Stravinsky: Petrouchka, Le Sacre, versions de 1947 (Gatti, juillet 2011) 1 cd Sony classical

Pour le centenaire du Sacre (1913-2013), Daniele Gatti nous offre une nouvelle version du ballet sur instruments modernes. Petrouchka (1911) et dans l’ordre d’apparition chronologique, Le Sacre du printemps (1913) n’ont pas en commun le seul fait d’être des jalons essentiels dans la maturation du jeune Stravinsky au sein des Ballets Russes de Diaghilev : ils reflètent de la même façon l’exigence du compositeur quant au choix des instruments, et sont deux ballets qui mettent en scène la mort d’une victime innocente. Chez Petrouchka (Châtelet, juin 1911), la marionnette traversée par le souffle humain, s’incarne l’énergie tendre et juvénile du folklore russe d’un souffle printanier échevelé (la Fête populaire de la Semaine grasse puis Danse russe chantent l’ivresse d’une aube pleine de promesse dont l’orchestration enchante et enivre littéralement…). Cette sensualité lumineuse de l’instrumentation s’épanouit encore au début du 4è tableau (Fête populaire de la Semaine grasse, vers le soir): véritable aube instrumentale portant une espérance d’une subtilité profuse qui passe par les cordes et les bois…

Daniele Gatti
et les musiciens du National de France se montrent épatants du début à la fin de la narration du ballet, offrant de la marionnette, un souffle printanier d’une envergure héroïque… La nuance de certains climats est souvent nerveuse, et idéalement engagée. Mais on regrette la limite esthétique et poétique d’une démarche sur instruments modernes : sons pleins et puissants, couleurs unifiées, certes belles et chaudes mais souvent projetées à plein régime au risque de tutti qui finissent pas s’applatir.


Pétrouchka superlatif

Nos séquences favorites de ce point de vue perdent la tension et la fragilité, cette irrisation du multiple que permettent les instruments d’époque (version défendue aujourd’hui par un orchestre comme Les Siècles) : la Fête populaire de la Semaine grasse au soir, l’ivresse des Nounous (clarinettes délirantes), puis le voile des cordes d’une transparence suspendue digne d’un brouillard arachnéen de L’ours et un paysan sont des passages d’une poésie infinie dont seuls les instruments d’époque, -pour l’avoir vécu et ressenti en concert-, expriment l’opulence intime, la diffraction des timbres mêlés, leur caractère respectif fusionnant en un bain instrumental extatique…

Ne demandons aux musiciens sur instruments modernes que ce qu’ils peuvent produire. Et c’est déjà beaucoup: sous la baguette très assurée de Daniele Gatti, les musiciens français parviennent un tour de force dans la caractérisation et la transparence, mais aussi l’élan dramatique du ballet de 1911. De ce foisonnement sonore rythmiquement divers et très contrasté, de la flamboyance des couleurs d’un orchestre aux instruments individualisés, émerge une pensée musicale unique qui de Petrouchka mène directement au Sacre, à sa radicalisation orgiaque, à sa coupe et sa syncope volcanique autant que convulsive. Ici Petrouchka relève mieux le défi d’une partition qui malgré sa structure séquentielle, gagne une unité quasi organique grâce à l’engagement global qu’imprime le chef.

Perdant la précision, moins fouillé sur le plan des climats et des dynamiques, Le Sacre (mai 1913) s’essouffle en fin de continuum instrumental, même s’il étonne et convainc dans la partie I par sa mécanique réglée comme une horloge suisse. Très vite, dans la seconde partie, malgré d’éloquentes réussites comme l’Introduction aux couleurs mystérieuses et crépusculaires, les tutti plafonnent trop rapidemment comme par exemple dans la Danse sacrale. Comme la lecture de Philippe Jordan, la version de Daniele Gatti est l’une des approches les plus captivantes, instrumentalement fouillée, d’un fini esthétisant indiscutable.

Stravinsky: Pétrouchka, Le Sacre du printemps, versions 1947. Orchestre national de France. Daniele Gatti, direction. 1 cd Sony classical 88725445552. Enregistrement réalisé à Paris, en juin 2011.

Leopold Stokowski: The Columbia stereo recordingsCoffret 10 cd Sony classical

Le chef britannique Leopold Stokowski (1882-1977) malgré toutes les critiques qu’il n’a pas manqué de susciter tout au long de sa carrière, reste un mythe américain et ce coffret de l’intégralité de ses enregistrements chez Columbia donc aujourd’hui Sony clasical, le montre assurément.
En plus d’être curieux, amateur de créations, transcripteur visionnaire (écouter ainsi le cd 6 dédié aux transcriptions pour l’orchestre d’après Tchaïkovski, Korsakov, Debussy, Albéniz, Chopin… juillet 1976), Leopold l’anglais (il est né à Londres en 1882) s’affirme outre-Atlantique comme un chef de très grande envergure.
La notice publiée accompagnant les 10 cd le montre au fil des années, marqué par le temps mais l’esprit et l’instinct du musicien d’une finesse inébranlable, imperturbable, léonine, impériale…).
Le disque (et à l’époque les 78 tours double face) marque une nouvelle aventure musicale pour le chef: c’est même avant Solti, Karajan, un sorcier magicien soucieux d’un son phonographique particulier (le visuel de couverture le présente en mage habité, un extra terrestre modelant de ses deux mains, le phénomène sonore comme s’il s’agissait d’une sculpture souple intangible… ce portrait photographique est étonnant et si respectueux finalement de sa personnalité atypique.
On lui doit, prise de son oblige, une nouvelle configuration de l’orchestre plus ” microgénique “: violons et altos à la gauche du chef, violoncelles à sa droite: il en découle un marquage caractérisé entre aigus et basses, dessinant cette dichotomie aujourd’hui un rien archaïque mais d’une redoutable efficacité esthétique, en particulier dans la prise de ses enregistrements propres aux années 1960-80; car le maître jusqu’à 90 ans passés, n’a jamais cessé d’enregistrer, défricher, approfondir… un modèle pour tous les maestros classiques! La Columbia lui offre même un nouveau contrat explicitement favorable à maints enregistrements: rien à jeter dans cette intégrale d’une vibration particulière.
Il y a certes la prise de son particulièrement soignée: cette esthétique phonographique qui annonce par son fini et sa volonté de plénitude spatiale (Stokowski ne s’est pas engagé pour la bande son de Fantasia pour Disney, pour rien), les Karajan ou Solti après lui.
Outre le Charles Ives très inspiré (cd4, avec l’american Symphony Orchestra, prise de décembre 1966), c’est surtout entre autres albums ici réunis: le premier de février 1960 (Stokowski reprenait place au studio après 19 années de silence!) avec “son” orchestre: le Philadelphia; un effectif qu’il a modelé avec l’amour d’un passionné exigeant et généreux. Un premier cd comprenant l’Amour sorcier de Falla (prise de 1960, avec une Shirley Verrett, alors jeune et très rocailleuse dans l’esprit des chanteurs de flamenco) et surtout une sélection amoureuse extrait des actes II et III de Tristan und isolde de Wagner: hymne trépidant et d’une suractivité expressive d’une exceptionnelle motricité… C’est comme si le chef et son orchestre exprimaient jusqu’au souffle orgasmique des amants magnifiques et maudits: une classe inédite qui rétablit l’élan de l’infime tendresse et l’efflorescence des sentiments les plus intimes chez Wagner… ce premier jalon inaugure sa collaboration avec les orchestres américains (1960-1967) dont il a modelé l’approche artistique et interprétative, entre ouverture et fluidité. Que tout cela respire, créant une oxygénation lumineuse de tout l’orchestre ! Voilà qui démontre qu’au début des années 1960, le son du Philadelphia est bien celui du meilleur orchestre américain d’alors.


Stokowski: sorcier magicien

Les 6 derniers albums (5 à 10) évoquent la collaboration londonienne avec le National Philharmonic orchestra, ultime travail orchestral commencé en 1976 et jusque peu avant son décès, en septembre 1977.
Nonagénaire, le sémillant jeune homme embrase la matière orchestrale: tout y est fluide, extatique, suspendu, d’une active fluidité et surtout d’une intelligence dynamique exemplaire en particulier dans cette Suite extraite du Tristan wagnérien. Même accomplissement pour sa sélection d’après La Belle au bois dormant qu’il intitule Le mariage d’Aurore et dont l’innocence solaire, la tendresse, la vitalité chorégraphique subjuguent totalement (National Philharmonic Orchestra, mai 1976 à 94 ans!).
Autre aboutissement artistique absolu, le cd comprenant la Symphonie n°4 “Italienne” de Mendelssohn enchaînée avec la Symphonie romaine de Bizet: deux hymnes ardents baignés de soleil et d’une juvénilité rayonnante, d’un feu et d’une intelligence là encore irrésistibles : c’est le chant du cygne d’un adolescent ivre de lyrisme et de pétillance alors âgé de 95 ans et qui en mai et juin 1977, 3 mois avant sa disparition est d’une exaltation sincère littéralement à pleurer. Et que dire encore de sa Symphonie n°2 de Brahms (avril 1977), à la fois mesurée et d’une profondeur unique.

Avec ses orchestres américains et anglais des années 60-70 (Philadelphia Orchestra, American Symphony orchestra puis National Philharmonic Orchestra), qui n’avaient pas encore cette maîtrise philologique des phalanges sur instruments d’époque, Stokowsky démontre pourtant la justesse d’une vision artistique d’une absolue sincérité: voilà qui prouve que le seul choix des instruments ne fait pas tout… Ici il est question de sensibilité ardente, de hauteur de vue, de compréhension intime des partitions: la vérité et la franchise du geste, son humanité, sa sensibilité nous touchent aujourd’hui et font de ce coffret l’une des plus bouleversantes expériences sonores vécues par le disque. Chapeau maestro ! Merci à Sony classical de permettre ce miracle à quelques mois de Noël: courrez acheter ce coffret: il ne peut faire que des heureux.

Leopold Stokowski (1882-1977): The Columbia stereo recordings, 10 cd Sony classical. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto Brandebourgeois n°5 en ré majeur, BWV 1050. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°5 en mi bémol majeur, op. 73 « L’Empereur ». Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, suites n°1 et n°2 ; L’Arlésienne, suites n°1 et n°2 ; Symphonie en ut majeur. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur, op. 73 ; Ouverture Tragique, op. 81. Manuel de Falla (1876-1946) : El Amor Brujo (L’Amour Sorcier). Charles Ives (1874-1954) : Symphonie n°4 ; Robert Browning Overture ; 4 Songs for chorus and orchestra. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 en la majeur, op. 90 « Italienne ». Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°1 en mi mineur, op. 39 ; Le Cygne de Tuonela, op. 22 n°3. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Le Mariage d’Aurore, musique du ballet La Belle au Bois dormant. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, Liebesmusik des actes II et III. Transcriptions par Leopold Stokowski d’œuvres de Isaac Albéniz (1860-1909), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Frédéric Chopin (1810-1849), Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Claude Debussy (1862-1918), Ottokar Nováček (1866-1900), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893). William Kincaid, flûte ; David Theodore, hautbois ; Michael Windfield, cor anglais. Anshel Brusilow, violon ; Fernando Valenti, clavecin ; Glenn Gould, piano. Shirley Verrett, mezzo-soprano ; Schola Cantorum of New York, Ithaca College Concert Choir, Gregg Smith Singers. Philadelphia Orchestra, direction : Leopold Stokowski. American Symphony Orchestra, direction : Leopold Stokowski, José Serebrier, David Katz. National Philharmonic Orchestra, direction : Leopold Stokowski. 1 coffret 10 CD Sony Classical 88691971152. Code barre : 886919711523. Enregistré entre février 1960 et juin 1977 à Philadelphie, New York City, Londres. ADD. Notice argumentée et richement illsutrée. Un modèle d’excellence éditoriale.

Massenet: Cendrillon, 1899. Joyce DiDonato2 dvd Virgin classics (Royal Opera House, 2011)

Massenet: Cendrillon (DiDonato,de Billy, 2011).
Peu avant le centenaire 2012 de Massenet, cette production vient à poings nommés nous rappeler combien Jules Massenet est tout autant psychologique et fin que passionné et juste (voir le duo entre Cendrillon et son père au III). Ce que l’on tient pour de l’emphase est une incompréhension de son style qui à l’heure de la Belle Epoque, défend une sensibilité sincère. Toute l’attention des interprètes doit servir ce principe esthétique. Sans quoi, l’on tombe comme souvent dans un kitsch préhollywoodien … qui dénature le sens et la couleur de l’opéra français.


conte néo baroque

Après Grisélidis, Cendrillon (1899) est un très subtil jeu de pastiche, une maîtrise stylistique où l’éclectisme et ce goût du néo propre à la Belle Epoque, nourrissent et colorent la texture musicale: avec son librettiste Henri Cain, féru d’histoire et peintre très documenté, Massenet, alors célébrissime multiplie les compositions avec une aisance assez déconcertante.
Les deux auteurs réécrivent le conte de Perrault et changent déjà les noms des acteurs. Le père, assez absent Pandolfe, cite l’Arnolphe de Molière. Mme de la Haltière, la marâtre de Cendrillon, par laquelle le drame paraît et le destin se précipite en conséquence chante à la Lully; le ballet historique Grand Siècle (comme dans celui de Manon) au II met en scène 6 entrées conclues par un rigaudon royal… La Fée qui fournit la pantoufle de verre, synthétise l’art colorature français avec une subtilité qui rappelle là encore Manon… mais pour autant, l’écriture de Massenet sait aussi être direct, franche, concrète dans des tournures musicales et littéraires sans apprêts. Le soin de la prosodie, le souci de la langue font aussi la réussite de ce petit opéra de chambre, ciselé comme une miniature néobaroque, néo XVIIIème siècle.









Ici les choeurs, l’orchestre dirigé par Bertrand de Billy savent préserver la délicatesse (les teintes wagnériennes sont comme filigranées, – accents tristanesques de la fin du III-, et jamais “poussées”, atteignant un souffle dramatique qui ne manque pas de passion: les instruments produisent de très beaux instants suspendus, arrêtant l’action, apportant un atmosphérisme musical très réussi. Ouf!
Jean-Philippe Lafont, las, n’a plus la souplesse vocale d’autant; et les tics qui compensent des dérapages fréquents finissent par agacer. Le Prince qui attend l’amour… d’Alice Coote est un peu carré, rustaud… style impropre pour une icône romantique idéale. Il souligne aussi le manque d’intelligibilité de la majorité des chanteurs, français compris.



Seule Lucette/Cendrillon (Joyce DiDonato) tient le cap, jusqu’à la fin avec une finesse et une subtilité d’intonation qui laisse rêveur: couleurs diaphanes de ses pianissimi… La rossinienne habitée fait ici une très convaincante jeune femme, figure sensible mais aussi active, alliant rêve, réalité, accomplissement avec beaucoup de caractère et d’évidence.
Laurent Pelly sans être percutant ni décalé (heureusement) préserve surtout la part de rêve (l’arbre des fées) dans une réalisation sans fausse note ni réelle faute de goût.

Jules Massenet: Cendrillon. Joyce DiDonato (Cendrillon), Alice Coote (Prince Charmant), Eglise Gutiérrez (Fée Marraine), Ewa Podles (Madame de la Haltère), Jean-Philippe Lafont (Pandolfe), Madeleine Pierard (Noémie), Kai Rüütel (Dorothée), Jeremy White (Le Roi). Royal Opera Chorus, Orchestra of the Royal Opera House, Betrand de Billy, direction. Laurent Pelly (mise en scène). Enregistré en juillet 2011 au Royal Opera House, Covent Garden, de Londres. 2 dvd Virgin classics. Réf.: 60250995. Illustrations: Joyce DiDonato dans le rôle de Lucette/Cendrillon (DR)

Tchaikovski: Eugene Oneguine (Janssons, 2011) 1 dvd Opus Arte. De Nederlandse Opera, juin 2011

Juin 2011: nouvelle production à l’Opéra hollandais (De Nederlandse Opera): Pierre Audi développe une vision rétrospective où le héros solitaire et inadapté revit les événements qui ont scellé son destin: dès l’ouverture, comme un arrêt sur images, la narration opère une marche arrière, flashback, où dès lors, la vision et l’expérience amère d’Eugène, se mêle aux péripéties passées. L’action se colore d’un sentiment de remémoration sombre et de plus en plus étouffant. Dans ce fil double, réussir la cohérence et la vraisemblance de deux intrigues parallèles est un vrai défi… La prouesse que réalise le metteur en scène, grâce à un jeu d’acteurs minutieusement réglé, tient ses promesses. Le théâtre s’invite ici et offre plusieurs rééclairages souvent saisissants… comme par exemple, reprise en visuel de couverture du présent dvd, la scène de la lettre de Tatiana, où la jeune femme frappée par l’amour et la passion, écrit sa déclaration avec Onéguine assis à son bureau, plume en main… l’idée est d’autant plus pertinente que Tania dit rêver la présence de son aimé (pourquoi en effet ne le verrait-elle pas en concevant sa lettre?); qu’Onéguine en un décalage émotionnel qui se révélera fatale et tragique, éprouvera les mêmes sentiments dans un basculement terrifiant…


Mariss Jansons au sommet

D’emblée, c’est la direction de Mariss Jansons qui force l’admiration; en suivant les options de mise en scène, le chef inscrit immédiatement l’émergence du passé et des souvenirs, comme les éléments d’un courant empoisonné et amer. La force de la frustration et la terrifiante amertume se réalisent peu à peu; on regrette que dans cette production si visuelle et théâtrale, servie par le feu nuancé du maestro, la distribution peine souvent par manque de fulgurance… une énergie incarnée qui fait d’autant plus défaut que l’orchestre sait rugir, se contenir, ciseler la fièvre amère de l’opéra de Tchaïkovski.

Ni Bo Skovhus (certes bon acteur mais voix éteinte), ni Krassimira Stoyanova (en retrait et trop gentille, y compris dans son air de la lettre, dénué de toute urgence comme de toute candeur passionnelle) ne convainquent pleinement.

Autour d’eux, Triquet (Guy de Mey), Filipyevna (Nina Romanova) se distinguent. L’éclat assez terne de deux protagonistes (Eugène/Tatiana) ne doit pas cependant affecter la précision juste de la mise en scène ni l’engagement incandescent de la fosse, superbement tenu par Mariss Jansons, immense chef lyrique.

Tchaïkovski: Eugène Onéguine. Bo Skohus, Krassimira Stoyanova, … Choeur et orchestre du Nederlandse Opera. Mariss Jansons, direction. Pierre Audi, mise en scène. Enregistrement réalisé en juin 2011 à Amsterdam. 1 dvd Opus Arte. Durée: 2h30mn. Réf.: OA 1067 D

Argerich, Kremer, Maisky: the complete duo recordings13 cd Deutsche Grammophon

Argerich, Kremer, Maisky: the complete duo recordings

La grande Martha ne cède jamais mieux au vertige de la scène que lorsqu’elle est accompagnée: le chambrisme et la conversation musicale sont sa vraie nature. Tout s’accomplit au sommet comme s’il s’agissait d’un instant béni, offert en partage entre les artistes, pour le public.


Martha and friends…

Prenez ce coffret magnifiquement composé; 13 cd éclairent cette affection magicienne de la pianiste dont le jeu flexible et caressant, sauvage et liquide s’accorde idéalement à son partenaire. Ici, pour 7 cd, le violon parfois un peu droit de Gidon Kremer, pas toujours aussi inspiré que sa formidable consoeur: leur 10 Sonates de Beethoven (intégrale réalisée de 1985 à 1995) sont certes irrésistibles (quoique leur Schuman ne décolle vraiment jamais, faute au violoniste principalement, à sa retenue froide mais totalement maîtrisée)…
Car, cependant, l’entente ne semble pas aussi électrique et organique qu’avec le violoncelliste Mischa Maisky (6 cd) dont l’émotivité chantante et parfois, à peine chancelante, fait toute la différence: ce violoncelle qui parle comme un coeur sincère, ne s’autorisant aucun épanchement hors sujet, aimante littéralement le piano enfantin et subtil de Martha dans … 2 cd Beethoven, toujours énoncés et habités avec une introspection ciselée (Opus 5 et surtout, 69 & 102, de 1991 et 1993). Les autres programmes font valoir leur complicité de façon récente: Schumann magnifique (2000), Live in Japan (2001): comprenant la Sonate de Debussy, joyau de ce témoignage sur le vif; et plus proche de nous encore le récital à Flagey (Bruxelles), réalisé en 2003: “Mischa Maisky, Martha Argerich in concert”. De ce collier de perles discographiques, le Schumann est pour l’île déserte. Coffret événement: indispensable à ce prix.

