ©e, fait de BrĂŒnnhilde, un rĂŽle lui aussi bouleversant, dont le fil dĂ©chirant, de guerriĂšre quasi divine, Ă  femme dĂ©chue, punie, saisit par sa vĂ©ritĂ©. D’autant que les aigus passent la fosse et transpercent le coeur et l’ñme par leur justesse. Elle devient soudainement petite fille apeurĂ©e quand le pĂšre proclame la sentence de sa dĂ©chĂ©ance coupable. VoilĂ  qui rĂ©tablit la musique wagnĂ©rienne Ă  sa premiĂšre qualitĂ© : non pas sa puissance, mais sa capacitĂ© psychanalytique, dĂ©voiler la psychĂ© des Ăąmes et nous faire partager leurs chutes et leurs vertiges.
wagner-munich-ring-petrenko-kriegenburg-jonas-kaufmann-critique-opera-par-classiquenewsD’autant que la mise en scĂšne d’Andreas Kriegenburg s’impose par son intelligence et son souci elle aussi de la justesse, Ă  la fois poĂ©tique et visuelle. De menus dĂ©tails, soulignent ce qui fait sens, ce qui se produit, simultanĂ©ment au chant oĂč Ă  la musique ; autant d’indices clĂ©s qui font un spectacle fluide, oĂč les chanteurs ne campent pas des types et des situations dĂ©jĂ  prĂ©visibles. La Walkyrie est un opĂ©ra sur le sacrifice, c’est Ă  dire le sang versĂ©, l’amour immolĂ© ; mort de Siegmund et Sieglinde, (aprĂšs celle d’Hunding), sacrifice emblĂ©matique de la Walkyrie surtout qui prĂ©fĂ©rant sauver les amants maudits et le fruit de leurs entrailles (Siegfried bĂ©bĂ©), perd tout (statut, pouvoir, libertĂ©, famille
) ; Kriegenburg fait de la ChevauchĂ©e des Walkyries n’ont pas une courses hystĂ©risĂ©e mais une machine infernale, indomptable par sa cruautĂ© concrĂšte, que le spectateur peut mesurer par le champs d’épieux oĂč sont piquĂ©s, comme des insectes, les corps des hĂ©ros tuĂ©s, sacrifiĂ©s
 promis certes au Walhala. Mais chairs Ă  Ă©pĂ©e. L’émotion Ă©treint le cƓur du spectateur confrontĂ© Ă  la justesse de ces tableaux, musicalement, thĂ©Ăątralement rĂ©ussis. Belle rĂ©alisation Ă  Munich, au Bayerische Staatsoper ce 22 juillet, qui Ă©tait aussi le dernier volet de la JournĂ©e wagnĂ©rienne, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e, comme le cycle entier, en janvier 2018. Le Ring Petrenko / Kriegenburg s’achĂšve cet Ă©tĂ© (Siegfried, ce 24 juillet / puis Le CrĂ©puscule des dieux, ce 27 juillet 2018). Illustrations : © Wilfried Höst.

VOIR aussi le teaser de cette production du Ring de Wagner Ă  Munich
https://www.staatsoper.de/17-18/ring.html

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. MUNICH,Nationaltheater, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann


Wagner, Richard : Die WalkĂŒre / La Walkyrie
Der Ring des Nibelungen, PremiÚre journée (3 actes)
Création le 26 juin 1870 à Munich (Théùtre de la Cour)

Siegmund: Jonas Kaufmann
Hunding: Ain Anger
Wotan : Wolfgang Koch
Sieglinde: Anja Kampe
BrĂŒnnhilde: Nina Stemme
Fricka: Ekaterina Gubanova


Bayerisches Staatsorchester
Kirill Petrenko, direction
Andreas Kriegenburg, mise en scĂšne

COMPTE RENDU, GSTAAD Menuhin Festival 2018. WEEK END 1 : 13,14, 15 juillet 2018. SEASONS RECOMPOSED : Haydn, Vivaldi, Richter, Piazzolla

gstaad-festival-yehudy-menuhin-festival-academy-presentation-concerts-edition-2018-par-classiquenews-highlightsCOMPTE RENDU, GSTAAD Menuhin Festival 2018. WEEK END 1 : 13,14, 15 juillet 2018. SEASONS RECOMPOSED. Pour son premier cycle de concerts inaugurant sa 62e Ă©dition en 2018, le Gstaad Menuhin Festival (Saanenland, Suisse) a prĂ©sentĂ© un premier triptyque passionnant. Son directeur gĂ©nĂ©ral (et artistique) Christophe MĂŒller (depuis 2002) ne s’économise aucun effort ni aucune audace pour sĂ©duire et surprendre aussi un public particuliĂšrement fidĂ©lisĂ©. Chaque Ă©tĂ©, les festivaliers sur les cimes ne s’autorisent pas seulement les joies du plein air ni le vertige esthĂ©tique que les meilleurs artistes peuvent parfois procurer. Chacun ici peut mesurer la pertinence d’une programmation trĂšs habilement conçue, qui sait inscrire l’offre musicale dans un environnement unique au monde … la nature miraculeuse des paysages suisses, ses villages, chalets et Ă©glises, lacs et sentiers de randonnĂ©e, particuliĂšrement prĂ©servĂ©s, ses forĂȘts et ses arĂȘtes montagneuse dessinĂ©es comme dans une composition idyllique, y orchestrent le plus bel Ă©crin d’un festival enchanteur.

 

 

 

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L’Ă©glise de Saanen, lieu mythique, Ă©lu dĂšs 1957 par Yehudi Menuhin, pour le premier festival de musique classique © studio CLASSIQUENEWS.COM 2018

 

 

 

L’ARCADIE SUISSE. On comprend face au motif naturel combien le paysage du Saanenland est un conservatoire de la nature Ă  grande Ă©chelle. L’Arcadie chĂšre  aux poĂštes et aux artistes s’incarne ici avec un naturel et une Ă©vidence d’une exceptionnelle façon; ce d’autant mieux que le thĂšme gĂ©nĂ©rique du festival Menuhin 2018, s’intitule ” les Alpes”. Hommage Ă  la sainte Nature donc, au profil majestueux, spectaculaire comme rassurant des massifs montagneux … autant de thĂšmes et de motifs prĂ©sents et mĂȘme sublimĂ©s sous la plume de Joseph Haydn dont l’oratorio Les Saisons de 1801 donnĂ© au coeur de ce premier week end, aura marquĂ© son dĂ©roulement, comme un accomplissement majeur. On ne pouvait imaginer meilleure amorce pour des festivitĂ©s pastorales et musicales programmĂ©es jusqu’au 
 1er septembre.

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Joyau des lieux, le lac de Launen (DR / office de Tourisme GSTAAD)

 

 

 

Pour son 1er week end d’ouverture, le Festival Menuhin de Gstaad en Suisse (Saanenland) offre un somptueux triptyque : Vivaldi / Richter, Haydn, Vivaldi / Piazzolla


Sublimes saisons inaugurales Ă  Gstaad

Les 13, 14 et 15 juillet 2018

  

 

 

 

 

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MCcreesh paul gstaad menuhin festival par classiquenews 02_dsc_1701_fuer_newsticker-465Eglise de Saanen, samedi 14 juillet 2018. Avant de le jouer en France Ă  Beaune, Paul McCreesh s’affirme en dĂ©fenseur de l’oratorio Les Saisons. Le chef fondateur des Gabrieli, prĂ©sente Ă  Gstaad, un travail spĂ©cifique sur l’oeuvre de Haydn la moins connue donc la plus mĂ©sestimĂ©e. Nous n’irons pas jusqu’Ă  dĂ©clarer qu’il s’agit d’une piĂšce maĂźtresse valant le Messie de Haendel ou la 9e de Beethoven (comme s’ingĂ©nie Ă  le proclamer en introduction le maestro trĂšs enthousiaste Ă  l’idĂ©e d’interprĂ©ter plus de 3h de musique) ; mais dans la suite de son chef d’oeuvre, La CrĂ©ation (Die Shöpfung, Vienne, 1799) dont il reprend l’orchestre et le dispositif vocal (choeur omniprĂ©sent et dramatique, 3 solistes), Haydn cisĂšle 2 ans plus tard, et davantage encore, la caractĂ©risation de chaque saison, grĂące Ă  un raffinement instrumental plus riche, oĂč signe du gĂ©nie, il s’agit moins de dĂ©crire que de suggĂ©rer chaque caractĂšre climatique, comme chaque situation Ă©motionnelle et humaine qui lui est reliĂ©e. Les plus grands chefs et dans des effectifs Ă©videmment plus larges, – Bernstein, Solti, Karajan ont voulu mesurer l’imagination dĂ©bordante du dernier Haydn. Paul McCreesh leur emboĂźte leur pas, dans des effectifs rĂ©duits et une caractĂ©risation millimĂ©trĂ©e.

 

Armida de Haydn en tournĂ©eSAISONS RECOMPOSÉES, SAISONS RÉENCHANTÉES
 On reste saisi par ce travail d’orfĂšvre qui imprime Ă  la tenue continue de l’orchestre, son expressivitĂ© jaillissante et qui module et varie ses accents selon le temps de ce « drame atmosphĂ©rique » : comme un tapisserie « mille fleurs », la partition dense, Ă©lĂ©gante, est constellĂ© de joyaux musicaux. McCreesh a rĂ©Ă©crit lui mĂȘme le livret en anglais d’aprĂšs la mauvaise traduction allemande commise par le baron van Swieten (lui-mĂȘme rĂ©adaptant souvent le poĂšme anglais originel de James Thomson) ; le chef rĂ©tablit l’accord d’un texte poĂ©tique avec les nuances tĂ©nues d’une partition au fini mozartien,
 qui se souvient aussi des grandes masses comme de l’élĂ©gance haendĂ©lienne (le modĂšle absolu pour le genre oratorio et que Haydn prĂ©sent Ă  Londres a pu Ă©tudier minutieusement); l’auditeur distingue aussi des couleurs et une conception de l’Ă©quilibre sonore prĂ©figurant Schubert, dans les motifs poĂ©tiques et littĂ©raires du texte, dans le caractĂšre aussi de nombreuses sĂ©quences oĂč la tendresse et l’intime façonnent la rĂ©alisation dans le sens d’un lied: parure orchestrale millimĂ©trĂ©e, chant proche de la confession pudique et de la parole fraternelle, 
 l’intonation gĂ©nĂ©rale dĂ©fendue par le chef et ses Ă©quipes dĂ©tecte chez Haydn, le peintre inspirĂ© par son sujet, douĂ© d’une sensibilitĂ© et d’une imagination voire d’une verve sans limite. Tout l’esprit du Wanderer comme la Symphonie « Pastorale » (n°6) de Beethoven se profilent dĂ©jĂ  chez Haydn avec une Ă©tonnante justesse. Il y rĂšgne dĂ©jĂ  le souffle et l’irrĂ©pressible jubilation des oratorios romantiques de Mendelssohn et de Schumann.

Certes il y a parfois des dilutions du discours, qui sont rĂ©pĂ©titions ; voire des longueurs permises et excusĂ©es par un crĂ©ateur prolixe, mais l’Ă©lĂ©gance de l’Ă©criture sait demeurĂ©e proche de l’idĂ©al des LumiĂšres dont Haydn, avec Mozart, reste le plus grand ambassadeur. Dans l’Hiver, aprĂšs avoir dĂ©voiler comme d’une morale, le parallĂšle du cycle des saisons avec les Ă©tapes de la vie humaine, Haydn soigne son dernier choeur (plus grandiose et serein que celui de « La CrĂ©ation »), la sĂ©quence est une sublime priĂšre collective cĂ©lĂ©brant la fragilitĂ© humaine et le miracle d’une nature Ă©ternelle. Qui n’a pas ressenti ce sentiment d’humilitĂ© et d’admiration, de grandeur comme de vanité  au pied des Alpes ?

 

 

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McCreesh connaĂźt bien l’oeuvre pour la dĂ©fendre depuis au moins 2012 lorsqu’il dirigeait les Gabrieli dans un effectif plus Ă©toffĂ©. Cela rend la lecture Ă  Saanen d’autant plus intĂ©ressante sur instruments anciens et dans un format sonore scrupuleusement rĂ©glĂ© : le geste cible et obtient une transparence accrue, des couleurs nettes, et pourtant admirablement fluidifiĂ©es dans une conception d’ensemble trĂšs architecturĂ©e. Le jeu des Ă©quilibres entre solistes choeur, chant de l’orchestre perce avec une acuitĂ© comme revivifiĂ©e, dĂ©voilant avec plus de vitalitĂ© encore l’enchaĂźnement des formes et des dispositifs que Haydn assemble avec imagination : duos, trios, solos avec chƓur, mystĂ©rieux et pĂ©nĂ©trants prĂ©ludes orchestraux, amples sĂ©quences chorales (la kermesse pour les vendanges et la chasse, dans « L’Automne”), scĂšnes et situations si proche de l’opĂ©ra, 
 dĂ©signent un Haydn expĂ©rimental, facĂ©tieux et libre.
Le trio de solistes aux cĂŽtĂ©s des choeurs en verve et en prĂ©cision, renforce l’impact dramatique de chaque Ă©pisode
 au point de convoquer bien souvent l’opĂ©ra dans ce cadre oratorio si mouvant. La soprano familiĂšre de la partition, Carolyn Sampson sĂ©duit continĂ»ment, par sa grĂące inspirĂ©e et son timbre flĂ»tĂ© ; le tĂ©nor Jeremy Ovenden et la basse Ashley Riches savent toujours prĂ©server l’articulation du texte et aussi le sens de la situation, comme pour ce dernier, la morale de l’oratorio, dans son dernier air (Hiver) quand par sa voix, Haydn dĂ©voile qu’à travers le cycle des saisons, se lit les Ă©tapes d’une vie terrestre, si fragile et si vaine


VoilĂ  donc un programme particuliĂšrement bien inscrit dans le thĂšme de cette annĂ©e. Le souffle miraculeux de la nature sous tous ses aspects et Ă  travers le cycle des saisons, la tendresse (et la drĂŽlerie) des scĂšnes humaines qui en tĂ©moignent, composent une fresque passionnante Ă  suivre et Ă  vivre. La partition a diffusĂ© ainsi sa puisante Ă©nergie trouvant en Paul McCreesh son plus fervent interprĂšte. La cohĂ©rence du programme de ce soir s’inscrit aussi comme une nouvelle Ă©tape de sa « rĂ©sidence » au Gstaad Menuhin Festival… AprĂšs un concert hommage Ă  Menuhin en 2016 pour le centenaire du violoniste et pour les 60 ans du Festival, et aprĂšs, l’an dernier, un fabuleux Messiah de Handel non moins passionnant.

 

 

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SAANEN, Ă©glise, vendredi 13 juillet 2018. Pourtant, c’est devant une nef comble, que le violoniste britannique Daniel Hope inaugurait, la veille, le 62Ăš Festival, dans un programme qui Ă©clairait tout autant le thĂšme Nature et Musique. Les Saisons de Vivaldi y Ă©taient « recomposĂ©es », – et comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es par le regard et l’imagination du compositeur contemporain Max Richter. Un enregistrement paru en 2012 au moment de la crĂ©ation de ses nouvelles Saisons de Vivaldi a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© par Daniel Hope le dĂ©dicataire, chez Deutsche Grammophon.
Il existe sur Youtube un document intégral dévoilant le travail de Max Richter à partir de Vivaldi : ici.

 

 

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C’est une opĂ©ration de dĂ©construction minutieuse et de reconstruction / recomposition respectueuse (ajout d’une harpiste, pour enrichir encore la palette des timbres des cordes seules) oĂč Richter s’approprie les thĂšmes, et les cellules rythmiques dont il fait souvent le noyau de sĂ©quences rĂ©pĂ©titives qui ont la force hypnotique des oeuvres de Philip Glass. NĂ©oclassique et post romantique, minimaliste aussi on l’aura compris, l’auteur germanique nĂ© en 1966, tout en rĂ©Ă©crivant chaque saison de Vivaldi, leur apporte une nouvelle vie, un dĂ©mantĂšlement recrĂ©atif qui en interroge et exalte la profonde modernitĂ©. Jouer Vivaldi originel puis la rĂ©Ă©criture ciselĂ©e par Richter, rĂ©alise une singuliĂšre expĂ©rience oĂč l’auditeur, confrontĂ© / exposĂ© Ă  un canevas neuf et imprĂ©vu, semble (re)dĂ©couvrir ce qui fait l’impact, la force voire l’irrĂ©vĂ©rence audacieuse du matĂ©riau d’origine, et c’est tout Ă  coup, sous le feu communicatif d’un Daniel Hope, bienheureux et trĂšs communicatif Ă  l’endroit de chaque musicien du ZĂŒrcher Kammerorchester, comme si l’on Ă©coutait pour la premiĂšre fois un Vivaldi rĂ©Ă©clairĂ©, ressuscitĂ© : poĂ©tiquement vertigineux / rythmiquement rĂ©volutionnaire. Une (re)dĂ©couverte qu’on Ă©prouve face Ă  une fresque ou un tableau restaurĂ©, ayant gagnĂ© un surcroĂźt d’intensitĂ©, de contrastes, de profondeur…
D’autant que le violoniste qui a su cultiver une relation privilĂ©giĂ©e avec Yehudi Menuhin, le fondateur du Festival en 1957, dĂ©fend ici une lecture surexpressive, incarnĂ©e, parfois vive et musclĂ©e, jamais dĂ©monstrative ni exclusivement « excitĂ©e ». Relief, articulation, architecture
 tout s’inscrit dans une approche vive certes mais aussi trĂšs dĂ©taillĂ©e et caractĂ©risĂ©e de chaque saison (avec adjonction pour varier et colorer le continuo d’une guitare baroque ou d’un thĂ©orbe selon l’épisode).

 

richter max vivaldi seasons recomposed critique concert classiquenews max-888x700La « version II » signĂ©e Richter Ă©blouit elle, par le mĂȘme engagement sincĂšre, une exaltation sonore qui cristallise cette quĂȘte sombre et scintillante, – enveloppante et extatique selon sa propre sensibilitĂ© (Ă©couter son autre crĂ©ation rĂ©cente Dream III du cycle SLEEP, vĂ©ritable priĂšre / hymne Ă  la bĂ©atitude sereine, suspendue)-, en particulier toute la premiĂšre sĂ©quence, conduite comme un immense crescendo, repris ensuite dans « Autumn III », – pour nous la rĂ©invention la plus puissante conçue par l’Allemand d’aprĂšs la source vivaldienne. Belle mise en perspective, bel enrichissement en dialogue qui de Vivaldi Ă  Richter, offre pour le festivalier, une formidable expĂ©rience sensorielle. C’est moins une paraphrase qu’une relecture conçue comme une rĂ©itĂ©ration riche en irisations et sensations subjectives qui ne font, au final, que rĂ©vĂ©ler l’insondable gĂ©nie de Vivaldi.

SLEEP / Dream 3 de Max Richter :
https://www.youtube.com/watch?v=AwpWZVG5SsQ

 

 

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SAANEN, Ă©glise, dimanche 15 juillet 2018. En guise de 3Ăš (et dernier) volet du triptyque « SEASONS RECOMPOSED », c’est un (autre) passionnant chapitre que le concert « Tango Seasons », et Ă  double visage lui aussi : Vivaldi d’un cĂŽtĂ© / Piazzolla de l’autre. La confrontation des deux Ă©critures et dans le mĂȘme effectif -avec adjonction du bandonĂ©on pour les saisons de l’Argentin, s’avĂšre d’un intĂ©ressant apport car la rythmique vivaldienne dĂ©jĂ  trĂšs caractĂ©risĂ©e et changeante, trouve un Ă©cho survoltĂ© chez Piazzolla dont les effets d’abandon et de ralentis puis de frĂ©nĂ©sie parfois extatique, semble heureusement dialoguer avec l’illustre VĂ©nitien. L’investissement qu’y concentre le bandonĂ©oniste Mario Stefano Pietrodarchi- rictus et gestuelle Ă  l’avenant, fait imploser littĂ©ralement tout ce que nous avions vu et Ă©coutĂ© jusqu’alors : dans une approche chorĂ©graphiĂ©e, voire hallucinĂ©e que certains trouveront outrĂ©e et dĂ©bordante, mais qui construit pas Ă  pas, un Piazzolla d’une ivresse fiĂ©vreuse, thĂ©ĂątralisĂ©e, souvent lascive et soudainement grave comme suspendue; de ce point de vue c’est l’Hiver (chez Vivaldi comme chez Piazzolla) qui nous aura rĂ©ellement le plus convaincu. Les instrumentistes comme galvanisĂ©s par la personnalitĂ© du bandĂ©oniste, toute en inflexions et indications (des mains, du visage, des intentions expressives), osent davantage et respirent mieux.

 

 

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Curieusement alors qu’ils sont sur instruments anciens, donc cordes en boyau, les musiciens s’entĂȘtent en une sonoritĂ© lisse, avare en rebonds et aspĂ©ritĂ©s, en une Ă©mission qui comme celle du violoniste solo AndrĂšs Gabetta (le frĂšre de la violoncelliste Sol), demeure souvent petite, resserrĂ©e, dĂ©taillĂ©e certes, tĂ©nue continĂ»ment. Les musiciens de Daniel Hope ont dĂ©fendu avec plus de contrastes et de relief, l’une des partitions les plus musclĂ©es du rĂ©pertoire baroque. HĂ©las la comparaison est facile mais dans la continuitĂ© des concerts, inĂ©vitable.

 

 

PIAZZOLLA-BANDONEON-concert-gstaad-menuhin-festival-season-tango-passion-critique-concert-review-vconcert-par-classiquenews-GSTAAD-MENUHIN-festival-2018Par contre la combinaison du bandonĂ©on et des cordes quasi filigranĂ©es de la Cappella Gabetta est dans le Piazzolla, d’une meilleure qualitĂ© poĂ©tique et expressive, d’une toute autre Ă©vidence ; les musiciens classiques semblant s’approprier le tempĂ©rament- feu mordant voire hargne, langueur et abandon, du joueur de bandonĂ©on, au chant d’une lascivitĂ© quasi 
bestiale. A son contact, les musiciens baroques ont paru transfigurĂ©s, offrant dans le cas d’AndrĂšs Gabetta, une belle complicitĂ© avec le bandonĂ©on, – dans l’Hiver donc : fusion des timbres qui dialoguent aussi et dans une Ă©gale vibration.

 

 

vivaldi opera giustinoVIVALDI, SOURCE INEPUISABLE… Qu’il s’agisse de Hope ou de Gabetta, les deux concerts, dirigĂ©s par deux solides violonistes, ont permis de rĂ©Ă©couter la formidable « furia » du Pretre Rosso, dans son cycle le plus poĂ©tique et le plus innovant. Le mettre en dialogue avec Piazzolla et Richter, aiguise davantage son acuitĂ©, comme si Vivaldi confrontĂ© aux compositeurs qui lui succĂšdent, plutĂŽt que de relativiser et souligner les faiblesses de son invention, la dĂ©voilait mĂȘme sous un angle nouveau, n’atteignant en rien sa formidable unitĂ© poĂ©tique.
Christophe MĂŒller Ă  choisi les Alpes et donc la nature comme thĂšme gĂ©nĂ©ral du festival Menuhin : on ne pouvait lĂ  encore aprĂšs Hope et McCreesh, espĂ©rer meilleure cristallisation de cette intention. Les Saisons orchestrent finalement une formidable « thĂ©atralisation » du motif naturel ; changeant, Ă©ternel, douĂ© de mĂ©tamorphoses qui appellent au pur onirisme
 Ă  l’extase de Richter (romantique en cela), succĂšde la cabrure amoureuse et convulsive, viscĂ©rale et « cathartique », de Piazzolla sur le thĂšme ; car le concert de dimanche, faisant danser la musique au rythme des saisons, s’est achevĂ© dans un fracas orageux, le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments soudainement survoltĂ©s rĂ©pondant Ă  la transe des musiciens sur scĂšne (Piazzolla, et le dernier compositeur qui fermait ce chapitre). Musique et Nature…. Une Ă©quation qui prend tout son sens ici chaque Ă©tĂ© Ă  Gstaad. Et qui fait du Menuhin festival, un passionnant laboratoire musical, offert dans des Ă©crins champĂȘtres d’une tenace poĂ©sie. Premier week end trĂšs rĂ©ussi.

 

 

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gstaad-menuhin-festival-academy-2018-vignette-GFJUSQU’AU 1er SEPTEMBRE 2018. ENCORE de trĂšs nombreux concerts Ă  GSTAAD et dans le SAANENLAND, jusqu’au 1er septembre 2018 : de quoi organiser un sĂ©jour inoubliable en Suisse (canton de Bern) 
 ainsi recomposer l’oeuvre et l’inspiration de Brahms au bord du lac de Thoune, revivre les vertiges d’Une Symphonie alpestre / Eine Alpensinfonie de Strauss (sous la direction de Gergiev et le Mariinsky orchestra, St-Petersbourg, le 24 aoĂ»t, l’un des temps forts du Festival), sans omettre les multiples concerts jeunes talents dans les Ă©glises champĂȘtres du territoire, ni les grands rĂ©citals lyriques sous la tente, cette annĂ©e avec les tĂ©nors lĂ©gendaires, Jonas Kaufmann dans Wagner (Siegmund de La Walkyrie, Acte I, le 18 aoĂ»t) et le rossinien mozartien belcantiste de charme Juan Diego Florez (le 31 aoĂ»t, rĂ©cital « les Alpes dans l’opĂ©ra italien, avec Olga Peretyatko)
 Et si le Festival MENUHIN Ă  GSTAAD Ă©tait le meilleur des Festivals Suisses de l’étĂ© ? A suivre sur CLASSIQUENEWS, pendant tout l’étĂ©, en juillet et en aoĂ»t, les « temps forts » du Festival 2018 et les vidĂ©os de l’offre digitale, Ă©ditĂ©e par le Festival.

 

 

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TOUTES LES INFOS sur le site du Festival : GSTAAD MENUHIN Festival & Academy 2018

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Toutes les photos des concerts du Festival MENUHIN, GSTAAD / SAANEN © Raphael Faux 2018

 

 

 

 

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gstaad-menuhin-digital-festival-classiquenews-schedule-calendrier-des-captations-et-diffusions-par-classiquenewsLe FESTIVAL MENUHIN à GSTAAD sur le net
 Retrouvez aussi les moments forts du Festival MENUHIN à GSTAAD sur la chaßne digitale du Festival. Voici les prochaines diffusions depuis la plateforme dédiée du Gstaad MENUHIN Festival :
Concerts : Tango Seasons du 15 juillet 2018, Chiaroscuro Quartett du 17 juillet, Sol Gabetta du 27 juillet et Ein Deutsche Requiem de Brahms du 12 aoĂ»t. A suivre sur le site gstaad digital festival : https://www.gstaaddigitalfestival.ch – y sont prĂ©sentĂ©s entretiens d’artistes, focus sur les programmes, photos, activitĂ©s des coulisses, 


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CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe)

doisy alexandre saxophone so french cd klarthe critique cd cd review par classiquenews 3149028107425CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe) — VeloutĂ© (proche de la clarinette basse) et pourtant mordant (comme tuyautĂ© et flĂ»tĂ©), le timbre du somptueux saxophone d’Alexandre Doisy distille sa sĂ©duction sonore avec une Ă©tonnante intĂ©rioritĂ© suggestive dans le premier tableau : Impressions d’Automne d’AndrĂ© Caplet (1905), riche en nuances d’un gris nostalgique, suspendu et rĂȘveur comme surgi d’un songe encore envoĂ»tĂ©. MĂȘme calme souverain, imperturbable, hors du temps rĂ©el et efficace dans le « Choral varié » de D’Indy (1903), auquel l’instrument en ondes rondes et sourdes, trĂšs bien tenues sur la longueur, apporte un galbe recueilli, avec cette couleur sombre et grave propre au compositeur français.

Le soliste fait de son instrument un vĂ©hicule inspirĂ© superbement chambriste aux accents surtout introspectifs, taillĂ© pour le rĂȘve, la rĂ©itĂ©ration, le souvenir (voire une certaine gravitĂ©).
Le plus long tableau de ce rĂ©cital titre et sĂ©quence rare au concert : « LĂ©gende » de Georges Spork, Ă©galement dĂ©but du siĂšcle (1905) affirme plus nettement le timbre cuivrĂ© du saxo ; c’est une ample fantaisie plutĂŽt trĂšs caractĂ©risĂ©e et de plus en plus rĂȘveuse : la piĂšce comme la majoritĂ© porte la dĂ©dicace Ă  l’amĂ©ricaine et mĂ©cĂšne Elise Hall, laquelle a commanditĂ© nombre de ces piĂšces composĂ©es pour le saxophone.

Récital français du saxophoniste Alexandre Doisy

Gravitas fruitée du saxo soliste

La MĂ©ditation de ThaĂŻs confirme les mĂȘmes dispositions pour le chant intĂ©rieur ; elle contraste avec la Rhapsodie plus libre et enjouĂ©e, d’une grĂące aĂ©rienne de Debussy qui l’écrivit Ă  l’époque de PellĂ©as et dont l’esprit Ă  la fois continu et ondulant Ă©voque aussi la souple texture du triptyque La Mer. Les deux instrumentistes (belles ondulations quasi « picturales » du piano de Claudine Simon) en expriment toute l’activitĂ© irrĂ©pressible et la caresse chantante presque enivrĂ©e et lascive comme l’ossature plus nerveuse.
Autre « LĂ©gende » 
 celle de Florent Schmitt (1918) : l’opus est avec la piĂšce Ă©ponyme de Sporck et la Rhapsodie de Debussy (d’une durĂ©e Ă©gale), la sĂ©quence la plus dĂ©veloppĂ©e (plus de 10 mn) : Ă©vanescent, Ă  l’énoncĂ© liquide proche d’un Debussy Ă©nigmatique, sans omettre l’essor d’une tension parfois inquiĂšte et plus agitĂ©e qui se relĂąche enfin dans un abandon conclusif, la partition sĂ©crĂšte un parfum d’enivrement irrĂ©sistible et tĂ©nu, trĂšs français, donc emblĂ©matique de ce rĂ©cital de musique hexagonale d’oĂč son titre « so french ». Au choix des piĂšces françaises, le saxophoniste ajoute aussi une dilection spĂ©cifique pour le timbre, la nuance, et la transparence, l’écoute naturelle des nuances, 
 comme l’engagement plus thĂ©Ăątral et d’une franche vivacitĂ© narrative tel qu’il s’impose dans le court triptyque Scaramouche de Milhaud (1939 : Brazileira bien dansant et chaloupĂ©). VoilĂ  des contrastes idĂ©alement nĂ©gociĂ©s qui sont encore rehaussĂ©s par le choix de l’ultime piĂšce : Les Berceaux d’un FaurĂ© lui aussi secret, un rien sombre voire grave (1875). TrĂšs beau rĂ©cital pour un instrument trop rare au concert dont Alexandre Doisy dĂ©voile sans artifice, le caractĂšre caressant, intĂ©rieur.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. SO FRENCH : Alexandre Doisy, saxophone (1 cd Klarthe) – EnregistrĂ© en octobre 2015 Ă  Paris (Studio Sextan). Label : Klarthe Records – RĂ©fĂ©rence : 2810742115596 – EAN : 3149028107425. Le programme est rare, constituĂ© de piĂšces trĂšs peu connues : il mĂ©rite donc le CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Ă©tĂ© 2018.

MONTPELLIER. Recréation de Kassya, dernier opéra de Delibes (1893)

DELIBES-leo-par-classiquenews-classiquenews-dossier-coppelia-kassya-opera-dossier-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, le 21 juil 2018, 20h. DELIBES : KASSYA… Montpellier s’apprĂȘt Ă  vivre un Ă©vĂ©nement lyrique en ce 21 juillet, avec la recrĂ©ation du dernier opĂ©ra de LĂ©o Delibes, Kassya, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e que le Werther de Massenet : en 1893. A Montpelleir c’est la soprano plus habituĂ© au rĂŽle de princesse noble et altiĂšre qui incarnera le personnage d’ambitieuse et sĂ©ductrice : Kassya.
Delibes est dĂ©cĂ©dĂ© depuis 2 annĂ©es (1891) et il appartient Ă  d’autres aprĂšs lui de piloter la diffusion de son ultime ouvrage thĂ©Ăątral. Malheureusement, le public n’adhĂšre que moyennement aux raffinements de la partition qui sont gĂąchĂ©s par des interprĂštes en deçà des qualitĂ©s requises : le tĂ©nor Etienne Gibert massacre la partie du personnage de Cyrille, lui qui a dĂ©jĂ  chantĂ© GĂ©rald dans LakmĂ© en 1891, et semblablement sans comprendre rien des nuances et subtilitĂ©s du caractĂšre. MĂȘme la mezzo Emma de Nuovina tombe malade pour la premiĂšre date de crĂ©ation
 qui est dĂ©placĂ©e.

Le livret s’inspire du roman de Sacher-Masoch, Frinko Balaban (publiĂ© en français en 1874) : l’histoire appartient au cycle des lĂ©gendes galiciennes. En Galicie, aux pieds des Carpathes, Delibes place son action dans un village imaginaire (Zevale) en 1846, prĂ©cisĂ©ment, c’est Ă  dire Ă  l’époque des violentes rĂ©voltes paysannes en Galicie polonaise contre les aristocrates. Il devait en dĂ©couler l’abolition de l’esclavage (servage sĂ©culaire).

