DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017)

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserDVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017). A Covent Garden, la Butterfly du duo de metteurs en scÚne, Patrice Caurier et Moshe Leiser, passionnément suivis à Angers Nantes opéra sous la direction de Jean-Paul Davois, offre une apparente simplicité qui du reste, sainte vertu de nos jours, demeure lisible, laissant la part belle à la sublime musique puccinienne.

 
   
 
 
 

ROH Covent Garden, 2017

Un Puccini rageur et dépressif
grĂące Ă  l’équation JAHO / PAPPANO

 
 
 

PUCCINI butterfly pappano jaho puente leiser caurier critique opera dvd classiquenews opus arteLes metteurs ajoutent en filigrane une rĂ©flexion sur la fragilitĂ© du rĂȘve de Cio Cio San qui croit au simulacre de ce mariage arangĂ© auquel sa jeunesse naĂŻve s’accroche comme Ă  une vocation. Les noces de Butterfly sont en pacotilles pour tous, sauf dans le cƓur de ce papillon trop dĂ©licat. RĂȘve Ă©perdu de la geisha (de 17 ans), exercice exotique de l’officier amĂ©ricain
 l’écart est bien soulignĂ© et la carte postale japonisante de Puccini a parfaitement creusĂ© son lit cynique et ironique jusqu’à la tragĂ©die du suicide qui clĂŽt ce drame domestique.
Les metteurs en scùne n’en rajoutent pas : ils restent à hauteur d’yeux de Cio-Cio-San, humble servante d’une parodie nuptiale à moindres frais.
Car l’intensitĂ© et la vĂ©ritĂ© se concentrent assurĂ©ment dans le jeu tout en nuances et incarnation profonde de la soprano albanaise Ermonela Jaho ; la cantatrice est actuellement une somptueuse et dĂ©chirante Traviata, et sa Butterfly britannique de 2017, frappe elle aussi par ce jeu intime, cette caractĂ©risation qui surgit de l’intĂ©rieur, exprimant tous les replis d’une psychĂ© en traumatisme, dĂ©chirĂ©e par la douleur et l’abandon. L’expressivitĂ© et le relief d’un chant pas toujours trĂšs juste saisissent cependant par leur justesse et l’intelligence de l’intonation.
Et son falot de faux mari Pinkerton ? Marcelo Puente es techniquement trop juste (aigus serrĂ©s et vibrato systĂ©matisĂ©) : le tĂ©nor sait cependant exprimer un lĂ©ger trouble car il se prend au jeu de cette mascarade des plus cyniques. Le jeu de dupe n’en est que plus amer quand la pauvre fille comprend qu’elle a Ă©tĂ© trompĂ©e, abandonnĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200
deshong elizabeth suzuki butterfly puccini review critique classiquenews DVD OPUS ARTE covent gardenRien à dire à la Suzuki moelleuse et maternelle, d’Elizabeth
DeShong
: la mezzo partage avec Jaho, une intelligence dramatique qui Ă©blouit de bout en bout, elle Ă©claire leur duo, immense dignitĂ© et sincĂ©ritĂ© dans la solitude, le dĂ©nuement, et la misĂšre. Saluons enfin Carlo Bosi, Goro impeccable et lui aussi trĂšs juste. Enfin dans la fosse, Antonio Pappano, maĂźtre des troupes du Covent Garden, sait foudroyer, nuancer quand il faut, par saccades millimĂ©trĂ©s : on sait que le chef affectionne la direction Ă©ruptive et expressionniste ; ses Puccini sont de ce point de vue toujours trĂšs efficaces. Il fait parler et crier l’orchestre avec une rare intensitĂ©. Voici donc une production loin d’ennuyer. Bien au contraire. A voir indiscutablement.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH Covent Garden, 1 DVD Opus Arte, 2017

 
 
   
 
 

PUCCINI : Madama Butterfly
TragĂ©die japonaise en trois actes, livret de Giuseppe et Giacosa et Luigi Illica – CrĂ©ation, Scala de MIlan, le 17 fĂ©vrier 1904
Mise en scĂšne: Moshe Leiser et Patrice Caurier

Cio-Cio-San : Ermonela Jaho
Pinkerton: Marcelo Puente
Sharpless: Scott Hendricks
Suzuki: Elizabeth DeShong
Goro: Carlo Bosi
Le Bonze : Jeremy White
Yamadori: Yuriy Yurchuk
Kate Pinkerton : Emily Edmonds
Le commissaire impérial : Gyula Nagy

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction

Enregistrement réalisé au ROH, Covent Garden le 30 mars 2017

1 DVD Opus Arte OA 1268 D – 2h8mn + bonus : 11 mn

 
 
 

 

MAM’ZELLE NITOUCHE : l’opĂ©rette selon HervĂ© (1883)

herve par lui meme actes sud livres critique classiquenews operette offenbach herve ISBN 978 2 330 05650 6TOURS, OpĂ©ra. 27 – 31 dĂ©cembre 2018. Mam’zelle Nitouche. Le vaudeville d’HervĂ© marque l’essor voire l’ñge d’or de l’opĂ©rette française florissante sur les grands boulevards parisiens dans les annĂ©es 1880, annĂ©es marquĂ©es aussi par la wagnĂ©risme en Europe. Offenbach a triomphĂ© dans les annĂ©es 1860. De sa vĂ©ritable identitĂ©, Florimond Ronger, HervĂ© (1825 – 1892) cumule tous les talents (organiste, chanteurs, acteurs, directeur de troupes, metteur en scĂšne, compositeur, Ă©crivain
) : ce rival d’Offenbach prend une place croissante aujourd’hui ; il livre les titres les plus dĂ©jantĂ©s dans la veine comique burlesque.
Autodidacte, l’orphelin apprend la composition aux cĂŽtĂ© d’Auber Ă  Paris; sa premiĂšre opĂ©rette, Don Quichotte est une pochade parodique et comique, assez dĂ©jantĂ©e, crĂ©Ă© en 
 1847. Il n’a que 22 ans. Puis, dans les annĂ©es 1850, il prĂ©sente ses propres opĂ©rettes et celles d’Offenbach. Aux « DĂ©lassements-Comiques », nouvelle salle dont il est directeur musical, HervĂ© propose Le Hussard persĂ©cutĂ© qui frappe les esprits
 il devient alors un auteur rĂ©putĂ©. Suivent Les Chevaliers de la table ronde (Bouffes-Parisiens), puis Le petit Faust (1869, aux Folies-Dramatiques), applaudis surtout en Angleterre. Vite dĂ©modĂ© Ă  Paris, HervĂ© joue et chante dans OrphĂ©e aux enfers d’Offenbach en 1878 : il est Jupiter.
Mais il n’a pas dit son dernier mot. Aux VariĂ©tĂ©s, HervĂ© refait carriĂšre grĂące Ă  ses vaudevilles-opĂ©rettes Ă©crites pour sa muse Anna JUDIC : ainsi Lili (1882) et Mam’zelle Nitouche de 1883. Le sujet s’inspire de ses dĂ©buts Ă  Paris quand il Ă©tait organiste (Ă  Saint-Eustache) et compositeur la nuit
. CrĂ©Ă©e aux VariĂ©tĂ©s le 26 janvier 1883, sur un livret de Meilhac et Millaud, elle remporte un grand succĂšs (212 reprĂ©sentations).

 

 

mam-zelle-nitouche-denise-herve-operette-critique-annonce-opera-par-classiquenewsSYNOPSIS
 CĂ©lestin, organiste au couvent des Hirondelles le jour, est Floridor, auteur d’opĂ©rettes le soir. Denise de Flavigny, fiertĂ© du couvent, travaille sous sa direction ses cantiques. Mais Denise aime plutĂŽt chanter les airs de Floridor
 trouvĂ©es dans les affaires de CĂ©lestin. A Paris, la nonne devenue Mam’zelle Nitouche assure la relĂšve dans la derniĂšre piĂšce de CĂ©lestin, puis les deux se dĂ©guisent en recrues de l’armĂ©e, avant que le fiancĂ© de Denise ne tombe amoureux (aussi) de Nitouche
 le vaudeville est riche en pĂ©ripĂ©ties, dĂ©lirant Ă  souhaits, rien que divertissant grĂące Ă  la facilitĂ© qu’a HervĂ© Ă  mĂȘler tous les genres : sacrĂ©, grivois, militaire
 HervĂ© est bien, avec Offenbach, l‘inventeur de l’opĂ©rette française. VoilĂ  une partition qui « dĂ©voile les plus grands mystĂšres,   » car « nous vous parlerons d’amour, de femmes Ă  barbes, et de vocations ; cette vocation qui fait brĂ»ler les planches, valser les couvents et vibrer les garnisons
 venez dĂ©guster nos religieuses !  ». Le ton est dit. Place au dĂ©lire thĂ©Ăątral et musical.

 

 

 

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HervĂ© : Mam’zelle Nitoucheboutonreservation
Opéra de Tours

Jeudi 27 dĂ©cembre – 20h
Vendredi 28 dĂ©cembre – 20h
Dimanche 30 dĂ©cembre – 15h
Lundi 31 dĂ©cembre 2018 – 19h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/mam-zelle-nitouche

 

 

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mam-zelle-nitouche-denise-herve-operette-critique-annonce-opera-par-classiquenewsMam’zelle Nitouche de HervĂ© – Vaudeville – OpĂ©rette en 3 actes et 4 tableaux
Créé le 26 janvier 1883 au Théùtre des Variétés
Livret d’Henri Meilhac et Arthur Millaud

Denise de Flavigny / Mam’zelle Nitouche : Lara Neumann
CĂ©lestin / Floridor : Damien Bigourdan / Matthieu LĂ©croart
La Supérieure / Corinne : Miss Knife (Olivier Py)
Loriot : Olivier Py
Le Vicomte Ferdinand de Champlùtreux : Flannan Obé
Le Major, comte de ChĂąteau-Gibus : Eddie Chignara
La TouriĂšre / Sylvia : Sandrine Sutter
Le Directeur de théùtre : Antoine Philippot
Lydie : Clémentine Bourgoin
Gimblette : Ivanka Moizan
Gustave, officier : Pierre Lebon
Robert, officier : David Ghilardi
Le Régisseur de scÚne : Piero (alias Pierre-André Weitz)

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scÚne, décors et costumes : Pierre-André Weitz

 

 

 

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PARIS. CONCERT 1001 NOTES Ă  l’AthĂ©nĂ©e

1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenewsPARIS, l’AthĂ©nĂ©e. CONCERT 1001 NOTES, le 17 dĂ©c 2018, 20h. Les artistes phares du label et du festival 1001 NOTES font l’évĂ©nement de ce lundi 17 dĂ©cembre Ă  Paris : au programme, entre autres l’excellent Concert de l’HOSTEL DIEU, fondĂ© / dirigĂ© par Franck-Emmanuel Comte, dont le geste rĂ©gĂ©nĂ©rateur sur les partitions s’accomplit en questionnement sur les formes musicales Ă  prĂ©senter en concert, sur de nouvelles sources musicologiques aussi. Ainsi en tĂ©moigne, le programme de leur dernier disque, Ă©blouissant, « STABAT MATER » qui offre une nouvelle lecture du Stabat Mater de Pergolesi, contextualisĂ© d’aprĂšs la pratiques des sociĂ©tĂ©s de musique lyonnaise au XVIIIĂš (quand le Stabat Mater de Pergolesi Ă©tait dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© et repris, donc adaptĂ© au goĂ»t et aux effectifs locaux) ; c’est surtout, une dĂ©marche innovante qui aime les rencontre et les mĂ©tissages : en croisant les disciplines, Franck-Emmanuel Comte poursuit un travail particulier avec le chorĂ©graphe hip-hop Mourad Merzouki qui a Ă©crit la danse du programme « FOLIA », prĂ©sentĂ© cet Ă©tĂ© Ă  Lyon : il en rĂ©sulte un parcours passionnant hautement rythmĂ©, mais aussi chantĂ© qui cĂ©lĂšbre la transe dĂ©lirante et poĂ©tique des tarentelles napolitaines (dont la sublime et provocante « Carpinese »), mariĂ©es au plus imaginatif des Baroques vĂ©nitiens, Vivaldi. A l’AthĂ©nĂ©e, Le Concert de l’HOSTEL-DIEU prĂ©sente quelques extraits du cd FOLIA, rĂ©cemment Ă©ditĂ© chez le label 1001 NOTES


 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

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Programme 1001 Notes Ă  l’AthĂ©nĂ©e
Concert de l’HOSTEL-DIEU : FOLIA (extraits)

Lundi 17 dĂ©cembre 2018 ‱ 20hboutonreservation
AthĂ©nĂ©e, ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet ‱ Paris

 

 

 

Concert présenté par Raphaël Mezrahi

Artemandoline ‱ ensemble (musique baroque)
Le Concert de l’Hostel Dieu ‱ Franck-Emmanuel Comte
(clavecin et direction)
Artuan de LierrĂ©e ‱ ensemble rock-classique (avec projections)
Gaspard Dehaene ‱ piano (Schubert-Liszt)

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://1001notesenlimousin.festik.net/saison-2018-2019
Tarifs : de 19€ à 23€

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PrĂ©sentation par l’AthĂ©nĂ©e : « Le concert sera prĂ©sentĂ© par l’acteur et comĂ©dien RaphaĂ«l Mezrahi, l’intrĂ©pide intervieweur de Canal + et organisateur des Nuits de la dĂ©prime aux Folies BergĂšres.
Un concert sous le signe de la création et de la découverte en quatre temps forts.
La soirĂ©e dĂ©butera avec l’ensemble baroque Artemandoline qui nous fera voyager en Espagne au XVIIe siĂšcle. Puis Le Concert de l’Hostel Dieu nous prĂ©sentera des extraits du CD Folia, musique-ballet hip hop du chorĂ©graphe Mourad Merzouki. Ensuite, Gaspard Dehaene prĂ©sentera son programme hommage Ă  son grand pĂšre Henri Queffelec. Enfin, le groupe Artuan de LierrĂ©e jouera des piĂšces de son projet Les Arcanes, vingt-et-une piĂšces inspirĂ©es du cĂ©lĂšbre tarot divinatoire de Marseille, pour un cinĂ©-concert mystique entre musique ancienne, post-rock et minimalisme.”

 

 

Extraits vidéo du programme LA FOLIA

 

 

  

 
 

 

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Déroulement de la soirée :

 

 

 

Artemandoline
Lucas Ruiz de Ribayaz (17Ăšme, Espagne) : Suite de danses – Españoletas- GalerĂ­a de amor y buelta- Achas y buelta del hacha- XĂĄcaras por primer tono
Anonyme (18Ăšme, Naples) : Follias

 

 

 

Gaspard Dehaene, piano
Franz Schubert / Franz Liszt : deux lieder
Franz Liszt : Rapsodie Espagnole

 

 

 

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(entracte)

 

 

 

Artuan de Lierrée
Les Arcanes
La grande prĂȘtresse
L’amoureux
Le chariot
Le pendu
Le diable
L’étoile / La lune
Aquarium

 

 

 

Le Concert de l’Hostel-Dieu / Franck-Emmanuel COMTE
Antonio Vivaldi : Aria « Si fulgida »
(extrait de Judith Triomphante RV 644)
Antonio Vivaldi : La Folia, sonate en ré mineur RV63
Anonyme : La Carpinese (tarentelle)
Anonyme : Cachua Serranita, (Codice Trujillo del PerĂč, 1713)

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Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018

teodor_currentzis_52Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018. Avec ce second opus symphonique, Teodor Currentzis dĂ©montre sa mestriĂ  orchestrale : une vision, un geste qui deviennent expĂ©rience mĂ©taphysique. C’est peu dire que le sens de la caractĂ©risation s’accomplit ici avec une finesse et un mordant exceptionnellement justes. Ce qu’apporte immĂ©diatement Teodor Currentzis, emblĂ©matique en cela des chefs qui savent autant diriger le baroque que le romantisme, l’opĂ©ra que la matiĂšre symphonique, c’est une versatilitĂ© permanente qui s’accompagne de nuances spĂ©cifique pour chaque sĂ©quence. Telle attention Ă  l’intonation, les connotations, les caractĂšres, les couleurs Ă©blouissent vĂ©ritablement dans le magma martial du Premier mouvement Allegro energico, plus encore dans le second « Scherzo », souvent redondant aprĂšs le premier parce que les orchestres et les chefs si nombreux en l’occurrence ont dĂ©jĂ  tout dit ; chez Currentzis, chaque mesure a sa propre Ă©nergie, revendique un caractĂšre particulier, le tout avec une unitĂ© et une cohĂ©rence organique qui assure le lien et la globalitĂ© dy cycle dans son entier. Les cordes danses et rugissent, les cuivres et les percussions sont Ă©lastiques, wagnĂ©riennes, d’une clameur sourde et articulĂ©e, constamment passionnantes.

Au cƓur du typhon mahlĂ©rien
Teodor Currentzis, magicien poĂšte

‹currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdQuant Ă  l’harmonie, Currentzis dĂ©ploie des sommets de couleurs onctueuses, amoureuses, enivrĂ©es (les clarinettes, les hautbois, les bassons et les flĂ»tes acquiĂšrent ainsi un relief et une sonoritĂ© trĂšs dĂ©taillĂ©s, jamais Ă©coutĂ©s avec une telle justesse lĂ  encore). VoilĂ  qui creuse dans l’orchestre des champs et contrechamps, des seconds plans propres ; la texture s’enrichit dans l’expressivitĂ©, certes pas dans l’épaisseur ou la puissance. ‹Ce que nous apporte Currentzis, c’est l’alliage superlatif, du mordant de chaque timbre, caractĂ©risĂ©, millimĂ©trĂ©, et l’énergie, la puissance : ce Scherzo est jubilatoire car pas une mesure n’ennuie, mais elle clame son cri, son existence propre. Quel rĂ©sultat. Ce moelleux des arriĂšres plans prend forme avec une nostalgie d’une ineffable profondeur dans l’ANDANTE moderato dont la courbe tendre (le cor est pur enchantement, cristallisation d’un instant magique, traversĂ© par la grĂące). Currentzis se montre lĂ  encore : voluptueux et clair, dĂ©taillĂ© et architecte, jouant de la lĂ©gĂšretĂ© millimĂ©trĂ©e de chaque pupitre ainsi mis en dialogue. Quand avons-nous Ă©coutĂ© pareil rĂȘve et tendresse, ainsi sculptĂ©s dans la pĂąte orchestrale? Le chef cherche l’au-delĂ  des notes, va au delĂ  de chaque mesure, repoussant toujours et encore la ligne de respiration ; l’intensification du mouvement atteint un sommet d’éloquence intĂ©rieure, de plĂ©nitude sonore. VoilĂ  du bien bel ouvrage.

De la mĂȘme façon, le dernier mouvement Sostenuto, Allegro moderato, puis Allegro energico, redouble de vitalitĂ© caractĂ©tisĂ©e oĂč le chef semble faire ressurgir ce qui a Ă©tĂ© dĂ©jĂ  Ă©noncĂ©, en un bel effet de miroir et de boucle symĂ©trique aussi, mais avec une attention dĂ©cuplĂ©e Ă  chaque mesure. La caractĂ©risation saisit par sa justesse lĂ  encore, entre volontĂ©, rĂ©sistance et dĂ©sespoir. Le conflit qui s’enfle et atteint les cimes de l’exultation, pose trĂšs clairement les forces en prĂ©sence, avec une noblesse d’intonation, superlative. Le chef trĂšs inspirĂ© sait aussi rĂ©capituler tout ce qui fait cette confession viscĂ©rale, amoureuse et radicale de la Symphonie prĂ©cĂ©dente, n°5 (priĂšre voire imploration pour Alma son Ă©pouse).
EnivrĂ©e, et attendrie, cette derniĂšre sĂ©quence conclusive bascule dans la morsure et la dĂ©sespĂ©rance, la convulsion martiale, sarcastique et tendue. Dans le bain conflictuel, l’orchestre est idĂ©alement (et magistralement) ballotĂ©, entre frĂ©nĂ©sie et accalmie. EchevelĂ©es, nerveuses, les cordes indiquent ce tumulte, ce dĂ©sordre intĂ©rieur, cette profonde dĂ©pression primitive qui scelle le destin de Mahler. En analyste complice, porteur d’un humanisme fraternel, le chef en exprime la forme orchestrale avec une poĂ©sie de magicien : lĂ  encore, n’écoutez que la derniĂšre sĂ©quence (avec le solo de violon Ă  22’ de l’Allegro energico), ce que le chef rĂ©alise en couleurs, timbres, nuances, vision d’architecte est Ă  couper le souffle. Il fait du final, non pas un siphon vers l’abime mais une aspiration hallucinĂ©e vers une nouvelle mĂ©tamorphose. Non pas arrĂȘt mais passage et Ă©lectrisation. Eblouissant.

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CLIC D'OR macaron 200Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018 – Parution : 26 octobre 2018.

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VISITER AUSSI LE SITE MAHLER / Teodor Currentzis

L’Enfance du Christ de Berlioz

BERLIOZ 150 ans 2018 berlioz-hector-bruno-messina-150-ans-celebration-berlioz-2018-par-classiquenewsFrance Musique, vend 14 dĂ©c 2018, 20h. BERLIOZ : L’Enfance du Christ. Les Ă©critures sont muettes sur l’enfance de JĂ©sus, pourtant sa naissance eut le retentissement que l’on sait : une lĂ©gende sacrĂ©e devenue vĂ©ritable mythe fondateur du catholicisme, d’autant mieux porteur au moment de NoĂ«l. La partition finale comprend 3 volets : Le songe d’HĂ©rode (I) : rongĂ© par la terreur de s amort annoncĂ©e, HĂ©rode dĂ©crĂšte la mort de tous les nouveaux nĂ©s Ă  JĂ©rusalem, BethlĂ©em Nazareth
 : « Des riviĂšres de sang vont ĂȘtre rĂ©pandues. Je serai sourd Ă  ces douleurs. La beautĂ©, la grĂące, ni l’ñge / Ne feront faiblir mon courage / Il faut un terme Ă  mes terreurs.
La Fuite en Egypte (II) : trĂšs courte et finalement peu dĂ©veloppĂ©e : Marie et Joseph partent hors de Nazareth
 ; L’ArrivĂ©e Ă  SaĂŻs (III) : presque assoiffĂ©s et affamĂ©s, Marie et Joseph qui ont perdu leur Ăąne, arrivent dans la ville de SaĂŻs. Mais ni les romains, ni les Ă©gyptiens ne souhaitent accueillir ces hĂ©breux lĂ©preux et maudits
 A l’issue de leur errance, la mĂšre et le pĂšre sont accueillis par les IsmaĂ©lites. Ismael et ses fils prennent soin de du couple et de Jesus. RĂ©vĂ©lation des vertus des Ismaelites, le Trio pour deux flĂ»tes et harpe, exĂ©cutĂ© par les plus jeunes.

 
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Lire la présentation du programme sur le site de France Musique :
https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/hector-berlioz-l-enfance-du-christ-par-l-orchestre-national-de-france-67172

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Hector Berlioz (1803-1869)
L’Enfance du Christ (1854)

StĂ©phanie d’ Oustrac, mezzo-soprano (Marie)
Bernard Richter, ténor (Un centurion, le narrateur)
Edwin Crossley, Mercer baryton (Joseph, Polydorus)
Nicolas Testé, baryton-basse (Hérode, le pÚre de famille)

ChƓur de Radio France prĂ©parĂ© par Maria Förström
Orchestre National de France dirigé par Emmanuel Krivine

  
 
  
 
 
 
 

 

LIRE aussi notre dossier BERLIOZ 2019 :

http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/

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CD, VASTA : Reine de Bordélie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018)

VASTA-almazis-cd-livre-critique-annonce-classiquenews-cd-par-classiquenewsCD, VASTA : Reine de BordĂ©lie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018). Plus affĂ»tĂ© et engagĂ© que jamais, le chef et claveciniste Iakovos Pappas poursuit l’idĂ©e d’un Baroque sĂ©ditieux, libertaire, plus expĂ©rimental que convenu voire complaisant. VoilĂ  un Baroque qui dĂ©range et qui nous plapit
. dont les dĂ©lices ont ravi les spectateurs lors d’un concert bienvenu, prĂ©lude Ă  ce disque, prĂ©sentĂ© Ă  la BNF. Les manuscrits concernĂ©s y sont tous conservĂ©s – dormants, oubliĂ©s,
 jusqu’à aujourd’hui. Les cordes Ăąpres, mordantes, expressives, le clavier et les voix trĂšs en verve savent ici ressusciter l’irrĂ©vĂ©rence inventive des libres penseurs et des Ă©rotomanes du XVIIIĂš. Le texte de Piron (Vasta, Reine de BordĂ©lie) choisi dans ce programme rĂ©jouissant, souligne combien dĂšs son dĂ©but, le XVIIIĂš français manie la langue avec dĂ©lire, poĂ©sie et invention ; l’épigrammiste Ă©voque cet essor remarquable du Baroque insoumis, revenu Ă  son irrespect critique ; interprĂštes, textes et musique accrĂ©ditent l’émergence d’une pensĂ©e souveraine, fĂ©conde pour les arts, stimulante pour l’esprit. A travers un texte provocateur en façade, c’est la libertĂ© recrĂ©atrice de l’art qui est cĂ©lĂ©brĂ© et grĂące Ă  Almazis, l’inspirante libertĂ© (pour les interprĂštes) de la satire critique.

EROTIQUE INSOLENCE, BAROQUE PARODIQUE

En liaison avec l’insolence inspirĂ©e de l’épigrammiste français Alexis Piron (1689-1773) qui fournit le texte de cette tragĂ©die imaginaire, Iakovos Pappas a scrupuleusement sĂ©lectionnĂ© les musiques les plus adaptĂ©es. L’AcadĂ©micien dĂ©chu, qui perdit son fauteuil et ses palmes d’Immortel, en raison justement de ses saillies et pointes gĂ©niales (Ode Ă  Priape, texte de jeunesse) laisse surtout un texte d’une rare Ă©loquence comique, prĂ©texte de ce programme : « Vasta, reine de BordĂ©lie ».  Piron concentre l’inspiration emblĂ©matique du XVIIIĂš français : la comĂ©die, en ce qu’elle cultive et rĂ©vĂšle les vertus de la verve satirique,  de l’insolence poĂ©tique. Erotique et mĂȘme poĂ©tiquement obscĂšne, le texte cible en rĂ©alitĂ© la censure et la politique, la chape asphyxiante qui corsĂšte toute la sociĂ©tĂ© de l’Ancien RĂ©gime.

A travers l’intrigue, une mĂšre (Vasta) et sa fille (Conille) s’affrontent Ă  travers leurs amants. La « goulue », Vasta dĂ©montre sans morale, sa souveraine prĂ©Ă©minence, – un tempĂ©rament virile en vĂ©ritĂ© (formidable, sincĂšre, hallucinĂ©e Elizabeth Fernandez), sacrifiant sa fille (trop molle : larmoyante et habitĂ©e elle aussi Delphine Guevar) ; la reine dĂ©cide : elle cĂ©lĂšbre l’endurance admirable du prince « Fout Six coups » (et son accent provincial bien trempĂ© : truculent Christophe Crapez). Tous les chanteurs rehaussent par leur esprit de caractĂ©risation, et un vrai plaisir de la langue (et ses mĂ©andres sĂ©mantiques souvent hilarants), l’irrĂ©vĂ©rence du livret ; tous sont habiles Ă  transfĂ©rer d’authentiques situations tragiques et nobles, dans un texte d’une libertĂ© amorale, provocante, 
 voire dangereuse.  L’amateur des tragĂ©dies en musique retrouve le caractĂšre des vraies scĂšnes Ă©plorĂ©es, Ă  la fois langoureuses et suspendues, de vraies tensions affrontĂ©es,
 mais dans une langue crue, totalement et outrageusement dĂ©calĂ©e.
Ce principe parodique prend une dimension emblĂ©matique dans le rĂ©cit du viol de Vit-Mollet par Fout Six coups, rapportĂ© par Couille au cul (excellent Guillaume Durand, fin du II) : au rĂ©cit savoureux rĂ©pond l’engagement des instrumentistes trĂšs proches du texte.

La force du programme vient aussi de la variĂ©tĂ© des auteurs, et des contrastes que leur style font naĂźtre : abandon lacrymal – « la princesse n’est plus » / en dĂ©chargeant (Benda, plage 25) : noblesse et majestĂ© de la Reine (Marche de Campra, 26) qui salue l’arrivĂ©e de son  hĂ©ros final (Fout-six-coups, exposant les parties de son rival vaincu, Vit-Mollet)
 tout s’enchaĂźne avec un sens dĂ©lectable des saillies percutantes.

AprĂšs les actes de la « tragĂ©die », Iakovos Pappas agence enfin un grand « divertissement » (selon les codes du genre), et agence plusieurs fragments musicaux d’une Ă©vidente tension dramatique  : on y relĂšve plusieurs extraits de « ZaĂŻde » de Pancrace Royer (encore une perle oubliĂ©e, opportunĂ©ment rĂ©vĂ©lĂ©e ici : « Chasse » en prĂ©lude ; enfin « Air des turcs » et « tambourins » pour conclusion.
Le verbe n’est pas omis, grĂące Ă  la restitution de 4 sĂ©quences chantĂ©es, dĂ©clamĂ©es : Nous perdons Philis (duo de dĂ©ploration Ă  deux voix mĂąles); Monologue « Cucumane » (Caquire de De Vessaire, 1780), en voix de tĂȘte par le tĂ©nor Christophe Crapez, dont la verve insolente exprime dĂ©jĂ  le climat rĂ©volutionnaire des annĂ©es 1780

Tout l’esprit libertaire, dĂ©lirant est dĂ©jĂ  Ă©noncĂ© entre autres dans le Prologue avec « Vive les cons », extrait du DĂ©serteur de Monsigny, 1769 ; dans « On dit que le mĂ©decin » de JC Gillier, tout en gouaille et vulgaritĂ© ; il est mĂȘme exacerbĂ© et servi en un geste libĂ©rĂ©, dĂ©lurĂ©, essentiellement linguistique et thĂ©Ăątral : « C’est fait Minon, Minette  » dans l’inoubliable « L’autre jour » de Louis Lemaire dĂ©cĂ©dĂ© en 1750.
De mĂȘme, le scabreux voire scato (« le pot de chambre », puis « Les CheminĂ©es » ) nourrit la tension du divertissement final, conclusion magnifique de la tragĂ©die Ă©rotique proprement dite.
Toujours la verve des chanteurs et des instrumentistes redouble en cocasserie linguistique et triple lecture expressive
 c’est une parodie insolente et paillarde (relecture de « Plaisirs d’amour » de Martini placĂ© en fin de Prologue) ; c’est un procĂšs en rĂšgle des canons de la tragĂ©die officielle, de ses rĂšgles si strictes et asphyxiantes qui ont prĂ©valu de Lully Ă  Rameau, Ă©touffant certainement l’écriture des auteurs : il fallait bien toute la crĂ©ativitĂ© des forains satiriques (que reprennent Ă  leur compte avec combien de justesse, les interprĂštes d’Almazis) pour en mesurer Ă  la fois le ridicule et le potentiel humoristique ; tous ces dĂ©calages en dĂ©noncent allusivement l’artificialitĂ© et le manque de vĂ©ritĂ© d’un genre que Gluck rĂ©formera Ă  Paris au dĂ©but des annĂ©es 1770.
Or le geste d’Almazis retrouve cette franchise et cette sincĂ©ritĂ© qui manque tant (que JJ Rousseau apprĂ©ciait tant). Les textes osĂ©s, provocants rĂ©tablissent le sang, la pulsion certes primitive, un naturel « populaire » totalement absent du genre noble.
Au clavecin, et Ă  la direction, Iakovos Pappas sait exalter et Ă©lectriser sa troupe : chanteurs acteurs et comĂ©diens, capables de transformer leur voix, jouant des registres et des types de projection ; instrumentistes sans rĂ©serve, soulignant tout ce qu’ont d’irrĂ©vĂ©rence sĂ©ditieuse textes et musique : sous leurs doigts amusĂ©s mais conscients, se profilent dĂ©jĂ  les ferments de la rĂ©volte et de la sainte libertĂ©.