Argerich, Kremer, Maisky: the complete duo recordings. Coffret de 13 cd Deutsche Grammophon. réf.: 00289 477 9524

Joseph Haydn: Concertos pour violon. Giuliano Carmignola, violonOrchestre des Champs Elysées. 1 cd Archiv

Enregistrés à Toblach, salle Gustav Mahler en février 2011, les 3 concertos pour violon et orchestre de Haydn font ici une brillante démonstration de tout ce que peut accomplir un orchestre de cordes seules sur instruments d’époque, dont l’expressivité mordante et ronde, les aspérités actives et vivantes, sont rehaussées par le brio fluide et naturel d’un soliste de haute volée, Giuliano Carmignola.
Le répertoire défendu compose le pain quotidien de la phalange française fondée par Philippe Herreweghe: quand ils ne s’investissent pas dans de nouveaux défis romantiques (Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner ou Mahler…), les instrumentistes de l’Orchestre des Champs Elysées aiment aussi se recentrer sur les fondamentaux du répertoire, en particulier les oeuvres essentielles du symphonisme viennois, signées Mozart et, comme ici, Joseph Haydn.


Haydn authentique et vivant

Contemporains de ses Symphonies (qui l’occupent davantage sur le plan de la carrière et des recherches formelles), les 3 Concertos pour violon reproduisent le modèle italien du Baroque tardif. Ils sont les seuls parvenus (sur les quatre cités dans les sources). L’écriture met en avant la virtuosité du soliste, seulement accompagné par les cordes et le clavecin: ainsi le Concerto en ut majeur Hob.VIIa (peut-être le plus ancien, daté avant 1765) est particulièrement destiné au prodige engagé au sein de l’Orchestre du prince Esterhazy dès 1757 (et promu konzertmeister en 1790), Luigi Tomasini. Les deux autres peuvent avoir été composés pour Haydn lui-même, par ailleurs excellent soliste au violon.

Au tapis de cordes, idéalement articulées, (relief et tempérament bien trempés), répondent l’agilité toute en nuances et aussi la détermination du soliste italien : les Concertos font partie de l’ordinaire musical de Joseph Haydn alors serviteur compositeur attaché à la Cour du Prince Paul Anton Esterhazy (depuis mai 1761); responsable de la musique profane, Haydn livre un corpus de partition destinées à la seule délectation du mécène et de ses invités. Précisément dans le style concertant italien, selon le goût particulier de son employeur. L’entente des musiciens sur instruments d’époque et du soliste s’accomplit parfaitement, dépassant la stricte exécution décorative, atteignant souvent, en particulier dans les mouvements lents, moins démonstratifs, une profondeur intime très juste.

Joseph Haydn: Concertos pour violon et orchestre. Orchestre des Champs Elysées. Giuliano Carmignola, violon (Stradivarius “Baillot”, 1732). 1 cd Archiv 00289 477 8774

Jules Massenet : 1842-1912Portait, dossier pour le centenaire 2012

Jules Massenet
(1842-1912)
Centenaire 2012
Le 13 août 2012 marque le centenaire de la mort de Massenet

Adolescence d’un génie hollywoodien
Né dans un faubourg de Saint-Etienne (Loire), le 12 mai 1842, Jules Massenet incarne à la fin du XIXè, ce postromantisme éclectique au souffle hollywoodien, comme le désigne aussi son aîné le peintre académique Gérôme (1824-1904) dont la récente exposition du Musée d’Orsay a souligné l’imaginaire méticuleux, épris de sensualité orientaliste autant que de vraisemblance photographique et d’exactitude archéologique. Les deux créateurs qui se sont liés (la curiosité de Massenet pour les autres disciplines artistiques et visuelles, reste constante toute sa vie durant) préparent par leur génie de la fresque grandiose et suggestive, l’essor futur du cinéma; voir et concevoir en grand certes mais rester fidèle à ce réalisme humain, fourmillement ciselé de détails qui ne sacrifie jamais la subtilité des évocations sur l’autel du spectaculaire.
Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au moment où Gérôme perfectionne ses très nombreuses scènes orientalistes du Bain turc de 1872 à la grande piscine de Brousse de 1885, Massenet pareillement inspiré par l’Orient fantasmé et sensuel écrit son premier opéra pour Paris: le Roi de Lahore (1877).

Le dernier enfant d’une famille de 12 bambins
grandit dans une ambiance confortable et bourgeoise féconde à l’éclosion de sa sensibilité artistique: son père Alexis est un riche industriel. A 6 ans, Jules suit la tribu à Paris; l’élève au Lycée Saint-Louis, suit la classe de piano d’Adolphe Laurent au Conservatoire de Paris dès ses 11 ans. Mais alors que le père décide pour raison de santé, une nouvelle implantation à Chambéry, l’adolescent fugue puis obtient de demeurer à Paris chez sa soeur (1855: 13 ans).

Chez Thomas, Premier Prix de Rome 1863
Installé rue de Ménilmontant (actuelle Rue Oberkampf), Massenet rafle un premier prix de piano (1859: 17 ans). Il entre dans la classe d’harmonie de Reber et d’orgue de Benoist. Le musicien se rêve compositeur, passionné déjà par la scène et le théâtre: il rejoint la classe de composition de son mentor, fidèle et constant protecteur, Ambroise Thomas, le plus grand créateur à l’opéra sous le second empire avec Gounod (1860: 18 ans). Les encouragements et l’enseignement de Thomas portent leurs fruits: Jules âgé de 21 ans remporte le prestigieux Prix de Rome de musique avec sa cantate David Rizzio (1863). Il séjourne à la Villa Médicis jusqu’en 1865: ses envois de Rome demeurent à redécouvrir, miroir d’une jeune et ardente, voire sombre et dramatique inspiration qui annonce les grands accomplissements des années 1880/1890.

A Rome, grâce à Liszt, Jules Massenet rencontre Nino de Gressy (Mademoiselle de Sainte-Marie), en octobre 1866, les deux jeunes gens se marient (octobre 1866). De cette période féconde marquée par la découverte de l’Italie datent Poème d’avril et la symphonie Pompeia.
En 1867, Massenet livre pour l’Opéra Comique, son premier ouvrage lyrique La Grand Tante.

En 1870, il est engagé dans la garde nationale. Tout en participant activement à la création de la Société nationale de musique il compose les Scènes Hongroises. Don Cézar de Bazan (1872: 30 ans) marque son retour sur la scène (Opéra -Comique). Tour à tour, les drames sacrés Marie-Magdeleine (Odéon, 1873) puis Eve (Cirque d’Hiver, 1875) marquent l’offrande de Massenet au courant de conscience religieuse très à l’honneur après les massacres parisiens de la Commune. Alors que les impressionnistes font scandale au Salon, Massenet affirme sa puissance créatrice symphonique dans les Scènes napolitaines (1876).

Le Roi de Lahore, 1877: l’envol lyrique
Pour le Palais Garnier flambant neuf, Massenet livre un opéra nouveau Le Roi de Lahore, au subtil orientalisme qui en 1877 l’impose définitivement à Paris sur la scène lyrique. A 33 ans, il obtient succès et distinctions officielles, la consécration d’une carrière dont les débuts ont été marqués par le Prix de Rome, obtenu 14 années auparavant. En 1878: Massenet (portrait ci dessus à l’époque du Prix de Rome), est nommé professeur de composition au Conservatoire et aussi, membre élu de l’Institut (contre Saint-Saëns!). Sa carrière officielle aurait gravi une marche plus haute encore s’il avait accepté la direction du Conservatoire, à la mort d’Ambroise Thomas: c’est Théodore Dubois qui occupera finalement le poste si prestigieux (1896).

Les années 1880
Pour l’heure au début des années 1880, Massenet inaugure un cycle de réalisations lyriques qui synthétisent les tendances opératiques de son époque: éclectisme historique, sensualité ardente, dramatisme souvent spectaculaire; avec, d’oeuvre en oeuvre, sur le mode sacré puis profane, le perfectionnement de son écriture de plus en plus dédiée à la psychologie des héroïnes féminines. Ainsi La Vierge (légende sacrée, Opéra, 1880), Hérodiade (La Monnaie, Bruxelles, 1881), Manon (Opéra-Comique, 1884). Le Cid (Opéra, 1885) conclue une première période où Massenet tente de réformer le genre du grand opéra français. Et de ce point de vue, Le Cid malgré ses immenses réussites dont des airs de solistes parmi les plus beaux composés pour l’Opéra de Paris, auprès de Gounod et de Thomas (“Pleurez mes yeux” de Chimène, ou les deux “tubes” du rôle-titre: “O noble lame étincelante” et “Ah tout est bien fini”…, par exemple) marque le sommet et aussi le dernier jalon du grand opéra français romantique inauguré par Meyerbeer et Halévy. Pourtant son succès fut retentissant, plus grand encore que Le Roi de Lahore. Il est vrai que Massenet, très scrupuleux sur le naturel et la précision prosodique, a toujours su vaincre le défi des choeurs et des foules parlantes (idem pour les airs individuels. En cela, l’évocation de la guerre à Blois dans Esclarmonde est un modèle du genre; cf acte III).

Bayreuth, 1886
En 1886, un voyage à Bayreuth, où il assiste à une représentation de Parsifal, le bouleverse: la découverte du théâtre wagnérien le transforme et sur ce plan il n’est pas le seul auteur français (voir les oeuvres de D’Indy ou Chausson et avant de Victorin Joncières wagnériste de la première heure). Immédiatement, Werther est sur le métier. Suit Esclarmonde (1889, Opéra Comique), formidable partition au byzantinisme onctueux écrit pour la soprano rencontrée fin 1887, Sibyl Sanderson (portrait ci-contre: future triomphatrice du rôle de Manon, après la créatrice du rôle Marie Heilbronn)… Dans Esclarmonde (dont la thématique onirique renoue avec les opéras baroques et la tradition des enchanteresses touchantes Armide, Alcina, amoureuses défaites et impuissantes), la magie et les enchantements incessants (déplacements impossibles dans les mondes de pure magie, élans amoureux extatiques du II) suscitent avec naturel, un flamboiement orchestral régénéré, véritable ambition néowagnérienne (“Esprits de l’air! esprits des ondes!”, air d’Esclarmonde au I; utilisation raisonnée et lumineuse des leitmotive). Esclarmonde qui a succédé à son père l’Empereur de Byzance Phorcas, aime passionnément le chevalier Roland, vainqueur de Blois… contre les Sarasins. Mais l’évèque de Blois conspire contre la magicienne gênante… L’ouvrage a été commandé pour l’exposition universelle de 1889 (quand la Tour Eiffel est inaugurée). Evénement musical de l’année 1889, Esclarmonde est donnée 101 fois l’année qui suit sa création à l’Opéra-Comique !


Les années 1890

Le début des années 1890 est tout aussi fécond: Le Mage (Opéra, 1891, même tentation de la féerie spectaculaire qu’Esclarmonde, mais au succès plus confidentiel), puis surtout Werther en 1892 précise le talent du grand narrateur, poète de climats orchestralement somptueux, proche parfois de Strauss. Eclectique, la manière sensuelle et tendre, de Massenet se dévoilent dans deux autres chefs d’oeuvres: Thaïs (Opéra, 1894, immense succès), et La Navarraise (Londres, Covent Garden: oeuvre méconnue et pourtant décisive auprès des véristes italiens). Tandis que le Portrait de Manon permet au compositeur de “recycler” les motifs principaux de Manon en une nouvelle oeuvre rétrospective et intimiste, nostalgique aussi puisque DesGrieux vieux se souvient de ses amours passées. C’est le sommet de l’écriture sophistiquée mais poétique d’un Massenet, marqué par le moule académique (exigence réaliste, souci expressif), si proche en cela des oeuvres phares de Gérôme, au fini si délectable et aussi déroutant: en 1894, année faste dans la carrière de Massenet, Debussy compose l’Après midi d’un faune et enchaîne aussitôt sur Pelléas et Mélisande
Après avoir décliné le poste de directeur du Conservatoire, Massenet qui souhaite surtout préserver son activité de créateur, livre Sapho (Opéra-Comique, 1897), Cendrillon (Opéra-Comique, 1899). Le nouveau propriétaire du château d’Egreville (Seine et Marne) revient au genre oratorio et sacré avec La Terre Promise (Saint-Eustache, 1900). En 1901, Grisélidis est le dernier ouvrage écrit pour l’Opéra-Comique (hormis le ballet Cigale en 1904).


1900: pour Monte-Carlo

Désormais, au début des années 1900 et en pleine Belle Epoque, Massenet succombe aux rivages méditerranéens; il compose un nouveau cycle dramatique pour l’Opéra Garnier de Monte-Carlo. A part Ariane (1906) et Bacchus (1909) écrits pour l’Opéra de Paris, derniers volets du grand genre, vite oubliés (trop indigestes par leur éclectisme flamboyant?), Massenet sexagénaire écrit pour le Prince Albert Ier Monaco, assurant un âge d’or lyrique pour le théâtre de Monte-Carlo: Le Jongleur de Notre-Dame (1902), Chérubin (1905), Thérèse (1907: écrit pour la fille de Richard Wallace, la mezzo Lucy Arbell, nouvelle inspiratrice après Sibyl Sanderson), Don Quichotte (1910); enfin Roma livré et créé avant juillet 1912, où il tombe gravement malade (cancer de l’intestin). Jules Massenet, couvert de gloire et d’honneurs meurt le 13 août 1912. Après sa mort, trois autres ouvrages sont créés: Panurge (Gaîté-Lyrique, 1913), Cléopâtre (1914), Amadis (1922), ces deux derniers à Monte-Carlo.

La sombre mais saisissante Roma, qui semble ressusciter l’incandescente Vestale de Spontini (l’un des plus grands succès parisiens de l’époque napoléonienne) a cette rectitude néoantique et cette fulgurance dramatique que Gérôme expérimenta en peinture dans ses oeuvres précédentes: La mort de César (1867), Police Verso (1873), accomplissements académiques d’une efficacité spectaculaire indiscutable. En 1912, Massenet est lui aussi passionné par l’idée d’un théâtre musical de plus en plus dense, resserré, d’une concision morale et expressive au langage peu à peu sobre voire austère. Roma appartient aux meilleures oeuvres de Massenet : le musicien renoue avec le tragique sublime de Sarah Bernhardt (créatrice du rôle de la vestale pêcheresse en 1876: inoubliable interprète de la pièce tragique Rome vaincue d’Alexandre Parodi); Fausta évite la mort honteuse (en vestale qui a fauté, elle doit mourir emmurée vivante) grâce à sa grand mère aveugle qui la poignarde avant le supplice ultime. Lucy Arbell devait éblouir dans le rôle de Posthunia, arme du destin, permettant à la vestale perdue de s’éteindre dignement.


Génie visionnaire, pédagogue admiré

Ecouter Amadis, parmi les très nombreux ouvrages ici répertoriés permet de souligner l’activité créative et inventive du maître: à chaque sujet choisi, un nouveau traitement dramatique et musical. Une telle faculté de renouvellement reste déconcertant: Amadis qui renoue avec le climat médiéval et chevaleresque d’Esclarmonde, aurait été finalement composé en 1910; son langage annonce le Debussy de la Demoiselle Elue (Prélude du I): un ascétisme nouveau (comparé aux flamboiements orientalisants de Thaïs par exemple ou d’Hérodiade) qui inscrivent directement Massenet sur la route de la modernité; parmi ses élèves bon nombre obtiennent le Prix de Rome (dont surtout Gustave Charpentier au wagnérisme tout aussi subtilement assimilé) et agissent pour la régénération de la musique française dans la première moitié du XXè siècle: Lucien Hillemacher (lauréat en 1880), Alfred Bruneau et Gabriel Pierné (1881); Charpentier donc en 1887 avec la sublime cantate Didon (récemment révélée par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française dont le directeur scientifique Alexandre Dratwicki s’engage de façon exemplaire, -et pionnière- pour la réévaluation des musiques du Prix de Rome (composées pour le Concours et après, depuis Rome, en tant qu’Envois de Rome)…; Henri Rabaud (1894); Charles Koechlin, Georges Enesco, Florent Schmitt (1900). Rappelons aussi la présence de Renaldo Hahn, élève et ami fervent qui cependant ne se présenta pas à l’épreuve académique mais connut une carrière particulièrement riche et florissante.

agenda 2012
Paris, Opéra national de Paris, Opéra Bastille: Manon avec Natalie Dessay, du 10 janvier au 13 février 2012
Monaco, Opéra. La Navarraise, du 20 au 27 janvier 2012.
discographie
Massenet, Esclarmonde (1975)
Huguette
Tourangeau, Clifford Grant, Giacomo Aragall, Robert Lloyd… National
Philharmonic Orchestra, direction : Richard Bonynge

Il est
des réalisations demeurées d’autant plus indispensables qu’elles restent
isolées, insurpassables. Déjà, la Stupenda était à son époque, la seule
à pouvoir tenir le rôle, sa tessiture inhumaine dont elle restitue
cependant, cohérence et crédibilité. Le sujet mi féérique mi héroïque, -
il s’agit d’un opéra “romanesque”-, où la chevalerie cotoie le
miraculeux, trouve en Sutherland, “son” interprète. Le reste du plateau,
dont Grant (l’Empereur), Aragall (Roland) et Quilico (l’Evèque de
Blois), confirme la valeur de cet opéra parfaitement oublié de Massenet.
Un exhumation exceptionnelle. Qui depuis trente ans culmine elle aussi,
au plus haut. De son côté, fidèle à son exigence déjà relevée, Richard
Bonynge sait insuffler à l’orchestre, le sens de la grandeur et des
évocations wagnériennes, le mystère de l’épopée berliozienne mais aussi
les accents émerveillés d’une partition riche en superbes passages
dramatiques (choeur très impliqué), en particulier dans les tableaux de
l’île enchantée de l’acte II. Saluons le choix judicieux de Decca de
rééditer cet enregistrement en tout point incontournable, réalisé à
Londres, du 2 au 15 juillet 1975.

Livres
Jules Massenet par Jacques Bonnaure. Une biographie qui tombe à pic (2012 marque le centenaire de la mort du
compositeur) et traverse en en restituant les enjeux essentiels chacun
des opéras du grand Jules: de La Grand’Tante à Don César de Bazan,
premiers essais dans le genre comique et si subtilement réalisés, aux
grands chefs d’oeuvre des années 1880 et 1890: Manon, Le Cid,
Esclarmonde, Werther, Thaïs, Ariane, Thérèse, Roma… l’auteur montre
très justement la parenté de Jules Massenet (1842-1912), grand faiseur
narratif mais aussi immense mélodiste, comme dramaturge chevronné, avec
les peintres académiques tel Gérôme: Prix de Rome à 21 ans, encouragé
par Ambroise Thomas, Massenet ne cesse de renouveler sa manière lyrique,
trouvant à chaque fois, pour un sujet différent, la vérité musicale
requise: c’est un musicien visuel, et nous dirons même
“cinématographique”: il y a un souffle, une ardeur, une sensualité
prenante qui fonctionne… En lire +
La Belle Epoque de Jules Massenet: catalogue de l’exposition au Palais Garnier. En couverture, le visuel créé pour la création de
l’opéra de tous les défis pour Massenet: Esclarmonde (voir page 101 du
présent ouvrage), présenté triomphalement en 1889 à l’Opéra-Comique,
avec la nouvelle muse du compositeur, la soprano américaine Sibyl
Sanderson qui en chantant le rôle de la magicienne Esclarmonde inaugure
une galerie d’héroïnes lyriques d’un nouveau type, si spécifique à
l’écriture de Massenet, et qui s’enrichit après Esclarmonde, de figures
telles Thaïs puis Manon. Rien que cela. On l’aura compris: le catalogue de l’actuelle exposition présentée sous le même titre au Palais Garnier: “La belle époque de Massenet” éclaire
bien des pans d’une carrière qui souffre encore de préjugés, d’images
abusives ou réductrices… Massenet, sucré et minaudant, parfait
“salonard”, c’est à dire en rien un génie… gagne après lecture de la
publication une image nouvelle qui vient à propos pour le centenaire de
sa naissance en 2012. En lire +

Paris, Exposition événement
La Belle Epoque de Jules Massenet
Centenaire Massenet (1912-2012)

reportage vidéo

Du 14 décembre 2011 au 13 mai 2012, la bibliothèque musée de l’Opéra, situé au Palais Garnier à Paris honore le génie de Jules Massenet
dont 2012 marque le centenaire de la mort. Le Théâtre parisien est bien
inspiré de célébrer l’héritage musical de Massenet … lequel offrit
au Palais Garnier flambant neuf, sa première création à l’exotisme
spectaculaire, Le Roi de Lahore en 1877.
Grand reportage vidéo exclusif

J. Strauss: La Chauve Souris. Le Met (Ormandy, 1951)France Musique, le 31 décembre 2011 à 19h

Johann Strauss II
La Chauve Souris
, 1874

France Musique
Le 31 décembre 2011 à 19h

Metropolitan Opera de New York, 1951


Opérette enchantée

La Chauve Souris est depuis des lustres la partition reine à
l’approche
des fêtes de fin d’année. C’est que sous l’apparente légèreté du drame,
se cache l’une des partitions les plus attachantes du répertoire.
Ecouter ici ce qu’en fit l’éblouissant Carlos Kleiber chez DG (il est
vrai avec une distribution de rêve: Schwarzkopf, Streich., Prey..).
L’opérette de
Johann Strauss II, empereur de la valse et ici, relecteur original et
endiablé du genre vaudevillesque, s’impose toujours par sa richesse et
sa profondeur poétique. Le délire le dispute au fantasque. Le
mari, la femme et l’amant se retrouvent tout d’abord dans un riche décor
bourgeois très Vienne fin de siècle. Puis, chez le Prince Orlofsky,
les péripéties redoublent en farces et quiproquos illusoires: les
masques assemblent en un manège rythmé, serviteurs, maîtres, femmes
maîtresses, hommes amants et maris trompés. Enfin, dans la prison où
chacun cuve son vin (ou plutôt son champagne), l’heure est aux aveux,
pardons, réconciliations…
Musicalement, la fosse pétille ; l’appétit des nuances, l’envie des subtilités relisent la
partition du compositeur, sa versatilité, sa nostalgie, son entrain.
Ecoutez l’orchestre: autant de joie, d’énergie, de suavité chantante
emportée avec finesse et légèreté. C’est pour les interprètes un travail de dentelle et
d’audace (l’un n’empêche pas l’autre). Version captivante. Et dire que
l’opéra de Strauss fut créé à Vienne en 1874 en pleine débâcle
financière sans détendre les maxillaires des spectateurs ruinés.
Pourtant la poésie et l’élan vital, expressif, allusif, sont là – leur
désir d’un ailleurs aussi-, en particulier dans cette interprétation
engagée en direct du Met à New York.
Radiophoniquement légitime.
en direct et en simultané avec l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER) du Metropolitan Opera (1951)
Johann Strauss Fils
Die Fledermaus (La Chauve-Souris)

Opérette en 3 actes.
Livret de Carl Haffner et Richard Genée d’après “Le Réveillon” de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
Créée à Vienne, au Theater an der Wien, le 5 avril 1874
Choeur et Orchestre du Metropolitan Opera
Direction : Eugène Ormandy
Avec Charles Kullman, Marguerite Piazza, Patrice Munsel, Nana Gollner, Richard Tucker, Risë Stevens, Paul Franke, Hugh Thompson… Metropolitan Opera chorus, orchestra. Eugène Ormandy, direction

Gustav Mahler: Symphonie n°2 Résurrection. Alan GilbertArte, en direct de New York, dimanche 11 septembre 2011 à 17h50

Direct symphonique à New York
Concert commémoratif du 11 Septembre

Gustav Mahler


Symphonie n°2 “résurrection”

depuis l’Avery Fisher Hall, New York

Avec : Dorothea Röschmann (soprano), Michelle De Young (mezzo soprano), le Choeur New York Choral Artists et l’Orchestre philharmonique de New York. Direction musicale : Alan Gilbert. Réalisation : Michael Beyer (Allemagne, 2011, 110 mn). Concert présenté par Axel Brüggemann.