ACTE I : Cyrille, paysan destinĂ© Ă  conduire la rĂ©volte contre les seigneurs, est aimĂ© de Sonia, sa sage cousine, cependant qu’il est viscĂ©ralement attirĂ© par la belle bohĂ©mienne, Kassya : une sorte de nouvelle Carmen : sirĂšne fatale Ă  la sensualitĂ© souveraine. Une voyante prĂ©dit l’action Ă  venir : si Kassya sera riche (et donc sacrifiera l’amour), Sonia sera heureuse

ACTE II : le drame se resserre alors. Cyrille a Ă©cartĂ© Sonia toujours amoureuse, Ă  la faveur de Kassya qu’il aime Ă©perdument : ils se fiancent mais le comte de Zevale jette son dĂ©volu sur la belle bohĂ©mienne, et lui offrant sa fortune, son chĂąteau, son titre, la future comtesse Kassya accepte de l’épouser. Cyrille est arrĂȘtĂ© et forcĂ© de s’enrĂŽler.
ACTE III : deux annĂ©es ont passĂ©. Le soldat Cyrille a finit son service et retrouve au hasard d’un chemin enneigĂ©, la belle Sonia qui l’aime toujours et son pĂšre, rĂ©duits Ă  la misĂšre par le comte et la comtesse de Zevale. La rĂ©volte gronde : Cyrille prend la tĂȘte des rĂ©voltĂ©s et tous se dirigent vers le chĂąteau.
ACTE IV : le chĂąteau de Zevale est assailli par les paysans. Cyrille empĂȘche que la comtesse Kassya ne soit massacrĂ©e avec son Ă©poux.
ACTE V : c’est le triomphe de Cyrille et de 
 Sonia. A l’origine, Delibes prĂ©fĂšre composer la mort par suicide de Kassya qui implorant son ancien fiancĂ© Cyrille, et constatant que celui ci l’écarte dĂ©finitivement, se plante une lame dans le cƓur, alors que le choeur nuptial pour les noces de Cyrille / Sonia se fait entendre.
AprĂšs 8 reprĂ©sentations, le directeur de l’OpĂ©ra-Comique, Carvalho retire l’ouvrage de l’affiche. Pourtant Delibes s’est renseignĂ© sur la musique galicienne, ukrainienne et polonaise, (thĂšme de la Dumka) notamment pendant son sĂ©jour de 1885. La volontĂ© du compositeur pointilleux est claire, Ă©viter un melting pot golablement « slave » et distinguer c’est Ă  dire caractĂ©riser musicalement, ce qui relĂšve des chants des paysans ruthĂšnes (ukrainiens), et la musique savante des nobles polonais
 auquel il ajoute des Ă©lĂ©ments du folklore tzigane. Le tout sonne comme un opĂ©ra Ă  proprement parler et authentiquement Europe centrale et de l’Est.
Reste que l’architecture de Kassya, plus opĂ©ra-comique que drame lyrique, enchaĂźne les diffĂ©rentes sĂ©quences caractĂ©risĂ©es sans vraiment dĂ©velopper un continuum musical. Or l’époque est au drame continu, celui omnipotent, incontournable et envahissant de Wagner dont Lohengrin est repris dĂšs 1891, puis L’or du Rhin et la Walkyrie en 1893 justement (mai). MalgrĂ© la finesse de son Ă©criture et sa rĂ©elle sensibilitĂ© Ă©motionnelle, Kassya passe pour une Ɠuvre posthume dĂ©calĂ©e avec son Ă©poque et visiblement dĂ©modĂ©e, voire rĂ©trograde. Qu’en sera-t-il Ă  l’écoute directe de la partition ce 21 juillet Ă  Montpellier et sur les ondes de France Musique ? Critique complĂšte Ă  venir sur CLASSIQUENEWS


FRANCE MUSIQUE, le 21 juil 2018, 20h. DELIBES : KASSYA. Recréation. En direct depuis Montpellier, Festival de Radio France
Opéra Berlioz-Le Corum

LĂ©o Delibes : Kassya
Opéra en 4 actes et 5 tableaux sur un Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille, achevé et orchestré par Jules Massenet
Version de concert

VĂ©ronique Gens, soprano, Kassya
Anne Catherine Gillet, soprano, Sonia
Nora Gubisch, mezzo-soprano, Une bohémienne
Cyrille Dubois, ténor, Cyrille
Alexandre Duhamel, baryton, Le comte de Zevale
Renaud Delaigue, basse, Kostska (pĂšre de Sonia)
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton, Kolenati
Rémy Mathieu, ténor, Mochkou

Anas SĂ©guin, baryton, Un sergent recruteur
Luc Bertin Hugault, basse, Un buveur, Un vieillard
VĂ©ronique Parize, soprano, Une paysanne, Une jeune fille
Christine Craipeau, mezzo-soprano, Une paysanne
Charles Alvez Da Cruz, ténor, Un autre marchand
Laurent SĂ©rou, basse, Second seigneur, Messager
Jean-Philippe Elleouet-Molina, basse, Messager
Xin Wang, basse, Messager
Albert Alcaraz , basse, Messager

Choeur de l’OpĂ©ra de Montpellier
Choeur de la Radio Lettone
Orchestre national Montpellier Occitanie
Michael Schönwandt, direction musicale

COMPTE RENDU, Opéra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane à Naxos.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane Ă  Naxos (Devielhe, Mitchell). En 2016, Katie Mitchell avait, aprĂšs son fulgurant et premier (Ă  Aix) Written on skin, frappĂ© juste et fort dans un PellĂ©as et MĂ©lisande, tendu et onirique Ă  la fois, grĂące Ă  l’excellente et troublante soprano charismatique Barbara Hanigan dans le rĂŽle de MĂ©lisande. Revoici Mitchell dans l’un des joyaux de l’opĂ©ra moderne, celui conçu dĂ©but XXĂš (en pleine premiĂšre guerre) par le duo mythique Strauss / Hofmmansthal : Ariadne auf Naxos / Ariane Ă  Naxos.
La nouvelle production aixoise hĂ©las rate son entrĂ©e et voici assurĂ©ment le premier Ă©chec de la metteure en scĂšne britannique dont l’univers littĂ©raire et nĂ©obaroque (la piĂšce s’inspire de MoliĂšre) lui semble bien Ă©tranger. Pourtant, l’Ɠuvre dans sa version finale de 1916 est un miracle de poĂ©sie et de facĂ©tie jouant sur l’obligation imposĂ©e aux interprĂštes prĂ©sents (ce qu’explique le Prologue), de jouer, comme le souhaite le mĂ©cĂšne de la soirĂ©e (l’homme le plus riche de Vienne), la comĂ©die italienne et l’opĂ©ra, en mĂȘme temps. VoilĂ  pourquoi les deux Ă©quipes doivent s’accorder : le prĂ©texte est un mĂ©tissage des genres qui sur le plan thĂ©Ăątral et musical produit des miracles.

Pourtant, ici, rÚgnent le non sens et les idées hors sujet.
Contresens absolu et dĂ©lire exubĂ©rant / exorbitant : le maĂźtre Ă  danser (impeccable Rupert Charlesworth), est dans le Prologue, caricatural, affublĂ© d’une perruque blonde Marylin, figure dĂ©jantĂ©e, bling bling et qui est de surcroĂźt, ici le pilier du Prologue : agitĂ©, nerveux, en rien fin ni comique. Dommage.
De mĂȘme Ariane empaquetĂ©e dans une robe impossible est enceinte jusqu’aux dents et accouche au moment de sa rencontre avec le dieu de l’ivresse et de la rĂ©surrection : Bacchus. Pourquoi une telle idĂ©e ?
Mais plus embĂȘtant, Mitchell ne s’intĂ©resse qu’au drame douloureux, celui d’Ariane trahie par ThĂ©sĂ©e
 Ici rĂšgne la douleur (alors que la partition pĂ©tille par son double effervescent, tragique et comique : soit Ariane et Zerbinette). Les comĂ©diens italiens ratent (volontairement) toutes leurs pseudo facĂ©ties, maladroits, prĂ©visibles. Le majordome coupe plusieurs airs en sentences malvenues (et totalement incongrues), 
 le spectacle est dĂ©routant par son incohĂ©rence et ses options qui dĂ©naturent et dĂ©calent le sens de l’opĂ©ra. Oublions vite cette erreur d’une Katie Mitchell, Ă©trangĂšre Ă  la finesse ambivalente voulue et rĂ©ussie par Strauss et Hofmannsthal. Aix avait jusque lĂ  rĂ©ussit spĂ©cifiquement ses lectures de l’opĂ©ra comique, lĂ©ger et tragique Ă©nivrĂ©. Ici, on s’ennuie ferme. La vision et ses interruptions sauvages finissent mĂȘme par agacer. Exactement quand Ă  Aix encore, Dmitri Tcherniakov se permettait de repenser le dĂ©roulĂ© chronologique des Noces de Figaro, et de Don Giovanni, perturbant profondĂ©ment la clartĂ© du drame conçu par Mozart et Da Ponte. Les directeurs actuels pensent rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique en acceptant le dĂ©lire et les visions souvent fumeuses des metteurs en scĂšne. Soit. Mais on risque de fatiguer un public difficile Ă  capter, sensibiliser, fidĂ©liser


Musicalement, les Ă©lĂ©ments proposĂ©s sont plus convaincants. Mais la tradition aixoise nous a habituĂ© Ă  l’excellente : on ne citera qu’une production prĂ©cĂ©dente, celle avec Jessye Norman, Ariane embrasĂ©e, tragique, hallucinĂ©e Ă  la prĂ©sence magnĂ©tique (1985)


Dans la premiĂšre partie, aux cĂŽtĂ©s du maĂźtre Ă  danser pĂ©tillant, au comique percutant et savoureux dĂ©jĂ  citĂ©, la mezzo amĂ©ricaine Angela Brower campe un trĂšs solide Componist. Puis au dĂ©but du drame, avant l’apparition d’Ariane, les 3 naĂŻades sĂ©duisent par le grain accordĂ© du trio qu’elles composent. Aux cĂŽtĂ©s d’un Bacchus rayonnant et sans effort (excellent Eric Cutler dont le timbre exprime cette lumiĂšre salvatrice qui ressuscite Ariane moribonde et clame le miracle de leur rencontre), l’Ariane justement de la norvĂ©gienne Lise Davidsen si elle ne manque pas de puissance, maĂźtrise bien peu la tenue de ses aigus et manque de finesse comme d’intensitĂ© pour un personnage ciselĂ© comme un gemme noir : Ariane Ă  Naxos est aux portes de la mort : Ă©conduite par celui qu’elle aime toujours, ThĂ©sĂ©e, elle ne songe qu’à mourir.
Reste le quatuor des comĂ©diens italiens (Arlequin, Brighella, Scaramuccio et Truffaldino) : ratĂ©, comme Ă©vacuĂ©s par une mise en scĂšne qui n’a pas travaillĂ© leur prĂ©sence ni interroger le contraste qu’ils permettent et rĂ©alisent sur la scĂšne. Le rĂ©sultat laisse dĂ©concertĂ©. Et la Zerbinette de Sabine Devielhe, malgrĂ© l’estime que nous avons pour la chanteuse, par ailleurs excellente mozartienne et remarquable MĂ©lisande, sa Zerbinette manque de profondeur, de trouble, de malice voire d’impertinence, car le rĂŽle contraste avec l’amour tragique et sombre, incarnĂ© par Ariane : zerbinette est la contrepartie comique, insouciante de celle qui a Ă©tĂ© Ă©conduite et abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e : or rien dans ce chant jolie, mĂ©ticuleux, un rien pincĂ©, n’exprime l’insolente vivacitĂ© d’une Zerbinette ardente et enivrante qu’ont en leur temps, magnifiquement dĂ©fendu Rita Streich ou Kathleen Battle (qui a d’ailleurs enregistrĂ© le rĂŽle pour Decca aux cĂŽtĂ©s de Jessye Norman). Non, il est trop tĂŽt pour Sabine Devielhe : la voix est trop fragile et frĂȘle pour un caractĂšre qui demande de l’esprit et de l’espiĂšglerie mĂȘme. Mais Mitchell avait-elle conçu une partie importante pour elle dans une mise en scĂšne 
 ratĂ©e ? MĂȘme impression d’inabouti et de superficialitĂ© dans la direction bonhomme et parfois prĂ©cipitĂ©e du chef. Dommage. Pour sĂ»r, la production n’est pas l’évĂ©nement encore moins le miracle qu’on nous a annoncĂ©. Seconde chance : le 11 juin Ă  partir de 20h : diffusion d’Ariadne auf Naxos, Arianne Ă  Naxos, sur Musique.

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COMPTE RENDU, Opéra. Aix en Provence, le 4 juillet 2018. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos / Ariane à Naxos. En direct sur France Musique, le mercredi 11 juillet. 2018

 

 

 

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MISE A POINT
Pourquoi ressasser toujours et encore les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences du passĂ© ? VOIR ci aprĂšs les trois extraits vidĂ©o et vous comprendrez 


Kathleen Battle chante Zerbinette en répétition (Metropolitan Opera 1989) :
https://www.youtube.com/watch?v=oj-o7TbGCek

Grand monologue oĂč la comĂ©dienne loue les amours volages et lĂ©gers, l’insouciance plutĂŽt que les chaĂźnes d’un seul amour tragique :
https://www.youtube.com/watch?v=xM9B-z53BBk

Jessye Norman chante Ariane en répétition (14mn) :
https://www.youtube.com/watch?v=8xVEtwnT3aE

Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani )

EIDI billy gabriel faure les treize barcarolles timpani cd review critique cd par classiquenews BEidi-362x325Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani). Comme une constante mais Ă©pisodique offrande au rythme ternaire de la Barcarolle, les Treize opus ici rĂ©unis n’étaient pas destinĂ©s Ă  composer un tout unitaire. Ils tĂ©moignent cependant de l’évolution et des questionnement de l’auteur, toujours secret et trĂšs pudique, Ă  l’endroit du genre, de la forme, de l’intention et du dĂ©veloppement. FaurĂ© sillonne le filon compositionnel de rĂ©fĂ©rences Ă©videntes Ă  Chopin, mais il sait comme un Monet, sublimer le format en intensifiant le mordorĂ© des couleurs, l’éclatement mĂȘme du schĂ©ma harmonique dont il rĂ©invente un cheminement expressif et poĂ©tique. L’idĂ©e de les jouer une Ă  une, restitue ainsi un itinĂ©raire esthĂ©tique qui rĂ©vĂšle une richesse en contrastes, crĂ©ant des scintillements et des silences comme le jeu perpĂ©tuellement changeant de la surface aquatique. De l’onde jaillissante et d’un mĂ©lodisme juvĂ©nile, presque attendu pour les premiĂšres, nous voici dĂ©jĂ  en eau profonde et inquiĂšte pour les derniĂšres. Ne prenons que les ultimes comme reflets rĂ©vĂ©lateurs de ce pianisme aussi stylĂ© que poĂ©tique.
La 10 Ăšme Barcarolle en la mineur sonne comme un questionnement grave, d’une instabilitĂ© inquiĂšte intranquille, au passionnant balancement qui contient comme un secret sombre et amoureusement murmurĂ©. L’Ă©loquence et la liquiditĂ© souple du pianiste ensorcĂšle littĂ©ralement, car il sait et dire la douceur et exprimer la force voire la violence rentrĂ©e d’un FaurĂ© volontaire et rĂ©formateur.

La 11Ăšme en sol mineur fait Ă©clater et mĂȘme scintiller une mĂȘme recherche sonore tout en semblant gravir des Ă©chelons verticaux de plus en plus Ă©levĂ©s, quĂȘte mystique et redĂ©finition radicale du dĂ©veloppement formel. FAURÉ semble ouvrir de nouveaux horizons Ă  la limite du dicible et de l’imaginable, le tout exprimĂ© et rĂ©itĂ©rĂ© Ă  la façon d’une houle de plus en plus mystĂ©rieuse et impĂ©nĂ©trable. Tout cela en Ă©chelles harmoniques, libertĂ© du plan formel, comme Ă©lĂ©ments clĂ©s d’une hypersensiblitĂ© dĂ©jĂ  debussyste, elle aussi d’une fĂ©conde intranquillitĂ©.
Survient alors, plus calme et d’un souffle plus construit, la 12Ăšme Barcarolle d’une lumineuse motricitĂ©, non moins habitĂ©e par une urgence intĂ©rieure presque impĂ©rieuse. L’agilitĂ© flexible du pianiste rĂ©tablit et l’esprit de conquĂȘte et la formidable cohĂ©rence sonore comme dĂ©roulĂ©e sans noeud ni rupture d’aucune sorte.

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSEntre hypnose et rĂȘverie funambule la 13Ăšme enrichit encore le spectre harmonique tout en se jouant d’un balancement toujours aussi saisissant par ses ondulations incessantes. Sans pesanteur, esprit insaisissable, l’Ă©criture de FaurĂ© trouve une Ă©locution entre le fil aĂ©rien de Liszt et la liquiditĂ© profonde de Debussy. Avec une affection intime donc pour un crĂ©pitement perlĂ© qui ouvrage dans une finesse orfĂšvrĂ©e, des ornements liquides parfaitement Ă©noncĂ©s. Tout le mĂ©rite en revient au jeu nuancĂ©, poĂ©tique, miroitant de Billy Eidi, maĂźtre Ăšs chatoiements.

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Cd, critique. FAURÉ : les « Treize Barcarolles » (Billy Eidi- 1cd Timpani 1C1247). Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2017

CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics)

MOZART Don giovanni silete ventii avec raffaella milanesi  cd critique review cd warner classicsCD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics). Reconnaissons aux italiens ici, rĂ©unis sous la coupe financiĂšre de l’éditeur et crĂ©ateur Fornasetti, initiateur de la production, un sens irrĂ©sistible du temps thĂ©Ăątral qui fusionnant ici avec le temps musical, recrĂ©e l’opĂ©ra de Mozart, en soulignant la violence passionnel du livret de Da Ponte. C’est une version certes « iconoclaste », rompant avec les habitudes sirotantes car ce que nous invite Ă  Ă©couter et « redĂ©couvrir » comme une crĂ©ation contemporaine, toute la lecture, c’est la verve Ă©ruptive, Ăąpre et furieusement sensuelle d’un Mozart dĂ©jĂ  romantique, surtout suprĂȘme analyste des cƓurs.
En proposant de revenir Ă  l’effectif de la crĂ©ation praguoise de 1787 (30 instrumentistes no more), en privilĂ©giant une direction nerveuse, parfois fouettĂ©e et incisive, le chef de l’ensemble Silete Ventii, Simone Toni, sculpte son « Mozart » avec une passion mordante, tendue, extrĂȘme qui sonne mĂȘme plus radicale que l’approche d’un Teodor Currentzis lui aussi sur instruments modernes. Pour telle conception Ă  la fois hallucinĂ©e et minimaliste (cela avance avec une urgence de tous les diables), il faut Ă©videmment des chanteurs rompus Ă  la dĂ©licatesse, la nostalgie, la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© mozartienne : Oublions l’Ottavio trop bas, trop imprĂ©cis d’AndrĂ©s Agudelo. Mais saluons surtout le soprano Ă  la fois rond, cuivrĂ©, voluptueux de l’excellente Rafaella Milanesi, interprĂšte Ă  la fois fĂ©line et racĂ©e qui comprend et exprime toutes les nuances des sentiments de la victime abusĂ©e de Don Giovanni, Donna Anna.

Le Mozart de Simone Toni : le geste mozartien qui foudroie
oĂč triomphe l’éblouissante Anna de Raffaella Milanesi

Une telle vĂ©ritĂ© incandescente du chant s’entend rarement ; elle avait pourtant dĂ©jĂ  marquĂ© notre esprit lors de sa prise de rĂŽle d’Alcina avec la compagnie lyrique Opera Fuoco et David Stern, Ă  ShanghaĂŻ en dĂ©cembre 2015 (festival Baroque de ShanghaĂŻ : VOIR notre reportage vidĂ©o «  Opera Fuoco, de Paris Ă  Shanghaï »). GrĂące Ă  la finesse qu’apporte la cantatrice dans ce rĂŽle si fragile et complexe, surgit tout le trouble qui fait imploser la raison bourgeoise de la jeune femme, fiancĂ©e malheureuse d’Ottavio et qui dĂ©couvre l’amour, sa puissance, sa dĂ©flagration quasi providentielle, au contact violent d’un Giovanni hypersexuĂ©. HĂ©las Ă  ses cĂŽtĂ©s, l’Elvira d’Emanuela Galli peine et dĂ©rape dans les excĂšs et violences rĂ©clamĂ©s par la production, sa technique vocale montre d’évidentes limites qui ne pardonnent pas chez Mozart, peintre des Ăąmes chancelantes et fulminantes


Parmi les chanteurs, Christian Senn dans le rĂŽle-titre, son valet (aussi agitĂ© et allumĂ© que lui : Renato Dolcini en Leporello), sans omettre Mauro Borgioni qui comme Ă  Prague en 1787, chante deux rĂŽles : Le Commandeur (sa statue) et Masetto, tirent leur Ă©pingle du jeu par leur prĂ©sence thĂ©Ăątrale, intensĂ©ment dramatique et une technique comme une projection qui suivent. En fosse, l’orchestre Silete Venti! siffle, tempĂȘte, scalpe et semble foudroyer chaque protagoniste, l’obligeant Ă  exacerber ses Ă©lans, dĂ©sirs, amertumes
 Et le pianoforte omniprĂ©sent de Luca Oberti relĂšve ce dĂ©fi de la fulgurance. Une version qui ne laisse pas indiffĂ©rent et marque mĂȘme l’écoute par son sens de l’urgence et de la foudre.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd + 1 dvd « extras » : making of, etc
 ) FORNASETTI / Warner classics. Enregistrement rĂ©alisĂ© au moment des rĂ©prĂ©sentations scĂ©niques de la production Fornasetti, Ă  Florence (Pergola), janvier 2017. Prise de son en 24 bit/96 kHz (ingĂ©niĂ©rie BartokStudio/ Raffaele Cacciola). « CLIC » de CLASSIQUENEWS du printemps 2018.

Orchestre Silete Venti!
Simone Toni, direction.

Christian Senn, baritono (Don Giovanni)
Renato Dolcini, baritono (Leporello)
Emanuela Galli, soprano (Donna Elvira)
Raffaella Milanesi, soprano (Donna Anna)
Andres Agudelo, tenore (Don Ottavio)
Mauro Borgioni, baritono (Commendatore e Masetto)
LucĂ­a MartĂ­n-CartĂłn, soprano (Zerlina)

Maestro di coro: Marco Bellasi

VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne, 4-12 juillet 2018

vannes academie early music institute concerts festival programme 2018 par classiquenewsVANNES, 8Ăš AcadĂ©mie de musique ancienne : 4-12 juil 2018. Le Festival des musiciens voyageurs fait Ă  nouveau souffler l’esprit des explorations et du partage Ă  VANNES, devenue en quelques annĂ©es la capitales des innovations baroques. Cette annĂ©e, le laboratoire merveilleux renouvelle sa proposition musicale d’une richesse absolue en parcourant diverses contrĂ©es et de multiples formes : « Italie, Espagne, Angleterre, France, Autriche, Perse
 chants d’oiseaux  » ; faisant aussi dialoguer musique et peinture (Ă  l’époque des peintres baroques italiens, Reni et Caravage, rĂ©volution et spiritualitĂ© : concert d’ouverture, le 4 juillet). Tous les sites patrimoniaux accueillent les concerts, en accĂšs libre ou payant : Ă  Vannes, Ă©glise St Patern, Auditorium des Carmes, HĂŽtel de Limur (qui est aussi le siĂšge du VEMI, Vannes Early Music Institute), CathĂ©drale, sans omettre les concerts Ă  Pontivy, Guern
 ni l’Ă©vĂ©nement musical sur l’Ăźle aux moines.
Sur le territoire, le Baroque, passions de l’ñme et sensualitĂ© des timbres ciselĂ©s, mĂȘlĂ©s proposent une fĂȘte des sens, oĂč s’accordent le temps de l’AcadĂ©mie, instrumentistes renommĂ©s et jeunes apprentis acadĂ©miciens, lesquels rĂ©alisent plusieurs concerts Ă  l’adresse du public dont le programme de clĂŽture dĂ©diĂ© aux Symphonies de Haydn (CathĂ©drale de Vannes, le 12 juillet, sous la direction de Johannes Leertouwer). depuis sa crĂ©ation par le violoncelliste virtuose Bruno Cocset, l’Institut de musique ancienne Ă  Vannes (Vannes Early Music Institute) et l’AcadĂ©mie estivale qu’il organise, ne cessent de surprendre par la diversitĂ© des approches et la pertinence de sa rĂ©alisation comme de ses choix artistiques. AcadĂ©mie baroque Ă  suivre de prĂšs. DĂšs Ă  prĂ©sent organisez votre sĂ©jour Ă  VANNES le temps des concerts proposĂ©s par l’AcadĂ©mie de Bruno Cocset.

 

 

 

 
COCSET-bruno-582-390-homepage-Bruno-Cocset 

 
 

INFORMATIONS et RESERVATIONS
Ă  partir du 18 juin 2018

Premier aperçu de la programmation 2018

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VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne
 

 
 

   8 concerts – programmes Ă©vĂ©nements

 

 
 

 

Mercredi 4 juillet 2018, 21h
Vannes, Eglise St Patern (payant)
CARAVAGE classiquenews caravage-musiciens-discmuseumCONCERT D’OUVERTURE MUSICA al TEMPO di GUIDO RENI & CARAVAGGIO. La musique Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂš, quand Rome accueille l’invention rĂ©volutionnaire du peintre baroque Caravage, celui qui est nĂ© pour “tuer” la peinture (disait le trĂšs classique, et trĂšs jaloux… Poussin). RĂ©aliste, mystique et sensuelle, la peinture du Caravage demeure un absolu singulier, visionnaire, inclassable dans la premiĂšre dĂ©cennie du XVIIĂš : une comĂšte d’une modernitĂ© inouĂŻe qui ne laisse pas de nous interroger sur notre propre humanitĂ©… Musiques de Dario Castello, Giovanni Battista Fontana, Francesco Rognoni, Bartolomeo de Selma y Salaverde, Giuseppe Scarani, Antonio Bertali & altri…
Ensemble AURORA
Enrico Gatti, violon & direction, Luca Giardini violon, Elena Bianchi dulciane, Anna Fontana clavecin et orgue

 

 
 

 

Jeudi 5 juillet, 21h
Pontivy, Basilique Notre Dame de Joie (gratuit)

CONCERT « DIEGO ORTIZ & LE SIECLE D’OR EN ESPAGNE » (co-production « Les Jeudis Musicaux de Pontivy ») Diego Ortiz, Antonio de CabezĂČn, Luis de Milan, Francisco Guerrero, Tomas luis de Victoria
Les Basses RĂ©unies
Bruno Cocset, Guido Balestracci,
Maude Gratton, Richard Myron

 

 
 

 

Samedi 7 juillet, 18h30
Chapelle de Quelven – Guern
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT « A LA TRIBUNE : musique anglaise pour orgue & voix » (soirĂ©e en partenariat avec « L’Art dans les Chapelles ») – Hadrien Jourdan : orgue, MaĂŻlys de Villoutreys : soprano, Bruno Cocset : violoncelle
(avec la possibilitĂ© d’une Visite du sanctuaire Ă  17h)

 

 
 

 

Dimanche 8 juillet :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERTS « MUSIQUE FRANCAISE AUX CARMES » 17h : FRANCOIS COUPERIN : RECITAL DE CLAVECIN
Skip Sempé
21h : ANTOINE FORQUERAY : RECITAL VIOLE & CLAVECIN – Guido Balestracci & Maude Gratton

 

 
 

 

Lundi 9 juillet 21h :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERT « SYRINX, UN REVE D’ENVOL » FlĂ»tes du monde, chant persan et chants d’oiseaux – Instrumentistes : Pierre Hamon, Esteban Valdivia – Chant persan : Taghi Akhbari – Les Chanteurs d’oiseaux : Jean Boucault, Johnny Rasse

 

 
 

 

Mardi 10 juillet, 19h
Ile aux Moines – Eglise (gratuit)
CONCERT « UNE FENETRE SUR LIMUR
 Ă  l’Ile aux Moines ! » – Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

 

Mercredi 11 juillet, 20h & 21h :
Vannes, HĂŽtel de Limur (gratuit)
CONCERTS BALLADES « UNE NUIT à LIMUR »
Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

 

Jeudi 12 juillet, 21h : Vannes, Cathédrale
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT DE CLOTURE
JOSEPH HAYDN : SYMPHONIES »
Etudiants de l’AcadĂ©mie – Johannes Leertouwer, direction

 

 
 

 

Tarifs des concerts payants :
plein tarif : 14€ – Tarif rĂ©duit : 8€ et gratuit jusqu’à 12 ans – Concerts entrĂ©e libre : EntrĂ©e gratuite sous rĂ©serve de places disponibles

La réservation est conseillée pour tous les concerts.

Renseignements :
Vannes Early Music Institute (VEMI)
HĂŽtel de Limur, 31 rue Thiers, 56000 Vannes
+33 (0)6 13 43 05 14 – contact@vemi.fr
Programmation sous réserve de modification
Site : http://www.vemi.fr

 

 

VANNES : 6Úme Académie Européenne de musique baroque

 
 

 

Compte-rendu, critique, opéra. Bilbao, le 28 mai 2018. Bellini : Norma. Pirozzi. Kunde, Rizzo / Livermore

VENDÔME : CONCOURS BELLINI 2017Compte-rendu critique, opĂ©ra. Bilbao. Palacio Euskalduna, le 28 mai 2018. Vincenzo Bellini : Norma. Anna Pirozzi, Gregory Kunde, Silvia Tro SantafĂ©, Roberto Tagliavini. Pietro Rizzo, direction musicale. Davide Livermore, mise en scĂšne. 19 mai 2018 : Ă  la Fenice de Venise, la lĂ©gendaire Mariella Devia se retire de la scĂšne lyrique avec une ultime reprĂ©sentation de Norma / LIRE ici notre compte rendu de cette adieu Ă  la scĂšne lyrique historique. Quelques heures plus tard, une nouvelle Norma nait sur les planches du Palacio Euskalduna de Bilbao : Anna Pirozzi. Comme un symbole, comme un passage de tĂ©moin. Merci tout d’abord Ă  l’ABAO d’avoir permis cette prise de rĂŽle importante, sinon essentielle, dans la carriĂšre de la soprano napolitaine. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narciso Fiordaliso.

La Norma de la décennie

Anna-PirozziDepuis notre premiĂšre rencontre avec la voix et la personnalitĂ© uniques d’Anna Pirozzi, Ă  l’occasion d’un Roberto Devereux inoubliable dans cette mĂȘme capitale du pays basque, nous pressentions que le personnage de la druidesse bellinienne marquerait un tournant dans le cheminement artistique de la chanteuse. Et nous ne nous Ă©tions pas trompĂ©s. Car Ă  l’issue de cette quatriĂšme et derniĂšre reprĂ©sentation, c’est une Ă©vidence : la Norma de celle qu’on peut dĂ©sormais nommer LA Pirozzi se rĂ©vĂšle dĂ©jĂ  grande, sinon accomplie, et sera de celles qui comptent dans l’Histoire de l’art lyrique.
Que dire de plus, sinon que l’artiste semble avoir trouvĂ© le rĂŽle de sa vie ?
Sa simple silhouette, se dĂ©coupant du fond de scĂšne alors que la musique annonce son entrĂ©e, nous fait dĂ©jĂ  frissonner. Les premiĂšres paroles du rĂ©citatif brisent le silence avec une tranquille autoritĂ©, les notes semblent Ă©crites pour sa voix. Le premier grave permet l’assise du timbre, et l’instrument se dĂ©ploie tout entier, rond, enveloppant, charnu, et pourtant brillant, aĂ©rien. « Casta diva » s’élĂšve posĂ©ment, paraissant couler de source, jusqu’à des aigus lentement enflĂ©s dans de superbes crescendi et des gruppetti parfaitement rĂ©alisĂ©s, dans la droite lignĂ©e de Maria Callas, pour s’achever dans un pianissimo immatĂ©riel qui suspend le temps. Suit une cabalette Ă©lectrisante, oĂč la virtuositĂ© n’exclut jamais la tendresse, s’offrant mĂȘme le luxe d’une reprise variĂ©e avec beaucoup d’art et couronnĂ©e par deux contre-uts absolument spectaculaires.
Mais c’est lorsque la prĂȘtresse fait place Ă  la femme, l’amante et la mĂšre qu’Anna Pirozzi atteint des sommets de sincĂ©ritĂ© et d’émotion, osant des nuances d’une infinie dĂ©licatesse, les mots Ă  fleurs de lĂšvres et la pudeur Ă  fleur de cƓur. Incarnation majeure qui culmine, peu avant la fin de l’Ɠuvre, sur un « Son io » dĂ©chirant, oĂč l’hĂ©roĂŻne se dĂ©charge enfin du lourd secret qu’elle porte en elle, dĂ©livrance qu’on peut lire jusque dans le regard de l’interprĂšte. Et c’est dans une bouleversante confession, chantĂ©e toute entiĂšre mezza-voce, comme chuchotĂ©e Ă  chacun des spectateurs, que s’achĂšve cette rencontre au sommet entre un rĂŽle de lĂ©gende et une artiste de gĂ©nie.
Autour d’elle, l’Association Bilbayenne des Amis de l’OpĂ©ra a rĂ©uni une distribution d’exception, formant le plus beau quatuor qu’on puisse imaginer, rĂ©ussissant ainsi – selon nous – la Norma de la dĂ©cennie.
Toujours merveilleusement accordĂ© Ă  la flamme de sa partenaire – ces murs se souviennent encore de leurs Roberto Devereux et Andrea ChĂ©nier communs – Gregory Kunde dĂ©montre une fois encore – aprĂšs LiĂšge en octobre dernier – qu’il est peut-ĂȘtre le seul tĂ©nor actuel Ă  triompher de la quadrature du cercle que reprĂ©sente l’écriture du rĂŽle de Pollione. A la fois vaillant, dotĂ© d’un mĂ©dium de bronze comme d’un aigu souverain, et maĂźtre du style belcantiste souvent nĂ©gligĂ© dans cet emploi, le tĂ©nor amĂ©ricain Ă©lectrise dĂšs son entrĂ©e, air plein d’urgence et intensĂ©ment vĂ©cu, suivi d’une cabalette fougueuse aux variations audacieuses qui met le feu aux poudres et transporte la salle. Ardent et sincĂšre comme lui seul sait l’ĂȘtre, il fait de ses duos, tant avec Adalgisa que Norma, de grands moments, et demeure l’unique interprĂšte du rĂŽle Ă  rendre palpable la renaissance de son amour pour la mĂšre de ses enfants.
Avec Silvia Tro SantafĂ©, on retrouve la troisiĂšme protagoniste du Roberto Devereux qui nous a tant marquĂ©s ici mĂȘme voilĂ  bientĂŽt trois ans. La mezzo espagnole n’a rien perdu de sa superbe Ă©nergie et propose de la jeune novice un portrait plus volontaire et moins timide qu’à l’accoutumĂ©e. VoilĂ  rĂ©ellement une prĂȘtresse en devenir, qui pourrait bien prendre la succession de Norma. Vocalement, l’opulence des moyens, la fiertĂ© du grave et la soliditĂ© de l’aigu font merveille, d’autant que la musicienne sait magnifiquement adoucir son instrument, notamment dans son entrĂ©e, que ponctuent de splendides crescendi et autres messe di voce. Sa voix se mariant parfaitement Ă  celle d’Anna Pirozzi, leurs duos sont de purs joyaux finement ciselĂ©s, les deux artistes semblant en outre prendre un plaisir Ă©vident Ă  chanter ensemble.
Avec un tel trio, le final du premier acte demeure pour nous le sommet de la soirĂ©e, chacun faisant assaut de vaillance et de mordant. Un moment d’anthologie, flamboyant Ă  force de dĂ©mesure, comme un combat de titans oĂč le coup de grĂące nous est donnĂ© par Anna Pirozzi qui nous cloue Ă  notre fauteuil par un contre-rĂ© gigantesque, tellurique, crucifiant d’impact et de puissance. Une scĂšne qui nous laisse Ă©puisĂ©s, chancelants et pantelants, de ces minutes qui rappellent ce que peut ĂȘtre rĂ©ellement l’opĂ©ra.
Le trio se fait quatuor grĂące Ă  l’Oroveso somptueux de Roberto Tagliavini, le premier qui parvienne Ă  nous rendre intĂ©ressantes, sinon passionnantes, les interventions du personnage. Loin des basses charbonneuses et fatiguĂ©es trop souvent entendues dans ce rĂŽle, le chanteur transalpin fait admirer l’extraordinaire beautĂ© de son timbre, la perfection de son Ă©mission, ronde et claire, ainsi que sa diction splendide. Fier et plein de prestance, il occupe littĂ©ralement le plateau Ă  chacune de ses apparitions.
On salue Ă©galement la Clotilde touchante d’Itxaro Mentxaka et le Flavio sonore de Vicenç Esteve, qui complĂštent un plateau de lĂ©gende.
TrĂšs investi, le chƓur maison se jette Ă  tout entier dans l’aventure et se donne sans compter, avec une plĂ©nitude sonore Ă  saluer bien bas.
Tous Ă©voluent dans la mise en scĂšne trĂšs illustrative de Davide Livermore. Assumant un kitsch trĂšs Ă©tudiĂ©, la scĂ©nographie convoque toute l’imagerie traditionnelle associĂ©e Ă  l’intrigue, quelque part Ă  mi-chemin entre la sĂ©rie Kaamelott et AstĂ©rix. Et pourtant, alors que le grotesque n’est jamais bien loin, tout fonctionne de bout en bout grĂące Ă  la sincĂ©ritĂ© sans faille de tous les interprĂštes. DĂ©cor principal autour duquel s’articule toute l’action, une immense souche dans lequel a Ă©tĂ© taillĂ© un monumental escalier cĂŽtĂ© pile et dont les anfractuositĂ©s cĂŽtĂ© face servent d’abri aux les enfants de Norma. C’est au sommet de ce tronc que se tient la druidesse lors de sa premiĂšre apparition, illuminĂ©e par une immense lune projetĂ©e en arriĂšre-plan, image forte qui rajoute encore Ă  la majestĂ© de l’instant. L’usage de la vidĂ©o souligne les enjeux du drame, parfois Ă  l’excĂšs, mais permet de trĂšs beaux tableaux puisant directement dans l’univers du genre hĂ©roĂŻc fantasy.
Tenant fermement les rĂȘnes d’un orchestre rutilant de tous ses pupitres, Pietro Rizzo, prenant le parti d’une exĂ©cution presque complĂšte de la partition, soutient amoureusement les chanteurs, ajustant tempi et couleurs selon leurs besoins, sans jamais perdre de vue le drame, en vrai chef d’opĂ©ra.
Une soirĂ©e grandiose, qui aura vu naĂźtre une interprĂšte majeure de Norma en ce dĂ©but de XXIe siĂšcle. Une soirĂ©e qui nous marquera sans doute pour toujours, avec ce sentiment irrĂ©pressible de dĂ©couvrir l’Ɠuvre pour la premiĂšre fois.

