CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4Ăš de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle rĂ©ussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgrĂ© l’ampleur des effectifs ; le sentiment prĂ©servĂ© malgrĂ© l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennitĂ© parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricitĂ© souterraine qui illumine de l’intĂ©rieur, une partition toute dĂ©diĂ©e Ă  l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur Ăąpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres et familles d’instruments (cordes / bois / cuivres en fanfare dĂ©ployĂ©e), enfin l’allure
 doivent immĂ©diatement sa nourrir d’une vitalitĂ© jamais Ă©teinte : continue, tendue, soutenue de haute lutte. VoilĂ  qui fait les grandes interprĂ©tations (Jochuum, Gand, et le plus rĂ©cent, de surcroĂźt sur instruments d’époque, Herreweghe avec son fabuleux orchestre des Champs-ElysĂ©es, lequel dĂ©poussiĂšre aussi de façon dĂ©cisive
 le massif brahmsien).
Ici reconnaissons Ă  Andris Nelsons, la continuitĂ© d’un travail passionnant rĂ©alisĂ© avec le Gewandhaus Orchester Leipzig, familier par ailleurs du rĂ©pertoire symphonique germanique, de Mendelssohn Ă  
 Mahler. Successeur ici mĂȘme de Masur, puis de Chailly, Andris Nelsons n’est pas encore concrĂštement directeur musical de la phalange de Leipzig, mais il poursuit une maniĂšre de cycle brucknĂ©rien
avec l’orchestre, par le disque.
Reconnaissons d’emblĂ©e que la sĂ»retĂ© du geste, la clartĂ© de la vision, et surtout la richesse et la cohĂ©sion de la sonoritĂ© de l’orchestre voisinne avec les meilleurs parmi le top 5 d’Allemagne : le Berliner Phil., le Radio Bavaroise, le Dresden, le Berliner Staatsoper
 Un travail Ă©tonnant en maĂźtrise et intelligence intĂ©rieure obtenue en proportion avec un travailleur forcenĂ© qui dirige aussi le Boston Symphony orchestra (DG enregistre les Symphonies de Chostakovitch simultanĂ©ment Ă  Bruckner Ă  Leipzig donc
).

AprĂšs la 3Ăš Symphonie (saluĂ©e par classiquenews : voir ci dessous le lien vers la critique du cd), cette Symphonie n°4 de Bruckner ne dĂ©mĂ©rite en rien : au contraire, les qualitĂ©s de cohĂ©sion interne, d’énergie architecturĂ©e, de lisibilitĂ© voire de transparence de la matiĂšre orchestrale, malgrĂ© ses contrastes par vagues submersives et l’ambition des effectifs requis (3 flĂ»tes, bois par 2
, riche fanfare des cuivres comprenant 4 cors, trompettes et trombones par 3, tuba
). EnregistrĂ© en 2017, la lecture saisie sur le vif (Live recording) confirme l’aisance du maestro Nelsons comme architecte et prophĂšte : exigeant, cultivant le dĂ©tail comme le souffle ; il opte pour la version 1878 / 1880 plus courte, raccourcie Ă  circa 65 mn / versus 75 mn par un Bruckner ĂągĂ©, obligĂ© Ă  de sĂ©rieuses coupes sous la pression de son Ă©diteur, mais avec un nouveau Scherzo et un finale « rationalisé »), travaillant sur la clartĂ© structurelle (le premier mouvement allegro molto moderato, l’un des plus complexe par son assise, mais d’une construction lumineuse). S’aidant surtout de la flexibilitĂ© aĂ©rienne et scintillante des excellentes cordes. Nelsons aime l’efficacitĂ© mais aussi la fidĂ©litĂ© au texte originel, reconnaissant ainsi Ă  Bruckner, l’artisan dit rustre, une Ă©vidente intelligence de bĂątisseur : pas Ă©tonnant donc qu’il ait prĂ©fĂ©rĂ© cette version Ă©quilibrĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, comparĂ©e Ă  celle retaillĂ©e (Ă  la serpe parfois) de 1889). Rien ne nuit ni n’empĂȘche la fabuleuse activitĂ© de l’orchestre oĂč perce l’élĂ©gie incisive, individualisĂ©e des fabuleux solos instrumentaux 
 notons la couleur nuancĂ©e mĂ©lancolique de l’Andante, moins endeuillĂ© que songeur voire Ă©nigmatique ; l’énergie cynĂ©gĂ©tique du Scherzo, celui rĂ©Ă©crit par Bruckner, douĂ© d’une inspiration trĂšs programmatique mais saisissante par sa flamboyance contrastĂ©e ; enfin, l’équilibre et la rĂ©solution qui ordonne dans une aisance souveraine, le FINALE, dont le portique dernier donne la mesure de l’imaginaire mystique de Bruckner : un Hosanna miraculeux dont Nelsons nous fait entendre la lĂ©gĂšretĂ© et l’élan irrĂ©pressible.

Voici la preuve nouvelle que Nelsons est bien un brucknérien de premiÚre qualité. A suivre, car le cycle Bruckner à Leipzig devrait ainsi se poursuivre. Le Prélude de Lohengrin joué en lever de rideau pour ce récital symphonique, semble envisager les éthers célestes que Bruckner parvient à rejoindre lui aussi en une priÚre lente, solennelle, majestueuse et parsemée de stations, noires et sombres, pastorales et lumineuses. Itinéraire passionnant.

———————————

CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017)

NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureLIRE aussi notre critique complÚte de la Symphonie n°3 de Bruckner par Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2016)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

PARIS, récital : 3 Sonates de HAYDN par ARTHUR ANCELLE, piano

haydn-joseph-portrait-perruquePARIS, Le 26 mars 2018. HAYDN : 3 SONATES. Arthur Ancelle, piano. Compagnon et partenaire de la pianiste russe Ludmilla Berlinskaia, Arthur Ancelle joue solo dans ce nouveau programme Haydn dont le disque paraĂźt le 23 mars prochain (2). Entre « fun » et « hooligan », le profil du bon papa Haydn en prend pour son compte, mais la justesse et la finesse de l’intention avec laquelle le pianiste français aborde le clavier du Viennois force l’admiration. L’approche est d’une grande intelligence : elle sait renouveler notre perception du compositeur, l’un des plus facĂ©tieux et des plus raffinĂ©s.

Arthur Ancelle a analysĂ© en profondeur l’enjeu esthĂ©tique, la richesse expressive et le sens de chaque partition ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e. C’est son deuxiĂšme album comme interprĂšte seul (1), brossant un portrait de Joseph Haydn, vĂ©ritable monument et vĂ©nĂ©rable, respectĂ© dans toute l’Europe prĂ©romantique, Ă  la fois, lĂ©ger et profond. Au programme : les Sonates n° 30 et 31, qui frappent par la modernitĂ© de leur conception, et la plus connue encore, Sonate n° 62 en mi bĂ©mol majeur, composĂ©e pendant son second (dernier) sĂ©jour Londonien. Rien de compassĂ© ou de mou, conforme ou dĂ©coratif ici. La plume de Haydn est vive et mordante, portĂ©e par l’un des esprits les plus agiles et audacieux de son temps
 Sa musique «   nous raconte Ă  chaque page son goĂ»t de la provocation, de la surprise, du non-conformisme. Les Anglais l’avaient d’ailleurs bien compris, qui l’appelaient « le Shakespeare de la musique », entre autre pour sa facilitĂ© Ă  faire cohabiter, en quelques mesures, tragique et comique, noblesse et trivialité » prĂ©cise Arthur Ancelle.

  

 

"FUN et HOOLIGAN", un HAYDN imprévu, par Arthur ANCELLE

 

 

PARIS, Cercle Suédois
Lundi 26 mars 2018, 20h

JOSEPH HAYDN
Sonate n° 31 en la bémol majeur, Hob. XVI:46
Sonate n° 30 en ré majeur, Hob. XVI:19
Sonate n° 62 en mi bémol majeur, Hob. XVI:52

ARTHUR ANCELLE, piano

 

 

 

 

 

ANCELLE-PIANO-cd-critique-annonce-par-classiquenews-Arthur-Ancelle-Haydn-3-sonates-1Le pianiste dont on sait le talent dans l’art si dĂ©licat et complexe de la transcription : il a Ă©crit lui-mĂȘme l’Apprenti Sorcier de Dukas pour piano seul, Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski pour deux pianos, et aussi une Suite originale pour deux pianos Ă©galement, d’aprĂšs le ballet RomĂ©o & Juliette de Prokofiev (2014), retrouve dans l’écriture volubile et expĂ©rimentale, raffinĂ©e, Ă©lĂ©gante et facĂ©tieuse de Haydn, ce terreau gĂ©nĂ©reux et foisonnant qui parle Ă  son imaginaire. Haydn / Ancelle… la rencontre ne pouvait que faire des Ă©tincelles. Cd Ă  paraĂźtre le 23 mars, concert Ă  Paris (Cercle SuĂ©dois) ce 26 mars 2018, 20h.

 

 

 

———————

 

 

 

(1) En 2015, il sort son premier album solo chez Melodia, consacrĂ© Ă  aux Ballades de Chopin et aux oeuvres pour piano d’Henri Dutilleux (remarquable lecture de la Sonate).

(2) Parution du cd Sonates de Haydn, Melodia / le 23 mars 2018 – [EnregistrĂ© du 3 au 5 juillet 2017 dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou (Russie)]

 

Illustration : portrait photographique Noir et Blanc d’Arthur Ancelle © F Broede
 
 

 
 

Festival Musique & MĂ©moire 2018 : les 25 ans

musique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018Festival MUSIQUE & MEMOIRE 2018 : Les 25 ans : 13-29 juillet 2018. SidĂ©rante ! La programmation du prochain festival Musique et MĂ©moire, fleuron des festivals de musique baroque dans les Vosges du sud, est tout simplement incontournable en promettant plusieurs Ă©vĂ©nements. Du 13 au 29 juillet, soit tout au long des 3 derniers week ends de juillet 2018, le fonctionnement du festival laboratoire, – Ă©lu le plus intĂ©ressant des festivals du grand Est français par la RĂ©daction de classiquenews, confirme en 2018, un champs de recherche et d’accomplissement dĂ©fendu depuis ses dĂ©buts.
« NĂ© d’un rĂȘve au coeur du plateau majestueux des Mille Etangs, espace naturel incontournable des Vosges du Sud, le festival Musique et MĂ©moire a su se forger une identitĂ© artistique originale et sans cesse en mouvement », on ne saurait dire mieux la singularitĂ© d’un cycle de concerts et d’évĂ©nements musicaux idĂ©alement inscrit dans son territoire.

La constance aux artistes devenus « associĂ©s », le goĂ»t du risque, des effectifs vocaux et instrumentaux nouveaux, le souci du dĂ©frichement et des auteurs mĂ©connus (on l’a vu en 2016 pour la cĂ©lĂ©bration des 400 ans du gĂ©nie de Froberger), le sens critique appliquĂ© dans les options interprĂ©tatives
 rĂ©inventent aujourd’hui l’idĂ©e mĂȘme d’un festival d’étĂ©. EquilibrĂ©e, audacieuse, exigeante, la ligne artistique pilotĂ©e par le directeur fondateur Fabrice Creux reprĂ©sente haut et fort ce que doit ĂȘtre un festival de musique aujourd’hui : proche des festivaliers, riche, rythmĂ© mais Ă  Ă©chelle humaine (ce qui manque Ă  tant de festivals estivaux devenus de trop grosses machines), sachant allier surprise et relecture des piliers du rĂ©pertoire. A n’en pas douter, la nouvelle Ă©dition 2018 satisfait tous ces critĂšres.

 

 

VOSGES DU SUD : le Festival Musique & MĂ©moire diffuse l'excellence au Pays des 1000 Ă©tangs

 

 

L’an dernier, – 24Ăš Ă©dition, les festivaliers, entre autres, redĂ©couvraient l’écriture et les mondes de Jean-SĂ©bastien Bach grĂące au geste de l’ensemble Alia Mens (Olivier Spilmont, direction), dont le remarquable cd Ă©ditĂ© chez Paraty, fisait la pertinence et l’acuitĂ© sensible de la rĂ©alisation musicale – La citĂ© cĂ©leste / CLIC de CLASSIQUENEWS 2017).
Cet Ă©tĂ©, continuitĂ© de la rĂ©decouverte d’un Bach inspirĂ© voire sublime avec un autre ensemble prometteur dans ce rĂ©pertoire : VOX LUMINIS. Mais auparavant en ouverture d’une Ă©dition mĂ©morable, ce sont LES TIMBRES, jeune collectif aux talents multiples, admirables, qui poursuivent leur rĂ©sidence Ă  Musique et MĂ©moire (5Ăš annĂ©e d’une trĂšs riche coopĂ©ration), osant mĂȘme cette annĂ©e aborder l’opĂ©ra – domaine familier car ils avaient dĂ©jĂ  en 2014, rĂ©ussi un Lully exceptionnel (une Proserpine trĂšs peu connue et jouĂ©e, de surcroĂźt dans une version historique inĂ©dite de 1682).
L’enchantement est bel et bien enracinĂ© au cƓur des Vosges saĂŽnoises, grĂące au discernement et au goĂ»t du directeur Fabrice Creux : « Vivre la fĂ©erie du plus vieil opĂ©ra du monde, Ă©couter une mĂ©lodie Ă  perdre la raison, voter pour sa nation prĂ©fĂ©rĂ©e lors d’une joute musicale, flotter entre inconscience et imagination couchĂ© dans un verger, suivre une voix unique en quĂȘte de l’essentiel, dĂ©couvrir l’arme la plus puissante de l’amour, ressentir l’énergie des sonoritĂ©s entre ombre et lumiĂšre de l’orgue espagnol, expĂ©rimenter l’universalitĂ© avec Bach
. Cette Ă©dition anniversaire ose tout ! ».

En 2018, l’étĂ© sera tout aussi enivrant voire enchanteur pour les festivaliers dans les Vosges du Sud, du 13 au 29 juillet 2018.

 
 

 
 

5 temps forts 2018

 

 

Voici les 4 temps forts, avec pour chaque cycle Ă©vĂ©nement, nos raisons de ne manquer AUCUN concert et programme dĂ©fendu par l’interprĂšte ou l’ensemble invité  :

 

 

 

 

 

1musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement
MONTEVERDI : Orfeo par Les Timbres
Vendredi 13 juillet 2018, 21h

commande du festival
ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurLe trio fondateur des Timbres, soit : Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs poursuit une rĂ©sidence qui a comptĂ© dĂ©jĂ  nombre de rĂ©alisations exemplaires. L’équilibre de la proposition des Timbres (qui d’ailleurs publient en avril 2018, un remarquable cd dĂ©diĂ© au gĂ©nie de François Couperin : les Concerts Royaux), tient Ă  la nature mĂȘme des programmes et dispositions des concerts choisis : des chefs d’oeuvres connus que l’on redĂ©couvre : tel ORFEO de Monteverdi (1606), sublimĂ© par leur sens de la subtilitĂ© rĂ©jouissante, articulĂ©e, naturelle, expressive
 et trĂšs habitĂ©e. Invention, disposition Ă©locution, passion
 tout devrait couler comme une seconde langue, Ă  travers le geste collectif des Timbres. Cet Orfeo, commande du Festival pour ses 25 ans, devrait ĂȘtre un temps fort mĂ©morable dans l’Histoire de Musique et MĂ©moire. Favola in musica, 5 actes, crĂ©Ă©e au Palais Ducal de Mantoue, le 24 fĂ©vrier 1607, d’aprĂšs les MĂ©tamorphoses d’Ovide, Les Gerogiques de Virgile. Orfeo, fable musicale, n’est pas le premier opĂ©ra de l’histoire : il faut plutĂŽt attendre prĂšs de 30 ans plus tard, et du mĂȘme auteur, – mais Ă  Venise, la crĂ©ation en 1642, du Couronnement de PoppĂ©e / L’incoronazione di Poppea, vĂ©ritable drame moderne d’un rĂ©alisme sublime, alliant cruautĂ©, vĂ©ritĂ©, poĂ©sie et Ă©rotisme. VOIR notre reportage Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi par Patrice Caurier et Moshe Leiser / prĂ©sentĂ©e par Jean-Paul Davois / Angers Nantes OpĂ©ra 2017.
Encore entre deux eaux, celle du magrilisme de la Renaissance et des prĂ©mices de la dĂ©clamation baroque, – rĂ©citar cantando, Orfeo met en scĂšne l’opĂ©ra lui-mĂȘme, c’est Ă  dire la force et la puissance du chant incarnĂ©. MĂȘme s’il Ă©choue Ă  sauver Eurydice et s’unir Ă  elle (comme chez Wagner, l’élu Lohengrin et Elsa), OrphĂ©e, le poĂšte de Thrace montre qu’il est capable d’émouvoir jusqu’au dieu des enfers, Pluton ; l’inflĂ©chir et le convaincre par sa peine endeuillĂ©e que son chant a sublimé 

 

 

distribution :

Ensemble Les Timbres
Orfeo : Marc Mauillon, baryton
La Musica, Euridice : Elodie Fonnard, soprano
La Messaggera, Speranza, Proserpina : Luca Mancini, alto
Pastor, Ninfa : Paul-Antoine Bénos, contre-ténor
Appolon, Pastor, Spirito : Nicholas Scott, ténor
Pastor, Spirito : Victor Sicard, baryton
Caronte, Plutone : Lisandro Abadie, basse

Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Vincent Bernhardt et Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel MĂ©nard, mise en espace / BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

17h, répétition publique

Réservation conseillée
20 €, 5 € (rĂ©duit), 15 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)

 

 

 

 

4 autres concerts des Timbres

Samedi 14 juillet, 15 h
Chapelle Saint-Martin et Eglise Saint-Georges de Faucogney
Folianniversaire
25 micro-concerts-surprises pour la 25e Ă©dition du festival sur le thĂšme de la Folia
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Marc Mauillon, baryton
Elise FerriÚre et Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin et orgue
Emmanuel Ménard, comédien
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 15 juillet, 17 h
Eglise Notre-Dame de l’Assomption de Servance
Tournoi musical
Joute instrumentale entre l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie
programme en création (commande du festival)
Ensembles Les Timbres et Harmonia Lenis
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Kenichi Mizuuchi, flûtes à bec
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Mercredi 18 juillet, 17 h 30
Ecomusée du Pays de la Cerise de Fougerolles
Visite, dßner et concert couché
programme en création (commande du festival)
Ensemble Les Timbres
Kenichi Mizuuchi, flûte à bec
Marc Mauillon, baryton
Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Thibaut Roussel, théorbe et guitare baroque
Julien Wolfs, clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

Dimanche 22 juillet, 17 h
Eglise Saint Jean-Baptiste de Corravillers
De Hambourg Ă  NĂŒremberg
Cinquante ans de sonates en trio en Allemagne du Nord
Dietrich Buxtehude, Philipp Heinrich Erlebach, Johann Philipp Krieger, Johann Sebastian Bach et Georg
Philipp Telemann
Ensemble Les Timbres
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Julien Wolfs, orgue et clavecin
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 
 

 
 

 

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

2 – PlĂ©nitude, solitude : le Chant magicien de Marc Mauillon

Vendredi 20 juillet, 21h

 

Choeur roman de Melisey
Songline, itinéraire monodique
Marc Mauillon, voix
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

MARC MAUILLON, baryton enchanteurDISEUR, ORFEVRE DU VERBE MUSICAL... Son dernier cd, comme soliste, savait rendre hommage au premier bel canto de l’histoire musical, ce « recitar cantando » oĂč le texte et son articulation priment sur toute idĂ©e de virtuositĂ© vocale : d’abord le sens du mot, et le relief comme la nuance du verbe. Lire notre critique du cd les 2 orphies / Le due Orphei : Caccini / Peri
 CLIC de Classiquenews d’avril 2016. Pour Musique et MĂ©moire 2018, le barytĂ©nor Marc Mauillon retrouve les dĂ©fis d’un programme oĂč son chant incarnĂ©, expressif est au devant de la scĂšne.
CHANT ET MAGIE ES ABORIGENES AUSTRALIENS. Le spectacle s’inspire du livre Songlines (en français « Le chant des pistes ») de Bruce Chatwin, qui raconte la vibrante expĂ©rience de l’auteur Ă  la recherche des itinĂ©raires chantĂ©s des aborigĂšnes
australiens; ces itinĂ©raires chantĂ©s, vĂ©ritables cartes permettant de se repĂ©rer dans le dĂ©sert, sont l’hĂ©ritage des ancĂȘtres du « temps du rĂȘve » car dans la mythologie aborigĂšne tout ce qui existe a dĂ» ĂȘtre chantĂ© pour ĂȘtre crĂ©Ă©. AdaptĂ© au rythme de la marche, le chant est alors guide et alliĂ© dans ce milieu hostile.
VoilĂ  maintenant plus de 25 ans que le chant remplit ce mĂȘme rĂŽle dans la vie de Marc Mauillon. Le chant exprime et façonne, Ă©lĂšve l’esprit et l’ñme, guide et inspire, rassure et donne du courage, partage et rassemble
 Solo : c’est tout seul, comme ces aborigĂšnes qui partent en « walkabout » que le chanteur a dĂ©cidĂ© de prĂ©senter son itinĂ©raire, comme une initiation qui se doit d’ĂȘtre solitaire. Un bagage minimum, un rĂ©cital nomade, adaptable et Ă©volutif, avec juste cette ligne de chant pour guide, sans accompagnement.
Une quĂȘte d’essentiel, une ascĂšse qui met en valeur les infinies possibilitĂ©s de « l’instrument humain ». L’abondance dans la simplicitĂ©. La puissance aussi du chant solitaire, quand il est connectĂ© au monde et Ă  la nature.
LE CHANT, CARTE D’EXPLORATION ET DE DECOUVERTE DU MONDE
 « Songline : le titre a perdu son pluriel et devient personnel : une proposition, une direction, une seule ligne de chant. Monodie. Tout tient dans cette ligne chantĂ©e qui se suffit Ă  elle-mĂȘme et qui crĂ©e un monde en soi. L’unique portĂ©e sur la partition devient temps et espace et le voici connectĂ© Ă  ses propres ancĂȘtres du «Temps du rĂȘve », ses « ancĂȘtres » musiciens, du VIIIe au XXIe siĂšcle, avec lesquels le lien est bien vivant et le message, sacrĂ© ou profane, toujours vibrant. Il s’incarne dans un corps pensĂ© comme une matiĂšre modulable. L’incarnation est humaine, animale, vĂ©gĂ©tale. Ces chants suscitent des variations de densitĂ© du corps et crĂ©ent par ce filtre une Ă©motion. Le corps lui-mĂȘme devient une cartographie qui entre en rĂ©sonance avec ce qui l’entoure. ». Nul d oute que dans la rĂ©verbĂ©ration naturelle et dĂ©taillĂ©e pourtant du Choeur roman de Melisey, en Ă©cho Ă  la puretĂ© de son architecture minĂ©rale, la voix incantatoire, allusive, prophĂ©tique de Marc Mauillon saura fusionner le temps, l’espace, 
 en une quĂȘte de sens essentielle;

RĂ©servation obligatoire
15 €, 5 € (rĂ©duit), 12 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et de la MGEN)
Songline, Marc Mauillon / 1 CD Son an Ero, décembre 2016

 

 

 

 

3 -  PremiĂšre annĂ©e pour les TraversĂ©es Baroques 


musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

Samedi 21 juillet, 21h

2018 à Musique et Mémoire offre une entrée nouvelle au jeune ensemble bourguignon Les Traversées Baroques

Samedi 21 juillet, 21 h
Eglise de Saint-Barthélemy
Passions et tourments amoureux
Cantates de Barbara Strozzi (1619-1667)
Les Traversées Baroques
Anne Magouët, soprano
Stéphanie Erös , violon
Judith Pacquier, cornet Ă  bouquin
Laurent Stewart, clavecin
Florent Marie, théorbe et luth
BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres
Muse, chanteuse, compositrice à Venise : Barbara Strozzi, une femme au destin exceptionnel


 

 

 

 

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

4 — Jean-Charles Ablitzer
joue l’orgue ibĂ©rique de Grandvillars
Jeudi 26 juillet 2018

thumbnail_Orgue de Grandvillars vue gĂ©nĂ©raleMusique et MĂ©moire a su depuis ses dĂ©but inventer des formes nouvelles de concerts autour de l’orgue. Les Vosges du Sud offrent aujourd’hui une palette large d’orgues historiques, oĂč il est dĂ©sormais possible de ressusciter la musique pour orgue des XVIĂš, XVIIĂš, XVIIIĂš, tout en respectant les esthĂ©tiques des Ă©coles europĂ©ennes germaniques, françaises, ibĂ©riques Ă  prĂ©sent grĂące Ă  l’activitĂ© de l’organiste Jean-Charles Ablitzer dont l’engagement et la passion comme initiateur et interprĂšte est depuis toujours liĂ© Ă  l’aventure de Musique et MĂ©moire. Dans l’église Saint-Martin de Grandvillars, jeudi 26 juillet Ă  21h, Jean-Charles Ablitzer en complicitĂ© avec le baryton espagnol Josep CabrĂ©, joue l’orgue nouvellement installĂ© Ă  Grandvillars et inaugurĂ© au printemps 2018 : les deux interprĂštes ressuscitent Le SiĂšcle d’Or dans les Espagnes
 La splendeur de la ferveur ibĂ©rique Ă  l’époque impĂ©riale des Habsbourg, s’incarne entre vanitĂ©, Ă©pure, flamboyance et fulgurance dans l’art de Cabezon (organiste de Charles Quint) et jusqu’aux contrastes sensuels et mystique du fabuleux Cabanilles. Voix et orgue fusionnent en un concert riche en contrastes, comme l’est l’Espagne Baroque, celle qui a aimĂ© Titien, celle qui a permis l’essor inouĂŻ de Velazquez.

ƒuvres de Francisco de la Torre, Antonio de Cabezon, Manuel Rodrigues Coelho, Sebastian Aguilera de Heredia, Francisco Correa de Arauxo, Joan Prim, Pablo Bruna, Juan Hidalgo, Juan Bautista Cabanilles — Illustration : orgue Grandvillars © Jean-François Lami.

 

 

 

 

5 – Vox Luminis

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenement

Objectif Jean-SĂ©bastien Bach
Vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 juillet 2018

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 20153Ăš rĂ©sidence de l’ensemble vocal d’une remarquable cohĂ©sion sonore : Vox Luminis Ă  Musique et MĂ©moire, le cycle « Toute la lumiĂšre de Bach » promet une immersion exceptionnelle Ă  travers Motets, Magnificat, Messe en si mineur. Comment redĂ©couvrir Bach en un geste et une sonoritĂ© rĂ©inventĂ©s ? Leur dernier album « Actus Tragicus » a Ă©tĂ© saluĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS, coup de cƓur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS.

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianVendredi 27 juillet, 21 h
Eglise luthĂ©rienne d’HĂ©ricourt
Motets de Johann Sebastian Bach
Singet dem Herrn ein neues Lied BWV 225
Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
Komm, Jesu, Komm BWV 229
Ich lasse dich nicht BWV Anh.159
Jesu meine Freude BWV 227
Vox Luminis
10 chanteurs et 3 instrumentistes (orgue, basson et viole de gambe)
Les Motets de Johann Sebastian Bach occupent une place de choix au sein du rĂ©pertoire choral. ComposĂ©s lors des premiĂšres annĂ©es Ă  Leipzig (1723-1731), les piĂšces ont d’autant plus de poids Ă  ses yeux qu’elles appartiennent Ă  un genre que sa famille pratique depuis des gĂ©nĂ©rations. En tant que cantor Ă  l’Église St Thomas (Director musices), Bach est entre autres chargĂ© de composer pour les funĂ©railles et pour les offices commĂ©moratifs. Or, dans la liturgie luthĂ©rienne, c’est au genre du motet que l’on a recours pour ce type de services funĂšbre. Les Motets de Bach exigent dextĂ©ritĂ© et virtuositĂ©, la ligne vocale « peut s’y avĂ©rer instrumentale ». Bach allie ici habilement tradition et innovation. Il applique d’une part les rĂšgles que Josquin Des PrĂ©s a fixĂ©es au XVIe siĂšcle si bien que son langage polyphonique se compose d’écriture imitative et de passages en homophonie oĂč les voix chantent simultanĂ©ment le mĂȘme texte. Il agrĂ©mente d’autre part son Ă©criture de deux pratiques italiennes : l’emploi du double choeur et l’insertion de madrigalismes visant Ă  traduire musicalement certains mots du texte.
De passage Ă  Leipzig en 1789, Mozart ne manquera pas d’ĂȘtre conquis par la somptuositĂ© de ces piĂšces qu’il s’empresse d’étudier en dĂ©tail tant il estime qu’elles sont inspirantes.
Les motets de Bach, tout en prolongeant une tradition familiale remarquablement continue et qualitative, expriment le lien viscéral du croyant à Dieu, la contemplation comme le miracle de la dévotion humble et sincÚre


 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianSamedi 28 juillet, 21 h
Eglise Saint-Martin de Lure
Magnificat(s)
Johann Pachelbel (1653-1706) : Cantate Jauchzet dem Herrnalle Welt
Johann Kuhnau (1660-1722) : Magnificat
Johann Sebastian Bach : Magnificat BWV 243
Vox Luminis
31 musiciens
Le premier NoĂ«l de Bach Ă  Leipzig fut une grande responsabilitĂ©. En sa qualitĂ© de nouveau cantor de Saint-Thomas, – l’une des 2 Ă©glises dont il devait assurer le service musical, Jean-SĂ©bastien dĂ©ploie sa musique alors la plus impressionnante. Un fait remarquable, car durant sept mois, il avait Ă©crit et interprĂ©tĂ© une Ă  deux nouvelle(s) cantate(s) par semaine. Et pour cette fĂȘte de NoĂ«l, il devait faire ses preuves dans une ville qui, depuis la rĂ©cente fermeture de sa maison d’opĂ©ra, restait sur sa faim en matiĂšre de divertissements musicaux. Le Magnificat offre donc un drame majestueux dans une Ă©chelle resserrĂ©e, du moins dans la derniĂšre version de Bach avec trompettes de cĂ©rĂ©monie. Vox Luminis rĂ©tablit l’atmosphĂšre de NoĂ«l, avec le Magnificat de Kuhnau, une oeuvre que Bach a trĂšs probablement dirigĂ©e. D’Allemagne du Sud, on entendra Ă©galement une cantate de Pachelbel, aujourd’hui surtout connu pour son Canon, mais en son temps cĂ©lĂšbre pour ses talents d’organiste. Sans chef, Vox Luminis s’immerge totalement dans la musique pour en rĂ©vĂ©ler un ocĂ©an de nuances et d’intentions passionnĂ©es.

17h, Répétition publique

 

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianDimanche 29 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains
Messe en si BWV 232
Vox Luminis
10 chanteurs et 20 instrumentistes
Jamais jouĂ©e Ă  l’époque de Bach, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, la Messe en si mineur est une oeuvre emblĂ©matique de la musique occidentale sacrĂ©e, le testament de toute une vie, celle de Jean-SĂ©bastien Bach. MĂȘme dans ses dimensions spectaculaires (associant trompettes Ă©clatantes et choeur en majestĂ©), la partition reste un tĂ©moignage d’une puissante et profonde ferveur, exprimant ce qui est au coeur de la piĂ©tĂ© luthĂ©rienne comme catholique, les doutes du croyant, sublimĂ©s par la rĂ©vĂ©lation de la grĂące divine. Tout le cycle alterne doxologie collective victorieuse, et sentiment d’abandon et de perte, de solitude et d’impuissance, cependant rĂ©confortĂ© par la prĂ©sence ineffable de la misĂ©ricorde divine.

L’histoire nous laisse dans l’ombre tant sur l’origine que sur la fonction de l’oeuvre. Bach aurait-il Ă©tĂ© soucieux de sa vulnĂ©rabilitĂ© ? Cette compilation puisant dans des ressources antĂ©rieures (Bach y recycle de nombreuses partitions prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©es dans d’autres contextes) est dotĂ©e cependant d’une ingĂ©niositĂ© sans Ă©quivoque ; elle semble vouloir donner un aperçu global de tous les styles et techniques, pleinement maitrisĂ©s Ă  l’époque de Bach. Son Ă©clectisme n’empĂȘche pas au final, une cohĂ©rence troublante. L’architecture est unique et englobe une voĂ»te et son contraire : l’ancien et le nouveau, l’objectivitĂ© grĂ©gorienne dĂ©rivĂ©e de la psalmodie et la forme baroque la plus contemporaine, les formes libres et les formes carrĂ©es, le coeur et le choeur, l’individu et l’humanitĂ©, le populaire et le spirituel, les rythmes dansĂ©s et les voix angĂ©liques. RĂ©sumer le ciel et la terre, voici l’essence mĂȘme de l’Ordinaire – la partie rĂ©currente que le croyant se doit d’invoquer Ă  l’heure de la messe et que Bach met ici en musique. MĂȘme le meilleur de la musique profane y est intĂ©grĂ© ; Qui sedes ad dextram Patris rĂ©fĂšre Ă  une Gigue, Quoniam tu solus Sanctus Ă  une Polonaise, Crucifixus Ă  une Passacaille, Et resurrexit Ă  une RĂ©jouissance.
Plus on plonge dans l’oeuvre, plus la recherche d’une abstraction universelle semblemusique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018 Ă©vidente. Une messe en latin dans un contexte luthĂ©rien allemand est en soi un choix ambivalent qui a donnĂ© Ă  l’oeuvre un caractĂšre oecumĂ©nique. Y aurait-il la volontĂ© de transgresser les convictions individuelles en vue d’un message universel, inscrit dans la musique ? En offrant la Messe en si de Bach, le 25Ăš Festival Musique et MĂ©moire offre pour sa conclusion, « une clĂŽture sur le toit du monde de la crĂ©ation artistique » . Tous les grands chefs s’y sont frottĂ©s, rĂ©cemment William Christie avec le succĂšs que l’on sait. Lire notre critique de la Messe en si de Bill Christie.

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach. Collection Ă©clectique de piĂšces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achĂšve Ă  la fin des annĂ©es 1740, les derniĂšres pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’église de Saint-Thomas. Le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent de multiples versions Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active, d’un caractĂšre plus individuel voire intimiste ; toujours prĂ©server selon les options musicales, l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂȘme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂȘme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂŽt inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si rayonne et touche les cƓurs, par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif, Ă  travers son Ă©loquente humanitĂ©, son architecture plus fraternelle que spectaculaire : le sens de tout le cycle s’achevant dans une sĂ©quence finale bouleversante, oĂč tout est dit et exprimĂ© par la voix solo de l’alto et du continuo rĂ©duit Ă  l’essentiel. Programme Ă©vĂ©nement.

Pour les 25 ans de Musique et Mémoire, nul doute que les voix enchantées, enivrées et si précises et souples de Vox Luminis en proposeront une lecture caractérisée et subtilement incarnée. Concert événement.

17 h >  répétition publique

 

——————-

INFOS & RESERVATIONS :

Festival Musique et MĂ©moire — 25 ans, du 13 au 29 juillet 2018
Informations pratiques
Pour tous renseignements 06 40 87 41 39/ festival@musetmemoire.com
Présentation détaillée sur www.musetmemoire.com

 

 

 

 

 

EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dùs 19h, depuis le MÜPA, Budapest

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetEN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des quatre tableaux ou « entrĂ©es », de cette partition inclassable (vĂ©ritable prĂ©figuration avec PlatĂ©e, de la comĂ©die musicale Ă  la française). Pour se faire, le chef rĂ©unit autour de lui, des effectifs choraux et surtout orchestraux (l’Orfeo Orchestra, ensemble exceptionnel sur instruments anciens), d’un engagement total.

 

 

live web Ă©vĂ©nement, ce soir depuis le MÜPA de Budapest

György Vashegyi : le chef hongrois qui sait allumer le feu ramélien

 

 

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieEn rĂ©alitĂ©, le maestro n’en est pas Ă  son premier dĂ©fi baroque français : il sait distinguer les nuances d’un Mondonville ou d’un Rameau (modĂšle entre tous), mais il sait ciseler la langue ramĂ©lienne comme peu aujourd’hui, retrouvent ce caractĂšre de fraĂźcheur juvĂ©nile et de jaillissement expressif qui firent les saveurs des lectures pionniĂšres en la matiĂšre, celles des Christie,  Bruggen,  Leonhardt / Harnoncourt… Depuis 2014 qui avait Ă©tĂ© une annĂ©e riche en accomplissement sur le thĂšme, c’est Ă  dire l’annĂ©e Rameau 2014, le chef hongrois nous rĂ©gale en rĂ©ussissant des productions de haute tenue, soulignant chez Rameau, cette verve orchestrale, ce goĂ»t du timbre, cette Ă©lĂ©gance racĂ©e qui distinguent absolument l’auteur scandaleux d’Hippolyte et Aricie. Sous le masque emperruquĂ© d’un Rameau poudrĂ© et galant, – compositeur officiel Ă  la Cour de Louis XV, György Vashegyi a su nous montrer sa force de persuasion quand il s’agissait d’exprimer la profondeur et la nostalgie poĂ©tique sous l’écriture nerveuse, habile, virtuose de Rameau le grand. Pour l’annĂ©e Rameau, György Vashegyi avait d’ailleurs pilotĂ© avec le mĂȘme panache inspirĂ© la rĂ©surrection des FĂȘtes de Polymnie (cd, paru en fĂ©vrier 2015), une raretĂ© des annĂ©es fastes – versaillaises du Dijonais ; plus rĂ©cemment, le maestro hongrois a aussi jouĂ© et enregistrĂ© une nouvelle version des Grands Motets de Mondonville, miracles dramatique et poĂ©tique du gĂ©nie baroque français, nĂ© en Provence. VoilĂ  qui met en perspective ces Indes Galantes 2018
 Live aujourd’hui, dĂšs 19h, en direct du Concert Hall MÜPA de Budapest.

