Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 11 aoĂ»t 2018. BRAHMS : Nelson Freire, piano

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-5Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018.. Brahms. Dvorak  Nelson Freire. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman. Concert Ă©vĂšnement qui nous permet de retrouver Nelson Freire, devenu trop rare sur la scĂšne, et dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Le deuxiĂšme Concerto de Brahms, l’un des plus longs du rĂ©pertoire, a toujours eu beaucoup de succĂšs. Moins rĂ©volutionnaire que le premier il a pourtant peu de facilitĂ©s tant il est exigeant en ses quatre mouvements. Le public n’a pas le loisir d’apprĂ©cier directement une virtuositĂ© transcendante et pourtant la technique du pianiste doit ĂȘtre parfaite. Mais plus que cette technicitĂ©, c’est la musicalitĂ© qui doit dominer avec une texture orchestrale liĂ©e intimement au piano. Et c’est tout l’art entremĂȘlĂ© qui sert de fil conducteur Ă  ce vaste voyage. DĂšs les premiĂšres interventions du piano de Freire, une puissance et une autoritĂ© bienveillante se posent.

Sacré à La Roque,
Nelson Freire, « Empereur du Piano »

L’orchestre est bouillonnant et un peu brouillon, tant la fougue du chef pousse le son. C’est petit Ă  petit que le miracle de musicalitĂ© diffusĂ© dans chaque note par le pianiste brĂ©silien gagne l’orchestre ; lequel se met au diapason des fines nuances du soliste et chante en rĂ©ponse Ă  ses Ă©lans belcantistes.  On ne sait comment cette puissance, sans aucune violence de Nelson Freire s’est construite mais ce soir c’est lui qui petit Ă  petit a façonnĂ© cette belle interprĂ©tation du deuxiĂšme concerto de Brahms. DĂšs la reprise du superbe thĂšme l’orchestre a gagnĂ© en souplesse et en tenue. Le jeu du pianiste est plein de nuances de couleurs et son geste peut ĂȘtre patte de velours comme toutes griffes dehors,
 sans jamais aller au delĂ  du beau et du noble.
Jamais de notes frappĂ©es agressivement y compris dans les fortissimi. Les nombreux jeunes collĂšgues dans le public ce soir puissent- t-ils en tirer les leçons qui conviennent afin d’en faire des poĂštes ! Le deuxiĂšme mouvement trouve un orchestre plus disciplinĂ© et plus musical. Le dialogue entre orchestre et pianiste se fait plus intime et plus poĂ©tique. L’écoute est de grande qualitĂ© et la rĂ©activitĂ© de Lio Kuokman est pleine de finesse comme d’admiration, confrontĂ© au jeu extraordinaire de Nelson Freire. C’est l’Andante sous le ciel provençal et dans la quiĂ©tude qui porte les moments de la plus grande poĂ©sie en musique.

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-1

 

 

Le temps suspendu au milieu des arbres, les cigales muettes, le violoncelle (le jeune soliste est digne du plafond de la Chapelle Sixtine) dialogue avec le pianiste, tout l’orchestre fond de bonheur. Nelson Freire joue dans des couleurs nocturnes sublimes et la musique coule, coule, coule
 C’est le bonheur absolu en poĂ©sie et musique. Rien ne semble pouvoir ĂȘtre plus beau. Le final devient une symphonie avec piano d’une intrication des plus envoĂ»tantes. Le piano de Freire est absolument souverain ; le chef Kuokman joue avec son orchestre qui devient ductile et mĂȘme charmant. Les pointes d’humour de Freire font mouche et trouvent un Ă©cho symphonique de qualitĂ©.

Les accords finaux font exulter le public qui Ă  l’applaudimĂštre sacre Nelson Freire. Le bis accordĂ© par le vieux sage nous replonge dans la nuit de poĂ©sie de l’andante avec un Nocturne tout Ă  fait dĂ©licieux de Paderewski qu’il interprĂšte avec beaucoup de profondeur.

Dans la deuxiĂšme partie, l’orchestre si aimĂ© pour sa grande Ă©nergie et sa rĂ©activitĂ© va ce soir nous dĂ©cevoir dans un tube du rĂ©pertoire symphonique. Je ne sais pas ce qui c’est passĂ© mais Lio Kuokman au lieu de diriger l’orchestre, et de garder la poĂ©sie comme guide, le laisse jouer et l’encourage Ă  d’avantage d’expression (trop) extĂ©rieure. Il nĂ©glige de phraser pour au contraire construire des accents qui sont parfois des Ă -coups. Cette symphonie du Nouveau Monde prend alors des allures d’AmĂ©rique Ă  la Trump. Gros cuivres ne sachant pas sortir de la nuance forte, cors fĂąchĂ©s trop souvent avec la justesse, hautbois manquant de prĂ©sence, cor anglais nasillard et percussion d’une autre galaxie. Seuls les cordes semblent tenir leur rang. La sublime mĂ©lodie populaire du largo manque son effet d’émotion inconsolable. Et le final prend une allure guerriĂšre aux accents belliqueux, bien peu rassurants. Une fin de soirĂ©e Ă  oublier.
Il restera nĂ©anmoins le souvenir d’une trĂšs belle interprĂ©tation du deuxiĂšme Concerto de Brahms par l’inoubliable Nelson Freire qui Ă©gale presque Ă  73 ans, ses versions discographies de rĂ©fĂ©rence (dont celle indĂ©passable avec R. Chailly). La Roque sait rendre hommage au gĂ©ant Nelson Freire et l’accueil du public le sacre une nouvelle fois Empereur de la musicalitĂ© au clavier. A suivre.

 

 

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bĂ©mol majeur Op.83 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur Op.95 «  du Nouveau Monde » ; Nelson Freire, piano ; Sinfonia Varsovia ; Lio Kuokman, direction. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Guy. L.Vogt. Royal Northern Sinfonia.

Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Beethoven. François–FrĂ©dĂ©ric Guy. Lars Vogt. Royal Northern Sinfonia. Les alĂ©as climatiques rares mais sĂ©vĂšres ont conduit le festival Ă  annuler la nuit Beethoven du 9 aoĂ»t. Mais le courage de Lars Vogt est si grand qu’il a convaincu son orchestre de jouer le 10 aoĂ»t, le concert prĂ©vu et de rajouter les deux Concertos de Beethoven prĂ©vus la veille. Il y a donc eu deux concerts se suivant, permettant d’écouter trois concertos de piano parmi les  plus difficiles et la pĂ©nultiĂšme symphonie de Mozart. DĂ©tailler toutes les interprĂ©tations serait fastidieux Ă  lire. Je me contenterai donc de l’impression gĂ©nĂ©rale de chaque Ɠuvre. Mais avant tout je dois dire que je n’ai jamais ressenti quelque chose de comparable lors d’un concert. Car ce soir dĂšs les premiĂšres notes j’ai Ă©tĂ© traversĂ© par un sentiment de vivre un moment aussi exceptionnel que dangereux, et ce sentiment d’urgence ne m’a quittĂ© qu’avec les derniĂšres notes du concerto l’Empereur. Et jamais je n’ai ressenti autant de plaisir lors d’un bis alors que souvent je les trouve superflus ou mĂȘme impudiquement voir irrespectueusement  rĂ©clamĂ©s.

Concert de Titans Ă  La Roque

Le Royal Northern Sinfonia installĂ© et accordĂ©, le chef Lars Vogt entre, l’allure sportive est dĂ©cidĂ©e, sans estrade, il dirige Ă  main nue. Nous voyons un chef trĂšs proche de son orchestre, vigilant Ă  s’adresser Ă  chacun en permanence. La rĂ©activitĂ© de l’orchestre britannique est sensationnelle, chacun semblant sur le qui vive. Depuis trois ans le travail entre le chef et l’orchestre est palpable.  Leur interprĂ©tation de la cĂ©lĂ©brissime 40Ăšme symphonie de Mozart dĂ©bute avec une grande prĂ©cision spatiale permettant une Ă©coute attentive de tous les plans. La fermetĂ© et l’énergie dĂ©ployĂ©e par le chef allemand font grande impression et la majestĂ© de ce premier mouvement, la belle charpente et la superbe structure se dĂ©ploient parfaitement. Le deuxiĂšme mouvement, Andante, s’assouplit et chante superbement. Par contre j’ai trouvĂ© que le traitement un peu ferme de Lars Vogt, son sens des accents et la fermetĂ© de sa main rĂ©ussissent moins dans le Menuet, trop brutal, et le final manque de lĂ©gĂšretĂ© comme d’allant naturel. Mais l’orchestre est superbe de timbres, tout du long.

Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-7Pour le Concerto de Schumann, François-FrĂ©deric Guy rentre en scĂšne concentrĂ© et souriant. Le regard entre le chef et le soliste Ă©voque d’emblĂ©e confiance et admiration rĂ©ciproque. Lars Vogt dirige avec une Ă©nergie non mesurĂ©e et fait un lien constant entre chaque instrumentiste et le soliste. Leur interprĂ©tation de ce concerto sera hors normes. L’énergie partagĂ©e entre Guy et Vost est admirable et le premier mouvement avance Ă  grande vitesse sans jamais mollir. L’intermezzo est souple et allant, comme une dĂ©tente bienvenue. Les belles phrases des cordes, particuliĂšrement celle des violoncelles, sont sublimes avec les commentaires Ă©mus du piano de Guy. La construction chambriste est absolument parfaite. Le final est vivifiant et la puissance inhabituelle donnĂ©e Ă  ce mouvement fait grande impression sur le public. Pourtant les moments d’effusions lyriques sont prĂ©sents et le dialogue avec l’orchestre est Ă©mouvant, les doigts de Guy sachant alterner grande puissance et douceur ineffable. Cette trĂšs belle interprĂ©tation a un succĂšs retentissant et François-FrĂ©dĂ©ric Guy revient pour un bis de Brahms tardif
 un Intermezzo interprĂ©tĂ© avec beaucoup de sensibilitĂ©.

AprĂšs l’entracte nous avons donc une nouvelle configuration avec Lars Vogt en dĂ©miurge qui dirige et joue le 3Ăšme et le 5Ăšme concerto de Beethoven.
Certes Vogt n’est pas le premier Ă  diriger du piano les concertos de Beethoven mais la maniĂšre du chef allemand, pleine de musicalitĂ© est aussi habitĂ©e par une urgence communicative. Le fait que le concert de la veille soit donnĂ©, en ce qui concerne les deux concertos ce soir, rajoute au challenge. Le troisiĂšme concerto est trĂšs facile d’écoute car traversĂ© par une Ă©vidence de beautĂ© sans conflits. Il est comme une charniĂšre entre les premiers post mozartiens, et les deux suivants plus rĂ©volutionnaires.
Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-12MĂȘme si des moments plus douloureux affleurent, Beethoven sachant sa surditĂ© installĂ©e et Ă©volutive il demeure aimable et sĂ©duisant le plus souvent. La beautĂ© du tutti d’introduction est faite d’énergie et de souplesse, sorte de caractĂ©ristique de la musicalitĂ© de Lars Vogt. L’entrĂ©e du piano est bien entendue facilitĂ©e par le fait d’avoir un pianiste-chef en terme de phrasĂ© et d’élan mais la concentration n’est pas totalement au rendez vous immĂ©diatement. Pourtant rapidement tout avance facilement Vogt ne se levant que lors des tutti et dirigeant d’un geste ou du regard avec beaucoup d’efficacitĂ© dĂšs que ses doigts sont libres. Les dĂ©parts seuls de l’orchestre sont parfois un peu abruptes (cors) mais le premier violon fonctionne comme un chef d’attaque trĂšs efficace. La connexion du regard entre le pianiste et l’orchestre est trĂšs efficace. L’andante a la subtilitĂ© attendue avec un dialogue chambriste entre le basson, la flĂ»te, le piano et les pizzicati, tout cela est de toute beautĂ©. Le rondo final avance vers sa lumineuse conclusion avec beaucoup de brillant et d’élan. Le public exulte devant cette interprĂ©tation si fermement tenue.
Le Concerto l’Empereur est le plus exigeant de Beethoven, celui qu’il n’a pas pu jouer ni diriger, mais qui demande tant sur tous les plans. La question de l’entente du pianiste et du chef ne se pose pas, les moments de grande fusion sont trĂšs rĂ©ussis et l’écoute mutuelle va de soi. Pourtant ce concerto nous convainc moins avec un chef-pianiste. En effet l’attention de l’écoute se porte sur les Ă©lĂ©ments de phrasĂ© qui ne sont pas poussĂ©s Ă  fond quand la phrase orchestrale et pianistique et inversement se complĂštent ou se superposent. C‘est peu de choses mais cela mĂ©rite d’ĂȘtre signalĂ©. Tout ceci n’a pas entachĂ© l’immense privilĂšge que nous a offert Lars Vogt musicien complet, sorte de dĂ©miurge, capable de gĂ©rer parfaitement sa partie de piano, la relance de l’orchestre et ses tournes de page sur sa tablette. La performance laisse sans voix et Vogt est irriguĂ© de musique, la partage avec la mĂȘme Ă©nergie au piano comme en dirigeant. La version chef-pianiste est trĂšs intĂ©ressante et ce soir tout Ă  fait enthousiasmante, mais ne saurait supplanter celle avec deux entitĂ©s distinctes. En tout cas il faut un musicien d’une trempe exceptionnelle et ce soir Lars Vogt, par son brio, a Ă©tĂ© l’homme de la situation. Cette nuit des concertos restera dans les mĂ©moires comme incroyablement riche et stimulant. « Ce soir,  3 concertos sinon rien  ».

Il n’y a qu’à La Roque que de tels dĂ©fis sont possibles avec ce panache et cette bonne humeur ! Le bis si rĂ©confortant annoncĂ© par le dĂ©miurge Vogt : « Bonne nuit de Janacek »  ne pouvait mieux ĂȘtre choisi ni interprĂ©tĂ©. Merci Ă  la pluie ! Mais surtout a Lars Vogt et son extraordinaire orchestre de Sage Gateshead !

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 Aout 2018. Wolfgang AmadĂ©us Mozart (1756-1791) : Symphonie n°40 en sol mineur K.550 ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur Op.54 ; Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur Op.37 ; Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bĂ©mol majeur Op.73 «  L’Empereur » ; François –FrĂ©dĂ©ric Guy , piano ( Schumann) ; Lars Vogt, piano (Beethoven) ; Orchestre Royal Northern Sinfonia ; Direction : Lars Vogt. Illustration : © Christophe Gremiot – double portrait : © Getty / ©MaxPPP -La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Lien pour Ă©couter ce fabuleux concert sur France-Musique :

https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/elgar-schumann-mozart-par-francois-frederic-guy-le-royal-northern-sinfonia-et-lars-vogt-63886

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, L’EmpĂ©ri, le 6 aoĂ»t 2018. Bach. Pahud. Teuscher. Berner. GarcĂ­a AlarcĂłn.

Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 6 Aout 2018. Bach. Pahud. Teuscher. Berner. GarcĂ­a AlarcĂłn. AprĂšs le concert si iconoclaste de la veille, le sĂ©rieux avec lequel Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn a organisĂ© le programme de ce concert tout Bach laisse admiratif. Que de la musique de la plus belle teneur, faisant se succĂ©der charme, humour et profondeur sur le passage du jour Ă  la nuit dans cette admirable cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri.

Bach rĂšgne en grĂące Ă  Salon

emperi 6 aoutL’acoustique si prĂ©cise et chaleureuse permet dĂšs les premiĂšres notes de la Sonate BWV 1034 de dĂ©couvrir le trĂšs belle alchimie crĂ©er par les trois admirables musiciens rĂ©unis ce soir. La basse continue rĂ©alisĂ©e par Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn au clavecin et Zvi Plesser au violoncelle fonctionne comme une entitĂ© souple et amicale qui tisse un tapis moelleux sur lequel la flĂ»te d’Emmanuel Pahud peut planer avec Ă©lĂ©gance et nuancer Ă  loisir. La sonoritĂ© de cette flĂ»te Boehm n’a rien Ă  envier en rondeur et couleur aux flĂ»tes baroques. La maniĂšre tranquille et toute en douceur d’Emmanuel Pahud permet de dĂ©guster la beautĂ© en toute sĂ©rĂ©nitĂ© de cette sonate. L’équilibre parfait dans l’andante permet un dialogue chambriste de pure grĂące entre les trois musiciens et les trĂšs touchantes variations de Pahud dans la reprise sont d’une Ă©lĂ©gance absolument dĂ©licieuse. L’allegro final retrouve la prĂ©cision des traits et le dialogue  parfois malicieux ou mĂȘme musclĂ© entre les trois musiciens. Jamais le flĂ»tiste ne tire Ă  lui l’attention et toujours, il relance le dialogue nuancĂ© et colorĂ© avec ses collĂšgues dont l’énergie est entraĂźnante.

Une piĂšce de musique de chambre pleine d’esprit et de complicitĂ© dĂ©bute donc le programme et obtient un magnifique succĂšs auprĂšs du public. Emmanuel Pahud, l’un des meilleurs flĂ»tistes actuels est chĂ©ri du public et celui de Salon lui est totalement acquis. Les deux cantates suivantes intimistes sont deux faces du gĂ©nie de Bach. L’humour de cette « KafĂ© Kantate » a Ă©tĂ© bien mis en valeur ce soir par une Ă©quipe trĂšs soudĂ©e sous la direction lĂ©gĂšre et modeste de Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn au clavecin. Martin Berner est un pĂšre bougon et au final trĂšs sympathique. Sa terrible fille est la trĂšs charmante Lydia Teuscher qui joue et chante sa partie avec beaucoup d’élĂ©gance. La voix est magnifique et se dĂ©ploie avec facilitĂ© dans les volutes que Bach lui a composĂ©es. L’air accompagnĂ© par la flĂ»te trĂšs Ă©lĂ©gante de Pahud est un vrai petit bijou. Son air final est plein de sous entendus savoureux et le brillant du timbre y fait merveille comme la sagacitĂ© de l’interprĂšte.
La deuxiĂšme cantate, « Ich Habe genug », encore plus intimiste est d’une tout autre nature, le recueillement du public a Ă©tĂ© parfait et les interprĂštes ont su avec grand art, faire preuve de toute la noblesse requise. Martin Berner a chantĂ© ses deux airs avec beaucoup de bontĂ© et une ligne vocale parfaitement conduite. Le hautbois subtil et Ă©mouvant de François Meyer a marquĂ© de la beautĂ© de son timbre le premier air si dansant. Le timbre opulent du baryton sachant s’éclairer dans les aigus pour Ă©voquer la lumiĂšre cĂ©leste. Dans le deuxiĂšme air les graves tenus dans le bas la tessiture mettent en valeur la voix du chanteur. Le texte assez fort se veut un appel Ă  la mort serein voir impatient. C’est ainsi que le dernier air a Ă©tĂ© confiĂ© Ă  la voix si lumineuse et pure de Lydia Teuscher. Les vocalises semblent si faciles Ă  cette voix agile que la confiance dans cette mort espĂ©rĂ©e est une rhĂ©torique lumineuse.
Quel bonheur de sentir tous ses interprĂštes si liĂ©s et si heureux d’offrir cette si belle partition au public en toute modestie.
Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn a choisi un trĂšs beau programme qui obtient beaucoup de succĂšs.
Jusqu’à la surprise finale qui fait son petit effet sur le public. La sicilienne et badinerie de la Suite en si mineur de Bach reste un moment de grande plĂ©nitude pour Emmanuel Pahud qui entourĂ© de ses amis a ce soir osĂ© danser et mĂȘme swinguer dans ce final si brillant. Il l’a fait, comme chaque fois, et mĂȘme exulter avec un art incomparable. Il Ă©tait entendu de rendre hommage au gĂ©nie de Bach qui a tant comptĂ© pour Schumann comme pour Brahms. Et nul doute que Bach aurait aimĂ© entendre au CafĂ© Zimmermann les interprĂštes si unis de ce soir.

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Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 6 aoĂ»t 2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi mineur pour flĂ»te et basse continue BWV 1034 ; Cantate du cafĂ© BWV 211 ; Cantate « Ici Habe genug » BWV 82 avec : Emmanuel Pahud, flĂ»te ;  François Meyer, hautbois ; Daishin Kashimoto et Maja Avramovic, violon ; Lilli Maijala, alto ; Zvi Plesser, violoncelle ; Lydia Teuscher, soprano ; Martin Berner, baryton basse ; Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, clavecin.

Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’EmpĂ©ri, le 1er aoĂ»t 2018. Schumann. Bernstein
 Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau.

IMG-3897Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’EmpĂ©ri, le 1er aoĂ»t 2018. Schumann. Bernstein
 Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau. Le troisiĂšme concert du 26Ăš Salon de Musique Ă  l’EmpĂ©ri a manquĂ© d’avorter sous la pluie mais la remarquable rĂ©activitĂ© de chacun a sauvĂ© les instruments des effets de l’humiditĂ© et le public a pu regagner ses places sans mal, l’orage passĂ©. La suite du concert n’en a Ă©tĂ© que plus 
 intense. Programme variĂ© mĂȘlant bien des styles et des configurations. Les pages Ă  quatre mains de Schumann sur des images orientales sont en fait peu exotiques mais trĂšs belles. C’est un admirable mĂ©lange de nuances, d’émotions et de style parfaitement assumĂ©, comme Schumann en a le secret.

EFFUSION CHAMBRISTE A L’EMPERI

Les deux pianistes ont su avec Ă©lĂ©gance laisser la musique se dĂ©velopper au grĂ© des pensĂ©es. Geoffroy Couteau Ă  la basse a mis en valeur la profondeur harmonique avec de belles couleurs. Plus lĂ©ger Eric Le Sage a gardĂ© un son pur et assez droit. L’équilibre a trĂšs bien fonctionnĂ© et la diversitĂ© de la partition a permis une entrĂ©e agrĂ©able et progressive dans l’écoute musicale. Puis la rare Sonate pour clarinette de Leonard Bernstein permet la poursuite vive et stimulante de l’écoute. Cette partition post romantique est lĂ©gĂšrement pimentĂ©e rythmiquement et harmoniquement. Elle met particuliĂšrement en valeur les qualitĂ©s de charme de la clarinette et une virtuositĂ© gĂ©nĂ©reuse en effets, lesquels sont bienvenus et toujours savoureux. Il y a dans cette premiĂšre partition publiĂ©e de Bernstein, l’amour que d’autres compositeurs ont Ă©prouvĂ© pour l‘instrument, mais dans le cas du flamboyant compositeur amĂ©ricain, persiste quelque chose de l’amour pour le clarinettiste dĂ©dicataire de l’Ɠuvre, aimĂ© follement avec la fougue de la jeunesse.
Le Trio de Beethoven est une adaptation de la main du maĂźtre de son sextuor avec clarinette, basson et cordes. Le succĂšs de cette adaptation a Ă©tĂ© fulgurant et Beethoven lui-mĂȘme en a Ă©tĂ© agacĂ©. Pourtant il faut reconnaĂźtre qu’à travers le temps, cette Ɠuvre garde beaucoup de sĂ©duction. Ce soir les trois musiciens ont acquis une trĂšs belle complicitĂ© qui conduit Ă  une interprĂ©tation irrĂ©sistible. La composition encore trĂšs classique de Beethoven convient particuliĂšrement Ă  Eric Le Sage. Son jeu trĂšs structurĂ©, ferme, impeccable convient Ă  merveille dans la belle partie pianistique de ce trio. Son jeu s’épanouit dans la tenue parfaite qui est la marque du pianiste. La clarinette de Paul Meyer a toute l’élĂ©gance et la dĂ©licatesse requise. Les nuances sont renversantes de sensibilitĂ© et de classe. Le legato est un vĂ©ritable rĂȘve de bel canto. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est parfait d’intelligence musicale et d’humour. Dans les parties pleines d’esprit, il est remarquable de prĂ©sence chaleureuse et amusĂ©e. Un grand artiste lui aussi qui se rĂ©jouit en jouant avec une sorte d’insouciance et de pur bonheur.
L’interlude de la pluie loin de paniquer les artistes les amuse et ils reprennent le trio lĂ  oĂč ils l’avaient laissĂ© sans le moindre effort. Tout nous paraĂźt encore plus admirable ensuite. L’écoute en plein air avec cette qualitĂ© acoustique et ce bien-ĂȘtre, reste un trĂšs grand atout de ce beau festival.
En deuxiĂšme partie de concert, le grand Trio de Brahms va nous amener sur des sommets d’émotion. La violoniste Natalia Lomeiko rejoint Claudio Bohorquez et Geoffroy Couteau. Le pianiste qui nous disait vouloir enregistrer la musique de chambre avec piano de Brahms tient lĂ  deux collĂšgues parfaitement adaptĂ©s Ă  son jeu si profond. Car c’est la texture harmonique rendue Ă  sa vĂ©ritable puissance que le piano de Geoffroy Couteau nous invite. Sur cette extraordinaire structure, les deux cordes peuvent chanter du plus profond de leurs Ăąmes. Et la talentueuse violoniste sait faire chanter avec puissance, tendresse ou voluptĂ© son violon. Le son est plein et solaire. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est la sĂ©duction incarnĂ©e. Il jubile, regarde sa partenaire souvent, et semble se faire un jeu d’enfant de sa somptueuse partie. Les grands Ă©lans romantiques sont assumĂ©s avec panache et les murmures pianissimo, pleins de tendresse amoureuse. La rondeur du son et le jeu de couleurs sont de grande beautĂ©. Le lien entre les trois musiciens est constamment renouvelĂ©. L’écoute entre eux est permanente, Ă©mue elle ne cache pas le plaisir de l’écoute  de l’autre. Le jeu des trois interprĂštes atteint une fusion des plus chaleureuses. La passion qui Ă©mane de ce trio fait un grand effet sur le public qui rĂ©serve un triomphe aux artistes. Belle rencontre qui semble trĂšs prometteuse. Nous ne pouvons qu’espĂ©rer un enregistrement prochain. Notons que la version choisie du Trio de Brahms est la premiĂšre, la plus longue, qui est traversĂ©e par le souffle du romantisme enthousiaste de la jeunesse. Brahms n’avait que 20 ans lorsqu’il l’a composĂ© et l’a donnĂ© Ă  Ă©diter.
TrĂšs belle soirĂ©e musicale : le souffle du romantisme de Brahms a soufflĂ© puissant et irrĂ©sistible dans la cour de l’EmpĂ©ri ce soir.

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Compte rendu concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon. Salon de Provence. ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, 1er Aout 2018. Robert Schumann (1910-1856) : Bilder aus Osten op.66 ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Sonate pour clarinette et piano ;  Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio en mi bĂ©mol majeur op.38 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes n°1 en si majeur op.8 ; Paul Meyer, clarinette ; Natalia Lomeiko, violon ; Claudio Bohorquez, violoncelle ; Eric Le Sage et Geoffroy Couteau, piano. Photo : © Hubert Stoecklin

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Mendelssohn. Brahms. Quatuor ZaĂŻde


Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Mendelssohn. Brahms. Mozart. Quatuor ZaĂŻde.  Horiot. Couteau. Meyer. Michel Portal.