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Bilbao. Palacio Euskalduna, 28 mai 2018. Vincenzo Bellini : Norma. Livret de Felice Romani d’aprĂšs Norma ou l’Infanticide de L. A. Soumet. Avec Norma : Anna Pirozzi ; Pollione : Gregory Kunde ; Adalgisa : Silvia Tro Santafé ; Oroveso : Roberto Tagliavini ; Clotilda : Itxaro Mentxaka , Flavio : Vicenç Esteve. ChƓur de l’OpĂ©ra de Bilbao ; Chef de chƓur : Boris Dujin. Bilbao Orkestra Sinfonikoa. Direction musicale : Pietro Rizzo. Mise en scĂšne : Davide Livermore ; DĂ©cors : GiĂČ Forma Studio ; Costumes : Mariana Fracasso ; LumiĂšres : Antonio Castro ; VidĂ©os : D-WOK

VANNES : 8Ú Académie, 4-12 juillet 2018

vannes academie early music institute concerts festival programme 2018 par classiquenewsVANNES, 8Ăš AcadĂ©mie de musique ancienne : 4-12 juil 2018. Le Festival des musiciens voyageurs fait Ă  nouveau souffler l’esprit des explorations et du partage Ă  VANNES, devenue en quelques annĂ©es la capitales des innovations baroques. Cette annĂ©e, le laboratoire merveilleux renouvelle sa proposition musicale d’une richesse absolue en parcourant diverses contrĂ©es et de multiples formes : « Italie, Espagne, Angleterre, France, Autriche, Perse
 chants d’oiseaux  » ; faisant aussi dialoguer musique et peinture (Ă  l’époque des peintres baroques italiens, Reni et Caravage, rĂ©volution et spiritualitĂ© : concert d’ouverture, le 4 juillet). Tous les sites patrimoniaux accueillent les concerts, en accĂšs libre ou payant : Ă  Vannes, Ă©glise St Patern, Auditorium des Carmes, HĂŽtel de Limur (qui est aussi le siĂšge du VEMI, Vannes Early Music Institute), CathĂ©drale, sans omettre les concerts Ă  Pontivy, Guern
 ni l’Ă©vĂ©nement musical sur l’Ăźle aux moines.
Sur le territoire, le Baroque, passions de l’ñme et sensualitĂ© des timbres ciselĂ©s, mĂȘlĂ©s proposent une fĂȘte des sens, oĂč s’accordent le temps de l’AcadĂ©mie, instrumentistes renommĂ©s et jeunes apprentis acadĂ©miciens, lesquels rĂ©alisent plusieurs concerts Ă  l’adresse du public dont le programme de clĂŽture dĂ©diĂ© aux Symphonies de Haydn (CathĂ©drale de Vannes, le 12 juillet, sous la direction de Johannes Leertouwer). depuis sa crĂ©ation par le violoncelliste virtuose Bruno Cocset, l’Institut de musique ancienne Ă  Vannes (Vannes Early Music Institute) et l’AcadĂ©mie estivale qu’il organise, ne cessent de surprendre par la diversitĂ© des approches et la pertinence de sa rĂ©alisation comme de ses choix artistiques. AcadĂ©mie baroque Ă  suivre de prĂšs. DĂšs Ă  prĂ©sent organisez votre sĂ©jour Ă  VANNES le temps des concerts proposĂ©s par l’AcadĂ©mie de Bruno Cocset.

 

 

 

 
 

 
COCSET-bruno-582-390-homepage-Bruno-Cocset 

 

 

 
 

 

INFORMATIONS et RESERVATIONS
Ă  partir du 18 juin 2018

Premier aperçu de la programmation 2018

 
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VANNES : 8Ú Académie de musique ancienne

 

 
 

   8 concerts – programmes Ă©vĂ©nements

 

 

Mercredi 4 juillet 2018, 21h
Vannes, Eglise St Patern (payant)
CARAVAGE classiquenews caravage-musiciens-discmuseumCONCERT D’OUVERTURE MUSICA al TEMPO di GUIDO RENI & CARAVAGGIO. La musique Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂš, quand Rome accueille l’invention rĂ©volutionnaire du peintre baroque Caravage, celui qui est nĂ© pour “tuer” la peinture (disait le trĂšs classique, et trĂšs jaloux… Poussin). RĂ©aliste, mystique et sensuelle, la peinture du Caravage demeure un absolu singulier, visionnaire, inclassable dans la premiĂšre dĂ©cennie du XVIIĂš : une comĂšte d’une modernitĂ© inouĂŻe qui ne laisse pas de nous interroger sur notre propre humanitĂ©… Musiques de Dario Castello, Giovanni Battista Fontana, Francesco Rognoni, Bartolomeo de Selma y Salaverde, Giuseppe Scarani, Antonio Bertali & altri…
Ensemble AURORA
Enrico Gatti, violon & direction, Luca Giardini violon, Elena Bianchi dulciane, Anna Fontana clavecin et orgue

 

 

 
 

Jeudi 5 juillet, 21h
Pontivy, Basilique Notre Dame de Joie (gratuit)

CONCERT « DIEGO ORTIZ & LE SIECLE D’OR EN ESPAGNE » (co-production « Les Jeudis Musicaux de Pontivy ») Diego Ortiz, Antonio de CabezĂČn, Luis de Milan, Francisco Guerrero, Tomas luis de Victoria
Les Basses RĂ©unies
Bruno Cocset, Guido Balestracci,
Maude Gratton, Richard Myron

 

 

 
 

Samedi 7 juillet, 18h30
Chapelle de Quelven – Guern
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT « A LA TRIBUNE : musique anglaise pour orgue & voix » (soirĂ©e en partenariat avec « L’Art dans les Chapelles ») – Hadrien Jourdan : orgue, MaĂŻlys de Villoutreys : soprano, Bruno Cocset : violoncelle
(avec la possibilitĂ© d’une Visite du sanctuaire Ă  17h)

 

 
 

Dimanche 8 juillet :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERTS « MUSIQUE FRANCAISE AUX CARMES » 17h : FRANCOIS COUPERIN : RECITAL DE CLAVECIN
Skip Sempé
21h : ANTOINE FORQUERAY : RECITAL VIOLE & CLAVECIN – Guido Balestracci & Maude Gratton

 

 
 

Lundi 9 juillet 21h :
Vannes, Auditorium des Carmes (payant)
CONCERT « SYRINX, UN REVE D’ENVOL » FlĂ»tes du monde, chant persan et chants d’oiseaux – Instrumentistes : Pierre Hamon, Esteban Valdivia – Chant persan : Taghi Akhbari – Les Chanteurs d’oiseaux : Jean Boucault, Johnny Rasse

 

 
 

Mardi 10 juillet, 19h
Ile aux Moines – Eglise (gratuit)
CONCERT « UNE FENETRE SUR LIMUR
 Ă  l’Ile aux Moines ! » – Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

Mercredi 11 juillet, 20h & 21h :
Vannes, HĂŽtel de Limur (gratuit)
CONCERTS BALLADES « UNE NUIT à LIMUR »
Etudiants de l’AcadĂ©mie

 

 
 

Jeudi 12 juillet, 21h : Vannes, Cathédrale
(entrĂ©e gratuite – participation libre)
CONCERT DE CLOTURE
JOSEPH HAYDN : SYMPHONIES »
Etudiants de l’AcadĂ©mie – Johannes Leertouwer, direction

 

 
 
 

Tarifs des concerts payants :
plein tarif : 14€ – Tarif rĂ©duit : 8€ et gratuit jusqu’à 12 ans – Concerts entrĂ©e libre : EntrĂ©e gratuite sous rĂ©serve de places disponibles

La réservation est conseillée pour tous les concerts.

Renseignements :
Vannes Early Music Institute (VEMI)
+33 (0)6 13 43 05 14 – contact@vemi.fr
Programmation sous réserve de modification
Site : http://www.vemi.fr

 

 

VANNES : 6Úme Académie Européenne de musique baroque

 

LANNION. Festival VOCE HUMANA : 28 juil – 11 aoĂ»t 2018

VOCE HUMANA : les 10 ansFestival VOCE HUMANA, 28 juil > 11 aoĂ»t 2018. Lannion (CĂŽtes d’Armor) a son propre festival estival depuis 10 ans dĂ©jĂ  (2008) : tout un cycle de cĂ©lĂ©brations et d’évĂ©nements divers dĂ©diĂ©s Ă  la magie de la voix (d’oĂč son titre parlant, chantant : « Voce Humana / Voix humaine »). Aujourd’hui, le programme de concerts s’étend sur un vaste territoire dont le TrĂ©gor rural. Le Festival a trouvĂ© ses publics grĂące Ă  une diversitĂ© d’offres culturelles et artistiques d’autant mieux identifiĂ©es et comprĂ©hensibles que le fil conducteur en est le chant et la voix sous leurs formes les plus variĂ©es. Depuis 2017, le chanteur Olivier Rault pilote la direction artistique, succĂ©dant au fondateur Gildas Pungier (directeur musical du choeur de chambre MĂ©lisme(s). Chaque Ă©tĂ©, le public lannionnais retrouve les lieux propices Ă  la dĂ©couverte et Ă  l’émerveillement. Le festival compte de nombreux fidĂšles car il s’est trĂšs tĂŽt mis au service du public dans l’esprit d’un dĂ©cloisonnement et d’un renouvellement des formes traditionnelles : manifestations en accĂšs libre et en plein air, confĂ©rences, rencontres avant-concerts, rĂ©pĂ©titions publiques, etc
 Pour fĂȘter les 10 ans de Voce Humana, le concert inaugural (28 juillet, Ă©glise St-Jean du Baly, Lannion) accueille la soprano coloratoure Sabine Devieilhe (Victoire de la musique classique 2013 et 2015) dans un rĂ©cital Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra et Ă  la mĂ©lodie française. Et pour conclusion (en apothĂ©ose, dans l’église de Plouaret, samedi 11 aoĂ»t), l’ensemble MĂ©lisme(s), partenaire familier du Festival, et collectif prĂ©sent depuis les origines-, exprime la brĂ»lante ferveur de Vivaldi (Magnificat et Dixit Dominus).

A Lannion, dans les Cîtes d’Armor
Le Festival de la voix VOCE HUMANA
fĂȘte ses 10 ans

lannion voce humana festival 2018 par classiquenewsEntre ces deux bornes incontournables, Voce Humana 2018 propose une dizaine de concerts Ă  la diversitĂ© chatoyante (musique du monde, rĂ©citals, animations de rue, jazz vocal, musique baroque, chanson, choeur a cappella
), 
 toujours il s’agit d’exposer la voix, les timbres mĂȘlĂ©s, associer le chant aux instruments, ou goĂ»ter la magie du chant seul ; dans les Ă©glises de Lannion, sur le territoire tregorrois, 
 sans omettre la rĂ©sidence de l’ensemble A Bocca chiusa (Ă  bouche fermĂ©e), quatuor vocal (30 juillet-5 aoĂ»t)
 un Ă©clectisme pour tous les styles et tous les goĂ»ts, – depuis le Manoir de KerhervĂ© Ă  Ploubezre, propre Ă  sĂ©duire le public le plus large.

 

 

 

Festival Voce Humana : 28 juillet – 11 aoĂ»t 2018
RESERVEZ VOTRE PLACE
sur le site du Festival VOCE HUMANA
https://www.vocehumana.fr
Billetterie ouverte le 1er juin 2018.
Voir la page tarifs :
https://www.vocehumana.fr/infos-pratiques/tarifs

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Quelques temps forts de Voce Humana 2018

Samedi 28 juillet 2018
Concert inaugural des 10 ans
Eglise St-Jean du Baly, Lannion
RĂ©cital lyrique : Sabine Devieilhe, soprano coloratoure
Colette Diard, piano
Airs d’opĂ©ras français, mĂ©lodies françaises
Delibes, Massenet, Viardot, Lalo, Messager

Déjà présente en 2008, la diva française revient à Lannion pour les 10 ans de Voce Humana

Dimanche 29 juillet 2018
Cour du ChĂąteau de Rosanbo, Lanvellec
Jazz vocal : Les Glossy Sisters
(trio vocal féminin)
De Piaf et Beyoncé à Boris Vian et AdÚle


Mardi 31 juillet
Espace Sainte-Anne, Lannion
Schubert
Conférence
Concert : Schwanengesang, extraits
Louis-Pierre Patron, baryton
JĂ©rĂŽme Lelong, piano

Lundi 6 août
Eglise de Trégrom
Choeur a cappella
Ensemble Perspectives
Geoffroy Heurard
Playlist : de Mendelssohn et Coleridge Taylor, Ă  Schubert et les Beach Boys

Mardi 7 août
Eglise de Brélévenez, Lannion
Baroque italien : Monteverdi
La Main Harmonique
Frédéric Bétous, direction
Transposant avec gĂ©nie l’univers des passions en musique, Monteverdi dit lui- mĂȘme que « la bonne musique doit avoir l’émotion pour but ». OĂč mieux que dans notre Ă©tat amoureux nous est-il possible de percevoir ces affetti ? C’est dans ce stato amoroso que jaillissent les Ă©lans dĂ©sespĂ©rĂ©s du cƓur. C’est aussi lĂ  que s’opĂšrent les transformations les plus subtiles de l’Ăąme.

Mercredi 8 août
Eglise de Trédez / Baroque traditionnel
Shakespeare songs
Ensemble Leviathan
Lucile Tessier, direction

Jeudi 9 août
Dans les rues de Lannion
Chasons de proximité, à la carte
Garçons s’il vous plaüt
(trio vocal masculin)

Vendredi 10 août
Salle des fĂȘtes, Le Vieux MarchĂ© / Chanson
voix et accordéon
DĂ©linquante : deux filles joyeuses et communicatives
(duo féminin)

Samedi 11 août 2018
Concert de clĂŽture / Choeur
MĂ©lisme(s)
Gildas Pungier, direction
Antonio Vivaldi
Magnificat RV 610
Dixit Dominus RV 595

 

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Festival Voce Humana : 28 juillet – 11 aoĂ»t 2018VOCE HUMANA : les 10 ans
RESERVEZ VOTRE PLACE
sur le site du Festival VOCE HUMANA
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Billetterie ouverte le 1er juin 2018.
Voir la page tarifs :
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FESTIVAL VOCE HUMANA TREGOR 2018 par classiquenews thumbnail_Olivier Rault (c) Nicolas ScordiaFESTIVAL VOCE HUMANA (TrĂ©gor). Entretien avec Olivier RAULT, directeur artistique. Olivier Rault vient de prendre la direction artistique du Festival VOCE HUMANA (Bretagne, 10Ăš Ă©dition en juillet 2018). En 4 questions clĂ©s, CLASSIQUENEWS identifie les axes clĂ©s d’un festival prometteur sur le territoire du TrĂ©gor (Ă  Lannion et sa rĂ©gion), en Bretagne. Redimensionner un Ă©vĂ©nement sur son territoire, jouer la carte de la diversitĂ© et de l’ouverture, sans rien nĂ©gocier sur la qualité  savoir aussi ĂȘtre proches du public en investissant de nouveaux lieux dont il est plus familier, 
 LIRE l’intĂ©gralitĂ© de notre entretien avec Olivier RAULT 
 

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CD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HMCD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY – ANNONCE). Ce pourrait bien ĂȘtre le coffret Ă©vĂ©nement de 2018 : l’intĂ©grale des oeuvres pour musique de chambre pour cordes et piano de Chostakovitch – Jamais une telle somme majeure pour l’expression musicale du XXĂš siĂšcle n’avait Ă©tĂ© rĂ©unie en un seul coffret : c’est chose faite grace Ă  l’initiative du pianiste Filipe Pinto-Ribeiro et son DSCH – Ensemble Shostakovich. Âpre et intense, profonde voire lugubre, inquiĂšte voire angoissĂ©e, mais d’une ineffable tendresse humaine, la musique de Dmitri Chostakovitch Ă  l’époque de la terreur stalinienne sait porter le masque de la distance faussement indifĂ©rente pour mieux ciseler une absolue comprĂ©hension de la nature humaine, dans ses contradictions, ses horreurs et sa grandeur. A l’écoute de cette musique pudique et intime (sous la voile d’un cynisme distanciĂ©), relevant les dĂ©fis de l’écoute collective, et du jeu chmabriste le plus raffinĂ©, les 4 solistes rĂ©unis autour de Filipe PINTO-RIBEIRO, - tous individualitĂ©s fortes capables aussi de se fondre dans une Ă©tonnante sonoritĂ© collective-, rĂ©alisent en 2 cd, pour le label PARATY, une intĂ©grale Ă©vĂ©nement, vĂ©ritable accomplissement qui s’avĂšre ĂȘtre la rĂ©fĂ©rence nouvelle.

 
 

CLIC_macaron_2014Un Chostakovitch / Shostakovich dĂ©poussiĂ©rĂ©, habitĂ©, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© : sincĂšre et vrai. Coffret Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS 2018, Ă©lu meilleur cd de l’annĂ©e 2018. Classiquenews Ă©tait prĂ©sent lors des sĂ©ances de travail autour de l’enregistrement : VOIR ici le reportage vidĂ©o de l’intĂ©grale CHOSTAKOVITCH de musique de chambre avec piano (rĂ©alisation studio CLASSIQUENEWS.TV)

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CD Ă©vĂ©nement, SHOTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

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VOIR notre reportage vidĂ©o : SHOTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano et cordes / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY)

 
 

SHOSTAKOVICH-CHOSTAKOVITCH-ensmeble-pinto-ribeiro-complete-chamber-music-for-strings-and-piano-video-par-classiquenews-PARATY-2-cd-set-box

 
 

DSCH – Ensemble Shostakovich :
Filipe PINTO-RIBEIRO, piano
Corey CEROVSEK, violon
Cerys JONES, violon
Isabel CHARISIUS, alto
Adrian Brendel, violoncelle

 
 
 

SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HM

 
 

PINTO RIBEIRO piano SHOSTAKOVITCH-CHOSTAKOVITCH-ensemble-CD-PARATY-coffret-set-box-integrale-

 

Filipe PINTO-RIBEIRO, piano (DR)

 
 
 
 

CD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone)

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone). En mai 2017, l’Orchestre national de Lille dirigĂ© par Alexandre Bloch son directeur musical, choisissait de ressusciter l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet, les PĂȘcheurs de perles (1863). Un sommet lyrique plus abouti et cohĂ©rent qu’on ne le dit, le maillon essentiel avant Carmen (crĂ©e 12 ans plus tard), pour comprendre ce goĂ»t de la caractĂ©risation individuelle, des atmosphĂšres (orientalisantes, proches de LakmĂ© de LĂ©o Delibes plus tardif, crĂ©Ă© en 1883), ce gĂ©nie du drame qui sans emphase et tout en subtilitĂ© dĂ©peint des ĂȘtres d’exception comme les deux amoureux Nadir et Leila, finalement sauvĂ© par le rival du premier, Zurga
 Pour l’orchestre, c’est un dĂ©fi dans l’expression des nombreux paysages sonores ; pour les chanteurs, – tous de la nouvelle gĂ©nĂ©ration du chant français dont surtout les indiscutables Cyrille Dubois et Julie Fuchs (Nadir et Leila), un dĂ©fi sur le plan de la diction romantique française ; pour le chef, mĂȘme travail de ciselure dĂ©taillĂ©e comme de cohĂ©rence du plateau qui comprend l’orchestre, les solistes, et les choeurs trĂšs sollicitĂ©s par la partition du jeune Bizet. Les reprĂ©sentations en version scĂ©nique donnĂ©es Ă  Lille, avaient amplement convaincu : dĂ©voilant la complicitĂ© renforcĂ©e entre musiciens et chef, dans un chantier lyrique d’importance. Le disque qui sort un an aprĂšs prĂ©sente les mĂȘmes qualitĂ©s : cohĂ©sion du plateau vocal, finesse, dramatisme intense voire passionnĂ©, d’une irrĂ©sistible Ă©loquence. Prochaine critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS. Coffret de 2 cd Pentatone, Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS.

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VOIR aussi notre reportage vidĂ©o LES PECHEURS DE PERLES DE BIZET – reportage en 2 volets :
http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

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CLIC_macaron_2014LIRE aussi notre compte rendu critique des PĂȘcheurs de Perles de Bizet par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille, les 10 et 12 mai 2017
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-lille-nouveau-siecle-le-10-mai-2017-bizet-les-pecheurs-de-perles-1863-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-direction/

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CD événement. Les Girard jouent le Quatuor n°4 Starry Sky de Philippe Hersant (1 cd PARATY)

hersant-quatuor-chez-PARATY-le-cd-evenement-2018-par-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. HERSANT : Quatuor n°4 / BEETHOVEN : Quatuor opus 59 n°2 – Quatuor Girard – 1 cd PARATY. Hersant, Quatuor n°4 « The starry Sky ». Inutile de justifier en quoi nous parlons de Philippe Hersant comme le plus grand compositeur français actuel (avec Thierry Escaich et Philippe Manoury). Outre une attention spĂ©cifique sur le timbre, les alliages sonores, le dĂ©veloppement et sa direction, l’architecture comme le dĂ©tail, Philippe Hersant est l’un des rares Ă  se prĂ©occuper aussi de la rĂ©ceptivitĂ© de ses oeuvres et de son intelligibilitĂ© vis Ă  vis du grand public. Si l’écriture contemporaine peine toujours Ă  se faire reconnaĂźtre et apprĂ©cier du grand public, on ne discutera pas qu’il fait tout pour rĂ©aliser le contraire. Car ses oeuvres sont les plus audibles parmi la constellation des auteurs contemporains.

SOUS UN CIEL ÉTOILÉ
. De Beethoven à Hersant

En tĂ©moigne son prochain Quatuor n°4 (dĂ©jĂ ) enregistrĂ© par le Quatuor Girard pour le label PARATY. Directement affiliĂ© Ă  Beethoven (le cd Ă  paraĂźtre d’ici l’étĂ© propose un judicieux couplage du Quatuor de Philippe Hersant Ă  le Quatuor n°8 opus 59 de Beethoven), la partition contemporaine cite ce « ciel Ă©toilé » dont parle souvent le gĂ©nie romantique dans son journal intime, qu’il Ă©voque aussi dans plusieurs oeuvres (le lied Abendlied Unterm gestirnten Himmel / Chant du soir sous le ciel Ă©toilĂ© ; ou dans le mouvement lent de son HuitiĂšme Quatuor, l’Opus 59 n° 2, deux partitions Ă©crite en mi majeur, la tonalitĂ© spirituelle et mystique par excellence pour Ludwig).
Or on sait le goĂ»t de Hersant pour la littĂ©rature allemande, poĂ©sie, musique et
 peinture. Le Français rend ainsi un hommage sensible et subtil Ă  la pensĂ©e et la main de Beethoven, en particulier le Molto adagio du deuxiĂšme quatuor « Razoumovski », et ce goĂ»t des ruptures et des contrastes, structurant l’oeuvre entier de son prĂ©dĂ©cesseur romantique. Comme Van Gogoh s’inspire de Millet, ou Degas qui copie Mantegna, Hersant reprend certains motifs de Beethoven (thĂšme hymnique en forme de choral du dĂ©but de l’Adagio prĂ©cisĂ©ment ; motif russe de l’Allegretto aussi) qu’il colore d’éclats et d’humeurs manifestement slaves (son des balalaĂŻkas), lesquels citent aussi la dĂ©pression profonde, grave, solitaire du crĂ©pusculaire et aussi lumineux, Shostakovich. Philippe Hersant signe l’un de ses chefs d’oeuvre chambristes, hommage certes au passĂ© (lointain et proche, de Beethoven Ă  Shosta), surtout rĂ©flexion intime sur le genre musical, son sens, sa consistance. Avec Hersant, se prĂ©cise l’activitĂ© d’une pensĂ©e en marche, qui analyse et questionne
 Ce qui rend ce cd prometteur : prochain cd Ă©vĂ©nement saluĂ© par CLASSIQUENEWS. A suivre.

 
 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, ANNONCE. HERSANT : Quatuor n°4 / BEETHOVEN : Quatuor opus 59 n°2 – Quatuor Girard – 1 cd PARATY (enregistrĂ© en sept 2017, Chapelle musicale Reine Elisabeth – Prise de son : CĂ©cile Lenoir). Prochaine grand critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM

CD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. (1 cd Melodyia)

Dmitry MASLEEVCD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. (1 cd Melodyia). Il ne faut pas rester sur l’impression trĂšs sage en couverture et qui assimile le candidat pianiste Ă  un avatar d’Harry Poter
 Les premiers disques sont en gĂ©nĂ©ral des dĂ©clarations d’intention, l’expression d’un jardin personnel qui affirme un geste, un monde sonore, une approche prĂ©liminaire appelĂ©e Ă  connaĂźtre des dĂ©veloppements postĂ©rieurs. S’agissant du pianiste russe Dmitry MASLEEV (nĂ© en mai 1988), la promesse s’avĂšre consistante et le plaisir qui en dĂ©coule, majeur. C’est une rĂ©vĂ©lation que confirme son Premier Prix au XVĂš Concours Tchaikovsky Ă  Moscou (2015, l’annĂ©e oĂč avait Ă©tĂ© remarquĂ© aussi Debargue qui obtenait alors un 4Ăš Prix) : car le toucher et la conception dynamique du pianiste trentenaire affirment un grand talent qui s’appuie d’abord sur une technicitĂ© exigeante, sensible, jamais dĂ©monstrative. Le jeu est naturel, allant, sans posture d’aucune sorte. Les Scarlatti coule comme une onde jaillissante avec un sens de l’articulation manifeste ; le Prokofiev combine dĂ©construction et vision intĂ©rieure animĂ©es par un formidable appui ; le Concerto n°2 de Chostakovitch (Ă©crit pour le fils du compositeur Maxim) fascine par son Ă©criture nĂ©oclassique, pourtant inquiĂšte, parfois Ă©lectrique (mais d’une Ă©nergie toute juvĂ©nile, dĂ©dicataire oblige); et qui sait dĂ©velopper de superbes climats sous les doigts de velours du jeune Russe. L’interprĂšte a dĂ©jĂ  donnĂ© plusieurs sĂ©ries de concerts en Europe et en France. Le pianiste qui a Ă©tĂ© formĂ© au Conservatoire de Moscou, pourrait avoir l’étoffe des grands russes du piano actuel, les Matsuev (mais en plus suggestif et intĂ©rieur) ou Trifonov
 On attend dĂ©sormais l’interprĂšte dans des rĂ©citals plus consistants, rĂ©vĂ©lant les secrets de son approche des rĂ©pertoires : Schubert et Mozart, Beethoven et Mendelssohn, ou les russes Ă©videmment ? Mais il est vrai rapprocher Scarlatti et Prokofiev relĂšve d’un choix judicieux car le second jouait souvent le premier, – parallĂšle trĂšs pertinent aussi sur le plan de l’écriture. TempĂ©rament Ă  suivre de prĂšs


 
 
 
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CD, critique. SCARLATTI, CHOSTAKOVITCH
 Dmitry MASLEEV, piano. 1 cd Melodyia – enregistrĂ© en 2016 et 2017 – durĂ©e : 58 : 15 mn.

 
 
 
MASLEEV-DMITRI-portrait-piano-jeune-talent-par-classiquenews-PIANO-magazine

 
 
 
 

CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4Ăš de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle rĂ©ussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgrĂ© l’ampleur des effectifs ; le sentiment prĂ©servĂ© malgrĂ© l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennitĂ© parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricitĂ© souterraine qui illumine de l’intĂ©rieur, une partition toute dĂ©diĂ©e Ă  l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur Ăąpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres et familles d’instruments (cordes / bois / cuivres en fanfare dĂ©ployĂ©e), enfin l’allure
 doivent immĂ©diatement sa nourrir d’une vitalitĂ© jamais Ă©teinte : continue, tendue, soutenue de haute lutte. VoilĂ  qui fait les grandes interprĂ©tations (Jochuum, Gand, et le plus rĂ©cent, de surcroĂźt sur instruments d’époque, Herreweghe avec son fabuleux orchestre des Champs-ElysĂ©es, lequel dĂ©poussiĂšre aussi de façon dĂ©cisive
 le massif brahmsien).
Ici reconnaissons Ă  Andris Nelsons, la continuitĂ© d’un travail passionnant rĂ©alisĂ© avec le Gewandhaus Orchester Leipzig, familier par ailleurs du rĂ©pertoire symphonique germanique, de Mendelssohn Ă  
 Mahler. Successeur ici mĂȘme de Masur, puis de Chailly, Andris Nelsons n’est pas encore concrĂštement directeur musical de la phalange de Leipzig, mais il poursuit une maniĂšre de cycle brucknĂ©rien
avec l’orchestre, par le disque.
Reconnaissons d’emblĂ©e que la sĂ»retĂ© du geste, la clartĂ© de la vision, et surtout la richesse et la cohĂ©sion de la sonoritĂ© de l’orchestre voisinne avec les meilleurs parmi le top 5 d’Allemagne : le Berliner Phil., le Radio Bavaroise, le Dresden, le Berliner Staatsoper
 Un travail Ă©tonnant en maĂźtrise et intelligence intĂ©rieure obtenue en proportion avec un travailleur forcenĂ© qui dirige aussi le Boston Symphony orchestra (DG enregistre les Symphonies de Chostakovitch simultanĂ©ment Ă  Bruckner Ă  Leipzig donc
).

AprĂšs la 3Ăš Symphonie (saluĂ©e par classiquenews : voir ci dessous le lien vers la critique du cd), cette Symphonie n°4 de Bruckner ne dĂ©mĂ©rite en rien : au contraire, les qualitĂ©s de cohĂ©sion interne, d’énergie architecturĂ©e, de lisibilitĂ© voire de transparence de la matiĂšre orchestrale, malgrĂ© ses contrastes par vagues submersives et l’ambition des effectifs requis (3 flĂ»tes, bois par 2
, riche fanfare des cuivres comprenant 4 cors, trompettes et trombones par 3, tuba
). EnregistrĂ© en 2017, la lecture saisie sur le vif (Live recording) confirme l’aisance du maestro Nelsons comme architecte et prophĂšte : exigeant, cultivant le dĂ©tail comme le souffle ; il opte pour la version 1878 / 1880 plus courte, raccourcie Ă  circa 65 mn / versus 75 mn par un Bruckner ĂągĂ©, obligĂ© Ă  de sĂ©rieuses coupes sous la pression de son Ă©diteur, mais avec un nouveau Scherzo et un finale « rationalisé »), travaillant sur la clartĂ© structurelle (le premier mouvement allegro molto moderato, l’un des plus complexe par son assise, mais d’une construction lumineuse). S’aidant surtout de la flexibilitĂ© aĂ©rienne et scintillante des excellentes cordes. Nelsons aime l’efficacitĂ© mais aussi la fidĂ©litĂ© au texte originel, reconnaissant ainsi Ă  Bruckner, l’artisan dit rustre, une Ă©vidente intelligence de bĂątisseur : pas Ă©tonnant donc qu’il ait prĂ©fĂ©rĂ© cette version Ă©quilibrĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, comparĂ©e Ă  celle retaillĂ©e (Ă  la serpe parfois) de 1889). Rien ne nuit ni n’empĂȘche la fabuleuse activitĂ© de l’orchestre oĂč perce l’élĂ©gie incisive, individualisĂ©e des fabuleux solos instrumentaux 
 notons la couleur nuancĂ©e mĂ©lancolique de l’Andante, moins endeuillĂ© que songeur voire Ă©nigmatique ; l’énergie cynĂ©gĂ©tique du Scherzo, celui rĂ©Ă©crit par Bruckner, douĂ© d’une inspiration trĂšs programmatique mais saisissante par sa flamboyance contrastĂ©e ; enfin, l’équilibre et la rĂ©solution qui ordonne dans une aisance souveraine, le FINALE, dont le portique dernier donne la mesure de l’imaginaire mystique de Bruckner : un Hosanna miraculeux dont Nelsons nous fait entendre la lĂ©gĂšretĂ© et l’élan irrĂ©pressible.

Voici la preuve nouvelle que Nelsons est bien un brucknérien de premiÚre qualité. A suivre, car le cycle Bruckner à Leipzig devrait ainsi se poursuivre. Le Prélude de Lohengrin joué en lever de rideau pour ce récital symphonique, semble envisager les éthers célestes que Bruckner parvient à rejoindre lui aussi en une priÚre lente, solennelle, majestueuse et parsemée de stations, noires et sombres, pastorales et lumineuses. Itinéraire passionnant.

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CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureLIRE aussi notre critique complÚte de la Symphonie n°3 de Bruckner par Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2016)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

PARIS, récital : 3 Sonates de HAYDN par ARTHUR ANCELLE, piano

haydn-joseph-portrait-perruquePARIS, Le 26 mars 2018. HAYDN : 3 SONATES. Arthur Ancelle, piano. Compagnon et partenaire de la pianiste russe Ludmilla Berlinskaia, Arthur Ancelle joue solo dans ce nouveau programme Haydn dont le disque paraĂźt le 23 mars prochain (2). Entre « fun » et « hooligan », le profil du bon papa Haydn en prend pour son compte, mais la justesse et la finesse de l’intention avec laquelle le pianiste français aborde le clavier du Viennois force l’admiration. L’approche est d’une grande intelligence : elle sait renouveler notre perception du compositeur, l’un des plus facĂ©tieux et des plus raffinĂ©s.

Arthur Ancelle a analysĂ© en profondeur l’enjeu esthĂ©tique, la richesse expressive et le sens de chaque partition ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e. C’est son deuxiĂšme album comme interprĂšte seul (1), brossant un portrait de Joseph Haydn, vĂ©ritable monument et vĂ©nĂ©rable, respectĂ© dans toute l’Europe prĂ©romantique, Ă  la fois, lĂ©ger et profond. Au programme : les Sonates n° 30 et 31, qui frappent par la modernitĂ© de leur conception, et la plus connue encore, Sonate n° 62 en mi bĂ©mol majeur, composĂ©e pendant son second (dernier) sĂ©jour Londonien. Rien de compassĂ© ou de mou, conforme ou dĂ©coratif ici. La plume de Haydn est vive et mordante, portĂ©e par l’un des esprits les plus agiles et audacieux de son temps
 Sa musique «   nous raconte Ă  chaque page son goĂ»t de la provocation, de la surprise, du non-conformisme. Les Anglais l’avaient d’ailleurs bien compris, qui l’appelaient « le Shakespeare de la musique », entre autre pour sa facilitĂ© Ă  faire cohabiter, en quelques mesures, tragique et comique, noblesse et trivialité » prĂ©cise Arthur Ancelle.

  

 

"FUN et HOOLIGAN", un HAYDN imprévu, par Arthur ANCELLE

 

 

PARIS, Cercle Suédois
Lundi 26 mars 2018, 20h

JOSEPH HAYDN
Sonate n° 31 en la bémol majeur, Hob. XVI:46
Sonate n° 30 en ré majeur, Hob. XVI:19
Sonate n° 62 en mi bémol majeur, Hob. XVI:52

ARTHUR ANCELLE, piano

 

 

 

 

 

ANCELLE-PIANO-cd-critique-annonce-par-classiquenews-Arthur-Ancelle-Haydn-3-sonates-1Le pianiste dont on sait le talent dans l’art si dĂ©licat et complexe de la transcription : il a Ă©crit lui-mĂȘme l’Apprenti Sorcier de Dukas pour piano seul, Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski pour deux pianos, et aussi une Suite originale pour deux pianos Ă©galement, d’aprĂšs le ballet RomĂ©o & Juliette de Prokofiev (2014), retrouve dans l’écriture volubile et expĂ©rimentale, raffinĂ©e, Ă©lĂ©gante et facĂ©tieuse de Haydn, ce terreau gĂ©nĂ©reux et foisonnant qui parle Ă  son imaginaire. Haydn / Ancelle… la rencontre ne pouvait que faire des Ă©tincelles. Cd Ă  paraĂźtre le 23 mars, concert Ă  Paris (Cercle SuĂ©dois) ce 26 mars 2018, 20h.

 

 

 

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(1) En 2015, il sort son premier album solo chez Melodia, consacrĂ© Ă  aux Ballades de Chopin et aux oeuvres pour piano d’Henri Dutilleux (remarquable lecture de la Sonate).

