Compte rendu, opéra. TOULOUSE. Capitole, le 1er déc 2018. Korngold : La ville morte. Philipp Himmelmann / Leo Hussain.

Compte rendu, opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 1er dĂ©cembre 2018. Korngold : La ville morte. Philipp Himmelmann. Leo Hussain. Sublime ville morte Ă  Toulouse. Un chef-d’Ɠuvre admirablement reprĂ©sentĂ©. La ville morte de Korngold  est un opĂ©ra trĂšs particulier. Il est d’usage de dire qu’il se situe comme une hybridation entre Puccini et Richard Strauss  ; pour ma part, j’y vois Ă©galement les prĂ©mices de la magnifique Ă©criture orchestrale de Benjamin Britten dans les prĂ©ludes et interludes ainsi que l’intelligence des livrets que le compositeur anglais a su mettre la musique. La richesse et la complexitĂ© de l’orchestration dĂ©veloppent la comprĂ©hension psychologique des personnages. Le livret est Ă©galement trĂšs bien construit sur une intrigue en apparence maigre.

Jamais reprĂ©sentĂ©e Ă  Toulouse, cette entrĂ©e au rĂ©pertoire s’est faite dans la splendeur et la magnificence. Christophe Ghristi, le directeur du Capitole, a su avec une grande sensibilitĂ© et une grande intelligence choisir une production proche de la perfection pour un ouvrage rare (NDLR : VOIR le reportage vidĂ©o de classiquenews lors de la crĂ©ation de La VILLE MORTE de Korngold par Philipp Himmelmann / mars 2015).
C’est cela aussi la marque d’une grande direction d’une maison d’opĂ©ra que de savoir inviter in loco des productions marquantes plutĂŽt que de dĂ©penser des sommes folles avec des metteurs en scĂšne 
parfois douteux. Nous le dirons simplement, Toulouse ne pouvait rĂȘver meilleure production pour dĂ©couvrir ce chef-d’Ɠuvre. DĂ©jĂ  la ville rose bĂ©nĂ©ficie de l’un des meilleurs orchestres de fosse du monde car l’Orchestre National du Capitole de Toulouse est tout simplement merveilleux tant dans le rĂ©pertoire symphonique que lyrique. La virtuositĂ© exigĂ©e, la concentration dans une partition fleuve, la prĂ©cision demandĂ©e par le chef, la somptuositĂ© des couleurs et  des nuances,  toutes  les exigences de la partition sont magnifiĂ©es.

 
 

 
 

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SUPERBE VILLE MORTE A TOULOUSE

 
 

La direction de Leo Hussain est en tout point admirable ! Analytique, dramatique, obtenant de l’Orchestre du Capitole de vĂ©ritables merveilles. Le travail musical a Ă©tĂ© colossale et le rĂ©sultat est un confort extraordinaire malgrĂ© la difficultĂ© de la partition.
L’orchestre, personnages Ă  part entiĂšre, donne parfois le sens de l’évolution psychologique de Paul, le personnage principal. Car le travail de mise en scĂšne exceptionnel de Philipp Himmelmann, nous permet de comprendre que mis Ă  part les quelques instants de dĂ©but et de fin de l’opĂ©ra, tout ce que nous voyons est un rĂȘve. La justesse psychologique et mĂȘme psychanalytique de ce message Ă©tant sidĂ©rante chez un si jeune compositeur. C’est la musique qui interprĂšte les riches mots du texte. Le rĂȘve de Paul lui permet non seulement de faire son deuil mais de dĂ©couvrir au fond de lui toute la violence qui l’habite.

FOLIE DE PAUL
 Violence faite de jalousie, de dĂ©sir de mort et de soumission Ă  la perfection de l’amour idĂ©alisĂ© pour sa femme morte, qui ne viendra plus jamais le contredire. Car aimer l’autre pour le mettre dans une case sur un autel et ne pas lui donner la parole, est un petit peu la folie / mĂ©lancolie dans laquelle Paul se situe au dĂ©but de l’Ɠuvre. Il va en sortir en imaginant la rencontre avec Marietta, et assumant  sa volontĂ© de la faire rentrer dans la ressemblance parfaite avec sa femme morte ; il va aller jusqu’au terme de son fantasme. Agissant jusqu’au meurtre de la femme aimĂ©e, celle qui trĂšs belle, aime trop la vie pour se faire enfermer dans ce carcan, il va vouloir la rĂ©duire au silence, la battra et la tuera.  Il va toutefois guĂ©rir et Ă  nouveau aimer la vie.

En prĂ©sentant six petites cases dans lesquelles les personnages restent chaque fois seuls, le metteur en scĂšne divise les Ă©lĂ©ments du rĂȘve comme cela se passe dans une interprĂ©tation psychanalytique. Les Ă©lĂ©ments pris sĂ©parĂ©ment prennent tout leur sens dans la vision d‘ensemble.  Et c’est seulement en fin d’opĂ©ra lorsqu’il reprend la sublime phrase puccinienne en diable du lied de Marietta que nous savons que Paul aime la vie et va retrouver Marietta ou une autre femme, pour vivre une vraie histoire d’amour cette fois.

Le dĂ©cor magnifique de Raimund Bauer ainsi que les costumes de Bettina Walter, les lumiĂšres de Gerard Cleven, les vidĂ©os de Martin Eidenberg, tout cela fait un travail millimĂ©trĂ© qui s’articule Ă  la perfection avec la partition. Mais s’il fallait aussi des chanteurs d’exception pour les  rĂŽle de Marietta et Paul. Ça aussi, c’est la grandeur du mĂ©tier de directeur d’opĂ©ra que de chercher une distribution parfaite. Christophe Ghrirti a trouvĂ© avec le vĂ©tĂ©ran Torsten Kerl en Paul et la prise de rĂŽle de la Marrietta d’Evgenia Muraveva. Un couple aussi parfait vocalement que scĂ©niquement. C’est surtout la Marietta d’Evgenia Muraveva qui  subjugue  par une sorte de quintessence de la beautĂ© fĂ©minine.  Voila une prise de rĂŽle absolument remarquable. Il est mĂȘme impensable de penser qu’une telle capacitĂ© Ă  habiter un rĂŽle si immĂ©diatement, soit possible. Elle bouge admirablement, danse bien, et chante d’une voix puissante et belle. Elle est en fait la femme ouverte Ă  l’amour, Ă  la vie et qui est prĂȘte au bonheur.
Le Paul de Torsten Kerl garde un timbre d’une jeunesse incroyable pour un chanteur qui magnifie ce rĂŽle depuis bientĂŽt 
18 annĂ©es. La puissance vocale, la somptuositĂ© de la ligne de chant et surtout l’intonation dramatique, la distanciation par moment, – tout ce que fait cette acteur chanteur-, est d’une intelligence rare.
Le couple fonctionne admirablement alors que jamais les chanteurs ne se toucheront ni ne se verront. C’est cela la magie de cette mise en scĂšne : les personnages ne se voient pas et pourtant nous percevons les communications psychiques intenses entre eux. La scĂšne du meurtre de Marietta  par Paul,  chacun Ă  distance de l’autre, est d’une efficacitĂ© redoutable.
ChƓurs et petits rĂŽles dans la scĂšne unique et sinistre qui se situe au cƓur de l’opĂ©ra forment un grand moment de thĂ©Ăątre Ă©galement. Une mention particuliĂšre pour Thomas DoliĂ© qui dans  un rĂŽle trĂšs court de Fritz arrive Ă  toucher le public en offrant un  trĂšs beau moment de chant en thĂ©Ăątre.
L’ami Franck, Matthias Winckhler, et la servante Brigitta, Katharine Goeldner, sont non moins parfaits mais surtout ils ont une prĂ©sence et une grande qualitĂ© humaine. Elle, avec un amour et un dĂ©vouement pour Paul admirables et sans limites ; lui, une amitiĂ© forte avec des moments plus cyniques mais de nature Ă  rĂ©veiller l’amour de Paul pour la vie.

 
 

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La direction d’orchestre nous l’avons dit est absolument incroyable de vie et de prĂ©cision ; et l’Orchestre du Capitole Ă  son habitude se montre d’une qualitĂ© symphonique et lyrique tout simplement inoubliable. L’intervention du chƓur admirablement prĂ©parĂ© par Alonso Caiani ne peut qu’ĂȘtre louĂ© avec Ă  nouveau ce mĂ©lange de qualitĂ© vocale et scĂ©nique. Il faut dire que les costumes magnifiques de Bettina Walter sont une vĂ©ritable merveille qui accentue la force expressive du jeu scĂ©nique.
Les toulousains  ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une extraordinaire version de la ville morte de Korngold avec des artistes tous au sommet de leur art. VoilĂ  un trĂšs grand moment d’opĂ©ra que nous a offert Christophe Ghristi.

 
 

 
 

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Compte rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 1 er dĂ©cembre 2018. Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : La ville morte ; OpĂ©ra en trois tableaux sur un livret de Paul Schott d’aprĂšs Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach. CrĂ©Ă© simultanĂ©ment Ă  Cologne et Ă  Hambourg le 4 dĂ©cembre 1920. Production OpĂ©ra national de Lorraine.  Philipp Himmelmann : Mise en scĂšne ; Raimund Bauer : DĂ©cors ; Bettina Walter : Costumes ; Gerard Cleven :  LumiĂšres ; Martin Eidenberg : VidĂ©o ; Elise Kobisch-Miana : Maquillages ; Avec : Torsten Kerl, Paul ; Evgenia Muraveva , Marietta / Marie ; Thomas DoliĂ©, Fritz ; Matthias Winckhler, Frank ; Katharine Goeldner, Brigitta ; Norma Nahoun, Juliette ; Julie Pasturaud , Lucienne ; Antonio Figueroa, Victorin / Gaston ; François Almuzara , Comte Albert ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ( direction Alfonso Caiani) ;  Leo Hussain : Direction musicale. Illustrations : Patrice Nin 2018 / Capitole de Toulouse.

 
 

 
 

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 13 nov 2018. Weill. Mozart. Les Passions, Les Eléments. Suhubiette.

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriCompte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Weill. Mozart.Les Passions. Les ElĂ©ments. Joel Suhubiette. Il est toujours intĂ©ressant d’aller Ă©couter le Requiem de Mozart, tant cette Ɠuvre est Ă  part. La beautĂ© intrinsĂšque de la partition, comme son incomplĂ©tude et sa synthĂšse de toute la musique occidentale, entre hommage et inventions gĂ©niales, ne lassent pas un public toujours renouvelĂ©. L’autre intĂ©rĂȘt rĂ©side dans le choix artistique d’accompagnement de ce chef d’Ɠuvre. Sachant le succĂšs attendu ce concert a Ă©tĂ© donnĂ© deux fois dans la grande salle d’Odyssud et inclus dans la programmation entourant les cĂ©rĂ©monies du centenaire de la si triste Armistice de « la Grande Guerre ». Aussi le choix du Berliner Requiem de Weill Ă©tait trĂšs juste.

 
 
 

Triste humanité en son aveuglement durable

 
 
 
Le contraste entre la partition de Weill et celle de Mozart est immense. Weill en vĂ©ritable apĂŽtre de la paix et comprenant toute la soumission Ă  la pulsion de mort que reprĂ©sente la guerre, a Ă©crit une partition visionnaire dont le message semble toujours aussi opaque aux hommes. Les textes de Brecht sont d’une intelligence et d’une puissance quasi insoutenables. Ils sont : ode Ă  la nuit qui seule permet d’oublier les abominations dont les humains sont capables 
 qui savent si bien tout dĂ©truire en se donnant de bonnes raisons, l’évocation du viol et de la destruction du corps, et peut ĂȘtre de l’ñme et de la puretĂ© des idĂ©aux, en la personne de Rosa de Luxembourg, comme de la dĂ©figuration du soldat inconnu, et le triomphe ignoble des survivants. Tout cela est terrible. Ce miroir sans pitiĂ© tendu Ă  l’Homme n’a pas Ă©tĂ© efficace et ne semble pas l’ĂȘtre d’avantage aujourd’hui. Onze ans aprĂšs ce Requiem commandĂ© pour commĂ©morer les dix ans de l’armistice, l’Europe remettait en marche sa soumission totale Ă  la Mort. Et en dĂ©passant de beaucoup le nombre de morts de «La Grande Guerre» faisant figure d’enfançon avec ses 18 millions de mort, alors que la deuxiĂšme guerre mondiale atteint les 70 millions ! Ce concert aurait pu ĂȘtre nommĂ© : Guerre et paix mais finalement je prĂ©fĂšre triste humanité 

La premiĂšre partie du concert comprenait donc cet Ă©blouissant Berliner Requiem de Kurt Weill en sa noirceur et sa mĂ©chancetĂ© rares. Car la lumiĂšre noire qu’il recĂšle est terrifiante. Le chƓur uniquement masculin doit ĂȘtre invincible de puissance et l’orchestre trĂšs particulier, fĂ©roce et implacable. J’ai dĂ©jĂ  dit l’audace des mots de Brecht. Les interprĂštes de ce soir, dirigĂ©s par JoĂ«l Suhubiette ont semblĂ© trop sages et appliquĂ©s. Certes le texte a Ă©tĂ© parfaitement dĂ©clamĂ© et comprĂ©hensible, avec une traduction simultanĂ©e efficace, mais sans vie et sans 
 mĂ©chancetĂ©. L’orchestre des Passion a su trouver les couleurs exactes au delĂ  de leur rĂ©pertoire habituel. Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments qui sait tout chanter n’a pas osĂ© aller vers l’émotion voir l’expressionnisme possible, ni la recherche de couleurs noires ni atteindre jusqu’à l’outre-noir. Dommage car les possibilitĂ©s Ă©taient lĂ , encore que le chƓur ne semble pas comporter de vraies basses abyssales.

En deuxiĂšme partie de concert le chƓur mixte et les instrumentistes baroques des Passions sont rentrĂ©s sur scĂšne pour le Requiem de Mozart. L’orchestre avec deux chalumeaux et cordes baroques a trouvĂ© des couleurs particuliĂšres et trĂšs belles. Il a tout du long Ă©tĂ© exemplaire de prĂ©sence. Les quatre solistes ont Ă©tĂ© excellents et le fait de les voir regagner le chƓur rajoutait un sentiment de fraternitĂ© bienvenu. L’alto, Corinne Bahuaud, dans la partie soliste pourtant la plus modeste a Ă©tĂ© remarquable de prĂ©sence vocale et de lisibilitĂ© du texte.
Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments en petit nombre a Ă©tĂ© parfait de prĂ©cision et de tenue. Mais la direction organique et prĂ©cise de JoĂ«l Suhubiette n’a rien cherchĂ© qu’à respecter la partition, avec des tempi sages, des nuances justes esquissĂ©es et des phrasĂ©s naturels sans vĂ©ritables Ă©lans. Ce sont les fugues qui ont Ă©tĂ© les moments les plus rĂ©ussis, mais sans thĂ©Ăątre et sans drame ce Requiem ne dĂ©veloppe pas toutes les Ă©motions qu’il contient, ne serait ce que dans l’Introit ou le Lacrymosa par exemple.
Le contraste attendu entre les deux Ɠuvres a donc Ă©tĂ© Ă©vitĂ©. Dommage car avec plus d’engagement et d‘audace ce programme aurait pu faire trembler et pleurer le public, alors qu’il a poliment applaudi un concert trĂšs (trop ?) sage. Finalement ce concert est au diapason des commĂ©morations plutĂŽt fades du sinistre Armistice de 1918 dont le message, dans un dĂ©ni trĂšs inquiĂ©tant, n’est toujours pas vraiment compris.

 
 
 

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Kurt Weil (1900-1950) : Berliner Requiem (1928) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem, K.626 ; Julia Wischniewski, soprano ; Corinne Bahuaud, alto ; Nicholas Scott, tĂ©nor ; Geoffroy BuffiĂšre, basse ; Les Passions-Orchestre Baroque de Montauban (Direction Jean-Marc Andrieu) ; ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments ; JoĂ«l Suhubiette, direction. Photos : Kurt Weill and Bertolt Brecht / CrĂ©dit : Alamy/Getty

 
 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 9 nov 2018. Franck. Liszt. VĂĄrjon. Sokhiev.

78356-tugan-sokhiev-c-mat-hennekCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018. Franck. Liszt. DĂ©nes VĂĄrjon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. CĂ©sar Franck est Ă  l’honneur dans ce concert avec le sensationnel poĂšme symphonique, le chasseur maudit, et sa symphonie en rĂ© mineur. Etant donnĂ©es les qualitĂ©s de ces deux partitions il est bien dommage de les entendre si rarement. Le poĂšme symphonique est grandement thĂ©ĂątralisĂ© par la direction pleine de constates de Tugan Sokhiev. Il obtient de son orchestre des effets musicaux puissants. La narrativitĂ© vivante qui irrigue la partition s’en trouve magnifiĂ©e. Chaque instrumentiste participe activement Ă  l’aventure de ce malheu

Trop rare au concert,
César Franck magnifié à Toulouse

reux chasseur. Cette trĂšs belle partition trouve lĂ  des interprĂštes inspirĂ©s. En fin de concert la symphonie en rĂ© mineur va bĂ©nĂ©ficier d’une trĂšs intĂ©ressante direction. Arrivant Ă  garder une belle Ă©nergie jusqu’aux ultimes mesures Tugan Sokhiev qui dĂ©jĂ  en 2009 l’avait dirigĂ© in loco n’a pas fondamentalement changĂ© ses partis pris. Les plans sont ciselĂ©s, les nuances subtilement amenĂ©es et les instrumentistes encouragĂ©s Ă  donner le meilleur d’eux mĂȘme. C’est en fait la qualitĂ© de l’orchestre qui a permis d’aller plus loin, avec la majestĂ© des grandes phrases, les nuances forte plus puissantes, les cuivres plus nuancĂ©s et les violons bien plus solides et Ă©clatants. Les bois restent magiques avec en particulier au cor anglais, si important dans le deuxiĂšme mouvement, Gabrielle Zaneboni dont la dĂ©licatesse et la musicalitĂ© sont un rĂȘve. Le final de la symphonie atteint des somment de hauteur dans une paissance jupitĂ©rienne assumĂ©e.
EncadrĂ© par ces deux chefs d’Ɠuvres le deuxiĂšme concerto pour piano de Liszt pĂąlira un peu.
Pourtant le jeu aussi virtuose que musical de DĂ©nes VĂĄrjon est parfait et comme Ă  son habitude Tugan Sokhiev est un partenaire dĂ©licat trĂšs Ă  l’écoute du soliste. Les musiciens avec de trĂšs beaux soli vont loin dans leurs propositions et Tugan Sokhiev les laisse libres de suivre le soliste dans les moments chambristes. Le chaleureux chant du violoncelle de Sarah Iancu permet des Ă©panchements lyriques avec DĂ©nes VĂĄrjon.  Pourtant ce concerto restera comme en retrait par rapport aux deux autres Ɠuvres de CĂ©sar Franck. DĂ©nes VĂĄrjon avec son jeu puissant et clair a Ă©tĂ© trĂšs applaudi.  Il a offert deux bis bien agrĂ©ables de BartĂłk et Schumann.
L’orchestre du Capitole et son chef au retour de leur mĂ©morable concert Ă  Paris ont su renouveler leur incommensurable joie Ă  faire de la musique ensemble. Un bien beau concert qui a surtout mis en valeur le compositeur, belge naturalisĂ© français, CĂ©sar Franck.
Mais avant de quitter la scĂšne, une sorte de  tradition lors de la prise de retraite d’un musicien de l’orchestre a pris un tour particuliĂšrement Ă©mouvant. Le violoncelliste Christopher Waltham a Ă©tĂ© honorĂ© par Tugan Sokhiev avec l’habituel bouquet de fleurs mais cette  fois le futur retraitĂ© a Ă©galement fait un cadeau au chef (un livre ou un album) et fait un petit discours trĂšs Ă©mouvant. Cette vie, vraie et conviviale, est une grande qualitĂ© de cet orchestre et illustre la relation forte entre les musiciens et Tugan Sokhiev.

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Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018 ; César Franck (1822-1890) : Le chasseur maudit, poÚme symphonique ; Symphonie en ré mineur ; Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°2 en la majeur ; Dénes Vårjon, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo © C-Mat-Hennek

Compte-rendu, concert. Paris. Philharmonie, le 5 nov 2018. Chen. Chostakovitch. Moreau / Sokhiev.

Compte-rendu, concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen. Dimitri Chostakovitch. Edgar Moreau, violoncelle. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. Salle pleine Ă  la Philharmonie ce soir pour la crĂ©ation d’une Ɠuvre de Qigang Chen, compositeur sino-français que le public adore. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev avaient dĂ©jĂ  donnĂ© ce mĂȘme concert deux jours auparavant dans leur ville de Toulouse. Le sublime solo de trompette qui ouvre « avenir d’une illusion » a Ă©tĂ© jouĂ© avec beaucoup de dĂ©licatesse par Hugo Blacher. La direction prĂ©cise et souple du chef a fait merveille dans ce moment de magie qui a progressivement ouvert les oreilles des auditeurs vers des sonoritĂ©s de plus en plus corsĂ©es.

  
 
 

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Toulouse et Paris main dans la main : que de félicité !

  
 

La poĂ©sie qui se dĂ©gage de cette ouverture est celle d’un matin, Ă  la sortie des songes qui voit se lever le soleil et toute la nature se rĂ©veiller. Mais Ă©galement qui met en mouvement toute l’intelligence et la sensibilitĂ© humaine. AprĂšs de sublimes aplats, une formule mĂ©lodico rythmique trĂšs courte, comme un appel,  est passĂ©e d’un instrumentiste Ă  l’autre.  Tout l’orchestre s’est ainsi vu stimulĂ© pour petit Ă  petit se superposer et grandir. L’ostinato du piano d’une prĂ©cision horlogĂšre dĂ©bute la construction du final qui voit s’empiler petit Ă  petit tous les instruments de l’orchestre pour terminer dans une puissance rarement atteinte par un orchestre symphonique. Les qualitĂ©s de la composition de Qigang Chen sont multiples et mĂ©ritent vraiment une Ă©coute attentive pour ĂȘtre toutes mises en valeur. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© est trĂšs rare. Le temps va permettre d’en comprendre toute la beautĂ© et la subtilitĂ© mais dĂ©jĂ  le charme opĂšre en une Ă©coute unique.  L’association de l’Orchestre du Capitole et de la Philharmonie de Paris, commanditaires de cette magnifique composition, ne peut qu’ĂȘtre louĂ©e.  Cette belle crĂ©ation a Ă©tĂ© faite d’abord Ă  Toulouse puis Paris, avec le mĂȘme succĂšs. Il y a une magnifique transparence dans l’orchestration de Cheng que la direction trĂšs inspirĂ©e de Tugan Sokhiev rend merveilleusement bien, grĂące aux qualitĂ©s de dĂ©licatesse de l’orchestre de Toulouse. Hugo Blacher avec son solo de trompette sublime ouvre avec Ă©motion cette belle partition. Et bien des solistes lui emboĂźtent le pas avec les mĂȘmes qualitĂ©s, il faudrait tous les citer… Qigang Chen est le compositeur sino-français que le monde entier admire, et cela se comprend aisĂ©ment. Le public parisien a semblĂ© adorer cet « ItinĂ©raire d’une illusion ». Il faut dire qu’une crĂ©ation avec des musiciens si virtuoses et un chef si prĂ©cis et musical Ă  la fois ne peut qu’apporter toute satisfaction. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© tord le cou aux idĂ©es reçus sur l’inĂ©coutable trop souvent mis en exergue par d’autres compositions contemporaines.  Il est possible d’écrire une partition facile d’écoute et de grande complexitĂ©, la preuve en est donnĂ©e ce soir avec Ă©clat.

  
 
 

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Tout en modestie, le jeune Edgar Moreau rentre ensuite en scĂšne avec son violoncelle ; il s’installe sur son estrade. La complicitĂ© avec Tugan Sokhiev est palpable. DĂšs son dĂ©licat  premier coup d’archet, nous savons que ce prodigieux interprĂšte va rendre hommage au gĂ©nie de Chostakovitch. Ce deuxiĂšme concerto si complexe et difficile a Ă©tĂ© commandĂ© par Rostropovitch, c’est dire ! Il est impossible de dĂ©crire l’admirable osmose qui existe entre le soliste et l’orchestre. Tugan Sokhiev a les yeux partout et ne laisse jamais rien au hasard. La prĂ©cision de sa direction est implacable tout en laissant de grandes plages de legato pour le soliste. Il est partout,  Ă  la fois suspendu aux gestes du violoncelliste et encourageant chaque musicien de l’orchestre. Et les moments solistes dans l’orchestre sont nombreux ! Les nuances sont creusĂ©es de façon sublime ; les couleurs du violoncelle s’harmonisent avec celles de l’orchestre. VoilĂ  une trĂšs belle interprĂ©tation de ce concerto. Le succĂšs est grandiose, partagĂ© entre l’orchestre, le chef et ce soliste si attachant. Edgar Moreau a une maĂźtrise technique impeccable, totalement mise au service de la musicalitĂ© la plus dĂ©licate.

Nous avions dĂ©jĂ  entendu Ă  deux reprises la magnifique interprĂ©tation toulousaine de la CinquiĂšme symphonie de  Chostakovitch et nous nous faisions une fĂȘte de la dĂ©guster dans la magnifique acoustique de la Philharmonie de Paris. Il est certain que le public toulousain peut admirer son orchestre sous la direction de son chef dans la  Halle-aux-Grains mais vraiment ce n’est pas le mĂȘme orchestre que nous pouvons entendre Ă  Paris. J’ai dĂ©jĂ  souvent Ă©crit combien cette acoustique est merveilleuse mais vraiment c’est lorsque l’Orchestre du Capitole de Toulouse joue dans de belles acoustiques comme Ă  Paris, qu’il sonne magnifiquement bien. Les  nuances infimes  peuvent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es et les forte ici sont gĂ©nĂ©reux sans risque de saturation et sans jamais la moindre violence. Car c’est une caractĂ©ristique de la direction de Tugan Sokhiev de toujours dĂ©velopper trĂšs progressivement les nuances et de garder une petite marge pour le dernier forte. Toute la puissance contenue dans la symphonie, la provocation, la moquerie, voir la mĂ©chancetĂ© ont trouvĂ© dans cette interprĂ©tation toute leur place. Le final avec cette construction implacable a amenĂ© le public Ă  vĂ©ritablement exulter.
Un magnifique concert dont la dimension historique est relayĂ©e sur le net, sur le site de la Philharmonie de Paris Live. La partition de Qigang Chen mĂ©rite d’ĂȘtre connue et Chostakovitch n’est jamais assez jouĂ© ; d’autant que lĂ , il est interprĂ©tĂ© d’une admirable façon.

  
 
 

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Compte rendu concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen (NĂ© en 1951) : l’avenir d’une illusion ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n° 2 et Symphonie  n°5 ; Edgar Moreau, violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

  
 
 

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra. Le Toulouse Wind Orchestra est un orchestre d’harmonie qui en trois annĂ©es a su avec un brio Ă©tonnant, gagner un public nombreux et enthousiaste. Les deux concerts de cette annĂ©e ont fait salle comble. Les trois enregistrements qui correspondent aux trois sĂ©ries de concerts des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes rendent comptent de l’excellence de cet orchestre. OriginalitĂ© des programmes et exemplaritĂ© des choix interprĂ©tatifs sont deux des principales qualitĂ©s du collectif. ComposĂ© de jeunes professionnels tous bĂ©nĂ©voles, il atteint un niveau de perfection technique incroyable. Mais c’est surtout au concert que tout prend une direction extraordinaire. J’étais sous le charme de leurs deux premiers enregistrements mais j’ai Ă©tĂ© subjuguĂ© par ce concert.

 

 

Aussi forts que délicats

Toulouse Wind Orchestra : des musiciens d’exception

 

 

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L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines est un Ă©crin idĂ©al. Bien installĂ©, tout l’orchestre, qui varie son effectif pour chaque Ɠuvre, peut dĂ©ployer un bouquet de sonoritĂ©s prodigieux. Que ce soit les pupitres de clarinettes soyeux, les hautbois frais, les flĂ»tes subtiles et les bassons profonds, l’écoute entre les instrumentistes est un rĂ©gal pour l’Ɠil comme pour l’oreille. Mais c’est surtout la splendeur et la dĂ©licatesse des nuances des gros cuivres qui fait merveille. Cette qualitĂ© de justesse et de nuances n’est pas l’apanage de tous les orchestres symphoniques. Les cors admirables de prĂ©sence, les tubas prodigieux de nuances, et les Euphoniums aux timbres si beaux et la virtuositĂ© sidĂ©rante, sont de la partie. Mais comment ne pas dire le plaisir Ă  entendre de si beaux saxophones et les tubas puissants sachant ĂȘtre si dĂ©licats ! Chaque moment soliste sera un festival de beautĂ©s en terme de couleurs, nuances et phrasĂ©s. L’association des contrebasses et des violoncelles ajoute une soliditĂ© et une chaleur prĂ©cieuses. La prĂ©cision des percussion est sensationnelle. Et le piano, le cĂ©lesta et les harpes ajoutent une belle prĂ©sence  toute de poĂ©sie.

Dionysiaques de Florent Schmitt est une piĂšce Ă©crite pour un orchestre d’harmonie. Elle sonne majestueuse et sensationnelle, rĂ©vĂ©lant toutes les splendeurs d’un orchestre d’harmonie avec des nuances et des couleurs spectaculaires. La direction de Mathieu Romano est d’une clartĂ© parfaite. Ses beaux gestes portent les instrumentistes Ă  se dĂ©passer.

