Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Ch Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin.

seguin_yannick_nezet_chef_maetroCompte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Smetana. Brahms. Batiashvili. Chamber Orchestra of Europe. NĂ©zet-SĂ©guin. Un trĂšs beau concert force de proposition. Pour finir en beautĂ© une saison de grande qualitĂ©, les Grands InterprĂštes ont invitĂ© un chef connu Ă  Toulouse depuis bien 10 ans et qui est chĂ©ri du public. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin est un QuĂ©bĂ©cois inoubliable et irrĂ©sistible. Son Ă©nergie est celle d’un sportif. A la Halle-aux-Grains, il a dirigĂ© l’Orchestre du Capitole, le Rotterdam Philharmonic Orchestra et le Chamber Orchestra of Europe avec la mĂȘme fougue communicante. Ce soir avec le Chamber Orchestra of Europe, il est en pleine confiance et l’alchimie qui les lie, est belle Ă  voir. DĂšs les premiĂšres mesures de l’ouverture de la FiancĂ©e Vendue de Smetana, un tourbillon s’envole des seconds violons qui va gagner le quatuor Ă  corde progressivement avant d’embraser tout l’orchestre. La rapiditĂ© du tempo est folle et la musicalitĂ© pourtant dĂ©roule son charme sans prĂ©cipitation. La prĂ©cision des attaques, la virtuositĂ© de chacun donnent comme une ivresse au spectateur.

Avec l’arrivĂ©e sensuelle de la violoniste Lisa Batiashvili dans une superbe robe longue, la tension monte encore d’un cran. La jeune violoniste Ă©coute avec Ă©motion la longue introduction orchestrale du concerto de Brahms, que NĂ©zet-SĂ©guin dĂ©veloppe avec mĂ©thode et calme plan par plan. La montĂ©e progressive est de toute beautĂ© et l’entrĂ©e du violon un vrai bonheur. Tout le concerto passera comme par magie avec un sentiment de puissance, d’aisance, de beautĂ© pure. La jeune violoniste a un aplomb sidĂ©rant et ne fait qu’une bouchĂ©e de ce redoutable concerto. La puissance du jeu est inhabituelle et la maitrise technique laisse sans voix. La chaleur du son de la soliste est largement soutenue par la puretĂ© de l’orchestre qui sait tisser une texture aĂ©rĂ©e et lumineuse. Tout ceci met en valeur le jeu soliste. Voici une superbe interprĂ©tation avec des moments de tendresse particuliĂšrement Ă©mouvants entre le chef et la violoniste. Ils se retrouveront dans le bis associant les cordes de l’orchestre et de la soliste dans une adaptation d’un choral de Bach.

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsEn deuxiĂšme partie de concert, NĂ©zet-SĂ©guin ose une proposition interprĂ©tative trĂšs inhabituelle de la 3° symphonie de Brahms. Les premiers violons limpides plus que puissants ouvrent la symphonie en obligeant Ă  une Ă©coute renouvelĂ©e. Toute la chorĂ©graphie de NĂ©zet-SĂ©guin entraĂźne l’orchestre et le public Ă  sa suite dans une aventure incroyable. La qualitĂ© analytique de cette interprĂ©tation, la profondeur des nuances, les phrasĂ©s inhabituellement dĂ©coupĂ©s, tout donne un air de jeunesse Ă  cette partition si connue. MĂȘme le 3° mouvement valsĂ©, que d’aucun connaissent presque trop, prend une allure plus sensuelle et envoutante que de coutume. Il faut essayer de dĂ©crire la direction, de NĂ©zet-SĂ©guin. Il occupe toute l’estrade par des mouvements de jambe d’une grande souplesse, parfois Ă  la limite de tomber dans l’orchestre ou vers le public. Tout son corps accompagne ses phrases mais ce sont ses mains qui sont inouĂŻes. Il dirige par cƓur, et de ses mains entiĂšrement libres, il semble malaxer tendrement ou avec puissance, une pĂąte musicale, de celle qui deviendra brioche.
Incroyable direction qui renouvelle complĂštement cette symphonie, l’éloignant d’une prĂ©tendue tradition lourde et puissante. Le final sera le mouvement le plus rĂ©ussi dans une vivacitĂ© et un Ă©lan irrĂ©pressible. La douceur des nuances, l’audace des contrastes, conduisent vers un abandon sensuel terminal.
L’orchestre a une beautĂ© de son lumineuse et un Ă©clat particulier. Chaque instrumentiste a une soliditĂ© de soliste et chacun se met tout entier au service de ce chef d’exception. NĂ©zet-SĂ©guin ne reviendra probablement plus aussi souvent en Europe car la saison prochaine il sera au New York Metropolitan Opera et l’on sait les exigences d’une telle maison. Sa venue Ă  Toulouse Ă  l’invitation des Grands InterprĂštes prend donc une dimension de raretĂ© Ă©mouvante.

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Compte-rendu, concert. Halle-aux-Grains. Toulouse, le 15 juin 2018. Bedrich Smetana (1824-1884) : La fiancée vendue, ouverture. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre, en ré majeur, op.77 ; Symphonie n°3, en fa majeur, op.90. Lisa Batiashvili, violon. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nezet-Séguin, direction musicale.

Compte–rendu, concert. Toulouse, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Angelich. Orch Capitole de Toulouse. Sokhiev

SOKHIEV TUGAN mantovani Ravel debussy toulouse critique concert par classiquenewsCompte–rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 2 juin 2018. Montovani. Prokofiev. Debussy. Ravel. Nicolas Angelich, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. A nouveau l’alchimie complexe entre les musiciens de l’orchestre, son chef et l’organisation de la saison apporte un moment de pur bonheur au public toulousain puis parisien. Les concerts de l’Orchestre du Capitole de Toulouse Ă  Paris sont depuis plusieurs annĂ©es les plus prisĂ©s avec un taux de rĂ©servation parmi les plus prĂ©coces. Le succĂšs est au rendez vous chaque fois, et n’en doutons pas un instant ce sera avec un tel programme, la mĂȘme fĂȘte de beautĂ© qu’à Toulouse.

Sommet musical Ă  Toulouse et Paris

Les parisiens auront la chance de bĂ©nĂ©ficier de la fabuleuse acoustique de la vaste salle de la Philharmonie de Paris. Ce concert est marquĂ© par une occasion particuliĂšre. Bruno Montovani qui connaĂźt trĂšs bien l’Orchestre du Capitole comme compositeur en rĂ©sidence ou chef a rĂ©pondu de maniĂšre fort singuliĂšre Ă  la commande de l’Orchestre et de la Philharmonie de Paris. Son Quasi lento que les toulousains ont entendu en crĂ©ation mondiale est une piĂšce dĂ©diĂ©e Ă  l’un des instrumentistes les plus subtils de l’Orchestre du Capitole, le clarinettiste David Minetti. Ses sonoritĂ©s suaves ou mordantes sont apprĂ©ciĂ©es dans les soli orchestraux Ă  chaque fois, mais nous avons eu la chance Ă©galement d’entendre Ă  plusieurs reprises son interprĂ©tation sublime de dĂ©licatesse du concerto pour clarinette de Mozart, il est Ă©galement un chambriste trĂšs apprĂ©ciĂ©.  La piĂšce de Montovani est donc une sorte de rhapsodie pour clarinette et orchestre dans une libertĂ© formelle proche du Debussy du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune.

Montovani avec beaucoup d’humour Ă©voque un oiseau qui folĂątre puis trouve un compagnon de jeu tous deux rĂ©sistant Ă  plusieurs reprises Ă  quelques dangers figurĂ©s par des fortissimi brutaux de l’orchestre. Le dialogue avec l’orchestre n’est pas harmonieux, comme forcĂ©. Tugan Sokhiev est trĂšs attentif Ă  la perfection rythmique. Les sonoritĂ©s incroyablement colorĂ©es de David Minetti, son sens du phrasĂ© et ses nuances extrĂȘmes trouvent matiĂšre Ă  s’épanouir. Cette courte piĂšce est comme une mise en bouche piquante, comme stimulant l’appĂ©tit avant un repas de chefs d’Ɠuvre d’une grande richesse.

Le troisiĂšme concerto pour piano de Prokofiev est un magnifique moment de co-construction entre le soliste et le chef (Il dĂ©bute d’ailleurs par un beau solo de clarinette). Prokofiev a voulu regagner les faveurs du public en adoptant une Ă©criture moins rĂ©volutionnaire que dans le deuxiĂšme concerto. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le troisiĂšme est classique et sage
 La partition est gorgĂ©e de rythmes complexes et de piĂšges pour tous, que ce soit le super soliste ou l’orchestre. Les mĂ©lodies slaves sont facilement repĂ©rables mais comme diffractĂ©es dans les dĂ©veloppements. Ce qui fascine dans un concerto si complexe Ă  mettre en place, c’est le degrĂ© de complicitĂ© et de familiaritĂ© qui existe ce soir entre le soliste, le chef et les musiciens. La virtuositĂ© est brillamment rĂ©alisĂ©e avec des sourires de part et d‘autre dans une co-construction organique de chaque instant.
Nicholas Angelich est souverain. La virtuositĂ© est magnifiĂ©e par une musicalitĂ© royale et comme une distanciation pleine d’humour. Le toucher peut ĂȘtre dĂ©licat comme d’une puissance tellurique. Et que de subtiles colorations et nuances au sein de toutes ces notes rapides ! Tugan Sokhiev dirige Ă  main nue veillant aux Ă©quilibres, au moindre dĂ©part et couvant le soliste des yeux. Angelich est souvent comme en apesanteur semblant jouer sans aucun effort. Il ne semble faire que jeu des affrontements avec l’orchestre.
AprĂšs un tel moment de bravoure le public obtient avec fracas un bis, avec il faut le dire un brin de vulgaritĂ©. N’avait t-il pas eu assez de notes ?

La deuxiĂšme partie de concert associait Debussy et Ravel dans des moments orchestraux puissants et Ă©mouvants. Le triptyque la Mer de Debussy est une oeuvre Ă  la beautĂ© renversante, aux couleurs et aux Ă©vocations picturales. Jamais le lien entre images et sons ne peut ĂȘtre aussi subtil. Tugan Sokhiev et son orchestre ont Ă  prĂ©sent mĂȘlĂ©s en une symbiose unique la tradition française hĂ©ritĂ©e de Michel Plasson avec une opulence de sonoritĂ©s et de nuances, une prĂ©cision rythmique et une assurance dans les attaques, toutes qualitĂ©s qui importent tant au chef Ă©pris de tradition russe et qui font merveille ici comme dans tout le rĂ©pertoire. Il serait bien pingre de parler de recherche d’un son français devant une telle Ă©vidence de beautĂ©. La Mer de Debussy est un ocĂ©an Ă  la puissance inĂ©branlable comme Ă  la suavitĂ© colorĂ©e avec chaleur. La direction de Tugan Sokhiev est thĂ©Ăątrale devant les Ă©lĂ©ments mouvants. Tout vit et change, lumiĂšre solaire, air furieux ou eau dĂ©licate selon les instants du nycthĂ©mĂšre. Les gestes Ă  main nue de Tugan Sokhiev sont un ballet d’une beautĂ© et d’une suavitĂ© inouĂŻe. De ses mains diffuse toute la musique, avec autoritĂ© et bienveillance il obtient de l’orchestre tout ce qu’il veut. La beautĂ©
de cette Mer restera dans les mémoires. Mezzo qui a capté le concert et nous en donnera en Replay des reflets précieux.
Mais le concert admirablement construit en une richesse toujours croissante nous amĂšne au plus incroyable moment de musique. Les trois extraits de Daphnis et ChloĂ© dans une orchestration sublime de Ravel particuliĂšrement inspirĂ© ont Ă©tĂ© une vĂ©ritable apothĂ©ose. Chaque instrumentiste porte Ă  l’incandescence son jeu, et la direction de Tugan Sokhiev atteint des sommets dâ€˜Ă©lĂ©gance et de puissance expressive. Que de beautĂ© pour les yeux, les oreilles et de plĂ©nitude pour l’ñme Ă©prise de beautĂ© et d’absolu. Le thĂ©Ăątre, la danse sont prĂ©sentes dans ces trois instants de pur bonheur. Les nuances sont profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs irisent toute la Halle aux grains. Le public exulte et chef et musiciens Ă©puisĂ©s ont des sourires Ă©panouis. Un Grand, un immense Concert pour des moments de musique partagĂ©s dans un bonheur total.

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Compte–rendu concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 2 juin 2018.
Bruno Montovani (né en 1964) : Quasi lento, création mondiale pour
Clarinette et orchestre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour
piano et orchestre n°3 en ut majeur, op.26 ; Clause Debussy
(1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques ; Maurice Ravel
(1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 pour orchestre ; Nicholas
Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan
Sokhiev, direction musicale.

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun / Michel Brun

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Vivaldi : Champy-Tursun. Martineau. Ensemble et ChƓur Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction. Le programme tout Vivaldi dans cette belle programmation des Rencontres des musiques baroques et anciennes Ă  Odyssud a Ă©tĂ© un moment de rĂȘve. Michel Brun a concoctĂ© un trĂšs bel hommage au gĂ©nie si divers du PrĂȘtre Roux.

 
 

 

Et Viva Vivaldi ! Viva il sole !!

La veine mĂ©lodique si sure, le rythme si fondamental et les couleurs irisĂ©es de partitions si diverses ont rĂ©chauffĂ© un dimanche froid et pluvieux. La salle comble, a fait un vrai triomphe Ă  Michel Brun qui a su mettre en valeur chacune. D’abord dans le si Ă©mouvant Stabat Mater, la mezzo-soprano  Caroline Champy de sa voix mordorĂ©e a su rendre justice comme peu au texte si violent du Stabat Mater. Le drame a habitĂ© la cantatrice et elle n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  mettre de la douleur dans sa voix pas, pourtant toujours Ă  son aise dans la tessiture. Mais n’est-ce pas une hĂ©rĂ©sie que de chanter comme un ange sans douleurs, le texte le plus cruel de la liturgie ? Cette piĂšce si stricte et Ă©mouvante a Ă©tĂ© dirigĂ©e avec un peu trop de rigiditĂ© et de fermetĂ© par Michel Brun, c’était aussi la prise de contact avec l’acoustique sĂšche de la salle. La remarquable interprĂ©tation de Caroline Champy a envoutĂ© le public absolument charmĂ© par son art dramatique accompli.
Ensuite, deux concertos alertes et divinement dĂ©diĂ©s Ă  la mandoline ont permis Ă  l’orchestre de s’animer de l’enthousiasme le plus vif. Julien Martineau a d’avantage entrainĂ© ses collĂšgues qu’ il ne les a vĂ©ritablement dirigĂ©s. Debout devant l’orchestre avec une gestuelle gracieuse et dĂ©licatement retenue il a su maintenir le tempo exact de chaque mouvement, n’hĂ©sitant pas Ă  presser ses compagnons. Sa virtuositĂ© Ă  la mandoline est solaire et d’une lumiĂšre Ă©blouissante. Les traits sont d’une prĂ©cision fabuleuse et les nuances qu’il tire de sa petite mandoline sont incroyables. L’art de ce trĂšs grand soliste est magnifique. Il a obtenu un succĂšs enthousiaste y compris des musiciens de l’orchestre. Les bis ont  Ă©tĂ© encore plus solaires et joyeux.

Le Gloria pour chƓur et solistes fĂ©minines a terminĂ© le concert avec brio. L’ensemble vocal en grande forme a Ă©tĂ© trĂšs beau, chaque pupitre homogĂšne et Ă©quilibrĂ©. L’enthousiasme nĂ©cessaire Ă  cette partition de pur bonheur a Ă©tĂ© portĂ© avec efficacitĂ© par l’Ensemble Baroque de Toulouse. Caroline Champy a apportĂ© ses couleurs vocales et sa belle prĂ©sence dans le duo et son air. Eliette Parmentier au timbre serrĂ© et Ă  la voix fatiguĂ©e n’a pas su dialoguer avec l’aisance attendue du magnifique hautbois. L’orchestre avec trompette et a Ă©tĂ© brillant, mais c’est bien le chƓur qui a emportĂ© tous les suffrages. Son bis d’entrĂ©e a Ă©tĂ© encore plus magnifique portĂ© par une joie communicative. Un bien beau concert apportant le soleil de Venise  que notre printemps a tant de mal Ă  nous offrir.

 
 

 

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Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 8 avril 2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour mandoline et cordes en do majeur RV 425 et RV 93 ; Stabat Mater RV 621 ; Gloria RV 589 ; Caroline Champy-Tursun, mezzo-soprano ; Eliette Parmentier, soprano ; Julien Martineau, mandoline ; Ensemble Baroque de Toulouse et ChƓur Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

 
 

 

Compte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-Saëns. Beethoven. Vincent / Lehninger.  

guillaume vincent piano portrait critique concert par classiquenewsCompte-rendu, Concert. Toulouse, le 26 mai 2018. Ginastera. Saint-SaĂ«ns. Beethoven. Vincent / Lehninger. Souffrant, Fazil Say pianiste hors normes, annoncĂ© dans ce concert, a Ă©tĂ© remplacĂ© par un tout jeune virtuose Guillaume Vincent en gardant le trĂšs complexe concerto de Saint-SaĂ«ns (n°2) au programme. Saluons le courage et la dĂ©termination du jeune homme qui a relevĂ© le dĂ©fi de l’urgence avec art. Il lui a fallu tout le premier mouvement pour trouver ses marques en terme d’autoritĂ© et d’aisance, alors que la virtuositĂ© sans faille Ă©tait prĂ©sente. Les deux derniers mouvements ont permis de gouter les qualitĂ©s du jeune pianiste. Humour et lĂ©gĂšretĂ© se sont rĂ©vĂ©lĂ©es dans le deuxiĂšme mouvement avec un toucher aĂ©rien du plus bel effet. Le dernier mouvement intense et dramatique a permis Ă  Guillaume Vincent de dĂ©montrer sa puissance expressive et sa musicalitĂ© Ă©panouie avec des doigts d’acier. De belles qualitĂ©s que ce jeune pianiste saura certainement dĂ©velopper hors de cette situation de stress trĂšs particuliĂšre.

L’Orchestre du Capitole a entrepris une grande rĂ©volution depuis la nomination de Tugan Sokhiev. La jeunesse et l’excellence des musiciens ce soir et la paritĂ© quasi parfaite prouve combien les recrutements ont Ă©tĂ© faits avec soin. L’augmentation du nombre de musiciens est notable, car sur la mĂȘme pĂ©riode dans la fosse du Capitole l’Orchestre excellait dans le Macbeth de Verdi. Tant sur la plan symphonique qu’opĂ©ratique, nous le savons, l’Orchestre du Capitole excelle. Les qualitĂ©s solistiques et chambristes des musiciens ont particuliĂšrement Ă©tĂ© mises en valeur dans la piĂšce concertante de Ginastera qui ouvrait le programme. Avec un dĂ©but sidĂ©rant les auditeurs, la harpe de GaĂ«lle Thouvenin a formé  un duo de rĂȘve avec la chaleur du violoncelle de Sarah Iancu. La suite des variations a Ă©tĂ© d’une inspiration plus convenue mais a offert de beaux moments Ă  pratiquement chaque soliste ou chef de pupitre. Tous les musiciens ont Ă©tĂ© parfaits.
Pour terminer le programme la SeptiĂšme symphonie de Beethoven a Ă©tĂ© jouĂ© avec brio et Ă©nergie. La direction de Marcelo Lehninger nous a semblĂ© durant tout le concert d’une constante probitĂ© mais sans vraie personnalitĂ©. Chef souriant et heureux, il laisse jouer l’orchestre sans proposer une interprĂ©tation personnelle.  Si ce n’est pas bien gĂȘnant dans Ginastera qui est une Ɠuvre Ă©crite pour mettre en valeur les musiciens de l’orchestre, il en va autrement pour Saint-SaĂ«ns et Beethoven car c’est tout autre chose.  Le manque de soutien du soliste dans le premier mouvement du concerto de Saint-SaĂ«ns a certainement participĂ©, sinon expliquĂ© la retenue de Guillaume Vincent. La symphonie n°7 de Beethoven si connue et dans des interprĂ©tations marquantes dans cette salle, a passĂ© sans faire remarquer le chef… Un aimable concert que le public a chaleureusement applaudi pour l’engagement et la belle jeunesse des musiciens de l’orchestre et du soliste.

 

 

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Compte-rendu. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 26 Mai 2018. Alberto Ginastera (1916-1983) : Variations concertantes ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur, op.22 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°7 en la majeur, op92. Guillaume Vincent, piano ; Marcelo Lehninger, direction musicale. Illustration : le pianiste Guillaume Vincent (DR)

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem.Joyce El-Khoury. Orch Capitole Toulouse, T. Sokhiev, direction.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 8 juin 2018. Verdi. Requiem. Orfeon Donostaria. Orch Capitole de Toulouse, TSokhiev, direction. Ce concert a Ă©tĂ© doublĂ©. Nous avons assistĂ© au premier concert, salle comble. L’entrĂ©e du chƓur si connu et aimĂ© des toulousains a comme galvanisĂ© l’ambiance. C’est l’entrĂ©e de Tugan Sokhiev affable mais trĂšs concentrĂ© qui a donnĂ© le ton de la soirĂ©e. Loin de l’hystĂ©rie que certains aiment Ă  voir dans ce qu’ils considĂšrent comme un opĂ©ra dĂ©guisĂ©, Tugan Sokhiev de sa prĂ©sence bienveillante et de son attention Ă  chacun, a marquĂ© ce Requiem d’une Ă©motion particuliĂšre.

Le Requiem de Verdi en toute splendeur

tugan-sokhievLa beautĂ© de la partition, ses richesse ses hommages aux anciens et ses audaces ont Ă©tĂ© abordĂ©es avec pondĂ©ration dosant entre l’infinitĂ©simal piano et le fortissimo Ă  faire trembler les murs. Tout ce que contient la partition de beautĂ© a pu s’exprimer par les mains nues du chef obtenant de chacun le meilleur de lui-mĂȘme. ChƓur ductile, comme sculptĂ©, orchestre concentrĂ© et merveilleux de sonoritĂ©s riches et de tension, toute qualitĂ©s mises au service de la partition. Car ce Requiem auquel Verdi tenait tant, fait une synthĂšse remarquable entre les qualitĂ©s thĂ©Ăątrales et spirituelles du Verdi de la maturitĂ©. Le chƓur basque, Orfeo Donostaria, est un partenaire rĂ©gulier de l’Orchestre pour la plus grande joie du public. Il a eu un succĂšs retentissant tant il a Ă©tĂ© magnifique. Les solistes ont tous Ă©tĂ© trĂšs engagĂ©s, fins musiciens et grandes voix sachant dans leurs ensembles galvaniser leur puissance expressive. L’émotion de l’Ingemisco du tĂ©nor Saimir Pirgu a Ă©tĂ© admirablement Ă©quilibrĂ©e entre l’extĂ©riorisation due Ă  la tessiture et l’émotion du texte. La mezzo soprano Anna Kiknadze a la voix large qui convient et a su nuancer avec subtilitĂ© le si dĂ©licat duo de l’Agnus Dei avec la soprano, comme une suspension de beautĂ© et de puretĂ© aprĂšs le Dies Irae terrible dans sa spatialisation et ses rĂ©pĂ©titions, et le Rex Tremendae Ă  faire trembler les morts comme les vivants. La basse Vitalij Kowaljow a l’autoritĂ© et le timbre adĂ©quats et a rempli sa partie avec le poids attendu. La plus admirable est la soprano Joyce El-Khoury Ă  la voix chaude et nuancĂ©e. Elle a su Ă©viter de poitriner outrageusement pour se faire entendre pouvant compter sur la vigilance de Tugan Sokhiev. Le Libera me final reste un grand moment de chant verdien d’extase et de priĂšre angĂ©lique. Le chant pianissimo assumĂ© et musicalement superbement phrasĂ© donne beaucoup de force expressive Ă  ces pages si difficiles. Le murmure final avec le chƓur a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące. La direction de Tugan Sokhiev est un modĂšle d’équilibre et d’attention aux nuances afin de mĂ©nager de trĂšs beaux effets. La parfaite tenue rythmique, l’absence de sentimentalisme a garanti la puretĂ© de l’émotion, Ă©vitant pathos ou rubato excessif. Le parti pris musical de respect et de tenue a portĂ© ses fruits car c’est la plus belle version obtenue par ce chef. MĂȘme Ă  Orange en 2016 avec une soprano calamiteuse, mais un tĂ©nor de grĂące, les conditions particuliĂšres du ThĂ©Ăątre Antique et la projection d’images inappropriĂ©es n’avaient pas amenĂ© cet Ă©quilibre admirable entre fine musicalitĂ© et puissance expressive. La Halle–aux-Grains a Ă©tĂ© ce soir l’écrin idĂ©al qui a rendu justice Ă  la beautĂ© toujours renouvelĂ©e de cette magnifique version du Requiem de Verdi. Le lendemain le concert a remportĂ© le mĂȘme succĂšs et semble- t il encore gagnĂ© en Ă©motion.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 juin 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Joyce El-Khoury, soprano ; Anna Kiknadze, mezzo-soprano ; Saimir Pirgu, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse. Orfeon Donostaria, chef de chƓur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction musicale.


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Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem
 Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. EN LIRE +

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Haydn. Schubert. Grigory Sokolov, piano. Grigory Sokolov ne fait rien comme les autres pianistes. Il prĂ©pare son programme puis le joue de part le monde durant six mois. Les Grands InterprĂštes ont  invitĂ© le grand Sokolov au dĂ©but de son nouveau programme. Nous retrouvons le gĂ©ant toujours aussi intrigant, mĂȘme allure d’automate qui rentre en scĂšne et ensuite fusion avec l’instrument dĂšs qu‘il met ses mains sur le clavier. Le programme Ă©quilibrĂ© entre Haydn et Schubert en deux parties n’a rien d’évident. Et ce n’est qu’aprĂšs quelques minutes de Schubert, donc dans la deuxiĂšme partie du concert que le propos artistique se rĂ©vĂšle. Car comment comprendre cet amour pour ces sonates de Haydn si galantes et dans lesquelles tout l’intĂ©rĂȘt vient du concertiste qu’il institue comme un passage obligé ?

SOKOLOV AU CLAVIER : enchantement d’une leçon de musique

Le gĂ©ant aux doigts d’acier trouve on ne sait comment une dĂ©licatesse de toucher qui tient Ă  la fois du cristal et des perles fines. Les phrases sont comme suspendues dans des fils arachnĂ©ens et des vapeurs subtiles. Les trilles rient comme des cascades argentines. Grigory Sokolov aborde ces trois sonates peu faciles, presque ingrates, comme un jeu, une maniĂšre de proposer un art du piano dĂ©licat et comme une vitrine de porcelaines fines regardĂ©es sans y toucher. Musique galante dans tous les sens du terme, refusant les Ă©motions trop fortes comme une Ă©criture trop osĂ©e harmoniquement. Seul Sokolov peut proposer ainsi presque une heure de musique poudrĂ©e sans lasser.

