Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Marc Minkowski, direction

rameau borrĂ©ades minkowski -Opera-Royal-in-Versailles_1365063713_1Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction. Triste concert ce soir pour la Passion selon Saint-Jean, tout Ă  l’opposĂ© de la version humaniste, thĂ©Ăątrale et lumineuse, stylistiquement informĂ©e de Jean-Marc Andrieu, donnĂ©e il y a quelque semaines Ă  peine dans cette mĂȘme Halle-Aux-Grains. Marc Minkowski n’est pas chef Ă  s’embarrasser. Il dĂ©cide que le gĂ©nie de Bach est Ă  son service et il dispose donc de la vaste partition Ă  sa guise. DĂšs les premiĂšres notes du majestueux chƓur « Herr, unser Herrscher », premier pilier de l’Ɠuvre, le ton est donnĂ©. C’est la violence qui est Ă  la baguette, demandant aux cordes graves d’appuyer les premiers temps et au clavecin de mĂ©talliser des accords terribles, dans un tempo infernal. L’imploration du chƓur des fidĂšles devient abrupte et semble s’en prendre au crĂ©ateur et sans aucune modestie demander des comptes. Mais peut-on parler d’un chƓur avec huit chanteurs ? Avec huit chanteurs, Ă  la fois solistes et chƓur, c’est le rĂ©gime maigre. Ils ont Ă©tĂ© complĂštement submergĂ©s par les instrumentistes, privĂ©s de nuances dans ce combat perdu d’avance. Les voix sont Ă  la peine et Ă  deux par voix ne trouvent pas la cohĂ©rence nĂ©cessaire. Ainsi l’individualitĂ© des voix, chacune reconnaissable, surtout les sopranos, ne permet aucune homogĂ©nĂ©itĂ© de couleur. Pour ĂȘtre spectaculaire, avant d’ĂȘtre iconoclaste cette entrĂ©e en matiĂšre est avant tout un vĂ©ritable contre-sens. Le dernier grand chƓur, la berceuse de la mort « Ruht Wohl», si subtilement Ă©crite devient une page ennuyeuse et molle, tant le tempo est Ă©tirĂ©. Ainsi le chef arrive Ă  fragiliser les deux sublimes piliers qui structurent le chef-d’Ɠuvre de JS Bach. Sa proposition interprĂ©tative s’en trouve trĂšs affaiblie.

Ratage de Minko dans la Saint-Jean

Mini Saint-Jean de Minkowski

De ce naufrage, l’évangĂ©liste de Fabio TrĂŒmpy sort vainqueur. Son tĂ©nor chaud et moelleux est une merveille vocale, le diseur est dramatique et son humanisme irradie Ă  chacune de ses interventions redoutables. Le tĂ©nor Suisse est un Ă©vangĂ©liste absolument parfait. Par chance l’entente avec le continuo est sensationnelle et donne beaucoup de vie et de souplesse Ă  l’ensemble. D’autant qu’ils sont libĂ©rĂ©s de la main autoritaire du chef. Le JĂ©sus d’Edward Grint, avec noblesse et jeunesse nous rend le Christ particuliĂšrement proche. Mais un pas en avant, puis un en arriĂšre, comme il est compliquĂ© de voir le Christ renter dans les chƓurs de foules si hostiles, les terribles Turba.

Les airs sont tous correctement chantĂ©s par les solistes en alternance mais l’implication est toujours prudente devant la tache herculĂ©enne demandĂ©e. Tous les effets thĂ©Ăątraux liĂ©s Ă  la foule tombent Ă  plat, malgrĂ© les efforts de Minkowski dont les gestes dĂ©voilent son intense plaisir mais ont peu d’effets. Les chorals sont sans ferveur et souvent ennuyeux. La vaste acoustique de la Halle-Aux-grains reste comme orpheline d’un vrai chant choral.
Reste la musique de Bach qui se déroule avec quelques beaux moments principalement dans les airs, accompagnés par des instruments obligés de grande qualité.  Mais ailleurs que de frustrations pour les amoureux de cette Passion si riche en émotions contrastées !
L’avant-dernier concert des Grands InterprĂštes ou la Jeanne d’Arc de Tchaikovski du BolchoĂŻ Ă©tait particuliĂšrement incandescente ; les deux prĂ©cĂ©dents Ă©vĂ©nements musicaux semblent appartenir Ă  une autre planĂšte. Ce soir Marc Minkowski, sans complexes, offre lui une mini Passion, sans arriver Ă  Ă©gratigner le gĂ©ant Bach dont il snobe le gĂ©nie dramatique, Ă  moins que ce dernier  ne lui ai complĂ©tement Ă©chappĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 31mars 2017. Johann SĂ©bastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean, BWV245. Laure Barras, Hanna Husahr, sopranos ; Owen Willetts, alto ; Alessandra Visentin, mezzo ; Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Valerio Contaldo, tĂ©nor ; Edward Grint, baryton ; Yorck Felix Speer, basse ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction.

Bach JS johannes passion minkowski hansen 2 cd erato cd review cd critique 2 cdCD. Le disque édité par ERATO et paru en avril 2017, confirme aussi le sentiment mitigé face au geste de Marc Minkowski abordant la Saint-Jean de JS Bach. LIRE notre compte rendu critique du cd La Passion selon Saint-Jean / Johannes Passion de Js Bach par Marc Minkowski

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi: Ernani ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole. Evan Rogister, direction musicale.  

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi: Ernani ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole. Evan Rogister, direction musicale. Hernani Ă  sa crĂ©ation fut un tel scandale qu’il y eu une « bataille d’Hernani », laquelle devint le manifeste du thĂ©Ăątre romantique dont Victor Hugo fut le chantre europĂ©en. Mouvement esthĂ©tique et politique qui nous rappelle que l’Europe ne date pas du XXĂšme siĂšcle ! Lorsque Verdi dĂ©cida de s’attaquer Ă  ce monument en 1844, il savait tout cela car la « Bataille » datait de 1830. La victoire acquise aux artistes du renouveau, il restait Ă  Verdi  de trouver une musique digne de ces enjeux. Dans cette pĂ©riode de « GalĂšre » qui lui fit composer plus d’un ouvrage par an, Ernani est un opĂ©ra Ă  part dans la production verdienne. Plus riche que d’autres musicalement et surtout dramatiquement trĂšs fort. La dĂ©saffection des maisons d’opĂ©ras pour cet ouvrage est une simple paresse car la beautĂ© musicale atteint le niveau du TrouvĂšre. Les moyens vocaux sont considĂ©rables. Ernani, le rĂŽle titre est alternativement flamboyant, sombre, lyrique, amoureux ou guerrier. Elvira est un long soprano spinto avec des moments de pur bel canto, des vocalises agiles, des moments de pure grĂące cĂ©leste et une force Ă  toute Ă©preuve afin de dominer les nombreux ensembles et les deux finals lui sont indispensables. Don Carlo est probablement le premier « baryton verdi » avec cette quinte aiguĂ« victorieuse et une Ă©volution psychologique passionnante. Le rĂŽle de basse de Silva est Ă©galement splendide, mĂȘme s’il est plus monolithique. Et la musique de Verdi offre Ă  l’orchestre un rĂŽle fondamental, Ă  mon sens plus  rĂ©ussi que dans Le TrouvĂšre. Le chƓur est trĂšs prĂ©sent Ă©galement.

 

 

 

Le flop scĂ©nique d’Ernani Ă  Toulouse : point de Bataille d’Ernani

 

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Ce long prĂ©ambule permettra d’accepter l’ampleur de la dĂ©ception qui accompagne la dĂ©couverte de cette nouvelle production capitoline. Si les moyens consĂ©quents mis en Ɠuvre n’apportent pas de satisfaction ce n’est pas la faute de la maison. Les costumes en particulier sont de belle tenue mais sont laids et passe-partout. Les lumiĂšres sont complexes mais sont un peu des cache-misĂšres. Les dĂ©cors dont un arbre spectaculaire, des panneaux grandioses qui s’ouvrent sont dĂ©pourvus d’intelligence dramatique. Quand Ă  la mise en scĂšne, c’est une nĂ©buleuse, un vide et un malaise nous saisit. Brigitte Jaques-Wajeman vient du thĂ©Ăątre, pour un opĂ©ra dont l’importance thĂ©Ăątrale est susdite ce qu’elle propose n’est qu’indigence. Nous avions beaucoup apprĂ©ciĂ© son travail dans Don Giovanni, autre opĂ©ra titrĂ© du meilleur thĂ©Ăątre possible, MoliĂšre. Dans Ernani, il ne se passe rien. Les chanteurs chantent, les chƓurs sont en place. Et c’est tout. Tout ça pour si peu ! Et concernant les chanteurs heureusement que le ridicule ne tue pas


Point de thĂ©Ăątre visuel donc, c’est irrĂ©parable, mais pourtant du drame par la grĂące de la musique de Verdi se construit. C’est lĂ  qu’au final son gĂ©nie triomphe car le puissance de la musique entraine le public Ă  vibrer et Ă  applaudir. L’Elvira de Tamara Wilson est impĂ©riale. Voix souple, lumineuse aux aigus aussi beaux dans les forte que les pianissimi cĂ©lestes. Vocalises et trilles impeccablement rĂ©alisĂ©s. Et sa prĂ©sence vocale dans les ensembles fait qu’elle domine ses partenaires. C’est aprĂšs tout trois hommes qui la courtisent ! Dans les deux finals aux concertati grandioses elle domine la masse vocale chorale et soliste sans faillir. Reste son piĂštre jeu et un physique difficile que son chant sublime fait oublier. Ernani est un tĂ©nor nĂ© Ă  SĂ©oul dont la voix puissante est sans sĂ©duction. Comme son jeu qui ne lui permet, pas plus que ses costumes ridicules, de camper le personnage,  tout tombe Ă  plat. Vocalement dans la puissance tout du long, avare de couleurs et de nuances, sans phrasĂ© intĂ©ressant l’Ernani d’Alfred Kim est inexistant, sans charisme, ni sombre mĂ©lancolie, sans noblesse, ni vraie mouvement d’ñme. Quand on sait les reproches faits Ă  Hugo sur ce personnage « excessif en tout », on reste songeur


 

 

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Le Carlo du baryton ukrainien Vitaliy Bilyy est une force vocale de la nature. L’insolence du timbre, la puissance de la voix sur tout l’ambitus sont considĂ©rables. Mais est-ce suffisant pour camper ce personnage Ă  l’évolution majeure, passant du sĂ©ducteur Ă  qui tout rĂ©ussit au monarque capable de grandeur d’ñme ? Belle voix, beau chanteur mais interprĂšte un peu court. C’est donc Michele Pertusi en Silva qui offrira la composition la plus complĂšte. Voix solide Ă  la profondeur confortable, ligne de chant sublime, maintient sur scĂšne impeccable. Tout est lĂ . VoilĂ  comment son expĂ©rience de plusieurs dĂ©cennies des plus grandes maisons d’opĂ©ra, des meilleurs metteurs en scĂšne et des meilleurs chefs, lui permet de se rire de cette production si faible. Silva inquiĂšte, irrite, mais il est Ă©mouvant, il vit.
Le chƓur du Capitole est vocalement splendide, il nuance avec aisance et a des couleurs somptueuses. L’Orchestre du Capitole est comme galvanisĂ© par un chef dont il convient de retenir le nom. Evan Rogister est une rĂ©incarnation des grands chefs des annĂ©es 50 quand on savait donner Ă  Verdi sa puissance et son drame. Il ose des nuances subtiles, pianissimi subtiles puis mĂ©nageant des fortissimi tonitruants dans les finals toujours dans un Ă©quilibre parfait entre tous les plans. Les ralentis sont accordĂ©s aux chanteurs, offrant ce slancio verdien devenu si rare. Le tempo est vivant, comme Ă©lastique, mais jamais flou. Une main de fer dans un gant de velours et une joie Ă  rĂ©aliser cette belle musique, avec cet orchestre si douĂ© dans des sourires et des gestes d’un enthousiasme incroyable. Il Ă©tablit un lien plateau / fosse sans faiblesse. La production est dramatiquement sauvĂ©e par sa direction particuliĂšrement musicale et inspirĂ©e. Nous avons hĂąte de rĂ©entendre Evan Rogister diriger non seulement dans la fosse mais aussi au concert, un Orchestre du Capitole avec qui il semble s’entendre Ă  merveille.
La derniĂšre remarque portera sur deux incidents graves que la direction intĂ©rimaire du Capitole n’a pas souhaitĂ© Ă©viter. Cela reste indigne de la haute histoire du Capitole, de ces gĂ©nĂ©rations de mĂ©lomanes enthousiastes et exigeants dont les mĂąnes ont du rougir. Comment imaginer dans cette auguste maison ĂȘtre tombĂ© si bas ?  Une reprĂ©sentation s’est dĂ©roulĂ©e sans Elvira. En effet Tamara Wilson sans voix a du monter sur scĂšne faute de doublure ! Tout notre respect Ă  l’artiste en difficultĂ© soudaine qui ose pour sauver la reprĂ©sentation se mettre dans un tel tourment et mettre en pĂ©ril sa carriĂšre en forçant un organe souffrant. Mais pire encore. La derniĂšre reprĂ©sentation a Ă©tĂ© annulĂ©e faute d’Ernani car  Alfred Kim  s’est lui mĂȘme arrangĂ© pour ĂȘtre  frappĂ© d‘«impeachment».

Le nouveau directeur du ThĂ©Ăątre du Capitole vient d’ĂȘtre nommĂ©. Exigeons de Christophe Ghristi que plus jamais pareille injure au public, aux artistes, aux compositeurs et Ă  l’OpĂ©ra du Capitole ne soit faite. Plus jamais ! Non, surtout quand on sait la capacitĂ© de nombreux chanteurs du chƓur Ă  chanter des rĂŽles de premier plan et Ă  la quantitĂ© de jeunes artistes prĂȘts Ă  monter sur scĂšne. De telles pratiques nĂ©gligentes tuent plus surement l’opĂ©ra qu’il n’y paraĂźt !

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ernani ; OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Hernani de Victor Hugo crĂ©Ă© le 9 mars 1844 Ă  la Fenice de Venise ; Nouvelle production ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne ; Sophie Mayer, collaboration artistique ; Emmanuel Peduzzi, dĂ©cors et costumes ; Jean Kalman, lumiĂšres. Avec : Alfred Kim,  Ernani ; Vitaliy Bilyy, Don Carlo ; Michele Pertusi, Don Ruy Gomez de Silva ; Tamara Wilson,  Elvira ; Paulina GonzĂĄlez,  Giovanna ; JesĂșs Álvarez,  Don Riccardo ; Viktor Ryauzov,  Jago ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani  direction ; Evan Rogister,  direction musicale. Illustration : Ph. Nin / Capitole de Toulouse 2017.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. Tchaïkovski : Jeanne d’Arc / Bolchoï. Tugan Sokhiev, direction.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. TchaĂŻkovski : Jeanne d’Arc. Version de concert. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre BolchoĂŻ de Russie. Tugan Sokhiev, direction. C’est Ă  plus d’un titre que les Grands InterprĂštes peuvent s’enorgueillir d’avoir proposĂ© une soirĂ©e d’une ampleur inhabituelle. Sur bien des plans, il s’agit d’un Ă©vĂ©nement exceptionnel, probable joyaux de la saison toulousaine. Tout d’abord l’Ɠuvre choisie est d’une beautĂ© totale, vĂ©ritable chef-d’Ɠuvre  mĂ©sestimĂ© de TchaĂŻkovski qui s’y rĂ©vĂšle Ă  l’aise dans tous les styles et qui dĂ©veloppe dans cette partition un art infini.

 

 

 

Splendeur du BolchoĂŻ Ă  Toulouse

 

Cet OpĂ©ra est si rare car il est d’une grande difficultĂ©. Le public français tout particuliĂšrement a du mal Ă  accepter les libertĂ©s prises par Schiller dont la piĂšce est Ă  l’origine du livret. Pourtant le fait de donner Ă  Jeanne plus que ce que la figure nationale a rĂ©quisitionnĂ© n’a rien d’invraisemblable et donne une dimension cornĂ©lienne Ă  Jeanne. Cet ouvrage de belle ampleur nĂ©cessite un chƓur vaillant ; le rĂŽle-titre est Ă©crasant et l’orchestre a des pages symphoniques qui dans une fosse sonnent Ă  l’étroit. La solution de la version de concert est musicalement idĂ©ale pour un ouvrage de cette ampleur. Mieux vaut une version de concert avec un engagement dramatique totale qu’une misĂšre visuelle.
L’évĂšnement d’entendre un ouvrage de grande valeur et rarissime a Ă©tĂ© portĂ© par l’équipe du BolchoĂŻ ce qui Ă©tait une premiĂšre Ă  Toulouse. Seul GenĂšve et Zurich ont Ă©tĂ© concernĂ©s par cette tournĂ©e et Paris a pu dĂ©guster Ă  la Philharmonie cette magnifique Jeanne d’Arc. Il est certain que les forces du BolchoĂŻ sous la direction si inspirĂ©e de son chef Tugan Sokhiev, ne vont pas tarder Ă  conquĂ©rir le monde entier.
La puissance de cet orchestre est trĂšs impressionnante. Les violons sont athlĂ©tiques et capables de grande dĂ©licatesse dans un son d’une plĂ©nitude rare. Les violoncelles ont une chaleur d’une grande profondeur. Les bois ont une fraĂźcheur plaisante avec une flĂ»te Ă  faire pĂąlir d’envie tout orchestre. Quelle sonoritĂ© impĂ©riale et quelle subtilitĂ© de nuances ! Hautbois et clarinettes ont une forte prĂ©sence et une sacrĂ©e personnalitĂ©. Dans l’ouverture, le passage bucolique Ă©voque une forĂȘt profonde, pleine de vie. Les interventions dĂ©terminantes de la harpe sont d’une noblesse remplie de plĂ©nitude. Les cuivres sont puissants et l’orchestration de TchaĂŻkovski leur demande des prouesses.
Les chƓurs du BolchoĂŻ sont trĂšs impliquĂ©s. Les scĂšnes de foules sont  hallucinantes de prĂ©sence et les anges, surnaturels de  beautĂ©. Le pupitre des basses avec une prĂ©sence capitale contient des timbres d’une profondeur splendide, octaviant certains accords de maniĂšre spectaculaire.
La distribution vocale est russophone ; elle fait honneur Ă  cette exceptionnelle Ă©cole de chant. Tous sont excellents mais c’est la Jeanne d’Anna Smirnova qui subjugue. Voix de mezzo splendide, claire, fruitĂ©e et puissante capable de nuances et de colorisations des plus dramatiques. Elle passe du sublime de ses implorations Ă  une vaillance de chef de guerre sans siller. Les longues phrases lyriques sont dĂ©veloppĂ©es jusqu’au fond de leur Ă©motion. Dans les finales, elle domine sans soucis. L’AgnĂšs Sorel d’Anna Nechaeva a la voluptĂ© de timbre et de phrasĂ© requise. Les hommes sont tous splendides de timbre et leur implication dramatique donne beaucoup de vie Ă  leurs interventions qui restent fondamentales mais sans la grandeur du rĂŽle-titre, particuliĂšrement prĂ©sent.

 

 

 

sokhiev Tugan-Sokhiev6-credit-Mat-HennekIl nous reste Ă  Ă©voquer le Grand Vainqueur de la soirĂ©e. L’audace n’est pas mince. Tugan Sokhiev est chez lui dans cette Halle-aux-Grains depuis 2005. Il a Ă©tĂ© nommĂ© en 2014 au BolchoĂŻ. Il vient donc en ambassadeur de poids. Mais cela peut aussi provoquer craintes et jalousies. Pourtant il nĂ©cessaire d’accepter qu’un artiste de cette trempe, -qui partout oĂč il passe sĂ©duit orchestres, critiques et publics, mĂȘme si un lien profond existe avec son orchestre de Toulouse-, ne peut s’en contenter. Ecouter et voir son engagement avec les forces du BolchoĂŻ est donc un exercice ambivalent. Pour ma part, il confirme ce sentiment d’avoir la chance de pouvoir suivre l’évolution d’un chef qui deviendra l’un des tous premiers dans un avenir proche. L’aisance avec laquelle il empoigne ce grand opĂ©ra Ă  la française, avec un cotĂ© meyerbĂ©rien, voir wagnĂ©rien, et mĂȘme italien tout en restant si admirable dans les Ă©quilibres, reste un grand moment. La direction est comme nous savons, un ballet de tout son corps avec des regards profonds. Les gestes anticipĂ©s permettent de comprendre chaque instant de cette partition fleuve. Les rĂ©citatifs sont mordants, les moments orchestraux splendides, les grands airs tiennent en des arcs infinis, les grandes fresques chorales sont terrifiantes. Les finales des derniers actes sont sensationnels. Cette conception dramatique si intelligemment menĂ©e permet de terminer sur un final d’une puissance, d’une violence incroyable. Tugan Sokhiev sait construire le dernier crescendo pour laisser le public haletant devant le supplice et la mort de Jeanne d’Arc. L’orchestration de TchaĂŻkovski ose pour terminer son chef d’Ɠuvre des audaces dâ€˜Ă©critures particuliĂšrement Ă©vocatrices de la cruautĂ© du peuple utilisĂ©e par les puissances religieuses et temporelles en assassins associĂ©s. AprĂšs ce grandiose finale si dramatique le public rend les armes et applaudit Ă  tout rompre une Ă©quipe soudĂ©e et victorieuse. Tugan Sokhiev offre avec cet opĂ©ra si rare un complĂ©ment de choix aux autres ouvrages lyriques de TchaĂŻkovski qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ©s Ă  Toulouse pour le ravissement d’un public conquis.
Le Bolchoï est un géant mondial incontournable et Tugan Sokhiev sait faire la plus belle musique possible avec des forces si difficilement domptables.

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. Piotr Illytch TchaĂŻkovski (1840-1903) : Jeanne d’Arc ou la pucelle d’OrlĂ©ans, opĂ©ra en quatre actes et six tableau d’aprĂšs la tragĂ©die de Friedrich von Schiller ; Version de concert ; Avec : Anna Smirnova, Jeanne d’Arc ; Oleg Dolgov, Le Roi Charles VII ; Bogdan Volkov, Raymond ; Anna Nechaeva, AgnĂšs Sorel ; Andrii Goniukov, Dunois ; Stanislav Trofimov, L’ArchevĂȘque ; Petr Migunov, Thibaut d’Arc ; Igor Golovatenko, Lionel ; Nikolay Kazanskiy, Bertrand ; Andrii Kymach, Le Soldat ; Marta Danusevich, L’Ange ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre BolchoĂŻ de Russie ; Tugan Sokhiev, direction.
Illustration : © Mat Hennek.

 

 

Compte-rendu, concert. Montauban, le 11 mars 2017. A. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger, BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction.

Les Passions Landrieu Les Passions critique classiquenews -bis-Rire-Montauban-11 mars 2017©JJ.AderCompte-rendu, concert. Montauban, le 11 mars 2017. A. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger, BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La quatriĂšme Ă©dition des Passions Baroques Ă  Montauban a connu un lustre particulier en proposant concerts et manifestations sur quatre week-ends. En ouverture de cette saison, c’est la grandiose Passion selon Saint-Jean de JS Bach, le 25 fĂ©vrier, qui a dĂ©butĂ© une sĂ©rie de quatre concerts Ă  Toulouse, Albi et Pamiers, non sans Ă©clat. Mentionnons  tout particuliĂšrement la grĂące et la puretĂ© des voix de la MaĂźtrise du Conservatoire. Master Class, lecture, causerie, concert de violon baroque ont ensuite dĂ©roulĂ© leurs charmes pour cette Ă©dition 2017.
Le dernier rendez-vous a Ă©tĂ© particuliĂšrement Ă©mouvant ce samedi avec un concert de musique sacrĂ©e italienne. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont interprĂ©tĂ© avec beaucoup de musicalitĂ© et d’émotion deux piĂšces vocales dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. L’orchestre en dimension chambriste, avec deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un thĂ©orbe et l’orgue a Ă©tĂ© l’écrin d’une grande dĂ©licatesse pour la vocalitĂ© dĂ©licatement ornĂ©e des deux chanteurs. MĂȘlant leurs voix de maniĂšre complĂ©mentaire et exquise dans les duos, le charme belcantiste de ces piĂšces a fait chavirer le public. Le Salve Regina de Scarlatti comme le Stabat Mater de PergolĂšse alternent airs et duos. Magali lĂ©ger a un soprano lumineux, capable de voluptĂ© mais elle sait aussi voiler le brillant du timbre pour Ă©voquer la douleur. Ses airs ont Ă©tĂ© un vrai enchantement. Paulin BĂŒndgen a une voix plus droite, toujours trĂšs homogĂšne. Le mĂȘme phrasĂ© dĂ©licat, les mĂȘmes nuances subtiles, la mĂȘme capacitĂ© Ă  s’écouter font de leur duo, une vraie rencontre artistique.
Les musiciens des Passions, sous la direction dansante de Jean-Marc Andrieu, respirent avec les solistes comme un seul ĂȘtre. Dans cette interprĂ©tation, ces deux piĂšces doloristes ont donc gagnĂ© en naturel et en bonheur d’écoute. Tout Ă©tait pur, simple, Ă©vident. Aucune recherche d’effet, toute la beautĂ© de la musique et du texte mĂȘlĂ©s. Cette maniĂšre de faire de la musique a particuliĂšrement touchĂ© le public. N’est ce pas cela faire de la musique ? Respirer ensemble ? Et ne l’oublie-t-on pas trop souvent lorsque des chanteurs se servent un peu trop des oeuvres pour mettre en valeur leur art ? Ce soir, c’est le gĂ©nie des compositeurs qui a Ă©tĂ© mis Ă  l’honneur surtout Ă  se souvenir que PergolĂšse nous a laissĂ© un tel chef d’oeuvre juste avant sa mort Ă  26 ans
. Merci aux Passions Baroques de Montauban d’avoir offert un si beau moment pour terminer en toute Ă©motion cette belle Ă©dition 2017.