Quel amour de la musique partagée !

mozart wolfgang _doris_stockminiTitre beau et qui peut s’interprĂ©ter de bien des maniĂšres : « Michel Portal quel amour ! ». Pour ma part je trouve simple de faire Ă©tat de l’amour pour l’instrument comme pour des solistes qui a permis aux trois compositeurs de ce soir d’écrire de si belles piĂšces pour la clarinette. Mozart connaissait Anton Stadler depuis des annĂ©es ; il est heureux d’enfin pouvoir composer  pour lui dans ses derniĂšres annĂ©es de sa vie. Mendelssohn a Ă©crit ses deux duos concertants pour ses amis pĂšre et fils clarinettistes de grand talent, les BĂ€rmann. Enfin Brahms a eu un vĂ©ritable coup de foudre pour le jeu du clarinettiste Richard MĂŒhlfeld ce qui lui a redonnĂ© envie d’écrire en sa fin de vie. Ce soir est donc dĂ©diĂ© Ă  cet amour mĂȘlĂ© pour l’instrument et le musicien interprĂšte.
Et l’hommage va Ă  un vĂ©ritable monument de musicalité : Michel Portal. Il est capable de suggĂ©rer cet amour pour l’instrument si parfaitement jouĂ©. Il incarne le musicien hyper douĂ© qui inspire les compositeurs. Michel Portal est aussi bien reconnu comme musicien classique que comme jazzman. Il forme avec Paul Meyer un duo d’une amicale complicitĂ©, bien connu. Ce soir les deux piĂšces de Mendelssohn leur permettent ce sublime Ă©quilibre entre virtuositĂ© au sommet et musicalitĂ© la plus raffinĂ©e. Le legato des clarinettes Ă©voque les plus belles divas romantiques interprĂ©tant Bellini. Les traits de virtuositĂ© sont dignes de la folie de Rossini. Et le sĂ©rieux comme la rigueur des deux clarinettistes sont Ă©clairĂ©s par une sorte de distance humoristique que leur permet leur aisance technique. Au clavier, Geoffroy Couteau est un partenaire attentif, vivant et lui aussi plein d’esprit.
En ouverture et fin de concert, les deux compĂšres exultent de joie et font fondre le public dans les deux duos de Mendelssohn.
Le Trio de Brahms pour clarinette, violoncelle et piano est toujours un peu dans l’ombre du sublime Quintette que nous avons entendu hier soir. Las dans ce concert rien ne permettra de changer les choses alors que je trouve que ce trio recĂšle de vrais moments, aussi sublimes que le quintette. Si Paul Meyer et Geoffroy Couteau sont parfaits dans un bel engagement romantique, la violoncelliste Hermine Henriot est tout simplement hors du propos. Ses affĂšteries et son jeu maniĂ©rĂ© sont incomprĂ©hensibles dans cette partition. Son jeu limitĂ© au piano et mezzo forte et son timbre terne sont trĂšs en dessous des attentes. Un duo pourtant parfait ne peut faire un trio avec l’ombre d’un violoncelle.

Puis le Quintette de Mozart met Michel Portal au centre du Quatuor ZaĂŻde. Ces quatre superbes musiciennes sont comme aux petits soins pour le clarinettiste. Les gĂ©nĂ©rations s’admirent mutuellement et le rĂ©sultat est un vĂ©ritable moment de grĂące. Seule une importune cigale mettra un temps ses stridences rythmiques entre la musique et le public. Mais elle rendra les armes au cours du sublime Andante devant la leçon de legato de Michel Portal. Car ce n’est pas autre chose qu’une musicalitĂ© absolue de poĂ©sie qui naitra entre le quatuor et Portal. Ce Quintette aussi sublime que le concerto pour clarinette est l’une des pages les plus originales et simplement belles de Mozart. La reprise de l’andante dans une nuance pianissimo est un moment magique, le menuet et ses deux trios offre des Ă©changes pleins de complicitĂ©s entre tous les musiciens. Les variations du final sont autant de moments de bonheur partagĂ©s, chaque instrument Ă©coutant l’autre pour mieux lui offrir ses plus belles phrases. Les musiciennes du Quatuor ZaĂŻde sont pleines d’énergie maĂźtrisĂ©e et mĂȘme d’un certain panache qu’elles mettent au service de la clarinette magique de Michel Portal. Que d’amour pour cette musique de Mozart ! Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© et ravi.

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Compte rendu concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence,  ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Felix Mendelssohn (1809-1847) : PiĂšce de concert en fa mineur n°1 op.113 et en rĂ© mineur n°2 op.114 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur, op.114 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette pour clarinette et cordes en la majeur K.581. Quatuor ZaĂŻde ; Hermione Horiot, violoncelle ; Geoffroy Couteau, piano ; Michel Portal et Paul Meyer, clarinette.

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, L’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Brahms. Quatuor van Kuijk


Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Brahms. Quatuor van Kuijk ; Le Sage. Couteau. Meyer. Un trĂšs gĂ©nĂ©reux concert a ouvert les soirĂ©es musicales au ChĂąteau de l’EmpĂ©ri dans le cadre du 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Si la cour du chĂąteau de L’EmpĂ©ri n’est pas trĂšs vaste ce n’est pas la cour des petits mais des trĂšs grands. AgencĂ©e sur un coin la scĂšne triangulaire permet de dessiner un parterre de face, et de part et d’autres deux gradins.

Comme Brahms est aimé à Salon !

BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018L’intimitĂ© nait instantanĂ©ment dans la belle couleur chaude de la pierre alors que le soleil n’est pas encore couchĂ©. Ce passage vers la nuit entre chien et loup convient admirablement Ă  la musique de Brahms. DĂšs les premiers accords du somptueux Quintette avec piano, la longue phrase se dĂ©veloppe pour s’amplifier, et avec une Ă©motion puissante, elle entraine le public dans cet extraordinaire voyage. Le Quatuor van Kuijk est parcouru par une belle flamme romantique. Le premier violon a une sonoritĂ© lumineuse et planante. Alto et violoncelle plus modestement prĂ©sents colorent avec une admirable profondeur ce vaste paysage. Le deuxiĂšme violon avec une vivacitĂ© de regard d’une rare intelligence fait le lien entre tous les musiciens et semble se rĂ©galer de toutes les beautĂ©s musicales. Le premier mouvement est traversĂ© par un vaste souffle plein de romantisme Ă©chevelĂ©. Le deuxiĂšme mouvement (Andante) permet de dĂ©couvrir d’avantage les qualitĂ©s admirables d’écoute et de rĂ©activitĂ© des musiciens. Eric Le Sage qui jusque lĂ  Ă©tait simple accompagnateur avec une prĂ©cision et fiabilitĂ© exemplaire est plus prĂ©sent. Mais, il laisse toujours aux cordes le soin des couleurs et les propositions de nuances, son piano restant comme en retrait. La magie de ce mouvement de haute inspiration envahit la cour alors que la lumiĂšre solaire dĂ©croit. Les rythmes souples les dynamiques subtiles, les couleurs mordorĂ©es des cordes font merveille et la souplesse Ă©lĂ©gante du piano de Le Sage complĂšte l’harmonie. Le temps est comme suspendu et le dĂ©hanchement si dĂ©licatement suggĂ©rĂ© Ă©voque quelque danse Sud AmĂ©ricaine dans cette chaude soirĂ©e de Provence. Les syncopes du Scherzo raffermissent le propos et la dynamique repart de plus belle. Le final est Ă©blouissant dans sa marche vers une fin hors des tonalitĂ©s. Le souffle de Brahms a passĂ© comme un vent plein de surprises sur ce merveilleux quintette.

Comme une Ă©pure le piano des quatre ballades permet un voyage beaucoup plus intime grĂące au jeu plein de sensibilitĂ© de Geoffroy Couteau. Cet artiste qui a enregistrĂ© une trĂšs belle intĂ©grale de la musique pour piano de Brahms aborde ces Ballades avec une sorte de recueillement et beaucoup de respect. La recherche de nuances profondĂ©ment creusĂ©es, le tempo mesurĂ© et la maniĂšre d’habiter les silences, avec des couleurs et de phrasĂ©s subtilement choisis, offrent une interprĂ©tation bouleversante. La poĂ©sie brahmsienne se dĂ©veloppe et ces piĂšces de relative jeunesse sont dĂ©jĂ  rendues Ă  leur incroyable nouveautĂ©, Ă  leur audacieuse composition. Sous les doigts de Geoffroy Couteau, le « jeune aigle » Ă©voquĂ© par Schumann en parlant de Brahms, vole haut, trĂšs haut. En poĂšte du piano, le voyage aux paysages infinis de variĂ©tĂ© qu’il nous offre, culmine avec un legato de rĂȘve dans la derniĂšre ballade. Moment d’émotion rare en cette lumiĂšre dĂ©clinante entre chien et loup. Le public ovationne l’interprĂšte si inspirĂ©, avec effusion.
quatuor van kuijk concert a poitiers janvier 2018 presentation annonce par classiquenewsAprĂšs l’entracte le Quatuor van Kuijk revient pour le quatuor de Debussy. Cette Ɠuvre eut un mauvais accueil Ă  sa crĂ©ation mais fait partie aujourd’hui des « classiques » ; il est trĂšs aimĂ© du public comme des interprĂštes. Son originalitĂ© est telle que chaque interprĂ©tation me permet d’en dĂ©couvrir un nouvel aspect. Ce soir je trouve que c’est la richesse rythmique que mettent en valeur les interprĂštes. Les couleurs sont belles, les nuances Ă©lĂ©gantes et les dynamiques trĂšs maĂźtrisĂ©es. C’est avec plaisir que la personnalitĂ© musicale de l’alto se rĂ©vĂšle et que le violoncelle laisse un peu sa partition pour d’avantage regarder ses collĂšgues. Le premier violon est toujours aussi lumineux et le deuxiĂšme violon peut d’avantage briller tout en gardant ce si beau regard vif et bienveillant, capable de sĂ©curiser la tourne de partition de son collĂšgue avec Ă  propos. Ce jeune quatuor a beaucoup Ă  dire et c’est un plaisir de dĂ©guster ses propositions interprĂ©tatives.
Pour finir ce concert particuliĂšrement riche, le Quatuor accueille en son sein la clarinette de Paul Meyer. Le quintette avec clarinette de Brahms va donc terminer la soirĂ©e, la nuit est tombĂ©e et le jeu d’ombre et de lumiĂšre de cette partition tardive de Brahms va enchanter le public l’amenant dans les contrĂ©es rĂȘvĂ©es de la douce mĂ©lancolie de Brahms qui nous ouvre les portes de l’éternitĂ©. Paul Meyer rayonne de bontĂ© et les jeunes musiciens du quatuor mettent tout leur art au service de la beautĂ© laissant Ă  la clarinette cette place centrale si singuliĂšre. Comme si ce coup de foudre de Brahms pour la clarinette se rejouait sous nos yeux ce soir. Paul Meyer a des sonoritĂ©s envoutantes de douceur comme de puissance expressive. Ses phrasĂ©s sont portĂ©s Ă  leur ultime souffle expressif et les attaques peuvent avoir la douceur d’un baiser. Les regards se rencontrent avec bonheur le jeu est millimĂ©trĂ© et plein de souplesse Ă  la fois. Les nuances sont poussĂ©es trĂšs loin et les couleurs irisent la chaude nuit provençale. Ce quintette atteint au sublime dans l’interprĂ©tation de ce soir. Le partage a Ă©tĂ© total. Le public exulte et fait un triomphe Ă  ces artistes si attachants. Ainsi donc un magnifique concert ouvre ces nuits musicales dans une promesse de merveilles toujours renouvelĂ©es.

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Compte rendu concert. 26 iĂšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette avec piano en fa mineur, op.34 ; Quatre ballades pour piano, op.10 ; Quintette pour clarinette et cordes en si mineur op.115 ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor Ă  cordes en sol majeur. Quatuor van Kuijk ; Eric Le Sage et Geoffroy Couteau, piano ; Paul Meyer, clarinette.

Compte-rendu, opéra. ORANGE, le 9 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Schrott / Jean-Louis Grinda / Nathalie Stutzmann.

Compte rendu OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 9 juillet 2018. Arrigo Boito :  Mefistofele. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda ; Direction musicale, Nathalie Stutzmann. Arrigo Boito a osĂ© avec son Mefistofele ĂȘtre trĂšs proche du chef d’Ɠuvre de Goethe. Malheureusement, c’est une version remaniĂ©e et Ă©courtĂ©e de moitiĂ© qui a eu la faveur du public Ă  Bologne aprĂšs l’échec Ă  la Scala. La version  prĂ©sentĂ©e ce soir est la troisiĂšme qui eut enfin du succĂšs Ă  Milan. C’est en tout cas une merveille d’intelligence. Le combat spirituel entre Mefistofele et le vieux Dieu a toute sa place 
 Boito est certainement le seul compositeur /librettiste  qui a Ă©tĂ© capable d’une synthĂšse aussi intĂ©ressante des deux Faust de Goethe.

La mise en scĂšne de Jean-Louis Grinda est grandiose et belle sachant toujours respecter la partition. La place donnĂ©e aux chƓurs, entre allure concertante des anges ou folie heureuse, et Ă  l’opposĂ© extravertie Ă  l’excĂšs des chƓurs de foule, est admirable. Les dĂ©cors sont intelligents ; ils permettent de suivre toute l’action avec tact. Les costumes sont magiques pour les anges, que le vent a magnifiĂ©s ; c’est un vĂ©ritable arc en ciel de couleurs vives pour la foule pleine d’une vie foisonnante. Les lumiĂšres sont subtiles et les projections vidĂ©os du plus bel effet (les nuĂ©es cĂ©lestes !). Le tout rĂ©alise un beau travail  d’équipe qui apporte bien du bonheur au public. Dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique de Radio France est splendide Ă  chaque instant. Et Boito lui offre des moments spectaculaires ! La direction de Nathalie Stutzmann est merveilleuse d’intelligence et de fine musicalitĂ©. DĂ©jĂ  dans les concerts oĂč elle chante et dirige en alternance, j’avais Ă©tĂ© trĂšs convaincu par sa direction, puis  son beau geste  thĂ©Ăątral et nuancĂ© dans le  Messie de Haendel confirmĂ© encore la grande valeur de sa direction.

 

 

Tous sous le charme
du Mefistofele de Schrott et de la baguette de Stutzmann !

  

 
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Mais ce soir je dois dire combien son Ă©nergie heureuse et la beautĂ© de sa direction sont un enchantement constant. La sĂ©curitĂ© qui se dĂ©gage de sa prĂ©sence, la prĂ©cision du geste et l’obtention de superbes nuances sont de grand prix. Mais c’est surtout cette tenue du drame, ce lien parfait entre la scĂšne et l’orchestre sans oublier les chƓurs rĂ©partis sur toute la largeur de la vaste scĂšne mais Ă©galement en hauteur sur trois Ă©tages. Tous sans aucune faiblesse sont sous la main de la cheffe. VoilĂ  un vĂ©ritable « maestro di scena ». Bravo a cette premiĂšre femme qui a dirigĂ© avec cette rĂ©ussite incontestable au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange. Elle et l’orchestre ont eu une ovation particuliĂšrement bien mĂ©ritĂ©e aux saluts. Nous avons Ă©voquĂ© les chƓurs Ă  qui Boito demande beaucoup. Ils ont Ă©tĂ© particuliĂšrement prĂ©sents et efficaces. Admirablement coordonnĂ©s par Stefano Visconti. Les enfants ont Ă©tĂ© particuliĂšrement touchants. A chaque instant ils ont Ă©tĂ© dignes des fabuleuses pages que Boito leur a composĂ©es.

 

 

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La distribution qui jamais n’a dĂ©mĂ©ritĂ© est totalement sous le charme sulfureux du Mefistofele d’Erwin Schrott incarnation absolument irrĂ©sistible. La puissance de sĂ©duction de l’artiste est connue et totale dans un rĂŽle comme Don Juan et la planĂšte de l’opĂ©ra le sait. Mais le souffre qu’il met dans ce rĂŽle de diable est un rĂ©gal de chaque instant avec un humour d’une rare intelligence. Son jeu de scĂšne est si puissant que bien souvent c’est lui que l’on regarde alors que ses collĂšgues ne font que chanter. La voix semble naturellement belle et sonne sans efforts, dans une ligne souple envoĂ»tante. Sa silhouette parfois projetĂ©e de cĂŽtĂ© ou sur le mur de fond, est magnifique. Le costume, un superbe  manteau de cuir noir, est portĂ© sur le torse nu tatouĂ© donnant une vraie modernitĂ© Ă  ce diable tentateur. Que d’aucun auraient voulu voir triompher tant sa beautĂ© tĂ©nĂ©breuse enchaĂźne et captive. Le Faust de Jean-Francois Borras est vocalement irrĂ©prochable mais le jeu et l’allure de l’acteur sont bien trop convenus. BĂ©atrice Uria-Monzon qui vient d’obtenir un vrai triomphe en Lady Macbeth Ă  Toulouse nous surprend agrĂ©ablement. Si sa voix n’a ni la puretĂ© attendue dans Marguerita ni la beautĂ© sensuelle pour Elena, la tessiture est crĂąnement assumĂ©e et le jeu subtile de l’actrice permet d’incarner une Marguerita simple et Ă©mouvante (extraordinaire scĂšne de la mort) et une Elena amoureuse de Faust, sensuelle et noblement classique. Marie Ange Todorovitch dans un rĂŽle trop court arrive Ă  ĂȘtre marquante et drĂŽle, en somme inoubliable dans Marta ! Reinaldo Macias assume avec efficacitĂ© ses deux petits rĂŽles.

 

 

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Cette superbe soirĂ©e restera dans les mĂ©moires pour la superbe direction de Nathalie Stutzmann et le Mefistofele idĂ©al et irrĂ©sistible d’Erwin Schrott. La superbe partition de Boito a gagnĂ© sa place dans ce majestueux thĂ©Ăątre bien mieux que le Faust de Gounod rendu par cette comparaison Ă  sa sentimentalitĂ© bourgeoise, quand ce soir les murs ont tremblĂ© devant ce combat philosophique et Ă©pique superbement mis en scĂšne par Jean-Louis Grinda.
Le souffle du renouveau a effectivement soufflé sur les Chorégies 2018, il ira loin certainement et pour longtemps ce beau navire romain !

 

 
 

 
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mefistofele-opera-orange-schrott-erwin-borras-compte-rendu-critique-sur-classiquenewsCompte rendu OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 9 juillet 2018. Arrigo Boito (1842-1918) : Mefistofele, opĂ©ra en un prologue, quatre actes et un Ă©pilogue. Livret du compositeur d’aprĂšs Wolfgang Von Goethe. Version de milan de 1881. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda; DĂ©cors : Rudy Sabounghi ; Costumes : Buki  Shift; LumiĂšres : Laurent Castaingt ; VidĂ©os : Julien Soulier. Avec : Erwin Schrott, Mefostofele ; Jean-François Borras, Faust ; BĂ©atrice Uria-Monzon, Marguerita/Elena ; Marie-Ange Todorovitch, Martha ; Reynaldo Matias, Wagner/Nereo ; Valentine Lemercier, Pantalis ; ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice ; ChƓurs d’enfants de l’AcadĂ©mie de musique Rainier III-Monaco. Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti. Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction musicale : Nathalie Stutzmann.  Illustrations (grande largeur) © Ph. Gromelle / Orange 2018

 

 

Compte-rendu, opéra. TOULOUSE. Capitole, le 22 juin 2018. Mozart : La Clémence de Titus. Mc Vicar/Lambert. Orch Nat du Capitole. Cremonesi.

Compte-rendu, opĂ©ra. TOULOUSE. Capitole, le 22 juin 2018. Mozart : La ClĂ©mence de Titus. Mc Vicar/Lambert. Orch Nat du Capitole. Cremonesi. Cette belle production Ă©tait dĂ©jĂ  connue des toulousains (2012) ; la reprise reprĂ©sente une trĂšs belle fin de saison au Capitole. Le dispositif scĂ©nique trĂšs habile permet de passer des scĂšnes de reprĂ©sentation avec un grand gradin de profil, Ă  plus d’intimitĂ© par des pans mobiles qui dĂ©limitent des espaces plus intimes lors des moments le rĂ©clamant. Le jeu d’acteur est noble et plutĂŽt vivant. Le chƓur a Ă©galement une belle prĂ©sence. L’intelligence de la mise en scĂšne, son respect des exigences du genre sĂ©ria, son mĂ©lange de l’antique avec le XVIII Ăšme siĂšcle grĂące aux costumes est une trĂšs belle rĂ©alisation qui garde toujours une suprĂȘme Ă©lĂ©gance.

 
 

Sublime et théùtralité en parfaite harmonie

 
 
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L’action de cet opĂ©ra est un peu lente Ă  se construire mais le parallĂšle entre la montĂ©e de la tension dramatique et l’évolution vers toujours plus de splendeurs dans la partition de Mozart est une chose qui ne se dit pas assez. Dans cette mise en scĂšne, la montĂ©e en puissance du drame, oĂč la mort est partout aux aguets, la beautĂ© des divers airs est extraordinaire avec les instruments obligĂ©s pour Sesto et Vitellia. Ce soir dans la fosse les meilleurs bois sont prĂ©sents avec tout particuliĂšrement la si subtile clarinette de David Minetti. Vraiment cette double montĂ©e d’émotion entre le drame et le sublime de la musique fait grande impression sur le public dont la concentration reste entiĂšre jusqu’à la fin de l’opĂ©ra.

Le chef d’Ɠuvre mozartien est servi comme il se doit ce soir. Les interprĂštes sont tous remarquables. Le Titus de Jeremy Ovenden est parfait. Empereur digne et humain au jeu sensible et Ă  la voix admirablement conduite avec un timbre clair et souverain. Un trĂšs grand Titus, figure alliant jeu marquant et chant suprĂȘme. Le Sesto de Rachel Frenkel est tout aussi idĂ©al avec un jeu Ă©mouvant et un panache vocal teintĂ© de mĂ©lancolie qui fait merveille. J’irai jusqu’à Ă©voquer par la beautĂ© du timbre et l’engagement le Sesto de Teresa Berganza. Rachel Frenkel est une artiste complĂšte dont le chant et le jeu en une alliance profonde offrent de trĂšs beaux moments d’émotion. La Vitellia d’Inga Kalna est trĂšs impressionnante vocalement. Elle maitrise la terrible tessiture et la puissance est assez considĂ©rable. Je jeu est plus extĂ©rieur et ce personnage complexe semble ici un peu trop superficiel dans ces changements d’humeur.  L’actrice est un peu en deçà de celui de ses deux partenaires. Pour les rĂŽles plus en retrait Mozart a Ă©crit des airs remarquables et Julie Boulianne en  Annio sait transmettre une belle Ă©motion dans ces airs et son jeu trĂšs engagĂ© face Ă  Sesto. Sabina Puertolas en Servilia a dans le jeu une candeur et une noblesse incroyable. Mais la voix plus corsĂ©e que d’habitude, si elle donne du caractĂšre au rĂŽle, manque de la puretĂ© nĂ©cessaire.  Le Publio d’Aimery LefĂšvre a une belle prĂ©sence scĂ©nique mais la voix semble projetĂ©e avec effort et artifice manquant de naturel. Comme Ă  son habitude le chƓur du Capitole est magnifique.
Dans la fosse, nous l’avons dĂ©jĂ  signalĂ©, les instrumentiste sont superbes. Les bois mais aussi les cordes. Les cordes sont non mĂ©talliques et ont une lumiĂšre particuliĂšre. La direction d’Attilio Cremonesi est remarquable d’équilibre entre noblesse de ton et drame. Le lien fosse-scĂšne est renforcĂ© par la proximitĂ© de la fosse trĂšs haute. Le chef est prĂ©sent partout et soutient les chanteurs Ă  la perfection. La partition est limpide et tout avance avec facilitĂ©. Sa direction permet Ă  la partition si riche de Mozart de briller particuliĂšrement. Le public a fait un aussi grand triomphe aux chanteurs qu’aux musiciens et au chef.

 
   
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 22 juin 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La ClĂ©mence de de Titus, Opera seria en deux actes sur un livret de Caterino MazzolĂ  d’aprĂšs Metastase crĂ©Ă© le 6 septembre 1791 au ThĂ©Ăątre national de Prague. Production du ThĂ©Ăątre du Capitole. CrĂ©ation en coproduction avec le Festival d’Aix-en-Provence et l’OpĂ©ra de Marseille (2011). David Mc Vicar, mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e par Marie Lambert. David Mc Vicar, scĂ©nographie. Jenny Tiramani, costumes. Jennifer Tipton, lumiĂšres. Bettina Neuhaus,  dĂ©coratrice associĂ©e. Avec : Jeremy Ovenden, Tito. Inga Kalna, Vitellia. Rachel Frenkel, Sesto. Sabina PuĂ©rtolas, Servilia. Julie Boulianne, Annio. Aimery LefĂšvre, Publio. ChƓur du Capitole ; Alfonso Caiani, direction. Orchestre National du Capitole. Attilio Cremonesi, direction musicale. Illustrations : © P. Nin

 
   
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Ch Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin.

seguin_yannick_nezet_chef_maetroCompte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Chamber Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin. Un trĂšs beau concert force de proposition. Pour finir en beautĂ© une saison de grande qualitĂ©, les Grands InterprĂštes ont invitĂ© un chef connu Ă  Toulouse depuis bien 10 ans et qui est chĂ©ri du public. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin est un QuĂ©bĂ©cois inoubliable et irrĂ©sistible. Son Ă©nergie est celle d’un sportif. A la Halle-aux-Grains, il a dirigĂ© l’Orchestre du Capitole, le Rotterdam Philharmonic Orchestra et le Chamber Orchestra of Europe avec la mĂȘme fougue communicante. Ce soir avec le Chamber Orchestra of Europe, il est en pleine confiance et l’alchimie qui les lie, est belle Ă  voir. DĂšs les premiĂšres mesures de l’ouverture de la FiancĂ©e Vendue de Smetana, un tourbillon s’envole des seconds violons qui va gagner le quatuor Ă  corde progressivement avant d’embraser tout l’orchestre. La rapiditĂ© du tempo est folle et la musicalitĂ© pourtant dĂ©roule son charme sans prĂ©cipitation. La prĂ©cision des attaques, la virtuositĂ© de chacun donnent comme une ivresse au spectateur.

Avec l’arrivĂ©e sensuelle de la violoniste Lisa Batiashvili dans une superbe robe longue, la tension monte encore d’un cran. La jeune violoniste Ă©coute avec Ă©motion la longue introduction orchestrale du concerto de Brahms, que NĂ©zet-SĂ©guin dĂ©veloppe avec mĂ©thode et calme plan par plan. La montĂ©e progressive est de toute beautĂ© et l’entrĂ©e du violon un vrai bonheur. Tout le concerto passera comme par magie avec un sentiment de puissance, d’aisance, de beautĂ© pure. La jeune violoniste a un aplomb sidĂ©rant et ne fait qu’une bouchĂ©e de ce redoutable concerto. La puissance du jeu est inhabituelle et la maitrise technique laisse sans voix. La chaleur du son de la soliste est largement soutenue par la puretĂ© de l’orchestre qui sait tisser une texture aĂ©rĂ©e et lumineuse. Tout ceci met en valeur le jeu soliste. Voici une superbe interprĂ©tation avec des moments de tendresse particuliĂšrement Ă©mouvants entre le chef et la violoniste. Ils se retrouveront dans le bis associant les cordes de l’orchestre et de la soliste dans une adaptation d’un choral de Bach.

