COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 Juillet 2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI / LLINARES.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES. En trio nos artistes,  chacun musicien rempli de talents et de dĂ©licatesse, ont su tenir le public en haleine en ce chaud aprĂšs midi de dimanche. Dans une somptueuse robe rouge, de sa voix lumineuse et son sourire irradiant,  Orianne Moretti a su dire et chanter avec une infinie poĂ©sie des textes dans de trĂšs nombreuses langues. L’enfance et l’exil sont de tous les peuples de la planĂšte !
Savoir ainsi varier et incarner si fortement toutes ces berceuses tient du grand art, car le thĂšme ne se renouvelle pas tant. Aucune lassitude jamais, au contraire un intĂ©rĂȘt constamment renouvelĂ©. L’art de dire le texte comme de dĂ©velopper un chant souple et suave, est admirable.

 

 

 

 

Berceuses et chants du Monde

 
 

 

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Aux cotĂ© de la cantatrice-actrice, deux instrumentistes ont Ă©tĂ© de vrais partenaires en Ă©motion et en musicalitĂ© rayonnante. Le guitariste SĂ©bastien Llinares est un artiste majeur. Je garde comme un trĂ©sor de musicalitĂ© sa version Ă  deux guitares des variations Goldberg de Bach ou son CD d’adaptations inoubliables d’Eric Satie. Le retrouver si engagĂ© aux cotĂ©s d‘ Orianne Moretti est un vrai bonheur. Leur musicalitĂ© est enivrante. Je ne connaissais pas l’art de la violoncelliste Maitane Sebastian et j’ai dĂ©couvert la mĂȘme sensibilitĂ© de poĂ©sie en musique. Le legato somptueux du violoncelle de Maitane SĂ©bastian soutenant Ă  la perfection la voix si claire d’Oriannne Moretti. La guitare de SĂ©bastien Llinares est Ă  la fois chant Ă©perdu et harmoniques profondes.
Nous avons pu entendre la voix a Capella, le violoncelle solo dans une suite de Bach et la guitare virtuose dans une fantaisie de Mudarra et un caprice de Tarrega. Mais c’est la berceuse corse finale les rĂ©unissant tous trois qui restera le message le plus beau et plus Ă©mouvant. C’est peut ĂȘtre bien la berceuse chantĂ©e par la voix maternelle qui est la source de tout exil. L’exil nĂ©cessaire et indispensable de notre propre enfance qui seule nous permet de vivre pleinement notre vie d’Homme acceptant ce dĂ©part dĂ©finitif des contrĂ©es de la toute petite enfance. Ce qui compte c’est de s’en souvenir mĂȘme vaguement, autant que de l’abandonner au passĂ©.
Remercions les trois admirables musiciens pour ce moment enchanteur, comme Catherine Kauffmann-Saint-Martin et son Ă©quipe pour l’organisation patiente de ces rencontres entre poĂ©sie et musique qui ont toute leur place dans cette extraordinaire Chapelle des CarmĂ©lites au plafond de bois peint si envoĂ»tant.
Le seul léger regret vient de la sonorisation du concert que la parfaite acoustique de la Chapelle ne réclamait pas.

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES critique concert opera festival classiquenews

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Chapelle des CarmĂ©lites, le 7 juillet 2019. Musique en dialogue aux CarmĂ©lites : Voix d’enfance, voix d’exil. Orianne Moretti soprano ; Mainate Sebastian, violoncelle ;  SĂ©bastien Llinares, guitare.
Illustrations : © J.J. ADER

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 20 juin 2019. MASSENET. Werther. Borras, Deshayes. JOEL / VERDIER.‹

GetAttachmentThumbnailCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 20 juin 2019. J. MASSENET. Werther. N. Joel. J.F. Borras. K. Deshayes. A. Heyboer. F. Valiquette . Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du Capitole. J.F. VERDIER, direction. Revoir cette belle production de Werther mĂȘle attentes et nostalgie. Je garde en effet un souvenir Ă©mu et Ă©bloui du printemps 1997 quand je dĂ©couvrais Roberto Alagna dans ce rĂŽle. Rappelons que la production Ă©tait montĂ©e pour lui et que le monde entier nous enviait cette prise de rĂŽle. Tout avait Ă©tĂ© magique avec une distribution de rĂȘve et la dĂ©couverte d’une scĂ©nographie parfaite, de dĂ©cors simples et beaux, et de costumes sublimes. Tout cet aspect scĂ©nique se retrouve et la mise en scĂšne de Nicolas Joel n’a pas pris une ride, la beautĂ© plastique reste idĂ©ale. L’ action est situĂ©e fin XVIIIĂš, tout Ă©tant de bon goĂ»t, personne ne se lasse de la retrouver. Les lumiĂšres Ă©tant peut ĂȘtre encore plus rĂ©ussies.
La distribution est exemplaire et tout Ă  fait enviable, digne des scĂšnes internationales.

 

 

Bon goût, dictions idiomatiques


WERTHER DE GRAND STYLE AU CAPITOLE

 

 

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Si les voix sont superbes, nous y reviendrons, c’est le texte qui avec des dictions si idiomatiques, explose de vie et d’efficacitĂ© dramatique. Jean-Francois Borras qui a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle sur scĂšne est trĂšs Ă  l’aise vocalement. Il distille un chant policĂ© et toujours Ă©lĂ©gant. Le timbre claire et lumineux rend Ă  Werther sa jeunesse quand des voix barytonantes exagĂšrent trop souvent le drame. Son Werther est jeune, capable de sourires et la noirceur est amenĂ©e par petites touches. La technique de la voix mixte lui permet de phraser et nuancer Ă  l’envie un rĂŽle qu’il fait sien sans efforts. L’émotion vient tard certes, mais la mort en devient absolument bouleversante. C’est probablement le jeu de l’acteur qui est encore trop maladroit. Mais qu’importe

Pour Charlotte, Karine Deshayes a elle aussi un timbre magnifique. La longueur de la voix lui permet de maĂźtriser tous les aspects vocaux du rĂŽle. La richesse des harmoniques est un vĂ©ritable enchantement, les couleurs sont infinies et de fines nuances dans des phrasĂ©s subtiles nous rappellent quelle belcantiste elle est ! Elle aussi dans le duo final atteint des sommets d’émotion. La Sophie de Florie Valiquette est toute de charme et de gaitĂ© comme il convient. AndrĂ© Heyboer est un Albert dĂ©jĂ  trĂšs embourgeoisĂ©. La voix a une nasalisation qui surprend mais de laquelle on ne fait rapidement plus cas.
Les autres rĂŽles sont au diapason, tous exacts de texte et bien en voix. Il est rare d’entendre Ă  ce niveau idiomatique un opĂ©ra français. La relĂšve est lĂ . Bravo !

 

 

L’Orchestre du Capitole est somptueux, juste un peu trop uniformĂ©ment sonore. La direction de Jean-François Verdier se souvient trop de l’admiration de Massenet pour Wagner. Orchestralement, nous aimons un Werther plus subtilement nuancĂ©. Mais quelle splendeur sonore et qui heureusement ne met pas les voix en danger. En tout cas le drame avance inexorablement avec l’orchestre ainsi dirigĂ© ! Voici une trĂšs belle production de Nicolas Joel qui devient un classique et que Christophe Ghristi a eu bien raison de nous proposer car il a su rĂ©unir une distribution francophone proche de la perfection vocale. Le fin de saison capitoline est enthousiasmante. Quelle magnifique saison elle couronne ! Et Ă  la rentrĂ©e 
 quelle nouvelle saison nous attend !

 

   

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 20 Juin 2019. Jules Massenet (1842-1912) : Werther Drame lyrique en quatre actes d’aprĂšs Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Production de 1997. Nicolas Joel : Mise en scĂšne reprise par FrĂ©dĂ©rique Lombart ; Hubert Monloup : DĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli et Bertrand Killy : LumiĂšres ; Jean-François Borras : Werther ; Karine Deshayes : Charlotte ; AndrĂ© Heyboer, : Albert ; Florie Valiquette : Sophie ; Christian TrĂ©guier : Le Bailli ; Luca Lombardo : Schmidt ; Francis Dudziack : Johann ; CĂ©line Laborie : KĂ€tchen ; Matthieu Toulouse : BrĂŒhlman ; Maitrise du Capitole, Direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Jean-François Verdier : direction musicale. Photos © P. NIN

 
 

 
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Jean-François chante Werther ( © P NIN / Capitole de Toulouse 2019)

 

   

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Th J Julien, le 15 juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo.ABEDJEAN.DALTIN. Choeur à bout de souffle.DELINCAK

8adbdfb5-2488-4656-b430-34daf6c1593dCOMPTE-RENDU, thĂ©Ăątre musical. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre Jules Julien, le 15 Juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo. BACH. PERGOLESE. VIVALDI. MONTEVERDI. VERDI. ABEDJEAN. DALTIN. Choeur Ă  bout de souffle. DELINCAK. Le nouveau spectacle de la compagnie A bout de Souffle est hypervitaminĂ©. L’engagement des comĂ©diens dans le texte de Dario Fo est total. Ils y croient et le montrent Ă  voir. Comme les choristes et les chanteurs qui semblent vivre chaque mot du CrĂ©do ou du Stabat Mater Ă  la lettre. Le parti pris du metteur en scĂšne, Patrick AbĂ©djean, est de rendre hommage Ă  Dario Fo.

 

 

A Bout de souffle
offre un deuxiĂšme souffle Ă  Mistero Buffo

 

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Le passage du monologue originel de Dario Fo Ă  plusieurs voix est comme diffractĂ© avec un fou et une mort doubles. C’est Ă  la fois habile et terriblement efficace. Les extraits sont souvent percutants mais le style a dĂ©jĂ  pris de l’ Ăąge. Certains emportements iconoclastes tombent Ă  plat et la grossiĂšretĂ© montre trop le bout de son nez. Les musiques choisies par StĂ©phane Delincak, trĂšs anciennes, ne sont pas dĂ©modĂ©es, elles. Et leurs Ă©motions sont vraies ainsi offertes au public. C’est peut ĂȘtre ces musiques si connues et aimĂ©es qui donnent aux mots de Fo, leur puissance expressive. Et ce chant extrĂȘmement extraverti, que ce soit les solistes comme les chƓurs, est impressionnant. Claire Lise Bouton au trĂšs beau timbre excelle surtout dans le mĂ©dium et le grave de son jeune mezzo. Le baryton Martin Queval a dĂ©jĂ  une belle autoritĂ© vocale mais surtout une grande sensibilitĂ© musicale. L’accordĂ©oniste GrĂ©gory Daltin est magique. Capable d’une trĂšs grande amplitude de nuances, il conduit sa ligne avec une belle musicalitĂ©. La direction de StĂ©phane Delincak est enthousiasmante et encourageante. En un mot irrĂ©sistible et tout le monde le suit.
CotĂ© mise en scĂšne, Patrick AbĂ©djean fait dĂ©buter la piĂšce sans solution de continuitĂ© avec la ville. Les choristes et les comĂ©diens sont dans la salle, parlent, mangent, boivent, rient, se disputent. Les comĂ©diens sont trĂšs engagĂ©s dans la dĂ©fense du texte, nous l’avons dit. Lorsque le texte est fort, c’est enthousiasmant, quand il va vers la vulgaritĂ© c’est dĂ©sagrĂ©able. Il manque une dimension de distanciation avec certains propos qui pris au pied de la lettre tombent Ă  plat. La dimension grandiose du peuple cĂšde trop souvent la place Ă  une sorte de facilitĂ© grossiĂšre. C’est le ChƓur qui rĂ©Ă©quilibre tout. L’émotion la plus forte tombe sur nous dans le Stabat Mater et le chƓur d’ouverture de la Passion selon Saint Jean, avec cet appel Ă  Dieu rĂ©pĂ©tĂ© inlassablement qui devient terrible.
Toute chose ayant Ă©tĂ© accomplie, il clĂŽt la reprĂ©sentation dans la fascination. Les cinquante choristes sont magnifiques de tension intĂ©rieure vĂ©ritablement vĂ©cue et d’une belle puissance vocale. Pourtant la forte prĂ©sence des voix fragilise un peu l’accordĂ©on qui ne peut ĂȘtre vĂ©ritablement le grandiose orchestre de Bach. Ce spectacle hybride est nĂ©anmoins une vraie rĂ©ussite, la musique permettant de recevoir un texte fascinant mais qui commence Ă  dater. La musique elle, semble intemporelle comme vĂ©hicule d’émotions Ă©ternelles. Elle amplifie le propos de Dario Fo : Son Mistero Buffo devient giocoso-drama.

 

 

 

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Compte rendu ThĂ©Ăątre Musical. Toulouse, ThĂ©Ăątre Jules Julien, le 15 Juin 2019. Dario Fo ( 1926-2016) : Mistero Buffo. Traduction-adaptation de Toni Cecchinato et Nicole Colchat. Mise en scĂšne : Patrick AbĂ©djean ; LumiĂšres : Etienne Delort ; Domi Giroud, comĂ©dienne ; ComĂ©diens du conservatoire rĂ©gional : Julin Benet, Emilie Diaz, Aude Evellier, Emile Faure, Bastien Gagnaire, Isabelle Gaspar, Ondine Nimal, Tahar-Chaouch ; Claire Lise Bouton, mezzo-soprano ; Martin Queval, baryton. Musiques de : Jean SĂ©bastien Bach ; Giovanni Baptista Pergolese ; Claudio Monteverdi ; Giuseppe Verdi ; Antonio Vivaldi. ChƓur A bout de souffle. StĂ©phane Delincak, direction. Photo est de © Sylvain Arki.

 
 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 10 Juin 2019. BORODINE, RACHMANINOV, MOUSSORGSKI. ChƓurs du Capitole. Orch Nat du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 10 Juin 2019. A. BORODINE. S. RACHMANINOV. M. MOUSSORGSKI/M.RAVEL. ChƓurs du Capitole. Orchestre National du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV, direction. Ce concert trĂšs attendu n’a pas permis Ă  la vaste Halle-aux-Grains d’accueillir tout le public venu demander une place. C’est donc dans une salle bondĂ©e avec une ambiance Ă©lectrique que le concert a dĂ©butĂ©. La Cantate le Printemps de Rachmaninov pour baryton et chƓur est un hymne Ă  l’amour et au renouvellement perpĂ©tuel de la vie. Elle contient un trĂšs beau message de paix et de pardon. L’orchestration est subtile avec un Ă©veil de la nature d’une sensualitĂ© envoutante. Tugan Sokhiev dirige Ă  mains nues et semble obtenir de tous une musique aussi belle qu’émouvante. Le ChƓur du Capitole est profond dans d’admirables nuances. Le baryton Garry Magee au chant subtile et Ă  la voix naturellement belle fait un beau portait d’homme amoureux meurtri qui pardonne. Mais nous savons quel EugĂšne OnĂ©guine il a su ĂȘtre au Capitole. Il offre des interventions parfaites qui nous ont semblĂ© trop courtes. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner.

 

 

 

Sommet de musicalité à Toulouse

Puis les danses Polovtsiennes du Prince Igor avec chƓur sont une merveille de beautĂ© et de grĂące trop rarement donnĂ©e. La danse des jeunes filles permet aux femmes du chƓur d’offrir nostalgie et dĂ©licatesse, tandis que les hommes sont d’une vivacitĂ© et d’une Ă©nergie bien dosĂ©es. Pour la danse finale, le chƓur mixte fait merveille. Tugan Sokhiev dirige avec gourmandise ces pages superbes et richement orchestrĂ©es.
La deuxiĂšme partie du concert offre une Ɠuvre phare que l’orchestre et son chef jouent avec succĂšs dans le monde entier. L’enregistrement par ces mĂȘme interprĂštes en 2006 chez NaĂŻve est une rĂ©fĂ©rence. Le concert de ce soir renouvelle cette magie et l’augmente car l’orchestre du Capitole a des couleurs plus profondes et plus lumineuses. L’équilibre entre le son français et russe est inĂ©galable de charme et d’émotion. La trompette solo qui ouvre la promenade demande un culot incroyable au soliste, Hugo Blacher est tout simplement merveilleux dans une Ă©motion palpable partagĂ©e. Tout ira ensuite comme par enchantement : les tableaux sont pleins de vies et dĂ©filent, la promenade est pleine d’esprit dans ses transformations.
Chaque instrumentiste soliste donne sa vie et les gestes de Tugan Sokhiev disent la musique et les mini drames contenus dans la partition avec une beautĂ© de chaque instant. Ses mains semblent crĂ©er le son, agençant avec un air gourmand couleurs et nuances dans une narrativitĂ© sans cesse relancĂ©e. La dĂ©licate mĂ©lancolie du vieux chĂąteaux, la puissance de la marche du bĂ©tail, l’humour du ballet des coquilles d’Ɠuf et la noirceur des catacombes, tout est parfaitement suggĂ©rĂ©. Ainsi ce voyage se poursuit dans une atmosphĂšre de beautĂ© et d’émotions dĂ©licates avant que d’arriver au final triomphant qui dans un crescendo irrĂ©sistible nous entraine dans la Russie Ă©ternelle de nos rĂȘves. La Grande porte de Kiev est aussi grandiose et majestueuse que possible. Tugan Sokhiev dose Ă  la perfection les nuances pour terminer dans un fortissimo enthousiasmant. Quel admirable concert associant une Ɠuvre trĂšs rare, des danses cĂ©lĂšbres rarement donnĂ©e et un must absolu pour un orchestre virtuose. Tugan Sokhiev a une maturitĂ© artistique inouĂŻe tout en gardant ce contact chaleureux et simple avec les musiciens de son orchestre comme avec son public. Public toulousain sous son charme tant cet homme semble incarner totalement la Musique.
Le triomphe fait par le public obtient un bis mystérieux tout en émotion : la délicate orchestration par Debussy de la premiÚre Gymnopédie de Satie !
C’était le dernier concert de la saison dirigĂ© par Tugan Sokhiev qui atteint un nouveau sommet de musicalitĂ© avec ses musiciens toulousains. Les retrouver Ă  la rentrĂ©e sera un grand moment.

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains le 10 juin 2019. Alexandre Borodine (1833-1887) : Le Prince Igor : Danses Polovtsiennes ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Le printemps, Op.20 ; Modeste Moussorgski ( 1839-1881) Orchestration de Maurice Ravel : Tableaux d’une exposition ; Garry Magee, baryton ; Choeurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitiĂ© musicale de plus en plus Ă©troits. Ce chef qui a dirigĂ© presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler Ă  Toulouse aborde ce soir deux Ɠuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort Ă  tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la crĂ©ation du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux Ɠuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du dĂ©part suprĂȘme, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixiĂšme symphonie est un trĂšs large Andante qui dure presque une demi heure. La modernitĂ© comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siĂšge parmi les Ɠuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige Ă  main nue et par cƓur obtenant comme un mage, une musique qui se dĂ©ploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson Ă  Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

DĂ©butĂ© dans un pianissimo hypnotique, vĂ©ritablement Ă©thĂ©rĂ©, avec un chant Ă©perdu des alto d’une beautĂ© et d’une mĂ©lancolie envoĂ»tante, l’andante Ă©volue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. DĂšs ces premiĂšres mesures, le large phrasĂ© se dĂ©ploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intĂ©rieur et partagĂ©, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui mĂȘme en Ă©tat de grĂące. Parler de virtuositĂ© sublimĂ©e, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi cĂ©leste, de phrasĂ©s portĂ©s au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envoutĂ© fait la fĂȘte Ă  ces interprĂštes si inspirĂ©s. Les musiciens Ă©perdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblĂ© particuliĂšrement Ă©panouis.

AprĂšs l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout Ă  fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans Ă©quivalent. De la taille d’une symphonie, elle rĂ©clame un vaste orchestre particuliĂšrement au niveau des percussions et exigeant mĂȘme une incroyable mandoline pour la derniĂšre mĂ©lodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restĂ©e sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisĂ© Ă  Ă©crire une dixiĂšme symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner Ă©taient morts aprĂšs leur neuviĂšme. La Chant de la Terre est sa dixiĂšme symphonie dĂ©guisĂ©e. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigĂ© une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagnĂ© les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le tĂ©nor Ă  mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas Ă©tĂ© agrĂ©able pour Christian Elsner dont la voix a Ă©tĂ© engloutie trop souvent par la puissance et la beautĂ© de l’orchestre. Mais aprĂšs tout, l’ivresse et la douleur Ă©taient si prĂ©sentes dans l’orchestre que ce choix a Ă©tĂ© au final trĂšs convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le tĂ©nor a pu libĂ©rer son interprĂ©tation subtile basĂ©e sur une voix solide et homogĂšne mais surtout sur une comprĂ©hension et une lisibilitĂ© du texte tout Ă  fait remarquables.

Le poĂšme « Von der Jugend » a Ă©tĂ© d’une subtilitĂ© incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beautĂ© irrĂ©elle. « Der Trunkene im FrĂŒhling » a scellĂ© un superbe accord musical et poĂ©tique entre le chef, le tĂ©nor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la mĂȘme qualitĂ© de diction que son collĂšgue, tous deux Ă©tant germanistes. Sa voix ombrĂ©e et dirigĂ©e avec une agrĂ©able souplesse est capable de nuances d’une grande subtilitĂ©. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amĂšre mĂ©lancolie si consubstantielle Ă  Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a Ă©tĂ© un grand moment de luxe Ă©thĂ©rĂ©. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a Ă©tĂ© un sommet vocal avec une largeur du souffle Ă©mouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder prĂ©cĂ©dents, a Ă©tĂ© le large moment de temps suspendu, attendu et espĂ©rĂ©. Les deux poĂšmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liĂ©s par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beautĂ© et de douleur pĂ©trie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amenĂ© le public a atteindre cette sĂ©rĂ©nitĂ© hĂ©doniste mais consciente de la nĂ©cessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommĂ©. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beautĂ© renversante ! Et les habituĂ©s comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher Ă  la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes Ă©mouvants ! Tous mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s…
Mais que dire de plus ? Assister Ă  un tel concert, avec des interprĂštes si engagĂ©s, renouvelle l’émotion d’une partition si aimĂ©e au disque. Les Ă©quilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se rĂ©vĂšlent qu’au concert et par exemple, tout particuliĂšrement l’osmose entre la mandoline, le cĂ©lesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se dĂ©lecter d’ un concert tout Mahler si Ă©mouvant dans une perfection formelle idĂ©ale. Les mĂąnes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa diÚse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 12 avril 2019. ATTAHIR. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orch Nat Capitole. T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 avril 2019. B. ATTAHIR. D. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, direction. En apparence rien que de l’habituel avec ce concert d’abonnement. En fait au mĂȘme moment, l’Orchestre du Capitole est Ă©galement dans la fosse de l’OpĂ©ra pour l’extraordinaire Ariane et Barbe Bleue de Dukas dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. Ainsi le projet d’agrandir l’orchestre est advenu permettant cette offre gĂ©nĂ©reuse au public de la ville rose.

Quelle puissance musicale Ă  Toulouse !

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerDeux magnifiques orchestres en un. De son cĂŽtĂ©, Tugan Sokhiev a dirigĂ© un vĂ©ritable marathon le mois dernier avec l’orchestre du BolchoĂŻ et avec le succĂšs que l’on sait. Les retrouvailles Ă  Toulouse ont Ă©tĂ© absolues, naturelles et faites de la fusion musicale que nous connaissons entre le chef et l’orchestre dans leurs meilleurs moments. A prĂ©sent, Chostakovitch est un compositeur que l’orchestre connaĂźt bien et dans lequel il excelle. La symphonie n°6 a Ă©tĂ© un moment de pure merveille, le chef semblant obtenir tout ce qui est possible de son orchestre. Tout a semblĂ© Ă©vident et facile et nous avons Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans cet univers si riche et Ă©mouvant comme par enchantement.
Chostakovitch vivait une pĂ©riode difficile et troublĂ©e avec sa nation. Victime de critiques et de menaces de mort, il a cherchĂ© une sorte d’apaisement avec cette Symphonie. Apaisement trĂšs relatif Ă  bien y regarder. La Symphonie en trois mouvements est construite en un immense crescendo, accelerando aux allures faciles parfois mĂȘme simplistes. Tugan Sokhiev a interprĂ©tĂ© avec finesse, laissant entendre tout ce que le sous texte a de grotesque et de violemment moqueur. Le final virtuose semblant presque une course Ă  l’abĂźme. Le piccolo a tout particuliĂšrement participĂ© Ă  ce mĂ©lange de tendresse et de moquerie.

Les solistes de l’orchestre ont tous Ă©tĂ© magnifiques et ont longuement Ă©tĂ© applaudis. Le public sait apprĂ©cier la musique de Chostakovitch, y prend un grand plaisir. VoilĂ  un bonheur que nous devons Ă  Tugan Sokhiev et Ă  l’énergie que l’orchestre du Capitole sait dĂ©ployer avec la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© que le chef.

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLEn premiĂšre partie une crĂ©ation mondiale de Benjamin Attahir a tenu de l’évĂ©nement riche en promesses. Benjamin Attahir connaĂźt bien l’orchestre et la ville rose. Il a composĂ© une vaste piĂšce trĂšs belle et permettant de trĂšs intĂ©ressants moments solistes comme des riches moments rythmiques. Des couleurs originales ont irisĂ© l’orchestre. Deux solistes ont Ă©tĂ© invitĂ©s par le compositeur. Le violoniste Renaud Capucon qui connaĂźt bien l’orchestre et participe souvent Ă  ses tournĂ©es, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une partie complexe dont il s’est tirĂ© avec panache et une fine musicalitĂ©. Le cas de la soprano Raquel Camarihna est diffĂ©rent. Sa voix peu sonore et peu capable ce soir d’harmoniques, a Ă©tĂ© confidentielle dans la vaste Halle-aux-Grains. L’écriture dans le mĂ©dium ne l’a pas favorisĂ©e. Le plus grand Ă©lĂ©ment de dĂ©ception est venu de sa diction inaudible mĂȘme dans le final empli de la plus dĂ©licate poĂ©sie avec un solo diaphane de Capuçon. La longueur de la piĂšce et sa beautĂ© gagneront Ă  ĂȘtre confiĂ©es Ă  une voix plus large et une vĂ©ritable diseuse sinon une tragĂ©dienne, rĂ©ellement capable de communiquer la beautĂ© du texte, car elle a juste Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e ce soir. Entre les Nuits d’étĂ©, le poĂšme de l’amour et de la mer et surtout ShĂ©hĂ©razade, cette « Je/Suis /Ju/Dith » pourra alors trouver la place qui lui revient. Quoi qu’il en soit ce concert a Ă©tĂ© particuliĂšrement prestigieux ce soir. Et ravi, le public, a semblĂ© en prendre toute la mesure.

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Compte- Rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 Avril 2019. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Je/Suis/Ju/ Dith – Un grain de figue, sĂ©quence 2 sur un thĂšme de Lancelot Hamelin pour soprano, violon et orchestre. CrĂ©ation mondiale. Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur op. 54. Raquel Camarinha, soprano ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 7 avril 2019. DUKAS :  Ariane et Barbe Bleue. Koch, Le Texier / ROPHE.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 7 avril 2019. P. DUKAS.  Ariane et Barbe Bleue. S. PODA . S. Koch. V. Le Texier. J. Baechle. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du Capitole. P. ROPHE, direction. Une trĂšs impressionnante production du seul opĂ©ra de Paul Dukas au Capitole : Une parfaite rĂ©ussite. Pour son entrĂ©e au rĂ©pertoire, la production de Stefano Poda qui gĂšre tout le visuel, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres est admirable d’intelligence. A nouveau le directeur de la maison, Christophe Ghristi, semble avoir su trouver cette parfaite alchimie entre scĂšne et voix qui magnifie l’opĂ©ra. La scĂ©nographie est riche et complexe Ă  la hauteur de la partition de Dukas. Tout est blanc sur scĂšne dans une harmonie pleine de sous entendus, symboles de la recherche d’ absolu d’Ariane.

 
 
 

Labyrinthe saisissant

PARFAITE ARIANE AU CAPITOLE

 
 
 

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Les lumiĂšres dessinent donc le noir et le gris. Une certaine lassitude est Ă©vitĂ©e de justesse car la richesse du symbole est constamment renouvelĂ©e. Les costumes sont superbes et les dĂ©cors enthousiasmants : un immense mur de corps entassĂ©s au fond et un grand labyrinthe qui descend des cintres, crĂ©ent un huis clos Ă©prouvant. Et des jeux entre les femmes de Barbe Bleu trĂšs intĂ©ressants, reprennent le fameux labyrinthe d’Ariane, symbole si riche. L’impossibilitĂ© pour Ariane de libĂ©rer ses “sƓurs” dĂ©montre que la libertĂ© ne peut jamais s’offrir mais uniquement se mĂ©riter par le courage de sa volontĂ©.  Ainsi les cinq femmes de Barbe Bleue se rĂ©signent au malheur connu y trouvant des facilitĂ©s (les pierres prĂ©cieuses) n’osant pas suivre Ariane sur le chemin de la libertĂ© avec ce que cela comporte d’imprĂ©vus, prĂ©fĂ©rant faire confiance Ă  l’hypothĂ©tique repentir de Barbe Bleue.
Le jeux est trĂšs convainquant avec des danseuses ne faisant pas redondance, mais dĂ©veloppant corporellement chaque personnage avec talent. C’est Ă©videmment le jeu subtil de l’actrice Dominique Sanda en Alladine  (rĂŽle muet) qui est le plus Ă©loquent mais chaque cantatrice est convaincante.

