TEASER vidéo : CHOSTAKOVITCH : intégrale de la musique de chambre pour piano et cordes (PARATY productions)

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dépêches

  • bartholomee-opera-petz-nous-sommes-eternels-opera-classiquenews-critique-compte-rendu-opera-par-classiquenews-voile-famille

    Compte rendu, opĂ©ra, Metz, OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz-MĂ©tropole, le 16 novembre 2018. Pierre BartholomĂ©e : Nous sommes Ă©ternels (crĂ©ation mondiale). Patrick Davin /Vincent Goethals, avec Karen Vourc’h et SĂ©bastien GuĂšze dans les deux rĂŽles principaux. Presque tous sont morts, parents et amis de jadis. L’histoire de « Nous sommes Ă©ternels » repose sur la relation interdite entre Estelle et Dan, l’amour absolu de la sƓur et du frĂšre. Elle pourrait ĂȘtre scabreuse, elle est Ă©mouvante et juste. L’intensitĂ©, la violence comme la tendresse et la poĂ©sie sont constantes, le plus souvent douloureuses. Maintenant seule, Estelle tente de refaire sa vie avec…

  • 8Ăšme CONCOURS BELLINI Ă  VENDÔME (41)

    VENDÔME, PalmarĂšs du 8Ăš CONCURS BELLINI 2018. VoilĂ  longtemps que l’on n’avait pas vĂ©cu une telle Finale : des tempĂ©raments marquants, de nombreuses voix dotĂ©es d’un timbre trĂšs sĂ©duisant (y compris chez les hommes), une maĂźtrise partagĂ©e du legato et du phrasĂ©, et souvent des airs choisis parmi les plus difficles et exigeants de la scĂšne belcantiste (Lucrezia Borgia, Il Pirata, Anna Bolena, Lucia di Lammermoor, Norma, I Puritani
)
  A VendĂŽme (Campus Monceau Assurances), s’est dĂ©roulĂ© le dernier tour du 8Ăš CONCOURS BELLINI (samedi 17 novembre 2018), compĂ©tition unique au monde en ce qu’elle sĂ©lectionne les talents belcantistes, ceux capables…

  • SOKOLOV thumbnail_Grigori-Sokolov_scale_762_366

    Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Un rĂ©cital de Grigory Sokolov est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Auditorium de Lyon – plein Ă  craquer ce soir – ne pas fait exception. Avec le pianiste russe, le rituel est immuable : Ă  pas courts et rapides, la masse imposante de ce gĂ©ant du piano apparaĂźt abruptement derriĂšre une porte entrebĂąillĂ©e, et glisse droit vers son piano. Une courte rĂ©vĂ©rence vers le public, la mine invariablement impassible, il s’assied alors promptement Ă  son piano, et sans attendre, frappe…

  • VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402

    Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, le 15 novembre 2018. Verdi : Simon Boccanegra. Fabio Luisi / Calixto Bieito. Comment dĂ©mĂȘler l’intrigue particuliĂšrement confuse du Simon Boccanegra de Verdi ? Pour rĂ©pondre Ă  ce dĂ©fi ardu auquel chaque metteur en scĂšne est confrontĂ©, Calixto Bieito choisit de botter en touche en imaginant un rĂŽle-titre psychologiquement dĂ©truit par la mort de sa compagne Maria et par l’enlĂšvement de sa fille. DĂšs lors, la confusion du hĂ©ros rejoint celle de l’intrigue, en une suite d’Ă©vĂ©nements et d’ellipses oĂč Simon Ă©volue comme un pantin hagard et sans Ă©motion : hantĂ© par ce passĂ© qui ne passe…

  • bellini-concours-2018-vendome-monceau-annonce-par-classiquenews

    Le Concours international de BEL Canto VINCENZO BELLINI distingue les meilleurs et les plus prometteurs chanteurs belcantistes soit la crĂšme des interprĂštes Ă  la fois virtuoses et acteurs… Le Concours 2018, Ă  l’issue de la demi finale qui a eu lieu hier soir vendredi 16 novembre, Ă  sĂ©lectionnĂ© les 7 candidats suivants :
     
     
     
    Sara BAÑERAS, Soprano, Espagne
    Arianna CIMOLIN, Soprano, Italie
    Sara FANIN, Soprano, Italie
    Paola MAZZOLI, Mezzo-Soprano, Italie
    Laura PISANI, Soprano, Argentine
    Hernan VUGA, Baryton, Argentine
    Nombulelo YENDE, Soprano, Afrique du Sud
     
     
     
    Ce soir, samedi 17 novembre 2018, dernier tour (finale) Ă  partir…

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    radio

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  • France Musique, Dim 18 nov 2018,19h30. VERDI : NABUCCO. NABUCCO, premier sommet lyrique de jeunesse
 et grand triomphe pour le jeune Verdi
 Il inscrit le drame biblique mĂ©sopotamien dans l’Italie du Risorgimento ; le peuple opprimĂ© des hĂ©breux Ă  Babylone, s’identifiant naturellement dans l’esprit des spectateurs italiens de la premiĂšre, aux compatriotes opprimĂ©s par les Autrichiens (cf le chƓur cĂ©lĂšbrissime « Va pensiero »). Dans le chant verdien, le peuple italien a trouvĂ© l’hymne de toute une nation unifiĂ©e, rassemblĂ©e contre l’occupant autrichien
 Avec Nabucco qui devint hymne de ralliement des libertaires patriotes italiens, Verdi remporta le premier grand succĂšs…

  • FRANCE MUSIQUE, lundi 29 oct 2018, 20h. RĂ©cital de Jean-Paul Gasparian, piano. Le jeune homme fait partie des nouveaux talents français du clavier. France Musique diffuse le concert de Montpellier rĂ©alisĂ© Ă  l’étĂ© 2018. Quelques semaines plus tard, le pianiste donnait les mĂȘmes oeuvres de Ravel et de Chopin, Ă  Bagatelle, dĂ©but septembre 2018.
    Voici ce qu’écrivaint alors notre rĂ©dactrice Jany Campello, Ă  propos du jeu de Jean-Paul Gasparian
 :

    “Jean-Paul Gasparian donne des Valses nobles et sentimentales de Ravel, une interprĂ©tation pensĂ©e, structurĂ©e, et loin d’en faire des piĂšces de salon enchaĂźnĂ©es avec superficialitĂ©, uniformitĂ©, les habite, va chercher…


    télé

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  • ARTE, le 7 dĂ©c 2018, 22h20. VERDI : ATTILA. En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du…

  • ARTE, dim 11 nov 2018, 17h10. 2 REQUIEMS POUR LES SOLDATS MORTS. Pour honorer la mĂ©moire et surtout le sacrifice de prĂšs de 700 000 soldats morts sur le front de Verdun, et dans le cadre du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, ARTE diffuse « VERDUN REQUIEMS », deux messe des morts, deux sĂ©pultures musicales pour les dĂ©funts tombĂ©s pendant la guerre. En direct de la CathĂ©drale de Verdun, avec au programme les Requiem de Mozart et de Saint-SaĂ«ns.
    InterprĂštes : Vladimir Spivakov, Orch nat philh de Russie. A notre Ă©poque oĂč les ensembles sur instruments d’époque, baroques…


    concerts et opéras

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  • TOURCOING, 7, 9 dĂ©c 2018. BEETHOVEN : FIDELIO. Tourcoing Ă  l’heure du romantisme allemand
 S’il a composĂ© plusieurs musiques de scĂšne, Fidelio est l’unique opĂ©ra de Beethoven. CĂ©lĂšbre et dĂ©jĂ  estimĂ© comme le prophĂšte de la musique virile et moderne, Ludwig en Ă©crit 3 versions. La premiĂšre en 1805 comportait 3 actes, la deuxiĂšme en 1806 n’en comportait que 2. La troisiĂšme version crĂ©Ă©e le 23 mai 1814 Ă  Vienne, a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e en France, Ă  Paris Ă  l’OdĂ©on en 1825. Beethoven a mis au net ce qui ne lui semblait pas totalement achevĂ© dans les versions prĂ©cĂ©dentes. D’ailleurs, il…

  • TOURS, les 1er, 2 dĂ©c 2018 : MOZART, ARRIAGA. Le chef d’orchestre et directeur de l’OpĂ©ra de Tours, Benjamin Pionnier poursuit le cycle des concerts symphoniques Ă  Tours et propose dĂ©but dĂ©cembre un trĂšs prometteur programme comprenant des Ɠuvres de Mozart (ouverture de Cosi fan tutte le dernier des opĂ©ras de la trilogie Da Ponte), ARRIAGA (jeune prodige mort trop jeune : symphonie en rĂ© majeur). En vedette de ce concert rĂ©jouissant, le violoniste hors normes, vĂ©ritable personnalitĂ© charismatique qui dĂ©cloisonne l’image de la musique classique, par sa dĂ©contraction et sa gĂ©nĂ©rositĂ© vers le public, Gilles Apap (Concerto pour violon…

  • VENDÔME, 8Ăš CONCOURS BELLINI, les 16 et 17 novembre 2018. DĂ©diĂ© Ă  l’art si exigeant du Bel Canto, le CONCOURS INTERNATIONAL VINCENZO BELLINI a lieu cette annĂ©e les 16 et 17 novembre Ă  VendĂŽme (1h de PARIS en TGV).
    Seule compĂ©tition dĂ©diĂ©e exclusivement aux voix et au rĂ©pertoire belcantistes (plein XIXĂš italien et français
), le Concours Bellini (crĂ©Ă© en 2010) dĂ©fend seul, l’art difficile du bel canto quand la majoritĂ© des Concours d’opĂ©ras mĂȘle tous les styles (lieder et mĂ©lodies, mozartien, romantique, vĂ©riste, moderne.)
 Depuis sa crĂ©ation, le CONCOURS BELLINI s’est imposĂ© parmi les compĂ©titions les plus intransigeantes vis Ă …

  • ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 dĂ©c 2018. Pour cĂ©lĂ©brer le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans et le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans fusionnent leurs forces vives Ă  l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de NoĂ«l, une tradition Ă  prĂ©sent pour les OrlĂ©anais soucieux de vivre une grande expĂ©rience pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.

     
     
    Marius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, a conçu un programme particuliĂšrement original et Ă©clectique, gĂ©nĂ©reux en styles et accents contrastĂ©s, oĂč perce le timbre Ă©clatant des trompettes (Concerto pour 3 trompettes,…

  • LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>15 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.
     
     
     
    Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes…

  • POITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes…

  • LILLE, ONL. Les 8, 9 nov 2018 : JC Casadesus dirige Rimsky, Dvorak. FiĂšvre russe Ă  Lille pour un programme exaltant et ambitieux intitulĂ© « MILLE ET UNE NUITS », en rĂ©fĂ©rence au conte oriental qu’a mis en musique l’excellent Rimsky-Korsakov (Sheherazade).
    Pour sa premiĂšre sĂ©rie de la saison 2018-2019, le chef fondateur de l’ONL Orchestre National de Lille invite le jeune soliste français Victor Julien-LaferriĂšre dans le Concerto pour violoncelle de DVORAK; Victor Julien-LaferriĂšre, a Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©compensĂ© de la Victoire de la musique classique de l’annĂ©e. Il a aussi remportĂ© le Concours Reine Elisabeth 2017.
    Le Concerto pour…

  • BORDEAUX, OpĂ©ra. DONIZETTI : ANNA BOLENA, 5>18 nov 18. Anne Boleyn (1500-1536), seconde Ă©pouse d’Henri VIII d’Angleterre, finit sa courte ascension politique et amoureuse, dĂ©capitĂ©e pour des actes qu’elle n’avait pas commis : ainsi se rĂ©alise la cruautĂ© et le bon vouloir du prince le plus volage de son Ă©poque, collectionneurs de jupons, trop obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e, l’urgence d’une descendance mĂąle. Cynisme de l’histoire, c’est la fille de Boleyn, Elisabeth qui rĂšgnera Ă  la succession de son pĂšre. Devenant Ă  l’époque de Shakespeare, la souveraine la plus impressionnante de la fin du XVIĂš.
    Gaetano Donizetti demande au librettiste Felice Romani…

  • PARIS, 5 et 15 nov. JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, piano. “PoĂšte du piano” (selon les propres mots du chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin), jeu incarnĂ© et pourtant clair et dĂ©taillĂ©, engagĂ© et lumineux, le pianiste quĂ©bĂ©cois Jean-Philippe Sylvestre est l’honneur de l’art musical de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique. En 2008, il se voyait remettre le prestigieux prix Virginia Parker, la plus haute distinction dĂ©cernĂ©e par le Conseil des Arts du Canada. C’est assurĂ©ment la grande technicitĂ© associĂ©e Ă  une imagination nuancĂ©e qui font la diffĂ©rence : l’artiste Ă  l’écoute de la nature se rĂ©vĂšle ainsi, dans un chatoiement de couleurs personnelles d’une rare justesse.…

  • GOZO (MALTE), LA TRAVIATA, les 25, 27 oct 2018. GOZO, FOYER LYRIQUE FLORISSANT. L’üle sƓur de Malte, GOZO, confirme en octobre 2018, sa vocation lyrique en programmant dans les deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra gozitains, situĂ©s Ă  Victoria, deux productions dĂ©sormais Ă  suivre et Ă  vivre sur place : occasion idĂ©ale pour se familiariser avec le sens de l’accueil et l’hospitalitĂ© des maltais. Deux fleurons du rĂ©pertoire romantique italien tiennent le haut de l’affiche : TOSCA au ThĂ©Ăątre AURORA (Teatru AURORA ou AURORA Opera House) ) le 13 octobre 2018 ; puis l’inusable opĂ©ra de Verdi, son chef d’oeuvre de rĂ©alisme bouleversant…

  • MARCQ en BAREUIL : STABAT MATER, le 8 nov 2018. L’Atelier Lyrique de Tourcoing propose une mise en perspective de deux Ă©critures baroques distinctes, celles de Pergolesi, jeune auteur gĂ©nial et fulgurant ; d’Alessandro Scarlatti, dĂ©tenteur avent lui d’une tradition vocale et musicale, de premier plan Ă  Naples… Les deux compositeurs ont mis en musique le mĂȘme texte sacrĂ©. Le Stabat Mater recueille les larmes de Marie au pied de la croix oĂč son Fils a Ă©tĂ© sacrifié  Debout la mĂšre / Stabat mater
 « Debout la mĂšre des douleurs pleurait tout auprĂšs de la croix oĂč son fils agonisait…

  • TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mĂ©lancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

    Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son Ɠuvre Ă©norme englobe tous les domaines, le concerto exceptĂ©. Avec « Marguerite au rouet » d’aprĂšs Goethe, qu’il Ă©crit Ă  l’ñge de 17 ans, il est le crĂ©ateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état…

temps forts

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  • EN DIRECT sur internet, le 18 sept 2018, GERVAIS : recrĂ©ation de Hypermnestre, Ă  19h30. En direct sur le site de la salle de spectacle de Budapest, le MUPA (Palace of Arts de Budapest), le chef hongrois György Vashegyi rĂ©alise une premiĂšre mondiale, la premiĂšre reprĂ©sentation de la tragĂ©die lyrique Hypermnestre de Charles-Hubert Gervais (1716), disparue depuis plus de 250 ans. Une probable redĂ©couverte majeure que l’on jugera sur piĂšces.
     
     
    EN DIRECT sur INTERNET : VISIONNER Hypermnestre en direct sur www.mupa.hu
     
     

     
    Avant Les DanaĂŻdes, opĂ©ra nĂ©oclassique, invraisemblable et pompeux de Salieri (1784), le sujet des…

  • CULTUREBOX : Nabucco Ă  Lille, le 26 mai 2018, 18h. Giuseppe Verdi, Nabucco – OpĂ©ra de Lille, 2018 (durĂ©e : 2h30). L’opĂ©ra politique de Verdi prend une rĂ©sonance actuelle dans la mie en scĂšne et la conception de Marie-Eve Signeyrole : l’ivresse du pouvoir qui rend fou, la domination de Babylone sur le peuple hĂ©breu
 suscitent des mouvements de foule, rĂ©fugiĂ©s et apatrides en errance. VoilĂ  une passerelle dĂ©signĂ©e vers notre actualitĂ© oĂč se pose la question des migrants que l’on repoussent partout sans guĂšre rĂ©soudre les causes Ă  leurs sources. Ici deux choeurs relĂšvent le dĂ©fi de la masse…

  • INTERNET, live, ce soir. HAENDEL : Messie, G. Vashegyi, ce soir Ă  19h30. En quelques annĂ©es, grĂące Ă  ses concerts Ă©blouissants dĂ©diĂ©s au Baroque français (Mondonville, Rameau, dont le rĂ©cent NaĂŻs, enregistrĂ© et publiĂ© en mai 2018 est devenue une rĂ©fĂ©rence : lire notre critique de NaĂŻs par G. Vashegyi), le chef hongrois György Vashegyi ne cesse de convaincre pilotant de grands effectifs, choeur et solistes, avec son propre orchestre sur instruments anciens, Orfeo Orchestra. Le sens de l’architecture, le souci de la clartĂ© et de l’intelligibilitĂ©, ce feu ardent qui manque souvent aux chefs français pourtant ici et lĂ …

  • EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des…

  • En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).
     
    NĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et…


    cinéma

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  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…

  • CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinĂ©ma diffusent la prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique europĂ©enne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.
     
     
    A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le…

  • CinĂ©ma. Strauss : ELEKTRA, le 30 avril 2016, 18h45. En direct du Metropolitan opera New York, samedi 30 avril 2016,1845h. RĂŽle incandescent, voix hurlante embrasĂ©e proche de la rupture et du cri primal, animĂ©e par une fureur vengeresse … que seul son frĂšre Oreste saura apaiser (en prenant sa dĂ©fense et l’aidant Ă  rĂ©aliser son projet), Elektra est l’un des rĂŽles pour soprano les plus ambitieux, du fait de l’Ă©criture du chant, du fait a surtout de la prĂ©sence scĂ©nique du personnage quasiment toujours en scĂšne (comme Suzanna dans les Noces de Figaro de Mozart ou Ă  prĂ©sent depuis la…


    expos

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  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…

  • PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on…

  • SAINT-GERMAIN : Exposition Debussy Ă  la plage, jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Un Ă©pisode dans la vie de Debussy
 Saint-Germain en Laye (78), la ville natale de Debussy rend hommage Ă  son gĂ©nie Ă  travers un Ă©clairage inĂ©dit et plutĂŽt surprenant s’agissant d’un compositeur qui de surcroit n’a pas Ă©tĂ© trĂšs bavard sur sa vie privĂ©e (comme Ravel). Le 1er aoĂ»t 1911, Claude Debussy s’installe avec sa famille sur une plage normande. Pendant son sĂ©jour Ă  Houlgate, il n’Ă©crira pas une note de musique. Durant un mois, l’auteur reconnu, Ă  la fois raffinĂ© et rĂ©volutionnaire, qui a Ă©crit l’opĂ©ra singulier « …

  • SAINT-DENIS, Exposition « MARIA CALLAS, inconnue » du 5 au 27 avril 2018. L’universitĂ© PARIS 8 Ă  Saint-Denis accueille un cycle d’évĂ©nements dĂ©diĂ©s Ă  Maria Callas, le 5 avril prochain, suivi d’une exposition MARIA CALLAS, inconnue, ouverte au public du 6 au 27 avril 2018. On pensait tout connaĂźtre de la diva lĂ©gendaire, icĂŽne lyrique mais aussi vedette mĂ©diatique, ambassadrice de la mode, de l’élĂ©gance parisienne propre aux annĂ©es 1950 et 1960. Le cycle d’évĂ©nements et l’exposition d’avril 2018 ont Ă©tĂ© conçus par Jean-Jacques Hanine-Roussel, historien de l’opĂ©ra, biographe et doctorant du LER (Laboratoire d’Etudes Romanes, Paris 8). Jean-Jacques Hanine-Roussel…

  • PARIS. EXPOSITION, CATALOGUE : PATRICE CHÉREAU, METTRE EN SCÈNE L’OPÉRA, dĂšs le 18 novembre 2017. Metteur en scĂšne, cinĂ©aste et comĂ©dien, Patrice ChĂ©reau (1944-2013) a marquĂ© la mise en scĂšne d’opĂ©ra. SimultanĂ©ment Ă  la reprise de De la maison des morts de LeoĆĄ Janáček Ă  l’OpĂ©ra Bastille, l’OpĂ©ra national de Paris et la BibliothĂšque nationale de France prĂ©sentent dans la galerie musĂ©e de l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, la premiĂšre exposition exclusivement consacrĂ©e au parcours de l’homme de thĂ©Ăątre sur les scĂšnes lyriques. Á travers les onze productions qu’il a rĂ©alisĂ©es, Patrice ChĂ©reau a apportĂ© un nouveau souffle Ă  la mise…


TEASER vidéo : CHOSTAKOVITCH : intégrale de la musique de chambre pour piano et cordes (PARATY productions)

SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HMCD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano and strings / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY – ANNONCE). Ce pourrait bien ĂȘtre le coffret Ă©vĂ©nement de 2018 : l’intĂ©grale des oeuvres pour musique de chambre pour piano et cordes de Dmitri Chostakovitch – Jamais une telle somme majeure pour l’expression musicale du XXĂš siĂšcle n’avait Ă©tĂ© rĂ©unie en un seul coffret : c’est chose faite grace Ă  l’initiative du pianiste Filipe Pinto-Ribeiro et son DSCH – Ensemble Chostakovitch / Shostakovich Ensemble. Âpre et intense, profonde voire lugubre, inquiĂšte et angoissĂ©e, mais d’une ineffable tendresse humaine, la musique de Dmitri Chostakovitch Ă  l’époque de la terreur stalinienne sait porter le masque de la distance, faussement indiffĂ©rente, pour mieux ciseler une absolue comprĂ©hension de la nature humaine, dans ses contradictions, ses horreurs et sa grandeur. A l’écoute de cette musique pudique et intime (sous la voile d’un cynisme distanciĂ©), relevant les dĂ©fis de l’écoute collective, et du jeu chambriste le plus raffinĂ©, les 4 solistes rĂ©unis autour de Filipe PINTO-RIBEIRO, – tous individualitĂ©s fortes capables aussi de se fondre dans une Ă©tonnante sonoritĂ© collective-, rĂ©alisent en 2 cd, pour le label PARATY, une intĂ©grale Ă©vĂ©nement, vĂ©ritable accomplissement qui s’avĂšre ĂȘtre la rĂ©fĂ©rence nouvelle.

CLIC D'OR macaron 200Un Chostakovitch / Shostakovich dĂ©poussiĂ©rĂ©, habitĂ©, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© : sincĂšre et vrai. Coffret Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS 2018, Ă©lu meilleur cd de l’annĂ©e 2018 (RĂ©alisation studio CLASSIQUENEWS.TV).

CD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6Ú Symphonie

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6Ăš Symphonie. En guise d’adieux, comme directeur musical du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle enregistre ici la 6Ăš de Mahler, en juin 2018 (mise en regard de leur enregistrement prĂ©cĂ©dent en 1987). Evidemment la comparaison laisse se prĂ©ciser plusieurs points esthĂ©tiques d’importance. Dont surtout une prise de son moins compacte et uniforme en 2018, avec un travail remarquable sur le dĂ©tail et la ciselure de chaque mesure, rĂ©vĂ©lant l’évolution du chef, d’architecture parfois dur Ă  ses « dĂ©buts », quoique trĂšs engagĂ©, vers un souffle intĂ©rieur filigranĂ©, qui en 2018 montre une vive attention Ă  l’énergie et l’activitĂ© de l’ombre qui sous-tend l’ensemble de la cathĂ©drale orchestrale.
Pour un dernier enregistrement entre Rattle et l’Orchestre berlinois, le choix de la 6Ăš peut se rĂ©vĂ©ler curieux : pas d’ample Ă©lan vocal et choral, pas de conclusion triomphale, dans la lumiĂšre ; plutĂŽt l’emprise du doute, de l’ombre, de l’inquiĂ©tude ; lesquels concluent le Finale, vif, acĂ©rĂ©, tranchant mĂȘme comme un coup du destin plus assĂ©nĂ© et subi
 qui laisse interrogatif. Rattle s’est appropriĂ© le sens du dĂ©veloppement Ă  travers les 4 mouvements : il fait des questionnements de Mahler lui-mĂȘme sur sa vie et sur l’écriture symphonique, un terreau riche en idĂ©es, un fourmillement de sentiments mĂȘlĂ©s et contradictoire d’oĂč l’issue salvatrice ne surgit rĂ©ellement jamais. Pour Ă©clairer ce magma de forces sombres voire lugubres (coup de hache du marteau au cri sourd et froid, voire glacial), le chef Ă©tage et Ă©quilibre idĂ©alement les pupitres surdimensionnĂ©s des cuivres, des percussions
 qui creusent davantage l’ñpretĂ© et la tension constante du dĂ©veloppement. Les couleurs du destin (cors, trombones, tuba mais aussi vents dont les bassons
) sont magnifiques, leur dĂ©finition dans la totalitĂ© sonore, remarquable de prĂ©cision et de relief. De ce vortex Ă  la fois amer et majestueux, se dĂ©tache Ă©videmment le mouvement lent, – le seul vĂ©ritable avec celui de la 4Ăš prĂ©cĂ©dente-, une pause oĂč s’alanguit et s’affirme l’idĂ©e du songe, suspendu, attendri avec Ă©videmment la citation de la nature (cloches des vaches) : le prĂ© Ă  vaches Ă©tant l’élĂ©ment central de ce ressourcement auquel aspire l’ñme du poĂšte compositeur, fuyant ce chaos de fin du monde, tel qu’il se prĂ©cise et s’enfle au dĂ©but du Finale justement. Rattle plus dĂ©taillĂ© que jamais, sans aucune duretĂ©, rĂ©tablit la morsure du destin, impitoyable machine Ă  broyer et soumettre. L’engagement du chef et sa complicitĂ© avec les instrumentistes du Berliner, en ce mois de juin 2018, atteignent un sommet d’expressivitĂ© incisive, aux Ă©lans Ă©perdus, fouillĂ©s, 
assassinĂ©s, idĂ©alement bouleversants. Il fallait du courage pour conclure sur cette note lugubre et tendue, dĂ©pressive et presque maladive. Rattle y apporte toute son expĂ©rience et sa sensibilitĂ©, rĂ©alisant du maestrum mahlĂ©rien, un bain aux remous souterrains entre angoisse et impuissance mĂȘlĂ©es (de la part du hĂ©ros) qui convoquent le cosmos et laisse finalement dĂ©muni, dans le dĂ©pouillement quasi spectral de la fin. Somptueuse et courageuse fin de mandat.

 

 

 

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Le Berliner Philharmoniker n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens, rĂ©alisant une luxueuse Ă©dition discographique : le coffret Ă  l’italienne, s’ouvre Ă  gauche avec un boĂźtier trĂšs sobre contenant les 2 cd, soit les 2 versions de la 6Ăš, celle de 2018, celle de 1987; le disc blu ray contenant les deux ; un double bonus video qui apporte les Ă©clairages du chef sur l’oeuvre choisie et sur sa proximitĂ© et son travail avec les Berliner Philharmoniker, le temps de son mandat, de 2002 Ă  juin 2018.
A droite, c’est un « an extensive companion book », un livre magnifiquement illustrĂ© rĂ©capitulant les temps forts de la direction de Rattle Ă  Berlin, comme un journal de bord, avec le souvenir photographique des annĂ©es de complicitĂ© et d’accomplissement musical.

 

 

 

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2 CDs + 1 Blu-ray Disc + Audio Download
Edition de luxe – 44,90 € (prix indicatif)

CLIC_macaron_2014Berliner Philharmoniker‹Sir Simon Rattle, direction
Gustav Mahler : Symphonie n°6
CD 1: Recorded in June 2018 at the Philharmonie Berlin‹CD 2: Recorded in November 1987 at the Philharmonie Berlin

Bonus videos
2 documentaires: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 

 

 
 

 

 

CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings)

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings). La 6Ăš de Mahler marque un tournant dĂ©cisif dans le travail de l’orchestre et du chef britannique : voici leur premier enregistrement de novembre 1987 ; puis celui de juin 2018, – soit 30 ans aprĂšs, tel le volet de la saison des adieux, car Simon Rattle quitte le direction musicale Ă  l’étĂ© 2018 (aprĂšs 16 annĂ©es d’une direction qui laisse pourtant mitigĂ©). C’est un apport rĂ©flĂ©chi qui trouve un Ă©cho prĂ©cĂ©dent d’une admirable profondeur, plus profonde, mieux ambivalente Ă  notre avis ; avec les annĂ©es, la sonoritĂ© s’est enrichie, atteignant une rondeur hĂ©doniste que n’aurait pas dĂ©savouĂ© Claudio Abbado. Mais qui a perdu son sens des contrastes et des vertiges intĂ©rieurs
 Avec les annĂ©es, Rattle s’est comme assagi, optant en 2018 pour une lecture d’une perfection sonore trĂšs (trop) sĂ©duisante) ; mais en novembre 1987, il y avait un souffle d’une tension « wagnĂ©rienne », une ĂąpretĂ© qui s’est attĂ©nuĂ©e avec les annĂ©es
 La confrontation entre les deux lectures est passionnante et dĂ©voile l’évolution d’un travail en complicitĂ© et en approfondissement. Double vision en guise de testament artistique du chef qui tire sa rĂ©vĂ©rence, et fait ainsi ses adieux en juin 2018 par l’enregistrement, aux instrumentistes du Berliner Philharmoniker. Grande critique du coffret Symphonie n°6 de Gustav Mahler par Simon Rattle et le Philharmoniker Berliner, Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

 
 
 

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CONTENU du coffret

 
 
 

Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction / conductor

Gustav Mahler : Symphony No. 6 

CD 1: Recorded in June 2018 from the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 from the Philharmonie Berlin

Bonus video:
Documentary: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker,

2002-2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 
 
 

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Gustav Mahler: Symphony No. 6
2 CD + 1 Blu-ray + download / hardcover linen edition
Prix indicatif : 44, 90 euros

Contenu du coffret commémoratif
CDs 1&2 :
Gustav Mahler: Symphony No. 6
CD 1: Recording from 20 June 2018
CD 2: Recording from 15 November 1987
BLU-RAY DISC :
Concert Video: Symphony No. 6 from 20 June 2018 (83 min)
High resolution audio:
Symphony No. 6 from 20 June 2018
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
5.1 DTS-HD MA 24-bit/96 kHz
Symphony No. 6 from 15 November 1987
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
Bonus
· Documentary: “Echoing an Era – Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 mins)
· Introduction by Sir Simon Rattle
Full HD 16:9 / PCM Stereo
5.1 Surround DTS-HD
Region Code: ABC (worldwide)
Accompanying booklet
72 pages / German, English
Download Code
For high resolution audio files of
the entire album (24-bit / up to 192 kHz)
Digital Concert Hall
7- Day Ticket for the Berliner Philharmoniker’s
virtual concert hall

 
 
 

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Plus d’infos sur le site du Berliner Philharmoniker :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-6.html

 
 
 

Centenaire DEBUSSY 2018. Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE

debussy-a-la-plage-exposition-saint-germain-par-classiquenewsDEBUSSY A LA PLAGE
 Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE, archĂ©ologie d’un album photographique », actuellement au Domaine national de Saint-Germain en Laye (78) ; et jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Qu’a Ă  faire Claude Debussy Ă  l’étĂ© 1911 sur les plages et bords de mer normand, Ă  Houlgate prĂ©cisĂ©ment, appareil photographique Ă  la main, arpentant les lieux de vie, parfois mondains, souvent familiaux, promenades et jetĂ©es, prĂšs du Casino et des cabines de bain ? RĂ©my Campos soulĂšve le voile et rĂ©vĂšle la passion ou plutĂŽt l’Ɠil photographique d’un Debussy viscĂ©ralement sauvage et solitaire, quelques annĂ©es avant la dĂ©claration de guerre


 

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : De tout le corpus photographique que vous avez visualisĂ©, quels dĂ©tails ou facettes – ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s ou dĂ©couverts- de Debussy vous ont surpris, Ă©bloui, enchantĂ© ?