Puis la crĂ©ation d’une Ɠuvre Ă  la demande de l’orchestre serait dĂ©jĂ  un Ă©vĂ©nement mais que ce soit un Concerto pour hautbois et orchestre d’harmonie, Ă©largi aux violoncelles et contrebasses, fait sensation Car cet instrument si dĂ©licat mĂ©rite bien le soin amoureux que le compositeur a pris pour lui. Gabriel Philippot a su Ă©crire trĂšs rapidement une trĂšs belle Ɠuvre qui va certainement avoir la diffusion qu’elle mĂ©rite. Cela sonne trĂšs français Ă  la maniĂšre d’un classique ou d’un Poulenc : tout est Ă©lĂ©gance et charme, avec des pointes de lyrisme plus extraverties. Le premier mouvement varie les styles, passant par une partie centrale plus lyrique. Le dĂ©but est plein de charme et offre des phrases pleines d‘esprit au soliste. Le dialogue avec l’orchestre est savoureux. Les traits et la grande cadence mettent en valeur le jeu trĂšs virtuose du soliste Alexandre Gattet. La vivacitĂ© qui termine ce premier mouvement et le chic de l’interprĂ©tation enflamment le public dont une grande partie applaudit. Le deuxiĂšme mouvement est plein de profondeur et demande au soliste de phraser comme un Dieu. Alexandre Gattet avec une admirable technique de souffle ne semble pas respirer et peut ainsi filer le son Ă  l’infini. L’effet est musicalement trĂšs Ă©mouvant. Le final vif argent termine cette trĂšs belle oeuvre dans une vĂ©ritable apothĂ©ose. L’alchimie entre le solistes et ses amis de l’orchestre est parfaite. La direction attentive et souple de Mathieu Romano est de toute beautĂ©.

En bis Alexandre Gattet offre une adaptation virtuose de la chanson phare de Nougaro « O Toulouse » Un véritable régal qui enchante et séduit évidemment le public.

Pins de Rome d’Ottorino Respighi adaptĂ©s pour l’orchestre de ce soir en permet une interprĂ©tation de premiĂšre grandeur. La richesse des sonoritĂ©s, l’ampleur des nuances passent du soleil Ă©clatant Ă  la nuit mystĂ©rieuse avec la plus plus grande aisance. Les Pins des catacombes est peut ĂȘtre la rĂ©ussite la plus spectaculaire. Quand au final la maniĂšre dont Mathieu Romano en construit la progression est tout Ă  fait gĂ©niale, dĂ©bouchant sur un final Ă©blouissant.
Et que dire de la passion que diffuse l’implication totale de chaque instrumentiste ?  Bien sĂ»r les solistes irradient de leur lumiĂšre mais par exemple la qualitĂ© du pupitre des clarinettes, leur homogĂ©nĂ©itĂ© n’ont rien Ă  envier aux meilleurs violonistes. La trompette lointaine de Hugo Blacher marquera les esprits comme un moment de pure magie. Vraiment il faudrait citer chaque musicien tant le jeu collectif est admirable et la joie de faire de la musique ensemble, irradie.
La jeunesse, le travail, le don de soi : un tel programme atteint Ă  la plĂ©nitude du bonheur musical partagĂ© avec le public. L’enthousiasme dĂ©clenchĂ© fait exulter tout l’auditorium qui obtient un magnifique bis 
 lequel met en valeur les merveilleux solistes dans une tenue rythmique parfaite. Et beaucoup d’humour avec en particulier l’inĂ©narrable Olivier Castellat Ă  la guitare Ă©lectrique. Le Wind Toulouse Orchestra ne se rĂ©unit que trop rarement mais Ă  chaque fois monte au ciel. L’enregistrement du concert qui sortira l’an prochain confortera la splendeur des talents de tous ces grands musiciens.

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines,le 27 oct 2018.  Florent Schmitt (1870-1958) : Dyonisiaques Op. 62 ; Gabriel Philippot  : Concerto pour hautbois ; Ottorino Respighi (1879-1936) : Pins de Rome. Alexandre Gattet, hautbois ; Toulouse Wind Orchestra ; Mathieu Romano, direction.

Illustrations :
La formation et A. Gattet pour la création du concerto de Philippot
La formation orchestrale pour les Pins de Rome de Respighi
© Hubert Stoecklin 2018.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 oct 2018. Bernstein.Pisar. Orch, chƓur et Maütrise du Capitole. Wayne Marshall.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. LĂ©onard Bernstein. J. et L. Pisar. Orchestre, chƓur et maitrise du Capitole. Wayne Marshall. En cette annĂ©e du centenaire de la naissance de LĂ©onard Bernstein nous espĂ©rons entendre beaucoup d’Ɠuvres de ce gĂ©nial compositeur. Toulouse avait prĂ©vu de donner sa Messe mais a du y renoncer vu le nombre d’exĂ©cutants impossible Ă  faire tenir sur la scĂšne de la Halle-aux-Grains ; Ă  dĂ©faut voici la (non moins passionnante) Symphonie n°3 avec une distribution d’un lustre trĂšs particulier.

 

BERNSTEIN-2-600x397Cette Ɠuvre hybride associe un long texte, le « Kaddish » et trois grands moments musicaux et vocaux. Le texte primitif de Leonard Bernstein a Ă©tĂ© rĂ©Ă©crit Ă  sa demande par son ami Samuel Pisar. Ce rescapĂ© des camps de la mort (il avait 16 ans) n’a pas cĂ©dĂ© facilement Ă  la priĂšre de Bernstein qui n’a jamais eu la joie de l’entendre. Ce texte trĂšs puissant nous a Ă©tĂ© dit ce soir par la veuve et la fille de Samuel Pisar. Il est peu de dire combien l’émotion soulevĂ©e par ces deux voix a Ă©tĂ© absolument inoubliable. La mĂšre, Judith d’une voix sĂ©pulcrale et la fille Leah, d’une voix noble et ferme ont portĂ© admirablement les messages terriblement humains du pĂšre-Ă©poux dĂ©cĂ©dĂ© en 2015. Car ce texte d’interpellation du crĂ©ateur va jusqu’au seuil du blasphĂšme en demandant des comptes, mais se reprend en priant pour une nouvelle alliance des habitants de la terre avec le ciel. Car finalement n’est ce pas l’homme lui-mĂȘme et sans aide qui crĂ©e avec ce malin « gĂ©nie », l’enfer sur terre ?  ComposĂ©e aprĂšs l’assassinat de JF Kennedy qui lui est dĂ©diĂ©, la symphonie est unique par l’ampleur donnĂ©e au texte.

 

Symphonie n°3 “Kaddish” de Bernstein:
Un grand moment d’humanisme partagĂ© Ă  Toulouse.

 

 

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L’association faite des souffrances du peuple juif depuis l’esclavage en Egypte sans oublier la Shoah, vers le Djihad qui ensanglante Ă  prĂ©sent tous les pays est puissante. TrĂšs universel, le message reste et restera  actuel. La partition de Bernstein est bouleversante d’intelligence : elle sait utiliser toutes les subtilitĂ©s et toute la puissance d’un immense orchestre symphonique, d’un chƓur mixte et d’un chƓur d’enfants ainsi qu’une voix soliste. L’Orchestre du Capitole dans une concentration de chaque instant a su faire sonner cette Ɠuvre dans sa plĂ©nitude. La beautĂ© des soli, la puissance comme la dĂ©licatesse des nuances infimes, tout a Ă©tĂ© admirable. Le chƓur de Capitole a Ă©tĂ© grandiose et la MaĂźtrise a apportĂ© une Ă©motion indicible (en Ă©voquant les enfants sacrifiĂ©s par la barbarie).
La voix de la soliste, Kelley Nassief,  avec sa grande fragilitĂ© dans les aigus et une profondeur d’expression totale, a rajoutĂ© un pan d’émotions supplĂ©mentaires. Les deux rĂ©citantes, Judith et Leah Pisar sont incroyables de thĂ©ĂątralitĂ© maitrisĂ©e comme dâ€˜Ă©motions contenues. Tant d’intelligence dans l’interprĂ©tation est vĂ©ritablement 
 historique.
Mais de tous ces magnifiques interprĂštes c’est probablement le chef Wayne Marshall qui a Ă©tĂ© le plus exceptionnel. Avec une direction habitĂ©e et trĂšs millimĂ©trĂ©e, il a su offrir une version de grande tenue et de grande humanitĂ© de cette Ɠuvre inclassable. La bontĂ© qui Ă©mane de de sa prĂ©sence magnifie une direction d’orchestre de grande musicalitĂ© jusque dans les moments de terreurs.

En premiĂšre partie de concert, les qualitĂ©s de l’orchestre en terme de virtuositĂ© et de coloration ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par la direction surnaturelle d’énergie du chef anglais. L’ouverture de Candide dans un tempo d’enfer a Ă©tĂ© un vrombissement jouissif. La suite du film On the waterfront  a Ă©tĂ© orgie de climax les plus variĂ©s avec des nuances et des couleurs inouĂŻes. Les phrasĂ©s aboutis et souples du chef ont magnifiĂ© la partition. Leonard Bernstein est un immense compositeur. Wayne Marshall a su mettre tout son art au service de ce compositeur trop peu jouĂ©.
La symphonie «  Kaddish » restera le sommet d’émotions de la soirĂ©e et un moment de culture humaniste inoubliable. New-York avec ses immenses qualitĂ©s culturelles s’est donnĂ© rendez-vous Ă  la Halle-Au-Grains. Dans de tels moments, Toulouse est absolument capitale culturelle, et ce soir capitale du gĂ©nie symphonique.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide , ouverture ; On the waterfront, suite d’orchestre ; Symphonie n°3 « Kaddish » ; Judith et Leah Pisar, rĂ©citantes ; Kelley Nassief, mezzo-soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; ChƓur du Capitole et maitrise du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Direction musicale : Wayne Marshall. Illustration : © Darrin-Zammit

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole. Les 2 et 7* oct 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert / George Petrou.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Théùtre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert. George Petrou.  Somptueuse ouverture de Saison au Capitole : 9 représentations, une salle debout aux saluts lors de la derniÚre.

Cette production de Traviata en ouverture de la saison lyrique 2018 – 2019 au Capitole a fait sensation au point que France 3 l’a filmĂ©e. Il s’agit de la premiĂšre saison entiĂšrement construite par le nouveau directeur Christophe Gristi. Sachant quel homme de passion il est, nous attendions tous quelque chose de beau. Et il faut le reconnaĂźtre le succĂšs public considĂ©rable fait honneur Ă  une production qui frĂŽle la perfection sur bien des plans.
 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

Qu’attendre en rĂ©alitĂ©, en 2018, d’un chef d’Ɠuvre incontournable, vu et revu ? Pierre Rambert a su respecter la fine musicalitĂ© de l’Ɠuvre, garder en mĂ©moire l’époque de composition, tout en mettant habilement en lumiĂšre l’intemporalitĂ© du sujet. Il s’est adjoint un costumier de grand talent en Franck Sorbier. Tous les costumes, y compris ceux du chƓur, sont superbes. Mais ils ont aussi une dimension psychologique en mettant la puce Ă  l’oreille du spectateur. Les personnages en habits XIXĂšme siĂšcle reprĂ©sentent ceux dont la mentalitĂ© date du passĂ©, les  conformistes et bien pensants, pleins de bons sentiments. Germont est le prototype du bourgeois moyen, pur produit XIXĂšme. Alfredo lorsqu’il repasse sous l’emprise de son pĂšre Ă©galement. Alfredo et Violetta dans leur nid d’amour sont nos contemporains au bord de leur belle piscine, lui en pantalon, espadrilles et chemise ouverte; elle lorsqu’elle quitte son long manteau et son chapeau gĂ©ant porte une robe noire souple toute simple tout Ă  fait actuelle. Ainsi la fĂȘte luxueuse chez Flora semblant d’un autre Ăąge fait XIXĂšme, mĂȘme si elle arbore une robe fourreau lamĂ©e de toute splendeur en marge du bon goĂ»t.
Un autre Ă©lĂ©ment donne au drame son intemporalitĂ© : les somptueux dĂ©cors d’Antoine Fontaine car ils sont Ă©galement trĂšs intelligents.  Le loft de Violetta au premier acte se situe dans un immeuble de style Pompier, contemporain de Verdi, avec un Ă©tage intĂ©rieur style annĂ©e 50 et Ă©lĂ©ments modernes. C’est trĂšs Ă©lĂ©gant et beaucoup plus stylĂ© que chez Flora. L’action du dĂ©but de l’acte 2 «  Ă  la campagne », nous offre une splendide vue sur une crique mĂ©diterranĂ©enne, avec un bord de piscine. Les Ă©lĂ©ments de costumes d’aujourd’hui nous suggĂšrent que nous sommes Ă  l’époque des Navettes Air France, permettant le retour des hĂ©ros dans le demi journĂ©e


Un autre Ă©lĂ©ment d’intemporalitĂ© vient de la mort de Violetta chauve comme aprĂšs une chimio. Le cancer remplace ainsi la tuberculose ce qui touche encore d’avantage le public. Les lumiĂšres d’HervĂ© Gary sont contrastĂ©es entre la lumiĂšre aveuglante du dĂ©but de l’acte 2  et les scĂšnes d’intĂ©rieur nocturnes trĂšs rĂ©ussies.  L’Orchestre du Capitole est royalement dirigĂ© par George Petrou. Le chef sait donner au chef d’Ɠuvre de Verdi une profondeur et un drame de tous les instants. La prĂ©cision qu’il obtient de l’orchestre en terme de nuances et de couleurs est magnifique. Les instruments solistes sont d’une musicalitĂ© remarquable (les bois avec Violetta au 2, le violon au 3). Les violons fragiles et trĂšs Ă©mouvants dans les deux prĂ©ludes sublimes et la chaleur ambrĂ©e des violoncelles font merveille. On sait combien Verdi en cherchant une grande simplicitĂ© apparente demande Ă  l’orchestre de soutenir tout le drame.

George Petrou tient sous sa baguette admirablement le grand concertato du 2 mais c’est Ă  main nue qu’il dirige le dernier acte avec une dĂ©licatesse extraordinaire. Les chƓurs sont admirables vocalement et scĂ©niquement. Le ballet chez Flora est interprĂ©tĂ© avec beaucoup d’humour et de puissance par les deux danseurs, Sophie CĂ©likoz et François Auger, maĂźtres de cĂ©rĂ©monie reprĂ©sentant la mort.

 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

 

Pour cette production le Capitole peut s’enorgueillir d’avoir su trouver deux distributions au sommet. Trouver une superbe Violetta est rare mais deux ! Il est impossible de dĂ©partager les deux dames. Anita Hartig a une allure noble, une voix somptueuse de tenue, et une homogĂ©nĂ©itĂ© parfaite sur toute son Ă©tendue. Son lĂ©ger vibratello donne comme une aura Ă  son superbe timbre. Les vocalises sont parfaitement  rĂ©alisĂ©es et le legato est souverain. Les phrasĂ©s sont nobles et toujours Ă©lĂ©gants, le souffle large. Anita Hartig a tout d’une grande Traviata. Polina Pastirchak est tout aussi crĂ©dible vocalement dans ce rĂŽle Ă©crasant dont elle ne fait qu’une bouchĂ©e. Si dans l’acte 1 sa voix met un peu de temps Ă  se dĂ©ployer dĂšs son duo avec Alfredo le jeu Ă©mouvant et l’engagement de chaque instant font merveille. L’agilitĂ© et la beautĂ© des cascades de vocalises dans le « sempre libera » donnent le frisson et l’air est couronnĂ© par un contre mi de toute beautĂ©. La sincĂ©ritĂ© de son jeu Ă  l’acte deux, la tenue vocale, les nuances piano de son chant de douleur arrachent des larmes. Le travail de mise en scĂšne trouve dans ce tableau un vĂ©ritable aboutissement tant la vĂ©ritĂ© du jeu se calque sur la musique. La puissance vocale dans le concertato du 2 est un grand moment d’opĂ©ra. Et nous l’avons dit la direction de George Petrou est de premiĂšre grandeur. C’est lĂ  que le travail d’équipe prend tout son sens.

Le dernier acte atteint les sommets d’émotions attendus avec des sons pianissimi de toute dĂ©licatesse et un jeu poignant. De part son engagement scĂ©nique et vocal toute la soirĂ©e et surtout ce dernier acte admirable, Polina Pastirchak sera notre Violetta prĂ©fĂ©rĂ©e.  Pour Alfredo la comparaison des deux tĂ©nors est sans appel. Airam HernĂĄndez est un tĂ©nor au timbre agrĂ©able mais sans personnalitĂ© et le tĂ©nor malhabile semble jouer l’opĂ©ra façon annĂ©es 50. La maniĂšre dont il se comporte au dernier acte est dĂ©solante. Il s’installe aux pieds de Violetta mourante en cherchant Ă  se placer confortablement !

Le tout jeune KĂ©vin Amiel avec la fougue de la jeunesse et un vrai travail d’acteur est tout simplement Alfredo. Le timbre solaire et clair, immĂ©diatement reconnaissable, a une sĂ©duction irrĂ©sistible. Il abuse de notes tenues aiguĂ«s mais elles sont si belles
 qu’il est impossible d’y rĂ©sister. Son jeu au dernier acte est bouleversant. VoilĂ  un jeune tĂ©nor promu Ă  une belle carriĂšre.
Tout oppose les deux Germont. Nicola Alaimo a une voix de stentor et une technique belcantiste de haut vol. Son personnage est tout d’une piĂšce : celui qui persuadĂ© de son bon droit et sĂ»r de son fait ne soupçonne mĂȘme pas le mal qu’il fait. AndrĂ© Heyboer est un Germont plus tourmentĂ© et un acteur plus nuancĂ©. Vocalement il n’a pas les atouts de son aĂźnĂ© mais il s’approprie bien ce rĂŽle avec prestance.
Les petits rĂŽles sont admirablement tenus y compris par les chanteurs sortis du chƓur du Capitole. Tenir son rang Ă  cotĂ© de tous ces chanteurs de premier plan est encourageant.  La derniĂšre reprĂ©sentation Ă©tait une session supplĂ©mentaire organisĂ©e devant le succĂšs des rĂ©servations. La salle comble jusqu’aux places avec trĂšs peu de visibilitĂ©, a fait un triomphe Ă  cette magnifique production : standing ovation. Et il avait fallu refouler du monde 
. Toulouse est bien l’une des villes qui aime le plus l’opĂ©ra. L’ùre de Christophe Gristi s’annonce excellente.

 

 
 

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs La Dame aux camĂ©lias d’Alexandre Dumas fils ; CrĂ©ation le 6 mars 1853 au Teatro la Fenice Ă  Venise ; Nouvelle coproduction ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra National de Bordeaux . Pierre Rambert, mise en scĂšne ; Antoine Fontaine, dĂ©cors ; Frank Sorbier, costumes ; HervĂ© Gary, lumiĂšre ; Laurence Fanon, collaboratrice artistique. Avec : Anita Hartig / Polina Pastirchak*, Violetta ValĂ©ry ; Airam HernĂĄndez / KĂ©vin Amiel*, Alfredo Germont ; Nicola Alaimo / AndrĂ© Heyboer*, Giorgio Germont ; Catherine Trottmann, Flora Bervoix ; Anna Steiger, Annina ; Francis Dudziak, Docteur Grenvil ; François Piolino, Gaston de LetoriĂšres ; Marc Scoffoni, Baron Douphol ; Ugo Rabec Marquis d’Obigny ; Danseurs : Sophie CĂ©likoz et François Auger ; Orchestre National du Capitole ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani direction ; Direction musicale: George Petrou.

 

 

 

 

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Prochaine production lyrique Ă  l’affiche du Capitole de TOULOUSE : La Ville morte de Korngold, du 22 nov au 4 dĂ©cembre 2018.
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/5565445

 

 

 

 

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‹VOIR notre reportage La Ville Morte de Korngold, les clĂ©s de comprĂ©hension, production dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra (en mars 2015) – entretien avec Philippe Himmelmann

http://www.classiquenews.com/reportage-video-la-ville-morte-de-korngold-1920-au-theatre-graslin-de-nantes-jusquau-17-mars-2015/

Compte-rendu, concert. Toulouse, Jacobins, le 26 sept 2018. Granados. Mompou
 L F PĂ©rez, Piano.  

PEREZ Luis piano par classiquenews_luis_fernando_perezCompte rendu concert. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2018. Granados. Mompou. De Falla. AlbĂ©niz. Debussy. Luis Fernando PĂ©rez, Piano. Luis Fernando PĂ©rez est certainement aujourd’hui le pianiste le plus habile Ă  tisser des liens chaleureux entre le piano de France et d’Espagne. SpĂ©cialiste incontestable des maĂźtres espagnols dont il a la chaleur dans les veines, son interprĂ©tation de Debussy ne manque pas de sĂ©duction. En effet dĂšs les trois Danses Espagnoles de Granados, l’évidence rythmique, et la foisonnance des couleurs s’imposent pour ne jamais lasser. Puis Mompou est un compositeur plus difficile et pas si Ă©vident pour le public. Il est curieux de savoir que ce compositeur travaillait par « dĂ©graissage », de ses compositions premiĂšres jusqu’à ne laisser que les notes essentielles. Car sa musique demeure complexe et sonne richement. MĂȘme si ses scĂšnes d’enfants ont une prime d’apparente simplicitĂ©, ce ne sont pas des pages si Ă©videntes. PĂ©rez en rend une certaine candeur et la prĂ©cision de ses doigts fait merveille. La suite de l’Amour Sorcier de De Falla est comme une apothĂ©ose de couleurs, de rythmes endiablĂ©s, de nuances portĂ©es jusqu’à l’incandescence. Le piano de PĂ©rez peut ĂȘtre tonitruant et fracassant quand il le faut, mais comme il sait aussi chanter et nuancer vers l’infime, les confidences d’amour. Ce qui aura marquĂ© dans ces trois groupes de piĂšces de compositeurs ibĂ©riques, c’est le sens du rythme incessamment dĂ©veloppĂ© et enrichi qui fait toute la beautĂ© de l’interprĂ©tation de PĂ©rez. Un sens du rythme aussi parfait, est rare et tout Ă  fait prĂ©cieux ici.

En deuxiĂšme partie de programme l’alternance de piĂšces de Debussy et d’AlbĂ©niz est passionnante. PĂ©rez fait sonner son  piano diffĂ©remment ; une poĂ©sie plus subtile se crĂ©e. Mais il y a comme une lumiĂšre trop forte pour Des pas dans la neige. Pas assez de mystĂšre, trop d’organisation. C’est la contrepartie de cet amour du rythme qu’incarne PĂ©rez.
La CathĂ©drale engloutie est beaucoup plus lumineuse et moins impressionniste que d’habitude. L’harmonie et le rythme structurent une vision plus droite et prĂ©cise des arches, portiques et vitraux ; l’eau pure ne brouille pas la vision avec des vagues et des ombres de l’onde mouvante.

La soirĂ©e dans Grenade est Ă©videment la piĂšce de Debussy la plus aboutie, vĂ©ritable tableau vivant, comme en miroir de l’hommage pour le tombeau de Debussy par AlbĂ©niz. VoilĂ  le cƓur du rĂ©cital et lĂ  oĂč Luis Fernando PĂ©rez est royal. Quand au premier cahier d’Iberia toujours d’AlbĂ©niz l’interprĂ©tation de PĂ©rez est inouĂŻe de vie toujours dansĂ©e mais aussi chantĂ©e et mĂȘme pleurĂ©e avec un Corpus Christi in Sevilla Ă  faire se lever les foules 
en transe. L’Isle joyeuse est presque bacchanale ici et loin des tableaux de Watteau, mais quelle Ă©nergie, quel piano heureux !
En bis le clair de Lune de Debussy a Ă©tĂ© pure poĂ©sie comme il se doit et l’appel aux rĂȘves les plus doux.
Luis Fernando PĂ©rez est un grand musicien qui aborde avec panache, bonheur et prĂ©cision un pan de rĂ©pertoire complexe du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle. Un grand artiste osant s’approprier de grands compositeurs avec gĂ©nĂ©rositĂ© et originalitĂ©. Le public de Piano Jacobin lui a fait fĂȘte.

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Compte rendu concert. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2018. Enrique Granados (1867-1916) : Trois danses espagnoles ; Federico Mompou (1893-1987) : ScĂšnes d’enfants ; Manuel De Falla (1876-1946) : L’amour sorcier suite ;  Isaac AlbĂ©niz (1860-1909) : Iberia, premier cahier ; Hommage pour le tombeau de Claude Debussy ; Claude Debussy (1862-1918) : Des pas sur la neige ; La cathĂ©drale engloutie ; La soirĂ©e dans Grenade ; L’Isle joyeuse. Luis Fernando PĂ©rez, Piano.

Compte-rendu concert. Toulouse. Chapelle des Carmélites, le 24 septembre 2018. Bach. Buxtehude Les Passions-Orchestre Baroque. Jean-Marc Andrieu.

Compte-rendu concert. Toulouse. Chapelle des CarmĂ©lites, le 24 septembre 2018. Bach. Buxtehude.  Les Passions-Orchestre Baroque. Jean-Marc Andrieu. La jolie saison des musique en dialogue aux CarmĂ©lites Ă  l’initiative de Catherine Kaufmann Saint Martin, qui le temps d’une Ă©tĂ© rĂ©veille la dĂ©licate Chapelle des CarmĂ©lites de Toulouse, se terminait ce dimanche par un concert de grande tenue.

Si Gilles Catagrel n’a pas failli Ă  son rĂŽle d’érudit, lui qui a Ă©crit de nombreux ouvrages sur Bach. Il  a toujours gardĂ© Ă©lĂ©gance et un certain panache mais il a semblĂ© un peu sentencieux et top peu synthĂ©tique dans sa prĂ©sentation du Voyage Ă  LĂŒbeck, se perdant dans ses digressions. A mon gout il fait du jeune Bach un homme dĂ©jĂ  mur et sĂ©rieux alors que l’anecdote est tout Ă  fait causasse. A peine engagĂ© pour son premier poste, Ă  tout juste 20 ans, Bach s’échappe quatre mois et revient la tĂȘte haute, disant avoir «  appris bien des choses utiles Ă  son art » comme toute excuse. Certes la rencontre avec Buxtehude a Ă©tĂ© historique mais dans la grande effervescence entourant l’organisation gigantesque des fĂȘtes de LĂŒbeck organisĂ©es par Buxtehude il n’ y a pas eu que des discussions sĂ©rieuses entre les trĂšs nombreux musiciens.

 

 

Le sérieux du protestantisme allemand
dans la luxuriance italienne des Carmélites de Toulouse :
quel contraste !

 

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Le pendant entre la musique de Buxtehude et de Bach est trĂšs souvent mis en valeur dans les concerts. C’est en tous cas avec plaisir que l’écoute des cantates des deux grands maitres allemands permet des rapprochements fĂ©conds. Jean-Marc Andrieux avec ses amis musiciens des Passions a su crĂ©e un Ă©crin parfait pour les quatre chanteurs. Ceux ci trĂšs impliquĂ©s tant musicalement que dramatiquement ont su faire passer cette importance du texte dans ces Cantates. Car c’est bien lĂ  la rĂ©volution spirituelle du protestantisme qui permettait aux fidĂšles non lettrĂ©s de comprendre dans leur langue vernaculaire la liturgie directement et non le dans le latin habituel dans la musique de la contre-rĂ©forme. Au niveau vocal la soprano Anne MagouĂ«t et le tĂ©nor SĂ©bastien Obrecht sont admirables avec une projection vocale aisĂ©e et des belles couleurs. Leur chant trĂšs nuancĂ© a fait merveille. L’alto Pascal Bertin a malheureusement parfois disparu au sein du quatuor et des instruments. La basse Stephan Imboden a convenablement assurĂ© sa partie sans jamais faillir.

La Cantate BWV 4 a Ă©tĂ© en fin de concert le moment le plus abouti car cette cantate de jeunesse est prodigieuse d’invention.  Cette trĂšs belle version chambriste Ă  un par voix a Ă©tĂ© dirigĂ©e avec probitĂ©, nuances et Ă©lĂ©gance par Jean-Marc Adrieu Bach a su  au sein du cadre de la Cantate Choral, car le thĂšme est prĂ©sent dans chaque verset, diversifier Ă  l’infini la beautĂ© du chant humain habitĂ© par la grĂące divine. L’invention de Bach au retour de Lubeck dĂ©passe tout l’art du vieux maitre Buxtehude. Cette puissance crĂ©atrice de Bach nous savons comme ensuite elle n’a cessĂ© de croitre pour donner un corpus gigantesque et ne s’éteindre qu’avec la mort heureusement trĂšs tardive du maitre. Son Ɠuvre demeure une somme musicale Ă  la gloire toujours renouvelĂ©e. Le public a Ă©tĂ© ravi de voyager dans l’Allemagne de la rĂ©forme avec sa  musique si riche. Un petit pied de nez situant ce concert dans la chapelle la plus ornĂ©e et la plus italienne de Toulouse, que certains nomment la petite Sixtine 
 et dans une chaleur estivale et Ă©touffante.

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse ; Chapelle des CarmĂ©lites, le 24 septembre 2018 ; Festival Musiques en dialogue aux CarmĂ©lites : le Voyage de Bach Ă  LĂŒbeck. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Der Herr denket an uns  BWV 196 ; Christ lag in Todesbanden  BWV 4 ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Herren war Gud  BuxWV 40 ; Jesu meines Lebens Leben  BuxWV 62 ; Walts Gott meine Werk ich lasse  BuxWV 103 ; Gilles Cantagrel, narrateur ; Les Passions-Orchestre Baroque ; Anne MagouĂ«t, soprano ; Pascal Bertin, alto ; SĂ©bastien Obrecht, tĂ©nor ; Stephan Imboden, basse ; Jean-Marc Andrieu, direction. Photos JJ Ader

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 21 sept 2018. Brahms. Prokofiev. Kozhukin. Orch Nat du Capitole de Toulouse. Sokhiev.

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 21 septembre 2018. Brahms. Prokofiev. Kozhukin. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Sokhiev. Le concert de rentrĂ©e Ă  Toulouse allie comme Ă  son habitude les dĂ©buts de la saison de l’orchestre du Capitole et un grand pianiste invitĂ© par Piano aux Jacobins. C’est ainsi que le public nombreux a fait une ovation au jeune pianiste virtuose Denis Kozhukin. Son jeu souverain dans le terrible deuxiĂšme concerto de Prokofiev est enthousiasmant. Brillant, joueur et fulgurant, le pianiste russe trentenaire ne peut s’oublier. Tant d’aisance dans son jeu, alliĂ© Ă  une dĂ©licate musicalitĂ© ont font un interprĂšte rĂȘvĂ© pour ce rĂ©pertoire si exigeant. Le duel Ă  fleuret mouchetĂ© est parfaitement exĂ©cutĂ© par le chef et le soliste. Les pointes d’humour sont pleines d’esprit et l’entente avec Tugan Sokhiev a crevĂ© les yeux. Comme Ă  son habitude le chef russe est louvre-denis-kozhukhin-pianoun partenaire de choix pour le soliste, attentif Ă  maintenir parfaitement l’équilibre entre piano et orchestre et soutenant du regard le soliste, dans un dialogue constant avec ses musiciens. Cette version rythmiquement enthousiasmante, admirablement phrasĂ©e et nuancĂ©e, emporte l’adhĂ©sion du public qui fait un vĂ©ritable triomphe aux musiciens. En bis, le Brahms tardif de l’Intermezzo n°1 admirablement phrasĂ© et nuancĂ© par Denis Kozhukin, le range parmi les interprĂštes romantiques sensibles.