 

 

RAMEAU : Les Indes Galantes
par György Vashegyi
version de concert

 

 

BartĂłk BĂ©la National Concert Hall
MÜPA Budapest:

Distribution / Cast:

HÉBÉ/ZIMA : Chantal Santon-Jeffery
ÉMILIE: Katherine Watson
PHANI : VĂ©ronique Gens
VALÈRE/CARLOS/DAMON : Reinoud Van Mechelen
OSMAN/ADARIO : Jean-SĂ©bastien Bou
BELLONE/HUASCAR/ALVAR: Thomas Dolié

Purcell Choir & Orfeo Orchestra
(on period instruments / sur instruments anciens)

Concertmaster / premier violon:
Simon Standage

Conductor / direction:
György Vashegyi

 

 

 

 

Concert live retransmis sur le lien :
www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast
aujourd’hui dùs 19h

The concert will be live broadcast (sound and picture) on the internet
at (www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast) from cca. 19:00 CET.

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO – 2016 – 1 cd RCO LIVE)

RCO MARISS JANSONS MAHLER symphony 7 cd review critique cd par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS de fevrier 2018 compte rendu critique de cd 814337019389CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam – Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE). SYMPHONISME INCANDESCENT
 La 7Ăš de Mahler (- crĂ©Ă©e 3 ans aprĂšs son achĂšvement, en septembre 1908 Ă  Prague sous la direction du compositeur) comme la 6Ăš notre prĂ©fĂ©rĂ©e, offre une dualitĂ© flamboyante entre grandeur ivre et saillies dĂ©pressives d’une inĂ©luctable aspiration sombre. MĂȘme le triomphe en ut du dernier des 5 mouvements, n’Ă©vite pas ce glissement harmonique, Ă©pisode de clairvoyance, juste avant le dernier accord… Le premier mouvement est passionnant par ses bonds colossaux, ses spasmes, la pensĂ©e de tumultes cosmiques qui dĂ©passent ici le destin d’un individu fĂ»t-il notre hĂ©ros. D’ailleurs ce dernier observe le vaste monde au bord du prĂ©cipice qui gronde et menace. Mariss Jansons, directeur musical du Concertgebouw pendant 11 ans (2004-2015) dĂ©montre ici et la grande tradition de l’Orchestre nĂ©erlandais dans l’interprĂ©tation du massif malhĂ©rien (le plus impressionnant dan la 7Ăš), et aussi sa propre expĂ©rience, nourrie d’évidentes affinitĂ©s avec le langage trĂšs riche de Mahler. Rappelons que Gustav Mahler, chef d’orchestre et directeur d’opĂ©ra (Ă  Vienne), demeure le plus grand symphoniste du dĂ©but du XXĂš avec Richard Strauss
 contemporain de la rĂ©volution esthĂ©tique et orchestrale opĂ©rĂ©e par les Français, Ravel et surtout Debussy (La mer, Ă©galement achevĂ©e en … 1905). Mahler appartient encore Ă  la tradition d’un certain structuralisme beethovĂ©nien, s’interdisant cette dilution spatiale et d’une harmonisation nouvelle et raffinĂ©e qu’accomplira Debussy.

 

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursPrĂ©figurant les Chostakovitch Ă  venir et les Prokofiev, champion du double langage, cynique, parodique, aigre
, Gustav Mahler cristallise toutes les tensions, dĂ©sirs, aspirations de la vie en un magma d’une impĂ©tuositĂ© colossale et une sensibilitĂ© humaine d’une rare intensitĂ©. Cuivres sardoniques, cordes enivrĂ©es, 
 Ă©chelle de l’espace, et espĂ©rance terrestre se croisent et fusionnent dans ce premier mouvement Ă  l’énergie primitive et Ăąpre. Face Ă  une telle conscience des enjeux qui se jouent et nous dĂ©passent (voir le fracas final qui ferme en un panache militaire sec, le premier mouvement), il faut bien la rondeur parfois parodique et fanfaronnĂ©e du second mouvement (premier nocturne) pour atteindre une certaine neutralisation de la tension. Mariss Jansons se montre sĂ©ducteur et architecte sachant tirer partie des timbres mĂȘlĂ©s littĂ©ralement enivrĂ©s (harpes et flĂ»tes Ă©perdues, cordes aspirĂ©es, bois et surtout cuivres en lĂ©vitation), Ă©voquant cette pause nocturne, fouillant l’énigme de son mystĂšre oĂč pointe aussi le rendu rĂ©aliste des cloches des vaches
 (que l’on rĂ©entendra dans le final), le paysage et le motif naturel s’invitent dans ce paysage colossal, poĂ©tique et philosophique, allĂ©gorie de la destinĂ©e humaine foudroyĂ©e par le vide sidĂ©ral, Ă  la façon de la grande poĂ©tique baroque du peintre Poussin, grand rĂ©formateur lui-mĂȘme du paysage classique au XVIIĂš, entre ordre et leçon d’humilitĂ©.
Spectaculaires et libres, d’un souffle poĂ©tique Ă©perdu nous l’avons dit, que l’imaginaire et cette aspiration salvatrice d’un Mahler touchĂ© par la grĂące : musique autobiographique, aux Ă©lans d’un nouveau lyrisme
 le collectif maudit, l’espoir individuel s’y dĂ©ploient, antagonistes et complĂ©mentaires Ă  la fois, telle une marche aux Ă©toiles sans illusions et pourtant allant, errant, s’accomplissant telle une migration funambule. La richesse des nuances, et le soin dĂ©taillĂ©, dans la tenue directionnelle se rĂ©vĂšlent captivants. La rusticitĂ© et l’élĂ©gance de Jansons (piaillement enivrĂ© des clarinettes
) font mouche dans ce premier nocturne dont le gĂ©nie – rĂ©ussite absolue, est de s’achever comme une interrogation.

Le Scherzo est le dĂ©fi qui se dresse Ă  tous les grands chefs, rĂ©vĂ©lant limites ou 
 hauteur d’esprit. Reconnaissons que l’art du spasmes, des retenues Ă©lastiques dont fait preuve Jansons dĂ©montrent sa rĂ©ussite totale dans l’une des pages les plus difficiles du rĂ©pertoire symphonique. La valse qui s’y dĂ©hanche, se cabre en une silhouette ivre mais celle ci, caricaturale et hoquetant, tel un superbe animal blessĂ©. La tension dansante, Ă©chevelĂ©e, la formidable ligne dans les unissons des cordes confirment les affinitĂ©s du chef avec l’imaginaire MahlĂ©rien oĂč le feu rythmique n’est jamais Ă©loignĂ© d’un certain rictus rentrĂ© (l’aigreur ciselĂ©e comme un hoquet des bassons.)
 On cite certes la Valse de Ravel, nous prĂ©fĂ©rons citer surtout les spasmes convulsifs de la SalomĂ© straussienne, et ses 7 voiles incandescents. VoilĂ  le passage le plus abouti de la lyre mahlĂ©rienne dĂ©fendue par Jansons. Fabuleuse Ă©popĂ©e orchestrale.

Guitare et mandoline, d’une couleur webernienne, accusent ici leur appel au rĂȘve, dans la seconde NACHTMUSIK (« musique de la nuit » / Nocturne), mais un rĂȘve indistinct entre cauchemar foudroyant et songe douceĂątre et inquiet (le chant du violon solo, accordĂ© Ă  la cantilĂšne de la clarinette / hautbois dit l’essence de la romance amoureuse, sa tendresse et sa candeur mensongĂšre, comme une harmonie trompeuse : sentiment partagĂ© qui scelle aussi la relation contradictoire entre Gustav Mahler, et son Ă©pouse Alma). L’abandon dans le style amoureux (comme le rappel l’indication du passage « Andante amoroso »), semble Ă  la fois exprimer l’ivresse sincĂšre d’un amour partagĂ©, mais aussi la mascarade amĂšre qui pointe dans toute idylle (relents grave et lugubres des cordes, jamais formulĂ©s jusque lĂ ) : l’ambivalence est dans ce noeud tĂ©nu, formidable incertitude structurelle du chant mahlĂ©rien. Jansons rĂ©ussit Ă  exprimer le double langage, il Ă©claire la double lumiĂšre de ce jeu miroitant et
 trompeur. La justesse de la tenue est admirable on peut se laisser bercer par cet Ă©pisode d’ivresse amoureuse, sans pourtant perdre sa luciditĂ© sur la vanitĂ© et la fugacitĂ© de toute chose.

Jansons_mariss 2624018bPour Maris Jansons, l’humanisme de Mahler vainc toute tentation du chaos dans le dernier et spectaculaire tableau final (5Ăš mouvement : Rondo, indiquĂ© « allegro ordinario »). Les forces de l’esprit savent distinguer et discerner la barbarie et le dĂ©monisme du monde, comme il sait aussi insuffler un nouvel espoir ; toute l’architecture de ce mouvement en ut, terminĂ© en 1905 qui rĂ©sonne rĂ©solument telle un formidable aveu de victoire : face au dĂ©sordre diabolique du cosmos, l’esprit humain offre sa conscience capable de rĂ©organiser l’ordre du monde. Une priĂšre enf orme de marche conquĂ©rante et drappĂ©e dans une noblesse victorieuse, qui dans le dĂ©rĂšglement contemporain n’aura jamais sonnĂ© de façon si actuelle. MahlĂ©rien le plus moderne, le plus clairvoyant, et pourquoi pas douĂ© d’un jugement messianique parmi les compositeurs ? On voudrait bien partager l’espĂ©rance finale ainsi formulĂ©e. Ainsi Maris Jansons confirme sa maĂźtrise irrĂ©sistible dans l’interprĂ©tation mahlĂ©rienne : l’un des interprĂštes les plus saisissants avec Solti, Kubelik, Haitink. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

 

 

—————————————

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. MAHLER : 7Ăš Symphonie (Mariss Jansons, Royal Concertgebouw Orchestra, RCO / Amsterdam  - Live de septembre 2016 – 1 cd RCO LIVE) – CLIC de CLASSIQUENEWS 2018.

 

 

 

LIVRE événement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud)

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018LIVRE Ă©vĂ©nement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud). Voici un texte rare : le fruit d’un long compagnonage avec la musique concernĂ©e : c’est avant tout, vrai regard et belle pertinence dans l’approche, le livre d’un pianiste nous parlant d’un jardin musical qu’il a patiemment et amoureusement visitĂ©, compris, ressenti, vĂ©cu. Le lecteur retrouve la finesse et le sens de l’analyse du pianiste Philippe Cassard. Celui qui fut pendant longtemps le producteur de ‘Notes du traducteur’ sur France Musique, l’une des Ă©missions les plus passionnantes et les plus suivies, diffuse par petites touches (impressionnistes), maĂźtrisant la formule et l’économie littĂ©raire pourtant riche en enseignements, un portrait de Claude Debussy : personnalitĂ© majeure de notre musique moderne, vĂ©ritable pionnier d’un esthĂ©tisme Ă©blouissant
 et surtout salvateur Ă  l’époque oĂč la France s’asphyxiait littĂ©ralement en voulant prolonger sans le renouveler l’ocĂ©an wagnĂ©rien.

 
 
Le pianiste Philippe Cassard livre son portrait de Claude Debussy

LumiĂšre, ivresse, Ă©rotisme de Debussy

 
 

MaĂźtre de la couleur (Debussy fut un grand amateur de peinture), gĂ©nie de l’espace et du temps, prophĂšte de nouvelles harmonies, esprit perfectionniste aussi, capable (aprĂšs Marais, ou F. Couperin) d’écrire des indications particuliĂšrement prĂ©cises (Philippe Cassard leur consacre tout un chapitre : « au fil des 24 PrĂ©ludes »), entre maniaquerie et poĂ©sie pure, Debussy se prĂ©cise dans ce livre hautement recommandable : il est un compositeur inclassable, indĂ©pendant, profondĂ©ment moderne.

CENTENAIRE DEBUSSY 2018Justement, la composition de cet essai, joyau Ă  lire et Ă  relire, s’expose en
 24 chapitres, complĂ©mentaires, – c’est que son auteur joue des rĂ©fĂ©rences et rĂ©sonances, en vĂ©ritable artiste sensible. Pourtant, la lecture se cristallise au fur et Ă  mesure des pages (140 au total), et rĂ©tablit Ă  la fois le style, le portrait, la recherche d’un gĂ©nie du XXĂš. On reconstitue le pĂ©riple du musicien : jeune acadĂ©micien farouche, sauvage et totalement incompris (le jury confrontĂ© Ă  ses envois romains, regrette « son manque de netteté » ; car il est dĂ©jĂ  dans le flou : furieux le virtuose quitte Rome en 1886) ; le mĂ©lodiste audacieux ; l’architecte qui au piano Ă©chafaude des cathĂ©drales de sons ouatĂ©s et liquides
; l’orientaliste aussi (qui se passionne Ă  l’Expo Universelle de 1889 pour les carillons et demi-tons javanais
) ; d’ailleurs, c’est sur son piano creuset et forge prĂ©alable, que l’inventeur des sons modernes polit, cisĂšle, le chant orchestral de son opĂ©ra PellĂ©as
 Philippe Cassard rĂ©tablit le rĂŽle primordiale du clavier dans la genĂšse de l’opĂ©ra le plus essentiel du XXĂš naissant : piano laboratoire, piano poĂšte (aprĂšs Liszt et Chopin).
Le malheur de Debussy fut sa volontĂ© d’indĂ©pendance, farouchement verrouillĂ©e, qu’il paya toute sa vie, en souffrant d’un manque rĂ©current d’argent. Que n’a t il Ă©crit davantage d’opĂ©ras
 c’était lĂ , la source de revenus garantis. Mais il reste un chef d’oeuvre
 encore traversĂ© par un mystĂšre persistant.

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotPhilippe Cassard livre ainsi un texte remarquable de sensibilitĂ© et de clartĂ© malicieusement pĂ©dagogique ; il faut absolument lire entre autres pĂ©pites, son chapitre sur les sources d’inspiration de l’Isle joyeuse (rĂ©gĂ©nĂ©rant l’esprit des Barcarolles de 
 Chopin) ; comme son portrait de l’homme Debussy, Ă  torts rĂ©putĂ© « difficile », en rĂ©alitĂ© exigeant, intransigeant, mais que son Ă©tonnante culture poĂ©tique et littĂ©raire, comme picturale, aura dĂ©finitivement distinguĂ© de ses contemporains. Debussy s’inscrit tout entier dans l’air et la lumiĂšre ; son Ă©criture dit cet ivresse Ă©blouissante qui semble gommer tout ancrage, tout format prĂ©visible, tout enveloppe terrestre, connue, traditionnelle. Or on sait combien ce Prix de Rome 1883 a dĂ©testĂ© non sans raison, le ridicule acadĂ©mique de l’Institution. Debussy est le dernier des esprits libres dont les pages pianistiques, les mĂ©lodies (elles aussi trĂšs bien commentĂ©es), l’oeuvre symphonique, 
 indiquent la totale nouveautĂ©. Une bouffĂ©e d’oxygĂšne dans un pays au nĂ©oromantisme ‘lourdingue’ qui s’enlisait inexorablement
 On ne saurait mieux dire.

CLIC_macaron_2014Les pages courtes mais d’autant plus savoureuses, dĂ©diĂ©es Ă  Verlaine, MallarmĂ© (« le Patron »), celles explicitant le jeu pianistique de Debussy (selon le tĂ©moignage de Satie), l’analyse des pages symphoniques comme La Mer (pur sommet orchestral)
 sont des sources d’intense plaisir. De quoi nous rĂ©jouir enfin au sujet de Debussy. Pour le centenaire de sa mort, le livre Ă©crit par Philippe Cassard, Ă©ditĂ© par Actes Sud, est incontournable. Evidemment CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2018. RafraĂźchissant et captivant.

 
 

———————————

 
 

LIVRE Ă©vĂ©nement. PHILIPPE CASSARD : CLAUDE DEBUSSY (Editions Actes Sud) — CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 

 
 

COMPTE-RENDU, OPERA, crĂ©ation. Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 « Et in Arcadia
 » / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau

Et in arcadia ego opera comique lea desandreCOMPTE-RENDU, OPERA, crĂ©ation. Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 « Et in Arcadia  » / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau. L’OpĂ©ra-Comique confirme sa vocation Ă  rĂ©tablir des partitions anciennes mĂ©connues (comme c’est souvent le cas, combien d’opĂ©ras et ouvrages romantiques par exemple connaissent une heureuse rĂ©surrection grĂące Ă  la 2Ăš scĂšne lyrique de France ?) ; le directeur Olivier Mantei « ose » aussi, autre facette d’une direction passionnante, les prises de risques et les crĂ©ations parfois aux vertiges hasardeux
 C’est assurĂ©ment le cas ici, oĂč c’est Rameau que l’on dĂ©tourne, pas toujours Ă  son avantage.
Dans Et in Arcadia ego, la salle Favart poursuit une expĂ©rience inĂ©dite, celle du collage avec habillage spĂ©cifique : toutes les musiques sont tirĂ©es de JP Rameau, gĂ©nie du XVIIIĂš baroque français, mais ici rĂ©agencĂ©es pour construire un drame propre qui croise fantasmes (organiques, visuels, philosophiques) et visions pluridisciplinaires de la plasticienne « visionnaire », – Ă  la fois chorĂ©graphe et performeuse-, Ă©gĂ©rie inclassable, frappĂ©e d’un nouveau kitsh postmoderniste, Phia MĂ©nard. Reconnaissons qu’ailleurs, l’univers dĂ©jantĂ©, “organique” de la plasticienne tout azimuts peut fabriquer du nouveau dĂ©calĂ©, avec un regard trĂšs juste sur le corps dĂ©tournĂ©, Ă©prouvĂ©e, et l’identitĂ© niĂ©e (en raison de sa vie personnelle),… mais ce cheminement sincĂšre devient sur la scĂšne lyrique, sur une musique prĂ©existante et dans une rĂ©daction rĂ©actualisĂ©e, “dĂ©corum” qui sonne ici “gadget” et ne rencontre jamais la musique de Rameau qui est poĂ©sie et magie pures.

 

 

Sans poésie, un Rameau kisth et abscons

 

 

DECALAGE ET CONFUSION… Sur scĂšne, une femme ĂągĂ©e, mais qui a conservĂ© son apparence juvĂ©nile (fantasme on vous a dit) erre et chante un nouveau texte sur les musiques de Rameau : AĂŻe ! que vaut cette prosodie XXIĂš sur un canevas (si prĂ©cis et
 gĂ©nial) du dit Rameau?Avouons que le rĂ©sultat est souvent terne, ennuyeux, voire 
affligeant, rĂ©alisant des distorsions voire des contre sens navrants sur les mots hier sublimes de Dardanus ou de Castor et Pollux, pour ne citer que ceux lĂ . Pourquoi dĂ©faire ce qui fut parfait ? Certes pour dĂ©fendre une action nouvelle ; mais alors il faudrait Ă©crire et rĂ©diger dans la mĂȘme veine poĂ©tique et avec la mĂȘme sensibilitĂ©. C’est alors que l’on mesure combien les livrets du XVIIIĂš n’étaient pas aussi ridicules que cela : au moins le spectacle actuel aura permis cette rĂ©estimation.

Pour s’accorder (plus ou moins) avec le rythme de la langue ramĂ©lienne, le texte contemporain finit par agacer par ses formules absconses, d’un Ă©sotĂ©risme ridicule, d’une complexitĂ© finalement banale.
desandre-lea-mezzo-sublime-classiquenews-portraitHeureusement sur les planches, – mais est ce suffisant ?, la jeune mezzo française Lea Desandre, ex chanteuse chez Opera Fuoco de David Stern, puis aurĂ©olĂ©e d’une Victoire de la musique 2017 « RĂ©vĂ©lation lyrique », combine habilement qualitĂ©s de danseuse et surtout prĂ©sence vocale intense et expressive (son vrai mĂ©tier quand mĂȘme). Vite, revenons aux fondamentaux de cette voix promise Ă  de belles rĂ©alisations sur la scĂšne lyrique : LIRE notre critique de son rĂ©cent cd BERENICE CHE FAI, ou revoyons la en Ruggiero dans Alcina de Haendel (Shanghai, 2016 / reportage vidĂ©o “OPERA FUOCO, la compagnie lyrique de David Stern, de Paris Ă  Shanghai, dĂ©cembre 2016). L’ambition philosophique du spectacle reste Ă  distance du spectateur dans une sĂ©rie de tableaux assez ambigus ou carrĂ©ment 
 graveleux. Les puristes apprĂ©cierons ce dĂ©tournement Ă  la Koons ou mieux Ă  la Paul McCarthy : l’air initial « Que tout gĂ©misse » (choeur de dĂ©ploration de Castor et Pollux) devient ici « que tu gĂ©misses », d’un prosaĂŻsme sexuel et orgasmique
 facile. Et consternant. Rameau qui a dĂ» entendre l’oeuvre depuis sa tombe aura pour le moins apprĂ©ciĂ© cette nouvelle verve verbale (ou verbeuse), lui qui a tant reprochĂ© Ă  ses librettistes l’indignitĂ© de leurs mots. Qu’aurait-il dit devant tant de poĂ©sie rafistolĂ©e bien emblĂ©matique de notre temps ?

DEsandre-lea-opera-comique-spectacle-opera-comique-la-critique-et-in-arcadia-ego-critique-par-classiquenews-photo-portrait-2Musicalement, Les Talens Lyriques offrent un Rameau canalisĂ©, ciselĂ© au cordeau, d’une prĂ©cision millimĂ©trique, vraie mĂ©canique des sentiments. On cherche souvent la pure et simple Ă©motion qui font les spectacle les plus rĂ©ussis. L’ovni thĂ©Ăątral et musical dont il s’agit n’en finira pas de heurter les plus coutumiers de l’oeuvre de Rameau. Pour tous ceux qui connaissent moins le monde si passionnant du Dijonais, pas sĂ»r qu’ils aient l’envie de pousser plus loin l’écoute
 C’est donc Rameau que l’on assassine par un dĂ©tournement du sens parfois trĂšs maladroit et souvent malheureux, plus provocateur que rĂ©ellement poĂ©tique. Or le titre mĂȘme du spectacle promettait un parfum nostalgique: “Et in arcadia ego sum” (telle est la phrase complĂšte : “Moi aussi j’ai Ă©tĂ© en Arcadie….”). Rien de tel dans ce dĂ©calage souvent artificiel qui n’exploite pas assez, tout en le respectant pour l’avoir compris, tout le dĂ©lire magicien de l’opĂ©ra baroque sublimĂ© par Rameau. Dommage. « Et in Arcadia  », Paris, Salle Favart, OpĂ©ra Comique, le 1er fĂ©rier 2018 / LĂ©a Desandre, Les Talens Lyriques / Phia MĂ©nard, crĂ©ation d’aprĂšs Rameau, jusqu’au 11 fĂ©vrier 2018.

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation du nouveau spectacle « Et in Arcadia ego » 
http://www.classiquenews.com/paris-reouverture-de-lopera-comique-et-in-arcadia-ego-sum/

 

____________

 

 

Desandre-lea-et-in-arcadia-ego-opera-comique-critique-par-classiqueenws

 

 

 

Illustrations : photos de la production Et in Arcadia ego… / © OpĂ©ra Comique 2018

 

Livre, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse)

LAFONT jean philippe avec voix et eloquence livre evenement la critique du livre par classiquenews livre opera critique par classiquenews 3617335-avec-voix-et-eloquence-de-jean-philippe-624x0-1Livre, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse). La voix, l’éloquence
 surtout l’intĂ©gritĂ© d’une personnalitĂ© hors norme, qui pour qui l’a approchĂ©e, diffuse une sagesse et une simplicitĂ© remarquables. Jean-Philippe Lafont, baryton discret mais voix intense, – rendu cĂ©lĂšbre entre autres pour sa prestation dans le film culte Le Festin de Babette Ă  l’Ă©cran avec StĂ©phane Audran, incarne un modĂšle d’artiste, d’une rondeur engageante, Ă  la fois fraternelle et bienveillante dont la gĂ©nĂ©rositĂ© Ă©gale l’engagement sur la scĂšne. Le texte reflĂšte cette Ăąme admirable qui tĂ©moigne de sa vocation, son devenir de chanteur, et surtout de son mĂ©tier, apprentissage continu dont le perfectionnement s’est rĂ©alisĂ© grĂące Ă  une sĂ©rie bĂ©nĂ©fique pour sa voix et sa maturitĂ©, de personnages dramatiques clĂ©s : Golaud (brutalitĂ©, force, fragilitĂ©, aveuglement), Wozzek (solitude, dĂ©nuement, suicide), Barak (humanitĂ©, compassion, fraternitĂ© : le rĂŽle qui lui correspond le mieux), enfin Falstaff (auquel il apporte une profondeur irrĂ©sistible
) ; tous reflĂšte une partie de la richesse des passions humaines qui n’en finit pas d’occuper la vie des thĂ©Ăątres, cĂŽtĂ© artistes et public. Pour chacun, il s’agit d’une rencontre forte, intense, exclusive au moment de travailler le rĂŽle et d’en exprimer la « vĂ©rité » sur la scĂšne. De tous, c’est comme on a dit celui de Barak, hĂ©ros de l’opĂ©ra fabuleux, fantastique que Richard Strauss Ă©crit et compose au moment de la premiĂšre guerre mondiale, fresque tragique et fraternelle, la Femme sans ombre, oĂč Jean-Philippe Lafont a incarnĂ© et assez tardivement, le personnage du teinturier, – le seul ĂȘtre Ă  possĂ©der une Ăąme, donc Ă  possĂ©der un nom (Ă  la diffĂ©rence de sa femme, de l’Empereur, l’ImpĂ©ratrice, sa nourrice : qui tous occupent / incarnent une fonction dans l’une des rĂ©alisations les plus impressionnantes de l’histoire de l’opĂ©ra). L’interprĂšte et le chanteur dĂ©livrent des clĂ©s pour rĂ©ussir dans le mĂ©tier car c’est aussi un professeur qui sait placer la voix, et cultiver la technique avec constance, discipline, prĂ©cision. Le souci du texte, de la clartĂ© et de l’intelligibilitĂ© (Ă  l’école de MoliĂšre par exemple, et du texte truculent, savoureux, efficace du Bourgeois Gentilhomme
) sont ici exemplaires : il fut un coach vocal pour le prĂ©sident de la RĂ©publique française actuel, Ă  l’époque oĂč ce dernier Ă©tait encore candidat. Le ton est sincĂšre, le texte d’une apport Ă©vident. On suit le jeune chanteur nĂ© Ă  Toulouse dans ses dĂ©couvertes du milieu, de monde des productions lyriques, dans le travail des rĂŽles. Constamment, une importance est prĂ©servĂ©e Ă  celle qui reste sa professeur et sa conseillĂšre dans le choix des rĂŽles justes : Denise Dupleix. La vision est prĂ©cieuse ; elle est dĂ©livrĂ©e sans calcul, avec la sincĂ©ritĂ© d’une homme de coeur, d’une belle clairvoyance.

———————————

Livre Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. JEAN-PHILIPPE LAFONT : Avec voix et Ă©loquence (Editions Larousse). 256 pages – 17, 95 € (prix indicatif).

CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, 2015)

Didonato joyce cd great scott dallas opera cd review critique cd par classiquenews 71rq6SO3EGL._SL1494_CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, 2015). NĂ© en 1961, l’amĂ©ricain Jake Heggie a montrĂ© de rĂ©elles capacitĂ©s dans l’écriture d’un opĂ©ra contemporain, accessible, audible. On se souvient de son Dead man walking, oĂč Ă  San Francisco en 2000, brillait la crĂ©atrice Susan Graham. Ex attachĂ© de presse de l’OpĂ©ra californien, Heggie a aussi Ă©crit des mĂ©lodies pour Frederica von Stade (ici Winnie Flato) qui reconnut aussitĂŽt la qualitĂ© d’un style taillĂ© pour le chant et l’opĂ©ra; enregistrĂ© sur le vif Ă  Dallas en 2015 (en octobre au moment de la crĂ©ation de l’ouvrage), Great Scott ne rĂ©volutionne en rien la forme et le genre lyrique mais demeure trĂšs attachant. En cela il prouve son efficacitĂ©. Librettiste de Dead man walking en 2000, Terrence Mcnally signe aussi le texte livret de Great Scott et justifie les nombreux emprunts du compositeurs dans l’histoire lyrique du XIXĂš, (Rossini, Verdi, 
) car il s’agit d’un opĂ©ra dans l’opĂ©ra. Pendant l’acte I, l’action est celle des rĂ©pĂ©titions d’un opĂ©ra mĂ©connu de 
 Bazzetti (Rosa Dolorosa, fille de Pompei), avant que l’on assiste Ă  la reprĂ©sentation au II.
Outre l’excellente (d’une indiscutable longĂ©vitĂ© exemplaire) FV Stade, trĂšs amusĂ©e, inspirĂ©e par l’écriture nĂ©overdienne de Heggie, tout repose surtout sur le talent polymorphe, drĂŽle, pĂ©tillant mĂȘme mais aussi parfois profond de Arden Scott soit la rayonnante
 Joyce Di Donato, sirĂšne du Kansas, qui dĂ©montre l’ambitus flexible de sa voix Ă  vocalises, sachant sublimer une partition qui manque parfois d’inspiration et de rĂ©elle personnalitĂ© (l’air Vesuvio , « mon unique ami », acte I reste dans les esprits comme un tube Ă  suivre
). Comme Rufus Wainwright (et son dernier opĂ©ra Prima Donna, saluĂ© aussi par classiquenews), Great Scott n’ouvre pas de portes inconnues ni ne surprend rĂ©ellement. L’opĂ©ra de 2015 a l’avantage pas si faible, de plaire et de sĂ©duire. Pour autant l’opĂ©ra au XXIĂš ne doit il ĂȘtre que pur divertissement ?
 A chacun d’en juger. Que l’on prenne par exemple une oeuvre apparemment lĂ©gĂšre comme My Fair lady (Loewe), rĂ©cemment produite par l’OpĂ©ra de Tours (pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017), on demeure surpris par le regard critique, mordant sur la « bonne » sociĂ©tĂ© anglaise du XIXĂš. Ici rien de tel, aucune vision critique ou parodique,
 malheureusement. Rien qu’un opĂ©ra d’aujourd’hui assez convenu et prĂ©visible qui avec facĂ©tie certes et efficacitĂ©, singe et parodie les poncifs de la langue lyrique, romantique et postromantique


—————-

CD, compte rendu critique. HEGGIE : Great Scott (Joyce DiDonato, 2 cd Erato, live, crĂ©ation Ă  Dallas, 2015) — Avec Joyce DiDonato, Ailyn PĂ©rez, Frederica Von Stade, Nathan Gunn, Anthony Ross Costanzo / The Dallas Opera Orchestra and Choru / Patrick Summers, direction.

CENTENAIRE CHARLES GOUNOD 2018

gounod charles portrait jeune par classiquenews gounod centenaire 2018 par classiquenews portr19CENTENAIRE CHARLES GOUNOD. Le 17 juin 2018 marque le centenaire de la naissance Ă  Paris, de Charles Gounod (1818 – 18 oct 1893), compositeur pour l’église (il a envisagĂ© un moment de rentrer dans les ordres : c’est pourquoi il a composĂ© beaucoup de Messe dans le style de Schubert son compositeur favori), surtout auteur lyrique, dont les valses et le gĂ©nie mĂ©lodique a pu aprĂšs Berlioz et Ambroise Thomas, rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra romantique français. L’orphelin de pĂšre est Ă©levĂ© par sa mĂšre qui encourage ses dons de compositeur, avant de la confier Ă  Reicha (dont Berlioz fut aussi l’élĂšve). A 18 ans, Gounod est au Conservatoire, suivant les classes de HalĂ©vy (contrepoint), Lesueur et Paer (composition).
Alors que rĂšgne Ă  l’OpĂ©ra, le captivant et si dramatique Meyerbeer (gĂ©nie lyrique des annĂ©es 1830), Gounod pour sa part dĂ©croche le Prix de Rome en 1839 (il a 21 ans) ; en Italie grĂące Ă  la soeur de Mendelssohn, Fanny, il dĂ©couvre les Romantiques allemands.
C’est sa rencontre avec la mezzo lĂ©gendaire Pauline Viardot, qui confirme la vocation de Charles Gounod pour l’opĂ©ra, lui composant un rĂŽle taillĂ© pour son chant ample et sombre, Sapho crĂ©Ă© en 1851, au milieu du siĂšcle : Gounod a 33 ans.
Bien que louĂ© par ThĂ©ophile Gautier, La Nonne sanglante sur le livret de Scribe (1854-1855) Ă©choue Ă  sĂ©duire public et critique. Il est vrai que les parisiens s’entiche de l’opĂ©ra comique et de l’opĂ©rette, grĂące au gĂ©nie de deux crĂ©ateurs inventeurs de premier plan, florissants Ă  partir des annĂ©es 1850, HervĂ© et Offenbach.

GOUNOD 1839 ROME prix de rome portrait par INGRES sur classiquenews CENTENAIRE GOUNOD 2018 dossier par classiquenewsL’essor annoncĂ©, attendu du compositeur romantique français se rĂ©alise au ThĂ©Ăątre-Lyrique, oĂč le directeur Carvalho, lui commande tout Ă  tour, Le MĂ©decin malgrĂ© lui (1858 Ă  40 ans), puis surtout Faust (1859), rĂ©miniscence personnelle et originale du sujet prĂ©cĂ©demment traitĂ© par Berlioz (Damnation de Faust) ; puis un opĂ©ra comique mĂ©connu PhilĂ©mon et Baucis (1860). Suivront dans un style plus ambitieux et parfois grandiloquent, La reine de Saba (OpĂ©ra de Paris, 1862), Mireille (1864), surtout, dans la veine charmante et raffinĂ©e, le sommet de sa production lyrique, RomĂ©o et Juliette (ThĂ©Ăątre Lyrique, 1867, Ă  presque 50 ans). Les quatre duos d’amour entre les deux amants Ă©perdus constituent le sommet français dans le genre romantique amoureux, Ă  la fois tendre et extatique, toujours, d’une exceptionnelle vĂ©ritĂ© et fraĂźcheur d’inspiration. RomĂ©o s’est maintenu depuis lors Ă  l’affiche des scĂšnes internationales car son livret ne faiblit pas (Ă  la diffĂ©rence de Faust par exemple, parfois ridicule), et aussi en raison de l’excellence de sa prosodie, d’une rare distinction, mĂȘlant justesse des intentions et naturel expressif.
Toute sa vie, Gounod entend renouveler l’opĂ©ra romantique français grĂące Ă  la sĂ©duction de ses mĂ©lodies, au raffinement de son orchestration, une certaine fluiditĂ© heureuse, qui na manque pas pour autant de profondeur : en somme, il aurait souhaitĂ© renouveler le miracle de Mozart auquel il dĂ©die une Ă©tude qui en dit long sur sa vĂ©nĂ©ration pour le Salzbourgeois (semblablement admirĂ© de Jacques Offenbach)


 

gounod charles portrait par classiquenews gounod 2018Par le raffinement des harmonies, sans possĂ©der le gĂ©nie dramatique de Bizet, Gounod annonce l’orchestre de Carmen, comme celui de FaurĂ©. Aux cĂŽtĂ©s des oeuvres lyriques moins connues et pourtant tout aussi fouillĂ©es sur le plan de l’écriture (PhilĂ©mon et Baucis, recrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Tours), la recherche actuelle se concentre, en particulier au moment de son centenaire 2018, sur les partitions de jeunesse (celles acadĂ©miques autour du Prix de Rome) et aussi sur ses opus sacrĂ©s (Messes, motets, etc
). Le Prix de Rome 1839, devint membre de l’Institut, immortel saluĂ© par la censure acadĂ©mique, et vĂ©nĂ©rĂ© par ses pairs comme l’un des piliers de l’opĂ©ra romantique.

