COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idĂ©es convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui Ă©taient ce soir prĂ©sents, sont capables de se faire une idĂ©e personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mĂ©priser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue prĂ©cocement. Certes il a bĂ©nĂ©ficiĂ© dĂšs ses 37 ans d’une pension Ă  vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est rĂ©guliĂšrement jouĂ© mais ne bĂ©nĂ©ficie pas du succĂšs de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius Ă  Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dĂšs les premiĂšres mesures dans un son mystĂ©rieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvĂ© un parfait accord qui s’est amplifiĂ© tout au long de leur majestueuse interprĂ©tation. Joseph Swensen connait bien les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrĂ©dients pour oser une interprĂ©tation qui restera dans les mĂ©moires. Il fait tonner l’orchestre, obtient Ă©galement des nuances d’une grande subtilitĂ©, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste corĂ©enne. La modernitĂ© de ce concerto et la puissance qu’il recĂšle ont Ă©tĂ© admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande dĂ©licatesse participe Ă  cette fĂȘte. Sa sonoritĂ© personnelle est pleine, pure et dĂ©licatement nuancĂ©e, les phrasĂ©s sont amples et la virtuositĂ© crĂąnement maĂźtrisĂ©e. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempĂ©tueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilĂšne du second mouvement est pleine de paix et de beautĂ©. Mais c’est le dansant troisiĂšme mouvement qui gagne en expressivitĂ© et en originalitĂ© sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernitĂ© dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La dĂ©licate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en rĂ©ponse aux acclamations du public et offre un dĂ©licat bis de Bach abordĂ© avec une grande puretĂ©, un peu dĂ©sincarnĂ©e. AprĂšs sa volcanique interprĂ©tation du concerto, ce retour vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă©tait bienvenu.

Pour la deuxiĂšme partie du concert la premiĂšre symphonie de Sibelius semble avoir Ă©tĂ© composĂ©e pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumiĂšre leurs belles qualitĂ©s. DĂšs les premiĂšres notes du clarinettiste David Minetti, une magie mĂ©lancolique bouleversante a Ă©mu le public. Tant de beautĂ© dans ce solo : ce phrasĂ© ample et si finement nuancĂ© est d’une magie rare. La suite n’a Ă©tĂ© que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen trĂšs inspirĂ© qui ira jusqu’à chanter certains thĂšmes. L’orchestre en osmose donne Ă  cette partition toute sa modernitĂ© et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et cĂ©leste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasĂ©s sont creusĂ©s profondĂ©ment ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblĂ© beaucoup apprĂ©cier.
Lorsque le chef est ainsi inspirĂ© et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son dĂ©sir d’apprendre Ă  aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprĂštes. Une intĂ©grale des symphonies de Sibelius par Swensen Ă  Toulouse, Ă  la maniĂšre de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idĂ©e. Le public semble prĂȘt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, les 29 sept * et 8 oct 2019. BELLINI : NORMA. REBEKA, KOLONITS, DEHAYES, BISANTI.

7 - Norma - Airam Hernandez (Pollione), Klara Kolonits (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco MaglioccaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 29 septembre * et le 8 octobre. V. BELLINI. NORMA. A. DELBE. M. REBEKA. K. KOLONITS. K. DEHAYES. A. HERNADEZ. G. BISANTI. Ouvrir la saison nouvelle 2019 2020 du Capitole avec Norma relĂšve du gĂ©nie. Salles combles, public subjuguĂ©, succĂšs total. Une sainte trilogie que tout directeur de salle rĂȘve un jour de vivre. Christophe Gristi a rĂ©ussi son pari. Car il en faut du courage pour monter Norma et trouver deux cantatrices capables de faire honneur au rĂŽle. Nous avons eu la chance d‘avoir pu admirer les deux distributions. En dĂ©butant par Klara Kolonits, nous avons pu dĂ©guster la douceur du timbre, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la longueur de souffle de sa Norma. Sa blondeur donne beaucoup de lumiĂšre dans le duo final lorsque la bontĂ© et le sacrifice de Norma trouvent des accents sublimes. Norma, la dĂ©esse cĂ©leste, trouve dans l’incarnation de Kolonits, une beautĂ© douce et lumineuse d’une grande Ă©motion. Mais c’est sa consƓur, Marina Rebeka qui est une vĂ©ritable incarnation de Norma, dans toutes ses dimensions de cruautĂ©, de violence, de grande noblesse et de puretĂ© recherchĂ©e dans le sacrifice. (Photo ci dessus : Klara Kolonits et Airam Hernandez).

Au Capitole deux sensationnelles Norma et une sublime Adalgise :
c’est Bellini qui ressuscite.

9.1 - Norma - Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

La voix est d’une puissance colossale. La noirceur dont elle sait colorer un timbre trĂšs particulier rappelle d’une certaine maniĂšre La Callas dans son rĂŽle mythique. La voix large et sonore sur toute la tessiture sait trouver des couleurs de camĂ©lĂ©ons, ose des nuances affolantes ; les phrasĂ©s sont absolument divins. L’art scĂ©nique est tout Ă  fait convainquant et sa Norma sait inspirer la terreur, l’amour ou la pitiĂ©. Marina Rebeka est une Norma historique semblant rĂ©vĂ©ler absolument toutes les facettes vocales et scĂ©niques de ce personnage inoubliable.

En face de ces deux Norma, la blonde et la brune, la douceur et l’engagement amical de l’Adalgise de Karine Deshayes, sa constance sont un vĂ©ritable miracle. La voix est d’une beautĂ© Ă  couper le souffle sur toute la tessiture. Les phrasĂ©s belcantistes sont d’une infinie dĂ©licatesse. Les nuances, les couleurs sont en constante Ă©volution. Le chant de Karine Deshayes est d’une perfection totale. Le jeu d’une vĂ©ritĂ© trĂšs Ă©mouvante. Les duos avec Norma ont Ă©tĂ© les vĂ©ritables moments de grĂące attendus. Le « mira o Norma » arracherait des larmes Ă  des rocs.

 

 

9 - Norma - Karine Deshayes (Adalgisa), Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

En Pollione , Airam HernĂĄndez s’affiche avec superbe. La voix puissante est celle du hĂ©ros attendu et le jeu de l’acteur assez habile dans le final donne de l’épaisseur au Consul ; ce qui le rend Ă©mouvant. Le timbre est splendide. MĂȘme si le chant parait plus robuste que subtil, l’effet est rĂ©ussi. En Oroveso, BĂĄlint SzabĂł remporte la palme du charisme, vĂ©ritable druide autoritaire dont le retournement final fait grand effet. L’autre titulaire du rĂŽle, Julien VĂ©ronĂšse ne dĂ©mĂ©rite pas mais est plus modeste de voix comme de prĂ©sence, plus jĂ©suite que druide. La Clotilde d’Andrea Soare a un jeu remarquable et une voix claire et sonore qui tient face aux deux Norma si puissantes vocalement. L’orchestre du Capitole mĂ©rite des Ă©loges tant pour la beautĂ© des solos que pour son engagement total tout au long du drame.

Il faut dire que la direction de Giampaolo Bisanti est absolument remarquable. Il vit cette partition totalement et la dirige avec amour. Il en rĂ©vĂšle le drame poignant dans des gestes d’une beautĂ© rare. Il a une prĂ©cision d’orfĂšvre et une finesse dans le rubato tout Ă  fait fĂ©line. Il ose des forte terribles et des pianissimi lunaires.

Dans les duos des dames, il atteint au gĂ©nie sachant magnifier le chant sublime des deux divas. Le rĂȘve romantique a repris vie ce soir et Bellini a Ă©tĂ© magnifiĂ© par l’harmonie entre les musiciens, le chef et les solistes. Les chƓurs ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sents dans un chant gĂ©nĂ©reux et engagĂ©.

TRISTE MISE EN SCENE… La tristesse de la mise en scĂšne n’est pas arrivĂ©e Ă  cacher le plaisir des spectateurs. Pourtant quelle pauvretĂ©, quelle ineptie de faire dire un texte oiseux en français sur la musique avec la voix du pĂšre Fouras
 Pas la moindre poĂ©sie dans les dĂ©cors, du mĂ©tal froid, des pendrillons fragiles, des costumes d’une banalitĂ© regrettable. Qu’importe la ratage de l’entrĂ©e de Norma trop prĂ©coce, le final sans grandeur, ces chƓurs et ces personnages visibles sans raisons, la musique a tout rattrapĂ©.  Cela aurait pu me donner envie de prendre un permis de chasse pour certaine bĂȘte cornue ridicule et peut ĂȘtre pour le possesseur du tĂ©lĂ©phone coupable de sonner et pourquoi pas pour celles qui ne savent pas laisser Ă  la maison, semainiers et autres bracelets. Ce n’est jamais trĂšs agrĂ©able ces sons mĂ©talliques mais dans cette Norma musicalement si subtile, ce fĂ»t un vĂ©ritable crime.
Qu’importe ces vilains vĂ©niels, le succĂšs de cette ouverture de saison capitoline va rester dans les mĂ©moires !

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 29 septembre* et le 8 octobre 2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Norma ;  OpĂ©ra  en deux actes ; Livret  de Felice Romani ; CrĂ©ation  le 26 dĂ©cembre 1831 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production ; Anne DelbĂ©e,  mise en scĂšne ; Émilie DelbĂ©e,  collaboratrice artistique ; Abel Orain  dĂ©cors ; Mine Vergez,  costumes ; Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Marina Rebeka / KlĂĄra Kolonits*,  Norma ; Karine Deshayes,  Adalgisa ; Airam HernĂĄndez,  Pollione ; BĂĄlint SzabĂł / Julien VĂ©ronĂšse*,  Oroveso ; Andreea Soare,  Clotilde ; François Almuzara,  Flavio ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani  direction ; Orchestre national du Capitole ; Giampaolo Bisanti, direction musicale / Photos : © Cosimo Mirco Magliocca / ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 25 sept 2019. RĂ©cital E. LEONSKAJA, piano. Beethoven.

leonkaja-elisabeth-piano-jacobins-recital-concert-classiquenews-critique-pianoCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 25 septembre 2019. BEETHOVEN. E. LEONSKAJA. Nous avons eu la chance cette annĂ©e de pouvoir Ă©couter plusieurs grands pianistes capables de se lancer dans une intĂ©grale des sonates de Beethoven au concert, en plus d’admirables versions isolĂ©es bien entendu. Mais ce soir ce qui vient Ă  l’esprit de plus d’un, est de savoir comment la grande Elisabeth Leonskaja va s’y prendre pour jouer en un concert les trois derniĂšres sonates de Beethoven. Les banalitĂ©s fusent dans le milieu du piano classique comme celle de dire qu’à cet Himalaya du piano est dĂ» un respect admiratif qui frise la dĂ©votion. Disons le tout de go : la Leonskaja se transforme en Lionne-Sakja et ne fait qu’une bouchĂ©e de cet Himalaya. Daniel Barenboim a une tout autre attitude lui qui, Ă  la Philharmonie de Paris, nous a rĂ©galĂ©s dans d’autres sonates par un patient travail sur le style, les couleurs, le toucher exact entre classicisme et romantisme. François FrĂ©dĂ©ric Guy Ă  La Roque d’AnthĂ©ron est tout entier au service du message beethovĂ©nien, si humain et Ă©mouvant par la lutte qu’il a menĂ© pour vivre en sa dignitĂ© de gĂ©nie mutilĂ©. Elisabeth Leonskaja arrive en majestĂ© sur la scĂšne du cloĂźtre des Jacobins.

LA LIONNE-SKAJA FACE À BEETHOVEN EN SON HIMALAYA

Elle demandera au public une concentration extrĂȘme en jouant d’affilĂ©e les trois derniĂšres sonates sans entracte. Le choc a Ă©tĂ© atomique. En Lionne affamĂ©e, elle se jette sur les sonates et avec voracitĂ©, ose les malmener pour en extraire une musique cosmique. Comme une lionne qui le soir aprĂšs la chasse, aprĂšs s’ĂȘtre repue et s’ĂȘtre dĂ©saltĂ©rĂ©e au fleuve, regarde le ciel et tutoie les Ă©toiles dans un geste de dĂ©fi inouĂŻ. La grandeur de la vie avec sa finitude qui exulte face Ă  l’immanence ! De ce combat, il n’est pas possible de dire grand chose comme d’habitude ; dĂ©crire des mouvements, des thĂšmes, des dĂ©tails d’interprĂ©tation en terme de nuances, couleurs, touchĂ©s, phrasĂ©s.
 Si une intĂ©grale en disques se fait dans cette condition d’urgence, il sera possible d’analyser Ă  loisir. Pour moi ce soir est un dĂ©fit lancĂ© par la Grande Musicienne au public et Ă  la critique : osez seulement dire quelque chose aprĂšs ça ! Oui Madame j’ose dire que votre grande carriĂšre est couronnĂ©e par cette audace interprĂ©tative. Nous avons beaucoup aimĂ© vos concertos de Beethoven avec Tugan Sokhiev les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes ; nous attendons l’intĂ©grale promise en CD.
Nous savons que vous enregistrez beaucoup et en mĂȘme temps pas assez pour vos nombreux admirateurs. Nous avions eu la chance de nous entretenir avec vous et vous nous aviez dit que pour vous la plus grande qualitĂ© de l’interprĂšte est de savoir donner sans compter tout au long de sa carriĂšre. Ce soir, vous avez donnĂ© sans retenue, sans prudence, sans le garde-fou de la recherche d’exactitude stylistique.

Ce concert a Ă©tĂ© hors normes. Vous avez prouvĂ© une nouvelle fois que Sviatoslav Richter, qui vous a admirĂ©e dĂšs vos dĂ©buts, avait vu juste. Il savait que vous aviez cette indomptabilitĂ© totale tout comme lui. Le tempo, les nuances, la pĂąte sonore, la texture harmonique ; vous avez tout bousculĂ©, tout agrandi, tout magnifiĂ© et Beethoven en sort titanesque et non plus simplement humain. Une musique des sphĂšres, d’au-delĂ  de notre systĂšme d’entendement et pourtant jouĂ©e par deux mains de femme et composĂ©e par les deux mains d’un simple mortel. Ce fĂ»t un choc pour le public, un choc salvateur pour sortir d’une Ă©coute Ă©lĂ©gante, polie et qui endort les angoisses de l’ñme. Ce soir, de cette salvatrice bousculade Ă©motionnelle vous pouvez ĂȘtre fiĂšre. Vous avez tutoyĂ© le cosmos et nous avons essayĂ© de vous suivre. Bravo ; SacrĂ©e LIONNE-SKAJA.

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 25 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 30 en mi majeur, Op.109 ; Sonate pour piano n° 31 en la bĂ©mol majeur, Op.110 ; Sonate pour piano n° 32 en ut mineur Op.111 ; Elisabeth Leonskaja, piano. Photo d’ Elisabeth-Leonskaja-©Marco-Borggreve

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 24 sept 2019. RĂ©cital P. BIANCONI, piano. BRAHMS. DEBUSSY


COMPTE-RENDU, concert. Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 24 septembre 2019. BRAHMS. DEBUSSY. SCHUMANN. P. BIANCONI. Le pianiste français Philippe Bianconi a une extraordinaire carriĂšre internationale mais reste fidĂšle Ă  son public toulousain. Il ne cesse de dĂ©velopper son jeu et assume avec une grande musicalitĂ© bien des pans du rĂ©pertoire. Ses derniers enregistrements chez Dolce Volta de Debussy et Schumann sont absolument magnifiques. Ce soir Ă  ces deux compositeurs d’élection, il a ajoutĂ© les Fantaisies du vieux Brahms. Avec des moyens considĂ©rables Philippe Bianconi a offert toute la dimension symphonique et intimiste que les pages brahmsiennes peuvent contenir. La texture noble et les harmonies complexes ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par ce jeu souverain.

Philippe Bianconi, la délicate musicalité du poÚte

BIANCONI concert piano critique classiquenews Philippe-Bianconi-©William-BeaucardetEnsuite les Etudes de Debussy reprĂ©sentent Ă  la fois un hommage Ă  Chopin et une recherche d’expression puissante qui rappelle que ces pages ont Ă©tĂ© Ă©crites durant la premiĂšre guerre mondiale par un Debussy abattu par la tournure des Ă©vĂ©nements. La clartĂ© du toucher de Philippe Bianconi est bien connue. Son jeu permet de percevoir tous les plans, toutes les couleurs et toutes les nuances avec une prĂ©cision de chaque instant. Les difficultĂ©s techniques parfois redoutables sont assumĂ©es avec une impression de grande facilitĂ©. La modernitĂ© de la partition en est magnifiĂ©e. AprĂšs l’entracte Philippe Bianconi va sur les terres oĂč il excelle : celles de Schumann. Les cinq variations posthumes sont des pages injustement retranchĂ©es par Schumann Ă  ces variations symphoniques tant leur beautĂ© est grande. IsolĂ©es ainsi, elles sont trĂšs dĂ©monstratives de la variĂ©tĂ© de styles de Robert Schumann. Philippe Bianconi en rĂ©vĂšle toute la poĂ©sie et tout particuliĂšrement lorsqu’il fait chanter son piano de la plus belle maniĂšre, dans des nuances d’une grande subtilitĂ©. C’est lĂ  que la dimension poĂ©tique rare de son jeu exulte. Les deux derniĂšres variations sont Ă  ce titre les plus extraordinaires en leur simplicitĂ© belcantiste pleine de poĂ©sie. Puis la Fantaisie en ces trois mouvements nous entraĂźne plus avant dans la beautĂ© totale du jeu de Philippe Bianconi. Les respirations qu’il y met en jouant nous donnent l’impression d’une grande libertĂ© et d’une belle facilitĂ©.
Le souffle romantique qui habite la partition trouve dans l’interprĂ©tation de ce soir toute la flamme que Schumann essayait de contraindre lorsque le pĂšre de Clara interdisait aux amoureux toute forme de contact. Cette fantaisie est l’exemple le plus rĂ©ussi de la tentative d’union de tous les penchants opposĂ©s de l’ñme de Schumann entre contemplation et action, rĂ©volte et abattement, amour fou et dĂ©sespoir total, amour-fusion et sentiment d’abandon.
La grande beautĂ© de ce monde si complexe trouve Ă  s’épanouir dans une souplesse et une Ă©lĂ©gance de chaque instant. Philippe Bianconi livre la dimension poĂ©tique de cette partition Ă  travers le filtre de son Ăąme de poĂšte. Le public enthousiasmĂ© par ce jeu si Ă©vident fait une triomphe Ă  Philippe Bianconi qui gĂ©nĂ©reusement offre deux bis sublimes ; d’abord une Ile joyeuse de Debussy d’une totale libertĂ© et dans une clartĂ© radieuse ; et un peu de Chopin pour nous rappeler quel extraordinaire interprĂšte il est Ă©galement du compositeur polonais. Un concert marquĂ© par une poĂ©sie particuliĂšre surtout celle de Schumann mais Ă©galement la force et la rĂ©volte de Debussy en pleine guerre. Une autre  forme d’excellence ce soir Ă  Piano aux Jacobins avec Philippe Bianconi en poĂšte inspirĂ©.

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‹Compte-rendu concert. Toulouse. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 24 septembre 2019.  Johannes Brahms (1833-1897) : Fantaisies Op. 116 ; Claude Debussy (1862-1918) : Etudes-Livre II ; Robert Schumann (1810-1856) : Cinq variations posthumes Op.13 ; Fantaisie en ut majeur Op.17/ Philippe Bianconi, piano. Photo : Philippe-Bianconi © William-Beaucardet

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM. Pour ce 40Ăšme festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succĂšdent Ă  un rythme soutenu et mĂȘme en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelĂ©e, ( cf. nos quatre compte rendus JACOBINS 2019 prĂ©cĂ©dents), semble un miracle de stabilitĂ© dans notre monde en folie : une diffĂ©rente sorte d’excellence chaque soir !  De telles soirĂ©es aident Ă  supporter les journĂ©es 
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Adam Laloum aux Jacobins

poÚte sensible habité par la musique.

laloum piano harald hoffmann concert critique classiquenewsAdam Laloum est peut-ĂȘtre parmi ces immenses pianistes celui qui se tient Ă  une place Ă  part, celle du coeur. Du moins pour moi ce concert l’aura Ă©tĂ©. Je connais bien la musicalitĂ© fine de ce pianiste depuis bientĂŽt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis Ă©merveillĂ©. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le rĂ©cent festival de Lagrasse le montre en dĂ©licat chambriste, son rĂ©cent concert de concertos de Mozart Ă  la Roque d’AnthĂ©ron en a Ă©bloui plus d’un par sa musicalitĂ© mozartienne Ă©panouie, (concert Ă  la rĂ©Ă©coute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste CloĂźtre des Jacobins aprĂšs tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un rĂ©pertoire qui lui convient Ă  la perfection. Ce concert est frĂšre de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert.
La Sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une Ɠuvre de la maturitĂ© de toute beautĂ©. Le grand final en forme de fugue est une vĂ©ritable apothĂ©ose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualitĂ© de nuances et de couleurs d’une infinie variĂ©tĂ©. Le Beethoven de Laloum a toujours la primautĂ© du sens sans rien lĂącher sur la forme. Il cisĂšle chaque phrase et l’enchĂąsse dans le mouvement puis dans la sonate entiĂšre. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilitĂ© qu’il apporte au public, sont des qualitĂ©s bien rares. À prĂ©sent la pĂąte sonore d’Adam  Laloum a gagnĂ© en richesse. La beautĂ© des sons surtout l’ambitus sont proprement incroyables. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence font penser Ă  l’orgue.

AprĂšs cet hommage au vĂ©ritable pĂšre de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le dĂ©but dans une nuance piano aĂ©rienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse. PiĂšce rarement jouĂ©e en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualitĂ©s d’Adam Laloum. Il en avait dĂ©jĂ  offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprĂ©tation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’oeuvre et sa fantaisie dĂ©bridĂ©e nĂ©cessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois Ă  propos avec une beautĂ© Ă  couper le souffle. Un vrai engagement d’interprĂšte et une virtuositĂ© totalement maitrisĂ©e rendent l’instant sublime.

Mais ce qui va vĂ©ritablement faire chavirer le public est son interprĂ©tation unique de l’avant derniĂšre sonate de Schubert. La D.959 est jouĂ©e avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxiĂšme mouvement chante le bonheur Ă  portĂ©e de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum 
 une deuxiĂšme vie. Les nuances sont subtilement dosĂ©es et le cantabile se dĂ©ploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plĂ©nitude incroyable. Jamais de duretĂ© ni d’aciditĂ©. Toujours une onctuositĂ© belcantiste. Ce deuxiĂšme mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempĂȘte centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraĂźne dans quelques danses qui deviennent vĂ©ritablement fougueuses et heureuses Ă  force de tournoyer sur elles mĂȘme dans des variations que l’on aimerait perpĂ©tuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaietĂ© et d’envie de vivre. Tout coule, avance ; les nuances pleinement assumĂ©es, les phrasĂ©s variĂ©s Ă  l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mĂ©lancolie. Aujourd’hui, Adam Laloum est probablement le plus Ă©mouvant interprĂšte de Schubert. Un vrai compagnon d’ñme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des schubertiades. Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient Ă  Schubert. Un vrai bonheur partagĂ© !

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano. Photo : © Harald-Hoffmann

LIRE aussi

Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

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COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A.MOZART. F.SCHUBERT, D.FRAY.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A. MOZART. F. SCHUBERT, D.FRAY. Quelle diffĂ©rence de prĂ©sentation du jeune pianiste Ă  son public toulousain entre son dernier concert Ă  la Halle aux Grains en novembre 2018, dans les concertos de Bach pour plusieurs claviers et ce soir 
 dans ce rĂ©cital solo aux Jacobins. Si la joie et l’enthousiasme dominaient sa derniĂšre apparition, ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins, c’est un homme sombre et tendu qui se met au clavier. Le choix du programme a dĂ» avoir son importance car les trois partitions de Mozart qui ouvrent le programme sont trĂšs particuliĂšres. Toutes trois font partie des derniĂšres piĂšces Ă©crites par Mozart pour son cher piano et si il est acquis que Mozart n’est pas vu comme un compositeur rĂ©volutionnaire, ce rondo en la mineur et surtout cette fantaisie en do mineur dans leur isolement sont des oeuvres Ă©minemment personnelles dĂ©jĂ  par leurs tonalitĂ©s mineures mais aussi dans leur forme.

Piano romantique aux Jacobins


David Fray chantre du  Sturm und Drang

David-Fray-©Paolo-RoversiEt la Sonate n°14 contemporaine de la Fantaisie n’est pas si classique tant elle est traversĂ©e par une mĂ©lancolie profonde. David Fray en musicien sensible semble gagnĂ© par une inquiĂ©tude que son jeu magnifie. La Fantaisie est plus ombreuse que lumineuse et la Sonate se garde bien de paraĂźtre aimable. Le tragique est tapis dans l’ombre mĂȘme lorsque la lumiĂšre luit. Les graves sont nobles et profonds et le chant se fait trĂšs sensible et douloureux par moments. Un peu de duretĂ© se perçoit dans certains accords surtout dans le final de la sonate, tant le tragique domine cette interprĂ©tation. En DeuxiĂšme partie de programme le Rondo de Mozart est Ă©galement rempli de drame mais devient plus aimable. Le Mozart de David Fray, celui de ces Ɠuvres lĂ , est donc grave, inquiet et trĂšs mĂ©lancolique. Comme si le Sturm und Drang avait pris une place centrale. Bien que ce mouvement littĂ©raire n’ai pas durĂ© bien longtemps, la musique si profonde de Mozart en est l’exemple musical le plus probant. D’autres diraient que cette musique est prĂ©-beethovĂ©nienne…  Je trouve cela trop rĂ©ducteur pour chacun des deux gĂ©nies.  La Sonate n°16 de Schubert est plus Ă©quilibrĂ©e entre joie et peines. Elle permet davantage de surprises au dĂ©tours des changements de tonalitĂ©s. David Fray qui aime tant Schubert, sait le jouer avec cette libertĂ© du promeneur qui se laisse sĂ©duire par le paysage, oubliant sa solitude humaine fondamentale. Voici donc un dĂ©but de concert trĂšs sombre qui Ă©volue vers davantage de lumiĂšre. Le public trĂšs aimant lui fait un vrai triomphe et dans les 3 bis David Fray se (et nous) rĂ©conforte avec du Bach qui semble lui apporter paix et joie. Trois Ɠuvres sublimes apportant la sĂ©rĂ©nitĂ© et rendant le sourire au pianiste.

Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en do mineur KV.475 ; Sonate pour piano n°14 en do mineur KV.457 ; Rondo en la mineur K.511 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°16 en la mineur D.845. David Fray, piano. Photo : David Fray © Paolo-Roversi

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, Jacobins, le 17 sept 2019. Récital N. ANGELICH, piano. PROKOFIEV. BRAHMS. 

ANGELICH-Nicolas-concert-critique-concert-piano-par-classiquenews-angelich-nicolas-recital-chopin-concert-antheron-la-roque-critique-concert-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 17 septembre 2019.S. PROKOFIEV. J. BRAHMS. N. ANGELICH. Nicholas Angelich est un grand homme. Taille haute certes mais surtout piano portĂ© vers les plus hauts sommets de l’art. Le rĂ©cital de Nicholas Angelich ce soir est marquĂ© par une puissance expressive peu commune. Le colosse Ă  l’Ăąme sensible nous a livrĂ© dans un programme audacieux, une leçon d’interprĂ©tation de la musique de Prokofiev peu commune. Les Visions Fugitives qui ouvrent son programme sont un vĂ©ritable kalĂ©idoscope de sonoritĂ©s variĂ©es, de nuances extrĂȘmes, de virtuositĂ© mise au service d’une expressivitĂ© totale. Les visions se dĂ©roulent dans une fluiditĂ© constante. Cela parle de l’enfance, des pulsions qui s’expriment et de la recherche de quelque chose qui Ă©chappe. La richesse de l’Ă©criture pour piano de Prokofiev exulte sous ses doigts qui peuvent tout.