10 ans du “9.11″

Pour commémorer les 10 ans du 11 Septembre 2001, la ville de New York rend hommage aux victimes des attaques terroristes les plus terrifiantes jamais connues sur le sol américain. En cette année Mahler (centenaire de la disparition), l’Orchestre philharmonique de New York donne une note d’espoir en jouant la deuxième symphonie du compositeur, dite « Résurrection ».
Après sa démission en 1907 de l’Opéra de Vienne, Gustav Mahler dirige plusieurs saisons de concerts du Philharmonique de New York, puis devient directeur musical de l’orchestre américain: le chef appartient donc à l’histoire de l’illustre phalange.

Pour les New-Yorkais, le concert est gratuit et ceux qui n’auront pas eu de place à l’Avery Fisher Hall peuvent le suivre sur écran géant depuis le parvis du Lincoln Center.

Dans le monde entier, la retransmission télévisée de ce concert se veut un symbole de paix et de compréhension entre les peuples du monde entier.
Le concert est précédé et suivi de brefs reportages en direct qui donnent un aperçu de cet événement exceptionnel avec Manhattan pour toile de fond.

Alan Gilbert est directeur musical de l’Orchestre philharmonique de New York depuis septembre 2009. Premier New-Yorkais de naissance à occuper ce poste, il a ouvert une « ère palpitante » (The New York Times). Dès sa prise de fonctions, le chef introduit une série de nouveautés parmi lesquelles l’invitation de compositeurs et d’artistes « en résidence » afin d’élargir très sensiblement le répertoire de l’Orchestre. Invités actuels: le compositeur suédois Magnus Lindberg et la violoniste allemande Anne-Sophie Mutter. Fondé en 1842, l’Orchestre philharmonique de New York est le doyen des orchestres symphoniques américains et l’une des plus anciennes formations au monde. Le 5 mai 2010, il donnait son 15000e concert.

Giuseppe Verdi: Le Trouvère, Il Trovatore, 1853Liège, Opéra Royal de Wallonie, du 15 septembre au 1er octobre 2011



Verdi


Le Trouvère


Il Trovatore
, 1853

Liège

Opéra Royal de Wallonie, Palais Opéra


Du 15 septembre au 1er octobre 2011

Paolo Arrivabeni, direction
Stefano Vizioli, mise en scène
Avec Fabio Armiliato, Daniela Dessi, Giovanni Meoni…

En direct sur Dailymotion, le 20 septembre 2011 à 20h (Live web ORW)

Eloquente réussite de Verdi à Paris: après avoir donné son Trovatore version italienne au Théâtre Italien en décembre 1854, Verdi se voit sollicité pour en réaliser une adaptation pour la scène de l’Opéra de Paris: Le Trouvère version française est créé en janvier 1857. Entre temps, l’opéra originel s’est affublé au III, d’un ballet obligé pour la grande boutique. Si la partition française connut un immense succès à sa création, c’est surtout la version italienne qui est aujourd’hui reprise. La partition démontre la maturité du dramaturge lyrique qui ici porte à un point d’aboutissement remarquable ses avancées théâtrales, déjà sensiblement convaincantes dans les opéras précédents: Il corsaro (1848), Luisa Miller (1849)… En reprenant pour la scène de l’Opéra de Paris sont Trouvère, Verdi a encore produit de nouveaux chefs d’oeuvres et non des moindres: La Traviata (1853), Les Vêpres Siciliennes et Simon Boccanegra I (1855)…

Drame historique et psychologique

Dans Le Trouvère, Verdi traite le genre historique (l’action se passe en Espagne au XVème siècle) qui lui offre des tableaux collectifs exaltants et le portrait de tempéraments individuels exacerbé, promis à l’anéantissement. Au souffle des grandes tragédies humaines, le compositeur associe le fantastique et l’horreur.
Luna, comte espagnol est amoureux de la belle Leonora, laquelle est éprise du Trouvère, Manrico. Après maints périples, Leonora accepte au III d’épouser Luna: mais elle vient de s’empoisonner, expirant dans ses bras afin d’être toujours fidèle à son véritable amour. De fureur jalouse, Luna condamne Manrico à être décapité: supplice réalisé, quand la sorcière Azucena, apprend au Comte maudit qu’il vient d’assassiner son propre frère !
Dans le Trouvère, Verdi atteint le sublime shakespearien: la musique redouble de tension et de contrastes vertigineux. Jamais le prétexte historique n’a sacrifié la vérité des passions ainsi exprimées.

Bruckner: Symphonie n°8. En directFrance Musique, vendredi 26 août 2011 à 20h.

Anton Bruckner
1824-1896
Symphonie n°8

France Musique
En direct d’Amsterdam, Concertgebouw
Vendredi 26 août 2011 à 20h


Netherlands Radio Philharmonic orchestra


Jaap van Zweden, direction

Rustre, maladroit, autodidacte: Bruckner fait figure de créateur
attachant et atypique dont les Symphonies dévoilent un tempérament
laborieux, soucieux de construction et d’équilibre, dans une
orchestration immédiatement reconnaissable qui fonctionne en groupes
d’instruments nettement caractérisés, plus confrontés voire opposés que réellement mêlés (influence de son activité
d’organiste). S’il a connut ses plus grands succès de son vivant au
moment de la création de la 7è Symphonie (Leipzig, le 30 décembre 1884
dont l’adagio poignant serait un hommage rendu à Wagner, mort quand
Bruckner compose son final), Le compositeur un rien naïf, demeure isolé,
et solitaire.
A l’EmpereurFrançois-Joseph qui lui demande ce qu’il pourrait faire pour
l’aider: plutôt qu’une pension (car il est resté pauvre et dans une
indigence indigne de son talent), Bruckner demande que le critique
Hanslick cesse ses traits critiques à dépréciatifs à son encontre(!);
après la répétition de la Quatrième Symphonie mené tambour battant par
Hans Richter (qui dirige alors le Ring à Bayreuth), le même Bruckner,
dans un geste d’innocence désarmante, félicite le chef et lui donne une
pièce (un thaler) en lui disant: “Prenez ça et buvez un pot de bière à
ma santé!”… Le maestro qui n’avait pas besoin de cette aumône pour
boire à la santé du compositeur, ne s’en offusqua pas, il fut plutôt
touché par l’incrédulité fraternelle de l’homme…

En ut mineur (A 117), la 8ème frappe par sa monumentalité,
l’ampleur de sa forme architecturée. La démesure et le vertige qu’elle
produit, ont suscité de nombreux commentaires dont le fait qu’il
s’agissait de la dernière grande symphonie romantique. Les choses ne
sont pas aussi simples que cela. La composition fut longue, se déroulant
sur trois années: amorcée en 1884, l’écriture en est achevée à
Saint-Florian en août 1887. Bruckner désirait créer l’oeuvre avant la
fin de décembre, mais le créateur de sa Symphonie précédente, n°7,
Hermann Levi, traina des pieds, et même découragea l’auteur dans cette
tentative: la nouvelle oeuvre ne plaisait pas au chef d’orchestre!

Désespéré, Bruckner tomba dans une période dépressive.
Mais ce chavirement artistique s’avéra profitable. Profondément marqué
par cette preuve de défiance sur son oeuvre, le compositeur frappé d’une
intense remise en question, reprit ses partitions: il réécrit encore le
manuscrit de la 8ème, mais aussi de la Troisième et de la Première. Il
existe donc aujourd’hui 2 versions de la 8ème: celle des années
1884-1887, celle finalement achevée en mars 1890.

DVD. Placido Domingo: Wiener Staatsoper liveCarmen, Il Trovatore, Lohengrin (3 dvd Arthaus Musik)

DVD
Placido Domingo
coffret Live à l’Opéra de Vienne (1978, 1990)

Superbe coffret édité non sans pertinence et opportunité pour les 75 ans du ténorissimo madrilène dont la qualité interprétative est d’autant plus admirable qu’il est aussi capable d’une longévité vocale exceptionnelle, ayant troquer son timbre initial de ténor dramatique et lyrique pour une nouvelle tessiture de… baryton. Nouvelle voix, nouvelle carrière qui compte désormais de nouveaux défis scéniques réussis: de Rigoletto à Boccanegra… Ici, Arthaus a bien raison de publier 3 versions mémorables où le grand Domingo ténor légendaire s’impose évidemment pas son élocution ardente et précise, une musicalité souple et flexible qui rayonne dans trois rôles pourtant éprouvant. Karajan, Abbado, Kleiber… soit 3 chefs parmi les plus passionnants du XXè ! Et Domingo relève à chaque fois le défi:

N’écoutons que ce Lohengrin anthologique grâce à l’engagement tout en subtilité et vocalità du ténor espagnol, qui se révèle divin -pour Lohengrin au sens strict-, wagnérien; plus tard ses Parsifal confirmeront cette affinité dramatique, linguistique et vocale. Ici, à Vienne en 1990, l’Opéra offre ce qu’il a de meilleur: un orchestre vif et nerveux et d’une finesse électrisante (prélude du III: gorgé de saine espérance) sous la baguette du prodigieux Claudio Abbado; alors à son zénith. Quelle intelligence des phrasés, quel orcheste chambriste et wagnérien: mais oui, l’oxymore vaut son pesant d’or. Domingo éblouit par son charisme : en libérateur pourtant condamné à l’échec à cause d’une Elsa pas assez sûre d’elle-même, trop perméable au poison du soupçon instillé par l’odieuse et perfide Ortrud, le ténor conserve tout le mystère extraterrestre du personnage. Voilà qui exacerbe ce thème si captivant chez Wagner: du divin chez l’humain. La perfection lumineuse de Lohengrin est finalement à 100 coudées de l’être si inachevé sur le plan spirituel d’Elsa (très convaincante et ardente Cheryl Studer: la soprano est alors elle aussi au sommet de sa carrière et sa réussite à Vienne rappelle un autre personnage tout aussi magnifiquement incarné: l’Impératrice dans La Femme sans ombre de Strauss, sous la baguette de Solti (Decca).

12 années auparavant (1978), l’Opéra de Vienne accueillait une production électrisante orchestralement du Trouvère de Verdi avec un Domingo fièvreux, exultant cette passion romantique à l’italienne avec la finesse si musicale qu’on lui connaît à cette époque… A ses côtés, Raina Kabaivanska n’a certes plus la clarté angélique et l’ardeur éclatante du rôle de la jeune Leonora: mais quelle assurance, quelle justesse d’intonation malgré l’usure évidente du timbre. Même plus limitée, la cantatrice donne tout; idem pour le luna de Piero Cappuccilli: du sang, du nerf, une intensité racée elle aussi délectable… sans compter la Zingara: Fiorenza Cossoto: éruptive, carnassière, bouleversante… d’autant que Karajan ciselé, mordant, nerveux, tient la bride d’un collectif visiblement surdominé par son contrôle millimétré. Tension et engagement font la valeur de ce live au Staats Oper.

La Carmen de Kleiber dans ce live du 9 décembre 1978 époustoufle elle aussi par sa tenue musicale et son intelligence dramatique: Elena Obraztsova fait une gitane cigarière vénéneuse et plastiquement d’une sensualité opulente; Domingo est égale à lui-même: fin, engagé, possédé (non en revanche pour sa perruque blondasse bouclée totalement ridicule!). La mise en scène, très classique de Zeffirelli tient elle aussi ses promesses. Mais le vrai acteur de la réussite viennoise reste le chef Carlos Kleiber, digne fils de son père (Erich), et comme lui, monstre sacré en matière de phrasés, d’articulation dramatique. Voilà un troisième témoignage qui fait toute la valeur première de ce coffret, véritable triptyque événement. A posséder de toute urgence.

Placido Domingo à l’opéra de Vienne. Coffret spécial 70 ans du ténor Placido Domingo. 1978: Carmen (Carlos Kleiber), Il Trovatore (Herbert Von Karajan), Lohengrin, 1990 (Claudio Abbado). 8 07280 75059 1. Arthaus Musik

Schütz: Musicalische ExequienVox Luminis. 1 cd Ricercar

Heinrich Schütz
Musicalische Exequien
(Vox Luminis, 2010)

Schütz réalise ici la sépulture musicale de son patron et mécène (et probablement ami si l’on en lit les dédidaces), Heinrich Reuss le Posthume, seigneur de Gera, décédé le 3 décembre 1635: pour son office funèbre le 4 février 1636, le compositeur y distille une pensée épurée, sobre et monumental à la fois, recueillie et digne: un idéal de terreur pacifiée ou de sérénité conquise, biens précieux en ces temps d’incertitude et de grande affliction. La Guerre de Trente détruit l’Europe du XVIIè, et la musique de l’italien Schütz, qui apprit sa langue si géniale à la chaleur carissimienne, s’accomplit ici en un cycle admirablement abordé. Si Benoît Haller s’autorisait un instrumentarium coloré voire somptueux, Lionel Meunier et les solistes de Vox Luminis préfèrent plûtot l’austérité ardente et fervente d’un continuo épuré (orgue et basse de viole). Les considérations sur le/la mort opèrent une mise en terre des plus exaltantes: les voix lumineuses de l’ensemble convoqué n’ayant de facto jamais aussi bien porté leur nom.

Une fusion vocale prenante, et pourtant un chant incarné et individualisé portent la réussite de cette lecture admirable. Les couleurs sombres sont claires; la vocalité, respectueuse du texte. Schütz n’avait pas inspiré tel linceuil précisément entonné, magistralement habité. En luthérien convaincu, Schütz regarde la mort telle une libération porteuse de paix et d’accomplissement. Tout un programme saisissant, idéalement défendu par Vox Luminis dans l’un de leur meilleur enregistrement.
Schütz: Musicalische Exequien SWV 279. Trauer Motetten. Vox Luminis.

Karajan, le culte de l’image. Docu (G. WĂŒbbolt)Arte, les 10 janvier Ă  22h30, 16 janvier 2011 Ă  5h50

TĂ©lĂ©. Herbert von Karajan : Le culte de l’image. Arte, lundi 10 janvier 2011 Ă  22h30, puis dimanche 16 janvier 2011 Ă  5h50.
Documentaire. RĂ©alisation: Georg WĂŒbbolt (2008, 53mn). Karajan, le culte de l’image. Il est souvent de bon ton parmi les “grands interprĂštes” de diaboliser les lois du marketing. Ce qui est commercial et abondamment servi par les medias de masse, n’est souvent pas synonyme de qualitĂ©, encore moins d’exigence artistique. Le cas d’Herbert von Karajan contredit tous ces aprioris restrictifs dont usent et abusent les critiques les plus conservateurs. En gĂ©nie de la communication et en maĂźtre du geste interprĂ©tatif, Karajan a dĂ©vorĂ© avec passion tous les mĂ©dias de son Ă©poque, s’impliquant comme personne avant, dans les rĂ©alisations audio et vidĂ©o. Son hĂ©ritage dans ce domaine explique pourquoi sa prĂ©sence, 100 ans aprĂšs sa naissance, et prĂšs de 20 ans
aprĂšs sa mort, reste toujours aussi vivante, incontournable, captivante.
L’homme et l’artiste ont laissĂ© un hĂ©ritage qui nourrit leur lĂ©gende. Le documentaire montre combien le maestro d’origine autrichienne, et grec par ses parents, fut en boulimique de la camĂ©ra, un esthĂšte, visionnaire et perfectionniste, d’une intransigeante activitĂ©. On imagine ce qu’il aurait inventĂ© Ă  l’Ăšre d’Internet et de la diffusion de la musique par l’image numĂ©rique et digitale! Aucun de ses opĂ©ras ainsi filmĂ©s ne laisse indiffĂ©rent: ses rĂ©alisations demeurent mĂȘme des rĂ©fĂ©rences pour tous, Ă  l’Ă©gal d’un Losey pour Don Giovanni. Le film de Georg WĂŒbbolt donne la parole aux collaborateurs du chef, aux membres de son Ă©quipe technique, tĂ©moins admiratifs du “systĂšme” et de l’esthĂ©tique visuelle Karajan. Document incontournable pour qui souhaite comprendre l’objectif du Karajan cinĂ©aste, grand manipulateur d’images.