On goĂ»te la causticitĂ© mordante du texte, paillarde donc choquante au premier degrĂ© ; et pourtant furieusement critique Ă  l’endroit du politique, rĂ©duit Ă  des ĂȘtres de pulsions et de jouissance immĂ©diate ; sur le plan musical, Iakovos Pappas a ainsi rĂ©sumĂ© tous les effets de la palette lyrique expressive, propre au genre officiel au XVIIĂš et XVIIIĂš, la tragĂ©die en musique. D’ailleurs, c’est l’une des partitions les plus scandaleusement musicale, d’un dĂ©bridĂ© ici dĂ©sopilant (et qui prĂ©figure toutes les comĂ©dies musicales Ă  venir),  PlatĂ©e de Rameau (1745) qui ouvre l’action centrale. 
 
 

BONUS
 La cantate « burlesque » et d’une belle insolence, ActĂ©on de Pierre-CĂ©sar Abeille (dĂ©cĂ©dĂ© en 1733) atteste de l’essor de ce courant baroque paillard, qui sait avec quelle intelligence et raffinement se moquer des codes mythologiques et tragiques. Abeille appartient Ă  la colonie d’auteurs douĂ©s d’une extrĂȘme acuitĂ© expressive et poĂ©tique, dont Monteclair ou mĂȘme JB Rousseau (Odes tirĂ©es des Psaumes, 1716) sont d’autres penseurs douĂ©s.
La solide gouaille articulĂ©e du baryton Guillaume Durand (qui incarne Couille-au-cul dans la tragĂ©die qui prĂ©cĂšde) sert idĂ©alement le texte, avec une attention affĂ»tĂ©e Ă  l’intelligibilitĂ©, une exquise et savoureuse comprĂ©hension des enjeux des images poĂ©tiques, un rien lubrique, et bien habitĂ©e. Le vrai sujet ici, c’est ce qu’a vu le chasseur : la nuditĂ© de la dĂ©esse (prĂ©cisĂ©ment ses jolies fesses) : c’est la dĂ©esse calipige que cible Abeille dans sa fabuleuse cantate / et le regard impudique du chasseur, sa curiositĂ© irrespectueuse sont le vrai sujet de cette sĂ©quence qui ne manque pas de piquant, et lĂ  encore ni cocasserie trĂšs imaginative:  « Diane se lave le cul avec ses nymphes potagĂšres qui lui servent de chambriĂšres  » etc


CLIC D'OR macaron 200BAROQUE INSOLENT, BAROQUE INVENTIF…Nerveux et souple, le continuo d’Almazis expose chaque mot, le commente, l’enveloppe d’une ironie poĂ©tique dĂ©lectable.  En choisissant d’achever le cycle de Piron, par cette cantate, vĂ©ritable joyau en irrĂ©vĂ©rence poĂ©tique et irrespect des convenances mythologiques, Iakovos Pappas rĂ©tablit la place de la cantate comme Ă©crin expĂ©rimental, propice Ă  renouveler l’écriture lyrique et la construction dramatique, officielles. Abeille, Piron
 le chef d’Almazis a bien raison de souligner et la force du texte et la qualitĂ© de la musique. On l’on ce dit face Ă  tant de crĂ©ativitĂ© censurĂ©e, qu’il nous manque encore bien des informations pour connaĂźtre vraiment la diversitĂ© de notre patrimoine. VoilĂ  posĂ©es, les bases d’une nouvelle recherche Ă  la fois littĂ©raire, poĂ©tique, lyrique et musicale qu’il faudrait encore et encore approfondir. A suivre.

 
 
  
 
 

LIRE AUSSI notre présentation critique du CD VASTA

 
 
  
 
 

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VOIR un extrait vidĂ©o de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773 – extraits du spectacle donnĂ© Ă  la BNF BibliothĂšque National de France, en avril 2018.
https://www.youtube.com/watch?v=iIzsuzZUDag
 
 
 
VOIR LE TEASER VASTA,  reine de BordĂ©lie, tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron (1773)
Ensemble Almazis – Iakovos Pappas / Co rĂ©alisation BibliothĂšque Nationale de France
https://vimeo.com/301819639  

VASTA-reine-de-bordelie-iakovos-pappas-teaser-video-classiquenews-critique-cd

 

https://vimeo.com/301819639  

 
 
 

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yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos PAPPAS, Ă  propos de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773
 Le 23 novembre 2018 paraĂźt le nouvel album d’Almazis : « Vasta, Reine de BordĂ©lie », tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron. A partir de textes du XVIIIĂš, le chef et claveciniste, dĂ©fricheur impertinent, poursuit un travail souvent percutant / pertinent sur les sources baroques. En associant baroque et Ă©rotisme, Iakavos Pappas renoue avec l’instinct dĂ©fricheur des plus grands « baroqueux », 
 en dĂ©coule un drame d’un nouveau genre, oĂč lĂ  encore, textes et musique, drame et poĂ©tique sont indissolublement liĂ©s. LIRE notre entretien avec IAKOVOS PAPPAS


 
 
 

almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582

 
 
 

Paris, Berlioz 2019 : Nouveaux Troyens Ă  Bastille

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasPARIS, Bastille. BERLIOZ : LES TROYENS. 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production attendue Ă  l’OpĂ©ra Bastille, temps fort de l’annĂ©e BERLIOZ 2019 : 150Ăš anniversaire de sa mort (en 1869). L’ouvrage en 5 actes et 9 tableaux remonte Ă  1863. Il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en morceaux et de façon incomplĂšte du vivant de son auteur, qui le considĂ©rait comme son grand Ɠuvre, et aussi l’objet de son amertume car non rĂ©connu Ă  sa juste mesure, celui qu’admirait Liszt et Wagner, ne connut jamais la gloire espĂ©rĂ©e. D’aprĂšs Virgile, Berlioz rĂ©gĂ©nĂšre la noblesse de la tragĂ©die inspirĂ©e par la Mythologie. Ses modĂšles sont Ă©videmment Gluck, – Ă©lĂ©gance et raffinement de la dĂ©clamation, expressivitĂ© dramatique infĂ©odant toute l’architecture musicale, – surtout Berlioz s’inspire de Rameau et de ses tragĂ©dies en musique, parmi les plus achevĂ©es : Hippolyte, Cator et Pollux, Les BorĂ©ades
 Berlioz prolonge le goĂ»t des timbres, le chant de l’orchestre, la souverainetĂ© de la musique, valeurs trĂšs affirmĂ©es chez le Dijonais baroque. En deux parties imposantes et expressives, oĂč c’est le texte et son intelligibilitĂ©, oĂč s’imposent les mouvements de l’orchestre, Les Troyens s’articulent d’abord par « La Prise de Troie » oĂč Cassandre se distingue par son humanitĂ© tragique ; puis dans « Les Troyens Ă  Carthage », volet final qui doit sa puissance poĂ©tique au portrait du couple maudit car impossible, Didon et ÉnĂ©e. Berlioz renouvelle aussi la leçon de Meyerbeer, ce grand opĂ©ra Ă  la française, comprenant divertissement, ballets, de grands tableaux collectifs qui contrastent avec l’intimitĂ© de duos, trios dĂ©chirants. Comme chez Meyerbeer, l’opĂ©ra de Berlioz est tragique et moral : rien ne rĂ©siste Ă  la marche de l’Histoire ; les grandes amoureuses (Didon) y sont sacrifiĂ©es, et laissĂ©es suicidaire face au hĂ©ros (EnĂ©e) qui suit son devoir, coĂ»te que coĂ»te. L’opĂ©ra s’achĂšve sur la mort de Didon, en un vaste incendie qui signifie la fin d’un monde, quand un autre se prĂ©cise : Rome car EnĂ©e quitte Didon pour fonder la nouvelle dominatrice de l’Europe

Il est des productions qui affirment dans les deux rĂŽles moteurs de Cassandre puis Didon, la mĂȘme interprĂšte, gageure pour la chanteuse, – dĂ©fi annoncĂ© qui s’est souvent rĂ©vĂ©lĂ© 
 suicidaire.

Heureusement Ă  notre avis, l’OpĂ©ra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprĂštes : StĂ©phanie d’Oustrac en Cassandre ; Elina Garanca en Didon. Chacune a son aimĂ©, ChorĂšbe, mĂąle martial habitĂ© par la grĂące et la tendresse (StĂ©phane Degout) ; Didon aime sans retour EnĂ©e (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scĂšne attendue certes, devrait dĂ©cevoir Ă  cause du metteur en scĂšne choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturĂ© et trĂšs confus devrait obscurcir la lisibilitĂ© du drame, cherchant souvent une grille complexe, lĂ  oĂč la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez dĂ©routant ; sa Carmen plus rĂ©cente, qui connaissait une fin rĂ©Ă©crite
 ont quand mĂȘme dĂ©concertĂ©. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scĂšne, plutĂŽt que l’on Ă©coute la beautĂ© de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre


LIRE notre dossier BERLIOZ 2019, 150 ans de la mort de Berlioz
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/lestroyens

LIVRE, événement, critique. Alma Rosé (Editions Notes de nuit, nov 2018)

ROSE-notes-de-nuit-livre-evenement-critique-livre-musique-par-classiquenews-Alma Rose livre musique critique livre par classiquenewsLIVRE, Ă©vĂ©nement, critique. Alma RosĂ© (Editions Notes de nuit, nov 2018). Alma Rosé  dĂ©jĂ  le prĂ©nom est
 malhĂ©rien. De fait, Alma, fille d’Arnold RosĂ© et de Justine, fut par cette derniĂšre la niĂšce de Gustav Mahler. Justine Ă©tant la soeur cadette du compositeur. Alma Mahler Ă©tait sa marraine. Le livre dans sa premiĂšre traduction en français dĂ©mĂȘle les noeuds d’une destinĂ©e unique et tragique, celle de la jeune autrichienne Alma RosĂ©, nĂ©e le 3 novembre 1906, violoniste (comme son pĂšre Arnold, fondateur du fameux quatuor Ă©ponyme, et premier violon du Philharmonique de Vienne Ă  l’époque oĂč Malher Ă©tait directeur de l’OpĂ©ra), et dĂ©portĂ©e Ă  Auschwitz, dirigea l’orchestre des femmes musiciennes. Le texte Ă©ditĂ© par Notes de nuit (publiĂ© en anglais au Canada en 2000) restitue ainsi pour la premiĂšre fois, les Ă©lĂ©ments d’une destinĂ©e artistique sacrifiĂ©e, comme il en eut tellement, broyĂ©e par la machine nazie, autant de piĂšces rassemblĂ©es patiemment par l’auteur et journaliste Richard Newman, vĂ©ritable enquĂȘteur, dont le but est de rĂ©tablir la trajectoire d’une artiste sensible et talentueuse, au charisme manifeste dont le profil s’est imposĂ© des annĂ©es aprĂšs sa disparition, grĂące Ă  son frĂšre Alfred que l’auteur a cĂŽtoyĂ© et dont il a recueilli les tĂ©moignages et documents qu’il avait en sa possession.

A partir de cette filiation fraternelle, se tisse un cheminement de mĂ©moire et de restitution particuliĂšrement soignĂ© et prĂ©cis qui ressuscite la famille RosĂ©, son activitĂ© artistique, et les choix de vie de sa sƓur Alma. Alors en plein essor profitant du contexte de la Vienne dorĂ©e au dĂ©but du siĂšcle, louĂ©e entre autres par Zweig
 puis pendant la pĂ©riode de l’entre deux guerres. Femme libre et moderne, Alma fonde un orchestre de femmes itinĂ©rant dans les annĂ©es 1930. Quand Hitler prend le pouvoir, ses parents, Arnold et Justine fuient Ă  Londres ; Alfred, aux USA, mais, presque insouciante, Alma poursuit sa carriĂšre aux Pays-Bas, puis arrĂȘtĂ©e en France, elle est dĂ©portĂ©e depuis Drancy Ă  Auschwitz, pour y mourir le 5 avril 1944 (Ă  37 ans).
Le texte admirable, tĂ©moigne d’une vie vouĂ©e Ă  la musique, en particulier dans le camp d’internement oĂč Alma s’épuise dans dans l’accomplissement de la tĂąche validĂ©e par les SS : construire l’orchestre de femmes, maintenir coĂ»te que coĂ»te son niveau, prĂ©senter des concerts
 Mais la trentenaire est vite rattrapĂ©e par les conditions terrifiantes de la captivitĂ© qui entretiennent le stress et l’épuisement. Tout est ainsi dĂ©voilĂ©, Ă  la lueur mĂ©lancolique et dĂ©chirante de la transcription de l’Etude en mi majeur de Chopin, jouĂ©e par Alma, avec un texte bouleversant de sa plume, – vĂ©ritable confession Ă  la fois poĂ©tique et dĂ©pressive (texte page 402 / 404).
Les nombreux tĂ©moignages des consƓurs d’Alma Ă  Auschwitz que l’auteur a retrouvĂ©es et dont il a recueilli les paroles (les musiciennes de l’orchestre de femmes du camp d’Auschwitz-Birkenau), reconstituent ce qui s’est passĂ© en avril 1944, comment la violoniste apprĂ©ciĂ©e, est morte et comment elle fut accompagnĂ©e dans la mort (ce qui tord le cou Ă  bon nombres d’inepties concentrĂ©es dans le tĂ©lĂ©film de 1980 de Daniel Mann). Autant de renseignements vĂ©rifiĂ©s qui complĂštent aussi le tĂ©moignage dĂ©jĂ  connu de Fania FĂ©nĂ©lon, prisonniĂšre aux cĂŽtĂ©s d’Alma (texte publiĂ© en 1976).
CLIC D'OR macaron 200L’auteur prĂ©cise le contexte d’une mort dont les conditions prĂ©cises Ă©taient demeurĂ©es incertaines : enfin le diagnostique est Ă©lucidĂ©. Au demeurant, le lecteur suit pas Ă  pas et goĂ»te le combat humaniste et fraternel d’une musicienne accomplie soucieuse de rĂ©aliser cet idĂ©al musical qu’elle s’était fixĂ©, au delĂ  du contexte et des condition de dĂ©tention : non par peur des SS (dont elle avait analyser le cynisme cruel avec une clairvoyance absolue et dĂ©sespĂ©rĂ©e), non par peur d’ĂȘtre gazĂ©e au moindre faux pas, mais pour l’amour de l’art, engagĂ©e Ă  servir le beau, et trouver grĂące Ă  la musique, la meilleure façon de mourir. Poignant et Ă©difiant.

 
 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. ALMA ROSÉ (1096-1944). DE VIENNE À AUSCHWITZ par Richard Newman & Karen Kirtley (Notes de Nuit, collection Le passĂ© immĂ©diat / parution : le 16 nov 2018, d’aprĂšs le texte paru en 2000 / traduction de l’anglais : A-S Homassel— BrochĂ© avec rabats. ISBN : 979-10-93176-15-4 – 494 p. Format : 22,5 x 15 cm. 22€ - CLIC de CLASSIQUENEWS dĂ©cembre 2018

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Plus d’infos sur le site de l’éditeur NOTES DE NUIT :
http://www.notesdenuit-editions.net/books/alma-rose-de-vienne-a-auschwitz/

CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, Ă©glise de Chazelles sur Lyon, juillet 2015)

concert-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-pergolesi-pergolese-stabat-mater-critique-cd-review-classiquenewsCD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, Ă©glise de Chazelles sur Lyon, juillet 2015). Artisan des mĂ©langes musicaux et des rencontres inĂ©dites, Franck-Emmanuel Comte et son ensemble sur instruments anciens Le Concert de l’Hostel-Dieu offrent une nouvelle lecture du Stabat Mater. DĂšs le dĂ©but, on relĂšve l’incisivitĂ© nouvelle du continuo, oĂč pointent cordes, orgue, basson dans un allant ardent, Ă©ruptif et remarquablement nuancĂ© ; d’abord c’est une formidable polyphonie traditionnelle napolitaine qui rappelle l’effusion et la compassion collective du peuple face au deuil dĂ©sespĂ©rĂ© de la MĂšre, avant que les volutes finement ciselĂ©es du cycle de duos et d’arias solos du jeune gĂ©nie Pergolesi ne se dĂ©ploient. Ferveur populaire en partage, tĂ©moignages individualisĂ©s ou en petit chƓur, le Stabat Mater est surtout une expĂ©rience du peuple. VoilĂ  une conception qui restitue Ă  la force poĂ©tique du texte un nouveau rĂ©alisme.
Les interprĂštes gardent Ă  l’esprit toujours la plainte et la priĂšre dans chaque sĂ©quence : on est trĂšs Ă©loignĂ© de la tentation dĂ©monstrative et virtuose de certaines chanteuses starifiĂ©es, plus extĂ©rieures que vraiment recueillies. On apprĂ©cie cette caractĂ©risation qui s’empare de chaque Ă©pisode : effusion Ă  2 voix du premier Stabat Mater ; prise Ă  tĂ©moin et dramatisme Ă©plorĂ© plus incarnĂ© dans le saisissant Cujus animam pour soprano seule : l’expression d’une douleur tangible, perpĂ©trĂ©e par le glaive qui transperce littĂ©ralement le corps et l’ñme de Marie


 
 
 

Polyphonies populaires, Stabat de Pergolesi
Franck-Emmanuel Comte au cƓur de la dĂ©votion lacrymale


 
 
 

L’alternance airs de Pergolesi et plainte collective des polyphonies chorales creuse la force dĂ©pressive d’un cycle de textes particuliĂšrement imagĂ©s, tous cĂ©lĂ©brant la souffrance de la MĂšre confrontĂ©e au corps sacrifiĂ© du Fils. Franck Emmanuel Comte ajoute plusieurs airs dĂ©ploratifs trĂšs intelligemment sĂ©lectionnĂ©s dont cette priĂšre de Donna Isabella (visiblement dĂ©possĂ©dĂ©e de ses chĂąteaux
), dont la douleur fait Ă©cho Ă  celle de la Vierge Ă©plorĂ©e : la mise en dialogue de ces piĂšces est trĂšs profitable. Elle apporte aux cĂŽtĂ©s du corpus sacrĂ© traditionnel, la rĂ©sonance populaire du peuple en souffrance.

Quand jaillit l’allure plus allĂšgre du Quae moerebat, chantĂ© par un baryton visiblement presque insouciant, le contraste est total. TrĂšs percutant, laissant s’épanouir ensuite la plainte plus langoureuse et insidieuse du Quis est homo ? sublime duo des deux voix fĂ©minines (soprano / contralto) qui plongent dans l’affliction la plus dĂ©sespĂ©rĂ©e
 puis leur rĂ©pondent tĂ©nor et baryton pour la conclusion de cette sĂ©quence, traitĂ©e comme un ensemble d’opĂ©ra ; mĂȘme dispositif Ă  plusieurs chanteurs pour le Fac ut ardeat (ailleurs communĂ©ment chantĂ© par le duo fĂ©minin). L’option du quintette vocal (dans le O Quam Tristis entre autres) renforce l’esprit de partage : les chanteurs exprimant la compassion que chacun ressent individuellement et collectivement. En associant un verset par type de voix, le sens du texte est formidablement investi, incarnĂ©, habitĂ©.
La tarentelle qui suit (A cantina) constitue comme un Ă©cho populaire Ă  la sidĂ©ration qui a prĂ©cĂ©dĂ© : c’est Ă  travers le chant du piccolo, la libĂ©ration d’un trop plain d’émotion, ne pouvant ĂȘtre dissipĂ© que dans la transe, nĂ©e d’une danse quasi frĂ©nĂ©tique.

Les effets d’échos, la spatialisation aussi des groupes de chanteurs (dans une prise de son trĂšs rĂ©verbĂ©rĂ©e, sous la voĂ»te d’une Ă©glise qui renforce encore le rĂ©alisme de cet enregistrement de l’étĂ© 2015) composent alors un vĂ©ritable opĂ©ra de la souffrance et des chants de dĂ©ploration. Le goĂ»t des timbres, l’écoute attentive au sens des textes, la diversitĂ© des formes musicales et chorales, sacrĂ©es, populaires (formidable scansion sur basse obstinĂ©e des tarentelles, dont La Cicerenella, exĂ©cutoire d’inspiration picaresque voire graveleuse )
 relĂšvent d’une conception trĂšs scrupuleuse et qui dans la rĂ©alisation des concerts qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ce disque, assure une indiscutable rĂ©ussite.
Avait-on Ă©coutĂ© jusque lĂ  une telle rĂ©gĂ©nĂ©ration du cycle du Stabat ? Franck-Emmanuel COMTE sait associer les corpus, trouve d’évidentes convergences des ferveurs, tisse au final un splendide voyage musical qui exprime le sublime nĂ© du populaire mĂȘlĂ© au sacrĂ© des textes canoniques.
La bascule dans une piĂ©tĂ© plus profane, voire sensuelle (aux images Ă©rotiques cf. La Carpinese, tarentelle qui chante aussi l’émancipation de la femme sensuellement maĂźtresse de son corps) s’affirme ici, offrant de superbes contrastes tout au long du programme dont le volet le plus extatique pourrait ĂȘtre le dernier duo fĂ©minin, Ă©lĂ©vation spirituelle d’une ineffable caresse (Quando corpus), oĂč c’est l’ñme du Fils et de sa mĂšre qui prendre leur envol, immatĂ©rialitĂ© du renoncement, aprĂšs les vertiges d’une douleur incommensurable.

CLIC D'OR macaron 200 
 
 
RECHERCHE JUBILATOIRE

Chef et ensemble indiquent aujourd’hui une voie passionnante de la recherche actuelle associĂ©e Ă  la pratique des instruments d’époque : cette cĂ©lĂ©bration collective, apparemment Ă©clectique, pourrait tout Ă  fait avoir Ă©tĂ© choisie par les musiciens du XVIIIĂš, dans les sociĂ©tĂ©s de musique (telle l’AcadĂ©mie du Concert Ă  Lyon), oĂč le Stabat Mater de Pergolesi fut ainsi rĂ©adaptĂ© en fonction du goĂ»t et des ressources locales. En s’appuyant sur le fonds de la BibliothĂšque Municipale de Lyon, Franck-Emmanuel Comte propose une recontextualisation bĂ©nĂ©fique et rĂ©gĂ©nĂ©ratrice d’un texte traditionnel de la ferveur sacrĂ©e : le Stabat Mater de PergolĂšse rĂ©appropriĂ© par les lyonnais, complĂ©tĂ© par plusieurs polyphonies traditionnelles, et d’irrĂ©sistibles tarentelles, gagne ainsi une dramaturgie textuelle particuliĂšrement percutante ; de ce mĂ©tissage populaire /savant, Ă  travers l’histoire des pratiques selon les Ă©poques, les interprĂštes font surgir l’ñme mĂȘme du Baroque : sa facultĂ© Ă  exprimer les passions humaines, ici dĂ©votion, compassion. La justesse de l’approche est indiscutable. Et savoureuse.

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CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, Ă©glise de Chazelles sur Lyon, juillet 2015) – CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

 

 

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 
 
 
 

 

CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015)

WEBER-concertos-symphonie-orchestre-victor-hugo-verdier--1-cd-klarthe-records-critique-cd-review-par-classiquenewsCD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015). VoilĂ  un programme passionnant en ce qu’il s’intĂ©resse Ă  l’exploration instrumentale de Weber, en particulier Ă  travers ses rencontres avec des instrumentistes d’envergure Ă  Munich en 1811
 On oublie trop souvent l’essai symphonique de l’auteur du FreischĂŒtz (1821), opĂ©ra fantastique qui doit sa puissance onirique Ă  son Ă©criture orchestrale. Ici, la verve et l’imagination dont fait preuve Carl Maria dans son premier opus symphonique, Ă©tonne et saisit l’écoute. Ce nouvel opus discographique est Ă  classer au nombre des meilleures rĂ©alisations de l’Orchestre Victor Hugo et son directeur musical Jean-François Verdier qui dĂ©ploient une implication communicative dans chaque Ă©pisode, symphonique et concertant, Ă©clairant chez Weber, cette intelligence critique, exploratrice de nouvelles sonoritĂ©s instrumentales autant que climatiques.

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberCarl Maria von Weber y gagne un nouveau visage, celui d’un apprenti sorcier, amateur de timbres associĂ©s, souvent inĂ©dits. Ainsi l’apport de cette Symphonie n°1
 L’élĂšve de l’abbĂ© Vogler Ă  Vienne s’y montre douĂ© pour les Ă©vocations frĂ©missantes, aussi dignes de Schubert que de Mendelssohn. Le futur directeur de l’OpĂ©ra allemand Ă  Dresde dĂ©montre une rĂ©elle facilitĂ© dramatique, hautement thĂ©Ăątrale mĂȘme qui innerve son Ă©criture symphonique, ce dĂšs le premier mouvement, Ă  la fois solennel et palpitant, d’une Ă©vidente grandeur, jamais dĂ©monstrative. DatĂ©e de 1807 (mais publiĂ©e en 1812, et trĂšs critiquĂ©e par son auteur, plus investi dans l’opĂ©ra), c’est Ă  dire oeuvre de jeunesse, la Symphonie n°1 rayonne d’un sentiment de conquĂȘte et de jubilation qui Ă©lectrise mĂȘme une Ă©criture brillante (en ut), dont le second mouvement indique le sens de la coloration et d’une certaine intĂ©rioritĂ© pastorale (solos instrumentaux dont le hautbois). DĂ©bridĂ©e, dĂ©cousue, la Symphonie n’a pas il est vrai l’ossature ni la cohĂ©rence architecturĂ©e de ses ouvertures d’opĂ©ras.

  
 
 

WEBER, symphoniste concertant expérimental

  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Plus mĂ»re, l’écriture du Concerto pour clarinette n°2, affirme un tempĂ©rament virtuose qui cĂ©lĂšbre alors le talent d’un clarinettiste devenu ami, rencontrĂ© en 1811 Ă  Munich, Heinrich BĂ€rmann (mort en 1847) dont l’instrument Ă  10 clĂ©s lui permettait de faire briller une technique vĂ©loce Ă  la sonoritĂ© moelleuse, y compris dans les passages les plus redoutables (suraigus / trĂšs graves). L’opus 74 crĂ©Ă© en novembre 1811, explore grĂące au soliste au jeu vertigineux autant qu’enchanteur, toutes les facettes expressives de la clarinette, qu’il associe amoureusement et sensuellement aux timbres de l’orchestre (cor et basson en particulier). L’intĂ©rioritĂ© et la profondeur du jeu de Nicolas Baldeyrou Ă©clairent la souple Ă©lĂ©gance, Ă  la fois noble et enivrĂ©e du mouvement central (Romanza) ; la couleur et le caractĂšre parfaitement Ă©noncĂ©s Ă©cartent dĂ©finitivement l’éclat viennois et son essence virtuose vers un sentiment rayonnant et intĂ©rieur, totalement
 souverainement romantique (et qui s’apparente dans le chant de plus en plus extatique de la clarinette Ă  un vaste lamento d’opĂ©ra). Le Rondo (alla Polacca) frappe lui aussi par sa forte caractĂ©risation. L’accord entre le soliste et l’orchestre est idĂ©al.

Le Concerto pour cor magnifiquement ciselĂ© et articulĂ© par le soliste David Guerrier confirme que le label Klarthe est bien celui des grandes personnalitĂ©s solistiques, capables de marquer l’écriture concertante par leur engagement et leur vision, un geste singulier et recrĂ©atif d’une grande portĂ©e poĂ©tique ; il informe aussi que Weber connaĂźt bien le caractĂšre chantant de l’instrument pour lequel il crĂ©e des modulations et des passages harmoniques d’une souple profondeur (mouvement central : Andante con moto) ; on distinguera surtout l’éloquence typĂ©e, d’un tempĂ©rament inouĂŻ du dernier mouvement lui aussi « alla Polacca », oĂč le soliste Ă©poustoufle par sa virtuositĂ© trĂšs incarnĂ©e et personnelle.

La recherche de couleur et de sonoritĂ© magicienne se dĂ©ploie dans l’Adagio et rondo pour harmonica de verre d’une noblesse suspendue grĂące au talent du soliste ici (Thomas Bloch), d’une sensibilitĂ© Ă©vanescente et iridescente mĂȘme comme l’est ce diptyque en tout point enivrant (1811). Weber fait preuve d’une curiositĂ© quasi expĂ©rimentale, jouant avec le son flĂ»tĂ© et d’orgue, comme un carillon lointain aux teintes filigranĂ©es auxquelles rĂ©pond l’orchestre lui aussi diaphane (en particulier dans les rĂ©ponses de la premiĂšre moitiĂ© du Rondo / Allegretto final). RĂ©jouissant et original programme.

  
 
 

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (cor, clarinette)
 Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction (1 cd Klarthe records, enregistrement rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2015)

Carl Maria von Weber :
Symphonie n°1 en do majeur, op.19
Concertino en mi mineur pour cor et orchestre, op.45 (David Guerrier, cor)
Adagio et rondo en fa pour glass harmonica et orchestre (Thomas Bloch, glass harmonica)
Concerto n°2 en mi bémol majeur pour clarinette et orchestre, op.74 (Nicolas Baldeyrou, clarinette)
Orchestre Victor Hugo
Jean-François Verdier, direction

  
 
 

PLUS D’INFOS : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/weber-detail

  
 
 

  
 
 

CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

C’est cependant une vue de l’esprit assez dĂ©formante et donc idĂ©alisante qui prĂ©sente un jeune couple Ă  la campagne, un rien naĂŻf et tendre
 qui bouleverse alors le public et est la proie d’un faux « devin », ou mage autoproclamé  DĂ©tente heureuse, au charme sans ambition, Le devin du village touche immĂ©diatement l’audience : l’Ɠuvre a trouvĂ© son public. En 1753, Ă  Paris, augmentĂ©e d’une ouverture et d’un divertissement final, l’opĂ©ra de Rousseau prend mĂȘme des allures de nouveau manifeste esthĂ©tique, opposĂ© dĂ©sormais au genre tragique ; car Ă  Paris, sĂ©vit la Querelle des Bouffons : les Italiens (troupe de Bambini) prĂ©sentent alors Ă  l’AcadĂ©mie royale, comme un festival, tout un cycle d’oeuvres inĂ©dites, toutes comĂ©dies en musique, dont La serva Padrona, joyau raffinĂ© et badin du gĂ©nial Pergolesi. C’est surtout l’écriture aux mĂ©lodies simples et aux usages directs (forme rondeau) et aussi le choix du français comme langue chantĂ©e
 qui surprennent le public. Alors mĂȘme que Rousseau avait dĂ©clarĂ© de façon dĂ©finitive (mais avant de dĂ©couvrir Gluck au dĂ©but des annĂ©es 1770, soit 20 ans aprĂšs), que l’Italien se prĂȘtait mieux Ă  l’opĂ©ra que la langue de Corneille. Mais Rousseau n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs : ‘le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable Ă  toute oreille non prĂ©venue’ (Lettre sur la musique française, 1753).
RĂ©alisme touchant, langue enfin rĂ©conciliĂ©e avec les dĂ©fis de sa dĂ©clamation, 
 les arguments de ce « Devin » sont Ă©vidents, indiscutables. Le triomphe que suscite rapidement la partition, la rend incontournable : claire emblĂšme opposĂ© au grand genre tragique d’un Rameau, qui fut autant admirĂ© que dĂ©testĂ© par Rousseau.