 

 

 

Ouverture de la saison musicale Ă  TOULOUSE

Tugan Sokhiev en sa sublime maturité

 

 

 

Car Brahms a encadrĂ© le terrible concerto virtuose. D’abord avec les Variations sur un thĂšme de Haydn Op.56A. SonoritĂ©s somptueuses, rigueur dans la belle construction de l’Ɠuvre portent Ă  un haut niveau cet art de la variation. La souplesse et la noblesse des phrasĂ©s et la beautĂ© sonore des timbres, tout met en valeur la grandeur classique de cette Ɠuvre. La passacaille finale est un chef d‘Ɠuvre d’élĂ©gance sans Ăąge dont Tugan Sokhiev fait un moment envoĂ»tant.

AprĂšs l’entracte la Symphonie n°1 de Brahms en apothĂ©ose reste la grande surprise de ce concert. La beautĂ© de l’Orchestre du Capitole, des solistes quasi hallucinĂ©s, des cordes profondes et solides, capables de nuances infinies, 
 il n’est possible que de louer le travail rĂ©alisĂ© par l’orchestre tant au niveau des soliste que des pupitres. Cet orchestre joue Brahms Ă  la perfection dans une plĂ©nitude sonore incroyable. La soliste la plus remarquable ce soir par une implication inouĂŻe et une densitĂ© sonore incroyable est la flĂ»tiste Sandrine Tilly, Ă©mouvante comme jamais. Ces collĂšgues, le hautboĂŻste Chi-Yuen Cheng et le clarinettiste David Minetti sont Ă  la hauteur d’un tel engagement avec des Ă©changes chambristes remplis d’émotions. Le cor de Jacques Deleplanque dans ces moments solistes si importants est comme attendu, absolument souverain. Mais jamais les violons n’ont Ă©tĂ© capables d’ĂȘtre si compacts avec cette souplesse. Les violoncelles dans une chaleur de timbre de la plus belle eau ont ravi le public. Le  pupitre des contrebasses menĂ© par D.L Vergnes a Ă©tĂ© extrĂȘmement sĂ»r et structurĂ© ; avec fermetĂ© et Ă©lĂ©gance, il a  construit une base sublime Ă  ce superbe Ă©difice sonore.
Si les musiciens de l’orchestre ont Ă©tĂ© si engagĂ©s et si sensationnels c’est bien Ă  la direction sensuelle et parfaitement maitrisĂ©e de Tugan Sokhiev qu’ils le devaient. Car comment dĂ©crire la maturitĂ© de la direction de Tugan Sokhiev en restant fidĂšle Ă  l’enthousiasme qu’il dĂ©clenche sur scĂšne comme dans la salle sans paraĂźtre excessif ?

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerLA MAGIE SOKHIEV
 A main  nue avec des gestes constamment renouvelĂ©s, comme  par exemple ses points fermĂ©s, il sculpte les phrases dans l’air et la musique semble sourdre de ses gestes comme une source intarissable. Les phrases sont vastes, le chant semble inaltĂ©rable quand la puissance des accents donne une grande force expressive aux thĂšmes. La structure est parfaitement mise en lumiĂšre par sa direction, chaque mouvement parfaitement dĂ©veloppĂ© mais Ă©galement dans une conscience de toute la symphonie avec un Ă©quilibre parfait entre les mouvements. Le final atteignant des sommets de puissance expressive dans une plĂ©nitude sonore enthousiasmante. Depuis plus de dix ans, nous suivons l’évolution de ce chef exceptionnel et savourons sa maturitĂ© artistique dans ce rĂ©pertoire si exigeant car les symphonies de Brahms sont dĂ©fendues par les plus grandes baguettes et depuis longtemps. J’ose Ă©crire que la version de ce soir atteint des sommets absolus. L’orchestre du Capitole peut ĂȘtre fier du chemin parcouru, les Toulousains doivent ĂȘtre conscients d’avoir un chef d’une trempe historique. Les auditeurs Ă  la radio ont pu percevoir la grandeur de ce concert mais la vision de la direction de Tugan Sokhiev Ă  main nue est un vĂ©ritable poĂšme dont seul le public peut dĂ©guster les effets.
Magnifique concert de rentrĂ©e qui laisse augurer d’autres moments magiques pour la saison symphonique 2019 / 2019 Ă  Toulouse. Merci Ă  Tugan Sokhiev d’ĂȘtre un si grand catalyseur de talents dans la Ville Rose. Merci Ă  Toulouse d’avoir su l’accueillir et de savoir le garder encore un peu.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 21 septembre 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thÚme de Haydn, Op. 56A ; Symphonie n°1 en ut mineur Op. 68 ; Serguei Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre  n° 2 en sol mineur Op. 16 ; Denis Kozhukin, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

Compte-rendu Concert. 4ùme Festival de Lagrasse. Église Saint Michel, le 8 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique

Compte-rendu Concert. 4Ăšme Festival de Lagrasse. Église Saint Michel, le 8 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique. Le moment attendu et magique de cette gĂ©nĂ©reuse soirĂ©e musicale Ă©tait le Quintette « La Truite » de Schubert par Adam Laloum et ses amis. Lui qui nous confiait aimer choisir avec qui jouer une Ɠuvre a rĂ©uni une plĂ©iade de fins musiciens Ă  ses cotĂ©s pour ce monument de beautĂ© et de gaietĂ©. Tous sont de fabuleux solistes par ailleurs et  tous se donnent comme objectif une fusion de chaque instant dans une Ă©coute admirable et Ă©mue.  La vivacitĂ© des rĂ©ponses, la dĂ©licatesse des nuances et la gĂ©nĂ©rositĂ© des phrasĂ©s caractĂ©risent cette belle interprĂ©tation. Le rythme est bondissant tout en souplesse, et les couleurs miroitent. Le piano d’Adam Laloum est d’une beautĂ© renversante. Le son est puissant, Ă©clatant mĂȘme par endroits, mais ce qui rĂ©gale c’est le rebondi des notes comme des bulles, et les trilles comme des rires. J’aime toujours que le pianiste soit excellent dans cette Ɠuvre mais certains en font trop. Le gĂ©nie de Laloum me le confirme, le pianiste doit ĂȘtre parfait musicien mais  il lui faut aussi savoir tenir un Ă©quilibre constamment renouvelĂ©. Toute la coulĂ©e d’eau, le flux dans lequel la musique se meut vient du piano et la beautĂ© du son de Laloum est toute de gĂ©nĂ©rositĂ©.

   

Laloum et ses amis… tous magiques dans la Truite de Schubert

 
 
 

lagrasse festival adam laloum piano critique concerts par classiquenews 2018

  

La maniĂšre pleine d’amitiĂ© dont il Ă©coute ses collĂšgues, les regarde, les provoque puis les suit est jubilatoire. Voici un vĂ©ritable gĂ©nie chambriste. Chacun semble se rĂ©galer de jouer sa partie, chacun d’écouter  celle des autres. Quelle Ă©nergie, quelle tenue de son ! Les visages heureux sont sur scĂšne autant que dans la salle Ă  la fin de cette « Truite » solaire qui restera dans les mĂ©moires. autours de ce soleil les autres planĂštes de ce concert sont des piĂšces de grande originalitĂ© chacune interprĂ©tĂ© avec art. Ainsi un Ă©trange trio de FaurĂ© Ɠuvre un peu fanĂ©e de ses derniĂšres annĂ©es de composition, son charme est raffinĂ©. Ce soir l’alchimie alto, violoncelle, piano fonctionne sur des couleurs pastels et des rythmes plus dĂ©licats que puissants. L’amitiĂ© partagĂ©e entre les musiciens donne de l’intĂ©rĂȘt Ă  cette partition fragile du dernier FaurĂ© comme hors des modes. Martinu dans une Ɠuvre exigeante et aux rĂ©fĂ©rences complexes offre au violon et l’alto des dĂ©fis interprĂ©tatifs que Philippe Chardon et LĂ©a Hennino relĂšvent sans peine. Lui avec une grande concentration, elle avec davantage de charme et de sourires.

En deuxiĂšme partie une trĂšs belle surprise attend le public. Dover Beach de Samuel Barber est une partition belle et noble qui met en lumiĂšres variĂ©es un beau poĂšme de Matthew Arnold. Avec un art du dire plein de profondeur et une voix homogĂšne et chaude, la mezzo Fiona McGown semble trĂšs Ă  l’aise et charme le public. Ses partenaires sont au diapason d’une sorte de mĂ©lancolie noble qui cherche la distanciation. La perte de la religion prĂ©sentĂ©e non pas comme une libertĂ© gagnĂ©e mais comme une solitude mortifĂšre inĂ©vitable.  Ensuite  l’orgue a pu rĂ©sonner sous les doigts dĂ©licats et finement musiciens de Michael SeeligmĂŒller. Son interprĂ©tation nuancĂ©e et Ă  la registration dĂ©licate de la sonate en trio en mi mineur de Bach a apportĂ© paix et sĂ©rĂ©nitĂ© en rĂ©ponse aux mots tragique du poĂšme. Voici un beau moment d’orgue parfaitement intĂ©grĂ© au vaste programme. Une Ɠuvre plus connue a pu terminer le concert. Le quatuor avec piano de Brahms est une Ɠuvre tragique, difficile Ă  interprĂ©ter et pas facile d’écoute. La particularitĂ© Ă©tait d’entendre deux fratries dans ce quatuor. Les frĂšres Bellom au violoncelle et au piano et le frĂšre et la sƓur Chilemme lui au violon elle Ă  l’alto. Si la maturitĂ© artistique des Chilemme leur a permis de rendre le tragique de la piĂšce, et de dominer leurs parties, les trĂšs jeunes frĂšres  Bellom ont eu le cran d’assurer leur partie mais sans pouvoir en rendre toute la profondeur. Surtout le piano de Guillaume Bellom qui afin de survivre Ă  l’écriture trĂšs difficile au sein de l’andante a jouĂ© fin et dĂ©licat mais au prix de moments de quasi absence face au volume sonore des cordes. Un bel essai qui promet beaucoup pour ces jeunes artistes Ă  suivre. Le public a Ă©tĂ© sensible Ă  cet Ă©norme dĂ©fit gagnĂ© jusque dans le final acrobatique aux rythmes diaboliques par les quatre musiciens.

Un concert d’une longueur exceptionnelle en raison de la gĂ©nĂ©rositĂ© de tous ces fabuleux artistes que la direction artistique d’Adam Laloum sait ne vouloir brimer jamais.

Un mot complémentaire sur les conditions de réalisation exceptionnelles de ce festival dont le succÚs doit également à un nombre considérable de bénévoles, tous particuliÚrement disponibles. La générosité et la simplicité dominent ces jours de festival loin du bruit et de la fureur de la rentrée.

 
  
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Compte-rendu Concert. 4 ieme Festival de Lagrasse. Eglise Saint Michel, le 8 septembre 2018. . Gabriel FaurĂ© (1845-1923) : Trio en rĂ© mineur ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois, violoncelle ; Guillaume Belom, piano.  Bohuslav Martinu (1890-1959) : 3 Madrigals ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto. Schubert (1797-1828) : Quintette « La Truite » ; Guillaume Chilemme : violon ; Lise Berthaud : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; Mathias Lopez : contrebasse ; Adam Laloum : piano. Samuel Barber (1910-1981) : « Dover Beach » Op.3 ; Fiona McGown : mezzo-soprano ; Philippe Chardon : violon ; Guillaume Chilemme : violon ; Marie Chilemme : alto ; Adrien Bellom : violoncelle. Johann Sebastian Bach (1685-1750) ; Trio Sonate No 4 en Mi Mineur BWV 528 ; Michael SeeligmĂŒller : orgue. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor en Sol Mineur Op.25 ; Guillaume Chilemme : violon. Marie Chilemme : alto. Adrien Bellom : violoncelle ; Guillaume Bellom : piano.

 

Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le 2 septembre 2018. Adam Laloum : piano et direction artistique.

laloum adam pinao concertos brahms cd sony review cd cd critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. 4Ăšme  Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le 2 septembre  2018. Adam Laloum : piano  et direction artistique. La particularitĂ© de ce festival en terme de programmation est une association trĂšs originale entre le rĂ©pertoire d’orgue et le rĂ©pertoire chambriste. Cette singularitĂ© vient de l’amour des organisateurs pour cet orgue Puget, honneur du travail merveilleux de la dynastie des facteurs d’orgue toulousain au XIXĂšme siĂšcle. Bien que de taille modeste cet instrument sonne extraordinairement clair et puissant dans l’église Saint-Michel de Lagrasse.

 

A Lagrasse toujours plus de passion musicale.

Pour sa derniĂšre intervention sur cet instrument qu’il apprĂ©cie beaucoup, Nathan J. Laube a offert au public un chef d’Ɠuvre renversant de puissance et de brillance. Cette Fantaisie et fugue de Bach adaptĂ©e par Reger est pleine d’une intelligence diabolique avec une superposition jusqu’à 5 voix. Le jeune organiste amĂ©ricain sans aucun moment de relĂąchement, dans un tempo tenu et qui avance constamment a rendu Ă  chaque note toute sa lumiĂšre. Quand on sait la difficultĂ© technique et la complexitĂ© harmonique que cette Ɠuvre recĂšle il est possible de mesurer la virtuositĂ© et la musicalitĂ© de Nathan J. Laube. Il nous a offert un  Bach en majestĂ© dans un son plein de vie presque aveuglant de lumiĂšre. Le jeu de Nathan J. Laube est absolument exceptionnel et rare.

Faire suite Ă  un univers sonore si envahissant n’est pas chose aisĂ©e et c’est, je l’ai dĂ©jĂ  dit, la difficultĂ© demandĂ©e aux oreilles des auditeurs. Mais le charme de RaphaĂ«l SĂ©vĂšre est si fort son jeu si envoutant que trĂšs rapidement le public admire la fine musicalitĂ© de son jeu si assorti Ă  celui de Jonas Vitaud. Cette sonate de ce dĂ©licat musicien du XVIII iĂšme siĂšcle nous offre une sonate, initialement Ă©crite pour flĂ»te, trĂšs aboutie pour la clarinette. Un peu comme si le temps avait Ă©tĂ© donnĂ© Ă  Mozart pour Ă©crire encore un autre chef d’Ɠuvre pour son instrument de prĂ©dilection en sa fin de vie. L’andante en particulier est un moment de grĂące suspendue.  RaphaĂ«l sĂ©vĂšre yeux fermĂ©s, Jonas Vitaud oreilles toutes ouverts et doigts de fĂ©e, nous offrent un moment inoubliable. Ensuite la mĂȘme dĂ©licate poĂ©sie va habiter les deux interprĂštes de la version pour violoncelle de la Fantasiestucke de Schumann.  Jonas Vitaud et Adrien Belom sont comme transfigurĂ©s par la beautĂ© de la partition de Schumann. Par cƓur, le regard perdu dans l’au delĂ  de la musique de Schumann le jeune violoncelliste a un son d’un soyeux de rĂȘve. Jonas Vitaud colore en aquarelliste son piano. La fantaisie au sens poĂ©tique est au pouvoir et guide le public vers un autre monde. AprĂšs ces deux duos rares et Ă©mouvants c’est au trio de la sĂ©rĂ©nade de Dohnanyi de nous ravir et nous entrainer en Hongrie, dans cette Mittel-Europa qui a fait rĂȘver tant de compositeurs et ne cesse d’enrichir l’écoute du public. En cinq mouvements d’une inventivitĂ© rare et d’une virtuositĂ© sensationnelle tout le paysage dansant depuis la musique populaire tzigane jusqu’au plus subtile hommage Ă  Haydn le musicien savant et poudrĂ©.  Tout ce qui vit, danse et chante se retrouve sous les doigts enflammĂ©s de nos trois musiciens. Charlotte Juillard est flamme vive, LĂ©a Hennino fleuve brumeux comme le Rhin et Yan Levionnois a des sonoritĂ©s boisĂ©es et un sens du rythme impayable, tous trois crĂ©ent un monde fascinant. Le public charmĂ© par ces trois oeuvres rares fait une ovation Ă  chaque groupe de musiciens conscient des moments prĂ©cieux vĂ©cus. AprĂšs le sympathique entracte sous la halle centrale nous retrouvons le directeur artistique du festival, Adam Laloum. Sa direction est justement nommĂ©e artistique car chaque programme est Ă©quilibrĂ© et permet de retrouver de soir en soir les artistes aimĂ©s dans une progression particuliĂšrement intĂ©ressante. Les amis d’adolescence musicale, Charlotte et Adam, qui ont donnĂ© leur premier concert ensemble Ă  Toulouse avec cette sonate se retrouvent pour la sensationnelle sonate de Franck ici pour violon et piano (il existe une version pour violoncelle). Les moyens techniques requis sont fabuleux pour les deux instrumentistes mais les pianistes disent tous combien certains moments sont quasiment injouables. Il ne m’est pas possible de dĂ©tailler une interprĂ©tation qui mĂ©riterait un enregistrement d’urgence tant elle est passionante. Certes l’amitiĂ© entre Adam Laloum et Charlotte Juillard explique beaucoup de choses, mais Ă©galement les souvenirs du temps ou leurs rĂȘves les plus fous les portaient, le moment venu d’éprouver Ă  nouveau avec des moyens techniques et musicaux diffĂ©rents l’ivresse de cette sonate. Pouvaient ils imaginer atteindre en 15 ans cette perfection ? Car l’interprĂ©tation porte la marque de la perfection au sens ou Franck ne peut ĂȘtre mieux interprĂ©tĂ© avec cette passion, ces moments de fougues, de retenues mais toujours avec la plus grande Ă©lĂ©gance. Cette partition sonne si française mais avec des moments trĂšs romantiques. Grand succĂšs du public qui ovationne Laloum et Juillard heureux de leur interprĂ©tation. Il reste la derniĂšre Ɠuvre du programme. Cette vaste fresque de Chausson du poĂšme de l’amour et la mer. La rĂ©duction trĂšs habilement rĂ©alisĂ©e permet et une dimension symphonique et une qualitĂ© d’émotion chambriste. Chacun est trĂšs habitĂ© par la beautĂ© de la partition  et donne Ă  la cantatrice tout le matĂ©riel nĂ©cessaire Ă  son envol vocal. La voix de Marie-Laure Garnier a pris en un an (nous l’avions dĂ©couverte ici l’an dernier) une ampleur phĂ©nomĂ©nale. Son engagement ce printemps dans la Walkyrie Ă  Toulouse in extremis avait Ă©tĂ© trĂšs remarquĂ©. La large voix dĂ©veloppe de beaux phrasĂ©s et nuance dĂ©licatement. Le texte est habitĂ© et chanté  avec beaucoup d’émotion. Son « l ‘oubli » donne le frisson. Je crois que les cinq  instrumentistes (que nous savons tous ĂȘtre de fabuleux solistes) ont su avec leur engagement total, offrir le soutien exact dont la vaste voix avait besoin. Le public exulte aprĂšs cette apothĂ©ose Ă©motionnelle savamment construite. Quel festival ! Pas de doutes Adam Laloum est Ă©galement un grand directeur artistique.

 

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le 2 septembre  2018. Johann SĂ©bastian Bach (1685-1750) : Fantaisie chromatique et fugue en rĂ© mineur BWV 903 ; Nathan J. Laube : orgue ; François Devienne (1759-1803) : Sonate N°1 en Ut majeur ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Jonas Vitaud : piano ; Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestucke Op.73 ; Adrien Bellom : violoncelle ; Jonas Vitaud : piano ; ErnƑ Dohnanyi (1877-1960) : SĂ©rĂ©nade pour violon, alto et violoncelle ; Charlotte Juillard : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois : violoncelle ; CĂ©sar Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur FWV8 ; Charlotte Juillard : violon ; Adam Laloum : piano ; Ernest Chausson (1855-1899) : PoĂšme de l’Amour et de la Mer ; Marie-Laure Garnier : soprano ; Mi-Sa Yang et Charlotte Juillard : violons ; LĂ©a Hennino : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; Tristan RaĂ«s : piano

 

 

 

 

Illustrations : C.Juillard et A.Laloum dans la sonate de Franck / Yang; Juillard; M.L Garnier; Hennino; Belom;  RaĂ«s Ă  la fin du poĂšme de l’amour et de la mer de chausson

Compte-rendu, concert. 4Úme Festival de Lagrasse, le 1er septembre  2018. Adam Laloum : piano et direction artistique.


Version 2Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse, le premier septembre  2018. Adam Laloum : piano et direction artistique. Pour dĂ©buter le concert la mezzo-soprano Claire PĂ©ron et le pianiste Tristan RaĂ«s nous ont fait voyager vers l’Espagne la plus profonde. Celle idĂ©alisĂ©e par les musiciens mais aussi celle populaire des affects humains les plus immĂ©diats. La voix de Claire PĂ©ron est trĂšs agrĂ©able et sa diction fait merveille. Elle campe chaque mĂ©lodie accentuant le cotĂ© populaire y compris en poitrinant ou en altĂ©rant son beau timbre Ă  des moments choisis.

Quelle générosité ! Deux sublimes Quintets ! Et tout le reste !


Version 2L’effet est enthousiasmant et le charme de la jeune femme, fleur au cheveu, opĂšre. Tristan RaĂ«s est admirable de prĂ©sence et suggĂšre toute l’ambiance de la terre et de l’air espagnole. L’entente entre les deux artistes est absolument parfaite, nuances, phrasĂ©s et jeu avec le tempo sont d’une grande subtilitĂ©. Puis Mi-Sa Yang et Jonas Vitaud nous font voyager dans la Russie populaire. L’adaptation pour violon et piano d’extraits du ballet le Baiser de la fĂ©e de Stravinski permet une interprĂ©tation accentuant le cotĂ© populaire des mĂ©lodies et les rythmes endiablĂ©s. Le jeu de Mi-Sa Yang gagne en force et en profondeur et dĂ©montre un tempĂ©rament bien plus extraverti. Jonas Vitaud lui aussi est plus franchement prĂ©sent en terme de pĂąte sonore. La performance est belle car les deux instrumentistes ne semblent par moment ne faire qu’un. Et Ă  nouveau nous apprĂ©cions la raretĂ© de l’Ɠuvre pourtant fascinante.
Le Quintette pour clarinette de Mozart est une Ɠuvre d’un sublime captivant que je ne me lasse pas d’écouter. Tout l’amour contenu dans ce quintette semble couler de la clarinette et le quatuor l’entoure et le cajole avec une grande dĂ©licatesse. RaphaĂ«l SĂ©vĂšre entourĂ© d’amis dont  Mi-Sa Yang avec qui il joue souvent est un vĂ©ritable coq en pĂąte. Il est d’une prĂ©sence rayonnante. Son jeu est incroyablement physique. Ce jeune clarinettiste qui sait depuis longtemps quel admirable virtuose il est, est  devenu une force de musique pure. Comme une source en trois dimensions qui enveloppe dans une sphĂšre tout ceux qui l’entourent. Fermant les yeux pour mieux sentir et Ă©couter les autres il semble faire corps avec son instrument pour en offrir tout le bois et la terre qui a nourri l’arbre dont est fait sa clarinette. Jouer par cƓur est dĂ©jĂ  Ă©mouvant mais avec cette concentration, cette puissance Ă©motionnelle cela devient inoubliable. Il semble vainc de chercher Ă  savoir si c’est le meilleur clarinettiste du monde, probablement oui,  mais ce qui est certain c’est que le son qu’il crĂ©e est unique par cette incarnation physique et cette recherche Ă©thique. De plus ses couleurs, ses incroyables nuances et ses phrasĂ©s creusĂ©s jusqu’à la derniĂšre molĂ©cule d’oxygĂšne donnent une puissance Ă©motionnelle unique Ă  son jeu. Le sublime du mouvement lent, l’osmose avec les cordes ne peut se dire autrement : sublimissime. Le trio est plein d’esprit mais c’est surtout le dernier mouvement qui est plein d’humour. C’est un hymne Ă  l’amitiĂ©, chacun Ă  son tour Ă©coutant avec ravissement les variations des autres. Je n’ai jamais vu des musiciens montrer avec un abandon corporel aussi sensuel leur admiration pour la musique faite par leurs collĂšgues et le bonheur qui leur est procurĂ©. Cette franchise dans le partage, cette rĂ©elle amitiĂ© musicale, ne peut mieux se percevoir que dans cette Ɠuvre si humainement fraternelle de Mozart. Le public a Ă©tĂ© emportĂ© loin et a planĂ© haut avec cette si belle interprĂ©tation du Quintette de Mozart.
La deuxiĂšme partie nous fait retrouver le sensationnel jeu de Nathan J. Laube sur l’orgue. La puissance dont il est capable, l’introspection qu’il sait y mettre en contraste, sont de grande qualitĂ©. La piĂšce de Franck trouve en lui un interprĂšte douĂ© et pĂ©nĂ©trant.
Version 2Tout modestement, seul sur scĂšne, le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre va complĂ©ter son portrait de musicien complet. Son choix d’une Ɠuvre absolument contemporaine de Bruno Montovani, Bug (partition de 1999)  fait un profond effet sur le public. La virtuositĂ©, l’inventivitĂ© et l’audace dont il fait preuve Ă  chaque instant sont sensationnelles. Je ne rajouterai sur la description de sa sonoritĂ© unique qu’une chose c’est qu’elle prend une dimension supplĂ©mentaire lorsque le clarinettiste est totalement libre de ses mouvements et danse littĂ©ralement sur scĂšne. Je crois qu’une autre Ăšre arrive pour la clarinette, un moment plus authentique qui ramĂšne cet instrument Ă  sa force tellurique avec la libertĂ© qu’ose  vivre sur scĂšne un artiste comme RaphaĂ«l SĂ©vĂšre. Il sait ĂȘtre d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance mais aussi d’une puissance animale foudroyante de beautĂ©. Il paye comptant  avec tout son corps sa recherche d’une sonoritĂ© si belle et sensuelle. Le public lui fait une vĂ©ritable ovation.
Pour terminer cet incroyable concert le quintette Op.34 de Brahms va réunir de fabuleux musiciens.
Version 2La violoniste Charlotte Juillard en vĂ©ritable chef d’attaque va insuffler une Ă©nergie communicative Ă  tous. Sa puissance Ă©motionnelle, son jeu plein et enflammĂ© sont une vraie merveille. Le deuxiĂšme violon, Philippe Chardon, en semble tout Ă©mu mais sait tenir sa partie Ă  merveille. LĂ©a Hennino Ă  l’alto va prendre une Ă©nergie nouvelle qui lui permet de briller avec un feu sombre et mĂ©lancolique. Le violoncelle de Yan Levienois trouve les mĂȘmes accents gĂ©nĂ©reux que le premier violon tout en se rapprochant souvent de l’alto si beau de LĂ©a Hennino (leurs regards complices !) dans la recherche des couleurs et des phrasĂ©s. Nous gardons pour la fin le piano symphonique d’Adam Laloum qui met en lumiĂšre la richesse harmonique de sa partie et une prĂ©sence rassurante de chaque instant. Son aisance est confondante, sa maniĂšre de veiller sur chacun de rĂ©pondre Ă  toutes leurs proposition et lui mĂȘme d’insuffler sa poĂ©tique musicalitĂ© sont joie pure. La pĂąte sonore est magnifique toute au service du sentiment. Cette alchimie faite sous nos yeux est un dĂ©lice qui porte au sublime. Et que dire de la puissance Ă©motionnelle de cette partition quand des interprĂštes de cette intĂ©gritĂ© la jouent ?  L’envol vers le sublime en plus du bonheur d’ĂȘtre là ! Quel festival incroyable ! La deuxiĂšme soirĂ©e atteint des sommets d’émotions. Le public trĂšs nombreux exulte.

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le premier septembre  2018. Manuel De Falla (1876 – 1946) : Siete Canciones Populares ; Claire PĂ©ron : mezzo-soprano et Tristan RaĂ«s : piano ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Divertimento ; Mi-Sa Yang : violon  et Jonas Vitaud : piano ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette avec clarinette en La Majeur K.581 ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Mi-Sa Yang : violon ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Adrien Bellom : violoncelle ; CĂ©sar Franck (1822-1890) : 3 iĂ©me Choral en la mineur ; Nathan J. Laube, orgue ;  Bruno Mantovani (1974) : Bug pour clarinette solo ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette avec Piano en Fa Mineur Op.34 ; Charlotte Juillard : violon ; Philippe Chardon : violon ; LĂ©a Hennino : alto ; Yan Levionnois : violoncelle ; Adam Laloum : piano.

 

 

Compte-rendu, concert. Pages Musicales de Lagrasse, le 31 août 2018. Adam Laloum, piano et dir artistique.

Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Eglise Saint Michel de Lagrasse, le 31 aoĂ»t 2018. Adam Laloum,  piano et direction artistique. Pour une ouverture en grande pompe de la 4Ăš Ă©dition des Pages Musicales de Lagrasse, nul ne pouvait rĂȘver interprĂšte plus prestigieux que l’organiste mondialement fĂȘtĂ©, qui a Ă©tudiĂ© dans le monde entier et enseigne aux USA : Nathan J. Laube. Sur l’orgue symphonique ThĂ©odor Puget de l’église Saint-Michel de Lagrasse, il a offert un jeu d’une virtuositĂ© et d’une puissance inouĂŻe dans une Ɠuvre de Mendelssohn. Si la dĂ©licatesse du jeu de flĂ»te nous a semblĂ© plus agrĂ©able et plus en harmonie avec le reste du concert, les fortissimi cathartiques du jeu Ă  pleine puissance ont Ă©tĂ© en tous cas trĂšs impressionnants.

