COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 déc. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon.

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 déc. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon. Raphaël Pichon poursuit son exploration des coulisses des grands compositeurs comme il aime à le raconter. Après Bach et Rameau le voici habité par la fougue mozartienne. Nous avions admiré son extraordinaire interprétation du Requiem de Mozart au sein d’un spectacle complet associant d’autres partitions vocales ou instrumentales en un spectacle porteur d’une immense émotion.  Lire notre chronique : Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon. Ce soir l’intelligence de la construction du programme subjugue. L’énergie musicale partagée est rare ; l’allégresse qui gagne le public, un diamant. Débutant le concert sans cérémonie mais en faisant passer les artistes du statut pose lors d’une répétition à celui du cérémonial du concert petit à petit. Le canon débuté par une soprano, puis l’autre puis par la mezzo prépare l’oreille à la plus grande beauté. Car ce qui est frappant est la qualité musicale, instrumentale comme vocale de chaque pièce du programme. Raphaël Pichon donne une impulsion dramatique d’une terrible efficacité.

 

 

 

Viva MOZART ! Viva Pichon !

 

 

 

L’orchestre est le personnage principal du théâtre mozartien et quel orchestre ! L’ensemble Pygmalion sur instruments anciens a des couleurs d’une grande beauté ; il est capable de nuances très délicates et surtout sous la direction inspirée de Raphaël Pichon, il a des phrasés toujours d’une absolue élégance. Les chanteurs ont tous des voix saines, jeunes,  bien projetées et un style élégant qui convient bien à Mozart. Car le divin Mozart adorait les voix, nous le savons et dans cette période qui précède la trilogie Da Ponte, il écrit pour les voix qu’il admire et qu’il aime des airs d’une beauté totale. Peut être bien ses plus beaux airs de concerts.
Les extraits d’opéras peu connus sont merveilleux, les Canons enrichis par les bassons et les clarinettes sont des moments de grâce totale. Le public est saisi par le charme de cette organisation musicale. Quelques récitatifs des oeuvres tardives font lien dans une dramaturgie qu’il est tout à fait facile de suivre.

D’abord il est question des Noces de Figaro, puis de Cosi et enfin de Don Juan. Il est ainsi flagrant de constater combien Mozart portait en lui sa propre idée des émotions humaines mises en musique depuis longtemps avant de trouver dans les trois livrets de Da Ponte,

le miracle qu’il attendait avec des personnages de chair et de sang qu’il a habillés de la plus belle musique. Il serait ingrat de détailler les chanteurs tous admirables, capables de nuances d’une infinie douceur, et tous acteurs très engagés. L’émotion est bien souvent présente, la joie, la peine, la nostalgie ou … la reconnaissance. Tous beaux, doués et heureux, les chanteurs diffusent un sentiment de plénitude, de délicatesse et d’efficacité dramatique tout à fait rare même sur une scène d’opéra. Nous sommes très  intéressés par le projet de Raphaël Pichon qui entend interpréter les opéras de la trilogie Da Ponte. Il peaufine ses distributions, dans un vivier  de voix jeunes qui ne peut que faire merveille le temps venu.  Ce programme LIBERTA a été enregistré en deux CD et la distribution est presque à l’identique. Le programme a un peu bougé mais reste très proche.
Raphaël Pichon est un immense musicien qui sait s’entourer de grands talents. Il me fait penser à un certain John Eliot Gardiner qui dès ses débuts, a fait une carrière magnifique et qui n’a jamais démérité dans quelque répertoire que ce soit. Ce concert a été un grand moment de musique tout à fait digne des Grands Interprètes. La valeur n’attend point le nombre des années, nous le savons depuis longtemps…. Le public fait fête à une telle équipe soudée, le succès a été retentissant.

 

 

  

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 décembre 2019. Wofgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Extraits d’opéra, airs de concerts, Canons. Mari Eriksmoen, Siobhan Stagg :Sopranos ; Adèle Charte : mezzo-soprano ; Linard Vrielink : ténor ; John Chest : baryton ; Nahuel Di Pierro : Basse ; Pygmalion, choeur et orchestre ; Raphaël Pichon:  direction. 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 déc 2019. J.WILLIAMS. J.HORNER H.ZIMMER. L.SCHIRFIN. ONCT. T.SOKHIEV.


SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCOMPTE-RENDU, critique, concert. TOULOUSE, le 13 déc 2019. WILLIAMS, ZIMMER, SCHIRFIN. ONCT. Tugan SOKHIEV. Lors de ces deux concerts salle comble, déclarés complets depuis des lustres, un complexe est tombé. Il est permis d’aimer la musique symphonique la plus complexe et de trouver le même plaisir musical dans la décontraction et le bonheur de l’enfance en plus avec la musique hollywoodienne. Contrairement à l’an dernier où les deux concerts étaient thématiques avec uniquement la musique de Star Wars associant des tubes et des pages plus rares, cette fois Tugan Sokhiev a choisi le plaisir pur de faire entendre les musiques des films les plus connus. Le concert n’a pas été très long mais quel voyage il nous a fait faire et quelle richesse ! Avec la même science de la construction du programme, avec des humeurs variées et une sorte d’apothéose pour le final, s’est construite un festival d’émotions. Ainsi enchaînés : Jurassik Park, Mission Impossible, Titanic, Star Wars Les Sept mercenaires, Retour vers le futur, Hook, E.T. et Indian Jones pour finir en apothéose le départ pour le voyage en haute mer de Pirates des Caraïbes. Photo Tugan Sokhiev (service de presse Capitole Toulouse DR)  

 

   

 

 

Le Père Noël à Toulouse :

quand Tugan Sokhiev fait son cinéma

 

 

 

Avec le même soin du détails, comme de la dramaturgie de la partition, c’est comme si ces musiques tant aimées et bien connues sortaient d’une sorte de brouillard, d’une boite un peu oxydée, pour vivre à l’air libre leurs splendeurs sonores, en irradiant de bonheur. Fidèles à eux-mêmes, les musiciens de l’orchestre ont brillé. Ils ont été enthousiastes, soignant chaque instant et sachant devenir dans les moments solistes, et ils sont nombreux, de véritables …divas. Les cuivres ont caracolé sans complexes ; les cors ont soufflé la grandeur ou exprimé des sentiments intimes ; les trompettes ont fouetté le sang et les violons ont ouvert le ciel de plages laiteuses, de volutes sublimes ou de thèmes piquants. Les violoncelles ont su faire pleurer de beauté, comme les bois, tous magiques. Les percussions ont été mises a rude épreuve et le brio a été permanent. Le piano, la batterie et la guitare électrique (Mission Impossible) ont tenu le public en haleine avec un swing incroyable.