RĂ©my CAMPOS / RC : Il y a d’abord eu la dĂ©couverte de documents inĂ©dits. Pour un historien, c’est Ă©videmment un moment palpitant. Seules quatre ou cinq images du sĂ©jour des Debussy Ă  Houlgate avaient Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement reproduites depuis les annĂ©es 1920. Toutes les images reprĂ©sentant Emma et sa mĂšre avaient jusqu’ici dormi dans les albums de familles conservĂ©s Ă  la BibliothĂšque nationale de France. Ceux-ci contenaient aussi un trĂšs grand nombre de clichĂ©s pris dans le jardin de l’hĂŽtel particulier des Debussy (avenue du Bois – aujourd’hui avenue Foch). Dans ces images intimes, on voit beaucoup Chouchou, la fille du couple, et on dĂ©couvre aussi le quotidien d’une famille bourgeoise avec nurse anglaise, domestiques, visites familiales et rĂ©ception d’amis.
Et puis il y a eu l’aventure documentaire amorcĂ©e par la dĂ©couverte fortuite de photographies que le jeune Jacques Henri Lartigue avait prises de la famille Debussy, sans savoir toujours qui passait devant son objectif. L’enquĂȘte nous a entraĂźnĂ© loin, jusqu’à des trouvailles inattendues comme cette photographie de presse prise aux courses Ă  Longchamp oĂč l’on dĂ©couvre Emma et sa fille parmi les dames Ă©lĂ©gantes prĂ©sentes ce jour-lĂ  au bord des pistes.
De fil en aiguille, les images rassemblĂ©es ont suscitĂ© une rĂ©flexion inattendue sur le rapport des Debussy Ă  l’image photographique.

 

 

 

 

CNC : Quelle est la relation de Debussy à la société, à la plage ou à Paris, ces clichés rassemblés nous révÚlent-ils ?

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsSi on le compare Ă  Gabriel FaurĂ© ou Ă  Igor Stravinsky, pour ne prendre que deux de ses contemporains, Claude Debussy est un crĂ©ateur solitaire, surtout dans la derniĂšre partie de sa carriĂšre. L’accĂšs Ă  l’hĂŽtel particulier de l’avenue du Bois est strictement limitĂ© Ă  la famille des deux Ă©poux et Ă  un cercle trĂšs Ă©troit d’amis. Rares seront les journalistes Ă  pouvoir approcher le compositeur et les importuns sont tenus Ă  distance. Les photographies tĂ©moignent de cet isolement recherchĂ©. Ce sont toujours les mĂȘmes personnes que l’on retrouve dans les images. Aucun clichĂ© ne montre des rĂ©unions mondaines comme il en existe du temps oĂč Debussy frĂ©quentait Ernest Chausson dans les annĂ©es 1890. Les tĂ©moignages de ses proches vont dans le mĂȘme sens. Raoul Bardac, fils du premier mariage d’Emma et Ă©lĂšve en composition de Claude Debussy, tĂ©moigne du goĂ»t de la solitude du musicien.
Le sĂ©jour Ă  Houlgate en aoĂ»t 1911, voulu par sa femme, est par consĂ©quent une terrible Ă©preuve pour Claude Debussy qui se trouve plongĂ© dans la trĂ©pidante vie mondaine que les Parisiens sĂ©journant sur la cĂŽte normande, transportent avec eux le temps d’un Ă©tĂ©. La station est parmi les plus Ă©lĂ©gante de l’époque mais on y trouve tout ce que Claude Debussy dĂ©teste : les musiques faciles des casinos, les clients envahissants d’un Grand-HĂŽtel cosmopolite, l’obsession du paraĂźtre, etc.

 

 

 

CNC :Comment expliquer cette “passion” photographique, de la part de Debussy ?

L’intĂ©rĂȘt de Claude Debussy pour la photographie ne nous est connu qu’en creux. Le musicien n’a jamais Ă©crit un article oĂč il se serait enthousiasmĂ© pour cet art encore jeune, sa correspondance n’y fait allusion que de façon sporadique et il ne semble pas qu’il ait possĂ©dĂ© dans les annĂ©es 1880-1900 le coĂ»teux appareillage nĂ©cessaire aux prises de vues. Pendant sa jeunesse, le musicien a pour plus proche ami Pierre LouĂżs, Ă©crivain ayant la passion de la photographie, qui le mettra en scĂšne dans des images trĂšs soignĂ©es, comme on en produisait alors dans les milieux artistiques (Edgard Degas ou Pierre Bonnard, par exemple, ont consacrĂ© beaucoup de temps Ă  fabriquer des images photographiques qui entendaient dialoguer avec la peinture).
Durant les vingt derniĂšres annĂ©es de sa vie en revanche, Claude Debussy et sa femme Emma ont Ă©tĂ© des photographes amateurs comme il en existait alors des milliers. SĂ©duits par la facilitĂ© d’usage des appareils de type Kodak et de dĂ©veloppement des clichĂ©s que l’on peut alors confier Ă  un dĂ©taillant, la famille Debussy rĂ©alise un trĂšs grand nombre d’images, dont beaucoup sont d’ailleurs mal cadrĂ©es ou peu Ă©clairĂ©es. La photographie est alors une pratique en passe de devenir banale. Les Debussy ne se distinguent pas dans ce domaine de leurs contemporains.

 

 

 

CNC : Savons-nous sur quelles partitions Debussy travaillait-il pendant ses étés à la plage ?

DĂšs les premiĂšres annĂ©es de vie commune, le couple Debussy part tous les Ă©tĂ©s en vacances au bord de la Manche. En 1904 Ă  Pourville oĂč Claude corrige des Ă©preuves d’imprimerie, en 1905 Ă  Eastbourne oĂč il travaille Ă  la premiĂšre sĂ©rie des Images pour piano, en 1906 prĂšs de Dieppe oĂč il emporte ses Images pour orchestre en cours d’écriture et en 1907 de nouveau Ă  Pourville oĂč il songe Ă  un Tristan qui ne verra jamais le jour.
Le voyage Ă  Houlgate qui est au cƓur du livre Debussy Ă  la plage est le seul Ă  avoir lieu entre 1908 et 1914. Pendant ce sĂ©jour en aoĂ»t 1911, Claude Debussy travaille Ă  l’orchestration de la Rhapsodie pour clarinette originellement composĂ©e pour les concours du Conservatoire de Paris avec un accompagnement de piano. Ou plutĂŽt, il promet Ă  son Ă©diteur un arrangement auquel il ne se consacrera que de retour Ă  Paris en septembre. Le moment houlgatais est celui d’un grand dĂ©sarroi artistique.
En pleine guerre, la villĂ©giature Ă  Pourville de juillet Ă  octobre 1915 fait exception. Claude Debussy n’habite pas dans un de ces hĂŽtels internationaux dont il dit tant de mal dans sa correspondance mais dans la villa « Mon coin », Ă©loignĂ©e du rivage et donc des touristes. Dans cette maison prĂȘtĂ©e par des amis, la Manche n’est visible qu’au loin. Parce qu’il n’est pas astreint aux obligations mondaines d’une station balnĂ©aire, Claude Debussy parvient Ă  Ă©crire pendant les quatre mois de ce dernier sĂ©jour normand plusieurs de ses ultimes chefs-d’Ɠuvre : En blanc et noir, les deux livres d’Études pour piano, la Sonate pour flĂ»te, alto et harpes.
Lors des deux vacances maritimes suivantes – au Moulleau, prĂšs d’Arcachon, pendant l’étĂ© 1916 puis Ă  Saint-Jean-de-Luz en 1917 –, Claude Debussy sera gravement malade et n’écrira plus de musique.
MalgrĂ© la vĂ©ritable fascination de Debussy pour la mer, le musicien aura finalement peu Ă©crit prĂšs des rivages. Ultime paradoxe : on sait aujourd’hui que le musicien a commencĂ© la composition de la Mer Ă  Bichain dans l’Yonne pendant les vacances de l’étĂ© 1903


 

 

Propos recueillis en octobre 2018.

 

 

 

 

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SAINT-GERMAIN EN LAYE (78), DEBUSSY A LA PLAGE, Exposition au Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, ville natale de Claude Debussy, du 15 septembre au 15 dĂ©cembre 2018. Commissaire : RĂ©gis Campo. PrĂ©sentation critique du catalogue Ă  venir sur classiquenews. Exposition en plein air, grilles du chĂąteau et de la Mairie de Saint-Germain : photographies en grand format 

 

 

 

 LIRE aussi notre prĂ©sentation du Livre Catalogue “Debussy Ă  la Plage” (Gallimard)

 

 debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenews

Livre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel)

une vie a l opera buchet chastel livre critique livre par classiquenews gerard mannoniLivre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel). L’auteur rend compte de ses reportages, et sujets traitĂ©s au fur et Ă  mesure d’une carriĂšre dĂ©roulĂ©e au contact des artistes Ă  l’affiche, depuis le milieu des annĂ©es 1940, jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 2000 (terminant l’énoncĂ© d’une vie bien artistiquement bien remplie Ă  Tokyo et en Ă©voquant Ă  ses dĂ©buts alors, le phĂ©nomĂšne Jonas Kaufmann)
 ce sont les souvenirs d’un critique et envoyĂ© spĂ©cial, salariĂ© par divers medias de la presse Ă©crite spĂ©cialisĂ©e (ou pas) pour couvrir les Ă©vĂ©nements lyriques d’alors; au fil des pages (plus de 250 au total), se prĂ©cisent dans les replis de la mĂ©moire et aprĂšs l’écoute de bandes d’entretiens enregistrĂ©s, conservĂ©es in extremis dans sa maison de campagne-, la personnalitĂ© des interprĂštes, surtout chanteurs d’opĂ©ra, qui pour certains, sont devenus des amis.

 

 

GĂ©rard Mannoni raconte l’opĂ©ra du XXĂš
Petites et grandes histoires de la lyricosphĂšre

 

 

La sphĂšre opĂ©ratique se dĂ©voile dans la diversitĂ© des corps de mĂ©tiers engagĂ©s ; Ă  travers surtout la vie en coulisses, prĂ©paration et rĂ©pĂ©titions, petites histoires et anecdotes qui s’inscrivent dans une mĂ©moire saturĂ©e d’instants surtout mondains, parfois magiciens. La galerie de portraits est digne d’un roman picaresque tant les profils et les comportements sont variĂ©s ; tous rĂ©vĂ©lateurs d’une rĂ©alitĂ© : la personnalitĂ© humaine contredit parfois l’impression entretenue par la personnalitĂ© artistique. Voyez par exemple la froideur distante d’une Schwarzkopf – hautaine et se rendant inaccessible – comme une divinitĂ© allemande ; tout l’inverse d’une Montserrat CaballĂ©, autrement plus chaleureuse et simple, Ă  un mĂȘme niveau artistique : d’ailleurs, le portrait de la diva catalane pourrait ĂȘtre un hommage parfait depuis sa disparition le 6 octobre dernier (p 25).

Ainsi s’égrĂšnent les petites histoires du milieu lyrique (et aussi chorĂ©graphique, car l’auteur a suivi de nombreux ballets Ă  l’OpĂ©ra de Paris). Maurice BĂ©jart, Yvette ChauvirĂ©, Balanchine, Barychnikov, Cuevas et ses ballets ou Serge Lifar
 alimentent la chronique des danseurs et des chorĂ©graphes. Un milieu Ă  peine moins croustillant.
Mais l’auteur maĂźtrise son sujet : l’art de la narration et des Ă©vocations calibrĂ©es, demeurent parfaitement rythmĂ©. Le journaliste connaĂźt bien son mĂ©tier. Toujours il raconte une histoire et Ă  travers, dĂ©crit une situation qui en dit long sur ses acteurs
 On le suit ainsi Ă  Bayreuth, Ă  l’époque de Wieland Wagner Ă  la fin des annĂ©es 1950, quand la Colline verte savait encore produire de superbes productions en particulier sur le plan vocal (Birgit Nilsson, Elisabeth GrĂŒmmer, Astrid Varnay,
) ; Ă  Paris en 1958, pour le gala donnĂ© Ă  l’OpĂ©ra par Maria Callas la Divine, alors au sommet d’une carriĂšre surmĂ©diatisĂ©e ; passent les divas devenues lĂ©gendaires telles Tebaldi, Galina Vichnevskaia (qui habitait un superbe appartement parisien avec son Ă©poux Rostropovitch
) ; RĂ©gine Crespin, Germaine Lubin, la diva nazillarde ; et mĂȘme une certaine Suzy Lefort, belle sƓur du directeur de festival (Aix), Bernard : une dĂ©voreuse dĂ©lurĂ©e, tout Ă  fait emblĂ©matique d’un certain milieu parisien tout Ă  fait artificiel et sophistiquĂ© pour lequel l’opĂ©ra est avant tout un faire valoir
 mondain et politique. On sent alors une certaine Ă©motion nostalgique Ă  l’évocation de dĂźners d’aprĂšs-premiĂšre Ă  l’Espace Cardin Ă  Paris, oĂč Ă©taient prĂ©sents Saint Laurent, Paloma Picasso et autres cĂ©lĂ©britĂ©s du gotha Ă  connaĂźtre. TĂ©moin sincĂšre (ou affabulateur, mais alors dans une moindre mesure), l’auteur ressuscite tout un monde dĂ©sormais perdu, qui et le temps de son activitĂ©, put Ă©prouver l’illusion d’ĂȘtre Ă©ternel en accrochant les Ă©toiles. Il nous reste pour le pire et le meilleur des vĂ©ritĂ©s bien pesĂ©es, si rĂ©vĂ©latrices de la personnalitĂ© de certaines lĂ©gendes lyriques du siĂšcle passĂ© (Fedora Barbieri et Leonie Rysanek, June Anderson et Jane Rhodes, surtout Beverly Sills, la plus grande coloratoure – avec CaballĂ©, du XXĂš : une mĂšre attentive avant d’ĂȘtre une artiste dĂ©jĂ  exceptionnelle
) ; tout cela ne s’invente pas mais a Ă©tĂ© vĂ©cu simplement. La preuve que la rĂ©alitĂ© dĂ©passe souvent la fiction. A lire absolument.

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CLIC D'OR macaron 200Livre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel) – Format : 14 x 20,5 cm, 264 pages – prix indicatif :20€ – ISBN 978-2-283-03076-9 – Parution : septembre 2018

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. THE ASIAN TOUR : Berliner Philharmoniker / Rattle (nov 2017 – 5 SACD, 1 Blu ray)

berliner-philharmoniker-coffret-cd-the-asian-tour-review-presentation-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. THE ASIAN TOUR : Berliner Philharmoniker / Rattle (nov 2017 – 5 SACD, 1 Blu ray). Voici le coffret Ă©vĂ©nement par excellence, tant par le luxe de son Ă©dition que la qualitĂ© des tĂ©moignages musicaux et les complĂ©ments proposĂ©s (1 vidĂ©o blu ray / 1 documentaire The Berliner Philharmoniker en Asie, journal de la tournĂ©e, un livret richement Ă©ditorialisĂ© comprenant de nombreux articles sur l’orchestre et le chef, ainsi qu’un carnet photographique tĂ©moignant des sĂ©quences artistiques et humaines vĂ©cues pendant la tournĂ©e). La derniĂšre tournĂ©e en Asie de l’orchestre berlinois sous la direction de Simon Rattle (Ă  la fin de son mandat comme directeur musical, avant l’arrivĂ©e de Kiril Petrenko son successeur Ă  partir de septembre 2018). Au centre des programmes, les deux derniers concerts ainsi jouĂ©s en Asie, Ă  Tokyo (Japon, Suntory Hall, en novembre 2017)
 Au programme, symphonies de Brahms (n°4) et Rachmaninov (n°3), Petrouchka de Stravinsky, Don Juan de R Strauss (une partition jouĂ©e il y a 60 ans dĂ©jĂ , depuis sa premiĂšre performance avec l’Orchestre sous la direction de Karajan), en complĂ©ment, la collaboration de deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, dĂ©jĂ  reconnus Ă  juste titre, le corĂ©en Seong-Jin CHO et la chinoise Yuja WANG (dans les Concertos pour piano de BartĂłk et Ravel).

 
 
 

BAIN DE SYMPHONISME BERLINOIS

 
 
 

berliner-philharmoniker-simon-rattle-orchestre-the-asian-tour-coffret-set-cd-box-review-presentation-par-classiquenews-2-sept-2018

 
 
 
CLIC D'OR macaron 200L’éclectisme des programmes dĂ©fendus rĂ©vĂšle l’approche et les choix de rĂ©pertoire dĂ©fendus par Rattle pendant sa direction Ă  la tĂȘte de l’Orchestre : contrastĂ©e, offrant une vision sur l’écriture contemporaine (Choros Chordon du compositeur corĂ©en Unsuk CHIN), comme des parallĂšles Ă©loquents sur le plan chronologique et esthĂ©tique (ici, Petruchka et la Symphonie n°3 de Rachmaninov sont contemporaines)

Coffret paru en mai 2018. Élu “CLIC” de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018.  Prochaine grande critique dans le mag cd livres dvd de CLASSIQUENEWS.COM

 
 
 

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CD, coffret Ă©vĂ©nement. THE ASIAN TOUR : Berliner Philharmoniker / Rattle (nov 2017 – 5 SACD, 1 Blu ray).

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Photos : Berliner Philharmoniker / Seong Jin CHO © M Rittershaus

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard)

brahms brigitte francois sappey livre evenement clic de classiquenews livre critique book review FAYARDLIVRE Ă©vĂ©nement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard). C’est peu dire que l’auteure connaĂźt son sujet. Ses Schumann demeurent des rĂ©fĂ©rences ; ses nombreux articles et opuscules sur le romantisme germanique, tout autant. C’est dire si « son » Brahms, ayant Ă©tĂ© annoncĂ©, Ă©tait attendu et particuliĂšrement scrutĂ©. L’attente comme la lecture n’en sont pas déçus, loin de lĂ . Tant la finesse de l’écriture, d’une exactitude toute 
 brahmsienne justement, rĂ©gĂ©nĂšre le mythe et la figure du compositeur nĂ© Ă  Hambourg ; la biographie qui en dĂ©coule nĂ©puise pas la lecture par une accumulation de dĂ©tails liĂ© au quotidien d’une chronologie minutieusement restituĂ©e ; mais le texte convainc par sa facultĂ© de synthĂšse et sa grande Ă©rudition jamais inaccessible ni fastidieuse ; l’étude, la recherche, la rĂ©daction fluide qui en dĂ©coule, pĂšsent de tous leurs carats ; c’est un portrait tout en effet rĂ©flĂ©chi, tout en nuances des plus prĂ©cises et Ă©vocatrices. Un modĂšle en la matiĂšre. Seule rĂ©serve, le manque d’iconographie et de photos du MaĂźtre (Ă  part la couverture et quelques rares effigies Ă©maillant le texte).

Luthérien, agnostique, solitaire
BRAHMS le marcheur vers l’Absolu

Le JOHANNES BRAHMS (1833 – 1897) dont il est question ici, est bien le champion Ă©lu (1853) par Schumann avant de mourir, prophĂšte d’un « classicisme moderne » sans Ă©gal, portĂ© au sommet par Schoenberg, et qui de fait, releva idĂ©alement, point par point, le dĂ©fi de survivre Ă  Schumann, son maĂźtre spirituel, son mentor, incarnant ce luthĂ©ranisme sincĂšre mais agnostique, qui savait combien Ă©taient essentielles les oeuvres des classiques germaniques », JS BACH, Beethoven, Haydn,
 les Viennois de la premiĂšre Ă©cole.

Le texte en quatre grandes parties (I. Il n’est rien qu’il ne puisse entreprendre / II. Gradus ad Parnassum / III. Il n’est rien dont il ne puisse se rendre maĂźtre / IV. Par-delĂ  1897. Regards sur l’avenir), analyse les vertus admirables d’un « Hercule » solitaire, marcheur inspirĂ© qui a su synthĂ©tiser la leçon des anciens pour mieux en transmettre la vivante et constante impertinence Ă  son Ă©poque.
PĂ©riode par pĂ©riode, -Hambourg vite quittĂ©e, Dusseldorf et la « Rencontre avec Schumann », Vienne adorĂ©e qui le lui rendit bien, le chemin vers l’Absolu de la musique se dessine ; Brahms est un rĂȘveur dĂ©terminĂ© ; hors styles ; hors chapelle ; un prophĂšte Ă  part sur lequel le temps mĂȘme semble glisser
 Toutes les oeuvres de musique de chambre et les lieder, comme les opus symphoniques (dont les Concertos pour piano) et les cantates, sans omettre Ein Deutsches Requiem, sont analysĂ©s, rĂ©tablis dans le contexte de la vie personnelle , des affinitĂ©s artistiques, des amitiĂ©s, et des mondanitĂ©s sociales.
La question du cĂ©libat, de l’opĂ©ra, de Clara, de la barbe aussi
 sont abordĂ©es avec arguments comme interprĂ©tations, celles d’une perception personnelle, Ă  la fois originale et surprenante.

Sont enfin Ă©lucidĂ©s les Ă©pisodes peu connus ou qui suscitaient question : « L’affaire de la Philharmonie de Hambourg », « le dilemne du hĂ©risson », « Brahms et Wagner » et donc la « TĂ©tralogie symphonique », « le Bach moderne », « l’appel de la clarinette », les ultimes lieder, « chants du crĂ©puscule »  soient autant de chemins (avec un s) qui mĂšne le marcheur dĂ©terminĂ© vers l’idĂ©al et l’Absolu. Lecture incontournable.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. JOHANNES BRAHMS, Chemins vers l’Basolu (Fayard, collection Chemin de la musique) – EAN :
9782213701646 – EAN numĂ©rique :  9782213703282 – Code article : 3287530 – Parution :  03/10/2018 – 408 pages

https://www.fayard.fr/johannes-brahms-9782213701646

 

 

 

LIVRE, événement. Alfred Cortot par François Anselmini et Rémi Jacobs (Fayard)

cortot alfred anselmini remi jacobs fayard annonce critique livre par classiquenews sept 2018 9782213701660-001-TLIVRE, Ă©vĂ©nement. Alfred Cortot par François Anselmini et RĂ©mi Jacobs (Fayard). Pianiste virtuose, chef d’orchestre, chambriste, prof aux mĂ©thodes et conceptions innovantes, musicographe (premier Ă  s’intĂ©resser Ă  l’enregistrement discographique), collectionneur, administrateur d’institutions, Alfred Cortot (1877-1962) marque le dĂ©but du XXĂš siĂšcle en France, devenant l’ambassadeur d’une certaine idĂ©e glorieuse de l’Hexagone, Ă  l’heure des deux guerres mondiales
 Son hĂ©ritage demeure intact aujourd’hui Ă  travers ses enregistrements, ses Ă©crits et ses «  Éditions de travail  », mais Ă©galement par le biais de l’École normale de musique, qu’il a fondĂ©e en 1919. InterprĂšte par excellence de Chopin, beethovĂ©nien militant, schumannien et lisztien, wagnĂ©rien convaincu, l’interprĂšte pianiste fut aussi le dĂ©fenseur et le propagateur  de la musique française  de son temps Ă  travers le monde (mĂȘme s’il eut une relation assorti d’un discours ambivalent Ă  l’endroit de FaurĂ©).
Les deux auteurs rĂ©tablissent la vĂ©racitĂ© d’un tempĂ©rament artistique d’ampleur qui cependant faillit pendant l’Occupation, exerçant des fonctions administratives et politiques officielles. PortĂ© au delĂ  de la raison par sa passion des germaniques, Cortot bascule dans une posture difficile Ă  dĂ©fendre en serviteur assumĂ© voire zĂ©lĂ© de l’idĂ©ologie vichyste, n’hĂ©sitant pas Ă  profiter de ses prĂ©rogatives pour tenter une rĂ©forme profonde des institutions musicales françaises.
Collabo sans rĂ©serve jusqu’en 1944, Cortot est jugĂ© sur son attitude Ă  la LibĂ©ration. Il s’éloigne alors de la France et continue sa carriĂšre de pianiste, donnant encore une centaine de concerts par an Ă  travers le monde.

Factuel et complet dans son approche thĂ©matisĂ©e de l’artiste et de l’homme, la biographie Cortot 2018 Ă©ditĂ©e par Fayard marque un cap dans la connaissance de l’intĂ©ressĂ©, osant froidement dĂ©veloppĂ© tout un chapitre sur ce qui Ă©tait connu mais tu, pudiquement, son passĂ© vychiste et son activitĂ© intense comme collabo. Voici donc Alfred Cortot contestable mais incontournable. A lire absolument.

 

 

 

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LES AUTEURS. François Anselmini est agrĂ©gĂ© d’histoire. Il a participĂ© Ă  l’ouvrage La Musique Ă  Paris sous l’Occupation dirigĂ© par Myriam ChimĂšnes et Yannick Simon (Fayard, 2013).
RĂ©mi Jacobs, diplĂŽmĂ© du CNSMDP, doctorant en musicologie, a Ă©tĂ© directeur de collections chez EMI Classics. Il est l’auteur d’une biographie d’Heitor Villa-Lobos (Bleu Nuit Ă©diteur, 2010). Ils sont tous les deux les auteurs d’une biographie du Trio Cortot-Thibaud-Casals (Actes Sud, 2014). + d’infos sur le site des Ă©ditions FAYARD

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE, annonce. Alfred Cortot par François Anselmini et RĂ©mi Jacobs (Fayard) – EAN :  9782213701660 / EAN numĂ©rique :  9782213703312 – Code article :  3559964 – Parution :  19 sept 2018 – 468pages / Format : 152 x 234 mm – Prix imprimĂ© :  26 € – Prix numĂ©rique :  17.99 €

KREATUR de Sasha Waltz

waltz-sasha-danse-ballet-classiquenews-critique-danse-critique-ballet-la-danse-actualite-sur-classiquenewsARTE, le 30 sept 2018. 23:40, SASHA WALTZ & Guests: KREATUR. Au cƓur de la crĂ©ation, la chorĂ©graphe Sasha Waltz immerge le spectateur dans le travail du chorĂ©graphe : mouvements en affinage, regards et poses calĂ©s sur la direction des corps, sens gĂ©nĂ©ral d’une dramaturgie corporelle Ă  naĂźtre
 Tout cela se voit, Ă  l’échelle du collectif dans le ballet KREATUR crĂ©Ă© en 2017 Ă  Berlin puis Ă  Avignon en 2018.

 

 

 

 

 

Longueur des corps en quĂȘte de sens

 

 

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14 figures interrogent l’actualitĂ© et la modernitĂ© du corps qui se cherche, hors de la gangue costume imaginĂ© / magnifiĂ© par la crĂ©atrice de mode hollandaise Iris van Herpen. L’expressionnisme plastique du style Waltz se fait miroir de notre sociĂ©tĂ© encombrĂ©e d’images et pourtant en quĂȘte de sens. La nuditĂ© primitive est comme un livre sans texte : il faut lui donner un sujet, une direction, non sans angoisse ou inquiĂ©tude comme le cultive les ondes sonores percutantes, mĂ©talliques de la musique conçue par le collectif sound-walk : murmures perçants, grondements sourds (qui viennent pour partie des cellules de l’ex STASI, bras barbare de la RDA) disent une menace qui renvoie aussi au chaos qui fragilise notre monde. La noirceur et la tĂ©nĂšbre rodent toujours : que font, oĂč vont les sociĂ©tĂ©s modernes malgrĂ© leur histoire sanguinaire et terrifiante ? Y a t il finalement un progrĂšs depuis l’aube de l’humanitĂ© ? Certes il est matĂ©riel et technologique, mais au fond du cerveau humain, la tentation de la destruction et de la haine, le goĂ»t de la violence et de l’extrĂȘmisme n’ont jamais Ă©tĂ© aussi manifestes et actifs. KREATUR dĂ©signe ce basculement tĂ©nu oĂč de la terreur cachĂ©e Ă  l’élan vital, salvateur, l’homme du futur peut renaĂźtre de lui-mĂȘme. Surgit aussi une femme plus capo que les autres, prĂȘte Ă  soumettre, ordonner, manipuler : la tyrannie d’un seul na$it toujours quand le collectif se ploie et se brise. MĂȘme le rut sexuel, coĂŻt pourtant sublime et jouissif revĂȘt ici les traits dĂ©vitalisĂ©s, morbides d’un acte de torture, sans Ăąme. L’homme sans libertĂ© et sans dĂ©sir est un automate Ă  soumettre. Dommage malgrĂ© la beautĂ© de certains tableaux que Waltz s’enlise dans des longueurs et des effets trop appuyĂ©s. Plus court, plus fulgurant, le ballet aurait gagnĂ© un rythme autrement plus direct et sublime.

 

 

 

ARTE, le dim 30 sept 2018. 23:40, SASHA WALTZ & Guest: KREATUR. Ballet repris du 17 au 20 avril, Ă  La Villette, Paris 19Ăš ardt. Avec quelques coupures ?

 

 

 

LILLE, concert de l’OFJ Orch Français des Jeunes

tchaikovski-583-597LILLE, OFJ, le 7 sept 2018. Concert Moussa, Bartok, Tchaikovski, ce 7 sept Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. L’OFJ Orchestre Français des Jeunes, – phalange Ă©cole pour les jeunes instrumentistes dĂ©sireux de se professionnaliser fait escale Ă  Lille ce 7 septembre dans un triptyque prometteur (et formateur), comprenant Crimson de Moussa, le Concerto pour violon et orch de Bartok (n°2, avec Nicolas Dautricourt, violon), enfin (surtout) une piĂšce de choix pour grand orchestre, la Symphonie n°4 de Piotr Illiytch Tchaikovski. C’est une nouvelle Ă©tape de la rĂ©sidence de l’Orchestre dans la rĂ©gion Hauts de Seine, et une escale Ă  l’invitation de l’Orchestre National de Lille qui a sa rĂ©sidence permanente au Nouveau SiĂšcle.

SYMPHONIE DECISIVE (1877)
 En fa mineur, l’opus 36 de Tchaikovski (Symphonie n°4) est conçu entre mars et dĂ©cembre 1877 et dĂ©diĂ©e au « meilleur ami » du compositeur, sa mĂ©cĂšne gĂ©nĂ©reuse, Nadejda von Meck. CrĂ©Ă©e Ă  Moscou avec succĂšs en 1878, la N°4 s’ouvre sur l’expression d’un fatum Ă  l’irrĂ©pressible dĂ©sespoir (ample fanfare spectaculaire et terrible), obligeant toujours le hĂ©ros Ă  se confronter Ă  l’éprouvante rĂ©alitĂ©, entre tristesse et malĂ©diction. ÂgĂ© de 37 ans, Piotr compose les 3 premiers mouvements d’une force tellurique Ă  la fois grandiose et terrifiante, Ă  Venise, alors qu’il sĂ©journait au Londra Palace (alors HĂŽtel Beau rivage), en dĂ©cembre 1877. L’ñpretĂ© qui s’y dĂ©verse sans maquillage, annonce la tension extrĂȘme des deux symphonies Ă  suivre, dites du destin, les 5Ăš et 6Ăš (PathĂ©tique), la plus sombre oĂč l’auteur traverse le miroir et semble tĂ©moigner de sa propre mort.
Au moment oĂč il Ă©labore sa 4Ăš Symphonie, Tchaikovski a dĂ©jĂ  Ă©crit ses 3 premiers Quatuors, son Concerto pour piano n°1 (1875), Le lac des cygnes, 
 l’auteur vient de vivre un mariage dĂ©sastreux avec Antonina Milioukova (noces de juillet 1877), qu’il quitte finalement car il est homosexuel. Mais son horizon n’est pas si bouchĂ© car il inaugure une riche correspondance avec la Comtesse von Meck qui finance dĂ©sormais son existence, lui permettant de travailler et composer sans souci d’argent : une protection miraculeuse qui durera jusqu’en 1890, soit 13 annĂ©es. Tchaikovski semble alors recouvrer une certaine stabilitĂ© psychique, et compose EugĂšne OnĂ©guine (bientĂŽt crĂ©Ă© en 1879), hĂ©ros qui est son double, et son Concerto pour violon en rĂ© majeur, dĂ©diĂ© Ă  son compagnon et violoniste Joseph Kotek. Sombre, lugubre mĂȘme, et aussi frappĂ©e par un rĂ©alisme implacable, la Symphonie n°4 de Tchaikovski est une partition terrible et lyrique, d’une irrĂ©sistible aspiration, entre dĂ©sespoir suicidaire (Piotr a songĂ© Ă  se donner la mort en 1877, aprĂšs l’échec de ses noces) et ultime mais fragile Ă©lan de vie
 On ne saurait en gommer le sens et la portĂ©e autobiographique.
Ce qui touche chez Tchaikovski c’est la sincĂ©ritĂ© de l’intonation et cette pudeur qui s’offre Ă  travers la musique pour tĂ©moigner d’une tragĂ©die personnelle. La musique se fait Ă  la fois dramaturgie poignante pour l’auditeur et pour celui qui en porte la tension (auteur et maintenant interprĂštes), un accomplissement libĂ©ratoire voire salvateur.