Lagrasse : le Festival du BONHEUR

Ensuite l’oreille a pris un peu de temps pour dĂ©guster le dĂ©licat Ă©quilibre construit par le piano subtile de Jonas Vitaud et le violon diaphane de Mi-Sa Yang. Les deux artistes pleins de dĂ©licatesse et de charme ont interprĂ©tĂ© avec un bonheur constant cette trĂšs belle sonate. L’équilibre des timbres, la grĂące des phrasĂ©s, les belles nuances,  tout a Ă©merveillĂ© le public.
Puis le baryton Jacques L’AnthoĂ«n et Adam Laloum ont interprĂ©tĂ© les rares mĂ©lodies de Poulenc sur des poĂšmes d’Aragon et assemblĂ©es sous le titre « Le travail du Peintre ». Le baryton Ă©lĂ©gant n’a pas su trouver l’équilibre attendu entre projection vocale et diction. Cette recherche constante des chanteurs passant de l’opĂ©ra Ă  la mĂ©lodie est difficile. Jacques L’AnthoĂ«n doit privilĂ©gier la diction car il peut compter sur une voix naturellement belle et puissante passant trĂšs bien et se projetant loin. Il n’a pas besoin de la forcer. La diction Ă  pleine voix n’était pas comprĂ©hensible, et c’est dommage car les textes d’Eluard sont savoureux, alors qu’elle a Ă©tĂ© parfaite lorsqu’il a osĂ© murmurer…
Adam Laloum n’est pas un simple accompagnateur mais un vĂ©ritable partenaire de fraternitĂ©, soutenant le chanteur et sachant toujours parfaitement doser les nuances.


Version 2AprĂšs l’entracte, la surprise pour le public a Ă©tĂ© la dĂ©couverte d’une superbe partition de Witold Lutoslawski pour clarinette et piano. Je ne comprends pas pourquoi ces splendides pages sont si rarement jouĂ©es. Remercions RaphaĂ«l SĂ©vĂšre de les avoir inscrites au programme. Sa complicitĂ© avec Adam Laloum a Ă©tĂ© sidĂ©rante de prĂ©cision dans des rythmes d’une complexitĂ© terrifiante. Les deux amis n’ont semblĂ© trouver qu’amusement dans ces moments de quasi folie rythmique. La musicalitĂ© de leur interprĂ©tation, la souplesse des phrasĂ©s, le jeu de colorations et les nuances subtiles ont fait miroiter la sensualitĂ© de la sonoritĂ© boisĂ©e de Raphael SĂ©vĂšre dans la profondeur harmonique et la puissance expressive dans la laque prĂ©cieuse du piano d’Adam Laloum.  Les deux musiciens nous ont offert un moment de rare musicalitĂ© partagĂ©e avec un public bouche-bĂ©e et parfaitement silencieux.
Les trois chanson de Bilitis de Debussy sont peut ĂȘtre la quintessence de son art de mĂ©lodiste. La beautĂ© de la musique qui Ă©pouse les poĂšmes, le piano qui campe un dĂ©cor mouvant sont du meilleur Debussy. Claire PĂ©ron nous a rĂ©galĂ© des poĂšmes superbement dits et portĂ©s par une voix au timbre agrĂ©able ; et le piano de Jonas Vitaud a Ă©tĂ© prĂ©cis et nuancĂ© mais sans arriver Ă  trouver la  liquiditĂ© attendue ici.

Yang juilard la grasse festival adam alaloum par classiquenewsAussi belles Ă  regarder qu’émouvante Ă  Ă©couter les deux violonistes Charlotte Juillard et  Mi-Sa Yang nous ont subjuguĂ© ensuite dans la trĂšs originale sonate de Prokofiev pour deux violons sans accompagnement. Timbres chauds, phrasĂ©s portĂ©s Ă  l’incandescence et jeu de miroirs, comme d’oppositions, toute les subtilitĂ©s ont Ă©tĂ© merveilleusement offertes au public dans une complicitĂ© de chaque instant. L’énergie, l’humour et mĂȘme la facĂ©tie sont au rendez vous, mais surtout le grand bonheur.

AprĂšs tous ces duos infiniment variĂ©s et aux beautĂ©s diverses, le concert c’est terminĂ© sur un trio au romantisme dĂ©coiffant. Le trio op.101 de Brahms est un chef d’oeuvre longtemps travaillĂ© mais qui est devenu peut ĂȘtre l’une des piĂšces les plus enthousiasmantes pour ces trois instruments tant fĂȘtĂ©s par de si merveilleux composteurs. La passion de cette interprĂ©tation a Ă©tĂ© portĂ©e par le violon sauvage de Charlotte Juillard qui est presque allĂ© Ă  suggĂ©rer quelque concerto pour violon dĂ©guisĂ©. Son jeu, ses expressions et ses mouvements sont si habitĂ©s de musique que rien ne peut sembler plus Ă©mouvant avec cette force. Tristan RaĂ«s a la mĂȘme puissance romantique et il a su l’ajuster avec infiniment de dĂ©licatesse au jeu passionnĂ© de la violoniste. Le violoncelliste Adrien Bellom n’a jamais dĂ©mĂ©ritĂ© mais a semblĂ© si admiratif de la fougue de Charlotte Juillard qu’il l’a suivie mais n’a pas surenchĂ©ri Ă  ses propositions.

Un concert trĂšs gĂ©nĂ©reux et original, parfaitement construit tant dans la variĂ©tĂ© des oeuvres que la qualitĂ© des musiciens a donc ouvert le festival 2018 des Pages Musicales de Lagrasse. Tout cela annonce de bien beaux moments. Le bonheur Ă©tait sur scĂšne autant que dans l’église.

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Compte-rendu, concert. 4Ăšme Festival de Musique de Chambre des Pages Musicales de Lagrasse ; Lagrasse, Ă©glise Saint Michel, le 31 aoĂ»t 2018 ; FĂ©lix Mendelssohn ( 1809-1847): PiĂšce d’orgue ; Nathan J. Laube, orgue ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en La Majeur pour violon et piano K526 ; Mi-Sa Yang : violon ; Jonas Vitaud : piano ; Francis Poulenc (1899-1963) : Le Travail du Peintre ; Jean-Jacques L’AnthoĂ«n : baryton ; Adam Laloum : piano ; Witold Lutoslawski (1913 – 1994) : 5 Dance PrĂ©ludes ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre : clarinette ; Adam Laloum : piano ; Claude Debussy (1862-1918) : 3 Chansons de Bilitis ; Claire PĂ©ron : mezzo-soprano ; Jonas Vitaud : piano ; SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour deux violons Op.56 ; Charlotte Juillard et  Mi-Sa Yang : violon ; Johannes Brahms (1833 – 1897) : Trio en do mineur Op.101 ; Charlotte Juillard : violon ; Adrien Bellom : violoncelle ; Tristan RaĂ«s : piano.

Photos © H. Stoecklin: le bonheur partagé aprÚs le duo clarinette ( R. SévÚre )  piano (A.Laloum)  et la sonate pour deux violons ( C. Juilard et M.S Yang)

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 18 aoĂ»t 2018. Brahms. TchaĂŻkovski.Laloum / Vedernikov.

Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 18 aoĂ»t 2018. Brahms. TchaĂŻkovski. Adam Laloum. Orchestre Symphonique d’Odense.  Alexander Vedernikov. La pluie orageuse a bien failli ruiner la soirĂ©e mais la distribution de poncho de pluie, la scĂšne qui protĂšge les artistes auraient maintenu le concert coĂ»te que coĂ»te tant il Ă©tait attendu pour terminer le festival en beautĂ©. Il a tout de mĂȘme Ă©tĂ© bien agrĂ©able que les derniĂšre gouttes de pluie aient cessĂ© dĂšs l’entrĂ©e du cor dans le concerto. Ce mĂȘme deuxiĂšme concerto de Brahms nous avait enchantĂ© il y a peu sous les doigts de l’immense Nelson Freire (voir notre compte rendu).

 

 

Fin de festival Ă  La Roque d’AnthĂ©ron

La belle musicalitĂ© d’Adam Laloum

   

 

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Adam Laloum tout juste trentenaire relevait donc un sacrĂ© dĂ©fi. Il l’a fait haut la main avec un jeu souverain, d’une grande clartĂ© et d’une belle prĂ©cision. Les nuances trĂšs soignĂ©es de son interprĂ©tation, ainsi que son toucher trĂšs Ă©lĂ©gant ont Ă©tĂ© Ă©mouvants. Il a semblĂ© comme en retrait au niveau du fortissimo car nous savons qu’il peut faire tonner son piano. Ce parti pris d’une grande musicalitĂ© et de beaucoup de dĂ©licatesse n’a pas Ă©tĂ© suivi par le chef russe et son orchestre danois. C’est probablement cette absence de rĂ©ponse Ă  ses nuances et Ă  ses propositions de phrasĂ©s qui ont menĂ© Laloum Ă  toujours chercher Ă  rester maĂźtre de lui, sans oser rubato, ni nuances trop poussĂ©es dans le forte.
Car cet artiste est avant tout un fin musicien chambriste. Nous l’avions constatĂ© il y a peu Ă  Salon de Provence oĂč son jeu expressif se nourrissait constamment du dialogue avec ses collĂšgues. De mĂȘme dans son enregistrement des concertos de Brahms le dialogue avec l’orchestre dĂ©pend des rĂ©ponses obtenues, lĂ   bien plus sensibles et variĂ©es que ce soir. Le premier mouvement a donc Ă©tĂ© celui de l’attente de la part du pianiste d’une Ă©coute et de rĂ©ponses Ă  ses propositions que la direction de Vedernikov ne lui a pas offertes. Le chef a semblĂ© en effet plus soucieux d’efficacitĂ©, un peu trop fermement  que d’adaptation et de fine musicalitĂ©. En ce sens je ne crois pas que la direction de Vedernikov convienne si bien au jeu nuancĂ© et sensible d’Adam Laloum. Le deuxiĂšme mouvement a permis au pianiste de d’avantage s’imposer avec des traits plus saillants.

Mais il a fallu le sublime troisiĂšme mouvement pour que l’écoute plus chambriste directement avec les musiciens de l’orchestre satisfasse aux attentes du pianiste. D’avantage de proximitĂ© entre les musiciens solistes et le pianiste a Ă©tĂ© ressentie. Si l’orchestre d’Odense est de grande qualitĂ© il n’a pas en son sein de solistes marquants avec une personnalitĂ© spĂ©cifique ou une sonoritĂ© pleine et riche dont il est possible de se souvenir. C’est en tout cas dans ce mouvement que nuances et phrasĂ©s se sont rĂ©pondus entre soliste et orchestre. Le dernier mouvement Allegretto giocoso avec ses commentaires vĂ©loces du piano et ses nombreux contre temps a permis Ă  Adam Laloum et Ă  l’orchestre de dialoguer avec humour. Mais c’est comme si Laloum, amusĂ© et joueur avait laissĂ© au chef sa vision et s’amusait Ă  la commenter le plus agrĂ©ablement possible. Le succĂšs personnel du jeune pianiste a Ă©tĂ© remarquable avec un public trĂšs charmĂ© par son jeu.

Suite aux applaudissements gĂ©nĂ©reux, y compris des musiciens de l’orchestre associĂ©s au public, il a  donc offert deux trĂšs beaux bis. JouĂ©es de maniĂšre trĂšs introvertie et trĂšs nuancĂ©e. Un Intermezzo de Brahms lunaire et profondĂ©ment mĂ©lancolique et le deuxiĂšme moment musical de Schubert dans une simplicitĂ© et une intĂ©gritĂ© remarquables, sans sĂ©duction sucrĂ©e. Adam Laloum est un grand musicien et a su avec gĂ©nĂ©rositĂ© offrir de belles Ă©motions au public.
En deuxiĂšme partie de soirĂ©e le chef russe a offert sa vision de la 6Ăšme symphonie de TchaĂŻkovski dirigĂ©e par cƓur. Son souci de l’efficacitĂ© a manquĂ© Ă  mon gout de fines nuances et de phrasĂ©s ciselĂ©s mais les couleurs orchestrales riches de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© prĂ©sentes. Et la construction de chaque mouvement a Ă©tĂ© bien charpentĂ©e. L’orchestre d’Odense suit le chef avec panache et le public a Ă©tĂ© ravi par cette interprĂ©tation franche et dynamique.
Voici donc le  beau concert de clĂŽture du 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron, marquĂ© par la prĂ©sence en grande musicalitĂ© d’Adam Laloum. Nous le retrouverons en septembre au Pages Musicales de Lagrasse, Festival dont il est le directeur artistique dans des Ɠuvres de musiques de chambre et avec les collĂšgues de son choix et en particulier au sein de son Trio des Esprits.

 
 

 
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Compte-rendu. Concert, 38° Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 18 aoĂ»t 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bĂ©mol majeur Op.83 ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur Op. 74 « PathĂ©tique ». Adam Laloum, piano ; Orchestre Symphonique d’Odense ; Direction, Alexander Vedernikov. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’AnthĂ©ron 2018 / Huebrt Stoeklin 2018

 

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, 14 aoĂ»t 2018. Chopin. Nicholas Angelich, piano. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman.

Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 14 aoĂ»t 2018. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Genoveva Op.81; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur Op.11 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : 6 extraits du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ©. Nicholas Angelich, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction, Lio Kuokman. AprĂšs une ouverture de Genoveva de Schumann bien dramatisĂ©e et dirigĂ©e avec prĂ©cision par Lio Kuokman, le piano a Ă©tĂ© installĂ©. De sa dĂ©marche si particuliĂšre le grand Nicholas Angelich a rejoint le devant de la scĂšne.

ANGELICH-Nicolas-concert-critique-concert-piano-par-classiquenews-angelich-nicolas-recital-chopin-concert-antheron-la-roque-critique-concert-classiquenewsLe premier Concerto de Chopin a la grĂące des essais mĂȘme si il est en fait le deuxiĂšme et porte Ă©galement la marque du gĂ©nie prĂ©coce de Chopin qui le compose Ă  
20 ans. Le piano est roi et l’orchestre sert de compagnon, presque de partenaire amoureux. Chopin peut tout dire avec un piano, il n’a pas vraiment besoin de l’orchestre. Il n’a pas de vrai goĂ»t pour les compositions orchestrales mais ces deux concertos sont trĂšs agrĂ©ables. Nicholas Angelich est le pianiste rĂȘvĂ© pour ce concerto opus11 et le parc de Florans, le lieu idĂ©al pour l’écouter. Lio Kuokman dirige avec beaucoup d’attention et une belle science des Ă©quilibres. Le fait qu’il soit pianiste le rapproche en permanence de la partition de piano qu’il met en valeur. Pourtant  il ne laisse jamais tomber l’orchestre dans les moments oĂč il peut s’exprimer. Nicholas Angelich en apĂŽtre de la beautĂ© et de la douceur nuance son jeu Ă  l’envi et colore Ă  l’aquarelle son piano. Le toucher est exquis de dĂ©licatesse et il anime son phrasĂ© et son jeu lorsque la partition le demande. C’est bien Ă©videment le mouvement lent qui atteint des sommets d’élĂ©gance et de dĂ©licatesse. Le final semble nous rĂ©veiller d’un rĂȘve dans lequel nous avions rencontrĂ© une forme d’idĂ©al avec une virtuositĂ© maitrisĂ©e, discrĂšte et semblant facile aux doigts agiles d’Angelich.
Tout Ă©tant si agrĂ©able le public fait un beau succĂšs au pianiste de la dĂ©licatesse. Nicholas Angelich offre deux bis de poĂštes. Une Mazurka de Chopin et « TrĂ€umerei » des ScĂšnes d’enfant de Schumann. Choix de musique du cƓur d’une grande subtilitĂ©, qui prolongent le rĂȘve Ă©veillĂ© du larghetto de l’Op.11.

En deuxiĂšme partie de concert, nous retrouvons de belles qualitĂ©s dans la direction de Lio Kuokman en terme de clartĂ© et d’équilibrage des familles instrumentales. La petite harmonie, les bois ont de belles couleurs et les cordes sont lĂ©gĂšres et mĂȘme aĂ©riennes dans le scherzo. Les violoncelles ont une trĂšs belle chaleur et phrasent avec art. Les trompettes sont merveilleuses de brillant comme de prĂ©sence dans la marche nuptiale. Las les choses se gĂątent avec les gros cuivres qui couvrent leurs collĂšges lorsqu’ils interviennent trop fort. C’est souvent avec ces gros cuivres que les progrĂšs d’un orchestre achoppent, les nuances plus piano leur sont difficiles.

Beau programme de musiques nocturnes pour ce concert. Il restera marquĂ© par la prĂ©sence dĂ©licate de Nicholas Angelich et par un chef et un orchestre sachant ĂȘtre de beaux musiciens.

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Compte-rendu. Concert, 38Ăšme Festival de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, 14 aoĂ»t 2018. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Genoveva Op.81; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur Op.11 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : 6 extraits du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ©. Nicholas Angelich, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction, Lio Kuokman. © C Gremiot / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 12 aoĂ»t 2018. Mompou. Schumann
Daniil Trifonov, piano.

Trifonov_© Christophe GREMIOT_12082018-3Compte-rendu, concert. 38Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 12 aoĂ»t 2018. Mompou. Schumann. Grieg. Barber. TchaĂŻkovski. Rachmaninov. Chopin. Daniil Trifonov. Je dois reconnaĂźtre que je ne m’attendais pas Ă  ce choc. Les petits gĂ©nies Ă  la technique transcendantale et poulains des grandes maisons de disque il y en a et il y en aura d’autres, et je ne me laisse pas impressionner par les succĂšs publics de quelques autres russes, asiatiques, ou amĂ©ricains. Le niveau technique ne cesse de monter et les plus jeunes s’emparent avec brio des Ɠuvres les plus difficiles dĂšs leur arrivĂ©e dans la cour des grands. La musique en sa poĂ©sie n’est pas forcement au rendez vous. Mais Daniil Trifonov est d’une tout autre trempe et j’ai Ă©tĂ© absolument bouleversĂ© par la rencontre avec ce jeune homme jouant si bien du piano. Son entrĂ©e en scĂšne est sidĂ©rante de calme et de puissance personnelle. Bien dans son corps et d’une marche belle et simple, il s’installe au piano. Barbe gĂ©nĂ©reuse et chevelure au vent, il a une allure Ă  la fois trĂšs romantique et celle qui Ă©voque un prophĂšte.

 

 

Encore plus incroyable que sa renommée


Daniil Trifonov en fulgurance Ă  La Roque

 

 

Trifonov-concert-daniil-trifonov-concert-piano-critique-concert-piano-par-classiquenews_©-Christophe-GREMIOT_12082018-6

 

 

Le programme de son concert est connu : c’est celui de son dernier enregistrement (trĂšs promu) par Deutsche Grammophon avec clip vidĂ©o, sĂ©ances photos et utilisation publicitaire large. L’intelligence du programme associant des hommages Ă  Chopin et d’une grande Ɠuvre du maĂźtre polonais (plusieurs dans les cd) est trĂšs convaincante. Ce soir aprĂšs les hommages des plus grands, c’est la deuxiĂšme sonate de Chopin, celle qui contient la Marche FunĂšbre, qui va nous Ă©mouvoir.
PlutĂŽt que de dĂ©tailler le programme facilement retrouvĂ© sur son CD pour la premiĂšre partie et qui peut s’écouter sur France-Musique je vais, pour cet artiste exceptionnel, faire une chronique inhabituelle.
Je voudrai dire combien je souscris avec respect Ă  l’avis de Marta Argerich qui lui reconnaĂźt une technique hors du commun. Les entendre dans la sonate Ă  deux pianos de Mozart dans un tempo de folie ne permet pas de savoir qui joue quoi tant les deux artistes sont capables de s’imiter Ă  la perfection, c’est dire…
Je rajouterai que cet artiste a tout, absolument tout ce qui peut se rĂȘver pour un pianiste. D’abord ce qui est remarquable, ce sont ses doigts qui semblent avoir une connexion spĂ©ciale avec les touches du piano. Ce qui rend son jeu d’une prĂ©cision incroyable et d’une luminositĂ© Ă©clatante. Chaque doigt sait comment et quand aller Ă  la rencontre de la touche et y chercher le son rĂȘvĂ© par l’interprĂšte. Je n’ai jamais entendu ni vu de jeu aussi prĂ©cis, quelque soit la vitesse.
Les mains de Daniil Trifonov sont grandes et puissantes mais surtout belles. Elles sont capables de se dissocier pour Ă©quilibrer Ă  volontĂ© entre les basses et le dessus dans la plus rare des musicalitĂ©s subtiles. Les nuances sont creusĂ©es dans une infinitĂ© de niveaux. Jamais les forte terribles ne sont violents ou durs. Pourtant quelle puissance dans les graves, j’ai cru dans la marche funĂšbre qu’il ouvrait des jeux d’orgue.

 

 

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Comment un piano arrive-t-il Ă  sonner ainsi dans les graves ? Les aigus peuvent ĂȘtre diaphanes, sonner comme des clochettes, fuser et planer haut sans limites perçues. Les accents peuvent avoir une acuitĂ© de scanner mais ce sont surtout les phrasĂ©s qui sont subtilement jouĂ©es jusqu’à leur fond. Le legato de chanteur belcantiste est hallucinant dans la partie mĂ©diane de la marche funĂšbre. Comment peut il crĂ©er ce legato si soutenu, amenĂ© au bout de la phrase sans faiblir et dans un tempo si retenu ? Comment crĂ©e-t-il cette sonoritĂ© pleine et belle et dans ce style si noble ? Il est dit par son Ă©lĂšve, Wilhelm von Lenz, que seul Chopin dans cette sonate chantait comme le grand Rubini. Je comparerai ce que fait Daniil Trifonov Ă  la chaleur et la beautĂ© du timbre de Pavarotti, dans la tenue stylistique d’un Juan Diego Flores avec la culture d’un Nicolai Gedda. Comment fait-t-il chanter les graves comme un orgue ? Planer le chant aigu si haut ?  Et ce tempo lent soutenu sans faiblir et sans lasser ? La poĂ©sie ineffable, mais certaine car ressentie, dans ce passage central de la Marche FunĂšbre, est bouleversante. Nous en arrivons donc Ă  constater combien cet artiste a de cƓur et comment il touche au cƓur son auditeur presque personnellement. Voici donc le poĂšte attendu parmi les pianistes.

Moins pudiquement nous rajouterons que le cƓur et la poĂ©sie c’est trĂšs rare mais que plus encore Daniil Trifonov joue avec ses tripes. Son attitude initiale au clavier, dos bien droit, les bras parallĂšles, peut aller vers une sorte de courbure progressive de tout le corps qui s’enroule autours du clavier. Le visage ravagĂ© par l’émotion qui vient du plus profond du corps est bien perceptible dans ces moments de quasi transe. Il y avait bien quelque chose d’un prophĂšte dans son allure. Dans son jeu il y a quelque chose d’illuminĂ©. Je ne voudrais pas laisser penser que le jeune homme se laisse aller et que son jeu pourrait perdre en contrĂŽle. Non je pense ressentir qu’il accepte l’effet physique du son et la rencontre entre son vĂ©cu intĂ©rieur et le son produit par son piano. Et ce chant si plein et vibrant fait incontestablement un effet puissant sur la public, effet qui ne passe pas dans les enregistrements mĂȘme live malgrĂ© leur perfection formelle. Jamais l’intellect n’est dĂ©passĂ© et Daniil Trifonov garde une maĂźtrise absolue sur tout ce qu’il fait. Le fait de jouer par cƓur prouve combien il y a association entre la mĂ©moire intellectuelle prodigieuse et celle du corps formĂ© Ă  la plus haute exigence technique. Beaucoup de ses enregistrements officiels sont des concerts ce qui prouve bien combien la perfection technique est toujours prĂ©sente.
Enfin l’artiste sublime est plein de malice car Ă  la fin de la premiĂšre partie son petit sourire de contentement laissait deviner en rĂ©ponse aux applaudissements que nous n’avions encore ni tout vu ni tout entendu


 

 

Trifonov_© Christophe GREMIOT_12082018-12Disons-le, il avait bien raison car en deuxiĂšme partie, la sonate FunĂšbre par Daniil Trifonov devient l’Ɠuvre la plus Ă©mouvante de Chopin que j’ai jamais entendue en concert.
AprĂšs un rĂ©cital particuliĂšrement intense le prodigieux interprĂšte offre au public en folie un bis dans une fraicheur incroyable et des sourires radieux. Daniil Trifonov est encore plus extraordinaire que la lĂ©gende qui l’entoure. C’est un gĂ©nie musical au piano !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. 38 iĂ©me Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 12 aoĂ»t 2018. Federico Mompou (1893-1987) : Variations sur un thĂšme de Chopin ; Robert Schumann (1810-1857) : Chopin, extrait du Carnaval op.9 ; Edward Grieg (1843-1907) : Hommage Ă  Chopin, extrait de Sept Impressions op.73 ; Samuel Barber (1910-1981) : Nocturne op.33 (Hommage Ă  John Field) ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) : Un poco di Chopin, extrait de Dix-huit PiĂšces op.72 ; SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943): Variations sur un thĂšme de Chopin op.22 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Sonate n°2 en si bĂ©mol mineur op.35 “FunĂšbre” ; Daniil Trifonov, piano. Illustrations : © C Gremiot / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

 

 

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 11 aoĂ»t 2018. BRAHMS : Nelson Freire, piano

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-5Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018.. Brahms. Dvorak  Nelson Freire. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman. Concert Ă©vĂšnement qui nous permet de retrouver Nelson Freire, devenu trop rare sur la scĂšne, et dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Le deuxiĂšme Concerto de Brahms, l’un des plus longs du rĂ©pertoire, a toujours eu beaucoup de succĂšs. Moins rĂ©volutionnaire que le premier il a pourtant peu de facilitĂ©s tant il est exigeant en ses quatre mouvements. Le public n’a pas le loisir d’apprĂ©cier directement une virtuositĂ© transcendante et pourtant la technique du pianiste doit ĂȘtre parfaite. Mais plus que cette technicitĂ©, c’est la musicalitĂ© qui doit dominer avec une texture orchestrale liĂ©e intimement au piano. Et c’est tout l’art entremĂȘlĂ© qui sert de fil conducteur Ă  ce vaste voyage. DĂšs les premiĂšres interventions du piano de Freire, une puissance et une autoritĂ© bienveillante se posent.

Sacré à La Roque,
Nelson Freire, « Empereur du Piano »

L’orchestre est bouillonnant et un peu brouillon, tant la fougue du chef pousse le son. C’est petit Ă  petit que le miracle de musicalitĂ© diffusĂ© dans chaque note par le pianiste brĂ©silien gagne l’orchestre ; lequel se met au diapason des fines nuances du soliste et chante en rĂ©ponse Ă  ses Ă©lans belcantistes.  On ne sait comment cette puissance, sans aucune violence de Nelson Freire s’est construite mais ce soir c’est lui qui petit Ă  petit a façonnĂ© cette belle interprĂ©tation du deuxiĂšme concerto de Brahms. DĂšs la reprise du superbe thĂšme l’orchestre a gagnĂ© en souplesse et en tenue. Le jeu du pianiste est plein de nuances de couleurs et son geste peut ĂȘtre patte de velours comme toutes griffes dehors,
 sans jamais aller au delĂ  du beau et du noble.
Jamais de notes frappĂ©es agressivement y compris dans les fortissimi. Les nombreux jeunes collĂšgues dans le public ce soir puissent- t-ils en tirer les leçons qui conviennent afin d’en faire des poĂštes ! Le deuxiĂšme mouvement trouve un orchestre plus disciplinĂ© et plus musical. Le dialogue entre orchestre et pianiste se fait plus intime et plus poĂ©tique. L’écoute est de grande qualitĂ© et la rĂ©activitĂ© de Lio Kuokman est pleine de finesse comme d’admiration, confrontĂ© au jeu extraordinaire de Nelson Freire. C’est l’Andante sous le ciel provençal et dans la quiĂ©tude qui porte les moments de la plus grande poĂ©sie en musique.

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-1

 

 

Le temps suspendu au milieu des arbres, les cigales muettes, le violoncelle (le jeune soliste est digne du plafond de la Chapelle Sixtine) dialogue avec le pianiste, tout l’orchestre fond de bonheur. Nelson Freire joue dans des couleurs nocturnes sublimes et la musique coule, coule, coule
 C’est le bonheur absolu en poĂ©sie et musique. Rien ne semble pouvoir ĂȘtre plus beau. Le final devient une symphonie avec piano d’une intrication des plus envoĂ»tantes. Le piano de Freire est absolument souverain ; le chef Kuokman joue avec son orchestre qui devient ductile et mĂȘme charmant. Les pointes d’humour de Freire font mouche et trouvent un Ă©cho symphonique de qualitĂ©.

Les accords finaux font exulter le public qui Ă  l’applaudimĂštre sacre Nelson Freire. Le bis accordĂ© par le vieux sage nous replonge dans la nuit de poĂ©sie de l’andante avec un Nocturne tout Ă  fait dĂ©licieux de Paderewski qu’il interprĂšte avec beaucoup de profondeur.

Dans la deuxiĂšme partie, l’orchestre si aimĂ© pour sa grande Ă©nergie et sa rĂ©activitĂ© va ce soir nous dĂ©cevoir dans un tube du rĂ©pertoire symphonique. Je ne sais pas ce qui c’est passĂ© mais Lio Kuokman au lieu de diriger l’orchestre, et de garder la poĂ©sie comme guide, le laisse jouer et l’encourage Ă  d’avantage d’expression (trop) extĂ©rieure. Il nĂ©glige de phraser pour au contraire construire des accents qui sont parfois des Ă -coups. Cette symphonie du Nouveau Monde prend alors des allures d’AmĂ©rique Ă  la Trump. Gros cuivres ne sachant pas sortir de la nuance forte, cors fĂąchĂ©s trop souvent avec la justesse, hautbois manquant de prĂ©sence, cor anglais nasillard et percussion d’une autre galaxie. Seuls les cordes semblent tenir leur rang. La sublime mĂ©lodie populaire du largo manque son effet d’émotion inconsolable. Et le final prend une allure guerriĂšre aux accents belliqueux, bien peu rassurants. Une fin de soirĂ©e Ă  oublier.
Il restera nĂ©anmoins le souvenir d’une trĂšs belle interprĂ©tation du deuxiĂšme Concerto de Brahms par l’inoubliable Nelson Freire qui Ă©gale presque Ă  73 ans, ses versions discographies de rĂ©fĂ©rence (dont celle indĂ©passable avec R. Chailly). La Roque sait rendre hommage au gĂ©ant Nelson Freire et l’accueil du public le sacre une nouvelle fois Empereur de la musicalitĂ© au clavier. A suivre.

 

 

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 11 aoĂ»t 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bĂ©mol majeur Op.83 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur Op.95 «  du Nouveau Monde » ; Nelson Freire, piano ; Sinfonia Varsovia ; Lio Kuokman, direction. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Guy. L.Vogt. Royal Northern Sinfonia.