____________________

 

 

PREMIERS TEMPS FORTS LYRIQUES

 

—————-

GENEVE, Faust. 1er-18 février 2018

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsMichel Plasson, grand inteprĂšte du romantisme français, et qui avait failli diriger Faust Ă  l’OpĂ©ra Bastille (2011), s’attaque Ă  une partition favorite, dans cette production gĂ©nevoise (Mise en scĂšne : Georges Lavaudant). Avec John Osborn (Faust), Jean-François Lapointe (Valentin)
 parmi les chanteurs prometteurs.
RESERVER :
https://www.geneveopera.ch/programmation/saison-17-18/faust/

 

—————-

TOURS, Philémon et Baucis. Les 16, 18, 20 février 2018.

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsNouvelle production pour cet ouvrage rare pourtant captivant et trĂšs sĂ©duisant de Gounod, infaillible auteur ici dans la veine plus lĂ©gĂšre de l’opĂ©ra comique. Ce PhilĂ©mon pourrait bien ĂȘtre le joyau lyrique de l’annĂ©e GOUNOD 2018. Production incontournable. A suivre sur classiquenews. DĂ©jĂ  en 2013, l’OpĂ©ra de Tours prĂ©sentait une remarquable production de RomĂ©o et Juliette de Gounod (1867) avec l’inoubliable Juliette de Anne-Catherine Gillet…

LIRE NOTRE PRESENTATION, RESERVEZ
http://www.classiquenews.com/centenaire-gounod-2018-philemon-et-baucis-a-tours/

 

 

APPROFONDIR :

ANNE CATHERINE GILLET chante Juliette / RomĂ©o et Juliette de GOUNOD (1867), Ă  l’OpĂ©ra de Tours en 2013 – teaser vidĂ©o par CLASSIQUENEWS.TV

 

 

—————-
A VENIR : livres, disques, opéras majeurs en 2018 pour le Centenaire Charles GOUNOD

DOSSIER CLAUDE DEBUSSY 2018 : un CENTENAIRE timidement célébré en France

debussy-2018-centenaire-1918-2018-centenaire-de-la-mort-dossier-debussy-2018-sur-classiquenewsCENTENAIRE DEBUSSY 2018 – dossier Claude Debussy 2018. Pauvre France, oublieuse des trĂ©sors de son patrimoine, 
en comparaison des autres nations de la planĂšte qui ont su reconnaĂźtre le gĂ©nie coloriste et spatiale de l’atmosphĂ©riste Debussy, la terre de Ravel, son contemporain, ou de Gounod, gĂ©nie romantique que l’on fĂȘte lui aussi en 2018, continue d’ignorer mĂ©ticuleusement celui qui aura rien de moins que rĂ©gnĂ©rer l’art musical français au dĂ©but du XXĂš, crĂ©ant un Ă©cho fraternel Ă  la dĂ©flagration du Sacre du printemps prĂ©sentĂ© au TCE en 1913. Pourtant dĂšs 1902, Debussy osait produire son seul opĂ©ra « PellĂ©as et MĂ©lisande », ovni parmi les ouvrages français, et sommet de mystĂšre poĂ©tique dans un France pĂ©nĂ©trĂ©e par le conservatisme acadĂ©mique et poussiĂ©reux.

 

 

 

 

DEBUSSY 2018
Un Centenaire timidement célébré en France

 

 

 

debussy-claude-portrait-dossier-debussy-2018-centenaire-debussy-sur-classiquenews-dossier-Debussy+The+complete+works+-+Cover+wallet+CD33

 

 

 

C’est un fait, en 2018, qui marque le centenaire de sa disparition (survenue le 25 mars 1918 Ă  
 Paris), le plus grand compositeur pour l’orchestre au dĂ©but du XIXĂšme siĂšcle avec Mahler, R. Strauss et Ravel reste parent pauvre de la programmation des orchestres et salles de concerts dans l’Hexagone. Pas d’évĂ©nements marquants et officiels, sinon une cĂ©lĂ©bration dĂ©fendue bouche pincĂ©e par les institutions et de façon bien tardive.
Moins impressionniste que rĂ©volutionnaire et symboliste, Claude de France cultive un art majeur fiĂšrement prĂ©servĂ© et mĂȘme ciselé  face au wagnĂ©risme inexorablement envahissant en Europe surtout dans les annĂ©es 1880. L’art de Debussy, en son pefectionnement suprĂȘme Ă  travers son opĂ©ra unique PellĂ©as et MĂ©lisande de 1902 et, La Mer (triptyque pour orchestre : chef d’Ɠuvre absolu de l’esthĂ©tique vaporeuse, fluide brumeuse aux miroitements infinis) est celui d’un musicien poĂšte qui a goĂ»tĂ© la poĂ©sie comme rarement, travaillant Ă  partir de Baudelaire et surtout de MallarmĂ© dont il partage ce goĂ»t de l’ambivalence, des sensations troubles dans une forme qui semble se dĂ©rober
 : qui peut demeurer insensible Ă  l’Ă©vocation sensuelle et lascive de son orchestration du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune (composĂ© entre 1892-1894, d’aprĂšs le poĂšme de MallarmĂ©) ?

De fait en 2018, aucune nouvelle production de PellĂ©as Ă  l’OpĂ©ra de Paris, pas de cycle lyrique critique et rĂ©vĂ©lateur (pourtant possible Ă  partir des fragments exploitables et plutĂŽt conviancants de La chute de la maison Usher ou du Martyr de Saint SĂ©bastien
). Curieux et impardonnable oubli.

debussy-dossier-claude-debussy-centenaire-2018Il faut s’exporter au Japon ou rĂšgnent une connaissance et une jubilation populaire pour Debussy. Il faut que le chef pianiste Daniel Barenboim joue en France les miniatures poĂ©tiques si intimistes et nuancĂ©es que Debussy a Ă©crit pour le piano pour comprendre et mesurer l’immense jaillissement onirique qui se dĂ©gage par exemple de ses Estampes (Livre I). Piano orchestre, piano inouĂŻ d’oĂč se dĂ©gage un formidable talent pour les couleurs et les tonalitĂ©s sonores. Si Bach a rĂ©volutionnĂ© l’art du contrepoint, Debussy a rĂ©alisĂ© un mĂȘme prodige dans l’histoire de la musique, dans le registre de l’harmonie. C’est Bartok qui le dĂ©clare non sans raison. Son Ă©criture ouvre dĂ©sormais un infini expressif illimitĂ©, en rĂ©sonance avec l’espace et la nature.

DEBUSSY a composĂ© comme Monet a peint 
les nymphĂ©as : le pientre y rĂ©invente la notion de couleur, de cycle, d’espace pictural : ils ont tous deux rĂ©volutionnĂ© l’art de la couleur et de l’espace par une sensibilitĂ© inĂ©dite Ă  la perception. Le compositeur crĂ©e tout un monde suspendu, Ă©vanescent, souple et dynamique, sans ancrage rĂ©el (cf le monde englouti l’Ă©tal poĂ©tique de PellĂ©as). C’est un vortex d’une puissance Ă©vocatrice irrĂ©sistible comme Wagner l’a crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 1880 dans Parsifal (crĂ©ation Ă  Bayreuth, le 26 juillet 1882) surtout, et dont se souvient Debussy dans PellĂ©as justement, 20 annĂ©es plus tard (intermĂšdes orchestral).

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018CLAUDE RESTE UN MYSTERE
 La musique de Debussy est une musique qui se pense autant qu’elle sâ€˜Ă©prouve. Elle est autant cĂ©rĂ©brale que sensitive. C’est la raison pour laquelle un chef et compositeur comme Pierre Boulez est passĂ© maĂźtre de l’interprĂ©tation du Debussy orchestral, confĂ©rant Ă  son Ă©criture une clartĂ© et une transparence inĂ©dite « intellectuelle », cependant fusionnĂ©e avec la langueur suave, nous disons « érotique », propre Ă  l’Ă©criture de Debussy. Musique sensorielle, libre inventive, poĂ©tique, l’Ɠuvre de Debussy est pourtant loin de susciter l’enthousiasme et l’engouement qu’elle mĂ©rite en France : mĂ©connaissance et dĂ©sintĂ©rĂȘt jusqu’au plus haut niveau de l’Ă©tat probablement
 absence de grands interprĂštes français pour Debussy
 AssurĂ©ment. Cette annĂ©e oĂč les nouveautĂ©s et rĂ©Ă©ditions s’annoncent en nombre, la RĂ©daction de Classiquenews s’offre d’ici dĂ©cembre 2018, le luxe de distinguer les meilleures rĂ©alisations et publications d’une annĂ©e Debussy 2018 Ă  suivre pas Ă  pas. AnnĂ©e d’ennui et de consternation, ou session de rattrapage pour une rĂ©estimantion et un nouvel engouement pour l’Ɠuvre de « Claude de France » ? A suivre.

 

 

 

 

 

 

TEMPS FORTS DE L’ANNEE DEBUSSY 2018

 

 

Comme toujours c’est de province que vient l’initiative la plus heureuse et la mieux inspirĂ©e :

TOURCOING, Atelier Lyrique – Jean-Claude Malgoire
debussy 2018 devieilhe malgoire tourcoing par classiquenews 8 pelleas1Les 23, 25 et 27 mars 2018, Jean Claude Malgoire reprend la production mise en scĂšne par l’excellent Christian Schiaretti, filmĂ©e en partie par classiquenews (VOIR notre reportage exclusif PellĂ©as et MĂ©lisande par Jean-CLaude Malgoire), avec une distribution « miraculeuse » et d’une rare justesse psychologique : Sabine Devieilhe / Anna Reinhold (MĂ©lisande), Guillaume Andrieux (PellĂ©as), Alain Buet (Golaud)
 C’est Ă©videmment la production de PellĂ©as Ă  ne pas manquer pour cette annĂ©e 2018

 

 

 debussy-malgoire-schiaretti-pelleas-et-melisande-devielhe-andrieu-buet-opera-must-evenemnt-presentation-CENTENAIRE-DEBUSSY-2018-annonce-dossier-par-classiquenews

 

VOIR notre dossier spécial et notre reportage vidéo Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire (production créée en avril 2015)

 

 

debussy 2018 dossier classiquenews concert plasson orchestre lamoureux du 25 mars 2018 presentation par classiquenews VISUEL-DEBUSSY-1200x1200Paris, TCE, le 25 mars 2018 – Michel Plasson et l’Orchestre Lamoureux. CONCERT du CENTENAIRE DEBUSSY. A Paris, c’est l’orchestre “historique” indĂ©fectiblement liĂ© Ă  l’histoire de la crĂ©ation des oeuvres symphoniques de Claude qui dĂ©fend mieux que personne l’Ă©toffe onirique dont est faite l’Ă©criture debussyte : le mythique et toujours trop mĂ©connu dans la capitale, Orchestre Lamoureux... En effet, le concert du 25 mars prochain permet Ă  l’Orchestre Lamoureux d’interprĂ©ter un rĂ©pertoire qui lui est cher puisque l’Orchestre a crĂ©Ă© les partitions de Claude Debussy (La Mer, le 15 octobre 1905 à Paris sous la direction de Camille Chevillard). NĂ© il y a prĂšs de 137 ans, la formation fut crĂ©Ă©e par le violoniste et chef Charles Lamoureux et a depuis ses dĂ©buts Ă©tĂ© un indĂ©fectible dĂ©fenseur du rĂ©pertoire français. Debussy et Ravel en particulier lui doivent notamment les premiĂšres auditions de La Mer, du Concerto en sol, de La Valse, du BolĂ©ro… Il est donc tout naturel et lĂ©gitime pour eux de cĂ©lĂ©brer jour pour jour le centiĂšme anniversaire de la disparition de Debussy. Pour cela, le chef Michel Plasson, grand dĂ©fenseur du rĂ©pertoire français et la rare Annick Massis, soprano au timbre agile et Ă  la diction de rĂȘve (pour le français – dans la cantate de l’Enfant Prodigue) s’associent Ă  Lamoureux. Concert Ă©vĂ©nement Ă  Paris pour l’annĂ©e Debussy 2018. RESERVEZ votre place pour le 25 mars 2018

 

LILLE,
la citĂ© orchestrale, grĂące Ă  son formidable Orchestre National qui a sa rĂ©sidence permanente au Nouveau SiĂšcle n’a pas omis de cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie polymorphe de Claude Debussy, parmi une programmation 2017 – 2018 particuliĂšrement Ă©quilibrĂ©e et diversifiĂ©e :

 

vendredi 13 octobre 2018,
Concert flash à 12h30 : Javier Perianes, piano. Préludes du Livre I (sélection)

 

ORCHESTRE SYMPHONIQUE région Centre Val de Loire / Tours
Debussy défendu et diffusé dans le territoire, voilà une initiative exemplaire pour faire écouter Debussy partout en France et surtout hors des lieux traditionnels et des métropoles :
Le 6 avril (Vierzon), le 7 avril (Ouzuoer le Marché), le 8 avril (Terminiers)
Programme : Petite Suite de Debussy

 

 

 

 

 

CD, COFFRETS, LIVRES DEBUSSY 2018

La RĂ©daction de classiquenews rĂ©unit ici sa sĂ©lection des titres et publications particuliĂšrement rĂ©ussis, rĂ©alisations phares pour l’annĂ©e CLAUDE DEBUSSY 2018

 
 

 
 

Barenboim daniel piano debussy cd review critique cd par classiquenews 028947987420cvr5_1515688326_1515688326CD, Debussy : Daniel Barenboim (1 cd Deutsche Grammophon, 1998 / 2017). L’album regroupe deux sĂ©ries d’enregistrements. L’une rĂ©cente, les premiĂšres plages (1-6 : Estampes, Suite Bergamasque, La plus que lente, enfin Ă©lĂ©gie, rĂ©alisĂ©s Ă  Berlin en octobre 2017), et un cycle ancien datant de l’étĂ© 1998 en Espagne : les 12 PrĂ©ludes (si poĂ©tiques) du Livre 1. Entre force et violence, les jeux de carillons de Pagodes (1) qui travaillent la matiĂšre suspendue sur l’effet de rĂ©sonances et d’ondes-, Barenboim rĂ©tablit ensuite la magie de SoirĂ©e dans Grenade (2), comme le surgissement d’un songe ibĂ©rique : balancĂ©, suspendu, enivrĂ©, mais prĂ©sent par un pianisme trĂšs carrĂ©, structurĂ©, voire massif (qui contredit souvent la pellicule immatĂ©rielle du rĂȘve). La vision est plus terrienne et concrĂšte qu’abstraite et subjective. Plus atmosphĂ©rique encore et parsemĂ© d’éclairs et de frĂ©missements en rondes enjouĂ©es, le dernier volet d’Estampes, « Jardins sous la pluie » (3 notĂ© « net et vif ») est le plus rĂ©ussi : impĂ©tueux, fouettĂ©, mais lĂ©ger toujours, vif argent. EN LIRE +

 

 

debussy-claude-debussy-the-complete-works-integrale-des-oeuvres-33-cd-review-critique-sur-classiquenews-warnerclassics9029573675CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : The complete works / intĂ©grale (33 cd WARNER classics) – Pour le centenaire Debussy en 2018, WARNER classics rĂ©unit un ensemble de bandes de provenances diverses dont le corpus ainsi constituĂ© compose une intĂ©grale exemplaire. Les 33 cd de ce corpus Debussy (Complete works box set 33 cd Debussy 2018) permettent un tour d’horizon d’une oeuvre fĂ©conde, qui a su traiter tous les genres : piano, musique de chambre, mĂ©lodies, symphonique, opĂ©ras et piĂšces lyriques
 Les partitions pour piano seul (cd 1 Ă  6), pour quatre mains (cd 7 Ă  8), pour 2 pianos (9, 10 et 11) ; la musique de chambre (cd 12 et 13) ; surtout l’oeuvre orchestrale (cd 14 Ă  18) ; les mĂ©lodies (« songs » : cd 19 Ă  23) ; les oeuvres chorales (cd 23, 24 et 25 dont Le Gladiateur, La demoiselle Ă©lue, L’enfant prodigue, Trois chansons de Charles d’OrlĂ©ans) ; les oeuvres lyriques (cd 26 Ă  32 dont PellĂ©as version Armin Jordan avec Eric Tapy et Rachel Yakar ; Diane au bois, Rodrigue et ChimĂšne version Kent Nagano ; Le Roi Lear et La Chute de la maison Usher, Le Martyre de Saint SĂ©bastien version AndrĂ© Cluytens) illustrent l’étendue des champs prospectĂ©s par Claude. LIRE la critique et prĂ©sentation complĂšte

 

 
DEBUSSY 1 cd set box 22 cd deutsche grammophon par classiquenews announce review cd critique cd debussy classiquenews dossier debussy 2018 Complete-Works-Coffret-Inclus-2-DVDCD, coffret Ă©vĂ©nement. DEBUSSY : complete works (22 cd + 2 dvd Deutsche Grammophon). Le livret notice accompagnant le coffret de Debussy 2018 Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon donne la clĂ© et le niveau d’une Ă©dition de rĂ©fĂ©frence pour l’annĂ©e Debussy 2018, annĂ©e du centenaire dĂ©diĂ© au rĂ©formateur de la musique française au dĂ©but du XXĂš, et mĂȘme pionnier, artisan de la modernitĂ© en musique, comme le fut Picasso en peinture (avec les Demoiselles d’Avignon en 1907). D’emblĂ©e la qualitĂ© des textes qui contextualisent et rĂ©capitulent l’apport de Claude Debussy Ă  l’art en gĂ©nĂ©ral (signĂ© Roger Nichols et Nigel Simeone) indique la rĂ©ussite et la valeur de la somme discographique. C’est aussi l’indication qu’en dehors de l’Hexagone, l’exception Debussy est idĂ©alement analysĂ©e, comprise, mesurĂ©e. Bonheur de la musicologie moderne, extrafrançaise. EN LIRE +
 

 

debussy-claude-2018-centenaire-debussy-2018-livre-par-philippe-cassard-actes-sud-presentation-annonce-critique-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-de-fevrier-2018LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. PHILIPPE CASSARD : Claude Debussy (Actes Sud). ESSAI DU PIANISTE
 AprĂšs un essai sur Franz Schubert (et la question insoluble de l’errance et de la mĂ©lancolie suspendue – source de toute inspiration chez le Wanderer), le pianiste Philippe Cassard se penche sur un auteur dont il connaĂźt en expert et remarquable interprĂšte, le mystĂšre voluptueux, car l’art de Claude Debussy (1862-1918) n’est-il pas d’exprimer l’inexprimable 
 en une soie ou une fĂ©erie sonore, Ă  la fois ondoyante, ondulante et aussi claire et transparente ? Pour toujours l’énigme de son seul opĂ©ra PellĂ©as et MĂ©lisande de 1902 s’impose Ă  tout les mĂ©lomanes, musicologues, nĂ©ophytes, curieux
 tel un ovni inclassable, au sens multiple cachĂ© inacessible. Mais le propre des chefs d’oeuvre nĂ©s du gĂ©nie humain, n’est-il pas de nous questionner toujours, irrĂ©ductibles Ă  toute explication linĂ©aire ?
Pour le Centenaire Debussy 2018, Philippe Cassard apporte dans un texte argumentĂ© et pensĂ©, enrichi par l’expĂ©rience du pianiste interprĂšte, son propre tĂ©moignage face au mystĂšre Debussy.
CLIC_macaron_2014CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018 (le livre Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e DEBUSSY 2018). Digressions biographiques (oĂč comptent ses relations avec le gent fĂ©minine), analyse de l’oeuvre, commentaires des partitions clĂ©s, dont beaucoup d’éclairages passionnants sur les opus pour le clavier (piano seul, mĂ©lodies, transcriptions
), l’ouvrage s’annonce telle « une succession pointilliste de courts chapitres,… LIRE la prĂ©sentation complĂšte / LIRE notre critique complĂšte de CLAUDE DEBUSSY par Philippe Cassard (Actes Sud)

 

 

  

 

CD, « découverte », annonce. Julius REUBKE : SONATEN intégrale (Rubackyté, Vernet, 1 cd Ligia)

CD, « dĂ©couverte », annonce. REUBKE : SONATEN intĂ©grale (RubackytĂ©, Vernet, 1 cd Ligia). La Sonate en si bĂ©mol montre l’exaltation radicale de Julius Reubke : tempĂ©rament proche de Liszt, sorte d’Ăąme foudroyĂ©e plutĂŽt tourmentĂ©e, traversĂ©e comme le beau-pĂšre et ami de Wagner d’éclairs et spasmes mystiques, puis sublimĂ©e par l’expĂ©rience de rĂ©vĂ©lations surnaturelles. C’est comme si le compositeur Ă©crivait au delĂ  de la virtuositĂ©, toujours appelĂ© derriĂšre ce qui est sensible et connu, vers l’inconnu enivrant. Mais le compositeur mort trop jeune, n’a guĂšre eu le temps de dĂ©velopper une Ă©criture qui promettait justement par sa radicalitĂ© expressive et ses audaces formelles…

julius-reubke-1834-1858-sonaten-integrale-de-loeuvre-vernet-rubackyteRĂ©serve : pour nous la mĂ©canique Fazioli, lourde et Ă©paisse, affirme un son Ă©pais et grave, aux basses dĂ©cuplĂ©es qui alourdissent cet Ă©lan toujours tentĂ©, cultivĂ©, projetĂ©. IL est vrai que par essence la musique du montagnard Julius Reubke (1834-1858) n’a pas la clartĂ© du plan et dĂ©veloppement d’un Liszt architecte ; et les visions certes poĂ©tiques de Reubke se perdent en contrastes foisonnants et Ă©clatement multidirectionnel de la forme en constante instabilitĂ©. De fait la grande versatilitĂ© flexible de la pianiste Muza RuckytĂ© ressucite les grandes virtuoses romantiques (cf les photos du livret), en particulier dans le mouvement central oĂč le jeu de l’interprĂšte donne corps et chair Ă  un Ă©lan de plus en plus habitĂ© voire spirituel qui semble se libĂ©rer peu Ă  peu de sa gangue terrestre. Du reste c’est bien dans l’Andante sostenuto que la digitalitĂ© trouve des rĂ©sonances et accents virtuoses d’une rĂ©elle cohĂ©sion poĂ©tique (seule rĂ©serve pour le choix du piano Ă  la mĂ©canique, pour nous trop prĂ©sente, dont la matiĂšre contredit l’aspiration Ă  l’éther que manifeste la construction de la piĂšce). Que donne dans son ensemble ce rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  l’intĂ©grale Reubke ? A suivre… Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

.

————————————

CD, “dĂ©couverte”, annonce. JULIUS REUBKE (1834-1858) : Sonaten (IntĂ©grale de l’Ɠuvre) Vernet, RubackytĂ© / 1 cd LIGIA DIGITAL / LIDI0104332

Sonate pour piano en si bémol majeur

Mazurka en mi majeur

Scherzo en ré mineur

Trio en mi bémol majeur

Adagio en mi mineur

Sonate pour orgue en ut mineur « Psaume 94 »

Muza RubackytĂ©, piano / Olivier Vernet, orgue F. Ladegast / H. Eule – Nikolaikirche, Leipzig

PARIS, création de ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho (2016)

KAIJA SAARIAHO, reine du Festival PrĂ©sences 2017PARIS, Pal Garnier. SAARIAHO : ONLY THE SOUND REMAINS : 23 janv – 7 fĂ©v 2018. En dvd et sur la scĂšne parisienne de l’OpĂ©ra Garnier (crĂ©ation française dĂšs le 23 janvier 2018), le dernier opĂ©ra de la compositrice finlandaise, rĂ©sidente en France, Kaija Saariaho s’offre au public français en ce dĂ©but d’annĂ©e. AprĂšs avoir Ă©tĂ© crĂ©Ă© mondialement Ă  Amsterdam en mars 2016, voici la plus rĂ©cente partition lyrique de la compositrice finlandaise : un accomplissement Ă©blouissant qui montre combien l’opĂ©ra a encore de beaux jours devant lui… Occasion exceptionnelle de goĂ»ter voire se dĂ©lecter d’une Ă©criture contemporaine qui demeure totalement audible du grand public, cultivant la suggestion et l’onirisme plutĂŽt que la dĂ©monstration tapageuse. Lors de nos divers reportage dĂ©diĂ© au dernier festival PrĂ©sences de Radio France dont Kaija Saariaho Ă©tait la figure fĂ©dĂ©ratrice (fĂ©vrier 2017 : reportage vidĂ©o Festival PrĂ©sences / Kaija Saariaho), la compositrice livrait dĂ©jĂ  quelques clĂ©s sur son nouvel opĂ©ra Only sound remains (seul le son demeure…) ; dĂ©jĂ  elle soulignait l’importance du Kandele, sorte de luth Ă  cordes pincĂ©es spĂ©cifiquement finnois, qui offre une rĂ©sonnance particuliĂšre Ă  l’ouvrage, en particulier dans son premier volet (puisque la partition est composĂ© en diptyque, de deux Ă©pisodes (2 sĂ©quences inspirĂ©es du thĂ©Ăątre NĂŽ / 2 Noh plays) trĂšs distincts sur le plan narratif, mĂȘme si leurs univers respectifs sont semblablement suggestifs entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©). Ainsi dans le premier volet intitulĂ© «  Always strongs », le kantele (jouĂ© par la musicienne finlandaise Eija Kankaanranta) Ă©voque concrĂštement le luth (appelĂ© Montagne bleue) que jouait Tsunemasa quand il Ă©tait au service de l’Empereur.

 

REPORTAGE VIDEO PrĂ©sences / Kaija Saariaho 10 – 19 fĂ©vrier 2017 :
http://www.classiquenews.com/video-reportage-festival-presences-2017-kaija-saariaho-un-portrait-10-19-fevrier-2017-concert-1-je-devoile-ma-voix/

 

 

 

 

LE NOUVEL OPERA DE KAIJA SAARIAHO
ThĂ©Ăątre d’ombres et de murmures : le Fantastique rĂ©inventĂ©

 
 

SAARIAHO-opera-only-sound-remains-opera-presentation-by-par-classiquenewsDe notre point de vue c’est bien le premier volet en effet qui met en scĂšne le luth finnois traditionnel ou Kandele, qui reste le point le plus abouti d’un opĂ©ra qui incarne aussi une esthĂ©tique scĂ©nique et thĂ©Ăątrale propre, proche de Britten, en rĂ©sonance parfaite avec le caractĂšre du thĂ©Ăątre NĂŽ japonais : thĂ©Ăątre purement fantastique, entre songe et hallucination, oĂč le jeu d’ombres, la forme Ă©vanescente et les apparitions structurent un spectacle qui pose la question fondamentale du sens de toute forme. Dans « Always strong », Kaija Saariaho semble traiter la problĂ©matique du souvenir, sa rĂ©itĂ©ration et sa mise en forme, vĂ©cues comme un surgissement qui trouble et bouleverse l’espace du rĂ©el. C’est bien tout l’enjeu de l’espace scĂ©nique du premier volet « Always strong », oĂč les deux seuls « acteurs chanteurs » qui paraissent, semblent se dĂ©rober, s’affronter entre deux mondes sĂ©parĂ©s, avant de s’unir en un baiser, point dramatique qui conserve cependant tout le mystĂšre prĂ©sent depuis le dĂ©but. L’orchestration est sombre et transparent, Ă  la fois spectral, raffinĂ© sur le plan des timbres associĂ©s (violon, flĂ»te et donc kandale) quand le prĂȘtre Giokei invoque l’esprit du joueur de luth Ă  la cour de l’Empereur : aussitĂŽt surgit comme une ombre flottante et de plus en plus prĂ©sente, et incarnĂ©, le spectre de Tsunemasa. Musique de murmures et d’ombres, travail spĂ©cifique sur l’épaisseur du souvenir, Ă©criture en ondes et en rĂ©sonnance (« la pellicule du rĂȘve »), la musique de Kaija Saariaho cultive la force onirique de la musique, sa concentration imaginaire Ă  faire surgir la rĂ©alitĂ© du songe.

 

Only-the-sound-remains_17-04-06_017-1000x667En prĂȘtre inquiet et tiraillĂ© de plus en plus fragilisĂ©, le baryton Davone Tines captive par son sens du chant timbrĂ©, juste, dramatiquement trĂšs prĂ©cis, tandis que le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky fait un spectre glaçant Ă  souhait, d’une irrĂ©alitĂ© souvent diabolique, parfaitement Ă©trange en ses sonoritĂ©s gutturales qui n’accrochent aucune consonnes. L’esthĂ©tique ne cesse de nous sĂ©duire et de nous envoĂ»ter. D’autant qu’aux sujets dĂ©jĂ  identifiĂ©s dans cet opĂ©ra essentiellement allusif (qui peut ĂȘtre aussi trĂšs violent et puissant : quand le spectre prend vĂ©ritablement possession du gardien qui l’invoque), se joignent de nouvelles thĂ©matiques dont celle tout autant centrale et clĂ© dans une Ɠuvre dĂ©cidĂ©ment passionnante : la mise en forme et l’incarnation mĂȘme du verbe. « Always strong » aborde la question du son quand il devient musique et sens (Ă  travers le spectre qui s’incarne), et Ă  travers le motif mĂȘme de l’apparition, est abordĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de pudeur, la question parallĂšle de l’incarnation et de la reprĂ©sentation, aux origines mĂȘmes de la peinture : l’art pictural est nĂ© d’un profil dont l’ombre Ă©tait projetĂ© sur le mur de la caverne primordial. Art de la ligne maĂźtrisĂ©, dont Kaija Saariaho en maĂźtresse absolue des sons, fait une Ă©piphanie magique et incantatoire, Ă  la fois rite de transformation et transe Ă©nigmatique. ONLY THE SOUND REMAINS pourrait bien ĂȘtre un sommet lyrique contemporain, qui rĂ©concilie le grand public avec la forme actuelle de l’écriture lyrique, cultivant les qualitĂ©s premiĂšres et attendues de la musique : la sĂ©duction sonore et la force onirique de ses tableaux visuels. MAGISTRAL.

 
 
 

 

 

—————

 
 

ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho
dvd saariaho only the sound remains opera sellars de ridder dvd erato review dvd critique dvd par classiquenews erato9029575395CLIC D'OR macaron 200DVD Erato : captation de la crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra national hollandais, Amsterdam, mars 2016. OpĂ©ra diptyque d’aprĂšs le ThĂ©Ăątre NĂŽ : 1, Always strong / Tsunemasa – 2, Feather Mantle / Hagoromo. Avec Philippe Jaroussky (le spectre / Spirit), Davone Tines (le gardien / Priest) – les mĂȘmes, respectivement dans le volet 2 : l’ange / Tennin, angel, et le pĂȘcheur / Fisherman. Dance Nora Kimball Mentzos, Dudok Quartet, Nederlands Kamerkoor. Mise en scĂšne : Peter Sellars. AndrĂ© de Ridder, direction musicale. CLIC de CLASSIQUENEWS de  janvier 2018.

 
 
 

—————

Création française, PARIS, Palais Garnier, du 23 janvier au 7 février 2018. Réservations :
https://www.operadeparis.fr/en/season-17-18/opera/only-the-sound-remains

 
    

OPERA CONTEMPORAIN : ONLY THE SOUND REMAINS (Saariaho, 2016)

KAIJA SAARIAHO, reine du Festival PrĂ©sences 2017OPERA contemporain. SAARIAHO : ONLY SOUND REMAINS. En dvd et sur la scĂšne parisienne de l’OpĂ©ra Garnier (crĂ©ation française du au 2018), le dernier opĂ©ra de la compositrice finlandaise, rĂ©sidente en France, Kaija Saariaho s’offre au public français en ce dĂ©but d’annĂ©e. Occasion exceptionnelle de goĂ»ter voire se dĂ©lecter d’une Ă©criture contemporaine qui demeure totalement audible du grand public, cultivant la suggestion et l’onirisme plutĂŽt que la dĂ©monstration tapageuse. Lors de nos divers reportage dĂ©diĂ© au dernier festival PrĂ©sences de Radio France dont Kaija Saariaho Ă©tait la figure fĂ©dĂ©ratrice (fĂ©vrier 2017 : reportage vidĂ©o Festival PrĂ©sences / Kaija Saariaho), la compositrice livrait dĂ©jĂ  quelques clĂ©s sur son nouvel opĂ©ra Only sound remains (seul le son demeure…) ; dĂ©jĂ  elle soulignait l’importance du Kandele, sorte de luth Ă  cordes pincĂ©es spĂ©cifiquement finnois, qui offre une rĂ©sonnance particuliĂšre Ă  l’ouvrage, en particulier dans son premier volet (puisque la partition est composĂ© en diptyque, de deux Ă©pisodes (2 sĂ©quences inspirĂ©es du thĂ©Ăątre NĂŽ / 2 Noh plays) trĂšs distincts sur le plan narratif, mĂȘme si leurs univers respectifs sont semblablement suggestifs entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©). Ainsi dans le premier volet intitulĂ© «  Always strongs », le kantele (jouĂ© par la musicienne finlandaise Eija Kankaanranta) Ă©voque concrĂštement le luth (appelĂ© Montagne bleue) que jouait Tsunemasa quand il Ă©tait au service de l’Empereur.

REPORTAGE VIDEO PrĂ©sences / Kaija Saariaho 10 – 19 fĂ©vrier 2017 :
http://www.classiquenews.com/video-reportage-festival-presences-2017-kaija-saariaho-un-portrait-10-19-fevrier-2017-concert-1-je-devoile-ma-voix/

 

 
 

LE NOUVEL OPERA DE KAIJA SAARIAHO
ThĂ©Ăątre d’ombres et de murmures : le Fantastique rĂ©inventĂ©

 
 

SAARIAHO-opera-only-sound-remains-opera-presentation-by-par-classiquenewsDe notre point de vue c’est bien le premier volet en effet qui met en scĂšne le luth finnois traditionnel ou Kandele, qui reste le point le plus abouti d’un opĂ©ra qui incarne aussi une esthĂ©tique scĂ©nique et thĂ©Ăątrale propre, proche de Britten, en rĂ©sonance parfaite avec le caractĂšre du thĂ©Ăątre NĂŽ japonais : thĂ©Ăątre purement fantastique, entre songe et hallucination, oĂč le jeu d’ombres, la forme Ă©vanescente et les apparitions structurent un spectacle qui pose la question fondamentale du sens de toute forme. Dans « Always strong », Kaija Saariaho semble traiter la problĂ©matique du souvenir, sa rĂ©itĂ©ration et sa mise en forme, vĂ©cues comme un surgissement qui trouble et bouleverse l’espace du rĂ©el. C’est bien tout l’enjeu de l’espace scĂ©nique du premier volet « Always strong », oĂč les deux seuls « acteurs chanteurs » qui paraissent, semblent se dĂ©rober, s’affronter entre deux mondes sĂ©parĂ©s, avant de s’unir en un baiser, point dramatique qui conserve cependant tout le mystĂšre prĂ©sent depuis le dĂ©but. L’orchestration est sombre et transparent, Ă  la fois spectral, raffinĂ© sur le plan des timbres associĂ©s (violon, flĂ»te et donc kandale) quand le prĂȘtre Giokei invoque l’esprit du joueur de luth Ă  la cour de l’Empereur : aussitĂŽt surgit comme une ombre flottante et de plus en plus prĂ©sente, et incarnĂ©, le spectre de Tsunemasa. Musique de murmures et d’ombres, travail spĂ©cifique sur l’épaisseur du souvenir, Ă©criture en ondes et en rĂ©sonnance (« la pellicule du rĂȘve »), la musique de Kaija Saariaho cultive la force onirique de la musique, sa concentration imaginaire Ă  faire surgir la rĂ©alitĂ© du songe.
 
Only-the-sound-remains_17-04-06_017-1000x667En prĂȘtre inquiet et tiraillĂ© de plus en plus fragilisĂ©, le baryton Davone Tines captive par son sens du chant timbrĂ©, juste, dramatiquement trĂšs prĂ©cis, tandis que le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky fait un spectre glaçant Ă  souhait, d’une irrĂ©alitĂ© souvent diabolique, parfaitement Ă©trange en ses sonoritĂ©s gutturales qui n’accrochent aucune consonnes. L’esthĂ©tique ne cesse de nous sĂ©duire et de nous envoĂ»ter. D’autant qu’aux sujets dĂ©jĂ  identifiĂ©s dans cet opĂ©ra essentiellement allusif (qui peut ĂȘtre aussi trĂšs violent et puissant : quand le spectre prend vĂ©ritablement possession du gardien qui l’invoque), se joignent de nouvelles thĂ©matiques dont celle tout autant centrale et clĂ© dans une Ɠuvre dĂ©cidĂ©ment passionnante : la mise en forme et l’incarnation mĂȘme du verbe. « Always strong » aborde la question du son quand il devient musique et sens (Ă  travers le spectre qui s’incarne), et Ă  travers le motif mĂȘme de l’apparition, est abordĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de pudeur, la question parallĂšle de l’incarnation et de la reprĂ©sentation, aux origines mĂȘmes de la peinture : l’art pictural est nĂ© d’un profil dont l’ombre Ă©tait projetĂ© sur le mur de la caverne primordial. Art de la ligne maĂźtrisĂ©, dont Kaija Saariaho en maĂźtresse absolue des sons, fait une Ă©piphanie magique et incantatoire, Ă  la fois rite de transformation et transe Ă©nigmatique. ONLY THE SOUND REMAINS pourrait bien ĂȘtre un sommet lyrique contemporain, qui rĂ©concilie le grand public avec la forme actuelle de l’écriture lyrique, cultivant les qualitĂ©s premiĂšres et attendues de la musique : la sĂ©duction sonore et la force onirique de ses tableaux visuels. MAGISTRAL.