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsEn deuxiĂšme partie de concert, NĂ©zet-SĂ©guin ose une proposition interprĂ©tative trĂšs inhabituelle de la 3° symphonie de Brahms. Les premiers violons limpides plus que puissants ouvrent la symphonie en obligeant Ă  une Ă©coute renouvelĂ©e. Toute la chorĂ©graphie de NĂ©zet-SĂ©guin entraĂźne l’orchestre et le public Ă  sa suite dans une aventure incroyable. La qualitĂ© analytique de cette interprĂ©tation, la profondeur des nuances, les phrasĂ©s inhabituellement dĂ©coupĂ©s, tout donne un air de jeunesse Ă  cette partition si connue. MĂȘme le 3° mouvement valsĂ©, que d’aucun connaissent presque trop, prend une allure plus sensuelle et envoutante que de coutume. Il faut essayer de dĂ©crire la direction, de NĂ©zet-SĂ©guin. Il occupe toute l’estrade par des mouvements de jambe d’une grande souplesse, parfois Ă  la limite de tomber dans l’orchestre ou vers le public. Tout son corps accompagne ses phrases mais ce sont ses mains qui sont inouĂŻes. Il dirige par cƓur, et de ses mains entiĂšrement libres, il semble malaxer tendrement ou avec puissance, une pĂąte musicale, de celle qui deviendra brioche.
Incroyable direction qui renouvelle complĂštement cette symphonie, l’éloignant d’une prĂ©tendue tradition lourde et puissante. Le final sera le mouvement le plus rĂ©ussi dans une vivacitĂ© et un Ă©lan irrĂ©pressible. La douceur des nuances, l’audace des contrastes, conduisent vers un abandon sensuel terminal.
L’orchestre a une beautĂ© de son lumineuse et un Ă©clat particulier. Chaque instrumentiste a une soliditĂ© de soliste et chacun se met tout entier au service de ce chef d’exception. NĂ©zet-SĂ©guin ne reviendra probablement plus aussi souvent en Europe car la saison prochaine il sera au New York Metropolitan Opera et l’on sait les exigences d’une telle maison. Sa venue Ă  Toulouse Ă  l’invitation des Grands InterprĂštes prend donc une dimension de raretĂ© Ă©mouvante.

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Compte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Bedrich Smetana (1824-1884) : La fiancée vendue, ouverture. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre, en ré majeur, op.77 ; Symphonie n°3, en fa majeur, op.90. Lisa Batiashvili, violon. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nezet-Séguin, direction musicale.

Compte–rendu, concert. Toulouse, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Angelich. Orch Capitole de Toulouse. Sokhiev

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte–rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Nicolas Angelich, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. A nouveau l’alchimie complexe entre les musiciens de l’orchestre, son chef et l’organisation de la saison apporte un moment de pur bonheur au public toulousain puis parisien. Les concerts de l’Orchestre du Capitole de Toulouse Ă  Paris sont depuis plusieurs annĂ©es les plus prisĂ©s avec un taux de rĂ©servation parmi les plus prĂ©coces. Le succĂšs est au rendez vous chaque fois, et n’en doutons pas un instant ce sera avec un tel programme, la mĂȘme fĂȘte de beautĂ© qu’à Toulouse.

Sommet musical Ă  Toulouse et Paris

Les parisiens auront la chance de bĂ©nĂ©ficier de la fabuleuse acoustique de la vaste salle de la Philharmonie de Paris. Ce concert est marquĂ© par une occasion particuliĂšre. Bruno Montovani qui connaĂźt trĂšs bien l’Orchestre du Capitole comme compositeur en rĂ©sidence ou chef a rĂ©pondu de maniĂšre fort singuliĂšre Ă  la commande de l’Orchestre et de la Philharmonie de Paris. Son Quasi lento que les toulousains ont entendu en crĂ©ation mondiale est une piĂšce dĂ©diĂ©e Ă  l’un des instrumentistes les plus subtils de l’Orchestre du Capitole, le clarinettiste David Minetti. Ses sonoritĂ©s suaves ou mordantes sont apprĂ©ciĂ©es dans les soli orchestraux Ă  chaque fois, mais nous avons eu la chance Ă©galement d’entendre Ă  plusieurs reprises son interprĂ©tation sublime de dĂ©licatesse du concerto pour clarinette de Mozart, il est Ă©galement un chambriste trĂšs apprĂ©ciĂ©.  La piĂšce de Montovani est donc une sorte de rhapsodie pour clarinette et orchestre dans une libertĂ© formelle proche du Debussy du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune.

Montovani avec beaucoup d’humour Ă©voque un oiseau qui folĂątre puis trouve un compagnon de jeu tous deux rĂ©sistant Ă  plusieurs reprises Ă  quelques dangers figurĂ©s par des fortissimi brutaux de l’orchestre. Le dialogue avec l’orchestre n’est pas harmonieux, comme forcĂ©. Tugan Sokhiev est trĂšs attentif Ă  la perfection rythmique. Les sonoritĂ©s incroyablement colorĂ©es de David Minetti, son sens du phrasĂ© et ses nuances extrĂȘmes trouvent matiĂšre Ă  s’épanouir. Cette courte piĂšce est comme une mise en bouche piquante, comme stimulant l’appĂ©tit avant un repas de chefs d’Ɠuvre d’une grande richesse.

Le troisiĂšme concerto pour piano de Prokofiev est un magnifique moment de co-construction entre le soliste et le chef (Il dĂ©bute d’ailleurs par un beau solo de clarinette). Prokofiev a voulu regagner les faveurs du public en adoptant une Ă©criture moins rĂ©volutionnaire que dans le deuxiĂšme concerto. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le troisiĂšme est classique et sage
 La partition est gorgĂ©e de rythmes complexes et de piĂšges pour tous, que ce soit le super soliste ou l’orchestre. Les mĂ©lodies slaves sont facilement repĂ©rables mais comme diffractĂ©es dans les dĂ©veloppements. Ce qui fascine dans un concerto si complexe Ă  mettre en place, c’est le degrĂ© de complicitĂ© et de familiaritĂ© qui existe ce soir entre le soliste, le chef et les musiciens. La virtuositĂ© est brillamment rĂ©alisĂ©e avec des sourires de part et d‘autre dans une co-construction organique de chaque instant.
Nicholas Angelich est souverain. La virtuositĂ© est magnifiĂ©e par une musicalitĂ© royale et comme une distanciation pleine d’humour. Le toucher peut ĂȘtre dĂ©licat comme d’une puissance tellurique. Et que de subtiles colorations et nuances au sein de toutes ces notes rapides ! Tugan Sokhiev dirige Ă  main nue veillant aux Ă©quilibres, au moindre dĂ©part et couvant le soliste des yeux. Angelich est souvent comme en apesanteur semblant jouer sans aucun effort. Il ne semble faire que jeu des affrontements avec l’orchestre.
AprĂšs un tel moment de bravoure le public obtient avec fracas un bis, avec il faut le dire un brin de vulgaritĂ©. N’avait t-il pas eu assez de notes ?

La deuxiĂšme partie de concert associait Debussy et Ravel dans des moments orchestraux puissants et Ă©mouvants. Le triptyque la Mer de Debussy est une oeuvre Ă  la beautĂ© renversante, aux couleurs et aux Ă©vocations picturales. Jamais le lien entre images et sons ne peut ĂȘtre aussi subtil. Tugan Sokhiev et son orchestre ont Ă  prĂ©sent mĂȘlĂ©s en une symbiose unique la tradition française hĂ©ritĂ©e de Michel Plasson avec une opulence de sonoritĂ©s et de nuances, une prĂ©cision rythmique et une assurance dans les attaques, toutes qualitĂ©s qui importent tant au chef Ă©pris de tradition russe et qui font merveille ici comme dans tout le rĂ©pertoire. Il serait bien pingre de parler de recherche d’un son français devant une telle Ă©vidence de beautĂ©. La Mer de Debussy est un ocĂ©an Ă  la puissance inĂ©branlable comme Ă  la suavitĂ© colorĂ©e avec chaleur. La direction de Tugan Sokhiev est thĂ©Ăątrale devant les Ă©lĂ©ments mouvants. Tout vit et change, lumiĂšre solaire, air furieux ou eau dĂ©licate selon les instants du nycthĂ©mĂšre. Les gestes Ă  main nue de Tugan Sokhiev sont un ballet d’une beautĂ© et d’une suavitĂ© inouĂŻe. De ses mains diffuse toute la musique, avec autoritĂ© et bienveillance il obtient de l’orchestre tout ce qu’il veut. La beautĂ©
de cette Mer restera dans les mémoires. Mezzo qui a capté le concert et nous en donnera en Replay des reflets précieux.
Mais le concert admirablement construit en une richesse toujours croissante nous amĂšne au plus incroyable moment de musique. Les trois extraits de Daphnis et ChloĂ© dans une orchestration sublime de Ravel particuliĂšrement inspirĂ© ont Ă©tĂ© une vĂ©ritable apothĂ©ose. Chaque instrumentiste porte Ă  l’incandescence son jeu, et la direction de Tugan Sokhiev atteint des sommets dâ€˜Ă©lĂ©gance et de puissance expressive. Que de beautĂ© pour les yeux, les oreilles et de plĂ©nitude pour l’ñme Ă©prise de beautĂ© et d’absolu. Le thĂ©Ăątre, la danse sont prĂ©sentes dans ces trois instants de pur bonheur. Les nuances sont profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs irisent toute la Halle aux grains. Le public exulte et chef et musiciens Ă©puisĂ©s ont des sourires Ă©panouis. Un Grand, un immense Concert pour des moments de musique partagĂ©s dans un bonheur total.

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Compte–rendu concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 2 juin 2018.
Bruno Montovani (né en 1964) : Quasi lento, création mondiale pour
Clarinette et orchestre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour
piano et orchestre n°3 en ut majeur, op.26 ; Clause Debussy
(1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques ; Maurice Ravel
(1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 pour orchestre ; Nicholas
Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan
Sokhiev, direction musicale.

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun / Michel Brun

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun. Martineau. Ensemble et ChƓur Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction. Le programme tout Vivaldi dans cette belle programmation des Rencontres des musiques baroques et anciennes Ă  Odyssud a Ă©tĂ© un moment de rĂȘve. Michel Brun a concoctĂ© un trĂšs bel hommage au gĂ©nie si divers du PrĂȘtre Roux.

 
 

 

Et Viva Vivaldi ! Viva il sole !!

La veine mĂ©lodique si sure, le rythme si fondamental et les couleurs irisĂ©es de partitions si diverses ont rĂ©chauffĂ© un dimanche froid et pluvieux. La salle comble, a fait un vrai triomphe Ă  Michel Brun qui a su mettre en valeur chacune. D’abord dans le si Ă©mouvant Stabat Mater, la mezzo-soprano  Caroline Champy de sa voix mordorĂ©e a su rendre justice comme peu au texte si violent du Stabat Mater. Le drame a habitĂ© la cantatrice et elle n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  mettre de la douleur dans sa voix pas, pourtant toujours Ă  son aise dans la tessiture. Mais n’est-ce pas une hĂ©rĂ©sie que de chanter comme un ange sans douleurs, le texte le plus cruel de la liturgie ? Cette piĂšce si stricte et Ă©mouvante a Ă©tĂ© dirigĂ©e avec un peu trop de rigiditĂ© et de fermetĂ© par Michel Brun, c’était aussi la prise de contact avec l’acoustique sĂšche de la salle. La remarquable interprĂ©tation de Caroline Champy a envoutĂ© le public absolument charmĂ© par son art dramatique accompli.
Ensuite, deux concertos alertes et divinement dĂ©diĂ©s Ă  la mandoline ont permis Ă  l’orchestre de s’animer de l’enthousiasme le plus vif. Julien Martineau a d’avantage entrainĂ© ses collĂšgues qu’ il ne les a vĂ©ritablement dirigĂ©s. Debout devant l’orchestre avec une gestuelle gracieuse et dĂ©licatement retenue il a su maintenir le tempo exact de chaque mouvement, n’hĂ©sitant pas Ă  presser ses compagnons. Sa virtuositĂ© Ă  la mandoline est solaire et d’une lumiĂšre Ă©blouissante. Les traits sont d’une prĂ©cision fabuleuse et les nuances qu’il tire de sa petite mandoline sont incroyables. L’art de ce trĂšs grand soliste est magnifique. Il a obtenu un succĂšs enthousiaste y compris des musiciens de l’orchestre. Les bis ont  Ă©tĂ© encore plus solaires et joyeux.

Le Gloria pour chƓur et solistes fĂ©minines a terminĂ© le concert avec brio. L’ensemble vocal en grande forme a Ă©tĂ© trĂšs beau, chaque pupitre homogĂšne et Ă©quilibrĂ©. L’enthousiasme nĂ©cessaire Ă  cette partition de pur bonheur a Ă©tĂ© portĂ© avec efficacitĂ© par l’Ensemble Baroque de Toulouse. Caroline Champy a apportĂ© ses couleurs vocales et sa belle prĂ©sence dans le duo et son air. Eliette Parmentier au timbre serrĂ© et Ă  la voix fatiguĂ©e n’a pas su dialoguer avec l’aisance attendue du magnifique hautbois. L’orchestre avec trompette et a Ă©tĂ© brillant, mais c’est bien le chƓur qui a emportĂ© tous les suffrages. Son bis d’entrĂ©e a Ă©tĂ© encore plus magnifique portĂ© par une joie communicative. Un bien beau concert apportant le soleil de Venise  que notre printemps a tant de mal Ă  nous offrir.

 
 

 

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Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour mandoline et cordes en do majeur RV 425 et RV 93 ; Stabat Mater RV 621 ; Gloria RV 589 ; Caroline Champy-Tursun, mezzo-soprano ; Eliette Parmentier, soprano ; Julien Martineau, mandoline ; Ensemble Baroque de Toulouse et ChƓur Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

 
 

 

Compte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-Saëns. Beethoven. Vincent / Lehninger.  

guillaume vincent piano portrait critique concert par classiquenewsCompte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-SaĂ«ns. Beethoven. Vincent / Lehninger. Souffrant, Fazil Say pianiste hors normes, annoncĂ© dans ce concert, a Ă©tĂ© remplacĂ© par un tout jeune virtuose Guillaume Vincent en gardant le trĂšs complexe concerto de Saint-SaĂ«ns (n°2) au programme. Saluons le courage et la dĂ©termination du jeune homme qui a relevĂ© le dĂ©fi de l’urgence avec art. Il lui a fallu tout le premier mouvement pour trouver ses marques en terme d’autoritĂ© et d’aisance, alors que la virtuositĂ© sans faille Ă©tait prĂ©sente. Les deux derniers mouvements ont permis de gouter les qualitĂ©s du jeune pianiste. Humour et lĂ©gĂšretĂ© se sont rĂ©vĂ©lĂ©es dans le deuxiĂšme mouvement avec un toucher aĂ©rien du plus bel effet. Le dernier mouvement intense et dramatique a permis Ă  Guillaume Vincent de dĂ©montrer sa puissance expressive et sa musicalitĂ© Ă©panouie avec des doigts d’acier. De belles qualitĂ©s que ce jeune pianiste saura certainement dĂ©velopper hors de cette situation de stress trĂšs particuliĂšre.

L’Orchestre du Capitole a entrepris une grande rĂ©volution depuis la nomination de Tugan Sokhiev. La jeunesse et l’excellence des musiciens ce soir et la paritĂ© quasi parfaite prouve combien les recrutements ont Ă©tĂ© faits avec soin. L’augmentation du nombre de musiciens est notable, car sur la mĂȘme pĂ©riode dans la fosse du Capitole l’Orchestre excellait dans le Macbeth de Verdi. Tant sur la plan symphonique qu’opĂ©ratique, nous le savons, l’Orchestre du Capitole excelle. Les qualitĂ©s solistiques et chambristes des musiciens ont particuliĂšrement Ă©tĂ© mises en valeur dans la piĂšce concertante de Ginastera qui ouvrait le programme. Avec un dĂ©but sidĂ©rant les auditeurs, la harpe de GaĂ«lle Thouvenin a formé  un duo de rĂȘve avec la chaleur du violoncelle de Sarah Iancu. La suite des variations a Ă©tĂ© d’une inspiration plus convenue mais a offert de beaux moments Ă  pratiquement chaque soliste ou chef de pupitre. Tous les musiciens ont Ă©tĂ© parfaits.
Pour terminer le programme la SeptiĂšme symphonie de Beethoven a Ă©tĂ© jouĂ© avec brio et Ă©nergie. La direction de Marcelo Lehninger nous a semblĂ© durant tout le concert d’une constante probitĂ© mais sans vraie personnalitĂ©. Chef souriant et heureux, il laisse jouer l’orchestre sans proposer une interprĂ©tation personnelle.  Si ce n’est pas bien gĂȘnant dans Ginastera qui est une Ɠuvre Ă©crite pour mettre en valeur les musiciens de l’orchestre, il en va autrement pour Saint-SaĂ«ns et Beethoven car c’est tout autre chose.  Le manque de soutien du soliste dans le premier mouvement du concerto de Saint-SaĂ«ns a certainement participĂ©, sinon expliquĂ© la retenue de Guillaume Vincent. La symphonie n°7 de Beethoven si connue et dans des interprĂ©tations marquantes dans cette salle, a passĂ© sans faire remarquer le chef… Un aimable concert que le public a chaleureusement applaudi pour l’engagement et la belle jeunesse des musiciens de l’orchestre et du soliste.

 

 

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Compte-rendu. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 26 Mai 2018. Alberto Ginastera (1916-1983) : Variations concertantes ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur, op.22 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°7 en la majeur, op92. Guillaume Vincent, piano ; Marcelo Lehninger, direction musicale. Illustration : le pianiste Guillaume Vincent (DR)

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem.Joyce El-Khoury. Orch Capitole Toulouse, T. Sokhiev, direction.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem. Orfeon Donostaria. Orch Capitole de Toulouse, TSokhiev, direction. Ce concert a Ă©tĂ© doublĂ©. Nous avons assistĂ© au premier concert, salle comble. L’entrĂ©e du chƓur si connu et aimĂ© des toulousains a comme galvanisĂ© l’ambiance. C’est l’entrĂ©e de Tugan Sokhiev affable mais trĂšs concentrĂ© qui a donnĂ© le ton de la soirĂ©e. Loin de l’hystĂ©rie que certains aiment Ă  voir dans ce qu’ils considĂšrent comme un opĂ©ra dĂ©guisĂ©, Tugan Sokhiev de sa prĂ©sence bienveillante et de son attention Ă  chacun, a marquĂ© ce Requiem d’une Ă©motion particuliĂšre.

Le Requiem de Verdi en toute splendeur

tugan-sokhievLa beautĂ© de la partition, ses richesse ses hommages aux anciens et ses audaces ont Ă©tĂ© abordĂ©es avec pondĂ©ration dosant entre l’infinitĂ©simal piano et le fortissimo Ă  faire trembler les murs. Tout ce que contient la partition de beautĂ© a pu s’exprimer par les mains nues du chef obtenant de chacun le meilleur de lui-mĂȘme. ChƓur ductile, comme sculptĂ©, orchestre concentrĂ© et merveilleux de sonoritĂ©s riches et de tension, toute qualitĂ©s mises au service de la partition. Car ce Requiem auquel Verdi tenait tant, fait une synthĂšse remarquable entre les qualitĂ©s thĂ©Ăątrales et spirituelles du Verdi de la maturitĂ©. Le chƓur basque, Orfeo Donostaria, est un partenaire rĂ©gulier de l’Orchestre pour la plus grande joie du public. Il a eu un succĂšs retentissant tant il a Ă©tĂ© magnifique. Les solistes ont tous Ă©tĂ© trĂšs engagĂ©s, fins musiciens et grandes voix sachant dans leurs ensembles galvaniser leur puissance expressive. L’émotion de l’Ingemisco du tĂ©nor Saimir Pirgu a Ă©tĂ© admirablement Ă©quilibrĂ©e entre l’extĂ©riorisation due Ă  la tessiture et l’émotion du texte. La mezzo soprano Anna Kiknadze a la voix large qui convient et a su nuancer avec subtilitĂ© le si dĂ©licat duo de l’Agnus Dei avec la soprano, comme une suspension de beautĂ© et de puretĂ© aprĂšs le Dies Irae terrible dans sa spatialisation et ses rĂ©pĂ©titions, et le Rex Tremendae Ă  faire trembler les morts comme les vivants. La basse Vitalij Kowaljow a l’autoritĂ© et le timbre adĂ©quats et a rempli sa partie avec le poids attendu. La plus admirable est la soprano Joyce El-Khoury Ă  la voix chaude et nuancĂ©e. Elle a su Ă©viter de poitriner outrageusement pour se faire entendre pouvant compter sur la vigilance de Tugan Sokhiev. Le Libera me final reste un grand moment de chant verdien d’extase et de priĂšre angĂ©lique. Le chant pianissimo assumĂ© et musicalement superbement phrasĂ© donne beaucoup de force expressive Ă  ces pages si difficiles. Le murmure final avec le chƓur a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące. La direction de Tugan Sokhiev est un modĂšle d’équilibre et d’attention aux nuances afin de mĂ©nager de trĂšs beaux effets. La parfaite tenue rythmique, l’absence de sentimentalisme a garanti la puretĂ© de l’émotion, Ă©vitant pathos ou rubato excessif. Le parti pris musical de respect et de tenue a portĂ© ses fruits car c’est la plus belle version obtenue par ce chef. MĂȘme Ă  Orange en 2016 avec une soprano calamiteuse, mais un tĂ©nor de grĂące, les conditions particuliĂšres du ThĂ©Ăątre Antique et la projection d’images inappropriĂ©es n’avaient pas amenĂ© cet Ă©quilibre admirable entre fine musicalitĂ© et puissance expressive. La Halle–aux-Grains a Ă©tĂ© ce soir l’écrin idĂ©al qui a rendu justice Ă  la beautĂ© toujours renouvelĂ©e de cette magnifique version du Requiem de Verdi. Le lendemain le concert a remportĂ© le mĂȘme succĂšs et semble- t il encore gagnĂ© en Ă©motion.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 juin 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Joyce El-Khoury, soprano ; Anna Kiknadze, mezzo-soprano ; Saimir Pirgu, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse. Orfeon Donostaria, chef de chƓur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction musicale.


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Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem
 Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. EN LIRE +

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano. Grigory Sokolov ne fait rien comme les autres pianistes. Il prĂ©pare son programme puis le joue de part le monde durant six mois. Les Grands InterprĂštes ont  invitĂ© le grand Sokolov au dĂ©but de son nouveau programme. Nous retrouvons le gĂ©ant toujours aussi intrigant, mĂȘme allure d’automate qui rentre en scĂšne et ensuite fusion avec l’instrument dĂšs qu‘il met ses mains sur le clavier. Le programme Ă©quilibrĂ© entre Haydn et Schubert en deux parties n’a rien d’évident. Et ce n’est qu’aprĂšs quelques minutes de Schubert, donc dans la deuxiĂšme partie du concert que le propos artistique se rĂ©vĂšle. Car comment comprendre cet amour pour ces sonates de Haydn si galantes et dans lesquelles tout l’intĂ©rĂȘt vient du concertiste qu’il institue comme un passage obligé ?

SOKOLOV AU CLAVIER : enchantement d’une leçon de musique

Le gĂ©ant aux doigts d’acier trouve on ne sait comment une dĂ©licatesse de toucher qui tient Ă  la fois du cristal et des perles fines. Les phrases sont comme suspendues dans des fils arachnĂ©ens et des vapeurs subtiles. Les trilles rient comme des cascades argentines. Grigory Sokolov aborde ces trois sonates peu faciles, presque ingrates, comme un jeu, une maniĂšre de proposer un art du piano dĂ©licat et comme une vitrine de porcelaines fines regardĂ©es sans y toucher. Musique galante dans tous les sens du terme, refusant les Ă©motions trop fortes comme une Ă©criture trop osĂ©e harmoniquement. Seul Sokolov peut proposer ainsi presque une heure de musique poudrĂ©e sans lasser.

AprĂšs l’entracte la surprise est de taille lorsque Sokolov aborde l’Allegro moderato du premier Impromptu de Schubert dans des sonoritĂ©s cristallines utilisĂ©es dans Haydn. Phrasant avec Ă©lĂ©gance et lĂ©gĂšretĂ©, ce dĂ©but de maniĂšre tout Ă  fait inhabituelle, en des nuances resserrĂ©es et un rubato audacieux qui fait l’effet d’une composition sur l’instant. La fraĂźcheur de ce dĂ©but son innocence et sa candeur surprennent et le jeu perlĂ© poursuit le charme Ă©trange que cette proposition interprĂ©tative suscite en nous. Et enfin aprĂšs quelques minutes quand les harmoniques se complexifient le jeu gagne en poids et en profondeur. Ainsi s’éclaire une idĂ©e trĂšs intĂ©ressante qui fait Ă©voluer l’oreille de sons de pianoforte vers le son plein et riche du piano Steinway. Dans une amplification du jeu, avec une main gauche mobile et malicieuse, petit Ă  petit, la mĂ©lancolie de Schubert pointe et les grandes vagues de l’ñme romantique peuvent s’élever.
Le Schubert de sa derniĂšre annĂ©e de vie peut s’épanouir car ne l’oublions pas ces quatre Impromptus D.935 datent de 1828. Et Sokolov d’oser des nuances exacerbĂ©es, des couleurs chaudes, des profondeurs harmoniques comme si lui-mĂȘme pour nos oreilles composait librement ces piĂšces depuis un dĂ©part si lĂ©ger pour aller vers une profondeur de sentiments bouleversants. Sokolov garde durant tout ce voyage au milieu des tourments et des joies de l’ñme schubertienne une prĂ©cision rythmique et de toucher trĂšs particuliĂšre. La beautĂ© de ce voyage, la richesse des couleurs, des nuances, la largeur des phrases donnent toute leur originalitĂ© Ă  ces piĂšces si inspirĂ©es. Sokolov nous donne une leçon de musique des plus habiles et des plus Ă©clairantes.

3Ăšme mi-temps. Le public charmĂ© par ce magicien applaudit Ă  tout rompre. Sokolov ne dĂ©roge pas Ă  ce qui s’apparente Ă  une troisiĂšme mi-temps en rajoutant 6 bis Ă  son programme. Il poursuit sa leçon et en alternant piĂšces romantiques et classiques, il rajoute une piĂšce Ă©nigmatique de Debussy, et poursuit son exploration de touchers si diffĂ©rents.
L’impromptu de Schubert n°4 de l’opus 90 revient en arriĂšre avec le premier quatrain de Schubert. Il prolonge en quelque sorte l’envoĂ»tement des derniers impromptus. Puis c’est le choc du virevoltant et prestissimo  rappel des oiseaux de Rameau. Il revient vers Schubert avec une mĂ©lodie hongroise aux accents quasi brahmsiens, 
 pour nous Ă©blouir ensuite avec la version la plus rapide jamais entendue des sauvages de Rameau. Afin de rappeler quel fabuleux interprĂšte de Chopin il demeure, Sokolov nous propose l’interprĂ©tation si nuancĂ©e du PrĂ©lude op.28 n°15. Il va jusqu’à une nuance fortissimo assourdissante et une tension Ă©motionnelle incroyable. Pour terminer sur une note insolite et rendre hommage Ă  Debussy, son interprĂ©tation des Pas sur la neige semble surnaturelle et Ă©vanescente.
Grigory Sokolov reste le pianiste le plus extraordinaire du moment et son nouveau programme interpelle et touche comme rarement.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate n°32, op.53 n°4 en sol mineur Hob. XVI : 44 ; Sonate n°47, op.14 n°6 en si mineur Hob. XVI : 32 ; Sonate n°49, op.30 n°2 en do diÚse mineur Hob. XVI : 36 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatre impromptus op.142 D.935. Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba.