Qu’en pensez en 2018, au moment oĂč est publiĂ©e cette lecture rĂ©alisĂ©e en juillet 2017 ? On remercie enfin la direction artistique du ChĂąteau de Versailles de nous offrir dans son jus, sur instruments d’époque, et sur la scĂšne oĂč elle fut reprise et jouĂ©e par Marie-Antoinette en son Ă©crin de Trianon (le petit thĂ©Ăątre de la reine toujours d’origine), la piĂšce de Rousseau : de fait, simple, franche, d’une modestie qui touche immĂ©diatement.

La partition est d’autant plus importante dans l’histoire de la musique en France et en Europe que c’est son adaptation parodique dĂšs 1753 (par Madame Favart), intitulĂ©e « Les amours de Bastien et Bastienne » qui inspirera le premier opĂ©ra de 
 Mozart. La conception de Rousseau est donc loin de n’ĂȘtre qu’anecdotique. Aujourd’hui on goĂ»te son humilitĂ© Ă  l‘aulne de son destin spectaculaire. Voir cette partition, bluette sans ambition, mais joyau d’une esthĂ©tique qui a rĂ©volutionnĂ© l’opĂ©ra français, entre Rameau et Gluck, comble un vide important, d’autant que le dvd complĂ©mentaire, ajoute Ă  l’écoute du cd, la rĂ©vĂ©lation de ce que furent les reprises par Marie-Antoinette, jouant elle-mĂȘme Ă  la bergĂšre et chantant les airs de Colette
 A croire que effectivement, Rousseau Ă©tait moderne, 30 annĂ©es auparavant, adorĂ© par le Reine qui vint se recueillir sur son mausolĂ©e d’Ermenonville dĂšs 1780.
Le cd et le dvd de ce coffret trĂšs recommandable ajoute donc Ă  notre connaissance prĂ©cise d’un monument de la musique française propre aux annĂ©es 1750, encore adulĂ© par les souverains juste avant la RĂ©volution. Belle rĂ©alisation qui comble enfin une criante lacune.

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CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

CD, critique. Evénement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon)

seong jin cho mozart nezet seguin cd dg critique review cd par classiquenewsCD, critique. EvĂ©nement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon) Evidemment l’accompagnement (et davantage du maestro quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, mozartien de premier plan, depuis son intĂ©grale lyrique en cours depuis Baden Baden chaque Ă©tĂ© avec Rolando Villazon) est un « plus » dĂ©cisif, pour un jeune pianiste. Mais le tempĂ©rament de ce dernier Ă©vite bien des erreurs que d’autres, parmi ses confrĂšres surtout asiatiques, cultivent malgrĂ© leur cĂ©lĂ©britĂ© : Jin Cho collectionne, lui, avec une attention peut-ĂȘtre encore trop prĂ©cautionneuse, Ă  l’inverse de ses confrĂšres (et consoeurs), une pudeur, et une retenue qui sait aussi s’exprimer dans le clavier. Son refus de la pure virtuositĂ©, soeur d’une ineffable et bien prĂ©sente intĂ©rioritĂ© fait miracle ici, car ce Mozart de 1785 (Concerto), d’une maturitĂ© experte et si intensĂ©ment poĂ©tique, expose Ă  nu ; rĂ©vĂšle les limites d’un jeu sans Ăąme. Rien de tel chez le jeune corĂ©en, dĂ©jĂ  remarquĂ© pour ses audaces et introspections chopiniennes et qui gagne dans ce nouveau programme d’indiscutables palmes mozartiennes. CrĂ©Ă© Ă  Vienne par Wolfgang lui-mĂȘme, le Concerto n°20 est un sommet d’élĂ©gance et de profondeur, un mariage inouĂŻ entre sĂ©duction et vĂ©ritĂ©. A 29 ans, Mozart dĂ©montre un gĂ©nie inclassable, traversĂ© comme personne par la grĂące la plus pure. En mode mineur comme le K 491 (rĂ© mineur), il ouvre la voie des piĂšce maĂźtresse de l’histoire de la musique, comme est essentielle aussi, par sa couleur et sa progression architecturĂ©e, le Symphonie unique de Franck.

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81Par son innocence Ă©perdue qui affleure dans le mouvement central, le Concerto fait de son essence tragique, un miroitement pudique constellĂ© de nuances tendres. Une telle palette d’émotions et d’accents millimĂ©trĂ©s s’entend rarement chez les interprĂštes. Or cela est palpable dans le jeu du corĂ©en, dans ses audaces (variations libres du premier mouvement) et dans son respect scrupuleux des dynamiques. Le Concerto n°20 est parmi les plus bouleversants de Wolfgang, touchant et au delĂ  par sa profondeur tragique, une sincĂ©ritĂ© qui dĂ©sarme et saisit par sa justesse. La finesse d’intonation du jeu pianistique suscite l’admiration par son Ă©quilibre, sa mesure, et aussi une simplicitĂ© du style qui s’écarte comme on a dit de l’arĂšne plus commune et pourtant largement mĂ©diatisĂ©e dĂ©fendue par ses confrĂšres et consoeur asiatiques, surtout chinois. A chacun de deviner (les pianistes de Chine ne sont pas si nombreux actuellement). Le corĂ©en sait demeurer pudique, presque secret, apportant la tendresse et l’humanitĂ©, la gravitas et cette innocence qui est insouciance, tant vĂ©nĂ©rĂ©e et sublimĂ©e par l’écriture du divin Wolfgang.

 

 

 

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  AprĂšs la complicitĂ© et l’écoute rĂ©solument chambriste qui unit soliste et chef dans le Concerto n°20, voici deux Sonates parmi les plus redoutables, ne serait-ce que par l’étendue lĂ  encore des couleurs contrastĂ©es. Dans la PremiĂšre sonate (K281), le pianiste saisit le caractĂšre fantasque du dernier mouvement ; ses Ă©lans tenant du caprice (Rondo – Allegro, plage 6).

L’ultime sonate du programme K332 a cette lĂ©gĂšretĂ© tragique et chantante et grave qui rĂ©vĂšle l’interprĂšte capable de vrais Ă©clairages intĂ©rieurs, d’une Ă©loquence tendre et toujours Ă  l’Ă©coute du cƓur.
Pourtant parfois on aimerait une ciselure plus nuancĂ©e encore de l’Ă©criture allegro. Une articulation plus proche de la parole et de l’intonation Ă©motionnelle. Mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la sensibilitĂ© inspire une approche tĂ©nue proche de l’intime, cultivant l’extrĂȘme dĂ©licatesse pudique qui renvoie au Schubert le plus rĂȘveur et le plus introspectif.
Pourtant jeune et nouveau sur la planĂšte Mozart, le jeune corĂ©en surprend par son attention Ă  la clartĂ© pudique, Ă  l’intonation  rentrĂ©e, parfois secrĂšte, dĂ©barrassĂ©e de toute affectation, une bouleversante sincĂ©ritĂ© qui se rĂ©vĂšle vĂ©ritablement dans le mouvement central de la K332, d’une tendresse enivrante, idĂ©alement inscrite dans les replis d’un songe intime.
VCLIC D'OR macaron 200oilĂ  donc une remarquable lecture mozartienne. Celui qui s’est jusque la affirmĂ© non sans arguments chez Chopin, dĂ©voile ici des affinitĂ©s Ă©videntes chez Wolfgang entre candeur et vĂ©ritĂ©. Bouleversant d’intelligence et de nuance sans l’artifice de la pure dĂ©monstration technicienne. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

 

 

 

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CD, événement, critique. Seong-Jin Cho, piano. Mozart: Piano Concerto No. 20, K. 466; Piano Sonatas, K. 281 & 332. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nézet-Séguin, direction. 1 cd DG Deutsche Grammophon.

 

 

 

CD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd)

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonoritĂ© trĂšs chaleureuse, opulente mĂȘme du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une Ă©criture trĂšs poĂ©tique presque diaphane, Ă©vanescente comme un glacis des paysages recomposĂ©s de Watteau
 La caractĂ©risation des danses, au caractĂšre quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce dĂ©but XVIIIĂš encore trĂšs nostalgique-, est idĂ©ale, dans l’articulation, la dĂ©termination expressive, le dĂ©tail du discours et des effets rhĂ©toriques, ne serait ce que dans un seul Ă©pisode emblĂ©matique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte
 rĂ©sumĂ© et synthĂšse de l’inclination de Rebel pour les univers poĂ©tiques et tendres, propre Ă  sa suite Terpsichore de 1721.

rebel_watteau_gravure_musiqueLes Plaisirs champĂȘtre de 1724 indiquent une autre sensibilitĂ© : plus Ă©lĂ©giaque et d’un abandon sensuel qui convoque l’extase des bergers. Tout un monde rĂȘvĂ© par Boucher et bientĂŽt mis en oeuvre par Marie-Antoinette dans son Ă©crin illusoire de Trianon. L’évocation fourmille d’idĂ©es et de motifs caressants surtout portĂ©s par les hautbois. L’ivresse et ce dĂ©sir d’oubli comme de rĂ©enchantement (sublime Chaconne, plage 33) dans l’esprit de Lully mais plus onctueuse encore et nerveuse aussi ; revivifiĂ©e mĂȘme, comme une surenchĂšre dans les autres Chaconnes, plage 39 et surtout 44 de la Fantaisie de 1729) se rĂ©alise grĂące au geste souple et trĂšs caractĂ©risĂ© de Savall et des instrumentistes rĂ©unis autour de lui (les musiciens du Concert des Nations / Manfredo Kraemer, violon solo et leader). L’éloquence et la comprĂ©hension qu’apporte Savall, sa curiositĂ© et sa restitution gourmande, gorgĂ©e de si dĂ©lectables couleurs, composent ici le plus bel hommage Ă  l’orchestre de Louis XV, un thĂšme qu’il avait dĂ©jĂ  traitĂ© dans un cycle tout aussi convaincant.

telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017L’élĂ©gance et la virtuositĂ© nerveuse voire la frĂ©nĂ©sie graduelle de Teleman s’exprime outrageusement dans la Suite La Bizarre, en particulier dans l’urgence trĂ©pidante du Rossignol. Puis la Partie III de Tafelmusik (1733) rappelle combien Ă  l’époque du premier opĂ©ra visionnaire et scandaleux de Rameau (Hippolyte et Aricie), l’éclectique Telemann savait aussi, comme Rebel offrir une relecture personnelle et puissante du style versaillais lullyste (ouverture, plage 45). Cette sĂ©quence est la plus audacieuse de notre point de vue, fruit d’une pensĂ©e musicale qui interroge le sens mĂȘme d’un cycle musical, Ă  la pulsion dĂ©bordante, voire frĂ©nĂ©tique, construite comme un vaste crescendo : de l’ouverture noble, au badinage fugace, contrastant avec des postillons enjouĂ©s et dĂ©lurĂ©s; surtout vers la conclusion notĂ©e « furioso », comme une apothĂ©ose de la danse.
Les phrasĂ©s de cette sĂ©quence premiĂšre, entre noblesse, Ă©lĂ©gance, abandon, dĂ©tente, tension et rĂ©exposition sont tout simplement jubilatoires. Tout l’esprit de Terpsichore, de la danse souveraine, de la musique pure, de sa surenchĂšre et parfois de son exaspĂ©ration critique, se dĂ©ploie en libertĂ©. Quel gĂ©nie, contemporain du dĂ©terminant Rameau. Il faut toute l’intelligence de Savall pour nous en rĂ©vĂ©ler les subtilitĂ©s chorĂ©graphiques, sublimement musicale. Pas un Français dans l’Hexagone, ne serait capable d’une telle finesse d’intonation : lĂ  om les chefs gaulois actuels s’entĂȘtent dans la duretĂ©, la sĂ©cheresse souvent mĂ©canique du geste, le catalan nous rĂ©apprend, Ă  prĂ©sent que Harnoncourt nous a quittĂ©, toute la caresse d’un galbe interprĂ©tatif, entre abandon nostalgique, et vivacitĂ© poĂ©tique (« bergerie », plage 46). Le maestro sait faire chanter, nuances, accents, phrasĂ©s Ă  l’envi, son cher orchestre. Superlatif. CLCI de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

 
   
 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. TERPSICHORE : ballets de Telemann, Rebel, Apothéose de la Danse Baroque. Le Concert des Nations. Jordi Savall (Graz, juil 2017, 1 cd Alia Vox). CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018).

 
 
 

ALIA VOX
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/terpsichore/

 
 
 

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Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenews

 
 
 

CD, critique. BERLIOZ : Roméo et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media)

BERLIOZ ROMEO JULIETTE SAN FRANCISCO SYMPH ORCHESTRA TILSON THOMAS cd reviex critique cd classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : RomĂ©o et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media). Pas facile de rĂ©ussir une partition emblĂ©matique du gĂ©nie berliozien, ni opĂ©ra, ni oratorio, presque lĂ©gende dramatique, plutĂŽt ample poĂšme symphonique et lyrique ( : ainsi en est-il de la crĂ©ation chez Hector : innover toujours des formes musicales, repousser toujours plus loin les possibilitĂ©s et performances expressives de l’orchestre. RomĂ©o et Juliette exprime ainsi la passion de Berlioz pour Shalespeare, et aussi sa facilitĂ© Ă  inventer : l’opus 17 est donc intitulĂ© « symphonie dramatique », prĂ©cisĂ©ment « symphonie avec choeur » : tout commence et tout revient au chant de l’orchestre. L’ouvrage entre la symphoniqe et l’opĂ©ra, est amorcĂ© dĂšs 1839 et rĂ©visĂ©e encore en 
 1846. En 1827, au ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, Berlioz ĂągĂ© de 23 ans, dĂ©couvre la piĂšce RomĂ©o et Juliette dont le rĂŽle est incarnĂ© par l’actrice irlandaise Harriet Smithson : tous les parisiens romantiques en tombent amoureux dont Hector le premier qui fixe sur elle, l’ensemble de ses dĂ©sirs et fantasmes les plus fous. Harriet incarne aussi OphĂ©lie et DesdĂ©mone, dans Hamlet et Otello. Ce Festival Shakespeare impressionne Berlioz qui entend en traduire la force et la sincĂ©ritĂ© dans sa propre oeuvre symphonique. Les deux se marient finalement en 1833, pour se sĂ©parer en 1840 ; Harriet sombrant peu Ă  peu dans l’alcoolisme.
AprĂšs le don de 20 000 francs allouĂ© par l’altiste violoniste Paganini Ă  Berlioz (aprĂšs Ă©coute de Harold en Italie), le compositeur français, plus Ă  l’aise financiĂšrement, peut en 1839 rĂ©viser sĂ©rieusement la premiĂšre version de RomĂ©o et Juliette. Il y fusionne fantaisie, intensitĂ©, nouveautĂ© symphonique. En 3 parties et 8 mouvements, la frsque orchestrale d’un nouveau genre, Ă©voque avec passion le climat de VĂ©rone Ă  l’heure des querelles entre Montaigus et Capulets. Refroidi par l’échec de son opĂ©ra italien Benvenuto Cellini, Berlioz prĂ©fĂšre produire une nouvelle forme de spectacle musical total.
Le dĂ©fi essentiel pour le chef est d’exprimer par le seul chant de l’orchestre les passions sensuelles et tragiques du couple mythique, RomĂ©o et Juliette, aussi Ă©perdu qu’impuissant. Ainsi les duos d’amour, de dĂ©sespoir solitaire sont confiĂ©s Ă  l’orchestre. Les instruments permettent un imaginaire sans limite, sans la frontiĂšre du mot qui tend Ă  circonscrire toute poĂ©sie. C’est pourquoi il faut un maestro d’une prĂ©cision suggestive idĂ©ale, un orfĂšvre, un architecte, et surtout un
 poĂšte ; capable de nuances, de phrasĂ©s, de souffle autant que d’accents. Osons dire ici que Michael Tilson-Thomas trouve des couleurs trĂšs justes, en particulier dans l’épisode central de la partie 2 (Au jardin des Capulet : la scĂšne d’amour), ou encore la sĂ©quence II de la partie 3 (Romeo sur la tombe des Capulets)
 Il manque cependant une finesse et une diversitĂ© expressive dans l’approche et l’intonation ; manque qui tend Ă  lisser tout l’édifice et le chant orchestral, lequel finit par sonner dur, tendu, sans guĂšre de subtilitĂ© ambivalente. NĂ©anmoins pour un orchestre amĂ©ricain, peu familier de ce rĂ©pertoire, saluons l’engagement et le nerf gĂ©nĂ©ral du dĂ©but Ă  la fin, en particulier l’énergie et la dĂ©termination des cordes dĂšs l’Introduction. CĂŽtĂ© soliste, le mezzo charnu de Sasha Cooke porte l’extrĂȘme sensualitĂ© du premier air (Ă©voquant les premiers transports, premiers Ă©mois des deux amants) ; son français cependant est moins intelligible que l’excellent chƓur maison (San Francisco Symphony Chorus), ou que celui de son compatriote Nicholas Phan, tĂ©nor fin et racĂ©. Une version trĂšs honnĂȘtement dĂ©fendue, et qui vaut surtout par l’engagement du chƓur, et la bonne tenue du collectif orchestral californien.

 

 
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CD, critique. BERLIOZ : Roméo et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media)

 

 
 

 
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VOIR la video sur le site du SAN FRANCISCO SYMPH ORCHESTRA / MT THOMAS
https://www.sfsymphony.org/Berlioz?fbclid=IwAR1dBMxkxWKXohq3v4w9VuaupjV6AoWmjMTFjldgcP7Q1ViSbUnQpblsVZk

 

 
 

 
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San Francisco Symphony‹Michael Tilson Thomas
Sasha Cooke, mezzo-soprano‹
Nicholas Phan, tenor
‹Luca Pisaroni, bass-baritone
San Francisco Symphony Chorus

Roméo et Juliet, Opus 17

Part 1

I. Introduction and Prologue

Part 2
‹II. Romeo Alone—Festivity at the Capulets’
‹III. The Capulets’ Garden—Love Scene
‹IV. Scherzo: Queen Mab

Part 3‹
I. Second Prologue—Juliet’s Funeral Cortùge‹
II. Romeo in the Tomb of the Capulets
‹III. Finale: Brawl between the Capulets and the Montagues
‹IV. Friar Laurence’s Recitative and Aria
‹V. Oath of Reconciliation

Total Playing Time: 01:44:31

CD événement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca). 20 ans aprĂšs son premier album, lĂ©gendaire, historique, dĂ©diĂ© Ă  la furiĂ  du Pretre Rosso, Antonio Vivaldi le VĂ©nitien (maĂźtre de choeur Ă  l’Ospedale de la PietĂ ), « La » Bartoli, mezzo romaine Ă  l’agilitĂ© expressive irrĂ©sistible, rĂ©cidive et publie en novembre 2018, un second opus VIVALDI, avec ensemble sur instruments d’époque. En 2018, ce nouveau cycle d’inĂ©dits et de perles lyriques oubliĂ©es, accomplit-il un second prodige ? Va-t-il susciter le mĂȘme engouement (et les mĂȘmes ventes, historiques en 1999 : 700 000 exemplaires alors achetĂ©s) ?

 
 
 

LIRE notre dĂ©pĂȘche annonçant les projets cd de Cecilia Bartoli dont ce nouvel album VIVALDI 2018
http://www.classiquenews.com/cd-decca-news-les-3-nouveaux-cd-de-cecilia-bartoli-rossini-camarena-vivaldi-ii/

En moins d’une heure, le nouveau cd collectionne les arias vivaldiens, avec fureur et virtuositĂ©, ou intĂ©rioritĂ© et pudeur, selon la rĂšgle souveraine des contrastes. On note moins d’airs de pure bravoura, dĂ©montrant l’énergique coloratoura dont Bartoli est devenue un emblĂšme contemporain en particulier dans le rĂ©pertoire baroque
 et jusqu’au bel canto bellinien.

 
 
 

LIRE notre article «  premiÚres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018 » (6 nov 2018)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-bartoli-vivaldi-ii-decca/

vivaldi opera giustinoLa diva en 2018 prolonge les qualitĂ©s de 1999 : une sorte de souplesse surexpressive qui par la force des choses est devenue naturelle, tel un ruban vocal Ă  la fois martelĂ© et suave. Ainsi comme nous l’avions dĂ©jĂ  observĂ© dĂšs dĂ©but novembre (premiĂšres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018), la mezzo dĂ©ploie une belle diversitĂ© de nuances propres Ă  l’articulation et Ă  la caractĂ©risation de chaque : comme l’écrivait le 6 novembre 2018 notre rĂ©dacteur Lucas Irom : « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in villa (1713 : un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ? C’est un peintre du coeur humain parmi le splus inspirĂ©s
 autant que BACH ou Haendel. Cecilia Bartoli enflamme les esprits dans le registre cantabile, ici suivant les pas du castrat crĂ©ateur Bartolomeo Bartoli.

 
 
   
 
 

BARTOLI 2018
Une voix qui s’est durcie et resserrĂ©e, avec des aigus durs, mais


Des phrasés toujours aussi magiciens

 
 
   
 
 

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur  »

Nous n’en dirons pas davantage, sauf Ă©videmment, une maĂźtrise intacte malgrĂ© l’oeuvre des annĂ©es (20 ans ont passĂ©) dans l’émission des phrasĂ©s (toujours trĂšs convaincants) rĂ©vĂ©lant un souci dĂ©lectable du texte. La couleur et le caractĂšre de chaque situation sont idĂ©alement compris et magnifiquement incarnĂ©s. Brava signora Bartoli.

 
 
   
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca – 58 mn).

 
 
 
bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review

 
 
   
 
 

DĂ©tail du programme :

 
 
 

Argippo, RV 697
1 « Se lento ancora il fulmine », Zanaida

Orlando furioso, RV 728
2 « Sol da te, mio dolce amore », Ruggiero

Orlando furioso RV Anh. 84 (version 1713-1714, attribuée à Ristori)
3 « Ah fuggi rapido », Astolfo

Il Giustino, RV 717
4 « VedrĂČ con mio diletto », Anastasio

La Silvia, RV 734
5 « Quell’augellin che canta », Silvia

Ottone in villa, RV 729
6 « Leggi almeno, tiranna infedele », Caio

La VeritĂ  in cimento, RV 739
7 « Solo quella guancia bella », Rosane

Andromeda liberata, RV Anh. 117
8 « Sovvente il sole », Perseo

Tito Manlio, RV 738
9 « Combatta un gentil cor », Lucio

Catone in Utica, RV 705
10 « Se mai senti spirarti sul volto », Cesare

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Ensemble Matheus / Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

1 CD Decca 2018
58mn

 
 
 

CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

YUJA WANG berlin recital dg critique cd review cd classiquenewsCD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon). Virtuose, la pianiste chinoise Yuja Wang l’est incontestablement. DĂšs le martial et trĂšs affirmĂ© premier PrĂ©lude du programme (Opus 23 n°5), la vitalitĂ© et l’ancrage du jeu dans le clavier sont convicancants. Ensuite dans les deux suivants, plus flottants voire Ă©vanescents, entre l’ombre et la pĂ©nombre, les doigts peinent Ă  suggĂ©rer, Ă  exprimer l’inquiĂ©tude sourde qui soustend le texte. Le dernier opus 32 n°10, rĂ©solument introspectif et mĂ©lancolique, osons dire que l’interprĂšte martĂšle ses forte d’une Ă©gale maniĂšre, carillonnant certes mais n’atteignant pas Ă  cette matiĂšre sonore en incandescence, imaginĂ©e par le trĂšs inquiet Rachma, russe dĂ©racinĂ© et toujours nostalgique de la terre natale. Le jeu perd le fil, les doigts se prĂ©cipitent manquant rĂ©ellement de nuances et de construction. On ne sait guĂšre oĂč souhaite nous mener la pianiste. Rachmaninov et son mystĂšre lui Ă©chappent.

La matiĂšre plus abstraite encore de la Sonate de Scriabine (n°10 opus 70, plus de 11 mn), qui passe et traverse d’un univers mental et spirituel Ă  l’autre, en une instabilitĂ© elle aussi permanente, mais plus interrogative que vraiment inquiĂšte, manque de ductilitĂ© nuancĂ©e, de velours caressant. Tout est jouĂ© net, vif, nerveux, prĂ©cis certes, mais avec linĂ©aritĂ© trop manifeste. Pas assez de suggestion.

Evidemment le relief percussif et rythmique des 3 Ligeti (surtout le premier « Touches bloquĂ©es »), lui va nettement mieux, car ici il n’y a pas vraiment d’enjeu expressif, mais une scansion rĂ©pĂ©titive (les glissandi miroitants de « Vertige ») qui menace l’équilibre et la structure temporelle comme le cadre du dĂ©veloppement formel. Mais l’expressivitĂ© toujours trop clairement dĂ©monstrative finit par 
fatiguer. Dommage.

ImmatĂ©rielle et elle aussi abstraite mais sans enjeu spirituel comme celle de Scriabine, la Sonate n°8 de Prokofiev, dĂšs l’Andante dolce, pourtant dĂ©veloppĂ©e, manque rĂ©ellement de nuance, d’arriĂšres plans, d’ombres. La pianiste semble y trouver un jeu pour faire briller sa digitalitĂ© experte (main gauche), mais
 creuse. DĂ©ception. Ce rĂ©cital Ă  Berlin n’a pas rĂ©pondu Ă  nos attentes. Yuja Wang a-t-elle raison de poursuivre dans le rĂ©pertoire russe ainsi privilĂ©giĂ© ? On prĂ©fĂšre nettement ce que rĂ©alise en poĂšte et en narrateur habitĂ© voire hallucinĂ©, son confrĂšre Ă©galement chez DG Deutsche Grammophon, Daniil Trifonov, autrement plus riche, allusif, subtil.

CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

TARARE de SALIERI

Le gĂ©nie de Salieri rĂ©vĂ©lĂ© : La Scuola de'gelosi (1779)VERSAILLES, OpĂ©ra royal, le 22 nov 18. SALIERI : TARARE, 1787. Rendons Ă  CĂ©sar
. C’est Jean-Claude Malgoire qui le premier – comme souvent, c’est intĂ©ressĂ© Ă  la partition de l’opĂ©ra de Salieri Tarare, conte philosophique et ouvrage le plus imprĂ©gnĂ© de l’idĂ©al des LumiĂšres : le livret il est vrai, est le seul texte pour l’opĂ©ra signĂ© de Beaumarchais. Il existe un remarquable DVD de l’interprĂ©tation du chef hĂ©las dĂ©cĂ©dĂ©, approche Ă©tonnamment rĂ©ussie rĂ©alisĂ© en 
 1988 (et dans le cadre du festival de Schwetzinger). Dans la forme, l’objet est inclassable : Ă  la fois tragĂ©die en musique (restituant la tradition antĂ©rieurement illustrĂ©e par Lully et Rameau) et aussi comĂ©die satirique : les Ă©crivains de la fin des annĂ©es 1780, maniant avec gĂ©nie, la double langue, tissĂ©e de rĂ©fĂ©rences en Ă©chos aux remous de l’époque prĂ© rĂ©volutionnaire. Le spectacle est complet comprenant 5 actes, Prologue et grand divertissement dansĂ©. En 2018 c’est l’excellent tĂ©nor français Cyrille Dubois qui suit le sillon de l’éloquence Ă©lĂ©gantissime et surtout intelligible d’Howard Crook chez Malgoire, qui incarne les aspirations Ă  la lumiĂšre du prince Tarare.

 

 

 

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Antonio Salieri (1750-1825) : Tarare
Opéra en cinq actes sur un livret de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, créé en 1787 à Paris.

Versailles, jeudi 22 nov 2018
Opéra royal à 20h
3h30 mn, 1 entracte inclus
RÉSERVER
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/salieri-tarare_e1993

 

 

 

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Cyrille Dubois, Tarare
Karine Deshayes, Astasie
Jean-Sébastien Bou, Atar
Judith van Wanroij, La Nature/Spinette
Enguerrand de Hys, Calpigi
Tassis Christoyannis, Arthénée/Le Génie du Feu
JĂ©rĂŽme Boutillier, Urson/Un Esclave/Un PrĂȘtre
Philippe-Nicolas, Martin Altamort/Un Paysan/Un Eunuque
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (Direction : Olivier Schneebeli)

Les Talens lyriques (Ch Rousset, dir)

 

 

 

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PARIS, PASSION SALIERI (1787)
 Quoiqu’on en dise, mai quand mĂȘme d’un gĂ©nie moindre que celui de son « rival » Mozart », Salieri eut cependant son heure de gloire et un statut plus qu’enviable
 Il devient compositeur officiel Ă  Vienne,  car il est italien et plutĂŽt douĂ©, « dauphin » de Gluck, jouĂ© et estimĂ© partout en Europe, 
 c’est peut-ĂȘtre moins par ses opĂ©ras rĂ©cemment remontĂ©s (Les DanaĂŻdes, d’abord commandĂ© Ă  Gluck puis confiĂ© Ă  son meilleur Ă©lĂšve), que ses buffas dĂ©licieux (le rĂ©cent par DHM), que le tempĂ©rament de Salieri pour le thĂ©Ăątre s’affirme le mieux. Or, inclassable, fruit de la maturitĂ©, TARARE fait partie de ses joyaux mĂ©connus qui pourraient inscrire l’auteur au nombre des meilleurs dramaturges de son temps.
Les DanaĂŻdes (1784) ont rĂ©vĂ©lĂ© aux parisiens l’écriture de Salieri, qui devient du jour au lendemain, un compositeur Ă  la mode, adulĂ© (et rĂ©compensĂ©) par Marie-Antoinette, heureuse de cĂ©lĂ©brĂ© aprĂšs son cher Gluck (qui fut son maĂźtre de musique Ă  Vienne) un nouveau compositeur « viennois ».
Le cas de TARARE est significatif, de la passion des parisiens pour l’opĂ©ra ; de l’engouement rĂ©cent pour Salieri. Beaumarchais, auteur du livret, sut orchestrer une campagne de publicitĂ© admirable, suscitant l’intĂ©rĂȘt quasi hystĂ©rique pour le nouvel ouvrage de Salieri qu’il commença de composer en 1787. RĂ©sultat : 400 gardes furent nĂ©cessaires pour maĂźtriser l’affluence de la premiĂšre en 1787 ! A la fois turquerie orientaliste et satire en rĂšgle contre le pouvoir despotique (trĂšs habilement dĂ©guisĂ© selon l’intelligence de Beaumarchais), TARARE resta Ă  l’affiche durablement, assurant Ă  l’OpĂ©ra de belles recettes. Sur le plan littĂ©raire et philosophique comme musical et dramatique, l’ouvrage est une piĂšce maĂźtresse de l’époque des LumiĂšres.
Salieri et Da Ponte refondirent l’Ɠuvre pour une version italienne, Axur, Re d’Ormuz crĂ©Ă©e Ă  Vienne pour l’empereur en 1788, et qui fit le tour du monde, de la Russie au BrĂ©sil

Un gĂ©nĂ©ral martyrisĂ© par le Sultan se voit dĂ©fendu par le peuple puis choisi par lui pour ĂȘtre roi : les germes de la RĂ©volution Ă  venir, infiltrent toute l’édifice lyrique conçu par les visionnaires Beaumarchais et Salieri : ainsi y sont prophĂ©tisĂ©es la fin et la chute de Louis XVI et Bonaparte ! En phase avec son Ă©poque et les aspirations dĂ©mocratiques de la nation, Beaumarchais reprit son Tarare, devenu emblĂšme de la libertĂ© contre l’oppression, et Ă  l’occasion des Ă©vĂ©nements commandĂ©s pour la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, en 1790 Ă  Paris, il Ă©labora un acte final complĂ©mentaire crĂ©ant ainsi « Le Couronnement de Tarare », promis Ă  un nouveau succĂšs populaire.