Angelich le magnifique !

Puis le sommet de la musicalitĂ© dont Angelich peut nous rĂ©galer se rĂ©vĂšle dans la transcription du ballet RomĂ©o et Juliette que Prokofiev a composĂ©. L’art du piano semble sublimĂ© par la beautĂ© des thĂšmes et la richesse de ce ballet vĂ©ritablement gĂ©nial. Ces dix piĂšces ne reprennent pas exactement les suites pour orchestre que Prokofiev a tirĂ© si habilement de son Ballet. Rien qu’en raison de ces trois suites d’orchestre et de cette transcription pour piano la richesse de ce ballet est exceptionnelle.
Samedi l’orchestre du Capitole et Tugan Sokhiev nous subjuguaient dans les piĂšces pour orchestre des suites 1 et 2 : lire notre compte-rendu. Nicholas Angelich, avec ces dix piĂšces Ă©crites d’une maniĂšre sublime pour la piano, nous accompagne  dans ce drame si bouleversant avec Ă©motion. L’art du pianiste est Ă  son sommet. Tout coule sous ses doigts avec une facilitĂ© dĂ©concertante. Les nuances, les couleurs, les phrasĂ©s parfaitement ciselĂ©s et une vivacitĂ© rythmique de chaque instant, magnifient la superbe partition. C’est Ă  la fois du grand piano, de la grande musique inventive et riche et 
 du drame poignant. Une sorte de magie se dĂ©gage de la fin de la transcription sur le thĂšme si subtile du poison qui au piano sonne particuliĂšrement bien. Le public applaudit Ă  tout rompre ce gĂ©ant si sensible.

En deuxiĂšme partie de programme, Angelich nous offre une interprĂ©tation brillante et puissante des variations de Brahms sur le thĂšme fleuri de HaĂ«ndel. L’art de la variation dans ses possibilitĂ©s le plus riches rencontre un interprĂšte inspirĂ© et aux moyens phĂ©nomĂ©naux pliĂ©s Ă  la plus fine musicalitĂ©. Quelle extraordinaire discipline mentale qui jamais ne cherche Ă  briller personnellement mais qui met tout son art au service de la beautĂ© de la partition. Nicholas Angelich est un artiste intĂšgre qui ce soir nous offre un programme somptueux, peut-ĂȘtre un peu difficile, mais qui Ă©lĂšve le public sur des sommets peu frĂ©quentĂ©s. Un grand merci monsieur Angelich pour tout cela.

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Compte-rendu, concert. 40 Úme Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 17 septembre 2019. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Visions Fugitives Op.22 ; Roméo et Juliette, dix piÚces pour piano Op.75 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thÚme de Haëndel, Op.24 ; Nicholas Angelich, piano. Illustration : DR

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV.  

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV. La rentrĂ©e de l’Orchestre du Capitole de Toulouse est toujours un Ă©vĂ©nement attendu. Cette annĂ©e il a semblĂ© un instant que le public venu si nombreux n’allait pas pouvoir entrer dans la vaste Halle-aux-Grains. Mais tout c’est bien passĂ© ; l’orchestre a pu s’installer au centre d’un public serrĂ©, attentif et heureux. Il n’est plus trĂšs bien vu de dire les qualitĂ©s de cette salle de concert depuis qu’un projet de nouvel auditorium a pris vie. Mais l’un n’empĂȘche pas l’autre et certes cette salle a ses limites mais elle a aussi de vraies qualitĂ©s. Ce soir la tempĂ©rature idĂ©ale a permis de sortir de la torpeur de la ville et de se prĂ©parer au concert. Cette prĂ©sence du public de toutes parts permet Ă  l’Orchestre de bien sentir sa prĂ©sence.

Capitole de Toulouse

Somptueuse ouverture de saison

Et tous les points du vues sur l’orchestre ont leur intĂ©rĂȘt. Y compris dos Ă  l’orchestre oĂč le chef est vu de face. AprĂšs un Ă©tĂ© passĂ© Ă  beaucoup Ă©couter de concerts en plein air (pĂ©riode des festivals de l’étĂ©), il est rĂ©confortant de bĂ©nĂ©ficier de l’acoustique de la Halle-au-Grains. Acoustique sĂšche et qui permet une Ă©coute analytique de dĂ©tails; qui demande Ă  l’orchestre beaucoup d’efforts mais qui met en valeur ses grandes qualitĂ©s. De mĂȘme le pianiste peut oser des nuances subtiles car tout s’entend. Nous avons donc eu une interprĂ©tation absolument merveilleuse du deuxiĂšme concerto de Rachmaninov. Le jeune pianiste Behzod Abduraimov, est connu des toulousains et apprĂ©ciĂ©. Son jeu est flamboyant, nuancĂ©, colorĂ© et trĂšs prĂ©cis. Il dĂ©marre le concerto en dosant parfaitement les premiers accords dans un crescendo gĂ©nĂ©reux ; la rĂ©ponse de l’orchestre est d‘emblĂ©e parfaitement Ă©quilibrĂ©e, permettant de ne pas perdre une note du pianiste. Quelle diffĂ©rence avec ce mĂȘme concerto entendu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron cet Ă©tĂ©, voir notre compte rendu critique : Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov par Lukas Geniusas, le 8 aout 2019.
L’Orchestre du Capitole est en pleine forme, concentrĂ© et d’allure dĂ©tendue. La musique coule avec une Ă©nergie maitrisĂ©e mais gĂ©nĂ©reuse. Tugan Sokhiev est aux petits soins pour le pianiste, il regarde constamment le jeune homme afin de suivre son jeu. Il rĂ©gule chaque instrumentiste demandant Ă  plusieurs reprises aux violons de jouer moins fort. Le rĂ©sultat est trĂšs, trĂšs beau. Et cette rare alchimie rĂ©unissant la musicalitĂ© du pianiste, du chef et de l’orchestre se produit miraculeusement ce soir. Le piano est souverain, le geste du chef est minimaliste mais il semble s’adresser Ă  chacun ; les musiciens de l’orchestre sont capables de moments solo d’une rare perfection et rĂ©agissent Ă  chaque inflexion de Tugan Sokhiev qui dirige de tout son corps semblant danser. Le concerto de Rachmaninov si galvaudĂ© par le cinĂ©ma retrouve sa place de chef d’Ɠuvre absolu du genre concerto symphonique. Un rĂ©gal de chaque instant que le public dĂ©guste en sachant le prix fabuleux que reprĂ©sente le fait d’ĂȘtre lĂ  ce soir.

sergei-prokofievLa deuxiĂšme partie du concert me permet de vivre un grand moment trĂšs attendu. Je me souviens d’un concert de 2003 dans lequel Tugan Sokhiev avait Ă©bloui en dirigeant les deux suites de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev. Ce soir le bonheur est complet car le choix du chef est de jouer intĂ©gralement la deuxiĂšme suite et de poursuivre avec deux moments de la premiĂšre suite qui lui permettent de terminer sur l’extraordinaire mort de Tybalt. L’ñpretĂ© du dĂ©but fixe chacun Ă  son siĂšge. La violence, la puissance de destruction des Capulet et des Montaigu est aveuglante. La puretĂ© de Juliette, la douleur de RomĂ©o au tombeau sont des moments de thĂ©ĂątralitĂ© inoubliables. Cette partition est magnifique, chaque mesure trouve sa fonction dans cette dramaturgie implacable sous la direction trĂšs inspirĂ©e d’un Tugan Sokhiev en Ă©tat de grĂące. Et l’orchestre lui aussi semble hallucinĂ© et pris dans une musique d’une profondeur abyssale. La modernitĂ© de la partition a Ă©tĂ© reprochĂ©e Ă  Prokofiev par les Soviets, c’est Ă  juste titre car la musique fait prendre conscience de la puissance des totalitarismes, ici familiaux. Impossible sans en dĂ©naturer le souvenir d’en dire davantage tant chaque seconde a Ă©tĂ© un enchantement.
Les gestes de Tugan Sokhiev sont d’une beautĂ© envoĂ»tante. Il devient beaucoup plus minimaliste mais si prĂ©cis, si charismatique que le rĂ©sultat musicale est sidĂ©rant d’évidence. Les instrumentistes se surpassent : le cor, les bois, le saxophone, les harpes, le cĂ©lesta, les percussions, mais Ă©galement les cuivres graves ont des moments de beautĂ© absolue. Les cordes sont sublimes et de prĂ©cision et d’ampleur de phrasĂ©s. Et la virtuositĂ© diabolique des violons en a laissĂ© sans voix plus d’un dans le public. Une apothĂ©ose d’union parfaite entre Tugan Sokhiev et son orchestre. Le dĂ©part du chef dans quelques annĂ©es n’est plus refoulĂ©. Sa biographie dans le programme permet Ă  prĂ©sent de lire tous les orchestres que ce gĂ©nie de la baguette a dirigĂ© et je crois bien qu’aucun continent ne l’a pas invitĂ©. Donc le monde entier le demande, et il est toulousain, quelle chance d’ĂȘtre lĂ  ce soir !!!

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COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur Op.18 ; SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : RomĂ©o et Juliette suites d’orchestre n° 2 et n° 1 Op. 68 Ter et bis ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Behzod Abduraimov, piano ; Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 12 sept 2019. Pavel KOLNENIKOV, piano. BEETHOVEN. DEBUSSY


COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. F. CHOPIN. L.V. BEETHOVEN. C. DEBUSSY. P. KOLESNIKOV. Il ne fait rien comme les autres, Pavel Kolesnikov,  et Ă  30 ans, ce phĂ©nomĂ©nal pianiste russe est arrivĂ© Ă  rĂ©veiller le public de Piano aux Jacobins, le sortir du rituel bien Ă©tabli des douces soirĂ©es d’étĂ©. Kolesnikov casse en effet tous les codes. Mais de cet ouragan pianistique naĂźt une vĂ©ritable nouvelle Ă©coute des Ɠuvres aimĂ©es et que le public croyait connaĂźtre.

 

 

 

Sans recherche de style, comme en transe


Kolnesnikov le pianiste russe qui sidĂšre le public

 

 

PIANO PAVEL KOLESNIKOV copyright EVA VERMANDE portait classiquenews critique concert review classiquenewsQue neni, tout semblera neuf ! Personne ne se permet de jouer d’une traite, sans respirer, cinq morceaux de Chopin puis la sonate au clair de Lune de Beethoven. Comme en Ă©tat d’apesanteur le public, particuliĂšrement silencieux jusque dans un long silence aprĂšs la musique, exulte aprĂšs le dernier accord de la sonate. Ce qui se passe dans un tel concert est l’abolition de toute possibilitĂ© de critique, voir d’analyse. Tout est immersion sonore, piano expĂ©rimental, moderne et inclassable. Sans recherche de style, de toucher diffĂ©rent, de couleurs informĂ©es, Pavel Kolesnikov est comme en transe. Il joue avec une facilitĂ© dĂ©concertante, choisi gĂ©nĂ©ralement des tempi Ă  la limite de la rupture. Tant dans la rapiditĂ© dĂ©moniaque que la lenteur en apesanteur. Le dĂ©but de la sonate au Clair de Lune est hypnotique, le final  presto agitato furioso. Son Chopin est chaloupĂ©, dansant et Ă©tonnamment moderne dans des rythmes et des harmonies comme mise en lumiĂšre par un laser. Rien de joli ou d’agrĂ©able mais une sorte d’urgence et de fiĂšvre, une beautĂ© absolue du piano. AprĂšs l’entracte qui permet au public de retrouver ses habitudes mondaines, le retour du pianiste va le changer en public bien peu distinguĂ©, si, si 
.

Les trois piĂšces de Debussy passent comme un ouragan de modernitĂ© et d’expĂ©rimentation pianistique. SonoritĂ©s dĂ©timbrĂ©es, nuances extraverties entre murmure et tonnerre, harmonie comme diffractĂ©e. Rien de la recherche d’un son ou un style français, mais une musique moderne et complĂštement nouvelle.

Sans marquer de pose l’enchainement avec les premiĂšres mesures de la sonate Waldstein ne marquent aucune rupture ni de sonoritĂ© ni de style. Comme Beethoven sonne moderne et original ainsi ! La fin du premier mouvement est si furieusement emportĂ©e que le public applaudi Ă  tout rompre complĂ©ment sidĂ©rĂ©. A-t-on jamais applaudi dans cet auguste cloĂźtre si Ă©trangement mal Ă  propos pour les usages mondains ? Rien ne se passe comme prĂ©vu, le public s’oublie
 Le dĂ©but du deuxiĂšme mouvement de la Waldstein dans un murmure dĂ©chirant devient fantomatique et comme exsangue. Le final sera prestissimo Ă  la limite des possibilitĂ©s de discrimination de l’oreille humaine. L’opposition des nuances est presque violente ; les couleurs s’entrechoquent entre le thĂšme aigu et le grondement du piano dans le grave. Dans l’aisance digitale surnaturelle du jeune prodige, les thĂšmes se superposent, se rencontrent s’opposent avec fureur. En pantalon noir et chemise blanche, avec une allure d’adolescent tout en finesse, la force qui se dĂ©gage de son jeu semble ne pas venir de son corps mais ĂȘtre complĂštement surnaturelle.
Trois bis passent comme un songe. J’y reconnais Chopin, mais cela me semble sans importance
 La stupeur petit Ă  petit s’estompe et l’analyse de ce qui a Ă©tĂ© si intensĂ©ment vĂ©cu peut se faire. VoilĂ  un concert inoubliable en raison de la puissance pianistique incroyable engagĂ©e par Pavel Kolesnikov ce soir. Un pianiste Ă  suivre comme une mĂ©tĂ©orite flamboyante et presque effrayante pour un jeune musicien.

 

 

 

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Compte-rendu concert. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Polonaise n°1 en do diĂšse mineur, Op.26 ; Valse n°1 en la bĂ©mol majeur Op.69 ; Impromptu n°1 en la bĂ©mol majeur Op.29 ; Fantaisie impromptu en do diĂšse mineur Op.66 ; PrĂ©lude n°15 en rĂ© bĂ©mol majeur op.28 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate N°14 en do diĂšse mineur Op.27 « Clair de lune » ; Sonate n°21 en do majeur Op.53 « Waldstein». Claude Debussy (1862-1918) : La neige danse, ext. de  Children’s corner ; Feu d’artifice, ext. de PrĂ©ludes livre 1 ; Mouvement, ext. d’ Images livre 1 ; Pavel Kolesnikov, piano. Illustration : © Eva Vermande

 
 

COMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le 11 sept 2019. RĂ©cital N. GOERNER, piano.

Nelson GoernerCOMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le  11 sept 2019. RĂ©cital N. GOERNER, piano. F. CHOPIN. G. FAURE. I.J. PADEREWSKI. Le pianiste Argentin Nelson Goerner est un musicien que j’apprĂ©cie beaucoup et dont j’ai rĂ©guliĂšrement la chance de rendre compte. Ce soir le changement de programme bien comprĂ©hensible, les choses sont annoncĂ©es presque un an Ă  l’avance, a eu plus d’importance que prĂ©vu. Enlever toute Ɠuvre de LISZT est dĂ©cevant pour ceux qui voulaient entendre des piĂšces de ce compositeur. Mais il fallait laisser une chance au compositeur remplaçant. Il faut, et ce n’est pas lui faire injure, reconnaitre que Paderewski n’a tout simplement pas l’envergure de Liszt. Excellent pianiste, Paderewski a Ă©tĂ© un grand interprĂšte de Chopin dĂ©prit le monde et nous lui devons l’organisation de son catalogue, mais la musique de Paderewski, du moins dans cette composition, apparait bien conventionnelle et sans charme.

Un peu déconcertant : Nelson Goerner
Paderewski agaçant mais Chopin charmeur


Ces variations  sont une pĂątisserie boursoufflĂ©e, grasse et lourde. Et la fugue est bien poussive. L’art de Nelson Goerner n’y a rien pu; l’ennui a donnĂ© la main Ă  l’agacement. Quand FunĂ©railles, jeux d’eau Ă  la villa d’Est et Rhapsodie espagnole Ă©taient prĂ©vues
. Cela met cruellement en lumiĂšre qu’un changement de programme annoncĂ© dans la salle de concert peut ĂȘtre une vraie dĂ©ception justifiĂ©e pour le public.

Quoi qu’il en soit les deux nocturnes de Chopin qui ont ouverts le rĂ©cital ont Ă©tĂ© Ă©lĂ©gants et bien phrasĂ©s mais sans aura particuliĂšre. Les bien trop longues variations de Paderewski ont plombĂ© l’ambiance. AprĂšs l’entracte ou les commentaires sont allĂ© bon train sur ce que d’aucun ont appelĂ© un manque de respect du public, nous avons retrouvĂ© le Nelson Goerner que nous aimons. A Nouveau des variations mais trĂšs inspirĂ©es de FaurĂ© ; elles ont Ă©tĂ© une merveille de couleurs, nuances et phrasĂ©s. Et en sommet du concert la derniĂšre Ɠuvre, Ă  la fois Ă©mouvante puis brillante a conquis le public. Un Chopin ample et nuancĂ©, charpentĂ© et dĂ©licatement colorĂ©. Avec ce charme si singulier que le jeu inspirĂ© de Goerner dĂ©veloppe. L’Andante spianato a Ă©tĂ© chantĂ© Ă  l’envie et la Grande Polonaise a brillĂ© de mille feux. Les bis ont rĂ©compensĂ© le public reconquis.  Dont un inĂ©narrable Beau Danube bleu arrangĂ© en variations. Mais il reste Ă  poser la question : A quand le Liszt de Goerner ?  Il nous le doit Ă  Toulouse 
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Compte-rendu concert. 40 Úme Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en do mineur Op.48 n°1 ; Nocturne en fa diÚse mineur OP.48 n°2 Barcarolle en fa diÚse majeur Op.60 ; Andante spianato et Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur Op.22 ;  Ignaz Jan Paderewski (1860-1941) : 20 variations et fugue en mi bémol mineur Op. 23 ; Gabriel Faure (1845-1924) : ThÚme en variations en do diÚse mineur Op.73 ; Nelson Goerner, piano. Nelson Goerner (DR)

COMPTE-RENDU, concert. LAGRASSE, le 8 sept 2019. BEETHOVEN. ARENSKI
 R. SEVERE. A. LALOUM


COMPTE-RENDU,Concert. LAGRASSE, Festival Les Pages musicales, Eglise Saint Michel, le 8 septembre 2019. L.V. BEETHOVEN. A. S. ARENSKI. R. SCHUMANN. I. STRAVINSKI. R. SEVERE. A. LALOUM. C. JUILLARD. L.HENNINO. F. MACGOWN. A. et G. BELLOM. A. CHAPELOT. Il en faut du cran Ă  de si jeunes interprĂštes pour s’autoriser un programme aussi dense. Cela commence agrĂ©ablement et presque sagement avec une magnifique sonate pour violoncelle et piano de Beethoven. Ce qui est terrible, c’est que chacun a dans l’oreille des versions d’ interprĂštes grandioses tant elles sont jouĂ©es et enregistrĂ©es. Pourtant les deux frĂšres ont su imposer leur style simple et franc et leur belle musicalitĂ© dans la sonate n°2. Tout avance bien, les tempi sont Ă©vidents et l’entente mutuelle est belle Ă  voir.

 

 
 

A LAGRASSE

Un concert encore plus Ă©mouvant que la veille

 

 

lagrasse 8 sept hennino macgowin chapelot critique concert 8 sept classiquenews

 

 

Le jeu impeccable de Guillaume et les belles nuances d’Adrien ont conduit l’écoute du public vers une forme de sĂ©rĂ©nitĂ©. Le quatuor d’Arenski est une vraie merveille. Équilibrant le son vers le grave en utilisant deux violoncelles, le compositeur russe obtient des effets d’une trĂšs grande originalitĂ©. La partition est riche en beautĂ©s romantiques et d’un lyrisme slave Ă©mouvant. MenĂ©e par Charlotte Juillard pleine de passion, les instruments graves sont animĂ©s du mĂȘme enthousiasme. Les regards, les sourires, les gestes complices tout cela est aussi beau Ă  voir qu’à entendre. LĂ©a Hennino offre un son chaud et rond avec son alto. Les deux violoncellistes ont des parties trĂšs importantes et sont d’égale importance. Yan Levionnois et Adrien Bellom sont impliquĂ©s de la mĂȘme maniĂšre. Les couleurs sombres sont ondoyantes et le violon plane souvent sur cette mer sombre avec un bel Ă©clat. La partition Ă©crite en hommage Ă  Tchaikovski est parĂ©e de mĂ©lancolie slave de toute part avec une partie centrale trĂšs Ă©mouvante. Le final virtuose et flamboyant suscite l’ovation du public.
Le cycle Op. 39 de Schumann est d’une trĂšs grande beautĂ© et s’ordonne un peu Ă  la maniĂšre d’une quĂȘte amoureuse qui se termine avec une union aprĂšs des Ă©tats d’ñmes romanesques remplis de craintes. Nous avions dĂ©jĂ  entendu Adam Laloum dans ce cycle avec Martin Berner Ă  Salon de Provence l’an dernier. Nous avions Ă©tĂ© totalement convaincus par son jeu trĂšs habitĂ©. Avec la mezzo-soprano Fiona McGown, la libertĂ© prend son envol avec une connivence exceptionnelle entre la cantatrice et le pianiste. Ce cycle est ce soir thĂ©ĂątralisĂ© avec un art particulier. La cantatrice semble dĂ©guster chaque mot et nous faire profiter de chaque scĂ©nette, trouvant le poids exact dans la narration gĂ©nĂ©rale. Le numĂ©ro 7 « Auf einer Burg » devient une scĂšne cinĂ©matographique dans laquelle le temps suspendu est perceptible avec le tempo Ă©tirĂ© choisi par les interprĂštes. La diction prĂ©cise et dramatisĂ©e de la chanteuse trouvant dans le piano si sensible de Laloum, le dĂ©cor sublime attendu. Le temps s’arrĂȘte avec une grĂące infinie avant que reparte la narration vers le bonheur des amants rĂ©unis. La voix ronde et les phrasĂ©s amples de Fiona McGrown sont magnifiques. Les couleurs partagĂ©es entre le piano et la voix, les subtiles nuances qui se rĂ©pondent tiennent d’une magie musicale oĂč les mĂąnes de Schumann en quĂȘte de l’ñme soeur se retrouveraient sans peine. Le grand succĂšs en retour prouve combien le public sait reconnaĂźtre les moments de poĂ©sie rares quand ils sont prĂ©sents.

Le final trĂšs impressionnant mĂ©rite une analyse. Car L’Histoire du Soldat de Stravinski est hallucinante de modernitĂ©. Les quatre artistes qui nous ont interprĂ©tĂ© cette partition si particuliĂšre ont fait preuve d’un esprit d’équipe inouĂŻ. Car un violon, une clarinette, un piano et un rĂ©citant doivent nous emporter dans ce conte philosophique et satirique sans que nous puissions nous y opposer par la raison froide qui n’y verrait qu’une histoire pour enfants. Ce soldat cĂšde Ă  l’appĂąt du gain, perd son temps, sa vie, son amour et son humanitĂ© face Ă  un diable cynique : c’est un peu nous chaque jour dans la course Ă  la consommation. Son ultime action de dĂ©possession de l’argent dont il voit enfin l’inutilitĂ©, lui permet de gagner l’amour de la princesse
 Le grotesque de la partition n’a d’égal que sa terrible virtuositĂ©. Le texte a des significations de niveaux diffĂ©rents et demande un interprĂšte douĂ© pour crĂ©er plusieurs personnages et les rendre prĂ©sents. Au violon, Charlotte Juillard dĂ©gage une Ă©nergie totalement incroyable. Raphael SĂ©vĂšre joue de deux clarinettes, il est capable de dĂ©gager un esprit moqueur comme de crĂ©er des moments de grande tendresse. Guillaume Bellom au piano tient impeccablement le tempo et sert de rĂ©fĂ©rence stable Ă  toute cette agitation, tour Ă  tour joyeuse ou grotesque. Antoine Chapelot arrive Ă  incarner jusque dans le moindre de ses gestes ce soldat qui aspire Ă  un peu de repos ; homme simple et bon qui se laisse pourtant sĂ©duire par le diable.  Il arrive Ă  le vaincre de justesse en se dĂ©pouillant du superflu. La voix du diable sans ĂȘtre grossie a quelque chose de trĂšs effrayant dans sa simplicitĂ© apparente. L’acteur est trĂšs touchant Ă©galement et la pantomime finale est pleine de grĂące.
Durant les moments de pur thĂ©Ăątre, il n’est pas rare que les instrumentistes restent bouche bĂ©e devant cette histoire si incroyable.
Il en faut du talent et une équipe soudée pour rendre accessible au public une partition si originale, complexe et si rarement donnée. Le succÚs a été au rendez vous avec un public absolument conquis, reconnaissant et enthousiaste.
Voilà donc un bien beau premier week-end pour ce cinquiùme Festival des pages Musicales de Lagrasse. Il reste encore cinq concerts jusqu’ au 15 septembre 2019. A suivre.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. 5Ăšme festival des Pages Musicales de  Lagrasse. Lagrasse. Eglise Saint-Michel, le 8 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour violoncelle et piano Op.5 N°2 ; Anton Stepanovitch Areski ( 1861-1906) : Quatuor Ă  cordes n°2 Op.35 ; Robert Schumann ( 1010-1856) : Liederkreis op.39 ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’histoire du Soldat ;  Raphael SĂ©vĂšre, clarinette ; Natacha Kudritskaya, piano ; Charlotte Juillard, violon ; LĂ©a Hennino, alto;  Adrien Bellom et Yan Levionnois, violoncelle ; Fiona McGown, soprano ; Adam Laloum et Guillaume Bellom, piano. Antoine Chapelot, rĂ©citant. Photos : © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. LAGRASSE, Festival Les Pages musicales, le 7 sept 2019. BRAHMS
 R. SEVERE. N. KUDRITSKAYA


COMPTE-RENDU, concert. Festival Les Pages musicales de Lagrasse . Lagrasse. Eglise Saint Michel, le 7 septembre 2019. J. BRAHMS. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV D. CHOSTAKOVITCH. R. SEVERE. N. KUDRITSKAYA. C. JULLIARD. C.PERON. P. CHARDON. A.BELLOM. Ouverture russe
 Cela fait dĂ©jĂ  5 annĂ©es que le pianiste Adam Laloum invite ses amis musiciens dans le calme village de Lagrasse, nichĂ© au bord de l’Orbieu pour un festival trĂšs original. En effet comme en une sorte de rĂ©sidence d’artistes, les musiciens choisissent les Ɠuvres et avec qui les interprĂ©ter ; il se dĂ©gage de cette organisation qui permet de longues rĂ©pĂ©titions, un sentiment de plaisir partagĂ© qui submerge les auditeurs comme les artistes. Avec parfois de petits changements de programme de derniĂšre minute… De plus, Ă  l’entracte tout le monde se rejoint sous la Halle pour un verre ou un casse croĂ»te dĂ©licieux.

 

 

Festival de Lagrasse 2019 :
toujours le mĂȘme enthousiasme communicatif !