Manzon macbeth capitole opera de toulouseCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba. Macbeth est un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre probablement le meilleur opĂ©ra tirĂ© de Shakespeare, certainement le plus abouti de tous les temps. Mais hĂ©las il est trop rarement jouĂ© en raison de ses difficultĂ©s en termes de distribution et de mise en scĂšne. Le premier Ă©cueil a Ă©tĂ© levĂ© avec le choix de la terrible Lady que BĂ©atrice Uria Monzon a su mettre avec art au bon moment Ă  son rĂ©pertoire. Le physique Ă©voque, dans le superbe costume de Daniel Ogier, la fĂ©line Morticia Addams de l’illustre famille. Le jeu est celui d’une grande tragĂ©dienne qui exprime un art extraverti du meilleur effet tant dans la sĂ©duction envoutante que la violence sanguinaire du rĂŽle. La voix est Ă  son apogĂ©e de puissance avec un mordant dans l’émission qui fait notre bonheur et sa noirceur de timbre est idĂ©ale dans ce terrible rĂŽle.

Un Macbeth sombre à souhait mais sans subtilités

D’autres ont le brillant des vocalises et le fil de voix pour la fin de la scĂšne de somnambulisme, personne aujourd’hui ne possĂšde toutes ces facettes vocales. La seule Maria Callas a su Ă  un moment de sa carriĂšre chanter toutes les subtilitĂ©s de la partition concoctĂ©e par Verdi. Beatrice Uria-Monzon a la couleur et la violence de Lady Macbeth et la rupture finale dans la scĂšne de somnambulisme est artistement figurĂ©e avec des cheveux gris et un port brisĂ©.
Pour rĂ©ussir Macbeth, il faut un couple gagnĂ© par la folie du pouvoir dans ce superbe exemple de folie Ă  deux. Las, le baryton Vitaliy Bilyy est fade et sans implication dramatique. Son meilleur moment est son dernier air (ici dans la version de Paris tronquĂ©e du final de 1865) sorte de rĂ©vĂ©lation finale mais comme hors propos. C’est bien dommage que la torche de brulant poison de mort portĂ© par Uria-Monzon ne fasse aucun effet Ă  son partenaire. Vitaliy Bilyy chante et porte beau sa voix. Il se promĂšne sur scĂšne. IndiffĂ©rent au drame qu’il traverse. Le personnage n’évolue pas et il se paye le luxe de rater la scĂšne du spectre de Banquo. Le timbre est homogĂšne et la puissance est Ă  la hauteur de celle de sa partenaire mais ce n’est pas cela le chant thĂ©Ăątral demandĂ© par Verdi. Et passer Ă  cotĂ© de ce personnage si intĂ©ressant est bien dommage.
L’émotion thĂ©Ăątrale vient lors du chƓur des rĂ©fugiĂ©s et de l’air de Macduff. Le tĂ©nor Otar Jorjikia est une vĂ©ritable dĂ©couverte. VoilĂ  un tĂ©nor fin musicien au timbre clair et chaud qui sait l’assombrir voir l’altĂ©rer dans sa dĂ©ploration. Bien des grands tĂ©nors sont ainsi passĂ© Ă  cotĂ© de cet air qui doit avant tout ĂȘtre pure Ă©motion et non beautĂ© sonore. La prĂ©sence de cet artiste est Ă©mouvante et sa musicalitĂ© certaine. VoilĂ  un non Ă  suivre.
Le chƓur est lui aussi d’une Ă©motion Ă  toucher l’ñme au dernier acte. D’ailleurs tous les moments avec les sorciĂšres ont Ă©tĂ© admirables tant vocalement, que par un jeu de scĂšne habile en ces voltes face noirs et blanc. Il y a eu lĂ  un beau travail de mise en scĂšne. Le Roi Banco a une fort belle prĂ©sence avec la voix de basse noble du CorĂ©en In Sung Sim. Les petits rĂŽles, y compris les apparitions, sont tous parfaits. Ajoutons que les dĂ©cors sombres et les costumes aux couleurs lourdes font que cette production construit un univers trĂšs shakespearien. Reste Ă  parler de l’Orchestre du Capitole, admirable de timbre et de puissance, d’une prĂ©sence de chaque instant. Mais la direction sans subtilitĂ©s de Michele Gamba ne leur permet pas de rendre justice aux trouvailles de Verdi. Le chef a Ă©tĂ© comme subjuguĂ© par la beautĂ© sonore qu’il pouvait tirer de l’orchestre mais n’a pas su leur demander les nuances qu’il possĂšde. Le choix de certain tempi nous a semblĂ© prĂ©cipitĂ© dĂšs la somptueuse ouverture qui perd ainsi sa complexe opposition noir-lumiĂšre. Nous savons que Verdi a fait rĂ©pĂ©ter pianissimo aux crĂ©ateurs du rĂŽle jusqu‘à la nausĂ©e leur duo aprĂšs l’assassinat du roi Duncan. Michel Gamba semble ignorer avec superbe ces recommandations prĂ©cises du compositeur
 C’est ne pas tenir compte non plus de la merveilleuse acoustique du thĂ©Ăątre du Capitole qui permet justement aux voix de chuchoter et de se faire entendre jusqu’au Paradis.
Voici donc un Macbeth noir et puissant dominĂ© par la Lady furieuse de Beatrice Uria-Monzon, les chƓurs porteurs d’émotion et le superbe Macduff d’Otar Jorjikia.

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth. OpĂ©ra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Shakespeare. CrĂ©ation le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence. (Version de Paris, 1865). Coproduction opĂ©ra national de Bordeaux et opĂ©ra national de Lorraine (2012). Jean-Louis Martinoty, mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e par FrĂ©dĂ©rique Lombart. Bernard Arnould, dĂ©cors. Daniel Ogier, costumes. François Thouret, lumiĂšres. Gilles Papain, vidĂ©o. Avec : Vitaliy Bilyy, Macbeth ; BĂ©atrice Uria-Monzon, Lady Macbeth ; In Sung Sim, Banco ; Otar Jorjikia, Macduff ; Boris Stepanov, Malcolm ; Emanuela Pascu, Dame d’honneur de Lady Macbeth ; Carlos Rodriguez, un mĂ©decin ; Pascal Gardeil, un serviteur ; Thiery Vincent, un HĂ©raut ; Christian Lovato, un assassin ; RaphĂ€el Bouri, Melody Cohen, Catharina Mangane Barzantny, Mahery Randrianarivony Lopez : Les Apparitions. ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale : Michele Gamba.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino.

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les PĂȘcheurs de Perles (1862)Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino. oulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet : Carmen. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino, direction musicale. Carmen, l’opĂ©ra le plus aimĂ© du public, donnĂ© Ă  Toulouse dans une nouvelle production,  l’a Ă©tĂ© Ă  guichet fermĂ©. Tant attendu, ce spectacle a rendu le public heureux, car le chef d’Ɠuvre de Bizet n’a pas Ă©tĂ© dĂ©naturĂ© par la mise en scĂšne. Bien au contraire le travail en profondeur de Jean-Louis Grinda est trĂšs respectueux des didascalies. Nous sommes dans une Espagne ancienne et traditionnelle et les costumes sont beaux et permettent aux acteurs de bouger facilement. Le dĂ©cor de Rudy Sabounghi joue habilement avec deux demi amphithĂ©Ăątres qui peuvent bouger et se fermer. Cela crĂ©e des espaces variĂ©s, espace interne et externe, ouvert ou fermĂ©, tout peut ĂȘtre suggĂ©rĂ© en fonction de l’action. Des projections bien rĂ©alisĂ©es et agrĂ©ables donnent sens aux dĂ©cors et Ă  l’action.

Donner Ă  voir durant la fin de l’ouverture, la fin de l’opĂ©ra permet d’accentuer le cĂŽtĂ© mythique de l’Ɠuvre. Ce n’est pas pour connaĂźtre la fin que nous venons mais pour savoir comment y arriver, comment le destin va lier inexorablement les personnages.

La Carmen de ClĂ©mentine Margaine est sans surprise, sans gĂ©nie, mais bien chantante. DotĂ©e d’une voix plutĂŽt opulente de mezzo sombre, elle en abuse un peu. Le timbre n’a rien d’attachant, les couleurs peu variĂ©es. Le jeu se veut passionnĂ© mais il est surtout dĂ©sordonnĂ©, en un mot : convenu, dans une certaine tradition gĂ©nĂ©reuse en effets. Le personnage semble suspendu et n’attire aucune sympathie.

Son Don JosĂ©, le tĂ©nor amĂ©ricain Charles Catronovo, campe un personnage bien plus original et dramatiquement saisissant. Celui de l’intemporel homme faible qui cache une vulnĂ©rabilitĂ© dĂ©solante sous une violence et une jalousie de bĂȘte fauve. Quand aucun animal d’ailleurs n’agirait aussi mal avec sa femelle
 La mise en scĂšne lui fait commettre les gestes du violeur, comme du cogneur a bras raccourci. Carmen ne pouvait Ă©chapper Ă  un tel jaloux pathologique, aussi ses provocations sont vaines et comme condamnĂ©es d’avance. Une Carmen jouant davantage sa vulnĂ©rabilitĂ© dans la scĂšne des cartes par exemple aurait bien mieux convenu Ă  Castronovo, si subtil acteur. Le chanteur a une voix sonore, bien conduite mais un timbre gĂ©nĂ©rique. Comme ce jeu si puissant a peu d’impact sur sa partenaire, c’est Ă  se demander si il y eu un vĂ©ritable travail de mise en scĂšne des solistes. Car l’Escamillo de Dimitry Ivashchenko n’est qu’un fat qui chante fort et joue peu. En somme, rien de remarquable. Par contre le Morales d’Anas Seguin est dotĂ© scĂ©niquement d’une belle prĂ©sence et d’un jeu efficace. La voix est belle et bien projetĂ©e. VoilĂ  un jeune chanteur Ă  suivre. Les autres petits rĂŽles sont correctement tenus mais ne mĂ©ritent pas de louanges particuliĂšres. Car tous doivent cĂ©der la place Ă  la MicaĂ«la d’AnaĂŻs Constans. Le grain de la voix est fin, le timbre est fruitĂ© et la ligne de chant superbement conduite. La voix trĂšs saine sachant nuancer jusque dans de trĂšs beaux forte promet un bel avenir Ă  la jeune chanteuse. Elle reviendra la saison prochaine Ă  Toulouse et va certainement aprĂšs cette prise de rĂŽle parfaitement rĂ©ussie, dĂ©velopper une carriĂšre internationale. D’autant qu’elle a su dĂ©passer son physique placide en confĂ©rant Ă  son jeu une sorte de transe avec des regards trĂšs intenses. La scĂšne de la montagne est un moment dramatique parfaitement crĂ©dible. Vocalement c’est dans le grand duo avec Don JosĂ© qu’elle dĂ©veloppe un chant plein et parfaitement phrasĂ©. La maĂźtrise du Capitole et le chƓur du Capitole sont excellents. L’orchestre est beau, efficace, brillant. Mais n’oublions pas combien la direction de Michel Plasson au disque ou Ă  la scĂšne apportait une autre dimension dramatique Ă  l’ouvrage tout entier.

Carmen reste bien le chef d’Ɠuvre des opĂ©ras. Le Capitole en a donnĂ© une version respectueuse de laquelle Ă©mergent le Don JosĂ© trouble  de Charles Castronovo et surtout la prise de rĂŽle absolument rĂ©ussie d’AnaĂŻs Constants dans une MicaĂ«la attachante.

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halevy. Nouvelle Production. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne ; Rudy Sabounghi, dĂ©cors ; Rudy Sabounghi, Françoise Raybaud Pace, costumes ; Laurent Castaingt, lumiĂšres ; Gabriel Grinda, vidĂ©o ; Avec : ClĂ©mentine Margaine, Carmen ; Charles Castronovo, Don JosĂ© ; Dimitry Ivashchenko, Escamillo ; AnaĂŻs Constans, MicaĂ«la ; Charlotte Despaux, Frasquita ; Marion LebĂšgue, MercĂ©dĂšs ; Christian TrĂ©guier, Zuniga ; Anas Seguin, MoralĂšs ; Olivier Grand, Le DancaĂŻre ; Luca Lombardo, Le Remendado ; Frank T’HĂ©zan, Lilas Pastia ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino direction musicale.

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix SacrĂ©es. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi : direction. Trois trĂšs belles voix mais surtout trois grandes Dames Courage. Le dernier concert  des rencontres de Musiques Baroques et Anciennes d’Odyssud Ă  Blagnac a peut ĂȘtre Ă©tĂ© le plus Ă©mouvant de tous ceux auxquels nous avons assistĂ©, en tout cas c’est bien le plus courageux. Ce programme commandĂ© Ă  Patricia Bovi a failli ne pas voir le jour. La premiĂšre devait suivre de quelques jours le terrible attentat de Charly Hebdo. Le courage a permis au Festival d’Anvers de le programmer malgrĂ© le deuil et le choc, au lieu de l’annuler. Ce qui reprĂ©sente un acte d’assurance et de foi dans la culture contre la barbarie. Ce concert  « Voix SacrĂ©es » rĂ©unit donc trois voix de femmes, formĂ©es au chant lyrique, qui ont inventĂ© un voyage Ă  travers la tolĂ©rance et l’amour.

 

Les femmes sont traditionnellement exclues du chant liturgique. Et sur la mĂȘme scĂšne offrir au public un florilĂšge de chants sacrĂ©s et profanes mĂȘlant l’antique, le traditionnel, le savant, le populaire, cherchant et trouvant des connexions Ă  travers le temps et les Trois Livres est une trĂšs belle idĂ©e. L’amour est prĂ©sent avec des similitudes entre le sacrĂ© et le profane dans toutes les langues. Grec, AramĂ©en, Latin, Italien, Arabe, Juif et j’en oublie. Ce voyage dans la profondeur de l’ñme et de la culture humaine a certainement demandĂ© un travail colossal pour arriver Ă  ce degrĂ© d’harmonie et de beautĂ©.

 

Le rĂ©sultat est enthousiasmant. Comme si la spiritualitĂ© et l’humaine chaleur de l’amour de l’autre prenaient le pouvoir grĂące Ă  ces trois artistes et dĂ©passaient ce que les hommes ont fait de la religion en des excĂšs mortifĂšres dont nous n’avons pas fini de payer le prix. Fadia Tomb-Helag, libanaise maronite a cette Ă©lĂ©gance du mot digne de Ferouz ainsi qu‘une chaleur vocale envoĂ»tante. Françoise Altan a une prĂ©sence noble et sa voix sait s‘allĂ©ger pour planer haut. Patricia Bovi qui joue Ă©galement de la harpe porte ce projet de toute sa considĂ©rable Ă©nergie. Elle change de voix selon le style, capable de chanter un Stabat Mater traditionnel corse Ă  l’émotion inoubliable, comme une piĂšce trĂšs savante de Hildegarde Von Bingen. Pourtant ce sont les trois moments musicaux dans lesquels les trois voix se mĂȘlent comme des lianes ou des rubans en une invention de la plus haute poĂ©sie qui sont les plus convaincants. Ainsi le Kyrie Eleison avec des variations vocales surprenantes est un grand moment de joie partagĂ©e avec le public. Il a Ă©tĂ© bissĂ© dans une version encore plus sensuelle. L’attention de chacun dans la vaste Salle d’Odyssud pleine Ă  craquer a crĂ©Ă© un moment de grande Ă©motion. Oui, assurĂ©ment, les femmes et les hommes de Paix sont plus nombreux que les barbares.

Ce concert d’une grande originalitĂ© et d’une parfaite composition sait provoquer une Ă©motion trĂšs particuliĂšre et a conquis partout son public. N’oublions pas de saluer les deux instrumentistes qui sont des artistes exceptionnels car comme les chanteuses ils savent aller dans toutes les directions stylistiques. Pepe Frana sait jouer du Oud, avec ses 1/4 de tons, comme du Luth, qui permet de riches accords, avec un art Ă©gal. Gabriele Miracle sait avec un tact exquis trouver dans chaque piĂšce l’instrument idĂ©al allant chercher dans le monde entier et travers les Ăąges toutes sortes de percussions.

Un trÚs beau concert termine donc les rencontres de Musique Baroque et Ancienne de Blagnac. Son directeur, Emmanuel Gaillard, a su à nouveau programmer des merveilles rares. Le public debout a fait un bel hommage à ce concert de paix, de générosité et de beauté ! Merci et bravo mesdames !

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Chants sacrés et profanes en référence aux trois religions, Chrétienne, Juive et Musulmane. Pepe Frana, Oud et Luth. Gabriele Miracle, percussions. Fadia Tom El-Hage, chant. Françoise Altan, chant. Patricia Bovi, chant, harpe et direction.

Liens vidéo vers un concert similaire en Italie

Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon.

mozart wolfgangCompte-rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. MOZART. Requiem. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Que de fois l’écoute du Requiem de Mozart a Ă©tĂ© « agrĂ©mentĂ©e » d’autres Ɠuvres qui ne servaient qu’ Ă  offrir au public une durĂ©e de concert plus habituelle. Pourtant le seul Requiem de Mozart, par une aura inĂ©galĂ©e, attire toujours le public. Cette partition incomplĂšte, l’une des derniĂšres de Mozart, bĂ©nĂ©ficie de son histoire romantique et pourtant c’est bien la qualitĂ© intrinsĂšque de cette musique qui permet une Ă©coute toujours renouvelĂ©e que ce soit en version chambriste, baroque, romantique ou gigantesque. Personne n’a tout Ă  fait raison, ni tout Ă  fait tord dans sa proposition interprĂ©tative. Des ensembles amateurs arrivent mĂȘme a une Ă©motion parfois rarement atteinte ailleurs. RaphaĂ«l Pichon est un chef extraordinaire qui sait rĂ©jouir le public le plus exigeant, par sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa joie Ă  diriger, orchestre, solistes comme chƓurs. Il a su organiser une cĂ©rĂ©monie funĂšbre et maçonnique autours des plus belles pages de musique sacrĂ©e amenant progressivement l’auditeur vers le sublime Requiem.

Mozart : musicien divin, homme de cƓur

Ainsi il est proposĂ© du chant a capella, puis de l’orchestre seul, une cantate pour ChƓur, puis pour ChƓur et un soliste, 
 enfin le Requiem sans temps morts. La cĂ©rĂ©monie est si bien construite si intelligente et si sensuelle que l’émotion ne cesse de croĂźtre tout au long de la soirĂ©e. Le Miserere d’Allegri est en plus une allusion au gĂ©nie du jeune Mozart de 14 ans qui a su retranscrire de mĂ©moire la piĂšce entiĂšre jalousement gardĂ©e au Vatican qui s’en Ă©tait rĂ©servĂ© l’exclusivitĂ©.

La profondeur de la Maurerische Trauermarsch est magnifiĂ©e par un orchestre baroque d’une grande puissance expressive, qui ajoute des couleurs d’une rare profondeur. Saluons la beautĂ© du ChƓur a Capella, capable de nuances subtiles et les voix soliste suraiguĂ«s qui planent sans efforts. Les cantates de Haydn et de Mozart n’atteignent pas Ă  cette profondeur et permettent au public de reprendre son souffle. C’est ensuite le passage sans espace entre le Miserere de Mozart tout de dĂ©licatesse et son Requiem qui autorise Ă  la plus grande Ă©motion. Ce Requiem atteint ce soir au plus haut sublime ainsi prĂ©parĂ©. La direction limpide de RaphaĂ«l Pichon est toute de drame et de bonheur Ă  la fois. La joie du chef Ă  diriger n’a d’égal que le don de chaque musicien et chaque chanteur. Les quatre solistes, ce soir chanteurs de haut rang, sont merveilleux. Les interventions sont bien plus modeste que par exemple dans les grands solos des messes de Mozart; toutefois avoir de si bons chanteurs est comme une nĂ©cessitĂ© tant les interventions sont ainsi sublimes dans leur modestie. L’orchestre est merveilleux de couleurs baroques, de nuances et de parfaite justesse. La timbale en particulier a une prĂ©sence sublime. Chaque instrumentiste fait des merveilles.
C’est toutefois le ChƓur qui avec une ductilitĂ© admirable rĂ©pond Ă  la moindre inflexion de la direction de RaphaĂ«l Pichon. Ce ChƓur est aussi puissant qu’un ChƓur romantique dans les forte, mais ce sont ses murmures qui sont inoubliables. Le Confutatis avec ses contraste abruptes donne le frisson, le Lacrymosa arrache des larmes, Le Rex terrorise.
Vraiment le thĂ©Ăątre Mozartien alliĂ© Ă  la subtilitĂ© de sa musique de chambre trouve ce soir des interprĂštes fabuleux.  La montĂ©e en beautĂ© et en Ă©motion fait exulter le public aprĂšs un long moment de recueillement. RaphaĂ«l Pichon avec sa musicalitĂ© et sa joie Ă  diriger a rassemblĂ© une Ă©quipe parfaitement impliquĂ©e et capable de donner beaucoup d’émotions au public.
La magie de cette partition non terminĂ©e par Mozart a Ă©tĂ© offerte avec beaucoup de gĂ©nĂ©rositĂ©. Un mot sur la version des parties complĂ©tĂ©es par Sussmayer ce soir remplacĂ©es par un compositeur moderne. La science du pastiche de Pierre-Henri Dutron ne dĂ©passe pas le compagnonnage de Sussmayer dont le travail n’a pas Ă  rougir. Il est en tout cas trĂšs intĂ©ressant d’entendre une autre version qui finalement met avant tout en lumiĂšre la beautĂ© inĂ©galable des pages de Mozart.
RaphaĂ«l Pichon nous a proposĂ© une trĂšs belle cĂ©rĂ©monie humaniste, spacialisĂ©e avec art dans la vaste halle-aux-grains pleine Ă  craquer et habituellement peu propice Ă  ce type d’émotions musicales.
Merci aux Grands InterprĂštes d’inviter avec rĂ©gularitĂ© l’intense musicalitĂ© de RaphaĂ«l Pichon et celle de son Ensemble Pygmalion. Ce soir ils ont atteint des sommets.

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Copte rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quaerite primum regnum Dei K.86 ; Maurerische Trauermarsch K. 477 (479a) ; Ne pulvis et cinis K. Ahn 122, pour basse solo et chƓur ; Miserere K.90;  Requiem en rĂ© mineur K.626; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere ; Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae. Sabine Devieilhe, Soprano; Sara Mingardo, Mezzo-soprano ; John Irvin, TĂ©nor ; Nahuel di Pierro, Basse ; Pygmalion, ensemble vocal et orchestral ; RaphaĂ«l Pichon, Direction.

Compte-rendu, concert. Blagnac, le 13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions, J-M Andrieu

lĂ©ger, bundgen Landrieu les passions toulouse blagnac concert critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. Blagnac.Odyssud, le  13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La grande salle d’Odyssud Ă©tait pleine au soir de ce concert des Passions, ensemble venu de Montauban en voisin. Le public ravi et nombreux a fait un vrai triomphe aux artistes. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont su avec un grand art du chant, mettre leur talent au service de l’émotion piĂ©tiste des ces deux trĂšs belles oeuvres dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. La vierge en majestĂ© du Salve Regina de Scarlatti ou la souffrance si poignante de la mĂšre au pied de la croix : bien des Ă©motions traversent ces deux chef-d’Ɠuvre du baroque italien.  Les deux voix se complĂštent bien, l’équilibre dans les duos est admirable. La beautĂ© des voix, la parfaite diction et l’engagement dramatique sont les qualitĂ©s mises en valeur chez nos deux chanteurs. Si La soprano Magali LĂ©ger a une grande palette de couleurs et de nuances, Paulin BĂŒndgen suit fidĂšlement sa partenaire dans la subtilitĂ© des phrasĂ©s sans toutefois l’égaler en variĂ©tĂ© de couleurs. Son timbre droit et homogĂšne peut paraĂźtre monolithique au cours de la soirĂ©e.

La version instrumentale chambriste met en valeur les chanteurs et le drame du texte. Les volutes vocales reposent sur de dĂ©licates phrases des violons et de solides basses. La direction de Jean-Marc Andrieux est pleine de partage et d’élĂ©gance. Le public a Ă©tĂ© conquis par la dĂ©licatesse de cette interprĂ©tation chambriste qui a su trouver sa place exacte dans la vaste salle d’Odyssud grĂące Ă  la trĂšs belle projection des voix de Paulin BĂŒndgen et surtout Magali LĂ©ger. Le Stabat Mater de PergolĂšse restant le chef d’Ɠuvre particuliĂšrement Ă©mouvant d’un compositeur dĂ©cĂ©dĂ© si jeune… Cette interprĂ©tation par Les Passions en magnifie la dĂ©licatesse.

Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 13 mars 2018. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Repin, Orch Nat Capitole / Sokhiev.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Tugan Sokhiev. Il y a dans l’entrĂ©e en scĂšne de Vadim Repin et Tugan Sokhiev quelque chose de princier chez les deux musiciens, le premier plus lointain, le second trĂšs ouvert Ă  la communication. Avec le Concerto de Glazounov, Vadim Repin domine sans aucune hĂ©sitation dĂšs ses premiĂšres notes, une partition fleuve ouvrant le romantisme et les thĂšmes d’allure populaire vers la musique de film dans une hybridation complexe toujours trĂšs sĂ©duisante. L’orchestration est riche, les nuances sont subtiles. Les mouvements s’enchaĂźnent sans rupture de continuitĂ©. La cadence est intĂ©grĂ©e avec beaucoup de naturel et rĂ©alisĂ©e Ă  la perfection. Vadim Repin semble vivre la musique dans le mĂȘme souffle que Tugan Sokhiev ; le soliste Ă©coute avec attention les musiciens de l’orchestre, les moments chambristes ont la souplesse attendue. Pourtant, il y a dans le jeu de Vadim Repin comme une distance, une retenue singuliĂšre. Oui, comme un prince superbe qui se sentirait un peu seul. En bis l’orchestre et le soliste ont prĂ©parĂ© un grand solo du Ballet Raymonda, toujours de Glazounov. Un peu plus de chaleur anime le jeu du soliste, quand la direction de Tugan Sokhiev se fait plus sentimentale dans cette page romantique.

 

 

 

Vadim Repin et Tugan Sokhiev, princes de la musique

 

 

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerEn deuxiĂšme partie de concert, poursuivant son intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch, Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole semblent dĂ©coller vers les cimes. La symphonie n°12, est une oeuvre de commande du rĂ©gime soviĂ©tique Ă  la gloire de LĂ©nine, est empreinte de grandeur, avec une science de l’écriture confondante, mais il a une sorte d’ironie secrĂšte qui sourde par moments. Tugan Sokhiev sait Ă  ravir doser dans une grandeur spectaculaire des pointes de distanciation ironique. Les musiciens de l’orchestre sont tous admirables de couleurs, de timbres, de prĂ©cision. On ne peut rĂȘver orchestre plus Ă  l’aise dans la musique de Chostakovitch hors de Russie. Le travail rĂ©gulier avec Tugan Sokhiev permet une sorte de familiaritĂ© et d’évidence qui fait merveille dans cette musique trĂšs construite. La plus grande complexitĂ© est ici pure beautĂ© et le public est subjuguĂ© ; il rĂ©serve un triomphe au chef et Ă  l’orchestre. Mais il n’y aura pas de bis aprĂšs ce triomphe car tous doivent s’envoler pour Paris oĂč le lendemain soir le mĂȘme concert enflammera la grande salle de la Philharmonie. DiffusĂ© depuis sur le net, le concert a Ă©tĂ© retransmis en direct et peut se visionner : nos impressions toulousaines se confirment. Sokhiev et Repin sont deux princes. Et en raison de la taille de la salle et de son acoustique si belle, les nuances de l’orchestre dans la symphonie de Chostakovitch semblent dĂ©cuplĂ©es Ă  la Philharmonie de Paris. Et deux bis magnifiques rĂ©compensent l’enthousiasme du public parisien.
Nous retrouverons l’Orchestre du Capitole pour Carmen dans la fosse du Capitole et en concert Ă  la Halle-aux-Grains, Ă  la fin du mois, aprĂšs leur tournĂ©e au Japon en ce mois de mars 2018.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Concerto pour violon et orchestre op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 12 « L’AnnĂ©e 1917 », op.112 ; Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. Illustration : © Marc Brenner

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler, Montabeltti / Pierre Bleuse.

bleuse pierre maestro chef d orchestre toulouse concert critique par classiquenews

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler. Montabeltti. Prokofiev.  Beatrice Uria-Monzon. Musika Orchestra Academy. Pierre Bleuse. Incroyable concert qui confirme que les rĂȘves les plus fous sont rĂ©alisables. Musika Orchestra Academy saison 4 est une superbe rĂ©ussite qui verra la salle entiĂšre se lever pour applaudir les musiciens et leur chef, Pierre Bleuse. Le dĂ©but de l’aventure date de 2008 et les partenariats organisĂ©s Ă  l’initiative de Pierre Bleuse permettent une premiĂšre acadĂ©mie en 2014. L’Orchestre National du Capitole participe sous forme d’ateliers animĂ©s par les solistes de l’Orchestre. La Halle-aux-Grains, salle symphonique emblĂ©matique, est un lieu de concert privilĂ©giĂ©. Le concert de fin de stage permet une confrontation aux vĂ©ritables attentes du public. Voir ce concert est extraordinaire tant la connexion entre les musiciens et le chef est magnĂ©tique.