Tugan Sokhiev a fait l’enfant, heureux d’avoir à sa main un super orchestre sachant tout jouer de la plus belle manière. Ils semblait s’émerveiller lui-même du pouvoir d’évocation de la musique sous ses doigts, qui suggérait histoires et images. Ces compositeurs de musiques de films américains, avec en maître tutélaire John Williams, ont tous un véritable don. La richesse des partitions n’est pas en comparaison du répertoire « dit symphonique classique ». Il se dégage de tels concerts un bonheur et une énergie incroyable. Et le rajeunissent du public est également un élément important. Sentir le plaisir de ses voisins quand arrive son thème préféré, procure le frisson à la salle entière. Pour ma part je reste un inconditionnel de Star Wars de John Williams mais cette année Pirates des Caraïbes de Hans Zimmer et Mission Impossible de Lalo Schifrin l’ont rejoint au Walhalla. 
Vivement au autre cinéma de Tugan Sokhiev l’an prochain !  Pour nous, il a carte blanche. Car cela ferait croire au père Noël !  

 

   

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, les 12 et 13 décembre 2019. John Williams : Jurassik Park, Star Wars, Hook, E.T. , Indiana Jones ; Lalo Schifrin : Mission Impossible ; James Horner : Titanic ; Elmer Bernstein : Les Sept Mercenaires ;  Alan Silvestri : Retour vers le futur ; Hans Zimmer : Pirates des Caraïbes. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev direction.

 

 

   

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 déc 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 déc 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV. Le concert a permis de constater combien le jeune pianiste Lucas Debargue a tenu les promesses que son jeu virtuose avait fait deviner. En effet nous l’avions entendu en 2016 à Piano aux Jacobins puis en 2018 à La Roque d’Anthéron. Nous disions notre admiration et l’attente de la maturité pour gagner en musicalité. Nous y sommes et pouvons affirmer que Lucas Debargue a atteint un bel équilibre aujourd’hui. Ce premier concerto de Liszt, compositeur-virtuose célèbrissime est représentatif de ses excès de virtuosité comme de son génie rhapsodique. Les moyens pianistiques et la musicalité au sommet sont nécessaires pour soutenir l’intérêt tout du long. En effet souvent la virtuosité seule sert le propos et la musique s’évanouit. Il faut également tenir compte de la personnalité de Tugan Sokhiev à la tête de son orchestre. Le chef Ossète est un fin musicien et un grand admirateur des solistes invités, lui qui toujours est attentif à les mettre en valeur. Il a admirablement dirigé ce concerto. Lucas Debargue souriant, a dominé avec naturel l’écriture si complexe de sa partie de piano, tandis que le chef équilibrait à la perfection les plans de l’orchestre, tenant dans une main de velours des tempi médians mais capables d’un rubato élégant. Les moments chambristes nombreux ont été magnifiquement interprétés par un soliste attentif et des musiciens survoltés. Ce concerto proteïforme a gagné en cohérence et en musicalité dans la belle interprétation de ce soir. La délicatesse du toucher et les fines nuances de Lucas Debargue ont été une merveille. Son jeu de la main gauche a semblé particulièrement puissant dans les passages très exposés. L’aisance digitale de Lucas Debargue, la beauté de ses mains, sont un spectacle fascinant. Il a été ovationné par le public, a tenu à saluer avec le chef comme pour dire combien leur entente était réussie et il a offert deux bis : un peu de Scarlatti et, nous a-t-il semblé, une partition de son cru car ce jeune homme fort doué est également compositeur.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenLa deuxième partie du concert a été très éprouvante, car la tension douloureuse déployée par Tugan Sokhiev dans son interprétation de la 8 ème symphonie de Chostakovitch a été vertigineuse. Le long lamento des cordes, dans un à-plat froid et désolé tient du cinématographique. Le désert de glace autour des goulags était présent. Le train fou qui avance dans la neige vers la mort un peu plus tard. Le ricanement de militaires fantomatiques aussi. Les moments de fureur n’ont été que des moments permettant d’extérioriser le même désespoir et la dérision des musiques militaires, une autre variation de la désespérance humaine. Le largo en forme de marche à la mort sur une allure de passacaille tient du génie noir, le plus noir. Comme une marche dont personne ne reviendra plus. Le final cherche à se révolter mais finit dans une désolation particulièrement insupportable que Tugan Sokhiev lie au silence qui suit avec une autorité sidérante. Les solistes de l’orchestre ont été très exposés, chaque famille dans un ou plusieurs soli, parmi les plus exigeants. Distinguons la trompette solo à la présence inoubliable de René-Gilles Rousselot et le cor anglais si mélancolique de Gabrielle Zaneboni ; pourtant chaque instrumentiste a été merveilleux : le cor, la flûte, le piccolo, la clarinette, le hautbois, le violon, l’alto ou le violoncelle. Et les sept percussionnistes ont été très présents. Sans oublier les contrebasses si expressives . Sous cette splendeur sonore de chaque instant, vraiment s’est dissimulé le désespoir le plus tragique. Ce n’est vraiment pas la symphonie la plus facile de Chostakovitch, c’est un long réquisitoire, le plus terrifiant peut être, contre les abjections du régime communiste, en raison du peu de moments de révolte, comparés à l’ampleur de la désolation contenue dans ces pages.
Un Grand moment que les micros, nous a t-on-dit, vont immortaliser pour Warner.
Ces symphonies de Chostakovitch à Toulouse sont chaque fois un moment très apprécié, c’est une bonne idée de les enregistrer sur le vif au fur et à mesure.

Compte-rendu concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 7 décembre 2019. Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur S.124 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op.65 ; Lucas Debargue, piano ; Orchestre National du Capitole. Tugan Sokhiev, direction.