AprĂšs l’entracte la surprise est de taille lorsque Sokolov aborde l’Allegro moderato du premier Impromptu de Schubert dans des sonoritĂ©s cristallines utilisĂ©es dans Haydn. Phrasant avec Ă©lĂ©gance et lĂ©gĂšretĂ©, ce dĂ©but de maniĂšre tout Ă  fait inhabituelle, en des nuances resserrĂ©es et un rubato audacieux qui fait l’effet d’une composition sur l’instant. La fraĂźcheur de ce dĂ©but son innocence et sa candeur surprennent et le jeu perlĂ© poursuit le charme Ă©trange que cette proposition interprĂ©tative suscite en nous. Et enfin aprĂšs quelques minutes quand les harmoniques se complexifient le jeu gagne en poids et en profondeur. Ainsi s’éclaire une idĂ©e trĂšs intĂ©ressante qui fait Ă©voluer l’oreille de sons de pianoforte vers le son plein et riche du piano Steinway. Dans une amplification du jeu, avec une main gauche mobile et malicieuse, petit Ă  petit, la mĂ©lancolie de Schubert pointe et les grandes vagues de l’ñme romantique peuvent s’élever.
Le Schubert de sa derniĂšre annĂ©e de vie peut s’épanouir car ne l’oublions pas ces quatre Impromptus D.935 datent de 1828. Et Sokolov d’oser des nuances exacerbĂ©es, des couleurs chaudes, des profondeurs harmoniques comme si lui-mĂȘme pour nos oreilles composait librement ces piĂšces depuis un dĂ©part si lĂ©ger pour aller vers une profondeur de sentiments bouleversants. Sokolov garde durant tout ce voyage au milieu des tourments et des joies de l’ñme schubertienne une prĂ©cision rythmique et de toucher trĂšs particuliĂšre. La beautĂ© de ce voyage, la richesse des couleurs, des nuances, la largeur des phrases donnent toute leur originalitĂ© Ă  ces piĂšces si inspirĂ©es. Sokolov nous donne une leçon de musique des plus habiles et des plus Ă©clairantes.

3Ăšme mi-temps. Le public charmĂ© par ce magicien applaudit Ă  tout rompre. Sokolov ne dĂ©roge pas Ă  ce qui s’apparente Ă  une troisiĂšme mi-temps en rajoutant 6 bis Ă  son programme. Il poursuit sa leçon et en alternant piĂšces romantiques et classiques, il rajoute une piĂšce Ă©nigmatique de Debussy, et poursuit son exploration de touchers si diffĂ©rents.
L’impromptu de Schubert n°4 de l’opus 90 revient en arriĂšre avec le premier quatrain de Schubert. Il prolonge en quelque sorte l’envoĂ»tement des derniers impromptus. Puis c’est le choc du virevoltant et prestissimo  rappel des oiseaux de Rameau. Il revient vers Schubert avec une mĂ©lodie hongroise aux accents quasi brahmsiens, 
 pour nous Ă©blouir ensuite avec la version la plus rapide jamais entendue des sauvages de Rameau. Afin de rappeler quel fabuleux interprĂšte de Chopin il demeure, Sokolov nous propose l’interprĂ©tation si nuancĂ©e du PrĂ©lude op.28 n°15. Il va jusqu’à une nuance fortissimo assourdissante et une tension Ă©motionnelle incroyable. Pour terminer sur une note insolite et rendre hommage Ă  Debussy, son interprĂ©tation des Pas sur la neige semble surnaturelle et Ă©vanescente.
Grigory Sokolov reste le pianiste le plus extraordinaire du moment et son nouveau programme interpelle et touche comme rarement.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate n°32, op.53 n°4 en sol mineur Hob. XVI : 44 ; Sonate n°47, op.14 n°6 en si mineur Hob. XVI : 32 ; Sonate n°49, op.30 n°2 en do diÚse mineur Hob. XVI : 36 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatre impromptus op.142 D.935. Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba.

Manzon macbeth capitole opera de toulouseCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Verdi. Macbeth. Jean-Louis Martinoty. Uria-Monzon. Michele Gamba. Macbeth est un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre probablement le meilleur opĂ©ra tirĂ© de Shakespeare, certainement le plus abouti de tous les temps. Mais hĂ©las il est trop rarement jouĂ© en raison de ses difficultĂ©s en termes de distribution et de mise en scĂšne. Le premier Ă©cueil a Ă©tĂ© levĂ© avec le choix de la terrible Lady que BĂ©atrice Uria Monzon a su mettre avec art au bon moment Ă  son rĂ©pertoire. Le physique Ă©voque, dans le superbe costume de Daniel Ogier, la fĂ©line Morticia Addams de l’illustre famille. Le jeu est celui d’une grande tragĂ©dienne qui exprime un art extraverti du meilleur effet tant dans la sĂ©duction envoutante que la violence sanguinaire du rĂŽle. La voix est Ă  son apogĂ©e de puissance avec un mordant dans l’émission qui fait notre bonheur et sa noirceur de timbre est idĂ©ale dans ce terrible rĂŽle.

Un Macbeth sombre à souhait mais sans subtilités

D’autres ont le brillant des vocalises et le fil de voix pour la fin de la scĂšne de somnambulisme, personne aujourd’hui ne possĂšde toutes ces facettes vocales. La seule Maria Callas a su Ă  un moment de sa carriĂšre chanter toutes les subtilitĂ©s de la partition concoctĂ©e par Verdi. Beatrice Uria-Monzon a la couleur et la violence de Lady Macbeth et la rupture finale dans la scĂšne de somnambulisme est artistement figurĂ©e avec des cheveux gris et un port brisĂ©.
Pour rĂ©ussir Macbeth, il faut un couple gagnĂ© par la folie du pouvoir dans ce superbe exemple de folie Ă  deux. Las, le baryton Vitaliy Bilyy est fade et sans implication dramatique. Son meilleur moment est son dernier air (ici dans la version de Paris tronquĂ©e du final de 1865) sorte de rĂ©vĂ©lation finale mais comme hors propos. C’est bien dommage que la torche de brulant poison de mort portĂ© par Uria-Monzon ne fasse aucun effet Ă  son partenaire. Vitaliy Bilyy chante et porte beau sa voix. Il se promĂšne sur scĂšne. IndiffĂ©rent au drame qu’il traverse. Le personnage n’évolue pas et il se paye le luxe de rater la scĂšne du spectre de Banquo. Le timbre est homogĂšne et la puissance est Ă  la hauteur de celle de sa partenaire mais ce n’est pas cela le chant thĂ©Ăątral demandĂ© par Verdi. Et passer Ă  cotĂ© de ce personnage si intĂ©ressant est bien dommage.
L’émotion thĂ©Ăątrale vient lors du chƓur des rĂ©fugiĂ©s et de l’air de Macduff. Le tĂ©nor Otar Jorjikia est une vĂ©ritable dĂ©couverte. VoilĂ  un tĂ©nor fin musicien au timbre clair et chaud qui sait l’assombrir voir l’altĂ©rer dans sa dĂ©ploration. Bien des grands tĂ©nors sont ainsi passĂ© Ă  cotĂ© de cet air qui doit avant tout ĂȘtre pure Ă©motion et non beautĂ© sonore. La prĂ©sence de cet artiste est Ă©mouvante et sa musicalitĂ© certaine. VoilĂ  un non Ă  suivre.
Le chƓur est lui aussi d’une Ă©motion Ă  toucher l’ñme au dernier acte. D’ailleurs tous les moments avec les sorciĂšres ont Ă©tĂ© admirables tant vocalement, que par un jeu de scĂšne habile en ces voltes face noirs et blanc. Il y a eu lĂ  un beau travail de mise en scĂšne. Le Roi Banco a une fort belle prĂ©sence avec la voix de basse noble du CorĂ©en In Sung Sim. Les petits rĂŽles, y compris les apparitions, sont tous parfaits. Ajoutons que les dĂ©cors sombres et les costumes aux couleurs lourdes font que cette production construit un univers trĂšs shakespearien. Reste Ă  parler de l’Orchestre du Capitole, admirable de timbre et de puissance, d’une prĂ©sence de chaque instant. Mais la direction sans subtilitĂ©s de Michele Gamba ne leur permet pas de rendre justice aux trouvailles de Verdi. Le chef a Ă©tĂ© comme subjuguĂ© par la beautĂ© sonore qu’il pouvait tirer de l’orchestre mais n’a pas su leur demander les nuances qu’il possĂšde. Le choix de certain tempi nous a semblĂ© prĂ©cipitĂ© dĂšs la somptueuse ouverture qui perd ainsi sa complexe opposition noir-lumiĂšre. Nous savons que Verdi a fait rĂ©pĂ©ter pianissimo aux crĂ©ateurs du rĂŽle jusqu‘à la nausĂ©e leur duo aprĂšs l’assassinat du roi Duncan. Michel Gamba semble ignorer avec superbe ces recommandations prĂ©cises du compositeur
 C’est ne pas tenir compte non plus de la merveilleuse acoustique du thĂ©Ăątre du Capitole qui permet justement aux voix de chuchoter et de se faire entendre jusqu’au Paradis.
Voici donc un Macbeth noir et puissant dominĂ© par la Lady furieuse de Beatrice Uria-Monzon, les chƓurs porteurs d’émotion et le superbe Macduff d’Otar Jorjikia.

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 22 mai 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth. OpĂ©ra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Shakespeare. CrĂ©ation le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence. (Version de Paris, 1865). Coproduction opĂ©ra national de Bordeaux et opĂ©ra national de Lorraine (2012). Jean-Louis Martinoty, mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e par FrĂ©dĂ©rique Lombart. Bernard Arnould, dĂ©cors. Daniel Ogier, costumes. François Thouret, lumiĂšres. Gilles Papain, vidĂ©o. Avec : Vitaliy Bilyy, Macbeth ; BĂ©atrice Uria-Monzon, Lady Macbeth ; In Sung Sim, Banco ; Otar Jorjikia, Macduff ; Boris Stepanov, Malcolm ; Emanuela Pascu, Dame d’honneur de Lady Macbeth ; Carlos Rodriguez, un mĂ©decin ; Pascal Gardeil, un serviteur ; Thiery Vincent, un HĂ©raut ; Christian Lovato, un assassin ; RaphĂ€el Bouri, Melody Cohen, Catharina Mangane Barzantny, Mahery Randrianarivony Lopez : Les Apparitions. ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale : Michele Gamba.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino.

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les PĂȘcheurs de Perles (1862)Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino. oulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet : Carmen. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino, direction musicale. Carmen, l’opĂ©ra le plus aimĂ© du public, donnĂ© Ă  Toulouse dans une nouvelle production,  l’a Ă©tĂ© Ă  guichet fermĂ©. Tant attendu, ce spectacle a rendu le public heureux, car le chef d’Ɠuvre de Bizet n’a pas Ă©tĂ© dĂ©naturĂ© par la mise en scĂšne. Bien au contraire le travail en profondeur de Jean-Louis Grinda est trĂšs respectueux des didascalies. Nous sommes dans une Espagne ancienne et traditionnelle et les costumes sont beaux et permettent aux acteurs de bouger facilement. Le dĂ©cor de Rudy Sabounghi joue habilement avec deux demi amphithĂ©Ăątres qui peuvent bouger et se fermer. Cela crĂ©e des espaces variĂ©s, espace interne et externe, ouvert ou fermĂ©, tout peut ĂȘtre suggĂ©rĂ© en fonction de l’action. Des projections bien rĂ©alisĂ©es et agrĂ©ables donnent sens aux dĂ©cors et Ă  l’action.

Donner Ă  voir durant la fin de l’ouverture, la fin de l’opĂ©ra permet d’accentuer le cĂŽtĂ© mythique de l’Ɠuvre. Ce n’est pas pour connaĂźtre la fin que nous venons mais pour savoir comment y arriver, comment le destin va lier inexorablement les personnages.

La Carmen de ClĂ©mentine Margaine est sans surprise, sans gĂ©nie, mais bien chantante. DotĂ©e d’une voix plutĂŽt opulente de mezzo sombre, elle en abuse un peu. Le timbre n’a rien d’attachant, les couleurs peu variĂ©es. Le jeu se veut passionnĂ© mais il est surtout dĂ©sordonnĂ©, en un mot : convenu, dans une certaine tradition gĂ©nĂ©reuse en effets. Le personnage semble suspendu et n’attire aucune sympathie.

Son Don JosĂ©, le tĂ©nor amĂ©ricain Charles Catronovo, campe un personnage bien plus original et dramatiquement saisissant. Celui de l’intemporel homme faible qui cache une vulnĂ©rabilitĂ© dĂ©solante sous une violence et une jalousie de bĂȘte fauve. Quand aucun animal d’ailleurs n’agirait aussi mal avec sa femelle
 La mise en scĂšne lui fait commettre les gestes du violeur, comme du cogneur a bras raccourci. Carmen ne pouvait Ă©chapper Ă  un tel jaloux pathologique, aussi ses provocations sont vaines et comme condamnĂ©es d’avance. Une Carmen jouant davantage sa vulnĂ©rabilitĂ© dans la scĂšne des cartes par exemple aurait bien mieux convenu Ă  Castronovo, si subtil acteur. Le chanteur a une voix sonore, bien conduite mais un timbre gĂ©nĂ©rique. Comme ce jeu si puissant a peu d’impact sur sa partenaire, c’est Ă  se demander si il y eu un vĂ©ritable travail de mise en scĂšne des solistes. Car l’Escamillo de Dimitry Ivashchenko n’est qu’un fat qui chante fort et joue peu. En somme, rien de remarquable. Par contre le Morales d’Anas Seguin est dotĂ© scĂ©niquement d’une belle prĂ©sence et d’un jeu efficace. La voix est belle et bien projetĂ©e. VoilĂ  un jeune chanteur Ă  suivre. Les autres petits rĂŽles sont correctement tenus mais ne mĂ©ritent pas de louanges particuliĂšres. Car tous doivent cĂ©der la place Ă  la MicaĂ«la d’AnaĂŻs Constans. Le grain de la voix est fin, le timbre est fruitĂ© et la ligne de chant superbement conduite. La voix trĂšs saine sachant nuancer jusque dans de trĂšs beaux forte promet un bel avenir Ă  la jeune chanteuse. Elle reviendra la saison prochaine Ă  Toulouse et va certainement aprĂšs cette prise de rĂŽle parfaitement rĂ©ussie, dĂ©velopper une carriĂšre internationale. D’autant qu’elle a su dĂ©passer son physique placide en confĂ©rant Ă  son jeu une sorte de transe avec des regards trĂšs intenses. La scĂšne de la montagne est un moment dramatique parfaitement crĂ©dible. Vocalement c’est dans le grand duo avec Don JosĂ© qu’elle dĂ©veloppe un chant plein et parfaitement phrasĂ©. La maĂźtrise du Capitole et le chƓur du Capitole sont excellents. L’orchestre est beau, efficace, brillant. Mais n’oublions pas combien la direction de Michel Plasson au disque ou Ă  la scĂšne apportait une autre dimension dramatique Ă  l’ouvrage tout entier.

Carmen reste bien le chef d’Ɠuvre des opĂ©ras. Le Capitole en a donnĂ© une version respectueuse de laquelle Ă©mergent le Don JosĂ© trouble  de Charles Castronovo et surtout la prise de rĂŽle absolument rĂ©ussie d’AnaĂŻs Constants dans une MicaĂ«la attachante.

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halevy. Nouvelle Production. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne ; Rudy Sabounghi, dĂ©cors ; Rudy Sabounghi, Françoise Raybaud Pace, costumes ; Laurent Castaingt, lumiĂšres ; Gabriel Grinda, vidĂ©o ; Avec : ClĂ©mentine Margaine, Carmen ; Charles Castronovo, Don JosĂ© ; Dimitry Ivashchenko, Escamillo ; AnaĂŻs Constans, MicaĂ«la ; Charlotte Despaux, Frasquita ; Marion LebĂšgue, MercĂ©dĂšs ; Christian TrĂ©guier, Zuniga ; Anas Seguin, MoralĂšs ; Olivier Grand, Le DancaĂŻre ; Luca Lombardo, Le Remendado ; Frank T’HĂ©zan, Lilas Pastia ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino direction musicale.

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix SacrĂ©es. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi : direction. Trois trĂšs belles voix mais surtout trois grandes Dames Courage. Le dernier concert  des rencontres de Musiques Baroques et Anciennes d’Odyssud Ă  Blagnac a peut ĂȘtre Ă©tĂ© le plus Ă©mouvant de tous ceux auxquels nous avons assistĂ©, en tout cas c’est bien le plus courageux. Ce programme commandĂ© Ă  Patricia Bovi a failli ne pas voir le jour. La premiĂšre devait suivre de quelques jours le terrible attentat de Charly Hebdo. Le courage a permis au Festival d’Anvers de le programmer malgrĂ© le deuil et le choc, au lieu de l’annuler. Ce qui reprĂ©sente un acte d’assurance et de foi dans la culture contre la barbarie. Ce concert  « Voix SacrĂ©es » rĂ©unit donc trois voix de femmes, formĂ©es au chant lyrique, qui ont inventĂ© un voyage Ă  travers la tolĂ©rance et l’amour.

 

Les femmes sont traditionnellement exclues du chant liturgique. Et sur la mĂȘme scĂšne offrir au public un florilĂšge de chants sacrĂ©s et profanes mĂȘlant l’antique, le traditionnel, le savant, le populaire, cherchant et trouvant des connexions Ă  travers le temps et les Trois Livres est une trĂšs belle idĂ©e. L’amour est prĂ©sent avec des similitudes entre le sacrĂ© et le profane dans toutes les langues. Grec, AramĂ©en, Latin, Italien, Arabe, Juif et j’en oublie. Ce voyage dans la profondeur de l’ñme et de la culture humaine a certainement demandĂ© un travail colossal pour arriver Ă  ce degrĂ© d’harmonie et de beautĂ©.

 

Le rĂ©sultat est enthousiasmant. Comme si la spiritualitĂ© et l’humaine chaleur de l’amour de l’autre prenaient le pouvoir grĂące Ă  ces trois artistes et dĂ©passaient ce que les hommes ont fait de la religion en des excĂšs mortifĂšres dont nous n’avons pas fini de payer le prix. Fadia Tomb-Helag, libanaise maronite a cette Ă©lĂ©gance du mot digne de Ferouz ainsi qu‘une chaleur vocale envoĂ»tante. Françoise Altan a une prĂ©sence noble et sa voix sait s‘allĂ©ger pour planer haut. Patricia Bovi qui joue Ă©galement de la harpe porte ce projet de toute sa considĂ©rable Ă©nergie. Elle change de voix selon le style, capable de chanter un Stabat Mater traditionnel corse Ă  l’émotion inoubliable, comme une piĂšce trĂšs savante de Hildegarde Von Bingen. Pourtant ce sont les trois moments musicaux dans lesquels les trois voix se mĂȘlent comme des lianes ou des rubans en une invention de la plus haute poĂ©sie qui sont les plus convaincants. Ainsi le Kyrie Eleison avec des variations vocales surprenantes est un grand moment de joie partagĂ©e avec le public. Il a Ă©tĂ© bissĂ© dans une version encore plus sensuelle. L’attention de chacun dans la vaste Salle d’Odyssud pleine Ă  craquer a crĂ©Ă© un moment de grande Ă©motion. Oui, assurĂ©ment, les femmes et les hommes de Paix sont plus nombreux que les barbares.

Ce concert d’une grande originalitĂ© et d’une parfaite composition sait provoquer une Ă©motion trĂšs particuliĂšre et a conquis partout son public. N’oublions pas de saluer les deux instrumentistes qui sont des artistes exceptionnels car comme les chanteuses ils savent aller dans toutes les directions stylistiques. Pepe Frana sait jouer du Oud, avec ses 1/4 de tons, comme du Luth, qui permet de riches accords, avec un art Ă©gal. Gabriele Miracle sait avec un tact exquis trouver dans chaque piĂšce l’instrument idĂ©al allant chercher dans le monde entier et travers les Ăąges toutes sortes de percussions.

Un trÚs beau concert termine donc les rencontres de Musique Baroque et Ancienne de Blagnac. Son directeur, Emmanuel Gaillard, a su à nouveau programmer des merveilles rares. Le public debout a fait un bel hommage à ce concert de paix, de générosité et de beauté ! Merci et bravo mesdames !

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Chants sacrés et profanes en référence aux trois religions, Chrétienne, Juive et Musulmane. Pepe Frana, Oud et Luth. Gabriele Miracle, percussions. Fadia Tom El-Hage, chant. Françoise Altan, chant. Patricia Bovi, chant, harpe et direction.

Liens vidéo vers un concert similaire en Italie

Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon.

mozart wolfgangCompte-rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. MOZART. Requiem. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Que de fois l’écoute du Requiem de Mozart a Ă©tĂ© « agrĂ©mentĂ©e » d’autres Ɠuvres qui ne servaient qu’ Ă  offrir au public une durĂ©e de concert plus habituelle. Pourtant le seul Requiem de Mozart, par une aura inĂ©galĂ©e, attire toujours le public. Cette partition incomplĂšte, l’une des derniĂšres de Mozart, bĂ©nĂ©ficie de son histoire romantique et pourtant c’est bien la qualitĂ© intrinsĂšque de cette musique qui permet une Ă©coute toujours renouvelĂ©e que ce soit en version chambriste, baroque, romantique ou gigantesque. Personne n’a tout Ă  fait raison, ni tout Ă  fait tord dans sa proposition interprĂ©tative. Des ensembles amateurs arrivent mĂȘme a une Ă©motion parfois rarement atteinte ailleurs. RaphaĂ«l Pichon est un chef extraordinaire qui sait rĂ©jouir le public le plus exigeant, par sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa joie Ă  diriger, orchestre, solistes comme chƓurs. Il a su organiser une cĂ©rĂ©monie funĂšbre et maçonnique autours des plus belles pages de musique sacrĂ©e amenant progressivement l’auditeur vers le sublime Requiem.

Mozart : musicien divin, homme de cƓur

Ainsi il est proposĂ© du chant a capella, puis de l’orchestre seul, une cantate pour ChƓur, puis pour ChƓur et un soliste, 
 enfin le Requiem sans temps morts. La cĂ©rĂ©monie est si bien construite si intelligente et si sensuelle que l’émotion ne cesse de croĂźtre tout au long de la soirĂ©e. Le Miserere d’Allegri est en plus une allusion au gĂ©nie du jeune Mozart de 14 ans qui a su retranscrire de mĂ©moire la piĂšce entiĂšre jalousement gardĂ©e au Vatican qui s’en Ă©tait rĂ©servĂ© l’exclusivitĂ©.

La profondeur de la Maurerische Trauermarsch est magnifiĂ©e par un orchestre baroque d’une grande puissance expressive, qui ajoute des couleurs d’une rare profondeur. Saluons la beautĂ© du ChƓur a Capella, capable de nuances subtiles et les voix soliste suraiguĂ«s qui planent sans efforts. Les cantates de Haydn et de Mozart n’atteignent pas Ă  cette profondeur et permettent au public de reprendre son souffle. C’est ensuite le passage sans espace entre le Miserere de Mozart tout de dĂ©licatesse et son Requiem qui autorise Ă  la plus grande Ă©motion. Ce Requiem atteint ce soir au plus haut sublime ainsi prĂ©parĂ©. La direction limpide de RaphaĂ«l Pichon est toute de drame et de bonheur Ă  la fois. La joie du chef Ă  diriger n’a d’égal que le don de chaque musicien et chaque chanteur. Les quatre solistes, ce soir chanteurs de haut rang, sont merveilleux. Les interventions sont bien plus modeste que par exemple dans les grands solos des messes de Mozart; toutefois avoir de si bons chanteurs est comme une nĂ©cessitĂ© tant les interventions sont ainsi sublimes dans leur modestie. L’orchestre est merveilleux de couleurs baroques, de nuances et de parfaite justesse. La timbale en particulier a une prĂ©sence sublime. Chaque instrumentiste fait des merveilles.
C’est toutefois le ChƓur qui avec une ductilitĂ© admirable rĂ©pond Ă  la moindre inflexion de la direction de RaphaĂ«l Pichon. Ce ChƓur est aussi puissant qu’un ChƓur romantique dans les forte, mais ce sont ses murmures qui sont inoubliables. Le Confutatis avec ses contraste abruptes donne le frisson, le Lacrymosa arrache des larmes, Le Rex terrorise.
Vraiment le thĂ©Ăątre Mozartien alliĂ© Ă  la subtilitĂ© de sa musique de chambre trouve ce soir des interprĂštes fabuleux.  La montĂ©e en beautĂ© et en Ă©motion fait exulter le public aprĂšs un long moment de recueillement. RaphaĂ«l Pichon avec sa musicalitĂ© et sa joie Ă  diriger a rassemblĂ© une Ă©quipe parfaitement impliquĂ©e et capable de donner beaucoup d’émotions au public.
La magie de cette partition non terminĂ©e par Mozart a Ă©tĂ© offerte avec beaucoup de gĂ©nĂ©rositĂ©. Un mot sur la version des parties complĂ©tĂ©es par Sussmayer ce soir remplacĂ©es par un compositeur moderne. La science du pastiche de Pierre-Henri Dutron ne dĂ©passe pas le compagnonnage de Sussmayer dont le travail n’a pas Ă  rougir. Il est en tout cas trĂšs intĂ©ressant d’entendre une autre version qui finalement met avant tout en lumiĂšre la beautĂ© inĂ©galable des pages de Mozart.
RaphaĂ«l Pichon nous a proposĂ© une trĂšs belle cĂ©rĂ©monie humaniste, spacialisĂ©e avec art dans la vaste halle-aux-grains pleine Ă  craquer et habituellement peu propice Ă  ce type d’émotions musicales.
Merci aux Grands InterprĂštes d’inviter avec rĂ©gularitĂ© l’intense musicalitĂ© de RaphaĂ«l Pichon et celle de son Ensemble Pygmalion. Ce soir ils ont atteint des sommets.

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Copte rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quaerite primum regnum Dei K.86 ; Maurerische Trauermarsch K. 477 (479a) ; Ne pulvis et cinis K. Ahn 122, pour basse solo et chƓur ; Miserere K.90;  Requiem en rĂ© mineur K.626; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere ; Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae. Sabine Devieilhe, Soprano; Sara Mingardo, Mezzo-soprano ; John Irvin, TĂ©nor ; Nahuel di Pierro, Basse ; Pygmalion, ensemble vocal et orchestral ; RaphaĂ«l Pichon, Direction.