 

 

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LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcleorchestre-national-de-lille-vignette-partenaires-classiquenews
vendredi 7 septembre 2018, 20h
Concert «  coup du destin »

 

 

MOUSSA
Crimson

BARTÓK
Concerto pour violon et orchestre n°2

TCHAÏKOVSKI
Symphonie n°4

ORCHESTRE FRANÇAIS DES JEUNES
DIRECTION : FABIEN GABEL
VIOLON : NICOLAS DAUTRICOURT

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RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/coup-du-destin/

 

 

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PrĂ©sentation sur le site de l’ONL / Orchestre National de Lille :
tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1DĂ©bordant d’énergie et d’enthousiasme, l’Orchestre Français des Jeunes conclut son stage d’étĂ© Ă  l’invitation de l’ONL par un programme prometteur et consistant, vrai dĂ©fi pour l’orchestre. RĂ©unissant la fine fleur des instrumentistes du pays, la formation est dirigĂ©e depuis 2017 par le chef français Fabien Gabel. Le flamboyant Concerto pour violon n°2 de BartĂłk prendra des atours chambristes, sous l’archet de Nicolas Dautricourt. Quant Ă  la Symphonie n°4, premiĂšre des symphonies du “Fatum” (Destin), les jeunes musiciens de l’OFJ exalteront la richesse d’une Ɠuvre d’une force exceptionnelle, oĂč l’insouciance du jeune TchaĂŻkovski se voile d’une prĂ©monition, symbolisĂ©e par une puissante sonnerie de cuivres.

 

 

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A TURN OF FATE
Under the baton of the brilliant Fabien Gabel, the French National Youth Orchestra continues to bring together the nation’s very finest instrumentalists. Bela Bartók’s flamboyant Concerto No. 2 for Violin will ring with the intimacy of chamber music, shaped by Nicolas Dautricourt’s voluble and endearing artistry. Tchaikovsky’s Symphony No. 4 is a tragic work of rare power.

 

 

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APPROFONDIR
LIRE notre critique du cd Symphonie n°6 de Tchaikovski par Teodor Currentzis
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-tchaikovski-symphonie-n6-pathetique-musicaeterna-teodor-currentzis-1-cd-sony-classical-2015/

 

 

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CD, critique. GOUNOD : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE / Niquet.

tribut de zamora gounod cd critique par classiquenews concert munich compte rendu de classiquenewsCD, critique. GOUNOD : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE, collection « OpĂ©ra français » / French opera / H. Niquet. 2018, annĂ©e musicale riche. De Debussy Ă  Gounod, le gĂ©nie français romantique et moderne sort du bois et est plus ou moins honorablement servi par les institutions et initiatives privĂ©es. Ainsi cet enregistrement de l’opĂ©ra de Gounod, oubliĂ©, Ă©cartĂ© depuis sa crĂ©ation, Le tribut de Zamora qui renaĂźt par le disque aprĂšs avoir occupĂ© l’affiche munichoise (janvier 2018). Idem pour un Cinq Mars lui aussi mĂ©connu, oubliĂ©, ressuscitĂ© Ă  Munich
en 2015.
A Paris, on se souvient des rĂ©cents Faust (Bastille), Nonne Sanglante (OpĂ©ra-Comique)
 alors que RomĂ©o et Juliette tarde Ă  revenir Ă  Paris, – quand l’OpĂ©ra de Tours en avait offert une sublime production, voici donc ce Zamora, espagnolade et peinture d’histoire, Ă  l’efficacitĂ© dramatique indĂ©niable, et aux joyaux mĂ©lodiques et orchestraux, irrĂ©sistibles. Dans cette Espagne du XĂš, marquĂ© par la prĂ©sence arabe, le compositeur joue avec finesse de l’orientalisme colorĂ©, sensuel dont use et abuse avec un gĂ©nie de l’harmonie, son contemporain et peintre (d’Histoire), GĂ©rĂŽme.
L’air de XaĂŻma (I), la vente des esclaves et les danses ibĂ©riques qui s’en suivent au II, 
 accrĂ©ditent une partition douĂ©e de sĂ©duction, qui Ă  sa crĂ©ation en 1881, suscita un rĂ©el succĂšs.
L’ultime opĂ©ra de Gounod saisit comme RomĂ©o et Faust par sa coupe expressive que le chef ici prend Ă  la lettre, infligeant parfois des coups et des accents un peu secs et souvent raides. La direction ne manque jamais d’engagement mais elle force le trait et virilisant trop Gounod, finit par le durcir.
Parmi les chanteurs, saluons l’aplomb de Hadjar de Boris Pinkhasovich (cependant guĂšre intelligible), la « folle » Hermosa, prenante, incarnĂ©e, trĂšs prĂ©sente thĂ©Ăątralement de l’amĂ©ricaine Jennifer Holloway : la chanteuse rĂ©tablit l’importance de ce personnage grĂące auquel le couple central XaĂŻma / ManoĂ«l peut enfin s’aimer; Edgaras Montvidas fait un ManoĂ«l ardent, parfois appuyĂ© et lui aussi manquant comme souvent de vĂ©ritable finesse. Presque diabolique Ă  ses dĂ©buts, – en cousin de MĂ©phisto, l’excellent baryton grec Tassis Christoyannis exprime l’humanitĂ© grandissante du musulman Ben-SaĂŻd, une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite quand il confesse sa passion Ă  la belle XaĂŻma (Judith van Wanroij, elle aussi totalement inintelligible).
Pour conclure, l’enregistrement sans ĂȘtre indiscutable et rĂ©ellement pertinent, a le mĂ©rite de nous rĂ©vĂ©ler un opĂ©ra Ă  rĂ©estimer. Avec une mise en scĂšne intelligente et une distribution francophone digne de Gounod, la partition pourrait enfin vivre une rĂ©surrection mĂ©ritĂ©e. A suivre.

 

 

 

 

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CD, critique. GOUNOD (1818-1893) : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE, collection « Opéra français » / French opera / H. Niquet.

OpĂ©ra en quatre actes, livret de Jules BrĂ©sil et Adolphe d’Ennery
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, le 1er avril 1881

XaĂŻma : Judith van Wanroij
Hermosa : Jennifer Holloway
Manoël : Edgaras Montvidas
Ben-SaĂŻd : Tassis Christoyannis
Hadjar : Boris Pinkhasovich
Iglesia / Une esclave : Juliette Mars
L’Alcade Mayor / Le Cadi : Artavazd Sargsyan
Le Roi / Un soldat arabe : JĂ©rĂŽme Boutillier

ChƓur de la Radio bavaroise
Orchestre de la Radio de Munich
Hervé Niquet, direction

Enregistré au Prinzregententheater, Munich, en janvier 2018 /

1 livre + 2 CD – 73:44 + 67:29

 

CD coffret événement, critique, annonce. ALICIA DE LARROCHA, complete Decca Recordings (41 cd Decca, sept 2018)

alicia delarrocha piano box coffret decca cd critique compte rendu cd par classiquenews 91EhHTfmvQL._SL1500_CD coffret Ă©vĂ©nement, critique, annonce. ALICIA DE LARROCHA, complete Decca Recordings (41 cd Decca, sept 2018). DĂ©cĂ©dĂ©e dans sa ville natale, au cƓur de la Catalogne ibĂ©rique, Alicia de Larrocha est morte Ă  Barcelone, le 25 septembre 2009
à 86 ans. A la vue de ses petits doigts, et de ses mains fragiles, on douterait qu’elle fut l’une des plus grandes pianistes du XXĂš, enregistrant pour Decca prĂšs de 30 annĂ©es durant, dont tĂ©moigne ce fabuleux coffret de 41 cd. ALICIA DE LARROCHA (1923-2009) demeure l’interprĂšte, funambule, sincĂšre, simple c’est Ă  dire bouleversante des espagnols romantiques, soit Granados et AlbĂ©niz. Elle enregistre pour la premiĂšre fois les Goyescas dĂšs 1963 Ă  l’ñge de 40 ans. Servante de leur hispanisme authentique, Alicia la grande, fut capable de les extirper du maniĂ©risme folklorique et de pacotille auquel tous les pianistes jusque lĂ  les associaient. Telle la sibylle imprĂ©vue incarnant la dignitĂ© et la poĂ©sie Ă  la fois tragique et nostalgique de Goya et de Velasquez, Alicia de Larrocha dĂ©voile chez l’un comme chez l’autre, un nouvelle intensitĂ© mĂ©connue, un feu fantastique et onirique d’une irrĂ©pressible sĂ©duction. Ses lectures scintillantes et sobres rĂ©vĂšlent chez Granados entre autres, son activitĂ© lyrique schumanienne, quand il s’agissait simplement de comprendre chez AlbĂ©niz le moderne, l’incroyable vitalitĂ© suggestive d’un vrai grand maĂźtre du XXĂš, l’égal ibĂ©rique d’un Ravel.
Rien de moins.
A Barcelone, oĂč elle Ă©tait reconnue dĂšs ses 8 ans telle une enfant prodige, elle suivait les leçons de Frank Marshall, un disciple de Granados. D’oĂč une maĂźtrise Ă  servir le Schumann ibĂ©rique avec cette Ă©vidence depuis demeurĂ©e lĂ©gendaire. Alicia d’une loyautĂ© artistique inĂ©branlable dirigera ensuite l’école fondĂ©e par son maĂźtre.
Albeniz, Granados : les deux compositeurs sont au cƓur de son rĂ©pertoire et continuent de marquer son approche esthĂ©tique. Ainsi dans le prĂ©sent coffret DECCA, c’est Granados, son compositeur emblĂ©matique qui suscite le plus d’enregistrements : Goyescas, cd 19 / Tonadillas & canciones cd 20 / Danzas españolas cd 25 / Allegro de concierto, Escenas romanticas, cd 33 /


alicia della rocha pianoFALLA (cd 15), MOMPOU et les autres
 Mais la Barcelonaise, admiratrice de Rubinstein qu’elle pu approcher en de nombreuses occasions, a aussi dĂ©clarĂ© sa flamme si particuliĂšre Ă  Falla (Nuits dans les jardins d’Espagne : cd 3 et 34), Ă  Mompou (cd 32). L’orfĂšvre des phrasĂ©s et du son a suscitĂ© l’admiration en retour de Nelson Freire, autre pianiste au tempĂ©rament aussi latin qu’intĂ©rieur, qui disait de son clavier qu’il Ă©tait aĂ©rien et qu’il parlait comme elle, « sans fard », avec simplicitĂ© et humanitĂ©. Le pianiste brĂ©silien fut aussi dĂ©signĂ© par l’Espagnole comme son seul Ă©gal digne de jouer comme elle, Iberia et Goyescas. Une reconnaissance et une filiation qui valent adoubement affectueux. Dans l’économie de sa gestuelle, la prĂ©cision et le sens de la couleur intĂ©rieure, Freire est bien de la mĂȘme veine que son ainĂ©e, Alicia de Larrocha.

Ses Beethoven (Concerto L’Empereur, Mehta, cd 23 / intĂ©grale des Concertos avec Chailly : cd 29 Ă  31) sont d’une simplicitĂ© jamais appuyĂ©e : Ă  l’inverse de la tendance aprĂšs elle. Alicia sut toujours cultiver une conception intimiste des Ɠuvres dont l’intonation a toujours prĂ©fĂ©rĂ© la confidence, jamais la dĂ©monstration autobiographique
 mĂȘme ses Schumann suivent telle ciselure intĂ©rieure (cd 5, 6 et 7). MĂȘme attĂ©nuation poĂ©tique dans ses Schubert Ă  redĂ©couvrir absolument (cd 28 : Sonates D 664 et D 960).

Ses Mozart qui accompagnent ses dĂ©buts et concluent sa carriĂšre (dont pour une bonne part au USA dĂšs le milieu des annĂ©es 1960), chantent (Concertos n°19, 22, cd 27 ; n°24 Ă  27, Solti, cd 21, 22 / Sonates et fantaisies cd 12 – 14)


La modeste interprĂšte Ă  l’allure fĂ©brile (du haut de son mĂštre 50), savait aussi oser et surprendre, relevant le dĂ©fi des grandes oeuvres du rĂ©pertoire, tels la Sonate en si de Liszt (cd8) ; le Concerto pour la main gauche, de Ravel (cd9), les Variations Symphoniques de Franck (F de Burgos, cd 8), les Concertos n°2 et 3 de Rachmaninov (Dutoit, cd17), ou encore le Concerto de Khachaturian (cd 8), le Concertos n°2 de Chopin(cd3), sans omettre ceux de JS Bach (Zinman, cd 24).
CLIC D'OR macaron 200Eclectique, sensible, aux Ă©clairs intĂ©rieurs irrĂ©sistibles, Alicia de Larrocha avant les Argerich ou Grimaud d’aujourd’hui, a su jalonner la scĂšne pianistique de sublimes rĂ©alisations. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

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CD coffret événement, critique, annonce. ALICIA DE LARROCHA, complete Decca Recordings (41 cd Decca, sept 2018)

Couronnement de Poppée de Monteverdi depuis Salzbourg

monteverdi-gravure-ortrait-1020-France Musique, 2 sept 2018, 20h. MONTEVERDI : PoppĂ©e, Le Couronnement de PoppĂ©e. Christie dirige son ensemble Les Arts Florissants Ă  Salzbourg dans l’opĂ©ra le plus cynique et sensuel de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂš, crĂ©Ă© Ă  Venise en 1642. C’est un ouvrage de maturitĂ© oĂč le compositeur met en musique le poĂšme de l’immense Ă©crivain Francesco Busenello, pessimiste contemplatif qui envisage sous un texte / livret rĂ©aliste / vĂ©riste (avant l’heure), la dĂ©tĂšrioration des valeurs morales, dessinant un pouvoir politique corrompu, noir, manipulateur, infect en vĂ©ritĂ© car ici rĂšgne l’amour et le dĂ©sir souverain : le jeune empereur NĂ©ron rĂ©pudie son Ă©pouse officielle Octavie (dont l’air Addio Roma est un lamento dĂ©chirant), fait assassiner son maĂźtre Ă  penser, le philosophe SĂ©nĂšque, 
 tout cela pour Ă©pouser celle qu’il dĂ©sire plus qu’il ne l’aime, PoppĂ©e, jeune beautĂ© Ă©cervelĂ©e qui ne tardera pas d’ailleurs Ă  succomber Ă  une rage violente de son Ă©poux. L’histoire romaine est un concentrĂ© de tragĂ©die et de barbarie. Busenello et Monteverdi s’en inspirent pour exprimer un portrait hyperrĂ©aliste et aussi hyperpoĂ©tique de l’ñme humaine
 partition irrĂ©sistible.
France Musique, 2 sept 2018, 20h. MONTEVERDI : Poppée, Le Couronnement de Poppée.

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APPROFONDIR
VOIR notre reportage exclusif du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi mis en scĂšne par le duo Caurier et Leiser ; pour lesquels, PoppĂ©e est le premier opĂ©ra moderne de l’histoire lyrique (et non Orfeo).
http://www.classiquenews.com/angers-nantes-opera-nouvelle-production-du-couronnement-de-poppee-9-19-oct-2017/

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LIRE notre compte rendu du Couronnement de Poppée de Monteverdi / octobre 2017
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-monteverdi-le-couronnement-de-poppee-nantes-opera-graslin-le-9-octobre-2017-capuano-caurier-et-leiser/

CD CRITIQUE. ATTRACTION. Duo Contrastes (1CD  Klarthe, 2015)

duo contrastes attraction gastinel gengembre violon marimba cd klarthe critique cd review cd classiquenews la critique cd par classiquenews 3149028066326CD CRITIQUE. ATTRACTION. Duo Contrastes (1CD  Klarthe, 2015). Leur attraction explicite violon / marimba se manifeste clairement dans la premiĂšre piĂšce qui donne le titre du programme, « Attraction » d’Emmanuel SĂ©journĂ©, un jeu entre pause contemplative et pur jaillissement d’un irrĂ©pressible groove [rythme). Saluons l’entente et la complicitĂ© du duo d’instrumentistes, Eric Lacrouts, violon  et Damien Petitjean, marimba. L’ardente ivresse presque mĂ©tallique du violon et la prĂ©cision percussive des lames de bois du marimba, au timbre Ă  la fois veloutĂ© et mordant. L’accord cordes animales / lames vĂ©gĂ©tales compose et inspire ici une colonie de compositeurs contemporains dont la plupart ont spĂ©cialement Ă©crit pour notre duo.

Attraction Ă©lectrique

Les 5 duos complices de Gastinel (2007) explorent toutes les ressources possibles de cet aliage sonore et instrumental en soi improbable et offre aux deux solistes ce qui est l’objet rĂ©el du disque: la constitution d’un rĂ©pertoire propre (au lieu de sempiternelles et parfois maladroites transcriptions). De fait le compositeur rĂ©pond dans ces 5 piĂšces courtes aux demandes des instrumentistes ; il alterne maints climats et caractĂšres en 5 sĂ©quences plutĂŽt contrastĂ©es. D’abord l’éloquente versatilitĂ© interchangeable des deux instruments: mĂ©lodisme du marimba et sons percussifs du violon, et vice versa; puis violence d’ostinatos saillants portant la rage des cordes ; suspension planante quasi improvisĂ©e puis barbarie brute organisĂ©e autour du sol primordial, note clĂ© qui oriente et conditionne tout le cycle (« Farouche »).
La virtuositĂ© en partage et en dialogue des deux instrumentistes musiciens de l’orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, se rĂ©alise dans ces passages abrupts ou tortueux qui Ă©reintent leur Ă©lasticitĂ© expressive sans pourtant sonner creux, artificiel ni dĂ©monstratif (style : “voyez comme on joue bien ensemble et comme nos deux instruments s’écoutent et se rĂ©pondent Ă  merveille”).
Avouons notre prĂ©fĂ©rence pour l’opus de Jean-Claude Gengembre : Suite de danses (2011), claire rĂ©fĂ©rence Ă  JS Bach, habile citation dĂ©tournĂ©e et jeux de nuances aux titres facĂ©tieux et poĂ©tiques: « imprĂ©visible Chaconne »,  « Pavane fanĂ©e »…
Enfin la plus rĂ©cente « Violimba » (2013), belle invention d’une grille rythmique permanente oĂč se disputent et s’entrechoquent les deux instrumentistes en une vivacitĂ© musclĂ©e trĂ©pidante. S’appuyant sur la motricitĂ© percussive du marimba, le compositeur GĂ©rard PĂ©rotin rĂ©alise un Ă©clatement sonore traversĂ© d’irrisations et d’éclairs dont est gĂ©nĂ©reux, jusqu’Ă  la transe joyeuse, ce duo plutĂŽt convaincant. Duo Ă©lectrique. Toutes les partitions nouvelles de ce programme sont Ă©ditĂ©es chez Klarthe.

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CD CRITIQUE. ATTRACTION. Duo Contrastes: Eric Lacrouts, violon  et Damien Petitjean, marimba. PiÚces inédites composées pour le duo Contrastes par Gastinel, Gengembre, Pérotin, Séjourné (1CD  Klarthe, enregistrement réalisé en fev  2015)

CD Ă©vĂ©nement, critique. VINCI / HANDEL : DIDONE ABBANDONATA (1737) — 2 cd DHM (nov 2016)

Haendel rĂ©Ă©crit VINCI : une Didon ciselĂ©eCD Ă©vĂ©nement, critique. VINCI / HANDEL : DIDONE ABBANDONATA (1737) — 2 cd DHM (nov 2016). Jeu de styles, apport du « Pasticcio », admiration haendĂ©lienne 
 admirateur de son prĂ©dĂ©cesseur Ă  Naples, Leonardo Vinci (comme le peintre de la Renaissance mais sans la particule), Haendel reprend et adapte Ă  Londres, l’opĂ©ra primitif de Vinci, sa Didone Abbandonata / Didon abandonnĂ©e, tragĂ©die sentimentale dont il fait une synthĂšse de l’amour tragique en 1737 (pour l’audience londonienne de Covent Garden). La production ici enregistrĂ©e Ă  Berlin en nov 2016, a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e dans le cadre de « l’Hiver Baroque de Schwetzingen » (dont le chef fondateur de Lautten Compagney, Wolfgang Katschner fut le directeur de 2012 Ă  2016). Son ensemble berlinois Lautten Compagney dont le sens de la brillance et de la fluiditĂ© dramatique fait merveille, confirme une Ă©vidente affinitĂ© avec l’opĂ©ra baroque napolitain et haendĂ©lien.

 

 

CLIC D'OR macaron 200On connaissait la Didone de Jommelli (compositeur napolitain du plein XVIIIĂš, qui admirĂ© de Balzac, allait reprendre le mĂȘme livret de Metastase) ; voici celle antĂ©rieure de Vinci (Rome, 1726), d’une subtilitĂ© inouĂŻe, servie par une sensualitĂ© et un sens des affects dont on comprend qu’ils aient tant plu Ă  Haendel lui-mĂȘme. C’est une relecture, et une rĂ©appropriation dramatique trĂšs intelligemment pilotĂ©e par Haendel Ă  Londres en 1737, alors que Paris assiste Ă  la rĂ©volution lyrique menĂ©e par Rameau (crĂ©ation scandaleuse d’Hippolyte et Aricie en 1733) : Ă  l’image de la couverture, quand Handel redĂ©couvre Vinci, William Turner au XIXĂš revisite les paysages marins du classique français, Claude Lorrain, ce qui lui inspire une sublime recrĂ©ation originale sur le thĂšme de la Didon bĂątisseuse, fondatrice de Carthage (voir la couverture du prĂ©sent coffret). Voici donc ce style dĂ©jĂ  « galant », et prĂ©classique, qui allait dĂ©finitivement Ă©touffĂ© l’opĂ©ra vĂ©nitien expirant (avec Vivaldi, impuissant bien que trĂšs actif), soit le standard napolitain destinĂ© Ă  rĂ©gner sur l’Europe pendant tout le XVIIIĂš. Haendel allait imposer sa « marque » comme impresario et grand connaisseur du seria italien, avec ce pasticcio (dans lequel il place des airs de Hasse, Vivaldi
 aux cĂŽtĂ©s de ses arrangements persos et des airs Ă©crits par Vinci) ; pour triompher, – goĂ»t de l’époque oblige, Haendel invite Ă  Londres, deux chanteurs vedettes dans les deux rĂŽles principaux : Didon et EnĂ©e, soit la soprano fĂ©tiche Anna Maria Strada del Po (Vinci avait confiĂ© le rĂŽle au castrat Giacinto Fontana dit il Farfallino), et le castrat alto Gioachino Conti (venu de Dresde). Haendel n’en est pas Ă  son premier “Vinci” : il s’est trĂšs largement inspirĂ© de la Partenope du Napolitain pour composer la sienne (1730). De fait, il y a bien chez Vinci, – maĂźtre de PergolĂšse, un sens innĂ© de la vibration Ă©motionnelle, une franchise de ton qui n’appartient qu’Ă  lui et qui a probablement marquĂ© et inspirĂ© continĂ»ment Haendel tout au long de son travail ; en particulier dans les annĂ©es 1730, oĂč le Saxon tente d’Ă©tablir un festival permanent d’opĂ©ra seria italien Ă  Londres…

 

 
 

 

 

Somptueuse résurrection

Révélée par Haendel, la Didone de Vinci
rayonne, servie par l’ensemble LAUTTEN COMPAGNEY

 
 

 

CD : VINCI / HANDEL, Didone Abbandonata (1737) par Lautten Compagney

  

 



Leonardo_Vincihandel-haendel-portrait-582-grand-portrait-handel-haendelComme connaisseur et collectionneur avisĂ© et gĂ©nial de sentiments humains, le quinqua Haendel, spĂ©cialiste de l’opĂ©ra italien, coupe et va Ă  l’essentiel, rĂ©alisant de l’opus de Vinci, crĂ©Ă© originellement Ă  Rome en 1726, soit 10 annĂ©es avant l’opĂ©ration du Saxon, un drame prenant, percutant, oĂč file la course impuissante et sublime qui mĂšne la Reine de Carthage, Didon, d’un amour embrasĂ© pour EnĂ©e (le Troyen en exil, destinĂ© Ă  fondĂ© Rome) vers un suicide entĂ©nĂ©brĂ©. Illustrations : Ă  gauche, HAENDEL / Ă  droite : Leo VINC). En cet hiver berlinois de 2016, la rĂ©alisation musicale et stylistique menĂ©e par Wolfgang Katschner est en tout point admirable : elle tĂ©moigne de l’engouement de Haendel en terre italienne ; son affection pour l’expressivitĂ© opĂ©ratique de l’Italie contemporaine (ou quasi), son adhĂ©sion Ă  l’esthĂ©tique napolitaine qui privilĂ©gie l’exaltation des passions et des affects, – exacerbĂ©s par le culte de la vocalise acrobatique, cependant « adoucie » par un raffinement nouveau dans l’essor mĂ©lodique et l’écriture pour l’orchestre. En gĂ©nie comptable du drame, Haendel raccourcit les rĂ©citatifs originaux ; il s’intĂ©resse principalement au rĂ©alisme de chaque situation psychologique ; il en ressort une galerie de portraits particuliĂšrement caractĂ©risĂ©s oĂč perce la dignitĂ© tragique et trĂšs humaine de Didon (Robin Johannsen, au timbre flĂ»tĂ©, plutĂŽt Ă©troit comme un castrat masculin, mais percutant, rĂ©fĂ©rence Ă©vidente Ă  la figure du castrat trĂšs applaudi Ă  la crĂ©ation romaine, Giacinto Fontana), le profil inflexible et hĂ©roĂŻquement intouchable de l’EnĂ©e travesti de la mezzo Olivia Vermeulen ; Vinci et son librettiste ont ajoutĂ© un couple supplĂ©mentaire qui vient « parasiter » et aussi exacerber celui principal (Didon / EnĂ©e), soit Iarba et Selene (chacun amoureux respectivement des deux premiers) : Antonio Giovannini, haute contre Ă©nergique et prĂ©cis au trĂšs bel abattage ; Julia Böhme, timbre ample et veloutĂ©, affirmant l’intensitĂ© du dĂ©sir
 servis par des chanteurs d’un haut niveau (prĂ©cision, intelligibilitĂ©, articulation, intonation
), le drame psychologique gagne une acuitĂ© frappante qui renouvelle la perception du drame antique.
Seul ombre au tableau, car en dessous de ses partenaires sur le plan vocal, le tĂ©nor japonais Namwon Huh (Araspe), certes dotĂ© d’un beau timbre, mais au style rĂ©duit et rĂ©pĂ©titif, au maniĂ©risme hors sujet, et Ă  l’articulation de l’italien bien peu orthodoxe (avec des fins de phrases d’une flottante imprĂ©cision, et des aigus trop tendus) ; de toute Ă©vidence, voilĂ  un jeune chanteur trop tĂŽt poussĂ© sur les planches et qui devrait revoir sa technique. De fait, son niveau rend instable une distribution qui Ă©tait en tous points trĂšs cohĂ©rente.

 

 

KATSCHNER WolfgangLa tenue de l’ensemble sur instruments anciens Lautten Compagney / Compagnie du luth, nouveau collectif berlinois, sait tisser la plus belle Ă©toffe pour ce Vinci rĂ©visĂ© / Ă©nergisĂ© par Haendel ; du tact, de la nervositĂ©, de la finesse pour une partition exemplaire, devenue standard du bon goĂ»t, Ă©lu par le Saxon, meilleur connaisseur de l’opĂ©ra italien Ă  son Ă©poque, et de l’opĂ©ra tout court. De sorte que Vinci ne pouvait trouver meilleur adoubement et reconnaissance dans une version et lecture Ă  laquelle le chef Wolfgang Katschner, serviteur zĂ©lĂ© et inspirĂ© de Porpora ou de Traetta – autres figures napolitaines-, apporte toute l’intelligence instrumentale et la sensibilitĂ© expressive nĂ©cessaire.

DHM Deutsche Harmonia Mundi a bien raison d’éditer cet enregistrement qui montre Ă  Berlin, un regain d’activitĂ© sur la scĂšne baroque. Le label nous offre de suivre aussi les rĂ©alisations d’un autre ensemble d’outre-Rhin, nĂ© en 2004, L’Arte del Mondo (Leverkussen) dirigĂ© par le chef colonais Werner Ehrhardt (Lire notre compte rendu critique complet de l’opĂ©ra oubliĂ©, mais perle comique : La Scuola de’Gelosi de Salieri, 1783 – pendant du Cosi fan tutte mozartien
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/
Il reste essentiel grĂące au disque de dĂ©couvrir ce que les meilleurs interprĂštes « osent » ressusciter et dĂ©fendre hors de l’Hexagone. Un vent rafraĂźchissant oĂč en France oĂč tend Ă  rĂ©pĂ©ter toujours les mĂȘmes oeuvres dĂ©fendues par les mĂȘmes interprĂštes
 Ce Vinci version HaĂ«ndel est une excellente surprise, le cd Ă©vĂ©nement de l’étĂ© 2018, dans nos rayonnages baroques.

