COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS  -  Le studio de l’Ermitage Ă  Paris en connivence avec l’éditeur Klarthe offre une somptueuse soirĂ©e riche en mĂ©tissages et saveurs inĂ©dites ; y paraissent deux phalanges bien chaloupĂ©es, chacune leur univers instrumental et poĂ©tique trĂšs singularisĂ© : le QUINTETO RESPIRO et le CUAREIM QUARTET qui renouvellent Ă  leur façon l’idĂ©al de mĂ©tissages rĂ©ussis, calibrĂ©s, enivrants. En fĂ©vrier 2020, les deux ensembles Ă©ditent leur nouvel album chez Klarthe Records. Deux offrandes trĂšs sĂ©duisantes. Ce concert marquait le lancement des deux programmes.

herencia-vertisite quinteto respiro tango concert cd critique review classiquenewsQUINTETO RESPIRO : Tango traditionnel et rĂ©gĂ©nĂ©ré  les 5 instrumentistes du Quinteto Respiro insuffle une approche originale et lĂ©gitime au Tango ; ce dĂšs leur crĂ©ation en 2009.  Depuis leur rencontre avec le compositeur et pianiste argentin Gustavo Beytelmann, les 5 complices cultivent leur passion du tango enrichie des conseils et enseignements des maĂźtres en la matiĂšre : J.J Mosalini, Ramiro Gallo, ou encore l’Orquesta Tipica Silencio, entre autres
 le sens du chambrisme, leur Ă©coute, la complicitĂ© qui les animent, singularisent un sens irrĂ©sistible des rythmes et une palette scintillante, Ă  la fois feutrĂ©e mais terriblement cadencĂ©e en couleurs et en accents.
Dans le Tango, ils puisent et explorent Ă  l’infini maintes formes, traditionnelles ou plus expĂ©rimentales encore. Les accents suaves d’Astor Piazzolla comme le dĂ©hanchĂ© dansant des milongas. Le collectif repousse les lignes, questionne le genre, Ă©difie de nouvelles textures
 Le titre de leur dernier album dont il joue ici plusieurs morceaux, « Herencia » / « HĂ©ritage », souligne cette exigence de la mĂ©moire et de son dĂ©passement crĂ©atif.
La trĂšs fine culture du groupe leur permet d’aborder mais avec un son renouvelĂ© des standards (propres aux tangos pour les salles de bal du dĂ©but XXĂš) : Don Juan, la Cumparsita, Contrabajeando (de Piazzolla)  et d’y croiser les piĂšces contemporaines de Gustavo Beytelmann (entre autres Al declinar el Dia de 2016, qui est la piĂšce la plus longue)


Herencia par Quinteto Respiro
Sébastien Innocenti : Bandonéon
Emilie Aridon KocioƂek : Piano
Sabrina Condello : Violon
Fabio Lo Curto : Clarinette, Clarinette Basse
Dorian Marcel : Contrebasse

 

 

cuareim quartet natascha rogers cd concert critique review classiquenews concert PARIS vertisitePour leur part, CUAREIM QUARTET rĂ©unit quatre instrumentistes qui se sont lancĂ©s en quatuor au Mexique (2013). Le geste des Quatre cultive avec habiletĂ© le trouble nĂ© du croisement du jazz, des musiques du monde, populaires, traditionnelles, servies par des instruments « classiques ». Ici, ils puisent des rythmes de danses, une sĂ©rie de morceaux inĂ©dits composĂ©s par chaque instrumentiste, qui savent aussi laisser la place Ă  l’impro. C’est un son diffĂ©rent et plus caractĂ©risĂ© encore (apport de la percu : le bombo dans « Gerundio » par exemple) qui sait aussi rester dans la tradition du quatuor Ă  cordes, jouant d’ailleurs des styles. Le choix des piĂšces renvoie Ă  leur dernier cd « Danzas » / « danses » : chaque morceau est un tableau en soi, fortement marquĂ© par des Ă©lĂ©ments expressifs spĂ©cifiques. Chaque piĂšce est une invitation au voyage : BrĂ©sil, Cuba, Argentine, Mexique (Ă©videmment), mais aussi Bulgarie (irrĂ©sistible Tanuana, vĂ©ritable appel aux rĂȘves Ă©laborĂ© par le violoniste Federico Nathan), MacĂ©doine
 jusqu’à la RĂ©union et au PĂ©rou
 une offrande Ă  l’imaginaire et un formidable vivier de mĂ©tissages inventifs (Ă©coutez les Amants de BarbĂšs par exemple, composĂ© par le violoncelliste Guillaume Latil qui Ă©voque la vitalitĂ© des musiques de l’Afrique du Nord, dans l’esprit du bal musette… Se dĂ©tache aussi la nonchalance mĂ©lancolique de « Naila », bolĂ©ro mexicain (avec maracas et congas) d’une dĂ©licieuse tendresse
 piĂšce qui est point de dĂ©part du groupe.
L’ivresse est au rendez vous ; la volontĂ© de partage et d’échanges aussi car la musique est universelle et mĂ©tissĂ©e. VoilĂ  un programme flamboyant qui dĂ©montre avec justesse, car les visions rĂ©ductrices rĂ©sistent, combien l’histoire de la musique est un perpĂ©tuel et heureux mĂ©lange ; Cuareim Quartet confirme cette complicitĂ© active qui rappelle combien la musique dite savante ne serait rien sans la vitalitĂ© des musiques populaires et traditionnelles. Le goĂ»t des assemblages rĂšgne en maĂźtre et les kalĂ©idoscopes de couleurs et de sons Ă©blouissent d’un bout Ă  l’autre de ce programme rĂ©jouissant, renvoyant directement aux 10 « épisodes » musicaux de l’album « Danzas ». Notre prĂ©fĂ©rence va au chant sacrĂ© cubain La topa de elegua qui est un traditionnel Yoruba, chantĂ© par Natascha Rogers. L’art des saveurs et combinaisons imprĂ©vus surprend, convainc, transporte.

 

 

DANZAS par Cuareim Quartet
Federico Nathan, Rodrigo BauzĂĄ, violons
Olivier Samouillan, altiste
Guillaume Latil, violoncelle
Natascha Rogers, chant

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS

 

Programme de la soirée du 9 février 2020:

Cuareim Quartet:

- Chorinho em Paris ( Guillaume Latil)
- La topa de Elegua ( trad/ arr. Guillaume Latil )
- Tanuana    (Federico Nathan)
- Qi zai         (Rodrigo Bauza)
- Les amants de BarbĂšs ( Guillaume Latil)
- Gerundio ( Rodrigo Bauza)
- Anteo   (Olivier Samouillan)
- Naila  (Jesus « Chuy » Rasgado/Arr. Rodrigo Bauza)
- Danza de un lugar cercano ( Rodrigo Bauza)

Quinteto Respiro:

- Niebla del Riachuelo (J.C Cobian)
- El Desaparecido (G. Beytelmann)
- Travesia (G. Beytelmann)
- Al Declinar el Dia (G. Beytelmann)
- Ofrenda (G. Beytelmann)
- Contrabajeando (Piazzolla)
- Taquito Militar (M.Mores)
- Tres Minutos con la Realidad (Piazzolla)
- Triunfal (Piazzolla)
- Bailarina (Sonia Possetti)

 

2 cd édités par KLARTHE records
« Herencia », Quinteto Respiro – KRJ027 – Sortie annoncĂ©e le 7 fĂ©vrier 2020.
Danzas » du Cuareim Quartet KRJ028. Sortie annoncée le 14 février 2020

+ d’infos sur le site de KLARTHE records

 
 

COMPTE-RENDU, critique opéra. BORDEAUX, Grand Théùtre, le 31 déc 2020. Anton RUBINSTEIN: Le Démon, Cavallier / Paul Danel.

rubinstein-demon-opera-de-bordeaux-critique-opera-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. BORDEAUX, Grand ThĂ©Ăątre, le 31 dĂ©c 2020. Anton RUBINSTEIN: Le DĂ©mon. Dans l’opĂ©ra rare d’Anton Rubinstein, Le dĂ©mon (1875), soit donc contemporain de Carmen de Bizet, l’ange diabolique renonce Ă  l’amour en acceptant que la mortelle meurt Ă  leur premier baiser tentateur ; elle rejoindre les Ă©lus, mais lui, sera condamnĂ© aux vertiges de l’enfer destructeur. La vision manque cependant d’épaisseur pour nos cerveaux habituĂ©s aux scĂ©narios noirs des sĂ©ries vedette : ce dĂ©mon inspirĂ© de Lermontov et de Pouchkine est d’un fil et d’une Ă©toffe un rien, trop fins. Pas sur que l’intrigue et le drame soient retenu par l’industrie cinĂ©matographique actuelle.

Le livret de Pavel Viskovatov se dilue souvent, perd de son impact et de souffle ; seul le duo au III, qui reprend le texte du poĂšme originel, frappe par l’intensitĂ© fantastique des images. La production prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux reprend celle crĂ©Ă©e pour l’HĂ©likon de Moscou dont le mouvement est imprimĂ© par un immense cylindre posĂ© Ă  l’horizontal et dont le fond permet de faire surgir des images fortes, dont l’Ɠil omniscient.
La direction de Paul Daniel se montre Ă  la hauteur d’une partition tendue, crĂ©pitante et sombre Ă  la fois, avec aux cĂŽtĂ©s des solistes, un chƓur luxueux (et convaincant lui aussi) associant les choristes de Bordeaux et de Limoges. Le souffle de certains tableaux ne manque pas de grandeur.
Parmi les personnages ayant relief : Paul Gaugler en Messager (prestance et intensitĂ©, comme son Dante, rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Saint-Etienne), Luc Bertin-Hugault,- en serviteur. PĂ©nĂ©trant et poignant, le Roi d’Alexandros Stavrakakis et le recours pour l’ange Ă  la voix Ăąpre du contre tĂ©nor Ray Chenez lequel en fin d’action revĂȘt la robe du dĂ©mon. Belle prestance aussi pour le prince Sinodal d’Alexey Dolgov ; tandis que Evgenia Muraveva, redouble d’ardeur sans vraiment s’attendrir : sa Tamara ne tarde pas pour autant Ă  succomber face au DĂ©mon qui en est Ă©pris. Ce dernier il est vrai est incarnĂ© par l’excellent et impressionnant voire terrifiant Nicolas Cavallier qui Ă©claire tous les tĂ©nĂšbres du personnage axial. Il respire la force du mal mais demeure humainement seul : Ă  peine a t-il embrassĂ© la jeune georgienne qu’elle meurt, certes sauvĂ©e. Mais sacrifiĂ©e – Illustrations © Éric BouloumiĂ©

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COMPTE-RENDU, critique opéra. BORDEAUX, Grand Théùtre, le 31 déc 2020. Anton RUBINSTEIN: Le Démon.
OpĂ©ra en 3 actes d’Anton Rubinstein – livret de Pavel Viskovatov d’aprĂšs le poĂšme de Mikhail Lermontov  - crĂ©ation au ThĂ©Ăątre Mariinski de Saint-PĂ©tersbourg, le 25 janvier 1875

Le DĂ©mon : Aleksei Isaev
Tamara : Evegniya Muraveva
Le Prince Sinodal : Alexey Dolgov
L’Ange : Ray Chenez
Le Prince Goudal : Alexandros Stavrakakis
La Nourrice : Svetlana Lifar
Le Serviteur du Prince Sinodal : Luc Bertin-Hugault
Le Messager : Paul Gaugler

ChƓur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux
ChƓur de l’OpĂ©ra de Limoges
Direction des ChƓurs: Salvatore Caputo

Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Paul Daniel, direction
Mise en scĂšne : Dmitry Bertman

LIVRE événement, critique. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les Bémols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, février 2020)

rojdestvensky guennadi chef maestro bio bemols de staline livre critique classiquenews monsaingeon classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les BĂ©mols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, fĂ©vrier 2020) – Guennadi Rojdestvensky (nĂ© en 1931) appartient Ă  la colonie des grands maestros russes, succĂ©dant par un coup du sort au lĂ©gendaire Svetlanov ; il devient une figure majeure de la direction musicale sous l’ùre Staline, et aprĂšs, lequel est d’ailleurs Ă©voquĂ© (rapidement) assistant fugitivement Ă  quelques reprĂ©sentations au BolchoĂŻ sans avoir fait savoir vraiment si le guide du peuple Ă©tait dans la salle
 A travers ses « Conversations » (dont le propos nous mĂšne jusqu’à la fin de la carriĂšre du chef et sa disparition en 2018), l’auteur dĂ©livre un portrait incisif de Rojdestvensky, lequel se raconte et tisse au fil des pages une autobiographie qui tĂ©moigne de l’organisation de la musique en URSS
 c’est un ĂȘtre musical jusqu’au bout des doigts, dans sa chair, dont la passion de la musique et le respect des partitions lui ont Ă©tĂ© transmis par son pĂšre (bon pianiste et chef) et par sa mĂšre (traductrice et chanteuse) qui dĂ©cida qu’il serait musicien. Rojdestvensky eut la chance de pouvoir jouer en Europe quand on pensait que les artistes russes devaient demeurer Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres soviĂ©tiques.
Le chef est connu pour son absence de compromis sauf quand il devait diriger des ballets et faire quelques concessions avec les danseurs qui de toute façon, quel que soit le chef, jugent que soit « il joue trop lentement, trop rapidement ».
Les Ă©pisodes de la vie, les choix de rĂ©pertoires (dont surtout Prokofiev dont le dernier chapitre constitue une dĂ©claration d’amour), les personnalitĂ©s croisĂ©es tout au long d’une vie exceptionnellement riche sont Ă©voquĂ©s ici, oĂč la politique aussi rĂ©serve ses coups de thĂ©Ăątre, souvent aux confins du ridicule et du fantasque (cf sa nommination comme chef du Royal Philharmonique de SuĂšde, finalement acceptĂ©e par les autoritĂ©s soviĂ©tiques)
 dĂ©voilant les coulisses et les facettes mĂ©connues d’un maestro exceptionnellement impliquĂ©, qui comparĂ© aux Gergiev et Jansons rĂ©cents, avait cet idĂ©al de clartĂ© et de prĂ©cision, une Ă©loquence du discours musical, dĂ©pourvu de tout artifice, croisĂ© avec la conscience de l’histoire
 soit un son qui a probablement disparu aujourd’hui.

C’est surtout l’interprĂšte spĂ©cialiste des symphonies de Chostakovitch qui dĂ©voile son travail avec le compositeur russe, un ĂȘtre marquant et avenant mĂȘme par sa dĂ©licatesse aimable. Rojdestvinsky explicite ce qui faisait de Chosta un gĂ©nie dont l’ouie Ă©tait phĂ©nomĂ©nale, y compris dans les tutti, capable de distinguer les accords de la harpe ou du cor. S’il n’a pas travaillĂ© avec Prokofiev, Rojdestvinsky demeure l’interprĂšte le plus passionnant pour Chostakovitch. Ailleurs on se dĂ©lecte des souvenirs prĂ©cisĂ©ment vĂ©cus entre Chostakovitch et Stravinsky dont les propos sur l’un et l’autre sont rapportĂ©s ; comme l’Ă©vocation des Ɠuvres de Schnittke, qui se prĂȘtent spĂ©cifiquement Ă  une orchestration et Ă  l’orchestre, Rojdestvinsky rĂ©alisant plusieurs transcriptions validĂ©es par le compositeur, demeure passionnante… La valeur du tĂ©moignage direct par l’intĂ©ressĂ©, comme les propos recueillis de conversations privilĂ©giĂ©es, dĂ©passe la simple Ă©vocation biographique. Le texte permet de vivre de l’intĂ©rieur l’odyssĂ©e fantastique d’un musicien de premier plan. Lecture incontournable.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les Bémols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, février 2020). EN LIRE plus sur le site de Fayard
https://www.fayard.fr/musique/les-bemols-de-staline-9782213716817

PARUTION : 26 février 2020
348 pages – FORMAT : 135 x 215 mm – Prix indicatif : 24 €
EAN :  9782213716817 – CODE HACHETTE : 3707842
PRIX NUMÉRIQUE : 16.99 € – EAN NUMÉRIQUE : 9782213718552

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VIDEO

Pour se faire une idĂ©e de la direction du maestro russe Guennadi Rojdestvensky, ÉCOUTER / VOIR ci aprĂšs : 7Ăš Symphonie de Prokofiev (opus 131), Orch symphonique de la Radio de Moscou, 1966; un tĂ©moignage unique sur le son remarquable qu’il savait façonne et obtenir des musiciens, un son fait de tension, de crĂ©pitement, d’une incandescence supĂ©rieure


 

 

 

 

I. Moderato
II. Allegretto
III. Andante espressivo
IV. Vivace

Durée : 31 mn

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COMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. DIJON, le 12 fĂ©v 2020. PAUSET : Les ChĂątiments d’aprĂšs Kafka. CrĂ©ation

Kafka_portraitCOMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. DIJON, le 12 fĂ©v 2020. PAUSET : Les ChĂątiments d’aprĂšs Kafka. CrĂ©ation. En faisant un opĂ©ra d’aprĂšs les 3 textes de Kafka, «LES CHÂTIMENTS» (adaptĂ©s par Stephen Sazio), Brice Pauset qui rĂ©pond Ă  la commande de l’OpĂ©ra de Dijon, trouve la voie juste et la forme fluide entre partition orchestrale et flux thĂ©Ăątral. Les tĂ©nĂšbres bien manifestes dans le texte kafkaien font place pourtant ici Ă  une certaine Ă©motion diffuse grĂące Ă  la composition de Pauset qui Ă©claire de l’intĂ©rieur le triptyque, souhaitĂ© par Kafka lui-mĂȘme (portrait ci contre), Le Verdict (1912), La MĂ©tamorphose (1912) et Dans la Colonie pĂ©nitentiaire (1914). Des textes sombres et violents oĂč se jouent la relation du fils au pĂšre, des individus Ă  la loi, 
 non sans humour. Et mĂȘme un rire continu qui retrouve comme une libertĂ© cachĂ©e dans l’écriture kafkaienne. Une verve dĂ©sespĂ©rĂ©e et cynique mais qui est tendresse pour une humanitĂ© maudite, condamnĂ©e, corrompue par ses contradictions crasses.

 

 

 

PAUSET adapte KAFKA Ă  l’opĂ©ra
Une poétique du désenchantement


 

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La mise en scĂšne de David Lescot souligne le monde vascillant kafkaien, oĂč se rĂ©vĂšlent les pires instincts de domination, de meurtre lent et organisĂ© (la machine de Dans la colonie pĂ©nitentiaire). Se dĂ©tachent le plaisir sadique du pervers dominateur comme la culpabilitĂ© destructrice de la sa victime exploitĂ©e, travaillĂ©e, dĂ©naturĂ©e, prisonniĂšre d’un sac de noeuds qui la dĂ©passe totalement.
Ce qui a semblĂ© inspirer Pauset c’est la texture mĂ©taphorique de la prose de Kafka chantĂ©e en allemand ; chaque personnage, chaque situation vaut moins pour sa charge rĂ©aliste que son sens symbolique, rĂ©vĂ©lateur d’un labyrinthe personnel Ă©difiĂ©e comme un rempart contre la barbarie ordinaire : une dĂ©nonciation poĂ©tique de la folie humaine dont La MĂ©tamorphose est le visage le plus emblĂ©matique. DĂ©lire, fantasme, 
 et surtout dĂ©nonciation, la musique de Pauset rend claire et presque tangible, depuis les vagues sonores de la fosse, la vibration presque sourde mais continue d’un monde instable, intranquille qui peut d’une mesure Ă  l’autre, basculer dans l’horreur. Les Justes gĂšnent, menacent : ils sont donc assassinĂ©s ou torturĂ©s.

 

 

Ici, dans la vaste opĂ©ration onirique, quasi surrĂ©aliste d’un Kafka visionnaire, le monstre de La MĂ©tamorphose se change en Machine despotique (et ses aiguilles affĂ»tĂ©es) pour Dans la colonie pĂ©nitentiaire. On savoure ces rĂ©fĂ©rences au cinĂ©ma, bien sur Ă©vidente quand la production met en regard Elephant Man et le fils monstrueux (entre autres)
 Comme on salue la prĂ©paration des ensembles : parfaite synchronicitĂ© des voix unifiĂ©es comme dans l’unitĂ© d’un madrigal (La MĂ©tamorphose) car le corps social bien petit bourgeois s’unit contre le fils devenu monstre
 C’est le procĂšs de la diffĂ©rence haĂŻe : un thĂšme cher Ă  Kafka qui Ă©tait juif et homosexuel ; se sentait honteux en hypocondriaque qui pense qu’il n’a pas sa place dans la sociĂ©tĂ©.
Percus, timbres Ă©lectroniques s’associent Ă  l’orchestre sous la direction d’Emilio Pomarico font crĂ©piter la partition, vibration continue qui accompagne, en Ă©quilibres de timbres tĂ©nus, souligne, commente la parfaite inhumanitĂ© qui se dĂ©voile sur la scĂšne.
Rien à regretter de la distribution qui assure un relief vocal constant, voire percutant (le baryton Allen Boxer en Georg / Gregor / Officier). La couleur brillante et presque angélique des femmes (incarnées par Emma Posman en Frieda et Grete) perce le spectre de ce théùtre gris et étouffant, mais profond et presque poétique.

 

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A l’affiche de l’OpĂ©ra de Dijon, les 12,14 et 16 fĂ©vrier 2020 : Les ChĂątiments de Kafka (Le Verdict, La MĂ©tamorphose, Dans la Colonie pĂ©nitentiaire).  Illustrations : Gilles Abegg / OpĂ©ra de Dijon.

CD Ă©vĂ©nement, critique. PAUL PARAY : Ɠuvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical 2016)

paul_parayCD Ă©vĂ©nement, critique. PAUL PARAY : Ɠuvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical 2016). Sur le mĂ©tier d’une prochaine biographie de Claude Delvincourt (1888-1954), Damien Top, directeur du CIAR et biographe de Roussel, Ă©claire les liens avec Paul Paray (1886-1979). Condisciples au Conservatoire de Paris, Prix de Rome tous les deux (Paray en 1911 et Delvincourt en 1913), ils ont des attaches sur la CĂŽte d’AlbĂątre (Le TrĂ©port et Dieppe)
 Ce cd majeur dĂ©voile un compositeur que l’on doit absolument faire sortir de l’ombre : PAUL PARAY. Rien de glacĂ© ni d’acadĂ©mique au sens de pompier ici ; mais la vibration d’une Ă©criture sincĂšre que la premiĂšre guerre enrichira encore d’une profondeur immĂ©diate ; ce qui distingue sa premiĂšre maniĂšre subtilement Ă©lĂ©gante de la Sonate pour violon, de sa seconde inspiration : plus resserrĂ©e, plus Ăąpre aussi, telle qu’elle s’épanouit dans la Sonate pour violoncelle de 1920


PAUL PARAY, génial compositeur

Le cd dĂ©diĂ© Ă  la musique de chambre (cordes et piano) de Paul Paray dĂ©voile un chef d’oeuvre absolu, par la grĂące de son inspiration et l’élĂ©gance harmonique de l’écriture, la Sonate pour violon et piano, ici dĂ©fendue par le violoniste bruxellois Eliot Lawson : la flexibilitĂ© Ă©loquente et claire de sa ligne, son jeu tout en finesse, sa vocalitĂ© libre et naturelle (Ă©lĂ©ment si essentiel chez le compositeur) souligne chez Paray, cette subtilitĂ© supĂ©rieure acquise ainsi dĂšs 1908, qui dĂ©signe dĂ©jĂ  le Prix de Rome (obtenu en 1911 avec la cantate Yanitza, aprĂšs un second prix en 1910) et aussi sa grande culture oĂč une discrĂšte mais Ă©vidente filiation le relie Ă  FaurĂ©, Saint-SaĂ«ns, Franck, tant la sĂ©duction de son style n’écarte jamais la profondeur. Ainsi l’élĂ©gance digne d’un Massenet, traverse-t-elle le long Allegro moderato, intense, enivrĂ©, architecturalement Ă©quilibrĂ© ; auquel succĂšde l’Allegro amabile d’un caractĂšre rustique, cadencĂ©, oĂč l’élĂ©gance et l’esprit de facĂ©tie se rappellent du cake-walk de Debussy (Children’s Corner). Ce qui frappe dans ce second mouvement c’est son Ă©pisode central, d’une envoĂ»tante introspection : un appel au rĂȘve et Ă  une mystĂ©rieuse sensualitĂ© proche de Roussel
 Le dernier mouvement Molto vivo caracole telle une tarentelle progressive : s’y entrelacent science de l’écriture et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique digne d’un FaurĂ©. La maturitĂ© et la musicalitĂ© de Paray Ă©tonnent, saisissent par leur justesse. Belle rĂ©vĂ©lation.

La Sonate pour violoncelle et piano, plus tardive (crĂ©Ă©e en janvier 1920, et dĂ©diĂ©e au peintre des falaises du TrĂ©port GĂ©rard Hekking) confirme la mĂȘme qualitĂ© d’écriture de Paray, que d’aucun, d’une Ă©coute absente et imparfaite continue de cataloguer dans un postacadĂ©misme bon teint : rien de tel car chez Paray, qui comme un Dubois, touche par sa sincĂ©ritĂ© et la justesse de sa construction harmonique.
Le violoncelliste Samuel Magill emporte toute la partition par son engagement, sachant fusionner avec le piano souverain de Diane Andersen, partenaire familiÚre des enregistrements révélateurs préparés, édités par Damien Top. La Sonate pour violoncelle est beaucoup plus courte que celle pour violon et à notre avis, moins riche harmoniquement
 mais non moins touchante par sa sincérité.
L’Andante quasi allegretto s’impose par son caractĂšre chantant, libre, qui respire et exulte – en une puissance Ă  la Brahms et une architecture trĂšs efficace – la partie du soliste est constamment volubile, proche de la parole, change de climats et de caractĂšres : fantaisiste, passionnĂ©, ardent ; d’une tendresse complice avec le piano qui accompagne moins qu’il ne chante. L’agitation partagĂ©e nourrit une sensualitĂ© heureuse qui grandit jusqu’à la plĂ©nitude finale.  L’Andante respire encore davantage, s’alanguit, en creusant un questionnement profond voire grave ; c’est une question toujours suspendus qui recherche la rĂ©sonance presque abstraite, comme celle d’un rĂȘve intime. Le dernier Allegro est bien scherzando, fluide, chantant, presque enivrĂ© et sans l’introspection prĂ©cĂ©dente, dans la franchise et la sincĂ©ritĂ© d’un Ă©noncĂ© presque insouciant, dĂ©bonnaire, purement joyeux. Il faut infiniment de finesse pour exprimer la sensibilitĂ© tĂ©nue de chaque piĂšce. Autant de qualitĂ©s que rĂ©vĂšle l’évidente complicitĂ© entre les interprĂštes. VoilĂ  qui Ă©claire tout un pan de la vie de Paul Paray comme compositeur, alors que son activitĂ© de chef d’orchestre reste dans la mĂ©moire des mĂ©lomanes. Pour un bref rĂ©sumĂ© de la vie de Paul Paray comme chef : lire ci aprĂšs « approfondir ».

Outre les deux Sonates, la ROMANCE initialement pour piano (1909) est ici adaptĂ©e pour violon et violoncelle (par le pĂšre Eduard Perrone en 2005) Ă©nonce les mĂȘmes qualitĂ©s d’une Ă©criture juste et enivrĂ©e : somptueuses envolĂ©es lyriques et mĂ©lodiques, suretĂ© et maĂźtrise de l’architecture qui soutient tout le morceau. La Romance sait fusionner les deux voix du violon / violoncelle avec toute la tendresse et la douceur nostalgique requises.