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Compte-rendu concert. Montauban. ThĂ©Ăątre Olympe de Gouges le 11 mars 2017. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 février 2017. Debussy. Ravel. Chausson. Lucas Dabargue, piano. Tugan Sokhiev, direction.

debargue lucas pianoCompte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 fĂ©vrier 2017. Debussy. Ravel. Chausson. Lucas Dabargue, piano. Tugan Sokhiev, direction. La premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel pour Lucas Debargue aura marquĂ© les spectateurs. Car en effet le jeune musicien que nous avions beaucoup aimĂ© lors du festival Piano aux Jacobins, voir notre chronique, a Ă©tĂ© trĂšs imaginatif. Il a osĂ© sortir des sentiers habituels et a donnĂ© Ă  cette Ɠuvre, prise dans tant de fausses traditions, toute sa modernitĂ© en une poĂ©sie assumĂ©e laissant la virtuositĂ© Ă  une place ancillaire. Certes les amateurs de gros doigts, de sons forts, et de jazz spectaculaire seront restĂ©s sur leur faim. Pour les amateurs de poĂ©sie en musique, de nuances subtiles, de rubato Ă©lĂ©gant et de dĂ©licatesse virile, ce concerto a Ă©tĂ© une vraie fĂȘte. Au lieux de mettre en valeur la virtuositĂ© rythmique ou la force pulsionnelle de cette partition, Lucas Debargue et Tugan Sokhiev ont osĂ© beaucoup plus de nuances, de couleurs subtilement accordĂ©es et de poĂ©sie que ce qu’une certaine « tradition » ou « routine » propose. Ravel est un musicien subtil et le jazz est avant tout souplesse, libertĂ© et non arrogance. L’Adagio assai a passĂ© comme un voyage dans les cieux. La main gauche chaude et ferme a tendu son tapis et la main droite de pure poĂ©sie liquide a chantĂ©. Les cordes de velours et les bois d’humaine tendresse ont enrubannĂ© le songe. Les cuivres offrant ce qu’il faut de force juste Ă©voquĂ©e. Tugan Sokhiev a dirigĂ© en poĂšte de l’orchestre avançant sur le mĂȘme fil que Lucas Debargue en une apesanteur surnaturelle. Rien que pour la grĂące de ce mouvement la vision si poĂ©tique de Lucas Debargue trouve sa justification. Le public stertoreux et tousseur de l’hiver a mĂȘme su faire silence c’est tout dire
 Le final a gardĂ© une totale Ă©lĂ©gance et une grande libertĂ© de ton ce qui a considĂ©rablement rendu la partition de Ravel Ă  sa vraie modernitĂ© et ses audaces qui sont d’un poĂšte, d’un peintre et d’un danseur non d’un rĂ©volutionnaire. L’humour fin et sans fĂ©rocitĂ©, ainsi qu’un jeu pianistique dĂ©licat, des instrumentistes survoltĂ©s, ont crĂ©Ă© un moment Ă©nergisant sans excitation vaine. Le succĂšs de Lucas Debargue le conduit a jouer deux bis : la 1Ăšre Gnossiennes d’Erik Satie, puis la 4Ăšme Ballade de Gabriel FaurĂ© avec la mĂȘme poĂ©sie infinie. Lucas Debargue est assurĂ©ment un grand musicien.

Si la crĂ©ation française de la partition originellement prĂ©vue « Sawti’l Zaman » de Benjamin Attahir n’a pas pu avoir  lieu, faute de temps de prĂ©paration en raison de l’indisponibilitĂ© du chef, nous avons eu la «re»crĂ©ation de concerto en sol par des poĂštes de premiĂšre grandeur !

 

chaussonEn deuxiĂšme partie de concert la vaste symphonie de Chausson a Ă©tĂ© magistralement dirigĂ©e par un Tugan Sokhiev enthousiaste. Assumant pleinement l’amour pour Wagner contenu dans la partition, le chef a choisi la puissance et l’opulence sonore. Les vastes phrasĂ©s, les nuances profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs comme saturĂ©es ont Ă©tĂ© magnifiĂ©s. La fusion entre cette monumentalitĂ© teutonne et une texture plus française a crĂ©Ă© un son assez porteur de nouveautĂ©. L’énergie que Tugan Sokhiev dĂ©ploie dans sa belle direction, son engagement et la maniĂšre dont il dĂ©taille la structure est impressionnante. Le voyage fait connaĂźtre de vastes espaces, et le souffle rugit avec la force d’un post romantisme assumĂ©. Les instrumentistes sont comme sur des charbons ardents. L’art symphonique hybride franco-allemand contient une force quasi invincible lorsque les interprĂštes sont si investis.

Pour ouvrir ce concert, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune de Debussy avait prĂ©parĂ© nos oreilles avec dĂ©licatesse. La flĂ»te de Francois Laurent dont nous connaissons le riche mĂ©tal et le vibrato maĂźtrisĂ© a osĂ© jouer « petit ». Un son Ă©vocateur de simple roseau et comme une musique inventĂ©e devant nous presque timide. Tugan Sokhiev a laissĂ© son orchestre jouer avec d’infinies nuances, en toute simplicitĂ©, sans ostentation de richesse.

Un concert magnifique, plein de force, d’audace, d’énergie, de vie prouvant combien la musique française du siĂšcle dernier contient une modernitĂ© qui ne demande qu’à s’exprimer.

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 fĂ©vrier 2017. Claude Debussy (1862-1918) : PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano et orchestre en sol majeur. Ernest Chausson (1855-1899) : Symphonie en si bĂ©mol majeur op.20. Lucas Dabargue, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.  Photo : L. Debargue © Felix Broede

 

 

Compte-rendu, concert. Lausanne, Salle Métropole, le 13 février 2017. Dvorak, Chopin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction.

Christian-Zacharias-8.7Compte-rendu, concert. Lausanne, Salle MĂ©tropole, le 13 fĂ©vrier 2017. Dvorak, Chopin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction. Christian Zacharias et l’Orchestre de Chambre de Lausanne se connaissent bien pour avoir travailler ensemble 13 annĂ©es durant. Le pianiste et chef d’orchestre allemand est un fin musicien et son engagement est communicatif. Sa complicitĂ© avec l’orchestre est Ă©vidente et la gestuelle du chef est emplie de respect, de douceur, d’élĂ©gance tout en obtenant prĂ©cision et Ă©nergie de ses musiciens. Les lĂ©gendes de Dvorak orchestrĂ©es par Dvorak en 1811, ont Ă©tĂ© donnĂ©es de part et d’autre du concerto de Chopin. Elles mettent en valeur la richesse de l’orchestre capable de nuances exquises, de couleurs variĂ©es et de beaucoup de prĂ©cision rythmique. L’adaptabilitĂ© de chacun des musiciens Ă  ces miniatures d’orchestre si riche en Ă©lĂ©ments folklorique, en subtilitĂ©s rythmiques et en variĂ©tĂ©s de style, est parfaite. Ce vĂ©ritable voyage en pays de BohĂšme est celui de musiciens poĂštes. La partition de Dvorak est emplie de splendeurs et pourtant tout semble simple et facile Ă  l’écoute. FluiditĂ© des lignes, dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont un enchantement. Si les cordes et les bois sont Ă  la fĂȘte tout du long, bien des instruments plus rares trouvent leurs moments de rĂȘve. Ainsi en est-il de la harpe ou des cors dans la derniĂšre partie du concert. La beautĂ© de l’orchestre rencontre celle de la partition bien trop rarement donnĂ©e au public. Christian Zacharias en illumine chaque note.

Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Chopin souffre de la comparaison avec la richesse orchestrale de Dvorak. Tous les efforts de l’orchestre et du chef semblent vains. Chopin ne sait rien demander d’original Ă  l’orchestre mais cela fonctionne toutefois assez bien. Indubitablement c’est le piano qui est le roi. Grande guitare un peu raide, l’orchestre est plus accompagnateur que partenaire. Par contre, le deuxiĂšme mouvement en son temps suspendu, sa dĂ©licatesse de nocturne belcantiste, justifie Ă  lui seul de jouer ce concerto. L’entente entre le pianiste et les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Lausanne autorise une fusion de la plus belle eau tant la liquiditĂ© des doigts du pianiste se pose facilement sur l’écume orchestrale. Ce mĂ©lange de rigueur et de poĂ©sie si caractĂ©ristique de Christian Zacharias trouve en Chopin un compositeur qui lui convient Ă  merveille. Le raffinement du rubato est irrĂ©sistible et les nuances partagĂ©es avec l’orchestre sans un geste sont de grands musiciens. Christian Zacharias qui dirige en jouant est tout simplement sidĂ©rant par la qualitĂ© de son jeu comme de sa communication totale avec les musiciens parfois du regard ou simplement de l’oreille. Car l’orchestre le suit comme un seul homme et partage beaucoup de plaisir de jeux avec le chef pianiste. AprĂšs le succĂšs du Concerto chaleureusement applaudi par le public, un bis de Chopin prolonge l’enchantement avec une mazurka chaloupĂ©e dans un rubato Ă©lĂ©gantissime.

Un bien beau concert tout en musicalitĂ© partagĂ©e a enchantĂ© le public de la salle MĂ©tropole pour ce premier concert car le lendemain le mĂȘme programme a refait salle pleine. Une diffusion sur espace2.ch permet de dĂ©guster ce concert si accompli musicalement avec une admirable version des LĂ©gendes pour orchestre de Dvorak. En bis la Danse slave n°2 fait sensation par son Ă©nergie et sa grĂące.

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Lausanne. Salle Métropole, le 13 février 2017. Antonin Dvorak (1841-1904) : Légendes op.59. Danse slave n°2 en mi mineur, op.72. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°2, en fa mineur, op.21. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 fĂ©vrier 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction. LLa venue de Maria Joao Pires est toujours une fĂȘte Ă  Toulouse tant la grande dame est aimĂ©e en raison de la simplicitĂ© de sa personne, sa modestie et la musicalitĂ© subtile de son jeux. Grande mozartienne, c’était une fĂȘte annoncĂ©e et qui a bien eu lieu, que de l’écouter dans un concerto de Mozart. Le 27Ăšme Concerto pour piano de Mozart est son dernier. VĂ©ritable Ɠuvre de musicien, il n’a pas la brillance, ou la grandeur de tel autre mais il est construit en un Ă©quilibre parfait qui permet de dĂ©rouler toute la beautĂ© mozartienne, dans son mariage si rĂ©ussi du piano et de l’orchestre. Lui qui, premier compositeur affranchi, composait et jouait ses concertos de piano pour vivre libre, termine ainsi dans une sorte d’épure. Le 27Ăšme possĂšde une Ă©motion particuliĂšre car nous savons que ce fut le dernier que Mozart joua le 4 mars 1791.

Que de beauté !

pires maria joao pianoMaria Joao Pires s’entend Ă  merveille avec le chef Robin Ticciati qui demande Ă  l’orchestre beaucoup de clartĂ© et de prĂ©cision. Les phrasĂ©s sont parfois un peu contraints, crĂ©ant une urgence intĂ©ressante.  Ce Concerto qui va vers une apparente simplicitĂ©, loin de tout effet, est en fait trĂšs riche en modulations. Larmes au bord des yeux dans un sourire. Cette complexitĂ© harmonique est mise en valeur par la direction du maestro qui cherche beaucoup de puretĂ© et une prĂ©cision Ă  la limite de la sĂšcheresse pour les cordes. Maria Joao Pires joue comme un ange avec une simplicitĂ© dĂ©concertante. Comment de si petites mains contiennent tant de musique ? La douceur, l’amour, la bontĂ©, rien ne cherche l’effet. Toute la beautĂ© de la musique de Mozart coule sans heurts. L’orchestre et la pianiste s’écoutent et se rĂ©pondent avec dĂ©licatesse. Les tempi allants Ă©vitent tout alanguissement. MĂȘme le Larghetto avance dans la puretĂ© de son charme. Le final est comme une paix enfin gagnĂ©e sur la vie plutĂŽt complexe de Mozart. Le printemps et l’amour, mĂȘme si c’est fragilement, gagnent. La complicitĂ© des instrumentistes avec la pianiste est d’une harmonie de chaque instant. Robin Ticciati, tout sourire, participe activement Ă  ces splendides Ă©changes. En bis, sous les ovations d’un public conquis et heureux Maria Joao Pires offre avec l’orchestre l’Andante du cĂ©lĂ©brissime Concerto n°21. Sorte de rĂ©compense pour ceux qui dans le public ont Ă©tĂ© peinĂ©s d’apprendre le changement de programme qui du 21Ăšme est passĂ© au 27 Ăšme. Ainsi l’Andante, dans un tempo trĂšs allant, avec des pizzicati amoureux et engagĂ©s a permis au chant de l’absolu de s’élever sans limites. Un grand moment de poĂ©sie et de partage !

Ticciati Robin maestro mozart concert classiquenews 13047_1En DeuxiĂšme partie de programme, nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une interprĂ©tation absolument Ă©blouissante de la Symphonie Londres de Haydn. La prĂ©cision, l’énergie de chaque instant, l’analyse de chaque moment permettent Ă  la complexitĂ© de la partition de gagner une sĂ©duction
 diabolique. Ce son comme dĂ©graissĂ©, cette puissance Ă©lĂ©gante des timbales ensorcĂšlent. Rien de classique ni d’ennuyeux avec un chef de cette trempe. Le gĂ©nie Ă©nergisant de Haydn en sa puissance crĂ©atrice, exulte. Le public est comme gagnĂ© par cette Ă©nergie et fait un triomphe aux interprĂštes aussi enthousiaste que lors du concerto. Le bis choisi par Ticciati permet de dĂ©guster un lyrisme des cordes au bord du sirupeux d’une sensualitĂ© rare. L’andante de la suite amĂ©ricaine de Dvorak a ainsi mis en perspective l’entrĂ©e du concert qui s’était faite sur des extraits des LĂ©gendes dans la version de Dvorak lui-mĂȘme, pour orchestre. La variĂ©tĂ© des piĂšces, leurs couleurs comme leur saveurs folkloriques avaient ouvert nos oreilles Ă  la finesse des interprĂštes. Le bis final tout en lyrisme permet de mieux comprendre encore le parti pris analytique de Ticciati dans Mozart et Haydn. Merci aux  Grands InterprĂštes d’avoir conviĂ© des artistes d’une aussi grande sensibilitĂ© pour un concert mĂ©morable.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Antonin Dvorak (1841-1904) : Légendes, Op.59n°1, 2, 7, 8, 4. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pur piano et orchestre n°27, en si bémol majeur, K.595. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°104, en ré majeur, Londres. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

Compte-rendu, opéra. Lausanne, Opéra, le 12 février 2017. Thomas: Hamlet. Vincent Boussard / Fabien Gabel.

Hamlet-1.01-728x1099_une-362x344Compte-rendu opĂ©ra ; Lausanne ; OpĂ©ra, le 12 fĂ©vrier 2017 ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet. Mise en scĂšne, Vincent Boussard ; Avec : RĂ©gis Mengus, Hamlet ; Lisette Oropesa, OphĂ©lie ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Lausanne, dirigĂ© par Jacques Blanc ; Orchestre de Chambre de Lausanne ; Direction, Fabien Gabel. L’opĂ©ra de Lausanne a proposĂ© une trĂšs belle coproduction d’Hamlet dans une distribution proche de l’idĂ©al des plus grands au plus petits rĂŽles. La mise en scĂšne de Vincent Boussard est intelligente et demande beaucoup aux chanteurs. Plus d’un a frĂ©mi aprĂšs avoir souri Ă  la vue d’OphĂ©lie debout sur le bord de la baignoire. Les empoignades entre Hamlet et sa mĂšre ont aussi Ă©tĂ© un moment trĂšs fort Ă  la limite du supportable. La beautĂ© des embrassades entre Hamlet et OphĂ©lie sur le chant sublime du saxophone  a Ă©tĂ© un grand moment de poĂ©sie. L’apparition du spectre est ingĂ©nieuse et spectaculaire par la confusion temporo-spatiale du hĂ©ros qu’il nous permet de percevoir. Les costumes Katia Duflot, tous trĂšs beaux, ont aidĂ© Ă  comprendre la psychologie des personnages. Entre la libertĂ© recherchĂ©e d’OphĂ©lie, la beautĂ© Ă©trange d’Hamlet et le conformisme des Ă©poux royaux. Le dĂ©cor habilement renforçait l’impression de huis-clos et d’intimitĂ© du conflit de famille. La sĂ©vĂ©ritĂ© avec laquelle est habituellement traitĂ©e la musique de Thomas est bien injuste. La vaste partition d’ Hamlet rĂ©serve des moments de bravoure digne des plus beaux opĂ©ras italiens. La scĂšne de folie d’OphĂ©lie est la plus connue. Mais les airs d’Hamlet, de Gertrude, les duos dramatiques ou lyriques sont de  biens beaux moments Ă©galement.

Hamlet en majesté à Lausanne

p1000434_photo_christian_dresse_2016Et cette production avance sans temps morts. RĂ©gis Mengus est un Hamlet complet, aussi charmant qu’inquiĂ©tant. Sa folie est ambiguĂ« Ă  la fois fĂȘlure et dĂ©fense. Vocalement le jeune baryton est admirable d’élĂ©gance et de tenue, mĂȘme si la voix n’a pas la profondeur attendue par certains, la jeunesse emporte ce personnage complexe. La voix est agrĂ©able et sonne facilement. Le jeu de l’acteur est trĂšs convainquant. L’OphĂ©lie de Lisette Oropesa est tout aussi aboutie. Belle, dĂ©licate et vive elle incarne bien cette jeune fille amoureuse jusqu’à la mort. Vocalement il est rare d’avoir une cantatrice aussi complĂšte dans un rĂŽle «  Ă  cocotes ». Car les suraigus, les vocalises, les trilles ont Ă©tĂ© parfaitement interprĂ©tĂ©s. Mais c’est surtout la beautĂ© de la voix sur toute la tessiture qui sĂ©duit. La richesse des harmoniques dans le medium et le grave pourrait par moments Ă©voquer celle si riche d’Angela Georghiu. Quelle artiste ! Face au couple si assorti et si accompli le reste de la distribution tient parfaitement. Benjamin Bernheim est un LaĂ«rte trĂšs bien chantant, Ă©mouvant et crĂ©dible. La voix du jeune tĂ©nor est bien projetĂ©e, admirable de clartĂ© et de fluiditĂ© et la ligne de chant est impeccable. Il ira loin. Le couple royal terrible est incarnĂ© par deux artistes expĂ©rimentĂ©s qui arrivent Ă  tenir leur rang ambigu. La voix puissante de Stelle Grigorian en Gertrude est trĂšs inquiĂ©tante, mĂȘme si le jeu est un peu caricatural. Le roi de Philippe Rouillon, plein d’autoritĂ© vocale, ne se laisse pas impressionner, sa chute finale n’en est que d’avantage effrayante. Tous les autres rĂŽles plus modestes ont Ă©tĂ© parfaitement tenus. Avec une mention particuliĂšre pour le duo des fossoyeurs, Alexandre Diakoff et Nicolas Wildi, qui dans les loges d’avant scĂšne ont Ă©tĂ© trĂšs spectaculaires tant vocalement que scĂ©niquement. Le chƓur de l’opĂ©ra de Lausanne a Ă©tĂ© admirable, tour Ă  tour puissant (dans le grand final du deux) ou dĂ©licat (les femmes dans la mort d’OphĂ©lie).  L’orchestre de Chambre de Lausanne a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de sa rĂ©putation . La direction trĂšs exigeante de Fabien Gabel a obtenu satisfaction. Avec une beautĂ© sonore de chaque instant sans rien lĂącher de l’implication dramatique qu’il insuffle au drame, toute la fosse a participĂ© Ă  l’action. L’acoustique trĂšs porteuse de la salle a permis de dĂ©guster la beautĂ© des voix et les nuances de l’orchestre dans un Ă©quilibre constant. Un trĂšs beau spectacle trĂšs abouti et qui dĂ©fend une partition trop mĂ©sestimĂ©e.

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Compte-rendu opĂ©ra ; Lausanne ; OpĂ©ra, le 12 fĂ©vrier 2017 ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet, opĂ©ra en cinq actes sur un livret de Michel CarrĂ© et Jules Barbier, d’aprĂšs la tragĂ©die de William Shakespeare. Coproduction OpĂ©ra National du Rhin et OpĂ©ra de Marseille. Mise en scĂšne, Vincent Boussard ; Assistante Ă  la mise en scĂšne, Natascha Ursuliak ; DĂ©cors, Vincent Lemaire ; Costumes, Katia Duflot ; LumiĂšres Guido Levi ; Avec : RĂ©gis Mengus, Hamlet ; Lisette Oropesa, OphĂ©lie ; Stella Grigorian, Gertrude ; Philippe Rouillon, Claudius ; Benjamin Bernheim, LaĂ«rte ; Alexandre Diakoff, Horatio/premier fossoyeur ; Nicolas Wildi, Marcellus/deuxiĂšme fossoyeur ; Marcin Habela, Polonius ; Daniel Golossov, le Spectre du Roi ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Lausanne, dirigĂ© par Jacques Blanc ; Orchestre de Chambre de Lausanne ; Fabien Gabel, direction. Illustration : © Ch. Dresse / 2017.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017.Mozart, Bruckner: Raphaël SévÚre / Josep Pons

severe-raphael-clarinette-portrait-582Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 fĂ©vrier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction. Ce concert restera comme celui de la dĂ©couverte d’un musicien intĂšgre et merveilleux. Le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre respire un amour de la musique peu commun lorsqu’il monte sur scĂšne. Son engagement (de tout son corps), dĂ©montre combien la musique de Mozart l’habite. Le son de sa clarinette est beau et plein. Il nuance Ă  l’envie, et phrase comme un poĂšte cette sublime partition. L’Allegro initial est ferme et Ă©lĂ©gant Ă  la fois, comme une Ă©vidence. L’Andante est un moment hors du temps oĂč la beautĂ© diffuse dans des phrasĂ©s d’une infinie douceur. Longueur de souffle, doigts faciles, tout coule. Le final est plein d’esprit avec une maĂźtrise instrumentale renversante. Mais c’est la bonhommie, l’enthousiasme du jeune clarinettiste qui forment sa plus grandes sĂ©duction.

Raphaël SévÚre : Un clarinettiste en or !

Ce clarinettiste prodige de 22 ans, invitĂ© dĂ©jĂ  dans le monde entier, va vers une carriĂšre magnifique. Le public est tout Ă  fait conscient de la dĂ©couverte rare qu’il vient de faire et fait une ovation au jeune musicien. Il s’engage alors dans une folle page de Stravinski pour clarinette seule ne faisant qu’une bouchĂ©e de cette partition diabolique et avec beaucoup d’esprit. Josep Pons est un partenaire attentif qui gĂšre l’orchestre de maniĂšre Ă  mettre en valeur le soliste, mais sa main gauche respire peu.

bruckner1Pour la deuxiĂšme partie du concert, le choix d’une symphonie de Bruckner fait encore l’effet d’une raretĂ© pour une partie du public toulousain. Pourtant cette symphonie « Romantique » est la plus donnĂ©e. Le fait qu’un chef espagnol avec un orchestre français joue une symphonie du colossal et germanique Bruckner doit faire siffler les oreilles de ceux qui appellent Ă  la fermeture des frontiĂšres et au repli sur soi. Certes cette interprĂ©tation a Ă©tĂ© prudente et cette musique ne convient pas au mieux Ă  Josep Pons, mais tout de mĂȘme quelle magie diffuse cette symphonie lors d’un concert ! L’orchestre a Ă©tĂ© splendide et Josep Pons l’a laissĂ© jouer librement ce qui n’est pas rien.
Cependant le chef espagnol est tombĂ© dans le piĂšge du premier mouvement : il a laissĂ© l’orchestre jouer des forte que dans la suite il n’a pas Ă©tĂ© possible de dĂ©velopper. L’effet de long crescendo du mouvement final a donc failli. De tous les magnifiques instrumentistes de l’Orchestre du Capitole, ce n’est pas faire injustice que d’encenser le cor de Jacques Deleplanque. Il a su avec des sonoritĂ©s d’une grande dĂ©licatesse se mettre Ă  nu, avec une subtile fragilitĂ© assumĂ©e. Et sa capacitĂ© aux nuances forte n’en a Ă©tĂ© que plus saisissante. Sous la baguette ferme de Josep Pons, de trĂšs belles couleurs, des phrasĂ©s amples et une belle superposition des plans ont offert une interprĂ©tation un peu athlĂ©tique de la « Romantique » que nous avons entendues avec d’avantage de subtilitĂ©.
Le Concerto pour clarinette de Mozart restera le moment magique du concert grùce à Raphaël SévÚre, un musicien à suivre.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; Raphaël SévÚre, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction. Illustrations : Henri Selmer

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VIDEO : voir la vidĂ©o 3Ăšme GĂ©nĂ©ration d’inteprĂštes Ă  Saintes, avec RaphaĂ«l SĂ©vĂšre et Adam Laloum / reportage exclusif classiquenews © studio CLASSIQUENEWS 2015

Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; Carl FrĂŒhling : Trios, fantaisies et sonates ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle. Claire DĂ©sert, piano.

Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven;  Johannes Brahms ; Robert Schumann ; Carl FrĂŒhling : Trios, fantaisies et sonates ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle. Claire DĂ©sert, piano. Toulouse
 Les concerts au MusĂ©e des Augustins poursuivant leur magnifique saison avec pour la deuxiĂšme fois un concert dans le Salon rouge. Le charme de ce concert a Ă©tĂ© absolument exquis. Cette trop rare musique de chambre pour clarinette, violoncelle et piano est si pleine de poĂ©sie ! Le contenu artistique convie des chefs d’Ɠuvres absolus et une dĂ©couverte inouĂŻe Ă  la fin. En ouvrant le concert avec le Trio de Beethoven, nos trois artistes ont pu trouver assez rapidement un Ă©quilibre proche de l’idĂ©al. La virtuositĂ© assumĂ©e de chacun est entiĂšrement mise au service d’une poĂ©sie de chaque instant. Il faut dire que Pascal MoraguĂšs, clarinette solo de l’orchestre de Paris, a un jeu d’une incroyable dĂ©licatesse. Capable de traits aussi vifs que sensibles. Il arrive Ă  nuancer de maniĂšre trĂšs dĂ©licate, entraĂźnant ses complice dans des moments Ă  la limite du risque. Gary Hoffmann, soliste et pĂ©dagogue reconnu, est un partenaire assumant avec panache la sonoritĂ© victorieuse de son Nicolo Amati ayant appartenu Ă  Leonard Rose. Claire DĂ©sert est une pianiste aussi apprĂ©ciĂ©e en tant que soliste, concertiste que chambriste. Ses doigts virevoltent, les accords assurent une ampleur magnifique. On sent surtout entre ses trois artistes une communion qui dĂ©gage une rare musicalitĂ©.