 

 

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Cette simplicitĂ© est admirable et rare ; cette proximitĂ©, Ă©mouvante. La qualitĂ© musicale est inouĂŻe. RaphaĂ«l SĂ©vĂšre est le clarinettiste le plus jeune et le plus brillant du moment. C’est un grand musicien. Son engagement total dans ses interprĂ©tations subjugue chaque fois le public. Je ne sais pas si beaucoup de musiciens osent comme lui des pianissimi au bord du silence et des envolĂ©es lyriques aussi gĂ©nĂ©reuses dans les sonates pour clarinette de Brahms. La premiĂšre de l’opus 120 a ce soir emportĂ© le public dans un paysage romantique tour Ă  tour grandiose et intimiste. Au piano, Natacha Kudritskaja est une partenaire tout aussi capable d’emportements romantiques grandioses que de murmures d’une infinie dĂ©licatesse. L’osmose entre les deux musiciens est si parfaite que le discours musical brahmsien coule sans que le temps puisse peser. Chaque instant de cette ivresse musicale parfois mĂ©lancolique semble pouvoir durer toujours. Cette magnifique interprĂ©tation dans une splendeur sonore de chaque instant a ravi le public.
Puis trois artistes ont rejoint la pianiste pour proposer une oeuvre rare dont l’ombre des crĂ©ateurs gĂ©niaux semble intimider bien des musiciens. Il faut juste rappeler que les Sept mĂ©lodies de Chostakovitch sur des poĂšme d’ Alexandre Blok ont Ă©tĂ© crĂ©es Ă  Moscou par sa dĂ©dicataire, l’immense Galina Vischnevskaya, son Ă©poux Mtislav Rostropovitch au violoncelle, David Oistrach au violon et Moisei Vainberg (remplaçant Chostakovitch souffrant) au piano. De cette crĂ©ation de 1967, il existe en CD l’enregistrement historique chez BMG. Que de si jeunes artistes osent s’attaquer Ă  ce chef d’Ɠuvre intimidant est admirable. En choisissant quatre mĂ©lodies ils dĂ©ploient les somptueuses alliances de timbres. Voix-violoncelle, Voix-violon, Voix-piano-violoncelle puis voix-violon-violoncelle-piano que le gĂ©nie de Chostakovitch a inventĂ© pour ses amis. Le timbre chaud de Claire Perron,  le violon  ardent de Philippe Chardon et le violoncelle Ă©mouvant d’ Adrien Bellom, surtout le piano dĂ©licat de Natacha Kudritskaja, permettent de dĂ©guster ce chef-d’Ɠuvre bien trop rare.

AprĂšs l’entracte, Charlotte Julliard avec son Ă©nergie bien reconnaissable se saisit de la Sonate pour violon de Prokofiev. Mais cette Ɠuvre contient une certaine sĂ©vĂ©ritĂ© que la violoniste obtient en bridant son tempĂ©rament passionnĂ©. Guillaume Bellom au piano est un partenaire appliquĂ© et mesurĂ©.

Pour finir ce concert, le trio de Rachmaninov fait souffler sur le public un vent de romantisme absolument irrĂ©sistible. La torche de passion que peut mettre dans son piano la jeune Natacha Kudritskaja est sidĂ©rante. Le violon de Philippe Chardon devient lyrique au possible ; le violoncelle d’ Adrien Bellom semble devenu voix humaine. Le public exulte et fait un triomphe au trois jeunes interprĂštes. Quel beau concert de musique russe. Les musiciens dĂ©veloppent leur bel enthousiasme et leur musicalitĂ© rare en une amitiĂ© musicale de chaque instant ! Voila une trĂšs belle Ă©dition du festival des pages Musicales de Lagrasse qui s’ouvre.

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. 5 Ăšme festival des Pages Musicales de  Lagrasse. Lagrasse. Eglise Saint-Michel, le 7 septembre 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Sonate pour clarinette et piano Op.120 n°1. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Trio Ă©lĂ©giaque n°1 pour piano et cordes ; Serge Prokofiev (1891-1953) Sonate pour violon et piano en rĂ© majeur Op.94 bis ; Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Sept romances sur des poĂšmes d’Alexandre Bloch n° 1,3,4,7. RaphaĂ«l SĂ©vĂšre, clarinette ; Natacha Kudritskaya, piano ; Charlotte Julliard, Philippe Chardon, violons ; Adrien Bellom, violoncelle ; Claire Peron, mezzo-soprano ; Guillaume Bellom, piano. Photos © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 5 septembre 2019. RĂ©cital Christian ZACHARIAS.

piano aux jacobins festival piano critique annonce concerts festivals 2019 classiquenews agenda opera festivalCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 5 septembre 2019. RĂ©cital Christian ZACHARIAS. L’organisation d’un festival international dans la pleine force de l’ñge n’est pas une mince affaire. Donner un lustre particulier tant Ă  tout le festival qu’au premier concert, est un art dĂ©licat. Un dĂ©but trop brillant Ă©blouit le public pour la suite. Mettre ainsi tout le 40 Ăšme  Festival Piano aux Jacobins sous le signe de l’art rare de Christian Zacharias est une admirable idĂ©e. Car ce qui motive le duo des crĂ©ateurs du Festival : Catherine d’Argoubet et Paul-Arnaud PĂ©jouan, n’est pas  la recherche de l’esbroufe, du vedettariat ou du glamour pianistique mais bien d’avantage : l’exigence d’une musicalitĂ© totale qui passe par le piano avec un vrai engagement personnel de l’artiste.

 

 

 

Ouverture de la 40Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins :

 toute en délicate musicalité.

 

 

 

Christian-Zacharias-piano-christian-zacharias-©-Constance-Zacharias-1Il y a Ă©galement ce tact incroyable avec lequel ils invitent de jeunes talents choisis avec bonheur et une fidĂ©litĂ© absolue, rĂ©ciproque entre les grands pianistes et les organisateurs du festival. C’est ainsi que Christian Zacharias est venu en ami du festival de longue date pour ouvrir cette quarantiĂšme Ă©dition. Il a choisi Haydn et Bach pour son programme : les pĂšres fondateurs. Bach le clavieriste qui ne connaissait pas le piano mais qui a Ă©crit une musique si riche pour orgue ou clavecin, pleine et inventive qui Ă©coutĂ©e au piano est chaque fois un vĂ©ritable rĂ©gal. Le Bach de Christian Zacharias est Ă©lĂ©gant, noble et lumineux. La structure si belle est mise en valeur comme une architecture aussi solide qu’inventive. Les plans sonores sont particuliĂšrement bien organisĂ©s. L’esprit de la danse affleure et son interprĂ©tation est pleine de vie. Comme une cathĂ©drale sonore dans laquelle la lumiĂšre pĂ©nĂštre par des vitraux clairs et multicolores.
Dans les trois sonates de Haydn, la prĂ©cision du jeu, le respect de la belle organisation et des tempi semblant idĂ©aux, permettent de dĂ©guster l’art de Haydn. Dans les deux sonates de relative jeunesse (n° 31 et 32), l’humour pointe son nez mais j’ai toujours un peu de mal avec cette Ă©criture si sage et polie, comme trop consciente de sa valeur. Ces deux sonates sont en tous cas trĂšs diffĂ©renciĂ©es sous les doigts experts de Christian Zacharias. En fin de concert l’interprĂšte  met beaucoup de grĂące et d’énergie dans la sonate n° 62 de Haydn. L’évolution du compositeur est Ă©vidente. Cette sonate entre-ouvre la porte au jeune Beethoven, y compris par une certaine vĂ©hĂ©mence dans le final. Mouvement  complexe dĂ©butant en toute simplicitĂ© par des notes rĂ©pĂ©tĂ©es et qui Ă©volue vers une plĂ©nitude sonore Ă  l’harmonie riche et Ă  laquelle Zacharias donne une belle puissance.

Ce rĂ©pertoire classique ne permet pas Ă  l’interprĂšte de donner libre court Ă  la si belle sensibilitĂ© qu’il fait jaillir dans la musique romantique ; mais c’est une sorte d’éthique qui anime Christian Zacharias. Il ne tire pas la couverture Ă  lui et ouvre le festival a la plus dĂ©licate musicalitĂ©, 
à la suprĂȘme Ă©lĂ©gance. A chacun ensuite de garder, s’il le peut et le veut, cette haute vision tout en ouvrant vers un rĂ©pertoire plus expressif et plus audacieux. Cette ouverture en toute beautĂ© et grande musicalitĂ© annonce une bien belle quarantiĂšme annĂ©e au plus ancien Festival de piano de France, sinon du monde. A suivre.

 

 

 

 

 

 

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piano aux jacobins festival piano critique annonce concerts festivals 2019 classiquenews agenda opera festivalCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 5 septembre 2019. Joseph Haydn ( 1732-1809) : Sonate n° 32 en sol mineur Hob XVI 44 ; Sonate n°31 en la bémol majeur Hob XVI 46 ; Sonate n° 62 en mi bémol majeur Hob XVI 52 ; Jean Sebastien Bach ( 1685-1750 ) : Suite française N°5 en sol majeur BWV 816 ; Partita n°3 en la bémol BWV 827 ; Christian Zacharias, piano / photo : © Constance-Zacharias

 

 

 

COMPTE-RENDU,Concert. La Roque d’AnthĂ©ron 2019, le 17 AoĂ»t 2019. RĂ©cital FF Guy, piano. L.V. BEETHOVEN (Hammerklavier)

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 17 AoĂ»t 2019. L.V. BEETHOVEN. F.F. GUY. La grande connaissance de la musique de Beethoven par François-FrĂ©dĂ©ric Guy est bien connue au concert. Il a Ă©galement enregistrĂ© probablement toute la musique de Beethoven pour piano, sonates, pour piano seul et Ă  deux, musique de chambre et concertos. Son allure calme, sa concentration sereine donnent immĂ©diatement un sentiment de sĂ©curitĂ©. Il dĂ©bute son concert avec la 16 Ăšme des 32 Sonates de Beethoven. Elle possĂšde donc une position centrale dans cette production prodigieuse. Alors qu’elle est contemporaine du dĂ©chirant texte du Testament d’Heiligenstadt ; elle paraĂźt joyeuse et pleine d’humour. Comme si le grand homme voulait bien rendre compte de son plaisir Ă  vivre en sociĂ©tĂ© que la surditĂ© le condamnait Ă  Ă©viter. Le jeu de François FrĂ©dĂ©ric Guy est justement capable de rendre cette lĂ©gĂšretĂ© et cet humour. MĂȘme si le mouvement lent se rembrunit. La beautĂ© de la sonoritĂ© nous ravit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s est Ă©galement admirable.

 

 

32 Sonates, Hammerklavier… 

François-Frédéric Guy excelle dans Beethoven

 

concert piano critique classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-6

 

 

 

L’élĂ©gance de l’écriture et celle de l’interprĂ©tation se rencontrent avec art sous les doigts de François-FrĂ©dĂ©ric Guy. Puis la Sonate n° 26 plus connue comme celle des adieux, est en fait celle « des adieux, de l’absence et du retour de l’ami ». Il ne s’agit pas d’une histoire amoureuse mais d’amitiĂ©. Beethoven voyait le frĂšre de l’Empereur, son Ă©lĂšve, ami et mĂ©cĂšne quitter Vienne sous la menace NapolĂ©onienne. PrĂ©cĂ©dant de peu le cinquiĂšme concerto, l’écriture pianistique est virtuose et brillante. François-FrĂ©dĂ©ric Guy avec une belle autoritĂ© dramatique va nous faire vivre ses trois Ă©tats avec une grande clartĂ© de jeu. Nuances trĂšs dĂ©veloppĂ©es, virtuositĂ© maĂźtrisĂ©e et tristesse dans le mouvement lent non surjouĂ©e, mais exprimĂ©e avec noblesse. Le final est un moment de vĂ©ritable allĂ©gresse.

AprĂšs l’entracte c’est la grandiose Sonate « Hammerklavier ». Peu de pianistes peuvent en rendre la vĂ©ritable grandeur qui dĂ©passe le seul jeu pianistique. RĂ©cemment Ă  Salon-de-Provence le tout jeune ThĂ©o Fouchenneret nous avait Ă©blouis par sa comprĂ©hension du message de Beethoven dans des qualitĂ©s pianistiques rares. Il est certain que la maturitĂ© de François-FrĂ©dĂ©ric Guy lui permet d’aller plus loin. Il dĂ©passe les traits pianistiques, se met complĂštement Ă  nu dans une interprĂ©tation totalement bouleversante. Comment Beethoven a-t-il pu aller si loin ? Comment cet artiste fait-il pour rendre perceptible au public la confession de l’ñme du compositeur ? Il y a presque quelque chose d’indĂ©cent Ă  livrer au public une telle confession. Public dont une partie joue avec son tĂ©lĂ©phone portable, tousse, bouge ou somnole pendant qu’un artiste intĂšgre livre en totale impudeur tout son amour pour cette partition incroyable. Le long mouvement lent (20 minutes) est l’expression, la confidence d’une Ăąme au bord du dĂ©sespoir mais qui garde faiblement la foi dans l’humanitĂ©.
C’est lĂ  que le Testament d’Heiligestadt prend tout son sens. Beethoven avait en lui cette page, et bien d’autres : il devait les offrir Ă  ses frĂšres humains. Voici l’extrait du testament auquel je fais allusion : « De tels incidents me portaient presque au dĂ©sespoir et il s’en fallut de peu que je ne misse fin Ă  ma vie, mais seul, lui, l’art m’en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli ce Ă  quoi je me sentais disposĂ© et, ainsi je prolongeai cette vie misĂ©rable, vraiment misĂ©rable, cette nature si fragile qu’un assez rapide changement me fit passer du meilleur Ă©tat dans le pire. »

Il me semble que l’organisation d’un concert, mĂȘme dans un lieu magique comme celui-ci, touche Ă  sa limite lorsque que l’artiste-interprĂšte offre une si parfaite comprĂ©hension du message bouleversant du compositeur. François-FrĂ©dĂ©ric Guy domine non seulement techniquement cette Sonate, mais en comprend parfaitement et nous en fait comprendre, toute la grandeur.

 

 

piano concert critique festival classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-11

 

 

Ce grand moment de musique est Ă  marquer d’une pierre blanche. François-FrĂ©dĂ©ric Guy est un artiste Ă  la maturitĂ© magnifique. Il est en train de diffuser en CD son intĂ©grale des Sonates de Beethoven. Elle est certainement admirable, mais assister Ă  un concert de cette qualitĂ© n’a pas de prix. Car voir la charge Ă©motionnelle maĂźtrisĂ©e de l’artiste, rend humble et reconnaissant. Le public a applaudi bruyamment et presque vulgairement aprĂšs cette musique Ă©thique si profonde. François-FrĂ©dĂ©ric Guy avec un bel humour a jouĂ© en premier bis la lettre Ă  Elise. Son petit sourire semblait suggĂ©rer que savoir jouer la Hammerklavier est peut ĂȘtre un prĂ©alable Ă  bien jouer cette petite et si belle lettre
. Que massacrent tant d’amateurs

Puis dans la belle nuit provençale un nocturne de Chopin au legato de velours, a fermĂ© la soirĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance. Plus qu’un pianiste François-FrĂ©dĂ©ric Guy est un grand musicien et il excelle dans la capacitĂ© Ă  faire comprendre le gĂ©nie de Beethoven.

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 17  aoĂ»t 2019. Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Sonate N°16 en sol majeur op.31 n°1 ; Sonate n°26 en mi bĂ©mol majeur Op.81a «  Les adieux » ; Sonate n°29 en si bĂ©mol majeur Op.106 «  Hammerklavier » ; François-FrĂ©dĂ©ric Guy, piano. Photos : © Christophe Grimiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, Concert. Lourmarin, Le Temple, le 9 août 2019. Dana Ciocarlie, piano. Schumann.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. Lourmarin. Le Temple, le 9 aoĂ»t 2019. R. SCHUMANN. D. CIOCARLIE. Le Festival de La Roque d’AnthĂ©ron ne se limite pas au Parc du ChĂąteau de Florans Ă  la Roque. Nous avions Ă©tĂ© ravis de dĂ©couvrir le cloĂźtre de l’Abbaye de Sylvacane, il y a deux ans et le parvis de l’église de Lambesc, cette annĂ©e. Le temple de Lourmarin nous a dĂ©sagrĂ©ablement surpris. En effet une acoustique lourde, tournoyante et trop rĂ©verbĂ©rĂ©e ne nous a pas permis d’écouter sereinement le beau piano de Schumann.

 

 

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Le programme paraissait extrĂȘmement bien construit. Trois Ɠuvres de Schumann, de son dĂ©but d’écriture pianistique qui sont autant de coups d’essais, encouragĂ©s par ses pairs que de gĂ©niales partitions. Le jeu de la pianiste roumaine Dana Ciocarlie ne semble pas en cause. Son intĂ©grale Schumann a confirmĂ© ses qualitĂ©s d’interprĂšte schumanienne. Mais Le Carnaval de Vienne plein de brio et souvenirs de fĂȘte a Ă©tĂ© noyĂ© dans un son trop fort et flou donnant l’impression de bien trop d’utilisation de la pĂ©dale. En se dĂ©plaçant au fond du temple et avec la dĂ©licatesse des ScĂšnes d’enfants, la beautĂ© du piano de Dana Cioarlie nous a permis de dĂ©guster ces pages sublimes, plus sereinement. De belles nuances et des phrasĂ©s intĂ©ressants avec une belle caractĂ©risation de chaque piĂšce sont les marques de cette interprĂ©tation.
Pour Kreisleriana, la reprise de nuances trop fortes a brouillĂ© l’écoute d’un jeu assurĂ©ment virtuose, 
 probablement inspirĂ©. Les bis de Ravel et Mozart en particulier avec une texture plus fluide, plus claire et un toucher plus perlĂ© nous ont vraiment permis d’apprĂ©cier la dĂ©licatesse du jeu de la pianiste. C‘est tout particuliĂšrement le rondo mozartien empli de fraĂźcheur qui a  étĂ© savoureux.

Tenir compte de l’acoustique du lieu pour choisir sa maniĂšre de jouer est important pour l’artiste. Programmer un rĂ©pertoire convenant Ă  une acoustique donnĂ©e et savoir conseiller afin d’éviter la saturation du son d’un rĂ©pertoire inadaptĂ©, tout cela revient aux organisateurs. A prendre en compte Ă©galement : la question de l’horaire de 17h, dans un temple oĂč le soleil touchait les spectateurs tour Ă  tour malchanceux essayant de changer de places.

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, concert. 39Ăšme festival international de La Roque d’AnthĂ©ron. Lourmarin. Le Temple, le 9 aoĂ»t 2019. Robert Schumann (1816 – 1856 ) : Carnaval de Vienne Op.26 ; ScĂšnes d ‘enfants Op.15 ; Kreisleriana, Op.16 ; Dana Ciocarlie, piano. Illustration / photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron 2019, le 13 aoĂ»t 2019.. rĂ©cital Benjamin GROSVENOR, piano. SCHUMANN. CHOPIN. JANACEK

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, Parc du chĂąteau de Florans, le 13 AoĂ»t 2019. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. L. JANACEK.  S. PROKOFIEV. V. BELLINI/F. LISZT. B. GROSVENOR. Le monde du piano classique ne cesse de pouvoir compter sur cette nouvelle gĂ©nĂ©ration trĂšs prometteuse de pianistes hyper douĂ©s techniquement, venant de tous pays. C’est ainsi que la programmation des plus grands festivals est toujours renouvelĂ©e. La Roque d’AnthĂ©ron l’an dernier nous avait prĂ©sentĂ© l’immense Daniil Trifonov (lire notre chronique d’alors : Ă©tĂ© 2018), l’incroyable Alexandre Kantorov cette annĂ©e 
 sans omettre, la dĂ©couverte du prodigieux Benjamin Grosvenor. Prodige qui Ă  11 ans jouait dĂ©jĂ  avec les plus grands orchestres et a signĂ© depuis chez Decca 4 disques remarquables d’intelligence.

 

 

 

piano-concert-critique-classiquenews-grosvenor-Grosvenor_©-Christophe-GREMIOT_13082019-6

 

 

L’anglais Grosvenor impressionne parce qu’il a dĂ©jĂ  fait Ă  tout juste 26 ans. Mais ce n’est pas un prestidigitateur digital, une mĂ©canique bien huilĂ©e que rien n’arrĂȘte jamais. Rien d’histrionique dans son jeu, pas de gestes dĂ©placĂ©s, un maintien digne, une aisance princiĂšre et un sang froid tout British. Il joue d’abord BlumenstĂŒck comme le plus beau bouquet offert Ă  sa bien-aimĂ©e. Une sorte d’innocence, de puretĂ© due Ă  un jeu d’une totale Ă©vidence, sans pĂ©dale, juste comme ça. Le son est naturellement beau, tout est souple, nuancĂ© et colorĂ© avec art. Une sorte de don simple et sans complication.
Il aborde  ensuite les Kreisleriana (R. Schumann)en musicien suprĂȘme mettant en valeur le gĂ©nie de Schumann comme renouvelĂ©. En l’écoutant je me suis souvent dit que jamais je n’avais entendu cela ainsi, c’est vraiment trĂšs beau. Un Schumann rempli d’élĂ©gance et de dĂ©licates images musicales diffusant sans violence, sans peine, sans efforts sa riche imagination. La premiĂšre partie du rĂ©cital s’achĂšve avec le sentiment d’un pianiste simplement musicien, osant un Schumann d’une grande bontĂ© dans ses emportements romantiques. Le pianiste anglais a une sorte d’élĂ©gance aristocratique que rien ne peut perturber.

Pour la deuxiĂšme partie du programme, Benjamin Grosvenor nous propose sa somptueuse version de la barcarolle de Chopin. Dans son « CD Hohomages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2mages », nous l’avons pour l’éternitĂ©. Souplesse totale dans des nuances subtiles ; cela balance doucement, mais surtout c’est le chant qui se dĂ©veloppe avec un sentiment d’infini. Un piano enchanteur comme il en est peu, sur un rythme envoĂ»tant, constamment entretenu. Cette piĂšce dans la nuit de Provence prend une dimension poĂ©tique nocturne apaisante.

 

 

Benjamin Grosvenor Ă  La Roque
PIANO MAGICIEN D’UNE SUPREME MUSICALITÉ


 

 

Les deux mouvements de la premiĂšre sonate de Janacek ont une histoire particuliĂšre. TouchĂ© par la mort d’un ouvrier lors d’une manifestation de soutien de l’ UniversitĂ© de Brno, Janacek avait composĂ© une sonate en trois mouvements. Il la dĂ©truisit insatisfait aprĂšs une unique audition. La crĂ©atrice, Ludmila Toutchkova, avait rĂ©ussi Ă  copier les deux premiers mouvements. Cette musique sauvĂ©e et en quelque sorte non autorisĂ©e, est fort belle. Benjamin Grosvenor aborde en toute simplicitĂ© la partition, ce qui met en lumiĂšre la beautĂ© des thĂšmes comme leurs dĂ©rivations. Les nuances gĂ©nĂ©ralement piano, la beautĂ© du son plein et la rigueur du jeu emportent l’adhĂ©sion du public.

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

Dans les visions fugitives de Prokofiev, le jeune homme arrive Ă  en rĂ©ordonner 12 pour proposer une grande cohĂ©rence dans l’écoute. Certes la modernitĂ© de Prokofiev est prĂ©sente mais surtout une sorte d’harmonie naĂźt de ce jeu si parfait. Les vers qui inspirĂšrent le compositeur sont en toute simplicitĂ© et mĂȘme Ă©vidence, rendus par la musique sous les doigts magiques du pianiste britannique. «  Dans chaque vision fugitive , je vois des mondes. Plein de jeux changeants et irisĂ©s » : le poĂšme est de Constantin Balmont. L’interprĂšte avec un grand sĂ©rieux et un calme olympien, organise les piĂšces pour crĂ©er ces mondes variĂ©s ; les couleurs, les nuances, tout participe Ă  cette crĂ©ation. Voici de la poĂ©sie par la musique en forme d’idĂ©al.
Il nous restait pour dĂ©couvrir le talent de virtuose de l’absolu sans rien lĂącher de la suprĂȘme musicalitĂ© qui l’habite Ă  vivre l’expĂ©rience de ces rĂ©miniscences de Norma (LISZT). De l’ouverture aux derniĂšres notes du final, l’opĂ©ra de Bellini se dĂ©roule. Avec un sens du drame, un Ă©quilibre du son orchestral, Benjamin Grosvenor n’a plus seulement deux mains. D’ailleurs, il ne sera pas possible de voir clairement le mouvement de tous les doigts tant la rapiditĂ© d’exĂ©cution est fantastique. Les abellimenti, les enluminures, les notes perlĂ©es, saccadĂ©es ou encore les accords dĂ©veloppĂ©s, tout cet art Litzien inimitable sert la beautĂ© de la partition de Bellini.

 

 

DANS LISZT,
Le piano de Grosvenor arrive
Ă  chanter comme une diva romantique

 

 

Le piano de Grosvenor arrive Ă  chanter comme une diva romantique. Il est sidĂ©rant d’assister Ă  un moment si incroyablement musical alors que tant de pianistes virtuoses ne font que belles notes rapides dans ce genre d’Ɠuvres de Liszt. Ce soir le sublime a Ă©tĂ© entrevu dans ces RĂ©miniscences de Norma. Benjamin Grosvenor a eu un succĂšs considĂ©rable pour ce final mais aussi pour cette rare qualitĂ© de composition d’un programme d’une grande intelligence. Le premier bis relance s’il se peut la virtuositĂ© diabolique avec une « Danza del gaucho matrero » de Ginestera Ă  faire danser les montagnes. LĂ  aussi impossible de croire que deux mains peuvent faire tout cela. Et pour refermer la nuit sur plus de paix et une pointe de sensualitĂ©, « le poĂšme Ă©rotique »  de Grieg extrait de ses piĂšces lyriques nous a ravi.

grosvenor benjamin piano decca danses photoBenjamin Grosvenor est un grand artiste qui semble gĂ©rer sa carriĂšre avec la prudence des sages. Il semble suivre le chemin de Grigory Sokolov; il joue le mĂȘme concert en une tournĂ©e mondiale. Cela apporte une vraie connaissance intime des oeuvres et une perfection de jeu inoubliable qui marque le public. Il ne se prĂ©cipite pas non plus Ă  enregistrer trop et trop vite. Cette gĂ©nĂ©ration des moins de trente ans est fabuleuse de promesses : Ce sont Benjamin Grosvenor, Daniil Trifonov et Alexandre Kantorov dans mon triumvirat personnel de musiciens complets, qui jouent du piano.

 

 

 
 

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. Robert Schumann ( 1810-1856) : BlumenstĂŒck Op.19 ; Kreisleriana Op.16 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin  (1810-1849) : barcarolle en fa diĂšse majeur Op.60  ; Les Janacek (Sonate pour piano n°1, octobre 1905 « From the street » ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives Op.22 ( ext.) Vincezo Bellini (1801-1835)/ Frantz Liszt (1811-1886) RĂ©miniscences de Norma. Benjamin Grosvenor, piano. Illustration / Photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 8 aoĂ»t 2019. RACHMANINOV. L. Geniusas. Varvara. Orch Tatarstan. A. Sladkosky.

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. S. RACHMANINOV. L. GENIUSAS. VARVARA. ORH DU TATARSTAN. A. SLADKOSKY. Les nuits du piano Ă  La Roque sont toujours un Ă©vĂ©nement car deux concerts se suivent. Dans un but de jouer « tout russe », en l’honneur de Rachmaninov, la soirĂ©e a Ă©tĂ© organisĂ©e avec un orchestre, un chef et deux pianistes russes. L’ Orchestre national symphonique du Tatarstan et son chef titulaire ont animĂ© toute la soirĂ©e avec beaucoup d’énergie comme de puissance. DĂ©butant le concert par le concerto le plus cĂ©lĂšbre, le n°2,  le jeune Lukas Geniusas, 29 ans, a d’emblĂ©e mis la barre trĂšs haut avec une introduction richement timbrĂ©e et un crescendo savamment organisĂ©. Las, le chef avait dĂ©cidĂ© de lĂącher toute la puissance de son orchestre, comme pour faire ses preuves. L’effet a Ă©tĂ© de noyer le soliste, sans pour autant mettre en valeur son orchestre. Il a fallu attendre le deuxiĂšme mouvement pour que le soliste et l’orchestre, sans trop d’interventions du chef, organisent un beau dialogue musical. Dommage car les sonoritĂ©s de l’orchestre sont naturellement belles, il n’est pas besoin de forcer les choses.