LIRE aussi notre critique compte rendu du concert de Lucas Debargue aux Jacobins :
www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-a-edition-de-piano-aux-jacobins-toulouse-cloitre-des-jacobins-le-13-septembre-2016-mozart-ravel-chopin-liszt-lucas-debargue-piano/

COMPTE-RENDU, critique, opéra. TOULOUSE, le 5 déc 2019. MONTEVERDI : Orfeo. Gonzales Toro, I Gemelli.




COMPTE-RENDU. OPERA. TOULOUSE. Le 5 déc 2019 C. MONTEVERDI : ORFEO. E. GONZALES TORRO. I . GEMELLI. T. DUNFORD. Pour seulement deux soirées, Emiliano Gonzales Torro et ses amis ont véritablement enchanté le Théâtre du Capitole. En une incarnation totale, le ténor a su faire revivre la magie de cet opéra des origines. Oui il est commode de dire que l’opéra est né en 1607 avec cet Orfeo même si l’Eurydice de Caccini en un joli hors d’œuvre prépare en 1600 la naissance de ce genre si prolixe. Nous avons donc pu déguster une représentation absolument idéale de beauté et d’émotion mêlées du premier chef d’œuvre lyrique. Un voyage dans le temps, l’espace et la profondeur des sentiments humains. La scénographie toute de grâce et d’élégance permet aux émotions musicales de se développer en une continuité bouleversante. L’orchestre, socle de vie comme d’intelligence, est disposé de part et d’autre de la scène dans les angles comme cela était le cas lors de la création. L’effet visuel est admirable mais surtout les musiciens se regardent à travers la scène et peuvent en même temps suivre les chanteurs et leurs collègues musiciens en un seul coup d’œil. L’effet est sidérant d’évidence et de naturel ; certes on devine bien que le luthiste Thomas Dunford est un moteur puissant mais en fait c’est tout le continuo qui dans un tactus parfait fait avancer le drame. Ce tactus souple et déterminé donne à l’enchaînement de tous les éléments : madrigaux, airs, récitatifs, parlar-cantando, leur naturelle force de vie, s’appuyant sur une rhétorique toujours renouvelée.

 

 

 

A Toulouse, un théâtre du naturel… où règne
l’idéal ORFEO d’Emiliano Gonzales Torro

 

 

 

 orfeo monteverdi toulouse critique opera dunford

 

 

 

Voilà donc un « orchestre » organique, réactif et d’une superbe beauté de pâte sonore qui régale l’auditeur comme rarement. Musicalement cela réalise une sorte de synthèse des versions connues au disque allant vers toutes les subtilités relevées par le regretté Philippe Beaussant dans son superbe essai : « Le chant d’Orphée selon Monteverdi ». Le naturel qui se dégage de ce spectacle est bien l’idéal qui a présidé à la naissance de l’Opéra, art total. Les chanteurs évoluent avec le même naturel, la même élégance devant nous. Ils portent des costumes dans lesquelles ils se meuvent avec facilité. Le blanc, le noir et l’or sont les couleurs principales et la superbe robe verte de l’espérance qui éclaire un moment les ténèbres des enfers est une idée géniale. La mise en espace est plus aboutie que bien des prétendues mises en scène d’opéra. Les personnages vivent, s’expriment et nous paraissent proches. Les éclairages sont à la fois sobres et suggèrent le fabuleux voyage d’Orphée, entre lumière et ombre.

Onze chanteurs se partagent les rôles, les madrigaux et les chœurs. Là aussi le choix est idéal, tous artistes aussi habiles acteurs que chanteurs épanouis. Les voix sont toutes fraîches et belles, sonores et bien timbrées ; les voix de sopranos sont chaudes et lumineuses sans acidité, les basses abyssales et terribles, les ténors élégants et sensibles. Impossible de détailler : chacun et chacune mérite une tresse de lauriers. Emiliano Gonzales Torro a la voix d’Orphée, l’aisance scénique et le port noble du demi-dieu. Dans ce dispositif si intelligent le drame se déploie et les émotions sont portées à leur sommet. Ne serait-ce que la douloureuse sympathie du premier berger qui arrache des larmes après la terrible annonce de la mort d’Eurydice.
Premier nœud du drame, la messagère très impliquée d’Anthea Pichanick, la sidération d’Emiliano Gonzales Torro en Orfeo et ce désespoir amical de Zachary Wilder. Deuxième nœud, la prière si expressive de Mathilde Etienne en Proserpine après la scène si impressionnante avec le Caronte de Jérôme Varnier. Et pour finir ce terrible renoncement d’Orphée à tout bonheur humain avant son départ vers le séjour de félicité des dieux. Tout s’enchaîne avec une évidence précieuse. La beauté est partout, les yeux, les oreilles et l’âme elle-même s’en trouvent transportés hors du monde. Un véritable moment féérique.

Certainement la version la plus complète d’Orfeo à ce jour réalisée.  La tournée de cette production le confirmera par son succès et l’enregistrement annoncé en 2020 sera certainement une référence incontournable. Bravo à une équipe si soudée et au génie d’Emiliano Gonzalez Toro qui semble être une incarnation orphique inégalée.

 

 

 
 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 5 XII 2019 ; Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’ Orfeo, Opéra (Fable en musique) en cinq actes avec prologue ;  Livret d’Alessandro Striggio ; Création le 24 février 1607 au Palais ducal de Mantoue ; Opéra mis en espace ; Mathilde Étienne :  mise en espace ;  Sébastien Blondin et Karine Godier , costumes ; Boris Bourdet, mise en lumières ; Avec : Emiliano Gonzalez Toro , Orfeo ; Emöke Baráth, Euridice et La Musica ; Jérôme Varnier, Caronte ; Anthea Pichanick,  Messaggiera ; Alix Le Saux,  Speranza ; Fulvio Bettini , Apollo ; Zachary Wilder, Pastore ; Baltazar Zuniga, Pastore ; Mathilde Étienne, Proserpina ; Nicolas Brooymans, Plutone ; Maud Gnidzaz, Ninfa ; Ensemble I Gemelli ; Thomas Dunford luth et direction ; Violaine Cochard assistante direction musicale ; Emiliano Gonzalez Toro : direction musicale. Photo : © P NIN