 

 

 

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CD, critique. KORNGOLD, ZEMLINSKY : Trio (Stefan Zweig Trio, ARS Produktion, mai 2018)

zweigtrio_cover KORNGOLD ZEMLINSKY trio cd review critique cdCD, critique. KORNGOLD, ZEMLINSKY : Trio (Stefan Zweig Trio, ARS Produktion, mai 2018). On ne saura assez souligner le redoutable dĂ©fi que reprĂ©sente le Trio du trĂšs jeune Korngold, dont la prĂ©cocitĂ© n’égale qu’un seul avant lui : Mozart. D’ailleurs le Viennois partageait avec le Salzbourgeois, le mĂȘme prĂ©nom, « Amadeus ». C’est essentiellement dans les passages trĂšs contrastĂ©s du second mouvement « Scherzo / Allegro » que les instrumentistes (jeunes) s’en tirent le mieux, exprimant ce caractĂšre de caprice dĂ©tachĂ©, cette humeur burlesque et fantasque qui ressemble tant Ă  la versatilitĂ© bavaroise et nĂ©oviennoise d’un … Richard Strauss. Le Trio Stefan Zweig a fait ses dĂ©buts Ă  Vienne en 2012, ville oĂč il s’est naturellement crĂ©Ă© (et qui justifie le choix des oeuvres ici)
 saluons le courage malgrĂ© leur faible expĂ©rience d’aborder deux oeuvres qui rĂ©clament finesse voire subtilitĂ©, maĂźtrise alogique et hypersensibilitĂ© expressive. L’élan, la passion, l’extase et sa parodie immĂ©diate, les vertiges nĂ©s d’une hypersensibilitĂ© Ă©perdue, ces allers retours permanents qui semblent faire la critique du style romantique et nĂ©obaroque (un point qui a permis au gĂ©nie straussien de briller spĂ©cifiquement) composent le terreau du style si virtuose et CLIC D'OR macaron 200Ă©clectique parfois dĂ©concertant de Korngold, Mozart du XXĂš, prĂ©coce et hyper douĂ© 
 Ă  l’opĂ©ra (Somptueuse, sensuelle et vĂ©nĂ©neuse partition de La ville morte / Die Töte Stadt) et donc en musique de chambre … comme l’atteste cet Ă©blouissant Trio Opus 1 conçue en 1909 / 1910, (dĂ©diĂ© Ă  son cher « papa »), vĂ©ritable synthĂšse  de toute l’histoire romantique viennoise.

  
 
 

KORNGOLD, MOZART ART NOUVEAU

  
 
 

Erich_Wolfgang_Korngold_1912Si l’on manque parfois ici de sĂ©duction au 3Ăš degrĂ©, de nuances infimes et tĂ©nues (certes si difficiles Ă  obtenir), le mouvement III : Larghetto, fait valoir le sens de la respiration et de la ligne, donc de la profondeur et d’une nouvelle gravitas, assez dĂ©lectable. C’est moins Strauss que Wagner et ses climats suspendus qui paraissent en filigrane, un sentiment d’extase encore mais inquiet et interrogatif. Ainsi se prĂ©cise dans sa clartĂ© raffinĂ©e et presque Ă©nigmatique (selon les interprĂštes), la passion de Korngold, singuliĂšre, Ă  la fois classique et harmoniquement consciente des avancĂ©es de la seconde Ă©cole de Vienne (Berg, Schoenberg
) ; une passion marquĂ©e par la pudeur et l’hypersensibilitĂ© qui font de son Ă©criture le legs le plus impressionnant et  le plus bouleversant aprĂšs Brahms. D’ailleurs Korngold naĂźt l’annĂ©e de la mort de Johannes, 1897. On sait la prĂ©cocitĂ© du jeune Wolfgang capable d’écrire entre autres son premier opĂ©ra Apollo et Hyacinthus Ă  seulement 11 ans ! MĂȘme prĂ©cocitĂ© pour Korngold Ă  Vienne, qui Ă©labore son Trio pour piano Ă  …13 ans, avec une sensibilitĂ© qui Ă©gale selon nous le jeune Strauss, en raffinement, dramatisme, richesse poĂ©tique, exigence agogique
 un dĂ©fi pour les instrumentistes. Les trois musiciens savent en effet comprendre la trĂšs fine structure de l’opus, faussement interrompu et sĂ©quentiel, en rĂ©alitĂ©, architecturĂ© par une constellation de micro Ă©pisodes, ayant chacun leur pulsion et couleur propre, que le geste instrumental doit unifier, rendre cohĂ©rent, envelopper. Ce qui est rĂ©alisĂ© ici avec un panache, une imagination, rĂ©els. Le gĂ©nie mordant, syncopĂ©, dĂ©lirant, lumineux, d’un Korngold frappĂ© prĂ©adolescent par la grĂące de la justesse et de la profondeur, se rĂ©vĂšle dans cette lecture trĂšs fouillĂ©e, certes encore perfectible mais plus qu’attachante.

Chez Zemlinsky, auteur contemporain de la Secession Viennoise de 1897, – contemporain aussi de l’avĂšnement du chef Gustav Mahler Ă  l’OpĂ©ra de Vienne-, l’emprise de Brahms est nettement durable, plus prĂ©sente encore que chez le jeune Korngold. Il est vrai que Zemlinsky fut trĂšs marquĂ© par sa rencontre avec Johannes lors du Concours auquel il se prĂ©senta en 1896 et pour lequel en hommage Ă  son modĂšle, il Ă©crivit un Trio pour clarinette, claire rĂ©fĂ©rence Ă  l’oeuvre de Brahms (Trio opus 114). Le Trio ici transcrit pour violon, violoncelle et piano est l’Ɠuvre d’un compositeur jeune mais mĂ»r (25 ans), beaucoup moins audacieux et imaginatif que peut l’ĂȘtre Korngold lorsqu’il Ă©crit son propre Trio de 1909.
ZemlinskyMoins sollicitĂ©s en microclimats et volubilitĂ© versatile, les instrumentistes du Stefan Zweig Trio relĂšve les dĂ©fis d’une partition qui impose surtout un climat presque pesant et Ă©touffant du fait de sa richesse harmonique. Brahmsien certes, Zemlinsky sait allĂ©ger en synthĂšse et en classicisme, la pĂąte Ă©motionnelle. Son sentiment est plus Ă©quilibrĂ© et donc peut-ĂȘtre moins ambivalent que celle de son maĂźtre.
En tĂ©moigne l’admirable mouvement central (Andante, de presque 9 mn) dont l’éloquencee est celle d’une Ăąme aussi ardente que pudique
 Ă©galant l’effusion ineffable de Brahms lui-mĂȘme. Zemlinsky s’est montrĂ© digne de l’intĂ©rĂȘt que lui manifesta le grand Johannes. Bouleversant. TrĂšs bon rĂ©cital, dĂ©fendu par de jeunes et solides instrumentistes. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018.

  
 
 

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PrĂ©sentation en allemand par l’éditeur ARS Produktion

Stefan Zweig Trio – Korngold, Zemlinsky
  
 
 

Mit den Klaviertrios von Alexander Zemlinsky (1871-1942) und Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), in den Jahren 1896 und 1909/10 entstanden, vereint diese SACD Kompositionen, die – passend zur Wende vom 19. zum 20. Jahrhundert – RĂŒckschau und Ausblick vereinen.
Das Stefan Zweig Trio wurde 2012 von Sibila Konstantinova (Klavier), Kei Shirai (Violine) und Tristan Cornut (Violoncello) in Wien gegrĂŒndet. Seine an bedeutenden europĂ€ischen MusikuniversitĂ€ten ausgebildeten Mitglieder gingen als PreistrĂ€ger aus wichtigen internationalen Wettbewerben wie dem Internationalen Wettbewerb der ARD MĂŒnchen, der Melbourne International Chamber Music Competition und der Sendai International Music Competition hervor. 2013 erreichten die Musiker gemeinsam das Semifinale des MĂŒnchener ARD-Wettbewerbs, 2015 gewannen sie den Ersten Preis und den Publikumspreis beim Internationalen Joseph Haydn Kammermusikwettbewerb in Wien. Wichtige kĂŒnstlerische Impulse erhielt das Ensemble durch Johannes Meissl, Avedis Kouyoumdjian und Hatto Beyerle im Rahmen der European Chamber Music Academy (ECMA).
2015 gab das Stefan Zweig Trio sein Debut in der Wigmore Hall London, 2016 tratt es zum ersten Mal im GlÀsernen Saal des Musikvereins Wien auf.
Mit der Wahl des Wiener Schriftstellers Stefan Zweig zum Namenspatron ihres Ensembles bringen die drei Musiker zugleich ihre AffinitĂ€t zur hiesigen Musiktradition und ihr kĂŒnstlerisches Credo in Anlehnung an das charakter- und gefĂŒhlvolle Werk des Schriftstellers zum Ausdruck.
SITE SOURCE :
http://www.ars-produktion.de  
 
 

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Programme :

  
 
 

Erich Wolfgang Korngold (1897–1957)
Trio fĂŒr Klavier, Violine und Violoncello op. 1 D-Dur
1 I Allegro non troppo, con espressione | 10 : 44
2 II Scherzo. Allegro | 6 : 59
3 III Larghetto. Sehr langsam | 7 : 14
4 III Finale. Allegro molto energico | 7 : 40

Alexander Zemlinsky (1871–1942)
Trio fÜr Klavier, Violine und Violoncello op. 3 d-moll
7 I Allegro ma non troppo | 12 : 56
8 II Andante | 8 : 54
9 III Allegro | 5 : 29

LIRE la prĂ©sentation du cd des TRIOS de Korngold et Zemlinsky / par le Trio Stefan Zweig sur le site de l’éditeur ARS Produktion

  
 
 

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AGENDA, concerts à venir : les 3 instrumentistes du TRIO Stefan ZWEIG joueront le programme de leur premier disque (Trios de Korngold et Zemlinsky), mercredi 27 février 2019 au KONZERTHAUS BERLIN GER

  
 
 

CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011)

Apollo-Web-Square mozart classical opera the mozartist ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011). FrĂ©nĂ©tique (post gluckiste), nerveux, sanguin, l’orchestre de Appolo et Hyacinthus prolonge la coupe et la syncope du Sturm un drang, tout en rĂ©vĂ©lant dĂ©jĂ  la sensibilitĂ© Ă©motionnelle du jeune Mozart, ici confrontĂ© Ă  l’opĂ©ra pour la premiĂšre fois, rĂ©ussit plutĂŽt un ouvrage qui relĂšve du genre oratorio. Commande de l’UniversitĂ© des bĂ©nĂ©dictins de Salzbourg en 1767, l’ouvrage est le fruit des rĂ©flexions trĂšs mures dĂ©jĂ  d’un compositeur de 11 ans. D’emblĂ©e c’est l’assurance et la tendresse de l’écriture qui force l’admiration (ampleur Ă  la fois noble et profonde du premier choeur « Numen o Latonium », qu’accompagne un orchestre d’un raffinement absolu. L’ouvrage est l’aboutissement d’un travail et d’une conception, prolongement de sa tournĂ©e europĂ©enne rĂ©alisĂ©e en 1766, au cours de laquelle le jeune compositeur recueille la riche expĂ©rience et le style des contrĂ©es traversĂ©es. Wolfgand n’en est pas Ă  sa premiĂšre piĂšce d’envergure : il a dĂ©jĂ  composĂ© « Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre » (mars 1767), suivi par la superbe musique de la Grabmusik. Ces premiers accomplissements, sĂ©duisants, et profonds – la profondeur si absente chez tous les compositeurs contemporains, fondent sa premiĂšre notoriĂ©tĂ© et conduit les autoritĂ©s de Salzbourg Ă  solliciter le jeune compositeur au milieu des annĂ©es 1760, alors qu’il est Ă  peine adolescent. Sur le livret du pĂšre Widl, Mozart traite de l’amour du dieu Apollon pour le jeune Hyacinthe. Le dieu lui apprend le lancer du disque. Mais Ă  cause de ZĂ©phyr, Ă©galement amoureux du beau mortel, Hyacinthe reçoit le disque Ă  la tempe et meurt dans les bras d’Apollon, inconsolable. Dans son sang rĂ©pandu, au sol, Ă©mergent bientĂŽt des 
 iris (et non des jacinthes). Selon les recherches de certains historiens spĂ©cialistes de la mythologie, l’amour d’Apollon pour Hyacinthe serait Ă  l’origine des mythes pĂ©dĂ©rastes en vigueur Ă  Sparte.
Pour rendre le mythe acceptable et hautement moral, Widl modifie la cruditĂ© de la lĂ©gende antique et spartiate, il invente le personnage de Melia (qui devient la soeur de Hyacinthe), laquelle est la jeune femme qu’Apollon souhaite Ă©pouser
 au grand dam de ZĂ©phyr qui aime aussi la dite Melia; mais aprĂšs avoir appris que Hyacinthe son frĂšre a Ă©tĂ© frappĂ© mortellement par le disque d’Apollon, en prĂ©sence de ZĂ©phyr, la jeune femme exige du dieu qu’il disparaisse. Mais Oebalus, pĂšre de Hyacinthe, recueille avant sa mort, la confession par son fils, que c’est ZĂ©phyr qui l’a tuĂ©. Melia, Oebalus souhaitent n’avoir pas offensĂ© Apollon dont la protection est garante de l’harmonie et de la paix du royaume. Finalement, Apollon cĂ©lĂšbre la mĂ©moire de Hyacinthe en permettant que paraissent des jacinthes au lieu de sa mort : le dieu peut Ă©pouser MĂ©lia.
Ian Page respecte l’histoire et le genĂšse de l’opĂ©ra de Mozart : la juvĂ©nilitĂ© et cette fraicheur mordante et palpitante qui fut certainement celle Ă  l’oeuvre lors de la crĂ©ation de l’opĂ©ra, dĂ©fendu par plusieurs chanteurs adolescents MĂ©lia, Haycinthe Ă©tant incarnĂ©s et chantĂ©s par de jeunes chanteurs ĂągĂ©s de 15 et 12 ans ! Inimaginable prĂ©cocitĂ© qui en dit long sur la maturitĂ© des chanteurs de l’époque. MĂȘme le personnage d’Apollo fut crĂ©Ă© par une jeune contralto Johann Ernst, alors ĂągĂ© de 12 ans !
Zazzo incarne idĂ©alement Apollon par son timbre Ă  la fois clair et charnu. Klara Ek, une MĂ©lia, ardente, expressive, au relief irrĂ©sistible ; Sophie Bevan, familiĂšre de la troupe rĂ©unie par Ian Page, un Hyacinthe sensible, tendu, aux arias ductiles, souples ; aux rĂ©citatifs, sculptĂ©s dans un marbre tendre. D’ailleurs tous les chanteurs dĂ©fendent cette partition de la jeunesse, habitĂ©e par une Ă©lĂ©gance salzbourgeoise singuliĂšre. MĂȘme le ZĂ©phyr de Christopher Ainslie est d’une rare Ă©lĂ©gance, soucieuse de l’articulation du texte en latin « Enl duo conspicis » ; mĂȘme enthousiasme et Ă©valuation positive l’Oebalus (roi de Laconia) de Andrew Kennedy, Ă  la musicalitĂ© Ă©lĂ©gantissime (dans la mouvance des Howard Crook, ou John Mark Ansley, ainsi son recitatif remarquable de justesse linguistique (« Quis ergo Natel » qui ouvre le CHORUS ou PARTIE II, puis l’air d’une rare autoritĂ© vocale en intonation trĂšs juste elle aussi « Ut navis » qui affirme le gĂ©nie prĂ©coce de Wolfgang)
 Que dire ensuite du duo Oebalus / Melia : “Natus cadit”, marche Ă  deux voix, lacrymale, funĂšbre, d’une force sincĂšre, qui annonce la gravitas des opĂ©ras de la maturitĂ©. Le geste du chef, de l’orchestre, des deux chanteurs est des plus convaincants : il dĂ©montre que Wolfgang ĂągĂ© de 11 ans, prĂ©figure la vĂ©ritĂ© du Mozart des annĂ©es 1780.

La caractĂ©risation des personnages, assurant une Ă©paisseur dĂ©lectable Ă  chaque personnage, la tenue superlative de l’orchestre, vraie instance expressive, nerveuse et Ă©lĂ©gante, idĂ©alement inspirĂ©e par l’esthĂ©tique Sturm und Drang
 renforcent la qualitĂ© et l’apport de cette premiĂšre. Nul doute, les Britanniques rĂ©unis par Ian Page au sein de son collectif Classical Opera assurent aujourd’hui la meilleure offrande mozartienne. Les duos sidĂ©rants de justesse et de maturitĂ© (MĂ©lia / Apollon : « Discede Crudelis » / puis Eobalus/Melia : « Natus cadit »), tĂ©moignent de l’ardente sensiblitĂ© du Mozart adolescent, Ă©crivant pour les trĂšs jeunes chanteurs de l’UniversitĂ© de Salzbourg. A Ian Page, revient le mĂ©rite d’avoir saisi cette couleur spĂ©cifique de l’adolescence dans sa lecture en tout point superlative.

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CLIC_macaron_2014CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, 1 cd Signum classics) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Londres 2011 – CLIC de classiquenews de novembre 2018. EN LIRE PLUS sur le site de CLASSICAL OPERA / THE MOZARTISTS / IAN PAGE

Andrew Kennedy : Oebalus
Klara Ek : Melia
Sophie Bevan: Hyacinthus
Lawrence Zazzo : Apollo
Christopher Ainslie : Zephyrus
CLASSICAL OPERA
Ian Page, direction

DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE)

belarbi reine morte dead queen DVD opus ARTE capitole DVD critique review par classiquenewsDVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE). Le chorĂ©graphe Kader Belarbi confirme un vrai talent de dramaturge, capable de construire un drame complet dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e. La Reine morte crĂ©Ă©e Ă  Toulouse dĂšs 2011, prolonge la rĂ©ussite de son « Corsaire ». L’ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris a su affirmer un goĂ»t sĂ»r pour la tĂ©nĂšbre, les rĂŽles noirs auxquels il a donnĂ© de l’épaisseur (Abderram dans Raymonda). Sur les traces de Montherlant, Belarbi architecte sa narration en cultivant des situations contrastĂ©es, des images inoubliables et saisissantes qui illustrent avec Ă©clat et justesse l’exemple de la folie humaine, celle qui manipule, sacrifie l’amour, ambitionne le pouvoir. La folie dans tout son Ă©clat dĂ©risoire et pourtant magnifique : le roi atteint son but mais Ă  quel prix. ‹Belarbi cite tous les poncifs qui ont fait jusque lĂ  le souffle des grands ballets romantiques, certains les plus connus et dansĂ©s encore aujourd’hui ; scĂšnes collectives de cour dignes de Tchaikovski ; noces de l’ombre (RomĂ©o), 
 le tout superbement orchestrĂ©s et mis en lumiĂšre selon une sensibilitĂ© et une culture ciselĂ©es. C’est Ă  dire idĂ©alement barbare.

Ajoute Ă  cette Ă©loquence du drame sombre, le jeu et les pas de danseurs fins et puissants, chacun dans leur personnage : l’énergique et viril Don Pedro (Davit Galstyan), la sensibilitĂ© naturelle donc troublante de Doña InĂšs de Castro (Maria Gutierrez), vraie figure parfois Ă©vanescente et parfois d’une subtilitĂ© irrĂ©elle
 l’infante toute d’or vĂȘtue (Juliette ThĂ©lin), le bouffon en dĂ©lire (Takafumi WatanabĂ©).
Dans la fosse, le chef Koen Koessels dirige avec mordant, expressivitĂ© et ĂąpretĂ© l’Orchestre maison, offrant au Ballet du Capitole, un tremplin confortable, d’une fureur rentrĂ©e, aux Ă©clats mesurĂ©s, vrai Ă©crin Ă  ce drame de la mort et du macabre. Superbe ballet contemporain.

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, chorĂ©graphie d’aprĂšs Montherlant) -Toulouse, Capitole, fĂ©vrier 2015 – 1 dvd OPUS ARTE. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

Livre Ă©vĂ©nement, critique. L’OPÉRA BASTILLE (Ă©ditions du Patrimoine, oct 2018)

opera-bastille-editions-du-patrimoine-opera-de-paris-regards-critique-livre-par-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, critique. L’OPERA BASTILLE (Ă©ditions du Patrimoine, oct 2018). L’auteure Christine Desmoulins analyse ce qui fait la singularitĂ© du nouvel opĂ©ra, bĂąti selon le souhait du PrĂ©sident Mitterrand, et inaugurĂ© 114 ans aprĂšs le premier complexe lyrique Ă©difiĂ© par Garnier, le 13 juillet 1989. L’histoire de sa genĂšse, la formidable aventure qui a choisi au final l’architecte Carlos Ott. Aujourd’hui, le vaste bĂątiment qui ouvre son volume sur la place de la Bastille par sa grande arche carrĂ©e fait toujours figure de vaisseau lyrique Ă  l’avant garde des possibilitĂ©s techniques. Le lecteur, photos et dessins d’architecte
 Ă  l’appui des textes, suit l’avancĂ©e et l’évolution du plan adoptĂ© ; les finitions quant Ă  l’acoustique de la salle (avec son plafond traitĂ© comme une voilure mouvante, permettant au son de descendre et circuler vers les deux balcons et le parterre)
 il se familiarise avec l’ingĂ©nierie permettant actuellement d’alterner plusieurs spectacles (jusqu’à 2 productions simultanĂ©es, sans compter le ballet) … autant d’atouts conçus Ă  la fin des annĂ©es 1980 et qui forcent l’admiration par la conception visionnaire.
Les abords du bĂątiment, son ancrage dans le quartier ; la visite de ses vastes salles oĂč sont conçus les dĂ©cors peints, les costumes
 tout cela renseigne parfaitement l’idĂ©e d’un bĂątiment qui est fabuleuse machine crĂ©ative, machine Ă  rĂȘver et Ă  rĂ©enchanter

L’entretien avec l’architecte CARLOS OTT, laurĂ©at du Concours prĂ©alable et nommĂ© finaliste en nove 1983 est trĂšs intĂ©ressant : il Ă©claire depuis les coulisses du chantier tout ce qu’a d’unique l’OpĂ©ra Bastille, vis Ă  vis de ses concurrents europĂ©ens, et aussi ce qu’il reprĂ©sente dans la carriĂšre du concepteur, alors pilote d’un dĂ©fi « historique ». Depuis, Ott a Ă©difiĂ© 7 autres maisons d’opĂ©ra dans le monde, s’inspirant toujours de Bastille, « synthĂšse » indĂ©modable, insurpassable.
La seconde partie de l’ouvrage, intitulĂ©e « REGARDS » (et qui donne aussi son nom Ă  la collection de la publication), est composĂ©e de superbes photographies dont l’angle dĂ©voile l’esthĂ©tisme trĂšs fouillĂ©e d’un bĂątiment faussement froid et imposant, l’importance dans le plan d’ensemble des locaux techniques dĂ©volus Ă  la prĂ©paration in situ des productions lyriques : ateliers, salles de rĂ©pĂ©titions
 Une derniĂšre partie rend compte trĂšs succinctement des premiers spectacles majeurs : Les Troyens (Pizzi, 1990), La FlĂ»te enchantĂ©e (Wilson, 1999), Russalka (Carsen, 2002), le Ballet Signes (Carlson, DebrĂ©, Aubry, 20104), Tristan und Isolde (Sellars / Viola, 2005), La Walkyrie (KrĂ€mer, 2010), Enfin, le prologue restitue Bastille dans son « contexte », grĂące Ă  une mise en regard d’autres opĂ©ras, bĂątis au XIXĂš mais ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une extension moderne ou contemporaine emblĂ©matique d’un courant architectural qui inscrit les maisons lyriques dans une histoire de mĂ©tamorphoses permanente : le Royal Opera House de Londres, La Scala de Milan, et au titre des derniĂšres rĂ©alisations propres au XXIĂš : les opĂ©ras de Copenhague (2005) et d’Oslo (2008).

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE, Ă©vĂ©nement. Christine Desmoulins : L’OPERA BASTILLE (Collection « Regards », Editions du Patrimoine / parution : octobre 2018 – 70 pages – 12 € (prix indicatif). ISBN 978 2 7577 0631 2. CLIC de CLASSIQUENEWS

CD événement, premiÚres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-30-ans-decca-3-nouveaux-cd-cd-news-review-on-classiquenews-ROSSINI-box-Vivaldi-2-camarenaCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca). Presque 20 ans aprĂšs son premier opus Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  Vivaldi (1999), la mezzo romaine Cecilia Bartoli revient Ă  ses premiĂšres amours et dĂ©clare Ă  nouveau sa flamme baroque pour le gĂ©nie dramatique et lyrique d’Antonio Vivaldi. AnnoncĂ© le 23 novembre prochain, l’album a sĂ©duit manifestement notre Ă©quipe de rĂ©dacteurs qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter le programme dans sa totalité  Il en ressort que la diva confirme son excellent tempĂ©rament dramatique chez celui qui peine Ă  convaincre encore les directeurs d’opĂ©ras : bien rares sont Ă  prĂ©sent les opĂ©ras de Vivaldi ou les festivals qui « osent » programmer ses ouvrages lyriques. Une situation qui est difficile Ă  expliquer sinon par le manque d’audace des programmateurs, et aussi le manque de chanteurs capables comme « La Bartoli » de rĂ©ussir en virtuositĂ©, comme en intonations ciselĂ©es. Car il ne suffit pas de savoir techniquement bien chanter
 il faut encore exprimer et transmettre ce supplĂ©ment d’ñme qui confĂšre Ă  chaque aria, son Ă©paisseur voire son mystĂšre Ă©motionnel. De toute Ă©vidence, mĂȘme accompagnĂ©e par un continuo et un chef parfois trop durs ou trop lisses, Cecilia Bartoli, 30 ans aprĂšs, affirme toujours une Ă©tonnante santĂ© vivaldienne
 En tĂ©moignent ces 3 airs qui selon notre rĂ©dacteur Lucas Irom, demeurent emblĂ©matiques d’un programme ambitieux, trĂšs demandeur vocalement
 qui en compte 10. Voici en avant premiĂšre, un extrait de la critique complĂšte qui sera Ă©ditĂ©e le jour de la parution de l’album BARTOLI / VIVLADI II :

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review  « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in Villa (un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ?

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
bartoli-cecilia-vivaldi-edition-rossini-box-edition-critique-cd-cd-review-by-classiquenews-oct-2018Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur….” A suivre.

Prochaine critique complùte le jour de la sortie de l’album le 23 novembre 2018. 

CD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO).

500x500-ELSA-DREISIG-miroirs-cd-critique-clic-de-classiquenews-la-nouvelle-diva-francaise-par-classiquenewsCD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO). DĂ©jĂ  la prise de son est un modĂšle du genre rĂ©cital lyrique : la voix de la soliste se dĂ©tache idĂ©alement sur le tapis orchestral, dĂ©taillĂ© et enveloppant. Le programme de la soprano Pretty Yende enregistrĂ© chez SONY ne bĂ©nĂ©ficiait pas d’un tel geste orchestral ni d’une telle prise de son. Dans cet espace restituĂ© avec finesse, la voix somptueuse de la jeune mezzo française affirme un beau tempĂ©rament, sensuel, Ă©panoui, naturel, et aussi espiĂšgle (sa Rosina qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de Clermont Ferrand : voir notre entretien avec la jeune diva, alors non encore distinguĂ© par son prix Operalia 2016) : du chien, une finesse enjouĂ©e, et donc un talent belcantiste naturel. Sa comtesse, quoiqu’on en dise trouble malgrĂ© une couleur qui manque de profondeur, mais la justesse de l’intonation, le souci de la ligne, indique lĂ  aussi, aux cĂŽtĂ©s de la rossinienne, l’excellente mozartienne (plus Ă©vidente pour elle et son Ăąge, Ă©videmment Pamina). Pas encore trentenaire, la mezzo Ă©blouit littĂ©ralement dans les hĂ©roĂŻnes de l’opĂ©ra romantique français : ThaĂŻs de Massenet, Marguerite du Faust de Gounod avec cette dĂ©licatesse articulĂ©e du verbe : la grande classe. IntĂ©ressant jeu de miroirs pour reprendre le titre du cd, ses Manons chez Massenet (dĂ©chirant et sobre « Adieu notre petite table ») et chez Puccini (couleur idĂ©ale du timbre). Nouvel effet d’échos pour sa Juliette : celle acadĂ©mique et ennuyeuse de Daniel Steibelt (mort en 1823), que l’on oubliera vite, quand celle de Gounod (scĂšne du poison) transpire d’émotion tragique, de suavitĂ© mortifĂšre, d’une Ă©vanescence poĂ©tique admirable.

CLIC D'OR macaron 200La piĂšce de choix ou l’apothĂ©ose de ce rĂ©cital quand mĂȘme un brin ambitieux, reste la SalomĂ© en français (validĂ©e par Strauss) lui-mĂȘme : la candeur perverse, l’innocente obscĂšne se dĂ©lecte ici en une danse vocale autour de la tĂȘte coupĂ©e du ProphĂšte Jokanaan (hallucinĂ©e, entre le thĂ©Ăątre et le monologue Ă©perdu : « je la mordrai avec les dents  ») : pour une fois que nous avons lĂ  une interprĂšte qui a et l’ñge et la couleur et la technique du rĂŽle, on dit : « brava ». Le rĂ©sultat est sidĂ©rant car la juvĂ©nilitĂ© primitive, irradiante de cette adolescente malade Ă©blouit littĂ©ralement dans la monstruositĂ© de sa folie barbare. L’intelligence de la diction, la subtilitĂ© de l’émission, tout en sobriĂ©tĂ© sensuelle suscitent notre admiration. A suivre. LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd MIROIR(S) de la mezzo soprano ELSA DREISIG

PARIS, 5 et 15 nov. RĂ©citals de JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, piano.

sylvestre-jean-philippe-piano-majeur-portrait-annonce-concerts-par-classiquenewsPARIS, 5 et 15 nov. JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, piano. “PoĂšte du piano” (selon les propres mots du chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin), jeu incarnĂ© et pourtant clair et dĂ©taillĂ©, engagĂ© et lumineux, le pianiste quĂ©bĂ©cois Jean-Philippe Sylvestre est l’honneur de l’art musical de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique. En 2008, il se voyait remettre le prestigieux prix Virginia Parker, la plus haute distinction dĂ©cernĂ©e par le Conseil des Arts du Canada. C’est assurĂ©ment la grande technicitĂ© associĂ©e Ă  une imagination nuancĂ©e qui font la diffĂ©rence : l’artiste Ă  l’écoute de la nature se rĂ©vĂšle ainsi, dans un chatoiement de couleurs personnelles d’une rare justesse. En plus d’ĂȘtre expressif, Jean-Philippe Sylvestre sait exprimer le feu singulier de chaque partition, tout en apportant son propre Ă©clairage. La pensĂ©e se joint Ă  la digitalitĂ©. VoilĂ  l’alchimie qui se rĂ©alise sous ses doigts magiciens. Solitaire Ă  l’écoute de la Nature matricielle (cf. les forĂȘts canadiennes et la cĂŽte maritime quĂ©bĂ©coise), l’interprĂšte rĂ©vise chaque jour sa propre acuitĂ© artistique en se ressourçant dans l’écoute des « grands » qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, ou de ceux qui jouent encore aujourd’hui et qui ne cessent de l’inspirer par leur propre imaginaire sonore et poĂ©tique : Vladimir Horowitz, Glenn Gould, Samson François, György Cziffra, Grigory Sokolov, Martha Argerich et Andras Schiff
 gĂ©nĂ©alogie de tempĂ©raments Ă©loquents auxquels le pianiste sait apporter sa contribution contemporaine.

mathieu andre piano j p sylvestre concerto de quebec annonce par classiquenewsRĂ©cemment, on a pu juger sur piĂšce, dans le Concerto pour piano de son compatriote AndrĂ© Mathieu – lors du dernier Festival Classica (mai et juin 2018), oĂč l’interprĂšte rapprochait non sans pertinence le style de Mathieu (Concerto n°4) de sa source originelle, 
Rachmaninov Ă  travers Variations sur un thĂšme de Paganini (LIRE notre compte rendu du concert Mathieu / Rachmaninov par Jean-Philippe Sylvestre au Festival Classica 2018 / 31 mai 2018). Le feu direct, la franchise et la sincĂ©ritĂ© du jeu avaient convaincu, rĂ©vĂ©lant tout ce que les deux compositeurs avaient en partage comme en spĂ©cificitĂ©. Puissance, finesse, intĂ©rioritĂ© et projection
 le jeu du pianiste est complet. Ses prochains concerts en Europe, Ă  PARIS, les 5 et 15 nov, le 19 Ă  Barcelone, puis – consĂ©cration auprĂšs des mĂ©lomanes les plus affĂ»tĂ©s, Ă  Vienne (Musikverein, le 21 nov), sont des Ă©vĂ©nements Ă  ne pas manquer.