 
En savoir plus sur l’ensemble LAUTTEN COMPAGNEY
http://www.lauttencompagney.de/index.php?m=77&f=05_personendetail&ID_Person=7

 

 

 
 

 

 

DVD, critique. VERDI : NABUCCO (Oren, Ganidze, aoĂ»t 2017 – 1 dvd Belair classiques).

nabucco-oren-arnaud-bernard-verona-juil-2017-critique-dvd-dvd-review-par-classiquenewsDVD, critique. VERDI : NABUCCO (Oren, Ganidze, aoĂ»t 2017 – 1 dvd Belair classiques). VERONE, aoĂ»t 2017. Nabucco de Verdi gagne dans cette mise en scĂšne trĂšs visuelle un regain de puissance dramatique qui rĂ©gĂ©nĂšre sa dimension politique. D’autant que le metteur en scĂšne français, Arnaud Bernard a choisi d’écarter toute rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ© mĂ©sopotamienne, pour favoriser la transplantation dans l’Italie de Verdi, celle des rĂ©voltes et des patriotes contre l’Autriche, en particulier pendant les fameux 5 Jours, oĂč la nation italienne s’est enfin unie pour chasser l’étranger et ce que constituer RĂ©publique.
De fait, le choix est lĂ©gitime car Ă  l’époque de sa crĂ©ation Ă  la Scala de Milan (dont la façade et la salle sont reprĂ©sentĂ©es sur la scĂšne des ArĂšnes vĂ©ronaises), Nabucco fut immĂ©diatement applaudi, son choeur des hĂ©breux, ultracĂ©lĂšbre, devenant l’hymne des rĂ©publicains rĂ©volutionnaires. L’audience avait compris le parallĂšle : sur scĂšne : les hĂ©breux prisonniers des babyloniens ; dans la salle, les italiens soumis Ă  l’Empire autrichien. De fait, le choeur Va Pensiero paraĂźt chantĂ© par des Italiens dans la salle scaligĂšne : bel effet de mise en abĂźme, ou de thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, ou de temps historique dans le temps rĂ©el contemporain
 l’effet est convaincant car il exprime l’énergie et l’enjeu politique de la partition verdienne.
Pour autant, les voix peinent Ă  dĂ©fendre l’action sur le mĂȘme plan. On regrette d’une façon gĂ©nĂ©rale le manque de nuances quoique, en fin d’action et Ă  mesure qu’il s’humanise, George Ganidze fait un Nabucco d’abord caricatural, puis presque bouleversant dans sa chute inĂ©luctable. MĂȘme avis positif pour le grand prĂȘtre de JĂ©rusalem, Zaccaria (Rafal Siwek). Dans cette production hollywoodienne qui cherche surtout Ă  impressionner, par le spectaculaire et l’outrance, l’orchestre s’en tire trĂšs honnĂȘtement, trouvant un juste Ă©quilibre entre le fracas rĂ©volutionnaire et la plainte plus Ă©thĂ©rĂ©e des hommes qui souffrent et vont bientĂŽt se rĂ©volter.

VERDI : NABUCCO [DVD & BLU-RAY] – VĂ©rone, aoĂ»t 2017. 1 DVD Bel Air classiques
Dramma lirico en quatre actes (1842)
Musique : Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret : Temistocle Solera

Nabucco : George Gagnidze
Ismaele : Rubens Pelizzari
Zaccaria : RafaƂ Siwek
Abigaille : Susanna Branchini
Fenena : Nino Surguladze
Grand PrĂȘtre de Belo : NicolĂČ Ceriani
Abdallo : Paolo Antognetti
Anna : Elena Borin

Orchestre et ChƓurs des ArĂšnes de VĂ©rone
Direction musicale : Daniel Oren
Mise en scĂšne et costumes : Arnaud Bernard

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Girard : LĂ©o Delibes – ItinĂ©raire d’un musicien, des Bouffes-parisiens Ă  l’Institut (Editions Vrin, 2018)

DELIBES leo delibes biographie itineraire d un musicien des bouffes parisiens a l institut PAULINE GIRARD biographie critique annonce livre par classiquenews VRIN edition CLIC de CLASSIQUENEWS ete 2018 juillet 2018 9782711628001LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Girard : LĂ©o Delibes – ItinĂ©raire d’un musicien, des Bouffes-Parisiens Ă  l’Institut (Editions Vrin, 2018). ELEGANCE ROMANTIQUE. Enfin une biographie d’envergure et trĂšs dĂ©taillĂ©e sur un gĂ©nie romantique français oubliĂ©, mĂ©connu ou si peu apprĂ©ciĂ© Ă  sa juste valeur : Ă  part le ballet Copelia ou l’opĂ©ra LakmĂ©, que connaĂźt-on rĂ©ellement de LĂ©o Delibes, pur auteur hexagonal qui de ses maĂźtres au Conservatoire sut prolonger le mĂ©tier musical entiĂšrement dĂ©diĂ© au thĂ©Ăątre ? La prĂ©sente biographie trĂšs fouillĂ©e analyse la personnalitĂ©, sa vie, sa carriĂšre, et bien sĂ»r son oeuvre, riche, diverse, dont la continuitĂ© et la progression Ă©clairent l’expertise d’un auteur qui Ă©blouit en dĂ©finitive par son talent d’orfĂšvre pour les voix et l’orchestre.
LĂ©o Delibes (1836-1891) est formĂ© dans le foyer familial, par sa mĂšre et son oncle ; puis il rejoint le Conservatoire de Paris dans les classes de Benoist (orgue), Bazin (harmonie) et Adam (composition). Le Jeune choriste de 13 ans dĂ©couvre l’opĂ©ra, son souffle, son imaginaire, tous ses possibles, en participant Ă  la crĂ©ation du ProphĂšte de Meyerbeer en 1849.
DouĂ©, reconnu trĂšs rapidement, il peut faire jouer ses premiers ouvrages ; se partageant entre le mĂ©tier d’organiste et celui d’accompagnateur au ThĂ©Ăątre-Lyrique. Sa carriĂšre de compositeur dramatique dĂ©bute Ă  20 ans, en 1856 avec plusieurs ouvrages bouffes, crĂ©Ă©s aux Folies-Nouvelles (le premier a pour nom Deux Sous de charbon), aux Bouffes-Parisiens et au thĂ©Ăątre des VariĂ©tĂ©s.
Il est chef de chƓur au ThĂ©Ăątre-Lyrique et Ă  l’OpĂ©ra, et ose d’autres genres : l’opĂ©ra-comique (Le Jardinier et son seigneur, 1863) ; surtout un premier ballet, La Source (1866 : partition impressionnante par son ruissellement mĂ©lodique et son orchestration trĂšs travaillĂ©e qui inspire Ă  Edgar Degas, un tableau demeurĂ© cĂ©lĂšbre en 1867, preuve de la cĂ©lĂ©britĂ© immĂ©diate de Delibes Ă  Paris) ; puis c’est un nouveau ballet, majeur : CoppĂ©lia ou La Fille aux yeux d’émail, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra en 1870, – sujet fantastique et onirique qui reste l’un des plus cĂ©lĂšbres ballet romantique français. Il a 34 ans. Mais la France sombre dans la terreur de la Commune, aprĂšs la dĂ©faite du Second Empire.

 

 

Léo Delibes, génie oublié
de l’élĂ©gance romantique

 

 

DELIBES-leo-par-classiquenews-classiquenews-dossier-coppelia-kassya-opera-dossier-classiquenewsA partir de 1871, Delibes, jeune mariĂ©, se dĂ©die Ă  la composition, affirmant une nouvelle ambition et une inspiration tournĂ©e vers le raffinement (orchestration), l’élĂ©gance (mĂ©lodie), l’expressivitĂ© et la caractĂ©risation (drame): un nouveau ballet Sylvia (1876), les opĂ©ras Le Roi l’a dit (1873), Jean de Nivelle (1880) et chef d’oeuvre absolument de la veine orientaliste, alors partagĂ© par le peintre fameux et cĂ©lĂšbre GĂ©rĂŽme :  Lakmé (1883). Ce dernier suscite un immense succĂšs jamais dĂ©menti, depuis sa crĂ©ation : c’est que l’idylle sentimentale ailleurs fragile voire superficielle, renouvelle totalement le trio fondateur soprano, tĂ©nor, baryton (LakmĂ©, GĂ©rald, Nilakantha) et sur le prĂ©texte d’un orientalisme plus fantasmĂ© que rĂ©aliste, gagne une profondeur et un coloris d’une puissance inĂ©dite. Professeur de composition au Conservatoire, il est Ă©lu en 1884 Ă  l’Institut. C’est la consĂ©cration d’un parcours dont l’éclat social suscite bien des jalousies.

WagnĂ©rien convaincu (car il assiste Ă  la crĂ©ation de Parsifal Ă  Bayreuth en 1882, puis de la CrĂ©ation de La Walkyrie Ă  Bruxelles en 1887
), – comme Franck, son aĂźnĂ©, Delibes sait renouveler la leçon wagnĂ©rienne par une fraĂźcheur de l’inspiration, un souci de la transparence qui en font l’égal d’un Bizet (son contemporain, fauchĂ© trop tĂŽt). A l’heure oĂč le Festival Radio France ressuscite son ultime opĂ©ra Saskya (Ă©chec Ă  sa crĂ©ation mais sommet sur le plan de l’orchestration cependant), voici une biographie qui tĂ©moigne des recherches trĂšs avancĂ©es d’un compositeur passionnĂ© par le timbre, la couleur, la fluiditĂ© de la texture orchestrale, en cela annonciateur des Debussy et Ravel, maĂźtres futurs de cette Ă©lĂ©gance onirique qui allait s’imposer aprĂšs la mort de Delibes en 1891. Lecture indispensable.

 

 
 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Pauline Girard : LĂ©o Delibes – ItinĂ©raire d’un musicien, des Bouffes-parisiens Ă  l’Institut – Vrin, collection « MusicologieS » – 432 pages – 17 × 24 cm / ISBN 978-2-7116-2800-1 – Parution : juin 2018. Titre Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS. Meilleur ouvrage dans la catĂ©gorie Musique Romantique Française de l’étĂ© 2018. Prix indicatif : 38 euros.

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LIRE la prĂ©sentation de l’ouvrage « Pauline Girard : LĂ©o Delibes – ItinĂ©raire d’un musicien, des Bouffes-parisiens Ă  l’Institut », sur le site des Ă©ditions VRIN : http://www.vrin.fr/book.php?code=9782711628001

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APPROFONDIR

LIRE notre critique développée du dvd Copelia (Opéra de Paris, 2011 / Patrice Bart)

VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif de LAKME prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours, avec Julien Dran, Vincent Letexier, Jodie (Janvier 2017)

 

 

LIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce. TIMOTHÉE PICARD : Olivier Py, Planches de salut (Actes Sud)

olivier py planches de salut timothee picard livre critique par classiquenews editions actes sudLIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce. TIMOTHÉE PICARD : Olivier Py, Planches de salut (Actes Sud). PremiĂšre monographie, ou biographie subjective, le texte dense, riche, Ă©ditĂ© par Actes Sud sait Ă©viter les piĂšges d’une hagiographie trop flatteuse, rĂ©vĂ©lant sans les attĂ©nuer toutes les qualitĂ©s et singularitĂ©s d’un metteur en scĂšne contemporain qui pense le thĂ©Ăątre aujourd’hui. Rares les hommes de thĂ©Ăątre et scĂ©nographe qui rĂ©ussissent autant au thĂ©Ăątre qu’à l’opĂ©ra. Olivier Py en fait partie ; c’est d’ailleurs tout l’intĂ©rĂȘt de ce livre en forme d’essai sur le fait thĂ©Ăątral et le sens d’une mise en image de textes et musiques d’une enivrante fascination : l’auteur dĂ©cortique chaque Ă©lĂ©ment, chaque option scĂ©nique puis en les reliant Ă  la vie et Ă  la sensibilitĂ© faite d’engagements nets et clairs, dĂ©termine et distingue une sĂ©rie de choix qui compose actuellement le « cas Py ». Patrice ChĂ©reau peut dans un premier temps illustrer lui aussi le mĂȘme double parcours : mais c’est une illusion que l’auteur analyse lĂ  encore, 
 pour mieux singulariser le geste de l’homme-thĂ©Ăątre, qu’est Olivier Py.

Est ce par ce qu’il a l’ñme profondĂ©ment tragique qu’il recherche avant tout Ă  se sauver de lui-mĂȘme et Ă  sauver les autres ? Comment ĂȘtre homosexuel et catholique ? thĂ©Ăątre et opĂ©ra, Srebrenica et Miss Knife, La Servante et Orlando ? Il est tout cela Ă  la fois. SimultanĂ©ment et sĂ©parĂ©ment.

L’apport du texte est de rĂ©vĂ©ler la complexitĂ© (apparente) de l’équation, tout en dĂ©voilant aussi pas Ă  pas, la profonde cohĂ©rence qui unit ses parties. C’est que le directeur du Festival d’Avignon est aussi un acteur (dont la part fĂ©minine est totalement assumĂ©e en « Miss Knife ») qui se joue des catalogages faciles et conformes, repousse toujours plus loin les lignes d’existence et d’identitĂ©, appelle viscĂ©ralement Ă  une libertĂ© d’intention qui respecte profondĂ©ment la richesse mouvante de chaque entitĂ© humaine. Pour « sauver des ĂȘtres, des Ăąmes, des vies », nous dit l’intĂ©ressĂ©, altruiste, fraternel, humaniste.

Olivier Py au thĂ©Ăątre et Ă  l’opĂ©ra
Ressusciter grĂące aux planches

Olivier Py acteur, directeur, scĂ©nographe est surtout un Ă©ternel enfant qui rĂȘve de vivre continument en Ă©merveillement ; il sait faire surgir toujours la part d’enfance qui prĂ©serve cette humanitĂ© Ă  cultiver en chacun de nous ; dans Tristan und Isolde de Wagner, pour nous la meilleure mise en scĂšne de l’opĂ©ra et sa meilleure contribution au genre lyrique, Py imagine au cƓur de la solitude en souffrance de Tristan, au fond de sa plaie bĂ©ante, la rĂ©surgence du jeune garçon qu’il Ă©tait, fausse couronne et Ă©pĂ©e de bois, se baignant dans les eaux maternelles d’une Ă©ternelle poĂ©sie
 Il faut avoir vĂ©cu le dĂ©roulement de cette vision pour en mesurer la profondeur et la justesse. Osons espĂ©rer que demain, l’homme thĂ©Ăątre, qui pense l’humanitĂ© dans son rapport Ă  son destin comme Ă  son identitĂ©, nous fasse encore rĂȘver comme il l’a fait dans ce Tristan dĂ©sormais inoubliable. Le thĂ©Ăątre, comme planche de salut. Un bain salvateur pour des ĂȘtres en quĂȘte de sens et d’accomplissement.
CLIC_macaron_2014L’essai totalise le geste de Py Ă  l’aulne de ses rĂ©centes rĂ©alisations ; « à la fois biographique et analytique, (il) se propose de voir comment le thĂ©Ăątre, au sens le plus extensif que peut prendre ce terme – une façon d’ĂȘtre au monde rĂ©pondant Ă  une maniĂšre d’ĂȘtre du monde lui-mĂȘme –, a pu tirer le poĂšte d’une angoisse mortifĂšre procurĂ©e par le spectre de l’insignifiance en lui donnant un destin ; et comment il peut Ă  son tour l’offrir comme viatique aux hommes et femmes d’aujourd’hui, confrontĂ©s Ă  une spectaculaire absence de sens qui semble avoir pris des traits d’apocalypse. Ce dont il retourne alors n’est pas tout Ă  fait une religion, encore moins une politique – tout en ayant Ă©minemment Ă  voir avec elles –, il s’agit plutĂŽt d’une Ă©thique de vie tout entiĂšre consacrĂ©e Ă  la scĂšne et Ă  l’art, fondĂ©e sur l’Ă©blouissement esthĂ©tique et les assurances qu’il donne, et mise en oeuvre au moyen d’une poĂ©tique faisant du thĂ©Ăątre total, somme et synthĂšse de tous les thĂ©Ăątres, un rempart contre le sentiment de dĂ©rĂ©liction – au risque assumĂ© de la dĂ©mesure », prĂ©cise l’auteur. VoilĂ  qui est magistralement et dĂ©finitivement dit. Pari et intention, rĂ©ussis.

CE QUE NOUS AVONS AIMÉ :

EN QUETE D’UNE IDENTITÉ LIBÉRÉE. A propos de Miss Knife : dĂ©passer et sublimer l’intranquillitĂ© catholique. Au cƓur des « personnages Py », il y a l’ébouriffante et trucculente Miss Knife, double ou triple multisexuĂ© d’un Py ambivalent qui cumule ainsi les rĂ©fĂ©rences du masculin qui joue au fĂ©minin, qui moque les classements et prĂ©conçus dictĂ©s par la morale bourgeoise et sociĂ©tale. « Je suis l’autre », proclame l’intĂ©ressĂ© qui refuse tout dictat de l’assignation. L’étiquettage n’a pas sa place dans la pensĂ©e de cet homme de thĂ©Ăątre pour lequel la scĂšne permet tous les possibles et toutes les postures.

PY A L’EPREUVE DE L’OPERA
 Le sublime et l’accomplissement lyrique
 pour beaucoup, Olivier Py c’est d’abord le thĂ©Ăątre. Que pourrions nous objecter Ă  cette suprĂ©matie qui le fait objectivement directeur du Festival d’Avignon ? Pour nous, le Py le plus passionnant pourtant, au regard de ses apports, demeure le metteur en scĂšne d’opĂ©ra. Ce qui d’ailleurs transparaĂźt dans le succession des pages de cet essai : « Au risque du lyrisme » (chapitre 8) ose la question de l’esthĂ©tique sur la scĂšne, inspirĂ©e par le chant et la musique. Des clĂ©s sont dĂ©voilĂ©es pour une meilleure comprĂ©hension du travail de Py Ă  l’opĂ©ra : le chant dĂ©signe la clameur de l’origine ; « si la parole est promesse, la musique convoque la prĂ©sence ». La musique rĂ©soud l’impuissante parole. En somme, l’opĂ©ra permet au questionnement et au doute, de trouver les rĂ©ponses, concrĂštement, immĂ©diatement dans la vĂ©ritĂ© de la partition dont l’homme de thĂ©Ăątre souhaite retrouver la violence et l’intensitĂ© comme du temps de sa crĂ©ation. A travers le chant des divas Leonie Rysanek ou Shirley Verrett (comme le timbre naturellement « politique » d’Ella Fitzgerald, emblĂšme sonore des percussions contre les noirs), il y a eu la rĂ©vĂ©lation de ce chant non pas psychologique mais « psychotique » oĂč l’extrĂȘme rĂ©alisme de la prĂ©sence (vocale, physique) a fait surgir une surrĂ©alitĂ©, celle parfois de l’inconscient, des images enfouies dans l’enfance
 et que sa mise en scĂšne de l’oeuvre centrale en ce sens, Tristan et Isolde (jamais reprĂ©sentĂ©e Ă  Paris : la honte nationale !) a rĂ©vĂ©lĂ© avec la poĂ©sie et le mystĂšre que l’on sait (nous avons eu la chance de la voir Ă  Nantes alors car Jean-Paul Davois l’avait remarquĂ© et programmĂ©). ConcrĂštement le travail sur la partition de 1865, manifeste de la rĂ©volution wagnĂ©rienne, a permis Ă  Py de dĂ©passer l’attraction mortifĂšre (« oeuvre sublime pour ados suicidaires ») et d’atteindre Ă  une vĂ©ritable poĂ©tique esthĂ©tique qui a dĂ©passĂ© tout ce que nous avions vu de cet ouvrage jusque lĂ .

Les rĂ©flexions sur Py et Scribe (obsession du massacre et thĂšme de l’apocalypse joyeuse) sont tout aussi passionnantes Ă  lire, relire et dĂ©crypter (comme sa vision sur la violence et le colonialisme d’Aida de Verdi), puis Ă  retrouver dans les archives de ses mises en scĂšne lyriques.

 

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LIVRE, Ă©vĂ©nement. TIMOTHÉE PICARD : Olivier Py, Planches de salut (Actes Sud). Juillet, 2018 / 14,0 x 20,5 / 416 pages – ISBN 978-2-330-10262-3 – Prix indicatif : 29 € .

TimothĂ©e Picard est professeur Ă  l’universitĂ© de Rennes, spĂ©cialiste des imaginaires de l’opĂ©ra (Verdi/Wagner, imaginaire de l’opĂ©ra et identitĂ©s nationales, Actes Sud, 2013, La Civilisation de l’opĂ©ra, Fayard, 2016), Verdi / Wagner, images croisĂ©es (PUR, 2013), des arts de la scĂšne (Patrice ChĂ©reau : transversales, Le Bord de l’eau, 2010, OpĂ©ra et mise en scĂšne, Avant-scĂšne opĂ©ra, 2015) et des esthĂ©tiques de la totalitĂ© (Dictionnaire encyclopĂ©dique Wagner, Actes Sud, 2010). Il est Ă©galement dramaturge.

CD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. NĂ©zet-SĂ©guin, DiDonato, Rebeka
 (2 cd DG Deutsche Grammophon).

La-Clemenza-Di-Tito neezt seguin donato rebeka villazon cd review critique cd opera par classiquenewsCD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. NĂ©zet-SĂ©guin, DiDonato, Rebeka
 (2 cd DG Deutsche Grammophon). La formule est Ă  prĂ©sent cĂ©lĂšbre : implanter comme Ă  Salzbourg, un cycle rĂ©current Mozart, mais ici Ă  Baden Baden, et chaque Ă©tĂ©, c’est Ă  dire les grands opĂ©ras ; aprĂšs Don Giovanni, Cosi, L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Les Nozze, voici le dĂ©jĂ  5Ăš ouvrage, enregistrĂ© sur le vif en version de concert, depuis le Fespielhaus de Baden Baden, en juillet 2017. Autour du tĂ©nor mĂ©diatique Rolando Villazon (pilier avec le chef quĂ©bĂ©cois de ce projet discographique d’envergure), se pressent quelques beaux gosiers, dont surtout, vrais tempĂ©raments capables de brosser et approfondir un personnage sur la scĂšne, grĂące Ă  leur vocalitĂ  ardente, ciselĂ©e : le Sesto de Joyce Di Donato, mozartienne Ă©lectrique jusqu’au bout des ongles ; dans le rĂŽle de l’amant manipulĂ© ; et, rĂ©vĂ©lation de cette bande, la soprano lettone Marina Rebeka, ampleur dramatique de louve dĂ©vorĂ©e par la haine et la conscience du pouvoir, dans le rĂŽle de l’ambitieuse prĂȘte Ă  tout. Leur cible : l’empereur Titus (ce modĂšle royal, vĂ©ritable « dĂ©lice du genre humain ») qui incarnation du politique vertueux et loyal, vient de rĂ©pudier sa chĂšre BĂ©rĂ©nice, princesse de JudĂ©e (qui lui avait tout appris pourtant : voir ici l’opĂ©ra de Magnard : Titus et BĂ©rĂ©nice). Chez Mozart, Villazon incarne la figure du prince d’abord humain, ensuite politique. Ses qualitĂ©s de cƓur, sa profondeur comme son Ă©paisseur Ă©motionnelle sont excellemment exprimĂ©es par le tĂ©nor mexicano-français : la diction suit de prĂšs l’articulation du texte qui intensifie un ĂȘtre solitaire soucieux de justice ; ainsi, poussĂ© par Publius (trĂšs convaincant Adam Plachetka, baryton noble et tendre), l’empereur s’apprĂȘterait Ă  condamner le favori qui l’a trahi (Sesto / Sextus) mais la fraternitĂ© et la compassion l’emportent, offrant donc en fin d’ouvrage, cette « clĂ©mence » si admirable.

Entre temps, la Vitellia de Marina Rebeka qui veut prendre le trĂŽne, fulmine, conspire
 en vains ; avant d’abdiquer elle aussi, dĂ©faite face Ă  la vĂ©ritĂ© rayonnante et la chaleur d’une humanitĂ© retrouvĂ©e. Du reste le dernier seria de Mozart, qu’il compose dans l’urgence pour assurer la crĂ©ation pour le couronnement du Leopold II, est un hymne sublime Ă  la tendresse et Ă  l’amour, et l’on se fĂ©licite qu’avec La FlĂ»te EnchantĂ©e Ă©galement portĂ©e en 1791, -l’annĂ©e de la mort de Mozart-, le projet Mozart Ă  Baden Baden ait choisi Titus parmi les grands opĂ©ras mozartiens. Justice est donc rendue vis Ă  vis d’un ouvrage d’une modernitĂ© saisissante par l’intelligence de son plan dramatique (incendie du capitole Ă  la fin du I quand Titus est laissĂ© pour mort, victime d’un assassinat en complot), par le souci d’économie et de justesse qui inspire la partition (2 actes finalement assez courts).

A la tĂȘte de l’Orchestre de chambre d’Europe, sur instruments modernes donc, le quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin montre sa maestriĂ  hĂ©roĂŻque au service d’un opĂ©ra essentiellement humain. La vĂ©ritĂ© qui se dĂ©gage de sa direction, son attention aussi aux climats psychologiques, sa mesure et son goĂ»t des timbres (voyez les airs avec instruments obligĂ©s pour Sesto et Vitellia, respectivement avec clarinette et cor de basset) enrichissent encore une lecture trĂšs stylĂ©e oĂč percent de façon dĂ©finitive comme deux gemmes incandescents, le Sesto de Joyce Di Donato et la Vittelia de Marina Rebeka. Ces deux lĂ  sont sublimes dans la mĂ©tamorphose qui se prĂ©cise peu Ă  peu, ils se rĂ©vĂšlent avec une violence inĂ©dite alors Ă  l’opĂ©ra. Belle production. On attend la suite
 La FlĂ»te ? A suivre.

 

 

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CD, critique. MOZART : La Clemnza di Tito / La ClĂ©mence de Titus. EnregistrĂ© Ă  Baden-Baden, Festspielhaus, juillet 2017. Opera seria en deux actes sur un livret de Caterino Tomasso MazzolĂ , d’aprĂšs Pietro Metastasio. Avec : Rolando VillazĂłn, Tito Vespasiano / Marina Rebeka, Vitellia / Joyce DiDonato, Sesto / Regula MĂŒhlemann, Servilia / Tara Erraught, Annio / Adam Plachetka, Publio. RIAS Kammerchor / Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon).

 

 

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APPROFONDIR : LIRE aussi nos critiques complĂštes des prĂ©cĂ©dents coffrets MOZART du cycle NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon depuis Baden Baden l’étĂ© :

Don-Giovanni.cd_.01CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile
 Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix. EN LIRE +

 

 

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCD. Mozart : Cosi fan tutte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2012) 3 cd DG   
.   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin poursuit son intĂ©grale Mozart captĂ©e Ă  Baden Baden chaque Ă©tĂ© pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagĂ©. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso 
 D’abord il y a l’élĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible. le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse. En LIRE +

 

 

 

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mozart-lenlevement-au-serail-die-entfhurung-aus-dem-serail-schweinester-prohaska-damrau-villazon-nezet-seguin-2-cd-deutsche-grammophon/CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfhĂŒrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). AprĂšs Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des LumiĂšres dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂŽle de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂŽle. EN LIRE +

 

 

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiĂšgle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achĂšve la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. AprĂšs Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazonavec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains
 une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derriĂšre les chanteurs
) – EN LIRE +

 

 

CD,critique, coffret événement. RACHMANINOV : Symphonies, Danses Symphoniques. Valery Gergiev (3 cd, 1 bluray LSO live)

RACHMANINOV LSO Gergiev cycle critique review cd by classiquenews CLIC de classiquenews Cover_LSO0816_3000px_1024x1024CD, critique. RACHMANINOV : Symphonies, Danses Symphoniques
 (3 cd, 1 blu ray LSO LIVE – Valery Gergiev). A l’écoute, la premiĂšre Symphonie du jeune chef-compositeur de 24 ans, frais moulu du Conservatoire de Moscou (oĂč il fut Ă©lĂšve de Arensky et Taneiev) sonne certes parfois Ă©paisse, grave, lugubre, mais rien ne peut justifier l’échec Ă  sa crĂ©ation en 1897, jetant Rachma au fond d’un gouffre dĂ©pressif dont il ne se remettra qu’en 1901, soit aprĂšs 3 annĂ©es de retraite et d’interrogation totalement stĂ©rile. A la tĂȘte du prodigieux LSO, Valery Gergiev varie le caractĂšre des sĂ©quences, prenant un tempo volontiers mesurĂ© voire ralenti parfois, comme pour mieux creuser le souffle languissant fantastique, surtout dans l’Allegro animato (II) oĂč passe le motif du Dies Irae mĂ©diĂ©val (que l’on retrouvera encore dans la 3Ăš symphonie), mĂȘlĂ© au motif tzigane du violon solo. MĂȘme le Larghetto est sombre (malgrĂ© l’ivresse presque insouciante de la mĂ©lodie rĂ©servĂ©e Ă  la clarinette). Dans le dernier mouvement Allegro con fuoco, Gergiev souligne la vitalitĂ© tendue, Ăąpre de la chevauchĂ©e parfois massive par ses traits cuivrĂ©s; marquĂ© par la fatalitĂ©, l’impuissance d’un magma bouillonnant, la 1Ăšre Symphonie affirme une belle puissance de feu qui dĂ©montre la connaissance du dernier Tchaikovski, le plus dĂ©sespĂ©rĂ© comme le plus lucide.