Compte-rendu, concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 aoĂ»t 2018. Mozart. Schumann. Beethoven. François–FrĂ©dĂ©ric Guy. Lars Vogt. Royal Northern Sinfonia. Les alĂ©as climatiques rares mais sĂ©vĂšres ont conduit le festival Ă  annuler la nuit Beethoven du 9 aoĂ»t. Mais le courage de Lars Vogt est si grand qu’il a convaincu son orchestre de jouer le 10 aoĂ»t, le concert prĂ©vu et de rajouter les deux Concertos de Beethoven prĂ©vus la veille. Il y a donc eu deux concerts se suivant, permettant d’écouter trois concertos de piano parmi les  plus difficiles et la pĂ©nultiĂšme symphonie de Mozart. DĂ©tailler toutes les interprĂ©tations serait fastidieux Ă  lire. Je me contenterai donc de l’impression gĂ©nĂ©rale de chaque Ɠuvre. Mais avant tout je dois dire que je n’ai jamais ressenti quelque chose de comparable lors d’un concert. Car ce soir dĂšs les premiĂšres notes j’ai Ă©tĂ© traversĂ© par un sentiment de vivre un moment aussi exceptionnel que dangereux, et ce sentiment d’urgence ne m’a quittĂ© qu’avec les derniĂšres notes du concerto l’Empereur. Et jamais je n’ai ressenti autant de plaisir lors d’un bis alors que souvent je les trouve superflus ou mĂȘme impudiquement voir irrespectueusement  rĂ©clamĂ©s.

Concert de Titans Ă  La Roque

Le Royal Northern Sinfonia installĂ© et accordĂ©, le chef Lars Vogt entre, l’allure sportive est dĂ©cidĂ©e, sans estrade, il dirige Ă  main nue. Nous voyons un chef trĂšs proche de son orchestre, vigilant Ă  s’adresser Ă  chacun en permanence. La rĂ©activitĂ© de l’orchestre britannique est sensationnelle, chacun semblant sur le qui vive. Depuis trois ans le travail entre le chef et l’orchestre est palpable.  Leur interprĂ©tation de la cĂ©lĂ©brissime 40Ăšme symphonie de Mozart dĂ©bute avec une grande prĂ©cision spatiale permettant une Ă©coute attentive de tous les plans. La fermetĂ© et l’énergie dĂ©ployĂ©e par le chef allemand font grande impression et la majestĂ© de ce premier mouvement, la belle charpente et la superbe structure se dĂ©ploient parfaitement. Le deuxiĂšme mouvement, Andante, s’assouplit et chante superbement. Par contre j’ai trouvĂ© que le traitement un peu ferme de Lars Vogt, son sens des accents et la fermetĂ© de sa main rĂ©ussissent moins dans le Menuet, trop brutal, et le final manque de lĂ©gĂšretĂ© comme d’allant naturel. Mais l’orchestre est superbe de timbres, tout du long.

Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-7Pour le Concerto de Schumann, François-FrĂ©deric Guy rentre en scĂšne concentrĂ© et souriant. Le regard entre le chef et le soliste Ă©voque d’emblĂ©e confiance et admiration rĂ©ciproque. Lars Vogt dirige avec une Ă©nergie non mesurĂ©e et fait un lien constant entre chaque instrumentiste et le soliste. Leur interprĂ©tation de ce concerto sera hors normes. L’énergie partagĂ©e entre Guy et Vost est admirable et le premier mouvement avance Ă  grande vitesse sans jamais mollir. L’intermezzo est souple et allant, comme une dĂ©tente bienvenue. Les belles phrases des cordes, particuliĂšrement celle des violoncelles, sont sublimes avec les commentaires Ă©mus du piano de Guy. La construction chambriste est absolument parfaite. Le final est vivifiant et la puissance inhabituelle donnĂ©e Ă  ce mouvement fait grande impression sur le public. Pourtant les moments d’effusions lyriques sont prĂ©sents et le dialogue avec l’orchestre est Ă©mouvant, les doigts de Guy sachant alterner grande puissance et douceur ineffable. Cette trĂšs belle interprĂ©tation a un succĂšs retentissant et François-FrĂ©dĂ©ric Guy revient pour un bis de Brahms tardif
 un Intermezzo interprĂ©tĂ© avec beaucoup de sensibilitĂ©.

AprĂšs l’entracte nous avons donc une nouvelle configuration avec Lars Vogt en dĂ©miurge qui dirige et joue le 3Ăšme et le 5Ăšme concerto de Beethoven.
Certes Vogt n’est pas le premier Ă  diriger du piano les concertos de Beethoven mais la maniĂšre du chef allemand, pleine de musicalitĂ© est aussi habitĂ©e par une urgence communicative. Le fait que le concert de la veille soit donnĂ©, en ce qui concerne les deux concertos ce soir, rajoute au challenge. Le troisiĂšme concerto est trĂšs facile d’écoute car traversĂ© par une Ă©vidence de beautĂ© sans conflits. Il est comme une charniĂšre entre les premiers post mozartiens, et les deux suivants plus rĂ©volutionnaires.
Guy-Vogt_© Christophe GREMIOT_10082018-12MĂȘme si des moments plus douloureux affleurent, Beethoven sachant sa surditĂ© installĂ©e et Ă©volutive il demeure aimable et sĂ©duisant le plus souvent. La beautĂ© du tutti d’introduction est faite d’énergie et de souplesse, sorte de caractĂ©ristique de la musicalitĂ© de Lars Vogt. L’entrĂ©e du piano est bien entendue facilitĂ©e par le fait d’avoir un pianiste-chef en terme de phrasĂ© et d’élan mais la concentration n’est pas totalement au rendez vous immĂ©diatement. Pourtant rapidement tout avance facilement Vogt ne se levant que lors des tutti et dirigeant d’un geste ou du regard avec beaucoup d’efficacitĂ© dĂšs que ses doigts sont libres. Les dĂ©parts seuls de l’orchestre sont parfois un peu abruptes (cors) mais le premier violon fonctionne comme un chef d’attaque trĂšs efficace. La connexion du regard entre le pianiste et l’orchestre est trĂšs efficace. L’andante a la subtilitĂ© attendue avec un dialogue chambriste entre le basson, la flĂ»te, le piano et les pizzicati, tout cela est de toute beautĂ©. Le rondo final avance vers sa lumineuse conclusion avec beaucoup de brillant et d’élan. Le public exulte devant cette interprĂ©tation si fermement tenue.
Le Concerto l’Empereur est le plus exigeant de Beethoven, celui qu’il n’a pas pu jouer ni diriger, mais qui demande tant sur tous les plans. La question de l’entente du pianiste et du chef ne se pose pas, les moments de grande fusion sont trĂšs rĂ©ussis et l’écoute mutuelle va de soi. Pourtant ce concerto nous convainc moins avec un chef-pianiste. En effet l’attention de l’écoute se porte sur les Ă©lĂ©ments de phrasĂ© qui ne sont pas poussĂ©s Ă  fond quand la phrase orchestrale et pianistique et inversement se complĂštent ou se superposent. C‘est peu de choses mais cela mĂ©rite d’ĂȘtre signalĂ©. Tout ceci n’a pas entachĂ© l’immense privilĂšge que nous a offert Lars Vogt musicien complet, sorte de dĂ©miurge, capable de gĂ©rer parfaitement sa partie de piano, la relance de l’orchestre et ses tournes de page sur sa tablette. La performance laisse sans voix et Vogt est irriguĂ© de musique, la partage avec la mĂȘme Ă©nergie au piano comme en dirigeant. La version chef-pianiste est trĂšs intĂ©ressante et ce soir tout Ă  fait enthousiasmante, mais ne saurait supplanter celle avec deux entitĂ©s distinctes. En tout cas il faut un musicien d’une trempe exceptionnelle et ce soir Lars Vogt, par son brio, a Ă©tĂ© l’homme de la situation. Cette nuit des concertos restera dans les mĂ©moires comme incroyablement riche et stimulant. « Ce soir,  3 concertos sinon rien  ».

Il n’y a qu’à La Roque que de tels dĂ©fis sont possibles avec ce panache et cette bonne humeur ! Le bis si rĂ©confortant annoncĂ© par le dĂ©miurge Vogt : « Bonne nuit de Janacek »  ne pouvait mieux ĂȘtre choisi ni interprĂ©tĂ©. Merci Ă  la pluie ! Mais surtout a Lars Vogt et son extraordinaire orchestre de Sage Gateshead !

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Compte rendu concert. 38Ăšme festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 10 Aout 2018. Wolfgang AmadĂ©us Mozart (1756-1791) : Symphonie n°40 en sol mineur K.550 ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur Op.54 ; Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur Op.37 ; Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bĂ©mol majeur Op.73 «  L’Empereur » ; François –FrĂ©dĂ©ric Guy , piano ( Schumann) ; Lars Vogt, piano (Beethoven) ; Orchestre Royal Northern Sinfonia ; Direction : Lars Vogt. Illustration : © Christophe Gremiot – double portrait : © Getty / ©MaxPPP -La Roque d’AnthĂ©ron 2018

Lien pour Ă©couter ce fabuleux concert sur France-Musique :

https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/elgar-schumann-mozart-par-francois-frederic-guy-le-royal-northern-sinfonia-et-lars-vogt-63886

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, L’EmpĂ©ri, le 6 aoĂ»t 2018. Bach. Pahud. Teuscher. Berner. GarcĂ­a AlarcĂłn.

Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 6 Aout 2018. Bach. Pahud. Teuscher. Berner. GarcĂ­a AlarcĂłn. AprĂšs le concert si iconoclaste de la veille, le sĂ©rieux avec lequel Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn a organisĂ© le programme de ce concert tout Bach laisse admiratif. Que de la musique de la plus belle teneur, faisant se succĂ©der charme, humour et profondeur sur le passage du jour Ă  la nuit dans cette admirable cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri.

Bach rĂšgne en grĂące Ă  Salon

emperi 6 aoutL’acoustique si prĂ©cise et chaleureuse permet dĂšs les premiĂšres notes de la Sonate BWV 1034 de dĂ©couvrir le trĂšs belle alchimie crĂ©er par les trois admirables musiciens rĂ©unis ce soir. La basse continue rĂ©alisĂ©e par Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn au clavecin et Zvi Plesser au violoncelle fonctionne comme une entitĂ© souple et amicale qui tisse un tapis moelleux sur lequel la flĂ»te d’Emmanuel Pahud peut planer avec Ă©lĂ©gance et nuancer Ă  loisir. La sonoritĂ© de cette flĂ»te Boehm n’a rien Ă  envier en rondeur et couleur aux flĂ»tes baroques. La maniĂšre tranquille et toute en douceur d’Emmanuel Pahud permet de dĂ©guster la beautĂ© en toute sĂ©rĂ©nitĂ© de cette sonate. L’équilibre parfait dans l’andante permet un dialogue chambriste de pure grĂące entre les trois musiciens et les trĂšs touchantes variations de Pahud dans la reprise sont d’une Ă©lĂ©gance absolument dĂ©licieuse. L’allegro final retrouve la prĂ©cision des traits et le dialogue  parfois malicieux ou mĂȘme musclĂ© entre les trois musiciens. Jamais le flĂ»tiste ne tire Ă  lui l’attention et toujours, il relance le dialogue nuancĂ© et colorĂ© avec ses collĂšgues dont l’énergie est entraĂźnante.

Une piĂšce de musique de chambre pleine d’esprit et de complicitĂ© dĂ©bute donc le programme et obtient un magnifique succĂšs auprĂšs du public. Emmanuel Pahud, l’un des meilleurs flĂ»tistes actuels est chĂ©ri du public et celui de Salon lui est totalement acquis. Les deux cantates suivantes intimistes sont deux faces du gĂ©nie de Bach. L’humour de cette « KafĂ© Kantate » a Ă©tĂ© bien mis en valeur ce soir par une Ă©quipe trĂšs soudĂ©e sous la direction lĂ©gĂšre et modeste de Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn au clavecin. Martin Berner est un pĂšre bougon et au final trĂšs sympathique. Sa terrible fille est la trĂšs charmante Lydia Teuscher qui joue et chante sa partie avec beaucoup d’élĂ©gance. La voix est magnifique et se dĂ©ploie avec facilitĂ© dans les volutes que Bach lui a composĂ©es. L’air accompagnĂ© par la flĂ»te trĂšs Ă©lĂ©gante de Pahud est un vrai petit bijou. Son air final est plein de sous entendus savoureux et le brillant du timbre y fait merveille comme la sagacitĂ© de l’interprĂšte.
La deuxiĂšme cantate, « Ich Habe genug », encore plus intimiste est d’une tout autre nature, le recueillement du public a Ă©tĂ© parfait et les interprĂštes ont su avec grand art, faire preuve de toute la noblesse requise. Martin Berner a chantĂ© ses deux airs avec beaucoup de bontĂ© et une ligne vocale parfaitement conduite. Le hautbois subtil et Ă©mouvant de François Meyer a marquĂ© de la beautĂ© de son timbre le premier air si dansant. Le timbre opulent du baryton sachant s’éclairer dans les aigus pour Ă©voquer la lumiĂšre cĂ©leste. Dans le deuxiĂšme air les graves tenus dans le bas la tessiture mettent en valeur la voix du chanteur. Le texte assez fort se veut un appel Ă  la mort serein voir impatient. C’est ainsi que le dernier air a Ă©tĂ© confiĂ© Ă  la voix si lumineuse et pure de Lydia Teuscher. Les vocalises semblent si faciles Ă  cette voix agile que la confiance dans cette mort espĂ©rĂ©e est une rhĂ©torique lumineuse.
Quel bonheur de sentir tous ses interprĂštes si liĂ©s et si heureux d’offrir cette si belle partition au public en toute modestie.
Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn a choisi un trĂšs beau programme qui obtient beaucoup de succĂšs.
Jusqu’à la surprise finale qui fait son petit effet sur le public. La sicilienne et badinerie de la Suite en si mineur de Bach reste un moment de grande plĂ©nitude pour Emmanuel Pahud qui entourĂ© de ses amis a ce soir osĂ© danser et mĂȘme swinguer dans ce final si brillant. Il l’a fait, comme chaque fois, et mĂȘme exulter avec un art incomparable. Il Ă©tait entendu de rendre hommage au gĂ©nie de Bach qui a tant comptĂ© pour Schumann comme pour Brahms. Et nul doute que Bach aurait aimĂ© entendre au CafĂ© Zimmermann les interprĂštes si unis de ce soir.

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Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 6 aoĂ»t 2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi mineur pour flĂ»te et basse continue BWV 1034 ; Cantate du cafĂ© BWV 211 ; Cantate « Ici Habe genug » BWV 82 avec : Emmanuel Pahud, flĂ»te ;  François Meyer, hautbois ; Daishin Kashimoto et Maja Avramovic, violon ; Lilli Maijala, alto ; Zvi Plesser, violoncelle ; Lydia Teuscher, soprano ; Martin Berner, baryton basse ; Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, clavecin.

Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’EmpĂ©ri, le 1er aoĂ»t 2018. Schumann. Bernstein
 Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau.

IMG-3897Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’EmpĂ©ri, le 1er aoĂ»t 2018. Schumann. Bernstein
 Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau. Le troisiĂšme concert du 26Ăš Salon de Musique Ă  l’EmpĂ©ri a manquĂ© d’avorter sous la pluie mais la remarquable rĂ©activitĂ© de chacun a sauvĂ© les instruments des effets de l’humiditĂ© et le public a pu regagner ses places sans mal, l’orage passĂ©. La suite du concert n’en a Ă©tĂ© que plus 
 intense. Programme variĂ© mĂȘlant bien des styles et des configurations. Les pages Ă  quatre mains de Schumann sur des images orientales sont en fait peu exotiques mais trĂšs belles. C’est un admirable mĂ©lange de nuances, d’émotions et de style parfaitement assumĂ©, comme Schumann en a le secret.

EFFUSION CHAMBRISTE A L’EMPERI

Les deux pianistes ont su avec Ă©lĂ©gance laisser la musique se dĂ©velopper au grĂ© des pensĂ©es. Geoffroy Couteau Ă  la basse a mis en valeur la profondeur harmonique avec de belles couleurs. Plus lĂ©ger Eric Le Sage a gardĂ© un son pur et assez droit. L’équilibre a trĂšs bien fonctionnĂ© et la diversitĂ© de la partition a permis une entrĂ©e agrĂ©able et progressive dans l’écoute musicale. Puis la rare Sonate pour clarinette de Leonard Bernstein permet la poursuite vive et stimulante de l’écoute. Cette partition post romantique est lĂ©gĂšrement pimentĂ©e rythmiquement et harmoniquement. Elle met particuliĂšrement en valeur les qualitĂ©s de charme de la clarinette et une virtuositĂ© gĂ©nĂ©reuse en effets, lesquels sont bienvenus et toujours savoureux. Il y a dans cette premiĂšre partition publiĂ©e de Bernstein, l’amour que d’autres compositeurs ont Ă©prouvĂ© pour l‘instrument, mais dans le cas du flamboyant compositeur amĂ©ricain, persiste quelque chose de l’amour pour le clarinettiste dĂ©dicataire de l’Ɠuvre, aimĂ© follement avec la fougue de la jeunesse.
Le Trio de Beethoven est une adaptation de la main du maĂźtre de son sextuor avec clarinette, basson et cordes. Le succĂšs de cette adaptation a Ă©tĂ© fulgurant et Beethoven lui-mĂȘme en a Ă©tĂ© agacĂ©. Pourtant il faut reconnaĂźtre qu’à travers le temps, cette Ɠuvre garde beaucoup de sĂ©duction. Ce soir les trois musiciens ont acquis une trĂšs belle complicitĂ© qui conduit Ă  une interprĂ©tation irrĂ©sistible. La composition encore trĂšs classique de Beethoven convient particuliĂšrement Ă  Eric Le Sage. Son jeu trĂšs structurĂ©, ferme, impeccable convient Ă  merveille dans la belle partie pianistique de ce trio. Son jeu s’épanouit dans la tenue parfaite qui est la marque du pianiste. La clarinette de Paul Meyer a toute l’élĂ©gance et la dĂ©licatesse requise. Les nuances sont renversantes de sensibilitĂ© et de classe. Le legato est un vĂ©ritable rĂȘve de bel canto. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est parfait d’intelligence musicale et d’humour. Dans les parties pleines d’esprit, il est remarquable de prĂ©sence chaleureuse et amusĂ©e. Un grand artiste lui aussi qui se rĂ©jouit en jouant avec une sorte d’insouciance et de pur bonheur.
L’interlude de la pluie loin de paniquer les artistes les amuse et ils reprennent le trio lĂ  oĂč ils l’avaient laissĂ© sans le moindre effort. Tout nous paraĂźt encore plus admirable ensuite. L’écoute en plein air avec cette qualitĂ© acoustique et ce bien-ĂȘtre, reste un trĂšs grand atout de ce beau festival.
En deuxiĂšme partie de concert, le grand Trio de Brahms va nous amener sur des sommets d’émotion. La violoniste Natalia Lomeiko rejoint Claudio Bohorquez et Geoffroy Couteau. Le pianiste qui nous disait vouloir enregistrer la musique de chambre avec piano de Brahms tient lĂ  deux collĂšgues parfaitement adaptĂ©s Ă  son jeu si profond. Car c’est la texture harmonique rendue Ă  sa vĂ©ritable puissance que le piano de Geoffroy Couteau nous invite. Sur cette extraordinaire structure, les deux cordes peuvent chanter du plus profond de leurs Ăąmes. Et la talentueuse violoniste sait faire chanter avec puissance, tendresse ou voluptĂ© son violon. Le son est plein et solaire. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est la sĂ©duction incarnĂ©e. Il jubile, regarde sa partenaire souvent, et semble se faire un jeu d’enfant de sa somptueuse partie. Les grands Ă©lans romantiques sont assumĂ©s avec panache et les murmures pianissimo, pleins de tendresse amoureuse. La rondeur du son et le jeu de couleurs sont de grande beautĂ©. Le lien entre les trois musiciens est constamment renouvelĂ©. L’écoute entre eux est permanente, Ă©mue elle ne cache pas le plaisir de l’écoute  de l’autre. Le jeu des trois interprĂštes atteint une fusion des plus chaleureuses. La passion qui Ă©mane de ce trio fait un grand effet sur le public qui rĂ©serve un triomphe aux artistes. Belle rencontre qui semble trĂšs prometteuse. Nous ne pouvons qu’espĂ©rer un enregistrement prochain. Notons que la version choisie du Trio de Brahms est la premiĂšre, la plus longue, qui est traversĂ©e par le souffle du romantisme enthousiaste de la jeunesse. Brahms n’avait que 20 ans lorsqu’il l’a composĂ© et l’a donnĂ© Ă  Ă©diter.
TrĂšs belle soirĂ©e musicale : le souffle du romantisme de Brahms a soufflĂ© puissant et irrĂ©sistible dans la cour de l’EmpĂ©ri ce soir.

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Compte rendu concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon. Salon de Provence. ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, 1er Aout 2018. Robert Schumann (1910-1856) : Bilder aus Osten op.66 ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Sonate pour clarinette et piano ;  Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio en mi bĂ©mol majeur op.38 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes n°1 en si majeur op.8 ; Paul Meyer, clarinette ; Natalia Lomeiko, violon ; Claudio Bohorquez, violoncelle ; Eric Le Sage et Geoffroy Couteau, piano. Photo : © Hubert Stoecklin

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Mendelssohn. Brahms. Quatuor ZaĂŻde


Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Mendelssohn. Brahms. Mozart. Quatuor ZaĂŻde.  Horiot. Couteau. Meyer. Michel Portal.

Quel amour de la musique partagée !

mozart wolfgang _doris_stockminiTitre beau et qui peut s’interprĂ©ter de bien des maniĂšres : « Michel Portal quel amour ! ». Pour ma part je trouve simple de faire Ă©tat de l’amour pour l’instrument comme pour des solistes qui a permis aux trois compositeurs de ce soir d’écrire de si belles piĂšces pour la clarinette. Mozart connaissait Anton Stadler depuis des annĂ©es ; il est heureux d’enfin pouvoir composer  pour lui dans ses derniĂšres annĂ©es de sa vie. Mendelssohn a Ă©crit ses deux duos concertants pour ses amis pĂšre et fils clarinettistes de grand talent, les BĂ€rmann. Enfin Brahms a eu un vĂ©ritable coup de foudre pour le jeu du clarinettiste Richard MĂŒhlfeld ce qui lui a redonnĂ© envie d’écrire en sa fin de vie. Ce soir est donc dĂ©diĂ© Ă  cet amour mĂȘlĂ© pour l’instrument et le musicien interprĂšte.
Et l’hommage va Ă  un vĂ©ritable monument de musicalité : Michel Portal. Il est capable de suggĂ©rer cet amour pour l’instrument si parfaitement jouĂ©. Il incarne le musicien hyper douĂ© qui inspire les compositeurs. Michel Portal est aussi bien reconnu comme musicien classique que comme jazzman. Il forme avec Paul Meyer un duo d’une amicale complicitĂ©, bien connu. Ce soir les deux piĂšces de Mendelssohn leur permettent ce sublime Ă©quilibre entre virtuositĂ© au sommet et musicalitĂ© la plus raffinĂ©e. Le legato des clarinettes Ă©voque les plus belles divas romantiques interprĂ©tant Bellini. Les traits de virtuositĂ© sont dignes de la folie de Rossini. Et le sĂ©rieux comme la rigueur des deux clarinettistes sont Ă©clairĂ©s par une sorte de distance humoristique que leur permet leur aisance technique. Au clavier, Geoffroy Couteau est un partenaire attentif, vivant et lui aussi plein d’esprit.
En ouverture et fin de concert, les deux compĂšres exultent de joie et font fondre le public dans les deux duos de Mendelssohn.
Le Trio de Brahms pour clarinette, violoncelle et piano est toujours un peu dans l’ombre du sublime Quintette que nous avons entendu hier soir. Las dans ce concert rien ne permettra de changer les choses alors que je trouve que ce trio recĂšle de vrais moments, aussi sublimes que le quintette. Si Paul Meyer et Geoffroy Couteau sont parfaits dans un bel engagement romantique, la violoncelliste Hermine Henriot est tout simplement hors du propos. Ses affĂšteries et son jeu maniĂ©rĂ© sont incomprĂ©hensibles dans cette partition. Son jeu limitĂ© au piano et mezzo forte et son timbre terne sont trĂšs en dessous des attentes. Un duo pourtant parfait ne peut faire un trio avec l’ombre d’un violoncelle.

Puis le Quintette de Mozart met Michel Portal au centre du Quatuor ZaĂŻde. Ces quatre superbes musiciennes sont comme aux petits soins pour le clarinettiste. Les gĂ©nĂ©rations s’admirent mutuellement et le rĂ©sultat est un vĂ©ritable moment de grĂące. Seule une importune cigale mettra un temps ses stridences rythmiques entre la musique et le public. Mais elle rendra les armes au cours du sublime Andante devant la leçon de legato de Michel Portal. Car ce n’est pas autre chose qu’une musicalitĂ© absolue de poĂ©sie qui naitra entre le quatuor et Portal. Ce Quintette aussi sublime que le concerto pour clarinette est l’une des pages les plus originales et simplement belles de Mozart. La reprise de l’andante dans une nuance pianissimo est un moment magique, le menuet et ses deux trios offre des Ă©changes pleins de complicitĂ©s entre tous les musiciens. Les variations du final sont autant de moments de bonheur partagĂ©s, chaque instrument Ă©coutant l’autre pour mieux lui offrir ses plus belles phrases. Les musiciennes du Quatuor ZaĂŻde sont pleines d’énergie maĂźtrisĂ©e et mĂȘme d’un certain panache qu’elles mettent au service de la clarinette magique de Michel Portal. Que d’amour pour cette musique de Mozart ! Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© et ravi.

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Compte rendu concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence,  ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 31 juillet 2018. Felix Mendelssohn (1809-1847) : PiĂšce de concert en fa mineur n°1 op.113 et en rĂ© mineur n°2 op.114 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur, op.114 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette pour clarinette et cordes en la majeur K.581. Quatuor ZaĂŻde ; Hermione Horiot, violoncelle ; Geoffroy Couteau, piano ; Michel Portal et Paul Meyer, clarinette.

Compte-rendu, concert. Salon de Provence, L’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Brahms. Quatuor van Kuijk


Compte-rendu, concert. 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Brahms. Quatuor van Kuijk ; Le Sage. Couteau. Meyer. Un trĂšs gĂ©nĂ©reux concert a ouvert les soirĂ©es musicales au ChĂąteau de l’EmpĂ©ri dans le cadre du 26Ăšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Si la cour du chĂąteau de L’EmpĂ©ri n’est pas trĂšs vaste ce n’est pas la cour des petits mais des trĂšs grands. AgencĂ©e sur un coin la scĂšne triangulaire permet de dessiner un parterre de face, et de part et d’autres deux gradins.

Comme Brahms est aimé à Salon !

BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018L’intimitĂ© nait instantanĂ©ment dans la belle couleur chaude de la pierre alors que le soleil n’est pas encore couchĂ©. Ce passage vers la nuit entre chien et loup convient admirablement Ă  la musique de Brahms. DĂšs les premiers accords du somptueux Quintette avec piano, la longue phrase se dĂ©veloppe pour s’amplifier, et avec une Ă©motion puissante, elle entraine le public dans cet extraordinaire voyage. Le Quatuor van Kuijk est parcouru par une belle flamme romantique. Le premier violon a une sonoritĂ© lumineuse et planante. Alto et violoncelle plus modestement prĂ©sents colorent avec une admirable profondeur ce vaste paysage. Le deuxiĂšme violon avec une vivacitĂ© de regard d’une rare intelligence fait le lien entre tous les musiciens et semble se rĂ©galer de toutes les beautĂ©s musicales. Le premier mouvement est traversĂ© par un vaste souffle plein de romantisme Ă©chevelĂ©. Le deuxiĂšme mouvement (Andante) permet de dĂ©couvrir d’avantage les qualitĂ©s admirables d’écoute et de rĂ©activitĂ© des musiciens. Eric Le Sage qui jusque lĂ  Ă©tait simple accompagnateur avec une prĂ©cision et fiabilitĂ© exemplaire est plus prĂ©sent. Mais, il laisse toujours aux cordes le soin des couleurs et les propositions de nuances, son piano restant comme en retrait. La magie de ce mouvement de haute inspiration envahit la cour alors que la lumiĂšre solaire dĂ©croit. Les rythmes souples les dynamiques subtiles, les couleurs mordorĂ©es des cordes font merveille et la souplesse Ă©lĂ©gante du piano de Le Sage complĂšte l’harmonie. Le temps est comme suspendu et le dĂ©hanchement si dĂ©licatement suggĂ©rĂ© Ă©voque quelque danse Sud AmĂ©ricaine dans cette chaude soirĂ©e de Provence. Les syncopes du Scherzo raffermissent le propos et la dynamique repart de plus belle. Le final est Ă©blouissant dans sa marche vers une fin hors des tonalitĂ©s. Le souffle de Brahms a passĂ© comme un vent plein de surprises sur ce merveilleux quintette.