IMG_0015AprĂšs un Trio de Beethoven plein de vie, d’élĂ©gance et de tenue, la deuxiĂšme Sonate pour violoncelle et piano de Brahms permet aux deux solistes d’amplifier leur propos. Les sonoritĂ©s riches et les longs phrasĂ©s de Gary Hoffman s’accordent parfaitement avec le jeu ample de Claire DĂ©sert. Un moment magnifique qui permet d’apprĂ©cier la profondeur de l’inspiration de Brahms qui met si bien en valeur les couleurs romantiques du violoncelle. Le piano est un partenaire d’égale importance et l’accord entre les deux artistes est accompli. Sons amples, phrasĂ©s larges, dynamiques creusĂ©e profondĂ©ment. Un grand souffle romantique a ampli le Salon rouge et a enthousiasmĂ© le public.
AprĂšs l’entracte qui a permis aux artistes et au public de reprendre quelque souffle, c’est la poĂ©sie si subtile de la FantasiestĂŒcke de Schumann dans sa version pour clarinette et non alto, qui a diffusĂ© dĂ©licatement la poĂ©sie dont est capable Pascal MoraguĂšs. L’émotion subtile qu’il offre avec son souffle long, ses couleurs rares, ses phrasĂ©s infinis, est un moment rare. Loin de toute dĂ©monstration, c’est l’intimitĂ© de l’ñme si tourmentĂ©e de Schumann qui nous envahi, avec cette recherche d’absolu par la beautĂ©. Moment de poĂ©sie totalement inoubliable en si peu de temps. La piĂšce la plus courte est celle qui reste le plus accrochĂ©e Ă  mon souvenir.  Pascal MoraguĂšs avec un abandon qui n’appartient qu’à lui, ose des nuances infinies de dĂ©licatesse et des sons mourant qui n’en finissent pas de nous hanter.

Les trois amis se retrouvent pour un dernier Trio du quasi inconnu nommĂ© FrĂŒhling. Comment tant de beautĂ© peut rester si peu jouĂ©e ? En quatre mouvements un univers d’une totale originalitĂ© rĂ©unit les trois compositeurs prĂ©cĂ©dents. C’est profond comme du Schumann, brillant comme du Beethoven et puissant comme du Brahms. La clarinette entraĂźne ses deux compĂšres et ouvre la porte a des dialogues au sommet de l’émotion. L’Andante est un moment inoubliable en sa sublime mĂ©lancolie. Impossible de parler de chaque musicien tant leur union est complĂšte en une recherche de beautĂ©, d’émotion et de franchise. Ils convainquent que cette partition mĂ©rite une bien plus large diffusion. Le public a Ă©tĂ© subjuguĂ© par tant d’harmonie et de musicalitĂ© partagĂ©es. Le violoncelle et la clarinette sont si porteurs de mĂ©lancolie que la musique de chambre qui les unit, ne ressemble Ă  aucune autre. Nous avons eu ce soir la chance, Ă  l’invitation des concerts du MusĂ©e, de la dĂ©guster avec des virtuoses de premier plan partageant le mĂȘme amour de la poĂ©sie en musique.
Claire DĂ©sert, Gary Hoffman et Pascal MoraguĂšs pourraient bien ĂȘtre nommĂ©s le Trio MoraguĂšs tant nous leur souhaitons de nombreux autres concerts, pour qu’ils entretiennent cette belle complicitĂ© et pour le bonheur qu’ils apportent au public dans ce rĂ©pertoire si Ă©mouvant.

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Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio op.11 en si bĂ©mol majeur ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n°2 en fa majeur ; Robert Schumann (1810-1856) : FantasiestĂŒcke op.73 ; Carl FrĂŒhling (1868-1937) : Trio op.40 en la majeur ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle ; Claire DĂ©sert, piano. Image : Catherine Ulmet (DR).

Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, les 29 janvier, 3 fĂ©vrier 2017. Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail ; Jane Archibald, KonstanzeTito Ceccherini / Tom Ryser.

Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, les 29 janvier, 3 et fĂ©vrier 2017 ; Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail ; Jane Archibald, KonstanzeTito Ceccherini / Tom Ryser. Il  n’est pas facile en ces temps incertains de proposer une nouvelle production de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart. Cet ouvrage si allemand par le livret et si italien par les prouesses vocales, si intense par la beautĂ© des lignes musicales, si profond par le fond et si bouffe par la forme, a tout pour plaire au public et tenter les metteurs en scĂšne en mal de mauvais traitements des Ɠuvres. Le Capitole qui le coproduit avec Lausanne, Fribourg et Tours, a fait salle comble.

EnlÚvement réussi à Toulouse

EnlĂšvement serait capitole toulouse compte rendu classiquenewsDonc le succĂšs public ne se dĂ©ment pas. La mise en scĂšne au final ne fait pas de mal Ă  l’Ɠuvre et arrive Ă  Ă©clairer de modernitĂ© sans exagĂ©rer ce livret ambigu. DĂšs l’ouverture, les draps bleus mouvants Ă©voquent avec poĂ©sie le naufrage en terres inhospitaliĂšres de nos hĂ©ros. En suivant avec efficacitĂ© la musique, l’ouverture visuellement passe sans heurts. Dans la fosse, le chef italien Tito Ceccherini fait des merveilles. L’Orchestre du Capitole en habits baroques nuance comme dans un rĂȘve et colore avec dĂ©licatesse l’univers sonore mozartien. Ce sont Ă  la fois les nuances et les couleurs, les phrasĂ©s et le sens du thĂ©Ăątre qui donnent la force Ă  cette interprĂ©tation orchestrale de pur bonheur. Et il est connu combien d’instruments obligĂ©s sont requis dans cet opĂ©ra ! Nous saluons chaque instrumentiste jouant comme en habit de fĂȘte.  L’énergie et le plaisir partagĂ©s entre fosse et scĂšne sont les grandes qualitĂ©s de Tito Ceccherini. Vocalement si aucun ne déçoit, les chanteurs ne sont pas Ă©gaux. La voix la plus extraordinaire est celle de Jane Archibald en Constance. Nous l’avions entendu en sensationnelle Reine de la Nuit en 2010 Ă  la Halle-aux-Grains. Il n’y a donc pas de craintes, les aigus sont lĂ , dardĂ©s comme il convient. Le style accompli lui permet d’enjoliver les reprises avec art. Si le premier air la cueille un peu Ă  froid et durcit les aigus, la large voix s’échauffe pour devenir trĂšs Ă©mouvantes dans le dĂ©licat « Traurigkeit » et atteindre sa plus grande splendeur dans le fameux « Marten allen Arten ». Les suraigus tenus sont pleins et vivants, les vocalises fusent sur toute l’étendue de la vaste tessiture et les phrasĂ©s sont pleins de la puissance de conviction requise. La cantatrice est habile comĂ©dienne et donne vie au personnage extrĂ©miste dans sa vision de l’amour que le prĂ©nom symbolise : Constance. Cette sorte d’incarnation de la fidĂ©litĂ© absolutiste devient une femme dĂ©terminĂ©e mais non insensible au charme de Selim ce qui ne fait que renforcer son hĂ©roĂŻsme. Jane Archibald est donc la reine vocale de la soirĂ©e.
S’il faut chercher un roi, c’est en fait Franz Josef Selig en Osmin. Le chanteur est aussi crĂ©dible Ă  voir qu’à entendre. Il campe un rĂŽle humain sous ses excĂšs, presque sympathique et vocalement quelle classe ! Voix au timbre richement abyssal qui se promĂšne en toute tranquillitĂ© sur tout l’ambitus de ce rĂŽle complexe et exigeant. La beautĂ© du timbre, les nuances et surtout la tenue de ligne sont magnifiques. Nul ne pourra ĂȘtre déçu de la voix souple et ensoleillĂ©e de Mauro Peter en Belmont. La raideur de la tenue en scĂšne convient bien au noble imbu de ses privilĂšges de naissance. Mais vocalement, il n’est pas tout Ă  fait au niveau de sa partenaire Constance. Lors du deuxiĂšme soir, en bien meilleur maĂźtrise technique, il arrive Ă  nous convaincre que son dernier air Ă  la virtuositĂ© folle lui convient. Le couple Blonde, Pedrillo est vocalement plus assorti. Le charme vocal et l’abatage de Hila Fahima, son jeu mutin, ses aigus voluptueux, tout est succulent. La suffisance effrontĂ©e du personnage de Pedrillo trouve un Ă©cho dans la voix bien projetĂ©e et plus modeste de Dmitry Ivanchey et son jeu facile. Le dernier personnage qui lui ne chante pas est le pacha Selim. En s’abrogeant ce rĂŽle, le metteur en scĂšne Tom Ryser se fait plaisir et retrouve son premier mĂ©tier d’acteur. Cela permet une vue de l’action plus marquĂ©e par le regard de ce personnage important. Si cela n’est pas complĂštement convainquant par des redites (fĂ©tichisation du corps de ses femmes), cela fonctionne jusqu’au bout. Et le dernier geste du puissant qui vient de faire clĂ©mence et offre sa veste Ă  Constance qui frissonne avant son voyage en mer, permet de faire ressortir un lien dĂ©licat de son cotĂ© mais pas sans effet sur Constance. Ce grand seigneur, mĂȘme mal rasĂ© et furieux, ne manque pas d’un certain charme. Et son rapport jusqu’au-boutiste Ă  l’amour n’a t-il rien Ă  voir avec la vision de Constance ? Ce n’est pas si Ă©vident.
La mise en scĂšne est donc riche en bonnes idĂ©es mais reste inaboutie. De grandes beautĂ©s nĂ©anmoins : le naufrage, le jeux entre Constance et Selim, Blonde et Osmin, Pedrillo et Osmin, le final dans son ensemble. Mais aussi des lourdeurs, dans les dandineries de Pedrillo Ă  la maniĂšre post John Travolta de Grease ou les interminables scĂ©narii pervers de Selim enfermĂ© dans son deuil impossible et son fĂ©tichisme. Les costumes de David Belugou et StĂ©phane Laverne revisitent assez habilement en le modernisant, l’exotisme, ici tout militaire, de la turquerie. Mais ils ne sont pas vraiment beaux et ne font pas rĂȘver
  Les dĂ©cors de David Belugou sont globalement tous rĂ©ussis mais une certaine lassitude s’installe avec les images suspendues. Et quelle maladresse de demander Ă  Constance, en sa  sublime tristesse, de se baisser pour passer sous un rideau 
. Les lumiĂšres habiles de Marc DelamĂ©ziĂšre essayent de varier un dispositif au final un peu lassant.
Cette production est trĂšs apprĂ©ciĂ©e du public et obtient un beau succĂšs Ă  Toulouse. Elle a en tout cas le mĂ©rite de ne pas nuire Ă  une partition dĂ©licate et mĂȘme de mettre particuliĂšrement en valeur dans le message final de clĂ©mence, une phrase que nous devrions ne jamais oublier et toujours rĂ©pĂ©ter en choeur sur toute la planĂšte : « Nichts ist so hĂ€sslich als di Rache ! » : RIEN N’EST PLUS VIL QUE LA VEANGEANCE !

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Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 fĂ©vrier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’enlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfĂŒhrung aus dem Serail ; OpĂ©ra-bouffe en trois actes sur un livret de Gottlieb StĂ©phanie le Jeune  crĂ©Ă© le 16 juillet 1782 au Burgtheater de Vienne ; Nouvelle coproduction  avec l’OpĂ©ra de Fribourg, l’OpĂ©ra de Lausanne et l’OpĂ©ra de Tours ; Tom Ryser, mise en scĂšne ; David Belugou, dĂ©cors ; Jean-Michel Angays et StĂ©phane Laverne, costumes ; Marc DelamĂ©ziĂšre, lumiĂšres ; Avec : Jane Archibald, Konstanze  ; Mauro Peter, Belmonte  ; Hila Fahima,  Blonde ;  Dmitry Ivanchey, Pedrillo ; Franz Josef Selig,  Osmin ; Tom Ryser,  Le Pacha SĂ©lim ; ChƓur du Capitole , Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole  ; Tito Ceccherini, direction musicale. Illustration : P.Nin.

Compte-rendu concert. Toulouse,le 20 janvier 2017 ; Mozart, Beethoven,Schubert : Symphonies  ; Orch. National du Capitole / Rinaldo Alessandrini.

schubert grand bandeau largeur franz schubert portraitCompte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains,  le 20 janvier 2017 ; Symphonies de Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig Van Beethoven et Frantz Schubert  ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Rinaldo Alessandrini. Le concert Ă©tait sans soliste et il a mis en vedette l’orchestre dans sa formation classique avec un effectif modeste en comparaison du concert prĂ©cĂšdent, voir chronique du concert avec la symphonie Leningrad. Petit ensemble, donc avec seulement trois contrebasses et Ă  la direction, le chef Italien Rinaldo Alessandrini, spĂ©cialiste de l’ùre baroque (Monteverdi et Vivaldi en tĂȘte de file). Le concert a Ă©tĂ© agrĂ©able et sans effets provocateurs, voire sans surprises.

Un concert tout en Ă©quilibre

La premiĂšre symphonie de Mozart est encore balbutiante et l’on devine plus que l’on ne peut l’apprĂ©cier, le gĂ©nie mozartien en devenir. Il n’avait que 9 ans lorsqu’il l’a composĂ©e Ă  Londres. Trois mouvements Ă  la mode italienne avec deux Allegros, encadrant un Andante galant.
La premiĂšre symphonie de Beethoven est plus consistante. Son Ă©nergie et sa puissance rythmique sont d’un compositeur affirmĂ© de 29 ans. L’équilibre orchestral est parfait, tous les plans sont mis en lumiĂšre, les tempi, sont raisonnables. Les nuances sont sans surprise et l’orchestre semble jouer avec plaisir sous la direction rigoureuse du chef Italien.  De la belle musique sans heurts.

Pour la quatriĂšme symphonie de Franz Schubert, les cors sont augmentĂ©s et les couleurs dites « tragiques » peuvent se dĂ©voiler. Rien de bien particulier dans la direction de Rinaldo Alessandrini : il laisse les belles sonoritĂ©s de l’orchestre de dĂ©ployer. Le chant circule agrĂ©ablement. Point d’effets dramatiques mais plutĂŽt une interprĂ©tation trĂšs « classique » et sage.
Un bien agrĂ©able concert qui se laisse Ă©couter sans efforts, bien loin du tourbillon frĂ©nĂ©tique actuel ou de la musique engagĂ©e et Ă  programme.  Un moment de pause que l’orchestre comme le public ont semblĂ© grandement apprĂ©cier.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains,  le 20 janvier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 1 en mi bémol majeur KV.16 ; Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Symphonie n°1 en do majeur, op.20 ; Frantz Schubert ( 1797-1828) : symphonie n°4 en do mineur «  tragique » D.417 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Rinaldo Alessandrini.

Compte-rendu concert. Toulouse, Musée des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert ; Dmitri Chostakovitch ; Felix Mendelssohn ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et Loïc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle.

modigliani-quatuor-concert-classiquenews-Modigliani-Quarte copyright droit reserves Marie-StaggatCompte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert ; Dmitri Chostakovitch ; Felix Mendelssohn ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et LoĂŻc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle. La vie des Grands quatuors Ă  cordes est Ă©maillĂ©e de remaniements et c’est l’un des mystĂšres que de constater comme mĂȘme avec le dĂ©part de l’un des musiciens se poursuit le projet artistique sans vĂ©ritable heurt. C’est ainsi que le Quatuor Modigliani a perdu son charismatique et si sensible premier violon, Philippe Bernhard. Depuis le premier dĂ©cembre 2017, c’est Amaury Coeytaux qui lui succĂšde. Jeune musicien de grand talent, son intĂ©gration est parfaite. Avec un son plus charnu et incarnĂ© Ă  l’opposĂ© de la puretĂ© et de la dĂ©licatesse du jeu de son prĂ©dĂ©cesseur. Cela conduit les autres musiciens du Quatuor Modigliani, surtout l’alto et le violoncelle a dĂ©velopper d’avantage leurs couleurs et la chaleur de leur jeu. Mais ce qui demeure intacte c’est cette connivence musicale de tous les instants permettant cette fulgurance des nuances, cette sensibilitĂ© des phrasĂ©s, et cette Ă©nergie communicable, marque d’un Quatuor particuliĂšrement adulĂ© de part le monde. MystĂšre insondable des quatuors, les Modigliani sont aussi sensationnels qu’auparavant, mais diffĂ©remment. Le Quattersetz de Schubert est sous leurs doigts une piĂšce en forme de quintessence en un mouvement du gĂ©nie Schubertien avec des audaces formelles d’écritures bien assumĂ©es.

 

 

 

Le rĂ©cent changement de leur premier violon, n’entĂąme en rien la complicitĂ© magnĂ©tique du Quatuor français


Longue vie aux Modigliani !

 

 

Nous avions entendu ce mĂȘme premier Quatuor de Chostakovitch par les Modigliani en janvier dernier Ă  la Biennale des quatuors de la Philharmonie de Paris. Nous avions Ă©tĂ© sĂ©duit par leur parti pris de puretĂ© et de fraĂźcheur. Lire notre compte rendu du concert du Quatuor Modigliani Ă  Paris, janvier 2016.
Le changement de premier violon sans s’écarter de cette maniĂšre va d’avantage vers la force de suggestion des grands quatuors Ă  venir et leur modernitĂ© sous une apparence aimable. L‘alto de Laurent Marfaing et le violoncelle de François Kieffer osent une puissance de son et une beautĂ© de timbre envoĂ»tantes.
Mais c’est dans le somptueux quatuor de Mendelssohn que la fulgurance du jeu uni en respectant des personnalitĂ©s musicales fortes, a subjuguĂ© le public. Les qualitĂ©s instrumentales magnifiques de chacun embrasant le tutti. Mendelssohn devient l’immense compositeur, le magnifique esprit romantique au faite de toutes les connaissance musicales passĂ©es. L’originalitĂ© des nuances poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme, la jubilation du scherzo, la douleur insondable du premier mouvement, la puissance tellurique du final : Toute la beautĂ© de cette immense partition a Ă©tĂ© portĂ©e Ă  un niveau d’excellence instrumentale et d’émotion musicale particuliĂšrement aboutis.

Ainsi le public comblĂ© a obtenu deux bis avec Le Scherzo puis l’Adagio du Quatuor op. 18 n° 6 de Beethoven. Nous Ă©voquions l’an dernier Ă  Paris, une « jeune maturité » du quatuor Modigliani. Avec Ă©vidence, ils poursuivent leur fabuleuse Ă©volution. L’arrivĂ©e d’Amaury Coeytaux y participe.  Le son plus fruitĂ© n’en est que la partie apparente. Il est probable que tout le rĂ©pertoire, et le plus exigent, attend les Modigliani. Nous les suivrons avec fidĂ©litĂ©. Et nous souhaitons formuler tous nos vƓux pour Philippe Bernhard, lui qui nous semblait ĂȘtre nĂ© pour jouer du violon, et dont les mimiques si expressives nous ont toujours enchantĂ©es. Si la complicitĂ© entre les membres du Quatuor Modigliani est du mĂȘme niveau, la sympathie et la tendresse des regards, qui s’étaient construits dans l’enfance, ont comme muri. Ainsi va la vie. Longue vie aux Modigliani !

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Musée des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°12 en ut mineur, D. 703, Quattersetz ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 1 en ut majeur, opus 49 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor à cordes en la mineur opus 13 ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et Loïc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle / Photo © Marie Stabat.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017. Haydn: Concerto pour trompette ; Chostakovitch : Symphonie « Leningrad » ; Alison Balsom. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCompte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017. Haydn: Concerto pour trompette ; Chostakovitch : Symphonie « Leningrad » ; Alison Balsom. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. La sĂ©duction dĂ©ployĂ©e par la trompettiste anglaise Alison Balsom a complĂštement subjuguĂ© le public toulousain. La prĂ©sence flamboyante de la femme Ă  la chevelure d’or en combinaison de pantalons bleue a rĂ©veillĂ© dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne un public transi par l’hiver installĂ©. Le feu du tempĂ©rament a Ă©tĂ© totalement maitrisĂ© par la virtuose de la trompette qui a semblĂ© ne faire qu’une bouchĂ©e de cette agrĂ©able partition de Haydn. Il semble que toute nuance lui soit possible avec des fortissimi explosifs mais surtout des murmures d’une grande dĂ©licatesse sur un fil infime. La cadence lui permet une dĂ©monstration de la transcendance des possibilitĂ©s de son instrument. La longueur du souffle est immense et les doigts semblent libres d’aller Ă  leur guise. La musicalitĂ© est exquise et l’élĂ©gance coule Ă  chaque instant et tout particuliĂšrement dans le dĂ©licat andante. Le final caracole et badine. Tugan Sokhiev est un partenaire de grande classe qui construit un Ă©crin de luxe pour la trompettiste « PanthĂšre bleue ». L’Orchestre du Capitole en petite formation est prĂ©cis et parfaitement prĂ©sent tout en laissant la trompette Ă  l’honneur.

 

 

« PanthĂšre bleue », la trompette d’Alison Bolsom subjugue


 

bolsom alison trompette trunpet concert classiquenews A-Balsom-new1Cet agrĂ©able moment, comme suspendu hors du monde, n’avait que peu Ă  voir avec la puissance et la force de la deuxiĂšme partie du concert. Il paraĂźt impossible de rendre compte de l’effet produit par cette superbe interprĂ©tation de la Symphonie Leningrad de Chostakovitch. Tugan Sokhiev a dirigĂ© magistralement une partition titanesque en rendant Ă©videntes bien de ses subtilitĂ©s, jusque dans les sentiments contradictoires qu’elle produit. La beautĂ© sonore des instrumentistes  a Ă©tĂ© somptueuse et les nombreux moments solistes ont Ă©tĂ© galvanisĂ©s. Les timbres des cuivres ont Ă©tĂ© comme chauffĂ©s Ă  blanc, les violons dans le final ont Ă©tĂ© Ă©pais comme des glaces semblant Ă©ternelles, la chaleur des alti et des violoncelles a Ă©té  rĂ©confortante, la puissance des contrebasses (dix ce soir) hors des habitudes, mais surtout c’est la dĂ©licatesse des bois et des harpes qui a portĂ© haut l’émotion
 on reste Ă©perdus de reconnaissance devant la qualitĂ© purement instrumentale de chacun. Mais cela n’est que peu de choses, car l’essentiel se situe ailleurs.
La comprĂ©hension intime de l’horreur, voir de la haine pour la guerre, associĂ©e Ă  l’admiration pour la rĂ©sistance et l’enthousiasme des humains en situation extrĂȘme est un moment d’une rare ambivalence. La seule mĂ©taphore qui peut convenir me semble ĂȘtre ce malaise aussi profond que dĂ©licieux que certains parfums trĂšs musquĂ©s fait naĂźtre en nous, allant chercher une animalitĂ© enfouie et inavouable, mĂȘlĂ©e avec la puretĂ© de la sublimation d’un air fleuri. On dit qu’il y a longtemps, un empereur de Chine piĂ©tinait des fourrures de ses bottes crottĂ©es afin de crĂ©er son parfum prĂ©fĂ©rĂ© dans l’air embaumĂ© de fleurs rares.

 

 

Malaise envoûtant de la Symphonie Leningrad

 

dmitri-chostakovitchCe mĂȘme malaise viscĂ©ral profond, alliĂ© Ă  la jouissance d’une beautĂ© sonore totalisante, naĂźt de la direction absolument fantastique de Tugan Sokhiev. Haine de la guerre et Amour des hommes. L’Amour de la vie simple est Ă©voquĂ© lors des rĂ©miniscences des bonheurs d’autrefois si dĂ©licats (flĂ»tes et picolo, harpes, hautbois et cor anglais, violon solo !).  C’est chaque fois Ă  faire pleurer des pierres. Impossible de sortir indemne d’un tel concert Ă  la puissance Ă©motionnelle dĂ©vastatrice. Oui, l’homme est vraiment capable du meilleur comme du pire et cela a Ă©tĂ© le  cas Ă  Saint-PĂ©tersbourg, devenue Leningrad, durant plus des 900 jours de siĂšge nazi oĂč 1 800 000 personnes pĂ©rirent. Que d’énergies dans cette partition ! Quelle puissance dans ce long crescendo qui de la simple et sublime caisse claire en sa solitude existentielle arrive avec toute la dĂ©termination de la Force de la Vie Ă  entrainer tout un orchestre, et ce soir il n’y avait pas loin de 140 instrumentistes sur scĂšne ! Certes cette partition composĂ©e et donnĂ©e en 1941 durant le siĂšge, et qui fut envoyĂ©e de suite par microfilms Ă  Toscanini aux USA, est symbole de rĂ©sistance au nazisme. Peut-on oublier que la folie des hommes, l’amour de certains pour la guerre, l’aveuglement d’un grand nombre qui donne le pouvoir Ă  ceux qui haĂŻssent la vie, peut nous reconduire Ă  nouveau en un tel enfer ? De tels moments de dĂ©sespoirs, tant de morts de faim et de froid, sont-ils indispensables afin que naisse un chef d’oeuvre aussi puissant ? Le prix n’est-il pas trop lourd ? C’est entre bien d’autres, la question, quasi insondable, qui naĂźt Ă  l’écoute de l’interprĂ©tation si fulgurante de cette septiĂšme symphonie de Chostakovitch Ă  Toulouse L’Orchestre du Capitole sous la direction si inspirĂ©e de son chef Tugan Sokhiev, ce soir en forme athlĂ©tique, a donnĂ© tout ce dont il est capable, et c’est Ă©norme ! Une part de la charge Ă©motionnelle passera probablement dans le film que la chaĂźne Mezzo a fait de ce concert en tous points, extraordinaire et inoubliable.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur, Hob.VIIE.1 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie en ut majeur « Leningrad » op.60 ; Alison Balsom, trompette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 dĂ©cembre 2016. Bernstein : CANDIDE, d’aprĂšs Voltaire. Francesca Zambello, mise en scĂšne. James Lowe, direction

toulouse candide duo_B6I5116Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse,Capitole, le 22 dĂ©cembre 2016. Bernstein : CANDIDE, d’aprĂšs Voltaire. Francesca Zambello, mise en scĂšne. James Lowe, direction. L’Ɠuvre de Leonard Bernstein est un chef d‘Ɠuvre inclassable. Elle contient en effet le meilleur de l’opĂ©ra, de la comĂ©die musicale, de l’opĂ©rette et du thĂ©Ăątre rĂ©unis. Bernstein l’a corrigĂ© et repris jusqu’à la veille de sa mort. Son enregistrement de 1989 nous donne la totalitĂ© de la musique composĂ©e. Cette production a fait des choix, et des coupes, correspondants Ă  la version du Royal National Theatre de 1998. Voltaire est prĂ©sent sur scĂšne ; il est trĂšs crĂ©dible sous les traits de Wynn Harmon. Cette coproduction entre New-York, Bordeaux et Toulouse est une pure merveille. L’Orchestre du Capitole, dĂšs la sensationnelle ouverture, est magnifique. Timbres rayonnants, rythmes endiablĂ©s et phrasĂ©s subtiles. Toute la magnificence d’un orchestre symphonique au service d’une partition d’une grande richesse et d’une virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e.