 

 

 A PARIS

A Paris, Jean-Philippe Sylvestre joue d’abord Ă  GAVEAU (le 5 nov, 20h) : JS BACH, SCHUBERT, MOZART, BEETHOVEN, Ă©videmment CONCERTO DE QUEBEC de MATHIEU, enfin Islamey de BALAKIREV
http://www.sallegaveau.com/spectacles/jean-philippe-sylvestre-piano

puis,

le 15 nov, 20h (Centre Culturel Canadien : Festival Jazzycolors 2018 / 130 rue du Fbg St-HonorĂ©) : GERSHWIN, …
https://canada-culture.org/event/jean-philippe-sylvestre-3/

 

 

A BARCELONE
19 novembre 2018, Sala 2 Oriol Martorell, 20h
JS BACH, MOZART, SCHUBERT, BEETHOVEN
https://www.auditori.cat/es/jean-philippe-sylvestre

 

 

A VIENNE
21 novembre 2018, Musikverein, Brahms Saal, 19h30
JS BACH, SCHUBERT, MOZART, BEETHOVEN, MATHIEU, BALAKIREV

 

 

 

 

Plus d’infos sur le site de JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, page concerts / agenda 2018
https://jeanphilippesylvestre.com/fr/concerts

CD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (1 cd RCA Red Seal – 2018)

schumann_luisada_rca-cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (RCA Red seal). Jean-Marc Luisada revient Ă  Schumann, non sans arguments. On distingue surtout dans ce programme monographique, les contrastes (presque parfois percussifs) toujours pleins de facĂ©tie revendiquĂ©e et naturellement Ă©noncĂ©e, comme la brillante volubilitĂ© des « DavidsbĂŒndlertĂ€nze », dont la 15 par exemple, a des accents d’une noblesse Ă©perdue admirablement articulĂ©e, Ă©mise dans le clavier avec une franchise Ă  la fois sincĂšre et saine. Le rubato est habilement menĂ© avec des ralentis et des prĂ©cipitations Ă  la façon d’une marche Ă©branlĂ©e comme prise dans le tapis (la 16), prĂ©cĂ©dant une pause d’une absolue rĂȘverie enchantĂ©e (17) : « Wie aus der Ferne », Ă©tirĂ©e, alanguie, d’une extension extatique et la plus longue des sĂ©quences : plus de 4mn.

Soulignons de mĂȘme, la rĂȘverie plus dĂ©veloppĂ©e encore, non pas tant sur le plan de la durĂ©e que de l’itinĂ©raire et du dĂ©veloppement musical dans « TrĂ€umerei » opus 15 n°7
 d’une pudeur toute Ă©vanescente.‹L’esprit du songe suspendu reprend dans « Frölicher Landamann », retenu, caressant, intĂ©rieur qui appelle Ă  l’abandon suave. Tout Robert est prĂ©sent, dans cette immersion profonde dans les replis de la psychĂ© tenue cachĂ©e, secrĂšte.

Enfin viennent les 16 Ă©pisodes tout en contraste eux aussi de « Humoreske » opus 20, un autre accomplissement dans l’art pianistique si exaltĂ© et raffinĂ© du maĂźtre Schumann. Son amour en filigrane se lit Ă©videmment dans le jeu incessant, son activitĂ© – liquide, aĂ©rienne des mains requises ; elles citent la complicitĂ© et la passion de Robert pour son Ă©pouse Clara, elle-mĂȘme compositrice et immense pianiste. Jusqu’au dernier, «  Zum BeschluĂŸÂ Â» (le plus long en guise de conclusion, de plus de 6 mn), c’est un cycle surepressif, Ă©tincelant, formant une ronde enjouĂ©e, juvĂ©nile en sĂ©quences trĂšs rythmĂ©es et versatiles qui fanfaronnent et qui enchaĂźnent tension et dĂ©tente, exaltation, et songe
 ivresse parfois ;

SĂ»r, direct, sans emphase mais habitĂ© par le rĂȘve intĂ©rieur de Schumann, JM Luisada s’affirme comme un prince lyrique au clavier ; sa technique digitale prend en compte les ressources expressives et dynamiques de l’instrument. La clartĂ© de l’architecture, l’éloquence trĂšs caractĂ©risĂ©e du jeu l’imposent en indiscutable schumanien. Excellent programme.

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CD, critique. Robert Schumann (1810-1856) : DavidsbĂŒndlertĂ€nze op. 6 ; MĂ©lodie op. 68 n° 1 ; TrĂ€umerei op. 15 n° 7 ; Frölicher Landmann op. 68 n° 10 ; Humoreske op. 20. Jean-Marc Luisada, piano Steinway et sons. 1 CD RCA red seal. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Berlin (Jesus-Christus-kirche) en janvier 2018. Notice : français, anglais, allemand. DurĂ©e : 1h10mn.

Dossier cadeaux de NOËL 2018 : nos meilleurs cd, dvd, livres à offrir et à partager

CD de NoĂ«l 2016Dossier cadeaux de NOËL 2018 : les articles Ă©vĂ©nements parus rĂ©cemment, nos meilleurs cd, dvd, livres Ă  offrir et Ă  partager. Quels titres Ă©ditĂ©s pendant l’annĂ©e 2018 ou plus rĂ©cemment sont-ils absolument Ă  offrir et Ă  partager ? La RĂ©daction de classiquenews a sĂ©lectionnĂ© le meilleur pour des instants hautement musicaux
 Et lĂ  encore, notre label “CLIC” de CLASSIQUENEWS distingue l’exceptionnel parmi la multitude d’éditions
 Consultez ce dossier rĂ©guliĂšrement d’ici les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2018 : nous actualisons notre sĂ©lection au fur et Ă  mesure des titres reçus et distinguĂ©s. Cetet annĂ©e, offrez l’opĂ©ra romantique français (Ascanio de Saint-SaĂ«ns, Les PĂȘcheurs de perles de Bizet), revenez Ă  la source mozartienne, partagez les meilleurs interprĂštes pianistes dans des programmes enchanteurs… Nous distinguons ici le meilleur des enregistrements parus sur l’annĂ©e : de quoi ravir vos amis, proches pour les fĂȘtes de NoĂ«l 2018 et du Nouvel An 2019…

 

 

 

 

COFFRETS, CD événements : nos valeurs sûres

 

 

 

 

 

DĂ©lices symphoniques avec
Simon Rattle et les Berliner Philharmoniker

 

 

BERLINER PHILHARMONIKER : ASIAN TOUR / SIMON RATTLE

 

berliner-philharmoniker-coffret-cd-the-asian-tour-review-presentation-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. THE ASIAN TOUR : Berliner Philharmoniker / Rattle (nov 2017 – 5 SACD, 1 Blu ray). Voici le coffret Ă©vĂ©nement par excellence, tant par le luxe de son Ă©dition que la qualitĂ© des tĂ©moignages musicaux et les complĂ©ments proposĂ©s (1 vidĂ©o blu ray / 1 documentaire The Berliner Philharmoniker en Asie, journal de la tournĂ©e, un livret richement Ă©ditorialisĂ© comprenant de nombreux articles sur l’orchestre et le chef, ainsi qu’un carnet photographique tĂ©moignant des sĂ©quences artistiques et humaines vĂ©cues pendant la tournĂ©e). La derniĂšre tournĂ©e en Asie de l’orchestre berlinois sous la direction de Simon Rattle (Ă  la fin de son mandat comme directeur musical, avant l’arrivĂ©e de Kiril Petrenko son successeur Ă  partir de septembre 2018). Au centre des programmes, les deux derniers concerts ainsi jouĂ©s en Asie, Ă  Tokyo (Japon, Suntory Hall, en novembre 2017)
 Au programme, symphonies de Brahms (n°4) et Rachmaninov (n°3), Petrouchka de Stravinsky, Don Juan de R Strauss (une partition jouĂ©e il y a 60 ans dĂ©jĂ , depuis sa premiĂšre performance avec l’Orchestre sous la direction de Karajan), en complĂ©ment, la collaboration de deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, dĂ©jĂ  reconnus Ă  juste titre, le corĂ©en Seong-Jin CHO et la chinoise Yuja WANG (dans les Concertos pour piano de BartĂłk et Ravel). En lire +

 

berliner-philharmoniker-simon-rattle-orchestre-the-asian-tour-coffret-set-cd-box-review-presentation-par-classiquenews-2-sept-2018
 

 

 

 

 

 

SOMPTUEUSE 6Ăš Symphonie de MAHLER en guise d’adieux

 

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mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6Ăš Symphonie. En guise d’adieux, comme directeur musical du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle enregistre ici la 6Ăš de Mahler, en juin 2018 (mise en regard de leur enregistrement prĂ©cĂ©dent en 1987). Evidemment la comparaison laisse se prĂ©ciser plusieurs points esthĂ©tiques d’importance. Dont surtout une prise de son moins compacte et uniforme en 2018, avec un travail remarquable sur le dĂ©tail et la ciselure de chaque mesure, rĂ©vĂ©lant l’évolution du chef, d’architecture parfois dur Ă  ses « dĂ©buts », quoique trĂšs engagĂ©, vers un souffle intĂ©rieur filigranĂ©, qui en 2018 montre une vive attention Ă  l’énergie et l’activitĂ© de l’ombre qui sous-tend l’ensemble de la cathĂ©drale orchestrale.
Pour un dernier enregistrement entre Rattle et l’Orchestre berlinois, le choix de la 6Ăš peut se rĂ©vĂ©ler curieux : pas d’ample Ă©lan vocal et choral, pas de conclusion triomphale, dans la lumiĂšre ; plutĂŽt l’emprise du doute, de l’ombre, de l’inquiĂ©tude ; lesquels concluent le Finale, vif, acĂ©rĂ©, tranchant mĂȘme comme un coup du destin plus assĂ©nĂ© et subi
 qui laisse interrogatif. Rattle s’est appropriĂ© le sens du dĂ©veloppement Ă  travers les 4 mouvements : il fait des questionnements de Mahler lui-mĂȘme sur sa vie et sur l’écriture symphonique, un terreau riche en idĂ©es, un fourmillement de sentiments mĂȘlĂ©s et contradictoire d’oĂč l’issue salvatrice ne surgit rĂ©ellement jamais. LIRE notre prĂ©sentation et critique intĂ©grales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le MOZART de  IAN PAGE / CLASSICAL OPERA…

 

Zaide-cd critique review cd ian page classical opera cd release and review critique cd par classiquenews MOZART 220x220-1Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016). L’orchestre CLASSICAL OPERArĂ©unissant quelques uns des meilleurs instrumentistes britanniques actuels par le chef mordant, nerveux, d’une exceptionnelle direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rienne, Ian PAGE, – fondateur de la formation, rĂ©ussissent un ZAIDE de premiĂšre qualitĂ© : la tenue permanente de l’orchestre demeure vivace, palpitante, Ă©lectrisĂ©e, et aussi d’une flexibilitĂ© expressive d’un galbe inouĂŻ c’est Ă  dire d’une sonoritĂ© Ă  la fois vivante, voire trĂ©pidante, et pourtant colorĂ©e, dĂ©taillĂ©e, poĂ©tiquement profonde. Le sujet met en scĂšne des europĂ©ens (Gomatz, Zaide) rĂ©duits en esclavage par le sultan Soliman : une prĂ©figuration de ce que dĂ©noncera L’EnlĂšvement au SĂ©rail : l’amour souverain contre toute forme d’arbitraire tyrannique. Ian Page reconstitue la matiĂšre dramatique de cet opĂ©ra qui devait ĂȘtre en 2 actes, avec son ouverture empruntĂ© Ă  Thamos, roi d’Egypte. La lecture force l’admiration par son fini, sa grande cohĂ©rence, un son mozartien d’une Ă©lĂ©gance jamais Ă©coutĂ©e Ă  ce jour, sur instruments d’époque…  En LIRE +

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le MOZART de Mathieu HERZOG / APPASSIONATO

 

HERZOG Mathieu appassionato symphonies de MOZART cd NAIVE clic de classiquenews cd review critique cd compte rendu cd critique cdCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41 (« Jupiter ») / Appassionato. Mathieu Herzog, direction (1 cd NAIVE / parution : 2 novembre 2018). Inattendu et plus que convaincant : jubilatoire ! En ces temps de disettes miraculeuses, quand nous dĂ©sespĂ©rions d’écouter enfin un chef ou un ensemble dignes des pionniers baroqueux, mordant, percutant, surtout poĂ©tiquement juste et audacieux, voici, de surcroĂźt chez Mozart, (et le plus difficile, 
 celui que l’on croit connaĂźtre) un maestro au tempĂ©rament exceptionnel, Mathieu Herzog, chambriste avĂ©rĂ© et baguette ciselĂ©e, qui ici nous dĂ©voile avec son ensemble «  Appassionato » (le bien nommĂ©), une lecture rafraĂźchissante et trĂšs fouillĂ©e, des 3 derniĂšres symphonies du divin Mozart (soit les n°39, 40 et 41 « Jupiter » ; un « oratorio instrumental », selon le dernier Harnoncourt, qui aura laissĂ© le concernant un vĂ©ritable testament artistique ; avec les instrumentistes d’Appassionato, Mathieu HERZOG nous propose une approche totalement irrĂ©sistible, pleine de feu, de verve, d’audace, juste et renouvelĂ©e. Bravo maestro HERZOG. LIRE notre annonce du coffret Mozart, les 3 derniĂšres Symphonies par Appassionato / Mathieu Herzog

 

 

 

 

 

 

 

 

SAINT-SAËNS magnifiĂ©

 

ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parutionCD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records). Le label B-records crĂ©e l’évĂ©nement en octobre 2018 en dĂ©diant une Ă©dition luxueuse Ă  l’opĂ©ra oubliĂ© de Saint-SaĂ«ns, Ascanio, crĂ©Ă© en mars 1890 Ă  l’OpĂ©ra de Paris. C’est aprĂšs le grand opĂ©ra romantique fixĂ© par Meyerbeer au milieu du siĂšcle, l’offrande de Saint-SaĂ«ns au genre historique, et comme les Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur (actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit Ă  l’époque de la Renaissance française sous la rĂšgne de François Ier, quand le sculpteur et orfĂšvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-SaĂ«ns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maĂźtrisĂ© de la couleur et de la mĂ©lodie : d’autant que, au moment oĂč il fait reprĂ©senter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sĂ©vĂšres, se cherche une nouvelle forme, capable de prĂ©senter une vĂ©ritable alternative au wagnĂ©risme ambiant. AprĂšs Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant rĂ©fĂ©rence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a prĂ©cĂ©dĂ© et dont lui aussi, la carriĂšre Ă  l’OpĂ©ra sera brĂšve. LIRE la critique complĂšte d’ASCANIO de SAINT-SAËNS

 

 

 

 

 

 

 

 

4 SAXOS MAGICIENS   

 

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit
 Ce quatuor de saxos (nĂ© en 2015) Ă©cartent tous ses concurrents par son audace, la libertĂ© du geste, une virtuositĂ© naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractĂ©risĂ© : le son du Quatuor ZAHIR enchante littĂ©ralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (rĂ©alisĂ©e par le saxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifiĂ©, transcript, sublimĂ© dont le charme d’esprit populaire dĂšs son premier Allegro caressant sĂ©duit immĂ©diatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutĂŽt que quatuor Ă  cordes : c’est Ă  dire saxophones soprano, alto, tĂ©nor, baryton). Le souci de la caractĂ©risation, le sens du dialogue entre les parties, la trĂšs fine conception du format sonore, d’une subtilitĂ© rĂ©jouissante, la fluiditĂ© de l’écriture qui fait passer d’un instrument Ă  l’autre, de surcroĂźt dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop Ă©loignĂ©e, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrĂȘme ductilitĂ© lumineuse des Zahir (pulsion dansĂ©e, organiquement trĂšs soignĂ©e du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au trĂšs beau mystĂšre grave du dĂ©but du Finale avant la sĂ©quence plus vive, trĂšs animĂ©e, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e elle aussi dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences successives. Jaillit une expressivitĂ© assumĂ©e, jamais tendue ni outrĂ©e grĂące Ă  la recherche constante et exaucuĂ©e d’un sublime Ă©quilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiositĂ© tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idĂ©al esthĂ©tique, un laboratoire musicale. D’oĂč une implication totale dans la dĂ©fense des partitions contemporaines. LIRE NOTRE CRITIQUE COMPLETE

 

 

 

 

 

 

BIZET DE JEUNESSE

 

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD, opĂ©ra, critique. BIZET : les PĂȘcheurs de perles, 1864. Nouvelle version complĂšte. ONL Orchestre National de LILLE / A Bloch ( 2 cd Pentatone, 2017). PERLE DISCOGRAPHIQUE. On peut reconnaĂźtre au nouveau directeur musical de l’ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch, une extension remarquable du rĂ©pertoire de l’Orchestre lillois, le prolongement d’une tradition commencĂ©e, cultivĂ©e avec le chef fondateur Jean-Claude Casadesus, et qui aujourd’hui, affirme ce symphonisme passionnant, ainsi dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra. Souvent minorĂ©, sousestimĂ©, l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet, Les PĂȘcheurs de Perles, appartient Ă  cet orientalisme soit disant “sucrĂ©, artificiel” propre au XIXĂš, un “sous-Carmen”, ou “sous-LakmĂ©â€, selon que certains le rattache nĂ©gativement Ă  l’opĂ©ra de LĂ©o Delibes, lui aussi orientalisant. Pourtant ici, ce que rĂ©ussit fort bien Alexandre Bloch, la puissance d’un orchestre surtout dramatique donc efficace, colorĂ©, orchestrĂ© avec raffinement (donc orientalisant) s’impose Ă  nous, dans un geste et une lecture globale qui soignent les Ă©quilibres, la clartĂ© voire la transparence de la pĂąte orchestrale. LIRE la critique complĂšte des PĂȘcheurs de perles de Bizet par L’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH

 

 

 

 

 

 

 

 BACH FOR EVER

 

olafsson vikingur jean sebastian bach critique cd par classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018). Depuis un an, l’écurie DG Deutsche Grammophon Ă©largit la palette de ses talents, en accueillant le pianiste islandais VĂ­kingur Ólafsson dont le prĂ©cĂ©dent programme, premier et convaincant, Ă©tait dĂ©diĂ© Ă  Philip Glass. L’interprĂšte poursuit un parcours sans faute dans ce nouvel album, dĂ©diĂ© Ă  JS BACH dont il sĂ©lectionne PrĂ©ludes et Fugues, originelles et transcriptions, certaines signĂ©es de sa main (air de la cantate « Widerstehe doch der SĂŒnde ».)
 Fragments trĂšs bien choisis du Clavier bien tempĂ©rĂ©, mais aussi Sinfonia (au contrepoint redoutable), 
 transcriptions historiques aussi signĂ©es Busoni, Rachmaninov, Ziloti
 chaque sĂ©quence ainsi enchaĂźnĂ©e, compose un tableau global d’une indĂ©niable cohĂ©rence ; Olafsson prĂ©cisant le gĂ©nie multiforme d’un Bach, maĂźtre du dĂ©veloppement aussi intense, expressif, caractĂ©risĂ© que court. C’est un « maĂźtre de l’histoire courte ». Ou du court mĂ©trage pourrions nous dire plus justement. Quelques exemples d’un parcours qui se fait voyage et traversĂ©e enchantĂ©s ? EN LIRE PLUS

 

 

 

 

 

 

 

 

A QUIET PLACE … for CHRISTMAS : l’opĂ©ra de Lenny rĂ©vĂ©lĂ© en sa splendeur chambriste

BERNSTEIN A QUIET PLACE  orch montreal kent nagano DECCA 2 cd review cd la critique cd opera par classiquenewsCd Ă©vĂ©nement, critique. BERNSTEIN: A quiet place (Nagano, OSM – 2 cd Decca, 2017). Ce pourrait ĂȘtre tout simplement le premier nouvel enregistrement CHOC de l’annĂ©e Bernstein 2018 (pour son centenaire), avec certainement MASS (chez DG, Ă©ditĂ© au dĂ©but de cette annĂ©e anniversaire et dirigĂ© par le quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin). Directeur musical de l’OSM Orchestre Symphonique de Montreal, KENT NAGANO éblouit littĂ©ralement dans cette version chambriste inĂ©dite, premiĂšre au disque, oĂč scintille l’intelligence du chant dialoguĂ©, l’équilibre d’un orchestre complice et suractif mais jamais couvrant, et un plateau superlatif de solistes (dont les chanteurs diseurs somptueusement articulĂ©s : Gordon Bintner et Lucas Meachendans les rĂŽles clĂ©s du fils et du pĂšre, Junior et Sam), qui savent dessiner avec beaucoup de finesse comme d’humanitĂ©, le profil de chaque protagoniste, dont surtout la famille des proches : Sam le pĂšre et ses deux enfants, la fille Dede et Junior le garçon “atypique”
 De sorte qu’au dĂ©but, la mosaĂŻque sociale bruyante et bavarde, devient conversation intime, d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©chirante, un thĂ©Ăątre dĂ©pouillĂ© des artifices du dĂ©but / un lieu tranquille dont le terreau des incomprĂ©hensions passĂ©es peut enfin se rĂ©soudre et s’accomplir : la satire collective devient dans le dernier acte (III), thĂ©rapie familiale, hymne Ă  l’amour et Ă  la rĂ©conciliation. La lecture qu’en proposent les interprĂštes quĂ©bĂ©cois Ă  MontrĂ©al force l’admiration. La direction du chef, la flexibilitĂ© heureuse et prĂ©cise de l’orchestre composent la plus belle offrande pour la rĂ©estimation juste des opĂ©ras de Bernstein, au moment de son centenaire … EN LIRE PLUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTEGRALE MENDELSSOHN par GARDINER

 

LSOLive_Mendelssohn_gardiner cd review critique cd CLIC de classiquenews Apr18_3000x3000_9c98a321-df27-4744-a43d-a8b3c1ee8a2b_1024x1024CD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures (LSO Gardiner, 4 SACD, 1 Pure Audio Blu ray LSO0826 / Londres 2014 – 2016). Lecture vivifiante. C’est peu dire que l’approche du « baroqueux » Gardinerapporte l’exaltation et le sens du relief et du caractĂšre Ă  l’écriture d’un Mendelssohn, plus dramatique et Ăąpre qu’on imagine ordinairement. EnregistrĂ©es au Barbican de Londres, en 2014 et 2016principalement, les ouvertures et symphonies constituant une intĂ©grale trĂšs sĂ©duisante, de Mendelssohn bĂ©nĂ©ficient sous la direction de Gardiner d’une Ă©vidente et saine motricitĂ©, avec de rĂ©elles trouvailles stimulantes dans le relief de certains pupitres : bois, cuivres (n°5 RĂ©formation, 1832), cordes et bois (Lobgesang n°2, 1840).
La musique de scĂšne de A Midsummer night’s dream (1842) quant Ă  elle gagne un surcroĂźt de thĂ©ĂątralitĂ© mesurĂ©e, affĂ»tĂ©e, avec en plus des instruments trĂšs individualisĂ©s, et mis en avant par la prise de son, le concours des comĂ©diens et des chanteurs et choristes, eux aussi, parfaitement intĂ©grĂ©s Ă  l’écrin orchestral.
Ce qui frappe immĂ©diatement l’écoute (n°2 et n°5) c’est la vitalitĂ© de l’approche, une tendresse juvĂ©nile et ardente qui emporte les cordes principalement et font par exemple toute la vive exaltation du premier volet maestoso con moto de la Sinfonia d’ouverture de la n°2 Lobgesang ; l’élan des sections chorales, frappĂ©es et portĂ©es par un pur esprit de conquĂȘte. Ou encore l’onctueuse mĂ©lopĂ©e cantabile de l’Andante pour deux voix (et cor)
 Gardiner dĂ©voile l’ample tendresse qui soustend tout l’édifice de cette symphonie cantate, ou chant de louange. S’y Ă©coule la facilitĂ© du compositeur, auteur de somptueux oratorios, habile magicien et conteur, jouant des effectifs, des formes diverses pour solistes et choeur. EN LIRE PLUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 BERLIOZ by LSO et COLIN DAVIS

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013). Berliozien, Sir Colin Davis l’est avant tout autre. Et bien avant les français, tant le chef britannique a dĂ©montrĂ© non sans argument sa passion pour la musique romantique française, exploitant toutes les ressources du LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, orchestre chatoyant et dramatique, d’une rare efficacitĂ© et plus encore, Ă  la fois Ă©lĂ©gant et nerveux, dans les pages les plus mĂ©ritantes de notre Hector national
 si peu compris, et Ă©valuĂ© Ă  sa juste mesure par ses compatriotes qui encore en 2019, continueront de le bouder : un musicien humainement dĂ©testable et jamais content, Ă  l’aune du compositeur, plus spectaculaire que poĂšte. Le dĂ©saccord entre notre pays et Berlioz ne date pas d’hier et se poursuit. On veillera Ă  suivre les cĂ©lĂ©brations de l’annĂ©e BERLIOZ 2019. En lire plus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MUNCH charles complete recordings on warner classics 13 cd review cd critique cd par classiquenews xmas gifts 2018CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Mort en 1968, Munch le magnifique incarne l’excellence de la baguette depuis l’aprĂšs guerre, dĂ©fenseur zĂ©lĂ©, inspirĂ© du rĂ©pertoire français, quand tous les grands dĂ©montraient leur compĂ©tence voire leur brio dans Beethoven, Brahms voire Bruckner, soit les compositeurs germaniques romantiques. NĂ© en 1891, l’Alsacien, fut enrolĂ© sous banniĂšre prussienne pendant la grande guerre, puis devint français en 1918 (son nom perd le trĂ©ma du u) : triste et cynique rĂ©alitĂ© politique. Mais la carrure du chef dĂ©passe les conflits nationalistes car il est europĂ©en et l’un des meilleurs chefs de son temps. Fils de musiciens Ă©tablis Ă  Strasbourg, tous interprĂštes et connaisseurs de Bach, Charles s’engage rĂ©solument pour Bruckner. LIRE notre critique complĂšte du coffret CHARLES MUNCH chez Warner classics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonoritĂ© trĂšs chaleureuse, opulente mĂȘme du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une Ă©criture trĂšs poĂ©tique presque diaphane, Ă©vanescente comme un glacis des paysages recomposĂ©s de Watteau
 La caractĂ©risation des danses, au caractĂšre quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce dĂ©but XVIIIĂš encore trĂšs nostalgique-, est idĂ©ale, dans l’articulation, la dĂ©termination expressive, le dĂ©tail du discours et des effets rhĂ©toriques, ne serait ce que dans un seul Ă©pisode emblĂ©matique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte
 rĂ©sumĂ© et synthĂšse de l’inclination de Rebel pour les univers poĂ©tiques et tendres, propre Ă  sa suite Terpsichore de 1721. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

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DVD, LIVRES de NOËL 2018

 

 

 

 

 

15 titres Ă  offrir et Ă  partager

Nos coups de coeur de l’annĂ©e 2018, Ă©lus ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS

 

 

RAVEL : LE GÉNIE RÉVÉLÉ

RAVEL-integrale-correspondance-editeur-le-passeur-conejo-annonce-livre-evenemnt-par-classiquenews-critique-livre-compte-rendu-livreLIVRE Ă©vĂ©nement (collectif). Manuel Cornejo : MAURICE RAVEL, l’intĂ©grale (Ă©ditions Le Passeur). VoilĂ  un livre qui fera date tant il comble un manque absolu s’agissant du premier compositeur français du XXĂš avec Debussy. Maurice Ravel demeure une personnalitĂ© aussi mystĂ©rieuse et secrĂšte que son oeuvre musicale est raffinĂ©e et profonde, moderne, rĂ©volutionnaire, atypique, inclassable. Ce qui fascine chez Ravel c’est  le fourmillement d’une vie intĂ©rieure et secrĂšte qui s’offre et se dĂ©voile Ă  chaque Ă©coute… AprĂšs Berlioz, Ravel rĂ©invente l’orchestration française, atteignant des sommets d’invention qui le rapproche aussi du gĂ©nie poĂ©tique de Rameau Ă  l’Ă©poque Baroque. Le Passeur satisfait une attente longtemps Ă©prouvĂ©e comme une frustration car les textes rĂ©unis et annotĂ©s ici rassemblent les Ă©crits, entretiens et la correspondance du compositeur mort en 1937. On ne connaĂźt pratiquement rien des apports de cette riche collection de textes dont 80 % sont inĂ©dits. Un vrai travail de rĂ©colement systĂ©matique qui aboutit ainsi Ă  une premiĂšre intĂ©grale exhaustive qui renseigne totalement sur nombre de points et aspects de la crĂ©ativitĂ© d’un gĂ©nie solitaire, hors normes
 En plus d’ĂȘtre l’auteur que l’on connait sur la scĂšne musicale, Ravel manie l’écriture avec la mĂȘme passion de l’exactitude et de l’esprit critique, voire d’une farouche et poĂ©tique analyse. Le compositeur est un chercheur original, intransigeant, unique… qui interroge, se remet constamment en question, est en quĂȘte de poĂ©sie surtout, d’un monde idĂ©al qui revĂȘt une forme musicale pour notre plus grand plaisir et notre plus grande jouissance auditive. L’ouvrage est enrichi de nombreuses annexes et de plusieurs facsimilĂ©s. A offrir Ă©videmment pour les fĂȘtes de fin de l’annĂ©e 2018. Parution annoncĂ©e le 31 octobre 2018.
Compte rendu critique à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM

 

 

WOLFGANG INSPIRE LES AUTEURS DE BD

 

mausart delcourt BD critique livre BD bande dessinee par classiquenews CLIC de classiquenews de la rentree pour noel 2018BD, Ă©vĂ©nement. MAUSART (Ă©ditions DELCOURT). VĂ©ritable choc visuel cette bande dessinĂ©e ravira petits (et grands) tant par la beautĂ© du dessin et des couleurs que la vivacitĂ© du scĂ©nario. La poĂ©sie de l’image accordĂ©e au mordant de l’histoire rĂ©active ici la lĂ©gende mozartienne avec une finesse et une subtilitĂ© superlative. A Vienne, l’Empereur et sa (basse cour) exige de Salieri (devenu loup) de jouer cette musique que le souverain a entendu alors qu’il passait prĂšs de la maison du compositeur officiel
 Le problĂšme est que Salieri n’en est pas l’auteur, car c’est le souriceau Mausart, habitant avec sa famille dans le pianoforte de Salieri, qui jouait alors sur le clavier une improvisation libre et fantaisiste. EN LIRE PLUS