 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 26 nov 2019. POULENC : Dialogues des Carmélites. O Py / JF Verdier.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 26 Novembre 2019. F. POULENC. DIALOGUES DES CARMELITES. O. PY. A. CONSTANS. A. MOREL. J DEVOS. J.F. LAPOINTE. J.F. VERDIER. Cette belle production d’Olivier Py avait déjà eu bien du succès au Théâtre des Champs Élysées à Paris, et au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles en 2013. La grande élégance stylisée des décors et des costumes y est pour beaucoup. La force également qui se dégage des éclairages et des mouvements puissants des décors à vue marquent durablement les esprits. Le jeu des chanteurs-acteurs est toujours sobre. Il y a comme une certaine distanciation en permanence qui évite toute émotion trop forte. L’intelligence,  les symboles sont lisibles et le contexte historique de la Révolution Française est présent.

 

 

Au Capitole, de beaux Dialogues
…mais un peu froids

 
 
Dialogues-des-carmelites-poulenc-py-toulouse-devos-lapointe-critique-opera-classiquenews
   

Mais il y une distanciation très contemporaine avec le tragique des faits historiques qui nuit à l’émotion forte de certaines scènes. Les faits historiques sont exposés et compris mais non vécus. Il faut dire que la présence du Chœur dans les loges de part et d’autre de la scène ou dans le côté du théâtre avec une présence très forte en habits contemporains, a minoré l’impact émotionnel de la sublime scène finale. En effet le bourdon trop présent a couvert le dénuement qui gagne le chant des moniales au fur et à mesure que la guillotine s’active. Même la scène de la mort de la prieure dans un habile dispositif, a gardé comme une distance avec l’ émotion.

Pourtant l’engagement des chanteurs a été notable. En particulier la jeune Anaïs Constans qui est une Blanche de la Force impressionnante de présence tant vocale que scénique. En Mère, Marie, Anaïk Morel a su trouver la dureté du personnage avec une voix comme minérale. Janina Baechle est une première prieure plus humaine que certaines avec une mort presque trop polie. Catherine Hunold en nouvelle prieure sait de sa voix homogène mettre le moelleux nécessaire à la dimension maternelle du rôle. Jodie Devos incarne tant vocalement que scéniquement la force de vie du rôle de Constance avec beaucoup de naturel et de charme. C’est elle qui délivre le chant le plus porteur d’émotion, surtout durant le final.
Les hommes n’ont pas démérité sans s‘imposer particulièrement. Les petits rôles sortis du Chœur ont tous été excellents, tout particulièrement Catherine Alcoverro très émouvante en Jeanne.
L’orchestre du Capitole a été parfait.  Les nuances ont été parfois un peu trop présentes sans mettre en danger les chanteurs. Jean-François Verdier développe la dimension symphonique de la partition. Lui aussi en accord avec la mise en scène appuie la clarté du discours, la perfection formelle des équilibres sonores. Mais cette élégance, comme celle de la mise en scène nous a semblé manquer d’émotion.
Ces dialogues ont donc été bien accueillis par le public, mais sans beaucoup d’yeux humides…

 
  
 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole , le 26 Novembre 2019. Françis Poulenc (1899-1963) : Dialogue des Carmélites. Opéra en trois actes et douze tableaux ; Texte de la pièce de Georges Bernanos, adapté avec l’autorisation d’Emmet Lavery ; D’après une nouvelle de Gertrud von Le Fort (La Dernière à l’échafaud) et un scénario du Rév. Raymond Leopold Bruckberger et de Philippe Agostini ; Édité par CASA RICORDI MILANO ; Création le 26 janvier 1957 au Teatro alla Scala de Milan. Coproduction Théâtre des Champs Elysées et du  Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles. Olivier Py : mise en scène ; Pierre-André Weitz : décors et costumes ; Bertrand Killy : lumières Avec : Anaïs Constans, Blanche de la Force ; Anaïk Morel, Mère Marie de l’Incarnation ; Janina Baechle, Madame de Croissy, première Prieure ; Catherine Hunold, Madame Lidoine, nouvelle Prieure ; Jodie Devos,  Constance de Saint-Denis ; Jean-François Lapointe, Le Marquis de la Force ; Thomas Bettinger, Le Chevalier de la Force ; Vincent Ordonneau, L’Aumônier ; Jérôme Boutillier, Le Geôlier / Thierry / Monsieur Javelinot ; Chœur du Capitole, Alfonso Caiani direction ;  Orchestre national du Capitole ; Jean-François Verdier direction. Photo © Patrice Nin

 
 
 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse, le 22 nov 2019. CLYNE, CHOSTAKOVITCH, ELGAR. S. GABETTA. Orch Nat du Capitole. B. GERNON.

ben-gernon-maestro-chef-dorchestre-maestro-critique-review-concert-classiquenews-opera-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 22 Novembre 2019. A. CLYNE. D. CHOSTAKOVITCH. E. ELGAR. S. GABETTA. ORCH. NAT. CAPITOLE / B. GERNON. En début de concert le jeune chef britannique Ben Gernon a choisi une composition de la jeune et talentueuse compositrice britannique Anna Clyne. La beauté de cette partition est un hommage passionné au poème de Baudelaire “Harmonie du soir”. Beauté sulfureuse au charme prenant, l’Orchestre du Capitole au grand complet participe à cet envoûtement paisible. Une très belle partition abordée avec clarté et précision par le jeune chef. Elle mérite vraiment d’entrer au répertoire des orchestres symphoniques car une telle plénitude, un tel charme qui est bien trop rare dans les premières pièces des programmes, permet d’entrer avec volupté dans toutes les beautés du monde sonore de la musique symphonique.