Karajan, le culte de l’image. Docu (G. WĂŒbbolt)Arte, lundi 10 janvier Ă  22h30, puis 16 janvier 2011 Ă  5h50

Herbert von Karajan
Le culte de l’image

Arte
Lundi 10 janvier 2011 Ă  22h30
Dimanche 16 janvier 2011 Ă  5h50
Mercredi 19 janvier 2011 Ă  5h
Documentaire. RĂ©alisation: Georg WĂŒbbolt (2008, 53mn). Karajan, le
culte de l’image. Il est souvent de bon ton parmi les “grands
interprĂštes” de diaboliser les lois du marketing. Ce qui est commercial
et abondamment servi par les medias de masse, n’est souvent pas synonyme
de qualitĂ©, encore moins d’exigence artistique. Le cas d’Herbert von
Karajan contredit tous ces aprioris restrictifs dont usent et abusent
les critiques les plus conservateurs. En génie de la communication et en
maßtre du geste interprétatif, Karajan a dévoré avec passion tous les
mĂ©dias de son Ă©poque, s’impliquant comme personne avant, dans les
réalisations audio et vidéo. Son héritage dans ce domaine explique
pourquoi sa présence, 100 ans aprÚs sa naissance, et prÚs de 20 ans
aprĂšs sa mort, reste toujours aussi vivante, incontournable, captivante.
L’homme et l’artiste ont laissĂ© un hĂ©ritage qui nourrit leur lĂ©gende.
Le documentaire montre combien le maestro d’origine autrichienne, et
grec par ses parents, fut en boulimique de la caméra, un esthÚte,
visionnaire et perfectionniste, d’une intransigeante activitĂ©. On
imagine ce qu’il aurait inventĂ© Ă  l’Ăšre d’Internet et de la diffusion de
la musique par l’image numĂ©rique et digitale! Aucun de ses opĂ©ras ainsi
filmĂ© ne laisse indiffĂ©rent: ses rĂ©alisations demeurent mĂȘme des
rĂ©fĂ©rences pour tous, Ă  l’Ă©gal d’un Losey pour Don Giovanni.Le film de Georg WĂŒbbolt, rĂ©alisĂ© pour le centenaire de la naissance du maestro tyrannique et lĂ©gendaire (2008), donne la parole aux collaborateurs du chef, aux membres de son Ă©quipe technique, tĂ©moins admiratifs du systĂšme Karajan. Document incontournable pour qui souhaite comprendre l’objectif du Karajan cinĂ©aste, grand manipulateur d’images…


Wagner: la Walkyrie. En direct de la ScalaFrance Musique, mardi 7 décembre 2010 à 17h

Wagner
La Walkyrie
France Musique
En direct de la Scala de Milan
Mardi 7 décembre 2010 à 17h

Dans la vaste fresque légendaire du Ring des Nibelungen
(ou Tétralogie), Wagner aborde les thèmes universels de la corruption
des âmes, de la malédiction qui foudroie celui qui s’empare du pouvoir
et qui n’en est pas digne. Wotan en s’appropriant par ruse et déloyauté L’Or du Rhin,
s’est maudit lui-même. Avec lui, la dynastie des dieux est même
emportée vers son inéluctable fin… Wotan appartient au passé. Place au
héros de l’avenir… Siegfried? Pas si simple… Non content de
réécrire l’histoire de l’humanité et nous exhorter en filigrane à
réinventer notre futur, le compositeur, poète et philosophe,
perfectionne aussi une nouvelle forme pour le théâtre musical. Art
total, tel est son ambition: musique, chant, théâtre, unifiés par le flot
cosmogonique d’un orchestre palpitant. Au sein de la fantasmagorie mi
féerique mi politique, l’amour traverse plusieurs tableaux. Brünnhilde,
Walkyrie déchue, porte son étendard. Des quatre ouvrages du cycle, La Walkyrie est l’opéra de l’amour. Ici, la fille préférée de Wotan, Brunnhilde, prend le parti des jumeaux amants maudits, Sieglinde et Siegmund, désobéit au père, transgresse la loi: demidéesse, elle deviendra femme mortelle pour connaître l’amour avec Siegfried et souffrir parmi les hommes… Première Journée, après le Prologue (L’Or du Rhin), avant Siegfried et Le crépuscule des dieux, La Walkyrie, en trois actes, livret du compositeur, est créée à Munich, le 26 juin 1870. C’est aussi une partition qui souligne la solitude impuissante de Wotan vis à vis de ses propres lois: enchaîné aux règles qu’il a édictées et qui sont défendues par l’inflexible Fricka, le dieu des dieux exprime son désespoir et son amertume impuissante dans un monologue fameux, défi pour tous les barytons wagnériens dignes de ce nom… Volet clé de la Tétralogie.
Théâtre la Scala/Wagner/Choeur et Orchestre de la Scala, Barenboim
en direct du Théâtre de la Scala à Milan
et en simultané avec l’Union européenne de radios
Richard Wagner
La Walkyrie

Simon O’Neill, Siegmund
John Tomlinson, Hunding
Vitalij Kowaljow, Wotan
Waltraud Meier, Sieglinde
Nina Stemme, Brünnhilde
Ekaterina Gubanova, Fricka
Danielle Halbwachs, Gerhilde
Carola Hohn, Ortlinde
Ivonne Fuchs, Waltraute
Anaik Morel, Schwertleite
Susan Foster, Helmwige
Lean Sandel Pantaleo, Siegrune
Nicole Piccolomini, Gringerde
Simone Schröderln, Rossweisse
Choeur et Orchestre du Theatre de la Scala
Direction : Daniel Barenboïm

Jean Sibelius: Symphonie n°7 (1924)France Musique, dimanche 29 août 2010 à 20h

Jean Sibelius
Symphonie n°7


France Musique


Dimanche 29 août 2010 à 20h

Symphonie n°7 en ut majeur (1924)

Créée à Stockholm dÚs le 24 mars 1924, la derniÚre symphonie de
Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul
mouvement, elle pourrait s’apparenter Ă  une fantaisie symphonique, mais
son dĂ©veloppement d’une irrĂ©pressible croissance organique, traversĂ©e
par un souffle depuis son début, porte les ultimes recherches du
compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon
gĂ©nial. La hauteur de l’inspiration qui s’y dĂ©ploie, de façon noble et
sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky Ă  nommer Sibelius, le
Parsifal Finlandais. Le sentiment de majesté est induit par les
trombones, instruments phares de la partition. C’est une Ă©lĂ©vation
progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, Ă©pisodes
plus sombres et déséquilibrés, puis se réalise dans la pleine sérénité.
Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flûtes, hautbois,
bassons…). Porteuse de visions et d’illuminations personnelles, la
partition devait ĂȘtre suivie d’une huitiĂšme Symphonie. Mais le
compositeur détruira les amorces de la nouvelle construction, pour ne
laisser en guise de testament musical, que sa septiĂšme et donc derniĂšre
Symphonie n°7.

Lire aussi le dossier Jean Sibelius de notre collaborateur Pierre-Yves Lascar

Lire aussi notre grand dossier Les Symphonies de Jean Sibelius


En direct du festival du Schleswig-Holstein, à Kiel. Sibelius: Symphonie n°7. Mahler: Le Chant de la terre avec Thomas Hampson, baryton et Peter Seiffert, ténor. Orchestre symphonique de la NDR. Alan Gilbert, direction

Jean Sibelius: Symphonie n°5 (1915) Radio Classique. Dimanche 18 juillet 2010 à 20h

Jean Sibelius

Symphonie n°5

Radio classique
Dimanche 18 juillet 2010 à 20h

Ludwig van Beethoven, concerto pour violon op.61
Jean Sibelius, Symphonie n°5 en mi bémol majeur op.82
Avec le London Symphony Orchestra
dirigé par Sir Colin Davis
violon : Nikolaj Znaider

En direct du Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence

Symphonie n°5 en mi bémol majeur opus 82 (1915)
Créée dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 décembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la Cinquième Symphonie est rapidemment remaniée, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit définitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la Révolution russe et donc de l’indépendance de la Finlande, la partition souscrit à un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies précédentes (n°3 et n°4, déconcertantes et foncièrement personnelles).

Dès le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquérant du héros victorieux, affirmant un équilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les détails d’un paysage arcadien où se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. Le Finale (Allegro molto) est le plus irrésistible des trois volets de ce triptyque triomphal: les bois mis en avant chantent la beauté hypnotique de la nature et les dernières proclamations des tutti finaux, énoncés, détachés comme suspendus, expriment une dernière nostalgie avant la conclusion.

Lire notre grand dossier des Symphonies n°1 à 7 de Jean Sibelius

Illustration: Jean Sibelius (DR)

Mozart: Cosi Fan tutte, 1790 France Musique, dimanche 4 juillet 2010 à 14h30

Mozart


Cosi fan tute
, 1790

Le dernier opéra de Mozart écrit avec Da Ponte, recueille les frasques
amoureuses et l’expérience de vieux loup sentimental de l’écrivain,
véritable Don Juan: Lorenzo Da Ponte (1749-1838) qui, chassé de Venise
(1779, à 30 ans) pour un scandaleux adultère, rejoint Vienne. Nommé
poète impérial en 1783, l’écrivain compose les vers des opéras de
Salieri et de Martin y Soler. Il voyage à Londres puis à New York où il
mourra, attelé à la rédaction de ses Mémoires.
Cosi est le dernier ouvrage de la trilogie conçue par Mozart et
Da Ponte, avec Les Noces de Figaro (1786), Don Giovanni (1787).
Le sujet de Cosi, commandé par l’Empereur Joseph II aurait été
inspiré d’un fait réel: deux jeunes fiancés auraient parié sur la
fidélité loyale de leurs bien aimées: deux soeurs qui dévoilant la
duplicité volage du coeur féminin se seraient laissées charmées par un
autre que leur promis. L’infidélité et la versatilité sont propres au
coeur de la femme, et leur ami, vieux philosophes plein de bon sens avec
lequel les deux dupés avaient parié, voit sa connaissance de l’amour,
vérifié: “Cosi fan tutte“, ainsi font toutes les femmes
(inconstantes, oublieuses, traîtresses…).
L’opéra est créé le 26 janvier 1790, au Burgtheater de Vienne, mais
interrompu après la 5ème représentation en raison de la mort de Joseph
II, survenue le 20 février 1790.

Immorale liberté des coeurs

La représentation de ces femmes inconstantes, d’une liberté sensuelle
qui les dépasse, ce qui rend le pouvoir des attractions d’autant plus
terrifiant, désigne ce poison d’une sexualité libérée, séditieuse,
véritable menace pour l’ordre social. Les libertins dont fait partie
évidemment Da Ponte ont largement utilisé la puissance subversive de la
sexualité, agent de désordre, conspiration active qui fissure le pacte
délicat des relations humaines. Misogyne, inepte socialement, acide,
cynique même: la morale de l’ouvrage n’a pas manqué de déplaire au
milieu bourgeois, mais aussi aux compositeurs tels Beethoven ou Wagner,
lesquels s’ils reconnaissaient la qualité de la partition, ne
comprenaient pas que Mozart se soit ainsi commis dans un livret aussi
discutable.

Ecole de la vie

mozart, Da Ponte, cosi fan tutte, opera classique, actualité musique classiqueAlfonso inculque à ses élèves, les fiancés Guglielmo et Ferrando, une
brillante leçon de réalisme. D’ailleurs, l’opéra est sous-titré l’école
des amants. Pour mieux séduire le coeur des femmes, il faut
nécessairement éprouver leur indignité morale, leur qualité de mensonge
et d’infidélité. Les permutations illimitées et l’inconstance dés coeurs
font dire en filigrane aux personnages, terrassés par leur découverte,
qu’il faut jouir de l’instant avec qui est disponible. Incroyable
réalisme cynique que n’aurait pas renié Sade en personne. Ici les femmes
sont misandres et les hommes, misogynes. Sous l’apparente séduction de
la musique, se cache une leçon amère et désenchantée sur la véritable
nature humaine. Mais depuis, un précédent duo tout aussi jubilatoire,
composé à l’âge baroque par Busenello et Monteverdi, l’opéra n’est-il
pas cette scène qui dévoile dans son édifiante horreur chaque passion de
l’âme?
Chaque nouvelle approche permet d’éclairer la mélancolie et la nostalgie d’un monde sans
duplicité ni calcul. Or le théâtre amoureux de Cosi démontre tout ce que la
puissance du désir et la magie des attractions, stimulées par la lâcheté
des coeurs et leur perpétuelle versatilité, produisent en
désenchantement et en défaite du rêve. La très longue scène des adieux,
au début de l’ouvrage n’exprime-t-elle pas justement la difficulté des
êtres à quitter ce monde d’illusions caressantes, tant espéré, pour
jouer par la suite, le vrai théâtre de la solitude, de l’épreuve, de la
trahison? La divine musique de Mozart dit toute la grâce des individus
nostalgiques d’un état qui ne peut peut-être jamais exister… sur terre. Le pur amour est une vision de l’esprit; le miroir aux alouettes des coeurs romantiques…

Dimanche 4 juillet 2010 à 14h30
France Musique
Opéra d’été…

Illustrations: portraits de Mozart (DR)

ROME: la liste des prochains pensionnaires de la Villa Medicis fait réagir les compositeurs contemporains

actualité
musique contemporaine


Contestations à la Villa Medicis




Le 3 juin 2010, le ministère de la culture a rendu officielle la liste
des heureux pensionnaires de la Villa Medicis à
Rome
, (Académie de France à Rome), paradis terrestre pour
les créateurs compositeurs ou plasticiens, qui y peuvent produire en
toute quiétude, nourris, lavés, blanchis et rémunérés aux frais des
contribuables français, pour un séjour qui va de 2 mois à 1 an…




Il fut un temps où pour
bénéficier d’un tel traitement enviable, dans l’un des plus beaux palais
romains, offrant une vue panoramique sur la ville éternelle et ses
coupoles, les candidats devaient passer plusieurs épreuves et démontrer
leur aptitude dans les genres savants en particulier la cantate: ainsi,
détenteurs du Prix de Rome, ils avaient loisir de composer et créer,
tout en découvrant l’Italie culturelle. Parmi eux, Berlioz (1830), Bizet
(1857), Dubois (1861), Massenet (1863), Debussy (1884), D’Ollone
(1897), Schmitt (1900), Paray (1911), Lili Boulanger (1913), Dutilleux
(1938), Chaynes (1951)…




Aujourd’hui les heureux élus sont “nommés” (depuis 1968) et il n’est pas
sûr qu’ils travaillent réellement pendant leur séjour à la Villa
Medicis. En 2010, la nomination d’artistes issus de la variété, pourtant
déjà reconnus sur la scène actuelle comme la chanteuse pop Claire
Diterzi, et le flûtiste et jazzman Malik Mezzadri (“Magic Malik”) a
suscité un émoi parmi les compositeurs de musique dite savante. Il
s’agit d’une ouverture nouvelle qui montrerait le peu de considération
de la part du directeur de la Villa (Eric de Chassey) et du Ministère,
pour la musique contemporaine.


Une pétition lancée sur le site (Musiques-en-vrac.blogspot.com)
regroupe les signataires critiques dont Denis Dufour; leur manifeste
parle de “mépris” à l’égard de la création contemporaine. Pourtant le
directeur de la Villa Medicis a fondé dès son arrivée à Rome, un nouveau
festival de création contemporaine Controtempo dont la
première édition se déroulera en janvier 2011. Par ailleurs, deux
compositeurs contemporains, Geoffroy Drouin et Gilbert Nouno sont
également sélectionnés en 2010. Ils devraient s’installer à Rome en
octobre prochain…




Lire notre dossier sur les musiciens à la Villa Medicis, Ingres
directeur de l’Académie de France à Rome

Opéras en direct sur Arte: Don Giovanni (Aix), Tosca (Munich) Arte, les 5 puis 10 juillet 2010

Opéra sur Arte
Don Giovanni (Aix), Tosca (Munich)
Arte, les 5 puis 10 juillet 2010

En juillet 2010, Arte se met à l’heure de l’été lyrique. 2 directs promettent deux soirées incontournables, Don Giovanni aixois le 5, puis depuis Munich, Tosca embrasée le 10. Captations événements.


Lundi 5 juillet à 21h30

Wolfgang Amadeus Mozart
Don Giovanni


Avec : Bo Skovhus (Don Gionanni), Kyle Ketelsen (Leporello), David Bizic
(Masetto), Colin Balzer (Don Ottavio), Marlis Petersen (Donna Anna),
Kristina Opolais (Donna Elvira), Kerstin Avemo (Zerlina),Anatoli
Kotscherga (Commendatore)
Chœur : English Voices
Chef de chœur : Tim Brown
Orchestre : Freiburger Barockorchester
Direction musicale : Louis Langrée
Mise en scène, scénographie : Dmitri Tcherniakov

«La septième mesure de l’allegro sonna à mes oreilles comme un cri de
joie et de triomphe poussé par le génie du crime ; je voyais des démons
tout en flammes s’élancer du sein des ténèbres et menacer de leurs
griffes brûlantes des groupes dansant avec l’ardeur et l’imprévoyance de
la jeunesse sur un mince plancher au-dessus d’abîmes sans fond.»
:
E.T.A.Hoffmann, Don Juan, Aventure romanesque d’un voyageur
enthousiaste, 1812.

Le rire à l’effroi enchaîné. De toutes les manifestations du mythe
donjuanesque, l’opéra de Mozart est la plus riche, la plus contrastée,
la plus surprenante, la plus juste et la plus troublante. Dès
l’ouverture de ce dramma giocoso où l’effrayante grandeur de la musique
infernale se mue en course échevelée, le ton est donné : fort de ses
mille et trois conquêtes, le libertin danse au-dessus de l’abîme:
l’insouciance est sa liberté. Ni morale ni amour, selon le précepte
appliqué de Casanova dont Da Ponte fut le disciple à Venise. Prédateur
de Donna Anna dont il tue le père, époux fuyant de l’adorable et aimante
Donna Elvira dont il renie le mariage, presque violeur de Zerlina dont
il trouble les noces, Don Giovanni est arrêté dans sa course folle par
une statue de pierre qui l’invite à un banquet où l’on ne mange pas de
nourriture terrestre. Le Commandeur attise et brûle sa conscience, ou ce
qu’il en reste. Et soudain les quiproquos équivoques de l’opera buffa
laissent place à une béance métaphysique qui fascina les romantiques.
Plus de deux siècles après sa création, ce sommet de l’art lyrique, né
de la plume de Lorenzo da Ponte et de Mozart, entre Vienne et Prague,
conserve toute sa puissance et sa juste ambivalence.

Lire aussi notre dossier spécial Don Giovanni de Mozart


Nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence en co-production avec
le Teatro Real Madrid et la Canadian Opera Company, Toronto.
Opéra en direct. Réalisation : Andy Sommer (2010, 3h15)


Samedi 10 juillet 2010 à 21h

Puccini: Tosca

Donné en ouverture du festival d’opéra de Munich, Tosca est diffusé sur
Arte et la Radiotélévison bavaroise en direct dans la première mise en scène de Luc Bondy à la Bayerische Staatsoper.

Telle que l’a imaginé Luc Bondy, Tosca est un cauchemar où se mêlent
désespoir, rage et trahison. Le rôle titre est tenu par la soprano
finlandaise Karita Mattila, celui de Cavaradossi par Jonas Kaufmann, le
ténor allemand promis à la gloire s’il poursuit l’intensité et la
finesse déjà remarquée pour son Werther ou son très récent Lohengrin à Munich (2009), repris cet été à Bayreuth (2010)…
A Munich, les spectateurs extérieurs pourront suivre l’action sur le
parvis du théâtre, où, dans le cadre du projet « Opéra pour tous »,
l’œuvre est sur écran géant. La nouvelle production a déjà été présentée au Met de New York en septembre 2009, de surcroît en diffusion en direct dans les salles de cinéma. Luc Bondy tempère les excès de froideur cynique des mises en scène allemandes, rien à voir ici avec les regietheater ordinairement âpre et sinistre. Le jeu d’acteurs et l’intensité des moments clés font de cette Tosca par Luc Bondy, un événement dramatique et lyrique rare, donc incontournable.

Créé en 1900, Tosca est le cinquième opéra du compositeur italien, le
plus « vériste », c’est une approche théâtrale qui présente l’action
telle qu’elle pourrait se produire dans la vraie vie. Tosca d’après la
pièce de Victorien Sardou est une scène âpre, brûlante, sauvage. Deux
artistes, un peintre et une cantatrice, Mario et Flora vivent leur amour
avec passion et jalousie, mais dans l’ombre rode un loup affamé,
l’infâme suppôt diabolique, Scarpia (baryton), prêt à les sacrifier sur
l’autel de la jouissance la plus ignoble. Le rôle-titre offre à toutes
les sopranos dramatiques et spinto, un personnage magistral, entre
pureté et déchainement: amoureuse tendre, Flora Tosca sait aussi se
montrer louve: la scène du II où elle affronte la perversité du baron
Scarpia, chef des polices romaines, est un modèle de crescendo
dramatique, scène sadique qui s’inverse malgré son énoncé de départ: la
victime se fait bourreau. Or c’est bien dans la mort que le rire de
Scarpia, agent machiavélique, se dresse. Mais rien ne résiste à la haine
finale de Tosca: en se jetant dans le vide, elle rejoint Scarpia pour
mieux le détruire…

Lire aussi notre dossier spécial Tosca de Puccini

Opéra en direct du Festival de Munich (2010, 2h25). Mise en scène :
Luc Bondy. Avec : Karita Mattila et Jonas Kaufmann (2010, 2h25 mn)

Illustrations: deux portraits récents de Mozart, Giacomo Puccini (DR)

Ricccardo Zandonai: Francesca da Rimini (1914) Synopsis


Riccardo Zandonai

(1883-1944)
Francesca da Rimini

(Turin, 1914)
tragédie en 4 actes, d’après D’Annunzio

Argument

(synopsis)

Acte I. En Romagne, à la fin du XIIIème, à la cour de Rimini. Une scène courtisane.
Un troubadour paraît: est- ce Jean Figo le troubadour ou Gordello de Ferrare? Les damoiselles du palais moqueuses raillent ses atours et réclament une chanson d’amour… car amour et extase sont ici un idéal de Cour… Mais le chanteur accepte si elles veulent bien recoudre son étoffe: il chante le désir de Tristan, Lancelot, Perceval… Et l’on apprend que Messer Guido marie Francesca à Malatesta.
Le frère de Francesca, Ostasio avec son sage Toldo, paraît haineux, barbare, menaçant le troubadour qui serait venu avec Paolo… Les deux conspirent contre Malatesta qui s’apprête à prendre pour femme Francesca. La famille des Malatesta compte 3 fils: le plus vaillant Paolo est le plus beau. Suit Giovanni dit Giancitto, le boiteux, enfin le plus jeune Malatestino le borgne.