Compte-rendu, concert. Blagnac, le 13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions, J-M Andrieu

lĂ©ger, bundgen Landrieu les passions toulouse blagnac concert critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. Blagnac.Odyssud, le  13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La grande salle d’Odyssud Ă©tait pleine au soir de ce concert des Passions, ensemble venu de Montauban en voisin. Le public ravi et nombreux a fait un vrai triomphe aux artistes. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont su avec un grand art du chant, mettre leur talent au service de l’émotion piĂ©tiste des ces deux trĂšs belles oeuvres dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. La vierge en majestĂ© du Salve Regina de Scarlatti ou la souffrance si poignante de la mĂšre au pied de la croix : bien des Ă©motions traversent ces deux chef-d’Ɠuvre du baroque italien.  Les deux voix se complĂštent bien, l’équilibre dans les duos est admirable. La beautĂ© des voix, la parfaite diction et l’engagement dramatique sont les qualitĂ©s mises en valeur chez nos deux chanteurs. Si La soprano Magali LĂ©ger a une grande palette de couleurs et de nuances, Paulin BĂŒndgen suit fidĂšlement sa partenaire dans la subtilitĂ© des phrasĂ©s sans toutefois l’égaler en variĂ©tĂ© de couleurs. Son timbre droit et homogĂšne peut paraĂźtre monolithique au cours de la soirĂ©e.

La version instrumentale chambriste met en valeur les chanteurs et le drame du texte. Les volutes vocales reposent sur de dĂ©licates phrases des violons et de solides basses. La direction de Jean-Marc Andrieux est pleine de partage et d’élĂ©gance. Le public a Ă©tĂ© conquis par la dĂ©licatesse de cette interprĂ©tation chambriste qui a su trouver sa place exacte dans la vaste salle d’Odyssud grĂące Ă  la trĂšs belle projection des voix de Paulin BĂŒndgen et surtout Magali LĂ©ger. Le Stabat Mater de PergolĂšse restant le chef d’Ɠuvre particuliĂšrement Ă©mouvant d’un compositeur dĂ©cĂ©dĂ© si jeune… Cette interprĂ©tation par Les Passions en magnifie la dĂ©licatesse.

Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 13 mars 2018. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Repin, Orch Nat Capitole / Sokhiev.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Tugan Sokhiev. Il y a dans l’entrĂ©e en scĂšne de Vadim Repin et Tugan Sokhiev quelque chose de princier chez les deux musiciens, le premier plus lointain, le second trĂšs ouvert Ă  la communication. Avec le Concerto de Glazounov, Vadim Repin domine sans aucune hĂ©sitation dĂšs ses premiĂšres notes, une partition fleuve ouvrant le romantisme et les thĂšmes d’allure populaire vers la musique de film dans une hybridation complexe toujours trĂšs sĂ©duisante. L’orchestration est riche, les nuances sont subtiles. Les mouvements s’enchaĂźnent sans rupture de continuitĂ©. La cadence est intĂ©grĂ©e avec beaucoup de naturel et rĂ©alisĂ©e Ă  la perfection. Vadim Repin semble vivre la musique dans le mĂȘme souffle que Tugan Sokhiev ; le soliste Ă©coute avec attention les musiciens de l’orchestre, les moments chambristes ont la souplesse attendue. Pourtant, il y a dans le jeu de Vadim Repin comme une distance, une retenue singuliĂšre. Oui, comme un prince superbe qui se sentirait un peu seul. En bis l’orchestre et le soliste ont prĂ©parĂ© un grand solo du Ballet Raymonda, toujours de Glazounov. Un peu plus de chaleur anime le jeu du soliste, quand la direction de Tugan Sokhiev se fait plus sentimentale dans cette page romantique.

 

 

 

Vadim Repin et Tugan Sokhiev, princes de la musique

 

 

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerEn deuxiĂšme partie de concert, poursuivant son intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch, Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole semblent dĂ©coller vers les cimes. La symphonie n°12, est une oeuvre de commande du rĂ©gime soviĂ©tique Ă  la gloire de LĂ©nine, est empreinte de grandeur, avec une science de l’écriture confondante, mais il a une sorte d’ironie secrĂšte qui sourde par moments. Tugan Sokhiev sait Ă  ravir doser dans une grandeur spectaculaire des pointes de distanciation ironique. Les musiciens de l’orchestre sont tous admirables de couleurs, de timbres, de prĂ©cision. On ne peut rĂȘver orchestre plus Ă  l’aise dans la musique de Chostakovitch hors de Russie. Le travail rĂ©gulier avec Tugan Sokhiev permet une sorte de familiaritĂ© et d’évidence qui fait merveille dans cette musique trĂšs construite. La plus grande complexitĂ© est ici pure beautĂ© et le public est subjuguĂ© ; il rĂ©serve un triomphe au chef et Ă  l’orchestre. Mais il n’y aura pas de bis aprĂšs ce triomphe car tous doivent s’envoler pour Paris oĂč le lendemain soir le mĂȘme concert enflammera la grande salle de la Philharmonie. DiffusĂ© depuis sur le net, le concert a Ă©tĂ© retransmis en direct et peut se visionner : nos impressions toulousaines se confirment. Sokhiev et Repin sont deux princes. Et en raison de la taille de la salle et de son acoustique si belle, les nuances de l’orchestre dans la symphonie de Chostakovitch semblent dĂ©cuplĂ©es Ă  la Philharmonie de Paris. Et deux bis magnifiques rĂ©compensent l’enthousiasme du public parisien.
Nous retrouverons l’Orchestre du Capitole pour Carmen dans la fosse du Capitole et en concert Ă  la Halle-aux-Grains, Ă  la fin du mois, aprĂšs leur tournĂ©e au Japon en ce mois de mars 2018.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Concerto pour violon et orchestre op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 12 « L’AnnĂ©e 1917 », op.112 ; Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. Illustration : © Marc Brenner

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler, Montabeltti / Pierre Bleuse.

bleuse pierre maestro chef d orchestre toulouse concert critique par classiquenews

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler. Montabeltti. Prokofiev.  Beatrice Uria-Monzon. Musika Orchestra Academy. Pierre Bleuse. Incroyable concert qui confirme que les rĂȘves les plus fous sont rĂ©alisables. Musika Orchestra Academy saison 4 est une superbe rĂ©ussite qui verra la salle entiĂšre se lever pour applaudir les musiciens et leur chef, Pierre Bleuse. Le dĂ©but de l’aventure date de 2008 et les partenariats organisĂ©s Ă  l’initiative de Pierre Bleuse permettent une premiĂšre acadĂ©mie en 2014. L’Orchestre National du Capitole participe sous forme d’ateliers animĂ©s par les solistes de l’Orchestre. La Halle-aux-Grains, salle symphonique emblĂ©matique, est un lieu de concert privilĂ©giĂ©. Le concert de fin de stage permet une confrontation aux vĂ©ritables attentes du public. Voir ce concert est extraordinaire tant la connexion entre les musiciens et le chef est magnĂ©tique.

Pierre Bleuse avec douceur et bienveillance amĂšne chacun Ă  donner plus que ce dont il se croyait capable. Le son de cet orchestre formĂ© en 8 jours est tout simplement incroyable. Le travail a dĂ» ĂȘtre colossal. Le programme particuliĂšrement exigeant pourrait paraĂźtre hors de portĂ©e en si peu de temps. Il n’en est rien et l’auditeur a Ă©tĂ© comblĂ©.

L’Adagietto de la CinquiĂšme symphonie de Mahler est un moment de noblesse et de beautĂ©. Les cordes sont rondes, prĂ©sentes et tous les pupitres sont Ă©quilibrĂ©s. Le jeu du harpiste est particuliĂšrement pĂ©nĂ©trant. Pierre Bleuse dose parfaitement les nuances, et les phrasĂ©s obtenus sont larges et sensuels. Abordant les RĂŒckert-Lieder de Mahler, BĂ©atrice Uria-Monzon s’aventurait loin de son rĂ©pertoire d’élection. Elle aussi a pris des risques et une certaine tension Ă©tait perceptible. Elle arrive Ă  bien caractĂ©riser chaque lied, tout en ayant davantage mis en valeur le cotĂ© thĂ©Ăątral, que le repli intimiste.  « Um Mitternacht » est le lied le plus abouti. La voix est sonore, le timbre attachant mais le souffle semble parfois un peu court et elle n’utilise pas assez les nuances piano attendues dans la partition. VoilĂ  en tout cas  un bel hommage de cette marraine de l’édition 2018. Le challenge d’un rĂ©pertoire nouveau est relevĂ© avec Ă©clat par la mezzo-soprano.

Le risque assumĂ©, c’est ça la vie !

Ensuite Pierre Bleuse n’a pas mĂ©nagĂ© les jeunes artistes de l’orchestre (entre 14 et 25 ans) en les dirigeant dans la piĂšce au titre ronflant d’Eric Montabeltti. Pure musique officielle, post-Boulez oedipien, elle est ingrate Ă  entendre refusant comme il se doit mĂ©lodie ou rythme repĂ©rable. Les associations de timbres sont sans nouveautĂ© ni originalitĂ©. Cette musique atonale et arythmique sonne comme dĂ©passĂ©e, dĂ©jĂ  entendue.

A cotĂ©, les compositeurs du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, Mahler et Prokofiev, dans ce programme, apparaissent tellement plus inventifs et originaux. La difficultĂ© d’écoute est peu face Ă  l’inconfort du jeu pour bien des musiciens. Pierre Bleuse est trĂšs attentionnĂ© et permet aux jeunes musiciens de s’en sortir trĂšs honorablement.

Pour finir ce concert en beautĂ©, les huit extraits du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev reprĂ©sentent un tour de force qui comble le public. Voir ces jeunes musiciens si attentifs et parfois un peu poussĂ©s Ă  leurs limites est un grand moment. Les premiĂšres mesures sont absolument saisissantes. Il faut voir comment dans un moment dĂ©licat Pierre Bleuse encourage les violons Ă  phraser encore davantage pour donner sens au discours musical. Et en mĂȘme temps, il donne ainsi le temps au grand tuba tout derriĂšre Ă  l’orchestre, de rattraper le tempo et au timbalier de se caler, lui qui semblait trop rapide.
L’expĂ©rience leur apprendra que la profondeur de la salle est Ă  prendre en compte. Mais quelle leçon Ă  cet instant. La musique doit avoir une direction, le danger doit ĂȘtre affrontĂ© et dĂ©passĂ©. Le chef d’orchestre dans sa bienveillance accompagne au bord du gouffre sans se fĂącher et permet de ne pas y tomber. C’est en ce sens que ce concert restera mĂ©morable pour cette association de courage et d’énergie. Et RomĂ©o et Juliette, hĂ©ros si chers, ont Ă©tĂ©  trĂšs prĂ©sents dans ces extraits, leur jeunesse rĂ©pondait Ă  celle des musiciens de l’orchestre.

Pierre Bleuse en quelques mots a dit combien cet enthousiasme et cette audace des jeunes musiciens devront les accompagner toute leur vie. Et le bis sera peut ĂȘtre le moment le plus beau dans une extraordinaire piĂšce du compositeur mexicain Arturo MĂĄrquez : DanzĂłn n° 2. Les musiciens, pendant qu’ils jouent ou pas, ont Ă©tĂ© transportĂ©s par les rythmes de danse endiablĂ©s et chaloupĂ©s osant le montrer au public. Qu’il est beau, l’enthousiasme associĂ© au plus grand sĂ©rieux ! Vive Musika Orchestra Academy n° 4 et  l’an prochain, nous serons là  pour la CinquiĂšme Ă©dition !

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 Adagietto ; Funf Ruckert Lieder ; Eric Montabeltti (né en 1968) : Vaste champ temporel à vivre joyeusement. Sergueï Prokofiev ( 1891-1953) : Romeo et Juliette, 8 extraits symphoniques ; Beatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ;  Musika Orchestra Academy ; Direction, Pierre Bleuse.

 

 

Compte-rendu opéra. Toulouse. Capitole, le 25 février 2018. Gluck : Orphée et Eurydice. Les Talens Lyriques. 

orphee gluck toulouse talens lyriues concert compte rendu critique par classiquenewsCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Gluck : OrphĂ©e et Eurydice. Les Talens Lyriques. L’affiche Ă©tait singuliĂšre pour un opĂ©ra prĂ©sentĂ© au Capitole, mĂȘme en version de concert : Christophe Rousset, installĂ© cavaliĂšrement sur une chaise design. Mais en fait il n’y avait rien que de trĂšs honnĂȘte dans cette affiche. En choisissant parmi les quatre possibilitĂ©s de l’ouvrage de Gluck, celle de 1774, le chef des Talens Lyriques, Christophe Rousset savait qu’il ne proposait pas la plus connue ni la plus Ă©mouvante des versions. En effet la traduction française pĂȘche par de nombreuses faiblesses et le rĂŽle-titre rĂ©Ă©crit pour un tĂ©nor haute-contre n’est pas facile Ă  distribuer. C’est donc avec ces choix artistiques audacieux que Les Talens Lyriques sont allĂ©s au devant du public. À Toulouse, le ChƓur du Capitole a participĂ© Ă  l’évĂšnement. Deux reprĂ©sentations de ce concert ont trouvĂ© un Ă©cho favorable du public. Il est toujours rĂ©jouissant d’écouter cet ouvrage si savamment composĂ©. Mais peut-on parler de succĂšs dans la dĂ©fense de cette version ci ?
Au niveau de l’orchestre assurĂ©ment. Les instrumentistes des Talens Lyriques ont Ă©tĂ©, comme nous l’attendions, absolument parfaits.

Belle version orchestrale 
 sans théùtre

La flĂ»te suave de Jocelin  Daubigney, les cuivres infernaux et les timbales alertes tout particuliĂšrement. Chaque musicien a rĂ©pondu comme un seul Ă  la direction prĂ©cise du chef. Les ballets ont Ă©tĂ© les moments les plus forts du concert, les scĂšnes du paradis ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ussies, mĂȘme si la suite de danse en toute fin d’opĂ©ra a pu lasser un peu.  Cette splendeur orchestrale a portĂ© en fait tout l’opĂ©ra. Le chƓur du Capitole, dont nous connaissons la ductilitĂ© par ailleurs, a Ă©tĂ© peu utilisĂ© ce soir, au delĂ  d’un chant massif et compact, portant fort peu d’émotions. La distribution se concentre sur trois chanteurs, nous pouvons donc faire preuve d’exigence. Las, l’hĂ©roĂŻne qui motive tout le drame est le maillon faible. Voix sans caractĂšre, projection courte et minauderies hors de propos, Judith Van Wanroij, n’a rien d’Eurydice la douce. L’Amour de Jodie Devos a tout le charme attendu avec une agrĂ©able voix de soprano brillante et une interprĂšte pleine d’élĂ©gance mutine. Le hĂ©ros portant tout l’ouvrage est donc ce soir le tĂ©nor FrĂ©dĂ©ric Antoun.  S’il a assez de brillant dans l’aigu et de facilitĂ© pour incarner la voix de haute-contre, il a semblĂ© ce soir comme absent du drame. AutocentrĂ© sur une voix certes superbe mais dans  un chant froid, – distanciĂ©, FrĂ©dĂ©ric Antoun n’est pas un OrphĂ©e amoureux.
Reconnaissons que son Eurydice ne l’aidait pas. Dans leur duo le dĂ©sĂ©quilibre obligeait le tĂ©nor Ă  se retenir. Et dans le trio avec Amour, la voix d’Eurydice a trop souvent disparu. Quoi qu’il en soit, c’est l’absence de couleurs et de nuances qui n’a pas non plus permis Ă  FrĂ©dĂ©ric Antoun d’émouvoir le public. Rester l’Ɠil sec, aprĂšs le dĂ©sespoir d’OrphĂ©e Ă  l’acte III, est quand mĂȘme inhabituel 

En somme les qualitĂ©s orchestrales les plus hautes ne suffisent pas Ă  dĂ©fendre cette version parisienne de 1774. La voix de haute-contre ne saurait rivaliser avec la voix de contralto de la premiĂšre version de Gluck ou celle de Berlioz pour Pauline Viardot. La sagesse et l’élĂ©gance de cette proposition interprĂ©tative sont pour nous trop Ă©loignĂ©es de l’émotion attendue dans cette Ɠuvre emblĂ©matique. Demeure cependant le plaisir d’entendre en concert une trĂšs belle partition, aboutie et concise, annonçant les grandes tragĂ©dies de Gluck Ă  venir avec en particulier ses deux IphigĂ©nie.

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rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : OrphĂ©e et Eurydice. TragĂ©die-opĂ©ra en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moline d’aprĂšs Ranieri de’ Calzabigi, version de Paris, crĂ©Ă©e le 2 aoĂ»t 1774 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle des Tuileries. Avec : FrĂ©dĂ©ric Antoun, OrphĂ©e ; Judith Van Wanroij, Eurydice ; Jodie Devos, L’Amour. ChƓur du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction musicale. CrĂ©dit photo : © Patrice Nin 2018

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 février 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga

ATTAHIR benjamin residence orchestre national de lille concerto pour serpent creation critique par classiquenewsCompte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga. En ouverture de concert, la belle oeuvre de Benjamin Attahir, « Sawti’l Zaman » (portrait ci contre),  a trouvĂ© un public attentif et ravi. Cette Ɠuvre symphonique complexe et exigeante est d’une trĂšs grande variĂ©tĂ© thĂ©matique. Le refus du dĂ©veloppement et de la variation provoque une impression de grande richesse voire de gaspillage tant les thĂšmes passent et disparaissent sans retour. La variĂ©tĂ© infinie des inspirations avec des timbres rares ou trĂšs habituels, est habilement rĂ©partie sur toute la piĂšce symphonique. Il y a toutefois une sorte de continuitĂ© stylistique comme un fil rouge. Il s’agit de quelque chose d’assez peu explicable mais qui pour moi Ă©voque une certaine transparence de texture, une lumiĂšre particuliĂšre, propre Ă  la musique française du dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle ; Ă©galement un travail sur le rythme et la danse qui fait penser Ă  la musique française des XVII et XVIII Ăšme siĂšcles. Le titre lui-mĂȘme fait rĂ©fĂ©rence Ă  la musique transmĂ©diterranĂ©enne si chĂšre Ă  l’exotisme de Camille Saint-SaĂ«ns ou de Ravel. Il y a donc un vrai travail de remĂ©moration et d’hommage cachĂ© Ă  plusieurs pans de la musique française d’avantage encore qu’au seul Pierre Boulez. Voici donc une trĂšs belle Ɠuvre qui pourrait parfois paraĂźtre trop riche tant elle contient de moments inspirĂ©s.

L’interprĂ©tation par les musiciens de l’Orchestre du Capitole met en lumiĂšre leur virtuositĂ© comme leur habitude des Ă©lĂ©ments français que j’évoquais plus haut. Andris Poga trĂšs concentrĂ© a une battue efficace qui permet une belle comprĂ©hension des motifs si variĂ©s en leurs couleurs si somptueuses. Cette Ɠuvre contemporaine semble particuliĂšrement bien comprise et accueillie par le public toulousain comme lors de la crĂ©ation Ă  Lausanne.

Korobeinikov piano concert critique par classiquenews Andrei KorobeinikovLe DeuxiĂšme Concerto pour piano de Prokofiev est rarement donnĂ©, tant il est difficile sur tous les plans. Il demande un pianiste virtuose capable de couleurs et de nuances trĂšs appuyĂ©es et malgrĂ© sa complexitĂ© rythmique, d’oser des moments de rubato audacieux. Andrei Korobeinikov est cet artiste exceptionnel exigĂ© par une telle partition. Il y ajoute une fiĂšvre particuliĂšre, conservĂ©e jusqu’aux derniĂšres notes, qui est proprement fascinante. Nous avons la certitude d’entendre toutes les richesses de l’Ɠuvre et les qualitĂ©s d’Andrei Korobeinikov sont Ă©videmment pianistiques ; elles sont surtout celles d’un fin musicien. Les couleurs foisonnent et les nuances sont d’une subtilitĂ© rare. Il ose des moments d’infime rubato d’une incroyable dĂ©licatesse. Ce musicien exceptionnel a offert un PrĂ©lude de Scriabine en bis qui a laissĂ© le public pantois. Les musiciens de l’orchestre du Capitole relĂšvent le dĂ©fi de la virtuositĂ© avec panache tout particuliĂšrement dans le deuxiĂšme mouvement : Scherzo vivace. Les moments de tendresse sont de vĂ©ritables moments de bonheur.

Dans sa direction, Andris Poga n’arrive pas Ă  Ă©tablir solidement l’équilibre qui aurait permis d’entendre le pianiste lors des fortissimi de l’orchestre. S’il tient parfaitement la battue, ce qui n’est pas rien, il ne rend pas le phrasĂ© subtil de Prokofiev et rate la grande montĂ©e de la fin du premier mouvement. Le troisiĂšme mouvement est un peu mĂ©canique face Ă  la souplesse du dĂ©hanchĂ© du pianiste. Andris Poga n’est pas rĂ©pondu aux  subtilitĂ©s qu’Andrei Korobeinikov propose dans ses nuances et ses fulgurances remarquables.

La derniĂšre partie de concert comprenait la HuitiĂšme Symphonie de Dvorak. Partition un peu pompier et trĂšs extravertie. Un dosage particulier avec de l’humour en offre toutes les saveurs. Ce n’est pas le parti choisi par Andris Poga. Le chef ici semble diriger Ă  la lettre laissant les cuivres s’en donner Ă  cƓur joie sans chercher Ă  construire un Ă©quilibre avec la dĂ©licatesse des bois ou la profondeur des cordes, -quels violoncelles !  Les nuances ont Ă©tĂ© globalement au cran supĂ©rieur saturant un peu l’air. La symphonie passe sans Ă©mouvoir ou intĂ©resser vraiment ; seules les qualitĂ©s des instrumentistes de l’orchestre nous comblent. Ce concert restera dans les mĂ©moires pour le jeu admirable du jeune Andrei Korobeinikov. Ce pianiste russe trentenaire est une dĂ©couverte remarquable pour le public toulousain.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Sawti’l Zaman, Ă  la mĂ©moire de Pierre Boulez pour orchestre. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.16. Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n° 8 en sol majeur, op.88. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Andris Poga.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd.

TF16098 Usher SĂžndergĂ„rdCompte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd. DĂšs les premiers accords de l’extraordinaire ouverture d’Egmond de Beethoven l’émotion domine le concert. Thomas SĂžndergĂ„rd est un jeune chef danois Ă  la direction d’une grande clartĂ© et d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. Il est bien connu de l’orchestre et du public toulousain. Chaque venue est un grand moment. L’ouverture d’Egmond a valu Ă  Beethoven les compliments de Goethe que l’on connaĂźt plus rĂ©tif Ă  la mise en musique de ses poĂšmes ou de ses piĂšces. Il est vrai qu’il souffle un vent romantique enfiĂ©vrĂ©, une ode Ă  l’amour d’une grande tendresse. L’orchestre a su offrir au chef tout ce que sa superbe direction lui demandait et le rĂ©sultat est un souffle puissant qui laisse le public haletant. Que voilĂ  une trĂšs belle entrĂ©e en matiĂšre.

Concert solaire Ă  Toulouse

L’arrivĂ©e en scĂšne du violoniste Josef Ć paček apporte la mĂȘme allure Ă©lĂ©gante et dĂšs les premiĂšres doubles cordes, nous savons que cet interprĂšte sera fascinant. Si l’entrĂ©e de l’orchestre a Ă©tĂ© un peu trop forte et l’équilibre a mis quelques temps Ă  se construire, l’interprĂ©tation de ce concerto trop rarement donnĂ© a Ă©tĂ© magnifique. L’entente et surtout la qualitĂ© d’écoute ont Ă©tĂ© magnifiques entre tous les musiciens, le soliste et le chef. La clartĂ© de la direction a rencontrĂ© la simplicitĂ© et l’évidence du jeu du soliste. La sonoritĂ© de Josef  Ơpaček est trĂšs agrĂ©able, souple, nuancĂ©e. Il ne semble pas craindre les nombreux traits redoutables et trouve toujours des phrasĂ©s amples.  La musicalitĂ© est intense et la danse est retrouvĂ©e dans la souplesse de son jeu. Le final est un vrai moment ensoleillĂ© en un tempo rapide et des danses populaires d’un grand enthousiasme. L’orchestre a Ă©tĂ© royal de prĂ©sence et d’attention aux propositions du soliste. Le public a Ă©tĂ© convaincu par une interprĂ©tation si aboutie face Ă  la qualitĂ© de ce concerto trop mal aimĂ©.

Pour finir sur un enthousiasme quasi dĂ©lirant, nous pouvions compter sur l’entente entre le chef et l’orchestre dans une oeuvre trĂšs aimĂ©e du public. La quatriĂšme symphonie de Beethoven est moins dramatique que la CinquiĂšme, moins inventive Ă©galement que la troisiĂšme mais l’équilibre qui caractĂ©rise sa composition assez classique, est un enchantement. Thomas SĂžndergĂ„rd est maĂźtre dans la construction comme l’organisation du moindre plan. Tout s’articule Ă  merveille, les tempi sont parfaits et le naturel semble laisser faire les choses toutes seules. L’orchestre du Capitole est tout Ă  son aise et chacun, solistes tout particuliĂšrement, est brillant. Si l’élĂ©gance et la beautĂ© sont des qualitĂ©s Ă©videntes du chef danois, c’est son sourire qui illumine son interprĂ©tation.

Thomas SĂžndergĂ„rd dĂ©veloppe une coopĂ©ration enthousiasmante avec l’Orchestre du Capitole, le violoniste Josef Ć paček est un artiste admirable qui a su ĂȘtre au diapason de cette entente, ils nous ont offert un beau concert et la prise de conscience de la valeur du concerto de violon de Dvorak.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture d’Egmont op.84 ; Symphonie n°4 en si bĂ©mol majeur op.60 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op.53 ; Josef Ć paček, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas SĂžndergĂ„rd, direction. Illustration : © A Buchanan

Compte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor.

SMIRNOVA ANNA Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor. Retrouver les meilleures productions de l’ùre Nicolas Joel permet de constater l’excellence des choix du directeur d’opĂ©ras et metteur en scĂšne de grand talent. Il y a presque 20 ans, cette Walkyrie avait fait grand bruit et s’intĂ©grait dans une TĂ©tralogie montĂ©e sur plusieurs annĂ©es avec grand succĂšs. La Walkyrie est pour moi le joyau de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne et cette production peut-ĂȘtre la plus belle de Nicolas Joel. Ce soir, elle est admirablement rĂ©alisĂ©e, avec d’infimes modifications, par Sandra Pocceschi. Son travail semble avoir accentuĂ© le jeu thĂ©Ăątral et fouillĂ© les relations entre les personnages. L’engagement scĂ©nique des chanteurs, qui ont chacun une partition Ă©crasante, est remarquable. La production n’a pas pris une ride. Le respect devant l’ouvrage est louable, la beautĂ© des dĂ©cors prĂ©-industriels d’Ezio Frigerio, la somptuositĂ© des costumes de Franca Squarciapino et la vie insufflĂ©e par les lumiĂšres de Vinicio Cheli permettent un rĂ©gal constant aussi pour les yeux. Les surtitres sont trĂšs bien coordonnĂ©s. La diction des chanteurs, y compris les non germaniques, permet de suivre chaque moment du drame wagnĂ©rien. Le thĂ©Ăątre se porte donc bien dans cette production et l’action est limpide sans surcharges inutiles. CrĂ©dit : Anna SMIRNOVA en Walkyrie (“du siĂšcle”) © D. Herrero / Capitole de Toulouse 2018.