 

 

Le pur plaisir de la musique partagée

 

   

 


Puis, la violoncelliste Sol Gabetta dès ses premiers pas sur scène, irradie d’une présence lumineuse et chaleureuse. Le Concerto de Chostakovitch est une partition complexe dédiée à Mtislav Rostropovitch, grand ami du compositeur. Composé dans un environnement dangereux et en proie à une hostilité politique pouvant être fatale, cette composition en demi teinte suggère plus qu’elle n’affirme. Ainsi le thème introduit d’emblée par le violoncelle est sous les doigts légers de Sol Gabetta, plus goguenard que véritablement moqueur. Toute l’interprétation sera donc placée dans cette délicatesse et cette précision de phrasé. A la pointe de l’archet, pour ne pas dire à la pointe de l’épée, afin de faire mouche à chaque coup. On sort comme hypnotisé du Concerto. La délicate violoncelliste, avec un art consommé des couleurs et des nuances très affirmées, ne cherche jamais l’affrontement ou la provocation, elle nous ensorcèle. En ce sens une toute autre interprétation que celle de Rostropovitch plus directe et sensible aux dangers imminents. Comme à distance, l’intelligence du jeux de Sol Gabetta trouve une autre voie et elle trouve dans le jeune chef Ben Gernon un partenaire attentif, précis et lui aussi, inventif. L’Orchestre avec une immédiateté généreuse suit dans cette recréation du chef d’oeuvre avec d’autres propositions. La magie du final avec le célesta est pure magie irréelle. Ces grands musiciens nous offrent un très grand moment de fine musicalité partagée. En bis, comme pour rendre évidente cette osmose musicale peu commune, la soliste très applaudie revient avec le chef. Ils interprètent un arrangement particulièrement émouvant du sublime air mélancolique de Lenski, avant son duel avec Onéguine dans l’opéra Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Il est habituel de dire que le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine. Ce soir Sol Gabetta est encore plus émouvante que le ténor le plus doué. Il a été difficile de ne pas pleurer à l’écoute de cette osmose totale entre le chef, l’orchestre et la soliste qui chante à perdre l’âme. 
La deuxième partie du concert est dédiée aux Variations Enigma du compositeur anglais Edward Elgar. Cette riche et belle partition permet à l’orchestre de briller ; de nombreux moments solistes sont tout à fait délectables. L’écriture très nuancée avec de longues phrases sublimes permet au chef de proposer une vision personnelle car il faut doser entre romantisme, hédonisme, et musique de film. Ben Gernon avec des gestes sans baguette et d’une grande élégance obtient de l’orchestre un son moelleux et une pâte qu’il malaxe avec génie. Le rubato est assumé, les nuances très affirmées, le caractère très différent de chaque variation est indéniable, pourtant il se dégage de la direction du chef, tout du long, une clarté des plans, une beauté des phrasés, une liberté de jeu qui sont la marque d’un grand chef. Les musiciens jouent avec plaisir et les solo sont magiques : cor, alto, bois en particulier. Un très agréable concert dans lequel le plaisir de la musique partagée a été total. Le public a su applaudir avec vivacité ces très beaux moments.
 
 

 

ben-gernon-maestro-chef-dorchestre-maestro-critique-review-concert-classiquenews-opera-critique-classiquenews

 

 

Ben Gernon (DR) 

 

   

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 22 novembre 2019. Anna Clyne (née en 1980) : this midnight hour ; Dimitri Chostakovitch ( 1906-1075) : Concerto pour violoncelle n° 1 en mi bémol majeur Op. 107 ; Edward Elgar (1857-1934) : Variations Enigma Op. 36 ; Sol Gabetta, violoncelle ; Orchestre National du Capitole ; Ben Gernon, direction.

 
   

 

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 19 nov 2019. MOZART, BRAHMS. G. SOKOLOV, piano.

sokolov grigory recital salzburg piano 2008 deutsche grammophon clic de classiquenews fevrier mars 2015COMPTE-RENDU. Concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 Novembre 2019. W.A. MOZART. J.BRAHMS. G. SOKOLOV. Chaque concert de Gregory Sokolov est à la fois inouï et … prévisible. Allure d’automate lorsqu’il marche, jeu pénétrant et d’une subtilité rare lorsqu’il se met au clavier, troisième partie offerte en bis aussi longue que les deux précédentes. Et avant tout cette véritable originalité de jeu dans un monde du piano classique… aux goûts souvent trop implicites. Sokolov va là où sa sensibilité le porte et cela ne peut laisser indifférent. Il m’est arrivé de ne pas aimer : une fois pour son concert Bach. Ce soir la majorité du public a été comblée surtout par la deuxième partie réservée à Brahms.

 

 

 

Récital Mozart et Brahms

Sokolov : tout simplement magnifique

 

 

 

Il faut reconnaître qu’un Brahms aussi lumineux est précieux. Sokolov dans ces deux pièces Op. 118 et 119, souvent décrites comme crépusculaires, y déploie une précision rare et une énergie intemporelle. Les plans sont tous clairement joués, les nuances sont poussées au bout, la palette de couleur et la variété des phrasés lui permettent de brosser un tableau d’une grande richesse. Les harmonies si particulières du « vieux Brahms » sont portées à leur grande modernité avec simplicité et évidence. Le voyage proposé par Gregory Sokolov semble éternel et nous aimerions l’écouter en boucle afin de se régaler de cette richesse d’interprétation habillée en forme d’évidence mais qui recèle un art du piano absolument souverain.
Son Mozart est lui aussi en tous points remarquable et encore plus personnel. Il a choisi des oeuvres très variées qu’il aborde avec des doigts souples et vifs, comme caressants le clavier. Le prélude et la Fugue en ut majeur semblent à la fois d’une grande modernité et un véritable hommage à Bach. Le clavier devient un moyen de convaincre avec une éloquence noble et ayant la simplicité de l’évidence. Quand à la sonate n° 11, elle coule librement, dans un gué bien entretenu. Même la conclusion « alla turca » a de la tenue. Sous les doigts de Sokolov Mozart est un grand musicien, un grand claviériste ; le pianiste russe nous convainc qu’avec ce jeu précis et simple, sans afféteries, sans charme aimable, la musique se déploie avec un naturel d’une grande liberté. C’est cela, oui : le piano de Sokolov est totalement libre.

