Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi

Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix SacrĂ©es. Pepe Frana. Gabriele Miracle. Fadia Tom El-Hage. Françoise Altan. Patricia Bovi : direction. Trois trĂšs belles voix mais surtout trois grandes Dames Courage. Le dernier concert  des rencontres de Musiques Baroques et Anciennes d’Odyssud Ă  Blagnac a peut ĂȘtre Ă©tĂ© le plus Ă©mouvant de tous ceux auxquels nous avons assistĂ©, en tout cas c’est bien le plus courageux. Ce programme commandĂ© Ă  Patricia Bovi a failli ne pas voir le jour. La premiĂšre devait suivre de quelques jours le terrible attentat de Charly Hebdo. Le courage a permis au Festival d’Anvers de le programmer malgrĂ© le deuil et le choc, au lieu de l’annuler. Ce qui reprĂ©sente un acte d’assurance et de foi dans la culture contre la barbarie. Ce concert  « Voix SacrĂ©es » rĂ©unit donc trois voix de femmes, formĂ©es au chant lyrique, qui ont inventĂ© un voyage Ă  travers la tolĂ©rance et l’amour.

 

Les femmes sont traditionnellement exclues du chant liturgique. Et sur la mĂȘme scĂšne offrir au public un florilĂšge de chants sacrĂ©s et profanes mĂȘlant l’antique, le traditionnel, le savant, le populaire, cherchant et trouvant des connexions Ă  travers le temps et les Trois Livres est une trĂšs belle idĂ©e. L’amour est prĂ©sent avec des similitudes entre le sacrĂ© et le profane dans toutes les langues. Grec, AramĂ©en, Latin, Italien, Arabe, Juif et j’en oublie. Ce voyage dans la profondeur de l’ñme et de la culture humaine a certainement demandĂ© un travail colossal pour arriver Ă  ce degrĂ© d’harmonie et de beautĂ©.

 

Le rĂ©sultat est enthousiasmant. Comme si la spiritualitĂ© et l’humaine chaleur de l’amour de l’autre prenaient le pouvoir grĂące Ă  ces trois artistes et dĂ©passaient ce que les hommes ont fait de la religion en des excĂšs mortifĂšres dont nous n’avons pas fini de payer le prix. Fadia Tomb-Helag, libanaise maronite a cette Ă©lĂ©gance du mot digne de Ferouz ainsi qu‘une chaleur vocale envoĂ»tante. Françoise Altan a une prĂ©sence noble et sa voix sait s‘allĂ©ger pour planer haut. Patricia Bovi qui joue Ă©galement de la harpe porte ce projet de toute sa considĂ©rable Ă©nergie. Elle change de voix selon le style, capable de chanter un Stabat Mater traditionnel corse Ă  l’émotion inoubliable, comme une piĂšce trĂšs savante de Hildegarde Von Bingen. Pourtant ce sont les trois moments musicaux dans lesquels les trois voix se mĂȘlent comme des lianes ou des rubans en une invention de la plus haute poĂ©sie qui sont les plus convaincants. Ainsi le Kyrie Eleison avec des variations vocales surprenantes est un grand moment de joie partagĂ©e avec le public. Il a Ă©tĂ© bissĂ© dans une version encore plus sensuelle. L’attention de chacun dans la vaste Salle d’Odyssud pleine Ă  craquer a crĂ©Ă© un moment de grande Ă©motion. Oui, assurĂ©ment, les femmes et les hommes de Paix sont plus nombreux que les barbares.

Ce concert d’une grande originalitĂ© et d’une parfaite composition sait provoquer une Ă©motion trĂšs particuliĂšre et a conquis partout son public. N’oublions pas de saluer les deux instrumentistes qui sont des artistes exceptionnels car comme les chanteuses ils savent aller dans toutes les directions stylistiques. Pepe Frana sait jouer du Oud, avec ses 1/4 de tons, comme du Luth, qui permet de riches accords, avec un art Ă©gal. Gabriele Miracle sait avec un tact exquis trouver dans chaque piĂšce l’instrument idĂ©al allant chercher dans le monde entier et travers les Ăąges toutes sortes de percussions.

Un trÚs beau concert termine donc les rencontres de Musique Baroque et Ancienne de Blagnac. Son directeur, Emmanuel Gaillard, a su à nouveau programmer des merveilles rares. Le public debout a fait un bel hommage à ce concert de paix, de générosité et de beauté ! Merci et bravo mesdames !

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud. Le 10 Avril 2018. Voix Sacrées. Chants sacrés et profanes en référence aux trois religions, Chrétienne, Juive et Musulmane. Pepe Frana, Oud et Luth. Gabriele Miracle, percussions. Fadia Tom El-Hage, chant. Françoise Altan, chant. Patricia Bovi, chant, harpe et direction.

Liens vidéo vers un concert similaire en Italie

Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon.

mozart wolfgangCompte-rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. MOZART. Requiem. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Que de fois l’écoute du Requiem de Mozart a Ă©tĂ© « agrĂ©mentĂ©e » d’autres Ɠuvres qui ne servaient qu’ Ă  offrir au public une durĂ©e de concert plus habituelle. Pourtant le seul Requiem de Mozart, par une aura inĂ©galĂ©e, attire toujours le public. Cette partition incomplĂšte, l’une des derniĂšres de Mozart, bĂ©nĂ©ficie de son histoire romantique et pourtant c’est bien la qualitĂ© intrinsĂšque de cette musique qui permet une Ă©coute toujours renouvelĂ©e que ce soit en version chambriste, baroque, romantique ou gigantesque. Personne n’a tout Ă  fait raison, ni tout Ă  fait tord dans sa proposition interprĂ©tative. Des ensembles amateurs arrivent mĂȘme a une Ă©motion parfois rarement atteinte ailleurs. RaphaĂ«l Pichon est un chef extraordinaire qui sait rĂ©jouir le public le plus exigeant, par sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa joie Ă  diriger, orchestre, solistes comme chƓurs. Il a su organiser une cĂ©rĂ©monie funĂšbre et maçonnique autours des plus belles pages de musique sacrĂ©e amenant progressivement l’auditeur vers le sublime Requiem.

Mozart : musicien divin, homme de cƓur

Ainsi il est proposĂ© du chant a capella, puis de l’orchestre seul, une cantate pour ChƓur, puis pour ChƓur et un soliste, 
 enfin le Requiem sans temps morts. La cĂ©rĂ©monie est si bien construite si intelligente et si sensuelle que l’émotion ne cesse de croĂźtre tout au long de la soirĂ©e. Le Miserere d’Allegri est en plus une allusion au gĂ©nie du jeune Mozart de 14 ans qui a su retranscrire de mĂ©moire la piĂšce entiĂšre jalousement gardĂ©e au Vatican qui s’en Ă©tait rĂ©servĂ© l’exclusivitĂ©.

La profondeur de la Maurerische Trauermarsch est magnifiĂ©e par un orchestre baroque d’une grande puissance expressive, qui ajoute des couleurs d’une rare profondeur. Saluons la beautĂ© du ChƓur a Capella, capable de nuances subtiles et les voix soliste suraiguĂ«s qui planent sans efforts. Les cantates de Haydn et de Mozart n’atteignent pas Ă  cette profondeur et permettent au public de reprendre son souffle. C’est ensuite le passage sans espace entre le Miserere de Mozart tout de dĂ©licatesse et son Requiem qui autorise Ă  la plus grande Ă©motion. Ce Requiem atteint ce soir au plus haut sublime ainsi prĂ©parĂ©. La direction limpide de RaphaĂ«l Pichon est toute de drame et de bonheur Ă  la fois. La joie du chef Ă  diriger n’a d’égal que le don de chaque musicien et chaque chanteur. Les quatre solistes, ce soir chanteurs de haut rang, sont merveilleux. Les interventions sont bien plus modeste que par exemple dans les grands solos des messes de Mozart; toutefois avoir de si bons chanteurs est comme une nĂ©cessitĂ© tant les interventions sont ainsi sublimes dans leur modestie. L’orchestre est merveilleux de couleurs baroques, de nuances et de parfaite justesse. La timbale en particulier a une prĂ©sence sublime. Chaque instrumentiste fait des merveilles.
C’est toutefois le ChƓur qui avec une ductilitĂ© admirable rĂ©pond Ă  la moindre inflexion de la direction de RaphaĂ«l Pichon. Ce ChƓur est aussi puissant qu’un ChƓur romantique dans les forte, mais ce sont ses murmures qui sont inoubliables. Le Confutatis avec ses contraste abruptes donne le frisson, le Lacrymosa arrache des larmes, Le Rex terrorise.
Vraiment le thĂ©Ăątre Mozartien alliĂ© Ă  la subtilitĂ© de sa musique de chambre trouve ce soir des interprĂštes fabuleux.  La montĂ©e en beautĂ© et en Ă©motion fait exulter le public aprĂšs un long moment de recueillement. RaphaĂ«l Pichon avec sa musicalitĂ© et sa joie Ă  diriger a rassemblĂ© une Ă©quipe parfaitement impliquĂ©e et capable de donner beaucoup d’émotions au public.
La magie de cette partition non terminĂ©e par Mozart a Ă©tĂ© offerte avec beaucoup de gĂ©nĂ©rositĂ©. Un mot sur la version des parties complĂ©tĂ©es par Sussmayer ce soir remplacĂ©es par un compositeur moderne. La science du pastiche de Pierre-Henri Dutron ne dĂ©passe pas le compagnonnage de Sussmayer dont le travail n’a pas Ă  rougir. Il est en tout cas trĂšs intĂ©ressant d’entendre une autre version qui finalement met avant tout en lumiĂšre la beautĂ© inĂ©galable des pages de Mozart.
RaphaĂ«l Pichon nous a proposĂ© une trĂšs belle cĂ©rĂ©monie humaniste, spacialisĂ©e avec art dans la vaste halle-aux-grains pleine Ă  craquer et habituellement peu propice Ă  ce type d’émotions musicales.
Merci aux Grands InterprĂštes d’inviter avec rĂ©gularitĂ© l’intense musicalitĂ© de RaphaĂ«l Pichon et celle de son Ensemble Pygmalion. Ce soir ils ont atteint des sommets.

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Copte rendu. Concert. Toulouse. Halle aux grains, le 14 mars 2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quaerite primum regnum Dei K.86 ; Maurerische Trauermarsch K. 477 (479a) ; Ne pulvis et cinis K. Ahn 122, pour basse solo et chƓur ; Miserere K.90;  Requiem en rĂ© mineur K.626; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere ; Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae. Sabine Devieilhe, Soprano; Sara Mingardo, Mezzo-soprano ; John Irvin, TĂ©nor ; Nahuel di Pierro, Basse ; Pygmalion, ensemble vocal et orchestral ; RaphaĂ«l Pichon, Direction.

Compte-rendu, concert. Blagnac, le 13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions, J-M Andrieu

lĂ©ger, bundgen Landrieu les passions toulouse blagnac concert critique par classiquenewsCompte-rendu, concert. Blagnac.Odyssud, le  13 mars 2018. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger. BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La grande salle d’Odyssud Ă©tait pleine au soir de ce concert des Passions, ensemble venu de Montauban en voisin. Le public ravi et nombreux a fait un vrai triomphe aux artistes. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont su avec un grand art du chant, mettre leur talent au service de l’émotion piĂ©tiste des ces deux trĂšs belles oeuvres dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. La vierge en majestĂ© du Salve Regina de Scarlatti ou la souffrance si poignante de la mĂšre au pied de la croix : bien des Ă©motions traversent ces deux chef-d’Ɠuvre du baroque italien.  Les deux voix se complĂštent bien, l’équilibre dans les duos est admirable. La beautĂ© des voix, la parfaite diction et l’engagement dramatique sont les qualitĂ©s mises en valeur chez nos deux chanteurs. Si La soprano Magali LĂ©ger a une grande palette de couleurs et de nuances, Paulin BĂŒndgen suit fidĂšlement sa partenaire dans la subtilitĂ© des phrasĂ©s sans toutefois l’égaler en variĂ©tĂ© de couleurs. Son timbre droit et homogĂšne peut paraĂźtre monolithique au cours de la soirĂ©e.

La version instrumentale chambriste met en valeur les chanteurs et le drame du texte. Les volutes vocales reposent sur de dĂ©licates phrases des violons et de solides basses. La direction de Jean-Marc Andrieux est pleine de partage et d’élĂ©gance. Le public a Ă©tĂ© conquis par la dĂ©licatesse de cette interprĂ©tation chambriste qui a su trouver sa place exacte dans la vaste salle d’Odyssud grĂące Ă  la trĂšs belle projection des voix de Paulin BĂŒndgen et surtout Magali LĂ©ger. Le Stabat Mater de PergolĂšse restant le chef d’Ɠuvre particuliĂšrement Ă©mouvant d’un compositeur dĂ©cĂ©dĂ© si jeune… Cette interprĂ©tation par Les Passions en magnifie la dĂ©licatesse.

Compte-rendu concert. Blagnac. Odyssud, le 13 mars 2018. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Repin, Orch Nat Capitole / Sokhiev.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Glazounov. Chostakovitch. Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Tugan Sokhiev. Il y a dans l’entrĂ©e en scĂšne de Vadim Repin et Tugan Sokhiev quelque chose de princier chez les deux musiciens, le premier plus lointain, le second trĂšs ouvert Ă  la communication. Avec le Concerto de Glazounov, Vadim Repin domine sans aucune hĂ©sitation dĂšs ses premiĂšres notes, une partition fleuve ouvrant le romantisme et les thĂšmes d’allure populaire vers la musique de film dans une hybridation complexe toujours trĂšs sĂ©duisante. L’orchestration est riche, les nuances sont subtiles. Les mouvements s’enchaĂźnent sans rupture de continuitĂ©. La cadence est intĂ©grĂ©e avec beaucoup de naturel et rĂ©alisĂ©e Ă  la perfection. Vadim Repin semble vivre la musique dans le mĂȘme souffle que Tugan Sokhiev ; le soliste Ă©coute avec attention les musiciens de l’orchestre, les moments chambristes ont la souplesse attendue. Pourtant, il y a dans le jeu de Vadim Repin comme une distance, une retenue singuliĂšre. Oui, comme un prince superbe qui se sentirait un peu seul. En bis l’orchestre et le soliste ont prĂ©parĂ© un grand solo du Ballet Raymonda, toujours de Glazounov. Un peu plus de chaleur anime le jeu du soliste, quand la direction de Tugan Sokhiev se fait plus sentimentale dans cette page romantique.

 

 

 

Vadim Repin et Tugan Sokhiev, princes de la musique

 

 

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerEn deuxiĂšme partie de concert, poursuivant son intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch, Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole semblent dĂ©coller vers les cimes. La symphonie n°12, est une oeuvre de commande du rĂ©gime soviĂ©tique Ă  la gloire de LĂ©nine, est empreinte de grandeur, avec une science de l’écriture confondante, mais il a une sorte d’ironie secrĂšte qui sourde par moments. Tugan Sokhiev sait Ă  ravir doser dans une grandeur spectaculaire des pointes de distanciation ironique. Les musiciens de l’orchestre sont tous admirables de couleurs, de timbres, de prĂ©cision. On ne peut rĂȘver orchestre plus Ă  l’aise dans la musique de Chostakovitch hors de Russie. Le travail rĂ©gulier avec Tugan Sokhiev permet une sorte de familiaritĂ© et d’évidence qui fait merveille dans cette musique trĂšs construite. La plus grande complexitĂ© est ici pure beautĂ© et le public est subjuguĂ© ; il rĂ©serve un triomphe au chef et Ă  l’orchestre. Mais il n’y aura pas de bis aprĂšs ce triomphe car tous doivent s’envoler pour Paris oĂč le lendemain soir le mĂȘme concert enflammera la grande salle de la Philharmonie. DiffusĂ© depuis sur le net, le concert a Ă©tĂ© retransmis en direct et peut se visionner : nos impressions toulousaines se confirment. Sokhiev et Repin sont deux princes. Et en raison de la taille de la salle et de son acoustique si belle, les nuances de l’orchestre dans la symphonie de Chostakovitch semblent dĂ©cuplĂ©es Ă  la Philharmonie de Paris. Et deux bis magnifiques rĂ©compensent l’enthousiasme du public parisien.
Nous retrouverons l’Orchestre du Capitole pour Carmen dans la fosse du Capitole et en concert Ă  la Halle-aux-Grains, Ă  la fin du mois, aprĂšs leur tournĂ©e au Japon en ce mois de mars 2018.

 

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 mars 2018. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Concerto pour violon et orchestre op. 82 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 12 « L’AnnĂ©e 1917 », op.112 ; Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. Illustration : © Marc Brenner

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler, Montabeltti / Pierre Bleuse.

bleuse pierre maestro chef d orchestre toulouse concert critique par classiquenews

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Mahler. Montabeltti. Prokofiev.  Beatrice Uria-Monzon. Musika Orchestra Academy. Pierre Bleuse. Incroyable concert qui confirme que les rĂȘves les plus fous sont rĂ©alisables. Musika Orchestra Academy saison 4 est une superbe rĂ©ussite qui verra la salle entiĂšre se lever pour applaudir les musiciens et leur chef, Pierre Bleuse. Le dĂ©but de l’aventure date de 2008 et les partenariats organisĂ©s Ă  l’initiative de Pierre Bleuse permettent une premiĂšre acadĂ©mie en 2014. L’Orchestre National du Capitole participe sous forme d’ateliers animĂ©s par les solistes de l’Orchestre. La Halle-aux-Grains, salle symphonique emblĂ©matique, est un lieu de concert privilĂ©giĂ©. Le concert de fin de stage permet une confrontation aux vĂ©ritables attentes du public. Voir ce concert est extraordinaire tant la connexion entre les musiciens et le chef est magnĂ©tique.

Pierre Bleuse avec douceur et bienveillance amĂšne chacun Ă  donner plus que ce dont il se croyait capable. Le son de cet orchestre formĂ© en 8 jours est tout simplement incroyable. Le travail a dĂ» ĂȘtre colossal. Le programme particuliĂšrement exigeant pourrait paraĂźtre hors de portĂ©e en si peu de temps. Il n’en est rien et l’auditeur a Ă©tĂ© comblĂ©.

L’Adagietto de la CinquiĂšme symphonie de Mahler est un moment de noblesse et de beautĂ©. Les cordes sont rondes, prĂ©sentes et tous les pupitres sont Ă©quilibrĂ©s. Le jeu du harpiste est particuliĂšrement pĂ©nĂ©trant. Pierre Bleuse dose parfaitement les nuances, et les phrasĂ©s obtenus sont larges et sensuels. Abordant les RĂŒckert-Lieder de Mahler, BĂ©atrice Uria-Monzon s’aventurait loin de son rĂ©pertoire d’élection. Elle aussi a pris des risques et une certaine tension Ă©tait perceptible. Elle arrive Ă  bien caractĂ©riser chaque lied, tout en ayant davantage mis en valeur le cotĂ© thĂ©Ăątral, que le repli intimiste.  « Um Mitternacht » est le lied le plus abouti. La voix est sonore, le timbre attachant mais le souffle semble parfois un peu court et elle n’utilise pas assez les nuances piano attendues dans la partition. VoilĂ  en tout cas  un bel hommage de cette marraine de l’édition 2018. Le challenge d’un rĂ©pertoire nouveau est relevĂ© avec Ă©clat par la mezzo-soprano.

Le risque assumĂ©, c’est ça la vie !

Ensuite Pierre Bleuse n’a pas mĂ©nagĂ© les jeunes artistes de l’orchestre (entre 14 et 25 ans) en les dirigeant dans la piĂšce au titre ronflant d’Eric Montabeltti. Pure musique officielle, post-Boulez oedipien, elle est ingrate Ă  entendre refusant comme il se doit mĂ©lodie ou rythme repĂ©rable. Les associations de timbres sont sans nouveautĂ© ni originalitĂ©. Cette musique atonale et arythmique sonne comme dĂ©passĂ©e, dĂ©jĂ  entendue.

A cotĂ©, les compositeurs du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, Mahler et Prokofiev, dans ce programme, apparaissent tellement plus inventifs et originaux. La difficultĂ© d’écoute est peu face Ă  l’inconfort du jeu pour bien des musiciens. Pierre Bleuse est trĂšs attentionnĂ© et permet aux jeunes musiciens de s’en sortir trĂšs honorablement.

Pour finir ce concert en beautĂ©, les huit extraits du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev reprĂ©sentent un tour de force qui comble le public. Voir ces jeunes musiciens si attentifs et parfois un peu poussĂ©s Ă  leurs limites est un grand moment. Les premiĂšres mesures sont absolument saisissantes. Il faut voir comment dans un moment dĂ©licat Pierre Bleuse encourage les violons Ă  phraser encore davantage pour donner sens au discours musical. Et en mĂȘme temps, il donne ainsi le temps au grand tuba tout derriĂšre Ă  l’orchestre, de rattraper le tempo et au timbalier de se caler, lui qui semblait trop rapide.
L’expĂ©rience leur apprendra que la profondeur de la salle est Ă  prendre en compte. Mais quelle leçon Ă  cet instant. La musique doit avoir une direction, le danger doit ĂȘtre affrontĂ© et dĂ©passĂ©. Le chef d’orchestre dans sa bienveillance accompagne au bord du gouffre sans se fĂącher et permet de ne pas y tomber. C’est en ce sens que ce concert restera mĂ©morable pour cette association de courage et d’énergie. Et RomĂ©o et Juliette, hĂ©ros si chers, ont Ă©tĂ©  trĂšs prĂ©sents dans ces extraits, leur jeunesse rĂ©pondait Ă  celle des musiciens de l’orchestre.

Pierre Bleuse en quelques mots a dit combien cet enthousiasme et cette audace des jeunes musiciens devront les accompagner toute leur vie. Et le bis sera peut ĂȘtre le moment le plus beau dans une extraordinaire piĂšce du compositeur mexicain Arturo MĂĄrquez : DanzĂłn n° 2. Les musiciens, pendant qu’ils jouent ou pas, ont Ă©tĂ© transportĂ©s par les rythmes de danse endiablĂ©s et chaloupĂ©s osant le montrer au public. Qu’il est beau, l’enthousiasme associĂ© au plus grand sĂ©rieux ! Vive Musika Orchestra Academy n° 4 et  l’an prochain, nous serons là  pour la CinquiĂšme Ă©dition !

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 mars 2018. Musika Orchestra Academy 2018. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 Adagietto ; Funf Ruckert Lieder ; Eric Montabeltti (né en 1968) : Vaste champ temporel à vivre joyeusement. Sergueï Prokofiev ( 1891-1953) : Romeo et Juliette, 8 extraits symphoniques ; Beatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ;  Musika Orchestra Academy ; Direction, Pierre Bleuse.

 

 

Compte-rendu opéra. Toulouse. Capitole, le 25 février 2018. Gluck : Orphée et Eurydice. Les Talens Lyriques. 

orphee gluck toulouse talens lyriues concert compte rendu critique par classiquenewsCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Gluck : OrphĂ©e et Eurydice. Les Talens Lyriques. L’affiche Ă©tait singuliĂšre pour un opĂ©ra prĂ©sentĂ© au Capitole, mĂȘme en version de concert : Christophe Rousset, installĂ© cavaliĂšrement sur une chaise design. Mais en fait il n’y avait rien que de trĂšs honnĂȘte dans cette affiche. En choisissant parmi les quatre possibilitĂ©s de l’ouvrage de Gluck, celle de 1774, le chef des Talens Lyriques, Christophe Rousset savait qu’il ne proposait pas la plus connue ni la plus Ă©mouvante des versions. En effet la traduction française pĂȘche par de nombreuses faiblesses et le rĂŽle-titre rĂ©Ă©crit pour un tĂ©nor haute-contre n’est pas facile Ă  distribuer. C’est donc avec ces choix artistiques audacieux que Les Talens Lyriques sont allĂ©s au devant du public. À Toulouse, le ChƓur du Capitole a participĂ© Ă  l’évĂšnement. Deux reprĂ©sentations de ce concert ont trouvĂ© un Ă©cho favorable du public. Il est toujours rĂ©jouissant d’écouter cet ouvrage si savamment composĂ©. Mais peut-on parler de succĂšs dans la dĂ©fense de cette version ci ?
Au niveau de l’orchestre assurĂ©ment. Les instrumentistes des Talens Lyriques ont Ă©tĂ©, comme nous l’attendions, absolument parfaits.

Belle version orchestrale 
 sans théùtre

La flĂ»te suave de Jocelin  Daubigney, les cuivres infernaux et les timbales alertes tout particuliĂšrement. Chaque musicien a rĂ©pondu comme un seul Ă  la direction prĂ©cise du chef. Les ballets ont Ă©tĂ© les moments les plus forts du concert, les scĂšnes du paradis ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ussies, mĂȘme si la suite de danse en toute fin d’opĂ©ra a pu lasser un peu.  Cette splendeur orchestrale a portĂ© en fait tout l’opĂ©ra. Le chƓur du Capitole, dont nous connaissons la ductilitĂ© par ailleurs, a Ă©tĂ© peu utilisĂ© ce soir, au delĂ  d’un chant massif et compact, portant fort peu d’émotions. La distribution se concentre sur trois chanteurs, nous pouvons donc faire preuve d’exigence. Las, l’hĂ©roĂŻne qui motive tout le drame est le maillon faible. Voix sans caractĂšre, projection courte et minauderies hors de propos, Judith Van Wanroij, n’a rien d’Eurydice la douce. L’Amour de Jodie Devos a tout le charme attendu avec une agrĂ©able voix de soprano brillante et une interprĂšte pleine d’élĂ©gance mutine. Le hĂ©ros portant tout l’ouvrage est donc ce soir le tĂ©nor FrĂ©dĂ©ric Antoun.  S’il a assez de brillant dans l’aigu et de facilitĂ© pour incarner la voix de haute-contre, il a semblĂ© ce soir comme absent du drame. AutocentrĂ© sur une voix certes superbe mais dans  un chant froid, – distanciĂ©, FrĂ©dĂ©ric Antoun n’est pas un OrphĂ©e amoureux.
Reconnaissons que son Eurydice ne l’aidait pas. Dans leur duo le dĂ©sĂ©quilibre obligeait le tĂ©nor Ă  se retenir. Et dans le trio avec Amour, la voix d’Eurydice a trop souvent disparu. Quoi qu’il en soit, c’est l’absence de couleurs et de nuances qui n’a pas non plus permis Ă  FrĂ©dĂ©ric Antoun d’émouvoir le public. Rester l’Ɠil sec, aprĂšs le dĂ©sespoir d’OrphĂ©e Ă  l’acte III, est quand mĂȘme inhabituel 

En somme les qualitĂ©s orchestrales les plus hautes ne suffisent pas Ă  dĂ©fendre cette version parisienne de 1774. La voix de haute-contre ne saurait rivaliser avec la voix de contralto de la premiĂšre version de Gluck ou celle de Berlioz pour Pauline Viardot. La sagesse et l’élĂ©gance de cette proposition interprĂ©tative sont pour nous trop Ă©loignĂ©es de l’émotion attendue dans cette Ɠuvre emblĂ©matique. Demeure cependant le plaisir d’entendre en concert une trĂšs belle partition, aboutie et concise, annonçant les grandes tragĂ©dies de Gluck Ă  venir avec en particulier ses deux IphigĂ©nie.