Pierre Bleuse avec douceur et bienveillance amĂšne chacun Ă  donner plus que ce dont il se croyait capable. Le son de cet orchestre formĂ© en 8 jours est tout simplement incroyable. Le travail a dĂ» ĂȘtre colossal. Le programme particuliĂšrement exigeant pourrait paraĂźtre hors de portĂ©e en si peu de temps. Il n’en est rien et l’auditeur a Ă©tĂ© comblĂ©.

L’Adagietto de la CinquiĂšme symphonie de Mahler est un moment de noblesse et de beautĂ©. Les cordes sont rondes, prĂ©sentes et tous les pupitres sont Ă©quilibrĂ©s. Le jeu du harpiste est particuliĂšrement pĂ©nĂ©trant. Pierre Bleuse dose parfaitement les nuances, et les phrasĂ©s obtenus sont larges et sensuels. Abordant les RĂŒckert-Lieder de Mahler, BĂ©atrice Uria-Monzon s’aventurait loin de son rĂ©pertoire d’élection. Elle aussi a pris des risques et une certaine tension Ă©tait perceptible. Elle arrive Ă  bien caractĂ©riser chaque lied, tout en ayant davantage mis en valeur le cotĂ© thĂ©Ăątral, que le repli intimiste.  « Um Mitternacht » est le lied le plus abouti. La voix est sonore, le timbre attachant mais le souffle semble parfois un peu court et elle n’utilise pas assez les nuances piano attendues dans la partition. VoilĂ  en tout cas  un bel hommage de cette marraine de l’édition 2018. Le challenge d’un rĂ©pertoire nouveau est relevĂ© avec Ă©clat par la mezzo-soprano.

Le risque assumĂ©, c’est ça la vie !

Ensuite Pierre Bleuse n’a pas mĂ©nagĂ© les jeunes artistes de l’orchestre (entre 14 et 25 ans) en les dirigeant dans la piĂšce au titre ronflant d’Eric Montabeltti. Pure musique officielle, post-Boulez oedipien, elle est ingrate Ă  entendre refusant comme il se doit mĂ©lodie ou rythme repĂ©rable. Les associations de timbres sont sans nouveautĂ© ni originalitĂ©. Cette musique atonale et arythmique sonne comme dĂ©passĂ©e, dĂ©jĂ  entendue.

A cotĂ©, les compositeurs du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, Mahler et Prokofiev, dans ce programme, apparaissent tellement plus inventifs et originaux. La difficultĂ© d’écoute est peu face Ă  l’inconfort du jeu pour bien des musiciens. Pierre Bleuse est trĂšs attentionnĂ© et permet aux jeunes musiciens de s’en sortir trĂšs honorablement.

Pour finir ce concert en beautĂ©, les huit extraits du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev reprĂ©sentent un tour de force qui comble le public. Voir ces jeunes musiciens si attentifs et parfois un peu poussĂ©s Ă  leurs limites est un grand moment. Les premiĂšres mesures sont absolument saisissantes. Il faut voir comment dans un moment dĂ©licat Pierre Bleuse encourage les violons Ă  phraser encore davantage pour donner sens au discours musical. Et en mĂȘme temps, il donne ainsi le temps au grand tuba tout derriĂšre Ă  l’orchestre, de rattraper le tempo et au timbalier de se caler, lui qui semblait trop rapide.
L’expĂ©rience leur apprendra que la profondeur de la salle est Ă  prendre en compte. Mais quelle leçon Ă  cet instant. La musique doit avoir une direction, le danger doit ĂȘtre affrontĂ© et dĂ©passĂ©. Le chef d’orchestre dans sa bienveillance accompagne au bord du gouffre sans se fĂącher et permet de ne pas y tomber. C’est en ce sens que ce concert restera mĂ©morable pour cette association de courage et d’énergie. Et RomĂ©o et Juliette, hĂ©ros si chers, ont Ă©tĂ©  trĂšs prĂ©sents dans ces extraits, leur jeunesse rĂ©pondait Ă  celle des musiciens de l’orchestre.

Pierre Bleuse en quelques mots a dit combien cet enthousiasme et cette audace des jeunes musiciens devront les accompagner toute leur vie. Et le bis sera peut ĂȘtre le moment le plus beau dans une extraordinaire piĂšce du compositeur mexicain Arturo MĂĄrquez : DanzĂłn n° 2. Les musiciens, pendant qu’ils jouent ou pas, ont Ă©tĂ© transportĂ©s par les rythmes de danse endiablĂ©s et chaloupĂ©s osant le montrer au public. Qu’il est beau, l’enthousiasme associĂ© au plus grand sĂ©rieux ! Vive Musika Orchestra Academy n° 4 et  l’an prochain, nous serons là  pour la CinquiĂšme Ă©dition !

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 Adagietto ; Funf Ruckert Lieder ; Eric Montabeltti (né en 1968) : Vaste champ temporel à vivre joyeusement. Sergueï Prokofiev ( 1891-1953) : Romeo et Juliette, 8 extraits symphoniques ; Beatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ;  Musika Orchestra Academy ; Direction, Pierre Bleuse.

 

 

Compte-rendu opéra. Toulouse. Capitole, le 25 février 2018. Gluck : Orphée et Eurydice. Les Talens Lyriques. 

orphee gluck toulouse talens lyriues concert compte rendu critique par classiquenewsCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Gluck : OrphĂ©e et Eurydice. Les Talens Lyriques. L’affiche Ă©tait singuliĂšre pour un opĂ©ra prĂ©sentĂ© au Capitole, mĂȘme en version de concert : Christophe Rousset, installĂ© cavaliĂšrement sur une chaise design. Mais en fait il n’y avait rien que de trĂšs honnĂȘte dans cette affiche. En choisissant parmi les quatre possibilitĂ©s de l’ouvrage de Gluck, celle de 1774, le chef des Talens Lyriques, Christophe Rousset savait qu’il ne proposait pas la plus connue ni la plus Ă©mouvante des versions. En effet la traduction française pĂȘche par de nombreuses faiblesses et le rĂŽle-titre rĂ©Ă©crit pour un tĂ©nor haute-contre n’est pas facile Ă  distribuer. C’est donc avec ces choix artistiques audacieux que Les Talens Lyriques sont allĂ©s au devant du public. À Toulouse, le ChƓur du Capitole a participĂ© Ă  l’évĂšnement. Deux reprĂ©sentations de ce concert ont trouvĂ© un Ă©cho favorable du public. Il est toujours rĂ©jouissant d’écouter cet ouvrage si savamment composĂ©. Mais peut-on parler de succĂšs dans la dĂ©fense de cette version ci ?
Au niveau de l’orchestre assurĂ©ment. Les instrumentistes des Talens Lyriques ont Ă©tĂ©, comme nous l’attendions, absolument parfaits.

Belle version orchestrale 
 sans théùtre

La flĂ»te suave de Jocelin  Daubigney, les cuivres infernaux et les timbales alertes tout particuliĂšrement. Chaque musicien a rĂ©pondu comme un seul Ă  la direction prĂ©cise du chef. Les ballets ont Ă©tĂ© les moments les plus forts du concert, les scĂšnes du paradis ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ussies, mĂȘme si la suite de danse en toute fin d’opĂ©ra a pu lasser un peu.  Cette splendeur orchestrale a portĂ© en fait tout l’opĂ©ra. Le chƓur du Capitole, dont nous connaissons la ductilitĂ© par ailleurs, a Ă©tĂ© peu utilisĂ© ce soir, au delĂ  d’un chant massif et compact, portant fort peu d’émotions. La distribution se concentre sur trois chanteurs, nous pouvons donc faire preuve d’exigence. Las, l’hĂ©roĂŻne qui motive tout le drame est le maillon faible. Voix sans caractĂšre, projection courte et minauderies hors de propos, Judith Van Wanroij, n’a rien d’Eurydice la douce. L’Amour de Jodie Devos a tout le charme attendu avec une agrĂ©able voix de soprano brillante et une interprĂšte pleine d’élĂ©gance mutine. Le hĂ©ros portant tout l’ouvrage est donc ce soir le tĂ©nor FrĂ©dĂ©ric Antoun.  S’il a assez de brillant dans l’aigu et de facilitĂ© pour incarner la voix de haute-contre, il a semblĂ© ce soir comme absent du drame. AutocentrĂ© sur une voix certes superbe mais dans  un chant froid, – distanciĂ©, FrĂ©dĂ©ric Antoun n’est pas un OrphĂ©e amoureux.
Reconnaissons que son Eurydice ne l’aidait pas. Dans leur duo le dĂ©sĂ©quilibre obligeait le tĂ©nor Ă  se retenir. Et dans le trio avec Amour, la voix d’Eurydice a trop souvent disparu. Quoi qu’il en soit, c’est l’absence de couleurs et de nuances qui n’a pas non plus permis Ă  FrĂ©dĂ©ric Antoun d’émouvoir le public. Rester l’Ɠil sec, aprĂšs le dĂ©sespoir d’OrphĂ©e Ă  l’acte III, est quand mĂȘme inhabituel 

En somme les qualitĂ©s orchestrales les plus hautes ne suffisent pas Ă  dĂ©fendre cette version parisienne de 1774. La voix de haute-contre ne saurait rivaliser avec la voix de contralto de la premiĂšre version de Gluck ou celle de Berlioz pour Pauline Viardot. La sagesse et l’élĂ©gance de cette proposition interprĂ©tative sont pour nous trop Ă©loignĂ©es de l’émotion attendue dans cette Ɠuvre emblĂ©matique. Demeure cependant le plaisir d’entendre en concert une trĂšs belle partition, aboutie et concise, annonçant les grandes tragĂ©dies de Gluck Ă  venir avec en particulier ses deux IphigĂ©nie.

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rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : OrphĂ©e et Eurydice. TragĂ©die-opĂ©ra en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moline d’aprĂšs Ranieri de’ Calzabigi, version de Paris, crĂ©Ă©e le 2 aoĂ»t 1774 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle des Tuileries. Avec : FrĂ©dĂ©ric Antoun, OrphĂ©e ; Judith Van Wanroij, Eurydice ; Jodie Devos, L’Amour. ChƓur du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction musicale. CrĂ©dit photo : © Patrice Nin 2018

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 février 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga

ATTAHIR benjamin residence orchestre national de lille concerto pour serpent creation critique par classiquenewsCompte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga. En ouverture de concert, la belle oeuvre de Benjamin Attahir, « Sawti’l Zaman » (portrait ci contre),  a trouvĂ© un public attentif et ravi. Cette Ɠuvre symphonique complexe et exigeante est d’une trĂšs grande variĂ©tĂ© thĂ©matique. Le refus du dĂ©veloppement et de la variation provoque une impression de grande richesse voire de gaspillage tant les thĂšmes passent et disparaissent sans retour. La variĂ©tĂ© infinie des inspirations avec des timbres rares ou trĂšs habituels, est habilement rĂ©partie sur toute la piĂšce symphonique. Il y a toutefois une sorte de continuitĂ© stylistique comme un fil rouge. Il s’agit de quelque chose d’assez peu explicable mais qui pour moi Ă©voque une certaine transparence de texture, une lumiĂšre particuliĂšre, propre Ă  la musique française du dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle ; Ă©galement un travail sur le rythme et la danse qui fait penser Ă  la musique française des XVII et XVIII Ăšme siĂšcles. Le titre lui-mĂȘme fait rĂ©fĂ©rence Ă  la musique transmĂ©diterranĂ©enne si chĂšre Ă  l’exotisme de Camille Saint-SaĂ«ns ou de Ravel. Il y a donc un vrai travail de remĂ©moration et d’hommage cachĂ© Ă  plusieurs pans de la musique française d’avantage encore qu’au seul Pierre Boulez. Voici donc une trĂšs belle Ɠuvre qui pourrait parfois paraĂźtre trop riche tant elle contient de moments inspirĂ©s.

L’interprĂ©tation par les musiciens de l’Orchestre du Capitole met en lumiĂšre leur virtuositĂ© comme leur habitude des Ă©lĂ©ments français que j’évoquais plus haut. Andris Poga trĂšs concentrĂ© a une battue efficace qui permet une belle comprĂ©hension des motifs si variĂ©s en leurs couleurs si somptueuses. Cette Ɠuvre contemporaine semble particuliĂšrement bien comprise et accueillie par le public toulousain comme lors de la crĂ©ation Ă  Lausanne.

Korobeinikov piano concert critique par classiquenews Andrei KorobeinikovLe DeuxiĂšme Concerto pour piano de Prokofiev est rarement donnĂ©, tant il est difficile sur tous les plans. Il demande un pianiste virtuose capable de couleurs et de nuances trĂšs appuyĂ©es et malgrĂ© sa complexitĂ© rythmique, d’oser des moments de rubato audacieux. Andrei Korobeinikov est cet artiste exceptionnel exigĂ© par une telle partition. Il y ajoute une fiĂšvre particuliĂšre, conservĂ©e jusqu’aux derniĂšres notes, qui est proprement fascinante. Nous avons la certitude d’entendre toutes les richesses de l’Ɠuvre et les qualitĂ©s d’Andrei Korobeinikov sont Ă©videmment pianistiques ; elles sont surtout celles d’un fin musicien. Les couleurs foisonnent et les nuances sont d’une subtilitĂ© rare. Il ose des moments d’infime rubato d’une incroyable dĂ©licatesse. Ce musicien exceptionnel a offert un PrĂ©lude de Scriabine en bis qui a laissĂ© le public pantois. Les musiciens de l’orchestre du Capitole relĂšvent le dĂ©fi de la virtuositĂ© avec panache tout particuliĂšrement dans le deuxiĂšme mouvement : Scherzo vivace. Les moments de tendresse sont de vĂ©ritables moments de bonheur.

Dans sa direction, Andris Poga n’arrive pas Ă  Ă©tablir solidement l’équilibre qui aurait permis d’entendre le pianiste lors des fortissimi de l’orchestre. S’il tient parfaitement la battue, ce qui n’est pas rien, il ne rend pas le phrasĂ© subtil de Prokofiev et rate la grande montĂ©e de la fin du premier mouvement. Le troisiĂšme mouvement est un peu mĂ©canique face Ă  la souplesse du dĂ©hanchĂ© du pianiste. Andris Poga n’est pas rĂ©pondu aux  subtilitĂ©s qu’Andrei Korobeinikov propose dans ses nuances et ses fulgurances remarquables.

La derniĂšre partie de concert comprenait la HuitiĂšme Symphonie de Dvorak. Partition un peu pompier et trĂšs extravertie. Un dosage particulier avec de l’humour en offre toutes les saveurs. Ce n’est pas le parti choisi par Andris Poga. Le chef ici semble diriger Ă  la lettre laissant les cuivres s’en donner Ă  cƓur joie sans chercher Ă  construire un Ă©quilibre avec la dĂ©licatesse des bois ou la profondeur des cordes, -quels violoncelles !  Les nuances ont Ă©tĂ© globalement au cran supĂ©rieur saturant un peu l’air. La symphonie passe sans Ă©mouvoir ou intĂ©resser vraiment ; seules les qualitĂ©s des instrumentistes de l’orchestre nous comblent. Ce concert restera dans les mĂ©moires pour le jeu admirable du jeune Andrei Korobeinikov. Ce pianiste russe trentenaire est une dĂ©couverte remarquable pour le public toulousain.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Sawti’l Zaman, Ă  la mĂ©moire de Pierre Boulez pour orchestre. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.16. Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n° 8 en sol majeur, op.88. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Andris Poga.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd.

TF16098 Usher SĂžndergĂ„rdCompte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd. DĂšs les premiers accords de l’extraordinaire ouverture d’Egmond de Beethoven l’émotion domine le concert. Thomas SĂžndergĂ„rd est un jeune chef danois Ă  la direction d’une grande clartĂ© et d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. Il est bien connu de l’orchestre et du public toulousain. Chaque venue est un grand moment. L’ouverture d’Egmond a valu Ă  Beethoven les compliments de Goethe que l’on connaĂźt plus rĂ©tif Ă  la mise en musique de ses poĂšmes ou de ses piĂšces. Il est vrai qu’il souffle un vent romantique enfiĂ©vrĂ©, une ode Ă  l’amour d’une grande tendresse. L’orchestre a su offrir au chef tout ce que sa superbe direction lui demandait et le rĂ©sultat est un souffle puissant qui laisse le public haletant. Que voilĂ  une trĂšs belle entrĂ©e en matiĂšre.

Concert solaire Ă  Toulouse

L’arrivĂ©e en scĂšne du violoniste Josef Ć paček apporte la mĂȘme allure Ă©lĂ©gante et dĂšs les premiĂšres doubles cordes, nous savons que cet interprĂšte sera fascinant. Si l’entrĂ©e de l’orchestre a Ă©tĂ© un peu trop forte et l’équilibre a mis quelques temps Ă  se construire, l’interprĂ©tation de ce concerto trop rarement donnĂ© a Ă©tĂ© magnifique. L’entente et surtout la qualitĂ© d’écoute ont Ă©tĂ© magnifiques entre tous les musiciens, le soliste et le chef. La clartĂ© de la direction a rencontrĂ© la simplicitĂ© et l’évidence du jeu du soliste. La sonoritĂ© de Josef  Ơpaček est trĂšs agrĂ©able, souple, nuancĂ©e. Il ne semble pas craindre les nombreux traits redoutables et trouve toujours des phrasĂ©s amples.  La musicalitĂ© est intense et la danse est retrouvĂ©e dans la souplesse de son jeu. Le final est un vrai moment ensoleillĂ© en un tempo rapide et des danses populaires d’un grand enthousiasme. L’orchestre a Ă©tĂ© royal de prĂ©sence et d’attention aux propositions du soliste. Le public a Ă©tĂ© convaincu par une interprĂ©tation si aboutie face Ă  la qualitĂ© de ce concerto trop mal aimĂ©.

Pour finir sur un enthousiasme quasi dĂ©lirant, nous pouvions compter sur l’entente entre le chef et l’orchestre dans une oeuvre trĂšs aimĂ©e du public. La quatriĂšme symphonie de Beethoven est moins dramatique que la CinquiĂšme, moins inventive Ă©galement que la troisiĂšme mais l’équilibre qui caractĂ©rise sa composition assez classique, est un enchantement. Thomas SĂžndergĂ„rd est maĂźtre dans la construction comme l’organisation du moindre plan. Tout s’articule Ă  merveille, les tempi sont parfaits et le naturel semble laisser faire les choses toutes seules. L’orchestre du Capitole est tout Ă  son aise et chacun, solistes tout particuliĂšrement, est brillant. Si l’élĂ©gance et la beautĂ© sont des qualitĂ©s Ă©videntes du chef danois, c’est son sourire qui illumine son interprĂ©tation.

Thomas SĂžndergĂ„rd dĂ©veloppe une coopĂ©ration enthousiasmante avec l’Orchestre du Capitole, le violoniste Josef Ć paček est un artiste admirable qui a su ĂȘtre au diapason de cette entente, ils nous ont offert un beau concert et la prise de conscience de la valeur du concerto de violon de Dvorak.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture d’Egmont op.84 ; Symphonie n°4 en si bĂ©mol majeur op.60 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op.53 ; Josef Ć paček, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas SĂžndergĂ„rd, direction. Illustration : © A Buchanan

Compte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor.

SMIRNOVA ANNA Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor. Retrouver les meilleures productions de l’ùre Nicolas Joel permet de constater l’excellence des choix du directeur d’opĂ©ras et metteur en scĂšne de grand talent. Il y a presque 20 ans, cette Walkyrie avait fait grand bruit et s’intĂ©grait dans une TĂ©tralogie montĂ©e sur plusieurs annĂ©es avec grand succĂšs. La Walkyrie est pour moi le joyau de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne et cette production peut-ĂȘtre la plus belle de Nicolas Joel. Ce soir, elle est admirablement rĂ©alisĂ©e, avec d’infimes modifications, par Sandra Pocceschi. Son travail semble avoir accentuĂ© le jeu thĂ©Ăątral et fouillĂ© les relations entre les personnages. L’engagement scĂ©nique des chanteurs, qui ont chacun une partition Ă©crasante, est remarquable. La production n’a pas pris une ride. Le respect devant l’ouvrage est louable, la beautĂ© des dĂ©cors prĂ©-industriels d’Ezio Frigerio, la somptuositĂ© des costumes de Franca Squarciapino et la vie insufflĂ©e par les lumiĂšres de Vinicio Cheli permettent un rĂ©gal constant aussi pour les yeux. Les surtitres sont trĂšs bien coordonnĂ©s. La diction des chanteurs, y compris les non germaniques, permet de suivre chaque moment du drame wagnĂ©rien. Le thĂ©Ăątre se porte donc bien dans cette production et l’action est limpide sans surcharges inutiles. CrĂ©dit : Anna SMIRNOVA en Walkyrie (“du siĂšcle”) © D. Herrero / Capitole de Toulouse 2018.

La résurrection du chant Wagnérien passe par le Capitole

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingL’orchestre dirigĂ© avec passion par Claus Peter Flor, lequel chante avec chaque chanteur, Ă©pouse la prosodie si particuliĂšre et apporte beaucoup de lumiĂšre Ă  la partition fleuve, dans un continuum sonore parfait. Ce qu’il rĂ©ussit le plus admirablement, c’est la fluiditĂ© du chant orchestral dans les moments chambristes, si nombreux, et les solos somptueux de l’orchestre du Capitole, que ce soit les vents, les cuivres, les violoncelles. Chacun trouve sous sa direction, une libertĂ© expressive totale. Les nuances sont trĂšs creusĂ©es avec des fortissimi Ă  faire trembler les murs mais sans jamais couvrir les chanteurs. Les moments symphoniques attendus sont efficaces. Mais le travail avec les chanteurs et les musiciens est tout Ă  fait envoĂ»tant dans les longs monologues et les duos qui deviennent de grands moments de pure poĂ©sie.

14630_SMIRNOVA1LA BRÜNNHILDE DU SIECLE
 C’est ce qui va naturellement nous amener Ă  dĂ©crire les extraordinaires chanteurs rĂ©unis au Capitole. Tout de go nous dirons combien le rang international de cette distribution pourra enorgueillir les maisons d’opĂ©ra les plus exigeantes de la planĂšte. Le niveau superlatif de chacun est couronnĂ©, – je pĂšse mes mots, par la dĂ©couverte de la BrĂŒnnhilde de ce siĂšcle : Anna Smirnova, un nom Ă  vĂ©nĂ©rer pour ce rĂŽle de dĂ©esse qu’elle assume comme personne. Certes les conditions acoustiques sont au Capitole superlatives. Cet auguste thĂ©Ăątre permet aux voix de planer jusqu’au paradis sans efforts ; la vaste fosse d’orchestre est partiellement couverte et la direction de Claus Peter Flor est particuliĂšrement respectueuse. Mais qui n’a pas encore entendu la Smirnova ne sait combien cette artiste est rare. Le tempĂ©rament scĂ©nique est fort et son attitude garçonne convient parfaitement Ă  sa BrĂŒnnhilde guerriĂšre, un rien fanfaronne qui lance son cri avec joie et sans angoisse ! Quelle entrĂ©e en scĂšne !!!
Le jeu scĂ©nique la voit Ă©voluer vers plus d’humanitĂ© et de compassions mais ne doutons pas que ce qui reprĂ©sente une prise de rĂŽle va avec le temps s’affiner vers une humanitĂ© plus tendre pour le final. MĂȘme si une Ă©volution a lieu, elle mĂ©ritera d’ĂȘtre approfondie. Car la puissance vocale est si extraordinaire, son indestructibilitĂ© semble si certaine qu’une certaine froideur persiste. La voix de mezzo authentique s’est enrichie d’une quinte aiguĂ« splendide, avec des contre-ut dardĂ©s et maitrisĂ©s d’une grande beautĂ©. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix sur toute la tessiture au troisiĂšme acte laisse pantois. Une coulĂ©e d’or rouge la parcourt du grave Ă  l’aigu avec un cƓur de diamant. L’effet produit est indescriptible
 sorte de mĂ©lange d’Astrid  Varnay, de Birgit Nilsson et d’Inge Bork. Dans le medium et le grave les harmoniques irisent en couleurs mordorĂ©es et le soleil de l’aigu Ă©claire la ligne de chant avec un Ă©clat qui peut ĂȘtre aveuglant. Le souffle infini est le tapis confortable sur lequel repose toute la puissance vocale et expressive. La Smirnova nous offre un moment de beau chant wagnĂ©rien des plus rares.

Le duo final avec Wotan nous met Ă  genoux. Le baryton polonais Tomasz Konieczny est lui aussi admirable et l’apothĂ©ose finale est vraiment le point d’acmĂ© de l’ouvrage. La voix du baryton est capable des nuances les plus extrĂȘmes avec une puissance de Titan comme des murmures brisĂ©s. Il dit son texte avec une infinie poĂ©sie, mĂȘme ses longs monologues sont passionnants par la vie qu’il y met, associant admirablement mots et ligne de chant : couleurs infinies du chant comme des mots, le tout dans une maĂźtrise vocale de chaque instant jusque dans les quasi-murmures de la confidence ou de l’abattement. Tomasz Konieczny est un grand Wotan, poĂšte de la mĂ©lancolie du pouvoir enfui.

Son Ă©pouse la divine Fricka est incarnĂ©e par la trĂšs Ă©lĂ©gante mezzo Elena Zhidkova, belle voix et belle actrice dans sa thĂ©ĂątralitĂ© outrĂ©e et sa robe d’or. La voix est corsĂ©e et sonore sur toute la tessiture mais les nuances sont un peu rares face Ă  un Wotan si subtil chanteur-diseur. Toutefois en guerriĂšre, elle gagne le match haut la main, son Ă©poux infidĂšle vaincu, terrassĂ©, prend d’un coup, tous les ans perdus Ă  la tromper en parcourant le monde.
Les huit filles de Wotan, les walkyries ont ce soir des voix puissantes et bien accordĂ©es. Leurs ensembles sonnent admirablement avec de beaux moments de musicalitĂ©. Il convient de citer toutes ces voix admirables de prĂ©sence : Marie-Laure Garnier en Gerhilde, Oksana Sekerina en Ortlinde, Pilar VĂĄzquez en Waltraute, Daryl Freedman en Schwertleite, Sonja MĂŒhleck en Helmwige, Szilvia Vörös en Siegrune en Karin Lovelius en Grimgerde et  Ekaterina Egorova en Rossweisse.