Du côté des femmes implorantes et victimes. Plainte du choeur des femmes, suivantes de Francesca: qui connaissent “le trop d’amour”… ardeur qui consume le corps et l’âme: la vision est proche de Shopenhauer et de Wagner: tout amour est un poison qui emporte à la mort le coeur qui est épris. Francesca quitte sa soeur déjà endeuillée… La rupture entre elles est difficile: le passage de l’âge adolescent au statut d’épouse, obligation sociale imposée par le jeu des négociations politiques, ne se fait pas sans douleur et déchirement. Francesca sait-elle que son destin est de mourir? Voilà qui donne la coloration de son personnage, sombre et angoissé, tout au long de l’ouvrage. Les deux femmes ne veulent pas grandir: effrayées par l’avenir et un mariage encore confus… Paraissent justement Malatesta avec leur frère Ostasio… C’est le plus beau, Paolo qui se présente à la jeune femme, dans une scène surtout musicale où ils échangent de tendres regards.
Francesca de Ravenne se soumet au voeu de son clan: car elle pense qu’elle va épouser Paolo le beau et non son frère Giovanni (le boiteux dit Giancitto). Même si elle se marie avec Giovanni, elle ne peut cacher son inclination pour Paolo.

Au II, pendant la guerre contre les Gibelins, dans le palais des Malatesta (chefs de file du parti Guelfe), les deux amoureux se rapprochent: archer méritant, Paolo (ténor) qui a tué Ugolin, est porté en vainqueur: il reste sombre car il cherche le regard de Francesca. La tenue des deux rôles est particulièrement intense, constante, tendu, d’un lyrisme croissant. D’autant plus difficile à assumer pour les deux protagonistes qu’ils doivent couvrir un orchestre flamboyant. Au front, Paolo déclare sa flamme à sa belle soeur. Francesca feint de ne pas comprendre (Seigneur Paolo dites moi que vous êtes fou…): elle accueille son époux, Giovanni (baryton) en vrai vainqueur de la bataille. Francesca lui verse une coupe qu’il partage de bon coeur avec son frère Paolo resté dans l’ombre, en soldat loyal à son prince. On comprend ici que la flèche de Paolo a doublement atteint sa cible, outre l’ennemi Ugolin, elle a aussi terrassé le coeur de … Francesca qui boit la coupe, comme Isolde quand elle offrit à boire à Tristan. Survient Malatestino blessé porté par ses frères d’armes. La conclusion de cet acte tendu, se produit par des chants haineux des Guelfes contre les Gibelins et par l’apothéose du vainqueur de la journée: Giovanni Malatesta.

Au III. Au premier jours de mars, Francesca se sent lasse. Sa nature inquiète et fébrile s’exprime, elle s’étonne que son épervier ne revienne pas. A sa confidente et nurse Smaragdi, maladive, rongée par le poison de l’amour, Francesca ouvre son coeur: elle songe à Paolo. Elle avoue avoir peur de Malatestino. Ses dames paraissent, insouciantes aux pensées tragiques de leur maîtresse. La figure d’Yseult est citée: couronnée d’une guirlande de violettes, Francesca fait une prêtresse du printemps, mélancolique. Paolo vient la saluer. Langoureux et ténébreux, il lui offre son âme tristaneque: “la lumière est mon ennemie, la nuit est mon amie”. Il implore l’amour et le pardon de la jeune femme qui n’aspire qu’à la paix et détourne sa passion ardente. Par le truchement d’un texte et de son dialogue entre Galateo et Guenièvre, les deux amants se disent leur amour. Ils échangent un baiser passionné. Francesca s’abandonne dans les bras du chevalier.

Au IV. Le rideau s’ouvre sur une scène violente où Francesca doit subir les assauts du 3è frère, Malatestino (baryton), excité par sa beauté. Un être vulgaire et barbare. Aux tourments de la jeune femme agressée et horrifiée répondent les hurlements d’un prisonnier qui doit mourir et dont se délecte le jeune homme ivre de désir. Paraît Giovanni son époux. Le podestat doit rejoindre Pesaro le lendemain… Malatestino rejoint son frère: il lui apporte comme trophée, la tête du prisonnier que l’on vient de tuer et de décapiter. Le borgne déverse sa haine jalouse à propos de leur frère Paolo. Malatestino révèle la liaison de Paolo et de Francesca à Giovanni que le soupçon dévore. L’époux se sent trahi; il devient fou quand Malatestino lui apprend que Paolo rejoint Francesca dans sa chambre à chacune de ses absences: ils surprendront les amants cette nuit…
Au moment de son coucher, Francesca cède à la désespérance et à la mélancolie: loin de son foyer et de sa soeur, elle se sent abandonnée. Paolo la rejoint: il chante un duo embrasé, éperdu, sommet lyrique et vériste de la partition. Mais Giovanni surgit et tue les deux amants d’un coup d’épée: les deux jeunes gens meurent dans les bras l’un de l’autre.

L’opéra Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai fait son entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris, le 31 janvier 2011 (Opéra Bastille, jusqu’au 21février 2011). Daniel Oren, direction. Giancarlo del Monaco, mise en scène.

Illustrations: Sigismondo Malatesta par Piero della Franesca, Francesca da Rimini par Ingres, Francesca et Paolo par William Dyce, Francesca da Rimini retrouvée morte par Cabanel (DR)

Claude Debussy: Pelléas et Mélisande, 1902 France Musique, Dimanche 13 juin 2010 à 10h


Claude Debussy


Pelléas et Mélisande
, 1902

Pelléas est bien l’opéra majeur du XXè siècle naissant: Debussy signe là
le premier ouvrage lyrique qui fait entrer la musique dans la modernité
fracassante du XXè, certes avant le choc des guerres mondiales, mais il
s’agit d’un manifeste décisif qui inscrit désormais de nouvelles
perspectives esthétiques pour la musique, en particulier dans sa
relation avec le texte.

France Musique
Dimanche 13 juin 2010 à 10h

La tribune des critiques de disques
point discographique sur l’opéra de Debussy

Il ne s’agit plus d’approfondir le modèle Wagnérien de “théâtre total”, guère dépassé depuis que le maître de Bayreuth en a fixé la totalité fascinante, mais Debussy prend prétexte de la poésie de Maetterlinck, chant autonome en soi, pour construire un nouvel opéra linguistique où le rapport au verbe donne une nouvelle identité à la musique: l’orchestre dit tout ce que les mots du livret n’expriment pas clairement. Musique nouvelle de la psyché libérée, affleurante, hyperactive. Exactement comme ce que fait à la même époque les nouveaux compositeurs viennois du début du Siècle, dans la sillon réformateur de la Sécession, évidemment Schoenberg et Berg. Avant Lulu et Wozzeck, annonçant ce questionnement profitable texte/musique qui fait la pertinence des opéras en langue tchèque de Janacek, Pelléas pose les jalons de la modernité lyrique. C’est une oeuvre fondamentale: un défi réussi pour le maître des harmonies feutrées et énigmatiques, des pages symphoniques sans programme, portant à leur sommet, les fleurons de la musique pure (ce que Gustav Mahler réussit lui aussi, de façon contemporaine, en rival déclaré de Strauss, célébré pour ses poèmes symphoniques)…

Créé à l’Opéra Comique à Paris, le 30 avril 1902, Pelléas est un ouvrage verbal, qui puise de la prose du livret, son essor musical. Debussy commence l’esquisse de l’opéra dès 1893. Albert Carré, nouveau directeur de l’Opéra-Comique se passionne pour la partition en 1898. La volonté de rupture opérée par Debussy devait encore influencé immédiatement Séverac dans Le coeur du moulin (1909), mais aussi L’heure espagnole de Ravel ou Ariane et Barbe-Bleue de Dukas, (où paraît Mélisande à une autre période de sa vie multiple), tous deux créés en 1907.
Mètre libre du rythme, fantaisie fantastique et irréelle de l’action, c’est surtout un opéra psychologique où temps et espace se concentrent, s’inversent dans un labyrinthe poétique, à la fois inquiétant, étrange, déroutant. entre nature et imagination, le théâtre se fait scène de l’invisible: il dévoile à demi mots le caché et l’intime, posant comme préceptes clés: la contradiction, la confusion, le multiple, l’oscillation permanente qui mêlent et réorganisent sans cohérence un monde de souvenirs, de fantasmes, d’épisodes réellement vécus. Ici la liberté et la fantaisie (apparente) du verbe et de la phrase délivre l’essor musical du cadre classique. Ils permettent une vérité accrue de l’expression.

“La musique est faite pour l’inexprimable; je voudrais qu’elle eût l’air de sortir de l’ombre et que, par instant, elle y rentrât; que toujours elle fut discrète personne… Rien ne doit ralentir la marche du drame: tout développement musical tant soit peu prolongé est incapable de s’assortir à la mobilité des mots...”, déclare le compositeur.


Musique libre, opéra vérité

Au coeur de cette fable sans âge et sans époque, d’une éternité flottante, il y a la tragédie amoureuse: celle de Golaud qui tue son demi frère Pelléas parce que sa femme Mélisande est attiré par ce dernier. Debussy insiste sur l’innocence des deux amants, plus jeunes que le vieux Golaud. Mais cette liaison peut n’avoir jamais existé, sinon dans le cerveau malade du seigneur impuissant, frappé par la beauté de la jeunesse aimante dont il est définitivement exclu.

Festival Musique et Mémoire 17è édition, du 16 juillet au 1er août 2010

Festival Musique et Mémoire
17è édition, du 16 juillet au 1er août 2010

Festival laboratoire, scène expérimentale qui fait depuis ses débuts, l’alliance du risque et de l’extrême qualité interprétative, un gage chaque année de dépassement et de défrichement, le festival Musique et Mémoire, dans les Vosges Saônoises, porté par son directeur Fabrice Creux, défend pour sa 17è édition, une programmation courageuse et audacieuse. Pas moins de 12 concerts dévoilent le meilleur des programmes de musique médiévale, Renaissance et Baroque au Pays des 1000 étangs.

Parmi les temps forts de l’édition 2010, notons particulièrement entre autres: en ouverture du festival (église prieurale de Marast, le 16 juillet à 21h): “L’homme nouveau, le jeu d’Adam de la Bassée” (création) par Discantus & alla Francesca (Brigitte Lesne, direction); la suite de la riche collaboration avec l’organiste Jean-Charles Ablitzer (artiste associé du festival), acteur de deux programmes alléchants: “Orgue et vocalité: Jehan Titelouze (1563)1633), pièces d’orgue, plain chant, faux-bourdons et polyphonies” avec La Colombina, sur l’orgue historique de la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains, le 17 juillet à 21h; puis le 27 juillet à 21h (Temple Saint-Jean de Belfort), “Reflets vénitiens”: Chorals, motets et Magnificat de Hieronymus Praetorius (1560-1629), nouveau programme.
En résidence pour une création attendue, l’Ensemble de Jean Christophe Frisch, XVIII-21 le Baroque Nomade présente sa nouvelle production: “Daphné sur les ailes du vent” (création), le 23 juillet à 21h. Evocation de Daphné, qui serait née à Venise vers 1630… figure mythique où se fond l’origine de l’opéra,… femme, mélodie, bateau… Daphné traverse les continents et les civilisations, incarnant idéalement ce baroque nomade, porteur de métissages et de recréations perpétuelles. Production événement présentée en l’église Saint-Martin de Lure. Le même ensemble présente aussi d’autres concerts dans le cadre de sa résidence au festival: “Ein Musikalisches opfer” (une offrande musicale, BWV 1079), le 24 juillet à 21h, puis le 25 juillet à 11h, programme en création: “En toute intimité: Jean-Sébastien Bach et Carl Philip Emmanuel Bach” (Chapelle Saint-Martin de Faucogney).
Enfin, ne manquez pas, la suite d’une autre collaboration amorcée depuis plusieurs années, celle entre le Festival et la violoniste Chiara Banchini: “Rencontre avec Chiara: de Schütz à Bach” (le 25 juillet 2010 à 17h, Temple d’Héricourt).

Autres concerts: le 17è festival Musique et Mémoire invite aussi: récital de Marianne Muller, basse de viole: “Au fil du temps: Monsieur de Sainte Colombe, Tobias Hume, Eric Fischer et Bruno Giner”… Chapelle Saint-Martin de Faucogney, le 18 juillet à 11h; “Capella Alchemica: Messe, motets et litanies à la Vierge” de Claudio Monteverdi par le Choeur Arsys Burgogne (Luca Guglielmi, direction), le 30 juillet à 21h (Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains); mais aussi récital de Claire Antonini (luth à 11 choeurs) pour “Le Manuscrit Vaudry de Saizenay” (le 31 juillet à 21h, Choeur roman de Melisey)…
Le festival Musique et Mémoire propose une offre séjour comprenant billets de concert, repas et hébergement (tél.: 03 84 97 10 80).



Toutes les informations et les réservations sur le site du Festival Musique et Mémoire 2010 et par téléphone: 03 84 49 33 46, du mardi au vendredi, de 9h à 12h et de 14h à 17h, le samedi de 10h à 12h.

Maria Callas à Paris (1958, 1965) Arte, dimanche 9 mai 2010 à 19h

Maria Callas
à Paris


2 récitals : 1958, 1965

Arte
Dimanche 9 mai 2010 à 19h

2 récitals parisiens à 7 ans d’écart rendent compte de l’art vocal et dramatique de la diva Maria Callas. En 1958 d’abord, pour un gala de bienfaisance à l’Opéra de Paris en robe haute couture et une réalisation visuelle et des moyens musicaux pas toujours à la hauteur de ce rendez vous historique. En 1965 ensuite où plus sobre et humaine, la diva montre ses talents belcantistes et véristes avec une simplicité désarmante d’autant plus captivante qu’elle est accompagnée, idéalement, par l’excellent Georges Prêtre. Deux documents exceptionnels … toujours aussi hallucinants.


Assoluta cathodique

Paris, 19 décembre 1958: accompagnée par le chef Georges Sébastian qui dirige l’orchestre de l’Opéra de Paris, Maria Callas qui pourtant est auréolée d’une gloire déjà planétaire, fait ici ses débuts à Paris. Quelques temps auparavant, à Rome, la diva renonce à chanter après le 1er acte de Norma pour méforme: c’est un scandale né de l’incompréhension du public et du parterre prestigieux, venu l’applaudir. Après une tournée aux USA, elle de retour en Europe… son planning est vide: la diva recherche des engagements, heureusement il y a ce gala de bienfaisance à Paris, retransmis en eurovision devant… 100 millions de téléspectateurs: le triomphe est total et la cantatrice en retire un renom mondial.
Derrière la diva, les choristes sur la scène patinent souvent (nombreux décalages: que fait le chef?) et restent à la traîne, derrière la diva: ils n’ont pas sa perfection linguistique ni son assise rythmique. Les caméras bougent régulièrement: on reste étonné pour une retransmission en direct de la piètre qualité de la réalisation. Quand au mixage, on entend sur le chant de la diva, les paroles du souffleur et de nombreux bruits parasites… le feu légendaire n’est pourtant en rien atténué par tout cela.

Débuts avec Norma (Bellini: cavatine casta diva), ce rôle où elle fut honnie à Rome… Chignon tirée, cheveux laqués, silhouette de sylphide, robe haute couture, et bijoux étincelants, la diva est aussi une prophétesse du style et du goût absolu: son chant exprime, palpite, embrase. Elle semble au bord du précipice, actrice tragédienne hors norme, dont l’expressivité intense, suprahumaine trouve des accents vocaux bouleversants.
Suite avec Leonora (Verdi: Le Trouvère) hallucinée, crépusculaire, là aussi au bord du volcan, où la diva, à la fois incandescente et fragile captive du début à la fin de son solo. Ses aigus affleurent le tiraillement et présentent un début de larsen; mais l’intensité et la franchise de l”émission, cette coloration abyssale de la déploration et des larmes sont littéralement bouleversants. L’actrice, ses gestes et expressions mémorables, son regard fixe, grands yeux écarquillés, en particulier dans le Miserere qui suit dans la même scène du Trouvère, sont anthologiques.

Autre atmosphère plus légère quoique… pour Rosina “Una voce poco fa…”, air du Barbier de Séville, comédie buffa de Rossini: chant d’une jeunesse déterminée, volontaire, prête à montrer ses griffes… ingénue au sourire angélique mais à l’oeil déjà félin… Callas la tragédienne, se fait ici, hyperféminine et amusée, d’une espièglerie touchante. Sa vocalità (et la prosodie) délectable, celle d’une immense actrice et d’une chanteuse géniale, toujours au service de la projection du texte (avec des variations personnelles d’une musicalité et d’une puissance d’un style inouïe!

Autre récital. Le 2 mai 1965, accompagnée par Georges Prêtre (dirigeant l’Orchestre national de l’ORTF) Maria Callas éblouit tout autant dans un programme plus intérieur encore: La Sonnambula de Bellini, Gianni Schichi de Puccini. Quelques jours plus tard, pour la reprise de la Norma à l’Opéra de Paris dans la mise en scène de Zeffirelli, Callas renonce encore à chanter (après Rome en 1958) après la 5è représentation. Le 5 juillet suivant à Covent Garden, elle incarne Tosca à Covent Garden, ultime production où les spectateurs purent l’applaudir.

A Paris: Petite robe noire sobre dégageant les épaules (qu’elle avait couvertes en 1958 par une étole), la diva se met au service du texte, d’autant que Prêtre dirige avec un sens des nuances rare.

Richard Wagner: Tannhäuser. Meier, Nylund, Jordan (2008) Arte, dimanche 9 mai 2010 à 9h45

Richard Wagner
Tannhäuser


Arte
Dimanche 9 mai 2010 à 9h45

Nikolaus Lehnhoff a abondamment mis en scène Wagner et après un Lohengrin (en 2006 sous la direction de Kent Nagano), un Parsifal convaincant, son Tannhäuser, plus récent, ici enregistré, lui aussi, à Baden Baden en 2008, confirme d’évidentes affinités avec le chef d’oeuvre romantique wagnérien. La traversée mystique, entre désir et renoncement du chevalier tiraillé y devient claire et visuellement prenante… Wagner comme dans Lohengrin y dépeint l’impossibilité des amants à vivre leur passion. Tannhäuser ajoute même une autre perspective de l’impossibilité, celle individuelle du poète chanteur et chevalier qui reste prisonnier de ses tiraillements contradictoires.
L’opéra romantique allemand se réalisera pleinement avec Tristan où la mort est métamorphose, ouverture, passage et délivrance qui permet in fine aux deux âmes désirantes de fusionner.

S’impose la palpitante et humaine Vénus de Waltraud Meier; de surcroît avec des couleurs et un sens dramatique alliant chambrisme et clarté, propre à la direction du maestro Jordan fils. Héritier de l’élégance plus que de la fièvre de son père (Armin), Philippe Jordan, ici à la tête du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, surclasse la plupart des wagnériens de l’heure grâce à son sens des équilibres entre les pupitres et une tenue constante entre tension et détente…
Hélas le Tannhäuser de Robert Gambill n’a ni la finesse ni la nuance de Vénus (les aigus sont vibrés et plutôt plafonnés, et la hauteur pas toujours juste); et même Camilla Nylund incarne une Elisabeth assez lisse elle aussi, (même si le cahnt ne manque pas d’ivresse rayonnante) sans l’ambiguïté que Waltraud Meier sait déployer avec ce tact et ce style qui lui sont propres..
N’empêche… pour la direction du chef qui se fait vision, ce Tannhäuser depuis la ville thermale de Baden Baden confirme dans la globalité la haute tenue musicale du festival allemand. Meier accompagné par un Jordan des grands soirs est éblouissante et inoubliable. Une leçon de chant: sa Vénus a la grâce et la tendresse idéales.

Richard Wagner: Tannhäuser. Tannhäuser (Robert Gambill); Elisabeth (Camilla Nylund); Venus (Waltraud Meier); Wolfram von Eschenbach (Roman Trekel); Landgraf (Stephen Milling); Walther von der Vogelweide (Marcel Reijans); Biterolf (Tom Fox); Reimar von Zweter (Andreas Hörl); Heinrich der Schreiber (Florian Hoffmann); Ein junger Hirt (Katherina Müller). Vienna Philharmonia Choir. Berlin Deutsches Symphony Orchestra. Philippe Jordan, direction. Nikolaus Lehnhoff, mise en scène. Andrea Schmidt-Futterer, costumes. Enregistrement réalisé au Festspielhaus, Baden-Baden, 2008.

Roberto Alagna, ténor. Sicilien France 3, Vendredi 2 avril 2010 vers 23h

Roberto Alagna
ténor

Histoires siciliennes

France 3
Toute la musique qu’ils aiment

Né en France dans une famille sicilienne, le jeune Roberto est élevé dans le chant: chez les Alagna, tout le monde chante. Très vite, le garçon confirme sa vocation de chanteur. Guitare en mains, le jeune ténor chante dans les bars et cabarets, tout en cultivant un jardin secret : l’opéra. Le documentaire montre le premier ténor français commentant plusieurs films de la famille où chacun chante, danse. Quand Roberto chante la Sicile et les chants siciliens, il raconte la saga de la famille. A l’occasion du spectacle “Sicilien” donné en 2009 aux Arènes de Nîmes, France 3 diffuse ce documentaire dévoilant les origines du ténor, ainsi que la préparation et le programme du spectacle.