La troisième partie contiendra six pièces que le pianiste joue chaque fois après un salut rituel sans émotion sur son visage. Une telle générosité aussi simplement concédée au public est la marque du génie de Sokolov. Ainsi Schubert, Chopin et Rachmaninov ont apporté leurs saveurs belcantistes à la nuit. Un concert qu’une partie du public aurait pu écouter sans fin. Tant de musique avec cette liberté du don reste inoubliable. Merci aux Grands Interprètes qui avec fidélité ont invité l’un des plus grands musiciens du clavier.

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu ,concert.Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 novembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Prélude (Fantaisie) et Fugue en ut majeur, K.394 ; Sonate n°11 en la majeur, K.331 op.6 n°2 ; Rondo n°3 en la mineur K. 511 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Klavierstücke Op.118 et Op.119. Grigory Sokolov, piano.

________________________________________________________________________________________________

Précédent compte rendu critique d’un concert récital de Grigory Sokolov :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-recital-de-piano-toulouse-halle-aux-grains-le-26-mai-2014-recital-frederic-chopin-grigory-sokolov-piano/

COMPTE-RENDU, critique CONCERT. PARIS. Eglise St-Sulpice, le 13 nov 2019. VERDI: REQUIEM. Euromusic Symph Orch. H. Reiner

Vague verdienne en juin 2014COMPTE-RENDU, CONCERT. PARIS. Eglise Saint Sulpice, le 13 Novembre 2019. G.VERDI. REQUIEM. Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. H.REINER. Il est moments musicaux qui sont inclassables et ce Requiem de Verdi, donné à Saint-Sulpice le 13 novembre 2019, est l’un de ceux qui resteront dans les mémoires. Ainsi le très long silence qui a terminé le Requiem représente le plus bel hommage et les plus belles minutes de silence possibles. Et le public incrédule d’abord, puis silencieux, a finalement applaudi généreusement un tel moment de grâce. Car comment parler d’un concert si porteur d’émotions sans le dénaturer ? Hugues Reiner a porté ce projet avec toute sa générosité, invitant l’association Live for Paris à l’événement commémoratif des tueries du 13 novembre 2015. Il y a eu beaucoup d’émotions dans la vaste église malgré le froid et l’acoustique difficile. Il faut dire que dès le concerto de trompette de Marcello qui ouvrait le concert, Guy Touvron après son vibrant hommage à son collègue et ami avait donné le ton : la musique vivante console de la mort comme rien d’autre. Le vaste Requiem de Verdi est composé à l’envers.

Un Requiem pour ne pas oublier
et pour que vive la liberté !

Car la fin : le Libera Me de la soprano, est la pièce composée en premier pour un Requiem d’hommage à Rossini qui n’a jamais vu le jour. Verdi chantre de l’opéra ne pouvait décevoir et a composé avec ce Requiem une grande fresque opératique donnant un relief particulier à la Doxa chrétienne ; car s’il suit le texte latin il est peu de dire qu’il lui donne une vigueur incroyable avec des accents terribles ou touchants et de vastes phrases en gestes vocaux quasi surnaturels.
Le quatuor de solistes est utilisé comme dans un opéra. C’est la soprano qui est la plus exposée mais personne n’est secondaire. La soprano Blerta Zhegu est remarquable de sureté d’émission et de beauté de ligne vocale. L’homogénéité de la voix lui donne de l’autorité comme une grande tendresse. Elle a remplacé au pied levé Isabelle Ange malade et a appris sa partie en moins de six jours ! Guillemette Laurens faisait là une prise de rôle attendue. En effet la diva sombre du baroque pour fêter ses 47 ans de carrière osait une entrée dans le répertoire romantique qu’elle affectionne tant. Son timbre prenant, sa diction faite drame et ses phrases ciselées, avec de grands contrastes, ont fait merveille. Dans toute sa partie, que se soit en solo, en duo, trio ou quatuor, elle apporte une diction vivifiante et un sens de la fusion des timbres dignes de l’extraordinaire madrigaliste qu’elle est. Le ténor Joachim Bresson avec un engagement très émouvant a chanté sa partie avec une grande musicalité ; quand d’aucuns ne sont que voix large, lui nuance et phrase délicatement sa partie. La voix au grain noble permet de porter loin une émotion non feinte. Il est bien rare de voir un artiste vivre si intensément ce qu’il chante. La basse Robert Jezierski apporte beaucoup de force et de stabilité avec un art du chant verdien bien maîtrisé. L’accord entre les voix des quatre chanteurs a été remarquable avec la constante recherche d’un bel équilibre. Il faut dire que le travail sur les parties solistes avec Hugues Reiner, semble particulièrement abouti.
Bien souvent des choses très fines ont été perceptibles qui sont souvent noyées dans les décibels et qui ce soir ont livré la quintessence de l’art vocal de Giuseppe Verdi. L’orchestre et le chœur, tous très engagés, ont parfaitement été à la hauteur de l’événement. Et la direction souple et digne d’Hugues Reiner a magistralement fait avancer le drame sans jamais rien lâcher. Tempi élégants, articulations fines des choeurs, belles couleurs orchestrales, excellent dosage des nuances entre tous, son Requiem de Verdi est un grand opéra construit dans une dramaturgie assumée. Le début pianissimo fantomatique, les fresques chorales, les trompettes spacialisées de la terreur du Dies Irae, comme le tendresse du duo de l’Agnus Dei ont emporté le public dans les émotions contrastées attendues.
Et ces minutes finales de silence, en hommages au morts de novembre 2015 resteront comme un moment de magie de la vie. Voila un magnifique Requiem porté par des musiciens, engagés totalement dans la dramaturgie sublime de Verdi. Cela méritait bien le voyage à Paris !

Compte-rendu Concert. Paris. Eglise Saint-Sulpice, le 13 Novembre 2019. Benedetto Giacomo Marcello ( 1686-1739) : concerto pour trompette en ré mineur ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Blerta Zhegu, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Joachim Bresson, ténor ; Robert Jezierski, basse ; Guy Touvron, trompette ; Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. Hugues Reiner, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 nov 2019. DUTILLEUX, HOLST.. Orch National Capitole, JULIEN-LAFFERIERE / SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 novembre 2019. H DUTILLEUX. G. HOLST. V. JULIEN-LAFFERIERE. Orfeon Donostaria. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, Direction.