(2) Parution du cd Sonates de Haydn, Melodia / le 23 mars 2018 – [EnregistrĂ© du 3 au 5 juillet 2017 dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou (Russie)]

 

Illustration : portrait photographique Noir et Blanc d’Arthur Ancelle © F Broede
 
 

 
 

Festival Musique & MĂ©moire 2018 : les 25 ans

musique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018Festival MUSIQUE & MEMOIRE 2018 : Les 25 ans : 13-29 juillet 2018. SidĂ©rante ! La programmation du prochain festival Musique et MĂ©moire, fleuron des festivals de musique baroque dans les Vosges du sud, est tout simplement incontournable en promettant plusieurs Ă©vĂ©nements. Du 13 au 29 juillet, soit tout au long des 3 derniers week ends de juillet 2018, le fonctionnement du festival laboratoire, – Ă©lu le plus intĂ©ressant des festivals du grand Est français par la RĂ©daction de classiquenews, confirme en 2018, un champs de recherche et d’accomplissement dĂ©fendu depuis ses dĂ©buts.
« NĂ© d’un rĂȘve au coeur du plateau majestueux des Mille Etangs, espace naturel incontournable des Vosges du Sud, le festival Musique et MĂ©moire a su se forger une identitĂ© artistique originale et sans cesse en mouvement », on ne saurait dire mieux la singularitĂ© d’un cycle de concerts et d’évĂ©nements musicaux idĂ©alement inscrit dans son territoire.

La constance aux artistes devenus « associĂ©s », le goĂ»t du risque, des effectifs vocaux et instrumentaux nouveaux, le souci du dĂ©frichement et des auteurs mĂ©connus (on l’a vu en 2016 pour la cĂ©lĂ©bration des 400 ans du gĂ©nie de Froberger), le sens critique appliquĂ© dans les options interprĂ©tatives
 rĂ©inventent aujourd’hui l’idĂ©e mĂȘme d’un festival d’étĂ©. EquilibrĂ©e, audacieuse, exigeante, la ligne artistique pilotĂ©e par le directeur fondateur Fabrice Creux reprĂ©sente haut et fort ce que doit ĂȘtre un festival de musique aujourd’hui : proche des festivaliers, riche, rythmĂ© mais Ă  Ă©chelle humaine (ce qui manque Ă  tant de festivals estivaux devenus de trop grosses machines), sachant allier surprise et relecture des piliers du rĂ©pertoire. A n’en pas douter, la nouvelle Ă©dition 2018 satisfait tous ces critĂšres.

 

 

VOSGES DU SUD : le Festival Musique & MĂ©moire diffuse l'excellence au Pays des 1000 Ă©tangs

 

 

L’an dernier, – 24Ăš Ă©dition, les festivaliers, entre autres, redĂ©couvraient l’écriture et les mondes de Jean-SĂ©bastien Bach grĂące au geste de l’ensemble Alia Mens (Olivier Spilmont, direction), dont le remarquable cd Ă©ditĂ© chez Paraty, fisait la pertinence et l’acuitĂ© sensible de la rĂ©alisation musicale – La citĂ© cĂ©leste / CLIC de CLASSIQUENEWS 2017).
Cet Ă©tĂ©, continuitĂ© de la rĂ©decouverte d’un Bach inspirĂ© voire sublime avec un autre ensemble prometteur dans ce rĂ©pertoire : VOX LUMINIS. Mais auparavant en ouverture d’une Ă©dition mĂ©morable, ce sont LES TIMBRES, jeune collectif aux talents multiples, admirables, qui poursuivent leur rĂ©sidence Ă  Musique et MĂ©moire (5Ăš annĂ©e d’une trĂšs riche coopĂ©ration), osant mĂȘme cette annĂ©e aborder l’opĂ©ra – domaine familier car ils avaient dĂ©jĂ  en 2014, rĂ©ussi un Lully exceptionnel (une Proserpine trĂšs peu connue et jouĂ©e, de surcroĂźt dans une version historique inĂ©dite de 1682).
L’enchantement est bel et bien enracinĂ© au cƓur des Vosges saĂŽnoises, grĂące au discernement et au goĂ»t du directeur Fabrice Creux : « Vivre la fĂ©erie du plus vieil opĂ©ra du monde, Ă©couter une mĂ©lodie Ă  perdre la raison, voter pour sa nation prĂ©fĂ©rĂ©e lors d’une joute musicale, flotter entre inconscience et imagination couchĂ© dans un verger, suivre une voix unique en quĂȘte de l’essentiel, dĂ©couvrir l’arme la plus puissante de l’amour, ressentir l’énergie des sonoritĂ©s entre ombre et lumiĂšre de l’orgue espagnol, expĂ©rimenter l’universalitĂ© avec Bach
. Cette Ă©dition anniversaire ose tout ! ».

En 2018, l’étĂ© sera tout aussi enivrant voire enchanteur pour les festivaliers dans les Vosges du Sud, du 13 au 29 juillet 2018.

 
 

 
 

5 temps forts 2018

 

 

Voici les 4 temps forts, avec pour chaque cycle Ă©vĂ©nement, nos raisons de ne manquer AUCUN concert et programme dĂ©fendu par l’interprĂšte ou l’ensemble invité  :

 

 

 

 

 

1musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement
MONTEVERDI : Orfeo par Les Timbres
Vendredi 13 juillet 2018, 21h

commande du festival
ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurLe trio fondateur des Timbres, soit : Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs poursuit une rĂ©sidence qui a comptĂ© dĂ©jĂ  nombre de rĂ©alisations exemplaires. L’équilibre de la proposition des Timbres (qui d’ailleurs publient en avril 2018, un remarquable cd dĂ©diĂ© au gĂ©nie de François Couperin : les Concerts Royaux), tient Ă  la nature mĂȘme des programmes et dispositions des concerts choisis : des chefs d’oeuvres connus que l’on redĂ©couvre : tel ORFEO de Monteverdi (1606), sublimĂ© par leur sens de la subtilitĂ© rĂ©jouissante, articulĂ©e, naturelle, expressive
 et trĂšs habitĂ©e. Invention, disposition Ă©locution, passion
 tout devrait couler comme une seconde langue, Ă  travers le geste collectif des Timbres. Cet Orfeo, commande du Festival pour ses 25 ans, devrait ĂȘtre un temps fort mĂ©morable dans l’Histoire de Musique et MĂ©moire. Favola in musica, 5 actes, crĂ©Ă©e au Palais Ducal de Mantoue, le 24 fĂ©vrier 1607, d’aprĂšs les MĂ©tamorphoses d’Ovide, Les Gerogiques de Virgile. Orfeo, fable musicale, n’est pas le premier opĂ©ra de l’histoire : il faut plutĂŽt attendre prĂšs de 30 ans plus tard, et du mĂȘme auteur, – mais Ă  Venise, la crĂ©ation en 1642, du Couronnement de PoppĂ©e / L’incoronazione di Poppea, vĂ©ritable drame moderne d’un rĂ©alisme sublime, alliant cruautĂ©, vĂ©ritĂ©, poĂ©sie et Ă©rotisme. VOIR notre reportage Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi par Patrice Caurier et Moshe Leiser / prĂ©sentĂ©e par Jean-Paul Davois / Angers Nantes OpĂ©ra 2017.
Encore entre deux eaux, celle du magrilisme de la Renaissance et des prĂ©mices de la dĂ©clamation baroque, – rĂ©citar cantando, Orfeo met en scĂšne l’opĂ©ra lui-mĂȘme, c’est Ă  dire la force et la puissance du chant incarnĂ©. MĂȘme s’il Ă©choue Ă  sauver Eurydice et s’unir Ă  elle (comme chez Wagner, l’élu Lohengrin et Elsa), OrphĂ©e, le poĂšte de Thrace montre qu’il est capable d’émouvoir jusqu’au dieu des enfers, Pluton ; l’inflĂ©chir et le convaincre par sa peine endeuillĂ©e que son chant a sublimé 

 

 

distribution :

Ensemble Les Timbres
Orfeo : Marc Mauillon, baryton
La Musica, Euridice : Elodie Fonnard, soprano
La Messaggera, Speranza, Proserpina : Luca Mancini, alto
Pastor, Ninfa : Paul-Antoine Bénos, contre-ténor
Appolon, Pastor, Spirito : Nicholas Scott, ténor
Pastor, Spirito : Victor Sicard, baryton
Caronte, Plutone : Lisandro Abadie, basse

Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Vincent Bernhardt et Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel MĂ©nard, mise en espace / BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

17h, répétition publique

Réservation conseillée
20 €, 5 € (rĂ©duit), 15 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)

 

 

 

 

4 autres concerts des Timbres

Samedi 14 juillet, 15 h
Chapelle Saint-Martin et Eglise Saint-Georges de Faucogney
Folianniversaire
25 micro-concerts-surprises pour la 25e Ă©dition du festival sur le thĂšme de la Folia
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Marc Mauillon, baryton
Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel Ménard, comédien
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 15 juillet, 17 h
Eglise Notre-Dame de l’Assomption de Servance
Tournoi musical
Joute instrumentale entre l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie
programme en création (commande du festival)
Ensembles Les Timbres et Harmonia Lenis
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Kenichi Mizuuchi, flûtes à bec
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Mercredi 18 juillet, 17 h 30
Ecomusée du Pays de la Cerise de Fougerolles
Visite, dßner et concert couché
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Marc Mauillon, baryton
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 22 juillet, 17 h
Eglise Saint Jean-Baptiste de Corravillers
De Hambourg Ă  NĂŒremberg
Cinquante ans de sonates en trio en Allemagne du Nord
Dietrich Buxtehude, Philipp Heinrich Erlebach, Johann Philipp Krieger, Johann Sebastian Bach et Georg
Philipp Telemann
Ensemble Les Timbres
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 
 

 
 

 

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2 – PlĂ©nitude, solitude : le Chant magicien de Marc Mauillon

Vendredi 20 juillet, 21h

 

Choeur roman de Melisey
Songline, itinéraire monodique
Marc Mauillon, voix
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

MARC MAUILLON, baryton enchanteurDISEUR, ORFEVRE DU VERBE MUSICAL... Son dernier cd, comme soliste, savait rendre hommage au premier bel canto de l’histoire musical, ce « recitar cantando » oĂč le texte et son articulation priment sur toute idĂ©e de virtuositĂ© vocale : d’abord le sens du mot, et le relief comme la nuance du verbe. Lire notre critique du cd les 2 orphies / Le due Orphei : Caccini / Peri
 CLIC de Classiquenews d’avril 2016. Pour Musique et MĂ©moire 2018, le barytĂ©nor Marc Mauillon retrouve les dĂ©fis d’un programme oĂč son chant incarnĂ©, expressif est au devant de la scĂšne.
CHANT ET MAGIE ES ABORIGENES AUSTRALIENS. Le spectacle s’inspire du livre Songlines (en français « Le chant des pistes ») de Bruce Chatwin, qui raconte la vibrante expĂ©rience de l’auteur Ă  la recherche des itinĂ©raires chantĂ©s des aborigĂšnes
australiens; ces itinĂ©raires chantĂ©s, vĂ©ritables cartes permettant de se repĂ©rer dans le dĂ©sert, sont l’hĂ©ritage des ancĂȘtres du « temps du rĂȘve » car dans la mythologie aborigĂšne tout ce qui existe a dĂ» ĂȘtre chantĂ© pour ĂȘtre crĂ©Ă©. AdaptĂ© au rythme de la marche, le chant est alors guide et alliĂ© dans ce milieu hostile.
VoilĂ  maintenant plus de 25 ans que le chant remplit ce mĂȘme rĂŽle dans la vie de Marc Mauillon. Le chant exprime et façonne, Ă©lĂšve l’esprit et l’ñme, guide et inspire, rassure et donne du courage, partage et rassemble
 Solo : c’est tout seul, comme ces aborigĂšnes qui partent en « walkabout » que le chanteur a dĂ©cidĂ© de prĂ©senter son itinĂ©raire, comme une initiation qui se doit d’ĂȘtre solitaire. Un bagage minimum, un rĂ©cital nomade, adaptable et Ă©volutif, avec juste cette ligne de chant pour guide, sans accompagnement.
Une quĂȘte d’essentiel, une ascĂšse qui met en valeur les infinies possibilitĂ©s de « l’instrument humain ». L’abondance dans la simplicitĂ©. La puissance aussi du chant solitaire, quand il est connectĂ© au monde et Ă  la nature.
LE CHANT, CARTE D’EXPLORATION ET DE DECOUVERTE DU MONDE
 « Songline : le titre a perdu son pluriel et devient personnel : une proposition, une direction, une seule ligne de chant. Monodie. Tout tient dans cette ligne chantĂ©e qui se suffit Ă  elle-mĂȘme et qui crĂ©e un monde en soi. L’unique portĂ©e sur la partition devient temps et espace et le voici connectĂ© Ă  ses propres ancĂȘtres du «Temps du rĂȘve », ses « ancĂȘtres » musiciens, du VIIIe au XXIe siĂšcle, avec lesquels le lien est bien vivant et le message, sacrĂ© ou profane, toujours vibrant. Il s’incarne dans un corps pensĂ© comme une matiĂšre modulable. L’incarnation est humaine, animale, vĂ©gĂ©tale. Ces chants suscitent des variations de densitĂ© du corps et crĂ©ent par ce filtre une Ă©motion. Le corps lui-mĂȘme devient une cartographie qui entre en rĂ©sonance avec ce qui l’entoure. ». Nul d oute que dans la rĂ©verbĂ©ration naturelle et dĂ©taillĂ©e pourtant du Choeur roman de Melisey, en Ă©cho Ă  la puretĂ© de son architecture minĂ©rale, la voix incantatoire, allusive, prophĂ©tique de Marc Mauillon saura fusionner le temps, l’espace, 
 en une quĂȘte de sens essentielle;

RĂ©servation obligatoire
15 €, 5 € (rĂ©duit), 12 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)
Songline, Marc Mauillon / 1 CD Son an Ero, décembre 2016

 

 

 

 

3 -  PremiĂšre annĂ©e pour les TraversĂ©es Baroques 


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Samedi 21 juillet, 21h

2018 à Musique et Mémoire offre une entrée nouvelle au jeune ensemble bourguignon Les Traversées Baroques

Samedi 21 juillet, 21 h
Eglise de Saint-Barthélemy
Passions et tourments amoureux
Cantates de Barbara Strozzi (1619-1667)
Les Traversées Baroques
Anne Magouët, soprano
Stéphanie Erös , violon
Judith Pacquier, cornet Ă  bouquin
Laurent Stewart, clavecin
Florent Marie, théorbe et luth
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres
Muse, chanteuse, compositrice à Venise : Barbara Strozzi, une femme au destin exceptionnel


 

 

 

 

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4 — Jean-Charles Ablitzer
joue l’orgue ibĂ©rique de Grandvillars
Jeudi 26 juillet 2018

thumbnail_Orgue de Grandvillars vue gĂ©nĂ©raleMusique et MĂ©moire a su depuis ses dĂ©but inventer des formes nouvelles de concerts autour de l’orgue. Les Vosges du Sud offrent aujourd’hui une palette large d’orgues historiques, oĂč il est dĂ©sormais possible de ressusciter la musique pour orgue des XVIĂš, XVIIĂš, XVIIIĂš, tout en respectant les esthĂ©tiques des Ă©coles europĂ©ennes germaniques, françaises, ibĂ©riques Ă  prĂ©sent grĂące Ă  l’activitĂ© de l’organiste Jean-Charles Ablitzer dont l’engagement et la passion comme initiateur et interprĂšte est depuis toujours liĂ© Ă  l’aventure de Musique et MĂ©moire. Dans l’église Saint-Martin de Grandvillars, jeudi 26 juillet Ă  21h, Jean-Charles Ablitzer en complicitĂ© avec le baryton espagnol Josep CabrĂ©, joue l’orgue nouvellement installĂ© Ă  Grandvillars et inaugurĂ© au printemps 2018 : les deux interprĂštes ressuscitent Le SiĂšcle d’Or dans les Espagnes
 La splendeur de la ferveur ibĂ©rique Ă  l’époque impĂ©riale des Habsbourg, s’incarne entre vanitĂ©, Ă©pure, flamboyance et fulgurance dans l’art de Cabezon (organiste de Charles Quint) et jusqu’aux contrastes sensuels et mystique du fabuleux Cabanilles. Voix et orgue fusionnent en un concert riche en contrastes, comme l’est l’Espagne Baroque, celle qui a aimĂ© Titien, celle qui a permis l’essor inouĂŻ de Velazquez.

ƒuvres de Francisco de la Torre, Antonio de Cabezon, Manuel Rodrigues Coelho, Sebastian Aguilera de Heredia, Francisco Correa de Arauxo, Joan Prim, Pablo Bruna, Juan Hidalgo, Juan Bautista Cabanilles — Illustration : orgue Grandvillars © Jean-François Lami.

 

 

 

 

5 – Vox Luminis

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Objectif Jean-SĂ©bastien Bach
Vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 juillet 2018

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 20153Ăš rĂ©sidence de l’ensemble vocal d’une remarquable cohĂ©sion sonore : Vox Luminis Ă  Musique et MĂ©moire, le cycle « Toute la lumiĂšre de Bach » promet une immersion exceptionnelle Ă  travers Motets, Magnificat, Messe en si mineur. Comment redĂ©couvrir Bach en un geste et une sonoritĂ© rĂ©inventĂ©s ? Leur dernier album « Actus Tragicus » a Ă©tĂ© saluĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS, coup de cƓur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS.

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianVendredi 27 juillet, 21 h
Eglise luthĂ©rienne d’HĂ©ricourt
Motets de Johann Sebastian Bach
Singet dem Herrn ein neues Lied BWV 225
Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
Komm, Jesu, Komm BWV 229
Ich lasse dich nicht BWV Anh.159
Jesu meine Freude BWV 227
Vox Luminis
10 chanteurs et 3 instrumentistes (orgue, basson et viole de gambe)
Les Motets de Johann Sebastian Bach occupent une place de choix au sein du rĂ©pertoire choral. ComposĂ©s lors des premiĂšres annĂ©es Ă  Leipzig (1723-1731), les piĂšces ont d’autant plus de poids Ă  ses yeux qu’elles appartiennent Ă  un genre que sa famille pratique depuis des gĂ©nĂ©rations. En tant que cantor Ă  l’Église St Thomas (Director musices), Bach est entre autres chargĂ© de composer pour les funĂ©railles et pour les offices commĂ©moratifs. Or, dans la liturgie luthĂ©rienne, c’est au genre du motet que l’on a recours pour ce type de services funĂšbre. Les Motets de Bach exigent dextĂ©ritĂ© et virtuositĂ©, la ligne vocale « peut s’y avĂ©rer instrumentale ». Bach allie ici habilement tradition et innovation. Il applique d’une part les rĂšgles que Josquin Des PrĂ©s a fixĂ©es au XVIe siĂšcle si bien que son langage polyphonique se compose d’écriture imitative et de passages en homophonie oĂč les voix chantent simultanĂ©ment le mĂȘme texte. Il agrĂ©mente d’autre part son Ă©criture de deux pratiques italiennes : l’emploi du double choeur et l’insertion de madrigalismes visant Ă  traduire musicalement certains mots du texte.
De passage Ă  Leipzig en 1789, Mozart ne manquera pas d’ĂȘtre conquis par la somptuositĂ© de ces piĂšces qu’il s’empresse d’étudier en dĂ©tail tant il estime qu’elles sont inspirantes.
Les motets de Bach, tout en prolongeant une tradition familiale remarquablement continue et qualitative, expriment le lien viscéral du croyant à Dieu, la contemplation comme le miracle de la dévotion humble et sincÚre


 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianSamedi 28 juillet, 21 h
Eglise Saint-Martin de Lure
Magnificat(s)
Johann Pachelbel (1653-1706) : Cantate Jauchzet dem Herrnalle Welt
Johann Kuhnau (1660-1722) : Magnificat
Johann Sebastian Bach : Magnificat BWV 243
Vox Luminis
31 musiciens
Le premier NoĂ«l de Bach Ă  Leipzig fut une grande responsabilitĂ©. En sa qualitĂ© de nouveau cantor de Saint-Thomas, – l’une des 2 Ă©glises dont il devait assurer le service musical, Jean-SĂ©bastien dĂ©ploie sa musique alors la plus impressionnante. Un fait remarquable, car durant sept mois, il avait Ă©crit et interprĂ©tĂ© une Ă  deux nouvelle(s) cantate(s) par semaine. Et pour cette fĂȘte de NoĂ«l, il devait faire ses preuves dans une ville qui, depuis la rĂ©cente fermeture de sa maison d’opĂ©ra, restait sur sa faim en matiĂšre de divertissements musicaux. Le Magnificat offre donc un drame majestueux dans une Ă©chelle resserrĂ©e, du moins dans la derniĂšre version de Bach avec trompettes de cĂ©rĂ©monie. Vox Luminis rĂ©tablit l’atmosphĂšre de NoĂ«l, avec le Magnificat de Kuhnau, une oeuvre que Bach a trĂšs probablement dirigĂ©e. D’Allemagne du Sud, on entendra Ă©galement une cantate de Pachelbel, aujourd’hui surtout connu pour son Canon, mais en son temps cĂ©lĂšbre pour ses talents d’organiste. Sans chef, Vox Luminis s’immerge totalement dans la musique pour en rĂ©vĂ©ler un ocĂ©an de nuances et d’intentions passionnĂ©es.

17h, Répétition publique

 

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianDimanche 29 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains
Messe en si BWV 232
Vox Luminis
10 chanteurs et 20 instrumentistes
Jamais jouĂ©e Ă  l’époque de Bach, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, la Messe en si mineur est une oeuvre emblĂ©matique de la musique occidentale sacrĂ©e, le testament de toute une vie, celle de Jean-SĂ©bastien Bach. MĂȘme dans ses dimensions spectaculaires (associant trompettes Ă©clatantes et choeur en majestĂ©), la partition reste un tĂ©moignage d’une puissante et profonde ferveur, exprimant ce qui est au coeur de la piĂ©tĂ© luthĂ©rienne comme catholique, les doutes du croyant, sublimĂ©s par la rĂ©vĂ©lation de la grĂące divine. Tout le cycle alterne doxologie collective victorieuse, et sentiment d’abandon et de perte, de solitude et d’impuissance, cependant rĂ©confortĂ© par la prĂ©sence ineffable de la misĂ©ricorde divine.

L’histoire nous laisse dans l’ombre tant sur l’origine que sur la fonction de l’oeuvre. Bach aurait-il Ă©tĂ© soucieux de sa vulnĂ©rabilitĂ© ? Cette compilation puisant dans des ressources antĂ©rieures (Bach y recycle de nombreuses partitions prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©es dans d’autres contextes) est dotĂ©e cependant d’une ingĂ©niositĂ© sans Ă©quivoque ; elle semble vouloir donner un aperçu global de tous les styles et techniques, pleinement maitrisĂ©s Ă  l’époque de Bach. Son Ă©clectisme n’empĂȘche pas au final, une cohĂ©rence troublante. L’architecture est unique et englobe une voĂ»te et son contraire : l’ancien et le nouveau, l’objectivitĂ© grĂ©gorienne dĂ©rivĂ©e de la psalmodie et la forme baroque la plus contemporaine, les formes libres et les formes carrĂ©es, le coeur et le choeur, l’individu et l’humanitĂ©, le populaire et le spirituel, les rythmes dansĂ©s et les voix angĂ©liques. RĂ©sumer le ciel et la terre, voici l’essence mĂȘme de l’Ordinaire – la partie rĂ©currente que le croyant se doit d’invoquer Ă  l’heure de la messe et que Bach met ici en musique. MĂȘme le meilleur de la musique profane y est intĂ©grĂ© ; Qui sedes ad dextram Patris rĂ©fĂšre Ă  une Gigue, Quoniam tu solus Sanctus Ă  une Polonaise, Crucifixus Ă  une Passacaille, Et resurrexit Ă  une RĂ©jouissance.
Plus on plonge dans l’oeuvre, plus la recherche d’une abstraction universelle semblemusique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018 Ă©vidente. Une messe en latin dans un contexte luthĂ©rien allemand est en soi un choix ambivalent qui a donnĂ© Ă  l’oeuvre un caractĂšre oecumĂ©nique. Y aurait-il la volontĂ© de transgresser les convictions individuelles en vue d’un message universel, inscrit dans la musique ? En offrant la Messe en si de Bach, le 25Ăš Festival Musique et MĂ©moire offre pour sa conclusion, « une clĂŽture sur le toit du monde de la crĂ©ation artistique » . Tous les grands chefs s’y sont frottĂ©s, rĂ©cemment William Christie avec le succĂšs que l’on sait. Lire notre critique de la Messe en si de Bill Christie.

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach. Collection Ă©clectique de piĂšces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achĂšve Ă  la fin des annĂ©es 1740, les derniĂšres pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’église de Saint-Thomas. Le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent de multiples versions Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active, d’un caractĂšre plus individuel voire intimiste ; toujours prĂ©server selon les options musicales, l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂȘme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂȘme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂŽt inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si rayonne et touche les cƓurs, par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif, Ă  travers son Ă©loquente humanitĂ©, son architecture plus fraternelle que spectaculaire : le sens de tout le cycle s’achevant dans une sĂ©quence finale bouleversante, oĂč tout est dit et exprimĂ© par la voix solo de l’alto et du continuo rĂ©duit Ă  l’essentiel. Programme Ă©vĂ©nement.

Pour les 25 ans de Musique et Mémoire, nul doute que les voix enchantées, enivrées et si précises et souples de Vox Luminis en proposeront une lecture caractérisée et subtilement incarnée. Concert événement.

17 h >  répétition publique

 

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INFOS & RESERVATIONS :

Festival Musique et MĂ©moire — 25 ans, du 13 au 29 juillet 2018
Informations pratiques
Pour tous renseignements 06 40 87 41 39/ festival@musetmemoire.com
Présentation détaillée sur www.musetmemoire.com

 

 

 

 

 

EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dùs 19h, depuis le MÜPA, Budapest

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetEN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des quatre tableaux ou « entrĂ©es », de cette partition inclassable (vĂ©ritable prĂ©figuration avec PlatĂ©e, de la comĂ©die musicale Ă  la française). Pour se faire, le chef rĂ©unit autour de lui, des effectifs choraux et surtout orchestraux (l’Orfeo Orchestra, ensemble exceptionnel sur instruments anciens), d’un engagement total.

 

 

live web Ă©vĂ©nement, ce soir depuis le MÜPA de Budapest

György Vashegyi : le chef hongrois qui sait allumer le feu ramélien

 

 

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieEn rĂ©alitĂ©, le maestro n’en est pas Ă  son premier dĂ©fi baroque français : il sait distinguer les nuances d’un Mondonville ou d’un Rameau (modĂšle entre tous), mais il sait ciseler la langue ramĂ©lienne comme peu aujourd’hui, retrouvent ce caractĂšre de fraĂźcheur juvĂ©nile et de jaillissement expressif qui firent les saveurs des lectures pionniĂšres en la matiĂšre, celles des Christie,  Bruggen,  Leonhardt / Harnoncourt… Depuis 2014 qui avait Ă©tĂ© une annĂ©e riche en accomplissement sur le thĂšme, c’est Ă  dire l’annĂ©e Rameau 2014, le chef hongrois nous rĂ©gale en rĂ©ussissant des productions de haute tenue, soulignant chez Rameau, cette verve orchestrale, ce goĂ»t du timbre, cette Ă©lĂ©gance racĂ©e qui distinguent absolument l’auteur scandaleux d’Hippolyte et Aricie. Sous le masque emperruquĂ© d’un Rameau poudrĂ© et galant, – compositeur officiel Ă  la Cour de Louis XV, György Vashegyi a su nous montrer sa force de persuasion quand il s’agissait d’exprimer la profondeur et la nostalgie poĂ©tique sous l’écriture nerveuse, habile, virtuose de Rameau le grand. Pour l’annĂ©e Rameau, György Vashegyi avait d’ailleurs pilotĂ© avec le mĂȘme panache inspirĂ© la rĂ©surrection des FĂȘtes de Polymnie (cd, paru en fĂ©vrier 2015), une raretĂ© des annĂ©es fastes – versaillaises du Dijonais ; plus rĂ©cemment, le maestro hongrois a aussi jouĂ© et enregistrĂ© une nouvelle version des Grands Motets de Mondonville, miracles dramatique et poĂ©tique du gĂ©nie baroque français, nĂ© en Provence. VoilĂ  qui met en perspective ces Indes Galantes 2018
 Live aujourd’hui, dĂšs 19h, en direct du Concert Hall MÜPA de Budapest.

 

 

RAMEAU : Les Indes Galantes
par György Vashegyi
version de concert

 

 

BartĂłk BĂ©la National Concert Hall
MÜPA Budapest:

Distribution / Cast:

HÉBÉ/ZIMA : Chantal Santon-Jeffery
ÉMILIE: Katherine Watson
PHANI : VĂ©ronique Gens
VALÈRE/CARLOS/DAMON : Reinoud Van Mechelen
OSMAN/ADARIO : Jean-SĂ©bastien Bou
BELLONE/HUASCAR/ALVAR: Thomas Dolié

Purcell Choir & Orfeo Orchestra
(on period instruments / sur instruments anciens)

Concertmaster / premier violon:
Simon Standage

Conductor / direction:
György Vashegyi

 

 

 

 

Concert live retransmis sur le lien :
www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast
aujourd’hui dùs 19h

The concert will be live broadcast (sound and picture) on the internet
at (www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast) from cca. 19:00 CET.

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO – 2016 – 1 cd RCO LIVE)

RCO MARISS JANSONS MAHLER symphony 7 cd review critique cd par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS de fevrier 2018 compte rendu critique de cd 814337019389CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam – Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE). SYMPHONISME INCANDESCENT
 La 7Ăš de Mahler (- crĂ©Ă©e 3 ans aprĂšs son achĂšvement, en septembre 1908 Ă  Prague sous la direction du compositeur) comme la 6Ăš notre prĂ©fĂ©rĂ©e, offre une dualitĂ© flamboyante entre grandeur ivre et saillies dĂ©pressives d’une inĂ©luctable aspiration sombre. MĂȘme le triomphe en ut du dernier des 5 mouvements, n’Ă©vite pas ce glissement harmonique, Ă©pisode de clairvoyance, juste avant le dernier accord… Le premier mouvement est passionnant par ses bonds colossaux, ses spasmes, la pensĂ©e de tumultes cosmiques qui dĂ©passent ici le destin d’un individu fĂ»t-il notre hĂ©ros. D’ailleurs ce dernier observe le vaste monde au bord du prĂ©cipice qui gronde et menace. Mariss Jansons, directeur musical du Concertgebouw pendant 11 ans (2004-2015) dĂ©montre ici et la grande tradition de l’Orchestre nĂ©erlandais dans l’interprĂ©tation du massif malhĂ©rien (le plus impressionnant dan la 7Ăš), et aussi sa propre expĂ©rience, nourrie d’évidentes affinitĂ©s avec le langage trĂšs riche de Mahler. Rappelons que Gustav Mahler, chef d’orchestre et directeur d’opĂ©ra (Ă  Vienne), demeure le plus grand symphoniste du dĂ©but du XXĂš avec Richard Strauss
 contemporain de la rĂ©volution esthĂ©tique et orchestrale opĂ©rĂ©e par les Français, Ravel et surtout Debussy (La mer, Ă©galement achevĂ©e en … 1905). Mahler appartient encore Ă  la tradition d’un certain structuralisme beethovĂ©nien, s’interdisant cette dilution spatiale et d’une harmonisation nouvelle et raffinĂ©e qu’accomplira Debussy.

 

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursPrĂ©figurant les Chostakovitch Ă  venir et les Prokofiev, champion du double langage, cynique, parodique, aigre
, Gustav Mahler cristallise toutes les tensions, dĂ©sirs, aspirations de la vie en un magma d’une impĂ©tuositĂ© colossale et une sensibilitĂ© humaine d’une rare intensitĂ©. Cuivres sardoniques, cordes enivrĂ©es, 
 Ă©chelle de l’espace, et espĂ©rance terrestre se croisent et fusionnent dans ce premier mouvement Ă  l’énergie primitive et Ăąpre. Face Ă  une telle conscience des enjeux qui se jouent et nous dĂ©passent (voir le fracas final qui ferme en un panache militaire sec, le premier mouvement), il faut bien la rondeur parfois parodique et fanfaronnĂ©e du second mouvement (premier nocturne) pour atteindre une certaine neutralisation de la tension. Mariss Jansons se montre sĂ©ducteur et architecte sachant tirer partie des timbres mĂȘlĂ©s littĂ©ralement enivrĂ©s (harpes et flĂ»tes Ă©perdues, cordes aspirĂ©es, bois et surtout cuivres en lĂ©vitation), Ă©voquant cette pause nocturne, fouillant l’énigme de son mystĂšre oĂč pointe aussi le rendu rĂ©aliste des cloches des vaches
 (que l’on rĂ©entendra dans le final), le paysage et le motif naturel s’invitent dans ce paysage colossal, poĂ©tique et philosophique, allĂ©gorie de la destinĂ©e humaine foudroyĂ©e par le vide sidĂ©ral, Ă  la façon de la grande poĂ©tique baroque du peintre Poussin, grand rĂ©formateur lui-mĂȘme du paysage classique au XVIIĂš, entre ordre et leçon d’humilitĂ©.
Spectaculaires et libres, d’un souffle poĂ©tique Ă©perdu nous l’avons dit, que l’imaginaire et cette aspiration salvatrice d’un Mahler touchĂ© par la grĂące : musique autobiographique, aux Ă©lans d’un nouveau lyrisme
 le collectif maudit, l’espoir individuel s’y dĂ©ploient, antagonistes et complĂ©mentaires Ă  la fois, telle une marche aux Ă©toiles sans illusions et pourtant allant, errant, s’accomplissant telle une migration funambule. La richesse des nuances, et le soin dĂ©taillĂ©, dans la tenue directionnelle se rĂ©vĂšlent captivants. La rusticitĂ© et l’élĂ©gance de Jansons (piaillement enivrĂ© des clarinettes
) font mouche dans ce premier nocturne dont le gĂ©nie – rĂ©ussite absolue, est de s’achever comme une interrogation.

Le Scherzo est le dĂ©fi qui se dresse Ă  tous les grands chefs, rĂ©vĂ©lant limites ou 
 hauteur d’esprit. Reconnaissons que l’art du spasmes, des retenues Ă©lastiques dont fait preuve Jansons dĂ©montrent sa rĂ©ussite totale dans l’une des pages les plus difficiles du rĂ©pertoire symphonique. La valse qui s’y dĂ©hanche, se cabre en une silhouette ivre mais celle ci, caricaturale et hoquetant, tel un superbe animal blessĂ©. La tension dansante, Ă©chevelĂ©e, la formidable ligne dans les unissons des cordes confirment les affinitĂ©s du chef avec l’imaginaire MahlĂ©rien oĂč le feu rythmique n’est jamais Ă©loignĂ© d’un certain rictus rentrĂ© (l’aigreur ciselĂ©e comme un hoquet des bassons.)
 On cite certes la Valse de Ravel, nous prĂ©fĂ©rons citer surtout les spasmes convulsifs de la SalomĂ© straussienne, et ses 7 voiles incandescents. VoilĂ  le passage le plus abouti de la lyre mahlĂ©rienne dĂ©fendue par Jansons. Fabuleuse Ă©popĂ©e orchestrale.

Guitare et mandoline, d’une couleur webernienne, accusent ici leur appel au rĂȘve, dans la seconde NACHTMUSIK (« musique de la nuit » / Nocturne), mais un rĂȘve indistinct entre cauchemar foudroyant et songe douceĂątre et inquiet (le chant du violon solo, accordĂ© Ă  la cantilĂšne de la clarinette / hautbois dit l’essence de la romance amoureuse, sa tendresse et sa candeur mensongĂšre, comme une harmonie trompeuse : sentiment partagĂ© qui scelle aussi la relation contradictoire entre Gustav Mahler, et son Ă©pouse Alma). L’abandon dans le style amoureux (comme le rappel l’indication du passage « Andante amoroso »), semble Ă  la fois exprimer l’ivresse sincĂšre d’un amour partagĂ©, mais aussi la mascarade amĂšre qui pointe dans toute idylle (relents grave et lugubres des cordes, jamais formulĂ©s jusque lĂ ) : l’ambivalence est dans ce noeud tĂ©nu, formidable incertitude structurelle du chant mahlĂ©rien. Jansons rĂ©ussit Ă  exprimer le double langage, il Ă©claire la double lumiĂšre de ce jeu miroitant et
 trompeur. La justesse de la tenue est admirable on peut se laisser bercer par cet Ă©pisode d’ivresse amoureuse, sans pourtant perdre sa luciditĂ© sur la vanitĂ© et la fugacitĂ© de toute chose.