Ce sont la beautĂ© des voix et la splendeur de l’orchestre  qui magnifient parfaitement  la somptueuse partition de Paul Dukas. Sophie Koch conserve sa splendeur de timbre sur toute la tessiture, sa projection est impressionnante et sa diction la plus comprĂ©hensible qui soit. Son incarnation d’une Ariane volontaire et inflexible, mais avec amour, restera inoubliable. Le Barbe Bleue de Vincent Le Texier est sobre et efficace. Un rĂŽle important est dĂ©volu Ă  la nourrice et Janina Baechle sait avec une grande intelligence se servir de sa large voix pour donner beaucoup d’humanitĂ© Ă  celle qui accompagne Ariane dans sa quĂȘte jusqu’au bout de sa propre peur. La proximitĂ© des deux voix en terme de couleurs profondes permet un jeu de miroir trĂšs rĂ©ussi.
Les cinq premiĂšres femmes de Barbe Bleue apportent plus de lumiĂšres dans les timbres. Ainsi particuliĂšrement Andrea Soare en MĂ©lisande et Marie-Laure Garnier en Ygraine. Mais il faut toutes les citer tant l’accord des voix est rĂ©ussi :  Eva ZaĂŻcik en  SĂ©lysette  et Erminie Blondel en BellangĂšre.

 
 
 

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L’Orchestre du Capitole est sensationnel, tous les musiciens sont virtuoses et intensĂ©ment engagĂ©s dans un jeu parfait.  La direction de Pascal RophĂ© est limpide et sĂ»re ce qui est bienvenu dans une partition aussi complexe. Paul Dukas y fait une extraordinaire recherche de lumiĂšre pour accompagner  son hĂ©roĂŻne, partant  d’une texture parfois complexe et Ă©paisse.  Voici donc une trĂšs belle version du seul opĂ©ra, vĂ©ritable chef d’oeuvre inclassable, de Paul Dukas.  Elle  a Ă©tĂ© offerte au public du Capitole par une Ă©quipe de haut vol.  France Musique a posĂ© ses micros et Culture Box ses camĂ©ras pour immortaliser cet opĂ©ra si rare qui sera diffusĂ© les 14 avril et 5 mai 2019.

 
 
   
 
 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 7 avril 2019. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe Bleue, OpĂ©ra en trois actes. Livret de Maurice Maeterlinck. CrĂ©ation le 10 mai 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique.  Nouvelle production. Stefano Poda, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres. Sophie Koch : Ariane. Vincent Le Texier : Barbe-Bleue. Janina Baechle : La Nourrice. Eva ZaĂŻcik  : SĂ©lysette. Marie-Laure Garnier : Ygraine. Andreea Soare : MĂ©lisande. Erminie Blondel : BellangĂšre.  Dominique Sanda : Alladine. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani : chef de chƓur. Pascal RophĂ© : direction musicale. Illustrations : © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019.

 
 
   
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 15 mars 2019. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible. Alienov. Bolchoï, T. SOKHIEV.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 Mars 2019. N. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible (version de concert). Trofimov. Alienov. Makarov. Selivanov. Maximeiko. Manistina. Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ.  T. SOKHIEV, direction. Tugan Sokhiev aime faire dĂ©couvrir les opĂ©ras russes rares. DĂ©jĂ  l’an dernier, il avait offert avec les forces du BolchoĂŻ,  La pucelle d’ Orleans de Tchaikovski Ă  l’invitation des Grands InterprĂštes. Le succĂšs colossal explique cette nouvelle audace. On dit le public, surtout celui d’opĂ©ra, peu curieux, exigeant sempiternellement les mĂȘme titres. Ce n’est pas exact car l’excellence amĂšne le public Ă  sortir de ses zones de confort. Ainsi pour ce troisiĂšme concert russe, le public a Ă©tĂ© au rendez vous. Cet Ivan le terrible porte plusieurs noms, dont plus adaptĂ© « Pskovitaine », ou la fille du Tsar. C’est en hommage Ă  Diaghilev qui en 1909 le donne Ă  Paris sous ce titre que Tugan Sokhiev a conservĂ© ce nom Ă  l’opĂ©ra. Il me semble Ă©galement qu’il met en valeur la capacitĂ© destructrice des puissants, entraĂźnant le peuple et toute forme humaine, et mĂȘme leurs proches,  dans leur folie pour assoir puis maintenir leur pouvoir Ă  tout prix. Ainsi l’histoire alambiquĂ©e peut se rĂ©duire Ă  peu de choses : un Tsar avance vers toujours plus de pouvoir sans ce soucier ni du peuple (meurtre de 60000 citoyens de la ville de Novgorod) ni de ceux qu’il prĂ©tend aimer, comme sa fille Ă  peine l’a t il retrouvĂ©e. La mort et le pouvoir sont irrĂ©mĂ©diablement mĂȘlĂ©s. Le grand mĂ©rite de cette extraordinaire partition est de mettre en valeur le peuple avec des chƓurs magnifiques.

 

Musicales Franco-Russes 2019 Ă  Toulouse

Ivan le terrible : quelle partition !

 

 

rimsky-korsakov-portrait-ComposĂ© quand Moussorgski composait Boris Godounov, Ivan de Rimski expose la mĂȘme thĂ©matique, faisant de ces deux opĂ©ras, des frĂšres. Ivan le terrible est plus une fresque symphonique qu’un opĂ©ra car la dramaturgie est maigre. Mais quelle orchestre ! Quelles couleurs, quelles explosions ! Tugan Sokhiev dirige avec une facilitĂ© dĂ©concertante cette partition complexe, orchestrĂ©e avec Ă©paisseur par moments. Toute la saveur orchestrale de Rimski-Korsakov est dĂ©jĂ  prĂ©sente dans ce premier opĂ©ra ! Les moments plus lyriques sont des oasis dans un monde de violence. L’intrigue amoureuse entre Olga et MikĂ€el Toutcha  offre de trĂšs beaux moments aussi lyriques que dramatiques, au tĂ©nor et Ă  la soprano. Ilya Selivanov a une voix claire et puissante qui fait merveille pour un hĂ©ros rebelle et amoureux. Olga, la fille du Tsar, amoureuse du rebelle trouve en Dinara Alieva une interprĂšte de grande classe. Voix somptueuse, timbre riche et ombrĂ©, elle donne beaucoup d’intensitĂ© Ă  son chant.
Ce sont ensuite deux basses qui dominent la scĂšne. Stanislas Trofimov a la stature vocale idĂ©ale pour Ivan. Longue voix de basse puissante et souple, il domine sa partie de bout en bout. Le prince Tokmakov de Denis Makarov est  parfait, porteur d’une belle Ă©motion. Tous les autres chanteurs sont excellents avec une mention particuliĂšre pour le timbre si Ă©mouvant d‘Elena Manistina en nourrice que nous avions tant aimĂ© en Comtesse la veille (La Dame de Pique de Tchaikovski).
Les chƓurs sont absolument fantastiques de puissance et de vie. A eux seuls, ils incarnent la Russie, force vive. L’orchestre donne tout ce que le chef demande avec une efficacitĂ© de chaque instant.  La direction de Tugan Sokhiev est impĂ©riale. Il domine toutes les facettes d’une partition fleuve, d’eaux sombres, donnant beaucoup de lumiĂšre aux moments moins dramatiques.

Partition riche et difficile que le public a semblĂ© aimer Ă  la folie. Car le public suit les programmations audacieuses quand tout est rĂ©uni pour atteindre la perfection. Qu’on y pense trois concerts , trois soirs de suite et des salles combles et ravies. Bravo aux Grands InterprĂštes et sa directrice artistique Catherine d’Argoubet d’avoir invitĂ© les forces du BolchoĂŻ Ă  Toulouse. Les Musicales Franco-Russes sont un vrai succĂšs.  Merci Ă  Tugan Sokhiev, chantre de l’union artistique Franco-Russe, pour avoir imposĂ© son projet. France Musique a participĂ© Ă  l’évĂ©nement. Il est possible de rĂ©Ă©couter Ivan transmis en direct et Ă  prĂ©sent en podcast et le 7 avril, il sera possible d’écouter la Dame de Pique retransmise dans une soirĂ©e d’opĂ©ra et de la rĂ©Ă©couter ensuite cette version de rĂ©fĂ©rence.  La ville rose n’en revient pas d’avoir vĂ©cu Ă  l’ heure russe et n’attend qu’une suite pour les musicales Franco-Russes de l’an prochain. RV est pris. A suivre.

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains le 15 mars 2019. NikolaĂŻ Rimski-Korsakov (1844-1908) : Ivan le Terrible ou la Pskovitaine, OpĂ©ra en trois actes en version concert. Avec : Stanislas Trofimov, Ivan le Terrible ; Denis Makarov, Prince Youri Ivanovitch Tokmakov  ;  Ilya Selivanov, MikhaĂŻl AndreĂŻevitch Toutcha ; Dinara Alieva, Olga Yourievna Tokmakova ; Ivan Maximeyko, Boyard Nikita Matouta ; Nikolai Kazansky, Prince Afanasy Vyazemsky ; Aleksander Borodin, Bomelius ; Nikolai Kazansky, Yousko Velebine ; Anna Bondarevskaya, Stepanida Matouta ; ‹Elena Manistina, Vlassievna ; Svetlana Shilova, Perfilievna ; Ivan Maximeyko, voix de garde ; Orchestre et Choeur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de choeur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction .

Photo  : Tugan Sokhiev (DR)

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 mars 2019. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ / V. Borisov

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. P.I. TCHAIKOVSKI.  S. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. V. Borisov. Point d’orgue des Musicales Franco-Russes, les trois concerts des forces du BolchoĂŻ, comme en rĂ©sidence Ă  Toulouse, ont motivĂ© un public nombreux dĂšs ce premier concert du seul Choeur du BolchoĂŻ. Un programme d’un grande cohĂ©rence et d’une grande intelligence a fait la par belle Ă  des oeuvres de la charniĂšre entre les XIX Ăšme et le XX Ăšme siĂšcles. La tradition vocale en Russie est millĂ©naire mais a connu son apogĂ©e en cette Ă©poque.  Les exactions du communisme n’ont pas osĂ© Ă©teindre ce feu sacrĂ© d’amour pour le chant choral aussi riche en musique sacrĂ©e que profane.

 

 

La majesté du Choeur du Bolchoï enchante Toulouse

 

 

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La tradition a Ă©tĂ© conservĂ©e par les moines mais Ă©galement les simples chanteurs, et tel un PhĂ©nix revit une nouvelle splendeur.  Ce voyage d’une rare Ă©motion a Ă©tĂ© parfaitement dirigĂ© par Valery Borisov, trĂšs strict dans sa gestuelle. Il a obtenu une perfection inouĂŻe de ses 50 choristes. DĂšs le premier numĂ©ro (VĂȘpres de Rachmaninov), les superbes nuances, quasi abyssales, ont profondĂ©ment marquĂ© le public. Sans vĂ©ritablement pouvoir juger ce qui se dĂ©roulait, une succession de beautĂ©s sonores a vĂ©ritablement submergĂ© l’audience. Les nuances sont prĂ©cises et profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs sont quasiment dignes des icĂŽnes les plus vives dans des lumiĂšres variĂ©es. Les voix russes sont extrĂȘmement timbrĂ©es, diffĂ©rentes et complĂ©mentaires, elles offrent un son de pupitre, plein de chair et de force. Les basses cĂ©lĂšbres pour leur gravitĂ© sĂ©pulcrale sont fidĂšles Ă  leur rĂ©putation ! Les sopranos sont d’une puissance et d’une rondeur de son, supersoniques. Les tĂ©nors trĂšs prĂ©sents, sont comme des flĂšches dardĂ©es et les alto dans une rondeur de timbre envoĂ»tante, donnent un appui incroyable aux sopranos pour planer haut.
De nombreux moments ont permis de dĂ©couvrir des choristes dignes des solistes le plus compĂ©tents avec des timbres trĂšs diffĂ©rents et un engagement parfois hypnotique. Ainsi chaque voix pouvait ĂȘtre reconnue mais dans un ensemble parfaitement musical et une union parfaite. Les forte sont apocalyptiques et ont tonnĂ© dans la vaste Halle-aux-Grains comme rarement. Mais c’est surtout la qualitĂ© des sons  piano qui est oeuvre d’art incroyable. Un son si piano et si timbrĂ©, si riche en harmoniques, si Ă©mouvant par son mĂ©lange de fragilitĂ© et de force,  est inoubliable.
Les toulousains aiment le chant choral; ils ont su particuliĂšrement, par leurs applaudissements nourris, remercier les choristes russes, tous d’un niveau de solistes (un tiers est venu saluer au final comme solistes Ă  un moment ou un autre) sans oublier leur chef Valery Borisov ; dans une main de fer, il sait obtenir des moments de tendresse bouleversants.  Comme sur un petit nuage la plus grande partie du public s’est rĂ©joui  de la suite de ce festival Franco-Russe 
 soit d’autres sommets annoncĂ©s avec deux opĂ©ras en version de concert ou le chƓur allait jouer sa partie parfaitement.

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. Ouevres  A Capella de Piotr Illich .TchaikovskĂŻ (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrisostome op.40 (extraits). Serge Rachmaninov (1873-1943) : VĂȘpres op. 37 ( extraits) et autres oeuvres russes sacrĂ©es ou profanes « A Capella ». Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. Chef de Choeur : Valery Borisov.

Photo du chƓur  : © Damir-Yusupov

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV. Et si la version de concert dans ces conditions exceptionnelles Ă©tait la perfection pour les opĂ©ras ? C’est un peu ce qui me paraĂźt Ă©vident ce soir en Ă©coutant et en vivant cette Dame de Pique dont la richesse symphonique est desservie dans une fosse. Tugan Sokhiev avait  dirigĂ© la Dame de Pique au Capitole en fĂ©vrier 2008, avec un immense succĂšs personnel pour sa parfaite comprĂ©hension de toutes les facettes de cet opĂ©ra complexe. La mise en scĂšne avait semblĂ© plus discutable Ă  certains.  Ce soir avec ses forces du BolchoĂŻ, le maestro va encore plus loin et nous entraĂźne encore plus avant dans la comprĂ©hension de cet opĂ©ra magnifique. L’orchestre du BolchoĂŻ est  incroyablement colorĂ©, puissant, compact. Les solistes n’ont peut ĂȘtre pas tous la dĂ©licatesse de ceux du Capitole, mais quelle puissance expressive est la leur ! Plus puissant et parfois plus sauvages, les musiciens moscovites sont pris par le feu absolu qui Ă©mane de la direction de Tugan Sokhiev. Le chƓur qui nous avait enchantĂ© la veille, est ce soir encore plus nombreux (presque le double) et sans partitions. Il s’amuse et il est facile de deviner que sur scĂšne, ils ont maintes fois jouĂ© ces personnages du chƓur.

 

 

Le BolchoĂŻ Ă  Toulouse
Une Dame de Pique historique !

 

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Car dĂšs la premiĂšre scĂšne, les groupes sont multiples, et les dames chantent le chƓur d’enfants avec des voix plus blanches et une lĂ©gĂšretĂ© Ă©tonnante quand ont connait leur puissance. En ce qui concerne les chƓurs, deux moments opposĂ©s montrent sa qualitĂ© et sa ductilitĂ©, en mĂȘme temps que le gĂ©nie de la direction de Tugan Sokhiev. Le final du premier tableau de l’acte 2 (arrivĂ©e de la tsarine) et si imposant et noble que la prĂ©sence de la Grande Catherine semble vraie. Tant d’ampleur, de puissance, de largeur s’oppose en tout au dernier chƓur d’hommes de l’opĂ©ra dans sa compassion pour Hermann mourant. Cette Ă©motion de sons pianos si riches harmoniquement, si timbrĂ©s et Ă  la limite de la fragilitĂ© des voix, produit un effet  Ă©motionnel puissant en nĂ©gatif de la puissance sonore prĂ©cĂ©dente. Entre ces deux niveaux extrĂȘmes, toute les palettes musicales et Ă©motionnelles contenues dans la partition enveloppent le public, le fait Ă©voluer et changer.
La direction inspirée de Tugan Sokhiev, qui dirige en chantant tout par coeur, se donne totalement à la géniale musique de Tchaïkovski, la servant avec passion.

La distribution est sans faux pas, excellente pour des raison diffĂ©rentes. La Liza d’Anna Nechaeva est un fleuve vocal : puissance, homogĂ©nĂ©itĂ© de timbre, souffle large, timbre Ă©mouvant. Son mĂ©dium charnu et son grave sonore sont parfaits et les aigus lumineux. En Pauline, Elena Novak offre une gĂ©nĂ©rositĂ© vocale et musicale qui donne envie de l’entendre dans biens d’autres rĂŽles. Le Prince Yeletski d’Igor Golovatenko a toute la noblesse et l’émotion dans sa voix qui rendent ces interventions inoubliables, du lyrisme de son air Ă  la puissance de la scĂšne finale. Nikolay Kazanskiy en Tomski a une voix agrĂ©able et un chant plein d’empathie. La Comtesse d’Anna Nechaeva, dans un timbre d’une belle plĂ©nitude et une noblesse naturelle, chante Ă  la perfection une partie complexe que souvent des divas sur le retour ne phrasent pas aussi dĂ©licatement. C’est un vrai rĂ©gal et son extraordinaire tempĂ©rament dramatique donne toute la puissance Ă  son personnage qui redevient central. En Hermann, le tĂ©nor Oleg Delgov renoue avec les attentes de TchaĂŻkovski qui voulait pour son hĂ©ros une voix plus lyrique que dramatique. En effet la fausse tradition de donner ce rĂŽle Ă  une Ă©norme voix ne tient pas compte de l’italianitĂ© que TchaĂŻkovski attendait de son tĂ©nor et c’est plus gĂȘnant si l’on prend en compte la fragilitĂ© mentale extrĂȘme du personnage. L’intelligence d’Oleg Delgov force l’admiration tant il fait comprendre la complexitĂ© de son personnage. Il a semblĂ© plus dĂ©pendant de la partition quand tous ses collĂšgues savaient leur rĂŽle par cƓur, mais son Hermann restera dans les mĂ©moires. Le final en particulier a Ă©tĂ© bouleversant. Il faut prĂ©ciser que Tugan Sokhiev a terminĂ© Ă©puisĂ© ayant donnĂ© au final une dimension mĂ©taphysique bouleversante rendant lumineux le rapport au destin et Ă  l’inĂ©vitable de la mort pour chacun. Je n’ai jamais entendu ni en disque ni sur scĂšne un dernier tableau si Ă©levĂ© en terme de philosophie en musique et de spiritualitĂ©. L’émotion qui a gagnĂ© la salle a Ă©tĂ© si intense que la dernier geste du chef  a maintenu un trĂšs long silence recueilli avant que les applaudissements et le cris enthousiastes ne remplissent la Halle-aux-Grains. Immense succĂšs que nous devons aux « Grands InterprĂštes », partenaires de cette remarquable premiĂšre Musicale Franco-Russe pour ce concert idĂ©al. Tugan Sokhiev comprend et vit cette partition comme personne. Les forces moscovites survoltĂ©es, une distribution entiĂšrement russe, un public subjuguĂ©, 
tout a concouru Ă  faire de cette soirĂ©e un voyage inoubliable en terre de l’ñme russe, du rapport au destin, de ses effets inĂ©luctables et tragiques.

 

 

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2019. Piotr Illich TCHAIKOVSKI (1840-1893) : La Dame de Pique, OpĂ©ra en trois actes et sept tableaux, version de  concert.  Avec :  Oleg Dolgov, Hermann ;  Nikolay Kazanskiy, Tomski ; Igor Golovatenko, Prince Yeletski ; Ilya Selivanov, Tchekalinski ; Denis Makarov, Sourine ; Ivan Maximeyko, Tchaplitski / Le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies ; Aleksander Borodin, Narumov ; Elena Manistina, La Comtesse ; Anna Nechaeva, Liza ; Agunda Kulaeva, Pauline ; Elena Novak, La gouvernante ; Guzel Sharipova, Prilepa / Macha ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de chƓur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction. Illustration : © H Stoeklin pour classiquenews 2019

 
 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 11 mars 2019. DEBUSSY. POULENC. RACHMANINOV. Gabetta / Chamayou.

Chamayou-Gabetta©MarcoBorggreveCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 11 Mars 2019. C. DEBUSSY. F. POULENC. S. RACHMANINOV . Sol Gabetta / B.Chamayou. Le duo musical Sol Gabetta et Bertrand Chamayou peut effectivement prĂ©tendre Ă  un accord parfait ; les deux jeunes musiciens se connaissent depuis bien longtemps, plus de 15 ans d’amitiĂ©, et des concerts en duo depuis dix bonnes annĂ©es. Leur retour Ă  Toulouse, en terres conquises, dans le cadre des Musicales Franco-Russes est un vrai bonheur. La grĂące diffuse autours de Sol Gabetta et le pianiste plus sage semble gagnĂ© par le feu secret ou extraverti de sa collĂšgue. La Sonate de Debussy pour violoncelle et piano est d’une grande subtilitĂ© et permet des Ă©clairages divers selon les interprĂštes. Ainsi la version de Sol Gabetta et HĂ©lĂšne Grimaud est bien connue (enregistrĂ©e par DG). Ce soir la violoncelliste, en artiste sensible, propose tout autre chose avec la complicitĂ© de Bertrand Chamayou.

Gabetta et Chamayou l’accord parfait !

DĂšs sa premiĂšre intervention, elle entraine le pianiste dans un jeu moins extraverti et plus complexe. Les nuances sont subtiles, au bord de l’audible, et le rythme s’assouplit au point d’évoquer le jazz par instants. Sol Gabetta conduit l’auditeur dans une sorte de danse, comme au bord du gouffre, alors que le piano sert de repĂšre et parfois abruptement avec des notes comme stoppĂ©es. La Sonate de Poulenc, plus ludique, parfois canaille, permet de beaux moments de complicitĂ© entre les deux musiciens. Le lyrisme semble dĂ©tendre le tempo qui peut se resserrer avec Ă©nergie dans les moments plus rythmĂ©s. Cette Ă©coute mutuelle permet un rĂ©glage dĂ©licat des nuances, et le naturel qui se dĂ©gage du jeux des deux musiciens, est confondant. Sans vraiment beaucoup se regarder, ils vivent la mĂȘme musicalitĂ© comme par enchantement.

AprĂšs ces deux bijoux, qui avec beaucoup d’originalitĂ© prĂ©sentent un style français du XX Ăšme siĂšcle, plutĂŽt moderne et audacieux, la deuxiĂšme partie, russe, sera plus sage et plus romantique. En effet, la Sonate de Rachmaninov, plus ample,  permet l’expression du dernier romantisme avec des moments d’angoisse et mĂȘme de mĂ©lancolie, trĂšs Ă©vocateurs de l’ñme russe 
 si intemporelle. Nos deux amis offrent avec beaucoup de dĂ©licatesse cette Ăąme russe tourmentĂ©e qui cherche Ă  oublier sa souffrance dans la douceur du lyrisme du violoncelle comme une voix maternelle consolatrice.
Sol Gabetta avec beaucoup de pudeur chante Ă  perdre l’ñme mais toujours entre noblesse et Ă©lĂ©gance. Bertrand Chamayou ravive son piano symphonique dans les moments solistes mais cherche toujours Ă  s’équilibrer avec les sonoritĂ©s dĂ©licates de sa partenaire.

Voici un vrai duo qui dĂ©veloppe et amplifie les qualitĂ©s de chacun. Sol Gabetta semble ce soir capable d’audaces interprĂ©tatives trĂšs dĂ©licates, alimentĂ©es par un feu constamment renouvelĂ© ; Bertrand Chamayou ose davantage aller vers un jeu chargĂ© d’émotions, lui dont le piano maitrisĂ© est si spectaculaire, gagne considĂ©rablement en Ă©motions.

Le succĂšs public est considĂ©rable. Ainsi leurs deux bis accordĂ©s sont marquĂ©s d’abord par la mĂ©lancolie douloureuse de Tchaikovsky dans une berceuse, puis un duo plus surprenant qui libĂšre les deux musiciens : elle avec une frĂ©nĂ©sie et une inventivitĂ© coquine ; lui avec une sorte de dĂ©hanchĂ© trĂšs libre dans son jeu. Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© par les deux musiciens ne faisant qu’une seule Ăąme musicale. Dans ce programme intelligent les sensibilitĂ©s de  France et de Russie ont Ă©tĂ© mises en vedettes et avec un Ă©gal bonheur dans ce beau concert des Musicales Franco-Russes.

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains, le 11 mars 2019. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n°1 pour violoncelle et piano en ré mineur ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour violoncelle et piano ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol majeur, op.19 : Sol Gabetta, violoncelle, Bertrand Chamayou, piano. / Photo Chamayou-Gabetta ©MarcoBorggreve

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane à Naxos. Fau, Hunhold, Savage. Orch Nat Capitole. E.ROGISTER

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane Ă  Naxos (nouvelle production). Fau, Belugou, Fabing, Hunhold, Savage, Morel, Sutphen. Orch National du Capitole. E.ROGISTER, direction. Donner l’opĂ©ra le plus Ă©lĂ©gant de Richard Strauss et Hugo von Haufmannstahl, le plus exigeant au niveau thĂ©Ăątral avec des voix hors normes, toutes surexposĂ©es, est une vĂ©ritable gageure que Christophe Ghristi, nouveau directeur de l’auguste maison toulousaine, relĂšve avec brio. Il a trouvĂ© en Michel Fau un homme de thĂ©Ăątre respectueux de la musique, capable de donner vie Ă  Ariane Ă  Naxos en un Ă©quilibre parfait entre thĂ©Ăątre et musique, entre le prologue et l’opĂ©ra lui-mĂȘme.
J’ai toujours jusqu’à prĂ©sent trouvĂ© que la partie musicale dĂ©passait le thĂ©Ăątre et que des deux parties l’une dominait l’autre. Au disque la musique sublime de bout en bout de l’opĂ©ra s’écoute en boucle et sans limites, Ă  la recherche de timbres rares et de vocalitĂ©s exactes. A la scĂšne souvent le prologue est trop ceci ou pas assez cela ; et en fait ne convainc pas ; trop souvent l’opĂ©ra peut s’enliser. Pourtant je parle de productions Ă  Aix (avec  l’Ariane de Jessye Norman) ou Paris (avec la Zerbinetta de Natalie Dessay)
 Je dois dire que ce soir le travail extraordinairement intelligent et dĂ©licat de Michel Fau mĂ©riterait une analyse de chaque minute.  L’humour y est d’une subtilitĂ© rare et sur plusieurs plans. La beautĂ© des costumes (David Belugou)  et des maquillages (Pascale Fau)  ajoutent une Ă©lĂ©gance rare Ă  chaque personnage quelque soit son physique.

Ariane Ă  Naxos de Strauss/Hofmansthal
Production géniale à Toulouse

STRAUSS-ariane-capitole-toulouse-opera-critique-annonce-classiquenews-critique-opera-Issachah-Savage-(Bacchus)-et-Catherine-Hunold-(Ariane)---crédit-Cosimo-Mirco-Magliocca

C’est Ă©galement David Belugou qui a rĂ©alisĂ© deux dĂ©cors intelligents et qui Ă©clairĂ©s avec subtilitĂ© par JoĂ«l Fabing, semblent bien plus complexes et profonds qu’ils ne paraissent. Il est rarissime de trouver Ă  l’opĂ©ra travail thĂ©Ăątral si soignĂ© dans un respecte absolu de la musique. Dans la fosse les instrumentistes de l’orchestre du Capitole choisis pour leur excellence jouent comme des dieux sous la baguette inventive et vivante d‘Evan Rogister. Il aborde par exemple le prologue de l’opĂ©ra avec une allure presque expressionniste et sĂšche avant de colorer toute la subtile orchestration de Strauss en son poids exact. N’oublions pas que les 38 instrumentistes demandĂ©s par Strauss sont Ă©videment de parfaites solistes ou chambristes avĂ©rĂ©s, mais ensemble ils sonnent comme un orchestre symphonique complet (dans le final).