La résurrection du chant Wagnérien passe par le Capitole

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingL’orchestre dirigĂ© avec passion par Claus Peter Flor, lequel chante avec chaque chanteur, Ă©pouse la prosodie si particuliĂšre et apporte beaucoup de lumiĂšre Ă  la partition fleuve, dans un continuum sonore parfait. Ce qu’il rĂ©ussit le plus admirablement, c’est la fluiditĂ© du chant orchestral dans les moments chambristes, si nombreux, et les solos somptueux de l’orchestre du Capitole, que ce soit les vents, les cuivres, les violoncelles. Chacun trouve sous sa direction, une libertĂ© expressive totale. Les nuances sont trĂšs creusĂ©es avec des fortissimi Ă  faire trembler les murs mais sans jamais couvrir les chanteurs. Les moments symphoniques attendus sont efficaces. Mais le travail avec les chanteurs et les musiciens est tout Ă  fait envoĂ»tant dans les longs monologues et les duos qui deviennent de grands moments de pure poĂ©sie.

14630_SMIRNOVA1LA BRÜNNHILDE DU SIECLE
 C’est ce qui va naturellement nous amener Ă  dĂ©crire les extraordinaires chanteurs rĂ©unis au Capitole. Tout de go nous dirons combien le rang international de cette distribution pourra enorgueillir les maisons d’opĂ©ra les plus exigeantes de la planĂšte. Le niveau superlatif de chacun est couronnĂ©, – je pĂšse mes mots, par la dĂ©couverte de la BrĂŒnnhilde de ce siĂšcle : Anna Smirnova, un nom Ă  vĂ©nĂ©rer pour ce rĂŽle de dĂ©esse qu’elle assume comme personne. Certes les conditions acoustiques sont au Capitole superlatives. Cet auguste thĂ©Ăątre permet aux voix de planer jusqu’au paradis sans efforts ; la vaste fosse d’orchestre est partiellement couverte et la direction de Claus Peter Flor est particuliĂšrement respectueuse. Mais qui n’a pas encore entendu la Smirnova ne sait combien cette artiste est rare. Le tempĂ©rament scĂ©nique est fort et son attitude garçonne convient parfaitement Ă  sa BrĂŒnnhilde guerriĂšre, un rien fanfaronne qui lance son cri avec joie et sans angoisse ! Quelle entrĂ©e en scĂšne !!!
Le jeu scĂ©nique la voit Ă©voluer vers plus d’humanitĂ© et de compassions mais ne doutons pas que ce qui reprĂ©sente une prise de rĂŽle va avec le temps s’affiner vers une humanitĂ© plus tendre pour le final. MĂȘme si une Ă©volution a lieu, elle mĂ©ritera d’ĂȘtre approfondie. Car la puissance vocale est si extraordinaire, son indestructibilitĂ© semble si certaine qu’une certaine froideur persiste. La voix de mezzo authentique s’est enrichie d’une quinte aiguĂ« splendide, avec des contre-ut dardĂ©s et maitrisĂ©s d’une grande beautĂ©. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix sur toute la tessiture au troisiĂšme acte laisse pantois. Une coulĂ©e d’or rouge la parcourt du grave Ă  l’aigu avec un cƓur de diamant. L’effet produit est indescriptible
 sorte de mĂ©lange d’Astrid  Varnay, de Birgit Nilsson et d’Inge Bork. Dans le medium et le grave les harmoniques irisent en couleurs mordorĂ©es et le soleil de l’aigu Ă©claire la ligne de chant avec un Ă©clat qui peut ĂȘtre aveuglant. Le souffle infini est le tapis confortable sur lequel repose toute la puissance vocale et expressive. La Smirnova nous offre un moment de beau chant wagnĂ©rien des plus rares.

Le duo final avec Wotan nous met Ă  genoux. Le baryton polonais Tomasz Konieczny est lui aussi admirable et l’apothĂ©ose finale est vraiment le point d’acmĂ© de l’ouvrage. La voix du baryton est capable des nuances les plus extrĂȘmes avec une puissance de Titan comme des murmures brisĂ©s. Il dit son texte avec une infinie poĂ©sie, mĂȘme ses longs monologues sont passionnants par la vie qu’il y met, associant admirablement mots et ligne de chant : couleurs infinies du chant comme des mots, le tout dans une maĂźtrise vocale de chaque instant jusque dans les quasi-murmures de la confidence ou de l’abattement. Tomasz Konieczny est un grand Wotan, poĂšte de la mĂ©lancolie du pouvoir enfui.

Son Ă©pouse la divine Fricka est incarnĂ©e par la trĂšs Ă©lĂ©gante mezzo Elena Zhidkova, belle voix et belle actrice dans sa thĂ©ĂątralitĂ© outrĂ©e et sa robe d’or. La voix est corsĂ©e et sonore sur toute la tessiture mais les nuances sont un peu rares face Ă  un Wotan si subtil chanteur-diseur. Toutefois en guerriĂšre, elle gagne le match haut la main, son Ă©poux infidĂšle vaincu, terrassĂ©, prend d’un coup, tous les ans perdus Ă  la tromper en parcourant le monde.
Les huit filles de Wotan, les walkyries ont ce soir des voix puissantes et bien accordĂ©es. Leurs ensembles sonnent admirablement avec de beaux moments de musicalitĂ©. Il convient de citer toutes ces voix admirables de prĂ©sence : Marie-Laure Garnier en Gerhilde, Oksana Sekerina en Ortlinde, Pilar VĂĄzquez en Waltraute, Daryl Freedman en Schwertleite, Sonja MĂŒhleck en Helmwige, Szilvia Vörös en Siegrune en Karin Lovelius en Grimgerde et  Ekaterina Egorova en Rossweisse.

Pour certains, La Walkyrie dĂ©bute par un premier acte si parfait que dans certains concerts il est donnĂ© seul. Le dĂ©but par cet orage spectaculaire, la rencontre des futurs amants, le conflit larvĂ© avec le mari. Tout le trio de marivaudage arguĂ© par Fricka, est sublimĂ© par une action resserrĂ©e et une partition qui semble s’inventer au fur et Ă  mesure. Le trio ce soir est fabuleux. Le tĂ©nor Michael König est le parfait Heldentenor attendu. Port altier, diction limpide il souffre avec noblesse, s’élĂšve sous le regard de Sieglinde et naĂźt Ă  l’hĂ©roĂŻsme avec une Ă©vidence qui subjugue. La voix sombre est lumineuse dans l’aiguĂ« avec des appels « Walse » tout Ă  fait spectaculaires. Son magnifique duo avec BrĂŒnnhilde a une grande noblesse dans une Ă©motion incroyable. L’amour naissant pour Sieglinde lui permet de se rĂ©aliser et le porte. Vocalement l’entente entre les deux amants fonctionne Ă  merveille.
Le mari violent et obtus, Hundig a la voix sĂ©pulcrale de Dimitry Ivashchenko. SoliditĂ©, couleur homogĂšne et puissance sont des atouts de poids dans un rĂŽle court et dĂ©terminant. La femme convoitĂ©e, Sieglinde, est la merveilleuse actrice chanteuse Daniela Sindram. Actrice expressive mais Ă©galement cantatrice sublime. Elle aborde Sieglinde avec l’habitude des plus grands rĂŽles de mezzo. Le medium est Ă©lĂ©gamment timbrĂ©, le grave sonore sans poitrinage. Mais la beautĂ© liquide des harmonies dans l’aigu est une incroyable dĂ©couverte. Elle arrive Ă  maĂźtriser sans jamais pousser les longues lignes couronnĂ©es par des aigus avec un art du chant parfait. Au dernier acte, son cri de dĂ©sespoir donne le frisson mais c’est son appel Ă  la vie et sa reconnaissance Ă  BrĂŒnnhilde qui, avec une voix d’une beautĂ© lumineuse porte l’émotion Ă  son comble. Je suis certain qu’à la derniĂšre reprĂ©sentation l’émotion si puissante de Sindram gagnera Smirnova, tant ce moment de thĂ©Ăątre vocal est fort.

Nicola Joel peut ĂȘtre fier d’avoir lĂ©guĂ© Ă  la ville rose une production si vraie et si belle du chef d’Ɠuvre de Wagner. Cette reprise est une apothĂ©ose et la distribution est si parfaite qu’elle annonce un Ăąge d’or. La dĂ©couverte d’une vraie BrĂŒnnhilde n’est pas si frĂ©quente. Pour ces prochaines prises de rĂŽle Smirnova va interprĂ©ter Lady Macbeth et Turandot. Attention : probables merveilles ! A suivre dĂ©sormais sur classiquenews.

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Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du capitole, le 30 janvier 2018. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, PremiĂšre journĂ©e du Festival scĂ©nique en trois actes. Livret du compositeur. CrĂ©ation le 26 juin 1870 Ă  Munich (ThĂ©Ăątre national de la Cour). Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Sandra Pocceschi : rĂ©alisation de la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres.  Avec : Anna Smirnova, BrĂŒnnhilde ; Michael König, Siegmund ; Tomasz Konieczny, Wotan ; Daniela Sindram, Sieglinde ; Elena Zhidkova, Fricka ; Dimitry Ivashchenko, Hunding ; Marie-Laure Garnier, Gerhilde ; Oksana Sekerina, Ortlinde ; Pilar VĂĄzquez, Waltraute ; Daryl Freedman , Schwertleite ; Sonja MĂŒhleck, Helmwige ; Szilvia Vörös, Siegrune ; Karin Lovelius, Grimgerde ; Ekaterina Egorova, Rossweisse ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : La Walkyrie © D. Herrero 2018

Compte rendu, concert. Toulouse, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch, Lozakovich/Orch Nat du Capitole,Sokhiev.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Il est des concerts qui semblent inoubliables tant ils ont Ă©tĂ© exceptionnels. Celui ci restera dans ma mĂ©moire. Daniel Lozakovich ĂągĂ© de 16 ans est un violoniste qui marque l’auditeur par une prĂ©sence attachante et un jeu d’une musicalitĂ© rare. La jeunesse alliĂ©e Ă  ce sĂ©rieux, cette concentration et ce plaisir Ă  jouer est rare. En gilet, manches blanches Ă©lĂ©gantes, le jeune homme semble s’envoler avec son archet et son violon lorsqu’il dĂ©bute le Concerto de Bruch. L’Ɠuvre si belle et si aimĂ©e, au point que Bruch en aura Ă©tĂ© assombri, lui prĂ©fĂ©rant d’autres Ɠuvres de sa composition, a Ă©tĂ© ce soir jouĂ©e admirablement. Tugan Sokhiev a constamment veillĂ© Ă  crĂ©er un parfait Ă©quilibre entre les musiciens et le soliste. L’écoute parfaite entre tous les musiciens a portĂ© une interprĂ©tation Ă  la subtile musicalitĂ©. Daniel Lozakovich a un son d’un moelleux incroyable et sait colorer ses phrases Ă  l’envie. Les nuances sont toujours trĂšs subtilement amenĂ©es avec des son piano flottants, semblant 
 cĂ©lestes. La virtuositĂ© semble l’expression de la simplicitĂ© sans jamais aucun effet extĂ©rieur. Le beau Concerto passe comme un vĂ©ritablement enchantement. La jeunesse et la beautĂ© rassemblĂ©es pour le plus bel hymne Ă  la musique et Ă  la vie envisageable. Le succĂšs est total les instrumentistes Ă©galement sous le charme du soliste l’applaudissent. En bis, le jeune prodige de musicalitĂ© offre une Sarabande de la Partita pour violon seul n°2 en rĂ© mineur de Bach. La dĂ©licatesse du phrasĂ©,  la subtilitĂ© des couleurs, la noblesse du pas dansant, tout est trĂ©sor de musicalitĂ© Ă©panouie. VoilĂ  un jeune musicien que l’on suivrait au bout du monde tant sa joie irradie.

D’aucun auront pu penser que la soirĂ©e aprĂšs tant de (belle) musique pourrait s’arrĂȘter lĂ . La suite du concert a encore montĂ© d’un niveau en puissance expressive et Ă©motion musicale.
chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresden4Ăš de CHOSTA. Tugan Sokhiev pourrait se lancer dans une intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch tant il est Ă  l’aise en dirigeant ce compositeur et tant l’Orchestre du Capitole rĂ©pond a toute ses demandes. La quatriĂšme symphonie est un vĂ©ritable monument. Lors des rĂ©pĂ©titions avant sa crĂ©ation, les officiels n’en ont pas voulu et il a  fallu attendre prĂšs de 30 ans aprĂšs la fin de sa composition pour qu’elle soit enfin jouĂ©e. Son Ă©criture audacieuse exige presque deux orchestres symphoniques avec 8 cors, 6 clarinettes et flĂ»tes. Et jusqu’à 9 percussionnistes.

tugan-sokhievAvec une autoritĂ© impressionnante Tugan Sokhiev s’est emparĂ© de sa baguette et n’a pas laissĂ© une seconde de rĂ©pit aux musiciens comme au public. Les dimensions  de cette partition sont un hommage Ă  Mahler comme Ă  Bruckner. Mais la richesse de l’instrumentation est sans Ă©gale. L’humour voir la fĂ©rocitĂ© dont la partition fourmille a trouvĂ© ce soir des interprĂštes trĂšs inspirĂ©s. La qualitĂ© de l’invention dans les contrastes, les nuances, les couleurs, les rythmes et la richesse harmonique
, tout cela produit un effet inĂ©narrable. Il est facile de comprendre comment la mesquinerie bureaucratique n’a pu laisser jouer une Ɠuvre de cette puissance et de cette perfection formelle mais surtout de cette qualitĂ© d’invention. Un compositeur avec des telles capacitĂ©s et tant de  puissance crĂ©atrice ne pouvait que mettre en pĂ©ril un rĂ©gime dĂ©jĂ  fortement corrompu. La maniĂšre dont la direction de Tugan Sokhiev rend limpide l’architecture de cette immense partition tient du prodige qui abolit le temps. La puissance dont l’orchestre est capable n’a d’égal que la subtilitĂ© des superbes moments chambristes. Les moments solistes sont admirablement tenus par des interprĂštes semblant donner leur vie.

Le hautbois de Chi Yuen Cheng et la clarinette de David Minetti savent ĂȘtre extrĂȘmement Ă©mouvants. Le cor de Jacques Deleplanque a une prĂ©sence noble. Mais comment ne pas citer le basson sensationnel de Lionel Belhacene ? Et la flĂ»te de Sandrine Tilly ?  Les cordes sont incroyables de prĂ©sence et la famille des cuivres au grand complet rayonne de beautĂ©. Il faudrait citer chaque musicien tant leur engagement fait merveille. Pas une seule baisse de tension, pas un moment de faiblesse dans l’orchestre, pas une baisse d’attention dans le public.
Toute l’heure que dure la symphonie a passĂ© comme un moment grandiose et inoubliable, sans lourdeur. Du grand art par un orchestre et un chef capables de rendre parfaitement hommage au gĂ©nie enfin reconnu de Chostakovitch. Le geste final comme crucifiĂ© de Tugan Sokhiev impose le silence au public de longs instants comme pour marquer les esprits face Ă  l’exception d’une telle interprĂ©tation d’un tel chef d’Ɠuvre.
Quelle soirée ! Le succÚs a été retentissant !
Ce concert termine un vĂ©ritable marathon musical. L’Orchestre du Capitole et son chef Tugan Sokhiev ont entre le 30 dĂ©cembre et ce 12 janvier donnĂ© 6 concerts. Sans compter les reprĂ©sentations de Casse-Noisette par l’Orchestre au ThĂ©Ăątre du Capitole
 Concert mĂ©morable.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 12 janvier 2018. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur op. 26. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 43. Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte rendu concert. Toulouse, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert.Leonskaja,Sokhiev

‹‹tugan-sokhievCompte rendu concert. TOULOUSE,Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert. Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. SOKHIEV SuprĂ©matie de la musicalitĂ© et du chant.‹‹ Tugan Sokhiev et Elisabeth Leonskaja dĂ©veloppent saison aprĂšs saison une complicitĂ© artistique qui fait merveille. Le public est conquis et les medias enregistrent tant en vidĂ©o que dans le projet d’éditer une intĂ©grale discographique des concertos pour piano de Beethoven. DĂšs l’entrĂ©e, d’Elisabeth Leonskaja un frisson parcourt l’assemblĂ©e. La Halle-Aux–Grains pleine Ă  craquer comme rarement (prĂšs de 2200 places) retient son souffle, les cameras et les micros sont prĂ©sents Ă  l’esprit de chacun et (Oh miracle !) les tousseurs se taisent !  ‹AprĂšs les accords du piano d’une beautĂ© galbĂ©e, l’introduction orchestrale est magnifique. Le Beethoven de Tugan Sokhiev nous ravit Ă  nouveau avec cette Ă©vidence de fermetĂ© gĂ©nĂ©reuse et de simplicitĂ©. Le tempo est large, les phrasĂ©s dĂ©veloppĂ©s avec  élĂ©gance mais sans recherche de sĂ©duction. La direction Ă  main nue du chef ossĂšte, qui se tient au niveau du quatuor Ă  cordes sans estrade, semble organiser une musique de chambre plus que diriger en imposant. Les mains parlent et d’elles naĂźt la plus belle musique qui soit. Le piano de Leonskaja est ce soir particuliĂšrement souverain avec une capacitĂ© Ă  chanter hors du commun. Le deuxiĂšme mouvement si original avec cette plainte dĂ©chirante du piano et les rĂ©ponses inflexibles de l’orchestre est le grand moment de drame attendu. Le dĂ©but pianissimo par Leonskaja permet une montĂ©e progressive vers l’émotion la plus poignante. Dialogue orphique entre le chant du piano, ici pure priĂšre, et les instruments Ă  cordes grondant comme un CerbĂšre. L’enchainement vers le Rondo joyeux final est particuliĂšrement rĂ©ussi en raison de la connexion parfaite entre le chef, la pianiste et les musiciens de l’orchestre. Cette version du sublime concerto mĂ©rite bien un enregistrement qui fera date par sa perfection formelle certes mais surtout par une musicalitĂ© partagĂ©e magnifique.‹FĂȘtĂ©e par un public Ă©merveillĂ© Elisabeth Leonskaja dont l’interprĂ©tation avait Ă©tĂ© marquĂ©e par une recherche de legato et de chant offre en bis la version piano d’un sonnet de PĂ©trarque mis en musique par Liszt et qui en Ă©crivit une mĂ©lodie au lyrisme aussi large que sublime.
Elisabeth leonskaja portraitLa grande Leonskaja en diva du piano nous emporte sur les ailes d’un chant souverain avec des nuances d’une subtilitĂ© sans limites.‹En deuxiĂšme partie de programme l’orchestre s’étoffe pour la derniĂšre symphonie de Schubert. Si cette oeuvre posthume a eu beaucoup de mal Ă  gagner le succĂšs public, elle est reconnue comme un monument par Schumann et Mendelssohn dĂšs ses premiĂšres auditions. Sa longueur et sa densitĂ© n’en font pas encore aujourd’hui la symphonie prĂ©fĂ©rĂ©e du public. Ce soir nous ne cacherons pas notre plaisir Ă  cette interprĂ©tation marquĂ©e par une souplesse et une structuration claire qui permettent d’en dĂ©guster bien de richesses. L’avancĂ©e dĂ©cidĂ©e dont fait preuve Tugan Sokhiev, la sĂ©rĂ©nitĂ© de son geste entraĂźne l’orchestre du Capitole dans un voyage grandiose et admirablement lumineux. Les zone d’ombres sont passagĂšres et ce qui domine est cette soliditĂ©, parfois terrienne, mais toujours belle de la composition de Schubert en contrepoint de son mĂ©lancolique Voyage d’hiver. Ici la lumiĂšre, et mĂȘme la joie la plus pure dans le final, s’exposent et nous entrainent. Les musiciens de l’orchestre sont tous engagĂ©s et dĂ©veloppent des qualitĂ©s d’écoute admirables. La beautĂ© des couleurs et des nuances construit une riche palette que la direction du chef magnifie. Le chant se dĂ©veloppe avec des cantilĂšnes sublimes aux cors aux bois (le hautbois de Louis Seguin !) et aux cordes. Schubert en compositeur de Lieder adapte ces courtes formes de chant aux proportions gigantesques d’un orchestre large avec une science de l’écriture digne de Beethoven. Tugan Sokhiev encourage Ă  chaque instant ses musiciens Ă  chanter tout en tenant dans une main ferme un tempo plein d’assurance.‹Un grand et beau moment symphonique qui clĂŽt ce concert marquĂ© par une certaine idĂ©e du Bonheur.

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‹‹Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur Op.58. Frantz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 9 en ut majeur «  La Grande » D.944. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er décembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er dĂ©cembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga. Les Toulousains ont la chance de pouvoir compter sur une gĂ©nĂ©ration de jeunes pianistes de premier plan, issus du Sud Ouest. David Fray, Adam Laloum et Bertrand Chamayou sont 3 pianistes trentenaires Ă©panouis et cĂ©lĂšbres dans le monde entier. Bertrand Chamayou ce soir a excellĂ© Ă  nouveau dans une virtuositĂ© transcendante. Le charme de son jeu repose sur une aisance et une apparente facilitĂ© qui envoĂ»te. Les doigts fusent et la musique envahit l’espace. Ce Concerto de Mendelssohn exige des moyens exceptionnels dĂšs la premiĂšre entrĂ©e du piano. L’entente avec le chef, l’écoute avec les instrumentistes, sont parfaites. Tout coule, l’andante chante, et le final caracole. Du grand art, de la bien belle musique. Bertrand Chamayou et Andris Poga ont su s’accorder avec musicalitĂ©. Et l’Orchestre du Capitole a Ă©tĂ© magnifique de prĂ©cision comme d’élĂ©gance.

En bis Chamayou offre deux piĂšces ; d’abord le sublime chant « Sur les ailes du chant », mĂ©lodie planante de FĂ©lix Mendelssohn adaptĂ©e par Frantz Liszt, puis il a terminĂ© sur une extraordinaire Etude en forme de Valse de Camille Saint-SaĂ«ns. Aussi virtuose que les plus folles piĂšces de Scriabine, cette piĂšce sensationnelle et Ă©lĂ©gante a subjuguĂ© le public de la Halle-aux-Grains.

Sa SixiÚme Symphonie : avec ou sans Mahler ?

Mahler_gustav_profilEn deuxiĂšme partie de concert, la SixiĂšme symphonie de Mahler Ă©tait une sacrĂ©e audace. En 2013, Tugan Sokhiev avait donnĂ© une intĂ©ressante version de cette symphonie maudite. Dans le choix de la faire prĂ©cĂ©der par un concerto, il est permis de voir la marque des progrĂšs de l’orchestre. Notre souvenir de 2013 (qu’une rediffusion sur Mezzo et Mezzo live en dĂ©cembre nous permettra de raviver) en est restĂ© assez fort pour dire combien l’orchestre a gagnĂ© en maturitĂ©. Une endurance dĂ©veloppĂ©e mais aussi des sonoritĂ©s sublimĂ©es et une puissance encore dĂ©cuplĂ©e. Les cors ont Ă©tĂ© royaux avec un Jacques Deleplanque trĂšs inspirĂ© Ă  leur tĂȘte. Les cuivres ont Ă©tĂ© d’une puissance Ă©blouissante sans enflure saturĂ©e. Les bois, d’une Ă©motion et d’une Ă©lĂ©gance incroyable avec le hautbois royal de Louis Seguin. Et François Laurent particuliĂšrement en forme Ă  la premiĂšre flĂ»te.
Les cordes ont gagnĂ© en prĂ©sence surtout les violons quand aux contrebasses, leur entrĂ©e a Ă©tĂ© d’un effet sidĂ©rant. Une mention particuliĂšre pour les percussionnistes Ă  la fĂȘte dans cette symphonie et pas seulement le terrible marteau. Un orchestre donc en forme subliminale. Mais les temps changent et quand on pense que cette symphonie n’est que depuis trĂšs peu de temps rĂ©guliĂšrement donnĂ©e, il est presque incroyable de voir comment ce soir, le public l’a applaudie comme une symphonie impressionnante par sa longueur mais sans ĂȘtre Ă©branlĂ© par la dĂ©solation qui l’habite. Car c’est lĂ , l’étonnement qui en a saisi plus d’un. OĂč sont passĂ©s la sauvagerie, la dĂ©rision et le sarcasme contenus dans cette partition ? OĂč est la douleur de Mahler qui, sorti des Ă©preuves et goĂ»tant le bonheur conjugal, familial, amical et professionnel, peut livrer les douleurs de ses combats pour en arriver lĂ  : Ă  cette conscience de la mort en sa puissance absolue ? Car dans la lutte, toutes les forces sont engagĂ©es et c’est seulement dans le bonheur qu’une vraie introspection en mesure le prix et sait que la mort nous en privera de façon certaine.  Le chef letton Andris Poga est bien sympathique ; et tout sourire, il aborde avec sĂ©rieux l’organisation de la symphonie. Il dĂ©plie les plans, organise le discours. Tout Ă  son plaisir, il dirige le superbe orchestre dont il obtient une splendeur sonore constante. Comment fait il pour diriger avec le sourire les trois premiers mouvements ? N’entend-t-il pas la douleur ? La terreur ? Ou la moquerie ? Ou mĂȘme la mĂ©lancolie et les larmes de l’Andante ? Le mystĂšre voire le surnaturel du final ?

Seul le dernier mouvement devient un peu dramatique et encore n’a-t-on eu que deux des trois coups de marteau. La tradition induite par la superstition de Mahler (et surtout celle de sa chĂšre Ă©pouse) faisant gommer le troisiĂšme coup de marteau qui abat le hĂ©ros n‘est pas toujours respectĂ©e et il est permis de regretter la puissance du troisiĂšme coup.