 

 

 

FĂȘtes de fin d’annĂ©e rĂ©ussies au Capitole
Magnifique Candide de Bernstein

 

 

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La direction de James Lowe est prĂ©cise, dramatique ; elle s’adapte, en parfaite connaissance, Ă  tous les styles de l’écriture de Bernstein. Le lien plateaux-fosse est constamment rĂ©glĂ© en finesse pour que tout avance avec panache : c’est un trĂšs beau travail musical, tout  en profondeur pour un ouvrage trĂšs exigeant. La mise en scĂšne de Francesca Zambello est d’une intelligence confondante. Il est facile de deviner que la metteure en scĂšne amĂ©ricaine aime Candide et connaĂźt la partition de Bernstein sur le bout des lĂšvres. Car dans une mise en abyme du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, avec trois fois rien comme accessoires, elle permet au spectateur de s’immerger dans les aventures picaresques de cet admirable Candide qui finit in extremis par trouver la sagesse malgrĂ© la folie et l’imbĂ©cilitĂ© intemporelle du monde. L’intelligence et le goĂ»t exquis dont elle fait preuve tout du long, le respect pour la musique comme de l’humour dĂ©licat du livret : tout fait sens. Nous lui savons grĂące d‘avoir situĂ© l’action au XVIIIĂšme siĂšcle. Pas besoin de gros traits pour comprendre tout ce qu’il y a d’exactement contemporain, ou d’éternel, dans cet ouvrage.  La sauvagerie de la scĂšne de l’autodafĂ© reste le point nodal de l’ouvrage. Oui, la foule est d’une mĂ©chancetĂ© totalement amorale

Les costumes de Jennifer Moeller sont Ă©galement simples, intelligents et beaux. Candide a un costume qui s’adapte Ă  toutes ses aventures sans vraiment changer. CunĂ©gonde reste prise dans sa robe Ă  panier et ne s’en dĂ©pouille que durant sa grande scĂšne de folie, afin qu’en sous-vĂȘtements, trĂšs digne, cela Ă©voque son statut de gourgandine. L’ensemble des figurants, danseurs et chanteurs est Ă©galement en sous–vĂȘtements comme pour signifier leur nuditĂ© d’ñme. Panglosse/Voltaire revĂȘt et enlĂšve sa superbe robe de chambre, rĂ©duite en miettes sur la galĂšre…
Les lumiĂšres subtiles de Mark McCullough, les dĂ©cors trĂšs mobiles de James Noone Eric et les chorĂ©graphies brillantissimes de Sean Fogel forment un tout d’une cohĂ©rence parfaite dans ce thĂ©Ăątre Pirandellien, qui stimule l’Ɠil, sans cesse.

JEU D’ACTEURS. Les acteurs chanteurs mettent tout leur cƓur dans la bataille. La soprano Ashley Emerson est une Cunegonde touchante et brillante. Son grand air devient une grande scĂšne de dĂ©sespoir maitrisĂ© avec vocalises, et suraigus sans failles
. soit du grand opĂ©ra romantique. La Vielle Dame de Marietta Simpson est un personnage complet de comĂ©die musicale. Son Tango est irrĂ©sistible de chic et d’humour. Wynn Harmon en Voltaire/Pangloss est un grand acteur qui chante trĂšs correctement. Sa diction claire, son ton, son style, son chic sont parfaits. La voix et le personnage de Martin, sa prĂ©sence scĂ©nique troublante, trouvent en Matthew Scollin un interprĂšte idĂ©al. Il est impossible de parler de chaque chanteur, de chaque personnage
 il y en a trop ! Tous sont soudĂ©s dans un travail dâ€˜Ă©quipe de haut vol. Les chanteurs solistes issus du chƓur du Capitole se mĂȘlent parfaitement aux chanteurs/danseurs amĂ©ricains.
Reste le cas d’Andrew Stenson en Candide. Le timbre n’est pas celui du tĂ©nor souhaitĂ© par Bernstein. La voix est sans Ă©clat, sans lumiĂšre, sonne d’avantage comme un baryton lĂ©ger. Mais l’acteur est sympathique et efficace. Les si belles mĂ©ditations et le beau lamento Ă©crits par Bernstein ne s’élĂšvent pas sur les cimes de l’émotion possible faute de clartĂ© et lumiĂšre du timbre. Ce choix est d’autant plus discutable que deux trĂšs beaux tĂ©nors auraient Ă©tĂ© ici, vocalement plus exacts. Brad Raymond, Gouverneur impayable, et surtout Andrew Maughan : Cacambo, vocal de luxe et acteur sympathique.

Au final, cette Ɠuvre magnifique mĂ©ritait de rencontrer enfin le public toulousain. Les fĂȘtes de fin d‘annĂ©e avec leur sens profond pour certains et la superficialitĂ© pour le plus grand nombre, sont en phase avec cet ouvrage hybride entre les cultures et les styles. Culture des LumiĂšres, celle du volontarisme du nouveau monde, comme de celle de l’agitation folle de la planĂšte. Entre opĂ©ra, comĂ©die musicale et opĂ©rette. Chacun peut y dĂ©guster ce qu’il prĂ©fĂšre.
Je termine sur ces mots du beau final, au sublime digne de Mozart et Richard Strauss. Il débute  a capella :

« La vie n’est  ni bonne ni mauvaise.
La vie est la vie et tous nous le savons,
Le bien, le mal, la joie et la peine
Sont finement entremĂȘlĂ©s.
Et termine Tutta Forza sur :
Nous ne sommes ni purs, ni sages, ni bons ;
Nous ferons du mieux que nous savons. »

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse ; ThĂ©Ăątre du Capitole, Le 22 dĂ©cembre 2016. Leonard Bernstein (1918-1990) : CANDIDE, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Hugh Wheeler d’aprĂšs l’oeuvre Ă©ponyme de Voltaire crĂ©Ă© le 1er dĂ©cembre 1956 au Martin Beck Theater, New York ; Nouvelle version de John Caird (version du Royal National Theatre, 1998) ; Paroles de Richard Wilbur ; Paroles additionnelles de Stephen Sondheim, John Latouche, Lillian Hellman, Dorothy Parker et Leonard Bernstein ; Francesca Zambello :  mise en scĂšne ; E. Loren Meeker, collaboration artistique Ă  la mise en scĂšne ; Eric Sean Fogel : chorĂ©graphie ; James Noone : dĂ©cors ; Jennifer Moeller : costumes ; Mark McCullough : lumiĂšres ; Nouvelle coproduction avec le Festival de Glimmerglass (New York en Juillet 2015) et l’OpĂ©ra National de Bordeaux ; avec : Andrew Stenson, Candide ; Wynn Harmon, Voltaire/Pangloss ; Ashley Emerson, CunĂ©gonde ; Marietta Simpson, La DuĂšgne ; Christian Bowers, Maximillian/RĂ©vĂ©rent-PĂšre ; Kristen Choi, Paquette ; Matthew Scollin, Martin/Jacques ; Andrew Maughan, Cacambo/Ensemble ; Cynthia Cook, Vanderdendur/La Baronne ; Brad Raymond, Le Grand Inquisiteur/Le Gouverneur ; Cole Francum, Le Roi de BaviĂšre/Un Officier français ; Brian Wallin, Le Roi de l’El Dorado/Un marin ; Anthony Schneider Un Soldat/Un Agent ; Maren Weinberger, La Femme du Pasteur/La Reine de l’El Dorado ; Corrie Stallings, Caporal ; Giovanni Da Silva, Un esclave / Ensemble ; Carlos Perez-Mansilla, un esclave/Ensemble ; Christian Lovato, Don Issacar/Le capitaine ; Laurent Labarbe, Le Baron/Un Inquisiteur ; Isabelle Antoine, Un mouton/Ensemble ; Judith Paimblanc, Un mouton/Ensemble ; Zena Baker, Olivia Barbieri, Amanda Compton Lo Presti, Daniela Guerini Rocco, Olivia Barbieri, Andrew Harper, Emmanuel Parraga, Felicity Stiverson Ensemble ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, James Lowe. Illustrations : © P. Nin / Capitole de Toulouse dĂ©cembre 2016

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky ; Garry Magee ; ChƓur Orfeon Donostiarra ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.  

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky ; Garry Magee ; ChƓur Orfeon Donostiarra ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.  Comptant sur le succĂšs public rencontrĂ© Ă  Toulouse pour le grand compositeur germanique, il a Ă©tĂ© programmĂ© deux concerts d’Un Requiem Allemand de Brahms dans la saison de l’orchestre. On ne pose plus la question, Ă  Toulouse, oui nous aimons Brahms ! L’association du ChƓur Catalan Orfeon Donostiarra et de l’orchestre du Capitole date de l’ùre Michel Plasson. Tugan Sokhiev a marquĂ© lui aussi une trĂšs grande fidĂ©litĂ© Ă  cette phalange qui d’aprĂšs lui, associe les qualitĂ©s des professionnels et des amateurs par un engagement qui s’épanouit Ă  chaque concert.

Tugan Sokhiev dans les pas de Michel Plasson ; le choeur Orfeon Donostiarra, souverain

BRAHMS, UNE PASSION TOULOUSAINE

Ce soir le chƓur a Ă©tĂ© au rendez-vous dans cette vaste partition oĂč il est le roi. Tugan Sokhiev a sculptĂ© Ă  mains nues afin d’obtenir nuances, couleurs et phrasĂ©s d’une grande subtilitĂ©. Les pupitres ont une belle homogĂ©nĂ©itĂ© et chacun avec une pondĂ©ration exacte. Un magnifique chant choral s’est dĂ©veloppĂ© tout du long avec beaucoup d’émotions. Seul petit bĂ©mol, la diction a par moments Ă©tĂ© un peu exotique. Ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas des solistes. La soprano d’origine allemande, Claudia Barainsky veille Ă  beaucoup de dĂ©licatesse dans son texte et son chant. La tristesse palpable a Ă©tĂ© trĂšs Ă©mouvante. La voix n’a peut ĂȘtre pas d’une puretĂ© angĂ©lique mais justement son incarnation vocale forte a magnifiĂ© l’expression.  Le baryton Garry Magee, Ă  la diction soignĂ©e, a la voix idĂ©ale : humaine, noble, joliment phrasĂ©e. Le timbre rayonne sans ostentation. Le texte est incarnĂ© dans ses Ă©motions contrastĂ©es et le dialogue avec le chƓur est trĂšs Ă©mouvant.
L’Orchestre du Capitole connaĂźt bien cette partition et Tugan Sokhiev l’a dĂ©jĂ  dirigĂ©e plusieurs fois. La complicitĂ© entre le chef et son orchestre permet une confiance totale. Les indications du chef sont en fait assez minimalistes envers l’orchestre.  La beautĂ© de ses gestes Ă  main nues qui sculptent avant tout la matiĂšre vocale dans l’espace est un spectacle Ă  elle seule. Les tempi sont modĂ©rĂ©s et la beautĂ© du son, la richesse des nuances et la variĂ©tĂ© des couleurs permettent Ă  la vaste partition, de dĂ©ployer ses sortilĂšges sans que le temps ne pĂšse.  Le message si humain de Brahms trouve en ses interprĂštes engagĂ©s une admirable rĂ©ussite. « Selig sind die Toten ». La mort serait presque apprivoisĂ©e
 N’en doutons pas, le lendemain le concert aura Ă©tĂ© encore plus Ă©mouvant. La nouvelle de l’attentat de Berlin alors que je termine l’écriture de cette chronique me conduit Ă  la dĂ©dier aux victimes de la patrie amie.

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky, soprano ; Garry Magee, baryton ; ChƓur Orfeon Donostiarra, chef de chƓur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte-rendu, spectacle. Toulouse, ThĂ©Ăątre National de Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016. Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory

Compte-rendu, spectacle. Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016. Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory ; Avec Claire LefilliĂątre ; Olivier Martin-Salvan ; Chants : extraits du Winterreise de Frantz Schubert et Kaddish de Maurice Ravel. Il n’est pas l’usage de parler d’un spectacle si inclassable sur Classiquenews. Pourtant comment nĂ©gliger un moment si intense, parfaitement Ă©quilibrĂ© entre sens profond, imagination dĂ©bridĂ©e, Ă©motions fulgurantes ? Et dans lequel la musique est si fondamentale ? Avec Claire LefilliĂątre, hors du cadre habituel de la musique baroque.

AurĂ©lien Bory avait magnifiquement mis en scĂšne le ChĂąteau de Barbe Bleu et le Prisonnier pour l’ouverture de la saison 2015 -2016 du Capitole. Nous en avions rendu compte dans ces colonnes (Dallapicola : Le Prisonnier / Bartok : Le chĂąteau de Barbe-Bleue, octobre 2015). Espeace fait suite Ă  cette premiĂšre production d‘opĂ©ra, en faisant radicalement rupture avec le travail antĂ©rieur d’AurĂ©lien Bory. Le mĂȘme rapport Ă  l’Espace rapproche la mise en scĂšne des deux opĂ©ras et ce spectacle. Les voix d’opĂ©ra aussi. Je propose de nommer ce chef d’Ɠuvre comme d’une hybridation parfaitement rĂ©ussie entre tous les arts de la scĂšne : thĂ©Ăątre, chant, cirque, athlĂštes volants, danse, contorsionnistes.

 

 

 

Tout Perec : beau, intelligent, Ă©mouvant

 

 

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Ce spectacle avait Ă©tĂ© montrĂ© sous forme de trois brouillons et une prĂ©-reprĂ©sentation Ă  Toulouse durant l’annĂ©e 2016. Il a ensuite Ă©tĂ© crĂ©e au festival d’Avignon cet Ă©tĂ©. Depuis il tourne dans toute la France et fait une halte de 5 jours Ă  Toulouse. L’univers artistique de Georges Perec est intellectuellement brillant, plĂ©thorique, protĂ©iforme voire en forme de palimpseste. Loin de chercher dans ses mots si saillants le noyau de son Ɠuvre, AurĂ©lien Bory a rĂ©ussi l’impossible, l’impensable, l’irreprĂ©sentable. Il est arrivĂ© Ă  penser l’univers affectif et mental de Perec sans textes dits 
 Et c’est ainsi qu’en Ă©tant fidĂšle Ă  l’esprit et en se passant de la lettre que nous avons sous les yeux, en nos oreilles et notre cƓur, la douleur qui permettra Ă  Georges Perec de devenir cet Ă©crivain si singulier et si incontournable. Il s’agit d’un travail de deuil Ă  la fois impossible et rĂ©ussi : la recherche d’une trace, d’une preuve, de la disparition de sa mĂšre. Seul un certificat de dĂ©cĂšs lui sera donnĂ© Ă  ses 20 ans pour lui « prouver », du moins symboliquement, la mort de sa «  vraie » mĂšre en camps de concentration. La date retenue Ă©tant celle de son enlĂšvement. C’est ainsi qu’au centre du spectacle se trouve cette scĂšne hallucinante en « Kabuki » germanique d‘Olivier Martin-Salvan. Il est Georges Perec enfant, avec sa mĂšre au moment oĂč elle le met dans le train pour son dĂ©part en zone libre. Elle sauva la vie de son fils mais n’eut pas le temps de le rejoindre. En acteur sublime, Olivier Martin-Salvan est Ă  la fois tragique, bouleversant et irrĂ©sistiblement drĂŽle. Selon les soirs, le public rit ou reste muet de douleur.

Mais avant tout cela, avant ce cƓur de vie et d’Ɠuvre de Perec, nous aurons dĂ©gustĂ© la beautĂ© et la douceur de cintres permettant Ă  trois gymnastes de nous faire croire que la vie est un long fleuve tranquille en deux dimensions et sans conflits. C’est la venue du mur de scĂšne vers l’avant, dans un bruit assourdissant, tout un jeu d’écrasement, de rĂ©sistance, d’escalade, de pliure du mur qui fait comprendre que la vie est pleine de chocs et de dangers, en  trois dimensions. ReprĂ©sentant un L, puis un S et enfin un W, le mur de la rĂ©alitĂ© sur laquelle chacun se cogne prend les lettres, signifiants maitres pour Perec : le S de SS et surtout le W de Auschwitz
 c’est dans l’entrejambe de ce W, reprĂ©sentant l’enfer du camp de la mort, que Guilhem Benoit, en une escalade folle d’angoisse et terriblement expressive, puis une chute abandonnique de la hauteur des cintres, au bruit terrible, nous prend aux tripes par ce sentiment de mort imparable, imminente.

Le pauvre Perec (Olivier Martin-Salvan ) finira seul Ă  chercher cette trace de l’impossible. A force de triturer sa cervelle, le phosphore en jaillira qui permettra en une image d’une beautĂ© fulgurante de voir cette mĂšre noyĂ©e au milieu des eaux Ă©ternelles et des autres hommes indiffĂ©rents. Le pas vers la page blanche fait le lien avec l’écriture du dĂ©but. Et les premiers mots : J’écris 
 ; J’écris : j’écris
 ;  J’écris : “ j’écris
” ; J’écris que j’écris


 

Dans cette construction, la musique a un rĂŽle consolateur presque douloureux que n’aurait pas reniĂ© Pascal Quignard. Le bruit trĂšs prĂ©sent, les murs en particulier, rendra la musique plus belle encore par le silence qui la borde. La voix de Claire LefilliĂątre a capella est source d’une beautĂ© immanente avec son allure de mĂšre Ă©ternellement jeune et belle, d’une tristesse insondable. Le Leirmann (le joueur de viole) est le dernier lied du Voyage d’Hiver. Cela permet de remonter le temps, et d’autres lieder du Voyage d’Hiver parleront de pas dans la neige, de chemin dĂ©sirĂ© et introuvable, de repos espĂ©ré  Autant d’essai d’idĂ©alisation de cette mĂšre capturĂ©e par l’histoire. Le personnage incarnĂ© scĂ©niquement par Claire LefilliĂątre est cette femme affolĂ©e, dĂ©sespĂ©rĂ©e, rĂ©voltĂ©e ou rĂ©signĂ©e, ballotĂ©e, perdue. BaladĂ©e dans le chaos organisĂ© de l’Allemagne nazi et de la France collabo qui tourne en rond pour mieux tuer. Les images sont fortes, dans leur puissante intĂ©gration du rĂ©el, de l’imaginaire et du symbolique permettant Ă  chacun, afin d’échapper au rĂ©el si destructeur d’imaginer et de croire Ă  un sens de ce qu’il voit.

A la toute fin du spectacle, lorsque dans le phosphore de l’intense activitĂ© intellectuelle de Perec, se crĂ©ent les lettres de son texte : dire, Ă©crire, rĂ©Ă©crire, cri, Olivier Martin-Salvan  entonne de sa voix claire de tĂ©nor, toujours a capella, le Kaddisch de Maurice Ravel. Une fois le silence venu, enfin, c’est la voix de Claire LefilliĂątre qui nous bouleverse avec cette mĂȘme mĂ©lodie qui symbolise l’écriture, dans sa dimension sacrĂ©e comme ludique. Ecrire c’est la salvation que Perec a utilisĂ© pour lutter contre la douleur et la folie. L’écran de projection s’efface, disparaĂźt en page blanche, qui permet l’écriture. Nous assistons Ă  la naissance d’un Ă©crivain : Georges Perec. Dont la phrase la plus importante avait Ă©tĂ© faite par des livres sur un mur  en dĂ©but de spectacle : Vivre c’est passer d’un espace Ă  un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner.

Le gĂ©nie crĂ©ateur d’AurĂ©lien Bory est immense. Il nous a permis de vivre cette crĂ©ation de l’écrivain Perec dans la plus extrĂȘme douleur, avec les seuls moyens de l’espace du thĂ©Ăątre sans texte mais avec la musique. L’expĂ©rience est inoubliable.

 

 

 

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Compte-rendu, spectacle. Toulouse, ThĂ©Ăątre National de Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016.  Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory ; Avec Claire LefilliĂątre ; Olivier Martin-Salvan ; Guilhem Benoit ; Mathieu Desseigne Ravel ; Katel Le Bren/Lise Pauton ; Collaboration artistique : TaĂŻcyr Fadel ; CrĂ©ation lumiĂšre : Arno Veyrat ; Composition Musicale : Joan Cambon ; DĂ©cor : Pierre Dequivre ; Automatismes : Coline FĂ©ral ; Costumes : Sylvie Marcucci et Manuela Agnesini ; Chants : Winterreise de Frantz Schubert (1797-1828) et Kaddish de Maurice Ravel (1875-1937).

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 décembre 2016. Johannes Brahms : Concerto pour piano n°2 ; Symphonie n°2 ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myng-Whun Chung, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms / Nicholas Angelich, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myng-Whun Chung, direction. Salle comble pour ce concert au programme aussi exigeant pour les interprĂštes que facile d’écoute pour le public. L’association du DeuxiĂšme Concerto pour piano et de la DeuxiĂšme Symphonie de Brahms a de quoi faire aimer Johannes, des plus rĂ©calcitrants. Nicholas Angelich est un pianiste trĂšs aimĂ© des toulousains qui le connaissent bien et apprĂ©cient ses qualitĂ©s de grand musicien aux doigts intrĂ©pides. Son jeu, ce soir, a Ă©tĂ© souple et prĂ©cis comme de bien entendu. Les nuances creusĂ©es au plus profond, un arc en ciel de couleurs et des phrasĂ©s dans lesquels les muses respirent elles-mĂȘmes. Technique impeccable, jeu inspirĂ© comme Ă  chaque fois mais ce soir, un vrai bonheur Ă  jouer avec des sourires (!) et de l’humour dans le final. Le bonheur du pianiste avait en miroir un chef on ne plus inspirĂ© et gourmand de musique. Myng-Whun Chung dirige par cƓur une partition dont il dĂ©taille chaque moment, tout en construisant un panorama sonore trĂšs charpentĂ©. Il a des gestes minimalistes, mais Ă©galement, soudainement, des moments de fiĂšvre et de tension, comme habitĂ© par une vie intĂ©rieure Ă  l’énergie infinie. Le premier mouvement est impĂ©tueux, le deuxiĂšme, passionnĂ©. Les deux artistes se trouvant dans une communautĂ© musicale totale.

Mais c’est dans le troisiĂšme mouvement, Andante, que l’alchimie crĂ©Ă©e par le soliste, le chef et l’orchestre, tient du sublime. Le solo de violoncelle arracherait des larmes Ă  des pierres. Le chant sublime d’Eric Levionnois au violoncelle met l’écoute de Nicholas Angelich en Ă©veil de maniĂšre incroyable. Le hautbois, la clarinette chantent en chambristes sublimes. Comme timidement devant tant de lyrisme, le pianiste semble ensuite tourner autour, avec admiration et Ă©motion avant qu’unis, leur chant commun, les amĂšne Ă  un degrĂ© de fusion sonore inouĂŻ. Une telle musicalitĂ© au sommet est inoubliable. Maestro Chung a le visage comme illuminĂ© par cette beautĂ© si intense. Le final sera le moment de partage complet, enthousiaste, avec des fous-rires musicaux entre le chef et le pianiste. Jamais un tel bonheur en musique n’avait gagnĂ© notre pianiste si sensible. L’enthousiasme, qu’une telle interprĂ©tation fait naĂźtre, permet au public d’exulter en applaudissements nourris.

Le bis proposĂ© par Nicholas Angelich a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. Un extrait des ScĂšnes d‘enfant de Schumann, lui qui encouragea tant Brahms, ne pouvait mieux convenir. Et le choix de TrĂ€umerei, « RĂȘverie », nous a touchĂ© tout particuliĂšrement. Dans un tempo trĂšs Ă©tirĂ©, Nicholas Angelich a Ă©tĂ© un poĂšte magicien partageant son inspiration Ă  cƓur ouvert.

chung_myung-whunEn deuxiĂšme partie de concert, toujours sans partition sous les yeux, Myng-Whun Chung, a dirigĂ© avec peu de gestes, la Symphonie n°2 aux proportions si vastes. Son engagement mĂ©ditatif est si intense qu’il emporte le public dans un voyage Ă  la beautĂ© inoubliable. Les tempi sont larges mais l’avancĂ©e constante fait passer toute l’Ɠuvre comme un rĂȘve dont la sortie est regrets Ă©ternels. Que dire de plus, ce Brahms est amour de la musique, amour de la vie. Il n’est pas possible de rĂ©sister Ă  sa force tellurique. Les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France sont Ă  la fois d’une noblesse et d’une soliditĂ© rares (les cordes !) mais chaque solo a Ă©tĂ© un grand moment de dĂ©licatesse musicale. Nous avons parlĂ© du violoncelle solo, mais le hautbois, la clarinette, la flĂ»te et les cors ont Ă©tĂ© des partenaires d’une mĂȘme haute musicalitĂ©. La confiance entre celui qui a Ă©tĂ© durant 15 ans leur chef et son orchestre, explique le peu de gestes de Myng-Whun Chung. Les yeux fermĂ©s Ă  certains moments, il semble habitĂ© par la symphonie et la crĂ©er sous nos yeux, suivi comme un seul homme par tout l’orchestre. Brahms en majestĂ© et force de vie ce soir par des interprĂšte de toute premiĂšre grandeur en Ă©tat de grĂące. Inoubliable !!!

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 Décembre 2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2, en si bémol majeur, op. 83 ; Symphonie n°2 en ré majeur, Op.73 ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre  Philharmonique de Radio France ; Myng-Whun Chung, direction.

Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Tallis ; Taverner ; Holborne ; Byrd. MaĂźtrise de Toulouse, Les Sacqueboutiers de Toulouse.

Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Thomas Tallis ; John Taverner ; Anthony Holborne ; William Byrd ; Matthew Locke ; Orlando Gibbons ; Peter Philips ; Thomas Weelkes. La Maitrise de Toulouse, Conservatoire de Toulouse : direction, Mark Opstad ; Les Sacqueboutiers, ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Direction artistique : Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle. Direction, Mark Opstad. Pour leur deuxiĂšme concert de la saison, Les concerts au MusĂ©e, ont investi la trĂšs belle Ă©glise Saint-ExupĂšre. RĂ©unissant deux ensembles toulousains de premiĂšre grandeur, qui fĂȘtent ainsi leurs anniversaires : 10 ans pour la MaĂźtrise du Conservatoire, 40 ans pour les Sacqueboutiers. Le public est venu : il a rempli la nef, oĂč l’acoustique permet une Ă©coute de qualitĂ© jusqu’aux derniers rangs du fond. Un trĂšs beau programme, extrĂȘmement homogĂšne, tout en Ă©tant trĂšs variĂ©, a enchantĂ© le public. DĂšs la premiĂšre piĂšce de Tallis et Taverner, une vĂ©ritable magie sonore envoĂ»te l’auditeur. La spatialisation, la beautĂ© sublime des voix d’enfants, soutenue par les jeunes pages, tĂ©nors de grĂące et barytons Ă©lĂ©gants, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, tout a Ă©voquĂ© un concert des 
 anges. La dĂ©licatesse des cornets Ă  bouquin et la belle couleur des saqueboutes ont ensuite enrichis la spacialisation : ils ont apportĂ© plus de profondeur d’expression au chant.