Jansons_mariss 2624018bPour Maris Jansons, l’humanisme de Mahler vainc toute tentation du chaos dans le dernier et spectaculaire tableau final (5Ăš mouvement : Rondo, indiquĂ© « allegro ordinario »). Les forces de l’esprit savent distinguer et discerner la barbarie et le dĂ©monisme du monde, comme il sait aussi insuffler un nouvel espoir ; toute l’architecture de ce mouvement en ut, terminĂ© en 1905 qui rĂ©sonne rĂ©solument telle un formidable aveu de victoire : face au dĂ©sordre diabolique du cosmos, l’esprit humain offre sa conscience capable de rĂ©organiser l’ordre du monde. Une priĂšre enf orme de marche conquĂ©rante et drappĂ©e dans une noblesse victorieuse, qui dans le dĂ©rĂšglement contemporain n’aura jamais sonnĂ© de façon si actuelle. MahlĂ©rien le plus moderne, le plus clairvoyant, et pourquoi pas douĂ© d’un jugement messianique parmi les compositeurs ? On voudrait bien partager l’espĂ©rance finale ainsi formulĂ©e. Ainsi Maris Jansons confirme sa maĂźtrise irrĂ©sistible dans l’interprĂ©tation mahlĂ©rienne : l’un des interprĂštes les plus saisissants avec Solti, Kubelik, Haitink. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam  - Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE) – CLIC de CLASSIQUENEWS 2018.

 

 

 

LIVRE événement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud)

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018LIVRE Ă©vĂ©nement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud). Voici un texte rare : le fruit d’un long compagnonage avec la musique concernĂ©e : c’est avant tout, vrai regard et belle pertinence dans l’approche, le livre d’un pianiste nous parlant d’un jardin musical qu’il a patiemment et amoureusement visitĂ©, compris, ressenti, vĂ©cu. Le lecteur retrouve la finesse et le sens de l’analyse du pianiste Philippe Cassard. Celui qui fut pendant longtemps le producteur de ‘Notes du traducteur’ sur France Musique, l’une des Ă©missions les plus passionnantes et les plus suivies, diffuse par petites touches (impressionnistes), maĂźtrisant la formule et l’économie littĂ©raire pourtant riche en enseignements, un portrait de Claude Debussy : personnalitĂ© majeure de notre musique moderne, vĂ©ritable pionnier d’un esthĂ©tisme Ă©blouissant
 et surtout salvateur Ă  l’époque oĂč la France s’asphyxiait littĂ©ralement en voulant prolonger sans le renouveler l’ocĂ©an wagnĂ©rien.

 
 
Le pianiste Philippe Cassard livre son portrait de Claude Debussy

LumiĂšre, ivresse, Ă©rotisme de Debussy

 
 

MaĂźtre de la couleur (Debussy fut un grand amateur de peinture), gĂ©nie de l’espace et du temps, prophĂšte de nouvelles harmonies, esprit perfectionniste aussi, capable (aprĂšs Marais, ou F. Couperin) d’écrire des indications particuliĂšrement prĂ©cises (Philippe Cassard leur consacre tout un chapitre : « au fil des 24 PrĂ©ludes »), entre maniaquerie et poĂ©sie pure, Debussy se prĂ©cise dans ce livre hautement recommandable : il est un compositeur inclassable, indĂ©pendant, profondĂ©ment moderne.

CENTENAIRE DEBUSSY 2018Justement, la composition de cet essai, joyau Ă  lire et Ă  relire, s’expose en
 24 chapitres, complĂ©mentaires, – c’est que son auteur joue des rĂ©fĂ©rences et rĂ©sonances, en vĂ©ritable artiste sensible. Pourtant, la lecture se cristallise au fur et Ă  mesure des pages (140 au total), et rĂ©tablit Ă  la fois le style, le portrait, la recherche d’un gĂ©nie du XXĂš. On reconstitue le pĂ©riple du musicien : jeune acadĂ©micien farouche, sauvage et totalement incompris (le jury confrontĂ© Ă  ses envois romains, regrette « son manque de netteté » ; car il est dĂ©jĂ  dans le flou : furieux le virtuose quitte Rome en 1886) ; le mĂ©lodiste audacieux ; l’architecte qui au piano Ă©chafaude des cathĂ©drales de sons ouatĂ©s et liquides
; l’orientaliste aussi (qui se passionne Ă  l’Expo Universelle de 1889 pour les carillons et demi-tons javanais
) ; d’ailleurs, c’est sur son piano creuset et forge prĂ©alable, que l’inventeur des sons modernes polit, cisĂšle, le chant orchestral de son opĂ©ra PellĂ©as
 Philippe Cassard rĂ©tablit le rĂŽle primordiale du clavier dans la genĂšse de l’opĂ©ra le plus essentiel du XXĂš naissant : piano laboratoire, piano poĂšte (aprĂšs Liszt et Chopin).
Le malheur de Debussy fut sa volontĂ© d’indĂ©pendance, farouchement verrouillĂ©e, qu’il paya toute sa vie, en souffrant d’un manque rĂ©current d’argent. Que n’a t il Ă©crit davantage d’opĂ©ras
 c’était lĂ , la source de revenus garantis. Mais il reste un chef d’oeuvre
 encore traversĂ© par un mystĂšre persistant.

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotPhilippe Cassard livre ainsi un texte remarquable de sensibilitĂ© et de clartĂ© malicieusement pĂ©dagogique ; il faut absolument lire entre autres pĂ©pites, son chapitre sur les sources d’inspiration de l’Isle joyeuse (rĂ©gĂ©nĂ©rant l’esprit des Barcarolles de 
 Chopin) ; comme son portrait de l’homme Debussy, Ă  torts rĂ©putĂ© « difficile », en rĂ©alitĂ© exigeant, intransigeant, mais que son Ă©tonnante culture poĂ©tique et littĂ©raire, comme picturale, aura dĂ©finitivement distinguĂ© de ses contemporains. Debussy s’inscrit tout entier dans l’air et la lumiĂšre ; son Ă©criture dit cet ivresse Ă©blouissante qui semble gommer tout ancrage, tout format prĂ©visible, tout enveloppe terrestre, connue, traditionnelle. Or on sait combien ce Prix de Rome 1883 a dĂ©testĂ© non sans raison, le ridicule acadĂ©mique de l’Institution. Debussy est le dernier des esprits libres dont les pages pianistiques, les mĂ©lodies (elles aussi trĂšs bien commentĂ©es), l’oeuvre symphonique, 
 indiquent la totale nouveautĂ©. Une bouffĂ©e d’oxygĂšne dans un pays au nĂ©oromantisme ‘lourdingue’ qui s’enlisait inexorablement
 On ne saurait mieux dire.

CLIC_macaron_2014Les pages courtes mais d’autant plus savoureuses, dĂ©diĂ©es Ă  Verlaine, MallarmĂ© (« le Patron »), celles explicitant le jeu pianistique de Debussy (selon le tĂ©moignage de Satie), l’analyse des pages symphoniques comme La Mer (pur sommet orchestral)
 sont des sources d’intense plaisir. De quoi nous rĂ©jouir enfin au sujet de Debussy. Pour le centenaire de sa mort, le livre Ă©crit par Philippe Cassard, Ă©ditĂ© par Actes Sud, est incontournable. Evidemment CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2018. RafraĂźchissant et captivant.

 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud) — CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 

 
 

COMPTE-RENDU, OPERA, crĂ©ation. Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 « Et in Arcadia
 » / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau

Et in arcadia ego opera comique lea desandreCOMPTE-RENDU, OPERA, crĂ©ation. Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 « Et in Arcadia  » / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau. L’OpĂ©ra-Comique confirme sa vocation Ă  rĂ©tablir des partitions anciennes mĂ©connues (comme c’est souvent le cas, combien d’opĂ©ras et ouvrages romantiques par exemple connaissent une heureuse rĂ©surrection grĂące Ă  la 2Ăš scĂšne lyrique de France ?) ; le directeur Olivier Mantei « ose » aussi, autre facette d’une direction passionnante, les prises de risques et les crĂ©ations parfois aux vertiges hasardeux
 C’est assurĂ©ment le cas ici, oĂč c’est Rameau que l’on dĂ©tourne, pas toujours Ă  son avantage.
Dans Et in Arcadia ego, la salle Favart poursuit une expĂ©rience inĂ©dite, celle du collage avec habillage spĂ©cifique : toutes les musiques sont tirĂ©es de JP Rameau, gĂ©nie du XVIIIĂš baroque français, mais ici rĂ©agencĂ©es pour construire un drame propre qui croise fantasmes (organiques, visuels, philosophiques) et visions pluridisciplinaires de la plasticienne « visionnaire », – Ă  la fois chorĂ©graphe et performeuse-, Ă©gĂ©rie inclassable, frappĂ©e d’un nouveau kitsh postmoderniste, Phia MĂ©nard. Reconnaissons qu’ailleurs, l’univers dĂ©jantĂ©, “organique” de la plasticienne tout azimuts peut fabriquer du nouveau dĂ©calĂ©, avec un regard trĂšs juste sur le corps dĂ©tournĂ©, Ă©prouvĂ©e, et l’identitĂ© niĂ©e (en raison de sa vie personnelle),… mais ce cheminement sincĂšre devient sur la scĂšne lyrique, sur une musique prĂ©existante et dans une rĂ©daction rĂ©actualisĂ©e, “dĂ©corum” qui sonne ici “gadget” et ne rencontre jamais la musique de Rameau qui est poĂ©sie et magie pures.

 

 

Sans poésie, un Rameau kisth et abscons

 

 

DECALAGE ET CONFUSION… Sur scĂšne, une femme ĂągĂ©e, mais qui a conservĂ© son apparence juvĂ©nile (fantasme on vous a dit) erre et chante un nouveau texte sur les musiques de Rameau : AĂŻe ! que vaut cette prosodie XXIĂš sur un canevas (si prĂ©cis et
 gĂ©nial) du dit Rameau?Avouons que le rĂ©sultat est souvent terne, ennuyeux, voire 
affligeant, rĂ©alisant des distorsions voire des contre sens navrants sur les mots hier sublimes de Dardanus ou de Castor et Pollux, pour ne citer que ceux lĂ . Pourquoi dĂ©faire ce qui fut parfait ? Certes pour dĂ©fendre une action nouvelle ; mais alors il faudrait Ă©crire et rĂ©diger dans la mĂȘme veine poĂ©tique et avec la mĂȘme sensibilitĂ©. C’est alors que l’on mesure combien les livrets du XVIIIĂš n’étaient pas aussi ridicules que cela : au moins le spectacle actuel aura permis cette rĂ©estimation.

Pour s’accorder (plus ou moins) avec le rythme de la langue ramĂ©lienne, le texte contemporain finit par agacer par ses formules absconses, d’un Ă©sotĂ©risme ridicule, d’une complexitĂ© finalement banale.
desandre-lea-mezzo-sublime-classiquenews-portraitHeureusement sur les planches, – mais est ce suffisant ?, la jeune mezzo française Lea Desandre, ex chanteuse chez Opera Fuoco de David Stern, puis aurĂ©olĂ©e d’une Victoire de la musique 2017 « RĂ©vĂ©lation lyrique », combine habilement qualitĂ©s de danseuse et surtout prĂ©sence vocale intense et expressive (son vrai mĂ©tier quand mĂȘme). Vite, revenons aux fondamentaux de cette voix promise Ă  de belles rĂ©alisations sur la scĂšne lyrique : LIRE notre critique de son rĂ©cent cd BERENICE CHE FAI, ou revoyons la en Ruggiero dans Alcina de Haendel (Shanghai, 2016 / reportage vidĂ©o “OPERA FUOCO, la compagnie lyrique de David Stern, de Paris Ă  Shanghai, dĂ©cembre 2016). L’ambition philosophique du spectacle reste Ă  distance du spectateur dans une sĂ©rie de tableaux assez ambigus ou carrĂ©ment 
 graveleux. Les puristes apprĂ©cierons ce dĂ©tournement Ă  la Koons ou mieux Ă  la Paul McCarthy : l’air initial « Que tout gĂ©misse » (choeur de dĂ©ploration de Castor et Pollux) devient ici « que tu gĂ©misses », d’un prosaĂŻsme sexuel et orgasmique
 facile. Et consternant. Rameau qui a dĂ» entendre l’oeuvre depuis sa tombe aura pour le moins apprĂ©ciĂ© cette nouvelle verve verbale (ou verbeuse), lui qui a tant reprochĂ© Ă  ses librettistes l’indignitĂ© de leurs mots. Qu’aurait-il dit devant tant de poĂ©sie rafistolĂ©e bien emblĂ©matique de notre temps ?

DEsandre-lea-opera-comique-spectacle-opera-comique-la-critique-et-in-arcadia-ego-critique-par-classiquenews-photo-portrait-2Musicalement, Les Talens Lyriques offrent un Rameau canalisĂ©, ciselĂ© au cordeau, d’une prĂ©cision millimĂ©trique, vraie mĂ©canique des sentiments. On cherche souvent la pure et simple Ă©motion qui font les spectacle les plus rĂ©ussis. L’ovni thĂ©Ăątral et musical dont il s’agit n’en finira pas de heurter les plus coutumiers de l’oeuvre de Rameau. Pour tous ceux qui connaissent moins le monde si passionnant du Dijonais, pas sĂ»r qu’ils aient l’envie de pousser plus loin l’écoute
 C’est donc Rameau que l’on assassine par un dĂ©tournement du sens parfois trĂšs maladroit et souvent malheureux, plus provocateur que rĂ©ellement poĂ©tique. Or le titre mĂȘme du spectacle promettait un parfum nostalgique: “Et in arcadia ego sum” (telle est la phrase complĂšte : “Moi aussi j’ai Ă©tĂ© en Arcadie….”). Rien de tel dans ce dĂ©calage souvent artificiel qui n’exploite pas assez, tout en le respectant pour l’avoir compris, tout le dĂ©lire magicien de l’opĂ©ra baroque sublimĂ© par Rameau. Dommage. « Et in Arcadia  », Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau, jusqu’au 11 fĂ©vrier 2018.

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation du nouveau spectacle « Et in Arcadia ego » 
http://www.classiquenews.com/paris-reouverture-de-lopera-comique-et-in-arcadia-ego-sum/

 

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Illustrations : photos de la production Et in Arcadia ego… / © OpĂ©ra Comique 2018

 

Livre, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse)

LAFONT jean philippe avec voix et eloquence livre evenement la critique du livre par classiquenews livre opera critique par classiquenews 3617335-avec-voix-et-eloquence-de-jean-philippe-624x0-1Livre, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse). La voix, l’éloquence
 surtout l’intĂ©gritĂ© d’une personnalitĂ© hors norme, qui pour qui l’a approchĂ©e, diffuse une sagesse et une simplicitĂ© remarquables. Jean-Philippe Lafont, baryton discret mais voix intense, – rendu cĂ©lĂšbre entre autres pour sa prestation dans le film culte Le Festin de Babette Ă  l’Ă©cran avec StĂ©phane Audran, incarne un modĂšle d’artiste, d’une rondeur engageante, Ă  la fois fraternelle et bienveillante dont la gĂ©nĂ©rositĂ© Ă©gale l’engagement sur la scĂšne. Le texte reflĂšte cette Ăąme admirable qui tĂ©moigne de sa vocation, son devenir de chanteur, et surtout de son mĂ©tier, apprentissage continu dont le perfectionnement s’est rĂ©alisĂ© grĂące Ă  une sĂ©rie bĂ©nĂ©fique pour sa voix et sa maturitĂ©, de personnages dramatiques clĂ©s : Golaud (brutalitĂ©, force, fragilitĂ©, aveuglement), Wozzek (solitude, dĂ©nuement, suicide), Barak (humanitĂ©, compassion, fraternitĂ© : le rĂŽle qui lui correspond le mieux), enfin Falstaff (auquel il apporte une profondeur irrĂ©sistible
) ; tous reflĂšte une partie de la richesse des passions humaines qui n’en finit pas d’occuper la vie des thĂ©Ăątres, cĂŽtĂ© artistes et public. Pour chacun, il s’agit d’une rencontre forte, intense, exclusive au moment de travailler le rĂŽle et d’en exprimer la « vĂ©rité » sur la scĂšne. De tous, c’est comme on a dit celui de Barak, hĂ©ros de l’opĂ©ra fabuleux, fantastique que Richard Strauss Ă©crit et compose au moment de la premiĂšre guerre mondiale, fresque tragique et fraternelle, la Femme sans ombre, oĂč Jean-Philippe Lafont a incarnĂ© et assez tardivement, le personnage du teinturier, – le seul ĂȘtre Ă  possĂ©der une Ăąme, donc Ă  possĂ©der un nom (Ă  la diffĂ©rence de sa femme, de l’Empereur, l’ImpĂ©ratrice, sa nourrice : qui tous occupent / incarnent une fonction dans l’une des rĂ©alisations les plus impressionnantes de l’histoire de l’opĂ©ra). L’interprĂšte et le chanteur dĂ©livrent des clĂ©s pour rĂ©ussir dans le mĂ©tier car c’est aussi un professeur qui sait placer la voix, et cultiver la technique avec constance, discipline, prĂ©cision. Le souci du texte, de la clartĂ© et de l’intelligibilitĂ© (Ă  l’école de MoliĂšre par exemple, et du texte truculent, savoureux, efficace du Bourgeois Gentilhomme
) sont ici exemplaires : il fut un coach vocal pour le prĂ©sident de la RĂ©publique française actuel, Ă  l’époque oĂč ce dernier Ă©tait encore candidat. Le ton est sincĂšre, le texte d’une apport Ă©vident. On suit le jeune chanteur nĂ© Ă  Toulouse dans ses dĂ©couvertes du milieu, de monde des productions lyriques, dans le travail des rĂŽles. Constamment, une importance est prĂ©servĂ©e Ă  celle qui reste sa professeur et sa conseillĂšre dans le choix des rĂŽles justes : Denise Dupleix. La vision est prĂ©cieuse ; elle est dĂ©livrĂ©e sans calcul, avec la sincĂ©ritĂ© d’une homme de coeur, d’une belle clairvoyance.

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Livre Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse). 256 pages – 17, 95 € (prix indicatif).

CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, 2015)

Didonato joyce cd great scott dallas opera cd review critique cd par classiquenews 71rq6SO3EGL._SL1494_CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, 2015). NĂ© en 1961, l’amĂ©ricain Jake Heggie a montrĂ© de rĂ©elles capacitĂ©s dans l’écriture d’un opĂ©ra contemporain, accessible, audible. On se souvient de son Dead man walking, oĂč Ă  San Francisco en 2000, brillait la crĂ©atrice Susan Graham. Ex attachĂ© de presse de l’OpĂ©ra californien, Heggie a aussi Ă©crit des mĂ©lodies pour Frederica von Stade (ici Winnie Flato) qui reconnut aussitĂŽt la qualitĂ© d’un style taillĂ© pour le chant et l’opĂ©ra; enregistrĂ© sur le vif Ă  Dallas en 2015 (en octobre au moment de la crĂ©ation de l’ouvrage), Great Scott ne rĂ©volutionne en rien la forme et le genre lyrique mais demeure trĂšs attachant. En cela il prouve son efficacitĂ©. Librettiste de Dead man walking en 2000, Terrence Mcnally signe aussi le texte livret de Great Scott et justifie les nombreux emprunts du compositeurs dans l’histoire lyrique du XIXĂš, (Rossini, Verdi, 
) car il s’agit d’un opĂ©ra dans l’opĂ©ra. Pendant l’acte I, l’action est celle des rĂ©pĂ©titions d’un opĂ©ra mĂ©connu de 
 Bazzetti (Rosa Dolorosa, fille de Pompei), avant que l’on assiste Ă  la reprĂ©sentation au II.
Outre l’excellente (d’une indiscutable longĂ©vitĂ© exemplaire) FV Stade, trĂšs amusĂ©e, inspirĂ©e par l’écriture nĂ©overdienne de Heggie, tout repose surtout sur le talent polymorphe, drĂŽle, pĂ©tillant mĂȘme mais aussi parfois profond de Arden Scott soit la rayonnante
 Joyce Di Donato, sirĂšne du Kansas, qui dĂ©montre l’ambitus flexible de sa voix Ă  vocalises, sachant sublimer une partition qui manque parfois d’inspiration et de rĂ©elle personnalitĂ© (l’air Vesuvio , « mon unique ami », acte I reste dans les esprits comme un tube Ă  suivre
). Comme Rufus Wainwright (et son dernier opĂ©ra Prima Donna, saluĂ© aussi par classiquenews), Great Scott n’ouvre pas de portes inconnues ni ne surprend rĂ©ellement. L’opĂ©ra de 2015 a l’avantage pas si faible, de plaire et de sĂ©duire. Pour autant l’opĂ©ra au XXIĂš ne doit il ĂȘtre que pur divertissement ?
 A chacun d’en juger. Que l’on prenne par exemple une oeuvre apparemment lĂ©gĂšre comme My Fair lady (Loewe), rĂ©cemment produite par l’OpĂ©ra de Tours (pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017), on demeure surpris par le regard critique, mordant sur la « bonne » sociĂ©tĂ© anglaise du XIXĂš. Ici rien de tel, aucune vision critique ou parodique,
 malheureusement. Rien qu’un opĂ©ra d’aujourd’hui assez convenu et prĂ©visible qui avec facĂ©tie certes et efficacitĂ©, singe et parodie les poncifs de la langue lyrique, romantique et postromantique


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CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, live, crĂ©ation Ă  Dallas, 2015) — Avec Joyce DiDonato, Ailyn PĂ©rez, Frederica Von Stade, Nathan Gunn, Anthony Ross Costanzo / The Dallas Opera Orchestra and Choru / Patrick Summers, direction.

CENTENAIRE CHARLES GOUNOD 2018

gounod charles portrait jeune par classiquenews gounod centenaire 2018 par classiquenews portr19CENTENAIRE CHARLES GOUNOD. Le 17 juin 2018 marque le centenaire de la naissance Ă  Paris, de Charles Gounod (1818 – 18 oct 1893), compositeur pour l’église (il a envisagĂ© un moment de rentrer dans les ordres : c’est pourquoi il a composĂ© beaucoup de Messe dans le style de Schubert son compositeur favori), surtout auteur lyrique, dont les valses et le gĂ©nie mĂ©lodique a pu aprĂšs Berlioz et Ambroise Thomas, rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra romantique français. L’orphelin de pĂšre est Ă©levĂ© par sa mĂšre qui encourage ses dons de compositeur, avant de la confier Ă  Reicha (dont Berlioz fut aussi l’élĂšve). A 18 ans, Gounod est au Conservatoire, suivant les classes de HalĂ©vy (contrepoint), Lesueur et Paer (composition).
Alors que rĂšgne Ă  l’OpĂ©ra, le captivant et si dramatique Meyerbeer (gĂ©nie lyrique des annĂ©es 1830), Gounod pour sa part dĂ©croche le Prix de Rome en 1839 (il a 21 ans) ; en Italie grĂące Ă  la soeur de Mendelssohn, Fanny, il dĂ©couvre les Romantiques allemands.
C’est sa rencontre avec la mezzo lĂ©gendaire Pauline Viardot, qui confirme la vocation de Charles Gounod pour l’opĂ©ra, lui composant un rĂŽle taillĂ© pour son chant ample et sombre, Sapho crĂ©Ă© en 1851, au milieu du siĂšcle : Gounod a 33 ans.
Bien que louĂ© par ThĂ©ophile Gautier, La Nonne sanglante sur le livret de Scribe (1854-1855) Ă©choue Ă  sĂ©duire public et critique. Il est vrai que les parisiens s’entiche de l’opĂ©ra comique et de l’opĂ©rette, grĂące au gĂ©nie de deux crĂ©ateurs inventeurs de premier plan, florissants Ă  partir des annĂ©es 1850, HervĂ© et Offenbach.

GOUNOD 1839 ROME prix de rome portrait par INGRES sur classiquenews CENTENAIRE GOUNOD 2018 dossier par classiquenewsL’essor annoncĂ©, attendu du compositeur romantique français se rĂ©alise au ThĂ©Ăątre-Lyrique, oĂč le directeur Carvalho, lui commande tout Ă  tour, Le MĂ©decin malgrĂ© lui (1858 Ă  40 ans), puis surtout Faust (1859), rĂ©miniscence personnelle et originale du sujet prĂ©cĂ©demment traitĂ© par Berlioz (Damnation de Faust) ; puis un opĂ©ra comique mĂ©connu PhilĂ©mon et Baucis (1860). Suivront dans un style plus ambitieux et parfois grandiloquent, La reine de Saba (OpĂ©ra de Paris, 1862), Mireille (1864), surtout, dans la veine charmante et raffinĂ©e, le sommet de sa production lyrique, RomĂ©o et Juliette (ThĂ©Ăątre Lyrique, 1867, Ă  presque 50 ans). Les quatre duos d’amour entre les deux amants Ă©perdus constituent le sommet français dans le genre romantique amoureux, Ă  la fois tendre et extatique, toujours, d’une exceptionnelle vĂ©ritĂ© et fraĂźcheur d’inspiration. RomĂ©o s’est maintenu depuis lors Ă  l’affiche des scĂšnes internationales car son livret ne faiblit pas (Ă  la diffĂ©rence de Faust par exemple, parfois ridicule), et aussi en raison de l’excellence de sa prosodie, d’une rare distinction, mĂȘlant justesse des intentions et naturel expressif.
Toute sa vie, Gounod entend renouveler l’opĂ©ra romantique français grĂące Ă  la sĂ©duction de ses mĂ©lodies, au raffinement de son orchestration, une certaine fluiditĂ© heureuse, qui na manque pas pour autant de profondeur : en somme, il aurait souhaitĂ© renouveler le miracle de Mozart auquel il dĂ©die une Ă©tude qui en dit long sur sa vĂ©nĂ©ration pour le Salzbourgeois (semblablement admirĂ© de Jacques Offenbach)


 

gounod charles portrait par classiquenews gounod 2018Par le raffinement des harmonies, sans possĂ©der le gĂ©nie dramatique de Bizet, Gounod annonce l’orchestre de Carmen, comme celui de FaurĂ©. Aux cĂŽtĂ©s des oeuvres lyriques moins connues et pourtant tout aussi fouillĂ©es sur le plan de l’écriture (PhilĂ©mon et Baucis, recrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Tours), la recherche actuelle se concentre, en particulier au moment de son centenaire 2018, sur les partitions de jeunesse (celles acadĂ©miques autour du Prix de Rome) et aussi sur ses opus sacrĂ©s (Messes, motets, etc
). Le Prix de Rome 1839, devint membre de l’Institut, immortel saluĂ© par la censure acadĂ©mique, et vĂ©nĂ©rĂ© par ses pairs comme l’un des piliers de l’opĂ©ra romantique.

  

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PREMIERS TEMPS FORTS LYRIQUES

 

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GENEVE, Faust. 1er-18 février 2018

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsMichel Plasson, grand inteprĂšte du romantisme français, et qui avait failli diriger Faust Ă  l’OpĂ©ra Bastille (2011), s’attaque Ă  une partition favorite, dans cette production gĂ©nevoise (Mise en scĂšne : Georges Lavaudant). Avec John Osborn (Faust), Jean-François Lapointe (Valentin)
 parmi les chanteurs prometteurs.
RESERVER :
https://www.geneveopera.ch/programmation/saison-17-18/faust/

 
  
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TOURS, Philémon et Baucis. Les 16, 18, 20 février 2018.

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsNouvelle production pour cet ouvrage rare pourtant captivant et trĂšs sĂ©duisant de Gounod, infaillible auteur ici dans la veine plus lĂ©gĂšre de l’opĂ©ra comique. Ce PhilĂ©mon pourrait bien ĂȘtre le joyau lyrique de l’annĂ©e GOUNOD 2018. Production incontournable. A suivre sur classiquenews. DĂ©jĂ  en 2013, l’OpĂ©ra de Tours prĂ©sentait une remarquable production de RomĂ©o et Juliette de Gounod (1867) avec l’inoubliable Juliette de Anne-Catherine Gillet…

LIRE NOTRE PRESENTATION, RESERVEZ
http://www.classiquenews.com/centenaire-gounod-2018-philemon-et-baucis-a-tours/

 

   

APPROFONDIR :

ANNE CATHERINE GILLET chante Juliette / RomĂ©o et Juliette de GOUNOD (1867), Ă  l’OpĂ©ra de Tours en 2013 – teaser vidĂ©o par CLASSIQUENEWS.TV

 

 

  

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NOTRE SELECTION : livres, disques, opéras majeurs en 2018 pour le Centenaire Charles GOUNOD

 

the gounod edition set box 15 cd WARNER, critique cd, cd review presentation annonce CLASSIQUENEWSCD, coffret Ă©vĂ©nement. THE GOUNOD EDITION (15 cd Warner, Plasson, PrĂȘtre). Warner rend hommage au gĂ©nie de l’opĂ©ra romantique français, illustre et Ă©ternel concepteur de RomĂ©o et Juliette et de Faust (l’oeuvre d’une vie). 2018 commĂ©more le 200Ăšme anniversaire de la naissance de Charles Gounod, immense compositeur français admirĂ© par Bizet, FaurĂ©, Massenet, Ravel et TchaĂŻkovsky. Warner Classics lui rend hommage en Ă©ditant « The Gounod Edition», un coffret de 15 CD Ă  petit prix. Dans ce coffret complet se prĂ©cise aussi la qualitĂ© propre des archives WARNER qui incluent le riche catalogue Erato : EN LIRE +

DOSSIER CLAUDE DEBUSSY 2018 : un CENTENAIRE timidement célébré en France

debussy-2018-centenaire-1918-2018-centenaire-de-la-mort-dossier-debussy-2018-sur-classiquenewsCENTENAIRE DEBUSSY 2018 – dossier Claude Debussy 2018. Pauvre France, oublieuse des trĂ©sors de son patrimoine, 
en comparaison des autres nations de la planĂšte qui ont su reconnaĂźtre le gĂ©nie coloriste et spatiale de l’atmosphĂ©riste Debussy, la terre de Ravel, son contemporain, ou de Gounod, gĂ©nie romantique que l’on fĂȘte lui aussi en 2018, continue d’ignorer mĂ©ticuleusement celui qui aura rien de moins que rĂ©gnĂ©rer l’art musical français au dĂ©but du XXĂš, crĂ©ant un Ă©cho fraternel Ă  la dĂ©flagration du Sacre du printemps prĂ©sentĂ© au TCE en 1913. Pourtant dĂšs 1902, Debussy osait produire son seul opĂ©ra « PellĂ©as et MĂ©lisande », ovni parmi les ouvrages français, et sommet de mystĂšre poĂ©tique dans un France pĂ©nĂ©trĂ©e par le conservatisme acadĂ©mique et poussiĂ©reux.

 

 

 

 

DEBUSSY 2018
Un Centenaire timidement célébré en France

 

 

 

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C’est un fait, en 2018, qui marque le centenaire de sa disparition (survenue le 25 mars 1918 Ă  
 Paris), le plus grand compositeur pour l’orchestre au dĂ©but du XIXĂšme siĂšcle avec Mahler, R. Strauss et Ravel reste parent pauvre de la programmation des orchestres et salles de concerts dans l’Hexagone. Pas d’évĂ©nements marquants et officiels, sinon une cĂ©lĂ©bration dĂ©fendue bouche pincĂ©e par les institutions et de façon bien tardive.
Moins impressionniste que rĂ©volutionnaire et symboliste, Claude de France cultive un art majeur fiĂšrement prĂ©servĂ© et mĂȘme ciselé  face au wagnĂ©risme inexorablement envahissant en Europe surtout dans les annĂ©es 1880. L’art de Debussy, en son pefectionnement suprĂȘme Ă  travers son opĂ©ra unique PellĂ©as et MĂ©lisande de 1902 et, La Mer (triptyque pour orchestre : chef d’Ɠuvre absolu de l’esthĂ©tique vaporeuse, fluide brumeuse aux miroitements infinis) est celui d’un musicien poĂšte qui a goĂ»tĂ© la poĂ©sie comme rarement, travaillant Ă  partir de Baudelaire et surtout de MallarmĂ© dont il partage ce goĂ»t de l’ambivalence, des sensations troubles dans une forme qui semble se dĂ©rober
 : qui peut demeurer insensible Ă  l’Ă©vocation sensuelle et lascive de son orchestration du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune (composĂ© entre 1892-1894, d’aprĂšs le poĂšme de MallarmĂ©) ?

De fait en 2018, aucune nouvelle production de PellĂ©as Ă  l’OpĂ©ra de Paris, pas de cycle lyrique critique et rĂ©vĂ©lateur (pourtant possible Ă  partir des fragments exploitables et plutĂŽt conviancants de La chute de la maison Usher ou du Martyr de Saint SĂ©bastien
). Curieux et impardonnable oubli.

debussy-dossier-claude-debussy-centenaire-2018Il faut s’exporter au Japon ou rĂšgnent une connaissance et une jubilation populaire pour Debussy. Il faut que le chef pianiste Daniel Barenboim joue en France les miniatures poĂ©tiques si intimistes et nuancĂ©es que Debussy a Ă©crit pour le piano pour comprendre et mesurer l’immense jaillissement onirique qui se dĂ©gage par exemple de ses Estampes (Livre I). Piano orchestre, piano inouĂŻ d’oĂč se dĂ©gage un formidable talent pour les couleurs et les tonalitĂ©s sonores. Si Bach a rĂ©volutionnĂ© l’art du contrepoint, Debussy a rĂ©alisĂ© un mĂȘme prodige dans l’histoire de la musique, dans le registre de l’harmonie. C’est Bartok qui le dĂ©clare non sans raison. Son Ă©criture ouvre dĂ©sormais un infini expressif illimitĂ©, en rĂ©sonance avec l’espace et la nature.

DEBUSSY a composĂ© comme Monet a peint 
les nymphĂ©as : le pientre y rĂ©invente la notion de couleur, de cycle, d’espace pictural : ils ont tous deux rĂ©volutionnĂ© l’art de la couleur et de l’espace par une sensibilitĂ© inĂ©dite Ă  la perception. Le compositeur crĂ©e tout un monde suspendu, Ă©vanescent, souple et dynamique, sans ancrage rĂ©el (cf le monde englouti l’Ă©tal poĂ©tique de PellĂ©as). C’est un vortex d’une puissance Ă©vocatrice irrĂ©sistible comme Wagner l’a crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 1880 dans Parsifal (crĂ©ation Ă  Bayreuth, le 26 juillet 1882) surtout, et dont se souvient Debussy dans PellĂ©as justement, 20 annĂ©es plus tard (intermĂšdes orchestral).

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018CLAUDE RESTE UN MYSTERE
 La musique de Debussy est une musique qui se pense autant qu’elle sâ€˜Ă©prouve. Elle est autant cĂ©rĂ©brale que sensitive. C’est la raison pour laquelle un chef et compositeur comme Pierre Boulez est passĂ© maĂźtre de l’interprĂ©tation du Debussy orchestral, confĂ©rant Ă  son Ă©criture une clartĂ© et une transparence inĂ©dite « intellectuelle », cependant fusionnĂ©e avec la langueur suave, nous disons « érotique », propre Ă  l’Ă©criture de Debussy. Musique sensorielle, libre inventive, poĂ©tique, l’Ɠuvre de Debussy est pourtant loin de susciter l’enthousiasme et l’engouement qu’elle mĂ©rite en France : mĂ©connaissance et dĂ©sintĂ©rĂȘt jusqu’au plus haut niveau de l’Ă©tat probablement
 absence de grands interprĂštes français pour Debussy
 AssurĂ©ment. Cette annĂ©e oĂč les nouveautĂ©s et rĂ©Ă©ditions s’annoncent en nombre, la RĂ©daction de Classiquenews s’offre d’ici dĂ©cembre 2018, le luxe de distinguer les meilleures rĂ©alisations et publications d’une annĂ©e Debussy 2018 Ă  suivre pas Ă  pas. AnnĂ©e d’ennui et de consternation, ou session de rattrapage pour une rĂ©estimantion et un nouvel engouement pour l’Ɠuvre de « Claude de France » ? A suivre.