Cette symphonie de la douleur de vivre, si autobiographique n’a pas ce soir Ă©tĂ© vĂ©ritablement mahlĂ©rienne mais juste grandiose et belle. La beautĂ© n’est pas la qualitĂ© premiĂšre de cette symphonie, pleine de dĂ©rision et d’audace, de timbres et d’effets inouĂŻs. L’Orchestre du Capitole a merveilleusement jouĂ©. Il attend encore le chef qui lui permettra, dĂ©passant le plaisir hĂ©doniste, de jouer la vraie symphonie « Tragique »,  composĂ©e par Mahler l’écorchĂ© vif. Ce jour lĂ  le public sera vraiment Ă©mu et comprendra qui est Mahler.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le premier décembre 2017. Félix Mendelssohn Bartholdy (1808-1847) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en sol mineur Op.25 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 6 en la mineur « Tragique » ; Bertrand Chamayou : piano ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Andris Poga.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 24 novembre 2017.Puccini : La Rondine. Nicolas Joël / Paolo Arrivabeni.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini : La Rondine. Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne. Direction : Paolo Arrivabeni. Faire de la simplicitĂ© et du banal un chef d’oeuvre. VoilĂ  ce qui rĂ©sumerait cet opĂ©ra trop peu connu. Puccini se rĂ©vĂšle bien davantage encore dans cette partition que dans nulle autre et le personnage de Prunier, le poĂšte, pourrait bien ĂȘtre sa voix. Ce personnage bien loin d’ĂȘtre secondaire est celui qui se promĂšne dĂ©sabusĂ© entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, celui qui permettra Ă  Magda de quitter les vertiges de l’amour pour vivre avec cette terrible perte et non pas mourir d’amour comme tous ses autres personnages pucciniens.
La mĂ©lancolie de la partition dans le dernier acte accompagne admirablement ce chemin. Mais avant d’en arriver lĂ  que de beautĂ©s, de subtilitĂ©s et de conversations mondaines en musique. A la maniĂšre du Chevalier Ă  la Rose de Richard Strauss qu’il admirait tant, et en se souvenant des musiques modernes qui intĂšgrent riche harmonie, rythmes complexes et subtilitĂ© de texture, Puccini compose sa plus belle et riche partition pour l’orchestre. Ce soir au Capitole, la direction magistrale de Paolo Arrivabeni galvanise un orchestre survoltĂ©. Le panache de l’ouverture comme le grand concertato chez Bullier, la dĂ©licatesse des chants de violoncelle, la subtilitĂ© de texture et le rubato des danses entremĂȘlĂ©es de la valse au fox-trott, tout coule et fait le dĂ©lice du spectateur. Avec un tel monde crĂ©Ă© sous leurs pas, les chanteurs sont admirablement soutenus, jamais aucun forte ne venant les couvrir. Il faut dire qu’à nouveau la distribution rĂ©unie au Capitole est un sans faute.
Et pourtant le souvenir de la distribution de 2002 et les versions enregistrĂ©es rĂ©centes nous rendent trĂšs exigeants. La Magda d’Ekaterina Bakanova est dĂ©licieuse. ScĂ©niquement l’actrice est habile. La voix a la souplesse requise, capable de susurrer comme de chanter les larges phrases dignes de Butterfly. Le timbre trĂšs homogĂšne se dĂ©ploie sans effort sur toute la tessiture. Elle colore et nuance sa voix Ă  l’envie. Ce rĂŽle trĂšs exigeant lui convient admirablement et son incarnation est inoubliable. Son Ruggero bĂ©nĂ©ficie de la voix puissante de Dmytro Popov. Le medium et le grave sont Ă©trangement barytonnant mais la quinte aiguĂ« est lumineuse et la jeunesse du timbre luit.

 

 

Elégance, finesse et mélancolie. Il y a tout Puccini dans la Rondine du Capitole

 

PUCCINI-LA-RONDINE-capitole-toulouse

 

 

Prunier loin d’ĂȘtre donnĂ© Ă  un tĂ©nor de caractĂšre a la voix large et souple de Marius Brenciu. Tout au long de l’ouvrage il avance avec une Ă©lĂ©gance tant scĂ©nique que vocale dans son dĂ©dale d’aspirations revues Ă  la baisse sous le coup de la rĂ©alitĂ©. Il est mĂ©lancolique et dĂ©sabusĂ© mais toujours d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. La Lisette d’Elena Galitskaya est une composition parfaitement rĂ©ussie. Ce personnage Ă  tempĂ©rament qui n’a pas les moyens de s‘exprimer et doit rester servante est aussi irritant qu’émouvant. La voix est agrĂ©able avec une pointe acidulĂ©e trĂšs en situation. TrĂšs prĂ©sente dans les ensembles cette voix puissante est capable de bien davantage.
Le couple avec Prunier fonctionne bien scĂ©niquement et vocalement. N’oublions pas que Puccini leur rĂ©serve de trĂšs belles phrases et de beaux duos. C’est toute la richesse de cet opĂ©ra. Les premiers rĂŽles n’écrasent pas les autres. Le riche protecteur dĂ©sabusĂ© a la voix large de Gezim Myshketa. Son Rambaldo a de la classe lors du dĂ©part de Magda et l’on devine que son affection est sincĂšre et au final assez respectueuse du tempĂ©rament de Magda ; Hirondelle qui revient toujours aprĂšs ses escapades. Nous espĂ©rons qu’il saura l’accueillir aprĂšs son voyage au pays de l’amour. Tous les autres rĂŽles sont Ă©patants, trĂšs vivants et tout en situation avec Ă©clat vocal et prĂ©sence scĂ©nique pleine d’esprit.

Les ChƓurs du Capitole sont absolument superbes : vivants scĂ©niquement et puissants vocalement. Les sensuelles lumiĂšres de Vinicio Cheli, les costumes de Franca Squarciapino et les dĂ©cors d’Ezio Frigerio sont d’une beautĂ© toujours renouvelĂ©e. Le luxe dorĂ© enferme et jamais l’horizon n’apparaĂźt. Mais tout cette harmonie des annĂ©es folles envoĂ»te toujours autant le regard.
La mise en scĂšne de Nicolas JoĂ«l est certainement sa plus vivante et elle suit admirablement la partition. Cette production de 2002 n’a pas pris une ride et a Ă©merveillĂ© le public grĂące Ă  une distribution impeccable, un orchestre et un chef au sommet ! Puccini en aurait Ă©tĂ© fier lui qui aimait tant cette partition.

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Rondine, ComĂ©die lyrique en trois actes ; Livret de Giuseppe Adami d’aprĂšs Alfred Maria Willner et Heinz Reichert ; CrĂ©ation le 27 mars 1917 Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; Coproduction avec le Royal Opera House – Covent Garden de Londres (2002) ; Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne ; Stephen Barlow : rĂ©alisation mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres. Avec : Ekaterina Bakanova, Magda ; Dmytro Popov, Ruggero ; Elena Galitskaya, Lisette ; Marius Brenciu, Prunier ; Gezim Myshketa, Rambaldo ; Benjamin Mayenobe, PĂ©richaud ; Vincent Ordonneau, Gobin ; Yuri Kissin, CrĂ©billon ; Norma Nahoum, Ivette ; AurĂ©lie Ligerot, Bianca ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Photo : © photos P.Nin.

 

 

 

Compte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski. Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

temirkanov yuri maestro concert critique sur classiquenewsCompte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski.  Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction. Concert prestigieux qui dans la ville rose a mis en lumiĂšre un orchestre et un chef russes. Yuri Temirkanov et l’Orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg sont des ambassadeurs de poids. La comparaison avec notre orchestre et notre chef russo-toulousain, Tugan Sokhiev, ne pouvait que stimuler notre Ă©coute. Ce fut trĂšs intĂ©ressant de dĂ©couvrir trĂšs assagi le grand maestro Yuri Temirkanov Ă  la tĂȘte de son orchestre Philharmonique. Il en assure la direction artistique depuis 1988.

Le programme entiĂšrement russe a pris des allures de manifeste. Rimski-Korsakov dans les pages extraites de sa lĂ©gende de La ville invisible de KitĂšge est un rĂ©sumĂ© des qualitĂ©s dramatiques du compositeur. La variĂ©tĂ© d’humeur et la subtilitĂ© rythmique, la beautĂ© des mĂ©lodies ont Ă©tĂ© un peu trop discrĂštes dans une interprĂ©tation assez monolithique. Certes la gestuelle minimaliste de Yuri Temirkanov n’est comparable Ă  nulle autre et fascine au premier regard, mais si le rĂ©sultat est flamboyant en terme de couleurs saturĂ©es et de nuances forte quasi permanentes, il y a dans cette direction, bien peu de subtilitĂ©.

La Grande Russie à Toulouse : avare en subtilité

Les pages de Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski encore plus sombres et dramatiques n’ont pas non plus convaincu autrement que par une splendeur orchestrale extravertie presque Ă  la maniĂšre des orchestres amĂ©ricains des annĂ©es 80. Puissance et hĂ©donisme sonore ne suffisent pas Ă  mettre en valeur les splendeurs de cette partition trĂšs romantique.

La CinquiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski est un chef d’Ɠuvre adorĂ© du public et tout particuliĂšrement Ă  Toulouse depuis que Tugan Sokhiev nous la propose rĂ©guliĂšrement. Il a fallu attendre le dernier mouvement pour que l’orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg s’envole et nous transporte. Car les mĂȘmes qualitĂ©s et les mĂȘmes limites se sont retrouvĂ©es dans les trois premiers mouvements. Puissance et beautĂ© sonore mais brute sans les phrasĂ©s Ă©largis, sans la prĂ©cision rythmique, la variĂ©tĂ© de couleurs et de nuances auxquelles nous sommes habituĂ©s. L’andante cantabile est certes senza licenza mais aussi 
 sans Ăąme. Le texte musical simplement prĂ©sentĂ©, les nuances faites naturellement par l’addition des instruments, chaque famille Ɠuvrant Ă  une dĂ©monstration de sa splendeur, lassent l’oreille par la prĂ©visibilitĂ© des effets. La valse, droite dans se bottes, ne danse pas avec les sentiments. Le final a lui Ă©tĂ© mieux construit et superbement jouĂ© par un orchestre splendide. Des cuivres puissants, des cordes solides et des bois sensibles.
Ce qui peut s’apparenter Ă  une tradition Russe est en fait aujourd’hui un peu fade Ă  cotĂ© des propositions interprĂ©tatives intĂ©grant des notions de recherche de couleurs et de nuances plus lumineuses et claires dans la musique de TchaĂŻkovski qui admirait tant Bizet. Une plus grande prĂ©cision rythmique et des phrasĂ©s plus subtilement agencĂ©s mettent en valeur le drame et les Ă©motions fortes contenues dans ce rĂ©pertoire de plus en plus apprĂ©ciĂ© et compris pas le public toulousain, d’autant que ce dernier est gĂątĂ© par un Orchestre du Capitole qui y excelle sous la baguette si inspirĂ©e de Tugan Sokhiev.
La Halle-aux Grains est de plus une salle qui certes sonne bien mais demande de prendre en compte une acoustique particuliĂšre.  La saturation n’était pas loin, ce
 dĂšs le dĂ©but du concert de ce soir.  Un travail plus prĂ©cis sur le son assure une meilleure musicalitĂ©. Cela fait peut ĂȘtre aussi partie des qualitĂ©s des chefs et des orchestres invitĂ©s, savoir faire avec cette acoustique si particuliĂšre.

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Compte-rendu, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 10 Novembre 2017. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Tableaux musicaux de la Légende de la ville invisible de KitÚge ; Piotr Ilitch Tchaïkovski  (1840-1893) : Francesca da Rimini, op.32 ; Symphonie n°5 en mi mineur op.64 ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. AprĂšs une fin de saison enthousiasmante avec un ProphĂšte de Meyerbeer aussi rĂ©ussie que rare, encensĂ©e par le public comme la presse, voici un dĂ©but de saison courageux et victorieux qui fera date. Le Tiefland d‘Eugen D’Albert est un opĂ©ra que comme beaucoup je ne connaissais pas vraiment. Son existence notĂ©e par le fait qu’il figurait dans la liste des opĂ©ras que Maria Callas avait chantĂ©s Ă  AthĂšnes avant sa carriĂšre internationale. Puis un vague extrait, car il n’y a pas d’air Ă  proprement parler ici, dans un disque de Martha Mödl. Ces deux tragĂ©diennes de gĂ©nie s’étaient donc intĂ©ressĂ©es au rĂŽle de Marta. Depuis sa crĂ©ation en 1903, cet opĂ©ra est toutefois donnĂ© rĂ©guliĂšrement dans les maisons d‘opĂ©ra allemandes mĂȘme si c’est de moins en moins souvent. C’est dire si l’amateur d’opĂ©ra attendait avec impatience cette rĂ©surrection.

 

 

Magistral, fulgurant Tiefland au Capitole

 

Tiefland capitole florEt bien ! Tout est allĂ© au delĂ  de mes rĂȘves mĂȘme s’ils Ă©taient vastes. La partition d’Eugen D’Albert est incroyable de richesse et de puissance. L’orchestre conduit tout le drame, chante, souffre, sĂ©duit, torture, envoĂ»te ; il meurtrit l’ñme autant qu’il porte l’espoir. Le style de la partition n’est pas post romantique, ni moderniste, il est sans complexes ni concessions capable de tout, absolument tout. La maniĂšre de E. D’Albert est inconnue et proche Ă  la fois. Quelque chose entre un opĂ©ra qui aurait Ă©tĂ© composĂ© par Brahms, ou une symphonie fleuve avec voie inventĂ©e par Puccini
 Il faut plusieurs Ă©coutes pour percevoir derriĂšre la touffeur harmonique, le lyrisme des instruments de l’orchestre, pour comprendre comment les voix sont posĂ©es sur l’orchestre, enchĂąssĂ©es en lui, suprĂȘmement supĂ©rieures et prĂ©cieuses, non pas en raison de la voix chantĂ©e, et fortissimo souvent, mais du texte dit. Car ce qui frappe c’est le nombre de mots, la raretĂ© des rĂ©pĂ©titions qui font de ce livret d’opĂ©ra quelque chose d’incroyable. Sans en avoir l’air, D’Albert a peut ĂȘtre enfin su lier texte et musique de maniĂšre entiĂšrement satisfaisante pour la premiĂšre tragĂ©die en musique crĂ©dible. Cette dĂ©finition inattendue me paraĂźt plus juste que l’habituel vĂ©risme Ă  l’allemande qui ne me satisfait pas du tout pour Tiefland. Il s’agit donc d’une partition merveilleuse et complexe mais surtout il y a dans cet opĂ©ra des personnages archĂ©typaux d’une vĂ©ritĂ© psychologique tout Ă  fait inhabituelle.
Les voix exigĂ©es, nous l’avons dit doivent ĂȘtre intelligibles sur toute la tessiture et soutenir un orchestre d’une rare puissance. Il faut donc pour les trois rĂŽles principaux des voix de format wagnĂ©rien avec une lumiĂšre italienne pour passer l’orchestre. Le Capitole a trouvĂ© trois artistes parfaits pour les terribles rĂŽles. Prise de rĂŽle dangereuse et terrible pour la soprano et le tĂ©nor. Ils ont osĂ© car le Capitole leur a permis de larges conditions de rĂ©pĂ©titions. Nikolai Schukoff est Pedro. Beau, jeune, vif, il chante et joue comme un dieu. Lui qui a Ă©tĂ© un Lohengrin et un Parsifal inoubliables, il pourra devenir le Tristan de demain. Il trouve dans ce rĂŽle archĂ©typal une vĂ©ritĂ© totale. La voix est belle, droite et saine. Son chant est habitĂ© et puissant, porteur de belles Ă©motions. Il darde des aigus victorieux mais surtout projette les mots avec force sur toute sa large tessiture. Le medium et le grave de la voix ont un grain des plus nobles avec des harmoniques d’une richesse incroyable. Le jeu d’acteur est rare car juste et Ă©mouvant.

 

 

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La Marta de Meagan Miller arrive vocalement et scĂ©niquement sur les sommets habitĂ©s par son partenaire. Un peu moins Ă  l’aise dans les mots que son collĂšgue autrichien, la cantatrice amĂ©ricaine a une voix solaire et sonore. D’une homogĂ©nĂ©itĂ© totale, sans vibrato et capable de nuances extrĂȘmes. Ses fortisimmi de terreur Ă  la fin de l’opĂ©ra sont fulgurants, les piani murmurĂ©s dans les confidences sont bouleversants. Le jeu scĂ©nique est admirable, l’évolution en 24h de cette femme terrorisĂ©e et soumise jusqu’à demander la mort en une passionaria de vie et d’amour est une belle rĂ©ussite. Le grand mĂ©chant Sebastiano, le maĂźtre,  est pervers Ă  souhait avec la voix et le jeu de Markus BrĂŒck qui fait une composition remarquable. Ce personnage, maĂźtre du monde,  est installĂ© dans les bas-fonds de l’ñme humaine Ă  ce niveau plus bas que la bĂȘte qui elle ne fait pas le mal pour le plaisir. C’est faire injure au loup et trop d’honneur Ă  ce condensĂ© de perversitĂ© que de les apparier. Voix de baryton sonore Ă  la diction limpide et Ă  la puissance souveraine, Markus BrĂŒck est idĂ©al en Sebastiano. La viscositĂ© sale dont il est capable auprĂšs de Marta qu’il prĂ©tend aimer, le mĂ©pris et la morgue qu’il jette Ă  la figure des autres avec un jeu puissant face Ă  la noblesse de Tommaso, sa bassesse dans le combat final avec Pedro, tout ne fait que monter la haine contre lui. Sa mort est une libĂ©ration.

Les autres rĂŽles sont parfaitement tenus avec une grande tendresse pour la voix trĂšs prometteuse de Anna Schoeck en Nuri. Le chƓur est pour une fois plus vrai et agrĂ©able Ă  voir qu’à entendre, un peu dĂ©passĂ© par les exigences d’écriture inhabituelles et sans le lyrisme habituel des chƓurs d’opĂ©ras.
La direction de Claus Peter Flor est est Ă  nouveau admirable. C’est dĂ©jĂ  lui qui avait su magnifier Meyerbeer le mal aimĂ© dans le ProphĂšte in loco en juin 2017. Il insuffle le style de cette musique complexe Ă  l’orchestre qui ne se laisse toutefois pas assez conduire vers l’énergie et la souplesse qui Ă©manent de sa direction. Sans flĂ©chir, Claus Peter Flor tient tout le drame et le fait avancer inexorablement. L’orchestre rend hommage Ă  la belle partition mais manque un peu d’aisance pour une fois car le style ne lui est pas familier. Il est probable qu’en jouant d’avantage cette musique, il sera encore meilleur (nous avons entendu la deuxiĂšme reprĂ©sentation). La mise en scĂšne, les dĂ©cors et les costumes font un tout d’une rare cohĂ©rence.
Nous avons dit combien le jeu d’acteur est plein de vĂ©ritĂ© et d’émotions. Walter Sutcliffe suit le texte avec une rare prĂ©cision. Les rapports entre les personnages et avec la foule sont vrais et forts. Les costumes modernes sont beaux et intelligents. ColorĂ©s comme pour faire oublier que tous sont des morts-vivants face Ă  la tyrannie sociale. Le premier dĂ©cor quasi cinĂ©matographique situe les hauteurs dans un cadre symbolisĂ© plus qu’idĂ©alisĂ©. La solitude choisie de Pedro n’est certainement pas paradisiaque. Dans la minĂ©ralitĂ© du dĂ©cor, la montagne n’est pas si avenante. Le bas fond de l’ñme de Sebastiano et qu’il impose Ă  ses proches, correspond admirablement Ă  ce terreau glauque de minoterie avec sa cuisine crasseuse et ses chambres suggĂ©rĂ©es Ă  l’arriĂšre dans une pauvretĂ© illustrant la misĂšre sexuelle imposĂ© Ă  Marta.
L’ensemble de la scĂ©nographie souligne combien les rapports entre l’intemporalitĂ© de certaines zones et la modernitĂ© d’autres ne vont pas d’évidence depuis toujours, aujourd’hui comme autrefois. La fable de l’agnelle, du loup et du berger est crĂ©dible. Pedro en homme de justice et de courage tue le loup qui tente de lui ravir sa brebis. Mais je l’ai dit, c’est trop d’honneur pour Sebastiano, image intemporelle des puissants qui mĂ©prisent l’humain et font de l’abaissement et de la souffrance de l’autre, leur dĂ©lice. Marta fait le chemin immense de la captivitĂ© morale, sociale et sexuelle, vers la dĂ©couverte du vrai amour. Celui qui choisit, dĂ©sire, donne, libĂšre et fait grandir. Sous nos yeux, elle a failli y renoncer, affolĂ©e par la puretĂ© de l’amour de Pedro, elle lui a demandĂ© la mort.  La justesse de ces personnages et leur intemporalitĂ© sont une merveille.
Eugen D’Albert a Ă©crit un chef d’Ɠuvre que le Capitole a su rĂ©animer avec respect et force. France musique a captĂ© cette production et la diffusera dans ses soirĂ©es Ă  l’OpĂ©ra. Un dĂ©but de saison mĂ©morable et prometteur au Capitole. Un trio de chanteurs que nous espĂ©rons revoir. En Tosca, Siegfried,Tristan ? Vite !

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. Eugen D’Albert (1864-1932) : Tiefland, OpĂ©ra en trois actes avec prologue ; Livret de Rudolf Lothar d’aprĂšs la piĂšce de Terra Baixa d’Àngel Guimerà ; CrĂ©ation le 15 novembre 1903 au ThĂ©Ăątre allemand de Prague ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek, lumiĂšres ; Avec : Nikolai Schukoff, Pedro ; Meagan Miller, Marta ; Markus BrĂŒck, Sebastiano ; Scott Wilde, Tommaso ; Orhan Yildiz, Moruccio ; Anna Schoeck, Nuri ; Paul Kaufmann, Nando ; Jolana Slavikova, Pepa ; Sofia Pavone, Antonia ; Anna DestraĂ«l, Rosalia ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photo : © P.Nin / Capitole de Toulouse 2017

 

 

Compte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. 

danae_doerken_profilCompte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. Toute souriante et heureuse de jouer aux Jacobins, la toute jeune Danae Dörken a facilement sĂ©duit le public de piano aux Jacobins. Elle est bien Ă  l’aise dans les Ă©vocation sylvestres de Schumann. Piano souple et Ă©lĂ©gant. Les KlavierstĂŒcke de Brahms la dĂ©couvre plus appliquĂ©e qu’inspirĂ©e mais toujours elle offre cette impression bien  agrĂ©able que tout lui est facile. On ne peut vraiment pas reprocher Ă  une si jeune artiste ( 26 ans) un lĂ©ger manque de maturitĂ©. En ce qui concerne son interprĂ©tation de la sonate da Chopin, les nuances sont belles, les phrasĂ©s intĂ©ressants; les couleurs variĂ©es.

Danae Dörken, une bien aimable pianiste

Les tempi sont Ă©lĂ©gants et cette sonate avance avec facilitĂ© sans soucis techniques. Par contre le travail sur la structure, la construction sur l’ ensemble par un enchaĂźnement des mouvements cohĂ©rent pourrait ĂȘtre dĂ©veloppĂ©. Il n’est pas facile pour une jeune pianiste de s’attaquer Ă  ces piĂšces si cĂ©lĂšbres bien connues (et apprĂ©ciĂ©es) sous des doigts prestigieux. Mais vraiment cette artiste mĂ©rite d’ĂȘtre suivie pour ce plaisir immense qui l’habite de jouer pour le public. C’est avec beaucoup de grĂące qu’elle offre ses bis au public qui lui a fait un beau succĂšs.

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Compte rendu concert. Piano au Jacobins. Toulouse, CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2017. Robert Schumann ( 1810-1856) : ScĂšnes de la forĂȘt Op.82 ; Johannes Brahms ( 1833-1897) ;  KlavierstĂŒcke Op. 119 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin ( 1810-1852) : Sonate n° 3 en si mineur Op. 58 ; Danae Dörken, piano. Retrouvez Danae Dörken, dans le reportage vidĂ©o du GSTAAD MENUHIN Festival & Academy rĂ©alisĂ©e par Classiquenews Ă  l’étĂ© 2016

Compte rendu,opĂ©ra . Blagnac, Odyssud, le 23 sept 2017. Rameau, Charpentier. ChƓur et orch. À bout de souffle, S Delincack / P AbĂ©jean.

Photo ActĂ©on-ABDS©Fabrice-RoqueCompte-rendu, opĂ©ra. Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. JP. Rameau. MA. Charpentier. Patrick AbĂ©jean, mise en scĂšne.  ChƓur À bout de souffle.  Orchestre baroque À bout de souffle. Direction: StĂ©phane Delincack. Emmanuel Gaillard le directeur de la salle d’Odyssud peut ĂȘtre fier de son idĂ©e. ConfiĂ©e Ă  À Bout De Souffle et son chef Stephane Delincack l’ouverture de la saison avec deux petits opĂ©ras baroques français n’allait pas de soi. Nous savons combien les grandes tragĂ©dies lyriques de Lully ont marquĂ© de maniĂšre Ă©crasante toute la production d’opĂ©ra en France sous  Louis XIV. Les tragĂ©dies lyriques de Lully ont Ă©tĂ© redonnĂ© rĂ©cemment aprĂšs la miraculeuse rĂ©surrection d’Atys. Mais il faut reconnaĂźtre qu’il faut des moyens hors du commun pour brider l’ennui qui se dĂ©gage de l’Ă©coute de ses Ɠuvres monumentales et que tout cela finit par s’essouffler. Le format opĂ©ra de chambre ou opĂ©ra de chasse est finalement l’idĂ©al qui convient au spectateur moderne. En effet, avec ses deux ouvrages d’un acte chacun, et faisant Ă  peu prĂšs une heure, nous tenons un double spectacle Ă  la durĂ©e idĂ©ale de deux heures.

Pleine de vie, la production d’À Bout De Souffle ouvre la nouvelle saison à Odyssud

Donner la partition de Rameau avant celle de Charpentier Ă©tait une trĂšs bonne idĂ©e dans le sens oĂč la musique brillante de Rameau est lĂ , le style Ă©galement est magnifique partout, avec un trĂšs beau sommeil en particulier, mais c’est bien la profondeur de la musique de Charpentier qui gagne le cƓur des spectateurs.
AnacrĂ©on veut tout Ă  la fois servir la dĂ©esse de l’amour et le dieu de l’ébriĂ©tĂ©, sans concession. De justesse aprĂšs avoir Ă©tĂ© menacĂ© par le courroux des dieux et des dĂ©esses, un compromis est enfin trouvĂ© dans la joie. ActĂ©on est plus tragique : le hĂ©ros  sera puni d’avoir osĂ© moquer ceux qui tombent amoureux. ChangĂ© en cerf, il est dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.  Finalement, c’est l’amour qui domine les deux ouvrages dans des visions trĂšs complĂ©mentaires.