LAFERRIERE violoncelleVictor Julien-Laferriere © Lyodoh KanekoVictor Julien-Lafferière est un jeune musicien d’exception dont la carrière a pris un élan incroyable depuis son prix du concours Reine Elisabeth de Belgique en 2017. Une grande tournée de concerts avec Valery Gergiev a été triomphale. Il est un soliste recherché et un chambriste accompli auréolé de succès publics et critiques en compagnie d’Adam Laloum et dans son trio « Des Esprits ». Ce soir dirigé par Tugan Sokhiev, chef attentif et partenaire protecteur, le jeune soliste a été d’une extraordinaire délicatesse dans le Concerto pour violoncelle de Dutilleux. Cette oeuvre dédiée à Mtislav Rostropovich est inspirée d’un poème de Baudelaire. Très intellectuelle, la partition reste distante de l’émotion et de toute forme de passion, recherchant une allure française basée sur l’originalité des sonorité (à la Debussy), tout en réservant une grande place aux percussions. Le violoncelliste doit tenir sa sonorité dans les limites d’une parfaite maitrise de chaque instant. Victor Julien-Lafferière a toutes les qualité pour offrir une interprétation magistrale de ce concerto. La finesse du jeu, rencontre la beauté de la sonorité et la fluidité des lignes. L’Orchestre du Capitole offre une pureté de sonorité et une précision rythmique parfaite. La direction de Tugan Sokhiev est admirable de précision et de finesse. Les grandes difficultés de la partition sont maitrisées par tous afin de proposer une interprétation toute en apparente facilité. Tout va vers le rêve et l’ailleurs comme le suggère le poème de Baudelaire. L’écoute de l’oeuvre en est facilitée et le public fait un triomphe au jeune violoncelliste. Il revient saluer plusieurs fois et propose en bis une délicate allemande d’une suite pour violoncelle de Bach (la troisième). Sonorité soyeuse et legato subtil sont comme un enchantement prolongeant le voyage onirique précédent.

En deuxième partie de concert, Tugan Sokhiev retrouve son orchestre élargi pour un voyage interplanétaire grâce aux Planètes de Holst. Cette oeuvre du compositeur anglais reste le parangon de toute oeuvre symphonique hollywoodienne. Les effets très efficaces de l’orchestration de Gustave Holst font toujours recette chez bien des compositeurs de musiques de films. Tugan Sokhiev prend les rennes avec élégance et ne lâche plus ses musiciens jusqu’à la dernière note. L’orchestre est rutilant ; chaque soliste est prodigieux de splendeur sonore. Ainsi des cuivres bien ordonnés sur deux rangs au fond juste devant les nombreuses percussions sauront-ils nuancer habilement toutes leurs interventions. Le chef les laisse jouer sans vulgarité dans les moments pompiers. Les forte éclatent de santé et de générosité. Nous soulignerons tout particulièrement la beauté du son mais surtout l’élégance du phrasé et la longueur de souffle de Jacques Deleplancques au cor. Mais comment de pas citer le splendide solo du violoncelle de Sarah Iancu ou la flûte de François Laurent, le hautbois de Louis Seguin et la clarinette de David Minetti ?; qui sont les chambristes et solistes accomplis de cette superbe saga galactique.

Tugan Sokhiev joue à plein les différences de chaque partition dédiée à une planète mais garde une unité stylistique magnifique à cet ensemble. Le long silence par lequel il clôt son interprétation a pu paraitre un peu emphatique pour certains spectateurs mais qu’il est bon qu’ un véritable chef charismatique arrive a retarder les applaudissements afin de respecter le silence qui suit la musique et en fait partie quoi qu’en pensent les spectateurs trop zélés a frapper des mains et des pieds parfois en même temps que la dernière note du concert. Ce soir le concert a été placé sous le signe de la plénitude et de la délicatesse. Il n’y a a pas eu besoin d’un bis après tant de splendeur musicale. Là aussi le chef a su résister à cette habitude du « jamais assez » que le public insatiable voudrait prendre.

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 novembre 2019. Henri Dutilleux (1916-3013) : Tout un monde lointain, concerto pour violoncelle ; Gustav Holst (1874- 1934) : Les Planètes ;   Victor Julien-Laffarière, violoncelle. Orfeon Donostaria, chef de choeur : José Antonio Sainz-Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, Direction. Illustration : Julien-Lafferiere (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idées convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui étaient ce soir présents, sont capables de se faire une idée personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mépriser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue précocement. Certes il a bénéficié dès ses 37 ans d’une pension à vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est régulièrement joué mais ne bénéficie pas du succès de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius à Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dès les premières mesures dans un son mystérieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvé un parfait accord qui s’est amplifié tout au long de leur majestueuse interprétation. Joseph Swensen connait bien les qualités de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrédients pour oser une interprétation qui restera dans les mémoires. Il fait tonner l’orchestre, obtient également des nuances d’une grande subtilité, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste coréenne. La modernité de ce concerto et la puissance qu’il recèle ont été admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande délicatesse participe à cette fête. Sa sonorité personnelle est pleine, pure et délicatement nuancée, les phrasés sont amples et la virtuosité crânement maîtrisée. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempétueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilène du second mouvement est pleine de paix et de beauté. Mais c’est le dansant troisième mouvement qui gagne en expressivité et en originalité sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernité dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La délicate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en réponse aux acclamations du public et offre un délicat bis de Bach abordé avec une grande pureté, un peu désincarnée. Après sa volcanique interprétation du concerto, ce retour vers plus de sérénité était bienvenu.

Pour la deuxième partie du concert la première symphonie de Sibelius semble avoir été composée pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumière leurs belles qualités. Dès les premières notes du clarinettiste David Minetti, une magie mélancolique bouleversante a ému le public. Tant de beauté dans ce solo : ce phrasé ample et si finement nuancé est d’une magie rare. La suite n’a été que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen très inspiré qui ira jusqu’à chanter certains thèmes. L’orchestre en osmose donne à cette partition toute sa modernité et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et céleste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasés sont creusés profondément ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblé beaucoup apprécier.
Lorsque le chef est ainsi inspiré et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son désir d’apprendre à aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprètes. Une intégrale des symphonies de Sibelius par Swensen à Toulouse, à la manière de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idée. Le public semble prêt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, les 29 sept * et 8 oct 2019. BELLINI : NORMA. REBEKA, KOLONITS, DEHAYES, BISANTI.