 

 

 

 

 

 

TEMPS FORTS DE L’ANNEE DEBUSSY 2018

 

 

Comme toujours c’est de province que vient l’initiative la plus heureuse et la mieux inspirĂ©e :

TOURCOING, Atelier Lyrique – Jean-Claude Malgoire
debussy 2018 devieilhe malgoire tourcoing par classiquenews 8 pelleas1Les 23, 25 et 27 mars 2018, Jean Claude Malgoire reprend la production mise en scĂšne par l’excellent Christian Schiaretti, filmĂ©e en partie par classiquenews (VOIR notre reportage exclusif PellĂ©as et MĂ©lisande par Jean-CLaude Malgoire), avec une distribution « miraculeuse » et d’une rare justesse psychologique : Sabine Devieilhe / Anna Reinhold (MĂ©lisande), Guillaume Andrieux (PellĂ©as), Alain Buet (Golaud)
 C’est Ă©videmment la production de PellĂ©as Ă  ne pas manquer pour cette annĂ©e 2018

 

 

 debussy-malgoire-schiaretti-pelleas-et-melisande-devielhe-andrieu-buet-opera-must-evenemnt-presentation-CENTENAIRE-DEBUSSY-2018-annonce-dossier-par-classiquenews

 

VOIR notre dossier spécial et notre reportage vidéo Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire (production créée en avril 2015)

 

 

debussy 2018 dossier classiquenews concert plasson orchestre lamoureux du 25 mars 2018 presentation par classiquenews VISUEL-DEBUSSY-1200x1200Paris, TCE, le 25 mars 2018 – Michel Plasson et l’Orchestre Lamoureux. CONCERT du CENTENAIRE DEBUSSY. A Paris, c’est l’orchestre “historique” indĂ©fectiblement liĂ© Ă  l’histoire de la crĂ©ation des oeuvres symphoniques de Claude qui dĂ©fend mieux que personne l’Ă©toffe onirique dont est faite l’Ă©criture debussyte : le mythique et toujours trop mĂ©connu dans la capitale, Orchestre Lamoureux... En effet, le concert du 25 mars prochain permet Ă  l’Orchestre Lamoureux d’interprĂ©ter un rĂ©pertoire qui lui est cher puisque l’Orchestre a crĂ©Ă© les partitions de Claude Debussy (La Mer, le 15 octobre 1905 à Paris sous la direction de Camille Chevillard). NĂ© il y a prĂšs de 137 ans, la formation fut crĂ©Ă©e par le violoniste et chef Charles Lamoureux et a depuis ses dĂ©buts Ă©tĂ© un indĂ©fectible dĂ©fenseur du rĂ©pertoire français. Debussy et Ravel en particulier lui doivent notamment les premiĂšres auditions de La Mer, du Concerto en sol, de La Valse, du BolĂ©ro… Il est donc tout naturel et lĂ©gitime pour eux de cĂ©lĂ©brer jour pour jour le centiĂšme anniversaire de la disparition de Debussy. Pour cela, le chef Michel Plasson, grand dĂ©fenseur du rĂ©pertoire français et la rare Annick Massis, soprano au timbre agile et Ă  la diction de rĂȘve (pour le français – dans la cantate de l’Enfant Prodigue) s’associent Ă  Lamoureux. Concert Ă©vĂ©nement Ă  Paris pour l’annĂ©e Debussy 2018. RESERVEZ votre place pour le 25 mars 2018

 

LILLE,
la citĂ© orchestrale, grĂące Ă  son formidable Orchestre National qui a sa rĂ©sidence permanente au Nouveau SiĂšcle n’a pas omis de cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie polymorphe de Claude Debussy, parmi une programmation 2017 – 2018 particuliĂšrement Ă©quilibrĂ©e et diversifiĂ©e :

 

vendredi 13 octobre 2018,
Concert flash à 12h30 : Javier Perianes, piano. Préludes du Livre I (sélection)

 

ORCHESTRE SYMPHONIQUE région Centre Val de Loire / Tours
Debussy défendu et diffusé dans le territoire, voilà une initiative exemplaire pour faire écouter Debussy partout en France et surtout hors des lieux traditionnels et des métropoles :
Le 6 avril (Vierzon), le 7 avril (Ouzuoer le Marché), le 8 avril (Terminiers)
Programme : Petite Suite de Debussy

 

 

 

 

 

CD, COFFRETS, LIVRES DEBUSSY 2018

La RĂ©daction de classiquenews rĂ©unit ici sa sĂ©lection des titres et publications particuliĂšrement rĂ©ussis, rĂ©alisations phares pour l’annĂ©e CLAUDE DEBUSSY 2018

 
 

 
 

Barenboim daniel piano debussy cd review critique cd par classiquenews 028947987420cvr5_1515688326_1515688326CD, Debussy : Daniel Barenboim (1 cd Deutsche Grammophon, 1998 / 2017). L’album regroupe deux sĂ©ries d’enregistrements. L’une rĂ©cente, les premiĂšres plages (1-6 : Estampes, Suite Bergamasque, La plus que lente, enfin Ă©lĂ©gie, rĂ©alisĂ©s Ă  Berlin en octobre 2017), et un cycle ancien datant de l’étĂ© 1998 en Espagne : les 12 PrĂ©ludes (si poĂ©tiques) du Livre 1. Entre force et violence, les jeux de carillons de Pagodes (1) qui travaillent la matiĂšre suspendue sur l’effet de rĂ©sonances et d’ondes-, Barenboim rĂ©tablit ensuite la magie de SoirĂ©e dans Grenade (2), comme le surgissement d’un songe ibĂ©rique : balancĂ©, suspendu, enivrĂ©, mais prĂ©sent par un pianisme trĂšs carrĂ©, structurĂ©, voire massif (qui contredit souvent la pellicule immatĂ©rielle du rĂȘve). La vision est plus terrienne et concrĂšte qu’abstraite et subjective. Plus atmosphĂ©rique encore et parsemĂ© d’éclairs et de frĂ©missements en rondes enjouĂ©es, le dernier volet d’Estampes, « Jardins sous la pluie » (3 notĂ© « net et vif ») est le plus rĂ©ussi : impĂ©tueux, fouettĂ©, mais lĂ©ger toujours, vif argent. EN LIRE +

 

 

debussy-claude-debussy-the-complete-works-integrale-des-oeuvres-33-cd-review-critique-sur-classiquenews-warnerclassics9029573675CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : The complete works / intĂ©grale (33 cd WARNER classics) – Pour le centenaire Debussy en 2018, WARNER classics rĂ©unit un ensemble de bandes de provenances diverses dont le corpus ainsi constituĂ© compose une intĂ©grale exemplaire. Les 33 cd de ce corpus Debussy (Complete works box set 33 cd Debussy 2018) permettent un tour d’horizon d’une oeuvre fĂ©conde, qui a su traiter tous les genres : piano, musique de chambre, mĂ©lodies, symphonique, opĂ©ras et piĂšces lyriques
 Les partitions pour piano seul (cd 1 Ă  6), pour quatre mains (cd 7 Ă  8), pour 2 pianos (9, 10 et 11) ; la musique de chambre (cd 12 et 13) ; surtout l’oeuvre orchestrale (cd 14 Ă  18) ; les mĂ©lodies (« songs » : cd 19 Ă  23) ; les oeuvres chorales (cd 23, 24 et 25 dont Le Gladiateur, La demoiselle Ă©lue, L’enfant prodigue, Trois chansons de Charles d’OrlĂ©ans) ; les oeuvres lyriques (cd 26 Ă  32 dont PellĂ©as version Armin Jordan avec Eric Tapy et Rachel Yakar ; Diane au bois, Rodrigue et ChimĂšne version Kent Nagano ; Le Roi Lear et La Chute de la maison Usher, Le Martyre de Saint SĂ©bastien version AndrĂ© Cluytens) illustrent l’étendue des champs prospectĂ©s par Claude. LIRE la critique et prĂ©sentation complĂšte

 

 
DEBUSSY 1 cd set box 22 cd deutsche grammophon par classiquenews announce review cd critique cd debussy classiquenews dossier debussy 2018 Complete-Works-Coffret-Inclus-2-DVDCD, coffret Ă©vĂ©nement. DEBUSSY : complete works (22 cd + 2 dvd Deutsche Grammophon). Le livret notice accompagnant le coffret de Debussy 2018 Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon donne la clĂ© et le niveau d’une Ă©dition de rĂ©fĂ©frence pour l’annĂ©e Debussy 2018, annĂ©e du centenaire dĂ©diĂ© au rĂ©formateur de la musique française au dĂ©but du XXĂš, et mĂȘme pionnier, artisan de la modernitĂ© en musique, comme le fut Picasso en peinture (avec les Demoiselles d’Avignon en 1907). D’emblĂ©e la qualitĂ© des textes qui contextualisent et rĂ©capitulent l’apport de Claude Debussy Ă  l’art en gĂ©nĂ©ral (signĂ© Roger Nichols et Nigel Simeone) indique la rĂ©ussite et la valeur de la somme discographique. C’est aussi l’indication qu’en dehors de l’Hexagone, l’exception Debussy est idĂ©alement analysĂ©e, comprise, mesurĂ©e. Bonheur de la musicologie moderne, extrafrançaise. EN LIRE +
 

 

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. PHILIPPE CASSARD : Claude Debussy (Actes Sud). ESSAI DU PIANISTE
 AprĂšs un essai sur Franz Schubert (et la question insoluble de l’errance et de la mĂ©lancolie suspendue – source de toute inspiration chez le Wanderer), le pianiste Philippe Cassard se penche sur un auteur dont il connaĂźt en expert et remarquable interprĂšte, le mystĂšre voluptueux, car l’art de Claude Debussy (1862-1918) n’est-il pas d’exprimer l’inexprimable 
 en une soie ou une fĂ©erie sonore, Ă  la fois ondoyante, ondulante et aussi claire et transparente ? Pour toujours l’énigme de son seul opĂ©ra PellĂ©as et MĂ©lisande de 1902 s’impose Ă  tout les mĂ©lomanes, musicologues, nĂ©ophytes, curieux
 tel un ovni inclassable, au sens multiple cachĂ© inacessible. Mais le propre des chefs d’oeuvre nĂ©s du gĂ©nie humain, n’est-il pas de nous questionner toujours, irrĂ©ductibles Ă  toute explication linĂ©aire ?
Pour le Centenaire Debussy 2018, Philippe Cassard apporte dans un texte argumentĂ© et pensĂ©, enrichi par l’expĂ©rience du pianiste interprĂšte, son propre tĂ©moignage face au mystĂšre Debussy.
CLIC_macaron_2014CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018 (le livre Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e DEBUSSY 2018). Digressions biographiques (oĂč comptent ses relations avec le gent fĂ©minine), analyse de l’oeuvre, commentaires des partitions clĂ©s, dont beaucoup d’éclairages passionnants sur les opus pour le clavier (piano seul, mĂ©lodies, transcriptions
), l’ouvrage s’annonce telle « une succession pointilliste de courts chapitres,… LIRE la prĂ©sentation complĂšte / LIRE notre critique complĂšte de CLAUDE DEBUSSY par Philippe Cassard (Actes Sud)

 

 

  

 

CD, « découverte », annonce. Julius REUBKE : SONATEN intégrale (Rubackyté, Vernet, 1 cd Ligia)

CD, « dĂ©couverte », annonce. REUBKE : SONATEN intĂ©grale (RubackytĂ©, Vernet, 1 cd Ligia). La Sonate en si bĂ©mol montre l’exaltation radicale de Julius Reubke : tempĂ©rament proche de Liszt, sorte d’Ăąme foudroyĂ©e plutĂŽt tourmentĂ©e, traversĂ©e comme le beau-pĂšre et ami de Wagner d’éclairs et spasmes mystiques, puis sublimĂ©e par l’expĂ©rience de rĂ©vĂ©lations surnaturelles. C’est comme si le compositeur Ă©crivait au delĂ  de la virtuositĂ©, toujours appelĂ© derriĂšre ce qui est sensible et connu, vers l’inconnu enivrant. Mais le compositeur mort trop jeune, n’a guĂšre eu le temps de dĂ©velopper une Ă©criture qui promettait justement par sa radicalitĂ© expressive et ses audaces formelles…

julius-reubke-1834-1858-sonaten-integrale-de-loeuvre-vernet-rubackyteRĂ©serve : pour nous la mĂ©canique Fazioli, lourde et Ă©paisse, affirme un son Ă©pais et grave, aux basses dĂ©cuplĂ©es qui alourdissent cet Ă©lan toujours tentĂ©, cultivĂ©, projetĂ©. IL est vrai que par essence la musique du montagnard Julius Reubke (1834-1858) n’a pas la clartĂ© du plan et dĂ©veloppement d’un Liszt architecte ; et les visions certes poĂ©tiques de Reubke se perdent en contrastes foisonnants et Ă©clatement multidirectionnel de la forme en constante instabilitĂ©. De fait la grande versatilitĂ© flexible de la pianiste Muza RuckytĂ© ressucite les grandes virtuoses romantiques (cf les photos du livret), en particulier dans le mouvement central oĂč le jeu de l’interprĂšte donne corps et chair Ă  un Ă©lan de plus en plus habitĂ© voire spirituel qui semble se libĂ©rer peu Ă  peu de sa gangue terrestre. Du reste c’est bien dans l’Andante sostenuto que la digitalitĂ© trouve des rĂ©sonances et accents virtuoses d’une rĂ©elle cohĂ©sion poĂ©tique (seule rĂ©serve pour le choix du piano Ă  la mĂ©canique, pour nous trop prĂ©sente, dont la matiĂšre contredit l’aspiration Ă  l’éther que manifeste la construction de la piĂšce). Que donne dans son ensemble ce rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  l’intĂ©grale Reubke ? A suivre… Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

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CD, “dĂ©couverte”, annonce. JULIUS REUBKE (1834-1858) : Sonaten (IntĂ©grale de l’Ɠuvre) Vernet, RubackytĂ© / 1 cd LIGIA DIGITAL / LIDI0104332

Sonate pour piano en si bémol majeur

Mazurka en mi majeur

Scherzo en ré mineur

Trio en mi bémol majeur

Adagio en mi mineur

Sonate pour orgue en ut mineur « Psaume 94 »

Muza RubackytĂ©, piano / Olivier Vernet, orgue F. Ladegast / H. Eule – Nikolaikirche, Leipzig

PARIS, création de ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho (2016)

KAIJA SAARIAHO, reine du Festival PrĂ©sences 2017PARIS, Pal Garnier. SAARIAHO : ONLY THE SOUND REMAINS : 23 janv – 7 fĂ©v 2018. En dvd et sur la scĂšne parisienne de l’OpĂ©ra Garnier (crĂ©ation française dĂšs le 23 janvier 2018), le dernier opĂ©ra de la compositrice finlandaise, rĂ©sidente en France, Kaija Saariaho s’offre au public français en ce dĂ©but d’annĂ©e. AprĂšs avoir Ă©tĂ© crĂ©Ă© mondialement Ă  Amsterdam en mars 2016, voici la plus rĂ©cente partition lyrique de la compositrice finlandaise : un accomplissement Ă©blouissant qui montre combien l’opĂ©ra a encore de beaux jours devant lui… Occasion exceptionnelle de goĂ»ter voire se dĂ©lecter d’une Ă©criture contemporaine qui demeure totalement audible du grand public, cultivant la suggestion et l’onirisme plutĂŽt que la dĂ©monstration tapageuse. Lors de nos divers reportage dĂ©diĂ© au dernier festival PrĂ©sences de Radio France dont Kaija Saariaho Ă©tait la figure fĂ©dĂ©ratrice (fĂ©vrier 2017 : reportage vidĂ©o Festival PrĂ©sences / Kaija Saariaho), la compositrice livrait dĂ©jĂ  quelques clĂ©s sur son nouvel opĂ©ra Only sound remains (seul le son demeure…) ; dĂ©jĂ  elle soulignait l’importance du Kandele, sorte de luth Ă  cordes pincĂ©es spĂ©cifiquement finnois, qui offre une rĂ©sonnance particuliĂšre Ă  l’ouvrage, en particulier dans son premier volet (puisque la partition est composĂ© en diptyque, de deux Ă©pisodes (2 sĂ©quences inspirĂ©es du thĂ©Ăątre NĂŽ / 2 Noh plays) trĂšs distincts sur le plan narratif, mĂȘme si leurs univers respectifs sont semblablement suggestifs entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©). Ainsi dans le premier volet intitulĂ© «  Always strongs », le kantele (jouĂ© par la musicienne finlandaise Eija Kankaanranta) Ă©voque concrĂštement le luth (appelĂ© Montagne bleue) que jouait Tsunemasa quand il Ă©tait au service de l’Empereur.

 

REPORTAGE VIDEO PrĂ©sences / Kaija Saariaho 10 – 19 fĂ©vrier 2017 :
http://www.classiquenews.com/video-reportage-festival-presences-2017-kaija-saariaho-un-portrait-10-19-fevrier-2017-concert-1-je-devoile-ma-voix/

 

 

 

 

LE NOUVEL OPERA DE KAIJA SAARIAHO
ThĂ©Ăątre d’ombres et de murmures : le Fantastique rĂ©inventĂ©

 
 

SAARIAHO-opera-only-sound-remains-opera-presentation-by-par-classiquenewsDe notre point de vue c’est bien le premier volet en effet qui met en scĂšne le luth finnois traditionnel ou Kandele, qui reste le point le plus abouti d’un opĂ©ra qui incarne aussi une esthĂ©tique scĂ©nique et thĂ©Ăątrale propre, proche de Britten, en rĂ©sonance parfaite avec le caractĂšre du thĂ©Ăątre NĂŽ japonais : thĂ©Ăątre purement fantastique, entre songe et hallucination, oĂč le jeu d’ombres, la forme Ă©vanescente et les apparitions structurent un spectacle qui pose la question fondamentale du sens de toute forme. Dans « Always strong », Kaija Saariaho semble traiter la problĂ©matique du souvenir, sa rĂ©itĂ©ration et sa mise en forme, vĂ©cues comme un surgissement qui trouble et bouleverse l’espace du rĂ©el. C’est bien tout l’enjeu de l’espace scĂ©nique du premier volet « Always strong », oĂč les deux seuls « acteurs chanteurs » qui paraissent, semblent se dĂ©rober, s’affronter entre deux mondes sĂ©parĂ©s, avant de s’unir en un baiser, point dramatique qui conserve cependant tout le mystĂšre prĂ©sent depuis le dĂ©but. L’orchestration est sombre et transparent, Ă  la fois spectral, raffinĂ© sur le plan des timbres associĂ©s (violon, flĂ»te et donc kandale) quand le prĂȘtre Giokei invoque l’esprit du joueur de luth Ă  la cour de l’Empereur : aussitĂŽt surgit comme une ombre flottante et de plus en plus prĂ©sente, et incarnĂ©, le spectre de Tsunemasa. Musique de murmures et d’ombres, travail spĂ©cifique sur l’épaisseur du souvenir, Ă©criture en ondes et en rĂ©sonnance (« la pellicule du rĂȘve »), la musique de Kaija Saariaho cultive la force onirique de la musique, sa concentration imaginaire Ă  faire surgir la rĂ©alitĂ© du songe.

 

Only-the-sound-remains_17-04-06_017-1000x667En prĂȘtre inquiet et tiraillĂ© de plus en plus fragilisĂ©, le baryton Davone Tines captive par son sens du chant timbrĂ©, juste, dramatiquement trĂšs prĂ©cis, tandis que le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky fait un spectre glaçant Ă  souhait, d’une irrĂ©alitĂ© souvent diabolique, parfaitement Ă©trange en ses sonoritĂ©s gutturales qui n’accrochent aucune consonnes. L’esthĂ©tique ne cesse de nous sĂ©duire et de nous envoĂ»ter. D’autant qu’aux sujets dĂ©jĂ  identifiĂ©s dans cet opĂ©ra essentiellement allusif (qui peut ĂȘtre aussi trĂšs violent et puissant : quand le spectre prend vĂ©ritablement possession du gardien qui l’invoque), se joignent de nouvelles thĂ©matiques dont celle tout autant centrale et clĂ© dans une Ɠuvre dĂ©cidĂ©ment passionnante : la mise en forme et l’incarnation mĂȘme du verbe. « Always strong » aborde la question du son quand il devient musique et sens (Ă  travers le spectre qui s’incarne), et Ă  travers le motif mĂȘme de l’apparition, est abordĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de pudeur, la question parallĂšle de l’incarnation et de la reprĂ©sentation, aux origines mĂȘmes de la peinture : l’art pictural est nĂ© d’un profil dont l’ombre Ă©tait projetĂ© sur le mur de la caverne primordial. Art de la ligne maĂźtrisĂ©, dont Kaija Saariaho en maĂźtresse absolue des sons, fait une Ă©piphanie magique et incantatoire, Ă  la fois rite de transformation et transe Ă©nigmatique. ONLY THE SOUND REMAINS pourrait bien ĂȘtre un sommet lyrique contemporain, qui rĂ©concilie le grand public avec la forme actuelle de l’écriture lyrique, cultivant les qualitĂ©s premiĂšres et attendues de la musique : la sĂ©duction sonore et la force onirique de ses tableaux visuels. MAGISTRAL.

 
 
 

 

 

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ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho
dvd saariaho only the sound remains opera sellars de ridder dvd erato review dvd critique dvd par classiquenews erato9029575395CLIC D'OR macaron 200DVD Erato : captation de la crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra national hollandais, Amsterdam, mars 2016. OpĂ©ra diptyque d’aprĂšs le ThĂ©Ăątre NĂŽ : 1, Always strong / Tsunemasa – 2, Feather Mantle / Hagoromo. Avec Philippe Jaroussky (le spectre / Spirit), Davone Tines (le gardien / Priest) – les mĂȘmes, respectivement dans le volet 2 : l’ange / Tennin, angel, et le pĂȘcheur / Fisherman. Dance Nora Kimball Mentzos, Dudok Quartet, Nederlands Kamerkoor. Mise en scĂšne : Peter Sellars. AndrĂ© de Ridder, direction musicale. CLIC de CLASSIQUENEWS de  janvier 2018.

 
 
 

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Création française, PARIS, Palais Garnier, du 23 janvier au 7 février 2018. Réservations :
https://www.operadeparis.fr/en/season-17-18/opera/only-the-sound-remains

 
    

OPERA CONTEMPORAIN : ONLY THE SOUND REMAINS (Saariaho, 2016)

KAIJA SAARIAHO, reine du Festival PrĂ©sences 2017OPERA contemporain. SAARIAHO : ONLY SOUND REMAINS. En dvd et sur la scĂšne parisienne de l’OpĂ©ra Garnier (crĂ©ation française du au 2018), le dernier opĂ©ra de la compositrice finlandaise, rĂ©sidente en France, Kaija Saariaho s’offre au public français en ce dĂ©but d’annĂ©e. Occasion exceptionnelle de goĂ»ter voire se dĂ©lecter d’une Ă©criture contemporaine qui demeure totalement audible du grand public, cultivant la suggestion et l’onirisme plutĂŽt que la dĂ©monstration tapageuse. Lors de nos divers reportage dĂ©diĂ© au dernier festival PrĂ©sences de Radio France dont Kaija Saariaho Ă©tait la figure fĂ©dĂ©ratrice (fĂ©vrier 2017 : reportage vidĂ©o Festival PrĂ©sences / Kaija Saariaho), la compositrice livrait dĂ©jĂ  quelques clĂ©s sur son nouvel opĂ©ra Only sound remains (seul le son demeure…) ; dĂ©jĂ  elle soulignait l’importance du Kandele, sorte de luth Ă  cordes pincĂ©es spĂ©cifiquement finnois, qui offre une rĂ©sonnance particuliĂšre Ă  l’ouvrage, en particulier dans son premier volet (puisque la partition est composĂ© en diptyque, de deux Ă©pisodes (2 sĂ©quences inspirĂ©es du thĂ©Ăątre NĂŽ / 2 Noh plays) trĂšs distincts sur le plan narratif, mĂȘme si leurs univers respectifs sont semblablement suggestifs entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©). Ainsi dans le premier volet intitulĂ© «  Always strongs », le kantele (jouĂ© par la musicienne finlandaise Eija Kankaanranta) Ă©voque concrĂštement le luth (appelĂ© Montagne bleue) que jouait Tsunemasa quand il Ă©tait au service de l’Empereur.

REPORTAGE VIDEO PrĂ©sences / Kaija Saariaho 10 – 19 fĂ©vrier 2017 :
http://www.classiquenews.com/video-reportage-festival-presences-2017-kaija-saariaho-un-portrait-10-19-fevrier-2017-concert-1-je-devoile-ma-voix/

 

 
 

LE NOUVEL OPERA DE KAIJA SAARIAHO
ThĂ©Ăątre d’ombres et de murmures : le Fantastique rĂ©inventĂ©

 
 

SAARIAHO-opera-only-sound-remains-opera-presentation-by-par-classiquenewsDe notre point de vue c’est bien le premier volet en effet qui met en scĂšne le luth finnois traditionnel ou Kandele, qui reste le point le plus abouti d’un opĂ©ra qui incarne aussi une esthĂ©tique scĂ©nique et thĂ©Ăątrale propre, proche de Britten, en rĂ©sonance parfaite avec le caractĂšre du thĂ©Ăątre NĂŽ japonais : thĂ©Ăątre purement fantastique, entre songe et hallucination, oĂč le jeu d’ombres, la forme Ă©vanescente et les apparitions structurent un spectacle qui pose la question fondamentale du sens de toute forme. Dans « Always strong », Kaija Saariaho semble traiter la problĂ©matique du souvenir, sa rĂ©itĂ©ration et sa mise en forme, vĂ©cues comme un surgissement qui trouble et bouleverse l’espace du rĂ©el. C’est bien tout l’enjeu de l’espace scĂ©nique du premier volet « Always strong », oĂč les deux seuls « acteurs chanteurs » qui paraissent, semblent se dĂ©rober, s’affronter entre deux mondes sĂ©parĂ©s, avant de s’unir en un baiser, point dramatique qui conserve cependant tout le mystĂšre prĂ©sent depuis le dĂ©but. L’orchestration est sombre et transparent, Ă  la fois spectral, raffinĂ© sur le plan des timbres associĂ©s (violon, flĂ»te et donc kandale) quand le prĂȘtre Giokei invoque l’esprit du joueur de luth Ă  la cour de l’Empereur : aussitĂŽt surgit comme une ombre flottante et de plus en plus prĂ©sente, et incarnĂ©, le spectre de Tsunemasa. Musique de murmures et d’ombres, travail spĂ©cifique sur l’épaisseur du souvenir, Ă©criture en ondes et en rĂ©sonnance (« la pellicule du rĂȘve »), la musique de Kaija Saariaho cultive la force onirique de la musique, sa concentration imaginaire Ă  faire surgir la rĂ©alitĂ© du songe.
 
Only-the-sound-remains_17-04-06_017-1000x667En prĂȘtre inquiet et tiraillĂ© de plus en plus fragilisĂ©, le baryton Davone Tines captive par son sens du chant timbrĂ©, juste, dramatiquement trĂšs prĂ©cis, tandis que le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky fait un spectre glaçant Ă  souhait, d’une irrĂ©alitĂ© souvent diabolique, parfaitement Ă©trange en ses sonoritĂ©s gutturales qui n’accrochent aucune consonnes. L’esthĂ©tique ne cesse de nous sĂ©duire et de nous envoĂ»ter. D’autant qu’aux sujets dĂ©jĂ  identifiĂ©s dans cet opĂ©ra essentiellement allusif (qui peut ĂȘtre aussi trĂšs violent et puissant : quand le spectre prend vĂ©ritablement possession du gardien qui l’invoque), se joignent de nouvelles thĂ©matiques dont celle tout autant centrale et clĂ© dans une Ɠuvre dĂ©cidĂ©ment passionnante : la mise en forme et l’incarnation mĂȘme du verbe. « Always strong » aborde la question du son quand il devient musique et sens (Ă  travers le spectre qui s’incarne), et Ă  travers le motif mĂȘme de l’apparition, est abordĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de pudeur, la question parallĂšle de l’incarnation et de la reprĂ©sentation, aux origines mĂȘmes de la peinture : l’art pictural est nĂ© d’un profil dont l’ombre Ă©tait projetĂ© sur le mur de la caverne primordial. Art de la ligne maĂźtrisĂ©, dont Kaija Saariaho en maĂźtresse absolue des sons, fait une Ă©piphanie magique et incantatoire, Ă  la fois rite de transformation et transe Ă©nigmatique. ONLY THE SOUND REMAINS pourrait bien ĂȘtre un sommet lyrique contemporain, qui rĂ©concilie le grand public avec la forme actuelle de l’écriture lyrique, cultivant les qualitĂ©s premiĂšres et attendues de la musique : la sĂ©duction sonore et la force onirique de ses tableaux visuels. MAGISTRAL.

 
 
 

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ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho
dvd saariaho only the sound remains opera sellars de ridder dvd erato review dvd critique dvd par classiquenews erato9029575395CLIC D'OR macaron 200DVD Erato : captation de la crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra national hollandais, Amsterdam, mars 2016. OpĂ©ra diptyque d’aprĂšs le ThĂ©Ăątre NĂŽ : 1, Always strong / Tsunemasa – 2, Feather Mantle / Hagoromo. Avec Philippe Jaroussky (le spectre / Spirit), Davone Tines (le gardien / Priest) – les mĂȘmes, respectivement dans le volet 2 : l’ange / Tennin, angel, et le pĂȘcheur / Fisherman. Dance Nora Kimball Mentzos, Dudok Quartet, Nederlands Kamerkoor. Mise en scĂšne : Peter Sellars. AndrĂ© de Ridder, direction musicale. CLIC de CLASSIQUENEWS de  janvier 2018.

 
  

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Création française, PARIS, Palais Garnier, du 23 janvier au 7 février 2018. Réservations :
https://www.operadeparis.fr/en/season-17-18/opera/only-the-sound-remains

 
  
 

CD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox)

alia vox jordi savall janvier 2018 VENEZIA MILLENARIA critique annonce presentation review cd critique cd par classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox). C’est une cĂ©lĂ©bration qui donne le vertige par sa justesse et son hymne pour la fraternitĂ© des peuples entre Orient et Occident. Toute l’histoire de Venise illustre finalement le geste musical, artistique et philosophique de Jordi Savall et ses Ă©quipes d’instrumentistes rĂ©unis en grand nombre – vĂ©ritable festival de timbres et de rythmes mĂ©tissĂ©es, aux gestes et rencontres pacifiĂ©s / sublimĂ©s : HespĂ©rion XXI, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations (+ quelques artistes solistes invitĂ©s, toujours dans l’esprit d’une camaraderie artistique…). En restituant en 2 cd magiciens, au souffle Ă  la fois Ă©pique, onirique, sensuel, la chronologie qui a fondĂ©, Ă©tabli et permis l’essor de Venise, entre 700 et 1797, le musicien catalan Ă©voque ce cheminement Ă  la fois prodigieux et contradictoire qui scelle l’éclat, la magnificence et propre au geste de Savall, l’humanitĂ© profonde, simple, profane – nous dirions volontiers plĂ©bĂ©ienne (dans sa forme et sa dĂ©termination d’accessibilitĂ© ultime), du rĂȘve vĂ©nitien, Ă  travers son premier millĂ©naire, soit de sa fondation Ă  l’invasion par Bonaparte, ce dernier estimĂ© par la population locale tel un libĂ©rateur (du joug autrichien).

CD1. L’auditeur suit cette cĂ©lĂ©bration premiĂšre d’essence surtout sacrĂ©e – ferveur collective liĂ©e Ă  la libĂ©ration de JĂ©rusalem et de Constantinople dont Venise est un prolongement byzantin tardif. Sa fondation par les italiens nordiques alors chassĂ©s, martyrisĂ©s par les hordes lombardes, est vĂ©cu comme un acte de sĂ©curisation : la citĂ© lagunaire devant Ă  la faible profondeur de ses eaux environnantes, une mise Ă  l’écart sĂ©curitaire des invasions par terre et par mer. CoupĂ©e du continent, la CitĂ  nouvelle s’ouvre totalement et presque exclusivement vers l’Orient et vers sa mĂšre patrie, son modĂšle spirituel et terrestre : Constantinople. Le sacrĂ© primordial scelle les fondations religieuses et comme miraculeuses de sa naissance et ici comme plus tard, tout vient d’Orient (en 828 sont transfĂ©rĂ©s les restes de Saint-Marc depuis Alexandrie en Egypte jusqu’à Venise : cf le tableau fantastique, narratif du Tintoret). Au son des trompettes en fanfare Ă  la fois majestueuses et dansantes, Ă©maillĂ©es par le timbre oriental du duduk ou de la cithare, se prĂ©cise ce basculement du sacrĂ© constant, au profane (de plus en plus caractĂ©risĂ© selon l’essor de la monodie baroque Ă  venir) : exaltation guerriĂšre d’une nation lagunaire qui exprime l’ardeur enivrĂ©e de la vie, contredisant la finalitĂ© barbare de la guerre. Peu Ă  peu, s’affirme une sensualitĂ© nouvelle d’essence proprement populaire


 

 

 

Venise 700 – 1797 : millĂ©naire et universelle

Jordi Savall, au carrefour des nations entre Orient et Occident, signe un nouvel ouvrage enivrant et polémique, fusionnant le sens et la forme


 

 

CD2. Alors peu s’accomplir le miracle monteverdien dans la CitĂ  qui a fondĂ© ses propres Ă©glises avec un faste et un raffinement Ă©blouissant (San Giorgio Maggiore, 1571). Le Combattimento di Tancredi et Clorinda de 1638 confirme cette naturalisation hĂ©roĂŻque (stile concitato ou style guerrier) qui Ă  travers l’opĂ©ra (invention vĂ©nitienne, de surcroĂźt dans son ouverture publique en 1637), invente la langue incarnĂ©e, sensuelle, individualisĂ©e du XVIIĂš ou Seicento (Premier Baroque). Jordi Savall a eu bien raison de mettre en avant ce sommet du madrigal dramatique dĂ©jĂ  opĂ©ratique auquel rĂ©pond l’ivresse entre Orient et Occident, … de la marche ottomane (Ă©voquant la campagne en MorĂ©e / PĂ©loponĂšse, des VĂ©nitiens contre les Ottomans, 1684 : vertiges sensuels d’une fanfare devenue danse, sublimĂ©e par l’arrangement qu’en rĂ©alise Jordi Savall lui-mĂȘme). D’ailleurs si les XVĂš et XVIĂš siĂšcles demeurent ceux de l’apogĂ©e Ă©conomique, le XVIIĂš est celui oĂč Venise confrontĂ©e Ă  l’expansion turc, perd peu Ă  peu son empire coloniale en mĂ©diterranĂ©e.