Decca : l'intĂ©grale Rachma !Dans la seconde en mi mineur opus 27, Ă©galement propre Ă  la pĂ©riode russe de SergueĂŻ, l’auteur affirme une toute autre plĂ©nitude, en liaison avec son Concerto pour piano n°3, majestueux, lyrique, gĂ©nĂ©reux. Rachmaninov l’écrit Ă  Dresde en 1907 et la dirige lui-mĂȘme Ă  St-Petersbourg en janvier 1908. La diversitĂ© des thĂšmes rĂ©unis en grandes phrases lyriques s’apparente parfois Ă  Sibelius ; plus dense, plus resserrĂ©e, la 2Ăš semble mieux canaliser les tensions et les conflits qui s’exposent avec fureur et confrontations impĂ©tueuses dans l’esprit du compositeur. Plus mĂ»r, Rachmaninov Ă©labore surtout un Adagio (III) d’une profondeur pudique irrĂ©sistible avec sa cantilĂšne, emblĂ©matique de toute l’écriture d’un postromantique. Gergiev parvient Ă  insuffler une Ă©nergie souterraine qui porte tout l’édifice en particulier dans le dernier mouvement (Allegro vivace) dans lequel il sait attiser la brillance finale d’un espoir lumineux.
Enfin la 3Ăš symphonie est la pĂ©nultiĂšme oeuvre du compositeur et s’inscrit dans son exil amĂ©ricain de Philadelphie oĂč elle est crĂ©Ă©e le 6 nov 1936 sous la baguette de Leopold Stokowski. L’instrumentarium trĂšs divers (cĂ©lesta, deux harpes, xylophone, percussion augmentĂ©e
) affirme la volontĂ© de couleurs et de texture de timbres, moins d’architecture et d’effet de masse : ce que comprend trĂšs bien Gergiev qui avance, dĂ©taille aussi le formidable miroitement instrumental qui est constant d’un mouvement Ă  l’autre. Proche des avancĂ©es et de l’esprit de synthĂšse d’un chercheur contemporain, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Sibelius en Finlande, Rachmaninov opte aussi pour un canevas Ă©purĂ©, un dĂ©veloppement rĂ©duit Ă  l’essentiel
 Gergiev y expose et travaille la matiĂšre des seulement trois mouvements (autour de 40 mn en gĂ©nĂ©rale) avec une acuitĂ© du trait plus dense encore, rĂ©pondant Ă  cette Ă©conomie de l’énergie du dernier Rachma. La versatilitĂ© de l’orchestre redouble de vivacitĂ©, entre rĂ©fĂ©rences aux motifs du terroir russe, et tendresse lumineuse. L’Adagio est le plus « amĂ©ricain », au sentimentalisme Ă©perdu, sincĂšre et direct, dont la langueur contraste avec le scherzo hachĂ© Ă  la Prokofiev. Puis Gergiev Ă©claire dans le dernier Ă©pisode (Allegro) tout ce que Rachma doit Ă  Borodine, son allant, sa transe populaire et noble, son nerf chorĂ©graphique. surgit le Dies Irae mĂ©diĂ©val puis l’écriture se fait plus lĂ©gĂšre, dynamique, brillante dans laquelle le chef sait faire scintiller l’orchestration particuliĂšrement fertile.

gergiev-valery-gergiev-maestro-portrait-par-classiquenews-livre-actes-sud-biographie-entretien-critique-livre-par-classiquenewsLes Danses Symphoniques de 1940, ultime ouvrage orchestral, comporte le testament musical, esthĂ©tique et spirituel de l’auteur. Gergiev a bien raison de les inscrire dans ce cycle orchestral des plus complets : ne manquerait en dĂ©finitif que L’üle des morts opus 29 de 1909, et le tour aurait Ă©tĂ© exhaustif s’agissant du Rachmaninov purement orchestral. Comme la 3Ăš Symphonie, le dernier volet symphonique est crĂ©Ă© Ă  Philadelphie (en janvier 1941), au cƓur de la tourmente europĂ©enne : le plan initial comportait un autre titre, plus rĂ©vĂ©lateur de l’inspiration poĂ©tique de l’auteur, dans l’esprit d’une synthĂšse de la vie terrestre : « danses fantastiques », conçues comme miroir de la destinĂ©e humaine, Ă  la fois espĂ©rance et tragĂ©die : « « jour, crĂ©puscule, minuit ». Rachmaninov recycle en rĂ©alitĂ© la matiĂšre de son ballet antĂ©rieur Les Scythes de 1915. Ce qui touche ici c’est la fusion modernitĂ© / romantisme, sublimĂ© par un esprit synthĂ©tique qui resserre le dĂ©veloppement formel selon l’intention du souffle poĂ©tique. L’architecture y est des mieux Ă©quilibrĂ©es et conçues de toute la littĂ©rature russe du XXĂš : le premier « non allegro » cultive l’ambivalence du caractĂšre, Ă  la fois jaillissant et de plus en plus cynique / mordant. Gergiev en exprime le galop infernal quand surgit au saxo solo, une cantilĂšne amoureuse et nostalgique (jaillissement de l’ñme russe). Le 2Ăš mouvement notĂ© Andante con moto, tempo di valse, souligne un dĂ©part de valse mais dĂ©calĂ©, comme retardĂ© (faux dĂ©part), finalement dĂ©mantelĂ© scrupuleusement par un orchestre indomptable, destructeur, animĂ© par cette flamme du chaos (dyonisaque) que Gergiev saisit et sait sculpter avec beaucoup de finesse nerveuse. D’autant que le geste dĂ©taille aussi les nombreuses rĂ©fĂ©rences aux plasticiens français de l’orchestre, Debussy et surtout Ravel. C’est le mouvement le plus convaincant du triptyque. Puis dans l’ultime sĂ©quence, « lento assai – allegro vivace », Gergiev prĂ©pare l’exposition du Dies Irae, moto du destin, prĂ©sent dans toute la musique symphonique de l’auteur : il en sculpte lĂ  encore la vive opposition avec le 2Ăš thĂšme liturgique (air orthodoxe : « BĂ©nis-sois-tu Seigneur ») derniĂšre supplique et priĂšre oĂč s’entrechoque avec fureur et impĂ©tuositĂ©, la furiĂ  imaginative d’un Rachmaninov (percussions Ă©ruptives et finement dessinĂ©es) qui n’a jamais perdu sa fertile narrativitĂ© de la jeunesse, celle des ses opĂ©ras Ă  redĂ©couvrir de toute urgence. Ici Gergiev nous montre clairement que Rachmaninov n’est pas lyrique, mais percutant, incisif, parfois amer mais Ăąpre et rĂ©voltĂ© ; il est fonciĂšrement fantastique : la prĂ©sence des tĂ©nĂšbres est exaltĂ©e par l’ivresse et le vertige des rayonnements cĂ©lestes. TrĂšs bonne intĂ©grale symphonique Rachmaninov. Les complĂ©ments : signĂ©s Balakirev, le fondateur du Groupe des 5, militant pour une Ă©cole nationale russe, montre le chemin parcouru entre le fondateur jusqu’à Rachma, vrai dernier romantique russe au XXĂš, Ă  l’époque de Prokofiev. Tamara, sommet de 1883, d’aprĂšs Lermontov, inscrit la sensualitĂ© terrifiante de l’hĂ©roĂŻne dans l’imaginaire des compositeurs aprĂšs lui : le venin de la malĂ©diction, l’amour et la mort, le destin, fatum irrĂ©ductible, indomptable sont nĂ©s chez Balakirev, cultivĂ©s, prospĂšres chez Rachma. Belle filiation que met en avant Gergiev et qui souligne aussi dans la comparaison, le tempĂ©rament puissant et original de Rachmaninov.

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CLIC_macaron_2014CD,critique, coffret Ă©vĂ©nement. RACHMANINOV : IntĂ©grale des Symphonies, Danses Symphoniques. Mily Balakirev : Tamara. LSO. Valery Gergiev (3 cd, 1 bluray LSO live 2008 – 2015)

CD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017).

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIĂš, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂč le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque : il porte le genre lyrique Ă  son meilleur, Ă©galant ce que fit Lully au siĂšcle prĂ©cĂ©dent pour Louis XIV. Outre nos rĂ©serves concernant les chanteurs (les deux protagonistes de cette fable amoureuse : NaĂŻs et Neptune, lire ci aprĂšs), il s’agit d’une rĂ©ussite totale pour le chef hongrois, Ă  classer dans la suite de son prĂ©cĂ©dent cd dĂ©diĂ© aux Grands Motets.

D’emblĂ©e, ce qui frappe c’est le sens des couleurs et des respirations, une capacitĂ© Ă  rĂ©tablir ce Rameau architecte et peintre, d’une modernitĂ© inouĂŻe : grand faiseur de magie sonore, passionnĂ© par le Baroque Français XVIIIĂš, le chef György Vashegy se montre digne d’un Gardiner dont il fut l’assistant, apprenant cette langue prĂ©cise, somptueusement majestueuse et pourtant expressive et humaine, comme ce goĂ»t des timbres. La cohĂ©rence et l’assise de sa direction affirment une indiscutable maĂźtrise.

 

 

 

Naïs par le hongrois György Vashegyi
Direction magistrale, élégante, musclée, intense et dramatique

 

 

 

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Comme c’est le cas de nombreuses productions rĂ©centes, c’est la direction artistique imposant des choix de chanteurs pas toujours pertinents qui malheureusement attĂ©nue la remarquable acuitĂ© de l’orchestre Orfeo et du choeur d’une impeccable force de prĂ©cision. Ainsi Flore (Danielle Skorka) déçoit : pas trĂšs juste, elle rate ce fabuleux contraste oĂč nous fait passer Rameau : aprĂšs la dĂ©flagration des Ă©lĂ©ments primordiaux (PrĂ©lude : l’accord des Dieux) – terre, onde, ciel : soit Pluton, Neptune (tĂ©nor), Jupiter, se prĂ©cise ensuite et se rĂ©vĂšle dans une candeur retrouvĂ©e, ce paradisiaque Ă©lĂ©giaque, dont le chef rĂ©tablit avec une Ă©lĂ©gance galbĂ©e, le raffinement de l’écriture. L’ñpretĂ© aigre du timbre de la soprano manque de corps dans son articulation. Dommage car l’évocation du printemps souverain y Ă©blouit par ses couleurs : plus que jamais ici, Rameau semble connectĂ© avec la magie sonore des sphĂšres, la puissante ivresse des saisons, le mystĂšre flottant des dĂ©lices naturels (belle jubilation pastorale de la gavotte, plage 18) qui du reste dĂ©voile la vivacitĂ© du trait dĂ©fendu par l’excellent Orfeo Orchestra. Vashegy y ajoute une acuitĂ© mordante et un parfum de fĂ©brilitĂ© martiale (non encore totalement assagi par la prĂ©sence de Flore) ; une vision, un geste qui convainquent totalement. Mieux que Rousset souvent raide et mĂ©ticuleux, mieux que Niquet dĂ©monstratif et empoulĂ©, le Hongrois serait-il le ramĂ©lien actuel le plus convaincant ?
Ce nouvel accomplissement le laisse penser
 On s’étonne qu’en France, aucun directeur de salle n’ait encore inviter chef, orchestre et choeur pour faire dĂ©couvrir cette sonoritĂ© et cette pulsion exceptionnellement abouties.
Quel manque de curiositĂ©. Et une absence navrante pour le public français privĂ© d’une belle opportunitĂ© pour apprendre Ă  aimer et redĂ©couvrir les joyeux de son patrimoine baroque.

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetEn bĂątisseur des mieux inspirĂ©s, György Vashegyi sait articuler, varier, contraster et caractĂ©riser chaque Ă©pisode et ses enjeux Ă©motionnels, d’autant que pour sait le diriger, Rameau Ă©blouit par sa volubilitĂ©. La direction sait construire sans attĂ©nuer ni la continuitĂ© ni la singularitĂ© de chaque Ă©pisode. Avec aussi une belle ondulation, Ă  la fois hĂ©doniste et toujours d’un dramatisme clair (somptueuse chaconne pour les lutteurs qui suit articulant le dramatisme du I, plage 38, par exemple oĂč rĂšgnent le fabuleux galbe des bassons et des hautbois : plus de 6mn de libertĂ© et d’imagination, orchestralement fabuleuses). Le Rameau poĂšte, ciselant la soierie de son orchestre, se dĂ©voile totalement ici. Il n’y a guĂšre avant lui que Bruggen dans une suite magistrale, Ă  possĂ©der le nerf et l’ondulation, la fragmentation et la cohĂ©sion de Rameau.

Comme dans ses prĂ©cĂ©dents cd baroques – Motets du Dijonais, IsbĂ© de Mondonville (lire notre critique de la crĂ©ation au MUPA de Badupest / mars 2016, puis du cd qui a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© dans le prolongement de cette fabuleuse recrĂ©ation), le maestro Ă©tabli Ă  Budapest maĂźtrise les Ă©tagements et la structure, c’est Ă  dire le sens architectural et spatial de la musique ramĂ©lienne, tout en accordant un relief d’une prĂ©cision souvent royale Ă  la caractĂ©risation instrumentale de chaque situation. VoilĂ  pour la maestriĂ  du chef.

 

 

Tristes chanteurs

 

Dans une parure instrumentale aussi raffinĂ©e et aboutie, certains solistes ternissent le tableau : en une langueur Ă  peine appuyĂ©e au dĂ©but de l’acte I, le tĂ©nor Reinoud von Mechelen, malgrĂ© la beautĂ© du timbre, la sĂ©duction de son Ă©mission, nous afflige d’une Ă©lĂ©gance un peu creuse qui pourtant doit exprimer le mystĂšre de l’amour : de volage, il est en esclavage, totalement saisi. Quoi de plus fascinant qu’une dĂ©itĂ© Ă©prouvĂ©e, bouleversĂ©e par le sentiment pur d’un amour mortel ? Alors surgit NaĂŻs comme une flĂšche enivrĂ©e, babillant, nymphe comĂšte (son apparition est une crĂ©ation trĂšs rĂ©ussie dans le thĂ©Ăątre de Rameau) Ă  laquelle le soprano minaudant et inarticulĂ©e de Chantal Santon n’apporte qu’une pĂąle et inaboutie incarnation. Comme pour Flore, lĂ  encore quel dommage. VoilĂ  deux chanteuses mal choisies.
Elle aussi, dans son air isolĂ© (« Tendres oiseaux » ), en dialogue avec les flĂ»tes ornementĂ©es, suaves, piquantes, exprime ce mĂȘme alanguissement Ă  la fois impuissant et dĂ©muni face Ă  un amour qui la dĂ©sarçonne (il ne prodigue que des peines et des plaisirs absents). Difficile de croire Ă  ce qu’en fait la chanteuse qui expĂ©die toutes les nuances.
Plus convaincants car d’une sobriĂ©tĂ© qui les honore : les deux chanteurs graves : Thomas DoliĂ© (TĂ©lĂ©nus, Pluton dans le Prologue), d’une noirceur qui souffre : simple, articulĂ©, proche du texte (son Adamas, dans IsbĂ© dirigĂ© / rĂ©vĂ©lĂ© par le mĂȘme chef avait marquĂ© la production de mars 2016). MĂȘme apprĂ©ciation pour le PalĂ©mon, froid, distant, et lui aussi trĂšs articulĂ©, parfaitement linguistique, de l’excellent Philippe-Nicolas Martin dont nous suivons pas Ă  pas les prises de rĂŽles. Il fut un hĂ©raut bien chantant, dans Lohengrin de Wagner donnĂ© Ă  Nantes, d’une mĂȘme prĂ©cision juste et sans artifice (septembre 2016).

La scĂšne 8 permet Ă  Rameau d’atteindre une profondeur tragique, un chambrisme thĂ©Ăątral proche de Lully que beaucoup de commentateurs refusent de reconnaĂźtre chez le Dijonais : c’est un huit clos entre les deux Ăąmes amoureuses languissantes, envoĂ»tĂ©es l’une par l’autre NaĂŻs et Neptune (ici le tĂ©nor s’amĂ©liore dans le sens d’une intention plus sobre et moins maniĂ©rĂ©e : il gagne en profondeur et en sincĂ©ritĂ© / air « Au dieu des mers, voulez vous plaire ? »).

En d’autres termes, le plateau vocal rĂ©unit reste bancal : les personnages clĂ©s de l’intrigue sentimentale, d’abord tragique puis heureuse et libre (scĂšne 5 de l’acte III quand Neptune et NaĂŻs se rĂ©vĂšlent l’un Ă  l’autre) sont trop lisses, polis, « jolis », affichant clairement un Rameau incapable de nuances et de profondeur psychologique (quel contresens) : les deux solistes sont trop maniĂ©rĂ©s. Leur style contredit et la musique de Rameau, et l’excellente vision du chef, carrĂ©e, raffinĂ©e, nerveuse.

De fait, l’opĂ©ra catĂ©gorisĂ© « Pastorale hĂ©roĂŻque », saisit par la force tellurique de l’orchestre qui convoque les dieux majeurs de l’Olympe, Neptune, Pluton, Jupiter. L’intelligence de György Vashegyi redouble de sĂ©duction dans ce drame Ă  la fois spectaculaire et intimiste dont Rameau a le secret et le gĂ©nie.
Dommage que la direction artistique quand au choix des deux chanteurs (sans omettre Flore inaboutie) attĂ©nue notre enthousiasme (un vrai coaching vocal, spĂ©cialisĂ© dans l’articulation du français baroque s’impose). AprĂšs tant de gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes, aprĂšs la RĂ©volution baroqueuse, dĂ©fendre encore ce style vocal dans le rĂ©pertoire baroque oĂč tout doit ĂȘtre intelligible, oĂč la virtuositĂ© vocale ne doit pas sacrifier la vraisemblance ni la justesse expressive, est un contresens malheureux. Mais sur le sujet de la dĂ©clamation française propre Ă  Rameau, il est vrai que le dĂ©fi est de taille. Et peu de chanteurs sont capables de le maĂźtriser. Heureusement deux chanteurs sauvent la mise ici : Thomas DolliĂ©, – dĂ©sormais aguerri Ă  la caractĂ©risation la plus nuancĂ©e, et son confrĂšre, Philippe-Nicolas Martin.

Nais par mcgegan rameau par classiquenewsPour les amateurs, ciselant la partition de NaĂŻs, un mĂȘme engagement orchestral aussi saisissant, a Ă©tĂ© atteint / enregistrĂ© par McGegan (Ă©ditĂ© chez ERATO, en 1980, Ă  connaĂźtre absolument). Avec György Vashegyi, nous tenons lĂ  les versions les plus convaincantes d’un ouvrage inclassable, irrĂ©sistible, oĂč derriĂšre la trame sentimentale et « pastorale », c’est la voix de l’orchestre que privilĂ©gie surtout le poĂšte et le peintre, Rameau. D’abord les instruments, rien que les instruments. L’acuitĂ© picturale et le dramatisme fluide que sait instiller et cultiver le chef suscite notre intĂ©rĂȘt et justifie malgrĂ© nos rĂ©serves sur le plan vocal, le CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegy / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017).

 

 

 

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Sylvia Kahan : Winnaretta Singer-Polignac – Princesse, mĂ©cĂšne et musicienne (Ă©ditions les presses du rĂ©el, avril 2018)

singer-polignac_sylvia kahan livre critique annonce les presses du reel compte rendu livre par classiquenews opera concert musique classique livreLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Sylvia Kahan : Winnaretta Singer-Polignac – Princesse, mĂ©cĂšne et musicienne (Ă©ditions les presses du rĂ©el, avril 2018). HĂ©ritiĂšre de l’inventeur de la fameuse machine Singer, Winnaretta (1865-1943) incarne un destin exceptionnel qui cristallise l’intelligence de l’argent quand il est pilotĂ© / infĂ©odĂ© Ă  un goĂ»t rĂ©el, sincĂšre pour les arts. AmĂ©ricaine de naissance (nĂ©e Ă  New York), la « fille Ă  dollars » rejoint avec sa mĂšre Isabella, veuve fortunĂ©e, le Paris de la Belle-Epoque, celle qu’a immortalisĂ© Proust. Les personnes richissimes croisent leurs contemporains bien nĂ©s et Ă  particules pour s’unir dans des mariages de raison qui permet Ă  chacun de complĂ©ter ce qu’il apporte : le titre ou la fortune. Dans les salons trĂšs prisĂ©s – voire inaccessibles de l’élite parisienne (le modĂšle en est celui de la princesse Greffulhe, modĂšle de la Guermantes chez Proust), chaque “acteur” : aristocrate, « parvenu », artiste ou banquier ambitionne gloire et faveurs grĂące Ă  un rĂ©seau bien gĂ©rĂ©.
Rien de tel chez Winnaretta qui dĂšs son jeune Ăąge (18 ans), s’émancipe du foyer maternel, gĂšre sa propre fortune, s’éloigne de l’influence pernicieuse Ă©chafaudĂ©e par son beau pĂšre (Victor, second Ă©poux de sa mĂšre, aristocrate de pacotille mais vĂ©ritable dĂ©pensier, et qui a peut ĂȘtre abusĂ© de sa belle-fille…). Le texte de Sylvia Kahane, chercheuse new yorkaise dĂ©voile les clĂ©s de la personnalitĂ© d’une jeune femme fortunĂ©e, surtout artiste authentique (peintre, admiratrice de Manet et de Sargent qui fait son portrait), protectrice et ami de Gabriel FaurĂ©, et qui devient aprĂšs son second mariage en 1892 avec Edmond de Polignac (trĂšs amoureux de sa jeune Ă©pouse dont il a le coup de foudre lors d’une soirĂ©e financĂ©e par la Greffulhe)), l’une des mĂ©cĂšnes les plus avisĂ©es et influentes de son temps : commandant aux artistes visionnaires et alors jugĂ©s « trop modernes » : Chabrier (dont elle finance et organise la crĂ©ation de l’opĂ©ra Gwandoline dont ne voulait pas l’OpĂ©ra de Paris), CarriĂšs (pour une porte de Parsifal qui ne vit jamais le jour), FaurĂ©, d’Indy, Stravinsky, Nadia Boulanger, Satie (Socrate), le Retable de MaĂźtre Pierre de Falla, Poulenc (Concerto pour deux pianos), jusqu’Ă  l’indomptable et dĂ©cevant Verlaine, etc

Sensible Ă  la crĂ©ation de son temps, Winnetta Singer devenue Princesse Polignac affirme une intuition artistique et un idĂ©al esthĂ©tique de premier plan, favorisant en musique : Wagner, JS Bach (dont elle apprĂ©cie les Cantates), et tous les compositeurs français de son temps, apportant un soutien financier et constant aux activitĂ©s de la SociĂ©tĂ© Nationale de Musique fondĂ©e par Saint-SaĂ«ns pour aider les compositeurs français Ă  crĂ©er leurs oeuvres en public. Winnaretta se dĂ©voile au fil des pages dans son intimitĂ©, sa sensibilitĂ©, un instinct de collectionneuse hors pair (elle achĂšte de nombreuses toiles de grands maĂźtres dont Ă©videmment Manet mais aussi Sargent et Monet
), une mĂ©lomane avisĂ©e qui partagea avec son Ă©poux Polignac, une Ăąme d’artiste authentique.
faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSA travers le portrait de la femme et de la mĂ©cĂšne, se dessine l’ambiance du Paris des annĂ©es 1890 Ă  1940. Le destin de Winnaretta compose une odyssĂ©e humaine exceptionnelle, pilotĂ©e par une exigence artistique atypique oĂč les moyens mis en Ɠuvre, certes considĂ©rable alors, sont infĂ©odĂ©s au seul souci de la crĂ©ation. Cette intelligence Ă  l’Ɠuvre est le vrai sujet de la biographie historique, d’un apport considĂ©rable pour qui souhaite mieux connaĂźtre et comprendre comment la France wagnĂ©rienne et Debussyste, jusqu’à la seconde guerre mondiale, est passĂ©e du post romantisme au modernisme le plus audacieux, soit de Massenet, Ravel, Saint-SaĂ«ns Ă  Stravinsky et Poulenc. Le texte originel est paru Ă  New York en 2006. Les Ă©ditions la presse du rĂ©el rĂ©alisent sa premiĂšre traduction française. Publication Ă©vĂ©nement. Grand article critique Ă  venir sur CLASSIQUENEWS / mag cd dvd livres. Le livre reçoit naturellement le CLIC de CLASSIQUENEWS du mois de mai 2018.

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CLIC D'OR macaron 200singer-polignac_sylvia kahan livre critique annonce les presses du reel compte rendu livre par classiquenews opera concert musique classique livreLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Sylvia Kahan : Winnaretta Singer-Polignac – Princesse, mĂ©cĂšne et musicienne (Ă©ditions les presses du rĂ©el, avril 2018) — Traduit de l’anglais (amĂ©ricain) par Charles MoutonDennis Collins. Titre original : Music’s Modern Muse – A Life of Winnaretta Singer, Princesse de Polignac (2006, Ă©d. revue, University of Rochester Press). 17 x 20 cm (brochĂ©) – 808 pages (87 ill. n&b) – 42 € (prix indicatif) – ISBN : 978-2-84066-268-6 – EAN : 9782840662686. Illustration : Gabriel FaurĂ©, protĂ©gĂ©, ami, voire amoureux secret de la belle et exotique millionnaire Singer.

CD, réédition événement. WAGNER : le PARSIFAL sublime et ciselé de Solti (DECCA, 1972)

solti wagner parsifal cd critique cd review par classiquenews cd 71IKlp3X8+L._SY355_CD, rĂ©Ă©dition Ă©vĂ©nement. WAGNER : le PARSIFAL sublime et ciselĂ© de Solti (DECCA, 1972). 46 ans aprĂšs son enregistrement, voici un Parsifal Ă  la fois subtile et profond, dont le chant articulĂ© et jamais appuyĂ© des chanteurs, la couleur transparente, parfois suspendue de l’orchestre (somptueuse philharmonie de Berlin), la lecture affĂ»tĂ©e dĂ©fendue par le geste du maestro (alors Ă  son meilleur car il ne sacrifie jamais l’éloquence sur l’autel de la pure dĂ©monstration)
 rĂ©alisent en dĂ©finitive une version de rĂ©fĂ©rence, lĂ©gendaire mĂȘme, avec celle de Karajan. Evidemment le choix des tempĂ©raments lyriques, retenus par le chef hongrois marque profondĂ©ment la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© du message musical : brillent par leur humanitĂ© d’acteurs nĂ©s, au chant ciselĂ© : le Titurel de Hans Hotter (diseur absolu), le Gurnemanz de Gottlob Frick, le Parsifal de RenĂ© Kollo (dont le timbre a alors cette douceur adolescente trĂšs juste) ; l’incroyable Kundry de Christa Ludwig : sirĂšne monstrueuse puis bĂȘte perdue, pĂȘcheresse en quĂȘte du pardon
 L’équilibre expressif, une retenue magicienne dans la direction font surgir ce miracle (cd3 / Acte III) inespĂ©rĂ© d’un monde enfin sauvĂ© par le pur et le chaste, celui qui sait compatir et souffrir avec chaque Ăąme en souffrance; par son humanisme sincĂšre.

Au moment oĂč l’OpĂ©ra Bastille annonce une nouvelle production de Parsifal Ă  Paris, dans une mise en scĂšne qui ne promet pas d’ĂȘtre un Ă©vĂ©nement (signĂ©e Richard Jones, Ă  voir : Paris, OpĂ©ra Bastille, du 27 avril au 23 mai 2018), voici DECCA qui nous rĂ©gale en rĂ©Ă©ditant en version remastĂ©risĂ©e, la lecture du grand magicien du son spatialisĂ©, de l’acuitĂ© des timbres, de la sĂ©duction « hongroise » en un geste d’une prĂ©cision toujours trĂšs musicale : Georg Solti. A Vienne en mars 1972, dans la Sofiensaal, le maestro complĂšte ainsi son cycle wagnĂ©rien au disque, initiĂ© de 1958 Ă  1964 (RING), avec le Philharmonique de Vienne dĂ©jĂ , dans un Ring demeurĂ© historique et visionnaire car ce fut la premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e en stĂ©rĂ©o (faisant alors les dĂ©lices des mĂ©lomanes et le succĂšs de la firme). Chez Solti, la somptuositĂ© sonore est toujours au service de l’intention des situations et du sens profond des scĂšnes. Souple et intĂ©rieur, le geste sait dĂ©voiler sans l’épuiser l’activitĂ© souterraine (psychĂ©) qui pilote chaque ĂȘtre (ample monologue sur la dĂ©solation du monde et de la sociĂ©tĂ© des chevaliers, par Gurnemanz au dĂ©but du III).

Prenons l’exemple du CD3 : D’une grĂące absolue et parfois portĂ©e par un abandon languissant (chant des filles fleurs prĂȘtes Ă  envoĂ»ter le jeune vierge Parsifal) : la seule voix si charnelle et comme blessĂ©e de Lucia Popp parmi les crĂ©atures de sĂ©duction colore toute la sĂ©quence d’un parfum d’une humanitĂ© inouĂŻe, distillant un charme tenace ; on comprend que l’élu doive s’armer de rĂ©sistance dĂ©cuplĂ©e
 avant sa confrontation avec la femme fatale, Kundry, derniĂšre illusion ourdie par le mage Klingsor). LĂ  encore le choix des voix s’avĂšre profitable : l’acuitĂ© expressive de Solti ciselant un duo expressif d’une grande justesse : Christa Ludwig est au sommet de sa maturitĂ© vocale / voix mĂ©morielle, voix faussement maternelle destinĂ©e Ă  troubler le jeune homme, un temps perdu par cette confrontation imprĂ©vue.
Solti dĂ©cuple un jeu lascif, faisant miroiter les timbres (bois et cordes) d’une subtile et pernicieuse voluptĂ© : RenĂ© Kollo en son timbre d’une douceur angĂ©lique exprime alors l’innocence Ă  l’épreuve du dĂ©sir naissant : c’est pourtant Ă  l’épreuve de ce feu mordant (le baiser de Kundry) que l’élu devient Parsifal, sa conscience aiguisĂ©e, sublimĂ©e par l’expĂ©rience de la compassion, puisqu’alors ayant rĂ©sistĂ© Ă  l’assaut de la Femme sirĂšne (Ewig ewig von mir ! / morte, morte pour moi), le garçon comprend le sens de la blessure d’Amfortas, le roi-prĂȘtre qui a Ă©tĂ© faible (Kundry l’a sĂ©duit antĂ©rieurement)
 Parsifal ressent la souffrance de celui dont la douleur le bouleverse.
Puis c’est Kundry la souveraine pĂȘcheresse, crĂ©ature manipulĂ©e de Klingsor qui se repent, succombe face au joyau moral qu’incarne l’élu Parsifal
 Un trĂšs grand moment de ce Parsifal historique, auquel Solti apporte une cristallisation sonore et musicale dans un chatoiement de couleurs et d’accents permis aussi par les excellents instrumentistes viennois. L’orchestre wagnĂ©rien, organe psychologique et Ă©motionnel peut dĂ©sormais en vagues et vertiges assumĂ©s, incarner les tourments de la culpabilitĂ©, et aussi, grand thĂšme wagnĂ©rien, l’espĂ©rance d’une humanitĂ© meilleure.
La scĂšne raconte ce grand bouleversement des Ăąmes affrontĂ©es, finalement apaisĂ©es. Ce cri de Kundry (Ludwig dĂ©truite, avant l’immense Waltraud Meieer, son hĂ©ritiĂšre directe) incarne la mĂ©tamorphose suprĂȘme qui est Ă  l’oeuvre : la musique porte et permet un Ă©veil de la conscience, Ă©claire l’écoute par son appel Ă  la transcendance morale et spirituelle. Solti l’a bien compris qui nuance tout l’orchestre au diapason de cette conception humaniste de l’art musical. MUST ABSOLU et Ă©videmment CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2018. A rĂ©Ă©couter d’urgence si vous comptez aller assister au spectacle / Festival sacrĂ©, affichĂ© Ă  Bastille en avril et mai 2018.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. WAGNER : PARSIFAL. SOLTI, Vienne 1972, réédition version remastérisé 24-Bit 96 Khz. 4 cd + BlurayDisc 483 2510 DECCA. CLIC de classiquenews, printemps 2018

CD, critique. BEETHOVEN : Sonates pour piano n°3° opus 109, n°28 opus 101. ISHAY SHAER, piano (1 cd ORCHID classic)

shaer ishay piano beethoven piano sonatas sonates Beethoven cd orchud classics revw cd critique cd par classiquenewsCD, critique. BEETHOVEN : Sonates pour piano n°3° opus 109, n°28 opus 101. ISHAY SHAER, piano (1 cd ORCHID classic, juillet 2015). D’emblĂ©e, on sent une forte conscience musicale, propre Ă  exprimer l’inquiĂ©tude du discours, sa fragilitĂ©, son instabilitĂ© qui sourde, comme sa profonde subtilitĂ© mouvante. L’interprĂšte construit tout un monde flottant Ă  la belle structure et au toucher murmurĂ©, canalisĂ©, souvent peu appuyĂ©. Aucun doute, le pianiste israĂ©lien Ishay Shaer a beaucoup de choses Ă  nous dire sur la question de Beethoven. Sa comprĂ©hension du compositeur, sa retenue trĂšs riche en intentions retient immĂ©diatement l’attention et nourrit l’Ă©coute. Nous notons : la trĂšs belle fluiditĂ© liquide, flexible et schumanienne du premier Vivace de la Sonate d’ouverture n°30, auquel rĂ©pond l’agilitĂ© elle aussi trĂšs finement calibrĂ©e du court Prestissimo qui suit. Le souffle ample, intĂ©rieur et d’une infinie rĂȘverie nostalgique se dĂ©ploie avec un sens grave de la construction, dans le plus important des 3 mouvements de cette Sonate, (plus de 12 mn) : notĂ© Andante molto cantabile ed expressivo, l’épisode, l’un des plus suspendus du dernier Beethoven, l’un des plus Ă©nigmatiques aussi dans le registre introspectif et amoureux, Ă  la fois vivant et caressant. NĂ© en 1983, Ishay Shaer en exprime l’état d’ivresse et de conscience alternĂ©es, entre ravissement et renoncement. Encore parfois vert, l’allant prime ici sur la ciselure inquiĂšte, tĂ©nue, mais en dĂ©pit de sa jeunesse, le pianiste remarquĂ© et distinguĂ© par Daniel Barenboim en 2011, sait construire la fine architecture si versatile d’un Beethoven qui ne cesse d’expĂ©rimenter, de questionner, de nourrir et de redĂ©finir le cadre du dĂ©veloppement formel (oĂč Beethoven semble nous poser la question et se poser la question Ă  lui-mĂȘme, … : qu’est ce qu’un mouvement final de Sonate, oĂč va-t-il, quel est son sens ?
), en particulier dans la section derniĂšre oĂč la question enfle jusqu’à son point de non retour, laissant l’auditeur dans un Ă©tat d’attente sidĂ©rĂ©e.