Que dire des chanteurs Ă  prĂ©sent ? Ayant chacun les notes incroyables exigĂ©es et des timbres intĂ©ressants, dans un tel contexte, ils n’ont qu’à chanter de leur mieux pour devenir 
divins dans un environnement si favorable. Jusqu’aux plus petites interventions, chacun est merveilleux. L’Ariane de Catherine Hunold est sculpturale, sa prima Donna caricaturale.  En Bachus,  le tĂ©nor Issachah Savage,  est Ă©blouissant de panache vocal avec une quinte aiguĂ« et une longueur de souffle qui tiennent du surnaturel ;  dans le prologue, sa brutalitĂ© pleine de morgue un est vrai rĂ©gal de suffisance, pardonnĂ©e aprĂšs le final. Car la puissance du duo final justement, est historique ; une telle plĂ©nitude sonore dĂ©passe l’entendement. La Zerbinetta d‘Elisabeth Sutphen mĂ©rite des Ă©loges pour un Ă©quilibre thĂ©Ăątre-chant de haut vol, alors qu’il s’agit d’une prise de rĂŽle. Elle passe du moqueur au profond en un clin d’ oeil ; virtuose ou languide, elle peut tout.
Le trio de voix, rondes et nuancĂ©es, qui tiennent compagnie Ă  Ariane sur son rocher sont d’une qualitĂ© inoubliable que ce soit Caroline Jestaedt,  en NaĂŻade, Sarah Laulan en Dryade ou Carolina Ullrich en Echo. Les quatre messieurs qui accompagnent Zerbinetta ne sont pas en reste au niveau vocal mais jouent Ă©galement avec beaucoup de vivacitĂ© et d’énergie (Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche ; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella).  Philippe-Nicolas Martin, en  Arlequin ajoutant une belle touche de vraie-fausse mĂ©lancolie dans son lied.
Dans le Prologue, le compositeur d’AnaĂŻk Morel est trĂšs sympathique ; c’est vraiment Strauss lui-mĂȘme qui se questionne sur la folie d’oser composer des opĂ©ras dans un monde si absurde. La rĂ©ponse est OUI :  la beautĂ©, l’intelligence, la finesse sont le remĂšde Ă  l’absurditĂ© et la bĂȘtise du monde. Aujourd’hui Ă  Toulouse, le flambeau a Ă©tĂ© rallumĂ© avec panache. Oui en une soirĂ©e la beautĂ© peut ragaillardir tout un thĂ©Ăątre et le succĂšs public a Ă©tĂ© retentissant. Les mines rĂ©jouies en quittant la salle du Capitole en disent long sur la nĂ©cessitĂ© de croire, et ce soir de l’avoir vue rĂ©alisĂ©e, en cette alchimie subtile  qui se nomme opĂ©ra. GĂ©nialement, unanimement apprĂ©ciĂ©e, la production capitoline aborde le rivage de la perfection !

 STRAUSS ARIANE A NAXOS capitole critique opera classiquenews mars 2019

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 1er Mars 2019. RICHARD STRAUSS (1864-1949) : ARIANE Ă  NAXOS, Opera  en un acte et un prologue, Livret  de Hugo von Hofmannsthal, CrĂ©ation  le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Nouvelle production du ThĂ©Ăątre du Capitole/OpĂ©ra Orchestre  national  de  Montpellier – Occitanie.  Michel Fau,  mise en scĂšne ; David Belugou,  dĂ©cors et costumes ; JoĂ«l Fabing,  lumiĂšres ; Pascale Fau ,  maquillages.  Avec : Catherine Hunold,  Primadonna / Ariane ; Issachah Savage,  TĂ©nor / Bacchus ; AnaĂŻk Morel,  Le Compositeur ; Elisabeth Sutphen,  Zerbinetta ; Philippe-Nicolas Martin , Arlequin ; Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella ; Caroline Jestaedt,  NaĂŻade ; Sarah Laulan,  Dryade ; Carolina Ullrich,  Echo; Florian Carove,  Le Majordome ; Werner Van Mechelen,  Le MaĂźtre de musique ; Manuel Nuñez Camelino,  Le MaĂźtre Ă  danser; Alexandre Dalezan, Le Perruquier ; Laurent Labarbe,  Un Laquais ; Alfredo Poesina,  L’Officier ; Orchestre national du Capitole ; Evan Rogister :   direction musicale. / Photos: © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert . TOULOUSE, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. Orch Capitole, Sorokin, Penas, Lee,  T. SOKHIEV.

Tugan sokhiev direction dorchestre toulouse france russie festival 2019 compte rendu critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert . TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. BORODINE. STRAVINSKI. Orch National du Capitole, N.Sorokin , B. Penas, E. Lee,  T. SOKHIEV, direction. C’est la 3Ăšme annĂ©e que Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole proposent Ă  Toulouse une AcadĂ©mie de direction d’orchestre.  Le concert du soir permet aux chefs candidats de diriger devant le public dans des conditions optimales. Puis Tugan Sokhiev dirige la deuxiĂšme partie du concert. La salle de la Halle-aux-Grains est pleine et le succĂšs public est au rendez-vous de cet enseignement Ă©clairant. Les sĂ©ances de l’acadĂ©mie sont publiques et j’ai pu passer la journĂ©e de mercredi Ă  assister Ă  cette aventure extraordinaire.

 

Le concert de l’AcadĂ©mie d’Orchestre de Toulouse, une belle transmission !

 

Trois jeunes chefs se succĂšdent dirigeant les mĂȘme oeuvres Ă  tour de rĂŽle sur les trois jours. Les progrĂšs sont notables chez chacun avec plus ou moins de visibilitĂ©. Les explications de Tugan Sokhiev durant les « leçons » sont incroyablement simples et profondes mettant au coeur de sa transmission, le rapport entre les musiciens et le chef, et le respect de la partition mais surtout la place de la musique. Ainsi la technique et la connaissance de la partition sont vite mises de cotĂ© pour aborder le mystĂšre de l’alchimie qui peut exister entre un chef et les musiciens de l’orchestre. L’importance du regard posĂ© sur chaque instrumentiste, les gestes qui doivent parler en mĂȘme temps Ă  divers groupes, les bras pour les cordes et les mains pour la petite harmonie par exemple. Ainsi il va amener chacun Ă  comprendre comment aller plus loin.

Par exemple ce long moment pendant lequel il demande de regarder le hautbois pour obtenir la plus belle phrase et jusqu’à la derniĂšre note alors que le jeune chef regarde au dĂ©but, puis vite va ailleurs pensant Ă  la suite. Ou comment il prend le bras d’un autre pour montrer la souplesse et la largeur qu’il souhaite lui proposer, ou comme le troisiĂšme doit par ses gestes, obtenir plusieurs caractĂšres diffĂ©rents dans la mĂȘme phrase.

Et ce credo immuable :  le chef doit proposer Ă  l’orchestre sa version musicale de l’Ɠuvre, et la rendre lisible par ses gestes car chaque musicien pourrait proposer la sienne et l’orchestre le dĂ©vorerait s’il ne savait pas oĂč il veut aller prĂ©cisĂ©ment. Ainsi l’angoisse des jeunes chefs en devenir va  petit Ă  petit faire place au plaisir de faire de la musique avec cet orchestre si magnifique. Car il faut dire combien les musiciens jouent le jeu avec patience et engagement en conservant une qualitĂ© sonore inaltĂ©rable.



sorokine nikita chef maestro jeune chef toulouse academie direction tugan sokhiev direction classiquenews review compte renduNIKITA SOROKINE
 Le concert du soir  a permis  au jeune Nikita Sorokine, 27 ans, originaire de Russie, actuellement dans la classe d’orchestre d’Alain Altinoglu Ă  Paris, de diriger le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Brahms. Il est venu Ă  bout avec panache de cette partition particuliĂšrement complexe et ses sourires ont montrĂ© comment il a su dĂ©passer ses apprĂ©hensions pour entrer dans le grand plaisir de faire de la musique avec des musiciens  d’exemption.

penas bastien chef maestro classiquenews toulouse acadmeie direction orchestre tugan sokhiev compte rendu critique review classiquenewsBASTIEN PENAS
 Le plus jeune du groupe, est Bastien Penas  25 ans, originaire de Bordeaux, actuellement dans la classe d’orchestre Ă  Toulouse. Il a dirigĂ© avec beaucoup de poĂ©sie AprĂšs midi d’une Faune de Debussy. Tugan Sokhiev lui avait fait remarquer la veille qu’il avait su rapidement se connecter avec l’orchestre. C’est celui qui lors de ce concert final a Ă©tĂ© le plus proche des musiciens et Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te lui a offert une introduction d’une grande suavitĂ©, quasi murmurĂ©e.

LEE earl chef maestro conducting academy review classiquenews toulouse tugan sokohiev Earl-LeeEARL LEE
 En troisiĂšme oeuvre le chef amĂ©ricain originaire de CorĂ©e, Earl Lee a dirigĂ© le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Tchaikovsky. Plus ĂągĂ©, il a 35 ans, il est dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  diriger l’orchestre de Pittsburgh en tant qu’assistant. Son autoritĂ© est plus appuyĂ©e mais il n’a pas su aller au devant des musiciens avec le regard totalement engagĂ© que lui a suggĂ©rĂ© Tugan Sokhiev, dirigeant parfois les yeux fermĂ©s ou presque, il a su proposer une version personnelle de cet extraordinaire mouvement d’ouverture de la symphonie du destin.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerMAESTRO SOKHIEV
 En deuxiĂšme partie de concert, le Maestro pĂ©dagogue Tugan Sokhiev Ă  mains nues, a dirigĂ© un voyage dans les Steppes de Borodine, pĂ©riple Ă©vocateur et hĂ©doniste laissant ses musiciens s’exprimer librement dans des moments solistes absolument somptueux. Puis avec un drame constamment renouvelĂ©, il a offert une interprĂ©tation exaltante de l’Oiseau de feu de Stravinski avec un dĂ©but venimeux Ă  la beautĂ© sulfureuse avant d’évoluer vers une beautĂ© plus sensuelle et un final grandiose. Pour conclure cette belle Ă©dition de l’AcadĂ©mie d’Orchestre 2019, la direction complice et l’admiration rĂ©ciproque du chef et de ses musiciens a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. DeuxiĂšme temps forts des Musicales Franco-russes, ce concert a Ă©tĂ© trĂšs applaudi faisant la joie d’un public rajeuni et conquis. Tugan Sokhiev ayant insistĂ© sur l’importance Ă  ses yeux de la transmission et du partage d’expĂ©rience, a rĂ©ussi son pari : proposer Ă  Toulouse quelque chose d’unique en Europe.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-auGrains, le 28 fĂ©vrier 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur, ext. ; Claude Debussy (1862-1918) :  L’aprĂšs midi d’un faune ; Piotr Illich TchaĂŻkovski ( 1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, ext. ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les steppes de l’Asie Centrale ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Nikita Sorokine, Bastien Penas, Earl Lee, Tugan Sokhiev : Direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 20 fév 2019. Dvorak, Schubert
 Quatuor Hagen.

Hagen Quartet HaraldHoffmann4Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 20 FĂ©vrier 2019.  Chostakovitch, Dvorak, Schubert.  Quatuor Hagen. A demeurer l’un des meilleurs du monde depuis plus de 30 ans, le Quatuor Hagen mĂ©rite toute notre admiration. La venue Ă  Toulouse du cĂ©lĂšbre quatuor salzbourgeois Ă  l’invitation des Arts renaissants, a fait salle comble. L’admirable acoustique de l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines a permis au public concentrĂ© de dĂ©guster les plus belles sonoritĂ©s possibles. L’équilibre entre les quatre instrumentistes est inhabituel, toujours mouvant mais sans Ă©tablir de hiĂ©rarchie. La personnalitĂ© gĂ©nĂ©reuse de Veronika Hagen Ă  l’alto en particulier et sa riche sonoritĂ©, la mettant souvent  en exergue. La rondeur du son obtenue par ce quatuor, le confort, la soliditĂ© et la plĂ©nitude du jeux sont inouĂŻes. Les nuances sont incroyablement variĂ©es et toujours abordĂ©es avec une grande justesse de phrasĂ©. La construction des oeuvres devient limpide et le discours trĂšs organisĂ© emporte loin 
dans le pays de la beautĂ©. L’écoute de ces quatre musiciens procure un sentiment de bien ĂȘtre et de facilitĂ©. C’est lĂ , s’il faut avouer certaines attentes idĂ©alisĂ©es, que cette constante beautĂ© peut dĂ©ranger. Ainsi dans le quatuor de Chostakovitch plus de mordant, de sonoritĂ©s froides et de moments de dĂ©rision fĂ©roce, auraient pu ĂȘtre osĂ©s par des musiciens si douĂ©s.

Le son incroyable du Quatuor Hagen

L’hommage de Chostakovitch aux mĂ©lodies hĂ©braĂŻques interdites, est audacieux car elles ne sont pas que belles. Elles sont aussi un manifeste et mĂȘme une  provocation en ces annĂ©es 50 dĂ©butantes. Ne l’oublions pas, le rejet des diffĂ©rences et la fabrique des ostracismes par des insultes et des menaces de mort, est toujours Ă  l’oeuvre jusque dans l’actualitĂ© brĂ»lante dans notre pays. C’est un peu le problĂšme avec la musique de Chostakovitch, le texte est magnifique et la composition est toujours incroyablement virtuose mais le sens du discours peut ĂȘtre subversif, provoquant ou moqueur, voir rĂ©voltĂ©. Les Hagen ont Ă©tĂ© un peu trop « bons » ce soir.
Dans Dvorak, la mĂ©lancolie et les couleurs fauves ont Ă©tĂ© magnifiques et toujours dans cette perfection sonore inĂ©galable. Dans le plus cĂ©lĂšbre quatuor romantique : La jeune fille et la mort de Schubert, la plĂ©nitude sonore a Ă©tĂ© magnifique, les grandes phrase se sont dĂ©ployĂ©es avec aisance et l’implacabilitĂ© de la mort bien prĂ©sente. Que de beautĂ© dans ces contrastes, ces menaces, ces priĂšres et ces fuites. La puissance de quatre instruments Ă  cordes a rarement Ă©tĂ© aussi perceptible que dans des crescendo incroyables. Peut ĂȘtre que davantage de fragilitĂ© gagnerait en Ă©motion, mais comment ne pas admirer cette perfection instrumentale mise au service des oeuvres. Les Hagen sont toujours l’un des meilleurs quatuors du monde avec un son inĂ©galĂ© et le public toulousain comblĂ© leur a fait un triomphe. Ils ont bissĂ© l’Andante du quatuor de Chostakovitch dans une nuance piano exquise.

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Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 20 Février 2019.  Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Quatuor à cordes n°4 en ré majeur op.83 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Quatre extraits des CyprÚs B.152 ; Frantz Schubert ( 1797- 1828) : Quatuor à cordes n°14 en ré mineur D.810 , la jeune fille et la mort ; Quatuor Hagen : Lukas Hagen et Rainer Schmidt , violon ; Veronika Hagen, alto ; Clemens Hagen , violoncelle.
Photo : HaraldHoffmann

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 15 fév 2019.  Tchaïkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow / John StorgÄrds.

JBM7884Jean-Baptiste-MillotCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2019.  TchaĂŻkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. John StorgĂ„rds. Le deuxiĂšme concerto pour piano de TchaĂŻkovski n’a pas le succĂšs qu’il mĂ©rite tant cette partition est originale, virtuose, incandescente. Ce soir, elle a particuliĂšrement Ă©tĂ© bien interprĂ©tĂ©e par un jeune pianiste surdouĂ© : Alexandre Kantorow, 21 ans, a besoin de se faire un prĂ©nom tant le succĂšs de son pĂšre est planĂ©taire (NDLR : Jean-Jacques). Le jeune homme a Ă©tĂ© gĂątĂ© par les muses et les bonnes fĂ©es sur son berceau. Il a de superbes mains, un jeu souverain et une grande qualitĂ© musicale jusque dans les moments de pure virtuositĂ© ce qui n’est donnĂ© qu’Ă  trĂšs peu. Car si la virtuositĂ© de ce concerto surpasse celle du premier concerto,  il y a matiĂšre Ă  colorer et phraser Ă  l’envie. Et c’est ce qui frappe dans l’aisance du jeune musicien. Tout lui semble facile et tout ce qu’il fait est musique en toute simplicitĂ©, sans duretĂ© et dans une souplesse d’une grande Ă©lĂ©gance. Les nuances sont extraordinairement creusĂ©es et l’Ă©coute dans les moments chambristes (le trio dans l’andante) est fabuleuse. Cette maniĂšre de dialoguer et poursuivre les lignes musicales du violon et du violoncelle a Ă©tĂ© un vĂ©ritable moment de grĂące.
Signalons la plĂ©nitude  sonore et la dĂ©licate musicalitĂ© de Pierre Gil au violoncelle et Kristi Giezi au violon. Ils ont Ă©tĂ© de vrais partenaires. L’interaction avec le chef, John StorgĂ„rds, l’orchestre a Ă©tĂ© parfaite et une vraie complicitĂ© musicale a fusĂ© Ă  chaque instant dans cette partition pleine de surprises. Le diabolique final a semblĂ© ce soir un jeu d’enfant dans un enthousiasme triomphant. Le public a fait une ovation bien mĂ©ritĂ©e au jeune pianiste, musicien si sensationnel.

Avec modestie et amitiĂ©, il a offert deux somptueux bis. Le final de Ma mĂšre l’Oie de Ravel, le jardin fĂ©Ă©rique, avec un sens des couleurs orchestrales et des nuances, tout Ă  fait inouĂŻ. Il a su construire et les lignes souples et les grands crescendo comme s’il dirigeait un orchestre puis dans une courte piĂšce de Brahms, la Valse op.39 n°15, il y fait preuve d’un sens de la poĂ©sie brahmsienne tout Ă  fait remarquable avec un rubato chaloupĂ©, subtil, envoĂ»tant. Il a dit aimer tout particuliĂšrement Brahms et nous avons hĂąte d’en entendre davantage sous des doigts si subtils. Alexandre Kantorow est un grand musicien qui ne fait qu’un avec son instrument dont il obtient un dialogue musical d’une rare intensitĂ©.

sibelius la tempete Jean-Sibelius-ca-1945En deuxiĂšme partie, John StorgĂ„rds a dirigĂ© avec un art magnifique la rare symphonie n°5 de Sibelius. Il est grand temps que ce compositeur majeur du XX Ăšme siĂšcle fasse son entrĂ©e durable au rĂ©pertoire de l’Orchestre du Capitole. Une intĂ©grale serait bien venue car entre John StorgĂ„rds et l’orchestre cela fonctionne Ă  merveille. Le public Ă©galement a Ă©tĂ© rĂ©ceptif et a particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© cette belle oeuvre de Sibelius. Les sonoritĂ©s trĂšs lumineuses obtenues par John StorgĂ„rds et sa capacitĂ© a construire un discours musical lisible nous a entrainĂ©s dans de vastes espaces et des lumiĂšres sensationnelles de la mer du nord. Les vastes horizons, les nuances trĂšs variĂ©es ont construit un monde trĂšs singulier. Ce concert avec de grands musiciens a Ă©tĂ© marquĂ© par l’originalitĂ© des oeuvres et leur raretĂ©. EspĂ©rons que la programmation de tels concerts, sortant des choix convenus, se renouvellera, car le public aujourd’hui est prĂȘt pour Sibelius comme il l’avait Ă©tĂ© pour Chostakovitch il y a une dizaine d’annĂ©e. Il est temps !

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 février 2019. Piotr Illich Tchaïkovsky (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol majeur Op.44 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op.82; Alexandre Kantorow, piano; Orchestre National du Capitole de Toulouse. John StorgÄrds, direction.
Illustration : Alexandre Kantorow © J-Baptiste Millot / Portrait de Jean Sibelius (DR)

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains,le 8 fév 2019. Brahms, Schumann. Capitole de Toulouse / Ch Zacharias.

christian_zacharias_328COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 8 fĂ©vrier 2019.  Brahms.Schumann. Choeur du Capitole. Orchestre  du Capitole de Toulouse. Christian Zacharias. Les retrouvailles de Christian Zacharias et de l’Orchestre du Capitole, ce soir avec le Choeur du Capitole, sont marquĂ©es par un partage de musicalitĂ© de grande beautĂ©. Les deux piĂšces vocales avec orchestre de Brahms qui ouvrent le concert sont trĂšs belles et chaque texte rend hommage au romantisme avec Hölderlin et Schiller. Toutes deux nous rappellent le fameux Ein Deutsches Requiem mais de maniĂšres opposĂ©es, apportant leur pierre Ă  cette vaste architecture philosophique sur la mort. La plainte de NĂ€nie sur la perte de la beautĂ© et le deuil nĂ©cessaire est plus emprunte de rĂ©signation quand des moments de rĂ©volte sont prĂ©sents dans le chant du Destin. La beautĂ© du choeur rencontre la profondeur de l’Orchestre et Brahms signe lĂ , deux chefs d’oeuvre trop rarement entendus en concert. Le chƓur du Capitole a l’opulence nĂ©cessaire et la qualitĂ© des nuances Ă©galement. L’Ă©quilibre et la noblesse caractĂ©risent cette interprĂ©tation.

Christian Zacharias, musicien suprĂȘme

La direction de Christian Zacharias est faite de gestes dĂ©licats, sculptant les phrases et Ă©quilibrant finement les plans. Puis, dans la piĂšce de concert de Schumann, Allegro appassionato, le piano et l’orchestre dĂ©butent comme de la musique de chambre avec en particulier le cor de Jacques Deleplancque
 d’une profondeur mĂ©taphysique. La piĂšce se dĂ©veloppe pour entraĂźner tout l’orchestre mais l’exercice de direction depuis le piano n’est pas si convaincante, mĂȘme si la virtuositĂ© est entiĂšrement mise au service de l’expression. Le bis donnĂ© par le pianiste Ă  la grande joie du public comme des musiciens de l’orchestre est un pur bijoux de poĂ©sie et d’humour. Il invite Schubert l’autre ” grand romantique” avec deux courtes piĂšces en forme de Landler.

AprĂšs l’entracte, le chef revient avec son Ă©lĂ©gante dĂ©marche pour offrir une interprĂ©tation lumineuse de la QuatriĂšme symphonie de Schumann (mais qui est en fait sa deuxiĂšme symphonie). Ici dans ses recherches de musique pure, alors que ce sont surtout les textes qui l’inspiraient, Schumann a conservĂ© la forme en quatre mouvements ; mais il a osĂ© un dĂ©veloppement organique d’un court motif qui parcourt toute l’oeuvre. Cette modernitĂ© et cet agencement subtil sont rendus parfaitement lisibles par la direction de Christian Zacharias. Quand d’autres chefs ostensiblement viennent sur scĂšne sans partition, lui la pose devant lui, mais ne s’en occupe plus, tout concentrĂ© sur le partage avec les musiciens. Les nuances dosĂ©es parfaitement, les couleurs magnifiques de l’orchestre, apportant une beautĂ© constante Ă  cette interprĂ©tation. L’intelligence et la musique libre, sont toutes au service de la musicalitĂ© la plus belle qui soit. Christian Zacharias est un grand chef qui a donnĂ© toute sa mesure dans cette symphonie de Schumann que le public a applaudi Ă  tout rompre. Tant, entre autres, l’envolĂ©e du final aurait pu dĂ©placer des montagnes dans un grand souffle romantique.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 fĂ©vrier 2019. Johannes Brahms (1833-1897) : NĂ€nie, pour choeur et orchestre, Op.82 ; Schicksalslied (Le chant du destin), pour choeur et orchestre, Op.54 ; Robert Schumann (1010-1856) : Introduction et Allegro appassionato, pour piano et orchestre en sol majeur,Op.92 ; Symphonie n°4 en rĂ© minier, op.120. Choeur du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Christian Zacharias, piano et Direction. Illustration : © Klaus Rudolph

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 27 janv 2019. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. Massis, Pancrazi
 Caiani / Sagripanti

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 27 janv 2019. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. Massis, Pancrazi
 Caiani / Sagripanti : Le bel canto romantique remis au goĂ»t du public par seulement quelques grandes voix (Callas, Sutherland, CaballĂ©) est assez rarement prĂ©sentĂ© au public en dehors de quelques titres dont Ă©merge Lucia de Lamermoor. Ainsi la trĂšs rare Lucrezia Borgia fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Toulouse. La soprano française Annick Massis au sommet d’une carriĂšre bientĂŽt trentenaire fait une prise de rĂŽle risquĂ©e. Elle ne dĂ©mĂ©ritera pas vocalement. Prudente dans le prologue, elle Ă©volue lentement vers plus d’engagement et sait garder une marge de progression pour un final trĂšs abouti. Les exigences vocales sont sauves et la voix d’Annick Massis garde homogĂ©nĂ©itĂ© et brillant. La souplesse des phrasĂ©s fait merveille et les nuances  vocales sont dĂ©licates. Mais les emportements sont trĂšs maitrisĂ©s, peut ĂȘtre trop.

 

 

 

TOULOUSE, TEMPLE DU BEL CANTO

 
 
DONIZETTI BORGIA critique opera classiquenews LucrĂšce Borgia - Annick Massis (LucrĂšce Borgia) et Mert SĂŒngĂŒ (Gennaro) - crĂ©dit Patrice Nin
 
 

Les vocalises fusent et les trilles sont admirables. Le bel canto est sauf dans sa dimension vocale mais souffre un peu scĂ©niquement ; nous y reviendrons car Annick Massis n’est pas seule dans cette Ă©trange galĂšre. Le deuxiĂšme rĂŽle important est celui du tĂ©nor : le jeune Mert SĂŒngĂŒ fait merveille. Son Gennaro a la fougue de la jeunesse, ses emportements et ses excĂšs. Vocalement le tĂ©nor a un timbre clair et une aisance vocale trĂšs apprĂ©ciable. Son chant s’Ă©panouit dans toute la vaste tessiture. Le mari, trĂšs antipathique, est parfaitement campĂ© par Andreas Bauer Kanabas avec un timbre mordant et des accents puissants. Mais c’est la mezzo-soprano ElĂ©onore Pancrazi qui avec panache et Ă©lĂ©gance campe un jeune Orsini tout Ă  fait admirable. Sa voix chaude et ses vocalises habiles font merveille. Avec un jeu de couleurs et de puissance trĂšs dramatiques, elle donne Ă  ce rĂŽle ambigu un statut de destin dĂ©terminant. Les comparses de Gennaro, les serviteurs du duc et de la duchesse, tous les petits rĂŽles, sont admirablement tenus et les solides extraits du choeur du Capitole tiennent leur part sans avoir Ă  rougir. Le choeur est vivant et plein d’Ă©nergie.
L’orchestre du Capitole est parfait ; la direction de Giacomo Sagripanti allie prĂ©cision, Ă©lĂ©gance, sens du drame. La mise en scĂšne est sage, sans audace, dĂ©cors simples, bien habillĂ©s par les lumiĂšres. L’attention se concentre sur les chanteurs, fort bien costumĂ©s mais hĂ©las trĂšs, trĂšs mal dirigĂ©s. Au moment du “climax” qui oppose Lucrezia Ă  son Duc face Ă  Gennaro, la rĂ©alisation malgrĂ© le drame musical, fait penser Ă  la rencontre de la Castafiore et du gĂ©nĂ©ral Alacazar se disputant la vie de Tintin… Il est en effet trĂšs curieux d’avoir ainsi abandonnĂ© les chanteurs aux  pires banalitĂ©s d’un thĂ©Ăątre compassĂ© que l’on croyait disparu, sans parler des gestes convenus et dĂ©risoires… Le bel canto Ă©tait lĂ , mais avec un cĂŽtĂ© archaĂŻque et vieillot, et si la belle partition de Donizetti en sort indemne, le thĂ©Ăątre issu de Victor Hugo en sort ridiculisĂ©. Lui donnant finalement raison, lorsqu’il refusait que ses drames soient adaptĂ©s Ă  l’opĂ©ra. Ce soir, seules les voix et la musique ont gagnĂ© leur immortalitĂ©.

 
 
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COMPTE-RENDU, opĂ©ra.Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 27 janvier 2019. Gaetano Donizetti(1797-1848): Lucrezia Borgia,Opera seria en deux actes et un prologue sur un livret de Felice Romani d’aprĂšs Victor Hugo. Production : Palau de les Arts Reina SofĂ­a, Valence ( 2Ă 17). Emilio Sagi : Mise en scĂšne ; Llorenç Corbella : DĂ©cors ; Pepa Ojanguren : Costumes; Eduardo Bravo : LumiĂšres. Avec : Annick Massis, Lucrezia Borgia ; ElĂ©onore Pancrazi , Maffio Orsini ; Mert SĂŒngĂŒ, Gennaro ; Andreas Bauer Kanabas, Alfonso d’Este, duc de Ferrare ; Thomas Bettinger, Rustighello ; Galeano Salas, Jeppo Liverotto ; François PardailhĂ©, Oloferno Vitellozzo ; JĂ©rĂ©mie Brocard, Don Apostolo Gazella ; Rupert GrƓssinger , Ascanio Petrucci ; Julien VĂ©ronĂšse, Gubetta ; Laurent Labarbe*, Astolfo ; Alexandre Durand*, L’Échanson / L’Huissier ; Jean-Luc Antoine*,Une Voix (* Artistes du Choeur); Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Giacomo Sagripanti : Direction musicale.  Photos : © P.NIN

 
 
 
 

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 12 janv 2019. Mozart. Mahler  Orch Nat du Capitole de Toulouse. Laloum / Wong.

laloum adam pinao concertos brahms cd sony review cd cd critique par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. La Halle-aux-Grains, le 12 janvier 2019. Mozart. Mahler  Adam Laloum. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Wong. Nous avons eu le bonheur de suivre l’activitĂ© intense du jeune pianiste toulousain cet Ă©tĂ© au Festival de Salon-de-Provence, La Roque d’AnthĂ©ron et Les Pages Musicales de Lagrasse. Le retour Ă  Toulouse d’Adam Laloum avec l’orchestre du Capitole devait ĂȘtre une fĂȘte et la salle de la Halle-aux-Grains comble, dans une ambiance fĂ©brile, a eu une Ă©coute des plus attentives, malgrĂ© les fĂącheux tousseurs impudents. Adam Laloum comprend le gĂ©nie mozartien de maniĂšre instinctive. Il semble ĂȘtre chez lui dans sa musique. Finesse des traits, justesse du toucher Ă  l’exact poids, beautĂ© des nuances, inventivitĂ© dans les phrasĂ©s, douceur dans l’andante  et esprit espiĂšgle dans le final. C’est un rĂ©gal de chaque instant avec une Ă©coute attentive des instruments solistes dans les moments chambristes.