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. PAUL PARAY : Ɠuvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical) – Paul Paray (1886-1979) : Sonate pour violon et piano ; SĂ©rĂ©nade op. 20 pour violon et piano ; Humoresque, pour violon et piano ; Nocturne pour violoncelle et piano ; Sonate pour violoncelle et piano ; Romance, pour violon, violoncelle et piano. Eliot Lawson, violon. Samuel Magill, violoncelle. Diane Andersen, piano. 1 CD Azur Classical. EnregistrĂ© au Studio RĂ©cital B (Tihange) en nov et dĂ©c 2016. DurĂ©e : 1h06 – CLIC de CLASSIQUENEWS

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paul parayPaul Paray
est surtout connu comme chef d’orchestre. AdoptĂ©e par la fille de Charles Lamoureux, Marguerite en 1924 (il a 38 ans). Le Prix de Rome 1911 est enrolĂ© pendant la premiĂšre guerre : fait prisonnier Ă  Darmstadt, il reste profondĂ©ment marquĂ© par ses 4 annĂ©es de captivitĂ©. PrivĂ© d’instrument, il compose par l’esprit, puis Ă©crira aprĂšs sa libĂ©ration (son fameux Quatuor publiĂ© en 1919, qui deviendra ensuite la Symphonie d’archets). Paray vient Ă  la direction d’orchestre par l’orchestre Lamoureux dont le chef d’alors, Camille Chevillard, Ă©poux de Marguerite Lamoureux, le nomme directeur adjoint dĂšs 1920. Paul Paray dirige ensuite l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo (1928-1932), le prestigieux Orchestre Colonne (jusqu’à l’Occupation)
l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (dans des oeuvres de Wagner, selon le goĂ»t de Charles Lamoureux). Connu dĂšs l’Occupation aux USA, Paray accepte de diriger le Detroit Symphony Orchestra (oct 1951-1962) rĂ©alisant un cycle d’enregistrements mythiques de 1956 Ă  1963 pour la firme Mercury (dans la technique Living presence, Ă©ditĂ© en Europe sous Ă©tiquette Philips)

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CD
paray-paul-maestro-mercury-living-presence-1960CD,coffret, compte rendu critique : Mercury Living presence 1951-1968 (53 cd). De mĂȘme l’intuition gĂ©niale du dĂ©fricheur Paul Paray dĂ©fenseur comme un certain Martinon outre atlantique (Ă  Chicago avec le Symphonique local Ă  peu prĂšs dans les mĂȘmes annĂ©es 1960) d’un certain romantisme français dĂ©fendu avec une vitalitĂ© inouĂŻe et sans instruments d’époque
 la sensibilitĂ© analytique et fiĂ©vreuse Ă©tonne encore comme sa science fluide qui sait caractĂ©riser chaque Ă©pisode, emporte l’adhĂ©sion ; le geste est sĂ»r, la tension dramatique palpable, l’articulation claire et prĂ©cise
 : Ă©coutez le cd 30 (ouverture du Roy d’Ys de Lalo, Suite du ballet Namouna exceptionnel et mĂ©sestimĂ©, Symphonie de  Chausson. 
: qui ose aujourd’hui programmer une telle succession?  Aucune salle parisienne
 Paray osait tout  Ă  Detroit en 1956 et 1957). Incroyable audace visionnaire. Comme d’ailleurs Dorati qui en 1959  enregistre le symphonisme virtuose et d’atmosphĂšre de la Giselle d’Adam, cycle achevé  par Fistoulari).
Au sein du corpus Paray, saluons tout autant, la fiĂšvreuse Symphonie n°2 de Sibelius, Ă  la fois ciselĂ©e et Ă©chevelĂ©e, d’une ivresse sensible et prĂ©cise phĂ©nomĂ©nale : Ă  l’heure oĂč tant d’audace et de rage nuancĂ©e font dĂ©faut, la direction de Paray, exaltĂ©e, vive, palpitante, dĂ©terminĂ©e comme poĂ©tique et profonde, servie par une prise de son qui en accuse chaque accent, projette chaque pulsion, fait figure de modĂšle. Quel tempĂ©rament et quelle intelligence (cd 28, Detroit Symphony Orchestra, 1959). Paray exalte la matiĂšre sonore en un crĂ©pitement de plus en plus Ă©nergique et lumineux, matiĂšre Ă  fusion ou Ă  Ă©lĂ©vation. La rĂ©ussite est totale. MĂȘme ivresse sonore et dramatisme percutant, incisif dans un formidable programme Wagner de 1956 et 1960, comprenant dans le cd 35 : musique du feu et adieux de Wotan de la Walkyrie, ouverture de Rienzi, Voyage de Siegfried sur le Rhin du CrĂ©puscule des dieux, Siegfried Idyll, prĂ©lude de l’acte III de Tristan und Isolde
 De sorte que Paray s’inscrit dans la lignĂ©e de Charles Lamoureux, wagnĂ©rien de la premiĂšre heure Ă  paris, au dĂ©but des annĂ©es 1890

LIRE l’intĂ©gralitĂ© de la prĂ©sentation critique du coffret « Mercury Living presence 1951-1968 (53 cd). :
http://www.classiquenews.com/tag/paul-paray/

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Illustration : Paul PARAY © Bob Martin / 1972

CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)

oldak influences chopin bach piano cd klarthe records critique cd classiquenewsCD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018). Immortel JS
 Bach demeure un modĂšle pour nombre de compositeurs aprĂšs lui. Et plus encore Ă  l’époque romantique quand naĂźt la redĂ©couverte du patrimoine musical ancien ; en tĂ©moigne Chopin qui ne se sentait mieux qu’aprĂšs avoir jouĂ© du Bach, en encore Liszt qui s’est passionnĂ© Ă  transcrire les Ɠuvres du Cantor (ici le PrĂ©lude et fugue BWV 543). Qu’on le joue comme maintenant au clavecin ou au piano, Bach respire la poĂ©sie et l’universel. La pianiste toulousaine Laurence Oldak nous le rappelle ici avec implication et de rĂ©els arguments. AprĂšs le premier opus dĂ©diĂ© Ă  Scriabine (Dialogue), son 2Ăš album chez Klarthe, intitulĂ© « Influences », remonte les eaux musicales en une gĂ©nĂ©alogie qui fait dialoguer les sensibilitĂ©s d’un siĂšcle Ă  l’autre, du XVIIIĂš au XIXĂš. Unificateur et explorateur, le jeu de la pianiste permet les confrontations, les filiations : tout un jeu en miroir ou en Ă©chos : Bach / Chopin, Bach / Busoni (qui transcrit ici « Ich ruf zu dir », confession, priĂšre Ă  la fois solitaire et assurĂ©e), Bach / Liszt dĂ©jĂ  citĂ©, et jusqu’à Carl Philip Emmanuel dont la pianiste restitue en fin de programme, le somptueux et presque grave Andante con tenerezza (Sonate Wq 65/32, de plus de 5mn).

Les Bach sont naturellement articulĂ©s, chantants mĂȘme : ils coulent comme courre l’onde d’un fleuve ocĂ©an, toujours caractĂ©risĂ© et revivifiĂ© Ă  travers ses danses enchaĂźnĂ©es (5 Ă©pisodes pour la Partita n°2 BWV 826 qui ouvre le rĂ©cital). L’élĂšve de Lucienne Marino-Bloch, elle-mĂȘme Ă©lĂšve de Michelangeli, – heureuse filiation, « ose » jouer et rĂ©ussir ici la Sonate n°3 opus 58 de Chopin, un dĂ©fi pour tout interprĂšte : Ă  travers les modulations tĂ©nues des harmoniques, aux reflets miroitants si chantants, jaillit cette lumiĂšre qui est force vitale ; la pianiste en fait vibrer le tragique sublimĂ© ; Chopin vient de perdre son pĂšre – un choc comme ce fut le cas pour Mozart, perdant le sien pendant la composition de Don Giovanni. A Nohant en 1844, prĂšs de Sand, Chopin, en lion de la nuit, exprime un indĂ©fectible goĂ»t de vivre : voilĂ  ce que nous fait Ă©couter le jeu tout en souplesse de Laurence Oldak. L’exaltation lyrique du premier mouvement, en son extension mĂ©lodique au bord de l’allongement mais d’une portĂ©e intĂ©rieure quasi schubertienne, s’exprime avec libertĂ© ; le Scherzo jubile, volubile et libre comme une rĂ©miniscence heureuse de Mendelssohn
 le Largo plonge dans les entrailles funĂšbres (marche) du musicien qui se vit comme un exilĂ©, vivant certes, mais dĂ©chirĂ© ; tandis que le dernier Ă©pisode Finale / presto non tanto, assĂšne ses explosions furieuses, tissant l’une des pages les plus puissantes, les plus Ă©perdues, et aussi les plus exaltĂ©es de Chopin. Le CPE qui suit et conclut le programme sonne comme un adieu d’une absolue sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la fois simple, dĂ©pouillĂ©, d’une sobre profondeur. TrĂšs beau rĂ©cital.

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CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)

COMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction.

bloch-alexandre-mahler-symphonie-8-mille-nov-2019-annonce-critique-symphonie-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction. AprĂšs une Symphonie n°8 « des Mille » rĂ©alisĂ©e en nov 2019, jalon Ă©blouissant d’un cycle qui restera mĂ©morable, voici en ce dĂ©but d’annĂ©e 2020, la fin de l’odyssĂ©e mahlĂ©rienne par l’ONL LILLE Orchestre National de Lille et son directeur Alexandre Bloch : la 9Ăš, vĂ©ritable testament musical et spirituel. Les auditeurs l’ont remarquĂ© comme les musiciens eux-mĂȘmes : il s’est passĂ© quelque chose avec les 5Ăš et 6Ăš symphonies ; rondeur et prĂ©cision accrues, rĂ©flexes plus naturels, onctuositĂ© et profondeur, servies par un relief instrumental d’un fini impeccable
 de fait, jouer sur la durĂ©e l’intĂ©gralitĂ© des symphonies et de façon ainsi chronologique, aura porter bĂ©nĂ©fice Ă  l’écoute et Ă  la cohĂ©rence du collectif lillois. Alexandre Bloch depuis son arrivĂ©e en 2016 aura fondamentalement fait Ă©voluer et enrichit l’expĂ©rience des musiciens, n’hĂ©sitant pas Ă  Ă©largir le rĂ©pertoire (jusqu’à l’opĂ©ra, avec Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet, juin 2017), ou « oser » des partitions monstrueuses rĂ©putĂ©es injouables (MASS de Bernstein, juin 2018). Ce cycle Mahler s’inscrit dans un mouvement Ă  la fois de renouvellement et d’accomplissement pour l’Orchestre.

Evidemment dans l’histoire de la phalange, la filiation souterraine avec le fondateur Jean-Claude Casadesus s’impose ; ce dernier avait amorcĂ© des essais Mahler, dont surtout la Symphonie n°2, vive, affĂ»tĂ©e, brĂ»lĂ©e, d’une Ă©vidente densitĂ© spirituelle dont CLASSIQUENEWS a rendu compte, nov 2015. Alexandre Bloch recueille tout cela et d’emblĂ©e pilote un approfondissement en risquant l’intĂ©grale. Pari rĂ©ussi, car avec le recul, Lille depuis les dĂ©buts de l’odyssĂ©e, est devenue capitale mahlĂ©rienne (le cd de la 7Ăš Symphonie, pour nous la plus personnelle du compositeur-chef et directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, est annoncĂ© d’ici le printemps 2020).

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille
jouent la 9Ăš symphonie de Mahler
Jusqu’au silence


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Pour la 9Ăš, ferveur et concentration, puissance et voluptĂ© sonores sont au rendez vous. Tout le cycle orchestral exprime l’élan de vie et en mĂȘme temps, le renoncement et l’adieu au monde
 Si les prĂ©cĂ©dentes symphonies mettent en scĂšne en un mouvement parfois furieux et impĂ©tueux, les sentiments mĂȘlĂ©s d’un homme marquĂ© par le destin (dĂ©mission de l’OpĂ©ra de Vienne, dĂ©cĂšs de sa fille, bientĂŽt diagnostic de la maladie aux poumons
), Mahler exprime un nouveau sentiment dans la 9Ăš (avant-derniĂšre) : une conscience Ă©largie de lui-mĂȘme et une sĂ©rĂ©nitĂ© intime, inexorable. L’aboutissement d’un travail intime sour la douleur.
Ce cheminement introspectif qui porte de fait le signe d’un adieu, cĂ©lĂšbre en rĂ©alitĂ© l’avĂšnement d’un nouveau Mahler, comme enrichi et renforcĂ© par les Ă©preuves vĂ©cues. C’est pourquoi dans le flux orchestral parfois cynique, exaltĂ©, fantaisiste mais aussi Ă©perdu, tendre et nostalgique se prĂ©cise une nouvelle acuitĂ© personnelle que porte comme dans la 8Ăš, un indĂ©fectible espoir.
La clairvoyance de Mahler se lit dĂšs le premier mouvement (Andante comodo) et l’adieu ou la dĂ©chirure intime qu’il exprime en filigrane est le dĂ©samour de son Ă©pouse Alma ; le rictus diabolique du second, qui singe et parodie un lĂ€ndler, frĂȘle danse dĂ©risoire liĂ©e Ă  la vaine agitation terrestre
 Le bizarre du Rondo-burlesque (3Ăš mouvement) s’il est d’essence parodique et grinçante, n’en demeure pas moins « trĂšs dĂ©cidé » : la dĂ©termination de Mahler confirme qu’il est pleinement conscient, jamais victime, larmoyante (comme on peut le lire ici et lĂ ) : Alexandre Bloch semble mesurer les enjeux poĂ©tiques, spirituels, expressifs, toutes les tensions poĂ©tiques de ce jeu Ă  double voire triple lecture : tout indique la maturitĂ© du regard mahlĂ©rien sur la vanitĂ© bouffonne de la rĂ©alitĂ© et de la condition humaine ; organisant la texture symphonique avec un naturel, un sens des Ă©quilibres, une rage Ă©loquente, ce souci du dĂ©tail instrumental
 rĂ©jouissants.
Spirituel, mesurĂ©, intĂ©rieur et mystĂ©rieux, l’Adagio final semble recueillir comme un dernier scintillement, l’opĂ©ration quasi alchimique de la 8Ăš, en particulier la sublimation du corps de Faust dans la 2Ăš partie. Mahler conclut dans un flux orchestral de plus en plus dĂ©pouillĂ© et suspendu, diaphane et Ă©vanescent, oĂč l’ñme s’élĂšve Ă  mesure qu’elle se libĂšre de sa gangue matĂ©rielle : une Ă©lĂ©vation qu’Alexandre Bloch cisĂšle, caresse dans la complicitĂ© et une Ă©coute progressive avec les instrumentistes.
De la lumiĂšre au silence, de l’exaltation vitale au murmure, puis au souvenir du murmure
 cette fin comme un immense paysage Ă  l’infini lointain imperceptible car le compositeur Ă©largit au delĂ  de l’entendement l’espace orchestral, est pure poĂ©sie, aprĂšs l’énoncĂ© ultime du gruppetto, dernier signe de vie, de souffle ; tout continue dans ce basculement vers l’ineffable. Le passage (comme dans le dernier mouvement de la 6Ăš dite « PathĂ©tique » de Tchaikovski), principalement incarnĂ© par le voile des cordes, est porteur de mĂ©tamorphose et de transcendance, l’indice d’un accomplissement. Et dans le chant du violoncelle solo, l’expression d’une tendresse enivrĂ©e, enchantĂ©e comme au temps de l’innocence, 
la promesse du pardon final, – croyance viscĂ©ralement acquise par Mahler parvenu au terme de son pĂ©riple symphonique. Autant de jalons rĂ©alisĂ©s ici par le chef et son formidable orchestre. Illustrations : © Ugo Ponte / ONL LILLE 2020.

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction.

Symphonie n° 9

I. Andante comodo
II. Im Tempo eines gemÀchlichen LÀndlers. Etwas tÀppisch und sehr derb
III. Rondo-Burleske. Allegro assai. Sehr trotzig
IV. Adagio. Sehr langsam und noch zurĂŒckhaltend

Orchestre National de Lille
Direction : Alexandre Bloch

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VISIONNER LES SYMPHONIES DE MAHLER par l’ONL LILLE

Il est possible de visionner toutes les symphonies de MAHLER sur la chaüne YOUTUBE de l’ONL LILLE / Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=LCbBkpH0ImU

 
 
 

VOIR NOTRE REPORTAGE VIDEO Symphonie n°8 des “Mille” / Alexandre Bloch / ONL LILLE :

 

mahler-mille-ONL-LILLE-alexandre-Bloch-vignette-classiquenews

http://www.classiquenews.com/onl-lille-8e-symphonie-de-mahler-reportage-nov-2019/

REPORTAGE vidĂ©o 8Ăš symphonie de MAHLER... ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Alexandre BLOCH. La 8Ăš Symphonie des Gustav Mahler est un Everest orchestral, choral et lyrique crĂ©Ă© en 1910 dont le colossal des effectifs (jamais vu jusque lĂ , d’oĂč son sous titre « des Mille », pour 1000 musiciens sur scĂšne) Ă©gale l’exigence morale, poĂ©tique, spirituelle. PrĂ©sentation de la partition composĂ©e d’une premiĂšre partie de tradition contrapuntique traditionnelle mais revisitĂ© (Hymne « Veni Creator Spiritus »), puis d’une seconde partie qui aborde comme un opĂ©ra, la derniĂšre partie du second Faust de Goethe. Y paraissent de nombreux personnages Magna Peccatrix, Pater Ecstaticus, Pater Profundus, Doctor Marianus, Mulier Samaritana, Maria Aegyptiaca, 
 enfin Mater Gloriosa, sans omettre les choeurs des anges, le chƓur Mysticus en une fresque flamboyante qui exprime les forces vitales de l’Amour et le pouvoir de l’Eternel FĂ©minin, source de salut et de rĂ©demption pour le monde et l’humanitĂ©. Entretien avec les interprĂštes et les parties engagĂ©es dans la rĂ©alisation de ce dĂ©fi suprĂȘme pour l’Orchestre National de Lille. C’est l’un des jalons du cycle Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH, directeur musical. 12mn – © studio CLASSIQUENEWS  -  rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM (nov 2019)

LIRE aussi notre critique : LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-lille-le-20-nov-2019-mahler-symphonie-n8-des-mille-orch-national-de-lille-alexandre-bloch-direction/

CD, critique. MAHLER : Symphonie n°8 – Philadelphia Symphony Orchestra, NĂ©zet SĂ©guin (2016 – 1 cd DG Deutsche Grammophon).

nezet seguin symphonie 8 MAHLER cd critique concert critique classiquenews philadelphia 4837871CD, critique. MAHLER : Symphonie n°8 – Philadelphia Symphony Orchestra, NĂ©zet SĂ©guin (2016 – 1 cd DG Deutsche Grammophon)  –  PARTIE I. Percutante et nerveuse, voire d’une vĂ©hĂ©mence clairement assumĂ©e, avec des tutti et une ligne des cordes marcato, la lecture de NĂ©zet SĂ©guin ne manque ni de dramatisme ni d’intensitĂ©, ni d’élans tendres voire Ă©perdus, en particulier dans le « Veni Creator spiritus », dont il fait un appel, une aspiration au sublime et Ă  la transcendance, avec un sentiment d’urgence collectif, absolument dĂ©lectable. Les troupes trĂ©pignent mĂȘme, jusqu’au dĂ©but de 4 (Tempo 1) oĂč les instruments marquent un premier jalon dans ce cheminement qui convoque des forces colossales Ă  l’échelle du cosmos, avant que les solistes n’expriment une nouvelle phase de requĂȘte partagĂ©e (Infirma nostri corporis).

 

 

Mars 2016 : Les “Mille” Ă  Philadelphie
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin articule et cisĂšle
l’Ă©lan spirituel de la Symphonie n°8

 

 

En vrai chef lyrique, NĂ©zet-SĂ©guin aborde les « Mille » comme une vaste cantate, ou un oratorio d’une fraternitĂ© revendiquĂ©e, vindicative, dont la supplique et les priĂšres sont amplifiĂ©es par les 6 solistes, d’autant que les choeurs (« Accende lumen sensibus ») savent non pas articuler le texte mais le projeter et le dĂ©clamer avec une acuitĂ© expressive, habitĂ©e, incarnĂ©e, superbe elle aussi. Le talent du chef bĂątisseur et architecte s’impose dans la construction et la structuration ferme de cette sĂ©quence (la plus longue : plus de 5 mn)
 abyssale et vertigineuse. La plus impressionnante de cette premiĂšre partie. L’Apocalypse et le Jugement dernier s’y trouvent fusionnĂ©s en un sentiment de fiĂšvre collective admirablement articulĂ©, !parfois cependant trop continument forte), mais quel souffle et quelle sensation d’hĂ©roĂŻsme et de fraternitĂ© combattive. PortĂ©e par une impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ©, jusqu’à la conclusion de cet hymne de vie, vraie force jaillissante.

PARTIE II. Le dĂ©but du Faust dĂ©crit trĂšs attentivement le dĂ©nuement dans la montagne, avec force dĂ©tails et une belle acuitĂ© instrumentale lĂ  encore
 digne d’un opĂ©ra, fantastique, romantique, habitĂ© par cette conscience panthĂ©iste, proche d’un Berlioz, que fait scintiller la direction intense et dramatique de NĂ©zet SĂ©guin. Du grand art.
Les tempi sont larges et volontiers Ă©tirĂ©s pour que le grand souffle et l’alchimie du MystĂšre se rĂ©alisent. La sĂ©quence dĂ©finit le format du paysage en question, lui aussi Ă©tagĂ©, dans un espace Ă©tendu Ă  perte de vue, vacuum aux perspectives infinies
 aucun doute, NĂ©zet-SĂ©guin est un architecte hors normes. Tout le dĂ©but respire et s’exhale avec une sĂ©rĂ©nitĂ© comme hallucinĂ©e, elle aussi trĂšs habitĂ©e, comme si nous nagions dans les cercles suspendus d’un Purgatoire que dĂ©ssille bientĂŽt chacun des airs solistes, traitĂ©s comme dans un opĂ©ra : dĂšs 12, avec l’air transi, amoureux de Pater Ecstaticus (le baryton – Markus Werba, est un peu droit et court), dont la vibration est encore davantage amplifiĂ©e par l’air de Pater Profundus qui suit, et ses Ă©vocations naturalistes (basse un peu Ă©crasĂ©e et engorgĂ©e)

Le flux orchestral exprime une énergie trÚs bien canalisée qui témoigne du souci de clarté et de structuration du chef.
Fin et dĂ©taillĂ©, le maestro se montre d’une tendresse ardente et vivifiante dans la conduite du choeur « Jene Rosen », dont l’allant, le brio, la tension sont impeccables. Dans la succession des tableaux avec le double choeur et les solistes, Mahler s’engage sur des cimes lyriques avant lui cultivĂ©es par Wagner et Richard Strauss : profusion active et nerveuse du flux orchestral, scintillement dans la texture, harmonies rares qui conduisent les choeurs (adultes et d’enfants), avant et aprĂšs la vision du Doctor Marianus, face Ă  la Mater rayonnante; littĂ©ralement embrasĂ© par son Ă©vocation (plage 19), prĂ©misse de son invocation Ă  la DĂ©esse Mater (plage 31, aprĂšs l’intervention de Mater Gloriosa, plage 30).
Le comble de l’élĂ©gance tendre est atteint dans l’exposĂ© de la Mater gloriosa, dĂ©itĂ© enfin visible et audible (plage 21), aux cordes et cors, souples, Ă©tirĂ©s (harpes caressantes)
 en un flux melliflu d’une souplesse qui rayonne de lumineuse quiĂ©tude. L’élĂ©vation du corps transcendĂ© de Faust, et son accueil dans le sein du Paradis final est rĂ©alisĂ© dans la priĂšre Ă©thĂ©rĂ©e de Mater Gloriosa (soprano clair et naturel de Lisette Oropesa, de loin la meilleure soliste d’une distribution bancale), enfin dans l’air du tĂ©nor (Doctor Marianus), aux cordes ocĂ©aniques et voluptueuses.
Dans la derniĂšre sĂ©quence, celle de l’ApothĂ©ose de Faust (aprĂšs celle de Marguerite), NĂ©zet-SĂ©guin opte pour un tempo extrĂȘmement lent, qui cisĂšle chaque couleur, amplifie le geste du choeur implorant et misĂ©ricordieux.

 

 

VIDEO : 8Ăš Symphonie de Mahler par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin / Philadelphia Orchestra (mars 2016) :

 

 

 

 

De toute Ă©vidence malgrĂ© un plateau de solistes perfectibles (baryton, basse, tĂ©nor en particulier), la puissance et l’implication de cette lecture sont indĂ©niables. RĂ©alisĂ© pour le centenaire de la crĂ©ation de la partition mahlĂ©rienne aux USA, par l’Orchestre de Philadelphie, cet enregistrement live, de mars 2016, confirme que NĂ©zet-SĂ©guin n’usurpe pas sa rĂ©putation de chef lyrique et symphonique ; il est douĂ© d’une ferveur communicative et d’un sens Ă©vident de l’architecture et du drame. Sa vision Ă©claire ce en quoi la 8Ăš symphonie de Mahler est bien cette formidable machine Ă  rĂ©demption, d’une fraternitĂ© enveloppante et irrĂ©sistible. Cet Everest en deux parties qui Ă©voque l’élĂ©vation des corps mortels, accomplissant le destin final de Faust, enfin sauvĂ©, est bien le sommet de son Ɠuvre symphonique car tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, comme le dit Mahler lui-mĂȘme, n’est qu’un prĂ©alable qui prĂ©pare Ă  ce chef d’Ɠuvre. Voici donc un opus captivant aux cĂŽtĂ©s des projets qui rĂ©unissent DG et le Philadelphia Orchestra autour de l’intĂ©grale des Symphonies et des Concertos pour piano de Rachmaninov (avec pour soliste : l’excellent Daniil Trifonov : enregistrements dĂ©jĂ  Ă©ditĂ©s et critiquĂ©s sur classiquenews : Concertos pour piano 1 et 3 – CLIC de CLASSIQUENEWS). Parution annoncĂ©e le 31 janvier 2020.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MAHLER : Symphonie n°8 – Philadelphia Symphony Orchestra, NĂ©zet SĂ©guin (LIVE, mars 2016). Symphony No. 8 /«  Symphony of a Thousand » – Symphonie des Mille, n°8 – The Philadelphia Orchestra – Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction.
Int. Release 17 Jan. 2020 – Parution France : 31 janvier 2020.
1 cd DG Deutsche Grammophon 0289 483 7871 5

Distribution :
Solistes : Angela Meade, Erin Wall, Elizabeth Bishop, Lisette Oropesa, Mihoko Fujimura, Anthony Dean Griffey, Markus Werba, John Relyea,

The American Boychoir,
Westminster Symphonic Choir,
The Choral Arts Society of Washington,
Philadelphia Orchestra,
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction

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La SYMPHONIE n°8 en VIDÉO :
VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif : Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille jouent la Symphonie n°8 des Mille de Gustav Mahler (Munich, 1910) au Nouveau SiĂšcle de Lille (20, 21 nov 2019) :

 

mahler-mille-ONL-LILLE-alexandre-Bloch-vignette-classiquenews

 

 

 

 

 

 

CD coffret Ă©vĂ©nement. Wilhelm FurtwĂ€ngler Decca & Deutsche Grammophon Complete recordings (34 cd – 1 dvd DG dĂ©cembre 2019)

CD coffret Ă©vĂ©nement. Wilhelm FurtwĂ€ngler Decca & Deutsche Grammophon Complete recordingsCD coffret Ă©vĂ©nement. Wilhelm FurtwĂ€ngler Decca & Deutsche Grammophon Complete recordings (34 cd – 1 dvd DG dĂ©cembre 2019). LEGENDE INTACTE
. Sublime coffret regroupant l’immense hĂ©ritage du chef lĂ©gendaire Wilhelm FurtwĂ€ngler, celui qui demeura en Allemagne sous les nazis, cultivant un rapport clairement affichĂ© contre la barbarie ; celui qui fixe la figure du maestro idĂ©al, engagĂ©, humaniste. L’aĂźnĂ© et aussi le modĂšle tutĂ©laire d’un Karajan, qu’il appela le « petit K ». Il est vrai que FurtwĂ€ngler Ă©tait plutĂŽt bĂąti comme un gĂ©ant. L’hĂ©ritage discographique du maestro est Ă  la mesure de sa stature physique : spectaculaire par son intensitĂ©, rayonnant par son ouverture, exigeant et fortement charpentĂ© comme le fut sa direction qui suscitait l’implication totale des instrumentistes, qu’il s’agisse comme ici de ceux des trois orchestres qu’il dirige : Berliner et Wiener Philharmoniker, LPO pour London Philharmonic Orchestra. Le legs totalise une activitĂ© musicale et artistique unique Ă  ce jour ; depuis les sĂ©quences Polydor 1926 Ă  Berlin Ă  1954 lors d’une session Ă  Salzbourg

Il est divisĂ© en 3 groupes : (1) the « EARLY RECORDINGS » (cd 1-3) ; (2) « WARTIME RECORDINGS » (cd 4 – 16) ; un ensemble trĂšs important et richement documentĂ© divisĂ© lui-mĂȘme en 2 parties : POST-WAR RECORDINGS : The « radio recordings I » (cd 17 – 26) and The « radio recordings II » (cd 27 – 30) ; enfin « THE DECCA RECORDINGS » (cd 31 – 33). Enfin une partie « BONUS » complĂšte le corpus ainsi reconstituĂ©, comprenant discussions et entretiens autour de la Symphonie n°5 de Beethoven, et le DVD Don Giovanni de Mozart (Siepi, GrĂŒmmer, Dermota, Della Casa, Berry, Edelmann, Festival de Salzbourg 1954)
 De l’ensemble des lectures enregistrĂ©es, s’impose la trilogie des 3 B : Beethoven, Bruckner, Brahms. Puis Mozart, Schubert, R Strauss, sans omettre Franck (2 versions de la Symphonie en rĂ©), Ravel et Tchaikovski
 Le geste de Furt fait surgir un rugissement chtonien et tellurique qui semble embraser la partition, au point qu’il semble que nous assistions Ă  la crĂ©ation de chaque mesure au moment oĂč elle est jouĂ©e. CLIC D'OR macaron 200L’urgence, le souffle, parfois la grandeur (Bruckner)
 toujours la tension visionnaire voire prophĂ©tique (Beethoven), FurtwĂ€ngler fut un chef captivant
 et aussi un compositeur (mais cela n’est pas le sujet du coffret). Must absolu (le coffret a marquĂ© en sept 2019 le 65Ăš anniversaire de la mort du chef lĂ©gendaire). CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

 

 

 

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TEASER VIDEO : CD coffret événement. Wilhelm FurtwÀngler
Decca & Deutsche Grammophon Complete recordings (34 cd – 1 dvd DG dĂ©cembre 2019)

 

 

 
 

Livre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019).

berg miroir de ses oeuvres elisabeth brisson livre evenement classiquenews critique livre opera concertsLivre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019). Le texte n’est pas seulement un essai pour tenter de comprendre et mesurer les caractĂšres distinctifs de l’écriture Bergienne ; l’auteure singularise trĂšs finement ce qui se joue au cƓur de la musique de Berg – l’activitĂ© multiple de la psychĂ© ; elle prĂ©sente et commente aussi comme un guide d’écoute et de comprĂ©hension chacune des partitions majeures d’Alban Berg, ce grand amoureux Ă  la trĂšs riche vie intĂ©rieure, qui parle la langue du dĂ©sir et du ressentiment, Ă  l’écoute privilĂ©giĂ©e de sa vie sentimentale. Alban Berg (1885-1935), pĂ©tri de poĂ©sie et de musique, d’abord autodidacte, suit dĂšs 1904 l’enseignement d’Arnold Schönberg. Son catalogue trĂšs resserrĂ© (seulement treize Ɠuvres) donc aussi concentrĂ© qu’intense et rĂ©volutionnaire, marque, dĂ©termine, jalonne la crĂ©ation musicale au XXe siĂšcle: ses deux opĂ©ras, Wozzeck et Lulu, sont ainsi magnifiquement prĂ©sentĂ©s et expliquĂ©s, leur genĂšse complexe dĂ©mĂȘlĂ©e ; la Suite lyrique pour quatuor Ă  cordes, le Concerto pour violon « A la mĂ©moire d’un ange », sont ainsi analysĂ©s avec clartĂ© et prĂ©cision.