 
 
 

 
 
 

Le jeune pianiste Ishay Shaer enregistre un récital Beethoven de bout en bout captivant

Elégance et ùpreté du geste beethovénien

 
 
 

SHAER ISHAY piano beethoven portrait sur classiquenews cd orchid classic media_2012_ishay_shaerL’enchaĂźnement se produit avec les 6 Bagatelles de l’opus 126, pleine de retenue introspective (premier Andante), ou Ă©chevelĂ©e, pulsionnelle (Allegro et Presto), parfaitement agencĂ©s dans l’esprit d’une sĂ©rie de pochades au caractĂšre chacune trĂšs affinĂ©, affĂ»tĂ©, sculptĂ© avec un sens immĂ©diat et franc de la sincĂ©ritĂ©. LĂ  encore c’est la grande Ă©lĂ©gance du geste, et la retenue veloutĂ©e du toucher (le grazioso trĂšs articulĂ© du n°3), la recherche d’une sonoritĂ© ronde, Ă©quilibrĂ©e qui fouille, interroge matiĂšre et direction du geste sonore
, qui captivent. Le pianiste n’a rien Ă  dĂ©montrer, mais il invite, suggĂšre, Ă©claire. MĂȘme impression d’une intelligence en Ă©veil, Ă  l’affĂ»t dans les 11 Bagatelles qui suivent (Opus 119).
La pensĂ©e expĂ©rimentale, Ă©ruptive de Beethoven s’exprime tout Ă  fait dans les 3 Ă©pisodes de la derniĂšre Sonate n°28 (Opus 101) de ce rĂ©cital trĂšs abouti. Les deux premiers exposent clairement les diverses tendances d’une Ăąme radicale, absolutiste, puis la 3Ăš et derniĂšre, la plus dĂ©veloppĂ©e, est Ă©noncĂ©e et structurĂ©e Ă  la façon d’une synthĂšse rĂ©trospective qui cible aussi l’avenir. L’acuitĂ© du geste, la ciselure souvent crĂ©pitante du toucher indiquent clairement chez Ishay Shaer, un beethovĂ©nien capable de clartĂ©, de nuances secrĂštes et intimes, de caresses dĂ©jĂ  mozartiennes, moins d’astuces et de facĂ©ties formelles Ă  la Haydn. Le caractĂšre ombrageux de Beethoven se libĂšre amplement, de façon trĂšs graduelle dans l’Adagio finale, de plus de 10 mn, aux Ă©clats sertis dans toutes les nuances Ă©bĂšne. Le tact Ă  la fois tĂ©nĂ©briste et feutrĂ©  du pianiste convainc absolument dans cet instant suspendu oĂč le temps s’arrĂȘte, tout infĂ©odĂ© Ă  l’émergence de la sensation et du sentiment : ceux du songe, de l’oubli, du renoncement, de l’absolu poĂ©sie. Ishay Shaer n’oublie pas la gravitĂ© secrĂšte qui nimbe toute la clartĂ© de ce passage schubertien dans sa quĂȘte de la rĂ©itĂ©ration enivrĂ©e, capable d’éclairs, voire d’assauts d’une ardeur juvĂ©nile quasi primitive (remarquable lumiĂšre et Ă©nergie de la fugue finale). Ce que nous dit le jeune pianiste est souvent captivant. Ishay Ishaer appartient Ă  la gĂ©nĂ©ration nouvelle de pianistes au tempĂ©rament mĂ»r, trĂšs inspirĂ© par le rĂ©pertorie dĂ©fendu. Dans la continuitĂ© de cette inspiration chez Beethoven, on aimerait Ă  prĂ©sent l’entendre chez Liszt, Schumann et 
 Haydn. A suivre Ă©videmment.

 
 
 

 
 
 

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CD, critique. BEETHOVEN : Sonates n°28, 30, Bagatelles
 ISHAY SHAER, piano (1 cd Orchid classics, UK, juil 2015). - Illustrations : portrait chemise blanche © J Coen

 
 
 

 
 
 

VIDEO Beethoven par Ishay Shaer :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=54& v=3jBx0oaoR4w

 
 
 

DVD critique. POULENC / BARTOK:Barbara Hannigan, EP Salonen (déc 2015-1 dvd Arthur Musik)

DVD barbara hannigan voix humaine critique par classiquenews le-chateau-de-barbe-bleue-la-voix-humaineDVD critique. POULENC/BARTOK : Barbara Hannigan, EP Salonen (dĂ©c 2015-1 dvd Arthur Musik). De deux univers diffĂ©rents, Warlikowski fait un mĂȘme chant passionnĂ©, habitĂ©, radical, le miroir de deux amoureuses sous domination. On peut aisĂ©ment reconnaĂźtre ici la meilleure mise en scĂšne du metteur en scĂšne si inconstant, dont on a pu regrettĂ© ses rĂ©alisations du Roi Roger, de Parsifal et plus rĂ©cemment de Don Carlos… Ă  Paris. Mais son hypersensibilitĂ© maladive, son goĂ»t des ĂȘtres dĂ©calĂ©s en pĂ©ril, et des situations extrĂȘmes, colle parfaitement au dĂ©roulement des deux ouvrages rĂ©unis. Bartok Ă  l’opĂ©ra nous offre une expĂ©rience unique et gĂ©niale car la somptuositĂ© et le raffinement voluptueux de sa parure orchestrale contredit exactement l’horreur du drame qui se joue entre le maĂźtre chĂątelain et sa proie nouvellement acceptĂ©e dans la demeure : Judith. Ostensiblement, les joyaux mordorĂ©s des instruments ajoutent Ă  la machine de sĂ©duction et d’hypnose graduelle qui ensorcelle la jeune femme, laquelle malgrĂ© ses doutes lĂ©gitimes, finit emmurĂ©e vivante.

ART DE L’ENCHAINEMENT… À la fin du chĂąteau, quand Barbe Bleue pĂ©trifie tout Ă  fait Judith et la fait rentrer dans sa boĂźte objet, lui refusant comme pour toutes les autres Ă©pouses, un statut, la libertĂ©, tout Ă©mancipation et toute dignitĂ©, … surgit tel un ƒdipe femme aux yeux ensanglantĂ©s, “Elle”, l’hĂ©roĂŻne unique chez Poulenc, rĂ©tablissant ce lien entre les deux femmes de Bartok Ă  Poulenc donc, et qui sont des objets de domination et de soumission.

Warlikowski se montre trĂšs inspirĂ© et juste en soulignant la parentĂ© de climats (tension et ivresse voluptueuse
 Certainement plus incisive chez Poulenc), la similitude du sujet entre les deux opĂ©ras d’un acte chacun. JUDITH et ELLE SONT SƒURS PAR LEUR ATTACHEMENT À L’HOMME QUI LES ASSUJETTIES TOTALEMENT.

De sorte que l’on croit tout Ă  fait que Poulenc prolonge ce qui a Ă©tĂ© exposĂ© chez Bartok. La femme dĂ©sirĂ©e courtisĂ©e valorisĂ©e par le dĂ©sir de l’homme qui la guide dans la premiĂšre partie bartockienne, est chez Poulenc son esclave hystĂ©rique, bĂȘte insatisfaite, amoureuse dĂ©truite, ange dĂ©chu, clown extĂ©nué  Tout en elle dĂ©signe et transpire la solitude infamante qui la brĂ»le : c’est une pleureuse alcoolique qui s’embrase et se consume jusqu’Ă  perdre tout raison.

La solution de continuitĂ© entre les deux actes pourtant de mains diffĂ©rentes, gagne une puissance rĂ©aliste indiscutable dans la conception de l’homme de thĂ©Ăątre qui en a restituĂ© avec grande intelligence, le lien dramatique.

En dĂ©pit de la duretĂ© de son sujet, de la violence de son action, de l’horreur domestique dont il s’agit, le dĂ©roulement du spectacle est passionnant, et grande gagnante de cette scĂšne sauvage mais actuelle (on pense Ă  l’affaire Weinstein), la soprano Barbara Hannigan incarne le nouveau modĂšle des chanteuses d’aujourd’hui, complĂštes et exemplaires, formidable actrice et chanteuse naturelle au verbe français coulant, Ă©vident, claire, d’une bouleversante humanitĂ©. Quelle prĂ©sence et quelle plastique. À la fois blessĂ©e fragile hallucinante dont chaque mouvement et intonation bouleverse comme la transe et rage impuissante d’une poupĂ©e desarticulĂ©e hallucinante. Quelle dĂ©clamation toute en finesse et en nuances. L’idĂ©e de gĂ©nie de Warlikowski est le choix du dĂ©nouement et cette relation physique qui prend corps entre Elle et son amant sur la scĂšne. On ne dira rien de cette nouvelle danse Ă  deux mais elle renforce encore la justesse de la conception comme la performance Ă©poustouflante de la diva Hannigan.

CLIC_macaron_2014MĂȘme absent le baryton basse abyssal de John Relyea, d’une virilitĂ© animale et troublante chez Bartok, ne cesse de hanter chaque phrase d’une Hannigan dont il semble que chaque phrase priĂšre et invocation lui est adressĂ© d’un temps Ă  l’autre, d’un compositeur Ă  l’autre. Tout en Ă©tant un grand moment d’opĂ©ra, court, fulgurant, incandescent, Warlikowski signe donc un superbe moment de thĂ©Ăątre. Magistrale rĂ©alisation et conception d’ensemble.

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DVD, critique. POULENC/BARTOK : Barbara Hannigan, EP Salonen (dĂ©c 2015-1 dvd Arthur Musik) - FilmĂ© en direct du Palais Garnier en dĂ©cembre 2015. Avec John Relyea, Barbara Hannigan, Ekaterina Gubanova, Claude Bardouil. Orch de l’OpĂ©ra de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction.

CD, coffret événement, annonce. CLAUDIO ARRAU: COMPLETE PHILIPS RECORDINGS (80 cd Decca / DG)


ARRAU claudio complete philips recordings 1928 1952 1991 presentation review cd critique cd par classiquenews decca4832984CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDIO ARRAU: COMPLETE PHILIPS RECORDINGS (80 cd DECCA – 1928 – 1991).
C’était le temps de Polygram et du label phare du piano, Philips (qiui comprenait alors Arrau, Brendel, Bolet
 sans omettre la jeune Uchida). En mars 2018, Universal sort l’intĂ©grale CLAUDIO ARRAU (1903-1991), totalisant depuis 1928, surtout le dĂ©but des annĂ©es 1950 jusqu’à sa mort, 4 dĂ©cades de recherche musicale et pianistique de celui qui fut avec Abbado, le grand Claudio, immense interprĂšte capable d’interroger la forme, le sens du son, questionner le texte musical comme s’il s’agissait d’un texte littĂ©raire. Gageons qu’avec le temps ce sont surtout ses Chopin, Mozart, Liszt, Brahms et Schumann (moins Beethoven malgrĂ© ce que l’on peut lire ici et lĂ ) qui distinguent ici une conception souveraine, ne sacrifiant rien sur l’autel de la trop futile certes sĂ©duisante dĂ©monstration virtuose
 Celui qui admirait surtout Kempff et le jeune Barenboim (artiste DG exclusif depuis ce mĂȘme mois de mars 2018), a accompagnĂ© Ă  mesure qu’il explorait le son romantique, les avancĂ©es et trouvailles de l’industrie discographique et du disc compact. Jusqu’à ses 88 ans, le pianiste chilien a su ciseler une expĂ©rience sonore et musicale, arstique et quasi spirituelle de la grĂące pianistique avec un tact et une Ă©lĂ©gance, une probitĂ© entiĂšre, majeure, radicale qui le mĂšne, conscient de chaque explorations, maĂźtre de tous ses effets, jusqu’au terme du voyage terrestre, enregistrant encore l’annĂ©e de sa disparition en
 1991.

Aujourd’hui, Decca prĂ©sente la somme de sa production pour Philips et American Decca en une Ă©dition limitĂ©e de 80 cd, comprenant Ă©galement l’enregistrement live du 4e concerto pour piano de Beethoven avec Leonard Bernstein pour Deutsche Grammophon. La discographie d’Arrau est dominĂ©e par le rĂ©pertoire classique et romantique : Mozart, Brahms, Schumann, Liszt, Chopin et surtout Beethoven, compositeur auquel le nom d’Arrau reste malgrĂ© notre apprĂ©ciation (forcĂ©ment subjective) Ă©troitement associĂ©. On y retrouve des collaborations avec Sir Collin Davis, Bernard Haitink, Leonard Bernstein, Henryk Szeryng, JĂĄnos Starker, Arthur Grumiaux.

CONTENU DU COFFRET. Les 80 cd sont classĂ©s par compositeurs. La rĂ©Ă©Ă©dition prĂ©sente deux interviews inĂ©dites avec Claudio Arrau, une introduction aux concertos de Beethoven rĂ©alisĂ©e Ă  l’occasion de la premiĂšre parution en 1964 avec l’orchestre du Concertgebouw et Bernard Haitink, et ses rĂ©flexions sur les sonates de Beethoven. Le livret trilingue (anglais, allemand, français) de 180 pages comprend un nouvel essai par le producteur Jeremy Hayes (clĂ© pour comprendre l’univers expĂ©rimental et Ă©lĂ©gant du maĂźtre pianiste), de nombreuses photos rares des archives Philips et Decca et des reproductions des pochettes originales. Coffret Ă©vĂ©nement : prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2018 – Sortie : 9 mars 2018

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En savoir / lire plus sur le site du CLUB DEUTSCHEGRAMMOPHON.COM

CD, coffret événement. CHRISTA LUDWIG : the complete recitals on Warner classics ( 11 cd)

ludwig christa coffret box set 11 cd warner complete recordings on warner review cd cd critique cd par classiquenews wahfp5rrtih7a_300CD, coffret Ă©vĂ©nement. CHRISTA LUDWIG : the complete recitals on Warner classics ( 11 cd). Elle aura connu le sommet de sa carriĂšre lyrique dans le rĂŽle de la TeinturiĂšre de La Femme sans ombre de R. Strauss (sous la direction de Karl Bohm, pour l’inauguration du Met en 1966), et certainement pas dans le rĂŽle de Brangaine (Tristan) : ennuyeux Ă  mourir ; puis aura failli casser et perdre sa voix en chantant Eboli, pilotĂ©e par Karajan en aoĂ»t 1975 Ă  Salzbourg
 Ă©nĂ©rĂ©e en Autriche et en Allemagne comme la diva germanique par excellence, Christa Ludwig qui fut donc Cherubino (Le Nozze), le Componist (Ariane Auf Naxos), en particulier Kundry (Parsifal, Ă  Bayreuth), prit sa retraite en 1994. Il n’y eut qu’une seule mezzo, aussi engagĂ©e, au moelleux Ăąpre et mordant, articulant comme peu, vraie diablesse dramatique, et tragĂ©dienne nuancĂ©e : AgnĂšs Baltsa. Et bien sĂ»r Maria Callas, mais Ludwig comme Baltsa ne sont pas des sopranos et ne purent jamais chantĂ©, ni Leonora, Violetta chez Verdi, ni Isolde chez Wagner

Amoureuse de littĂ©rature et de textes poĂ©tiques, c’est surtout dans l’univers millimĂ©trĂ© du lied que la mezzo devenue lĂ©gendaire a donnĂ© l’ampleur de son gĂ©nie vocal, soie sensuelle et voluptueuse, flexible et intelligemment incarnĂ©e, capable de dire chaque mot, et de faire parler la musique. C’est une diseuse hors pair, vĂ©ritable poĂ©tesse et prophĂ©tesse du verbe, dĂ©voilant toute les intentions poĂ©tiques du texte, de la phrase, dans un dialogue riche et allusif, Ă©clairant comme jamais toute situation dramatique dans ses enjeux et ses promesses les plus inouĂŻs-, avec le piano et les autres voix. Amoureuse de Goethe, la « diva Ludwig » vĂ©nĂšre Hugo Wolf qui le met divinement en musique. L’interprĂšte a toujours dĂ©fendu d’abord le texte puis la musique. En cela elle s’accorde avec l’esthĂ©tisme de Monteverdi (qu’elle n’a pourtant jamais chantĂ©). NĂ©e en 1928, WARNER cĂ©lĂšbre non sans raison le gĂ©nie interprĂ©tatif d’une mezzo particuliĂšrement identifiable, et qui n’a pas sa langue dans sa poche (pour qui a parlĂ© avec elle : son tempĂ©rament et sa franchise, prĂ©cise, dĂ©taillĂ©e, argumentĂ©e contraste avec le parler insipide, fade et passe partout qui a court aujourd’hui, mondialisation et standardidation obligent ; ĂȘtre bien avec tout le monde partout
).‹Dans le coffret WARNER, on y retrouve ainsi le genre que Ludwig a servi avec un tact, une subtilitĂ© belcantiste : accordant, contrĂŽlant, adaptant chaque nuance vocal selon le sens du texte. Voici les lieder de Schubert (hĂ©las son cher Winterreise / Voyage d’hiver, en cycle intĂ©gral n’est pas prĂ©sent) ; voici surtout Brahms, et Wolf et Strauss. On reste envoĂ»tĂ©s sous le charme de ses mĂ©lodies de saint-SaĂ«ns (Une flĂ»te invisible) et les Chansons madĂ©casses de Ravel. La France et le français sont comme une seconde patrie car elle a Ă©pousĂ© un français (« Paul-Emile »). Outre une quasi intĂ©grale des lieder de Brahms, le coffret rĂ©unit ses meilleurs accomplissements dans le genre du lied avec orchestre : Wagner (Wesendonck-lieder), Mahler (Lieder eines fahrender gesellen, Kindertotenlieder, et bien sĂ»r, le lĂ©gendaire Chant de la terre (Das Lied von des Erde).
CLIC_macaron_2014Parmi les inĂ©dits mĂ©morables qui ajoutent encore Ă  la valeur de cet hĂ©ritage inestimable : Lieder de Berg, Max Reger, Wagner (Wesendonck-lieder), sans omettre eux de Wolf, un air de Gluck, plusieurs Brahms dont le rĂ©cital enregistrĂ© (et donc jamais publiĂ© jusqu’à ce jour) avec son premier mari, Walter Berry


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Christa Ludwig (mezzo-soprano) : « The Complete Recitals on Warner Classics » (Coffret 11 CD Warner)

SOUVENIRS, SOUVENIRS
. il y a 10 ans dĂ©jĂ  en 2008, pour ses 80 ans, Christa Ludwig faisait l’objet sur CLASSIQUENEWS d’une page dĂ©diĂ©e, synthĂ©tisant un cycle de rĂ©Ă©ditions cd et dvd LIRE les 80 ans de Christa Ludwig.

CD, compte rendu, critique. « Mémoire et Cinéma » : Isabelle Durin, violon et Michaël Ertzscheid, piano (1 cd PARATY)

DURIN memoire et cinema cd presentation par classiquenews critique annonce presentation video Paraty-HarmoniaMundiCD, compte rendu, critique. « MĂ©moire et CinĂ©ma » : Isabelle Durin, violon et MichaĂ«l Ertzscheid, piano (1 cd PARATY). VoilĂ  un programme qui touche d’abord par la finesse de sa musicalitĂ©, la recherche d’un son flexible et chaleureux, douĂ© d’une finesse d’intonation, idĂ©alement en adĂ©quation avec son sujet : l’ñme juive,… telle qu’elle transparaĂźt et semble se rĂ©inventer Ă  chaque sĂ©quence, Ă  travers 12 films ici revisitĂ©s. “MĂ©moire et cinĂ©ma” : le titre tient ses promesses. La valeur de la rĂ©alisation tient surtout Ă  la complicitĂ© Ă©vidente entre les deux interprĂštes, violon et piano, d’une facĂ©tieuse entente, pleine d’équilibre et d’imagination dans La vie est belle entre autres, duo jubilatoire par son sens des rebonds et des rĂ©pliques
 Evidemment aux cĂŽtĂ©s des deux indĂ©modables Yiddish Mame et Yidl mitn Fidl, ouvertement inscrits dans la mĂ©moire, Le violon sur le toit (1971), est ici mosaĂŻque et condensĂ© de tous les visages de la tradition Ashkenaze ; la sĂ©quence semble incarner l’essence mĂȘme du projet de la violoniste Isabelle Durin. L’agilitĂ© inspirĂ©e du violon dĂ©passe l’évocation militante : elle atteint une poĂ©sie critique qui outre sa sĂ©duction mĂ©lodique immĂ©diate, se pose la question du sens, de ce qui est dit voire suggĂ©rer entre les notes, sous l’articulation souvent brillante mais jamais creuse.

 

 

 

Entre élégance et conscience,
Isabelle DURIN, le violon cinématographique

 

 

3174__2__-_Copie-1495643876Parmi quelques jalons convaincants d’un parcours aussi personnel qu’intensĂ©ment dĂ©fendu et finement habitĂ©, distinguons entre autres, la tendresse sacrifiĂ©e, – tragĂ©die en filigrane – de La Liste de Schindler de John Williams (plage 1), en ouverture : d’emblĂ©e c’est la lumiĂšre de la sonoritĂ© du violon, jamais appuyĂ© mais allusif et aĂ©rien dans son dernier Ă©noncĂ©, qui saisit l’écoute. On a dĂ©jĂ  dit toutes les qualitĂ©s vivantes et palpitantes de La Vie est belle (3) : oĂč le chant du violon exprime cette volontĂ© d’insouciance et une espĂ©rance indĂ©fectible pour le genre humain Ă  travers une invitation Ă  la danse / c’est un appel Ă  la lĂ©gĂšretĂ©, avec des ornementations, libres, quasi improvisĂ©es, qui semblent divaguer mais garder le cap salutaire, entre dĂ©termination et dĂ©lire. Saluons surtout la belle complicitĂ© entre le piano (MichaĂ«l Ertzscheid) qui varie continuellement ; auquel rĂ©pond l’énoncĂ© juste, l’intonation crĂ©dible et tendrement humaine, l’élocution ardente et millimĂ©trĂ©e du violon qui sait par sa souple volubilitĂ©, cultiver imagination et libertĂ© avec une dose de tact trĂšs suggestif, lĂ  encore jamais appuyĂ© dans aucun de ses traits. La musicalitĂ© rayonne, d’autant plus Ă©tourdissante qu’elle contraste avec le sujet de l’épisode cinĂ©matographique, plutĂŽt grave voire terrifiant
 Dans la fameuse priĂšre de Yentl (Papa, can you hear me? – plage 8), fixĂ©e dans la lĂ©gende par la chanteuse Barbara Streisand, la vocalitĂ© du violon trouve lĂ  aussi l’intonation parfaite, entre intĂ©rioritĂ© et dĂ©clamation : la ligne s’embrase, devient brĂ»lure, grĂące Ă  la dĂ©licatesse du violon. ‹Tout en contraste et enchaĂźnements maĂźtrisĂ©s, le programme sait aussi s’alanguir dans une indicible tristesse (La passante du Sans-Souci de Georges Delerue, 10) ; auquel succĂšde du mĂȘme compositeur le Concerto de l’Adieu, de la Rafle, de plus de 9 mn : un gouffre sombre et Ăąpre s’ouvre alors, mais tout en finesse. Enfin citons le dernier jalon : Les InsurgĂ©s / dĂ©fiance dans une Suite dĂ©veloppĂ©e (d’aprĂšs James Newton Howard) qui touche tout autant par sa gravitĂ© tenace et mordante, mais pour lequel le violon rayonne toujours par son tact et sa finesse dans la ligne de chant qui articule constamment ; Isabelle Durin Ă  mesure qu’elle nous fait traverser les paysages et les tableaux cinĂ©matographiques, malgrĂ© l’horreur de la barbarie, allĂšge a contrario du sentiment de tragĂ©die ; on s’incline devant l’honnĂȘtetĂ© de l’intention et la probitĂ© du geste musical. Les deux complices s’entendent d’autant plus qu’ils ont façonnĂ© la rĂ©Ă©criture des airs originaux, rĂ©ussissant souvent de trĂšs belles transcriptions. Sans texte et sans sujet explicite, airs et mĂ©lodies dont il est question, affirme alors une abstraction purement poĂ©tique, oĂč rayonnent l’élĂ©gance et l’éloquence d’un violon inspirĂ© par sa quĂȘte, son devoir de mĂ©moire, sa lumineuse conscience. Magistral.
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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu, critique. « Mémoire et Cinéma » : Isabelle Durin, violon et Michaël Ertzscheid, piano (1 cd PARATY). Enregistrement réalisé en mars 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars et avril 2018.

 TEASER VIDEO “MĂ©moire et cinĂ©ma” : le violon cinĂ©matographique d’Isabelle DURIN :

video teaser isabelle durin

Track List

 

 

1- La Liste de Schindler/ Schindler’s List : Thùme (John Williams)

2- Oyfn Pripetshik/La Liste de Schindler  (Mark Warshawsky)

3- La Vie est Belle/La vita Ăš bella (Nicola Piovani/I.Durin, M. Ertzscheid)

4- Yiddish Mame ( Arr.Dov Seltzer/M. Ertzscheid/I.Durin)

5- Yidl mitn Fidl (Abe Ellstein/I.Durin/M.Ertzscheid)

6- Un Violon sur le Toit/ Fiddler on the Roof (Jerry Bock/Arr. John Williams)

7- Un Violon sur le Toit : Ah ! Si j’étais riche/ Fiddler on the Roof : If I were a rich man ! (Jerry Bock/arr. A. Banaszkiewicz, I.Durin, M. Ertzscheid)

8- Yentl : Papa, can you hear me ? (Michel Legrand/ Arr. J. Williams)

9- Yentl : A piece of Sky (Michel Legrand/Arr. I.Durin, M. Ertzscheid)

10- La passante du Sans-Souci (Georges Delerue/ Arr. I. Durin/ M. Ertzscheid)

11- Le Concerto de l’Adieu / La Rafle  (Georges Delerue)

12-  La vie devant soi (Philippe Sarde/arr.I.Durin et M. Ertzscheid )

13- Le journal d’Anne Frank/Anne Frank’s Diary (Alfred Newman/arr. I.Durin, M. Ertzscheid)

14- Suite : Exodus (Ernest Gold/ Arr. I.Durin, M. Ertzsdcheid)

15- Suite : Les Insurgés/Defiance (James Newton Howard/ Arr. I.Durin, M.Ertzscheid)

 

 

 

 

POITIERS. Concert Robert Schumann au TAP

SCHUMANN robert-schumann-540x540POITIERS, TAP: concert SCHUMANN, le 28 fĂ©vrier 2018, 20h30. Vertus des instruments d’Ă©poque dans la comprĂ©hension de SCHUMANN… Superbe concert Robert Schumann, Ă  la fois symphonique et concertant. Le Concerto pour piano de Robert Schumann cristallise tout l’amour (immense) du compositeur pour son Ă©pouse Clara, divine pianiste, cĂ©lĂšbre Ă  son Ă©poque. Tandis que sa 3Ăšme Symphonie marque le sommet de son inspiration orchestrale, portĂ© par un inĂ©luctable espĂ©rance et jubilation, positive et lumineuse. L’intĂ©rĂȘt du concert Ă  Poitiers vient des instruments d’époque, ceux fins, caractĂ©risĂ©s, subtils de l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, avec accent spĂ©cifique, la couleur et le format sonore particulier du pianoforte dans le Concerto dĂ©diĂ© Ă  Clara


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POITIERS, TAP – ThĂ©Ăątre Auditorium Poitiers
Robert Schumann
Concerto pour piano en la mineur opus 54
Symphonie n°3 dite « Rhénane » opus 97

Orchestre des Champs-Elysées
Philippe Herreweghe, direction
Martin Helmchen, pianoforte

Mercredi 28 février 2018, 20h30boutonreservation
INFOS & RESERVATIONS :
http://www.tap-poitiers.com/schumann-2191
Durée : 1h20 avec entracte

 

 

 

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Présentation des oeuvres au programme :

CONCERT POUR PIANO. Schumann conçoit le chant orchestral et le piano moins comme une confrontation d’instruments / groupes affrontĂ©s, qu’une fusion de plus en plus souple et voluptueuse. Robert l’a conçu pour la technicitĂ© et la personnalitĂ© de la seule femme qui l’a inspirĂ©, son Ă©pouse, pianiste virtuose et recherchĂ©e Ă  son Ă©poque, Clara (portrait ci-dessous). Brahms devait Ă©prouver le mĂȘme sentiment d’admiration amoureuse pour elle, surtout aprĂšs la mort de Robert en 1856.

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoLe Concerto est composĂ© aprĂšs l’achĂšvement de la Symphonie n°1 (dĂ©but 1841). Robert le dĂ©die Ă  Clara qui crĂ©Ă©e la partition Ă  Leipzig au Gewandhaus le 1er janvier 1846. Le compositeur recycle sa Fantaisie en la mineur prĂ©alable pour le premier mouvement. MĂȘme s’il se dit trĂšs profondĂ©ment marquĂ© alors par le contrepoint de JS Bach (normal car Leipzig est la ville du gĂ©nie baroque), Schumann compose une partition d’une fluiditĂ© naturelle irrĂ©sistible, portĂ© par cet Ă©lan amoureux d’une irrĂ©pressible allure et continuitĂ© dansante. InspirĂ© par une forme libre, ondulante, et constamment changeante, Schumann avoue sa totale satisfaction aprĂšs avoir « raccorder » les deux parties nouvelles Ă  la premiĂšre section pourtant composĂ©e auparavant ; il en dĂ©coule un sentiment d’unitĂ© et de cohĂ©sion qui fait de l’opus 54, un modĂšle parmi les grands concertos romantiques (avec celui de Tchaikovski, de Brahms qui s’en inspire directement).

Schumann_robert_5703Ăšme Symphonie de ROBERT SCHUMANN. Symphonie n°3 RhĂ©nane de Robert Schumann. L’Orchestre de chambre de Paris poursuit son cycle Schumann avec la RhĂ©nane, l’une de plus lyrique et exaltante du corpus des 4 Symphonies composĂ©es par le Romantique. CrĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1851, la partition s’écoule comme un fleuve impĂ©tueux, riches en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann dĂ©miurge Ă  l’échelle de la nature. Les indications en allemand soulignent la germanitĂ© du plan d’ensemble dont la vitalitĂ© revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maĂźtre Ă  tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorĂ©s et brossĂ©s avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la RhĂ©nane doit s’affirmer par son souffle suggestif. En particulier, le Scherzo : la houle gĂ©nĂ©reuse des violoncelles, aux crĂȘtes soulignĂ©es par les flĂ»tes, y Ă©voquerait (selon Schumann lui-mĂȘme) une « matinĂ©e sur le Rhin », comme l’indique le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs Ă©lĂ©gantes dont l’activitĂ© gagne les cordes. Le Nicht schnell baigne dans une tranquillitĂ© pastorale qui met en lumiĂšre le trĂšs beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la RhĂ©nane demeure le 3Ăšme Ă©pisode « Feierlich » (maestoso): Schumann inscrit comme un emblĂšme la grave‹noblesse et la solennitĂ© majestueuse de l’ensemble. L’ampleur BeethovĂ©nienne de l’écriture impose une conscience Ă©largie comme foudroyĂ©e 
 et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs Ă©teintes comme dĂ©composĂ©es. Le caractĂšre du mouvement est celui d’un anĂ©antissement, aboutissement d’un repli dĂ©pressif extĂ©nué  avant que ne retentissent, comme l’indice d’un salut recouvrĂ©, les accents haletants, dansants, irrĂ©pressibles du Lebahft final.