Comme une Ă©pure le piano des quatre ballades permet un voyage beaucoup plus intime grĂące au jeu plein de sensibilitĂ© de Geoffroy Couteau. Cet artiste qui a enregistrĂ© une trĂšs belle intĂ©grale de la musique pour piano de Brahms aborde ces Ballades avec une sorte de recueillement et beaucoup de respect. La recherche de nuances profondĂ©ment creusĂ©es, le tempo mesurĂ© et la maniĂšre d’habiter les silences, avec des couleurs et de phrasĂ©s subtilement choisis, offrent une interprĂ©tation bouleversante. La poĂ©sie brahmsienne se dĂ©veloppe et ces piĂšces de relative jeunesse sont dĂ©jĂ  rendues Ă  leur incroyable nouveautĂ©, Ă  leur audacieuse composition. Sous les doigts de Geoffroy Couteau, le « jeune aigle » Ă©voquĂ© par Schumann en parlant de Brahms, vole haut, trĂšs haut. En poĂšte du piano, le voyage aux paysages infinis de variĂ©tĂ© qu’il nous offre, culmine avec un legato de rĂȘve dans la derniĂšre ballade. Moment d’émotion rare en cette lumiĂšre dĂ©clinante entre chien et loup. Le public ovationne l’interprĂšte si inspirĂ©, avec effusion.
quatuor van kuijk concert a poitiers janvier 2018 presentation annonce par classiquenewsAprĂšs l’entracte le Quatuor van Kuijk revient pour le quatuor de Debussy. Cette Ɠuvre eut un mauvais accueil Ă  sa crĂ©ation mais fait partie aujourd’hui des « classiques » ; il est trĂšs aimĂ© du public comme des interprĂštes. Son originalitĂ© est telle que chaque interprĂ©tation me permet d’en dĂ©couvrir un nouvel aspect. Ce soir je trouve que c’est la richesse rythmique que mettent en valeur les interprĂštes. Les couleurs sont belles, les nuances Ă©lĂ©gantes et les dynamiques trĂšs maĂźtrisĂ©es. C’est avec plaisir que la personnalitĂ© musicale de l’alto se rĂ©vĂšle et que le violoncelle laisse un peu sa partition pour d’avantage regarder ses collĂšgues. Le premier violon est toujours aussi lumineux et le deuxiĂšme violon peut d’avantage briller tout en gardant ce si beau regard vif et bienveillant, capable de sĂ©curiser la tourne de partition de son collĂšgue avec Ă  propos. Ce jeune quatuor a beaucoup Ă  dire et c’est un plaisir de dĂ©guster ses propositions interprĂ©tatives.
Pour finir ce concert particuliĂšrement riche, le Quatuor accueille en son sein la clarinette de Paul Meyer. Le quintette avec clarinette de Brahms va donc terminer la soirĂ©e, la nuit est tombĂ©e et le jeu d’ombre et de lumiĂšre de cette partition tardive de Brahms va enchanter le public l’amenant dans les contrĂ©es rĂȘvĂ©es de la douce mĂ©lancolie de Brahms qui nous ouvre les portes de l’éternitĂ©. Paul Meyer rayonne de bontĂ© et les jeunes musiciens du quatuor mettent tout leur art au service de la beautĂ© laissant Ă  la clarinette cette place centrale si singuliĂšre. Comme si ce coup de foudre de Brahms pour la clarinette se rejouait sous nos yeux ce soir. Paul Meyer a des sonoritĂ©s envoutantes de douceur comme de puissance expressive. Ses phrasĂ©s sont portĂ©s Ă  leur ultime souffle expressif et les attaques peuvent avoir la douceur d’un baiser. Les regards se rencontrent avec bonheur le jeu est millimĂ©trĂ© et plein de souplesse Ă  la fois. Les nuances sont poussĂ©es trĂšs loin et les couleurs irisent la chaude nuit provençale. Ce quintette atteint au sublime dans l’interprĂ©tation de ce soir. Le partage a Ă©tĂ© total. Le public exulte et fait un triomphe Ă  ces artistes si attachants. Ainsi donc un magnifique concert ouvre ces nuits musicales dans une promesse de merveilles toujours renouvelĂ©es.

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Compte rendu concert. 26 iĂšme Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, cours du ChĂąteau de l’EmpĂ©ri, le 30 juillet 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette avec piano en fa mineur, op.34 ; Quatre ballades pour piano, op.10 ; Quintette pour clarinette et cordes en si mineur op.115 ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor Ă  cordes en sol majeur. Quatuor van Kuijk ; Eric Le Sage et Geoffroy Couteau, piano ; Paul Meyer, clarinette.

Compte-rendu, opéra. ORANGE, le 9 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Schrott / Jean-Louis Grinda / Nathalie Stutzmann.

Compte rendu OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 9 juillet 2018. Arrigo Boito :  Mefistofele. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda ; Direction musicale, Nathalie Stutzmann. Arrigo Boito a osĂ© avec son Mefistofele ĂȘtre trĂšs proche du chef d’Ɠuvre de Goethe. Malheureusement, c’est une version remaniĂ©e et Ă©courtĂ©e de moitiĂ© qui a eu la faveur du public Ă  Bologne aprĂšs l’échec Ă  la Scala. La version  prĂ©sentĂ©e ce soir est la troisiĂšme qui eut enfin du succĂšs Ă  Milan. C’est en tout cas une merveille d’intelligence. Le combat spirituel entre Mefistofele et le vieux Dieu a toute sa place 
 Boito est certainement le seul compositeur /librettiste  qui a Ă©tĂ© capable d’une synthĂšse aussi intĂ©ressante des deux Faust de Goethe.

La mise en scĂšne de Jean-Louis Grinda est grandiose et belle sachant toujours respecter la partition. La place donnĂ©e aux chƓurs, entre allure concertante des anges ou folie heureuse, et Ă  l’opposĂ© extravertie Ă  l’excĂšs des chƓurs de foule, est admirable. Les dĂ©cors sont intelligents ; ils permettent de suivre toute l’action avec tact. Les costumes sont magiques pour les anges, que le vent a magnifiĂ©s ; c’est un vĂ©ritable arc en ciel de couleurs vives pour la foule pleine d’une vie foisonnante. Les lumiĂšres sont subtiles et les projections vidĂ©os du plus bel effet (les nuĂ©es cĂ©lestes !). Le tout rĂ©alise un beau travail  d’équipe qui apporte bien du bonheur au public. Dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique de Radio France est splendide Ă  chaque instant. Et Boito lui offre des moments spectaculaires ! La direction de Nathalie Stutzmann est merveilleuse d’intelligence et de fine musicalitĂ©. DĂ©jĂ  dans les concerts oĂč elle chante et dirige en alternance, j’avais Ă©tĂ© trĂšs convaincu par sa direction, puis  son beau geste  thĂ©Ăątral et nuancĂ© dans le  Messie de Haendel confirmĂ© encore la grande valeur de sa direction.

 

 

Tous sous le charme
du Mefistofele de Schrott et de la baguette de Stutzmann !

  

 
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Mais ce soir je dois dire combien son Ă©nergie heureuse et la beautĂ© de sa direction sont un enchantement constant. La sĂ©curitĂ© qui se dĂ©gage de sa prĂ©sence, la prĂ©cision du geste et l’obtention de superbes nuances sont de grand prix. Mais c’est surtout cette tenue du drame, ce lien parfait entre la scĂšne et l’orchestre sans oublier les chƓurs rĂ©partis sur toute la largeur de la vaste scĂšne mais Ă©galement en hauteur sur trois Ă©tages. Tous sans aucune faiblesse sont sous la main de la cheffe. VoilĂ  un vĂ©ritable « maestro di scena ». Bravo a cette premiĂšre femme qui a dirigĂ© avec cette rĂ©ussite incontestable au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange. Elle et l’orchestre ont eu une ovation particuliĂšrement bien mĂ©ritĂ©e aux saluts. Nous avons Ă©voquĂ© les chƓurs Ă  qui Boito demande beaucoup. Ils ont Ă©tĂ© particuliĂšrement prĂ©sents et efficaces. Admirablement coordonnĂ©s par Stefano Visconti. Les enfants ont Ă©tĂ© particuliĂšrement touchants. A chaque instant ils ont Ă©tĂ© dignes des fabuleuses pages que Boito leur a composĂ©es.

 

 

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La distribution qui jamais n’a dĂ©mĂ©ritĂ© est totalement sous le charme sulfureux du Mefistofele d’Erwin Schrott incarnation absolument irrĂ©sistible. La puissance de sĂ©duction de l’artiste est connue et totale dans un rĂŽle comme Don Juan et la planĂšte de l’opĂ©ra le sait. Mais le souffre qu’il met dans ce rĂŽle de diable est un rĂ©gal de chaque instant avec un humour d’une rare intelligence. Son jeu de scĂšne est si puissant que bien souvent c’est lui que l’on regarde alors que ses collĂšgues ne font que chanter. La voix semble naturellement belle et sonne sans efforts, dans une ligne souple envoĂ»tante. Sa silhouette parfois projetĂ©e de cĂŽtĂ© ou sur le mur de fond, est magnifique. Le costume, un superbe  manteau de cuir noir, est portĂ© sur le torse nu tatouĂ© donnant une vraie modernitĂ© Ă  ce diable tentateur. Que d’aucun auraient voulu voir triompher tant sa beautĂ© tĂ©nĂ©breuse enchaĂźne et captive. Le Faust de Jean-Francois Borras est vocalement irrĂ©prochable mais le jeu et l’allure de l’acteur sont bien trop convenus. BĂ©atrice Uria-Monzon qui vient d’obtenir un vrai triomphe en Lady Macbeth Ă  Toulouse nous surprend agrĂ©ablement. Si sa voix n’a ni la puretĂ© attendue dans Marguerita ni la beautĂ© sensuelle pour Elena, la tessiture est crĂąnement assumĂ©e et le jeu subtile de l’actrice permet d’incarner une Marguerita simple et Ă©mouvante (extraordinaire scĂšne de la mort) et une Elena amoureuse de Faust, sensuelle et noblement classique. Marie Ange Todorovitch dans un rĂŽle trop court arrive Ă  ĂȘtre marquante et drĂŽle, en somme inoubliable dans Marta ! Reinaldo Macias assume avec efficacitĂ© ses deux petits rĂŽles.

 

 

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Cette superbe soirĂ©e restera dans les mĂ©moires pour la superbe direction de Nathalie Stutzmann et le Mefistofele idĂ©al et irrĂ©sistible d’Erwin Schrott. La superbe partition de Boito a gagnĂ© sa place dans ce majestueux thĂ©Ăątre bien mieux que le Faust de Gounod rendu par cette comparaison Ă  sa sentimentalitĂ© bourgeoise, quand ce soir les murs ont tremblĂ© devant ce combat philosophique et Ă©pique superbement mis en scĂšne par Jean-Louis Grinda.
Le souffle du renouveau a effectivement soufflé sur les Chorégies 2018, il ira loin certainement et pour longtemps ce beau navire romain !

 

 
 

 
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mefistofele-opera-orange-schrott-erwin-borras-compte-rendu-critique-sur-classiquenewsCompte rendu OpĂ©ra. ChorĂ©gies d’Orange 2018. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 9 juillet 2018. Arrigo Boito (1842-1918) : Mefistofele, opĂ©ra en un prologue, quatre actes et un Ă©pilogue. Livret du compositeur d’aprĂšs Wolfgang Von Goethe. Version de milan de 1881. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda; DĂ©cors : Rudy Sabounghi ; Costumes : Buki  Shift; LumiĂšres : Laurent Castaingt ; VidĂ©os : Julien Soulier. Avec : Erwin Schrott, Mefostofele ; Jean-François Borras, Faust ; BĂ©atrice Uria-Monzon, Marguerita/Elena ; Marie-Ange Todorovitch, Martha ; Reynaldo Matias, Wagner/Nereo ; Valentine Lemercier, Pantalis ; ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice ; ChƓurs d’enfants de l’AcadĂ©mie de musique Rainier III-Monaco. Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti. Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction musicale : Nathalie Stutzmann.  Illustrations (grande largeur) © Ph. Gromelle / Orange 2018

 

 

Compte-rendu, opéra. TOULOUSE. Capitole, le 22 juin 2018. Mozart : La Clémence de Titus. Mc Vicar/Lambert. Orch Nat du Capitole. Cremonesi.

Compte-rendu, opĂ©ra. TOULOUSE. Capitole, le 22 juin 2018. Mozart : La ClĂ©mence de Titus. Mc Vicar/Lambert. Orch Nat du Capitole. Cremonesi. Cette belle production Ă©tait dĂ©jĂ  connue des toulousains (2012) ; la reprise reprĂ©sente une trĂšs belle fin de saison au Capitole. Le dispositif scĂ©nique trĂšs habile permet de passer des scĂšnes de reprĂ©sentation avec un grand gradin de profil, Ă  plus d’intimitĂ© par des pans mobiles qui dĂ©limitent des espaces plus intimes lors des moments le rĂ©clamant. Le jeu d’acteur est noble et plutĂŽt vivant. Le chƓur a Ă©galement une belle prĂ©sence. L’intelligence de la mise en scĂšne, son respect des exigences du genre sĂ©ria, son mĂ©lange de l’antique avec le XVIII Ăšme siĂšcle grĂące aux costumes est une trĂšs belle rĂ©alisation qui garde toujours une suprĂȘme Ă©lĂ©gance.

 
 

Sublime et théùtralité en parfaite harmonie

 
 
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L’action de cet opĂ©ra est un peu lente Ă  se construire mais le parallĂšle entre la montĂ©e de la tension dramatique et l’évolution vers toujours plus de splendeurs dans la partition de Mozart est une chose qui ne se dit pas assez. Dans cette mise en scĂšne, la montĂ©e en puissance du drame, oĂč la mort est partout aux aguets, la beautĂ© des divers airs est extraordinaire avec les instruments obligĂ©s pour Sesto et Vitellia. Ce soir dans la fosse les meilleurs bois sont prĂ©sents avec tout particuliĂšrement la si subtile clarinette de David Minetti. Vraiment cette double montĂ©e d’émotion entre le drame et le sublime de la musique fait grande impression sur le public dont la concentration reste entiĂšre jusqu’à la fin de l’opĂ©ra.

Le chef d’Ɠuvre mozartien est servi comme il se doit ce soir. Les interprĂštes sont tous remarquables. Le Titus de Jeremy Ovenden est parfait. Empereur digne et humain au jeu sensible et Ă  la voix admirablement conduite avec un timbre clair et souverain. Un trĂšs grand Titus, figure alliant jeu marquant et chant suprĂȘme. Le Sesto de Rachel Frenkel est tout aussi idĂ©al avec un jeu Ă©mouvant et un panache vocal teintĂ© de mĂ©lancolie qui fait merveille. J’irai jusqu’à Ă©voquer par la beautĂ© du timbre et l’engagement le Sesto de Teresa Berganza. Rachel Frenkel est une artiste complĂšte dont le chant et le jeu en une alliance profonde offrent de trĂšs beaux moments d’émotion. La Vitellia d’Inga Kalna est trĂšs impressionnante vocalement. Elle maitrise la terrible tessiture et la puissance est assez considĂ©rable. Je jeu est plus extĂ©rieur et ce personnage complexe semble ici un peu trop superficiel dans ces changements d’humeur.  L’actrice est un peu en deçà de celui de ses deux partenaires. Pour les rĂŽles plus en retrait Mozart a Ă©crit des airs remarquables et Julie Boulianne en  Annio sait transmettre une belle Ă©motion dans ces airs et son jeu trĂšs engagĂ© face Ă  Sesto. Sabina Puertolas en Servilia a dans le jeu une candeur et une noblesse incroyable. Mais la voix plus corsĂ©e que d’habitude, si elle donne du caractĂšre au rĂŽle, manque de la puretĂ© nĂ©cessaire.  Le Publio d’Aimery LefĂšvre a une belle prĂ©sence scĂ©nique mais la voix semble projetĂ©e avec effort et artifice manquant de naturel. Comme Ă  son habitude le chƓur du Capitole est magnifique.
Dans la fosse, nous l’avons dĂ©jĂ  signalĂ©, les instrumentiste sont superbes. Les bois mais aussi les cordes. Les cordes sont non mĂ©talliques et ont une lumiĂšre particuliĂšre. La direction d’Attilio Cremonesi est remarquable d’équilibre entre noblesse de ton et drame. Le lien fosse-scĂšne est renforcĂ© par la proximitĂ© de la fosse trĂšs haute. Le chef est prĂ©sent partout et soutient les chanteurs Ă  la perfection. La partition est limpide et tout avance avec facilitĂ©. Sa direction permet Ă  la partition si riche de Mozart de briller particuliĂšrement. Le public a fait un aussi grand triomphe aux chanteurs qu’aux musiciens et au chef.

 
   
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 22 juin 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La ClĂ©mence de de Titus, Opera seria en deux actes sur un livret de Caterino MazzolĂ  d’aprĂšs Metastase crĂ©Ă© le 6 septembre 1791 au ThĂ©Ăątre national de Prague. Production du ThĂ©Ăątre du Capitole. CrĂ©ation en coproduction avec le Festival d’Aix-en-Provence et l’OpĂ©ra de Marseille (2011). David Mc Vicar, mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e par Marie Lambert. David Mc Vicar, scĂ©nographie. Jenny Tiramani, costumes. Jennifer Tipton, lumiĂšres. Bettina Neuhaus,  dĂ©coratrice associĂ©e. Avec : Jeremy Ovenden, Tito. Inga Kalna, Vitellia. Rachel Frenkel, Sesto. Sabina PuĂ©rtolas, Servilia. Julie Boulianne, Annio. Aimery LefĂšvre, Publio. ChƓur du Capitole ; Alfonso Caiani, direction. Orchestre National du Capitole. Attilio Cremonesi, direction musicale. Illustrations : © P. Nin

 
   
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Ch Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin.

seguin_yannick_nezet_chef_maetroCompte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Chamber Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin. Un trĂšs beau concert force de proposition. Pour finir en beautĂ© une saison de grande qualitĂ©, les Grands InterprĂštes ont invitĂ© un chef connu Ă  Toulouse depuis bien 10 ans et qui est chĂ©ri du public. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin est un QuĂ©bĂ©cois inoubliable et irrĂ©sistible. Son Ă©nergie est celle d’un sportif. A la Halle-aux-Grains, il a dirigĂ© l’Orchestre du Capitole, le Rotterdam Philharmonic Orchestra et le Chamber Orchestra of Europe avec la mĂȘme fougue communicante. Ce soir avec le Chamber Orchestra of Europe, il est en pleine confiance et l’alchimie qui les lie, est belle Ă  voir. DĂšs les premiĂšres mesures de l’ouverture de la FiancĂ©e Vendue de Smetana, un tourbillon s’envole des seconds violons qui va gagner le quatuor Ă  corde progressivement avant d’embraser tout l’orchestre. La rapiditĂ© du tempo est folle et la musicalitĂ© pourtant dĂ©roule son charme sans prĂ©cipitation. La prĂ©cision des attaques, la virtuositĂ© de chacun donnent comme une ivresse au spectateur.

Avec l’arrivĂ©e sensuelle de la violoniste Lisa Batiashvili dans une superbe robe longue, la tension monte encore d’un cran. La jeune violoniste Ă©coute avec Ă©motion la longue introduction orchestrale du concerto de Brahms, que NĂ©zet-SĂ©guin dĂ©veloppe avec mĂ©thode et calme plan par plan. La montĂ©e progressive est de toute beautĂ© et l’entrĂ©e du violon un vrai bonheur. Tout le concerto passera comme par magie avec un sentiment de puissance, d’aisance, de beautĂ© pure. La jeune violoniste a un aplomb sidĂ©rant et ne fait qu’une bouchĂ©e de ce redoutable concerto. La puissance du jeu est inhabituelle et la maitrise technique laisse sans voix. La chaleur du son de la soliste est largement soutenue par la puretĂ© de l’orchestre qui sait tisser une texture aĂ©rĂ©e et lumineuse. Tout ceci met en valeur le jeu soliste. Voici une superbe interprĂ©tation avec des moments de tendresse particuliĂšrement Ă©mouvants entre le chef et la violoniste. Ils se retrouveront dans le bis associant les cordes de l’orchestre et de la soliste dans une adaptation d’un choral de Bach.

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsEn deuxiĂšme partie de concert, NĂ©zet-SĂ©guin ose une proposition interprĂ©tative trĂšs inhabituelle de la 3° symphonie de Brahms. Les premiers violons limpides plus que puissants ouvrent la symphonie en obligeant Ă  une Ă©coute renouvelĂ©e. Toute la chorĂ©graphie de NĂ©zet-SĂ©guin entraĂźne l’orchestre et le public Ă  sa suite dans une aventure incroyable. La qualitĂ© analytique de cette interprĂ©tation, la profondeur des nuances, les phrasĂ©s inhabituellement dĂ©coupĂ©s, tout donne un air de jeunesse Ă  cette partition si connue. MĂȘme le 3° mouvement valsĂ©, que d’aucun connaissent presque trop, prend une allure plus sensuelle et envoutante que de coutume. Il faut essayer de dĂ©crire la direction, de NĂ©zet-SĂ©guin. Il occupe toute l’estrade par des mouvements de jambe d’une grande souplesse, parfois Ă  la limite de tomber dans l’orchestre ou vers le public. Tout son corps accompagne ses phrases mais ce sont ses mains qui sont inouĂŻes. Il dirige par cƓur, et de ses mains entiĂšrement libres, il semble malaxer tendrement ou avec puissance, une pĂąte musicale, de celle qui deviendra brioche.
Incroyable direction qui renouvelle complĂštement cette symphonie, l’éloignant d’une prĂ©tendue tradition lourde et puissante. Le final sera le mouvement le plus rĂ©ussi dans une vivacitĂ© et un Ă©lan irrĂ©pressible. La douceur des nuances, l’audace des contrastes, conduisent vers un abandon sensuel terminal.
L’orchestre a une beautĂ© de son lumineuse et un Ă©clat particulier. Chaque instrumentiste a une soliditĂ© de soliste et chacun se met tout entier au service de ce chef d’exception. NĂ©zet-SĂ©guin ne reviendra probablement plus aussi souvent en Europe car la saison prochaine il sera au New York Metropolitan Opera et l’on sait les exigences d’une telle maison. Sa venue Ă  Toulouse Ă  l’invitation des Grands InterprĂštes prend donc une dimension de raretĂ© Ă©mouvante.

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Compte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Bedrich Smetana (1824-1884) : La fiancée vendue, ouverture. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre, en ré majeur, op.77 ; Symphonie n°3, en fa majeur, op.90. Lisa Batiashvili, violon. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nezet-Séguin, direction musicale.

Compte–rendu, concert. Toulouse, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Angelich. Orch Capitole de Toulouse. Sokhiev

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte–rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Nicolas Angelich, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. A nouveau l’alchimie complexe entre les musiciens de l’orchestre, son chef et l’organisation de la saison apporte un moment de pur bonheur au public toulousain puis parisien. Les concerts de l’Orchestre du Capitole de Toulouse Ă  Paris sont depuis plusieurs annĂ©es les plus prisĂ©s avec un taux de rĂ©servation parmi les plus prĂ©coces. Le succĂšs est au rendez vous chaque fois, et n’en doutons pas un instant ce sera avec un tel programme, la mĂȘme fĂȘte de beautĂ© qu’à Toulouse.

Sommet musical Ă  Toulouse et Paris

Les parisiens auront la chance de bĂ©nĂ©ficier de la fabuleuse acoustique de la vaste salle de la Philharmonie de Paris. Ce concert est marquĂ© par une occasion particuliĂšre. Bruno Montovani qui connaĂźt trĂšs bien l’Orchestre du Capitole comme compositeur en rĂ©sidence ou chef a rĂ©pondu de maniĂšre fort singuliĂšre Ă  la commande de l’Orchestre et de la Philharmonie de Paris. Son Quasi lento que les toulousains ont entendu en crĂ©ation mondiale est une piĂšce dĂ©diĂ©e Ă  l’un des instrumentistes les plus subtils de l’Orchestre du Capitole, le clarinettiste David Minetti. Ses sonoritĂ©s suaves ou mordantes sont apprĂ©ciĂ©es dans les soli orchestraux Ă  chaque fois, mais nous avons eu la chance Ă©galement d’entendre Ă  plusieurs reprises son interprĂ©tation sublime de dĂ©licatesse du concerto pour clarinette de Mozart, il est Ă©galement un chambriste trĂšs apprĂ©ciĂ©.  La piĂšce de Montovani est donc une sorte de rhapsodie pour clarinette et orchestre dans une libertĂ© formelle proche du Debussy du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune.

Montovani avec beaucoup d’humour Ă©voque un oiseau qui folĂątre puis trouve un compagnon de jeu tous deux rĂ©sistant Ă  plusieurs reprises Ă  quelques dangers figurĂ©s par des fortissimi brutaux de l’orchestre. Le dialogue avec l’orchestre n’est pas harmonieux, comme forcĂ©. Tugan Sokhiev est trĂšs attentif Ă  la perfection rythmique. Les sonoritĂ©s incroyablement colorĂ©es de David Minetti, son sens du phrasĂ© et ses nuances extrĂȘmes trouvent matiĂšre Ă  s’épanouir. Cette courte piĂšce est comme une mise en bouche piquante, comme stimulant l’appĂ©tit avant un repas de chefs d’Ɠuvre d’une grande richesse.

Le troisiĂšme concerto pour piano de Prokofiev est un magnifique moment de co-construction entre le soliste et le chef (Il dĂ©bute d’ailleurs par un beau solo de clarinette). Prokofiev a voulu regagner les faveurs du public en adoptant une Ă©criture moins rĂ©volutionnaire que dans le deuxiĂšme concerto. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le troisiĂšme est classique et sage
 La partition est gorgĂ©e de rythmes complexes et de piĂšges pour tous, que ce soit le super soliste ou l’orchestre. Les mĂ©lodies slaves sont facilement repĂ©rables mais comme diffractĂ©es dans les dĂ©veloppements. Ce qui fascine dans un concerto si complexe Ă  mettre en place, c’est le degrĂ© de complicitĂ© et de familiaritĂ© qui existe ce soir entre le soliste, le chef et les musiciens. La virtuositĂ© est brillamment rĂ©alisĂ©e avec des sourires de part et d‘autre dans une co-construction organique de chaque instant.
Nicholas Angelich est souverain. La virtuositĂ© est magnifiĂ©e par une musicalitĂ© royale et comme une distanciation pleine d’humour. Le toucher peut ĂȘtre dĂ©licat comme d’une puissance tellurique. Et que de subtiles colorations et nuances au sein de toutes ces notes rapides ! Tugan Sokhiev dirige Ă  main nue veillant aux Ă©quilibres, au moindre dĂ©part et couvant le soliste des yeux. Angelich est souvent comme en apesanteur semblant jouer sans aucun effort. Il ne semble faire que jeu des affrontements avec l’orchestre.
AprĂšs un tel moment de bravoure le public obtient avec fracas un bis, avec il faut le dire un brin de vulgaritĂ©. N’avait t-il pas eu assez de notes ?

La deuxiĂšme partie de concert associait Debussy et Ravel dans des moments orchestraux puissants et Ă©mouvants. Le triptyque la Mer de Debussy est une oeuvre Ă  la beautĂ© renversante, aux couleurs et aux Ă©vocations picturales. Jamais le lien entre images et sons ne peut ĂȘtre aussi subtil. Tugan Sokhiev et son orchestre ont Ă  prĂ©sent mĂȘlĂ©s en une symbiose unique la tradition française hĂ©ritĂ©e de Michel Plasson avec une opulence de sonoritĂ©s et de nuances, une prĂ©cision rythmique et une assurance dans les attaques, toutes qualitĂ©s qui importent tant au chef Ă©pris de tradition russe et qui font merveille ici comme dans tout le rĂ©pertoire. Il serait bien pingre de parler de recherche d’un son français devant une telle Ă©vidence de beautĂ©. La Mer de Debussy est un ocĂ©an Ă  la puissance inĂ©branlable comme Ă  la suavitĂ© colorĂ©e avec chaleur. La direction de Tugan Sokhiev est thĂ©Ăątrale devant les Ă©lĂ©ments mouvants. Tout vit et change, lumiĂšre solaire, air furieux ou eau dĂ©licate selon les instants du nycthĂ©mĂšre. Les gestes Ă  main nue de Tugan Sokhiev sont un ballet d’une beautĂ© et d’une suavitĂ© inouĂŻe. De ses mains diffuse toute la musique, avec autoritĂ© et bienveillance il obtient de l’orchestre tout ce qu’il veut. La beautĂ©
de cette Mer restera dans les mémoires. Mezzo qui a capté le concert et nous en donnera en Replay des reflets précieux.
Mais le concert admirablement construit en une richesse toujours croissante nous amĂšne au plus incroyable moment de musique. Les trois extraits de Daphnis et ChloĂ© dans une orchestration sublime de Ravel particuliĂšrement inspirĂ© ont Ă©tĂ© une vĂ©ritable apothĂ©ose. Chaque instrumentiste porte Ă  l’incandescence son jeu, et la direction de Tugan Sokhiev atteint des sommets dâ€˜Ă©lĂ©gance et de puissance expressive. Que de beautĂ© pour les yeux, les oreilles et de plĂ©nitude pour l’ñme Ă©prise de beautĂ© et d’absolu. Le thĂ©Ăątre, la danse sont prĂ©sentes dans ces trois instants de pur bonheur. Les nuances sont profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs irisent toute la Halle aux grains. Le public exulte et chef et musiciens Ă©puisĂ©s ont des sourires Ă©panouis. Un Grand, un immense Concert pour des moments de musique partagĂ©s dans un bonheur total.

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Compte–rendu concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 2 juin 2018.
Bruno Montovani (né en 1964) : Quasi lento, création mondiale pour
Clarinette et orchestre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour
piano et orchestre n°3 en ut majeur, op.26 ; Clause Debussy
(1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques ; Maurice Ravel
(1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 pour orchestre ; Nicholas
Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan
Sokhiev, direction musicale.

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun / Michel Brun

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun. Martineau. Ensemble et ChƓur Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction. Le programme tout Vivaldi dans cette belle programmation des Rencontres des musiques baroques et anciennes Ă  Odyssud a Ă©tĂ© un moment de rĂȘve. Michel Brun a concoctĂ© un trĂšs bel hommage au gĂ©nie si divers du PrĂȘtre Roux.

 
 

 

Et Viva Vivaldi ! Viva il sole !!

La veine mĂ©lodique si sure, le rythme si fondamental et les couleurs irisĂ©es de partitions si diverses ont rĂ©chauffĂ© un dimanche froid et pluvieux. La salle comble, a fait un vrai triomphe Ă  Michel Brun qui a su mettre en valeur chacune. D’abord dans le si Ă©mouvant Stabat Mater, la mezzo-soprano  Caroline Champy de sa voix mordorĂ©e a su rendre justice comme peu au texte si violent du Stabat Mater. Le drame a habitĂ© la cantatrice et elle n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  mettre de la douleur dans sa voix pas, pourtant toujours Ă  son aise dans la tessiture. Mais n’est-ce pas une hĂ©rĂ©sie que de chanter comme un ange sans douleurs, le texte le plus cruel de la liturgie ? Cette piĂšce si stricte et Ă©mouvante a Ă©tĂ© dirigĂ©e avec un peu trop de rigiditĂ© et de fermetĂ© par Michel Brun, c’était aussi la prise de contact avec l’acoustique sĂšche de la salle. La remarquable interprĂ©tation de Caroline Champy a envoutĂ© le public absolument charmĂ© par son art dramatique accompli.
Ensuite, deux concertos alertes et divinement dĂ©diĂ©s Ă  la mandoline ont permis Ă  l’orchestre de s’animer de l’enthousiasme le plus vif. Julien Martineau a d’avantage entrainĂ© ses collĂšgues qu’ il ne les a vĂ©ritablement dirigĂ©s. Debout devant l’orchestre avec une gestuelle gracieuse et dĂ©licatement retenue il a su maintenir le tempo exact de chaque mouvement, n’hĂ©sitant pas Ă  presser ses compagnons. Sa virtuositĂ© Ă  la mandoline est solaire et d’une lumiĂšre Ă©blouissante. Les traits sont d’une prĂ©cision fabuleuse et les nuances qu’il tire de sa petite mandoline sont incroyables. L’art de ce trĂšs grand soliste est magnifique. Il a obtenu un succĂšs enthousiaste y compris des musiciens de l’orchestre. Les bis ont  Ă©tĂ© encore plus solaires et joyeux.