Grand voluptueux, Berg ne fait pas que ressentir et vivre le sentiment : il le pense voire le thĂ©orise pour en exprimer l’essence et le sens. Ainsi le le processus crĂ©ateur met en lumiĂšre « son dĂ©sir de nouer la sensualitĂ©, la spiritualitĂ© et la pensĂ©e (körperlich, seelisch, geistlich selon ses propres termes), dĂ©sir subsumĂ© par sa prĂ©dilection pour le Klang (la sonoritĂ©) comme pour les textures musicales contrĂŽlĂ©es dans leur moindre dĂ©tail Ă  l’instar du travail du rĂȘve qui cache le contenu latent dans une prĂ©sentation manifeste sĂ©duisante et Ă©nigmatique ».

CLIC D'OR macaron 200Davantage que le thĂ©oricien, manifestement imprĂ©gnĂ© par la thĂ©orie dodĂ©caponique transmise par Schönberg, Berg a le geste d’un peintre douĂ© pour la couleur, le mouvement, l’ambivalence. Ce que rĂ©vĂšle trĂšs pertinent l’ auteure. Seule rĂ©serve : toutes les citations (nombreuses) en allemand ne sont pas traduite en français : tout lecteur n’étant pas germanophile, peut ne pas maĂźtriser la langue de Goethe. Il eut fallu prĂ©ciser pour chaque notion, sa traduction française. Nonobstant cette infime rĂ©serve, la lecture de ce texte maĂźtrisĂ© dĂ©voile le foisonnement et la cohĂ©rence remarquable, Ă  l’Ɠuvre dans chaque piĂšce de Berg. Jusqu’au choix de la peinture en couverture : la texture vaporeuse de cet autre voluptueux par excellence dans la peinture baroque parmesane : Le CorrĂšge  ; belle correspondance. Magistral.

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Livre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019).

Titre(s) : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres
Auteur(s) : Élisabeth Brisson
Nombre de pages : 360 pages
Format : 14.5 x 21 cm (Ă©p. 2.8 cm) (459 gr)
Dépot légal : Novembre 2019
Cotage : AEM-223
ISBN : 978-2-919046-53-9
Disponibilité : en stock, envoi immédiat

http://www.musicae.fr/livre-Alban-Berg-au-miroir-de-ses-oeuvres-de-Elisabeth-Brisson-223-191.html

COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 déc 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew.

COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 dĂ©c 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew. D’une soirĂ©e inoubliable, ne retenons que l’essentiel. AprĂšs une premiĂšre partie copieuse, dĂ©diĂ©e aux baroques anglais, sorte de chauffe progressive aux jalons savoureux dont des Haendel rĂ©jouissants, certains en italien (Alcina), la seconde partie gagne un surcroĂźt d’implication comme de jeu complice, cette fois en jardin français : au programme prĂ©cisĂ©ment, Charpentier puis Rameau. D’abord, de Marc-Antoine, les interprĂštes chantent et jouent douceur et tendresse lumineuses des 
 Arts Florissants justement, oratorio qui leur a donnĂ© leur nom depuis la crĂ©ation de l’ensemble en 1979, oĂč perce le dard ciselĂ©, suave de la soprano visiblement enivrĂ©e par l’évĂ©nement anniversaire Sandrine Piau
 notre coloratoure baroque le plus fin. Appelant Ă  l’harmonie amoureuse, lui rĂ©pond le chƓur en Ă©cho, concrĂ©tisant aujourd’hui ce collectif choral, en rĂ©alitĂ© des solistes qui compose chacun le relief et l’unitĂ© des Arts Florissants ; leur charme n’a cessĂ© depuis leur dĂ©but de nous enchanter. Ils mordent dans le verbe et la langue de MoliĂšre et de Racine avec une inflexion nerveuse idĂ©ale. ChƓur prĂ©cis et percutant, ce collectif pilotĂ© par son fondateur alterne ivresse hallucinante, torpeur d’un rĂȘve et pĂ©tillante hargne, dĂ©terminĂ©e, vindicative
 Tout cela s’agrĂšge et prend sens sous la direction prĂ©cise Ă  la gestuelle extrĂȘmement claire du chef William Christie.

AprĂšs tant de splendeurs collective, un air intimiste qui restitue la langue française Ă  sa juste place : au cƓur du Baroque qui nous occupe. Marc Mauillon, soliste dans la vaste salle Pierre Boulez, rayonne lui aussi, comme enivrĂ© dans un air de sĂ©duction et d’amour, accompagnĂ© par l’archiluth : de D’Ambruis « le doux silence de nos bois » (prononcez : « boĂšsses ») : l’amour y est pastoral. Trouble des oiseaux capables de voix complices plutĂŽt que d’un chant familier ; fleurs, zĂ©phyrs, saison qui frĂ©mit
 : voici bien par ce chant articulĂ©, souverain, l’apologie la plus aimable d’une Nature rĂ©enchantĂ©e (par la musique). C’est un appel Ă  un Ă©picurisme mesurĂ© celui des tendres amours. RĂȘve, extase suspendue d’un chambrisme, introspectif : le charme opĂšre. La sĂ©quence rappelle combien William Christie inscrit l’articulation et l’intelligibilitĂ© au cƓur de son travail.

 

 

 

Pour les 40 ans des Arts Flo…

De Bill à Paul Agnew : une passation réussie

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Puis, plongĂ©e nocturne, non moins enchantĂ©e dans le songe d’Atys. Entre gravitĂ© et mĂ©lancolie voluptueuse (flĂ»tes : traverso et flĂ»te Ă  bec), le sommeil s’épaissit, se dĂ©ploie par la voix d’un trio d’hommes, les gĂ©nies du sommeil. Lully peint un endormissement comme un ravissement, exprimant l’activitĂ© d’un psychisme prĂȘt Ă  s’enivrer. « Dormons » 
 le tableau saisit par la souplesse du son, l’effet d’un abandon hallucinĂ©, surtout l’équilibre des voix, parfaitement associĂ©es.

Changement de chef ensuite, car c’est bien d’une passation dont il s’agit, entre Bill Christie et Paul Agnew, nommĂ© codirecteur des Arts Florissants. Pour les 40 ans de l’ensemble prĂ©cisĂ©ment.
D’abord l’ouverture de PlatĂ©e est dirigĂ©e superbement par Paul Agnew qui a chantĂ© le rĂŽle titre (derniĂšrement sous la direction du regrettĂ© Jean-Claude Malgoire) ; la lecture est Ăąpre et comme prĂ©cipitĂ©e qui ne manque pas de rebonds ni de superbe Ă©loquence
 le geste du chef convainc totalement confĂ©rant mĂȘme une ampleur symphonique Ă  la partition.
ImmĂ©diatement, ce lever de rideau irrĂ©sistible est enchaĂźnĂ© avec l’air de la nymphe des marais : « que ce sĂ©jour est agrĂ©able, il est aimable »: s’y illustre en dragqueen façon cage aux folles, Marcel Beekmann qui connaĂźt parfaitement le rĂŽle pour l’avoir dĂ©jĂ  chantĂ© sous la direction de Bill Christie
 languissante introspection en dialogue avec un orchestre dĂ©taillĂ©, tendre, murmurĂ©, d’une dĂ©lectable prĂ©cision discursive. Le chant est clair, droit et juste, incarnant cette gouaille trouble qui a fait la lĂ©gende de son interprĂšte crĂ©ateur JĂ©lyotte : entre candeur et libertĂ© dĂ©lurĂ©e. Le public rit beaucoup.

Le clou du spectacle demeure certainement ce qui suit : le grand air de la Folie Ă  l’Acte II, parodie de l’opĂ©ra : sous la direction de Paul Agnew, s’affirment la force et la puissance expressive de l’orchestre conçu par Rameau le plus grand symphoniste français avant Berlioz par ses couleurs et ses accents. VoilĂ  ce que l’on Ă©coute et qui se rĂ©vĂšle avec Ă©vidence.
La Folie c’est Sandrine Piau : « Formons les plus brillants concerts »  digne interprĂšte de ce personnage dĂ©lirant, au sommet de l’inspiration ramĂ©lienne, Piau, aprĂšs les divas qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e (Massis, Delunsch
), mais la soprano de ce soir, affirme une musicalitĂ© rayonnante et un jeu affinĂ©, sĂ»r qui semble vouloir en dĂ©coudre avec le maestro qu’elle n’hĂ©sitera pas d’ailleurs Ă  Ă©carter pour diriger elle mĂȘme en fin de session, l’orchestre entier.

TrĂšs Ă  l’aise, Paul Agnew communique un vrai sens du drame avec une interprĂšte prĂȘte Ă  tout, mais dans l’élĂ©gance
 une walkyrie baroque dotĂ©e de moyens lyriques, dramatique et coloratoure ahurissants. L’intelligence, l’élĂ©gance, la souplesse au service du thĂ©Ăątre : cette joute entre Folie et chef restera dans les mĂ©moires mĂȘme si la diva n’a pas rĂ©alisĂ© les aigus de la fin.

BILL revient pour les Indes Galantes, prĂ©cisĂ©ment pour l’entrĂ©e des Incas du PĂ©rou. La partition exige le meilleur; elle nĂ©cessite de la finesse, une ivresse nostalgique et tendre ; c’est Ă  dire un Rameau qui se souvient de Campra (celui de l’Europe Galante quand il inventait avant tous, au dĂ©but du XVIIIĂš, le genre de l’opĂ©ra-ballet). Les couleurs, la palette des accents, la sonoritĂ© d’ensemble n’appellent que des suffrages ; on retrouve le geste des Arts Flo, Ă  leur meilleur, dans une Ɠuvre emblĂ©matique de leur histoire. Comme pour Haendel, le Rameau de Bill respire la sincĂ©ritĂ©, en une Ă©criture dont il sait exprimer et le raffinement et la voluptĂ© souterraine. On aimerait encore ĂȘtre enivrĂ© ainsi pour les 40 ans qui viennent. Bon anniversaire chers Arts Flo. Que chacun reste Ă  ce niveau d’excellence et de connivence.

Illustration : capture d’aprĂšs le live rĂ©alisĂ© le soir par la Philharmonie, que pouvait suivre en direct les internautes.

 

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REVOIR LE LIVE 40 ans des Arts Flo Ă  la Philharmonie
ici :

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. JF LATTARICO : Le chant des bĂȘtes (Classiques Garnier)

lattarico-jean-francois-essai-sur-l'animalite-a-lopera-annonce-livre-critique-opera-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Jean-François LATTARICO : Le chant des bĂȘtes (Classiques Garnier). C’est l’un de nos coups de cƓur littĂ©raires de cet hiver, tant la prose de l’auteur reste accessible et remarquablement documentĂ©e ; le texte en outre focuse sur des sujets peu abordĂ©s et pourtant passionnants : le “chant des bĂȘtes” nous parle de l’image et de la reprĂ©sentation des animaux Ă  l’opĂ©ra. Simples prĂ©textes Ă  roucoulades et autres « effets » expressifs basĂ©s sur l’imitation
 ou prĂ©sence dramatique Ă©gale aux hĂ©ros, s’intĂ©ressant dĂ©jĂ  dans l’histoire du genre lyrique,
à la conscience animale? Jean-François Lattarico, outre qu’il fait partie du staff Ă©ditorial de classiquenews, tĂ©moigne de la vitalitĂ© de la scĂšne lyrique, du baroque aux ouvrages contemporains, et ouvre ici des vastes champs de rĂ©flexion, comme il souligne la pertinence d’une pensĂ©e qui prend en compte la valeur singuliĂšre du vivant et des espĂšces animales, leur signification comme la rĂ©ception de leur reprĂ©sentation.

 

 

 

CRITIQUE. La scĂšne lyrique est certes cette machine illusoire et fĂ©erique qui transporte et favorise l’enchantement. C’est aussi un formidable miroir dĂ©voilant les mille perversitĂ©s de la nature humaine. C’est encore la reprĂ©sentation de fantasmes qui font sens dans le fonctionnement de notre sociĂ©tĂ©. Les bĂȘtes ne sont pas absentes du processus et de l’évolution du genre lyrique. On suit mĂȘme pas Ă  pas selon les Ă©poques, la prĂ©sence des animaux et le sens de leur reprĂ©sentation chez tel ou tel compositeur.
Pour mieux suivre cette galerie animale qui compose un fabuleux bestiaire, l’auteur identifie 3 catĂ©gories : « l’animal allĂ©gorique » qui met en scĂšne les mythes de l’AntiquitĂ© et aussi le texte des mĂ©tamorphoses d’Ovide oĂč le retour Ă  l’état primitif est le jeu d’un enchantement comme celui de la magicienne CircĂ© ; s’y prĂ©cisent les « oxymores baroques », « l’animal mĂ©taphorique » et les « bĂȘtes politiques ». La 2Ăš catĂ©gorie, « L’animal silencieux » cible l’enchantement des bĂȘtes sauvages », le « bestiaire comique », enfin des « Psittacismes lyriques ». Puis dans la 3Ăš et derniĂšre classification, « L’Animal HĂ©roĂŻque » – pour nous la partie la plus intĂ©ressante, sont abordĂ©s 7 sujets « La fable, l’animal, l’enfant », la « Mirabilia Ă  plumes », « mĂ©tamorphoses », « cynismes », « bestiaire hĂ©tĂ©roclite », « l’opĂ©ra entomologique », enfin « le retour du mythologique »  La grille ainsi sĂ©quencĂ©e permet d’isoler et d’analyser des « cas » emblĂ©matiques selon l’époque, de la connaissance des bĂȘtes, des symboles qui lui sont rattachĂ©s, de sa signification au sein du drame fixĂ© par le livret.
Mais au delĂ  de la fonction dramaturgique, l’animal nous renvoie Ă  une autre sphĂšre signifiante oĂč la parole articulĂ©e et le texte sont absents ; une sorte de conscience au delĂ  des mots, et sans eux, qui nous rappellerait Ă  l’harmonie d’un temps et d’un espace, premiers et fondateurs, quand l’homme et la nature, la civilisation et le vivant, culture et nature, Ă©taient rĂ©conciliĂ©s
 Si cet Ă©tat n’a peut-ĂȘtre jamais existĂ©, l’histoire de l’opĂ©ra et ses manifestations ainsi balisĂ©es, nous parlent constamment du rapport entre texte et musique ; des limites surtout de la parole et du texte que la musique met en lumiĂšre en accompagnant et favorisant l’émergence du chant des bĂȘtes.
Parmi une arche de NoĂ© aux innombrables situations et profils
 Papageno l’oiseleur perroquet de la FlĂ»te EnchantĂ©e de Mozart ; PlatĂ©e, beautĂ© batricienne en sa cour des nymphes des marais chez Rameau; le chien Barkouf ou l’ourse de Boule de neige d’un Offenbach satirique et poĂ©tique, et toutes les bĂȘtes de l’Enfant et les sortilĂšges, jusqu’aux ouvrages plus rĂ©cents (2017) de Boesmans (Pinocchio) et de Manoury (Kein licht)
 deviennent acteurs principaux, manifestes retrouvĂ©s et rĂ©habilitĂ©s d’un temps oĂč la rĂ©forme de la pensĂ©e et la conscience du vivant s’invitent dĂ©sormais comme fondamentaux incontournables Ă  mesure que nous prenons conscience du dĂ©sastre Ă©cologique que nous vivons aujourd’hui. VoilĂ  donc un texte Ă©rudit et accessible, surtout d’une exceptionnelle actualitĂ©, et mĂȘme visionnaire.

 

 
 

 

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LIRE aussi notre annonce du livre Ă©vĂ©nement : Le Chant des bĂȘtes de Jean-François LATTARICO (Classiques GARNIER).
https://www.classiquenews.com/livre-evenement-annonce-jean-francois-lattarico-le-chant-des-betes-essai-sur-lanimalite-a-lopera-classiques-garnier/

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement critique. Le Chant des bĂȘtes de Jean-François LATTARICO (Classiques GARNIER) – Collection CONFLUENCES sous la direction de Pierre Glaudes, Ă©ditions CLASSIQUES GARNIER. N° 6, 392 pages, 15 x 22 cm – BrochĂ©, ISBN 978-2-406-08541-6, 48 € / ReliĂ©, ISBN 978-2-406-08542-3, 87 € – CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019

 

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LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Jean-François LATTARICO : Le chant des bĂȘtes / Essai sur l’animalitĂ© Ă  l’opĂ©ra…

lattarico-jean-francois-essai-sur-l'animalite-a-lopera-annonce-livre-critique-opera-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. ENTRETIEN avec JF LATTARICO : Le chant des bĂȘtes (Classiques Garnier). C’est l’un de nos coups de cƓur littĂ©raires de cet hiver, tant la prose de l’auteur reste accessible et remarquablement documentĂ©e ; le sens en outre focuse sur des sujets peu abordĂ©s et pourtant passionnants : le chant des bĂȘtes nous parle de l’image et de la reprĂ©sentation des animaux Ă  l’opĂ©ra. Simples prĂ©textes Ă  roucoulades et autres « effets » expressifs basĂ©s sur l’imitation
 ou prĂ©sence dramatique Ă©gale aux hĂ©ros, s’intĂ©ressant dĂ©jĂ  dans l’histoire du genre lyrique,
à la conscience animale? Jean-François Lattarico, outre qu’il fait partie du staff Ă©ditorial de classiquenews, tĂ©moigne de la vitalitĂ© de la scĂšne lyrique, baroque en particulier, ouvre ici des vastes champs …

 

 
 

 

LIVRE, jeunesse. Isabelle L Dutilloy : « J’veux « faire » Mozart, Ă©dition Anacrouse

j veux faire mozart anacrouse editions critique annonce classiquenews 007114558LIVRE, jeunesse. Isabelle L Dutilloy : « J’veux « faire » Mozart, Ă©ditions Anacrouse. Pas de portrait XVIIIĂš ni d’évocation de Salzbourg ou de Vienne Ă  l’époque de Wolgang Amadeus MOZART, mais une Ă©vocation actualisĂ©e de la vie du jeune Wolfy
 lequel inspire au jeune hĂ©ros Oscar, sa vocation dynamique pour la musique. AccompagnĂ© de son fidĂšle chien Bernard, prĂ©sence comique, et pour le jeune garçon comme un double amusĂ©, Oscar Wolfy dĂ©couvre pas Ă  pas les mystĂšres de la musique : violon, piano, solfĂšge. En brĂšves notions Ă  peine dĂ©veloppĂ©es.
Les rencontres façonnent l’envie du jeune musicien apprenti et le mĂšne en compagnie des autres jeunes musiciens (Nannerl, Babacar et son jembĂ©, le japonais Suzuki
) jusqu’à l’expĂ©rience du concert. Fugitif, ludique et juste. Pour tous.

 

 

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(Isabelle L Dutilloy : « J’veux « faire » Mozart, Ă©ditions Anacrouse, http://www.anacrouse.net – 21 euros – sept 2019 – 40 pages)

CD coffret Ă©vĂ©nement : BEETHOVEN. Wiener symphoniker / Philippe Jordan. Symphonies 1 – 9 (2017 – 6h)

CD coffret Ă©vĂ©nement : BEETHOVEN. Wiener symphoniker / Philippe Jordan. Symphonies 1 – 9 (5 cd – 2017 – 6h)  -  Pour l’annĂ©e BEETHOVEN 2020, et souligner les 250 ans de la naissance du gĂ©nie romantique germanique, entre Allemagne et Autriche, Bonn et Vienne, l’Orch Symphonique de Vienne / Wiener Symphoniker fĂȘte l’évĂ©nement, et dĂšs nov 2019, comme en prĂ©ambule d’une annĂ©e mĂ©morable en cĂ©lĂ©brations et rĂ©alisations diverses, Ă©ditait ce superbe coffret de 5 cd soit les 9 symphonies, rĂ©capitulant le geste du maestro Philippe Jordan, directeur musical depuis 2014.

BEETHOVEN JORDAN philippe symphonie symphoniker wiener cd SOny classiquenews critique review classiquenewsLa phalange viennoise n’a rien Ă  envier Ă  sa sƓur ainĂ©e, l’Orchestre Philharmonique / Wiener Philharmoniker, Ă  l’histoire glorieuse et l’actualitĂ© mĂ©diatique demeurĂ©e intacte (entre autres grĂące chaque dĂ©but d’annĂ©e nouvelle au Concert du Nouvel An retransmis Ă  l’échelle planĂ©taire). Souplesse, Ă©lĂ©gance, entrain
 les instrumentistes du Symphonique de Vienne ont pour eux la familiaritĂ© avec les rĂ©pertoires classiques et romantiques, depuis des dĂ©cennies. Il suffit de citer quelques uns des chefs les plus importants, pour mesurer la tradition musicale cultivĂ©e depuis le dĂ©but du XXĂš (sa crĂ©ation remonte Ă  1900), et Ă©valuer ce goĂ»t des rĂ©pertoires pour inscrire la phalange parmi les meilleures d’Europe : Wilhelm FurtwĂ€ngler, Herbert von Karajan, Carlo Maria Giulini, surtout Georges PrĂȘtre, chef lyrique autant que symphonique qui aura marquĂ© l’évolution de la phalange

Actuellement Philippe Jordan recueille les bĂ©nĂ©fices de ce riche passĂ©, pilotant l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven depuis le printemps 2017, et fixant les apports de son travail avec les Viennois en 9 prises live (rĂ©alisĂ©es lors de concerts publiques au Musikverein de Vienne). Le directeur musical de l’OpĂ©ra de Paris affiche une santĂ© rayonnante, celle qui fait les trĂšs bons chefs Ă  l’opĂ©ra comme en concert symphonique. Le soin du dĂ©tail, la lisibilitĂ© du contrepoint, l’architecture et la dramaturgie ne sont pas lissĂ©s comme ailleurs, mais le relief et l’articulation apportent une dĂ©finition accrue des plans sonores. Le chant des cordes, leur souplesse, leur clartĂ© s’avĂšre engageante ; mais c’est surement l’énergie et une nervositĂ© parfaitement articulĂ©e qui sont les qualitĂ©s distinctives de cette intĂ©grale, Ă  la fois expressive et lumineuse. VoilĂ  une lecture globale de poids qui souligne combien il est lĂ©gitime de jouer Beethoven Ă  Vienne, 
 oĂč toutes les symphonies furent crĂ©Ă©es.
Nos prĂ©fĂ©rences vont vers la toniticitĂ© active des 1Ăšre, 3Ăš, 7Ăš, 8Ăš ; le sens des nuances dans la Pastorale (6Ăš) ; Ă©videmment la conclusion des 9, l’ultime 9Ăš qui outre l’implication active des pupitres, convainc grĂące Ă  la participation de solides solistes (dont la basse RenĂ© Pape) et un chƓur prĂȘt Ă  en dĂ©coudre : le rĂ©sultat fruit du muscle et de la concentration offre un paysage sonore, riche et puissant, dĂ©taillĂ© et Ă©quilibrĂ©. La 9Ăšme justement dont la tonalitĂ© en rĂ© majeur (finale) renvoie Ă  la 2 : une fin et aussi une boucle comme un recommencement. e Jordan tient Ă  exprimer le sens de chaque symphonie : formellement Ă©quilibrĂ©e et rĂ©volutionnaire mais toujours au service d’une pensĂ©e qui marche. Beethoven, un marcheur ? Un coureur de fond plutĂŽt. PrĂȘt et prĂ©parĂ© Ă  toute forme de randonnĂ©e : c’est un endurant qui aura endurĂ© tant de blessures comme d’échecs. Mais un lion qui rugit toujours avec la mĂȘme fulgurance.

Philippe J offre une lecture personnelle et contrastĂ©e de la 9Ăš : majestĂ© ample et qui respire de l’Allegro ma non troppo, un poco maestoso ; tension fervente du fugato, avant que l’espoir d’une humanitĂ© (surtout europĂ©enne, hymne oblige) rĂ©conciliĂ©e et fraternelle ne se lĂšvre, fiĂšre et dĂ©terminĂ©e dans l’énoncĂ© de lu manifeste pour un nouveau monde (ode Ă  la joie articulĂ© pour la premiĂšre fois par contrebasse puis violoncelles).

CLIC D'OR macaron 200La 9Ăš frĂ©mit des assauts d’un esprit conquĂ©rant qui impĂ©rieusement, convoque, invite, Ă©claire l’humanitĂ© encore aveugle et soumise. Cette intĂ©grale outre qu’elle souligne le haut niveau de l’orchestre, est une excellente alternative Ă  celle des Wiener Philharmoniker justement sous la direction d’Andris Nelsons, nouveau leader symphonique chez DG (chez Bruckner, Chosta, et donc Beethoven dont ils ont rĂ©alisĂ© l’intĂ©grale des symphonies beethovĂ©niennes). Les dĂ©fis ne font pas peur au chef, digne fils de son pĂšre, l’excellent et lĂ©gendaire Armin Jordan : Philippe Jordan vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical Ă  la Staatsoper de Vienne, Ă  partir de septembre 2020.

 

 

 

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CD coffret Ă©vĂ©nement : BEETHOVEN. Wiener symphoniker / Philippe Jordan. Symphonies 1 – 9 (2017 – 6h) – CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019 / NoĂ«l 2019

‱ d’infos : https://www.wienersymphoniker.at/en/media/beethoven-symphonies-nos-1-9

9 symphonies de Ludwig van Beethoven
Philippe Jordan, direction
Wiener Symphoniker

Symphonie n°9
Anja Kampe, soprano
Daniela Sindram, mezzo-soprano
René Pape, basse
Burkhard Fritz, ténor
Singverein der Gesellschaft der Musikfreunde
Johannes Prinz, chef de chƓur

vidéo : Philippe Jordan et les Wiener Symphoniker jouent les 9 symphonies de Beethoven (2017) :

Approfondir
Les Wiener Symphoniker sont nés en 1900, donnant leur premier concert inaugural au sein du Musikverein, le 30 octobre 1900 sous la direction de leur chef historique Ferdinand Löwe.

L’orchestre a comptĂ© quelques maestros lĂ©gendaires dont Herbert von Karajan (1950–1960), Wolfgang Sawallisch (1960–1970) , dans la lignĂ©e des Josef Krips, Carlo Maria Giulini ou Gennady Rozhdestvensky. Georges PrĂȘtre en fut Chief Conductor de 1986 Ă  1991. Rafael FrĂŒhbeck de Burgos puis Vladimir Fedoseyev leur ont succĂ©dĂ©. Fabio Luisi a assurĂ© la fonction de directeur artistique et chef principal dĂšs 2005-06, son successeur Ă©tant Ă  partir de la saison 2014-15 : Philippe Jordan.

Les directeurs musicaux des Wiener Symphoniker
/ Chief Conductors of the orchestra

1900–25
Ferdinand Löwe
1927–30

Wilhelm FurtwÀngler
Music Director of Gesellschaft der Musikfreunde
1934–38

Oswald Kabasta
1939–44

Hans Weisbach
1945–47

Hans Swarowsky
1948–64

Herbert von Karajan
Director of Concerts at the Gesellschaft der Musikfreunde
1960–70

Wolfgang Sawallisch
1970–73

Josef Krips
Artistic Director
1973–76

Carlo Maria Giulini
1981–83

Gennadi Roschdestwenski
1986-91

Georges PrĂȘtre
Principal Guest Conductor
1991–96

Rafael FrĂŒhbeck de Burgos
1997–2004

Vladimir Fedosejev
2005–2013

Fabio Luisi
depuis / from 2014
Philippe Jordan

Plus d’infos sur l’Histoire de l’Orchestre symphonque de Vienne / Wiener Symphoniker

https://www.wienersymphoniker.at/en/orchestra/history

CD, critique. Chic à a française : Trio Atanassov. Debussy, Hersant, Ravel (1 cd Paraty)

atanassov-trio-cd-chic-a-la-francaise-cd-critique-reviex-cd-classiquenews-schubertiade-de-sceaux-atanassovCD, critique. Chic Ă  a française : Trio Atanassov. Debussy, Hersant, Ravel (1 cd Paraty – enregistrĂ© en avril 2018). Le Chic Ă  la française se rĂ©pand dans les 3 piĂšces ici choisies, chacune trĂšs forte en sensations comme en caractĂšres. RĂ©unir les 3 relĂšve dĂ©jĂ  d’un dĂ©fi. De Debussy, le Trio en sol est une piĂšce de jeunesse vite oubliĂ©e par l’auteur et qui plus est, est restĂ©e inachevĂ©e (dans le 4Ăš mouvement). Pourtant elle tĂ©moigne de sa premiĂšre maniĂšre, encore « romantique », rappelant Saint-SaĂ«ns, Franck et Massenet ; la partition dut animer les soirĂ©es de musique de chambre organisĂ©es par la protectrice de Tchaikovski, la baronne Nadejda von Mack qui employa le jeune pianiste Debussy en 1880, dans ses dĂ©placements en Italie (Fiesole).

Les 3 musiciens du Trio Atanassov aborde chaque sĂ©quence avec Ă©loquence et tension : nonchalance heureuse et tension mesurĂ©e (Andantino) ; vivacitĂ© nerveuse et engagĂ©e comme celle d’une conversation oĂč chacun chante et affirme sa partie (Scherzo) ; puissance suave et nostalgique de l’Andante ; enfin, insouciance et lĂ©gĂšretĂ© vive du Finale.