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rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonCompte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 fĂ©vrier 2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : OrphĂ©e et Eurydice. TragĂ©die-opĂ©ra en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moline d’aprĂšs Ranieri de’ Calzabigi, version de Paris, crĂ©Ă©e le 2 aoĂ»t 1774 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle des Tuileries. Avec : FrĂ©dĂ©ric Antoun, OrphĂ©e ; Judith Van Wanroij, Eurydice ; Jodie Devos, L’Amour. ChƓur du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction musicale. CrĂ©dit photo : © Patrice Nin 2018

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 février 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga

ATTAHIR benjamin residence orchestre national de lille concerto pour serpent creation critique par classiquenewsCompte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Attahir. Prokofiev. Dvorak. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Andris Poga. En ouverture de concert, la belle oeuvre de Benjamin Attahir, « Sawti’l Zaman » (portrait ci contre),  a trouvĂ© un public attentif et ravi. Cette Ɠuvre symphonique complexe et exigeante est d’une trĂšs grande variĂ©tĂ© thĂ©matique. Le refus du dĂ©veloppement et de la variation provoque une impression de grande richesse voire de gaspillage tant les thĂšmes passent et disparaissent sans retour. La variĂ©tĂ© infinie des inspirations avec des timbres rares ou trĂšs habituels, est habilement rĂ©partie sur toute la piĂšce symphonique. Il y a toutefois une sorte de continuitĂ© stylistique comme un fil rouge. Il s’agit de quelque chose d’assez peu explicable mais qui pour moi Ă©voque une certaine transparence de texture, une lumiĂšre particuliĂšre, propre Ă  la musique française du dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle ; Ă©galement un travail sur le rythme et la danse qui fait penser Ă  la musique française des XVII et XVIII Ăšme siĂšcles. Le titre lui-mĂȘme fait rĂ©fĂ©rence Ă  la musique transmĂ©diterranĂ©enne si chĂšre Ă  l’exotisme de Camille Saint-SaĂ«ns ou de Ravel. Il y a donc un vrai travail de remĂ©moration et d’hommage cachĂ© Ă  plusieurs pans de la musique française d’avantage encore qu’au seul Pierre Boulez. Voici donc une trĂšs belle Ɠuvre qui pourrait parfois paraĂźtre trop riche tant elle contient de moments inspirĂ©s.

L’interprĂ©tation par les musiciens de l’Orchestre du Capitole met en lumiĂšre leur virtuositĂ© comme leur habitude des Ă©lĂ©ments français que j’évoquais plus haut. Andris Poga trĂšs concentrĂ© a une battue efficace qui permet une belle comprĂ©hension des motifs si variĂ©s en leurs couleurs si somptueuses. Cette Ɠuvre contemporaine semble particuliĂšrement bien comprise et accueillie par le public toulousain comme lors de la crĂ©ation Ă  Lausanne.

Korobeinikov piano concert critique par classiquenews Andrei KorobeinikovLe DeuxiĂšme Concerto pour piano de Prokofiev est rarement donnĂ©, tant il est difficile sur tous les plans. Il demande un pianiste virtuose capable de couleurs et de nuances trĂšs appuyĂ©es et malgrĂ© sa complexitĂ© rythmique, d’oser des moments de rubato audacieux. Andrei Korobeinikov est cet artiste exceptionnel exigĂ© par une telle partition. Il y ajoute une fiĂšvre particuliĂšre, conservĂ©e jusqu’aux derniĂšres notes, qui est proprement fascinante. Nous avons la certitude d’entendre toutes les richesses de l’Ɠuvre et les qualitĂ©s d’Andrei Korobeinikov sont Ă©videmment pianistiques ; elles sont surtout celles d’un fin musicien. Les couleurs foisonnent et les nuances sont d’une subtilitĂ© rare. Il ose des moments d’infime rubato d’une incroyable dĂ©licatesse. Ce musicien exceptionnel a offert un PrĂ©lude de Scriabine en bis qui a laissĂ© le public pantois. Les musiciens de l’orchestre du Capitole relĂšvent le dĂ©fi de la virtuositĂ© avec panache tout particuliĂšrement dans le deuxiĂšme mouvement : Scherzo vivace. Les moments de tendresse sont de vĂ©ritables moments de bonheur.

Dans sa direction, Andris Poga n’arrive pas Ă  Ă©tablir solidement l’équilibre qui aurait permis d’entendre le pianiste lors des fortissimi de l’orchestre. S’il tient parfaitement la battue, ce qui n’est pas rien, il ne rend pas le phrasĂ© subtil de Prokofiev et rate la grande montĂ©e de la fin du premier mouvement. Le troisiĂšme mouvement est un peu mĂ©canique face Ă  la souplesse du dĂ©hanchĂ© du pianiste. Andris Poga n’est pas rĂ©pondu aux  subtilitĂ©s qu’Andrei Korobeinikov propose dans ses nuances et ses fulgurances remarquables.

La derniĂšre partie de concert comprenait la HuitiĂšme Symphonie de Dvorak. Partition un peu pompier et trĂšs extravertie. Un dosage particulier avec de l’humour en offre toutes les saveurs. Ce n’est pas le parti choisi par Andris Poga. Le chef ici semble diriger Ă  la lettre laissant les cuivres s’en donner Ă  cƓur joie sans chercher Ă  construire un Ă©quilibre avec la dĂ©licatesse des bois ou la profondeur des cordes, -quels violoncelles !  Les nuances ont Ă©tĂ© globalement au cran supĂ©rieur saturant un peu l’air. La symphonie passe sans Ă©mouvoir ou intĂ©resser vraiment ; seules les qualitĂ©s des instrumentistes de l’orchestre nous comblent. Ce concert restera dans les mĂ©moires pour le jeu admirable du jeune Andrei Korobeinikov. Ce pianiste russe trentenaire est une dĂ©couverte remarquable pour le public toulousain.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 23 fĂ©vrier 2018. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Sawti’l Zaman, Ă  la mĂ©moire de Pierre Boulez pour orchestre. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.16. Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n° 8 en sol majeur, op.88. Andrei Korobeinikov, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, Andris Poga.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd.

TF16098 Usher SĂžndergĂ„rdCompte-rendu, concert. Toulouse, le 15 fĂ©vrier 2018. Beethoven. Dvorak. Josef Ć paček. Orch Capitole de Toulouse / SĂžndergĂ„rd. DĂšs les premiers accords de l’extraordinaire ouverture d’Egmond de Beethoven l’émotion domine le concert. Thomas SĂžndergĂ„rd est un jeune chef danois Ă  la direction d’une grande clartĂ© et d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. Il est bien connu de l’orchestre et du public toulousain. Chaque venue est un grand moment. L’ouverture d’Egmond a valu Ă  Beethoven les compliments de Goethe que l’on connaĂźt plus rĂ©tif Ă  la mise en musique de ses poĂšmes ou de ses piĂšces. Il est vrai qu’il souffle un vent romantique enfiĂ©vrĂ©, une ode Ă  l’amour d’une grande tendresse. L’orchestre a su offrir au chef tout ce que sa superbe direction lui demandait et le rĂ©sultat est un souffle puissant qui laisse le public haletant. Que voilĂ  une trĂšs belle entrĂ©e en matiĂšre.

Concert solaire Ă  Toulouse

L’arrivĂ©e en scĂšne du violoniste Josef Ć paček apporte la mĂȘme allure Ă©lĂ©gante et dĂšs les premiĂšres doubles cordes, nous savons que cet interprĂšte sera fascinant. Si l’entrĂ©e de l’orchestre a Ă©tĂ© un peu trop forte et l’équilibre a mis quelques temps Ă  se construire, l’interprĂ©tation de ce concerto trop rarement donnĂ© a Ă©tĂ© magnifique. L’entente et surtout la qualitĂ© d’écoute ont Ă©tĂ© magnifiques entre tous les musiciens, le soliste et le chef. La clartĂ© de la direction a rencontrĂ© la simplicitĂ© et l’évidence du jeu du soliste. La sonoritĂ© de Josef  Ơpaček est trĂšs agrĂ©able, souple, nuancĂ©e. Il ne semble pas craindre les nombreux traits redoutables et trouve toujours des phrasĂ©s amples.  La musicalitĂ© est intense et la danse est retrouvĂ©e dans la souplesse de son jeu. Le final est un vrai moment ensoleillĂ© en un tempo rapide et des danses populaires d’un grand enthousiasme. L’orchestre a Ă©tĂ© royal de prĂ©sence et d’attention aux propositions du soliste. Le public a Ă©tĂ© convaincu par une interprĂ©tation si aboutie face Ă  la qualitĂ© de ce concerto trop mal aimĂ©.

Pour finir sur un enthousiasme quasi dĂ©lirant, nous pouvions compter sur l’entente entre le chef et l’orchestre dans une oeuvre trĂšs aimĂ©e du public. La quatriĂšme symphonie de Beethoven est moins dramatique que la CinquiĂšme, moins inventive Ă©galement que la troisiĂšme mais l’équilibre qui caractĂ©rise sa composition assez classique, est un enchantement. Thomas SĂžndergĂ„rd est maĂźtre dans la construction comme l’organisation du moindre plan. Tout s’articule Ă  merveille, les tempi sont parfaits et le naturel semble laisser faire les choses toutes seules. L’orchestre du Capitole est tout Ă  son aise et chacun, solistes tout particuliĂšrement, est brillant. Si l’élĂ©gance et la beautĂ© sont des qualitĂ©s Ă©videntes du chef danois, c’est son sourire qui illumine son interprĂ©tation.

Thomas SĂžndergĂ„rd dĂ©veloppe une coopĂ©ration enthousiasmante avec l’Orchestre du Capitole, le violoniste Josef Ć paček est un artiste admirable qui a su ĂȘtre au diapason de cette entente, ils nous ont offert un beau concert et la prise de conscience de la valeur du concerto de violon de Dvorak.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture d’Egmont op.84 ; Symphonie n°4 en si bĂ©mol majeur op.60 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op.53 ; Josef Ć paček, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas SĂžndergĂ„rd, direction. Illustration : © A Buchanan

Compte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor.

SMIRNOVA ANNA Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte-rendu Opera. Toulouse, Capitole, le 30 janvier 2018. WAGNER: La Walkyrie. Nicolas Joel. Claus Peter Flor. Retrouver les meilleures productions de l’ùre Nicolas Joel permet de constater l’excellence des choix du directeur d’opĂ©ras et metteur en scĂšne de grand talent. Il y a presque 20 ans, cette Walkyrie avait fait grand bruit et s’intĂ©grait dans une TĂ©tralogie montĂ©e sur plusieurs annĂ©es avec grand succĂšs. La Walkyrie est pour moi le joyau de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne et cette production peut-ĂȘtre la plus belle de Nicolas Joel. Ce soir, elle est admirablement rĂ©alisĂ©e, avec d’infimes modifications, par Sandra Pocceschi. Son travail semble avoir accentuĂ© le jeu thĂ©Ăątral et fouillĂ© les relations entre les personnages. L’engagement scĂ©nique des chanteurs, qui ont chacun une partition Ă©crasante, est remarquable. La production n’a pas pris une ride. Le respect devant l’ouvrage est louable, la beautĂ© des dĂ©cors prĂ©-industriels d’Ezio Frigerio, la somptuositĂ© des costumes de Franca Squarciapino et la vie insufflĂ©e par les lumiĂšres de Vinicio Cheli permettent un rĂ©gal constant aussi pour les yeux. Les surtitres sont trĂšs bien coordonnĂ©s. La diction des chanteurs, y compris les non germaniques, permet de suivre chaque moment du drame wagnĂ©rien. Le thĂ©Ăątre se porte donc bien dans cette production et l’action est limpide sans surcharges inutiles. CrĂ©dit : Anna SMIRNOVA en Walkyrie (“du siĂšcle”) © D. Herrero / Capitole de Toulouse 2018.

La résurrection du chant Wagnérien passe par le Capitole

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingL’orchestre dirigĂ© avec passion par Claus Peter Flor, lequel chante avec chaque chanteur, Ă©pouse la prosodie si particuliĂšre et apporte beaucoup de lumiĂšre Ă  la partition fleuve, dans un continuum sonore parfait. Ce qu’il rĂ©ussit le plus admirablement, c’est la fluiditĂ© du chant orchestral dans les moments chambristes, si nombreux, et les solos somptueux de l’orchestre du Capitole, que ce soit les vents, les cuivres, les violoncelles. Chacun trouve sous sa direction, une libertĂ© expressive totale. Les nuances sont trĂšs creusĂ©es avec des fortissimi Ă  faire trembler les murs mais sans jamais couvrir les chanteurs. Les moments symphoniques attendus sont efficaces. Mais le travail avec les chanteurs et les musiciens est tout Ă  fait envoĂ»tant dans les longs monologues et les duos qui deviennent de grands moments de pure poĂ©sie.

14630_SMIRNOVA1LA BRÜNNHILDE DU SIECLE
 C’est ce qui va naturellement nous amener Ă  dĂ©crire les extraordinaires chanteurs rĂ©unis au Capitole. Tout de go nous dirons combien le rang international de cette distribution pourra enorgueillir les maisons d’opĂ©ra les plus exigeantes de la planĂšte. Le niveau superlatif de chacun est couronnĂ©, – je pĂšse mes mots, par la dĂ©couverte de la BrĂŒnnhilde de ce siĂšcle : Anna Smirnova, un nom Ă  vĂ©nĂ©rer pour ce rĂŽle de dĂ©esse qu’elle assume comme personne. Certes les conditions acoustiques sont au Capitole superlatives. Cet auguste thĂ©Ăątre permet aux voix de planer jusqu’au paradis sans efforts ; la vaste fosse d’orchestre est partiellement couverte et la direction de Claus Peter Flor est particuliĂšrement respectueuse. Mais qui n’a pas encore entendu la Smirnova ne sait combien cette artiste est rare. Le tempĂ©rament scĂ©nique est fort et son attitude garçonne convient parfaitement Ă  sa BrĂŒnnhilde guerriĂšre, un rien fanfaronne qui lance son cri avec joie et sans angoisse ! Quelle entrĂ©e en scĂšne !!!
Le jeu scĂ©nique la voit Ă©voluer vers plus d’humanitĂ© et de compassions mais ne doutons pas que ce qui reprĂ©sente une prise de rĂŽle va avec le temps s’affiner vers une humanitĂ© plus tendre pour le final. MĂȘme si une Ă©volution a lieu, elle mĂ©ritera d’ĂȘtre approfondie. Car la puissance vocale est si extraordinaire, son indestructibilitĂ© semble si certaine qu’une certaine froideur persiste. La voix de mezzo authentique s’est enrichie d’une quinte aiguĂ« splendide, avec des contre-ut dardĂ©s et maitrisĂ©s d’une grande beautĂ©. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix sur toute la tessiture au troisiĂšme acte laisse pantois. Une coulĂ©e d’or rouge la parcourt du grave Ă  l’aigu avec un cƓur de diamant. L’effet produit est indescriptible
 sorte de mĂ©lange d’Astrid  Varnay, de Birgit Nilsson et d’Inge Bork. Dans le medium et le grave les harmoniques irisent en couleurs mordorĂ©es et le soleil de l’aigu Ă©claire la ligne de chant avec un Ă©clat qui peut ĂȘtre aveuglant. Le souffle infini est le tapis confortable sur lequel repose toute la puissance vocale et expressive. La Smirnova nous offre un moment de beau chant wagnĂ©rien des plus rares.

Le duo final avec Wotan nous met Ă  genoux. Le baryton polonais Tomasz Konieczny est lui aussi admirable et l’apothĂ©ose finale est vraiment le point d’acmĂ© de l’ouvrage. La voix du baryton est capable des nuances les plus extrĂȘmes avec une puissance de Titan comme des murmures brisĂ©s. Il dit son texte avec une infinie poĂ©sie, mĂȘme ses longs monologues sont passionnants par la vie qu’il y met, associant admirablement mots et ligne de chant : couleurs infinies du chant comme des mots, le tout dans une maĂźtrise vocale de chaque instant jusque dans les quasi-murmures de la confidence ou de l’abattement. Tomasz Konieczny est un grand Wotan, poĂšte de la mĂ©lancolie du pouvoir enfui.

Son Ă©pouse la divine Fricka est incarnĂ©e par la trĂšs Ă©lĂ©gante mezzo Elena Zhidkova, belle voix et belle actrice dans sa thĂ©ĂątralitĂ© outrĂ©e et sa robe d’or. La voix est corsĂ©e et sonore sur toute la tessiture mais les nuances sont un peu rares face Ă  un Wotan si subtil chanteur-diseur. Toutefois en guerriĂšre, elle gagne le match haut la main, son Ă©poux infidĂšle vaincu, terrassĂ©, prend d’un coup, tous les ans perdus Ă  la tromper en parcourant le monde.
Les huit filles de Wotan, les walkyries ont ce soir des voix puissantes et bien accordĂ©es. Leurs ensembles sonnent admirablement avec de beaux moments de musicalitĂ©. Il convient de citer toutes ces voix admirables de prĂ©sence : Marie-Laure Garnier en Gerhilde, Oksana Sekerina en Ortlinde, Pilar VĂĄzquez en Waltraute, Daryl Freedman en Schwertleite, Sonja MĂŒhleck en Helmwige, Szilvia Vörös en Siegrune en Karin Lovelius en Grimgerde et  Ekaterina Egorova en Rossweisse.

Pour certains, La Walkyrie dĂ©bute par un premier acte si parfait que dans certains concerts il est donnĂ© seul. Le dĂ©but par cet orage spectaculaire, la rencontre des futurs amants, le conflit larvĂ© avec le mari. Tout le trio de marivaudage arguĂ© par Fricka, est sublimĂ© par une action resserrĂ©e et une partition qui semble s’inventer au fur et Ă  mesure. Le trio ce soir est fabuleux. Le tĂ©nor Michael König est le parfait Heldentenor attendu. Port altier, diction limpide il souffre avec noblesse, s’élĂšve sous le regard de Sieglinde et naĂźt Ă  l’hĂ©roĂŻsme avec une Ă©vidence qui subjugue. La voix sombre est lumineuse dans l’aiguĂ« avec des appels « Walse » tout Ă  fait spectaculaires. Son magnifique duo avec BrĂŒnnhilde a une grande noblesse dans une Ă©motion incroyable. L’amour naissant pour Sieglinde lui permet de se rĂ©aliser et le porte. Vocalement l’entente entre les deux amants fonctionne Ă  merveille.
Le mari violent et obtus, Hundig a la voix sĂ©pulcrale de Dimitry Ivashchenko. SoliditĂ©, couleur homogĂšne et puissance sont des atouts de poids dans un rĂŽle court et dĂ©terminant. La femme convoitĂ©e, Sieglinde, est la merveilleuse actrice chanteuse Daniela Sindram. Actrice expressive mais Ă©galement cantatrice sublime. Elle aborde Sieglinde avec l’habitude des plus grands rĂŽles de mezzo. Le medium est Ă©lĂ©gamment timbrĂ©, le grave sonore sans poitrinage. Mais la beautĂ© liquide des harmonies dans l’aigu est une incroyable dĂ©couverte. Elle arrive Ă  maĂźtriser sans jamais pousser les longues lignes couronnĂ©es par des aigus avec un art du chant parfait. Au dernier acte, son cri de dĂ©sespoir donne le frisson mais c’est son appel Ă  la vie et sa reconnaissance Ă  BrĂŒnnhilde qui, avec une voix d’une beautĂ© lumineuse porte l’émotion Ă  son comble. Je suis certain qu’à la derniĂšre reprĂ©sentation l’émotion si puissante de Sindram gagnera Smirnova, tant ce moment de thĂ©Ăątre vocal est fort.

Nicola Joel peut ĂȘtre fier d’avoir lĂ©guĂ© Ă  la ville rose une production si vraie et si belle du chef d’Ɠuvre de Wagner. Cette reprise est une apothĂ©ose et la distribution est si parfaite qu’elle annonce un Ăąge d’or. La dĂ©couverte d’une vraie BrĂŒnnhilde n’est pas si frĂ©quente. Pour ces prochaines prises de rĂŽle Smirnova va interprĂ©ter Lady Macbeth et Turandot. Attention : probables merveilles ! A suivre dĂ©sormais sur classiquenews.

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Walkyrie0609-credit_David_HerreroCompte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du capitole, le 30 janvier 2018. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, PremiĂšre journĂ©e du Festival scĂ©nique en trois actes. Livret du compositeur. CrĂ©ation le 26 juin 1870 Ă  Munich (ThĂ©Ăątre national de la Cour). Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Sandra Pocceschi : rĂ©alisation de la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres.  Avec : Anna Smirnova, BrĂŒnnhilde ; Michael König, Siegmund ; Tomasz Konieczny, Wotan ; Daniela Sindram, Sieglinde ; Elena Zhidkova, Fricka ; Dimitry Ivashchenko, Hunding ; Marie-Laure Garnier, Gerhilde ; Oksana Sekerina, Ortlinde ; Pilar VĂĄzquez, Waltraute ; Daryl Freedman , Schwertleite ; Sonja MĂŒhleck, Helmwige ; Szilvia Vörös, Siegrune ; Karin Lovelius, Grimgerde ; Ekaterina Egorova, Rossweisse ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : La Walkyrie © D. Herrero 2018

Compte rendu, concert. Toulouse, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch, Lozakovich/Orch Nat du Capitole,Sokhiev.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte rendu concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 12 janvier 2018. Bruch. Chostakovitch Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Il est des concerts qui semblent inoubliables tant ils ont Ă©tĂ© exceptionnels. Celui ci restera dans ma mĂ©moire. Daniel Lozakovich ĂągĂ© de 16 ans est un violoniste qui marque l’auditeur par une prĂ©sence attachante et un jeu d’une musicalitĂ© rare. La jeunesse alliĂ©e Ă  ce sĂ©rieux, cette concentration et ce plaisir Ă  jouer est rare. En gilet, manches blanches Ă©lĂ©gantes, le jeune homme semble s’envoler avec son archet et son violon lorsqu’il dĂ©bute le Concerto de Bruch. L’Ɠuvre si belle et si aimĂ©e, au point que Bruch en aura Ă©tĂ© assombri, lui prĂ©fĂ©rant d’autres Ɠuvres de sa composition, a Ă©tĂ© ce soir jouĂ©e admirablement. Tugan Sokhiev a constamment veillĂ© Ă  crĂ©er un parfait Ă©quilibre entre les musiciens et le soliste. L’écoute parfaite entre tous les musiciens a portĂ© une interprĂ©tation Ă  la subtile musicalitĂ©. Daniel Lozakovich a un son d’un moelleux incroyable et sait colorer ses phrases Ă  l’envie. Les nuances sont toujours trĂšs subtilement amenĂ©es avec des son piano flottants, semblant 
 cĂ©lestes. La virtuositĂ© semble l’expression de la simplicitĂ© sans jamais aucun effet extĂ©rieur. Le beau Concerto passe comme un vĂ©ritablement enchantement. La jeunesse et la beautĂ© rassemblĂ©es pour le plus bel hymne Ă  la musique et Ă  la vie envisageable. Le succĂšs est total les instrumentistes Ă©galement sous le charme du soliste l’applaudissent. En bis, le jeune prodige de musicalitĂ© offre une Sarabande de la Partita pour violon seul n°2 en rĂ© mineur de Bach. La dĂ©licatesse du phrasĂ©,  la subtilitĂ© des couleurs, la noblesse du pas dansant, tout est trĂ©sor de musicalitĂ© Ă©panouie. VoilĂ  un jeune musicien que l’on suivrait au bout du monde tant sa joie irradie.

D’aucun auront pu penser que la soirĂ©e aprĂšs tant de (belle) musique pourrait s’arrĂȘter lĂ . La suite du concert a encore montĂ© d’un niveau en puissance expressive et Ă©motion musicale.
chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresden4Ăš de CHOSTA. Tugan Sokhiev pourrait se lancer dans une intĂ©grale des symphonies de Chostakovitch tant il est Ă  l’aise en dirigeant ce compositeur et tant l’Orchestre du Capitole rĂ©pond a toute ses demandes. La quatriĂšme symphonie est un vĂ©ritable monument. Lors des rĂ©pĂ©titions avant sa crĂ©ation, les officiels n’en ont pas voulu et il a  fallu attendre prĂšs de 30 ans aprĂšs la fin de sa composition pour qu’elle soit enfin jouĂ©e. Son Ă©criture audacieuse exige presque deux orchestres symphoniques avec 8 cors, 6 clarinettes et flĂ»tes. Et jusqu’à 9 percussionnistes.

tugan-sokhievAvec une autoritĂ© impressionnante Tugan Sokhiev s’est emparĂ© de sa baguette et n’a pas laissĂ© une seconde de rĂ©pit aux musiciens comme au public. Les dimensions  de cette partition sont un hommage Ă  Mahler comme Ă  Bruckner. Mais la richesse de l’instrumentation est sans Ă©gale. L’humour voir la fĂ©rocitĂ© dont la partition fourmille a trouvĂ© ce soir des interprĂštes trĂšs inspirĂ©s. La qualitĂ© de l’invention dans les contrastes, les nuances, les couleurs, les rythmes et la richesse harmonique
, tout cela produit un effet inĂ©narrable. Il est facile de comprendre comment la mesquinerie bureaucratique n’a pu laisser jouer une Ɠuvre de cette puissance et de cette perfection formelle mais surtout de cette qualitĂ© d’invention. Un compositeur avec des telles capacitĂ©s et tant de  puissance crĂ©atrice ne pouvait que mettre en pĂ©ril un rĂ©gime dĂ©jĂ  fortement corrompu. La maniĂšre dont la direction de Tugan Sokhiev rend limpide l’architecture de cette immense partition tient du prodige qui abolit le temps. La puissance dont l’orchestre est capable n’a d’égal que la subtilitĂ© des superbes moments chambristes. Les moments solistes sont admirablement tenus par des interprĂštes semblant donner leur vie.