La mise en scĂšne de Patrick AbĂ©jean est remarquable de sobriĂ©tĂ© et d’inventivitĂ©. Tout fonctionne parfaitement et avec des moyens trĂšs modestes mais efficaces et beaux. DĂ©cor et costumes sont plein de poĂ©sie avec en particulier de trĂšs beaux masques de cerfs. Les chanteurs sont tous trĂšs convaincants, que ce soit Laurent Labarbe en AnacrĂ©on, jouisseur et bon enfant ; Aurelie Fargues en voix de dessus, agile et bien projetĂ©e ; HĂ©lĂšne Delalande qui  a une trĂšs belle voix de bas-dessus, bien timbrĂ©e et charnue avec un abattage incroyable. Paul Cremazy a une voix de tĂ©nor agrĂ©able et un physique Ă©lancĂ©, son ActĂ©on est absolument charmant et sa mort trĂšs Ă©mouvante. Mais cette Ă©quipe de chanteur soliste est entourĂ©e par un chƓur dont la sĂ»retĂ© porte tout le spectacle. Le chƓur À bout de souffle comporte une cinquantaine de choristes-acteurs-danseurs. Amateurs de niveaux diverses parfois trĂšs bons musiciens, ils ont en commun une envie de partager leur passion pour le spectacle vivant, la musique, la chorĂ©graphie et le thĂ©Ăątre. Il n’y a pas de limite d’ñges ce qui donne un panel trĂšs proche de la vie quotidienne. TrĂšs bien prĂ©parĂ©s depuis plus d’un an au niveau musical et thĂ©Ăątral, il n’y a pas de doute qu’ils ont cette annĂ©e avec cette magnifique production, encore gagnĂ© en qualitĂ©. La vie qui se dĂ©gage de leur interprĂ©tation, la beautĂ© de leurs gestes et de leur danse, la qualitĂ© de leur diction et leurs qualitĂ©s vocales, le tout fait vĂ©ritablement merveille. La mise en scĂšne et la direction d’acteurs de Patrick AbĂ©jean est pleine de malice et toujours de bon goĂ»t. L’Ă©motion au moment de la mort d’ActĂ©on est poignante. La direction musicale de Stephane Delincack permet Ă  la musique de se dĂ©ployer Ă©lĂ©gamment ; les rĂ©citatifs y sont souples et les danses endiablĂ©es.

L’orchestre est composĂ© de musiciens professionnels baroques qui sous la baguette de StĂ©phane Delincack  jouent avec beaucoup de libertĂ© et d’expression. Les chorĂ©graphes Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) on fait un travail remarquable. Les choristes qui se sont engagĂ©s dans des pas de danse l’ont fait avec beaucoup de conviction obtenant un effet inĂ©narrable. Charlie Anastasia Merlet s’est chargĂ© du rĂŽle soliste de la belle maĂźtresse d’AnacrĂ©on : Lycoris. Le charme qui se dĂ©gage de sa prestation fait honneur Ă  la description enflammĂ©e que fait AnacrĂ©on de son bel amour. Le public a fait un triomphe Ă  cette production de dĂ©but de saison d’Odyssud. Bravo Ă  tous ces artistes unanimement engagĂ©s et de grand talent.

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Compte rendu opĂ©ra . Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : AnacrĂ©on, OpĂ©ra-ballet en un acte ; Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : ActĂ©on, OpĂ©ra de Chasse en six scĂšnes ; Mise en scĂšne : Patrick AbĂ©jean; Assistante Ă  la mise en scĂšne : HĂ©lĂšne Lafont; ChorĂ©graphie : Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) ; Conception, rĂ©alisation vidĂ©o : Greg LamazĂšres ; LumiĂšres : Marion Jouhanneau ; ChƓur À bout de souffle ; Orchestre baroque À bout de souffle ; StĂ©phane Delincack, direction — Illustration : © Fabrice-Roque

Compte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cCompte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev. En Partenariat avec Piano aux Jacobins l’ouverture de la saison symphonique de la Halle-aux-Grains, chaque annĂ©e, reprĂ©sente un moment clef de la vie culturelle toulousaine. La conjonction d’un soliste de premier plan, de compositeurs choyĂ©s et de l’orchestre sous la direction de son chef tant aimĂ©, a attirĂ© un public nombreux. Plus une place de libre ce soir, dans la salle hexagonale oĂč le public enserre « son » orchestre. Il est certain que la disposition de cette salle concourt Ă  ce sentiment de partage total, entre musiciens et public.

ƒUVRE EN MAGNIFICENCE

Pour ce grand soir attendu par la foule, dĂšs son entrĂ©e en scĂšne, alerte et concentrĂ©, Tugan Sokhiev donne le ton. L’orchestre dans son rituel immuable s’était installĂ© et accordĂ© avec soin. Et dĂšs la levĂ©e des bras du chef, l’orchestre a frissonnĂ© pour nous offrir une ouverture de Don Juan d’anthologie. C’est dans un mĂȘme geste large de battements d’ailes puis de gauche et de droite qu’il a construit ce dĂ©but d’accords si dramatiques. L’élĂ©gance et l’évidence de ce grand geste sculpte le son et l’amĂšne jusqu’ au silence qui le suit. Cela permet Ă  l’orchestre de dĂ©ployer toute sa beautĂ© sonore et son savoir faire : la prĂ©sence de chaque timbre dans un ensemble grandiose. Cordes, flĂ»te, hautbois, basson et cor entrent en scĂšne avec d’avantage de prĂ©sence pour la partie de balancement noble que Joseph Losey, si inspirĂ© dans son Film -Don Giovanni- , avait situĂ© sur la lagune de Venise. Tout s’enchaine ensuite avec panache mĂȘlant Ă  ce tragique dĂ©but toute la gouaille du giocoso. La fĂȘte de ce mariage du Drama et du Giocoso est Ă  son comble avec les entrĂ©s fuguĂ©es et les rĂ©pĂ©titions des motifs alertes. Tout l’orchestre semble exulter et Tugan Sokhiev d’une main sure et lĂ©gĂšre, donne toute la dramaturgie attendue Ă  cette magnifique ouverture. Nous avons dĂ©jĂ  hĂąte d’entendre de quelle façon, le chef dirigera un jour Don Giovanni Ă  l’opĂ©ra avec sa maniĂšre si fine de comprendre le mĂ©lange complexe du drame existentiel et de la futilitĂ© de la vie, tels qu’ils sont contenus dans le chef d’Ɠuvre mozartien.
AprĂšs un dĂ©but si enchanteur, une fois le piano sorti de terre et l’arrivĂ©e souriante d’Elisabeth Leonskaja, la vaste introduction du troisiĂšme concerto de Beethoven a une nouvelle fois montrĂ© combien le Beethoven de Tugan Sokhiev est idĂ©al. Tenue, grandeur sans pesanteur, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, nuances ciselĂ©es et couleurs Ă©clatantes. Avec toujours un rythme maitrisĂ© et comme un rebondi qui anoblit les fins de phrases et les accords. La longue entrĂ©e orchestrale qui dĂ©bute le Concerto met le pianiste soit dans une attente d’enfin jouer, soit lui permet de participer et d’inclure dans ces premiĂšres notes tout le long phrasĂ© impulsĂ© par le chef. Elisabeth Leonskaja, qui dit aimer beaucoup jouer avec Tugan Sokhiev, a semblĂ© chanter avec l’orchestre. Son entrĂ©e est majestueuse et elle semble poursuivre avec l’orchestre ces grandes phrases. Le geste est souverain avec pourtant les petites scories habituelles. Jamais aucune duretĂ©, et des nuances subtiles, des qualitĂ©s de lĂ©gĂšretĂ© et des appuis pondĂ©rĂ©s sont un enchantement. Le premier mouvement est un dialogue de grande musicalitĂ© entre le chef, l’orchestre et la pianiste. L’écoute est permanente et le plaisir de jouer ensemble ne fait que grandir. La grande cadence montre Leonskaja, maĂźtresse de moyens phĂ©nomĂ©naux avec une grande inventivitĂ©.
C’est bien Ă©videmment le mouvement lent qui est le moment le plus Ă©mouvant du Concerto. Cette fois c’est la pianiste qui joue seule et donne le ton. C’est celui de la confidence, du bonheur, du partage. La dĂ©licatesse de l’orchestre sous la direction sensible de Tugan Sokhiev est un pur enchantement. Le bonheur Ă©perdu du trio flĂ»te, basson, piano reposant sur un tapis de pizzicati de cordes, dans ces grandes phrases planantes, est un moment inoubliable. Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et Estelle Richard au basson sont les fĂ©es qui nuancent subtilement avec la reine de douceur au piano. Le balancement amoureux obtenu par la direction de Tugan Sokhiev est comme une invitation Ă  laisser tout souci pour ĂȘtre parfaitement heureux le temps de ce mouvement suspendu.
Avec malice Elisabeth Leonskaja lance le final si spirituel qui permet Ă  la soliste et Ă  l’orchestre de caracoler avec ivresse. Le triomphe est total et c’est une salve d’applaudissement pour les musiciens. Elisabeth Leonskaja offre en bis une superbe interprĂ©tation de la premiĂšre des trois KlavierstĂŒcke de Schubert, faisant la boucle avec son somptueux concert Schubert aux Jacobins il y a quelques jours.

Pour la deuxiĂšme partie du concert, le choix de la neuviĂšme symphonie de Chostakovitch permet de rester dans l’éveil de l’esprit.  Cette symphonie Ă©crite par Chostakovitch aprĂšs la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale est marquĂ©e par un cotĂ© certes festif, la guerre est finie, mais grinçant et provocateur, car quel prix terrible a du ĂȘtre payĂ©. Au lieu de la grandiose fresque hĂ©roĂŻque attendue par le pouvoir soviĂ©tique, Chostakovitch a choisi la dĂ©sinvolture, refusant toute parentĂ© avec la terrible symphonie Leningrad. Tugan Sokhiev n’insiste pas sur le cotĂ© grinçant mais permet l’expression d’un esprit de moquerie qui garde toujours une parfaite Ă©lĂ©gance. Les fanfares militaires raillĂ©es le sont plus avec esprit que mĂ©chancetĂ©. Il n’y a rien de grandiose ni de vainqueur. C’est une grande chance de pouvoir entendre les symphonies de Chostakovitch dĂ©fendues avec cette qualitĂ©. Tugan Sokhiev et son orchestre ont ce soir Ă©tĂ© merveilleux. Les instrumentistes sont tous magnifiques ; mentionnons surtout le picolo inĂ©narrable de Claude Roubichou, le hautbois merveilleux de Chi Yuen Cheng, la clarinette si expressive de David Minetti, Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et, Ă  nouveau le fabuleux basson d’Estelle Richard. Le solo de violon de GeneviĂšve Laurenceau a Ă©galement Ă©tĂ© trĂšs remarquable. Dans le deuxiĂšme mouvement si dĂ©solĂ©, il y a un trio flĂ»te, basson clarinette d’une incroyable beautĂ©. Les cuivres ont une partie importante et toute la famille est Ă  fĂ©liciter pour son implication sans faille d’une grandeur inquiĂ©tante. Mais c’est vĂ©ritablement cette Ă©nergie mutualisĂ©e de tous les instrumentistes que Tugan Sokhiev semble chercher individuellement du regard dans sa direction si expressive qui fait la merveille de cette interprĂ©tation.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.  Illustration :  Elisabeth Leonskaja (DR)

Compte-rendu, concert. Toulouse, Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Bortkiewicz, Chopin, Schumann. Julien Brocal, piano.

brocal julien pianoCompte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. S. Bortkiewicz. F. Chopin. R. Schumann. Julien Brocal, piano. Piano aux Jacobins permet la dĂ©couverte de jeunes pianistes et parmi eux la recherche de grands talents. AurĂ©olĂ© des encouragement de Maria Joao Pires et d’un premier disque bien accueilli outre-Manche, Julien Brocal avait bien des atouts sur le papier. Nous avons dĂ©couvert un pianiste empressĂ©, jouant vite et fort. Si les 7 prĂ©ludes de SergueĂŻ Bortkiewicz l’ont montrĂ© capable d’historisation et de nuances, je n’ai jamais entendu la deuxiĂšme sonate de Chopin Ă  ce train d’enfer sans aucune respiration ni entre les mouvements ni dans les phrases musicales. La virtuositĂ© est lĂ  mais prĂ©cipitĂ©e et comme expĂ©diĂ©e Ă  la maniĂšre d’un forcenĂ© qui se jette Ă  l’eau pour arriver le plus vite possible Ă  l’autre rive. La marche funĂšbre n’a jamais si bien portĂ© son triste nom : elle a sonnĂ© bien malheureuse. Le final a passĂ© si vite que bien malin celui qui en a perçu la structure.

 

Jeunesse empressée

Julien Brocal en pianiste trop pressé !

DĂ©contenancĂ© par cette premiĂšre partie insolite, je relisais dans le programme que la critique avait aimĂ© sa deuxiĂšme sonate de Chopin au disque
. EspĂ©rons que son Chopin y respire d’avantage que ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins. La deuxiĂšme partie du concert comprenait le Carnaval de Schumann. Cette Ɠuvre de relative jeunesse comporte un programme thĂ©matique et dramatique. L’humour n’en est pas absent et pour la premiĂšre fois Schumann y dĂ©veloppe pleinement sa notion de doubles de lui-mĂȘme : le doux Eusebius et l‘impĂ©tueux Florestan. Julien Brocal semble plus inspirĂ© par ces courtes piĂšces, nuance d’avantage, prend parfois le temps de colorer, sans toutefois mettre en valeur l’humour de certaines piĂšces. Cette notion d’inconfort liĂ© Ă  la vitesse ne disparaĂźt pas malgrĂ© de beaux moments lyriques et finement nuancĂ©s. Le final retrouve le gout du pianiste pour la force digitale et la puissance sonore. Les moyens pianistiques sont lĂ , qu’il en soit assurĂ© ; ils sont impressionnants, mais ce soir ils semblent dominer exclusivement. EnivrĂ© par sa puissance digitale Julien Brocal se prive de prendre le temps de phraser et de nuancer et bien plus gĂȘnant pour l’auditeur il se (et le) prive du temps de respirer. Ce jeune pianiste est tout Florestan et mĂ©connait  Eusebius pour le moment, mais qui sait


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Compte rendu concert. Toulouse, 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Sergueï Bortkiewicz (1877-1952) : 7 préludes Op.40 ; Fréderic Chopin (1810-1849) Sonate n°2 en si bémol mineur Op.35 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval Op. 9. Julien Brocal, piano.

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano. Simone Dinnerstein m’avait sĂ©duit dans son rĂ©cital en 2012 au musĂ©e des Abattoirs Ă  Toulouse, lors de sa prĂ©cĂ©dente venue au festival Piano aux Jacobins. Ce qui m’avait touchĂ© dans le jeu lumineux de la pianiste amĂ©ricaine Ă©tait une caractĂ©risation Ă  la fois exacte et trĂšs personnelle de chaque piĂšce. Elle nous propose un concert Ă  nouveau marquĂ© par l’intelligence et l’originalitĂ©. Philippe Glass et Franz Schubert en alternance tissent en rĂ©alitĂ© plus de liens musicaux qu’il n’y paraĂźt Ă  premiĂšre idĂ©e. Si Philippe Glass, aujourd’hui 80 ans,  est le chantre du  minimaliste rĂ©pĂ©titif, Franz Schubert mort Ă  31 ans, est lui aussi minimaliste dans la simplicitĂ© de certains thĂšmes, mais chez lui ils sont Ă  foison, et les retours magiques des thĂšmes parfois transfigurĂ©s ont Ă  voir avec une notion de rĂ©pĂ©tition.

 

 

Le piano de l’amĂ©ricaine Simone Dinnerstein

Jeux de miroir, chemins d’intelligence et d’émotions

 

 

simone_dinnerstein_piano_bach_inventions_youtubeSimone Dinnerstein passe ainsi avec constance d’un compositeur Ă  l’autre en crĂ©ant une alchimie complexe faite de similitudes et d’oppositions. Ce qui est remarquable c’est la libertĂ© du jeu, la qualitĂ© de l’écoute harmonique, et la noblesse du geste interprĂ©tatif. Les rythmes sont bien campĂ© chez Schubert et Ă©tirĂ©s chez Glass. L’élĂ©ment aquatique de la musique de Philippe Glass, par exemple sa deuxiĂšme Ă©tude, Ă©voque une eau profonde et envoĂ»tante un peu mortifĂšre puis un mouvement vivifiant Ă  sa surface aprĂšs avoir rĂ©sistĂ© Ă  la fascination du gouffre. Chez Schubert, c’est d’avantage le ruisseau, le chemin le bordant, le mouvement observĂ© de l’extĂ©rieur qui ranime l’ñme.
Le grande Sonate en si bĂ©mol majeur de Schubert, avec justement ces gĂ©niaux retours des thĂšmes , est le « Lied ohne Ende °», d’un « gesegneter Wanderer °°» qui observe le monde, la nature, les gens et qui laisse  son Ăąme s’en abreuver.
Les moyens pianistiques de Simone Dinnerstein sont rĂ©els et impressionnants, mais jamais elle n’en use avec ostentation. Les doigts sont sĂ»rs, les nuances trĂšs belles et profondĂ©ment creusĂ©es dans une somptueuse matiĂšre sonore. Les couleurs sont complexes surtout dans Glass, avec ses harmoniques graves dĂ©gustĂ©es en une plĂ©nitude par la pianiste dans un geste quasi incantatoire. Un trĂšs beau concert qui permet la rencontre avec l’intelligence de l’ñme, l’originalitĂ© de l’interprĂšte et la finesse de la musicienne. Merci Ă  Simone Dinnerestein pour ce partage intime et bouleversant, qui accompagne le public vers d’avantage de comprĂ©hension du monde sonore. Le pont entre Schubert et Glass est une construction qui rend possible une autre maniĂšre d’écouter le piano en ses multitudes de possibilitĂ©s, toujours dans la plus grande beautĂ©. Le public reconnaissant, a fait un triomphe Ă  la pianiste amĂ©ricaine et elle a cĂ©dĂ© aprĂšs l’immense sonate D.960 Ă  la demande de bis, avec grĂące.

 

°Mélodie infinie
°° Promeneur heureux

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Compte rendu concert. Toulouse. 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : 4 impromptus op.90 D.899 ; Sonate en si bémol majeur D.960. Philippe Glass (né en 1937) : Metamorphosis One ; Etude n°2, 6 et16. Simone Dinnerstein, piano.

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 sept 2017. RĂ©cital Schubert. Elisabeth Leonskaja, piano

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 septembre 2017. F. Schubert.  Elisabeth Leonskaja, piano. Un rĂ©cital tout Schubert est toujours trĂšs intĂ©ressant car il met Ă  nue les capacitĂ©s poĂ©tiques et narratives de l’interprĂšte. Les « grands pianistes » peuvent s’y fourvoyer car les moyens pianistiques les plus saisissants ne sont rien sans le supplĂ©ment d’ñme que la musique de Schubert rĂ©clame. Tout rĂ©cemment Ă  La Roque d’AnthĂ©ron, Arcadi Volodos nous avait considĂ©rablement déçu.

 

 

 

Elégance du geste, narration sûre :
Elisabeth Leonskaja, l’immense musicienne, ouvre les 38Ăš Jacobins…

 

 

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cElisabeth Leonskaja est une immense musicienne et ses enregistrements des sonates de Schubert dans les annĂ©es 1990 nous la montrent avec des moyens techniques et expressifs spectaculaires. Ce soir le rĂ©cital comprend des sonates de relative jeunesse. Tout est relatif chez Schubert mort Ă  31 ans
 Elisabeth Leonskaja leur offre toute la gĂ©nĂ©rositĂ© de son jeu. Certes les doigts n’ont plus la prĂ©cision diabolique de ses dĂ©buts, forgĂ©s Ă  la terrible Ă©cole russe. Par sa prĂ©sence en Autriche, elle a gagnĂ© la parfaite comprĂ©hension du monde de Schubert. Car qui aujourd’hui sait comme elle donner sens Ă  ces pages, nous entrainant dans un voyage sans fin, toujours renouvelé ? Qui d’autre a cette puissance de vie qui avance et jamais de semble regarder en arriĂšre  avec regrets ? Et quelle Ă©lĂ©gance dans le geste et quelle suretĂ© dans la narration ! Nuances subtiles, couleurs variĂ©es, phrasĂ©s immenses et simple Ă  la fois et toujours une grande souplesse rythmique sont l’apanage de cette grande musicienne.

En choisissant d’ouvrir son festival 2017 sur ce sommet d’expressivitĂ©, Catherine d’Argoubet a marquĂ© son attachement encore plus grand au fond qu’à la forme. Au sens plus qu’aux moyens. Ce rĂ©cital tout Schubert par la grande dame du piano russe est une magnifique  rĂ©ussite, un sommet de musicalitĂ©. Elisabeth Leonskaja est trĂšs aimĂ©e du public toulousain et le cloĂźtre n’a pas comptĂ© une chaise vide, contraignant les organisateurs Ă  refuser du monde. Elle a obtenu une triomphe bien mĂ©ritĂ© et a offert des bis gĂ©nĂ©reux Ă  son public ravi.
EN somme, un dĂ©but rĂ©ussi pour la 38Ăšme Ă©dition de piano aux Jacobins. Nous retrouverons Leonskaja, l’orchestre du Capitole  et Tugan Sokhiev pour le 3Ăšme concerto pour piano de Beethoven ce mercredi 20 septembre Ă  la Halle-aux-Grains : promesse d’un autre sommet en musicalité !
 
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Compte rendu concert. Toulouse, 38 Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins., le 6 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate en fa mineur D.625/D.505 ; Wanderer-Fantaisie en ut mineur, op.15 D. 760 ; Sonate en la mineur op.42, D.845 ; Elisabeth Leonskaja, piano.

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini


Viardot NYPL - Version 2Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini
 Magali LĂ©ger, soprano. Laure Urgin, rĂ©citante. Marie Vermeulin, piano. À la jonction de la fin des vacances et de la rentrĂ©e, la dĂ©licieuse Chapelle des CarmĂ©lites a bĂ©nĂ©ficiĂ© de deux manifestations originales, propres Ă  satisfaire un public nombreux. Catherine Kauffmann- Saint-Martin a trouvĂ© une idĂ©e originale pour une saison adaptĂ©e aux attentes de la ville rose. On sait comme la musique est bien aimĂ©e Ă  Toulouse mais aussi le thĂ©Ăątre et les mots. Le fameux Marathon des Mots est un rendez-vous incontournable. En mĂȘlant si subtilement mots et notes, les spectacles hybrides permettent autant Ă  la sensualitĂ© qu’à l’intellect de correspondre. AprĂšs la Note Bleue qui a Ă©voquĂ© Chopin et Sand, c’est Pauline Viardot qui a Ă©tĂ© la muse de ce somptueux spectacle prĂ©sentĂ© en crĂ©ation : « Rien n’est bon que d’aimer »  Trois admirables jeunes femmes ont ainsi convoquĂ© les mĂąnes de la grande diva du XIX Ăšme siĂšcle, mais aussi femme de lettre, compositrice, pianiste et esprit toujours en Ă©veil : Pauline Viardot.

 

 

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Toulouse renforce sa sensibilitĂ© Ă  la poĂ©sie et Ă  la musique
 grĂące Ă  un nouveau festival de rentrĂ©e : “Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites”

Entre le mot et la note, s’éveille
le génie de Pauline
 VIARDOT

 

 

Coiffure et tenue de grande Ă©lĂ©gance, Laure Urgin avec Ă©motion et noblesse, incarne Pauline Viardot. Les mots de la Diva sont puissants, percutants, Ă©mouvants. Elle a connu les plus grands artistes de son temps et a Ă©tĂ© adulĂ©e dans l’Europe entiĂšre. L’intelligence du choix des textes rend hommage Ă  la sensibilitĂ© et au grand cƓur de la sƓur Maria Malibran. Et le fameux poĂšme d’Alfred de Musset* reste un moment d’émotion fort. Les hommages de George Sand, Musset et Tourgueniev ne sont pas dĂ©nuĂ©s, eux non plus, de la plus pure Ă©motion. Laure Urgin a su porter toutes ces Ă©motions diverses avec beaucoup de classe. Magali LĂ©ger a Ă©tĂ© une voix sensuelle et son art du chant Ă©voque bien cette extraordinaire technique de bel canto mise au point par Manuel Garcia, le pĂšre des deux sƓurs cantatrices, Pauline Viardot et Maria Malibran. La conduite du souffle, l’émotion au bord des lĂšvres et les mots dĂ©clamĂ©s avec art, tout fait du chant de Magali LĂ©ger un bonheur de chaque instant. Le piano de Marie Vermeulin est puissant ou subtilement mĂ©lancolique, selon les moments. L’art des couleurs et des nuances de la pianiste est confondant mais c’est surtout le sentiment de crĂ©er ensemble en s’Ă©coutant et murmurant ensemble, les paroles des chants ou des textes qui rend cette fusion musique et mots, si idĂ©ale par la magie du piano chantant de Marie Vermeulin.
La beautĂ© artistique des trois artistes, leur don de chaque instant et leur amour pour Pauline Viardot, entre sourires et gestes tendres, font que le cadre, le fond et la forme sont indissociables. La beautĂ© de la Chapelle, la beautĂ© des dames, la beautĂ© des mots et des notes ont fait fondre le public qui a fait un triomphe aux trois fĂ©es. Le miel du soleil dĂ©clinant a Ă©clairĂ© d’un or sublime cette aprĂšs-midi de rĂȘve.
Un beau concept qui sĂ©duit tant l’intelligence que les sens. Il m’a rarement semblĂ© atteindre une fusion si belle entre texte et musique. Pourtant mes rĂ©cents bonheurs en Avignon Ă©taient dĂ©jĂ  trĂšs touchants, mais lĂ  quelque chose de trĂšs singulier a comblĂ© mes attentes. Le public espĂšre retrouver bientĂŽt la suite de cette superbe idĂ©e de Catherine Kauffmann-Saint-Martin : Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Septembre reprĂ©sente ainsi un beau moment plein de promesses


* Le titre de ce concert-lecture « Rien n’est bon que d’aimer » est un vers du poĂšme d’Alfred de Musset : « A la Malibran »

 

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Illustration : © JJ Ader

 

 

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Compte rendu concert. Rien n’est bon que d’aimer. Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Musiques Franz Liszt, FrĂ©dĂ©ric Chopin, Clara Schumann, Vincenzo Bellini, Pauline Viardot, Textes d’Alfred de Musset, Pauline Viardot, Victor Hugo, Marceline Desbordes-Valmore. Magali LĂ©ger, soprano ; Laure Urgin, rĂ©citante ; Marie Vermeulin, piano.

 

 

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musiue en dialogue aux carmelite toulouse nouveau festival coup de coeur de classiquenews 2017

 

 

APPROFONDIR
VIDEO :
https://www.youtube.com/watch?v=DQ_cZPul2RE

 

 

Compte-rendu, concert. Lagrasse, église Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse.   