Le cas de la piĂšce de Philippe Hersant, longue rĂ©flexion de 20 mn, se rĂ©vĂšle fascinant : c’est la partition qui rĂ©vĂšle l’étendue de la palette expressive des interprĂštes. FascinĂ© par le Baroque français du XVIIĂš et surtout ici, Marin Marais, Philippe Hersant choisit comme un emblĂšme fĂ©cond, la sonnerie de l’église Sainte-GeneviĂšve du Mont que Marais a traitĂ© dans « la gamme et autres morceaux  » de 1723. Hersant en dĂ©duit une suite de variations en trio qui sĂ©duit par la grande Ă©conomie formelle, laquelle n’empĂȘche pas une diversitĂ© d’épisodes. En une succession de « souvenirs » et de stratifications qui offre un Ă©tagement sonore de la mĂ©moire sollicitĂ©e, la piĂšce emprunte maints chemins et parcours que chaque instrument traverse diffĂ©remment.
C’est une partition souterraine et liquide, parsemĂ©e d’éclairs post romantiques et fantastiques (au piano) ; oĂč passent aussi citations et formules baroques (aux cordes)
 frĂ©missements, instabilitĂ©, intranquillitĂ© voire inquiĂ©tude ; au milieu de la piĂšce, se prĂ©cise l’effet de cloche et de carillon (la sonnerie qui apparaĂźt dans le titre mĂȘme de l’Ɠuvre), qui affirmĂ©e progressivement, crĂ©e la tension, en un balancement tragique, de plus en plus panique ; sĂ©quence crĂ©pitante, suractivitĂ© qui laisse s’accentuer des micro Ă©pisodes tendus, interrogatifs, des Ă©clairs et crĂ©pitements proches de cauchemar. Dans ce chaos sobre, le piano panique cherche un Ă©quilibre toujours reportĂ© ; il tente d’apaiser le feu des cordes qui tranchent, et citent des ornements baroques (violon), en une superposition captivante de chants simultanĂ©s (parfois en tĂ©lĂ©scopages discordants et volontaires) dont la voix, en conclusion, se perd et s’effiloche comme un carillon devenu songe qui n’a pas peut-ĂȘtre jamais existĂ©. L’acuitĂ© expressive, comme le glissement poĂ©tique sont dynamisĂ©s par le souci du dĂ©tail et des Ă©quilibres sonores. Dans un labyrinthe musical aux changements permanents, le Trio Atanassov ne perd jamais le fil.

Le Trio de Ravel confirme la complicitĂ© toute en onctuositĂ© expressive des trois instrumentistes. D’abord, ils expriment la dĂ©licatesse affleurante et ses climats d’une pudeur infinie du premier mouvement (ModĂ©rĂ©), vraie invitation au songe intime, secret. Pantoum se cabre, se rebiffe, plein de panache et de fier hispanisme. Les trois complices redoublent d’accents tranchĂ©s et vivaces. Plus recueilli et sombre sans gravitĂ© asphyxiante, la Passacaille Ă©largit la texture sonore encore en une opulence expressive que les trois instrumentistes soulignent avec intensitĂ©. Le Finale exacerbe encore davantage les contrastes jusqu’à la saturation, rappelant combien le Trio de Ravel est une Ɠuvre qui a Ă©tĂ© conçue dans des heures sombres d’aoĂ»t 1914 : la conclusion comme Ă©perdue, assĂ©nĂ©e, enivrĂ©e appelant Ă  la mobilisation totale. Riche en dĂ©fis, le programme confirme la haute musicalitĂ© du Trio Atanassov.

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CD, critique. CHIC A LA FRANCAISE : Trio Atanassov. Debussy, Hersant, Ravel (1 cd Paraty – enregistrĂ© en avril 2018). Perceval Gilles, violon / Sarah Sultan, violoncelle / Pierre-Kaloyann Atanassov, piano.

LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel)

Beethoven par lui mĂȘme bĂ»cher chastel classiquenews 9782283033623-aafbbLIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel). Sur l’échelle des extrĂȘmes, Ă  coup sĂ»r, Ludwig occuperait la place la plus haute. L’éditeur avait dĂ©jĂ  publiĂ© le cycle de la correspondance suscitĂ©e par le compositeur en raison de sa surditĂ© : ses fameux « cahiers de conversation », lesquels lui permettaient par l’écrit de communiquer avec son entourage (2015) : un procĂ©dĂ© astucieux qui a le mĂ©rite de consigner ainsi, jusqu’à l’anecdotique, le quotidien d’un combattant par l’art. Ici l’auteure, Ă  l’occasion du 250Ăš anniversaire de sa naissance en 2020, s’intĂ©resse Ă  un choix de lettres et dĂ©clarations (elles mĂȘmes tirĂ©es de ses carnets intimes et des cahiers de conversation), scrupuleusement reproduites en ce qu’elles rĂ©vĂšlent tel caractĂšre ou telle prĂ©occupation artistique du gĂ©nie romantique nĂ© Ă  Bonn, rĂ©sident Ă  Vienne.
De 1782 Ă  1827, Beethoven nous est dĂ©voilĂ© ; certes passionnĂ© et parfois, souvent excessif ; mais portĂ© par le goĂ»t de l’excellence et la force sublime de son art ; c’est surtout un ĂȘtre gĂ©nĂ©reux, entier, dotĂ© d’un charisme humain et fraternel peu commun ; c’est un ĂȘtre frappĂ© par un handicap dĂ©moniaque, qui se montre difficile et exacerbĂ©, en particulier vis Ă  vis des membres de sa famille (sa belle sƓur Johanna, tour Ă  tour conspuĂ©e, humiliĂ©e puis rĂ©confortĂ©e ; vis Ă  vis de son neveu Karl dont il a dĂ©cidĂ© de prendre la garde et assurer l’éducation
) ; c’est un ami Ă  la fois possessif et distant ; c’est un artiste qui doit aussi cacher longtemps son infirmitĂ©, pourtant convaincu qu’il est nĂ© pour Ă©crire des Ɠuvres magistrales. Ce dont sont convaincus eux aussi, ses protecteurs de 1809, les princes viennois, Kinsky, Lichnowsy et l’Archiduc Rodolphe qui de concert lui allouent une rente annuelle Ă  vie de 4000 florins : reconnaissance unique dans l’histoire de la musique du gĂ©nie d’un musicien

Piliers et fondations d’une Ɠuvre unique et singuliĂšre que l’annĂ©e 2020, celle des 250 ans, permettra d’expliciter et de rĂ©explorer, ses goĂ»ts musicaux, ses admirations nuancent notre perception de l’homme et de l’artiste : fĂ©ru de littĂ©rature (Shakespeare et surtout Schiller, 
avant Verdi / quant Ă  Goethe, leur « rencontre » ne s’est jamais rĂ©ellement accomplie), et Ă©videmment de musique : si l’on ne sait rien de sa pensĂ©e Ă  l’égard de son confrĂšre Ă  Vienne, Schubert (qui l’admirait beaucoup), Beethoven on le sait ne goĂ»tait guĂšre les « flonflons » de Rossini (sans inspiration : pauvre producteur d’une « riche rĂ©colte de raisins secs » / rosinen, en un subtil jeu de mots). Ses grandes vĂ©nĂ©rations vont Ă  Mozart, Cherubini,
 d’une façon moins Ă©vidente Ă  son maĂźtre Joseph Haydn, selon une formule je t’aime moi non plus, qui lui est propre. Ce qui transpire toujours en dĂ©pit des alĂ©as de l’humeur, des vicissitudes de la vie sociale, mondaine ou amicale, voire sentimentale aussi, c’est la dĂ©termination et la volontĂ© d’un individu hors limites. RĂ©vĂ©lateur.

LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME. Lettres rĂ©unies et prĂ©sentĂ©es par N Kraft. Buchet Chastel. Date de parution : 07/11/2019 – Format : 14 x 20,5 cm, 14,99 EUR € – ISBN 978-2-283-03362-3 – 170 pages. Plus d’info sur le site de l’éditeur Buchet Chastel

La Schubertiade de SCEAUX : récital Muza Rubackyté

SCEAUX, HDV. Samedi 16 novembre 2019. Muza RubackytĂ©, piano … « Les deux Franz ». Enfant prodige, virtuose internationale, personnalitĂ© engagĂ©e rĂ©compensĂ©e par les plus hautes distinctions dans son pays, directrice artistique du Festival de Vilnius, la pianiste lituanienne MUZA RUBACKYTÉ voue une passion manifeste, communicative au piano mystique lyrique du grand Franz Liszt : soit « Les deux Franz ». La pianiste propose Ă  Sceaux, un programme original rĂ©unissant Schubert et Liszt. Ce dernier consacra plus de la moitiĂ© de ses Ɠuvres Ă  des adaptations ou paraphrases d’autres compositeurs qu’il admirait et notamment la transcription de quelque cinquante-huit lieder du compositeur viennois : une immersion schubertienne, revisitĂ©e par l’impĂ©tuositĂ© de Liszt.

 

 

 

MURZA RUBAKYTE piano concert classiquenews sceaux schubert liszt

 

 

 

Schubert : Impromptu op.90 N°3 ;
Schubert/Liszt :
Soirées de Vienne Valse Caprice N°6, sept Lieder;
Liszt : PremiÚre année de PÚlerinage (Suisse).

 

SCEAUX, La Schubertiade de Sceaux
SAMEDI 16 NOVEMBRE 2019, 17h
HĂŽtel de Ville

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.schubertiadesceaux.fr/billetterie/

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. MORALES (1500 – 1553) : Lamentabatur Iacob. La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda Musica)

la-grande-chapelle-recasens-albert-MORREALES-lamentabatur-Iacob-critique-cd-review-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. MORALES (1500 – 1553) : Lamentabatur Iacob. La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda Musica). Albert Recasens et son ensemble La Grande Chapelle atteignent un nouveau sommet choral dans cet album superlatif qui souligne les mille subtilitĂ©s polyphoniques du sĂ©villan Cristobal de Morales, compositeur majeur du premier SiĂšcle d’or (XVIĂš). C’est un rappel de ce que fut SĂ©ville et sa cathĂ©drale autour de 1500, quand Francisco de Peñalosa, Escobar (concepteur du plus ancien Requiem de la musique ibĂ©rique) dĂ©veloppent la riche tradition musicale locale. Le jeune Morales respecte les caractĂšres idiomatiques des musiques et traditions liturgiques propres aux localitĂ©s qu’il a servi comme compositeur officiel : SĂ©ville donc, mais aussi, surtout, Rome puisqu’il rejoint le Vatican au service du pape Paul III FarnĂšse en 1535, pendant 10 ans ; puis se fixe Ă  TolĂšde jusqu’en 1547, enfin Malaga (1551) oĂč il meurt en 1555.

 

 

 

Polyphonies de CarĂȘme
Gravités humaines de Morales

 

 

 

Albert Recasens s’intĂ©resse au contexte musical dans lequel Morales a Ă©voluĂ©, mais aussi rĂ©tablit la place des particularismes locaux – tradition et Ă©criture authentiquement sĂ©villanes, andalous ; grandeur et souffle plus « europĂ©ens » c’est Ă  dire francoflamands appris Ă  Rome (Josquin)

MORALES-la-grande-chapelle-recasens-lamentabatur-Iacob-critique-cd-review-cd-classiquenews-cristobal_de_Morales_by_James_CaldwallLa Grande Chapelle Ă©voque l’ordinaire et le rituel liturgique Ă  l’occasion d’évĂ©nements importants du calendrier religieux : 3 dimanches prĂ©cĂ©dant le CarĂȘme ; abstinence du CarĂȘme avant PĂąques ; temps de rĂ©flexion et de mĂ©ditation oĂč le croyant est invitĂ© Ă  questionner le sens de la crucifixion et de la rĂ©surrection. Entre style sĂ©vĂšre (plain chant harmonisĂ© / dĂ©veloppĂ©) et Ă©pisodes plus expressifs (motets polyphoniques), les chanteurs savent soigner une sonoritĂ© globale enveloppante et aĂ©rienne (Ă©vocation de la plĂ©nitude cĂ©leste, promise, espĂ©rĂ©e) et articuler le texte, soulignant tout ce que Morales (portrait gravĂ© ci contre) rĂ©alise comme accentuation musicale selon les mots importants du texte (« conturbat » / l’effroi face Ă  la mort, puis sur « miserere mei »  dans le rĂ©pons « Peccantem me quotidie » au syllabisme plus accentuĂ© / qu’il soit ou non de Morales comme certains en doutent aujourd’hui). Comme Victoria et Guerrero, Morales cultive une maniĂšre Ă©conome et grave, en particulier dans les Matines des morts (Circumdederunt me, sur un plain chant typiquement sĂ©villan, noble et mĂ©ditatif). PiĂšce maĂźtresse de cette collection dĂ©plorative et tendre Ă  la fois, Lamentabatur Iacob Ă©tend en plus de 9 mn, sa formidable priĂšre lacrymale (Jacob y pleure ses enfants) comme une arche flamboyante, cependant toujours mesurĂ©e, aux mille nuances de timbres et de couleurs de la peine et de l’affliction. L’effet de nuage choral contraste avec l’éloquente sculpture des lignes solistes du motet qui suit « Accepit Iesus panes » claire Ă©vocation de l’élĂ©vation du Fils.
CLIC D'OR macaron 200Le programme gagne encore en dramatisation et en gravitĂ©, dans les 4 sections finales (du Temps de la Passion / Tempus Passionis), au geste Ă  la fois extatique et pourtant trĂšs dĂ©taillĂ©. Les interprĂštes rĂ©alisent une somptueuse nature morte, vanitĂ© chorale, Ă  la fois puissante et sombre. L’essor du souffle, la maĂźtrise de l’intonation, l’équilibre souverain entre incarnation et Ă©vocation spirituelle tĂ©moignent de l’excellence des 7 chanteurs de La Grande Chapelle que l’on s’étonne de ne pas  écouter ni suivre plus rĂ©guliĂšrement en France. Le choix du visuel de couverture est judicieux : l’une des mises au tombeau du Titien pour Philippe II : la vibration de la touche et l’éclat transparent de la palette picturale entrent en correspondance avec l’approche pointilliste et unitaire de l’ensemble pilotĂ© depuis 2007 par Albert Recasens. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. MORALES (1500 – 1553) : Lamentabatur Iacob / Musiques pour le temps de CarĂȘme. La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda Musica LAU019) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Valladolid, sept 2018.

 

 

 

VISITEZ le site de la Grande Chapelle / Albert Recasens
http://www.laudamusica.com/index.php

 
  

 

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Le grand opĂ©ra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (Ă©ditions RMN).

grand-opera-francais-exposition-1828-1867-spectacle-de-l-histoire-catalogue-livre-evenement-critique-opera-livre-classiquenews-CLIC-de-CLASSIQUENEWSLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Le grand opĂ©ra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (Ă©ditions RMN). Pour le 350Ăšme anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris, le Palais Garnier (BibilothĂšque-MusĂ©e) affiche une exposition consacrĂ©e au grand opĂ©ra français, genre intimement liĂ© Ă  un siĂšcle, le XIXe, et Ă  une ville, Paris. Le catalogue se propose de retrace l’Ă©volution du genre musical, de ses origines (sous l’Empire) Ă  son essor quand les grands compositeurs Ă©trangers Wagner et Verdi viennent dans la Capitale pour se tailler une rĂ©putation et faire reprĂ©senter leurs opĂ©ras sur le premiĂšre scĂšne d’Europe : c’est le cas du dernier ouvrage traitĂ© ici, DON CARLOS en français de Giuseppe Verdi (1867). MĂ©dĂ©e de Cherubini et La Vestale de Spontini font figure d’Ɠuvres pionniĂšres. En 1828, Auber, avec La Muette de Portici, porte vĂ©ritablement le grand opĂ©ra français sur les fonts baptismaux. Rossini s’y essaie lui aussi, avec Guillaume Tell (1829). C’est toutefois Meyerbeer (autre Ă©tranger) qui ouvre l’ñge d’or du grand opĂ©ra dans les annĂ©es 1830, et qui donne au grand opĂ©ra ses lettres de noblesse : Robert le Diable, Les Huguenots et Le ProphĂšte sont autant de triomphes. PrivilĂ©giant les sujets historiques, le grand opĂ©ra est alors l’expression des passions du temps : la France de Louis- Philippe, sous l’impulsion de personnalitĂ©s telles que MĂ©rimĂ©e, Guizot ou Viollet-le-Duc, part Ă  la dĂ©couverte de son passĂ© et de son patrimoine.‹Le parcours regroupe sur la thĂ©matique une centaine d’Ɠuvres (manuscrits, esquisses, peintures, maquettes de dĂ©cor
). Autant de facettes d’un genre spectaculaire par les effectifs et les moyens requis dont le prĂ©sent catalogue est le miroir fidĂšle : une mise en page originale et Ă©lĂ©gante, de trĂšs nombreuses illustrations dont la majoritĂ© des documents exposĂ©s, explique l’histoire de l’opĂ©ra français au XIXĂš. Un Ăąge d’or oĂč l’opĂ©ra s’est comparĂ© Ă  la peinture d’histoire : musique et danse en complĂ©ment. Passionnante rĂ©trospective sur un sujet que l’on croit connaĂźtre, que l’on critique toujours pour son emphase et la lourdeur de son dĂ©corum ; dont les sommets restent toujours Ă©cartĂ©s des scĂšnes lyriques y compris de l’OpĂ©ra de Paris. Ainsi Auber et Meyerbeer Ă  Paris refont surface par la galerie musĂ©e du Palais Garnier plutĂŽt que sur sa scĂšne lyrique : la situation ne manque pas de cynisme. A quand La Muette ou Gustave III / Robert le diable ou Le ProphĂšte Ă  l’affiche de la « grande boutique » (comme disait Verdi en parlant de l’OpĂ©ra parisien, Ă  l’époque la Salle Le Peletier) ? Pour nous consoler, la lecture de ce catalogue s’avĂšre passionnante, en prĂ©paration Ă  la visite de l’exposition Ă©vĂ©nement, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020.
 

 

 

Sommaire

1 – Aux sources du grand opĂ©ra
Auber, Meyerbeer, Halévy
De la scÚne aux barricades : La Muette de Portici, opéra révolutionnaire
Portrait de Giacomo Meyerbeer, « un homme de son siÚcle »

2 – La Fabrique du grand opĂ©ra
Au commencement le verbe : celui du librettiste EugĂšne Scribe
Les voix du grand opéra
L’art de l’effet, l’effet de l’art : une architecture pour la scùne
Ballet de l’OpĂ©ra / dans l’opĂ©ra
La scĂšne des Nonnes de Robert Le Diable, premier ballet romantique blanc ?
Economie du grand opéra : la stratégie du directeur Véron

3 – le grand opĂ©ra, tĂ©moin de l’Histoire / fĂ©dĂ©rateur des arts
Miroir du pouvoir
les écrivains et le grand opéra
Arts de la scùne au prisme de l’Histoire
De la peinture historique aux fresques du grand opéra
Perpectives théùtrales contemporaine pour le grand opéra

4- Splendeurs et misÚres du grand opéra
Les Italiens Ă  Paris
Wagner dans l’étau du genre
le cas de Berlioz
Charles Gounod
Rayonnement du grand opĂ©ra dans l’Europe romantique
Postérité du grand opéra

 

 

 

CLIC_macaron_2014‹LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Le grand opĂ©ra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire / Catalogue de l’Exposition Ă  la BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra – Palais Garnier du 24 octobre 2019 au 2 fĂ©vrier 2020 – Français – 192 pages / 100 illustrations – Éditions Rmn-Grand Palais – 39 €

https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/catalogues-d-exposition/le-grand-opera-1828-1867-le-spectacle-de-l-histoire-catalogue-d-exposition/17599.html

 

 

 

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LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce.”LE FANTÔME DE L’OPÉRA », LĂ©gendes et mystĂšres au Palais Garnier par GĂ©rard FONTAINE (LES ÉDITIONS DU PATRIMOINE).

LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce.”LE FANTÔME DE L’OPÉRA », LĂ©gendes et mystĂšres au Palais Garnier par GĂ©rard FONTAINE (LES ÉDITIONS DU PATRIMOINE). GĂ©rard FONTAINE publie un texte richement illustrĂ© qui rĂ©capitule le mythe du fantĂŽme de l’opĂ©ra : depuis le roman originel de l’écrivain et enquĂȘteur Gaston Leroux (1910) qui cumule les rĂ©fĂ©rences propres Ă  la littĂ©rature fantastique
 jusqu’à la comĂ©die musicale toujours jouĂ©e Ă  Londres et Ă  Broadway, musique de Andrew Loyd Weber (1986).

fantome-de-l-opera-fontaine-gerard-legendes-et-mysteres-palais-garnier-livre-annonce-critique-classiquenewsDu roman fameux, Ă  la comĂ©die musicale des annĂ©es 1980, l’auteur mĂšne sa propre enquĂȘte ; confronte les extraits forts du texte de Leroux Ă  la rĂ©alitĂ© du Palais construit par Charles Garnier. De la fiction romanesque Ă  la rĂ©alitĂ© de l’architecture, le texte fouille ce qui fonde le mythe : description du fantĂŽme, bestiaire et rĂ©serve dĂ©corative de l’opĂ©ra inaugurĂ© en 1875
 On y dĂ©couvre combien l’OpĂ©ra Garnier est un monde Ă  part, propice au dĂ©lire poĂ©tique et Ă  l’imaginaire. Dans la vision de Leroux puis les extrapolations qui ont suivi, le fantĂŽme de l’OpĂ©ra fusionne avec le masque de la mort rouge fixĂ© par Poe, et rĂ©alisĂ© par Leroux dans la fameuse scĂšne du bal masquĂ© Ă  l’opĂ©ra
 Peu Ă  peu grĂące aux premiers illustrateurs pour le roman de Leroux, grĂące aux films et photos du palais Garnier, les personnages du roman prennent vie. Oy dĂ©tecte comment de filtres en fantasmes, le fantĂŽme originel prend une tout autre face et allure que celle conçue par Leroux (qu’est devenu son masque de soie noire ?) ; on y comprend mieux le rĂŽle des directeurs de l’opĂ©ra, de Christine, de Raoul
 des danseuses et des musiciens, des dĂ©corateurs et des machinistes qui composent le premier plan et l’arriĂšre scĂšne, le contexte social et humain du roman de Leroux ; chaque Ă©lĂ©ment du roman est confrontĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© du Palais Garnier tel que nous le connaissons. Mais plutĂŽt que de mesurer de quelle façon Leroux a respectĂ© la configuration rĂ©elle de l’OpĂ©ra de Charles Garnier, Georges Fontaine interroge le mythe, ses avatars, et aussi la formidable architecture de Garnier, laboratoire Ă  produire du merveilleux et de l’illusion, technologiquement avancĂ© ; autant de performances qui inspirent en rĂ©alitĂ© le texte de Leroux.

Ainsi sont dĂ©voilĂ©es entre autres les techniques rĂ©volutionnaires de Garnier, dĂ©tournĂ©es par Gaston Leroux : cuve Ă  double coque, colonnes creuses, fondations Ă  l’Ă©preuve des marĂ©cages… Et quand est-il du lac souterrain ? OĂč vivait rĂ©ellement le FantĂŽme ? Grande critique Ă  venir le jour de la parution du livre, le 31 octobre 2019.

 

 

 

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PrĂ©sentation du FantĂŽme de l’OpĂ©ra par GĂ©rard Fontaine
par les Ă©ditions du Patrimoine :

« Le fantĂŽme de l’OpĂ©ra est une lĂ©gende qui hante l’imaginaire collectif depuis plus d’un siĂšcle et a Ă©tĂ© le sujet de nombreux films, sans compter les ballets ou les comĂ©dies musicales dont la principale tient l’affiche Ă  Londres ou Ă  Broadway depuis 1986. Mais sait-on qui se cache derriĂšre cette histoire ?
Journaliste et romancier gĂ©nial, Gaston Leroux est aussi l’auteur du MystĂšre de la chambre jaune ou du Parfum de la dame en noir. FascinĂ© par l’extraordinaire bĂątiment inventĂ© par Charles Garnier quelques dĂ©cennies plus tĂŽt, il y trouve l’inĂ©puisable source qui a donnĂ© naissance Ă  son FantĂŽme de l’OpĂ©ra. L’édifice regorge d’innovations techniques, relevant presque, pour l’époque, de la magie. La beautĂ© du lieu, son atmosphĂšre et les oeuvres qu’il abrite sont autant de points d’ancrage pour sa crĂ©ation.

fantome-de-l-opera-georges-fontaine-opera-palais-garnier-charles-garnier-critique-editions-du-patrimoine-classiquenewsAprĂšs une parution en feuilleton dans le journal Le Gaulois, Leroux publie son roman en 1910. Auteur de nombreux ouvrages sur le Palais Garnier, GĂ©rard Fontaine utilise ce prĂ©texte pour nous entraĂźner Ă  la dĂ©couverte du mythe du fantĂŽme et des personnages de Leroux, Ă  travers les couloirs, avec les mystĂšres de l’OpĂ©ra en filigrane, nous donnant les clĂ©s des trucs et astuces de Leroux. Il dĂ©mĂȘle pour nous le vrai du faux et instaure un dialogue Ă  trois entre l’architecte talentueux, l’écrivain prolixe et le narrateur. Au fil d’une visite du bĂątiment — qui parcourt notamment le bureau des directeurs, la salle, la fameuse loge n°5 du fantĂŽme, la loge de Christine, les dessous de l’édifice, jusqu’à la demeure du lac oĂč se tapit le fantĂŽme pour Ă©crire son « OpĂ©ra des opĂ©ras » –, l’auteur nous invite Ă  plonger au coeur d’une Ă©poque et du Palais Garnier.
Une mise en page brillante ressuscite l’art lyrique, la danse et tous les arts pour nous faire vibrer, avec le Paris 1900 en arriĂšre-plan. »

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Le FantĂŽme de l’OpĂ©ra : LĂ©gendes et mystĂšres au Palais Garnier par GĂ©rard Fontaine Parution : 31 octobre 2018 / Editions du Patrimoine – Prix : 35 € – 25 . 32 cm – 192 pages – 180 illustrations / ReliĂ© – EAN 9782757706831 – En vente en librairie

 

 

 

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Sommaire

LA VÉRITÉ DES APPARENCES,
MASQUES ET VISAGE DU FANTÔME
Les « Rats », rĂȘves et rĂ©alitĂ©s — Petits secrets du cabinet directorial — La Sorelli

LE DON JUAN TRIOMPHANT
La Loge truquée de Christine

LE SECRET DE LA PREMIÈRE LOGE N° 5
La vraie-vraie loge du directeur de l’OpĂ©ra en 1881

LA CHUTE DU LUSTRE DU PALAIS GARNIER COMME VOUS AURIEZ PU Y ÊTRE
Comment peut-on ĂȘtre Persan?

LA DEMEURE ET SON LAC
Ponts et merveilles

LE BAL MASQUÉ DE L’OPÉRA
Masques et mascarades — Travestissements et travestis

SIGNÉ LEROUX
Épilogue
Filmographie

 

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L’auteur
Docteur en philosophie, administrateur culturel, GĂ©rard Fontaine est un spĂ©cialiste rĂ©putĂ© de l’opĂ©ra auquel il a rendu maintes fois hommage, notamment avec DĂ©cor d’opĂ©ra : un rĂȘve Ă©veillĂ© (Flammarion, 1996), Palais Garnier, le fantasme de l’opĂ©ra (AgnĂšs ViĂ©not Éditions, 1999). Il a publiĂ© aux Éditions du patrimoine, en partenariat avec l’OpĂ©ra national de Paris : L’OpĂ©ra de Charles Garnier, architecture et dĂ©cor extĂ©rieur (2000) ; Palais Garnier, OpĂ©ra national de Paris, collection « ItinĂ©raires » (2001) ; Visages de marbres et d’airain, la collection des bustes du Palais Garnier, collection «ThĂ©matiques» (2003), L’OpĂ©ra de Charles Garnier, architecture et dĂ©cor intĂ©rieur (2004), L’OpĂ©ra de Charles Garnier, collection « Monographies d’édifices » (2018).

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Jean-François Lattarico. Le Chant des bĂȘtes, Essai sur l’animalitĂ© Ă  l’opĂ©ra (CLASSIQUES GARNIER).

lattarico-jean-francois-essai-sur-l'animalite-a-lopera-annonce-livre-critique-opera-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Jean-François Lattarico. Le Chant des bĂȘtes, Essai sur l’animalitĂ© Ă  l’opĂ©ra (CLASSIQUES GARNIER). Dans un nouvel essai qui interroge la place et le sens de l’animal Ă  l’opĂ©ra, notre collaborateur chez classiquenews, correspondant permanent Ă  Lyon et en Italie entre autres, Jean-François Lattarico interroge la notion d’animalitĂ© appliquĂ©e Ă  l’histoire de la scĂšne lyrique
 Depuis OrphĂ©e charmant les bĂȘtes jusqu’au cancrelat de LĂ©vinas, l’histoire de l’opĂ©ra est remplie d’animaux allĂ©goriques, simples ïŹgurants ou vrais hĂ©ros de l’intrigue. Cet ouvrage retrace l’aventure de l’un des bestiaires les plus fascinants, avec celui de la sculpture mĂ©diĂ©vale puis romantique : voici le grand imaginaire lyrique dans lequel le chant de l’animal se mĂȘle Ă  celui de l’homme, et parfois le remplace. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

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PrĂ©sentation de l’éditeur en anglais
From Orpheus charming the animals to LĂ©vinas’ cockroach, the history of opera is ïŹlled with allegorical animals, featuring as mere minor characters or as the real protagonists of the plot. This book traces the adventure of this lyrical bestiary in which the song of the animal mixes with that of man, and sometimes replaces it.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Jean-François Lattarico. Le Chant des bĂȘtes, Essai sur l’animalitĂ© Ă  l’opĂ©ra (CLASSIQUES GARNIER) – Collection CONFLUENCES sous la direction de Pierre Glaudes, Ă©ditions CLASSIQUES GARNIER. N° 6, 392 pages, 15 x 22 cm – BrochĂ©, ISBN 978-2-406-08541-6, 48 € / ReliĂ©, ISBN 978-2-406-08542-3, 87 €

CD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd Chùteau de Versailles, déc 2018)

tournet-valentin-chapelle-harmonique-js-bach-magnificat-cd-critique-concert-critique-review-par-classiquenews-chateau-versailles-spectacles-critique-concert-festival-classiquenewsCD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd ChĂąteau de Versailles, dĂ©c 2018). Toutes les Ɠuvres ici choisies ont Ă©tĂ© dirigĂ©es par Bach pour son premier concert de NoĂ«l Ă  Leipzig, en 1723. Exaltation prĂ©cise et fine, veillant aux Ă©quilibres instruments / chƓur / solistes, le jeune chef est Ă  la barre, cƓur vaillant, prĂ©cision et vivacitĂ© prĂ©servĂ©es. De sa direction, se dĂ©ploie claire et vivante, l’activitĂ© du contrepoint exaltĂ©, incarnĂ©, contrastĂ©, ce, dĂšs la jubilatoire cantate BWV 63. Chef et musiciens en expriment idĂ©alement la tension exclamative, dans une sonoritĂ© ronde, pleine, brillante, trĂšs allante et qui projette surtout la vitalitĂ© du texte, l’esprit de fĂȘte et de joie collective. L’air soliste pour sop et basse (et hautbois obligĂ©) tempĂšre cette ivresse par le jaillissement du doute ; Tout l’édifice de Bach est lĂ , dans ce basculement alternĂ© des Ă©lĂ©vations exultantes et des vertiges inquiets. La profondeur et la gravitĂ© surgissent quand texte et musique expriment crainte et inquiĂ©tude du fervent qui craint d’ĂȘtre abandonnĂ© : le relief des deux voix sculpte alors avec grande sincĂ©ritĂ© la charge affective du texte.