 

 

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Chef exacerbé, pianistes plus mesurés

Nuit Rachmaninov solidement russe

 

Geniusas lukas concert critique classiquenews critique piano _© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

 

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Ce sont les forte trop appuyĂ©s qui dĂ©naturent le son trop cuivrĂ©, et mettent en difficultĂ© le soliste. Le final grĂące Ă  l’intelligence de jeu de Lukas Geniusas a gardĂ© l’équilibre presque intact, trouvĂ© dans le deuxiĂšme mouvement plus chambriste. Mais comment Alexander Sladkosky peut-il se laisser aller Ă  hurler les phrases qu’il veut mieux entendre ? S’oublier en tapant du pied ? J’aime mieux les chefs qui savent obtenir autrement ce qu’ils souhaitent
  Le jeu de Lukas Geniusas a dĂ» ĂȘtre athlĂ©tique et les moyens pianistiques Ă©normes. Mais sa musicalitĂ© se dĂ©ploie bien d’avantage dans les Ă©changes chambristes subtils, les phrasĂ©s amplement dĂ©veloppĂ©s, les nuances finement amenĂ©es. Cela a pu ĂȘtre prĂ©sent dans un deuxiĂšme mouvement qui restera un merveilleux souvenir sous le ciel en train de s’étoiler et dans le bis, un prĂ©lude en sol de Desyatnikov, dans lequel sa fine musicalitĂ© a pu rayonner.

Le poĂšme symphonique « L’ Ăźle des morts » d’aprĂšs le tableau de Böcklin permet Ă  l’orchestre de briller par des qualitĂ©s de timbres et d’interventions subtiles. L’orchestre a Ă©tĂ© vraiment superbe mais dans sa maniĂšre de s’adresser Ă  l’orchestre Alexander Sladkosky a surtout adoptĂ© de la terreur et du grandiloquent. Toute une part de mystĂšre et de rĂȘverie a Ă©tĂ© noyĂ©e dans les forte et les phrasĂ©s appuyĂ©s. Ainsi prĂ©side  une vision noire et terriblement Ă©crasante de la mort.  Ce soir cette Ăźle des morts a Ă©tĂ© Ăźle de terreur !

En deuxiĂšme partie de nuit la pianiste russe, Varvara, toute de grĂące et de dĂ©licatesse entre en scĂšne. AprĂšs la furie orchestrale de la premiĂšre partie bien des spectateurs ont pĂąli pour elle. Mais la frĂȘle apparence est bien trompeuse et la pianiste a imposĂ© son jeu d’emblĂ©e, obtenant bien plus de musicalitĂ© de la part d’ Alexander Sladkosky. Le concerto n°4 a Ă©tĂ© totalement rĂ©ussi avec une prĂ©cision des attaques orchestrales bien venue et un jeu pianistique d’une rare subtilitĂ©. Ce concerto Ă  la virtuositĂ© magnifiquement rendue avec une grande musicalitĂ© par le jeu subtil de Varvara a Ă©tĂ© un beau moment.

 

 

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piano concert critique varvara piano critique classiquenews critique concert festival La Roque antheron 2019 Varvara_© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

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C’est dans la Rhapsodie sur le thĂšme de Paganini que l’entente entre l’orchestre et la soliste a Ă©tĂ© musicalement parfaite. Impossible d’établir un rapport de force entre l’orchestre et la soliste dans cette subtile musique de Rachmaninov. Les variations sont rythmiquement et harmoniquement inventives et Varvara a pu dĂ©velopper un jeu subtil, nuancĂ©, plein de couleurs. Les instrumentistes ont pu dialoguer librement avec elle car Alexander Sladkosky n’a pas eu d’interventions trop envahissantes. Le succĂšs de Varvara  a Ă©tĂ© magnifique et le public a obtenu deux trĂšs beaux bis de Medtner ; ils nous ont rĂ©galĂ©s du jeu subtil de cette musicienne virtuose rare.

Il semble bien plus difficile de trouver un chef, qu’un bon orchestre ou d’extraordinaires pianistes Ă  La Roque d’Antheron 
 En tout cas l’ñme russe a soufflĂ© ce soir, un peu contre les cigales, pour mettre en valeur le gĂ©nie de Rachmaninov; certes il est russe d’origine mais a vĂ©cu aux États Unis et su trĂšs habilement mĂȘler son tempĂ©rament Ă  la musique amĂ©ricaine, en particulier au jazz.  La Russie Ă©tait Ă  l’honneur cette annĂ©e Ă  la Roque d’ AnthĂ©ron.

 

 

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Compte-rendu concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du Chateau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en ut mineur Op.18 ; L’ile des morts Op.29 ; Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur  Op.40 ; Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini Op.43 ;  Lukas Geniusas et Varvara, pianos ; Orchestre national du Tatarstan – Alexander Sladoksky, direction – Photos : © Christophe GREMIOT

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron 2019. Lambesc, le 7 aoĂ»t 2019. SCHUMANN. Trio Wanderer.

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’ AnthĂ©ron 2019. Lambesc. Parvis de l’église, le 7 AoĂ»t 2019. R. SCHUMANN. TRIO WANDERER. Cette nuit Schumann devant le parvis de l’église de Lambesc a rassemblĂ© un vaste public. Le premier concert de notre sĂ©jour Ă  La Roque 2019 Ă©tait donnĂ© par le Trio Wanderer seul. Robert Schumann a Ă©crit trois Trio avec piano. Ils ont Ă©tĂ© jouĂ©s ce soir dans un ordre non chronologique. Le deuxiĂšme puis le troisiĂšme et enfin le premier. Ce qui frappe dans cet ordre et les choix de cette interprĂ©tation est avant tout la complexitĂ© d’écriture du deuxiĂšme et du troisiĂšme Trio comme la sĂ©duction plus immĂ©diate du premier. Avec une certaine austĂ©ritĂ© et beaucoup de concentration, les Wanderer ont mis en valeur toute la modernitĂ© contenue dans le Trio en fa majeur.

 

 

 

 

Jubilation chambriste
Les Wanderer et leurs amis magnifient SCHUMANN

  

 

Trio Wanderer-Arthur Decaris-Christophe Gaugué © Samuel CortÚs_07082019-16

  

 

Les rythmes complexes, les accords quasi tristaniens et la multiplicitĂ© des formules sont d’une extraordinaire richesse. Les mĂ©lodies moins mises en valeur ne se dĂ©ploient pas longuement, sauf dans les mouvements lents qui du coup en deviennent absolument 
 sublimes. Dans les autres mouvements, les multiples idĂ©es musicales se suivent, parfois s’entrechoquent ; l’écoute ne peut ĂȘtre vĂ©ritablement sereine devant cette complexitĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e. Le troisiĂšme Trio en sol mineur est marquĂ© par une grande douleur et l’idĂ©al recherchĂ© par Schumann d’indĂ©pendance des trois instruments est portĂ©e Ă  son comble. La rigueur des Wanderer est impressionnante et un peu intimidante par le peu de contacts visuels affichĂ© entre eux ; toute cette recherche d’équilibre, de nuances et de couleurs dans des phrasĂ©s trĂšs prĂ©cis se faisant comme par enchantement.
A nouveau, c’est la modernitĂ© et la complexitĂ© qui dominent lors de l’écoute du Trio.  Plus lyrique, le premier Trio en rĂ© mineur a presque un cotĂ© sĂ©duisant et cela rend l’écoute plus facile. Tout cela est assez Ă©loignĂ© de la version beaucoup plus lisse et pourtant trĂšs aimĂ©e du Beaux Arts Trio. Les Wanderer eux ont pris le parti de la modernitĂ©, de la complexitĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e dans une importante concentration demandĂ©e au public.

La deuxiĂšme partie de soirĂ©e a eu une toute autre allure. La venue de l’altiste Christophe GauguĂ© a apportĂ© beaucoup de vie et une prĂ©sence chaleureuse. Le Quatuor avec piano op.47 est une Ɠuvre du bonheur. Robert et Clara Schumann sont enfin mariĂ©s et le piano de Clara jubile tout au long de ces deux Ɠuvres. La complicitĂ© des Wanderer seuls se passe presque de regards et cela est trĂšs impressionnant. Avec Christophe GauguĂ©, partenaire habituel du Trio, les choses sont tout Ă  l’opposĂ©. Il appuie son jeu sur le regard Ă  ses partenaires et il ne cache pas son plaisir aux Ă©changes rĂ©ussis, il se tourne alternativement vers le partenaire avec lequel il cherche la fusion ou la complĂ©mentaritĂ©. Le Quatuor passe comme un rĂȘve de bonheur partagĂ©.

 

 

Trio Wanderer-Arthur Decaris-Christophe Gaugué © Samuel CortÚs_07082019-11

 

 

Le Quintette permet d’agrandir le cercle amical au violoniste Arthur Decaris. L’entente est tout aussi vive. Dans une construction parfaitement maĂźtrisĂ©e, la partition court vers le final fuguĂ©.  Les musiciens en vĂ©ritable osmose semblent tout pouvoir avec leurs instruments. La musique sur une base collective si passionnĂ©e est Ă  voir autant qu’à Ă©couter. Les Ă©changes visuels, les rĂ©ponses en phrases qui se suivent (violoncelle et alto), les accords subtilement Ă©quilibrĂ©s, tout a Ă©tĂ© un vĂ©ritable rĂ©gal. Et cette maniĂšre de se dĂ©chaĂźner dans le final tout en maĂźtrisant parfaitement des sonoritĂ©s apolliniennes, relĂšve du grand art. C’est le violoncelliste RaphaĂ«l Pidoux qui sera le plus dĂ©monstratif et le plus enthousiaste. Quel bonheur d’avoir pu participer Ă  cette beautĂ© totale et Ă  cette jubilation en une belle soirĂ©e d’étĂ©, sur le Parvis de cette magnifique Ă©glise en pierre de Rognes !

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Compte-rendu concert. Lambesc. Parvis de l’église Notre Dame de l’ascension, le 7 AoĂ»t 2019. Robert Schumann (1810-1856) : Trio avec  piano n° 2 en fa majeur Op.80 ; Trio avec  piano n° 3 en sol mineur Op.110 ; Trio avec  piano n° 1 en rĂ© mineur Op.63 ; Quatuor en mi bĂ©mol majeur Op.47 ; Qunitette pour piano et cordes en mi bĂ©mol majeur Op.44 ; Christophe GaugĂ©, alto ; Arthur Decaris, violon ; Trio Wanderer : Jean-Marc Phillips-VarjabĂ©dian, violon ;  RaphaĂ«l Pidoux, violoncelle ; Vincent Coq, piano – Photos : © Samuel CortĂšs.

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, opéra. ORANGE, Chorégies, le 6 août 2019. MOZART : Don Giovanni. SCHROTT, D. LIVERMORE / F. CHASLIN.

don giovanni orange chorĂ©gies 2019 schwrott critique opera classiquenews dg-_femmes-c-gromelle (1)COMPTE-RENDU, opĂ©ra. ORANGE, ChorĂ©gies, le 6 aoĂ»t 2019. MOZART : Don Giovanni. D. LIVERMORE. E. SCHROTT. M. SICILIA. K. DEHAYES. S. DE BARBEYRAC. Orch. LYON. F. CHASLIN. Il ne va pas de soi de donner un opĂ©ra mozartien dans le vaste thĂ©Ăątre antique d’Orange. Aujourd’ hui un retour Ă  l’orchestre sur instruments d’époque et la recherche d’un format vocal plus naturel, proche de ce que Mozart a connu, apporte des solutions intĂ©ressantes. Le risque Ă©tait grand d’une dĂ©mesure fatale Ă  l’esprit et Ă  la lettre de ce bijoux du duo Da Ponte – Mozart. De mĂȘme les attentes du public, ou d’une partie, visant Ă  cantonner l’Ɠuvre dans son XVIIIĂšme poudrĂ©, n’était pas compatible avec la vaste scĂšne. Tout de go je dirai que je n‘ai pas Ă©tĂ© déçu et que j’ai passĂ© une excellente soirĂ©e en compagnie du Don Juan de Mozart et Da Ponte. Car l’esprit Ă©tait lĂ . Un Don Juan noir, cruel, adepte de l’amour vache, voir un tantinet serial killer. Erwin Schrott est le Don Juan de notre Ă©poque et toutes les meilleurs scĂšnes du monde se l’arrachent. Voix sombre et ronde, capable de toutes les nuances.

 

 

 

 

Erwin Schrott, Don Giovanni, serial killer, carnassier

Don Juan aux Chorégies : 
 oui, pari réussi !

 
 

 

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Chanteur parfait, diseur subtil. Acteur carnassier, volubile, trĂšs mobile. Certain de son charme, bien rĂ©el, il en use avec art. Il ira Ă  la mort Ă  vive allure sans trembler. Habits noirs intemporels, en chemise, c’est le corps qui s’offre ainsi sans aucun besoin de costume, et quel acteur ce Schrott !
C’est le contraire pour les autres personnages qui dĂ©butent l’opĂ©ra en costumes anciens. Dames en robes Ă  panier, Ottavio en habit de la cour madrilĂšne, villageois endimanchĂ©s façon ethnique. Certes les Ă©poques se tĂ©lescopent et les voitures, le taxi de Leporello et le 4/4 noir du commandeur, surprennent le public. Et oui le visage de l’aristocratie mondiale a changĂ©, aujourd’hui 100% financiĂšre, autrefois de droit divin, mais rien n’a changĂ© : les puissants abusent de tout et de tous sans scrupules. Les personnages sont donc tous bien campĂ©s.
Par ordre d’entrĂ©e en scĂšne, Leporello est le chauffeur de taxi, en blouson, bonnet vissĂ© sur la tĂȘte, pleutre et veule Ă  souhait. Le commandeur, le faiseur d’affaire, ou banquier,  a la joie des solutions expĂ©ditives et la gĂąchette facile. Le couple Donna Anna et Don Ottavio est d’abord «grande maniĂšre de la cour d’Espagne » Ă  la Velasquez pour Ă©voluer vers une modernitĂ© trĂšs intĂ©ressante. Don Ottavio a une Ă©volution trĂšs rarement accordĂ©e Ă  ce personnage qui ce soir prend une vĂ©ritable dimension virile ; et le couple est un vrai couple. Elvire est une grande dame dominĂ©e par son cƓur et son corps, mais qui lutte pour sa dignitĂ© et le salut de son amour. C’est un trĂšs beau personnage qui Ă©volue aussi finement. Zerline et Masetto, de paysans ethniques, vont vers la simplicitĂ© des gens qui demandent peu Ă  la vie et que la proximitĂ© des puissants a failli briser totalement.

Avec tout cela, certains oseront se plaindre de la mise en scĂšne ! Personnellement j’ai vu les vrais personnages de Da Ponte et Mozart. Le dĂ©cor est habilement fait sur le mur par des projections, non seulement trĂšs belles, mais Ă  forte charge symbolique. Le sang sur le mur, les vagues d’une plage dans la recherche de puretĂ©, les fenĂȘtres, balcons, tombeaux sont suggĂ©rĂ©s habilement.  L’un des effets les plus puissants est la dĂ©sagrĂ©gation des murs lorsque l’esprit vacille. L’épisode des masques en calĂšche avec un cheval qui reste tranquille de justesse est trĂšs beau (bravo aux dresseurs prĂ©sents sur scĂšne qui calment l’animal). Les costumes rutilants pour le chƓur durant la fĂȘte habillent agrĂ©ablement la vaste scĂšne. Les voitures qui font crisser les pneus, outre le sacrĂ© entraĂźnement qu’il a fallu, auraient certainement amusĂ© le Mozart farceur que l’on connait. Le travail de mise en scĂšne de Davide Livermore est trĂšs intĂ©ressant, habile et fidĂšle Ă  l’esprit d’un Don Juan noir qui cherche Ă  se distraire Ă  tout prix. Les lumiĂšres complexes d’Antonio Castro sont intimement liĂ©es aux projections de D-Work.  Les costumes  se voient de loin dans de belles couleurs.Pour rĂ©ussir un Don Juan, il faut un bon orchestre et surtout un chef avec une vison. L’orchestre de l’OpĂ©ra national de Lyon a Ă©tĂ© magnifique. Parfaitement Ă©quilibrĂ© pour sonner, sans couvrir les voix jamais. PrĂ©cis, rĂ©actif, avec de beaux timbres, – les trĂšs belles couleurs des bois -, chaque instrumentiste a Ă©tĂ© parfait. Les timbales incarnant le drame mĂȘme. La direction de FrĂ©dĂ©ric Chaslin est admirable de tenue dramatique. Tout avance, Ă  vive allure. Les airs dans des tempi retenus sont comme une diffraction Ă©motionnelle, certains en deviennent magiques.
FrĂ©dĂ©ric Chaslin dirige par coeur, il a des yeux partout. Il met en valeur chaque dĂ©tail tout en maintenant un drame continuellement renouvelĂ©. Chaque final a eu la prĂ©cision horlogĂšre attendue. Le drame est partout dans cette direction. L’ouverture et le final avec le Commandeur sont de grands moments.  Pour animer les personnages, il faut des images vocales prĂ©cises. Les voix sont toutes de stature semblable et emplissent bien la vastitude du thĂ©Ăątre antique, ce n’est pas rien.

Erwin Schrott domine de son charisme tant scĂ©nique que vocal tout le team. Son Leporello, Adrian SĂąmpetrean, est son double, juste un cran en dessous. Ce dernier a eu un peu de mal avec le tempo Ă  certains moments. La Donna Anna de Mariangela Sicilia a de la vaillance et conduit admirablement sa voix. De mĂȘme Zerlina, Annalisa Stroppa et Masetto, Igor Bakan ne dĂ©mĂ©ritent pas. Le Commandeur d’AlexeĂŻ Tikhomirov manque de puissance et est trop fort lorsque sa voix est amplifiĂ©e. C’est le personnage le plus falot, mais c’est crĂ©dible scĂ©niquement dans cette mise en scĂšne.
Il reste Ă  dĂ©crire les deux chanteurs qui se hissent sans peine Ă  la hauteur de perfection du Don Juan de Erwin Schrott et ce n’est pas peu dire. L’ Ottavio de Stanislas de Barbeyrac est inoubliable. Voix splendide, timbre viril, conduite du souffle parfaite, nuances incroyables pour des reprise pianissimo extatiques. Bel acteur, le jeux de scĂšne permet de rendre au personnage sa vraie noblesse, celui qui croit en la justice des hommes, la convoque et qui aime profondĂ©ment sa fiancĂ©e ; son « crudel» au dernier acte est l’air d’un amoureux vraiment blessĂ©. Il a peaufinĂ© son personnage Ă  Paris, New-York et Munich ! Et il connaĂźt l’acoustique du thĂ©Ăątre antique. Il a donc osĂ© des pianisssimi tendres et Ă©mouvants Ă  la fois et une reprise sur le souffle de grande Ă©cole. Le public lui a fait un succĂšs personnel retentissant, bien mĂ©ritĂ©. Il est probablement le Don Ottavio de sa gĂ©nĂ©ration.

 

 

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Le pari de distribuer Karine Deshayes dans Elvire n’allait pas de soi. Il est d’usage de distribuer plutĂŽt une soprano qu’une mezzo-soprano en Elvira. C’est une vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation. Elle aussi pourrait ĂȘtre l’Elvira de sa gĂ©nĂ©ration. Timbre somptueux, Ă©galitĂ© sur toute la tessiture, souffle long, passion contenue qui explose, personnage qui Ă©volue et qui devient une amoureuse magnifique dans sa douleur et sa peur pour l’aimĂ©. Elle aussi a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’applaudissements nourris aprĂšs son « Mi tradi  ». Ces deux chanteurs français rejoignent le Don Juan de l’époque, un Erwin Schrott diablement sĂ©duisant. Schrott inoubliable l’an dernier en MĂ©phistophĂ©lĂšs et ce soir en Don Juan.

Le chƓur n’a pas un grand rĂŽle mais apporte beaucoup de vie dans le  drame trĂšs sombre ce soir. Il a Ă©tĂ© parfait en proportion et en qualitĂ© vocale comme scĂ©nique. Les costumes clinquants et lumineux Ă©taient trĂšs bien venus. Il a donc Ă©tĂ© possible de donner un Don Juan excellent dans le vaste thĂ©Ăątre, chef, orchestre,  solistes, chƓurs, mise en scĂšne, aspects visuels, tout a fonctionnĂ© de concert pour tendre au public un miroir sur la question cruciale du moment comme jamais : chercher la libertĂ©, mais pour quoi faire ? Courir Ă  l’abĂźme en connaissance de cause ?? / illustration : © P Gromelle 2019 / ChorĂ©gies d’Orange 2019

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2019. ThĂ©Ăątre Antique. Le 6 aoĂ»t 2019.  Wolfgand Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Don Juan, Drama Giocoso en 2 actes, livret de Lorenzo da Ponte, d’aprĂšs Giovanni Bertati ; CrĂ©ation : Prague, au GrĂ€flich Nostitzsches Nationaltheater, le 29 octobre 1787. Coproduction avec le Festival de Macerata ; Mise en scĂšne, Davide Livermore ; DĂ©cors : Davide Livermore ; Costumes, StĂ©phanie Putegnat ; Eclairages, Antonio Castro ; VidĂšos,  D-Wok ; Avec :  Don Giovanni, Erwin Schrott ; Leporello, Adrian SĂąmpetrean ; Donna Anna, Mariangela Sicilia ; Donna Elvira, Karine Deshayes ; Don Ottavio,  Stanislas de Barbeyrac ; Zerlina, Annalisa Stroppa ; Masetto, Igor Bakan ; Le Commandeur, AlexeĂŻ Tikhomirov ; ChƓurs des OpĂ©ras d’Avignon et de Monte-Carlo , coordination chorale : Stefano Visconti ; Continuo, Mathieu Pordoy ; Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon ; Direction musicale, FrĂ©dĂ©ric Chaslin. Illustrations : © P Gromelle 2019.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’EmpĂ©ri, le 4 aoĂ»t 2019. BEETHOVEN, SCHUMANN,
, QUATUOR MONA, S. IM, T. FOUCHENNERET. 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 4 aoĂ»t 2019. BEETHOVEN, SCHUMANN, SCHUBERT, QUATUOR MONA, S. IM, T. FOUCHENNERET. Nous ne le cacherons pas : ce qui fait le prix de ce concert c’est, comme chaque fois que l’oeuvre figure au programme, le Quintette « La truite »  de Schubert. Je ne connais pas de partition de musique de chambre qui permette autant aux musiciens qu’au public de communier dans la joie. Ce soir le public a Ă©tĂ© aux anges, et les musiciens enthousiastes ont tous Ă©tĂ© admirables. L’équilibre entre eux a Ă©tĂ© parfait et la somptueuse acoustique de la cours Renaissance du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri a jouĂ© sa partie Ă  merveille. Il a Ă©tĂ© possible comme nous rĂȘvons de le faire (les salles trop rĂ©verbĂ©rĂ©es ne nous le permettent pas) de porter notre attention sur chaque musicien Ă  tour de rĂŽle ou ensemble. J’ai Ă©tĂ© trĂšs sensible au rĂŽle prĂ©pondĂ©rant en terme de gardien du tempo et relance du rythme, de la contrebasse d’Olivier Thiery.

 
 

L’ñme de la Musique ? 

La Truite de Schubert bien sûr !

 

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Ce jeune musicien nous avait dĂ©jĂ  beaucoup Ă©mu et ce soir sa joie, sa maniĂšre d’entraĂźner vers plus de libertĂ© et d’humour le violoncelliste AurĂ©lien Pascal, tout en gardant une connexion intime avec le piano, nous ont complĂštement sĂ©duit. Le piano de ThĂ©o Fouchenneret a lui aussi Ă©tĂ© une merveille de prĂ©sence exacte tout du long. Cette partie est difficile Ă  Ă©quilibrer car souvent prĂ©pondĂ©rante mais le pianiste a Ă©tĂ© un modĂšle dechambrisme, sachant dĂ©tacher sa partie ou la nuancer avec un art subtil dans une Ă©coute complĂšte de chaque instant. La sonoritĂ© liquide de son piano a Ă©tĂ© un vrai bonheur. Le violoncelle d’AurĂ©lien Pascal a brillĂ© dans ces moments trĂšs beaux et il est agrĂ©able de voir comment cet artiste plutĂŽt timide musicalement jusqu’à prĂ©sent a su s’engager davantage dans cette « Truite ». L’altiste Joachin Riquelme Garcia a une prĂ©sence bonhomme et il a trouvĂ© des couleurs superbes tout du long, partenaire attentif et bienveillant. Quand Ă  la violoniste Karen Gomyo, elle est magnifique de prĂ©sence ondoyante ; elle sait conduire admirablement sa partie dans de trĂšs belles nuances. C’est certainement les contrastes et l’ampleur des nuances qui marquent cette interprĂ©tation et cette fusion parfaitement Ă©quilibrĂ©e des timbres. Ce n’était que du bonheur et dans une acoustique absolument parfaite qui a permis de ne pas perdre une miette de musique !

Avant cette apothĂ©ose  de «  la Truite », le Trio «  Des Esprits » a Ă©tĂ© trĂšs bien interprĂ©tĂ©, tout en Ă©quilibre, Ă©lĂ©gance et mystĂšre. Le Largo qui donne son nom au Trio, sous le soleil dĂ©clinant, entre chien et loup, dans un air si bon, a pris un cotĂ© mystĂ©rieux absolument dĂ©licieux. Claudio Bohorquez au violoncelle, a Ă©tĂ© particuliĂšrement subtil et en osmose avec le violon lumineux de Karen Gomyo comme avec le piano Ă©lĂ©gant d’Eric Le Sage. Ce violoncelliste a une prĂ©sence heureuse et trĂšs chaleureuse. Le trio de Beeethoven a Ă©tĂ© un trĂšs beau moment musical d’ouverture.

Ensuite, le charme fĂ©minin a pris place sur scĂšne. Le jeune Quatuor Mona a Ă©tĂ© tout de tendresse Ă©mue dans cette adaptation pour Quatuor Ă  Cordes de 6 lieder de Schumann. La soprano Sunhae Im semble prendre beaucoup de plaisir Ă  mĂȘler sa voix aux cordes. Son expression en allemand est trĂšs convaincante, tout Ă  fait  remarquable pour une voix si aiguĂ«. Au delĂ  du charme rĂ©el de cette version, je crois que l’esprit de Schumann qui fait du dialogue piano / chant, son crĂ©do, n’était pas vraiment prĂ©sent. Un quatuor Ă  cordes n’offre pas le mĂȘme soutien, ni la mĂȘme intensitĂ©  que le piano de Schumann. Une forme d’hĂ©donisme a Ă©tĂ© plus prĂ©sente que le romantisme triste, contenu dans ce cycle de l’amour non partagĂ©.