De Sicile, la patrie mère à l’origine de toute ces Histoires siciliennes (titre du film de David, le frère de Roberto), la famille part en Amérique (New York) puis en Argentine, pour fuir la pression des mafias locales… Puis c’est pour le jeune Roberto la France où il est né.

Fils de siciliens…

Aujourd’hui, celui qui dès l’âge de 10 ans, admirait au cinéma Mario Lanza dans le film de la vie de Caruso (!), qui a réussi à se faire remarquer de Luciano Pavarotti, puis a remporté le Concours du ténor italien en 1988 (à l’âge de 24 ans), chante ses racines. Révélé dans le rôle de Roméo (Roméo et Juliette de Gounod) en 1994 (rôle pour lequel il reçoit le Prix Laurence Olivier en 1995) , Roberto Alagna s’impose très vite par la puissance et l’élégance de son chant, à la fois tendre et héroïque. Outre les répertoires classiques italiens, le chanteur reçoit un opéra taillé pour son timbre et ses possibilités, Marius dans Marius et Fanny créé à Marseille en 2007 avec son épouse Angela Georghiu (de laquelle il se sépare en 2010), puis son frère David écrit pour lui Le Dernier Jour d’un Condamné, créé en septembre de la même année (2007).
Le film diffusé par France 3 dévoile le portrait d’un ténor généreux et simple en quête d’identité. « C’est le disque qui me ressemble le plus » , déclarait Roberto Alagna quand est paru chez Deutsche Grammophon le disque qui rassemble aujourd’hui les chansons siciliennes qui le portent et l’inspirent particulièrement. Le disque s’est vendu à 350.000 exemplaires: un nouveau record qui montre combien le chanteur lyrique convainc quand il chante les mélodies qui lui tiennent au coeur et à l’âme. Bien sûr, point d’orgue de ce récital personnel et familial, la berceuse écrite pour sa fille Ornella, tient une place à part. C’est le chant d’amour d’un père pour sa fille, d’une délicatesse rare quand il chante “dors mon souffle, rêve de ta maman“. Ornella est la fille de sa première femme, aujourd’hui décédée.
« Je me suis soudain senti sicilien en enregistrant ce disque, comme je m’étais soudain senti français en chantant La Marseillaise [pour le défilé du 14 juillet 2005, place de la Concorde]. C’est le disque d’un fils de Siciliens cherchant ses racines. »
Dans les arènes de Nîmes, sous la direction artistique de son frère David, complice de toujours, avec le concours des danseurs du Ballet de l’Europe, Roberto chante avec micro, ses amours natales: il exprime comme nul autre, l’âme sicilienne avec une sincérité télégénique qui fait toute la valeur du documentaire. Devant la caméra, le ténor se souvient; il évoque sa famille installée à New York dans le quartier de Little Italy.

“Histoires siciliennes”, film documentaire de David Alagna. Roberto Alagna chante la Sicile aux Arènes de Nîmes. Toute la musique qu’ils aiment. France 3, vendredi 2 avril 2010 vers 23h. Roberto Alagna est en tournée dans son spectacle Sicilien, dans toute la France, du 17 avril au 12 mai 2010.

Documentaire. Réalisation: Jean-Marc Montagerand et David Alagna, 2009, 1h10mn

Illustration: Roberto Alagna: Sicilien © A. Laveau

Mozart: Idomeneo, version originelle Bruxelles, La Monnaie. Du 16 mars au 3 avril 2010

Mozart
Idomeneo
, 1781
version originelle de 1786

Bruxelles, La Monnaie
Du 16 mars au 3 avril 2010
Nouvelle production

Jérémie Rhorer, direction
Ivo Van Hove, metteur en scène

A l’été 1780, Mozart reçoit la commande d’un nouveau seria: Idomeneo, dont le livret s’inspire de l’Idoménée de Campra. C’est le prince électeur Karl Theodor von der Pfalz, qui pour sa cour de Munich souhaite s’assurer les talents du jeune compositeur dans le genre opéra. Au travail, Mozart prend une décision historique en 1781, il claque la porte de son employeur, l’exigeant prince archevêque de Salzbourg, Colloredo. Le plus grand musicien de l’heure est donc le premier artiste indépendant, autoassumé, quand tous les musiciens d’importance sont considérés comme des serviteurs, employés par les princes.
L’abbé Varesco remaquille le livret de Danchet: la tragédie française devient fidèle aux canons seria, une action au dénouement heureux (lieto finale).
En unissant les parties renouvelées par des récitatifs particulièrement articulés (usant précisément des recitativos accompagnatos), Mozart refonde le genre seria non sans assimiler les ferments de l’opéra français: choeurs importants et ballets de liaison. L’orchestre s’y développe de manière exceptionnelle. Hélas, la réalité des répétitions à Munich remodèle ses intentions. Ne disposant pas d’assez de moyens, le compositeur renonce aux 3 trombones accompagnant l’oracle, il doit aussi couper sa partition première (dont tout le 3è acte). La production de 1781 est une version amputée qui ne correspond pas à ce que souhaitait le musicien. D’ailleurs, il remanie en 1786 son opéra et le fait représenter en version de concert à Vienne, avec toute la musique qu’il avait écrit et aussi de nombreux airs de concerts complémentaires.

Le pouvoir en procès

Il avait mis en scène Roman Tragedies d’après Shakespeare en septembre 2007. Le belge Ivo Van Hove revient à La Monnaie pour un nouvel Idomeneo. Au coeur de son travail, la relation du père (Idomeneo) au fils (Idamante) s’éclaire: le premier doit sacrifier le second à la suite d’un voeu irréaliste. La fureur des dieux (Neptune et sa tempête) exige des hommes des actes barbares. L’Antiquité et la mythologie nous offrent ainsi une vision brutale et violente de l’ordre social: un système fondé sur le respect de lois iniques et sur la terreur. Dieu terroriste, siège d’une ville envahie soumise au diktat d’une clique politique, décors contemporains… l’Idomeneo bruxellois s’inscrit dans la vérité de notre époque elle aussi passablement barbare. Or Mozart en intitulant son opéra Idomeneo, prend le parti d’une situation extrême destinée à dévoiler les identités et les tempéraments: Idomeneo doit-il se soumettre au dieux quitte à sacrifier son propre fils?
A travers Idomeneo, Mozart aborde la soumission aveugle, inhumaine. A travers Idamante, il évoque aussi un nouvel ordre qui doit désormais s’imposer. Y aurait-il incidemment une référence à sa récente émancipation, hors de toute tutelle autoritaire, autant celle de son ex employeur Colloredo que de son père?
Créature de cet ancien monde, lié au passé, la princesse Elettra qui se fait chant de violence et de haine. Elle vit dans le ressentiment et les traumatismes anciens, régressifs (perte de son père, de son frère, de sa mère). Elle n’a pas coupé le cordon. Avec Idomeneo, Mozart s’affirme doublement, comme individu récemment libéré de ses tuteurs; comme compositeur, dans un genre ambitieux et salué par toute l’Europe éduquée, l’opéra italien.

Tempis “wagnériens”

Le chef français Jérémie Rhorer n’en est pas à son premier Mozart à la Monnaie: après Les Noces de Figaro, voici Idomeneo, oeuvre phare et déterminante dans l’évolution lyrique du musicien. Forte couleur française (grâce à la présence des ballets), imprégnation égale d’Amadis de Gaule, opéra de Jean-Chrétien Bach si vénéré par Mozart (et qu’il rencontra à Paris en 1778)… tout indique dans Idomeneo, une oeuvre clé à laquelle Mozart apporte une unité et une cohérence dramatique inégalée grâce à la musique et aux choeurs (totalité nouvelle pour les scènes du choeur de la tempête par exemple). L’idée de la continuité et de l’enchaînement est un concept nouveau, totalement génial qui vient donner une fluidité organique à un genre musical qui en était privé. Pour renouer avec la vitalité organique mozartienne, Jérémie Rhorer précise qu’il utilise la noire plutôt que la croche pour le rythme harmonique: il en déduit des tempi beaucoup plus rapides et allant qui oxygènent la tension dramatique des opéras de Mozart. La tradition de diriger Mozart lentement vient de Strauss qui reprochait à Wagner ses tempis trop rapides dans Mozart. Avec Rhorer, nous assistons à un renversement de cette tendance: Mozart retrouve ainsi ses tempos “wagnériens”!
Jérémie Rhorer opte pour une version dramatique, c’est à dire sans les ajouts et déformations imposées à Mozart pendant les répétitions munichoises de 1781. Exit donc l’air redondant d’Arbace au II (qui alourdit la tension de l’acte), exit aussi le ballet célèbre de la fin de l’opéra: où devait-il être précisément? telle est la question encore débattue de la partition… Retour à la voix de l’oracle avec ses 3 trombones. Mozart aurait probablement été satisfait de ses options.

Brahms: Symphonies par Gardiner Symphonies n°1, 2 et 3 (Soli Deo Gloria, SDG)

Gardiner, le défi brahmsien

Johannes Brahms : symphonies 1 et 2. D’évidence, le sens de l’articulation distingue l’approche de Gardiner : une lecture pointilleuse, détaillée ayant le sens des couleurs et des timbres (légitime exigence s’agissant des instruments d’époque), surtout sachant exploiter le rebond dramatique des tensions et contrastes saisissants qui naissent du relief parfaitement défini de chaque pupitre. L’écoute dévoile l’intelligence du geste au service d’un Brahms particulièrement soucieux des alliages d’instruments : cuivres, bois, cordes. Sa quête d’équilibre et d’opposition, son génie du développement et de la variation gagnent en lisibilité.
C’est une nouvelle géographie des teintes, avec un souci du grain : flux agile et fluide des cordes, pointes et accents des cors ou des trompettes, tendresse des flûtes, sarcasmes des bassons, rêve des hautbois… Tout cela s’appuie sur une recherche scrupuleuse et parfaitement érudite des partitions ainsi restituées. Le plus de Gardiner : veiller à ce que sa démarche ne soit pas seulement pédante, et explicative mais continûment vivante.

Le chef britannique souligne le poids de la tradition émanant de Bach par exemple. Il éclaire aussi en de fascinants enchaînements, l’esprit des œuvres : rien de plus tragique que le début de la Symphonie I où le pouls de l’orchestre semble se mettre au diapason d’une catastrophe récente qui dicte au sujet sa coloration funèbre et haletante. Or Gardiner joue précédemment, comme pour mieux le préparer, le lied pour chœur et orchestre sur le poème d’Hölderlin (Begräbnisgesang, opus 13) : le poète décrit le paradis des élus, bienheureuses âmes invitées à un banquet dont nous, pauvres mortels, sommes écartés. Ivresse extatique des hauteurs, grimaces aigres des impuissants, écartés : là encore, un contraste singulier qui nourrit la tension, accuse les vertiges instrumentaux, fait progresser l’allant dramatique en une architecture parfaitement identifiable, pas à pas.
De la I, l’écoute distingue dans le dernier mouvement, le chant du cor au point décisif du développement, qui ouvre la dernière perspective de l’œuvre vers la clarté et son apogée triomphale finale.

Gardiner nous offre une vision claire et impliquée. SDG le label qu’il a fondé (Soli Deo Gloria) édite la série de concerts live enregistrés à Paris et à Londres, où le maestro défricheur argumente, explique, innove et … convainc. Le chef érudit resitue chaque œuvre dans son contexte esthétique et musical. Il en démêle le nœud des filiations, des références, des préfigurations, des amorces… des prémonitions. C’est finalement un voyage dans la genèse des œuvres, dans l’atelier de l’écriture : Brahms par Brahms. En définitive, Gardiner met en lumière la maturation d’un thème ou d’une combinaison d’instruments, d’une œuvre à l’autre.
Sa réussite vient de son attention prodigieuse aux timbres et aux équilibres instrumentaux, inféodée toujours à l’allant, l’intensité, la résolution dramatique. Aucun doute, Gardiner est l’un des brahmsiens récents les plus captivants. Son intégrale des 4 Symphonies de Brahms s’impose indiscutablement. Il a dépoussiéré Brahms en lui conférant un lustre instrumental nouveau, comme une cohérence et une profondeur interne insoupçonnée. Chapeau maestro!

Johannes Brahms : Symphonies n°1, 2, 3. Orchestre Romantique et Révolutionnaire. John Eliot Gardiner, direction.

Symphonie n°1, couplée avec :
Brahms – Begräbnisgesang, Op. 13
Mendelssohn – Mitten wir in Leben sind Op. 23
Brahms – Schicksalslied, Op. 54

Symphonie n°2, couplée avec :
Brahms – Alto Rhapsody Op.53
Franz Schubert 1797-1828
Gesang der Geister über den Wassern D714 (1821)
Gruppe aus dem Tartarus D583 (1817, arr. Brahms 1871)
An Schwager Kronos D369 (1816, arr. Brahms 1871)

Lire aussi notre critique de la Symphonie n°3 de Brahms par John Eliot Gardiner

France 3. En direct. 17 èmes Victoires de la musique classique 2010. Lundi 8 février 2010 à 20h30

Triomphe des pianistes Huvé et Kadouch…

Qu’ont donné à terme ces nouvelles victoires 2010? Que le tout Paris attend avec impatience, et même, espéré par tout le milieu musical dont bien sûr les professionnels, soucieux de placer qui leur artiste, leur projet (dvd ou cd), qui leur oeuvre…, espérant les exposer à une grande audience, du moins celle que permet aujourd’hui la télévision.

Osons reconnaître que la première partie qui doit chauffer la salle et les téléspectateurs, était d’une froideur glaciale, rythmée de surcroît par une réalisation hystérique avec contreplongées, dézooms systématiques, effets de grue et j’en passe… (en particulier pour les Polovtsiennes du Prince Igor de Borodine)… filmant le classique comme de la variété, surfant à la surface de l’orchestre et des musiciens sans jamais exprimer ni atteindre au coeur du classique: l’émotion et l’humain. Que dire des couleurs d’une consternante fadeur: éclairages sophistiqués mais froids. Et le sempiternel duo d’animateurs, plutôt bâteleurs que séducteurs, trouve dans le couple Lodéon et Drucker, deux égos mal assortis qui visiblement ne savent pas transmettre la magie du classique à l’écran. Difficile de réussir ces Victoires qui sans le CIC, principal financeur de l’opération, seraient hélas tombé dans l’oubli depuis longtemps. Le service public doit nous immerger dans la culture et l’art vivant, mais à trop vouloir renouveler le concept chaque année, avec des moyens techniques pourtant hallucinants, le risque est de… lasser.
Voir ici ce que Arte (Arte Lounge) et France 2 (la boîte à musique) savent de leur côté parfaitement réussir: insuffler une atmosphère et une ligne attractive… On n’en demande pas davantage, surtout pas ces coups de caméras solennels et pompeux.

1.800.000 téléspectateurs au rv…

Côté audience, inscrit en prime time (malgré la concurrence, sur M6 par exemple, de l’immanquable volet de Star Wars, la revanche des Scythes), et non plus comme en 2009 un dimanche après midi, les Victoires 2010 ont gagné près de 800.000 spectateurs, plafonnant à presque 1.900.000 télémélomanes.
Le score fait rêver et 1.800.000 âmes fidélisées par le spectacle composent un beau challenge. Mais 800.000 en heure de grande écoute, est-ce réellement méritant? La part d’audience a seulement atteint 7,7%, soit la 4è place des audiences de la soirée. Pour “le plus grand concert de l’année” comme les animateurs ne cessaient de nous en convaincre, c’est un peu maigre…

Surprises en pitreries…

Heureusement, les surprises ont été au rendez-vous. Sachons en dresser la liste minutieuse. Car souvent, il se passe toujours quelque chose… parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

Démocratisation du classique et élargissement des publics rimaient ce lundi soir avec … cirque et pitreries en tout genre: la palme revient évidemment au chef Hervé Niquet, complice inattendu du couple Shirley et Dino, dont on ne soupçonnait pas la passion du grotesque le plus potache, chantant une tyrolienne bien caricaturale en habits suisses bien de chez nous… osant un King Arthur éculé à l’indigence visuelle la plus criante et la moins poétique: le dieu Hiver y paraissait grelotant et baillant, vêtu d’un bonnet et d’une écharpe de laine… le grotesque le plus terre à terre au chevet du baroque. Nous n’y avions pas pensé.
Parmi les déceptions de la soirée, osons aussi regretter la performance si maniérée et tendue d’Alexandre Tharaud dans le Nocturne opus posthume de Chopin: affèteries, minauderie, quel manque de simplicité et de profondeur. La performance était même sidérante venant d’un artiste que l’on a apprécié, ailleurs et autrement, dans d’autres répertoires.
Autres ratés d’importance: la diffusion de l’extrait de l’opéra de Janacek, La Petite Renarde rusée (Medici arts) qui recevait le prix du dvd de l’année: comment les techniciens de France 3 ont-ils fait pour saborder le transcodage du film à la télévision: les images saccadées étaient un contre exemple pour le produit ainsi mis en avant. Le dvd d’opéra souffre sur un marché microcosmique, pour ne pas être ainsi démonté par une promotion aussi manquée. Dure séquence.

Le meilleur pour la fin…

Le meilleur est venu pour la fin: après un Vivaldi (Griselda) assez époustouflant de la belle américaine originaire d’Alaska, Vivica Genaux, (pourtant accompagnée avec platitude par Le Concert Spirituel et Hervé Niquet), la vraie magie s’est accomplie lors de la proclamation de la Victoire dans la catégorie Révélation soliste instrumental de l’année: le jeune pianiste de 24 ans, David Kadouch remarqué par Daniel Barenboim a époustouflé par sa candeur, sa simplicité, et dans le Concerto pour piano n°2 de Mendelssohn, son tempérament d’écureuil habité, enchanteur/enchanté fut, proprement renversant. Autant de grâce naturelle faisait tant défaut chez ses aînés. Que le jeune interprète, avec son cadet le clarinettiste Romain Sévère (à peine 16 ans) conserve toujours cette innocence magicienne. C’est tout le mal que nous leur souhaitons.

Heureux Philippe Hersant, l’un de nos plus grands compositeurs actuels dont nous regrettons que son opéra fantastique et gothique, d’une orchestration ciselée, Le Château des Carpathes d’après Jules Verne, ne soit toujours pas repris dans son pays natal: l’académie des Victoires a bien été inspirée de lui remettre pour la 3è fois (!) la Victoire du compositeur de l’année (après 2005 et 2008). Palmes ô combien méritées.

Dommage que ni Philippe Jaroussky ni David Fray ni les instrumentistes du Quatuor Ebène (tous artistes de “l’écurie ” Virgin classics) n’étaient présents pour recevoir leurs récompenses.
L’autre grand gagnant de la soirée fut un autre immense artiste “oublié” ou trop méconnu, le pianiste Cyril Huvé. Qu’il ait remporté la Victoire de l’enregistrement de l’année, voilà un nouveau tour gagnant, et une récompense légitime à mettre au bénéfice de l’édition 2010: saluer son disque Mendelssohn (autre grand gagnant de la soirée), joué sur un piano d’époque (Broadwood 1840), de surcroît édité par un jeune label indépendant (Paraty), voilà un apport qui doit être aussi l’une des valeurs des Victoires de la musique classique à la télé. Le défrichement et les indépendants y étaient ainsi salués.


victoires de la musique classique 2010, france 3, direct de Montpellier
Rendez vous est pris en février 2011 pour les 18è Victoires… mais pitié pour nos yeux et nos oreilles, dans des décors dignes d’un tel événement avec une réalisation plus humaine, des animateurs moins démonstratifs, un enchaînement moins compassé, et surtout un mixage du son plus soigné (un comble pour une soirée dédiée à la musique classique). Le talent et la jeunesse, la magie et l’émotion attendent toujours à la télé, leur écrin cathodique. Et nous avec.