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OBERON de Carl Maria Weber : l’opĂ©ra oubliĂ©

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberARTE, dimanche 4 mars 2018, 1h20. WEBER : OBERON. La raretĂ© de l’opĂ©ra de Weber, mĂȘme Ă  une heure indue sur Arte, mĂ©rite notre focus et l’annonce que nous dĂ©dions Ă  cette diffusion lyrique. NĂ© le 18 novembre 1786 Ă  Eutin (Allemagne), dĂ©cĂ©dĂ© le 05 juin 1826 Ă  Londres, Weber incarne l’essor de l’opĂ©ra romantique germanique aprĂšs Mozart et Beethoven. Un gĂ©nie du drame sombre et fantastique dont tĂ©moignent ses opĂ©ras plus connus qu’ObĂ©ron, surtout Der FreischĂŒtz (ouvrage hallucinĂ©, diabolique, fantastique qui convoque le surnaturel sur les planches lyriques), et aussi la sublime Euryanthe dont Jessye Norman a laissĂ© une interprĂ©tation lĂ©gendaire
 MĂȘme Hugo fut durablement et profondĂ©ment marquĂ© par les choeurs des chasseurs de cet ouvrage trop peu produit par les thĂ©Ăątres aujourd’hui.
Voici donc OBERON
 las, Arte a choisi une production rĂ©cente (Munichoise en juillet 2017), bien peu rĂ©ussie, et de surcroĂźt diffusĂ©e Ă  une heure impossible
dur dur
 la chaĂźne culturelle franco-allemande a bien modifiĂ© sa dĂ©fense du classique et de l’opĂ©ra Ă  l’antenne
. ObĂ©ron est le roi des fĂ©es chez Shakespeare (Le songe d’une nuit d’étĂ©, vers 1590). C’est aussi l’équivalent chez Wagner, d’Alberich, roi des nains / elfes, rĂ©duits Ă  l’esclavage. Selon la lĂ©gende, ObĂ©ron aide Huon de Bordeaux dans ses divers faits d’armes et exploits. Car le nain est d’une beautĂ© magicienne qui dans la forĂȘt qu’il habite, peut secourir les visiteurs Ă©garĂ©s. Shakespeare en fait le hĂ©ros du Songe : Ă©poux de la reine Titania, ObĂ©ron , lui-mĂȘme en proie aux disputes conjugales, permet aux couples des jeunes athĂ©niens, au dĂ©but Ă©garĂ©s, affrontĂ©s, « perdus », de se retrouver finalement. A la faveur de la nuit et de la forĂȘt magique, dont Shakespeare fait une sorte d’échiquier, de labyrinthe illusoire et machine Ă  mĂ©tamorphoses, ObĂ©ron incarne les possibles de la nuit, et aussi le gardien de l’amour miraculeux. ConcrĂštement, ObĂ©ron agit peu, aisant Ă  son suivant Puck le soin d’agir en son nom.

CRITIQUE DU SPECTACLE : TRISTE OPEBRON A MUNICH. Oberon de Weber Ă  l’OpĂ©ra de BaviĂšre, Munich (juillet 2017). En juillet 2017, notre rĂ©dacteur Lucas Irom avait assistĂ© Ă  cette production bien peu convaincante


Dans le cadre de son festival lyrique estival, l’OpĂ©ra de Munich propose en 2017, une nouvelle production d’ObĂ©ron. Weber aborde la figure du hĂ©ros Huon de Bordeaux, personnage du roman mĂ©diĂ©val de Wieland (lui-mĂȘme inspirĂ© par Les Prouesses et faitz du noble Huon de Bordeaux, lĂ©gende remontant au XIIIe siĂšcle), et que Mendelssohn (puis Britten), ont aussi portraiturĂ© dans le Songe d’une nuit d’étĂ©, – rival affrontĂ© de la Reine Titania
 L’opĂ©ra de 1826, crĂ©Ă© Ă  Londres, la derniĂšre annĂ©e de vie de Weber, souffre ici d’une mise en scĂšne poussive, prĂ©visible, aux tableaux lisses, sans enjeux critiques sur le plan dramatique, oĂč des marionnettes strictement dĂ©coratives donc superfĂ©tatoires, encombrent la lisibilitĂ© de l’action. Huon et son valet Scherasmin sont les cobayes des expĂ©riences menĂ©es par Titania dans un laboratoire poussiĂ©reux

Osons Ă©crire qu’ici, la production ne comprend rien Ă  la lyre poĂ©tique et onirique d’ObĂ©ron, dernier opĂ©ra de Weber, qui meurt quelques jours aprĂšs la crĂ©ation londoniennes : autant FreischĂŒtz est horrifique et surnaturel, autant Euryanthe est d’une fĂ©minitĂ© Ă©vanescente, sorte de spectre qui s’égare, ObĂ©ron sĂ©duit par sa subtilitĂ© poĂ©tique, sa facĂ©tie expressive.

CĂŽtĂ© plateau vocal, le pire flirte avec un visuel tristounet : Annette Dasch (Rezia) et Brenden Gunnell (Huon) sont dĂ©cevants ; avec une aciditĂ© rĂȘche et tendues pour la soprano hors sujet. MĂȘme le tĂ©nor pourtant trĂšs attendu, Julian PrĂ©gardien dans le rĂŽle titre, exĂ©cute une partie routiniĂšre, sans aucun relief ni accent investi. Rachael Wilson (Fatime) tire son Ă©pingle du jeu
 comme la nymphe d’Anna El-Khashem. Le vrai rĂ©gal vient de la fosse oĂč le chef Ivor Bolton, toujours dĂ©taillĂ© et nuancĂ©, comme bondissant, dĂ©livre un regard captivant sur la partition, qui confirme l’inspiration du dernier Weber.

Distribution :
Munich, Prinzregententheater (juillet 2017). Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, opĂ©ra en trois actes d’aprĂšs le roman mĂ©diĂ©val de Christoph Martin Wieland. Avec : Julian PrĂ©gardien (ObĂ©ron) ; Alyona Abramowa (Titania / Puck) ; Annette Dasch (Rezia) ; Brenden Gunnell (Huon de Bordeaux) ; Rachael Wilson (Fatime) ; Johannes Kammler (Scherasmin) ; Anna El-Kashem (Nymphe). ChƓur de l’OpĂ©ra national de BaviĂšre / Orchestre national de BaviĂšre, Ivor Bolton, direction / Nikolaus Habjan, mise en scĂšne.

CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre ténor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon)

Fagioli franco arias handel cd review critique cd par classiquenews 028947975410cvr2_1515688178_1515688178CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre tĂ©nor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Parmi les contre tĂ©nors actuels, ceux qui savent caractĂ©riser un personnage, au lieu de dĂ©ployer toujours la mĂȘme technique, l’argentin Franco Fagioli rĂ©alise une belle prouesse, sur le sillon de son aĂźnĂ© Max Emanuel Cencic, qui lui accuse les signes inquiĂ©tants de son Ăąge vocal : medium certes Ă©largi mais aigus inexistants, et couleurs gĂ©nĂ©rales de plus en plus ternes. A contrario de Jaroussky qui chante tout de la mĂȘme façon, l’alternative Fagioli s’affirme avec cran et panache mĂȘme, capable mieux que ses confrĂšres, d’incarner sur la scĂšne un caractĂšre : si la voix Ă©tait petite sur les planches de Garnier, son Eliogabalo de Cavalli Ă  Paris (Palais Garnier, septembre 2016) avait une prĂ©sence monstrueuse voire dĂ©moniaque irrĂ©sistible (avec ses bains d’or liquide!), douĂ©e d’une plasticitĂ© vocale trĂšs palpitante.
Ici, le chanteur fait montre de ses possibilitĂ©s chez Haendel oĂč la virtuositĂ© ne doit pas ĂȘtre un but mais le moyen de caractĂ©riser et nuancer chaque personnage, saisi dans une situation particuliĂšre.

 
 

Maßtrise haendélienne

 
 

fagioli201711012_1515683425_1515683467_1515683467.jpgEn verve, pulpeux, gras, le grain de sa voix, qui Ă©voque le mezzo de Cecilia Bartoli sait fusionner agilitĂ© et coloratoure, mais aussi Ă©paisseur psycholoqique, comme en tĂ©moignent les deux airs d’Ariodante (un talent d’acteur qui reste Ă©tranger Ă  Jaroussky par exemple
 lequel montre ses limites dans les opĂ©ras mis en scĂšne). MĂȘme ses aigus sont perçants, habitĂ©s par la rĂ©elle envie d’en dĂ©coudre car ce garçon a du chien et du mordant y compris dans la tessiture haute de son instrument (Venti, turbini de Rinaldo).
GravĂ© en mars 2017, l’album alterne airs extatiques et guerriers, conquĂ©rants ou amoureux (le fameux aveu / confession de Serse : Ombra mai fu d’une grande dĂ©licatesse de ton), d’une vĂ©locitĂ© enviable (Oreste), avec un sens du risque et de l’expressivitĂ© souvent convaincant.
Plus introspectif et d’une gravitĂ© soudaine presque hallucinĂ©e, son Cara sposa de Rinaldo Ă©claire la lyre hallucinĂ©e, vaincue d’une Ăąme amoureuse, perdue, en panique, terriblement dĂ©pressive. Bel accomplissement et confirmation d’une rĂ©elle sensibilitĂ© dramatique. A suivre

 
 

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CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre tĂ©nor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Il Pomo d’Oro / Zefira Valova, direction. Mars 2017.

 
 
 
 

CD, compte rendu critique. STRAVINSKY : Le chant funĂšbre, Le Sacre (Chailly, 1 cd Decca 2017)

stravinsky chailly premiere creation inedit critique review cd par classiquenews annonce riccardo chailly lucerne festival orchestra sacre et chant funebre Chant-funebre-Le-Sacre-du-PrintempsCD, compte rendu critique. STRAVINSKY : Le chant funĂšbre, Le Sacre (Chailly, 1 cd Decca 2017). Avouons notre plein enthousiasme pour l’élĂ©ment moteur de cet album : Le Chant FunĂšbre … sombre et grave, et mĂȘme lugubre, dĂšs son dĂ©but, la partition cultive le mystĂšre Ă  la façon d’une marche envoĂ»tĂ©e. Puis surgit une mĂ©lopĂ©e sinueuse Ă  peine Ă©claircie par la flĂ»te et les violons, comme un dernier rĂąle. La rythmique un rien sĂšche, abrupte n’a pas encore la souple voluptĂ© Ă  la fois incisive et mordante du Stravinsky mĂ»r. C’est une Ă©tape qui doit encore beaucoup Ă  l’esprit de malĂ©diction, Ă©pais et sirupeux de L’Oiseau de feu, mais la magie aĂ©rienne en moins. Et pourtant en un ruban sensuel et comme empoisonnĂ©, le jeune Stravinsky a le gĂ©nie de la couleur et des atmosphĂšres souterraines (montĂ©es harmoniques en orgue), 
 ce pourrait ĂȘtre un poĂšme dramatique, hallucinĂ© entre Rachmaninov, le Tchaikovski le plus Ă©chevelĂ©, Liszt et Scriabine, entre torpeur, ivresse, fĂ©erie mortifĂšre. L’application qu’y dĂ©veloppe Chailly est passionnante : le geste rend justice Ă  une partition (opus 5) il est vrai, clĂ©.

MĂȘme exubĂ©rance lugubre et d’une orchestration si riche qu’elle en sonne comme saturĂ©e, dans Feux d’artifice opus 4 (2).
Tandis que le Scherzo semble prolonger l’infini imaginatif d’un Dukas de plus en plus enivrĂ© (L’Apprenti sorcier), dĂ©roulant une palette de sonoritĂ©s et de timbres flamboyants et fantastiques, littĂ©ralement. SĂ©quentiels, virevoltants, les volets intenses dĂ©clament, rugissent, ils annoncent cette implosion de la structure et du dĂ©veloppement bientĂŽt rĂ©alisĂ© en son point d’accomplissement dans le Sacre de 1913. C’est peu dire que Stravinsky semble exploiter chaque famille d’instruments dans toute sa gamme expressive, avec un goĂ»t dĂ©jĂ  prononcĂ© pour la polyrythmie. Ivresse et plĂ©nitude qui frĂŽlent souvent l’éclatement formel. Quel gĂ©nie Ă  l’oeuvre on entend ici.

Le triptyque opus 2 Le Faune et La bergĂšre, est l’autre dĂ©couverte majeure de ce disque : rĂ©vĂ©lant en français, l’atmosphĂšre narrative envoĂ»tante lĂ  encore d’un Stravinksy trĂšs maĂźtrisĂ© dans l’art des atmosphĂšres et de l’action plus impressionniste voire symboliste que fantastique. La parure orchestrale est le vrai sujet des 3 poĂšmes (La BergĂšre, Le Faune, Le Torrent), d’autant que le mezzo de Koch a du mal Ă  articuler : trop sombre, Ă©pais, engorgĂ©. Dommage vocal.

stravinksy lunettesEnfin, les deux parties du Sacre montrent toute la fiĂšvre et l’envoĂ»tement, la sauvagerie millimĂ©trĂ©e, la transe Ă  la fois guerriĂšre et paĂŻenne qui forcent en 1913, toute action classique. Tout implose, tout flambe et se cambre en une sĂ©rie de convulsions animales et souverainement fĂ©lines. Du grand art, qui montre l’intervalle finalement trĂšs court au terme duquel, Stravinsky apprenant de ses maĂźtres, avec la vitalitĂ© fulgurante de l’éclair, permet comme Picasso en peinture, l’immersion brutale de l’art du XXĂš dans la pleine et fracassante modernitĂ©. Disque d’une rare cohĂ©sion, rĂ©vĂ©lateur sur l’évolution de Stravinsky au dĂ©but du XXĂš. Programme plus qu’intĂ©ressant : rĂ©vĂ©lateur Ă  l’endroit du gĂ©nie de Stravinsky, de la jeunesse qui tĂątone au coup de maĂźtre du Sacre.

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Approfondir
LIRE aussi notre annonce du cd Le Chant funĂšbre de Stravinsky par Riccardo CHailly (Lucerne, 2017) : premiĂšre discographique (1 cd DECCA).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-stravinksy-chant-funebre-premiere-discographique-par-riccardo-chailly-1-cd-decca/

POITIERS. SCHUMANN sur instruments d’Ă©poque

schumann_robertPOITIERS, TAP. Concert Schumann, Mercredi 28 fĂ©vrier 2018. SCHUMANN sur instruments d’époque. Peu Ă  peu la rĂ©volution que nous attendons de tous nos voeux se rĂ©alise, pour le grand bien des auditeurs, pour une juste connaissance des Ă©quilibres originels de la musique symphonique et concertante. Ainsi ce programme Robert Schumann des plus prometteurs et rĂ©jouissants mĂȘme, offre enfin la juste sonoritĂ© (d’époque) de son Concerto pour piano, et de sa Symphonie sublime, n°3, dite « RhĂ©nane ». VoilĂ  donc un pianoforte pour le Concerto, et l’ivresse ciselĂ©e des bois, vents, cuivres
 pour l’exaltation profonde et conquĂ©rante de la RhĂ©nane.

SCHUMANN sur instruments d’époque

herreweghe philippeA Poitiers, Philippe Herreweghe nous promet un festin de timbres rares, en un festival d’accents comme de couleurs, minutieusement calibrĂ©. Clara Wieck, virtuose Ă  10 ans Ă  peine, bientĂŽt l’épouse de Robert Schumann et sa gĂ©niale interprĂšte, demeure l’inspiratrice et la crĂ©atrice du seul Concerto de Schumann. Philippe Herreweghe invite Martin Helmchen (avec qui il a enregistrĂ© les concertos de Mendelssohn) pour exprimer / exalter les riches parfums poĂ©tiques de cette Ɠuvre d’une grande diversitĂ© thĂ©matique. Le jeune pianiste sait mesurer avec finesse et beaucoup d’intĂ©rioritĂ© la matiĂšre musicale, vĂ©cue comme l’exaltation d’une priĂšre enivrĂ©e, et aussi comme la puissante architecture d’une pensĂ©e trĂšs Ă©quilibrĂ©e. InspirĂ© par Mendelssohn et surtout Beethoven, Schumann compose sa symphonie dite « RhĂ©nane » en pensant allusivement Ă  la Symphonie Pastorale (mĂȘme structure en cinq mouvements, entre autres). En clair, le TAP de Poitiers nous offre une soirĂ©e orchestrale exceptionnelle, et aussi une « lumineuse Ă©vocation musicale d’un voyage sur le Rhin avec Clara ».

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POITIERS, TAP – Concert Robert Schumannboutonreservation
Mercredi 28 février 2018, 20h30
Durée : 1h20 avec entracte

> Robert Schumann897-martin-helmchen-event_gallery-1
Concerto pour piano en la mineur op. 54
Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 97 dite « Rhénane »

Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Philippe Herreweghe, direction
Martin Helmchen, pianoforte

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.tap-poitiers.com/schumann-2191

CONCERTO POUR PIANO DE ROBERT SCHUMANN
schumann robert clara essai Philippe andreLe Concerto pour piano de Schumann est le cheval de bataille des grands maĂźtres du clavier. Il n’était que justice que cette Ɠuvre retrouve la couleur de son Ă©poque : le romantisme des annĂ©es 1840, et cet Ă©quilibre sensible, fragile du pianoforte associĂ© au collectif orchestral. C’est un chant Ă©perdu Ă  l’ĂȘtre aimĂ©e, chĂ©rie, la consolatrice et la muse, l’interprĂšte aussi adulĂ©e par toute l’Europe, Clara Schumann qui est l’épouse du compositeur
 une femme exceptionnelle que le compositeur aura beaucoup de mal Ă  Ă©pouser aprĂšs le refus radical du pĂšre de la chĂšre bien-aimĂ©e. En trois mouvements (Allegro affetuoso, Intermezzo, Finale), le Concerto crĂ©Ă© le 1er janvier 1846 au Gewandhaus de Leipzig, favorise la tendresse intime et le murmure en partage dans l’esprit de la musique de chambre (en particulier dans l’intermezzo, alliage subtile entre cordes et vents). L’oeuvre opus 54 est un vĂ©ritable aveu amoureux, le manifeste d’une union d’autant plus cĂ©lĂ©brĂ©e qu’elle fut longtemps dĂ©clarĂ©e impossible
 Alors qu’il vient d’achever sa Symphonie n°1, Robert compose d’abord une Fantaisie pour sa chĂšre Clara, premier morceau qui deviendra le premier mouvement du Concert final. Bien qu’il se dit alors au faĂźte de la connaissance du contrepoint de Bach (gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© dans la ville allemande), Schumann Ă©blouit ici Ă  travers les 3 mouvements, grĂące Ă  une fluiditĂ© naturelle qui semble constamment jaillir de son inspiration enchantĂ©e.

 

 

SYMPHONIE N°3 « Rhénane »

Schumann_robert_570C’est l’une des plus lyriques et exaltantes du corpus des 4 Symphonies composĂ©es par le Romantique. CrĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1851, la partition s’écoule comme un fleuve impĂ©tueux, riche en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann dĂ©miurge Ă  l’échelle de la nature. Les indications en allemand soulignent la germanitĂ© du plan d’ensemble dont la vitalitĂ© revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maĂźtre Ă  tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorĂ©s et brossĂ©s avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la RhĂ©nane doit s’affirmer par son souffle suggestif. En particulier, le Scherzo : la houle gĂ©nĂ©reuse des violoncelles, aux crĂȘtes soulignĂ©es par les flĂ»tes, y Ă©voquerait (selon Schumann lui-mĂȘme) une « matinĂ©e sur le Rhin », comme l’indique le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs Ă©lĂ©gantes dont l’activitĂ© gagne les cordes. Le « Nicht schnell » baigne dans une tranquillitĂ© pastorale qui met en lumiĂšre le trĂšs beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la RhĂ©nane demeure le 3Ăšme Ă©pisode « Feierlich » (maestoso): Schumann inscrit comme un emblĂšme la grave noblesse et la solennitĂ© majestueuse de l’ensemble. L’ampleur BeethovĂ©nienne de l’écriture impose une conscience Ă©largie comme foudroyĂ©e 
 et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs Ă©teintes comme dĂ©composĂ©es. Le caractĂšre du mouvement est celui d’un anĂ©antissement, aboutissement d’un repli dĂ©pressif extĂ©nué  avant que ne retentissent, comme l’indice d’un salut recouvrĂ©, les accents haletants, dansants, irrĂ©pressibles du Lebahft final. Epreuves et espĂ©rance
 tout Schumann est lĂ  dans ce jeu des directions ambivalentes mais complĂ©mentaires.

 

 

CD, Debussy : Daniel Barenboim (1 cd Deutsche Grammophon, 1998 / 2017)

Barenboim daniel piano debussy cd review critique cd par classiquenews 028947987420cvr5_1515688326_1515688326CD, Debussy : Daniel Barenboim (1 cd Deutsche Grammophon, 1998 / 2017). L’album regroupe deux sĂ©ries d’enregistrements. L’une rĂ©cente, les premiĂšres plages (1-6 : Estampes, Suite Bergamasque, La plus que lente, enfin Ă©lĂ©gie, rĂ©alisĂ©s Ă  Berlin en octobre 2017), et un cycle ancien datant de l’étĂ© 1998 en Espagne : les 12 PrĂ©ludes (si poĂ©tiques) du Livre 1. Entre force et violence, les jeux de carillons de Pagodes (1) qui travaillent la matiĂšre suspendue sur l’effet de rĂ©sonances et d’ondes-, Barenboim rĂ©tablit ensuite la magie de SoirĂ©e dans Grenade (2), comme le surgissement d’un songe ibĂ©rique : balancĂ©, suspendu, enivrĂ©, mais prĂ©sent par un pianisme trĂšs carrĂ©, structurĂ©, voire massif (qui contredit souvent la pellicule immatĂ©rielle du rĂȘve). La vision est plus terrienne et concrĂšte qu’abstraite et subjective. Plus atmosphĂ©rique encore et parsemĂ© d’éclairs et de frĂ©missements en rondes enjouĂ©es, le dernier volet d’Estampes, « Jardins sous la pluie » (3 notĂ© « net et vif ») est le plus rĂ©ussi : impĂ©tueux, fouettĂ©, mais lĂ©ger toujours, vif argent.
Puis le Clair de lune (1905) saisit par sa force feutrĂ©e : tel le jaillissement de l’intime, en sa rĂ©itĂ©ration qui cristallise. Le jeu se fait Ă©pure et Ă©vanescence : un appel Ă  la pure rĂȘverie. L’intensitĂ© du toucher qui renforce l’épaisseur voluptueuse du songe ainsi incarnĂ©, fait miracle. Barenboim est Ă  son meilleur dans ce scintillement pudique auquel il sait aussi prĂ©server l’écoulement liquide, comme impalpable. Un songe qui a surgi puis se dĂ©robe Ă  toute fixation. C’est bien selon Bergson, le dĂ©roulement inaltĂ©rable d’un temps psychologique qui va sa logique sans interruption jusqu’à sa rĂ©solution inĂ©luctable. Instant magique.

La sensualitĂ© rentrĂ©e de La plus que lente (1910) est un Ă©cho Ă  la Valse mĂȘme de Ravel : une variation pleine de distance et de finesse au rythme trinaire si marquant Ă  la fin du XIXĂš. Barenboim en souligne la volontĂ© parodique mais dans une dĂ©licatesse de ton (comme brouillĂ©, aux effluves lisztĂ©ennes), un naturel (morbidezza), une nonchalance comme calibrĂ©, maintenu dans un abandon lui aussi rĂȘveur. L’art de la nuance sĂ©duit ici encore dans le jeu du chef pianiste.

Le caractĂšre de l’enchantement au sens d’une hypnose verrouillĂ©e par une grille trĂšs complexe d’accords harmonique sertis et ciselĂ©s se prĂ©cise dĂšs le 1er volet des PrĂ©ludes du Livre I (1909-1910) : « Danseuses de Delphes » cultive le mystĂšre de l’évocation / invocation antique, entre gravitĂ© et Ă©nigme. On connaĂźt bien ce cycle gravĂ© il y a 20 ans Ă  prĂ©sent, oĂč le Barenboim le plus poĂ©tique sait nuancer et caractĂ©riser toute la palette Ă©vocatrice et suggestive d’un Debussy aussi poĂšte que les auteurs symbolistes mĂȘmes, MallarmĂ© en tĂȘte (avec lequel il travailla et qui lui exprima son Ă©gale admiration). Des 12 sĂ©quences, vĂ©ritables tableaux miniatures, riches en scintillements et miroitements des plus allusifs et enivrĂ©s, ne citons q’un seul passage (car l’art des enchaĂźnements est ici aussi moteur que chaque sĂ©quence Ă©coutĂ©e pour elle-mĂȘme) : le passage de l’impĂ©tuositĂ© tumultueuse de « Ce qu’a vu le vent d’Ouest » (7) – libĂ©ration sauvage et rythmiquement paienne proche d’un Stravinsky contemporain, avec la jaillissement intime et pudique de « La Fille aux cheveux de lin », murmure et velours de l’implicite, saisit par un gĂ©nie des contrastes. De la poĂ©sie pure. Et certainement le plus beau disque Debussy du chef pianiste Barenboim. La musique de Debussy y dialogue d’Ă©gale Ă  Ă©gale avec… la peinture de Monet (NymphĂ©as) et celle de tous les impressionnistes en leur jeux miroitants des paysages mariant eux aussi, transparence et couleur. Un joyau Ă  inscrire dans notre liste des incontournables de l’annĂ©e du Centenaire Debussy 2018.

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CLIC_macaron_2014CD, compte-rendu critique. DANIEL BARENBOIM : DEBUSSY. Estampes, Préludes (Livre I)
 1998 / 2017 (1 cd Deutsche Grammophon). Parution : le 19 janvier 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2018.

LIRE aussi notre dossier anniversaires 2018 / CENTENAIRE DEBUSSY 2018

LUDMILA BERLINSKAYA : Reminiscenza (cd, concert)

5954cf66283d0CD, Ă©vĂ©nement, annonce. LUDMILA BERLINSKAYA : Reminiscenza (1 cd Melodyia). Avant notre grande critique Ă  venir, voici la prĂ©sentation prĂ©alable. La pianiste russe Ludmila Berlinskaya compose dans son nouvel album « Reminiscenza » (d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme de Medtner ici prĂ©sente, plage 4) une maniĂšre de voyage intime oĂč chaque piĂšce dans son enchaĂźnement concertĂ©, pĂšse de tout son poids mĂ©moriel, Ă©lĂ©ment d’un puzzle aux rĂ©sonances secrĂštes et pour l’auditeur extĂ©rieur, d’une richesse en couleurs et sentiments d’une insondable diversitĂ©. Une mosaĂŻque kalĂ©idoscope aux rĂ©miniscences personnelles qui crĂ©ent dans leur Ă©coulement continu, toute une rĂ©flexion et un tĂ©moignage sur la musique et le jeu pianistique. Le jeu de la pianiste cultive cette nuance pour nous chĂšre : « pianissimo », faille expressive propice Ă  prĂ©server le souvenir et entretenir le terreau de l’Ă©loquente et vivace mĂ©moire.

berlinskaya-ludmila-cd-reminiscenza-medtner-ravel-beethoven-cd-melodyia-la-critique-presentation-review-cd-par-classiquenewsDe Kreisleriana, l’interprĂšte enchantĂ©e, enivrĂ©e mais juste et nuancĂ©e exprime l’énigme fluctuante schumannienne : ce flot qui semble se dĂ©construire et s’édifier Ă  la fois : dĂ©sir, essoufflement, Ă©lan vital et aspiration transfigurĂ©e. A la fois transe, extase, recherche, course et pulsion recrĂ©ative. De Medtner dĂ©jĂ  citĂ© (d’un cacaractĂšre finalement proche de Schumann), la pianiste suit les fils de souvenirs qui s’égrĂšnent en un Ă©cheveau d’abord suspendu, rĂ©pĂ©titif, puis libre dans une dĂ©construction dĂ©lirante, Ă©lastique, Ă©perdue mais dont l’élĂ©gante prophĂ©tesse sait conserver le fil du sens (jouĂ© en mĂ©moire de Sviatoslav Richter entre autres qui lui fit dĂ©couvrir les passages, plis et replis de cette oeuvre en miroir). La carrure de son Ravel Ă©blouit par le surgissement filigranĂ© des Ă©pisodes intĂ©rieurs ainsi Ă©noncĂ©s (Valses nobles et sentimentales de 1911).

Enfin, le dĂ©but du programme s’est ouvert sur la Sonate opus 109 d’un Beethoven, volubile et versatile comme le tourbillon des souvenirs : d’une secrĂȘte et paisible rĂȘverie Ă  la fougue primitive du gĂ©nie recrĂ©ateur. Puissance et poĂ©sie. Telles sont les deux figures de ce programme enivrant, d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante, d’une rare cohĂ©rence artistique.
Le formidable jeu, nuancĂ©, libre, parsemĂ© d’éclairs et nourri dans le tissu des songes les plus fraternels invoque ici un voyage des plus personnels et des mieux ciselĂ©s. CD CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement, annonce. LUDMILA BERLINSKAYA : Reminiscenza (1 cd Melodyia). Parution le 12 janvier 2018 — grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.

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AGENDA : Ludmila Berlisnkaya en concert Ă  Paris

PARIS, salle Gaveau, jeudi 2 février 2018, 20h30
RESERVER VOTRE PLACE
http://www.sallegaveau.com/spectacles/ludmila-berlinskaia-piano

A Paris, salle Gaveau, Ludmila Berlinskaya joue les oeuvres de son jardin secret « Reminiscenza », programme de son nouvel album discographique (édité en janvier 2018 chez Melodyia)

Ludwig van Beethoven : Sonate op. 109 n° 30
Robert Schumann : Kreisleriana
Nikolaï Medtner : Sonate Reminiscenza
Maurice Ravel : Valses nobles et sentimentales
Alexandre Scriabine : Vers la Flamme

Concert STAR WARS Ă  POITIERS

m_660_370_conservatoire--rayonnement-rgional-de-poitiers--ville-de-poitiersPOITIERS, TAP, les 30 et 31 janvier 2018. Star Wars, 
 La saga cinĂ©matographique mise en musique par John Williams : Star Wars est devenu culte, les amateurs de symphonique intergalactique Ă©tant aujourd’hui lĂ©gions. Pour 2 dates, fin janvier 2018, l’Orchestre d’Harmonie du Conservatoire du Grand Poitiers tire bĂ©nĂ©fice de son expĂ©rience collective et instrumentale pour aborder l’écriture orchestrale de Williams, Ă  travers la saga Star Wars laquelle surfe sur tous les genres, du western 
 intergalactique des premiers chapitres aux ballades mĂ©lancoliques et plus sombres sorties en salles au 21e siĂšcle.
Pour sublimer le souffle dramatique des volets du cycle cinĂ©matographique, John Williams a Ă©laborĂ© de puissants leitmotivs, dignes de Wagner et sa tĂ©tralogie. Le concert de l’Orchestre d’Harmonie du Conservatoire Ă  Rayonnement RĂ©gional du Grand Poitiers aborde aussi d’autres aspects du gĂ©nie du compositeur, en particulier Catch Me If You Can (ArrĂȘte-moi si tu peux) oĂč le marimba, le saxo et les claquements de doigts rappellent la fiĂšvre latino chorĂ©graphique de la comĂ©die amĂ©ricaine plutĂŽt chaloupĂ©e et jazzy de West Side Story (Leonard Bernstein,1957).