Pour certains, La Walkyrie dĂ©bute par un premier acte si parfait que dans certains concerts il est donnĂ© seul. Le dĂ©but par cet orage spectaculaire, la rencontre des futurs amants, le conflit larvĂ© avec le mari. Tout le trio de marivaudage arguĂ© par Fricka, est sublimĂ© par une action resserrĂ©e et une partition qui semble s’inventer au fur et Ă  mesure. Le trio ce soir est fabuleux. Le tĂ©nor Michael König est le parfait Heldentenor attendu. Port altier, diction limpide il souffre avec noblesse, s’élĂšve sous le regard de Sieglinde et naĂźt Ă  l’hĂ©roĂŻsme avec une Ă©vidence qui subjugue. La voix sombre est lumineuse dans l’aiguĂ« avec des appels « Walse » tout Ă  fait spectaculaires. Son magnifique duo avec BrĂŒnnhilde a une grande noblesse dans une Ă©motion incroyable. L’amour naissant pour Sieglinde lui permet de se rĂ©aliser et le porte. Vocalement l’entente entre les deux amants fonctionne Ă  merveille.
Le mari violent et obtus, Hundig a la voix sĂ©pulcrale de Dimitry Ivashchenko. SoliditĂ©, couleur homogĂšne et puissance sont des atouts de poids dans un rĂŽle court et dĂ©terminant. La femme convoitĂ©e, Sieglinde, est la merveilleuse actrice chanteuse Daniela Sindram. Actrice expressive mais Ă©galement cantatrice sublime. Elle aborde Sieglinde avec l’habitude des plus grands rĂŽles de mezzo. Le medium est Ă©lĂ©gamment timbrĂ©, le grave sonore sans poitrinage. Mais la beautĂ© liquide des harmonies dans l’aigu est une incroyable dĂ©couverte. Elle arrive Ă  maĂźtriser sans jamais pousser les longues lignes couronnĂ©es par des aigus avec un art du chant parfait. Au dernier acte, son cri de dĂ©sespoir donne le frisson mais c’est son appel Ă  la vie et sa reconnaissance Ă  BrĂŒnnhilde qui, avec une voix d’une beautĂ© lumineuse porte l’émotion Ă  son comble. Je suis certain qu’à la derniĂšre reprĂ©sentation l’émotion si puissante de Sindram gagnera Smirnova, tant ce moment de thĂ©Ăątre vocal est fort.

Nicola Joel peut ĂȘtre fier d’avoir lĂ©guĂ© Ă  la ville rose une production si vraie et si belle du chef d’Ɠuvre de Wagner. Cette reprise est une apothĂ©ose et la distribution est si parfaite qu’elle annonce un Ăąge d’or. La dĂ©couverte d’une vraie BrĂŒnnhilde n’est pas si frĂ©quente. Pour ces prochaines prises de rĂŽle Smirnova va interprĂ©ter Lady Macbeth et Turandot. Attention : probables merveilles ! A suivre dĂ©sormais sur classiquenews.

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Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du capitole, le 30 janvier 2018. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, PremiĂšre journĂ©e du Festival scĂ©nique en trois actes. Livret du compositeur. CrĂ©ation le 26 juin 1870 Ă  Munich (ThĂ©Ăątre national de la Cour). Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Sandra Pocceschi : rĂ©alisation de la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres.  Avec : Anna Smirnova, BrĂŒnnhilde ; Michael König, Siegmund ; Tomasz Konieczny, Wotan ; Daniela Sindram, Sieglinde ; Elena Zhidkova, Fricka ; Dimitry Ivashchenko, Hunding ; Marie-Laure Garnier, Gerhilde ; Oksana Sekerina, Ortlinde ; Pilar VĂĄzquez, Waltraute ; Daryl Freedman , Schwertleite ; Sonja MĂŒhleck, Helmwige ; Szilvia Vörös, Siegrune ; Karin Lovelius, Grimgerde ; Ekaterina Egorova, Rossweisse ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : La Walkyrie © D. Herrero 2018

Compte rendu, concert. Toulouse, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch, Lozakovich/Orch Nat du Capitole,Sokhiev.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Il est des concerts qui semblent inoubliables tant ils ont Ă©tĂ© exceptionnels. Celui ci restera dans ma mĂ©moire. Daniel Lozakovich ĂągĂ© de 16 ans est un violoniste qui marque l’auditeur par une prĂ©sence attachante et un jeu d’une musicalitĂ© rare. La jeunesse alliĂ©e Ă  ce sĂ©rieux, cette concentration et ce plaisir Ă  jouer est rare. En gilet, manches blanches Ă©lĂ©gantes, le jeune homme semble s’envoler avec son archet et son violon lorsqu’il dĂ©bute le Concerto de Bruch. L’Ɠuvre si belle et si aimĂ©e, au point que Bruch en aura Ă©tĂ© assombri, lui prĂ©fĂ©rant d’autres Ɠuvres de sa composition, a Ă©tĂ© ce soir jouĂ©e admirablement. Tugan Sokhiev a constamment veillĂ© Ă  crĂ©er un parfait Ă©quilibre entre les musiciens et le soliste. L’écoute parfaite entre tous les musiciens a portĂ© une interprĂ©tation Ă  la subtile musicalitĂ©. Daniel Lozakovich a un son d’un moelleux incroyable et sait colorer ses phrases Ă  l’envie. Les nuances sont toujours trĂšs subtilement amenĂ©es avec des son piano flottants, semblant 
 cĂ©lestes. La virtuositĂ© semble l’expression de la simplicitĂ© sans jamais aucun effet extĂ©rieur. Le beau Concerto passe comme un vĂ©ritablement enchantement. La jeunesse et la beautĂ© rassemblĂ©es pour le plus bel hymne Ă  la musique et Ă  la vie envisageable. Le succĂšs est total les instrumentistes Ă©galement sous le charme du soliste l’applaudissent. En bis, le jeune prodige de musicalitĂ© offre une Sarabande de la Partita pour violon seul n°2 en rĂ© mineur de Bach. La dĂ©licatesse du phrasĂ©,  la subtilitĂ© des couleurs, la noblesse du pas dansant, tout est trĂ©sor de musicalitĂ© Ă©panouie. VoilĂ  un jeune musicien que l’on suivrait au bout du monde tant sa joie irradie.

D’aucun auront pu penser que la soirĂ©e aprĂšs tant de (belle) musique pourrait s’arrĂȘter lĂ . La suite du concert a encore montĂ© d’un niveau en puissance expressive et Ă©motion musicale.
chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresden4Ăš de CHOSTA. Tugan Sokhiev pourrait se lancer dans une intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch tant il est Ă  l’aise en dirigeant ce compositeur et tant l’Orchestre du Capitole rĂ©pond a toute ses demandes. La quatriĂšme symphonie est un vĂ©ritable monument. Lors des rĂ©pĂ©titions avant sa crĂ©ation, les officiels n’en ont pas voulu et il a  fallu attendre prĂšs de 30 ans aprĂšs la fin de sa composition pour qu’elle soit enfin jouĂ©e. Son Ă©criture audacieuse exige presque deux orchestres symphoniques avec 8 cors, 6 clarinettes et flĂ»tes. Et jusqu’à 9 percussionnistes.

tugan-sokhievAvec une autoritĂ© impressionnante Tugan Sokhiev s’est emparĂ© de sa baguette et n’a pas laissĂ© une seconde de rĂ©pit aux musiciens comme au public. Les dimensions  de cette partition sont un hommage Ă  Mahler comme Ă  Bruckner. Mais la richesse de l’instrumentation est sans Ă©gale. L’humour voir la fĂ©rocitĂ© dont la partition fourmille a trouvĂ© ce soir des interprĂštes trĂšs inspirĂ©s. La qualitĂ© de l’invention dans les contrastes, les nuances, les couleurs, les rythmes et la richesse harmonique
, tout cela produit un effet inĂ©narrable. Il est facile de comprendre comment la mesquinerie bureaucratique n’a pu laisser jouer une Ɠuvre de cette puissance et de cette perfection formelle mais surtout de cette qualitĂ© d’invention. Un compositeur avec des telles capacitĂ©s et tant de  puissance crĂ©atrice ne pouvait que mettre en pĂ©ril un rĂ©gime dĂ©jĂ  fortement corrompu. La maniĂšre dont la direction de Tugan Sokhiev rend limpide l’architecture de cette immense partition tient du prodige qui abolit le temps. La puissance dont l’orchestre est capable n’a d’égal que la subtilitĂ© des superbes moments chambristes. Les moments solistes sont admirablement tenus par des interprĂštes semblant donner leur vie.

Le hautbois de Chi Yuen Cheng et la clarinette de David Minetti savent ĂȘtre extrĂȘmement Ă©mouvants. Le cor de Jacques Deleplanque a une prĂ©sence noble. Mais comment ne pas citer le basson sensationnel de Lionel Belhacene ? Et la flĂ»te de Sandrine Tilly ?  Les cordes sont incroyables de prĂ©sence et la famille des cuivres au grand complet rayonne de beautĂ©. Il faudrait citer chaque musicien tant leur engagement fait merveille. Pas une seule baisse de tension, pas un moment de faiblesse dans l’orchestre, pas une baisse d’attention dans le public.
Toute l’heure que dure la symphonie a passĂ© comme un moment grandiose et inoubliable, sans lourdeur. Du grand art par un orchestre et un chef capables de rendre parfaitement hommage au gĂ©nie enfin reconnu de Chostakovitch. Le geste final comme crucifiĂ© de Tugan Sokhiev impose le silence au public de longs instants comme pour marquer les esprits face Ă  l’exception d’une telle interprĂ©tation d’un tel chef d’Ɠuvre.
Quelle soirée ! Le succÚs a été retentissant !
Ce concert termine un vĂ©ritable marathon musical. L’Orchestre du Capitole et son chef Tugan Sokhiev ont entre le 30 dĂ©cembre et ce 12 janvier donnĂ© 6 concerts. Sans compter les reprĂ©sentations de Casse-Noisette par l’Orchestre au ThĂ©Ăątre du Capitole
 Concert mĂ©morable.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 12 janvier 2018. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur op. 26. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 43. Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte rendu concert. Toulouse, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert.Leonskaja,Sokhiev

‹‹tugan-sokhievCompte rendu concert. TOULOUSE,Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert. Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. SOKHIEV SuprĂ©matie de la musicalitĂ© et du chant.‹‹ Tugan Sokhiev et Elisabeth Leonskaja dĂ©veloppent saison aprĂšs saison une complicitĂ© artistique qui fait merveille. Le public est conquis et les medias enregistrent tant en vidĂ©o que dans le projet d’éditer une intĂ©grale discographique des concertos pour piano de Beethoven. DĂšs l’entrĂ©e, d’Elisabeth Leonskaja un frisson parcourt l’assemblĂ©e. La Halle-Aux–Grains pleine Ă  craquer comme rarement (prĂšs de 2200 places) retient son souffle, les cameras et les micros sont prĂ©sents Ă  l’esprit de chacun et (Oh miracle !) les tousseurs se taisent !  ‹AprĂšs les accords du piano d’une beautĂ© galbĂ©e, l’introduction orchestrale est magnifique. Le Beethoven de Tugan Sokhiev nous ravit Ă  nouveau avec cette Ă©vidence de fermetĂ© gĂ©nĂ©reuse et de simplicitĂ©. Le tempo est large, les phrasĂ©s dĂ©veloppĂ©s avec  élĂ©gance mais sans recherche de sĂ©duction. La direction Ă  main nue du chef ossĂšte, qui se tient au niveau du quatuor Ă  cordes sans estrade, semble organiser une musique de chambre plus que diriger en imposant. Les mains parlent et d’elles naĂźt la plus belle musique qui soit. Le piano de Leonskaja est ce soir particuliĂšrement souverain avec une capacitĂ© Ă  chanter hors du commun. Le deuxiĂšme mouvement si original avec cette plainte dĂ©chirante du piano et les rĂ©ponses inflexibles de l’orchestre est le grand moment de drame attendu. Le dĂ©but pianissimo par Leonskaja permet une montĂ©e progressive vers l’émotion la plus poignante. Dialogue orphique entre le chant du piano, ici pure priĂšre, et les instruments Ă  cordes grondant comme un CerbĂšre. L’enchainement vers le Rondo joyeux final est particuliĂšrement rĂ©ussi en raison de la connexion parfaite entre le chef, la pianiste et les musiciens de l’orchestre. Cette version du sublime concerto mĂ©rite bien un enregistrement qui fera date par sa perfection formelle certes mais surtout par une musicalitĂ© partagĂ©e magnifique.‹FĂȘtĂ©e par un public Ă©merveillĂ© Elisabeth Leonskaja dont l’interprĂ©tation avait Ă©tĂ© marquĂ©e par une recherche de legato et de chant offre en bis la version piano d’un sonnet de PĂ©trarque mis en musique par Liszt et qui en Ă©crivit une mĂ©lodie au lyrisme aussi large que sublime.
Elisabeth leonskaja portraitLa grande Leonskaja en diva du piano nous emporte sur les ailes d’un chant souverain avec des nuances d’une subtilitĂ© sans limites.‹En deuxiĂšme partie de programme l’orchestre s’étoffe pour la derniĂšre symphonie de Schubert. Si cette oeuvre posthume a eu beaucoup de mal Ă  gagner le succĂšs public, elle est reconnue comme un monument par Schumann et Mendelssohn dĂšs ses premiĂšres auditions. Sa longueur et sa densitĂ© n’en font pas encore aujourd’hui la symphonie prĂ©fĂ©rĂ©e du public. Ce soir nous ne cacherons pas notre plaisir Ă  cette interprĂ©tation marquĂ©e par une souplesse et une structuration claire qui permettent d’en dĂ©guster bien de richesses. L’avancĂ©e dĂ©cidĂ©e dont fait preuve Tugan Sokhiev, la sĂ©rĂ©nitĂ© de son geste entraĂźne l’orchestre du Capitole dans un voyage grandiose et admirablement lumineux. Les zone d’ombres sont passagĂšres et ce qui domine est cette soliditĂ©, parfois terrienne, mais toujours belle de la composition de Schubert en contrepoint de son mĂ©lancolique Voyage d’hiver. Ici la lumiĂšre, et mĂȘme la joie la plus pure dans le final, s’exposent et nous entrainent. Les musiciens de l’orchestre sont tous engagĂ©s et dĂ©veloppent des qualitĂ©s d’écoute admirables. La beautĂ© des couleurs et des nuances construit une riche palette que la direction du chef magnifie. Le chant se dĂ©veloppe avec des cantilĂšnes sublimes aux cors aux bois (le hautbois de Louis Seguin !) et aux cordes. Schubert en compositeur de Lieder adapte ces courtes formes de chant aux proportions gigantesques d’un orchestre large avec une science de l’écriture digne de Beethoven. Tugan Sokhiev encourage Ă  chaque instant ses musiciens Ă  chanter tout en tenant dans une main ferme un tempo plein d’assurance.‹Un grand et beau moment symphonique qui clĂŽt ce concert marquĂ© par une certaine idĂ©e du Bonheur.

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‹‹Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur Op.58. Frantz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 9 en ut majeur «  La Grande » D.944. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er décembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er dĂ©cembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga. Les Toulousains ont la chance de pouvoir compter sur une gĂ©nĂ©ration de jeunes pianistes de premier plan, issus du Sud Ouest. David Fray, Adam Laloum et Bertrand Chamayou sont 3 pianistes trentenaires Ă©panouis et cĂ©lĂšbres dans le monde entier. Bertrand Chamayou ce soir a excellĂ© Ă  nouveau dans une virtuositĂ© transcendante. Le charme de son jeu repose sur une aisance et une apparente facilitĂ© qui envoĂ»te. Les doigts fusent et la musique envahit l’espace. Ce Concerto de Mendelssohn exige des moyens exceptionnels dĂšs la premiĂšre entrĂ©e du piano. L’entente avec le chef, l’écoute avec les instrumentistes, sont parfaites. Tout coule, l’andante chante, et le final caracole. Du grand art, de la bien belle musique. Bertrand Chamayou et Andris Poga ont su s’accorder avec musicalitĂ©. Et l’Orchestre du Capitole a Ă©tĂ© magnifique de prĂ©cision comme d’élĂ©gance.

En bis Chamayou offre deux piĂšces ; d’abord le sublime chant « Sur les ailes du chant », mĂ©lodie planante de FĂ©lix Mendelssohn adaptĂ©e par Frantz Liszt, puis il a terminĂ© sur une extraordinaire Etude en forme de Valse de Camille Saint-SaĂ«ns. Aussi virtuose que les plus folles piĂšces de Scriabine, cette piĂšce sensationnelle et Ă©lĂ©gante a subjuguĂ© le public de la Halle-aux-Grains.

Sa SixiÚme Symphonie : avec ou sans Mahler ?

Mahler_gustav_profilEn deuxiĂšme partie de concert, la SixiĂšme symphonie de Mahler Ă©tait une sacrĂ©e audace. En 2013, Tugan Sokhiev avait donnĂ© une intĂ©ressante version de cette symphonie maudite. Dans le choix de la faire prĂ©cĂ©der par un concerto, il est permis de voir la marque des progrĂšs de l’orchestre. Notre souvenir de 2013 (qu’une rediffusion sur Mezzo et Mezzo live en dĂ©cembre nous permettra de raviver) en est restĂ© assez fort pour dire combien l’orchestre a gagnĂ© en maturitĂ©. Une endurance dĂ©veloppĂ©e mais aussi des sonoritĂ©s sublimĂ©es et une puissance encore dĂ©cuplĂ©e. Les cors ont Ă©tĂ© royaux avec un Jacques Deleplanque trĂšs inspirĂ© Ă  leur tĂȘte. Les cuivres ont Ă©tĂ© d’une puissance Ă©blouissante sans enflure saturĂ©e. Les bois, d’une Ă©motion et d’une Ă©lĂ©gance incroyable avec le hautbois royal de Louis Seguin. Et François Laurent particuliĂšrement en forme Ă  la premiĂšre flĂ»te.
Les cordes ont gagnĂ© en prĂ©sence surtout les violons quand aux contrebasses, leur entrĂ©e a Ă©tĂ© d’un effet sidĂ©rant. Une mention particuliĂšre pour les percussionnistes Ă  la fĂȘte dans cette symphonie et pas seulement le terrible marteau. Un orchestre donc en forme subliminale. Mais les temps changent et quand on pense que cette symphonie n’est que depuis trĂšs peu de temps rĂ©guliĂšrement donnĂ©e, il est presque incroyable de voir comment ce soir, le public l’a applaudie comme une symphonie impressionnante par sa longueur mais sans ĂȘtre Ă©branlĂ© par la dĂ©solation qui l’habite. Car c’est lĂ , l’étonnement qui en a saisi plus d’un. OĂč sont passĂ©s la sauvagerie, la dĂ©rision et le sarcasme contenus dans cette partition ? OĂč est la douleur de Mahler qui, sorti des Ă©preuves et goĂ»tant le bonheur conjugal, familial, amical et professionnel, peut livrer les douleurs de ses combats pour en arriver lĂ  : Ă  cette conscience de la mort en sa puissance absolue ? Car dans la lutte, toutes les forces sont engagĂ©es et c’est seulement dans le bonheur qu’une vraie introspection en mesure le prix et sait que la mort nous en privera de façon certaine.  Le chef letton Andris Poga est bien sympathique ; et tout sourire, il aborde avec sĂ©rieux l’organisation de la symphonie. Il dĂ©plie les plans, organise le discours. Tout Ă  son plaisir, il dirige le superbe orchestre dont il obtient une splendeur sonore constante. Comment fait il pour diriger avec le sourire les trois premiers mouvements ? N’entend-t-il pas la douleur ? La terreur ? Ou la moquerie ? Ou mĂȘme la mĂ©lancolie et les larmes de l’Andante ? Le mystĂšre voire le surnaturel du final ?

Seul le dernier mouvement devient un peu dramatique et encore n’a-t-on eu que deux des trois coups de marteau. La tradition induite par la superstition de Mahler (et surtout celle de sa chĂšre Ă©pouse) faisant gommer le troisiĂšme coup de marteau qui abat le hĂ©ros n‘est pas toujours respectĂ©e et il est permis de regretter la puissance du troisiĂšme coup.

Cette symphonie de la douleur de vivre, si autobiographique n’a pas ce soir Ă©tĂ© vĂ©ritablement mahlĂ©rienne mais juste grandiose et belle. La beautĂ© n’est pas la qualitĂ© premiĂšre de cette symphonie, pleine de dĂ©rision et d’audace, de timbres et d’effets inouĂŻs. L’Orchestre du Capitole a merveilleusement jouĂ©. Il attend encore le chef qui lui permettra, dĂ©passant le plaisir hĂ©doniste, de jouer la vraie symphonie « Tragique »,  composĂ©e par Mahler l’écorchĂ© vif. Ce jour lĂ  le public sera vraiment Ă©mu et comprendra qui est Mahler.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le premier décembre 2017. Félix Mendelssohn Bartholdy (1808-1847) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en sol mineur Op.25 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 6 en la mineur « Tragique » ; Bertrand Chamayou : piano ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Andris Poga.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 24 novembre 2017.Puccini : La Rondine. Nicolas Joël / Paolo Arrivabeni.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini : La Rondine. Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne. Direction : Paolo Arrivabeni. Faire de la simplicitĂ© et du banal un chef d’oeuvre. VoilĂ  ce qui rĂ©sumerait cet opĂ©ra trop peu connu. Puccini se rĂ©vĂšle bien davantage encore dans cette partition que dans nulle autre et le personnage de Prunier, le poĂšte, pourrait bien ĂȘtre sa voix. Ce personnage bien loin d’ĂȘtre secondaire est celui qui se promĂšne dĂ©sabusĂ© entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, celui qui permettra Ă  Magda de quitter les vertiges de l’amour pour vivre avec cette terrible perte et non pas mourir d’amour comme tous ses autres personnages pucciniens.
La mĂ©lancolie de la partition dans le dernier acte accompagne admirablement ce chemin. Mais avant d’en arriver lĂ  que de beautĂ©s, de subtilitĂ©s et de conversations mondaines en musique. A la maniĂšre du Chevalier Ă  la Rose de Richard Strauss qu’il admirait tant, et en se souvenant des musiques modernes qui intĂšgrent riche harmonie, rythmes complexes et subtilitĂ© de texture, Puccini compose sa plus belle et riche partition pour l’orchestre. Ce soir au Capitole, la direction magistrale de Paolo Arrivabeni galvanise un orchestre survoltĂ©. Le panache de l’ouverture comme le grand concertato chez Bullier, la dĂ©licatesse des chants de violoncelle, la subtilitĂ© de texture et le rubato des danses entremĂȘlĂ©es de la valse au fox-trott, tout coule et fait le dĂ©lice du spectateur. Avec un tel monde crĂ©Ă© sous leurs pas, les chanteurs sont admirablement soutenus, jamais aucun forte ne venant les couvrir. Il faut dire qu’à nouveau la distribution rĂ©unie au Capitole est un sans faute.
Et pourtant le souvenir de la distribution de 2002 et les versions enregistrĂ©es rĂ©centes nous rendent trĂšs exigeants. La Magda d’Ekaterina Bakanova est dĂ©licieuse. ScĂ©niquement l’actrice est habile. La voix a la souplesse requise, capable de susurrer comme de chanter les larges phrases dignes de Butterfly. Le timbre trĂšs homogĂšne se dĂ©ploie sans effort sur toute la tessiture. Elle colore et nuance sa voix Ă  l’envie. Ce rĂŽle trĂšs exigeant lui convient admirablement et son incarnation est inoubliable. Son Ruggero bĂ©nĂ©ficie de la voix puissante de Dmytro Popov. Le medium et le grave sont Ă©trangement barytonnant mais la quinte aiguĂ« est lumineuse et la jeunesse du timbre luit.

 

 

Elégance, finesse et mélancolie. Il y a tout Puccini dans la Rondine du Capitole

 

PUCCINI-LA-RONDINE-capitole-toulouse

 

 

Prunier loin d’ĂȘtre donnĂ© Ă  un tĂ©nor de caractĂšre a la voix large et souple de Marius Brenciu. Tout au long de l’ouvrage il avance avec une Ă©lĂ©gance tant scĂ©nique que vocale dans son dĂ©dale d’aspirations revues Ă  la baisse sous le coup de la rĂ©alitĂ©. Il est mĂ©lancolique et dĂ©sabusĂ© mais toujours d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. La Lisette d’Elena Galitskaya est une composition parfaitement rĂ©ussie. Ce personnage Ă  tempĂ©rament qui n’a pas les moyens de s‘exprimer et doit rester servante est aussi irritant qu’émouvant. La voix est agrĂ©able avec une pointe acidulĂ©e trĂšs en situation. TrĂšs prĂ©sente dans les ensembles cette voix puissante est capable de bien davantage.
Le couple avec Prunier fonctionne bien scĂ©niquement et vocalement. N’oublions pas que Puccini leur rĂ©serve de trĂšs belles phrases et de beaux duos. C’est toute la richesse de cet opĂ©ra. Les premiers rĂŽles n’écrasent pas les autres. Le riche protecteur dĂ©sabusĂ© a la voix large de Gezim Myshketa. Son Rambaldo a de la classe lors du dĂ©part de Magda et l’on devine que son affection est sincĂšre et au final assez respectueuse du tempĂ©rament de Magda ; Hirondelle qui revient toujours aprĂšs ses escapades. Nous espĂ©rons qu’il saura l’accueillir aprĂšs son voyage au pays de l’amour. Tous les autres rĂŽles sont Ă©patants, trĂšs vivants et tout en situation avec Ă©clat vocal et prĂ©sence scĂ©nique pleine d’esprit.

Les ChƓurs du Capitole sont absolument superbes : vivants scĂ©niquement et puissants vocalement. Les sensuelles lumiĂšres de Vinicio Cheli, les costumes de Franca Squarciapino et les dĂ©cors d’Ezio Frigerio sont d’une beautĂ© toujours renouvelĂ©e. Le luxe dorĂ© enferme et jamais l’horizon n’apparaĂźt. Mais tout cette harmonie des annĂ©es folles envoĂ»te toujours autant le regard.
La mise en scĂšne de Nicolas JoĂ«l est certainement sa plus vivante et elle suit admirablement la partition. Cette production de 2002 n’a pas pris une ride et a Ă©merveillĂ© le public grĂące Ă  une distribution impeccable, un orchestre et un chef au sommet ! Puccini en aurait Ă©tĂ© fier lui qui aimait tant cette partition.

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Rondine, ComĂ©die lyrique en trois actes ; Livret de Giuseppe Adami d’aprĂšs Alfred Maria Willner et Heinz Reichert ; CrĂ©ation le 27 mars 1917 Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; Coproduction avec le Royal Opera House – Covent Garden de Londres (2002) ; Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne ; Stephen Barlow : rĂ©alisation mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres. Avec : Ekaterina Bakanova, Magda ; Dmytro Popov, Ruggero ; Elena Galitskaya, Lisette ; Marius Brenciu, Prunier ; Gezim Myshketa, Rambaldo ; Benjamin Mayenobe, PĂ©richaud ; Vincent Ordonneau, Gobin ; Yuri Kissin, CrĂ©billon ; Norma Nahoum, Ivette ; AurĂ©lie Ligerot, Bianca ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Photo : © photos P.Nin.