 
 
 

—————

 
 
 

ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho
dvd saariaho only the sound remains opera sellars de ridder dvd erato review dvd critique dvd par classiquenews erato9029575395CLIC D'OR macaron 200DVD Erato : captation de la crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra national hollandais, Amsterdam, mars 2016. OpĂ©ra diptyque d’aprĂšs le ThĂ©Ăątre NĂŽ : 1, Always strong / Tsunemasa – 2, Feather Mantle / Hagoromo. Avec Philippe Jaroussky (le spectre / Spirit), Davone Tines (le gardien / Priest) – les mĂȘmes, respectivement dans le volet 2 : l’ange / Tennin, angel, et le pĂȘcheur / Fisherman. Dance Nora Kimball Mentzos, Dudok Quartet, Nederlands Kamerkoor. Mise en scĂšne : Peter Sellars. AndrĂ© de Ridder, direction musicale. CLIC de CLASSIQUENEWS de  janvier 2018.

 
  

—————

 
 
 
Création française, PARIS, Palais Garnier, du 23 janvier au 7 février 2018. Réservations :
https://www.operadeparis.fr/en/season-17-18/opera/only-the-sound-remains

 
  
 

CD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox)

alia vox jordi savall janvier 2018 VENEZIA MILLENARIA critique annonce presentation review cd critique cd par classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox). C’est une cĂ©lĂ©bration qui donne le vertige par sa justesse et son hymne pour la fraternitĂ© des peuples entre Orient et Occident. Toute l’histoire de Venise illustre finalement le geste musical, artistique et philosophique de Jordi Savall et ses Ă©quipes d’instrumentistes rĂ©unis en grand nombre – vĂ©ritable festival de timbres et de rythmes mĂ©tissĂ©es, aux gestes et rencontres pacifiĂ©s / sublimĂ©s : HespĂ©rion XXI, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations (+ quelques artistes solistes invitĂ©s, toujours dans l’esprit d’une camaraderie artistique…). En restituant en 2 cd magiciens, au souffle Ă  la fois Ă©pique, onirique, sensuel, la chronologie qui a fondĂ©, Ă©tabli et permis l’essor de Venise, entre 700 et 1797, le musicien catalan Ă©voque ce cheminement Ă  la fois prodigieux et contradictoire qui scelle l’éclat, la magnificence et propre au geste de Savall, l’humanitĂ© profonde, simple, profane – nous dirions volontiers plĂ©bĂ©ienne (dans sa forme et sa dĂ©termination d’accessibilitĂ© ultime), du rĂȘve vĂ©nitien, Ă  travers son premier millĂ©naire, soit de sa fondation Ă  l’invasion par Bonaparte, ce dernier estimĂ© par la population locale tel un libĂ©rateur (du joug autrichien).

CD1. L’auditeur suit cette cĂ©lĂ©bration premiĂšre d’essence surtout sacrĂ©e – ferveur collective liĂ©e Ă  la libĂ©ration de JĂ©rusalem et de Constantinople dont Venise est un prolongement byzantin tardif. Sa fondation par les italiens nordiques alors chassĂ©s, martyrisĂ©s par les hordes lombardes, est vĂ©cu comme un acte de sĂ©curisation : la citĂ© lagunaire devant Ă  la faible profondeur de ses eaux environnantes, une mise Ă  l’écart sĂ©curitaire des invasions par terre et par mer. CoupĂ©e du continent, la CitĂ  nouvelle s’ouvre totalement et presque exclusivement vers l’Orient et vers sa mĂšre patrie, son modĂšle spirituel et terrestre : Constantinople. Le sacrĂ© primordial scelle les fondations religieuses et comme miraculeuses de sa naissance et ici comme plus tard, tout vient d’Orient (en 828 sont transfĂ©rĂ©s les restes de Saint-Marc depuis Alexandrie en Egypte jusqu’à Venise : cf le tableau fantastique, narratif du Tintoret). Au son des trompettes en fanfare Ă  la fois majestueuses et dansantes, Ă©maillĂ©es par le timbre oriental du duduk ou de la cithare, se prĂ©cise ce basculement du sacrĂ© constant, au profane (de plus en plus caractĂ©risĂ© selon l’essor de la monodie baroque Ă  venir) : exaltation guerriĂšre d’une nation lagunaire qui exprime l’ardeur enivrĂ©e de la vie, contredisant la finalitĂ© barbare de la guerre. Peu Ă  peu, s’affirme une sensualitĂ© nouvelle d’essence proprement populaire


 

 

 

Venise 700 – 1797 : millĂ©naire et universelle

Jordi Savall, au carrefour des nations entre Orient et Occident, signe un nouvel ouvrage enivrant et polémique, fusionnant le sens et la forme


 

 

CD2. Alors peu s’accomplir le miracle monteverdien dans la CitĂ  qui a fondĂ© ses propres Ă©glises avec un faste et un raffinement Ă©blouissant (San Giorgio Maggiore, 1571). Le Combattimento di Tancredi et Clorinda de 1638 confirme cette naturalisation hĂ©roĂŻque (stile concitato ou style guerrier) qui Ă  travers l’opĂ©ra (invention vĂ©nitienne, de surcroĂźt dans son ouverture publique en 1637), invente la langue incarnĂ©e, sensuelle, individualisĂ©e du XVIIĂš ou Seicento (Premier Baroque). Jordi Savall a eu bien raison de mettre en avant ce sommet du madrigal dramatique dĂ©jĂ  opĂ©ratique auquel rĂ©pond l’ivresse entre Orient et Occident, … de la marche ottomane (Ă©voquant la campagne en MorĂ©e / PĂ©loponĂšse, des VĂ©nitiens contre les Ottomans, 1684 : vertiges sensuels d’une fanfare devenue danse, sublimĂ©e par l’arrangement qu’en rĂ©alise Jordi Savall lui-mĂȘme). D’ailleurs si les XVĂš et XVIĂš siĂšcles demeurent ceux de l’apogĂ©e Ă©conomique, le XVIIĂš est celui oĂč Venise confrontĂ©e Ă  l’expansion turc, perd peu Ă  peu son empire coloniale en mĂ©diterranĂ©e.

 
 

SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionLe XVIIIĂš accentue encore ce basculement aprĂšs son dĂ©clin Ă©conomique comme puissance coloniale et marchande : Venise devient capitale des plaisirs de l’Europe galante (La Senna Festeggiante de Vivaldi en l’honneur de Louis XV crĂ©Ă© in loco chez l’Ambassadeur de France Ă  Venise, 1725). Et au moment oĂč les grecs se rĂ©voltent contre les musulmans ottomans, Mozart en visite Ă  Venise (1771) compose sa Sonate furieuse et elle aussi rĂ©voltĂ©e alla turca : Jordi Savall en transpose un Ă©pisode Ă©nivrĂ© lui aussi, Ă©chevelĂ© mĂȘme par la texture des timbres associĂ©s. Enfin point d’orgue de ce second volume haut en couleurs – aprĂšs les rĂ©sonances orthodoxes russes (quand l’impĂ©ratrice Catherine se fait la protectrice de tous les chrĂ©tiens d’Orient dans l’Empire Ottomans, en 1774), voici le point d’accomplissement de cette conscience de l’insouciance, cristallisĂ©e dans les musiques de Hasse pour le Carnaval de 1796 (arrangement Ă  4 voix de J Savall lĂ  aussi) : choeur galant d’une exquise lĂ©gĂšretĂ©.
Enfin la fresque Ă©pique musicale s’achĂšve par le traitĂ© de Campo-Formio quand Bonaparte dissout la RĂ©publique et rattache a contrario de toute son histoire, la citĂ© lagunaire au continent, soit au royaume d’Italie (1797). Le coup de maĂźtre rĂ©ussi par le chef catalan est de restituer l’instrumentation originelle du Beethoven des Symphonies 5 (Allegro) et 7 (Allegretto) Ă  laquelle il associe les paroles polĂ©miques d’Adolphe Joly : toute la contradiction de l’époque est ainsi respectĂ©e. En faux libĂ©rateur, Bonaparte qui a su prendre soin de se draper des idĂ©aux de la RĂ©volution, impose en rĂ©alitĂ© sa propre tyrannie. Le français redessine les cartes et “invente” la mise sous tutelle de Venise. Un mensonge Ă©dictĂ© en propagande dont Beethoven lui-mĂȘme, d’abord enthousiaste, n’avait pas Ă©tĂ© dupe. Les peuples manipulĂ©s ont-ils la clairvoyance de se sauver des faux prophĂštes ? Tout est magistralement exprimĂ© ici, dans cette fin qui tout en concluant la flamboyante histoire de Venise, ne cesse d’interroger aussi le sens du temps et la finalitĂ© des sociĂ©tĂ©s : que vaut le destin d’un homme s’il sacrifie la libertĂ© inaliĂ©nable des peuples ? On reconnaĂźt Ă  cette musique qui est question, l’intelligence d’un chef concepteur qui sait infĂ©oder la sĂ©duction sonore de son geste artistique, Ă  sa pensĂ©e humaniste, fraternelle, spirituelle. Programme magistral dont on aimerait dire qu’il a Ă©tĂ© aussi crĂ©Ă©, outre Fontfroide, Salzbourg et Utrecht, à
 Venise ?

 

 

 

_________________________

 

CLIC_macaron_20dec13CD, Ă©vĂ©nement. Compte-rendu, critique. VENEZIA MILLENARIA : 700 – 1797 (2 cd Alia Vox). Enregistrements rĂ©alisĂ©s Ă  Fontfroide et Salzbourg (juillet 2016), puis Utrecht (octobre 2016). 2 cd Alia Vox AVSA 9925 — livre 2 cd Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS de janvier 2018.

 
 

 

Ligeti Ă  Vienne (1988)

György LigetiFrance Musique, 8 – 12 janvier 2018, 13h30. Ligeti Ă  Vienne. DĂ©cĂ©dĂ© en juin 2006, György Ligeti (nĂ© en 1923) est ce grand expatriĂ©, d’origine roumaine et hongroise qui a choisi de se fixer Ă  Vienne en 1956 aprĂšs l’échec des mouvements anti communistes Ă  Budapest (oĂč il suivait sa formation musicale Ă  l’AcadĂ©mie Liszt). MarquĂ© par la guerre et la barbarie humaine, Ligeti est frappĂ© par l’horreur du XXĂš : toute sa famille sauf sa mĂšre a pĂ©ri en dĂ©portation. Son Ă©criture contient les dĂ©chirures et les tensions de cette expĂ©rience intime particuliĂšrement douloureuse.
Il s’installe Ă  Vienne en 1959, trouvant dans la capitale autrichienne, foyer musical intense oĂč sont toujours cĂ©lĂ©brĂ©s l’esprit comme l’hĂ©ritage de Haydn, Mozart et Beethoven, les conditions de sa rĂ©sidence comme compositeur. SensibilitĂ© aiguĂ«, mordante, affĂ»tĂ©e, Ligeti cultive un sens du dĂ©lire grotesque, et une certaine autodĂ©rision inspirĂ© des rites prĂ©paratoires de Cage
, – interrogations critiques sur le sens et le dĂ©veloppement de la forme (dĂ©calage rythmique), pourtant douĂ©es d’un grande puissance poĂ©tique. Il reste avec Boulez, Berio et Kagel (avec lequel il collabore), l’une des figures essentielles de la crĂ©ation musicale dans la seconde moitiĂ© du XXĂš. Pour nous, le chant cri du Requiem (1963-1965), Ă  la fois viscĂ©ral et sublimĂ© ; puis son grand oeuvre lyrique (unique) : Le Grand macabre (crĂ©Ă© en 1977) sont les pierres angulaires de ce parcours d’une sincĂ©ritĂ© captivante. Ce n’est pas un hasard, si le rĂ©alisateur Stanley Kubrick utilise les musiques de Ligeti : fantasques, fulgurantes, surrĂ©alistes et fantastiques
, dans ses films dont le plus cĂ©lĂšbre, « 2001 l’odyssĂ©e de l’espace », oĂč jaillit comme un gemme sonore, Ă  la fois glaçant et hypnotique, la vibration particuliĂšre que Ligeti a conçu pour le « monolithe noir ».

logo_france_musique_DETOURECycle radiophonique : Ligeti à Vienne en 1988, toute la semaine sur France Musique, chaque jour, du lundi 8 au vendredi 12 janvier 2018, à 13h30 (émission « Musicopolis »).

CD événement, présentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY)

BASSA silas cd dualita cd presentation announce review cd critique cd par classiquenews label paraty3f7d3b_23065300bc3846e5b386a03b3d9cb7f7~mv2CD Ă©vĂ©nement, prĂ©sentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY). ENERGIE Ă©lectrique, APPEL au MYSTERE
 AprĂšs un prĂ©cĂ©dent album “Oscillations” (Ă©galement publiĂ© par le label Paraty), le pianiste argentin, retrouve avec grĂące ce jeu pĂ©tillant et stimulant de l’ambivalence fĂ©conde : oscillations, pulsions premiĂšres, et ici “dualitĂ©” qui sait Ă©lectriser le geste dĂ©fricheur… Ce qui frappe immĂ©diatement dans le geste et la pensĂ©e de Silas Bassa c’est sa grande culture, sa sensibilitĂ© aiguĂ« et une libertĂ© recrĂ©ative dans ses associations musicales. Son piano Ă©largit les chemins traditionnels, « ose » dĂ©fricher, assembler, dĂ©battre. La musique est langage, mieux, elle est pensĂ©e. Voici sous les doigts de l’interprĂšte et du compositeur, un piano conscience, un piano monde qui a conçu un parcours d’une rare pertinence. Les diffĂ©rents de jalons de ce rĂ©cital pianistique qui invite aussi la voix poĂ©tique (Le Gibet d’Aloysius Bertrand dit par Nita Klein, en prĂ©ambule Ă  Ravel)
 Tout cela est minutieusemeent calibrĂ©, relevant d’un jeu d’équilibre oĂč miroitent les effets mĂȘlĂ©s fusionnĂ©s, entre textes et musique. Toujours ce qui prime ici, c’est le sens profond de la musique, la signification des enchaĂźnements, et au dĂ©tour d’une succession particuliĂšrement stimulante, le miracle d’une rĂ©vĂ©lation (voyez comment du Bertrand rĂ©citĂ© au Gibet de Ravel, surgit l’à propos (rĂ©)conciliateur de « RĂ©miniscence », point d’équilibre et de pleine conscience de ce programme remarquablement composĂ©.

D’abord, en « ouverture », (1) Regard du PĂšre (Vingt regards sur l’Enfant JĂ©sus) de Messiaen rappellerait la prĂ©sence divine : appel et proclamation sourde, grave au MystĂšre de plus de 7 mn.
Puis 2, KleinstĂŒcke (petite piĂšce) de Silas Bassa, travaille la rĂ©sonance et la progression des notes rĂ©pĂ©tĂ©es; elle prolonge l’atmosphĂšre d’envoĂ»tement sonore et spirituel tissĂ©e par Messiaen : ses scintillements emperlĂ©s, dans le repli et la pudeur, semblent commenter et cultiver l’éveil qui est nĂ© Ă  travers l’étoffe du Messiaen qui prĂ©cĂšde.
Puis, l’étude n°9 de Philip Glass affirme une mĂȘme conscience Ă©largie, Ă  la fois sombre et Ă©nigmatique, dans un scintillement pulsionnel ouvragĂ©, ciselĂ© dans sa sĂ©rie de variations harmoniques souvent imprĂ©visibles.

 

 

 

Silas Bassa : le piano qui pense le monde

 

bassa-silas-presentation-cd-dualita-clic-de-classiquenews-homepage-582-homepage-classiquenews-critique-cd

 

 

L’enchaĂźnement des parties (18 au total dans ce nouveau programme) Ă©claire un cheminement Ă©videmment personnel qui offre de rĂ©Ă©couter des piĂšces de son cru (« KleinstĂŒck » donc, « Santa Fe », « RĂ©miniscence », « Eternità »  comme des jalons d’un voyage intime voire initiatique) et quelques perles du rĂ©pertoire baroque, classique et romantique : du PrĂ©lude n°22 de JS Bach (13) au Gibet du Gaspard de la Nuit de Ravel : vĂ©ritable jubilation fantastique confinant Ă  une dĂ©construction abstraite (11). Sa place dans le chapelet d’épisodes fait surgir son incandescence secrĂšte.
Silas Bassa semble Ă©grainer chaque sĂ©quence selon un choix trĂšs concertĂ© ; chacune de ses propres partitions synthĂ©tisant de façon sonore et Ă©motionnelle, ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© ; ainsi l’énergie canalisĂ©e de « Santa Fe » commente et rĂ©sume Ă  la fois tout ce que l’auditeur a Ă©coutĂ©, Ă©prouvĂ© dans le cycle des 4 sections prĂ©cĂ©dentes enchaĂźnĂ©es ; Santa Fe palpite, dĂ©construit puis reconstruit (comme la formidable Ă©nergie pulsionnelle de l’Etude n°12 de Glass qui suit (14) ; vitalitĂ© du vivant, puis pensĂ©e d’une nouvelle architecture : le chaos primitif, la matiĂšre brute, bientĂŽt transformĂ©s sous le filtre crĂ©ateur du concepteur ; de la gangue naĂźt le diamant en ses facettes patiemment taillĂ©es. La DualitĂ  dont nous parle le pianiste, compositeur et architecte, façonne un captivant parcours. Sa playlist est un foisonnant kalĂ©idoscope qui est rituel et cĂ©lĂ©bration de l’instant, mais aussi pensĂ©e critique et intelligence expĂ©rimentale sur la forme musicale. CLIC_macaron_2014Aspirant Ă  l’équilibre (qui est « notre vraie nature »), le pianiste pense le monde et le sens de nos vies (de fait, la couverture n’évoque-t-elle pas le penseur de Rodin ?). Voici assurĂ©ment l’un des disques les plus passionnants de l’artiste hors normes. A suivre
 grande critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CD Ă©lu “CLIC” de classiquenews de janvier 2018. – illustration : © P Aguirre. EN LIRE + sur le site de SILAS BASSA

 

 

_______________

 

AGENDA

 

Silas Bassa est en concert (lancement de son disque « Dualità » Ă©ditĂ© par PARATY) Ă  Paris les 26 janvier puis 9 fĂ©vrier 2018 – programme de son disque DualitĂ , Bal Blomet, 20h30, 33 rue Blomet 75015 PARIS / infos : 01 45 66 95 49. RESERVEZ

 http://www.balblomet.fr/events/dualita-silas-bassa-piano/

 

 

 

BASSA-CD-presentation-par-classiquenews-OScillations-silas-bassa-cd-paraty-presentation--FACEBOOK

 

 

 

CD, opĂ©ra, annonce. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)

Calleja_Verdi_Cover-002-DECCA-annonce-presentation-critique-cd-review-cd-par-classiquenewsCD, opĂ©ra. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)
 PREMIERES IMPRESSIONS… Il est dans ce premier rĂ©cital monographique : RadamĂšs, Manrico, Alvaro, Carlo, Otello
 le visuel de couverture l’indique sans ambages : voici un programme tissĂ© dans l’ombre brĂ»lante et tragique, une soie noire plus qu’Ă©clatante. Le chanteur se plaĂźt Ă  dĂ©cliner mille nuances d’un noir tĂ©nĂ©breux, Ă©pais, d’une richesse intĂ©rieure manifeste. TĂ©nor plus intĂ©rieur qu’hĂ©roĂŻque, douĂ© d’une belle intĂ©rioritĂ©, en fin diseur aussi, capable d’un chant intelligent qui sait nuancer (et pas seulement hurler), Joseph Calleja montre derechef dans ce rĂ©cital Verdi, qu’il est un remarquable acteur, jouant sur un style subtil et trĂšs incarnĂ©, articulĂ© voire ciselĂ©.
RadamĂšs d’ouverture ouvre grand le souffle amoureux du gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien qui certes victorieux n’en finira pas moins emmurĂ© vivant avec celle qui ravit son coeur (CĂ©leste Aida)
 D’emblĂ©e le timbre du maltais Calleja impose un beau legato, ce vibrato finement contrĂŽlĂ©, surtout ce timbre « vieille Ă©cole », celui des tĂ©nors du dĂ©but du XXĂš, laisse envisager un travail spĂ©cifique sur le caractĂšre et l’intĂ©rioritĂ©, la couleur du sentiment, plutĂŽt que la projection claironnante voire artificielle.

TĂ©nor raffinĂ© et noir…

TrĂšs proche du thĂ©Ăątre parlĂ©, celui inspirĂ© par Schiller ou Victor Hugo, la plage 4 avec son ample et suave solo de clarinette (au timbre si proche de la respiration et du grain de la voix), affirme une gravitas, sombre (graves larges), celle d’Alvaro (dans La Force du Destino) qui songe Ă  Leonora, la bien aimĂ©e dĂ©sormais inaccessible : en acteur saisisant toute la profondeur douloureuse, saillante et tragique du hĂ©ros, Joseph Calleja trouve le ton et le style corrects. Son Alvaro ne manque ni de finesse ni d’épaisseur Ă©motionnelle. En exprimant toute l’intĂ©rioritĂ© du hĂ©ros verdien, ici du tĂ©nor capable de langueur sourde et inquiĂšte, rĂ©ussit Ă  transmettre ce qui manque Ă  beaucoup de ses confrĂšres (plus dĂ©monstratifs et aussi puissants), l’épaisseur psychologique : ĂȘtres du doute, de la malĂ©diction
 ses hĂ©ros inscrivent directement Verdi dans les premiers belcantistes dont Ă©videmment Donizetti. Ses phrasĂ©s naturels et articulĂ©s avec finesse, son intelligibilitĂ© en italien
 regardent plutĂŽt du cĂŽtĂ© de l’élĂ©gance incarnĂ©e, plutĂŽt que vers l’intensitĂ© extĂ©rieure. Ici le personnage souffre (avec la clarinette, d’une somptuositĂ© tragique canalisĂ©e). La couleur et le caractĂšre sont justes. La rĂ©ussite est totale, et l’art du tĂ©nor riche en nuances Ă©motionnelles parfaitement maĂźtrisĂ©es. La dĂ©licatesse (un rien surannĂ©e dans sa couleur naturel et son Ă©locution) Ă©claire les dĂ©chirements du hĂ©ros verdien, Ăąme brulĂ©e, dĂ©truite
 et pourtant n’aspirant qu’à trouver la paix et le salut. Son Alvaro est la plus grande rĂ©ussite de ce rĂ©cital VERDI. De fait, dans la mĂȘme veine intĂ©rieur, tiraillĂ©e, tragique mais toujours proche du texte, son Carlo est d’une inspiration Ă©gale : Ă  la fois articulĂ©e et raffinĂ©e.

Grande critique du cd JOSEPH CALLEJA à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du cd, le 2 février 2018.

————————

CD, Ă©vĂ©nement, annonce. VERDI / JOSEPH CALLEJA, tĂ©nor. Airs d’opĂ©ras de Verdi. Avec Angela Gheorghiu
 (Don Carlo, Otello). Orquestra de la Comunitat Valenciana. RamĂłn Tebar, direction. 1 cd Decca.

CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017)

VOLTS Quatuor TANA cd paraty quatuor cordes et electronique Titelive_3760213650726_D_3760213650726CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017). Avec VOLTS, le Quatuor Tana fait Ă©voluer notre perception de la forme instrumentale et marque un jalon dans l’histoire du genre quatuor. Les instrumentistes n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  faire fabriquer leurs propres instruments capables de relever les dĂ©fis d’un programme riche en surprises, en dĂ©passements techniques, en renouvellement expressif et sonore. Les 5 compositeurs exploitent jusqu’à leurs extrĂȘmitĂ©s techniques et acoustiques, les « Tana Instruments », trouvant un Ă©quilibre prĂ©cieux entre dĂ©frichement tous azimuts et nĂ©anmoins cohĂ©sion du parcours sonore. Chacune des piĂšces Ă©vapore les frontiĂšres sĂ©parant acoustique et Ă©lectronique, ou explore les ressources des nouveaux instruments. Un monde sonore se dĂ©voile dans cet album aussi expĂ©rimental que visionnaire. Quel sera demain le son du quatuor ? Les Tana rĂ©pondent sans ambiguĂŻtĂ© Ă  la question, rĂ©vĂ©lant les qualitĂ©s d’une nouvelle syntaxe dĂ©sormais fascinante.

DĂšs le premier opus signĂ© Fausto Romitelli « Natura Morte con fiamme » pour quatuor et bande Ă©lectronique (1991) s’impose le travail spĂ©cifique sur le son acoustique Ă©mis, auquel rĂ©pond, dialogue, ou s’électrise son double Ă©lectronique produit en rĂ©sonance. Un certain hĂ©donisme sonore diffuse de la sĂ©rie de longues phrases sur lesquelles glissent les notes des cordes en son rĂ©el. L’auteur sait cultiver atmosphĂšres Ă©nigmatique suspendues, puis en contrastes expressifs, saccades, sons fouettĂ©s, percussions serties dans la bande Ă©lectronique qui tout en enrichissant la matiĂšre sonore, favorisent surtout les gestes fragmentĂ©s ; il en dĂ©coule un Ă©clatement progressif de la forme, oĂč se dĂ©ploie une nouvelle sĂ©rie de chuintements courts qui redĂ©finissent la notion mĂȘme de phrases musicales. C’est une sorte d’apologie du fragment et de la syncope, plus proche de la pulsion plutĂŽt que du dĂ©veloppement musical. La prĂ©cision et l’intensitĂ© du geste de chaque instrumentiste assurent la rĂ©ussite de l’ensemble.

Smaqra de Juan Arroyo est une piĂšce au caractĂšre Ă  la fois rĂ©aliste et onirique, pour pratique et sonoritĂ© mixte, acoustique et Ă©lectronique (« hybride »), de 2015 . Les accents secs qui claquent et les Ă -coups sur les cordes mordent l’espace comme des griffes qui abolissent la notion de frottement continu ; Ă  la fois « tambours » et aussi « cloches », les instruments nouveaux imaginĂ©s par les Tana (ayant leur propre haut parleur dans la caisse de rĂ©sonance) tissent un nouveau champs de vibrations sur des rythmes entraĂźnants auxquels rĂ©pond une sĂ©rie d’accords amplifiĂ©s. Espace et temps fusionnent comme une jungle florissante, en extension, Ă  la fois grouillante, fascinante, inquiĂ©tante. La diversitĂ© des sons acoustiques et leurs doubles Ă©lectroniques (transformĂ©s, retraitĂ©s en temps rĂ©el) s’imbriquent et dialoguent crĂ©ant un espace en circulation permanente. La collection de sons qui est produite, propose un nouveau bestiaire musical, vĂ©ritable vivier du timbre, interrogeant et remodelant chaque note dans sa hauteur, sa profondeur, son Ă©mission. DĂ©flagration, rĂ©sonance, rĂ©ponses
l’imaginaire de l’auditeur est excitĂ© par la grande plasticitĂ© des instruments capables de couleurs et de nuances inĂ©dites (l’effets d’arcs Ă©lectriques en fin de cycle, combinĂ© au tissu grouillant, Ă  la fois disparate et resserrĂ©, demeure fascinant).

Audacieux, défricheurs, pionniers

les TANA inventent le Quatuor du XXIĂš

Tana_Studio-13-profils-582Remmy Canedo dans « Clusterfuck » de 2016 affirme immĂ©diatement une plĂ©nitude sonore dans toutes les directions de l’espace et du temps qui mĂȘle l’acoustique sec et le son Ă©lectronique, frottĂ©, pincĂ©, en glissando ; son Ă©criture elle aussi Ă©lectrisĂ©e, tisse un magma en formation ou en permanente mĂ©tamorphose 
 Avec traits distinctifs, l’incise millimĂ©trĂ©e de phĂ©nomĂšnes soucieux de la plĂ©nitude sonore, alternant passage en tutti rĂ©sonnant, en murmures plus Ă©nigmatiques, voire inquiĂ©tant et agressifs. Le compositeur prend soin de mĂ©nager des « espaces sonores mouvants » Ă  la fois trĂšs identifiables et aussi mĂȘlĂ©s
 les possibilitĂ©s acoustiques et musicales des instruments nouveaux dĂ©montrent un champs d’action et de production sonore, totalement inĂ©dit. Sous tension, en une suractivitĂ© Ăąpre et mordante, bondissante et nerveuse, la partition rĂ©cente cultive une dramaturgie impressionnante parfois spectaculaire, avec des sons rĂąpĂ©s, dĂ©chirĂ©s, alternant avec des sĂ©quences trĂšs denses, oĂč les cordes frottĂ©s dĂ©ploient un arsenal sonore expressif, souvent radical, en longues phrases soutenues pour la conclusion.

« Dissidence 4 » de Christophe Havel de 2016 est l’une des 3 partitions les plus dĂ©veloppĂ©es de l’album, et qui offre Ă  notre sens le spectre sonore le plus manifestement construit, exhibant d’emblĂ©e, dĂšs son dĂ©veloppement, une dramaturgie sonore trĂšs convaincante. Au dĂ©but, jouant des effets de rĂ©sonance des pizzicati, le dĂ©veloppement s’impose par une sĂ©rie d’accords prĂ©alables plus construits, dessinant une entrĂ©e en matiĂšre dĂ©terminĂ©e, percutante, qui ouvre un espace rĂ©solu et plus stable (notes tenues remarquablement car subtilement amplifiĂ©es) que les partitions prĂ©cĂ©dentes oĂč l’esprit de cĂ©sure et de syncope et la tension fragmentĂ©e Ă©taient permanentes. Ici de longs rubans sonores se dĂ©roulent, jusqu’à la section en trĂšs courtes sĂ©quences Ă  3’45, oĂč des Ă©clairs, flammĂšches, associĂ©s Ă  un effet de sirĂšne, composent un nouveau paysage expressif en Ă©tat de fusion voire « d’ébullition Ă©lectrique » (donc trĂšs en rapport avec le titre de l’album « VOLTS »), tableau Ă©tirĂ©, parcouru d’éclats sous tension. LĂ  encore, les instruments acoustiques sont trĂšs bien exploitĂ©s (coups d’archets percussifs, fouettĂ©s comme dĂ©chirant le spectre sonore, associĂ©s Ă  une sĂ©rie d’arches tenues en decrescendo
). La versatilitĂ© des instruments, les climats contrastĂ©s qu’ils engendrent forment ainsi cette fabrique musicale et instrumentale, porteuse d’expĂ©rimentation et d’exploration sans limites. Les nouveaux instruments fabriquĂ©s par les quatre instrumentistes du Quatuor Tana (les « Tana Instruments »), renouvellent considĂ©rablement les champs expressifs et donc la palette sonore en question ; outre le jeu et la pratique, c’est aussi dans le dialogue qui s’instaure avec les luthiers, une nouvelle source d’enrichissement qui fait Ă©voluer la lutherie.
CLIC_macaron_2014PrĂ©parant et portant le tutti final d’une rare intensitĂ© en rĂ©sonance, lignes mĂȘlĂ©es, percussions, accents et nuances dialoguĂ©es nourrissent un vĂ©ritable performance expressive au spectre trĂšs riche, tout Ă  fait emblĂ©matique de ce bestiaire sonore permis par les “Tana instruments”. Les 30 derniĂšres secondes de la piĂšce tissent un parcours sonore aussi inouĂŻ que flamboyant. Bel accomplissement. Certainement la sĂ©quence la plus convaincante de cet album, riche en pĂ©pites sonores inĂ©dites. En prĂ©curseurs, les Tana prophĂ©tisent les nouveaux sons du Quatuor moderne.

——————————

CD, compte rendu critique. VOLTS. Quatuor TANA (1 cd Paraty 717246, 2017) – DurĂ©e : 1h05mn – CLIC de CLASSIQUENEWS, octobre 2017 – parution le 11 novembre 2017.

Programme :

1- Fausto Romitelli, « Natura Morte Con Fiamme », pour quatuor à cordes et bande électronique, 1991  08:56
2- Juan Arroyo, « Smaqra » pour TanaInstruments (hybride), 2015 08:06
3- Remmy Canedo, « Clusterfuck » pour TanaInstruments (hybride), 2016  17:23
4- Gilbert Nouno, « Deejay », pour quatuor à cordes et électronique, 2014,  18:07
5- Christophe Havel, « Dissidence 4 », pour TanaInstruments( hybride), 2016 13:08

Quatuor TANA
Antoine Maisonhaute (violin / violon)
Ivan Lebrun (violin / violon)
Maxime Desert (viola / alto)
Jeanne Maisonhaute (cello / violoncelle)

——————–

 

Approfondir

LIRE notre grand entretien avec le Quatuor TANA, à propos du cd VOLTS (propos recueillis en octobre 2017)

LIRE notre annonce dĂ©pĂȘche prĂ©sentant le cd VOLTS du Quatuor TANA – dĂ©pĂȘche du 8 octobre 2017

 

 

 

Compte-rendu, critique, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, le 19 octobre 2017 (Arte). Yoncheva, Garance, Kaufmann… Jordan. Warlikowski.

Giuseppe VerdiCompte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, le 19 octobre 2017 (Arte). Yoncheva, Garance, Kaufmann… Jordan. Warlikowski. Saluons le petit Ă©cran de pouvoir dĂ©couvrir une nouvelle production verdienne annoncĂ©e comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de la rentrĂ©e. Notre rĂ©dacteur Lucas Irom a visualisĂ© la diffusion et “ose” poser les questions qui fĂąchent : la mise en scĂšne est-elle juste ? Surtout, la version parisienne chantĂ©e en français est-elle bien dĂ©fendue (articulĂ©e) et Jonas Kaufmann a-t-il eu raison de chanter Ă  ce moment de sa carriĂšre, le rĂŽle si difficile de Carlos Ă  Paris ?

 

 

kaufmann chante don carlos

 

DEBUTS DIFFICILES… Entre scĂšne d’hĂŽpital psychiatrique (rĂ©fĂ©rence usĂ©e voire Ă©reintĂ©e Ă  l’opĂ©ra) et vision dĂ©sespĂ©rĂ©e dans une salle vide et terne surgit Carlos / Kaufmann en malade suicidaire, bandage Ă  chaque poignet
 Il vient de tenter de se cisailler les veines. Avouons qu’au dĂ©part, le chant laisse perplexe
 D’emblĂ©e son français est instable, le chant dans l’Ă©vocation d’Élisabeth est parfois forcĂ©, terriblement tendu et manque cruellement de simplicitĂ© comme de souplesse. C’est parfois ampoulĂ© et surjouĂ©. AgitĂ© sur son lit, Carlos s’embrase dĂ©jĂ  quand derriĂšre lui, comme en une vision rĂ©trospective, l’Elisabeth de  Sonya Yoncheva, se fige; voilĂ©e de blanc telle une fiancĂ©e promise Ă  un mariage Ă©minent (le leur), prĂšs d’un cheval immobile au centre de la scĂšne. VoilĂ  plantĂ© le dĂ©cor, entre objets assemblĂ©s d’un songe surrĂ©aliste et cellule d’un malade qui observe Ă  distance, le monde et la folie des hommes.
Pulpeuse et divine, Sonya Yoncheva ruisselle d’une ineffable fĂ©minitĂ© quand le chant bouillonnant et embrasĂ© du jeune Carlos qui se rĂ©vĂšle Ă  elle dans une scĂšne qui est filmĂ©e sur Arte en noir et blanc comme s’il s’agissait d’une pĂ©riode d’un passĂ© bien rĂ©volu (les spectateurs Ă  Bastille, eux n’auront pas cette nuance chromatique), impose la conception rien que thĂ©Ăątale du metteur en scĂšne, Warlikovski dont on retrouve come dans de prĂ©cĂ©dentes rĂ©alisations, le cynisme dĂ©senchantĂ©, la grisaille aux lueurs (et nĂ©ons fluoresecents : lĂ  encore un code visuel remĂąchĂ©) ; de fait, cet acte prĂ©alable, dit de Fontainebleau, vĂ©ritable scĂšne de thĂ©Ăątre amoureux est un huit clos Ă  part, prĂ©cĂ©dant tout ce qui se dĂ©roule ensuite, sorte de tableau d’un amour perdu dont le duo Ă©perdu des deux jeunes voix qui fusionnent progressivement, tĂ©moignent. C’est un rĂȘve tendre et sensuel (rien de tout cela sur la scĂšne parisienne), oĂč au cours d’une chasse royal, les deux fiancĂ©s se rencontrent Ă  la dĂ©robĂ©e, sans ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©sentĂ©s officiellement. L’attachement qui naĂźt alors n’en est que plus fort et magique.
La suite n’a plus rien de comparable car cet amour naissant sera tuĂ© dans l’Ɠuf : Carlos perdant Ă  jamais son amour puisque c’est son propre pĂšre Philippe II qui Ă©pousera pour lui mĂȘme, cette jeune française des plus dĂ©sirables.