LAGRASSE festival adam laloum musique de chambre 2017Compte-rendu, concert. Lagrasse, Ă©glise Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Mozart. Brahms. Mendelssohn. Ospital. Adam Laloum, piano. Lagrasse est un village sis auprĂšs d’une belle abbaye cistercienne qui garde son authenticitĂ© irrĂ©elle, protĂ©gĂ©e de la mondialisation banalisante. Sous la direction artistique du pianiste Adam Laloum s’y dĂ©roule la troisiĂšme saison de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse au dĂ©but du mois de septembre.  Le public est de plus en plus nombreux, il y goĂ»te une musicalitĂ© raffinĂ©e et heureuse, dans un cadre apaisant et chaleureux. Adam Laloum sait partager avec le public le plaisir qui le lie Ă  ses amis et complices. Ainsi chaque concert permet Ă  de nombreux artistes de jouer ; Adam Laloum invite aussi des amis pianistes et il lui arrive avec un bonheur communicatif, de devenir tourneur de pages
 Le pianiste est un chambriste accompli qui sait s’entourer de musiciens complices de grand talent.

LAGRASSE : un festival pas comme les autres

Ainsi il a fondĂ© son trio « Les Esprits » avec la violoniste sensible Mi-Sa Yang et le violoncelliste surdouĂ©, Victor Julien-LafferiĂšre qui vient de remporter le premier prix du concours Reine Elisabeth de Belgique (juin 2017). Le surmenage a obligĂ© ce dernier Ă  renoncer Ă  participer Ă  ce festival de Lagrasse 2017. Souhaitons bon repos Ă  cet artiste si talentueux. C’est donc Yan Levionnois qui en toute amitiĂ© l’a remplacĂ© dans les concerts de l’édition 2017 avec de minimes changements de programmes bien comprĂ©hensibles. Rendons hommage au courage et Ă  la fidĂ©litĂ© amicale de ce violoncelliste talentueux.

Dans la premiĂšre Sonate pour violoncelle et piano de Brahms, Adam Laloum et Yan Levionnois ont formĂ© un duo en osmose. Les sonoritĂ©s tendres partagĂ©es, la fougue commune enflammĂ©e, les nuances millimĂ©trĂ©es, les couleurs variĂ©es
, tout fait le dĂ©lice du public. Les qualitĂ©s instrumentales de chacun mises au service d’une interprĂ©tation flamboyante aux phrasĂ©s amples et aux structures lumineuses
 captivent continument.
Le duo formĂ© avec Tristan RaĂ«s au piano est peut ĂȘtre moins fusionnel mais non moins abouti. Les courtes piĂšces de Webern sont plus exigeantes pour l’auditeur loin de la flamme romantique de Brahms. La beautĂ© Ă©trange de ces piĂšces a trouvĂ© ce soir, des interprĂštes sensibles.

C’est le premier Trio de Mendelssohn qui a emportĂ© l’enthousiasme du public Ă  son comble. Cette piĂšce heureuse et variĂ©e a bĂ©nĂ©ficiĂ© du charme et de l’énergie communicative de la violoniste Charlotte Juillard. Soliste de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, fondatrice et premier violon du Quatuor Zaide, la musicienne est une chambriste accomplie. Elle irradie du bonheur de jouer. Ses yeux semblent parler Ă  ces collĂšgues et ses sourires aussi. La connivence entre les trois musiciens est jubilatoire. Jeunes, beaux, enthousiastes, talentueux, 
ce sont avant tous des musiciens qui aiment s’écouter. D’ailleurs quand ils ne jouent pas, ils Ă©coutent concentrĂ©s leurs amis, et lorsqu’ils tournent les pages du pianiste, il est indĂ©niable qu’ils vivent tout musicalement, intensĂ©ment avec lui.
Une particularitĂ© de ces concerts est de mettre en valeur le superbe orgue de l’église Saint-Michel. C’est ainsi que le virtuose Thomas Ospital nous a offert en entrĂ©e la Fantaisie de Mozart en fa mineur. Puissance et limpiditĂ© ont marquĂ© cette interprĂ©tation. L’improvisation qui a ouvert la deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© Ă©poustouflante d’inventivitĂ©. Cet instrument fleuron de l’Atelier toulousain Puget est ainsi animĂ© Ă  chaque concert.
L’ouverture de la troisiĂšme saison des Pages Musicales de Lagrasse a Ă©tĂ© un vrai succĂšs public avec une Ă©glise pleine. La conjonction d’un lieu unique et des musiciens si enthousiastes et douĂ©s, est une vraie merveille, avec un public particuliĂšrement respectueux et attentif.

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Compte rendu concert. Lagrasse. Eglise Saint Michel, le premier septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse troisiĂšme Ă©dition. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantasia en fa mineur pour orgue KV.608 ; Johannes Brahms (1833-1997) :  Sonate n°1 pour violoncelle et piano n°1 en en mi mineur op.38 ; Thomas Ospital (nĂ© en 1990) : improvisation Ă  l’orgue ; Anton Webern (1883-1945) : Trois piĂšces pour violoncelle et piano op.11 ; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847) : Trio avec piano n°1 en rĂ© mineur op.49 ; Charlotte Julliard, violon ; Yan Levionnois, violoncelle ; Thomas Ospital, orgue ; Tristan RaĂ«s et Adam Laloum, piano.

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 16 aoĂ»t 2017. RĂ©cital Schubert. Arcadi Volodos, piano

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. F.Schubert. Arcadi Volodos, piano. Le pianiste Russe Arcadi Volodos, aurĂ©olĂ© de ses succĂšs mondiaux est venu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron avec un public tout acquis, mĂȘme si nous n’avons pas atteint le nombre de spectateurs des autres soirs. Le succĂšs rencontrĂ© reste Ă©tonnant pour le concert de ce soir. Car les deux derniĂšres Sonates de Schubert reprĂ©sentent un programme audacieux et rare.

Volodos belle virtuosité mais sans Schubert

volodos arcadi piano critique concert piano schubert critique par classiquenewsEn effet ces Ɠuvres longtemps mal aimĂ©es car mal comprises ont Ă  ce jour des interprĂštes attentifs et inspirĂ©s. Cette musique fleuve nĂ©cessite des moyens pianistiques importants mais surtout un musicien visionnaire qui emporte les spectateurs loin dans les paysages affectifs de Schubert. Ce soir nous avons eu un Ă©minent pianiste de l’école russe capable de jouer admirablement grĂące Ă  une technique accomplie. Mais, c’est lĂ  que le bĂąt blesse : dans les bis gĂ©nĂ©reusement accordĂ©s, il a Ă©tĂ© possible de constater que le jeu est le mĂȘme quel que soit le compositeur. Schubert est donc digne de compter parmi les compositeurs pianistes aux exigences techniques souveraines en intĂ©ressant ce virtuose. La beautĂ© des sonoritĂ©s graves est admirable et avec effet, il est capable de les faire sonner incroyablement en les opposant aux aigus cristallins. Les traits peuvent ĂȘtre saillants et vifs. Mais ce n’est pas la mĂȘme chose de jouer un thĂšme de danse, en dansant souplement ou en sautillant. La lenteur est aussi affaire d’habiter le son, l’ennui gagne Ă  la place de la mĂ©lancolie dans l’Andante sostenuto de la D.960. Les effets pianistiques Ă  la longue se rĂ©pĂštent de sophistiquĂ©s deviennent 
 lassants. Volodos est un pianiste aux moyens considĂ©rables mais il se prĂ©sente ce soir dans un programme peu adaptĂ© ; dans lequel ses manques interprĂ©tatifs sont trop criants Ă  notre goĂ»t. Peut ĂȘtre nos attentes dans Schubert sont elles trop hautes ? Adam Laloum la veille nous avait pourtant comblĂ©. Vu le nombre de bis offerts, le public et le pianiste ont Ă©tĂ© heureux de ce partage de grande virtuositĂ©. La variĂ©tĂ© des goĂ»ts et des styles, c’est cela la marque de ce grand festival international. Ce soir a Ă©tĂ© celui de la plus haute virtuositĂ© pianistique.

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Compte-rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur D.959 ; Sonate n°23 en si bĂ©mol majeur D.960 Arcadi Volodos, piano.

Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. F. Chopin. W. A. Mozart. Nelson Goerner, piano. Sinfonia Varsovia. L. Kuokman

Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. F. Chopin. W. A. Mozart. Nelson Goerner, piano. Sinfonia Varsovia. L. Kuokman. Ces deux concerts sont appelĂ©s Nuit Chopin par les organisateurs. Le gĂ©nie a Ă©tĂ© foudroyĂ© dans le cas de Chopin mort Ă  39 ans comme de Mozart mort Ă  35 ans, la grĂące personnelle de chacun des compositeurs, pianistes de grand talent tous deux, l’amour que leur conservent interprĂštes comme public, la qualitĂ© des interprĂštes fait de ce concert un moment privilĂ©giĂ© auquel un public particuliĂšrement nombreux (il ne restait pas une place libre) a fait honneur.

Nelson Goerner Ă  la Roque : nuit de rĂȘve


GOERNER NELSON piano portrait par classiquenews 200x200_nelson_goernerLe pianiste argentin Nelson Goerner est un admirable interprĂšte de Chopin reconnu dans le monde entier (un prochain rĂ©cital discographique chez Alpha sera Ă©ditĂ© d’ici l’hiver 2017 : des Nocturnes au toucher et au galbe envoĂ»tant 
prochaine critique sur classiquenews). Ce soir dans les deux concertos de Chopin, jouĂ©s par cƓur (et comment !)  il confirme son style idĂ©al, ses qualitĂ©s techniques Ă©blouissantes, sa musicalitĂ© poĂ©tique. La simplicitĂ© de son jeux sa «modestie» sont particuliĂšrement Ă©mouvantes. Mais c’est surtout son legato qui dans chacun des mouvements lents rend le parfait hommage attendu aux Primas Donnas romantiques. Un pianiste qui sait chanter ainsi, sur les ailes de papillons, qui trille avec cette sensibilitĂ©, il n’y en pas eu beaucoup. Le temps suspendu a Ă©tĂ© magique dans le Larghetto du deuxiĂšme concerto. Le mĂȘme chant Ă©perdu et ses trilles sublimes se sont retrouvĂ©s dans le Nocturne opus posthume offert en bis (jouĂ© et enregistrĂ© dans l’album Chopin Ă  paraĂźtre
).
UN PIANISTE, UN CHEF
 DUO DE RÊVE A LA ROQUE
 CotĂ© soliste, nous avons Ă©tĂ© Ă©blouis par des fulgurances et des moments de pures rĂȘves poĂ©tiques. Les capacitĂ©s techniques hors normes mises au service de l’émotion auraient dĂ©jĂ  suffi au bonheur du public. Mais il faut reconnaitre que la surprise est venue pour nous de la dĂ©couverte d’un chef aussi musicien que le fabuleux pianiste. Lio Kuokman est tout simplement prodigieux de sensibilitĂ© et de vie. Il sourit, jette un Ɠil Ă  chaque musicien et semble toujours en complĂšte communication avec Nelson Goerner. Sa direction est tout simplement franche et directe ; ses gestes sont d’une grande Ă©lĂ©gance. Il semble dire Ă  chaque musicien de lui donner sa plus belle phrase et le rĂ©sultat est admirable. Son bonheur Ă  diriger des partions qu’il semble adorer passe Ă  l’orchestre et ces deux concertos de Chopin qui parfois sonnent un peu pauvre face aux autres concertos romantiques sont brillants sans clinquant, vivant sans frĂ©nĂ©sie, et chantent Ă  perdre haleine. Dans les deux finales, une dimension humoristique est prĂ©sente, et dans cette parfaite  complicitĂ© affirmĂ©e avec l’orchestre et partagĂ©e avec le pianiste, cela donne mĂȘme envie de danser.
Musique du chant et de la danse avec Ă©lĂ©gance et impeccable tenue caractĂ©risent cette trĂšs belle interprĂ©tation des deux uniques concertos de Chopin ce soir Ă  La Roque d’AnthĂ©ron.

Kuokman-conducting-copy300pKUOKMAN JOUE HAFFNER
 Mais sans vouloir contrarier les organisateurs, ce n’est pas seulement Chopin qui a Ă©tĂ© Ă  l’honneur ce soir. En effet la symphonie et l’ouverture de Mozart ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des faire-valoir. Certes le lendemain le dimanche soir a lieu la Nuit Mozart. Pourtant le charme de la direction de Lio Kuokman dans la symphonie Haffner est remarquable. Chaque mouvement parfaitement caractĂ©risĂ©, cette Ă©lĂ©gance du geste rĂ©vĂ©lant un vrai bonheur Ă  faire de la musique avec les musiciens du Sinfonia Varsovia. La noblesse de l’allegro initial sa tenue pleine de charme fait merveille. Puis dans l’andante, cette complicitĂ© avec l’orchestre est une vĂ©ritable fĂȘte. Le menuet est plein d’esprit et de noblesse tout en gardant une grande simplicitĂ©. Quant au final il est pur bonheur et joie.
De l’ouverture de Don Juan si connue et si aimĂ©e, je retiendrai une trĂšs belle thĂ©ĂątralitĂ© de la direction de Lio Kuokman. Un sens du phrasĂ© et des nuances de la plus belle expression. Les instrumentistes de l’orchestre nous ont du long du concert nous ont vĂ©ritablement rĂ©galĂ©s de leurs belles sonoritĂ©s avec des cordes franches et souples, des bois chaleureux, tout particuliĂšrement le basson, des cuivres brillants sans ostentation ; sans omettre la timbale tonique et vive. Cet orchestre est nĂ© en en 1984 sous les encouragements de Yehudi Menuhin (LIRE ici notre compte rendu du GSTAAD Menuhin Festival & Academy, festival 2017, cycle Ă©vĂ©nement dans l’Oberland bernois, territoire du Saanenland, Suisse). A la Roque, grĂące Ă  la prĂ©sence du Sinfonia Varsovia, la grande humanitĂ© de ce musicien unique, violoniste lĂ©gendaire, a laissĂ© son emprunte si belle Ă  cette phalange.  Nul doute que la Nuit du piano avec Anne Queffellec sera inoubliable elle aussi. France Musique diffuse en direct ces deux concerts et il sera possible de les rĂ©Ă©couter durant un mois.

ENCORE NELSON GOERNER… Le genre du concert avec soliste a ses travers. Alors que Nelson Goerner a jouĂ© deux magnifiques concertos, et de quelle maniĂšre, le public insensĂ© dans son vouloir toujours plus, a obtenu nous l’avons dit un rappel du rĂȘve Ă©veillĂ© et chantĂ© avec le Nocturne Posthume. Mais afin de souscrire Ă  l’enthousiasme du public qui veut toujours plus et plus sensationnel, Nelson Goerner a jouĂ© de maniĂšre lyrique et poĂ©tique, l’étude folle pour la seule main gauche op. 36 de Felix Blumenfeld. Satisfait de cette sorte de pied de nez plein d’esprit, Nelson Goerner a saluĂ© avec un large sourire. La joie de faire de la belle musique en si belle compagnie restera au centre de cette soirĂ©e de rĂȘve.

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Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur op.11 et n°2 en fa mineur op.21 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°35 en rĂ© mineur K. 385 « Haffner » ; Ouverture de Don Juan ; Nelson Goerner, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction musicale, Lio Kuokman.

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2017. Bach, Chopin
 Nelson Freire, piano.

freire-nelson-piano-majeur-par-classiquenews-BRAHMS-nelson-freire-piano-decca-par-classiquenews-critique-annonce-et-review-cd-CLIC-de-classiquenews-ete-aout-2017-500x500Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran, le 14 aoĂ»t 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano. Dans une maturitĂ© jupitĂ©rienne et fraternelle, le pianiste brĂ©silien Nelson Freire prend possession de son piano avec calme et dĂ©termination, semblant d’avantage lui offrir une caresse que jouer, Ă  la maniĂšre du roi de animaux qui se dĂ©saltĂšre le soir venu. La soirĂ©e d’étĂ© Ă©tait chaude dans le parc du chĂąteau de Floran. Le public bondĂ© comprenait bien des jeunes collĂšgues du grand sage. Ce concert admirablement construit nous l’avions entendu et chroniquĂ© Ă  Toulouse au printemps (lire notre compte rendu du 15 mai 2017 Ă  Toulouse, Halle aux grains : « Freire, musicien suprĂȘme »).

 Nelson Freire le félin au soir serein

L’impression de plĂ©nitude est la mĂȘme. La soirĂ©e estivale rend peut-ĂȘtre les choses encore plus belles et prĂ©cieuses. Tant de pianistes entendus en quelques jours sous les cieux provencaux et certains qui ce soir viennent Ă©couter. Ecouter et voir, la modestie de l’artiste immensĂ©ment talentueux ; la beautĂ© de ses mains aux doigts si souples qui semblent sans ossature ; la puissance assumĂ©e sans la moindre violence ; la comprĂ©hension intime de la construction des Ɠuvres ; le rayonnement de l’artiste souriant et heureux de partager de la si belle musique.
Dans Bach, de son piano il obtient des variĂ©tĂ©s de couleurs comme la registration Ă  l’orgue. Mais c’est le chant Ă©perdu de JĂ©sus que ma joie demeure qui dans la transcription de Myria Hesse Ă©meut le plus. L’interprĂšte rend Ă  la Fantaisie en ut majeur de Schumann sa beautĂ© formelle. Le gĂ©nie de Nelson Freire est celui d’un musicien qui obtient de son piano ce qu’il veut. Ici un hymne Ă  l’amour Ă©clatant. Les courtes piĂšces de Villa-Lobos sont transcendĂ©es par une classe incroyable. La troisiĂšme Sonate de Chopin est sous ses doigts si sensibles, un monument proche de la perfection. La souplesse du toucher est un mystĂšre, la forme mĂȘme des doigts est tout de rondeur. La parfaite construction de la Sonate permet un dĂ©ploiement harmonieux de ces vastes proportions sous des doigts si fĂ©lins. Jamais de duretĂ© mĂȘme dans les forte tonitruants, une rapiditĂ© de fusĂ©e que l’Ɠil ne peut suivre dans le scherzo, mais surtout le moelleux du largo est tout Ă  fait voluptueux. Le finale lui est absolument grandiose mais reste Ă©lĂ©gant avec ce prince du piano au souffle gĂ©nĂ©reux. Un grand moment de musique sous le ciel Ă©toilĂ© de la Roque d’AnthĂ©ron ! Avec bonhommie et malice Nelson Freire offre trois bis au public enchantĂ©. Une Mazurka de Chopin, un tango d’Albeniz et l’inĂ©narrable marche des noces de Grieg extraite des piĂšces lyriques.

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Compte-rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 14 aoĂ»t 2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750)/Alexander Siloti : PrĂ©lude en sol mineur pour orgue, BWV 535 ; J. S. Bach/Ferruccio Busoni : Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ, BWV 639 ; Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist, BWV 667 ; J. S. Bach / Myra Hess : « JĂ©sus que ma joie demeure ». Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur, opus 17. Heitor Villa-Lobos (1887-1957) : 3 piĂšces de A Prole do BebĂȘ : Branquinha, A.Pobrezinha, Moreninha ; Bachianas Brasileiras nÂș 4, PrelĂșdio.   FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58. Nelson Freire, piano.

BRAHMS nelson freire piano decca par classiquenews critique annonce et review cd CLIC de classiquenews ete aout 2017 500x500NOUVEAU CD CHEZ DECCA… ce 25 aoĂ»t 2017. Nelson Freire fait paraĂźtre un nouvel album dĂ©diĂ© Ă  Johannes Brahms… CD, Ă©vĂ©nement, annonce. BRAHMS par Nelson Freire (1 cd Decca). HARMONIES DU SOIR, SYMPHONIES VOILEES. EFFUSION TRAGIQUE
 prochaine critique complĂšte dan sel mag cd dvd livres de classiquenews en septembre 2017

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane,le 13 aoĂ»t 2017. F. Mompou. M. de Falla… Luis Fernando PĂ©rez, piano

Compte-rendu, concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 13 aoĂ»t 2017. F. Mompou. M. de Falla. E. Granados, I. AlbĂ©niz . Luis Fernando PĂ©rez, piano. Espagnol jusqu’au bout des ongles, Luis Fernando PĂ©rez est un artiste unique qui ne cesse d’émerveiller le public du monde entier en interprĂ©tant les compositeurs les plus rares de la pĂ©ninsule ibĂ©rique mais il excelle Ă©galement plus classiquement dans Chopin. Ses enregistrements espagnols de Padre Soler en passant par Granados et De Falla nous ravissent avec un tout nouveau CD consacrĂ© Ă  Mompou qui est une pure merveille. Loin des oppositions rĂ©gionales, il enseigne Ă  Madrid et Barcelone.

 

PĂ©rez ou le mouvement fait piano

 

 

PEREZ Luis piano par classiquenews_luis_fernando_perez rĂ©cital dans le trĂšs gracieux cadre du cloĂźtre de l’Abbaye de Silvacane affichait complet. Voir ce diabolique pianiste jouer est un spectacle enthousiasmant. La quarantaine flamboyante, Luis Fernando PĂ©rez prend possession de l’espace autour de lui et nul ne sait si ses mains sont deux ou plusieurs ni comment il entre et sort du piano Ă  volontĂ©. Ce qui est certain c’est que dĂšs son arrivĂ©e au piano, il est habitĂ© par la musique complexe et un peu difficile d’accĂšs de Mompou ; nous sommes entrainĂ©s avec sa fougue dans un univers de danses, de gestes et de mouvements ondulants irrĂ©sistibles. La musique de Mompou est complexe en ce qu’elle va Ă  l’essentiel et Ă©limine le superflu pianistique. Musique d’ambiance qui vĂ©hicule la vie mĂȘme en ses Ă©lĂ©ments disparates mais tous importants, sans enchainements logiques. Puis Granados nous fait entrer dans une Espagne populaire revue par une intelligence rare et magnifiĂ©e en rythmes et couleurs Ă©blouissantes. De Falla avec son Amour sorcier (El Amor Brujo) fait du piano une scĂšne de thĂ©Ăątre complĂšte.
Rien jamais n’est statique, tout est mouvement chez Luis Fernando PĂ©rez, capable de terminer un trait incroyablement fulgurant d’une main crochue. Il se fait un jeu d’enfant des superpositions les plus audacieuses, des contre-temps les plus imprĂ©visibles, des nuances fulgurantes les plus extrĂȘmes et des harmonies les plus inattendues qui sont la vie mĂȘme. Les couleurs sont saturĂ©es ou diaphanes et les phrases prĂ©cises ou alanguies Ă  souhait. C’est sa main gauche qui peut avoir une implacabilitĂ© diabolique, la main droite semblant danser au bord de l’abime avec une grĂące infinie. Luis Fernando PĂ©rez fait sienne la technique redoutable, joue sur les ambiances les plus contrastĂ©es, les couleurs vont du plus inquiĂ©tant au plus lumineux, sans nous laisser reprendre haleine. La danse rituelle du feu qui conclue la suite de l’Amour sorcier est un embrasement d’une fulgurance pianistique rare. Navarra d’Albeniz conclut ce rĂ©cital incroyable avec panache et Ă©lĂ©gance. Le jeu physique de Luis Fernando PĂ©rez est unique et la poĂ©sie forte qu’il incarne avec brio, reste dans les mĂ©moires comme un moment de totale fulgurance. Un grand artiste, trĂšs incarnĂ©, qui symbolise la beautĂ© et la puissance d’expression de son Espagne natale comme personne aujourd’hui et avec une joie de vivre communicative.

 

 

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Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 13 aoĂ»t 2017.Federico Mompou (1893-1987) : ScĂšnes d’enfant, cris dans la rue ; Enrique Granados (1867-1916) : Danses sur des thĂšmes populaires espagnols, ext. ; Manuel de Falla (1876-1916) : L’amour sorcier, suite pour piano ; Isaac AlbĂ©niz (1860-19090) : Navarra ; Luis Fernando PĂ©rez, piano.

 

 

Compte-rendu, concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane,le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum. A 30 ans, le pianiste Adam Laloum est un musicien qui atteint une profondeur d’interprĂ©tation incroyable. Je dis musicien car j’ai eu la chance de l’entendre en tant que chambriste, soliste avec orchestre et en rĂ©cital. Ses enregistrements sont extrĂȘmement Ă©quilibrĂ©s entre musique de chambre, avec en particulier le Trio « Les esprits » et de trĂšs beaux rĂ©citals. Sa qualitĂ© d’écoute est sidĂ©rante, dĂ©passant largement celle d’un simple pianiste. C’est au cours de ce rĂ©cital de piano dans l’intimitĂ© du CloĂźtre de l’Abbaye de Silvacane que sa fine musicalitĂ© a semblĂ© se dĂ©velopper davantage. La disposition du piano de biais dans un coin dĂ©gage pour une partie du public, la vue des mains, le visage de profil et pour l’autre le visage du pianiste de face. Le pianiste et son instrument sont donc comme protĂ©gĂ©s par cette encoignure. J’ai vu ses mains et ses mouvements crĂ©ant l’intimitĂ© avec le piano : c’est beau.  Mais je crois que le plus Ă©mouvant est la vision de son regard quand il joue. Ce regard vient des profondeurs et va loin.

Adam Laloum en maßtre des émotions partagées

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursEt si l’émotion qui naĂźt Ă  l’écoute de son rĂ©cital est si particuliĂšre, je crois que c’est bien ce regard intĂ©rieur, et qui nous entraine si loin, qui la rend si forte. Je ne parlerai pas de piano, les ingrĂ©dients de sa pĂąte sonore sont de grande qualitĂ©, ses couleurs variĂ©es, ses nuances creusĂ©es et ses phrasĂ©s, trĂšs bien conduits au plus profond des phrases. La facultĂ© qu’il a d’habiter les silences, de laisser vivre le son jusqu’à son terme avec respect avant de reprendre
 est une qualitĂ© bien plus prĂ©cieuse encore. Toute l’organisation des plans sonores est d’une grande lisibilitĂ©. Ce qui touche tant le public est probablement cette maniĂšre d’ĂȘtre invitĂ© si intimement Ă  partager sa vision poĂ©tique et son interprĂ©tation si profondĂ©ment humaniste des messages du compositeur.
Des deux sonates de Beethoven, « la PathĂ©tique » et la « Waldstein », je voudrais dire combien c’est le dernier mouvement de la « Waldstein » qui m’a bouleversĂ©. Adam Laloum prend tout son temps et met le poids qu’il convient dans l’Adagio molto pour crĂ©er un monde sombre, complexe dans ses harmonies riches, et qui contient bien des douleurs. Une pĂąte admirablement souple et lourde qui bouleverse par des irisations pĂ©nĂ©trantes. La sublime mĂ©lodie du dernier mouvement naĂźt de cette ombre si complexe pour apporter la lumiĂšre de l’espoir. En qualitĂ©, cet espoir quasi dĂ©lirant est la mĂȘme que celui de Florestan au fond de son cachot. Cet espoir que chacun veut entrevoir, mĂȘme dans la plus grande terreur. Tout est ensuite une construction de la volontĂ© arquĂ©e vers cet idĂ©al de beautĂ© et de lumiĂšre. Le bonheur menacĂ© bien souvent mais qui est rĂȘvĂ© profondĂ©ment avant d’ĂȘtre entrevu et saisi de justesse. La suprĂ©matie du sens sur le simple son est comme une Ă©vidence merveilleuse. La partie centrale fuguĂ©e est d’une force de conviction incroyable. Adam Laloum en sort lui-mĂȘme transfigurĂ©, le public abasourdi par ce chemin victorieux, mais de peu, vers la lumiĂšre lui fait un vĂ©ritable triomphe.
La suite du programme est de la mĂȘme eau. Celle du compagnonnage dans le monde si extraordinairement poĂ©tique du Schubert des derniĂšres Sonates. Justement dans la D.958, le chant est partout, les rythmes sont d’une Ă©lĂ©gance rare et le tout est d’une impression d’évidence. Et toujours cette maniĂšre unique de respecter le son avec des silences si habitĂ©s. TrĂšs reconnaissant pour ce merveilleux voyage le public a applaudi chaleureusement le musicien Ă©puisĂ© mais heureux qui a encore sacrifiĂ© aux bis
 toujours avec  Schubert !