Palmarès
des 17 èmes victoires de la musique classique 2010

RÉVÉLATION SOLISTE INSTRUMENTAL
. Emmanuel Ceysson, harpe
. David Kadouch, piano (lauréat)
. Raphaël Sévère, clarinette

RÉVÉLATION ARTISTE LYRIQUE
. Isabelle Druet, mezzo (lauréate)
. Anna Kasyan, soprano
. Marc Mauillon, baryton

SOLISTE INSTRUMENTAL DE L’ANNÉE
. Bertrand Chamayou, piano
. Cyril Huvé, piano
David Fray, piano (lauréat)
.
ARTISTE LYRIQUE DE L’ANNÉE
. Karine Deshayes, mezzo
. Philippe Jaroussky, contre-ténor (lauréat)
. Ludovic Tézier, baryton

FORMATION DE MUSIQUE DE CHAMBRE
. Café Zimmermann
. Philippe Bernold (flûte) / Ariane Jacob (piano)
. Quatuor Ebène (lauréat)

COMPOSITEUR
. Karol Beffa pour son Concerto pour piano
. Hugues Dufourt pour Les Météores
. Philippe Hersant pour Les Âmes du purgatoire (lauréat)

CD
. La Dolce Fiamma , Philippe Jaroussky (Virgin Classics/EMI)
. Mendelssohn: Oeuvres pour piano, Cyril Huvé (Paraty) (lauréat)
. Sacrificium , Cecilia Bartoli (Decca/Universal)

DVD
. Julia Varady, Le Passage du flambeau , Bruno Monsaingeon (réalisation) (Medici Arts)
. La Petite Renarde rusée de Janacek, Dennis Russell Davies (direction musicale), André Engel (mise en scène), Don Kent (réalisation) – Opéra de Paris (Medici Arts) (gagnant)
. Tristan et Isolde de Wagner, Daniel Barenboïm (direction musicale), Patrice Chéreau (mise en scène), Patrizia Carmine (réalisation) – Scala de Milan (Virgin Classics)

Liste des oeuvres interprétées lors de la soirée
- “Danses polovtsiennes”, extrait de l’opéra “Prince Igor” de Borodine, par le Choeur de l’Opéra national de Montpellier (direction Noëlle Geny)
- “Concerto en sol” de Ravel (1er mouvement), par Hélène Grimaud et l’Orchestre national de Montpellier
- “Le tricorne”, ballet de Manuel de Falla (la danse finale), par l’ONMLR
- “Le Barbier de Séville”, opéra de Rossini: air de Rosine “Una voce poco fa”, par Karine Deshayes, mezzo-soprano, nommée dans la catégorie “artiste lyrique de l’année”
- “Concerto pour flûte, harpe et orchestre” de Mozart (le mouvement lent), par Philippe Bernold (flûtiste, nommé en catégorie “musique de chambre”) et Emmanuel Ceysson (harpiste, nommé dans la catégorie “révélation soliste instrumental”), accompagnés par l’ONMLR (direction Robert Tuohy, chef assistant).
- “Concerto pour violon” de Brahms (le célèbre 3e mouvement), par Vadim Repim, lauréat d’une Victoire d’honneur, et l’ONMLR (direction Lawrence Foster).

- “Pavane” opus 50 de Fauré (extrait), par les jeunes de la troupe Opéra-Junior de Montpellier, avec l’ONMLR et les Choeurs de l’Opéra (direction Robert Tuohy)
- “King Arthur” de Purcell: air “What power art thou”, revu et corrigé, par Joao Fernandes (basse), l’ensemble baroque Concert Spirituel (direction Hervé Niquet), avec l’intervention de Shirley et Dino pour une “Tyrolienne” endiablée !
- “Grand duo concertant” opus 48 de Weber (rondo), par Raphaël Sévère (clarinettiste, nommé dans la catégorie “révélation soliste instrumental”) et Romain Descharmes (piano)

- “La vida breve” , danse espagnole n°1 de Falla, par Anne Gastinel (violoncelle) et Pablo Marquez (guitare)
- “Cosi Fan Tutte”, opéra de Mozart, trio “Soave sia il vento”, par Isabelle Druet (mezzo), Anna Kasyan (soprano) et Marc Mauillon (baryton), tous nommés dans la catégorie “révélation artiste lyrique de l’année”, et l’ONMLR (direction Lawrence Foster)
- “Griselda”, opéra de Vivaldi, air “Agitata da due venti”, par la mezzo-soprano Vivica Genaux et le Concert Spirituel (direction Hervé Niquet)

- “Te Deum”, de Charpentier, 1re Marche des Trompettes, prélude, par l’ensemble baroque Concert Spirituel (direction Hervé Niquet)
- “Concerto pour piano n°2″ de Saint-Säens (3e mouvement), par Bertrand Chamayou (piano), nommé dans la catégorie soliste instrumental, avec l’ONMLR
- “Joyeuse marche” de Chabrier (extrait), par le Concert Spirituel d’Hervé Niquet, ainsi que Shirley et Dino
- “Le cygne”, de Saint-Säens, version humoristique avec des instruments inattendus

- “Nocturne en ut dièse mineur n°20″, de Chopin, par Alexandre Tharaud (piano)
- “Carmen”, opéra de Georges Bizet: air “Près des remparts de Séville”, par Isabelle Druet (mezzo) et l’ONMLR (direction Robert Tuohy)
- “Finale”, de Bruno Mantovani (lauréat 2009 des Victoires), par l’ONML (direction Robert Tuohy)

- “Concerto pour piano n°2″ de Mendelssohn (3e mouvement), par David Kadouch et l’ONMLR (direction Robert Tuohy)
- “Marche Truc”, librement inspirée de Mozart, par le quintette Quai n°5
- “Rondo Capriccioso”, de Mendelssohn, par Cyril Huvé (piano), lauréat 2010 pour l’enregistrement de l’année et nommé en catégorie “soliste instrumental”
- “Rhapsodie roumaine” d’Enesco, par l’ONMLR (direction Lawrence Foster)

17 ème Victoires de la musique classique. France 3. En direct. Lundi 8 février 2010.

Ballets Russes à l’Opéra Garnier (décembre 2009) Mezzo, lundi 22 février 2010 à 10h

Ballets Russes

Centenaire
à l’Opéra Garnier



Mezzo

Lundi 22 février 2010 à 10h

Ballet de l’Opéra national de Paris. Centenaire des Ballets Russes au Palais Garnier. Danse (2009 – 1h50) réalisé par François Roussillon. Spectacle enregistré le 31 décembre 2009.

Les Ballets Russes de Diaghilev ont cent ans et demeurent une des aventures les plus audacieuses du xxe siècle. Quatre oeuvres essentielles, réunissant l’élite artistique de leur temps : chorégraphes, peintres et musiciens, sont présentées dans leur chorégraphie d’origine.

4 ballets légendaires à leur source

L’Opéra national de Paris frappait un grand coup fin 2009 en souhaitant marquer le Centenaire des Ballets Russes. L’idée de reconstituer 4 ballets parmi les plus légendaires des Ballets Russes, et emblématiques de la créativité inouïe défendue au sein de la Compagnie fondée par Diaghilev en 1909, reste mémorable. Pour preuve, ce cyle de 4 ballets les uns plus enchanteurs que les autres, portés évidemment par les musiques captivantes de Stravinsky, Debussy, Falla, Weber…

Dans les décors et les pas d’origine, les étoiles de l’Opéra de Paris restituent la grâce et la modernité des chorégraphes qui ont travaillé pour Diaghilev. Danse expressionniste parfois sarcastiques de Mikhaïl Fokine pour Petrouchka, ravissement entêtant du Spectre signé du même Fokine; surtout, must absolu, modernité assyrienne et égyptienne (aux profils antiques qu’avait admirés au département des antiquités orientales du Louvre le chorégraphe!) de Vaslav Nijinsky pour Prélude à l’Après midi d’un faune de Debussy… Comment résister à tant de grâce collective? Spectacle inoubliable.

LE TRICORNE
Manuel De Falla, Musique
Léonide Massine, Chorégraphie
Pablo Picasso, Décors et costumes
Andrea Hill, Mezzo-Soprano

LE SPECTRE DE LA ROSE
Carl Maria Von Weber Musique
Mikhaïl Fokine Chorégraphie
Léon Bakst Décor et costumes

L’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE
Claude Debussy, Musique
Vaslav Nijinski, Chorégraphie
Léon Bakst, Décor et costumes

Les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet,
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Vello Pähn Direction musicale

PETROUCHKA
Igor Stravinsky, Musique
Mikhaïl Fokine, Chorégraphie
Alexandre Benois, Décors et costumes

Ce que nous en pensons. Les Ballets Russes à l’Opéra national de Paris, (Palais Garnier): dans une restitution scrupuleuse des décors et des costumes selon les dessins de Bakst (Le Spectre de la rose) ou Picasso (Le Tricorne), l’Opéra parisien présente un cycle légendaire qui a marqué les esprits à l’époque de Diaghilev et témoigne parfaitement de l’implication de tous les arts autour de la danse, art majeur de la scène aux côtés du lyrique. La danse est une prérogative française et c’est normal que l’initiative des ballets russe ait trouvé une telle résonance à Paris. Après l’humeur badine et finalement tragique de Petrouchka (la marionnette n’est elle pas un être de chair et de sang?), Le spectre de la rose que dansa Nijinski, incarne l’esprit même de la danse qui enivre une belle endormie, assoupie après un bal. Le doux parfum d’une rose, le souvenir des rencontres et des danses mêlées, tout orchestre une ivresse croissante portée par les pas et grands écarts, sauts et élans du danseur qui doit ici réaliser une série particulièrement agile, souple et acrobatique. La meilleure réussite selon nous reste Le Tricorne défendu par le couple des étoiles José Martinez et Marie-Agnès Gillot, aux rythmes déhanchés et fiers, d’une élégance andalouse irrésistible. Les décors de Picasso parlent à l’imaginaire et renforcent la beauté des tableaux dansés collectifs d’une sensualité conquérante, ils soulignent aussi sur les rythmes de la musique, l’une des plus chatoyantes de Falla, le contraste saisissant entre l’allure bouffonne du Tricorne aux poses empâtées d’un Monsieur Jourdain malhabile, et le style naturellement élégant de la belle Marie-Agnès Gillot. Un sommet d’épure et de grâce est atteint dans Après Midi d’un Faune où le jeu d’acteur de Nicolas Leriche éblouit dans la chorégraphie de Nijinski: le faune tente de dépasser sa nature animale pour séduire la nymphe qui s’ouvre à ses avances et lui cède son voile qu’il emmène avec lui comme le plus précieux trophée. La danse et la musique n’ont jamais tant fusionné en une totalité subjugante et l’on reste captivé par la force expressionniste de certaines expressions du visage du Faune (extase ou grimace?), la modernité fulgurante qui revisite les bas relief de l’antiquité grecque archaïque et classique… Magistrale restitution.

Illustration: Nicolas Leriche dans le rôle du Faune: profil antiquisant à la modernité pourtant éternelle.

Daniel Barenboim, soirée spéciale France Culture, lundi 8 février 2010 à 19h

Radio, en direct

Daniel Barenboim grand invité de France Culture




Sur
France Culture, Daniel Barenboïm est l’invité exceptionnel de la soirée
du lundi 8 février 2010. C’est de 19h à 21h, une soirée spectacle avec
et autour du chef d’orchestre et pianiste, un interprète exemplaire par
ses engagements musicaux, politiques et philosophiques…






A 19h,


émission/spectacle: Le RenDez-Vous avec Daniel Barenboïm, en direct et en public depuis le Théâtre de l’Odéon à Paris




20h,


lecture de Parallèles et paradoxes : explorations musicales et
politiques, un dialogue entre D. Barenboïm et Edward W. Saïd lu par
Jean François Sivadier et Nicolas Bouchaud






« Si nous parlions d’autres choses… » : lorsqu’en
1967, Daniel Baremboïm vient consulter le chef d’orchestre Otto Von
Klemperer, pour lui demander des conseils sur la manière de diriger le
Cosi fan Tutte de Mozart, il lui servit du thé, referma la partition
et lui dit « Si nous parlions d’autres choses… ». Cette phrase, Daniel
Barenboïm s’en souvient encore aujourd’hui.




Il y dix ans, en 1999, Daniel Barenboïm et Edward W. Said ont
créé ensemble le West-Eastern Divan Orchestra, fondation visant à
promouvoir la paix au Proche-Orient par le biais de la musique
classique, grâce à la formation d’un orchestre symphonique composé
d’israéliens et d’arabes. Ils ont obtenu le Prix du Prince des
Asturies pour la Paix. En 2000, Ara Guzelimian, alors directeur
artistique du Carnegie Hall, décide de réunir Edward W. Said et Daniel
Barenboïm pour une discussion autour de Beethoven, dont Daniel
Barenboïm dirige alors l’intégrale des symphonies et concertos pour
piano. Il prolonge ainsi entre les deux hommes une réflexion
politico-musicale qui avait débuté cinq ans auparavant Jean-François
Sivadier a souhaité nous faire entendre de longs fragments de ces
entretiens, qu’il lira avec Nicolas Bouchaud, une manière pour nous
de saluer les dix ans du West-Eastern Divan Orchestra. Parallèles
et paradoxes explorations musicales et politiques a été joué pour la
première fois au 63ème Festival d’Avignon




Biographies. Daniel Barenboïm est
un pianiste et chef d’orchestre israélien. Après des études de piano
il apprend la direction d’orchestre à Salzbourg où il fréquente les
master-classes d’Igor Markevitch et rencontre Wilhelm Furtwängler,
artiste de renommée internationale. A Paris en 1955, il étudie
l’harmonie et la composition auprès de Nadia Boulanger, et parfait
ainsi un enseignement aussi qualitatif que complet. Daniel Barenboïm
enregistre ses premiers disques et confirme sa prédilection pour les
oeuvres de Mozart et Beethoven. Il joue aux côtés de grands maîtres
comme Otto Klemperer ou Arthur Rubinstein. A partir de 1964, il
favorise la direction d’orchestre. Les formations les plus
prestigieuses le sollicitent, et tout particulièrement l’English
Chamber Orchestra. Il assure la direction musicale de l’Orchestre
national de Paris entre 1975 et 1989, période pendant laquelle il peut
s’essayer à des créations plus contemporaines comme celles de Boulez
ou Bartok. Parallèlement, il dirige son premier opéra, ‘Don Giovanni’
de Mozart, au Festival d’Edimbourg. Il est nommé directeur de
l’Orchestre symphonique de Chicago en 1989, puis du Staatsoper de
Berlin en 1992 – qui l’élira ‘chef à vie’ – et devient le principal
chef invité de la Scala de Milan en 2006. Edward W. Said
est né en 1935 à Jérusalem dans une famille palestinienne mais passe
une grande partie de son enfance au Caire et au Liban. De 1963
jusqu’à sa mort en 2003, il a enseigné la littérature anglaise et
comparée à l’Université de Columbia de New York. Théoricien
littéraire, politologue, humaniste et laïque, il est l’auteur de
nombreux livres de critique littéraire et musicale, et d’ouvrages
portant sur le conflit israélo-palestinien. Publié en 1978,
L’Orientalisme a été traduit en 36 langues et est considéré comme le
texte fondateur des études postcoloniales.Daniel Barenboim est né en
1942 en Argentine. Pianiste et chef d’orchestre de nationalité
argentine et israélienne, il reçoit en 2002 la nationalité espagnole
et est depuis 2008 porteur d’un passeport palestinien. Il a notamment
dirigé l’Orchestre de Paris de 1975 à 1989 et le Chicago Symphony
Orchestra de 1991 à 2006. Il est aujourd’hui directeur à vie du
Deutsche Staatsoper de Berlin et principal chef invité de la Scala de
Milan. Jean-François Sivadier a été formé au
TNS. Il a joué dans des mises en scène de Didier-Georges Gabily,
Daniel Mesguish, Jacques Lassalle, Alain Françon, Christian Rist, Serge
Tranvouez, Yann-Joël Collin, Dominique Pitoiset, Laurent Pelly,
Stanislas Nordey… Il a écrit et créé Noli me tangere et Italienne
scène et orchestre. Il a mis en scène à l’Opéra de Lille Madame
Butterfly de Puccini, Wozzeck de Berg et Les noces de Figaro de
Mozart, et au théâtre Le mariage de Figaro de Beaumarchais, La vie
de Galilée de Brecht, La mort de Danton de Büchner, Le Roi Lear de
Shakespeare et La Dame de chez Maxim actuellement en tournée.
Nicolas Bouchaud rencontre Didier-Georges Gabily (1955-1996) en 1992
avec lequel il travaillera jusqu’au décès de l’auteur-metteur en
scène. La collaboration privilégiée avec Jean-François Sivadier se met
en place dès 1998 et se poursuit aujourd’hui. Au Festival d’Avignon,
Nicolas Bouchaud a déjà joué dans Enfonçures et Des cercueils de
zinc de Didier-Georges Gabily en 1993, Henry IV de Shakespeare mis
en scène par Yann-Joël Collin en 1999, et les rôles titres dans les
mises en scène de Jean-François Sivadier, La vie de Galilée de
Brecht en 2002, La mort de Danton de Büchner en 2005 et Le Roi Lear
de Shakespeare en 2007.

Opéra-ci Opéra-là ou comment découvrir l’art lyrique? (Gallimard, 2009)

Opéra-ci Opéra-là

Voici un livre d’approche, ludique, léger mais documenté, sélectif mais passionnant. En abordant les caractères et l’histoire du genre lyrique, le texte présente un voyage (de 1607 à 1957…) à travers 4 siècles d’évolution et de métamorphose constante, en 25 ouvrages triés sur le volet, en raison de leur cohérence et qualité artistique, de leur enjeu dramatique et narratif, de leurs perspectives visionnaires.

Autant dire que si vous retenez le pourquoi et le comment de ses 25 opéras ci et opéras là, vous serez imbattables quant à l’histoire et aux apports de la planète lyrique. Le chant, le jeu, la danse, le drame: il n’existe pas de spectacle plus complet, plus “total” que l’opéra… depuis 4 siècles. En fait, on fait remonter ses origines au mythique et premier Orfeo de Claudio Monteverdi, créé devant une assemblée princière et ducale de la Cour de Mantoue en février 1607. En traitant de tous les aspects présents dans un drame lyrique, l’ouvrages et ses diverses entrées n’omettent aucun de ses caractères qui le rend fascinant depuis ses origines.
Pourquoi Verdi est-il lié à l’indépendance italienne? Quels sont les moments clés de l’Orfeo de Monteverdi? … Chacun des 25 ouvrages est abordé au travers d’un moment clé de son action (avec livret de chaque tableau ainsi sélectionné pour mieux suivre le déroulement dramaturgique), lequel renvoie au contexte de la création, au courant esthétique de la période concernée… La présentation suit la chronologie de création et choisit quelques ouvrages majeurs de l’histoire lyrique: Orfeo, Atys, King Arthur pour le 17è; Giulio Cesare, Orlando Furioso (enfin Vivaldi n’est pas oublié!!), Platée, Armide (Gluck), Les Noces de Figaro pour le 18è… évidemment le 19è se taille la part du lion à croire que c’est le siècle de tous les déploiements, de tous les équilibres exemplaires (?): Le Barbier de Séville (Rossini), Der Freischütz, Norma, Les Troyens, Tristan und Isolde, Eugène Onéguine, Rigoletto, Tosca… 6 ouvrages pour évoquer le 20è, c’est par contre un peu chiche, de Pelléas et Mélisande à West Side Story… L’attrait majeur est l’extension documentaire développée comme un prétexte à chaque ouvrage présenté: ici, King Arthur de Purcell permet de traiter l’âge d’or du théâtre anglais; Giulio Cesare de Haendel, de la vie et de la mort de l’opéra italien à Londres; Carmen de Bizet permet de citer Nietzche et sa passion pour cette partition neuve, à la clarté “africaine” contre les brumes wagnériennes… ; Platée de Rameau offre un lit nuptial souverain pour la délirante et artistique folie; Le Barbier de Séville de Rossini permet d’aborder la notion de crescendo en finale; La Belle Hélène d’Offenbach dévoile l’art de la caricature sous le Second Empire; Boris de Moussorsgki nous parle d’opéra politique et dialogué; Rigoletto de Verdi incarne un art dramatique qui doit impressionner; Tosca de Puccini laisse envisager les différences entre la naturalisme français et le vérisme italien; Pelléas et Mélisande de Debussy nous fait comprendre comment Mélisande joue avec le feu dans une forêt de symboles, etc… Lecture très recommandable.

Opéra-ci Opéra-là ou comment découvrir l’art lyrique? Dorian Astor, Gérard Courchelle, Patrick Taïeb. Editions Gallimard. 400 pages. Parution: octobre 2009.

Verdi Edition: The complete operas 74 cd Decca

Verdi: tous les opéras

Decca publie en mars prochain une boîte à merveilles. Même destinée surtout pour le marché italien, la réalisation devrait aussi sortir en France: à ne pas manquer. Certes le livre qui accompagne cette intégrale en 74 cd, est en italien (il regroupe tous les livrets des quelques 30 ouvrages recensés, une biographie et une présentation mais dans la langue de Giuseppe) et les 74 galettes sont réduites à l’essentiel: pas de notices ni de présentation des oeuvres en français… mais combien de pépites cette boîte “miraculeuse” contient… justifiant évidemment son achat.
30 opéras, mais aussi les oeuvres sacrées (Requiem et Quatre Pièces sacrées), plus quelques raretés dont les Canzoni par Margaret Price (1987) et le Quatuor pour cordes couplé avec la transcription de Luisa Miller pour le même effectif chambriste (Quatuor Hagen, 1995).