 

 

 

 

MOZART A PARIS BD critique annonce presentation par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS 9782203147171BD, Ă©vĂ©nement, annonce.  Frantz Duchazeau : Mozart Ă  Paris
 (Casterman). Quand le jeune prodige rencontre la ville des LumiĂšres. Wolfgang Amadeus Mozart
 le nom est cĂ©lĂšbre et universel. Wolfgang incarne malgrĂ© son jeune Ăąge et sa mort prĂ©coce, le gĂ©nie musical Ă  l’état pur. DouĂ© en tout : concertos, sonates, symphonie et musique de chambre (trios, quatuor, quintette, etc
), oratorios et bien sĂ»r, opĂ©ra (comĂ©die et serias
). Pourtant quand il arrive en France, il est Ă  peine cĂ©lĂ©brĂ© Ă  sa juste valeur. Un rv manquĂ© que raconte cette formidable BD, au scĂ©nario historiquement scrupuleux et au dessin rĂ©jouissant.
A 22 ans, Wolfgang s’émancipe, cesse le service du Prince ArchevĂȘque Coloredo qui ne comprend pas son talent ; il quitte Sazlbourg (et sa famille, en particulier son pĂšre trop prĂ©sent et autoritaire). Wolfgang devient Mozart et rejoint PARIS en 1778. Sa facilitĂ©, son humour, plutĂŽt que de susciter l’enthousiasme gĂ©nĂ©ral et l’admiration de ses confrĂšres parisiens, provoquent jalousie et dĂ©testation. L’Auteur et dessinateur Frantz Duchazeau lĂšve le voile sur cet Ă©pisode mĂ©connu, … EN LIRE PLUS

 

 

 

 

NOUVELLE VISITE DE L’OPERA BASTILLE

 

opera-bastille-editions-du-patrimoine-opera-de-paris-regards-critique-livre-par-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, critique. L’OPERA BASTILLE (Ă©ditions du Patrimoine, oct 2018). L’auteure Christine Desmoulins analyse ce qui fait la singularitĂ© du nouvel opĂ©ra, bĂąti selon le souhait du PrĂ©sident Mitterrand, et inaugurĂ© 114 ans aprĂšs le premier complexe lyrique Ă©difiĂ© par Garnier, le 13 juillet 1989. L’histoire de sa genĂšse, la formidable aventure qui a choisi au final l’architecte Carlos Ott. Aujourd’hui, le vaste bĂątiment qui ouvre son volume sur la place de la Bastille par sa grande arche carrĂ©e fait toujours figure de vaisseau lyrique Ă  l’avant garde des possibilitĂ©s techniques. Le lecteur, photos et dessins d’architecte
 Ă  l’appui des textes, suit l’avancĂ©e et l’évolution du plan adoptĂ© ; les finitions quant Ă  l’acoustique de la salle (avec son plafond traitĂ© comme une voilure mouvante, permettant au son de descendre et circuler vers les deux balcons et le parterre)
 il se familiarise avec l’ingĂ©nierie permettant actuellement d’alterner plusieurs spectacles (jusqu’à 2 productions simultanĂ©es, sans compter le ballet) 
 autant d’atouts conçus Ă  la fin des annĂ©es 1980 et qui forcent l’admiration par la conception visionnaire. EN LIRE PLUS

 

 

 

 

 

 

NANCY, 3 SIECLES DE CREATION LYRIQUE

 

 

Opera-Trois-siecles-de-creation catalogue exposition critique annonce classiquenewsExpo, livre. NANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte PĂ©net. Passionnant catalogue que celui qui accompagne l’exposition Ă©vĂ©nement prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra national de Lorraine Ă  Nancy pour son tricentenaire en 2019 : « OPERA ! ». L’intĂ©rĂȘt de cette publication haute en couleurs et riche en illustrations et documents photographiques est de restituer les grandes heures du spectacle Ă  Nancy Ă  travers les princes et politiques qui ont prĂ©sidĂ© Ă  l’essor des arts du spectacle in situ ; chaque commanditaire en son Ă©poque manifeste de pĂ©riode en pĂ©riode, un goĂ»t et une conception du spectacle spĂ©cifique : le duc LĂ©opold au dĂ©but du XVIIIĂš (1708-1709) avec le concours des Bibiena (la fameuse « salle des machines » inaugurĂ©e par Le temple d’AstrĂ©e de Desmarest)… LIRE notre critique complĂšte du catalogue “OPERA !, trois siĂšcles de crĂ©ation”

 

 

 

 

PARTITIONS ENCHANTEES

 

 

 

tresors-de-la-musique-classique-BNF-TEXTUEL-catalogue-LIVRE-evenement-par-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018). Rien ne remplace la consultation directe d’un manuscrit autographe, en l’occurrence celle d’une partition destinĂ©e Ă  sa sa crĂ©ation
 les ratures, les traits marquĂ©s Ă  grands coups de plume et de crayon de couleur, 
 sont autant de signes des repentirs, des corrections, et aussi des coupures rĂ©alisĂ©s par l’auteur, ou d’autres mains dont il faut retrouver les motivations et l’identitĂ©. La BNF BibliothĂšque Nationale de France conserve un corpus unique au monde de partitions originales dont celles d’Ɠuvres majeures de l’histoire de la musique. Les Baroques (Rameau et Charpentier, Bach et Vivaldi), les classiques viennois dont Haydn et Mozart (le manuscrit de l’opĂ©ra Don Giovanni quand mĂȘme, don de la cantatrice Pauline Viardot !), les Romantiques dont Beethoven, Chopin, Liszt, Schumann, 
 avec un chapĂźtre dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra (Rossini, Gounod, Verdi, Wagner, Bizet, Offenbach, Massenet et Saint-SaĂ«ns, Franck, FaurĂ©, Dukas
), 
 LIRE notre critique complĂšte TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DVD

 

DANSE : drame & magie Ă©ternels

 

 

belarbi reine morte dead queen DVD opus ARTE capitole DVD critique review par classiquenewsDVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE). Le chorĂ©graphe Kader Belarbi confirme un vrai talent de dramaturge, capable de construire un drame complet dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e. La Reine morte crĂ©Ă©e Ă  Toulouse dĂšs 2011, prolonge la rĂ©ussite de son « Corsaire ». L’ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris a su affirmer un goĂ»t sĂ»r pour la tĂ©nĂšbre, les rĂŽles noirs auxquels il a donnĂ© de l’épaisseur (Abderram dans Raymonda). Sur les traces de Montherlant, Belarbi architecte sa narration en cultivant des situations contrastĂ©es, des images inoubliables et saisissantes qui illustrent avec Ă©clat et justesse l’exemple de la folie humaine, celle qui manipule, sacrifie l’amour, ambitionne le pouvoir. La folie dans tout son Ă©clat dĂ©risoire et pourtant magnifique : le roi atteint son but mais Ă  quel prix. ‹Belarbi cite tous les poncifs qui ont fait jusque lĂ  le souffle des grands ballets romantiques, certains les plus connus et dansĂ©s encore aujourd’hui ; scĂšnes collectives de cour dignes de Tchaikovski ; noces de l’ombre (RomĂ©o), 
 le tout superbement orchestrĂ©s et mis en lumiĂšre selon une sensibilitĂ© et une culture ciselĂ©es. C’est Ă  dire idĂ©alement barbare. EN LIRE PLUS

ASHTON Dream symphonic variations amrand marguerite ROYAL BALLET DVD opus ARTE dvd reviex critique dvd danse par classiquenews CLIC de classiquenews nov 2018DVD, critique. Frederick ASHTON : The Dream, Symphonic Variations, Armand et Marguerite (1 dvd OPUS ARTE 2017). Voici assurĂ©ment un tĂ©moignage exemplaire du style Ashton, ambassadeur de l’élĂ©gance britannique, servie par la troupe londonienne du ROYAL BALLET qu’il a fondĂ© lui-mĂȘme et qui lui devait bien cet hommage rĂ©trospectif. Le triptyque est dĂ©fendu avec finesse et tension par des solistes aguerris ; chacun participe au dĂ©voilement de la poĂ©sie classique, Ă  la fois franche et simple de Frederick Ashton (1904-1988), qui s’impose comme le plus important chorĂ©graphe britannique, de la 2Ăš moitiĂ© du XXĂš. ElĂšve de Massine, il rejoint comme soliste le Vic-Wells Ballet qui devient le ROYAL BALLET dont il sera le directeur de 1962 Ă  1970 et pour lequel il livre pas moins de 50 ballets inĂ©dits. InterprĂ©tĂ©s par la troupe qui historiquement est la plus familiĂšre de son style, les 3 chorĂ©graphies de Ashton, dĂ©voilent l’aisance des danseurs londoniens. Une affinitĂ© qui ajoute au crĂ©dit de cet enregistrement passionnant.
De presque 1 h de durĂ©e, The Dream (1964) crĂ©Ă© Ă  Londres mĂȘme diffuse ce classicisme onirique bien dans le style enchantĂ© et clair, lumineux et crĂ©pusculaire de Mendelssohn : Le songe d’une nuit d’étĂ© s’acclimate parfaitement Ă  l’écriture chorĂ©graphique d’Ashton. EN LIRE PLUS

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BRITTEN sublimé

billy budd deborah warner ivor bolton dvd belair dvd critique review dvd par classiquenewsDVD, critique. BRITTEN : BILLY BUDD (Bolton / D. Wagner, Madrid fevrier 2017 – 2 dvd BelAir classiques). Au cƓur du thĂ©Ăątre de Britten, rĂšgne le cynisme et la haine jalouse qui manipule et s’entend Ă  sacrifier l’innocence. Sur cette trame originelle, premiĂšre dans le projet lyrique et poĂ©tique de Britten, ont Ă©tĂ© conçus Peter Grimes, The Turn of the Screw, 
 Cette nouvelle production madrilĂšne de fĂ©vrier 2017, mĂ©ritait absolument sa gravure en dvd, dĂ©voilant le travail trĂšs thĂ©Ăątral et intimiste de Deborah Wagner. D’aprĂšs Melville, l’ouvrage de 1951 – mis en scĂšne en 1964, plonge dans l’univers masculin Ă©touffant de l’Indomptable, navire britannique en 1797. Jeune homme sacrifiĂ©, Billy, Ăąme positive et lumineuse, est bientĂŽt pris dans les rĂȘts de l’abject Claggart, possĂ©dĂ© par une attraction vicieuse et impuissante pour le beau Billy. TĂ©moin lui aussi impuissant et subjuguĂ©, le Capitaine Vere qui ne peut empĂȘcher la catastrophe et la pendaison finale du jeune Billy que son bĂ©gaiement a empĂȘchĂ© de clairement se disculper. Au final, c’est une passion Ă  mots couverts qui est emportĂ©e par la brutalitĂ© et cruautĂ© d’un systĂšme social inhumain et manichĂ©en. Britten dĂ©veloppe ici une rĂ©flexion sur le bien et le mal, et au final, les victimes sacrifiĂ©es au nom d’une lutte perdue d’avance. Britten montre avec raison combien la sociĂ©tĂ© des hommes dĂ©truit le bien, par haine et perversitĂ©, d’un accord tacite collectif. LIRE la critique complĂšte

 

 

EKMAN le poĂšte

PLAY-ekman-opera-garnier-paris-dec-2017-critique-ballet-danse-par-classiquenews-DVD-bel-air-classiques-CLIC-de-CLASSIQUENEWSDVD Ă©vĂ©nement, critique. PLAY : Alexander Ekman (Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, 2017, 1 dvd BelAir classiques). RĂ©jouissante crĂ©ation chorĂ©graphique
 PARIS, OpĂ©ra Garnier, dĂ©cembre 2017. La musique de Mikael Karlssonrenforce l’impact visuel et rythmique du ballet conçu par le suĂ©dois Alexander Ekman ; la force expressive et suspendue du premier, la libertĂ© imaginative du second forment ici un spectacle d’une beautĂ© saisissante, au mouvement vif, nerveux, haletant jusque dans ses contrastes ludiques voire espiĂšgles (ballons, balles, bulles renforcent la vision aĂ©rienne, immatĂ©rielle du drame
) qui alternent les tableaux aux couleurs nettes, aux gĂ©omĂ©tries claires et propres. LIRE notre critique complĂšte

 

 

 

 

BOLSHOI ballet dvd critique classiquenews clic dec 2018 cadeaux dvd noel 2018 bac619-coffretdvd-bolshoi balletvol2-recto-365x519DVD, COFFRET GREAT BALLETS From the Bolshoi vol. 2 (4 dvd, Bel Air classiques). Voici le deuxiĂšme volume de la sĂ©rie de coffrets « Great Ballets from the Bolshoi », un Digistack-Collectr (4 Ballets) contenant les derniers grands succĂšs du Ballet du BolchoĂŻ. Deux noms accrĂ©ditent les enregistrements : l’Etoile Svetlana Zakharova et le chorĂ©graphe soviĂ©tique Yuri Grigorovich, deux figures dĂ©sormais emblĂ©matiques du style russe version Bolshoi. LA BAYADERE
 (version de Youri Grigorovitch) rĂ©unit trois stars et une plĂ©iade de remarquables artistes du BolchoĂŻ. La production de 2013 Ă©voque les Indes orientales conçues, rĂȘvĂ©es par Minkus et Marius Petipa en 1877: s’y impose la grand solo de la BayadĂšre alors trahies et dĂ©laissĂ©e, et le tableau du royaume des ombres, Ă©vanescent et onirique. Svetlana Zakharova Ă©blouit dans le rĂŽle clĂ© de la vestale Nikiya. ElĂ©gance de la ligne, dĂ©tachĂ© Ă©lastique et souple composant un rubato aujourd’hui spĂ©cifique des plus romantiques, … > L’Âge d’Or (2016)  / > Le Lac des Cygnes (2015) / > Marco Spada (2014) / > La BayadĂšre (2013) … PrĂ©sentation et critique de ce coffret Ă©vĂ©nement, Ă©lu “CLIC” de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018

 

 

 

 

 

 
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CD, critique. MOZART : MITRIDATE, re di Ponto. Bevan, Banks
 Classical Opera. Ian Page (4 cd Signum classics)

MITRIDATE MOZART ian page classical opera cd review critique cd classiquenews6927_CO_Mitridate-220x220CD, critique. MOZART : MITRIDATE, re di Ponto. Bevan, Banks
 Classical Opera. Ian Page (4 cd Signum classics) . La production britannique a dĂ©sormais tous les arguments dĂ©fendus rĂ©cemment par la compagnie trĂšs engagĂ©e fondĂ©e par Ian Page et ses instrumentistes sur instruments d’époque (period instruments). C’est peu dire que Mozart excelle dans la langue seria, ainsi ce Mitridate de jeunesse (1770, Ă©crit Ă  14 ans) d’une finesse d’intonation oĂč le sujet tirĂ© de l’histoire romaine, n’est qu’un prĂ©texte pour traiter ce en quoi le jeune compositeur salzbougeois rayonne encore et Ă©blouit : l’expression moins des passions humaines que du sentiment. Une telle acuitĂ© ira en s’affinant encore jusqu’aux opĂ©ras gĂ©niaux, aboutis que sont Les Nozze di Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte (soit la trilogie Da Ponte, propre aux annĂ©es 1780, soit plus de 15 ans aprĂšs).

Mozart adolescent ne peint pas des types interchangables mais dĂ©jĂ  des personnalitĂ©s et de tempĂ©raments psychologiques qui se prĂ©cisent de scĂšnes en scĂšnes, de recitativos en airs : voilĂ  pourquoi il faut le tenir aujourd’hui comme le premier romantique, poĂšte du cƓur humain.
Mozart sur France MusiqueIci chacun implore, se languit, Ă©prouve sur l’échiquier amoureux, ce labyrinthe que prĂ©cĂ©demment Vivaldi avait empruntĂ© mais sur le mode de la folie et de l’extrĂȘme tension Ă  travers la fable lĂ©guĂ© par L’Arioste, dans le pĂ©riple d’Orlando / Roger.
Ici, au cƓur de l’intrigue politique se joue la rivalitĂ© des deux fils de Mitridate, Farnace, l’aĂźnĂ©, traitre Ă  son pĂšre ; le cadet Sifare, plus digne et loyal (en lequel le jeune Mozart s’est probablement identifiĂ©). AprĂšs moult pĂ©ripĂ©ties, oĂč les princesses IsmĂšne et Aspasia sont tour Ă  tour financĂ©es Ă  Mitridate et Ă  Farnace, Ă©prouvant la constance morale du jeune Sifare, le clan familial se resoude face Ă  la menace des Romains. Au terme des 3 actes, Mitridate meurt sur le champ de bataille, dominant les Romains, et pardonnant Ă  ses deux fils, retrouve un semblant de grandeur royale
 surtout, triomphe l’amour vĂ©ritable : Sifare pourra Ă©pouser Aspasia.

La langue du jeune Wolfgang est encore trÚs inspirée par la coupe frénétique des Vénitiens du début du siÚcle et surtout des Napolitains (Jommelli, Traetta
). On a ici la nomenclature typique des serias napolitains, avec 2 castrats : alto (Farnace) et soprano (Sifare), dans le rÎle des deux fils de Mitridate.

Les chanteurs sont, certains malgrĂ© des moyens limitĂ©s, trĂšs engagĂ©s sur le plan Ă©motionnel. IsmĂšne reste sincĂšre (petite voix mais impliquĂ©e de Klara Ek) ; en tĂ©nor hĂ©roĂŻque, moins vertueux, que soumis Ă  ses affects les plus immĂ©diats, Barry Banks convainc par sa versatilitĂ© et un chant fĂ©brile, tendu, osant tout
 insolence vocale et aigus francs expriment sous l’étoffe royale, une Ăąme intuitive et animale qui palpite) ; la mezzo Miah Persson, pulpeuse, charnelle fait une Aspasia noble et ardente, d’un calme attendri : « Pallid ombre  », puis agile dans son air original, d’une virtuositĂ© napolitaine standard (airs alternatifs originaux du cd4 : « Al destin », avec cependant des aigus vibrĂ©s); plus agitĂ©, mais trĂšs contrĂŽlĂ© vocalement, le Sifare de la soprano Sophie Bevan rayonne de sa voix juvĂ©nile et presque incandescente : le plus jeune fils de Mitridate, lui aussi perdu dans l’arĂšne des sentiments, projette sa vĂ©ritable nature troublĂ©e et trĂšs Sturm und Drang (« S’il rigor d’ingrate sorte »). MĂȘme implication pour le Farnace du contre-tĂ©nor Lawrence Zazzo : voix pourtant instable, mais l’intonation canalisĂ©e, malgrĂ© un timbre assez ordinaire fait un second fils de Mitridate (l’aĂźnĂ© de Sifare), plus mĂ©lancolique, contemplatif, dolent (« GiĂ  dagli occhi  »).
Le Marzio du tĂ©nor Robert Murray est parfois instable lui aussi mais comme ses partenaires, engagĂ©, convaincu. Parmi les plus beaux airs, mentionnons grĂące au travail de restitution de Ian Page, le duetto Sifare / Aspasia (Bevan / Persson), enregistrĂ© en « bonus » : « Si viver non degg’io », tout Ă  fait emblĂ©matique de l’inspiration juvĂ©nile du jeune Mozart, tendre et dĂ©terminĂ© : ardent.
IanPage-1-e1517575314281La rĂ©vĂ©lation de cette lecture convaincante souligne cette tendresse amoureuse de l’écriture du jeune Mozart, qui ainsi attendrit l’austĂ©ritĂ© morale de la source du livret : Racine (Mithridate, 1672), chez lequel l’action hĂ©roĂŻque, stoĂŻque mĂȘme dans le cas du souverain empoisonnĂ©, prime sur l’intrigue sentimentale. Le devoir et la mission imposĂ©e par le destin, plutĂŽt que l’amour. Avec Mozart c’est tout l’inverse. Le jeune compositeur se joue des vertiges paniques ou des Ă©lans languissants et tendres de ses personnages, perdus dans le labyrinthe du sentiment. L’esprit de troupe rĂšgne constamment et la tenue de l’orchestre brille par son engagement dĂ©taillĂ©. Convaincant.

CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN)

CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN). Percutant, vif argent, trĂšs dĂ©taillĂ© et expressif, le cycle en suite du ballet Daphnis et ChloĂ© (premiĂšre commande parisienne de Diaghilev Ă  un compositeur français pour la saison des Ballets Russes de 1912) percute et marque l’esprit par son relief trĂšs dĂ©monstratif. Pourtant il manque ici toute la sensualitĂ© trouble du Ravel Ă©perdu, dĂ©bridĂ©, mĂȘme si le finale se finit effectivement en une frĂ©nĂ©sie orgiaque (Ă  la maniĂšre de la Valse Ă  venir
).
ravel duparc kozena valses melodies robin ticciati belrin sinphonie orchester cd Linn critique cd cd review classiquenewsPuis vient les chansons de Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage est emblĂ©matique de tout le cycle ; si le chef dĂ©taille et articule le scintillement empoisonnĂ© Ă  l’orchestre (d’un voile post tristanesque) : Duparc, Ă©lĂšve de CĂ©sar Franck, est avec Chausson le plus wagnĂ©rien des compositeurs romantiques français, le mezzo charnu et d’une beautĂ© saisissante de Magdalena Kozena, pose problĂšme sur son articulation du français. On pert ici 60 % de la comprĂ©hension du texte : or alchimiste de la note et du texte, Du parc exige pour ĂȘtre rĂ©ussi, une maĂźtrise idĂ©ale de l’intelligibilitĂ© et d e l’intonation ; ainsi on reste trĂšs rĂ©servĂ© sur son articulation et l’intelligibilitĂ© du français. La diphtongue Ă©chappe totalement Ă  la chanteuse donnant ici, « ta moidre », au lieu de « ton moindre »  pourtant la couleur de la voix est proche du sublime, exprimant la dignitĂ© blessĂ©e, vĂ©nĂ©neuse d’un Duparc vĂ©ritablement envoĂ»tĂ© par Wagner.
PhydillĂ© (1882) est la plus convaincante, Ă©perdue, radicale, d’une passion lĂ  encore wagnĂ©rienne, et tristanesque : Duparc a fait le chemin et le pĂšlerinage de Bayreuth (avec Chabrier en 1879), au point, qu’il ne s’en remit jamais


Les Valses nobles et sentimentales font valoir le mĂȘme sens du dĂ©tail et du mordant expressif de l’Orchestre Deutsches Symphonie Berlin dont Robin Ticciati est devenu le directeur musical en titre depuis 2017 : si Daphnis est une immersion dans le grand bain hĂ©doniste et suave d’un Ravel presque lascif voire orgiaque (finale), ici rĂšgnent la ciselure et le raffinement des climats, d’une tendresse Ă©merveillĂ©e. CaractĂ©risĂ©e, pudique aussi, la direction s’affine et atteint Ă  cette cristallisation suggestive dont Ravel, conteur magicien dĂ©tient la secret. L’écoute approfondie met en lumiĂšre les qualitĂ©s du chef en terme de flexibilitĂ© et d’accents par sĂ©quence, avec un souci de respect des indications dynamiques.

Belle lecture et surtout bel engagement pour la musique française postromantique et moderne. Reste que la transition entre la derniĂšre des chansons de Duparc (PhydillĂ©) enchainĂ©e directement Ă  la vivacitĂ© expressive et pleine de panache provocant des Valses de Ravel, n’est pas une continuitĂ© des plus heureuses. Petite erreur dans la conception du programme.

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CD, critique. Ravel & Duparc: « Aimer et mourir » – Danses et mĂ©lodies. Magdalena KoĆŸenĂĄ, mezzo. Deutsches Symphonie-Orchester BERLIN. Robin, Ticciati, direction – 1 cd LINN records

+ d’infos sur le site de LINN records
http://www.linnrecords.com/recording-aimer-et-mourir.aspx

Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016)

Zaide-cd critique review cd ian page classical opera cd release and review critique cd par classiquenews MOZART 220x220-1Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016). L’orchestre CLASSICAL OPERA rĂ©unissant quelques uns des meilleurs instrumentistes britanniques actuels par le chef mordant, nerveux, d’une exceptionnelle direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rienne, Ian PAGE, – fondateur de la formation, rĂ©ussissent un ZAIDE de premiĂšre qualitĂ© : la tenue permanente de l’orchestre demeure vivace, palpitante, Ă©lectrisĂ©e, et aussi d’une flexibilitĂ© expressive d’un galbe inouĂŻ c’est Ă  dire d’une sonoritĂ© Ă  la fois vivante, voire trĂ©pidante, et pourtant colorĂ©e, dĂ©taillĂ©e, poĂ©tiquement profonde.
Le sujet met en scĂšne des europĂ©ens (Gomatz, Zaide) rĂ©duits en esclavage par le sultan Soliman : une prĂ©figuration de ce que dĂ©noncera L’EnlĂšvement au SĂ©rail : l’amour souverain contre toute forme d’arbitraire tyrannique.
Ian Page reconstitue la matiĂšre dramatique de cet opĂ©ra qui devait ĂȘtre en 2 actes, avec son ouverture empruntĂ© Ă  Thamos, roi d’Egypte.
La lecture force l’admiration par son fini, sa grande cohĂ©rence, un son mozartien d’une Ă©lĂ©gance jamais Ă©coutĂ©e Ă  ce jour, sur instruments d’époque.
De surcroĂźt, le plateau rĂ©unit des solistes chevronnĂ©s, soucieux de la projection et de l’articulation de l’allemand, avec verve, imagination, nuance et intensitĂ©.
Jackson-Stuart-soliman-tenor-porait-zaide-par-classiquenewsEn Soliman, le tĂ©nor Stuart Jackson maĂźtrise idĂ©alement cette nervositĂ© Ă©lĂ©gante propre au Mozart de la fin des annĂ©es 1770, sa profondeur et cette lumiĂšre noire spĂ©cifique Ă  la pĂ©riode oĂč le compositeur Ă©mancipĂ© de Salzbourg, recherche un emploi digne de sa valeur, voyageant jusqu’à lÂ â€˜Ă©puisement, vivant, Ă©prouvant la douleur la plus intense, comme Ă  Paris en 1778, la mort de sa mĂšre
 C’est peu dire que le gĂ©nie de Mozart, entre tendresse et fulgurance funĂšbre, tient Ă  cette profondeur grave, cette sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, qui est Ă  la fois tendresse et prĂ©science de la mort, ce gouffre vertigineux, noir, dĂ©jĂ  romantique. La sensibilitĂ© de Wolfgang sait exprimer le dĂ©sarroi de l’ñme Ă©prouvĂ©e jusqu’au vertige ultime qui marie douleur infinie et prĂ©monition funĂšbre. Ainsi les airs ici de Zaide (touchante voire bouleversante Ă  mesure de l’action, Sophie Bevan), qui de tendres versent progressivement dans un infini doloriste, mortifĂšre (air plage 14 « Troslosschluchzet Philome ») qui dans le profil de l’hĂ©roĂŻne, prĂ©figure la profondeur tragique de Pamina de la FlĂ»te enchantĂ©e. dans un prĂ©cĂ©dent enregistrement, la soprano britannique a enregistrĂ© les airs de Sophie Dusseck (cf cd rĂ©alisĂ© par Ian Page, « PERFIDO ! »).‹Distinguons entre autresn parmi un cast irrĂ©prochbale – autre indice de l’intuition infaillible du chef-, l’excellent baryton Jacques Imbrailo (Allazim).

Ian Page comprend la violence du sentiment de solitaire impuissance, d’absolu dĂ©nuement qui traverse le personnage de l’hĂ©roĂŻne. (plage 15 air « Tiger ! »).
On reste stupĂ©fait par l’économie expressive du chef, sa science du naturel tragique : de fait, oĂč a t on Ă©coutĂ© telle sonoritĂ© ronde et chaude, flexible et expressive, d’une Ă©quilibre souverain ? Le finale, quatuor des protagonistes synthĂ©tise toute la charge des Napolitains, avec cette tension prĂ©classique, Sturm und Drang, Ă©lectrique, dont la tension, l’architecture tragique et hĂ©roĂŻque annonce les Ɠuvres ultimes (gravitas morale de Titus), et aussi le Fidelio de Beethoven par cette couleur fraternelle, compassionnelle, humaine, propre au Mozart attendri, supĂ©rieurement humaniste.

La comprĂ©hension du chef Page face Ă  la gĂ©ographie et Ă  l’imaginaire fraternel mozartien est proprement superlatif. Mozartien, humaniste, le chef l’est totalement. Le maestro inspirĂ©, raffinĂ©, dĂ©montre ici tout ce que Zaide apporte d’élĂ©ments dĂ©cisifs dans la maturation du gĂ©nie mozartien, le menant directement vers son dernier singspiel lui aussi viscĂ©ralement traversĂ© par l’esprit et l ‘idĂ©al des LumiĂšres, La FlĂ»te enchantĂ©e de 1791. Lecture superlative.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera, Ian PAGE (1 cd Signum classics, 2016). Sophie Bevan, Zaide. Allan Clayton, Gomatz. Stuart Jackson, Soliman. Jacques Imbrailo, Allazim. Darren Jeffery, Osmin. Jonathan, McGovern. The Orchestra of Classical Opera. Ian Page, direction.

CD, critique. PERFIDO : récital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics)

perfido sophie BEVAN MOZART BEETHOVEN cd review critique cd par classiquenews SIGNUM classics CLIC de classiquenews oct 2018CD, critique. PERFIDO : rĂ©cital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics). VoilĂ  un excellent programme qui souligne combien Mozart est 
 un romantique, le premier romantique mĂȘme ; source Ă©lectrisant pour le jeune Beethoven. VĂ©ritable alchimiste et poĂšte du cƓur humain, et Ă  l’époque des LumiĂšres, fin connaisseur et peintre inĂ©galĂ© du sentiment. Ni dĂ©monstratif, ni dĂ©coratif mais juste, son style Ă©tincelle par sa vĂ©ritĂ©. Le chef Ian PAGE et son ensemble MOZARTISTS sur instruments d’époque signent ici un programme tout en sincĂ©ritĂ© d’autant car leur geste est ciselĂ©s, eux aussi, et d’une mordante nervositĂ©, jamais alanguis ni 
 artificieux (comme peuvent l’ĂȘtre certains baroqueux français, et non des moindres dans ce rĂ©pertoire oĂč la vĂ©ritĂ©, la mesure, l’équilibre, doivent prĂ©valoir). Les instrumentistes rĂ©unis autour de Ian PAGE depuis 2017, encore rĂ©cemment donc, reprĂ©sentent Ă  nos yeux l’excellence de la musique britannique actuelle, entre engagement, expression et agilitĂ© virtuose. Du vif et du sens. A chaque mesure.

C’est peu dire que tout chanteur mozartien est un belcantiste en puissance : phrasĂ©, legato, expressivitĂ©, intonation filigranĂ©e
 la britannique Sophie Bevan possĂšde tout cela ; dĂšs la premiĂšre scĂšne, signĂ©e Haydn, alternant recitatifs et arias, qui s’inscrit dans l’esthĂ©tique frĂ©nĂ©tique, par Ă©clairs et contrastes vifs du 
 courant romantique et germanique « Sturm und drang » (tempĂȘte et passion) : de fait, « Berenice, che faï », fulmine, s’extasie, avant de s’effondrer en langueur embrasĂ©e, avec des Ă©carts et intervales vertigineux pour la voix. Versatile, claire, intense, la soprano ne manque pas d’aplomb ni d’autoritĂ©.