 

 

 

Compte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski. Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

temirkanov yuri maestro concert critique sur classiquenewsCompte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski.  Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction. Concert prestigieux qui dans la ville rose a mis en lumiĂšre un orchestre et un chef russes. Yuri Temirkanov et l’Orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg sont des ambassadeurs de poids. La comparaison avec notre orchestre et notre chef russo-toulousain, Tugan Sokhiev, ne pouvait que stimuler notre Ă©coute. Ce fut trĂšs intĂ©ressant de dĂ©couvrir trĂšs assagi le grand maestro Yuri Temirkanov Ă  la tĂȘte de son orchestre Philharmonique. Il en assure la direction artistique depuis 1988.

Le programme entiĂšrement russe a pris des allures de manifeste. Rimski-Korsakov dans les pages extraites de sa lĂ©gende de La ville invisible de KitĂšge est un rĂ©sumĂ© des qualitĂ©s dramatiques du compositeur. La variĂ©tĂ© d’humeur et la subtilitĂ© rythmique, la beautĂ© des mĂ©lodies ont Ă©tĂ© un peu trop discrĂštes dans une interprĂ©tation assez monolithique. Certes la gestuelle minimaliste de Yuri Temirkanov n’est comparable Ă  nulle autre et fascine au premier regard, mais si le rĂ©sultat est flamboyant en terme de couleurs saturĂ©es et de nuances forte quasi permanentes, il y a dans cette direction, bien peu de subtilitĂ©.

La Grande Russie à Toulouse : avare en subtilité

Les pages de Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski encore plus sombres et dramatiques n’ont pas non plus convaincu autrement que par une splendeur orchestrale extravertie presque Ă  la maniĂšre des orchestres amĂ©ricains des annĂ©es 80. Puissance et hĂ©donisme sonore ne suffisent pas Ă  mettre en valeur les splendeurs de cette partition trĂšs romantique.

La CinquiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski est un chef d’Ɠuvre adorĂ© du public et tout particuliĂšrement Ă  Toulouse depuis que Tugan Sokhiev nous la propose rĂ©guliĂšrement. Il a fallu attendre le dernier mouvement pour que l’orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg s’envole et nous transporte. Car les mĂȘmes qualitĂ©s et les mĂȘmes limites se sont retrouvĂ©es dans les trois premiers mouvements. Puissance et beautĂ© sonore mais brute sans les phrasĂ©s Ă©largis, sans la prĂ©cision rythmique, la variĂ©tĂ© de couleurs et de nuances auxquelles nous sommes habituĂ©s. L’andante cantabile est certes senza licenza mais aussi 
 sans Ăąme. Le texte musical simplement prĂ©sentĂ©, les nuances faites naturellement par l’addition des instruments, chaque famille Ɠuvrant Ă  une dĂ©monstration de sa splendeur, lassent l’oreille par la prĂ©visibilitĂ© des effets. La valse, droite dans se bottes, ne danse pas avec les sentiments. Le final a lui Ă©tĂ© mieux construit et superbement jouĂ© par un orchestre splendide. Des cuivres puissants, des cordes solides et des bois sensibles.
Ce qui peut s’apparenter Ă  une tradition Russe est en fait aujourd’hui un peu fade Ă  cotĂ© des propositions interprĂ©tatives intĂ©grant des notions de recherche de couleurs et de nuances plus lumineuses et claires dans la musique de TchaĂŻkovski qui admirait tant Bizet. Une plus grande prĂ©cision rythmique et des phrasĂ©s plus subtilement agencĂ©s mettent en valeur le drame et les Ă©motions fortes contenues dans ce rĂ©pertoire de plus en plus apprĂ©ciĂ© et compris pas le public toulousain, d’autant que ce dernier est gĂątĂ© par un Orchestre du Capitole qui y excelle sous la baguette si inspirĂ©e de Tugan Sokhiev.
La Halle-aux Grains est de plus une salle qui certes sonne bien mais demande de prendre en compte une acoustique particuliĂšre.  La saturation n’était pas loin, ce
 dĂšs le dĂ©but du concert de ce soir.  Un travail plus prĂ©cis sur le son assure une meilleure musicalitĂ©. Cela fait peut ĂȘtre aussi partie des qualitĂ©s des chefs et des orchestres invitĂ©s, savoir faire avec cette acoustique si particuliĂšre.

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Compte-rendu, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 10 Novembre 2017. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Tableaux musicaux de la Légende de la ville invisible de KitÚge ; Piotr Ilitch Tchaïkovski  (1840-1893) : Francesca da Rimini, op.32 ; Symphonie n°5 en mi mineur op.64 ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. AprĂšs une fin de saison enthousiasmante avec un ProphĂšte de Meyerbeer aussi rĂ©ussie que rare, encensĂ©e par le public comme la presse, voici un dĂ©but de saison courageux et victorieux qui fera date. Le Tiefland d‘Eugen D’Albert est un opĂ©ra que comme beaucoup je ne connaissais pas vraiment. Son existence notĂ©e par le fait qu’il figurait dans la liste des opĂ©ras que Maria Callas avait chantĂ©s Ă  AthĂšnes avant sa carriĂšre internationale. Puis un vague extrait, car il n’y a pas d’air Ă  proprement parler ici, dans un disque de Martha Mödl. Ces deux tragĂ©diennes de gĂ©nie s’étaient donc intĂ©ressĂ©es au rĂŽle de Marta. Depuis sa crĂ©ation en 1903, cet opĂ©ra est toutefois donnĂ© rĂ©guliĂšrement dans les maisons d‘opĂ©ra allemandes mĂȘme si c’est de moins en moins souvent. C’est dire si l’amateur d’opĂ©ra attendait avec impatience cette rĂ©surrection.

 

 

Magistral, fulgurant Tiefland au Capitole

 

Tiefland capitole florEt bien ! Tout est allĂ© au delĂ  de mes rĂȘves mĂȘme s’ils Ă©taient vastes. La partition d’Eugen D’Albert est incroyable de richesse et de puissance. L’orchestre conduit tout le drame, chante, souffre, sĂ©duit, torture, envoĂ»te ; il meurtrit l’ñme autant qu’il porte l’espoir. Le style de la partition n’est pas post romantique, ni moderniste, il est sans complexes ni concessions capable de tout, absolument tout. La maniĂšre de E. D’Albert est inconnue et proche Ă  la fois. Quelque chose entre un opĂ©ra qui aurait Ă©tĂ© composĂ© par Brahms, ou une symphonie fleuve avec voie inventĂ©e par Puccini
 Il faut plusieurs Ă©coutes pour percevoir derriĂšre la touffeur harmonique, le lyrisme des instruments de l’orchestre, pour comprendre comment les voix sont posĂ©es sur l’orchestre, enchĂąssĂ©es en lui, suprĂȘmement supĂ©rieures et prĂ©cieuses, non pas en raison de la voix chantĂ©e, et fortissimo souvent, mais du texte dit. Car ce qui frappe c’est le nombre de mots, la raretĂ© des rĂ©pĂ©titions qui font de ce livret d’opĂ©ra quelque chose d’incroyable. Sans en avoir l’air, D’Albert a peut ĂȘtre enfin su lier texte et musique de maniĂšre entiĂšrement satisfaisante pour la premiĂšre tragĂ©die en musique crĂ©dible. Cette dĂ©finition inattendue me paraĂźt plus juste que l’habituel vĂ©risme Ă  l’allemande qui ne me satisfait pas du tout pour Tiefland. Il s’agit donc d’une partition merveilleuse et complexe mais surtout il y a dans cet opĂ©ra des personnages archĂ©typaux d’une vĂ©ritĂ© psychologique tout Ă  fait inhabituelle.
Les voix exigĂ©es, nous l’avons dit doivent ĂȘtre intelligibles sur toute la tessiture et soutenir un orchestre d’une rare puissance. Il faut donc pour les trois rĂŽles principaux des voix de format wagnĂ©rien avec une lumiĂšre italienne pour passer l’orchestre. Le Capitole a trouvĂ© trois artistes parfaits pour les terribles rĂŽles. Prise de rĂŽle dangereuse et terrible pour la soprano et le tĂ©nor. Ils ont osĂ© car le Capitole leur a permis de larges conditions de rĂ©pĂ©titions. Nikolai Schukoff est Pedro. Beau, jeune, vif, il chante et joue comme un dieu. Lui qui a Ă©tĂ© un Lohengrin et un Parsifal inoubliables, il pourra devenir le Tristan de demain. Il trouve dans ce rĂŽle archĂ©typal une vĂ©ritĂ© totale. La voix est belle, droite et saine. Son chant est habitĂ© et puissant, porteur de belles Ă©motions. Il darde des aigus victorieux mais surtout projette les mots avec force sur toute sa large tessiture. Le medium et le grave de la voix ont un grain des plus nobles avec des harmoniques d’une richesse incroyable. Le jeu d’acteur est rare car juste et Ă©mouvant.

 

 

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La Marta de Meagan Miller arrive vocalement et scĂ©niquement sur les sommets habitĂ©s par son partenaire. Un peu moins Ă  l’aise dans les mots que son collĂšgue autrichien, la cantatrice amĂ©ricaine a une voix solaire et sonore. D’une homogĂ©nĂ©itĂ© totale, sans vibrato et capable de nuances extrĂȘmes. Ses fortisimmi de terreur Ă  la fin de l’opĂ©ra sont fulgurants, les piani murmurĂ©s dans les confidences sont bouleversants. Le jeu scĂ©nique est admirable, l’évolution en 24h de cette femme terrorisĂ©e et soumise jusqu’à demander la mort en une passionaria de vie et d’amour est une belle rĂ©ussite. Le grand mĂ©chant Sebastiano, le maĂźtre,  est pervers Ă  souhait avec la voix et le jeu de Markus BrĂŒck qui fait une composition remarquable. Ce personnage, maĂźtre du monde,  est installĂ© dans les bas-fonds de l’ñme humaine Ă  ce niveau plus bas que la bĂȘte qui elle ne fait pas le mal pour le plaisir. C’est faire injure au loup et trop d’honneur Ă  ce condensĂ© de perversitĂ© que de les apparier. Voix de baryton sonore Ă  la diction limpide et Ă  la puissance souveraine, Markus BrĂŒck est idĂ©al en Sebastiano. La viscositĂ© sale dont il est capable auprĂšs de Marta qu’il prĂ©tend aimer, le mĂ©pris et la morgue qu’il jette Ă  la figure des autres avec un jeu puissant face Ă  la noblesse de Tommaso, sa bassesse dans le combat final avec Pedro, tout ne fait que monter la haine contre lui. Sa mort est une libĂ©ration.

Les autres rĂŽles sont parfaitement tenus avec une grande tendresse pour la voix trĂšs prometteuse de Anna Schoeck en Nuri. Le chƓur est pour une fois plus vrai et agrĂ©able Ă  voir qu’à entendre, un peu dĂ©passĂ© par les exigences d’écriture inhabituelles et sans le lyrisme habituel des chƓurs d’opĂ©ras.
La direction de Claus Peter Flor est est Ă  nouveau admirable. C’est dĂ©jĂ  lui qui avait su magnifier Meyerbeer le mal aimĂ© dans le ProphĂšte in loco en juin 2017. Il insuffle le style de cette musique complexe Ă  l’orchestre qui ne se laisse toutefois pas assez conduire vers l’énergie et la souplesse qui Ă©manent de sa direction. Sans flĂ©chir, Claus Peter Flor tient tout le drame et le fait avancer inexorablement. L’orchestre rend hommage Ă  la belle partition mais manque un peu d’aisance pour une fois car le style ne lui est pas familier. Il est probable qu’en jouant d’avantage cette musique, il sera encore meilleur (nous avons entendu la deuxiĂšme reprĂ©sentation). La mise en scĂšne, les dĂ©cors et les costumes font un tout d’une rare cohĂ©rence.
Nous avons dit combien le jeu d’acteur est plein de vĂ©ritĂ© et d’émotions. Walter Sutcliffe suit le texte avec une rare prĂ©cision. Les rapports entre les personnages et avec la foule sont vrais et forts. Les costumes modernes sont beaux et intelligents. ColorĂ©s comme pour faire oublier que tous sont des morts-vivants face Ă  la tyrannie sociale. Le premier dĂ©cor quasi cinĂ©matographique situe les hauteurs dans un cadre symbolisĂ© plus qu’idĂ©alisĂ©. La solitude choisie de Pedro n’est certainement pas paradisiaque. Dans la minĂ©ralitĂ© du dĂ©cor, la montagne n’est pas si avenante. Le bas fond de l’ñme de Sebastiano et qu’il impose Ă  ses proches, correspond admirablement Ă  ce terreau glauque de minoterie avec sa cuisine crasseuse et ses chambres suggĂ©rĂ©es Ă  l’arriĂšre dans une pauvretĂ© illustrant la misĂšre sexuelle imposĂ© Ă  Marta.
L’ensemble de la scĂ©nographie souligne combien les rapports entre l’intemporalitĂ© de certaines zones et la modernitĂ© d’autres ne vont pas d’évidence depuis toujours, aujourd’hui comme autrefois. La fable de l’agnelle, du loup et du berger est crĂ©dible. Pedro en homme de justice et de courage tue le loup qui tente de lui ravir sa brebis. Mais je l’ai dit, c’est trop d’honneur pour Sebastiano, image intemporelle des puissants qui mĂ©prisent l’humain et font de l’abaissement et de la souffrance de l’autre, leur dĂ©lice. Marta fait le chemin immense de la captivitĂ© morale, sociale et sexuelle, vers la dĂ©couverte du vrai amour. Celui qui choisit, dĂ©sire, donne, libĂšre et fait grandir. Sous nos yeux, elle a failli y renoncer, affolĂ©e par la puretĂ© de l’amour de Pedro, elle lui a demandĂ© la mort.  La justesse de ces personnages et leur intemporalitĂ© sont une merveille.
Eugen D’Albert a Ă©crit un chef d’Ɠuvre que le Capitole a su rĂ©animer avec respect et force. France musique a captĂ© cette production et la diffusera dans ses soirĂ©es Ă  l’OpĂ©ra. Un dĂ©but de saison mĂ©morable et prometteur au Capitole. Un trio de chanteurs que nous espĂ©rons revoir. En Tosca, Siegfried,Tristan ? Vite !

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. Eugen D’Albert (1864-1932) : Tiefland, OpĂ©ra en trois actes avec prologue ; Livret de Rudolf Lothar d’aprĂšs la piĂšce de Terra Baixa d’Àngel Guimerà ; CrĂ©ation le 15 novembre 1903 au ThĂ©Ăątre allemand de Prague ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek, lumiĂšres ; Avec : Nikolai Schukoff, Pedro ; Meagan Miller, Marta ; Markus BrĂŒck, Sebastiano ; Scott Wilde, Tommaso ; Orhan Yildiz, Moruccio ; Anna Schoeck, Nuri ; Paul Kaufmann, Nando ; Jolana Slavikova, Pepa ; Sofia Pavone, Antonia ; Anna DestraĂ«l, Rosalia ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photo : © P.Nin / Capitole de Toulouse 2017

 

 

Compte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. 

danae_doerken_profilCompte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. Toute souriante et heureuse de jouer aux Jacobins, la toute jeune Danae Dörken a facilement sĂ©duit le public de piano aux Jacobins. Elle est bien Ă  l’aise dans les Ă©vocation sylvestres de Schumann. Piano souple et Ă©lĂ©gant. Les KlavierstĂŒcke de Brahms la dĂ©couvre plus appliquĂ©e qu’inspirĂ©e mais toujours elle offre cette impression bien  agrĂ©able que tout lui est facile. On ne peut vraiment pas reprocher Ă  une si jeune artiste ( 26 ans) un lĂ©ger manque de maturitĂ©. En ce qui concerne son interprĂ©tation de la sonate da Chopin, les nuances sont belles, les phrasĂ©s intĂ©ressants; les couleurs variĂ©es.

Danae Dörken, une bien aimable pianiste

Les tempi sont Ă©lĂ©gants et cette sonate avance avec facilitĂ© sans soucis techniques. Par contre le travail sur la structure, la construction sur l’ ensemble par un enchaĂźnement des mouvements cohĂ©rent pourrait ĂȘtre dĂ©veloppĂ©. Il n’est pas facile pour une jeune pianiste de s’attaquer Ă  ces piĂšces si cĂ©lĂšbres bien connues (et apprĂ©ciĂ©es) sous des doigts prestigieux. Mais vraiment cette artiste mĂ©rite d’ĂȘtre suivie pour ce plaisir immense qui l’habite de jouer pour le public. C’est avec beaucoup de grĂące qu’elle offre ses bis au public qui lui a fait un beau succĂšs.

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Compte rendu concert. Piano au Jacobins. Toulouse, CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2017. Robert Schumann ( 1810-1856) : ScĂšnes de la forĂȘt Op.82 ; Johannes Brahms ( 1833-1897) ;  KlavierstĂŒcke Op. 119 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin ( 1810-1852) : Sonate n° 3 en si mineur Op. 58 ; Danae Dörken, piano. Retrouvez Danae Dörken, dans le reportage vidĂ©o du GSTAAD MENUHIN Festival & Academy rĂ©alisĂ©e par Classiquenews Ă  l’étĂ© 2016

Compte rendu,opĂ©ra . Blagnac, Odyssud, le 23 sept 2017. Rameau, Charpentier. ChƓur et orch. À bout de souffle, S Delincack / P AbĂ©jean.

Photo ActĂ©on-ABDS©Fabrice-RoqueCompte-rendu, opĂ©ra. Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. JP. Rameau. MA. Charpentier. Patrick AbĂ©jean, mise en scĂšne.  ChƓur À bout de souffle.  Orchestre baroque À bout de souffle. Direction: StĂ©phane Delincack. Emmanuel Gaillard le directeur de la salle d’Odyssud peut ĂȘtre fier de son idĂ©e. ConfiĂ©e Ă  À Bout De Souffle et son chef Stephane Delincack l’ouverture de la saison avec deux petits opĂ©ras baroques français n’allait pas de soi. Nous savons combien les grandes tragĂ©dies lyriques de Lully ont marquĂ© de maniĂšre Ă©crasante toute la production d’opĂ©ra en France sous  Louis XIV. Les tragĂ©dies lyriques de Lully ont Ă©tĂ© redonnĂ© rĂ©cemment aprĂšs la miraculeuse rĂ©surrection d’Atys. Mais il faut reconnaĂźtre qu’il faut des moyens hors du commun pour brider l’ennui qui se dĂ©gage de l’Ă©coute de ses Ɠuvres monumentales et que tout cela finit par s’essouffler. Le format opĂ©ra de chambre ou opĂ©ra de chasse est finalement l’idĂ©al qui convient au spectateur moderne. En effet, avec ses deux ouvrages d’un acte chacun, et faisant Ă  peu prĂšs une heure, nous tenons un double spectacle Ă  la durĂ©e idĂ©ale de deux heures.

Pleine de vie, la production d’À Bout De Souffle ouvre la nouvelle saison à Odyssud

Donner la partition de Rameau avant celle de Charpentier Ă©tait une trĂšs bonne idĂ©e dans le sens oĂč la musique brillante de Rameau est lĂ , le style Ă©galement est magnifique partout, avec un trĂšs beau sommeil en particulier, mais c’est bien la profondeur de la musique de Charpentier qui gagne le cƓur des spectateurs.
AnacrĂ©on veut tout Ă  la fois servir la dĂ©esse de l’amour et le dieu de l’ébriĂ©tĂ©, sans concession. De justesse aprĂšs avoir Ă©tĂ© menacĂ© par le courroux des dieux et des dĂ©esses, un compromis est enfin trouvĂ© dans la joie. ActĂ©on est plus tragique : le hĂ©ros  sera puni d’avoir osĂ© moquer ceux qui tombent amoureux. ChangĂ© en cerf, il est dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.  Finalement, c’est l’amour qui domine les deux ouvrages dans des visions trĂšs complĂ©mentaires.

La mise en scĂšne de Patrick AbĂ©jean est remarquable de sobriĂ©tĂ© et d’inventivitĂ©. Tout fonctionne parfaitement et avec des moyens trĂšs modestes mais efficaces et beaux. DĂ©cor et costumes sont plein de poĂ©sie avec en particulier de trĂšs beaux masques de cerfs. Les chanteurs sont tous trĂšs convaincants, que ce soit Laurent Labarbe en AnacrĂ©on, jouisseur et bon enfant ; Aurelie Fargues en voix de dessus, agile et bien projetĂ©e ; HĂ©lĂšne Delalande qui  a une trĂšs belle voix de bas-dessus, bien timbrĂ©e et charnue avec un abattage incroyable. Paul Cremazy a une voix de tĂ©nor agrĂ©able et un physique Ă©lancĂ©, son ActĂ©on est absolument charmant et sa mort trĂšs Ă©mouvante. Mais cette Ă©quipe de chanteur soliste est entourĂ©e par un chƓur dont la sĂ»retĂ© porte tout le spectacle. Le chƓur À bout de souffle comporte une cinquantaine de choristes-acteurs-danseurs. Amateurs de niveaux diverses parfois trĂšs bons musiciens, ils ont en commun une envie de partager leur passion pour le spectacle vivant, la musique, la chorĂ©graphie et le thĂ©Ăątre. Il n’y a pas de limite d’ñges ce qui donne un panel trĂšs proche de la vie quotidienne. TrĂšs bien prĂ©parĂ©s depuis plus d’un an au niveau musical et thĂ©Ăątral, il n’y a pas de doute qu’ils ont cette annĂ©e avec cette magnifique production, encore gagnĂ© en qualitĂ©. La vie qui se dĂ©gage de leur interprĂ©tation, la beautĂ© de leurs gestes et de leur danse, la qualitĂ© de leur diction et leurs qualitĂ©s vocales, le tout fait vĂ©ritablement merveille. La mise en scĂšne et la direction d’acteurs de Patrick AbĂ©jean est pleine de malice et toujours de bon goĂ»t. L’Ă©motion au moment de la mort d’ActĂ©on est poignante. La direction musicale de Stephane Delincack permet Ă  la musique de se dĂ©ployer Ă©lĂ©gamment ; les rĂ©citatifs y sont souples et les danses endiablĂ©es.

L’orchestre est composĂ© de musiciens professionnels baroques qui sous la baguette de StĂ©phane Delincack  jouent avec beaucoup de libertĂ© et d’expression. Les chorĂ©graphes Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) on fait un travail remarquable. Les choristes qui se sont engagĂ©s dans des pas de danse l’ont fait avec beaucoup de conviction obtenant un effet inĂ©narrable. Charlie Anastasia Merlet s’est chargĂ© du rĂŽle soliste de la belle maĂźtresse d’AnacrĂ©on : Lycoris. Le charme qui se dĂ©gage de sa prestation fait honneur Ă  la description enflammĂ©e que fait AnacrĂ©on de son bel amour. Le public a fait un triomphe Ă  cette production de dĂ©but de saison d’Odyssud. Bravo Ă  tous ces artistes unanimement engagĂ©s et de grand talent.

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Compte rendu opĂ©ra . Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : AnacrĂ©on, OpĂ©ra-ballet en un acte ; Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : ActĂ©on, OpĂ©ra de Chasse en six scĂšnes ; Mise en scĂšne : Patrick AbĂ©jean; Assistante Ă  la mise en scĂšne : HĂ©lĂšne Lafont; ChorĂ©graphie : Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) ; Conception, rĂ©alisation vidĂ©o : Greg LamazĂšres ; LumiĂšres : Marion Jouhanneau ; ChƓur À bout de souffle ; Orchestre baroque À bout de souffle ; StĂ©phane Delincack, direction — Illustration : © Fabrice-Roque

Compte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cCompte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev. En Partenariat avec Piano aux Jacobins l’ouverture de la saison symphonique de la Halle-aux-Grains, chaque annĂ©e, reprĂ©sente un moment clef de la vie culturelle toulousaine. La conjonction d’un soliste de premier plan, de compositeurs choyĂ©s et de l’orchestre sous la direction de son chef tant aimĂ©, a attirĂ© un public nombreux. Plus une place de libre ce soir, dans la salle hexagonale oĂč le public enserre « son » orchestre. Il est certain que la disposition de cette salle concourt Ă  ce sentiment de partage total, entre musiciens et public.

ƒUVRE EN MAGNIFICENCE

Pour ce grand soir attendu par la foule, dĂšs son entrĂ©e en scĂšne, alerte et concentrĂ©, Tugan Sokhiev donne le ton. L’orchestre dans son rituel immuable s’était installĂ© et accordĂ© avec soin. Et dĂšs la levĂ©e des bras du chef, l’orchestre a frissonnĂ© pour nous offrir une ouverture de Don Juan d’anthologie. C’est dans un mĂȘme geste large de battements d’ailes puis de gauche et de droite qu’il a construit ce dĂ©but d’accords si dramatiques. L’élĂ©gance et l’évidence de ce grand geste sculpte le son et l’amĂšne jusqu’ au silence qui le suit. Cela permet Ă  l’orchestre de dĂ©ployer toute sa beautĂ© sonore et son savoir faire : la prĂ©sence de chaque timbre dans un ensemble grandiose. Cordes, flĂ»te, hautbois, basson et cor entrent en scĂšne avec d’avantage de prĂ©sence pour la partie de balancement noble que Joseph Losey, si inspirĂ© dans son Film -Don Giovanni- , avait situĂ© sur la lagune de Venise. Tout s’enchaine ensuite avec panache mĂȘlant Ă  ce tragique dĂ©but toute la gouaille du giocoso. La fĂȘte de ce mariage du Drama et du Giocoso est Ă  son comble avec les entrĂ©s fuguĂ©es et les rĂ©pĂ©titions des motifs alertes. Tout l’orchestre semble exulter et Tugan Sokhiev d’une main sure et lĂ©gĂšre, donne toute la dramaturgie attendue Ă  cette magnifique ouverture. Nous avons dĂ©jĂ  hĂąte d’entendre de quelle façon, le chef dirigera un jour Don Giovanni Ă  l’opĂ©ra avec sa maniĂšre si fine de comprendre le mĂ©lange complexe du drame existentiel et de la futilitĂ© de la vie, tels qu’ils sont contenus dans le chef d’Ɠuvre mozartien.
AprĂšs un dĂ©but si enchanteur, une fois le piano sorti de terre et l’arrivĂ©e souriante d’Elisabeth Leonskaja, la vaste introduction du troisiĂšme concerto de Beethoven a une nouvelle fois montrĂ© combien le Beethoven de Tugan Sokhiev est idĂ©al. Tenue, grandeur sans pesanteur, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, nuances ciselĂ©es et couleurs Ă©clatantes. Avec toujours un rythme maitrisĂ© et comme un rebondi qui anoblit les fins de phrases et les accords. La longue entrĂ©e orchestrale qui dĂ©bute le Concerto met le pianiste soit dans une attente d’enfin jouer, soit lui permet de participer et d’inclure dans ces premiĂšres notes tout le long phrasĂ© impulsĂ© par le chef. Elisabeth Leonskaja, qui dit aimer beaucoup jouer avec Tugan Sokhiev, a semblĂ© chanter avec l’orchestre. Son entrĂ©e est majestueuse et elle semble poursuivre avec l’orchestre ces grandes phrases. Le geste est souverain avec pourtant les petites scories habituelles. Jamais aucune duretĂ©, et des nuances subtiles, des qualitĂ©s de lĂ©gĂšretĂ© et des appuis pondĂ©rĂ©s sont un enchantement. Le premier mouvement est un dialogue de grande musicalitĂ© entre le chef, l’orchestre et la pianiste. L’écoute est permanente et le plaisir de jouer ensemble ne fait que grandir. La grande cadence montre Leonskaja, maĂźtresse de moyens phĂ©nomĂ©naux avec une grande inventivitĂ©.
C’est bien Ă©videmment le mouvement lent qui est le moment le plus Ă©mouvant du Concerto. Cette fois c’est la pianiste qui joue seule et donne le ton. C’est celui de la confidence, du bonheur, du partage. La dĂ©licatesse de l’orchestre sous la direction sensible de Tugan Sokhiev est un pur enchantement. Le bonheur Ă©perdu du trio flĂ»te, basson, piano reposant sur un tapis de pizzicati de cordes, dans ces grandes phrases planantes, est un moment inoubliable. Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et Estelle Richard au basson sont les fĂ©es qui nuancent subtilement avec la reine de douceur au piano. Le balancement amoureux obtenu par la direction de Tugan Sokhiev est comme une invitation Ă  laisser tout souci pour ĂȘtre parfaitement heureux le temps de ce mouvement suspendu.
Avec malice Elisabeth Leonskaja lance le final si spirituel qui permet Ă  la soliste et Ă  l’orchestre de caracoler avec ivresse. Le triomphe est total et c’est une salve d’applaudissement pour les musiciens. Elisabeth Leonskaja offre en bis une superbe interprĂ©tation de la premiĂšre des trois KlavierstĂŒcke de Schubert, faisant la boucle avec son somptueux concert Schubert aux Jacobins il y a quelques jours.