 

  

 

Adam Laloum et Mozart : une belle rencontre !

 

 

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On ne peut dans la jeune gĂ©nĂ©ration trouver interprĂšte plus sensible et Ă©pris de beautĂ©, dans une simplicitĂ© aussi  dĂ©concertante. Son Mozart est envoĂ»tant. Et ce concerto, l’un des plus aimĂ©s, avec son andante hypnotique, lui convient Ă  merveille. Si je disais qu’il joue Mozart d’instinct c’est parce qu’il m’a dit qu’il avait jouĂ© son premier concerto de Mozart juste aprĂšs son prix Clara Haskil en 2009 sans prĂ©paration particuliĂšre, faisant le bonheur du public et le sien. Mais il sait aussi s’entourer des mĂąnes de grands mozartiens, il a en effet jouĂ© les cadences et variations du regrettĂ© Dinu Lipatti. Les musiciens de l’orchestre ont rĂ©pondu aux propositions du soliste avec beaucoup d’esprit dans le final. La direction du chef n’a pas nui aux Ă©changes entre les musiciens mais assez mĂ©tronomique et lourde, l’esprit mozartien n’a pas gagnĂ© l’orchestre ce soir. Manque de rebondi des pizzicati, peu de nuances, Ă -coups, notes finales qui retombent et surtout absence de phrasĂ©. Le succĂšs du pianiste a Ă©tĂ© considĂ©rable et le public a bien su le lui faire savoir. Les deux bis choisis ont Ă©tĂ© dans la mĂȘme fine musicalitĂ© Schubert et Brahms dans des couleurs magnifiques, des nuances infinitĂ©simales et des phrasĂ©s sublimes. Le deuxiĂšme Impromptu digne des plus grands poĂštes et un intermezzo de Brahms en clair obscur baignĂ© par une lumiĂšre intĂ©rieure inhabituelle, Adam Laloum est un trĂšs grand musicien qui communique avec Ă©motion un engagement musical exceptionnel.

L’orchestre s’est Ă©toffĂ© comme il convient pour la premiĂšre symphonie de Mahler dont le chef originaire de Singapour, un certain Kahchun Wong, a donnĂ© une lecture de… premier de classe. Dirigeant par cƓur, il fait trĂšs bien sonner l’orchestre, donnant les entrĂ©es, mais semblant Ă©tranger aux particularitĂ©s stylistiques de la musique de Mahler. Tout est bien appris mais non ressenti. Et que dire de certains de ses mouvements et gestes incongrus car sans aucun effet sur l’orchestre. Nous sommes habituĂ©s Ă  autre chose qu’une simple lecture des symphonies de Mahler Ă  Toulouse ! Et je garde encore clairement en mĂ©moire l’interprĂ©tation de Tugan Sokhiev en 2009 couplĂ©e Ă©galement avec un concerto de Mozart en premiĂšre partie. Et cette fois  la rencontre mozartienne avait eu lieu entre Tugan Sokhiev et David Minetti dans un sublime concerto pour clarinette.
Ce soir le plaisir d’entendre la belle partition de Mahler a gagnĂ© les applaudissements du public. Mais cette simple mise en place n’a pas conduit les musiciens vers leurs sourires Ă©panouis habituels en fin de concert. Ni le chroniqueur vers le Mahler complexe et attachant de cette symphonie, si sensationnelle sous d’autres baguettes.

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. La Halle-aux-Grains, le 12 janvier 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 21 en do majeur K.467 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 “Titan”. Adam Laloum, piano; OrchestreNational du Capitole de Toulouse; Kahchun Wong, direction. / Illustration : Adam Laloum (DR) – Adam Laloum © H Stoecklin 2017

 

 

COMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K MÀkelÀ.

makela klaus maestro classiquenews concert reviewCOMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 dĂ©c 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K MĂ€kelĂ€. Parmi les chefs invitĂ©s par l’Orchestre du Capitole, il y en a de toutes sortes. Ce n’est pas frĂ©quent qu’un chef aussi jeune, 23 ans , fasse une impression aussi consensuelle et Ă©vidente sur d’autres qualitĂ©s que la jeunesse. Le trĂšs jeune chef finlandais Klaus MĂ€kelĂ€ est dĂ©jĂ  un trĂšs grand chef. Il est nommé à Oslo l’annĂ©e prochaine, hĂ©las pour le reste du monde car il sera trĂšs pris et a dĂ» renoncer Ă  des engagements (dont deux concerts Ă  Toulouse prĂ©vus la saison  prochaine). Les gĂ©nies de la baguette sont rares et les plus audacieux ont su se l’attacher. Qu’apporte ce chef de si gĂ©nial ? Une autoritĂ© bienveillante et naturelle, des gestes trĂšs clairs et dont la souplesse rĂ©vĂšle une belle musicalitĂ©. Cet artiste est Ă©galement un violoncelliste de grand talent ! La prĂ©cision de la mise en place, la clartĂ© des plans sont sidĂ©rantes.

 
 
 
 

Klaus MÀkelÀ, jeune maestro superlatif
Le gĂ©nie n’attend pas le nombre des annĂ©es

 
 
 
 

Il encourage l’orchestre et ne le bride pas. Il faut dire que l’Orchestre du Capitole atteint un niveau d’excellence qui permet à un chef musicien d’atteindre de suite des sommets.

La premiĂšre piĂšce du concert est une nouveautĂ© pour le public comme pour l’orchestre, une piĂšce en forme de poĂšme symphonique de Jimmy Lopez. La difficultĂ© est comme un jeu entre le chef et l’orchestre qui dans une vĂ©ritable flamboyance de chaque instant nous rĂ©gale. Pourtant le propos du compositeur est polĂ©mique car il parle de l’esclavage qui a conduit les victimes Ă  inventer des instruments et un style musical avec les moyens du bord. L’homme est incroyablement crĂ©atif dans l’adversitĂ© et la souffrance. Ainsi en fine suggestion plusieurs  instruments Ă  percussion ont intĂ©grĂ© ceux d’un grand orchestre symphonique gagnant ainsi leurs titres de noblesse. La mĂąchoire d’ñne Ă©tant la plus singuliĂšre et la plus emblĂ©matique de ce gĂ©nie humain dans le malheur. Magnifique Ɠuvre mettant donc en valeur tous les pupitres de l’orchestre et la technique impeccable des musiciens et du chef. Les rythmes populaires intĂ©grĂ©s permettant rubato et swing Ă  l’envie.

 
 

suwanai akiko concert critique classiquenews 2018 2012Soliste invitĂ©e,  la violoniste Akiko Suwanai, toute d’élĂ©gance fĂ©minine bleutĂ©e en une robe de ciel Ă©toilĂ©,  a aurĂ©olĂ© la salle de son charme. Le violon dont elle joue a appartenu Ă  un prince, un poĂšte du violon, Jascha Heifetz. Elle retrouve les qualitĂ©s esthĂ©tiques faites de puretĂ© de son, de grain noble du timbre et d’un exquis moelleux des lignes,  comme  le maestro et ce fameux  « Dolphin » de 1714. L’interprĂ©tation du Concerto pour violon de Korngold est lumineuse, planante et dĂ©licatement phrasĂ©e. Tout coule et rien ne fait aspĂ©ritĂ©. Peut ĂȘtre un lĂ©ger manque de contraste et d’émotion peuvent diminuer l’intense plaisir hĂ©doniste que le jeu de la violoniste offre au public. En bis, la violoniste offre avec une dĂ©concertante facilitĂ©, le final de la Sonate pour violon seul d’Ysaÿ  mĂȘlant Bach et le Dies Irae.

 
 
 
 

AprĂšs l’entracte, le chef dirige avec un rĂ©el plaisir communicatif la piĂšce de Stravinski qu’il prĂ©fĂšre, Petrouchka. Il faut reconnaĂźtre que son interprĂ©tation est marquĂ©e par une confiance absolue et une soliditĂ© remarquable. Rien ne vient ternir une Ă©nergie invincible. L’orchestre du Capitole rĂ©pond comme un seul Ă  cette direction prĂ©cise et le rĂ©sultat est particuliĂšrement lumineux et mĂȘme Ă©clatant. Chaque instrumentiste est parfait. Il manque juste un peu de farce et d’humour Ă  ce ballet facĂ©tieux et mĂȘme mĂ©lancolique en second degrĂ©. Pour l’heure, le chef finlandais est tout Ă  son admiration pour cette partition exubĂ©rante, haute en couleurs, et pour les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole trĂšs Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire.
Avec le temps viendront le sens du thĂ©Ăątre et le burlesque que Stravinski a mis dans sa partition qui Ă  l’origine est un ballet.

Un trĂšs beau concert qui rĂ©vĂšle les qualitĂ©s d’un vĂ©ritable gĂ©nie de la baguette et la confirmation de l’exceptionnelle virtuositĂ© de la violoniste nippone. De son cĂŽtĂ©, notre Orchestre du Capitole poursuit son excellence comme partenaire idĂ©al des plus grands musiciens.

 
 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2018. Jimmy Lopez (né en 1978) : Peru Negro pour orchestre ; Erich Wolfgang Korngold ( 1897-1957) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.45 ; Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka, scÚnes burlesques en quatre tableaux ( version de 1947) ; Akiko Suwanai, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Klaus MÀkelÀ, direction. Illustrations : DR, © MÀkelÀ by Heikki Tuuli

 
  
 

VISITEZ aussi le site officiel de KLAUS MAKELA :
https://www.klausmakela.com

 
  
 
 
 

makela klaus maestro classiquenews concert review

NDLR / NOTE DE LA REDACTION : KLAUS MÄKELÄ
 Le jeune maestro travaille avec le Turku Music Festival, le Tapiola Sinfonietta. Il est chef principal invitĂ© du Swedish Radio Symphony Orchestra, et deviendra Ă  partir de la saison 2020 / 2021 (dĂšs septembre 2020) : directeur musical du Philharmonique d’Oslo / Chief Conductor & Artistic Advisor: Oslo Philharmonic Orchestra – une personnalitĂ© dĂ©sormais Ă  suivre, hĂ©ritier d’une dĂ©jĂ  riche tradition de chef finnois. En particulier dans le cycle des symphonies de son compatriote Sibelius, immense gĂ©nie symphoniste encore trop peu joué 

 

COMPTE-RENDU, concert. BLAGNAC, le 3 dĂ©c 2018. Rebel. Delalande. À Bout de souffle. S Delincak.

A bout de souffle stephane delincak blagnac concert classiquenews critiqueCompte rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 3 dĂ©cembre 2018. Rebel. Delalande. Bach Ensemble vocale et instrumental À Bout de souffle. StĂ©phane Delincak, direction musicale. Avec À bout de souffle, StĂ©phane Delincak nous avait rĂ©galĂ© de plusieurs Ɠuvres scĂ©niques dont PlatĂ©e et plus rĂ©cemment ActĂ©on, deux productions qui nous avaient enchantĂ©s sur cette mĂȘme scĂšne. Ce soir, pour le concert de ce 3 dĂ©cembre 2018, le propos est tout autre. Le chef prĂ©sente d’abord son orchestre dans de trĂšs beaux extraits des ÉlĂ©ments de Jean-Ferry Rebel. La direction est souple ; les instruments, ductiles, d’autant que la danse et la fantaisie s’invitent dans ces belles piĂšces. AgrĂ©ables couleurs des bois, souplesse des cordes, prĂ©sence intelligente des percussions apportent une belle variĂ©tĂ© Ă  l’ensemble.

Concert baroque admirablement dramatisé

Puis c’est l’entrĂ©e du chƓur. AgrĂ©able surprise car tous les chanteurs ne sont pas embarrassĂ©s par les partitions. Ils chanteront donc ce programme exigeant par cƓur. C’est avec beaucoup d’émotion qu’ils interprĂštent la piĂšce assez sombre de Delalande. Son Dies Irae est en effet une composition Ă  l’émotion piĂ©tiste avec dramatisation de la mort. Les phrasĂ©s sont amples, les nuances creusĂ©es jusqu’au bout et la rĂ©activitĂ© du chƓur aux propositions du chef, est magnifique. Puis ce sera dans la joie du Magnificat de JS Bach que le chƓur exulte vĂ©ritablement. Les trompettes sont royales, les timbales caracolent et le chƓur vocalise avec vivacitĂ© et Ă©lĂ©gance. PrĂ©cision des attaques, beautĂ© des couleurs vocales et enthousiasme constant sont les belles qualitĂ©s du chƓur.
Les solistes mĂ©ritent aussi nos Ă©loges. D’abord les deux sopranos. Laure Touya a la prĂ©sence vocale la plus exacte permettant Ă  sa voix lumineuse de dĂ©velopper ses harmoniques. Plus prudente en terme de projection, AnaĂŻs Constans semble trop maĂźtriser un instrument qui prend sa largeur dans le vaste rĂ©pertoire lyrique. Souvenons nous de sa merveilleuse Micaela, dans Carmen, il y a peu au Capitole. La somptueuse voix de mezzo de Caroline Champy apporte la touche d’émotion et de passion que nous aimons tant. Le tĂ©nor Bastien Rimondi au timbre clair est d’une prĂ©sence agrĂ©able et la basse de Matthieu Lelevreur se tire aussi bien de la dĂ©licatesse de Delalande que de la puissance dans Bach, avec des vocalises prĂ©cises.
Ce concert thĂ©ĂątralisĂ© par la trĂšs belle prĂ©sence du chƓur et la direction enthousiaste de StĂ©phane Delincak a remportĂ© un beau succĂšs dans une salle comble.

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 3 dĂ©cembre 2018. Jean-Ferry Rebel (1666-1747) : Les ÉlĂ©ments, extraits ; Michel- Richard Delalande (1657-1726) : Dies Irae ; Johann Sebastian Bach ( 1685-1750) : Magnificat en rĂ© majeur BVW 243 ; Ensemble vocale et instrumental A Bout de souffle : AnaĂŻs Constans et Laure Touya, sopranos ; Caroline Champy-Tursan, mezzo-soprano ; Bastien Rimondi, tĂ©nor ; Matthieu Lelevreur, basse ; StĂ©phane Delincak, direction musicale. Illustration : © Hubert Stoecklin 2018

Compte rendu, opéra. TOULOUSE. Capitole, le 1er déc 2018. Korngold : La ville morte. Philipp Himmelmann / Leo Hussain.

Compte rendu, opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 1er dĂ©cembre 2018. Korngold : La ville morte. Philipp Himmelmann. Leo Hussain. Sublime ville morte Ă  Toulouse. Un chef-d’Ɠuvre admirablement reprĂ©sentĂ©. La ville morte de Korngold  est un opĂ©ra trĂšs particulier. Il est d’usage de dire qu’il se situe comme une hybridation entre Puccini et Richard Strauss  ; pour ma part, j’y vois Ă©galement les prĂ©mices de la magnifique Ă©criture orchestrale de Benjamin Britten dans les prĂ©ludes et interludes ainsi que l’intelligence des livrets que le compositeur anglais a su mettre la musique. La richesse et la complexitĂ© de l’orchestration dĂ©veloppent la comprĂ©hension psychologique des personnages. Le livret est Ă©galement trĂšs bien construit sur une intrigue en apparence maigre.

Jamais reprĂ©sentĂ©e Ă  Toulouse, cette entrĂ©e au rĂ©pertoire s’est faite dans la splendeur et la magnificence. Christophe Ghristi, le directeur du Capitole, a su avec une grande sensibilitĂ© et une grande intelligence choisir une production proche de la perfection pour un ouvrage rare (NDLR : VOIR le reportage vidĂ©o de classiquenews lors de la crĂ©ation de La VILLE MORTE de Korngold par Philipp Himmelmann / mars 2015).
C’est cela aussi la marque d’une grande direction d’une maison d’opĂ©ra que de savoir inviter in loco des productions marquantes plutĂŽt que de dĂ©penser des sommes folles avec des metteurs en scĂšne 
parfois douteux. Nous le dirons simplement, Toulouse ne pouvait rĂȘver meilleure production pour dĂ©couvrir ce chef-d’Ɠuvre. DĂ©jĂ  la ville rose bĂ©nĂ©ficie de l’un des meilleurs orchestres de fosse du monde car l’Orchestre National du Capitole de Toulouse est tout simplement merveilleux tant dans le rĂ©pertoire symphonique que lyrique. La virtuositĂ© exigĂ©e, la concentration dans une partition fleuve, la prĂ©cision demandĂ©e par le chef, la somptuositĂ© des couleurs et  des nuances,  toutes  les exigences de la partition sont magnifiĂ©es.

 
 

 
 

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SUPERBE VILLE MORTE A TOULOUSE

 
 

La direction de Leo Hussain est en tout point admirable ! Analytique, dramatique, obtenant de l’Orchestre du Capitole de vĂ©ritables merveilles. Le travail musical a Ă©tĂ© colossale et le rĂ©sultat est un confort extraordinaire malgrĂ© la difficultĂ© de la partition.
L’orchestre, personnages Ă  part entiĂšre, donne parfois le sens de l’évolution psychologique de Paul, le personnage principal. Car le travail de mise en scĂšne exceptionnel de Philipp Himmelmann, nous permet de comprendre que mis Ă  part les quelques instants de dĂ©but et de fin de l’opĂ©ra, tout ce que nous voyons est un rĂȘve. La justesse psychologique et mĂȘme psychanalytique de ce message Ă©tant sidĂ©rante chez un si jeune compositeur. C’est la musique qui interprĂšte les riches mots du texte. Le rĂȘve de Paul lui permet non seulement de faire son deuil mais de dĂ©couvrir au fond de lui toute la violence qui l’habite.

FOLIE DE PAUL
 Violence faite de jalousie, de dĂ©sir de mort et de soumission Ă  la perfection de l’amour idĂ©alisĂ© pour sa femme morte, qui ne viendra plus jamais le contredire. Car aimer l’autre pour le mettre dans une case sur un autel et ne pas lui donner la parole, est un petit peu la folie / mĂ©lancolie dans laquelle Paul se situe au dĂ©but de l’Ɠuvre. Il va en sortir en imaginant la rencontre avec Marietta, et assumant  sa volontĂ© de la faire rentrer dans la ressemblance parfaite avec sa femme morte ; il va aller jusqu’au terme de son fantasme. Agissant jusqu’au meurtre de la femme aimĂ©e, celle qui trĂšs belle, aime trop la vie pour se faire enfermer dans ce carcan, il va vouloir la rĂ©duire au silence, la battra et la tuera.  Il va toutefois guĂ©rir et Ă  nouveau aimer la vie.

En prĂ©sentant six petites cases dans lesquelles les personnages restent chaque fois seuls, le metteur en scĂšne divise les Ă©lĂ©ments du rĂȘve comme cela se passe dans une interprĂ©tation psychanalytique. Les Ă©lĂ©ments pris sĂ©parĂ©ment prennent tout leur sens dans la vision d‘ensemble.  Et c’est seulement en fin d’opĂ©ra lorsqu’il reprend la sublime phrase puccinienne en diable du lied de Marietta que nous savons que Paul aime la vie et va retrouver Marietta ou une autre femme, pour vivre une vraie histoire d’amour cette fois.

Le dĂ©cor magnifique de Raimund Bauer ainsi que les costumes de Bettina Walter, les lumiĂšres de Gerard Cleven, les vidĂ©os de Martin Eidenberg, tout cela fait un travail millimĂ©trĂ© qui s’articule Ă  la perfection avec la partition. Mais s’il fallait aussi des chanteurs d’exception pour les  rĂŽle de Marietta et Paul. Ça aussi, c’est la grandeur du mĂ©tier de directeur d’opĂ©ra que de chercher une distribution parfaite. Christophe Ghrirti a trouvĂ© avec le vĂ©tĂ©ran Torsten Kerl en Paul et la prise de rĂŽle de la Marrietta d’Evgenia Muraveva. Un couple aussi parfait vocalement que scĂ©niquement. C’est surtout la Marietta d’Evgenia Muraveva qui  subjugue  par une sorte de quintessence de la beautĂ© fĂ©minine.  Voila une prise de rĂŽle absolument remarquable. Il est mĂȘme impensable de penser qu’une telle capacitĂ© Ă  habiter un rĂŽle si immĂ©diatement, soit possible. Elle bouge admirablement, danse bien, et chante d’une voix puissante et belle. Elle est en fait la femme ouverte Ă  l’amour, Ă  la vie et qui est prĂȘte au bonheur.
Le Paul de Torsten Kerl garde un timbre d’une jeunesse incroyable pour un chanteur qui magnifie ce rĂŽle depuis bientĂŽt 
18 annĂ©es. La puissance vocale, la somptuositĂ© de la ligne de chant et surtout l’intonation dramatique, la distanciation par moment, – tout ce que fait cette acteur chanteur-, est d’une intelligence rare.
Le couple fonctionne admirablement alors que jamais les chanteurs ne se toucheront ni ne se verront. C’est cela la magie de cette mise en scĂšne : les personnages ne se voient pas et pourtant nous percevons les communications psychiques intenses entre eux. La scĂšne du meurtre de Marietta  par Paul,  chacun Ă  distance de l’autre, est d’une efficacitĂ© redoutable.
ChƓurs et petits rĂŽles dans la scĂšne unique et sinistre qui se situe au cƓur de l’opĂ©ra forment un grand moment de thĂ©Ăątre Ă©galement. Une mention particuliĂšre pour Thomas DoliĂ© qui dans  un rĂŽle trĂšs court de Fritz arrive Ă  toucher le public en offrant un  trĂšs beau moment de chant en thĂ©Ăątre.
L’ami Franck, Matthias Winckhler, et la servante Brigitta, Katharine Goeldner, sont non moins parfaits mais surtout ils ont une prĂ©sence et une grande qualitĂ© humaine. Elle, avec un amour et un dĂ©vouement pour Paul admirables et sans limites ; lui, une amitiĂ© forte avec des moments plus cyniques mais de nature Ă  rĂ©veiller l’amour de Paul pour la vie.

 
 

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La direction d’orchestre nous l’avons dit est absolument incroyable de vie et de prĂ©cision ; et l’Orchestre du Capitole Ă  son habitude se montre d’une qualitĂ© symphonique et lyrique tout simplement inoubliable. L’intervention du chƓur admirablement prĂ©parĂ© par Alonso Caiani ne peut qu’ĂȘtre louĂ© avec Ă  nouveau ce mĂ©lange de qualitĂ© vocale et scĂ©nique. Il faut dire que les costumes magnifiques de Bettina Walter sont une vĂ©ritable merveille qui accentue la force expressive du jeu scĂ©nique.
Les toulousains  ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une extraordinaire version de la ville morte de Korngold avec des artistes tous au sommet de leur art. VoilĂ  un trĂšs grand moment d’opĂ©ra que nous a offert Christophe Ghristi.

 
 

 
 

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Compte rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 1 er dĂ©cembre 2018. Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : La ville morte ; OpĂ©ra en trois tableaux sur un livret de Paul Schott d’aprĂšs Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach. CrĂ©Ă© simultanĂ©ment Ă  Cologne et Ă  Hambourg le 4 dĂ©cembre 1920. Production OpĂ©ra national de Lorraine.  Philipp Himmelmann : Mise en scĂšne ; Raimund Bauer : DĂ©cors ; Bettina Walter : Costumes ; Gerard Cleven :  LumiĂšres ; Martin Eidenberg : VidĂ©o ; Elise Kobisch-Miana : Maquillages ; Avec : Torsten Kerl, Paul ; Evgenia Muraveva , Marietta / Marie ; Thomas DoliĂ©, Fritz ; Matthias Winckhler, Frank ; Katharine Goeldner, Brigitta ; Norma Nahoun, Juliette ; Julie Pasturaud , Lucienne ; Antonio Figueroa, Victorin / Gaston ; François Almuzara , Comte Albert ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ( direction Alfonso Caiani) ;  Leo Hussain : Direction musicale. Illustrations : Patrice Nin 2018 / Capitole de Toulouse.

 
 

 
 

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 13 nov 2018. Weill. Mozart. Les Passions, Les Eléments. Suhubiette.

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriCompte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Weill. Mozart.Les Passions. Les ElĂ©ments. Joel Suhubiette. Il est toujours intĂ©ressant d’aller Ă©couter le Requiem de Mozart, tant cette Ɠuvre est Ă  part. La beautĂ© intrinsĂšque de la partition, comme son incomplĂ©tude et sa synthĂšse de toute la musique occidentale, entre hommage et inventions gĂ©niales, ne lassent pas un public toujours renouvelĂ©. L’autre intĂ©rĂȘt rĂ©side dans le choix artistique d’accompagnement de ce chef d’Ɠuvre. Sachant le succĂšs attendu ce concert a Ă©tĂ© donnĂ© deux fois dans la grande salle d’Odyssud et inclus dans la programmation entourant les cĂ©rĂ©monies du centenaire de la si triste Armistice de « la Grande Guerre ». Aussi le choix du Berliner Requiem de Weill Ă©tait trĂšs juste.

 
 
 

Triste humanité en son aveuglement durable

 
 
 
Le contraste entre la partition de Weill et celle de Mozart est immense. Weill en vĂ©ritable apĂŽtre de la paix et comprenant toute la soumission Ă  la pulsion de mort que reprĂ©sente la guerre, a Ă©crit une partition visionnaire dont le message semble toujours aussi opaque aux hommes. Les textes de Brecht sont d’une intelligence et d’une puissance quasi insoutenables. Ils sont : ode Ă  la nuit qui seule permet d’oublier les abominations dont les humains sont capables 
 qui savent si bien tout dĂ©truire en se donnant de bonnes raisons, l’évocation du viol et de la destruction du corps, et peut ĂȘtre de l’ñme et de la puretĂ© des idĂ©aux, en la personne de Rosa de Luxembourg, comme de la dĂ©figuration du soldat inconnu, et le triomphe ignoble des survivants. Tout cela est terrible. Ce miroir sans pitiĂ© tendu Ă  l’Homme n’a pas Ă©tĂ© efficace et ne semble pas l’ĂȘtre d’avantage aujourd’hui. Onze ans aprĂšs ce Requiem commandĂ© pour commĂ©morer les dix ans de l’armistice, l’Europe remettait en marche sa soumission totale Ă  la Mort. Et en dĂ©passant de beaucoup le nombre de morts de «La Grande Guerre» faisant figure d’enfançon avec ses 18 millions de mort, alors que la deuxiĂšme guerre mondiale atteint les 70 millions ! Ce concert aurait pu ĂȘtre nommĂ© : Guerre et paix mais finalement je prĂ©fĂšre triste humanité 

La premiĂšre partie du concert comprenait donc cet Ă©blouissant Berliner Requiem de Kurt Weill en sa noirceur et sa mĂ©chancetĂ© rares. Car la lumiĂšre noire qu’il recĂšle est terrifiante. Le chƓur uniquement masculin doit ĂȘtre invincible de puissance et l’orchestre trĂšs particulier, fĂ©roce et implacable. J’ai dĂ©jĂ  dit l’audace des mots de Brecht. Les interprĂštes de ce soir, dirigĂ©s par JoĂ«l Suhubiette ont semblĂ© trop sages et appliquĂ©s. Certes le texte a Ă©tĂ© parfaitement dĂ©clamĂ© et comprĂ©hensible, avec une traduction simultanĂ©e efficace, mais sans vie et sans 
 mĂ©chancetĂ©. L’orchestre des Passion a su trouver les couleurs exactes au delĂ  de leur rĂ©pertoire habituel. Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments qui sait tout chanter n’a pas osĂ© aller vers l’émotion voir l’expressionnisme possible, ni la recherche de couleurs noires ni atteindre jusqu’à l’outre-noir. Dommage car les possibilitĂ©s Ă©taient lĂ , encore que le chƓur ne semble pas comporter de vraies basses abyssales.