 

L’immensitĂ© de Bastille attĂ©nue souvent ce qui demeure quand mĂȘme une scĂšne d’extase rare dans l’Ɠuvre de verdi. RĂ©itĂ©rĂ©e Ă  la fin de la partition (entre deux ĂȘtres Ă©pris l’un de l’autre, mais dĂ©vastĂ©s et contraints, devenus « fils » et « mĂšre »), surtout suicidaires, selon Warlikovski.
En cours de soirĂ©e, la voix de Kaufmann s’adoucit malgrĂ© l’horreur qui lui est infligĂ©e prĂ©cisĂ©ment quand la clarinette souligne le coup du sort Ă  l’annonce que la princesse sera reine d’Espagne, c’est Ă  dire l’épouse de son pĂšre. Le pĂšre plutĂŽt que le fils. Revirement plus cornĂ©lien que shakespearien pour lequel l’orchestre redouble de raffinement chambriste. Avec cette Fureur sourde qui porte le chƓur et inscrit l’action dans la grande histoire : que pĂšse cette amourette face Ă  la volontĂ© du roi ? Amour ou devoir ? Carlos et Elisabeth chantent leur dĂ©chirement, leur impuissante angoisse quand tout le chƓur cĂ©lĂšbre les Noces royales pour la future Reine.
L’impression que la voix de Kaufmann reste trop large pour l’ardente juvĂ©nilitĂ© de Carlos se confirme. L’essence et le caractĂšre du personnage auquel Verdi a donnĂ© le titre de son opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  paris en 1867, soit en plein Second Empire, est plus proche de la clarinette que du violoncelle justement. En fin de tableau le dĂ©pressif malade atteint dĂ©truit se laisse basculer avec sa chaise
 Plus suicidaire qu’au dĂ©but. Un grand portrait rĂ©volver sur la tempe paraĂźt : Carlos est une victime Ă©crasĂ©e par le destin.

 

 

VANITE DES VANITES
 D’ailleurs l’opĂ©ra est une grandiose vanitĂ© oĂč sont mis au pilori chaque destinĂ©e ici personnifiĂ©e, toute tentative d’atteindre le duo politique / Ă©glise (Philippe II / Le Grand Inquisiteur) : ainsi dans le tableau du cloĂźtre de Saint Just oĂč se recueille le pĂ©nitent Carlos, le vrai sujet de l’Ɠuvre est la terreur qui force l’action des politiques infĂ©odĂ©es Ă  l’Ă©glise : pour conserver coĂ»te que coĂ»te son pouvoir, Philippe II accepte de se soumettre Ă  la tyrannie de l’Ă©glise quitte Ă  sacrifier son bonheur et celui de son fils Carlos. VanitĂ© et pour le coup volontĂ© suicidaire du pouvoir qui choisit la terreur plutĂŽt que le bonheur. Tout cela est glaçant, dĂ©voilant une puissance critique que Verdi habille sous des ors parfois emphatiques, mais la grande machine parisienne aimait ce dĂ©corum. Dommage qu’alors, Bastille ait renoncĂ© au ballet, Ă©lĂ©ment primordial pourtant du goĂ»t imposĂ© aux compositeurs Ă©trangers choisis.

Puis, le duo de Carlos / Kaufmann avec Ludovic TĂ©zier / Rodrigue prend des allures de rĂ©confort pour le jeune prince. Mais dĂ©ception face au baryton français qui nous avait habituĂ© Ă  davantage de prĂ©cision dans l’articulation de la langue. Son français lui aussi vacille et avale des paquets de consonnes : Posa reste raide et n’a pas la chaleur du personnage malgrĂ© une certaine noblesse du chant. On sait que le chanteur est un acteur un rien crispĂ©.

 

 

DMgFhZsXkAA-gk-LA BRUNE EN SOUFFRANCE ET LA BLONDE MASCULINE
 Puis paraĂźt la Garanča en sa chanson sarrasine, dĂ©monstration d’un mezzo somptueux certes mais dont le français nous Ă©chappe encore
 totalement- Ă  quoi bon alors dĂ©fendre cette version parisienne plutĂŽt que celle italienne? Qu’ont fait les rĂ©pĂ©titeurs pendant les sessions de travail prĂ©alable
 On aimerait connaĂźtre au total le nombre de jours requis pour prĂ©parer les chanteurs au français de Verdi. Qu’importe, on oubliera pas de sitĂŽt la sĂ»retĂ© vocale de cette Eboli, joueuse d’escrime toute de noir vĂȘtue, prĂ©datrice et fumeuse au lesbianisme revendiquĂ©, crĂąnement : c’est elle qui alors rafle le flux d’applaudissements le plus intense. Là  encore, c’est le thĂ©Ăątre et cet Ă©clairage froid glacial qui sculpte les visages, ausculte les Ăąmes, dĂ©voilant les cyniques et les manipulateurs
 De toute Ă©vidence, la chanteuse affiche une plasticitĂ© souveraine, un chant Ă  l’envi. Si son français eut Ă©tĂ© plus soignĂ©, la diva nordique aurait rĂąflĂ© la vedette de la soirĂ©e.
Visuellement le duo qu’elle compose avec Yoncheva fonctionne admirablement. PhotogĂ©nique, pilier dramatique de la production, la brune voluptueuse qui souffre (Yoncheva) et la blonde altiĂšre, masculine, finalement dĂ©voreuse de tout ce qui passe et lui plaĂźt (Garanča), tirent la couverture vers elles. Mais Eboli, montrerera un autre visage, plus humian et lui aussi tiraillĂ© : amoureuse de Carlos qu’elle veut enivrer d’amour lors d’un rendez vous nocturne, la jalouse dĂ©couvre le secret du jeune homme (son amour pour la Reine) et s’en sert honteusement
 Prise de remords ensuite, elle s’écroulera face Ă  Elisabeth sous le poids de son ignominie : actrice (n’est-elle pas Carmen absolument ?), la Garanca Ă©blouit par sa prĂ©sence scĂ©nique et son tempĂ©rament vocal.

 

 

 

 

 

Kaufmann don carlos opera bastille octobre 2017KAUFMANN N’AURAIT PLUS LA VOIX POUR CHANTER CARLOS ? Revenons au fil de l’action
 Dans le duo amoureux Elisabeth / Carlos qui suit, le second donc de cette version 1867,- le plus beau (« Par quelle douce voix »), osons Ă©crire au risque de surprendre et d’agacer ses fans que Jonas Kaufmann s’est trompĂ© de moment pour chanter l’ardeur dĂ©vastĂ©e de Carlos, aprĂšs son Werther et surtout son Otello londonien de cet Ă©tĂ© : tant son Carlos est trop sombre, trop large et rocailleux, trop mĂ»r et fĂ©lin, plus lion que loup, en rien traversĂ© par les Ă©clairs schilleriens contenus dans la partition de Verdi. Comme dans son prĂ©cĂ©dent ouvrage adaptĂ© de Schiller (Luisa Miller), un timbre brillant, clair, polit l’intensitĂ© d’un ĂȘtre jeune, idĂ©aliste, d’une Ă©nergie aussi bouillonnante qu’elle est muselĂ©e. C’est une question de couleur et de caractĂšre de voix : s’il s’impose sans faillir dans Otello (aux dĂ©chirures shakespeariennes), son Carlos manque de sincĂ©ritĂ© car il relĂšve du contre-emploi. D’ailleurs le tĂ©nor a reconnu les difficultĂ©s pour lui que posent les aigus de cette version parisienne de 1867. On regrette aussi que son chant manque de souplesse et ses aigus de rondeur. Tout au moins parvient-il Ă  une dĂ©clamation prĂ©cise et juste, dans l’ultime duo avec Elisabeth (qui suicidaire se donne la mort ici), Ă©noncĂ©e dans le murmure et la rondeur d’une voix quasi parlĂ©e. Il est vrai que Sonya Yoncheva se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible, en souveraine dĂ©truite amoureuse maudite, femme prĂȘte Ă  mourir et qui comme Charles Quint, figure tutĂ©laire des fiancĂ©s sacrifiĂ©s, n’aspire qu’à disparaĂźtre. GrĂące Ă  elle, cette fin, sublime de vĂ©ritĂ©, reste pour nous le sommet de la soirĂ©e, et un souvenir inoubliable.

HĂ©las le Philippe II de Ildar Abdrazakov est trĂšs engorgĂ© comme Ă©crasĂ© et n’a pas cette noblesse impĂ©riale qui doit rayonner d’un ĂȘtre supĂ©rieur qui n’hĂ©site pas Ă  se montrer sadique vis Ă  vis de sa jeune Ă©pouse et de ses suivantes. A notre goĂ»t la stature est outrĂ©e et trop caricaturale et le français embrĂ»mĂ© lui aussi, plafonne (malgrĂ© un beau timbre… mais est suffisant pour un opĂ©ra qui comme au cinĂ©ma, exige un talent d’acteur?): un Barbe Bleue boucher dont le sublime solo (« la reine ne m’aime pas ») n’exprime aucun trouble et ne suscite aucune compassion. Dommage. Car c’est l’air d’un tyran qui dĂ©voile une immense fragilitĂ© intĂ©rieure voir une angoisse viscĂ©rale. Celles d’une Ăąme seule, malheureuse. Bien que trĂšs applaudi, le baryton basse n’a pas suffisamment approfondi le personnage. Parmi les heureuses confirmations, saluons le beau mezzo de la jeune française Eve-Maud Hubeaux qui fait un page suave et Ă©lĂ©gant (classiquenews avait apprĂ©ciĂ© son approche du Chant de la Terre, Klarthe).

 

 

 

Aux cÎtés de Yoncheva et de Garanca éblouissantes,
Jonas Kaufmann n’a peut-ĂȘtre plus la voix pour chanter Carlos


 

kaufmann-jonas-tenor-opera-choc-othello-portrait-par-classiquenewsAu final mĂȘme si une tension entre les personnages surgit dans le dĂ©filĂ© terne des tableaux de Warlikowski, on peine Ă  goĂ»ter les milles joyaux vocaux d’une partition parisienne Ă  la texture orchestrale somptueuse. Heuresement dans la fosse, la direction de Jordan fils excelle en un chambrisme intĂ©rieur qui souligne les mouvements et tiraillements de ces solitudes en souffrance. L’acte de Fontainebleau paraissant au dĂ©but de cette version capitale apparaĂźt comme essentiel non que l’on veuille dĂ©fendre la version française plutĂŽt que l’italienne, mais le tableau bellifontain donne la clĂ© de comprĂ©hension de l’opĂ©ra dans son entier, on y comprend idĂ©alement ce qui scelle dĂ©finitivement le destin de Carlos, on y mesure tout Ă  fait cet amour Ă©perdu, Ă©touffĂ© que le prince porte au cƓur. Et dont il ne se remet pas. CARLOS est bien cet ĂȘtre sacrifiĂ©, dĂ©calĂ©, martyrisĂ© voire humiliĂ© par son pĂšre (dans la scĂšne de l’autodafĂ©, le roi n’hĂ©site pas Ă  dĂ©fier l’audace du prince qui a pris fait et cause pour la Flandre
 : le jeune homme ne trouve pas sa place d’oĂč sa fuite finale, sa disparition par un effet de thĂ©Ăątre tout Ă  fait invraisemblable, proche de la machinerie baroque (quand paraĂźt le fantĂŽme de Philippe II qui l’extrait de ce monde sans lumiĂšre). MĂȘme Ă©volution pour Elisabeth, de plus en plus distante et lointaine, exprimant cette vanitĂ© emblĂ©matique dans son grand air final au tombeau de Charles Quint, auquel la diva sait instiller une couleur crĂ©pusculaire d’abandon, Ă  la soie voluptueuse dont elle a le secret (« toi qui sus la vanitĂ© des grandeurs de ce monde. », clair hommage Ă  Charles Quint, l’empereur qui abdiqua)
 lire ci aprĂšs.

 

 

don carlos zarlikowski opera bastille octobre 2017 critique par classiquenews

 

 

 

CONFUSION ET FROIDEUR VISUELLE… On a compris que la mise en scĂšne aussi vide que grandiloquente ne retenait pas notre adhĂ©sion, on pensait avoir tout vu ; ce n’Ă©tait rien avant la scĂšne de pantomime oĂč Elisabeth et Philippe, au dĂ©but de l’AutodafĂ© (quand l’église prend possession de la scĂšne), comme deux Ă©poux fatiguĂ©s, se querellent, avec tout l’apanage du couple usĂ©, lui Ă©reintĂ© chancelant par l’alcool, empĂȘchant la reine de marcher en posant le pied sur sa traĂźne
 Warlikovsli se lĂąche carrĂ©ment, peignant un portrait de famille oĂč chacun souffre dans son coin parfaitement Ă©tranger aux autres. On comprend le message, mais la rĂ©alisation atteint un ridicule anecdotique
 dĂ©sarmant de niaiserie.
A t-on besoin de dĂ©montrer de la sorte ce que dit la musique par contraste avec tant de vĂ©ritĂ© ? Surtout s’agissant de Verdi, gĂ©nie de la dramaturgie et comme Meyerbeer, habile faiseur de contrastes saisissants. Mais l’homme de thĂ©Ăątre Warlikovski, fait du thĂ©Ăątre
 souvent en mĂ©connaissance explicite de ce qu’exprime alors la dramaturgie musicale.
Dans ce mĂȘme tableau oĂč s’Ă©lĂšve la priĂšre des reprĂ©sentants du Brabant et de la Flandre, infidĂšles au roi, le metteur en scĂšne imagine un parlement quand il fait inscrire la mention prĂ©cise du lieu par les didascalies “une place Ă  Valladolid”, intĂ©rieur / extĂ©rieur 
 ? quel est le parti ? Mention et dĂ©cors se contredisent favorisant depuis le dĂ©but une confusion gĂȘnante dans la clarification des situations qui se succĂšdent. On atteint un degrĂ© supĂ©rieur encore dans la laideur et la propagande visuelle quand prĂ©ludant l’apparition du Grand Inquisiteur (sorte de grand maffieux avec lunettes de soleil), une toile immense barre la scĂšne de Bastille pour afficher le portrait d’un diable mangeur d’hommes (au sens strict), un Raspoutine Ă  la MĂ©liĂšs, barbu, ongles pointus, grimaçant
 destinĂ© Ă  nous expliquer qu’ici, c’est le dĂ©mon (l’église) qui tirait les ficelles. On a compris le message Ă  force de cartons trop lourds. La finesse n’est pas le propre du metteur en scĂšne. D’ailleurs pour Ă©viter les situations gĂȘnantes, Arte a bien choisi une soirĂ©e de reprĂ©sentation oĂč aux saluts, l’homme de thĂ©Ăątre n’est pas venu saluer. Bien lui a pris. En conclusion, de grandes voix pas toujours intelligibles, mais Ă  dĂ©faut d’un Kaufmann rĂ©ellement bouleversant, une Yoncheva et une Garanca saisissantes, une direction dĂ©taillĂ©e, planante, malgrĂ© une rĂ©alisation visuelle et scĂ©nique
 consternante de froideur laide aux effets lourdingues. A chacun de juger selon ses goĂ»ts.

 

 
 
 

________________

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, version de paris, 1867, avec l’acte de Fontainebleau. Jeudi 19 octobre 2017. Diffusion sur Arte. Direction musicale: Philippe Jordan. Mise en scĂšne:  Krzysztof Warlikowski. Paris, OpĂ©ra Bastille jusqu’au 11 novembre 2017. Illustrations : OpĂ©ra national de Paris 2017 / DR

 
 

CD de rĂ©fĂ©rence. DON CARLOS par CLAUDIO ABBADO (Decca) : Pour ceux qui nous trouveront trop durs vis Ă  vis du Carlos de Kaufmann, voici notre prĂ©sentation du coffret Ă©vĂ©nement DECCA, intĂ©grale VERDI (2013) oĂč il est fait mention de la version de PARIS de DON CARLOS par Claudio Abbado… avec un certain Placido Domingo dans le rĂŽle-titre (Decca, 1984)…

 

 

CD, critique, compte-rendu. MESSIAH, Le Messie (Niquet, 2016 — 2 cd Alpha)

handel par niquet messiah 1754 cd annonce par classiquenews prochaine critique cd classiquenews 59ce4d81da552CD, critique, compte-rendu. MESSIAH, Le Messie (Niquet). D’emblĂ©e cette nouvelle version sĂ©duira par son galbe opĂ©ratique et ses tempi allants, entraĂźnants qui tournent rapidement Ă  la machine opĂ©ratique. Quitte Ă  diluer, le chef prend manifestement cette option au risque d’une certaine superficiliatĂ© d’ensemble. Question de style et d’esthĂ©tisme
 que l’on acceptera volontiers car ici, il y a peu Ă  regretter face Ă  un geste indiscutablement cohĂ©rent. D’autant qu’il nous gratifie de la version peu jouĂ©e pour 5 solistes, soit 2 sopranos au lieu de l’unique habituelle : la multiplication des voix fĂ©minines solistes ainsi retenue devrait renforcer la charge humaine de l’interprĂ©tation, son sens de l’intercession, sa chaleureuse humanitĂ©… Le jeu – inĂ©vitable des comparaison s’agissant d’une oeuvre si abondamment abordĂ©e reste incontournable et souligne les limites de la version Niquet : Ă©triquĂ©e, rĂ©ductrice, certes trĂšs accessible. ImmĂ©diatement sĂ©duisante. Pourtant la nature mĂ©diane entre opĂ©ra et oratorio, disons drame sacrĂ©, doit se rĂ©aliser entre les deux registres, ni trop dramatique et profane, ni trop Ă©thĂ©rĂ© et abstrait. Pas facile
 C’est pourtant au diapason de ce dĂ©fi de l’entre deux, que l’interprĂšte doit trouver sa « voie » et convaincre.

Ainsi Ă©coutez celle autrement inspirĂ©e, – habitĂ©e de Christopher Hogwood, citĂ©e dans la notice (et vite expĂ©diĂ©e voire minorĂ©e), ou mieux, joyau d’un coffret rĂ©cemment Ă©ditĂ© par DECCA et dĂ©diĂ© aux oratorios de Haendel : Trevor Pinnock ose des tempi ralentis, au souffle suspendu qui fait surgir dĂšs le premier air pour tĂ©nor, ce mystĂšre de l’incarnation qui exprime et rend palpable le souffle divin qui traverse tout le cycle.
Chez Niquet rien de tel sinon le drame de l’opĂ©ra. Est ce suffisant pour un oratorio anglais de Haendel oĂč pĂšse Ă  part Ă©gale, la spiritualitĂ© et l’action dramatique ?

Messie / Messiah trop prosaĂŻque ?

Les oratorios de HaendelMĂȘme sur le plan de l’intelligibilitĂ© et de l’articulation instrumentale, Hogwood semble investi par ce souffle spirituel qui manque trop Ă  la direction trĂšs prosaĂŻque du chef français. Ecoutez Howard Crook dans « Every Valley » : la diversitĂ© et la richesse des couleurs, le naturel des nuances, l’élĂ©gance de l’anglais sont absents dans la ligne vocale (et les vocalises expĂ©diĂ©es du soliste chez Niquet). MĂȘme Katherine Watson manque singuliĂšrement de sobriĂ©tĂ© comparĂ©e Ă  sa consoeur Arleen Auger dont le legato sobre, angĂ©lique d’une rĂ©elle grĂące intĂ©rieure se fait regretter lĂ  encore. Question de style : pour l’opĂ©ra, le drame, l’excĂšs de « pathos » et de thĂ©ĂątralitĂ© (et parfois le maniĂ©risme contorsionnĂ©.., Niquet est fait pour vous. Ce trop plein de lyrique, ce dĂ©bordement opĂ©ratique (avec de surcroĂźt une prise de son du choeur, Ă©paisse qui n’est pas valorisant pour l’effort du choeur) devient difficile. En gĂ©nĂ©ral la prise de son trop rĂ©verbĂ©rĂ©e fait perdre la lisibilitĂ© du contrepoint choral (fugues souvent savonneuses), un contresens Ă  la volontĂ© d’expressivitĂ© dĂ©fendue ailleurs.

Poursuivons notre Ă©coute. Sur le cd2, malheureusement Anthea Pichanick Ă©tale un contralto terre Ă  terre, prosaique et finalement laid, d’une articulation trop vulgaire pour l’édification morale du sujet (n°23 : «  He was despised »). D’autant que la tenue de l’orchestre derriĂšre son Ă©locution plate, n’est qu’illustrative, – Ă  1000 lieues de l’élĂ©gance que savait insuffler ici un Christie.
Enfin c’est l’air de la soprano I (ici Sandrine Piau), qui dans le dĂ©but de la PART III (I know that my Rdeemer liveth) inscrit et synthĂ©tise les arguments et les limites de la prĂ©sente lecture : Ă  ce degrĂ© de perfection vocale et de justesse dans l’intention (fragilitĂ© si humaine que sait distiller la cantatrice), on loue la noblesse et la dignitĂ© du geste (car il s’agit bien d’une espĂ©rance formulĂ©e, celle d’une croyante affirmant la certitude de la croyance au delĂ  de la pourriture de son corps), mais la direction derriĂšre la soliste se montre si peu nuancĂ©e, elle aussi prosaique et rien que narrative.I l faut Ă©couter toute l’articulation ciselĂ©e que savent apporter et cultiver les autres chefs, citĂ©s ci dessous, infiniment plus inspirĂ©s. MĂȘme sentiment et plus attristĂ© par le n°28, et l’air de libĂ©ration voire de rĂ©vĂ©lation que doit instiller le soprano II (ici Katherine Watson) : son beau timbre accuse des aigus dĂ©jĂ  courts et usĂ©s, et une intonation qui n’exprime en rien la richesse de l’expĂ©rience spirituelle qu’évoque le texte. La chanteuse chante mais n’exprime rien sinon un beau chant (nasalisĂ© quand mĂȘme) qui s’écoute pour lui-mĂȘme.
MĂȘme cette incisivitĂ© parfois fulgurante de Pinnock semble dĂ©finitivement perdue.
Pour une autre perception plus Ă©nigmatique, spirituelle, plus naturelle, et d’une inĂ©narrable inspiration perdez vous dans les versions de William Christie, Paul McCreesh (geste Ă©lĂ©gant, prĂ©sence du mystĂšre). Ici oĂč est l’éloquence du geste, le secret et l’énigme de la foi triomphante ?
Car Ă  travers les 3 parties, Haendel rĂ©ussit un tour de force en rĂ©vĂ©lant peu Ă  peu, par le choeur et les solistes, la force de la foi rĂ©vĂ©lĂ©e, incarnĂ©e, explicitĂ©e. Une lecture qui laisse un sentiment d’inachevĂ©, d’inapprofondi. Dommage que l’ensemble fondĂ© par Niquet ait choisi cet enregistrement pour cĂ©lĂ©brer par le disque ses 30 ans
 prise de son Ă©paisse, plateau en dĂ©sĂ©quilibre ou si peu traversĂ© par le doute et la question spirituelle du texte, orchestre articulĂ© mais strictement illustratif. Si l’on compare avec l’ensemble de Bill Christie (incontournable chez Haendel d’oĂč notre comparaison), pas un manquement Ă  sa ligne esthĂ©tique depuis sa crĂ©ation : de la finesse et du mystĂšre (Ă©lĂ©ments clĂ©s chez le Saxon, surtout dans le Messie, comme dans la Messe en si). Peut on en dire autant des effectifs ici rĂ©unis ?

—————————

CD, critique, compte-rendu. MESSIAH 1754, Le Messie (Niquet). 2 cd Alpha – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris, ND du Liban, dĂ©cembre 2016 – Piau, Watson, Pichanick, Charlesworth, WOlf – Le Concert Spirituel – HervĂ© Niquet (2 cd Alpha 362).

MIRANDA, d’aprĂšs PURCELL et SHAKESPEARE

PARIS, OpĂ©ra-Comique. MIRANDA d’aprĂšs Purcell. 25 sept > 5 octobre 2017. Katie Mitchell, Ă©blouissante conceptrice de Written on skin, met en scĂšne un spectacle inĂ©dit, assemblant, combinant, confrontant plusieurs piĂšces dramatiques et lyrique d’Henry Purcell. La trame s’inspire de The Tempest de Shakespeare. On y retrouve les rĂŽles emblĂ©matiques de l’intrigue dramatique et amoureuse shakespearienne : Prospero, Ferdinand, Caliban


 

 

Purcell, Shakespeare
 pour une TempĂȘte rĂ©actualisĂ©e

 

 

purcell Henry-Purcell-400-250En Angleterre, une famille se rassemble pour les funĂ©railles de Miranda (chantĂ©e par Kate Lindsey). La dĂ©funte suscite Ă  l’inverse, un cycle de souvenirs qui mĂȘlent dĂ©finitivement passĂ© et prĂ©sent, fantasme et rĂ©alitĂ©, en un jeu labyrinthique troublant, qui convoque sur la scĂšne le thĂ©Ăątre magique et fantastique propre au grand William Shakespeare. Katie Mitchel prend soin d’actualiser son propos et la forme du spectacle, en inscrivant la reprĂ©sentation dans l’Angleterre d’aujourd’hui, mĂȘme si le thĂšme obsessionnel de la mort, dont elle tisse une Ă©toffe furieusement, viscĂ©ralement poĂ©tique, Ă  la fois tragique et Ă©nigmatique, assure la grande cohĂ©rence de l’intrigue. Purcell lui-mĂȘme fut traversĂ© par le tragique de la mort, comme hantĂ© par sa propre et inĂ©luctable fin. La partition recrĂ©e pour l’occasion assemble plusieurs ouvrages de Purcell, destinĂ©s aux thĂ©Ăątres londoniens de la fin du XVIIĂš. La distribution rĂ©unit de trĂšs solides chanteurs dont le baryton Marc Mauillon (le Pasteur).

 

 

 

——————————

MIRANDA, d’aprùs Purcell et Shakespeare
Pygmalion, R. Pichon / Katie Mitchell
6 représentations
Du 25 septembre au 5 octobre 2017
RĂ©servez
http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2017/miranda

Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti.

Compte rendu, opĂ©ra. Salzbourg, le 12 aoĂ»t 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti. Etrange rĂ©alisation visuelle que celle confiĂ©e Ă  la plasticienne iranienne Shirin Neshat, dans cette lecture de l’opĂ©ra Aida de Verdi, plutĂŽt « design et d’une froideur internationale, digne de la dĂ©co d’un palace 5 Ă©toiles Ă  Paris ou Ă  Dubaï »  En transposant l’action Ă©gyptienne conçue par Verdi et l’égyptologue Mariette, dans le conflit israelo-palestinien, la metteure en scĂšne brouille souvent les cartes, rendant confuse une histoire qui ne l’était pas. Les amateurs non connaisseurs de Verdi et de son Aida, crĂ©Ă©e pour l’inauguration de l’opĂ©ra du Caire s’y perdront : dans le grand tableau collectif, celui des trompettes d’Aida, quand Pharaon accueille en hĂ©ros victorieux, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, ce ne sont pas des notables et soldats de l’Egypte du Nouvel Empire qui siĂšgent dans les tribunes, mais une assemblĂ©e disparate de dignitaires juifs, et d’autres syriens
 Les ballets sont escamotĂ©s et rĂ©duits Ă  l’essentiel par une troupe de danseurs Ă  jupes noires et bucranes fichĂ©s sur la tĂȘte 
 on repĂšre ici la dĂ©nonciation d’un peuple soumis, humiliĂ©s (les Ă©thiopiens dans l’intrigue initiale, 
 devenus sur la scĂšne salzbourgeoise, de graves et sinistres hĂ©breux marquĂ©s d’une ligne blanche qui leur barre le visage). Bon. Soit. Mais qu’est ce que cela apporte Ă  l’explicitation du drame verdien ?

 

 

Eblouissante Aida, Anna Netrebko surnage dans un spectacle convenu et orchestralement hypertendu

 

On cherche encore. Les idĂ©es en dĂ©calage et transposition ne manquent pas, mais comme souvent elles sont gadgets et rien que visuelles, et ne cachent guĂšre une absence totale de vision d’ensemble. Le jeu d’acteurs trahit une direction convenue (pourtant en Netrebko surtout, S. Neshat disposait d’une actrice Ă  la formidable prĂ©sence). Manque de temps et de prĂ©paration, manque de rĂ©flexion certainement. Dommage.

Plastiquement, le spectacle reste beau, poli, sĂ©duisant. Mais est-ce bien suffisant pour une tragĂ©die noire qui prĂ©cipite Ă  la mort, une esclave Ă©thiopienne capable d’entraĂźner avec elle le jeune vainqueur RadamĂšs, auquel tout Ă©tait promis, assurĂ© : gloire, amour, pouvoir
 ?

Dans la mĂȘme veine insipide et passe partout, le timbre tendu, porte voix plutĂŽt que fin diseur, du tĂ©nor sans nuances, Francesco Meli. Un stentor qui assure toute ses parties en prenant bien soin de couvrir l’orchestre et dĂ©passer en dĂ©cibels chacun de ses partenaires : son RadamĂšs est lisse, compact, fier comme un lion de fer. Pas un sentiment ni une effusion partagĂ©e avec sa partenaire Anna Netrebko. MĂȘme caractĂšre entier, droit, sans guĂšre de trouble pour la rivale jalouse d’Aida, l’Amneris d’Ekaterina Semenchuk, pas assez nuancĂ©e elle aussi, et qui campe en monolithe mĂ©canisĂ©, la princesse Ă©gyptienne, puissante fille de Pharaon mais cƓur dĂ©muni et dĂ©vastĂ© face Ă  un amour qu’elle ne peut guĂšre atteindre.

 

 

anna-netrebko-singt-in-schoenen-bildern-die-aida-41-72144985

 

 

 

AIDA DE BRAISE… La vraie vedette de la soirĂ©e (une seule personnalitĂ© pour un spectacle entier
! c’est quand mĂȘme un peu mince pour un festival du prestige de Salzbourg) demeure la soprano hyperdiva, Anna Netrebko dont la pulpe et la soie vocales fusionnent avec un sens dramatique souverain, au medium ample et charnel (particuliĂšrement sombre au point de dĂ©border souvent le chant de sa rivale censĂ©e rugir davantage), et aux aigus d’un cristal fulgurant. Certes, l’articulation de l’italien n’est pas parfait comme son intelligibilitĂ© mais l’intelligence de l’intention et la finesse de l’incarnation saisissent immĂ©diatement. AprĂšs ses prises de rĂŽles prĂ©cĂ©dentes : toutes verdiennes : Leonora du TrouvĂšre (Ă  Salzbourg aussi), puis Lady Macbeth (Metropolitan Opera New York), Anna Netrebko que ses admirateurs ont rĂ©cemment saluĂ©e Ă  la sortie de son dernier album puccinien et vĂ©riste (oĂč elle osait Turandot rien de moins), rĂ©ussit donc sa nouvelle prise de rĂŽle non sans Ă©clat. L’autoritĂ© du style, la prĂ©sence expressive et dramatique, la sincĂ©ritĂ© d’un timbre incandescent et blessĂ© affirment sa formidable santĂ© lyrique actuelle. A nouveau, celle qui a tant marquĂ© par le passĂ© Salzbourg (depuis une certaine Traviata avec Villazon en 2005), lui offre une nouvelle soirĂ©e mĂ©morable.

Saluons Ă©galement les bien chantants et mesurĂ©s sans outrance : Pharaon de Roberto Tagliavini, et Luca Salsi qui en pĂšre d’Aida, incarne lui aussi un Amonasro crĂ©dible et noble.

HĂ©las, finissant de dĂ©sĂ©quilibrer un spectacle inachevĂ©, la dĂ©ception vient aussi de la fosse et des choeurs d’une lourdeur et Ă©paisseur que l’on pensait impossibles depuis des annĂ©es. L’orchestre (Wiener Philharmoniker) promettait mont et merveilles, en respirations et nuances
 sous la direction affĂ»tĂ©e certes, nerveuse et fĂ©line de Riccardo Muti, la partition redouble de fureur outrĂ©e, de muscles exagĂ©rĂ©ment bandĂ©s. Trop de tension nuit Ă  l’humanitĂ© du drame. Et c’est bien dommage. La plastique hollywoodienne d’Anna Netrebko, qui n’est pas sans rappeler par sa photogĂ©nie cinĂ©matographique, Elizabeth Taylor et sa ClĂ©opĂątre lĂ©gendaire, impose Ă  elle seule, cette Aida globalement pas assez ciselĂ©e ni subtile.

 

 

 

——————

 

Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko (Aida), Francesco Meli, Ekaterina Semenchuk
 Wiener Philharmoniker. Shirin Neshat, mise en scÚne. Riccardo Muti, direction.

Ilustration : Festival de Salzbourg 2017 DR

 

 

——————–

 

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche actualitĂ©s de la diva Anna Netrebko (23 juillet 2017)

Bayreuth 2017. WAGNER : Der RING par Marek Janowski

wagner-portrait-bayreuth-opera-dossier-wagner-ring-sur-classiquenewsFrance Musique, Bayreuth : WAGNER : Der Ring, les 14,15, 16 aoĂ»t 2017. PrĂ©sence attendue du chef wagnĂ©rien Marek Janowski dans la fosse de Bayreuth pour une tĂ©tralogie musicalement intĂ©ressante. Il s’agit pourtant d’une mise en scĂšne dĂ©jĂ  ancienne… En aoĂ»t 2013 (bicentenaire du compositeur), Bayreuth en peine d’incarner l’excellence du chant wagnĂ©rien dans le monde, ose des mises en scĂšne dĂ©calĂ©es, souvent hideuses, pourtant toujours sollicitĂ©es pour « rĂ©gĂ©nĂ©rer » le thĂ©Ăątre de Richard. Contradiction flagrante et parfois criminelle : celui qui a laissĂ© des indications trĂšs prĂ©cises (didascalies) pour rĂ©ussir son idĂ©al de thĂ©Ăątre total, est aujourd’hui sur la Colline Verte, (site, dispositif, thĂ©Ăątre, qu’il a lui-mĂȘme conçu), remodelĂ© de fond en comble
 pour des rĂ©sultats souvent indigents. OĂč le gadget l’emporte sur la vision globale ; et l’effet sur… le sens. Pas facile pour Bayreuth au XXIĂš de se rĂ©inventer, poursuivre l’hĂ©ritage dramaturgique initialement thĂ©orisĂ© et conçu par le fondateur, tout en se renouvelant. D’autant que contrairement au vivant de Wagner, Bayreuth, loin s’en faut, n’a plus le monopole des opĂ©ras du compositeur. On a mĂȘme souvent constatĂ© qu’ailleurs, hors de Bayreuth, les meilleurs chanteurs, et les mises en scĂšnes les plus pertinentes avaient lieu loin d’Allemagne. Dur contexte.

wagner bayreuth plastic toc sur la collineCONTEXTE CHAOTIQUE POUR FESTIVAL EN QUETE DE VRAIS SCENOGRAPHES… L’impĂ©trant dĂ©signĂ© pour redĂ©finir la TĂ©tralogie fut Ă  l’étĂ© 2013, le sexagĂ©naire allemand Frank Castorf, copieusement huĂ© lors des saluts aprĂšs la fin du dernier volet, Le CrĂ©puscule des Dieux. Douche froide aprĂšs les plus de 15 h de musique et de thĂ©Ăątre ainsi « dĂ©naturé ». RĂ©putĂ© iconoclaste au thĂ©Ăątre en particulier dans ses relectures des grands classiques, Castorf succĂ©dait au rĂ©alisateur Wim Wenders, initialement programmĂ© pour le nouveau Ring du Bicentenaire 2013. VoilĂ  qui a portĂ© atteinte au prestige mĂȘme du Festival estival de Bayreuth. De fait, est-il raisonnable de toujours attendre 10 ans pour espĂ©rer obtenir une place, aprĂšs s’ĂȘtre inscrit sur liste d’attente ? La qualitĂ© voire le gĂ©nie sont rares et mĂ©rient Ă©videmment d’ĂȘtre espĂ©rĂ©s, attendus; mais patienter une dĂ©cade pour assister Ă  ce marasme scĂ©nographique, voilĂ  qui laisse dubitatif quant Ă  l’avenir de Bayreuth dans les annĂ©es Ă  venir. Car ce n’est justement pas la direction de l’arriĂšre petite fille de Richard, Katarina Wagner, – elle-mĂȘme “menteuse” en scĂšne (de Tristan ou des MaĂźtres Chanteurs…) Ă  prĂ©sent seule souveraine Ă  bord du navire qui apportera la manne tant espĂ©rĂ©e Ă  Bayreuth : laideur voire vulgaritĂ© des mises en scĂšne, dĂ©naturation du sens profond des oeuvres au profit de la seule originalitĂ©… Et dire que Wagner avait tout pensĂ©, tout imaginĂ© de son thĂ©Ăątre total pour une cĂ©lĂ©bration unique au monde. On en est loin actuellement. S’il n’Ă©tait ouf, la direction de grands chefs wagnĂ©riens sur la colline…pour Ă©viter que le Bayreuth moderne ne vogue ni ne erre dans ce monde incertain… tel le Vaisseau fantĂŽme.