Soulignons dans les mĂȘmes termes, la superbe vĂ©locitĂ© expressive, Ă  la brillance roborative du dernier choeur « Höchster, schau in Gnaden an », rondeur Ă©lastique suspendue et nerf des plus ciselĂ©s. En Ă©coute en aveugle, sans minorer les qualitĂ©s de timbre des jeunes chanteuses, leur projection du texte manque de nuances comme de prĂ©cisions. Visiblement moins impliquĂ©es que leurs partenaires dans l’articulation du verbe, seul semble compter la beautĂ© du chant. C’est oublier que Bach a Ă©crit des cantates oĂč les vers liturgiques pĂšsent de tout leur poids et que le sens des paroles ici compte plus tout. VoilĂ  qui creuse la diffĂ©rence entre un texte liturgique et un morceau de concert. Ceci vaut Ă©videmment pour le Magnificat, piĂšce ambitieuse et de trĂšs belle facture qui permet Ă  Bach, nouvellement arrivĂ© Ă  Leipzig de dĂ©montrer sa verve et sa maĂźtrise du contrepoint. Les chƓurs se succĂšdent nerveux et exclamatif, louant surtout la Vierge de misĂ©ricorde. S’il n’était la basse Stephan Macleod, on serait Ă  nouveau rĂ©servĂ© sur la tenue gĂ©nĂ©rale des airs des solistes. L’enthousiasme que la jeunesse prometteuse fait naĂźtre ne doit pas minimiser ici la part du doute, le relief du texte, le trouble de certaines lignes pour instrument solo : tout ce qui nourrit l’éloquente et grave ferveur de Bach
 et qui sont souvent absents ici. Ce concert live, trĂšs honorable, souligne l’aplomb sĂ©duisant d’un jeune chef (22 ans), mais le manque de relief comme de prĂ©cision dans l’articulation de certains chanteurs tempĂšre l’évaluation gĂ©nĂ©rale. On attend un nouvel album pour confirmer ou infirmer ces premiĂšres impressions.

CD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd Chùteau de Versailles, déc 2018)

Marie Perbost, Soprano I
Hana BlaĆŸĂ­kovĂĄ, Soprano II
Eva Zaïcik, Alto
Thomas Hobbs, Ténor
Stephan MacLeod, Basse
La Chapelle Harmonique (ChƓur et orchestre)
Valentin Tournet, direction

VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI, de Arnaud des PalliÚres

VIDEO, opĂ©ra. DEGAS ET MOI… L’OpĂ©ra National de Paris diffuse sa nouvelle fiction DEGAS ET MOI, rĂ©alisĂ©e par Arnaud des PalliĂšres dont le contenu dĂ©voile plusieurs pans dĂ©licats de la personnalitĂ© du peintre
 Degas despote antisĂ©mite. PrĂ©sentation et critique du film, diffusĂ© sur le site de la 3Ăšme ScĂšne, Ă  partir du 30 octobre 2019. Le film fait Ă©cho Ă  l’exposition actuellement prĂ©sentĂ©e au MusĂ©e d’Orsay Ă  Paris : Degas Ă  l’OpĂ©ra (jusqu’en janvier 2020).

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le nouveau film de la 3Ăš ScĂšne

DEGAS ET MOI

dĂšs le 30 octobre 2019

 

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Degas et moi. Le rĂ©alisateur Arnaud des PalliĂšres ne s’intĂ©resse pas Ă  l’Ɠuvre du peintre ni Ă  sa maniĂšre de peindre les jeunes danseuses ; il n’interroge pas non plus sa relation (pourtant fascinante) Ă  l’OpĂ©ra de Paris (Salle Le Peletier d’abord, puis OpĂ©ra Garnier ensuite).
Il questionne plutĂŽt plutĂŽt l’homme, vieux : rattrapĂ© par l’ñge et par l’effondrement physique (fatiguĂ©, quasi aveugle et d’autant plus solitaire) ; Ă  sa personnalitĂ©, soulignant ses engagements « douteux », c’est Ă  dire son antisĂ©mitisme radical au moment de l’affaire Dreyfus. Il en dĂ©coulera sa rupture avec la famille HalĂ©vy, second foyer, et dont les entrĂ©es Ă  l’OpĂ©ra, lui avaient permis d’approcher les coulisses (c’est Ă  dire les sĂ©ances de rĂ©pĂ©titions du corps de ballet) et le cercle fermĂ© des abonnĂ©s.

 

 

 

 

Portrait d’Edgar Degas

DEGAS vieux, despotique, antisémite

 

 

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Ainsi, chez lui, vieux, amaigri, DEGAS paraĂźt ici en vagabond, vieillard, voĂ»tĂ©, seul, diminuĂ© (trĂšs plausible Michael Lonsdale). C’est d’abord une silhouette qui ne parle pas ; se souvient des sĂ©ances sur le motif quand il dessinait au crayon, les jeunes danseuses, adolescentes aux corps souples et rĂ©guliers ; ainsi Degas (jeune) dessine.
Pourtant l’ambiance gĂ©nĂ©rale est funĂšbre : « C’est fini la vie » dĂ©clare le peintre ; alors que se dĂ©roule la musique au piano de Schubert (adaptation de la Sonate D 939). C’est une lente marche vers la mort, sans paroles jusqu’à 4’30, oĂč Michael Lonsdale parle (enfin) comme s’il se filmait lui-mĂȘme et s’adressait Ă  son dernier visiteur.

Il se rappelle les sĂ©ances de rĂ©pĂ©titions, celles des jeunes danseuses, en robes blanches et rubans de couleurs ; figures disciplinĂ©es Ă  la barre, obĂ©issant au maĂźtre de ballet
 « Il faut remettre au dessin et au pastel 100 fois le mĂȘme sujet : les danseuses, de bas en haut ; commencer par les pieds, remonter la forme plutĂŽt que la descendre  » Et jusque dans la musique du piano, dans ce balancement presque hypnotique, s’impose, presque gĂȘnante, la rĂ©pĂ©tition des gestes : les pieds balaient le sol ; la main trace sur le papier.

Dans le cas de la petite danseuse en cire, « je m’acharne Ă  la ressemblance et Ă  quelque chose de plus
 c’est l’Ɠuvre d’un aveugle qui veut faire croire qu’il voit  »

De fait le peintre devient aveugle ; le film souligne le cynisme de ce dĂ©sarroi intime ; comme Beethoven est sourd. Le pastel, gras, pourtant trace. Il y a donc de l’éphĂ©mĂšre et du fragile dans ce constat des choses. Ce qui rend le travail du peintre, observateur et poĂšte, d’autant plus singulier.

DEGAS DEMANDE PARDON

Puis Degas fait acte de confession et d’humilitĂ©. En particulier vis Ă  vis de son jeune modĂšle, Marie van Goethem (qui a posĂ© pour sa statue de la petite danseuse de 14 ans).

« Tout vieillit en moi Ă  part le cƓur.
Je suis fatiguĂ© d’ĂȘtre seul.  CĂ©libataire et vieux.
J’ai acceptĂ© un entraĂźnement Ă  la brutalitĂ© qui venait de mes doutes »
Contrit, Degas demande pardon. A 88 ans. Ainsi ce qui pourrait ĂȘtre la clĂ© du film, est finalement dĂ©voilĂ©e Ă  14’15, en privilĂ©giant non plus le parti du peintre, mais la vision du modĂšle ; cette jeune danseuse Ă©prouvĂ©e, Ă©reintĂ©e voire humiliĂ©e aprĂšs la sĂ©ance de pose


LE CAS DE LA JEUNE MODELE, MARIE
 A l’atelier de Mr Degas n’a que faire du corps Ă©puisĂ© ; de la souffrance qu’impose la tenue de la pose ; de sa nuditĂ© surtout, impudeur Ă©prouvante
 malgrĂ© son air charmant, Degas creuse la ligne et la pose de la jeune fille, « à coups de poings dans le dos ».

Le portrait devient Ă  charge : Degas marche dans la rue
comme un vieillard qui se nĂ©glige mais farouchement antidreyfusard comme pas un Ă  Paris. Degas contre les juifs moleste son jeune modĂšle
 Il dĂ©nonce la place qu’occupent les juifs partout. « Jamais je ne vais dans un magasin tenu par un juif  ». Le portrait est sans appel et suscite la consternation.

DĂ©sespĂ©rĂ©e d’avoir Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par Degas qui la prit pour une juive, et donc a Ă©tĂ© chassĂ©e sans ĂȘtre payĂ©e. « Que vais je dire Ă  Maman ? ».

Pas sĂ»r que les admirateurs du peintre apprĂ©cient ce portrait subjectif, plutĂŽt sombre et nĂ©gatif du gĂ©nie de la peinture française. Mais la 3Ăš ScĂšne confirme sa place Ă  part, celle d’un lieu de crĂ©ation artistique, libre et original. A n’en pas douter, ce film partial donc discutable, suscite le dĂ©bat sur la personnalitĂ© du peintre et sculpteur
 A chacun de se faire son opinion. A la fin de la fiction, on ne cesse de s’interroger. A voir incontestablement.

Degas et moi  -  Film rĂ©alisĂ© par Arnaud des PalliĂšres, interprĂ©tĂ© par Michael Lonsdale et Bastien VivĂšs. Visible gratuitement dĂšs le 30 octobre sur la 3e ScĂšne. D’aprĂšs la correspondance de Degas, lettre imaginaire Ă  son ami abonnĂ© de l’OpĂ©ra, Daniel HalĂ©vy.

 

 

 

 

VISITEZ, DECOUVREZ le site de la 3Ú scÚne / Opéra National de PARIS
https://www.operadeparis.fr/3e-scene

 

 

 

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Quelques rappels sur la 3e ScĂšne…

> Un espace de création numérique
CrĂ©Ă©e en 2015 par l’OpĂ©ra national de Paris, la 3e ScĂšne invite des artistes de tous horizons Ă  s’exprimer dans des genres diffĂ©rents : fiction, documentaire, animation, performance. Ces Ɠuvres, disponibles gratuitement sur la plateforme 3e ScĂšne et la chaĂźne Youtube, ont dĂ©jĂ  enregistrĂ© plus de 4 millions de vues.

> D’Apichatpong Weerasethakul à Bret Easton Ellis ou Fanny Ardant
La 3e ScĂšne offre la possibilitĂ© Ă  des cinĂ©astes, artistes contemporains, chorĂ©graphes ou Ă©crivains, de rĂ©aliser une Ɠuvre en lien avec l’univers de la danse, de la musique ou de l’opĂ©ra. Parmi ces artistes : Abd Al Malik, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Bertrand Bonello, Hiroshi Sugimoto, Jean-StĂ©phane Bron, ClĂ©ment Cogitore, Bret Easton Ellis, William Forsythe, SĂ©bastien Laudenbach, Claude LevĂȘque, Benjamin Millepied, ClĂ©mence PoĂ©sy, Eric Reinhardt, Xavier Veilhan, Jhon Rachid, Ramzi Ben Sliman, Apichatpong Weerasethakul….

 

 

> Chiffres-clés
‱ 54 crĂ©ations originales
‱ 4 prix reçus par la plateforme 3e Scùne à son lancement
‱ 49,7% de vues des films sur smartphones et tablettes
‱ 4,4 millions de vues depuis le lancement
‱ 49% de visiteurs ĂągĂ©s entre 15 et 34 ans
‱ 44% d’audience Ă©trangĂšre
‱ Plus de 20 projections « hors les murs » dont le ChĂąteau de Versailles, la GaĂźtĂ© Lyrique, les Rencontres d’Arles et le Centre Pompidou-Metz…
‱ Plus de 70 sĂ©lections officielles dans des festivals de cinĂ©ma en France et Ă  l’étranger
> Retrouvez trÚs prochainement les créations originales de Michel Ocelot, Marie Amachoukeli, Hugo Arcier, Blaise Harrison, Sergei Loznitsa et Jafar Panahi.

 

 

BEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)

beethovenBEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)HEILINGENSTATD, 1802 : une nouvelle naissance. FinancĂ© par l’aristocratie viennoise, Beethoven croit un moment qu’il peut prĂ©tendre rejoindre la classe supĂ©rieure ; nenni, musicien, il reste un ĂȘtre infĂ©rieur car il n’est pas noble. BientĂŽt en 1806, le prince Lichnowski qui le dotait d’une rente confortable lui enjoint de jouer pour ses invitĂ©s selon son plaisir : Beethoven se rebiffe ; il n’est pas un serviteur : fiĂšrement, aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par son protecteur, le compositeur Ă©crit : « des nobles il y aura toujours ; mais il n’y aura jamais qu’un seul Beethoven ». Le voilĂ  comme Mozart quittant Salzbourg, en artiste crĂ©ateur misĂ©rable mais libre.

 

 

 

 

volet 3 : dossier Beethoven 2020

Le BEETHOVEN ACCOMPLI : un souffle Ă©pique (1802 – 1812)

L’aprùs Heiligenstatd

 

 

Ludwig-Van-BeethovenLe sourd qui doute profondĂ©ment du sens de son Ɠuvre, part Ă  Heiligenstatd au printemps 1802 ; il n’entend plus : pour lui, concerts et carriĂšre de concertiste comme de pĂ©dagogue sont arrĂȘtĂ©s nets, impossibles. Suicidaire, il songe Ă  rompre le fil de sa vie (septembre). Acte de confession et examen de conscience sĂ©rieux, l’épisode lui permet d’analyser sa situation et de redĂ©finir dĂ©sormais ce Ă  quoi il doit prĂ©tendre : affirmer sa voix singuliĂšre, visionnaire, prophĂ©tique, mais vivre en banni ; isolĂ©, solitaire du fait de sa surditĂ© ; accepter d’aimer, et souvent de n’ĂȘtre pas aimĂ© en retour. Le coeur ardent revendique sa tendresse de fond, sa gĂ©nĂ©rositĂ© ; Beethoven demeure incompris, souvent rĂ©duit Ă  des sauts d’humeur
 pourtant dans l’affaire oĂč il tend Ă  prendre la tutelle de son neveu, le compositeur se montre soucieux de l’autre, protecteur, et d’une loyautĂ© constante. Dans cette perspective existentielle noire, l’art le sauve ; elle lui impose une Ă©thique personnelle, un idĂ©al hors normes. La composition devient une mission morale qui doit Ă©clairer la sociĂ©tĂ© pour rĂ©ussir Ă  rendre l’humanitĂ© plus Ă©voluĂ©e. Le musicien est ce guide messianique et prophĂ©tique qui Ɠuvre Ă  la sublimation du genre humain. Plus tard, Wagner prolonge cette vision de l’artiste-prophĂšte. Pour l’heure, Beethoven Ă  peine trentenaire, couche sur le papier les piliers moraux de sa prise de conscience.

RenforcĂ©, raffermi dans sa vocation reformulĂ©e, le Beethoven bien que sourd et isolĂ©, est Ă  32 ans, une nouvel ĂȘtre ; plus fougueux et radical que jamais : la Symphonie n°3 Heroica / HĂ©roĂŻque (opus 55) suit directement la rĂ©daction du Testament d’Heiligenstatd. L’ampleur du projet qu’il s’est fixĂ©, se lit dĂ©sormais dans l’architecture mĂȘme de chaque symphonie ; une construction inĂ©dite dans laquelle Beethoven Ă©difie son projet pour l’humanitĂ©. Beethoven Ă©difie, construit ; mais il produit aussi un son nouveau, inspirĂ© certes de Mozart et de Haydn, mais surtout des compositeurs français de la RĂ©volution (MĂ©hul). Les vents, les cuivres gagnent un relief particulier : signe que Ludwig connaissait Ă©troitement l’écriture des symphonistes français, grĂące entre autres Ă  Kreutzer, prĂ©sent Ă  Vienne. Au caractĂšre militaire de son inspiration, Beethoven affirme aussi un souffle nouveau Ă  la fois Ă©pique et poĂ©tique.

Alors inspirĂ© par l’idĂŽle Bonaparte, ce libĂ©rateur attendu par toute l’Europe, Beethoven achĂšve mi 1804, sa symphonie Bonaparte (HĂ©roĂŻque), hymne au monde nouveau Ă  construire, vĂ©ritable manifeste d’une humanitĂ© libĂ©rĂ©e, sublimĂ©e, accomplie. A partir de l’Eroica, Beethoven affirme sa propre voix, celle du chantre de la modernitĂ©, le prophĂšte qui offre Ă  entendre la musique du futur. Son but est d’emporter avec lui, le peuple des hommes vers ce monde meilleur, harmonique qui n’existe pas encore. Leonore ou Fidelio, aprĂšs 3 ouvertures diffĂ©rentes et deux versions est son seul opĂ©ra, achevĂ©e en 1805 / 1806, dĂ©montre l’avenir radieux d’une humanitĂ© conduite par l’amour, la fidĂ©litĂ© et la libertĂ© contre toutes les tyrannies ; surtout sa 5Ăš symphonie (et des 4 premiers coups du destin), et son double simultanĂ©, la 6Ăš « Pastorale » indique les vertus de l’homme qui combat pour son Ă©mancipation et qui sait se fondre dans l’unitĂ© prĂ©servĂ© de la Nature. Amour, libertĂ©, Nature : voilĂ  la trilogie beethovĂ©nienne, qu’il ne cesse de commenter, analyser, expliciter Ă  travers tout son Ɠuvre. Et jusqu’à sa mort le 26 mars 1827 Ă  56 ans.

De cette premiĂšre pĂ©riode de grande luciditĂ© et maturitĂ© hĂ©roĂŻque donc, datent les Ɠuvres maĂźtresses telles les Sonates Waldstein, Appassionnata ; les 3 Quatuors Razoumowski, le Quatuor n°10
 sans omettre la Fantaisie pour piano, choeur et orchestre de 1808 ni le Concerto Empereur de 1809. Son travail est encouragĂ© par le soutien des princes viennois : l’Archiduc Rodolphe (son Ă©lĂšve), Lobkowitz et Kinsky qui payent une rente annuelle (mars 1809) sans rien lui demander sauf qu’il reste Ă  Vienne (Beethoven avait fait savoir qu’il deviendrait le kapelmeister de JĂ©rĂŽme Bonaparte, souverain de Westphalie).
Au travail du bĂątisseur de cathĂ©drales symphoniques et concertantes rĂ©pond aussi une vie personnelle aussi passionnĂ©e que frustrante : Beethoven par son origine modeste n’étant jamais aimĂ© comme il le souhaite en retour. Avait-il raison de rechercher coĂ»te que coĂ»te sa bien aimĂ©e parmi les jeunes femmes de l’aristocratie viennoise ? DĂ©raisonnable ambition qui se paye au prix fort, entre dĂ©sillusions Ă  rĂ©pĂ©tition et amertume croissante.

Mai 1809, les soldats de NapolĂ©on occupent Vienne ; Beethoven perd des protecteurs qui ont tous fui la capitale impĂ©riale. Les bombardements le font atrocement souffrir. AprĂšs la victoire française de Wagram, Kinsky meurt ; Lobkowitz est ruinĂ© ; seul l’Archiduc Rodolphe survit mais aura du mal Ă  payer rĂ©guliĂšrement le reste d’une rente atrophiĂ©e.

brunvik brunswik josephine beethoven la fiancee de beethoven immortelle bien aimee classiquenews dossier Beethoven 2020Les Immortelles bien-aimĂ©es
 Parmi les aimĂ©es de Ludwig, JosĂ©phine von Brunswick (portrait ci contre Ă  gauche), jeune veuve de 24 ans Ă  peine
 qui l’aime mais renonce finalement au compositeur certes douĂ© mais qui n’est que 
roturier. L’intĂ©rĂȘt et le confort, avant l’amour et l’attraction des cƓurs. Puis paraĂźt Bettina Brentano (portrait ci dessous) Ă  partir de mai 1810 : malgrĂ© un visage marquĂ© par la petite vĂ©role, « laid » en vĂ©rité », Bettina trouve la face de Ludwig admirable et noble grĂące Ă  son front sculptural ; sa naĂŻvetĂ© d’enfant ; sa grĂące de seigneur. Intimement Ă©pris, Beethoven lui adresse des confessions profondes : « je suis le Bacchus qui vendange le vin dont s’enivre l’humanité ». Sous l’aile de cette rencontre qui semble bĂ©nie des dieux, le compositeur enivrĂ© compose la Sonate Lebewohl (Adieu), le Quatuor n°11 (dit « Quartetto serioso » par l’auteur lui-mĂȘme), le Trio L’Archiduc de 1811 (dĂ©diĂ© Ă  Rodolphe, son protecteur le plus fidĂšle et le plus fiable). Bettina connaĂźt Goethe avant Beethoven : elle fait se rencontrer les deux esprits en juillet 1812 ; Ludwig admire l’écrivain dont il a composĂ© la musique d’Egmont. Mais les deux tempĂ©raments ne se comprennent pas vĂ©ritablement ; Goethe trouve Beethoven, Ă©nergique, concentrĂ© mais radical, « dĂ©chainé » et impossible voire insupportable ; et Beethoven qui aurait rĂȘvĂ© de mettre en musique son Faust, trouve l’homme de lettres, trop obsĂ©quieux et courtisan. Un « vendu » nous rions nous aujourd’hui. Radical, extrĂȘmiste, Beethoven ? C’est que sa fureur dans sa grandeur est au diapason de son amour fraternel et de sa bontĂ©. VoilĂ  qui a Ă©chappĂ© Ă  Goethe qui malgrĂ© les envois multiples de Ludwig, restera totalement hermĂ©tique et 
 sourd.

brentano bettina aimee de beethoven portrait dossier beethoven 2020 classiquenewsEn juillet 1812, la correspondance de Beethoven laisse entendre qu’il a enfin rencontrĂ© celle qu’il attendait ; qu’il aime et qui l’aime en retour : « l’immortelle bien aimĂ©e » Ă©crit-il. Peut-ĂȘtre s’agit-il encore de JosĂ©phine von Brusnwick dont la fille Minona serait de Ludwig
 Dans l’exaltation de ce transport phĂ©nomĂ©nal, le compositeur Ă©crit les Symphonies 7 et 8, envisage mĂȘme, dĂ©jĂ , une 9Ăš, qui fermerait le triptyque. Mais en dĂ©cembre 1812, tout s’écroule, et ses rĂȘves d’une liaison installĂ©e s’écroulent dĂ©finitivement. Pour lui, la solitude d’un hĂ©ros incompris. Il faudra dĂ©sormais 6 annĂ©es pour se reconstruire et rĂ©aliser ce sommet de l’entendement humain, cime fraternelle surtout, la 9Ăš et son ode Ă  la joie, de Schiller et non de Goethe.

 

 

 

 

volet 4 : dossier Beethoven 2020
L’homme qui aimait les hommes qui le dĂ©testait
la crise (1813 – 1815)

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LIRE notre grand dossier BEETHOVEN 2020 : Ă©lĂ©ments biographiques clĂ©s, piĂšces et partitions maĂźtresses au cours de la carriĂšre Ă  Vienne…

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3DOSSIER BEETHOVEN 2020 : 250 ans de la naissance de Beethoven. L’anniversaire du plus grand compositeur romantique (avec Berlioz puis Wagner Ă©videmment) sera cĂ©lĂ©brĂ© tout au long de la saison 2020. Mettant en avant le gĂ©nie de la forme symphonique, le chercheur et l’expĂ©rimentateur dans le cadre du Quatuor Ă  cordes, sans omettre la puissance de son invention, dans le genre concertant : Concerto pour piano, pour violon, lieder et sonates pour piano, seul ou en dialogue avec violon, violoncelle
 Le gĂ©nie de Ludwig van Beethoven nĂ© en 1770, mort en 1827) accompagne et Ă©blouit l’essor du premier romantisme, quand Ă  Vienne se disperse l’hĂ©ritage de Haydn (qui deviendra son maĂźtre fin 1792) et de Mozart, quand Schubert aussi s’intĂ©resse mais si diffĂ©remment aux genres symphonique et chambriste. Venu tard Ă  la musique, gĂ©nie tardif donc (n’ayant rien composĂ© de trĂšs convaincant avant ses cantates Ă©crites en 1790 Ă  20 ans), Beethoven, avant Wagner, incarne le profil de l’artiste messianique, venu sur terre tel un Ă©lu sachant transmettre un message spirituel Ă  l’humanitĂ©.  CLASSIQUENEWS dresse le portrait de la vie de Beethoven (en 4 volets), puis distingue 4 Ă©pisodes de sa vie, particuliĂšrement dĂ©cisifs
 LIRE ici notre grand dossier BEETHOVEN  2020, biographie, partitions clĂ©s, discographie (les enregistrements majeurs, parus l’automne 2019 et pendant toute l’annĂ©e 2020)

 

 

SCEAUX. Muza Rubackyté, piano à la Schubertiade

SCEAUX, HDV. Samedi 16 novembre 2019. Muza RubackytĂ©, piano … « Les deux Franz ». Enfant prodige, virtuose internationale, personnalitĂ© engagĂ©e rĂ©compensĂ©e par les plus hautes distinctions dans son pays, directrice artistique du Festival de Vilnius, la pianiste lituanienne MUZA RUBACKYTÉ voue une passion manifeste, communicative au piano mystique lyrique du grand Franz Liszt : soit « Les deux Franz ». La pianiste propose Ă  Sceaux, un programme original rĂ©unissant Schubert et Liszt. Ce dernier consacra plus de la moitiĂ© de ses Ɠuvres Ă  des adaptations ou paraphrases d’autres compositeurs qu’il admirait et notamment la transcription de quelque cinquante-huit lieder du compositeur viennois : une immersion schubertienne, revisitĂ©e par l’impĂ©tuositĂ© de Liszt.

 

 

 

MURZA RUBAKYTE piano concert classiquenews sceaux schubert liszt

 

 

 

Schubert : Impromptu op.90 N°3 ;
Schubert/Liszt :
Soirées de Vienne Valse Caprice N°6, sept Lieder;
Liszt : PremiÚre année de PÚlerinage (Suisse).

 

SCEAUX, La Schubertiade de Sceaux
SAMEDI 16 NOVEMBRE 2019, 17h
HĂŽtel de Ville

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.schubertiadesceaux.fr/billetterie/

 

 

CD, événement, premiÚres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA)

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCD, Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA). AnnoncĂ© dĂ©but novembre 2019, c’est le cd de tous les dĂ©fis pour la mezzo italienne qui s’affiche en double de Conchita Wurst, ou du Christ barbu 
 accusant le travestissement que suppose son emploi comme ses nouveaux « exploits » : retrouver la couleur vocale des castrats du XVIIIĂš, ces chanteurs castrĂ©s Ă  Naples dont les effets de gorges ont Ă©bloui les opĂ©ras baroques signĂ©s Porpora, Broschi, Haendel et autres
 Sur les traces du castrat Carlo Broschi dit Farinelli (1705 – 1782), la diva Bartoli met l’accent sur la virtuositĂ©, le timbre spĂ©cifique – ambivalent et droit-, la facultĂ© Ă  incarner un personnage
 Ici, avec des moyens plus rĂ©duits, une Ă©mission moins brillante (et des aigus plus tendus), la diva romaine, Cecilia Bartoli rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  convaincre grĂące Ă  la justesse de l’intonation, la profondeur convaincante de ses incarnations, une fragilitĂ© dans la tenue du timbre. Son chant intense et sombre brille en particulier dans les emplois tragiques (ClĂ©opĂątre
). Un air nous semble se distinguer par sa force dramatique et la coloration tragique infinie que l’interprĂšte est capable d’y dĂ©ployer (« Lontan
 Lusingato dalla speme », extrait du Poliphemo de Porpora : sorte de lamento de 8mn au coeur du programme) : la coloratoura se pare de mille nuances expressives qui colorent avec finesse, une incarnation qui soupire et sombre dans la mort et le renoncement. Un absolu irrĂ©sistible et l’un des joyaux de ce nouveau rĂ©cital lyrique Ă©ditĂ© par DECCA.

 

 

premiĂšres impressions

divine CECILIA BARTOLI 

sur les traces de l’ange Farinelli

 

 

 

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music LondonAinsi ressuscite le chant de Farinelli, ce maĂźtre chanteur qui jusqu’à la fin de sa vie sut envoĂ»ter les grands de son Ă©poque dont les souverains espagnols Ă  Madrid alors que Domenico Scarlatti Ă©tait le maĂźtre de clavecin atitrĂ©. Un Ăąge d’or du beau chant permis aussi par l’inspiration d’un compositeur napolitain de premiĂšre valeur, Nicola Porpora, -nĂ© en 1686, vrai rival de Handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, et qui dans ce rĂ©cital trĂšs attendu a la part belle : pas moins de 5 airs ici sur les 11, dont 3 sont extraits de Poliphemo ; n’est-il pas avec le frĂšre du chanteur vedette – Riccardo Broschi, le compositeur prĂ©fĂ©rĂ© de Farinelli ? De toute Ă©vidence fidĂšle Ă  son travail de dĂ©frichement, Ceilia Bartoli pousruit l’exhumation de signatures virtuoses pour l’opĂ©ra ; hier, il s’agissait de Steffani. Aujourd’hui, jaillit le diamant expressif et dramatique de Porpora, professeur de chant Ă  Naples des castrats Farinelli, Senesino, Porporino
, adulĂ© Ă  Londres, maĂźtre de Haydn, mort oubliĂ© en 1768 (Ă  81 ans). La diva romaine sait rendre hommage Ă  travers ce portrait vocal de Farinelli Ă  Porpora, gĂ©nie napolitain dans le genre seria.

Voici nos premiĂšres impressions avant la grande critique du cd FARINELLI Ă  paraĂźtre le 8 novembre 2019.