 

 

Sainte tendresse, tragique fiĂšvre de MOZART
Ian Page réussit la résurrection du sentiment mozartien dans son ambivalence et sa singularité

 

 

Aux cĂŽtĂ©s de Haydn, trĂšs percutant, les 5 airs mozartiens sĂ©lectionnĂ©s ici, forment un festival d’une Ă©criture inouĂŻe; ils se distinguent par leur coupe plus franche encore, l’expression la plus fulgurante du sentiment : de la tendresse et une langueur comme suspendue, nĂ©cessitant une belle coloratoure aussi (premier air d’aprĂšs Metastase, qui produit et rĂ©ussit la langueur attendrie d’Arbace : « Oh temerario Arbace », composition unique par sa maturitĂ© et lĂ  encore sa profondeur juste
 nĂ©e sous la plume d’un gamin de 
 8 ans (!).

Puis voici Dido / Didone, saisie dans la trahison qui la crucifie littĂ©ralement, pour laquelle Mozart dĂ©ploie toute les caresses de la compassion la plus humaine ; tendresse encore, qui conduit la Reine de Carthage Ă  se confesser, se murmurant Ă  elle-mĂȘme l’inavouable tragĂ©die qui est la sienne : le style et l’intonation de la diva, la tenue filigranĂ©e des instrumentistes, le souci de la couleur et du caractĂšre intĂ©rieur dĂ©fendu par le chef, sont superlatifs. C’est le seul aria de concert composĂ© pour Mannhein en avril 1778 (Mozart revient de Paris oĂč il a vĂ©cu un enfer dont la mort de sa mĂšre), en particulier pour la soprano Dorothea Wendling qui sera la crĂ©atrice deux ans plus tard du rĂŽle d’Ilia dans Idomeneo (son 3Ăš opera seria aprĂšs Lucio Silla et Mitridate). Sur un texte du trĂšs moral Metastasia, Mozart Ă©blouit par sa couleur, sa coloratoure mesurĂ©e, qui exprime l’intensitĂ© d’une scĂšne de dĂ©ploration surtout intĂ©rieure, Ă  la fois souple et Ă©noncĂ©e naturellement (malgrĂ© le carcan de son texte)
.
De 1778 toujours, annĂ©e tragique et sur le plan artistique d’une exceptionnelle maturitĂ©, le second air Ă©crit pour la soprano praguoise Josefa Dussek : « Ah, lo previdi
Ah, t’invola agl’occhi miei » ; encore une pĂ©pite lyrique qui Ă©tincelle de mille feux ; oĂč les aigus semblent hisser la soprano au sommet de vertiges vocaux, ivresse Ă©motionnelle et lyrique absolue : plus de tendresse mais un Ă©lan Ă©perdu, un Ă©tat de panique totale, car ici Andromeda qui s’adresse Ă  Euristeus en parlant de PersĂ©e son prince sauveur, est victime de l’apparente cruautĂ© de son aimĂ© avec lĂ  aussi, un tapis instrumental des plus dĂ©licatement ciselĂ©s (et Ă©noncĂ© par la finesse des instrumentistes). Ian Page, dans le second recitatif (« Misera ! Invan m’adiro ») creuse davantage ce thĂ©Ăątre intĂ©rieur, jusqu’à la rĂ©sonance d’une inquiĂ©tude sourde et irrĂ©pressible. Quelle scĂšne d’incandescence Ă©motionnelle, qui s’achĂšve – Mozart oblige, par un Ă©tat de tendre aspiration, d’appel absolu Ă  la paix (avec hautbois obligĂ©), en un dernier soupir toutĂ  fait canalisĂ©. Sublime.

« Bella mia fiamma
 Resta o cara » (K 528) est l’air le plus tardif de cette collection de joyaux mozartiens (1788). Sur un texte tirĂ© de la CĂ©rĂšs ApaisĂ©e de Jommelli (Cerere placata), Mozart Ă©crit ainsi le second et dernier air de concert pour Josefa Dussek alors en octobre 1787, Ă  l’époque de la crĂ©ation triomphante de Don Giovanni Ă  Prague. Voici par la voix de Titano (Titan, mortel amoureux de Proserpine) s’adressant Ă  Proserpine et Ă  sa mĂšre, CĂ©rĂšs, l’ñme mozartienne exprimant / rĂ©alisant comme une mort en direct, un renoncement dĂ©chirant : Titano doit renoncer Ă  celle qu’il aime car elle doit rejoindre les enfers, comme Ă©pouse de HadĂšs / Pluton. La subtilitĂ© mozartienne atteint ici un sommet, entre inquiĂ©tude, terreur, saisissement, sidĂ©ration. Chanteuse et orchestre scintillent passant par climats et couleurs d’une rare profondeur : Sophie Bevan est trĂšs convaincante d’autant qu’elle tient ses aigus, et se soucie du verbe comme de son intelligibilitĂ©.

Belle respiration, lumiĂšre intĂ©rieure, souffle aĂ©rien
 la prestation des Mozartists montrent qu’ils portent trĂšs bien leur nom. Jamais les instruments et l’orchestre n’ont mieux colorer et Ă©lucider les paysages introspectifs de l’hĂ©roĂŻne qu’ils n’accompagnent pas ; qu’ils portent plutĂŽt,
 soutiennent, apaisent ou Ă©lectrisent. Une leçon d’éloquence mozartienne.

BEETHOVEN MOZARTIEN
 A cette source jaillissante de vĂ©ritĂ© et d’éclairs sentimentaux, Beethoven souhaitait s’abreuver quand il vient Ă  Vienne en avril 1787. De fait son air « No non turbi, o mio tesoro »  possĂšde dĂ©jĂ  toute l’intensitĂ© d’un air passionnĂ©, ardent, lumineux dans son cheminement Ă©prouvĂ© qui annonce Leonore de Fidelio. Quelle rĂ©vĂ©lation.

Beethoven_Hornemann-500-carreMais le diamant de cette filiation Mozart / Beethoven reste « Ah perfido » que Ludwig Ă©crit pour 
 Josefa Dussek en 1796, d’une magistrale architecture, entre vĂ©hĂ©mence et caresse intĂ©rieure (le modĂšle mozartien a Ă©tĂ© parfaitement assimilĂ©). AprĂšs les premiĂšres invocations proches de la folie dĂ©clarĂ©e, puis un Ă©pisode de soliloque interrogatif plus intĂ©rieur, se dĂ©ploie la priĂšre (Per pietĂ ) de l’aimĂ©e qui souffre et souhaite la paix (elle aussi)
 jusque’à la mort ; contrairement Ă  ce qui est prĂ©cisĂ© dans le livret (qui prĂ©sente chaque air avec moult dĂ©tails), Beethoven nous semble plus proche dans le caractĂšre, de Mozart, moins de Haydn. La coupe, le sens de la franchise et cette extase languissante introspective sont viscĂ©ralement 
 mozartiens. Le tact, l’intention et l’agilitĂ© Ă  la fois dĂ©terminĂ©e et tendre de la voix convainquent. Y compris dans la derniĂšre sĂ©quence oĂč l’ amoureuse se rebiffe (Ah crudel!) en vertiges et intervales
 spectaculaires, maltraitant la voix (pour la rendre davantage expressive). VoilĂ  qui annonce l’urgence et la radicalisme de Fidelio, ses fulgurances. La Fulgurance, voilĂ  ce que Beethoven apprend au contact de la musique mozartienne. La tĂ©nacitĂ© vocale de la soprano Sophie Bevan se montre Ă  la hauteur d’un programme Ă©blouissant : dĂ©fi pour l’interprĂšte (il n’est pas sĂ»r que la chanteuse puisse rĂ©aliser autant d’airs en un mĂȘme programme au concert ; rĂ©alisĂ© par sessions distinctes, le disque le permet heureusement) ; l’intĂ©rĂȘt musicologique et esthĂ©tique qui naĂźt dans cette confrontation Haydn, Mozart, Beethoven, est indiscutable. Programme magistral. Superbement dĂ©fendu. Qui est plus mozartien aujourd’hui que les MOZARTISTS ?

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. PERFIDO : rĂ©cital lyrique, SOPHIE BEVAN, soprano. The Mozartists. Ian PAGE, direction (1 cd Signum classics). CLIC de CLASSIQUENEWS. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2016 Ă  Londres, cet enregistrement qui appartient Ă  prĂ©sent aux dĂ©buts glorieux des MOZARTISTS, demeure l’un des tĂ©moignages les plus engagĂ©s et les plus crĂ©dibles de l’ensemble fondĂ© par Ian Page. Bravo maestro ! A suivre.

CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series)

widmann arche nagano cd reiwe critique cd classiquenews ECM-2605-06-240x240CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series). HAMBOURG janvier 2017. AprĂšs Rihm (crĂ©Ă© par le NDR Elbphilharmonie Orchester), Widmann propose en janvier 2017, sa nouvelle oeuvre, un oratorio monumental pour inaugurer la Philharmonie de l’Elbe / Elbphilharmonie, salle de concert au profil design qui souhaite ĂȘtre Ă  la pointe de l’innovation musicale. Ainsi «  Arche », nouvelle partition a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en janvier 2016 : Kent Nagano (ordinairement pilote du Symphonique de MontrĂ©al) conduit pour se faire l’orchestre local en Allemagne (et en rĂ©sidence dans l’institution), le Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, pour la crĂ©ation de la piĂšce qu’il a commandĂ©e : oratorio en grand format pour soli, 3 choeurs, choeurs d’enfants et (trĂšs) grand orchestre (avec orgue) : soit 300 participants.
RĂ©ponse contemporaine aux Gurrelieder de Schoenberg, ou mieux Ă  la 8Ăšme Symphonie de Mahler (dite «Symphonie des Mille »), Arche assume son gigantisme (avec effet de lumiĂšre pour ceux qui ont assistĂ© Ă  la piĂšce, en particulier pour le Fiat Lux), et aussi sa signification par rĂ©fĂ©rence Ă  l’Ancien Testament : le vaisseau de NoĂ© indique un nouveau « commencement », point de dĂ©part de la Philharmonie de l’Elbe elle-mĂȘme. D’autant que l’architecture du bĂątiment cite elle, une proue de bateau.
La piĂšce compte 5 Ă©pisodes : Fiat lux, le DĂ©luge, l’Amour, Dies Irae, Dona nobis pacem avec citations et rĂ©fĂ©rences Ă  Michel-Ange, Heine, Schiller. Musicalement, c’est une mosaĂŻque de parodies, reprenant les mĂ©lodies de Boradway, surtout la Fantaisie pour piano chƓur et orchestre op.80 de Beethoven, repĂšres facilement comprĂ©hensible par la public. Le principe est facile mais fonctionne. Chacun s’amuse ici Ă  reconnaĂźtre l’oeuvre citĂ©e.
Les solistes dĂ©fendent avec engagement une partition plĂ©thorique et grandiloquente on l’a compris : la soprano Marlis Petersen se distingue par son chant assurĂ©, dĂ©clamatoire, emphatique; le baryton Thomas E.Bauer paraĂźt parfois serrĂ©, « petit »; Ă  leur cĂŽtĂ©, les enfants semblent plus Ă  leur aise (en voix parlĂ©es ou chantĂ©es). Le texte glouton comme la mise en musique, cite une foi triomphante en l’homme
 une autoconfiance dans une monde globalisĂ© et interdĂ©pendant, de moins moins sensible Ă  son salut collectif. Cette oeuvre qui proclame la foi en internet et dans les rĂ©unions politiques internationales type G8 ou G7 montre surtout les limites d’une humanitĂ© qui doute profondĂ©ment d’elle-mĂȘme et se bloque dans sa capacitĂ© Ă  assurer son futur. Il est bien dommage que le texte ne soit pas Ă  la mesure de l’enjeu : aucune rĂ©fĂ©rence au dĂ©rĂšglement climatique, Ă  l’agonie des espĂšces animales, bientĂŽt des espĂšces vĂ©gĂ©tales et des arbres
 avant l’espĂšce humaine. Un texte engagĂ©, plus directement connectĂ© avec la rĂ©alitĂ© de la planĂšte aurait eu infiniment plus d’impact.
Widman de son cĂŽtĂ©, dĂ©ploie une musique habile car thĂ©Ăątrale et rythmique, contrastĂ©e et caractĂ©risĂ©e. Jamais ennuyeuse, mais pas troublante non plus. Mahler savait autrement porter, conduire, exalter, sublimer, transfigurer collectivement. Et toucher malgrĂ© le nombre et l’effectif. Jörg Widmann se borne Ă  une dĂ©monstration virtuose qui peine Ă  dĂ©passer son ampleur, sa dĂ©mesure, .
 osons dire une vacuitĂ© spectaculaire bien dans l’ùre du temps.
 
 
 
nagano elbe philharmonie classiquenewsWDW_Widmann-ARCHE_20170109

 
 
 
Californien analytique, Nagano dĂ©taille, comme Ă  son habitude, souligne mĂȘme la finesse d’une orchestration plutĂŽt fouillĂ©e : mais dont le sens manque de profondeur rĂ©elle. Cette gravitĂ© parfois prenante rĂ©sonne vainement, dĂ©pourvue d’un vrai texte de prise de conscience sur notre monde et le dĂ©sarroi des sociĂ©tĂ©s modernes. PlĂ©thorique, gigantesque, la partition manque Ă  notre avis son but car ne dĂ©nonce rien, dans notre monde proche de l’apocalypse.

 
 
 

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CD, critique. Jörg Widmann : Arche, oratorio crĂ©Ă© Ă  Hambourg en janvier 2017 – 2 cd ECM New Series 4817007

Marlis Petersen, soprano / Thomas E.Bauer, baryton
Knabensopran: Soliste du chƓur d’enfants de la Chorakademie Dortmund / RĂ©citant (enfant): Antonius Hentschel / RĂ©citante (enfant): Jonna Plate / Orgue: Iveta Apkalna
Hamburger Alsterspatzen (Chef de chƓur: JĂŒrgen Luhn)
Audi Jugendchorakademie (Chef de chƓur: Martin Steidler)
Chor der Hamburgischen Staatsoper (Chef de chƓur: Eberhard Friedrich)
Philharmonisches Staatsorchester Hamburg
Direction musicale: Kent Nagano

Programme de l’oratorio ARCHE :

CD 1
1 FIAT LUX / ES WERDE LICHT – 18:58
2 SINTFLUT – 29:03
3 DIE LIEBE – 26:55

CD 2
1 DIES IRAE – 16:52
2 DONA NOBIS PACEM – 09:16

 
 
 

CD événement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records)

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense.

PIANO / VOIX SUPERLATIF

La rĂ©ussite est totale car l’intelligence du programme, c’est Ă  dire la succession des oeuvres proposĂ©es crĂ©e une dramaturgie qui saisit par l’intensitĂ© des climats intĂ©rieurs, la recherche permanente de ce que dit le texte, la volontĂ© d’exprimer l’introspection et la charge Ă©motionnelle de chaque air. C’est une traversĂ©e intime oĂč chaque Ă©pisode doit sa « vĂ©rité » au choix des compositeurs : les plus grands du XVIIĂš (Monteverdi, Purcell
) et du XVIIIĂš europĂ©en (JS Bach, Haendel, Vivaldi
).

21 airs, 21 sentiments de l’Ăąme… Belle idĂ©e en ouverture d’aborder le rĂ©cital par l’indicible langueur de Monteverdi (“Oblivion soave“
 extrait de L’Incoronazione di Poppea) dont le contre tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre exprime tout le vertige hallucinĂ© ; lui rĂ©pond un piano littĂ©ralement hypnotique du trĂšs pictural Guillaume Vincent 
 au toucher de rĂȘve : quel rĂ©gal dans des airs baroques oĂč l’on pensait que seuls comptaient la virtuositĂ© et le panache. Rien de tel ici tant la sincĂ©ritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©, la prĂ©cision feutrĂ©e sont Ă©loquentes et remarquablement exprimĂ©es. On souhaiterait Ă©couter le pianiste dans un rĂ©cital seul chez Rameau ou Scarlatti

CLIC D'OR macaron 200Ecoutez ainsi comment le clavier installe un climat de balancement onirique, Ă  la scansion taillĂ©e comme un diamant, Ă  la fois percussif mais tendre (nouvel oxymore
 notion qu’apprĂ©cient les initiateurs de ce programme) pour l’air de l’hiver de Purcell (« cold song » / renommĂ© « l’effroi » – plage 6) ; mĂȘme franche Ă©mission et naturel vocal rĂ©jouissant, et d’une belle complicitĂ© dans le meilleur duo lyrique Ă  notre avis (avec la soprano Marion Tassou), Ă©pisode “Les larmes” : « son nata a lagrimar» de Haendel, oĂč les deux timbres s’enlacent et se rĂ©pondent en une dĂ©ploration aĂ©rienne, pudique et sobre.
Tout le programme relĂšve dans le chant, de ce souci de la nuance et de l’émission, sublimĂ© par un piano constamment enivrant.

EN CONCERT

Les amateurs de cette relecture rafraßchissante du Baroque lyrique le plus connu, retrouveront les deux artistes en tournée. PremiÚres dates à Paris, Athénée, les 22 et 23 octobre 2018.

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CD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records) – durĂ©e : 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris

 
Programme / track listing

 

1. L’OUBLI  I  OBLIVION SOAVE, MONTEVERDI
2. LA CÉLÉBRATION  I  STRIKE THE VIOL, PURCELL
3. L’AMBITION  I  SARÒ QUAL VENTO, HAENDEL
4. L’ESPOIR  I  ALTO GIOVE, PORPORA
5. LE DÉSIR  I  PUR TI MIRO*, MONTEVERDI
6. L’EFFROI  I  COLD SONG, PURCELL
7. LA COLÈRE  I  GEMO IN UN PUNTO, VIVALDI
8. L’EMPATHIE  I  EJA MATER, VIVALDI
9. LA CANDEUR  I  LES SAUVAGES*, RAMEAU
10. LES TOURMENTS  I  AGITATA INFIDO FLATU, VIVALDI
11. LA FOI  I  CUM DEDERIT, VIVALDI
12. LES REGRETS  I  ERBARME DICH, BACH
13. LE PLAISIR  I  ONE CHARMING NIGHT, PURCELL
14. LA FIERTÉ  I  DOMERÒ LA TUA FIEREZZA, HAENDEL
15. LE JEU  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI**, PORPORA
16. LA LÉGÈRETÉ  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI***, PORPORA
17. LE DOUTE  I  IF LOVE’S A SWEET PASSION, PURCELL
18. LA VENGEANCE  I  OMBRA CARA, HAENDEL
19. LES LARMES  I  SON NATA A LAGRIMAR**, HAENDEL
20. L’ABANDON  I  DITE OHIMÈ, VIVALDI
21. LA LIBERTÉ  I  LASCIA CH’IO PIANGA, HAENDEL

VOIR le TEASER vidéo ADN BAROQUE :

CD, critique. JONAS KAUFMANN : AN ITALIAN NIGHT (1 cd SONY classical, 2018)

italian night jonas kaufmann sonu classical cd critique par classiquenewsCD, critique. JONAS KAUFMANN : AN ITALIAN NIGHT (1 cd SONY classical, 2018). Timbre d’airain, contrĂŽlĂ© sur toute la tessiture, avec ce medium dĂ©sormais presque barytonant (en particulier dans Cielo e mar de La Gioconda de Ponchielli, abordĂ© avec une couleur fauve et sombre d’une irrĂ©pressible langueur blessĂ©e radicale), 
 la prestation vocale du bavarois Jonas Kaufmann rĂ©pond Ă  nos attentes. Saluons cette ivresse Ă©perdue des hĂ©ros marquĂ©s par le destin, promis Ă  vivre les Ă©lans extatiques amoureux d’une irrĂ©pressible passion
 De toute Ă©vidence Jonas Kaufmann affirme ici dans cet exercice de plein air et immergĂ© parmi un public trĂšs nombreux, qui l’acclame Ă  chaque passage vers l’aigu en gĂ©nĂ©ral trĂšs bien nĂ©gociĂ©. La prĂ©sence des spectateurs dans le thĂ©Ăątre Ă  ciel ouvert de la Waldbuhne de Berlin conditionne tout le dispositif d’un spectacle qui Ă©videmment heurtera les plus pointus, habituĂ©s, nantis des salles fermĂ©es de l’opĂ©ra.
Mais le genre a besoin de ses grandes messes populaires et trĂšs grand public, pour renforcer ce lien vital entre un artiste et son public, pour rĂ©gĂ©nĂ©rer aussi l’opĂ©ra qui sans cela, serait rĂ©servĂ© Ă  une poignĂ©e de pseudo spĂ©cialistes arrogants et constipĂ©s.
D’oĂč la valeur de ce type d’expĂ©rience qui a toute sa place aujourd’hui. D’ailleurs, Jonas Kaufmann n’invente rien : avant lui, le lĂ©gendaire Luciano Pavarotti savait Ă©largir l’horizon lyrique, mĂ©tissant ses rĂ©citals en mĂȘlant les genres et les catĂ©gories. Et cela ne bouleverse personne. Et le succĂšs fut au rendez-vous.
Kaufmann prolonge donc un exercice qui se cultive en marge du lyrique en salle (et avec mise en scÚne), sans empiéter sur ses frontiÚres.

kaufmann jonas berlin waldbuhne recital liveAprĂšs ce Ponchielli solistique d’un lyrisme embrasĂ© a voce sola, voici tout un cycle thĂ©Ăątral, extrait de la dramaturgie la plus tendue, Ăąpre de Cavalleria Rusticana de Mascagni, opposant Santuzza et Turiddu, ex amants ici affrontĂ©s car elle ne l’aime plus dĂ©sormais, ce qu’il n’accepte pas : un duo mordant, fĂ©lin lĂ  encore, qui se termine comme chez Bizet (Carmen) par l’assassinat de la jeune femme : pour exprimer toutes les nuances de cette passion refroidie qui pourtant suscite la colĂšre hallucinĂ©e du tĂ©nor, Jonas Kaufmann invite le mezzo onctueux et charnel de la diva Anita Rachvelishvili, cantatrice qui a prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ© un passionnant et inĂ©gal rĂ©cital chez le mĂȘme Ă©diteur. Les 3 seynettes ainsi restituĂ©es, rappellent combien le vĂ©risme est une Ă©criture chambriste qui met en lumiĂšre les affects les plus enfouies des protagonistes, en gĂ©nĂ©ral comme ici, des amants Ă©prouvĂ©s, dĂ©truits (Turiddu) ou exacerbĂ©s, volontaires, libertaires (Santuzza). Bel Ă©pisode de tragĂ©die amoureuse dont Mascagni a le gĂ©nie et que servent avec une passion mesurĂ©e les deux chanteurs prĂ©sents Ă  la Waldbuhne de Berlin.
Evidemment, hors de la scĂšne d’un thĂ©Ăątre, et ici en plein air, on demande des chanteurs de se dĂ©passer, d’oser une nouvelle palette de sentiments qui se projettent vers le public massĂ© en foule compacte
 le dernier Ă©pisode qui commence par le solo Mamma, quel vino Ăš genero, affirme la qualitĂ© du timbre de Kaufmann, brĂ»lĂ©, dĂ©vastĂ©, avec ces richesses harmoniques dont il seul aujourd’hui Ă  possĂ©der l’intensitĂ© musicale. Aucun tĂ©nor n’atteint tel prodige expressif : Ă©coutez l’air 14 : “Parla piĂč piano”, version du Parrain par Nino Rota, Ă©noncĂ© avec une finesse d’intonation d’une … diseur acteur de premier plan. Bluffant.
Ensuite suivent plusieurs tubes et standards dĂ©jĂ  enregistrĂ©s dans son prĂ©cĂ©dent rĂ©cital Dolce vita, de quoi illustrer et coller Ă  sujet de la thĂ©matique de la soirĂ©e : An italien evening / une soirĂ©e italienne. Et de passion comme d’italianitĂ , le tĂ©nor n’en manque pas (comme Anita dans le cĂ©lĂ©brissime air Caruso de Lucio Dalla).
Chacun mesurera leur latinitĂ© passionnelle, – la facultĂ© du tĂ©nor en crooner et sĂ©ducteur rugissant, envoĂ»tant, captivant
, son charisme hallucinĂ©, fauve lĂ  encore, aux couleurs souvent trĂšs sombres : se succĂšdent parfois sirupeuses les mĂ©lodies de Ernesto de Curtis, Giovanni d’Anzi, Nino Rota
 Avouons que dans ces terres pas vraiment lyriques, mais qui mettent en lumiĂšre une voix taillĂ©e pour l’incarnation la plus pathĂ©tique, voire thĂ©Ăątreuse, – qui sait – heureusement demeurĂ©e musicale, sensible, presque subtile;, la reprise de l’inusable VOLARE de Domenico Modugno, avec la soprano Rachvelishvili, est pilotĂ© avec tact et finesse : un trĂšs beau duo, tout en complicitĂ©, et en empathie avec le public.
CLIC_macaron_2014Et pour finir, le sublime Nessun dorma chanté par le prince Calaf dans Turandot de Puccini conclut cette soirée grand public sous la voûte berlinoise du théùtre en plein air de la Waldbuhne. Le charme opÚre, grùce à la généreuse musicalité du plus grand ténor actuel.
Jochen Rieder pilote le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, avec efficacitĂ©. Et oeillades, effets de manche
 car ici, exercice oblige, c’est la dĂ©monstration et la thĂ©ĂątralitĂ© qui comptent essentiellement. Les puristes Ă©videmment crieront au blasphĂšme. Mais cela fonctionne. IndĂ©niablement.

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Programme :
« Cielo e mar », La Gioconda, Ponchielli
« Tu qui, Santuzza », Cavalleria Rusticana, Mascagni
« Mamma, quel vino e generoso », Cavalleria Rusticana, Mascagni
Ti voglio tanto bene »
Voglio vivere cosi
Mattinata
Rondine al nido
Caruso
Parlami d’amore, MariĂč
Tornar a Surriento
Il Canto
Non ti scordar di me
Parla piu piano
Un amore cosi grande
Musica proibita
Passione
Catari, Catari
Volare
« Nessun dorma », Turandot (Puccini)

Jonas Kaufmann, ténor
Avec Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano

Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Jochen Rieder, direction

EnregitstrĂ© au WaldbĂŒhne Berlin le 13 juillet 2018
CD Sony Classical 19075879332

LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018)

tresors-de-la-musique-classique-BNF-TEXTUEL-catalogue-LIVRE-evenement-par-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018). Rien ne remplace la consultation directe d’un manuscrit autographe, en l’occurrence celle d’une partition destinĂ©e Ă  sa sa crĂ©ation
 les ratures, les traits marquĂ©s Ă  grands coups de plume et de crayon de couleur, … sont autant de signes des repentirs, des corrections, et aussi des coupures rĂ©alisĂ©s par l’auteur, ou d’autres mains dont il faut retrouver les motivations et l’identitĂ©. La BNF BibliothĂšque Nationale de France conserve un corpus unique au monde de partitions originales dont celles d’Ɠuvres majeures de l’histoire de la musique. Les Baroques (Rameau et Charpentier, Bach et Vivaldi), les classiques viennois dont Haydn et Mozart (le manuscrit de l’opĂ©ra Don Giovanni quand mĂȘme, don de la cantatrice Pauline Viardot !), les Romantiques dont Beethoven, Chopin, Liszt, Schumann, 
 avec un chapĂźtre dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra (Rossini, Gounod, Verdi, Wagner, Bizet, Offenbach, Massenet et Saint-SaĂ«ns, Franck, FaurĂ©, Dukas
), 


 
 
 

PARTITIONS AUTOGRAPHES

 
 
 

les premiers rĂ©volutionnaires au dĂ©but du XXĂš (Debussy, Stravinksy, Boulanger, Ravel, Satie, Poulenc
), puis trĂ©sor effectivement, Une Symphonie Alpestre de Richard Strauss – entre autres-, dont le manuscrit a Ă©tĂ© lĂ©guĂ© par le compositeur lui-mĂȘme comme un signe de rĂ©conciliation entre France et Allemagne, et aussi pour remercier les autoritĂ©s françaises pour la conservation de son propre fonds de manuscrits saisis pendant la guerre
 Au XXIĂš, se distinguent aussi les documents et leur graphie de Dutilleux et Boulez

Voici donc en grand format et 272 pages, les plus impressionnants des manuscrits de musique conservĂ©s Ă  la BNF. Le prĂ©sent ouvrage a le mĂ©rite d’éditorialiser le propos, c’est Ă  dire pour chaque partition, dĂ©velopper un texte de prĂ©sentation et de synthĂšse qui rappelle le contexte de sa production dans la vie du compositeur, et indique prĂ©cisĂ©ment ce qui constitue la valeur du document. La qualitĂ© (et le format) permettent de comprendre cette « fabrique » d’oĂč Ă©mergent et se prĂ©cisent Ă  partir de l’inspiration du cerveau musical, l’écriture des mĂ©lodies, le tissu harmonique, les principes de construction et de sonoritĂ© des Ɠuvres ainsi dĂ©voilĂ©es dans la coulisse de leur conception. Le plus : le volume comprend 100 pages de reproductions des partitions manuscrites (aux cĂŽtĂ©s des 90 illustrations Ă©voquant le fond social, historique, personnel des compositeurs Ă©voquĂ©s
). Parution annoncĂ©e le 24 octobre 2018. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / avec un focus sur les partitions les plus impressionnantes
 Ă  suivre.

 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018) – co Ă©dition BNF Ă©ditions / Textuel. Sous la direction de Mathias Auclair. 271 pages, 55 € (prix indicatif) – CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018.
 
 
 

SCEAUX : SCHUBERT par le TRIO ATANASSOV

schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsSCEAUX (92). Sam 13 oct 2018. TRIO ATANASSOV : SCHUBERT. Sceaux inaugure ce 13 octobre, sa nouvelle saison de musique de chambre : la Schubertiade de Sceaux, cĂ©lĂ©bration dans l’esprit de Schubert et de ses amis, d’une fraternitĂ© heureuse, artistique, complice… Le cycle inĂ©dit ressuscite une tradition musicale bien ancrĂ©e dans la ville Ă©lĂ©gante du 92. On se souvient des fĂȘtes lĂ©gendaires qu’a donnĂ© la Duchesse du Maine, patronne des arts et passionnĂ©e par la musique, insomniaque, offrant des concerts et spectacles dans son vaste domaine en son chĂąteau de Sceaux


Le premier concert de la (nouvelle) et trĂšs lĂ©gitime SCHUBERTIADE de SCEAUX a lieu ce samedi 13 octobre 2018, Ă 17h30, Ă  l’HĂŽtel de Ville de Sceaux (salle Erwin GĂŒldner). A l’affiche l’excellent Trio Atanassov dans un programme qui cĂ©lĂšbre un compositeur prĂ©sent dans chaque session de la saison musicale de la Schubertiade, Franz SCHUBERT. Lire notre prĂ©sentation complĂšte de la nouvelle saison de musique de chambre Ă  Sceaux, la bien nommĂ©e Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019

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Programme

Concert inaugural de La Schubertiade, présenté par Frédéric Lodéon.
EntiĂšrement consacrĂ© Ă  Franz Schubert, l’un des maitres de la musique de chambre et qui allie intimitĂ©, intensitĂ©, spontanĂ©itĂ©.