Ainsi, cette crĂ©ation – scĂ©niquement pauvre et misĂ©rable du Ring 2013 version Castorf, a marquĂ© musicalement et surtout orchestralement grĂące Ă  la fosse trĂ©pidante, dramatique et instrumentalement luxueuse du chef Kyrill Petrenko. L’Ă©tĂ© 2017 pourrait bien confirmer la tendance d’un Bayreuth dont le lustre vient davantage de la fosse que de la scĂšne. Car l’autre faiblesse Ă  chaque Ă©dition, reste le dĂ©sĂ©quilibre des distributions composĂ©es par la direction artistique.

 

 

BAYREUTH-wagner-RING-par-Marek-Janowski-bayreuth-2017-par-classiquenewsMAREK JANOWSKI A BAYREUTH 2017. 4 ans plus tard, prenez la mĂȘme production mais avec un autre chef : et quel chef. VilipendĂ©, contestĂ©, – trop lisse et efficace, ou apprĂ©ciĂ© Ă  l’inverse, pour sa rondeur articulĂ©e, un sens naturel du drame, Marek Janowski, vĂ©tĂ©ran actuel de la baguette, reprend la direction de cette TĂ©tralogie visuellement inaboutie (et bien laide), mais orchestralement certainement aussi passionnante que celle de Petrenko. C’est la nouvelle direction attendue Ă  Bayreuth cet Ă©tĂ©, et l’occasion de rĂ©Ă©valuer la direction d’un grand maestro dramaturge qui a dĂ©jĂ  enregistrer le Ring (en particulier avec la Staatskapelle de Dresde chez RCA red steal / Sony, 1981-1983, intĂ©grale majeure et dĂ©cisive mĂȘme avec le recul, car au geste sĂ»r du maestro rĂ©pond l’excellence d’une distribution pour certains personnages, particuliĂšrement convaincante – plusieurs chanteurs parmi les wagnĂ©riens les mieux diseurs des annĂ©es 1980 : Jessye Norman en Sieglinde, Peter Shreier subtil et dĂ©lirant Mime et Loge
 sans omettre l’Ă©poustouflant AlbĂ©rich, celui de la vengeance final, le plus ambigĂŒ et manipulateur, dans l’ultime JournĂ©e ou Le CrĂ©puscule des dieux : l’incarnation qu’en donne Siegmund Nimsgerm est … exemplaire. Le sens du drame, le relief du verbe, le souffle d’une Ă©popĂ©e d’abord symphonique, … le choix de chanteurs vĂ©ritablement acteurs… font de l’intĂ©grale Janowski, un must Ă  rĂ©investir. – Ecoutez ainsi les somptueux intermĂšdes orchestraux, densĂ©ment et subtilement psychologiques, prĂ©cisĂ©ment ceux du CrĂ©puscule des Dieux
 voilĂ  une wagner janowski der ring des nibelungen 14 cd coffret box review cd critique cd par classiquenews synthese et pertinence artistique classiquenewsvision aussi intĂ©ressante et architecturĂ©e que celle de Böhm, aussi fine et scrupuleuse du texte donc du thĂ©Ăątre que celle de Karajan. Quant Ă  l’orchestre, l’onctuositĂ© et l’expressivitĂ© valent sans rĂ©serve les Thielemann ou Petrenko actuels. L’intĂ©grale RCA / SONY fut la premiĂšre conçue pour le studio et l’enregistrement, aprĂšs celle lĂ©gendaire de Solti (DECCA, 19858-1964). Les français connaissent Marek Janowski qui a dirigĂ© le Philharmonique de Radio France avec un style impeccable (1984-2000), hissant la phalange Ă  un sommet encore mĂ©morable, qu’il s ‘agisse des cycles symphoniques ou de l’opĂ©ra. Direction Ă  suivre donc. Et pour prĂ©parer l’Ă©coute, classiquenews vous recommande la (re)dĂ©couverte du Ring enregistrĂ© avec la Staatskapelle Dresden au dĂ©but des annĂ©es 1980 – coffret de 14 cd – compilation de 14h05mn) – Grande critique sur classiquenews. Feuilleton Der Ring Ă  venir Ă  l’occasion de la TĂ©tralogie de Wagner par Marek Janowski Ă  Bayreuth 2017

 

 

——————————

 

 

Festival de Bayreuth 2017
Der Ring des Nibelungen
TĂ©tralogie : L’Anneau des Nibelungen

 

 

 

 

L’Or du Ring, les 29 juillet, 8 et 23 aoĂ»t 2017, 18h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/das-rheingold/
Wotan, Iain Paterson
Loge, Roberto Sacca
Alberich, Albert Dohmen
Mime, Andreas Conrad
Fasolt, GĂŒnther Groissböck

 Les 3 derniÚres Journées sont diffusées sur France Musique :

La Walkyrie, les 30 juillet, 9, 18, 24 août 2017
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/die-walkuere/
Hunding, Georg Zeppenfeld
Camilla Nylund, Sieglinde
Christopher Ventris, Siegmund
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster

Siegfried, les 1er, 11, 26 août 2017, 16h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/siegfried/
Stefan Vinke, Siegfried
Andreas Conrad, Mime
Thomas J. Mayer, Der Wanderer
Albert Dohmen, Alberich
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster

GötterdÀmmerung / Le Crépuscule des Dieux
Les 3, 13, 28 août 2017 à 16h
https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/goetterdaemmerung/

Stefan Vinke, Siegfried
Albert Dohmen, Alberich
BrĂŒnnhilde, Catherine Foster
Gunther, Markus Eiche
Hagen, Stephen Milling
Gutrune, Allison Oakes

__________

RADIO 

logo_france_musique_DETOUREQue donnera rĂ©ellement la direction de Marek Janowski, chef allemand d’origine polonaise ? Nul doute que le maestro nĂ© Ă  Varsovie en 1939, presque octogĂ©naire, ne dĂ©fende une vision personnelle, rĂ©flĂ©chie autant que dramatiquement aboutie du Ring
 Diffusion sur France Musique, enregistrĂ© Ă  Bayreuth 2017, des 3 derniĂšres JournĂ©es du RING 2017 :
Le 14 août 2017, 20h : La Walkyrie
Le 15 août 2017, 20h : Siegfried
Le 16 août 2017, 20h : Le Crépuscule des Dieux

 

__________

LIRE aussi : Der Ring de Wagner par Marek Janowski :

CD. Le CrĂ©puscule incontournable de Marek Janowski (Dresde, 1983). 4 cd Sony Eurodisc / Wagner : GötterdĂ€mmerung (Janowski, 1983) — Critique du CrĂ©puscule des Dieux par Marek Janowski, parution de l’opĂ©ra seul par SONY (2013)

CONCERT, radiodiffusĂ©, janvier 2013 — Marek Janowski dirige des extraits du CrĂ©puscule des Dieux et de Parsifal – prĂ©sentation du programme rĂ©vĂ©lant le Wagner le plus tardif, celui musicalement le mieux construit et le plus profond

 

COMPRENDRE LE RING DE WAGNER : quels enjeux, quelles situation pour le dernier volet : Le Crépuscule des Dieux / GotterdÀmmerung ?

http://www.classiquenews.com/wagner-le-crepuscule-des-dieux/

AIDA de VERDI en direct d’Orange

Nefertiti-filleFRANCE MUSIQUE, samedi 5 aoĂ»t 2017, 21h30. AIDA de VERDI, depuis Orange. Cet Ă©tĂ©, l’opĂ©ra crĂ©Ă© pour l’inauguration de l’OpĂ©ra du Caire en 1871, tient l’affiche europĂ©enne, Ă  Orange et Ă  Salzbourg. Les ChorĂ©gies d’Orange dĂ©ploient les fastes de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne, prĂ©cisĂ©ment ceux du Nouvel Empire, Ă©poque conquĂ©rante des bĂątisseurs serviteurs d’Amon : les Amenophis et RamsĂšs inspirent Ă  Verdi un ouvrage riche en tableaux spectaculaires dont le dĂ©filĂ© aux trompettes (qui permet au gĂ©nĂ©ral RadamĂšs d’installer sa gloire) n’est pas le plus saisissant. Pour ouvrir ce grand livre de pierre, il faut aussi le refermer et c’est dans un mausolĂ©e scellĂ©, – tel une immense tombe minĂ©rale, que les amants maudits mais sublimes, RadamĂšs l’égyptien et Aida l’éthiopienne, expirent mais ensemble, rĂ©unis dans la mort
 En direct des ChorĂ©gies d’Orange et sur France Musique. 6 ans aprĂšs Tristan und Isolde de Wagner (1865), Verdi illustre lui aussi la lyre amoureuse et tragique sur la scĂšne thĂ©Ăątrale. Aida est un chef d’oeuvre de vĂ©ritĂ© comme de restitution archĂ©ologique (grĂące Ă  l’intervention du scientifique et Ă©gyptologue Auguste Mariette dans l’Ă©laboration du livret).

Distribution :

Direction musicale: Paolo Arrivabeni
Mise en scĂšne: Paul-Emile Fourny

Aida, Elena O’ Connor (remplace Sondra Radvanovsky)
Amneris, Anita Rachvelishvili
La Sacerdotessa, Ludivine Gombert
Radames, Marcelo Alvarez
Amonasro, Quinn Kelsey
Ramfis, Nicolas Courjal
Il Re di Eggito, José Antonio Garcia
Un Messagero, RĂ©my Mathieu

Orchestre National de France
ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, Avignon, Monte-Carlo et Toulon
Ballets des OpĂ©ras d’Avignon et Metz

CD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd MĂŒncher Philharmoniker, septembre 2016)

gergiev strauss cd critique review cd par classiquenews CLIC de classiquenews Strau-Don-Juan-Une-vie-de-heros-DigipackCD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd MĂŒncher Philharmoniker, septembre 2016). Le trait incisif et nerveux jusqu’à l’ivresse sonore se dĂ©ploie avec une rĂ©elle Ă©lĂ©gance dans un DON JUAN (1889-1890), Ă©veillĂ©, palpitant, d’une frĂ©nĂ©sie qui n’oublie pas de ciseler et prĂ©ciser la caresse de chaque timbre instrumental. D’autant que le grand Strauss magicien conteur sait son mĂ©tier d’orchestrateur : l’opulence, le chromatisme, le scintillement permanent de la palette orchestral (proche Ă  la fois de SalomĂ© et de La Femme sans ombre), dessine ici dans la suite de Lenau, un sĂ©ducteur en extase crĂ©pusculaire. La frĂ©nĂ©sie et la fiĂšvre qu’apporte le chef saisissent et captivent dans une fresque endiablĂ©e et vĂ©nĂ©neuse simultanĂ©ment Ă  son grand fracas moirĂ© et rutilant : tout se cabre et sait aussi ondoyer en un geste versatile, changeant, camĂ©lĂ©on, comme Strauss qui ĂągĂ© de 24 ans Ă  peine, s’impose par une hypersensibilitĂ© magicienne ; capable de synthĂ©tiser l’élan du dĂ©sir et l’amĂšre dĂ©sillusion que son trop plein fait immanquablement surgir. RĂ©ussite totale car Gergiev se montre fĂ©lin autant qu’amoureux, caressant et dĂ©sespĂ©rĂ©, entier, radical, dĂ©finitif : dĂ©sir, possession, dĂ©sespoir. Plus grand est la convulsion du dĂ©sir, plus amĂšre et vomitoire le dĂ©goĂ»t qui naĂźt aussitĂŽt.

 

 

 

Gergiev au sommet
Eloquence, dramatisme, volupté

 

 

 

Une vie de hĂ©ros fait valoir les mĂȘmes qualitĂ©s de l’orchestre munichois qui polit et Ă©tire une soie orchestrale des plus Ă©perdues et voluptueuse (Ă©pisode 2 : scĂšne domestique oĂč perce la figure de l’épouse du hĂ©ros/compositeur). le chef russe y cisĂšle un chant d’une opulence enchantĂ©e. Beau contraste avec ce qui suit (Bataille)
 l’auditeur scrupuleux y aura dĂ©tectĂ© parmi ses dĂ©chaĂźnement maĂźtrisĂ© de sonoritĂ©s trĂšs travaillĂ©es, les indications du chef qui chante, murmure, respire, afin de mieux aider les instrumentistes Ă  exprimer le grand frisson Ă©pique des deux sĂ©quences enchaĂźnĂ©es : la maison, la guerre ; la passion enfiĂ©vrĂ©e, la fougue martiale. PrĂ©cis, hyperexpressif mais Ă©tonnamment dĂ©taillĂ©, Gergiev vainc toutes rĂ©serves comme architecte et comme peintre. Chaque plan instrumental, – cuivres monstrueuses voire sardonique, cordes suractives, bois et vents en panique contrĂŽlĂ©e, le front de guerre est saisissant par son ampleur Ă©pique et sa matiĂšre sonore qui regorge de couleurs et de nuances.
Le souffle du chef, son Ă©tonnante gestion des silences et des retenues profitent Ă  la profondeur enivrante des passages enchaĂźnĂ©s, les plus introspectifs, vĂ©ritables failles ouvertes sur une psychĂ© en lĂ©vitation (Ă©pisode 6, qui suit la bataille), tant le maestro est capable d’insuffler des climats d’une ivresse vertigineuse comme d’une intĂ©rioritĂ© Ă©nigmatique, sans omettre la claque de convulsions mordantes. La leçon de direction est spectaculaire. Gergiev fouille, tourne et retourne son sujet, exigeant de l’orchestre (le captivant MĂŒnchner Philharmoniker) des efforts dans chaque mesure, faisant surgir le gĂ©nie du Strauss le plus impressionnant et bouleversant ; ainsi peu s’accomplir dans le Finale (jeu du violon solo et du cor somptueux et noble Ă  l’appui), un pur sentiment de dĂ©livrance au sens spirituel. Magistral.

 

 

 

——————————

 

CLIC_macaron_2014CD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd MĂŒncher Philharmoniker, enregistrĂ© Ă  Munich, en septembre 2016) – CLIC de juin 2017

 

 

 

 

CD, critique. BEETHOVEN : Quatuors. Orchestre d’Auvergne. R. F-Veses (1 cd ApartĂ©)

beethoven-orchestre-auvergne-roberto-fores-veses-cd-critique-presentation-cd-par-classiquenews-clic-de-classiquenews-quatuors-de-beethovenCD, critique. BEETHOVEN : Quatuors. Orchestre d’Auvergne. R. F-Veses (1 cd ApartĂ©). Pas facile de rĂ©ussir sans l’harmonie des bois et des vents, le relief et l’ombre des cuivres et percussions, toutes les couleurs et nuances que convoquent des partitions aussi riches et complexes que celles de Beethoven. MĂȘme s’il s’agit de ses Quatuors. Evidemment la formation pour cordes initiales justifie une extension en grand effectif (que de cordes Ă©videmment). Mais les Quatuors opus 95 et 131 exigent une flexibilitĂ© souveraine capable de relever le pari de la clartĂ© contrapuntique et de l’étonnante versatilitĂ© des caractĂšres enchaĂźnĂ©s. Le «  serioso » opus 95 marque dans les annĂ©es 1801, une rupture liĂ©e en partie au dĂ©part de Vienne de la plupart des amis, des aimĂ©es et des protecteurs ; Beethoven y consomme totalement la fin de l’idylle viennoise, rompt dĂ©finitivement avec la joliesse (pourtant citĂ©e) de Rossini et de Spohr. Pour une instabilitĂ© nouvelle, sombre et dĂ©tendue Ă  la fois, rĂ©vĂ©lant le souffle de sa vive activitĂ© intĂ©rieure. Sous la direction fine et acĂ©rĂ©e de son directeur musical, l’espagnol Roberto ForĂ©s Veses, l’Orchestre auvergnat recĂšle d’invention et de sensibilitĂ© dans ce dĂ©dale de sentiments mĂȘlĂ©s, affrontĂ©s, confrontĂ©s, vĂ©ritable manifeste pour une musique plus profonde et introspective, en rien artificielle et creuse. La psychĂ© s’exprime librement dans un tissage miroitant d’une ivresse vertigineuse inĂ©dite alors : le combat surgit dans le premier mouvement alliant prĂ©cision et nervositĂ©, dans une fougue opĂ©ratique et aussi un chien mordant de couleur rossinienne (frottement, exclamation, rĂ©pĂ©titions).
DĂ©tente et contraction sont magnifiquement rĂ©solus grĂące Ă  une remarquable flexibilitĂ© collective. Moins triste que sobre et tendre, l’Adagio qui suit affirme la couleur de l’abandon intĂ©rieure, plutĂŽt Mozartienne avec une pudeur mendelsohnnienne. LĂ  nous sommes au coeur de la tragĂ©die intime du Beethoven Ă©prouvĂ©.

 

 

roberto-fores-veses-_c_-jean-baptiste-millot-versionwebEn rythmes pointĂ©s, portĂ© par l’urgence du premier mouvement, l’Allagretto (plage 3), se dĂ©roule telle une course Ă©perdue aux accents fouettĂ©s, expressivo, associant dans un irrĂ©pressible flux, soupirs et syncopes haletants, qui Ă©voquent les visions fantastiques terrifiantes du dernier Haydn celui fulgurant Ă©corchĂ© de la derniĂšre sĂ©quence des 7 paroles du Christ en croix (tremblement de terre). Enfin tel un opĂ©ra rossinien dont Beethoven possĂšde et maĂźtrise la verve, le finale Ă©blouit littĂ©ralement par sa sombre intĂ©rioritĂ©, sa plainte chantante, trĂšs empfindzeimkeit et s’affirme davantage encore grĂące Ă  l’unissons des violons trĂšs fluides. Magistrale premiĂšre transcription (arrangement de Gustav Mahler).

 

 

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 L’opus 131 (mai 1826) s’énonce ample, versatile, pluriel, dans pas moins de 7 sections successives, Ă  partir d’un motif gĂ©nĂ©rateur unique, premier que l’invention du gĂ©nie beethovĂ©nien aime Ă  varier. C’est le sommet de sa rĂ©flexion musicale qui nĂ©cessita 6 mois de recherche et de travail. Ne prenons que les 4 ultimes Ă©pisodes de ce cheminement qui mĂšne au cƓur de la forge puissante et gĂ©niale du grand Ludwig. L’Andante cultive une suprĂȘme Ă©lĂ©gance (d’essence viennoise), d’oĂč Ă©merge le violon et l’alto des pupitres offrant une synthĂšse de valse. Le Presto (plage 9), est plus narratif et plein de caractĂšre, capable de nuances et de suggestions, Ă©lĂ©ments emportĂ©s, sublimĂ©s en une danse populaire / une ronde paysanne ; c’est rustre et plein de santĂ© au pastoralisme enjouĂ© aussi, entraĂźnant et enivrant l’esprit de la symphonie Pastorale. L’Adagio qui suit, saisit par sa couleur sombre et grave, comme la grande subtilitĂ© et dĂ©licatesse d’intonation. Enfin, l’Allegro final, dont la valeur et le coup visionnaire ont Ă©tĂ© relevĂ©s et commentĂ©s par Wagner
, il conclue le Quatuor avec les mĂȘmes valeurs dues Ă  un orchestre en pleine maĂźtrise de ses moyens : jamais Ă©pais ni confus malgrĂ© l’effectif ; jamais timorĂ© ni diluĂ©, au service de chaque nuance Ă©motionnelle. C’est de toute Ă©vidence une nouvelle rĂ©alisation exemplaire qui par son audace et sa subtile cohĂ©sion affirme la qualitĂ© de l’Orchestre d’Auvergne, phalange composĂ©e uniquement de cordes, douĂ©e d’une saisissante Ă©loquence.

 

 

———————————

CLIC_macaron_2014CD, critique. BEETHOVEN : Quatuors. Orchestre d’Auvergne. R ForĂ©s Veses (1 cd ApartĂ©). EnregistrĂ© en septembre 2016 Ă  Vichy. DurĂ©e : 57 mn — 1 cd ApartĂ© AP 152. CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

——————————–

 

 

LIRE aussi notre critique dĂ©loppĂ©e du prĂ©cĂ©dent CD de l’Orchestre d’Auvergne / Roberto ForĂ©s Veses : Tchaikovski, Sibelius (ApartĂ©, parution de dĂ©cembre 2016)

LIVRES, événement. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann)

BRONNER francois concerts parisiens les-concerts-symphoniques-a-paris-au-temps-de-berlioz classiquenews critique.jpgLIVRES, Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. François Bronner : Les concerts symphoniques Ă  Paris au temps de Berlioz (Hermann, collection « Hermann musique »). La richesse et la valeur de ce texte sont Ă  la mesure de longueur de son titre. Croisant la personnalitĂ© d’un maĂźtre compositeur Ă  Paris, soit Berlioz – insupportable mais gĂ©nial, comme la diversitĂ© des salles et des programmations parisiennes, le foisonnement des oeuvres programmĂ©s, offertes aux parisiens, plutĂŽt critiques et curieux, comme la diversitĂ© des goĂ»ts du publics selon les rĂ©gimes politiques fort divers des LumiĂšres au presque anĂ©antissement du Second Empire (1869), le prĂ©sent ouvrage apporte une vue synthĂ©tique magistrale sur la France et la vie des concerts parisiens Ă  l’époque romantique. C’est une premiĂšre somme d’ampleur, un remarquable panorama du Paris symphoniste, capable comme Outre-Rhin d’offrir aux spectateurs et mĂ©lomanes parisiens une offre constamment rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e de styles et de tempĂ©raments, grĂące Ă  l’initiative successives de chefs et entrepreneurs passionnĂ©s, soucieux de faire connaĂźtre le talent des autres comme le leur propre. Evidemment, Berlioz prend valeur d’emblĂšme lui qui souvent offrit la puissance de son gĂ©nie visionnaire en finançant (Ă  perte comme dans le cas de la Damnation de Faust en 1846) ses propres concerts


BERLIOZ vignette HectorBerlioz9Au dĂ©but de cette vaste recension des concerts Ă  Paris, saluons Ă  l’époque des LumiĂšres encore et dans ce passage dĂ©licat vers le plein romantisme, malgrĂ© les ruptures politiques, les chapitres et synthĂšses biographiques dĂ©diĂ©s aux fondateurs du genre symphonique en France Ă  l’époque des Haydn et Mozart, soit Gossec ou le Chevalier de Saint-Georges
 Le premier dirigea en maĂźtre les programmes et la tenue artistique des concerts du Concert Spirituel ; le second, malgrĂ© son identitĂ© de mulĂątre, sut affirmer un puissant tempĂ©rament moderne au sein des Concerts de la Loge Olympique

habeneck francois antoine HABENECKPlus dans le XIXĂš, la figure du chef Habeneck (François Antoine) qui fit tant pour la diffusion des Symphonies de Beethoven est Ă©galement idĂ©alement restituĂ©e dans son temps, avec d’autant plus de pertinence que l’auteur a prĂ©alablement et chez le mĂȘme Ă©diteur dĂ©diĂ© une monographie sur le BeethovĂ©nien. ThĂšme croisĂ© annoncĂ© dans le titre, Paris et Berlioz redessine les champs investis et parce qu’il avait une personnalitĂ© entiĂšre et jalouse, Berlioz paraĂźt rĂ©guliĂšrement comme critique et comme auteur, souvent comme un rival opiniĂątre, contre Habeneck par exemple. Ainsi les Ă©vĂ©nements de Berlioz Ă  Paris rythme ce passionnant sujet : « Berlioz devient parisien, 1821-1825 » / Berlioz et Girard, 1832-1833 » / « Berlioz et la demesure, 1844 », Ă©poque de son hymne Ă  la France / « Berlioz au cirque des Champ-ÉlysĂ©es, 1845 » / « la Grande sociĂ©tĂ© philharmonique de Berlioz, 1850 » (avec le Requiem en mĂ©moire des victimes d’Angers) / « Épuisement de Berlioz, 1864-1866 »  La narration est aussi enrichie des grandes crĂ©ations dans la carriĂšre parisienne d’Hector : « Harold en Italie, 1833-1834 » / « Le Carnaval romain, 1843-1844 » / « La Damnation de Faust, 1846-1848 » / 


XIR176097Un autre jalon dĂ©cisif est la dĂ©couverte de Wagner Ă  Paris, dĂšs 1850, grĂące Ă  François Seghers qui au sein de sa « SociĂ©tĂ© Sainte-CĂ©cile », joue le premier l’ouverture de TannhaĂŒser
 DĂ©but et amorce d’un engouement de plus en plus fort pour la maniĂšre dramatique, intense et harmoniquement audacieuse de l’apĂŽtre de « l’art total » ; bientĂŽt les critiques de Gautier, tĂ©moin du mĂȘme TannhaĂŒser Ă©coutĂ© et applaudi en Allemagne, puis surtout l’arrivĂ©e de Richard Wagner Ă  Paris Ă  l’étĂ© 1859 (soutenu par ses proches Liszt et Hans Von BĂŒlow), creuse le sillon du wagnĂ©risme français : l’auteur de Tristan s’affirme alors comme un auteur incontournable, et son premier concert au ThĂ©Ăątre Italien, crĂ©ant un nouveau genre purement symphonique – sans virtuose, mais uniquement de constituĂ© de pages orchestrales et chorales, le 25 janvier 1860, fut un choc certain pour les premiers wagnĂ©riens parisiens (Baudelaire, et bientĂŽt Pauline Viardot, comme Nerval, Banville, Gounod, Saint-SaĂ«ns, mais aussi Courbet, Gustave DorĂ©, Fantin-Latour et mĂȘme Jules Ferry
), confrontĂ©s au sublime de TannhaĂŒser donc, Lohengrin (Marche nuptiale), Le Vaisseau fantĂŽme (ouverture
 qu’a fortement Ă©reintĂ© Berlioz) et en seconde partie, – outrage Ă  la biensĂ©ance harmonique (choquant ainsi FĂ©tis comme le jeune Alkan, jugeant cette musique « malade ») le prĂ©lude de l’acte III de Tristan. MĂȘme Berlioz qui se disait son ami, et qui avait lui aussi dĂ©jĂ  fini son grand Ɠuvre (Les Troyens, en rĂ©alitĂ© depuis 1858), restera ambigu, jamais totalement enthousiaste, ni profondĂ©ment rĂ©servĂ©, mais jaloux, maladivement. PrĂ©fĂ©rant l’ouverture de Lohengrin Ă  celle de Tristan. Et mĂȘme si TannhaĂŒser crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris le 13 mars 1861 fut un Ă©chec et un beau scandale, l’évĂ©nement resta dans toutes les mĂ©moires. Jalon d’une vague de plus en plus dĂ©bordante, surtout concernant la musique du Ring, connue des parisiens plus tardivement, dans les annĂ©es 1880 (c’est Ă  dire hors champs de la prĂ©sente analyse, car Berlioz meurt en mars 1869).

Le lecteur mesure l’engouement des parisiens pour les concerts, Ă©clectiques, de pure virtuositĂ©, puis grĂące Ă  Wagner et Berlioz, purement symphoniques ; l’ouvrage rĂ©capitule aussi la dĂ©couverte d’autres auteurs contemporains : FĂ©licien David (Le DĂ©sert, 1844 : puis Christophe Colomb en 1849, soit aprĂšs la RĂ©volution de 1848), Glinka (1845), les symphonies du mĂȘme David et celles de Reber, Saint-SaĂ«ns dont le gĂ©nie de 17 ans est rĂ©vĂ©lĂ© par le concours des compositeurs organisĂ© par la SociĂ©tĂ© sainte-CĂ©cile en 1851 ; Schumann (ouverture de Manfred par Seghers en 1853), puis la RhĂ©nane aux Concerts Populaire Pasdeloup (1861), 

Ainsi Paris, dĂšs les concerts visionnaires programmant les symphonies de Beethoven par Habeneck (dĂšs 1810, premiĂšre Symphonie en ut), – aux cĂŽtĂ©s de Haydn et de Mozart ( par les excellents instrumentistes des « Exercices des ElĂšves », premiers pas des concerts symphoniques au Conservatoire-, sut entretenir ce goĂ»t de la Symphonie et des fresques orchestrales.

CLIC D'OR macaron 200Outre la question des rĂ©pertoires ainsi dĂ©fendus selon les personnalitĂ©s et les rencontres, c‘est aussi une histoire des institutions productrices de concerts, publiques ou privĂ©es : Concert Spirituel, Exercices des ÉlĂšves, Concerts de la loge Olympique, SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire, SociĂ©tĂ© Sainte-CĂ©cile, sans omettre les Concerts populaires Pasdeloup
). L’horizon suit la carriĂšre de Berlioz, Ă  la volontĂ© de fer mais la santĂ© dĂ©clinante jusqu’en 1869. Le foisonnement de la vie musicale de la fin du XVIIIĂš Ă  la fin du Second Empire se dĂ©voile ainsi Ă  Paris, dans cet opus qui fonde enfin la juste rĂ©habilitation de l’activitĂ© musicale parisienne, constante depuis les annĂ©es 1760. Lecture incontournable.

________________________

LIVRES, événement. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann, collection Musique).

LIRE aussi notre critique dĂ©diĂ©e au livre prĂ©cĂ©dent du mĂȘme auteur : François Antoine Habeneck (CLIC de CLASSIQUENEWS de juillet 2014). Excellente biographie du chef qui fit connaĂźtre Beethoven aux parisiens
http://www.classiquenews.com/livres-francois-bronner-francois-antoine-habeneck-1781-1849/

ANGERS NANTES OPERA, saison lyrique 2017 – 2018. L’Ultime saison de Jean-Paul Davois

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitANGERS NANTES OPERA, saison lyrique 2017 – 2018. C’est la derniĂšre saison lyrique concoctĂ©e par Jean-Paul Davois qui signe un nouveau cycle toujours autant captivant par le choix des oeuvres et les Ă©quipes artistiques conviĂ©es ; car en l’absence d’un opĂ©ra du XXĂš et d’une crĂ©ation, le Directeur gĂ©nĂ©ral d’ANO  satisfait pourtant les attentes grĂące Ă  l’Ă©quilibre et la diversitĂ©, la qualitĂ© comme l’audace des Ă©pisodes Ă  venir Ă  partir de septembre 2017. Deux opĂ©rettes (Mam’zelle Nitouche, Les P’tites Michu) donne un air de lĂ©gĂšretĂ© dans la finesse. Ainsi Angers Nantes OpĂ©ra avec le dĂ©part de son directeur gĂ©nĂ©ral JEAN-PAUL DAVOIS (en janvier 2018) vit au second semestre 2017, un volet important de sa passionnante histoire, amorcĂ©e en 2002, avec la crĂ©ation du syndicat mixte Angers Nantes OpĂ©ra. 15 ans plus tard, les deux scĂšnes, Ă  Angers et Ă  Nantes composent un foyer lyrique particuliĂšrement riche et actif qui est pour nous exemplaire Ă  deux titres : l’innovation constante de son service « Action culturelle » destinĂ©e Ă  Ă©largir et renouveler les publics, avec entre autres des reprĂ©sentations dĂ©localisĂ©es, dans le territoire ; et aussi plusieurs actions de sensibilisation et d’explication auprĂšs des plus jeunes, collĂ©giens et lycĂ©ens (une action exemplaire, dont CLASSIQUENEWS a rendu compte entre autres, dans son reportage exclusif dĂ©diĂ© Ă  La Ville Morte de Korngold, rendu plus accessible et proche aux collĂ©giens : VOIR le reportage LA VILLE MORTE / action de sensibilisation autour de la Ville Morte de Korngold, mars 2015).

 

 

 

Angers Nantes OpĂ©ra 2017 – 2018

La derniĂšre saison de Jean-Paul Davois
LégÚreté, inventivité, finesse en guise de départ

 

 

ANO logo 2017 2018 vignetteC’est aussi surtout, une programmation particuliĂšrement Ă©quilibrĂ©e qui chaque saison comprend un opĂ©ra du XXĂš ou une crĂ©ation, des Ɠuvres du rĂ©pertoire, des expĂ©riences plus novatrices qui toutes sans exception, selon le voeu de Jean-Paul Davois, respecte une paritĂ© pas toujours respectĂ©e ailleurs : la musique et le thĂ©Ăątre. CHANTER, c’est jouer
 l’opĂ©ra ne peut prĂ©tendre remplir sa mission dans la sociĂ©tĂ© s’il ne sait produire du sens et susciter questionnement et rĂ©flexion, en ajustant Ă©troitement la scĂšne musicale et le thĂ©Ăątre. C’est pourquoi, nul par ailleurs, l’habituĂ© lyricophile en France n’a su mieux retrouver, saison aprĂšs saison, Ă  Angers comme Ă  Nantes, cet Ă©quilibre sensible oĂč le temps musical fusionne au temps thĂ©Ăątral, grĂące Ă  un choix scrupuleux des metteurs en scĂšne et des chefs. VOIR ici notre entretien vidĂ©o avec Jean-Paul Davois qui prĂ©sente la nouvelle saison 2017 – 2018 d’Angers Nantes OpĂ©ra (complicitĂ©s artistiques, temps forts 2017, la saison production par production en 2018…)


Bernardo_Strozzi_-_Claudio_Monteverdi_(c.1630)3 TEMPS FORTS
. Plus fidĂšle que jamais Ă  cette conception positive, Jean-Paul Davois rĂ©invite ses metteurs en scĂšne fĂ©tiches : Patrice Caurier et Moshe Leiser dans le Couronnement de PoppĂ©e de Claudio Monteverdi, histoire aussi de cĂ©lĂ©brer et le gĂ©nie d’un compositeur qui aurait eu en 2017, 450 ans, et la qualitĂ© d’un ouvrage qui mieux que son Orfeo prĂ©alable de 1607, demeure en rĂ©alitĂ© « le premier opĂ©ra de l’histoire », crĂ©Ă© en 1643 Ă  Venise. La cohĂ©rence du livret, qui pourrait se lire et ĂȘtre jouĂ© indĂ©pendamment de la musique argumente l’idĂ©e d’un drame accompli. Pour se faire, JP Davois a demandĂ© Ă  Moshe Leiser d’assurer aussi la direction musicale : la fusion entre chant et action, musique et thĂ©Ăątre en gagneront un surcroĂźt d’expressivitĂ© dans le sens de la vĂ©ritĂ©. Sera-ce alors le sommet de la saison voire d’une direction plus qu’aucune autre, exigeante, 
 « éclairĂ©e » ? Nous n’en doutons pas. RV est pris en octobre 2017 (Du 9 au 17 octobre prĂ©cisĂ©ment).

berlioz Hector Berlioz_0Autre temps fort et celui-lĂ  antĂ©rieur, qui laisse toute la place Ă  la force dramatique et thĂ©Ăątrale de l’orchestre, La Damnation de Faust de Berlioz (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1846), en version de concert, en ouverture de saison (deux soirĂ©es uniques, les 15 et 23 septembre 2017, sous la direction de Pascal RophĂ© dirigeant « son » Orchestre National des Pays de la Loire) avec une distribution prometteuse comprenant l’excellente mezzo française, Catherine Hunold (Marguerite) et le tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres (Faust), duo promis en embraser la matiĂšre fantastique et incandescente de la lĂ©gende dramatique d’un Berlioz, plus que romantique : fulgurant par son orchestre ciselĂ© ; dĂ©chirant dans le portrait des protagonistes. Chez Faust, l’ivresse des hauteurs le disputent Ă  l’hallucination, le chemin sans issue du philosophe dĂ©sabusĂ© y croise l’ingĂ©nue sacrifiĂ©e Marguerite, la grimace sardonique, hideuse mais dominatrice du diabolique MĂ©phistophelĂšs. De toute Ă©vidence par les moyens requis et le plateau rĂ©alisĂ©, cette production sans mise en scĂšne (mais dans le cas de La Damnation, est-ce vraiment nĂ©cessaire ?) promet de marquer les esprits, 
 dans la suite du Lohengrin prĂ©sentĂ© la saison passĂ©e, Ă©galement sans dĂ©cors ni jeu de scĂšne, avec les mĂȘmes chef, orchestre et
 mezzo charismatique (Catherine Hunold chantait Ortrud).

ano-saison-17-18-affiche-vignetteEnfin, le troisiĂšme temps fort de cette nouvelle saison et qui correspond Ă  une autre complicitĂ© artistique qui s’est nouĂ©e et s’est enrichie avec le temps, la nouvelle production de Mam’zelle Nitouche de HervĂ©, l’inventeur au XIXĂš siĂšcle de l’opĂ©rette, sachant manier le dĂ©lire et la fantaisie en une verve aussi mĂ©connue et souestimĂ©e que poĂ©tique et subtile. Le spectacle programmĂ© pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e – du 14 au 20 dĂ©cembre 2017 est mis en scĂšne par Pierre-AndrĂ© Weitz, – qui est aussi la dĂ©corateur complice de toutes les productions d’Olivier Py. On se souvient encore d’avoir pu dĂ©couvrir l’extraordinaire Tristan und Isolde de ce dernier dans la vaste machinerie mĂ©tallique et onirique conçue alors par PA Weitz. Ce dernier poursuit ainsi son travail scĂ©nique pour Angers Nantes OpĂ©ra, aprĂšs Les Chevaliers de la table ronde, rĂ©vĂ©lation lyrique, comique et romantique, temps forts de la saison passĂ©e et Ă©galement mis en scĂšne par PA Weitz.