Le Gloria pour chƓur et solistes fĂ©minines a terminĂ© le concert avec brio. L’ensemble vocal en grande forme a Ă©tĂ© trĂšs beau, chaque pupitre homogĂšne et Ă©quilibrĂ©. L’enthousiasme nĂ©cessaire Ă  cette partition de pur bonheur a Ă©tĂ© portĂ© avec efficacitĂ© par l’Ensemble Baroque de Toulouse. Caroline Champy a apportĂ© ses couleurs vocales et sa belle prĂ©sence dans le duo et son air. Eliette Parmentier au timbre serrĂ© et Ă  la voix fatiguĂ©e n’a pas su dialoguer avec l’aisance attendue du magnifique hautbois. L’orchestre avec trompette et a Ă©tĂ© brillant, mais c’est bien le chƓur qui a emportĂ© tous les suffrages. Son bis d’entrĂ©e a Ă©tĂ© encore plus magnifique portĂ© par une joie communicative. Un bien beau concert apportant le soleil de Venise  que notre printemps a tant de mal Ă  nous offrir.

 
 

 

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Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour mandoline et cordes en do majeur RV 425 et RV 93 ; Stabat Mater RV 621 ; Gloria RV 589 ; Caroline Champy-Tursun, mezzo-soprano ; Eliette Parmentier, soprano ; Julien Martineau, mandoline ; Ensemble Baroque de Toulouse et ChƓur Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

 
 

 

Compte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-Saëns. Beethoven. Vincent / Lehninger.  

guillaume vincent piano portrait critique concert par classiquenewsCompte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-SaĂ«ns. Beethoven. Vincent / Lehninger. Souffrant, Fazil Say pianiste hors normes, annoncĂ© dans ce concert, a Ă©tĂ© remplacĂ© par un tout jeune virtuose Guillaume Vincent en gardant le trĂšs complexe concerto de Saint-SaĂ«ns (n°2) au programme. Saluons le courage et la dĂ©termination du jeune homme qui a relevĂ© le dĂ©fi de l’urgence avec art. Il lui a fallu tout le premier mouvement pour trouver ses marques en terme d’autoritĂ© et d’aisance, alors que la virtuositĂ© sans faille Ă©tait prĂ©sente. Les deux derniers mouvements ont permis de gouter les qualitĂ©s du jeune pianiste. Humour et lĂ©gĂšretĂ© se sont rĂ©vĂ©lĂ©es dans le deuxiĂšme mouvement avec un toucher aĂ©rien du plus bel effet. Le dernier mouvement intense et dramatique a permis Ă  Guillaume Vincent de dĂ©montrer sa puissance expressive et sa musicalitĂ© Ă©panouie avec des doigts d’acier. De belles qualitĂ©s que ce jeune pianiste saura certainement dĂ©velopper hors de cette situation de stress trĂšs particuliĂšre.

L’Orchestre du Capitole a entrepris une grande rĂ©volution depuis la nomination de Tugan Sokhiev. La jeunesse et l’excellence des musiciens ce soir et la paritĂ© quasi parfaite prouve combien les recrutements ont Ă©tĂ© faits avec soin. L’augmentation du nombre de musiciens est notable, car sur la mĂȘme pĂ©riode dans la fosse du Capitole l’Orchestre excellait dans le Macbeth de Verdi. Tant sur la plan symphonique qu’opĂ©ratique, nous le savons, l’Orchestre du Capitole excelle. Les qualitĂ©s solistiques et chambristes des musiciens ont particuliĂšrement Ă©tĂ© mises en valeur dans la piĂšce concertante de Ginastera qui ouvrait le programme. Avec un dĂ©but sidĂ©rant les auditeurs, la harpe de GaĂ«lle Thouvenin a formé  un duo de rĂȘve avec la chaleur du violoncelle de Sarah Iancu. La suite des variations a Ă©tĂ© d’une inspiration plus convenue mais a offert de beaux moments Ă  pratiquement chaque soliste ou chef de pupitre. Tous les musiciens ont Ă©tĂ© parfaits.
Pour terminer le programme la SeptiĂšme symphonie de Beethoven a Ă©tĂ© jouĂ© avec brio et Ă©nergie. La direction de Marcelo Lehninger nous a semblĂ© durant tout le concert d’une constante probitĂ© mais sans vraie personnalitĂ©. Chef souriant et heureux, il laisse jouer l’orchestre sans proposer une interprĂ©tation personnelle.  Si ce n’est pas bien gĂȘnant dans Ginastera qui est une Ɠuvre Ă©crite pour mettre en valeur les musiciens de l’orchestre, il en va autrement pour Saint-SaĂ«ns et Beethoven car c’est tout autre chose.  Le manque de soutien du soliste dans le premier mouvement du concerto de Saint-SaĂ«ns a certainement participĂ©, sinon expliquĂ© la retenue de Guillaume Vincent. La symphonie n°7 de Beethoven si connue et dans des interprĂ©tations marquantes dans cette salle, a passĂ© sans faire remarquer le chef… Un aimable concert que le public a chaleureusement applaudi pour l’engagement et la belle jeunesse des musiciens de l’orchestre et du soliste.

 

 

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Compte-rendu. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 26 Mai 2018. Alberto Ginastera (1916-1983) : Variations concertantes ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur, op.22 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°7 en la majeur, op92. Guillaume Vincent, piano ; Marcelo Lehninger, direction musicale. Illustration : le pianiste Guillaume Vincent (DR)

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem.Joyce El-Khoury. Orch Capitole Toulouse, T. Sokhiev, direction.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem. Orfeon Donostaria. Orch Capitole de Toulouse, TSokhiev, direction. Ce concert a Ă©tĂ© doublĂ©. Nous avons assistĂ© au premier concert, salle comble. L’entrĂ©e du chƓur si connu et aimĂ© des toulousains a comme galvanisĂ© l’ambiance. C’est l’entrĂ©e de Tugan Sokhiev affable mais trĂšs concentrĂ© qui a donnĂ© le ton de la soirĂ©e. Loin de l’hystĂ©rie que certains aiment Ă  voir dans ce qu’ils considĂšrent comme un opĂ©ra dĂ©guisĂ©, Tugan Sokhiev de sa prĂ©sence bienveillante et de son attention Ă  chacun, a marquĂ© ce Requiem d’une Ă©motion particuliĂšre.

Le Requiem de Verdi en toute splendeur

tugan-sokhievLa beautĂ© de la partition, ses richesse ses hommages aux anciens et ses audaces ont Ă©tĂ© abordĂ©es avec pondĂ©ration dosant entre l’infinitĂ©simal piano et le fortissimo Ă  faire trembler les murs. Tout ce que contient la partition de beautĂ© a pu s’exprimer par les mains nues du chef obtenant de chacun le meilleur de lui-mĂȘme. ChƓur ductile, comme sculptĂ©, orchestre concentrĂ© et merveilleux de sonoritĂ©s riches et de tension, toute qualitĂ©s mises au service de la partition. Car ce Requiem auquel Verdi tenait tant, fait une synthĂšse remarquable entre les qualitĂ©s thĂ©Ăątrales et spirituelles du Verdi de la maturitĂ©. Le chƓur basque, Orfeo Donostaria, est un partenaire rĂ©gulier de l’Orchestre pour la plus grande joie du public. Il a eu un succĂšs retentissant tant il a Ă©tĂ© magnifique. Les solistes ont tous Ă©tĂ© trĂšs engagĂ©s, fins musiciens et grandes voix sachant dans leurs ensembles galvaniser leur puissance expressive. L’émotion de l’Ingemisco du tĂ©nor Saimir Pirgu a Ă©tĂ© admirablement Ă©quilibrĂ©e entre l’extĂ©riorisation due Ă  la tessiture et l’émotion du texte. La mezzo soprano Anna Kiknadze a la voix large qui convient et a su nuancer avec subtilitĂ© le si dĂ©licat duo de l’Agnus Dei avec la soprano, comme une suspension de beautĂ© et de puretĂ© aprĂšs le Dies Irae terrible dans sa spatialisation et ses rĂ©pĂ©titions, et le Rex Tremendae Ă  faire trembler les morts comme les vivants. La basse Vitalij Kowaljow a l’autoritĂ© et le timbre adĂ©quats et a rempli sa partie avec le poids attendu. La plus admirable est la soprano Joyce El-Khoury Ă  la voix chaude et nuancĂ©e. Elle a su Ă©viter de poitriner outrageusement pour se faire entendre pouvant compter sur la vigilance de Tugan Sokhiev. Le Libera me final reste un grand moment de chant verdien d’extase et de priĂšre angĂ©lique. Le chant pianissimo assumĂ© et musicalement superbement phrasĂ© donne beaucoup de force expressive Ă  ces pages si difficiles. Le murmure final avec le chƓur a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące. La direction de Tugan Sokhiev est un modĂšle d’équilibre et d’attention aux nuances afin de mĂ©nager de trĂšs beaux effets. La parfaite tenue rythmique, l’absence de sentimentalisme a garanti la puretĂ© de l’émotion, Ă©vitant pathos ou rubato excessif. Le parti pris musical de respect et de tenue a portĂ© ses fruits car c’est la plus belle version obtenue par ce chef. MĂȘme Ă  Orange en 2016 avec une soprano calamiteuse, mais un tĂ©nor de grĂące, les conditions particuliĂšres du ThĂ©Ăątre Antique et la projection d’images inappropriĂ©es n’avaient pas amenĂ© cet Ă©quilibre admirable entre fine musicalitĂ© et puissance expressive. La Halle–aux-Grains a Ă©tĂ© ce soir l’écrin idĂ©al qui a rendu justice Ă  la beautĂ© toujours renouvelĂ©e de cette magnifique version du Requiem de Verdi. Le lendemain le concert a remportĂ© le mĂȘme succĂšs et semble- t il encore gagnĂ© en Ă©motion.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 juin 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Joyce El-Khoury, soprano ; Anna Kiknadze, mezzo-soprano ; Saimir Pirgu, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse. Orfeon Donostaria, chef de chƓur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction musicale.


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LIRE AUSSI 

Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem
 Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. EN LIRE +

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano. Grigory Sokolov ne fait rien comme les autres pianistes. Il prĂ©pare son programme puis le joue de part le monde durant six mois. Les Grands InterprĂštes ont  invitĂ© le grand Sokolov au dĂ©but de son nouveau programme. Nous retrouvons le gĂ©ant toujours aussi intrigant, mĂȘme allure d’automate qui rentre en scĂšne et ensuite fusion avec l’instrument dĂšs qu‘il met ses mains sur le clavier. Le programme Ă©quilibrĂ© entre Haydn et Schubert en deux parties n’a rien d’évident. Et ce n’est qu’aprĂšs quelques minutes de Schubert, donc dans la deuxiĂšme partie du concert que le propos artistique se rĂ©vĂšle. Car comment comprendre cet amour pour ces sonates de Haydn si galantes et dans lesquelles tout l’intĂ©rĂȘt vient du concertiste qu’il institue comme un passage obligé ?

SOKOLOV AU CLAVIER : enchantement d’une leçon de musique

Le gĂ©ant aux doigts d’acier trouve on ne sait comment une dĂ©licatesse de toucher qui tient Ă  la fois du cristal et des perles fines. Les phrases sont comme suspendues dans des fils arachnĂ©ens et des vapeurs subtiles. Les trilles rient comme des cascades argentines. Grigory Sokolov aborde ces trois sonates peu faciles, presque ingrates, comme un jeu, une maniĂšre de proposer un art du piano dĂ©licat et comme une vitrine de porcelaines fines regardĂ©es sans y toucher. Musique galante dans tous les sens du terme, refusant les Ă©motions trop fortes comme une Ă©criture trop osĂ©e harmoniquement. Seul Sokolov peut proposer ainsi presque une heure de musique poudrĂ©e sans lasser.

AprĂšs l’entracte la surprise est de taille lorsque Sokolov aborde l’Allegro moderato du premier Impromptu de Schubert dans des sonoritĂ©s cristallines utilisĂ©es dans Haydn. Phrasant avec Ă©lĂ©gance et lĂ©gĂšretĂ©, ce dĂ©but de maniĂšre tout Ă  fait inhabituelle, en des nuances resserrĂ©es et un rubato audacieux qui fait l’effet d’une composition sur l’instant. La fraĂźcheur de ce dĂ©but son innocence et sa candeur surprennent et le jeu perlĂ© poursuit le charme Ă©trange que cette proposition interprĂ©tative suscite en nous. Et enfin aprĂšs quelques minutes quand les harmoniques se complexifient le jeu gagne en poids et en profondeur. Ainsi s’éclaire une idĂ©e trĂšs intĂ©ressante qui fait Ă©voluer l’oreille de sons de pianoforte vers le son plein et riche du piano Steinway. Dans une amplification du jeu, avec une main gauche mobile et malicieuse, petit Ă  petit, la mĂ©lancolie de Schubert pointe et les grandes vagues de l’ñme romantique peuvent s’élever.
Le Schubert de sa derniĂšre annĂ©e de vie peut s’épanouir car ne l’oublions pas ces quatre Impromptus D.935 datent de 1828. Et Sokolov d’oser des nuances exacerbĂ©es, des couleurs chaudes, des profondeurs harmoniques comme si lui-mĂȘme pour nos oreilles composait librement ces piĂšces depuis un dĂ©part si lĂ©ger pour aller vers une profondeur de sentiments bouleversants. Sokolov garde durant tout ce voyage au milieu des tourments et des joies de l’ñme schubertienne une prĂ©cision rythmique et de toucher trĂšs particuliĂšre. La beautĂ© de ce voyage, la richesse des couleurs, des nuances, la largeur des phrases donnent toute leur originalitĂ© Ă  ces piĂšces si inspirĂ©es. Sokolov nous donne une leçon de musique des plus habiles et des plus Ă©clairantes.

3Ăšme mi-temps. Le public charmĂ© par ce magicien applaudit Ă  tout rompre. Sokolov ne dĂ©roge pas Ă  ce qui s’apparente Ă  une troisiĂšme mi-temps en rajoutant 6 bis Ă  son programme. Il poursuit sa leçon et en alternant piĂšces romantiques et classiques, il rajoute une piĂšce Ă©nigmatique de Debussy, et poursuit son exploration de touchers si diffĂ©rents.
L’impromptu de Schubert n°4 de l’opus 90 revient en arriĂšre avec le premier quatrain de Schubert. Il prolonge en quelque sorte l’envoĂ»tement des derniers impromptus. Puis c’est le choc du virevoltant et prestissimo  rappel des oiseaux de Rameau. Il revient vers Schubert avec une mĂ©lodie hongroise aux accents quasi brahmsiens, 
 pour nous Ă©blouir ensuite avec la version la plus rapide jamais entendue des sauvages de Rameau. Afin de rappeler quel fabuleux interprĂšte de Chopin il demeure, Sokolov nous propose l’interprĂ©tation si nuancĂ©e du PrĂ©lude op.28 n°15. Il va jusqu’à une nuance fortissimo assourdissante et une tension Ă©motionnelle incroyable. Pour terminer sur une note insolite et rendre hommage Ă  Debussy, son interprĂ©tation des Pas sur la neige semble surnaturelle et Ă©vanescente.
Grigory Sokolov reste le pianiste le plus extraordinaire du moment et son nouveau programme interpelle et touche comme rarement.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate n°32, op.53 n°4 en sol mineur Hob. XVI : 44 ; Sonate n°47, op.14 n°6 en si mineur Hob. XVI : 32 ; Sonate n°49, op.30 n°2 en do diÚse mineur Hob. XVI : 36 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatre impromptus op.142 D.935. Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba.

Manzon macbeth capitole opera de toulouseCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba. Macbeth est un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre probablement le meilleur opĂ©ra tirĂ© de Shakespeare, certainement le plus abouti de tous les temps. Mais hĂ©las il est trop rarement jouĂ© en raison de ses difficultĂ©s en termes de distribution et de mise en scĂšne. Le premier Ă©cueil a Ă©tĂ© levĂ© avec le choix de la terrible Lady que BĂ©atrice Uria Monzon a su mettre avec art au bon moment Ă  son rĂ©pertoire. Le physique Ă©voque, dans le superbe costume de Daniel Ogier, la fĂ©line Morticia Addams de l’illustre famille. Le jeu est celui d’une grande tragĂ©dienne qui exprime un art extraverti du meilleur effet tant dans la sĂ©duction envoutante que la violence sanguinaire du rĂŽle. La voix est Ă  son apogĂ©e de puissance avec un mordant dans l’émission qui fait notre bonheur et sa noirceur de timbre est idĂ©ale dans ce terrible rĂŽle.

Un Macbeth sombre à souhait mais sans subtilités

D’autres ont le brillant des vocalises et le fil de voix pour la fin de la scĂšne de somnambulisme, personne aujourd’hui ne possĂšde toutes ces facettes vocales. La seule Maria Callas a su Ă  un moment de sa carriĂšre chanter toutes les subtilitĂ©s de la partition concoctĂ©e par Verdi. Beatrice Uria-Monzon a la couleur et la violence de Lady Macbeth et la rupture finale dans la scĂšne de somnambulisme est artistement figurĂ©e avec des cheveux gris et un port brisĂ©.
Pour rĂ©ussir Macbeth, il faut un couple gagnĂ© par la folie du pouvoir dans ce superbe exemple de folie Ă  deux. Las, le baryton Vitaliy Bilyy est fade et sans implication dramatique. Son meilleur moment est son dernier air (ici dans la version de Paris tronquĂ©e du final de 1865) sorte de rĂ©vĂ©lation finale mais comme hors propos. C’est bien dommage que la torche de brulant poison de mort portĂ© par Uria-Monzon ne fasse aucun effet Ă  son partenaire. Vitaliy Bilyy chante et porte beau sa voix. Il se promĂšne sur scĂšne. IndiffĂ©rent au drame qu’il traverse. Le personnage n’évolue pas et il se paye le luxe de rater la scĂšne du spectre de Banquo. Le timbre est homogĂšne et la puissance est Ă  la hauteur de celle de sa partenaire mais ce n’est pas cela le chant thĂ©Ăątral demandĂ© par Verdi. Et passer Ă  cotĂ© de ce personnage si intĂ©ressant est bien dommage.
L’émotion thĂ©Ăątrale vient lors du chƓur des rĂ©fugiĂ©s et de l’air de Macduff. Le tĂ©nor Otar Jorjikia est une vĂ©ritable dĂ©couverte. VoilĂ  un tĂ©nor fin musicien au timbre clair et chaud qui sait l’assombrir voir l’altĂ©rer dans sa dĂ©ploration. Bien des grands tĂ©nors sont ainsi passĂ© Ă  cotĂ© de cet air qui doit avant tout ĂȘtre pure Ă©motion et non beautĂ© sonore. La prĂ©sence de cet artiste est Ă©mouvante et sa musicalitĂ© certaine. VoilĂ  un non Ă  suivre.
Le chƓur est lui aussi d’une Ă©motion Ă  toucher l’ñme au dernier acte. D’ailleurs tous les moments avec les sorciĂšres ont Ă©tĂ© admirables tant vocalement, que par un jeu de scĂšne habile en ces voltes face noirs et blanc. Il y a eu lĂ  un beau travail de mise en scĂšne. Le Roi Banco a une fort belle prĂ©sence avec la voix de basse noble du CorĂ©en In Sung Sim. Les petits rĂŽles, y compris les apparitions, sont tous parfaits. Ajoutons que les dĂ©cors sombres et les costumes aux couleurs lourdes font que cette production construit un univers trĂšs shakespearien. Reste Ă  parler de l’Orchestre du Capitole, admirable de timbre et de puissance, d’une prĂ©sence de chaque instant. Mais la direction sans subtilitĂ©s de Michele Gamba ne leur permet pas de rendre justice aux trouvailles de Verdi. Le chef a Ă©tĂ© comme subjuguĂ© par la beautĂ© sonore qu’il pouvait tirer de l’orchestre mais n’a pas su leur demander les nuances qu’il possĂšde. Le choix de certain tempi nous a semblĂ© prĂ©cipitĂ© dĂšs la somptueuse ouverture qui perd ainsi sa complexe opposition noir-lumiĂšre. Nous savons que Verdi a fait rĂ©pĂ©ter pianissimo aux crĂ©ateurs du rĂŽle jusqu‘à la nausĂ©e leur duo aprĂšs l’assassinat du roi Duncan. Michel Gamba semble ignorer avec superbe ces recommandations prĂ©cises du compositeur
 C’est ne pas tenir compte non plus de la merveilleuse acoustique du thĂ©Ăątre du Capitole qui permet justement aux voix de chuchoter et de se faire entendre jusqu’au Paradis.
Voici donc un Macbeth noir et puissant dominĂ© par la Lady furieuse de Beatrice Uria-Monzon, les chƓurs porteurs d’émotion et le superbe Macduff d’Otar Jorjikia.

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth. OpĂ©ra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Shakespeare. CrĂ©ation le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence. (Version de Paris, 1865). Coproduction opĂ©ra national de Bordeaux et opĂ©ra national de Lorraine (2012). Jean-Louis Martinoty, mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e par FrĂ©dĂ©rique Lombart. Bernard Arnould, dĂ©cors. Daniel Ogier, costumes. François Thouret, lumiĂšres. Gilles Papain, vidĂ©o. Avec : Vitaliy Bilyy, Macbeth ; BĂ©atrice Uria-Monzon, Lady Macbeth ; In Sung Sim, Banco ; Otar Jorjikia, Macduff ; Boris Stepanov, Malcolm ; Emanuela Pascu, Dame d’honneur de Lady Macbeth ; Carlos Rodriguez, un mĂ©decin ; Pascal Gardeil, un serviteur ; Thiery Vincent, un HĂ©raut ; Christian Lovato, un assassin ; RaphĂ€el Bouri, Melody Cohen, Catharina Mangane Barzantny, Mahery Randrianarivony Lopez : Les Apparitions. ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale : Michele Gamba.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino.

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les PĂȘcheurs de Perles (1862)Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino. oulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet : Carmen. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino, direction musicale. Carmen, l’opĂ©ra le plus aimĂ© du public, donnĂ© Ă  Toulouse dans une nouvelle production,  l’a Ă©tĂ© Ă  guichet fermĂ©. Tant attendu, ce spectacle a rendu le public heureux, car le chef d’Ɠuvre de Bizet n’a pas Ă©tĂ© dĂ©naturĂ© par la mise en scĂšne. Bien au contraire le travail en profondeur de Jean-Louis Grinda est trĂšs respectueux des didascalies. Nous sommes dans une Espagne ancienne et traditionnelle et les costumes sont beaux et permettent aux acteurs de bouger facilement. Le dĂ©cor de Rudy Sabounghi joue habilement avec deux demi amphithĂ©Ăątres qui peuvent bouger et se fermer. Cela crĂ©e des espaces variĂ©s, espace interne et externe, ouvert ou fermĂ©, tout peut ĂȘtre suggĂ©rĂ© en fonction de l’action. Des projections bien rĂ©alisĂ©es et agrĂ©ables donnent sens aux dĂ©cors et Ă  l’action.

Donner Ă  voir durant la fin de l’ouverture, la fin de l’opĂ©ra permet d’accentuer le cĂŽtĂ© mythique de l’Ɠuvre. Ce n’est pas pour connaĂźtre la fin que nous venons mais pour savoir comment y arriver, comment le destin va lier inexorablement les personnages.

La Carmen de ClĂ©mentine Margaine est sans surprise, sans gĂ©nie, mais bien chantante. DotĂ©e d’une voix plutĂŽt opulente de mezzo sombre, elle en abuse un peu. Le timbre n’a rien d’attachant, les couleurs peu variĂ©es. Le jeu se veut passionnĂ© mais il est surtout dĂ©sordonnĂ©, en un mot : convenu, dans une certaine tradition gĂ©nĂ©reuse en effets. Le personnage semble suspendu et n’attire aucune sympathie.

Son Don JosĂ©, le tĂ©nor amĂ©ricain Charles Catronovo, campe un personnage bien plus original et dramatiquement saisissant. Celui de l’intemporel homme faible qui cache une vulnĂ©rabilitĂ© dĂ©solante sous une violence et une jalousie de bĂȘte fauve. Quand aucun animal d’ailleurs n’agirait aussi mal avec sa femelle
 La mise en scĂšne lui fait commettre les gestes du violeur, comme du cogneur a bras raccourci. Carmen ne pouvait Ă©chapper Ă  un tel jaloux pathologique, aussi ses provocations sont vaines et comme condamnĂ©es d’avance. Une Carmen jouant davantage sa vulnĂ©rabilitĂ© dans la scĂšne des cartes par exemple aurait bien mieux convenu Ă  Castronovo, si subtil acteur. Le chanteur a une voix sonore, bien conduite mais un timbre gĂ©nĂ©rique. Comme ce jeu si puissant a peu d’impact sur sa partenaire, c’est Ă  se demander si il y eu un vĂ©ritable travail de mise en scĂšne des solistes. Car l’Escamillo de Dimitry Ivashchenko n’est qu’un fat qui chante fort et joue peu. En somme, rien de remarquable. Par contre le Morales d’Anas Seguin est dotĂ© scĂ©niquement d’une belle prĂ©sence et d’un jeu efficace. La voix est belle et bien projetĂ©e. VoilĂ  un jeune chanteur Ă  suivre. Les autres petits rĂŽles sont correctement tenus mais ne mĂ©ritent pas de louanges particuliĂšres. Car tous doivent cĂ©der la place Ă  la MicaĂ«la d’AnaĂŻs Constans. Le grain de la voix est fin, le timbre est fruitĂ© et la ligne de chant superbement conduite. La voix trĂšs saine sachant nuancer jusque dans de trĂšs beaux forte promet un bel avenir Ă  la jeune chanteuse. Elle reviendra la saison prochaine Ă  Toulouse et va certainement aprĂšs cette prise de rĂŽle parfaitement rĂ©ussie, dĂ©velopper une carriĂšre internationale. D’autant qu’elle a su dĂ©passer son physique placide en confĂ©rant Ă  son jeu une sorte de transe avec des regards trĂšs intenses. La scĂšne de la montagne est un moment dramatique parfaitement crĂ©dible. Vocalement c’est dans le grand duo avec Don JosĂ© qu’elle dĂ©veloppe un chant plein et parfaitement phrasĂ©. La maĂźtrise du Capitole et le chƓur du Capitole sont excellents. L’orchestre est beau, efficace, brillant. Mais n’oublions pas combien la direction de Michel Plasson au disque ou Ă  la scĂšne apportait une autre dimension dramatique Ă  l’ouvrage tout entier.

Carmen reste bien le chef d’Ɠuvre des opĂ©ras. Le Capitole en a donnĂ© une version respectueuse de laquelle Ă©mergent le Don JosĂ© trouble  de Charles Castronovo et surtout la prise de rĂŽle absolument rĂ©ussie d’AnaĂŻs Constants dans une MicaĂ«la attachante.

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halevy. Nouvelle Production. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne ; Rudy Sabounghi, dĂ©cors ; Rudy Sabounghi, Françoise Raybaud Pace, costumes ; Laurent Castaingt, lumiĂšres ; Gabriel Grinda, vidĂ©o ; Avec : ClĂ©mentine Margaine, Carmen ; Charles Castronovo, Don JosĂ© ; Dimitry Ivashchenko, Escamillo ; AnaĂŻs Constans, MicaĂ«la ; Charlotte Despaux, Frasquita ; Marion LebĂšgue, MercĂ©dĂšs ; Christian TrĂ©guier, Zuniga ; Anas Seguin, MoralĂšs ; Olivier Grand, Le DancaĂŻre ; Luca Lombardo, Le Remendado ; Frank T’HĂ©zan, Lilas Pastia ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino direction musicale.

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix SacrĂ©es. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi : direction. Trois trĂšs belles voix mais surtout trois grandes Dames Courage. Le dernier concert  des rencontres de Musiques Baroques et Anciennes d’Odyssud Ă  Blagnac a peut ĂȘtre Ă©tĂ© le plus Ă©mouvant de tous ceux auxquels nous avons assistĂ©, en tout cas c’est bien le plus courageux. Ce programme commandĂ© Ă  Patricia Bovi a failli ne pas voir le jour. La premiĂšre devait suivre de quelques jours le terrible attentat de Charly Hebdo. Le courage a permis au Festival d’Anvers de le programmer malgrĂ© le deuil et le choc, au lieu de l’annuler. Ce qui reprĂ©sente un acte d’assurance et de foi dans la culture contre la barbarie. Ce concert  « Voix SacrĂ©es » rĂ©unit donc trois voix de femmes, formĂ©es au chant lyrique, qui ont inventĂ© un voyage Ă  travers la tolĂ©rance et l’amour.

 

Les femmes sont traditionnellement exclues du chant liturgique. Et sur la mĂȘme scĂšne offrir au public un florilĂšge de chants sacrĂ©s et profanes mĂȘlant l’antique, le traditionnel, le savant, le populaire, cherchant et trouvant des connexions Ă  travers le temps et les Trois Livres est une trĂšs belle idĂ©e. L’amour est prĂ©sent avec des similitudes entre le sacrĂ© et le profane dans toutes les langues. Grec, AramĂ©en, Latin, Italien, Arabe, Juif et j’en oublie. Ce voyage dans la profondeur de l’ñme et de la culture humaine a certainement demandĂ© un travail colossal pour arriver Ă  ce degrĂ© d’harmonie et de beautĂ©.