Les verdiens et tous les autres amateurs de bel canto feront bien de se précipiter sur cette boîte à trésors. Ils y retrouveront des versions de référence par les plus grands chanteurs et les meilleurs chefs, et aussi, objets non moins pertinents, plusieurs versions pour Don Carlos (version originelle en français et suivante en italien) et La Force du destin.
Au sommet de notre appréciation: le Don Carlos (version parisienne de 1886, donc chantée en français) par un Abbado au firmament (quel souffle et quelle humanité dans sa direction de rêve!); l’audace du cast qui chante en français reste un modèle d’engagement probe d’une musicalité étonnante, à croire que le français apporte une âpreté nouvelle bien qu’originelle à l’oeuvre schillérienne de Verdi (Domingo royal, et Leo Nucci, d’une saisissante intelligence). En comparaison, le version alternative en italien signée Solti paraît plus sommaire, même dans sa sonorité nerveuse (parmi le cast dominent au-delà de toute attente, le chant stylé aristocratique, flûté de Bergonzi et le Posa pour l’éternité de… Dietrich Fischer-Dieskau. Quant à Tebaldi, déjà usée, la soprano hélas mignardise en un chant psychologiquement bien peu nuancé). Relevons aussi une Forza del Destino, crépusculaire de Sinopoli: deux baguettes à inscrire pour l’éternité, deux visions hautement inspirées qui recherche et trouve chez Verdi non la puissance et la démonstration mais la vérité. Autre révélation: les Quatre Pièces Sacrées par Georg Solti. Bouleversant.

Partie délectable, aux côtés des oeuvres plus connues: les opéras du jeune Verdi (dont beaucoup ont été défendus par Lamberto Gardelli dans les années 1970: Oberto (Marriner, 1997), Un Giorno di regno (Gardelli, 1974, avec Jessye Norman et José Carreras), La Bataille de Legnano (Ricciarelli, Carreras, Ghiuselev, Gardelli, 1978), Stiffelio (Carreras, Sass, Moser, Gardelli 1980)… Puis, Nabucco (Tito Gobbi, Elena Suliotis, Gardelli, 1965), Ernani (Pavarotti, Sutherland, Nucci sous la baguette de Boninge), … ancienneté à peine audible: Giovanna d’Arco avec -quand même- Tebaldi, Bergonzi sous la direction d’Alfredo Somonetto en 1951.

Curiosités bénéfiques: Alzira ( Marina Mescheriakova et Ramon Vargas, dirigés par Fabio Luisi, Genève 2001), Attila (Deutekom, Bergonzi, Gardelli, 1973)…

Les oeuvres importantes regroupent des valeurs sûres: Macbeth de Riccardo Chailly (avec Shirley Verrett et Leo Nucci, 1987), Le Corsaire (Carreras, Norman, Caballé… réalisation maîtresse du maestro Gardelli, 1976), Rigoletto (Chailly dirige Leo Nucci, Pavarotti, June Anderson, 1989), Le Trouvère (Zubin Mehta en 1995, avec Nucci, Shirley Verrett, Pavarotti et la Leonora un peu froide d’Antonella Banaudi, qui est le maillon faible de cette version), Joan Sutherland et Carlo Bergonzi défendent La Traviata (direction John Pritchard en 1963)…

Parmi nos coups de coeur, avouons notre préférence pour l’autre Don Carlo de Solti avec une distribution exemplaire (le Posa de Fischer-Dieskau!!!), Les Vêpres Siciliennes avec Martina Arroyo et un Domingo au sommet (James Levine dirige en 1974), surtout Luisa Miller dirigé par Maazel (1980) vaut pour la distribution exemplaire: Katia Ricciarelli (son diamant vocal offre un très juste éclat solaire, tendre et innocent au personnage titre). La relation fille-père (essentielle dans nombre d’opéras de Verdi: ici Miller père est incarné par l’excellent Renato Bruson) gagne une vérité supérieure; Domingo en Rodolfo est proche de la candeur tragique du héros schillérien. On regrette cependant que la direction de Maazel manque de nerf, dès les premières mesures de l’opéra. Mais quelle unité, quelle vérité vocale. L’une des meilleures versions du chef d’oeuvre verdien, trop rarement joué sur les scènes. Coffret événement. Même destiné en majorité au marché italien, le coffret est une édition à ne pas manquer, d’autant que les exemplaires seront rares sur les autres marchés dont la France.

Verdi Edition. The complete operas. 74 cd + livre en italien (présentations et livrets, circa 860 pages) Decca. A paraître début mars 2010.

Henry Purcell: Didon & Enée. William Christie Arte, lundi 1er février 2010 à 22h30

Henry Purcell
Didon et Enée
, 1692



Arte
Lundi 1er février 2010 à 22h30

Belle vision poétique et nuancée qui semble, à ses débuts, nous faire pénétrer dans le beau jardin de Didon, reine carthaginoise. Mais la souveraine est une amoureuse trahie, impuissante et démunie… comme la belle et solitaire Echo qui à défaut de ne pouvoir dialoguer avec le beau Narcisse, adolescent chasseur du daim (comme il est dit et narré en ouverture de l’opéra dans les 10 premières minutes), répète toutes ses dernières phrases au risque de malentendus douloureux, s’alanguit et désespère de ne jamais pouvoir étreindre le bel apollon de ses rêves… A son amorce le spectacle présenté à l’Opéra Comique en 2009 ne manque pas de piquant. Hélas les choses se gâtent ensuite en raison d’une mise en scène bien terne, et surtout d’une direction musicale, bien ennuyeuse, sêche, systématique et sans guère de nuances; est ce vraiment le “grand Christie” qui dirige?

Avant l’opéra, l’intermède théâtral met en parallèle le destin de deux victimes de l’amour. Ainsi Echo, ainsi Didon … âme désespérées et solitaires, vouées à la mort qui partagent le sort de toutes les femmes désespérées et abandonnées. Le vertige d’une souffrance indicible est leur lot commun. La belle et sombre Didon, dès le début de la mise en scène, dans sa robe jaune passée, s’inquiète et s’effondre de dépit. Elle est déjà dans l’autre monde, celui des spectres errants, dépossédée du seul amour terrestre qui l’empêchait de succomber. Et quand Enée la quitte, la pauvre femme souffle ses derniers instants en un lamento final parmi les plus saisissants de l’histoire baroque.

Pour relever et épicer la palette des contrastes, Purcell sait éclairer d’une couleur âpre et violente la tristesse vénéneuse de Didon en imaginant au début du II, le tableau surnaturel et fantastique de la sorcière qui invoque les esprits les plus effrayants, suscitée pour soumettre davantage le destin de la reine indigne. Contrairement à d’autres versions dirigées également par Christie, la prophétesse infernale est ici un alto féminin (aux ports de voix bien peu musicaux). Avec ses deux suivantes, la magicienne qui déteste Didon, s’encanaillent en poses vulgaires et aigres… Vocalement parfois engagées, les chanteuses finissent par en faire trop, surenchère, mère de lourdeur… quand simultanément à leur serment empoisonné, de vrais équilibristes suspendus dans les airs, devraient donner un peu de légèreté (!!).

Le spectacle manque d’ailleurs de fraîcheur comme d’originalité: on a cent fois vu une vieille haineuse fumer la cigarette (ce que ne nous épargne pas la sorcière devenue un temps une nouvelle Carmen de l’âge baroque); on a vu et revu cent fois, ces effets d’ombres chinoises, et en fin de tableaux, comme au début de leur présence sur les planches, entendu les cris d’enfants et de choristes… Les idées au début intéressantes finissent pas lasser, trop systématiques.

Parmi les solistes, la Belinda de Judith van Wanroij, pose, s’applique, sans vraiment sortir du cadre joli qui est apparemment de rigueur ici; l’Enée de Christopher Maltman se distingue nettement par un engagement moins affecté: même s’il n’oppose qu’une bien mince résistance à la volonté des dieux désireux de le voir partir et quitter la souveraine, le baryton offre une évidente épaisseur à son texte. Il partira certes mais la mort dans l’âme…; et Malena Ernman que nous avions tant apprécié dans Julie de Philippe Boesmans, semble étrangement absente du début à la fin. Sauf sa dernière confrontation avec Enée où elle prononce elle-même l’ordre du départ de son aimé… L’air halluciné depuis le début se fait ici non sans justesse, visage d’une blessée déjà morte… et sa mort atteint un pathétique digne d’une tragédie classique.
Sans posséder réellement l’éloquence baroque ni l’articulation purcellienne, la soprano s’améliore en cours d’action. Et sa fin est le sommet de l’interprétation.

Cela suffit-il pour imposer cette lecture trop sage à notre avis? Ceux qui ne connaissent pas l’oeuvre de Purcell, son chef d’oeuvre d’efficacité et de franchise juste et sincère, mais qui passa inaperçu de son vivant (à peine mentionné dans les témoignages de l’époque) pourront trouver ici prétexte à découverte honnête et lisible. De la part de Christie, on espérait plus incandescent, plus expressif et contrasté, plus ardent et sanguin. Tout est bien british, propre voire lisse. Osons dire notre déception. La lecture sans vraiment être indigeste, reste polie, “à la Christie”.

Lire aussi notre dossier spécial Didon et Enée de Purcell

Vincenzo Bellini: portrait France Musique, du 25 au 29 janvier 2010 à 13h


Vincenzo Bellini

Belllini, un chant

Le mois de janvier 2010 à Paris, est Bellinien: l’Opéra national de Paris accueille La Somnambule (La Sonnambula) avec Natalie Dessay (version pour soprano), et le Châtelet quelques jours auparavant propose une nouvelle lecture, dépoussiérée instrumentalement et plus humaine dans sa conception du rôle-titre, de Norma. Deux chefs d’oeuvre qui occupent le devant de la scène parisienne et justifie ô combien le portrait que lui dédie France Musique du 25 au 29 janvier 2010.
Le compositeur né à Catane en Sicile, mort à Puteaux juste après avoir composé Les Puritains (pour le Théâtre Italien de Paris) incarne l’essor génial du bel canto pré verdien: où le chant d’une parfaite subtilité, en accord avec un orchestre tout autant ciselé dont il faut aujourd’hui restituer l’équilibre subtil des timbres, offre aux chanteuses de superbes rôles: les Pasta, Malibran, toutes deux mezzos si sombres et expressives ont inspiré Bellini, comme lui-même a inspiré l’écriture si ouverte à la couleur et aux atmosphères de Chopin.

France Musique

Du 25 au 29 janvier 2010 à 13h

Grands compositeurs


Prince du bel canto

Le compositeur pourtant moins âgé que Donizetti son aîné et peut-être moins cultivé que lui, s’impose immédiatement sur la scène lyrique grâce à son génie de la voix et des inflexions poétiques du chant. Admiré par Berlioz et Wagner, le musicien frappe par son originalité qui tranche avec l’héritage rossinien.

Au total, Bellini nous laisse une dizaine d’opéras, au terme de la trentaine d’années d’une existence trop courte: de Bianca e Fernando (1823) aux Puritains (1835) écrit pour Paris (commencé en avril 1834), Bellini offre une époustouflante contribution à l’expressivité souple de la ligne vocale, souvent suspendue, énigmatique, mystérieuse, comme dans la scène de la folie de la Sonnambula, ample pause d’hypnose lyrique offerte au public.

Bellini profite de l’éclat parisien comme temple des voix exceptionnelles. Rossini jusqu’en 1829 éblouit le chant européen grâce à ses opéras écrits ou repris spécialement pour l’Opéra de Paris, tels Le Voyage à Reims (1825, pour le Sacre de Charles X), Le siège de Corinthe, Maometto II (Méhmet II), Moïse et Pharaon (adapté de Mosè in Egitto): dans ses partitions, s’imposent les grandes voix romantiques à Paris: La Pasta, La Malibran, la Sontag, les ténors Nourrit et Rubini; et juste avant de cesser son activité (pour dépression ou lassitude?), Rossini lègue en héritage aux générations qui lui succèdent, le modèle du grand opéra, avec Guillaume Tell.

Après l’idéal vocal défendu par Rossini, qui règne en France comme compositeur officiel, Bellini ambitionne après l’Italie (Milan qui voit la création de Norma avec Pasta, le 26 décembre 1831, et surtout Naples et Venise où fut créé Beatrice di Tenda en 1833), une carrière parisienne d’envergure. Tout en soignant l’écriture vocale, le jeune compositeur d’opéras souhaite encore approfondir la vérité psychologique de ses rôles. Il s’est fâché avec son librettiste complice Romani, mais est prêt à approfondir encore le portrait musical de ses personnages dans son ouvrage ultime, Les Puritains (1835). Bellini devait mourir le 23 septembre suivant, sans recueillir le succès de l’opéra à Paris. Lors de ses obsèques, Roissini porte le cercueil.

L’image sonore exacte des rôles réalisés par Bellini est encore à rétablir: Si Callas ressuscite ce beau chant bellinien (avec Casta Diva), la perception des justes tessitures en est cependant dénaturée car la plupart des rôles belliniens sont pour voix de mezzo, dans des teintes graves que Cecilia Bartoli a récemment restitué dans une version de La Sonnambula (2 cd Decca L’oiseau Lyre, édité en en novembre 2008). Même si les Monserrat Caballe d’hier (Casta Diva anthologique) ou Natalie Dessay d’aujourd’hui (2 cd Virgin classics, La Sonnambula par Natalie Dessay, publié en octobre 2007), perpétuent une “tradition” vocale défendue par les sopranos, l’intérêt le plus récent se penche sur les tessitures exactes, plus sombres, plus “rauques”. Le rétablissement du rôle de Norma dans sa tessiture originelle (mezzo) permet par exemple de restituer son rapport à celui d’Adalgise pour soprano (créé par la jeune Giulia Grisi en 1831). Sombre et tragique couleur de mezzo de Norma, innocence candide et lumineuse du soprano de sa confidente et suivante…

L’orchestre des opéras de Bellini est aussi un chantier à réinvestir car on a trop souvent privilégié les voix en négligeant la parure expressive des instruments censés dialoguer avec elles. Tels ne sont pas les moindres défis de l’interprétation et de la recherche bellinienne aujourd’hui. Il conviendrait aussi de restituer le contexte français et parisien au moment de l’arrivée de Bellini à Paris, dans les années 1830.

Illustration: Giovanni Bellini (DR)

Jonas Kaufmann, ténor. Portrait France Musique, du 11 au 15 janvier 2010 à 14h30

Jonas Kaufmann
Ténor

Portrait

France Musique
Du 11 au 15 janvier 2010 à 14h30

Grandes figures

Il chante Werther de Massenet à partir du 14 janvier
2010 (Opéra, Bastille). Le ténor germanique au timbre rauque et puissant, Siegmund anthologique et
Florestan de braise, Jonas Kaufmann (né en 1969) est l’objet de ce
portrait diffusé par France Musique qui diffusera la production de
Werther, en direct de l’Opéra Bastille le samedi 13 février 2010 à 19h. Chanteur viril et tendre, Jonas Kaufmann s’est imposé aussi par son jeu dramatique.

Son dernier album paru chez Decca en septembre 2009 était intitulé “Sehnsucht”. Voici ce qu’en dit notre collaboratrice Elvire James, critique enthousiaste de l’enregistrement…: “Grain viril et douceur ardente, le timbre du ténor allemand Jonas Kaufmann ne cesse d’affirmer sa différence. Le chanteur est en passe de devenir l’un des ténors wagnériens les plus intéressants de l’heure. Parsifal déjà, remarquablement réfléchi et humain, et bientôt Lohengrin de la même eau hallucinée, le chanteur fait paraître début octobre chez Decca, un album lyrique uniquement composé d’arias en langue allemande, de Mozart et Beethoven, à Schubert et Wagner… d’une indiscutable réussite.
D’autant qu’il profite de la complicité du chef Claudio Abbado,
magicien des climats dramatiques dans Schubert et Wagner entre autres.
Cd événement d’octobre 2009…” Lire la critique intégrale de Sehnsucht de Jonas Kaufmann
(1 cd Decca)
.

Jonas Kaufmann, ténor. Portrait. Du 11 au 15 janvier 2010 à 14h30. Grandes figures.

Judith van Wanroij, soprano. Affetti Guerrieri e Amorosi Nantes, Opéra Graslin. Jeudi 14 janvier 2010 à 20h

Théâtre amoureux et guerrier à Nantes
Jeudi 14 janvier 2010, l’Opéra Graslin à Nantes accueille un
programme d’airs et d’opéras baroques, de Monteverdi à Lotti avec la
soprano Judith Van Wanroij…

En choisissant pour titre de ce concert Affetti Guerrieri e Amorosi,
sentiments guerriers et amoureux, l’ensemble I Virturosi Delle Muse,
dirigé par Stefano Molardi, se réfère aux Madrigali Guerrieri e Amorosi
de Claudio Monteverdi et rend hommage aux esthétiques baroques
italiennes. Le programme regroupe des oeuvres de Francesco Cavalli,
Marc Antonio Cesti, Andrea Falconiero, Antonio Lotti, Claudio
Monteverdi, Alessandro Scarlatti, Marco Uccellini et Antonio Vivaldi.
Les solistes s’engagent pour que vive et exulte, sur la scène du Théâtre Graslin,
la fureur et la tendresse, le dépit ou l’extase fusionnelle propres à
la guerre amoureuse si inspiratrice pour les compositeurs de l’Italie
Baroque, de Monteverdi à Lotti…

Nantes, Théâtre Graslin
Récital Judith Van Wanroij, soprano
Emiliano Gonzalez Toro, ténor
I Virtuosi delle muse. Stefano Molardi, direction
Affetti guerrieri e amorosi

Réserver vos places directement sur le site d’Angers Nantes Opéra

Nantes, théâtre Graslin: récital d’opéras et d’airs baroques: Affetti
guerrieri e amorosi
. Judith Van Wanroij, soprano. Jeudi 14 janvier
2010 à 20h

Alexandre Scriabine: portrait France Musqiue, du 4 au 8 janvier 2010 à 13h

Alexandre Scriabine
1872-1915


Piano mystique

Agé de 10 ans le jeune moscovite Scriabine suit les cours du Conservatoire de
Moscou: avec Taneiev (théorie) et Arenski (composition). A 24 ans, il
réalise plusieurs tournées et récitals comme virtuose du piano (1896).
Jusqu’en 1900, son oeuvre se concentre sur le clavier: il reste sous
l’influence de deux tempéraments et caractères opposés, Chopin et
Liszt (qui néanmoins étaient amis proches, tous deux, comme Scriabine, pianistes et compositeurs). Entre 1900 et 1903, Scriabine compose ses 3 Symphonies. Il
parcourt l’Europe et le monde, de 1904 à 1908: Suisse, France, USA,
Belgique…
A Bruxelles, les idées de la communauté théosophique le tentent. En
1907, il participe aux concerts de Diaghilev qui ne s’est pas encore
imposé avec ses Ballets Russes (dont le renom se produit surtout à
partir de 1909). En 1908, Scriabine créée Le Poème de l’extase à New
York. L’oeuvre marque le sommet de son inspiration wagnérienne si
originale car aussi tissée de lointaines réminiscences de
l’impressionnisme français. De retour à Moscou en 1909, il élabore son
ultime oeuvre symphonique, Prométhée ou Le Poème du feu, aboutissement
de ses volontés et recherches entre sons et couleurs. Il avait imaginé,
pour son œuvre, un instrument à clavier permettant de projeter des
spectres lumineux en même temps que les sons. L’auteur associait pour
chaque note, sa couleur spécifique. Avec Promothée, l’expérimentateur se
dévoile pleinement: initiateur d’un nouvel ordre musical, atonal, fondé
sur des intervalles de quartes superposées…

Prométhée, musique et couleurs

Visionnaire convaincu, inspiré par les philosophies orientales si
présentes en Russie, lui-même passionné et défenseur des doctrines
mystiques, Scriabine utilise le mystère et la suggestion comme éléments
clés de son propre langage. Sa sensibilité symboliste, au sens de
Mallarmé, le conduit aux limites de la conscience et de la connaissance
familière: il demeure en quête de nouvelles résonances et de nouveaux sens.
L’art y pourvoit: il est le miroir vivant d’un travail sur le son
unique en Europe. Mais à la brillante sensualité, Scriabine entend
aussi susciter l’émergence d’une connaissance supérieure qui permet
l’extase spirituelle et intellectuelle. Les multiples questionnements
que pose le compositeur pianiste, offre une toute autre tendance que
celle plus démonstrative voire folklorique des nationalistes russes
contemporains; Plus loin que Rimski, Tchaïkovsky, Glazounov, a
contrario du néoclassique Rachmaninov, Scriabine ouvre les portes de
l’avenir. Même s’il n’a pas de disciples immédiats ou directs, ses
oeuvres, sans cesse affinées grâce au travail sur le clavier, annoncent
les compositeurs de l’avant garde russe du XXème siècle. Ses recherches
sonores sont déjà celles de Stravinsky ou de Prokofiev.

Alexandre Scriabine. Scriabine en couleurs. Portrait musical, du 4 au 8 janvier 2010, chaque jour à 13h.