La partie classique du concert s’est donc terminĂ©e aprĂšs cette « Truite » mĂ©morable. AprĂšs l’entracte, un autre type de concert, avec un autre cĂ©rĂ©monial, d’autre prioritĂ©s et d’autres Ă©motions nous a Ă©tĂ© proposĂ© mais avec la mĂȘme excellence musicale en invitant deux artistes prestigieux. Eric Le Lann est l’un des papes du Jazz français et son duo avec le jeune pianiste Paul Lay, rapproche les gĂ©nĂ©rations. Leur hommage Ă  Louis Armstrong est basĂ© sur l’invention, l’improvisation, le charme. Chacun jouant un personnage, qui le trompettiste bougon, qui le pianiste dĂ©sarticulĂ© et Ă  la position avachie
 Ils ont fait se succĂ©der des moments d’improvisation, seuls, en Ă©cho ou ensemble. Du grand art : des audaces pianistiques fulgurantes et un jeu de trompette de vieux crooneur Ă  la voix rocailleuse. Dans le ciel Ă©toilĂ© de Provence, d’autres concerts de jazz de cette qualitĂ© auraient Ă  nouveau tout Ă  fait leur place, avis aux organisateurs. Pourtant en quittant le ChĂąteau, ce sont bien les airs entĂȘtants de la Truite qui m’accompagnaient
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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , 4 Aout 2019 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio n°5 en rĂ© majeur « Trio des esprits » Op.70 N°1 ; Robert Schumann (1810-1856) : 6 Lieder Op.107, arrangĂ©s pour quatuor Ă  cordes par Aribert Reinmann ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quintette pour piano et cordes Op.114, D.667 «  La Truite » ; Sunhae Im, soprano ; Karen Gomyo, violon ; Joachin Riquelme Garcia, Alto ; Claudio Bohorquez, AurĂ©lien Pascal, violoncelles ; Olivier Thiery, contrebasse ; Quatuor Mona : Verena Chen , Roxana Rastegar, violons ; Ariana Smith, alto ; Caroline Sypniewski, violoncelle ;  Eric Le Sage, ThĂ©o Fouchenneret, Piano. Thanks a million : Hommage Ă  Louis Amstrong ; Eric Le Lann, trompette ; Paul Lay, piano. Illustration : © Hubert Stocklin

 
 

 
 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’EmpĂ©ri , le 3 aoĂ»t 2019. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. Pahud, E. Lesage, T. Fouchenneret

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri , le 3 AoĂ»t 2019. L.V. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. PAHUD. P. MEYER. E. LE SAGE. T. FOUCHENNERET. Beethoven, le grand dĂ©miurge est en fait un compositeur plus complexe que ne le laisse penser l’hagiographie post romantique toujours vivace. Beethoven a Ă©tĂ© un musicien brillant, lĂ©ger, surtout capable d’humour avant de sombrer dans la misanthropie et la surditĂ©. Il n’est pas moins gĂ©nial, Ă  mon avis,  dans la musique moins mĂ»re et plus joyeuse. Le dĂ©but du concert a prĂ©sentĂ© le Beethoven compositeur incontournable de quatuor Ă  cordes.

Multifaces du génie beethovénien

emperi salon de provence quatuor mona concert critique classiquenews festivals ete 2019 critiques concert classiquenewsLe Quatuor n°2 « Razoumovski » a du cran et nous sommes dĂ©jĂ  dans une oeuvre de grand format, avec une Ă©nergie encore jamais vue dans le genre du quatuor Ă  cordes.  DĂšs le dĂ©but, l’énergie des quatre jeunes musiciennes est considĂ©rable, mais surtout leur maniĂšre de remplir de musique les silences,interpelle. C’est lĂ  que je devine la qualitĂ© musicale de ce tout jeune quatuor au fĂ©minin. Car cela ne fait qu‘une petite annĂ©e que le Quatuor Mona se produit. Et dĂ©jĂ  il est possible de leur prĂ©dire une belle carriĂšre. Car outre les qualitĂ©s instrumentales de chacune, que je ne voudrais pas manquer de souligner, c’est cette communication si vivante et si belle Ă  voir dans leur jeux qui fait beaucoup pour donner Ă  l’auditeur accĂšs aux splendeurs des partitions interprĂ©tĂ©es. Certainement  il reste « gonflé » de s’attaquer si jeune Ă  ce deuxiĂšme Razoumovski mais le rĂ©sultat est
 conquĂ©rant. La maturitĂ© artistique est dĂ©jĂ  lĂ  ; la vie va avancer et leur donner cette profondeur si angoissante de l’ñme beethovĂ©nienne pour les quatuors suivants. Pour l’instant c’est une version lumineuse, en recherche de sĂ©rĂ©nitĂ© et pleine de vie qui nous est offerte, avec tout spĂ©cialement ce final caracolant dans une Ă©nergie inĂ©puisable. Bravo mesdames du Quatuor Mona, nous aurons plaisir Ă  vous suivre.

Le Quintette pour piano et vents en mi bĂ©mol majeur est le cousin de celui de Mozart. MĂȘme si la rencontre entre Mozart et Beethoven n’a pas donnĂ© de suite prĂ©cise, il est touchant de comprendre comment Beethoven avec cette piĂšce si singuliĂšre, rend un amical salut au maĂźtre Mozart. De maniĂšre trĂšs personnelle Beethoven suit le modĂšle sans s’y soumettre. C’est avec une belle Ă©nergie que nos interprĂštes, tous fins musiciens, se sont jetĂ©s dans ce quintette du bonheur. Le chant du hautbois de François Meyer, avec cette sonoritĂ© si souple, belle et ronde a Ă©tĂ© une merveille. Et la virtuositĂ© goguenarde du basson de Gilbert Audin, la superbe tenue du cor de BenoĂźt de Barsony dans des solos merveilleux, la clarinette facĂ©tieuse de Paul Meyer, trĂšs prima donna, se sont rĂ©pondus avec art. De mĂȘme Eric Le Sage a su se rĂ©galer et nous rĂ©galer dans une partie trĂšs exposĂ©e par Beethoven. Ainsi nous ont-ils prouvĂ© que le gĂ©ant de Bonn a Ă©tĂ© un temps un musicien heureux.

Mais la deuxiĂšme partie du concert nous a rĂ©servĂ© la surprise de dĂ©couvrir l’humour et la bonhommie dans l’oeuvre de Beethoven ; certes les thĂšmes et variations d’aprĂšs « La ci darem la mano » est tout Ă  la gloire ce soir de la flĂ»te d’Emmanuel Pahud. Pourtant la maniĂšre dont le thĂšme est dĂ©tournĂ©, inversĂ©, sublimĂ©, moquĂ©, par Beethoven permet aux instruments Ă  vent, de s’amuser ensemble. Quel brio dans les moments de virtuositĂ© du basson de Gilbert Audin ! La flĂ»te qui remplaçait le hautbois a Ă©tĂ© souveraine sous les doigts agiles d’Emmanuel Pahud, avec cette maniĂšre dansante si enthousiaste qui caractĂ©rise ce musicien d’exception. Humour et bonne humeur au rendez-vous de cette soirĂ©e tout Beethoven, voilĂ  qui a du ĂȘtre une sacrĂ©e surprise pour d’aucun.

emperi salon de provence concert piano beethoven thierry fouchenneret concert critique festival ete 2019 classiquenewsPour finir le concert et rendre hommage au gĂ©nie pianistique de Beethoven, quelle sonate peut le mieux en dire la grandeur que la gigantesque Hammerklavier (plus de 50 minutes) ? Le jeune pianiste français ThĂ©o Fouchenneret (24 ans), s’y engouffre avec panache. Il met un peu de temps Ă  gommer une certaine duretĂ© dans le premier mouvement. Comme si l’interprĂšte cherchait Ă  garantir la clartĂ© de l’articulation, la fermetĂ© rythmique et la puissance des forte. Tout ceci rentre rapidement dans l’ordre et ce qui sĂ©duit l’auditeur, c’est l’engagement du musicien dans cette partition fleuve. Il est Ă©vident que ce jeune artiste a quelque chose Ă  dire.
Tout du long les choix sont intĂ©ressants, seul un petit manque de legato dans le troisiĂšme mouvement attĂ©nue notre plein enthousiasme ; ce legato prĂ©-chopinien, que seuls les plus grands musiciens savent prserver, peut ĂȘtre relever. Car peu de pianistes savent rendre toutes les facettes de cette sonate avec le mĂȘme bonheur.  En tout cas la puissance digitale est sidĂ©rante, les couleurs sont multiples et les phrasĂ©s trĂšs intĂ©ressants : ils nous emmĂšnent loin, trĂšs loin. Seul un musicien avec une vue claire et gĂ©nĂ©reuse peut ainsi guider l’auditeur dans les merveilles incroyables d’une partition absolument magistrale. Le piano roi de Beethoven portĂ© par ThĂ©o Fouchenneret a terminĂ© en apothĂ©ose ce trĂšs bon concert donnant une juste vision du GĂ©nie BeethovĂ©nien, en ses facettes multiples.

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , le 3 Aout  2019.; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Quatuor Ă  cordes n°8 en mi mineur Op.59, n°2 « Razoumovski » ; Quintettte Op.16 en mi bĂ©mol majeur ; Variations en si bĂ©mol majeur sur « Laci darem la mano » Op.2 ; Sonate Op.106en si bĂ©mol majeur « Hammerklavier » ; Quatuor Mona : Verena Chen , Roxana Rastegar, violons ; Ariana Smith, alto ; Caroline Sypniewski, violoncelle ;  Emmanuel Pahud, flĂ»te;  François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, clarinette ; Gilbert Audin, basson ; BenoĂźt de Barsony, cor ; Eric Le Sage, ThĂ©o Fouchenneret, Piano.  Illustrations : © Hubert Stoecklin 2019

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’EmpĂ©ri, le 1er aoĂ»t 2019. FAURE, MOZART, FARENC
 TISHCHENKO, P.MEYER, LESAGE


COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri, le premier aoĂ»t 2019. G. FAURE W.A. MOZART. L.FARENC. C. GOUNOD. D.TISHCHENKO. P.MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. E. LE SAGE. Ce concert a dĂ©butĂ© plus Ă©nergiquement que les prĂ©cĂ©dents, sans prĂ©paration progressive. Le Quatuor avec piano n° 2 de FaurĂ© est une Ɠuvre, au dĂ©but Ă©nergique quasi brahmsien, avec les cordes jouant le thĂšme de concert et avec feu, sur une base pianistique trĂšs animĂ©e. VĂ©ritablement galvanisĂ©s par le jeu et la personnalitĂ© flamboyante de la violoniste Diana Tishchenko, ses collĂšgues ont vite Ă©tĂ© au diapason. Le jeu d‘Eric Le Sage a retrouvĂ© le souffle pianistique nĂ©cessaire. Il a pris les choses Ă  bras le corps et a vraiment Ă©tĂ© moteur dans le quatuor. Mais ce sont les deux cordes graves qui se sont surtout rĂ©vĂ©lĂ©es. Joaquin Riquelme Garcia Ă  l’alto a su s’exprimer avec gĂ©nĂ©rositĂ© dans des sonoritĂ©s chaudes et des phrasĂ©s Ă©tirĂ©s trĂšs expressifs. Il faut dire que FaurĂ© a rĂ©servĂ© Ă  l’alto un rĂŽle trĂšs important car il Ă©nonce souvent le thĂšme. Au violoncelle AurĂ©lien Pascal a su se mettre au niveau et a rĂ©vĂ©lĂ© sa capacitĂ© Ă  chanter avec passion et Ă  interagir finement avec ses collĂšgues; il est nĂ©cessaire Ă  prĂ©sent que ce jeune artiste croit en lui et expĂ©rimente son pouvoir de sĂ©duction musical, qu’il ose s’exprimer davantage s’éloignant de sa trop grande recherche de maĂźtrise polie.

 

 

Quasi una sinfonia romantica

 

 

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Comme dans un grand souffle post romantique ce quatuor a voguĂ© avec noblesse, Ă©nergie et passion. Cette trĂšs belle Ɠuvre de la maturitĂ© de FaurĂ© a trouvĂ© Ă  Salon de Provence des interprĂštes Ă  la hauteur des enjeux. Le public a applaudi trĂšs vivement, pris par cette passion flamboyante. AprĂšs un tel sommet de qualitĂ© musicale, le choix de la sĂ©rĂ©nade en do mineur de Mozart en octuor Ă  vents s‘est rĂ©vĂ©lĂ©e particuliĂšrement judicieuse. La partition dĂ©passe de plus anciennes par une qualitĂ© d’écriture soignĂ©e et revendiquĂ©e par Mozart lui-mĂȘme.
Le soin dans la composition, le choix de la tonalitĂ© de do mineur, la complexe Ă©criture contrapuntique et en canon du final, font de cette piĂšce un moment d’anthologie, de rĂ©crĂ©ation pour fins musiciens. Nos acolytes si soudĂ©s ont offert une interprĂ©tation idĂ©ale de ce chef d’Ɠuvre. Ils ont semblĂ© dĂ©guster Ă  chaque instant cette extraordinaire qualitĂ© d’écriture du Mozart de la maturitĂ©.

AprĂšs l’entracte, la dĂ©couverte des qualitĂ©s du Trio de Louise Farenc a Ă©tĂ© un enchantement. A nouveau, c’est la surprise de dĂ©couvrir un compositeur de grande valeur qui est une femme et qui pour cette raison n’est pas passĂ©e Ă  la postĂ©ritĂ© alors que de son vivant, elle a tout offert Ă  la musique. Le Trio est plein de mĂ©lodies qui coulent avec ravissement dans un respect des canons d’écriture de l’époque, entre Mendelssohn et Gounod,  sachant richement utiliser l’harmonie. Et l’association clarinette, violoncelle et piano est trĂšs rĂ©ussie. Seul Paul Meyer a su s’autoriser du brillant alors qu’AurĂ©lien Pascal a repris un jeu trop prudent, tout comme Florian Noack au piano, n’osant pas s’exprimer, alors que la partition entre opĂ©ra, virtuositĂ© instrumentale et romance le rĂ©clamait.

Tout change dans la petite Symphonie de Gounod dans laquelle nous retrouvons l’octuor de vents et Emmanuel Pahud Ă  la flĂ»te. TrĂšs sĂ©ducteur, le flĂ»tiste sans utiliser sa sonoritĂ© la plus maĂźtrisĂ©e et soignĂ©e, mais toujours trĂšs prĂ©sent, a su avec aplomb faire apprĂ©cier toutes les interventions de la flĂ»te, qui apportaient lumiĂšre et fraĂźcheur dans l’écriture assez compacte de Gounod. Sans l’esprit ludique d’Emmanuel Pahud, le sĂ©rieux aurait trop pris le dessus. Car cette symphonie de vents a de grandes qualitĂ©s d’écriture et sonne magnifiquement, rĂ©servant Ă  la flĂ»te la lumiĂšre et l’air planant. Pour terminer ce grand concert, en terme de niveau d’inspiration, la forte prĂ©sence des 9 musiciens a Ă©tĂ© vivement rĂ©compensĂ©e par un public enthousiaste qui a failli obtenir un bis avec ses applaudissements si nourris.

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , le 31 Juillet 2019. Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : Quatuor n°2 en sol mineur Op.45 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : SĂ©rĂ©nade pour octuor Ă  vents n°12 en do mineur KV. 388 ; Louise Farenc (1804-1875) : Trio pour piano n°1 Op.33 ; Charles Gounod (1818-1893) : Petite symphonie. Diana Tishchenko, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Eric Le Sage, piano ; Emmanuel Pahud, flĂ»te ; François Meyer, Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’ EmpĂ©ri, le 31 juil 2019. MOZART, BOTTESINI, CHAMINADE / E.PAHUD. P.MEYER


COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri , le 31 Juillet 2019. W.A. MOZART. G. BOTTESINI. L.V. BEETHOVEN. C.CHAMINADE. C. REINECKE.  E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. Le Quatuor pour flĂ»te en rĂ© majeur de Mozart a une forme de perfection oscillant entre style « Sturm und Drang” et Ă©lĂ©gance. Le bouillonnant premier mouvement, le dĂ©licat Adagio qui dĂ©ploie sa mĂ©lancolie sur un tapis de pizzicati, puis le final virevoltant sont la musique du bonheur et de la libertĂ© gagnĂ©e par le jeune Mozart. Emmanuel Pahud dans un son concentrĂ©, un souffle immense et des couleurs chaudes a phrasĂ© sa partie avec le grand art que nous lui connaissons. D’humeur mutine, le grand flĂ»tiste n’a pas cachĂ© son immense joie. Ses compĂšres un peu moins libres, trĂšs concentrĂ©s ont Ă©tĂ© aux petits soins, n’atteignant pas cependant la facilitĂ© dĂ©concertante et si charmante du flĂ»tiste inspirĂ©.

 

 

La flûte de Pahud irradie dans le soir

 

 

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Plus tard dans la soirĂ©e avec le jeune pianiste Florian Noack, Emmanuel Pahud a offert une interprĂ©tation parfaite du concertino de CĂ©cile Chaminade. La question de l’effroyable virtuositĂ© de cette oeuvre ne semble mĂȘme pas se poser : tout est musique, charme ravageur avec Emmanuel Pahud et la longueur du souffle permet des phrasĂ©s semblant infinis. VoilĂ  le grand art de la flĂ»te française Ă  son sommet, dans une composition trĂšs aboutie de CĂ©cile Chaminade. Dans le rĂ©duction au piano de la partie d’orchestre, le jeune pianiste Florian Noack a semblĂ© respectueux de son ainĂ© et prudent, ne jouant pas Ă  faire sonner l’orchestre assez fermement. Pourtant les moyens pianistiques sont lĂ  ; un peu plus d’audace aurait mieux Ă©quilibrĂ© musicalement le duo qui lĂ  Ă©tait plus un accompagnement de super soliste.
C’est dans le final du concert, l’Octuor de Carl Reinecke, que l’équilibre a Ă©tĂ© atteint avec un Emmanuel Pahud Ă  Ă©galitĂ© avec ses compagnons des vents. Le dialogue avec le hautbois de Gabriel Pidoux a Ă©tĂ© savoureux ; la prĂ©sence des bassons, incroyablement vive ; les cors nobles ou taquins, magnifiques et les clarinettes, trĂšs en verve. L’Octuor de Reinecke s’apparente Ă  celui plus connu de Mozart ou encore Beethoven, mais ne leur cĂšde en rien sur le plan du charme comme de l’invention. Ainsi l’association des timbres est plus riche avec une flĂ»te au lieu de deux hautbois.
Le sextuor de Beethoven, aprĂšs celui de Mozart la veille, retrouvait la complicitĂ©, la fusion et l’humour des six musiciens, avec le plaisir de voir le jeune clarinettiste Carlos Ferreira prendre ses marques et sembler trouver sa place dans ce beau monde, sous les yeux bienveillants de ses ainĂ©s.

Olivier-Thiery contrebasse concert critique classiquenews 09_rec-800x966LA CONTREBASSE CHEZ BOTTESINI
 Mais je ne voudrais pas oublier le moment de surprise incroyable de la soirĂ©e avec le contrebassiste de charme tout Ă  fait inoubliable : Olivier Thiery. Ce musicien est extraordinairement touchant, capable de faire chanter avec son court archet sa contrebasse comme on ne le croyait pas possible. Le duo concertant avec la clarinette de Giovanni Bottesini le met en valeur car ce que fait la clarinette, malgrĂ© la virtuositĂ© de Paul Meyer, semble trop facile ! Le soutient de Florian Noack est prĂ©cis et lĂ  encore
 trop modeste. C’est vraiment la contrebasse qui sera inoubliable grĂące Ă  l’art tout Ă  fait subtil d’Olivier Thiery que nous nous rĂ©jouissons de retrouver dans la Truite de Schubert bientĂŽt.
La musique de Giovanni Bottesini est trĂšs belle, admirablement Ă©quilibrĂ©e entre virtuositĂ© et Ă©motion. Et quelle habiletĂ© Ă  mettre en valeur la contrebasse ! La courte rĂȘverie a Ă©tĂ© un moment quasi surnaturel tant le chant de la contrebasse Ă©tait beau et Ă©mouvant en profondeur. Plus que le concerto de CĂ©cile Chaminade, qui a une belle notoriĂ©tĂ© chez les flĂ»tistes, c’est la dĂ©couverte de la musique de Giovanni Bottesini et son amour pour la contrebasse qui nous a Ă©tonnĂ© ce soir. Un grand merci aux directeurs artistiques, Emmanuel Pahud, Paul Meyer et Eric Le Sage, pour ce programme trĂšs original offrant une beautĂ© constamment renouvelĂ©e.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , le 31 Juillet 2019.; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Quatuor pour flĂ»te en rĂ© majeurK.285 ; Giovanni Bottesini (1821-1889) : RĂȘverie ; Grand duo concertant. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sextuor pour vents en mi bĂ©mol majeur Op.71. CĂ©cile Chaminade (1857-1944) : Concertino en rĂ© majeur Op.107. Carl Reinecke (1824-1910) : Octuor pour vents Op.216. Emmanuel Pahud, flĂ»te ; Maja Avramovic, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Olivier Thiery, contrebasse; Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustrations : Octuor de Reinecken © Hubert Stoecklon 2019. Olivier Thiery, contrebasse (DR)

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, L’EmpĂ©ri, le 30 juil 2019. ROTA, MOZART, RAVEL
PAHUD, MEYER
TRIO KARENINE

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri , le 30 Juillet 2019. N. ROTA. R. CLARKE. W.A. MOZART. M. RAVEL. E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. E. LE SAGE. TRIO KARENINE.  AprĂšs la sublime dĂ©ferlante de la veille aux ChorĂ©gies d’Orange, (lire notre compte rendu du 29 juillet 2019) retrouver le rituel d’accueil serein de la nuit Ă  Salon a Ă©tĂ© un baume pour les oreilles, un doux rĂ©gal pour les yeux. La 27 Ăšme Ă©dition du Festival International de Musique de Chambre de Salon de Provence a dĂ©butĂ© Ă  Aix en Provence ce 28 juillet. Le 29 juillet a Ă©tĂ© la grande soirĂ©e d’ouverture dans la magnifique cours du ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri. D’autres concerts ont lieu Ă  midi et dans l’aprĂšs midi dans le cadre plus intimiste de l’Abbaye de Sainte Croix. La richesse de cette programmation nous amĂšne donc ce soir Ă  assister au 5Ăšme concert du festival depuis trois jours !

 

 

Salon de Provence : musique de chambre Ă  l‘EmpĂ©ri

Les Jolies Notes offertes Ă  la nuit

 

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Le charme des concerts du soir est unique. Lors des premiĂšres notes, il fait encore jour, le soleil n’est pas couchĂ©. À la fin du concert, la nuit est complĂšte. Ce passage est un vĂ©ritable dĂ©lice en si agrĂ©able compagnie. La variĂ©tĂ© de la programmation, elle semble encore plus grande cette annĂ©e ; elle mĂ©nage des surprises aux mĂ©lomanes les plus aguerris. Ainsi qui connait la musique savante de Nino Rota, musicien si indissociable de la musique de films dont tous ceux de Fellini ?  Son Trio pour clarinette, violoncelle et piano a une fraicheur d’inspiration, une veine mĂ©lodique et une saveur harmonique tout Ă  fait dĂ©lectables. Sa Piccola offerta mucicale pleine d’esprit est un dĂ©lice d’humour et d’invention en hommage dĂ©calĂ© Ă  Bach. Et lorsque trĂšs malicieusement la flĂ»te d’Emmanuel Pahud relance le tempo par un thĂšme primesautier le sourire intĂ©rieur s’épanouit en chacun de nous et vient aux lĂšvres. Et cette superbe association de musiciens tous talentueux et complices est un rĂ©gal constant!

Les frĂšres Meyer, Paul Ă  la clarinette et François au hautbois sont de vĂ©ritables enchanteurs. Gilbert Audin au basson est craquant de musicalitĂ© et de virtuositĂ©. CotĂ© humour, Benoit de Barsony au cor n’est pas en reste. Les femmes compositeurs sont Ă  l’honneur tout particuliĂšrement cette annĂ©e. Ainsi Rebecca Clarke et sa Sonate pour alto et clarinette. DĂ©jĂ  le choix de ces deux instruments est musicalement trĂšs subtil. Le PrĂ©lude, allegro et pastorale est une trĂšs beau moment d’échange et de partage, dans une sorte de gĂ©mellitĂ© d’ñme entre ces deux instruments, si proches en couleurs nostalgiques. Les qualitĂ©s de son de Paul Meyer sont bien connues ; la beautĂ© de timbre et la subtilitĂ© des phrasĂ©s de Joaquin Riquelme Garcia Ă  l’alto sont sur le mĂȘme plan. Quelle Ɠuvre intĂ©ressante et Ă©mouvante ! Quand on sait que ces qualitĂ©s de compositeur de Rebecca Clarke ont tellement Ă©tĂ© niĂ©es au point d’avoir Ă©crit dans un journal que Rebecca Clarke n’existait tout simplement pas, on reste sans voix devant les effets de la jalousie et de la mĂ©chancetĂ© des hommes en ces temps ! Bravo madame et Grand Merci pour cette superbe dĂ©couverte !
Si Don Juan de Mozart n’a pas besoin de prĂ©sentation, l’arrangement qu’en a fait un certain Joseph Triebensee, pour plusieurs extraits trĂšs bien choisis, est une vraie dĂ©couverte. L’intelligence des arrangements,  la perspicacitĂ© des choix, la place chantante centrale donnĂ©e au premier hautbois nous mettent sur la voie. Il s’agit d’un ami de Mozart celui qui Ă©tait son hautboĂŻste pour son ultime opĂ©ra La FlĂ»te enchantĂ©e
 Il n’y a pas de mystĂšre, l’esprit du divin Mozart, Ă  l’humour si particulier est dans ces pages plus giocoso que dramatiques, mĂȘme si l’ouverture de Don Juan fait grand effet. C’est donc la jubilation qui termine la premiĂšre parte du concert avec une impression de facilitĂ© et de simplicitĂ©.

 

 

En deuxiĂšme partie, le Sextuor de Mozart en forme de sĂ©rĂ©nade pour 2 clarinettes, 2 bassons et 2 cors nous ramĂšne en paysages connus. La parfaite Ă©coute et l’intelligence du mariage des timbres fonctionne Ă  merveille et l’équilibre entre tous est d’ une parfaite musicalitĂ©. Nous dĂ©couvrons la forte prĂ©sence des bassons de Gilbert Audin et Marie Boichard comme la grande dĂ©licatesse des deux cors grĂące Ă  David Guerrier et Benoit de Barsony. Tandis que les deux clarinettes se complĂštent : Paul Meyer souverain enchanteur, secondĂ© par le jeune Carlos Fereirra dont le potentiel se devine. Pour terminer le concert c’est le jeune et talentueux Trio KarĂ©nine qui prend place sur l’estrade. L’enregistrement qu’ils ont rĂ©alisĂ© du trio de Ravel Ă©tait dĂ©jĂ  de trĂšs bon augure, mais il faut ĂȘtre devant eux pour percevoir toute cette Ă©coute, cette attention intime Ă  l’autre, cette sensibilitĂ© subtile qui les unit. L’émotion dĂ©licate qui parcourt le jeu du violoncelliste est au bord de la rupture ; la sonoritĂ© est pleine et belle mais peut aller vers une nuance infinitĂ©simale. Le violon est pur, dans des zones cĂ©lestes. Et le piano socle inĂ©branlable, puissance rythmique tellurique. Des qualitĂ©s complĂ©mentaires qui permettent une interprĂ©tation remarquable et inoubliable du Trio de Ravel. Tout particuliĂšrement la maniĂšre de construire et dĂ©graisser la Passacaille nous permet de juger de la puissance expressive de chaque musicien lorsqu’il prend possession du thĂšme, puis l’amplitude sidĂ©rante qui naĂźt de leur union avant de retrouver la puretĂ© noire du piano dans ses sonoritĂ©s graves pour finir ce mouvement lent. C’est le final qui revient Ă  la force de vie Ă©lĂ©mentaire. Vent, eau, feu, terre sont Ă©voquĂ©s par la richesse des sonoritĂ©s mĂȘlĂ©es avec une variĂ©tĂ© incroyable. Ravel a inventĂ© une sonoritĂ© Ă  trois, mouvante comme la vie. Le Trio KarĂ©nine parvient Ă  cette alchimie rare. Il a bien de l’hĂ©roĂŻne Ă©ponyme cette puissance expressive et la vie mĂȘme chevillĂ©e au corps.
Une trĂšs belle soirĂ©e qui nous conduit avec art et dĂ©licatesse vers l’un des sommets de la musique de chambre dans une interprĂ©tation de haut vol.