En deuxiĂšme partie de concert le chƓur mixte et les instrumentistes baroques des Passions sont rentrĂ©s sur scĂšne pour le Requiem de Mozart. L’orchestre avec deux chalumeaux et cordes baroques a trouvĂ© des couleurs particuliĂšres et trĂšs belles. Il a tout du long Ă©tĂ© exemplaire de prĂ©sence. Les quatre solistes ont Ă©tĂ© excellents et le fait de les voir regagner le chƓur rajoutait un sentiment de fraternitĂ© bienvenu. L’alto, Corinne Bahuaud, dans la partie soliste pourtant la plus modeste a Ă©tĂ© remarquable de prĂ©sence vocale et de lisibilitĂ© du texte.
Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments en petit nombre a Ă©tĂ© parfait de prĂ©cision et de tenue. Mais la direction organique et prĂ©cise de JoĂ«l Suhubiette n’a rien cherchĂ© qu’à respecter la partition, avec des tempi sages, des nuances justes esquissĂ©es et des phrasĂ©s naturels sans vĂ©ritables Ă©lans. Ce sont les fugues qui ont Ă©tĂ© les moments les plus rĂ©ussis, mais sans thĂ©Ăątre et sans drame ce Requiem ne dĂ©veloppe pas toutes les Ă©motions qu’il contient, ne serait ce que dans l’Introit ou le Lacrymosa par exemple.
Le contraste attendu entre les deux Ɠuvres a donc Ă©tĂ© Ă©vitĂ©. Dommage car avec plus d’engagement et d‘audace ce programme aurait pu faire trembler et pleurer le public, alors qu’il a poliment applaudi un concert trĂšs (trop ?) sage. Finalement ce concert est au diapason des commĂ©morations plutĂŽt fades du sinistre Armistice de 1918 dont le message, dans un dĂ©ni trĂšs inquiĂ©tant, n’est toujours pas vraiment compris.

 
 
 

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Kurt Weil (1900-1950) : Berliner Requiem (1928) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem, K.626 ; Julia Wischniewski, soprano ; Corinne Bahuaud, alto ; Nicholas Scott, tĂ©nor ; Geoffroy BuffiĂšre, basse ; Les Passions-Orchestre Baroque de Montauban (Direction Jean-Marc Andrieu) ; ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments ; JoĂ«l Suhubiette, direction. Photos : Kurt Weill and Bertolt Brecht / CrĂ©dit : Alamy/Getty

 
 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 9 nov 2018. Franck. Liszt. VĂĄrjon. Sokhiev.

78356-tugan-sokhiev-c-mat-hennekCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018. Franck. Liszt. DĂ©nes VĂĄrjon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. CĂ©sar Franck est Ă  l’honneur dans ce concert avec le sensationnel poĂšme symphonique, le chasseur maudit, et sa symphonie en rĂ© mineur. Etant donnĂ©es les qualitĂ©s de ces deux partitions il est bien dommage de les entendre si rarement. Le poĂšme symphonique est grandement thĂ©ĂątralisĂ© par la direction pleine de constates de Tugan Sokhiev. Il obtient de son orchestre des effets musicaux puissants. La narrativitĂ© vivante qui irrigue la partition s’en trouve magnifiĂ©e. Chaque instrumentiste participe activement Ă  l’aventure de ce malheu

Trop rare au concert,
César Franck magnifié à Toulouse

reux chasseur. Cette trĂšs belle partition trouve lĂ  des interprĂštes inspirĂ©s. En fin de concert la symphonie en rĂ© mineur va bĂ©nĂ©ficier d’une trĂšs intĂ©ressante direction. Arrivant Ă  garder une belle Ă©nergie jusqu’aux ultimes mesures Tugan Sokhiev qui dĂ©jĂ  en 2009 l’avait dirigĂ© in loco n’a pas fondamentalement changĂ© ses partis pris. Les plans sont ciselĂ©s, les nuances subtilement amenĂ©es et les instrumentistes encouragĂ©s Ă  donner le meilleur d’eux mĂȘme. C’est en fait la qualitĂ© de l’orchestre qui a permis d’aller plus loin, avec la majestĂ© des grandes phrases, les nuances forte plus puissantes, les cuivres plus nuancĂ©s et les violons bien plus solides et Ă©clatants. Les bois restent magiques avec en particulier au cor anglais, si important dans le deuxiĂšme mouvement, Gabrielle Zaneboni dont la dĂ©licatesse et la musicalitĂ© sont un rĂȘve. Le final de la symphonie atteint des somment de hauteur dans une paissance jupitĂ©rienne assumĂ©e.
EncadrĂ© par ces deux chefs d’Ɠuvres le deuxiĂšme concerto pour piano de Liszt pĂąlira un peu.
Pourtant le jeu aussi virtuose que musical de DĂ©nes VĂĄrjon est parfait et comme Ă  son habitude Tugan Sokhiev est un partenaire dĂ©licat trĂšs Ă  l’écoute du soliste. Les musiciens avec de trĂšs beaux soli vont loin dans leurs propositions et Tugan Sokhiev les laisse libres de suivre le soliste dans les moments chambristes. Le chaleureux chant du violoncelle de Sarah Iancu permet des Ă©panchements lyriques avec DĂ©nes VĂĄrjon.  Pourtant ce concerto restera comme en retrait par rapport aux deux autres Ɠuvres de CĂ©sar Franck. DĂ©nes VĂĄrjon avec son jeu puissant et clair a Ă©tĂ© trĂšs applaudi.  Il a offert deux bis bien agrĂ©ables de BartĂłk et Schumann.
L’orchestre du Capitole et son chef au retour de leur mĂ©morable concert Ă  Paris ont su renouveler leur incommensurable joie Ă  faire de la musique ensemble. Un bien beau concert qui a surtout mis en valeur le compositeur, belge naturalisĂ© français, CĂ©sar Franck.
Mais avant de quitter la scĂšne, une sorte de  tradition lors de la prise de retraite d’un musicien de l’orchestre a pris un tour particuliĂšrement Ă©mouvant. Le violoncelliste Christopher Waltham a Ă©tĂ© honorĂ© par Tugan Sokhiev avec l’habituel bouquet de fleurs mais cette  fois le futur retraitĂ© a Ă©galement fait un cadeau au chef (un livre ou un album) et fait un petit discours trĂšs Ă©mouvant. Cette vie, vraie et conviviale, est une grande qualitĂ© de cet orchestre et illustre la relation forte entre les musiciens et Tugan Sokhiev.

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Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018 ; César Franck (1822-1890) : Le chasseur maudit, poÚme symphonique ; Symphonie en ré mineur ; Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°2 en la majeur ; Dénes Vårjon, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo © C-Mat-Hennek

Compte-rendu, concert. Paris. Philharmonie, le 5 nov 2018. Chen. Chostakovitch. Moreau / Sokhiev.

Compte-rendu, concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen. Dimitri Chostakovitch. Edgar Moreau, violoncelle. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. Salle pleine Ă  la Philharmonie ce soir pour la crĂ©ation d’une Ɠuvre de Qigang Chen, compositeur sino-français que le public adore. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev avaient dĂ©jĂ  donnĂ© ce mĂȘme concert deux jours auparavant dans leur ville de Toulouse. Le sublime solo de trompette qui ouvre « avenir d’une illusion » a Ă©tĂ© jouĂ© avec beaucoup de dĂ©licatesse par Hugo Blacher. La direction prĂ©cise et souple du chef a fait merveille dans ce moment de magie qui a progressivement ouvert les oreilles des auditeurs vers des sonoritĂ©s de plus en plus corsĂ©es.

  
 
 

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Toulouse et Paris main dans la main : que de félicité !

  
 

La poĂ©sie qui se dĂ©gage de cette ouverture est celle d’un matin, Ă  la sortie des songes qui voit se lever le soleil et toute la nature se rĂ©veiller. Mais Ă©galement qui met en mouvement toute l’intelligence et la sensibilitĂ© humaine. AprĂšs de sublimes aplats, une formule mĂ©lodico rythmique trĂšs courte, comme un appel,  est passĂ©e d’un instrumentiste Ă  l’autre.  Tout l’orchestre s’est ainsi vu stimulĂ© pour petit Ă  petit se superposer et grandir. L’ostinato du piano d’une prĂ©cision horlogĂšre dĂ©bute la construction du final qui voit s’empiler petit Ă  petit tous les instruments de l’orchestre pour terminer dans une puissance rarement atteinte par un orchestre symphonique. Les qualitĂ©s de la composition de Qigang Chen sont multiples et mĂ©ritent vraiment une Ă©coute attentive pour ĂȘtre toutes mises en valeur. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© est trĂšs rare. Le temps va permettre d’en comprendre toute la beautĂ© et la subtilitĂ© mais dĂ©jĂ  le charme opĂšre en une Ă©coute unique.  L’association de l’Orchestre du Capitole et de la Philharmonie de Paris, commanditaires de cette magnifique composition, ne peut qu’ĂȘtre louĂ©e.  Cette belle crĂ©ation a Ă©tĂ© faite d’abord Ă  Toulouse puis Paris, avec le mĂȘme succĂšs. Il y a une magnifique transparence dans l’orchestration de Cheng que la direction trĂšs inspirĂ©e de Tugan Sokhiev rend merveilleusement bien, grĂące aux qualitĂ©s de dĂ©licatesse de l’orchestre de Toulouse. Hugo Blacher avec son solo de trompette sublime ouvre avec Ă©motion cette belle partition. Et bien des solistes lui emboĂźtent le pas avec les mĂȘmes qualitĂ©s, il faudrait tous les citer… Qigang Chen est le compositeur sino-français que le monde entier admire, et cela se comprend aisĂ©ment. Le public parisien a semblĂ© adorer cet « ItinĂ©raire d’une illusion ». Il faut dire qu’une crĂ©ation avec des musiciens si virtuoses et un chef si prĂ©cis et musical Ă  la fois ne peut qu’apporter toute satisfaction. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© tord le cou aux idĂ©es reçus sur l’inĂ©coutable trop souvent mis en exergue par d’autres compositions contemporaines.  Il est possible d’écrire une partition facile d’écoute et de grande complexitĂ©, la preuve en est donnĂ©e ce soir avec Ă©clat.

  
 
 

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Tout en modestie, le jeune Edgar Moreau rentre ensuite en scĂšne avec son violoncelle ; il s’installe sur son estrade. La complicitĂ© avec Tugan Sokhiev est palpable. DĂšs son dĂ©licat  premier coup d’archet, nous savons que ce prodigieux interprĂšte va rendre hommage au gĂ©nie de Chostakovitch. Ce deuxiĂšme concerto si complexe et difficile a Ă©tĂ© commandĂ© par Rostropovitch, c’est dire ! Il est impossible de dĂ©crire l’admirable osmose qui existe entre le soliste et l’orchestre. Tugan Sokhiev a les yeux partout et ne laisse jamais rien au hasard. La prĂ©cision de sa direction est implacable tout en laissant de grandes plages de legato pour le soliste. Il est partout,  Ă  la fois suspendu aux gestes du violoncelliste et encourageant chaque musicien de l’orchestre. Et les moments solistes dans l’orchestre sont nombreux ! Les nuances sont creusĂ©es de façon sublime ; les couleurs du violoncelle s’harmonisent avec celles de l’orchestre. VoilĂ  une trĂšs belle interprĂ©tation de ce concerto. Le succĂšs est grandiose, partagĂ© entre l’orchestre, le chef et ce soliste si attachant. Edgar Moreau a une maĂźtrise technique impeccable, totalement mise au service de la musicalitĂ© la plus dĂ©licate.

Nous avions dĂ©jĂ  entendu Ă  deux reprises la magnifique interprĂ©tation toulousaine de la CinquiĂšme symphonie de  Chostakovitch et nous nous faisions une fĂȘte de la dĂ©guster dans la magnifique acoustique de la Philharmonie de Paris. Il est certain que le public toulousain peut admirer son orchestre sous la direction de son chef dans la  Halle-aux-Grains mais vraiment ce n’est pas le mĂȘme orchestre que nous pouvons entendre Ă  Paris. J’ai dĂ©jĂ  souvent Ă©crit combien cette acoustique est merveilleuse mais vraiment c’est lorsque l’Orchestre du Capitole de Toulouse joue dans de belles acoustiques comme Ă  Paris, qu’il sonne magnifiquement bien. Les  nuances infimes  peuvent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es et les forte ici sont gĂ©nĂ©reux sans risque de saturation et sans jamais la moindre violence. Car c’est une caractĂ©ristique de la direction de Tugan Sokhiev de toujours dĂ©velopper trĂšs progressivement les nuances et de garder une petite marge pour le dernier forte. Toute la puissance contenue dans la symphonie, la provocation, la moquerie, voir la mĂ©chancetĂ© ont trouvĂ© dans cette interprĂ©tation toute leur place. Le final avec cette construction implacable a amenĂ© le public Ă  vĂ©ritablement exulter.
Un magnifique concert dont la dimension historique est relayĂ©e sur le net, sur le site de la Philharmonie de Paris Live. La partition de Qigang Chen mĂ©rite d’ĂȘtre connue et Chostakovitch n’est jamais assez jouĂ© ; d’autant que lĂ , il est interprĂ©tĂ© d’une admirable façon.

  
 
 

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Compte rendu concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen (NĂ© en 1951) : l’avenir d’une illusion ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n° 2 et Symphonie  n°5 ; Edgar Moreau, violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

  
 
 

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra. Le Toulouse Wind Orchestra est un orchestre d’harmonie qui en trois annĂ©es a su avec un brio Ă©tonnant, gagner un public nombreux et enthousiaste. Les deux concerts de cette annĂ©e ont fait salle comble. Les trois enregistrements qui correspondent aux trois sĂ©ries de concerts des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes rendent comptent de l’excellence de cet orchestre. OriginalitĂ© des programmes et exemplaritĂ© des choix interprĂ©tatifs sont deux des principales qualitĂ©s du collectif. ComposĂ© de jeunes professionnels tous bĂ©nĂ©voles, il atteint un niveau de perfection technique incroyable. Mais c’est surtout au concert que tout prend une direction extraordinaire. J’étais sous le charme de leurs deux premiers enregistrements mais j’ai Ă©tĂ© subjuguĂ© par ce concert.

 

 

Aussi forts que délicats

Toulouse Wind Orchestra : des musiciens d’exception

 

 

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L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines est un Ă©crin idĂ©al. Bien installĂ©, tout l’orchestre, qui varie son effectif pour chaque Ɠuvre, peut dĂ©ployer un bouquet de sonoritĂ©s prodigieux. Que ce soit les pupitres de clarinettes soyeux, les hautbois frais, les flĂ»tes subtiles et les bassons profonds, l’écoute entre les instrumentistes est un rĂ©gal pour l’Ɠil comme pour l’oreille. Mais c’est surtout la splendeur et la dĂ©licatesse des nuances des gros cuivres qui fait merveille. Cette qualitĂ© de justesse et de nuances n’est pas l’apanage de tous les orchestres symphoniques. Les cors admirables de prĂ©sence, les tubas prodigieux de nuances, et les Euphoniums aux timbres si beaux et la virtuositĂ© sidĂ©rante, sont de la partie. Mais comment ne pas dire le plaisir Ă  entendre de si beaux saxophones et les tubas puissants sachant ĂȘtre si dĂ©licats ! Chaque moment soliste sera un festival de beautĂ©s en terme de couleurs, nuances et phrasĂ©s. L’association des contrebasses et des violoncelles ajoute une soliditĂ© et une chaleur prĂ©cieuses. La prĂ©cision des percussion est sensationnelle. Et le piano, le cĂ©lesta et les harpes ajoutent une belle prĂ©sence  toute de poĂ©sie.

Dionysiaques de Florent Schmitt est une piĂšce Ă©crite pour un orchestre d’harmonie. Elle sonne majestueuse et sensationnelle, rĂ©vĂ©lant toutes les splendeurs d’un orchestre d’harmonie avec des nuances et des couleurs spectaculaires. La direction de Mathieu Romano est d’une clartĂ© parfaite. Ses beaux gestes portent les instrumentistes Ă  se dĂ©passer.

Puis la crĂ©ation d’une Ɠuvre Ă  la demande de l’orchestre serait dĂ©jĂ  un Ă©vĂ©nement mais que ce soit un Concerto pour hautbois et orchestre d’harmonie, Ă©largi aux violoncelles et contrebasses, fait sensation Car cet instrument si dĂ©licat mĂ©rite bien le soin amoureux que le compositeur a pris pour lui. Gabriel Philippot a su Ă©crire trĂšs rapidement une trĂšs belle Ɠuvre qui va certainement avoir la diffusion qu’elle mĂ©rite. Cela sonne trĂšs français Ă  la maniĂšre d’un classique ou d’un Poulenc : tout est Ă©lĂ©gance et charme, avec des pointes de lyrisme plus extraverties. Le premier mouvement varie les styles, passant par une partie centrale plus lyrique. Le dĂ©but est plein de charme et offre des phrases pleines d‘esprit au soliste. Le dialogue avec l’orchestre est savoureux. Les traits et la grande cadence mettent en valeur le jeu trĂšs virtuose du soliste Alexandre Gattet. La vivacitĂ© qui termine ce premier mouvement et le chic de l’interprĂ©tation enflamment le public dont une grande partie applaudit. Le deuxiĂšme mouvement est plein de profondeur et demande au soliste de phraser comme un Dieu. Alexandre Gattet avec une admirable technique de souffle ne semble pas respirer et peut ainsi filer le son Ă  l’infini. L’effet est musicalement trĂšs Ă©mouvant. Le final vif argent termine cette trĂšs belle oeuvre dans une vĂ©ritable apothĂ©ose. L’alchimie entre le solistes et ses amis de l’orchestre est parfaite. La direction attentive et souple de Mathieu Romano est de toute beautĂ©.

En bis Alexandre Gattet offre une adaptation virtuose de la chanson phare de Nougaro « O Toulouse » Un véritable régal qui enchante et séduit évidemment le public.

Pins de Rome d’Ottorino Respighi adaptĂ©s pour l’orchestre de ce soir en permet une interprĂ©tation de premiĂšre grandeur. La richesse des sonoritĂ©s, l’ampleur des nuances passent du soleil Ă©clatant Ă  la nuit mystĂ©rieuse avec la plus plus grande aisance. Les Pins des catacombes est peut ĂȘtre la rĂ©ussite la plus spectaculaire. Quand au final la maniĂšre dont Mathieu Romano en construit la progression est tout Ă  fait gĂ©niale, dĂ©bouchant sur un final Ă©blouissant.
Et que dire de la passion que diffuse l’implication totale de chaque instrumentiste ?  Bien sĂ»r les solistes irradient de leur lumiĂšre mais par exemple la qualitĂ© du pupitre des clarinettes, leur homogĂ©nĂ©itĂ© n’ont rien Ă  envier aux meilleurs violonistes. La trompette lointaine de Hugo Blacher marquera les esprits comme un moment de pure magie. Vraiment il faudrait citer chaque musicien tant le jeu collectif est admirable et la joie de faire de la musique ensemble, irradie.
La jeunesse, le travail, le don de soi : un tel programme atteint Ă  la plĂ©nitude du bonheur musical partagĂ© avec le public. L’enthousiasme dĂ©clenchĂ© fait exulter tout l’auditorium qui obtient un magnifique bis 
 lequel met en valeur les merveilleux solistes dans une tenue rythmique parfaite. Et beaucoup d’humour avec en particulier l’inĂ©narrable Olivier Castellat Ă  la guitare Ă©lectrique. Le Wind Toulouse Orchestra ne se rĂ©unit que trop rarement mais Ă  chaque fois monte au ciel. L’enregistrement du concert qui sortira l’an prochain confortera la splendeur des talents de tous ces grands musiciens.

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines,le 27 oct 2018.  Florent Schmitt (1870-1958) : Dyonisiaques Op. 62 ; Gabriel Philippot  : Concerto pour hautbois ; Ottorino Respighi (1879-1936) : Pins de Rome. Alexandre Gattet, hautbois ; Toulouse Wind Orchestra ; Mathieu Romano, direction.

Illustrations :
La formation et A. Gattet pour la création du concerto de Philippot
La formation orchestrale pour les Pins de Rome de Respighi
© Hubert Stoecklin 2018.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 oct 2018. Bernstein.Pisar. Orch, chƓur et Maütrise du Capitole. Wayne Marshall.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. LĂ©onard Bernstein. J. et L. Pisar. Orchestre, chƓur et maitrise du Capitole. Wayne Marshall. En cette annĂ©e du centenaire de la naissance de LĂ©onard Bernstein nous espĂ©rons entendre beaucoup d’Ɠuvres de ce gĂ©nial compositeur. Toulouse avait prĂ©vu de donner sa Messe mais a du y renoncer vu le nombre d’exĂ©cutants impossible Ă  faire tenir sur la scĂšne de la Halle-aux-Grains ; Ă  dĂ©faut voici la (non moins passionnante) Symphonie n°3 avec une distribution d’un lustre trĂšs particulier.

 

BERNSTEIN-2-600x397Cette Ɠuvre hybride associe un long texte, le « Kaddish » et trois grands moments musicaux et vocaux. Le texte primitif de Leonard Bernstein a Ă©tĂ© rĂ©Ă©crit Ă  sa demande par son ami Samuel Pisar. Ce rescapĂ© des camps de la mort (il avait 16 ans) n’a pas cĂ©dĂ© facilement Ă  la priĂšre de Bernstein qui n’a jamais eu la joie de l’entendre. Ce texte trĂšs puissant nous a Ă©tĂ© dit ce soir par la veuve et la fille de Samuel Pisar. Il est peu de dire combien l’émotion soulevĂ©e par ces deux voix a Ă©tĂ© absolument inoubliable. La mĂšre, Judith d’une voix sĂ©pulcrale et la fille Leah, d’une voix noble et ferme ont portĂ© admirablement les messages terriblement humains du pĂšre-Ă©poux dĂ©cĂ©dĂ© en 2015. Car ce texte d’interpellation du crĂ©ateur va jusqu’au seuil du blasphĂšme en demandant des comptes, mais se reprend en priant pour une nouvelle alliance des habitants de la terre avec le ciel. Car finalement n’est ce pas l’homme lui-mĂȘme et sans aide qui crĂ©e avec ce malin « gĂ©nie », l’enfer sur terre ?  ComposĂ©e aprĂšs l’assassinat de JF Kennedy qui lui est dĂ©diĂ©, la symphonie est unique par l’ampleur donnĂ©e au texte.

 

Symphonie n°3 “Kaddish” de Bernstein:
Un grand moment d’humanisme partagĂ© Ă  Toulouse.

 

 

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L’association faite des souffrances du peuple juif depuis l’esclavage en Egypte sans oublier la Shoah, vers le Djihad qui ensanglante Ă  prĂ©sent tous les pays est puissante. TrĂšs universel, le message reste et restera  actuel. La partition de Bernstein est bouleversante d’intelligence : elle sait utiliser toutes les subtilitĂ©s et toute la puissance d’un immense orchestre symphonique, d’un chƓur mixte et d’un chƓur d’enfants ainsi qu’une voix soliste. L’Orchestre du Capitole dans une concentration de chaque instant a su faire sonner cette Ɠuvre dans sa plĂ©nitude. La beautĂ© des soli, la puissance comme la dĂ©licatesse des nuances infimes, tout a Ă©tĂ© admirable. Le chƓur de Capitole a Ă©tĂ© grandiose et la MaĂźtrise a apportĂ© une Ă©motion indicible (en Ă©voquant les enfants sacrifiĂ©s par la barbarie).
La voix de la soliste, Kelley Nassief,  avec sa grande fragilitĂ© dans les aigus et une profondeur d’expression totale, a rajoutĂ© un pan d’émotions supplĂ©mentaires. Les deux rĂ©citantes, Judith et Leah Pisar sont incroyables de thĂ©ĂątralitĂ© maitrisĂ©e comme dâ€˜Ă©motions contenues. Tant d’intelligence dans l’interprĂ©tation est vĂ©ritablement 
 historique.
Mais de tous ces magnifiques interprĂštes c’est probablement le chef Wayne Marshall qui a Ă©tĂ© le plus exceptionnel. Avec une direction habitĂ©e et trĂšs millimĂ©trĂ©e, il a su offrir une version de grande tenue et de grande humanitĂ© de cette Ɠuvre inclassable. La bontĂ© qui Ă©mane de de sa prĂ©sence magnifie une direction d’orchestre de grande musicalitĂ© jusque dans les moments de terreurs.

En premiĂšre partie de concert, les qualitĂ©s de l’orchestre en terme de virtuositĂ© et de coloration ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par la direction surnaturelle d’énergie du chef anglais. L’ouverture de Candide dans un tempo d’enfer a Ă©tĂ© un vrombissement jouissif. La suite du film On the waterfront  a Ă©tĂ© orgie de climax les plus variĂ©s avec des nuances et des couleurs inouĂŻes. Les phrasĂ©s aboutis et souples du chef ont magnifiĂ© la partition. Leonard Bernstein est un immense compositeur. Wayne Marshall a su mettre tout son art au service de ce compositeur trop peu jouĂ©.
La symphonie «  Kaddish » restera le sommet d’émotions de la soirĂ©e et un moment de culture humaniste inoubliable. New-York avec ses immenses qualitĂ©s culturelles s’est donnĂ© rendez-vous Ă  la Halle-Au-Grains. Dans de tels moments, Toulouse est absolument capitale culturelle, et ce soir capitale du gĂ©nie symphonique.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide , ouverture ; On the waterfront, suite d’orchestre ; Symphonie n°3 « Kaddish » ; Judith et Leah Pisar, rĂ©citantes ; Kelley Nassief, mezzo-soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; ChƓur du Capitole et maitrise du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Direction musicale : Wayne Marshall. Illustration : © Darrin-Zammit

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole. Les 2 et 7* oct 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert / George Petrou.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Théùtre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert. George Petrou.  Somptueuse ouverture de Saison au Capitole : 9 représentations, une salle debout aux saluts lors de la derniÚre.

Cette production de Traviata en ouverture de la saison lyrique 2018 – 2019 au Capitole a fait sensation au point que France 3 l’a filmĂ©e. Il s’agit de la premiĂšre saison entiĂšrement construite par le nouveau directeur Christophe Gristi. Sachant quel homme de passion il est, nous attendions tous quelque chose de beau. Et il faut le reconnaĂźtre le succĂšs public considĂ©rable fait honneur Ă  une production qui frĂŽle la perfection sur bien des plans.
 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

Qu’attendre en rĂ©alitĂ©, en 2018, d’un chef d’Ɠuvre incontournable, vu et revu ? Pierre Rambert a su respecter la fine musicalitĂ© de l’Ɠuvre, garder en mĂ©moire l’époque de composition, tout en mettant habilement en lumiĂšre l’intemporalitĂ© du sujet. Il s’est adjoint un costumier de grand talent en Franck Sorbier. Tous les costumes, y compris ceux du chƓur, sont superbes. Mais ils ont aussi une dimension psychologique en mettant la puce Ă  l’oreille du spectateur. Les personnages en habits XIXĂšme siĂšcle reprĂ©sentent ceux dont la mentalitĂ© date du passĂ©, les  conformistes et bien pensants, pleins de bons sentiments. Germont est le prototype du bourgeois moyen, pur produit XIXĂšme. Alfredo lorsqu’il repasse sous l’emprise de son pĂšre Ă©galement. Alfredo et Violetta dans leur nid d’amour sont nos contemporains au bord de leur belle piscine, lui en pantalon, espadrilles et chemise ouverte; elle lorsqu’elle quitte son long manteau et son chapeau gĂ©ant porte une robe noire souple toute simple tout Ă  fait actuelle. Ainsi la fĂȘte luxueuse chez Flora semblant d’un autre Ăąge fait XIXĂšme, mĂȘme si elle arbore une robe fourreau lamĂ©e de toute splendeur en marge du bon goĂ»t.
Un autre Ă©lĂ©ment donne au drame son intemporalitĂ© : les somptueux dĂ©cors d’Antoine Fontaine car ils sont Ă©galement trĂšs intelligents.  Le loft de Violetta au premier acte se situe dans un immeuble de style Pompier, contemporain de Verdi, avec un Ă©tage intĂ©rieur style annĂ©e 50 et Ă©lĂ©ments modernes. C’est trĂšs Ă©lĂ©gant et beaucoup plus stylĂ© que chez Flora. L’action du dĂ©but de l’acte 2 «  Ă  la campagne », nous offre une splendide vue sur une crique mĂ©diterranĂ©enne, avec un bord de piscine. Les Ă©lĂ©ments de costumes d’aujourd’hui nous suggĂšrent que nous sommes Ă  l’époque des Navettes Air France, permettant le retour des hĂ©ros dans le demi journĂ©e


Un autre Ă©lĂ©ment d’intemporalitĂ© vient de la mort de Violetta chauve comme aprĂšs une chimio. Le cancer remplace ainsi la tuberculose ce qui touche encore d’avantage le public. Les lumiĂšres d’HervĂ© Gary sont contrastĂ©es entre la lumiĂšre aveuglante du dĂ©but de l’acte 2  et les scĂšnes d’intĂ©rieur nocturnes trĂšs rĂ©ussies.  L’Orchestre du Capitole est royalement dirigĂ© par George Petrou. Le chef sait donner au chef d’Ɠuvre de Verdi une profondeur et un drame de tous les instants. La prĂ©cision qu’il obtient de l’orchestre en terme de nuances et de couleurs est magnifique. Les instruments solistes sont d’une musicalitĂ© remarquable (les bois avec Violetta au 2, le violon au 3). Les violons fragiles et trĂšs Ă©mouvants dans les deux prĂ©ludes sublimes et la chaleur ambrĂ©e des violoncelles font merveille. On sait combien Verdi en cherchant une grande simplicitĂ© apparente demande Ă  l’orchestre de soutenir tout le drame.