1 – Porpora / Polifemo : air d’exaltation et de jubilation comme d’espĂ©rance amoureuse (Ă©clairĂ© par les trompettes victorieuses) oĂč s’affirme l’agilitĂ© acrobatique de la voix coloratoure.

2 – Porpora / La Festa d’Imeneo : plus intĂ©rieur, comme enivrĂ© par un rĂȘve amoureux, l’air rappelle la maĂźtrise du souffle et la lisibilitĂ© comme la tenue de la ligne vocale, aux couleurs d’une tendresse extatique / expression d’un ravissement (« Vaghi amori, grazie amate »), dĂ©jĂ  entendue dans le film Farinelli.

3 – Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra. La mezzo exprime les vertiges d’une amoureuse trahie, en fureur, prĂȘte Ă  mourir sur le trĂŽne. Le portrait d’une ClĂ©opĂątre qui assĂšne par vocalises et coloratoure ascensionnels, l’intensitĂ© de sa colĂšre et l’ampleur de sa dĂ©termination,Ă  la fois hĂ©roĂŻque et dĂ©jĂ  fatale. Dans cet emploi de femme forte, passionnelle, exacerbĂ©e, radicale, « La Bartoli » captive par son chien et son abattage dramatique. La justesse de sa couleur et du caractĂšre vocal s’imposent naturellement.

FARINELLI-cecilia-bartoli-classiquenews-cd-critique-review-farinelli-cecilia-bartoli-fall-septembre-2019-annonce-cd-review-critique-classiquenews-DECCA-cd-critique4 – Porpora / Polifemo : « Lontan
 lusingato dalla speme ». VoilĂ  assurĂ©ment comme on l’a dit prĂ©cĂ©demment, le joyau du programme (et qui nuance l’image d’un Porpora uniquement virtuose et acrobatique). Contraste oblige, Ă  la fureur de ClĂ©opĂątre (de Hasse qui prĂ©cĂšde) rĂ©pond la tendresse de cet air plus intĂ©rieur, dont la couleur est celle d’une Ăąme touchĂ©e au cƓur
 tel un rossignol qui soupire. Ce positionnement vocal dans le medium grave et sombre s’amplifie encore dans l’air, long lui aussi plus de 8 mn de Giacomelli : « Mancare o Dio mi sento » (Adriano in Siria, plage 7).


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Notons parmi les autres perles de ce rĂ©cital Ă©vĂ©nement : La morte d’Abel de Caldara : « Questi al cor finora ignoti » / Ces cƓurs inconnus jusqu’à prĂ©sent
 priĂšre Ă©purĂ©e comme une extase dans la mort et d’une couleur elle aussi sombre qui fait surgir le relief du texte.

HASSE : Marc Antonio e Cleopatra : « A Dio trono, impero a Dio » (plage 10). Le relief du recitatif et l’ampleur dramatique, la couleur tragique de l’air qui suit, exprime cette Ă©chelle des passions d’une irrĂ©pressible intensitĂ© qui va crescendo et qui s’accomplit, entre imprĂ©cation et combat, rage et ardeur hallucinĂ©e, dans l’architecture des vocalises, portĂ©es par la coloratoure de la mezzo romaine. Un parlĂ© chantĂ© : « Addio trono  » qui tĂ©moigne de la rĂ©sistance de la reine Ă  renoncer. Bartoli ne chante pas, elle incarne et exprime avec une intelligence du texte (ce que ne font pas la majoritĂ© de ses consƓurs)

et la fin : Porpora : Polifemo : « Alto Giove », rendu cĂ©lĂšbre par le mĂȘme film Farinelli. Parce qu’il y faut maĂźtriser l’intensitĂ© et la longueur du souffle, une spĂ©cialitĂ© de Farinelli, outre sa couleur Ă©tonnamment sombre pour un castrat soprano). Sans omettre l’ambitus de la tessiture (jusqu’à 3 octaves et demi) et qui dans la bande originale du film citĂ©, exigeait deux chanteurs (soprano et contre tĂ©nor). Cecilia Bartoli personnifie l’épaisseur du personnage ; creuse l’interrogation en suspension de la souveraine atteinte.

Un nouveau programme qui s’annonce d’autant plus rĂ©ussi que support idĂ©al aux lignes tragiques de la diva diseuse, si proche du texte, les instrumentistes d’Il Giardino Armonico, sous la direction de leur fondateur et directeur musical Giovanni Antonini, suivent les pas de la tragĂ©dienne qui articule, nuance en mille demi teintes graves, hallucinĂ©es, la charge Ă©motionnelle de chaque texte. Un continuo essentiellement composĂ© de cordes, oĂč les cuivres et les bois sont rares. A suivre. Grande critique le jour de la parution du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI, annoncĂ© le 8 nov 2019.

 

 

 

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI

 

farinelli-1735-cecilia-bartoli-portrait-dossier-special-farinelli-classiquenews

 

 Farinelli jeune (DR)

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

gretry-richard-coeur-de-lion-critique-compte-rendu-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet. Qu’allait donner le duo canadien Pynkoski / Lajeunesse Zingg, reprĂ©sentant Ă  prĂ©sent familier de prestations assez dĂ©suĂštes (cĂŽtĂ© costumes), prĂ©sentĂ©es Ă  Versailles, en provenance de l’Opera Atelier Toronto ? Ouf, la production bĂ©nĂ©ficie de l’apport du dĂ©corateur Antoine Fontaine, spĂ©cialiste des toiles peintes baroques : on lui doit la conception d’opĂ©ras prĂ©cĂ©demment ressuscitĂ©s tels Amadis de Gaule, 
 ; son concours rĂ©tablit suffisamment de « couleur historique » pour rendre le spectacle visuellement cohĂ©rent (trĂšs beau tableau de la prison mĂ©diĂ©vale)
 Pourtant, Ă©cartant l’époque du roi Richard, Marshall Pynkoski Ă©carte tout mĂ©diĂ©valisme et opte rĂ©solument pour l’époque des LumiĂšres, celle de Gretry. Car en 1784, annĂ©e de la crĂ©ation de l’Ɠuvre, alors que le peintre David invente le nĂ©oclassicisme (Serment des Horaces), le metteur en scĂšne fait clairement rĂ©fĂ©rence au Bourbon incarcĂ©rĂ© bientĂŽt Ă  la Conciergerie, Louis XVI soi-mĂȘme.

CohĂ©rente visuellement, la production l’est aussi sur le plan dramatique ; les dialogues parlĂ©s (livret de Sedaine) coulent et avancent car la plupart des chanteurs acteurs articulent et donc restent intelligibles ; les ballets rĂ©glĂ©s par Jeannette Lajeunesse Zingg rĂ©activent l’action sans la plomber : belle rĂ©ussite.

Efficace sans vraiment ĂȘtre subtile,- une qualitĂ© qui manque souvent Ă  sa direction trop impulsive et volontiers surexpressive, le chef HervĂ© Niquet sait toujours Ă©lectriser son orchestre Le Concert Spirituel, souligner davantage l’effet, les contrastes, que la finesse nostalgique que Tchaikovski a compris et su recycler, entre autres dans son opĂ©ra La dame de Pique, oĂč la vieille aristocrate, trĂšs vieille France, Ancien RĂ©gime, chante clin d’Ɠil Ă  la Gaule monarchqiue et Versaillaise, l’air ancien aussi dĂ©suet que sensible : « « Je crains de lui parler la nuit » (ici chantĂ© par Melody Louledjian en Laurette simplette et sensible).

RĂ©vĂ©lant un tempĂ©rament d’acteur, intĂ©rieur et finalement plus profond que ne le laissent supposer ses autres (rares) airs, le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen, campe un Richard, habitĂ© par la conscience politique, parfois sombre ; en particulier dans le tableau de son emprisonnement : ardeur, couleur tragique, concentration ; voilĂ  qui fait de GrĂ©try, assurĂ©ment un prĂ©romantique. On attend son Nadir des PĂȘcheur de Perles Ă  l’OpĂ©ra de Toulon


Hier confiĂ© Ă  un baryton (plus passe partout) s’impose en rĂ©alitĂ© le personnage de l’autre tĂ©nor ici, Blondel, troubadour de son Ă©tat, campĂ© par RĂ©my Mathieu dont la seule juvĂ©nilitĂ© parfois trop sonore et un rien linĂ©aire, pourraient ĂȘtre handicapants. Leur trĂšs beau duo « Une fiĂšvre brĂ»lante » au dĂ©but du IIĂš acte, montre la rĂ©ussite qui surgit quand les deux tĂ©nors de la distribution sont parfaitement distincts, de couleur comme de caractĂšre.

 

 

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Pour le reste aucun des autres rĂŽles ne dĂ©mĂ©ritent sans pour autant saisir l’audience par une sorte d’évidence expressive comme il est rarement il est vrai offert aux spectateur (qui payent pourtant fort cher leur place Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles). Comtesse Ă  peine esquissĂ©e par GrĂ©try, Marie Perbost s’affirme davantage dans le rĂŽle travesti d’Antonio.
VoilĂ  qui atteste derechef du talent dramatique de GrĂ©try, compositeur pour la monarchie bientĂŽt dĂ©capitĂ©e. Dans l’écrin acoustique idĂ©al de l’OpĂ©ra Gabriel, l’opĂ©ra de 1784 ressuscite avec charme et mĂȘme mordant. De quoi ravir, comme nous, l’audience, composĂ©e pour beaucoup de visiteurs Ă©trangers. Une nouvelle rĂ©surrection Ă  mettre au mĂ©rite des producteurs de la sociĂ©tĂ© qui anime dĂ©sormais les soirĂ©es au ChĂąteau : ChĂąteau de Versailles Spectacles. 10 ans aprĂšs la mĂ©morable production de l’Amant jaloux (mise en scĂšne de Pierre-Emmanuel Rousseau), in loco, Versailles affiche lĂ©gitimement et avec pertinence, une Ă©tonnante et convaincante implication Ă  l’endroit du toujours mĂ©sestimĂ© GrĂ©try.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cƓur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

 

 

GrĂ©try : Richard cƓur de lion
Opéra-comique en trois actes, livret de Sedaine
Création : Comédie Italienne, Paris, le 21 octobre 1784

Mise en scĂšne : Marshall Pynkoski
Chorégraphie : Jeannette Lajeunesse Zingg
DĂ©cors : Antoine Fontaine
Costumes : Camille Assaf

Richard : Reinoud Van Mechelen
Laurette : Melody Louledjian
Blondel : RĂ©my Mathieu
Antonio / La Comtesse : Marie Perbost
Sir Williams : Geoffroy BuffiĂšre
Urbain / Florestan / Mathurin : Jean-Gabriel Saint-Martin
Guillot / Charles : François Pardailhé
Madame Mathurin : CĂ©cile Achille
Sénéchal : Charles Barbier
Colette : Agathe Boudet
BĂ©atrix : Virginie LefĂšvre

l
Ballet de l’OpĂ©ra royal, ChƓur et orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Illustrations : © Agathe Poupeney

 

 

 

 

 

CD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018). Peu Ă  peu, Le Concert de La Loge Ă©difie une intĂ©grale des 6 symphonies parisiennes de Haydn, sommet de l’éloquence et de l’élĂ©gance orchestrale viennoise et pour le collectif français fondĂ© par le violoniste Julien Chauvin, une nouvelle preuve de l’apport inestimable des instruments anciens dans notre connaissance (rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e) de la symphonie classique au XVIIIĂš. ComposĂ©e avant les 12 Londoniennes (1791 – 1795), les Parisiennes forment une programmation clĂ© du fameux Concert de la Loge Olympique, orchestre et entreprise de concerts Ă  Paris, florissant dans les annĂ©es 1780 et qui permet au public et au amateurs de bonne musique, d’écouter les tendances de l’époque. Sous la direction du Chevalier de Saint-Georges, les parisiens peuvent donc dĂ©couvrir l’écriture hyperĂ©lĂ©gante et si subtilement contrastĂ©e de Mr Haydn.
DĂ©jĂ  Ă©ditĂ©es les symphonies contemporaines, La Reine, La Poule, L’Ours
 Le Concert de la Loge poursuit son exploration de l’écriture viennoise alors que Haydn invente la symphonie : la Symphonie n° 87 en la majeur dite « L’Impatiente » offre un nouveau condensĂ© d’équilibre, de facĂ©tie, de surprise, de sensibilitĂ© aux timbres et aux Ă©quilibres de l’orchestre classique prĂ©romantique propre aux annĂ©es 1785 – 1787.
Haydn est une cĂ©lĂ©britĂ© europĂ©enne, la plus importante Ă  son Ă©poque (et non ce n’est pas Mozart) ; mais plutĂŽt que de diffuser une forme standard, « europĂ©enne », le Viennois sait se renouveler, Ă©vitant la rĂ©pĂ©tition et le systĂšme.
Le chef soigne l’élĂ©ment phare de l’opus : sa vigueur ; comme ses surprises (le second motif Ă  la place du premier, dans la rĂ©exposition du Vivace initial). Les instrumentistes font valoir leur grande homogĂ©nĂ©itĂ© sonore et expressive, en particulier dans l’Adagio (rĂ© mineur) au parcours rhapsodique d’une irrĂ©sistible profondeur. Tandis que le nerf et une caractĂ©risation roborative animent le Menuet et le Vivace final.

Pour contextualiser son approche, Julien Chauvin ajoute aussi plusieurs airs d’opĂ©ras peu connus d’Antonio Sacchini, de GrĂ©try, ou de Jean-Baptiste Lemoyne : le choix est « historique » ; bon nombre de concerts parisiens savaient alors mĂȘler les genres et offrir de copieux programmes avec orchestre et chanteurs d’opĂ©ras. Ici, l’invitĂ©e, la soprano Sophie KarthĂ€user incarne les hĂ©roĂŻnes tragiques et amoureuses avec un nerf articulĂ©, qui suit en complicitĂ© cette caractĂ©risation inestimable propre aux instruments d’époque.

On note parmi les contemporains de Haydn, l’écriture de Louis-Charles RAGUÉ, symphoniste et harpiste : sa Symphonie en rĂ© mineur op. 10 n° 1 montre combien le modĂšle Haydnien est assimilĂ© et compris, entre vitalitĂ© des contrastes, effet de surprises et virtuositĂ© aimable voire trĂšs Ă©loquente et racĂ©e (duo flĂ»te et harpe de son Andante, tout Ă  fait dans le style viennois). Avec Mozart, Haydn donc et bientĂŽt Beethoven, la musique du futur vient d’Autriche. Et Paris se met alors Ă  la page.
Julien Chauvin et Le Concert de la Loge
 sur les traces du Chevalier de Saint-Georges jouent le ven 8 nov 2019 Ă  l’Arsenal de Metz, dans le cadre du Festival Ă©vĂ©nement in loco « OSEZ HAYDN! » (METZ, citĂ© Musicale du 6 au 9 nov 2019), la symphonie parisienne n°86 (rĂ© majeur), mise en dialogue avec la Symphonie n°45 « Les Adieux » (par l’Orchestre national de Metz, sur instruments modernes). A suivre.

 

 

 

 

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HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

 

 

 

 

Joseph Haydn (1732-1809) :
Symphonie n°87 en la majeur « l’Impatiente », Hob.I :87.

Airs d’opĂ©ras :
Antonio Sacchini (1730-1786) : « C’est votre bontĂ© que j’implore » (ChimĂšne ou Le Cid). Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : « Fortune ennemie »(OrphĂ©e et Eurydice). Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796) : « Il va venir »(PhĂšdre). Johann Christoph Vogel (1756-1788) : « Age d’or, ĂŽ bel Ăąge »(DĂ©mophon). AndrĂ© Ernest Modeste GrĂ©try (1741-1813) : « O sort ! par tes noires fureurs »(Les Mariages samnites).

Louis-Charles Ragué (1744-aprÚs 1793) :
Symphonie en ré mineur op. 10 n°1.

Sophie KarthÀuser, soprano. Le Concert de la Loge / Julien Chauvin, direction. 1 CD Aparté. Enregistré à PARIS, Louvre en octobre 2018. Durée : 1h

 

 

CD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave et intranquille. Les deux mouvements plutĂŽt courts qui suivent Allegro et Presto assĂšne une motricitĂ© aiguĂ« et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgĂ©s de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordĂ© comme un feu d’artifice cravachĂ©, narguant le mystĂšre du premier mouvement dont il dĂ©ment le calme profond par une sĂ©rie ultime de surenchĂšre dĂ©monstrative et vindicative, au bord de la folie


Nelsons complĂšte la 6Ăš par la Suite de la musique de scĂšne pour le Roi Lear, op. 58a, Ă©crite pour le BolchoĂŻ de LĂ©ningrad en 1941. Cycle de pleine tension lĂ  encore qui commence avec la figure de Cordelia (solo de clarinette), joue du col legno pour dramatiser davantage la charge caustique et fantastique du sujet shakespearien (partie des 2 bassons). Ironique et audacieux, Chostakovitch imagine son Ouverture de fĂȘte op. 96, de 1947(publiĂ©e en 1954, soit un an aprĂšs la mort de Staline) semble marquer la fin de la terreur par son emportement libre, ses respirations nouvelles et l’orchestration colorĂ©e et ambitieuse ( fanfare Ă©tonnante des 6 trompettes, 6 trombones et 8 cors !) : les instrumentistes bostoniens redoublent de prĂ©cision jubilatoire (pizz des cordes).

La 7Ăš Symphonie dite « Leningrad » aborde des airs patriotiques, amorcĂ©e avant le siĂšge de la citĂ©, dĂšs l’étĂ© 1941, puis achevĂ© aprĂšs l’occupation, en dĂ©cembre suivant, pour ĂȘtre crĂ©Ă©e triomphalement en mars 1942. Aucune ambiguitĂ© dans le propos du compositeur car il s’agit bien d’une partition de circonstances, desprit victorieux, cĂ©lĂ©brant le sang versĂ© des rĂ©sistants et des dĂ©fenseurs de Leningrad, Ă©pinglant la barbarie des nazis impĂ©rialistes. Pourtant alors qu’elle s’inscrit dans le fracas des armes et des tireurs embusquĂ©s, la 7Ăš est l’une des moins politisĂ©e, celle qui s’écarte ouvertement du double langage cultivĂ© Ă  l’égard du tyran Staline. Nelsons aborde objectivement la partition, se confrontant Ă  son architecture impressionnante (pas moins de 30 mn pour l’Allegretto) dans lequel il sculpte avec clartĂ© le motif de l’invasion fasciste, rĂ©pĂ©tĂ©, martelĂ© comme un leit motiv obsessionnel (bois puis cordes). Le crĂ©pusculaire et le glaçant n’étant jamais bien loin chez Dmitri, le chef tire Ă  profit la couleur sombre et cynique du basson, finement dĂ©taillĂ© comme agent d’un destin inquiĂ©tant. Chaque sĂ©quence est inscrite dans sa portĂ©e historique : Leningrad d’avant le siĂšge (choral initial de l’Adagio), puis champs de guerre, champs de ruines oĂč perce le chant des cuivres Ă  la fois stridents, enivrĂ©s. On repĂšre sans mĂ©nagement aucun, la sourde mĂ©lodie des cordes hallucinĂ©es, Ă©reintĂ©es qui rappelle le motif inquiĂ©tant de l’opĂ©ra Lady Macbeth de Mzensk, autre Ă©vocation des tĂ©nĂšbres. HabitĂ© par cette musique des convulsions et des contrastes, Nelsons en exprime la matiĂšre vivante, les cris et les Ă©lans extrĂȘmes. Le chef rĂ©ussit dans l’ampleur et la violence, Ă  restituer tout ce qui fait de la 7Ăš, une partition martiale, dĂ©fiant l’Histoire, relevant plus de l’épique que du tragique. Voici assurĂ©ment l’un des tĂ©moignages les plus immĂ©diatement prenants, communicatifs du cycle Chostakovitch saisi live en 2017 Ă  Boston. L’expressivitĂ© instinctive de Nelsons, son emprise architecturĂ©e sur l’orchestre amĂ©ricain sont indiscutables.

 
 

 
 

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CD , critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Dmitri Chostakovitch : ”Under Stalin’s shadow’’ / Dans l’ombre de Staline.., Symphonie n° 6 op. 54. Symphonie n° 7 ”Leningrad ”, op. 60 – Suite de la musique de scĂšne pour ”Le roi Lear”, op. 58a. Ouverture de fĂȘte, op. 96 / Boston Symphony Orchestra. Andris Nelsons, direction / 2 cd Deutsche Grammophon : 483 6728.

 
 

 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes)

DG132_Toul_Lautr_Couv.inddLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes). Lorsque Toulouse-Lautrec dĂ©couvrit Montmartre (fin des annĂ©es 1880), Aristide Bruant chantait au Mirliton ; le Moulin Rouge, aprĂšs le Moulin de la Galette, ouvrait ses portes aux danseurs, la Goulue et Valentin le DĂ©sossĂ© y tenaient la vedette : ce sont les « annĂ©es LumiĂšre », 1900. Spectateur passionnĂ©, Lautrec devint l’ami des vedettes du Paris du spectacle et, par ses affiches, l’artisan de leur gloire. Le texte met l’accent sur le peintre, observateur et « photographe » du milieu parisien qu’il a cotoyĂ© et connu rĂ©guliĂšrement : demi monde, et dĂ©jĂ  industrie du divertissement et des plaisirs que la morale des bons bourgeois rĂ©prouve mais tolĂšre pour s’y encanailler.
Comme Degas qui interroge le cas des jeunes danseuses Ă  l’OpĂ©ra Ă  la fois sous le filtre sociologique (elles ne sont que des esclaves aux corps Ă©reintĂ©s, proies des abonnĂ©s
qui peuvent les approcher avec le consentement de leurs mĂšres maquerelles) et sous l’angle artistique (dans la danseuse, Degas voit clairement des lignes et l’essence du mouvement), Lautrec s’intĂ©resse aux « cas sociaux », marginaux, dĂ©calĂ©s, les mĂ©prisĂ©s, ceux qui sont d’emblĂ©e Ă©tiquetĂ©s et humiliĂ©s.
Le crĂ©ateur qui souffre depuis la naissance d’une difformitĂ© visible qui le rend particulier, partage cette condition qu’il reprĂ©sente directement ou indirectement dans son oeuvre. Ainsi ce portrait ou cette allĂ©gorie de la trivialitĂ© Ă©pinglĂ©e, Messaline de 1900 qui est le visuel de cette remarquable publication. FardĂ©e, obscĂšne, la figure annonce les expressionniste et les fauves (de Derain Ă  Van Dongen).

Claire et JosĂ© FrĂšches suivent en enquĂȘteurs zĂ©lĂ©s, les pas de ce jeune aristocrate d’Albi que la maladie avait rendu diffĂ©rent. « À la nature et au paysage du Sud-Ouest, aux subtiles nuances des ciels, il prĂ©fĂ©ra vite Paris et les cabarets, les feux de la rampe et les lumiĂšres de la nuit qui font les femmes plus belles. »
Pourtant sous le masque, le maquillage et les bijoux, Lautrec sonde le dĂ©sarroi et la solitude ; les dĂ©pressifs et les mĂ©lancoliques : la chair est triste. Ses prostituĂ©es sont Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© : divertie mais terrassĂ©e. Lautrec meurt Ă  37 ans, en 1901.

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. CLAIRE FRÈCHES-THORY, JOSÉ FRÈCHES : Toulouse-Lautrec. Les lumiĂšres de la nuit (Gallimard DĂ©couvertes). Collection DĂ©couvertes Gallimard (n° 132), SĂ©rie Arts, Gallimard – PremiĂšre parution en 1991- Nouvelle Ă©dition en sept 2019 – 176 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 125 x 178 mm – ISBN : 9782072866166 – Gencode : 9782072866166 – Code distributeur : G03510 – rĂ©Ă©dition Ă  l’occasion de l’exposition « HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, rĂ©solument moderne », PARIS, Grand-Palais, du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Decouvertes-Gallimard/Decouvertes-Gallimard/Arts/Toulouse-Lautrec2

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon)

trifonov daniil cd destination rachmaninov arrival piano concertos 1 3 nezet-seguin cd deutsche grammophon cd critique review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon). Voici donc un excellent double cd qui tĂ©moigne de la maturitĂ© et de l’étonnante musicalitĂ© du jeune pianiste russe Daniil Trifonov. En achevant son pĂ©riple Rachmaninov, relayĂ© par un abondant dispositif vidĂ©o, quasi cinĂ©matographique (DESTINATION RACHMANINOV), le pianiste captive littĂ©ralement par une digitalitĂ© facĂ©tieuse et virtuose, pour nous supĂ©rieure Ă  la mĂ©canique Ă©lectrique des asiatiques (Wang ou Lang Lang) : le Russe est douĂ© surtout d’une profondeur intĂ©rieure, – absent chez ses confrĂšres/soeurs, ce chant nostalgique qui fonde la valeur actuelle de ses Liszt (publiĂ©s aussi chez DG).

CD1 – Le Concerto n°1 (Moscou, 1892) nous fait plonger dans l’intensitĂ© du drame ; un fracas lyrique immĂ©diatement actif et rugissant, bientĂŽt rassĂ©rĂ©nĂ© dans une texture lyrique et langoureuse dont seul Rachmaninov a le secret ; qui peut effacer de sa mĂ©moire le motif central (cantilĂšne Ă  la fois grave mais douce) de ce premier mouvement Vivace, qui a fait les belles heures de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot ? D’autant que le jeu perlĂ© de Daniil Trifonov fait merveille entre sagacitĂ©, activitĂ©, intĂ©rioritĂ© ; entre allant et tendre nostalgie ; il tisse des vagues d’ivresse Ă©perdue comme au diapason d’un orchestre nerveux voire brutal (excellente prĂ©cision de NĂ©zet-SĂ©guin pour restituer la dĂ©flagration sonore d’une orchestration qui peut sonner monstrueuse), sĂ©ries de rĂ©ponses Ă©lectriques et tout autant percutantes et vives, au bord de la folie (grĂące Ă  une digitalitĂ© fabuleusement libre, frĂ©nĂ©tique ou en panique). Ce jeu Ă©lastique entre Ă  coups et secousses, puis Ă©largissement de la conscience, trouve un Ă©quilibre parfait entre le piano et l’orchestre.
L’Andante caresse, respire, plonge dans des eaux plus ambivalentes encore oĂč rĂšgne comme une soie nocturne, l’onde sonore onctueuse de l’orchestre plus bienveillant. Daniil Trifonov chante toute la nostalgie en osmose avec les pupitres de l’orchestre aux couleurs complices.
A travers une forme de monologue enchantĂ©, sourd l’inquiĂ©tude d’une gravitĂ© jamais Ă©loignĂ©e. La lecture approche davantage une veille attendrie plutĂŽt qu’une libĂ©ration insouciante. LĂ  encore on goĂ»te la subtilitĂ© des nuances et des couleurs.
La partie la plus passionnante reste l’ultime Ă©pisode Allegro vivace dont le chef fait crĂ©piter les rythmes (dĂ©jĂ ) amĂ©ricains, le swing qui semble quasi improvisĂ©, d’autant que le cheminement du jeune pianiste se joue des rythmes, de l’enchaĂźnement des sĂ©quences avec une prĂ©cision frĂ©nĂ©tique, une acuitĂ© vive et engagĂ©e d’une indiscutable Ă©nergie ; un tel dĂ©hanchement heureux regarde directement vers le bonheur comme la libertĂ© du Concerto n°3, lui crĂ©Ă© Ă  New York par l’auteur le 28 nov 1909.
Brillant autant que crĂ©atif, Trifonov nous livre son propre arrangement du premier volet des Cloches, soit un morceau de 6mn (allegro ma non tanto) qui montre toute la sensibilitĂ© active et l’imagination en couleurs et timbres qui l’inspirent.

 

 

 

Périple réussi pour Daniil Trifonov
Rachmaninov intérieur et virtuose

 

 

 

TRIFONOV-DANIIL-rachmaninov-arrival-critique-classiquenews-trifonov-daniil-cd-destination-rachmaninov-arrival-piano-concertos-1-3-nezet-seguin-cd-deutsche-grammophon-cd-critique-review-classiquenews---copieCD2 – Cerise sur le gĂąteau et approfondissement de cette utlime escale en terres Rachmaninoviennes, le Concerto pour piano n°3 affirme une Ă©gale musicalitĂ© : immersion naturelle et progressive sans heurts, en un flot Ă  la fois ductile et crĂ©pitant oĂč l’orchestre sait s’adoucir, rechercher une sonoritĂ© mĂ©diane qui flatte surtout le relief scintillant du piano. Le jeu de Trifonov est d’une prĂ©cision caressante, onctueuse et frappante par sa souplesse, comme une vision architecturĂ©e globale trĂšs claire et puissante. L’écoulement du dĂ©but est presque hors respiration, d’une tenue de ligne parfaite, Ă  la fois irrĂ©sistible, allante, de plus en plus souterraine, recherchant le repli et l’intĂ©riorisation ; ce que cherche Ă  compenser l’orchestre de plus en plus dĂ©claratif, mĂ©nageant de superbe vagues lyriques comme pour mettre Ă  l’aise le soliste ; aucun effet artificiel, mais l’accomplissement d’une lecture d’abord polie dans l’esprit ; D’une imagination construite foisonnante, Trifonov soigne l’articulation au service de sa sonoritĂ©, Ă©coute l’intĂ©rioritĂ© de la partition et cisĂšle son chant pudique avec une tendresse magicienne. Chaque point d’extase et de plĂ©nitude sonore rebondit avec un galbe superbement articulĂ© ; peu Ă  peu le pianiste fait surgir une sincĂ©ritĂ© de plus en plus lumineuse que l’orchestre fait danser dans un crĂ©pitement de timbres bienheureux. La rĂ©exposition Ă©claire davantage la sensibilitĂ© intĂ©rieure du pianiste qui ralentit, Ă©coute, cisĂšle, distille avec finesse l’élan lyrique, souvent Ă©perdu de son texte.  Jusqu’à l’ivresse presque en panique Ă  8’ du premier mouvement, avant que ne cisaillent les trompettes cinglantes plus amĂšres, rĂ©vĂ©lant alors des cordes plus nostalgiques ; mais c’est Ă  nouveau le piano somptueusement enchantĂ© qui recouvre l’équilibre dans ce mitemps.
La seconde partie dans ses vertiges ascensionnels est hallucinĂ©e et crĂ©pitante ; le pianiste semble tout comprendre des mondes poĂ©tiques de Rachmaninov : ses Ă©clairs fantastiques, ses doutes abyssaux, ses Ă©lans Ă©perdus
 Trifonov sachant Ă  contrario de bien de ses confrĂšres et consƓurs, Ă©viter toute dĂ©monstration, dans l’affirmation d’un chant irrĂ©pressible, viscĂ©ral, jamais trop appuyĂ©, triomphe dans une sonoritĂ© toujours souple et fluide, solaire et tendre (cf la qualitĂ© de ses Liszt prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s). Le soliste sait prĂ©server l’ampleur d’une vision intĂ©rieure, imaginative, poĂ©tique, suspendue, d’une incroyable respiration profonde, en particulier avant la 2Ăš rĂ©exposition du thĂšme central (15’40 Ă  15’53). Tout l’orchestre le suit dans ce chant de l’ñme et qui s’achĂšve dans une glissade fugace, subtilement ciselĂ©e dans l’ombre.