 

   

 

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, ChĂąteau de l’ EmpĂ©ri , le 30 Juillet 2019. Nino Rota (1911-1979) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano ; Piccola offerta musicale ; Rebecca Clarke (1886-1979) : PrĂ©lude, Allegro et pastorale pour alto et clarinette ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) :  Don Juan , ouverture et airs arrangement de Joseph Tribensee ; Sextuor Ă  vents SĂ©rĂ©nade n° 11 K 375 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Trio en la mineur M.67. Emmanuel Pahud, flĂ»te ; François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Eric Le Sage, piano ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Trio Karenine : Fanny Robilliard, violon ; Louis Rodde, violoncelle ; Paloma Kouider, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin.

 

   

 

COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE

orange-choregies-2019-concert-mahler-symphonie-n-8-annonce-critique-concert-par-classiquenews-582COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, ChorĂ©gies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE. Les ChorĂ©gies d’Orange fĂȘtent leurs 150 ans. Ainsi le plus vieux festival de France (et du monde?) tel PhĂ©nix a retrouvĂ© toute sa vitalitĂ© une fois les difficultĂ©s financiĂšres dĂ©passĂ©es. Il faut dire que le public est toujours au rendez-vous et que les diffusions radiophoniques et tĂ©lĂ©visuelles ouvrent toujours plus largement la beautĂ© sublime Ă  un public Ă©largi. EmblĂšme de cette sublime beautĂ© offerte au grand nombre, ce concert en l’honneur des 150 ans des ChorĂ©gies, est Ă  marquer d’une pierre blanche. La Symphonie n° 8 de Mahler choisie est une Ɠuvre rare, exigeante, difficile Ă  monter. Loin des mille exĂ©cutants de la crĂ©ation, le plateau Ă©tendu devant le mur d’Auguste avait nĂ©anmoins ce soir fiĂšre allure. L’orchestre afin d’ĂȘtre conforme Ă  celui de la crĂ©ation Ă  Munich en 1910 dirigĂ© par Mahler, rĂ©unit les musiciens des deux orchestres de Radio France : le National de France dont la crĂ©ation remonte Ă  1934 et le Philharmonique de Radio France nĂ© en 1937. Souvent appariĂ©s, les musiciens en une alchimie de fraternitĂ© perceptible ont fait preuve d’un engagement permanent dans une splendeur instrumentale parfaite.

 

 

La 8 ùme symphonie de MAHLER à Orange

un idĂ©al du partage de la musique dans la paix et l’amour

 

 

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La puretĂ© des timbres, la subtilitĂ© des nuances et la profondeur des phrasĂ©s ont Ă©tĂ© un vĂ©ritable enchantement. Il faut dire que la direction Ă  la fois claire et enthousiasmante de Jukka-Pekka Saraste aurait fait mouvoir les antiques pierres du thĂ©Ăątre. Ce chef admirable, au geste noble, Ă  la maĂźtrise souveraine de toutes les subtilitĂ©s de la partition, est l’homme de la situation. FĂ©dĂ©rant l’orchestre avec une allure envoutante, il a su Ă©galement obtenir des chƓurs une beautĂ© Ă  couper le souffle, dans des nuances incroyables, dosant admirablement malgrĂ© le nombre des effectifs, les couleurs.
Les deux chƓurs professionnels, le Choeur de Radio France et le ChƓur Philharmonique de Munich (celui-lĂ  mĂȘme qui a participĂ© Ă  la crĂ©ation en 1910)  ont Ă©tĂ© parfaitement Ă©quilibrĂ©s avec une extraordinaire clartĂ© permettant de dĂ©guster la subtile spatialisation Ă©crite, par Mahler. Le ChƓur d’enfants, la MaĂźtrise de Radio France, placĂ© au centre, a su dĂšs sa premiĂšre intervention dĂ©velopper une magnifique puretĂ© vocale planant dans le ciel Ă©toilĂ© d’Orange. Proches du mur du fond de scĂšne, les voix des choeurs Ă©taient parfaitement projetĂ©es et l’orchestre pouvait ainsi moduler chaque nuance grĂące Ă  la subtile direction de Jukka-Pekka Saraste. Les solistes placĂ©s au devant du chef pouvaient projeter leurs voix sur l’écrin choral et orchestral.

Chaque soliste possĂ©dait une voix chevronnĂ©e, de format wagnĂ©rien ou straussien. La palme de la vaillance et de l’élĂ©gance revient Ă  Nikolai Schukoff, heldentĂ©nor qui connaĂźt parfaitement la partie de cette symphonie. Il semblait d’ailleurs dĂ©guster les parties chorales, musicales et celles des autres solistes, affichant son plaisir d’ĂȘtre lĂ . Mais bien des musiciens semblaient aussi dans un Ă©tat assez particulier ; ainsi l’organiste qui chantait les parties de chƓur et Ă©galement un timbalier.
Il est certain que l’idĂ©al d’un partage musical total a semblĂ© exister ce soir comme rarement. Ainsi la premiĂšre partie a aboli le temps; la gageure de renouveler en permanence la naĂŻvetĂ© de la joie contenue dans le texte latin millĂ©naire du Veni creator (partie I) a Ă©tĂ© gagnĂ©e haut la main. Jukka-Pekka Saraste en dirigeant relançait rĂ©guliĂšrement l’énergie du demi-millier d’interprĂštes : beautĂ©, puissance, Ă©nergie se donnant la main. Le Gloria final a galvanisĂ© le public qui exulte en applaudissements fervents.

C’est la deuxiĂšme partie qui a Ă©tĂ© le sommet de la soirĂ©e. En une construction thĂ©Ăątrale subtilement dosĂ©e, la montĂ©e progressive de l’émotion a Ă©tĂ© menĂ©e de mains de maĂźtre par Jukka-Pekka Saraste. D’abord la splendeur orchestrale permettant de dĂ©guster la richesse d’orchestrateur de Mahler avec des nuances subtiles et ses associations de timbres si Ă©mouvantes par leur originalitĂ©. Puis le tableau merveilleux du final de Faust, avec des mouvements discrets des solistes rentrant et sortant Ă©lĂ©gamment de scĂšne, ont permis de participer Ă  ce rituel sublime du sacrement de l’amour comme force de vie absolue.
ForĂȘts, ravins, montagnes, saintetĂ© des lieux Ă©levant l’homme, tout cet univers romantique a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© avec beaucoup de puissance d’évocation par l’orchestre idĂ©alement engagĂ©. Un exemple hallucinant est le frĂŽlement des cymbales, donnant presque Ă  percevoir un aspect de lumiĂšre cĂ©leste. De mĂȘme quelle splendeur des flĂ»tes, des cuivres subtiles et des cordes dans des pizzicati Ă©lastiques ! Et dans une variĂ©tĂ© de nuances incroyable !

AprĂšs ce superbe mouvement symphonique, l’entrĂ©e du chƓur en Ă©cho est porteur d’une Ă©motion troublante. C’est Ă  ce moment que l’évidence du lieux du concert est aveuglante : offert par plus de 400 musiciens en plein air, sous le ciel pur Ă©toilĂ© de Provence, devant un mur Ă  l’acoustique parfaite pour 9000 spectateurs ! L’entrĂ©e de Pater Ecstaticus permet d’écouter avec ravissement l’art de diseur du baryton Boaz Daniel avec une voix conduite Ă  la perfection. En Pater profondus, Albert Dohmen, a su rapporter les drames de ceux qui sont au bord du gouffre et appellent la lumiĂšre, avec une sombre voix de basse aux modulations admirables. La longue partie chorale dĂ©diĂ©e aux anges avec la participation si lumineuse de la MaĂźtrise a Ă©tĂ© visionnaire, permettant de rĂȘver Ă  toute cette Ă©vocation d’ailes sacrĂ©es. Nicolai Shukoff a Ă©tĂ© un Doctor Marianus trĂšs Ă©mouvant, alternant puissance et tendresse extatique dans une plĂ©nitude vocale Ă©clatante.

Quand le thĂšme de l’amour se dĂ©ploie aprĂšs les arpĂšges du piano sur un tapis de violon soutenu par les harpes, c’est comme si la lumiĂšre descendait sur nous tous. Le violon solo sublime, les chƓurs pianissimo, tout concourt Ă  la rencontre du sublime. Meagan Miler en Magna peccatrix, Claudia Mahnke en Mulier Samaritana et Gerhild Romberger en Maria Aegyptica, tour Ă  tour puis Ă  trois, font revivre les trois pĂ©cheresses avec Ă©motions et introduire la supplique qui accueille l’ñme de Marguerite, que Ricarda Merbeth incarne Ă  merveille avec sa voix riche et noble. La construction du final en une trĂšs belle progression dramatique, conduit Ă  l’apothĂ©ose mystique, vĂ©ritable exultation universelle.

Voila un CONCERT ÉVÉNEMENT qui restera dans bien des mĂ©moires : 9000 personnes sur place et les retransmissions radio et tĂ©lĂ©visuelles innombrables en plus. Nous nous rappellerons y avoir Ă©tĂ© pour participer Ă  ce dernier idĂ©al encore debout, celui du partage de la musique dans la paix et l’amour. IdĂ©al portĂ© par Mahler jusqu’à l’absolu lui qui est mort juste un an aprĂšs le concert triomphal de son chef d’ Ɠuvre ce qui lui a Ă©vitĂ© de dĂ©couvrir la destruction de la culture humaniste europĂ©enne en 1914 
 que toutes ses autres symphonies pressentaient. TransportĂ©, le public a exultĂ© aprĂšs un tel moment ! Ce fut une vĂ©ritable standing ovation bien mĂ©ritĂ©e !!!

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, ChorĂ©gies 2019. ThĂ©Ăątre Antique, le 29 juillet 2019. Gustave MAHLER ( 1860-1911) : Symphonie n°8 en mi bĂ©mol majeur dite « des mille ». Meagan Miler, soprano 1 : Magna peccatrix ; Ricarda Merbeth, soprano 2 : Una poenitentium ; Eleonore Marguerr soprano 3 : Mater gloriosa ; Claudia Mahnke, mezzo soprano : Mulier Samaritana ; Gerhild Romberger, alto : Maria Aegyptica ; Nikolai Schukoff, tĂ©nor: Doctor Marianus ; Boaz Daniel, baryton: Pater ecstaticus ; Albert Dohmen, basse : Pater profundus ; Orchestre philharmonique de Radio France. ChƓur de  Radio France, direction : Martina Batic ; Maitrise de Radio France, direction : Soji Jennin ; ChƓur philharmonique de Munich, direction : Andreas Herman ; Jukka- Pekka Saraste, direction. Illustration : ©  Ph. Grommelle

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 Juillet 2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI / LLINARES.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES. En trio nos artistes,  chacun musicien rempli de talents et de dĂ©licatesse, ont su tenir le public en haleine en ce chaud aprĂšs midi de dimanche. Dans une somptueuse robe rouge, de sa voix lumineuse et son sourire irradiant,  Orianne Moretti a su dire et chanter avec une infinie poĂ©sie des textes dans de trĂšs nombreuses langues. L’enfance et l’exil sont de tous les peuples de la planĂšte !
Savoir ainsi varier et incarner si fortement toutes ces berceuses tient du grand art, car le thĂšme ne se renouvelle pas tant. Aucune lassitude jamais, au contraire un intĂ©rĂȘt constamment renouvelĂ©. L’art de dire le texte comme de dĂ©velopper un chant souple et suave, est admirable.

 

 

 

 

Berceuses et chants du Monde

 
 

 

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Aux cotĂ© de la cantatrice-actrice, deux instrumentistes ont Ă©tĂ© de vrais partenaires en Ă©motion et en musicalitĂ© rayonnante. Le guitariste SĂ©bastien Llinares est un artiste majeur. Je garde comme un trĂ©sor de musicalitĂ© sa version Ă  deux guitares des variations Goldberg de Bach ou son CD d’adaptations inoubliables d’Eric Satie. Le retrouver si engagĂ© aux cotĂ©s d‘ Orianne Moretti est un vrai bonheur. Leur musicalitĂ© est enivrante. Je ne connaissais pas l’art de la violoncelliste Maitane Sebastian et j’ai dĂ©couvert la mĂȘme sensibilitĂ© de poĂ©sie en musique. Le legato somptueux du violoncelle de Maitane SĂ©bastian soutenant Ă  la perfection la voix si claire d’Oriannne Moretti. La guitare de SĂ©bastien Llinares est Ă  la fois chant Ă©perdu et harmoniques profondes.
Nous avons pu entendre la voix a Capella, le violoncelle solo dans une suite de Bach et la guitare virtuose dans une fantaisie de Mudarra et un caprice de Tarrega. Mais c’est la berceuse corse finale les rĂ©unissant tous trois qui restera le message le plus beau et plus Ă©mouvant. C’est peut ĂȘtre bien la berceuse chantĂ©e par la voix maternelle qui est la source de tout exil. L’exil nĂ©cessaire et indispensable de notre propre enfance qui seule nous permet de vivre pleinement notre vie d’Homme acceptant ce dĂ©part dĂ©finitif des contrĂ©es de la toute petite enfance. Ce qui compte c’est de s’en souvenir mĂȘme vaguement, autant que de l’abandonner au passĂ©.
Remercions les trois admirables musiciens pour ce moment enchanteur, comme Catherine Kauffmann-Saint-Martin et son Ă©quipe pour l’organisation patiente de ces rencontres entre poĂ©sie et musique qui ont toute leur place dans cette extraordinaire Chapelle des CarmĂ©lites au plafond de bois peint si envoĂ»tant.
Le seul léger regret vient de la sonorisation du concert que la parfaite acoustique de la Chapelle ne réclamait pas.

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES critique concert opera festival classiquenews

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 juillet 2019. Musique en dialogue aux CarmĂ©lites : Voix d’enfance, voix d’exil. Orianne Moretti soprano ; Mainate Sebastian, violoncelle ;  SĂ©bastien Llinares, guitare.
Illustrations : © J.J. ADER

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 20 juin 2019. MASSENET. Werther. Borras, Deshayes. JOEL / VERDIER.‹

GetAttachmentThumbnailCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 20 juin 2019. J. MASSENET. Werther. N. Joel. J.F. Borras. K. Deshayes. A. Heyboer. F. Valiquette . Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du Capitole. J.F. VERDIER, direction. Revoir cette belle production de Werther mĂȘle attentes et nostalgie. Je garde en effet un souvenir Ă©mu et Ă©bloui du printemps 1997 quand je dĂ©couvrais Roberto Alagna dans ce rĂŽle. Rappelons que la production Ă©tait montĂ©e pour lui et que le monde entier nous enviait cette prise de rĂŽle. Tout avait Ă©tĂ© magique avec une distribution de rĂȘve et la dĂ©couverte d’une scĂ©nographie parfaite, de dĂ©cors simples et beaux, et de costumes sublimes. Tout cet aspect scĂ©nique se retrouve et la mise en scĂšne de Nicolas Joel n’a pas pris une ride, la beautĂ© plastique reste idĂ©ale. L’ action est situĂ©e fin XVIIIĂš, tout Ă©tant de bon goĂ»t, personne ne se lasse de la retrouver. Les lumiĂšres Ă©tant peut ĂȘtre encore plus rĂ©ussies.
La distribution est exemplaire et tout Ă  fait enviable, digne des scĂšnes internationales.

 

 

Bon goût, dictions idiomatiques


WERTHER DE GRAND STYLE AU CAPITOLE

 

 

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Si les voix sont superbes, nous y reviendrons, c’est le texte qui avec des dictions si idiomatiques, explose de vie et d’efficacitĂ© dramatique. Jean-Francois Borras qui a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle sur scĂšne est trĂšs Ă  l’aise vocalement. Il distille un chant policĂ© et toujours Ă©lĂ©gant. Le timbre claire et lumineux rend Ă  Werther sa jeunesse quand des voix barytonantes exagĂšrent trop souvent le drame. Son Werther est jeune, capable de sourires et la noirceur est amenĂ©e par petites touches. La technique de la voix mixte lui permet de phraser et nuancer Ă  l’envie un rĂŽle qu’il fait sien sans efforts. L’émotion vient tard certes, mais la mort en devient absolument bouleversante. C’est probablement le jeu de l’acteur qui est encore trop maladroit. Mais qu’importe

Pour Charlotte, Karine Deshayes a elle aussi un timbre magnifique. La longueur de la voix lui permet de maĂźtriser tous les aspects vocaux du rĂŽle. La richesse des harmoniques est un vĂ©ritable enchantement, les couleurs sont infinies et de fines nuances dans des phrasĂ©s subtiles nous rappellent quelle belcantiste elle est ! Elle aussi dans le duo final atteint des sommets d’émotion. La Sophie de Florie Valiquette est toute de charme et de gaitĂ© comme il convient. AndrĂ© Heyboer est un Albert dĂ©jĂ  trĂšs embourgeoisĂ©. La voix a une nasalisation qui surprend mais de laquelle on ne fait rapidement plus cas.
Les autres rĂŽles sont au diapason, tous exacts de texte et bien en voix. Il est rare d’entendre Ă  ce niveau idiomatique un opĂ©ra français. La relĂšve est lĂ . Bravo !

 

 

L’Orchestre du Capitole est somptueux, juste un peu trop uniformĂ©ment sonore. La direction de Jean-François Verdier se souvient trop de l’admiration de Massenet pour Wagner. Orchestralement, nous aimons un Werther plus subtilement nuancĂ©. Mais quelle splendeur sonore et qui heureusement ne met pas les voix en danger. En tout cas le drame avance inexorablement avec l’orchestre ainsi dirigĂ© ! Voici une trĂšs belle production de Nicolas Joel qui devient un classique et que Christophe Ghristi a eu bien raison de nous proposer car il a su rĂ©unir une distribution francophone proche de la perfection vocale. Le fin de saison capitoline est enthousiasmante. Quelle magnifique saison elle couronne ! Et Ă  la rentrĂ©e 
 quelle nouvelle saison nous attend !

 

   

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 20 Juin 2019. Jules Massenet (1842-1912) : Werther Drame lyrique en quatre actes d’aprĂšs Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Production de 1997. Nicolas Joel : Mise en scĂšne reprise par FrĂ©dĂ©rique Lombart ; Hubert Monloup : DĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli et Bertrand Killy : LumiĂšres ; Jean-François Borras : Werther ; Karine Deshayes : Charlotte ; AndrĂ© Heyboer, : Albert ; Florie Valiquette : Sophie ; Christian TrĂ©guier : Le Bailli ; Luca Lombardo : Schmidt ; Francis Dudziack : Johann ; CĂ©line Laborie : KĂ€tchen ; Matthieu Toulouse : BrĂŒhlman ; Maitrise du Capitole, Direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Jean-François Verdier : direction musicale. Photos © P. NIN

 
 

 
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Jean-François chante Werther ( © P NIN / Capitole de Toulouse 2019)

 

   

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Th J Julien, le 15 juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo.ABEDJEAN.DALTIN. Choeur à bout de souffle.DELINCAK

8adbdfb5-2488-4656-b430-34daf6c1593dCOMPTE-RENDU, thĂ©Ăątre musical. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre Jules Julien, le 15 Juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo. BACH. PERGOLESE. VIVALDI. MONTEVERDI. VERDI. ABEDJEAN. DALTIN. Choeur Ă  bout de souffle. DELINCAK. Le nouveau spectacle de la compagnie A bout de Souffle est hypervitaminĂ©. L’engagement des comĂ©diens dans le texte de Dario Fo est total. Ils y croient et le montrent Ă  voir. Comme les choristes et les chanteurs qui semblent vivre chaque mot du CrĂ©do ou du Stabat Mater Ă  la lettre. Le parti pris du metteur en scĂšne, Patrick AbĂ©djean, est de rendre hommage Ă  Dario Fo.

 

 

A Bout de souffle
offre un deuxiĂšme souffle Ă  Mistero Buffo

 

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Le passage du monologue originel de Dario Fo Ă  plusieurs voix est comme diffractĂ© avec un fou et une mort doubles. C’est Ă  la fois habile et terriblement efficace. Les extraits sont souvent percutants mais le style a dĂ©jĂ  pris de l’ Ăąge. Certains emportements iconoclastes tombent Ă  plat et la grossiĂšretĂ© montre trop le bout de son nez. Les musiques choisies par StĂ©phane Delincak, trĂšs anciennes, ne sont pas dĂ©modĂ©es, elles. Et leurs Ă©motions sont vraies ainsi offertes au public. C’est peut ĂȘtre ces musiques si connues et aimĂ©es qui donnent aux mots de Fo, leur puissance expressive. Et ce chant extrĂȘmement extraverti, que ce soit les solistes comme les chƓurs, est impressionnant. Claire Lise Bouton au trĂšs beau timbre excelle surtout dans le mĂ©dium et le grave de son jeune mezzo. Le baryton Martin Queval a dĂ©jĂ  une belle autoritĂ© vocale mais surtout une grande sensibilitĂ© musicale. L’accordĂ©oniste GrĂ©gory Daltin est magique. Capable d’une trĂšs grande amplitude de nuances, il conduit sa ligne avec une belle musicalitĂ©. La direction de StĂ©phane Delincak est enthousiasmante et encourageante. En un mot irrĂ©sistible et tout le monde le suit.
CotĂ© mise en scĂšne, Patrick AbĂ©djean fait dĂ©buter la piĂšce sans solution de continuitĂ© avec la ville. Les choristes et les comĂ©diens sont dans la salle, parlent, mangent, boivent, rient, se disputent. Les comĂ©diens sont trĂšs engagĂ©s dans la dĂ©fense du texte, nous l’avons dit. Lorsque le texte est fort, c’est enthousiasmant, quand il va vers la vulgaritĂ© c’est dĂ©sagrĂ©able. Il manque une dimension de distanciation avec certains propos qui pris au pied de la lettre tombent Ă  plat. La dimension grandiose du peuple cĂšde trop souvent la place Ă  une sorte de facilitĂ© grossiĂšre. C’est le ChƓur qui rĂ©Ă©quilibre tout. L’émotion la plus forte tombe sur nous dans le Stabat Mater et le chƓur d’ouverture de la Passion selon Saint Jean, avec cet appel Ă  Dieu rĂ©pĂ©tĂ© inlassablement qui devient terrible.
Toute chose ayant Ă©tĂ© accomplie, il clĂŽt la reprĂ©sentation dans la fascination. Les cinquante choristes sont magnifiques de tension intĂ©rieure vĂ©ritablement vĂ©cue et d’une belle puissance vocale. Pourtant la forte prĂ©sence des voix fragilise un peu l’accordĂ©on qui ne peut ĂȘtre vĂ©ritablement le grandiose orchestre de Bach. Ce spectacle hybride est nĂ©anmoins une vraie rĂ©ussite, la musique permettant de recevoir un texte fascinant mais qui commence Ă  dater. La musique elle, semble intemporelle comme vĂ©hicule d’émotions Ă©ternelles. Elle amplifie le propos de Dario Fo : Son Mistero Buffo devient giocoso-drama.

 

 

 

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Compte rendu ThĂ©Ăątre Musical. Toulouse, ThĂ©Ăątre Jules Julien, le 15 Juin 2019. Dario Fo ( 1926-2016) : Mistero Buffo. Traduction-adaptation de Toni Cecchinato et Nicole Colchat. Mise en scĂšne : Patrick AbĂ©djean ; LumiĂšres : Etienne Delort ; Domi Giroud, comĂ©dienne ; ComĂ©diens du conservatoire rĂ©gional : Julin Benet, Emilie Diaz, Aude Evellier, Emile Faure, Bastien Gagnaire, Isabelle Gaspar, Ondine Nimal, Tahar-Chaouch ; Claire Lise Bouton, mezzo-soprano ; Martin Queval, baryton. Musiques de : Jean SĂ©bastien Bach ; Giovanni Baptista Pergolese ; Claudio Monteverdi ; Giuseppe Verdi ; Antonio Vivaldi. ChƓur A bout de souffle. StĂ©phane Delincak, direction. Photo est de © Sylvain Arki.

 
 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 10 Juin 2019. BORODINE, RACHMANINOV, MOUSSORGSKI. ChƓurs du Capitole. Orch Nat du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 10 Juin 2019. A. BORODINE. S. RACHMANINOV. M. MOUSSORGSKI/M.RAVEL. ChƓurs du Capitole. Orchestre National du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV, direction. Ce concert trĂšs attendu n’a pas permis Ă  la vaste Halle-aux-Grains d’accueillir tout le public venu demander une place. C’est donc dans une salle bondĂ©e avec une ambiance Ă©lectrique que le concert a dĂ©butĂ©. La Cantate le Printemps de Rachmaninov pour baryton et chƓur est un hymne Ă  l’amour et au renouvellement perpĂ©tuel de la vie. Elle contient un trĂšs beau message de paix et de pardon. L’orchestration est subtile avec un Ă©veil de la nature d’une sensualitĂ© envoutante. Tugan Sokhiev dirige Ă  mains nues et semble obtenir de tous une musique aussi belle qu’émouvante. Le ChƓur du Capitole est profond dans d’admirables nuances. Le baryton Garry Magee au chant subtile et Ă  la voix naturellement belle fait un beau portait d’homme amoureux meurtri qui pardonne. Mais nous savons quel EugĂšne OnĂ©guine il a su ĂȘtre au Capitole. Il offre des interventions parfaites qui nous ont semblĂ© trop courtes. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner.

 

 

 

Sommet de musicalité à Toulouse

Puis les danses Polovtsiennes du Prince Igor avec chƓur sont une merveille de beautĂ© et de grĂące trop rarement donnĂ©e. La danse des jeunes filles permet aux femmes du chƓur d’offrir nostalgie et dĂ©licatesse, tandis que les hommes sont d’une vivacitĂ© et d’une Ă©nergie bien dosĂ©es. Pour la danse finale, le chƓur mixte fait merveille. Tugan Sokhiev dirige avec gourmandise ces pages superbes et richement orchestrĂ©es.
La deuxiĂšme partie du concert offre une Ɠuvre phare que l’orchestre et son chef jouent avec succĂšs dans le monde entier. L’enregistrement par ces mĂȘme interprĂštes en 2006 chez NaĂŻve est une rĂ©fĂ©rence. Le concert de ce soir renouvelle cette magie et l’augmente car l’orchestre du Capitole a des couleurs plus profondes et plus lumineuses. L’équilibre entre le son français et russe est inĂ©galable de charme et d’émotion. La trompette solo qui ouvre la promenade demande un culot incroyable au soliste, Hugo Blacher est tout simplement merveilleux dans une Ă©motion palpable partagĂ©e. Tout ira ensuite comme par enchantement : les tableaux sont pleins de vies et dĂ©filent, la promenade est pleine d’esprit dans ses transformations.
Chaque instrumentiste soliste donne sa vie et les gestes de Tugan Sokhiev disent la musique et les mini drames contenus dans la partition avec une beautĂ© de chaque instant. Ses mains semblent crĂ©er le son, agençant avec un air gourmand couleurs et nuances dans une narrativitĂ© sans cesse relancĂ©e. La dĂ©licate mĂ©lancolie du vieux chĂąteaux, la puissance de la marche du bĂ©tail, l’humour du ballet des coquilles d’Ɠuf et la noirceur des catacombes, tout est parfaitement suggĂ©rĂ©. Ainsi ce voyage se poursuit dans une atmosphĂšre de beautĂ© et d’émotions dĂ©licates avant que d’arriver au final triomphant qui dans un crescendo irrĂ©sistible nous entraine dans la Russie Ă©ternelle de nos rĂȘves. La Grande porte de Kiev est aussi grandiose et majestueuse que possible. Tugan Sokhiev dose Ă  la perfection les nuances pour terminer dans un fortissimo enthousiasmant. Quel admirable concert associant une Ɠuvre trĂšs rare, des danses cĂ©lĂšbres rarement donnĂ©e et un must absolu pour un orchestre virtuose. Tugan Sokhiev a une maturitĂ© artistique inouĂŻe tout en gardant ce contact chaleureux et simple avec les musiciens de son orchestre comme avec son public. Public toulousain sous son charme tant cet homme semble incarner totalement la Musique.
Le triomphe fait par le public obtient un bis mystérieux tout en émotion : la délicate orchestration par Debussy de la premiÚre Gymnopédie de Satie !
C’était le dernier concert de la saison dirigĂ© par Tugan Sokhiev qui atteint un nouveau sommet de musicalitĂ© avec ses musiciens toulousains. Les retrouver Ă  la rentrĂ©e sera un grand moment.