George Petrou tient sous sa baguette admirablement le grand concertato du 2 mais c’est Ă  main nue qu’il dirige le dernier acte avec une dĂ©licatesse extraordinaire. Les chƓurs sont admirables vocalement et scĂ©niquement. Le ballet chez Flora est interprĂ©tĂ© avec beaucoup d’humour et de puissance par les deux danseurs, Sophie CĂ©likoz et François Auger, maĂźtres de cĂ©rĂ©monie reprĂ©sentant la mort.

 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

 

Pour cette production le Capitole peut s’enorgueillir d’avoir su trouver deux distributions au sommet. Trouver une superbe Violetta est rare mais deux ! Il est impossible de dĂ©partager les deux dames. Anita Hartig a une allure noble, une voix somptueuse de tenue, et une homogĂ©nĂ©itĂ© parfaite sur toute son Ă©tendue. Son lĂ©ger vibratello donne comme une aura Ă  son superbe timbre. Les vocalises sont parfaitement  rĂ©alisĂ©es et le legato est souverain. Les phrasĂ©s sont nobles et toujours Ă©lĂ©gants, le souffle large. Anita Hartig a tout d’une grande Traviata. Polina Pastirchak est tout aussi crĂ©dible vocalement dans ce rĂŽle Ă©crasant dont elle ne fait qu’une bouchĂ©e. Si dans l’acte 1 sa voix met un peu de temps Ă  se dĂ©ployer dĂšs son duo avec Alfredo le jeu Ă©mouvant et l’engagement de chaque instant font merveille. L’agilitĂ© et la beautĂ© des cascades de vocalises dans le « sempre libera » donnent le frisson et l’air est couronnĂ© par un contre mi de toute beautĂ©. La sincĂ©ritĂ© de son jeu Ă  l’acte deux, la tenue vocale, les nuances piano de son chant de douleur arrachent des larmes. Le travail de mise en scĂšne trouve dans ce tableau un vĂ©ritable aboutissement tant la vĂ©ritĂ© du jeu se calque sur la musique. La puissance vocale dans le concertato du 2 est un grand moment d’opĂ©ra. Et nous l’avons dit la direction de George Petrou est de premiĂšre grandeur. C’est lĂ  que le travail d’équipe prend tout son sens.

Le dernier acte atteint les sommets d’émotions attendus avec des sons pianissimi de toute dĂ©licatesse et un jeu poignant. De part son engagement scĂ©nique et vocal toute la soirĂ©e et surtout ce dernier acte admirable, Polina Pastirchak sera notre Violetta prĂ©fĂ©rĂ©e.  Pour Alfredo la comparaison des deux tĂ©nors est sans appel. Airam HernĂĄndez est un tĂ©nor au timbre agrĂ©able mais sans personnalitĂ© et le tĂ©nor malhabile semble jouer l’opĂ©ra façon annĂ©es 50. La maniĂšre dont il se comporte au dernier acte est dĂ©solante. Il s’installe aux pieds de Violetta mourante en cherchant Ă  se placer confortablement !

Le tout jeune KĂ©vin Amiel avec la fougue de la jeunesse et un vrai travail d’acteur est tout simplement Alfredo. Le timbre solaire et clair, immĂ©diatement reconnaissable, a une sĂ©duction irrĂ©sistible. Il abuse de notes tenues aiguĂ«s mais elles sont si belles
 qu’il est impossible d’y rĂ©sister. Son jeu au dernier acte est bouleversant. VoilĂ  un jeune tĂ©nor promu Ă  une belle carriĂšre.
Tout oppose les deux Germont. Nicola Alaimo a une voix de stentor et une technique belcantiste de haut vol. Son personnage est tout d’une piĂšce : celui qui persuadĂ© de son bon droit et sĂ»r de son fait ne soupçonne mĂȘme pas le mal qu’il fait. AndrĂ© Heyboer est un Germont plus tourmentĂ© et un acteur plus nuancĂ©. Vocalement il n’a pas les atouts de son aĂźnĂ© mais il s’approprie bien ce rĂŽle avec prestance.
Les petits rĂŽles sont admirablement tenus y compris par les chanteurs sortis du chƓur du Capitole. Tenir son rang Ă  cotĂ© de tous ces chanteurs de premier plan est encourageant.  La derniĂšre reprĂ©sentation Ă©tait une session supplĂ©mentaire organisĂ©e devant le succĂšs des rĂ©servations. La salle comble jusqu’aux places avec trĂšs peu de visibilitĂ©, a fait un triomphe Ă  cette magnifique production : standing ovation. Et il avait fallu refouler du monde 
. Toulouse est bien l’une des villes qui aime le plus l’opĂ©ra. L’ùre de Christophe Gristi s’annonce excellente.

 

 
 

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs La Dame aux camĂ©lias d’Alexandre Dumas fils ; CrĂ©ation le 6 mars 1853 au Teatro la Fenice Ă  Venise ; Nouvelle coproduction ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra National de Bordeaux . Pierre Rambert, mise en scĂšne ; Antoine Fontaine, dĂ©cors ; Frank Sorbier, costumes ; HervĂ© Gary, lumiĂšre ; Laurence Fanon, collaboratrice artistique. Avec : Anita Hartig / Polina Pastirchak*, Violetta ValĂ©ry ; Airam HernĂĄndez / KĂ©vin Amiel*, Alfredo Germont ; Nicola Alaimo / AndrĂ© Heyboer*, Giorgio Germont ; Catherine Trottmann, Flora Bervoix ; Anna Steiger, Annina ; Francis Dudziak, Docteur Grenvil ; François Piolino, Gaston de LetoriĂšres ; Marc Scoffoni, Baron Douphol ; Ugo Rabec Marquis d’Obigny ; Danseurs : Sophie CĂ©likoz et François Auger ; Orchestre National du Capitole ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani direction ; Direction musicale: George Petrou.

 

 

 

 

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Prochaine production lyrique Ă  l’affiche du Capitole de TOULOUSE : La Ville morte de Korngold, du 22 nov au 4 dĂ©cembre 2018.
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/5565445

 

 

 

 

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‹VOIR notre reportage La Ville Morte de Korngold, les clĂ©s de comprĂ©hension, production dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra (en mars 2015) – entretien avec Philippe Himmelmann

http://www.classiquenews.com/reportage-video-la-ville-morte-de-korngold-1920-au-theatre-graslin-de-nantes-jusquau-17-mars-2015/

Compte-rendu, concert. Toulouse, Jacobins, le 26 sept 2018. Granados. Mompou
 L F PĂ©rez, Piano.  

PEREZ Luis piano par classiquenews_luis_fernando_perezCompte rendu concert. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2018. Granados. Mompou. De Falla. AlbĂ©niz. Debussy. Luis Fernando PĂ©rez, Piano. Luis Fernando PĂ©rez est certainement aujourd’hui le pianiste le plus habile Ă  tisser des liens chaleureux entre le piano de France et d’Espagne. SpĂ©cialiste incontestable des maĂźtres espagnols dont il a la chaleur dans les veines, son interprĂ©tation de Debussy ne manque pas de sĂ©duction. En effet dĂšs les trois Danses Espagnoles de Granados, l’évidence rythmique, et la foisonnance des couleurs s’imposent pour ne jamais lasser. Puis Mompou est un compositeur plus difficile et pas si Ă©vident pour le public. Il est curieux de savoir que ce compositeur travaillait par « dĂ©graissage », de ses compositions premiĂšres jusqu’à ne laisser que les notes essentielles. Car sa musique demeure complexe et sonne richement. MĂȘme si ses scĂšnes d’enfants ont une prime d’apparente simplicitĂ©, ce ne sont pas des pages si Ă©videntes. PĂ©rez en rend une certaine candeur et la prĂ©cision de ses doigts fait merveille. La suite de l’Amour Sorcier de De Falla est comme une apothĂ©ose de couleurs, de rythmes endiablĂ©s, de nuances portĂ©es jusqu’à l’incandescence. Le piano de PĂ©rez peut ĂȘtre tonitruant et fracassant quand il le faut, mais comme il sait aussi chanter et nuancer vers l’infime, les confidences d’amour. Ce qui aura marquĂ© dans ces trois groupes de piĂšces de compositeurs ibĂ©riques, c’est le sens du rythme incessamment dĂ©veloppĂ© et enrichi qui fait toute la beautĂ© de l’interprĂ©tation de PĂ©rez. Un sens du rythme aussi parfait, est rare et tout Ă  fait prĂ©cieux ici.

En deuxiĂšme partie de programme l’alternance de piĂšces de Debussy et d’AlbĂ©niz est passionnante. PĂ©rez fait sonner son  piano diffĂ©remment ; une poĂ©sie plus subtile se crĂ©e. Mais il y a comme une lumiĂšre trop forte pour Des pas dans la neige. Pas assez de mystĂšre, trop d’organisation. C’est la contrepartie de cet amour du rythme qu’incarne PĂ©rez.
La CathĂ©drale engloutie est beaucoup plus lumineuse et moins impressionniste que d’habitude. L’harmonie et le rythme structurent une vision plus droite et prĂ©cise des arches, portiques et vitraux ; l’eau pure ne brouille pas la vision avec des vagues et des ombres de l’onde mouvante.

La soirĂ©e dans Grenade est Ă©videment la piĂšce de Debussy la plus aboutie, vĂ©ritable tableau vivant, comme en miroir de l’hommage pour le tombeau de Debussy par AlbĂ©niz. VoilĂ  le cƓur du rĂ©cital et lĂ  oĂč Luis Fernando PĂ©rez est royal. Quand au premier cahier d’Iberia toujours d’AlbĂ©niz l’interprĂ©tation de PĂ©rez est inouĂŻe de vie toujours dansĂ©e mais aussi chantĂ©e et mĂȘme pleurĂ©e avec un Corpus Christi in Sevilla Ă  faire se lever les foules 
en transe. L’Isle joyeuse est presque bacchanale ici et loin des tableaux de Watteau, mais quelle Ă©nergie, quel piano heureux !
En bis le clair de Lune de Debussy a Ă©tĂ© pure poĂ©sie comme il se doit et l’appel aux rĂȘves les plus doux.
Luis Fernando PĂ©rez est un grand musicien qui aborde avec panache, bonheur et prĂ©cision un pan de rĂ©pertoire complexe du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle. Un grand artiste osant s’approprier de grands compositeurs avec gĂ©nĂ©rositĂ© et originalitĂ©. Le public de Piano Jacobin lui a fait fĂȘte.

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Compte rendu concert. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2018. Enrique Granados (1867-1916) : Trois danses espagnoles ; Federico Mompou (1893-1987) : ScĂšnes d’enfants ; Manuel De Falla (1876-1946) : L’amour sorcier suite ;  Isaac AlbĂ©niz (1860-1909) : Iberia, premier cahier ; Hommage pour le tombeau de Claude Debussy ; Claude Debussy (1862-1918) : Des pas sur la neige ; La cathĂ©drale engloutie ; La soirĂ©e dans Grenade ; L’Isle joyeuse. Luis Fernando PĂ©rez, Piano.

Compte-rendu concert. Toulouse. Chapelle des Carmélites, le 24 septembre 2018. Bach. Buxtehude Les Passions-Orchestre Baroque. Jean-Marc Andrieu.

Compte-rendu concert. Toulouse. Chapelle des CarmĂ©lites, le 24 septembre 2018. Bach. Buxtehude.  Les Passions-Orchestre Baroque. Jean-Marc Andrieu. La jolie saison des musique en dialogue aux CarmĂ©lites Ă  l’initiative de Catherine Kaufmann Saint Martin, qui le temps d’une Ă©tĂ© rĂ©veille la dĂ©licate Chapelle des CarmĂ©lites de Toulouse, se terminait ce dimanche par un concert de grande tenue.

Si Gilles Catagrel n’a pas failli Ă  son rĂŽle d’érudit, lui qui a Ă©crit de nombreux ouvrages sur Bach. Il  a toujours gardĂ© Ă©lĂ©gance et un certain panache mais il a semblĂ© un peu sentencieux et top peu synthĂ©tique dans sa prĂ©sentation du Voyage Ă  LĂŒbeck, se perdant dans ses digressions. A mon gout il fait du jeune Bach un homme dĂ©jĂ  mur et sĂ©rieux alors que l’anecdote est tout Ă  fait causasse. A peine engagĂ© pour son premier poste, Ă  tout juste 20 ans, Bach s’échappe quatre mois et revient la tĂȘte haute, disant avoir «  appris bien des choses utiles Ă  son art » comme toute excuse. Certes la rencontre avec Buxtehude a Ă©tĂ© historique mais dans la grande effervescence entourant l’organisation gigantesque des fĂȘtes de LĂŒbeck organisĂ©es par Buxtehude il n’ y a pas eu que des discussions sĂ©rieuses entre les trĂšs nombreux musiciens.

 

 

Le sérieux du protestantisme allemand
dans la luxuriance italienne des Carmélites de Toulouse :
quel contraste !

 

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Le pendant entre la musique de Buxtehude et de Bach est trĂšs souvent mis en valeur dans les concerts. C’est en tous cas avec plaisir que l’écoute des cantates des deux grands maitres allemands permet des rapprochements fĂ©conds. Jean-Marc Andrieux avec ses amis musiciens des Passions a su crĂ©e un Ă©crin parfait pour les quatre chanteurs. Ceux ci trĂšs impliquĂ©s tant musicalement que dramatiquement ont su faire passer cette importance du texte dans ces Cantates. Car c’est bien lĂ  la rĂ©volution spirituelle du protestantisme qui permettait aux fidĂšles non lettrĂ©s de comprendre dans leur langue vernaculaire la liturgie directement et non le dans le latin habituel dans la musique de la contre-rĂ©forme. Au niveau vocal la soprano Anne MagouĂ«t et le tĂ©nor SĂ©bastien Obrecht sont admirables avec une projection vocale aisĂ©e et des belles couleurs. Leur chant trĂšs nuancĂ© a fait merveille. L’alto Pascal Bertin a malheureusement parfois disparu au sein du quatuor et des instruments. La basse Stephan Imboden a convenablement assurĂ© sa partie sans jamais faillir.

La Cantate BWV 4 a Ă©tĂ© en fin de concert le moment le plus abouti car cette cantate de jeunesse est prodigieuse d’invention.  Cette trĂšs belle version chambriste Ă  un par voix a Ă©tĂ© dirigĂ©e avec probitĂ©, nuances et Ă©lĂ©gance par Jean-Marc Adrieu Bach a su  au sein du cadre de la Cantate Choral, car le thĂšme est prĂ©sent dans chaque verset, diversifier Ă  l’infini la beautĂ© du chant humain habitĂ© par la grĂące divine. L’invention de Bach au retour de Lubeck dĂ©passe tout l’art du vieux maitre Buxtehude. Cette puissance crĂ©atrice de Bach nous savons comme ensuite elle n’a cessĂ© de croitre pour donner un corpus gigantesque et ne s’éteindre qu’avec la mort heureusement trĂšs tardive du maitre. Son Ɠuvre demeure une somme musicale Ă  la gloire toujours renouvelĂ©e. Le public a Ă©tĂ© ravi de voyager dans l’Allemagne de la rĂ©forme avec sa  musique si riche. Un petit pied de nez situant ce concert dans la chapelle la plus ornĂ©e et la plus italienne de Toulouse, que certains nomment la petite Sixtine 
 et dans une chaleur estivale et Ă©touffante.

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse ; Chapelle des CarmĂ©lites, le 24 septembre 2018 ; Festival Musiques en dialogue aux CarmĂ©lites : le Voyage de Bach Ă  LĂŒbeck. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Der Herr denket an uns  BWV 196 ; Christ lag in Todesbanden  BWV 4 ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Herren war Gud  BuxWV 40 ; Jesu meines Lebens Leben  BuxWV 62 ; Walts Gott meine Werk ich lasse  BuxWV 103 ; Gilles Cantagrel, narrateur ; Les Passions-Orchestre Baroque ; Anne MagouĂ«t, soprano ; Pascal Bertin, alto ; SĂ©bastien Obrecht, tĂ©nor ; Stephan Imboden, basse ; Jean-Marc Andrieu, direction. Photos JJ Ader

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 21 sept 2018. Brahms. Prokofiev. Kozhukin. Orch Nat du Capitole de Toulouse. Sokhiev.

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 21 septembre 2018. Brahms. Prokofiev. Kozhukin. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Sokhiev. Le concert de rentrĂ©e Ă  Toulouse allie comme Ă  son habitude les dĂ©buts de la saison de l’orchestre du Capitole et un grand pianiste invitĂ© par Piano aux Jacobins. C’est ainsi que le public nombreux a fait une ovation au jeune pianiste virtuose Denis Kozhukin. Son jeu souverain dans le terrible deuxiĂšme concerto de Prokofiev est enthousiasmant. Brillant, joueur et fulgurant, le pianiste russe trentenaire ne peut s’oublier. Tant d’aisance dans son jeu, alliĂ© Ă  une dĂ©licate musicalitĂ© ont font un interprĂšte rĂȘvĂ© pour ce rĂ©pertoire si exigeant. Le duel Ă  fleuret mouchetĂ© est parfaitement exĂ©cutĂ© par le chef et le soliste. Les pointes d’humour sont pleines d’esprit et l’entente avec Tugan Sokhiev a crevĂ© les yeux. Comme Ă  son habitude le chef russe est louvre-denis-kozhukhin-pianoun partenaire de choix pour le soliste, attentif Ă  maintenir parfaitement l’équilibre entre piano et orchestre et soutenant du regard le soliste, dans un dialogue constant avec ses musiciens. Cette version rythmiquement enthousiasmante, admirablement phrasĂ©e et nuancĂ©e, emporte l’adhĂ©sion du public qui fait un vĂ©ritable triomphe aux musiciens. En bis, le Brahms tardif de l’Intermezzo n°1 admirablement phrasĂ© et nuancĂ© par Denis Kozhukin, le range parmi les interprĂštes romantiques sensibles.

 

 

 

Ouverture de la saison musicale Ă  TOULOUSE

Tugan Sokhiev en sa sublime maturité

 

 

 

Car Brahms a encadrĂ© le terrible concerto virtuose. D’abord avec les Variations sur un thĂšme de Haydn Op.56A. SonoritĂ©s somptueuses, rigueur dans la belle construction de l’Ɠuvre portent Ă  un haut niveau cet art de la variation. La souplesse et la noblesse des phrasĂ©s et la beautĂ© sonore des timbres, tout met en valeur la grandeur classique de cette Ɠuvre. La passacaille finale est un chef d‘Ɠuvre d’élĂ©gance sans Ăąge dont Tugan Sokhiev fait un moment envoĂ»tant.

AprĂšs l’entracte la Symphonie n°1 de Brahms en apothĂ©ose reste la grande surprise de ce concert. La beautĂ© de l’Orchestre du Capitole, des solistes quasi hallucinĂ©s, des cordes profondes et solides, capables de nuances infinies, 
 il n’est possible que de louer le travail rĂ©alisĂ© par l’orchestre tant au niveau des soliste que des pupitres. Cet orchestre joue Brahms Ă  la perfection dans une plĂ©nitude sonore incroyable. La soliste la plus remarquable ce soir par une implication inouĂŻe et une densitĂ© sonore incroyable est la flĂ»tiste Sandrine Tilly, Ă©mouvante comme jamais. Ces collĂšgues, le hautboĂŻste Chi-Yuen Cheng et le clarinettiste David Minetti sont Ă  la hauteur d’un tel engagement avec des Ă©changes chambristes remplis d’émotions. Le cor de Jacques Deleplanque dans ces moments solistes si importants est comme attendu, absolument souverain. Mais jamais les violons n’ont Ă©tĂ© capables d’ĂȘtre si compacts avec cette souplesse. Les violoncelles dans une chaleur de timbre de la plus belle eau ont ravi le public. Le  pupitre des contrebasses menĂ© par D.L Vergnes a Ă©tĂ© extrĂȘmement sĂ»r et structurĂ© ; avec fermetĂ© et Ă©lĂ©gance, il a  construit une base sublime Ă  ce superbe Ă©difice sonore.
Si les musiciens de l’orchestre ont Ă©tĂ© si engagĂ©s et si sensationnels c’est bien Ă  la direction sensuelle et parfaitement maitrisĂ©e de Tugan Sokhiev qu’ils le devaient. Car comment dĂ©crire la maturitĂ© de la direction de Tugan Sokhiev en restant fidĂšle Ă  l’enthousiasme qu’il dĂ©clenche sur scĂšne comme dans la salle sans paraĂźtre excessif ?

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerLA MAGIE SOKHIEV
 A main  nue avec des gestes constamment renouvelĂ©s, comme  par exemple ses points fermĂ©s, il sculpte les phrases dans l’air et la musique semble sourdre de ses gestes comme une source intarissable. Les phrases sont vastes, le chant semble inaltĂ©rable quand la puissance des accents donne une grande force expressive aux thĂšmes. La structure est parfaitement mise en lumiĂšre par sa direction, chaque mouvement parfaitement dĂ©veloppĂ© mais Ă©galement dans une conscience de toute la symphonie avec un Ă©quilibre parfait entre les mouvements. Le final atteignant des sommets de puissance expressive dans une plĂ©nitude sonore enthousiasmante. Depuis plus de dix ans, nous suivons l’évolution de ce chef exceptionnel et savourons sa maturitĂ© artistique dans ce rĂ©pertoire si exigeant car les symphonies de Brahms sont dĂ©fendues par les plus grandes baguettes et depuis longtemps. J’ose Ă©crire que la version de ce soir atteint des sommets absolus. L’orchestre du Capitole peut ĂȘtre fier du chemin parcouru, les Toulousains doivent ĂȘtre conscients d’avoir un chef d’une trempe historique. Les auditeurs Ă  la radio ont pu percevoir la grandeur de ce concert mais la vision de la direction de Tugan Sokhiev Ă  main nue est un vĂ©ritable poĂšme dont seul le public peut dĂ©guster les effets.
Magnifique concert de rentrĂ©e qui laisse augurer d’autres moments magiques pour la saison symphonique 2019 / 2019 Ă  Toulouse. Merci Ă  Tugan Sokhiev d’ĂȘtre un si grand catalyseur de talents dans la Ville Rose. Merci Ă  Toulouse d’avoir su l’accueillir et de savoir le garder encore un peu.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 21 septembre 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thÚme de Haydn, Op. 56A ; Symphonie n°1 en ut mineur Op. 68 ; Serguei Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre  n° 2 en sol mineur Op. 16 ; Denis Kozhukin, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

Compte-rendu Concert. 4ùme Festival de Lagrasse. Église Saint Michel, le 8 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique

Compte-rendu Concert. 4Ăšme Festival de Lagrasse. Église Saint Michel, le 8 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique. Le moment attendu et magique de cette gĂ©nĂ©reuse soirĂ©e musicale Ă©tait le Quintette « La Truite » de Schubert par Adam Laloum et ses amis. Lui qui nous confiait aimer choisir avec qui jouer une Ɠuvre a rĂ©uni une plĂ©iade de fins musiciens Ă  ses cotĂ©s pour ce monument de beautĂ© et de gaietĂ©. Tous sont de fabuleux solistes par ailleurs et  tous se donnent comme objectif une fusion de chaque instant dans une Ă©coute admirable et Ă©mue.  La vivacitĂ© des rĂ©ponses, la dĂ©licatesse des nuances et la gĂ©nĂ©rositĂ© des phrasĂ©s caractĂ©risent cette belle interprĂ©tation. Le rythme est bondissant tout en souplesse, et les couleurs miroitent. Le piano d’Adam Laloum est d’une beautĂ© renversante. Le son est puissant, Ă©clatant mĂȘme par endroits, mais ce qui rĂ©gale c’est le rebondi des notes comme des bulles, et les trilles comme des rires. J’aime toujours que le pianiste soit excellent dans cette Ɠuvre mais certains en font trop. Le gĂ©nie de Laloum me le confirme, le pianiste doit ĂȘtre parfait musicien mais  il lui faut aussi savoir tenir un Ă©quilibre constamment renouvelĂ©. Toute la coulĂ©e d’eau, le flux dans lequel la musique se meut vient du piano et la beautĂ© du son de Laloum est toute de gĂ©nĂ©rositĂ©.

   

Laloum et ses amis… tous magiques dans la Truite de Schubert

 
 
 

lagrasse festival adam laloum piano critique concerts par classiquenews 2018

  

La maniĂšre pleine d’amitiĂ© dont il Ă©coute ses collĂšgues, les regarde, les provoque puis les suit est jubilatoire. Voici un vĂ©ritable gĂ©nie chambriste. Chacun semble se rĂ©galer de jouer sa partie, chacun d’écouter  celle des autres. Quelle Ă©nergie, quelle tenue de son ! Les visages heureux sont sur scĂšne autant que dans la salle Ă  la fin de cette « Truite » solaire qui restera dans les mĂ©moires. autours de ce soleil les autres planĂštes de ce concert sont des piĂšces de grande originalitĂ© chacune interprĂ©tĂ© avec art. Ainsi un Ă©trange trio de FaurĂ© Ɠuvre un peu fanĂ©e de ses derniĂšres annĂ©es de composition, son charme est raffinĂ©. Ce soir l’alchimie alto, violoncelle, piano fonctionne sur des couleurs pastels et des rythmes plus dĂ©licats que puissants. L’amitiĂ© partagĂ©e entre les musiciens donne de l’intĂ©rĂȘt Ă  cette partition fragile du dernier FaurĂ© comme hors des modes. Martinu dans une Ɠuvre exigeante et aux rĂ©fĂ©rences complexes offre au violon et l’alto des dĂ©fis interprĂ©tatifs que Philippe Chardon et LĂ©a Hennino relĂšvent sans peine. Lui avec une grande concentration, elle avec davantage de charme et de sourires.

En deuxiĂšme partie une trĂšs belle surprise attend le public. Dover Beach de Samuel Barber est une partition belle et noble qui met en lumiĂšres variĂ©es un beau poĂšme de Matthew Arnold. Avec un art du dire plein de profondeur et une voix homogĂšne et chaude, la mezzo Fiona McGown semble trĂšs Ă  l’aise et charme le public. Ses partenaires sont au diapason d’une sorte de mĂ©lancolie noble qui cherche la distanciation. La perte de la religion prĂ©sentĂ©e non pas comme une libertĂ© gagnĂ©e mais comme une solitude mortifĂšre inĂ©vitable.  Ensuite  l’orgue a pu rĂ©sonner sous les doigts dĂ©licats et finement musiciens de Michael SeeligmĂŒller. Son interprĂ©tation nuancĂ©e et Ă  la registration dĂ©licate de la sonate en trio en mi mineur de Bach a apportĂ© paix et sĂ©rĂ©nitĂ© en rĂ©ponse aux mots tragique du poĂšme. Voici un beau moment d’orgue parfaitement intĂ©grĂ© au vaste programme. Une Ɠuvre plus connue a pu terminer le concert. Le quatuor avec piano de Brahms est une Ɠuvre tragique, difficile Ă  interprĂ©ter et pas facile d’écoute. La particularitĂ© Ă©tait d’entendre deux fratries dans ce quatuor. Les frĂšres Bellom au violoncelle et au piano et le frĂšre et la sƓur Chilemme lui au violon elle Ă  l’alto. Si la maturitĂ© artistique des Chilemme leur a permis de rendre le tragique de la piĂšce, et de dominer leurs parties, les trĂšs jeunes frĂšres  Bellom ont eu le cran d’assurer leur partie mais sans pouvoir en rendre toute la profondeur. Surtout le piano de Guillaume Bellom qui afin de survivre Ă  l’écriture trĂšs difficile au sein de l’andante a jouĂ© fin et dĂ©licat mais au prix de moments de quasi absence face au volume sonore des cordes. Un bel essai qui promet beaucoup pour ces jeunes artistes Ă  suivre. Le public a Ă©tĂ© sensible Ă  cet Ă©norme dĂ©fit gagnĂ© jusque dans le final acrobatique aux rythmes diaboliques par les quatre musiciens.

Un concert d’une longueur exceptionnelle en raison de la gĂ©nĂ©rositĂ© de tous ces fabuleux artistes que la direction artistique d’Adam Laloum sait ne vouloir brimer jamais.

Un mot complémentaire sur les conditions de réalisation exceptionnelles de ce festival dont le succÚs doit également à un nombre considérable de bénévoles, tous particuliÚrement disponibles. La générosité et la simplicité dominent ces jours de festival loin du bruit et de la fureur de la rentrée.