Le Trio Atanassov joue

La Sonatensatz, D. 28
Ɠuvre inachevĂ©e de jeunesse (Schubert l’écrit alors qu’il n’a que quinze ans !) : c’est sa premiĂšre partition pour cordes et piano ;

puis, deux de ses derniÚres piÚces :
Le fameux Trio op. 100 et
Le Notturno D.897
composĂ©s en 1827 Ă  l’aube de sa disparition Ă  trente-et-un ans le 19 novembre 1828. Des Ɠuvres «  bouleversantes, nĂ©es du sentiment tragique de l’existence qui habite au plus au point le compositeur
 expression d’une mĂ©lancolie indicible mais aussi voyage intĂ©rieur qui est aussi songe et rĂȘve suspendu d’une indicible et trĂšs juste sincĂ©ritĂ©.
Dialogue, complicitĂ©, Ă©coute, virtuositĂ© mais intĂ©rieure, souffle et respiration filigranĂ©e, prĂ©cision apportĂ©e dans le dessin de l’architecture comme dans l’ossature et le relief de chaque nuance
 il ne manque rien Ă  l’approche des trois instrumentistes du Trio Atanassov. Un trio intensĂ©ment sensible qui accorde intensitĂ© et grande finesse. Concert incontournable.

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RESERVEZ VOTRE PLACE
Trio ATANASSOV
Samedi 13 octobre 2018, 17h30
HĂŽtel de Ville de Sceaux
http://www.schubertiadesceaux.fr/la-programmation/edition-2018-2019/

Plus d’informations sur le Trio Atanassov : www.trioatanassov.com
https://www.trioatanassov.com

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MEYERBEER : Les Huguenots

meyerbeer-portrait-grand-detail-biographie-classiquenews-livre-critique-opera-septembre-2018-CLASSIQUENEWSFRANCE MUSIQUE. FRANCE MUSIQUE. Dim 21 oct 2018. MEYERBEER : Les Huguenots. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, voilĂ  enfin la reprise des Huguenots de Meyerbeer, modĂšle parfait du grand opĂ©ra Ă  la française, ici conçu en 1836, c’est Ă  dire comprenant duos et solos intĂ©rieurs pour exprimer l’intrigue sentimentale ; de grands ensembles collectifs pour exalter le souffle de l’histoire, sans omettre le ballet de rigueur Ă  Paris, spĂ©cificitĂ© française oĂč brillent les danseuses de l’OpĂ©ra. Meyerbeer dans une conception personnelle (fixĂ©e avec le librettiste Scribe) prĂ©cise dĂ©sormais la rĂšgle et inscrit le genre lyrique dans une vision souvent pessimiste, avec une fin spectaculaire toujours terrifiante et particuliĂšrement tragique. Finies les fins heureuses, hĂ©ritĂ©es du siĂšcle des LumiĂšres et de l’opera seria italien : les dieux ont soif et les hĂ©ros malgrĂ© tout leur courage et leur sens sacrificiel, dĂ©montrent in fine, leur dĂ©risoire et vaine volontĂ©.

Qu’en est-il de cette production annoncĂ©e comme un Ă©vĂ©nement ? Las, la mise en scĂšne, terne, sans idĂ©e, et plutĂŽt laide (heureusement qui ne s’entend pas ici dans cette retransmission) et les solistes internationaux » peu habiles Ă  dĂ©clamer un français parfait et fluide, ne rĂ©ussissent pas Ă  relever les dĂ©fis d’une partition qui sans finesse, peut sonner lourde, imposante, dĂ©monstrative et artificielle. Il est vrai qu’Ă  la crĂ©ation, les chanteurs requis par Meyerbeer sont parmi les meilleurs qui aient jamais existĂ© : reprĂ©sentants d’un Ăąge d’or du chant romantique français… Alors en 2018, reprise ratĂ©e ? A vous de juger dans cette diffusion enregistrĂ©e Ă  Bastille le 28 sept 2018.

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LIRE ici notre présentation des Huguenots de Meyerbeer
LIRE ici notre critique compte rendu des Huguenots de Meyerbeer Ă  l’OpĂ©ra Bastille

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Giacomo Meyerbeer: Les Huguenots
OpĂ©ra donnĂ© le 28 septembre 2018 Ă  18h Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris – En cinq actes et trois tableaux sur un livret d’EugĂšne Scribe et Émile Deschamps

Diana Damrau, soprano, Marguerite de Valois
Bryan Hymel, ténor, Raoul de Nangis
Ermonela Jaho, soprano, Valentine
Karine Deshayes, mezzo-soprano, Urbain
Nicolas Testé, baryton-basse, Marcel
Paul Gay, basse, Le Comte de Saint-Bris
Julie Robard-Gendre, soprano, La dame d’honneur, Une bohĂ©mienne
François Rougier, ténor, Cossé, un étudiant catholique
Florian Sempey, baryton, Le Comte de Nevers
Cyrille Dubois, ténor, Tavannes, premier moine
Michal Partyka, baryton, MĂ©ru, deuxiĂšme moine
Patrick Bolleire, baryton, Thoré, Maurevert
Tomislav Lavoie, basse, Retz, troisiĂšme moine
Elodie Hache, soprano, Coryphée, une jeune catholique, une bohémienne
Philippe Do, ténor, Bois-Rosé, valet
Olivier Ayault, baryton, Un archet du guet
John Bernard, ténor, Un seigneur
Cyrille Lovighi, ténor, Un seigneur
Bernard Arrieta, baryton, Un seigneur
Fabio Bellenghi, Un seigneur

Choeur de l’OpĂ©ra de Paris
dirigé par José Luis Basso

Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris
Direction : Michele Mariotti

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CD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures (LSO Gardiner, 4 SACD, 1 Blu ray LSO 2014 – 2016)

LSOLive_Mendelssohn_gardiner cd review critique cd CLIC de classiquenews Apr18_3000x3000_9c98a321-df27-4744-a43d-a8b3c1ee8a2b_1024x1024CD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures (LSO Gardiner, 4 SACD, 1 Pure Audio Blu ray LSO0826 / Londres 2014 – 2016). Lecture vivifiante. C’est peu dire que l’approche du « baroqueux » Gardiner apporte l’exaltation et le sens du relief et du caractĂšre Ă  l’écriture d’un Mendelssohn, plus dramatique et Ăąpre qu’on imagine ordinairement. EnregistrĂ©es au Barbican de Londres, en 2014 et 2016 principalement, les ouvertures et symphonies constituant une intĂ©grale trĂšs sĂ©duisante, de Mendelssohn bĂ©nĂ©ficient sous la direction de Gardiner d’une Ă©vidente et saine motricitĂ©, avec de rĂ©elles trouvailles stimulantes dans le relief de certains pupitres : bois, cuivres (n°5 RĂ©formation, 1832), cordes et bois (Lobgesang n°2, 1840).
La musique de scĂšne de A Midsummer night’s dream (1842) quant Ă  elle gagne un surcroĂźt de thĂ©ĂątralitĂ© mesurĂ©e, affĂ»tĂ©e, avec en plus des instruments trĂšs individualisĂ©s, et mis en avant par la prise de son, le concours des comĂ©diens et des chanteurs et choristes, eux aussi, parfaitement intĂ©grĂ©s Ă  l’écrin orchestral.
Ce qui frappe immĂ©diatement l’écoute (n°2 et n°5) c’est la vitalitĂ© de l’approche, une tendresse juvĂ©nile et ardente qui emporte les cordes principalement et font par exemple toute la vive exaltation du premier volet maestoso con moto de la Sinfonia d’ouverture de la n°2 Lobgesang ; l’élan des sections chorales, frappĂ©es et portĂ©es par un pur esprit de conquĂȘte. Ou encore l’onctueuse mĂ©lopĂ©e cantabile de l’Andante pour deux voix (et cor)
 Gardiner dĂ©voile l’ample tendresse qui soustend tout l’édifice de cette symphonie cantate, ou chant de louange. S’y Ă©coule la facilitĂ© du compositeur, auteur de somptueux oratorios, habile magicien et conteur, jouant des effectifs, des formes diverses pour solistes et choeur.

 

 

Accomplissement du LSO London Symphony Orchestra
Mendelssohn, articulé, dramatique, fervent sous la conduite
de John Eliot GARDINER

 

 

mendelsohn felix grand portrait classiquenews Felix_Mendelssohn_Bartholdy_-_Edward_Magnus_1846Le souffle de la majestĂ© la plus grandiose mais sans emphase, puis l’appel de cuivres (au relief vif argent) auquel rĂ©pond le mystĂšre des cordes dans l’énoncĂ© de « l’Amen de Dresde » (que reprendra Wagner ensuite dans Parsifal) assure l’ancrage tellurique, l’expression d’un drame viscĂ©ral et terrien dans la rĂ©alisation la somptueuse n°5 « RĂ©formation » commencĂ© dĂšs dĂ©cembre 1829, quand Mendelssohn fait crĂ©er la Saint-Matthieu de JS Bach : c’est un massif inouĂŻ par son ampleur sans vanitĂ© ni boursouflure dĂ©monstrative (grĂące Ă  la direction mesurĂ©e, Ă©quilibrĂ©e, ardente de Gardiner), marquĂ© ici par le poids du fatum. Mendelssohn, juif baptisĂ© dans la foi catholique, cĂ©lĂ©brant ici la RĂ©forme (le tricentenaire de la confession d’Augsbourg pour 1830), signe sa symphonie la plus ambitieuse par son ton spectaculaire qui associe mystĂšre fervent et grandeur colossale. La RĂ©formation est assurĂ©ment la piĂšce maĂźtresse de cette intĂ©grale symphonique du LSO pilotĂ© par Gardiner.
A ranger au crĂ©dit des rĂ©vĂ©lations, les ouvertures vĂ©ritablement opĂ©ratiques, condensĂ©s d’idĂ©es dramatiques Ă  la hauteur du sujet ; ainsi Ruy Blas (ouverture composĂ©e en 1839), d’aprĂšs la piĂšce si « dĂ©testable » de Hugo. Le feu tragique, le souffle amoureux manipulĂ©, l’ambition dĂ©voyĂ©e et elle aussi instrumentalisĂ©e par le redoutable Salluste (lequel se venge de la reine qu’il humilie grĂące Ă  la naivetĂ© du jeune Blas dont il a fait un faux « grand d’Espagne »  le souffle de Mendelssohn, sa verve hĂ©roĂŻque sont magnifiquement exprimĂ©s grĂące Ă  la fluide nervositĂ© des instrumentistes galvanisĂ©s par le chef.
La Symphonie la plus exaltante demeure la coupe frĂ©nĂ©tique, exaltĂ©e et printaniĂšre – schumanienne, de l’Italienne n°4 (1833) : d’une irrĂ©pressible Ă©nergie primitive, primesautiĂšre, au souffle originel, mĂ©diterranĂ©en, Ă  100 lieues des brumes de l’Ecossaise. Et de fait, un peu enlisĂ©e, fumeuse. Ici le brio solaire s’impose et s’affirme d’un bout Ă  l’autre, avec cette vivacitĂ© plastique que Gardiner sait insuffler Ă  tous les mouvements. C’est comme si le cycle retrouvait une sorte d’évidence londonienne, n’a t elle pas Ă©tĂ© crĂ©Ă© ans la citĂ© de Shakespeare en 1833 ? Et avec un remarquable succĂšs, cĂ©lĂ©brant le gĂ©nie d’un jeune homme de 21 ans, heureux voyageur aprĂšs son tour italien (Venise, Florence, Rome). En Italie, oĂč Berlioz est aussi prĂ©sent (malheureux pensionnaire de la Villa Medicis), Mendelssohn ne ovit pas tant l’essor des arts.. que la beautĂ© exaltante de la nature en ses paysages enchanteurs : l’Italienne exprime cet enthousiasme nĂ© dans la contemplation enivrĂ©e des motifs naturels.
La Saltarelle (danse napolitain sautĂ©e, dĂ©couverte en 1831) porte tout l’élan du dernier mouvement, lui aussi d’une irrĂ©pressible exaltation. Les musiciens du LSO London Symphony Orchestra relĂšvent chaque dĂ©fi de chaque mouvement, dans son dĂ©roulement formel et ses Ă©vocations, pastorales ou rythmiques dont ils font une transe superbement articulĂ©e.
Autre superbe rĂ©alisation l’ouverture, vraie opĂ©ra miniature sur son sujet bien identifiĂ©, « Calm sea and Prospero’s voyage » (1828) : l’opus 27 regorge d’idĂ©es et de somptueuses parures instrumentales oĂč rĂšgne surtout l’éloquence enjouĂ©e, motrice des flĂ»tes qui dit cette jubilation de l’instant dont est prolixe l’écriture d’un Mendelssohn toujours exaltĂ© mais noble et racĂ©. Gardiner manie la baguette avec une Ă©tonnante vivacitĂ©, caressant les arĂȘtes de l’architecture, tout en dĂ©taillant toutes les trouvailles en terme de timbres
 cela coule et s’électrise avec un panache et une certaine grandeur primitive absolument irrĂ©sistible. Belle restitution lĂ  encore. On peut en dire de mĂȘme pour les autres ouvertures parmi les mieux connues, souvent jouĂ©es comme Ă©pisodes dans les programmes symphoniques ici et lĂ  en concert, comme la Grotte de Fingal des cĂ©lĂšbres HĂ©brides (1832), emmenĂ©e avec une mĂȘme souple exaltation.
CLIC D'OR macaron 200La prise live ajoute Ă  la vivacitĂ© et Ă  l’éloquence des sessions ainsi enregistrĂ©es. Le coffret compose une intĂ©grale trĂšs sĂ©duisante. D’une tenue irrĂ©prochable, passionnante qui sait caractĂ©riser sans emphase l’intense thĂ©ĂątralitĂ© des symphonies et des ouvertures. Le coffret publiĂ© par le LSO rĂ©unit donc en une seule boĂźte, les 5 cd enregistrements sĂ©parĂ©s publiĂ©s jusque lĂ . La totalitĂ© par son unitĂ© et sa cohĂ©rence dramatique comme poĂ©tique rend lĂ©gitime cette compilation formant intĂ©grale. TrĂšs recommandable, donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018

 

 

 

 

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LSOLive_Mendelssohn_gardiner cd review critique cd CLIC de classiquenews Apr18_3000x3000_9c98a321-df27-4744-a43d-a8b3c1ee8a2b_1024x1024CD coffret Ă©vĂ©nement, critique. MENDELSSOHN : Symphonies et ouvertures. LSO London Symphony Orchestra / John ELiot Gardiner (2014 – 2016, 4 sacd, 1 audio Pure Blu ray – LSO LIVE collection)
+ D’infos sur le site du LSO live : https://lsolive.lso.co.uk/collections/sir-john-eliot-gardiners-mendelssohn-cycle

 

PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019

exposition-Paris-VENISE-eblouissante-annonce-expo-evenemnt-par-classiquenewsPARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on connaĂźt surtout Venise au XVIĂš, – alors temple de la peinture Ă  son meilleur, avec la trilogie gĂ©niale VĂ©ronĂšse, Tintoret et surtout Titien (voir l’exposition prĂ©sentĂ©e sur ce sujet au Louvre), le XVIIIĂš Ă  Venise reste un siĂšcle ambigu et ambivalent, jugĂ© trop licencieux par certains (alors Venise serait le « bordel » de l’Europe, comptant plus de tripots, salles de jeux et maisons closes que de boulangeries, comparĂ©e Ă  toutes les mĂ©tropoles europĂ©ennes !) ; voire superficielle et artificielle pour ne pas dire dĂ©cadente (son Carnaval oĂč toutes les noblesses et tous les aventuriers se pressent parce que tout est permis, reste l’emblĂšme de la pĂ©riode)
 Or l’exposition du Grand Palais montre aussi le visage trĂšs surprenant d’une CitĂ© jalouse de son prestige et de sa puissance, soucieuse d’une organisation administrative et politique trĂšs strictement encadrĂ©e, respectueuse du calendrier religieux, et donc, comme aux XVIĂš et XVIIĂš, particuliĂšrement artistique.

 

 

 
 

 

Peinture, musique, divertissement


Au XVIIIÚ, VENISE affirme son statut de cité des arts

 

 

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Le sujet principal de l’exposition VENISE EBLOUISSANTE demeure la peinture Ă©videment mais aussi la musique car aux cĂŽtĂ©s des Guardi et Canaletto – vedutistes renommĂ©s Ă  juste titre qui renouvellent considĂ©rablement le genre du paysage, aux cĂŽtĂ©s du gĂ©nie thĂ©Ăątral et dramatique, truculent et rĂ©aliste des Tiepolo, pĂšre (Gian Battista) et fils (Gian Domenico), s’affirme aussi l’opĂ©ra vĂ©nitien et l’engouement pour les divas et castrats, et l’étoile entre tous, compositeur et poĂšte de premier plan, Vivaldi, le Pretre Rosso (le PrĂȘtre roux), dommage d’ailleurs qu’une salle ne lui soit pas dĂ©diĂ© car ses Ɠuvres, ses opĂ©ras, sont rĂ©cemment le sujet Ă©blouissant pour le coup de la recherche musicologique la plus passionnante.
NĂ©anmoins, le visiteur du Grand Palais pourra mesurer l’éclat de la sociĂ©tĂ© vĂ©nitienne au XVIIIĂš grĂące au parcours qui lui est proposĂ© ainsi Ă  partir du 26 septembre 2018.

 

 

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PARIS, exposition «  VENISE EBLOUISSANTE » 
 Arts dĂ©coratifs, opĂ©ra, peinture, sculpture
 tout indique l’essor renouvelĂ© d’une Venise sensuelle et virtuose, temple et foyer du thĂ©Ăątre et du divertissement, citĂ© des plaisirs, du jeu, d’un Ă©rotisme libre mais tenu caché : la SĂ©rĂ©nissime s’expose au Grand Palais du 26 septembre 2018 au 21 janvier 2019. PLUS D’INFOS sur le site de l’exposition VENISE EBLOUISSANTE : 10h-20h / le mercredi, jusqu’au 22h. 

 

 

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A venir, et sous la forme d’un feuilleton, les oeuvres Ă  voir, les rĂ©vĂ©lations d’une exposition majeure de la rentrĂ©e 2018 : en 3 volets, pourquoi l’exposition « Venise Ă©blouissante » tient ses promesses ? A suivre sur CLASSIQUENEWS.COM

 

 

Livre, critique. Correspondance de Paul Dukas par SIMON-PIERRE PERRET (Actes Sud)

DUKAS-paul-correspondance-actes-sud-critique-livre-review-par-classiquenews-sept-2018Livre, critique. Correspondance de Paul Dukas par SIMON-PIERRE PERRET (Actes Sud). UN COMPOSITEUR VISIONNAIRE
 Voici donc le premier volume des lettres écrites par Paul Dukas, compositeur postromantique et contemporain de Ravel et Debussy dont il loua le premier dans un article critique fabuleux, le génie de Pelléas. Ce premier corpus présenté, annoté regroupe la correspondance entre 1878 et 1914.
Paul Dukas, nĂ© en 1865 et mort en 1935, est un compositeur Ă  part, difficile, exigeant qui comme Leonard de Vinci se laisse dicter par le seul idĂ©al : pas d’oeuvre achevĂ©e si elle n’est « parfaite » : il en dĂ©coule un catalogue restreint mais d’une qualitĂ© exceptionnelle. Dukas Ă©crit dans tous les genres : musique de chambre et symphonie, opĂ©ra et concert sans omettre le poĂšme symphonique dont L’Apprenti sorcier est restĂ© sa partition la plus justement cĂ©lĂšbre (reprise au cinĂ©ma par Walt Disney qui dans le film Fantasia, crĂ©ation visionnaire entre classique et cinĂ©ma) grĂące au personnage de Mickey en a exprimĂ© / exaltĂ©, le souffle dramatique, Ă  la fois onirique et fantastique.
La correspondance rĂ©unie ici commence Ă  l’ñge de 23 ans (sans un an Ă  peu prĂšs avant qu’il ne s’intĂ©resse et se dĂ©die totalement Ă  la composition musicale)
 prĂ©cocitĂ© Ă©pistolaire qui peut paraĂźtre Ă©tonnante, mais est naturelle dans la famille Dukas car le pĂšre dĂ©jĂ  cultivait l’art de la correspondance. Les 704 lettres dĂ©voilent dans l’anecdote, la vie intime, amicale, sociale du compositeur, ami de FaurĂ©. On y retrouve les Ă©tapes de sa carriĂšre jusqu’à l’aube de la cinquantaine : l’étudiant au Conservatoire de Paris, le candidat malheureux au Prix de Rome (dont la cantate VellĂ©da en 1889, est un chef d’oeuvre de raffinement orchestral et vocal). Exclu du Prix de Rome, malgrĂ© le soutien de Saint-SaĂ«ns, Dukas est trop bouillonnant et raffinĂ© pour le style alors dĂ©fendu par le jury qui a souvent dĂ©mĂ©ritĂ©, prĂ©fĂ©rant descendre les candidats qui n’Ă©taient officieusement soutenus par certains membres ; ainsi Gounod fit tout pour exclure le jeune Dukas, favorisant un autre “Ă©lu” plus mĂ©ritant ; les lettres Ă©clairent tout autant, le compositeur avisĂ©, redoutable, et aussi le critique visionnaire, analysant comme peu l’évolution de la musique au tournant du XXĂš. RĂ©vĂ©lation, Dukas fut le tĂ©moin aussi de son Ă©poque politique : il pressent l’horreur et la barbarie de la guerre, avec une humanitĂ© et un discernement admirables. Rare les musiciens aussi curieux de son Ă©poque et des Ă©volutions de la sociĂ©tĂ©. Dukas clairvoyant et gĂ©nial en tous points.
Lecture indispensable.

 

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DUKAS bio Xpress. DUKAS, PAUL (1865-1935)
DUKAS paul portrait classiquenews  Paul_DukasPianiste Ăšs mĂ©rite, Paul Dukas se voue Ă  la composition dĂšs 1879 : il entre au Conservatoire de Paris en 1881 dans la classe d’harmonie de ThĂ©odore Dubois (l’ultra classique parmi les auteurs acadĂ©miques). ÉlĂšve de Mathias (piano) et de Guiraud (contrepoint et fugue), le talentueux apprentis se prĂ©sente au Concours du Prix de Rome, lourde machine au fonctionnement pesant et rĂ©trograde mais qui laisse entrevoir reconnaissance et commandes d’état.
D’abord, Dukas subit deux Ă©checs : un second prix en 1888 pour VellĂ©da ; aucune rĂ©compense en 1889 pour SĂ©mĂ©lĂ©, malgrĂ© le soutien de Saint-SaĂ«ns. Dukas est cependant installĂ© comme compositeur et aussi critique musical.
Son service militaire achevĂ© (1891), il fait crĂ©er par les Concerts Lamoureux l’ouverture Polyeucte (janvier 1892) et publie un compte rendu du Ring de Wagner, donnĂ© Ă  Londres. La Symphonie en ut majeur (1896) puis L’Apprenti sorcier (1897) affirme sa reconnaissance 
 internationale. Dukas a le gĂ©nie de croiser comme personne le grand symphonisme germanique et le principe de la variation, selon le modĂšle baroque (d’un Rameau par exemple dont il a le culte avec son ami Saint-SaĂ«ns, et avec lequel il s’engage pour une nouvelle Ă©dition complĂšte des Ɠuvres du Dijonais). Son opĂ©ra Ariane et Barbe-Bleue, commencĂ© dĂšs 1889, est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1907 ; le poĂšme ballet La PĂ©ri est crĂ©Ă© au ChĂątelet en 1912. Enfin, Dukas fut aussi un pĂ©dagogue cĂ©lĂ©brĂ© et admirĂ© au Conservatoire de Paris : pilotant la classe d’orchestration (1910), puis celle de composition (1928).

 

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Livre, critique. Correspondance de PAUL DUKAS par SIMON-PIERRE PERRET / vol. 1 : 1878-1914 – Co Ă©dition Actes Sud et Palazzetto Bru Zane – parution : septembre, 2018 / 16,5 x 24,0 / 704 pages – ISBN 978-2-330-10912-7 – Prix indicatif : 45 €
https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/correspondance-de-paul-dukas

LIVRE événement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard)

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard). Catalogue de l’exposition en plein air au domaine de Saint-Germain en Laye (78), « Debussy Ă  la plage » regroupe un ensemble de photographies uniques dĂ©voilant le compositeur en costume de villĂ©giature, en Normandie principalement, Ă  Houlgate et Prouville, en 1904 ou 1907 et surtout 1911. En couverture, Claude Debussy Ă  la plage, appareil photo en main : tout est dit. Il s’agit de clichĂ©s le reprĂ©sentant lui et sa famille (Emma son Ă©pouse, leur enfant, Chouchou ; avec la fille d’Emma, HĂ©lĂšne), ou photographies dĂ©but du siĂšcle, fixant les lieux oĂč ils ont sĂ©journĂ©, qu’il a saisis lui-mĂȘme Ă  travers son objectif. Debussy comme sujet, Debussy comme Ɠil Ă  l’affĂ»t, curieux de capter une atmosphĂšre, une situation, le visage et la silhouette de ses proches ou de ses amis

Ainsi est dĂ©voilĂ©, un aspect mĂ©connu de la vie de l’auteur de PellĂ©as, le Debussy en vacances, qui comme ses contemporains, tout en se tenant Ă  distance des bondieuseries mondaines, s’adonne au plaisir du bord de mer. Les clichĂ©s ainsi rĂ©unis composent une nouvelle manne scientifique, pilier inestimable d’une nouvelle source documentaire constituant dĂ©sormais une archĂ©ologie par l’image d’une Ă©vidente vĂ©ritĂ©. L’auteur et commissaire RĂ©my Campos restitue un Ă©tĂ© idĂ©al ou une villĂ©giature type des Debussy (Claude, sa compagne Emma, leur fille, la mĂšre de Emma
) pendant l’étĂ© 1911. Debussy est fatiguĂ©, peu disposĂ© Ă  sacrifier au rituel social (le dĂ©filĂ© du promenoir), plutĂŽt un solitaire qui prĂ©fĂšre passĂ© inaperçu en se fondant dans une foule pourtant avide de potins, signes extĂ©rieurs de pouvoir, respectabilitĂ© et convenances en tout genre


 

 

 

Gallimard nous offre pour l’annĂ©e de son Centenaire 2018
un portrait passionnant inédit de Claude Debussy


VISAGES DU DEBUSSY PHOTOGRAPHE

 

 

 

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Les 224 pages de ce catalogues trĂšs illustrĂ©s offrent ainsi pour son Centenaire 2018, un portrait inĂ©dit et vivant de Debussy tel qu’en lui-mĂȘme, (et aussi PAR lui-mĂȘme puisqu’il photographie son entourage et les lieux investis) ; devant l’objectif, – pas toujours trĂšs prĂ©cis (ce qui donne aux images, un caractĂšre Ă©vanescent et pictural), le compositeur paraĂźt face Ă  l’oeil mĂ©canique, distinguĂ© dans ses costumes estivaux, chapeau, gilet, nƓud de papillon
 en sus.
L’auteur ajoute l’apport de tĂ©moignages rĂ©els (inespĂ©rĂ©s) comme celui de Jacques-Henri Lartigue lequel semble reconnaĂźtre sur un clichĂ© pris en 1907, la silhouette typique de Debussy ; ou bien le regard hypothĂ©tique d’un contemporain, Proust qui lui aussi frĂ©quenta les mĂȘmes lieux et aima Ă  la diffĂ©rence de Claude, l’esprit des sites de vacances (Casino et Grand HĂŽtel, digues et plages
), tout ce thĂ©Ăątre social qui suit rĂšgles et tenues loin de la ville, tout en en recomposant les rites et les convenances des mondanitĂ©s les plus Ă©laborĂ©es.

Contrairement Ă  ce qui est prĂ©sentĂ© comme « trivial », ce milieu balnĂ©aire et maritime rĂ©vĂšle la relation de Debussy aux autres, ou plutĂŽt renforce une volontĂ© de se prĂ©server coĂ»te que coĂ»te des banalitĂ©s sociales. Est ainsi Ă©pinglĂ©e, la « mondanité » chose si « triviale » pour Debussy (en effet de son point de vue), lui qui cultive comme compositeur, la suggestion, le mystĂšre, l’indicible.
Rien n’est tenu cachĂ© des intentions des promeneurs, des motivations avouĂ©es ou non des nombreux hommes qui se tiennent debout sur le sable, au moment du bain
 alors que les robes sont longues (voir les toilettes des Ă©lĂ©gantes Ă  Auteuil ou Ă  Longchamps en 1911
) et que les corps des baigneuses sont abondamment couverts d’habits, l’Ɠil s’excite Ă  l’idĂ©e de contempler Ă  travers le vĂȘtement mouillĂ© au sortir de l’onde, des formes que l’on tient ordinairement cachĂ©es.

 

 

 

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DEBUSSY en SON HÔTEL PARTICULIER avec EMMA
 Plus loin dans la partie « citadine » (non balnĂ©aire), Ă  Paris, l’intimitĂ© du clan Debussy dans l’hĂŽtel particulier au Bois de Boulogne, est « traquĂ©e » par un jeune photographe en herbe, Lartigue, leur voisin (habitant rue Leroux, donnant sur l’avenue du Bois, le quartier du compositeur), dont l’appareil capte un formidable clichĂ© (entre autres) mĂ©connu voire inĂ©dit des 3 femmes de Claude en promenade : Chouchou, Emma, et la fille de cette derniĂšre, HĂ©lĂšne (superbe clichĂ© sur le vif, « Avenue des Acacias, mai 1911).
Cette partie sur la vie Ă  Boulogne, « mondaine », plutĂŽt rĂ©servĂ©e Ă  quelques habituĂ©s, est tout aussi passionnante que les tĂ©moignages de l’activitĂ© estivale Ă  la plage. On y repĂšre Ă  travers les clichĂ©s sur le perron du bĂątiment situĂ© prĂšs du chemin de fer, Satie, Bonnard
 et Ă  l’intĂ©rieur de l’HĂŽtel, Stravinsky, 
 et bien sĂ»r Debussy lui-mĂȘme Ă  son bureau, en compositeur « embourgeoisé ».
Le bĂ©nĂ©fice visuel et documentaire de ce corpus ainsi idĂ©alement prĂ©sentĂ© (par thĂ©matiques : La Plage, La Digue-promenoir, Le Casino, Le Grand HĂŽtel; puis, dans l’intimitĂ© de la famille Debussy hors Ă©tĂ© : L’HĂŽtel particulier, Avenue du Bois, Une Biographie en images
) offre un aperçu plus que concret ou anecdotique sur la vie intime du clan Debussy. Du musicien, ailleurs tenu discret, timide, rĂ©servĂ©. Le livre est un formidable Ă©cran, rĂ©vĂ©lant l’homme et le pĂšre de famille en bord de mer et Ă  Paris, en cette annĂ©e clĂ©, 1911.

CLIC D'OR macaron 200CD, BONUS PROFITABLE : l’éditeur ajoute un cd Ă©voquant l’activitĂ© musicale de Debussy en 1911 : partitions crĂ©Ă©es et dirigĂ©es cette annĂ©e par Debussy aux Concerts Sechiari, ou avec l’Orchestre du Cercle Musical ; Ɠuvre inĂ©dite reconstituĂ©e Ă  partir de la partition mentionnĂ©e par le compositeur sur une carte postale dĂ©diĂ©e Ă  Emma pour NoĂ«l 1911: chƓur des marins dont le texte consigne le renoncement de Debussy – selon le voeu d’Emma-, Ă  rejoindre Boston pour y assister Ă  la crĂ©ation de PellĂ©as,.
Edition magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

 

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BEAUX-LIVRES, Ă©vĂ©nement. RÉMY CAMPOS : Debussy Ă  la plage. Hors sĂ©rie Connaissance, Gallimard / Parution : 13 sept 2018. PrĂ©face de Jean-Yves TadiĂ© + 1 cd : activitĂ© musicale de Debussy en 1911. DurĂ©e d’Ă©coute : 74 mn – 224 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 275 x 210 mm, cartonnĂ© – ISBN : 9782072797910 – Gencode : 9782072797910 – Code distributeur : G02130. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

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