L’intermezzo est en forme d’Adagio qui affirme la mĂȘme voluptĂ© lointaine, une distanciation poĂ©tique Ă©cartant tout acoups, mais invite Ă  l’expression la plus intime d’un cƓur attendri, extatique.  Cette Ă©loquence intĂ©rieure est partagĂ©e par l’orchestre et le pianiste qui colore et croise de nouvelles visions au bord de l’évanouissement, sait s’appuyer davantage sur l’orchestre : les champs intĂ©rieurs y sont remarquablement sculptĂ©s, vĂ©ritables ivresses qui portent au songe et Ă  la rĂȘverie, Ă  l’oubli et au renoncement
 en un crĂ©pitement qui soigne toujours la clartĂ© et la prĂ©cision d’un jeu nuancĂ©, dĂ©taillĂ©, et d’une grande invention comme d’une grande intelligence sonore.

CLIC_macaron_2014Le dernier mouvement, « Finale. Alla breve », semble rĂ©unir toutes les forces vitales en prĂ©sence et rĂ©capituler les songes passĂ©s, en un chant revivifiĂ© qui Ă©nonce les principes d’une reconstruction dĂ©sormais partagĂ©e par instrumentistes et piano solo ; le chant s’enfle, grandit, ose une carrure nouvelle, galopante ; Trifonov rĂ©ussit l’expression de cette chevauchĂ©e toute de souplesse et de nuances chantantes. Le jeu du pianiste est tout simplement irrĂ©sistible comme happĂ©, aspirĂ© par une dimension qui dĂ©passe l’orchestre
 facĂ©tieux, mystĂ©rieux, le clavier vole dĂ©sormais de sa propre Ă©nergie, aĂ©rienne : le lutin Trifonov (3’57) cisĂšle ce chant cosmique, dans les Ă©toiles, comme un jaillissement naturel. D’une caresse infinie qu’il inscrit, suspend au delĂ  de la voĂ»te familiĂšre dans la texture mĂȘme du songe. Un songe Ă©veillĂ©, en chevauchĂ©, dans un galop qui mĂšne trĂšs trĂšs loin et trĂšs haut, rĂ©vĂ©lĂ© en partage. Hallucinant et cosmique. Du trĂšs grand art.

 

 
 

 

LIRE notre annonce du cd événement Departure / Destination Rachmaninov (octobre 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-daniil-trifonov-destination-rachmaninov-departure-1-cd-dg/

LIRE aussi notre annonce du cd événement : ARRIVAL / Destination Rachmaninov (octobre 2019)

 

 
 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction 52 cd DG Deutsche Grammophon) – CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2019. Parution le 11 octobre 2019.

PRIX LITTERAIRE DES MUSICIENS 2019, sélection officielle des 12 titres

prix-litteraire-des-musiciens-jeunesse-livre-selection-critique-livres-classiquenews-2019PRIX LITTERAIRE DES MUSICIENS 2019, sĂ©lection officielle des 12 titres. Pour sa 2e Ă©dition, le Prix LittĂ©raire des Musiciens Ă©toffe son regard sur l’actualitĂ© littĂ©raire dont les sujets ont un rapport avec la musique.  La sĂ©lection qui comprenait jusque lĂ  deux catĂ©gories ROMANS et ESSAIS, est augmentĂ©e cette annĂ©e d’une catĂ©gorie JEUNESSE.

La 1Ăšre Ă©dition du Prix (2018) avait couronnĂ© deux ouvrages finalistes : « Le voyage d’hiver de Schubert » de Ian Bostridge (Essai), et “ Les parapluies d’Erik Satie ” de StĂ©phanie Kalfon (Roman), deux ouvrages qui avait prĂ©cĂ©demment Ă©tĂ© distinguĂ©s par la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS par le fameux «  CLIC » de CLASSIQUENEWS.

La remise du prix 2019, ouverte au public, aura lieu dans le cadre d’”Orchestres en fĂȘte! » le samedi 30 novembre 2019 Ă  16h30 Ă  la Philharmonie de Paris. Voici les 12 titres sĂ©lectionnĂ©es pour le grand prix 2019 :

 

ROMANS

prix-litteraire-des-musiciens-categorie-romans-prix-2019-classiquenews-selection-livres-critiques

 

 

 

 

ESSAIS

 

prix-litteraire-des-musiciens-2019-ESSAIS-4-livres-selectionnes-classiquenews-annonce-livres-critiques

 

 

 

JEUNESSE 

 

prix-litteraire-des-musiciens-jeunesse-livre-selection-critique-livres-classiquenews-2019

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Récapitulatif des 11 titres sélectionnés en 2019

certains ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© critiquĂ©s ou ont reçu le “CLIC” de CLASSIQUENEWS au moment de leur parution :

 

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ROMANS

 

 

JĂ©rĂŽme BASTIANELLI

La vraie vie de Vinteuil

(Grasset)

 

 

Vincent BOREL

La vigne Ă©carlate

(Sabine Wespieser)

 

 

William BOYD

L’amour est aveugle

(Seuil)

 

 

Marie CHARVET

L’Ăąme du violon

(Grasset)

 

 
 

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ESSAIS

 

 

Karol BEFFA et Jacques PERRY-SALKOW

Anagrammes Ă  quatre mains

(Actes Sud)

 

 

Bruno MESSINA

Berlioz

(Actes Sud)

 

 

Richard NEWMAN et Karen KIRTLEY

Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz

(Notes de Nuit)

 

 

Laurent VILAREM

Les silencieux

(Aedam Musicae)

 
 

 
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JEUNESSE

 

 

Sylvaine JAOUI

Docteur Hope

(Albin Michel Jeunesse)

 

 

Susie MORGENSTERN

Be Happy!

Mes plus belles comédies musicales

(Didier Jeunesse)

 

 

Tristan PICHARD

Mozart vu par une ado

(Poulpe Fictions)

 

 

AnaĂŻs VAUGELADE, Robert SCHUMANN

Des malheurs de Sophie

Avec Elsa Lepoivre et Claire-Marie Le Guay

(Didier Jeunesse)

 

 
 

 

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Toutes les infos sur le site :

http://www.prixlitterairedesmusiciens.fr

 

 

litteraire-des-musiciens-prix-2019-prix-classiquenews

 

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CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des hĂ©ros » : c’est Ă  dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cƓurs et exprime comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particuliĂšre pour les femmes ; le second crĂ©e l’orchestre du futur ; les deux dĂ©finissent le romantisme et la modernitĂ© en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi Ă  se penser « crĂ©ateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur Ă©toffe de « hĂ©ros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun.

Les deux airs mozartiens rappellent combien le riche terreau lyrique et les couleurs de l’orchestre de Mozart ont Ă©tĂ© fondateurs dans l’affirmation du gĂ©nie BeethovĂ©nien, son intense dramatisme transmis Ă  tout l’orchestre ; car s’il est fougueux et impĂ©tueux, maniant dĂšs avant Bruckner puis Mahler, l’orchestre par blocs et par pupitres, Beethoven est aussi capable d’une subtilitĂ© instrumentale inouĂŻe – ce qu’oublient le plus souvent les chefs, y compris les plus rĂ©putĂ©s. Le choix de la soprano française Vannina Santoni s’avĂšre judicieux : longueur du souffle et de la ligne, tendresse claire du timbre – on aurait souhaitĂ© davantage de texte assurĂ©ment mais la justesse de l’intonation et l’équilibre de la tessiture dans l’émission confirment la sensibilitĂ© dĂ©jĂ  romantique de Wolfgang. L’air de concert K 490 prĂ©parant idĂ©alement Ă  la concision et Ă  la profondeur du sublime « Dove sono » de la Comtesse des Nozze : air de langueur nostalgique et aussi d’exquise dignitĂ©, certes blessĂ©e voire amĂšre, mais d’un absolu et constant angĂ©lisme.

Le morceau de bravoure du programme est assurĂ©ment la Symphonie hĂ©roĂŻque de Beethoven, en mi bĂ©mol majeur de 1804, d’une ambition comme d’une ampleur
 promĂ©thĂ©ennes. Dans cette Ă©criture autant rythmique que mĂ©lodique, dans cette Ă©nergie lumineuse et guerriĂšre mĂȘme, se dessine comme une matiĂšre en constante fusion, la certitude messianique de Ludwig, pour lequel le crĂ©ateur peut enseigner (et faire entendre) aux hommes de bonne volontĂ©, les valeurs et les sons d’une sociĂ©tĂ© rĂ©novĂ©e.
Assurément les fondations que pose le compositeur dans cette Héroïque concentrent tous les espoirs et la clameur des révolutions qui ont accompagné le passage du XVIIIÚ au XIXÚ.
A la fois visionnaire et guide spirituel (et fraternel), Beethoven est bien ce hĂ©ros sans lequel l’histoire de la culture europĂ©enne n’aurait Ă©tĂ© qu’intĂ©ressante. Avec lui, elle est dĂ©terminante et prophĂ©tique. La 3Ăš cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la civilisation capable de dĂ©passer son destin et d’affirmer sa grandeur morale ; la dĂ©dicace en fut on le sait d’abord Ă  Bonaparte, hĂ©ros libĂ©rateur, hĂ©ritier des LumiĂšres, mais quand le gĂ©nĂ©ral devint empereur, Beethoven effaça son premier hommage, trahi et blessĂ© de s’ĂȘtre trompĂ© (d’oĂč, emblĂšme de la dĂ©ception, la marche funĂšbre en guise de second mouvement). De fait, l’esprit de conquĂȘte qui submerge l’auditeur tout du long, en dit assez sur l’admiration premiĂšre que porta Beethoven au hĂ©ros français.

DĂšs le premier Allegro (con brio), Jean-Philippe Sarcos domine l’orchestre, tenu Ă  la bride ; d’une furieuse impĂ©tuositĂ© qu’il canalise avec prĂ©cision et rebond. En particulier dans l’exposition et le dĂ©veloppement remarquable du 2Ăš motif (en si bĂ©mol majeur, d’abord staccato), d’une durĂ©e singuliĂšre dans le cycle symphonique de Ludwig. Le live, bĂ©nĂ©fice inestimable de cette gravure, souligne la qualitĂ© des timbres produits par les instruments d’époque : cors frĂ©missants, bois et vents d’une rondeur presque verte mais si expressive, comparĂ© Ă  la sonoritĂ© lisse des orchestres modernes. Contrastes, aspĂ©ritĂ©s, et parfois intensitĂ© ou hauteur en dĂ©faut
 mais la vivacitĂ© du concert sert l’énergie beethovĂ©nienne. Elle en transmet la pulsion et la tension.

Quelle sĂ©rieuse rupture (et assumĂ©e nette par Ludwig), avec la « Marcia funebre » oĂč perce et saisit le sentiment de deuil.
Le Scherzo exprime cette incandescence de la matiĂšre musicale, faite sĂ©rie Ă©lectrique d’étincelles oĂč brille, prodigieux apport des instruments anciens lĂ  encore, la rondeur cuivrĂ©e, plus pastorale que martiale des cors, finement caractĂ©risĂ©s.
Enfin, jubilation et Ă©tat de transe rythmique s’invitent dans le Finale, auquel Beethoven apporte une lĂ©gĂšretĂ© quasi chorĂ©graphique dans le dĂ©veloppement dialoguĂ© des pupitres : cordes chauffĂ©es Ă  blanc, bois caressants : bassons, clarinettes, hautbois
 en particulier dans l’élucidation du dernier motif, de « dĂ©livrance » et qui appelle une Ăšre nouvelle fraternelle et lumineuse en une sĂ©quence « mozartienne ».

En digne hĂ©ritier de Georges PrĂȘtre et de William Christie, Jean-Philippe Sarcos dĂ©taille ce grand festin des timbres d’époque qui articule et cisĂšle autrement le gĂ©nie beethovĂ©nien.
Surgit irrĂ©pressible le sentiment qu’un monde nouveau est conçu lĂ  sous nos yeux, dans ce magma instrumental que le maestro parisien nous fait entendre ; dans ce bain premier, primitif, chocs et frottements, Ă©tincelles du futur. VoilĂ  qui augure opportunĂ©ment de la prochaine annĂ©e Beethoven 2020, et apporte une nouvelle dĂ©monstration de l’apport indispensable d’un orchestre sur instruments d’époque dans la connaissance de la symphonie romantique europĂ©enne. La 3Ăš symphonie fut la premiĂšre des symphonies de Ludwig Ă  ĂȘtre crĂ©Ă©e Ă  Paris, par la sociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en mars 1828. L’orchestre Le Palais royal nous fait revivre ici la sensation d’assister Ă  cet Ă©vĂ©nement historique.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200L’enregistrement live est rĂ©alisĂ© dans la salle de concert du Premier Conservatoire de Paris, 2 bis rue du Conservatoire (75009), Ă©crin historique liĂ© Ă  l’histoire symphonique dans la Capitale, c’est lĂ  que la Symphonie de Beethoven a Ă©tĂ© jouĂ©e en 1828 ; c’est lĂ  encore que Berlioz a crĂ©Ă© sa sublime Fantastique. Saluons Jean-Philippe Sarcos de rĂ©tablir la riche tradition symphonique dans le lieu qui reste emblĂ©matique de tant d’évĂ©nements pour l’essor de l’écriture orchestrale en France.

CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN : Eroica, Symph n°3 / MOZART : airs lyriques (K.490 / « Dove sono »). Vannina Santoni, soprano. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Jean-Philippe SARCOS, à propos du cd Le Temps des Héros : BEETHOVEN / MOZART  -  propos recueillis en octobre 2019

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CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi cette symphonie de Beethoven ? En quoi la partition permet-elle de prolonger et d’approfondir votre travail avec les instrumentistes ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : La 3Ăš symphonie « HĂ©roĂŻque » s’inscrit dans l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven que Le Palais royal a rĂ©alisĂ©e de 2013 Ă  2016. Les symphonies de Beethoven, comme Le Clavier bien tempĂ©rĂ© pour les pianistes, reprĂ©sentent un irremplaçable trĂ©sor…. LIRE notre entretien complet

 

sarcos-jean-philippe-le-palais-royal-concert-cd-le-temps-des-heros-inspirations-italiennes-concert-annonce-critique-concert-classiquenews

CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018)

LOCAL BRASS quintette critique cd classiquenews KLA065couv_lowCD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018). LaurĂ©ats du prestigieux Osaka International Chamber Music Competition (Japon), les 5 cuivres du quintette Local Brass (formation parisienne nĂ©e en 2015) fixe envies, inspirations, rĂ©pertoires, rencontres 
 vĂ©cues pendant leurs trois premiĂšres annĂ©es de partage et de travail en musique de chambre. Les capacitĂ©s des jeunes instrumentistes semblent infinies au diapason d’une hyperactivitĂ© qui en dit long sur leur engagement et promet de futures belles rĂ©alisations : ne prenez que le cas de l’un d’entre eux, TancrĂšde Cymermann, professeur de tuba et d’euphonium au conservatoire de Cambrai
 dont le goĂ»t de la transmission s’électrise d’une rare disposition pour le jeu collectif (et l’écoute qui va avec
).
L’éventail des oeuvres de ce premier rĂ©cital discographique tĂ©moigne d’un Ă©largissement du rĂ©pertoire pour le quintette marquĂ© par la jeunesse et l’audace, le goĂ»t de l’exploration de nouveaux mondes sonores, comme en tĂ©moignent les deux crĂ©ations Ă  l’affiche de cette premiĂšre : « Souffle du ciel sur l’acier » de Jean-Claude Gengembre (timbalier solo du Philhar de Radio France), et « A game for six » de Thomas Enhco oĂč le piano dialogue avec les 5 cuivres en une Ă©popĂ©e instrumentale qui manie habilement impro jazzy et gĂ©nĂ©rositĂ© de timbres.
Pour se chauffer les 5 jouent les transcriptions des Valses PoĂ©tiques de Granados (arrangement Gabriel Philippot). Du piano au 5 cuivres, mĂ©lodies et rythmes gagnent un galbe nouveau, chaud et rond, oĂč la fusion des couleurs et des demi teintes cuivrĂ©es, en tuilage savamment calibrĂ©s, composent une mosaĂŻque sonore qui ressuscite le panache et la truculence ibĂ©riques. Granados permet de jouer sur la brillance caractĂ©risĂ©e et souvent opulente (pleine de saine ardeur mĂ©diterranĂ©nenne) des timbres : beaux contrastes de caractĂšres entre la valse lente et l’allegro humoristique, sans omettre l’abandon scherzando de « l’Allegretto » (au phrasĂ© Ă©lĂ©gantissime). Outre le dĂ©tail des lignes mĂ©lodiques, frappe aussi l’équilibre des plans sonores, une spatialisation naturelle instaurĂ©e par le volume propre Ă  chaque type d’instrument.

Saluons la Sonate de Derek Bourgeois (1980) en 3 mouvements: l’obligation de la prĂ©cision et de la synchronicitĂ©, le geste virtuose et libre y ont nĂ©cessairement scellĂ© ici une sonoritĂ© en partage que Local Brass dĂ©ploie remarquablement.
Comme un riche vitrail musical, colorĂ©, plein d’accents, la Sonate – triptyque joue sur l’ampleur et la rondeur de la sonoritĂ© globale et les profils individualisĂ©s que peuvent creuser chacun des instruments, surtout les 2 trompettes et le trombone. « L’Andante Piangevole » berce par sa calme mĂ©lopĂ©e, d’une sensualitĂ© inquiĂ©tante et grave
 tandis que fascine l’éloquence des seconds plans que sait ciseler chaque instrumentiste. Le finale brillant a le panache triomphant, clair et dĂ©monstratif.

CLIC D'OR macaron 200Et comme un feu d’artifice qui souligne encore l’éloquence de ce collectif Ă  la fois racĂ© et percutant, le mĂȘme Gabriel Philippot transcrit pour l’effectif enjouĂ©, la DanzĂłn n°2 d’Arturo MĂĄrquez : jubilation libre mais fine et prĂ©cise oĂč derechef le piano et les percus se joignent au Quintette inspirĂ©. Les 5 rendent hommage au fondateur du Sistema du Venezuela, JosĂ© Antonio Abreu, disparu en mars 2018, en une danse Ă  la fois mĂ©lancolique mais aux rythmes endiablĂ©s, irrĂ©sistibles auxquels les prodigieux cuivres, surtout trombone et tuba apportent un surcroĂźt de ronde bonhommie, de gĂ©nĂ©reuse ivresse, dĂ©licieusement chaloupĂ©e. Le rĂ©sultat transporte et surprend dans un morceau qui fut le plus jouĂ© de l’orchestre des Jeunes crĂ©Ă© par Abreu. RĂ©jouissante premiĂšre, et dans un effectif original.

 

 

 

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CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / enregistrement réalisé en juil 2018)

Granados : Valses Politicos
Gengembre : Souffle du ciel sur l’acier
Enhco : A game for six*
Bourgeois : Sonata
Marquez : Danzon n°2**

Local Brass Quintet
François PETITPREZ / Trompette – ‹Javier ROSSETTO / Trompette – ‹Benoit COLLET / Cor‹ – Romain DURAND / Trombone – ‹TancrĂšde CYMERMAN / Tuba.
InvitĂ©s :‹ Thomas ENHCO / Piano‹* – Mathilde NGUYEN / Piano‹** – Cyrille GABET / Percussions**.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/musique-de-chambre/stay-tuned-detail

Label : Klarthe Records
Référence : 8314288120825
EAN : 5051083142885

CD, critique. VIVALDI : Judith Triumphans, 1716 – Savall (2 sacd Alia Vox, oct 2018)

vivaldi-judith-triumphans-jordi-savall-alia-vox-cd-review-cd-critique-classiquenews-opera-review-critique-opera-9200000118447280CD, critique. VIVALDI : Judith Triumphans, 1716 – Savall (2 sacd Alia Vox, oct 2018) – Depuis 1714, en MĂ©diterranĂ©e : voilĂ  7 fois que Venise mĂšne une campagne contre les musulmans. Une catastrophe pour les europĂ©ens catholiques jusqu’à ce que les Habsbourg participent Ă  l’effort de guerre ; le 5 aoĂ»t, le Prince EugĂšne de Savoie mate les musulmans Ă  Petrovaradin. Puis ce fut l’éclatante victoire vĂ©nitienne sur Corfou. Vivaldi tĂ©moin vĂ©nitien de ce « prodige » inespĂ©rĂ©, compose pour l’Ospedale della PietĂ  dont il a Ă©tĂ© en mai 1716 confirmĂ© dans son poste de maestro de’ concerti, compose un oratorio spectaclaire, d’un luxe instrumental inouĂŻ alors, crĂ©Ă© in loco en novembre 1716 : Judith Triumphans. Le livret de Cassetti renforce l’angĂ©lisme fĂ©minin des hĂ©roĂŻnes (Judith / Abra) et Ă©voque avec grande poĂ©sie l’exploit de la juive, prĂȘte Ă  tout pour libĂ©rer son peuple des barbares Assyriens menĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Holopherne. ÂgĂ© de 38 ans, le Pretre Rosso livre alors l’une de ses partitions les plus inspirĂ©es qui doit ĂȘtre mise en relation avec sa carriĂšre Ă  l’opĂ©ra. Les troupes rĂ©unies ans ce live d’octobre 2018 par Jordi Savall Ă  Paris, relĂšvent les multiples dĂ©fis d’un ouvrage ambitieux, trĂšs demandeur pour les chanteuses, tout autant redoutable pour les instrumentistes qui caractĂ©risent chaque sĂ©quence et chaque portrait dramatique, les vĂ©nitiennes comme les Assyriens. Tout en annonçant Haendel par sa verve et son imagination pastorale, Vivaldi inaugure alors une collection d’oratorios sur le thĂšme de la ville de BĂ©thulie libĂ©rĂ©e dont Jommelli (napolitain citĂ© par Balzac dans sa nouvelle musicale Sarrasine) puis Mozart seront les interprĂštes particuliĂšrement inspirĂ©s eux aussi (La Betulia Liberata sur un texte de MĂ©tastase).

Distinguons d’abord l’une des deux cantatrices d’exception qui illuminent le live parisien de 2018. Pour le rĂŽle de Vaghaus, le serviteur d’Holopherne, se dĂ©ploie le chant souple et angĂ©lique, ductile et inspirĂ© sans affĂšterie, et d’une trĂšs belle couleur dramatique, de la soprano Ă©cossaise Rachel Redmond. Sa conception du rĂŽle qui est celui d’un tĂ©moin face au bras armĂ©, vengeur de Judith, demeure plus que convaincante ; quand elle constate la mort de son maĂźtre au II, le serviteur bascule dans un air terrifiĂ© (lire ci dessous la partie II) : le timbre, le style, l’aisance et la brillance de la voix expriment au plus juste ce cƓur ardent et si tendre, complice de l’hĂ©roĂŻne («  Umbrae carae », oĂč elle dessine le destin guerrier certes mais surtout humain de la « Judith triomphante »).

HĂ©las, moins sĂ»r et moins affirmĂ©, d’une caractĂ©risation instable Ă  notre avis, l’Holopherne de Marina de Liso, d’autant que l’aplomb dramatique et expressif, plus Ă©vident en seconde partie, nuisent Ă  l’intelligibilitĂ© et l’articulation du texte.
Et la Judith de Marianne B. Kielland ? Le dĂ©but est bas, et trĂšs peu juste, plus mezzo serrĂ© que militante illuminĂ©e par son exploit Ă  venir. MĂȘme en cours de reprĂ©sentation, la chanteuse reste en deçà du rĂŽle : elle n’a ni le rayonnement moral, ni la dĂ©termination combattive ; et manque trop d’implication. D’une façon gĂ©nĂ©rale, le chant est lointain, distanciĂ© et trĂšs serrĂ©, avec des graves Ă©crasĂ©s. Dommage.
Heureusement Abra (le soprano fin et mordant de Lucia Martin-CartĂłn), dans sa couleur androgyne de petit garçon,  affirme une tout autre tempĂ©rament, plus naturel et bien articulĂ©, d’autant plus que son premier air l’expose particuliĂšrement, – avec seulement le continuo rĂ©duit Ă  la basse de viole
 Engagement plus subtil confirmĂ© par son air suivant avec choeur. Voici avec Vaghaus, l’emploi le plus mĂ©ritant de la soirĂ©e.

 
 

Judith triomphante
Tendresse guerriùre des femmes


 
 

Dans la rĂ©alisation orchestrale, malgrĂ© le manque de prĂ©cision comme de fiĂšvre de la mezzo dans le rĂŽle-titre, Jordi Savall soigne les dĂ©tails, couleurs, timbres, accents d’une partition qui touche souvent pas sa tendresse fĂ©minine ; comme si les personnages en cours d’action Ă©taient les premiers Ă  se surprendre par leur courage insoupçonnĂ©. On relĂšve de beaux moments comme ce monologue de Judith, Ă  la fois fĂ©minine (elle s’adresse Ă  sa suivante Abra) et pourtant femme forte, trĂšs dĂ©terminĂ©e pour sauver son peuple : du Vivaldi Ă  son meilleur ; ainsi le chalumeau / clarinette, aux couleurs dĂ©jĂ  romantique, pastorale et hautement inspirĂ©e (qui exprime la hauteur morale de l’hĂ©roĂŻne  : « Veni veni ma sequere fida”, plage 25). LĂ  encore, on regrette le manque de relief linguistique ; l’absence de mordant expressif de la part de la mezzo qui chante, dĂ©simpliquĂ© et plutĂŽt lisse.

judith-triumphans-oratorio-vivaldi-oratorio-critique-cd-alia-vox-opera-critique-review-classiquenews-jordi-savallLa seconde partie, dĂ©voilant la situation du camp des « barbares » assyriens en Thrace (Holopherne / Ozias) est plus dramatique, nerveuse, Ă©volution trĂšs palpable dans la tenue affinĂ©e de l’orchestre dans certains airs, Ă  la couleur sombre et virile (air d’Holopherne : « Nox obscura tenebrosa », dont la partie plus grave convient mieux Ă  Marina de Liso). Face Ă  l’ardent dĂ©sir qui brĂ»le le cƓur d’Holopherne, Judith exprime un autre feu, celui moral et spirituel exigĂ© par son Ăąme, prĂȘte Ă  verser le sang de l’infĂąme (air sur continuo de cordes en piz et mandoline : « Transit aetas, volant anni » : oĂč  MB Kielland fait surgir une sincĂ©ritĂ© jusque lĂ  absente qui relĂšve du gĂ©nie dramatique et poĂ©tique de Vivaldi. D’ailleurs sur ce mĂȘme registre de la sensibilitĂ© vivaldienne, il est tout autant pertinent de mettre en valeur comment Vivaldi nous transmet l’humanitĂ© du gĂ©nĂ©ral Holopherne, virilitĂ© capable de s’adoucir et de ciseler son dĂ©sir / amour pour la belle juive (superbe air pour hautbois et orgue obligĂ©s, en duos concertant : « Noli, o cara, te adorantis » : chanson amoureuse des plus tendres et suaves). Un chant de plĂ©nitude et d’extase amoureuse auquel rĂ©pond l’appel Ă  la paix pour une BĂ©thulie pacifiĂ©e, sans guerre, entonnĂ©e par une Judith transfigurĂ©e par cet humanisme pacifique et fraternel (« Vivat in pace »)
 Le compositeur sait se renouveler, subimant une partition qui n’aurait pu n’ĂȘtre qu’Ɠuvre de complaisance et strictement circonstantielle. Rien de tel.
EmblĂšmes d’une action musicale ciselĂ©e dramatiquement par Vivaldi, on sera passĂ© par des moments trĂšs raffinĂ©s eux aussi, comme celui du choeur de la soldatesque ivre (« Plena nectare »), d’une Ă©lĂ©gante et souple caractĂ©risation par Savall. Et quand la main droite assĂšne son coup tranchant, de dĂ©livrance (contre Holopherne, « l’impie, l’indigne tyran »), les instruments cisĂšlent le plus poĂ©tique des continuos, dans cet accomplissement Ă  la fois tragique et espĂ©rĂ© (air de Judith, plage 19 du cd2 : «  In somno profundo »), oĂč le violon solo indique clairement la peur de Judith et aussi sa volontĂ© de la dĂ©passer face Ă  l’horreur de son acte, et l’urgence Ă  accomplir son destin pour le bien de son peuple.