POITIERS, TAPm_660_370_john-williams-star-wars--istockphoto-com--willrow-hood
Mardi 30 janvier 2018, 19h30
Mercredi 31 janvier 2018, 19h30

Auditorium, Placement libre
A partir de 8 ans, durée : 1h

RESERVER VOTRE PLACE :
http://www.tap-poitiers.com/john-williams-star-wars-2259

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scĂšne et rĂ©ception de Parsifal (Éditions L’Harmattan)

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scĂšne et rĂ©ception de Parsifal (Éditions L’Harmattan). AprĂšs une passionnante approche en forme d’essai sur la figure du juif errant dans l’oeuvre – opĂ©ras et Ă©crits, de Richard Wagner (Qu’est ce qui est allemand ? Donner la mort…), Philippe Godefroid voit plus large et Ă©tend sa rĂ©flexion sur le thĂ©Ăątre lyrique wagnĂ©rien dans sa globalitĂ©, dans ses enjeux sĂ©mantiques, philosophiques, politiques et Ă©videmment artistiques
 A trop vouloir analyser, dĂ©mĂȘler les thĂ©matiques musicales et extra musicales que pose le thĂ©Ăątre de Wagner, l’auteur s’étonne lui-mĂȘme de la grosseur de son essai, un vĂ©ritable pavĂ© qui en rebutera plus d’un, mais qui paraĂźtra tel un dĂ©fi pour la pensĂ©e critique, pour tout amateur d’opĂ©ra, de thĂ©Ăątre lyrique, de mises en scĂšnes et Ă©videmment de partitions wagnĂ©riennes. Que signifie l’opĂ©ra selon Wagner ? Est-il porteur de cette toxicitĂ© idĂ©ologique plus ou moins manifeste dans l’oeuvre artistique ? Et si Ă  prĂ©sent l’antisĂ©mitisme prĂ© nazie de Wagner ne fait plus aucun doute, devons-nous ĂȘtre nĂ©cessairement anti juif pour apprĂ©cier son oeuvre ? Or estimer sa musique et ses opĂ©ras ne signifie pas adhĂ©rer Ă  la pensĂ©e antisĂ©mite que le penseur n’a cessĂ© de dĂ©velopper et d’affirmer de son vivant. L’Ɠuvre, l’homme
 comment apprĂ©cier les opĂ©ras malgrĂ© les Ă©crits du thĂ©oricien ? Comment aimer Ă  ce point la magie de la musique et l’efficacitĂ© du drame wagnĂ©rien malgrĂ© les dĂ©rapages honteux du doctrinaire et du penseur radical ?

De quel opéra wagnérien, parlons-nous ?

godefroid-philippe-essai-sur-le-theatre-wagnerien-livre-critique-par-classiquenews-presentation-sur-classiquenews-reception-de-parsifalL’auteur assume totalement la lĂ©gitimitĂ© de son approche, dont l’analyse interroge l’oeuvre Ă  travers les positions souvent scandaleuses du penseur : « La question la plus intĂ©ressante demeure toutefois : comment se fait-il que des gĂ©nĂ©rations se sont elles-mĂȘmes aveuglĂ©es Ă  ce point, ont voulu envers et contre tout maintenir la fiction d’un Wagner Ă  la limite du philosĂ©mitisme, puis a minima auteur de musique « pure » ? La question dĂ©passe le wagnĂ©risme et concerne le pouvoir des images, c’est-Ă -dire le rapport que notre culture europĂ©enne entretient avec ses propres montages dogmatiques, avec l’instance dont elle estime ĂȘtre la fille et Ă  laquelle elle prĂ©tend rĂ©fĂ©rer son histoire. Et cela intĂ©resse l’ensemble des procĂ©dĂ©s de thĂ©Ăątralisation, de rĂ©cit, soit en dĂ©finitive notre relation au rĂ©el. C’est le vrai sujet de mon Essai. » Ainsi le lecteur oublierait sa capacitĂ© Ă  mesurer la pertinence du texte s’il ignorait que Philippe Godefroid est lui-mĂȘme metteur en scĂšne ; en homme de thĂ©Ăątre, son regard façonne manifestement l’intĂ©rĂȘt du texte : et finalement, inscrit la question fondamentale : comment en toute conscience mettre en scĂšne Wagner aujourd’hui ? On le voit Ă  chaque nouvelle production, les mĂȘmes rĂ©actions, les mĂȘmes polĂ©miques (on l’a encore vu lors de la – magnifique- nouvelle production du Ring Ă  Bastille, mise en scĂšne par Gunther KrĂ€mer). Que l’on soit pour ou contre, Ă  torts ou Ă  raisons, Wagner interroge lui-mĂȘme la scĂšne lyrique, et la reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale avec l’acuitĂ© d’un compositeur de gĂ©nie : c’est Ă  dire qu’il nous tend le miroir bon an mal an, ciblant toutes les sources d’une catastrophe humaine, de l’Apocalypse annoncĂ© : « Le combat est ailleurs. Il concerne ce dont rend compte la crispation autour du Regietheater idĂ©al, celui qui traitera bientĂŽt par force du retour des nĂ©onazis et autres populistes nationalistes racistes sur des bancs lĂ©gitimĂ©s par les urnes, ou d’affaires comme celle de la Judensau de Wittenberg, ou qui par force toujours finira par interroger les attributs modernes du statut de victimes, ou qui obligera les Églises europĂ©ennes Ă  reconsidĂ©rer leur thĂ©ologie bien plus vite et plus radicalement que selon les procĂ©dĂ©s habituels, ce qui ne sera pas forcĂ©ment un bien absolu, tandis que l’unique systĂšme Ă©conomique dont l’homme ait vraiment rĂ©ussi Ă  se doter, le capitalisme, entame sa derniĂšre mutation, dĂ©bridĂ©e, fouettĂ©e par la virtualisation du monde et par le remplacement du vivant par un vivant de synthĂšse monnayable. À moins que nous ne soyons dĂ©jĂ  condamnĂ©s sans vouloir le savoir par les effets probables du dĂ©rĂšglement climatique, auxquels rĂ©pondent avec un synchronisme troublant et pas forcĂ©ment coĂŻncidentiel les dĂ©rĂšglements des relations communautaires et internationales. »

PensĂ©e libre, regard acĂ©rĂ© sur les mises en scĂšnes de Parsifal – certaines dĂ©routantes, irrespectueuses, gadgets ou anecdotiques, Philippe Godefroid signe un essai passionnant qui outrepasse son sujet wagnĂ©rien, pour interroger le sens, la finalitĂ© et les moyens de la mise en scĂšne d’opĂ©ra. L’opĂ©ra est un genre qui a prouvĂ© sa pĂ©rennitĂ© grĂące aux questionnements fondamentaux qu’il suscite toujours, mais Ă  trop vouloir nous imposer une dictature de l’image (prĂ©cisĂ©ment de la vidĂ©o), Ă  trop chercher l’original et le dĂ©calĂ© en guise de renouvellement critique de la scĂšne, les directeurs risquent de tuer le veau d’or et sclĂ©roser encore davantage l’asphyxie qui a lieu aujourd’hui dans les salles fermĂ©es.
« S’il existe un prĂ©sent nĂ©cessaire du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien — et du thĂ©Ăątre tout court — le voici. Or le thĂ©Ăątre se nourrit de dramaturgie, certes, mais s’écrit d’abord sur des scĂšnes et sans doute doit-on rĂ©inventer celles-ci hors des maisons closes que sont devenus les opĂ©ras traditionnels coincĂ©s entre l’orgiaque musical et le sadomasochisme scĂ©nique. La contestation radicale du Gesamtkunstwerk comme apogĂ©e artistique ressemblera peut-ĂȘtre Ă  la pulvĂ©risation du veau d’or, le jour oĂč l’on cessera de croire que le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien dont nous avons besoin est moins celui qui crucifie Wagner que celui qui nous montre comment Wagner crucifie l’homme auquel nous devrions aspirer. Mais ce combat, probablement, n’est plus que d’arriĂšre-garde. À l’avant, existent d’autres urgences », dĂ©clare Philippe Godefroid. PolĂ©mique voire provocateur (en parlant d’”humanisme d’extrĂȘme droite” chez Wagner…), l’auteur tĂ©moigne du wagnĂ©risme en France, toujours aussi vivace et mordant depuis… son commencement avec Baudelaire.

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Philippe GODEFROID : ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scĂšne et rĂ©ception de Parsifal (Éditions L’Harmattan).

Nous empruntons les extraits de citations de Philippe Godefroid ici reproduites, Ă  son blog oĂč l’auteur a rĂ©digĂ© ainsi une prĂ©sentation trĂšs juste et subtile de son essai Ă©ditĂ© par L’Harmattan : LIRE le blog de Philippe Godefroid.
https://sites.google.com/site/leblogsitedephilippegodefroid/

Approfondir

 

DĂ©jĂ  paru :

Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan) / critique de mars 2014

http://www.classiquenews.com/livres-philippe-godefroid-wagner-et-le-juif-errant-une-hontologie-lharmattan/

 

COFFRET LUCIANO PAVAROTTI, présentation, analyse : the complete opéras recordings (DG, DECCA) : PART 1 / 4

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017COFFRET LUCIANO PAVAROTTI, analyse, prĂ©sentation : the complete operas (DG, DECCA). VOL. 1 / 4. Classiquenews suit les Ă©ditions discographiques majeures. Ce coffret de l’intĂ©grale des opĂ©ras enregistrĂ©s par le tĂ©nor lĂ©gendaire Luciano Pavarotti, Ă©ditĂ© pour les 10 ans de sa disparition (septembre 2007) constitue une somme dont la valeur artistique et esthĂ©tique demeure essentielle. La RĂ©daction de CLASSIQUENEWS prĂ©sente et analyse ce en quoi chacun des 4 lots de cd constituant cette intĂ©grale en 101 cd a rĂ©alisĂ© des enregistrements exemplaires, proposant toujours des perles lyriques dont il faut Ă©couter et rĂ©couter le sens et le raffinement formel
 A noter, si le coffret au phĂ©nomĂ©nal apport s’intitule “the complete opĂ©ra recordings”, il contient aussi les enregistrements des partitions sacrĂ©es tels le Requiem de Verdi, ou dĂ©jĂ  dans ce premier lot, le Stabat Mater de Rossini…

pavarotti_03 luciano tenorPAVAROTTI : the complee opera for DG and DECCA. Volume 1 / 4. On ne saurait trop souligner la valeur du coffret Ă©ditĂ© par Decca Deutsche Gramophone totalisant les grands rĂŽles qui ont marquĂ© la carriĂšre du tĂ©nor Luciano Pavarotti
 Ses dĂ©buts comme bel cantiste aux cĂŽtĂ©s de Joan Sutherland sous la baguette de l Ă©poux de cette derniĂšre Richard Bonynge : dĂ©jĂ  y rayonne un timbre exception taille comme un diamant pour l’expressivitĂ© subtile, l’art des phrasĂ©s faciles naturels d’une chaleur dans l’aigu et le suraigu sans Ă©quivalent alors.
Le bellinien et le donizettien (qu’il restera toute sa vie) allait devenir par cette maestria linguistique et poĂ©tique un verdien ardent un Puccini en Ă©loquent et profond comme en tĂ©moigne dĂ©jĂ  le contenu du premier volet d’enregistrements ici prĂ©sentĂ©s analysĂ©s.

DEBUTS BELLINIENS DU JEUNE TRENTENAIRE
 Les 2 premiers enregistrements londoniens sous la baguette de Richard Bonynge et aux cÎtés de la stratosphérique Sutherland
 attestent de la subtilité premiÚre du chant de Luciano Pavarotti, alors jeune trentenaire (il est né le 12 octobre 1935 à ModÚne). Dans Beatrice di Tenda (1966), son Orombello captive par sa tendresse solaire et le sentiment de compassion directe, sincÚre pour la diva sacrifiée.

Dans La Fille du RĂ©giment (1967), mĂȘme dĂ©licatesse incisive, et intensitĂ© franche pour son Tonio, de surcroĂźt chantĂ© en français : incandescence du timbre, ardeur et agilitĂ© des aigus enfilĂ©s en un legato souverain et continu d’une musicalitĂ© impĂ©riale jamais forcĂ©e ni prise en dĂ©faut, ni nĂ©gociĂ©e et contournĂ©e
 Sa prestation pour le finale du I, « Ah mes amis », est portĂ©e par une ivresse jubilatoire car le timbre brille
 palpite, frĂ©tille. La santĂ© vocale et la juvĂ©nilitĂ© triomphe, mais sans artifices.

En 1968, il se prĂȘte Ă  la rĂ©habilitation de L’Amico Fritz de Mascagni, comĂ©die sentimentale, dans le sillon tracĂ© par l’inusable BohĂšme de Puccini, pour lequel, Pavarotti retrouvera bientĂŽt sa fidĂšle partenaire (avec Joan Sutherland) : Mirella Freni. Ici Ă  Londres aussi, Pavarotti prĂȘte sa voix ardente au rĂŽle-titre, Fritz Kobus. DerriĂšre la figure du personnage, le timbre colorĂ©, nuancĂ©, clair exprime les sentiments de l’individu.

Pour sa part, le Requiem de Verdi, version Solti en octobre 1967 est captĂ© dans la Sofiensaal de Vienne ; – comme le visuel de couverture de cette version Ă  la fois incisive et organiquement exaltĂ©e, le chef d’origine hongrois allie avec une force nuancĂ©e, la pointe sĂšche, linĂ©aire, cursive du dessin de Michel Ange (le Jugement dernier de la Sixtine) et aussi sa formidable musculature nerveuse et plastique : lui rĂ©pond le sens du legato et de la couleur du tĂ©nor dans son fameux solo : «  Ingemisco » (cd 5, plage 8 : 3mn36) oĂč le timbre souffle les braises


 

 

 

PAVAROTTI luciano the complete opera recordings decca set box review critique cd by par classiquenews

 

 

DER ROSENKAVALIER, version Solti, 1968
 L’hĂ©donisme dĂ©taillĂ©, la finesse du trait et la nostalgie viennoise qui regarde vers l’opulence mozartienne de Johann Strauss, le faiseur de valse, mais revivifiĂ©e par le gĂ©nie chromatique de Richard Strauss, Ă©blouissent grĂące Ă  la baguette somptueusement flexible et suavement dramatique de Solti, maĂźtre de cĂ©rĂ©monie Ă  Vienne pour ce Rosenkavalier de rĂ©fĂ©rence (Sofiensaal, novembre 1968)
 AprĂšs le rĂ©veil de la MarĂ©chale et de son amant, soit la divine RĂ©gine Crespin et son Oktavian (Yvonne Minton, le mezzo qu’adulait Solti et qu’il associa Ă  ses lieder de Mahler), voici, en guest star invitĂ©, le jeune et luxueux « singer » de Luciano Pavarotti, qui tient remarquablement son office de jeune stentor italianissime, Ă  la flamme ardente, rĂ©chauffant le dĂ©cor rococo de la MarĂ©chale Ă  son lever, un tableau chamarrĂ©, pĂ©tulant, digne de Versailles. LĂ  encore le legato, le phrasĂ© de ce chanteur alla veneziana brĂ»le d’une ardeur
 irrĂ©sistible. Pavarotti met le feu


pavarotti jeune tenor luciano-pavarotti-2-1385995078-view-0En 1970, Luciano Pavarotti retrouve Ă  Londres, ses partenaires belcantistes habituels, soit le duo Joan Sutherland et le chef Richard Bonynge, dans la comĂ©die L’ELISIR D’AMORE de Donizetti : l’abattage, la finesse percutante du timbre, le legato qui semble infini assurent Ă  son Nemorino, un tempĂ©rament dramatique Ă  l’ardeur permanente. Alors, quand surgit, aprĂšs la scĂšne collective Ă  perdre l’esprit (d’une ivresse rossinienne), son air solitaire du II « Una Furtiva lagrima », en sa profonde gravitĂ© (initiĂ© par le chant du basson), soudain surgit dans ce chant direct, une priĂšre dĂ©chirante dont la justesse d’intonation atteint le tragique le plus sincĂšre : un diamant bouleversant au sein d’une farce Ă©quivoque oĂč semblait vaincre les faux semblants et l’apparente insouciance. Sobre, presque dĂ©pouillĂ© de tout artifice, et d’une franchise instrumentale qui fait surgir, l’effroi glaçant de la sincĂ©ritĂ©, le timbre saisit par sa vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. Un must absolu. On ne trouvera pareille authenticitĂ© qu’avec son incarnation de Paillasse
 autre figure comique et tragique, dont la double nature produit la sĂ©duction.

Le premier RICCARDO du BALLO. En 1970 toujours, le premier Riccardo du Bal MasquĂ© (un Ballo in maschera de Verdi) de Pavarotti sĂ©duit par son ardeur, sa coupe fiĂ©vreuse, celui du jeune souverain Ă©pris malgrĂ© lui, et en dĂ©pit de ses valeurs de loyautĂ©, de la femme de son meilleur ami (Renato : impeccable et noble Sherill Milnes). Pavarotti offre cette lumiĂšre ardente de son timbre solaire au personnage qui a choisi malgrĂ© lui, malgrĂ© la dignitĂ© de sa fonction royale, de suivre les Ă©lans de son coeur. Une prise de rĂŽle Ă©poustouflante qui assurera par la suite, la rĂ©ussite de ses reprises sur scĂšne et les rĂ©alisations plus rĂ©centes au disque (dont celle Ă  Londres dirigĂ© par Solti, 12 ans plus tard, en 1982). On y voit clairement la mystique instrumentale de Verdi qui d’abord par le violoncelle (comme dans Don Carlo pour Felipe II) exprime les tourments du destin le plus Ă©prouvant, puis rĂ©alise l’apothĂ©ose du hĂ©ros sur le volant souple de la clarinette. Riccardo pourra ainsi dire adieu Ă  son aimĂ©e, affronter la mort qu’on lui avait prĂ©dit, accepter la vengeance de son ami Renato, dans un renoncement ultime et le sacrifice de sa propre vie dans le respect de son amitiĂ© Ă  Renato. Le roi accepte de payer le tribut de cet amour interdit qu’il a fait sien malgrĂ© lui. Avant Pavarotti, aucun tĂ©nor n’avait Ă  ce point fouillĂ© la psychĂ© du personnage, dĂ©vorĂ© entre son dĂ©sir, son devoir, ses valeurs.

Et enfin MACDUFF supplante MACBETH.. Du roman noir, des tĂ©nĂšbres de l’horreur tirĂ©s du drame originel de Shakespeare, Verdi fait surgir d’abord l’espoir du chƓur des opprimĂ©s (dĂ©but du IV), puis la lumiĂšre, tel un poignard vengeur et vainqueur, du chant dĂ©chirant d’humanitĂ© du tĂ©nor, ici Macduff qui chante la vertu de la rĂ©sistance et de la lutte (contre le couple Macbeth qui a tuĂ© sa femme et ses enfants). Il n’en fallait pas moins pour exalter parmi l’assistance, les patriotes italiens, et faire de Verdi, le compositeur de l’unitĂ© italienne contre l’Autriche. Avant Domingo dans le mĂȘme rĂŽle, Pavarotti Ă  l’étĂ© 1970, Ă  Londres fait valoir son diamant vocal iridescent et roboratif, en une priĂšre ardente, humaniste contre toutes les tyrannies («  O figli, figli miei. »)
 Un seul air suffit Ă  comprendre l’enjeu de son personnage (le cri d’un pĂšre et d’un mari endeuillĂ© et dĂ©truit), et l’horreur d’un opĂ©ra qui voudrait victimiser le couple des bourreaux. Rien ne peut effacer les crimes commis au nom du pouvoir. La prĂ©sence de Dietrich Fischer Dieskau et de la Souliotis dans les rĂŽles du couple Macbeth, accrĂ©dite encore la valeur de l’enregistrement pilotĂ© par le chef efficace mais peu dĂ©taillĂ© : Lamberto Gardelli.

Autre registre sous la baguette racĂ©e, Ă©ruptive et incisive, formidablement prĂ©cise et spirituelle d’Ivan Kertesz, Ă  Londres toujours en 1970 et 1971, dans un Stabat Mater de Rossini, inscrit dans une vision d’apocalypse oĂč le chant des solistes perce comme des lueurs d’espoir, incarnĂ©s, fortement individualisĂ©s, implorant la rĂ©mission et le grand pardon
 Dans le premier air, « Cujus animam », Pavarotti colore son intensitĂ© au diapason d’une humanitĂ© maudite en quĂȘte de salut justement
 Ă  Ă©couter d’urgence.

pavarotti 360_l_pavarotti_09054 PERSONNAGES CLÉS : Le duc, Edgardo, Rodolfo, Calaf
 De linsouciance cynique Ă  l’amour Ă©perdu le plus suave. Les 4 derniers ouvrages de ce premier lot (sur les 4 au total de l’intĂ©grale des opĂ©ras enregistrĂ©s par Luciano Pavarotti), soulignent les affinitĂ©s en terme de caractĂšre du tĂ©nor, avec 3 personnages clĂ©s de sa carriĂšre, – aprĂšs les Riccardo et Nemorino : le Duc de Mantoue (et sa romance solaire aux aigus sublimement tenus : « La donna Ăš mobile », dĂ©claration cynique au III, qui justifie son insouciance criminelle (Rigoletto de Verdi, direction : Richard Bonynge Londres 1971). Pavarotti cristalise la fragilitĂ© presque touchante de ce prince qui ne cultive que la satisfaction de son dĂ©sir et demeure totalement sourd au tragique du couple Rigoletto / Gilda. Qu’il a de classe, de tempĂ©rament, fĂ©lin, ardent au charme irrĂ©sistible, grĂące Ă  un chant tout en clartĂ© et legato, franchise de l’émission et aigus d’une richesse harmonique jamais entendue avant lui. La prĂ©sence de Joan Sutherland dans le rĂŽle de Gilda, de Sherill Milnes dans celui de Rigoletto ajoute au crĂ©dit de cette version typique du dĂ©but des annĂ©es 1970.

C’est ensuite, un retour au belcanto romantique le plus pur : celui de Lucia di Lammermoor de Donizetti, avec les mĂȘmes : Sutherland (Lucia) et Richard Bonynge, Ă  Londres en juin 1971 Ă©galement (quelle santĂ© vocale pour le tĂ©nor qui enchaĂźne les rĂŽles importants) : ici, son Edgardo Rawenswood brille d’une humanitĂ©, faite loyautĂ© et compassion, d’une gravitas – sobre, recueillie, pudique, qui assure Ă  la fin de l’ouvrage la couleur funĂšbre, inĂ©luctable de la partition ; car ici, le fiancĂ© qui s’est Ă©loignĂ©, comprend que Lucia son aimĂ©e est morte
 (« Tombe degli avi miei
 » ). Solitude endeuillĂ©e, impuissante fureur
 l’amant dĂ©possĂ©dĂ© tel OrphĂ©e ne peut que chanter sa (sublime) priĂšre face au destin indiffĂ©rent. La ligne, les phrasĂ©s, le soutien, le style, l’articulation (sans aucun effet artificiel), le sens de l’intensitĂ© expressive
 outre la qualitĂ© du timbre et l’ampleur de la technique, sa sĂ»retĂ© comme sa « facilitĂ© », son naturel,
 font de Luciano Pavarotti un belcantiste affĂ»tĂ©. QualitĂ© qui assure Ă  ses Verdi et Puccini, leur finesse de phrasĂ©.

Divin RODOLFO dans LA BOHEME, version Karajan (oct 1972).
Cette premiĂšre moisson riche en accomplissements, s’achĂšve avec ses deux Puccini, propres au dĂ©but des 1970’ies. D’abord son Calaf, anthologique sous la direction de Zubin Mehta, TURANDOT, Ă  Londres, Ă©tĂ© 1972 (avec Sutherland dans le rĂŽle titre, et la Caballe en LiĂč..) ; enfin, en octobre 1972, LA BOHEME oĂč son Rodolfo brille d’une poĂ©sie qui rĂ©gĂ©nĂšre l’approche d’un Carlo Bergonzi : poĂšte et chanteur, nouvel OrphĂ©e parisien sous les combles romantiques de la misĂšre artistique, cette BohĂšme qui ne cesse de pleurer et de s’émouvoir mais avec quel tact et quel style : Luciano Pavarotti trouve une partenaire idĂ©ale en Mirella Freni dans le rĂŽle de Mimi (version Karajan, – Ă  Berlin avec les Philharmoniker, qui parviennent Ă  exprimer tout ce qu’a d’onirique et de rugissant l’orchestration de Puccini). Un must absolu.

 

 

 

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A suivre
 COFFRET PAVAROTTI / The complete operas recordings / for DG et DECCA. Volume 2 / 4.

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017LIRE aussi notre prĂ©sentation du coffret PAVAROTTI / The complete operas recordings for DG et DECCA (101 cd), paru en octobre 2017, pour les 10 ans de la mort de Luciano Pavarotti. IdĂ©al cadeau de NoĂ«l 2017, le coffret reprĂ©sente Ă  ce jour une somme inestimable pour tout amateur de lyrique, en particulier d’opĂ©ras italiens romantiques, de Rossini, Bellini, Donizetti, aux plus tardifs, Verdi, Puccini sans omettre les vĂ©ristes : Mascagni, Giordano, Leoncavallo, Cilea…etc… Must absolu et coffret au trĂšs riche contenu, de surcroĂźt comme nous le prĂ©cisions dans notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rique, idĂ©alement Ă©ditorialisĂ©, avec photos, illustrations (des enregistrements) et prĂ©sentation des ouvrages et intĂ©grales ainsi rĂ©Ă©ditĂ©es et pour certains titres prĂ©sentĂ©s en BLU RAY PURE AUDIO.

 

 

 

CD, opéra événement, annonce. DEBUSSY : PELLEAS ET MELISANDE. Rattle, LSO (Londres, 2016)

DEBUSSY-PELLEAS-melisande-simon-rattle-LSO-kozena-gerhaer-finley-critique-review-cd-par-by-classiquenewsCD, opĂ©ra Ă©vĂ©nement, annonce. DEBUSSY : PELLEAS ET MELISANDE. Rattle, LSO (Londres, 2016). LE PELLEAS ATMOSPHERIQUE, ENIGMATIQUE DE RATTLE. OpĂ©ra impressionniste, opĂ©ra atmosphĂ©rique, opĂ©ra climatique : la transparence et la fluiditĂ© tour Ă  tour aĂ©rienne, empoisonnĂ©e, Ă©nigmatique que Simon Rattle sait distiller Ă  la tĂȘte du LSO, faisant miroiter toutes les qualitĂ©s suggestives de l’orchestre londonien, affirment ici une rĂ©elle maĂźtrise et orchestrale et dramatique. Les cordes ont une tension parsifalienne (surtout dans les prĂ©ludes des derniers actes), les flĂ»tes Ă  la fois lĂ©gĂšres, lumineuses et profondĂ©ment mystĂ©rieuses expriment avec une grande Ă©lĂ©gance, la comprĂ©hension du chef et des instrumentistes vis Ă  vis du sommet lyrique français postromantique. Le timbre Ă©pais, au grain tendre de la mezzo Magdalena Kozena (Madame Rattle Ă  la ville) ajoute Ă  cette conception inscrite, magnifiquement repliĂ©e dans le mystĂšre et l’imprĂ©cision temporelle. La lecture mĂ©rite absolument cet enregistrement captĂ© sur le vif au Barbican de Londres en janvier 2016. D’autant qu’un diseur alchimiste narrateur dans le lied, Christian Gerhaher se prĂȘte Ă  la prosodie spĂ©cifique du français de Debussy
 VoilĂ  qui confirme l’affinitĂ© bienheureuse des Britanniques Ă  l’endroit du romantisme français. Il y avait Colin Davis chez Berlioz; y aurait-il Ă  prĂ©sent, maĂźtrisant les effectifs du LSO, Rattle chez Debussy ? Must absolu et prochaine grande critique le 6 octobre 2017, dans le mag cd, dvd livres de classiquenews.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, opĂ©ra Ă©vĂ©nement, annonce. DEBUSSY : PELLEAS ET MELISANDE. Rattle, LSO (Londres, janvier 2016 – 3 SACD + 1 disc Pure Audio Blu-ray / LSO live). London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus. Avec : Magdalena KoĆŸenĂĄ (MĂ©lisande), Christian Gerhaher (PellĂ©as), Gerald Finley (Golaud), Bernarda Fink, Franz-Josef Selig, Joshua Bloom, Elias MadlĂ«r. Sir Simon Rattle, direction.

 

 

LIRE AUSSI
Autre cd LSO critiqué par classiquenews : Schuman : Das Paradies und die Peri / La Paradis et la Péri / Rattle

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-schumann-das-paradies-und-die-peri-rattle-lso-live-2015/

 

 

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KEIN LICHT de Philippe Manoury, création française

Kein Licht 2 de Philippe ManouryStrasbourg, Paris. KEIN LICHT de PHILIPPE MANOURY, les 22 sept, 18 oct 2017. OpĂ©ra prĂ©apocalyptique, PĂ©nombre annonciatrice … A 65 ans, Philippe Manoury dont nous avions beaucoup apprĂ©ciĂ© son opĂ©ra « K » (2001), poĂ©tique, efficace, tout en grisaille colorĂ©e, en nuances orchestrales d’un rare raffinement (avc un sentiment d’étuve sonore), prĂ©sente en 2017, son nouvel opĂ©ra, engagĂ©, mordant, 
inspirĂ© par la catastrophe nuclĂ©aire de Fukushima (2011). CrĂ©Ă© en avant-premiĂšre Ă  la Ruhrtriennale le 25 aoĂ»t dernier, KEIN LICHT occupe l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin ce 22 septembre 2017 (Ă  Strasbbourg, Manoury avait prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© son ouvrage lyrique antĂ©rieur La nuit de Gutenberg, 2011), puis occupera la scĂšne de l’OpĂ©ra-Comique le 18 octobre suivant.

 
 
 

OpĂ©ra prĂ©apocalyptique, PĂ©nombre annonciatrice …

 
 

En rĂ©alitĂ© c’est l’OpĂ©ra-Comique qui passe commande au compositeur d’un ouvrage lyrique inspirĂ© de l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek qui a Ă©crit un texte sur la catastrophe nuclĂ©aire de Fukushima (mars 2011). L’opĂ©ra reprend Ă  son compte la dĂ©nonciation d’un monde infĂ©odĂ© Ă  la technologique Ă©nergĂ©tique, oubliant ce qui peut provoquer sa propre fin. L’humanitĂ© est fragile mais les citoyens et surtout les politiques s’emmurent dans un dĂ©ni collectif : impossible d’envisager l’impensable : l’apocalypse. Sans vraiment prendre parti, pour ou contre le nuclĂ©aire (l’Allemagne elle a tranchĂ©), Manoury exploite le prĂ©texte dramatique de l’idĂ©e de catastrophe. Le compositeur rĂ©alise aussi ce qui lui tient Ă  coeur : rĂ©inventer la forme lyrique par un nouveau dispositif, libre, ouvert (en particulier aux formes thĂ©Ăątrales contemporaines), et qui peut en cours de reprĂ©sentation, toujours Ă©voluer : en somme une forme inachevĂ©e et mouvante, a work in progress
 12 instrumentistes rĂ©alisent la musique Ă©lectronique en temps rĂ©el, aux cĂŽtĂ©s de chanteurs et d’acteurs car la voix parlĂ©e comme le chant codifiĂ© sont prĂ©sents, imbriquĂ©s, affrontĂ©s, confrontĂ©s
 L’informatique permet au compositeur d’inventer des sĂ©quences au moment de la crĂ©ation et pour chaque reprĂ©sentation, alternant, complĂ©tant un schĂ©ma structurel qui lui est composĂ© de tableaux qui eux ont Ă©tĂ© prĂ©alablement Ă©crits et finalisĂ©s. Le dĂ©raison et la folie gouvernent le monde. Ici pas de personnages au sens d’incarnations fortes et de caractĂšres identifiables et expressifs, mais comme Ă  son habitude, des climats, des sensations qui aiguillonnent notre conscience, paniquent notre discernement
 Philippe Manoury nous alerte – mĂȘme s’il ne se dit pas engagĂ© : sa musique vivante, connectĂ©e, appelle Ă  la prise de conscience, tout en dĂ©veloppant une suite de lamentos poignant oĂč il s’agit de recouvrer notre humanitĂ© ; celle vĂ©ritable qui retrouve la voie d’une alliance harmonique avec la nature. DĂ©fi perdu d’avance. Et si Kein Licht (aucune lumiĂšre) Ă©tait le chant ultime avant la catastrophe ?

 

 

 

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KEIN LICHT de PHILIPPE MANOURY
Thinkspiel, création française
Strasbourg, les 22, 23, 24 et 25 septembre 2017
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Paris, Opéra-Comique
Mercredi 18 octobre 2017, 20h
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