Le hautbois de Chi Yuen Cheng et la clarinette de David Minetti savent ĂȘtre extrĂȘmement Ă©mouvants. Le cor de Jacques Deleplanque a une prĂ©sence noble. Mais comment ne pas citer le basson sensationnel de Lionel Belhacene ? Et la flĂ»te de Sandrine Tilly ?  Les cordes sont incroyables de prĂ©sence et la famille des cuivres au grand complet rayonne de beautĂ©. Il faudrait citer chaque musicien tant leur engagement fait merveille. Pas une seule baisse de tension, pas un moment de faiblesse dans l’orchestre, pas une baisse d’attention dans le public.
Toute l’heure que dure la symphonie a passĂ© comme un moment grandiose et inoubliable, sans lourdeur. Du grand art par un orchestre et un chef capables de rendre parfaitement hommage au gĂ©nie enfin reconnu de Chostakovitch. Le geste final comme crucifiĂ© de Tugan Sokhiev impose le silence au public de longs instants comme pour marquer les esprits face Ă  l’exception d’une telle interprĂ©tation d’un tel chef d’Ɠuvre.
Quelle soirée ! Le succÚs a été retentissant !
Ce concert termine un vĂ©ritable marathon musical. L’Orchestre du Capitole et son chef Tugan Sokhiev ont entre le 30 dĂ©cembre et ce 12 janvier donnĂ© 6 concerts. Sans compter les reprĂ©sentations de Casse-Noisette par l’Orchestre au ThĂ©Ăątre du Capitole
 Concert mĂ©morable.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 12 janvier 2018. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur op. 26. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 43. Daniel Lozakovich, violon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte rendu concert. Toulouse, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert.Leonskaja,Sokhiev

‹‹tugan-sokhievCompte rendu concert. TOULOUSE,Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert. Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. SOKHIEV SuprĂ©matie de la musicalitĂ© et du chant.‹‹ Tugan Sokhiev et Elisabeth Leonskaja dĂ©veloppent saison aprĂšs saison une complicitĂ© artistique qui fait merveille. Le public est conquis et les medias enregistrent tant en vidĂ©o que dans le projet d’éditer une intĂ©grale discographique des concertos pour piano de Beethoven. DĂšs l’entrĂ©e, d’Elisabeth Leonskaja un frisson parcourt l’assemblĂ©e. La Halle-Aux–Grains pleine Ă  craquer comme rarement (prĂšs de 2200 places) retient son souffle, les cameras et les micros sont prĂ©sents Ă  l’esprit de chacun et (Oh miracle !) les tousseurs se taisent !  ‹AprĂšs les accords du piano d’une beautĂ© galbĂ©e, l’introduction orchestrale est magnifique. Le Beethoven de Tugan Sokhiev nous ravit Ă  nouveau avec cette Ă©vidence de fermetĂ© gĂ©nĂ©reuse et de simplicitĂ©. Le tempo est large, les phrasĂ©s dĂ©veloppĂ©s avec  élĂ©gance mais sans recherche de sĂ©duction. La direction Ă  main nue du chef ossĂšte, qui se tient au niveau du quatuor Ă  cordes sans estrade, semble organiser une musique de chambre plus que diriger en imposant. Les mains parlent et d’elles naĂźt la plus belle musique qui soit. Le piano de Leonskaja est ce soir particuliĂšrement souverain avec une capacitĂ© Ă  chanter hors du commun. Le deuxiĂšme mouvement si original avec cette plainte dĂ©chirante du piano et les rĂ©ponses inflexibles de l’orchestre est le grand moment de drame attendu. Le dĂ©but pianissimo par Leonskaja permet une montĂ©e progressive vers l’émotion la plus poignante. Dialogue orphique entre le chant du piano, ici pure priĂšre, et les instruments Ă  cordes grondant comme un CerbĂšre. L’enchainement vers le Rondo joyeux final est particuliĂšrement rĂ©ussi en raison de la connexion parfaite entre le chef, la pianiste et les musiciens de l’orchestre. Cette version du sublime concerto mĂ©rite bien un enregistrement qui fera date par sa perfection formelle certes mais surtout par une musicalitĂ© partagĂ©e magnifique.‹FĂȘtĂ©e par un public Ă©merveillĂ© Elisabeth Leonskaja dont l’interprĂ©tation avait Ă©tĂ© marquĂ©e par une recherche de legato et de chant offre en bis la version piano d’un sonnet de PĂ©trarque mis en musique par Liszt et qui en Ă©crivit une mĂ©lodie au lyrisme aussi large que sublime.
Elisabeth leonskaja portraitLa grande Leonskaja en diva du piano nous emporte sur les ailes d’un chant souverain avec des nuances d’une subtilitĂ© sans limites.‹En deuxiĂšme partie de programme l’orchestre s’étoffe pour la derniĂšre symphonie de Schubert. Si cette oeuvre posthume a eu beaucoup de mal Ă  gagner le succĂšs public, elle est reconnue comme un monument par Schumann et Mendelssohn dĂšs ses premiĂšres auditions. Sa longueur et sa densitĂ© n’en font pas encore aujourd’hui la symphonie prĂ©fĂ©rĂ©e du public. Ce soir nous ne cacherons pas notre plaisir Ă  cette interprĂ©tation marquĂ©e par une souplesse et une structuration claire qui permettent d’en dĂ©guster bien de richesses. L’avancĂ©e dĂ©cidĂ©e dont fait preuve Tugan Sokhiev, la sĂ©rĂ©nitĂ© de son geste entraĂźne l’orchestre du Capitole dans un voyage grandiose et admirablement lumineux. Les zone d’ombres sont passagĂšres et ce qui domine est cette soliditĂ©, parfois terrienne, mais toujours belle de la composition de Schubert en contrepoint de son mĂ©lancolique Voyage d’hiver. Ici la lumiĂšre, et mĂȘme la joie la plus pure dans le final, s’exposent et nous entrainent. Les musiciens de l’orchestre sont tous engagĂ©s et dĂ©veloppent des qualitĂ©s d’écoute admirables. La beautĂ© des couleurs et des nuances construit une riche palette que la direction du chef magnifie. Le chant se dĂ©veloppe avec des cantilĂšnes sublimes aux cors aux bois (le hautbois de Louis Seguin !) et aux cordes. Schubert en compositeur de Lieder adapte ces courtes formes de chant aux proportions gigantesques d’un orchestre large avec une science de l’écriture digne de Beethoven. Tugan Sokhiev encourage Ă  chaque instant ses musiciens Ă  chanter tout en tenant dans une main ferme un tempo plein d’assurance.‹Un grand et beau moment symphonique qui clĂŽt ce concert marquĂ© par une certaine idĂ©e du Bonheur.

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‹‹Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur Op.58. Frantz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 9 en ut majeur «  La Grande » D.944. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er décembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3Compte-rendu, concert. Toulouse, le 1er dĂ©cembre 2017. Mendelssohn. Mahler. Chamayou, Orchestre National du Capitole / Andris Poga. Les Toulousains ont la chance de pouvoir compter sur une gĂ©nĂ©ration de jeunes pianistes de premier plan, issus du Sud Ouest. David Fray, Adam Laloum et Bertrand Chamayou sont 3 pianistes trentenaires Ă©panouis et cĂ©lĂšbres dans le monde entier. Bertrand Chamayou ce soir a excellĂ© Ă  nouveau dans une virtuositĂ© transcendante. Le charme de son jeu repose sur une aisance et une apparente facilitĂ© qui envoĂ»te. Les doigts fusent et la musique envahit l’espace. Ce Concerto de Mendelssohn exige des moyens exceptionnels dĂšs la premiĂšre entrĂ©e du piano. L’entente avec le chef, l’écoute avec les instrumentistes, sont parfaites. Tout coule, l’andante chante, et le final caracole. Du grand art, de la bien belle musique. Bertrand Chamayou et Andris Poga ont su s’accorder avec musicalitĂ©. Et l’Orchestre du Capitole a Ă©tĂ© magnifique de prĂ©cision comme d’élĂ©gance.

En bis Chamayou offre deux piĂšces ; d’abord le sublime chant « Sur les ailes du chant », mĂ©lodie planante de FĂ©lix Mendelssohn adaptĂ©e par Frantz Liszt, puis il a terminĂ© sur une extraordinaire Etude en forme de Valse de Camille Saint-SaĂ«ns. Aussi virtuose que les plus folles piĂšces de Scriabine, cette piĂšce sensationnelle et Ă©lĂ©gante a subjuguĂ© le public de la Halle-aux-Grains.

Sa SixiÚme Symphonie : avec ou sans Mahler ?

Mahler_gustav_profilEn deuxiĂšme partie de concert, la SixiĂšme symphonie de Mahler Ă©tait une sacrĂ©e audace. En 2013, Tugan Sokhiev avait donnĂ© une intĂ©ressante version de cette symphonie maudite. Dans le choix de la faire prĂ©cĂ©der par un concerto, il est permis de voir la marque des progrĂšs de l’orchestre. Notre souvenir de 2013 (qu’une rediffusion sur Mezzo et Mezzo live en dĂ©cembre nous permettra de raviver) en est restĂ© assez fort pour dire combien l’orchestre a gagnĂ© en maturitĂ©. Une endurance dĂ©veloppĂ©e mais aussi des sonoritĂ©s sublimĂ©es et une puissance encore dĂ©cuplĂ©e. Les cors ont Ă©tĂ© royaux avec un Jacques Deleplanque trĂšs inspirĂ© Ă  leur tĂȘte. Les cuivres ont Ă©tĂ© d’une puissance Ă©blouissante sans enflure saturĂ©e. Les bois, d’une Ă©motion et d’une Ă©lĂ©gance incroyable avec le hautbois royal de Louis Seguin. Et François Laurent particuliĂšrement en forme Ă  la premiĂšre flĂ»te.
Les cordes ont gagnĂ© en prĂ©sence surtout les violons quand aux contrebasses, leur entrĂ©e a Ă©tĂ© d’un effet sidĂ©rant. Une mention particuliĂšre pour les percussionnistes Ă  la fĂȘte dans cette symphonie et pas seulement le terrible marteau. Un orchestre donc en forme subliminale. Mais les temps changent et quand on pense que cette symphonie n’est que depuis trĂšs peu de temps rĂ©guliĂšrement donnĂ©e, il est presque incroyable de voir comment ce soir, le public l’a applaudie comme une symphonie impressionnante par sa longueur mais sans ĂȘtre Ă©branlĂ© par la dĂ©solation qui l’habite. Car c’est lĂ , l’étonnement qui en a saisi plus d’un. OĂč sont passĂ©s la sauvagerie, la dĂ©rision et le sarcasme contenus dans cette partition ? OĂč est la douleur de Mahler qui, sorti des Ă©preuves et goĂ»tant le bonheur conjugal, familial, amical et professionnel, peut livrer les douleurs de ses combats pour en arriver lĂ  : Ă  cette conscience de la mort en sa puissance absolue ? Car dans la lutte, toutes les forces sont engagĂ©es et c’est seulement dans le bonheur qu’une vraie introspection en mesure le prix et sait que la mort nous en privera de façon certaine.  Le chef letton Andris Poga est bien sympathique ; et tout sourire, il aborde avec sĂ©rieux l’organisation de la symphonie. Il dĂ©plie les plans, organise le discours. Tout Ă  son plaisir, il dirige le superbe orchestre dont il obtient une splendeur sonore constante. Comment fait il pour diriger avec le sourire les trois premiers mouvements ? N’entend-t-il pas la douleur ? La terreur ? Ou la moquerie ? Ou mĂȘme la mĂ©lancolie et les larmes de l’Andante ? Le mystĂšre voire le surnaturel du final ?

Seul le dernier mouvement devient un peu dramatique et encore n’a-t-on eu que deux des trois coups de marteau. La tradition induite par la superstition de Mahler (et surtout celle de sa chĂšre Ă©pouse) faisant gommer le troisiĂšme coup de marteau qui abat le hĂ©ros n‘est pas toujours respectĂ©e et il est permis de regretter la puissance du troisiĂšme coup.

Cette symphonie de la douleur de vivre, si autobiographique n’a pas ce soir Ă©tĂ© vĂ©ritablement mahlĂ©rienne mais juste grandiose et belle. La beautĂ© n’est pas la qualitĂ© premiĂšre de cette symphonie, pleine de dĂ©rision et d’audace, de timbres et d’effets inouĂŻs. L’Orchestre du Capitole a merveilleusement jouĂ©. Il attend encore le chef qui lui permettra, dĂ©passant le plaisir hĂ©doniste, de jouer la vraie symphonie « Tragique »,  composĂ©e par Mahler l’écorchĂ© vif. Ce jour lĂ  le public sera vraiment Ă©mu et comprendra qui est Mahler.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le premier décembre 2017. Félix Mendelssohn Bartholdy (1808-1847) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en sol mineur Op.25 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 6 en la mineur « Tragique » ; Bertrand Chamayou : piano ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Andris Poga.

Compte rendu Opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 24 novembre 2017.Puccini : La Rondine. Nicolas Joël / Paolo Arrivabeni.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini : La Rondine. Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne. Direction : Paolo Arrivabeni. Faire de la simplicitĂ© et du banal un chef d’oeuvre. VoilĂ  ce qui rĂ©sumerait cet opĂ©ra trop peu connu. Puccini se rĂ©vĂšle bien davantage encore dans cette partition que dans nulle autre et le personnage de Prunier, le poĂšte, pourrait bien ĂȘtre sa voix. Ce personnage bien loin d’ĂȘtre secondaire est celui qui se promĂšne dĂ©sabusĂ© entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, celui qui permettra Ă  Magda de quitter les vertiges de l’amour pour vivre avec cette terrible perte et non pas mourir d’amour comme tous ses autres personnages pucciniens.
La mĂ©lancolie de la partition dans le dernier acte accompagne admirablement ce chemin. Mais avant d’en arriver lĂ  que de beautĂ©s, de subtilitĂ©s et de conversations mondaines en musique. A la maniĂšre du Chevalier Ă  la Rose de Richard Strauss qu’il admirait tant, et en se souvenant des musiques modernes qui intĂšgrent riche harmonie, rythmes complexes et subtilitĂ© de texture, Puccini compose sa plus belle et riche partition pour l’orchestre. Ce soir au Capitole, la direction magistrale de Paolo Arrivabeni galvanise un orchestre survoltĂ©. Le panache de l’ouverture comme le grand concertato chez Bullier, la dĂ©licatesse des chants de violoncelle, la subtilitĂ© de texture et le rubato des danses entremĂȘlĂ©es de la valse au fox-trott, tout coule et fait le dĂ©lice du spectateur. Avec un tel monde crĂ©Ă© sous leurs pas, les chanteurs sont admirablement soutenus, jamais aucun forte ne venant les couvrir. Il faut dire qu’à nouveau la distribution rĂ©unie au Capitole est un sans faute.
Et pourtant le souvenir de la distribution de 2002 et les versions enregistrĂ©es rĂ©centes nous rendent trĂšs exigeants. La Magda d’Ekaterina Bakanova est dĂ©licieuse. ScĂ©niquement l’actrice est habile. La voix a la souplesse requise, capable de susurrer comme de chanter les larges phrases dignes de Butterfly. Le timbre trĂšs homogĂšne se dĂ©ploie sans effort sur toute la tessiture. Elle colore et nuance sa voix Ă  l’envie. Ce rĂŽle trĂšs exigeant lui convient admirablement et son incarnation est inoubliable. Son Ruggero bĂ©nĂ©ficie de la voix puissante de Dmytro Popov. Le medium et le grave sont Ă©trangement barytonnant mais la quinte aiguĂ« est lumineuse et la jeunesse du timbre luit.

 

 

Elégance, finesse et mélancolie. Il y a tout Puccini dans la Rondine du Capitole

 

PUCCINI-LA-RONDINE-capitole-toulouse

 

 

Prunier loin d’ĂȘtre donnĂ© Ă  un tĂ©nor de caractĂšre a la voix large et souple de Marius Brenciu. Tout au long de l’ouvrage il avance avec une Ă©lĂ©gance tant scĂ©nique que vocale dans son dĂ©dale d’aspirations revues Ă  la baisse sous le coup de la rĂ©alitĂ©. Il est mĂ©lancolique et dĂ©sabusĂ© mais toujours d’une suprĂȘme Ă©lĂ©gance. La Lisette d’Elena Galitskaya est une composition parfaitement rĂ©ussie. Ce personnage Ă  tempĂ©rament qui n’a pas les moyens de s‘exprimer et doit rester servante est aussi irritant qu’émouvant. La voix est agrĂ©able avec une pointe acidulĂ©e trĂšs en situation. TrĂšs prĂ©sente dans les ensembles cette voix puissante est capable de bien davantage.
Le couple avec Prunier fonctionne bien scĂ©niquement et vocalement. N’oublions pas que Puccini leur rĂ©serve de trĂšs belles phrases et de beaux duos. C’est toute la richesse de cet opĂ©ra. Les premiers rĂŽles n’écrasent pas les autres. Le riche protecteur dĂ©sabusĂ© a la voix large de Gezim Myshketa. Son Rambaldo a de la classe lors du dĂ©part de Magda et l’on devine que son affection est sincĂšre et au final assez respectueuse du tempĂ©rament de Magda ; Hirondelle qui revient toujours aprĂšs ses escapades. Nous espĂ©rons qu’il saura l’accueillir aprĂšs son voyage au pays de l’amour. Tous les autres rĂŽles sont Ă©patants, trĂšs vivants et tout en situation avec Ă©clat vocal et prĂ©sence scĂ©nique pleine d’esprit.

Les ChƓurs du Capitole sont absolument superbes : vivants scĂ©niquement et puissants vocalement. Les sensuelles lumiĂšres de Vinicio Cheli, les costumes de Franca Squarciapino et les dĂ©cors d’Ezio Frigerio sont d’une beautĂ© toujours renouvelĂ©e. Le luxe dorĂ© enferme et jamais l’horizon n’apparaĂźt. Mais tout cette harmonie des annĂ©es folles envoĂ»te toujours autant le regard.
La mise en scĂšne de Nicolas JoĂ«l est certainement sa plus vivante et elle suit admirablement la partition. Cette production de 2002 n’a pas pris une ride et a Ă©merveillĂ© le public grĂące Ă  une distribution impeccable, un orchestre et un chef au sommet ! Puccini en aurait Ă©tĂ© fier lui qui aimait tant cette partition.

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 24 novembre 2017. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Rondine, ComĂ©die lyrique en trois actes ; Livret de Giuseppe Adami d’aprĂšs Alfred Maria Willner et Heinz Reichert ; CrĂ©ation le 27 mars 1917 Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; Coproduction avec le Royal Opera House – Covent Garden de Londres (2002) ; Nicolas JoĂ«l : mise en scĂšne ; Stephen Barlow : rĂ©alisation mise en scĂšne ; Ezio Frigerio : dĂ©cors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres. Avec : Ekaterina Bakanova, Magda ; Dmytro Popov, Ruggero ; Elena Galitskaya, Lisette ; Marius Brenciu, Prunier ; Gezim Myshketa, Rambaldo ; Benjamin Mayenobe, PĂ©richaud ; Vincent Ordonneau, Gobin ; Yuri Kissin, CrĂ©billon ; Norma Nahoum, Ivette ; AurĂ©lie Ligerot, Bianca ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Photo : © photos P.Nin.

 

 

 

Compte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski. Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

temirkanov yuri maestro concert critique sur classiquenewsCompte-rendu, critique, concert. Toulouse, le 10 novembre 2017. Rimski-Korsakov. TchaĂŻkovski.  Orch Philh de Saint-PĂ©tersbourg. Yuri Temirkanov, direction. Concert prestigieux qui dans la ville rose a mis en lumiĂšre un orchestre et un chef russes. Yuri Temirkanov et l’Orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg sont des ambassadeurs de poids. La comparaison avec notre orchestre et notre chef russo-toulousain, Tugan Sokhiev, ne pouvait que stimuler notre Ă©coute. Ce fut trĂšs intĂ©ressant de dĂ©couvrir trĂšs assagi le grand maestro Yuri Temirkanov Ă  la tĂȘte de son orchestre Philharmonique. Il en assure la direction artistique depuis 1988.

Le programme entiĂšrement russe a pris des allures de manifeste. Rimski-Korsakov dans les pages extraites de sa lĂ©gende de La ville invisible de KitĂšge est un rĂ©sumĂ© des qualitĂ©s dramatiques du compositeur. La variĂ©tĂ© d’humeur et la subtilitĂ© rythmique, la beautĂ© des mĂ©lodies ont Ă©tĂ© un peu trop discrĂštes dans une interprĂ©tation assez monolithique. Certes la gestuelle minimaliste de Yuri Temirkanov n’est comparable Ă  nulle autre et fascine au premier regard, mais si le rĂ©sultat est flamboyant en terme de couleurs saturĂ©es et de nuances forte quasi permanentes, il y a dans cette direction, bien peu de subtilitĂ©.

La Grande Russie à Toulouse : avare en subtilité

Les pages de Francesca da Rimini de TchaĂŻkovski encore plus sombres et dramatiques n’ont pas non plus convaincu autrement que par une splendeur orchestrale extravertie presque Ă  la maniĂšre des orchestres amĂ©ricains des annĂ©es 80. Puissance et hĂ©donisme sonore ne suffisent pas Ă  mettre en valeur les splendeurs de cette partition trĂšs romantique.

La CinquiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski est un chef d’Ɠuvre adorĂ© du public et tout particuliĂšrement Ă  Toulouse depuis que Tugan Sokhiev nous la propose rĂ©guliĂšrement. Il a fallu attendre le dernier mouvement pour que l’orchestre Philharmonique de Saint-PĂ©tersbourg s’envole et nous transporte. Car les mĂȘmes qualitĂ©s et les mĂȘmes limites se sont retrouvĂ©es dans les trois premiers mouvements. Puissance et beautĂ© sonore mais brute sans les phrasĂ©s Ă©largis, sans la prĂ©cision rythmique, la variĂ©tĂ© de couleurs et de nuances auxquelles nous sommes habituĂ©s. L’andante cantabile est certes senza licenza mais aussi 
 sans Ăąme. Le texte musical simplement prĂ©sentĂ©, les nuances faites naturellement par l’addition des instruments, chaque famille Ɠuvrant Ă  une dĂ©monstration de sa splendeur, lassent l’oreille par la prĂ©visibilitĂ© des effets. La valse, droite dans se bottes, ne danse pas avec les sentiments. Le final a lui Ă©tĂ© mieux construit et superbement jouĂ© par un orchestre splendide. Des cuivres puissants, des cordes solides et des bois sensibles.
Ce qui peut s’apparenter Ă  une tradition Russe est en fait aujourd’hui un peu fade Ă  cotĂ© des propositions interprĂ©tatives intĂ©grant des notions de recherche de couleurs et de nuances plus lumineuses et claires dans la musique de TchaĂŻkovski qui admirait tant Bizet. Une plus grande prĂ©cision rythmique et des phrasĂ©s plus subtilement agencĂ©s mettent en valeur le drame et les Ă©motions fortes contenues dans ce rĂ©pertoire de plus en plus apprĂ©ciĂ© et compris pas le public toulousain, d’autant que ce dernier est gĂątĂ© par un Orchestre du Capitole qui y excelle sous la baguette si inspirĂ©e de Tugan Sokhiev.
La Halle-aux Grains est de plus une salle qui certes sonne bien mais demande de prendre en compte une acoustique particuliĂšre.  La saturation n’était pas loin, ce
 dĂšs le dĂ©but du concert de ce soir.  Un travail plus prĂ©cis sur le son assure une meilleure musicalitĂ©. Cela fait peut ĂȘtre aussi partie des qualitĂ©s des chefs et des orchestres invitĂ©s, savoir faire avec cette acoustique si particuliĂšre.

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Compte-rendu, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 10 Novembre 2017. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Tableaux musicaux de la Légende de la ville invisible de KitÚge ; Piotr Ilitch Tchaïkovski  (1840-1893) : Francesca da Rimini, op.32 ; Symphonie n°5 en mi mineur op.64 ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Yuri Temirkanov, direction.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. D’Albert : Tiefland. Nouvelle production. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. AprĂšs une fin de saison enthousiasmante avec un ProphĂšte de Meyerbeer aussi rĂ©ussie que rare, encensĂ©e par le public comme la presse, voici un dĂ©but de saison courageux et victorieux qui fera date. Le Tiefland d‘Eugen D’Albert est un opĂ©ra que comme beaucoup je ne connaissais pas vraiment. Son existence notĂ©e par le fait qu’il figurait dans la liste des opĂ©ras que Maria Callas avait chantĂ©s Ă  AthĂšnes avant sa carriĂšre internationale. Puis un vague extrait, car il n’y a pas d’air Ă  proprement parler ici, dans un disque de Martha Mödl. Ces deux tragĂ©diennes de gĂ©nie s’étaient donc intĂ©ressĂ©es au rĂŽle de Marta. Depuis sa crĂ©ation en 1903, cet opĂ©ra est toutefois donnĂ© rĂ©guliĂšrement dans les maisons d‘opĂ©ra allemandes mĂȘme si c’est de moins en moins souvent. C’est dire si l’amateur d’opĂ©ra attendait avec impatience cette rĂ©surrection.

 

 

Magistral, fulgurant Tiefland au Capitole

 

Tiefland capitole florEt bien ! Tout est allĂ© au delĂ  de mes rĂȘves mĂȘme s’ils Ă©taient vastes. La partition d’Eugen D’Albert est incroyable de richesse et de puissance. L’orchestre conduit tout le drame, chante, souffre, sĂ©duit, torture, envoĂ»te ; il meurtrit l’ñme autant qu’il porte l’espoir. Le style de la partition n’est pas post romantique, ni moderniste, il est sans complexes ni concessions capable de tout, absolument tout. La maniĂšre de E. D’Albert est inconnue et proche Ă  la fois. Quelque chose entre un opĂ©ra qui aurait Ă©tĂ© composĂ© par Brahms, ou une symphonie fleuve avec voie inventĂ©e par Puccini
 Il faut plusieurs Ă©coutes pour percevoir derriĂšre la touffeur harmonique, le lyrisme des instruments de l’orchestre, pour comprendre comment les voix sont posĂ©es sur l’orchestre, enchĂąssĂ©es en lui, suprĂȘmement supĂ©rieures et prĂ©cieuses, non pas en raison de la voix chantĂ©e, et fortissimo souvent, mais du texte dit. Car ce qui frappe c’est le nombre de mots, la raretĂ© des rĂ©pĂ©titions qui font de ce livret d’opĂ©ra quelque chose d’incroyable. Sans en avoir l’air, D’Albert a peut ĂȘtre enfin su lier texte et musique de maniĂšre entiĂšrement satisfaisante pour la premiĂšre tragĂ©die en musique crĂ©dible. Cette dĂ©finition inattendue me paraĂźt plus juste que l’habituel vĂ©risme Ă  l’allemande qui ne me satisfait pas du tout pour Tiefland. Il s’agit donc d’une partition merveilleuse et complexe mais surtout il y a dans cet opĂ©ra des personnages archĂ©typaux d’une vĂ©ritĂ© psychologique tout Ă  fait inhabituelle.
Les voix exigĂ©es, nous l’avons dit doivent ĂȘtre intelligibles sur toute la tessiture et soutenir un orchestre d’une rare puissance. Il faut donc pour les trois rĂŽles principaux des voix de format wagnĂ©rien avec une lumiĂšre italienne pour passer l’orchestre. Le Capitole a trouvĂ© trois artistes parfaits pour les terribles rĂŽles. Prise de rĂŽle dangereuse et terrible pour la soprano et le tĂ©nor. Ils ont osĂ© car le Capitole leur a permis de larges conditions de rĂ©pĂ©titions. Nikolai Schukoff est Pedro. Beau, jeune, vif, il chante et joue comme un dieu. Lui qui a Ă©tĂ© un Lohengrin et un Parsifal inoubliables, il pourra devenir le Tristan de demain. Il trouve dans ce rĂŽle archĂ©typal une vĂ©ritĂ© totale. La voix est belle, droite et saine. Son chant est habitĂ© et puissant, porteur de belles Ă©motions. Il darde des aigus victorieux mais surtout projette les mots avec force sur toute sa large tessiture. Le medium et le grave de la voix ont un grain des plus nobles avec des harmoniques d’une richesse incroyable. Le jeu d’acteur est rare car juste et Ă©mouvant.

 

 

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La Marta de Meagan Miller arrive vocalement et scĂ©niquement sur les sommets habitĂ©s par son partenaire. Un peu moins Ă  l’aise dans les mots que son collĂšgue autrichien, la cantatrice amĂ©ricaine a une voix solaire et sonore. D’une homogĂ©nĂ©itĂ© totale, sans vibrato et capable de nuances extrĂȘmes. Ses fortisimmi de terreur Ă  la fin de l’opĂ©ra sont fulgurants, les piani murmurĂ©s dans les confidences sont bouleversants. Le jeu scĂ©nique est admirable, l’évolution en 24h de cette femme terrorisĂ©e et soumise jusqu’à demander la mort en une passionaria de vie et d’amour est une belle rĂ©ussite. Le grand mĂ©chant Sebastiano, le maĂźtre,  est pervers Ă  souhait avec la voix et le jeu de Markus BrĂŒck qui fait une composition remarquable. Ce personnage, maĂźtre du monde,  est installĂ© dans les bas-fonds de l’ñme humaine Ă  ce niveau plus bas que la bĂȘte qui elle ne fait pas le mal pour le plaisir. C’est faire injure au loup et trop d’honneur Ă  ce condensĂ© de perversitĂ© que de les apparier. Voix de baryton sonore Ă  la diction limpide et Ă  la puissance souveraine, Markus BrĂŒck est idĂ©al en Sebastiano. La viscositĂ© sale dont il est capable auprĂšs de Marta qu’il prĂ©tend aimer, le mĂ©pris et la morgue qu’il jette Ă  la figure des autres avec un jeu puissant face Ă  la noblesse de Tommaso, sa bassesse dans le combat final avec Pedro, tout ne fait que monter la haine contre lui. Sa mort est une libĂ©ration.

Les autres rĂŽles sont parfaitement tenus avec une grande tendresse pour la voix trĂšs prometteuse de Anna Schoeck en Nuri. Le chƓur est pour une fois plus vrai et agrĂ©able Ă  voir qu’à entendre, un peu dĂ©passĂ© par les exigences d’écriture inhabituelles et sans le lyrisme habituel des chƓurs d’opĂ©ras.
La direction de Claus Peter Flor est est Ă  nouveau admirable. C’est dĂ©jĂ  lui qui avait su magnifier Meyerbeer le mal aimĂ© dans le ProphĂšte in loco en juin 2017. Il insuffle le style de cette musique complexe Ă  l’orchestre qui ne se laisse toutefois pas assez conduire vers l’énergie et la souplesse qui Ă©manent de sa direction. Sans flĂ©chir, Claus Peter Flor tient tout le drame et le fait avancer inexorablement. L’orchestre rend hommage Ă  la belle partition mais manque un peu d’aisance pour une fois car le style ne lui est pas familier. Il est probable qu’en jouant d’avantage cette musique, il sera encore meilleur (nous avons entendu la deuxiĂšme reprĂ©sentation). La mise en scĂšne, les dĂ©cors et les costumes font un tout d’une rare cohĂ©rence.
Nous avons dit combien le jeu d’acteur est plein de vĂ©ritĂ© et d’émotions. Walter Sutcliffe suit le texte avec une rare prĂ©cision. Les rapports entre les personnages et avec la foule sont vrais et forts. Les costumes modernes sont beaux et intelligents. ColorĂ©s comme pour faire oublier que tous sont des morts-vivants face Ă  la tyrannie sociale. Le premier dĂ©cor quasi cinĂ©matographique situe les hauteurs dans un cadre symbolisĂ© plus qu’idĂ©alisĂ©. La solitude choisie de Pedro n’est certainement pas paradisiaque. Dans la minĂ©ralitĂ© du dĂ©cor, la montagne n’est pas si avenante. Le bas fond de l’ñme de Sebastiano et qu’il impose Ă  ses proches, correspond admirablement Ă  ce terreau glauque de minoterie avec sa cuisine crasseuse et ses chambres suggĂ©rĂ©es Ă  l’arriĂšre dans une pauvretĂ© illustrant la misĂšre sexuelle imposĂ© Ă  Marta.
L’ensemble de la scĂ©nographie souligne combien les rapports entre l’intemporalitĂ© de certaines zones et la modernitĂ© d’autres ne vont pas d’évidence depuis toujours, aujourd’hui comme autrefois. La fable de l’agnelle, du loup et du berger est crĂ©dible. Pedro en homme de justice et de courage tue le loup qui tente de lui ravir sa brebis. Mais je l’ai dit, c’est trop d’honneur pour Sebastiano, image intemporelle des puissants qui mĂ©prisent l’humain et font de l’abaissement et de la souffrance de l’autre, leur dĂ©lice. Marta fait le chemin immense de la captivitĂ© morale, sociale et sexuelle, vers la dĂ©couverte du vrai amour. Celui qui choisit, dĂ©sire, donne, libĂšre et fait grandir. Sous nos yeux, elle a failli y renoncer, affolĂ©e par la puretĂ© de l’amour de Pedro, elle lui a demandĂ© la mort.  La justesse de ces personnages et leur intemporalitĂ© sont une merveille.
Eugen D’Albert a Ă©crit un chef d’Ɠuvre que le Capitole a su rĂ©animer avec respect et force. France musique a captĂ© cette production et la diffusera dans ses soirĂ©es Ă  l’OpĂ©ra. Un dĂ©but de saison mĂ©morable et prometteur au Capitole. Un trio de chanteurs que nous espĂ©rons revoir. En Tosca, Siegfried,Tristan ? Vite !

 

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 octobre 2017. Eugen D’Albert (1864-1932) : Tiefland, OpĂ©ra en trois actes avec prologue ; Livret de Rudolf Lothar d’aprĂšs la piĂšce de Terra Baixa d’Àngel Guimerà ; CrĂ©ation le 15 novembre 1903 au ThĂ©Ăątre allemand de Prague ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek, lumiĂšres ; Avec : Nikolai Schukoff, Pedro ; Meagan Miller, Marta ; Markus BrĂŒck, Sebastiano ; Scott Wilde, Tommaso ; Orhan Yildiz, Moruccio ; Anna Schoeck, Nuri ; Paul Kaufmann, Nando ; Jolana Slavikova, Pepa ; Sofia Pavone, Antonia ; Anna DestraĂ«l, Rosalia ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photo : © P.Nin / Capitole de Toulouse 2017

 

 

Compte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. 

danae_doerken_profilCompte-rendu, concert. Piano au Jacobins. Toulouse, le 26 septembre 2017. R. Schumann. J. Brahms.  F. Chopin.  Danae Dörken, piano. Toute souriante et heureuse de jouer aux Jacobins, la toute jeune Danae Dörken a facilement sĂ©duit le public de piano aux Jacobins. Elle est bien Ă  l’aise dans les Ă©vocation sylvestres de Schumann. Piano souple et Ă©lĂ©gant. Les KlavierstĂŒcke de Brahms la dĂ©couvre plus appliquĂ©e qu’inspirĂ©e mais toujours elle offre cette impression bien  agrĂ©able que tout lui est facile. On ne peut vraiment pas reprocher Ă  une si jeune artiste ( 26 ans) un lĂ©ger manque de maturitĂ©. En ce qui concerne son interprĂ©tation de la sonate da Chopin, les nuances sont belles, les phrasĂ©s intĂ©ressants; les couleurs variĂ©es.

Danae Dörken, une bien aimable pianiste

Les tempi sont Ă©lĂ©gants et cette sonate avance avec facilitĂ© sans soucis techniques. Par contre le travail sur la structure, la construction sur l’ ensemble par un enchaĂźnement des mouvements cohĂ©rent pourrait ĂȘtre dĂ©veloppĂ©. Il n’est pas facile pour une jeune pianiste de s’attaquer Ă  ces piĂšces si cĂ©lĂšbres bien connues (et apprĂ©ciĂ©es) sous des doigts prestigieux. Mais vraiment cette artiste mĂ©rite d’ĂȘtre suivie pour ce plaisir immense qui l’habite de jouer pour le public. C’est avec beaucoup de grĂące qu’elle offre ses bis au public qui lui a fait un beau succĂšs.

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Compte rendu concert. Piano au Jacobins. Toulouse, CloĂźtre des Jacobins, le 26 septembre 2017. Robert Schumann ( 1810-1856) : ScĂšnes de la forĂȘt Op.82 ; Johannes Brahms ( 1833-1897) ;  KlavierstĂŒcke Op. 119 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin ( 1810-1852) : Sonate n° 3 en si mineur Op. 58 ; Danae Dörken, piano. Retrouvez Danae Dörken, dans le reportage vidĂ©o du GSTAAD MENUHIN Festival & Academy rĂ©alisĂ©e par Classiquenews Ă  l’étĂ© 2016

Compte rendu,opĂ©ra . Blagnac, Odyssud, le 23 sept 2017. Rameau, Charpentier. ChƓur et orch. À bout de souffle, S Delincack / P AbĂ©jean.

Photo ActĂ©on-ABDS©Fabrice-RoqueCompte-rendu, opĂ©ra. Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. JP. Rameau. MA. Charpentier. Patrick AbĂ©jean, mise en scĂšne.  ChƓur À bout de souffle.  Orchestre baroque À bout de souffle. Direction: StĂ©phane Delincack. Emmanuel Gaillard le directeur de la salle d’Odyssud peut ĂȘtre fier de son idĂ©e. ConfiĂ©e Ă  À Bout De Souffle et son chef Stephane Delincack l’ouverture de la saison avec deux petits opĂ©ras baroques français n’allait pas de soi. Nous savons combien les grandes tragĂ©dies lyriques de Lully ont marquĂ© de maniĂšre Ă©crasante toute la production d’opĂ©ra en France sous  Louis XIV. Les tragĂ©dies lyriques de Lully ont Ă©tĂ© redonnĂ© rĂ©cemment aprĂšs la miraculeuse rĂ©surrection d’Atys. Mais il faut reconnaĂźtre qu’il faut des moyens hors du commun pour brider l’ennui qui se dĂ©gage de l’Ă©coute de ses Ɠuvres monumentales et que tout cela finit par s’essouffler. Le format opĂ©ra de chambre ou opĂ©ra de chasse est finalement l’idĂ©al qui convient au spectateur moderne. En effet, avec ses deux ouvrages d’un acte chacun, et faisant Ă  peu prĂšs une heure, nous tenons un double spectacle Ă  la durĂ©e idĂ©ale de deux heures.

Pleine de vie, la production d’À Bout De Souffle ouvre la nouvelle saison à Odyssud

Donner la partition de Rameau avant celle de Charpentier Ă©tait une trĂšs bonne idĂ©e dans le sens oĂč la musique brillante de Rameau est lĂ , le style Ă©galement est magnifique partout, avec un trĂšs beau sommeil en particulier, mais c’est bien la profondeur de la musique de Charpentier qui gagne le cƓur des spectateurs.
AnacrĂ©on veut tout Ă  la fois servir la dĂ©esse de l’amour et le dieu de l’ébriĂ©tĂ©, sans concession. De justesse aprĂšs avoir Ă©tĂ© menacĂ© par le courroux des dieux et des dĂ©esses, un compromis est enfin trouvĂ© dans la joie. ActĂ©on est plus tragique : le hĂ©ros  sera puni d’avoir osĂ© moquer ceux qui tombent amoureux. ChangĂ© en cerf, il est dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.  Finalement, c’est l’amour qui domine les deux ouvrages dans des visions trĂšs complĂ©mentaires.

La mise en scĂšne de Patrick AbĂ©jean est remarquable de sobriĂ©tĂ© et d’inventivitĂ©. Tout fonctionne parfaitement et avec des moyens trĂšs modestes mais efficaces et beaux. DĂ©cor et costumes sont plein de poĂ©sie avec en particulier de trĂšs beaux masques de cerfs. Les chanteurs sont tous trĂšs convaincants, que ce soit Laurent Labarbe en AnacrĂ©on, jouisseur et bon enfant ; Aurelie Fargues en voix de dessus, agile et bien projetĂ©e ; HĂ©lĂšne Delalande qui  a une trĂšs belle voix de bas-dessus, bien timbrĂ©e et charnue avec un abattage incroyable. Paul Cremazy a une voix de tĂ©nor agrĂ©able et un physique Ă©lancĂ©, son ActĂ©on est absolument charmant et sa mort trĂšs Ă©mouvante. Mais cette Ă©quipe de chanteur soliste est entourĂ©e par un chƓur dont la sĂ»retĂ© porte tout le spectacle. Le chƓur À bout de souffle comporte une cinquantaine de choristes-acteurs-danseurs. Amateurs de niveaux diverses parfois trĂšs bons musiciens, ils ont en commun une envie de partager leur passion pour le spectacle vivant, la musique, la chorĂ©graphie et le thĂ©Ăątre. Il n’y a pas de limite d’ñges ce qui donne un panel trĂšs proche de la vie quotidienne. TrĂšs bien prĂ©parĂ©s depuis plus d’un an au niveau musical et thĂ©Ăątral, il n’y a pas de doute qu’ils ont cette annĂ©e avec cette magnifique production, encore gagnĂ© en qualitĂ©. La vie qui se dĂ©gage de leur interprĂ©tation, la beautĂ© de leurs gestes et de leur danse, la qualitĂ© de leur diction et leurs qualitĂ©s vocales, le tout fait vĂ©ritablement merveille. La mise en scĂšne et la direction d’acteurs de Patrick AbĂ©jean est pleine de malice et toujours de bon goĂ»t. L’Ă©motion au moment de la mort d’ActĂ©on est poignante. La direction musicale de Stephane Delincack permet Ă  la musique de se dĂ©ployer Ă©lĂ©gamment ; les rĂ©citatifs y sont souples et les danses endiablĂ©es.

L’orchestre est composĂ© de musiciens professionnels baroques qui sous la baguette de StĂ©phane Delincack  jouent avec beaucoup de libertĂ© et d’expression. Les chorĂ©graphes Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) on fait un travail remarquable. Les choristes qui se sont engagĂ©s dans des pas de danse l’ont fait avec beaucoup de conviction obtenant un effet inĂ©narrable. Charlie Anastasia Merlet s’est chargĂ© du rĂŽle soliste de la belle maĂźtresse d’AnacrĂ©on : Lycoris. Le charme qui se dĂ©gage de sa prestation fait honneur Ă  la description enflammĂ©e que fait AnacrĂ©on de son bel amour. Le public a fait un triomphe Ă  cette production de dĂ©but de saison d’Odyssud. Bravo Ă  tous ces artistes unanimement engagĂ©s et de grand talent.

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Compte rendu opĂ©ra . Blagnac. Odyssud, le 23 septembre 2017. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : AnacrĂ©on, OpĂ©ra-ballet en un acte ; Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : ActĂ©on, OpĂ©ra de Chasse en six scĂšnes ; Mise en scĂšne : Patrick AbĂ©jean; Assistante Ă  la mise en scĂšne : HĂ©lĂšne Lafont; ChorĂ©graphie : Benjamin Fargues et Charlie-Anastasia Merlet (Cie Les Gens Charles) ; Conception, rĂ©alisation vidĂ©o : Greg LamazĂšres ; LumiĂšres : Marion Jouhanneau ; ChƓur À bout de souffle ; Orchestre baroque À bout de souffle ; StĂ©phane Delincack, direction — Illustration : © Fabrice-Roque

Compte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cCompte rendu concert. Toulouse, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, Orch Nat du Capitole,T. Sokhiev. En Partenariat avec Piano aux Jacobins l’ouverture de la saison symphonique de la Halle-aux-Grains, chaque annĂ©e, reprĂ©sente un moment clef de la vie culturelle toulousaine. La conjonction d’un soliste de premier plan, de compositeurs choyĂ©s et de l’orchestre sous la direction de son chef tant aimĂ©, a attirĂ© un public nombreux. Plus une place de libre ce soir, dans la salle hexagonale oĂč le public enserre « son » orchestre. Il est certain que la disposition de cette salle concourt Ă  ce sentiment de partage total, entre musiciens et public.

ƒUVRE EN MAGNIFICENCE

Pour ce grand soir attendu par la foule, dĂšs son entrĂ©e en scĂšne, alerte et concentrĂ©, Tugan Sokhiev donne le ton. L’orchestre dans son rituel immuable s’était installĂ© et accordĂ© avec soin. Et dĂšs la levĂ©e des bras du chef, l’orchestre a frissonnĂ© pour nous offrir une ouverture de Don Juan d’anthologie. C’est dans un mĂȘme geste large de battements d’ailes puis de gauche et de droite qu’il a construit ce dĂ©but d’accords si dramatiques. L’élĂ©gance et l’évidence de ce grand geste sculpte le son et l’amĂšne jusqu’ au silence qui le suit. Cela permet Ă  l’orchestre de dĂ©ployer toute sa beautĂ© sonore et son savoir faire : la prĂ©sence de chaque timbre dans un ensemble grandiose. Cordes, flĂ»te, hautbois, basson et cor entrent en scĂšne avec d’avantage de prĂ©sence pour la partie de balancement noble que Joseph Losey, si inspirĂ© dans son Film -Don Giovanni- , avait situĂ© sur la lagune de Venise. Tout s’enchaine ensuite avec panache mĂȘlant Ă  ce tragique dĂ©but toute la gouaille du giocoso. La fĂȘte de ce mariage du Drama et du Giocoso est Ă  son comble avec les entrĂ©s fuguĂ©es et les rĂ©pĂ©titions des motifs alertes. Tout l’orchestre semble exulter et Tugan Sokhiev d’une main sure et lĂ©gĂšre, donne toute la dramaturgie attendue Ă  cette magnifique ouverture. Nous avons dĂ©jĂ  hĂąte d’entendre de quelle façon, le chef dirigera un jour Don Giovanni Ă  l’opĂ©ra avec sa maniĂšre si fine de comprendre le mĂ©lange complexe du drame existentiel et de la futilitĂ© de la vie, tels qu’ils sont contenus dans le chef d’Ɠuvre mozartien.
AprĂšs un dĂ©but si enchanteur, une fois le piano sorti de terre et l’arrivĂ©e souriante d’Elisabeth Leonskaja, la vaste introduction du troisiĂšme concerto de Beethoven a une nouvelle fois montrĂ© combien le Beethoven de Tugan Sokhiev est idĂ©al. Tenue, grandeur sans pesanteur, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, nuances ciselĂ©es et couleurs Ă©clatantes. Avec toujours un rythme maitrisĂ© et comme un rebondi qui anoblit les fins de phrases et les accords. La longue entrĂ©e orchestrale qui dĂ©bute le Concerto met le pianiste soit dans une attente d’enfin jouer, soit lui permet de participer et d’inclure dans ces premiĂšres notes tout le long phrasĂ© impulsĂ© par le chef. Elisabeth Leonskaja, qui dit aimer beaucoup jouer avec Tugan Sokhiev, a semblĂ© chanter avec l’orchestre. Son entrĂ©e est majestueuse et elle semble poursuivre avec l’orchestre ces grandes phrases. Le geste est souverain avec pourtant les petites scories habituelles. Jamais aucune duretĂ©, et des nuances subtiles, des qualitĂ©s de lĂ©gĂšretĂ© et des appuis pondĂ©rĂ©s sont un enchantement. Le premier mouvement est un dialogue de grande musicalitĂ© entre le chef, l’orchestre et la pianiste. L’écoute est permanente et le plaisir de jouer ensemble ne fait que grandir. La grande cadence montre Leonskaja, maĂźtresse de moyens phĂ©nomĂ©naux avec une grande inventivitĂ©.
C’est bien Ă©videmment le mouvement lent qui est le moment le plus Ă©mouvant du Concerto. Cette fois c’est la pianiste qui joue seule et donne le ton. C’est celui de la confidence, du bonheur, du partage. La dĂ©licatesse de l’orchestre sous la direction sensible de Tugan Sokhiev est un pur enchantement. Le bonheur Ă©perdu du trio flĂ»te, basson, piano reposant sur un tapis de pizzicati de cordes, dans ces grandes phrases planantes, est un moment inoubliable. Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et Estelle Richard au basson sont les fĂ©es qui nuancent subtilement avec la reine de douceur au piano. Le balancement amoureux obtenu par la direction de Tugan Sokhiev est comme une invitation Ă  laisser tout souci pour ĂȘtre parfaitement heureux le temps de ce mouvement suspendu.
Avec malice Elisabeth Leonskaja lance le final si spirituel qui permet Ă  la soliste et Ă  l’orchestre de caracoler avec ivresse. Le triomphe est total et c’est une salve d’applaudissement pour les musiciens. Elisabeth Leonskaja offre en bis une superbe interprĂ©tation de la premiĂšre des trois KlavierstĂŒcke de Schubert, faisant la boucle avec son somptueux concert Schubert aux Jacobins il y a quelques jours.

Pour la deuxiĂšme partie du concert, le choix de la neuviĂšme symphonie de Chostakovitch permet de rester dans l’éveil de l’esprit.  Cette symphonie Ă©crite par Chostakovitch aprĂšs la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale est marquĂ©e par un cotĂ© certes festif, la guerre est finie, mais grinçant et provocateur, car quel prix terrible a du ĂȘtre payĂ©. Au lieu de la grandiose fresque hĂ©roĂŻque attendue par le pouvoir soviĂ©tique, Chostakovitch a choisi la dĂ©sinvolture, refusant toute parentĂ© avec la terrible symphonie Leningrad. Tugan Sokhiev n’insiste pas sur le cotĂ© grinçant mais permet l’expression d’un esprit de moquerie qui garde toujours une parfaite Ă©lĂ©gance. Les fanfares militaires raillĂ©es le sont plus avec esprit que mĂ©chancetĂ©. Il n’y a rien de grandiose ni de vainqueur. C’est une grande chance de pouvoir entendre les symphonies de Chostakovitch dĂ©fendues avec cette qualitĂ©. Tugan Sokhiev et son orchestre ont ce soir Ă©tĂ© merveilleux. Les instrumentistes sont tous magnifiques ; mentionnons surtout le picolo inĂ©narrable de Claude Roubichou, le hautbois merveilleux de Chi Yuen Cheng, la clarinette si expressive de David Minetti, Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te et, Ă  nouveau le fabuleux basson d’Estelle Richard. Le solo de violon de GeneviĂšve Laurenceau a Ă©galement Ă©tĂ© trĂšs remarquable. Dans le deuxiĂšme mouvement si dĂ©solĂ©, il y a un trio flĂ»te, basson clarinette d’une incroyable beautĂ©. Les cuivres ont une partie importante et toute la famille est Ă  fĂ©liciter pour son implication sans faille d’une grandeur inquiĂ©tante. Mais c’est vĂ©ritablement cette Ă©nergie mutualisĂ©e de tous les instrumentistes que Tugan Sokhiev semble chercher individuellement du regard dans sa direction si expressive qui fait la merveille de cette interprĂ©tation.

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Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 20 septembre 2017. Mozart. Beethoven. Chostakovitch. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.  Illustration :  Elisabeth Leonskaja (DR)

Compte-rendu, concert. Toulouse, Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Bortkiewicz, Chopin, Schumann. Julien Brocal, piano.

brocal julien pianoCompte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. S. Bortkiewicz. F. Chopin. R. Schumann. Julien Brocal, piano. Piano aux Jacobins permet la dĂ©couverte de jeunes pianistes et parmi eux la recherche de grands talents. AurĂ©olĂ© des encouragement de Maria Joao Pires et d’un premier disque bien accueilli outre-Manche, Julien Brocal avait bien des atouts sur le papier. Nous avons dĂ©couvert un pianiste empressĂ©, jouant vite et fort. Si les 7 prĂ©ludes de SergueĂŻ Bortkiewicz l’ont montrĂ© capable d’historisation et de nuances, je n’ai jamais entendu la deuxiĂšme sonate de Chopin Ă  ce train d’enfer sans aucune respiration ni entre les mouvements ni dans les phrases musicales. La virtuositĂ© est lĂ  mais prĂ©cipitĂ©e et comme expĂ©diĂ©e Ă  la maniĂšre d’un forcenĂ© qui se jette Ă  l’eau pour arriver le plus vite possible Ă  l’autre rive. La marche funĂšbre n’a jamais si bien portĂ© son triste nom : elle a sonnĂ© bien malheureuse. Le final a passĂ© si vite que bien malin celui qui en a perçu la structure.

 

Jeunesse empressée

Julien Brocal en pianiste trop pressé !

DĂ©contenancĂ© par cette premiĂšre partie insolite, je relisais dans le programme que la critique avait aimĂ© sa deuxiĂšme sonate de Chopin au disque
. EspĂ©rons que son Chopin y respire d’avantage que ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins. La deuxiĂšme partie du concert comprenait le Carnaval de Schumann. Cette Ɠuvre de relative jeunesse comporte un programme thĂ©matique et dramatique. L’humour n’en est pas absent et pour la premiĂšre fois Schumann y dĂ©veloppe pleinement sa notion de doubles de lui-mĂȘme : le doux Eusebius et l‘impĂ©tueux Florestan. Julien Brocal semble plus inspirĂ© par ces courtes piĂšces, nuance d’avantage, prend parfois le temps de colorer, sans toutefois mettre en valeur l’humour de certaines piĂšces. Cette notion d’inconfort liĂ© Ă  la vitesse ne disparaĂźt pas malgrĂ© de beaux moments lyriques et finement nuancĂ©s. Le final retrouve le gout du pianiste pour la force digitale et la puissance sonore. Les moyens pianistiques sont lĂ , qu’il en soit assurĂ© ; ils sont impressionnants, mais ce soir ils semblent dominer exclusivement. EnivrĂ© par sa puissance digitale Julien Brocal se prive de prendre le temps de phraser et de nuancer et bien plus gĂȘnant pour l’auditeur il se (et le) prive du temps de respirer. Ce jeune pianiste est tout Florestan et mĂ©connait  Eusebius pour le moment, mais qui sait


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Compte rendu concert. Toulouse, 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2017. Sergueï Bortkiewicz (1877-1952) : 7 préludes Op.40 ; Fréderic Chopin (1810-1849) Sonate n°2 en si bémol mineur Op.35 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval Op. 9. Julien Brocal, piano.

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano

Compte rendu concert. Toulouse, 38 Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. F. Schubert. P. Glass. Simone Dinnerstein, piano. Simone Dinnerstein m’avait sĂ©duit dans son rĂ©cital en 2012 au musĂ©e des Abattoirs Ă  Toulouse, lors de sa prĂ©cĂ©dente venue au festival Piano aux Jacobins. Ce qui m’avait touchĂ© dans le jeu lumineux de la pianiste amĂ©ricaine Ă©tait une caractĂ©risation Ă  la fois exacte et trĂšs personnelle de chaque piĂšce. Elle nous propose un concert Ă  nouveau marquĂ© par l’intelligence et l’originalitĂ©. Philippe Glass et Franz Schubert en alternance tissent en rĂ©alitĂ© plus de liens musicaux qu’il n’y paraĂźt Ă  premiĂšre idĂ©e. Si Philippe Glass, aujourd’hui 80 ans,  est le chantre du  minimaliste rĂ©pĂ©titif, Franz Schubert mort Ă  31 ans, est lui aussi minimaliste dans la simplicitĂ© de certains thĂšmes, mais chez lui ils sont Ă  foison, et les retours magiques des thĂšmes parfois transfigurĂ©s ont Ă  voir avec une notion de rĂ©pĂ©tition.

 

 

Le piano de l’amĂ©ricaine Simone Dinnerstein

Jeux de miroir, chemins d’intelligence et d’émotions

 

 

simone_dinnerstein_piano_bach_inventions_youtubeSimone Dinnerstein passe ainsi avec constance d’un compositeur Ă  l’autre en crĂ©ant une alchimie complexe faite de similitudes et d’oppositions. Ce qui est remarquable c’est la libertĂ© du jeu, la qualitĂ© de l’écoute harmonique, et la noblesse du geste interprĂ©tatif. Les rythmes sont bien campĂ© chez Schubert et Ă©tirĂ©s chez Glass. L’élĂ©ment aquatique de la musique de Philippe Glass, par exemple sa deuxiĂšme Ă©tude, Ă©voque une eau profonde et envoĂ»tante un peu mortifĂšre puis un mouvement vivifiant Ă  sa surface aprĂšs avoir rĂ©sistĂ© Ă  la fascination du gouffre. Chez Schubert, c’est d’avantage le ruisseau, le chemin le bordant, le mouvement observĂ© de l’extĂ©rieur qui ranime l’ñme.
Le grande Sonate en si bĂ©mol majeur de Schubert, avec justement ces gĂ©niaux retours des thĂšmes , est le « Lied ohne Ende °», d’un « gesegneter Wanderer °°» qui observe le monde, la nature, les gens et qui laisse  son Ăąme s’en abreuver.
Les moyens pianistiques de Simone Dinnerstein sont rĂ©els et impressionnants, mais jamais elle n’en use avec ostentation. Les doigts sont sĂ»rs, les nuances trĂšs belles et profondĂ©ment creusĂ©es dans une somptueuse matiĂšre sonore. Les couleurs sont complexes surtout dans Glass, avec ses harmoniques graves dĂ©gustĂ©es en une plĂ©nitude par la pianiste dans un geste quasi incantatoire. Un trĂšs beau concert qui permet la rencontre avec l’intelligence de l’ñme, l’originalitĂ© de l’interprĂšte et la finesse de la musicienne. Merci Ă  Simone Dinnerestein pour ce partage intime et bouleversant, qui accompagne le public vers d’avantage de comprĂ©hension du monde sonore. Le pont entre Schubert et Glass est une construction qui rend possible une autre maniĂšre d’écouter le piano en ses multitudes de possibilitĂ©s, toujours dans la plus grande beautĂ©. Le public reconnaissant, a fait un triomphe Ă  la pianiste amĂ©ricaine et elle a cĂ©dĂ© aprĂšs l’immense sonate D.960 Ă  la demande de bis, avec grĂące.

 

°Mélodie infinie
°° Promeneur heureux

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Compte rendu concert. Toulouse. 38Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 15 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : 4 impromptus op.90 D.899 ; Sonate en si bémol majeur D.960. Philippe Glass (né en 1937) : Metamorphosis One ; Etude n°2, 6 et16. Simone Dinnerstein, piano.

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 sept 2017. RĂ©cital Schubert. Elisabeth Leonskaja, piano

Compte rendu concert. Toulouse. 38Ăšme festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 6 septembre 2017. F. Schubert.  Elisabeth Leonskaja, piano. Un rĂ©cital tout Schubert est toujours trĂšs intĂ©ressant car il met Ă  nue les capacitĂ©s poĂ©tiques et narratives de l’interprĂšte. Les « grands pianistes » peuvent s’y fourvoyer car les moyens pianistiques les plus saisissants ne sont rien sans le supplĂ©ment d’ñme que la musique de Schubert rĂ©clame. Tout rĂ©cemment Ă  La Roque d’AnthĂ©ron, Arcadi Volodos nous avait considĂ©rablement déçu.

 

 

 

Elégance du geste, narration sûre :
Elisabeth Leonskaja, l’immense musicienne, ouvre les 38Ăš Jacobins…

 

 

Piano classiquenews recital leonskaia leonskaja-elisabeth-51cd05a0f235cElisabeth Leonskaja est une immense musicienne et ses enregistrements des sonates de Schubert dans les annĂ©es 1990 nous la montrent avec des moyens techniques et expressifs spectaculaires. Ce soir le rĂ©cital comprend des sonates de relative jeunesse. Tout est relatif chez Schubert mort Ă  31 ans
 Elisabeth Leonskaja leur offre toute la gĂ©nĂ©rositĂ© de son jeu. Certes les doigts n’ont plus la prĂ©cision diabolique de ses dĂ©buts, forgĂ©s Ă  la terrible Ă©cole russe. Par sa prĂ©sence en Autriche, elle a gagnĂ© la parfaite comprĂ©hension du monde de Schubert. Car qui aujourd’hui sait comme elle donner sens Ă  ces pages, nous entrainant dans un voyage sans fin, toujours renouvelé ? Qui d’autre a cette puissance de vie qui avance et jamais de semble regarder en arriĂšre  avec regrets ? Et quelle Ă©lĂ©gance dans le geste et quelle suretĂ© dans la narration ! Nuances subtiles, couleurs variĂ©es, phrasĂ©s immenses et simple Ă  la fois et toujours une grande souplesse rythmique sont l’apanage de cette grande musicienne.

En choisissant d’ouvrir son festival 2017 sur ce sommet d’expressivitĂ©, Catherine d’Argoubet a marquĂ© son attachement encore plus grand au fond qu’à la forme. Au sens plus qu’aux moyens. Ce rĂ©cital tout Schubert par la grande dame du piano russe est une magnifique  rĂ©ussite, un sommet de musicalitĂ©. Elisabeth Leonskaja est trĂšs aimĂ©e du public toulousain et le cloĂźtre n’a pas comptĂ© une chaise vide, contraignant les organisateurs Ă  refuser du monde. Elle a obtenu une triomphe bien mĂ©ritĂ© et a offert des bis gĂ©nĂ©reux Ă  son public ravi.
EN somme, un dĂ©but rĂ©ussi pour la 38Ăšme Ă©dition de piano aux Jacobins. Nous retrouverons Leonskaja, l’orchestre du Capitole  et Tugan Sokhiev pour le 3Ăšme concerto pour piano de Beethoven ce mercredi 20 septembre Ă  la Halle-aux-Grains : promesse d’un autre sommet en musicalité !
 
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Compte rendu concert. Toulouse, 38 Úme festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins., le 6 septembre 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate en fa mineur D.625/D.505 ; Wanderer-Fantaisie en ut mineur, op.15 D. 760 ; Sonate en la mineur op.42, D.845 ; Elisabeth Leonskaja, piano.

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini


Viardot NYPL - Version 2Compte-rendu, concert. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Rien n’est bon que d’aimer : Liszt, Chopin, Bellini
 Magali LĂ©ger, soprano. Laure Urgin, rĂ©citante. Marie Vermeulin, piano. À la jonction de la fin des vacances et de la rentrĂ©e, la dĂ©licieuse Chapelle des CarmĂ©lites a bĂ©nĂ©ficiĂ© de deux manifestations originales, propres Ă  satisfaire un public nombreux. Catherine Kauffmann- Saint-Martin a trouvĂ© une idĂ©e originale pour une saison adaptĂ©e aux attentes de la ville rose. On sait comme la musique est bien aimĂ©e Ă  Toulouse mais aussi le thĂ©Ăątre et les mots. Le fameux Marathon des Mots est un rendez-vous incontournable. En mĂȘlant si subtilement mots et notes, les spectacles hybrides permettent autant Ă  la sensualitĂ© qu’à l’intellect de correspondre. AprĂšs la Note Bleue qui a Ă©voquĂ© Chopin et Sand, c’est Pauline Viardot qui a Ă©tĂ© la muse de ce somptueux spectacle prĂ©sentĂ© en crĂ©ation : « Rien n’est bon que d’aimer »  Trois admirables jeunes femmes ont ainsi convoquĂ© les mĂąnes de la grande diva du XIX Ăšme siĂšcle, mais aussi femme de lettre, compositrice, pianiste et esprit toujours en Ă©veil : Pauline Viardot.

 

 

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Toulouse renforce sa sensibilitĂ© Ă  la poĂ©sie et Ă  la musique
 grĂące Ă  un nouveau festival de rentrĂ©e : “Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites”

Entre le mot et la note, s’éveille
le génie de Pauline
 VIARDOT

 

 

Coiffure et tenue de grande Ă©lĂ©gance, Laure Urgin avec Ă©motion et noblesse, incarne Pauline Viardot. Les mots de la Diva sont puissants, percutants, Ă©mouvants. Elle a connu les plus grands artistes de son temps et a Ă©tĂ© adulĂ©e dans l’Europe entiĂšre. L’intelligence du choix des textes rend hommage Ă  la sensibilitĂ© et au grand cƓur de la sƓur Maria Malibran. Et le fameux poĂšme d’Alfred de Musset* reste un moment d’émotion fort. Les hommages de George Sand, Musset et Tourgueniev ne sont pas dĂ©nuĂ©s, eux non plus, de la plus pure Ă©motion. Laure Urgin a su porter toutes ces Ă©motions diverses avec beaucoup de classe. Magali LĂ©ger a Ă©tĂ© une voix sensuelle et son art du chant Ă©voque bien cette extraordinaire technique de bel canto mise au point par Manuel Garcia, le pĂšre des deux sƓurs cantatrices, Pauline Viardot et Maria Malibran. La conduite du souffle, l’émotion au bord des lĂšvres et les mots dĂ©clamĂ©s avec art, tout fait du chant de Magali LĂ©ger un bonheur de chaque instant. Le piano de Marie Vermeulin est puissant ou subtilement mĂ©lancolique, selon les moments. L’art des couleurs et des nuances de la pianiste est confondant mais c’est surtout le sentiment de crĂ©er ensemble en s’Ă©coutant et murmurant ensemble, les paroles des chants ou des textes qui rend cette fusion musique et mots, si idĂ©ale par la magie du piano chantant de Marie Vermeulin.
La beautĂ© artistique des trois artistes, leur don de chaque instant et leur amour pour Pauline Viardot, entre sourires et gestes tendres, font que le cadre, le fond et la forme sont indissociables. La beautĂ© de la Chapelle, la beautĂ© des dames, la beautĂ© des mots et des notes ont fait fondre le public qui a fait un triomphe aux trois fĂ©es. Le miel du soleil dĂ©clinant a Ă©clairĂ© d’un or sublime cette aprĂšs-midi de rĂȘve.
Un beau concept qui sĂ©duit tant l’intelligence que les sens. Il m’a rarement semblĂ© atteindre une fusion si belle entre texte et musique. Pourtant mes rĂ©cents bonheurs en Avignon Ă©taient dĂ©jĂ  trĂšs touchants, mais lĂ  quelque chose de trĂšs singulier a comblĂ© mes attentes. Le public espĂšre retrouver bientĂŽt la suite de cette superbe idĂ©e de Catherine Kauffmann-Saint-Martin : Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Septembre reprĂ©sente ainsi un beau moment plein de promesses


* Le titre de ce concert-lecture « Rien n’est bon que d’aimer » est un vers du poĂšme d’Alfred de Musset : « A la Malibran »

 

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Illustration : © JJ Ader

 

 

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Compte rendu concert. Rien n’est bon que d’aimer. Musique en Dialogue aux CarmĂ©lites. Toulouse, Chapelle des CarmĂ©lites, le 3 septembre 2017. Musiques Franz Liszt, FrĂ©dĂ©ric Chopin, Clara Schumann, Vincenzo Bellini, Pauline Viardot, Textes d’Alfred de Musset, Pauline Viardot, Victor Hugo, Marceline Desbordes-Valmore. Magali LĂ©ger, soprano ; Laure Urgin, rĂ©citante ; Marie Vermeulin, piano.

 

 

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musiue en dialogue aux carmelite toulouse nouveau festival coup de coeur de classiquenews 2017

 

 

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VIDEO :
https://www.youtube.com/watch?v=DQ_cZPul2RE

 

 

Compte-rendu, concert. Lagrasse, église Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse.   

LAGRASSE festival adam laloum musique de chambre 2017Compte-rendu, concert. Lagrasse, Ă©glise Saint-Michel, le 1er septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse. Mozart. Brahms. Mendelssohn. Ospital. Adam Laloum, piano. Lagrasse est un village sis auprĂšs d’une belle abbaye cistercienne qui garde son authenticitĂ© irrĂ©elle, protĂ©gĂ©e de la mondialisation banalisante. Sous la direction artistique du pianiste Adam Laloum s’y dĂ©roule la troisiĂšme saison de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse au dĂ©but du mois de septembre.  Le public est de plus en plus nombreux, il y goĂ»te une musicalitĂ© raffinĂ©e et heureuse, dans un cadre apaisant et chaleureux. Adam Laloum sait partager avec le public le plaisir qui le lie Ă  ses amis et complices. Ainsi chaque concert permet Ă  de nombreux artistes de jouer ; Adam Laloum invite aussi des amis pianistes et il lui arrive avec un bonheur communicatif, de devenir tourneur de pages
 Le pianiste est un chambriste accompli qui sait s’entourer de musiciens complices de grand talent.

LAGRASSE : un festival pas comme les autres

Ainsi il a fondĂ© son trio « Les Esprits » avec la violoniste sensible Mi-Sa Yang et le violoncelliste surdouĂ©, Victor Julien-LafferiĂšre qui vient de remporter le premier prix du concours Reine Elisabeth de Belgique (juin 2017). Le surmenage a obligĂ© ce dernier Ă  renoncer Ă  participer Ă  ce festival de Lagrasse 2017. Souhaitons bon repos Ă  cet artiste si talentueux. C’est donc Yan Levionnois qui en toute amitiĂ© l’a remplacĂ© dans les concerts de l’édition 2017 avec de minimes changements de programmes bien comprĂ©hensibles. Rendons hommage au courage et Ă  la fidĂ©litĂ© amicale de ce violoncelliste talentueux.

Dans la premiĂšre Sonate pour violoncelle et piano de Brahms, Adam Laloum et Yan Levionnois ont formĂ© un duo en osmose. Les sonoritĂ©s tendres partagĂ©es, la fougue commune enflammĂ©e, les nuances millimĂ©trĂ©es, les couleurs variĂ©es
, tout fait le dĂ©lice du public. Les qualitĂ©s instrumentales de chacun mises au service d’une interprĂ©tation flamboyante aux phrasĂ©s amples et aux structures lumineuses
 captivent continument.
Le duo formĂ© avec Tristan RaĂ«s au piano est peut ĂȘtre moins fusionnel mais non moins abouti. Les courtes piĂšces de Webern sont plus exigeantes pour l’auditeur loin de la flamme romantique de Brahms. La beautĂ© Ă©trange de ces piĂšces a trouvĂ© ce soir, des interprĂštes sensibles.

C’est le premier Trio de Mendelssohn qui a emportĂ© l’enthousiasme du public Ă  son comble. Cette piĂšce heureuse et variĂ©e a bĂ©nĂ©ficiĂ© du charme et de l’énergie communicative de la violoniste Charlotte Juillard. Soliste de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, fondatrice et premier violon du Quatuor Zaide, la musicienne est une chambriste accomplie. Elle irradie du bonheur de jouer. Ses yeux semblent parler Ă  ces collĂšgues et ses sourires aussi. La connivence entre les trois musiciens est jubilatoire. Jeunes, beaux, enthousiastes, talentueux, 
ce sont avant tous des musiciens qui aiment s’écouter. D’ailleurs quand ils ne jouent pas, ils Ă©coutent concentrĂ©s leurs amis, et lorsqu’ils tournent les pages du pianiste, il est indĂ©niable qu’ils vivent tout musicalement, intensĂ©ment avec lui.
Une particularitĂ© de ces concerts est de mettre en valeur le superbe orgue de l’église Saint-Michel. C’est ainsi que le virtuose Thomas Ospital nous a offert en entrĂ©e la Fantaisie de Mozart en fa mineur. Puissance et limpiditĂ© ont marquĂ© cette interprĂ©tation. L’improvisation qui a ouvert la deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© Ă©poustouflante d’inventivitĂ©. Cet instrument fleuron de l’Atelier toulousain Puget est ainsi animĂ© Ă  chaque concert.
L’ouverture de la troisiĂšme saison des Pages Musicales de Lagrasse a Ă©tĂ© un vrai succĂšs public avec une Ă©glise pleine. La conjonction d’un lieu unique et des musiciens si enthousiastes et douĂ©s, est une vraie merveille, avec un public particuliĂšrement respectueux et attentif.

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Compte rendu concert. Lagrasse. Eglise Saint Michel, le premier septembre 2017. Festival de musique de chambre des Pages Musicales de Lagrasse troisiĂšme Ă©dition. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantasia en fa mineur pour orgue KV.608 ; Johannes Brahms (1833-1997) :  Sonate n°1 pour violoncelle et piano n°1 en en mi mineur op.38 ; Thomas Ospital (nĂ© en 1990) : improvisation Ă  l’orgue ; Anton Webern (1883-1945) : Trois piĂšces pour violoncelle et piano op.11 ; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847) : Trio avec piano n°1 en rĂ© mineur op.49 ; Charlotte Julliard, violon ; Yan Levionnois, violoncelle ; Thomas Ospital, orgue ; Tristan RaĂ«s et Adam Laloum, piano.

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 16 aoĂ»t 2017. RĂ©cital Schubert. Arcadi Volodos, piano

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. F.Schubert. Arcadi Volodos, piano. Le pianiste Russe Arcadi Volodos, aurĂ©olĂ© de ses succĂšs mondiaux est venu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron avec un public tout acquis, mĂȘme si nous n’avons pas atteint le nombre de spectateurs des autres soirs. Le succĂšs rencontrĂ© reste Ă©tonnant pour le concert de ce soir. Car les deux derniĂšres Sonates de Schubert reprĂ©sentent un programme audacieux et rare.

Volodos belle virtuosité mais sans Schubert

volodos arcadi piano critique concert piano schubert critique par classiquenewsEn effet ces Ɠuvres longtemps mal aimĂ©es car mal comprises ont Ă  ce jour des interprĂštes attentifs et inspirĂ©s. Cette musique fleuve nĂ©cessite des moyens pianistiques importants mais surtout un musicien visionnaire qui emporte les spectateurs loin dans les paysages affectifs de Schubert. Ce soir nous avons eu un Ă©minent pianiste de l’école russe capable de jouer admirablement grĂące Ă  une technique accomplie. Mais, c’est lĂ  que le bĂąt blesse : dans les bis gĂ©nĂ©reusement accordĂ©s, il a Ă©tĂ© possible de constater que le jeu est le mĂȘme quel que soit le compositeur. Schubert est donc digne de compter parmi les compositeurs pianistes aux exigences techniques souveraines en intĂ©ressant ce virtuose. La beautĂ© des sonoritĂ©s graves est admirable et avec effet, il est capable de les faire sonner incroyablement en les opposant aux aigus cristallins. Les traits peuvent ĂȘtre saillants et vifs. Mais ce n’est pas la mĂȘme chose de jouer un thĂšme de danse, en dansant souplement ou en sautillant. La lenteur est aussi affaire d’habiter le son, l’ennui gagne Ă  la place de la mĂ©lancolie dans l’Andante sostenuto de la D.960. Les effets pianistiques Ă  la longue se rĂ©pĂštent de sophistiquĂ©s deviennent 
 lassants. Volodos est un pianiste aux moyens considĂ©rables mais il se prĂ©sente ce soir dans un programme peu adaptĂ© ; dans lequel ses manques interprĂ©tatifs sont trop criants Ă  notre goĂ»t. Peut ĂȘtre nos attentes dans Schubert sont elles trop hautes ? Adam Laloum la veille nous avait pourtant comblĂ©. Vu le nombre de bis offerts, le public et le pianiste ont Ă©tĂ© heureux de ce partage de grande virtuositĂ©. La variĂ©tĂ© des goĂ»ts et des styles, c’est cela la marque de ce grand festival international. Ce soir a Ă©tĂ© celui de la plus haute virtuositĂ© pianistique.

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Compte-rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 16 aoĂ»t 2017. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur D.959 ; Sonate n°23 en si bĂ©mol majeur D.960 Arcadi Volodos, piano.

Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. F. Chopin. W. A. Mozart. Nelson Goerner, piano. Sinfonia Varsovia. L. Kuokman

Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. F. Chopin. W. A. Mozart. Nelson Goerner, piano. Sinfonia Varsovia. L. Kuokman. Ces deux concerts sont appelĂ©s Nuit Chopin par les organisateurs. Le gĂ©nie a Ă©tĂ© foudroyĂ© dans le cas de Chopin mort Ă  39 ans comme de Mozart mort Ă  35 ans, la grĂące personnelle de chacun des compositeurs, pianistes de grand talent tous deux, l’amour que leur conservent interprĂštes comme public, la qualitĂ© des interprĂštes fait de ce concert un moment privilĂ©giĂ© auquel un public particuliĂšrement nombreux (il ne restait pas une place libre) a fait honneur.

Nelson Goerner Ă  la Roque : nuit de rĂȘve


GOERNER NELSON piano portrait par classiquenews 200x200_nelson_goernerLe pianiste argentin Nelson Goerner est un admirable interprĂšte de Chopin reconnu dans le monde entier (un prochain rĂ©cital discographique chez Alpha sera Ă©ditĂ© d’ici l’hiver 2017 : des Nocturnes au toucher et au galbe envoĂ»tant 
prochaine critique sur classiquenews). Ce soir dans les deux concertos de Chopin, jouĂ©s par cƓur (et comment !)  il confirme son style idĂ©al, ses qualitĂ©s techniques Ă©blouissantes, sa musicalitĂ© poĂ©tique. La simplicitĂ© de son jeux sa «modestie» sont particuliĂšrement Ă©mouvantes. Mais c’est surtout son legato qui dans chacun des mouvements lents rend le parfait hommage attendu aux Primas Donnas romantiques. Un pianiste qui sait chanter ainsi, sur les ailes de papillons, qui trille avec cette sensibilitĂ©, il n’y en pas eu beaucoup. Le temps suspendu a Ă©tĂ© magique dans le Larghetto du deuxiĂšme concerto. Le mĂȘme chant Ă©perdu et ses trilles sublimes se sont retrouvĂ©s dans le Nocturne opus posthume offert en bis (jouĂ© et enregistrĂ© dans l’album Chopin Ă  paraĂźtre
).
UN PIANISTE, UN CHEF
 DUO DE RÊVE A LA ROQUE
 CotĂ© soliste, nous avons Ă©tĂ© Ă©blouis par des fulgurances et des moments de pures rĂȘves poĂ©tiques. Les capacitĂ©s techniques hors normes mises au service de l’émotion auraient dĂ©jĂ  suffi au bonheur du public. Mais il faut reconnaitre que la surprise est venue pour nous de la dĂ©couverte d’un chef aussi musicien que le fabuleux pianiste. Lio Kuokman est tout simplement prodigieux de sensibilitĂ© et de vie. Il sourit, jette un Ɠil Ă  chaque musicien et semble toujours en complĂšte communication avec Nelson Goerner. Sa direction est tout simplement franche et directe ; ses gestes sont d’une grande Ă©lĂ©gance. Il semble dire Ă  chaque musicien de lui donner sa plus belle phrase et le rĂ©sultat est admirable. Son bonheur Ă  diriger des partions qu’il semble adorer passe Ă  l’orchestre et ces deux concertos de Chopin qui parfois sonnent un peu pauvre face aux autres concertos romantiques sont brillants sans clinquant, vivant sans frĂ©nĂ©sie, et chantent Ă  perdre haleine. Dans les deux finales, une dimension humoristique est prĂ©sente, et dans cette parfaite  complicitĂ© affirmĂ©e avec l’orchestre et partagĂ©e avec le pianiste, cela donne mĂȘme envie de danser.
Musique du chant et de la danse avec Ă©lĂ©gance et impeccable tenue caractĂ©risent cette trĂšs belle interprĂ©tation des deux uniques concertos de Chopin ce soir Ă  La Roque d’AnthĂ©ron.

Kuokman-conducting-copy300pKUOKMAN JOUE HAFFNER
 Mais sans vouloir contrarier les organisateurs, ce n’est pas seulement Chopin qui a Ă©tĂ© Ă  l’honneur ce soir. En effet la symphonie et l’ouverture de Mozart ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des faire-valoir. Certes le lendemain le dimanche soir a lieu la Nuit Mozart. Pourtant le charme de la direction de Lio Kuokman dans la symphonie Haffner est remarquable. Chaque mouvement parfaitement caractĂ©risĂ©, cette Ă©lĂ©gance du geste rĂ©vĂ©lant un vrai bonheur Ă  faire de la musique avec les musiciens du Sinfonia Varsovia. La noblesse de l’allegro initial sa tenue pleine de charme fait merveille. Puis dans l’andante, cette complicitĂ© avec l’orchestre est une vĂ©ritable fĂȘte. Le menuet est plein d’esprit et de noblesse tout en gardant une grande simplicitĂ©. Quant au final il est pur bonheur et joie.
De l’ouverture de Don Juan si connue et si aimĂ©e, je retiendrai une trĂšs belle thĂ©ĂątralitĂ© de la direction de Lio Kuokman. Un sens du phrasĂ© et des nuances de la plus belle expression. Les instrumentistes de l’orchestre nous ont du long du concert nous ont vĂ©ritablement rĂ©galĂ©s de leurs belles sonoritĂ©s avec des cordes franches et souples, des bois chaleureux, tout particuliĂšrement le basson, des cuivres brillants sans ostentation ; sans omettre la timbale tonique et vive. Cet orchestre est nĂ© en en 1984 sous les encouragements de Yehudi Menuhin (LIRE ici notre compte rendu du GSTAAD Menuhin Festival & Academy, festival 2017, cycle Ă©vĂ©nement dans l’Oberland bernois, territoire du Saanenland, Suisse). A la Roque, grĂące Ă  la prĂ©sence du Sinfonia Varsovia, la grande humanitĂ© de ce musicien unique, violoniste lĂ©gendaire, a laissĂ© son emprunte si belle Ă  cette phalange.  Nul doute que la Nuit du piano avec Anne Queffellec sera inoubliable elle aussi. France Musique diffuse en direct ces deux concerts et il sera possible de les rĂ©Ă©couter durant un mois.

ENCORE NELSON GOERNER… Le genre du concert avec soliste a ses travers. Alors que Nelson Goerner a jouĂ© deux magnifiques concertos, et de quelle maniĂšre, le public insensĂ© dans son vouloir toujours plus, a obtenu nous l’avons dit un rappel du rĂȘve Ă©veillĂ© et chantĂ© avec le Nocturne Posthume. Mais afin de souscrire Ă  l’enthousiasme du public qui veut toujours plus et plus sensationnel, Nelson Goerner a jouĂ© de maniĂšre lyrique et poĂ©tique, l’étude folle pour la seule main gauche op. 36 de Felix Blumenfeld. Satisfait de cette sorte de pied de nez plein d’esprit, Nelson Goerner a saluĂ© avec un large sourire. La joie de faire de la belle musique en si belle compagnie restera au centre de cette soirĂ©e de rĂȘve.

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Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’Antheron. Parc du chĂąteau de Floran, le 12 aoĂ»t 2017. FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur op.11 et n°2 en fa mineur op.21 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°35 en rĂ© mineur K. 385 « Haffner » ; Ouverture de Don Juan ; Nelson Goerner, piano ; Sinfonia Varsovia ; Direction musicale, Lio Kuokman.

Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2017. Bach, Chopin
 Nelson Freire, piano.

freire-nelson-piano-majeur-par-classiquenews-BRAHMS-nelson-freire-piano-decca-par-classiquenews-critique-annonce-et-review-cd-CLIC-de-classiquenews-ete-aout-2017-500x500Compte-rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran, le 14 aoĂ»t 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano. Dans une maturitĂ© jupitĂ©rienne et fraternelle, le pianiste brĂ©silien Nelson Freire prend possession de son piano avec calme et dĂ©termination, semblant d’avantage lui offrir une caresse que jouer, Ă  la maniĂšre du roi de animaux qui se dĂ©saltĂšre le soir venu. La soirĂ©e d’étĂ© Ă©tait chaude dans le parc du chĂąteau de Floran. Le public bondĂ© comprenait bien des jeunes collĂšgues du grand sage. Ce concert admirablement construit nous l’avions entendu et chroniquĂ© Ă  Toulouse au printemps (lire notre compte rendu du 15 mai 2017 Ă  Toulouse, Halle aux grains : « Freire, musicien suprĂȘme »).

 Nelson Freire le félin au soir serein

L’impression de plĂ©nitude est la mĂȘme. La soirĂ©e estivale rend peut-ĂȘtre les choses encore plus belles et prĂ©cieuses. Tant de pianistes entendus en quelques jours sous les cieux provencaux et certains qui ce soir viennent Ă©couter. Ecouter et voir, la modestie de l’artiste immensĂ©ment talentueux ; la beautĂ© de ses mains aux doigts si souples qui semblent sans ossature ; la puissance assumĂ©e sans la moindre violence ; la comprĂ©hension intime de la construction des Ɠuvres ; le rayonnement de l’artiste souriant et heureux de partager de la si belle musique.
Dans Bach, de son piano il obtient des variĂ©tĂ©s de couleurs comme la registration Ă  l’orgue. Mais c’est le chant Ă©perdu de JĂ©sus que ma joie demeure qui dans la transcription de Myria Hesse Ă©meut le plus. L’interprĂšte rend Ă  la Fantaisie en ut majeur de Schumann sa beautĂ© formelle. Le gĂ©nie de Nelson Freire est celui d’un musicien qui obtient de son piano ce qu’il veut. Ici un hymne Ă  l’amour Ă©clatant. Les courtes piĂšces de Villa-Lobos sont transcendĂ©es par une classe incroyable. La troisiĂšme Sonate de Chopin est sous ses doigts si sensibles, un monument proche de la perfection. La souplesse du toucher est un mystĂšre, la forme mĂȘme des doigts est tout de rondeur. La parfaite construction de la Sonate permet un dĂ©ploiement harmonieux de ces vastes proportions sous des doigts si fĂ©lins. Jamais de duretĂ© mĂȘme dans les forte tonitruants, une rapiditĂ© de fusĂ©e que l’Ɠil ne peut suivre dans le scherzo, mais surtout le moelleux du largo est tout Ă  fait voluptueux. Le finale lui est absolument grandiose mais reste Ă©lĂ©gant avec ce prince du piano au souffle gĂ©nĂ©reux. Un grand moment de musique sous le ciel Ă©toilĂ© de la Roque d’AnthĂ©ron ! Avec bonhommie et malice Nelson Freire offre trois bis au public enchantĂ©. Une Mazurka de Chopin, un tango d’Albeniz et l’inĂ©narrable marche des noces de Grieg extraite des piĂšces lyriques.

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Compte-rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Floran le 14 aoĂ»t 2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750)/Alexander Siloti : PrĂ©lude en sol mineur pour orgue, BWV 535 ; J. S. Bach/Ferruccio Busoni : Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ, BWV 639 ; Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist, BWV 667 ; J. S. Bach / Myra Hess : « JĂ©sus que ma joie demeure ». Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur, opus 17. Heitor Villa-Lobos (1887-1957) : 3 piĂšces de A Prole do BebĂȘ : Branquinha, A.Pobrezinha, Moreninha ; Bachianas Brasileiras nÂș 4, PrelĂșdio.   FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58. Nelson Freire, piano.

BRAHMS nelson freire piano decca par classiquenews critique annonce et review cd CLIC de classiquenews ete aout 2017 500x500NOUVEAU CD CHEZ DECCA… ce 25 aoĂ»t 2017. Nelson Freire fait paraĂźtre un nouvel album dĂ©diĂ© Ă  Johannes Brahms… CD, Ă©vĂ©nement, annonce. BRAHMS par Nelson Freire (1 cd Decca). HARMONIES DU SOIR, SYMPHONIES VOILEES. EFFUSION TRAGIQUE
 prochaine critique complĂšte dan sel mag cd dvd livres de classiquenews en septembre 2017

Compte-rendu, concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane,le 13 aoĂ»t 2017. F. Mompou. M. de Falla… Luis Fernando PĂ©rez, piano

Compte-rendu, concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 13 aoĂ»t 2017. F. Mompou. M. de Falla. E. Granados, I. AlbĂ©niz . Luis Fernando PĂ©rez, piano. Espagnol jusqu’au bout des ongles, Luis Fernando PĂ©rez est un artiste unique qui ne cesse d’émerveiller le public du monde entier en interprĂ©tant les compositeurs les plus rares de la pĂ©ninsule ibĂ©rique mais il excelle Ă©galement plus classiquement dans Chopin. Ses enregistrements espagnols de Padre Soler en passant par Granados et De Falla nous ravissent avec un tout nouveau CD consacrĂ© Ă  Mompou qui est une pure merveille. Loin des oppositions rĂ©gionales, il enseigne Ă  Madrid et Barcelone.

 

PĂ©rez ou le mouvement fait piano

 

 

PEREZ Luis piano par classiquenews_luis_fernando_perez rĂ©cital dans le trĂšs gracieux cadre du cloĂźtre de l’Abbaye de Silvacane affichait complet. Voir ce diabolique pianiste jouer est un spectacle enthousiasmant. La quarantaine flamboyante, Luis Fernando PĂ©rez prend possession de l’espace autour de lui et nul ne sait si ses mains sont deux ou plusieurs ni comment il entre et sort du piano Ă  volontĂ©. Ce qui est certain c’est que dĂšs son arrivĂ©e au piano, il est habitĂ© par la musique complexe et un peu difficile d’accĂšs de Mompou ; nous sommes entrainĂ©s avec sa fougue dans un univers de danses, de gestes et de mouvements ondulants irrĂ©sistibles. La musique de Mompou est complexe en ce qu’elle va Ă  l’essentiel et Ă©limine le superflu pianistique. Musique d’ambiance qui vĂ©hicule la vie mĂȘme en ses Ă©lĂ©ments disparates mais tous importants, sans enchainements logiques. Puis Granados nous fait entrer dans une Espagne populaire revue par une intelligence rare et magnifiĂ©e en rythmes et couleurs Ă©blouissantes. De Falla avec son Amour sorcier (El Amor Brujo) fait du piano une scĂšne de thĂ©Ăątre complĂšte.
Rien jamais n’est statique, tout est mouvement chez Luis Fernando PĂ©rez, capable de terminer un trait incroyablement fulgurant d’une main crochue. Il se fait un jeu d’enfant des superpositions les plus audacieuses, des contre-temps les plus imprĂ©visibles, des nuances fulgurantes les plus extrĂȘmes et des harmonies les plus inattendues qui sont la vie mĂȘme. Les couleurs sont saturĂ©es ou diaphanes et les phrases prĂ©cises ou alanguies Ă  souhait. C’est sa main gauche qui peut avoir une implacabilitĂ© diabolique, la main droite semblant danser au bord de l’abime avec une grĂące infinie. Luis Fernando PĂ©rez fait sienne la technique redoutable, joue sur les ambiances les plus contrastĂ©es, les couleurs vont du plus inquiĂ©tant au plus lumineux, sans nous laisser reprendre haleine. La danse rituelle du feu qui conclue la suite de l’Amour sorcier est un embrasement d’une fulgurance pianistique rare. Navarra d’Albeniz conclut ce rĂ©cital incroyable avec panache et Ă©lĂ©gance. Le jeu physique de Luis Fernando PĂ©rez est unique et la poĂ©sie forte qu’il incarne avec brio, reste dans les mĂ©moires comme un moment de totale fulgurance. Un grand artiste, trĂšs incarnĂ©, qui symbolise la beautĂ© et la puissance d’expression de son Espagne natale comme personne aujourd’hui et avec une joie de vivre communicative.

 

 

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Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 13 aoĂ»t 2017.Federico Mompou (1893-1987) : ScĂšnes d’enfant, cris dans la rue ; Enrique Granados (1867-1916) : Danses sur des thĂšmes populaires espagnols, ext. ; Manuel de Falla (1876-1916) : L’amour sorcier, suite pour piano ; Isaac AlbĂ©niz (1860-19090) : Navarra ; Luis Fernando PĂ©rez, piano.

 

 

Compte-rendu, concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane,le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum. A 30 ans, le pianiste Adam Laloum est un musicien qui atteint une profondeur d’interprĂ©tation incroyable. Je dis musicien car j’ai eu la chance de l’entendre en tant que chambriste, soliste avec orchestre et en rĂ©cital. Ses enregistrements sont extrĂȘmement Ă©quilibrĂ©s entre musique de chambre, avec en particulier le Trio « Les esprits » et de trĂšs beaux rĂ©citals. Sa qualitĂ© d’écoute est sidĂ©rante, dĂ©passant largement celle d’un simple pianiste. C’est au cours de ce rĂ©cital de piano dans l’intimitĂ© du CloĂźtre de l’Abbaye de Silvacane que sa fine musicalitĂ© a semblĂ© se dĂ©velopper davantage. La disposition du piano de biais dans un coin dĂ©gage pour une partie du public, la vue des mains, le visage de profil et pour l’autre le visage du pianiste de face. Le pianiste et son instrument sont donc comme protĂ©gĂ©s par cette encoignure. J’ai vu ses mains et ses mouvements crĂ©ant l’intimitĂ© avec le piano : c’est beau.  Mais je crois que le plus Ă©mouvant est la vision de son regard quand il joue. Ce regard vient des profondeurs et va loin.

Adam Laloum en maßtre des émotions partagées

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursEt si l’émotion qui naĂźt Ă  l’écoute de son rĂ©cital est si particuliĂšre, je crois que c’est bien ce regard intĂ©rieur, et qui nous entraine si loin, qui la rend si forte. Je ne parlerai pas de piano, les ingrĂ©dients de sa pĂąte sonore sont de grande qualitĂ©, ses couleurs variĂ©es, ses nuances creusĂ©es et ses phrasĂ©s, trĂšs bien conduits au plus profond des phrases. La facultĂ© qu’il a d’habiter les silences, de laisser vivre le son jusqu’à son terme avec respect avant de reprendre
 est une qualitĂ© bien plus prĂ©cieuse encore. Toute l’organisation des plans sonores est d’une grande lisibilitĂ©. Ce qui touche tant le public est probablement cette maniĂšre d’ĂȘtre invitĂ© si intimement Ă  partager sa vision poĂ©tique et son interprĂ©tation si profondĂ©ment humaniste des messages du compositeur.
Des deux sonates de Beethoven, « la PathĂ©tique » et la « Waldstein », je voudrais dire combien c’est le dernier mouvement de la « Waldstein » qui m’a bouleversĂ©. Adam Laloum prend tout son temps et met le poids qu’il convient dans l’Adagio molto pour crĂ©er un monde sombre, complexe dans ses harmonies riches, et qui contient bien des douleurs. Une pĂąte admirablement souple et lourde qui bouleverse par des irisations pĂ©nĂ©trantes. La sublime mĂ©lodie du dernier mouvement naĂźt de cette ombre si complexe pour apporter la lumiĂšre de l’espoir. En qualitĂ©, cet espoir quasi dĂ©lirant est la mĂȘme que celui de Florestan au fond de son cachot. Cet espoir que chacun veut entrevoir, mĂȘme dans la plus grande terreur. Tout est ensuite une construction de la volontĂ© arquĂ©e vers cet idĂ©al de beautĂ© et de lumiĂšre. Le bonheur menacĂ© bien souvent mais qui est rĂȘvĂ© profondĂ©ment avant d’ĂȘtre entrevu et saisi de justesse. La suprĂ©matie du sens sur le simple son est comme une Ă©vidence merveilleuse. La partie centrale fuguĂ©e est d’une force de conviction incroyable. Adam Laloum en sort lui-mĂȘme transfigurĂ©, le public abasourdi par ce chemin victorieux, mais de peu, vers la lumiĂšre lui fait un vĂ©ritable triomphe.
La suite du programme est de la mĂȘme eau. Celle du compagnonnage dans le monde si extraordinairement poĂ©tique du Schubert des derniĂšres Sonates. Justement dans la D.958, le chant est partout, les rythmes sont d’une Ă©lĂ©gance rare et le tout est d’une impression d’évidence. Et toujours cette maniĂšre unique de respecter le son avec des silences si habitĂ©s. TrĂšs reconnaissant pour ce merveilleux voyage le public a applaudi chaleureusement le musicien Ă©puisĂ© mais heureux qui a encore sacrifiĂ© aux bis
 toujours avec  Schubert !

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Compte rendu concert. 37Ăšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 8 en ut mineur op.13 « PathĂ©tique » ; Sonate n°21 en ut majeur op. 53 « Waldstein ». Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°21 en ut mineur D.958. Adam Laloum, piano.

Compte-rendu concert. Chorégies 2017. Orange. Théùtre Antique, le 4 août 2017.  G. Holst : Les PlanÚtes. Orchestre National de France. Jesko Sirvend.

IMG_1377Compte-rendu concert. ChorĂ©gies 2017. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 aoĂ»t 2017.  G. Holst : Les PlanĂštes. Orchestre National de France. Jesko Sirvend. Belle idĂ©e de proposer au public un concert sous les Ă©toiles du ciel provençal avec la musique des PlanĂštes de Gustav Holst. Le public certes moins nombreux que pour Aida est venu emplir confortablement le vaste thĂ©Ăątre Ă  cette invitation. La projection d‘images est en fait un film construit et ce concert est d’avantage apparentĂ© Ă  un cinĂ©-concert de grand luxe, qu’à une projection grandiose sur la totalitĂ© du Mur antique. Le film amĂ©ricain mettant en mouvement des images de la NASA est en fait un peu trop sĂ©rieux et scientifique et manque de poĂ©sie. Pas une image qui ne vient changer l’ordonnancement exact des PlanĂštes. Et la taille de l’image est parfois trop Ă©troite pour contenir la planĂšte alors que le mur est si vaste.
C’est donc l’Orchestre National de France avec une splendeur sonore de chaque instant qui a fait souffler le vent Ă©pique, a diffusĂ© la grĂące subtile, a susurrĂ© l’étrangetĂ© envoĂ»tante ou a su faire exploser les bulles de l’espiĂšglerie, sans oublier de faire sonner fortissimo la splendeur de Jupiter. La direction de Jesko Sirvend est riche en subtilitĂ©s. Le chef allemand connaĂźt la partition par cƓur et la dirige en semblant donner Ă  chaque instrumentiste de l’orchestre, la clef qui lui permet des sonoritĂ©s somptueuses dans des phrasĂ©s ailĂ©s et confortables. Les nuances sont subtilement amenĂ©es et l’acoustique du ThĂ©Ăątre Antique permet une Ă©coute attentive et dĂ©licate.
Un bien beau concert qui a permis de dĂ©guster les sonoritĂ©s chaudes des bois, Ă©thĂ©rĂ©es des flĂ»tes, rutilantes des cuivres, et des cordes absolument lumineuses et profondes. N’oublions pas les percussions trĂšs fĂȘtĂ©es par la brillante orchestration de Holst. Ni la subtilitĂ© des deux harpes.
La trop courte intervention des chƓurs fĂ©minins en final, et hors vue, a apportĂ© une magie subtile qui termine avec une impression d’inachevĂ© et de plĂ©nitude ce voyage parmi les planĂštes sƓurs de notre terre dans notre systĂšme solaire.
En bis le chef a proposĂ© une orchestration, peut ĂȘtre une peu solennelle, de Clair de Lune de Debussy. D’autant plus en situation que notre beau satellite dĂ©laissĂ© par Holst dans sa suite prĂ©parait sa sensuelle plĂ©nitude dans le ciel nocturne et caniculaire.

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Compte-rendu concert. ChorĂ©gies 2017. Orange. ThĂ©Ăątre Antique, le 4 aoĂ»t 2017. Gustav Holst (1874-1934) : Les PlanĂštes, Suite pour grand orchestre en sept mouvements. ChƓurs d’Angers-Nantes OpĂ©ra ;  ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon ; Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti ; Orchestre National de France ; Direction Musicale : Jesko Sirvend.

Compte rendu, opéra. Orange. Chorégies 2017. Théùtre Antique, le 2 août 2017. VERDI : Aida . Rachnelishvili, Arrivabeni,Fourny.

LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi Compte rendu,  opĂ©ra. Orange. ChorĂ©gies 2017. ThĂ©Ăątre Antique, le 2 aoĂ»t 2017. VERDI : Aida .  Rachnelishvili, Arrivabeni,Fourny. Une soirĂ©e aux ChorĂ©gies d‘Orange est toujours un moment d’exception. Partager avec 8500 spectateurs, les Ă©motions d’un trĂšs grand opĂ©ra est un moment inoubliable. Savoir qu’un risque pĂšse sur l’avenir de ces ChorĂ©gies qui datent de la fin du XIXe siĂšcle est insensĂ© en 2017. Il paraĂźtrait que les banques ne veulent pas soutenir cette entreprise pourtant si peu subventionnĂ©e et forte pour la cohĂ©sion sociale.  Car les ChorĂ©gies font de grands efforts pour accueillir un large public bien au delĂ  des maisons d’opĂ©ra traditionnelles. Le public est multicolore, passionnĂ©, il a une qualitĂ© d’écoute incroyable. La magie de l’acoustique des lieux force l’ admiration. Radios et tĂ©lĂ©visions diffusent les spectacles sur la planĂšte entiĂšre.

 

 

 

Triomphe d’Amneris

 

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Aida est certainement le chef-d’Ɠuvre de Verdi qui est le plus Ă  son aise dans ce lieu mythique. Nous avons eu la chance de le voir reprĂ©sentĂ© ici Ă  plusieurs reprises.
Si cette production n’est pas la plus parfaite elle ne manque pas de
 grandes qualitĂ©s. Tout d’abord il faut peut-ĂȘtre oser changer le titre de l’opĂ©ra et mettre en lumiĂšre la fabuleuse princesse Amneris d’Anita Rachnelishvili. Les Français connaissent bien cette fabuleuse mezzo-soprano Ă  la voix magnifique et au jeu profond qui les a envoĂ»tĂ©s avec en particulier une Carmen magnifique Ă  Bastille et une Dalila sensuelle et vĂ©nĂ©neuse. Son Amneris est incroyablement juste. Jamais l’ amour total de cette jeune femme n’a eu cette Ă©vidence. Son imploration Ă  l’amour est faite d’une voix cĂ©leste de douceur. Dans sa colĂšre, l’amour blessĂ© sourd et face Ă  sa rivale, elle reste noble et respectueuse. Dans le dernier duo avec RadamĂšs, le jeux est admirable et lorsqu’elle se retrouve implorante Ă  ses pieds sa souffrance Ă  ĂȘtre dĂ©daignĂ©e est poignante. La voix de la mezzo soprano gĂ©orgienne est immense et capable de nuances subtiles. Les couleurs sont d’une richesse incroyable. Et la fluiditĂ© de ses phrases chantĂ©es avec dĂ©licatesse, est un vrai rĂ©gal. Son incarnation de la princesse Amneris est complĂšte et subtile loin de la virago trop souvent entendue.

 

Sa rivale, Aida, est incarnĂ©e par la jeune soprano amĂ©ricaine Elena O’ Connor. Son physique fragile et noble et son jeu sont envoĂ»tants. La voix est encore trop jeune pour ce rĂŽle mais on devine des moyens adĂ©quats en devenir et qui s’épanouiront dans un autre lieu et avec une direction musicale plus attentive. Rendons hommage Ă  cette artiste trĂšs courageuse qui a sauvĂ© la production in extremis. Accepter une prise de rĂŽle si risquĂ©e Ă  Orange est remarquable. Marcelo Alvarez est un RadamĂšs un peu fruste scĂ©niquement et vocalement. La lumiĂšre de son timbre de rĂȘve donne de la jeunesse Ă  l’ amoureux et il semble s’en contenter. Mais son art plus subtile se rĂ©vĂšle dans le dernier acte, oĂč face aux deux femmes de sa vie : Amneris qu’il dĂ©daigne et Aida qui devient son unique obsession, le gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien chante et joue avec intensitĂ©. L’Amonastro de Quinn Kelsey est vocalement et scĂ©niquement Ă  la hauteur de ce rĂŽle tout d’une piĂšce, machine Ă  briser la vie autour de lui. La belle voix du baryton hawaĂŻen s’Ă©panouit dans les emportements et les fulgurances du bord du Nil. Le grand prĂȘtre de Nicolas Courjal est impressionnant d’autoritĂ©. Le messager de Remy Mathieu a une belle prĂ©sence vocale et en quelques mots fait naĂźtre une vĂ©ritable Ă©motion. La grande prĂȘtresse de Ludivine Gombert est trĂšs belle et sa voix passe bien avec un effet de lointain trĂšs subtilement rendu avec les harpes psalmodiant. Seul le Roi totalement hors propos est Ă  oublier.
L’admirable travail des chƓurs sous la coordination de Stefano Visconti permet une puissance vocale qui force l’admiration. La rĂ©union de quatre choeurs d’opĂ©ra en une entitĂ© parfaite reste l’une des magie des ChorĂ©gies. L’ Orchestre National de France a  étĂ© dans un grand soir avec des violons divins et des bois trĂšs Ă©mouvants. Tout particuliĂšrement le hautbois de Nora Sismondi et les quatre flĂ»tes sans oublier la clarinette basse de Renaud Guy-Rousseau. La parfaite acoustique du ThĂ©Ăątre antique a permis de se dĂ©lecter des sonoritĂ©s si belles de l’orchestre.

La direction de Paolo Arrivabeni ne nous a pas convaincu. Il a semblĂ© concentrĂ© sur la splendeur de son orchestre sans faire ce lien si fondamental avec le plateau. Insensible aux chanteurs, il a par sa rigiditĂ© Ă  maintenir un tempo lent mis en difficultĂ© Marcelo Alavares dĂšs son redoutable « Celeste Aida ». Le stress perceptible chez le tĂ©nor l’a mis en grande difficultĂ©. Le chef s’est rĂ©vĂ©lĂ© Ă©galement sans soutien pour la fragile Aida d’ Elena O’ Connor. Jamais il n’a cherchĂ© Ă  adapter les nuances de son orchestre aux voix. À Orange, c’est criminel. Quelle pitiĂ© alors qu’Aida marche sur le tour de l’orchestre et vient chanter Ă  cĂŽtĂ© du chef «  Patria mia » de constater le peu d’empathie du chef, son absence de phrasĂ©s commun et pour finir ne pas lui permettre de s’Ă©panouir sur son contre ut. Rudes moments que ce chef a imposĂ© aux chanteurs, lui toujours rivĂ© Ă  sa partition et son tempo !
La mise en scĂšne de Paul-Émile Fourny joue sur deux Ă©poques. Cela lui permet de rendre hommage Ă  Mariette l’égyptologue qui a inventĂ© le scĂ©nario. Cela n’est pas une nouveautĂ© mais fonctionne bien. Les dĂ©cors et les costumes de Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini sont Ă©lĂ©gants et le mĂ©lange du XVIII iĂšme siĂšcle prĂ©-napolĂ©onion  et de l’ antique Ă©gyptien gĂ©nĂ©rique est pertinent.
Les lumiĂšres de Patrick MĂ©eĂŒs sont trĂšs efficaces et belles, du grand soleil du triomphe Ă  la dĂ©licate nuit du bord du Nil.
La chorĂ©graphe de Laurence May-Bolsingner propose des choses intĂ©ressantes dans le refus d’antiquisation et cet univers du retour d’Egypte Ă  Paris. Le ballet des soldats napolĂ©oniens rĂ©duits Ă  des automates sent l’ antimilitarisme mais en quoi cela soutient t-il le propos de l’opĂ©ra ?

L’Aida 2017 des ChorĂ©gies restera celle d’Amneris dans l’interprĂ©tation trĂšs subtile d’Anita Rachnelishvili en une incarnation tout Ă  fait inoubliable.

 

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Compte rendu opĂ©ra. Orange. ChorĂ©gies 2017. ThĂ©Ăątre Antique, le 2 aoĂ»t 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : AĂŻda, OpĂ©ra en quatre actes, livret d’Antonio Ghislanzoni d’aprĂšs une intrigue d’ Auguste-Edouard Mariette, crĂ©e au Caire, opĂ©ra khĂ©dival le 24 dĂ©cembre 1871. Mise en scĂšne : Paul-Émile Fourny ; ScĂ©nographie : Benoit Dugardyn ; Costumes : Jean-Pierre Capeyron et Giovanna Fiorentini ; LumiĂšres : Patrick MĂ©eĂŒs ; ChorĂ©graphie : Laurence May- Bolsingner ; Le Roi d’Egypte : JosĂ© Antonio Garcia ; AmĂ©ris , sa fille : Anita Rachnelishvili ; Aida : Elena O’ Connor ; RadamĂšs : Marcelo Alvarez ; Ramfis : Nicolas Courjal ; Amonastro : Quinn Kelsey ; Un messager : Remy Mathieu ; La voix de la Grande PrĂȘtresse : Ludivine Gombert ; ChƓurs d’ Angers-Nantes OpĂ©ra ;  ChƓur du Grand OpĂ©ra Avignon ; ChƓur de l’ OpĂ©ra de Monte-Carlo ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Toulon ; Ballet du Grand OpĂ©ra Avignon ; Ballet de l’ OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz ; Coordination des ChƓurs : Stefano Visconti ; Orchestre National de France ; Direction Musicale : Paolo Arrivabeni.

Photo : Philippe Gromelle

Compte-rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 juin 2017. Meyerbeer : Le ProphÚte. Claus Peter Flor / Stefano Vizioli.

_B6I5955Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, Meyerbeer : Le ProphĂšte. Jusqu’au 2 juillet. Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. Pour terminer la saison 16-17, prĂ©senter un ouvrage rare, oubliĂ© et dĂ©criĂ© Ă©tait un pari osĂ©. Nombreux sont ceux qui sont venus, et de loin, pour voir le chef d’Ɠuvre de Meyerbeer si rarement montĂ© aujourd’hui. Le Grand OpĂ©ra Ă  la française au milieu du XIXĂšme siĂšcle s’est imposĂ©, on le sait Ă  Rossini, Ă  Verdi et mĂȘme Ă  Wagner. On ne mesure probablement pas ce que pouvait reprĂ©senter ces canons de beautĂ© reconnus dans le monde comme un sommet de l’art, et pourtant cela a Ă©tĂ© le cas. Et  ce ProphĂšte a Ă©tĂ© encensĂ© par la critique et portĂ© aux nues par un public longtemps renouvelĂ©. Nul ne sait l’avenir pour cette partition fleuve dont nous avons eu une version quasi intĂ©grale avec les ballets ! Ce soir elle a entrainĂ© le public vers l’enthousiasme.

 

 

Pari réussi au Capitole :
Le ProphÚte est un triomphe !

 

 

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Le maĂźtre d’Ɠuvre le plus important est le chef, Claus Peter Flor, Ă  la tĂȘte d’un orchestre du Capitole galvanisĂ© par le dĂ©fi. La direction, vive et contrastĂ©e du chef allemand est une vĂ©ritable cure de jouvence pour la partition si riche de Meyerbeer. Le style musical est retrouvĂ© par Claus Peter Flor et
 la messe est dite. Les chƓurs et les chanteurs, tous de se sentir soutenus par des sonoritĂ© si belles, des accents vigoureux, des phrasĂ©s larges, des couleurs inouĂŻes et des nuances subtiles, n’ont plus qu’à chanter de leur mieux. Et c’est ainsi tout simplement que cela c’est passĂ©. Chaque chanteur a donnĂ© le meilleur de sa voix, et nous dĂ©crirons leur splendeur, le chƓur a nuancĂ© ses parties avec art, avec une mention particuliĂšre pour l’intervention de la maĂźtrise qui crĂ©e un moment de pure magie. Le chant a rĂ©gnĂ© en maĂźtre.

 
 

 

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Le rĂŽle Ă©crasant de Jean, le ProphĂšte, exige un tĂ©nor lumineux capable de manier la foule et d’ĂȘtre un chef de guerre, comme d’ĂȘtre plein de tendresse filiale. Il doit possĂ©der une quinte aiguĂ« trĂšs sollicitĂ©e et un usage parfait de la voix mixte. Il y bien peu de prĂ©tendants au trĂŽne ! L’amĂ©ricain John Osborn est tout simplement parfait. Sa prestance physique et vocale impressionne. Les prouesses vocales, avec une note tenue puis enflĂ©e dans le grand final, mĂ©riteraient d’ĂȘtre dĂ©taillĂ©es. On ne peut que conseiller d’aller en salle vivre l’effet de cette voix de tĂ©nor dans un rĂŽle Ă  sa mesure, il est fantastique.

La FidĂšs de Kate Aldrich est vocalement Ă©patante, sonore sur toute la tessiture meurtriĂšre. N’oublions pas que ce rĂŽle (la mĂšre du ProphĂšte Jean) a Ă©tĂ© Ă©crit sur mesure pour Pauline Viardot ! Kate Aldrich a toutes les notes du rĂŽle sur un ambitus dĂ©passant largement une voix de mezzo-soprano. Dans le duo avec Berthe, la rencontre des harmoniques des deux voix produit un effet incroyable. Face Ă  son fils, elle est aussi vaillante vocalement que le tĂ©nor. Du grand, de l’immense chant, dĂ©ployĂ© avec opulence.

Mais c’est peut ĂȘtre la fiancĂ©e de Jean, Berthe, incarnĂ©e par Sofia Fomina qui fera l’effet le plus Ă©mouvant sur le public. Voix de soprano qui Ă©clate d’un brillant solaire avec des harmoniques d’une profondeur rare. L’engagement de la soprano russe est total et avec une telle Ă©nergie ; elle met son rĂŽle presque Ă  Ă©galitĂ© avec le couple mĂšre-fils infernal. Cette voix qui a Ă©tĂ© Reine de la Nuit et Zerbinetta a un brillant dans les aigus qui enrichi de lumiĂšre toute la tessiture mais le medium et le grave ont une assise harmonique d’un moelleux superbe. L’homogĂ©nĂ©itĂ© du timbre est merveilleuse. Elle pousse jusqu’au sacrifice une Ă©nergie de vie, un Ă©lan juvĂ©nile qui contraste magnifiquement avec la noirceur de l’histoire.

Dans cet opĂ©ra, le rĂŽle du mĂ©chant est un trio d’Anabaptistes des plus effrayants. Mikeldi Atxalandabaso en Jonas, Thomas Dear en Mathisen et Dimitry Ivashchenko en Zacharie, sont tous trois superbes ; ils s’imposent mĂȘme face aux autres grands rĂŽles dans les ensembles. Ce qui crĂ©e une Ă©mulation des plus excitantes. Les autres rĂŽles tous issus des chƓurs du Capitole sont absolument incroyables de prĂ©sence vocale dans un environnement si superlatif. Seul Leonardo EstĂ©vez en Comte d’Oberthal est un peu pĂąle. Impeccablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, la MaĂźtrise et le ChƓur sont magnifiques : ils ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ovation particuliĂšre et bien mĂ©ritĂ©e du public.

 

 

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La mise en scĂšne de Stefano Vizioli est trĂšs habile. FidĂšle aux didascalies, elle simplifie et va Ă  l’essentiel afin de dynamiser le jeu. Le rĂ©sultat de ce travail en profondeur est lisible et fluide. Tout respecte voir ennoblit la musique. Il a renoncĂ© Ă  grimer la belle et jeune Kate en vieille mĂšre. Cela rend le couple mĂšre-fils encore plus Ɠdipien 

Les dĂ©cors d’ Alessandro Ciammarughi, sont tour Ă  tour Ă©mouvants (le blĂ© de l’acte un), majestueux (le Sacre) ou terrible (les pendus, le cachot), enfin le bĂ»cher final est superbe. Les lumiĂšres de Guido Petzold sont admirables de rĂ©alisme comme de fantastique, sculptant l’espace avec intelligence. Les costumes d’Alessandro Ciammarughi sont subtils et beaux avec des maquillages de morts-vivants pour le dernier acte, trĂšs signifiants.
L’intĂ©gralitĂ© des ballets passe facilement grĂące Ă  une sorte de « pas de coté » humoristique et de bon goĂ»t. Les patins deviennent patin Ă  roulette et le ballet avec des costumes mĂȘlant des Ă©lĂ©ments contemporains stimule l’esprit. Excellent travail du chorĂ©graphe Pierluigi Vanelli.
Cette fresque historique, non sans grandiloquence, repose sur une histoire vĂ©ridique de la RĂ©forme et dit combien, en s’opposant aux injustices sans pondĂ©ration, l’excĂšs de recherche de justice crĂ©e le pire et se retourne contre les auteurs. Le rĂŽle du peuple si cruel et manipulable est bien rendu. Il n’y a point de salut dans le fanatisme. Belle leçon intemporelle pour la mesure Ă  garder toujours.
Obtenir un vĂ©ritable succĂšs public avec un decorum aussi complexe n’était pas affaire facile. Les forces capitolines reposant sur une distribution internationale de grandes voix, grĂące au sur-titrage habile, et avec le meilleur orchestre de fosse possible, ressuscitent avec Ă©clat, la splendeur du Grand OpĂ©ra Ă  la française du XIXĂšme siĂšcle. Encore Ă  l’affiche du Capitole jusqu’au 2 juillet 2017.

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 13 juin 2017. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Le ProphĂšte, OpĂ©ra en cinq actes sur un livret d’EugĂšne Scribe crĂ©Ă© le 16 avril 1849 au ThĂ©Ăątre de la Nation (OpĂ©ra de Paris, salle Le Pelletier). Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Alessandro Ciammarughi, dĂ©cors et costumes. Guido Petzold, lumiĂšres. Pierluigi Vanelli, mouvements chorĂ©graphiques. Avec : John Osborn, Jean de Leyde ; Kate Aldrich, FidĂšs ; Sofia Fomina, Berthe ; Mikeldi Atxalandabaso, Jonas ; Thomas Dear, Mathisen ; Dimitry Ivashchenko, Zacharie ; Leonardo EstĂ©vez, Le Comte d’Oberthal. Orchestre national du Capitole ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani, direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photos:  © P.Nin

 

 

LIRE aussi notre présentation du ProphÚte de Meyerbeer au Capitole de Toulouse

 

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Compte rendu concert. Toulouse, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. A. Laloum / Maxim Emelyanychev, direction.

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction. Voici un concert Ă©vĂ©nement trĂšs rĂ©ussi. Le Rotary International avec tous les clubs de la rĂ©gion toulousaine soutiennent la recherche contre le cancer et concrĂ©tisent leurs actions avec une grande collecte (remise du chĂšque ce soir) et ce concert prestigieux. La municipalitĂ© de Toulouse, l’orchestre et le pianiste Adam Laloum ont offerts leur gĂ©nĂ©reux concours. Le rĂ©sultat est un concert dans lequel l’enthousiasme du public a Ă©tĂ© si grand qu’il a applaudi aprĂšs chaque mouvement. Il faut dire que la fougue juvĂ©nile du jeune chef russe (29 ans) Maxim Emelyanychev, est un spectacle en lui-mĂȘme trĂšs particulier, inhabituellement expressif.

 

 

Pour une grande cause, le meilleur de la Musique

 

 

 

Emelyanychev-Maxim-jeune-maestro-il-pomo-doroLe trĂšs imposant deuxiĂšme Concerto pour piano de Brahms a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© avec puissance et dĂ©termination par l’orchestre sous la direction enthousiaste du jeune maestro. Le pianiste Adam Laloum du mĂȘme Ăąge que le chef, 30 ans, a lui Ă©tĂ© sensible Ă  cet enthousiasme mais a pondĂ©rĂ© dĂšs que possible cette exubĂ©rance orchestrale par des phrasĂ©s d’une grande dĂ©licatesse, et une Ă©coute chambriste trĂšs fine. Il faut dire que ces moments ineffables de musique de chambre du Concerto, - incompris lors de la crĂ©ation, sont Ă  prĂ©sent apprĂ©ciĂ©s Ă  leur juste valeur et aimĂ©s. Depuis le dĂ©but avec le cor magique de Jacques Delplancque, Ă  l’Andante du violoncelle envoĂ»tant de Sarah Iancu dans le troisiĂšme mouvement, ce soir, ils ont Ă©tĂ© inoubliables. Cette Ă©nergie de jeunesse se voit encore d’avantage qu’elle ne s’entend dans la direction du chef russe. Adam Laloum a su affronter sans faillir et par cƓur toutes les difficultĂ©s du trĂšs vaste Concerto. La diversitĂ© des nuances de son jeu restant, ainsi qu’une coloration de peintre, ses plus belles qualitĂ©s. La maĂźtrise technique est impeccable, toujours mise au service de la plus belle musicalitĂ©. Jamais aucune duretĂ©, il a toujours su garder une marge de nuances et de puissance ne faisant jamais sentir l’effort. Une absence d’ostentation, pourtant si chĂšre Ă  tant de pianistes virtuoses, caractĂ©rise le jeu d’ Adam Laloum. Une ovation a Ă©tĂ© faite Ă  ce pianiste toulousain trĂšs aimĂ© sur ses terres.

En deuxiĂšme partie, la SeptiĂšme Symphonie de Beethoven, si bien nommĂ©e “ApothĂ©ose de la danse” par Wagner, a permis Ă  Maxim Emelyanychev (illustration ci dessus) de danser la direction la plus enthousiaste et motrice que j’ai vue dans une symphonie. Comme un Ă©pagneul ivre de libertĂ©, il a su entraĂźner l’orchestre dans cette incroyable interprĂ©tation aux tempi vifs, aux rythmes aigus, au final pourtant  trĂšs maĂźtrisĂ©e. DĂ©cidement, ce jeune prodige dirige aussi bien le rĂ©pertoire baroque que les grandes Ɠuvres romantiques. Mais toujours avec cette Ă©nergie de vie incomparable. Quel enthousiasme!  La vie en sa beautĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e, ainsi pour lutter contre la mort : c’est limpide. Bravo Ă  toutes ces Ă©nergies mises en commun avec brio pour un rĂ©sultat Ă©clatant de vivacitĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Johannes Brahms (1833-1897): Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op.83. Ludwig van Beethoven (1770-1827): Symphonie n°7 en la majeur op.92. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction.

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. Joël.

donizetti opera classiquenews gaetano-donizettiCompte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. JoĂ«l. Il est bien agrĂ©able de revoir au Capitole cette magnifique production qui date de l’Ăšre Nicolas JoĂ«l. Sans tomber dans le mythe de l’Age d’Or, rappelons toutefois que cette production a Ă©tĂ© partagĂ©e avec le prestigieux Metropolitan Opera de New York saison 1998. Cela permet Ă©galement de constater combien un travail rigoureux, esthĂ©tisant Ă  souhait et de grande qualitĂ©, ne perd rien avec les ans de sa grande beautĂ©. DĂ©cors somptueux, costumes magnifiques, Ă©clairages encore plus beaux que lors des premiĂšres reprĂ©sentations,  toute la beautĂ© des tableaux concoctĂ©s par Nicolas JoĂ«l, envoĂ»te toujours autant.  Le dĂ©corateur Ezio Frigerio, sans oublier les costumes de Franca Squarciapino et surtout les lumiĂšres si poĂ©tiques de Vinicio Cheli, participent Ă  la fĂȘte des yeux.

 

 

INCROYABLE VITALITÉ D’UNE LUCIA CAPITOLINE

 

La direction d’acteurs est une Ă©pure qui permet aux chanteurs virtuoses de toujours se trouver face au public ; elle favorise toujours la meilleure position pour que l’expression vocale donne toute sa plĂ©nitude Ă  la musique de Donizetti.
Dans la fosse officie Maurizio Benini. L’illustre chef et l’Orchestre du Capitole se connaissent trĂšs bien. Disons tout de go combien la direction extrĂȘmement dramatique trouve dans l’Orchestre du Capitole des interprĂštes  Ă  la mesure du projet. Il est rare de voir la partition de Donizetti ĂȘtre dĂ©fendue avec autant de fougue, de passion,  voire de violence.
Les nuances sont extrĂȘmement creusĂ©es avec des fortissimi Ă  un niveau rarement atteint dans une musique de pur bel canto. Les instrumentistes sont magnifiques avec l’envoĂ»tante clarinette appariĂ©e Ă  Lucia, ou la flĂ»te dans la scĂšne de la folie et une mention toute particuliĂšre pour la harpe.
Une telle direction compense largement la relative simplicité de la mise en scÚne du point de vue du jeu scénique des acteurs. Car le drame se développe avec une force rarement présente à ce point.

 

 

nadine-koutcher-dans-lucia-di-lammermoor-a-toulouse par classiquenews compte rendu critique sur classiquenews

 

 

Il faut dire que la distribution est absolument Ă©poustouflante ; elle aurait pu Ă©galement faire honneur Ă  une maison comme le Metropolitan Opera. Nadine Koutcher est une Lucia historique
 et je pĂšse mes mots. La voix est absolument somptueuse, nous l’avions beaucoup aimĂ©e dans la Comtesse des Noces de  Figaro pour son moelleux, son pulpeux, la rondeur absolue de son timbre. Que dire aujourd’hui de plus ? Cette incarnation est absolument majeure tant vocalement que scĂ©niquement. Sa Lucia est une femme d’un courage extraordinaire qui se bat contre un milieu d’une violence incroyable. La voix de Nadine Kouchner est Ă  la fois volumineuse, admirablement projetĂ©e, capable de couleurs et de nuance des plus diverses. La beautĂ© du timbre est incroyablement Ă©quilibrĂ©e du grave au suraigu, en passant par le mĂ©dium et l’aigu, tout aussi Ă©lĂ©gants. Aucune force, tout en souplesse, le volume se dĂ©ploie au long des phrases avec une mĂ©lancolie, une rĂ©volte ou un abandon absolument exquis. La voix est si large qu’elle fait penser Ă  Joan Sutherland et si belle avec des harmoniques si riches qu’elle fait penser Ă  Anna Netrebko. Un tel  phĂ©nomĂšne vocal, une telle classe, une si parfaite technique vocale, mĂ©ritent vraiment toute notre admiration de lyricophile plutĂŽt exigeant.
Le reste de la distribution Ă©videmment paraĂźtrait secondaire Ă  cĂŽtĂ© d’un tel phĂ©nomĂšne qui suffirait Ă  notre bonheur total. Ne nĂ©gligeons pas son amoureux Ă  la scĂšne, le tĂ©nor  Sergey Romanovsky qui est un Edgardo aussi Ă©lĂ©gant scĂ©niquement que vocalement. La voix est magnifique, homogĂšne sur toute la tessiture et la technique vocale est parfaite. Sa prestance et son jeu d’acteurs sont des plus convaincants. Le couple maudit est dĂ©sarmant de sincĂ©ritĂ©.
En Enrico, Vitaly  Billyy est fidĂšle Ă  lui-mĂȘme. Il fait tonner son instrument puissant et joue sans subtilitĂ©. Grande voix qui chante tout de la mĂȘme maniĂšre que ce soit Verdi, Donizetti et probablement Puccini…
Les petits rĂŽles sont Ă  la hauteur de ces monstres vocaux ce qui n’est pas peu dire. Le chƓur du Capitole est admirable de prĂ©sence vocale, mĂȘme avec un jeu de scĂšne trĂšs rĂ©duit, la splendeur sonore est son maĂźtre mot ce soir.

Au final nous avons vĂ©cu une soirĂ©e d’opĂ©ra extrĂȘmement rĂ©jouissante avec une plĂ©nitude  sonore et dramatique rarement atteinte dans le chef-d’Ɠuvre de Donizetti.
La scĂšne de folie de Lucia avec la flĂ»te magique de Sandrine Tilly a Ă©tĂ© le point d’orgue d’une soirĂ©e absolument magnifique.
Il est donc possible de rĂ©unir une distribution Ă©blouissante afin de contenter le public toujours exigeant du Capitole. Il est probable que les reprises de magnifiques productions de Nicolas JoĂ«l, l’an prochain,  si les distributions sont aussi belles,  seront encensĂ©es de la mĂȘme maniĂšre par le public toulousain. Il a fait une vĂ©ritable ovation aux artistes : encore un grand soir au Capitole !

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 30 mai 2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor,  OpĂ©ra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’aprĂšs La FiancĂ©e du Lammermoor de Sir Walter Scott crĂ©Ă© le 26 septembre 1835 au Teatro San Carlo de Naples. Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (1998). En collaboration avec le Metropolitan Opera de New York. Nicolas JoĂ«l, mise en scĂšne. StĂ©phane Roche, rĂ©alisation de la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio, dĂ©cors. Franca Squarciapino, costumes. Vinicio Cheli lumiĂšres. Avec : Nadine Koutcher, Lucia ; Sergey Romanovsky, Edgardo ; Vitaliy Bilyy, Enrico ; Maxim Kuzmin-Karavaev, Raimundo ; Florin Guzgă, Arturo ; Marion LebĂšgue, Alisa ; Luca Lombardo, Normanno. Orchestre National du Capitole. ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction.  Maurizio Benini, direction musicale.

 

 

 

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A VENIR; prochaine production lyrique au Capitole :

meyerbeer_dapres_p_0TOULOUSE, Capitole. MEYERBEER : Le ProphĂšte. 23 juin / 2 juillet 2017. Nouvelle production. Au sommet de son Ă©criture et de sa gloire, Meyerbeer conçoit Le ProphĂšte crĂ©Ă© en 1849. 7 ans auparavant, le compositeur juif est devenu directeur musical gĂ©nĂ©ral de la ville de Berlin (Ă  la succession de Spontini), sur dĂ©cision de FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV, couronnĂ© depuis 1840 et grand mĂ©lomane. C’est aussi un amateur d’opĂ©ra qui a trĂšs vite dĂ©celĂ© chez Giacomo Meyerbeer un sens innĂ©, voire magistral du spectacle total, bientĂŽt perfectionnĂ© par Wagner Ă  la fin du siĂšcle. C’est que Meyerbeer pense en terme autant visuel que musical et dramatique. LIRE NOTRE PRESENTATION

Compte-rendu Concert. Toulouse, le 4 juin 2017. Bach : Passion selon Saint Matthieu. Ensemble Baroque de Toulouse. Divers ChƓurs
 Michel Brun, direction.

D750_040043Compte-rendu Concert. Toulouse, le 4 juin 2017. Bach : Passion selon Saint Matthieu. Ensemble Baroque de Toulouse. Divers ChƓurs
 Michel Brun, direction. « Passe ton Bach d’Abord », sorte de folie toulousaine baroque toujours, consacrĂ©e Ă  Jean-SĂ©bastien Bach sur un week-end de juin, a fĂȘtĂ© ses dix ans. Michel Brun, son fondateur, a su marquer d’un lustre particulier cet anniversaire en offrant un majestueux concert Ă  la Halle-aux-Grains avec une Passion selon Saint-Matthieu qui restera dans toutes les mĂ©moires et fera date. Les idĂ©es simples ne sont pas les plus partagĂ©es et plus d’un s’est demandĂ© pourquoi personne n’avait pensĂ© plus tĂŽt Ă  sous-titrer les mots si thĂ©Ăątraux de Picander, de son vrai nom Christian Friedrich Henrici, mis en musique par un Bach au sommet de son inspiration.

Une Passion de chair, d’ñme et de larmes

En temps rĂ©el, le choc issu de la lecture des mots de la magnifique traduction de Gilles Cantagrel, est ineffable. Le drame humain du « Fils de l’homme », prend une dimension personnelle pour chaque auditeur et les larmes ont embuĂ©s bien des yeux tout du long du concert. Il fallait le sens instinctif de la rhĂ©torique, la gĂ©nĂ©rositĂ©, la rigueur de Michel Brun pour galvaniser ainsi cette masse d’artistes, chanteurs, choristes et musiciens. Car si certains osent encore le un par voix, la majestĂ© et la thĂ©ĂątralitĂ© spatiale de cette Grande Passion ne s’expriment que dans un effectif gĂ©nĂ©reux, comme cela.  C’est donc la gĂ©nĂ©rositĂ© qui a envahi la Halle-aux-Grains et a Ă©mu aux larmes le public.
Deux orchestres dirigĂ©s chacun par un violoniste qui a Ă©bloui tout particuliĂšrement dans son air accompagnĂ©. Orchestre Un avec la dĂ©licieuse Marie RouquiĂ© dont les volutes dans l’air, a Ă©tĂ© un vĂ©ritable ensorcĂšlement. Tandis que Gabriel Grosbard dirigeant l’orchestre avec une mĂąle virtuositĂ©, a entrainĂ© la basse avec une fougue irrĂ©sistible dans son air  « Gebt mir meinen Jesum wieder ».
Tous les instrumentistes ont Ă©tĂ© magnifiquement concernĂ©s par la rhĂ©torique si vive, demandĂ©e par Michel Brun, leur  virtuositĂ© au service de l’émotion comme rarement. L’écoute attentive, les signes de complicitĂ© ont Ă©tĂ© un spectacle charmant tout du long de cette Passion. Il faudrait les citer tous

DĂšs le chƓur d’entrĂ©e, la spatialisation subtile de Bach a fonctionnĂ© pour saisir le public et tout s’est enchaĂźnĂ© ensuite en un extraordinaire voyage. Le chƓur d’enfants installĂ© au fond, chaque chƓur de part et d’autres des deux orchestres et c’est ainsi que le son a gagnĂ© toute la Halle-aux-Grains sans difficultĂ©s. La beautĂ© des chƓurs, leur implication totale et leur ductilitĂ© mĂ©ritent de prendre le temps de dĂ©tailler leurs fonctionnements. S’agissant de trois chƓurs amateurs, il convient de rendre hommage aux chefs de chƓur qui font un travail si enthousiasmant. Le ChƓur Baroque de Toulouse est dirigĂ© par Michel Brun, assistĂ© avec passion par Clotilde Daubert. Un rĂ©sultat vocalement si subtilement nuancĂ© repose sur un travail de fond impeccable, patient, rĂ©gulier. Les deux autres chƓurs : Les ConfĂ©rences Vocales et La Lauzetta sont dirigĂ©s de main de maitre par LaĂ«titia Toulouse. Cette jeune chef de chƓur a un talent rare pour obtenir dans l’enthousiasme un rĂ©sultat digne des professionnels. Les chanteurs adultes des ConfĂ©rences Vocales, habituĂ©s au rĂ©pertoire A Capella,  ont Ă©tĂ© le ChƓur Deux. Ils ont tout particuliĂšrement Ă©tĂ© admirables de prĂ©sence exacte. Sachant ĂȘtre second dans les interventions courtes mais s’équilibrant parfaitement avec le ChƓur Un, et ce  malgrĂ© leur plus petit nombre. La Lauzetta est un ChƓur d’enfants auquel il n’est pas demandĂ© de savoir lire la musique. Les voir ainsi dans des habits blancs divers, sans partitions, dĂ©tendus et concentrĂ©s est une expĂ©rience rĂ©jouissante. BeautĂ© des timbres, engagement total, plaisir Ă  chanter : voici un exemple admirable. A nouveau, il s’agit du travail de LaĂ«titia Toulouse mais Ă©galement celui d’Anne-Claude GĂ©rard, son assistante, elle qui sait si bien transmettre Ă  chacun la joie de chanter.

 

 

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Une passion repose Ă©galement sur un soliste hors normes qui peut se charger du rĂŽle Ă©crasant de l’EvangĂ©liste. Ce commentateur doit avec facilitĂ© affronter des rĂ©citatifs variĂ©s, tendus, vivants, chargĂ©s d’interventions comme de sentiments contrastĂ©s. Le tĂ©nor Suisse Raphael Höhn est tout simplement parfait. Il est engagĂ© et porte Ă  bout de voix, toute la dramaturgie de l’oeuvre. Il sait enlaidir son timbre sous la colĂšre, mais la noblesse de ton du chanteur est un atout majeur.  L’alto Caroline Champy-Tursun aura la palme de l’émotion. Avec un engagement total et des gestes d’une thĂ©ĂątralitĂ© pondĂ©rĂ©e: elle touche au cƓur le public et tout particuliĂšrement dans le si sensuel air des larmes. Son timbre est prenant et sa diction est merveilleuse. En JĂ©sus, le baryton Philippe EstĂšphe fait de sa jeunesse et une certaine fragilitĂ©, des atouts de poids. Ce JĂ©sus est vraiment le « Fils de l’homme » dans une vulnĂ©rabilitĂ© totale qui est nĂŽtre. Matthieu Toulouse d’une voix de basse bien timbrĂ©e sait incarner une plĂ©thore de personnages avec chaque fois un engagement mĂ©morable : Pierre, Judas, le Grand PrĂȘtre, Pilate et, dans son bel air, il a toute l’élĂ©gance requise. La jeune soprano, ClĂ©mence Garcia,  un peu impressionnĂ©e au dĂ©but, se dĂ©tend au fur et Ă  mesure. La fraĂźcheur du timbre fait merveille. Seule le deuxiĂšme tĂ©nor Guillaume François est en deça, par la modestie du timbre et des moyens vocaux moins Ă©tendus.
Un seul regret : que Bach n’ai pas Ă©crit d’avantage pour le ChƓur d’Enfants, absent de la deuxiĂšme partie.
Je dois reconnaĂźtre que jamais je n’avais entendu une Passion si Ă©mouvante. Michel Brun a su mobiliser avec une totale abnĂ©gation tout son monde
 une Ă©quipe soudĂ©e et d’une rare cohĂ©sion collective, qui a comme le public fait un voyage inoubliable dans la fabuleuse rhĂ©torique et la beautĂ© de Bach. Les sous-titres ont Ă©tĂ© impeccablement rĂ©alisĂ©s. VoilĂ  ce qui sera une exigence du public Ă  l’avenir tant cela permet un gain d’émotion incroyable par le sens gagnĂ© Ă  chaque instant. Le public a ovationnĂ© tous les artistes debout. Michel Brun n’a pas manquĂ© de lever la partition pour dire son amour pour la musique du Cantor et lui en attribuer tout le succĂšs. Ainsi Bach est magnifiĂ© par la passion folle de Michel Brun 
 lequel a passĂ© trĂšs brillamment son Bach avec Ă©clat.

 

 

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Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2017. Johann-Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Matthieu, BWV 244. Raphael Höhn, tĂ©nor, l’EvangĂ©liste ; Philippe EstĂšphe, Baryton , JĂ©sus ; ClĂ©mence Garcia, soprano ; Caroline Champy-Tursun, alto ; Matthieu Toulouse, basse ; Guillaume François, tĂ©nor. Ensemble Baroque de Toulouse ; ChƓur Baroque de Toulouse ; ChƓur ConfĂ©rences Vocales, chef de chƓur, LaĂ«titia Toulouse ; ChƓur d’enfants la Lauzetta, chef de chƓur, LaĂ«titia Toulouse, assistĂ©e d’Anne-Claude GĂ©rard. Direction, Michel Brun.

 

 

 

Compte-rendu Concert. Toulouse. Le 19 mai 2017. Nielsen. Ravel. Strauss
 Marianne Crebassa,Tugan Sokhiev.

Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 19 mai 2017. Nielsen. Ravel. Strauss. Stravinski. Marianne Crebassa, mezzo-soprano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Il est des concerts dont l’intelligence arrive Ă  enrichir le dĂ©bat sociĂ©tal de maniĂšre imprĂ©vue. Ainsi rappeler combien l’Orient n’est pas obligatoirement source de dangers mais a Ă©tĂ© et reste pour beaucoup une source d’inspiration et de poĂ©sie de la vie est important Ă  ne pas perdre de vue.  Comment vivre sans un ailleurs inconnu, souhaitĂ© et rĂȘvé ? L’Orient, du sud de la Russie Ă  la Chine en passant par l’Iran, l’Arabie, la Perse, la Turquie, bordĂ©s de rivages incertains, autant d’escales qui sont cet Orient des poĂštes et des musiciens.

Orient de rĂȘve sur des sommets de poĂ©sie

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCe programme admirablement construit nous promĂšne Ă  travers  le XXiĂšme siĂšcle naissant avec quatre compositeurs europĂ©ens Ă  qui l’Asie au sens large a offert une belle inspiration. La Suite pour orchestre de Nielsen, prĂ©vue pour accompagner une piĂšce de thĂ©Ăątre sur Aladin rend compte que la fascination du musicien Danois pour la puissance des couleurs orientales. DĂšs l’introduction, le large phrasĂ© et la pulsation pondĂ©rĂ©e, mais implacable, donnent une grandeur quasi Hollywoodienne Ă  cette partition variĂ©e. Puis du hautbois chanteur, aux cordes suaves, et aux percussions savantes, tout est Ă©vocation d’un monde qui stimule tous les sens. Belles variations autour de ce thĂšme de l’Orient pour Nielsen qui termine avec un grandiose tableau de plein air festif. Tugan Sokhiev saisit la partition Ă  bras le corps et en en dĂ©passant les faiblesses, nous fait apprĂ©cier cette partition festive. L’orchestre du Capitole suit comme un seul homme avec une virtuositĂ© de braise.

Avec Asie sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, Maurice Ravel utilise une autre gamme musicale, entiĂšrement tournĂ©e vers la subtilitĂ© des nuances, des couleurs et une orchestration remplie d’une incroyable suavitĂ©. Le  dialogue avec la voix fĂ©minine est d’une grande subtilitĂ©.

 

 

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En octobre 2014, Marianne Crebassa avait dĂ©jĂ  interprĂ©tĂ© ici ces trois superbes mĂ©lodies de Ravel. Nous avions dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© le timbre et la diction. Ce soir Marianne Crebassa gagne un niveau supĂ©rieur d’émotion et de prĂ©cision sur le plan de la diction, semblant vivre chaque instant des trois contes. La voix est plus vaste et donc peut mieux Ă©voquer la cruautĂ© de certaines images. Quel timbre envoĂ»tant ! Quelle lisibilitĂ© de chaque mot ! Tugan Sokhiev est attentif Ă  la moindre nuance, il accompagne le souffle de la chanteuse avec amour. Les soli issus de l’orchestre sont tous magiques.

Dans la Danse des sept voiles extraite de la sulfureuse partition de Richard Strauss (SalomĂ©), c’est la direction sensuelle de Tugan Sokhiev qui envoĂ»te orchestre et public. Le chef si Ă  l’aise dans la musique de ballet et l’opĂ©ra fait monter tension et sensualitĂ© de maniĂšre irrĂ©sistible. Le public exulte. Quand lui confiera t-on une production de Salomé ?
La suite de 1919 de l’Oiseau de Feu de Stravinski est un grand moment de l’orchestre du Capitole sous la baguette de son chef. L’enregistrement de 2011 est lĂ  pour que chacun puisse le dĂ©guster mais il faut reconnaĂźtre que Tugan Sokhiev, que nous n’avions plus vu depuis son succĂšs total dans la Jeanne d’Arc de TchaĂŻkovski et les forces moscovites, a semble-t-il gagnĂ© un pallier. La puissance et l’énergie de sa direction sont incroyables, poussant chaque instrumentiste Ă  se dĂ©passer. Et sa gestuelle si belle ne perd rien de sa grĂące.
Pour terminer dans l’harmonie ce concert d’exception, Tugan Sokhiev et son orchestre nous offrent le Jardin merveilleux,  final sublime de Ma MĂšre l’oie de Maurice Ravel. L’osmose entre Tugan Sokhiev, son orchestre et ce programme si sensuel est un grand moment que le public toulousain fĂȘte comme il se doit, conscient de sa chance. Rendons grĂące Ă  la clairvoyance qui a fait confiance Ă  un jeune chef de moins de 30 ans. En dix ans, il a engagĂ© un orchestre dĂ©jĂ  excellent sur des sommets himalayens.

 

 

 

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Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 19 mai 2017. Carl Nielsen (1865-1931) : Aladin, suite pour orchestre. Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade sur des poĂšmes de Tristan Klingsor. Richard Strauss (1864-1949) : SalomĂ©, danse des sept voiles. Igor Stravinski (1882-1971) : L’oiseau de feu, suite pour orchestre, version de 1919. Marianne Crebassa, mezzo-soprano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Illustration : Marianna Crevassa et l’Ocre nat du Capitole de Toulouse ©Patrice Nin

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano. Quelle chance : en un mois pouvoir entendre, et voir, Martha Argerich et Stefen Kovacevich en duo de rĂȘve puis un concert de l’ami le plus proche de Martha, son quasi jumeau : Nelson Freire, grĂące aux Grands-InterprĂštes. Dans une maturitĂ© jupitĂ©rienne et fraternelle, Nelson Freire prend possession de son piano avec calme et dĂ©termination. Il chante quatre adaptations pour le piano de musiques de Jean-SĂ©bastien Bach. SimplicitĂ©, clartĂ© des ligne superposĂ©es, Ă©lĂ©gance des phrasĂ©s et dĂ©licatesse du toucher. Cet art lĂ  est enchanteur. Un baume pour les oreilles, le cƓur et l’ñme.

Un musicien suprĂȘme

freire nelson piano sublime par classiquenews201504291644-fullPuis avec une dĂ©termination de chaque instant, l’interprĂšte rend Ă  la Fantaisie en ut majeur de Schumann, toute la beautĂ© pure des formes, des phrases et des mĂ©lodies. Point de spectre de folie mais au contraire une invincible certitude de nous confier la plus belle musique qui soit. Schumann retrouve sa grandeur de sublime musicien qui offre Ă  l’instrument confident,  tout l’amour de son cƓur pour Clara. Jamais la beautĂ© formelle de cette piĂšce ne m’avait autant frappĂ©e. Le gĂ©nie de Nelson Freire est celui d’un musicien qui fait de son piano ce qu’il veut.
Pour les piĂšces de Villa-Lobos, il utilise la mĂȘme transcendance. Le piano lui appartient et lui permet, sans la moindre caractĂ©risation folklorique surajoutĂ©e, de rĂ©vĂ©ler l’élĂ©gance et la noblesse de ce compositeur en ces courtes piĂšces.
C’est en forme d’apothĂ©ose que le pianiste brĂ©silien termine son rĂ©cital. La troisiĂšme Sonate de Chopin est elle aussi portĂ©e Ă  un sommet de beautĂ©. La classe, la tenue de ce Chopin est prĂ©cieuse. Depuis ces premiers rĂ©citals, chacun sait combien Chopin et Freire sont proches. Avec le temps, la facilitĂ© du jeu est simple majestĂ©. La parfaite construction de la sonate permet un dĂ©ploiement harmonieux de ces vastes proportions sous des doigts si fĂ©lins. Jamais de duretĂ© mĂȘme dans les forte tonitruants, une rapiditĂ© de fusĂ©e dans le scherzo, mais surtout le moelleux du largo est tout Ă  fait voluptueux. Le final lui est absolument grandiose mais reste Ă©lĂ©gant avec ce prince du piano au souffle gĂ©nĂ©reux. Un grand moment de musique !
Avec bienveillance et grĂące Nelson Freire offre en bis Ă  son public conquis deux admirables Intermezzi de Brahms auquel personne ne peut rĂ©sister tant ils sont l’expression de la bontĂ© mĂȘme.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017.Johann Sebastian Bach(1685-1750)/Alexander Siloti : PrĂ©lude en sol mineur pour orgue, BWV 535 ; J. S. Bach/Ferruccio Busoni : Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ, BWV 639 ; Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist, BWV 667 ; J. S. Bach / Myra Hess : « JĂ©sus que ma joie demeure » ; Robert Schumann(1810-1856) : Fantaisie en ut majeur, opus 17 ; Heitor Villa-Lobos ( 1887-1957) : Bachianas Brasileiras nÂș 4, PrelĂșdio ; 3 piĂšces de A Prole do BebĂȘ : Branquinha, Pobrezinha, Moreninha ;  FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) :  Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; Nelson Freire, piano.

Compte-rendu concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 11 mai 2017. Biber. Pergolesi, Schmelzer
 Claire LefilliĂątre, soprano.  L’Entretien des Muses, StĂ©phane Fuget.    

La joie de retrouver Claire LefilliĂątre est toujours grande. Dans Espaece d’aprĂšs Perec  mis en scĂšne par Aurelien Bory, nous avions eu l’immense surprise de la trouver hors des sentiers battus. Ce soir elle n’est pas non plus au sein de l’Ă©quipe du PoĂšme Harmonique mais plus “classiquement” en rĂ©cital, avec un bel ensemble instrumental : L’ Entretien des muses de StĂ©phane Fuget. L’Oratoire du Louvre oĂč Philippe Maillard organise une trĂšs belle saison de musique sacrĂ©e a une acoustique trĂšs agrĂ©able. DĂšs les premiĂšres notes du violon de Jasmine Eudeline, l’Ă©quilibre de l’acoustique frappe par sa prĂ©cision, son moelleux, sa rĂ©verbĂ©ration mesurĂ©e


Divine Claire LefilliĂątre Ă  l’Oratoire du Louvre

lefiliatre-claire-soprano-concert-compte-rendu-critique-par-classiquenews-mai-2017L’Annonciation premiĂšre des sonates du Rosaire de Biber ne nĂ©cessite pas de scordatura comme les suivantes. Elle permet donc Ă  la violoniste de poursuivre le concert sans changer d’instrument. Cette Annonciation est bien venue dans un programme consacrĂ© Ă  Marie, au temps de la Contre-RĂ©forme, car elle prĂ©pare le thĂšme. Le sourire constant avec lequel Jasmine Eudeline joue s’entend. Son violon est heureux et les battements d’ailes de l’ange dans un figuralisme limpide dĂ©jouent toute difficultĂ© dans cette redoutable virtuositĂ©. L’orgue, le violoncelle et l’archiluth participent Ă  une belle historisation du discours. L’entrĂ©e de Claire LefilliĂątre pour le Salve Regina de Pergolese apporte dans la souplesse instrumentale une beautĂ© florale envoĂ»tante. La voix a gagnĂ© en chair et la cantatrice peut dĂ©sormais davantage utiliser de nuances forte. Sans renoncer Ă  la puretĂ© du timbre des harmoniques gĂ©nĂ©reuses enrichissent les couleurs. Ce Salve Regina a une sĂ©duction mĂ©lodique et un lyrisme d’une simplicitĂ© que les interprĂštes sensibles et tous animĂ©s d’une mĂȘme souplesse nous rendent Ă©vidente.

lefilliatre claire sopranoPuis la Sonate a tre de Schmelzer nous permet d’Ă©couter avec ravissement l’osmose rare obtenue par tous les instrumentistes. La direction en grande souplesse et suggestion de StĂ©phane Fuget offre une parfaite libertĂ© Ă  chacun. Le bonheur de Claire LefilliĂątre Ă  les retrouver, est visible. Le rĂ©citatif et air composĂ©s par Haendel, commandĂ© en Italie au jeune musicien teuton et protestant est l’une des nombreuses Ɠuvres de cette Ă©poque heureuse. Marie en consolatrice orante, lui inspire une page d’une grande subtilitĂ© harmonique dans l’Ă©vocation des douleurs liĂ©es Ă  la guerre sur terre. L’implication dramatique de Claire LefilliĂątre dans le rĂ©citatif permet un incroyable contraste avec l’air Ă  la mĂ©lodie si pure et infinie. Puis O Dulcis Jesu de Buxtehude est peut ĂȘtre le sommet Ă©motionnel du concert. C’est en tout cas cette oeuvre qui met en valeur toute la sciences de Claire LefilliĂątre. Le naturel de la rhĂ©torique baroque comme une Ă©vidence dramatique nous permet de croire que mĂȘme en latin, elle s’adresse Ă  chacun de nous en particulier. La plainte si pleine de sentiments profonds est inoubliable. Son dernier Suscipe me est d’une Ă©motion incroyable. La facilitĂ© avec laquelle la cantatrice ornemente la ligne mĂ©lodique relĂšve d’un grand art qui rappelle ses sublimes dialogues avec Jean Tubery. Le souffle infini porte au plus loin chaque phrase mĂ©lodique qui ainsi va au cƓur de l’Ă©motion. Enfin la beautĂ© du timbre comme passant de l’ombre de la souffrance humaine Ă  la lumiĂšre de la puretĂ© de JĂ©sus, en un dosage subtile de chaque instant, est fabuleuse. L’osmose avec les instrumentistes est complĂšte et la libertĂ© semble infinie.

Le Concerto grosso de Corelli permet aux cordes de briller et d’explorer de fortes nuances et des rythmes bien campĂ©s. Leur petit nombre permet une grande prĂ©cision et une certaine ampleur arrive Ă  se dĂ©gager de cette belle interprĂ©tation.

Pour finir le prĂȘtre roux, soit Vivaldi, apporte sa touche Ă©nergique et extravertie. MĂȘme si techniquement, elle domine la partition, Claire LefilliĂątre est moins Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire qui demande Ă  ĂȘtre plus extravertie voir hyper-dĂ©monstrative. Elle habille de subtiles abellimenti les reprises, dĂ©joue les diaboliques notes de l’Alleluia final avec panache. Il sera d’ailleurs bissĂ©. Mais nous resterons sous les charmes persistants de son Buxtehude si sensuel et sensible.

Que ce soit Ă  l’orgue, au clavecin ou dans sa direction, StĂ©phane Fuget est un fin musicien qui vit la musique et la partage. RivĂ© Ă  ses claviers, il n’a pas eu loisir de mettre en mouvement un esprit de la danse qui a semblĂ© l’habiter surtout dans le Vivaldi final.

Un concert admirable avec un choix d’oeuvres Ă  la charniĂšre du XVII et XVIII iĂ©me siĂšcle montrant combien la contre rĂ©forme a usĂ© de sĂ©duction musicale mais aussi comme le protestantisme avec Buxtehude a su sensualiser admirablement ses partitions. En somme, la musique permet un beau dialogue entre rĂ©forme et contre rĂ©forme Ă  l’opposĂ© de la guerre qui les a vu s’affronter si terriblement pour les humains.

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Compte rendu concert. Paris. Oratoire du Louvre, le 11 mai 2017. Heinrich Ignaz Frantz Biber (1644-1704) : Sonate du Rosaire n°1, L’Annonciation. Giovanni Batista Pergolese (1710-1736) : Salve Regina en do majeur. Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680) : Sonata a tre, pastorale. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : RĂ©citatif et air ” Ah! Che troppo ineguali ” HWV. 2340. Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Cantate en mi majeur “O Dulcis Jesu”. Arcangelo Corelli (1653-1713): Concerto grosso op.6 n° 8 en sol mineur. Antonio Vivaldi (1678-1741): Motet “Nulla in Mundo pax sincera” RV. 630. Claire LefilliĂątre, soprano.  L’entretien des muses : Jasmine Eudeline et Aude CaulĂ©, violons; CĂ©line Cavagnac, alto ; Alice Coquart,Violoncelle ; Gautier Blondel, contrebasse ; Claire Antonin, archiluth.  StĂ©phane Fuget : Direction, orgue et clavecin.

Compte-rendu, concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Debussy, Rachmaninov. Musique pour deux pianos. Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano.

kovacevich argerich pianos double classiquenews StephenKovacevich0311ACompte-rendu, concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Debussy, Rachmaninov. Musique pour deux pianos. Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano. Martha Argerich est une musicienne comme il n’en existe pas deux. Elle associe deux qualitĂ©s impensables ensemble. Une fragilitĂ© d’artiste hypersensible qui peut la rendre maladroite et la faire paniquer et une puissance tellurique tant il semble qu’aucune partition ne la puisse mettre en difficultĂ©. Nous savons que sa sensibilitĂ© ne lui permet presque plus de jouer seule en rĂ©cital tant pour elle toute musique est partage. La musique de chambre est son domaine d’Ă©lection et ce soir avec son complice Steven Kovacevich, les deux pianistes nous offrent un concert inoubliable. Kovacevich et Argerich ont Ă©tĂ© collĂšgues, amis, amants, parents de leurs filles. Il reste de tant de partage, parfois houleux, une passion commune pour la beautĂ© de la musique partagĂ©e. La perfection de jeu est au sommet, la musicalitĂ© de chaque note, le sens du discours et l’intĂ©gritĂ© de l’artiste sont leur partage. Tous ces liens ont Ă©tĂ© magnifiquement offerts au public, tout Ă  fait comblĂ© des Grands InterprĂštes.

D’abord un programme d’une rigueur incroyable. Deux compositeurs virtuoses eux-mĂȘmes du clavier dans des Ɠuvre dĂ©diĂ©es Ă  deux pianos. Soit des compositions originales, soit rĂ©Ă©crites par les compositeurs eux-mĂȘmes avec une magnificence de chaque instant. PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi-d’un faune est dĂšs les premiĂšre mesures une expĂ©rience incroyable. Point de flĂ»te en vedette mais une atmosphĂšre Ă  la fois simple et subtile Ă©voquant le soleil et la chaleur environnant cet ĂȘtre si sensuel. Les deux pianos se rĂ©pondent, s’enlacent avec une dĂ©licatesse amoureuse et infinie dans des nuances dĂ©licates et des sonoritĂ©s diaphanes. Debussy a composĂ© une autre partition Ă  partir de ce beau thĂšme.
Lindaraja est une trĂšs courte piĂšce qui contient tout les charmes des voyages en Espagne, Ă  la fois musquĂ©s, colorĂ©, rythmĂ©s. Nos deux artistes rivalisent d’ intelligence, rendent perceptible au-delĂ  de la pure beautĂ© de l’Ɠuvre, les niveaux d’hommage, d’auto-rĂ©fĂ©rences et d’Ă©ternitĂ© mis en abime
 Hommage Ă  Ravel, Bizet, Chabrier et le Debussy des Estampes.
En Noir et Blanc est une des derniĂšres compositions de Debussy, si minĂ© par la guerre. Il arrive Ă  dĂ©passer en Ă©motion tout ce qu’il a composĂ© dans un mouvement lent nommĂ© “lent-sombre”. Ce moment suspendu dans un pur Ă©ther de poĂ©sie dĂ©montre la fusion dont sont capables les deux pianistes. Une mĂȘme Ăąme en deux fois dix doigts. EntourĂ© par “Avec emportement” et “Scherzando” , le rythme et le brillant en leur virtuositĂ© diabolique, renforcent encore ce chant central du deuil.
En si peu de temps, tant de musique et un sens si profond ! Jamais entracte n’aura Ă©tĂ© aussi nĂ©cessaire pour le public comme pour les artistes.

Les Danses symphoniques sont des Ɠuvres particuliĂšrement riches et originales et demandent beaucoup Ă  l’orchestre. La version de Rachmaninov pour deux piano est intense et par la nettetĂ© du jeux pianistique en dĂ©veloppe, s’il se peut,  toute la modernitĂ©. Il faut reconnaĂźtre cette qualitĂ© unique de clartĂ© et de prĂ©cision dans le jeu des deux pianistes amis. Si le jeu de Martha Argerich est toujours emprunt d’une libertĂ© incroyable avec cette impression que tout lui est facile et si Kovacevich est plus concentrĂ© et parfois soucieux, Ă  l’Ă©coute il faut reconnaĂźtre que c’est la mĂȘme fluiditĂ©, les mĂȘmes touchers dĂ©licats et les mĂȘmes nuances trĂšs fines que les deux artistes construisent en commun. Chacun avec son style pour une mĂȘme musicalitĂ©. Et c’est bien l’impression de la convocation d’un orchestre symphonique entier qui a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par le fortissimo final des claviers. Un grand moment de musique et de piano symphonique.

Un petit secret m’a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©. Si les deux pianiste se sont installĂ©s Ă  cotĂ©, les deux pianos dans le mĂȘme sens, ce n’est pas seulement pour ĂȘtre cĂŽte Ă  cĂŽte. C’est en effet indispensable car Kovacevich a besoin pour jouer d’un tabouret prĂ©parĂ©: trĂšs bas, pieds coupĂ©s. Ainsi Stephen Kovacevich ne peut voir ou ĂȘtre vu de sa partenaire si les pianos sont tĂȘte bĂȘche ! Un dĂ©licat jeux de dĂ©placement de tabouret nous a permis de voir mieux tantĂŽt l’un, tantĂŽt l’autre pianiste. Et pour le dernier bis, ils se sont installĂ©s cĂŽte Ă  cĂŽte, chacun sur son tabouret au mĂȘme piano !
Car aprĂšs le final sensationnel de Rachmaninov l’enthousiasme du public a obtenu trois bis dont une danse de la fĂ©e dragĂ©es de Casse Noisette d’une dĂ©licatesse de cristal et une valse de Brahms Ă  quatre mains tout Ă  fait enthousiaste.
Les Grands InterprĂšte nous ont offert un bien beau concert. Et la venue de Nelson FrĂšre l’autre immense ami de Martha Argerich le 15 mai prochain, nous promet un autre grand moment de musique!

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Compte rendu concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Claude Debussy (1862-1918) : PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune (transcription pour deux pianos par Claude Debussy). Lindaraja (version originale pour deux pianos). En blanc et noir (version originale pour deux pianos); SergueĂŻ Rachmaninov ( 1873-1943) : Danses symphoniques, op.45b (transcription pour deux pianos par SergueĂŻ Rachmaninov). Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Dallapiccola. Liszt. Moussorgski. Chamayou / Filarmonica Teatro Regio Torino /Noseda

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Dallapiccola. Liszt. Moussorgski. Chamayou / Filarmonica Teatro Regio Torino /Noseda. Dans le contexte international et surtout italien si complexe au niveau de la culture, il est sympathique d’accueillir en tournĂ©e un orchestre qui a Ă©tĂ© rĂ©cemment crĂ©Ă©: en 2003.  Son rĂ©pertoire est vaste; il dĂ©fend avec rĂ©gularitĂ© les compositions du XXĂšme siĂšcle. Mais il s’illustre Ă©galement dans la fosse du Teatro Regio de Turin. Sous la direction enthousiaste de son chef, Gianandrea Noseda, le Filarmonica Teatro Regio Torino acquiert peu Ă  peu une solide rĂ©putation internationale.
Pour se prĂ©senter Ă  Toulouse, il vient avec un ambassadeur de charme. Le pianiste toulousain Bertrand Chamayou est adorĂ© du public local, et fait Ă  chaque fois sensation. Il faut reconnaĂźtre que le deuxiĂšme Concerto de Liszt lui a permis de dĂ©montrer la soliditĂ© de sa technique qui semble avoir encore progressĂ©. En complicitĂ© avec le chef, le pianiste français a trouvĂ© un accord pour une version athlĂ©tique du Concerto. Il est permis de regretter le manque de poĂ©sie et de nuances mais il faut reconnaĂźtre que l’effet est absolument saisissant. Assumant sans complexe le cĂŽtĂ© « pompier » du thĂšme hongrois, l’énergie dĂ©gagĂ©e par cette interprĂ©tation a comblĂ© le public. Les passages lents plus paisibles n’ont pas Ă©tĂ© avares de dĂ©monstration des capacitĂ©s techniques fabuleuses du jeune pianiste qui assume un jeu intensĂ©ment musclĂ© donc et plutĂŽt dominateur.
Gianandrea Noseda canalise trĂšs habilement son orchestre qui tient le choc face au fantastique piano symphonique de Chamayou. Dans les deux bis offerts au public, Bertrand Chamayou, encore plein de la puissance de son jeu lisztien, si conquĂ©rant, s’il nuance habilement ne trouve pas le chant Ă©perdu contenu dans les deux adaptations par Liszt de lieder de ses amis, Schubert et Mendelssohn. Mais quel virtuose !

noseda gianandreaEn deuxiĂšme partie de programme, l’orchestre nous emporte dans la vaste promenade des Tableaux d’une exposition. La partition, si brillante dans l’orchestration sublime de Maurice Ravel, est bien connue des toulousains. C’était un pari risquĂ© pour Gianandrea Noseda. La technique de l’orchestre est impressionnante et les couleurs sont belles Ă  tous moments. La prĂ©cision rythmique parfois horlogĂšre, est cependant brouillĂ©e par la puissance sonore, quasi permanente, et l’humour qui lui, n’est pas prĂ©sent. Nous dirons que la forme dĂ©voile un orchestre qui a tous les atouts d’un grand symphonique mais il reste Ă  acquĂ©rir le style musical prĂ©cis pour chaque compositeur. La puissance est intĂ©ressante mais la retrouver tout au long du programme a nui Ă  lâ€˜Ă©coute.

En dĂ©but de programme, les extraits symphoniques du ballet Marsia de Luigi Dallapiccola composĂ© durant la deuxiĂšme guerre mondiale, ne trouvent pas le chemin du cƓur. Le malaise ressenti lors du Prisonnier du mĂȘme Dallapiccola, donnĂ© au Capitole en 2015 persiste, comme si le compositeur, habile certes, ne s’autorisait ni vrai lyrisme ni avant-gardisme assumĂ©.

Au final, le spectaculaire Concerto de Liszt restera lui, dans le souvenir comme le meilleur moment du concert. Sans oublier le bis de l’orchestre qui rĂ©vĂšle peut ĂȘtre sa vĂ©ritable richesse dans le rĂ©pertoire lyrique. L’émotion dĂ©gagĂ©e dans l’intermezzo de l’acte trois de Manon Lescaut de Puccini a Ă©tĂ© une belle surprise qui finit le concert en beautĂ©.

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Luigi Dallapiccola. Franz Liszt. Modeste Moussorgski. Bertrand Chamayou, piano. Filarmonica Teatro Regio Torino. Gianandrea Noseda, direction. Illustration : Gianandrea Noseda (DR).

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Marc Minkowski, direction

rameau borrĂ©ades minkowski -Opera-Royal-in-Versailles_1365063713_1Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction. Triste concert ce soir pour la Passion selon Saint-Jean, tout Ă  l’opposĂ© de la version humaniste, thĂ©Ăątrale et lumineuse, stylistiquement informĂ©e de Jean-Marc Andrieu, donnĂ©e il y a quelque semaines Ă  peine dans cette mĂȘme Halle-Aux-Grains. Marc Minkowski n’est pas chef Ă  s’embarrasser. Il dĂ©cide que le gĂ©nie de Bach est Ă  son service et il dispose donc de la vaste partition Ă  sa guise. DĂšs les premiĂšres notes du majestueux chƓur « Herr, unser Herrscher », premier pilier de l’Ɠuvre, le ton est donnĂ©. C’est la violence qui est Ă  la baguette, demandant aux cordes graves d’appuyer les premiers temps et au clavecin de mĂ©talliser des accords terribles, dans un tempo infernal. L’imploration du chƓur des fidĂšles devient abrupte et semble s’en prendre au crĂ©ateur et sans aucune modestie demander des comptes. Mais peut-on parler d’un chƓur avec huit chanteurs ? Avec huit chanteurs, Ă  la fois solistes et chƓur, c’est le rĂ©gime maigre. Ils ont Ă©tĂ© complĂštement submergĂ©s par les instrumentistes, privĂ©s de nuances dans ce combat perdu d’avance. Les voix sont Ă  la peine et Ă  deux par voix ne trouvent pas la cohĂ©rence nĂ©cessaire. Ainsi l’individualitĂ© des voix, chacune reconnaissable, surtout les sopranos, ne permet aucune homogĂ©nĂ©itĂ© de couleur. Pour ĂȘtre spectaculaire, avant d’ĂȘtre iconoclaste cette entrĂ©e en matiĂšre est avant tout un vĂ©ritable contre-sens. Le dernier grand chƓur, la berceuse de la mort « Ruht Wohl», si subtilement Ă©crite devient une page ennuyeuse et molle, tant le tempo est Ă©tirĂ©. Ainsi le chef arrive Ă  fragiliser les deux sublimes piliers qui structurent le chef-d’Ɠuvre de JS Bach. Sa proposition interprĂ©tative s’en trouve trĂšs affaiblie.

Ratage de Minko dans la Saint-Jean

Mini Saint-Jean de Minkowski

De ce naufrage, l’évangĂ©liste de Fabio TrĂŒmpy sort vainqueur. Son tĂ©nor chaud et moelleux est une merveille vocale, le diseur est dramatique et son humanisme irradie Ă  chacune de ses interventions redoutables. Le tĂ©nor Suisse est un Ă©vangĂ©liste absolument parfait. Par chance l’entente avec le continuo est sensationnelle et donne beaucoup de vie et de souplesse Ă  l’ensemble. D’autant qu’ils sont libĂ©rĂ©s de la main autoritaire du chef. Le JĂ©sus d’Edward Grint, avec noblesse et jeunesse nous rend le Christ particuliĂšrement proche. Mais un pas en avant, puis un en arriĂšre, comme il est compliquĂ© de voir le Christ renter dans les chƓurs de foules si hostiles, les terribles Turba.

Les airs sont tous correctement chantĂ©s par les solistes en alternance mais l’implication est toujours prudente devant la tache herculĂ©enne demandĂ©e. Tous les effets thĂ©Ăątraux liĂ©s Ă  la foule tombent Ă  plat, malgrĂ© les efforts de Minkowski dont les gestes dĂ©voilent son intense plaisir mais ont peu d’effets. Les chorals sont sans ferveur et souvent ennuyeux. La vaste acoustique de la Halle-Aux-grains reste comme orpheline d’un vrai chant choral.
Reste la musique de Bach qui se déroule avec quelques beaux moments principalement dans les airs, accompagnés par des instruments obligés de grande qualité.  Mais ailleurs que de frustrations pour les amoureux de cette Passion si riche en émotions contrastées !
L’avant-dernier concert des Grands InterprĂštes ou la Jeanne d’Arc de Tchaikovski du BolchoĂŻ Ă©tait particuliĂšrement incandescente ; les deux prĂ©cĂ©dents Ă©vĂ©nements musicaux semblent appartenir Ă  une autre planĂšte. Ce soir Marc Minkowski, sans complexes, offre lui une mini Passion, sans arriver Ă  Ă©gratigner le gĂ©ant Bach dont il snobe le gĂ©nie dramatique, Ă  moins que ce dernier  ne lui ai complĂ©tement Ă©chappĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 31mars 2017. Johann SĂ©bastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean, BWV245. Laure Barras, Hanna Husahr, sopranos ; Owen Willetts, alto ; Alessandra Visentin, mezzo ; Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Valerio Contaldo, tĂ©nor ; Edward Grint, baryton ; Yorck Felix Speer, basse ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction.

Bach JS johannes passion minkowski hansen 2 cd erato cd review cd critique 2 cdCD. Le disque édité par ERATO et paru en avril 2017, confirme aussi le sentiment mitigé face au geste de Marc Minkowski abordant la Saint-Jean de JS Bach. LIRE notre compte rendu critique du cd La Passion selon Saint-Jean / Johannes Passion de Js Bach par Marc Minkowski