Mes aïeux, que c’est beau !

 

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La musique anglaise du 16 Ăšme siĂšcle flotte dans l’espace et jamais ne s’appuie sur le sol. Tout est Ă©lĂ©vation, dĂ©licatesse, Ă©quilibre parfait entre les diffĂ©rentes voix.  Des piĂšces instrumentales cornets et saqueboutes ou orgue seule ont permis de mieux apprĂ©cier la virtuositĂ© des instrumentistes. Mais ce sont bien les enfants de la MaĂźtrise de Toulouse qui ont apportĂ© une magie sublime. Le travail de Mark Opstad depuis dix ans  porte de magnifiques fruits. PuretĂ© des voix oĂč l’air lĂ©ger permet Ă  une Ă©motion indicible de gagner l’auditeur, admirables phrasĂ©s, dĂ©licatesse des nuances et petits soli sortis du chƓur qui invitent Ă  l’admiration pour de probables futurs solistes, dĂ©jĂ  tout Ă  fait accompli en ce cocon prometteur. Mark Opstad sait transmettre sa flamme et sa passion. Le travail doit ĂȘtre colossal, la patience et la dĂ©termination Ă©galement, pour arriver Ă  cette perfection. J’ai retrouvĂ© l’émotion si belle et si particuliĂšre que j’avais dĂ©couverte Ă  ce niveau d’excellence, Ă  Versailles avec les Pages et les Chantres dirigĂ©s si admirablement par l’excellent Olivier Schneebeli.
Quand on sait qu’une menace pĂšse sur l’annexe du collĂšge Michelet qui jouxte le conservatoire de Toulouse et un amĂ©nagement d’horaires permettant un tel engagement et cette excellence
 on reste pantois devant la violence administrative barbare de bĂȘtise qui sous-tend un tel projet… DĂ©truire un si fragile Ă©quilibre ; mais au nom de quelle idĂ©ologie ? Demander des dĂ©placements compliquĂ©s Ă  des Ă©lĂšves motivĂ©s pour un travail d’une telle exigence et au rĂ©sultat si merveilleux dĂ©passe l’entendement.
Cette ombre a pesĂ© mais n’a pas empĂȘchĂ© le public de dĂ©guster un moment de pure magie sonore et Ă©motionnelle. Les Saqueboutiers eux-mĂȘmes semblaient particuliĂšrement admiratifs du chant des enfants de la MaĂźtrise. Eux qui jouent avec les meilleurs ensembles mondiaux  depuis 40 ans savent ce qu’est la beautĂ© musicale


La MaĂźtrise du Conservatoire de Mark Opstad fĂȘte elle ses dix ans, espĂ©rons que rien ne fauchera cette belle jeunesse !  En bis le sublime et si dĂ©licat Ave Verum de Byrd a prolongĂ© l’apesanteur de cette « floating music ». Byrd est peut ĂȘtre le compositeur le plus emblĂ©matique de cette riche pĂ©riode musicale anglaise des Queens Mary et Elisabeth ; quelle variĂ©tĂ© et quelle unitĂ© tout Ă  la fois chez ces admirables anglais ! Un trĂšs beau concert, angĂ©lique et Ă©galement trĂšs incarnĂ©, magique en somme !

 
 
 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Thomas Tallis (1505-1585) : Audivi vocem de caelo ; John Taverner (1490-1545) : Audivi vocem de caelo ; Anthony Holborne (1545-1602) : Pavans, Galliards, Almains, and other short Æirs : Muy linda, The Fruit of Love, The Choice, Wanton ; William Byrd (1540-1623) : Propres pour l’Avent : Tollite portas, Rorate caeli, Ave Maria, Ecce virgo concipiet, Laetentur coeli, Beata viscera, Memento salus ; Matthew Locke (1621-1677) : Music for His Majesty’s Sackbuts and Cornetts (1661) : Air, Courante, Sarabande, Allemande ; Orlando Gibbons (1583-1625) : Magnificat , Fantasia of four Parts (orgue) ; Peter Philips (1561-1628) : O beatum et sacrosanctum diem , Ave Regina caelorum, Alma redemptoris mater ; Thomas Weelkes (1576-1623) : Gloria in excelsis Deo. La Maitrise de Toulouse, Conservatoire de Toulouse : direction, Mark Opstad ; Les Sacqueboutiers, ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Direction artistique : Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle. Direction, Mark Opstad.

Illustration : © Pierre Mey

 
 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction. Le concert a fait salle comble pour faire honneur au chant choral. DĂšs les premiĂšres mesures de la Messe en Ut de Beethoven dans une trĂšs belle concentration, l’émotion a gagnĂ© le public. Petite cousine de la Missa Solemnis, cette Messe en Ut, premiĂšre messe composĂ©e par Beethoven, est pleine de charmes.

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 Les proportions sont agrĂ©ables et la variĂ©tĂ© des interventions entre chƓur et solistes permet une avancĂ©e facile Ă  travers l’Ɠuvre. Avec un sentiment recueilli et plein d’admiration pour cette belle partition, la direction Ă©lĂ©gante d’Alfonso Caiani a parfaitement mĂ©nagĂ© les Ă©quilibres. Le chƓur du Capitole depuis la nomination d’Alfonso Calais, comme directeur du chƓur en 2009, est Ă  prĂ©sent arrivĂ© Ă  un Ă©quilibre enviable en termes d’homogĂ©nĂ©itĂ©, de d’unitĂ©, de nuances. Il est capable Ă  chaque production d’OpĂ©ras d’interventions remarquables et dĂ©fend toute partition chorale avec panache (souvenons nous des VĂȘpres de la Vierge de Monteverdi en 2010).

Au Capitole pour Noël : la vigueur du chant choral

Une belle concentration et une belle émotion ont donc été au rendez vous pour cette Messe en ut de Beethoven. Les solistes, Anaïs Constant, Yete Queiroz, François Rougier et Aimery LefÚvre, jeunes et belles voix, on fait honneur à leurs interventions.

En deuxiĂšme partie de concert, la MaĂźtrise a fait son entrĂ©e, elle est Ă©galement dirigĂ©e par Alfonso Caiani. Le maestro avait ainsi sous sa direction toutes ses troupes. Les arrangements musicaux de nombreux chants traditionnels de NoĂ«l ont mis en valeur de belles couleurs orchestrales et vocales. Peut ĂȘtre la MaĂźtrise aurait pu ĂȘtre d’avantage mise en valeur avec une coloration plus angĂ©lique. Le plaisir Ă  chanter ensemble et la complicitĂ© avec l’orchestre a Ă©tĂ© un facteur de belle amitiĂ© et de partage avec le public. Un mot sur le jeune Orchestre Mozart de Toulouse qui a Ă©tĂ© trĂšs engagĂ© et trĂšs rĂ©actif. Un bel avenir est promis Ă  cette formation.

Le public a été comblé et a fait un grand succÚs aux musiciens et aux chanteurs. Alfono Cainai semblait trÚs heureux de ce beau moment de chant dans lequel la vigueur et la tenue ont été main dans la main.

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; AnaĂŻs Constant, soprano ; Yete Queiroz, mezzo soprano ; François Rougier, tĂ©nor ; Aimery LefĂšvre, baryton ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction.

Compte -rendu concert. Toulouse,le 3 décembre 2016. Mendelssohn: Elias. Stéphane Degout,Ensemble Pygmalion ; Raphaël Pichon

Compte -rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le samedi 3 dĂ©cembre 2016. FĂ©lix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Elias. StĂ©phane Degout, baryton ; Ensemble Pygmalion ; RaphaĂ«l Pichon, direction. Concert absolument majeur ce soir. RaphaĂ«l Pichon et son Ensemble Pygmalion abordent un monument romantique avec toutes les qualitĂ©s hĂ©ritĂ©es de leur longue pratique de JS Bach. On sait le rapport si riche entre la musique de Bach et celle de FĂ©lix Mendelssohn, lui qui rĂ©habilita les Passions en une pĂ©riode d’oubli. Cet oratorio, Elias, est un chef d’Ɠuvre mal connu. Fresque thĂ©Ăątrale et grandiose de l‘histoire biblique, il souffle un vent du dĂ©sert Ă©pique sur cette partition. Le dĂ©but abrupt sur un rĂ©cit du baryton prĂ©cĂšde la vaste ouverture. Le  choeur a un rĂŽle considĂ©rable, il sait gronder, implorer, prier. Les personnages se dĂ©veloppent, prennent vie.

Sa majesté ELIAS par Raphaël Pichon

PICHON-raphael-_-portrait_pichon-raphaelRPichon_by_Manuel_BraunRaphaĂ«l Pichon dirige ses forces avec souplesse et obtient, nul ne sait comment, une extraordinaire grandeur qui toujours s’élĂšve et s’allĂšge. Jamais rien de grandiloquent mais toujours de la majestĂ© et de l’élĂ©gance. Le thĂ©Ăątre de la vie d’Elias entre grandeur, chute et Ă©lĂ©vation est romantique. Les moyens orchestraux, vocaux et choraux sont somptueux. Chacun ce soir est parfait. L’orchestre sur instruments d’époque est d’une richesse de couleurs inimaginable. Les nuances sont subtilement amenĂ©es, ou vont vers des contrastes saisissants. Les chƓurs ont une prĂ©sence, une diction impeccable. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des pupitres est spectaculaire; la beautĂ© des voix est de chaque instant. Le chƓur final laisse les spectateurs pantois. Les solistes sont incarnĂ©s et parfait de timbre, de texte et de ligne de chant. StĂ©phane Degout dans une voix Ă  la beautĂ© troublante incarne un Elias inoubliable. Julia Kleiter a une voix fruitĂ©e et ronde qui coule dans des phrasĂ©s sublimes. AnaĂŻk Morel sait tenir de l’ange comme du dĂ©mon. Sa courte intervention en reine colĂ©rique est un moment de pur thĂ©Ăątre. Robin Tritscher a une superbe voix de tĂ©nor, claire et ferme. Sa prĂ©sence est lumineuse. Les chanteurs sortis du chƓur ont des voix magnifiques et une prĂ©sence incroyable.
Nous ne mĂ©nagerons aucun compliment Ă  ce fabuleux travail d’équipe portĂ© par RaphaĂ«l Pichon. Ce musicien si douĂ© est surtout un infatigable travailleur. L’énergie qu’il dĂ©gage dans sa direction galvanise ses troupes. Il Ă©vangĂ©lise afin de nous convaincre de la beautĂ© sublime de cette partition. Il fait percevoir combien il sait oĂč Mendelssohn veut aller dans cette vaste fresque. Aucun temps mort, aucune baisse de thĂ©ĂątralitĂ©, toujours des phrasĂ©s souples qui avancent, avancent 

Le public, hĂ©las pas assez nombreux, a vĂ©cu ce concert comme un choc heureux. Une Ɠuvre immense interprĂ©tĂ©e par des artistes non moins immenses. De grands interprĂštes oui assurĂ©ment !

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le samedi 3 décembre 2016 ; Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847): Elias, Oratorio , op.70 ; avec : Stéphane Degout, baryton; Julia Kleiter, soprano ;Robin Tritschler, ténor ; Anaïk Morel, mezzo-soprano ; Judith Fa, soprano ; Ensemble Pygmalion ; Raphaël Pichon, direction.

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Théùtre du Capitole, le 25 novembre 2016 . Rossini : Le Turc en Italie. Emilio Sagi : mise en scÚne ; Attilio Cremonesi, direction musicale

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 novembre 2016 . Rossini : Le Turc en Italie. Emilio Sagi : mise en scĂšne ; Attilio Cremonesi, direction musicale. Cette production est fraiche et bien Ă©levĂ©e. Sans aucun excĂšs de mise en scĂšne, sans partis pris hasardeux ; nous voilĂ  devant un honnĂȘte travail qui permet Ă  la partition de s’envoler et aux voix de briller dans un bel Ă©crin. DĂšs l’ouverture, nous savons que l’Orchestre du Capitole est en pleine santĂ© avec des solistes au cor et Ă  la trompette parfaits d’élĂ©gance. Attilio Cremonesi, dont nous avions apprĂ©ciĂ© la direction dans la trilogie Da Ponte-Mozart, dirige avec Ă©nergie et fougue, une partition plus subtile qu’il n’y paraĂźt. L’équilibre avec les voix est idĂ©al, et les grands ensembles, surtout le premier final glorieux, sont Ă©quilibrĂ©s. La mise en scĂšne d’Emilio Sagi est habile, idĂ©alisant une transposition discrĂšte dans les annĂ©es soixante, aux belles robes et costumes souples. Les couleurs sont fraiches et le dĂ©cor de Daniel Bianco  suggĂšre une Naples intemporelle.

Un Turc bien sous tous rapports

 

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La direction d’acteur est pleine de vivacitĂ© y compris pour le chƓur trĂšs mobile et toujours bien chantant. Chaque chanteur a un physique agrĂ©able et possĂšde la jeunesse du rĂŽle. Pietro Spagnoli est un Selim de grande classe vocale et scĂ©nique. Il a tout pour ĂȘtre un Selim parfait. La Fiorilla de Sabina PuĂ©rtolas est une pin-up de charme Ă  la voix agile mais peu agrĂ©able de timbre. Son Ă©poux est habile comĂ©dien autant qu’elle. Leur duo sur le scooter est impayable. La voix d’Alessandro Corbelli accuse habilement le poids des ans et l’art du chanteur est suprĂȘme. Le « vieux mari » est vif , il est loin d’ĂȘtre un barbon.

Le reste de la distribution est plus exotique. Zheng Zhong Zhou est un Prosdocimo vocalement appliquĂ© et scĂ©niquement volontaire, mais ce rĂŽle d’entremetteur si « Italien » ne lui est pas trĂšs naturel. En amoureux jaloux le tĂ©nor chinois Yijie Shi, a certes un physique de jeune premier, mais la technique vocale semble un peu forcĂ©e. Il est d’ailleurs bien plus Ă  l’aise dans son deuxiĂšme air de colĂšre que dans la douceur de l’amoureux Ă  l’acte I. La duretĂ© du timbre s’amenuise au cours de la soirĂ©e. L’autre tĂ©nor, Anton Rositskiy en  Albazar, est bien plus suave et sucrĂ© de timbre et dans son air pyrotechnique, il assure crĂąnement une tessiture brillante. Et pourquoi ne pas inverser ces deux tĂ©nors pour l’”italianitĂ©” plus grande du Latin Lover de Fiorilla

La Zaïda de Franziska Gottwald sait en imposer face à Fiorilla justement, pour reconquérir son Turc mais là aussi le timbre est peu agréable, trop peu italien.
Si les voix ont toutes su rendre hommage Ă  la si dĂ©licate technique rossinienne ce sont surtout les qualitĂ©s scĂ©niques des chanteurs qui crĂ©ent une belle unitĂ©. Au final, la modestie de la mise en scĂšne, – qui cĂ©lĂšbre le portrait de Rossini sur scĂšne, la main de fer dans un gant de velours d’Attilio Cremonesi et la perfection chorale et orchestrale des forces capitolines qui entrainent le succĂšs public de ce trĂšs agrĂ©able spectacle.

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 novembre 2016 ;  Gioacchino Rossini (1792-1868) : Le Turc en Italie, opĂ©ra en deux actes sur un livret de Felice Romani crĂ©Ă© le 14 aoĂ»t 1814 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production avec le ThĂ©Ăątre municipal de Santiago du Chili et l’OpĂ©ra d’Oviedo. Emilio Sagi : mise en scĂšne ; Daniel Bianco : dĂ©cors ; Pepa Ojanguren : costumes ; Eduardo Bravo : lumiĂšres ; Avec : Pietro Spagnoli,  Selim ; Sabina PuĂ©rtolas,  Fiorilla ; Alessandro Corbelli, Don Geronio ; Yijie Shi, Narciso ; Franziska Gottwald, Zaida ; Anton Rositskiy, Albazar ; Zheng Zhong Zhou, Prosdocimo ; Orchestre National du Capitole ; Choeur du Capitole, Alfonso Caiani  direction. Direction musicale : Attilio Cremonesi, direction musicale.

Illustration : © P. Nin

Compte-rendu, concert. Toulouse, Eglise Saint JérÎme, le 16 novembre 2016. Le Concert des Nations ; Les Gouts réunis 1600-1800 ; Jordi Savall, viole de gambe et direction.

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesMUSICIENS PHILOSOPHES AUTOUR DE JORDI SAVALL
 Ce concert d’ouverture de la saison 2016-2017 des Concerts au MusĂ©e, ne pouvait trouver de meilleurs auspices que les talents rĂ©unis par Jordi Savall et ses amis-partenaires du Concert des Nations. En effet, dans la pĂ©riode troublĂ©e que nous vivons, rappeler que l’union europĂ©enne des musiques est une idĂ©e de François Couperin datant de 1727 avec son recueil des GoĂ»ts rĂ©unis est rĂ©confortante. Jordi Savall en reprend le titre pour son concert en Ă©largissant le cadre musical, de 1600 Ă  
1800.
Ce soir France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne, en paix et avec beaucoup de panache cĂ©lĂšbrent la musique instrumentale dans plusieurs Suites extraites d’Ɠuvres plus vastes ou des Sonates. L’originalitĂ© de chaque composition Ă©clate au contact des autres dans un bonheur de chaque instant toujours renouvelĂ©.
Le panache de la suite du Bourgeois Gentilhomme de Lully est une introduction de choix avec sa cĂ©lĂšbre marche de la cĂ©rĂ©monie des Turcs. Johann RosenmĂŒller avec une ampleur des sonoritĂ©s et du style permet d’élargir le propos. Mais ce sont les subtils dĂ©calages et les contretemps de Purcell qui touchent par une apesanteur bien agrĂ©able, donnant envie de danser. La riche orchestration de Rameau dans la suite des Indes Galantes, si colorĂ©es, montre une science de composition et des contrastes, trĂšs nouvelle. C’est la dĂ©licatesse des deux piĂšces de l’espagnol De Hita qui sont la trouvaille la plus dĂ©licatement poĂ©tique du concert. Un autre monde de pure poĂ©sie, des rĂȘves dĂ©licatement heureux s’ouvrent sous les doigts magiques des instrumentistes dans des nuances d’une grande subtilitĂ©.
Pour finir la Musica Notturna di Madrid de Luigi Boccherini est une Ă©vocation impressionniste avant l’heure avec une audace de composition dont Boccherini Ă©tait parfaitement conscient lui qui n’a pas voulu les publier de son vivant. Quelle fantaisie, quel humour, quelle vie ! Jordi Savall et ses complices composant l’ensemble du Concert des Nations ont choisi une dimension chambriste ce soir qui convenait admirablement Ă  l’église Saint JĂ©rĂŽme. Il est impossible de dĂ©tailler le talent de chaque musicien, chacun se dĂ©guste ! La complicitĂ© entre eux, leurs Ă©changes de sourires pleins d’admiration rĂ©ciproque, la qualitĂ© de l’écoute de ceux qui ne jouaient pas Ă  certains moments, leur bontĂ© humaine dĂ©celable Ă  chaque instant ont crĂ©e une ambiance de paix et d’échanges comme dans la fresque des philosophes de l’école d’AthĂšnes par RaphaĂ«l. Tous ces admirables musiciens, virtuoses autant que poĂštes sont traversĂ©s par une foi en l’humain, une croyance incarnĂ©e en l’échange de bonne volontĂ© Ă  travers tous les peuples. Cela  apporte un message de paix et de beautĂ© inoubliable. Ainsi la musique peut faire la paix dans le monde !

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Eglise Saint JĂ©rĂŽme, le 16 novembre  2016. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Suite du « Bourgeois Gentilhomme » ; Johann RosenmĂŒller (ca.1619-1684) : Sonata Nr. IX Ă  5 ; Henry Purcell (1659-1695) : Suite de « The Fairy Queen » ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Suite « des Indes Galantes » ; Antonio Rodriguez de Hita (1724-1787) : Musica sinfonica dividida en canciones ; Luigi Boccherini (1743-1805) : La Musica Notturna di Madrid ;  Le Concert des Nations : Manfredo KrĂŠmer et Mauro Lopes, violons ; Angelo Bartoletti, viola da braccio ; BalĂĄzs MĂĄtĂ©, violoncelle ; Xavier Puertas, violone ; Luca Guglielmi, clavecin ; Pedro Estevan, percussions ; Xavier DĂ­az-Latorre, thĂ©orbe et guitare ; Jordi Savall, viole de gambe et direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, Opéra-Ballet en cinq entrées sur un livret de Houdar de la Motte, extraits ; Ensemble et Orchestre Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction.

CONVAINCANTE RESURRECTION. AprĂšs l’AcadĂ©mie des Sacqueboutiers la semaine derniĂšre et leur concert dont nous avons rendu compte dans la foulĂ©e, c’est Michel Brun et l’Orchestre et le ChƓur Baroque de Toulouse qui on proposĂ© une journĂ©e autour d’un autre beau projet artistique lequel s’est couronnĂ© par un concert faisant salle comble Ă  l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines.

lebrun dupouy triomphe des arts compte rendu critique opera ballet classiquenews concert-dupuy-696x451Une journĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e aux tĂ©moignages des arts Ă  Toulouse au XVIII iĂšme siĂšcle Ă  propos de la parution d’un livre contenant deux CD consacrĂ©s Ă  Bernard-Aymable Dupuy et son Triomphe des Arts. Le livre met en perspective cet opĂ©ra-ballet de 1733 avec la vie artistique du Toulouse du XVIII iĂšme siĂšcle. On sait combien la chape de plomb imposĂ©e par Lully, surintendant de la Musique Royale, sur tout le territoire français, a bridĂ© bien des compositeurs jusqu’aprĂšs sa mort. Le toulousain Bernard-Aymable Dupuy a eu l’audace de composer un OpĂ©ra-Ballet en cinq entrĂ©es selon le canon parisien; de le faire reprĂ©senter Ă  Toulouse en 1733, nul de sait plus trĂšs bien ou ni comment
  cela est d’autant plus Ă©trange qu’il Ă©tait ĂągĂ© de 26 ans et que le reste de sa carriĂšre sera ensuite presque entiĂšrement religieuse. L’ambition, voir le culot de ce jeune musicien est incroyable. Sa musique sonne particuliĂšrement habile, pleine de tous les charmes de l’époque. Maillon entre Lully et Rameau, entre l’Europe  Galante de Campra et les Indes Galantes de Rameau, il a su Ă©crire une Ɠuvre digne de la Capitale. ChƓurs Ă  grands et petits effectifs, rĂ©citatifs souples, airs variĂ©s, duos, effets dramatiques, humour, danses rythmĂ©es et entraĂźnantes, tout est prĂ©sent. La rĂ©Ă©criture des parties d’orchestre mĂ©dianes par deux musicologues Ă©minents : Françoise Talvard et le regrettĂ© Jean-Christophe Maillard fait la part belle aux flĂ»tes, hautbois, violon accompagnĂ© et aux tutti afin de varier l’écoute. Sans avoir l’énergie rythmique de Lully ou la richesse harmonique de Rameau, la musique de Dupuy est tout Ă  fait significative d’un savoir faire qui n’a rien Ă  envier aux compositeurs en vue Ă  Paris. Les extraits choisis habilement ce soir permettent de dĂ©montrer la variĂ©tĂ© stylistique de Dupuy. Un beau duo « aimons nous, aimons nous » et un chƓur final trĂšs original faisant preuve d’une inspiration aimable et d’une harmonie attachante.
Les musiciens que dirige Michel brun sont trĂšs engagĂ©s dans ce projet et sont tous magnifiques. L’orchestre bĂ©nĂ©ficie de deux flĂ»tes particuliĂšrement musicales et de violons souples et lumineux, surtout dans les airs avec le violon obligĂ©. Les hautbois sont harmonieux. Le continuo est entrainĂ© par le basson charismatique et absolument incroyable de Laurent Le Chenadec qui relaye la pulsation Ă©nergique du chef avec audace. La sonoritĂ© de son basson est par ailleurs un rĂ©gal de beautĂ© ronde et chaude. Tambour et tambourin sont pleins de vivacitĂ©, avec une danse des sauvages avant l’heure.
Le chƓur met un peu de temps Ă  se chauffer mais gagne en prĂ©sence et dans le final, il est parfaitement convainquant. Les deux solistes, ClĂ©mence Garcia, soprano et Philippe EstĂšphe, baryton, sont prudents et ont tous deux d’agrĂ©ables timbres. Le manque de caractĂ©risation des personnages qui fait partie de ces opĂ©ra-ballet, Ă  livret si peu dramatique, ne les engage pas Ă  dĂ©passer un chant policĂ© et comme distanciĂ©.
La direction de Michel Brun rĂ©alise un admirable Ă©quilibre entre Ă©nergie, transmise avec charisme, et musicalitĂ© dĂ©licate. On devine l’immense plaisir du chef quand il fait revivre une partition qu’il admire et nous convainc ; l’oeuvre mĂ©ritait bien de sortir de la bibliothĂšque du PĂ©rigord oĂč elle a Ă©tĂ© enfermĂ©e presque 300 ans, une question se fait jour : Ă  quand une version scĂ©nique ?
Les extraits de cet opĂ©ra-ballet de Dupuy prĂ©sentĂ©s ce soir par Michel Brun et ses amis  permettent de rendre un vibrant hommage Ă  ce compositeur toulousain rĂ©habilitĂ© dans sa musique profane. Il n’est pas complĂštement tombĂ© dans l’oubli car le CMBV ne rechigne pas Ă  donner dans ses concerts de NoĂ«l, des Ɠuvres de Dupuy. Les cinq arts, poĂ©sie, musique, architecture, sculpture et peinture sont cĂ©lĂ©brĂ©s par sa musique dans la mise en commun de belles Ă©nergies. Michel Brun a su mener Ă  bien une rĂ©surrection intĂ©ressante Ă  plus d‘un titre. Le public a semblĂ© conquis !
Avec les CD du livre publiĂ© ce jour il est possible de dĂ©guster d’avantage cette musique habile et aimable.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, OpĂ©ra-Ballet en cinq entrĂ©es sur un livret de Houdar de la Motte  extraits ; ClĂ©mence Garcia, soprano ; Philippe EstĂšphe, baryton ; Le ChƓur Baroque de Toulouse ; l’Orchestre Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 23 octobre 2016. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, Symphonie Pathétique ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : DeuxiÚme Concerto de piano ; Louis Schwizgebel, piano ; Musika Orchestra Academy ; Pierre Bleuse, direction.

bleuse pierre chef maestro 2_PierreBleuse_CR_Romain_SerranoEn une semaine, le pari du chef Pierre Bleuse avec Musika Orchestra Akademy est de leur permettre d’offrir au public un vrai concert Ă  la Halle-Aux-Grains avec au programme des Ɠuvres trĂšs connues. L’AcadĂ©mie qui a dĂ©butĂ© le week-end  prĂ©cĂ©dant le concert, a permis la rencontre de jeunes musiciens de toute l’Europe, tous en fin d’études, et des autres professionnels des mĂ©tiers de l’orchestre comme des rĂ©gisseurs, ingĂ©nieurs du son, producteurs et administrateurs. Il s’agit en fait d’un concept original : une école europĂ©enne des mĂ©tiers de l’orchestre crĂ©e en 2014.  Cette troisiĂšme Ă©dition a permis la rencontre avec un pianiste de grand talent encore peu connu mais promis Ă  un trĂšs grand avenir : Louis Schwizgebel. Pierre Bleuse a su crĂ©er un son d’orchestre Ă©tonnement mature et le rĂ©sultat en huit jours est admirable.

Le meilleur pour les jeunes, tout simplement !

PIERRE-BLEUSE-712Le programme comportait trois Ɠuvres exigeantes : l’Ouverture de RomĂ©o et Juliette, la sixiĂšme Symphonie dite PathĂ©tique de TchaĂŻkovski et le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns Ă  la virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e. DĂšs le dĂ©but, la trĂšs belle ouverture de RomĂ©o Juliette a Ă©tĂ© d’une fougue incroyable, elle a embrasĂ© tout l’orchestre. La concentration obtenue Ă©tait considĂ©rable et dura tout le long du concert ; il est rare de voir des violonistes assis si avant sur leur chaise jouant comme si leur vie en dĂ©pendait. Les thĂšmes si riches, les nuances si extrĂȘmes, le tempo fermement tenu avec une grande libertĂ© de chanter
 permettent une totale expression des sentiments des jeunes hĂ©ros. Le chef Pierre Bleuse permet Ă  chaque musicien de s’exprimer et de donner toute sa passion. Les cuivres ont un peu Ă©tĂ© ivres de leur splendeur sonore
 Ils apprendront, surtout les gros cuivres, Ă  maĂźtriser leurs immenses moyens. Nous avons entendu un grand orchestre romantique qui a permis des envols hauts et puissants. Ainsi dans le thĂšme final comme un absolu Ă  portĂ© de main, mais qui Ă©chappera in extremis dans un roulement de timbales Ă©tourdissant. Beaucoup d’émotions ont ainsi étĂ© partagĂ©es dĂšs la premiĂšre Ɠuvre du programme.

L’installation du piano qui monte de terre est toujours un beau moment Ă  la Halle-Aux-Grains. Le pianiste, Louis Schwizgebel, a Ă©tĂ© Ă©blouissant et a su rentrer instantanĂ©ment dans cette mĂȘme qualitĂ© dâ€˜Ă©motion. Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns (qu’il a dĂ©jĂ  enregistrĂ© dans une lecture trĂšs convaincante Ă©ditĂ©e chez ApartĂ© : Concertos pour piano n°2 et 5 par Louis Schwizgebel) est tout dĂ©diĂ© Ă  la virtuositĂ© du soliste et exige de l’orchestre des qualitĂ©s d’accompagnement Ă  l’équilibre dĂ©licat et des moments chambristes d’une grande subtilitĂ©.
saint saens cd concertos 2 et 5 cd review critique compte rendu louis schwizgebel BBC symphony orchestra cd Aparte critique sur classiquenewsDĂšs sa premiĂšre et somptueuse intervention solo, Louis Schwizgebel est magistral. La puissance et l’élĂ©gance mĂȘlĂ©es. Comme enthousiasmĂ© par cette excellence, Pierre Bleuse a obtenu de son orchestre des accords pleins et expressifs avant de laisser le hautbois chanter avec le piano. Le tapis dĂ©licat des cordes, la subtilitĂ© des cors, ont ensuite ensorcelĂ© le public par une fusion complĂšte avec le pianiste. Puis le dialogue a Ă©tĂ© vivant, Ă©mouvant et Ă©blouissant de vĂ©ritĂ©. Un pianiste, toutes oreilles ouvertes, des musiciens d’orchestre, comme fascinĂ©s et un chef, laissant circuler cette musicalitĂ© partagĂ©e en la stimulant de sa dĂ©licate gestuelle ou tenant le tempo avec rigueur.
Le premier mouvement  a passĂ© comme un rĂȘve Ă©veillĂ© en forme d’avenir radieux. Le deuxiĂšme mouvement est plein d’esprit et sonne comme un scherzo de Mendelssohn. L’humour partagĂ© entre le pianiste et l’orchestre a parfaitement fonctionnĂ© dans le thĂšme comme dĂ©hanchĂ© et un peu canaille passant du piano Ă  l’orchestre en des allers retours virtuoses. Le piano dans une virtuositĂ© de dentelles, les interventions solistes des instruments de l’orchestre et le dialogue avec la timbale, 
. tout ceci est exquis et s’évanouit dans des notes pianissimo comme irrĂ©elles. Le final a presque semblĂ© diabolique, fuyant Ă  toute allure. Pierre Bleuse a tenu ses troupes complĂštement Ă  l’écoute du soliste, lui-mĂȘme branchĂ© sur tout ce qui l’entoure. Ce mouvement d’une suprĂȘme difficultĂ©, brillant et galvanisant a mis en valeur les extraordinaires qualitĂ©s du pianiste, du chef et des instrumentistes de l’orchestre par une cohĂ©sion absolue de chaque instant, laissant loin l’idĂ©e d’une virtuositĂ© gratuite et pourtant quels doigts a Louis Schwizgebel ! Il sait ĂȘtre brillant, plein d’esprit et profond Ă  la fois, avec une capacitĂ© Ă  rendre musicaux tous les mouvements de ce concerto si rarement donnĂ© tant il est truffĂ© de difficultĂ©s.
Le triomphe a Ă©tĂ© prodigieux et Louis Schwizgebel a offert au public en bis, une adaptation de StĂ€ndchen, un beau lied de Schubert, en des qualitĂ©s de liquiditĂ© chantante d’une rare poĂ©sie.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Pour terminer le concert, la « PathĂ©tique » de TchaĂŻkovski a donnĂ© le frisson Ă  toute la Halle-aux-Grains. Le romantisme a irradiĂ© en ses excĂšs les plus beaux. Les cordes ont Ă©tĂ© somptueuses avec des violons lumineux jusque dans les enfers de la douleur, des violoncelles et des altos d’une beautĂ© tĂ©nĂ©breuse des plus Ă©mouvantes. Les contrebasses ont Ă©tĂ© un piller d’une force incroyable avec une beautĂ© sonore de chaque instant. Les bois d’une belle personnalitĂ© et d’une Ă©motion Ă  fleur de souffle, les cors trĂšs dĂ©licats et de prĂ©sence entĂȘtante. Seuls les cuivres et les percussions ont Ă©tĂ© trop prĂ©sents dans ce grand vaisseaux de la Halle-Aux-Grains dont l’acoustique les met toujours trĂšs en dehors. Pierre Bleuse a Ă©tĂ© magistral d’énergie et de musicalitĂ© libĂ©rĂ©e. Son bonheur Ă  diriger Ă©galant celui des musiciens Ă  jouer sous sa baguette. Il nous l’avait dit dans un entretien rĂ©cent devant notre interrogation sur un programme si complexe Ă  monter en huit jours 
 Nous lui laisserons le mot de la fin «  Il faut simplement le meilleur pour les jeunes ». Ce chef nous prouve ce soir qu’il a tout compris.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 23 octobre 2016.  Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture Fantaisie ; Symphonie n°6, «Pathétique» ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto n°2 pour piano ; Louis Schwizgebel, piano ; Musika Orchestra Academy ; Pierre Bleuse, direction. Illustrations : Pierre Bleuse © R. Serrano / Louis Schwizgebel (DR) / Tchaikovsky (DR).

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonates. Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse. Jean-Pierre Canihac, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonates. Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse. Jean-Pierre Canihac, direction. Entre le 20 et le 23 octobre s’est  dĂ©roulĂ©e la Rencontre Internationale de Cuivres Anciens Ă  Toulouse sous l’égide des Sacqueboutiers . Le concert du 21 octobre 2016, au soir Ă©tait comme le joyau offert au public et aux participants au Concours. Il a rĂ©uni les professeurs juges du Concours International de Sacqueboutes, Cornets Ă  Bouquin en solistes et ensembles, venus de tous horizons. Le compositeur fĂȘtĂ© est le grand Giovanni Gabrieli qui a fait la splendeur de la SĂ©rĂ©nissime RĂ©publique de Venise en offrant une somptuosité  sonore Ă  Saint-Marc digne de sa grandeur basilicale. Les nombreuses Canzone et Sonates extraites des deux livres de Symphonies SacrĂ©es de 1797 et 1615 sont un florilĂšge incroyablement divers d’un art du son dans toutes ses incroyables possibilitĂ©s. Sonates Ă  trois Instruments, groupes de deux voire trois chƓurs, enfin la sonate Ă  22 qui rĂ©unit Ă©lĂšves et professeurs pour en un moment de grandiose beautĂ©.

 
 

Venise sur la Garonne 

Les Sacqueboutiers et Giovanni Gabrieli

 

 
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L’unitĂ© de ton faite de simplicitĂ© et de majestĂ© est la signature de Gabrieli. La variĂ©tĂ© des couleurs et des ambiances Ă©galement. Les Sacqueboutiers, ensemble Ă  gĂ©omĂ©trie variable, se sont entourĂ©s ce soir de 4 violons, d’un alto, de trois orgues et de nombreux bassons de toutes tailles. Le cornet Ă  bouquin est le roi du chant ornĂ© et la sacqueboute est reine de la grandeur, mais ce qui est remarquable, c’est la douceur et la dĂ©licatesse dont sont capables ces cuivres anciens. Des nuances d’une grande finesse crĂ©ent des atmosphĂšres trĂšs diffĂ©rentes. La riche personnalitĂ© des solistes a Ă©galement permis de dĂ©couvrir combien la sonoritĂ© est affaire de goĂ»t personnel. Ainsi par exemple le Cornet de Jean-Pierre Canihac est sĂ©duisant par sa richesse de ligne ornĂ©e, tandis que la sonoritĂ© de Jeremy West fondateur de His Majestys Sagbutts and Cornetts et tout Ă  fait diffĂ©rente, plus douce et comme ouatĂ©e, celle du Catalan Lluis Coll fondateur de l’ensemble  La Caravaggia, est au contraire brillante et extravertie en un jeu flamboyant. Ainsi plusieurs gĂ©nĂ©rations de musiciens ont brillĂ© dans leur singularitĂ© de virtuose, mise au service du jeu collectif. La mĂȘme variĂ©tĂ© de sonoritĂ©s et de styles peut ĂȘtre relevĂ©e chez les sacqueboutes au nombre de 10 et les 4 bassons.  Chacun offrant avec gourmandise la beautĂ© sonore de son instrument. Laurent le Chenadec Ă  l’humour aimable est passĂ© du sensationnel son rond, profond voir abyssal de son « grand Basson », au son dĂ©licat d’un « mini Basson ». Les cordes ont su offrir dĂ©licatesse et respirations pleines de fraicheur, ainsi que des phrasĂ©s planants aux ensembles. Les Orgues assurant un soutien indĂ©fectible Ă  chaque chƓur. Le plus agrĂ©able a sans doute Ă©tĂ© d’assister aux Ă©changes et sourires complices des musiciens qui avaient un vrai bonheur mutuel Ă  jouer ensemble cette musique si rare et si belle.

Les Cuivres anciens se portent Ă  merveille et les Sacqueboutiers de Toulouse peuvent ĂȘtre fiers d’avoir lancĂ© une superbe dynamique il y a 40 ans ! Elle a gagnĂ© les jeunes gĂ©nĂ©rations dans un progrĂšs constant de la technique instrumentale avec une reconnaissance internationale indĂ©fectible.

 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonata à 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 12, 15 et 22 ; Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse avec :  HélÚne Médous, Marie Bouvard, Cécile Moreau, Audray Dupont : violons ; Jennifer Lutter : alto ; Jeremy West, Gebhard David, Adrien Mabire, Lluis Coll : cornets à bouquin ; Michel Becquet, Daniel Lassalle, Fabrice Millischer, Wim Becu, David Locqueneux, Frédéric Lucchi, Olivier Lachurie, Fabien Dornic, Juliette Tricoire : sacqueboutes ; Philippe Canguilhem, Laurent Le Chenadec, Barbara Bajor, Daphné Franquin : Bassons ; Saori Sato, Ikuyo Mikami, Kanaka Shimizu : Orgues ; Jean-Pierre Canihac, cornet à bouquin et direction.

 
 

Compte rendu concert ; 37 Úme Festival Piano aux Jacobins ; Toulouse, cloßtre des Jacobins le 27 septembre 2016 ; Maurice Ravel, intégrale piano solo. Bertrand Chamayou, piano.

Bertrand Chamayou est en pleine possession de moyens considĂ©rables. DĂ©jĂ  en 2011, il nous avait subjuguĂ© avec une intĂ©grale fleuve des annĂ©es de pĂšlerinage de Liszt. L’Ɠuvre intĂ©grale de Ravel, en trois parties de 45 minutes en un seul concert, est une gageure bien plus dangereuse. Le piano de Ravel est fragile dans la continuitĂ© dâ€˜Ă©coute, par sa spĂ©cifiĂ© de couleurs et une certaine sĂšcheresse Ă©motionnelle. Ce n’est pas le piano romantique chantant Ă  perdre haleine de Liszt. De fait il faut reconnaĂźtre que Bertrand Chamayou a su organiser trois groupes se tenant bien et s’articulant parfaitement. Si la couleur gĂ©nĂ©rale qui marque, est celle du liquide et de l’eau qu’il rĂ©ussit admirablement, la chaleur de l’Espagne ou la mĂ©lancolie sont plus discrĂštement offerts. Mais tout est question d’équilibrage. Le pianiste toulousain a choisi des tempos plutĂŽt vifs et en jouant par cƓur et en enchaĂźnant rapidement les piĂšces, il donne une impression d’avancĂ©e que rien n’arrĂȘtera. La variĂ©tĂ© du toucher, les couleurs, les nuances… tout permet qu’aucune lassitude ne s’empare de l’auditeur. L’admiration pour les capacitĂ©s du pianiste est constante. L’interprĂšte cisĂšle le caractĂšre de chaque piĂšce avec art.

Tout au plus pourrait on dire que dans des extraits en concert, Bertrand Chamayou, dĂ©gagĂ© de ce dĂ©licat Ă©quilibre pour ce concert tout Ravel, ira plus loin dans son interprĂ©tation. Scarbo sera plus fantasque et Gibet, plus effrayant; Ondine, plus joueuse; l’Infante, plus alanguie et la valse, encore plus folle. Toutefois la chance de faire un voyage si complet dans le piano solo de Ravel est une expĂ©rience inoubliable sous des doigts si musicaux.

Bertrand Chamayou est un Immense pianiste qui ne cesse de développer une carriÚre brillante et sans faux pas.

Compte rendu concert ; 37 ùme Festival Piano aux Jacobins ; Toulouse, Cloütre des Jacobins le 27 Septembre 2016 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Toute l’ƒuvre pour piano seul ; Bertrand Chamayou, piano.

Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 26 septembre 2016. Haydn, Mozart ; Brahms, Beethoven. Murray Perahia, piano.

Murray Perahia : l’humanisme fait musique

GrĂące Ă  une direction artistique commune, Les Grands InterprĂštes et Piano aux Jacobins ont invitĂ© un artiste rare et prĂ©cieux, le pianiste d’origine amĂ©ricaine Murray Perahia. Cet artiste est l’un des plus profonds et des plus humains parmi les pianistes actuels. Il semble ne pas cĂ©der Ă  la pression du toujours plus et du plus vite possible. Son rĂ©pertoire est harmonieux, patiemment construit non pas vers davantage d’Ɠuvres mais vers un approfondissement, vers plus de beautĂ©.

Il a su rencontrer et ĂȘtre apprĂ©ciĂ© des plus grands. Pour n’en citer que deux : Pablo Casals l’humaniste et Wladimir Horowitz le pianiste sublime. De plus, il est apprĂ©ciĂ© des plus grands et des plus rares, comme son ami Radu Lupu. Le programme de ce soir d’une immense profondeur a Ă©tĂ© bĂąti autour des compositeurs majeurs de son rĂ©pertoire. De Haydn, il a choisi les Variations qui sont Ă©crites dans l’aprĂšs-coup de la mort de Mozart, son fils choisi, son frĂšre en musique. Avec une pondĂ©ration exacte, Murray Perahia a dĂ©veloppĂ© un propos d’une grande concentration, dans un son mordorĂ© avec des Ă©lans de notes piquĂ©es comme une Ăąme qui s’envole. Haydn savait sortir trop rarement du « joli et poli », et sous les doigts magiques de Perahia, toute une profondeur insoupçonnĂ©e a irisĂ© de beautĂ© cette piĂšce.

Mais le plus beau restait Ă  venir avec la Sonate en la mineur K310. Nous avons Ă©coutĂ© deux fois cette sonate durant ce festival et heureusement, Perahia a Ă©tĂ© le dernier. On ne peut imaginer interprĂ©tation plus aboutie. Les doigts capables de la plus grande douceur comme de la plus grande fermetĂ©, les nuances subtilement amenĂ©es, le rythme assoupli sans faiblesse, et surtout des phrasĂ©s admirables de beautĂ©. Le mouvement lent a Ă©tĂ© si chantant, si profond. Cet hommage probable Ă  la mĂšre du compositeur, morte autour de la composition de cette sonate, la seule en mineur de Mozart, ne peut aujourd’hui trouver interprĂšte plus sensible.

Le Mozart de Perahia, dÚs ses premiers concerts et enregistrements dans les années 70/80 (ses concertos enregistrés en une intégrale patiente restent mes préférés), est incomparable de synthÚse des éléments de « Sturm und Drang » et de joie de vivre contenus dans la musique du divin Mozart.

Les quatre piĂšces de Brahms de ses derniers opus pour le piano sont remplies de rĂ©miniscences et de mĂ©lancolie. La richesse harmonique, la complexitĂ© de composition, la libertĂ© formelle, sont du Brahms expĂ©rimentateur de presque toutes les possibilitĂ©s du piano. LĂ  aussi, c’est la synthĂšse, l’harmonie entre ses divers aspects qui font la grandeur de l’interprĂ©tation de Perahia. Les moyens pianistiques sont fabuleux et les doigts semblent toujours capables d’aller plus loin. Seule la retenue de l’interprĂšte modĂšre les emportements auxquels de plus « jeunes » pianistes ne savent rĂ©sister. Les paysages intĂ©rieurs suggĂ©rĂ©s sont d’une profondeur toujours plus troublante. Un Brahms lumineux et encore subtilement amoureux de la vie.

« Leçon de philosophie » en musique

Un pas de plus est franchi dans ce sondage des sentiments intĂ©rieurs avec la sonate « Hammerklavier » de Beethoven en deuxiĂšme partie du concert. Nous l’avions Ă©coutĂ© sous les doigts athlĂ©tiques de Nelson Goerner sans ĂȘtre convaincu.

Avec Perahia, homme d’immense culture qui sait placer chaque compositeur dans son monde, Beethoven est sous ses doigts, le dĂ©miurge puissant qui sombre dans la surditĂ© au monde extĂ©rieur mais qui dĂ©veloppe dans son Ă©criture des confessions inouĂŻes.

Un Beethoven au toucher clair comme dans Mozart, sombre et puissant, sans jamais la moindre duretĂ© ni violence. On se demande en Ă©coutant Perahia comme il lui est possible de rester toujours Ă©lĂ©gant et concentrĂ© avec une telle intensitĂ© expressive. Comme une image d’un idĂ©al Patricien, ou mĂȘme AthĂ©nien, philosophe capable de distance pour mieux ĂȘtre empathique avec les Ă©motions contenues dans de simples notes de musique. Le langage musical prend tout son sens avec Murray Perahia. Les mots sont peu capables de rendre compte de cela
 Le premier mouvement dĂ©veloppe des nuances incroyablement creusĂ©es, un rythme toujours relancĂ© et toujours dans cet admirable son clair et harmonieux. Le deuxiĂšme mouvement a comme la lĂ©gĂšretĂ© d’un rĂȘve d’avenir heureux. Cette construction originale nous conduit lors du troisiĂšme mouvement, sans possibilitĂ© de distanciation, Ă  percevoir le dĂ©sespoir et la volontĂ© de tenir d’un musicien sourd qui se concentre sur son monde intĂ©rieur si riche en ombres. Une Ăąme aux prises avec les dĂ©ceptions du rĂ©el qui s’arc-boute pour rĂ©sister au dĂ©sespoir qui se dĂ©veloppe sans relĂąche. Bien souvent les larmes piquent au bord des paupiĂšres
 Ce voyage dans l’intime nous brise. Et le final si long si puissant construit une fugue vers la lumiĂšre de l’ñme qui ne peut se rĂ©soudre au nĂ©ant et aspire Ă  la beautĂ©.

Murray Perahia est plus qu’un grand interprĂšte, c’est un immense artiste humaniste. Il a su faire comprendre avec tact au public ravi mais comme toujours avide de plus, toujours plus, qu’aucun bis ne devait dĂ©faire ce concert si bien construit se terminant sur une leçon de philosophie en musique.

Compte rendu concert ; Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 26 septembre 2016 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Variations en fa mineur, Hob. XVII.6 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Ballade en sol mineur, opus 118, n°3 ; Intermezzo en do majeur, opus 119, n°3 ; Intermezzo en mi mineur, opus 119, n°2 ; Intermezzo en la majeur, opus 118, n°2 ; Capriccio en ré mineur, opus 116, n°1 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°29 en si bémol majeur Op.106, dite « Hammerklavier » ; Murray Perahia, piano.

Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. RĂ©cital de Jeremy Denk, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. Voyage dans la musique entre 1300 et l’an 2000. Jeremy Denk, piano. J’ai lu (dans le New York Times) que ce pianiste mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© quelque soit le programme proposĂ©. Tout a fait dubitatif mais intriguĂ© je dois  avouer que je ne vois pas quoi dire d’autre aprĂšs cet admirable concert promenade proposĂ© par le pianiste amĂ©ricain Jeremy Denk.

Imaginez un voyage musical qui permet de comprendre la construction et l’évolution de la musique occidentale entre 1300 et les annĂ©es 2000. Cette proposition trĂšs iconoclaste l’autorise Ă  jouer sur un clavier tempĂ©rĂ© des Ɠuvres vocales Ă©crites en modes. Les compostions de Machaut, Binchois et Ockeghem sont sous les doigts si sensibles de Jeremy Denk
 hors du temps et nous « parlent » Ă  travers les Ăąges avec une Ă©motion trĂšs particuliĂšre. La dĂ©licate et fragile mĂ©lodie de Binchois terminera le concert comme elle l’a commencĂ© en une boucle qui achĂšve de nous faire perdre les repĂšres temporels.

Quelle intelligence !

denk jeremy-denk-lg-730x315Les artistes qui savent rendre le public plus intelligent au sortir d’un concert sont des artistes prĂ©cieux et je crois que le public de Piano Jacobins en a Ă©tĂ© conscient ce soir : il a mĂȘme semblĂ© particuliĂšrement ravi. Cet enchainement de piĂšces improbables au clavier tempĂ©rĂ©, la premiĂšre surprise passĂ©e, se rĂ©vĂšlent des plus aptes Ă  nous Ă©mouvoir par leur Ă©trangetĂ©. Ainsi la musique occidentale savante en deux heures peut se comprendre comme une mise en place de l’harmonie, de la mĂ©lodie puis du rythme. Le Zeffiro torna de Monteverdi est au piano aussi improbable 
  qu’irrĂ©sistiblement sĂ©duisant.

La fin de la premiùre partie permet d’ arriver à un premier sommet avec Johann Sebastian Bach.

Jeremy Denk est un extraordinaire interprÚte de Bach, ses variations Goldberg sont acclamées au concert et son CD est admirable de beauté fluide. Son interprétation de la fantaisie chromatique et fugue en ré mineur, BWV 903 est époustouflante de vie et de précision rythmique. La richesse de cette partition en belles mélodies et architecture complexe montre le degré de perfection atteint par la musique savante et pourquoi Bach est un demi dieu.

denk jeremy-denkAprĂšs l’entracte c’est le divin Mozart avec l’andante de la Sonate en sol majeur K. 283. Le charme, l’élĂ©gance, la ligne de chant infinie, les nuances subtiles et les couleurs douces : tout est enchantement. Beethoven suit tout naturellement avec une Ă©nergie rythmique qui bouscule le cadre. Schumann apporte une complexitĂ© harmonique et une densitĂ© de toucher qui prĂ©parent Wagner. Chopin apporte la virtuositĂ© sensible du piano, le legato qui va jusqu’au belcanto. L’interprĂ©tation de l’adaptation par Liszt de la Mort d’ Isolde de Wagner est un bouleversant moment de piano roi, Ă  la virtuositĂ© faite musique. Jeremy Denk est un virtuose accompli qui rend lisible tous les plans et sait doser les nuances jusqu’à un fortissimo quasi orchestral.

Brahms ensuite aborde la dĂ©construction sur le plan harmonique ; il bouscule les rythmes avec un Intermezzo. Schoenberg va toujours plus loin dans cette libertĂ© prise. Debussy apporte de nouvelles couleurs et propose un tout « autre piano ». Poulenc dĂ©construit complĂštement le rythme. Stockhausen fait perdre tout repĂšres tonal, Glass abolit la pesanteur, et Ligeti ne permet aucun repĂšre, mis Ă  part la perte des repĂšres connus


Et Binchois revient, tout simple et comme perdu parmi nous, tout Ă©baubis.

Nous avons fait un Grand Voyage avec un guide fulgurant. Un pianiste de haut rang, un musicien dĂ©licat, un pĂ©dagogue plein d’humour. Oui, Jeremy Denk est un Grand Artiste Ă  rĂ©Ă©couter dĂšs que possible.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. ƒuvres de : Machaut ; Binchois ; Ockeghem ; Dufay ; Deprez ; Janequin ; Byrd ; Gesualdo ; Monteverdi ; Purcell ;  Scarlatti ; Bach ; Mozart ; Beethoven ; Schumann ; Chopin ; Wagner/Liszt ; Brahms ; Schoenberg ; Debussy ; Poulenc ; Stockhausen ; Glass ; Ligeti ; Jeremy Denk, piano.

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Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016. Beethoven, Berlioz. Ch. Zacharias, Tugan Sokhiev

tugan-sokhievCompte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) Concerto l’Empereur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. La rentrĂ©e musicale de l’Orchestre du Capitole a cette annĂ©e Ă©tĂ© fracassante. Le programme d’abord, associant deux Ɠuvres phares du romantisme et fondatrices de l’histoire de la musique. Le dernier Concerto de Beethoven qui dĂ©passe en ampleur tout ce qui avait Ă©tĂ© composĂ© pour le genre jusque lĂ  et pour longtemps. Ce Concerto l’Empereur n’a que rarement autant mĂ©ritĂ© son nom.  Et en deuxiĂšme partie la symphonie la plus imaginative, vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire tant par la place que prend l’artiste dans son Ɠuvre que par l’originalitĂ© de l’orchestration, coup d’essai et de maĂźtre du jeune Berlioz : La symphonie Fantastique.

L’art des associations, la fouge Ă©ternelle du romantisme

D’autre part, l’association de deux personnalitĂ©s charismatiques et artistiques ne va pas de soi pour crĂ©er une rencontre au sommet. Nous avons eu ce soir Ă  Toulouse l’association entre un pianiste admirable de musicalitĂ©, Christian Zacharias, et un tandem d’exception, Tugan Sokhiev et ses musiciens toulousains.

Christian-Zacharias-8.7L’Empereur d‘abord nous a permis d’ĂȘtre emportĂ© dans un flot musical ininterrompu, sublime de rythme dansant et de chant nuancĂ©. L’orchestre a su accepter la vision de Christian Zacharias, version dĂ©licate et nuancĂ©e au delĂ  de l’habituel. Pour avoir entendu Tugan Sokhiev diriger ce Concerto avec LĂ©on Fleischer en 2012, il a Ă©tĂ© possible de mesurer l’admirable adaptation Ă  la richesse d’articulation, la somptuositĂ© des nuances exacerbĂ©es, le rythme souple mais entraĂźnant de Christian Zacharias. Ce pianiste est incroyablement sensible aux caractĂ©ristiques musicales de la partition qu’il interprĂšte Ă  l’opposĂ© d’un Goerner, cette semaine. Zacharias sait que Beethoven est un hĂ©ritier de Mozart et qu’il a brisĂ© le moule du concerto mais sans la violence que certains interprĂštes y mettent : il contient de la dĂ©licatesse et de la puissance mais sans violence. Cet Ă©quilibre dans son jeu est incroyablement apte Ă  nous faire entendre autrement ce concerto, chambriste, autant que symphonique et pianistique. Le premier mouvement est plein de fougue, d’élasticitĂ© dans le rythme. Jamais aucun accord n’est lourd, tous rebondissent et ne s’écrasent jamais. La direction de Tugan Sokhiev accentue cette Ă©lĂ©gante Ă©nergie rythmique si importante dans Beethoven. Les nuances de l’orchestre rĂ©pondent Ă  celles du piano et inversement Zacharias soupĂšse et apprĂ©cie chaque intervention de l’orchestre en connaisseur, lui qui dirige si bien et pas seulement de son piano. Le deuxiĂšme mouvement si dĂ©licatement phrasĂ© et nuancĂ© crĂ©e un rĂȘve dont personne ne voudrait s’évader. Il faut le charme du final, son alacritĂ© pour accepter de passer Ă  autre chose aprĂšs les accords de transitions si Ă©mouvants entre les deux derniers mouvements. C’est une fĂȘte de la pulsion de vie qui termine le Concerto !

Le pianiste a soulevĂ© l’enthousiasme du public et a offert une page aĂ©rienne de Scarlatti en bis.

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980En DeuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev a dĂ©veloppĂ© sa conception de la partition de Berlioz qu’il affectionne tant. Il prend Ă  bras le corps cette musique si intense, demande Ă  l’orchestre une passion inhabituelle, des couleurs franches, parfois laides dans le Dies Irae mais d’une beautĂ© sensuelle dans le bal ou la scĂšne aux champs. Les nuances sont creusĂ©es au plus profond, chaque instrumentiste dĂ©voile son amour pour l’Ɠuvre. Je conçois que des gĂ©nĂ©rations habituĂ©es au cĂŽtĂ© « français » de cette partition, trop sagement interprĂ©tĂ©e, avec des cordes fragiles et des cuivres discrets, ne souscrivent pas Ă  un tel choix. Je suis pour ma part persuadĂ© que disposant d’un orchestre de cette trempe, Hector Berlioz lui mĂȘme aurait donnĂ© toute la mesure de cette partition sans retenue comme l’a fait Tugan Sokhiev ce soir. La passion d’un artiste n’a rien de purement français ni d’obligatoirement mesurĂ©. C’est toute la dĂ©mesure de l’Ɠuvre qui a Ă©tĂ© offerte au public. Et Tugan Sokhiev sait habiter les silences comme peu. L’ovation faite Ă  l’orchestre et son chef vaut validation par une salle peine Ă  craquer (avec des demandes de places non honorĂ©es). Oui la passion est toute entiĂšre au service de la musique Ă  Toulouse. La saison s’annonce passionnante.

Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto n°5 pour piano et orchestre en mi bĂ©mol majeur,op.73, « L’Empereur » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique, op.14 ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Illustration : Christian Zacharias © H Scott

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse, le 21 septembre 2016. Beethoven, BartĂłk, Liszt, Scarlatti
 Boris Berezovsky, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven ; BĂ©la BartĂłk ; Frantz Liszt ; Domenico Scarlatti; Igor Stravinski ; Boris Berezovsky, piano. Des grands pianistes il y en a, mais un gĂ©ant comme Berezovsky je n’en connais d’autre, de cette force vive, avec ce calme. Son Beethoven est fin, dĂ©licatement phrasĂ©, nuancĂ© avec art. Le rythme est bondissant, ferme et stable. L’hĂ©ritage mozartien est assumĂ© comme l’élargissement du cadre de la sonate. Un grand moment de piano, pondĂ©rĂ©, loin des excĂšs que certains y mettent (Nelson Goerner, ici mĂȘme
 il y a peu). Ce sont les piĂšces de BartĂłk qui montrent les extraordinaires capacitĂ©s physiques du pianiste. De l’exigeante Sonate, il ne fait qu’une bouchĂ©e, assumant crĂąnement ses moments de violence. Les trois Etudes ont Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©es selon sa demande, dans un français exquis, avec trois Ă©tudes de Liszt. La fraternitĂ© de transcendance entre les deux compositeurs est saisissante. On comprend mieux la raretĂ© de ces Ă©tudes de BartĂłk, tant la puissance et la virtuositĂ© exigĂ©es sont immenses. Berezovsky domine toute partition. L’aisance souveraine en une simplicitĂ© de jeu dans une probitĂ© rarissime est un alliage des plus prĂ©cieux. Quand je pense Ă  certains qui histrionisent leur jeu, le calme olympien de Berezovsky est un baume. Son Liszt est de la mĂȘme eau. Toute la construction des divers plans est organisĂ©e, sans chercher Ă  appuyer la basse ou le chant. Ce Liszt est certain de la capacitĂ© du public Ă  chercher dans ces notes si nombreuses, qui la mĂ©lodie, qui les arpĂšges, qui la basse, qui 
.  Ce petit effort dans l’écoute pour le spectateur est rĂ©compensĂ© par une sorte de plĂ©nitude. Tout est lĂ , rien ne manque et la musique rĂšgne souveraine de beautĂ©.

 

 

 

Le pianiste russe nous a offert un programme copieux, rare, passionnant

Boris Berezovsky ou le piano monde

Photo C (c) David Crookes, Warner ClassicsEn deuxiĂšme partie, sacrifiant Ă  une sorte de mode cette annĂ©e, il aborde Ă  sa maniĂšre fluide et dĂ©licate trois petites Sonates de Scarlatti. Moment de pure grĂące rĂ©crĂ©ative. Car les deux Ɠuvres suivantes sont colossales. La Sonate de Stravinski semble rendre hommage Ă  l’ñge classique mais est en fait d’une grande difficultĂ©. Cette apparente simplicitĂ© d’écoute et l’absence de dĂ©monstrativitĂ© sont probablement les raisons de cette raretĂ© dans les programmes des concerts. Berezovsky est impĂ©rial de hauteur technique et de don Ă  son public. Sans la moindre fatigue apparente aprĂšs ce vaste programme, Boris Berezovsky fait de la suite de Petrouchka une fĂȘte de la musique. Un piano sans limites qui peut aussi bien faire pleurer par sa dĂ©licatesse qu’impressionner par sa puissance orchestrale. Oui, Boris Berezovsky est le plus immense pianiste, capable de tout jouer et qui donne Ă  son public gĂ©nĂ©reusement la beautĂ© dans la modestie accomplie, celle de moyens personnels incroyables et de travail qu’on sait colossal. Boris Berezovsky dans ce concert, a fait le don total d’un artiste accompli. Cet immense artiste a encore offert deux bis flamboyants Ă  son public conquis et exigeant.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » Op. 27 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano ; Trois études op 18 SZ 72 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Trois études ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Trois sonates ; Igor Stravinski (1940-1971) : Sonate pour piano ; Petrouchka, suite ; Boris Berezovsky, piano.
Illustration : David Crooks

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano. Ce jeune pianiste dĂ©note une personnalitĂ© affirmĂ©e et une belle originalitĂ©. Le programme admirablement construit lui a permis de dĂ©velopper une science du piano qui termine son rĂ©cital crescendo, s’achevant en apothĂ©ose. D’abord un Scarlatti lumineux, admirablement articulĂ© et trĂšs plaisant pour nous mettre l’oreille en Ă©veil. Puis la Sonate de Mozart K.310, dĂ©jĂ  entendue sous les (lourds) doigts de Richard Goode mardi dernier, a Ă©tĂ© abordĂ©e avec beaucoup de nuances et un touchĂ© bondissant. L’équilibre entre Sturm und Drang et Ă©lĂ©gance a Ă©tĂ© parfait. Un peu plus de legato et de chant dans le deuxiĂšme mouvement auraient d’avantage comblĂ©.

LUCAS D. : un sensationnel virtuose Ă  suivre

La Ballade de Chopin a Ă©tĂ© virtuose, active, vivifiante. Point de mĂ©lancolie dans cette piĂšce et une joie d’un piano triomphant. Le Chopin de Lucas Debargue cherche un peu Ă  rivaliser avec Liszt.
AprĂšs l’entracte, le triptyque de Gaspard de la nuit de Ravel a montĂ© d’un cran la virtuositĂ© transcendante. Ondine a Ă©tĂ© d’une eau claire avec des doigts d’une prĂ©cision et d’une dĂ©licatesse extrĂȘme. L’importance des nuances fait passer d’une eau pure Ă  un tsunami final.
Le Gibet impressionne mais ne glace pas. La mise en valeur des diffĂ©rents plans est trĂšs rĂ©ussie avec un glas que rien ne fait diminuer. Les effets pianistiques sont ahurissants de prĂ©cision. Mais un peu plus d’imagination est nĂ©cessaire pour Ă©voquer le romantisme de cette abominable scĂšne de gibet.
Scarbo est la piĂšce la plus rĂ©ussie entre la virtuositĂ© triomphante et  l’évocation du personnage cherchant Ă  danser et Ă  s’allĂ©ger de sa condition. Le toucher de Lucas Debargue est d’une prĂ©cision admirable et rien de vient troubler le geste pianistique grandiose. Le final est proprement hallucinĂ©, hallucinant.
Pour terminer le programme la premiĂšre MĂ©phisto-valse achĂšve de nous convaincre que nous tenons lĂ , un virtuose Ă  la maniĂšre d’un Evgeny  Kissin. Les doigts volent sur le clavier, les notes fusent de tous cotĂ©s et la danse infernale subjugue, mais toujours dans la clartĂ© de l’articulation. Un trĂšs grand moment de piano nous a Ă©tĂ© offert par ce jeune prodige. Avec la maturitĂ©, il saura sortir d’une sorte de complĂ©tude Ă  s’écouter jouer, gagnera en expression et en legato. Mais dĂ©jĂ  les moyens considĂ©rables du pianiste mĂ©ritent toute l’admiration et l’attention du public. Trois bis ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reusement offerts (Scarlatti et Chopin) par un artiste en nage mais heureux. Pianiste plein de promesses, dĂ©sormais Ă  suivre.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate n° 432 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : Ballade n°4 en fa mineur, op.52 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de La nuit ; Frantz Liszt (1811-1886) : Méphisto-Valse n°1 ; Lucas Debargue, piano.

Illustration : © Evgeny Eutukhov

Compte rendu, concert ; Paris ; Philharmonie de Paris, le 16 septembre 2016 ; Robert Schumann (1810-1856) : ScĂšnes du Faust de Goethe ; ChƓur d’enfants et ChƓur de l’Orchestre de Paris ; Orchestre de Paris ; Daniel Harding, direction.

daniel_harding_nomme_a_la_tete_orchestre_de_paris_meaL’Orchestre de Paris a donnĂ© ce soir son premier concert sous la direction de son neuviĂšme chef attitrĂ©. Daniel Harding a choisi une Ɠuvre aussi rare que belle et difficile : Les ScĂšnes du Faust de Goethe de Robert Schumann. Vaste partition en forme d’oratorio, elle requiert outre un orchestre fourni, un grand chƓur et un chƓur d’enfants ainsi que de nombreux solistes dont trois voix d’enfants. Daniel Harding a donc tenu dans sa main de velours, ferme et vivifiante prĂšs de 300 musiciens et chanteurs. Le rĂ©sultat est enthousiasmant. La partition de Schumann est la seule, et je pĂšse mes mots, Ă  rendre compte de la dimension philosophique de l’immense ouvrage de Goethe : Gounod a Ă©crit d’avantage une Margarethe qu’un Faust et Berlioz a manquĂ© de profondeur mĂȘme si il a su rendre compte de la dimension fantastique comme nul autre. Daniel Harding a pris Ă  bras-le-corps la partition schumanienne et a su la mener Ă  bon port c’est Ă  dire vers l’au-delĂ . Une direction ferme, nuancĂ©e, dramatique mais Ă©galement pleine de dĂ©licatesse et de finesse. Une attention permanente aux Ă©quilibres parfois complexes nous a permis d’entendre chaque mot de Goethe y compris avec les enfants solistes remarquables de prĂ©sence fragile et Ă©mouvante.

Un Faust magistral

05_Daniel Harding Filarmonica foto Silvia Lelli 2-k2mE--1200x900@Quotidiano_Inside_Italy-WebLes solistes ont tous Ă©tĂ© choisis avec soin. Les deux sopranos Hanna-Elisabeth MĂŒller et Mari Eriksmoen ont Ă©tĂ© remarquables de beautĂ© de timbre, de lumiĂšre et d’implication dramatique. Deux trĂšs belles voix de sopranos qui sont en plus de trĂšs belles femmes Ă©lĂ©gantes et rayonnantes. Le tĂ©nor d’Andrew Staples est une voix de miel et de texte limpide avec une  grande noblesse. Les deux basses Franz-Josef Selig et Tareq Nazmi sont parfaits de prĂ©sence, surtout le premier en malin. Bernarda Fink de son beau timbre noble et veloutĂ© a, dans chaque intervention, et parfois trĂšs modeste, marquĂ© une belle prĂ©sence d’artiste. Le grand triomphateur de la soirĂ©e est Christian Gerhaher dans une implication dramatique totale que ce soit dans Faust amoureux ou vieillissant et encore d’avantage en Pater Seraphicus et en Dr. Marianus. La voix est belle, jeune et moelleuse. Les mots sont ceux d’un liedersĂ€nger avec une projection parfaite de chanteur d‘opĂ©ra. Ces qualitĂ©s associĂ©es en font l’interprĂšte rĂȘvĂ© de ces rĂŽles si particuliers.
L’Orchestre de Paris a jouĂ© magnifiquement, timbres merveilleux, nuance subtiles et phrasĂ©s amples. L’orchestration si complexe de Schumann a Ă©tĂ© mise en valeur par des interprĂštes si engagĂ©s. Les chƓurs trĂšs sollicitĂ©s ont Ă©tĂ© Ă  la hauteur des attentes et tout particuliĂšrement les enfants. Ils ont Ă©tĂ© admirablement prĂ©parĂ©s par Lionel Sow, plus d’un a Ă©tĂ© saisi par la puissance dramatique des interventions.
Une trĂšs belle soirĂ©e qui est a Ă©tĂ© donnĂ©e deux fois (reprise le 18 septembre) une grande Ɠuvre qui n’a et de loin, pas assez de prĂ©sence dans nos salles. Sa complexitĂ© et le nombre des interprĂštes ne sont pas Ă©trangers Ă  cette raretĂ©. En tout cas la salle bondĂ©e a Ă©tĂ© enthousiasmĂ©. Le public est lĂ  pour cette Ɠuvre pourtant rĂ©putĂ©e difficile quand des interprĂštes de cette trempe nous l’offre ainsi. Le soir de la premiĂšre toutes les places de la vaste salle de la Philharmonie ont Ă©tĂ© occupĂ©es. Daniel Harding a ainsi amorcĂ© avec panache sa complicitĂ© avec l’Orchestre de Paris et avec le public.

Compte rendu concert ; Paris ; Philharmonie de Paris, le 16 septembre 2016 ;  Robert Schumann (1810-1856) : ScĂšnes du Faust de Goethe ; Hanna-Elisabeth MĂŒller, Mari Eriksmoen, sopranos ; Bernarda Fink, mezzo-soprano ; Andrew Staples, tĂ©nor ; Christian Gerhaher, baryton ; Franz-Josef Selig, Tareq Nazmi, basses ; ChƓur d’enfants et ChƓur de l’Orchestre de Paris : Lionel Sow, Chef de chƓur ; Orchestre de Paris ; Direction, Daniel Harding.
Photo : Silvia Lelli

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins, le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach ; Robert Schumann ; Ludwig Van Beethoven. Nelson Goerner, piano.

Compte rendu, concert. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins, le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach ; Robert Schumann ; Ludwig Van Beethoven.  Nelson Goerner, piano.

Nelson Goerner fait partie des musiciens d’exception. Originaire d’Argentine, il est chez lui dans le monde entier. Son talent trĂšs tĂŽt repĂ©rĂ© et encouragĂ© par Martha Argerich s’est dĂ©veloppĂ© magnifiquement et sa carriĂšre internationale est fascinante.
Cet artiste aux moyens considérables a choisi pour son récital au Cloßtre des Jacobins un programme construit vers une apothéose.
Les Variations sur un air italien de Bach reprĂ©sentent une sorte de pĂątisserie trĂšs dĂ©corĂ©e, portĂ©e en une virtuositĂ© aĂ©rienne Ă  la limite de la dĂ©structuration. Nelson Goerner en a offert une interprĂ©tation mesurĂ©e et maitrisĂ©e dĂ©taillant chaque petite note avec gourmandise. Comme un long fleuve tranquille sans contraste et avec trĂšs peu de nuance. Tout a passĂ© comme un rĂȘve, calme et apaisĂ©.

GOERNER, presque Too much


goerner-mathais-piano-582-390-(c)Jean-Baptiste-MillotPuis les DavidsbĂŒndertĂ€nze de Schumann ont Ă©tĂ© absolument incroyables d’intensitĂ© musicale. La diversitĂ© que cette suite de piĂšces contient est sidĂ©rante. Nelson Goerner a plongĂ©, et nous a entrainĂ©, dans cet univers foisonnant oĂč joie, excitation, douleur, presque-folie ou paix s’enchainent sans trĂȘve. De toute Ă©vidence, les mimiques trĂšs expressives de Nelson Goerner nous prouvent avec quelle intensitĂ© il vit complĂštement cette partition.  Avec des moyens d’une puissance Ă©motionnelle rare, il a saisi son auditoire. Que de couleurs, de nuances, de puissance ou de dĂ©licatesse sous ses dix doigts ! Un voyage inoubliable, sans pouvoir reprendre jamais notre souffle, dans l’univers Schumanien si fascinant des DavidsbĂŒndertĂ€nze.

En deuxiĂšme partie de programme Nelson Goerner s’est attaquĂ© Ă  la Sonate Hammerklavier de Beethoven que certains nomment « l’Himalaya du piano » : et j’ai bien l’impression que notre artiste a pris cette indication Ă  la lettre !
EngagĂ©, volontaire, presque hallucinĂ© par instants
 on ne peut imaginer piano plus expressif, tirant toutes les possibilitĂ©s en termes de variĂ©tĂ© de toucher, couleurs ou nuances du piano. Beethoven dans cet opus sort grandi, statufiĂ© en inaccessible gĂ©nie. Ainsi il aurait perçu dans sa surditĂ© rĂ©elle et son oreille visionnaire, toutes les possibilitĂ©s du piano contemporain. C’est Ă  cet extrĂȘme lĂ  que je me heurte.  Si Beethoven sonne ainsi, peut on imaginer un au-delà ? Cette puissance sonore Ă  la limite de l’agression pour des oreilles sensibles est peut ĂȘtre excessive. Mais le troisiĂšme mouvement d’une dĂ©licatesse Ă  mourir de beautĂ© est si incroyable
 Si mĂ©taphysiquement accompli
 Le final hallucinant de fermetĂ©, de structure sublimĂ©e et de force digitale surhumaine est Ă  peine soutenable.

Nous sommes loin trĂšs loin de ce qui se propose en terme de poĂ©sie et de subtilitĂ© dans les « version renseignĂ©es » sur pianoforte.  Nelson Goerner dans la plĂ©nitude de ses moyens phĂ©nomĂ©naux a proposĂ© une version insurpassable de puissance de l’opus 106. Cette interprĂ©tation me fait d’avantage penser Ă  une Ɠuvre shakespearienne baroque et excessive qu’à une oeuvre d’un compositeur classique ouvrant la voie au romantisme.
En bis Nelson Goerner offre un Nocturne de Chopin, poĂ©tique et dĂ©licat nous rappelant quel artiste sensible il sait ĂȘtre. Mais pour terminer, il nous a assĂ©nĂ© le coup de grĂące par une puissance quasi orgiaque dans une Ă©tude du russe Felix Blumenfeld pour la seule main gauche.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Air variĂ© dans le style italien BWV.989; Robert Schumann (1810-1856) : DavidsbĂŒndertĂ€nze, Op.6 ; ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°29 en si bĂ©mol majeur, « Hammerklavier » Op.106 . Nelson Goerner, piano. Illustration: (c)Jean-Baptiste-Millot

Compte rendu concert. 37Úme édition de Piano aux Jacobins. Toulouse , Cloßtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano.  

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins. Toulouse , CloĂźtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano. David Fray est enfant du pays toulousain puisqu’il est originaire de Tarbes. Il est chez lui au Festival des Jacobins car dĂšs ses premiers concerts il a Ă©tĂ© invitĂ© par la clairvoyante Catherine d’Argoubet. Il revient rĂ©guliĂšrement Ă  Toulouse tout aurĂ©olĂ© de ses succĂšs internationaux et de l’excellent accueil fait Ă  ses enregistrements, tous plĂ©biscitĂ©s par public et critique. Ce musicien est certes douĂ©, mais surtout il a une personnalitĂ© attachante et une vĂ©ritable originalitĂ© d’artiste dans un paysage musical mondial parfois trop policĂ©.

Promesses tenues !

fray-david-femme-piano-review-compte-rendu-classiquenews-582Pour son rĂ©cital Ă  Toulouse, il a jouĂ© de trĂšs larges extraits du Livre 1 du Clavier bien tempĂ©rĂ© de JS Bach. Dans une position parfois trĂšs en arriĂšre et en apparence dĂ©tendue, voir relĂąchĂ©e, il a joué son Bach. En effet, sa maniĂšre est unique. D’abord un toucher d’une extraordinaire beautĂ©, ferme mais souple. Beaucoup de nuances dans les reprises, un phrasĂ© extraordinairement conduit jusqu’au fond des mĂ©lodies. Un dĂ©tail de chaque note prise dans une coulĂ©e de beautĂ©. Un attachement Ă  une prĂ©cision de chaque voix, une mise en valeur des harmonies subtiles le tout avec un naturel et un chic rares. Une sorte de piano olympien, dĂ©gagĂ© des humains soucis. Tout du long de la promenade proposĂ©e, nous sommes dans les cieux et non sur terre. Marche dans les nuages, vol au-dessus des paysages montagneux, nuit Ă©toilĂ©e ou soleil dans tout le nycthĂ©mĂšre, et voyage dans les Ă©toiles aussi. Une vraie et originale maniĂšre de rendre hommage au pĂšre Bach tout en s’appropriant la variĂ©tĂ© de ses partitions. Et n’oublions pas de signaler la belle Ă©nergie et mĂȘme la  joie dans les moments de superpositions de plusieurs voix en canon ou fugues.
AprĂšs ce voyage apaisant et vivifiant David Fray a osĂ© nous proposer un dialogue de grande qualitĂ© entre Schumann et Brahms. Des Ɠuvres assez rares et trĂšs belles ont ainsi pu se rĂ©pondre. Le Schumann passionnĂ© et engagĂ© de la Novelette n°8 est allĂ© jusqu’à la colĂšre. Le Brahms des variations sur un thĂšme de Schumann a Ă©tĂ© kalĂ©idoscopique. VariĂ©tĂ© de couleurs et de nuances poussĂ©es jusqu’au plus loin. Puis dans la Fantaisie op.116, une audace de sentiments exposĂ©s jusqu’au bord de la fusion entre le pianiste et son instrument. David Fray a une belle personnalitĂ© musicale depuis ses premiers concerts mais l’évolution qui est la sienne le conduit Ă  oser une charge Ă©motionnelle puissamment partagĂ©e. « L’émotion particuliĂšre » qu’il vit dans cette salle capitulaire, ainsi qu’il l’a dit avant ses bis, a bien gagnĂ© son jeu. Ce soir tout particuliĂšrement, David Fray a Ă©tĂ© flamboyant. Le romantisme assumĂ©, la puissance maitrisĂ©e, et la perfection pianistique ont enchantĂ© le public. Quatre bis ont Ă©tĂ© offerts entre plusieurs Chopin, le Bach (dĂ©diĂ© Ă  Catherine d’Argoubet),  a Ă©tĂ© le moment le plus magique. Un grand artiste qui tient admirablement les promesses de ses premiĂšres annĂ©es.

Compte rendu, concert. 37 iĂ©me Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Le clavier bien tempĂ©rĂ© livre 1, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations en fa diĂšse mineur, sur un thĂšme de Schumann, op.9 ; Fantaisies, op.116 ; Robert Schumann (1810-1856) : Novelette n° 8 en fa diĂšse mineur, op.21 ; David Fray, piano. — Photo : Sergey Grachev

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrĂ©e des petits et grands ne reprĂ©sente pas le meilleur moment de l’annĂ©e. Pourtant Ă  Toulouse la rentrĂ©e est source de joie par le dĂ©but du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du CloĂźtre des Jacobins, la mĂ©tĂ©o clĂ©mente, crĂ©ent depuis 37 annĂ©es le dĂ©veloppement de soirĂ©es musicales d’exception.  Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaĂźne. Cette premiĂšre semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placĂ©s sous une mĂ©tĂ©o des plus estivales.

Richard Goode 2 c Steve RiskindLe 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invitĂ© rĂ©gulier du festival reprĂ©sente le fleuron de l’école amĂ©ricaine de piano. Sa prĂ©sence en Europe est bien trop rare car ses activitĂ©s dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s par la musicalitĂ© de cet immense artiste. Ce soir n’a pas Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de cette musicalitĂ© d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine duretĂ© ont dominĂ© ses choix interprĂ©tatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumiĂšre la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empĂȘchĂ© de dĂ©guster le charme et l’élĂ©gance que la Sonate contient. Les piĂšces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont Ă©tĂ© toutes comme lissĂ©es sur un mĂȘme moule, dans une mĂȘme lumiĂšre et une unique couleur un peu vague. Cela a crĂ©Ă© une belle respiration dans le programme.

Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des piÚces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent.
Les extraits du Livre II des PrĂ©ludes de Debussy ont Ă©tĂ© abordĂ©s avec une sonoritĂ© pleine, beaucoup de pĂ©dale, une franchise de ton qui a Ă©vitĂ© la subtilitĂ© de couleurs attendue. L’effet est Ă©trange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumiĂšre constamment solaire empĂȘchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se rĂ©vĂ©ler.
En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a Ă©tĂ© royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spĂ©cialiste de Beethoven, qui a gravĂ© sonates et concertos dans des versions acclamĂ©es, a dominĂ© avec puissance la belle partition.
Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves trÚs sonores permet une interprétation majeure. La grandeur  beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore trÚs impressionnante.

Zacharias-Christian_c_Nicole_ChuardLe 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a Ă©tĂ© tout autre. D’aucun ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  penser que le piano avait dĂ» ĂȘtre changé  C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si diffĂ©rentes de la musique sur un seul et mĂȘme piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa prĂ©sence au piano et dans ses interprĂ©tations cette complĂ©mentaritĂ© musicale est prĂ©sente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutĂŽt rĂ©servĂ©s aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un dĂ©veloppement de subtilitĂ©s de couleurs, des tempi nuancĂ©s, tout Ă  fait inhabituels. La fantaisie a Ă©tĂ© le maĂźtre mot de cette interprĂ©tation si personnelle qui jamais n’a manquĂ© d’élĂ©gance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aĂ©ration dont son jeu a Ă©tĂ© porteur, ont construit une interprĂ©tation lumineuse et dĂ©licate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement Ă  la fois l’hommage aux anciens contenus dans la piĂšce de Ravel, et toute la modernitĂ© du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicitĂ© est admirable et rare.
Les Sonates de Padre Soler ont Ă©galement Ă©tĂ© pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une prĂ©sence incroyable a signĂ© l’atmosphĂšre hispanique des sonates. Cette mise en lumiĂšre de l’architecture avec cette jubilation a crĂ©Ă© un moment aussi lĂ©ger que spirituel plein de bonheur.
Avec la derniĂšre partie consacrĂ©e Ă  Chopin, le gĂ©nial interprĂšte a comme ouvert une dimension supplĂ©mentaire en terme de puissance Ă©motionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumĂ©s. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprĂ©tation dans une mĂ©lancolie luttant contre le plaisir du souvenir passĂ©. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin Ă  son passĂ© polonais.
L’esprit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la beautĂ© des couleurs, le rubato Ă©lĂ©gant, tout un monde de poĂ©sie est nĂ© sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuositĂ© fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable !
Un musicien d’exception a enchantĂ© le piano, comme le cloĂźtre pour la plus grande joie du public (concert complet  ayant refusĂ© du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain Ă  la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalitĂ© avec le si extraordinaire 5Ăšme Concerto de Beethoven !
Merci Ă  Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias.

Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 piÚces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II  des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano.

Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut diÚse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut diÚse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.

Compte rendu concert. Paris, Philharmonie de Paris, le 2 septembre 2016. Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour piano n° 24 ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; Staatskapelle Berlin ; Direction : Daniel Barenboim piano et direction.

piano barenboim_copyright_monika_rittershaus_2Le public a rĂ©pondu nombreux, avec une salle pleine, Ă  l’ouverture de la saison symphonique de la Philharmonie de Paris. La direction artistique ambitieuse et l’excellence des interprĂštes choisis permet d’oser des cycles encore impensables il y a peu. Nous avons donc pu assister au premier concert proposĂ© par la Staatskapelle Berlin et son chef «  Ă  vie »,  Daniel Barenboim  dans le cadre du cycle de l’intĂ©grale des Symphonies de Bruckner dont ont peut dire que l’oeuvre symphonique n’encombre pas les programmes de France ou de Navarre. Chaque symphonie est associĂ©e Ă  un Concerto pour piano de Mozart. Lors de la lecture de ce programme, un petit sourire m’a fait tressaillir. N’y avait-il pas le risque entre dĂ©licatesse mozartienne et Ă©normitĂ© brucknĂ©rienne, de penser Ă  un Ă©lĂ©phant dans un magasin de porcelaine ? Ou convoquer les images si troublantes de Fantasia de Walt Dysney qui fait danser des Ă©lĂ©phants en tutu et pointes ? Comment passer d’un univers Ă  l’autre sans soucis ?

Daniel Barenboim Ă  la Philharmonie de Paris
Tout parait simple entre géants

Il convient juste de faire confiance. Tant Ă  chaque compositeur qu’aux interprĂštes d‘exception et tout particuliĂšrement Ă  Daniel Barenboim. Cet enfant prodige qui a donnĂ© ses premiers concerts publics Ă  dix ans, jouait les concertos de Mozart. C’est encore en observant Edwin Fischer jouer ses concertos en dirigeant l’orchestre que son dĂ©sir de chef d’orchestre est nĂ©. Plus que l’intĂ©grale des sonates de Mozart, c’est sa patiente intĂ©grale des concertos de Mozart qu’il joue et dirige avec l’English Chamber Orchestra qui reste un bijou incomparable Ă  nos oreilles. La logique de cette vie dĂ©diĂ©e Ă  la musique comme soliste, chambriste ou chef symphonique, comme d’opĂ©ra est donc Ă©vidente dans cette sĂ©rie de concerts. Bonheur Ă  suivre : l’intĂ©grale des symphonies de Bruckner s’étendra sur la saison 2016-2017.

Ce soir le Concerto n°24 de Mozart en cette rare tonalitĂ© de do mineur a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une interprĂ©tation sombre et passionnĂ©e trĂšs loin de tout style galant. L’osmose entre chef et orchestre a Ă©tĂ© totale, crĂ©ant des phrasĂ©s, des nuances et des couleurs d’une dĂ©licate musicalitĂ©. Daniel Barenboim, avec Murray Perahia reste le plus extraordinaire pianiste capable de diriger du piano de si belles oeuvres. Le jeu reste impĂ©rial et facile, comme Ă©vident dans une virtuositĂ© dĂ©licatement assumĂ©e. Avec un piano plutĂŽt chambriste et un orchestre tout Ă  l’écoute, d’une beautĂ© de chaque instant ; il paraissait donc tout naturel de voir ce dernier s’étoffer pour la deuxiĂšme partie du programme.

La Symphonie n°4 de Bruckner est la seule Ă  possĂ©der un titre : « Romantique ». C’est peut ĂȘtre une des raisons de son succĂšs dans les programmations symphoniques. DĂšs le dĂ©but du frĂ©missement subtil des cordes et le chant du cor solo, la magie a opĂ©rĂ©. Cette oeuvre si complexe et longue nous a entrainĂ© dans un voyage Ă  la fois dans la nature, le temps, l’espace, l’absolu du ciel. Daniel Barenboim dirige par cƓur et semble dĂ©guster chaque moment musical. Il a enregistrĂ© pas moins de trois versions intĂ©grales des symphonies de Bruckner. Avec les Berliner Philharmoniker, le Symphonique de Boston, la Staatskapelle Berlin .

La maniĂšre dont la direction de Barenboim dĂ©roule une sorte de dramaturgie Ă©vidente, semble emporter les musiciens et le public Ă  voir large et grand. Regard intĂ©rieur poĂ©tique Ă©galement sur la beautĂ© de musique pure mĂȘme si des images naissent Ă  chaque instant. La Staatskapelle Berlin est le plus ancien et officiel orchestre de Berlin.  Peut ĂȘtre le plus ancien ayant survĂ©cu en s’adaptant Ă  l’histoire complexe de cette ville. L’entente avec Daniel Barenboim est totale, et c’est donc comme d’un grand instrument que le chef a pu jouer pour obtenir la subtile alchimie brucknĂ©rienne. Les instrumentistes sont parfaitement Ă©quilibrĂ©s, sans  rien cĂ©der Ă  une qualitĂ© de jeu personnel, c’est la maniĂšre de s’écouter et de se renforcer qui procure cette sĂ©curitĂ© d’écoute de chaque instant. L’équilibre obtenu par BarenboĂŻm est prodigieux et l’acoustique merveilleuse de la Philharmonie de Paris a permis d‘en dĂ©guster chaque nuance comme chaque couleur. DisposĂ©s Ă  l’extrĂȘme droite, les violons 2 ont su rĂ©pondre aux sollicitations de Daniel Barenboim obtenant un parfait Ă©quilibre avec les violons 1. Toutes les contrebasses au fond ont crĂ©Ă© une pulsion matricielle d’une force incroyable dont l’orchestre tout entier a bĂ©nĂ©ficiĂ©. Les bois solo ont Ă©mus, les cuivres grandement impressionnĂ©s. Le drapĂ© des cordes d’un Ă©pais velours ou d’un tulle arachnĂ©en, a Ă©tĂ© un vrai rĂ©gal.

Avec de tels interprĂštes ce cycle promet de grands moments à la Philharmonie de Paris. Le succĂšs public est total,  non loin de faire une standing ovation en ce soir du 2 septembre
 On ne peut rĂȘver dĂ©but de saison plus brillant, exigeant, magnifique. Au nord de Paris, la saison  2016-2017 de la Philharmonie dĂ©marre sous de prodigieux auspices.

Compte rendu concert ; Paris, Cité de la Musique, Philharmonie de Paris 1, le 2 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 24 en do mineur K.491 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » ; Daniel Barenboim, piano ; Staatskapelle Berlin ; Direction : Daniel Barenboim.

Compte-rendu Opéra ; Orange, Chorégies 2016 ; Théùtre Antique, le 6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scÚne : Louis Désiré ; Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ;  Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston. La Traviata au festival d’Orange, cela suffirait Ă  remplir les 8000 places du ThĂ©Ăątre Antique tant cet opĂ©ra est aimĂ© du public. La dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra passe par Orange car la tĂ©lĂ©vision lui est fidĂšle sans dĂ©fections depuis les origines. Le public d’Orange est unique car beaucoup plus jeune et dĂ©contractĂ© qu’ailleurs, trĂšs amateur de belles voix Ă©galement. Les ChorĂ©gies doivent se renouveler pour offrir des versions captivantes des Ă©ternels chefs d’Ɠuvre, toujours repris en boucle. Mais la magie du lieu ne se dĂ©ment jamais ou si rarement que le mauvais temps devient simple broutille. Ce soir a Ă©tĂ© venteux, trĂšs venteux, mais a Ă©tĂ© un grand soir d’opĂ©ra, un grand soir pour les ChorĂ©gies qui signent leur meilleure Traviata et l’un de leurs meilleurs spectacles. Et je n’ai pas Ă©tĂ© avare les autres Ă©tĂ©s dans mes descriptions des belles soirĂ©es sous les Ă©toiles. Ma voisine qui comme moi n’en est pas Ă  sa premiĂšre dizaine de Traviata, amoureuse de l’ouvrage et comme critique en a Ă©tĂ© d’accord : c’est la plus belle Traviata jamais vue ! Et pourtant celle de Ponnelle, Malfitano et Lombard  n’a Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ©e que de justesse


 

 

 

Orange, ChorĂ©gies 2016 : la sublime Traviata d’Ermonela Jaho

 

 

Violetta Valery est un personnage sublime et inoubliable. Mais hĂ©las trouver une trĂšs belle femme, fine et gracieuse Ă©voquant la fragilitĂ© des phtisiques est rarissime. Et la plupart des Traviata vocalement acceptables ne le sont pas du tout physiquement
 Et quand l’actrice bouscule tout (Natalie Dessay), la voix n’est pas lĂ  dans chacun des trois actes. Dirons nous que nous avons tout gagnĂ© avec la dĂ©fection de Diana Damrau ? Ce serait une muflerie mais cela pourrait ĂȘtre vrai

Si la voix d’Ermonela Jaho n’a pas la rondeur et la beautĂ© de certaines (Georghiu avec Solti ou Caballe au firmament avec PrĂȘtre), si elle n’a pas l’angĂ©lisme dans la rĂ©demption

 

 

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que certaines parviennent Ă  suggĂ©rer (De Los Angeles, Stratas, Cotrubas ), si le brillant n’a pas le pur diamant des soprano agiles (Gruberova, Moffo, Sutherland, Damrau), ce soir Ermolena a tout, absolument tout pour le rĂŽle. La beautĂ© de la femme, avec des bras d’une grĂące inouĂŻe, la franchise de l’actrice, la mĂ©lancolie sous les atours de la fĂȘte : tout cela tient de l’incarnation majeure. La dĂ©solation rendue par un jeu minimaliste, la maigreur du visage et l’oeil vide Ă  l’acte trois avec la transe finale est d’un gĂ©nie qui n’est pas sans Ă©voquer Callas. Cette Traviata ne peut se quitter des yeux et son absolu zĂ©nith est Ă  l’acte dernier qui est tout simplement anthologique.
L’évolution du personnage relĂšve une grande actrice aux facettes multiples. Femme de vie brillante mais dĂ©sespĂ©rĂ©e au prologue, amoureuse apaisĂ©e et digne Ă  l’acte un, femme du monde dĂ©truite a l’acte deux et femme faite Amour Ă  l’acte trois.

Vocalement Ermonela Jaho a les trois voix de la Traviata. Vocalises et trilles prĂ©cis avec aigus mais sans l’inutile contre-mi pour le prologue. Mais ce sont surtout les couleurs, les nuances et le phrasĂ© qui sont de grande classe belcantiste. Son slancio verdien, fait d’un phrasĂ© ample et souple sur un souffle infini rĂ©siste ce soir au mistral Ă  l’acte un. Son « Amami Alfredo » nous glace le sang. La maniĂšre royale dont elle domine sans efforts le grand final de l’acte deux appartient aux grands sopranos verdiens. Puis Ă  l’acte trois, c’est le drame fait voix, le jeux avec les voiles blancs et le vent, la fusion avec le chef et l’orchestre qui atteignent au sublime. Des sons filĂ©s aĂ©riens, ceux qui faisaient se pĂąmer les callassiens du paradis de la Scala, une longueur de souffle qui fait se distendre les phrases, abolissant le temps et l’espace. « Se una pudica vergine » est un moment magique, sous la nuit Ă©toilĂ©e avec un vent enfin apaisĂ©. Le piano flotte jusque sur la colline, et envahit le cƓur de la plus noire tristesse, inouĂŻe sensation de beautĂ© sublime…
Le travail pourtant trĂšs court (8 jours !) avec le chef a du ĂȘtre un coup de foudre musical tant maestro Rustoni a portĂ© au firmament du beau son d’orchestre pour cette Traviata lĂ .

Le dernier acte, et je le redis, tient du miracle. L’orchestre de Bordeaux-Aquitaine a Ă©tĂ© magnifique en tout. Il se pourrait bien en effet que ce trĂšs jeune chef, que l’opĂ©ra de Lyon va s’attacher Ă  la rentrĂ©e, ait des qualitĂ©s de brillant et de sĂ©rieux, un enthousiasme proche de la transe qui en fasse le meilleur chef verdien Ă  venir. Dirigeant pas cƓur, ce qui est bien utile dans le tempĂȘte venteuse de ce soir,  il dit toutes les paroles, a l’Ɠil sur chaque instrumentiste, ne semble pas lĂącher un seul instant les chanteurs ou le chƓur. L’élĂ©gance de sa direction et son charisme, sont ceux d’une trĂšs grand chef. Son sens du tempo exact avec toute la libertĂ© Ă  donner au chant, mais sans aucune complaisance ou mollesse, la maniĂšre dont il chauffe les nuances au plus loin, celle dont il obtient de l’orchestre des couleurs d’une richesse incroyable. Tout cela  trĂšs loin, de la grande guitare que de pauvres fous entendent dans le verdi de jeunesse. Il obtient une tension dramatique toujours entretenue et un rythme impeccable. Une Traviata de chef et de soprano au sommet aurait dĂ©jĂ  suffi Ă  notre plus grand bonheur. Il faut bien dire pourtant que tout le reste a Ă©tĂ© Ă  cette hauteur.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© est intelligente et sobre, les costumes de Diego MĂ©ndez Casariego  sont de toute beautĂ© ; ils prennent bien le vent. L’unique dĂ©cor reprĂ©sente un grand miroir symbole dans lequel Violetta se cherche un avenir et miroir de ses sentiments. Les projections sont pleines de symboles et peu nombreuses. Des gouttes d’eau comme des larmes pour la fin, un arbre tout feuillu qui meurt aprĂšs l’intervention de Germont pĂšre et des lustres pour le luxe des fĂȘtes mondaines.
Francesco Meli  est un Alfredo Ă©lĂ©gant et bien chantant, capable de tendresse comme d’emportements sans brutaliser son beau timbre. Annina, Anne-Marguerite Werster, Ă©meut par une belle compassion ainsi que le docteur Grendvilles de Nicolas Teste d’une trĂšs belle prĂ©sence vocale et scĂ©nique. Placido Domingo a toujours le mĂȘme plaisir Ă  chanter ; il a une formidable prĂ©sence sur scĂšne. Lui qui a Ă©tĂ© un Alfredo de rĂȘve est un Germont-pĂšre singulier. Il en remontre Ă  bien des barytons tout en gardant la lumiĂšre de son timbre. Dans les ensembles, le brillant lui permet de faire entendre trĂšs clairement sa ligne. Troublante Ă©coute car le pĂšre Germont est trĂšs proche d’Alfredo. Il incarne une parole populaire : l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions. Il est en effet un pĂšre plus qu’un bourreau mais accĂ©lĂšre le drame sans s‘en rendre compte. Placido Domingo obtient un succĂšs personnel trĂšs important de son public. Son charisme reste intact.
Les chƓurs sont beaux tant scĂ©niquement que vocalement. Ce qui est toujours impressionnant Ă  Orange, c’est l’homogĂ©nĂ©itĂ© obtenue par le mĂ©lange de trois chƓurs, Avignon, Nantes et Marseille, et l’absence de dĂ©calage sur toute la largeur de cette immense scĂšne.

Un trĂšs beau spectacle avec en vedette une Traviata proche de l’idĂ©al vocal et surtout scĂ©nique en la sensationnelle Ermonela Jaho, portĂ©e par un grand chef, Daniele Rustoni.
Signalons qu’Ermonela Jaho a Ă©tĂ© la Diva Assoluta des ChorĂ©gies 2016. Sa Butterfly ayant ravi tous les cƓurs au mois de juillet qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Vivement l’étĂ© prochain Ă  Orange !

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes et un prologue sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs le roman d’Alexandre Dumas fils, la Dame aux camĂ©lias ; Mise en scĂšne, Louis DĂ©siré  ; Assistants Ă  la mise en scĂšne, Jean-Michel Criqui et Didier Kersten ; ScĂ©nographie et costumes, Diego MĂ©ndez Casariego ; Assistants Ă  la scĂ©nographie et aux costumes, Nicolo Cristiano ; Eclairages, Patricc MĂ©eĂŒs ; Avec : Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Flora Bervoix, Ahlima Mhamdi ; Annina, Anne-Marguerite Werster ; Alfredo Germont, Francesco Meli ; Giorgo Germon, Placido Domingo ; Gastone di LetoriĂšres, Christophe Berry ; Il Barone Duphol, Laurent Alvaro ; Il Marchese d’Obigny, Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil, Nicolas Teste ; Guiseppe, Remy Mathieu ; ChƓur d’Angers-Nantes OpĂ©ra, chef de chƓur : Xavier Ribes ; ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, chef de chƓur : Aurore Marchand ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille, chef de chƓur : Emmanuel Trenque ; Orchestre National Bordeaux-Aquitaine ; Direction musicale : Daniele Rustoni.

Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev

Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. La vie reste notre bien le plus prĂ©cieux, la culture le clame trĂšs fort et tout concert annulĂ© est une victoire des oppresseurs de la vie libre. Ce concert a Ă©tĂ© dĂ©butĂ© dans un immense recueillement. L’acoustique inouĂŻe du ThĂ©Ăątre Antique est bien connue de Tugan Sokhiev aussi a-t-il pu obtenir des sonoritĂ©s Ă©vanescentes des cordes et un chant pianissimo du magnifique chƓur OrfeĂłn Donostiarra dĂšs les premiĂšres mesures. L’apparition des images de la voie lactĂ©e sur l’immense mur a proposĂ© un voyage dans l’imaginaire si riche du dessinateur et scĂ©nariste de bande dessinĂ©e Philippe Druillet. Ses dessins ont Ă©tĂ© projetĂ©s et animĂ©s sur les reliefs du mur du ThĂ©Ăątre antique. Les diffĂ©rentes Ɠuvres, telles  “Nosferatu” et “Lone Sloane”, ont ainsi accompagnĂ© le rĂ©cit du spectaculaire Requiem de Verdi.

Pour certains la distraction engendrĂ©e par la beautĂ© si particuliĂšre des dessins, leur violence et leurs couleurs envahissantes, a nui Ă  l’émotion musicale. Concert et spectacle Ă  la fois, il est dommage d’avoir eu Ă  choisir entre les projections sur le mur et la vision d’artistes engagĂ©s et tout particuliĂšrement la direction Ă  mains nues d’une grande beautĂ© de Tugan Sokhiev. France 3 offre Ă  partir du 27 juillet ainsi que Culture Box le film qui en a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en une solution hybride que nous souhaitons plus satisfaisante.

DIRECTION MAGISTRALE et TENOR EN GRÂCE. Musicalement le thĂ©Ăątre verdien de la Missa da Requiem a Ă©tĂ© portĂ© Ă  son apogĂ©e par la direction magistrale de Tugan Sokhiev. L’OrfeĂłn Donostiarra est un chƓur d’une ductilitĂ© totale et d’une beautĂ© confondante, du pianissimo le plus infime au forte le plus spectaculaire du Tuba Mirum. Le RRR roulĂ© des basses dans le Rex tremendae Majestatis prĂ©cĂ©dant la note est un exemple de cette terrible thĂ©ĂątralitĂ©. Le dosage parfait des nuances poussĂ©es Ă  leur maximum a Ă©tĂ© de bout en bout le fil rouge de l’interprĂ©tation. Les couleurs ont Ă©galement Ă©tĂ© d’une grande richesse dans le chƓur comme dans l’orchestre. Chaque tempo choisi a Ă©tĂ© habitĂ© et a semblĂ© Ă©vident. Le chƓur et l’orchestre ont Ă©tĂ© ainsi modelĂ©s Ă  main nue, par un chef inspirĂ© dans des phrasĂ©s amples et gĂ©nĂ©reux. Cuivres brillants, cordes soyeuses ou victorieuses, bois d’une grande dĂ©licatesse chaque pupitre a brillĂ©, jusqu’aux timbales et grosse caisse ! L’Orchestre du Capitole si riche en couleurs peut les exalter dans cette acoustique chatoyante.
Las, les solistes ont eu pour certains du mal Ă  habiter aussi bien leurs parties. La soprano italienne Erika Grimaldi,  venue en remplacement in extremis, ne bĂ©nĂ©fice pas d’une voix idĂ©ale pour cette terrible partie. Le timbre assez ingrat est affublĂ© d’un large vibrato. La voix n’est pas homogĂšne et les graves sont trop sourds. Dans le Libera me final, c’est son engagement qui lui a permis de conquĂ©rir in fine le succĂšs public. La mezzo soprano Ekaterina Gubanova a un timbre agrĂ©able et a su nuancer ses interventions avec art. Tout particuliĂšrement le dĂ©but du Lacrymosa trĂšs Ă©mouvant. La Basse Vitalij Kowaljow a Ă©tĂ© le seul Ă  dĂ©livrer un texte parfaitement comprĂ©hensible. Avec aplomb, il a tenu parfaitement sa partie d’une voix trĂšs homogĂšne et agrĂ©able jusque dans les emportements terribles. C’est Joseph Calleja, tĂ©nor extrĂȘmement attachant, qui a su trouver appui sur les vastes phrases proposĂ©es par Tugan Sokhiev, les habitant toutes jusqu’au fond de l’expressivitĂ©. EngagĂ©, concentrĂ© et d’une voix trĂšs touchante, le tĂ©nor, vĂ©ritable star vĂ©nĂ©rĂ©e dans son pays natal, Malte-, a su rejoindre l’orchestre et le choeur dans une Ă©motion musicale poignante. La beautĂ© du timbre, sa clartĂ© ont fait merveille tout du long et son Ingemisco a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące, comme la maniĂšre dont il aborde Hostias Ă©galement.
Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une magnifique interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. L’OrfeĂłn Donostiarra et l’Orchestre du Capitole n’ont fait qu’un avec la direction de Tugan Sokhiev. Cette musique si forte est apte Ă  accompagner la tristesse de notre Ă©poque dans les attaques faites Ă  notre mode de vie tout en mobilisant notre dĂ©sir de vie et d’accĂšs Ă  la beautĂ©.

Compte-rendu, concert. Orange.ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 Juillet 2016 : Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem ; Solistes: Erika Grimaldi, soprano ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse ; ChƓur de l’OrfeĂłn Donostiarra, chef de choeur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.