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains le 10 juin 2019. Alexandre Borodine (1833-1887) : Le Prince Igor : Danses Polovtsiennes ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Le printemps, Op.20 ; Modeste Moussorgski ( 1839-1881) Orchestration de Maurice Ravel : Tableaux d’une exposition ; Garry Magee, baryton ; Choeurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitiĂ© musicale de plus en plus Ă©troits. Ce chef qui a dirigĂ© presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler Ă  Toulouse aborde ce soir deux Ɠuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort Ă  tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la crĂ©ation du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux Ɠuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du dĂ©part suprĂȘme, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixiĂšme symphonie est un trĂšs large Andante qui dure presque une demi heure. La modernitĂ© comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siĂšge parmi les Ɠuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige Ă  main nue et par cƓur obtenant comme un mage, une musique qui se dĂ©ploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson Ă  Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

DĂ©butĂ© dans un pianissimo hypnotique, vĂ©ritablement Ă©thĂ©rĂ©, avec un chant Ă©perdu des alto d’une beautĂ© et d’une mĂ©lancolie envoĂ»tante, l’andante Ă©volue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. DĂšs ces premiĂšres mesures, le large phrasĂ© se dĂ©ploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intĂ©rieur et partagĂ©, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui mĂȘme en Ă©tat de grĂące. Parler de virtuositĂ© sublimĂ©e, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi cĂ©leste, de phrasĂ©s portĂ©s au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envoutĂ© fait la fĂȘte Ă  ces interprĂštes si inspirĂ©s. Les musiciens Ă©perdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblĂ© particuliĂšrement Ă©panouis.

AprĂšs l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout Ă  fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans Ă©quivalent. De la taille d’une symphonie, elle rĂ©clame un vaste orchestre particuliĂšrement au niveau des percussions et exigeant mĂȘme une incroyable mandoline pour la derniĂšre mĂ©lodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restĂ©e sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisĂ© Ă  Ă©crire une dixiĂšme symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner Ă©taient morts aprĂšs leur neuviĂšme. La Chant de la Terre est sa dixiĂšme symphonie dĂ©guisĂ©e. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigĂ© une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagnĂ© les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le tĂ©nor Ă  mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas Ă©tĂ© agrĂ©able pour Christian Elsner dont la voix a Ă©tĂ© engloutie trop souvent par la puissance et la beautĂ© de l’orchestre. Mais aprĂšs tout, l’ivresse et la douleur Ă©taient si prĂ©sentes dans l’orchestre que ce choix a Ă©tĂ© au final trĂšs convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le tĂ©nor a pu libĂ©rer son interprĂ©tation subtile basĂ©e sur une voix solide et homogĂšne mais surtout sur une comprĂ©hension et une lisibilitĂ© du texte tout Ă  fait remarquables.

Le poĂšme « Von der Jugend » a Ă©tĂ© d’une subtilitĂ© incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beautĂ© irrĂ©elle. « Der Trunkene im FrĂŒhling » a scellĂ© un superbe accord musical et poĂ©tique entre le chef, le tĂ©nor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la mĂȘme qualitĂ© de diction que son collĂšgue, tous deux Ă©tant germanistes. Sa voix ombrĂ©e et dirigĂ©e avec une agrĂ©able souplesse est capable de nuances d’une grande subtilitĂ©. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amĂšre mĂ©lancolie si consubstantielle Ă  Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a Ă©tĂ© un grand moment de luxe Ă©thĂ©rĂ©. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a Ă©tĂ© un sommet vocal avec une largeur du souffle Ă©mouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder prĂ©cĂ©dents, a Ă©tĂ© le large moment de temps suspendu, attendu et espĂ©rĂ©. Les deux poĂšmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liĂ©s par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beautĂ© et de douleur pĂ©trie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amenĂ© le public a atteindre cette sĂ©rĂ©nitĂ© hĂ©doniste mais consciente de la nĂ©cessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommĂ©. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beautĂ© renversante ! Et les habituĂ©s comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher Ă  la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes Ă©mouvants ! Tous mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s…
Mais que dire de plus ? Assister Ă  un tel concert, avec des interprĂštes si engagĂ©s, renouvelle l’émotion d’une partition si aimĂ©e au disque. Les Ă©quilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se rĂ©vĂšlent qu’au concert et par exemple, tout particuliĂšrement l’osmose entre la mandoline, le cĂ©lesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se dĂ©lecter d’ un concert tout Mahler si Ă©mouvant dans une perfection formelle idĂ©ale. Les mĂąnes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa diÚse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 12 avril 2019. ATTAHIR. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orch Nat Capitole. T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 avril 2019. B. ATTAHIR. D. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, direction. En apparence rien que de l’habituel avec ce concert d’abonnement. En fait au mĂȘme moment, l’Orchestre du Capitole est Ă©galement dans la fosse de l’OpĂ©ra pour l’extraordinaire Ariane et Barbe Bleue de Dukas dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. Ainsi le projet d’agrandir l’orchestre est advenu permettant cette offre gĂ©nĂ©reuse au public de la ville rose.

Quelle puissance musicale Ă  Toulouse !

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerDeux magnifiques orchestres en un. De son cĂŽtĂ©, Tugan Sokhiev a dirigĂ© un vĂ©ritable marathon le mois dernier avec l’orchestre du BolchoĂŻ et avec le succĂšs que l’on sait. Les retrouvailles Ă  Toulouse ont Ă©tĂ© absolues, naturelles et faites de la fusion musicale que nous connaissons entre le chef et l’orchestre dans leurs meilleurs moments. A prĂ©sent, Chostakovitch est un compositeur que l’orchestre connaĂźt bien et dans lequel il excelle. La symphonie n°6 a Ă©tĂ© un moment de pure merveille, le chef semblant obtenir tout ce qui est possible de son orchestre. Tout a semblĂ© Ă©vident et facile et nous avons Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans cet univers si riche et Ă©mouvant comme par enchantement.
Chostakovitch vivait une pĂ©riode difficile et troublĂ©e avec sa nation. Victime de critiques et de menaces de mort, il a cherchĂ© une sorte d’apaisement avec cette Symphonie. Apaisement trĂšs relatif Ă  bien y regarder. La Symphonie en trois mouvements est construite en un immense crescendo, accelerando aux allures faciles parfois mĂȘme simplistes. Tugan Sokhiev a interprĂ©tĂ© avec finesse, laissant entendre tout ce que le sous texte a de grotesque et de violemment moqueur. Le final virtuose semblant presque une course Ă  l’abĂźme. Le piccolo a tout particuliĂšrement participĂ© Ă  ce mĂ©lange de tendresse et de moquerie.

Les solistes de l’orchestre ont tous Ă©tĂ© magnifiques et ont longuement Ă©tĂ© applaudis. Le public sait apprĂ©cier la musique de Chostakovitch, y prend un grand plaisir. VoilĂ  un bonheur que nous devons Ă  Tugan Sokhiev et Ă  l’énergie que l’orchestre du Capitole sait dĂ©ployer avec la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© que le chef.

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLEn premiĂšre partie une crĂ©ation mondiale de Benjamin Attahir a tenu de l’évĂ©nement riche en promesses. Benjamin Attahir connaĂźt bien l’orchestre et la ville rose. Il a composĂ© une vaste piĂšce trĂšs belle et permettant de trĂšs intĂ©ressants moments solistes comme des riches moments rythmiques. Des couleurs originales ont irisĂ© l’orchestre. Deux solistes ont Ă©tĂ© invitĂ©s par le compositeur. Le violoniste Renaud Capucon qui connaĂźt bien l’orchestre et participe souvent Ă  ses tournĂ©es, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une partie complexe dont il s’est tirĂ© avec panache et une fine musicalitĂ©. Le cas de la soprano Raquel Camarihna est diffĂ©rent. Sa voix peu sonore et peu capable ce soir d’harmoniques, a Ă©tĂ© confidentielle dans la vaste Halle-aux-Grains. L’écriture dans le mĂ©dium ne l’a pas favorisĂ©e. Le plus grand Ă©lĂ©ment de dĂ©ception est venu de sa diction inaudible mĂȘme dans le final empli de la plus dĂ©licate poĂ©sie avec un solo diaphane de Capuçon. La longueur de la piĂšce et sa beautĂ© gagneront Ă  ĂȘtre confiĂ©es Ă  une voix plus large et une vĂ©ritable diseuse sinon une tragĂ©dienne, rĂ©ellement capable de communiquer la beautĂ© du texte, car elle a juste Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e ce soir. Entre les Nuits d’étĂ©, le poĂšme de l’amour et de la mer et surtout ShĂ©hĂ©razade, cette « Je/Suis /Ju/Dith » pourra alors trouver la place qui lui revient. Quoi qu’il en soit ce concert a Ă©tĂ© particuliĂšrement prestigieux ce soir. Et ravi, le public, a semblĂ© en prendre toute la mesure.

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Compte- Rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 Avril 2019. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Je/Suis/Ju/ Dith – Un grain de figue, sĂ©quence 2 sur un thĂšme de Lancelot Hamelin pour soprano, violon et orchestre. CrĂ©ation mondiale. Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur op. 54. Raquel Camarinha, soprano ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 7 avril 2019. DUKAS :  Ariane et Barbe Bleue. Koch, Le Texier / ROPHE.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 7 avril 2019. P. DUKAS.  Ariane et Barbe Bleue. S. PODA . S. Koch. V. Le Texier. J. Baechle. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du Capitole. P. ROPHE, direction. Une trĂšs impressionnante production du seul opĂ©ra de Paul Dukas au Capitole : Une parfaite rĂ©ussite. Pour son entrĂ©e au rĂ©pertoire, la production de Stefano Poda qui gĂšre tout le visuel, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres est admirable d’intelligence. A nouveau le directeur de la maison, Christophe Ghristi, semble avoir su trouver cette parfaite alchimie entre scĂšne et voix qui magnifie l’opĂ©ra. La scĂ©nographie est riche et complexe Ă  la hauteur de la partition de Dukas. Tout est blanc sur scĂšne dans une harmonie pleine de sous entendus, symboles de la recherche d’ absolu d’Ariane.

 
 
 

Labyrinthe saisissant

PARFAITE ARIANE AU CAPITOLE

 
 
 

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Les lumiĂšres dessinent donc le noir et le gris. Une certaine lassitude est Ă©vitĂ©e de justesse car la richesse du symbole est constamment renouvelĂ©e. Les costumes sont superbes et les dĂ©cors enthousiasmants : un immense mur de corps entassĂ©s au fond et un grand labyrinthe qui descend des cintres, crĂ©ent un huis clos Ă©prouvant. Et des jeux entre les femmes de Barbe Bleu trĂšs intĂ©ressants, reprennent le fameux labyrinthe d’Ariane, symbole si riche. L’impossibilitĂ© pour Ariane de libĂ©rer ses “sƓurs” dĂ©montre que la libertĂ© ne peut jamais s’offrir mais uniquement se mĂ©riter par le courage de sa volontĂ©.  Ainsi les cinq femmes de Barbe Bleue se rĂ©signent au malheur connu y trouvant des facilitĂ©s (les pierres prĂ©cieuses) n’osant pas suivre Ariane sur le chemin de la libertĂ© avec ce que cela comporte d’imprĂ©vus, prĂ©fĂ©rant faire confiance Ă  l’hypothĂ©tique repentir de Barbe Bleue.
Le jeux est trĂšs convainquant avec des danseuses ne faisant pas redondance, mais dĂ©veloppant corporellement chaque personnage avec talent. C’est Ă©videmment le jeu subtil de l’actrice Dominique Sanda en Alladine  (rĂŽle muet) qui est le plus Ă©loquent mais chaque cantatrice est convaincante.

Ce sont la beautĂ© des voix et la splendeur de l’orchestre  qui magnifient parfaitement  la somptueuse partition de Paul Dukas. Sophie Koch conserve sa splendeur de timbre sur toute la tessiture, sa projection est impressionnante et sa diction la plus comprĂ©hensible qui soit. Son incarnation d’une Ariane volontaire et inflexible, mais avec amour, restera inoubliable. Le Barbe Bleue de Vincent Le Texier est sobre et efficace. Un rĂŽle important est dĂ©volu Ă  la nourrice et Janina Baechle sait avec une grande intelligence se servir de sa large voix pour donner beaucoup d’humanitĂ© Ă  celle qui accompagne Ariane dans sa quĂȘte jusqu’au bout de sa propre peur. La proximitĂ© des deux voix en terme de couleurs profondes permet un jeu de miroir trĂšs rĂ©ussi.
Les cinq premiĂšres femmes de Barbe Bleue apportent plus de lumiĂšres dans les timbres. Ainsi particuliĂšrement Andrea Soare en MĂ©lisande et Marie-Laure Garnier en Ygraine. Mais il faut toutes les citer tant l’accord des voix est rĂ©ussi :  Eva ZaĂŻcik en  SĂ©lysette  et Erminie Blondel en BellangĂšre.

 
 
 

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L’Orchestre du Capitole est sensationnel, tous les musiciens sont virtuoses et intensĂ©ment engagĂ©s dans un jeu parfait.  La direction de Pascal RophĂ© est limpide et sĂ»re ce qui est bienvenu dans une partition aussi complexe. Paul Dukas y fait une extraordinaire recherche de lumiĂšre pour accompagner  son hĂ©roĂŻne, partant  d’une texture parfois complexe et Ă©paisse.  Voici donc une trĂšs belle version du seul opĂ©ra, vĂ©ritable chef d’oeuvre inclassable, de Paul Dukas.  Elle  a Ă©tĂ© offerte au public du Capitole par une Ă©quipe de haut vol.  France Musique a posĂ© ses micros et Culture Box ses camĂ©ras pour immortaliser cet opĂ©ra si rare qui sera diffusĂ© les 14 avril et 5 mai 2019.

 
 
   
 
 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 7 avril 2019. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe Bleue, OpĂ©ra en trois actes. Livret de Maurice Maeterlinck. CrĂ©ation le 10 mai 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique.  Nouvelle production. Stefano Poda, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres. Sophie Koch : Ariane. Vincent Le Texier : Barbe-Bleue. Janina Baechle : La Nourrice. Eva ZaĂŻcik  : SĂ©lysette. Marie-Laure Garnier : Ygraine. Andreea Soare : MĂ©lisande. Erminie Blondel : BellangĂšre.  Dominique Sanda : Alladine. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani : chef de chƓur. Pascal RophĂ© : direction musicale. Illustrations : © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019.

 
 
   
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 15 mars 2019. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible. Alienov. Bolchoï, T. SOKHIEV.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 Mars 2019. N. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible (version de concert). Trofimov. Alienov. Makarov. Selivanov. Maximeiko. Manistina. Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ.  T. SOKHIEV, direction. Tugan Sokhiev aime faire dĂ©couvrir les opĂ©ras russes rares. DĂ©jĂ  l’an dernier, il avait offert avec les forces du BolchoĂŻ,  La pucelle d’ Orleans de Tchaikovski Ă  l’invitation des Grands InterprĂštes. Le succĂšs colossal explique cette nouvelle audace. On dit le public, surtout celui d’opĂ©ra, peu curieux, exigeant sempiternellement les mĂȘme titres. Ce n’est pas exact car l’excellence amĂšne le public Ă  sortir de ses zones de confort. Ainsi pour ce troisiĂšme concert russe, le public a Ă©tĂ© au rendez vous. Cet Ivan le terrible porte plusieurs noms, dont plus adaptĂ© « Pskovitaine », ou la fille du Tsar. C’est en hommage Ă  Diaghilev qui en 1909 le donne Ă  Paris sous ce titre que Tugan Sokhiev a conservĂ© ce nom Ă  l’opĂ©ra. Il me semble Ă©galement qu’il met en valeur la capacitĂ© destructrice des puissants, entraĂźnant le peuple et toute forme humaine, et mĂȘme leurs proches,  dans leur folie pour assoir puis maintenir leur pouvoir Ă  tout prix. Ainsi l’histoire alambiquĂ©e peut se rĂ©duire Ă  peu de choses : un Tsar avance vers toujours plus de pouvoir sans ce soucier ni du peuple (meurtre de 60000 citoyens de la ville de Novgorod) ni de ceux qu’il prĂ©tend aimer, comme sa fille Ă  peine l’a t il retrouvĂ©e. La mort et le pouvoir sont irrĂ©mĂ©diablement mĂȘlĂ©s. Le grand mĂ©rite de cette extraordinaire partition est de mettre en valeur le peuple avec des chƓurs magnifiques.

 

Musicales Franco-Russes 2019 Ă  Toulouse

Ivan le terrible : quelle partition !

 

 

rimsky-korsakov-portrait-ComposĂ© quand Moussorgski composait Boris Godounov, Ivan de Rimski expose la mĂȘme thĂ©matique, faisant de ces deux opĂ©ras, des frĂšres. Ivan le terrible est plus une fresque symphonique qu’un opĂ©ra car la dramaturgie est maigre. Mais quelle orchestre ! Quelles couleurs, quelles explosions ! Tugan Sokhiev dirige avec une facilitĂ© dĂ©concertante cette partition complexe, orchestrĂ©e avec Ă©paisseur par moments. Toute la saveur orchestrale de Rimski-Korsakov est dĂ©jĂ  prĂ©sente dans ce premier opĂ©ra ! Les moments plus lyriques sont des oasis dans un monde de violence. L’intrigue amoureuse entre Olga et MikĂ€el Toutcha  offre de trĂšs beaux moments aussi lyriques que dramatiques, au tĂ©nor et Ă  la soprano. Ilya Selivanov a une voix claire et puissante qui fait merveille pour un hĂ©ros rebelle et amoureux. Olga, la fille du Tsar, amoureuse du rebelle trouve en Dinara Alieva une interprĂšte de grande classe. Voix somptueuse, timbre riche et ombrĂ©, elle donne beaucoup d’intensitĂ© Ă  son chant.
Ce sont ensuite deux basses qui dominent la scĂšne. Stanislas Trofimov a la stature vocale idĂ©ale pour Ivan. Longue voix de basse puissante et souple, il domine sa partie de bout en bout. Le prince Tokmakov de Denis Makarov est  parfait, porteur d’une belle Ă©motion. Tous les autres chanteurs sont excellents avec une mention particuliĂšre pour le timbre si Ă©mouvant d‘Elena Manistina en nourrice que nous avions tant aimĂ© en Comtesse la veille (La Dame de Pique de Tchaikovski).
Les chƓurs sont absolument fantastiques de puissance et de vie. A eux seuls, ils incarnent la Russie, force vive. L’orchestre donne tout ce que le chef demande avec une efficacitĂ© de chaque instant.  La direction de Tugan Sokhiev est impĂ©riale. Il domine toutes les facettes d’une partition fleuve, d’eaux sombres, donnant beaucoup de lumiĂšre aux moments moins dramatiques.

Partition riche et difficile que le public a semblĂ© aimer Ă  la folie. Car le public suit les programmations audacieuses quand tout est rĂ©uni pour atteindre la perfection. Qu’on y pense trois concerts , trois soirs de suite et des salles combles et ravies. Bravo aux Grands InterprĂštes et sa directrice artistique Catherine d’Argoubet d’avoir invitĂ© les forces du BolchoĂŻ Ă  Toulouse. Les Musicales Franco-Russes sont un vrai succĂšs.  Merci Ă  Tugan Sokhiev, chantre de l’union artistique Franco-Russe, pour avoir imposĂ© son projet. France Musique a participĂ© Ă  l’évĂ©nement. Il est possible de rĂ©Ă©couter Ivan transmis en direct et Ă  prĂ©sent en podcast et le 7 avril, il sera possible d’écouter la Dame de Pique retransmise dans une soirĂ©e d’opĂ©ra et de la rĂ©Ă©couter ensuite cette version de rĂ©fĂ©rence.  La ville rose n’en revient pas d’avoir vĂ©cu Ă  l’ heure russe et n’attend qu’une suite pour les musicales Franco-Russes de l’an prochain. RV est pris. A suivre.

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains le 15 mars 2019. NikolaĂŻ Rimski-Korsakov (1844-1908) : Ivan le Terrible ou la Pskovitaine, OpĂ©ra en trois actes en version concert. Avec : Stanislas Trofimov, Ivan le Terrible ; Denis Makarov, Prince Youri Ivanovitch Tokmakov  ;  Ilya Selivanov, MikhaĂŻl AndreĂŻevitch Toutcha ; Dinara Alieva, Olga Yourievna Tokmakova ; Ivan Maximeyko, Boyard Nikita Matouta ; Nikolai Kazansky, Prince Afanasy Vyazemsky ; Aleksander Borodin, Bomelius ; Nikolai Kazansky, Yousko Velebine ; Anna Bondarevskaya, Stepanida Matouta ; ‹Elena Manistina, Vlassievna ; Svetlana Shilova, Perfilievna ; Ivan Maximeyko, voix de garde ; Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de choeur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction .

Photo  : Tugan Sokhiev (DR)

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 mars 2019. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ / V. Borisov

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. P.I. TCHAIKOVSKI.  S. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. V. Borisov. Point d’orgue des Musicales Franco-Russes, les trois concerts des forces du BolchoĂŻ, comme en rĂ©sidence Ă  Toulouse, ont motivĂ© un public nombreux dĂšs ce premier concert du seul Choeur du BolchoĂŻ. Un programme d’un grande cohĂ©rence et d’une grande intelligence a fait la par belle Ă  des oeuvres de la charniĂšre entre les XIX Ăšme et le XX Ăšme siĂšcles. La tradition vocale en Russie est millĂ©naire mais a connu son apogĂ©e en cette Ă©poque.  Les exactions du communisme n’ont pas osĂ© Ă©teindre ce feu sacrĂ© d’amour pour le chant choral aussi riche en musique sacrĂ©e que profane.

 

 

La majesté du Choeur du Bolchoï enchante Toulouse

 

 

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La tradition a Ă©tĂ© conservĂ©e par les moines mais Ă©galement les simples chanteurs, et tel un PhĂ©nix revit une nouvelle splendeur.  Ce voyage d’une rare Ă©motion a Ă©tĂ© parfaitement dirigĂ© par Valery Borisov, trĂšs strict dans sa gestuelle. Il a obtenu une perfection inouĂŻe de ses 50 choristes. DĂšs le premier numĂ©ro (VĂȘpres de Rachmaninov), les superbes nuances, quasi abyssales, ont profondĂ©ment marquĂ© le public. Sans vĂ©ritablement pouvoir juger ce qui se dĂ©roulait, une succession de beautĂ©s sonores a vĂ©ritablement submergĂ© l’audience. Les nuances sont prĂ©cises et profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs sont quasiment dignes des icĂŽnes les plus vives dans des lumiĂšres variĂ©es. Les voix russes sont extrĂȘmement timbrĂ©es, diffĂ©rentes et complĂ©mentaires, elles offrent un son de pupitre, plein de chair et de force. Les basses cĂ©lĂšbres pour leur gravitĂ© sĂ©pulcrale sont fidĂšles Ă  leur rĂ©putation ! Les sopranos sont d’une puissance et d’une rondeur de son, supersoniques. Les tĂ©nors trĂšs prĂ©sents, sont comme des flĂšches dardĂ©es et les alto dans une rondeur de timbre envoĂ»tante, donnent un appui incroyable aux sopranos pour planer haut.
De nombreux moments ont permis de dĂ©couvrir des choristes dignes des solistes le plus compĂ©tents avec des timbres trĂšs diffĂ©rents et un engagement parfois hypnotique. Ainsi chaque voix pouvait ĂȘtre reconnue mais dans un ensemble parfaitement musical et une union parfaite. Les forte sont apocalyptiques et ont tonnĂ© dans la vaste Halle-aux-Grains comme rarement. Mais c’est surtout la qualitĂ© des sons  piano qui est oeuvre d’art incroyable. Un son si piano et si timbrĂ©, si riche en harmoniques, si Ă©mouvant par son mĂ©lange de fragilitĂ© et de force,  est inoubliable.
Les toulousains aiment le chant choral; ils ont su particuliĂšrement, par leurs applaudissements nourris, remercier les choristes russes, tous d’un niveau de solistes (un tiers est venu saluer au final comme solistes Ă  un moment ou un autre) sans oublier leur chef Valery Borisov ; dans une main de fer, il sait obtenir des moments de tendresse bouleversants.  Comme sur un petit nuage la plus grande partie du public s’est rĂ©joui  de la suite de ce festival Franco-Russe 
 soit d’autres sommets annoncĂ©s avec deux opĂ©ras en version de concert ou le chƓur allait jouer sa partie parfaitement.

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. Ouevres  A Capella de Piotr Illich .TchaikovskĂŻ (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrisostome op.40 (extraits). Serge Rachmaninov (1873-1943) : VĂȘpres op. 37 ( extraits) et autres oeuvres russes sacrĂ©es ou profanes « A Capella ». Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. Chef de Choeur : Valery Borisov.

Photo du chƓur  : © Damir-Yusupov

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV. Et si la version de concert dans ces conditions exceptionnelles Ă©tait la perfection pour les opĂ©ras ? C’est un peu ce qui me paraĂźt Ă©vident ce soir en Ă©coutant et en vivant cette Dame de Pique dont la richesse symphonique est desservie dans une fosse. Tugan Sokhiev avait  dirigĂ© la Dame de Pique au Capitole en fĂ©vrier 2008, avec un immense succĂšs personnel pour sa parfaite comprĂ©hension de toutes les facettes de cet opĂ©ra complexe. La mise en scĂšne avait semblĂ© plus discutable Ă  certains.  Ce soir avec ses forces du BolchoĂŻ, le maestro va encore plus loin et nous entraĂźne encore plus avant dans la comprĂ©hension de cet opĂ©ra magnifique. L’orchestre du BolchoĂŻ est  incroyablement colorĂ©, puissant, compact. Les solistes n’ont peut ĂȘtre pas tous la dĂ©licatesse de ceux du Capitole, mais quelle puissance expressive est la leur ! Plus puissant et parfois plus sauvages, les musiciens moscovites sont pris par le feu absolu qui Ă©mane de la direction de Tugan Sokhiev. Le chƓur qui nous avait enchantĂ© la veille, est ce soir encore plus nombreux (presque le double) et sans partitions. Il s’amuse et il est facile de deviner que sur scĂšne, ils ont maintes fois jouĂ© ces personnages du chƓur.

 

 

Le BolchoĂŻ Ă  Toulouse
Une Dame de Pique historique !