 
 

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MalgrĂ© les limites de la chanteuse dans le rĂŽle titre (petite voix, graves Ă©crasĂ©s), l’architecture dramatique et le traitement musical de l’exploit de Judith relĂšvent du gĂ©nie musical et poĂ©tique de Vivaldi. Dans la continuitĂ© de la sĂ©quence centrale, les deux airs qui suivent, celui d’Abra, incandescent, de libĂ©ration (« Si fulgida per te » par LucĂ­a Martin-CartĂłn, exaltĂ©e, articulĂ©e, troublante), puis le vertigineux et trĂšs mĂ©lismatique « Armatae face, et anguibus a cae » (Rachel Redmond, aux vocalises fouettĂ©es, prĂ©cises, en panique
 car son maĂźtre a Ă©tĂ© outrageusement dĂ©capitĂ© pendant son sommeil) ferment ce noyau tragique, dramatique, essentiel dans le dĂ©roulement de l’action. Les deux chanteuses -dĂ©jĂ  distinguĂ©es, hissent haut le niveau de l’incarnation vocale ; faisant de ses deux instants, de vraies fulgurances opĂ©ratiques. Les perles de l’oeuvre et de la distribution.
La suite est plus convenue, et strictement de complaisance, par la voix d’Ozias, qui rĂ©vĂšle alors la clĂ© sĂ©mantique de cet oratorio que d’aucun aurait trouvĂ© Ă©loignĂ© de la geste hĂ©roĂŻque vĂ©nitienne : en rĂ©alitĂ©, Cassetti a Ă©crit un txte cĂ©lĂ©brant la gloire des VĂ©nitiens victorieux ; comme est invincible BĂ©thulie, libĂ©rĂ©e par Judith, Venise la sĂ©rĂ©nissime est elle aussi imprenable : l’oratorio de 1716 cĂ©lĂšbre la victoire de Venise contre les turcs, grĂące au triomphe du MarĂ©chal  Matthias von Schulenburg Ă  Corfou en juillet 1716.

La distribution reste inĂ©gale voire dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, le maillon faible Ă©tant la Judith, serrĂ©e, poitrinĂ©e et peu articulĂ©e de MB Kielland. GalvanisĂ©es par la finesse Ă©lĂ©gante des instrumentistes dirigĂ©s par Jordi Savall, les deux sopranos, Rachel Redmond et LucĂ­a Martin-CartĂłn, nous rĂ©galent toutes deux de chacun de leurs airs, dont ceux si difficile de la seconde partie (« pars altera »). La vision de Savall apporte un Ă©clairage vivifiant sur le texte et la parure vivaldiens. Les couleurs et le rythme tragique de cet oratorio de pleine maturitĂ© rĂ©sonnent ici comme ceux d’un opĂ©ra sacrĂ©. La tendresse qui rayonne par et autour du personnage de Judith, la gloire instrumentale qui lui est promise, acquise face Ă  sa force morale et l’accomplissement de l’acte, les couleurs tendres et humaines de l’action sont clairement dĂ©ployĂ©s sous une direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rĂ©e ; clairement, ce Vivaldi de 1716 annonce directement par la caractĂ©risation poĂ©tique des situations et le portrait vocal des protagonistes
 les meilleurs oratorios de Haendel. En dĂ©pit de nos rĂ©serves, la lecture est exaltante et dramatiquement idĂ©alement caractĂ©risĂ©e.

 
 

 
 

 
 

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CD, critique. Antonio Vivaldi : Judith Triumphans / Judith triomphante (2 sacd ALIA VOX, live oct 2018)
Le Concert des Nations
La Capella Reial de Catalunya
Jordi Savall, direction

distribution :
Marianne Beate Kielland, mezzo-soprano (Judith)
Rachel Redmond, soprano (Vagaus)
Marina De Liso, mezzo-soprano (Holopherne)
LucĂ­a MartĂ­n-CartĂłn, soprano (Abra)
Kristin Mulders, mezzo-soprano (Ozias)
Lluís Vilamajó, chef de chƓur
Manfredo Kraemer, concertino

Illustrations :
Judith (August Riedel, 1840, illustration ci-contre) ·
Judith tient la tĂȘte d’Holopherne par Cristoforo Allori – le visuel du cd Alia Vox ne reprĂ©sente pas la meilleure version de l’oeuvre qui est conservĂ©e aux Palazzo Pitti Ă  Florence (DR).

 
 

 
 

Livre événement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019)

domenico-scarlatti-portrait-classiquenews-portrait-concert-festival-critique-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019). L’oeuvre dĂ©voile et prĂ©cise le profil d’un auteur qui se dĂ©robe
 La question est donc posĂ©e : Mais qu’est-ce qu’une sonate de Scarlatti ? « Un monde miniature. L’infiniment grand dans l’infiniment petit. Un tĂ©lescope dans lequel on voit se mouvoir les planĂštes dans un univers en expansion. De la vie condensĂ©e et de la fantaisie cadenassĂ©e par les mathĂ©matiques.Des “comprimĂ©s de bonheur” comme Ă©crivait Giono
 Et beaucoup d’autres choses que l’on va dĂ©couvrir dans cet ouvrage
. « . ComplĂ©tons la prĂ©sentation de l’éditeur, en particulier l’expression de l’amour secret inavouĂ© du maĂźtre professeur pour son Ă©lĂšve si douĂ©e, Maria Barbara, jeune princesse de Lisbonne, bientĂŽt Reine d’Espagne.
Chacune des 555 Sonates de Domenico Scarlatti le fils (1685 – 1757) ne serait-elle pas le fruit d’un pacte secret, entre la souveraine et le compositeur qui fut son professeur de clavecin depuis sa premiĂšre adolescence ? En explicitant la genĂšse de ces Ɠuvres inclassables, pochades dont la rapiditĂ© fulgurante le dispute Ă  la volubilitĂ© expressive, l’auteur, dans un style remarquablement fluide – comme l’art de Domenico, touche au plus juste : ce qui fonde ici l’amitiĂ© et l’estime entre le serviteur et la reine ; le mentor et la bien nĂ©e inacessible, et pourtant si complice.
La figure de Carlo Broschi, c’est Ă  dire Farinelli lui mĂȘme, le plus grand sopraniste et castrat napolitain du XVIIIĂš croise le chemin et la destinĂ©e romanesque de ce couple impossible. Dans une relation intime avec le couple royal, Maria Barbara et son Ă©poux Ferdinand VI en poste Ă  Madrid dĂšs 1746, Domenico livre toute la musique personnelle, de connivence avec le responsable des divertissements royaux, Farinelli. On se prĂȘte alors Ă  fantasmer aux duos savoureux entre Farinelli et la Reine accompagnĂ©s par Scarlatti II au clavier.
scarlatti domenico biographie portait livre martin mirabel actes sud critique review livre classiquenewsPersonnalitĂ© lunaire, presque saturnienne mĂȘme, c’est Ă  dire rĂȘveuse, secrĂšte et pudique, Scarlatti se dĂ©voile Ă  pas comptĂ©s dans un texte qui ressuscite le cercle de ses proches, les acteurs de sa vie musicale : sa rencontre avec son futur disciple Ă  Madrid, Padre Soler qui sous la dictĂ©e du MaĂźtre, copie chaque Sonate pour les archives de la Reine (aujourd’hui 15 volumes conservĂ©s Ă  Venise, et qui furent ainsi vendus aprĂšs la mort de Farinelli en 1782, rĂ©cupĂ©rĂ©s par la SĂ©rĂ©nissime pour la Marciana). Mais si Scarlatti l’homme a gardĂ© ses secrets (dure relation avec le pĂšre ; trop discrĂšte vie sentimentale, ses goĂ»ts musicaux, etc
), l’impact de son art, la fascination qu’exercent toujours ses exercices improvisĂ©s, heureusement notĂ©s pour partie dans les partitions qui nous sont parvenues (Essercizi) produisent un effet immĂ©diat dĂšs aprĂšs sa mort : comprenant qu’ils ont affaire Ă  un gĂ©nie du clavier, avec Bach, Clementi, Liszt, - Chopin mĂȘme, le jouent, le comprennent, l’estiment. Plus tard, Schumann admiratif, en transmet le culte au jeune Brahms, qui aimera consulter et jouer les presque 250 essercizi de sa collection personnelle. Mais au delĂ  de la virtuositĂ© technique que Scarlatti pose d’emblĂ©e Ă  tout interprĂšte dĂ©fricheur, comme condition sinequanon, Wanda Landowska, la pionniĂšre pour sa rĂ©habilitation au dĂ©but du XXĂš rĂ©tablit le lien vital qui unit la musique dansante de Scarlatti avec la rue grouillante et populeuse. La vie plutĂŽt que la sophistication musĂ©ale. La pulsion du dĂ©sir plutĂŽt que la technicitĂ© mĂ©tronomique
 Le secret de Scarlatti est lĂ  : exprimer le flux du sang, la vitalitĂ© suractive des artĂšres, la saine palpitation de la rue bariolĂ©e. Texte captivant et limpide. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200Livre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019) – 10,0 x 19,0 / 176 pages – ISBN 978-2-330-12225-6 – Prix indicatif : 17 € – CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

DAMIEN TOP chante les mĂ©lodies d’ALBERT ROUSSEL

damien_top_tenor1_285_285rPARIS, Salle Cortot. ROUSSEL : MĂ©lodies. Ven 20 sept 2019. Le tĂ©nor Damien TOP, grand-spĂ©cialiste de l’oeuvre d’Albert Roussel et biographe inspirĂ©, propose une soirĂ©e exceptionnelle dĂ©diĂ©e au mĂ©lodies de Roussel, un Ă©vĂ©nement dans l’agenda parisien et qui vient opportunĂ©ment cĂ©lĂ©brĂ© l’anniversaire ROUSSEL 2019 (150Ăš anniversaire de la naissance). Plusieurs inĂ©dits (La chanson de l’archer, Tristesse au jardin
) seront recrĂ©Ă©s salle Cortot, cristallisant ce qui dĂ©termine l’inspiration du compositeur douĂ© pour le raffinement et l’allusion, classicisme et exotisme (en liaison avec son premier mĂ©tier d’officier de la Marine).
Paris n’a pas accueilli de rĂ©citals de mĂ©lodies de Roussel depuis trĂšs longtemps ; assez pour faire du rĂ©cital de Damien Top un Ă©vĂ©nement remarquable dans l’annĂ©e Roussel en France. Le tĂ©nor avait prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ© un programme en 1987 Ă  Tourcoing, la ville natale de Roussel, pour le 50Ăš anniversaire de sa mort. A peu prĂšs la moitiĂ© de ses mĂ©lodies seront ainsi ressuscitĂ©es, vrais dĂ©fis pour les interprĂštes car Roussel, connu pour son perfectionnisme, ne laisse rien au hasard.
En ouverture, un essai de jeunesse, d’amateur, destinĂ©e peut-ĂȘtre aux salons, (ou Ă  une soirĂ©e entre marins
), La Chanson de l’archer datĂ©e de 1885/90 est tirĂ©e du Conte de l’Archer, de 1883 d’Armand Silvestre, dans lequel Roussel puisa en ces jeunes annĂ©es Ă  diverses reprises. Comme l’ai fait aussi Massenet.
Sous Louis XI, l’archer Tristan « sorte de poĂšte, aimant Ă  rĂȘver aux Ă©toiles par les belles nuits d’étĂ© » revient vers Isabeau sa bien-aimĂ©e. Roussel pour son dernier projet “Le TĂ©mĂ©raire” en 1937 semble renouer avec sa premiĂšre oeuvre ; il y est question Ă©galement de Louis XI, contre lequel se rĂ©voltent le Duc de Bourgogne et le peuple flamand.
La Chanson Ă©voque le terreau d’oĂč est parti le compositeur. Un auteur douĂ© pour la mĂ©lodie comme l’attestent les piĂšces qui suivent : sa premiĂšre mĂ©lodie publiĂ©e, l’op.3 : Le DĂ©part, partition de perfection qui est suivie d’un chef-d’oeuvre : Le Jardin mouillĂ©.

Le reste du programme souligne la variĂ©tĂ© d’inspiration du musicien, son extrĂȘme habiletĂ©, sa subtilitĂ© suggestive. AprĂšs une longue pĂ©riode oĂč le compositeur puise dans les vers d’Henri de RĂ©gnier, – pĂ©riode de ses Ă©tudes Ă  la Schola Cantorum, Roussel se tourne vers l’exotisme des adaptations d’Henri Pierre RochĂ© avec les poĂšmes chinois dont il s’inspire Ă  trois reprises. Si les modes pentatoniques innervent les premiers, l’opus 47 nous mĂšne au bout de ses recherches d’Ă©criture, allant au delĂ  de la tonalitĂ© en perdant tout repĂšre. A l’aprĂšs-guerre, Roussel interroge l’AntiquitĂ© grecque (comme l’attestent ses Ɠuvres symphoniques : La Naissance de la lyre, Bacchus et Ariane, etc.). Dans le genre de la mĂ©lodie, il s’agit des Odes AnacrĂ©ontiques, textes de Leconte de Lisle qui mĂȘlent bravoure guerriĂšre, amour ivresse.

 

 

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PARIS, Salle Cortotboutonreservation
Récital de Damien TOP, ténor
MĂ©lodies d’Albert ROUSSEL
Vendredi 20 septembre 2019, 20h30

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.sallecortot.com/concert/albert_roussel__luvre_melodique.htm?idr=28239

 

 

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Programme :

 

La Chanson de l’archer, inĂ©dit
Tristesse au jardin, inédit
Quatre PoĂšmes op. 3 (1903) : Le DĂ©part, VƓu, Le Jardin mouillĂ©, Madrigal lyrique
Flammes op. 10 (1908)
Deux PoÚmes chinois op. 12 (1907-1908) : Ode à un jeune gentilhomme, Amoureux séparés
Deux mélodies op. 20 (1919) : Le Bachelier de Salamanque, Sarabande
Odes anacrĂ©ontiques op. 31 (1926) : Sur lui-mĂȘme, Qu’il faut boire, Sur une jeune fille
Odes anacrĂ©ontiques op. 32 (1926) : Sur lui-mĂȘme, Sur une jeune fille, Sur un songe
Jazz dans la nuit op. 38 (1928)
A Flower given to my daughter op. 44 (1931)
Deux poÚmes chinois op. 47 (1932) : Favorite abandonnée, Vois de belles filles
Deux mĂ©lodies op. 50 (1933-1934) : L’Heure du retour, CƓur en pĂ©ril

 

 

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ROUSSEL MÉLODISTE


gorge-du-petit-aillyD’autres poĂštes souvent secondaires dont il choisit les meilleurs textes (Jean-Aubry, Chalupt, Ville, Oliphant…) constituent un autre corpus remarquable . Roussel revient Ă  plusieurs reprises Ă  RenĂ© Chalupt (un goĂ»t que partage Delvincourt : “Onchets“,1929) pour nous livrer notamment l’absolue rĂ©ussite de l’opus 20 : Sarabande et Le Bachelier de Salamanque. Comme Ravel, grand amateur des rythmes outre-Atlantique, la connaissance du jazz dans l’écriture de Roussel se retrouve synthĂ©tisĂ©e  et distanciĂ©e dans Jazz dans la Nuit, Ă©tonnante crĂ©ation.
Le concert s’achĂšve avec sa derniĂšre mĂ©lodie publiĂ©e, une sorte de testament Ă  destination de son Ă©pouse bienaimĂ©e : ” Si quelquefois tu pleures, cherche-moi prĂšs de toi, j’y serai.” Le contrepoint y devient Ă©pure, digne rĂ©fĂ©rence Ă  
 Bach.
« Chaque mélodie constitue un univers ayant son style propre et cette faculté de renouvellement constant est admirable chez Roussel. Aucune oeuvre ne se ressemble et pourtant dÚs les premiÚres mesures, un style inimitable se dégage », précise Damien TOP.

 

 

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LIRE aussi prĂ©sntation de l’Ɠuvre d’ALBERT ROUSSEL
par le CIAR Centre International Albert ROUSSEL
http://ciar.e-monsite.com
Présentation du 23Ú Festival International ALBERT ROUSSEL

LIRE aussi notre critique du livre de Damien TOP : ALBERT ROUSSEL
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/
CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016

 

 

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cortot-salle-concert-festival-annonce-critique-critique-classiquenews

 

 

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CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019)

berlioz-requiem-nelson-hon-londres-saint-paul-philharmonia-orchestra-michael-spyres-requiem-critique-cd-review-cd-classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). Oeuvre fĂ©tiche pour Berlioz, le Requiem explore mieux qu’aucune autre de ses Ɠuvres la puissance de la spatialisation adaptĂ©e pour un trĂšs grand effectif voix / instruments. Ici dans la dĂ©mesure du chƓur et dans l’orchestre monstrueux, se dresse le peuple des hommes dĂ©semparĂ©s par l’inĂ©luctable mort. RĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles du gĂ©nĂ©ral DamrĂ©mont, mort au combat pendant la prise de Constantine, Ă©pisode majeur de la conqĂȘte de l’AlgĂ©rie par la France, la partition monumentale est crĂ©Ă©e aux Invalides le 5 dĂ©c 1837, sous la direction du chef beethovĂ©nien et berliozien, François-Antoine Habeneck, avec le tĂ©nor Gilbert Duprez (qui crĂ©era ensuite le rĂŽle de Benvenuti Cellini).
EnregistrĂ© Ă  la CathĂ©drale Saint-Paul de Londres le 8 mars 2019 par plus de 300 musiciens et choristes et le tĂ©nor Michael Spyres, la fresque berliozienne si elle tutoie le colossale, comme le Jugement Dernier Ă  saint-Pierre par Michel Ange, n’écarte pas surtout la dĂ©chirante plainte humaine. John Nelson signe ici une lecture nimbĂ©e de spiritualitĂ© dans une sonoritĂ© ample et pourtant claire, qui fouille jusqu’aux limites, la sensation spatiale Ă  laquelle tenait tant le bouillonnant auteur de la Fantastique.

L’excellente prise de son restitue l’ampleur sous la voĂ»te londonienne, avec des effets de rĂ©verbĂ©rations qui obligent les interprĂštes et le chef Ă  nĂ©gocier avec le retour et le son tournoyant, afin de rĂ©gler la prĂ©cision des attaques et des tutti (ce qui n’écarte pas certains dĂ©calages). De ce point de vue, le spectre sonore ajoute Ă©videmment Ă  la noblesse grave, cette langueur d’abandon qui marque le premier mouvement (IntroĂŻt), dans lequel on regrette cependant la dilution des voix chorales (les femmes et les tĂ©nors principalement). MalgrĂ© ces infimes rĂ©serves, le grand Ɠuvre berliozien s’extirpe ici de sa gangue obscure pour atteindre dans des tutti sidĂ©rants, la lumiĂšre d’une priĂšre sincĂšre. D’un coup s’élĂšve et se dresse l’humanitĂ© atteinte, dĂ©sireuse de dĂ©passer sa condition mortelle grĂące Ă  la seule misĂ©ricorde. Le relief de l’orchestre, la prĂ©sence des instruments par pupitres, l’accord des timbres composent un mĂ©lange harmonique, des couleurs irrĂ©elles, oĂč la spiritualitĂ© le dispute au pur fantastique, selon l’esthĂ©tique du grand Hector.

 

 

 

Ampleur et solennité,
drame et fantastique,
John Nelson inscrit le Requiem de Berlioz
dans un nimbe spirituel

 

 

 

HumanitĂ© et fraternitĂ©, Ă©lan imploratif et Ă©clairs surrĂ©els voire surnaturels, inscrits dans les vastes lignes instrumentales, forment peu Ă  peu dans ce fabuleux concert londonien, la grande mystique de Berlioz. On passe d’une sĂ©quence Ă  l’autre, saisis par l’audace des couleurs, les vertiges nĂ©s de cette spatialisation – l’expression et les visions cosmiques, d’un Berlioz visionnaire et prophĂšte. Il n’y a pas dans toute la littĂ©rature musicale au XIXĂš, de Requiem plus Ă©thĂ©rĂ©, plus suspendu, aĂ©rien, prophĂ©tisant la promesse de Paradis que dans celui de Berlioz. John Nelson l’a bien compris qui dessine et brosse la pĂąte de Berlioz avec des accents justes en souplesse et profondeur.

Jusqu’à l’Offertoire  (chƓur des Ăąmes au Purgatoire), tout s’énonce comme un appel, une priĂšre, une requĂȘte (depuis le Kyrie) ; soit la grande question de la mort, interrogeant le pourquoi et le sens de la faucheuse (marche douloureuse du Dies Irae, jusqu’à l’effroi saisissant du Tuba mirum et du Rex Tremendae
). Toujours la question du salut s’impose (« Qui sum », 3 : adressĂ© directement au « doux JĂ©sus / Pie Jesu » ).
Le chƓur murmurĂ© au dĂ©but, se lĂšve, puis martial, exhorte, bataille ; mĂšne un front certes dĂ©risoire, mais oĂč toute les forces mortelles sont engagĂ©es.
Une humanitĂ© bientĂŽt submergĂ©e par la vision du TrĂŽne au moment du jugement dernier : cuivres majestueuses aux effets spectaculaires (« le trompette au son prodigieux  ») : tout l’imaginaire spectral et cosmique de Berlioz prend forme dans cette sĂ©quence Ă  couper le souffle, idĂ©alement amplifiĂ©e et dramatisĂ©e par le lieu qui rassemble les interprĂštes, et qui dans le vacarme et la souple dĂ©flagration exprime le miracle (espĂ©rĂ©, attendu) de la RĂ©surrection. L’intelligence du chef, architecte de cette dĂ©mesure dont il assure la clartĂ© et l’équilibre en gardien, s’affirme dans cet Ă©chelle du colossal et du fantastique.

IMMENSITÉ ET CHAMPS SONORES
 Le Domine Jesu (VII) en serait le sommet oĂč perce la plainte collective d’une humanitĂ© en transit, au salut suspendu, qui espĂšre et est perdue Ă  la fois. Nelson joue sur l’immensitĂ© sonore, l’ample rĂ©verbĂ©ration lĂ  encore de la cathĂ©drale Saint-Paul ; ciselant les ondes d’un vortex proche et lointain, inscrit dans une mĂ©moire ancestrale ; il en sculpte les vagues distanciĂ©es, Ă©loignĂ©es, Ă©tagĂ©es, dans un infini spatial dont Berlioz a le secret (et le gĂ©nie : sur les mots « et sanctus Michael signifer »  ).
Cristallisation de l’imploration, et accomplissement d’un spectaculaire sonore qui signifie le dĂ©sincarnĂ© ultime de la mort.
On reste saisi par le rĂ©alisme sĂ©pulcral de l’Hostias (morsure presque grimaçante des cuivres), chƓur d’hommes implorants lĂ  encore, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, auquel rĂ©pond l’ironie cynique des trombones et des tubas.

Puis c’est l’élĂ©vation du Sanctus, pour tĂ©nor solo dont la tendresse du timbre exprime un instant de grĂące et l’humilitĂ© du pĂȘcheur, en son sort dĂ©sespĂ©rĂ© ; vaillant, presque hĂ©roĂŻque mais sans orgueil aucun, et d’une humanitĂ© fraternel qui appelle la 9Ăš de Beethoven, le trĂšs berliozien Michael Spyres rĂ©tablit cette Ă©chelle individuelle dans la fresque qui le dĂ©passe.

 

 

   

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, John Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). La version deluxe (double coffret) comprend en bonus, 1 dvd proposant l’intĂ©gralitĂ© du concert filmĂ© en la cathĂ©drale Saint-Paul de Londres.

 

 

 

Michael Spyres, ténor
Philharmonia Orchestra
Philharmonia Chorus
London Philharmonic Choir
John Nelson, direction

Grande Messe des morts, Op. 5, H. 75 / 1837 :

I. Requiem – Kyrie (IntroĂŻt) (Live)
II. Dies irae – Tuba mirum
III. Quid sum miser
IV. Rex tremendae
V. Quaerens me
VI. Lacrymosa

VII. Offertoire – Domine
VIII. Offertoire – Hostias

IX. Sanctus
X. Agnus Dei

ARTE : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 Au thĂ©Ăątre lyrique, le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) qui dĂ©testait Wagner, c’est peut-ĂȘtre lĂ  son seul dĂ©faut, anlayse, observe, scrute les corps en mouvement. Non pas ceux des chanteurs acteurs, moins les instrumentistes en fosse (quoiqu’il joue des formes des instruments : crosses, archets, etc
), surtout ce qui passionne le peintre , quand mĂȘme un peu voyeur, ce sont les danseuses. En 1868, il immortalise la danseuse EugĂ©nie Fiocre interprĂšte du ballet la Source, rĂ©cemment remis Ă  l’honneur de l’OpĂ©ra Garnier. Degas frĂ©quente assidument l’OpĂ©ra de Paris, alors rue Le Peletier
 Puis il croque au pastel, attitudes, contorsions bridant les corps, mouvements en groupe
, port de tĂȘte, arabesques des bras, des jambes, dĂ©tail des mains. Aucun portrait sauf Fiovre au dĂ©part : que des attitudes
 et des ĂȘtres qui souffrent, dans des compositions audacieuses, des cadrages photographiques. Il en dĂ©coulera la statue en cire perdue, scandaleuse tant elle est rĂ©aliste, de La Petite danseuse de 14 ans
 GrĂące Ă  son ami le librettiste et compositeur Ludovic HalĂ©vy, Degas peut atteindre les coulisses et assister aux cours et rĂ©pĂ©titions ses spectacles. Aucun doute, mĂȘme si aprĂšs l’incendie de l’OpĂ©ra Le Peletier et au moment de l’édification du futur opĂ©ra Garnier, Degas dĂ©sormais rĂ©invente ce qu’il a vu et observĂ©, dans son atelier, le temple lyrique et chorĂ©graphique demeure son laboratoire : une source essentielle pour sa crĂ©ativitĂ© d’une exceptionnelle modernitĂ©. Mais au gĂ©nie des formes nouvelles et des dispositions novatrices, Degas, mĂȘme s’il se refuse Ă  ĂȘtre dĂ©nonciateur, peint aussi la rĂ©alitĂ© sociale du mĂ©tier de danseuse : l’exposition au dĂ©sir et Ă  la convoitise des abonnĂ©s mĂąles, qui, dans la coulisse, contrastant avec le raffinement et la magie de la scĂšne, cherchent Ă  sĂ©duire et payer les jeunes crĂ©atures pour quelques heures de plaisir. De l’art Ă  la prostitution, il n’y a que quelques pas de danse, menus, menus.  Documentaire inĂ©dit, 2019. RĂ©alisation : Blandine Armand, Vincent Trisolini – 52 mn.

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 17h35. Documentaire en liaison avec l’exposition Ă©vĂ©nement rĂ©prĂ©sentĂ©e par le MusĂ©e d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2020 : http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae)

DUKAS-paul-Pauline-Ritaine-ecrits-critique-musical-DUKAS-opera-analyse-critique-livre-critique-classiquenews-aedam-musicae-sep-2019LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae). Avec Camille Saint-SaĂ«ns ou Claude Debussy, le Prix de Rome (1889) Paul Dukas (1865-1935) a suivi le sillage d’Hector Berlioz comme critique musical. Lorsqu’un compositeur dĂ©crypte le travail d’autres confrĂšres, la vision est toujours solidement argumentĂ©, rĂ©vĂ©lant autant sur les Ɠuvres concernĂ©es que sur son Ă©criture et son esthĂ©tique propres. Érudit et d’un goĂ»t trĂšs fin, l’auteur du seul opĂ©ra Ă  la fois wagnĂ©rien et debussyste : Ariane et Barbe-Bleue (1907), de L’Apprenti sorcier (1897) ou de La PĂ©ri (1911) – emblĂšme de l’ñge d’or du symphonisme et de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle / Belle Époque, rĂ©dige entre 1892 et 1932 presque quatre-cents articles oĂč la finesse le dispute Ă  un sens de la synthĂšse et de la contextualisation selon les idĂ©es et les courants de pensĂ©e Ă  son Ă©poque. Ainsi ni la polĂ©mique, ni l’ironie ne sont exclues. Dukas commente, analyse, dĂ©tecte les dĂ©fauts ou les longueurs (Dans la Walkyrie, le long duo Wotan / Fricka), identifie ce qui dĂ©termine les Ă©lĂ©ments esthĂ©tiques contemporains : symbolistes, impressionnistes, vĂ©ristes, wagnĂ©rien Ă©videmment, et spĂ©cifiquement français. Autant de convictions d’une pensĂ©e construite et trĂšs affinĂ©e qui sait dĂ©tecter les bouleversements esthĂ©tiques et institutionnels dont les rĂ©formes de l’OpĂ©ra et du Conservatoire de Paris (oĂč il enseigne tardivement la composition).
Comme Saint-Saëns, Dukas se passionne pour la redécouverte du patrimoine musical ancien (Renaissance, Baroque
) : folklores régionaux et aussi musiques extra-européennes.
Mais tout cela lui pĂšse car son temps d’écriture et d’analyse dĂ©vore celui dĂ©diĂ© Ă  la composition : il s’en ouvre clairement Ă  Vincent d’Indy qui lui, a toujours su refusĂ© toute demande de rĂ©daction critique (ce qui n’empĂȘcha pas d’affirmer haut et fort ses propres certitudes).
Dans ce volume 1, dĂ©diĂ© au « thĂ©Ăątre lyrique », l’auteure organise le corpus autographe non pas chronologiquement mais thĂ©matiquement, identifiant les grands sujets qui ont inspirĂ© le Dukas critique musical : « art & sociĂ©té » ; critiques (Hippolyte et Aricie, Castor, Les Indes Galantes
 de Rameau, mars 1894 ; La FlĂ»te enchantĂ©e, Don Juan de Mozart ; Armide et OrphĂ©e de Gluck ; Fidelio de Beethoven
, surtout la TĂ©tralogie, 1892 et Tristan, 1899, de Wagner car Dukas cĂšde aux miroitements orchestraux de Wagner ; puis le « thĂ©Ăątre lyrique contemporain » : entre autres, Samson de Saint-SaĂ«ns (1892), Werther de Massenet (1893), Falstaff de Verdi (1894), Ferval de D’Indy (1897), Louise de Charpentier (1900), les Barbares de St-SaĂ«ns (1901), Le Roi Arthus de Chausson (1903), PadmĂąvatĂź de Roussel ou Les Noces de Stravinsky (1923). Captivant regard d’un critique lui-mĂȘme compositeur pour l’opĂ©ra. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Ritaine : Paul Dukas, Écrits sur la musique (Ă©ditions Musicae / Coll. Musiques-XIX-XXe siĂšcles – 344 pages – Format : 17.5 x 24 cm (Ă©p. 2.5 cm) (625 gr) – DĂ©pot lĂ©gal : Juillet 2019 – Cotage : AEM-189 – ISBN : 978-2-919046-42-3 – CLIC de classiquenews septembre 2019.

Plus d’infos sur le site musicae.fr :
http://www.musicae.fr/livre-Paul-Dukas—Ecrits-sur-la-musique-Edite-par-Pauline-Ritaine-189-150.html