 
 

SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionLe XVIIIĂš accentue encore ce basculement aprĂšs son dĂ©clin Ă©conomique comme puissance coloniale et marchande : Venise devient capitale des plaisirs de l’Europe galante (La Senna Festeggiante de Vivaldi en l’honneur de Louis XV crĂ©Ă© in loco chez l’Ambassadeur de France Ă  Venise, 1725). Et au moment oĂč les grecs se rĂ©voltent contre les musulmans ottomans, Mozart en visite Ă  Venise (1771) compose sa Sonate furieuse et elle aussi rĂ©voltĂ©e alla turca : Jordi Savall en transpose un Ă©pisode Ă©nivrĂ© lui aussi, Ă©chevelĂ© mĂȘme par la texture des timbres associĂ©s. Enfin point d’orgue de ce second volume haut en couleurs – aprĂšs les rĂ©sonances orthodoxes russes (quand l’impĂ©ratrice Catherine se fait la protectrice de tous les chrĂ©tiens d’Orient dans l’Empire Ottomans, en 1774), voici le point d’accomplissement de cette conscience de l’insouciance, cristallisĂ©e dans les musiques de Hasse pour le Carnaval de 1796 (arrangement Ă  4 voix de J Savall lĂ  aussi) : choeur galant d’une exquise lĂ©gĂšretĂ©.
Enfin la fresque Ă©pique musicale s’achĂšve par le traitĂ© de Campo-Formio quand Bonaparte dissout la RĂ©publique et rattache a contrario de toute son histoire, la citĂ© lagunaire au continent, soit au royaume d’Italie (1797). Le coup de maĂźtre rĂ©ussi par le chef catalan est de restituer l’instrumentation originelle du Beethoven des Symphonies 5 (Allegro) et 7 (Allegretto) Ă  laquelle il associe les paroles polĂ©miques d’Adolphe Joly : toute la contradiction de l’époque est ainsi respectĂ©e. En faux libĂ©rateur, Bonaparte qui a su prendre soin de se draper des idĂ©aux de la RĂ©volution, impose en rĂ©alitĂ© sa propre tyrannie. Le français redessine les cartes et “invente” la mise sous tutelle de Venise. Un mensonge Ă©dictĂ© en propagande dont Beethoven lui-mĂȘme, d’abord enthousiaste, n’avait pas Ă©tĂ© dupe. Les peuples manipulĂ©s ont-ils la clairvoyance de se sauver des faux prophĂštes ? Tout est magistralement exprimĂ© ici, dans cette fin qui tout en concluant la flamboyante histoire de Venise, ne cesse d’interroger aussi le sens du temps et la finalitĂ© des sociĂ©tĂ©s : que vaut le destin d’un homme s’il sacrifie la libertĂ© inaliĂ©nable des peuples ? On reconnaĂźt Ă  cette musique qui est question, l’intelligence d’un chef concepteur qui sait infĂ©oder la sĂ©duction sonore de son geste artistique, Ă  sa pensĂ©e humaniste, fraternelle, spirituelle. Programme magistral dont on aimerait dire qu’il a Ă©tĂ© aussi crĂ©Ă©, outre Fontfroide, Salzbourg et Utrecht, à
 Venise ?

 

 

 

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CLIC_macaron_20dec13CD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox). Enregistrements rĂ©alisĂ©s Ă  Fontfroide et Salzbourg (juillet 2016), puis Utrecht (octobre 2016). 2 cd Alia Vox AVSA 9925 — livre 2 cd Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS de janvier 2018.

 
 

 

Ligeti Ă  Vienne (1988)

György LigetiFrance Musique, 8 – 12 janvier 2018, 13h30. Ligeti Ă  Vienne. DĂ©cĂ©dĂ© en juin 2006, György Ligeti (nĂ© en 1923) est ce grand expatriĂ©, d’origine roumaine et hongroise qui a choisi de se fixer Ă  Vienne en 1956 aprĂšs l’échec des mouvements anti communistes Ă  Budapest (oĂč il suivait sa formation musicale Ă  l’AcadĂ©mie Liszt). MarquĂ© par la guerre et la barbarie humaine, Ligeti est frappĂ© par l’horreur du XXĂš : toute sa famille sauf sa mĂšre a pĂ©ri en dĂ©portation. Son Ă©criture contient les dĂ©chirures et les tensions de cette expĂ©rience intime particuliĂšrement douloureuse.
Il s’installe Ă  Vienne en 1959, trouvant dans la capitale autrichienne, foyer musical intense oĂč sont toujours cĂ©lĂ©brĂ©s l’esprit comme l’hĂ©ritage de Haydn, Mozart et Beethoven, les conditions de sa rĂ©sidence comme compositeur. SensibilitĂ© aiguĂ«, mordante, affĂ»tĂ©e, Ligeti cultive un sens du dĂ©lire grotesque, et une certaine autodĂ©rision inspirĂ© des rites prĂ©paratoires de Cage
, – interrogations critiques sur le sens et le dĂ©veloppement de la forme (dĂ©calage rythmique), pourtant douĂ©es d’un grande puissance poĂ©tique. Il reste avec Boulez, Berio et Kagel (avec lequel il collabore), l’une des figures essentielles de la crĂ©ation musicale dans la seconde moitiĂ© du XXĂš. Pour nous, le chant cri du Requiem (1963-1965), Ă  la fois viscĂ©ral et sublimĂ© ; puis son grand oeuvre lyrique (unique) : Le Grand macabre (crĂ©Ă© en 1977) sont les pierres angulaires de ce parcours d’une sincĂ©ritĂ© captivante. Ce n’est pas un hasard, si le rĂ©alisateur Stanley Kubrick utilise les musiques de Ligeti : fantasques, fulgurantes, surrĂ©alistes et fantastiques
, dans ses films dont le plus cĂ©lĂšbre, « 2001 l’odyssĂ©e de l’espace », oĂč jaillit comme un gemme sonore, Ă  la fois glaçant et hypnotique, la vibration particuliĂšre que Ligeti a conçu pour le « monolithe noir ».

logo_france_musique_DETOURECycle radiophonique : Ligeti à Vienne en 1988, toute la semaine sur France Musique, chaque jour, du lundi 8 au vendredi 12 janvier 2018, à 13h30 (émission « Musicopolis »).

CD événement, présentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY)

BASSA silas cd dualita cd presentation announce review cd critique cd par classiquenews label paraty3f7d3b_23065300bc3846e5b386a03b3d9cb7f7~mv2CD Ă©vĂ©nement, prĂ©sentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY). ENERGIE Ă©lectrique, APPEL au MYSTERE
 AprĂšs un prĂ©cĂ©dent album “Oscillations” (Ă©galement publiĂ© par le label Paraty), le pianiste argentin, retrouve avec grĂące ce jeu pĂ©tillant et stimulant de l’ambivalence fĂ©conde : oscillations, pulsions premiĂšres, et ici “dualitĂ©” qui sait Ă©lectriser le geste dĂ©fricheur… Ce qui frappe immĂ©diatement dans le geste et la pensĂ©e de Silas Bassa c’est sa grande culture, sa sensibilitĂ© aiguĂ« et une libertĂ© recrĂ©ative dans ses associations musicales. Son piano Ă©largit les chemins traditionnels, « ose » dĂ©fricher, assembler, dĂ©battre. La musique est langage, mieux, elle est pensĂ©e. Voici sous les doigts de l’interprĂšte et du compositeur, un piano conscience, un piano monde qui a conçu un parcours d’une rare pertinence. Les diffĂ©rents de jalons de ce rĂ©cital pianistique qui invite aussi la voix poĂ©tique (Le Gibet d’Aloysius Bertrand dit par Nita Klein, en prĂ©ambule Ă  Ravel)
 Tout cela est minutieusemeent calibrĂ©, relevant d’un jeu d’équilibre oĂč miroitent les effets mĂȘlĂ©s fusionnĂ©s, entre textes et musique. Toujours ce qui prime ici, c’est le sens profond de la musique, la signification des enchaĂźnements, et au dĂ©tour d’une succession particuliĂšrement stimulante, le miracle d’une rĂ©vĂ©lation (voyez comment du Bertrand rĂ©citĂ© au Gibet de Ravel, surgit l’à propos (rĂ©)conciliateur de « RĂ©miniscence », point d’équilibre et de pleine conscience de ce programme remarquablement composĂ©.

D’abord, en « ouverture », (1) Regard du PĂšre (Vingt regards sur l’Enfant JĂ©sus) de Messiaen rappellerait la prĂ©sence divine : appel et proclamation sourde, grave au MystĂšre de plus de 7 mn.
Puis 2, KleinstĂŒcke (petite piĂšce) de Silas Bassa, travaille la rĂ©sonance et la progression des notes rĂ©pĂ©tĂ©es; elle prolonge l’atmosphĂšre d’envoĂ»tement sonore et spirituel tissĂ©e par Messiaen : ses scintillements emperlĂ©s, dans le repli et la pudeur, semblent commenter et cultiver l’éveil qui est nĂ© Ă  travers l’étoffe du Messiaen qui prĂ©cĂšde.
Puis, l’étude n°9 de Philip Glass affirme une mĂȘme conscience Ă©largie, Ă  la fois sombre et Ă©nigmatique, dans un scintillement pulsionnel ouvragĂ©, ciselĂ© dans sa sĂ©rie de variations harmoniques souvent imprĂ©visibles.

 

 

 

Silas Bassa : le piano qui pense le monde

 

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L’enchaĂźnement des parties (18 au total dans ce nouveau programme) Ă©claire un cheminement Ă©videmment personnel qui offre de rĂ©Ă©couter des piĂšces de son cru (« KleinstĂŒck » donc, « Santa Fe », « RĂ©miniscence », « Eternità »  comme des jalons d’un voyage intime voire initiatique) et quelques perles du rĂ©pertoire baroque, classique et romantique : du PrĂ©lude n°22 de JS Bach (13) au Gibet du Gaspard de la Nuit de Ravel : vĂ©ritable jubilation fantastique confinant Ă  une dĂ©construction abstraite (11). Sa place dans le chapelet d’épisodes fait surgir son incandescence secrĂšte.
Silas Bassa semble Ă©grainer chaque sĂ©quence selon un choix trĂšs concertĂ© ; chacune de ses propres partitions synthĂ©tisant de façon sonore et Ă©motionnelle, ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© ; ainsi l’énergie canalisĂ©e de « Santa Fe » commente et rĂ©sume Ă  la fois tout ce que l’auditeur a Ă©coutĂ©, Ă©prouvĂ© dans le cycle des 4 sections prĂ©cĂ©dentes enchaĂźnĂ©es ; Santa Fe palpite, dĂ©construit puis reconstruit (comme la formidable Ă©nergie pulsionnelle de l’Etude n°12 de Glass qui suit (14) ; vitalitĂ© du vivant, puis pensĂ©e d’une nouvelle architecture : le chaos primitif, la matiĂšre brute, bientĂŽt transformĂ©s sous le filtre crĂ©ateur du concepteur ; de la gangue naĂźt le diamant en ses facettes patiemment taillĂ©es. La DualitĂ  dont nous parle le pianiste, compositeur et architecte, façonne un captivant parcours. Sa playlist est un foisonnant kalĂ©idoscope qui est rituel et cĂ©lĂ©bration de l’instant, mais aussi pensĂ©e critique et intelligence expĂ©rimentale sur la forme musicale. CLIC_macaron_2014Aspirant Ă  l’équilibre (qui est « notre vraie nature »), le pianiste pense le monde et le sens de nos vies (de fait, la couverture n’évoque-t-elle pas le penseur de Rodin ?). Voici assurĂ©ment l’un des disques les plus passionnants de l’artiste hors normes. A suivre
 grande critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CD Ă©lu “CLIC” de classiquenews de janvier 2018. – illustration : © P Aguirre. EN LIRE + sur le site de SILAS BASSA

 

 

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AGENDA

 

Silas Bassa est en concert (lancement de son disque « Dualità » Ă©ditĂ© par PARATY) Ă  Paris les 26 janvier puis 9 fĂ©vrier 2018 – programme de son disque DualitĂ , Bal Blomet, 20h30, 33 rue Blomet 75015 PARIS / infos : 01 45 66 95 49. RESERVEZ

 http://www.balblomet.fr/events/dualita-silas-bassa-piano/

 

 

 

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CD, opĂ©ra, annonce. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)

Calleja_Verdi_Cover-002-DECCA-annonce-presentation-critique-cd-review-cd-par-classiquenewsCD, opĂ©ra. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)
 PREMIERES IMPRESSIONS… Il est dans ce premier rĂ©cital monographique : RadamĂšs, Manrico, Alvaro, Carlo, Otello
 le visuel de couverture l’indique sans ambages : voici un programme tissĂ© dans l’ombre brĂ»lante et tragique, une soie noire plus qu’Ă©clatante. Le chanteur se plaĂźt Ă  dĂ©cliner mille nuances d’un noir tĂ©nĂ©breux, Ă©pais, d’une richesse intĂ©rieure manifeste. TĂ©nor plus intĂ©rieur qu’hĂ©roĂŻque, douĂ© d’une belle intĂ©rioritĂ©, en fin diseur aussi, capable d’un chant intelligent qui sait nuancer (et pas seulement hurler), Joseph Calleja montre derechef dans ce rĂ©cital Verdi, qu’il est un remarquable acteur, jouant sur un style subtil et trĂšs incarnĂ©, articulĂ© voire ciselĂ©.
RadamĂšs d’ouverture ouvre grand le souffle amoureux du gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien qui certes victorieux n’en finira pas moins emmurĂ© vivant avec celle qui ravit son coeur (CĂ©leste Aida)
 D’emblĂ©e le timbre du maltais Calleja impose un beau legato, ce vibrato finement contrĂŽlĂ©, surtout ce timbre « vieille Ă©cole », celui des tĂ©nors du dĂ©but du XXĂš, laisse envisager un travail spĂ©cifique sur le caractĂšre et l’intĂ©rioritĂ©, la couleur du sentiment, plutĂŽt que la projection claironnante voire artificielle.

TĂ©nor raffinĂ© et noir…

TrĂšs proche du thĂ©Ăątre parlĂ©, celui inspirĂ© par Schiller ou Victor Hugo, la plage 4 avec son ample et suave solo de clarinette (au timbre si proche de la respiration et du grain de la voix), affirme une gravitas, sombre (graves larges), celle d’Alvaro (dans La Force du Destino) qui songe Ă  Leonora, la bien aimĂ©e dĂ©sormais inaccessible : en acteur saisisant toute la profondeur douloureuse, saillante et tragique du hĂ©ros, Joseph Calleja trouve le ton et le style corrects. Son Alvaro ne manque ni de finesse ni d’épaisseur Ă©motionnelle. En exprimant toute l’intĂ©rioritĂ© du hĂ©ros verdien, ici du tĂ©nor capable de langueur sourde et inquiĂšte, rĂ©ussit Ă  transmettre ce qui manque Ă  beaucoup de ses confrĂšres (plus dĂ©monstratifs et aussi puissants), l’épaisseur psychologique : ĂȘtres du doute, de la malĂ©diction
 ses hĂ©ros inscrivent directement Verdi dans les premiers belcantistes dont Ă©videmment Donizetti. Ses phrasĂ©s naturels et articulĂ©s avec finesse, son intelligibilitĂ© en italien
 regardent plutĂŽt du cĂŽtĂ© de l’élĂ©gance incarnĂ©e, plutĂŽt que vers l’intensitĂ© extĂ©rieure. Ici le personnage souffre (avec la clarinette, d’une somptuositĂ© tragique canalisĂ©e). La couleur et le caractĂšre sont justes. La rĂ©ussite est totale, et l’art du tĂ©nor riche en nuances Ă©motionnelles parfaitement maĂźtrisĂ©es. La dĂ©licatesse (un rien surannĂ©e dans sa couleur naturel et son Ă©locution) Ă©claire les dĂ©chirements du hĂ©ros verdien, Ăąme brulĂ©e, dĂ©truite
 et pourtant n’aspirant qu’à trouver la paix et le salut. Son Alvaro est la plus grande rĂ©ussite de ce rĂ©cital VERDI. De fait, dans la mĂȘme veine intĂ©rieur, tiraillĂ©e, tragique mais toujours proche du texte, son Carlo est d’une inspiration Ă©gale : Ă  la fois articulĂ©e et raffinĂ©e.

Grande critique du cd JOSEPH CALLEJA à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du cd, le 2 février 2018.

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. VERDI / JOSEPH CALLEJA, tĂ©nor. Airs d’opĂ©ras de Verdi. Avec Angela Gheorghiu
 (Don Carlo, Otello). Orquestra de la Comunitat Valenciana. RamĂłn Tebar, direction. 1 cd Decca.

CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017)

VOLTS Quatuor TANA cd paraty quatuor cordes et electronique Titelive_3760213650726_D_3760213650726CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017). Avec VOLTS, le Quatuor Tana fait Ă©voluer notre perception de la forme instrumentale et marque un jalon dans l’histoire du genre quatuor. Les instrumentistes n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  faire fabriquer leurs propres instruments capables de relever les dĂ©fis d’un programme riche en surprises, en dĂ©passements techniques, en renouvellement expressif et sonore. Les 5 compositeurs exploitent jusqu’à leurs extrĂȘmitĂ©s techniques et acoustiques, les « Tana Instruments », trouvant un Ă©quilibre prĂ©cieux entre dĂ©frichement tous azimuts et nĂ©anmoins cohĂ©sion du parcours sonore. Chacune des piĂšces Ă©vapore les frontiĂšres sĂ©parant acoustique et Ă©lectronique, ou explore les ressources des nouveaux instruments. Un monde sonore se dĂ©voile dans cet album aussi expĂ©rimental que visionnaire. Quel sera demain le son du quatuor ? Les Tana rĂ©pondent sans ambiguĂŻtĂ© Ă  la question, rĂ©vĂ©lant les qualitĂ©s d’une nouvelle syntaxe dĂ©sormais fascinante.

DĂšs le premier opus signĂ© Fausto Romitelli « Natura Morte con fiamme » pour quatuor et bande Ă©lectronique (1991) s’impose le travail spĂ©cifique sur le son acoustique Ă©mis, auquel rĂ©pond, dialogue, ou s’électrise son double Ă©lectronique produit en rĂ©sonance. Un certain hĂ©donisme sonore diffuse de la sĂ©rie de longues phrases sur lesquelles glissent les notes des cordes en son rĂ©el. L’auteur sait cultiver atmosphĂšres Ă©nigmatique suspendues, puis en contrastes expressifs, saccades, sons fouettĂ©s, percussions serties dans la bande Ă©lectronique qui tout en enrichissant la matiĂšre sonore, favorisent surtout les gestes fragmentĂ©s ; il en dĂ©coule un Ă©clatement progressif de la forme, oĂč se dĂ©ploie une nouvelle sĂ©rie de chuintements courts qui redĂ©finissent la notion mĂȘme de phrases musicales. C’est une sorte d’apologie du fragment et de la syncope, plus proche de la pulsion plutĂŽt que du dĂ©veloppement musical. La prĂ©cision et l’intensitĂ© du geste de chaque instrumentiste assurent la rĂ©ussite de l’ensemble.

Smaqra de Juan Arroyo est une piĂšce au caractĂšre Ă  la fois rĂ©aliste et onirique, pour pratique et sonoritĂ© mixte, acoustique et Ă©lectronique (« hybride »), de 2015 . Les accents secs qui claquent et les Ă -coups sur les cordes mordent l’espace comme des griffes qui abolissent la notion de frottement continu ; Ă  la fois « tambours » et aussi « cloches », les instruments nouveaux imaginĂ©s par les Tana (ayant leur propre haut parleur dans la caisse de rĂ©sonance) tissent un nouveau champs de vibrations sur des rythmes entraĂźnants auxquels rĂ©pond une sĂ©rie d’accords amplifiĂ©s. Espace et temps fusionnent comme une jungle florissante, en extension, Ă  la fois grouillante, fascinante, inquiĂ©tante. La diversitĂ© des sons acoustiques et leurs doubles Ă©lectroniques (transformĂ©s, retraitĂ©s en temps rĂ©el) s’imbriquent et dialoguent crĂ©ant un espace en circulation permanente. La collection de sons qui est produite, propose un nouveau bestiaire musical, vĂ©ritable vivier du timbre, interrogeant et remodelant chaque note dans sa hauteur, sa profondeur, son Ă©mission. DĂ©flagration, rĂ©sonance, rĂ©ponses
l’imaginaire de l’auditeur est excitĂ© par la grande plasticitĂ© des instruments capables de couleurs et de nuances inĂ©dites (l’effets d’arcs Ă©lectriques en fin de cycle, combinĂ© au tissu grouillant, Ă  la fois disparate et resserrĂ©, demeure fascinant).

Audacieux, défricheurs, pionniers

les TANA inventent le Quatuor du XXIĂš

Tana_Studio-13-profils-582Remmy Canedo dans « Clusterfuck » de 2016 affirme immĂ©diatement une plĂ©nitude sonore dans toutes les directions de l’espace et du temps qui mĂȘle l’acoustique sec et le son Ă©lectronique, frottĂ©, pincĂ©, en glissando ; son Ă©criture elle aussi Ă©lectrisĂ©e, tisse un magma en formation ou en permanente mĂ©tamorphose 
 Avec traits distinctifs, l’incise millimĂ©trĂ©e de phĂ©nomĂšnes soucieux de la plĂ©nitude sonore, alternant passage en tutti rĂ©sonnant, en murmures plus Ă©nigmatiques, voire inquiĂ©tant et agressifs. Le compositeur prend soin de mĂ©nager des « espaces sonores mouvants » Ă  la fois trĂšs identifiables et aussi mĂȘlĂ©s
 les possibilitĂ©s acoustiques et musicales des instruments nouveaux dĂ©montrent un champs d’action et de production sonore, totalement inĂ©dit. Sous tension, en une suractivitĂ© Ăąpre et mordante, bondissante et nerveuse, la partition rĂ©cente cultive une dramaturgie impressionnante parfois spectaculaire, avec des sons rĂąpĂ©s, dĂ©chirĂ©s, alternant avec des sĂ©quences trĂšs denses, oĂč les cordes frottĂ©s dĂ©ploient un arsenal sonore expressif, souvent radical, en longues phrases soutenues pour la conclusion.

« Dissidence 4 » de Christophe Havel de 2016 est l’une des 3 partitions les plus dĂ©veloppĂ©es de l’album, et qui offre Ă  notre sens le spectre sonore le plus manifestement construit, exhibant d’emblĂ©e, dĂšs son dĂ©veloppement, une dramaturgie sonore trĂšs convaincante. Au dĂ©but, jouant des effets de rĂ©sonance des pizzicati, le dĂ©veloppement s’impose par une sĂ©rie d’accords prĂ©alables plus construits, dessinant une entrĂ©e en matiĂšre dĂ©terminĂ©e, percutante, qui ouvre un espace rĂ©solu et plus stable (notes tenues remarquablement car subtilement amplifiĂ©es) que les partitions prĂ©cĂ©dentes oĂč l’esprit de cĂ©sure et de syncope et la tension fragmentĂ©e Ă©taient permanentes. Ici de longs rubans sonores se dĂ©roulent, jusqu’à la section en trĂšs courtes sĂ©quences Ă  3’45, oĂč des Ă©clairs, flammĂšches, associĂ©s Ă  un effet de sirĂšne, composent un nouveau paysage expressif en Ă©tat de fusion voire « d’ébullition Ă©lectrique » (donc trĂšs en rapport avec le titre de l’album « VOLTS »), tableau Ă©tirĂ©, parcouru d’éclats sous tension. LĂ  encore, les instruments acoustiques sont trĂšs bien exploitĂ©s (coups d’archets percussifs, fouettĂ©s comme dĂ©chirant le spectre sonore, associĂ©s Ă  une sĂ©rie d’arches tenues en decrescendo
). La versatilitĂ© des instruments, les climats contrastĂ©s qu’ils engendrent forment ainsi cette fabrique musicale et instrumentale, porteuse d’expĂ©rimentation et d’exploration sans limites. Les nouveaux instruments fabriquĂ©s par les quatre instrumentistes du Quatuor Tana (les « Tana Instruments »), renouvellent considĂ©rablement les champs expressifs et donc la palette sonore en question ; outre le jeu et la pratique, c’est aussi dans le dialogue qui s’instaure avec les luthiers, une nouvelle source d’enrichissement qui fait Ă©voluer la lutherie.
CLIC_macaron_2014PrĂ©parant et portant le tutti final d’une rare intensitĂ© en rĂ©sonance, lignes mĂȘlĂ©es, percussions, accents et nuances dialoguĂ©es nourrissent un vĂ©ritable performance expressive au spectre trĂšs riche, tout Ă  fait emblĂ©matique de ce bestiaire sonore permis par les “Tana instruments”. Les 30 derniĂšres secondes de la piĂšce tissent un parcours sonore aussi inouĂŻ que flamboyant. Bel accomplissement. Certainement la sĂ©quence la plus convaincante de cet album, riche en pĂ©pites sonores inĂ©dites. En prĂ©curseurs, les Tana prophĂ©tisent les nouveaux sons du Quatuor moderne.

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CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017) – DurĂ©e : 1h05mn – CLIC de CLASSIQUENEWS, octobre 2017 – parution le 11 novembre 2017.

Programme :

1- Fausto Romitelli, « Natura Morte Con Fiamme », pour quatuor à cordes et bande électronique, 1991  08:56
2- Juan Arroyo, « Smaqra » pour TanaInstruments (hybride), 2015 08:06
3- Remmy Canedo, « Clusterfuck » pour TanaInstruments (hybride), 2016  17:23
4- Gilbert Nouno, « Deejay », pour quatuor à cordes et électronique, 2014,  18:07
5- Christophe Havel, « Dissidence 4 », pour TanaInstruments( hybride), 2016 13:08

Quatuor TANA
Antoine Maisonhaute (violin / violon)
Ivan Lebrun (violin / violon)
Maxime Desert (viola / alto)
Jeanne Maisonhaute (cello / violoncelle)

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Approfondir

LIRE notre grand entretien avec le Quatuor TANA, à propos du cd VOLTS (propos recueillis en octobre 2017)

LIRE notre annonce dĂ©pĂȘche prĂ©sentant le cd VOLTS du Quatuor TANA – dĂ©pĂȘche du 8 octobre 2017

 

 

 

Compte-rendu, critique, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, le 19 octobre 2017 (Arte). Yoncheva, Garance, Kaufmann… Jordan. Warlikowski.

Giuseppe VerdiCompte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, le 19 octobre 2017 (Arte). Yoncheva, Garance, Kaufmann… Jordan. Warlikowski. Saluons le petit Ă©cran de pouvoir dĂ©couvrir une nouvelle production verdienne annoncĂ©e comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de la rentrĂ©e. Notre rĂ©dacteur Lucas Irom a visualisĂ© la diffusion et “ose” poser les questions qui fĂąchent : la mise en scĂšne est-elle juste ? Surtout, la version parisienne chantĂ©e en français est-elle bien dĂ©fendue (articulĂ©e) et Jonas Kaufmann a-t-il eu raison de chanter Ă  ce moment de sa carriĂšre, le rĂŽle si difficile de Carlos Ă  Paris ?

 

 

kaufmann chante don carlos

 

DEBUTS DIFFICILES… Entre scĂšne d’hĂŽpital psychiatrique (rĂ©fĂ©rence usĂ©e voire Ă©reintĂ©e Ă  l’opĂ©ra) et vision dĂ©sespĂ©rĂ©e dans une salle vide et terne surgit Carlos / Kaufmann en malade suicidaire, bandage Ă  chaque poignet
 Il vient de tenter de se cisailler les veines. Avouons qu’au dĂ©part, le chant laisse perplexe
 D’emblĂ©e son français est instable, le chant dans l’Ă©vocation d’Élisabeth est parfois forcĂ©, terriblement tendu et manque cruellement de simplicitĂ© comme de souplesse. C’est parfois ampoulĂ© et surjouĂ©. AgitĂ© sur son lit, Carlos s’embrase dĂ©jĂ  quand derriĂšre lui, comme en une vision rĂ©trospective, l’Elisabeth de  Sonya Yoncheva, se fige; voilĂ©e de blanc telle une fiancĂ©e promise Ă  un mariage Ă©minent (le leur), prĂšs d’un cheval immobile au centre de la scĂšne. VoilĂ  plantĂ© le dĂ©cor, entre objets assemblĂ©s d’un songe surrĂ©aliste et cellule d’un malade qui observe Ă  distance, le monde et la folie des hommes.
Pulpeuse et divine, Sonya Yoncheva ruisselle d’une ineffable fĂ©minitĂ© quand le chant bouillonnant et embrasĂ© du jeune Carlos qui se rĂ©vĂšle Ă  elle dans une scĂšne qui est filmĂ©e sur Arte en noir et blanc comme s’il s’agissait d’une pĂ©riode d’un passĂ© bien rĂ©volu (les spectateurs Ă  Bastille, eux n’auront pas cette nuance chromatique), impose la conception rien que thĂ©Ăątale du metteur en scĂšne, Warlikovski dont on retrouve come dans de prĂ©cĂ©dentes rĂ©alisations, le cynisme dĂ©senchantĂ©, la grisaille aux lueurs (et nĂ©ons fluoresecents : lĂ  encore un code visuel remĂąchĂ©) ; de fait, cet acte prĂ©alable, dit de Fontainebleau, vĂ©ritable scĂšne de thĂ©Ăątre amoureux est un huit clos Ă  part, prĂ©cĂ©dant tout ce qui se dĂ©roule ensuite, sorte de tableau d’un amour perdu dont le duo Ă©perdu des deux jeunes voix qui fusionnent progressivement, tĂ©moignent. C’est un rĂȘve tendre et sensuel (rien de tout cela sur la scĂšne parisienne), oĂč au cours d’une chasse royal, les deux fiancĂ©s se rencontrent Ă  la dĂ©robĂ©e, sans ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©sentĂ©s officiellement. L’attachement qui naĂźt alors n’en est que plus fort et magique.
La suite n’a plus rien de comparable car cet amour naissant sera tuĂ© dans l’Ɠuf : Carlos perdant Ă  jamais son amour puisque c’est son propre pĂšre Philippe II qui Ă©pousera pour lui mĂȘme, cette jeune française des plus dĂ©sirables.

 

L’immensitĂ© de Bastille attĂ©nue souvent ce qui demeure quand mĂȘme une scĂšne d’extase rare dans l’Ɠuvre de verdi. RĂ©itĂ©rĂ©e Ă  la fin de la partition (entre deux ĂȘtres Ă©pris l’un de l’autre, mais dĂ©vastĂ©s et contraints, devenus « fils » et « mĂšre »), surtout suicidaires, selon Warlikovski.
En cours de soirĂ©e, la voix de Kaufmann s’adoucit malgrĂ© l’horreur qui lui est infligĂ©e prĂ©cisĂ©ment quand la clarinette souligne le coup du sort Ă  l’annonce que la princesse sera reine d’Espagne, c’est Ă  dire l’épouse de son pĂšre. Le pĂšre plutĂŽt que le fils. Revirement plus cornĂ©lien que shakespearien pour lequel l’orchestre redouble de raffinement chambriste. Avec cette Fureur sourde qui porte le chƓur et inscrit l’action dans la grande histoire : que pĂšse cette amourette face Ă  la volontĂ© du roi ? Amour ou devoir ? Carlos et Elisabeth chantent leur dĂ©chirement, leur impuissante angoisse quand tout le chƓur cĂ©lĂšbre les Noces royales pour la future Reine.
L’impression que la voix de Kaufmann reste trop large pour l’ardente juvĂ©nilitĂ© de Carlos se confirme. L’essence et le caractĂšre du personnage auquel Verdi a donnĂ© le titre de son opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  paris en 1867, soit en plein Second Empire, est plus proche de la clarinette que du violoncelle justement. En fin de tableau le dĂ©pressif malade atteint dĂ©truit se laisse basculer avec sa chaise
 Plus suicidaire qu’au dĂ©but. Un grand portrait rĂ©volver sur la tempe paraĂźt : Carlos est une victime Ă©crasĂ©e par le destin.

 

 

VANITE DES VANITES
 D’ailleurs l’opĂ©ra est une grandiose vanitĂ© oĂč sont mis au pilori chaque destinĂ©e ici personnifiĂ©e, toute tentative d’atteindre le duo politique / Ă©glise (Philippe II / Le Grand Inquisiteur) : ainsi dans le tableau du cloĂźtre de Saint Just oĂč se recueille le pĂ©nitent Carlos, le vrai sujet de l’Ɠuvre est la terreur qui force l’action des politiques infĂ©odĂ©es Ă  l’Ă©glise : pour conserver coĂ»te que coĂ»te son pouvoir, Philippe II accepte de se soumettre Ă  la tyrannie de l’Ă©glise quitte Ă  sacrifier son bonheur et celui de son fils Carlos. VanitĂ© et pour le coup volontĂ© suicidaire du pouvoir qui choisit la terreur plutĂŽt que le bonheur. Tout cela est glaçant, dĂ©voilant une puissance critique que Verdi habille sous des ors parfois emphatiques, mais la grande machine parisienne aimait ce dĂ©corum. Dommage qu’alors, Bastille ait renoncĂ© au ballet, Ă©lĂ©ment primordial pourtant du goĂ»t imposĂ© aux compositeurs Ă©trangers choisis.

Puis, le duo de Carlos / Kaufmann avec Ludovic TĂ©zier / Rodrigue prend des allures de rĂ©confort pour le jeune prince. Mais dĂ©ception face au baryton français qui nous avait habituĂ© Ă  davantage de prĂ©cision dans l’articulation de la langue. Son français lui aussi vacille et avale des paquets de consonnes : Posa reste raide et n’a pas la chaleur du personnage malgrĂ© une certaine noblesse du chant. On sait que le chanteur est un acteur un rien crispĂ©.

 

 

DMgFhZsXkAA-gk-LA BRUNE EN SOUFFRANCE ET LA BLONDE MASCULINE
 Puis paraĂźt la Garanča en sa chanson sarrasine, dĂ©monstration d’un mezzo somptueux certes mais dont le français nous Ă©chappe encore
 totalement- Ă  quoi bon alors dĂ©fendre cette version parisienne plutĂŽt que celle italienne? Qu’ont fait les rĂ©pĂ©titeurs pendant les sessions de travail prĂ©alable
 On aimerait connaĂźtre au total le nombre de jours requis pour prĂ©parer les chanteurs au français de Verdi. Qu’importe, on oubliera pas de sitĂŽt la sĂ»retĂ© vocale de cette Eboli, joueuse d’escrime toute de noir vĂȘtue, prĂ©datrice et fumeuse au lesbianisme revendiquĂ©, crĂąnement : c’est elle qui alors rafle le flux d’applaudissements le plus intense. Là  encore, c’est le thĂ©Ăątre et cet Ă©clairage froid glacial qui sculpte les visages, ausculte les Ăąmes, dĂ©voilant les cyniques et les manipulateurs
 De toute Ă©vidence, la chanteuse affiche une plasticitĂ© souveraine, un chant Ă  l’envi. Si son français eut Ă©tĂ© plus soignĂ©, la diva nordique aurait rĂąflĂ© la vedette de la soirĂ©e.
Visuellement le duo qu’elle compose avec Yoncheva fonctionne admirablement. PhotogĂ©nique, pilier dramatique de la production, la brune voluptueuse qui souffre (Yoncheva) et la blonde altiĂšre, masculine, finalement dĂ©voreuse de tout ce qui passe et lui plaĂźt (Garanča), tirent la couverture vers elles. Mais Eboli, montrerera un autre visage, plus humian et lui aussi tiraillĂ© : amoureuse de Carlos qu’elle veut enivrer d’amour lors d’un rendez vous nocturne, la jalouse dĂ©couvre le secret du jeune homme (son amour pour la Reine) et s’en sert honteusement
 Prise de remords ensuite, elle s’écroulera face Ă  Elisabeth sous le poids de son ignominie : actrice (n’est-elle pas Carmen absolument ?), la Garanca Ă©blouit par sa prĂ©sence scĂ©nique et son tempĂ©rament vocal.

 

 

 

 

 

Kaufmann don carlos opera bastille octobre 2017KAUFMANN N’AURAIT PLUS LA VOIX POUR CHANTER CARLOS ? Revenons au fil de l’action
 Dans le duo amoureux Elisabeth / Carlos qui suit, le second donc de cette version 1867,- le plus beau (« Par quelle douce voix »), osons Ă©crire au risque de surprendre et d’agacer ses fans que Jonas Kaufmann s’est trompĂ© de moment pour chanter l’ardeur dĂ©vastĂ©e de Carlos, aprĂšs son Werther et surtout son Otello londonien de cet Ă©tĂ© : tant son Carlos est trop sombre, trop large et rocailleux, trop mĂ»r et fĂ©lin, plus lion que loup, en rien traversĂ© par les Ă©clairs schilleriens contenus dans la partition de Verdi. Comme dans son prĂ©cĂ©dent ouvrage adaptĂ© de Schiller (Luisa Miller), un timbre brillant, clair, polit l’intensitĂ© d’un ĂȘtre jeune, idĂ©aliste, d’une Ă©nergie aussi bouillonnante qu’elle est muselĂ©e. C’est une question de couleur et de caractĂšre de voix : s’il s’impose sans faillir dans Otello (aux dĂ©chirures shakespeariennes), son Carlos manque de sincĂ©ritĂ© car il relĂšve du contre-emploi. D’ailleurs le tĂ©nor a reconnu les difficultĂ©s pour lui que posent les aigus de cette version parisienne de 1867. On regrette aussi que son chant manque de souplesse et ses aigus de rondeur. Tout au moins parvient-il Ă  une dĂ©clamation prĂ©cise et juste, dans l’ultime duo avec Elisabeth (qui suicidaire se donne la mort ici), Ă©noncĂ©e dans le murmure et la rondeur d’une voix quasi parlĂ©e. Il est vrai que Sonya Yoncheva se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible, en souveraine dĂ©truite amoureuse maudite, femme prĂȘte Ă  mourir et qui comme Charles Quint, figure tutĂ©laire des fiancĂ©s sacrifiĂ©s, n’aspire qu’à disparaĂźtre. GrĂące Ă  elle, cette fin, sublime de vĂ©ritĂ©, reste pour nous le sommet de la soirĂ©e, et un souvenir inoubliable.