 

 

 

__________________________

 

 

ANO logo 2017 2018 vignette4 AUTRES PRODUCTIONS A SUIVRE
 Parmi les autres productions Ă©vĂ©nements de la nouvelle saison lyrique 2017 – 2018 d’Angers Nantes OpĂ©ra, mentionnons enfin, au moment oĂč Alain Surrans, nouveau directeur gĂ©nĂ©ral, prendra ses fonctions :

- Atys en folie, d’aprĂšs Atys de Lully (1676) – parodie baroque dĂ©jantĂ©e poĂ©tique, dirigĂ©e par l’excellent baryton Arnaud Marzorati et sa compagnie Les Lunaisiens (Du 28 au 2 dĂ©cembre 2017).

- Rinaldo de Haendel par Le Caravenserail piloté par le claveciniste Bertrand Cuiller (Du 24 janvier au 6 février 2018)

- Fidelio de Beethoven, reprise d’une production crĂ©Ă©e Ă  Rennes en 2017, scĂšne d’oĂč vient justement le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral d’Angers Nantes OpĂ©ra (Du 16 mars au 13 avril 2018).

Enfin, la derniĂšre saison lyrique conçue par Jean-Paul Davois, s’achĂšve avec la nouvelle production Les P’tites Michu (opĂ©rette crĂ©Ă©e en 1897 d’AndrĂ© Messager (Du 13 mai au 12 juin 2018).

 

 

 

Toutes les informations et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra, nouvelle saison 2017 – 2018.

 

davois-jean-paul-davois-entretien-classiquenews-nouvelle-saison-lyrique-2016-2017-presentation-explication-grand-entretien-classiquenewsLIRE aussi notre grand entretien avec Jean-Paul DAVOIS sur la question de l’opĂ©ra, de la crĂ©ation, des enjeux, du fonctionnement du Syndicat mixte Angers Nantes OpĂ©ra, de la crise de la culture en France… Grand entretien CULTURA avec Jean-Paul DAVOIS (juin 2016)

 

 

CD LIVRE, événement. Annonce et critique. A conversation with 
Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi)

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce et critique. A conversation with 
Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensĂ©e est libre, sans entrave, d’une prĂ©cision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portĂ©e, sublimĂ©e par l’obligation viscĂ©rale de rĂ©aliser ce qui doit encore l’ĂȘtre. C’est un musicien qui a pensĂ© la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspirĂ© Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dĂ©voile ici, sans mots couverts. A la libertĂ© perfectionniste du geste quelque soit les rĂ©pertoires (et pas seulement baroque et luthĂ©rien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach Ă  Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et rĂ©cente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), rĂ©pond ici la libertĂ© de la parole, parfois incisive sur la rĂ©alitĂ© humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnĂ©s au moindre et Ă  la paresse,
 pour entretenir le feu sacrĂ©, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohĂ©sion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigĂ©s (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-Ă©lysĂ©es), rien ne compte plus que 
 l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais nĂ©gociable.
Pour preuve les rĂ©alisations du chef qui dans la musique sacrĂ©e et chorale ont donnĂ© son meilleur, mais aussi dans le rĂ©pertoire symphonique, et moins Ă  l’opĂ©ra. On comprend mieux la nĂ©cessitĂ© et le pragmatisme dont fut et est toujours capable le maestro qui avec les Christie et Kuijken auront façonnĂ© le son historiquent informĂ©, qu’il soit baroque ou plus rĂ©cent (son Brahms dĂ©jĂ  citĂ© est le plus convaincant Ă  cette heure, alliant le raffinement expressif des instruments anciens et la justesse de l’intention globale).
Ainsi dans l’entretien intitulĂ© «  A conversation with  », presque 40 remarques incitatives ou questions, alimentent une vaste discussion qui offre la possibilitĂ© Ă  un homme fin et discret d’approfondir et de transmettre sa conception de la musique et du mĂ©tier. On y parle de Mahler, Monteverdi, Bach Ă©videmment (et le bien fondĂ© rĂ©el de chanter un par partie), mais aussi Mozart (Ă©trangement absent), Berlioz (proche de Gesualdo ?) et la musique française, les opĂ©ras de Lully (et la nĂ©cessitĂ© de les jouer avec mise en scĂšne), Vienne, Stravinsky, Mendelssohn, sans omettre Schumann (comment jouer ses symphonies sans connaĂźtre ses oratorios ?). La question de l’opĂ©ra est la plus dĂ©licate car les rĂ©ponses sont sans maquillage ni amĂ©nagements. Au fond, Philippe Herreweghe ressent le dĂ©sespoir profond qui Ă©treint l’homme libre et cette confession digne d’un mĂ©moire quasi autobiographique, surtout direct, franc,thĂ©matisĂ©, sĂ©duit par la qualitĂ© et la pertinence des rĂ©ponses que le chef-interprĂšte a su apporter. Peu d’artistes savent exprimer avec justesse et sincĂ©ritĂ©, sans phrasĂ©ologie creuse et manipulatrice voire narcissique, la singularitĂ© d’une pensĂ©e : les propos ainsi rapportĂ©s demeureront mĂ©morables Ă  plus d’un titre, sur plus d’un aspect de la pratique chorale et symphonique, dans plus d’un rĂ©pertoire. Passionnant. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

______________

CLIC_macaron_2014CD LIVRE Ă©vĂ©nement. Annonce & critique. PHILIPPE HERREWEGHE, A conversation with
 (Livre, 5 cd, ALPHA / collection « Phi »). Gesualdo (Madrigali), JS BACH (Cantates BWV 48 et 105), BEETHOVEN (Missa Solemnis), BERLIOZ (Nuits d’étĂ©, extraits), MAHLER (Symphonie n°4), DVORAK (Requiem), STRAVINSKY (Requiem Canticles). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

LIRE AUSSI / DERNIER CD PARU :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, COllegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre. EN LIRE PLUS

 

Le National de Lille joue Les PĂȘcheurs de perles de Bizet

BLOCH-alexandre-bloch-maestro-orchestre-national-de-lille-classiquenews-thumbnail_portrait-HD@Jean-Baptiste-MillotLILLE, PARIS. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles: 10 et 12 mai 2017. Sous la direction de leur nouveau directeur musical, Alexandre Bloch, les instrumentistes de l’Orchestre national de Lille abordent les finesses orientalistes des PĂȘcheurs de perles de Bizet, crĂ©Ă© en 1863. La distribution choisie regroupe plusieurs jeunes talents du chant français dont la fraĂźcheur et la jeune vaillance souligne la vitalitĂ© et l’intensitĂ© orientaliste du jeune Bizet.Celui qui va composer Carmen (12 annĂ©es plus tard), rĂ©alise dans cette partition de jeunesse, un premier sommet lyrique d’un grand raffinement instrumental… Le jeune Georges Bizet frais moulu du Concours pour le Prix de Rome, et heureux laurĂ©at, compose plusieurs partitions depuis Rome, dont en 1862, un opĂ©ra-comique, le premier en vĂ©ritĂ©, comprenant des dialogues parlĂ©s : La Guzla de l’émir (perdue). Or le compositeur français, douĂ© d’une rare vivacitĂ© dramatique, capable dĂ©jĂ  de caractĂ©riser grĂące Ă  un don d’orchestration inouĂŻ (qui s’épanouira encore dans Carmen, 12 annĂ©es plus tard, en 1875), Ă©crit un nouvel opĂ©ra, lui aussi comique, donc avec dialogues parlĂ©s : Les PĂȘcheurs de perles (crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Lyrique en 1863). Le drame exotique se dĂ©roule en 3 actes. S’y dĂ©tache immĂ©diatement au premier acte (I), l’air de Zurga et Nadir avec l’alliance emblĂ©matique chez Bizet, de la harpe et de la flĂ»te (encore magnifiquement exploitĂ© dans l’intermĂšde instrumental, vĂ©ritable bain de fraĂźcheur tendre, des II et IIIĂšmes actes). Plus tard, l’acadĂ©mique un rien sec et sĂ©vĂšre, ThĂ©odore Dubois dont on veut nous servir depuis quelques annĂ©es, l’élĂ©gance, en rĂ©alitĂ© dĂ©corative, mettra lui aussi en musique le livret des PĂȘcheurs de Perles, mais
 labeur plus lent que Bizet, en 1873. Soit 10 annĂ©es aprĂšs ce dernier. Car le directeur de thĂ©Ăątre, LĂ©on Carvalho, alors quinqua, a le nez creux et l’intuition heureuse quand il faut repĂ©rer un tempĂ©rament nouveau, original, puissant et raffinĂ© : toutes les qualitĂ©s requises chez Bizet qui pourra ainsi, Ă  l’époque oĂč Carvalho dirige le ThĂ©Ăątre Lyrique (1862-1868) faire reprĂ©senter trois ouvrages majeurs avant Carmen : trois drames aboutis qui succĂšdent au trop fugace Docteur Miracle, vite jouĂ©, vite oubliĂ© ; ainsi naissent Les PĂȘcheurs de Perles, La Jolie fille de Perth, L’ArlĂ©sienne.

sri-lanka-ceylan-peintures-homepage-une-presentation-classiquenewsSur l’üle de Ceylan, les deux camarades Zurga et Nadir se remĂ©morent leur attraction commune du temps de leur adolescence oĂč ils avaient tous deux courtiser la mĂȘme jeune beautĂ©: LeĂŻla. Pour ne pas mettre en pĂ©ril leur amitiĂ©, les deux pĂȘcheurs jurent de ne jamais revoir celle qui pourrait risquer de les sĂ©parer. Mais Nadir ne peut rĂ©sister aux charmes de LeĂŻla et s’unit Ă  elle : dĂ©couverts, ils sont condamnĂ©s Ă  mort. Zurga pas jaloux ni revanchard pour un sou, leur permet de prendre la suite Ă  la faveur d’un incendie qu’il a lui-mĂȘme dĂ©clencher. L’extrĂȘme raffinement de l’orchestration et la beautĂ© des mĂ©lodies (comme LakmĂ© de Delibes de 1883), convoquent un orientalisme suave et Ă©lĂ©gant dont Bizet a alors la primeur.

 

 

 

L’AMOUR DE NADIR ET LEÏLA / L’ORCHESTRE DE BIZET

 

Berlioz, prĂ©sent Ă  la crĂ©ation de 1863, loue l’audace recherchĂ©e des harmonies, l’alliance des timbres instrumentaux qui renouvelle la pĂąte orchestrale ; mais aussi la beautĂ© des chƓurs, dont le sommet en serait celui qui conclut le III, oĂč le peuple rĂ©clame la mort des jeunes amants, Nadir et LeĂŻla, dans une ambiance survoltĂ©e, parsemĂ©e d’éclairs et de foudres scintillants Ă  l’orchestre. Bizet unificateur ou architect nĂ©, associe les Ă©pisodes entre eux en tissant une grande cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale : dĂšs le premier duo Nadir et Zurga, dĂ©jĂ  citĂ©, le thĂšme de la dĂ©esse rĂ©apparaĂźt Ă  8 reprises ensuite, mais Ă  chaque fois, dans une parure instrumentale et harmonique diffĂ©rente ; jaloux, le jeune Chabrier (22 ans) Ă©crira que Bizet manquait de style, ou bien qu’il les avait tous (c’est Ă  dire citant Gounod, FĂ©licien David, Verdi, 
) : dĂ©nonçant cet Ă©clectisme flamboyant ailleurs cĂ©lĂ©brĂ© pourtant comme emblĂšme du gĂ©nie : « en un mot, M. Bizet n’est presque jamais lui et nous le voudrions lui, ca ril peut beaucoup sans le secours des autres ». Donc, l’éclectique Bizet a du gĂ©nie, d’innombrables styles, sans connaĂźtre le sien propre. Mais un autre Prix de Rome, Emile Paladilhe remarque Ă  raisons, le tempĂ©rament singulier d’un grand faiseur bizet-georges-jeune-presentation-classiquenewslyrique : prĂ©cisant ainsi que la partition des PĂȘcheurs « était bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber »  C’est dire. Georges Bizet Ă©tait enfin reconnu pour ce qu’il Ă©tait : un visionnaire et un moderne. En approfondissant davantage sa carrure de dramaturge et de poĂšte douĂ© pour les atmosphĂšres et les situations, il allait en 1875, reprendre ce fabuleux mĂ©tier et l’adapter non sans audace, au rĂ©alisme scandaleux de sa Carmen, une hĂ©roĂŻne conçue a contrario de bien des anges Ă©thĂ©rĂ©s, sacrifiĂ©s ailleurs, plus Don Giovanni que Lucia ; en rien digne ou noble comme Norma : une cigariĂšre voluptueuse, parfaitement indĂ©cente mais fascinante du fait de ce nouveau rĂ©alisme. Les PĂȘcheurs de perles totalisĂšrent 18 reprĂ©sentations au ThĂ©Ăątre Lyrique. AprĂšs l’opĂ©ra-bouffe, l’opĂ©ra comique, Bizet allait ensuite s’intĂ©resser au grand opĂ©ra : Ivan le terrible est Ă©voquĂ© dans sa correspondance dĂšs 1864
.

 

 

 

_____________________

 

 

BLOCH-alexandre-UPonte-ONL-582-390Les PĂȘcheurs de perles de Georges Bizet, Ă  l’affiche de Lille (Nouveau SiĂšcle), puis Paris (TCE), respectivement les 10 et 12 mai 2017, grĂące Ă  l’Orchestre national de Lille et sous nouveau directeur musical, Alexandre Bloch. La production rĂ©unit une distribution jeune et française, prometteuse, dont Julie Fuchs (LeĂŻla), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey, Luc Bertin Hugault


 

 

+ D’INFOS, RESERVEZ VOTRE PLACE sur le site de l’Orchestre national de Lille / Alexandre Bloch
http://www.onlille.com/event/201626-pecheurs-perle-bizet-lille/

 

 

L’Orchestre national de Lille joue Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les PĂȘcheurs de Perles (1862)LILLE, PARIS. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles: 10 et 12 mais 2017. Sous la direction de leur nouveau directeur musical, Alexandre Bloch, les instrumentistes de l’Orchestre national de Lille abordent les finesses orientalistes des PĂȘcheurs de perles de Bizet, crĂ©Ă© en 1863. Celui qui va composer Carmen (12 annĂ©es plus tard), rĂ©alise dans cette partition de jeunesse, un premier sommet lyrique d’un grand raffinement instrumental… Le jeune Georges Bizet frais moulu du Concours pour le Prix de Rome, et heureux laurĂ©at, compose plusieurs partitions depuis Rome, dont en 1862, un opĂ©ra-comique, le premier en vĂ©ritĂ©, comprenant des dialogues parlĂ©s : La Guzla de l’émir (perdue). Or le compositeur français, douĂ© d’une rare vivacitĂ© dramatique, capable dĂ©jĂ  de caractĂ©riser grĂące Ă  un don d’orchestration inouĂŻ (qui s’épanouira encore dans Carmen, 12 annĂ©es plus tard, en 1875), Ă©crit un nouvel opĂ©ra, lui aussi comique, donc avec dialogues parlĂ©s : Les PĂȘcheurs de perles (crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Lyrique en 1863). S’y dĂ©tache immĂ©diatement au premier acte (I), l’air de Zurga et Nadir avec l’alliance emblĂ©matique chez Bizet, de la harpe et de la flĂ»te (encore magnifiquement exploitĂ© dans l’intermĂšde instrumental, vĂ©ritable bain de fraĂźcheur tendre, du II et IIIĂšmes actes). Plus tard, l’acadĂ©mique un rien sec et sĂ©vĂšre, ThĂ©odore Dubois dont on veut nous servir depuis quelques annĂ©es, l’élĂ©gance, en rĂ©alitĂ© dĂ©corative, mettra lui aussi en musique le livret des PĂȘcheurs de Perles, mais
 labeur plus lent que Bizet, en 1873. Soit 10 annĂ©es ce dernier. Car le directeur de thĂ©Ăątre, LĂ©on Carvalho, alors quinqua, a le nez creux et l’intuition heureuse quand il faut repĂ©rer un tempĂ©rament nouveau, original, puissant et raffinĂ© : toutes les qualitĂ©s requises chez Bizet qui pourra ainsi, Ă  l’époque oĂč Carvalho dirige le ThĂ©Ăątre Lyrique (1862-1868) faire reprĂ©senter trois ouvrages majeurs avant Carmen : trois drames aboutis qui succĂšdent au trop fugace Docteur Miracle, vite jouĂ©, vite oubliĂ© ; ainsi naissent Les PĂȘcheurs de Perles, La Jolie fille de Perth, L’ArlĂ©sienne.
sri-lanka-ceylan-peintures-homepage-une-presentation-classiquenewsSur l’üle de Ceylan, les deux camarades Zurga et Nadir se remĂ©morent leur attraction commune du temps de leur adolescence oĂč ils avaient tous deux courtiser la mĂȘme jeune beautĂ©: LeĂŻla. Pour ne pas mettre en pĂ©ril leur amitiĂ©, les deux pĂȘcheurs jurent de ne jamais revoir celle qui pourrait risquer de les sĂ©parer. Mais Nadir ne peut rĂ©sister aux charmes de LeĂŻla et s’unit Ă  elle : dĂ©couverts, ils sont condamnĂ©s Ă  mort. Zurga pas jaloux ni revanchard pour un sou, leur permet de prendre la suite Ă  la faveur d’un incendie qu’il a lui-mĂȘme dĂ©clencher. L’extrĂȘme raffinement de l’orchestration et la beautĂ© des mĂ©lodies (comme LakmĂ© de Delibes de 1883), convoquent un orientalisme suave et Ă©lĂ©gant dont Bizet a alors la primeur.

 

 

 

L’AMOUR DE NADIR ET LEÏLA / L’ORCHESTRE DE BIZET

 

Berlioz, prĂ©sent Ă  la crĂ©ation de 1863, loue l’audace recherchĂ©e des harmonies, l’alliance des timbres instrumentaux qui renouvelle la pĂąte orchestrale ; mais aussi la beautĂ© des chƓurs, dont le sommet en serait celui qui conclut le III, oĂč le peuple rĂ©clame la mort des jeunes amants, Nadir et LeĂŻla, dans une ambiance survoltĂ©e, parsemĂ©e d’éclairs et de foudres scintillants Ă  l’orchestre. Bizet unificateur ou architect nĂ©, associe les Ă©pisodes entre eux en tissant une grande cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale : dĂšs le premier duo Nadir et Zurga, dĂ©jĂ  citĂ©, le thĂšme de la dĂ©esse rĂ©apparaĂźt Ă  8 reprises ensuite, mais Ă  chaque fois, dans une parure instrumentale et harmonique diffĂ©rente ; jaloux, le jeune Chabrier (22 ans) Ă©crira que Bizet manquait de style, ou bien qu’il les avait tous (c’est Ă  dire citant Gounod, FĂ©licien David, Verdi, 
) : dĂ©nonçant cet Ă©clectisme flamboyant ailleurs cĂ©lĂ©brĂ© pourtant comme emblĂšme du gĂ©nie : « en un mot, M. Bizet n’est presque jamais lui et nous le voudrions lui, ca ril peut beaucoup sans le secours des autres ». Donc, l’éclectique Bizet a du gĂ©nie, d’innombrables styles, sans connaĂźtre le sien propre. Mais un autre Prix de Rome, Emile Paladilhe remarque Ă  raisons, le tempĂ©rament singulier d’un grand faiseur bizet-georges-jeune-presentation-classiquenewslyrique : prĂ©cisant ainsi que la partition des PĂȘcheurs « était bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber »  C’est dire. Georges Bizet Ă©tait enfin reconnu pour ce qu’il Ă©tait : un visionnaire et un moderne. En approfondissant davantage sa carrure de dramaturge et de poĂšte douĂ© pour les atmosphĂšres et les situations, il allait en 1875, reprendre ce fabuleux mĂ©tier et l’adapter non sans audace, au rĂ©alisme scandaleux de sa Carmen, une hĂ©roĂŻne conçue a contrario de bien des anges Ă©thĂ©rĂ©s, sacrifiĂ©s ailleurs, plus Don Giovanni que Lucia ; en rien digne ou noble comme Norma : une cigariĂšre voluptueuse, parfaitement indĂ©cente mais fascinante du fait de ce nouveau rĂ©alisme. Les PĂȘcheurs de perles totalisĂšrent 18 reprĂ©sentations au ThĂ©Ăątre Lyrique. AprĂšs l’opĂ©ra-bouffe, l’opĂ©ra comique, Bizet allait ensuite s’intĂ©resser au grand opĂ©ra : Ivan le terrible est Ă©voquĂ© dans sa correspondance dĂšs 1864
.

 

 

 

_____________________

 

 

BLOCH-alexandre-UPonte-ONL-582-390Les PĂȘcheurs de perles de Georges Bizet, Ă  l’affiche de Lille (Nouveau SiĂšcle), puis Paris (TCE), respectivement les 10 et 12 mai 2017, grĂące Ă  l’Orchestre national de Lille et sous nouveau directeur musical, Alexandre Bloch. La production rĂ©unit une distribution jeune et française, prometteuse, dont Julie Fuchs (LeĂŻla), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey, Luc Bertin Hugault


 

 

+ D’INFOS, RESERVEZ VOTRE PLACE sur le site de l’Orchestre national de Lille / Alexandre Bloch
http://www.onlille.com/event/201626-pecheurs-perle-bizet-lille/

 

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. Monteverdi : Des VĂȘpres mĂ©connues / The other Vespers (1 cd Decca)

MOnteverdi ifagiolini the other vespers DECCA cd review cd critique classiquenews8175jUFYSWL._SY355_CD Ă©vĂ©nement, annonce. Monteverdi : Des VĂȘpres mĂ©connues / ” The Other Vespers ” (1 cd Decca). C’est peut-ĂȘtre parmi les cd rĂ©cents, celui destinĂ© Ă  marquer cette annĂ©e Monteverdi 2017 qui cĂ©lĂšbre le 450Ăš anniversaire du compositeur
 Robert Hollingworth, prĂ©cĂ©demment saluĂ© pour la justesse de sa dĂ©marche, ses restitutions polychorales ou tout au moins Ă  grands effectifs, et sa vision souvent trĂšs affinĂ©e, dĂ©voile des Vespers / VĂȘpres mĂ©connues, non pas celles fameuses Ă  prĂ©sent – Ă  la fois expĂ©rimentales, modernes et anciennes du Vespro della Beata Vergine de 1610, amplement abordĂ© par les plus grands baroqueux-, mais celles restituĂ©es Ă  partir de piĂšces diffĂ©rentes de Monteverdi et authentiques (majoritairement de la fin de sa carriĂšre, soit propres au dĂ©but des annĂ©es 1640), complĂ©tĂ©es selon le rituel liturgique par des morceaux fonctionnels (et dans ce programme, intercalaires), signĂ©s Viadana (Deus in adiutorium, introductif), Palestrina (Ave verum corpus, 1561/1594), Castello / Frescobaldi / Usper
 (s’agissant de Sonate et Toccata), sans omettre Giovanni Gabrieli (sublime Magnificat de 1615, c’est Ă  dire au moment quasiment oĂč Claudio remporte le poste de Maestro di Cappella de San Marco en 1613
). HabitĂ© par un souffle collectif, soucieux des Ă©tagements comme d’une sonoritĂ© cohĂ©rente, Robert Hollingworth affirme une vision d’ampleur et trĂšs documentĂ©e, aux arguments essentiellement britanniques, d’une indiscutable pertinence. Le maestro anglais prĂ©sente en les comparant les diffĂ©rentes maniĂšres Ă  l’époque de Monteverdi, celui maĂźtre des constructions vertigineuses – tout autant spectaculaires que celle du Vespro della Beata Vergine. De cette immersion qui Ă©voque aussi le faste des fĂȘtes liturgiques musicales Ă  la Basilique Hollingworth-Robert-02[Eric-Richmond]San Marco de Venise, se prĂ©cise l’art affinĂ©, ciselĂ©, Ă  la fois intensĂ©ment dramatique et vocalement palpitant voire d’une irrĂ©pressible sensualitĂ© nouvelle, d’un Monteverdi, gĂ©nie inĂ©galĂ© des alliages instrumentaux, des associations et priĂšres vocales de solistes. L’opĂ©ra n’est jamais trĂšs loin, s’il n’était les instruments familiers de l’église, moins du thĂ©Ăątre. Le geste scrupuleux et synthĂ©tique du fondateur et directeur musical d’I Fagiolini, Robert Hollingworth, qui sait Ă©quilibrer les grandes masses sans perdre le dĂ©tail des lignes vocales comme instrumentales, égale ses prĂ©cĂ©dentes lectures (chez Striggio ou dĂ©jĂ  reconstituant des VĂȘpres Ă  Venise vers 1612… lire ci aprĂšs), alliant audace du programme et grande culture musicale. VoilĂ  un programme au titre Ă  la fois mystĂ©rieux et prometteur dont on aurait penser qu’il n’Ă©tait qu’un nouveau “coup marketing” ; rien de tel en vĂ©ritĂ© car il remplit la fonction qui doit ĂȘtre celle de l’édition musicale : ouvrir de nouvelles perspectives, Ă©clairer diffĂ©remment l’immense talent d’un compositeur aussi miraculeux et jaillissant que Claudio Monteverdi. Grande critique Ă  venir le jour de la parution de l’album Decca, soit le 28 avril 2017. Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017… Ă  suivre.

__________________

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. MONTEVERDI : THE OTHER VESPERS / Les autres VĂȘpres
 / The English Cornett & Sackbut Ensemble / The 24 (University of York) / I Fagiolini. Robert Hollingworth, direction — 1 cd Decca.

________________________

LIRE aussi notre DOSSIER Claudio MONTEVERDI 2017

LIRE aussi notre critique du CD Messe Ă  40 de Striggio / I Fagiolini. Robert Hollingworth (2011, DECCA)
http://www.classiquenews.com/striggio-messe-40-i-fagiolini-hollingworth-20101-cd-1-dvd-decca/

LIRE aussi notre critique du CD 1612: VĂȘpres italiennes / I Fagiolini. Robert Hollingworth (2012, DECCA)
http://www.classiquenews.com/1612vpres-italiennes-hollingworth-20121-cd-decca/

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CAMILLE SAINT-SAËNS, le compositeur globe-trotter (Actes Sud)

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CAMILLE SAINT-SAËNS, le compositeur globe-trotter (Actes Sud). L’auteur StĂ©phane LeteurĂ©, est bien connu des spĂ©cialistes du compositeur car il lui a consacrĂ© prĂ©cĂ©demment un essai pertinent sur la politique et Saint-SaĂ«ns, (sous le titre « Camille Saint-SaĂ«ns et le politique de 1870 Ă  1921 » Ă©ditĂ© par Vrin). Ici, place au voyageur, au nomade Ă©pris de lointains prometteurs, d’horizons sĂ©ducteurs, propres Ă  favoriser une inspiration jamais rĂ©duite ni conforme. L’invention du compositeur est liĂ©e Ă  l’ouverture d’esprit de l’homme, classique et moderne Ă  la fois, respectueux du passĂ© (dĂ©fenseur de Rameau et Lully), surtout proche de Liszt (qui le lui rendit si bien en crĂ©ant entre autres Ă  Weimar son opĂ©ra Samson et Dalila que Paris ne voulait pas : un comble pour un chef d’oeuvre du romantisme français, toujours trop rare sur les scĂšnes subventionnĂ©es françaises).
Le texte Ă©ditĂ© par Actes Sud enrichit considĂ©rablement l’actualitĂ© Saint-SaĂ«ns en 2017 : surtout son originale curiositĂ©, insigne d’une quĂȘte poĂ©tique jamais Ă©teinte ni satisfaite. Les voyages de Saint-SaĂ«ns globe-trotter actifs, nombreux, divers, trouvent un Ă©cho proportionnĂ© dans la profil mĂȘme de ses oeuvres : aux formes et genres multiples comme audacieux. GĂ©nie du piano, emblĂšme de ce goĂ»t classique Ă©clectique de la Belle-Epoque, Saint-SaĂ«ns (prolixe dans les genres du Concerto, de la symphonie, de l’opĂ©ra
), se dĂ©voile ainsi en acteur majeur de la « gĂ©omusicologie historique », ou selon les historiens musicologues, de la « gĂ©opolitique musicale » dont les symptĂŽmes esthĂ©tiques, artistiques se manifestent dĂšs la fin d’un XIXĂš post romantique de plus en plus plurielle et prolixe en crĂ©ations formelles.

saint-saens_camille_age_ioioioVoyages en terres anglo-saxonnes, en AmĂ©rique latine, – quand Chateaubriand avait Ă©tĂ© au dĂ©but du siĂšcle, en AmĂ©rique du nord, cf. ses « Natchez »-, mais aussi en GrĂšce, les pĂ©rĂ©grinations de Mr Saint-SaĂ«ns, montrent combien la musique est un art 
 gĂ©opolitique. C’est Ă  dire inĂ©luctablement liĂ© aux contingences qui dĂ©passe l’exercice de son mĂ©tier strict : ententes cordiales ou belliqueuses entre les Etats, connotations diplomatiques aussi, et affirmation d’un goĂ»t visionnaire
 En outre, l’auteur nous prĂ©cise que Saint-SaĂ«ns – 1835-1921-, fut le premier compositeur orientaliste « de son temps » (mais alors quid de FĂ©licien David ?). A contrario d’un Orient dĂ©coratif et prĂ©texte poĂ©tique – tel LakmĂ© de Delibes, Saint-SaĂ«ns Ă©prouve physiquement et rĂ©ellement cet Orient aux portes de l’Europe : ses voyages en Egypte et en AlgĂ©rie, rĂ©activent l’exemple des Français, Champollion ou Delacroix, qui comme lui, tĂ©moignent d’une expĂ©rience concrĂšte et personnelle de l’altĂ©ritĂ©. Un autre regard et une toute autre expĂ©rience qui nuancent considĂ©rablement les prĂ©conçus de la propagande colonialiste, qui sur fond de nationalisme exacerbĂ©, est alors trĂšs prĂ©sente. Ainsi, les rapports avec l’Allemagne ne sont pas Ă©cartĂ©s non plus car Saint-SaĂ«ns tout en reconnaissant le gĂ©nie de Wagner par exemple, sait aussi s’en dĂ©tacher de façon « salutaire » (comme son contemporain CĂ©sar Franck, avec le mĂȘme gĂ©nie). En nous invitant Ă  une « gĂ©opolitique de la musique », oĂč se prĂ©cisent le sens politique d’un orientalisme concret et aussi l’AlgĂ©rie personnelle de Saint-SaĂ«ns, l’auteur dĂ©voile bien des pans mĂ©connus de l’histoire musicale, quand l’exercice de la composition musicale est confrontĂ©e Ă  son prolongement naturel (pourtant nombre de chercheurs, auteurs et artistes, modernes et contemporains) : la politique. Quelle fut donc l’éthique politique du Camille Saint-SaĂ«ns, compositeur et voyageur ? Le livre passionnant apporte d’éclairantes rĂ©ponses. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la parution annoncĂ©e le 3 mai 2017. AU regard de l’intĂ©rĂȘt du texte et sa pertinence documentĂ©e (et illustrĂ©e), la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS dĂ©cerne le CLIC de CLASSIQUENEWS Ă  cette publication, attendue et trĂšs enrichissante.

___________

CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CAMILLE SAINT-SAËNS, le compositeur globe-trotter par StĂ©phane LeteurĂ© (Editions Actes Sud / P B Zane). 240 pages, 30 euros. ISBN 978-2-330-07746-4. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017

__

CrĂ©ation lyrique Ă  Sartrouville. DĂ©sarmĂ©s Cantique d’Alexandros Markeas

desarmes-markeas-creation-opera-alexandros-markeas-opera-contemporainSARTROUVILLE, ThĂ©Ăątre. CrĂ©ation. A. Markeas : DĂ©sarmĂ©s Cantique, le 19 avril 2017, 19h30.Le nouvel opĂ©ra du compositeur grec Alexandros Markeas prĂ©sentĂ© en crĂ©ation mondiale par l’Arcal ce 19 avril 2017 sait habilement impliquer des adolescents dans son dĂ©ploiement scĂ©nique. Chacun y fait l’expĂ©rience de la scĂšne pour y chanter l’amour. Un amour Ă©perdu, Ă©prouvĂ©, confrontĂ© Ă  la barbarie guerriĂšre. C’est une relecture du mythe fondateur, civilisateur – lĂ©guĂ© par Shakespeare, de RomĂ©o et Juliette. “Elle et Lui” sont une Juliette et un RomĂ©o contemporains, jeunes amants dont les peuples respectifs se disputent la mĂȘme terre.

markeas rhapsodie monstre alexandros_markeasCHANTS D’AMOUR
 Comme chez Shakespeare et les Ă©pisodes du mythe amoureux, l’amour ne connaĂźt pas de frontiĂšres ni de bornes politiques, c’est pourquoi deux cƓurs Ă©pris contredisent la loi des armes et associent les membres de deux communautĂ©s opposĂ©es. Le chant de l’amour qui circule entre elle et lui rayonne, s’adoucit ou sait rugir aussi entre des priĂšres et des rĂ©ponses “douces, chuchotĂ©es ou Ă©raillĂ©es pour Ă©voquer la sensualitĂ©, la colĂšre, le dĂ©sespoir et le dĂ©sir d’un amour apaisĂ©. A travers deux monologues se faisant face, alternent l’énergie du rock et le temps suspendu de la mĂ©ditation.” L’ardeur juvĂ©nile des premiers Ă©lans amoureux n’empĂȘche pas pour ceux qui les portent une certaine gravitĂ©, une conscience critique qui interroge, mĂ©dite, rĂ©vĂšle le sens profond de la vie,… L’infini prometteur humaniste de l’amour, l’impasse de la guerre. S’aimer, se battre
  deux versants de la condition humaine dont les termes et les enjeux n’ont pas changĂ© depuis des siĂšcles, depuis que le monde est monde ; et l’homme, cet ĂȘtre Ă©nigmatique animĂ© d’Ă©ternelles, Ă©reintantes, irreprĂ©ssibles contradictions.

La production de ce nouveau spectacle rĂ©unit des artistes professionnels et un choeur d’adolescents, issus de classes de thĂ©Ăątre et de musique, pour chanter la ferveur et la jeunesse, l’espoir et la fraternitĂ© des peuples, dans une lecture contemporaine du mythe de Romeo et Juliette, rebaptisĂ©e « Elle » et « Lui ».