 

Le rĂ©sultat est enthousiasmant. Comme si la spiritualitĂ© et l’humaine chaleur de l’amour de l’autre prenaient le pouvoir grĂące Ă  ces trois artistes et dĂ©passaient ce que les hommes ont fait de la religion en des excĂšs mortifĂšres dont nous n’avons pas fini de payer le prix. Fadia Tomb-Helag, libanaise maronite a cette Ă©lĂ©gance du mot digne de Ferouz ainsi qu‘une chaleur vocale envoĂ»tante. Françoise Altan a une prĂ©sence noble et sa voix sait s‘allĂ©ger pour planer haut. Patricia Bovi qui joue Ă©galement de la harpe porte ce projet de toute sa considĂ©rable Ă©nergie. Elle change de voix selon le style, capable de chanter un Stabat Mater traditionnel corse Ă  l’émotion inoubliable, comme une piĂšce trĂšs savante de Hildegarde Von Bingen. Pourtant ce sont les trois moments musicaux dans lesquels les trois voix se mĂȘlent comme des lianes ou des rubans en une invention de la plus haute poĂ©sie qui sont les plus convaincants. Ainsi le Kyrie Eleison avec des variations vocales surprenantes est un grand moment de joie partagĂ©e avec le public. Il a Ă©tĂ© bissĂ© dans une version encore plus sensuelle. L’attention de chacun dans la vaste Salle d’Odyssud pleine Ă  craquer a crĂ©Ă© un moment de grande Ă©motion. Oui, assurĂ©ment, les femmes et les hommes de Paix sont plus nombreux que les barbares.

Ce concert d’une grande originalitĂ© et d’une parfaite composition sait provoquer une Ă©motion trĂšs particuliĂšre et a conquis partout son public. N’oublions pas de saluer les deux instrumentistes qui sont des artistes exceptionnels car comme les chanteuses ils savent aller dans toutes les directions stylistiques. Pepe Frana sait jouer du Oud, avec ses 1/4 de tons, comme du Luth, qui permet de riches accords, avec un art Ă©gal. Gabriele Miracle sait avec un tact exquis trouver dans chaque piĂšce l’instrument idĂ©al allant chercher dans le monde entier et travers les Ăąges toutes sortes de percussions.

Un trÚs beau concert termine donc les rencontres de Musique Baroque et Ancienne de Blagnac. Son directeur, Emmanuel Gaillard, a su à nouveau programmer des merveilles rares. Le public debout a fait un bel hommage à ce concert de paix, de générosité et de beauté ! Merci et bravo mesdames !

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Chants sacrés et profanes en référence aux trois religions, Chrétienne, Juive et Musulmane. Pepe Frana, Oud et Luth. Gabriele Miracle, percussions. Fadia Tom El-Hage, chant. Françoise Altan, chant. Patricia Bovi, chant, harpe et direction.

Liens vidéo vers un concert similaire en Italie

Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon.

mozart wolfgangCompte-rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. MOZART. Requiem. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Que de fois l’écoute du Requiem de Mozart a Ă©tĂ© « agrĂ©mentĂ©e » d’autres Ɠuvres qui ne servaient qu’ Ă  offrir au public une durĂ©e de concert plus habituelle. Pourtant le seul Requiem de Mozart, par une aura inĂ©galĂ©e, attire toujours le public. Cette partition incomplĂšte, l’une des derniĂšres de Mozart, bĂ©nĂ©ficie de son histoire romantique et pourtant c’est bien la qualitĂ© intrinsĂšque de cette musique qui permet une Ă©coute toujours renouvelĂ©e que ce soit en version chambriste, baroque, romantique ou gigantesque. Personne n’a tout Ă  fait raison, ni tout Ă  fait tord dans sa proposition interprĂ©tative. Des ensembles amateurs arrivent mĂȘme a une Ă©motion parfois rarement atteinte ailleurs. RaphaĂ«l Pichon est un chef extraordinaire qui sait rĂ©jouir le public le plus exigeant, par sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa joie Ă  diriger, orchestre, solistes comme chƓurs. Il a su organiser une cĂ©rĂ©monie funĂšbre et maçonnique autours des plus belles pages de musique sacrĂ©e amenant progressivement l’auditeur vers le sublime Requiem.

Mozart : musicien divin, homme de cƓur

Ainsi il est proposĂ© du chant a capella, puis de l’orchestre seul, une cantate pour ChƓur, puis pour ChƓur et un soliste, 
 enfin le Requiem sans temps morts. La cĂ©rĂ©monie est si bien construite si intelligente et si sensuelle que l’émotion ne cesse de croĂźtre tout au long de la soirĂ©e. Le Miserere d’Allegri est en plus une allusion au gĂ©nie du jeune Mozart de 14 ans qui a su retranscrire de mĂ©moire la piĂšce entiĂšre jalousement gardĂ©e au Vatican qui s’en Ă©tait rĂ©servĂ© l’exclusivitĂ©.

La profondeur de la Maurerische Trauermarsch est magnifiĂ©e par un orchestre baroque d’une grande puissance expressive, qui ajoute des couleurs d’une rare profondeur. Saluons la beautĂ© du ChƓur a Capella, capable de nuances subtiles et les voix soliste suraiguĂ«s qui planent sans efforts. Les cantates de Haydn et de Mozart n’atteignent pas Ă  cette profondeur et permettent au public de reprendre son souffle. C’est ensuite le passage sans espace entre le Miserere de Mozart tout de dĂ©licatesse et son Requiem qui autorise Ă  la plus grande Ă©motion. Ce Requiem atteint ce soir au plus haut sublime ainsi prĂ©parĂ©. La direction limpide de RaphaĂ«l Pichon est toute de drame et de bonheur Ă  la fois. La joie du chef Ă  diriger n’a d’égal que le don de chaque musicien et chaque chanteur. Les quatre solistes, ce soir chanteurs de haut rang, sont merveilleux. Les interventions sont bien plus modeste que par exemple dans les grands solos des messes de Mozart; toutefois avoir de si bons chanteurs est comme une nĂ©cessitĂ© tant les interventions sont ainsi sublimes dans leur modestie. L’orchestre est merveilleux de couleurs baroques, de nuances et de parfaite justesse. La timbale en particulier a une prĂ©sence sublime. Chaque instrumentiste fait des merveilles.
C’est toutefois le ChƓur qui avec une ductilitĂ© admirable rĂ©pond Ă  la moindre inflexion de la direction de RaphaĂ«l Pichon. Ce ChƓur est aussi puissant qu’un ChƓur romantique dans les forte, mais ce sont ses murmures qui sont inoubliables. Le Confutatis avec ses contraste abruptes donne le frisson, le Lacrymosa arrache des larmes, Le Rex terrorise.
Vraiment le thĂ©Ăątre Mozartien alliĂ© Ă  la subtilitĂ© de sa musique de chambre trouve ce soir des interprĂštes fabuleux.  La montĂ©e en beautĂ© et en Ă©motion fait exulter le public aprĂšs un long moment de recueillement. RaphaĂ«l Pichon avec sa musicalitĂ© et sa joie Ă  diriger a rassemblĂ© une Ă©quipe parfaitement impliquĂ©e et capable de donner beaucoup d’émotions au public.
La magie de cette partition non terminĂ©e par Mozart a Ă©tĂ© offerte avec beaucoup de gĂ©nĂ©rositĂ©. Un mot sur la version des parties complĂ©tĂ©es par Sussmayer ce soir remplacĂ©es par un compositeur moderne. La science du pastiche de Pierre-Henri Dutron ne dĂ©passe pas le compagnonnage de Sussmayer dont le travail n’a pas Ă  rougir. Il est en tout cas trĂšs intĂ©ressant d’entendre une autre version qui finalement met avant tout en lumiĂšre la beautĂ© inĂ©galable des pages de Mozart.
RaphaĂ«l Pichon nous a proposĂ© une trĂšs belle cĂ©rĂ©monie humaniste, spacialisĂ©e avec art dans la vaste halle-aux-grains pleine Ă  craquer et habituellement peu propice Ă  ce type d’émotions musicales.
Merci aux Grands InterprĂštes d’inviter avec rĂ©gularitĂ© l’intense musicalitĂ© de RaphaĂ«l Pichon et celle de son Ensemble Pygmalion. Ce soir ils ont atteint des sommets.

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Copte rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quaerite primum regnum Dei K.86 ; Maurerische Trauermarsch K. 477 (479a) ; Ne pulvis et cinis K. Ahn 122, pour basse solo et chƓur ; Miserere K.90;  Requiem en rĂ© mineur K.626; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere ; Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae. Sabine Devieilhe, Soprano; Sara Mingardo, Mezzo-soprano ; John Irvin, TĂ©nor ; Nahuel di Pierro, Basse ; Pygmalion, ensemble vocal et orchestral ; RaphaĂ«l Pichon, Direction.

Compte-rendu, concert. Blagnac, le 13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions, J-M Andrieu

lĂ©ger, bundgen Landrieu les passions toulouse blagnac concert critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. Blagnac.Odyssud, le  13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La grande salle d’Odyssud Ă©tait pleine au soir de ce concert des Passions, ensemble venu de Montauban en voisin. Le public ravi et nombreux a fait un vrai triomphe aux artistes. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont su avec un grand art du chant, mettre leur talent au service de l’émotion piĂ©tiste des ces deux trĂšs belles oeuvres dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. La vierge en majestĂ© du Salve Regina de Scarlatti ou la souffrance si poignante de la mĂšre au pied de la croix : bien des Ă©motions traversent ces deux chef-d’Ɠuvre du baroque italien.  Les deux voix se complĂštent bien, l’équilibre dans les duos est admirable. La beautĂ© des voix, la parfaite diction et l’engagement dramatique sont les qualitĂ©s mises en valeur chez nos deux chanteurs. Si La soprano Magali LĂ©ger a une grande palette de couleurs et de nuances, Paulin BĂŒndgen suit fidĂšlement sa partenaire dans la subtilitĂ© des phrasĂ©s sans toutefois l’égaler en variĂ©tĂ© de couleurs. Son timbre droit et homogĂšne peut paraĂźtre monolithique au cours de la soirĂ©e.

La version instrumentale chambriste met en valeur les chanteurs et le drame du texte. Les volutes vocales reposent sur de dĂ©licates phrases des violons et de solides basses. La direction de Jean-Marc Andrieux est pleine de partage et d’élĂ©gance. Le public a Ă©tĂ© conquis par la dĂ©licatesse de cette interprĂ©tation chambriste qui a su trouver sa place exacte dans la vaste salle d’Odyssud grĂące Ă  la trĂšs belle projection des voix de Paulin BĂŒndgen et surtout Magali LĂ©ger. Le Stabat Mater de PergolĂšse restant le chef d’Ɠuvre particuliĂšrement Ă©mouvant d’un compositeur dĂ©cĂ©dĂ© si jeune… Cette interprĂ©tation par Les Passions en magnifie la dĂ©licatesse.

Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 13 mars 2018. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Repin, Orch Nat Capitole / Sokhiev.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Tugan Sokhiev. Il y a dans l’entrĂ©e en scĂšne de Vadim Repin et Tugan Sokhiev quelque chose de princier chez les deux musiciens, le premier plus lointain, le second trĂšs ouvert Ă  la communication. Avec le Concerto de Glazounov, Vadim Repin domine sans aucune hĂ©sitation dĂšs ses premiĂšres notes, une partition fleuve ouvrant le romantisme et les thĂšmes d’allure populaire vers la musique de film dans une hybridation complexe toujours trĂšs sĂ©duisante. L’orchestration est riche, les nuances sont subtiles. Les mouvements s’enchaĂźnent sans rupture de continuitĂ©. La cadence est intĂ©grĂ©e avec beaucoup de naturel et rĂ©alisĂ©e Ă  la perfection. Vadim Repin semble vivre la musique dans le mĂȘme souffle que Tugan Sokhiev ; le soliste Ă©coute avec attention les musiciens de l’orchestre, les moments chambristes ont la souplesse attendue. Pourtant, il y a dans le jeu de Vadim Repin comme une distance, une retenue singuliĂšre. Oui, comme un prince superbe qui se sentirait un peu seul. En bis l’orchestre et le soliste ont prĂ©parĂ© un grand solo du Ballet Raymonda, toujours de Glazounov. Un peu plus de chaleur anime le jeu du soliste, quand la direction de Tugan Sokhiev se fait plus sentimentale dans cette page romantique.

 

 

 

Vadim Repin et Tugan Sokhiev, princes de la musique

 

 

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerEn deuxiĂšme partie de concert, poursuivant son intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch, Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole semblent dĂ©coller vers les cimes. La symphonie n°12, est une oeuvre de commande du rĂ©gime soviĂ©tique Ă  la gloire de LĂ©nine, est empreinte de grandeur, avec une science de l’écriture confondante, mais il a une sorte d’ironie secrĂšte qui sourde par moments. Tugan Sokhiev sait Ă  ravir doser dans une grandeur spectaculaire des pointes de distanciation ironique. Les musiciens de l’orchestre sont tous admirables de couleurs, de timbres, de prĂ©cision. On ne peut rĂȘver orchestre plus Ă  l’aise dans la musique de Chostakovitch hors de Russie. Le travail rĂ©gulier avec Tugan Sokhiev permet une sorte de familiaritĂ© et d’évidence qui fait merveille dans cette musique trĂšs construite. La plus grande complexitĂ© est ici pure beautĂ© et le public est subjuguĂ© ; il rĂ©serve un triomphe au chef et Ă  l’orchestre. Mais il n’y aura pas de bis aprĂšs ce triomphe car tous doivent s’envoler pour Paris oĂč le lendemain soir le mĂȘme concert enflammera la grande salle de la Philharmonie. DiffusĂ© depuis sur le net, le concert a Ă©tĂ© retransmis en direct et peut se visionner : nos impressions toulousaines se confirment. Sokhiev et Repin sont deux princes. Et en raison de la taille de la salle et de son acoustique si belle, les nuances de l’orchestre dans la symphonie de Chostakovitch semblent dĂ©cuplĂ©es Ă  la Philharmonie de Paris. Et deux bis magnifiques rĂ©compensent l’enthousiasme du public parisien.
Nous retrouverons l’Orchestre du Capitole pour Carmen dans la fosse du Capitole et en concert Ă  la Halle-aux-Grains, Ă  la fin du mois, aprĂšs leur tournĂ©e au Japon en ce mois de mars 2018.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Concerto pour violon et orchestre op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 12 « L’AnnĂ©e 1917 », op.112 ; Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. Illustration : © Marc Brenner

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler, Montabeltti / Pierre Bleuse.

bleuse pierre maestro chef d orchestre toulouse concert critique par classiquenews

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler. Montabeltti. Prokofiev.  Beatrice Uria-Monzon. Musika Orchestra Academy. Pierre Bleuse. Incroyable concert qui confirme que les rĂȘves les plus fous sont rĂ©alisables. Musika Orchestra Academy saison 4 est une superbe rĂ©ussite qui verra la salle entiĂšre se lever pour applaudir les musiciens et leur chef, Pierre Bleuse. Le dĂ©but de l’aventure date de 2008 et les partenariats organisĂ©s Ă  l’initiative de Pierre Bleuse permettent une premiĂšre acadĂ©mie en 2014. L’Orchestre National du Capitole participe sous forme d’ateliers animĂ©s par les solistes de l’Orchestre. La Halle-aux-Grains, salle symphonique emblĂ©matique, est un lieu de concert privilĂ©giĂ©. Le concert de fin de stage permet une confrontation aux vĂ©ritables attentes du public. Voir ce concert est extraordinaire tant la connexion entre les musiciens et le chef est magnĂ©tique.

Pierre Bleuse avec douceur et bienveillance amĂšne chacun Ă  donner plus que ce dont il se croyait capable. Le son de cet orchestre formĂ© en 8 jours est tout simplement incroyable. Le travail a dĂ» ĂȘtre colossal. Le programme particuliĂšrement exigeant pourrait paraĂźtre hors de portĂ©e en si peu de temps. Il n’en est rien et l’auditeur a Ă©tĂ© comblĂ©.

L’Adagietto de la CinquiĂšme symphonie de Mahler est un moment de noblesse et de beautĂ©. Les cordes sont rondes, prĂ©sentes et tous les pupitres sont Ă©quilibrĂ©s. Le jeu du harpiste est particuliĂšrement pĂ©nĂ©trant. Pierre Bleuse dose parfaitement les nuances, et les phrasĂ©s obtenus sont larges et sensuels. Abordant les RĂŒckert-Lieder de Mahler, BĂ©atrice Uria-Monzon s’aventurait loin de son rĂ©pertoire d’élection. Elle aussi a pris des risques et une certaine tension Ă©tait perceptible. Elle arrive Ă  bien caractĂ©riser chaque lied, tout en ayant davantage mis en valeur le cotĂ© thĂ©Ăątral, que le repli intimiste.  « Um Mitternacht » est le lied le plus abouti. La voix est sonore, le timbre attachant mais le souffle semble parfois un peu court et elle n’utilise pas assez les nuances piano attendues dans la partition. VoilĂ  en tout cas  un bel hommage de cette marraine de l’édition 2018. Le challenge d’un rĂ©pertoire nouveau est relevĂ© avec Ă©clat par la mezzo-soprano.

Le risque assumĂ©, c’est ça la vie !

Ensuite Pierre Bleuse n’a pas mĂ©nagĂ© les jeunes artistes de l’orchestre (entre 14 et 25 ans) en les dirigeant dans la piĂšce au titre ronflant d’Eric Montabeltti. Pure musique officielle, post-Boulez oedipien, elle est ingrate Ă  entendre refusant comme il se doit mĂ©lodie ou rythme repĂ©rable. Les associations de timbres sont sans nouveautĂ© ni originalitĂ©. Cette musique atonale et arythmique sonne comme dĂ©passĂ©e, dĂ©jĂ  entendue.

A cotĂ©, les compositeurs du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, Mahler et Prokofiev, dans ce programme, apparaissent tellement plus inventifs et originaux. La difficultĂ© d’écoute est peu face Ă  l’inconfort du jeu pour bien des musiciens. Pierre Bleuse est trĂšs attentionnĂ© et permet aux jeunes musiciens de s’en sortir trĂšs honorablement.

Pour finir ce concert en beautĂ©, les huit extraits du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev reprĂ©sentent un tour de force qui comble le public. Voir ces jeunes musiciens si attentifs et parfois un peu poussĂ©s Ă  leurs limites est un grand moment. Les premiĂšres mesures sont absolument saisissantes. Il faut voir comment dans un moment dĂ©licat Pierre Bleuse encourage les violons Ă  phraser encore davantage pour donner sens au discours musical. Et en mĂȘme temps, il donne ainsi le temps au grand tuba tout derriĂšre Ă  l’orchestre, de rattraper le tempo et au timbalier de se caler, lui qui semblait trop rapide.
L’expĂ©rience leur apprendra que la profondeur de la salle est Ă  prendre en compte. Mais quelle leçon Ă  cet instant. La musique doit avoir une direction, le danger doit ĂȘtre affrontĂ© et dĂ©passĂ©. Le chef d’orchestre dans sa bienveillance accompagne au bord du gouffre sans se fĂącher et permet de ne pas y tomber. C’est en ce sens que ce concert restera mĂ©morable pour cette association de courage et d’énergie. Et RomĂ©o et Juliette, hĂ©ros si chers, ont Ă©tĂ©  trĂšs prĂ©sents dans ces extraits, leur jeunesse rĂ©pondait Ă  celle des musiciens de l’orchestre.

Pierre Bleuse en quelques mots a dit combien cet enthousiasme et cette audace des jeunes musiciens devront les accompagner toute leur vie. Et le bis sera peut ĂȘtre le moment le plus beau dans une extraordinaire piĂšce du compositeur mexicain Arturo MĂĄrquez : DanzĂłn n° 2. Les musiciens, pendant qu’ils jouent ou pas, ont Ă©tĂ© transportĂ©s par les rythmes de danse endiablĂ©s et chaloupĂ©s osant le montrer au public. Qu’il est beau, l’enthousiasme associĂ© au plus grand sĂ©rieux ! Vive Musika Orchestra Academy n° 4 et  l’an prochain, nous serons là  pour la CinquiĂšme Ă©dition !

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 Adagietto ; Funf Ruckert Lieder ; Eric Montabeltti (né en 1968) : Vaste champ temporel à vivre joyeusement. Sergueï Prokofiev ( 1891-1953) : Romeo et Juliette, 8 extraits symphoniques ; Beatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ;  Musika Orchestra Academy ; Direction, Pierre Bleuse.

 

 

Compte-rendu opéra. Toulouse. Capitole, le 25 février 2018. Gluck : Orphée et Eurydice. Les Talens Lyriques. 

orphee gluck toulouse talens lyriues concert compte rendu critique par classiquenewsCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Gluck : OrphĂ©e et Eurydice. Les Talens Lyriques. L’affiche Ă©tait singuliĂšre pour un opĂ©ra prĂ©sentĂ© au Capitole, mĂȘme en version de concert : Christophe Rousset, installĂ© cavaliĂšrement sur une chaise design. Mais en fait il n’y avait rien que de trĂšs honnĂȘte dans cette affiche. En choisissant parmi les quatre possibilitĂ©s de l’ouvrage de Gluck, celle de 1774, le chef des Talens Lyriques, Christophe Rousset savait qu’il ne proposait pas la plus connue ni la plus Ă©mouvante des versions. En effet la traduction française pĂȘche par de nombreuses faiblesses et le rĂŽle-titre rĂ©Ă©crit pour un tĂ©nor haute-contre n’est pas facile Ă  distribuer. C’est donc avec ces choix artistiques audacieux que Les Talens Lyriques sont allĂ©s au devant du public. À Toulouse, le ChƓur du Capitole a participĂ© Ă  l’évĂšnement. Deux reprĂ©sentations de ce concert ont trouvĂ© un Ă©cho favorable du public. Il est toujours rĂ©jouissant d’écouter cet ouvrage si savamment composĂ©. Mais peut-on parler de succĂšs dans la dĂ©fense de cette version ci ?
Au niveau de l’orchestre assurĂ©ment. Les instrumentistes des Talens Lyriques ont Ă©tĂ©, comme nous l’attendions, absolument parfaits.

Belle version orchestrale 
 sans théùtre

La flĂ»te suave de Jocelin  Daubigney, les cuivres infernaux et les timbales alertes tout particuliĂšrement. Chaque musicien a rĂ©pondu comme un seul Ă  la direction prĂ©cise du chef. Les ballets ont Ă©tĂ© les moments les plus forts du concert, les scĂšnes du paradis ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ussies, mĂȘme si la suite de danse en toute fin d’opĂ©ra a pu lasser un peu.  Cette splendeur orchestrale a portĂ© en fait tout l’opĂ©ra. Le chƓur du Capitole, dont nous connaissons la ductilitĂ© par ailleurs, a Ă©tĂ© peu utilisĂ© ce soir, au delĂ  d’un chant massif et compact, portant fort peu d’émotions. La distribution se concentre sur trois chanteurs, nous pouvons donc faire preuve d’exigence. Las, l’hĂ©roĂŻne qui motive tout le drame est le maillon faible. Voix sans caractĂšre, projection courte et minauderies hors de propos, Judith Van Wanroij, n’a rien d’Eurydice la douce. L’Amour de Jodie Devos a tout le charme attendu avec une agrĂ©able voix de soprano brillante et une interprĂšte pleine d’élĂ©gance mutine. Le hĂ©ros portant tout l’ouvrage est donc ce soir le tĂ©nor FrĂ©dĂ©ric Antoun.  S’il a assez de brillant dans l’aigu et de facilitĂ© pour incarner la voix de haute-contre, il a semblĂ© ce soir comme absent du drame. AutocentrĂ© sur une voix certes superbe mais dans  un chant froid, – distanciĂ©, FrĂ©dĂ©ric Antoun n’est pas un OrphĂ©e amoureux.
Reconnaissons que son Eurydice ne l’aidait pas. Dans leur duo le dĂ©sĂ©quilibre obligeait le tĂ©nor Ă  se retenir. Et dans le trio avec Amour, la voix d’Eurydice a trop souvent disparu. Quoi qu’il en soit, c’est l’absence de couleurs et de nuances qui n’a pas non plus permis Ă  FrĂ©dĂ©ric Antoun d’émouvoir le public. Rester l’Ɠil sec, aprĂšs le dĂ©sespoir d’OrphĂ©e Ă  l’acte III, est quand mĂȘme inhabituel 

En somme les qualitĂ©s orchestrales les plus hautes ne suffisent pas Ă  dĂ©fendre cette version parisienne de 1774. La voix de haute-contre ne saurait rivaliser avec la voix de contralto de la premiĂšre version de Gluck ou celle de Berlioz pour Pauline Viardot. La sagesse et l’élĂ©gance de cette proposition interprĂ©tative sont pour nous trop Ă©loignĂ©es de l’émotion attendue dans cette Ɠuvre emblĂ©matique. Demeure cependant le plaisir d’entendre en concert une trĂšs belle partition, aboutie et concise, annonçant les grandes tragĂ©dies de Gluck Ă  venir avec en particulier ses deux IphigĂ©nie.

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rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : OrphĂ©e et Eurydice. TragĂ©die-opĂ©ra en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moline d’aprĂšs Ranieri de’ Calzabigi, version de Paris, crĂ©Ă©e le 2 aoĂ»t 1774 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle des Tuileries. Avec : FrĂ©dĂ©ric Antoun, OrphĂ©e ; Judith Van Wanroij, Eurydice ; Jodie Devos, L’Amour. ChƓur du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction musicale. CrĂ©dit photo : © Patrice Nin 2018

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 février 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga

ATTAHIR benjamin residence orchestre national de lille concerto pour serpent creation critique par classiquenewsCompte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga. En ouverture de concert, la belle oeuvre de Benjamin Attahir, « Sawti’l Zaman » (portrait ci contre),  a trouvĂ© un public attentif et ravi. Cette Ɠuvre symphonique complexe et exigeante est d’une trĂšs grande variĂ©tĂ© thĂ©matique. Le refus du dĂ©veloppement et de la variation provoque une impression de grande richesse voire de gaspillage tant les thĂšmes passent et disparaissent sans retour. La variĂ©tĂ© infinie des inspirations avec des timbres rares ou trĂšs habituels, est habilement rĂ©partie sur toute la piĂšce symphonique. Il y a toutefois une sorte de continuitĂ© stylistique comme un fil rouge. Il s’agit de quelque chose d’assez peu explicable mais qui pour moi Ă©voque une certaine transparence de texture, une lumiĂšre particuliĂšre, propre Ă  la musique française du dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle ; Ă©galement un travail sur le rythme et la danse qui fait penser Ă  la musique française des XVII et XVIII Ăšme siĂšcles. Le titre lui-mĂȘme fait rĂ©fĂ©rence Ă  la musique transmĂ©diterranĂ©enne si chĂšre Ă  l’exotisme de Camille Saint-SaĂ«ns ou de Ravel. Il y a donc un vrai travail de remĂ©moration et d’hommage cachĂ© Ă  plusieurs pans de la musique française d’avantage encore qu’au seul Pierre Boulez. Voici donc une trĂšs belle Ɠuvre qui pourrait parfois paraĂźtre trop riche tant elle contient de moments inspirĂ©s.

L’interprĂ©tation par les musiciens de l’Orchestre du Capitole met en lumiĂšre leur virtuositĂ© comme leur habitude des Ă©lĂ©ments français que j’évoquais plus haut. Andris Poga trĂšs concentrĂ© a une battue efficace qui permet une belle comprĂ©hension des motifs si variĂ©s en leurs couleurs si somptueuses. Cette Ɠuvre contemporaine semble particuliĂšrement bien comprise et accueillie par le public toulousain comme lors de la crĂ©ation Ă  Lausanne.

Korobeinikov piano concert critique par classiquenews Andrei KorobeinikovLe DeuxiĂšme Concerto pour piano de Prokofiev est rarement donnĂ©, tant il est difficile sur tous les plans. Il demande un pianiste virtuose capable de couleurs et de nuances trĂšs appuyĂ©es et malgrĂ© sa complexitĂ© rythmique, d’oser des moments de rubato audacieux. Andrei Korobeinikov est cet artiste exceptionnel exigĂ© par une telle partition. Il y ajoute une fiĂšvre particuliĂšre, conservĂ©e jusqu’aux derniĂšres notes, qui est proprement fascinante. Nous avons la certitude d’entendre toutes les richesses de l’Ɠuvre et les qualitĂ©s d’Andrei Korobeinikov sont Ă©videmment pianistiques ; elles sont surtout celles d’un fin musicien. Les couleurs foisonnent et les nuances sont d’une subtilitĂ© rare. Il ose des moments d’infime rubato d’une incroyable dĂ©licatesse. Ce musicien exceptionnel a offert un PrĂ©lude de Scriabine en bis qui a laissĂ© le public pantois. Les musiciens de l’orchestre du Capitole relĂšvent le dĂ©fi de la virtuositĂ© avec panache tout particuliĂšrement dans le deuxiĂšme mouvement : Scherzo vivace. Les moments de tendresse sont de vĂ©ritables moments de bonheur.

Dans sa direction, Andris Poga n’arrive pas Ă  Ă©tablir solidement l’équilibre qui aurait permis d’entendre le pianiste lors des fortissimi de l’orchestre. S’il tient parfaitement la battue, ce qui n’est pas rien, il ne rend pas le phrasĂ© subtil de Prokofiev et rate la grande montĂ©e de la fin du premier mouvement. Le troisiĂšme mouvement est un peu mĂ©canique face Ă  la souplesse du dĂ©hanchĂ© du pianiste. Andris Poga n’est pas rĂ©pondu aux  subtilitĂ©s qu’Andrei Korobeinikov propose dans ses nuances et ses fulgurances remarquables.

La derniĂšre partie de concert comprenait la HuitiĂšme Symphonie de Dvorak. Partition un peu pompier et trĂšs extravertie. Un dosage particulier avec de l’humour en offre toutes les saveurs. Ce n’est pas le parti choisi par Andris Poga. Le chef ici semble diriger Ă  la lettre laissant les cuivres s’en donner Ă  cƓur joie sans chercher Ă  construire un Ă©quilibre avec la dĂ©licatesse des bois ou la profondeur des cordes, -quels violoncelles !  Les nuances ont Ă©tĂ© globalement au cran supĂ©rieur saturant un peu l’air. La symphonie passe sans Ă©mouvoir ou intĂ©resser vraiment ; seules les qualitĂ©s des instrumentistes de l’orchestre nous comblent. Ce concert restera dans les mĂ©moires pour le jeu admirable du jeune Andrei Korobeinikov. Ce pianiste russe trentenaire est une dĂ©couverte remarquable pour le public toulousain.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Sawti’l Zaman, Ă  la mĂ©moire de Pierre Boulez pour orchestre. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.16. Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n° 8 en sol majeur, op.88. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Andris Poga.