Pour la deuxiĂšme partie du concert, le choix de la neuviĂšme symphonie de Chostakovitch permet de rester dans l’éveil de l’esprit.  Cette symphonie Ă©crite par Chostakovitch aprĂšs la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale est marquĂ©e par un cotĂ© certes festif, la guerre est finie, mais grinçant et provocateur, car quel prix terrible a du ĂȘtre payĂ©. Au lieu de la grandiose fresque hĂ©roĂŻque attendue par le pouvoir soviĂ©tique, Chostakovitch a choisi la dĂ©sinvolture, refusant toute parentĂ© avec la terrible symphonie Leningrad. Tugan Sokhiev n’insiste pas sur le cotĂ© grinçant mais permet l’expression d’un esprit de moquerie qui garde toujours une parfaite Ă©lĂ©gance. Les fanfares militaires raillĂ©es le sont plus avec esprit que mĂ©chancetĂ©. Il n’y a rien de grandiose ni de vainqueur. C’est une grande chance de pouvoir entendre les symphonies de Chostakovitch dĂ©fendues avec cette qualitĂ©. Tugan Sokhiev et son orchestre ont ce soir Ă©tĂ© merveilleux. Les instrumentistes sont tous magnifiques ; mentionnons surtout le picolo inĂ©narrable de Claude Roubichou, le hautbois merveilleux de Chi Yuen Cheng, la clarinette si expressive de David Minetti, Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et, Ă  nouveau le fabuleux basson d’Estelle Richard. Le solo de violon de GeneviĂšve Laurenceau a Ă©galement Ă©tĂ© trĂšs remarquable. Dans le deuxiĂšme mouvement si dĂ©solĂ©, il y a un trio flĂ»te, basson clarinette d’une incroyable beautĂ©. Les cuivres ont une partie importante et toute la famille est Ă  fĂ©liciter pour son implication sans faille d’une grandeur inquiĂ©tante. Mais c’est vĂ©ritablement cette Ă©nergie mutualisĂ©e de tous les instrumentistes que Tugan Sokhiev semble chercher individuellement du regard dans sa direction si expressive qui fait la merveille de cette interprĂ©tation.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.  Illustration :  Elisabeth Leonskaja (DR)

Compte-rendu, concert. Toulouse, Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Bortkiewicz, Chopin, Schumann. Julien Brocal, piano.

brocal julien pianoCompte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. S. Bortkiewicz. F. Chopin. R. Schumann. Julien Brocal, piano. Piano aux Jacobins permet la dĂ©couverte de jeunes pianistes et parmi eux la recherche de grands talents. AurĂ©olĂ© des encouragement de Maria Joao Pires et d’un premier disque bien accueilli outre-Manche, Julien Brocal avait bien des atouts sur le papier. Nous avons dĂ©couvert un pianiste empressĂ©, jouant vite et fort. Si les 7 prĂ©ludes de SergueĂŻ Bortkiewicz l’ont montrĂ© capable d’historisation et de nuances, je n’ai jamais entendu la deuxiĂšme sonate de Chopin Ă  ce train d’enfer sans aucune respiration ni entre les mouvements ni dans les phrases musicales. La virtuositĂ© est lĂ  mais prĂ©cipitĂ©e et comme expĂ©diĂ©e Ă  la maniĂšre d’un forcenĂ© qui se jette Ă  l’eau pour arriver le plus vite possible Ă  l’autre rive. La marche funĂšbre n’a jamais si bien portĂ© son triste nom : elle a sonnĂ© bien malheureuse. Le final a passĂ© si vite que bien malin celui qui en a perçu la structure.

 

Jeunesse empressée

Julien Brocal en pianiste trop pressé !

DĂ©contenancĂ© par cette premiĂšre partie insolite, je relisais dans le programme que la critique avait aimĂ© sa deuxiĂšme sonate de Chopin au disque
. EspĂ©rons que son Chopin y respire d’avantage que ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins. La deuxiĂšme partie du concert comprenait le Carnaval de Schumann. Cette Ɠuvre de relative jeunesse comporte un programme thĂ©matique et dramatique. L’humour n’en est pas absent et pour la premiĂšre fois Schumann y dĂ©veloppe pleinement sa notion de doubles de lui-mĂȘme : le doux Eusebius et l‘impĂ©tueux Florestan. Julien Brocal semble plus inspirĂ© par ces courtes piĂšces, nuance d’avantage, prend parfois le temps de colorer, sans toutefois mettre en valeur l’humour de certaines piĂšces. Cette notion d’inconfort liĂ© Ă  la vitesse ne disparaĂźt pas malgrĂ© de beaux moments lyriques et finement nuancĂ©s. Le final retrouve le gout du pianiste pour la force digitale et la puissance sonore. Les moyens pianistiques sont lĂ , qu’il en soit assurĂ© ; ils sont impressionnants, mais ce soir ils semblent dominer exclusivement. EnivrĂ© par sa puissance digitale Julien Brocal se prive de prendre le temps de phraser et de nuancer et bien plus gĂȘnant pour l’auditeur il se (et le) prive du temps de respirer. Ce jeune pianiste est tout Florestan et mĂ©connait  Eusebius pour le moment, mais qui sait


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Compte rendu concert. Toulouse, 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Sergueï Bortkiewicz (1877-1952) : 7 préludes Op.40 ; Fréderic Chopin (1810-1849) Sonate n°2 en si bémol mineur Op.35 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval Op. 9. Julien Brocal, piano.

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano. Simone Dinnerstein m’avait sĂ©duit dans son rĂ©cital en 2012 au musĂ©e des Abattoirs Ă  Toulouse, lors de sa prĂ©cĂ©dente venue au festival Piano aux Jacobins. Ce qui m’avait touchĂ© dans le jeu lumineux de la pianiste amĂ©ricaine Ă©tait une caractĂ©risation Ă  la fois exacte et trĂšs personnelle de chaque piĂšce. Elle nous propose un concert Ă  nouveau marquĂ© par l’intelligence et l’originalitĂ©. Philippe Glass et Franz Schubert en alternance tissent en rĂ©alitĂ© plus de liens musicaux qu’il n’y paraĂźt Ă  premiĂšre idĂ©e. Si Philippe Glass, aujourd’hui 80 ans,  est le chantre du  minimaliste rĂ©pĂ©titif, Franz Schubert mort Ă  31 ans, est lui aussi minimaliste dans la simplicitĂ© de certains thĂšmes, mais chez lui ils sont Ă  foison, et les retours magiques des thĂšmes parfois transfigurĂ©s ont Ă  voir avec une notion de rĂ©pĂ©tition.

 

 

Le piano de l’amĂ©ricaine Simone Dinnerstein

Jeux de miroir, chemins d’intelligence et d’émotions

 

 

simone_dinnerstein_piano_bach_inventions_youtubeSimone Dinnerstein passe ainsi avec constance d’un compositeur Ă  l’autre en crĂ©ant une alchimie complexe faite de similitudes et d’oppositions. Ce qui est remarquable c’est la libertĂ© du jeu, la qualitĂ© de l’écoute harmonique, et la noblesse du geste interprĂ©tatif. Les rythmes sont bien campĂ© chez Schubert et Ă©tirĂ©s chez Glass. L’élĂ©ment aquatique de la musique de Philippe Glass, par exemple sa deuxiĂšme Ă©tude, Ă©voque une eau profonde et envoĂ»tante un peu mortifĂšre puis un mouvement vivifiant Ă  sa surface aprĂšs avoir rĂ©sistĂ© Ă  la fascination du gouffre. Chez Schubert, c’est d’avantage le ruisseau, le chemin le bordant, le mouvement observĂ© de l’extĂ©rieur qui ranime l’ñme.
Le grande Sonate en si bĂ©mol majeur de Schubert, avec justement ces gĂ©niaux retours des thĂšmes , est le « Lied ohne Ende °», d’un « gesegneter Wanderer °°» qui observe le monde, la nature, les gens et qui laisse  son Ăąme s’en abreuver.
Les moyens pianistiques de Simone Dinnerstein sont rĂ©els et impressionnants, mais jamais elle n’en use avec ostentation. Les doigts sont sĂ»rs, les nuances trĂšs belles et profondĂ©ment creusĂ©es dans une somptueuse matiĂšre sonore. Les couleurs sont complexes surtout dans Glass, avec ses harmoniques graves dĂ©gustĂ©es en une plĂ©nitude par la pianiste dans un geste quasi incantatoire. Un trĂšs beau concert qui permet la rencontre avec l’intelligence de l’ñme, l’originalitĂ© de l’interprĂšte et la finesse de la musicienne. Merci Ă  Simone Dinnerestein pour ce partage intime et bouleversant, qui accompagne le public vers d’avantage de comprĂ©hension du monde sonore. Le pont entre Schubert et Glass est une construction qui rend possible une autre maniĂšre d’écouter le piano en ses multitudes de possibilitĂ©s, toujours dans la plus grande beautĂ©. Le public reconnaissant, a fait un triomphe Ă  la pianiste amĂ©ricaine et elle a cĂ©dĂ© aprĂšs l’immense sonate D.960 Ă  la demande de bis, avec grĂące.

 

°Mélodie infinie
°° Promeneur heureux

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Compte rendu concert. Toulouse. 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : 4 impromptus op.90 D.899 ; Sonate en si bémol majeur D.960. Philippe Glass (né en 1937) : Metamorphosis One ; Etude n°2, 6 et16. Simone Dinnerstein, piano.

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 sept 2017. RĂ©cital Schubert. Elisabeth Leonskaja, piano

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 septembre 2017. F. Schubert.  Elisabeth Leonskaja, piano. Un rĂ©cital tout Schubert est toujours trĂšs intĂ©ressant car il met Ă  nue les capacitĂ©s poĂ©tiques et narratives de l’interprĂšte. Les « grands pianistes » peuvent s’y fourvoyer car les moyens pianistiques les plus saisissants ne sont rien sans le supplĂ©ment d’ñme que la musique de Schubert rĂ©clame. Tout rĂ©cemment Ă  La Roque d’AnthĂ©ron, Arcadi Volodos nous avait considĂ©rablement déçu.

 

 

 

Elégance du geste, narration sûre :
Elisabeth Leonskaja, l’immense musicienne, ouvre les 38Ăš Jacobins…

 

 

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cElisabeth Leonskaja est une immense musicienne et ses enregistrements des sonates de Schubert dans les annĂ©es 1990 nous la montrent avec des moyens techniques et expressifs spectaculaires. Ce soir le rĂ©cital comprend des sonates de relative jeunesse. Tout est relatif chez Schubert mort Ă  31 ans
 Elisabeth Leonskaja leur offre toute la gĂ©nĂ©rositĂ© de son jeu. Certes les doigts n’ont plus la prĂ©cision diabolique de ses dĂ©buts, forgĂ©s Ă  la terrible Ă©cole russe. Par sa prĂ©sence en Autriche, elle a gagnĂ© la parfaite comprĂ©hension du monde de Schubert. Car qui aujourd’hui sait comme elle donner sens Ă  ces pages, nous entrainant dans un voyage sans fin, toujours renouvelé ? Qui d’autre a cette puissance de vie qui avance et jamais de semble regarder en arriĂšre  avec regrets ? Et quelle Ă©lĂ©gance dans le geste et quelle suretĂ© dans la narration ! Nuances subtiles, couleurs variĂ©es, phrasĂ©s immenses et simple Ă  la fois et toujours une grande souplesse rythmique sont l’apanage de cette grande musicienne.

En choisissant d’ouvrir son festival 2017 sur ce sommet d’expressivitĂ©, Catherine d’Argoubet a marquĂ© son attachement encore plus grand au fond qu’à la forme. Au sens plus qu’aux moyens. Ce rĂ©cital tout Schubert par la grande dame du piano russe est une magnifique  rĂ©ussite, un sommet de musicalitĂ©. Elisabeth Leonskaja est trĂšs aimĂ©e du public toulousain et le cloĂźtre n’a pas comptĂ© une chaise vide, contraignant les organisateurs Ă  refuser du monde. Elle a obtenu une triomphe bien mĂ©ritĂ© et a offert des bis gĂ©nĂ©reux Ă  son public ravi.
EN somme, un dĂ©but rĂ©ussi pour la 38Ăšme Ă©dition de piano aux Jacobins. Nous retrouverons Leonskaja, l’orchestre du Capitole  et Tugan Sokhiev pour le 3Ăšme concerto pour piano de Beethoven ce mercredi 20 septembre Ă  la Halle-aux-Grains : promesse d’un autre sommet en musicalité !
 
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Compte rendu concert. Toulouse, 38 Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins., le 6 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate en fa mineur D.625/D.505 ; Wanderer-Fantaisie en ut mineur, op.15 D. 760 ; Sonate en la mineur op.42, D.845 ; Elisabeth Leonskaja, piano.

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini


Viardot NYPL - Version 2Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini
 Magali LĂ©ger, soprano. Laure Urgin, rĂ©citante. Marie Vermeulin, piano. À la jonction de la fin des vacances et de la rentrĂ©e, la dĂ©licieuse Chapelle des CarmĂ©lites a bĂ©nĂ©ficiĂ© de deux manifestations originales, propres Ă  satisfaire un public nombreux. Catherine Kauffmann- Saint-Martin a trouvĂ© une idĂ©e originale pour une saison adaptĂ©e aux attentes de la ville rose. On sait comme la musique est bien aimĂ©e Ă  Toulouse mais aussi le thĂ©Ăątre et les mots. Le fameux Marathon des Mots est un rendez-vous incontournable. En mĂȘlant si subtilement mots et notes, les spectacles hybrides permettent autant Ă  la sensualitĂ© qu’à l’intellect de correspondre. AprĂšs la Note Bleue qui a Ă©voquĂ© Chopin et Sand, c’est Pauline Viardot qui a Ă©tĂ© la muse de ce somptueux spectacle prĂ©sentĂ© en crĂ©ation : « Rien n’est bon que d’aimer »  Trois admirables jeunes femmes ont ainsi convoquĂ© les mĂąnes de la grande diva du XIX Ăšme siĂšcle, mais aussi femme de lettre, compositrice, pianiste et esprit toujours en Ă©veil : Pauline Viardot.

 

 

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Toulouse renforce sa sensibilitĂ© Ă  la poĂ©sie et Ă  la musique
 grĂące Ă  un nouveau festival de rentrĂ©e : “Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites”

Entre le mot et la note, s’éveille
le génie de Pauline
 VIARDOT

 

 

Coiffure et tenue de grande Ă©lĂ©gance, Laure Urgin avec Ă©motion et noblesse, incarne Pauline Viardot. Les mots de la Diva sont puissants, percutants, Ă©mouvants. Elle a connu les plus grands artistes de son temps et a Ă©tĂ© adulĂ©e dans l’Europe entiĂšre. L’intelligence du choix des textes rend hommage Ă  la sensibilitĂ© et au grand cƓur de la sƓur Maria Malibran. Et le fameux poĂšme d’Alfred de Musset* reste un moment d’émotion fort. Les hommages de George Sand, Musset et Tourgueniev ne sont pas dĂ©nuĂ©s, eux non plus, de la plus pure Ă©motion. Laure Urgin a su porter toutes ces Ă©motions diverses avec beaucoup de classe. Magali LĂ©ger a Ă©tĂ© une voix sensuelle et son art du chant Ă©voque bien cette extraordinaire technique de bel canto mise au point par Manuel Garcia, le pĂšre des deux sƓurs cantatrices, Pauline Viardot et Maria Malibran. La conduite du souffle, l’émotion au bord des lĂšvres et les mots dĂ©clamĂ©s avec art, tout fait du chant de Magali LĂ©ger un bonheur de chaque instant. Le piano de Marie Vermeulin est puissant ou subtilement mĂ©lancolique, selon les moments. L’art des couleurs et des nuances de la pianiste est confondant mais c’est surtout le sentiment de crĂ©er ensemble en s’Ă©coutant et murmurant ensemble, les paroles des chants ou des textes qui rend cette fusion musique et mots, si idĂ©ale par la magie du piano chantant de Marie Vermeulin.
La beautĂ© artistique des trois artistes, leur don de chaque instant et leur amour pour Pauline Viardot, entre sourires et gestes tendres, font que le cadre, le fond et la forme sont indissociables. La beautĂ© de la Chapelle, la beautĂ© des dames, la beautĂ© des mots et des notes ont fait fondre le public qui a fait un triomphe aux trois fĂ©es. Le miel du soleil dĂ©clinant a Ă©clairĂ© d’un or sublime cette aprĂšs-midi de rĂȘve.
Un beau concept qui sĂ©duit tant l’intelligence que les sens. Il m’a rarement semblĂ© atteindre une fusion si belle entre texte et musique. Pourtant mes rĂ©cents bonheurs en Avignon Ă©taient dĂ©jĂ  trĂšs touchants, mais lĂ  quelque chose de trĂšs singulier a comblĂ© mes attentes. Le public espĂšre retrouver bientĂŽt la suite de cette superbe idĂ©e de Catherine Kauffmann-Saint-Martin : Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Septembre reprĂ©sente ainsi un beau moment plein de promesses


* Le titre de ce concert-lecture « Rien n’est bon que d’aimer » est un vers du poĂšme d’Alfred de Musset : « A la Malibran »

 

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Illustration : © JJ Ader

 

 

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Compte rendu concert. Rien n’est bon que d’aimer. Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Musiques Franz Liszt, FrĂ©dĂ©ric Chopin, Clara Schumann, Vincenzo Bellini, Pauline Viardot, Textes d’Alfred de Musset, Pauline Viardot, Victor Hugo, Marceline Desbordes-Valmore. Magali LĂ©ger, soprano ; Laure Urgin, rĂ©citante ; Marie Vermeulin, piano.

 

 

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musiue en dialogue aux carmelite toulouse nouveau festival coup de coeur de classiquenews 2017

 

 

APPROFONDIR
VIDEO :
https://www.youtube.com/watch?v=DQ_cZPul2RE

 

 

Compte-rendu, concert. Lagrasse, église Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse.   

LAGRASSE festival adam laloum musique de chambre 2017Compte-rendu, concert. Lagrasse, Ă©glise Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Mozart. Brahms. Mendelssohn. Ospital. Adam Laloum, piano. Lagrasse est un village sis auprĂšs d’une belle abbaye cistercienne qui garde son authenticitĂ© irrĂ©elle, protĂ©gĂ©e de la mondialisation banalisante. Sous la direction artistique du pianiste Adam Laloum s’y dĂ©roule la troisiĂšme saison de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse au dĂ©but du mois de septembre.  Le public est de plus en plus nombreux, il y goĂ»te une musicalitĂ© raffinĂ©e et heureuse, dans un cadre apaisant et chaleureux. Adam Laloum sait partager avec le public le plaisir qui le lie Ă  ses amis et complices. Ainsi chaque concert permet Ă  de nombreux artistes de jouer ; Adam Laloum invite aussi des amis pianistes et il lui arrive avec un bonheur communicatif, de devenir tourneur de pages
 Le pianiste est un chambriste accompli qui sait s’entourer de musiciens complices de grand talent.

LAGRASSE : un festival pas comme les autres

Ainsi il a fondĂ© son trio « Les Esprits » avec la violoniste sensible Mi-Sa Yang et le violoncelliste surdouĂ©, Victor Julien-LafferiĂšre qui vient de remporter le premier prix du concours Reine Elisabeth de Belgique (juin 2017). Le surmenage a obligĂ© ce dernier Ă  renoncer Ă  participer Ă  ce festival de Lagrasse 2017. Souhaitons bon repos Ă  cet artiste si talentueux. C’est donc Yan Levionnois qui en toute amitiĂ© l’a remplacĂ© dans les concerts de l’édition 2017 avec de minimes changements de programmes bien comprĂ©hensibles. Rendons hommage au courage et Ă  la fidĂ©litĂ© amicale de ce violoncelliste talentueux.

Dans la premiĂšre Sonate pour violoncelle et piano de Brahms, Adam Laloum et Yan Levionnois ont formĂ© un duo en osmose. Les sonoritĂ©s tendres partagĂ©es, la fougue commune enflammĂ©e, les nuances millimĂ©trĂ©es, les couleurs variĂ©es
, tout fait le dĂ©lice du public. Les qualitĂ©s instrumentales de chacun mises au service d’une interprĂ©tation flamboyante aux phrasĂ©s amples et aux structures lumineuses
 captivent continument.
Le duo formĂ© avec Tristan RaĂ«s au piano est peut ĂȘtre moins fusionnel mais non moins abouti. Les courtes piĂšces de Webern sont plus exigeantes pour l’auditeur loin de la flamme romantique de Brahms. La beautĂ© Ă©trange de ces piĂšces a trouvĂ© ce soir, des interprĂštes sensibles.

C’est le premier Trio de Mendelssohn qui a emportĂ© l’enthousiasme du public Ă  son comble. Cette piĂšce heureuse et variĂ©e a bĂ©nĂ©ficiĂ© du charme et de l’énergie communicative de la violoniste Charlotte Juillard. Soliste de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, fondatrice et premier violon du Quatuor Zaide, la musicienne est une chambriste accomplie. Elle irradie du bonheur de jouer. Ses yeux semblent parler Ă  ces collĂšgues et ses sourires aussi. La connivence entre les trois musiciens est jubilatoire. Jeunes, beaux, enthousiastes, talentueux, 
ce sont avant tous des musiciens qui aiment s’écouter. D’ailleurs quand ils ne jouent pas, ils Ă©coutent concentrĂ©s leurs amis, et lorsqu’ils tournent les pages du pianiste, il est indĂ©niable qu’ils vivent tout musicalement, intensĂ©ment avec lui.
Une particularitĂ© de ces concerts est de mettre en valeur le superbe orgue de l’église Saint-Michel. C’est ainsi que le virtuose Thomas Ospital nous a offert en entrĂ©e la Fantaisie de Mozart en fa mineur. Puissance et limpiditĂ© ont marquĂ© cette interprĂ©tation. L’improvisation qui a ouvert la deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© Ă©poustouflante d’inventivitĂ©. Cet instrument fleuron de l’Atelier toulousain Puget est ainsi animĂ© Ă  chaque concert.
L’ouverture de la troisiĂšme saison des Pages Musicales de Lagrasse a Ă©tĂ© un vrai succĂšs public avec une Ă©glise pleine. La conjonction d’un lieu unique et des musiciens si enthousiastes et douĂ©s, est une vraie merveille, avec un public particuliĂšrement respectueux et attentif.

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Compte rendu concert. Lagrasse. Eglise Saint Michel, le premier septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse troisiĂšme Ă©dition. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantasia en fa mineur pour orgue KV.608 ; Johannes Brahms (1833-1997) :  Sonate n°1 pour violoncelle et piano n°1 en en mi mineur op.38 ; Thomas Ospital (nĂ© en 1990) : improvisation Ă  l’orgue ; Anton Webern (1883-1945) : Trois piĂšces pour violoncelle et piano op.11 ; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847) : Trio avec piano n°1 en rĂ© mineur op.49 ; Charlotte Julliard, violon ; Yan Levionnois, violoncelle ; Thomas Ospital, orgue ; Tristan RaĂ«s et Adam Laloum, piano.

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 16 aoĂ»t 2017. RĂ©cital Schubert. Arcadi Volodos, piano

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. F.Schubert. Arcadi Volodos, piano. Le pianiste Russe Arcadi Volodos, aurĂ©olĂ© de ses succĂšs mondiaux est venu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron avec un public tout acquis, mĂȘme si nous n’avons pas atteint le nombre de spectateurs des autres soirs. Le succĂšs rencontrĂ© reste Ă©tonnant pour le concert de ce soir. Car les deux derniĂšres Sonates de Schubert reprĂ©sentent un programme audacieux et rare.

Volodos belle virtuosité mais sans Schubert

volodos arcadi piano critique concert piano schubert critique par classiquenewsEn effet ces Ɠuvres longtemps mal aimĂ©es car mal comprises ont Ă  ce jour des interprĂštes attentifs et inspirĂ©s. Cette musique fleuve nĂ©cessite des moyens pianistiques importants mais surtout un musicien visionnaire qui emporte les spectateurs loin dans les paysages affectifs de Schubert. Ce soir nous avons eu un Ă©minent pianiste de l’école russe capable de jouer admirablement grĂące Ă  une technique accomplie. Mais, c’est lĂ  que le bĂąt blesse : dans les bis gĂ©nĂ©reusement accordĂ©s, il a Ă©tĂ© possible de constater que le jeu est le mĂȘme quel que soit le compositeur. Schubert est donc digne de compter parmi les compositeurs pianistes aux exigences techniques souveraines en intĂ©ressant ce virtuose. La beautĂ© des sonoritĂ©s graves est admirable et avec effet, il est capable de les faire sonner incroyablement en les opposant aux aigus cristallins. Les traits peuvent ĂȘtre saillants et vifs. Mais ce n’est pas la mĂȘme chose de jouer un thĂšme de danse, en dansant souplement ou en sautillant. La lenteur est aussi affaire d’habiter le son, l’ennui gagne Ă  la place de la mĂ©lancolie dans l’Andante sostenuto de la D.960. Les effets pianistiques Ă  la longue se rĂ©pĂštent de sophistiquĂ©s deviennent 
 lassants. Volodos est un pianiste aux moyens considĂ©rables mais il se prĂ©sente ce soir dans un programme peu adaptĂ© ; dans lequel ses manques interprĂ©tatifs sont trop criants Ă  notre goĂ»t. Peut ĂȘtre nos attentes dans Schubert sont elles trop hautes ? Adam Laloum la veille nous avait pourtant comblĂ©. Vu le nombre de bis offerts, le public et le pianiste ont Ă©tĂ© heureux de ce partage de grande virtuositĂ©. La variĂ©tĂ© des goĂ»ts et des styles, c’est cela la marque de ce grand festival international. Ce soir a Ă©tĂ© celui de la plus haute virtuositĂ© pianistique.

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Compte-rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur D.959 ; Sonate n°23 en si bĂ©mol majeur D.960 Arcadi Volodos, piano.