HĂ©las le Philippe II de Ildar Abdrazakov est trĂšs engorgĂ© comme Ă©crasĂ© et n’a pas cette noblesse impĂ©riale qui doit rayonner d’un ĂȘtre supĂ©rieur qui n’hĂ©site pas Ă  se montrer sadique vis Ă  vis de sa jeune Ă©pouse et de ses suivantes. A notre goĂ»t la stature est outrĂ©e et trop caricaturale et le français embrĂ»mĂ© lui aussi, plafonne (malgrĂ© un beau timbre… mais est suffisant pour un opĂ©ra qui comme au cinĂ©ma, exige un talent d’acteur?): un Barbe Bleue boucher dont le sublime solo (« la reine ne m’aime pas ») n’exprime aucun trouble et ne suscite aucune compassion. Dommage. Car c’est l’air d’un tyran qui dĂ©voile une immense fragilitĂ© intĂ©rieure voir une angoisse viscĂ©rale. Celles d’une Ăąme seule, malheureuse. Bien que trĂšs applaudi, le baryton basse n’a pas suffisamment approfondi le personnage. Parmi les heureuses confirmations, saluons le beau mezzo de la jeune française Eve-Maud Hubeaux qui fait un page suave et Ă©lĂ©gant (classiquenews avait apprĂ©ciĂ© son approche du Chant de la Terre, Klarthe).

 

 

 

Aux cÎtés de Yoncheva et de Garanca éblouissantes,
Jonas Kaufmann n’a peut-ĂȘtre plus la voix pour chanter Carlos


 

kaufmann-jonas-tenor-opera-choc-othello-portrait-par-classiquenewsAu final mĂȘme si une tension entre les personnages surgit dans le dĂ©filĂ© terne des tableaux de Warlikowski, on peine Ă  goĂ»ter les milles joyaux vocaux d’une partition parisienne Ă  la texture orchestrale somptueuse. Heuresement dans la fosse, la direction de Jordan fils excelle en un chambrisme intĂ©rieur qui souligne les mouvements et tiraillements de ces solitudes en souffrance. L’acte de Fontainebleau paraissant au dĂ©but de cette version capitale apparaĂźt comme essentiel non que l’on veuille dĂ©fendre la version française plutĂŽt que l’italienne, mais le tableau bellifontain donne la clĂ© de comprĂ©hension de l’opĂ©ra dans son entier, on y comprend idĂ©alement ce qui scelle dĂ©finitivement le destin de Carlos, on y mesure tout Ă  fait cet amour Ă©perdu, Ă©touffĂ© que le prince porte au cƓur. Et dont il ne se remet pas. CARLOS est bien cet ĂȘtre sacrifiĂ©, dĂ©calĂ©, martyrisĂ© voire humiliĂ© par son pĂšre (dans la scĂšne de l’autodafĂ©, le roi n’hĂ©site pas Ă  dĂ©fier l’audace du prince qui a pris fait et cause pour la Flandre
 : le jeune homme ne trouve pas sa place d’oĂč sa fuite finale, sa disparition par un effet de thĂ©Ăątre tout Ă  fait invraisemblable, proche de la machinerie baroque (quand paraĂźt le fantĂŽme de Philippe II qui l’extrait de ce monde sans lumiĂšre). MĂȘme Ă©volution pour Elisabeth, de plus en plus distante et lointaine, exprimant cette vanitĂ© emblĂ©matique dans son grand air final au tombeau de Charles Quint, auquel la diva sait instiller une couleur crĂ©pusculaire d’abandon, Ă  la soie voluptueuse dont elle a le secret (« toi qui sus la vanitĂ© des grandeurs de ce monde. », clair hommage Ă  Charles Quint, l’empereur qui abdiqua)
 lire ci aprĂšs.

 

 

don carlos zarlikowski opera bastille octobre 2017 critique par classiquenews

 

 

 

CONFUSION ET FROIDEUR VISUELLE… On a compris que la mise en scĂšne aussi vide que grandiloquente ne retenait pas notre adhĂ©sion, on pensait avoir tout vu ; ce n’Ă©tait rien avant la scĂšne de pantomime oĂč Elisabeth et Philippe, au dĂ©but de l’AutodafĂ© (quand l’église prend possession de la scĂšne), comme deux Ă©poux fatiguĂ©s, se querellent, avec tout l’apanage du couple usĂ©, lui Ă©reintĂ© chancelant par l’alcool, empĂȘchant la reine de marcher en posant le pied sur sa traĂźne
 Warlikovsli se lĂąche carrĂ©ment, peignant un portrait de famille oĂč chacun souffre dans son coin parfaitement Ă©tranger aux autres. On comprend le message, mais la rĂ©alisation atteint un ridicule anecdotique
 dĂ©sarmant de niaiserie.
A t-on besoin de dĂ©montrer de la sorte ce que dit la musique par contraste avec tant de vĂ©ritĂ© ? Surtout s’agissant de Verdi, gĂ©nie de la dramaturgie et comme Meyerbeer, habile faiseur de contrastes saisissants. Mais l’homme de thĂ©Ăątre Warlikovski, fait du thĂ©Ăątre
 souvent en mĂ©connaissance explicite de ce qu’exprime alors la dramaturgie musicale.
Dans ce mĂȘme tableau oĂč s’Ă©lĂšve la priĂšre des reprĂ©sentants du Brabant et de la Flandre, infidĂšles au roi, le metteur en scĂšne imagine un parlement quand il fait inscrire la mention prĂ©cise du lieu par les didascalies “une place Ă  Valladolid”, intĂ©rieur / extĂ©rieur 
 ? quel est le parti ? Mention et dĂ©cors se contredisent favorisant depuis le dĂ©but une confusion gĂȘnante dans la clarification des situations qui se succĂšdent. On atteint un degrĂ© supĂ©rieur encore dans la laideur et la propagande visuelle quand prĂ©ludant l’apparition du Grand Inquisiteur (sorte de grand maffieux avec lunettes de soleil), une toile immense barre la scĂšne de Bastille pour afficher le portrait d’un diable mangeur d’hommes (au sens strict), un Raspoutine Ă  la MĂ©liĂšs, barbu, ongles pointus, grimaçant
 destinĂ© Ă  nous expliquer qu’ici, c’est le dĂ©mon (l’église) qui tirait les ficelles. On a compris le message Ă  force de cartons trop lourds. La finesse n’est pas le propre du metteur en scĂšne. D’ailleurs pour Ă©viter les situations gĂȘnantes, Arte a bien choisi une soirĂ©e de reprĂ©sentation oĂč aux saluts, l’homme de thĂ©Ăątre n’est pas venu saluer. Bien lui a pris. En conclusion, de grandes voix pas toujours intelligibles, mais Ă  dĂ©faut d’un Kaufmann rĂ©ellement bouleversant, une Yoncheva et une Garanca saisissantes, une direction dĂ©taillĂ©e, planante, malgrĂ© une rĂ©alisation visuelle et scĂ©nique
 consternante de froideur laide aux effets lourdingues. A chacun de juger selon ses goĂ»ts.

 

 
 
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, version de paris, 1867, avec l’acte de Fontainebleau. Jeudi 19 octobre 2017. Diffusion sur Arte. Direction musicale: Philippe Jordan. Mise en scĂšne:  Krzysztof Warlikowski. Paris, OpĂ©ra Bastille jusqu’au 11 novembre 2017. Illustrations : OpĂ©ra national de Paris 2017 / DR

 
 

CD de rĂ©fĂ©rence. DON CARLOS par CLAUDIO ABBADO (Decca) : Pour ceux qui nous trouveront trop durs vis Ă  vis du Carlos de Kaufmann, voici notre prĂ©sentation du coffret Ă©vĂ©nement DECCA, intĂ©grale VERDI (2013) oĂč il est fait mention de la version de PARIS de DON CARLOS par Claudio Abbado… avec un certain Placido Domingo dans le rĂŽle-titre (Decca, 1984)…

 

 

CD, critique, compte-rendu. MESSIAH, Le Messie (Niquet, 2016 — 2 cd Alpha)

handel par niquet messiah 1754 cd annonce par classiquenews prochaine critique cd classiquenews 59ce4d81da552CD, critique, compte-rendu. MESSIAH, Le Messie (Niquet). D’emblĂ©e cette nouvelle version sĂ©duira par son galbe opĂ©ratique et ses tempi allants, entraĂźnants qui tournent rapidement Ă  la machine opĂ©ratique. Quitte Ă  diluer, le chef prend manifestement cette option au risque d’une certaine superficiliatĂ© d’ensemble. Question de style et d’esthĂ©tisme
 que l’on acceptera volontiers car ici, il y a peu Ă  regretter face Ă  un geste indiscutablement cohĂ©rent. D’autant qu’il nous gratifie de la version peu jouĂ©e pour 5 solistes, soit 2 sopranos au lieu de l’unique habituelle : la multiplication des voix fĂ©minines solistes ainsi retenue devrait renforcer la charge humaine de l’interprĂ©tation, son sens de l’intercession, sa chaleureuse humanitĂ©… Le jeu – inĂ©vitable des comparaison s’agissant d’une oeuvre si abondamment abordĂ©e reste incontournable et souligne les limites de la version Niquet : Ă©triquĂ©e, rĂ©ductrice, certes trĂšs accessible. ImmĂ©diatement sĂ©duisante. Pourtant la nature mĂ©diane entre opĂ©ra et oratorio, disons drame sacrĂ©, doit se rĂ©aliser entre les deux registres, ni trop dramatique et profane, ni trop Ă©thĂ©rĂ© et abstrait. Pas facile
 C’est pourtant au diapason de ce dĂ©fi de l’entre deux, que l’interprĂšte doit trouver sa « voie » et convaincre.

Ainsi Ă©coutez celle autrement inspirĂ©e, – habitĂ©e de Christopher Hogwood, citĂ©e dans la notice (et vite expĂ©diĂ©e voire minorĂ©e), ou mieux, joyau d’un coffret rĂ©cemment Ă©ditĂ© par DECCA et dĂ©diĂ© aux oratorios de Haendel : Trevor Pinnock ose des tempi ralentis, au souffle suspendu qui fait surgir dĂšs le premier air pour tĂ©nor, ce mystĂšre de l’incarnation qui exprime et rend palpable le souffle divin qui traverse tout le cycle.
Chez Niquet rien de tel sinon le drame de l’opĂ©ra. Est ce suffisant pour un oratorio anglais de Haendel oĂč pĂšse Ă  part Ă©gale, la spiritualitĂ© et l’action dramatique ?

Messie / Messiah trop prosaĂŻque ?

Les oratorios de HaendelMĂȘme sur le plan de l’intelligibilitĂ© et de l’articulation instrumentale, Hogwood semble investi par ce souffle spirituel qui manque trop Ă  la direction trĂšs prosaĂŻque du chef français. Ecoutez Howard Crook dans « Every Valley » : la diversitĂ© et la richesse des couleurs, le naturel des nuances, l’élĂ©gance de l’anglais sont absents dans la ligne vocale (et les vocalises expĂ©diĂ©es du soliste chez Niquet). MĂȘme Katherine Watson manque singuliĂšrement de sobriĂ©tĂ© comparĂ©e Ă  sa consoeur Arleen Auger dont le legato sobre, angĂ©lique d’une rĂ©elle grĂące intĂ©rieure se fait regretter lĂ  encore. Question de style : pour l’opĂ©ra, le drame, l’excĂšs de « pathos » et de thĂ©ĂątralitĂ© (et parfois le maniĂ©risme contorsionnĂ©.., Niquet est fait pour vous. Ce trop plein de lyrique, ce dĂ©bordement opĂ©ratique (avec de surcroĂźt une prise de son du choeur, Ă©paisse qui n’est pas valorisant pour l’effort du choeur) devient difficile. En gĂ©nĂ©ral la prise de son trop rĂ©verbĂ©rĂ©e fait perdre la lisibilitĂ© du contrepoint choral (fugues souvent savonneuses), un contresens Ă  la volontĂ© d’expressivitĂ© dĂ©fendue ailleurs.

Poursuivons notre Ă©coute. Sur le cd2, malheureusement Anthea Pichanick Ă©tale un contralto terre Ă  terre, prosaique et finalement laid, d’une articulation trop vulgaire pour l’édification morale du sujet (n°23 : «  He was despised »). D’autant que la tenue de l’orchestre derriĂšre son Ă©locution plate, n’est qu’illustrative, – Ă  1000 lieues de l’élĂ©gance que savait insuffler ici un Christie.
Enfin c’est l’air de la soprano I (ici Sandrine Piau), qui dans le dĂ©but de la PART III (I know that my Rdeemer liveth) inscrit et synthĂ©tise les arguments et les limites de la prĂ©sente lecture : Ă  ce degrĂ© de perfection vocale et de justesse dans l’intention (fragilitĂ© si humaine que sait distiller la cantatrice), on loue la noblesse et la dignitĂ© du geste (car il s’agit bien d’une espĂ©rance formulĂ©e, celle d’une croyante affirmant la certitude de la croyance au delĂ  de la pourriture de son corps), mais la direction derriĂšre la soliste se montre si peu nuancĂ©e, elle aussi prosaique et rien que narrative.I l faut Ă©couter toute l’articulation ciselĂ©e que savent apporter et cultiver les autres chefs, citĂ©s ci dessous, infiniment plus inspirĂ©s. MĂȘme sentiment et plus attristĂ© par le n°28, et l’air de libĂ©ration voire de rĂ©vĂ©lation que doit instiller le soprano II (ici Katherine Watson) : son beau timbre accuse des aigus dĂ©jĂ  courts et usĂ©s, et une intonation qui n’exprime en rien la richesse de l’expĂ©rience spirituelle qu’évoque le texte. La chanteuse chante mais n’exprime rien sinon un beau chant (nasalisĂ© quand mĂȘme) qui s’écoute pour lui-mĂȘme.
MĂȘme cette incisivitĂ© parfois fulgurante de Pinnock semble dĂ©finitivement perdue.
Pour une autre perception plus Ă©nigmatique, spirituelle, plus naturelle, et d’une inĂ©narrable inspiration perdez vous dans les versions de William Christie, Paul McCreesh (geste Ă©lĂ©gant, prĂ©sence du mystĂšre). Ici oĂč est l’éloquence du geste, le secret et l’énigme de la foi triomphante ?
Car Ă  travers les 3 parties, Haendel rĂ©ussit un tour de force en rĂ©vĂ©lant peu Ă  peu, par le choeur et les solistes, la force de la foi rĂ©vĂ©lĂ©e, incarnĂ©e, explicitĂ©e. Une lecture qui laisse un sentiment d’inachevĂ©, d’inapprofondi. Dommage que l’ensemble fondĂ© par Niquet ait choisi cet enregistrement pour cĂ©lĂ©brer par le disque ses 30 ans
 prise de son Ă©paisse, plateau en dĂ©sĂ©quilibre ou si peu traversĂ© par le doute et la question spirituelle du texte, orchestre articulĂ© mais strictement illustratif. Si l’on compare avec l’ensemble de Bill Christie (incontournable chez Haendel d’oĂč notre comparaison), pas un manquement Ă  sa ligne esthĂ©tique depuis sa crĂ©ation : de la finesse et du mystĂšre (Ă©lĂ©ments clĂ©s chez le Saxon, surtout dans le Messie, comme dans la Messe en si). Peut on en dire autant des effectifs ici rĂ©unis ?

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CD, critique, compte-rendu. MESSIAH 1754, Le Messie (Niquet). 2 cd Alpha – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris, ND du Liban, dĂ©cembre 2016 – Piau, Watson, Pichanick, Charlesworth, WOlf – Le Concert Spirituel – HervĂ© Niquet (2 cd Alpha 362).

MIRANDA, d’aprĂšs PURCELL et SHAKESPEARE

PARIS, OpĂ©ra-Comique. MIRANDA d’aprĂšs Purcell. 25 sept > 5 octobre 2017. Katie Mitchell, Ă©blouissante conceptrice de Written on skin, met en scĂšne un spectacle inĂ©dit, assemblant, combinant, confrontant plusieurs piĂšces dramatiques et lyrique d’Henry Purcell. La trame s’inspire de The Tempest de Shakespeare. On y retrouve les rĂŽles emblĂ©matiques de l’intrigue dramatique et amoureuse shakespearienne : Prospero, Ferdinand, Caliban


 

 

Purcell, Shakespeare
 pour une TempĂȘte rĂ©actualisĂ©e

 

 

purcell Henry-Purcell-400-250En Angleterre, une famille se rassemble pour les funĂ©railles de Miranda (chantĂ©e par Kate Lindsey). La dĂ©funte suscite Ă  l’inverse, un cycle de souvenirs qui mĂȘlent dĂ©finitivement passĂ© et prĂ©sent, fantasme et rĂ©alitĂ©, en un jeu labyrinthique troublant, qui convoque sur la scĂšne le thĂ©Ăątre magique et fantastique propre au grand William Shakespeare. Katie Mitchel prend soin d’actualiser son propos et la forme du spectacle, en inscrivant la reprĂ©sentation dans l’Angleterre d’aujourd’hui, mĂȘme si le thĂšme obsessionnel de la mort, dont elle tisse une Ă©toffe furieusement, viscĂ©ralement poĂ©tique, Ă  la fois tragique et Ă©nigmatique, assure la grande cohĂ©rence de l’intrigue. Purcell lui-mĂȘme fut traversĂ© par le tragique de la mort, comme hantĂ© par sa propre et inĂ©luctable fin. La partition recrĂ©e pour l’occasion assemble plusieurs ouvrages de Purcell, destinĂ©s aux thĂ©Ăątres londoniens de la fin du XVIIĂš. La distribution rĂ©unit de trĂšs solides chanteurs dont le baryton Marc Mauillon (le Pasteur).

 

 

 

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MIRANDA, d’aprùs Purcell et Shakespeare
Pygmalion, R. Pichon / Katie Mitchell
6 représentations
Du 25 septembre au 5 octobre 2017
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http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2017/miranda

Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti.

Compte rendu, opĂ©ra. Salzbourg, le 12 aoĂ»t 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti. Etrange rĂ©alisation visuelle que celle confiĂ©e Ă  la plasticienne iranienne Shirin Neshat, dans cette lecture de l’opĂ©ra Aida de Verdi, plutĂŽt « design et d’une froideur internationale, digne de la dĂ©co d’un palace 5 Ă©toiles Ă  Paris ou Ă  Dubaï »  En transposant l’action Ă©gyptienne conçue par Verdi et l’égyptologue Mariette, dans le conflit israelo-palestinien, la metteure en scĂšne brouille souvent les cartes, rendant confuse une histoire qui ne l’était pas. Les amateurs non connaisseurs de Verdi et de son Aida, crĂ©Ă©e pour l’inauguration de l’opĂ©ra du Caire s’y perdront : dans le grand tableau collectif, celui des trompettes d’Aida, quand Pharaon accueille en hĂ©ros victorieux, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, ce ne sont pas des notables et soldats de l’Egypte du Nouvel Empire qui siĂšgent dans les tribunes, mais une assemblĂ©e disparate de dignitaires juifs, et d’autres syriens
 Les ballets sont escamotĂ©s et rĂ©duits Ă  l’essentiel par une troupe de danseurs Ă  jupes noires et bucranes fichĂ©s sur la tĂȘte 
 on repĂšre ici la dĂ©nonciation d’un peuple soumis, humiliĂ©s (les Ă©thiopiens dans l’intrigue initiale, 
 devenus sur la scĂšne salzbourgeoise, de graves et sinistres hĂ©breux marquĂ©s d’une ligne blanche qui leur barre le visage). Bon. Soit. Mais qu’est ce que cela apporte Ă  l’explicitation du drame verdien ?

 

 

Eblouissante Aida, Anna Netrebko surnage dans un spectacle convenu et orchestralement hypertendu

 

On cherche encore. Les idĂ©es en dĂ©calage et transposition ne manquent pas, mais comme souvent elles sont gadgets et rien que visuelles, et ne cachent guĂšre une absence totale de vision d’ensemble. Le jeu d’acteurs trahit une direction convenue (pourtant en Netrebko surtout, S. Neshat disposait d’une actrice Ă  la formidable prĂ©sence). Manque de temps et de prĂ©paration, manque de rĂ©flexion certainement. Dommage.

Plastiquement, le spectacle reste beau, poli, sĂ©duisant. Mais est-ce bien suffisant pour une tragĂ©die noire qui prĂ©cipite Ă  la mort, une esclave Ă©thiopienne capable d’entraĂźner avec elle le jeune vainqueur RadamĂšs, auquel tout Ă©tait promis, assurĂ© : gloire, amour, pouvoir
 ?

Dans la mĂȘme veine insipide et passe partout, le timbre tendu, porte voix plutĂŽt que fin diseur, du tĂ©nor sans nuances, Francesco Meli. Un stentor qui assure toute ses parties en prenant bien soin de couvrir l’orchestre et dĂ©passer en dĂ©cibels chacun de ses partenaires : son RadamĂšs est lisse, compact, fier comme un lion de fer. Pas un sentiment ni une effusion partagĂ©e avec sa partenaire Anna Netrebko. MĂȘme caractĂšre entier, droit, sans guĂšre de trouble pour la rivale jalouse d’Aida, l’Amneris d’Ekaterina Semenchuk, pas assez nuancĂ©e elle aussi, et qui campe en monolithe mĂ©canisĂ©, la princesse Ă©gyptienne, puissante fille de Pharaon mais cƓur dĂ©muni et dĂ©vastĂ© face Ă  un amour qu’elle ne peut guĂšre atteindre.

 

 

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AIDA DE BRAISE… La vraie vedette de la soirĂ©e (une seule personnalitĂ© pour un spectacle entier
! c’est quand mĂȘme un peu mince pour un festival du prestige de Salzbourg) demeure la soprano hyperdiva, Anna Netrebko dont la pulpe et la soie vocales fusionnent avec un sens dramatique souverain, au medium ample et charnel (particuliĂšrement sombre au point de dĂ©border souvent le chant de sa rivale censĂ©e rugir davantage), et aux aigus d’un cristal fulgurant. Certes, l’articulation de l’italien n’est pas parfait comme son intelligibilitĂ© mais l’intelligence de l’intention et la finesse de l’incarnation saisissent immĂ©diatement. AprĂšs ses prises de rĂŽles prĂ©cĂ©dentes : toutes verdiennes : Leonora du TrouvĂšre (Ă  Salzbourg aussi), puis Lady Macbeth (Metropolitan Opera New York), Anna Netrebko que ses admirateurs ont rĂ©cemment saluĂ©e Ă  la sortie de son dernier album puccinien et vĂ©riste (oĂč elle osait Turandot rien de moins), rĂ©ussit donc sa nouvelle prise de rĂŽle non sans Ă©clat. L’autoritĂ© du style, la prĂ©sence expressive et dramatique, la sincĂ©ritĂ© d’un timbre incandescent et blessĂ© affirment sa formidable santĂ© lyrique actuelle. A nouveau, celle qui a tant marquĂ© par le passĂ© Salzbourg (depuis une certaine Traviata avec Villazon en 2005), lui offre une nouvelle soirĂ©e mĂ©morable.

Saluons Ă©galement les bien chantants et mesurĂ©s sans outrance : Pharaon de Roberto Tagliavini, et Luca Salsi qui en pĂšre d’Aida, incarne lui aussi un Amonasro crĂ©dible et noble.

HĂ©las, finissant de dĂ©sĂ©quilibrer un spectacle inachevĂ©, la dĂ©ception vient aussi de la fosse et des choeurs d’une lourdeur et Ă©paisseur que l’on pensait impossibles depuis des annĂ©es. L’orchestre (Wiener Philharmoniker) promettait mont et merveilles, en respirations et nuances
 sous la direction affĂ»tĂ©e certes, nerveuse et fĂ©line de Riccardo Muti, la partition redouble de fureur outrĂ©e, de muscles exagĂ©rĂ©ment bandĂ©s. Trop de tension nuit Ă  l’humanitĂ© du drame. Et c’est bien dommage. La plastique hollywoodienne d’Anna Netrebko, qui n’est pas sans rappeler par sa photogĂ©nie cinĂ©matographique, Elizabeth Taylor et sa ClĂ©opĂątre lĂ©gendaire, impose Ă  elle seule, cette Aida globalement pas assez ciselĂ©e ni subtile.

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko (Aida), Francesco Meli, Ekaterina Semenchuk
 Wiener Philharmoniker. Shirin Neshat, mise en scÚne. Riccardo Muti, direction.

Ilustration : Festival de Salzbourg 2017 DR

 

 

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LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche actualitĂ©s de la diva Anna Netrebko (23 juillet 2017)

Bayreuth 2017. WAGNER : Der RING par Marek Janowski

wagner-portrait-bayreuth-opera-dossier-wagner-ring-sur-classiquenewsFrance Musique, Bayreuth : WAGNER : Der Ring, les 14,15, 16 aoĂ»t 2017. PrĂ©sence attendue du chef wagnĂ©rien Marek Janowski dans la fosse de Bayreuth pour une tĂ©tralogie musicalement intĂ©ressante. Il s’agit pourtant d’une mise en scĂšne dĂ©jĂ  ancienne… En aoĂ»t 2013 (bicentenaire du compositeur), Bayreuth en peine d’incarner l’excellence du chant wagnĂ©rien dans le monde, ose des mises en scĂšne dĂ©calĂ©es, souvent hideuses, pourtant toujours sollicitĂ©es pour « rĂ©gĂ©nĂ©rer » le thĂ©Ăątre de Richard. Contradiction flagrante et parfois criminelle : celui qui a laissĂ© des indications trĂšs prĂ©cises (didascalies) pour rĂ©ussir son idĂ©al de thĂ©Ăątre total, est aujourd’hui sur la Colline Verte, (site, dispositif, thĂ©Ăątre, qu’il a lui-mĂȘme conçu), remodelĂ© de fond en comble
 pour des rĂ©sultats souvent indigents. OĂč le gadget l’emporte sur la vision globale ; et l’effet sur… le sens. Pas facile pour Bayreuth au XXIĂš de se rĂ©inventer, poursuivre l’hĂ©ritage dramaturgique initialement thĂ©orisĂ© et conçu par le fondateur, tout en se renouvelant. D’autant que contrairement au vivant de Wagner, Bayreuth, loin s’en faut, n’a plus le monopole des opĂ©ras du compositeur. On a mĂȘme souvent constatĂ© qu’ailleurs, hors de Bayreuth, les meilleurs chanteurs, et les mises en scĂšnes les plus pertinentes avaient lieu loin d’Allemagne. Dur contexte.

wagner bayreuth plastic toc sur la collineCONTEXTE CHAOTIQUE POUR FESTIVAL EN QUETE DE VRAIS SCENOGRAPHES… L’impĂ©trant dĂ©signĂ© pour redĂ©finir la TĂ©tralogie fut Ă  l’étĂ© 2013, le sexagĂ©naire allemand Frank Castorf, copieusement huĂ© lors des saluts aprĂšs la fin du dernier volet, Le CrĂ©puscule des Dieux. Douche froide aprĂšs les plus de 15 h de musique et de thĂ©Ăątre ainsi « dĂ©naturé ». RĂ©putĂ© iconoclaste au thĂ©Ăątre en particulier dans ses relectures des grands classiques, Castorf succĂ©dait au rĂ©alisateur Wim Wenders, initialement programmĂ© pour le nouveau Ring du Bicentenaire 2013. VoilĂ  qui a portĂ© atteinte au prestige mĂȘme du Festival estival de Bayreuth. De fait, est-il raisonnable de toujours attendre 10 ans pour espĂ©rer obtenir une place, aprĂšs s’ĂȘtre inscrit sur liste d’attente ? La qualitĂ© voire le gĂ©nie sont rares et mĂ©rient Ă©videmment d’ĂȘtre espĂ©rĂ©s, attendus; mais patienter une dĂ©cade pour assister Ă  ce marasme scĂ©nographique, voilĂ  qui laisse dubitatif quant Ă  l’avenir de Bayreuth dans les annĂ©es Ă  venir. Car ce n’est justement pas la direction de l’arriĂšre petite fille de Richard, Katarina Wagner, – elle-mĂȘme “menteuse” en scĂšne (de Tristan ou des MaĂźtres Chanteurs…) Ă  prĂ©sent seule souveraine Ă  bord du navire qui apportera la manne tant espĂ©rĂ©e Ă  Bayreuth : laideur voire vulgaritĂ© des mises en scĂšne, dĂ©naturation du sens profond des oeuvres au profit de la seule originalitĂ©… Et dire que Wagner avait tout pensĂ©, tout imaginĂ© de son thĂ©Ăątre total pour une cĂ©lĂ©bration unique au monde. On en est loin actuellement. S’il n’Ă©tait ouf, la direction de grands chefs wagnĂ©riens sur la colline…pour Ă©viter que le Bayreuth moderne ne vogue ni ne erre dans ce monde incertain… tel le Vaisseau fantĂŽme.

Ainsi, cette crĂ©ation – scĂ©niquement pauvre et misĂ©rable du Ring 2013 version Castorf, a marquĂ© musicalement et surtout orchestralement grĂące Ă  la fosse trĂ©pidante, dramatique et instrumentalement luxueuse du chef Kyrill Petrenko. L’Ă©tĂ© 2017 pourrait bien confirmer la tendance d’un Bayreuth dont le lustre vient davantage de la fosse que de la scĂšne. Car l’autre faiblesse Ă  chaque Ă©dition, reste le dĂ©sĂ©quilibre des distributions composĂ©es par la direction artistique.

 

 

BAYREUTH-wagner-RING-par-Marek-Janowski-bayreuth-2017-par-classiquenewsMAREK JANOWSKI A BAYREUTH 2017. 4 ans plus tard, prenez la mĂȘme production mais avec un autre chef : et quel chef. VilipendĂ©, contestĂ©, – trop lisse et efficace, ou apprĂ©ciĂ© Ă  l’inverse, pour sa rondeur articulĂ©e, un sens naturel du drame, Marek Janowski, vĂ©tĂ©ran actuel de la baguette, reprend la direction de cette TĂ©tralogie visuellement inaboutie (et bien laide), mais orchestralement certainement aussi passionnante que celle de Petrenko. C’est la nouvelle direction attendue Ă  Bayreuth cet Ă©tĂ©, et l’occasion de rĂ©Ă©valuer la direction d’un grand maestro dramaturge qui a dĂ©jĂ  enregistrer le Ring (en particulier avec la Staatskapelle de Dresde chez RCA red steal / Sony, 1981-1983, intĂ©grale majeure et dĂ©cisive mĂȘme avec le recul, car au geste sĂ»r du maestro rĂ©pond l’excellence d’une distribution pour certains personnages, particuliĂšrement convaincante – plusieurs chanteurs parmi les wagnĂ©riens les mieux diseurs des annĂ©es 1980 : Jessye Norman en Sieglinde, Peter Shreier subtil et dĂ©lirant Mime et Loge
 sans omettre l’Ă©poustouflant AlbĂ©rich, celui de la vengeance final, le plus ambigĂŒ et manipulateur, dans l’ultime JournĂ©e ou Le CrĂ©puscule des dieux : l’incarnation qu’en donne Siegmund Nimsgerm est … exemplaire. Le sens du drame, le relief du verbe, le souffle d’une Ă©popĂ©e d’abord symphonique, … le choix de chanteurs vĂ©ritablement acteurs… font de l’intĂ©grale Janowski, un must Ă  rĂ©investir. – Ecoutez ainsi les somptueux intermĂšdes orchestraux, densĂ©ment et subtilement psychologiques, prĂ©cisĂ©ment ceux du CrĂ©puscule des Dieux
 voilĂ  une wagner janowski der ring des nibelungen 14 cd coffret box review cd critique cd par classiquenews synthese et pertinence artistique classiquenewsvision aussi intĂ©ressante et architecturĂ©e que celle de Böhm, aussi fine et scrupuleuse du texte donc du thĂ©Ăątre que celle de Karajan. Quant Ă  l’orchestre, l’onctuositĂ© et l’expressivitĂ© valent sans rĂ©serve les Thielemann ou Petrenko actuels. L’intĂ©grale RCA / SONY fut la premiĂšre conçue pour le studio et l’enregistrement, aprĂšs celle lĂ©gendaire de Solti (DECCA, 19858-1964). Les français connaissent Marek Janowski qui a dirigĂ© le Philharmonique de Radio France avec un style impeccable (1984-2000), hissant la phalange Ă  un sommet encore mĂ©morable, qu’il s ‘agisse des cycles symphoniques ou de l’opĂ©ra. Direction Ă  suivre donc. Et pour prĂ©parer l’Ă©coute, classiquenews vous recommande la (re)dĂ©couverte du Ring enregistrĂ© avec la Staatskapelle Dresden au dĂ©but des annĂ©es 1980 – coffret de 14 cd – compilation de 14h05mn) – Grande critique sur classiquenews. Feuilleton Der Ring Ă  venir Ă  l’occasion de la TĂ©tralogie de Wagner par Marek Janowski Ă  Bayreuth 2017

 

 

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Festival de Bayreuth 2017
Der Ring des Nibelungen
TĂ©tralogie : L’Anneau des Nibelungen

 

 

 

 

L’Or du Ring, les 29 juillet, 8 et 23 aoĂ»t 2017, 18h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/das-rheingold/
Wotan, Iain Paterson
Loge, Roberto Sacca
Alberich, Albert Dohmen
Mime, Andreas Conrad
Fasolt, GĂŒnther Groissböck

 Les 3 derniÚres Journées sont diffusées sur France Musique :

La Walkyrie, les 30 juillet, 9, 18, 24 août 2017
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/die-walkuere/
Hunding, Georg Zeppenfeld
Camilla Nylund, Sieglinde
Christopher Ventris, Siegmund
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster

Siegfried, les 1er, 11, 26 août 2017, 16h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/siegfried/
Stefan Vinke, Siegfried
Andreas Conrad, Mime
Thomas J. Mayer, Der Wanderer
Albert Dohmen, Alberich
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster

GötterdÀmmerung / Le Crépuscule des Dieux
Les 3, 13, 28 août 2017 à 16h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/goetterdaemmerung/

Stefan Vinke, Siegfried
Albert Dohmen, Alberich
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster
Gunther, Markus Eiche
Hagen, Stephen Milling
Gutrune, Allison Oakes

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RADIO 

logo_france_musique_DETOUREQue donnera rĂ©ellement la direction de Marek Janowski, chef allemand d’origine polonaise ? Nul doute que le maestro nĂ© Ă  Varsovie en 1939, presque octogĂ©naire, ne dĂ©fende une vision personnelle, rĂ©flĂ©chie autant que dramatiquement aboutie du Ring
 Diffusion sur France Musique, enregistrĂ© Ă  Bayreuth 2017, des 3 derniĂšres JournĂ©es du RING 2017 :
Le 14 août 2017, 20h : La Walkyrie
Le 15 août 2017, 20h : Siegfried
Le 16 août 2017, 20h : Le Crépuscule des Dieux

 

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LIRE aussi : Der Ring de Wagner par Marek Janowski :

CD. Le CrĂ©puscule incontournable de Marek Janowski (Dresde, 1983). 4 cd Sony Eurodisc / Wagner : GötterdĂ€mmerung (Janowski, 1983) — Critique du CrĂ©puscule des Dieux par Marek Janowski, parution de l’opĂ©ra seul par SONY (2013)

CONCERT, radiodiffusĂ©, janvier 2013 — Marek Janowski dirige des extraits du CrĂ©puscule des Dieux et de Parsifal – prĂ©sentation du programme rĂ©vĂ©lant le Wagner le plus tardif, celui musicalement le mieux construit et le plus profond

 

COMPRENDRE LE RING DE WAGNER : quels enjeux, quelles situation pour le dernier volet : Le Crépuscule des Dieux / GotterdÀmmerung ?

http://www.classiquenews.com/wagner-le-crepuscule-des-dieux/