141114-pixel0087

_________________________

Désarmés Cantique
musique : Alexandros Markeas
texte : SĂ©bastien Joanniez
d’aprĂšs « DĂ©sarmĂ©s Cantique »
Ă©ditions Espaces 34 – prix Collidram 2009 des collĂ©giens
adaptation: SĂ©bastien Joanniez, Alexandros Markeas &
Sylvain Maurice
création au Théùtre Sartrouville Yvelines, 19 avril 2017

Création mondialeboutonreservation
Mercredi 19 avril 2017, 19h30

_________________________

 

l’équipe artistique
Une crĂ©ation de l’Arcal, cie de thĂ©Ăątre lyrique et musical en
coproduction avec le Théùtre Sartrouville Yvelines CDN
mise en scĂšne : Sylvain Maurice
direction des choeurs : BĂ©atriceWarcollier
collaboration chorĂ©graphie – mouvement : Claire Richard
chef de chant : Nicolas Jortie

Elle : Laura Holm, soprano
Lui : Benjamin Alunni, ténor

Choeur de lycĂ©ens : LycĂ©e EvaristeGalois – Sartrouville,
Conservatoire de Saint-Germain-en-Laye, Conservatoire M. Ravel – Paris XIII
TM+, ensemble orchestral demusique d’aujourd’hui
Guitare : Christelle SĂ©ry
Percussions, batterie : Gianny Pizzolato
Claviers (hammond) : Julien le Pape

 

CD événement, annonce, cycle Haendel. OTTONE de HANDEL / HAENDEL par CENCIC & Hallenberg (Decca)

CD, cycle Haendel. HANDEL / HAENDEL par CENCIC. AprĂšs Arminio (Handel), Siroe (Hasse) et un recueil rĂ©cent dĂ©diĂ© aux Arie napolitane, Max Emanuel Cencic ressuscite une nouvelle perle lyrique de Haendel : OTTONE. DĂ©sormais bien implantĂ© Ă  Londres, pour la saison 1722-1723 de l’OpĂ©ra du Roi (King’s Theatre de Haymarket), Haendel opĂšre une nouvelle offre lyrique, avec un nouveau librettiste Nicolas Haym. Deux joyaux voient ainsi le jour Ottone et Flavio. Ottone, fils du roi Henri l’Oiseleur, souverain de Francie orientale, incarne la grandeur d’un destin impĂ©riale au XĂš siĂšcle, offrant Ă  l’histoire germanique, une Ă©popĂ©e et une figure de lĂ©gende. Le hĂ©ros incarne la superbe et le courage politique.

 

 

Sur les traces de Senesino et la Cuzzoni,

MAX EMANUEL CENCIC et ANN HALLENBERG
chantent OTTONE de HANDEL / HAENDEL

 
 
 

CENCIC_Max_emanuel-Ann_hallenberg-presentation,-cd-review,-cd-critique-par-CLASSIQUENEWS_CLIC-de-CLASSIQUENEWS-de-mai-2017__OTTONE_2017_03

 

 

La petite histoire faisant la grande, fournit des anecdotes savoureuses : Haendel embauche la diva phĂ©nomĂ©nale, prima donna lĂ©gendaire, Francesca Cuzzoni pour laquelle il Ă©crit le rĂŽle de Teofane. Mais capricieuse, arrogante, impossible, la Cuzzoni refusa net de chanter son premier air «Falsa immagine» ; mal lui en prit car Haendel faillit l’étrangler et son air, suscita comme tous les autres, un immense succĂšs auprĂšs du public
 Pour assurer le triomphe de son nouvel opera italien, le compositeur employa aussi le castrat Senesino dans le rĂŽle de Ottone. Deux immenses personnages lyriques que chantent aujourd’hui deux monstres sacrĂ©s du chant baroque actuel : l’excellente mezzo Ann Hallenberg (consacrĂ©e « meilleure mezzo actuelle par CLASSIQUENEWS) et le contre-tĂ©nor altiste Max Emanuel Cencic. Le contre tĂ©nor qui a toujours aimĂ© se mettre en scĂšne, affine pour chaque nouveau lancement discographique : sur la couverture de cet OTTONE prometteur, – comme il l’avait fait d’Arminio (oĂč il paraissait en espion, pistolet en main), le voici en Ottone, dĂ©fiant, arborant son animal emblĂšme, un superbe aigle royal, bec ouvert, prĂȘt Ă  s’élancer. En dompteur de rapace, Cencic tient la pose en hĂ©ros Ă©poque digne des sĂ©ries actuelles, « Vikings » ou « Game of thrones ». Souhaitons que la rĂ©alisation artistique et musicale soit Ă  la hauteur de ce marketing des plus attractifs


 
 

handel-haendel-portrait-classiquenewsLe livret de Nicolas Haym qui mĂȘle comme l’exige le goĂ»t de l’Ă©poque, souffle historique et labyrinthe sentimental, met en avant les essais de la princesse Teofane, qui Ă  Rome tente d’épouser Ottone. Mais elle ne connaĂźt le souverain qu’à travers un portrait et doit contourner les intrigues politiques de Gismonda et de son fils Adalberto qui se fait passer pour Ottone
 Ottone fut l’un des plus grands succĂšs du vivant de Haendel Ă  l’égal de Rinaldo, dix ans auparavant. Le nombre d’airs dĂ©passe peut-ĂȘtre celui de tout autre opĂ©ra jamais reprĂ©sentĂ© en Angleterre : un record en quantitĂ© comme en qualitĂ©, en inspiration comme en exubĂ©rance. Les airs «Falsa immagine» et «Affanni del pensier» de la princesse byzantine Teofane, ou les airs «Ritorna, o dolce amore» d‘un Otton, dĂ©sirant, languissant, le frĂ©nĂ©tique «Dell’onda ai fieri moti»  et «Dopo l’ordre», associant flĂ»te et voix, affirment un ouvrage d’une classe remarquable : l’un des meilleurs opĂ©ras italiens Ă  Londres de Haendel, gĂ©nie du baroque hĂ©roĂŻque et amoureux. AGENDA : Ă  l’affiche du Festival de Beaune, le 7 juillet 2017, 21h (Cour des Hospices).

 

 

 

OTTONE, RE DI GERMANIA de ‹George Friedrich Haendel – HANDEL / 1685-1759
OpĂ©ra en 3 actes, crĂ©Ă© le 10 janvier 1723 au King’s Theatre, Haymarket de Londres
Livret de Nicola Francesco Haym, d’aprùs “Teofane” de Stefano Pallavicino

Ottone: Max Emanuel Cencic, contre-ténor
Gismonda: Ann Hallenberg, mezzo-soprano
Teofane: Lauren Snouffer, soprano
Emireno: Pavel Kudinov, basse
Adalberto: Xavier Sabata, contre-ténor
Matilda: Anna Starushkevych, contralto

Ensemble sur instruments anciens IL POMO D’OR
GEORGE PETROU, direction

 

 

__________________

 
 
 

CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : OTTONE (1722) par Max Emanuel Cencic et Ann Hallenberg (2 cd Decca). Il Pomo d’Oro. George Petrou, direction. Parution annoncĂ©e : le 26 mai 2017. Grande critique dĂ©veloppĂ©e Ă  cette date, dans le mag cd, dvd, livres de CLASSIQUENEWS.COM. Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017 : verdict aprĂšs Ă©coute intĂ©grale pour la critique exhaustive de l’enregistrement.

 
 
 

ARGUMENT / SYNOPSIS
par classiquenews.com

Rome et ses environs.

Acte I
OTTON VAINQUEUR, ADELBERTO DEMASQUÉ. Alors que l’arrivĂ©e d’Ottone (roi de Germanie) Ă  Rome a Ă©tĂ© retardĂ©e par une bataille maritime contre les Sarrasins conduits par le pirate Emireno, Gismonda (veuve de Berengario, l’usurpateur lombard) tente un coup d’État pour installer son fils Adelberto sur le trĂŽne impĂ©rial ; ce dernier doit se faire passer pour Ottone auprĂšs de Teofane (fille de l’empereur de Constantinople), qui n’a pas encore rencontrĂ© son fiancĂ©.
Ainsi, Teofane est surprise par la figure de l’homme qui l’accueille et le portrait d’Ottone qu’elle connaĂźt. De son cĂŽtĂ© le vrai Ottone a capturĂ© Emireno, et vaincu les Sarasins. Il apprend de sa cousine Matilda que Gismonda et Adelberto ont tentĂ© de prendre le pouvoir : Ottone accorde Ă  Matilda les troupes qu’elle demande pour se venger d’Adelberto (Ă  qui Matilda est fiancĂ©e). A Rome, les usurpateurs s’affirment. Gismonda se prĂ©sente Ă  Teofane comme la mĂšre d’Ottone, Adelaide. Le mariage est annoncĂ© quand Gismonda annonce que les portes de la ville ont Ă©tĂ© ouvertes Ă  Ottone et ses troupes ; son fils Adelberto doit combattre ou mourir. Alors Teofane comprend que cet Ottone prĂ©tendu n’est pas celui qu’elle doit Ă©pouser, mais l’usurpateur Adelberto. Ce dernier est vaincu par Ottone qui l’emprisonne avec Emireno. Ottone cĂ©lĂšbre le mariage, rĂ©compense de la guerre.

 
 

Acte II

Complice de Gismonda, Matilda, cousine d’Otton, tente d’inflĂ©chir la cruautĂ© de son cousin vis Ă  vis de son fiancĂ© Adelberto. Se mĂ©prenant sur l’étreinte des deux cousins, Teofane pense que Matilda aime Otton et devient donc sa rivale. Doutant de l’amour d’Otton, Teofane, dans un jardin au bord du Tibre surprend Emireno et Adelberto entrain s’enfuir des geĂŽles d’Otton.
Adelberto enlĂšve Teofane (qui s’évanouit), et les fugitifs se prĂ©cipitent jusqu’au bateau.

 
 
Acte  III

Ottone regrette que Teofane ait disparu. Triomphante Gismonda lui apprend qu’Adelberto et Emireno se sont enfuis ; Surtout que Adelberto lui a ravi Teofane. Nouvelle identitĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e : le vaisseau d’Emireno est empĂȘchĂ© par une tempĂȘte de quitter le fleuve. A l’aube il reconnaĂźt Teofane et apprend d’elle que l’usurpateur Nicephero a Ă©tĂ© chassĂ© de Constantinople ; il l’étreint affectueusement, fait arrĂȘter Adelberto, rassure Teofane et la place sous sa garde, puis prend congĂ© sans rĂ©vĂ©ler son identitĂ©. Mais Teofane jure face aux soldat d’Emireno qu’elle sera toujours fidĂšle Ă  Ottone. Mais Emireno protecteur, revient et rĂ©vĂšle Ă  Teofane qu’il est son frĂšre Basilio depuis longtemps perdu (vĂ©ritable hĂ©ritier du trĂŽne Byzance) et promet d’ĂȘtre son protecteur.
Emireno livre Adelberto enchaĂźnĂ©, Ă  Ottone. C’est Matilda qui le tuera elle-mĂȘme ; la confession d’Adelberto lui fait lĂącher son poignard, dont s’empare Gismonda, qui tente un suicide. Ainsi les usurpateurs, le fils et la mĂšre, sont-ils entravĂ©s. Lieto finale : Ottone et Teofane sont enfin unis ; les coupables, Gismonda et Adelberto, sont pardonnĂ©s; Matilda libĂšre Adelberto, qu’elle accepte pour Ă©poux.

 
 

La Correspondance de Jacques Rouché et Camille Saint-Saëns (Actes Sud)

saint-saens et rouche la correspondance 1913-1921 presentation par Marie-Gabrielle Soret compte rendu critique de CLASSIQUENEWS editions ACTES SUD livre evenement clic de classiquenews 9782330065812LIVRES, compte rendu critique. Camille Saint-SaĂ«ns et Jacques RouchĂ© : correspondance de 1913 Ă  1921. Actes Sud enrichit sa collection dĂ©diĂ©e aux tĂ©moignages et correspondances d’un romantisme tardif, dĂ©jĂ  Ă©bloui par l’impressionnisme de Debussy, et la syncope frĂ©nĂ©tique d’un Stravinsky (qu’en bon pĂšre conservateur St-SaĂ«ns dĂ©testait en le faisant savoir). Les deux hommes de lettres : RouchĂ© / Saint-SaĂ«ns qui Ă©changent, croisent idĂ©es et projets, sont chacun dans une pĂ©riode trĂšs active de leur existence. Le Quinqua Jacques RouchĂ© (1862-1957) est le rĂ©cent directeur de l’OpĂ©ra de Paris ; il s’adresse ici Ă  un Saint-SaĂ«ns, vieux (presque octogĂ©naire) maĂźtre des excellences romantiques, douĂ© d’une invention et d’un classicisme « moderne » qui n’a plus rien Ă  prouver. Face au germanisme wagnĂ©rien croissant (lui qui fut nĂ©anmoins un adepte de Bayreuth dĂšs les premiĂšres heures du Festival allemand), Saint-SaĂ«ns se dresse en dĂ©fenseur de l’art musical français. En esprit curieux et fĂ©dĂ©rateur, RouchĂ© accepte de (re)crĂ©er nombre d’ouvrages de Saint-SaĂ«ns sur la scĂšne de l’opĂ©ra de Paris qui ne compte alors que Samson et Dalila : ainsi grĂące au jeune directeur, sont montĂ©s : Les Barbares (1914), Etienne Marcel (extraits en 1915 et 1916), Henry VIII (1917), HĂ©lĂšne (1919), Ascanio (1921)
 autant d’ouvrages qui suscitent Ă©videmment de constantes coopĂ©rations, oĂč le cher monsieur de 1013 est devenu « mon cher directeur », Saint-SaĂ«ns signant en « votre affectionné ». Dans les coulisses et les prĂ©alables Ă  chaque production nouvelle, le compositeur se montre exigeant, partisan, prĂ©fĂ©rant tel chanteur, et telle cantatrice ; fustigeant celui qui ne sait articuler et rendre intelligible la langue de Corneille et de MoliĂšre (un dĂ©faut encore tenace aujourd’hui). Il regrette ainsi que par la faute de chanteurs hauts parleurs, le français de Meyerbeer par exemple et toute sa musique si Ă©qulibrĂ©e et subtile, s’en trouvent dĂ©naturĂ©s. Saint-SaĂ«ns bataille, intrigue (j’irai vous retrouver dans votre loge Ă  l’OpĂ©ra pour en discuter), faisant ainsi salon pendant les reprĂ©sentations
 Toujours Ă©gratignĂ© par ses critiques partisans (dont Emile Villermoz, explicitement debussyste), Saint-SaĂ«ns dĂ©fait sa rĂ©putation d’auteur froid et austĂšre (mon grand duo du II, ou le quatuor, le grand air de Catherine comme celui d’Henry VIII en tĂ©moignent). Il proclame aussi au dĂ©tour d’une phrase ses prĂ©fĂ©rences et ses goĂ»ts (Sylvia plutĂŽt que Coppelia). VoilĂ  qui dĂ©voile aussi au regard des titres des partitions concernĂ©es que Saint-SaĂ«ns au mĂȘme titre que Massenet ou Puccini, dĂ©dia un bon nombre de son Ă©criture Ă  des hĂ©roĂŻnes hautement caractĂ©risĂ©es, en portraits dont il s’enorgueillit sans limites : PhrynĂ©, Proserpine, Javotte, la Princesse jaune, et surtout HĂ©lĂšne. Les lettres sont souvent factuelles, courtes, voire anecdotiques.Pas d’explications rĂ©vĂ©lant l’explicitation d’une conception esthĂ©tique d’envergure, mais dans le rythme des missives techniques, l’idĂ©e de chantiers en cours ; des tracasseries en sĂ©ries, oĂč l’art se confronte Ă  la rĂ©alitĂ© humaine des interprĂštes

saint-saens_400_x_250_camille_2_musica_juin_1907_p._93Saluons le travail documentaire, d’analyse et d’information de l’auteure qui annote et commente avec gĂ©nĂ©rositĂ© chaque citation d’oeuvre, chaque nom d’artistes et interprĂštes invitĂ©s, auditionnĂ©s et parfois cĂ©lĂ©brĂ©s par l’un ou l’autre, Jacques ou Camille. L’accompagnement critique de ces 161 lettres en Ă©claire toutes les rĂ©sonances historiques et esthĂ©tiques. L’éditeur ajoute en complĂ©ment (« Annexe 2 »), les notices des 5 ouvrages majeurs remontĂ©s Ă  l’OpĂ©ra de Paris grĂące Ă  RouchĂ©, ainsi nourrissant le goĂ»t de la IIIĂš RĂ©publique, Ă©clectique, et trĂšs nĂ©o : Samson et Dalila, Ascanio, HĂ©lĂšne, Henry VIII, et le ballet Javotte
 Vivant, documentĂ©, rĂ©vĂ©lateur. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

____________________

CLIC_macaron_20dec13LIVRES, compte rendu critique. Camille Saint-SaĂ«ns et Jacques RouchĂ© : correspondance de 1913 Ă  1921, par Marie-Gabrielle Soret (Actes Sud avec le P. Bru Zane). 240 pages — ISBN 978 2 330 06581 2. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

Le mythe d’OrphĂ©e / la figure d’Orfeo

dossier spĂ©cial OrphĂ©e / OrfeoDOSSIER : Le mythe d’OrphĂ©e / OrphĂ©e magicien, lutteur qui a vu l’invisible
 Le poĂȘte de Thrace, qu’il soit accompagnĂ© de sa lyre ou de sa cithare incarne le gĂ©nie de la musique, mais aussi l’emblĂšme d’un idĂ©al qui a inspirĂ© tous les grands crĂ©ateurs dĂšs le Baroque, – et dĂšs la fin de la Renaissance, la fusion harmonique entre poĂ©sie et musique. Le texte, le verbe incarnĂ©, la priĂšre et l’intention, car aucune note n’est valable si elle ne transmet pas un message
 Le chant d’OrphĂ©e affirme la toute puissance du chant : voix signifiante, voix charmante. ProphĂšte et visionnaire, humain et amoureux, OrphĂ©e chante l’amour, l’ivresse de la passion, inspirĂ© par un dĂ©sir qui le dĂ©passe et le fait tendre vers l’inconcevable : ressusciter par son chant et la priĂšre qui inflĂ©chit les dieux, celle qu’il aime (Eurydice, prĂ©cĂ©demment tuĂ©e par la piqĂ»re d’un serpent). Son chant apaise, rassĂ©rĂšne, tempĂšre, sĂ©duit, captive, touche
 Chez Monteverdi (Orfeo, 1607), c’est l’émotion qu’Orfeo suscite dans le coeur de Proserpine qui permet au poĂšte d’émouvoir indirectement Pluton, le dieu des enfers. Proseprine supplie son mari Pluton de rĂ©pondre Ă  la priĂšre bouleversante du mortel au chant magicien.

 

 

Orphée, artiste séducteur,
un passeur inspiré, éloquent, entre vie et mort

 

orphee-corot-monteverdi-orfeo-classiquenews-582

MaĂźtre de son art, moins de ses dĂ©sirs (car il se retourne pendant la remontĂ©e vers les vivants : il fallait qu’OrphĂ©e regarde son aimĂ©e derriĂšre lui, alors qu’il avait jurĂ© ne pas la voir durant le chemin qui le mĂšne des enfers Ă  la vie
), OrphĂ©e est aussi le fils d’Apollon, c’est Ă  dire qu’il est avant de succomber Ă  son dĂ©sir, capable de se maĂźtriser ; de construire un chant d’une souveraine beautĂ©. LumiĂšre et Ă©clat d’un art Ă©blouissant au cƓur des tĂ©nĂšbres infernaux. Y compris dans son ascension mĂȘme fatale – il perd Eurydice, il meurt Ă©cartelĂ©e par les femmes thraces qu’il avait Ă©cartĂ©es-, OrphĂ©e conduit symboliquement l’ñme humaine des trĂ©fonds inquiĂ©tants vers la lumiĂšre.

 

 

 

1865 Machard Jules, OrphĂ©e aux EnfersLE POETE aussi sublime soit-il serait-il lĂąche ? OrphĂ©e gravit un Ă©chelon de la destinĂ©e… et semble s’arrĂȘter Ă  mi chemin : sa volontĂ© le mĂšne au combat ; s’entĂȘter, obtenir l’impossible, affronter le mal, mais non le dĂ©truire. Il chante sa douleur et sa solitude, obtient de retrouver Eurydice, la pilote
 pour Ă©chouer Ă  mi chemin. Le poĂšte chanteur peut lutter contre le mal mais pas Ă©radiquer sa source. PortĂ© par un idĂ©al qui s’exprime en paroles et non en acte, OrphĂ©e est ce lutteur finalement lĂąche qui ne sait pas rompre le fil de ses passions. A l’inverse, comme fier mais coupable aussi de s’ĂȘtre retourner, bravant l’interdit, comme rĂ©unissant vie et mort, OrphĂ©e a osĂ© voir l’invisible et donc prĂ©cipiter sa chute. Audacieux, l’homme ose braver les dieux et la loi : il affirme son destin mortel, capable de sublimer la parole et le chant. C’est donc aussi la figure emblĂ©matique de l’artiste recrĂ©ateur et sĂ©ducteur, douĂ© pour sĂ©duire et se dĂ©passer. C’est moins le charme de la musique, que le pouvoir du chant incarnĂ© qu’OrphĂ©e affirme dans sa priĂšre Ă  Pluton / Proserpine. Il n’est donc pas Ă©tonnant qu’au moment oĂč la civilisation baroque invente un nouveau style vocal (parlar cantando / monodie), la figure d’OrphĂ©e et le pouvoir de son chant sĂ©duisent aussitĂŽt les premiers auteurs dans le genre naissant de l’opĂ©ra italien… Le thĂ©Ăątre lyrique plonge ses racines et trouve sa source dans le chant premier, primordial du magicien audacieux OrphĂ©e. Le poĂšte thrace en pionnier a ouvert la voie des audacieux et des bĂątisseurs d’idĂ©al.

ORPHEE-ORFEO-mythe-et-fortune-musicale

____________________

agenda : Orfeo / Orphée, prochaines représentations

 

 

Le 20 mars 2017, PARIS, Philharmonie : Orfeo de Monteverdi par Paul Agnew, Les Arts Florissants : réservez votre place ici

Dimanche 2 avril 2017, France musique, 20h15 : Orfeo de Luigi Rossi par R. Pichon. L’Orfeo de Rossi est le premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© Ă  la Cour de France le 4 mars 1647 au Palais-Royal), au moment oĂč la France se met au goĂ»t italien, apprenant du raffinement ultramontain…

L’Orchestre national de Lille recrĂ©e Les PĂȘcheurs de perles de Bizet

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les PĂȘcheurs de Perles (1862)LILLE, PARIS. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles: 11 et 12 mais 2017. Le jeune Georges Bizet frais moulu du Concours du Prix de Rome, et heureux laurĂ©at, compose plusieurs partitions depuis Rome, dont en 1862, un opĂ©ra-comique, le premier en vĂ©ritĂ©, comprenant des dialogues parlĂ©s : La Guzla de l’émir (perdue). Or le compositeur français, douĂ© d’une rare vivacitĂ© dramatique, capable dĂ©jĂ  de caractĂ©riser grĂące Ă  un don d’orchestration inouĂŻ (qui s’épanouira encore dans Carmen, 12 annĂ©es plus tard, en 1875), Ă©crit un nouvel opĂ©ra, lui aussi comique, donc avec dialogues parlĂ©s : Les PĂȘcheurs de perles (crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Lyrique en 1863). S’y dĂ©tache immĂ©diatement au premier acte (I), l’air de Zurga et Nadir avec l’alliance emblĂ©matique chez Bizet, de la harpe et de la flĂ»te (encore magnifiquement exploitĂ© dans l’intermĂšde instrumental, vĂ©ritable bain de fraĂźcheur tendre, du II et IIIĂšmes actes). Plus tard, l’acadĂ©mique un rien sec et sĂ©vĂšre, ThĂ©odore Dubois dont on veut nous servir depuis quelques annĂ©es, l’élĂ©gance, en rĂ©alitĂ© dĂ©corative, mettra lui aussi en musique le livret des PĂȘcheurs de Perles, mais
 labeur plus lent que Bizet, en 1873. Soit 10 annĂ©es ce dernier. Car le directeur de thĂ©Ăątre, LĂ©on Carvalho, alors quinqua, a le nez creux et l’intuition heureuse quand il faut repĂ©rer un tempĂ©rament nouveau, original, puissant et raffinĂ© : toutes les qualitĂ©s requises chez Bizet qui pourra ainsi, Ă  l’époque oĂč Carvalho dirige le ThĂ©Ăątre Lyrique (1862-1868) faire reprĂ©senter trois ouvrages majeurs avant Carmen : trois drames aboutis qui succĂšdent au trop fugace Docteur Miracle, vite jouĂ©, vite oubliĂ© ; ainsi naissent Les PĂȘcheurs de Perles, La Jolie fille de Perth, L’ArlĂ©sienne.
sri-lanka-ceylan-peintures-homepage-une-presentation-classiquenewsSur l’üle de Ceylan, les deux camarades Zurga et Nadir se remĂ©morent leur attraction commune du temps de leur adolescence oĂč ils avaient tous deux courtiser la mĂȘme jeune beautĂ©: LeĂŻla. Pour ne pas mettre en pĂ©ril leur amitiĂ©, les deux pĂȘcheurs jurent de ne jamais revoir celle qui pourrait risquer de les sĂ©parer. Mais Nadir ne peut rĂ©sister aux charmes de LeĂŻla et s’unit Ă  elle : dĂ©couverts, ils sont condamnĂ©s Ă  mort. Zurga pas jaloux ni revanchard pour un sou, leur permet de prendre la suite Ă  la faveur d’un incendie qu’il a lui-mĂȘme dĂ©clencher. L’extrĂȘme raffinement de l’orchestration et la beautĂ© des mĂ©lodies (comme LakmĂ© de Delibes de 1883), convoquent un orientalisme suave et Ă©lĂ©gant dont Bizet a alors la primeur.

 

 

 

L’AMOUR DE NADIR ET LEÏLA / L’ORCHESTRE DE BIZET

 

Berlioz, prĂ©sent Ă  la crĂ©ation de 1863, loue l’audace recherchĂ©e des harmonies, l’alliance des timbres instrumentaux qui renouvelle la pĂąte orchestrale ; mais aussi la beautĂ© des chƓurs, dont le sommet en serait celui qui conclut le III, oĂč le peuple rĂ©clame la mort des jeunes amants, Nadir et LeĂŻla, dans une ambiance survoltĂ©e, parsemĂ©e d’éclairs et de foudres scintillants Ă  l’orchestre. Bizet unificateur ou architect nĂ©, associe les Ă©pisodes entre eux en tissant une grande cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale : dĂšs le premier duo Nadir et Zurga, dĂ©jĂ  citĂ©, le thĂšme de la dĂ©esse rĂ©apparaĂźt Ă  8 reprises ensuite, mais Ă  chaque fois, dans une parure instrumentale et harmonique diffĂ©rente ; jaloux, le jeune Chabrier (22 ans) Ă©crira que Bizet manquait de style, ou bien qu’il les avait tous (c’est Ă  dire citant Gounod, FĂ©licien David, Verdi, 
) : dĂ©nonçant cet Ă©clectisme flamboyant ailleurs cĂ©lĂ©brĂ© pourtant comme emblĂšme du gĂ©nie : « en un mot, M. Bizet n’est presque jamais lui et nous le voudrions lui, ca ril peut beaucoup sans le secours des autres ». Donc, l’éclectique Bizet a du gĂ©nie, d’innombrables styles, sans connaĂźtre le sien propre. Mais un autre Prix de Rome, Emile Paladilhe remarque Ă  raisons, le tempĂ©rament singulier d’un grand faiseur bizet-georges-jeune-presentation-classiquenewslyrique : prĂ©cisant ainsi que la partition des PĂȘcheurs « était bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber »  C’est dire. Georges Bizet Ă©tait enfin reconnu pour ce qu’il Ă©tait : un visionnaire et un moderne. En approfondissant davantage sa carrure de dramaturge et de poĂšte douĂ© pour les atmosphĂšres et les situations, il allait en 1875, reprendre ce fabuleux mĂ©tier et l’adapter non sans audace, au rĂ©alisme scandaleux de sa Carmen, une hĂ©roĂŻne conçue a contrario de bien des anges Ă©thĂ©rĂ©s, sacrifiĂ©s ailleurs, plus Don Giovanni que Lucia ; en rien digne ou noble comme Norma : une cigariĂšre voluptueuse, parfaitement indĂ©cente mais fascinante du fait de ce nouveau rĂ©alisme. Les PĂȘcheurs de perles totalisĂšrent 18 reprĂ©sentations au ThĂ©Ăątre Lyrique. AprĂšs l’opĂ©ra-bouffe, l’opĂ©ra comique, Bizet allait ensuite s’intĂ©resser au grand opĂ©ra : Ivan le terrible est Ă©voquĂ© dans sa correspondance dĂšs 1864
.

 

 

 

_____________________

 

 

BLOCH-alexandre-UPonte-ONL-582-390Les PĂȘcheurs de perles de Georges Bizet, Ă  l’affiche de Lille (Nouveau SiĂšcle), puis Paris (TCE), respectivement les 10 et 12 mai 2017, grĂące Ă  l’Orchestre national de Lille et sous nouveau directeur musical, Alexandre Bloch. La production rĂ©unit une distribution jeune et française, prometteuse, dont Julie Fuchs (LeĂŻla), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey, Luc Bertin Hugault


 

 

+ D’INFOS, RESERVEZ VOTRE PLACE sur le site de l’Orchestre national de Lille / Alexandre Bloch
http://www.onlille.com/event/201626-pecheurs-perle-bizet-lille/

 

 

CD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon.

bumbry grace the art of 8 cd dvd cd critique cd review classiquenewsCD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon. Une dĂ©cennie miraculeuse dans la vie d’une diva exceptionnellement douĂ©e : voilĂ  le cadeau de ce coffret magistral, d’une intelligence et d’un style Ă  couper le souffle. La « VĂ©nus noire », Grace Bumbry, star de l’opĂ©ra international avant Jessye Norman, est nĂ©e le 4 janvier 1937 : elle a donc soufflĂ© ses
 80 ans en ce dĂ©but d’annĂ©e. Occasion cĂ©lĂ©brative pour rĂ©Ă©diter les enregistrements marquants chez DG Deutsche Grammophon, dont certains sont ses meilleurs. On connaĂźt tout l’excellente diseuse, servie par un souffle et un timbre cuivrĂ©, sensuel, souverain, en particulier dans la mort de Didon des Troyens de Berlioz (une sĂ©quence inoubliable que votre serviteur eut l’occasion d’applaudir). La mezzo soprano amĂ©ricaine nĂ©e Ă  Saint-Louis dans le Missouri est restĂ©e cĂ©lĂšbre pour avoir Ă©tĂ© la premiĂšre black de l’histoire Ă  chanter le rĂŽle de VĂ©nus, au dĂ©but du TannhĂ€user de Wagner Ă  Bayreuth (1961). L’apogĂ©e de sa carriĂšre se situe dans les annĂ©es 1960 et 1970, s’imposant d’abord dans les grands rĂŽles dramatiques (Azucena, Eboli – chantĂ© au Palais Garnier de Paris dĂšs 1960, Dalila ou Carmen
) puis s’affirmant tout autant dans les rĂŽles de sopranos lyriques (Lady Macbeth, Gioconda, Tosca et jusqu’à Turandot 
 en 1993 Ă  Covent Garden). La voix ample, puissante, finement timbrĂ©e est doublĂ©e d’un talent d’actrice remarquable, imposant sur scĂšne une prĂ©sence hypnotique, digne d’une Callas. C’est qu’aux cĂŽtĂ©s de ses possibilitĂ©s vocales exceptionnelles, la diva est aussi une interprĂšte qui se souci du texte.

JahrhundertsÀnger» Fischer-Dieskau gestorben

bumbry Grace Bumbry Birthday January 4 Lady MacbethS’il n’était qu’un seul cd de cette compilation trĂšs nĂ©cessaire pour tous ceux qui lyricophile, apprĂ©cient les beaux timbres et l’élĂ©gance vocale comme l’intensitĂ© dramatique, Ă©coutez dans l’enchaĂźnement des 18 airs, le cd6 : Airs de Verdi (son grand maĂźtre) et Wagner, puis 6 lieder de Brahms
 car outre ses performances comme mezzo ample et dramatique Ă  l’opĂ©ra, Grace Bumbry fut aussi une diseuse hors pair, nĂ©e pour le lied, calibrant son phĂ©nomĂ©nal mĂ©tal Ă  l’intimisme pudique et allusif du chambrisme germanique. Rayonnante et blessĂ©e pour Ulrica d’Un Ballo in maschera (ampleur hallucinĂ©e de la voix amoureuse qui Ă©claire ce fantastique Ă©lectrique prĂ©sent dans la partition), torrent impĂ©tueux mais si digne pour Eboli (Don Carlo), et grandeur dĂ©sabusĂ©e mais Ă©blouissante (malgrĂ© une prise lointaine) pour l’autre personnage de Don Carlo, la soprano Elisabeth : mĂȘme dans une tessiture plus aigu, la diva Ă©blouit par sa justesse expressive, son style, l’étendue de la tessiture. MĂȘme ivresse vocale, densitĂ© expressive, feu dramatique pour son Azucena du TrouvĂšre, imprĂ©catrice de grande classe, – jamais prise Ă  dĂ©faut par les notes basses (« Stride la vampa »), coloriste funambule dans l’air qui suit : « Condotta ell’era in ceppi », d’autant que l’orchestre Berlinois (Radio Symphonie Orchester) saisit la finesse expressive de chaque sĂ©quence avec un sens du dĂ©tail passionnant (Janos Kulka en 1962 et 1965). NĂ©e en 1937, Grace n’a que 25 et 28 ans ; sa maturitĂ© est saisissante. MĂȘme maĂźtrise absolue en 1965 pour sa Lady Macbeth (elle chante alors le rĂŽle Ă  Salzbourg) : un rĂŽle qui comme pour Callas (au studio) a permis de dĂ©montrer les Ă©tonnantes capacitĂ©s aigus, graves, dramatisme et articulation de la diva noire (quel abattage linguistique) : un volcan sidĂ©rant, par sa prĂ©sence, son sens de l’incarnation et aussi, une finesse d’intonation qui devrait servir de modĂšle aux nouvelles gĂ©nĂ©rations : les 3 sĂ©quences de sa Macbeth, gouffre shakespearien qui concentrent touts les folies humaines, – rĂ©citatif puis air en cabalette, enfin somnambulisme hallucinĂ© (« Una Macchia Ăš qui tuttora »), – miroir lugubre d’une Ăąme dĂ©truite par sa perversion, sont des musts. Des pĂ©pites anthologiques.

 

 

Tragédienne, amoureuse enivrée, diseuse allusive
GRACE BUMBRY, diva assoluta pour l’éternitĂ©

 

 

bumbry grace portrait classiquenews divaLa WagnĂ©rienne saisit tout autant par sa maĂźtrise de l’articulation, un sens inouĂŻ du texte
 qui lui permet d’éblouir de la mĂȘme façon dans le lied, – format plus intimiste oĂč la pudeur et les blessures tues et secrĂštes affleurent dans la texture d’un chant suggestif, millimĂ©trĂ©, ciselĂ©, oĂč rayonne tel une matiĂšre incandescente, la texture surjective du texte : ses 4 Brahms sont des joyaux (1963); le disque montre l’éloquente profondeur d’une immense interprĂšte, dĂ©jĂ  maĂźtresse de ses possibilitĂ©s, avant ses 30 ans. Avec le recul, cet Ă©cart entre son soprano puissant mais clair – amoureuse enivrĂ©e-, et ses graves lugubres de tragĂ©dienne souveraine, suscite une juste admiration : la chanteuse est aussi une actrice nĂ©e qui prĂ©serve toujours l’intelligibilitĂ© du texte : chez Brahms donc, n’écoutez que l’Ôde Ă  Sapho (Sapphische Ode, opus 94/4) : le sens de la mesure, la couleur intĂ©rieur, le relief du texte, la sobriĂ©tĂ© et la subtilitĂ© de l’articulation sont sidĂ©rants (cd6, plage 14). Une grĂące se dĂ©roule sans faille et d’une incroyable continuitĂ© ciselĂ©e dans le cd 7 qui regroupe ses lieder parmi les mieux aboutis et dĂ©jĂ  bouleversants (An die Musik de Schubert ; Liszt, Wolf et Richard Strauss dont le Sehnsucht demeure ineffaçable
), rĂ©citals de 1962 et 1964.

 

 

CLIC_macaron_2014En français (cocorico), la mezzo saisissante est tout autant bluffante : « Ô ma lyre immortelle » de Sapho de Gounod (chant d’une prĂȘtresse qui a cotoyĂ© les dieux et qui transmet sur terre sa fabuleuse intensitĂ© comme son esprit dĂ©tachĂ© prĂȘt au renoncement), « Mon coeur s’ouvre Ă  ta voix » (Samson et Dalila de Saint-SaĂ«ns), et aussi « Oui Dieu le veut » de La Pucelle d’OrlĂ©ans de Tchaikovski (les 3 airs de 1962) sont inoubliables, comme sa Carmen pour Karajan (1967, ici au DVD) mĂ©morable rĂ©alisation qui en impose vocalement comme scĂ©niquement, alors pour Salzbourg, avec le JosĂ© lui aussi anthologique de Jon Vickers. Notre compte rendu rend peu compte de l’apport inestimable d’une immense artiste : ces 8 cd sont incontournables pour tous ceux que la fusion subtilitĂ© et puissance intĂ©resse, intrigue, subjugue. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

 

 

____________________

CD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.