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Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 8 en ut mineur op.13 « PathĂ©tique » ; Sonate n°21 en ut majeur op. 53 « Waldstein ». Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°21 en ut mineur D.958. Adam Laloum, piano.

Compte-rendu concert. Chorégies 2017. Orange. Théùtre Antique, le 4 août 2017.  G. Holst : Les PlanÚtes. Orchestre National de France. Jesko Sirvend.

IMG_1377Compte-rendu concert. ChorĂ©gies 2017. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 aoĂ»t 2017.  G. Holst : Les PlanĂštes. Orchestre National de France. Jesko Sirvend. Belle idĂ©e de proposer au public un concert sous les Ă©toiles du ciel provençal avec la musique des PlanĂštes de Gustav Holst. Le public certes moins nombreux que pour Aida est venu emplir confortablement le vaste thĂ©Ăątre Ă  cette invitation. La projection d‘images est en fait un film construit et ce concert est d’avantage apparentĂ© Ă  un cinĂ©-concert de grand luxe, qu’à une projection grandiose sur la totalitĂ© du Mur antique. Le film amĂ©ricain mettant en mouvement des images de la NASA est en fait un peu trop sĂ©rieux et scientifique et manque de poĂ©sie. Pas une image qui ne vient changer l’ordonnancement exact des PlanĂštes. Et la taille de l’image est parfois trop Ă©troite pour contenir la planĂšte alors que le mur est si vaste.
C’est donc l’Orchestre National de France avec une splendeur sonore de chaque instant qui a fait souffler le vent Ă©pique, a diffusĂ© la grĂące subtile, a susurrĂ© l’étrangetĂ© envoĂ»tante ou a su faire exploser les bulles de l’espiĂšglerie, sans oublier de faire sonner fortissimo la splendeur de Jupiter. La direction de Jesko Sirvend est riche en subtilitĂ©s. Le chef allemand connaĂźt la partition par cƓur et la dirige en semblant donner Ă  chaque instrumentiste de l’orchestre, la clef qui lui permet des sonoritĂ©s somptueuses dans des phrasĂ©s ailĂ©s et confortables. Les nuances sont subtilement amenĂ©es et l’acoustique du ThĂ©Ăątre Antique permet une Ă©coute attentive et dĂ©licate.
Un bien beau concert qui a permis de dĂ©guster les sonoritĂ©s chaudes des bois, Ă©thĂ©rĂ©es des flĂ»tes, rutilantes des cuivres, et des cordes absolument lumineuses et profondes. N’oublions pas les percussions trĂšs fĂȘtĂ©es par la brillante orchestration de Holst. Ni la subtilitĂ© des deux harpes.
La trop courte intervention des chƓurs fĂ©minins en final, et hors vue, a apportĂ© une magie subtile qui termine avec une impression d’inachevĂ© et de plĂ©nitude ce voyage parmi les planĂštes sƓurs de notre terre dans notre systĂšme solaire.
En bis le chef a proposĂ© une orchestration, peut ĂȘtre une peu solennelle, de Clair de Lune de Debussy. D’autant plus en situation que notre beau satellite dĂ©laissĂ© par Holst dans sa suite prĂ©parait sa sensuelle plĂ©nitude dans le ciel nocturne et caniculaire.

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Compte-rendu concert. ChorĂ©gies 2017. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 aoĂ»t 2017. Gustav Holst (1874-1934) : Les PlanĂštes, Suite pour grand orchestre en sept mouvements. ChƓurs d’Angers-Nantes OpĂ©ra ;  ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon ; Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti ; Orchestre National de France ; Direction Musicale : Jesko Sirvend.

Compte rendu, opéra. Orange. Chorégies 2017. Théùtre Antique, le 2 août 2017. VERDI : Aida . Rachnelishvili, Arrivabeni,Fourny.

LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi Compte rendu,  opĂ©ra. Orange. ChorĂ©gies 2017. ThĂ©Ăątre Antique, le 2 aoĂ»t 2017. VERDI : Aida .  Rachnelishvili, Arrivabeni,Fourny. Une soirĂ©e aux ChorĂ©gies d‘Orange est toujours un moment d’exception. Partager avec 8500 spectateurs, les Ă©motions d’un trĂšs grand opĂ©ra est un moment inoubliable. Savoir qu’un risque pĂšse sur l’avenir de ces ChorĂ©gies qui datent de la fin du XIXe siĂšcle est insensĂ© en 2017. Il paraĂźtrait que les banques ne veulent pas soutenir cette entreprise pourtant si peu subventionnĂ©e et forte pour la cohĂ©sion sociale.  Car les ChorĂ©gies font de grands efforts pour accueillir un large public bien au delĂ  des maisons d’opĂ©ra traditionnelles. Le public est multicolore, passionnĂ©, il a une qualitĂ© d’écoute incroyable. La magie de l’acoustique des lieux force l’ admiration. Radios et tĂ©lĂ©visions diffusent les spectacles sur la planĂšte entiĂšre.

 

 

 

Triomphe d’Amneris

 

aida-choregies-orange-amneris-fabuleusement-captivante-critique-par-classiquenews

 

 

Aida est certainement le chef-d’Ɠuvre de Verdi qui est le plus Ă  son aise dans ce lieu mythique. Nous avons eu la chance de le voir reprĂ©sentĂ© ici Ă  plusieurs reprises.
Si cette production n’est pas la plus parfaite elle ne manque pas de
 grandes qualitĂ©s. Tout d’abord il faut peut-ĂȘtre oser changer le titre de l’opĂ©ra et mettre en lumiĂšre la fabuleuse princesse Amneris d’Anita Rachnelishvili. Les Français connaissent bien cette fabuleuse mezzo-soprano Ă  la voix magnifique et au jeu profond qui les a envoĂ»tĂ©s avec en particulier une Carmen magnifique Ă  Bastille et une Dalila sensuelle et vĂ©nĂ©neuse. Son Amneris est incroyablement juste. Jamais l’ amour total de cette jeune femme n’a eu cette Ă©vidence. Son imploration Ă  l’amour est faite d’une voix cĂ©leste de douceur. Dans sa colĂšre, l’amour blessĂ© sourd et face Ă  sa rivale, elle reste noble et respectueuse. Dans le dernier duo avec RadamĂšs, le jeux est admirable et lorsqu’elle se retrouve implorante Ă  ses pieds sa souffrance Ă  ĂȘtre dĂ©daignĂ©e est poignante. La voix de la mezzo soprano gĂ©orgienne est immense et capable de nuances subtiles. Les couleurs sont d’une richesse incroyable. Et la fluiditĂ© de ses phrases chantĂ©es avec dĂ©licatesse, est un vrai rĂ©gal. Son incarnation de la princesse Amneris est complĂšte et subtile loin de la virago trop souvent entendue.

 

Sa rivale, Aida, est incarnĂ©e par la jeune soprano amĂ©ricaine Elena O’ Connor. Son physique fragile et noble et son jeu sont envoĂ»tants. La voix est encore trop jeune pour ce rĂŽle mais on devine des moyens adĂ©quats en devenir et qui s’épanouiront dans un autre lieu et avec une direction musicale plus attentive. Rendons hommage Ă  cette artiste trĂšs courageuse qui a sauvĂ© la production in extremis. Accepter une prise de rĂŽle si risquĂ©e Ă  Orange est remarquable. Marcelo Alvarez est un RadamĂšs un peu fruste scĂ©niquement et vocalement. La lumiĂšre de son timbre de rĂȘve donne de la jeunesse Ă  l’ amoureux et il semble s’en contenter. Mais son art plus subtile se rĂ©vĂšle dans le dernier acte, oĂč face aux deux femmes de sa vie : Amneris qu’il dĂ©daigne et Aida qui devient son unique obsession, le gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien chante et joue avec intensitĂ©. L’Amonastro de Quinn Kelsey est vocalement et scĂ©niquement Ă  la hauteur de ce rĂŽle tout d’une piĂšce, machine Ă  briser la vie autour de lui. La belle voix du baryton hawaĂŻen s’Ă©panouit dans les emportements et les fulgurances du bord du Nil. Le grand prĂȘtre de Nicolas Courjal est impressionnant d’autoritĂ©. Le messager de Remy Mathieu a une belle prĂ©sence vocale et en quelques mots fait naĂźtre une vĂ©ritable Ă©motion. La grande prĂȘtresse de Ludivine Gombert est trĂšs belle et sa voix passe bien avec un effet de lointain trĂšs subtilement rendu avec les harpes psalmodiant. Seul le Roi totalement hors propos est Ă  oublier.
L’admirable travail des chƓurs sous la coordination de Stefano Visconti permet une puissance vocale qui force l’admiration. La rĂ©union de quatre choeurs d’opĂ©ra en une entitĂ© parfaite reste l’une des magie des ChorĂ©gies. L’ Orchestre National de France a  étĂ© dans un grand soir avec des violons divins et des bois trĂšs Ă©mouvants. Tout particuliĂšrement le hautbois de Nora Sismondi et les quatre flĂ»tes sans oublier la clarinette basse de Renaud Guy-Rousseau. La parfaite acoustique du ThĂ©Ăątre antique a permis de se dĂ©lecter des sonoritĂ©s si belles de l’orchestre.

La direction de Paolo Arrivabeni ne nous a pas convaincu. Il a semblĂ© concentrĂ© sur la splendeur de son orchestre sans faire ce lien si fondamental avec le plateau. Insensible aux chanteurs, il a par sa rigiditĂ© Ă  maintenir un tempo lent mis en difficultĂ© Marcelo Alavares dĂšs son redoutable « Celeste Aida ». Le stress perceptible chez le tĂ©nor l’a mis en grande difficultĂ©. Le chef s’est rĂ©vĂ©lĂ© Ă©galement sans soutien pour la fragile Aida d’ Elena O’ Connor. Jamais il n’a cherchĂ© Ă  adapter les nuances de son orchestre aux voix. À Orange, c’est criminel. Quelle pitiĂ© alors qu’Aida marche sur le tour de l’orchestre et vient chanter Ă  cĂŽtĂ© du chef «  Patria mia » de constater le peu d’empathie du chef, son absence de phrasĂ©s commun et pour finir ne pas lui permettre de s’Ă©panouir sur son contre ut. Rudes moments que ce chef a imposĂ© aux chanteurs, lui toujours rivĂ© Ă  sa partition et son tempo !
La mise en scĂšne de Paul-Émile Fourny joue sur deux Ă©poques. Cela lui permet de rendre hommage Ă  Mariette l’égyptologue qui a inventĂ© le scĂ©nario. Cela n’est pas une nouveautĂ© mais fonctionne bien. Les dĂ©cors et les costumes de Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini sont Ă©lĂ©gants et le mĂ©lange du XVIII iĂšme siĂšcle prĂ©-napolĂ©onion  et de l’ antique Ă©gyptien gĂ©nĂ©rique est pertinent.
Les lumiĂšres de Patrick MĂ©eĂŒs sont trĂšs efficaces et belles, du grand soleil du triomphe Ă  la dĂ©licate nuit du bord du Nil.
La chorĂ©graphe de Laurence May-Bolsingner propose des choses intĂ©ressantes dans le refus d’antiquisation et cet univers du retour d’Egypte Ă  Paris. Le ballet des soldats napolĂ©oniens rĂ©duits Ă  des automates sent l’ antimilitarisme mais en quoi cela soutient t-il le propos de l’opĂ©ra ?

L’Aida 2017 des ChorĂ©gies restera celle d’Amneris dans l’interprĂ©tation trĂšs subtile d’Anita Rachnelishvili en une incarnation tout Ă  fait inoubliable.

 

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Compte rendu opĂ©ra. Orange. ChorĂ©gies 2017. ThĂ©Ăątre Antique, le 2 aoĂ»t 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : AĂŻda, OpĂ©ra en quatre actes, livret d’Antonio Ghislanzoni d’aprĂšs une intrigue d’ Auguste-Edouard Mariette, crĂ©e au Caire, opĂ©ra khĂ©dival le 24 dĂ©cembre 1871. Mise en scĂšne : Paul-Émile Fourny ; ScĂ©nographie : Benoit Dugardyn ; Costumes : Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini ; LumiĂšres : Patrick MĂ©eĂŒs ; ChorĂ©graphie : Laurence May- Bolsingner ; Le Roi d’Egypte : JosĂ© Antonio Garcia ; AmĂ©ris , sa fille : Anita Rachnelishvili ; Aida : Elena O’ Connor ; RadamĂšs : Marcelo Alvarez ; Ramfis : Nicolas Courjal ; Amonastro : Quinn Kelsey ; Un messager : Remy Mathieu ; La voix de la Grande PrĂȘtresse : Ludivine Gombert ; ChƓurs d’ Angers-Nantes OpĂ©ra ;  ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’ OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon ; Ballet du Grand OpĂ©ra Avignon ; Ballet de l’ OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz ; Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti ; Orchestre National de France ; Direction Musicale : Paolo Arrivabeni.

Photo : Philippe Gromelle

Compte-rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 juin 2017. Meyerbeer : Le ProphÚte. Claus Peter Flor / Stefano Vizioli.

_B6I5955Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, Meyerbeer : Le ProphĂšte. Jusqu’au 2 juillet. Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. Pour terminer la saison 16-17, prĂ©senter un ouvrage rare, oubliĂ© et dĂ©criĂ© Ă©tait un pari osĂ©. Nombreux sont ceux qui sont venus, et de loin, pour voir le chef d’Ɠuvre de Meyerbeer si rarement montĂ© aujourd’hui. Le Grand OpĂ©ra Ă  la française au milieu du XIXĂšme siĂšcle s’est imposĂ©, on le sait Ă  Rossini, Ă  Verdi et mĂȘme Ă  Wagner. On ne mesure probablement pas ce que pouvait reprĂ©senter ces canons de beautĂ© reconnus dans le monde comme un sommet de l’art, et pourtant cela a Ă©tĂ© le cas. Et  ce ProphĂšte a Ă©tĂ© encensĂ© par la critique et portĂ© aux nues par un public longtemps renouvelĂ©. Nul ne sait l’avenir pour cette partition fleuve dont nous avons eu une version quasi intĂ©grale avec les ballets ! Ce soir elle a entrainĂ© le public vers l’enthousiasme.

 

 

Pari réussi au Capitole :
Le ProphÚte est un triomphe !

 

 

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Le maĂźtre d’Ɠuvre le plus important est le chef, Claus Peter Flor, Ă  la tĂȘte d’un orchestre du Capitole galvanisĂ© par le dĂ©fi. La direction, vive et contrastĂ©e du chef allemand est une vĂ©ritable cure de jouvence pour la partition si riche de Meyerbeer. Le style musical est retrouvĂ© par Claus Peter Flor et
 la messe est dite. Les chƓurs et les chanteurs, tous de se sentir soutenus par des sonoritĂ© si belles, des accents vigoureux, des phrasĂ©s larges, des couleurs inouĂŻes et des nuances subtiles, n’ont plus qu’à chanter de leur mieux. Et c’est ainsi tout simplement que cela c’est passĂ©. Chaque chanteur a donnĂ© le meilleur de sa voix, et nous dĂ©crirons leur splendeur, le chƓur a nuancĂ© ses parties avec art, avec une mention particuliĂšre pour l’intervention de la maĂźtrise qui crĂ©e un moment de pure magie. Le chant a rĂ©gnĂ© en maĂźtre.

 
 

 

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Le rĂŽle Ă©crasant de Jean, le ProphĂšte, exige un tĂ©nor lumineux capable de manier la foule et d’ĂȘtre un chef de guerre, comme d’ĂȘtre plein de tendresse filiale. Il doit possĂ©der une quinte aiguĂ« trĂšs sollicitĂ©e et un usage parfait de la voix mixte. Il y bien peu de prĂ©tendants au trĂŽne ! L’amĂ©ricain John Osborn est tout simplement parfait. Sa prestance physique et vocale impressionne. Les prouesses vocales, avec une note tenue puis enflĂ©e dans le grand final, mĂ©riteraient d’ĂȘtre dĂ©taillĂ©es. On ne peut que conseiller d’aller en salle vivre l’effet de cette voix de tĂ©nor dans un rĂŽle Ă  sa mesure, il est fantastique.

La FidĂšs de Kate Aldrich est vocalement Ă©patante, sonore sur toute la tessiture meurtriĂšre. N’oublions pas que ce rĂŽle (la mĂšre du ProphĂšte Jean) a Ă©tĂ© Ă©crit sur mesure pour Pauline Viardot ! Kate Aldrich a toutes les notes du rĂŽle sur un ambitus dĂ©passant largement une voix de mezzo-soprano. Dans le duo avec Berthe, la rencontre des harmoniques des deux voix produit un effet incroyable. Face Ă  son fils, elle est aussi vaillante vocalement que le tĂ©nor. Du grand, de l’immense chant, dĂ©ployĂ© avec opulence.

Mais c’est peut ĂȘtre la fiancĂ©e de Jean, Berthe, incarnĂ©e par Sofia Fomina qui fera l’effet le plus Ă©mouvant sur le public. Voix de soprano qui Ă©clate d’un brillant solaire avec des harmoniques d’une profondeur rare. L’engagement de la soprano russe est total et avec une telle Ă©nergie ; elle met son rĂŽle presque Ă  Ă©galitĂ© avec le couple mĂšre-fils infernal. Cette voix qui a Ă©tĂ© Reine de la Nuit et Zerbinetta a un brillant dans les aigus qui enrichi de lumiĂšre toute la tessiture mais le medium et le grave ont une assise harmonique d’un moelleux superbe. L’homogĂ©nĂ©itĂ© du timbre est merveilleuse. Elle pousse jusqu’au sacrifice une Ă©nergie de vie, un Ă©lan juvĂ©nile qui contraste magnifiquement avec la noirceur de l’histoire.

Dans cet opĂ©ra, le rĂŽle du mĂ©chant est un trio d’Anabaptistes des plus effrayants. Mikeldi Atxalandabaso en Jonas, Thomas Dear en Mathisen et Dimitry Ivashchenko en Zacharie, sont tous trois superbes ; ils s’imposent mĂȘme face aux autres grands rĂŽles dans les ensembles. Ce qui crĂ©e une Ă©mulation des plus excitantes. Les autres rĂŽles tous issus des chƓurs du Capitole sont absolument incroyables de prĂ©sence vocale dans un environnement si superlatif. Seul Leonardo EstĂ©vez en Comte d’Oberthal est un peu pĂąle. Impeccablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, la MaĂźtrise et le ChƓur sont magnifiques : ils ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ovation particuliĂšre et bien mĂ©ritĂ©e du public.

 

 

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La mise en scĂšne de Stefano Vizioli est trĂšs habile. FidĂšle aux didascalies, elle simplifie et va Ă  l’essentiel afin de dynamiser le jeu. Le rĂ©sultat de ce travail en profondeur est lisible et fluide. Tout respecte voir ennoblit la musique. Il a renoncĂ© Ă  grimer la belle et jeune Kate en vieille mĂšre. Cela rend le couple mĂšre-fils encore plus Ɠdipien 

Les dĂ©cors d’ Alessandro Ciammarughi, sont tour Ă  tour Ă©mouvants (le blĂ© de l’acte un), majestueux (le Sacre) ou terrible (les pendus, le cachot), enfin le bĂ»cher final est superbe. Les lumiĂšres de Guido Petzold sont admirables de rĂ©alisme comme de fantastique, sculptant l’espace avec intelligence. Les costumes d’Alessandro Ciammarughi sont subtils et beaux avec des maquillages de morts-vivants pour le dernier acte, trĂšs signifiants.
L’intĂ©gralitĂ© des ballets passe facilement grĂące Ă  une sorte de « pas de coté » humoristique et de bon goĂ»t. Les patins deviennent patin Ă  roulette et le ballet avec des costumes mĂȘlant des Ă©lĂ©ments contemporains stimule l’esprit. Excellent travail du chorĂ©graphe Pierluigi Vanelli.
Cette fresque historique, non sans grandiloquence, repose sur une histoire vĂ©ridique de la RĂ©forme et dit combien, en s’opposant aux injustices sans pondĂ©ration, l’excĂšs de recherche de justice crĂ©e le pire et se retourne contre les auteurs. Le rĂŽle du peuple si cruel et manipulable est bien rendu. Il n’y a point de salut dans le fanatisme. Belle leçon intemporelle pour la mesure Ă  garder toujours.
Obtenir un vĂ©ritable succĂšs public avec un decorum aussi complexe n’était pas affaire facile. Les forces capitolines reposant sur une distribution internationale de grandes voix, grĂące au sur-titrage habile, et avec le meilleur orchestre de fosse possible, ressuscitent avec Ă©clat, la splendeur du Grand OpĂ©ra Ă  la française du XIXĂšme siĂšcle. Encore Ă  l’affiche du Capitole jusqu’au 2 juillet 2017.

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 13 juin 2017. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Le ProphĂšte, OpĂ©ra en cinq actes sur un livret d’EugĂšne Scribe crĂ©Ă© le 16 avril 1849 au ThĂ©Ăątre de la Nation (OpĂ©ra de Paris, salle Le Pelletier). Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Alessandro Ciammarughi, dĂ©cors et costumes. Guido Petzold, lumiĂšres. Pierluigi Vanelli, mouvements chorĂ©graphiques. Avec : John Osborn, Jean de Leyde ; Kate Aldrich, FidĂšs ; Sofia Fomina, Berthe ; Mikeldi Atxalandabaso, Jonas ; Thomas Dear, Mathisen ; Dimitry Ivashchenko, Zacharie ; Leonardo EstĂ©vez, Le Comte d’Oberthal. Orchestre national du Capitole ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani, direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photos:  © P.Nin

 

 

LIRE aussi notre présentation du ProphÚte de Meyerbeer au Capitole de Toulouse

 

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Compte rendu concert. Toulouse, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. A. Laloum / Maxim Emelyanychev, direction.

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction. Voici un concert Ă©vĂ©nement trĂšs rĂ©ussi. Le Rotary International avec tous les clubs de la rĂ©gion toulousaine soutiennent la recherche contre le cancer et concrĂ©tisent leurs actions avec une grande collecte (remise du chĂšque ce soir) et ce concert prestigieux. La municipalitĂ© de Toulouse, l’orchestre et le pianiste Adam Laloum ont offerts leur gĂ©nĂ©reux concours. Le rĂ©sultat est un concert dans lequel l’enthousiasme du public a Ă©tĂ© si grand qu’il a applaudi aprĂšs chaque mouvement. Il faut dire que la fougue juvĂ©nile du jeune chef russe (29 ans) Maxim Emelyanychev, est un spectacle en lui-mĂȘme trĂšs particulier, inhabituellement expressif.

 

 

Pour une grande cause, le meilleur de la Musique

 

 

 

Emelyanychev-Maxim-jeune-maestro-il-pomo-doroLe trĂšs imposant deuxiĂšme Concerto pour piano de Brahms a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© avec puissance et dĂ©termination par l’orchestre sous la direction enthousiaste du jeune maestro. Le pianiste Adam Laloum du mĂȘme Ăąge que le chef, 30 ans, a lui Ă©tĂ© sensible Ă  cet enthousiasme mais a pondĂ©rĂ© dĂšs que possible cette exubĂ©rance orchestrale par des phrasĂ©s d’une grande dĂ©licatesse, et une Ă©coute chambriste trĂšs fine. Il faut dire que ces moments ineffables de musique de chambre du Concerto, - incompris lors de la crĂ©ation, sont Ă  prĂ©sent apprĂ©ciĂ©s Ă  leur juste valeur et aimĂ©s. Depuis le dĂ©but avec le cor magique de Jacques Delplancque, Ă  l’Andante du violoncelle envoĂ»tant de Sarah Iancu dans le troisiĂšme mouvement, ce soir, ils ont Ă©tĂ© inoubliables. Cette Ă©nergie de jeunesse se voit encore d’avantage qu’elle ne s’entend dans la direction du chef russe. Adam Laloum a su affronter sans faillir et par cƓur toutes les difficultĂ©s du trĂšs vaste Concerto. La diversitĂ© des nuances de son jeu restant, ainsi qu’une coloration de peintre, ses plus belles qualitĂ©s. La maĂźtrise technique est impeccable, toujours mise au service de la plus belle musicalitĂ©. Jamais aucune duretĂ©, il a toujours su garder une marge de nuances et de puissance ne faisant jamais sentir l’effort. Une absence d’ostentation, pourtant si chĂšre Ă  tant de pianistes virtuoses, caractĂ©rise le jeu d’ Adam Laloum. Une ovation a Ă©tĂ© faite Ă  ce pianiste toulousain trĂšs aimĂ© sur ses terres.

En deuxiĂšme partie, la SeptiĂšme Symphonie de Beethoven, si bien nommĂ©e “ApothĂ©ose de la danse” par Wagner, a permis Ă  Maxim Emelyanychev (illustration ci dessus) de danser la direction la plus enthousiaste et motrice que j’ai vue dans une symphonie. Comme un Ă©pagneul ivre de libertĂ©, il a su entraĂźner l’orchestre dans cette incroyable interprĂ©tation aux tempi vifs, aux rythmes aigus, au final pourtant  trĂšs maĂźtrisĂ©e. DĂ©cidement, ce jeune prodige dirige aussi bien le rĂ©pertoire baroque que les grandes Ɠuvres romantiques. Mais toujours avec cette Ă©nergie de vie incomparable. Quel enthousiasme!  La vie en sa beautĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e, ainsi pour lutter contre la mort : c’est limpide. Bravo Ă  toutes ces Ă©nergies mises en commun avec brio pour un rĂ©sultat Ă©clatant de vivacitĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Johannes Brahms (1833-1897): Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op.83. Ludwig van Beethoven (1770-1827): Symphonie n°7 en la majeur op.92. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction.