Compte-rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 juin 2017. Meyerbeer : Le ProphÚte. Claus Peter Flor / Stefano Vizioli.

_B6I5955Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse. Capitole, Meyerbeer : Le ProphĂšte. Jusqu’au 2 juillet. Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Claus Peter Flor, direction musicale. Pour terminer la saison 16-17, prĂ©senter un ouvrage rare, oubliĂ© et dĂ©criĂ© Ă©tait un pari osĂ©. Nombreux sont ceux qui sont venus, et de loin, pour voir le chef d’Ɠuvre de Meyerbeer si rarement montĂ© aujourd’hui. Le Grand OpĂ©ra Ă  la française au milieu du XIXĂšme siĂšcle s’est imposĂ©, on le sait Ă  Rossini, Ă  Verdi et mĂȘme Ă  Wagner. On ne mesure probablement pas ce que pouvait reprĂ©senter ces canons de beautĂ© reconnus dans le monde comme un sommet de l’art, et pourtant cela a Ă©tĂ© le cas. Et  ce ProphĂšte a Ă©tĂ© encensĂ© par la critique et portĂ© aux nues par un public longtemps renouvelĂ©. Nul ne sait l’avenir pour cette partition fleuve dont nous avons eu une version quasi intĂ©grale avec les ballets ! Ce soir elle a entrainĂ© le public vers l’enthousiasme.

 

 

Pari réussi au Capitole :
Le ProphÚte est un triomphe !

 

 

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Le maĂźtre d’Ɠuvre le plus important est le chef, Claus Peter Flor, Ă  la tĂȘte d’un orchestre du Capitole galvanisĂ© par le dĂ©fi. La direction, vive et contrastĂ©e du chef allemand est une vĂ©ritable cure de jouvence pour la partition si riche de Meyerbeer. Le style musical est retrouvĂ© par Claus Peter Flor et
 la messe est dite. Les chƓurs et les chanteurs, tous de se sentir soutenus par des sonoritĂ© si belles, des accents vigoureux, des phrasĂ©s larges, des couleurs inouĂŻes et des nuances subtiles, n’ont plus qu’à chanter de leur mieux. Et c’est ainsi tout simplement que cela c’est passĂ©. Chaque chanteur a donnĂ© le meilleur de sa voix, et nous dĂ©crirons leur splendeur, le chƓur a nuancĂ© ses parties avec art, avec une mention particuliĂšre pour l’intervention de la maĂźtrise qui crĂ©e un moment de pure magie. Le chant a rĂ©gnĂ© en maĂźtre.

 
 

 

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Le rĂŽle Ă©crasant de Jean, le ProphĂšte, exige un tĂ©nor lumineux capable de manier la foule et d’ĂȘtre un chef de guerre, comme d’ĂȘtre plein de tendresse filiale. Il doit possĂ©der une quinte aiguĂ« trĂšs sollicitĂ©e et un usage parfait de la voix mixte. Il y bien peu de prĂ©tendants au trĂŽne ! L’amĂ©ricain John Osborn est tout simplement parfait. Sa prestance physique et vocale impressionne. Les prouesses vocales, avec une note tenue puis enflĂ©e dans le grand final, mĂ©riteraient d’ĂȘtre dĂ©taillĂ©es. On ne peut que conseiller d’aller en salle vivre l’effet de cette voix de tĂ©nor dans un rĂŽle Ă  sa mesure, il est fantastique.

La FidĂšs de Kate Aldrich est vocalement Ă©patante, sonore sur toute la tessiture meurtriĂšre. N’oublions pas que ce rĂŽle (la mĂšre du ProphĂšte Jean) a Ă©tĂ© Ă©crit sur mesure pour Pauline Viardot ! Kate Aldrich a toutes les notes du rĂŽle sur un ambitus dĂ©passant largement une voix de mezzo-soprano. Dans le duo avec Berthe, la rencontre des harmoniques des deux voix produit un effet incroyable. Face Ă  son fils, elle est aussi vaillante vocalement que le tĂ©nor. Du grand, de l’immense chant, dĂ©ployĂ© avec opulence.

Mais c’est peut ĂȘtre la fiancĂ©e de Jean, Berthe, incarnĂ©e par Sofia Fomina qui fera l’effet le plus Ă©mouvant sur le public. Voix de soprano qui Ă©clate d’un brillant solaire avec des harmoniques d’une profondeur rare. L’engagement de la soprano russe est total et avec une telle Ă©nergie ; elle met son rĂŽle presque Ă  Ă©galitĂ© avec le couple mĂšre-fils infernal. Cette voix qui a Ă©tĂ© Reine de la Nuit et Zerbinetta a un brillant dans les aigus qui enrichi de lumiĂšre toute la tessiture mais le medium et le grave ont une assise harmonique d’un moelleux superbe. L’homogĂ©nĂ©itĂ© du timbre est merveilleuse. Elle pousse jusqu’au sacrifice une Ă©nergie de vie, un Ă©lan juvĂ©nile qui contraste magnifiquement avec la noirceur de l’histoire.

Dans cet opĂ©ra, le rĂŽle du mĂ©chant est un trio d’Anabaptistes des plus effrayants. Mikeldi Atxalandabaso en Jonas, Thomas Dear en Mathisen et Dimitry Ivashchenko en Zacharie, sont tous trois superbes ; ils s’imposent mĂȘme face aux autres grands rĂŽles dans les ensembles. Ce qui crĂ©e une Ă©mulation des plus excitantes. Les autres rĂŽles tous issus des chƓurs du Capitole sont absolument incroyables de prĂ©sence vocale dans un environnement si superlatif. Seul Leonardo EstĂ©vez en Comte d’Oberthal est un peu pĂąle. Impeccablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, la MaĂźtrise et le ChƓur sont magnifiques : ils ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une ovation particuliĂšre et bien mĂ©ritĂ©e du public.

 

 

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La mise en scĂšne de Stefano Vizioli est trĂšs habile. FidĂšle aux didascalies, elle simplifie et va Ă  l’essentiel afin de dynamiser le jeu. Le rĂ©sultat de ce travail en profondeur est lisible et fluide. Tout respecte voir ennoblit la musique. Il a renoncĂ© Ă  grimer la belle et jeune Kate en vieille mĂšre. Cela rend le couple mĂšre-fils encore plus Ɠdipien 

Les dĂ©cors d’ Alessandro Ciammarughi, sont tour Ă  tour Ă©mouvants (le blĂ© de l’acte un), majestueux (le Sacre) ou terrible (les pendus, le cachot), enfin le bĂ»cher final est superbe. Les lumiĂšres de Guido Petzold sont admirables de rĂ©alisme comme de fantastique, sculptant l’espace avec intelligence. Les costumes d’Alessandro Ciammarughi sont subtils et beaux avec des maquillages de morts-vivants pour le dernier acte, trĂšs signifiants.
L’intĂ©gralitĂ© des ballets passe facilement grĂące Ă  une sorte de « pas de coté » humoristique et de bon goĂ»t. Les patins deviennent patin Ă  roulette et le ballet avec des costumes mĂȘlant des Ă©lĂ©ments contemporains stimule l’esprit. Excellent travail du chorĂ©graphe Pierluigi Vanelli.
Cette fresque historique, non sans grandiloquence, repose sur une histoire vĂ©ridique de la RĂ©forme et dit combien, en s’opposant aux injustices sans pondĂ©ration, l’excĂšs de recherche de justice crĂ©e le pire et se retourne contre les auteurs. Le rĂŽle du peuple si cruel et manipulable est bien rendu. Il n’y a point de salut dans le fanatisme. Belle leçon intemporelle pour la mesure Ă  garder toujours.
Obtenir un vĂ©ritable succĂšs public avec un decorum aussi complexe n’était pas affaire facile. Les forces capitolines reposant sur une distribution internationale de grandes voix, grĂące au sur-titrage habile, et avec le meilleur orchestre de fosse possible, ressuscitent avec Ă©clat, la splendeur du Grand OpĂ©ra Ă  la française du XIXĂšme siĂšcle. Encore Ă  l’affiche du Capitole jusqu’au 2 juillet 2017.

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 13 juin 2017. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Le ProphĂšte, OpĂ©ra en cinq actes sur un livret d’EugĂšne Scribe crĂ©Ă© le 16 avril 1849 au ThĂ©Ăątre de la Nation (OpĂ©ra de Paris, salle Le Pelletier). Nouvelle production. Stefano Vizioli, mise en scĂšne. Alessandro Ciammarughi, dĂ©cors et costumes. Guido Petzold, lumiĂšres. Pierluigi Vanelli, mouvements chorĂ©graphiques. Avec : John Osborn, Jean de Leyde ; Kate Aldrich, FidĂšs ; Sofia Fomina, Berthe ; Mikeldi Atxalandabaso, Jonas ; Thomas Dear, Mathisen ; Dimitry Ivashchenko, Zacharie ; Leonardo EstĂ©vez, Le Comte d’Oberthal. Orchestre national du Capitole ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole ; Alfonso Caiani, direction ; Claus Peter Flor, direction musicale. Photos:  © P.Nin

 

 

LIRE aussi notre présentation du ProphÚte de Meyerbeer au Capitole de Toulouse

 

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Compte rendu concert. Toulouse, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. A. Laloum / Maxim Emelyanychev, direction.

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Brahms. Beethoven. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction. Voici un concert Ă©vĂ©nement trĂšs rĂ©ussi. Le Rotary International avec tous les clubs de la rĂ©gion toulousaine soutiennent la recherche contre le cancer et concrĂ©tisent leurs actions avec une grande collecte (remise du chĂšque ce soir) et ce concert prestigieux. La municipalitĂ© de Toulouse, l’orchestre et le pianiste Adam Laloum ont offerts leur gĂ©nĂ©reux concours. Le rĂ©sultat est un concert dans lequel l’enthousiasme du public a Ă©tĂ© si grand qu’il a applaudi aprĂšs chaque mouvement. Il faut dire que la fougue juvĂ©nile du jeune chef russe (29 ans) Maxim Emelyanychev, est un spectacle en lui-mĂȘme trĂšs particulier, inhabituellement expressif.

 

 

Pour une grande cause, le meilleur de la Musique

 

 

 

Emelyanychev-Maxim-jeune-maestro-il-pomo-doroLe trĂšs imposant deuxiĂšme Concerto pour piano de Brahms a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© avec puissance et dĂ©termination par l’orchestre sous la direction enthousiaste du jeune maestro. Le pianiste Adam Laloum du mĂȘme Ăąge que le chef, 30 ans, a lui Ă©tĂ© sensible Ă  cet enthousiasme mais a pondĂ©rĂ© dĂšs que possible cette exubĂ©rance orchestrale par des phrasĂ©s d’une grande dĂ©licatesse, et une Ă©coute chambriste trĂšs fine. Il faut dire que ces moments ineffables de musique de chambre du Concerto, - incompris lors de la crĂ©ation, sont Ă  prĂ©sent apprĂ©ciĂ©s Ă  leur juste valeur et aimĂ©s. Depuis le dĂ©but avec le cor magique de Jacques Delplancque, Ă  l’Andante du violoncelle envoĂ»tant de Sarah Iancu dans le troisiĂšme mouvement, ce soir, ils ont Ă©tĂ© inoubliables. Cette Ă©nergie de jeunesse se voit encore d’avantage qu’elle ne s’entend dans la direction du chef russe. Adam Laloum a su affronter sans faillir et par cƓur toutes les difficultĂ©s du trĂšs vaste Concerto. La diversitĂ© des nuances de son jeu restant, ainsi qu’une coloration de peintre, ses plus belles qualitĂ©s. La maĂźtrise technique est impeccable, toujours mise au service de la plus belle musicalitĂ©. Jamais aucune duretĂ©, il a toujours su garder une marge de nuances et de puissance ne faisant jamais sentir l’effort. Une absence d’ostentation, pourtant si chĂšre Ă  tant de pianistes virtuoses, caractĂ©rise le jeu d’ Adam Laloum. Une ovation a Ă©tĂ© faite Ă  ce pianiste toulousain trĂšs aimĂ© sur ses terres.

En deuxiĂšme partie, la SeptiĂšme Symphonie de Beethoven, si bien nommĂ©e “ApothĂ©ose de la danse” par Wagner, a permis Ă  Maxim Emelyanychev (illustration ci dessus) de danser la direction la plus enthousiaste et motrice que j’ai vue dans une symphonie. Comme un Ă©pagneul ivre de libertĂ©, il a su entraĂźner l’orchestre dans cette incroyable interprĂ©tation aux tempi vifs, aux rythmes aigus, au final pourtant  trĂšs maĂźtrisĂ©e. DĂ©cidement, ce jeune prodige dirige aussi bien le rĂ©pertoire baroque que les grandes Ɠuvres romantiques. Mais toujours avec cette Ă©nergie de vie incomparable. Quel enthousiasme!  La vie en sa beautĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e, ainsi pour lutter contre la mort : c’est limpide. Bravo Ă  toutes ces Ă©nergies mises en commun avec brio pour un rĂ©sultat Ă©clatant de vivacitĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 juin 2017. Johannes Brahms (1833-1897): Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op.83. Ludwig van Beethoven (1770-1827): Symphonie n°7 en la majeur op.92. Adam Laloum, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse. Maxim Emelyanychev, direction.

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. Joël.

donizetti opera classiquenews gaetano-donizettiCompte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. JoĂ«l. Il est bien agrĂ©able de revoir au Capitole cette magnifique production qui date de l’Ăšre Nicolas JoĂ«l. Sans tomber dans le mythe de l’Age d’Or, rappelons toutefois que cette production a Ă©tĂ© partagĂ©e avec le prestigieux Metropolitan Opera de New York saison 1998. Cela permet Ă©galement de constater combien un travail rigoureux, esthĂ©tisant Ă  souhait et de grande qualitĂ©, ne perd rien avec les ans de sa grande beautĂ©. DĂ©cors somptueux, costumes magnifiques, Ă©clairages encore plus beaux que lors des premiĂšres reprĂ©sentations,  toute la beautĂ© des tableaux concoctĂ©s par Nicolas JoĂ«l, envoĂ»te toujours autant.  Le dĂ©corateur Ezio Frigerio, sans oublier les costumes de Franca Squarciapino et surtout les lumiĂšres si poĂ©tiques de Vinicio Cheli, participent Ă  la fĂȘte des yeux.

 

 

INCROYABLE VITALITÉ D’UNE LUCIA CAPITOLINE

 

La direction d’acteurs est une Ă©pure qui permet aux chanteurs virtuoses de toujours se trouver face au public ; elle favorise toujours la meilleure position pour que l’expression vocale donne toute sa plĂ©nitude Ă  la musique de Donizetti.
Dans la fosse officie Maurizio Benini. L’illustre chef et l’Orchestre du Capitole se connaissent trĂšs bien. Disons tout de go combien la direction extrĂȘmement dramatique trouve dans l’Orchestre du Capitole des interprĂštes  Ă  la mesure du projet. Il est rare de voir la partition de Donizetti ĂȘtre dĂ©fendue avec autant de fougue, de passion,  voire de violence.
Les nuances sont extrĂȘmement creusĂ©es avec des fortissimi Ă  un niveau rarement atteint dans une musique de pur bel canto. Les instrumentistes sont magnifiques avec l’envoĂ»tante clarinette appariĂ©e Ă  Lucia, ou la flĂ»te dans la scĂšne de la folie et une mention toute particuliĂšre pour la harpe.
Une telle direction compense largement la relative simplicité de la mise en scÚne du point de vue du jeu scénique des acteurs. Car le drame se développe avec une force rarement présente à ce point.

 

 

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Il faut dire que la distribution est absolument Ă©poustouflante ; elle aurait pu Ă©galement faire honneur Ă  une maison comme le Metropolitan Opera. Nadine Koutcher est une Lucia historique
 et je pĂšse mes mots. La voix est absolument somptueuse, nous l’avions beaucoup aimĂ©e dans la Comtesse des Noces de  Figaro pour son moelleux, son pulpeux, la rondeur absolue de son timbre. Que dire aujourd’hui de plus ? Cette incarnation est absolument majeure tant vocalement que scĂ©niquement. Sa Lucia est une femme d’un courage extraordinaire qui se bat contre un milieu d’une violence incroyable. La voix de Nadine Kouchner est Ă  la fois volumineuse, admirablement projetĂ©e, capable de couleurs et de nuance des plus diverses. La beautĂ© du timbre est incroyablement Ă©quilibrĂ©e du grave au suraigu, en passant par le mĂ©dium et l’aigu, tout aussi Ă©lĂ©gants. Aucune force, tout en souplesse, le volume se dĂ©ploie au long des phrases avec une mĂ©lancolie, une rĂ©volte ou un abandon absolument exquis. La voix est si large qu’elle fait penser Ă  Joan Sutherland et si belle avec des harmoniques si riches qu’elle fait penser Ă  Anna Netrebko. Un tel  phĂ©nomĂšne vocal, une telle classe, une si parfaite technique vocale, mĂ©ritent vraiment toute notre admiration de lyricophile plutĂŽt exigeant.
Le reste de la distribution Ă©videmment paraĂźtrait secondaire Ă  cĂŽtĂ© d’un tel phĂ©nomĂšne qui suffirait Ă  notre bonheur total. Ne nĂ©gligeons pas son amoureux Ă  la scĂšne, le tĂ©nor  Sergey Romanovsky qui est un Edgardo aussi Ă©lĂ©gant scĂ©niquement que vocalement. La voix est magnifique, homogĂšne sur toute la tessiture et la technique vocale est parfaite. Sa prestance et son jeu d’acteurs sont des plus convaincants. Le couple maudit est dĂ©sarmant de sincĂ©ritĂ©.
En Enrico, Vitaly  Billyy est fidĂšle Ă  lui-mĂȘme. Il fait tonner son instrument puissant et joue sans subtilitĂ©. Grande voix qui chante tout de la mĂȘme maniĂšre que ce soit Verdi, Donizetti et probablement Puccini…
Les petits rĂŽles sont Ă  la hauteur de ces monstres vocaux ce qui n’est pas peu dire. Le chƓur du Capitole est admirable de prĂ©sence vocale, mĂȘme avec un jeu de scĂšne trĂšs rĂ©duit, la splendeur sonore est son maĂźtre mot ce soir.

Au final nous avons vĂ©cu une soirĂ©e d’opĂ©ra extrĂȘmement rĂ©jouissante avec une plĂ©nitude  sonore et dramatique rarement atteinte dans le chef-d’Ɠuvre de Donizetti.
La scĂšne de folie de Lucia avec la flĂ»te magique de Sandrine Tilly a Ă©tĂ© le point d’orgue d’une soirĂ©e absolument magnifique.
Il est donc possible de rĂ©unir une distribution Ă©blouissante afin de contenter le public toujours exigeant du Capitole. Il est probable que les reprises de magnifiques productions de Nicolas JoĂ«l, l’an prochain,  si les distributions sont aussi belles,  seront encensĂ©es de la mĂȘme maniĂšre par le public toulousain. Il a fait une vĂ©ritable ovation aux artistes : encore un grand soir au Capitole !

 

 

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Compte rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 30 mai 2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor,  OpĂ©ra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’aprĂšs La FiancĂ©e du Lammermoor de Sir Walter Scott crĂ©Ă© le 26 septembre 1835 au Teatro San Carlo de Naples. Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (1998). En collaboration avec le Metropolitan Opera de New York. Nicolas JoĂ«l, mise en scĂšne. StĂ©phane Roche, rĂ©alisation de la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio, dĂ©cors. Franca Squarciapino, costumes. Vinicio Cheli lumiĂšres. Avec : Nadine Koutcher, Lucia ; Sergey Romanovsky, Edgardo ; Vitaliy Bilyy, Enrico ; Maxim Kuzmin-Karavaev, Raimundo ; Florin Guzgă, Arturo ; Marion LebĂšgue, Alisa ; Luca Lombardo, Normanno. Orchestre National du Capitole. ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction.  Maurizio Benini, direction musicale.

 

 

 

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A VENIR; prochaine production lyrique au Capitole :

meyerbeer_dapres_p_0TOULOUSE, Capitole. MEYERBEER : Le ProphĂšte. 23 juin / 2 juillet 2017. Nouvelle production. Au sommet de son Ă©criture et de sa gloire, Meyerbeer conçoit Le ProphĂšte crĂ©Ă© en 1849. 7 ans auparavant, le compositeur juif est devenu directeur musical gĂ©nĂ©ral de la ville de Berlin (Ă  la succession de Spontini), sur dĂ©cision de FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV, couronnĂ© depuis 1840 et grand mĂ©lomane. C’est aussi un amateur d’opĂ©ra qui a trĂšs vite dĂ©celĂ© chez Giacomo Meyerbeer un sens innĂ©, voire magistral du spectacle total, bientĂŽt perfectionnĂ© par Wagner Ă  la fin du siĂšcle. C’est que Meyerbeer pense en terme autant visuel que musical et dramatique. LIRE NOTRE PRESENTATION

Compte-rendu Concert. Toulouse, le 4 juin 2017. Bach : Passion selon Saint Matthieu. Ensemble Baroque de Toulouse. Divers ChƓurs
 Michel Brun, direction.

D750_040043Compte-rendu Concert. Toulouse, le 4 juin 2017. Bach : Passion selon Saint Matthieu. Ensemble Baroque de Toulouse. Divers ChƓurs
 Michel Brun, direction. « Passe ton Bach d’Abord », sorte de folie toulousaine baroque toujours, consacrĂ©e Ă  Jean-SĂ©bastien Bach sur un week-end de juin, a fĂȘtĂ© ses dix ans. Michel Brun, son fondateur, a su marquer d’un lustre particulier cet anniversaire en offrant un majestueux concert Ă  la Halle-aux-Grains avec une Passion selon Saint-Matthieu qui restera dans toutes les mĂ©moires et fera date. Les idĂ©es simples ne sont pas les plus partagĂ©es et plus d’un s’est demandĂ© pourquoi personne n’avait pensĂ© plus tĂŽt Ă  sous-titrer les mots si thĂ©Ăątraux de Picander, de son vrai nom Christian Friedrich Henrici, mis en musique par un Bach au sommet de son inspiration.

Une Passion de chair, d’ñme et de larmes

En temps rĂ©el, le choc issu de la lecture des mots de la magnifique traduction de Gilles Cantagrel, est ineffable. Le drame humain du « Fils de l’homme », prend une dimension personnelle pour chaque auditeur et les larmes ont embuĂ©s bien des yeux tout du long du concert. Il fallait le sens instinctif de la rhĂ©torique, la gĂ©nĂ©rositĂ©, la rigueur de Michel Brun pour galvaniser ainsi cette masse d’artistes, chanteurs, choristes et musiciens. Car si certains osent encore le un par voix, la majestĂ© et la thĂ©ĂątralitĂ© spatiale de cette Grande Passion ne s’expriment que dans un effectif gĂ©nĂ©reux, comme cela.  C’est donc la gĂ©nĂ©rositĂ© qui a envahi la Halle-aux-Grains et a Ă©mu aux larmes le public.
Deux orchestres dirigĂ©s chacun par un violoniste qui a Ă©bloui tout particuliĂšrement dans son air accompagnĂ©. Orchestre Un avec la dĂ©licieuse Marie RouquiĂ© dont les volutes dans l’air, a Ă©tĂ© un vĂ©ritable ensorcĂšlement. Tandis que Gabriel Grosbard dirigeant l’orchestre avec une mĂąle virtuositĂ©, a entrainĂ© la basse avec une fougue irrĂ©sistible dans son air  « Gebt mir meinen Jesum wieder ».
Tous les instrumentistes ont Ă©tĂ© magnifiquement concernĂ©s par la rhĂ©torique si vive, demandĂ©e par Michel Brun, leur  virtuositĂ© au service de l’émotion comme rarement. L’écoute attentive, les signes de complicitĂ© ont Ă©tĂ© un spectacle charmant tout du long de cette Passion. Il faudrait les citer tous

DĂšs le chƓur d’entrĂ©e, la spatialisation subtile de Bach a fonctionnĂ© pour saisir le public et tout s’est enchaĂźnĂ© ensuite en un extraordinaire voyage. Le chƓur d’enfants installĂ© au fond, chaque chƓur de part et d’autres des deux orchestres et c’est ainsi que le son a gagnĂ© toute la Halle-aux-Grains sans difficultĂ©s. La beautĂ© des chƓurs, leur implication totale et leur ductilitĂ© mĂ©ritent de prendre le temps de dĂ©tailler leurs fonctionnements. S’agissant de trois chƓurs amateurs, il convient de rendre hommage aux chefs de chƓur qui font un travail si enthousiasmant. Le ChƓur Baroque de Toulouse est dirigĂ© par Michel Brun, assistĂ© avec passion par Clotilde Daubert. Un rĂ©sultat vocalement si subtilement nuancĂ© repose sur un travail de fond impeccable, patient, rĂ©gulier. Les deux autres chƓurs : Les ConfĂ©rences Vocales et La Lauzetta sont dirigĂ©s de main de maitre par LaĂ«titia Toulouse. Cette jeune chef de chƓur a un talent rare pour obtenir dans l’enthousiasme un rĂ©sultat digne des professionnels. Les chanteurs adultes des ConfĂ©rences Vocales, habituĂ©s au rĂ©pertoire A Capella,  ont Ă©tĂ© le ChƓur Deux. Ils ont tout particuliĂšrement Ă©tĂ© admirables de prĂ©sence exacte. Sachant ĂȘtre second dans les interventions courtes mais s’équilibrant parfaitement avec le ChƓur Un, et ce  malgrĂ© leur plus petit nombre. La Lauzetta est un ChƓur d’enfants auquel il n’est pas demandĂ© de savoir lire la musique. Les voir ainsi dans des habits blancs divers, sans partitions, dĂ©tendus et concentrĂ©s est une expĂ©rience rĂ©jouissante. BeautĂ© des timbres, engagement total, plaisir Ă  chanter : voici un exemple admirable. A nouveau, il s’agit du travail de LaĂ«titia Toulouse mais Ă©galement celui d’Anne-Claude GĂ©rard, son assistante, elle qui sait si bien transmettre Ă  chacun la joie de chanter.

 

 

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Une passion repose Ă©galement sur un soliste hors normes qui peut se charger du rĂŽle Ă©crasant de l’EvangĂ©liste. Ce commentateur doit avec facilitĂ© affronter des rĂ©citatifs variĂ©s, tendus, vivants, chargĂ©s d’interventions comme de sentiments contrastĂ©s. Le tĂ©nor Suisse Raphael Höhn est tout simplement parfait. Il est engagĂ© et porte Ă  bout de voix, toute la dramaturgie de l’oeuvre. Il sait enlaidir son timbre sous la colĂšre, mais la noblesse de ton du chanteur est un atout majeur.  L’alto Caroline Champy-Tursun aura la palme de l’émotion. Avec un engagement total et des gestes d’une thĂ©ĂątralitĂ© pondĂ©rĂ©e: elle touche au cƓur le public et tout particuliĂšrement dans le si sensuel air des larmes. Son timbre est prenant et sa diction est merveilleuse. En JĂ©sus, le baryton Philippe EstĂšphe fait de sa jeunesse et une certaine fragilitĂ©, des atouts de poids. Ce JĂ©sus est vraiment le « Fils de l’homme » dans une vulnĂ©rabilitĂ© totale qui est nĂŽtre. Matthieu Toulouse d’une voix de basse bien timbrĂ©e sait incarner une plĂ©thore de personnages avec chaque fois un engagement mĂ©morable : Pierre, Judas, le Grand PrĂȘtre, Pilate et, dans son bel air, il a toute l’élĂ©gance requise. La jeune soprano, ClĂ©mence Garcia,  un peu impressionnĂ©e au dĂ©but, se dĂ©tend au fur et Ă  mesure. La fraĂźcheur du timbre fait merveille. Seule le deuxiĂšme tĂ©nor Guillaume François est en deça, par la modestie du timbre et des moyens vocaux moins Ă©tendus.
Un seul regret : que Bach n’ai pas Ă©crit d’avantage pour le ChƓur d’Enfants, absent de la deuxiĂšme partie.
Je dois reconnaĂźtre que jamais je n’avais entendu une Passion si Ă©mouvante. Michel Brun a su mobiliser avec une totale abnĂ©gation tout son monde
 une Ă©quipe soudĂ©e et d’une rare cohĂ©sion collective, qui a comme le public fait un voyage inoubliable dans la fabuleuse rhĂ©torique et la beautĂ© de Bach. Les sous-titres ont Ă©tĂ© impeccablement rĂ©alisĂ©s. VoilĂ  ce qui sera une exigence du public Ă  l’avenir tant cela permet un gain d’émotion incroyable par le sens gagnĂ© Ă  chaque instant. Le public a ovationnĂ© tous les artistes debout. Michel Brun n’a pas manquĂ© de lever la partition pour dire son amour pour la musique du Cantor et lui en attribuer tout le succĂšs. Ainsi Bach est magnifiĂ© par la passion folle de Michel Brun 
 lequel a passĂ© trĂšs brillamment son Bach avec Ă©clat.

 

 

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Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 juin 2017. Johann-Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Matthieu, BWV 244. Raphael Höhn, tĂ©nor, l’EvangĂ©liste ; Philippe EstĂšphe, Baryton , JĂ©sus ; ClĂ©mence Garcia, soprano ; Caroline Champy-Tursun, alto ; Matthieu Toulouse, basse ; Guillaume François, tĂ©nor. Ensemble Baroque de Toulouse ; ChƓur Baroque de Toulouse ; ChƓur ConfĂ©rences Vocales, chef de chƓur, LaĂ«titia Toulouse ; ChƓur d’enfants la Lauzetta, chef de chƓur, LaĂ«titia Toulouse, assistĂ©e d’Anne-Claude GĂ©rard. Direction, Michel Brun.

 

 

 

Compte-rendu Concert. Toulouse. Le 19 mai 2017. Nielsen. Ravel. Strauss
 Marianne Crebassa,Tugan Sokhiev.

Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 19 mai 2017. Nielsen. Ravel. Strauss. Stravinski. Marianne Crebassa, mezzo-soprano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Il est des concerts dont l’intelligence arrive Ă  enrichir le dĂ©bat sociĂ©tal de maniĂšre imprĂ©vue. Ainsi rappeler combien l’Orient n’est pas obligatoirement source de dangers mais a Ă©tĂ© et reste pour beaucoup une source d’inspiration et de poĂ©sie de la vie est important Ă  ne pas perdre de vue.  Comment vivre sans un ailleurs inconnu, souhaitĂ© et rĂȘvé ? L’Orient, du sud de la Russie Ă  la Chine en passant par l’Iran, l’Arabie, la Perse, la Turquie, bordĂ©s de rivages incertains, autant d’escales qui sont cet Orient des poĂštes et des musiciens.

Orient de rĂȘve sur des sommets de poĂ©sie

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCe programme admirablement construit nous promĂšne Ă  travers  le XXiĂšme siĂšcle naissant avec quatre compositeurs europĂ©ens Ă  qui l’Asie au sens large a offert une belle inspiration. La Suite pour orchestre de Nielsen, prĂ©vue pour accompagner une piĂšce de thĂ©Ăątre sur Aladin rend compte que la fascination du musicien Danois pour la puissance des couleurs orientales. DĂšs l’introduction, le large phrasĂ© et la pulsation pondĂ©rĂ©e, mais implacable, donnent une grandeur quasi Hollywoodienne Ă  cette partition variĂ©e. Puis du hautbois chanteur, aux cordes suaves, et aux percussions savantes, tout est Ă©vocation d’un monde qui stimule tous les sens. Belles variations autour de ce thĂšme de l’Orient pour Nielsen qui termine avec un grandiose tableau de plein air festif. Tugan Sokhiev saisit la partition Ă  bras le corps et en en dĂ©passant les faiblesses, nous fait apprĂ©cier cette partition festive. L’orchestre du Capitole suit comme un seul homme avec une virtuositĂ© de braise.

Avec Asie sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, Maurice Ravel utilise une autre gamme musicale, entiĂšrement tournĂ©e vers la subtilitĂ© des nuances, des couleurs et une orchestration remplie d’une incroyable suavitĂ©. Le  dialogue avec la voix fĂ©minine est d’une grande subtilitĂ©.

 

 

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En octobre 2014, Marianne Crebassa avait dĂ©jĂ  interprĂ©tĂ© ici ces trois superbes mĂ©lodies de Ravel. Nous avions dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© le timbre et la diction. Ce soir Marianne Crebassa gagne un niveau supĂ©rieur d’émotion et de prĂ©cision sur le plan de la diction, semblant vivre chaque instant des trois contes. La voix est plus vaste et donc peut mieux Ă©voquer la cruautĂ© de certaines images. Quel timbre envoĂ»tant ! Quelle lisibilitĂ© de chaque mot ! Tugan Sokhiev est attentif Ă  la moindre nuance, il accompagne le souffle de la chanteuse avec amour. Les soli issus de l’orchestre sont tous magiques.

Dans la Danse des sept voiles extraite de la sulfureuse partition de Richard Strauss (SalomĂ©), c’est la direction sensuelle de Tugan Sokhiev qui envoĂ»te orchestre et public. Le chef si Ă  l’aise dans la musique de ballet et l’opĂ©ra fait monter tension et sensualitĂ© de maniĂšre irrĂ©sistible. Le public exulte. Quand lui confiera t-on une production de Salomé ?
La suite de 1919 de l’Oiseau de Feu de Stravinski est un grand moment de l’orchestre du Capitole sous la baguette de son chef. L’enregistrement de 2011 est lĂ  pour que chacun puisse le dĂ©guster mais il faut reconnaĂźtre que Tugan Sokhiev, que nous n’avions plus vu depuis son succĂšs total dans la Jeanne d’Arc de TchaĂŻkovski et les forces moscovites, a semble-t-il gagnĂ© un pallier. La puissance et l’énergie de sa direction sont incroyables, poussant chaque instrumentiste Ă  se dĂ©passer. Et sa gestuelle si belle ne perd rien de sa grĂące.
Pour terminer dans l’harmonie ce concert d’exception, Tugan Sokhiev et son orchestre nous offrent le Jardin merveilleux,  final sublime de Ma MĂšre l’oie de Maurice Ravel. L’osmose entre Tugan Sokhiev, son orchestre et ce programme si sensuel est un grand moment que le public toulousain fĂȘte comme il se doit, conscient de sa chance. Rendons grĂące Ă  la clairvoyance qui a fait confiance Ă  un jeune chef de moins de 30 ans. En dix ans, il a engagĂ© un orchestre dĂ©jĂ  excellent sur des sommets himalayens.

 

 

 

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Compte-rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 19 mai 2017. Carl Nielsen (1865-1931) : Aladin, suite pour orchestre. Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade sur des poĂšmes de Tristan Klingsor. Richard Strauss (1864-1949) : SalomĂ©, danse des sept voiles. Igor Stravinski (1882-1971) : L’oiseau de feu, suite pour orchestre, version de 1919. Marianne Crebassa, mezzo-soprano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. Illustration : Marianna Crevassa et l’Ocre nat du Capitole de Toulouse ©Patrice Nin

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017. Bach, Schumann, Villa-Lobos, Chopin. Nelson Freire, piano. Quelle chance : en un mois pouvoir entendre, et voir, Martha Argerich et Stefen Kovacevich en duo de rĂȘve puis un concert de l’ami le plus proche de Martha, son quasi jumeau : Nelson Freire, grĂące aux Grands-InterprĂštes. Dans une maturitĂ© jupitĂ©rienne et fraternelle, Nelson Freire prend possession de son piano avec calme et dĂ©termination. Il chante quatre adaptations pour le piano de musiques de Jean-SĂ©bastien Bach. SimplicitĂ©, clartĂ© des ligne superposĂ©es, Ă©lĂ©gance des phrasĂ©s et dĂ©licatesse du toucher. Cet art lĂ  est enchanteur. Un baume pour les oreilles, le cƓur et l’ñme.

Un musicien suprĂȘme

freire nelson piano sublime par classiquenews201504291644-fullPuis avec une dĂ©termination de chaque instant, l’interprĂšte rend Ă  la Fantaisie en ut majeur de Schumann, toute la beautĂ© pure des formes, des phrases et des mĂ©lodies. Point de spectre de folie mais au contraire une invincible certitude de nous confier la plus belle musique qui soit. Schumann retrouve sa grandeur de sublime musicien qui offre Ă  l’instrument confident,  tout l’amour de son cƓur pour Clara. Jamais la beautĂ© formelle de cette piĂšce ne m’avait autant frappĂ©e. Le gĂ©nie de Nelson Freire est celui d’un musicien qui fait de son piano ce qu’il veut.
Pour les piĂšces de Villa-Lobos, il utilise la mĂȘme transcendance. Le piano lui appartient et lui permet, sans la moindre caractĂ©risation folklorique surajoutĂ©e, de rĂ©vĂ©ler l’élĂ©gance et la noblesse de ce compositeur en ces courtes piĂšces.
C’est en forme d’apothĂ©ose que le pianiste brĂ©silien termine son rĂ©cital. La troisiĂšme Sonate de Chopin est elle aussi portĂ©e Ă  un sommet de beautĂ©. La classe, la tenue de ce Chopin est prĂ©cieuse. Depuis ces premiers rĂ©citals, chacun sait combien Chopin et Freire sont proches. Avec le temps, la facilitĂ© du jeu est simple majestĂ©. La parfaite construction de la sonate permet un dĂ©ploiement harmonieux de ces vastes proportions sous des doigts si fĂ©lins. Jamais de duretĂ© mĂȘme dans les forte tonitruants, une rapiditĂ© de fusĂ©e dans le scherzo, mais surtout le moelleux du largo est tout Ă  fait voluptueux. Le final lui est absolument grandiose mais reste Ă©lĂ©gant avec ce prince du piano au souffle gĂ©nĂ©reux. Un grand moment de musique !
Avec bienveillance et grĂące Nelson Freire offre en bis Ă  son public conquis deux admirables Intermezzi de Brahms auquel personne ne peut rĂ©sister tant ils sont l’expression de la bontĂ© mĂȘme.

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Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 mai 2017.Johann Sebastian Bach(1685-1750)/Alexander Siloti : PrĂ©lude en sol mineur pour orgue, BWV 535 ; J. S. Bach/Ferruccio Busoni : Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ, BWV 639 ; Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist, BWV 667 ; J. S. Bach / Myra Hess : « JĂ©sus que ma joie demeure » ; Robert Schumann(1810-1856) : Fantaisie en ut majeur, opus 17 ; Heitor Villa-Lobos ( 1887-1957) : Bachianas Brasileiras nÂș 4, PrelĂșdio ; 3 piĂšces de A Prole do BebĂȘ : Branquinha, Pobrezinha, Moreninha ;  FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) :  Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; Nelson Freire, piano.

Compte-rendu concert. Paris, Oratoire du Louvre, le 11 mai 2017. Biber. Pergolesi, Schmelzer
 Claire LefilliĂątre, soprano.  L’Entretien des Muses, StĂ©phane Fuget.    

La joie de retrouver Claire LefilliĂątre est toujours grande. Dans Espaece d’aprĂšs Perec  mis en scĂšne par Aurelien Bory, nous avions eu l’immense surprise de la trouver hors des sentiers battus. Ce soir elle n’est pas non plus au sein de l’Ă©quipe du PoĂšme Harmonique mais plus “classiquement” en rĂ©cital, avec un bel ensemble instrumental : L’ Entretien des muses de StĂ©phane Fuget. L’Oratoire du Louvre oĂč Philippe Maillard organise une trĂšs belle saison de musique sacrĂ©e a une acoustique trĂšs agrĂ©able. DĂšs les premiĂšres notes du violon de Jasmine Eudeline, l’Ă©quilibre de l’acoustique frappe par sa prĂ©cision, son moelleux, sa rĂ©verbĂ©ration mesurĂ©e


Divine Claire LefilliĂątre Ă  l’Oratoire du Louvre

lefiliatre-claire-soprano-concert-compte-rendu-critique-par-classiquenews-mai-2017L’Annonciation premiĂšre des sonates du Rosaire de Biber ne nĂ©cessite pas de scordatura comme les suivantes. Elle permet donc Ă  la violoniste de poursuivre le concert sans changer d’instrument. Cette Annonciation est bien venue dans un programme consacrĂ© Ă  Marie, au temps de la Contre-RĂ©forme, car elle prĂ©pare le thĂšme. Le sourire constant avec lequel Jasmine Eudeline joue s’entend. Son violon est heureux et les battements d’ailes de l’ange dans un figuralisme limpide dĂ©jouent toute difficultĂ© dans cette redoutable virtuositĂ©. L’orgue, le violoncelle et l’archiluth participent Ă  une belle historisation du discours. L’entrĂ©e de Claire LefilliĂątre pour le Salve Regina de Pergolese apporte dans la souplesse instrumentale une beautĂ© florale envoĂ»tante. La voix a gagnĂ© en chair et la cantatrice peut dĂ©sormais davantage utiliser de nuances forte. Sans renoncer Ă  la puretĂ© du timbre des harmoniques gĂ©nĂ©reuses enrichissent les couleurs. Ce Salve Regina a une sĂ©duction mĂ©lodique et un lyrisme d’une simplicitĂ© que les interprĂštes sensibles et tous animĂ©s d’une mĂȘme souplesse nous rendent Ă©vidente.

lefilliatre claire sopranoPuis la Sonate a tre de Schmelzer nous permet d’Ă©couter avec ravissement l’osmose rare obtenue par tous les instrumentistes. La direction en grande souplesse et suggestion de StĂ©phane Fuget offre une parfaite libertĂ© Ă  chacun. Le bonheur de Claire LefilliĂątre Ă  les retrouver, est visible. Le rĂ©citatif et air composĂ©s par Haendel, commandĂ© en Italie au jeune musicien teuton et protestant est l’une des nombreuses Ɠuvres de cette Ă©poque heureuse. Marie en consolatrice orante, lui inspire une page d’une grande subtilitĂ© harmonique dans l’Ă©vocation des douleurs liĂ©es Ă  la guerre sur terre. L’implication dramatique de Claire LefilliĂątre dans le rĂ©citatif permet un incroyable contraste avec l’air Ă  la mĂ©lodie si pure et infinie. Puis O Dulcis Jesu de Buxtehude est peut ĂȘtre le sommet Ă©motionnel du concert. C’est en tout cas cette oeuvre qui met en valeur toute la sciences de Claire LefilliĂątre. Le naturel de la rhĂ©torique baroque comme une Ă©vidence dramatique nous permet de croire que mĂȘme en latin, elle s’adresse Ă  chacun de nous en particulier. La plainte si pleine de sentiments profonds est inoubliable. Son dernier Suscipe me est d’une Ă©motion incroyable. La facilitĂ© avec laquelle la cantatrice ornemente la ligne mĂ©lodique relĂšve d’un grand art qui rappelle ses sublimes dialogues avec Jean Tubery. Le souffle infini porte au plus loin chaque phrase mĂ©lodique qui ainsi va au cƓur de l’Ă©motion. Enfin la beautĂ© du timbre comme passant de l’ombre de la souffrance humaine Ă  la lumiĂšre de la puretĂ© de JĂ©sus, en un dosage subtile de chaque instant, est fabuleuse. L’osmose avec les instrumentistes est complĂšte et la libertĂ© semble infinie.

Le Concerto grosso de Corelli permet aux cordes de briller et d’explorer de fortes nuances et des rythmes bien campĂ©s. Leur petit nombre permet une grande prĂ©cision et une certaine ampleur arrive Ă  se dĂ©gager de cette belle interprĂ©tation.

Pour finir le prĂȘtre roux, soit Vivaldi, apporte sa touche Ă©nergique et extravertie. MĂȘme si techniquement, elle domine la partition, Claire LefilliĂątre est moins Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire qui demande Ă  ĂȘtre plus extravertie voir hyper-dĂ©monstrative. Elle habille de subtiles abellimenti les reprises, dĂ©joue les diaboliques notes de l’Alleluia final avec panache. Il sera d’ailleurs bissĂ©. Mais nous resterons sous les charmes persistants de son Buxtehude si sensuel et sensible.

Que ce soit Ă  l’orgue, au clavecin ou dans sa direction, StĂ©phane Fuget est un fin musicien qui vit la musique et la partage. RivĂ© Ă  ses claviers, il n’a pas eu loisir de mettre en mouvement un esprit de la danse qui a semblĂ© l’habiter surtout dans le Vivaldi final.

Un concert admirable avec un choix d’oeuvres Ă  la charniĂšre du XVII et XVIII iĂ©me siĂšcle montrant combien la contre rĂ©forme a usĂ© de sĂ©duction musicale mais aussi comme le protestantisme avec Buxtehude a su sensualiser admirablement ses partitions. En somme, la musique permet un beau dialogue entre rĂ©forme et contre rĂ©forme Ă  l’opposĂ© de la guerre qui les a vu s’affronter si terriblement pour les humains.

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Compte rendu concert. Paris. Oratoire du Louvre, le 11 mai 2017. Heinrich Ignaz Frantz Biber (1644-1704) : Sonate du Rosaire n°1, L’Annonciation. Giovanni Batista Pergolese (1710-1736) : Salve Regina en do majeur. Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680) : Sonata a tre, pastorale. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : RĂ©citatif et air ” Ah! Che troppo ineguali ” HWV. 2340. Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Cantate en mi majeur “O Dulcis Jesu”. Arcangelo Corelli (1653-1713): Concerto grosso op.6 n° 8 en sol mineur. Antonio Vivaldi (1678-1741): Motet “Nulla in Mundo pax sincera” RV. 630. Claire LefilliĂątre, soprano.  L’entretien des muses : Jasmine Eudeline et Aude CaulĂ©, violons; CĂ©line Cavagnac, alto ; Alice Coquart,Violoncelle ; Gautier Blondel, contrebasse ; Claire Antonin, archiluth.  StĂ©phane Fuget : Direction, orgue et clavecin.

Compte-rendu, concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Debussy, Rachmaninov. Musique pour deux pianos. Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano.

kovacevich argerich pianos double classiquenews StephenKovacevich0311ACompte-rendu, concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Debussy, Rachmaninov. Musique pour deux pianos. Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano. Martha Argerich est une musicienne comme il n’en existe pas deux. Elle associe deux qualitĂ©s impensables ensemble. Une fragilitĂ© d’artiste hypersensible qui peut la rendre maladroite et la faire paniquer et une puissance tellurique tant il semble qu’aucune partition ne la puisse mettre en difficultĂ©. Nous savons que sa sensibilitĂ© ne lui permet presque plus de jouer seule en rĂ©cital tant pour elle toute musique est partage. La musique de chambre est son domaine d’Ă©lection et ce soir avec son complice Steven Kovacevich, les deux pianistes nous offrent un concert inoubliable. Kovacevich et Argerich ont Ă©tĂ© collĂšgues, amis, amants, parents de leurs filles. Il reste de tant de partage, parfois houleux, une passion commune pour la beautĂ© de la musique partagĂ©e. La perfection de jeu est au sommet, la musicalitĂ© de chaque note, le sens du discours et l’intĂ©gritĂ© de l’artiste sont leur partage. Tous ces liens ont Ă©tĂ© magnifiquement offerts au public, tout Ă  fait comblĂ© des Grands InterprĂštes.

D’abord un programme d’une rigueur incroyable. Deux compositeurs virtuoses eux-mĂȘmes du clavier dans des Ɠuvre dĂ©diĂ©es Ă  deux pianos. Soit des compositions originales, soit rĂ©Ă©crites par les compositeurs eux-mĂȘmes avec une magnificence de chaque instant. PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi-d’un faune est dĂšs les premiĂšre mesures une expĂ©rience incroyable. Point de flĂ»te en vedette mais une atmosphĂšre Ă  la fois simple et subtile Ă©voquant le soleil et la chaleur environnant cet ĂȘtre si sensuel. Les deux pianos se rĂ©pondent, s’enlacent avec une dĂ©licatesse amoureuse et infinie dans des nuances dĂ©licates et des sonoritĂ©s diaphanes. Debussy a composĂ© une autre partition Ă  partir de ce beau thĂšme.
Lindaraja est une trĂšs courte piĂšce qui contient tout les charmes des voyages en Espagne, Ă  la fois musquĂ©s, colorĂ©, rythmĂ©s. Nos deux artistes rivalisent d’ intelligence, rendent perceptible au-delĂ  de la pure beautĂ© de l’Ɠuvre, les niveaux d’hommage, d’auto-rĂ©fĂ©rences et d’Ă©ternitĂ© mis en abime
 Hommage Ă  Ravel, Bizet, Chabrier et le Debussy des Estampes.
En Noir et Blanc est une des derniĂšres compositions de Debussy, si minĂ© par la guerre. Il arrive Ă  dĂ©passer en Ă©motion tout ce qu’il a composĂ© dans un mouvement lent nommĂ© “lent-sombre”. Ce moment suspendu dans un pur Ă©ther de poĂ©sie dĂ©montre la fusion dont sont capables les deux pianistes. Une mĂȘme Ăąme en deux fois dix doigts. EntourĂ© par “Avec emportement” et “Scherzando” , le rythme et le brillant en leur virtuositĂ© diabolique, renforcent encore ce chant central du deuil.
En si peu de temps, tant de musique et un sens si profond ! Jamais entracte n’aura Ă©tĂ© aussi nĂ©cessaire pour le public comme pour les artistes.

Les Danses symphoniques sont des Ɠuvres particuliĂšrement riches et originales et demandent beaucoup Ă  l’orchestre. La version de Rachmaninov pour deux piano est intense et par la nettetĂ© du jeux pianistique en dĂ©veloppe, s’il se peut,  toute la modernitĂ©. Il faut reconnaĂźtre cette qualitĂ© unique de clartĂ© et de prĂ©cision dans le jeu des deux pianistes amis. Si le jeu de Martha Argerich est toujours emprunt d’une libertĂ© incroyable avec cette impression que tout lui est facile et si Kovacevich est plus concentrĂ© et parfois soucieux, Ă  l’Ă©coute il faut reconnaĂźtre que c’est la mĂȘme fluiditĂ©, les mĂȘmes touchers dĂ©licats et les mĂȘmes nuances trĂšs fines que les deux artistes construisent en commun. Chacun avec son style pour une mĂȘme musicalitĂ©. Et c’est bien l’impression de la convocation d’un orchestre symphonique entier qui a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par le fortissimo final des claviers. Un grand moment de musique et de piano symphonique.

Un petit secret m’a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©. Si les deux pianiste se sont installĂ©s Ă  cotĂ©, les deux pianos dans le mĂȘme sens, ce n’est pas seulement pour ĂȘtre cĂŽte Ă  cĂŽte. C’est en effet indispensable car Kovacevich a besoin pour jouer d’un tabouret prĂ©parĂ©: trĂšs bas, pieds coupĂ©s. Ainsi Stephen Kovacevich ne peut voir ou ĂȘtre vu de sa partenaire si les pianos sont tĂȘte bĂȘche ! Un dĂ©licat jeux de dĂ©placement de tabouret nous a permis de voir mieux tantĂŽt l’un, tantĂŽt l’autre pianiste. Et pour le dernier bis, ils se sont installĂ©s cĂŽte Ă  cĂŽte, chacun sur son tabouret au mĂȘme piano !
Car aprĂšs le final sensationnel de Rachmaninov l’enthousiasme du public a obtenu trois bis dont une danse de la fĂ©e dragĂ©es de Casse Noisette d’une dĂ©licatesse de cristal et une valse de Brahms Ă  quatre mains tout Ă  fait enthousiaste.
Les Grands InterprĂšte nous ont offert un bien beau concert. Et la venue de Nelson FrĂšre l’autre immense ami de Martha Argerich le 15 mai prochain, nous promet un autre grand moment de musique!

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Compte rendu concert. Toulouse, La Halle-aux-Grains, le 24 avril 2017. Claude Debussy (1862-1918) : PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune (transcription pour deux pianos par Claude Debussy). Lindaraja (version originale pour deux pianos). En blanc et noir (version originale pour deux pianos); SergueĂŻ Rachmaninov ( 1873-1943) : Danses symphoniques, op.45b (transcription pour deux pianos par SergueĂŻ Rachmaninov). Martha Argerich et Stephen Kovacevich, piano.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Dallapiccola. Liszt. Moussorgski. Chamayou / Filarmonica Teatro Regio Torino /Noseda

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Dallapiccola. Liszt. Moussorgski. Chamayou / Filarmonica Teatro Regio Torino /Noseda. Dans le contexte international et surtout italien si complexe au niveau de la culture, il est sympathique d’accueillir en tournĂ©e un orchestre qui a Ă©tĂ© rĂ©cemment crĂ©Ă©: en 2003.  Son rĂ©pertoire est vaste; il dĂ©fend avec rĂ©gularitĂ© les compositions du XXĂšme siĂšcle. Mais il s’illustre Ă©galement dans la fosse du Teatro Regio de Turin. Sous la direction enthousiaste de son chef, Gianandrea Noseda, le Filarmonica Teatro Regio Torino acquiert peu Ă  peu une solide rĂ©putation internationale.
Pour se prĂ©senter Ă  Toulouse, il vient avec un ambassadeur de charme. Le pianiste toulousain Bertrand Chamayou est adorĂ© du public local, et fait Ă  chaque fois sensation. Il faut reconnaĂźtre que le deuxiĂšme Concerto de Liszt lui a permis de dĂ©montrer la soliditĂ© de sa technique qui semble avoir encore progressĂ©. En complicitĂ© avec le chef, le pianiste français a trouvĂ© un accord pour une version athlĂ©tique du Concerto. Il est permis de regretter le manque de poĂ©sie et de nuances mais il faut reconnaĂźtre que l’effet est absolument saisissant. Assumant sans complexe le cĂŽtĂ© « pompier » du thĂšme hongrois, l’énergie dĂ©gagĂ©e par cette interprĂ©tation a comblĂ© le public. Les passages lents plus paisibles n’ont pas Ă©tĂ© avares de dĂ©monstration des capacitĂ©s techniques fabuleuses du jeune pianiste qui assume un jeu intensĂ©ment musclĂ© donc et plutĂŽt dominateur.
Gianandrea Noseda canalise trĂšs habilement son orchestre qui tient le choc face au fantastique piano symphonique de Chamayou. Dans les deux bis offerts au public, Bertrand Chamayou, encore plein de la puissance de son jeu lisztien, si conquĂ©rant, s’il nuance habilement ne trouve pas le chant Ă©perdu contenu dans les deux adaptations par Liszt de lieder de ses amis, Schubert et Mendelssohn. Mais quel virtuose !

noseda gianandreaEn deuxiĂšme partie de programme, l’orchestre nous emporte dans la vaste promenade des Tableaux d’une exposition. La partition, si brillante dans l’orchestration sublime de Maurice Ravel, est bien connue des toulousains. C’était un pari risquĂ© pour Gianandrea Noseda. La technique de l’orchestre est impressionnante et les couleurs sont belles Ă  tous moments. La prĂ©cision rythmique parfois horlogĂšre, est cependant brouillĂ©e par la puissance sonore, quasi permanente, et l’humour qui lui, n’est pas prĂ©sent. Nous dirons que la forme dĂ©voile un orchestre qui a tous les atouts d’un grand symphonique mais il reste Ă  acquĂ©rir le style musical prĂ©cis pour chaque compositeur. La puissance est intĂ©ressante mais la retrouver tout au long du programme a nui Ă  lâ€˜Ă©coute.

En dĂ©but de programme, les extraits symphoniques du ballet Marsia de Luigi Dallapiccola composĂ© durant la deuxiĂšme guerre mondiale, ne trouvent pas le chemin du cƓur. Le malaise ressenti lors du Prisonnier du mĂȘme Dallapiccola, donnĂ© au Capitole en 2015 persiste, comme si le compositeur, habile certes, ne s’autorisait ni vrai lyrisme ni avant-gardisme assumĂ©.

Au final, le spectaculaire Concerto de Liszt restera lui, dans le souvenir comme le meilleur moment du concert. Sans oublier le bis de l’orchestre qui rĂ©vĂšle peut ĂȘtre sa vĂ©ritable richesse dans le rĂ©pertoire lyrique. L’émotion dĂ©gagĂ©e dans l’intermezzo de l’acte trois de Manon Lescaut de Puccini a Ă©tĂ© une belle surprise qui finit le concert en beautĂ©.

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 18 avril 2017. Luigi Dallapiccola. Franz Liszt. Modeste Moussorgski. Bertrand Chamayou, piano. Filarmonica Teatro Regio Torino. Gianandrea Noseda, direction. Illustration : Gianandrea Noseda (DR).

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Marc Minkowski, direction

rameau borrĂ©ades minkowski -Opera-Royal-in-Versailles_1365063713_1Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 31mars 2017. JS Bach: Passion selon Saint-Jean. Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction. Triste concert ce soir pour la Passion selon Saint-Jean, tout Ă  l’opposĂ© de la version humaniste, thĂ©Ăątrale et lumineuse, stylistiquement informĂ©e de Jean-Marc Andrieu, donnĂ©e il y a quelque semaines Ă  peine dans cette mĂȘme Halle-Aux-Grains. Marc Minkowski n’est pas chef Ă  s’embarrasser. Il dĂ©cide que le gĂ©nie de Bach est Ă  son service et il dispose donc de la vaste partition Ă  sa guise. DĂšs les premiĂšres notes du majestueux chƓur « Herr, unser Herrscher », premier pilier de l’Ɠuvre, le ton est donnĂ©. C’est la violence qui est Ă  la baguette, demandant aux cordes graves d’appuyer les premiers temps et au clavecin de mĂ©talliser des accords terribles, dans un tempo infernal. L’imploration du chƓur des fidĂšles devient abrupte et semble s’en prendre au crĂ©ateur et sans aucune modestie demander des comptes. Mais peut-on parler d’un chƓur avec huit chanteurs ? Avec huit chanteurs, Ă  la fois solistes et chƓur, c’est le rĂ©gime maigre. Ils ont Ă©tĂ© complĂštement submergĂ©s par les instrumentistes, privĂ©s de nuances dans ce combat perdu d’avance. Les voix sont Ă  la peine et Ă  deux par voix ne trouvent pas la cohĂ©rence nĂ©cessaire. Ainsi l’individualitĂ© des voix, chacune reconnaissable, surtout les sopranos, ne permet aucune homogĂ©nĂ©itĂ© de couleur. Pour ĂȘtre spectaculaire, avant d’ĂȘtre iconoclaste cette entrĂ©e en matiĂšre est avant tout un vĂ©ritable contre-sens. Le dernier grand chƓur, la berceuse de la mort « Ruht Wohl», si subtilement Ă©crite devient une page ennuyeuse et molle, tant le tempo est Ă©tirĂ©. Ainsi le chef arrive Ă  fragiliser les deux sublimes piliers qui structurent le chef-d’Ɠuvre de JS Bach. Sa proposition interprĂ©tative s’en trouve trĂšs affaiblie.

Ratage de Minko dans la Saint-Jean

Mini Saint-Jean de Minkowski

De ce naufrage, l’évangĂ©liste de Fabio TrĂŒmpy sort vainqueur. Son tĂ©nor chaud et moelleux est une merveille vocale, le diseur est dramatique et son humanisme irradie Ă  chacune de ses interventions redoutables. Le tĂ©nor Suisse est un Ă©vangĂ©liste absolument parfait. Par chance l’entente avec le continuo est sensationnelle et donne beaucoup de vie et de souplesse Ă  l’ensemble. D’autant qu’ils sont libĂ©rĂ©s de la main autoritaire du chef. Le JĂ©sus d’Edward Grint, avec noblesse et jeunesse nous rend le Christ particuliĂšrement proche. Mais un pas en avant, puis un en arriĂšre, comme il est compliquĂ© de voir le Christ renter dans les chƓurs de foules si hostiles, les terribles Turba.

Les airs sont tous correctement chantĂ©s par les solistes en alternance mais l’implication est toujours prudente devant la tache herculĂ©enne demandĂ©e. Tous les effets thĂ©Ăątraux liĂ©s Ă  la foule tombent Ă  plat, malgrĂ© les efforts de Minkowski dont les gestes dĂ©voilent son intense plaisir mais ont peu d’effets. Les chorals sont sans ferveur et souvent ennuyeux. La vaste acoustique de la Halle-Aux-grains reste comme orpheline d’un vrai chant choral.
Reste la musique de Bach qui se déroule avec quelques beaux moments principalement dans les airs, accompagnés par des instruments obligés de grande qualité.  Mais ailleurs que de frustrations pour les amoureux de cette Passion si riche en émotions contrastées !
L’avant-dernier concert des Grands InterprĂštes ou la Jeanne d’Arc de Tchaikovski du BolchoĂŻ Ă©tait particuliĂšrement incandescente ; les deux prĂ©cĂ©dents Ă©vĂ©nements musicaux semblent appartenir Ă  une autre planĂšte. Ce soir Marc Minkowski, sans complexes, offre lui une mini Passion, sans arriver Ă  Ă©gratigner le gĂ©ant Bach dont il snobe le gĂ©nie dramatique, Ă  moins que ce dernier  ne lui ai complĂ©tement Ă©chappĂ©.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 31mars 2017. Johann SĂ©bastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean, BWV245. Laure Barras, Hanna Husahr, sopranos ; Owen Willetts, alto ; Alessandra Visentin, mezzo ; Fabio TrĂŒmpy, tĂ©nor ; Valerio Contaldo, tĂ©nor ; Edward Grint, baryton ; Yorck Felix Speer, basse ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, direction.

Bach JS johannes passion minkowski hansen 2 cd erato cd review cd critique 2 cdCD. Le disque édité par ERATO et paru en avril 2017, confirme aussi le sentiment mitigé face au geste de Marc Minkowski abordant la Saint-Jean de JS Bach. LIRE notre compte rendu critique du cd La Passion selon Saint-Jean / Johannes Passion de Js Bach par Marc Minkowski

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi: Ernani ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole. Evan Rogister, direction musicale.  

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi: Ernani ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole. Evan Rogister, direction musicale. Hernani Ă  sa crĂ©ation fut un tel scandale qu’il y eu une « bataille d’Hernani », laquelle devint le manifeste du thĂ©Ăątre romantique dont Victor Hugo fut le chantre europĂ©en. Mouvement esthĂ©tique et politique qui nous rappelle que l’Europe ne date pas du XXĂšme siĂšcle ! Lorsque Verdi dĂ©cida de s’attaquer Ă  ce monument en 1844, il savait tout cela car la « Bataille » datait de 1830. La victoire acquise aux artistes du renouveau, il restait Ă  Verdi  de trouver une musique digne de ces enjeux. Dans cette pĂ©riode de « GalĂšre » qui lui fit composer plus d’un ouvrage par an, Ernani est un opĂ©ra Ă  part dans la production verdienne. Plus riche que d’autres musicalement et surtout dramatiquement trĂšs fort. La dĂ©saffection des maisons d’opĂ©ras pour cet ouvrage est une simple paresse car la beautĂ© musicale atteint le niveau du TrouvĂšre. Les moyens vocaux sont considĂ©rables. Ernani, le rĂŽle titre est alternativement flamboyant, sombre, lyrique, amoureux ou guerrier. Elvira est un long soprano spinto avec des moments de pur bel canto, des vocalises agiles, des moments de pure grĂące cĂ©leste et une force Ă  toute Ă©preuve afin de dominer les nombreux ensembles et les deux finals lui sont indispensables. Don Carlo est probablement le premier « baryton verdi » avec cette quinte aiguĂ« victorieuse et une Ă©volution psychologique passionnante. Le rĂŽle de basse de Silva est Ă©galement splendide, mĂȘme s’il est plus monolithique. Et la musique de Verdi offre Ă  l’orchestre un rĂŽle fondamental, Ă  mon sens plus  rĂ©ussi que dans Le TrouvĂšre. Le chƓur est trĂšs prĂ©sent Ă©galement.

 

 

 

Le flop scĂ©nique d’Ernani Ă  Toulouse : point de Bataille d’Ernani

 

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Ce long prĂ©ambule permettra d’accepter l’ampleur de la dĂ©ception qui accompagne la dĂ©couverte de cette nouvelle production capitoline. Si les moyens consĂ©quents mis en Ɠuvre n’apportent pas de satisfaction ce n’est pas la faute de la maison. Les costumes en particulier sont de belle tenue mais sont laids et passe-partout. Les lumiĂšres sont complexes mais sont un peu des cache-misĂšres. Les dĂ©cors dont un arbre spectaculaire, des panneaux grandioses qui s’ouvrent sont dĂ©pourvus d’intelligence dramatique. Quand Ă  la mise en scĂšne, c’est une nĂ©buleuse, un vide et un malaise nous saisit. Brigitte Jaques-Wajeman vient du thĂ©Ăątre, pour un opĂ©ra dont l’importance thĂ©Ăątrale est susdite ce qu’elle propose n’est qu’indigence. Nous avions beaucoup apprĂ©ciĂ© son travail dans Don Giovanni, autre opĂ©ra titrĂ© du meilleur thĂ©Ăątre possible, MoliĂšre. Dans Ernani, il ne se passe rien. Les chanteurs chantent, les chƓurs sont en place. Et c’est tout. Tout ça pour si peu ! Et concernant les chanteurs heureusement que le ridicule ne tue pas


Point de thĂ©Ăątre visuel donc, c’est irrĂ©parable, mais pourtant du drame par la grĂące de la musique de Verdi se construit. C’est lĂ  qu’au final son gĂ©nie triomphe car le puissance de la musique entraine le public Ă  vibrer et Ă  applaudir. L’Elvira de Tamara Wilson est impĂ©riale. Voix souple, lumineuse aux aigus aussi beaux dans les forte que les pianissimi cĂ©lestes. Vocalises et trilles impeccablement rĂ©alisĂ©s. Et sa prĂ©sence vocale dans les ensembles fait qu’elle domine ses partenaires. C’est aprĂšs tout trois hommes qui la courtisent ! Dans les deux finals aux concertati grandioses elle domine la masse vocale chorale et soliste sans faillir. Reste son piĂštre jeu et un physique difficile que son chant sublime fait oublier. Ernani est un tĂ©nor nĂ© Ă  SĂ©oul dont la voix puissante est sans sĂ©duction. Comme son jeu qui ne lui permet, pas plus que ses costumes ridicules, de camper le personnage,  tout tombe Ă  plat. Vocalement dans la puissance tout du long, avare de couleurs et de nuances, sans phrasĂ© intĂ©ressant l’Ernani d’Alfred Kim est inexistant, sans charisme, ni sombre mĂ©lancolie, sans noblesse, ni vraie mouvement d’ñme. Quand on sait les reproches faits Ă  Hugo sur ce personnage « excessif en tout », on reste songeur


 

 

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Le Carlo du baryton ukrainien Vitaliy Bilyy est une force vocale de la nature. L’insolence du timbre, la puissance de la voix sur tout l’ambitus sont considĂ©rables. Mais est-ce suffisant pour camper ce personnage Ă  l’évolution majeure, passant du sĂ©ducteur Ă  qui tout rĂ©ussit au monarque capable de grandeur d’ñme ? Belle voix, beau chanteur mais interprĂšte un peu court. C’est donc Michele Pertusi en Silva qui offrira la composition la plus complĂšte. Voix solide Ă  la profondeur confortable, ligne de chant sublime, maintient sur scĂšne impeccable. Tout est lĂ . VoilĂ  comment son expĂ©rience de plusieurs dĂ©cennies des plus grandes maisons d’opĂ©ra, des meilleurs metteurs en scĂšne et des meilleurs chefs, lui permet de se rire de cette production si faible. Silva inquiĂšte, irrite, mais il est Ă©mouvant, il vit.
Le chƓur du Capitole est vocalement splendide, il nuance avec aisance et a des couleurs somptueuses. L’Orchestre du Capitole est comme galvanisĂ© par un chef dont il convient de retenir le nom. Evan Rogister est une rĂ©incarnation des grands chefs des annĂ©es 50 quand on savait donner Ă  Verdi sa puissance et son drame. Il ose des nuances subtiles, pianissimi subtiles puis mĂ©nageant des fortissimi tonitruants dans les finals toujours dans un Ă©quilibre parfait entre tous les plans. Les ralentis sont accordĂ©s aux chanteurs, offrant ce slancio verdien devenu si rare. Le tempo est vivant, comme Ă©lastique, mais jamais flou. Une main de fer dans un gant de velours et une joie Ă  rĂ©aliser cette belle musique, avec cet orchestre si douĂ© dans des sourires et des gestes d’un enthousiasme incroyable. Il Ă©tablit un lien plateau / fosse sans faiblesse. La production est dramatiquement sauvĂ©e par sa direction particuliĂšrement musicale et inspirĂ©e. Nous avons hĂąte de rĂ©entendre Evan Rogister diriger non seulement dans la fosse mais aussi au concert, un Orchestre du Capitole avec qui il semble s’entendre Ă  merveille.
La derniĂšre remarque portera sur deux incidents graves que la direction intĂ©rimaire du Capitole n’a pas souhaitĂ© Ă©viter. Cela reste indigne de la haute histoire du Capitole, de ces gĂ©nĂ©rations de mĂ©lomanes enthousiastes et exigeants dont les mĂąnes ont du rougir. Comment imaginer dans cette auguste maison ĂȘtre tombĂ© si bas ?  Une reprĂ©sentation s’est dĂ©roulĂ©e sans Elvira. En effet Tamara Wilson sans voix a du monter sur scĂšne faute de doublure ! Tout notre respect Ă  l’artiste en difficultĂ© soudaine qui ose pour sauver la reprĂ©sentation se mettre dans un tel tourment et mettre en pĂ©ril sa carriĂšre en forçant un organe souffrant. Mais pire encore. La derniĂšre reprĂ©sentation a Ă©tĂ© annulĂ©e faute d’Ernani car  Alfred Kim  s’est lui mĂȘme arrangĂ© pour ĂȘtre  frappĂ© d‘«impeachment».

Le nouveau directeur du ThĂ©Ăątre du Capitole vient d’ĂȘtre nommĂ©. Exigeons de Christophe Ghristi que plus jamais pareille injure au public, aux artistes, aux compositeurs et Ă  l’OpĂ©ra du Capitole ne soit faite. Plus jamais ! Non, surtout quand on sait la capacitĂ© de nombreux chanteurs du chƓur Ă  chanter des rĂŽles de premier plan et Ă  la quantitĂ© de jeunes artistes prĂȘts Ă  monter sur scĂšne. De telles pratiques nĂ©gligentes tuent plus surement l’opĂ©ra qu’il n’y paraĂźt !

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 17 mars 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ernani ; OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Hernani de Victor Hugo crĂ©Ă© le 9 mars 1844 Ă  la Fenice de Venise ; Nouvelle production ; Brigitte Jaques-Wajeman, mise en scĂšne ; Sophie Mayer, collaboration artistique ; Emmanuel Peduzzi, dĂ©cors et costumes ; Jean Kalman, lumiĂšres. Avec : Alfred Kim,  Ernani ; Vitaliy Bilyy, Don Carlo ; Michele Pertusi, Don Ruy Gomez de Silva ; Tamara Wilson,  Elvira ; Paulina GonzĂĄlez,  Giovanna ; JesĂșs Álvarez,  Don Riccardo ; Viktor Ryauzov,  Jago ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani  direction ; Evan Rogister,  direction musicale. Illustration : Ph. Nin / Capitole de Toulouse 2017.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. Tchaïkovski : Jeanne d’Arc / Bolchoï. Tugan Sokhiev, direction.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Compte-rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. TchaĂŻkovski : Jeanne d’Arc. Version de concert. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre BolchoĂŻ de Russie. Tugan Sokhiev, direction. C’est Ă  plus d’un titre que les Grands InterprĂštes peuvent s’enorgueillir d’avoir proposĂ© une soirĂ©e d’une ampleur inhabituelle. Sur bien des plans, il s’agit d’un Ă©vĂ©nement exceptionnel, probable joyaux de la saison toulousaine. Tout d’abord l’Ɠuvre choisie est d’une beautĂ© totale, vĂ©ritable chef-d’Ɠuvre  mĂ©sestimĂ© de TchaĂŻkovski qui s’y rĂ©vĂšle Ă  l’aise dans tous les styles et qui dĂ©veloppe dans cette partition un art infini.

 

 

 

Splendeur du BolchoĂŻ Ă  Toulouse

 

Cet OpĂ©ra est si rare car il est d’une grande difficultĂ©. Le public français tout particuliĂšrement a du mal Ă  accepter les libertĂ©s prises par Schiller dont la piĂšce est Ă  l’origine du livret. Pourtant le fait de donner Ă  Jeanne plus que ce que la figure nationale a rĂ©quisitionnĂ© n’a rien d’invraisemblable et donne une dimension cornĂ©lienne Ă  Jeanne. Cet ouvrage de belle ampleur nĂ©cessite un chƓur vaillant ; le rĂŽle-titre est Ă©crasant et l’orchestre a des pages symphoniques qui dans une fosse sonnent Ă  l’étroit. La solution de la version de concert est musicalement idĂ©ale pour un ouvrage de cette ampleur. Mieux vaut une version de concert avec un engagement dramatique totale qu’une misĂšre visuelle.
L’évĂšnement d’entendre un ouvrage de grande valeur et rarissime a Ă©tĂ© portĂ© par l’équipe du BolchoĂŻ ce qui Ă©tait une premiĂšre Ă  Toulouse. Seul GenĂšve et Zurich ont Ă©tĂ© concernĂ©s par cette tournĂ©e et Paris a pu dĂ©guster Ă  la Philharmonie cette magnifique Jeanne d’Arc. Il est certain que les forces du BolchoĂŻ sous la direction si inspirĂ©e de son chef Tugan Sokhiev, ne vont pas tarder Ă  conquĂ©rir le monde entier.
La puissance de cet orchestre est trĂšs impressionnante. Les violons sont athlĂ©tiques et capables de grande dĂ©licatesse dans un son d’une plĂ©nitude rare. Les violoncelles ont une chaleur d’une grande profondeur. Les bois ont une fraĂźcheur plaisante avec une flĂ»te Ă  faire pĂąlir d’envie tout orchestre. Quelle sonoritĂ© impĂ©riale et quelle subtilitĂ© de nuances ! Hautbois et clarinettes ont une forte prĂ©sence et une sacrĂ©e personnalitĂ©. Dans l’ouverture, le passage bucolique Ă©voque une forĂȘt profonde, pleine de vie. Les interventions dĂ©terminantes de la harpe sont d’une noblesse remplie de plĂ©nitude. Les cuivres sont puissants et l’orchestration de TchaĂŻkovski leur demande des prouesses.
Les chƓurs du BolchoĂŻ sont trĂšs impliquĂ©s. Les scĂšnes de foules sont  hallucinantes de prĂ©sence et les anges, surnaturels de  beautĂ©. Le pupitre des basses avec une prĂ©sence capitale contient des timbres d’une profondeur splendide, octaviant certains accords de maniĂšre spectaculaire.
La distribution vocale est russophone ; elle fait honneur Ă  cette exceptionnelle Ă©cole de chant. Tous sont excellents mais c’est la Jeanne d’Anna Smirnova qui subjugue. Voix de mezzo splendide, claire, fruitĂ©e et puissante capable de nuances et de colorisations des plus dramatiques. Elle passe du sublime de ses implorations Ă  une vaillance de chef de guerre sans siller. Les longues phrases lyriques sont dĂ©veloppĂ©es jusqu’au fond de leur Ă©motion. Dans les finales, elle domine sans soucis. L’AgnĂšs Sorel d’Anna Nechaeva a la voluptĂ© de timbre et de phrasĂ© requise. Les hommes sont tous splendides de timbre et leur implication dramatique donne beaucoup de vie Ă  leurs interventions qui restent fondamentales mais sans la grandeur du rĂŽle-titre, particuliĂšrement prĂ©sent.

 

 

 

sokhiev Tugan-Sokhiev6-credit-Mat-HennekIl nous reste Ă  Ă©voquer le Grand Vainqueur de la soirĂ©e. L’audace n’est pas mince. Tugan Sokhiev est chez lui dans cette Halle-aux-Grains depuis 2005. Il a Ă©tĂ© nommĂ© en 2014 au BolchoĂŻ. Il vient donc en ambassadeur de poids. Mais cela peut aussi provoquer craintes et jalousies. Pourtant il nĂ©cessaire d’accepter qu’un artiste de cette trempe, -qui partout oĂč il passe sĂ©duit orchestres, critiques et publics, mĂȘme si un lien profond existe avec son orchestre de Toulouse-, ne peut s’en contenter. Ecouter et voir son engagement avec les forces du BolchoĂŻ est donc un exercice ambivalent. Pour ma part, il confirme ce sentiment d’avoir la chance de pouvoir suivre l’évolution d’un chef qui deviendra l’un des tous premiers dans un avenir proche. L’aisance avec laquelle il empoigne ce grand opĂ©ra Ă  la française, avec un cotĂ© meyerbĂ©rien, voir wagnĂ©rien, et mĂȘme italien tout en restant si admirable dans les Ă©quilibres, reste un grand moment. La direction est comme nous savons, un ballet de tout son corps avec des regards profonds. Les gestes anticipĂ©s permettent de comprendre chaque instant de cette partition fleuve. Les rĂ©citatifs sont mordants, les moments orchestraux splendides, les grands airs tiennent en des arcs infinis, les grandes fresques chorales sont terrifiantes. Les finales des derniers actes sont sensationnels. Cette conception dramatique si intelligemment menĂ©e permet de terminer sur un final d’une puissance, d’une violence incroyable. Tugan Sokhiev sait construire le dernier crescendo pour laisser le public haletant devant le supplice et la mort de Jeanne d’Arc. L’orchestration de TchaĂŻkovski ose pour terminer son chef d’Ɠuvre des audaces dâ€˜Ă©critures particuliĂšrement Ă©vocatrices de la cruautĂ© du peuple utilisĂ©e par les puissances religieuses et temporelles en assassins associĂ©s. AprĂšs ce grandiose finale si dramatique le public rend les armes et applaudit Ă  tout rompre une Ă©quipe soudĂ©e et victorieuse. Tugan Sokhiev offre avec cet opĂ©ra si rare un complĂ©ment de choix aux autres ouvrages lyriques de TchaĂŻkovski qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ©s Ă  Toulouse pour le ravissement d’un public conquis.
Le Bolchoï est un géant mondial incontournable et Tugan Sokhiev sait faire la plus belle musique possible avec des forces si difficilement domptables.

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 mars 2017. Piotr Illytch TchaĂŻkovski (1840-1903) : Jeanne d’Arc ou la pucelle d’OrlĂ©ans, opĂ©ra en quatre actes et six tableau d’aprĂšs la tragĂ©die de Friedrich von Schiller ; Version de concert ; Avec : Anna Smirnova, Jeanne d’Arc ; Oleg Dolgov, Le Roi Charles VII ; Bogdan Volkov, Raymond ; Anna Nechaeva, AgnĂšs Sorel ; Andrii Goniukov, Dunois ; Stanislav Trofimov, L’ArchevĂȘque ; Petr Migunov, Thibaut d’Arc ; Igor Golovatenko, Lionel ; Nikolay Kazanskiy, Bertrand ; Andrii Kymach, Le Soldat ; Marta Danusevich, L’Ange ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre BolchoĂŻ de Russie ; Tugan Sokhiev, direction.
Illustration : © Mat Hennek.

 

 

Compte-rendu, concert. Montauban, le 11 mars 2017. A. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger, BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction.

Les Passions Landrieu Les Passions critique classiquenews -bis-Rire-Montauban-11 mars 2017©JJ.AderCompte-rendu, concert. Montauban, le 11 mars 2017. A. Scarlatti, PergolĂšse. LĂ©ger, BĂŒndgen. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. La quatriĂšme Ă©dition des Passions Baroques Ă  Montauban a connu un lustre particulier en proposant concerts et manifestations sur quatre week-ends. En ouverture de cette saison, c’est la grandiose Passion selon Saint-Jean de JS Bach, le 25 fĂ©vrier, qui a dĂ©butĂ© une sĂ©rie de quatre concerts Ă  Toulouse, Albi et Pamiers, non sans Ă©clat. Mentionnons  tout particuliĂšrement la grĂące et la puretĂ© des voix de la MaĂźtrise du Conservatoire. Master Class, lecture, causerie, concert de violon baroque ont ensuite dĂ©roulĂ© leurs charmes pour cette Ă©dition 2017.
Le dernier rendez-vous a Ă©tĂ© particuliĂšrement Ă©mouvant ce samedi avec un concert de musique sacrĂ©e italienne. La soprano Magali LĂ©ger et le contre-tĂ©nor Paulin BĂŒndgen ont interprĂ©tĂ© avec beaucoup de musicalitĂ© et d’émotion deux piĂšces vocales dĂ©diĂ©es Ă  la Vierge. L’orchestre en dimension chambriste, avec deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un thĂ©orbe et l’orgue a Ă©tĂ© l’écrin d’une grande dĂ©licatesse pour la vocalitĂ© dĂ©licatement ornĂ©e des deux chanteurs. MĂȘlant leurs voix de maniĂšre complĂ©mentaire et exquise dans les duos, le charme belcantiste de ces piĂšces a fait chavirer le public. Le Salve Regina de Scarlatti comme le Stabat Mater de PergolĂšse alternent airs et duos. Magali lĂ©ger a un soprano lumineux, capable de voluptĂ© mais elle sait aussi voiler le brillant du timbre pour Ă©voquer la douleur. Ses airs ont Ă©tĂ© un vrai enchantement. Paulin BĂŒndgen a une voix plus droite, toujours trĂšs homogĂšne. Le mĂȘme phrasĂ© dĂ©licat, les mĂȘmes nuances subtiles, la mĂȘme capacitĂ© Ă  s’écouter font de leur duo, une vraie rencontre artistique.
Les musiciens des Passions, sous la direction dansante de Jean-Marc Andrieu, respirent avec les solistes comme un seul ĂȘtre. Dans cette interprĂ©tation, ces deux piĂšces doloristes ont donc gagnĂ© en naturel et en bonheur d’écoute. Tout Ă©tait pur, simple, Ă©vident. Aucune recherche d’effet, toute la beautĂ© de la musique et du texte mĂȘlĂ©s. Cette maniĂšre de faire de la musique a particuliĂšrement touchĂ© le public. N’est ce pas cela faire de la musique ? Respirer ensemble ? Et ne l’oublie-t-on pas trop souvent lorsque des chanteurs se servent un peu trop des oeuvres pour mettre en valeur leur art ? Ce soir, c’est le gĂ©nie des compositeurs qui a Ă©tĂ© mis Ă  l’honneur surtout Ă  se souvenir que PergolĂšse nous a laissĂ© un tel chef d’oeuvre juste avant sa mort Ă  26 ans
. Merci aux Passions Baroques de Montauban d’avoir offert un si beau moment pour terminer en toute Ă©motion cette belle Ă©dition 2017.

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Compte-rendu concert. Montauban. ThĂ©Ăątre Olympe de Gouges le 11 mars 2017. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Salve Regina ; Giovanni Battista PergolĂšse (1710-1736) : Stabat Mater ; Magali LĂ©ger, soprano ; Paulin BĂŒndgen, contre-tĂ©nor ; Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction. Illustration : © J.J. Ader / Les Passions

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 février 2017. Debussy. Ravel. Chausson. Lucas Dabargue, piano. Tugan Sokhiev, direction.

debargue lucas pianoCompte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 fĂ©vrier 2017. Debussy. Ravel. Chausson. Lucas Dabargue, piano. Tugan Sokhiev, direction. La premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel pour Lucas Debargue aura marquĂ© les spectateurs. Car en effet le jeune musicien que nous avions beaucoup aimĂ© lors du festival Piano aux Jacobins, voir notre chronique, a Ă©tĂ© trĂšs imaginatif. Il a osĂ© sortir des sentiers habituels et a donnĂ© Ă  cette Ɠuvre, prise dans tant de fausses traditions, toute sa modernitĂ© en une poĂ©sie assumĂ©e laissant la virtuositĂ© Ă  une place ancillaire. Certes les amateurs de gros doigts, de sons forts, et de jazz spectaculaire seront restĂ©s sur leur faim. Pour les amateurs de poĂ©sie en musique, de nuances subtiles, de rubato Ă©lĂ©gant et de dĂ©licatesse virile, ce concerto a Ă©tĂ© une vraie fĂȘte. Au lieux de mettre en valeur la virtuositĂ© rythmique ou la force pulsionnelle de cette partition, Lucas Debargue et Tugan Sokhiev ont osĂ© beaucoup plus de nuances, de couleurs subtilement accordĂ©es et de poĂ©sie que ce qu’une certaine « tradition » ou « routine » propose. Ravel est un musicien subtil et le jazz est avant tout souplesse, libertĂ© et non arrogance. L’Adagio assai a passĂ© comme un voyage dans les cieux. La main gauche chaude et ferme a tendu son tapis et la main droite de pure poĂ©sie liquide a chantĂ©. Les cordes de velours et les bois d’humaine tendresse ont enrubannĂ© le songe. Les cuivres offrant ce qu’il faut de force juste Ă©voquĂ©e. Tugan Sokhiev a dirigĂ© en poĂšte de l’orchestre avançant sur le mĂȘme fil que Lucas Debargue en une apesanteur surnaturelle. Rien que pour la grĂące de ce mouvement la vision si poĂ©tique de Lucas Debargue trouve sa justification. Le public stertoreux et tousseur de l’hiver a mĂȘme su faire silence c’est tout dire
 Le final a gardĂ© une totale Ă©lĂ©gance et une grande libertĂ© de ton ce qui a considĂ©rablement rendu la partition de Ravel Ă  sa vraie modernitĂ© et ses audaces qui sont d’un poĂšte, d’un peintre et d’un danseur non d’un rĂ©volutionnaire. L’humour fin et sans fĂ©rocitĂ©, ainsi qu’un jeu pianistique dĂ©licat, des instrumentistes survoltĂ©s, ont crĂ©Ă© un moment Ă©nergisant sans excitation vaine. Le succĂšs de Lucas Debargue le conduit a jouer deux bis : la 1Ăšre Gnossiennes d’Erik Satie, puis la 4Ăšme Ballade de Gabriel FaurĂ© avec la mĂȘme poĂ©sie infinie. Lucas Debargue est assurĂ©ment un grand musicien.

Si la crĂ©ation française de la partition originellement prĂ©vue « Sawti’l Zaman » de Benjamin Attahir n’a pas pu avoir  lieu, faute de temps de prĂ©paration en raison de l’indisponibilitĂ© du chef, nous avons eu la «re»crĂ©ation de concerto en sol par des poĂštes de premiĂšre grandeur !

 

chaussonEn deuxiĂšme partie de concert la vaste symphonie de Chausson a Ă©tĂ© magistralement dirigĂ©e par un Tugan Sokhiev enthousiaste. Assumant pleinement l’amour pour Wagner contenu dans la partition, le chef a choisi la puissance et l’opulence sonore. Les vastes phrasĂ©s, les nuances profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs comme saturĂ©es ont Ă©tĂ© magnifiĂ©s. La fusion entre cette monumentalitĂ© teutonne et une texture plus française a crĂ©Ă© un son assez porteur de nouveautĂ©. L’énergie que Tugan Sokhiev dĂ©ploie dans sa belle direction, son engagement et la maniĂšre dont il dĂ©taille la structure est impressionnante. Le voyage fait connaĂźtre de vastes espaces, et le souffle rugit avec la force d’un post romantisme assumĂ©. Les instrumentistes sont comme sur des charbons ardents. L’art symphonique hybride franco-allemand contient une force quasi invincible lorsque les interprĂštes sont si investis.

Pour ouvrir ce concert, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune de Debussy avait prĂ©parĂ© nos oreilles avec dĂ©licatesse. La flĂ»te de Francois Laurent dont nous connaissons le riche mĂ©tal et le vibrato maĂźtrisĂ© a osĂ© jouer « petit ». Un son Ă©vocateur de simple roseau et comme une musique inventĂ©e devant nous presque timide. Tugan Sokhiev a laissĂ© son orchestre jouer avec d’infinies nuances, en toute simplicitĂ©, sans ostentation de richesse.

Un concert magnifique, plein de force, d’audace, d’énergie, de vie prouvant combien la musique française du siĂšcle dernier contient une modernitĂ© qui ne demande qu’à s’exprimer.

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 17 fĂ©vrier 2017. Claude Debussy (1862-1918) : PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un faune. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano et orchestre en sol majeur. Ernest Chausson (1855-1899) : Symphonie en si bĂ©mol majeur op.20. Lucas Dabargue, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.  Photo : L. Debargue © Felix Broede

 

 

Compte-rendu, concert. Lausanne, Salle Métropole, le 13 février 2017. Dvorak, Chopin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction.

Christian-Zacharias-8.7Compte-rendu, concert. Lausanne, Salle MĂ©tropole, le 13 fĂ©vrier 2017. Dvorak, Chopin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction. Christian Zacharias et l’Orchestre de Chambre de Lausanne se connaissent bien pour avoir travailler ensemble 13 annĂ©es durant. Le pianiste et chef d’orchestre allemand est un fin musicien et son engagement est communicatif. Sa complicitĂ© avec l’orchestre est Ă©vidente et la gestuelle du chef est emplie de respect, de douceur, d’élĂ©gance tout en obtenant prĂ©cision et Ă©nergie de ses musiciens. Les lĂ©gendes de Dvorak orchestrĂ©es par Dvorak en 1811, ont Ă©tĂ© donnĂ©es de part et d’autre du concerto de Chopin. Elles mettent en valeur la richesse de l’orchestre capable de nuances exquises, de couleurs variĂ©es et de beaucoup de prĂ©cision rythmique. L’adaptabilitĂ© de chacun des musiciens Ă  ces miniatures d’orchestre si riche en Ă©lĂ©ments folklorique, en subtilitĂ©s rythmiques et en variĂ©tĂ©s de style, est parfaite. Ce vĂ©ritable voyage en pays de BohĂšme est celui de musiciens poĂštes. La partition de Dvorak est emplie de splendeurs et pourtant tout semble simple et facile Ă  l’écoute. FluiditĂ© des lignes, dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont un enchantement. Si les cordes et les bois sont Ă  la fĂȘte tout du long, bien des instruments plus rares trouvent leurs moments de rĂȘve. Ainsi en est-il de la harpe ou des cors dans la derniĂšre partie du concert. La beautĂ© de l’orchestre rencontre celle de la partition bien trop rarement donnĂ©e au public. Christian Zacharias en illumine chaque note.

Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Chopin souffre de la comparaison avec la richesse orchestrale de Dvorak. Tous les efforts de l’orchestre et du chef semblent vains. Chopin ne sait rien demander d’original Ă  l’orchestre mais cela fonctionne toutefois assez bien. Indubitablement c’est le piano qui est le roi. Grande guitare un peu raide, l’orchestre est plus accompagnateur que partenaire. Par contre, le deuxiĂšme mouvement en son temps suspendu, sa dĂ©licatesse de nocturne belcantiste, justifie Ă  lui seul de jouer ce concerto. L’entente entre le pianiste et les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Lausanne autorise une fusion de la plus belle eau tant la liquiditĂ© des doigts du pianiste se pose facilement sur l’écume orchestrale. Ce mĂ©lange de rigueur et de poĂ©sie si caractĂ©ristique de Christian Zacharias trouve en Chopin un compositeur qui lui convient Ă  merveille. Le raffinement du rubato est irrĂ©sistible et les nuances partagĂ©es avec l’orchestre sans un geste sont de grands musiciens. Christian Zacharias qui dirige en jouant est tout simplement sidĂ©rant par la qualitĂ© de son jeu comme de sa communication totale avec les musiciens parfois du regard ou simplement de l’oreille. Car l’orchestre le suit comme un seul homme et partage beaucoup de plaisir de jeux avec le chef pianiste. AprĂšs le succĂšs du Concerto chaleureusement applaudi par le public, un bis de Chopin prolonge l’enchantement avec une mazurka chaloupĂ©e dans un rubato Ă©lĂ©gantissime.

Un bien beau concert tout en musicalitĂ© partagĂ©e a enchantĂ© le public de la salle MĂ©tropole pour ce premier concert car le lendemain le mĂȘme programme a refait salle pleine. Une diffusion sur espace2.ch permet de dĂ©guster ce concert si accompli musicalement avec une admirable version des LĂ©gendes pour orchestre de Dvorak. En bis la Danse slave n°2 fait sensation par son Ă©nergie et sa grĂące.

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Lausanne. Salle Métropole, le 13 février 2017. Antonin Dvorak (1841-1904) : Légendes op.59. Danse slave n°2 en mi mineur, op.72. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°2, en fa mineur, op.21. Orchestre de Chambre de Lausanne. Christian Zacharias, piano et direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 fĂ©vrier 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction. LLa venue de Maria Joao Pires est toujours une fĂȘte Ă  Toulouse tant la grande dame est aimĂ©e en raison de la simplicitĂ© de sa personne, sa modestie et la musicalitĂ© subtile de son jeux. Grande mozartienne, c’était une fĂȘte annoncĂ©e et qui a bien eu lieu, que de l’écouter dans un concerto de Mozart. Le 27Ăšme Concerto pour piano de Mozart est son dernier. VĂ©ritable Ɠuvre de musicien, il n’a pas la brillance, ou la grandeur de tel autre mais il est construit en un Ă©quilibre parfait qui permet de dĂ©rouler toute la beautĂ© mozartienne, dans son mariage si rĂ©ussi du piano et de l’orchestre. Lui qui, premier compositeur affranchi, composait et jouait ses concertos de piano pour vivre libre, termine ainsi dans une sorte d’épure. Le 27Ăšme possĂšde une Ă©motion particuliĂšre car nous savons que ce fut le dernier que Mozart joua le 4 mars 1791.

Que de beauté !

pires maria joao pianoMaria Joao Pires s’entend Ă  merveille avec le chef Robin Ticciati qui demande Ă  l’orchestre beaucoup de clartĂ© et de prĂ©cision. Les phrasĂ©s sont parfois un peu contraints, crĂ©ant une urgence intĂ©ressante.  Ce Concerto qui va vers une apparente simplicitĂ©, loin de tout effet, est en fait trĂšs riche en modulations. Larmes au bord des yeux dans un sourire. Cette complexitĂ© harmonique est mise en valeur par la direction du maestro qui cherche beaucoup de puretĂ© et une prĂ©cision Ă  la limite de la sĂšcheresse pour les cordes. Maria Joao Pires joue comme un ange avec une simplicitĂ© dĂ©concertante. Comment de si petites mains contiennent tant de musique ? La douceur, l’amour, la bontĂ©, rien ne cherche l’effet. Toute la beautĂ© de la musique de Mozart coule sans heurts. L’orchestre et la pianiste s’écoutent et se rĂ©pondent avec dĂ©licatesse. Les tempi allants Ă©vitent tout alanguissement. MĂȘme le Larghetto avance dans la puretĂ© de son charme. Le final est comme une paix enfin gagnĂ©e sur la vie plutĂŽt complexe de Mozart. Le printemps et l’amour, mĂȘme si c’est fragilement, gagnent. La complicitĂ© des instrumentistes avec la pianiste est d’une harmonie de chaque instant. Robin Ticciati, tout sourire, participe activement Ă  ces splendides Ă©changes. En bis, sous les ovations d’un public conquis et heureux Maria Joao Pires offre avec l’orchestre l’Andante du cĂ©lĂ©brissime Concerto n°21. Sorte de rĂ©compense pour ceux qui dans le public ont Ă©tĂ© peinĂ©s d’apprendre le changement de programme qui du 21Ăšme est passĂ© au 27 Ăšme. Ainsi l’Andante, dans un tempo trĂšs allant, avec des pizzicati amoureux et engagĂ©s a permis au chant de l’absolu de s’élever sans limites. Un grand moment de poĂ©sie et de partage !

Ticciati Robin maestro mozart concert classiquenews 13047_1En DeuxiĂšme partie de programme, nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une interprĂ©tation absolument Ă©blouissante de la Symphonie Londres de Haydn. La prĂ©cision, l’énergie de chaque instant, l’analyse de chaque moment permettent Ă  la complexitĂ© de la partition de gagner une sĂ©duction
 diabolique. Ce son comme dĂ©graissĂ©, cette puissance Ă©lĂ©gante des timbales ensorcĂšlent. Rien de classique ni d’ennuyeux avec un chef de cette trempe. Le gĂ©nie Ă©nergisant de Haydn en sa puissance crĂ©atrice, exulte. Le public est comme gagnĂ© par cette Ă©nergie et fait un triomphe aux interprĂštes aussi enthousiaste que lors du concerto. Le bis choisi par Ticciati permet de dĂ©guster un lyrisme des cordes au bord du sirupeux d’une sensualitĂ© rare. L’andante de la suite amĂ©ricaine de Dvorak a ainsi mis en perspective l’entrĂ©e du concert qui s’était faite sur des extraits des LĂ©gendes dans la version de Dvorak lui-mĂȘme, pour orchestre. La variĂ©tĂ© des piĂšces, leurs couleurs comme leur saveurs folkloriques avaient ouvert nos oreilles Ă  la finesse des interprĂštes. Le bis final tout en lyrisme permet de mieux comprendre encore le parti pris analytique de Ticciati dans Mozart et Haydn. Merci aux  Grands InterprĂštes d’avoir conviĂ© des artistes d’une aussi grande sensibilitĂ© pour un concert mĂ©morable.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Antonin Dvorak (1841-1904) : Légendes, Op.59n°1, 2, 7, 8, 4. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pur piano et orchestre n°27, en si bémol majeur, K.595. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°104, en ré majeur, Londres. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

Compte-rendu, opéra. Lausanne, Opéra, le 12 février 2017. Thomas: Hamlet. Vincent Boussard / Fabien Gabel.

Hamlet-1.01-728x1099_une-362x344Compte-rendu opĂ©ra ; Lausanne ; OpĂ©ra, le 12 fĂ©vrier 2017 ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet. Mise en scĂšne, Vincent Boussard ; Avec : RĂ©gis Mengus, Hamlet ; Lisette Oropesa, OphĂ©lie ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Lausanne, dirigĂ© par Jacques Blanc ; Orchestre de Chambre de Lausanne ; Direction, Fabien Gabel. L’opĂ©ra de Lausanne a proposĂ© une trĂšs belle coproduction d’Hamlet dans une distribution proche de l’idĂ©al des plus grands au plus petits rĂŽles. La mise en scĂšne de Vincent Boussard est intelligente et demande beaucoup aux chanteurs. Plus d’un a frĂ©mi aprĂšs avoir souri Ă  la vue d’OphĂ©lie debout sur le bord de la baignoire. Les empoignades entre Hamlet et sa mĂšre ont aussi Ă©tĂ© un moment trĂšs fort Ă  la limite du supportable. La beautĂ© des embrassades entre Hamlet et OphĂ©lie sur le chant sublime du saxophone  a Ă©tĂ© un grand moment de poĂ©sie. L’apparition du spectre est ingĂ©nieuse et spectaculaire par la confusion temporo-spatiale du hĂ©ros qu’il nous permet de percevoir. Les costumes Katia Duflot, tous trĂšs beaux, ont aidĂ© Ă  comprendre la psychologie des personnages. Entre la libertĂ© recherchĂ©e d’OphĂ©lie, la beautĂ© Ă©trange d’Hamlet et le conformisme des Ă©poux royaux. Le dĂ©cor habilement renforçait l’impression de huis-clos et d’intimitĂ© du conflit de famille. La sĂ©vĂ©ritĂ© avec laquelle est habituellement traitĂ©e la musique de Thomas est bien injuste. La vaste partition d’ Hamlet rĂ©serve des moments de bravoure digne des plus beaux opĂ©ras italiens. La scĂšne de folie d’OphĂ©lie est la plus connue. Mais les airs d’Hamlet, de Gertrude, les duos dramatiques ou lyriques sont de  biens beaux moments Ă©galement.

Hamlet en majesté à Lausanne

p1000434_photo_christian_dresse_2016Et cette production avance sans temps morts. RĂ©gis Mengus est un Hamlet complet, aussi charmant qu’inquiĂ©tant. Sa folie est ambiguĂ« Ă  la fois fĂȘlure et dĂ©fense. Vocalement le jeune baryton est admirable d’élĂ©gance et de tenue, mĂȘme si la voix n’a pas la profondeur attendue par certains, la jeunesse emporte ce personnage complexe. La voix est agrĂ©able et sonne facilement. Le jeu de l’acteur est trĂšs convainquant. L’OphĂ©lie de Lisette Oropesa est tout aussi aboutie. Belle, dĂ©licate et vive elle incarne bien cette jeune fille amoureuse jusqu’à la mort. Vocalement il est rare d’avoir une cantatrice aussi complĂšte dans un rĂŽle «  Ă  cocotes ». Car les suraigus, les vocalises, les trilles ont Ă©tĂ© parfaitement interprĂ©tĂ©s. Mais c’est surtout la beautĂ© de la voix sur toute la tessiture qui sĂ©duit. La richesse des harmoniques dans le medium et le grave pourrait par moments Ă©voquer celle si riche d’Angela Georghiu. Quelle artiste ! Face au couple si assorti et si accompli le reste de la distribution tient parfaitement. Benjamin Bernheim est un LaĂ«rte trĂšs bien chantant, Ă©mouvant et crĂ©dible. La voix du jeune tĂ©nor est bien projetĂ©e, admirable de clartĂ© et de fluiditĂ© et la ligne de chant est impeccable. Il ira loin. Le couple royal terrible est incarnĂ© par deux artistes expĂ©rimentĂ©s qui arrivent Ă  tenir leur rang ambigu. La voix puissante de Stelle Grigorian en Gertrude est trĂšs inquiĂ©tante, mĂȘme si le jeu est un peu caricatural. Le roi de Philippe Rouillon, plein d’autoritĂ© vocale, ne se laisse pas impressionner, sa chute finale n’en est que d’avantage effrayante. Tous les autres rĂŽles plus modestes ont Ă©tĂ© parfaitement tenus. Avec une mention particuliĂšre pour le duo des fossoyeurs, Alexandre Diakoff et Nicolas Wildi, qui dans les loges d’avant scĂšne ont Ă©tĂ© trĂšs spectaculaires tant vocalement que scĂ©niquement. Le chƓur de l’opĂ©ra de Lausanne a Ă©tĂ© admirable, tour Ă  tour puissant (dans le grand final du deux) ou dĂ©licat (les femmes dans la mort d’OphĂ©lie).  L’orchestre de Chambre de Lausanne a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de sa rĂ©putation . La direction trĂšs exigeante de Fabien Gabel a obtenu satisfaction. Avec une beautĂ© sonore de chaque instant sans rien lĂącher de l’implication dramatique qu’il insuffle au drame, toute la fosse a participĂ© Ă  l’action. L’acoustique trĂšs porteuse de la salle a permis de dĂ©guster la beautĂ© des voix et les nuances de l’orchestre dans un Ă©quilibre constant. Un trĂšs beau spectacle trĂšs abouti et qui dĂ©fend une partition trop mĂ©sestimĂ©e.

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Compte-rendu opĂ©ra ; Lausanne ; OpĂ©ra, le 12 fĂ©vrier 2017 ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet, opĂ©ra en cinq actes sur un livret de Michel CarrĂ© et Jules Barbier, d’aprĂšs la tragĂ©die de William Shakespeare. Coproduction OpĂ©ra National du Rhin et OpĂ©ra de Marseille. Mise en scĂšne, Vincent Boussard ; Assistante Ă  la mise en scĂšne, Natascha Ursuliak ; DĂ©cors, Vincent Lemaire ; Costumes, Katia Duflot ; LumiĂšres Guido Levi ; Avec : RĂ©gis Mengus, Hamlet ; Lisette Oropesa, OphĂ©lie ; Stella Grigorian, Gertrude ; Philippe Rouillon, Claudius ; Benjamin Bernheim, LaĂ«rte ; Alexandre Diakoff, Horatio/premier fossoyeur ; Nicolas Wildi, Marcellus/deuxiĂšme fossoyeur ; Marcin Habela, Polonius ; Daniel Golossov, le Spectre du Roi ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Lausanne, dirigĂ© par Jacques Blanc ; Orchestre de Chambre de Lausanne ; Fabien Gabel, direction. Illustration : © Ch. Dresse / 2017.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017.Mozart, Bruckner: Raphaël SévÚre / Josep Pons

severe-raphael-clarinette-portrait-582Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 fĂ©vrier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; RaphaĂ«l SĂ©vĂšre, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction. Ce concert restera comme celui de la dĂ©couverte d’un musicien intĂšgre et merveilleux. Le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre respire un amour de la musique peu commun lorsqu’il monte sur scĂšne. Son engagement (de tout son corps), dĂ©montre combien la musique de Mozart l’habite. Le son de sa clarinette est beau et plein. Il nuance Ă  l’envie, et phrase comme un poĂšte cette sublime partition. L’Allegro initial est ferme et Ă©lĂ©gant Ă  la fois, comme une Ă©vidence. L’Andante est un moment hors du temps oĂč la beautĂ© diffuse dans des phrasĂ©s d’une infinie douceur. Longueur de souffle, doigts faciles, tout coule. Le final est plein d’esprit avec une maĂźtrise instrumentale renversante. Mais c’est la bonhommie, l’enthousiasme du jeune clarinettiste qui forment sa plus grandes sĂ©duction.

Raphaël SévÚre : Un clarinettiste en or !

Ce clarinettiste prodige de 22 ans, invitĂ© dĂ©jĂ  dans le monde entier, va vers une carriĂšre magnifique. Le public est tout Ă  fait conscient de la dĂ©couverte rare qu’il vient de faire et fait une ovation au jeune musicien. Il s’engage alors dans une folle page de Stravinski pour clarinette seule ne faisant qu’une bouchĂ©e de cette partition diabolique et avec beaucoup d’esprit. Josep Pons est un partenaire attentif qui gĂšre l’orchestre de maniĂšre Ă  mettre en valeur le soliste, mais sa main gauche respire peu.

bruckner1Pour la deuxiĂšme partie du concert, le choix d’une symphonie de Bruckner fait encore l’effet d’une raretĂ© pour une partie du public toulousain. Pourtant cette symphonie « Romantique » est la plus donnĂ©e. Le fait qu’un chef espagnol avec un orchestre français joue une symphonie du colossal et germanique Bruckner doit faire siffler les oreilles de ceux qui appellent Ă  la fermeture des frontiĂšres et au repli sur soi. Certes cette interprĂ©tation a Ă©tĂ© prudente et cette musique ne convient pas au mieux Ă  Josep Pons, mais tout de mĂȘme quelle magie diffuse cette symphonie lors d’un concert ! L’orchestre a Ă©tĂ© splendide et Josep Pons l’a laissĂ© jouer librement ce qui n’est pas rien.
Cependant le chef espagnol est tombĂ© dans le piĂšge du premier mouvement : il a laissĂ© l’orchestre jouer des forte que dans la suite il n’a pas Ă©tĂ© possible de dĂ©velopper. L’effet de long crescendo du mouvement final a donc failli. De tous les magnifiques instrumentistes de l’Orchestre du Capitole, ce n’est pas faire injustice que d’encenser le cor de Jacques Deleplanque. Il a su avec des sonoritĂ©s d’une grande dĂ©licatesse se mettre Ă  nu, avec une subtile fragilitĂ© assumĂ©e. Et sa capacitĂ© aux nuances forte n’en a Ă©tĂ© que plus saisissante. Sous la baguette ferme de Josep Pons, de trĂšs belles couleurs, des phrasĂ©s amples et une belle superposition des plans ont offert une interprĂ©tation un peu athlĂ©tique de la « Romantique » que nous avons entendues avec d’avantage de subtilitĂ©.
Le Concerto pour clarinette de Mozart restera le moment magique du concert grùce à Raphaël SévÚre, un musicien à suivre.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 février 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette ; Anton Bruckner : Symphonie n°4 « Romantique » ; Raphaël SévÚre, clarinette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Josep Pons, direction. Illustrations : Henri Selmer

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VIDEO : voir la vidĂ©o 3Ăšme GĂ©nĂ©ration d’inteprĂštes Ă  Saintes, avec RaphaĂ«l SĂ©vĂšre et Adam Laloum / reportage exclusif classiquenews © studio CLASSIQUENEWS 2015

Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; Carl FrĂŒhling : Trios, fantaisies et sonates ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle. Claire DĂ©sert, piano.

Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven;  Johannes Brahms ; Robert Schumann ; Carl FrĂŒhling : Trios, fantaisies et sonates ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle. Claire DĂ©sert, piano. Toulouse
 Les concerts au MusĂ©e des Augustins poursuivant leur magnifique saison avec pour la deuxiĂšme fois un concert dans le Salon rouge. Le charme de ce concert a Ă©tĂ© absolument exquis. Cette trop rare musique de chambre pour clarinette, violoncelle et piano est si pleine de poĂ©sie ! Le contenu artistique convie des chefs d’Ɠuvres absolus et une dĂ©couverte inouĂŻe Ă  la fin. En ouvrant le concert avec le Trio de Beethoven, nos trois artistes ont pu trouver assez rapidement un Ă©quilibre proche de l’idĂ©al. La virtuositĂ© assumĂ©e de chacun est entiĂšrement mise au service d’une poĂ©sie de chaque instant. Il faut dire que Pascal MoraguĂšs, clarinette solo de l’orchestre de Paris, a un jeu d’une incroyable dĂ©licatesse. Capable de traits aussi vifs que sensibles. Il arrive Ă  nuancer de maniĂšre trĂšs dĂ©licate, entraĂźnant ses complice dans des moments Ă  la limite du risque. Gary Hoffmann, soliste et pĂ©dagogue reconnu, est un partenaire assumant avec panache la sonoritĂ© victorieuse de son Nicolo Amati ayant appartenu Ă  Leonard Rose. Claire DĂ©sert est une pianiste aussi apprĂ©ciĂ©e en tant que soliste, concertiste que chambriste. Ses doigts virevoltent, les accords assurent une ampleur magnifique. On sent surtout entre ses trois artistes une communion qui dĂ©gage une rare musicalitĂ©.

IMG_0015AprĂšs un Trio de Beethoven plein de vie, d’élĂ©gance et de tenue, la deuxiĂšme Sonate pour violoncelle et piano de Brahms permet aux deux solistes d’amplifier leur propos. Les sonoritĂ©s riches et les longs phrasĂ©s de Gary Hoffman s’accordent parfaitement avec le jeu ample de Claire DĂ©sert. Un moment magnifique qui permet d’apprĂ©cier la profondeur de l’inspiration de Brahms qui met si bien en valeur les couleurs romantiques du violoncelle. Le piano est un partenaire d’égale importance et l’accord entre les deux artistes est accompli. Sons amples, phrasĂ©s larges, dynamiques creusĂ©e profondĂ©ment. Un grand souffle romantique a ampli le Salon rouge et a enthousiasmĂ© le public.
AprĂšs l’entracte qui a permis aux artistes et au public de reprendre quelque souffle, c’est la poĂ©sie si subtile de la FantasiestĂŒcke de Schumann dans sa version pour clarinette et non alto, qui a diffusĂ© dĂ©licatement la poĂ©sie dont est capable Pascal MoraguĂšs. L’émotion subtile qu’il offre avec son souffle long, ses couleurs rares, ses phrasĂ©s infinis, est un moment rare. Loin de toute dĂ©monstration, c’est l’intimitĂ© de l’ñme si tourmentĂ©e de Schumann qui nous envahi, avec cette recherche d’absolu par la beautĂ©. Moment de poĂ©sie totalement inoubliable en si peu de temps. La piĂšce la plus courte est celle qui reste le plus accrochĂ©e Ă  mon souvenir.  Pascal MoraguĂšs avec un abandon qui n’appartient qu’à lui, ose des nuances infinies de dĂ©licatesse et des sons mourant qui n’en finissent pas de nous hanter.

Les trois amis se retrouvent pour un dernier Trio du quasi inconnu nommĂ© FrĂŒhling. Comment tant de beautĂ© peut rester si peu jouĂ©e ? En quatre mouvements un univers d’une totale originalitĂ© rĂ©unit les trois compositeurs prĂ©cĂ©dents. C’est profond comme du Schumann, brillant comme du Beethoven et puissant comme du Brahms. La clarinette entraĂźne ses deux compĂšres et ouvre la porte a des dialogues au sommet de l’émotion. L’Andante est un moment inoubliable en sa sublime mĂ©lancolie. Impossible de parler de chaque musicien tant leur union est complĂšte en une recherche de beautĂ©, d’émotion et de franchise. Ils convainquent que cette partition mĂ©rite une bien plus large diffusion. Le public a Ă©tĂ© subjuguĂ© par tant d’harmonie et de musicalitĂ© partagĂ©es. Le violoncelle et la clarinette sont si porteurs de mĂ©lancolie que la musique de chambre qui les unit, ne ressemble Ă  aucune autre. Nous avons eu ce soir la chance, Ă  l’invitation des concerts du MusĂ©e, de la dĂ©guster avec des virtuoses de premier plan partageant le mĂȘme amour de la poĂ©sie en musique.
Claire DĂ©sert, Gary Hoffman et Pascal MoraguĂšs pourraient bien ĂȘtre nommĂ©s le Trio MoraguĂšs tant nous leur souhaitons de nombreux autres concerts, pour qu’ils entretiennent cette belle complicitĂ© et pour le bonheur qu’ils apportent au public dans ce rĂ©pertoire si Ă©mouvant.

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Compte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge, le premier fĂ©vrier 2017 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio op.11 en si bĂ©mol majeur ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n°2 en fa majeur ; Robert Schumann (1810-1856) : FantasiestĂŒcke op.73 ; Carl FrĂŒhling (1868-1937) : Trio op.40 en la majeur ; Pascal MoraguĂšs, clarinette ; Gary Hoffman, violoncelle ; Claire DĂ©sert, piano. Image : Catherine Ulmet (DR).

Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, les 29 janvier, 3 fĂ©vrier 2017. Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail ; Jane Archibald, KonstanzeTito Ceccherini / Tom Ryser.

Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, les 29 janvier, 3 et fĂ©vrier 2017 ; Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail ; Jane Archibald, KonstanzeTito Ceccherini / Tom Ryser. Il  n’est pas facile en ces temps incertains de proposer une nouvelle production de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart. Cet ouvrage si allemand par le livret et si italien par les prouesses vocales, si intense par la beautĂ© des lignes musicales, si profond par le fond et si bouffe par la forme, a tout pour plaire au public et tenter les metteurs en scĂšne en mal de mauvais traitements des Ɠuvres. Le Capitole qui le coproduit avec Lausanne, Fribourg et Tours, a fait salle comble.

EnlÚvement réussi à Toulouse

EnlĂšvement serait capitole toulouse compte rendu classiquenewsDonc le succĂšs public ne se dĂ©ment pas. La mise en scĂšne au final ne fait pas de mal Ă  l’Ɠuvre et arrive Ă  Ă©clairer de modernitĂ© sans exagĂ©rer ce livret ambigu. DĂšs l’ouverture, les draps bleus mouvants Ă©voquent avec poĂ©sie le naufrage en terres inhospitaliĂšres de nos hĂ©ros. En suivant avec efficacitĂ© la musique, l’ouverture visuellement passe sans heurts. Dans la fosse, le chef italien Tito Ceccherini fait des merveilles. L’Orchestre du Capitole en habits baroques nuance comme dans un rĂȘve et colore avec dĂ©licatesse l’univers sonore mozartien. Ce sont Ă  la fois les nuances et les couleurs, les phrasĂ©s et le sens du thĂ©Ăątre qui donnent la force Ă  cette interprĂ©tation orchestrale de pur bonheur. Et il est connu combien d’instruments obligĂ©s sont requis dans cet opĂ©ra ! Nous saluons chaque instrumentiste jouant comme en habit de fĂȘte.  L’énergie et le plaisir partagĂ©s entre fosse et scĂšne sont les grandes qualitĂ©s de Tito Ceccherini. Vocalement si aucun ne déçoit, les chanteurs ne sont pas Ă©gaux. La voix la plus extraordinaire est celle de Jane Archibald en Constance. Nous l’avions entendu en sensationnelle Reine de la Nuit en 2010 Ă  la Halle-aux-Grains. Il n’y a donc pas de craintes, les aigus sont lĂ , dardĂ©s comme il convient. Le style accompli lui permet d’enjoliver les reprises avec art. Si le premier air la cueille un peu Ă  froid et durcit les aigus, la large voix s’échauffe pour devenir trĂšs Ă©mouvantes dans le dĂ©licat « Traurigkeit » et atteindre sa plus grande splendeur dans le fameux « Marten allen Arten ». Les suraigus tenus sont pleins et vivants, les vocalises fusent sur toute l’étendue de la vaste tessiture et les phrasĂ©s sont pleins de la puissance de conviction requise. La cantatrice est habile comĂ©dienne et donne vie au personnage extrĂ©miste dans sa vision de l’amour que le prĂ©nom symbolise : Constance. Cette sorte d’incarnation de la fidĂ©litĂ© absolutiste devient une femme dĂ©terminĂ©e mais non insensible au charme de Selim ce qui ne fait que renforcer son hĂ©roĂŻsme. Jane Archibald est donc la reine vocale de la soirĂ©e.
S’il faut chercher un roi, c’est en fait Franz Josef Selig en Osmin. Le chanteur est aussi crĂ©dible Ă  voir qu’à entendre. Il campe un rĂŽle humain sous ses excĂšs, presque sympathique et vocalement quelle classe ! Voix au timbre richement abyssal qui se promĂšne en toute tranquillitĂ© sur tout l’ambitus de ce rĂŽle complexe et exigeant. La beautĂ© du timbre, les nuances et surtout la tenue de ligne sont magnifiques. Nul ne pourra ĂȘtre déçu de la voix souple et ensoleillĂ©e de Mauro Peter en Belmont. La raideur de la tenue en scĂšne convient bien au noble imbu de ses privilĂšges de naissance. Mais vocalement, il n’est pas tout Ă  fait au niveau de sa partenaire Constance. Lors du deuxiĂšme soir, en bien meilleur maĂźtrise technique, il arrive Ă  nous convaincre que son dernier air Ă  la virtuositĂ© folle lui convient. Le couple Blonde, Pedrillo est vocalement plus assorti. Le charme vocal et l’abatage de Hila Fahima, son jeu mutin, ses aigus voluptueux, tout est succulent. La suffisance effrontĂ©e du personnage de Pedrillo trouve un Ă©cho dans la voix bien projetĂ©e et plus modeste de Dmitry Ivanchey et son jeu facile. Le dernier personnage qui lui ne chante pas est le pacha Selim. En s’abrogeant ce rĂŽle, le metteur en scĂšne Tom Ryser se fait plaisir et retrouve son premier mĂ©tier d’acteur. Cela permet une vue de l’action plus marquĂ©e par le regard de ce personnage important. Si cela n’est pas complĂštement convainquant par des redites (fĂ©tichisation du corps de ses femmes), cela fonctionne jusqu’au bout. Et le dernier geste du puissant qui vient de faire clĂ©mence et offre sa veste Ă  Constance qui frissonne avant son voyage en mer, permet de faire ressortir un lien dĂ©licat de son cotĂ© mais pas sans effet sur Constance. Ce grand seigneur, mĂȘme mal rasĂ© et furieux, ne manque pas d’un certain charme. Et son rapport jusqu’au-boutiste Ă  l’amour n’a t-il rien Ă  voir avec la vision de Constance ? Ce n’est pas si Ă©vident.
La mise en scĂšne est donc riche en bonnes idĂ©es mais reste inaboutie. De grandes beautĂ©s nĂ©anmoins : le naufrage, le jeux entre Constance et Selim, Blonde et Osmin, Pedrillo et Osmin, le final dans son ensemble. Mais aussi des lourdeurs, dans les dandineries de Pedrillo Ă  la maniĂšre post John Travolta de Grease ou les interminables scĂ©narii pervers de Selim enfermĂ© dans son deuil impossible et son fĂ©tichisme. Les costumes de David Belugou et StĂ©phane Laverne revisitent assez habilement en le modernisant, l’exotisme, ici tout militaire, de la turquerie. Mais ils ne sont pas vraiment beaux et ne font pas rĂȘver
  Les dĂ©cors de David Belugou sont globalement tous rĂ©ussis mais une certaine lassitude s’installe avec les images suspendues. Et quelle maladresse de demander Ă  Constance, en sa  sublime tristesse, de se baisser pour passer sous un rideau 
. Les lumiĂšres habiles de Marc DelamĂ©ziĂšre essayent de varier un dispositif au final un peu lassant.
Cette production est trĂšs apprĂ©ciĂ©e du public et obtient un beau succĂšs Ă  Toulouse. Elle a en tout cas le mĂ©rite de ne pas nuire Ă  une partition dĂ©licate et mĂȘme de mettre particuliĂšrement en valeur dans le message final de clĂ©mence, une phrase que nous devrions ne jamais oublier et toujours rĂ©pĂ©ter en choeur sur toute la planĂšte : « Nichts ist so hĂ€sslich als di Rache ! » : RIEN N’EST PLUS VIL QUE LA VEANGEANCE !

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Compte rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 3 fĂ©vrier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’enlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfĂŒhrung aus dem Serail ; OpĂ©ra-bouffe en trois actes sur un livret de Gottlieb StĂ©phanie le Jeune  crĂ©Ă© le 16 juillet 1782 au Burgtheater de Vienne ; Nouvelle coproduction  avec l’OpĂ©ra de Fribourg, l’OpĂ©ra de Lausanne et l’OpĂ©ra de Tours ; Tom Ryser, mise en scĂšne ; David Belugou, dĂ©cors ; Jean-Michel Angays et StĂ©phane Laverne, costumes ; Marc DelamĂ©ziĂšre, lumiĂšres ; Avec : Jane Archibald, Konstanze  ; Mauro Peter, Belmonte  ; Hila Fahima,  Blonde ;  Dmitry Ivanchey, Pedrillo ; Franz Josef Selig,  Osmin ; Tom Ryser,  Le Pacha SĂ©lim ; ChƓur du Capitole , Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole  ; Tito Ceccherini, direction musicale. Illustration : P.Nin.

Compte-rendu concert. Toulouse,le 20 janvier 2017 ; Mozart, Beethoven,Schubert : Symphonies  ; Orch. National du Capitole / Rinaldo Alessandrini.

schubert grand bandeau largeur franz schubert portraitCompte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains,  le 20 janvier 2017 ; Symphonies de Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig Van Beethoven et Frantz Schubert  ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Rinaldo Alessandrini. Le concert Ă©tait sans soliste et il a mis en vedette l’orchestre dans sa formation classique avec un effectif modeste en comparaison du concert prĂ©cĂšdent, voir chronique du concert avec la symphonie Leningrad. Petit ensemble, donc avec seulement trois contrebasses et Ă  la direction, le chef Italien Rinaldo Alessandrini, spĂ©cialiste de l’ùre baroque (Monteverdi et Vivaldi en tĂȘte de file). Le concert a Ă©tĂ© agrĂ©able et sans effets provocateurs, voire sans surprises.

Un concert tout en Ă©quilibre

La premiĂšre symphonie de Mozart est encore balbutiante et l’on devine plus que l’on ne peut l’apprĂ©cier, le gĂ©nie mozartien en devenir. Il n’avait que 9 ans lorsqu’il l’a composĂ©e Ă  Londres. Trois mouvements Ă  la mode italienne avec deux Allegros, encadrant un Andante galant.
La premiĂšre symphonie de Beethoven est plus consistante. Son Ă©nergie et sa puissance rythmique sont d’un compositeur affirmĂ© de 29 ans. L’équilibre orchestral est parfait, tous les plans sont mis en lumiĂšre, les tempi, sont raisonnables. Les nuances sont sans surprise et l’orchestre semble jouer avec plaisir sous la direction rigoureuse du chef Italien.  De la belle musique sans heurts.

Pour la quatriĂšme symphonie de Franz Schubert, les cors sont augmentĂ©s et les couleurs dites « tragiques » peuvent se dĂ©voiler. Rien de bien particulier dans la direction de Rinaldo Alessandrini : il laisse les belles sonoritĂ©s de l’orchestre de dĂ©ployer. Le chant circule agrĂ©ablement. Point d’effets dramatiques mais plutĂŽt une interprĂ©tation trĂšs « classique » et sage.
Un bien agrĂ©able concert qui se laisse Ă©couter sans efforts, bien loin du tourbillon frĂ©nĂ©tique actuel ou de la musique engagĂ©e et Ă  programme.  Un moment de pause que l’orchestre comme le public ont semblĂ© grandement apprĂ©cier.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains,  le 20 janvier 2017 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 1 en mi bémol majeur KV.16 ; Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Symphonie n°1 en do majeur, op.20 ; Frantz Schubert ( 1797-1828) : symphonie n°4 en do mineur «  tragique » D.417 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Rinaldo Alessandrini.

Compte-rendu concert. Toulouse, Musée des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert ; Dmitri Chostakovitch ; Felix Mendelssohn ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et Loïc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle.

modigliani-quatuor-concert-classiquenews-Modigliani-Quarte copyright droit reserves Marie-StaggatCompte-rendu concert. Toulouse, MusĂ©e des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert ; Dmitri Chostakovitch ; Felix Mendelssohn ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et LoĂŻc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle. La vie des Grands quatuors Ă  cordes est Ă©maillĂ©e de remaniements et c’est l’un des mystĂšres que de constater comme mĂȘme avec le dĂ©part de l’un des musiciens se poursuit le projet artistique sans vĂ©ritable heurt. C’est ainsi que le Quatuor Modigliani a perdu son charismatique et si sensible premier violon, Philippe Bernhard. Depuis le premier dĂ©cembre 2017, c’est Amaury Coeytaux qui lui succĂšde. Jeune musicien de grand talent, son intĂ©gration est parfaite. Avec un son plus charnu et incarnĂ© Ă  l’opposĂ© de la puretĂ© et de la dĂ©licatesse du jeu de son prĂ©dĂ©cesseur. Cela conduit les autres musiciens du Quatuor Modigliani, surtout l’alto et le violoncelle a dĂ©velopper d’avantage leurs couleurs et la chaleur de leur jeu. Mais ce qui demeure intacte c’est cette connivence musicale de tous les instants permettant cette fulgurance des nuances, cette sensibilitĂ© des phrasĂ©s, et cette Ă©nergie communicable, marque d’un Quatuor particuliĂšrement adulĂ© de part le monde. MystĂšre insondable des quatuors, les Modigliani sont aussi sensationnels qu’auparavant, mais diffĂ©remment. Le Quattersetz de Schubert est sous leurs doigts une piĂšce en forme de quintessence en un mouvement du gĂ©nie Schubertien avec des audaces formelles d’écritures bien assumĂ©es.

 

 

 

Le rĂ©cent changement de leur premier violon, n’entĂąme en rien la complicitĂ© magnĂ©tique du Quatuor français


Longue vie aux Modigliani !

 

 

Nous avions entendu ce mĂȘme premier Quatuor de Chostakovitch par les Modigliani en janvier dernier Ă  la Biennale des quatuors de la Philharmonie de Paris. Nous avions Ă©tĂ© sĂ©duit par leur parti pris de puretĂ© et de fraĂźcheur. Lire notre compte rendu du concert du Quatuor Modigliani Ă  Paris, janvier 2016.
Le changement de premier violon sans s’écarter de cette maniĂšre va d’avantage vers la force de suggestion des grands quatuors Ă  venir et leur modernitĂ© sous une apparence aimable. L‘alto de Laurent Marfaing et le violoncelle de François Kieffer osent une puissance de son et une beautĂ© de timbre envoĂ»tantes.
Mais c’est dans le somptueux quatuor de Mendelssohn que la fulgurance du jeu uni en respectant des personnalitĂ©s musicales fortes, a subjuguĂ© le public. Les qualitĂ©s instrumentales magnifiques de chacun embrasant le tutti. Mendelssohn devient l’immense compositeur, le magnifique esprit romantique au faite de toutes les connaissance musicales passĂ©es. L’originalitĂ© des nuances poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme, la jubilation du scherzo, la douleur insondable du premier mouvement, la puissance tellurique du final : Toute la beautĂ© de cette immense partition a Ă©tĂ© portĂ©e Ă  un niveau d’excellence instrumentale et d’émotion musicale particuliĂšrement aboutis.

Ainsi le public comblĂ© a obtenu deux bis avec Le Scherzo puis l’Adagio du Quatuor op. 18 n° 6 de Beethoven. Nous Ă©voquions l’an dernier Ă  Paris, une « jeune maturité » du quatuor Modigliani. Avec Ă©vidence, ils poursuivent leur fabuleuse Ă©volution. L’arrivĂ©e d’Amaury Coeytaux y participe.  Le son plus fruitĂ© n’en est que la partie apparente. Il est probable que tout le rĂ©pertoire, et le plus exigent, attend les Modigliani. Nous les suivrons avec fidĂ©litĂ©. Et nous souhaitons formuler tous nos vƓux pour Philippe Bernhard, lui qui nous semblait ĂȘtre nĂ© pour jouer du violon, et dont les mimiques si expressives nous ont toujours enchantĂ©es. Si la complicitĂ© entre les membres du Quatuor Modigliani est du mĂȘme niveau, la sympathie et la tendresse des regards, qui s’étaient construits dans l’enfance, ont comme muri. Ainsi va la vie. Longue vie aux Modigliani !

 

 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Musée des Augustins, Salon Rouge ; Le 11 janvier 2017 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°12 en ut mineur, D. 703, Quattersetz ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 1 en ut majeur, opus 49 ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor à cordes en la mineur opus 13 ; Quatuor Modigliani : Amaury Coeytaux et Loïc Rio, violons, Laurent Marfaing, alto, et François Kieffer, violoncelle / Photo © Marie Stabat.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017. Haydn: Concerto pour trompette ; Chostakovitch : Symphonie « Leningrad » ; Alison Balsom. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCompte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017. Haydn: Concerto pour trompette ; Chostakovitch : Symphonie « Leningrad » ; Alison Balsom. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction. La sĂ©duction dĂ©ployĂ©e par la trompettiste anglaise Alison Balsom a complĂštement subjuguĂ© le public toulousain. La prĂ©sence flamboyante de la femme Ă  la chevelure d’or en combinaison de pantalons bleue a rĂ©veillĂ© dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne un public transi par l’hiver installĂ©. Le feu du tempĂ©rament a Ă©tĂ© totalement maitrisĂ© par la virtuose de la trompette qui a semblĂ© ne faire qu’une bouchĂ©e de cette agrĂ©able partition de Haydn. Il semble que toute nuance lui soit possible avec des fortissimi explosifs mais surtout des murmures d’une grande dĂ©licatesse sur un fil infime. La cadence lui permet une dĂ©monstration de la transcendance des possibilitĂ©s de son instrument. La longueur du souffle est immense et les doigts semblent libres d’aller Ă  leur guise. La musicalitĂ© est exquise et l’élĂ©gance coule Ă  chaque instant et tout particuliĂšrement dans le dĂ©licat andante. Le final caracole et badine. Tugan Sokhiev est un partenaire de grande classe qui construit un Ă©crin de luxe pour la trompettiste « PanthĂšre bleue ». L’Orchestre du Capitole en petite formation est prĂ©cis et parfaitement prĂ©sent tout en laissant la trompette Ă  l’honneur.

 

 

« PanthĂšre bleue », la trompette d’Alison Bolsom subjugue


 

bolsom alison trompette trunpet concert classiquenews A-Balsom-new1Cet agrĂ©able moment, comme suspendu hors du monde, n’avait que peu Ă  voir avec la puissance et la force de la deuxiĂšme partie du concert. Il paraĂźt impossible de rendre compte de l’effet produit par cette superbe interprĂ©tation de la Symphonie Leningrad de Chostakovitch. Tugan Sokhiev a dirigĂ© magistralement une partition titanesque en rendant Ă©videntes bien de ses subtilitĂ©s, jusque dans les sentiments contradictoires qu’elle produit. La beautĂ© sonore des instrumentistes  a Ă©tĂ© somptueuse et les nombreux moments solistes ont Ă©tĂ© galvanisĂ©s. Les timbres des cuivres ont Ă©tĂ© comme chauffĂ©s Ă  blanc, les violons dans le final ont Ă©tĂ© Ă©pais comme des glaces semblant Ă©ternelles, la chaleur des alti et des violoncelles a Ă©té  rĂ©confortante, la puissance des contrebasses (dix ce soir) hors des habitudes, mais surtout c’est la dĂ©licatesse des bois et des harpes qui a portĂ© haut l’émotion
 on reste Ă©perdus de reconnaissance devant la qualitĂ© purement instrumentale de chacun. Mais cela n’est que peu de choses, car l’essentiel se situe ailleurs.
La comprĂ©hension intime de l’horreur, voir de la haine pour la guerre, associĂ©e Ă  l’admiration pour la rĂ©sistance et l’enthousiasme des humains en situation extrĂȘme est un moment d’une rare ambivalence. La seule mĂ©taphore qui peut convenir me semble ĂȘtre ce malaise aussi profond que dĂ©licieux que certains parfums trĂšs musquĂ©s fait naĂźtre en nous, allant chercher une animalitĂ© enfouie et inavouable, mĂȘlĂ©e avec la puretĂ© de la sublimation d’un air fleuri. On dit qu’il y a longtemps, un empereur de Chine piĂ©tinait des fourrures de ses bottes crottĂ©es afin de crĂ©er son parfum prĂ©fĂ©rĂ© dans l’air embaumĂ© de fleurs rares.

 

 

Malaise envoûtant de la Symphonie Leningrad

 

dmitri-chostakovitchCe mĂȘme malaise viscĂ©ral profond, alliĂ© Ă  la jouissance d’une beautĂ© sonore totalisante, naĂźt de la direction absolument fantastique de Tugan Sokhiev. Haine de la guerre et Amour des hommes. L’Amour de la vie simple est Ă©voquĂ© lors des rĂ©miniscences des bonheurs d’autrefois si dĂ©licats (flĂ»tes et picolo, harpes, hautbois et cor anglais, violon solo !).  C’est chaque fois Ă  faire pleurer des pierres. Impossible de sortir indemne d’un tel concert Ă  la puissance Ă©motionnelle dĂ©vastatrice. Oui, l’homme est vraiment capable du meilleur comme du pire et cela a Ă©tĂ© le  cas Ă  Saint-PĂ©tersbourg, devenue Leningrad, durant plus des 900 jours de siĂšge nazi oĂč 1 800 000 personnes pĂ©rirent. Que d’énergies dans cette partition ! Quelle puissance dans ce long crescendo qui de la simple et sublime caisse claire en sa solitude existentielle arrive avec toute la dĂ©termination de la Force de la Vie Ă  entrainer tout un orchestre, et ce soir il n’y avait pas loin de 140 instrumentistes sur scĂšne ! Certes cette partition composĂ©e et donnĂ©e en 1941 durant le siĂšge, et qui fut envoyĂ©e de suite par microfilms Ă  Toscanini aux USA, est symbole de rĂ©sistance au nazisme. Peut-on oublier que la folie des hommes, l’amour de certains pour la guerre, l’aveuglement d’un grand nombre qui donne le pouvoir Ă  ceux qui haĂŻssent la vie, peut nous reconduire Ă  nouveau en un tel enfer ? De tels moments de dĂ©sespoirs, tant de morts de faim et de froid, sont-ils indispensables afin que naisse un chef d’oeuvre aussi puissant ? Le prix n’est-il pas trop lourd ? C’est entre bien d’autres, la question, quasi insondable, qui naĂźt Ă  l’écoute de l’interprĂ©tation si fulgurante de cette septiĂšme symphonie de Chostakovitch Ă  Toulouse L’Orchestre du Capitole sous la direction si inspirĂ©e de son chef Tugan Sokhiev, ce soir en forme athlĂ©tique, a donnĂ© tout ce dont il est capable, et c’est Ă©norme ! Une part de la charge Ă©motionnelle passera probablement dans le film que la chaĂźne Mezzo a fait de ce concert en tous points, extraordinaire et inoubliable.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 13 janvier 2017 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur, Hob.VIIE.1 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie en ut majeur « Leningrad » op.60 ; Alison Balsom, trompette ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 dĂ©cembre 2016. Bernstein : CANDIDE, d’aprĂšs Voltaire. Francesca Zambello, mise en scĂšne. James Lowe, direction

toulouse candide duo_B6I5116Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse,Capitole, le 22 dĂ©cembre 2016. Bernstein : CANDIDE, d’aprĂšs Voltaire. Francesca Zambello, mise en scĂšne. James Lowe, direction. L’Ɠuvre de Leonard Bernstein est un chef d‘Ɠuvre inclassable. Elle contient en effet le meilleur de l’opĂ©ra, de la comĂ©die musicale, de l’opĂ©rette et du thĂ©Ăątre rĂ©unis. Bernstein l’a corrigĂ© et repris jusqu’à la veille de sa mort. Son enregistrement de 1989 nous donne la totalitĂ© de la musique composĂ©e. Cette production a fait des choix, et des coupes, correspondants Ă  la version du Royal National Theatre de 1998. Voltaire est prĂ©sent sur scĂšne ; il est trĂšs crĂ©dible sous les traits de Wynn Harmon. Cette coproduction entre New-York, Bordeaux et Toulouse est une pure merveille. L’Orchestre du Capitole, dĂšs la sensationnelle ouverture, est magnifique. Timbres rayonnants, rythmes endiablĂ©s et phrasĂ©s subtiles. Toute la magnificence d’un orchestre symphonique au service d’une partition d’une grande richesse et d’une virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e.

 

 

 

FĂȘtes de fin d’annĂ©e rĂ©ussies au Capitole
Magnifique Candide de Bernstein

 

 

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La direction de James Lowe est prĂ©cise, dramatique ; elle s’adapte, en parfaite connaissance, Ă  tous les styles de l’écriture de Bernstein. Le lien plateaux-fosse est constamment rĂ©glĂ© en finesse pour que tout avance avec panache : c’est un trĂšs beau travail musical, tout  en profondeur pour un ouvrage trĂšs exigeant. La mise en scĂšne de Francesca Zambello est d’une intelligence confondante. Il est facile de deviner que la metteure en scĂšne amĂ©ricaine aime Candide et connaĂźt la partition de Bernstein sur le bout des lĂšvres. Car dans une mise en abyme du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, avec trois fois rien comme accessoires, elle permet au spectateur de s’immerger dans les aventures picaresques de cet admirable Candide qui finit in extremis par trouver la sagesse malgrĂ© la folie et l’imbĂ©cilitĂ© intemporelle du monde. L’intelligence et le goĂ»t exquis dont elle fait preuve tout du long, le respect pour la musique comme de l’humour dĂ©licat du livret : tout fait sens. Nous lui savons grĂące d‘avoir situĂ© l’action au XVIIIĂšme siĂšcle. Pas besoin de gros traits pour comprendre tout ce qu’il y a d’exactement contemporain, ou d’éternel, dans cet ouvrage.  La sauvagerie de la scĂšne de l’autodafĂ© reste le point nodal de l’ouvrage. Oui, la foule est d’une mĂ©chancetĂ© totalement amorale

Les costumes de Jennifer Moeller sont Ă©galement simples, intelligents et beaux. Candide a un costume qui s’adapte Ă  toutes ses aventures sans vraiment changer. CunĂ©gonde reste prise dans sa robe Ă  panier et ne s’en dĂ©pouille que durant sa grande scĂšne de folie, afin qu’en sous-vĂȘtements, trĂšs digne, cela Ă©voque son statut de gourgandine. L’ensemble des figurants, danseurs et chanteurs est Ă©galement en sous–vĂȘtements comme pour signifier leur nuditĂ© d’ñme. Panglosse/Voltaire revĂȘt et enlĂšve sa superbe robe de chambre, rĂ©duite en miettes sur la galĂšre…
Les lumiĂšres subtiles de Mark McCullough, les dĂ©cors trĂšs mobiles de James Noone Eric et les chorĂ©graphies brillantissimes de Sean Fogel forment un tout d’une cohĂ©rence parfaite dans ce thĂ©Ăątre Pirandellien, qui stimule l’Ɠil, sans cesse.

JEU D’ACTEURS. Les acteurs chanteurs mettent tout leur cƓur dans la bataille. La soprano Ashley Emerson est une Cunegonde touchante et brillante. Son grand air devient une grande scĂšne de dĂ©sespoir maitrisĂ© avec vocalises, et suraigus sans failles
. soit du grand opĂ©ra romantique. La Vielle Dame de Marietta Simpson est un personnage complet de comĂ©die musicale. Son Tango est irrĂ©sistible de chic et d’humour. Wynn Harmon en Voltaire/Pangloss est un grand acteur qui chante trĂšs correctement. Sa diction claire, son ton, son style, son chic sont parfaits. La voix et le personnage de Martin, sa prĂ©sence scĂ©nique troublante, trouvent en Matthew Scollin un interprĂšte idĂ©al. Il est impossible de parler de chaque chanteur, de chaque personnage
 il y en a trop ! Tous sont soudĂ©s dans un travail dâ€˜Ă©quipe de haut vol. Les chanteurs solistes issus du chƓur du Capitole se mĂȘlent parfaitement aux chanteurs/danseurs amĂ©ricains.
Reste le cas d’Andrew Stenson en Candide. Le timbre n’est pas celui du tĂ©nor souhaitĂ© par Bernstein. La voix est sans Ă©clat, sans lumiĂšre, sonne d’avantage comme un baryton lĂ©ger. Mais l’acteur est sympathique et efficace. Les si belles mĂ©ditations et le beau lamento Ă©crits par Bernstein ne s’élĂšvent pas sur les cimes de l’émotion possible faute de clartĂ© et lumiĂšre du timbre. Ce choix est d’autant plus discutable que deux trĂšs beaux tĂ©nors auraient Ă©tĂ© ici, vocalement plus exacts. Brad Raymond, Gouverneur impayable, et surtout Andrew Maughan : Cacambo, vocal de luxe et acteur sympathique.

Au final, cette Ɠuvre magnifique mĂ©ritait de rencontrer enfin le public toulousain. Les fĂȘtes de fin d‘annĂ©e avec leur sens profond pour certains et la superficialitĂ© pour le plus grand nombre, sont en phase avec cet ouvrage hybride entre les cultures et les styles. Culture des LumiĂšres, celle du volontarisme du nouveau monde, comme de celle de l’agitation folle de la planĂšte. Entre opĂ©ra, comĂ©die musicale et opĂ©rette. Chacun peut y dĂ©guster ce qu’il prĂ©fĂšre.
Je termine sur ces mots du beau final, au sublime digne de Mozart et Richard Strauss. Il débute  a capella :

« La vie n’est  ni bonne ni mauvaise.
La vie est la vie et tous nous le savons,
Le bien, le mal, la joie et la peine
Sont finement entremĂȘlĂ©s.
Et termine Tutta Forza sur :
Nous ne sommes ni purs, ni sages, ni bons ;
Nous ferons du mieux que nous savons. »

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse ; ThĂ©Ăątre du Capitole, Le 22 dĂ©cembre 2016. Leonard Bernstein (1918-1990) : CANDIDE, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Hugh Wheeler d’aprĂšs l’oeuvre Ă©ponyme de Voltaire crĂ©Ă© le 1er dĂ©cembre 1956 au Martin Beck Theater, New York ; Nouvelle version de John Caird (version du Royal National Theatre, 1998) ; Paroles de Richard Wilbur ; Paroles additionnelles de Stephen Sondheim, John Latouche, Lillian Hellman, Dorothy Parker et Leonard Bernstein ; Francesca Zambello :  mise en scĂšne ; E. Loren Meeker, collaboration artistique Ă  la mise en scĂšne ; Eric Sean Fogel : chorĂ©graphie ; James Noone : dĂ©cors ; Jennifer Moeller : costumes ; Mark McCullough : lumiĂšres ; Nouvelle coproduction avec le Festival de Glimmerglass (New York en Juillet 2015) et l’OpĂ©ra National de Bordeaux ; avec : Andrew Stenson, Candide ; Wynn Harmon, Voltaire/Pangloss ; Ashley Emerson, CunĂ©gonde ; Marietta Simpson, La DuĂšgne ; Christian Bowers, Maximillian/RĂ©vĂ©rent-PĂšre ; Kristen Choi, Paquette ; Matthew Scollin, Martin/Jacques ; Andrew Maughan, Cacambo/Ensemble ; Cynthia Cook, Vanderdendur/La Baronne ; Brad Raymond, Le Grand Inquisiteur/Le Gouverneur ; Cole Francum, Le Roi de BaviĂšre/Un Officier français ; Brian Wallin, Le Roi de l’El Dorado/Un marin ; Anthony Schneider Un Soldat/Un Agent ; Maren Weinberger, La Femme du Pasteur/La Reine de l’El Dorado ; Corrie Stallings, Caporal ; Giovanni Da Silva, Un esclave / Ensemble ; Carlos Perez-Mansilla, un esclave/Ensemble ; Christian Lovato, Don Issacar/Le capitaine ; Laurent Labarbe, Le Baron/Un Inquisiteur ; Isabelle Antoine, Un mouton/Ensemble ; Judith Paimblanc, Un mouton/Ensemble ; Zena Baker, Olivia Barbieri, Amanda Compton Lo Presti, Daniela Guerini Rocco, Olivia Barbieri, Andrew Harper, Emmanuel Parraga, Felicity Stiverson Ensemble ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, James Lowe. Illustrations : © P. Nin / Capitole de Toulouse dĂ©cembre 2016

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky ; Garry Magee ; ChƓur Orfeon Donostiarra ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.  

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky ; Garry Magee ; ChƓur Orfeon Donostiarra ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.  Comptant sur le succĂšs public rencontrĂ© Ă  Toulouse pour le grand compositeur germanique, il a Ă©tĂ© programmĂ© deux concerts d’Un Requiem Allemand de Brahms dans la saison de l’orchestre. On ne pose plus la question, Ă  Toulouse, oui nous aimons Brahms ! L’association du ChƓur Catalan Orfeon Donostiarra et de l’orchestre du Capitole date de l’ùre Michel Plasson. Tugan Sokhiev a marquĂ© lui aussi une trĂšs grande fidĂ©litĂ© Ă  cette phalange qui d’aprĂšs lui, associe les qualitĂ©s des professionnels et des amateurs par un engagement qui s’épanouit Ă  chaque concert.

Tugan Sokhiev dans les pas de Michel Plasson ; le choeur Orfeon Donostiarra, souverain

BRAHMS, UNE PASSION TOULOUSAINE

Ce soir le chƓur a Ă©tĂ© au rendez-vous dans cette vaste partition oĂč il est le roi. Tugan Sokhiev a sculptĂ© Ă  mains nues afin d’obtenir nuances, couleurs et phrasĂ©s d’une grande subtilitĂ©. Les pupitres ont une belle homogĂ©nĂ©itĂ© et chacun avec une pondĂ©ration exacte. Un magnifique chant choral s’est dĂ©veloppĂ© tout du long avec beaucoup d’émotions. Seul petit bĂ©mol, la diction a par moments Ă©tĂ© un peu exotique. Ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas des solistes. La soprano d’origine allemande, Claudia Barainsky veille Ă  beaucoup de dĂ©licatesse dans son texte et son chant. La tristesse palpable a Ă©tĂ© trĂšs Ă©mouvante. La voix n’a peut ĂȘtre pas d’une puretĂ© angĂ©lique mais justement son incarnation vocale forte a magnifiĂ© l’expression.  Le baryton Garry Magee, Ă  la diction soignĂ©e, a la voix idĂ©ale : humaine, noble, joliment phrasĂ©e. Le timbre rayonne sans ostentation. Le texte est incarnĂ© dans ses Ă©motions contrastĂ©es et le dialogue avec le chƓur est trĂšs Ă©mouvant.
L’Orchestre du Capitole connaĂźt bien cette partition et Tugan Sokhiev l’a dĂ©jĂ  dirigĂ©e plusieurs fois. La complicitĂ© entre le chef et son orchestre permet une confiance totale. Les indications du chef sont en fait assez minimalistes envers l’orchestre.  La beautĂ© de ses gestes Ă  main nues qui sculptent avant tout la matiĂšre vocale dans l’espace est un spectacle Ă  elle seule. Les tempi sont modĂ©rĂ©s et la beautĂ© du son, la richesse des nuances et la variĂ©tĂ© des couleurs permettent Ă  la vaste partition, de dĂ©ployer ses sortilĂšges sans que le temps ne pĂšse.  Le message si humain de Brahms trouve en ses interprĂštes engagĂ©s une admirable rĂ©ussite. « Selig sind die Toten ». La mort serait presque apprivoisĂ©e
 N’en doutons pas, le lendemain le concert aura Ă©tĂ© encore plus Ă©mouvant. La nouvelle de l’attentat de Berlin alors que je termine l’écriture de cette chronique me conduit Ă  la dĂ©dier aux victimes de la patrie amie.

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 15 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Un Requiem Allemand op.45 ; Claudia Barainsky, soprano ; Garry Magee, baryton ; ChƓur Orfeon Donostiarra, chef de chƓur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Compte-rendu, spectacle. Toulouse, ThĂ©Ăątre National de Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016. Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory

Compte-rendu, spectacle. Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016. Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory ; Avec Claire LefilliĂątre ; Olivier Martin-Salvan ; Chants : extraits du Winterreise de Frantz Schubert et Kaddish de Maurice Ravel. Il n’est pas l’usage de parler d’un spectacle si inclassable sur Classiquenews. Pourtant comment nĂ©gliger un moment si intense, parfaitement Ă©quilibrĂ© entre sens profond, imagination dĂ©bridĂ©e, Ă©motions fulgurantes ? Et dans lequel la musique est si fondamentale ? Avec Claire LefilliĂątre, hors du cadre habituel de la musique baroque.

AurĂ©lien Bory avait magnifiquement mis en scĂšne le ChĂąteau de Barbe Bleu et le Prisonnier pour l’ouverture de la saison 2015 -2016 du Capitole. Nous en avions rendu compte dans ces colonnes (Dallapicola : Le Prisonnier / Bartok : Le chĂąteau de Barbe-Bleue, octobre 2015). Espeace fait suite Ă  cette premiĂšre production d‘opĂ©ra, en faisant radicalement rupture avec le travail antĂ©rieur d’AurĂ©lien Bory. Le mĂȘme rapport Ă  l’Espace rapproche la mise en scĂšne des deux opĂ©ras et ce spectacle. Les voix d’opĂ©ra aussi. Je propose de nommer ce chef d’Ɠuvre comme d’une hybridation parfaitement rĂ©ussie entre tous les arts de la scĂšne : thĂ©Ăątre, chant, cirque, athlĂštes volants, danse, contorsionnistes.

 

 

 

Tout Perec : beau, intelligent, Ă©mouvant

 

 

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Ce spectacle avait Ă©tĂ© montrĂ© sous forme de trois brouillons et une prĂ©-reprĂ©sentation Ă  Toulouse durant l’annĂ©e 2016. Il a ensuite Ă©tĂ© crĂ©e au festival d’Avignon cet Ă©tĂ©. Depuis il tourne dans toute la France et fait une halte de 5 jours Ă  Toulouse. L’univers artistique de Georges Perec est intellectuellement brillant, plĂ©thorique, protĂ©iforme voire en forme de palimpseste. Loin de chercher dans ses mots si saillants le noyau de son Ɠuvre, AurĂ©lien Bory a rĂ©ussi l’impossible, l’impensable, l’irreprĂ©sentable. Il est arrivĂ© Ă  penser l’univers affectif et mental de Perec sans textes dits 
 Et c’est ainsi qu’en Ă©tant fidĂšle Ă  l’esprit et en se passant de la lettre que nous avons sous les yeux, en nos oreilles et notre cƓur, la douleur qui permettra Ă  Georges Perec de devenir cet Ă©crivain si singulier et si incontournable. Il s’agit d’un travail de deuil Ă  la fois impossible et rĂ©ussi : la recherche d’une trace, d’une preuve, de la disparition de sa mĂšre. Seul un certificat de dĂ©cĂšs lui sera donnĂ© Ă  ses 20 ans pour lui « prouver », du moins symboliquement, la mort de sa «  vraie » mĂšre en camps de concentration. La date retenue Ă©tant celle de son enlĂšvement. C’est ainsi qu’au centre du spectacle se trouve cette scĂšne hallucinante en « Kabuki » germanique d‘Olivier Martin-Salvan. Il est Georges Perec enfant, avec sa mĂšre au moment oĂč elle le met dans le train pour son dĂ©part en zone libre. Elle sauva la vie de son fils mais n’eut pas le temps de le rejoindre. En acteur sublime, Olivier Martin-Salvan est Ă  la fois tragique, bouleversant et irrĂ©sistiblement drĂŽle. Selon les soirs, le public rit ou reste muet de douleur.

Mais avant tout cela, avant ce cƓur de vie et d’Ɠuvre de Perec, nous aurons dĂ©gustĂ© la beautĂ© et la douceur de cintres permettant Ă  trois gymnastes de nous faire croire que la vie est un long fleuve tranquille en deux dimensions et sans conflits. C’est la venue du mur de scĂšne vers l’avant, dans un bruit assourdissant, tout un jeu d’écrasement, de rĂ©sistance, d’escalade, de pliure du mur qui fait comprendre que la vie est pleine de chocs et de dangers, en  trois dimensions. ReprĂ©sentant un L, puis un S et enfin un W, le mur de la rĂ©alitĂ© sur laquelle chacun se cogne prend les lettres, signifiants maitres pour Perec : le S de SS et surtout le W de Auschwitz
 c’est dans l’entrejambe de ce W, reprĂ©sentant l’enfer du camp de la mort, que Guilhem Benoit, en une escalade folle d’angoisse et terriblement expressive, puis une chute abandonnique de la hauteur des cintres, au bruit terrible, nous prend aux tripes par ce sentiment de mort imparable, imminente.

Le pauvre Perec (Olivier Martin-Salvan ) finira seul Ă  chercher cette trace de l’impossible. A force de triturer sa cervelle, le phosphore en jaillira qui permettra en une image d’une beautĂ© fulgurante de voir cette mĂšre noyĂ©e au milieu des eaux Ă©ternelles et des autres hommes indiffĂ©rents. Le pas vers la page blanche fait le lien avec l’écriture du dĂ©but. Et les premiers mots : J’écris 
 ; J’écris : j’écris
 ;  J’écris : “ j’écris
” ; J’écris que j’écris


 

Dans cette construction, la musique a un rĂŽle consolateur presque douloureux que n’aurait pas reniĂ© Pascal Quignard. Le bruit trĂšs prĂ©sent, les murs en particulier, rendra la musique plus belle encore par le silence qui la borde. La voix de Claire LefilliĂątre a capella est source d’une beautĂ© immanente avec son allure de mĂšre Ă©ternellement jeune et belle, d’une tristesse insondable. Le Leirmann (le joueur de viole) est le dernier lied du Voyage d’Hiver. Cela permet de remonter le temps, et d’autres lieder du Voyage d’Hiver parleront de pas dans la neige, de chemin dĂ©sirĂ© et introuvable, de repos espĂ©ré  Autant d’essai d’idĂ©alisation de cette mĂšre capturĂ©e par l’histoire. Le personnage incarnĂ© scĂ©niquement par Claire LefilliĂątre est cette femme affolĂ©e, dĂ©sespĂ©rĂ©e, rĂ©voltĂ©e ou rĂ©signĂ©e, ballotĂ©e, perdue. BaladĂ©e dans le chaos organisĂ© de l’Allemagne nazi et de la France collabo qui tourne en rond pour mieux tuer. Les images sont fortes, dans leur puissante intĂ©gration du rĂ©el, de l’imaginaire et du symbolique permettant Ă  chacun, afin d’échapper au rĂ©el si destructeur d’imaginer et de croire Ă  un sens de ce qu’il voit.

A la toute fin du spectacle, lorsque dans le phosphore de l’intense activitĂ© intellectuelle de Perec, se crĂ©ent les lettres de son texte : dire, Ă©crire, rĂ©Ă©crire, cri, Olivier Martin-Salvan  entonne de sa voix claire de tĂ©nor, toujours a capella, le Kaddisch de Maurice Ravel. Une fois le silence venu, enfin, c’est la voix de Claire LefilliĂątre qui nous bouleverse avec cette mĂȘme mĂ©lodie qui symbolise l’écriture, dans sa dimension sacrĂ©e comme ludique. Ecrire c’est la salvation que Perec a utilisĂ© pour lutter contre la douleur et la folie. L’écran de projection s’efface, disparaĂźt en page blanche, qui permet l’écriture. Nous assistons Ă  la naissance d’un Ă©crivain : Georges Perec. Dont la phrase la plus importante avait Ă©tĂ© faite par des livres sur un mur  en dĂ©but de spectacle : Vivre c’est passer d’un espace Ă  un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner.

Le gĂ©nie crĂ©ateur d’AurĂ©lien Bory est immense. Il nous a permis de vivre cette crĂ©ation de l’écrivain Perec dans la plus extrĂȘme douleur, avec les seuls moyens de l’espace du thĂ©Ăątre sans texte mais avec la musique. L’expĂ©rience est inoubliable.

 

 

 

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Compte-rendu, spectacle. Toulouse, ThĂ©Ăątre National de Toulouse, le 13 dĂ©cembre 2016.  Espaece d’aprĂšs EspĂšces d’espaces de George Perec. Conception, scĂ©nographie et mise en scĂšne : AurĂ©lien Bory ; Avec Claire LefilliĂątre ; Olivier Martin-Salvan ; Guilhem Benoit ; Mathieu Desseigne Ravel ; Katel Le Bren/Lise Pauton ; Collaboration artistique : TaĂŻcyr Fadel ; CrĂ©ation lumiĂšre : Arno Veyrat ; Composition Musicale : Joan Cambon ; DĂ©cor : Pierre Dequivre ; Automatismes : Coline FĂ©ral ; Costumes : Sylvie Marcucci et Manuela Agnesini ; Chants : Winterreise de Frantz Schubert (1797-1828) et Kaddish de Maurice Ravel (1875-1937).

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 décembre 2016. Johannes Brahms : Concerto pour piano n°2 ; Symphonie n°2 ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myng-Whun Chung, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 dĂ©cembre 2016. Johannes Brahms / Nicholas Angelich, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myng-Whun Chung, direction. Salle comble pour ce concert au programme aussi exigeant pour les interprĂštes que facile d’écoute pour le public. L’association du DeuxiĂšme Concerto pour piano et de la DeuxiĂšme Symphonie de Brahms a de quoi faire aimer Johannes, des plus rĂ©calcitrants. Nicholas Angelich est un pianiste trĂšs aimĂ© des toulousains qui le connaissent bien et apprĂ©cient ses qualitĂ©s de grand musicien aux doigts intrĂ©pides. Son jeu, ce soir, a Ă©tĂ© souple et prĂ©cis comme de bien entendu. Les nuances creusĂ©es au plus profond, un arc en ciel de couleurs et des phrasĂ©s dans lesquels les muses respirent elles-mĂȘmes. Technique impeccable, jeu inspirĂ© comme Ă  chaque fois mais ce soir, un vrai bonheur Ă  jouer avec des sourires (!) et de l’humour dans le final. Le bonheur du pianiste avait en miroir un chef on ne plus inspirĂ© et gourmand de musique. Myng-Whun Chung dirige par cƓur une partition dont il dĂ©taille chaque moment, tout en construisant un panorama sonore trĂšs charpentĂ©. Il a des gestes minimalistes, mais Ă©galement, soudainement, des moments de fiĂšvre et de tension, comme habitĂ© par une vie intĂ©rieure Ă  l’énergie infinie. Le premier mouvement est impĂ©tueux, le deuxiĂšme, passionnĂ©. Les deux artistes se trouvant dans une communautĂ© musicale totale.

Mais c’est dans le troisiĂšme mouvement, Andante, que l’alchimie crĂ©Ă©e par le soliste, le chef et l’orchestre, tient du sublime. Le solo de violoncelle arracherait des larmes Ă  des pierres. Le chant sublime d’Eric Levionnois au violoncelle met l’écoute de Nicholas Angelich en Ă©veil de maniĂšre incroyable. Le hautbois, la clarinette chantent en chambristes sublimes. Comme timidement devant tant de lyrisme, le pianiste semble ensuite tourner autour, avec admiration et Ă©motion avant qu’unis, leur chant commun, les amĂšne Ă  un degrĂ© de fusion sonore inouĂŻ. Une telle musicalitĂ© au sommet est inoubliable. Maestro Chung a le visage comme illuminĂ© par cette beautĂ© si intense. Le final sera le moment de partage complet, enthousiaste, avec des fous-rires musicaux entre le chef et le pianiste. Jamais un tel bonheur en musique n’avait gagnĂ© notre pianiste si sensible. L’enthousiasme, qu’une telle interprĂ©tation fait naĂźtre, permet au public d’exulter en applaudissements nourris.

Le bis proposĂ© par Nicholas Angelich a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. Un extrait des ScĂšnes d‘enfant de Schumann, lui qui encouragea tant Brahms, ne pouvait mieux convenir. Et le choix de TrĂ€umerei, « RĂȘverie », nous a touchĂ© tout particuliĂšrement. Dans un tempo trĂšs Ă©tirĂ©, Nicholas Angelich a Ă©tĂ© un poĂšte magicien partageant son inspiration Ă  cƓur ouvert.

chung_myung-whunEn deuxiĂšme partie de concert, toujours sans partition sous les yeux, Myng-Whun Chung, a dirigĂ© avec peu de gestes, la Symphonie n°2 aux proportions si vastes. Son engagement mĂ©ditatif est si intense qu’il emporte le public dans un voyage Ă  la beautĂ© inoubliable. Les tempi sont larges mais l’avancĂ©e constante fait passer toute l’Ɠuvre comme un rĂȘve dont la sortie est regrets Ă©ternels. Que dire de plus, ce Brahms est amour de la musique, amour de la vie. Il n’est pas possible de rĂ©sister Ă  sa force tellurique. Les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France sont Ă  la fois d’une noblesse et d’une soliditĂ© rares (les cordes !) mais chaque solo a Ă©tĂ© un grand moment de dĂ©licatesse musicale. Nous avons parlĂ© du violoncelle solo, mais le hautbois, la clarinette, la flĂ»te et les cors ont Ă©tĂ© des partenaires d’une mĂȘme haute musicalitĂ©. La confiance entre celui qui a Ă©tĂ© durant 15 ans leur chef et son orchestre, explique le peu de gestes de Myng-Whun Chung. Les yeux fermĂ©s Ă  certains moments, il semble habitĂ© par la symphonie et la crĂ©er sous nos yeux, suivi comme un seul homme par tout l’orchestre. Brahms en majestĂ© et force de vie ce soir par des interprĂšte de toute premiĂšre grandeur en Ă©tat de grĂące. Inoubliable !!!

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 10 Décembre 2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2, en si bémol majeur, op. 83 ; Symphonie n°2 en ré majeur, Op.73 ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre  Philharmonique de Radio France ; Myng-Whun Chung, direction.

Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Tallis ; Taverner ; Holborne ; Byrd. MaĂźtrise de Toulouse, Les Sacqueboutiers de Toulouse.

Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Thomas Tallis ; John Taverner ; Anthony Holborne ; William Byrd ; Matthew Locke ; Orlando Gibbons ; Peter Philips ; Thomas Weelkes. La Maitrise de Toulouse, Conservatoire de Toulouse : direction, Mark Opstad ; Les Sacqueboutiers, ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Direction artistique : Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle. Direction, Mark Opstad. Pour leur deuxiĂšme concert de la saison, Les concerts au MusĂ©e, ont investi la trĂšs belle Ă©glise Saint-ExupĂšre. RĂ©unissant deux ensembles toulousains de premiĂšre grandeur, qui fĂȘtent ainsi leurs anniversaires : 10 ans pour la MaĂźtrise du Conservatoire, 40 ans pour les Sacqueboutiers. Le public est venu : il a rempli la nef, oĂč l’acoustique permet une Ă©coute de qualitĂ© jusqu’aux derniers rangs du fond. Un trĂšs beau programme, extrĂȘmement homogĂšne, tout en Ă©tant trĂšs variĂ©, a enchantĂ© le public. DĂšs la premiĂšre piĂšce de Tallis et Taverner, une vĂ©ritable magie sonore envoĂ»te l’auditeur. La spatialisation, la beautĂ© sublime des voix d’enfants, soutenue par les jeunes pages, tĂ©nors de grĂące et barytons Ă©lĂ©gants, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, tout a Ă©voquĂ© un concert des 
 anges. La dĂ©licatesse des cornets Ă  bouquin et la belle couleur des saqueboutes ont ensuite enrichis la spacialisation : ils ont apportĂ© plus de profondeur d’expression au chant.

Mes aïeux, que c’est beau !

 

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La musique anglaise du 16 Ăšme siĂšcle flotte dans l’espace et jamais ne s’appuie sur le sol. Tout est Ă©lĂ©vation, dĂ©licatesse, Ă©quilibre parfait entre les diffĂ©rentes voix.  Des piĂšces instrumentales cornets et saqueboutes ou orgue seule ont permis de mieux apprĂ©cier la virtuositĂ© des instrumentistes. Mais ce sont bien les enfants de la MaĂźtrise de Toulouse qui ont apportĂ© une magie sublime. Le travail de Mark Opstad depuis dix ans  porte de magnifiques fruits. PuretĂ© des voix oĂč l’air lĂ©ger permet Ă  une Ă©motion indicible de gagner l’auditeur, admirables phrasĂ©s, dĂ©licatesse des nuances et petits soli sortis du chƓur qui invitent Ă  l’admiration pour de probables futurs solistes, dĂ©jĂ  tout Ă  fait accompli en ce cocon prometteur. Mark Opstad sait transmettre sa flamme et sa passion. Le travail doit ĂȘtre colossal, la patience et la dĂ©termination Ă©galement, pour arriver Ă  cette perfection. J’ai retrouvĂ© l’émotion si belle et si particuliĂšre que j’avais dĂ©couverte Ă  ce niveau d’excellence, Ă  Versailles avec les Pages et les Chantres dirigĂ©s si admirablement par l’excellent Olivier Schneebeli.
Quand on sait qu’une menace pĂšse sur l’annexe du collĂšge Michelet qui jouxte le conservatoire de Toulouse et un amĂ©nagement d’horaires permettant un tel engagement et cette excellence
 on reste pantois devant la violence administrative barbare de bĂȘtise qui sous-tend un tel projet… DĂ©truire un si fragile Ă©quilibre ; mais au nom de quelle idĂ©ologie ? Demander des dĂ©placements compliquĂ©s Ă  des Ă©lĂšves motivĂ©s pour un travail d’une telle exigence et au rĂ©sultat si merveilleux dĂ©passe l’entendement.
Cette ombre a pesĂ© mais n’a pas empĂȘchĂ© le public de dĂ©guster un moment de pure magie sonore et Ă©motionnelle. Les Saqueboutiers eux-mĂȘmes semblaient particuliĂšrement admiratifs du chant des enfants de la MaĂźtrise. Eux qui jouent avec les meilleurs ensembles mondiaux  depuis 40 ans savent ce qu’est la beautĂ© musicale


La MaĂźtrise du Conservatoire de Mark Opstad fĂȘte elle ses dix ans, espĂ©rons que rien ne fauchera cette belle jeunesse !  En bis le sublime et si dĂ©licat Ave Verum de Byrd a prolongĂ© l’apesanteur de cette « floating music ». Byrd est peut ĂȘtre le compositeur le plus emblĂ©matique de cette riche pĂ©riode musicale anglaise des Queens Mary et Elisabeth ; quelle variĂ©tĂ© et quelle unitĂ© tout Ă  la fois chez ces admirables anglais ! Un trĂšs beau concert, angĂ©lique et Ă©galement trĂšs incarnĂ©, magique en somme !

 
 
 

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Compte-rendu concert. Toulouse, Eglise Saint-ExupĂšre, le 7 dĂ©cembre 2016 ; Queen’s Music pour l’avant et NoĂ«l ; Thomas Tallis (1505-1585) : Audivi vocem de caelo ; John Taverner (1490-1545) : Audivi vocem de caelo ; Anthony Holborne (1545-1602) : Pavans, Galliards, Almains, and other short Æirs : Muy linda, The Fruit of Love, The Choice, Wanton ; William Byrd (1540-1623) : Propres pour l’Avent : Tollite portas, Rorate caeli, Ave Maria, Ecce virgo concipiet, Laetentur coeli, Beata viscera, Memento salus ; Matthew Locke (1621-1677) : Music for His Majesty’s Sackbuts and Cornetts (1661) : Air, Courante, Sarabande, Allemande ; Orlando Gibbons (1583-1625) : Magnificat , Fantasia of four Parts (orgue) ; Peter Philips (1561-1628) : O beatum et sacrosanctum diem , Ave Regina caelorum, Alma redemptoris mater ; Thomas Weelkes (1576-1623) : Gloria in excelsis Deo. La Maitrise de Toulouse, Conservatoire de Toulouse : direction, Mark Opstad ; Les Sacqueboutiers, ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Direction artistique : Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle. Direction, Mark Opstad.

Illustration : © Pierre Mey

 
 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction. Le concert a fait salle comble pour faire honneur au chant choral. DĂšs les premiĂšres mesures de la Messe en Ut de Beethoven dans une trĂšs belle concentration, l’émotion a gagnĂ© le public. Petite cousine de la Missa Solemnis, cette Messe en Ut, premiĂšre messe composĂ©e par Beethoven, est pleine de charmes.

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 Les proportions sont agrĂ©ables et la variĂ©tĂ© des interventions entre chƓur et solistes permet une avancĂ©e facile Ă  travers l’Ɠuvre. Avec un sentiment recueilli et plein d’admiration pour cette belle partition, la direction Ă©lĂ©gante d’Alfonso Caiani a parfaitement mĂ©nagĂ© les Ă©quilibres. Le chƓur du Capitole depuis la nomination d’Alfonso Calais, comme directeur du chƓur en 2009, est Ă  prĂ©sent arrivĂ© Ă  un Ă©quilibre enviable en termes d’homogĂ©nĂ©itĂ©, de d’unitĂ©, de nuances. Il est capable Ă  chaque production d’OpĂ©ras d’interventions remarquables et dĂ©fend toute partition chorale avec panache (souvenons nous des VĂȘpres de la Vierge de Monteverdi en 2010).

Au Capitole pour Noël : la vigueur du chant choral

Une belle concentration et une belle émotion ont donc été au rendez vous pour cette Messe en ut de Beethoven. Les solistes, Anaïs Constant, Yete Queiroz, François Rougier et Aimery LefÚvre, jeunes et belles voix, on fait honneur à leurs interventions.

En deuxiĂšme partie de concert, la MaĂźtrise a fait son entrĂ©e, elle est Ă©galement dirigĂ©e par Alfonso Caiani. Le maestro avait ainsi sous sa direction toutes ses troupes. Les arrangements musicaux de nombreux chants traditionnels de NoĂ«l ont mis en valeur de belles couleurs orchestrales et vocales. Peut ĂȘtre la MaĂźtrise aurait pu ĂȘtre d’avantage mise en valeur avec une coloration plus angĂ©lique. Le plaisir Ă  chanter ensemble et la complicitĂ© avec l’orchestre a Ă©tĂ© un facteur de belle amitiĂ© et de partage avec le public. Un mot sur le jeune Orchestre Mozart de Toulouse qui a Ă©tĂ© trĂšs engagĂ© et trĂšs rĂ©actif. Un bel avenir est promis Ă  cette formation.

Le public a été comblé et a fait un grand succÚs aux musiciens et aux chanteurs. Alfono Cainai semblait trÚs heureux de ce beau moment de chant dans lequel la vigueur et la tenue ont été main dans la main.

Compte-rendu, concert. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 dĂ©cembre 2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en ut op.86 ; Chants traditionnels de NoĂ«l ; AnaĂŻs Constant, soprano ; Yete Queiroz, mezzo soprano ; François Rougier, tĂ©nor ; Aimery LefĂšvre, baryton ; ChƓur et Maitrise du Capitole ; Orchestre Mozart de Toulouse ; Alfonso Caiani, direction.

Compte -rendu concert. Toulouse,le 3 décembre 2016. Mendelssohn: Elias. Stéphane Degout,Ensemble Pygmalion ; Raphaël Pichon

Compte -rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le samedi 3 dĂ©cembre 2016. FĂ©lix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Elias. StĂ©phane Degout, baryton ; Ensemble Pygmalion ; RaphaĂ«l Pichon, direction. Concert absolument majeur ce soir. RaphaĂ«l Pichon et son Ensemble Pygmalion abordent un monument romantique avec toutes les qualitĂ©s hĂ©ritĂ©es de leur longue pratique de JS Bach. On sait le rapport si riche entre la musique de Bach et celle de FĂ©lix Mendelssohn, lui qui rĂ©habilita les Passions en une pĂ©riode d’oubli. Cet oratorio, Elias, est un chef d’Ɠuvre mal connu. Fresque thĂ©Ăątrale et grandiose de l‘histoire biblique, il souffle un vent du dĂ©sert Ă©pique sur cette partition. Le dĂ©but abrupt sur un rĂ©cit du baryton prĂ©cĂšde la vaste ouverture. Le  choeur a un rĂŽle considĂ©rable, il sait gronder, implorer, prier. Les personnages se dĂ©veloppent, prennent vie.

Sa majesté ELIAS par Raphaël Pichon

PICHON-raphael-_-portrait_pichon-raphaelRPichon_by_Manuel_BraunRaphaĂ«l Pichon dirige ses forces avec souplesse et obtient, nul ne sait comment, une extraordinaire grandeur qui toujours s’élĂšve et s’allĂšge. Jamais rien de grandiloquent mais toujours de la majestĂ© et de l’élĂ©gance. Le thĂ©Ăątre de la vie d’Elias entre grandeur, chute et Ă©lĂ©vation est romantique. Les moyens orchestraux, vocaux et choraux sont somptueux. Chacun ce soir est parfait. L’orchestre sur instruments d’époque est d’une richesse de couleurs inimaginable. Les nuances sont subtilement amenĂ©es, ou vont vers des contrastes saisissants. Les chƓurs ont une prĂ©sence, une diction impeccable. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des pupitres est spectaculaire; la beautĂ© des voix est de chaque instant. Le chƓur final laisse les spectateurs pantois. Les solistes sont incarnĂ©s et parfait de timbre, de texte et de ligne de chant. StĂ©phane Degout dans une voix Ă  la beautĂ© troublante incarne un Elias inoubliable. Julia Kleiter a une voix fruitĂ©e et ronde qui coule dans des phrasĂ©s sublimes. AnaĂŻk Morel sait tenir de l’ange comme du dĂ©mon. Sa courte intervention en reine colĂ©rique est un moment de pur thĂ©Ăątre. Robin Tritscher a une superbe voix de tĂ©nor, claire et ferme. Sa prĂ©sence est lumineuse. Les chanteurs sortis du chƓur ont des voix magnifiques et une prĂ©sence incroyable.
Nous ne mĂ©nagerons aucun compliment Ă  ce fabuleux travail d’équipe portĂ© par RaphaĂ«l Pichon. Ce musicien si douĂ© est surtout un infatigable travailleur. L’énergie qu’il dĂ©gage dans sa direction galvanise ses troupes. Il Ă©vangĂ©lise afin de nous convaincre de la beautĂ© sublime de cette partition. Il fait percevoir combien il sait oĂč Mendelssohn veut aller dans cette vaste fresque. Aucun temps mort, aucune baisse de thĂ©ĂątralitĂ©, toujours des phrasĂ©s souples qui avancent, avancent 

Le public, hĂ©las pas assez nombreux, a vĂ©cu ce concert comme un choc heureux. Une Ɠuvre immense interprĂ©tĂ©e par des artistes non moins immenses. De grands interprĂštes oui assurĂ©ment !

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le samedi 3 décembre 2016 ; Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847): Elias, Oratorio , op.70 ; avec : Stéphane Degout, baryton; Julia Kleiter, soprano ;Robin Tritschler, ténor ; Anaïk Morel, mezzo-soprano ; Judith Fa, soprano ; Ensemble Pygmalion ; Raphaël Pichon, direction.

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Théùtre du Capitole, le 25 novembre 2016 . Rossini : Le Turc en Italie. Emilio Sagi : mise en scÚne ; Attilio Cremonesi, direction musicale

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 novembre 2016 . Rossini : Le Turc en Italie. Emilio Sagi : mise en scĂšne ; Attilio Cremonesi, direction musicale. Cette production est fraiche et bien Ă©levĂ©e. Sans aucun excĂšs de mise en scĂšne, sans partis pris hasardeux ; nous voilĂ  devant un honnĂȘte travail qui permet Ă  la partition de s’envoler et aux voix de briller dans un bel Ă©crin. DĂšs l’ouverture, nous savons que l’Orchestre du Capitole est en pleine santĂ© avec des solistes au cor et Ă  la trompette parfaits d’élĂ©gance. Attilio Cremonesi, dont nous avions apprĂ©ciĂ© la direction dans la trilogie Da Ponte-Mozart, dirige avec Ă©nergie et fougue, une partition plus subtile qu’il n’y paraĂźt. L’équilibre avec les voix est idĂ©al, et les grands ensembles, surtout le premier final glorieux, sont Ă©quilibrĂ©s. La mise en scĂšne d’Emilio Sagi est habile, idĂ©alisant une transposition discrĂšte dans les annĂ©es soixante, aux belles robes et costumes souples. Les couleurs sont fraiches et le dĂ©cor de Daniel Bianco  suggĂšre une Naples intemporelle.

Un Turc bien sous tous rapports

 

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La direction d’acteur est pleine de vivacitĂ© y compris pour le chƓur trĂšs mobile et toujours bien chantant. Chaque chanteur a un physique agrĂ©able et possĂšde la jeunesse du rĂŽle. Pietro Spagnoli est un Selim de grande classe vocale et scĂ©nique. Il a tout pour ĂȘtre un Selim parfait. La Fiorilla de Sabina PuĂ©rtolas est une pin-up de charme Ă  la voix agile mais peu agrĂ©able de timbre. Son Ă©poux est habile comĂ©dien autant qu’elle. Leur duo sur le scooter est impayable. La voix d’Alessandro Corbelli accuse habilement le poids des ans et l’art du chanteur est suprĂȘme. Le « vieux mari » est vif , il est loin d’ĂȘtre un barbon.

Le reste de la distribution est plus exotique. Zheng Zhong Zhou est un Prosdocimo vocalement appliquĂ© et scĂ©niquement volontaire, mais ce rĂŽle d’entremetteur si « Italien » ne lui est pas trĂšs naturel. En amoureux jaloux le tĂ©nor chinois Yijie Shi, a certes un physique de jeune premier, mais la technique vocale semble un peu forcĂ©e. Il est d’ailleurs bien plus Ă  l’aise dans son deuxiĂšme air de colĂšre que dans la douceur de l’amoureux Ă  l’acte I. La duretĂ© du timbre s’amenuise au cours de la soirĂ©e. L’autre tĂ©nor, Anton Rositskiy en  Albazar, est bien plus suave et sucrĂ© de timbre et dans son air pyrotechnique, il assure crĂąnement une tessiture brillante. Et pourquoi ne pas inverser ces deux tĂ©nors pour l’”italianitĂ©” plus grande du Latin Lover de Fiorilla

La Zaïda de Franziska Gottwald sait en imposer face à Fiorilla justement, pour reconquérir son Turc mais là aussi le timbre est peu agréable, trop peu italien.
Si les voix ont toutes su rendre hommage Ă  la si dĂ©licate technique rossinienne ce sont surtout les qualitĂ©s scĂ©niques des chanteurs qui crĂ©ent une belle unitĂ©. Au final, la modestie de la mise en scĂšne, – qui cĂ©lĂšbre le portrait de Rossini sur scĂšne, la main de fer dans un gant de velours d’Attilio Cremonesi et la perfection chorale et orchestrale des forces capitolines qui entrainent le succĂšs public de ce trĂšs agrĂ©able spectacle.

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 25 novembre 2016 ;  Gioacchino Rossini (1792-1868) : Le Turc en Italie, opĂ©ra en deux actes sur un livret de Felice Romani crĂ©Ă© le 14 aoĂ»t 1814 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production avec le ThĂ©Ăątre municipal de Santiago du Chili et l’OpĂ©ra d’Oviedo. Emilio Sagi : mise en scĂšne ; Daniel Bianco : dĂ©cors ; Pepa Ojanguren : costumes ; Eduardo Bravo : lumiĂšres ; Avec : Pietro Spagnoli,  Selim ; Sabina PuĂ©rtolas,  Fiorilla ; Alessandro Corbelli, Don Geronio ; Yijie Shi, Narciso ; Franziska Gottwald, Zaida ; Anton Rositskiy, Albazar ; Zheng Zhong Zhou, Prosdocimo ; Orchestre National du Capitole ; Choeur du Capitole, Alfonso Caiani  direction. Direction musicale : Attilio Cremonesi, direction musicale.

Illustration : © P. Nin

Compte-rendu, concert. Toulouse, Eglise Saint JérÎme, le 16 novembre 2016. Le Concert des Nations ; Les Gouts réunis 1600-1800 ; Jordi Savall, viole de gambe et direction.

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesMUSICIENS PHILOSOPHES AUTOUR DE JORDI SAVALL
 Ce concert d’ouverture de la saison 2016-2017 des Concerts au MusĂ©e, ne pouvait trouver de meilleurs auspices que les talents rĂ©unis par Jordi Savall et ses amis-partenaires du Concert des Nations. En effet, dans la pĂ©riode troublĂ©e que nous vivons, rappeler que l’union europĂ©enne des musiques est une idĂ©e de François Couperin datant de 1727 avec son recueil des GoĂ»ts rĂ©unis est rĂ©confortante. Jordi Savall en reprend le titre pour son concert en Ă©largissant le cadre musical, de 1600 Ă  
1800.
Ce soir France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne, en paix et avec beaucoup de panache cĂ©lĂšbrent la musique instrumentale dans plusieurs Suites extraites d’Ɠuvres plus vastes ou des Sonates. L’originalitĂ© de chaque composition Ă©clate au contact des autres dans un bonheur de chaque instant toujours renouvelĂ©.
Le panache de la suite du Bourgeois Gentilhomme de Lully est une introduction de choix avec sa cĂ©lĂšbre marche de la cĂ©rĂ©monie des Turcs. Johann RosenmĂŒller avec une ampleur des sonoritĂ©s et du style permet d’élargir le propos. Mais ce sont les subtils dĂ©calages et les contretemps de Purcell qui touchent par une apesanteur bien agrĂ©able, donnant envie de danser. La riche orchestration de Rameau dans la suite des Indes Galantes, si colorĂ©es, montre une science de composition et des contrastes, trĂšs nouvelle. C’est la dĂ©licatesse des deux piĂšces de l’espagnol De Hita qui sont la trouvaille la plus dĂ©licatement poĂ©tique du concert. Un autre monde de pure poĂ©sie, des rĂȘves dĂ©licatement heureux s’ouvrent sous les doigts magiques des instrumentistes dans des nuances d’une grande subtilitĂ©.
Pour finir la Musica Notturna di Madrid de Luigi Boccherini est une Ă©vocation impressionniste avant l’heure avec une audace de composition dont Boccherini Ă©tait parfaitement conscient lui qui n’a pas voulu les publier de son vivant. Quelle fantaisie, quel humour, quelle vie ! Jordi Savall et ses complices composant l’ensemble du Concert des Nations ont choisi une dimension chambriste ce soir qui convenait admirablement Ă  l’église Saint JĂ©rĂŽme. Il est impossible de dĂ©tailler le talent de chaque musicien, chacun se dĂ©guste ! La complicitĂ© entre eux, leurs Ă©changes de sourires pleins d’admiration rĂ©ciproque, la qualitĂ© de l’écoute de ceux qui ne jouaient pas Ă  certains moments, leur bontĂ© humaine dĂ©celable Ă  chaque instant ont crĂ©e une ambiance de paix et d’échanges comme dans la fresque des philosophes de l’école d’AthĂšnes par RaphaĂ«l. Tous ces admirables musiciens, virtuoses autant que poĂštes sont traversĂ©s par une foi en l’humain, une croyance incarnĂ©e en l’échange de bonne volontĂ© Ă  travers tous les peuples. Cela  apporte un message de paix et de beautĂ© inoubliable. Ainsi la musique peut faire la paix dans le monde !

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Compte-rendu, concert. Toulouse, Eglise Saint JĂ©rĂŽme, le 16 novembre  2016. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Suite du « Bourgeois Gentilhomme » ; Johann RosenmĂŒller (ca.1619-1684) : Sonata Nr. IX Ă  5 ; Henry Purcell (1659-1695) : Suite de « The Fairy Queen » ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Suite « des Indes Galantes » ; Antonio Rodriguez de Hita (1724-1787) : Musica sinfonica dividida en canciones ; Luigi Boccherini (1743-1805) : La Musica Notturna di Madrid ;  Le Concert des Nations : Manfredo KrĂŠmer et Mauro Lopes, violons ; Angelo Bartoletti, viola da braccio ; BalĂĄzs MĂĄtĂ©, violoncelle ; Xavier Puertas, violone ; Luca Guglielmi, clavecin ; Pedro Estevan, percussions ; Xavier DĂ­az-Latorre, thĂ©orbe et guitare ; Jordi Savall, viole de gambe et direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, Opéra-Ballet en cinq entrées sur un livret de Houdar de la Motte, extraits ; Ensemble et Orchestre Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction.

CONVAINCANTE RESURRECTION. AprĂšs l’AcadĂ©mie des Sacqueboutiers la semaine derniĂšre et leur concert dont nous avons rendu compte dans la foulĂ©e, c’est Michel Brun et l’Orchestre et le ChƓur Baroque de Toulouse qui on proposĂ© une journĂ©e autour d’un autre beau projet artistique lequel s’est couronnĂ© par un concert faisant salle comble Ă  l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines.

lebrun dupouy triomphe des arts compte rendu critique opera ballet classiquenews concert-dupuy-696x451Une journĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e aux tĂ©moignages des arts Ă  Toulouse au XVIII iĂšme siĂšcle Ă  propos de la parution d’un livre contenant deux CD consacrĂ©s Ă  Bernard-Aymable Dupuy et son Triomphe des Arts. Le livre met en perspective cet opĂ©ra-ballet de 1733 avec la vie artistique du Toulouse du XVIII iĂšme siĂšcle. On sait combien la chape de plomb imposĂ©e par Lully, surintendant de la Musique Royale, sur tout le territoire français, a bridĂ© bien des compositeurs jusqu’aprĂšs sa mort. Le toulousain Bernard-Aymable Dupuy a eu l’audace de composer un OpĂ©ra-Ballet en cinq entrĂ©es selon le canon parisien; de le faire reprĂ©senter Ă  Toulouse en 1733, nul de sait plus trĂšs bien ou ni comment
  cela est d’autant plus Ă©trange qu’il Ă©tait ĂągĂ© de 26 ans et que le reste de sa carriĂšre sera ensuite presque entiĂšrement religieuse. L’ambition, voir le culot de ce jeune musicien est incroyable. Sa musique sonne particuliĂšrement habile, pleine de tous les charmes de l’époque. Maillon entre Lully et Rameau, entre l’Europe  Galante de Campra et les Indes Galantes de Rameau, il a su Ă©crire une Ɠuvre digne de la Capitale. ChƓurs Ă  grands et petits effectifs, rĂ©citatifs souples, airs variĂ©s, duos, effets dramatiques, humour, danses rythmĂ©es et entraĂźnantes, tout est prĂ©sent. La rĂ©Ă©criture des parties d’orchestre mĂ©dianes par deux musicologues Ă©minents : Françoise Talvard et le regrettĂ© Jean-Christophe Maillard fait la part belle aux flĂ»tes, hautbois, violon accompagnĂ© et aux tutti afin de varier l’écoute. Sans avoir l’énergie rythmique de Lully ou la richesse harmonique de Rameau, la musique de Dupuy est tout Ă  fait significative d’un savoir faire qui n’a rien Ă  envier aux compositeurs en vue Ă  Paris. Les extraits choisis habilement ce soir permettent de dĂ©montrer la variĂ©tĂ© stylistique de Dupuy. Un beau duo « aimons nous, aimons nous » et un chƓur final trĂšs original faisant preuve d’une inspiration aimable et d’une harmonie attachante.
Les musiciens que dirige Michel brun sont trĂšs engagĂ©s dans ce projet et sont tous magnifiques. L’orchestre bĂ©nĂ©ficie de deux flĂ»tes particuliĂšrement musicales et de violons souples et lumineux, surtout dans les airs avec le violon obligĂ©. Les hautbois sont harmonieux. Le continuo est entrainĂ© par le basson charismatique et absolument incroyable de Laurent Le Chenadec qui relaye la pulsation Ă©nergique du chef avec audace. La sonoritĂ© de son basson est par ailleurs un rĂ©gal de beautĂ© ronde et chaude. Tambour et tambourin sont pleins de vivacitĂ©, avec une danse des sauvages avant l’heure.
Le chƓur met un peu de temps Ă  se chauffer mais gagne en prĂ©sence et dans le final, il est parfaitement convainquant. Les deux solistes, ClĂ©mence Garcia, soprano et Philippe EstĂšphe, baryton, sont prudents et ont tous deux d’agrĂ©ables timbres. Le manque de caractĂ©risation des personnages qui fait partie de ces opĂ©ra-ballet, Ă  livret si peu dramatique, ne les engage pas Ă  dĂ©passer un chant policĂ© et comme distanciĂ©.
La direction de Michel Brun rĂ©alise un admirable Ă©quilibre entre Ă©nergie, transmise avec charisme, et musicalitĂ© dĂ©licate. On devine l’immense plaisir du chef quand il fait revivre une partition qu’il admire et nous convainc ; l’oeuvre mĂ©ritait bien de sortir de la bibliothĂšque du PĂ©rigord oĂč elle a Ă©tĂ© enfermĂ©e presque 300 ans, une question se fait jour : Ă  quand une version scĂ©nique ?
Les extraits de cet opĂ©ra-ballet de Dupuy prĂ©sentĂ©s ce soir par Michel Brun et ses amis  permettent de rendre un vibrant hommage Ă  ce compositeur toulousain rĂ©habilitĂ© dans sa musique profane. Il n’est pas complĂštement tombĂ© dans l’oubli car le CMBV ne rechigne pas Ă  donner dans ses concerts de NoĂ«l, des Ɠuvres de Dupuy. Les cinq arts, poĂ©sie, musique, architecture, sculpture et peinture sont cĂ©lĂ©brĂ©s par sa musique dans la mise en commun de belles Ă©nergies. Michel Brun a su mener Ă  bien une rĂ©surrection intĂ©ressante Ă  plus d‘un titre. Le public a semblĂ© conquis !
Avec les CD du livre publiĂ© ce jour il est possible de dĂ©guster d’avantage cette musique habile et aimable.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, OpĂ©ra-Ballet en cinq entrĂ©es sur un livret de Houdar de la Motte  extraits ; ClĂ©mence Garcia, soprano ; Philippe EstĂšphe, baryton ; Le ChƓur Baroque de Toulouse ; l’Orchestre Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 23 octobre 2016. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, Symphonie Pathétique ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : DeuxiÚme Concerto de piano ; Louis Schwizgebel, piano ; Musika Orchestra Academy ; Pierre Bleuse, direction.

bleuse pierre chef maestro 2_PierreBleuse_CR_Romain_SerranoEn une semaine, le pari du chef Pierre Bleuse avec Musika Orchestra Akademy est de leur permettre d’offrir au public un vrai concert Ă  la Halle-Aux-Grains avec au programme des Ɠuvres trĂšs connues. L’AcadĂ©mie qui a dĂ©butĂ© le week-end  prĂ©cĂ©dant le concert, a permis la rencontre de jeunes musiciens de toute l’Europe, tous en fin d’études, et des autres professionnels des mĂ©tiers de l’orchestre comme des rĂ©gisseurs, ingĂ©nieurs du son, producteurs et administrateurs. Il s’agit en fait d’un concept original : une école europĂ©enne des mĂ©tiers de l’orchestre crĂ©e en 2014.  Cette troisiĂšme Ă©dition a permis la rencontre avec un pianiste de grand talent encore peu connu mais promis Ă  un trĂšs grand avenir : Louis Schwizgebel. Pierre Bleuse a su crĂ©er un son d’orchestre Ă©tonnement mature et le rĂ©sultat en huit jours est admirable.

Le meilleur pour les jeunes, tout simplement !

PIERRE-BLEUSE-712Le programme comportait trois Ɠuvres exigeantes : l’Ouverture de RomĂ©o et Juliette, la sixiĂšme Symphonie dite PathĂ©tique de TchaĂŻkovski et le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns Ă  la virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e. DĂšs le dĂ©but, la trĂšs belle ouverture de RomĂ©o Juliette a Ă©tĂ© d’une fougue incroyable, elle a embrasĂ© tout l’orchestre. La concentration obtenue Ă©tait considĂ©rable et dura tout le long du concert ; il est rare de voir des violonistes assis si avant sur leur chaise jouant comme si leur vie en dĂ©pendait. Les thĂšmes si riches, les nuances si extrĂȘmes, le tempo fermement tenu avec une grande libertĂ© de chanter
 permettent une totale expression des sentiments des jeunes hĂ©ros. Le chef Pierre Bleuse permet Ă  chaque musicien de s’exprimer et de donner toute sa passion. Les cuivres ont un peu Ă©tĂ© ivres de leur splendeur sonore
 Ils apprendront, surtout les gros cuivres, Ă  maĂźtriser leurs immenses moyens. Nous avons entendu un grand orchestre romantique qui a permis des envols hauts et puissants. Ainsi dans le thĂšme final comme un absolu Ă  portĂ© de main, mais qui Ă©chappera in extremis dans un roulement de timbales Ă©tourdissant. Beaucoup d’émotions ont ainsi étĂ© partagĂ©es dĂšs la premiĂšre Ɠuvre du programme.