 
  
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Compte-rendu Concert. 4 ieme Festival de Lagrasse. Eglise Saint Michel, le 8 septembre 2018. . Gabriel FaurĂ© (1845-1923) : Trio en rĂ© mineur ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois, violoncelle ; Guillaume Belom, piano.  Bohuslav Martinu (1890-1959) : 3 Madrigals ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto. Schubert (1797-1828) : Quintette « La Truite » ; Guillaume Chilemme : violon ; Lise Berthaud : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; Mathias Lopez : contrebasse ; Adam Laloum : piano. Samuel Barber (1910-1981) : « Dover Beach » Op.3 ; Fiona McGown : mezzo-soprano ; Philippe Chardon : violon ; Guillaume Chilemme : violon ; Marie Chilemme : alto ; Adrien Bellom : violoncelle. Johann Sebastian Bach (1685-1750) ; Trio Sonate No 4 en Mi Mineur BWV 528 ; Michael SeeligmĂŒller : orgue. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor en Sol Mineur Op.25 ; Guillaume Chilemme : violon. Marie Chilemme : alto. Adrien Bellom : violoncelle ; Guillaume Bellom : piano.

 

Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le 2 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique.

laloum adam pinao concertos brahms cd sony review cd cd critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. 4Ăšme  Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le 2 septembre  2018. Adam Laloum : piano  et direction artistique. La particularitĂ© de ce festival en terme de programmation est une association trĂšs originale entre le rĂ©pertoire d’orgue et le rĂ©pertoire chambriste. Cette singularitĂ© vient de l’amour des organisateurs pour cet orgue Puget, honneur du travail merveilleux de la dynastie des facteurs d’orgue toulousain au XIXĂšme siĂšcle. Bien que de taille modeste cet instrument sonne extraordinairement clair et puissant dans l’église Saint-Michel de Lagrasse.

 

A Lagrasse toujours plus de passion musicale.

Pour sa derniĂšre intervention sur cet instrument qu’il apprĂ©cie beaucoup, Nathan J. Laube a offert au public un chef d’Ɠuvre renversant de puissance et de brillance. Cette Fantaisie et fugue de Bach adaptĂ©e par Reger est pleine d’une intelligence diabolique avec une superposition jusqu’à 5 voix. Le jeune organiste amĂ©ricain sans aucun moment de relĂąchement, dans un tempo tenu et qui avance constamment a rendu Ă  chaque note toute sa lumiĂšre. Quand on sait la difficultĂ© technique et la complexitĂ© harmonique que cette Ɠuvre recĂšle il est possible de mesurer la virtuositĂ© et la musicalitĂ© de Nathan J. Laube. Il nous a offert un  Bach en majestĂ© dans un son plein de vie presque aveuglant de lumiĂšre. Le jeu de Nathan J. Laube est absolument exceptionnel et rare.

Faire suite Ă  un univers sonore si envahissant n’est pas chose aisĂ©e et c’est, je l’ai dĂ©jĂ  dit, la difficultĂ© demandĂ©e aux oreilles des auditeurs. Mais le charme de RaphaĂ«l SĂ©vĂšre est si fort son jeu si envoutant que trĂšs rapidement le public admire la fine musicalitĂ© de son jeu si assorti Ă  celui de Jonas Vitaud. Cette sonate de ce dĂ©licat musicien du XVIII iĂšme siĂšcle nous offre une sonate, initialement Ă©crite pour flĂ»te, trĂšs aboutie pour la clarinette. Un peu comme si le temps avait Ă©tĂ© donnĂ© Ă  Mozart pour Ă©crire encore un autre chef d’Ɠuvre pour son instrument de prĂ©dilection en sa fin de vie. L’andante en particulier est un moment de grĂące suspendue.  RaphaĂ«l sĂ©vĂšre yeux fermĂ©s, Jonas Vitaud oreilles toutes ouverts et doigts de fĂ©e, nous offrent un moment inoubliable. Ensuite la mĂȘme dĂ©licate poĂ©sie va habiter les deux interprĂštes de la version pour violoncelle de la Fantasiestucke de Schumann.  Jonas Vitaud et Adrien Belom sont comme transfigurĂ©s par la beautĂ© de la partition de Schumann. Par cƓur, le regard perdu dans l’au delĂ  de la musique de Schumann le jeune violoncelliste a un son d’un soyeux de rĂȘve. Jonas Vitaud colore en aquarelliste son piano. La fantaisie au sens poĂ©tique est au pouvoir et guide le public vers un autre monde. AprĂšs ces deux duos rares et Ă©mouvants c’est au trio de la sĂ©rĂ©nade de Dohnanyi de nous ravir et nous entrainer en Hongrie, dans cette Mittel-Europa qui a fait rĂȘver tant de compositeurs et ne cesse d’enrichir l’écoute du public. En cinq mouvements d’une inventivitĂ© rare et d’une virtuositĂ© sensationnelle tout le paysage dansant depuis la musique populaire tzigane jusqu’au plus subtile hommage Ă  Haydn le musicien savant et poudrĂ©.  Tout ce qui vit, danse et chante se retrouve sous les doigts enflammĂ©s de nos trois musiciens. Charlotte Juillard est flamme vive, LĂ©a Hennino fleuve brumeux comme le Rhin et Yan Levionnois a des sonoritĂ©s boisĂ©es et un sens du rythme impayable, tous trois crĂ©ent un monde fascinant. Le public charmĂ© par ces trois oeuvres rares fait une ovation Ă  chaque groupe de musiciens conscient des moments prĂ©cieux vĂ©cus. AprĂšs le sympathique entracte sous la halle centrale nous retrouvons le directeur artistique du festival, Adam Laloum. Sa direction est justement nommĂ©e artistique car chaque programme est Ă©quilibrĂ© et permet de retrouver de soir en soir les artistes aimĂ©s dans une progression particuliĂšrement intĂ©ressante. Les amis d’adolescence musicale, Charlotte et Adam, qui ont donnĂ© leur premier concert ensemble Ă  Toulouse avec cette sonate se retrouvent pour la sensationnelle sonate de Franck ici pour violon et piano (il existe une version pour violoncelle). Les moyens techniques requis sont fabuleux pour les deux instrumentistes mais les pianistes disent tous combien certains moments sont quasiment injouables. Il ne m’est pas possible de dĂ©tailler une interprĂ©tation qui mĂ©riterait un enregistrement d’urgence tant elle est passionante. Certes l’amitiĂ© entre Adam Laloum et Charlotte Juillard explique beaucoup de choses, mais Ă©galement les souvenirs du temps ou leurs rĂȘves les plus fous les portaient, le moment venu d’éprouver Ă  nouveau avec des moyens techniques et musicaux diffĂ©rents l’ivresse de cette sonate. Pouvaient ils imaginer atteindre en 15 ans cette perfection ? Car l’interprĂ©tation porte la marque de la perfection au sens ou Franck ne peut ĂȘtre mieux interprĂ©tĂ© avec cette passion, ces moments de fougues, de retenues mais toujours avec la plus grande Ă©lĂ©gance. Cette partition sonne si française mais avec des moments trĂšs romantiques. Grand succĂšs du public qui ovationne Laloum et Juillard heureux de leur interprĂ©tation. Il reste la derniĂšre Ɠuvre du programme. Cette vaste fresque de Chausson du poĂšme de l’amour et la mer. La rĂ©duction trĂšs habilement rĂ©alisĂ©e permet et une dimension symphonique et une qualitĂ© d’émotion chambriste. Chacun est trĂšs habitĂ© par la beautĂ© de la partition  et donne Ă  la cantatrice tout le matĂ©riel nĂ©cessaire Ă  son envol vocal. La voix de Marie-Laure Garnier a pris en un an (nous l’avions dĂ©couverte ici l’an dernier) une ampleur phĂ©nomĂ©nale. Son engagement ce printemps dans la Walkyrie Ă  Toulouse in extremis avait Ă©tĂ© trĂšs remarquĂ©. La large voix dĂ©veloppe de beaux phrasĂ©s et nuance dĂ©licatement. Le texte est habitĂ© et chanté  avec beaucoup d’émotion. Son « l ‘oubli » donne le frisson. Je crois que les cinq  instrumentistes (que nous savons tous ĂȘtre de fabuleux solistes) ont su avec leur engagement total, offrir le soutien exact dont la vaste voix avait besoin. Le public exulte aprĂšs cette apothĂ©ose Ă©motionnelle savamment construite. Quel festival ! Pas de doutes Adam Laloum est Ă©galement un grand directeur artistique.

 

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le 2 septembre  2018. Johann SĂ©bastian Bach (1685-1750) : Fantaisie chromatique et fugue en rĂ© mineur BWV 903 ; Nathan J. Laube : orgue ; François Devienne (1759-1803) : Sonate N°1 en Ut majeur ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Jonas Vitaud : piano ; Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestucke Op.73 ; Adrien Bellom : violoncelle ; Jonas Vitaud : piano ; ErnƑ Dohnanyi (1877-1960) : SĂ©rĂ©nade pour violon, alto et violoncelle ; Charlotte Juillard : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois : violoncelle ; CĂ©sar Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur FWV8 ; Charlotte Juillard : violon ; Adam Laloum : piano ; Ernest Chausson (1855-1899) : PoĂšme de l’Amour et de la Mer ; Marie-Laure Garnier : soprano ; Mi-Sa Yang et Charlotte Juillard : violons ; LĂ©a Hennino : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; Tristan RaĂ«s : piano

 

 

 

 

Illustrations : C.Juillard et A.Laloum dans la sonate de Franck / Yang; Juillard; M.L Garnier; Hennino; Belom;  RaĂ«s Ă  la fin du poĂšme de l’amour et de la mer de chausson

Compte-rendu, concert. 4Úme Festival de Lagrasse, le 1er septembre  2018. Adam Laloum : piano et direction artistique.


Version 2Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le premier septembre  2018. Adam Laloum : piano et direction artistique. Pour dĂ©buter le concert la mezzo-soprano Claire PĂ©ron et le pianiste Tristan RaĂ«s nous ont fait voyager vers l’Espagne la plus profonde. Celle idĂ©alisĂ©e par les musiciens mais aussi celle populaire des affects humains les plus immĂ©diats. La voix de Claire PĂ©ron est trĂšs agrĂ©able et sa diction fait merveille. Elle campe chaque mĂ©lodie accentuant le cotĂ© populaire y compris en poitrinant ou en altĂ©rant son beau timbre Ă  des moments choisis.

Quelle générosité ! Deux sublimes Quintets ! Et tout le reste !


Version 2L’effet est enthousiasmant et le charme de la jeune femme, fleur au cheveu, opĂšre. Tristan RaĂ«s est admirable de prĂ©sence et suggĂšre toute l’ambiance de la terre et de l’air espagnole. L’entente entre les deux artistes est absolument parfaite, nuances, phrasĂ©s et jeu avec le tempo sont d’une grande subtilitĂ©. Puis Mi-Sa Yang et Jonas Vitaud nous font voyager dans la Russie populaire. L’adaptation pour violon et piano d’extraits du ballet le Baiser de la fĂ©e de Stravinski permet une interprĂ©tation accentuant le cotĂ© populaire des mĂ©lodies et les rythmes endiablĂ©s. Le jeu de Mi-Sa Yang gagne en force et en profondeur et dĂ©montre un tempĂ©rament bien plus extraverti. Jonas Vitaud lui aussi est plus franchement prĂ©sent en terme de pĂąte sonore. La performance est belle car les deux instrumentistes ne semblent par moment ne faire qu’un. Et Ă  nouveau nous apprĂ©cions la raretĂ© de l’Ɠuvre pourtant fascinante.
Le Quintette pour clarinette de Mozart est une Ɠuvre d’un sublime captivant que je ne me lasse pas d’écouter. Tout l’amour contenu dans ce quintette semble couler de la clarinette et le quatuor l’entoure et le cajole avec une grande dĂ©licatesse. RaphaĂ«l SĂ©vĂšre entourĂ© d’amis dont  Mi-Sa Yang avec qui il joue souvent est un vĂ©ritable coq en pĂąte. Il est d’une prĂ©sence rayonnante. Son jeu est incroyablement physique. Ce jeune clarinettiste qui sait depuis longtemps quel admirable virtuose il est, est  devenu une force de musique pure. Comme une source en trois dimensions qui enveloppe dans une sphĂšre tout ceux qui l’entourent. Fermant les yeux pour mieux sentir et Ă©couter les autres il semble faire corps avec son instrument pour en offrir tout le bois et la terre qui a nourri l’arbre dont est fait sa clarinette. Jouer par cƓur est dĂ©jĂ  Ă©mouvant mais avec cette concentration, cette puissance Ă©motionnelle cela devient inoubliable. Il semble vainc de chercher Ă  savoir si c’est le meilleur clarinettiste du monde, probablement oui,  mais ce qui est certain c’est que le son qu’il crĂ©e est unique par cette incarnation physique et cette recherche Ă©thique. De plus ses couleurs, ses incroyables nuances et ses phrasĂ©s creusĂ©s jusqu’à la derniĂšre molĂ©cule d’oxygĂšne donnent une puissance Ă©motionnelle unique Ă  son jeu. Le sublime du mouvement lent, l’osmose avec les cordes ne peut se dire autrement : sublimissime. Le trio est plein d’esprit mais c’est surtout le dernier mouvement qui est plein d’humour. C’est un hymne Ă  l’amitiĂ©, chacun Ă  son tour Ă©coutant avec ravissement les variations des autres. Je n’ai jamais vu des musiciens montrer avec un abandon corporel aussi sensuel leur admiration pour la musique faite par leurs collĂšgues et le bonheur qui leur est procurĂ©. Cette franchise dans le partage, cette rĂ©elle amitiĂ© musicale, ne peut mieux se percevoir que dans cette Ɠuvre si humainement fraternelle de Mozart. Le public a Ă©tĂ© emportĂ© loin et a planĂ© haut avec cette si belle interprĂ©tation du Quintette de Mozart.
La deuxiĂšme partie nous fait retrouver le sensationnel jeu de Nathan J. Laube sur l’orgue. La puissance dont il est capable, l’introspection qu’il sait y mettre en contraste, sont de grande qualitĂ©. La piĂšce de Franck trouve en lui un interprĂšte douĂ© et pĂ©nĂ©trant.
Version 2Tout modestement, seul sur scĂšne, le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre va complĂ©ter son portrait de musicien complet. Son choix d’une Ɠuvre absolument contemporaine de Bruno Montovani, Bug (partition de 1999)  fait un profond effet sur le public. La virtuositĂ©, l’inventivitĂ© et l’audace dont il fait preuve Ă  chaque instant sont sensationnelles. Je ne rajouterai sur la description de sa sonoritĂ© unique qu’une chose c’est qu’elle prend une dimension supplĂ©mentaire lorsque le clarinettiste est totalement libre de ses mouvements et danse littĂ©ralement sur scĂšne. Je crois qu’une autre Ăšre arrive pour la clarinette, un moment plus authentique qui ramĂšne cet instrument Ă  sa force tellurique avec la libertĂ© qu’ose  vivre sur scĂšne un artiste comme RaphaĂ«l SĂ©vĂšre. Il sait ĂȘtre d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance mais aussi d’une puissance animale foudroyante de beautĂ©. Il paye comptant  avec tout son corps sa recherche d’une sonoritĂ© si belle et sensuelle. Le public lui fait une vĂ©ritable ovation.
Pour terminer cet incroyable concert le quintette Op.34 de Brahms va réunir de fabuleux musiciens.
Version 2La violoniste Charlotte Juillard en vĂ©ritable chef d’attaque va insuffler une Ă©nergie communicative Ă  tous. Sa puissance Ă©motionnelle, son jeu plein et enflammĂ© sont une vraie merveille. Le deuxiĂšme violon, Philippe Chardon, en semble tout Ă©mu mais sait tenir sa partie Ă  merveille. LĂ©a Hennino Ă  l’alto va prendre une Ă©nergie nouvelle qui lui permet de briller avec un feu sombre et mĂ©lancolique. Le violoncelle de Yan Levienois trouve les mĂȘmes accents gĂ©nĂ©reux que le premier violon tout en se rapprochant souvent de l’alto si beau de LĂ©a Hennino (leurs regards complices !) dans la recherche des couleurs et des phrasĂ©s. Nous gardons pour la fin le piano symphonique d’Adam Laloum qui met en lumiĂšre la richesse harmonique de sa partie et une prĂ©sence rassurante de chaque instant. Son aisance est confondante, sa maniĂšre de veiller sur chacun de rĂ©pondre Ă  toutes leurs proposition et lui mĂȘme d’insuffler sa poĂ©tique musicalitĂ© sont joie pure. La pĂąte sonore est magnifique toute au service du sentiment. Cette alchimie faite sous nos yeux est un dĂ©lice qui porte au sublime. Et que dire de la puissance Ă©motionnelle de cette partition quand des interprĂštes de cette intĂ©gritĂ© la jouent ?  L’envol vers le sublime en plus du bonheur d’ĂȘtre là ! Quel festival incroyable ! La deuxiĂšme soirĂ©e atteint des sommets d’émotions. Le public trĂšs nombreux exulte.

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le premier septembre  2018. Manuel De Falla (1876 – 1946) : Siete Canciones Populares ; Claire PĂ©ron : mezzo-soprano et Tristan RaĂ«s : piano ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Divertimento ; Mi-Sa Yang : violon  et Jonas Vitaud : piano ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette avec clarinette en La Majeur K.581 ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Mi-Sa Yang : violon ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; CĂ©sar Franck (1822-1890) : 3 iĂ©me Choral en la mineur ; Nathan J. Laube, orgue ;  Bruno Mantovani (1974) : Bug pour clarinette solo ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette avec Piano en Fa Mineur Op.34 ; Charlotte Juillard : violon ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois : violoncelle ; Adam Laloum : piano.

 

 

Compte-rendu, concert. Pages Musicales de Lagrasse, le 31 août 2018. Adam Laloum, piano et dir artistique.

Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le 31 aoĂ»t 2018. Adam Laloum,  piano et direction artistique. Pour une ouverture en grande pompe de la 4Ăš Ă©dition des Pages Musicales de Lagrasse, nul ne pouvait rĂȘver interprĂšte plus prestigieux que l’organiste mondialement fĂȘtĂ©, qui a Ă©tudiĂ© dans le monde entier et enseigne aux USA : Nathan J. Laube. Sur l’orgue symphonique ThĂ©odor Puget de l’église Saint-Michel de Lagrasse, il a offert un jeu d’une virtuositĂ© et d’une puissance inouĂŻe dans une Ɠuvre de Mendelssohn. Si la dĂ©licatesse du jeu de flĂ»te nous a semblĂ© plus agrĂ©able et plus en harmonie avec le reste du concert, les fortissimi cathartiques du jeu Ă  pleine puissance ont Ă©tĂ© en tous cas trĂšs impressionnants.

Lagrasse : le Festival du BONHEUR

Ensuite l’oreille a pris un peu de temps pour dĂ©guster le dĂ©licat Ă©quilibre construit par le piano subtile de Jonas Vitaud et le violon diaphane de Mi-Sa Yang. Les deux artistes pleins de dĂ©licatesse et de charme ont interprĂ©tĂ© avec un bonheur constant cette trĂšs belle sonate. L’équilibre des timbres, la grĂące des phrasĂ©s, les belles nuances,  tout a Ă©merveillĂ© le public.
Puis le baryton Jacques L’AnthoĂ«n et Adam Laloum ont interprĂ©tĂ© les rares mĂ©lodies de Poulenc sur des poĂšmes d’Aragon et assemblĂ©es sous le titre « Le travail du Peintre ». Le baryton Ă©lĂ©gant n’a pas su trouver l’équilibre attendu entre projection vocale et diction. Cette recherche constante des chanteurs passant de l’opĂ©ra Ă  la mĂ©lodie est difficile. Jacques L’AnthoĂ«n doit privilĂ©gier la diction car il peut compter sur une voix naturellement belle et puissante passant trĂšs bien et se projetant loin. Il n’a pas besoin de la forcer. La diction Ă  pleine voix n’était pas comprĂ©hensible, et c’est dommage car les textes d’Eluard sont savoureux, alors qu’elle a Ă©tĂ© parfaite lorsqu’il a osĂ© murmurer…
Adam Laloum n’est pas un simple accompagnateur mais un vĂ©ritable partenaire de fraternitĂ©, soutenant le chanteur et sachant toujours parfaitement doser les nuances.


Version 2AprĂšs l’entracte, la surprise pour le public a Ă©tĂ© la dĂ©couverte d’une superbe partition de Witold Lutoslawski pour clarinette et piano. Je ne comprends pas pourquoi ces splendides pages sont si rarement jouĂ©es. Remercions RaphaĂ«l SĂ©vĂšre de les avoir inscrites au programme. Sa complicitĂ© avec Adam Laloum a Ă©tĂ© sidĂ©rante de prĂ©cision dans des rythmes d’une complexitĂ© terrifiante. Les deux amis n’ont semblĂ© trouver qu’amusement dans ces moments de quasi folie rythmique. La musicalitĂ© de leur interprĂ©tation, la souplesse des phrasĂ©s, le jeu de colorations et les nuances subtiles ont fait miroiter la sensualitĂ© de la sonoritĂ© boisĂ©e de Raphael SĂ©vĂšre dans la profondeur harmonique et la puissance expressive dans la laque prĂ©cieuse du piano d’Adam Laloum.  Les deux musiciens nous ont offert un moment de rare musicalitĂ© partagĂ©e avec un public bouche-bĂ©e et parfaitement silencieux.
Les trois chanson de Bilitis de Debussy sont peut ĂȘtre la quintessence de son art de mĂ©lodiste. La beautĂ© de la musique qui Ă©pouse les poĂšmes, le piano qui campe un dĂ©cor mouvant sont du meilleur Debussy. Claire PĂ©ron nous a rĂ©galĂ© des poĂšmes superbement dits et portĂ©s par une voix au timbre agrĂ©able ; et le piano de Jonas Vitaud a Ă©tĂ© prĂ©cis et nuancĂ© mais sans arriver Ă  trouver la  liquiditĂ© attendue ici.

Yang juilard la grasse festival adam alaloum par classiquenewsAussi belles Ă  regarder qu’émouvante Ă  Ă©couter les deux violonistes Charlotte Juillard et  Mi-Sa Yang nous ont subjuguĂ© ensuite dans la trĂšs originale sonate de Prokofiev pour deux violons sans accompagnement. Timbres chauds, phrasĂ©s portĂ©s Ă  l’incandescence et jeu de miroirs, comme d’oppositions, toute les subtilitĂ©s ont Ă©tĂ© merveilleusement offertes au public dans une complicitĂ© de chaque instant. L’énergie, l’humour et mĂȘme la facĂ©tie sont au rendez vous, mais surtout le grand bonheur.

AprĂšs tous ces duos infiniment variĂ©s et aux beautĂ©s diverses, le concert c’est terminĂ© sur un trio au romantisme dĂ©coiffant. Le trio op.101 de Brahms est un chef d’oeuvre longtemps travaillĂ© mais qui est devenu peut ĂȘtre l’une des piĂšces les plus enthousiasmantes pour ces trois instruments tant fĂȘtĂ©s par de si merveilleux composteurs. La passion de cette interprĂ©tation a Ă©tĂ© portĂ©e par le violon sauvage de Charlotte Juillard qui est presque allĂ© Ă  suggĂ©rer quelque concerto pour violon dĂ©guisĂ©. Son jeu, ses expressions et ses mouvements sont si habitĂ©s de musique que rien ne peut sembler plus Ă©mouvant avec cette force. Tristan RaĂ«s a la mĂȘme puissance romantique et il a su l’ajuster avec infiniment de dĂ©licatesse au jeu passionnĂ© de la violoniste. Le violoncelliste Adrien Bellom n’a jamais dĂ©mĂ©ritĂ© mais a semblĂ© si admiratif de la fougue de Charlotte Juillard qu’il l’a suivie mais n’a pas surenchĂ©ri Ă  ses propositions.

Un concert trĂšs gĂ©nĂ©reux et original, parfaitement construit tant dans la variĂ©tĂ© des oeuvres que la qualitĂ© des musiciens a donc ouvert le festival 2018 des Pages Musicales de Lagrasse. Tout cela annonce de bien beaux moments. Le bonheur Ă©tait sur scĂšne autant que dans l’église.

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse ; Lagrasse, Ă©glise Saint Michel, le 31 aoĂ»t 2018 ; FĂ©lix Mendelssohn ( 1809-1847): PiĂšce d’orgue ; Nathan J. Laube, orgue ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en La Majeur pour violon et piano K526 ; Mi-Sa Yang : violon ; Jonas Vitaud : piano ; Francis Poulenc (1899-1963) : Le Travail du Peintre ; Jean-Jacques L’AnthoĂ«n : baryton ; Adam Laloum : piano ; Witold Lutoslawski (1913 – 1994) : 5 Dance PrĂ©ludes ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Adam Laloum : piano ; Claude Debussy (1862-1918) : 3 Chansons de Bilitis ; Claire PĂ©ron : mezzo-soprano ; Jonas Vitaud : piano ; SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour deux violons Op.56 ; Charlotte Juillard et  Mi-Sa Yang : violon ; Johannes Brahms (1833 – 1897) : Trio en do mineur Op.101 ; Charlotte Juillard : violon ; Adrien Bellom : violoncelle ; Tristan RaĂ«s : piano.

Photos © H. Stoecklin: le bonheur partagé aprÚs le duo clarinette ( R. SévÚre )  piano (A.Laloum)  et la sonate pour deux violons ( C. Juilard et M.S Yang)

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 18 aoĂ»t 2018. Brahms. TchaĂŻkovski.Laloum / Vedernikov.

Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 18 aoĂ»t 2018. Brahms. TchaĂŻkovski. Adam Laloum. Orchestre Symphonique d’Odense.  Alexander Vedernikov. La pluie orageuse a bien failli ruiner la soirĂ©e mais la distribution de poncho de pluie, la scĂšne qui protĂšge les artistes auraient maintenu le concert coĂ»te que coĂ»te tant il Ă©tait attendu pour terminer le festival en beautĂ©. Il a tout de mĂȘme Ă©tĂ© bien agrĂ©able que les derniĂšre gouttes de pluie aient cessĂ© dĂšs l’entrĂ©e du cor dans le concerto. Ce mĂȘme deuxiĂšme concerto de Brahms nous avait enchantĂ© il y a peu sous les doigts de l’immense Nelson Freire (voir notre compte rendu).

 

 

Fin de festival Ă  La Roque d’AnthĂ©ron

La belle musicalitĂ© d’Adam Laloum

   

 

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Adam Laloum tout juste trentenaire relevait donc un sacrĂ© dĂ©fi. Il l’a fait haut la main avec un jeu souverain, d’une grande clartĂ© et d’une belle prĂ©cision. Les nuances trĂšs soignĂ©es de son interprĂ©tation, ainsi que son toucher trĂšs Ă©lĂ©gant ont Ă©tĂ© Ă©mouvants. Il a semblĂ© comme en retrait au niveau du fortissimo car nous savons qu’il peut faire tonner son piano. Ce parti pris d’une grande musicalitĂ© et de beaucoup de dĂ©licatesse n’a pas Ă©tĂ© suivi par le chef russe et son orchestre danois. C’est probablement cette absence de rĂ©ponse Ă  ses nuances et Ă  ses propositions de phrasĂ©s qui ont menĂ© Laloum Ă  toujours chercher Ă  rester maĂźtre de lui, sans oser rubato, ni nuances trop poussĂ©es dans le forte.
Car cet artiste est avant tout un fin musicien chambriste. Nous l’avions constatĂ© il y a peu Ă  Salon de Provence oĂč son jeu expressif se nourrissait constamment du dialogue avec ses collĂšgues. De mĂȘme dans son enregistrement des concertos de Brahms le dialogue avec l’orchestre dĂ©pend des rĂ©ponses obtenues, lĂ   bien plus sensibles et variĂ©es que ce soir. Le premier mouvement a donc Ă©tĂ© celui de l’attente de la part du pianiste d’une Ă©coute et de rĂ©ponses Ă  ses propositions que la direction de Vedernikov ne lui a pas offertes. Le chef a semblĂ© en effet plus soucieux d’efficacitĂ©, un peu trop fermement  que d’adaptation et de fine musicalitĂ©. En ce sens je ne crois pas que la direction de Vedernikov convienne si bien au jeu nuancĂ© et sensible d’Adam Laloum. Le deuxiĂšme mouvement a permis au pianiste de d’avantage s’imposer avec des traits plus saillants.

Mais il a fallu le sublime troisiĂšme mouvement pour que l’écoute plus chambriste directement avec les musiciens de l’orchestre satisfasse aux attentes du pianiste. D’avantage de proximitĂ© entre les musiciens solistes et le pianiste a Ă©tĂ© ressentie. Si l’orchestre d’Odense est de grande qualitĂ© il n’a pas en son sein de solistes marquants avec une personnalitĂ© spĂ©cifique ou une sonoritĂ© pleine et riche dont il est possible de se souvenir. C’est en tout cas dans ce mouvement que nuances et phrasĂ©s se sont rĂ©pondus entre soliste et orchestre. Le dernier mouvement Allegretto giocoso avec ses commentaires vĂ©loces du piano et ses nombreux contre temps a permis Ă  Adam Laloum et Ă  l’orchestre de dialoguer avec humour. Mais c’est comme si Laloum, amusĂ© et joueur avait laissĂ© au chef sa vision et s’amusait Ă  la commenter le plus agrĂ©ablement possible. Le succĂšs personnel du jeune pianiste a Ă©tĂ© remarquable avec un public trĂšs charmĂ© par son jeu.

Suite aux applaudissements gĂ©nĂ©reux, y compris des musiciens de l’orchestre associĂ©s au public, il a  donc offert deux trĂšs beaux bis. JouĂ©es de maniĂšre trĂšs introvertie et trĂšs nuancĂ©e. Un Intermezzo de Brahms lunaire et profondĂ©ment mĂ©lancolique et le deuxiĂšme moment musical de Schubert dans une simplicitĂ© et une intĂ©gritĂ© remarquables, sans sĂ©duction sucrĂ©e. Adam Laloum est un grand musicien et a su avec gĂ©nĂ©rositĂ© offrir de belles Ă©motions au public.
En deuxiĂšme partie de soirĂ©e le chef russe a offert sa vision de la 6Ăšme symphonie de TchaĂŻkovski dirigĂ©e par cƓur. Son souci de l’efficacitĂ© a manquĂ© Ă  mon gout de fines nuances et de phrasĂ©s ciselĂ©s mais les couleurs orchestrales riches de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© prĂ©sentes. Et la construction de chaque mouvement a Ă©tĂ© bien charpentĂ©e. L’orchestre d’Odense suit le chef avec panache et le public a Ă©tĂ© ravi par cette interprĂ©tation franche et dynamique.
Voici donc le  beau concert de clĂŽture du 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron, marquĂ© par la prĂ©sence en grande musicalitĂ© d’Adam Laloum. Nous le retrouverons en septembre au Pages Musicales de Lagrasse, Festival dont il est le directeur artistique dans des Ɠuvres de musiques de chambre et avec les collĂšgues de son choix et en particulier au sein de son Trio des Esprits.

 
 

 
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Compte-rendu. Concert, 38° Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 18 aoĂ»t 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bĂ©mol majeur Op.83 ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur Op. 74 « PathĂ©tique ». Adam Laloum, piano ; Orchestre Symphonique d’Odense ; Direction, Alexander Vedernikov. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’AnthĂ©ron 2018 / Huebrt Stoeklin 2018

 

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, 14 aoĂ»t 2018. Chopin. Nicholas Angelich, piano. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman.

Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 14 aoĂ»t 2018. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Genoveva Op.81; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur Op.11 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : 6 extraits du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ©. Nicholas Angelich, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction, Lio Kuokman. AprĂšs une ouverture de Genoveva de Schumann bien dramatisĂ©e et dirigĂ©e avec prĂ©cision par Lio Kuokman, le piano a Ă©tĂ© installĂ©. De sa dĂ©marche si particuliĂšre le grand Nicholas Angelich a rejoint le devant de la scĂšne.

ANGELICH-Nicolas-concert-critique-concert-piano-par-classiquenews-angelich-nicolas-recital-chopin-concert-antheron-la-roque-critique-concert-classiquenewsLe premier Concerto de Chopin a la grĂące des essais mĂȘme si il est en fait le deuxiĂšme et porte Ă©galement la marque du gĂ©nie prĂ©coce de Chopin qui le compose Ă  
20 ans. Le piano est roi et l’orchestre sert de compagnon, presque de partenaire amoureux. Chopin peut tout dire avec un piano, il n’a pas vraiment besoin de l’orchestre. Il n’a pas de vrai goĂ»t pour les compositions orchestrales mais ces deux concertos sont trĂšs agrĂ©ables. Nicholas Angelich est le pianiste rĂȘvĂ© pour ce concerto opus11 et le parc de Florans, le lieu idĂ©al pour l’écouter. Lio Kuokman dirige avec beaucoup d’attention et une belle science des Ă©quilibres. Le fait qu’il soit pianiste le rapproche en permanence de la partition de piano qu’il met en valeur. Pourtant  il ne laisse jamais tomber l’orchestre dans les moments oĂč il peut s’exprimer. Nicholas Angelich en apĂŽtre de la beautĂ© et de la douceur nuance son jeu Ă  l’envi et colore Ă  l’aquarelle son piano. Le toucher est exquis de dĂ©licatesse et il anime son phrasĂ© et son jeu lorsque la partition le demande. C’est bien Ă©videment le mouvement lent qui atteint des sommets d’élĂ©gance et de dĂ©licatesse. Le final semble nous rĂ©veiller d’un rĂȘve dans lequel nous avions rencontrĂ© une forme d’idĂ©al avec une virtuositĂ© maitrisĂ©e, discrĂšte et semblant facile aux doigts agiles d’Angelich.
Tout Ă©tant si agrĂ©able le public fait un beau succĂšs au pianiste de la dĂ©licatesse. Nicholas Angelich offre deux bis de poĂštes. Une Mazurka de Chopin et « TrĂ€umerei » des ScĂšnes d’enfant de Schumann. Choix de musique du cƓur d’une grande subtilitĂ©, qui prolongent le rĂȘve Ă©veillĂ© du larghetto de l’Op.11.

En deuxiĂšme partie de concert, nous retrouvons de belles qualitĂ©s dans la direction de Lio Kuokman en terme de clartĂ© et d’équilibrage des familles instrumentales. La petite harmonie, les bois ont de belles couleurs et les cordes sont lĂ©gĂšres et mĂȘme aĂ©riennes dans le scherzo. Les violoncelles ont une trĂšs belle chaleur et phrasent avec art. Les trompettes sont merveilleuses de brillant comme de prĂ©sence dans la marche nuptiale. Las les choses se gĂątent avec les gros cuivres qui couvrent leurs collĂšges lorsqu’ils interviennent trop fort. C’est souvent avec ces gros cuivres que les progrĂšs d’un orchestre achoppent, les nuances plus piano leur sont difficiles.

Beau programme de musiques nocturnes pour ce concert. Il restera marquĂ© par la prĂ©sence dĂ©licate de Nicholas Angelich et par un chef et un orchestre sachant ĂȘtre de beaux musiciens.

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Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 14 aoĂ»t 2018. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Genoveva Op.81; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur Op.11 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : 6 extraits du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ©. Nicholas Angelich, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction, Lio Kuokman. © C Gremiot / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 12 aoĂ»t 2018. Mompou. Schumann
Daniil Trifonov, piano.

Trifonov_© Christophe GREMIOT_12082018-3Compte-rendu, concert. 38Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 12 aoĂ»t 2018. Mompou. Schumann. Grieg. Barber. TchaĂŻkovski. Rachmaninov. Chopin. Daniil Trifonov. Je dois reconnaĂźtre que je ne m’attendais pas Ă  ce choc. Les petits gĂ©nies Ă  la technique transcendantale et poulains des grandes maisons de disque il y en a et il y en aura d’autres, et je ne me laisse pas impressionner par les succĂšs publics de quelques autres russes, asiatiques, ou amĂ©ricains. Le niveau technique ne cesse de monter et les plus jeunes s’emparent avec brio des Ɠuvres les plus difficiles dĂšs leur arrivĂ©e dans la cour des grands. La musique en sa poĂ©sie n’est pas forcement au rendez vous. Mais Daniil Trifonov est d’une tout autre trempe et j’ai Ă©tĂ© absolument bouleversĂ© par la rencontre avec ce jeune homme jouant si bien du piano. Son entrĂ©e en scĂšne est sidĂ©rante de calme et de puissance personnelle. Bien dans son corps et d’une marche belle et simple, il s’installe au piano. Barbe gĂ©nĂ©reuse et chevelure au vent, il a une allure Ă  la fois trĂšs romantique et celle qui Ă©voque un prophĂšte.

 

 

Encore plus incroyable que sa renommée


Daniil Trifonov en fulgurance Ă  La Roque

 

 

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Le programme de son concert est connu : c’est celui de son dernier enregistrement (trĂšs promu) par Deutsche Grammophon avec clip vidĂ©o, sĂ©ances photos et utilisation publicitaire large. L’intelligence du programme associant des hommages Ă  Chopin et d’une grande Ɠuvre du maĂźtre polonais (plusieurs dans les cd) est trĂšs convaincante. Ce soir aprĂšs les hommages des plus grands, c’est la deuxiĂšme sonate de Chopin, celle qui contient la Marche FunĂšbre, qui va nous Ă©mouvoir.
PlutĂŽt que de dĂ©tailler le programme facilement retrouvĂ© sur son CD pour la premiĂšre partie et qui peut s’écouter sur France-Musique je vais, pour cet artiste exceptionnel, faire une chronique inhabituelle.
Je voudrai dire combien je souscris avec respect Ă  l’avis de Marta Argerich qui lui reconnaĂźt une technique hors du commun. Les entendre dans la sonate Ă  deux pianos de Mozart dans un tempo de folie ne permet pas de savoir qui joue quoi tant les deux artistes sont capables de s’imiter Ă  la perfection, c’est dire…
Je rajouterai que cet artiste a tout, absolument tout ce qui peut se rĂȘver pour un pianiste. D’abord ce qui est remarquable, ce sont ses doigts qui semblent avoir une connexion spĂ©ciale avec les touches du piano. Ce qui rend son jeu d’une prĂ©cision incroyable et d’une luminositĂ© Ă©clatante. Chaque doigt sait comment et quand aller Ă  la rencontre de la touche et y chercher le son rĂȘvĂ© par l’interprĂšte. Je n’ai jamais entendu ni vu de jeu aussi prĂ©cis, quelque soit la vitesse.
Les mains de Daniil Trifonov sont grandes et puissantes mais surtout belles. Elles sont capables de se dissocier pour Ă©quilibrer Ă  volontĂ© entre les basses et le dessus dans la plus rare des musicalitĂ©s subtiles. Les nuances sont creusĂ©es dans une infinitĂ© de niveaux. Jamais les forte terribles ne sont violents ou durs. Pourtant quelle puissance dans les graves, j’ai cru dans la marche funĂšbre qu’il ouvrait des jeux d’orgue.

 

 

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Comment un piano arrive-t-il Ă  sonner ainsi dans les graves ? Les aigus peuvent ĂȘtre diaphanes, sonner comme des clochettes, fuser et planer haut sans limites perçues. Les accents peuvent avoir une acuitĂ© de scanner mais ce sont surtout les phrasĂ©s qui sont subtilement jouĂ©es jusqu’à leur fond. Le legato de chanteur belcantiste est hallucinant dans la partie mĂ©diane de la marche funĂšbre. Comment peut il crĂ©er ce legato si soutenu, amenĂ© au bout de la phrase sans faiblir et dans un tempo si retenu ? Comment crĂ©e-t-il cette sonoritĂ© pleine et belle et dans ce style si noble ? Il est dit par son Ă©lĂšve, Wilhelm von Lenz, que seul Chopin dans cette sonate chantait comme le grand Rubini. Je comparerai ce que fait Daniil Trifonov Ă  la chaleur et la beautĂ© du timbre de Pavarotti, dans la tenue stylistique d’un Juan Diego Flores avec la culture d’un Nicolai Gedda. Comment fait-t-il chanter les graves comme un orgue ? Planer le chant aigu si haut ?  Et ce tempo lent soutenu sans faiblir et sans lasser ? La poĂ©sie ineffable, mais certaine car ressentie, dans ce passage central de la Marche FunĂšbre, est bouleversante. Nous en arrivons donc Ă  constater combien cet artiste a de cƓur et comment il touche au cƓur son auditeur presque personnellement. Voici donc le poĂšte attendu parmi les pianistes.

Moins pudiquement nous rajouterons que le cƓur et la poĂ©sie c’est trĂšs rare mais que plus encore Daniil Trifonov joue avec ses tripes. Son attitude initiale au clavier, dos bien droit, les bras parallĂšles, peut aller vers une sorte de courbure progressive de tout le corps qui s’enroule autours du clavier. Le visage ravagĂ© par l’émotion qui vient du plus profond du corps est bien perceptible dans ces moments de quasi transe. Il y avait bien quelque chose d’un prophĂšte dans son allure. Dans son jeu il y a quelque chose d’illuminĂ©. Je ne voudrais pas laisser penser que le jeune homme se laisse aller et que son jeu pourrait perdre en contrĂŽle. Non je pense ressentir qu’il accepte l’effet physique du son et la rencontre entre son vĂ©cu intĂ©rieur et le son produit par son piano. Et ce chant si plein et vibrant fait incontestablement un effet puissant sur la public, effet qui ne passe pas dans les enregistrements mĂȘme live malgrĂ© leur perfection formelle. Jamais l’intellect n’est dĂ©passĂ© et Daniil Trifonov garde une maĂźtrise absolue sur tout ce qu’il fait. Le fait de jouer par cƓur prouve combien il y a association entre la mĂ©moire intellectuelle prodigieuse et celle du corps formĂ© Ă  la plus haute exigence technique. Beaucoup de ses enregistrements officiels sont des concerts ce qui prouve bien combien la perfection technique est toujours prĂ©sente.
Enfin l’artiste sublime est plein de malice car Ă  la fin de la premiĂšre partie son petit sourire de contentement laissait deviner en rĂ©ponse aux applaudissements que nous n’avions encore ni tout vu ni tout entendu


 

 

Trifonov_© Christophe GREMIOT_12082018-12Disons-le, il avait bien raison car en deuxiĂšme partie, la sonate FunĂšbre par Daniil Trifonov devient l’Ɠuvre la plus Ă©mouvante de Chopin que j’ai jamais entendue en concert.
AprĂšs un rĂ©cital particuliĂšrement intense le prodigieux interprĂšte offre au public en folie un bis dans une fraicheur incroyable et des sourires radieux. Daniil Trifonov est encore plus extraordinaire que la lĂ©gende qui l’entoure. C’est un gĂ©nie musical au piano !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. 38 iĂ©me Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 12 aoĂ»t 2018. Federico Mompou (1893-1987) : Variations sur un thĂšme de Chopin ; Robert Schumann (1810-1857) : Chopin, extrait du Carnaval op.9 ; Edward Grieg (1843-1907) : Hommage Ă  Chopin, extrait de Sept Impressions op.73 ; Samuel Barber (1910-1981) : Nocturne op.33 (Hommage Ă  John Field) ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) : Un poco di Chopin, extrait de Dix-huit PiĂšces op.72 ; SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943): Variations sur un thĂšme de Chopin op.22 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Sonate n°2 en si bĂ©mol mineur op.35 “FunĂšbre” ; Daniil Trifonov, piano. Illustrations : © C Gremiot / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

 

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 11 aoĂ»t 2018. BRAHMS : Nelson Freire, piano

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-5Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018.. Brahms. Dvorak  Nelson Freire. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman. Concert Ă©vĂšnement qui nous permet de retrouver Nelson Freire, devenu trop rare sur la scĂšne, et dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Le deuxiĂšme Concerto de Brahms, l’un des plus longs du rĂ©pertoire, a toujours eu beaucoup de succĂšs. Moins rĂ©volutionnaire que le premier il a pourtant peu de facilitĂ©s tant il est exigeant en ses quatre mouvements. Le public n’a pas le loisir d’apprĂ©cier directement une virtuositĂ© transcendante et pourtant la technique du pianiste doit ĂȘtre parfaite. Mais plus que cette technicitĂ©, c’est la musicalitĂ© qui doit dominer avec une texture orchestrale liĂ©e intimement au piano. Et c’est tout l’art entremĂȘlĂ© qui sert de fil conducteur Ă  ce vaste voyage. DĂšs les premiĂšres interventions du piano de Freire, une puissance et une autoritĂ© bienveillante se posent.

Sacré à La Roque,
Nelson Freire, « Empereur du Piano »

L’orchestre est bouillonnant et un peu brouillon, tant la fougue du chef pousse le son. C’est petit Ă  petit que le miracle de musicalitĂ© diffusĂ© dans chaque note par le pianiste brĂ©silien gagne l’orchestre ; lequel se met au diapason des fines nuances du soliste et chante en rĂ©ponse Ă  ses Ă©lans belcantistes.  On ne sait comment cette puissance, sans aucune violence de Nelson Freire s’est construite mais ce soir c’est lui qui petit Ă  petit a façonnĂ© cette belle interprĂ©tation du deuxiĂšme concerto de Brahms. DĂšs la reprise du superbe thĂšme l’orchestre a gagnĂ© en souplesse et en tenue. Le jeu du pianiste est plein de nuances de couleurs et son geste peut ĂȘtre patte de velours comme toutes griffes dehors,
 sans jamais aller au delĂ  du beau et du noble.
Jamais de notes frappĂ©es agressivement y compris dans les fortissimi. Les nombreux jeunes collĂšgues dans le public ce soir puissent- t-ils en tirer les leçons qui conviennent afin d’en faire des poĂštes ! Le deuxiĂšme mouvement trouve un orchestre plus disciplinĂ© et plus musical. Le dialogue entre orchestre et pianiste se fait plus intime et plus poĂ©tique. L’écoute est de grande qualitĂ© et la rĂ©activitĂ© de Lio Kuokman est pleine de finesse comme d’admiration, confrontĂ© au jeu extraordinaire de Nelson Freire. C’est l’Andante sous le ciel provençal et dans la quiĂ©tude qui porte les moments de la plus grande poĂ©sie en musique.

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-1

 

 

Le temps suspendu au milieu des arbres, les cigales muettes, le violoncelle (le jeune soliste est digne du plafond de la Chapelle Sixtine) dialogue avec le pianiste, tout l’orchestre fond de bonheur. Nelson Freire joue dans des couleurs nocturnes sublimes et la musique coule, coule, coule
 C’est le bonheur absolu en poĂ©sie et musique. Rien ne semble pouvoir ĂȘtre plus beau. Le final devient une symphonie avec piano d’une intrication des plus envoĂ»tantes. Le piano de Freire est absolument souverain ; le chef Kuokman joue avec son orchestre qui devient ductile et mĂȘme charmant. Les pointes d’humour de Freire font mouche et trouvent un Ă©cho symphonique de qualitĂ©.

Les accords finaux font exulter le public qui Ă  l’applaudimĂštre sacre Nelson Freire. Le bis accordĂ© par le vieux sage nous replonge dans la nuit de poĂ©sie de l’andante avec un Nocturne tout Ă  fait dĂ©licieux de Paderewski qu’il interprĂšte avec beaucoup de profondeur.

Dans la deuxiĂšme partie, l’orchestre si aimĂ© pour sa grande Ă©nergie et sa rĂ©activitĂ© va ce soir nous dĂ©cevoir dans un tube du rĂ©pertoire symphonique. Je ne sais pas ce qui c’est passĂ© mais Lio Kuokman au lieu de diriger l’orchestre, et de garder la poĂ©sie comme guide, le laisse jouer et l’encourage Ă  d’avantage d’expression (trop) extĂ©rieure. Il nĂ©glige de phraser pour au contraire construire des accents qui sont parfois des Ă -coups. Cette symphonie du Nouveau Monde prend alors des allures d’AmĂ©rique Ă  la Trump. Gros cuivres ne sachant pas sortir de la nuance forte, cors fĂąchĂ©s trop souvent avec la justesse, hautbois manquant de prĂ©sence, cor anglais nasillard et percussion d’une autre galaxie. Seuls les cordes semblent tenir leur rang. La sublime mĂ©lodie populaire du largo manque son effet d’émotion inconsolable. Et le final prend une allure guerriĂšre aux accents belliqueux, bien peu rassurants. Une fin de soirĂ©e Ă  oublier.
Il restera nĂ©anmoins le souvenir d’une trĂšs belle interprĂ©tation du deuxiĂšme Concerto de Brahms par l’inoubliable Nelson Freire qui Ă©gale presque Ă  73 ans, ses versions discographies de rĂ©fĂ©rence (dont celle indĂ©passable avec R. Chailly). La Roque sait rendre hommage au gĂ©ant Nelson Freire et l’accueil du public le sacre une nouvelle fois Empereur de la musicalitĂ© au clavier. A suivre.

 

 

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bĂ©mol majeur Op.83 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur Op.95 «  du Nouveau Monde » ; Nelson Freire, piano ; Sinfonia Varsovia ; Lio Kuokman, direction. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Guy. L.Vogt. Royal Northern Sinfonia.

Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Beethoven. François–FrĂ©dĂ©ric Guy. Lars Vogt. Royal Northern Sinfonia. Les alĂ©as climatiques rares mais sĂ©vĂšres ont conduit le festival Ă  annuler la nuit Beethoven du 9 aoĂ»t. Mais le courage de Lars Vogt est si grand qu’il a convaincu son orchestre de jouer le 10 aoĂ»t, le concert prĂ©vu et de rajouter les deux Concertos de Beethoven prĂ©vus la veille. Il y a donc eu deux concerts se suivant, permettant d’écouter trois concertos de piano parmi les  plus difficiles et la pĂ©nultiĂšme symphonie de Mozart. DĂ©tailler toutes les interprĂ©tations serait fastidieux Ă  lire. Je me contenterai donc de l’impression gĂ©nĂ©rale de chaque Ɠuvre. Mais avant tout je dois dire que je n’ai jamais ressenti quelque chose de comparable lors d’un concert. Car ce soir dĂšs les premiĂšres notes j’ai Ă©tĂ© traversĂ© par un sentiment de vivre un moment aussi exceptionnel que dangereux, et ce sentiment d’urgence ne m’a quittĂ© qu’avec les derniĂšres notes du concerto l’Empereur. Et jamais je n’ai ressenti autant de plaisir lors d’un bis alors que souvent je les trouve superflus ou mĂȘme impudiquement voir irrespectueusement  rĂ©clamĂ©s.

Concert de Titans Ă  La Roque

Le Royal Northern Sinfonia installĂ© et accordĂ©, le chef Lars Vogt entre, l’allure sportive est dĂ©cidĂ©e, sans estrade, il dirige Ă  main nue. Nous voyons un chef trĂšs proche de son orchestre, vigilant Ă  s’adresser Ă  chacun en permanence. La rĂ©activitĂ© de l’orchestre britannique est sensationnelle, chacun semblant sur le qui vive. Depuis trois ans le travail entre le chef et l’orchestre est palpable.  Leur interprĂ©tation de la cĂ©lĂ©brissime 40Ăšme symphonie de Mozart dĂ©bute avec une grande prĂ©cision spatiale permettant une Ă©coute attentive de tous les plans. La fermetĂ© et l’énergie dĂ©ployĂ©e par le chef allemand font grande impression et la majestĂ© de ce premier mouvement, la belle charpente et la superbe structure se dĂ©ploient parfaitement. Le deuxiĂšme mouvement, Andante, s’assouplit et chante superbement. Par contre j’ai trouvĂ© que le traitement un peu ferme de Lars Vogt, son sens des accents et la fermetĂ© de sa main rĂ©ussissent moins dans le Menuet, trop brutal, et le final manque de lĂ©gĂšretĂ© comme d’allant naturel. Mais l’orchestre est superbe de timbres, tout du long.

Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-7Pour le Concerto de Schumann, François-FrĂ©deric Guy rentre en scĂšne concentrĂ© et souriant. Le regard entre le chef et le soliste Ă©voque d’emblĂ©e confiance et admiration rĂ©ciproque. Lars Vogt dirige avec une Ă©nergie non mesurĂ©e et fait un lien constant entre chaque instrumentiste et le soliste. Leur interprĂ©tation de ce concerto sera hors normes. L’énergie partagĂ©e entre Guy et Vost est admirable et le premier mouvement avance Ă  grande vitesse sans jamais mollir. L’intermezzo est souple et allant, comme une dĂ©tente bienvenue. Les belles phrases des cordes, particuliĂšrement celle des violoncelles, sont sublimes avec les commentaires Ă©mus du piano de Guy. La construction chambriste est absolument parfaite. Le final est vivifiant et la puissance inhabituelle donnĂ©e Ă  ce mouvement fait grande impression sur le public. Pourtant les moments d’effusions lyriques sont prĂ©sents et le dialogue avec l’orchestre est Ă©mouvant, les doigts de Guy sachant alterner grande puissance et douceur ineffable. Cette trĂšs belle interprĂ©tation a un succĂšs retentissant et François-FrĂ©dĂ©ric Guy revient pour un bis de Brahms tardif
 un Intermezzo interprĂ©tĂ© avec beaucoup de sensibilitĂ©.

AprĂšs l’entracte nous avons donc une nouvelle configuration avec Lars Vogt en dĂ©miurge qui dirige et joue le 3Ăšme et le 5Ăšme concerto de Beethoven.
Certes Vogt n’est pas le premier Ă  diriger du piano les concertos de Beethoven mais la maniĂšre du chef allemand, pleine de musicalitĂ© est aussi habitĂ©e par une urgence communicative. Le fait que le concert de la veille soit donnĂ©, en ce qui concerne les deux concertos ce soir, rajoute au challenge. Le troisiĂšme concerto est trĂšs facile d’écoute car traversĂ© par une Ă©vidence de beautĂ© sans conflits. Il est comme une charniĂšre entre les premiers post mozartiens, et les deux suivants plus rĂ©volutionnaires.
Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-12MĂȘme si des moments plus douloureux affleurent, Beethoven sachant sa surditĂ© installĂ©e et Ă©volutive il demeure aimable et sĂ©duisant le plus souvent. La beautĂ© du tutti d’introduction est faite d’énergie et de souplesse, sorte de caractĂ©ristique de la musicalitĂ© de Lars Vogt. L’entrĂ©e du piano est bien entendue facilitĂ©e par le fait d’avoir un pianiste-chef en terme de phrasĂ© et d’élan mais la concentration n’est pas totalement au rendez vous immĂ©diatement. Pourtant rapidement tout avance facilement Vogt ne se levant que lors des tutti et dirigeant d’un geste ou du regard avec beaucoup d’efficacitĂ© dĂšs que ses doigts sont libres. Les dĂ©parts seuls de l’orchestre sont parfois un peu abruptes (cors) mais le premier violon fonctionne comme un chef d’attaque trĂšs efficace. La connexion du regard entre le pianiste et l’orchestre est trĂšs efficace. L’andante a la subtilitĂ© attendue avec un dialogue chambriste entre le basson, la flĂ»te, le piano et les pizzicati, tout cela est de toute beautĂ©. Le rondo final avance vers sa lumineuse conclusion avec beaucoup de brillant et d’élan. Le public exulte devant cette interprĂ©tation si fermement tenue.
Le Concerto l’Empereur est le plus exigeant de Beethoven, celui qu’il n’a pas pu jouer ni diriger, mais qui demande tant sur tous les plans. La question de l’entente du pianiste et du chef ne se pose pas, les moments de grande fusion sont trĂšs rĂ©ussis et l’écoute mutuelle va de soi. Pourtant ce concerto nous convainc moins avec un chef-pianiste. En effet l’attention de l’écoute se porte sur les Ă©lĂ©ments de phrasĂ© qui ne sont pas poussĂ©s Ă  fond quand la phrase orchestrale et pianistique et inversement se complĂštent ou se superposent. C‘est peu de choses mais cela mĂ©rite d’ĂȘtre signalĂ©. Tout ceci n’a pas entachĂ© l’immense privilĂšge que nous a offert Lars Vogt musicien complet, sorte de dĂ©miurge, capable de gĂ©rer parfaitement sa partie de piano, la relance de l’orchestre et ses tournes de page sur sa tablette. La performance laisse sans voix et Vogt est irriguĂ© de musique, la partage avec la mĂȘme Ă©nergie au piano comme en dirigeant. La version chef-pianiste est trĂšs intĂ©ressante et ce soir tout Ă  fait enthousiasmante, mais ne saurait supplanter celle avec deux entitĂ©s distinctes. En tout cas il faut un musicien d’une trempe exceptionnelle et ce soir Lars Vogt, par son brio, a Ă©tĂ© l’homme de la situation. Cette nuit des concertos restera dans les mĂ©moires comme incroyablement riche et stimulant. « Ce soir,  3 concertos sinon rien  ».

Il n’y a qu’à La Roque que de tels dĂ©fis sont possibles avec ce panache et cette bonne humeur ! Le bis si rĂ©confortant annoncĂ© par le dĂ©miurge Vogt : « Bonne nuit de Janacek »  ne pouvait mieux ĂȘtre choisi ni interprĂ©tĂ©. Merci Ă  la pluie ! Mais surtout a Lars Vogt et son extraordinaire orchestre de Sage Gateshead !

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 Aout 2018. Wolfgang AmadĂ©us Mozart (1756-1791) : Symphonie n°40 en sol mineur K.550 ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur Op.54 ; Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur Op.37 ; Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bĂ©mol majeur Op.73 «  L’Empereur » ; François –FrĂ©dĂ©ric Guy , piano ( Schumann) ; Lars Vogt, piano (Beethoven) ; Orchestre Royal Northern Sinfonia ; Direction : Lars Vogt. Illustration : © Christophe Gremiot – double portrait : © Getty / ©MaxPPP -La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Lien pour Ă©couter ce fabuleux concert sur France-Musique :

https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/elgar-schumann-mozart-par-francois-frederic-guy-le-royal-northern-sinfonia-et-lars-vogt-63886