 

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Car dĂšs la premiĂšre scĂšne, les groupes sont multiples, et les dames chantent le chƓur d’enfants avec des voix plus blanches et une lĂ©gĂšretĂ© Ă©tonnante quand ont connait leur puissance. En ce qui concerne les chƓurs, deux moments opposĂ©s montrent sa qualitĂ© et sa ductilitĂ©, en mĂȘme temps que le gĂ©nie de la direction de Tugan Sokhiev. Le final du premier tableau de l’acte 2 (arrivĂ©e de la tsarine) et si imposant et noble que la prĂ©sence de la Grande Catherine semble vraie. Tant d’ampleur, de puissance, de largeur s’oppose en tout au dernier chƓur d’hommes de l’opĂ©ra dans sa compassion pour Hermann mourant. Cette Ă©motion de sons pianos si riches harmoniquement, si timbrĂ©s et Ă  la limite de la fragilitĂ© des voix, produit un effet  Ă©motionnel puissant en nĂ©gatif de la puissance sonore prĂ©cĂ©dente. Entre ces deux niveaux extrĂȘmes, toute les palettes musicales et Ă©motionnelles contenues dans la partition enveloppent le public, le fait Ă©voluer et changer.
La direction inspirée de Tugan Sokhiev, qui dirige en chantant tout par coeur, se donne totalement à la géniale musique de Tchaïkovski, la servant avec passion.

La distribution est sans faux pas, excellente pour des raison diffĂ©rentes. La Liza d’Anna Nechaeva est un fleuve vocal : puissance, homogĂ©nĂ©itĂ© de timbre, souffle large, timbre Ă©mouvant. Son mĂ©dium charnu et son grave sonore sont parfaits et les aigus lumineux. En Pauline, Elena Novak offre une gĂ©nĂ©rositĂ© vocale et musicale qui donne envie de l’entendre dans biens d’autres rĂŽles. Le Prince Yeletski d’Igor Golovatenko a toute la noblesse et l’émotion dans sa voix qui rendent ces interventions inoubliables, du lyrisme de son air Ă  la puissance de la scĂšne finale. Nikolay Kazanskiy en Tomski a une voix agrĂ©able et un chant plein d’empathie. La Comtesse d’Anna Nechaeva, dans un timbre d’une belle plĂ©nitude et une noblesse naturelle, chante Ă  la perfection une partie complexe que souvent des divas sur le retour ne phrasent pas aussi dĂ©licatement. C’est un vrai rĂ©gal et son extraordinaire tempĂ©rament dramatique donne toute la puissance Ă  son personnage qui redevient central. En Hermann, le tĂ©nor Oleg Delgov renoue avec les attentes de TchaĂŻkovski qui voulait pour son hĂ©ros une voix plus lyrique que dramatique. En effet la fausse tradition de donner ce rĂŽle Ă  une Ă©norme voix ne tient pas compte de l’italianitĂ© que TchaĂŻkovski attendait de son tĂ©nor et c’est plus gĂȘnant si l’on prend en compte la fragilitĂ© mentale extrĂȘme du personnage. L’intelligence d’Oleg Delgov force l’admiration tant il fait comprendre la complexitĂ© de son personnage. Il a semblĂ© plus dĂ©pendant de la partition quand tous ses collĂšgues savaient leur rĂŽle par cƓur, mais son Hermann restera dans les mĂ©moires. Le final en particulier a Ă©tĂ© bouleversant. Il faut prĂ©ciser que Tugan Sokhiev a terminĂ© Ă©puisĂ© ayant donnĂ© au final une dimension mĂ©taphysique bouleversante rendant lumineux le rapport au destin et Ă  l’inĂ©vitable de la mort pour chacun. Je n’ai jamais entendu ni en disque ni sur scĂšne un dernier tableau si Ă©levĂ© en terme de philosophie en musique et de spiritualitĂ©. L’émotion qui a gagnĂ© la salle a Ă©tĂ© si intense que la dernier geste du chef  a maintenu un trĂšs long silence recueilli avant que les applaudissements et le cris enthousiastes ne remplissent la Halle-aux-Grains. Immense succĂšs que nous devons aux « Grands InterprĂštes », partenaires de cette remarquable premiĂšre Musicale Franco-Russe pour ce concert idĂ©al. Tugan Sokhiev comprend et vit cette partition comme personne. Les forces moscovites survoltĂ©es, une distribution entiĂšrement russe, un public subjuguĂ©, 
tout a concouru Ă  faire de cette soirĂ©e un voyage inoubliable en terre de l’ñme russe, du rapport au destin, de ses effets inĂ©luctables et tragiques.

 

 

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2019. Piotr Illich TCHAIKOVSKI (1840-1893) : La Dame de Pique, OpĂ©ra en trois actes et sept tableaux, version de  concert.  Avec :  Oleg Dolgov, Hermann ;  Nikolay Kazanskiy, Tomski ; Igor Golovatenko, Prince Yeletski ; Ilya Selivanov, Tchekalinski ; Denis Makarov, Sourine ; Ivan Maximeyko, Tchaplitski / Le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies ; Aleksander Borodin, Narumov ; Elena Manistina, La Comtesse ; Anna Nechaeva, Liza ; Agunda Kulaeva, Pauline ; Elena Novak, La gouvernante ; Guzel Sharipova, Prilepa / Macha ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de chƓur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction. Illustration : © H Stoeklin pour classiquenews 2019

 
 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 11 mars 2019. DEBUSSY. POULENC. RACHMANINOV. Gabetta / Chamayou.

Chamayou-Gabetta©MarcoBorggreveCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 11 Mars 2019. C. DEBUSSY. F. POULENC. S. RACHMANINOV . Sol Gabetta / B.Chamayou. Le duo musical Sol Gabetta et Bertrand Chamayou peut effectivement prĂ©tendre Ă  un accord parfait ; les deux jeunes musiciens se connaissent depuis bien longtemps, plus de 15 ans d’amitiĂ©, et des concerts en duo depuis dix bonnes annĂ©es. Leur retour Ă  Toulouse, en terres conquises, dans le cadre des Musicales Franco-Russes est un vrai bonheur. La grĂące diffuse autours de Sol Gabetta et le pianiste plus sage semble gagnĂ© par le feu secret ou extraverti de sa collĂšgue. La Sonate de Debussy pour violoncelle et piano est d’une grande subtilitĂ© et permet des Ă©clairages divers selon les interprĂštes. Ainsi la version de Sol Gabetta et HĂ©lĂšne Grimaud est bien connue (enregistrĂ©e par DG). Ce soir la violoncelliste, en artiste sensible, propose tout autre chose avec la complicitĂ© de Bertrand Chamayou.

Gabetta et Chamayou l’accord parfait !

DĂšs sa premiĂšre intervention, elle entraine le pianiste dans un jeu moins extraverti et plus complexe. Les nuances sont subtiles, au bord de l’audible, et le rythme s’assouplit au point d’évoquer le jazz par instants. Sol Gabetta conduit l’auditeur dans une sorte de danse, comme au bord du gouffre, alors que le piano sert de repĂšre et parfois abruptement avec des notes comme stoppĂ©es. La Sonate de Poulenc, plus ludique, parfois canaille, permet de beaux moments de complicitĂ© entre les deux musiciens. Le lyrisme semble dĂ©tendre le tempo qui peut se resserrer avec Ă©nergie dans les moments plus rythmĂ©s. Cette Ă©coute mutuelle permet un rĂ©glage dĂ©licat des nuances, et le naturel qui se dĂ©gage du jeux des deux musiciens, est confondant. Sans vraiment beaucoup se regarder, ils vivent la mĂȘme musicalitĂ© comme par enchantement.

AprĂšs ces deux bijoux, qui avec beaucoup d’originalitĂ© prĂ©sentent un style français du XX Ăšme siĂšcle, plutĂŽt moderne et audacieux, la deuxiĂšme partie, russe, sera plus sage et plus romantique. En effet, la Sonate de Rachmaninov, plus ample,  permet l’expression du dernier romantisme avec des moments d’angoisse et mĂȘme de mĂ©lancolie, trĂšs Ă©vocateurs de l’ñme russe 
 si intemporelle. Nos deux amis offrent avec beaucoup de dĂ©licatesse cette Ăąme russe tourmentĂ©e qui cherche Ă  oublier sa souffrance dans la douceur du lyrisme du violoncelle comme une voix maternelle consolatrice.
Sol Gabetta avec beaucoup de pudeur chante Ă  perdre l’ñme mais toujours entre noblesse et Ă©lĂ©gance. Bertrand Chamayou ravive son piano symphonique dans les moments solistes mais cherche toujours Ă  s’équilibrer avec les sonoritĂ©s dĂ©licates de sa partenaire.

Voici un vrai duo qui dĂ©veloppe et amplifie les qualitĂ©s de chacun. Sol Gabetta semble ce soir capable d’audaces interprĂ©tatives trĂšs dĂ©licates, alimentĂ©es par un feu constamment renouvelĂ© ; Bertrand Chamayou ose davantage aller vers un jeu chargĂ© d’émotions, lui dont le piano maitrisĂ© est si spectaculaire, gagne considĂ©rablement en Ă©motions.

Le succĂšs public est considĂ©rable. Ainsi leurs deux bis accordĂ©s sont marquĂ©s d’abord par la mĂ©lancolie douloureuse de Tchaikovsky dans une berceuse, puis un duo plus surprenant qui libĂšre les deux musiciens : elle avec une frĂ©nĂ©sie et une inventivitĂ© coquine ; lui avec une sorte de dĂ©hanchĂ© trĂšs libre dans son jeu. Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© par les deux musiciens ne faisant qu’une seule Ăąme musicale. Dans ce programme intelligent les sensibilitĂ©s de  France et de Russie ont Ă©tĂ© mises en vedettes et avec un Ă©gal bonheur dans ce beau concert des Musicales Franco-Russes.

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains, le 11 mars 2019. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n°1 pour violoncelle et piano en ré mineur ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour violoncelle et piano ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol majeur, op.19 : Sol Gabetta, violoncelle, Bertrand Chamayou, piano. / Photo Chamayou-Gabetta ©MarcoBorggreve

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane à Naxos. Fau, Hunhold, Savage. Orch Nat Capitole. E.ROGISTER

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane Ă  Naxos (nouvelle production). Fau, Belugou, Fabing, Hunhold, Savage, Morel, Sutphen. Orch National du Capitole. E.ROGISTER, direction. Donner l’opĂ©ra le plus Ă©lĂ©gant de Richard Strauss et Hugo von Haufmannstahl, le plus exigeant au niveau thĂ©Ăątral avec des voix hors normes, toutes surexposĂ©es, est une vĂ©ritable gageure que Christophe Ghristi, nouveau directeur de l’auguste maison toulousaine, relĂšve avec brio. Il a trouvĂ© en Michel Fau un homme de thĂ©Ăątre respectueux de la musique, capable de donner vie Ă  Ariane Ă  Naxos en un Ă©quilibre parfait entre thĂ©Ăątre et musique, entre le prologue et l’opĂ©ra lui-mĂȘme.
J’ai toujours jusqu’à prĂ©sent trouvĂ© que la partie musicale dĂ©passait le thĂ©Ăątre et que des deux parties l’une dominait l’autre. Au disque la musique sublime de bout en bout de l’opĂ©ra s’écoute en boucle et sans limites, Ă  la recherche de timbres rares et de vocalitĂ©s exactes. A la scĂšne souvent le prologue est trop ceci ou pas assez cela ; et en fait ne convainc pas ; trop souvent l’opĂ©ra peut s’enliser. Pourtant je parle de productions Ă  Aix (avec  l’Ariane de Jessye Norman) ou Paris (avec la Zerbinetta de Natalie Dessay)
 Je dois dire que ce soir le travail extraordinairement intelligent et dĂ©licat de Michel Fau mĂ©riterait une analyse de chaque minute.  L’humour y est d’une subtilitĂ© rare et sur plusieurs plans. La beautĂ© des costumes (David Belugou)  et des maquillages (Pascale Fau)  ajoutent une Ă©lĂ©gance rare Ă  chaque personnage quelque soit son physique.

Ariane Ă  Naxos de Strauss/Hofmansthal
Production géniale à Toulouse

STRAUSS-ariane-capitole-toulouse-opera-critique-annonce-classiquenews-critique-opera-Issachah-Savage-(Bacchus)-et-Catherine-Hunold-(Ariane)---crédit-Cosimo-Mirco-Magliocca

C’est Ă©galement David Belugou qui a rĂ©alisĂ© deux dĂ©cors intelligents et qui Ă©clairĂ©s avec subtilitĂ© par JoĂ«l Fabing, semblent bien plus complexes et profonds qu’ils ne paraissent. Il est rarissime de trouver Ă  l’opĂ©ra travail thĂ©Ăątral si soignĂ© dans un respecte absolu de la musique. Dans la fosse les instrumentistes de l’orchestre du Capitole choisis pour leur excellence jouent comme des dieux sous la baguette inventive et vivante d‘Evan Rogister. Il aborde par exemple le prologue de l’opĂ©ra avec une allure presque expressionniste et sĂšche avant de colorer toute la subtile orchestration de Strauss en son poids exact. N’oublions pas que les 38 instrumentistes demandĂ©s par Strauss sont Ă©videment de parfaites solistes ou chambristes avĂ©rĂ©s, mais ensemble ils sonnent comme un orchestre symphonique complet (dans le final).

Que dire des chanteurs Ă  prĂ©sent ? Ayant chacun les notes incroyables exigĂ©es et des timbres intĂ©ressants, dans un tel contexte, ils n’ont qu’à chanter de leur mieux pour devenir 
divins dans un environnement si favorable. Jusqu’aux plus petites interventions, chacun est merveilleux. L’Ariane de Catherine Hunold est sculpturale, sa prima Donna caricaturale.  En Bachus,  le tĂ©nor Issachah Savage,  est Ă©blouissant de panache vocal avec une quinte aiguĂ« et une longueur de souffle qui tiennent du surnaturel ;  dans le prologue, sa brutalitĂ© pleine de morgue un est vrai rĂ©gal de suffisance, pardonnĂ©e aprĂšs le final. Car la puissance du duo final justement, est historique ; une telle plĂ©nitude sonore dĂ©passe l’entendement. La Zerbinetta d‘Elisabeth Sutphen mĂ©rite des Ă©loges pour un Ă©quilibre thĂ©Ăątre-chant de haut vol, alors qu’il s’agit d’une prise de rĂŽle. Elle passe du moqueur au profond en un clin d’ oeil ; virtuose ou languide, elle peut tout.
Le trio de voix, rondes et nuancĂ©es, qui tiennent compagnie Ă  Ariane sur son rocher sont d’une qualitĂ© inoubliable que ce soit Caroline Jestaedt,  en NaĂŻade, Sarah Laulan en Dryade ou Carolina Ullrich en Echo. Les quatre messieurs qui accompagnent Zerbinetta ne sont pas en reste au niveau vocal mais jouent Ă©galement avec beaucoup de vivacitĂ© et d’énergie (Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche ; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella).  Philippe-Nicolas Martin, en  Arlequin ajoutant une belle touche de vraie-fausse mĂ©lancolie dans son lied.
Dans le Prologue, le compositeur d’AnaĂŻk Morel est trĂšs sympathique ; c’est vraiment Strauss lui-mĂȘme qui se questionne sur la folie d’oser composer des opĂ©ras dans un monde si absurde. La rĂ©ponse est OUI :  la beautĂ©, l’intelligence, la finesse sont le remĂšde Ă  l’absurditĂ© et la bĂȘtise du monde. Aujourd’hui Ă  Toulouse, le flambeau a Ă©tĂ© rallumĂ© avec panache. Oui en une soirĂ©e la beautĂ© peut ragaillardir tout un thĂ©Ăątre et le succĂšs public a Ă©tĂ© retentissant. Les mines rĂ©jouies en quittant la salle du Capitole en disent long sur la nĂ©cessitĂ© de croire, et ce soir de l’avoir vue rĂ©alisĂ©e, en cette alchimie subtile  qui se nomme opĂ©ra. GĂ©nialement, unanimement apprĂ©ciĂ©e, la production capitoline aborde le rivage de la perfection !

 STRAUSS ARIANE A NAXOS capitole critique opera classiquenews mars 2019

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 1er Mars 2019. RICHARD STRAUSS (1864-1949) : ARIANE Ă  NAXOS, Opera  en un acte et un prologue, Livret  de Hugo von Hofmannsthal, CrĂ©ation  le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Nouvelle production du ThĂ©Ăątre du Capitole/OpĂ©ra Orchestre  national  de  Montpellier – Occitanie.  Michel Fau,  mise en scĂšne ; David Belugou,  dĂ©cors et costumes ; JoĂ«l Fabing,  lumiĂšres ; Pascale Fau ,  maquillages.  Avec : Catherine Hunold,  Primadonna / Ariane ; Issachah Savage,  TĂ©nor / Bacchus ; AnaĂŻk Morel,  Le Compositeur ; Elisabeth Sutphen,  Zerbinetta ; Philippe-Nicolas Martin , Arlequin ; Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella ; Caroline Jestaedt,  NaĂŻade ; Sarah Laulan,  Dryade ; Carolina Ullrich,  Echo; Florian Carove,  Le Majordome ; Werner Van Mechelen,  Le MaĂźtre de musique ; Manuel Nuñez Camelino,  Le MaĂźtre Ă  danser; Alexandre Dalezan, Le Perruquier ; Laurent Labarbe,  Un Laquais ; Alfredo Poesina,  L’Officier ; Orchestre national du Capitole ; Evan Rogister :   direction musicale. / Photos: © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert . TOULOUSE, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. Orch Capitole, Sorokin, Penas, Lee,  T. SOKHIEV.

Tugan sokhiev direction dorchestre toulouse france russie festival 2019 compte rendu critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert . TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. BORODINE. STRAVINSKI. Orch National du Capitole, N.Sorokin , B. Penas, E. Lee,  T. SOKHIEV, direction. C’est la 3Ăšme annĂ©e que Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole proposent Ă  Toulouse une AcadĂ©mie de direction d’orchestre.  Le concert du soir permet aux chefs candidats de diriger devant le public dans des conditions optimales. Puis Tugan Sokhiev dirige la deuxiĂšme partie du concert. La salle de la Halle-aux-Grains est pleine et le succĂšs public est au rendez-vous de cet enseignement Ă©clairant. Les sĂ©ances de l’acadĂ©mie sont publiques et j’ai pu passer la journĂ©e de mercredi Ă  assister Ă  cette aventure extraordinaire.

 

Le concert de l’AcadĂ©mie d’Orchestre de Toulouse, une belle transmission !

 

Trois jeunes chefs se succĂšdent dirigeant les mĂȘme oeuvres Ă  tour de rĂŽle sur les trois jours. Les progrĂšs sont notables chez chacun avec plus ou moins de visibilitĂ©. Les explications de Tugan Sokhiev durant les « leçons » sont incroyablement simples et profondes mettant au coeur de sa transmission, le rapport entre les musiciens et le chef, et le respect de la partition mais surtout la place de la musique. Ainsi la technique et la connaissance de la partition sont vite mises de cotĂ© pour aborder le mystĂšre de l’alchimie qui peut exister entre un chef et les musiciens de l’orchestre. L’importance du regard posĂ© sur chaque instrumentiste, les gestes qui doivent parler en mĂȘme temps Ă  divers groupes, les bras pour les cordes et les mains pour la petite harmonie par exemple. Ainsi il va amener chacun Ă  comprendre comment aller plus loin.

Par exemple ce long moment pendant lequel il demande de regarder le hautbois pour obtenir la plus belle phrase et jusqu’à la derniĂšre note alors que le jeune chef regarde au dĂ©but, puis vite va ailleurs pensant Ă  la suite. Ou comment il prend le bras d’un autre pour montrer la souplesse et la largeur qu’il souhaite lui proposer, ou comme le troisiĂšme doit par ses gestes, obtenir plusieurs caractĂšres diffĂ©rents dans la mĂȘme phrase.

Et ce credo immuable :  le chef doit proposer Ă  l’orchestre sa version musicale de l’Ɠuvre, et la rendre lisible par ses gestes car chaque musicien pourrait proposer la sienne et l’orchestre le dĂ©vorerait s’il ne savait pas oĂč il veut aller prĂ©cisĂ©ment. Ainsi l’angoisse des jeunes chefs en devenir va  petit Ă  petit faire place au plaisir de faire de la musique avec cet orchestre si magnifique. Car il faut dire combien les musiciens jouent le jeu avec patience et engagement en conservant une qualitĂ© sonore inaltĂ©rable.



sorokine nikita chef maestro jeune chef toulouse academie direction tugan sokhiev direction classiquenews review compte renduNIKITA SOROKINE
 Le concert du soir  a permis  au jeune Nikita Sorokine, 27 ans, originaire de Russie, actuellement dans la classe d’orchestre d’Alain Altinoglu Ă  Paris, de diriger le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Brahms. Il est venu Ă  bout avec panache de cette partition particuliĂšrement complexe et ses sourires ont montrĂ© comment il a su dĂ©passer ses apprĂ©hensions pour entrer dans le grand plaisir de faire de la musique avec des musiciens  d’exemption.

penas bastien chef maestro classiquenews toulouse acadmeie direction orchestre tugan sokhiev compte rendu critique review classiquenewsBASTIEN PENAS
 Le plus jeune du groupe, est Bastien Penas  25 ans, originaire de Bordeaux, actuellement dans la classe d’orchestre Ă  Toulouse. Il a dirigĂ© avec beaucoup de poĂ©sie AprĂšs midi d’une Faune de Debussy. Tugan Sokhiev lui avait fait remarquer la veille qu’il avait su rapidement se connecter avec l’orchestre. C’est celui qui lors de ce concert final a Ă©tĂ© le plus proche des musiciens et Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te lui a offert une introduction d’une grande suavitĂ©, quasi murmurĂ©e.

LEE earl chef maestro conducting academy review classiquenews toulouse tugan sokohiev Earl-LeeEARL LEE
 En troisiĂšme oeuvre le chef amĂ©ricain originaire de CorĂ©e, Earl Lee a dirigĂ© le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Tchaikovsky. Plus ĂągĂ©, il a 35 ans, il est dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  diriger l’orchestre de Pittsburgh en tant qu’assistant. Son autoritĂ© est plus appuyĂ©e mais il n’a pas su aller au devant des musiciens avec le regard totalement engagĂ© que lui a suggĂ©rĂ© Tugan Sokhiev, dirigeant parfois les yeux fermĂ©s ou presque, il a su proposer une version personnelle de cet extraordinaire mouvement d’ouverture de la symphonie du destin.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerMAESTRO SOKHIEV
 En deuxiĂšme partie de concert, le Maestro pĂ©dagogue Tugan Sokhiev Ă  mains nues, a dirigĂ© un voyage dans les Steppes de Borodine, pĂ©riple Ă©vocateur et hĂ©doniste laissant ses musiciens s’exprimer librement dans des moments solistes absolument somptueux. Puis avec un drame constamment renouvelĂ©, il a offert une interprĂ©tation exaltante de l’Oiseau de feu de Stravinski avec un dĂ©but venimeux Ă  la beautĂ© sulfureuse avant d’évoluer vers une beautĂ© plus sensuelle et un final grandiose. Pour conclure cette belle Ă©dition de l’AcadĂ©mie d’Orchestre 2019, la direction complice et l’admiration rĂ©ciproque du chef et de ses musiciens a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. DeuxiĂšme temps forts des Musicales Franco-russes, ce concert a Ă©tĂ© trĂšs applaudi faisant la joie d’un public rajeuni et conquis. Tugan Sokhiev ayant insistĂ© sur l’importance Ă  ses yeux de la transmission et du partage d’expĂ©rience, a rĂ©ussi son pari : proposer Ă  Toulouse quelque chose d’unique en Europe.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-auGrains, le 28 fĂ©vrier 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur, ext. ; Claude Debussy (1862-1918) :  L’aprĂšs midi d’un faune ; Piotr Illich TchaĂŻkovski ( 1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, ext. ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les steppes de l’Asie Centrale ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Nikita Sorokine, Bastien Penas, Earl Lee, Tugan Sokhiev : Direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 20 fév 2019. Dvorak, Schubert
 Quatuor Hagen.

Hagen Quartet HaraldHoffmann4Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 20 FĂ©vrier 2019.  Chostakovitch, Dvorak, Schubert.  Quatuor Hagen. A demeurer l’un des meilleurs du monde depuis plus de 30 ans, le Quatuor Hagen mĂ©rite toute notre admiration. La venue Ă  Toulouse du cĂ©lĂšbre quatuor salzbourgeois Ă  l’invitation des Arts renaissants, a fait salle comble. L’admirable acoustique de l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines a permis au public concentrĂ© de dĂ©guster les plus belles sonoritĂ©s possibles. L’équilibre entre les quatre instrumentistes est inhabituel, toujours mouvant mais sans Ă©tablir de hiĂ©rarchie. La personnalitĂ© gĂ©nĂ©reuse de Veronika Hagen Ă  l’alto en particulier et sa riche sonoritĂ©, la mettant souvent  en exergue. La rondeur du son obtenue par ce quatuor, le confort, la soliditĂ© et la plĂ©nitude du jeux sont inouĂŻes. Les nuances sont incroyablement variĂ©es et toujours abordĂ©es avec une grande justesse de phrasĂ©. La construction des oeuvres devient limpide et le discours trĂšs organisĂ© emporte loin 
dans le pays de la beautĂ©. L’écoute de ces quatre musiciens procure un sentiment de bien ĂȘtre et de facilitĂ©. C’est lĂ , s’il faut avouer certaines attentes idĂ©alisĂ©es, que cette constante beautĂ© peut dĂ©ranger. Ainsi dans le quatuor de Chostakovitch plus de mordant, de sonoritĂ©s froides et de moments de dĂ©rision fĂ©roce, auraient pu ĂȘtre osĂ©s par des musiciens si douĂ©s.

Le son incroyable du Quatuor Hagen

L’hommage de Chostakovitch aux mĂ©lodies hĂ©braĂŻques interdites, est audacieux car elles ne sont pas que belles. Elles sont aussi un manifeste et mĂȘme une  provocation en ces annĂ©es 50 dĂ©butantes. Ne l’oublions pas, le rejet des diffĂ©rences et la fabrique des ostracismes par des insultes et des menaces de mort, est toujours Ă  l’oeuvre jusque dans l’actualitĂ© brĂ»lante dans notre pays. C’est un peu le problĂšme avec la musique de Chostakovitch, le texte est magnifique et la composition est toujours incroyablement virtuose mais le sens du discours peut ĂȘtre subversif, provoquant ou moqueur, voir rĂ©voltĂ©. Les Hagen ont Ă©tĂ© un peu trop « bons » ce soir.
Dans Dvorak, la mĂ©lancolie et les couleurs fauves ont Ă©tĂ© magnifiques et toujours dans cette perfection sonore inĂ©galable. Dans le plus cĂ©lĂšbre quatuor romantique : La jeune fille et la mort de Schubert, la plĂ©nitude sonore a Ă©tĂ© magnifique, les grandes phrase se sont dĂ©ployĂ©es avec aisance et l’implacabilitĂ© de la mort bien prĂ©sente. Que de beautĂ© dans ces contrastes, ces menaces, ces priĂšres et ces fuites. La puissance de quatre instruments Ă  cordes a rarement Ă©tĂ© aussi perceptible que dans des crescendo incroyables. Peut ĂȘtre que davantage de fragilitĂ© gagnerait en Ă©motion, mais comment ne pas admirer cette perfection instrumentale mise au service des oeuvres. Les Hagen sont toujours l’un des meilleurs quatuors du monde avec un son inĂ©galĂ© et le public toulousain comblĂ© leur a fait un triomphe. Ils ont bissĂ© l’Andante du quatuor de Chostakovitch dans une nuance piano exquise.

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Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 20 Février 2019.  Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Quatuor à cordes n°4 en ré majeur op.83 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Quatre extraits des CyprÚs B.152 ; Frantz Schubert ( 1797- 1828) : Quatuor à cordes n°14 en ré mineur D.810 , la jeune fille et la mort ; Quatuor Hagen : Lukas Hagen et Rainer Schmidt , violon ; Veronika Hagen, alto ; Clemens Hagen , violoncelle.
Photo : HaraldHoffmann