L’installation du piano qui monte de terre est toujours un beau moment Ă  la Halle-Aux-Grains. Le pianiste, Louis Schwizgebel, a Ă©tĂ© Ă©blouissant et a su rentrer instantanĂ©ment dans cette mĂȘme qualitĂ© dâ€˜Ă©motion. Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns (qu’il a dĂ©jĂ  enregistrĂ© dans une lecture trĂšs convaincante Ă©ditĂ©e chez ApartĂ© : Concertos pour piano n°2 et 5 par Louis Schwizgebel) est tout dĂ©diĂ© Ă  la virtuositĂ© du soliste et exige de l’orchestre des qualitĂ©s d’accompagnement Ă  l’équilibre dĂ©licat et des moments chambristes d’une grande subtilitĂ©.
saint saens cd concertos 2 et 5 cd review critique compte rendu louis schwizgebel BBC symphony orchestra cd Aparte critique sur classiquenewsDĂšs sa premiĂšre et somptueuse intervention solo, Louis Schwizgebel est magistral. La puissance et l’élĂ©gance mĂȘlĂ©es. Comme enthousiasmĂ© par cette excellence, Pierre Bleuse a obtenu de son orchestre des accords pleins et expressifs avant de laisser le hautbois chanter avec le piano. Le tapis dĂ©licat des cordes, la subtilitĂ© des cors, ont ensuite ensorcelĂ© le public par une fusion complĂšte avec le pianiste. Puis le dialogue a Ă©tĂ© vivant, Ă©mouvant et Ă©blouissant de vĂ©ritĂ©. Un pianiste, toutes oreilles ouvertes, des musiciens d’orchestre, comme fascinĂ©s et un chef, laissant circuler cette musicalitĂ© partagĂ©e en la stimulant de sa dĂ©licate gestuelle ou tenant le tempo avec rigueur.
Le premier mouvement  a passĂ© comme un rĂȘve Ă©veillĂ© en forme d’avenir radieux. Le deuxiĂšme mouvement est plein d’esprit et sonne comme un scherzo de Mendelssohn. L’humour partagĂ© entre le pianiste et l’orchestre a parfaitement fonctionnĂ© dans le thĂšme comme dĂ©hanchĂ© et un peu canaille passant du piano Ă  l’orchestre en des allers retours virtuoses. Le piano dans une virtuositĂ© de dentelles, les interventions solistes des instruments de l’orchestre et le dialogue avec la timbale, 
. tout ceci est exquis et s’évanouit dans des notes pianissimo comme irrĂ©elles. Le final a presque semblĂ© diabolique, fuyant Ă  toute allure. Pierre Bleuse a tenu ses troupes complĂštement Ă  l’écoute du soliste, lui-mĂȘme branchĂ© sur tout ce qui l’entoure. Ce mouvement d’une suprĂȘme difficultĂ©, brillant et galvanisant a mis en valeur les extraordinaires qualitĂ©s du pianiste, du chef et des instrumentistes de l’orchestre par une cohĂ©sion absolue de chaque instant, laissant loin l’idĂ©e d’une virtuositĂ© gratuite et pourtant quels doigts a Louis Schwizgebel ! Il sait ĂȘtre brillant, plein d’esprit et profond Ă  la fois, avec une capacitĂ© Ă  rendre musicaux tous les mouvements de ce concerto si rarement donnĂ© tant il est truffĂ© de difficultĂ©s.
Le triomphe a Ă©tĂ© prodigieux et Louis Schwizgebel a offert au public en bis, une adaptation de StĂ€ndchen, un beau lied de Schubert, en des qualitĂ©s de liquiditĂ© chantante d’une rare poĂ©sie.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Pour terminer le concert, la « PathĂ©tique » de TchaĂŻkovski a donnĂ© le frisson Ă  toute la Halle-aux-Grains. Le romantisme a irradiĂ© en ses excĂšs les plus beaux. Les cordes ont Ă©tĂ© somptueuses avec des violons lumineux jusque dans les enfers de la douleur, des violoncelles et des altos d’une beautĂ© tĂ©nĂ©breuse des plus Ă©mouvantes. Les contrebasses ont Ă©tĂ© un piller d’une force incroyable avec une beautĂ© sonore de chaque instant. Les bois d’une belle personnalitĂ© et d’une Ă©motion Ă  fleur de souffle, les cors trĂšs dĂ©licats et de prĂ©sence entĂȘtante. Seuls les cuivres et les percussions ont Ă©tĂ© trop prĂ©sents dans ce grand vaisseaux de la Halle-Aux-Grains dont l’acoustique les met toujours trĂšs en dehors. Pierre Bleuse a Ă©tĂ© magistral d’énergie et de musicalitĂ© libĂ©rĂ©e. Son bonheur Ă  diriger Ă©galant celui des musiciens Ă  jouer sous sa baguette. Il nous l’avait dit dans un entretien rĂ©cent devant notre interrogation sur un programme si complexe Ă  monter en huit jours 
 Nous lui laisserons le mot de la fin «  Il faut simplement le meilleur pour les jeunes ». Ce chef nous prouve ce soir qu’il a tout compris.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 23 octobre 2016.  Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture Fantaisie ; Symphonie n°6, «Pathétique» ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto n°2 pour piano ; Louis Schwizgebel, piano ; Musika Orchestra Academy ; Pierre Bleuse, direction. Illustrations : Pierre Bleuse © R. Serrano / Louis Schwizgebel (DR) / Tchaikovsky (DR).

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonates. Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse. Jean-Pierre Canihac, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonates. Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse. Jean-Pierre Canihac, direction. Entre le 20 et le 23 octobre s’est  dĂ©roulĂ©e la Rencontre Internationale de Cuivres Anciens Ă  Toulouse sous l’égide des Sacqueboutiers . Le concert du 21 octobre 2016, au soir Ă©tait comme le joyau offert au public et aux participants au Concours. Il a rĂ©uni les professeurs juges du Concours International de Sacqueboutes, Cornets Ă  Bouquin en solistes et ensembles, venus de tous horizons. Le compositeur fĂȘtĂ© est le grand Giovanni Gabrieli qui a fait la splendeur de la SĂ©rĂ©nissime RĂ©publique de Venise en offrant une somptuosité  sonore Ă  Saint-Marc digne de sa grandeur basilicale. Les nombreuses Canzone et Sonates extraites des deux livres de Symphonies SacrĂ©es de 1797 et 1615 sont un florilĂšge incroyablement divers d’un art du son dans toutes ses incroyables possibilitĂ©s. Sonates Ă  trois Instruments, groupes de deux voire trois chƓurs, enfin la sonate Ă  22 qui rĂ©unit Ă©lĂšves et professeurs pour en un moment de grandiose beautĂ©.

 
 

Venise sur la Garonne 

Les Sacqueboutiers et Giovanni Gabrieli

 

 
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L’unitĂ© de ton faite de simplicitĂ© et de majestĂ© est la signature de Gabrieli. La variĂ©tĂ© des couleurs et des ambiances Ă©galement. Les Sacqueboutiers, ensemble Ă  gĂ©omĂ©trie variable, se sont entourĂ©s ce soir de 4 violons, d’un alto, de trois orgues et de nombreux bassons de toutes tailles. Le cornet Ă  bouquin est le roi du chant ornĂ© et la sacqueboute est reine de la grandeur, mais ce qui est remarquable, c’est la douceur et la dĂ©licatesse dont sont capables ces cuivres anciens. Des nuances d’une grande finesse crĂ©ent des atmosphĂšres trĂšs diffĂ©rentes. La riche personnalitĂ© des solistes a Ă©galement permis de dĂ©couvrir combien la sonoritĂ© est affaire de goĂ»t personnel. Ainsi par exemple le Cornet de Jean-Pierre Canihac est sĂ©duisant par sa richesse de ligne ornĂ©e, tandis que la sonoritĂ© de Jeremy West fondateur de His Majestys Sagbutts and Cornetts et tout Ă  fait diffĂ©rente, plus douce et comme ouatĂ©e, celle du Catalan Lluis Coll fondateur de l’ensemble  La Caravaggia, est au contraire brillante et extravertie en un jeu flamboyant. Ainsi plusieurs gĂ©nĂ©rations de musiciens ont brillĂ© dans leur singularitĂ© de virtuose, mise au service du jeu collectif. La mĂȘme variĂ©tĂ© de sonoritĂ©s et de styles peut ĂȘtre relevĂ©e chez les sacqueboutes au nombre de 10 et les 4 bassons.  Chacun offrant avec gourmandise la beautĂ© sonore de son instrument. Laurent le Chenadec Ă  l’humour aimable est passĂ© du sensationnel son rond, profond voir abyssal de son « grand Basson », au son dĂ©licat d’un « mini Basson ». Les cordes ont su offrir dĂ©licatesse et respirations pleines de fraicheur, ainsi que des phrasĂ©s planants aux ensembles. Les Orgues assurant un soutien indĂ©fectible Ă  chaque chƓur. Le plus agrĂ©able a sans doute Ă©tĂ© d’assister aux Ă©changes et sourires complices des musiciens qui avaient un vrai bonheur mutuel Ă  jouer ensemble cette musique si rare et si belle.

Les Cuivres anciens se portent Ă  merveille et les Sacqueboutiers de Toulouse peuvent ĂȘtre fiers d’avoir lancĂ© une superbe dynamique il y a 40 ans ! Elle a gagnĂ© les jeunes gĂ©nĂ©rations dans un progrĂšs constant de la technique instrumentale avec une reconnaissance internationale indĂ©fectible.

 
 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 21 octobre 2016. Giovanni Gabrieli (1683-1764) : Canzone et Sonata à 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 12, 15 et 22 ; Les Sacqueboutiers, Ensemble de cuivres anciens de Toulouse avec :  HélÚne Médous, Marie Bouvard, Cécile Moreau, Audray Dupont : violons ; Jennifer Lutter : alto ; Jeremy West, Gebhard David, Adrien Mabire, Lluis Coll : cornets à bouquin ; Michel Becquet, Daniel Lassalle, Fabrice Millischer, Wim Becu, David Locqueneux, Frédéric Lucchi, Olivier Lachurie, Fabien Dornic, Juliette Tricoire : sacqueboutes ; Philippe Canguilhem, Laurent Le Chenadec, Barbara Bajor, Daphné Franquin : Bassons ; Saori Sato, Ikuyo Mikami, Kanaka Shimizu : Orgues ; Jean-Pierre Canihac, cornet à bouquin et direction.

 
 

Compte rendu concert ; 37 Úme Festival Piano aux Jacobins ; Toulouse, cloßtre des Jacobins le 27 septembre 2016 ; Maurice Ravel, intégrale piano solo. Bertrand Chamayou, piano.

Bertrand Chamayou est en pleine possession de moyens considĂ©rables. DĂ©jĂ  en 2011, il nous avait subjuguĂ© avec une intĂ©grale fleuve des annĂ©es de pĂšlerinage de Liszt. L’Ɠuvre intĂ©grale de Ravel, en trois parties de 45 minutes en un seul concert, est une gageure bien plus dangereuse. Le piano de Ravel est fragile dans la continuitĂ© dâ€˜Ă©coute, par sa spĂ©cifiĂ© de couleurs et une certaine sĂšcheresse Ă©motionnelle. Ce n’est pas le piano romantique chantant Ă  perdre haleine de Liszt. De fait il faut reconnaĂźtre que Bertrand Chamayou a su organiser trois groupes se tenant bien et s’articulant parfaitement. Si la couleur gĂ©nĂ©rale qui marque, est celle du liquide et de l’eau qu’il rĂ©ussit admirablement, la chaleur de l’Espagne ou la mĂ©lancolie sont plus discrĂštement offerts. Mais tout est question d’équilibrage. Le pianiste toulousain a choisi des tempos plutĂŽt vifs et en jouant par cƓur et en enchaĂźnant rapidement les piĂšces, il donne une impression d’avancĂ©e que rien n’arrĂȘtera. La variĂ©tĂ© du toucher, les couleurs, les nuances… tout permet qu’aucune lassitude ne s’empare de l’auditeur. L’admiration pour les capacitĂ©s du pianiste est constante. L’interprĂšte cisĂšle le caractĂšre de chaque piĂšce avec art.

Tout au plus pourrait on dire que dans des extraits en concert, Bertrand Chamayou, dĂ©gagĂ© de ce dĂ©licat Ă©quilibre pour ce concert tout Ravel, ira plus loin dans son interprĂ©tation. Scarbo sera plus fantasque et Gibet, plus effrayant; Ondine, plus joueuse; l’Infante, plus alanguie et la valse, encore plus folle. Toutefois la chance de faire un voyage si complet dans le piano solo de Ravel est une expĂ©rience inoubliable sous des doigts si musicaux.

Bertrand Chamayou est un Immense pianiste qui ne cesse de développer une carriÚre brillante et sans faux pas.

Compte rendu concert ; 37 ùme Festival Piano aux Jacobins ; Toulouse, Cloütre des Jacobins le 27 Septembre 2016 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Toute l’ƒuvre pour piano seul ; Bertrand Chamayou, piano.

Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 26 septembre 2016. Haydn, Mozart ; Brahms, Beethoven. Murray Perahia, piano.

Murray Perahia : l’humanisme fait musique

GrĂące Ă  une direction artistique commune, Les Grands InterprĂštes et Piano aux Jacobins ont invitĂ© un artiste rare et prĂ©cieux, le pianiste d’origine amĂ©ricaine Murray Perahia. Cet artiste est l’un des plus profonds et des plus humains parmi les pianistes actuels. Il semble ne pas cĂ©der Ă  la pression du toujours plus et du plus vite possible. Son rĂ©pertoire est harmonieux, patiemment construit non pas vers davantage d’Ɠuvres mais vers un approfondissement, vers plus de beautĂ©.

Il a su rencontrer et ĂȘtre apprĂ©ciĂ© des plus grands. Pour n’en citer que deux : Pablo Casals l’humaniste et Wladimir Horowitz le pianiste sublime. De plus, il est apprĂ©ciĂ© des plus grands et des plus rares, comme son ami Radu Lupu. Le programme de ce soir d’une immense profondeur a Ă©tĂ© bĂąti autour des compositeurs majeurs de son rĂ©pertoire. De Haydn, il a choisi les Variations qui sont Ă©crites dans l’aprĂšs-coup de la mort de Mozart, son fils choisi, son frĂšre en musique. Avec une pondĂ©ration exacte, Murray Perahia a dĂ©veloppĂ© un propos d’une grande concentration, dans un son mordorĂ© avec des Ă©lans de notes piquĂ©es comme une Ăąme qui s’envole. Haydn savait sortir trop rarement du « joli et poli », et sous les doigts magiques de Perahia, toute une profondeur insoupçonnĂ©e a irisĂ© de beautĂ© cette piĂšce.

Mais le plus beau restait Ă  venir avec la Sonate en la mineur K310. Nous avons Ă©coutĂ© deux fois cette sonate durant ce festival et heureusement, Perahia a Ă©tĂ© le dernier. On ne peut imaginer interprĂ©tation plus aboutie. Les doigts capables de la plus grande douceur comme de la plus grande fermetĂ©, les nuances subtilement amenĂ©es, le rythme assoupli sans faiblesse, et surtout des phrasĂ©s admirables de beautĂ©. Le mouvement lent a Ă©tĂ© si chantant, si profond. Cet hommage probable Ă  la mĂšre du compositeur, morte autour de la composition de cette sonate, la seule en mineur de Mozart, ne peut aujourd’hui trouver interprĂšte plus sensible.

Le Mozart de Perahia, dÚs ses premiers concerts et enregistrements dans les années 70/80 (ses concertos enregistrés en une intégrale patiente restent mes préférés), est incomparable de synthÚse des éléments de « Sturm und Drang » et de joie de vivre contenus dans la musique du divin Mozart.

Les quatre piĂšces de Brahms de ses derniers opus pour le piano sont remplies de rĂ©miniscences et de mĂ©lancolie. La richesse harmonique, la complexitĂ© de composition, la libertĂ© formelle, sont du Brahms expĂ©rimentateur de presque toutes les possibilitĂ©s du piano. LĂ  aussi, c’est la synthĂšse, l’harmonie entre ses divers aspects qui font la grandeur de l’interprĂ©tation de Perahia. Les moyens pianistiques sont fabuleux et les doigts semblent toujours capables d’aller plus loin. Seule la retenue de l’interprĂšte modĂšre les emportements auxquels de plus « jeunes » pianistes ne savent rĂ©sister. Les paysages intĂ©rieurs suggĂ©rĂ©s sont d’une profondeur toujours plus troublante. Un Brahms lumineux et encore subtilement amoureux de la vie.

« Leçon de philosophie » en musique

Un pas de plus est franchi dans ce sondage des sentiments intĂ©rieurs avec la sonate « Hammerklavier » de Beethoven en deuxiĂšme partie du concert. Nous l’avions Ă©coutĂ© sous les doigts athlĂ©tiques de Nelson Goerner sans ĂȘtre convaincu.

Avec Perahia, homme d’immense culture qui sait placer chaque compositeur dans son monde, Beethoven est sous ses doigts, le dĂ©miurge puissant qui sombre dans la surditĂ© au monde extĂ©rieur mais qui dĂ©veloppe dans son Ă©criture des confessions inouĂŻes.

Un Beethoven au toucher clair comme dans Mozart, sombre et puissant, sans jamais la moindre duretĂ© ni violence. On se demande en Ă©coutant Perahia comme il lui est possible de rester toujours Ă©lĂ©gant et concentrĂ© avec une telle intensitĂ© expressive. Comme une image d’un idĂ©al Patricien, ou mĂȘme AthĂ©nien, philosophe capable de distance pour mieux ĂȘtre empathique avec les Ă©motions contenues dans de simples notes de musique. Le langage musical prend tout son sens avec Murray Perahia. Les mots sont peu capables de rendre compte de cela
 Le premier mouvement dĂ©veloppe des nuances incroyablement creusĂ©es, un rythme toujours relancĂ© et toujours dans cet admirable son clair et harmonieux. Le deuxiĂšme mouvement a comme la lĂ©gĂšretĂ© d’un rĂȘve d’avenir heureux. Cette construction originale nous conduit lors du troisiĂšme mouvement, sans possibilitĂ© de distanciation, Ă  percevoir le dĂ©sespoir et la volontĂ© de tenir d’un musicien sourd qui se concentre sur son monde intĂ©rieur si riche en ombres. Une Ăąme aux prises avec les dĂ©ceptions du rĂ©el qui s’arc-boute pour rĂ©sister au dĂ©sespoir qui se dĂ©veloppe sans relĂąche. Bien souvent les larmes piquent au bord des paupiĂšres
 Ce voyage dans l’intime nous brise. Et le final si long si puissant construit une fugue vers la lumiĂšre de l’ñme qui ne peut se rĂ©soudre au nĂ©ant et aspire Ă  la beautĂ©.

Murray Perahia est plus qu’un grand interprĂšte, c’est un immense artiste humaniste. Il a su faire comprendre avec tact au public ravi mais comme toujours avide de plus, toujours plus, qu’aucun bis ne devait dĂ©faire ce concert si bien construit se terminant sur une leçon de philosophie en musique.

Compte rendu concert ; Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 26 septembre 2016 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Variations en fa mineur, Hob. XVII.6 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Ballade en sol mineur, opus 118, n°3 ; Intermezzo en do majeur, opus 119, n°3 ; Intermezzo en mi mineur, opus 119, n°2 ; Intermezzo en la majeur, opus 118, n°2 ; Capriccio en ré mineur, opus 116, n°1 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°29 en si bémol majeur Op.106, dite « Hammerklavier » ; Murray Perahia, piano.

Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. RĂ©cital de Jeremy Denk, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. Voyage dans la musique entre 1300 et l’an 2000. Jeremy Denk, piano. J’ai lu (dans le New York Times) que ce pianiste mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© quelque soit le programme proposĂ©. Tout a fait dubitatif mais intriguĂ© je dois  avouer que je ne vois pas quoi dire d’autre aprĂšs cet admirable concert promenade proposĂ© par le pianiste amĂ©ricain Jeremy Denk.

Imaginez un voyage musical qui permet de comprendre la construction et l’évolution de la musique occidentale entre 1300 et les annĂ©es 2000. Cette proposition trĂšs iconoclaste l’autorise Ă  jouer sur un clavier tempĂ©rĂ© des Ɠuvres vocales Ă©crites en modes. Les compostions de Machaut, Binchois et Ockeghem sont sous les doigts si sensibles de Jeremy Denk
 hors du temps et nous « parlent » Ă  travers les Ăąges avec une Ă©motion trĂšs particuliĂšre. La dĂ©licate et fragile mĂ©lodie de Binchois terminera le concert comme elle l’a commencĂ© en une boucle qui achĂšve de nous faire perdre les repĂšres temporels.

Quelle intelligence !

denk jeremy-denk-lg-730x315Les artistes qui savent rendre le public plus intelligent au sortir d’un concert sont des artistes prĂ©cieux et je crois que le public de Piano Jacobins en a Ă©tĂ© conscient ce soir : il a mĂȘme semblĂ© particuliĂšrement ravi. Cet enchainement de piĂšces improbables au clavier tempĂ©rĂ©, la premiĂšre surprise passĂ©e, se rĂ©vĂšlent des plus aptes Ă  nous Ă©mouvoir par leur Ă©trangetĂ©. Ainsi la musique occidentale savante en deux heures peut se comprendre comme une mise en place de l’harmonie, de la mĂ©lodie puis du rythme. Le Zeffiro torna de Monteverdi est au piano aussi improbable 
  qu’irrĂ©sistiblement sĂ©duisant.

La fin de la premiùre partie permet d’ arriver à un premier sommet avec Johann Sebastian Bach.

Jeremy Denk est un extraordinaire interprÚte de Bach, ses variations Goldberg sont acclamées au concert et son CD est admirable de beauté fluide. Son interprétation de la fantaisie chromatique et fugue en ré mineur, BWV 903 est époustouflante de vie et de précision rythmique. La richesse de cette partition en belles mélodies et architecture complexe montre le degré de perfection atteint par la musique savante et pourquoi Bach est un demi dieu.

denk jeremy-denkAprĂšs l’entracte c’est le divin Mozart avec l’andante de la Sonate en sol majeur K. 283. Le charme, l’élĂ©gance, la ligne de chant infinie, les nuances subtiles et les couleurs douces : tout est enchantement. Beethoven suit tout naturellement avec une Ă©nergie rythmique qui bouscule le cadre. Schumann apporte une complexitĂ© harmonique et une densitĂ© de toucher qui prĂ©parent Wagner. Chopin apporte la virtuositĂ© sensible du piano, le legato qui va jusqu’au belcanto. L’interprĂ©tation de l’adaptation par Liszt de la Mort d’ Isolde de Wagner est un bouleversant moment de piano roi, Ă  la virtuositĂ© faite musique. Jeremy Denk est un virtuose accompli qui rend lisible tous les plans et sait doser les nuances jusqu’à un fortissimo quasi orchestral.

Brahms ensuite aborde la dĂ©construction sur le plan harmonique ; il bouscule les rythmes avec un Intermezzo. Schoenberg va toujours plus loin dans cette libertĂ© prise. Debussy apporte de nouvelles couleurs et propose un tout « autre piano ». Poulenc dĂ©construit complĂštement le rythme. Stockhausen fait perdre tout repĂšres tonal, Glass abolit la pesanteur, et Ligeti ne permet aucun repĂšre, mis Ă  part la perte des repĂšres connus


Et Binchois revient, tout simple et comme perdu parmi nous, tout Ă©baubis.

Nous avons fait un Grand Voyage avec un guide fulgurant. Un pianiste de haut rang, un musicien dĂ©licat, un pĂ©dagogue plein d’humour. Oui, Jeremy Denk est un Grand Artiste Ă  rĂ©Ă©couter dĂšs que possible.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. ƒuvres de : Machaut ; Binchois ; Ockeghem ; Dufay ; Deprez ; Janequin ; Byrd ; Gesualdo ; Monteverdi ; Purcell ;  Scarlatti ; Bach ; Mozart ; Beethoven ; Schumann ; Chopin ; Wagner/Liszt ; Brahms ; Schoenberg ; Debussy ; Poulenc ; Stockhausen ; Glass ; Ligeti ; Jeremy Denk, piano.

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Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016. Beethoven, Berlioz. Ch. Zacharias, Tugan Sokhiev

tugan-sokhievCompte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) Concerto l’Empereur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. La rentrĂ©e musicale de l’Orchestre du Capitole a cette annĂ©e Ă©tĂ© fracassante. Le programme d’abord, associant deux Ɠuvres phares du romantisme et fondatrices de l’histoire de la musique. Le dernier Concerto de Beethoven qui dĂ©passe en ampleur tout ce qui avait Ă©tĂ© composĂ© pour le genre jusque lĂ  et pour longtemps. Ce Concerto l’Empereur n’a que rarement autant mĂ©ritĂ© son nom.  Et en deuxiĂšme partie la symphonie la plus imaginative, vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire tant par la place que prend l’artiste dans son Ɠuvre que par l’originalitĂ© de l’orchestration, coup d’essai et de maĂźtre du jeune Berlioz : La symphonie Fantastique.

L’art des associations, la fouge Ă©ternelle du romantisme

D’autre part, l’association de deux personnalitĂ©s charismatiques et artistiques ne va pas de soi pour crĂ©er une rencontre au sommet. Nous avons eu ce soir Ă  Toulouse l’association entre un pianiste admirable de musicalitĂ©, Christian Zacharias, et un tandem d’exception, Tugan Sokhiev et ses musiciens toulousains.

Christian-Zacharias-8.7L’Empereur d‘abord nous a permis d’ĂȘtre emportĂ© dans un flot musical ininterrompu, sublime de rythme dansant et de chant nuancĂ©. L’orchestre a su accepter la vision de Christian Zacharias, version dĂ©licate et nuancĂ©e au delĂ  de l’habituel. Pour avoir entendu Tugan Sokhiev diriger ce Concerto avec LĂ©on Fleischer en 2012, il a Ă©tĂ© possible de mesurer l’admirable adaptation Ă  la richesse d’articulation, la somptuositĂ© des nuances exacerbĂ©es, le rythme souple mais entraĂźnant de Christian Zacharias. Ce pianiste est incroyablement sensible aux caractĂ©ristiques musicales de la partition qu’il interprĂšte Ă  l’opposĂ© d’un Goerner, cette semaine. Zacharias sait que Beethoven est un hĂ©ritier de Mozart et qu’il a brisĂ© le moule du concerto mais sans la violence que certains interprĂštes y mettent : il contient de la dĂ©licatesse et de la puissance mais sans violence. Cet Ă©quilibre dans son jeu est incroyablement apte Ă  nous faire entendre autrement ce concerto, chambriste, autant que symphonique et pianistique. Le premier mouvement est plein de fougue, d’élasticitĂ© dans le rythme. Jamais aucun accord n’est lourd, tous rebondissent et ne s’écrasent jamais. La direction de Tugan Sokhiev accentue cette Ă©lĂ©gante Ă©nergie rythmique si importante dans Beethoven. Les nuances de l’orchestre rĂ©pondent Ă  celles du piano et inversement Zacharias soupĂšse et apprĂ©cie chaque intervention de l’orchestre en connaisseur, lui qui dirige si bien et pas seulement de son piano. Le deuxiĂšme mouvement si dĂ©licatement phrasĂ© et nuancĂ© crĂ©e un rĂȘve dont personne ne voudrait s’évader. Il faut le charme du final, son alacritĂ© pour accepter de passer Ă  autre chose aprĂšs les accords de transitions si Ă©mouvants entre les deux derniers mouvements. C’est une fĂȘte de la pulsion de vie qui termine le Concerto !

Le pianiste a soulevĂ© l’enthousiasme du public et a offert une page aĂ©rienne de Scarlatti en bis.

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980En DeuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev a dĂ©veloppĂ© sa conception de la partition de Berlioz qu’il affectionne tant. Il prend Ă  bras le corps cette musique si intense, demande Ă  l’orchestre une passion inhabituelle, des couleurs franches, parfois laides dans le Dies Irae mais d’une beautĂ© sensuelle dans le bal ou la scĂšne aux champs. Les nuances sont creusĂ©es au plus profond, chaque instrumentiste dĂ©voile son amour pour l’Ɠuvre. Je conçois que des gĂ©nĂ©rations habituĂ©es au cĂŽtĂ© « français » de cette partition, trop sagement interprĂ©tĂ©e, avec des cordes fragiles et des cuivres discrets, ne souscrivent pas Ă  un tel choix. Je suis pour ma part persuadĂ© que disposant d’un orchestre de cette trempe, Hector Berlioz lui mĂȘme aurait donnĂ© toute la mesure de cette partition sans retenue comme l’a fait Tugan Sokhiev ce soir. La passion d’un artiste n’a rien de purement français ni d’obligatoirement mesurĂ©. C’est toute la dĂ©mesure de l’Ɠuvre qui a Ă©tĂ© offerte au public. Et Tugan Sokhiev sait habiter les silences comme peu. L’ovation faite Ă  l’orchestre et son chef vaut validation par une salle peine Ă  craquer (avec des demandes de places non honorĂ©es). Oui la passion est toute entiĂšre au service de la musique Ă  Toulouse. La saison s’annonce passionnante.

Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto n°5 pour piano et orchestre en mi bĂ©mol majeur,op.73, « L’Empereur » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique, op.14 ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Illustration : Christian Zacharias © H Scott