7 - Norma - Airam Hernandez (Pollione), Klara Kolonits (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco MaglioccaCOMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 29 septembre * et le 8 octobre. V. BELLINI. NORMA. A. DELBE. M. REBEKA. K. KOLONITS. K. DEHAYES. A. HERNADEZ. G. BISANTI. Ouvrir la saison nouvelle 2019 2020 du Capitole avec Norma relève du génie. Salles combles, public subjugué, succès total. Une sainte trilogie que tout directeur de salle rêve un jour de vivre. Christophe Gristi a réussi son pari. Car il en faut du courage pour monter Norma et trouver deux cantatrices capables de faire honneur au rôle. Nous avons eu la chance d‘avoir pu admirer les deux distributions. En débutant par Klara Kolonits, nous avons pu déguster la douceur du timbre, la délicatesse des phrasés, la longueur de souffle de sa Norma. Sa blondeur donne beaucoup de lumière dans le duo final lorsque la bonté et le sacrifice de Norma trouvent des accents sublimes. Norma, la déesse céleste, trouve dans l’incarnation de Kolonits, une beauté douce et lumineuse d’une grande émotion. Mais c’est sa consœur, Marina Rebeka qui est une véritable incarnation de Norma, dans toutes ses dimensions de cruauté, de violence, de grande noblesse et de pureté recherchée dans le sacrifice. (Photo ci dessus : Klara Kolonits et Airam Hernandez).

Au Capitole deux sensationnelles Norma et une sublime Adalgise :
c’est Bellini qui ressuscite.

9.1 - Norma - Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

La voix est d’une puissance colossale. La noirceur dont elle sait colorer un timbre très particulier rappelle d’une certaine manière La Callas dans son rôle mythique. La voix large et sonore sur toute la tessiture sait trouver des couleurs de caméléons, ose des nuances affolantes ; les phrasés sont absolument divins. L’art scénique est tout à fait convainquant et sa Norma sait inspirer la terreur, l’amour ou la pitié. Marina Rebeka est une Norma historique semblant révéler absolument toutes les facettes vocales et scéniques de ce personnage inoubliable.

En face de ces deux Norma, la blonde et la brune, la douceur et l’engagement amical de l’Adalgise de Karine Deshayes, sa constance sont un véritable miracle. La voix est d’une beauté à couper le souffle sur toute la tessiture. Les phrasés belcantistes sont d’une infinie délicatesse. Les nuances, les couleurs sont en constante évolution. Le chant de Karine Deshayes est d’une perfection totale. Le jeu d’une vérité très émouvante. Les duos avec Norma ont été les véritables moments de grâce attendus. Le « mira o Norma » arracherait des larmes à des rocs.

 

 

9 - Norma - Karine Deshayes (Adalgisa), Marina Rebeka (Norma) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

En Pollione , Airam Hernández s’affiche avec superbe. La voix puissante est celle du héros attendu et le jeu de l’acteur assez habile dans le final donne de l’épaisseur au Consul ; ce qui le rend émouvant. Le timbre est splendide. Même si le chant parait plus robuste que subtil, l’effet est réussi. En Oroveso, Bálint Szabó remporte la palme du charisme, véritable druide autoritaire dont le retournement final fait grand effet. L’autre titulaire du rôle, Julien Véronèse ne démérite pas mais est plus modeste de voix comme de présence, plus jésuite que druide. La Clotilde d’Andrea Soare a un jeu remarquable et une voix claire et sonore qui tient face aux deux Norma si puissantes vocalement. L’orchestre du Capitole mérite des éloges tant pour la beauté des solos que pour son engagement total tout au long du drame.

Il faut dire que la direction de Giampaolo Bisanti est absolument remarquable. Il vit cette partition totalement et la dirige avec amour. Il en révèle le drame poignant dans des gestes d’une beauté rare. Il a une précision d’orfèvre et une finesse dans le rubato tout à fait féline. Il ose des forte terribles et des pianissimi lunaires.

Dans les duos des dames, il atteint au génie sachant magnifier le chant sublime des deux divas. Le rêve romantique a repris vie ce soir et Bellini a été magnifié par l’harmonie entre les musiciens, le chef et les solistes. Les chœurs ont été très présents dans un chant généreux et engagé.

TRISTE MISE EN SCENE… La tristesse de la mise en scène n’est pas arrivée à cacher le plaisir des spectateurs. Pourtant quelle pauvreté, quelle ineptie de faire dire un texte oiseux en français sur la musique avec la voix du père Fouras… Pas la moindre poésie dans les décors, du métal froid, des pendrillons fragiles, des costumes d’une banalité regrettable. Qu’importe la ratage de l’entrée de Norma trop précoce, le final sans grandeur, ces chÅ“urs et ces personnages visibles sans raisons, la musique a tout rattrapé.  Cela aurait pu me donner envie de prendre un permis de chasse pour certaine bête cornue ridicule et peut être pour le possesseur du téléphone coupable de sonner et pourquoi pas pour celles qui ne savent pas laisser à la maison, semainiers et autres bracelets. Ce n’est jamais très agréable ces sons métalliques mais dans cette Norma musicalement si subtile, ce fût un véritable crime.
Qu’importe ces vilains véniels, le succès de cette ouverture de saison capitoline va rester dans les mémoires !

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 29 septembre* et le 8 octobre 2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Norma ;  Opéra  en deux actes ; Livret  de Felice Romani ; Création  le 26 décembre 1831 au Teatro alla Scala de Milan ; Nouvelle production ; Anne Delbée,  mise en scène ; Émilie Delbée,  collaboratrice artistique ; Abel Orain  décors ; Mine Vergez,  costumes ; Vinicio Cheli, lumières ; Avec : Marina Rebeka / Klára Kolonits*,  Norma ; Karine Deshayes,  Adalgisa ; Airam Hernández,  Pollione ; Bálint Szabó / Julien Véronèse*,  Oroveso ; Andreea Soare,  Clotilde ; François Almuzara,  Flavio ; ChÅ“ur du Capitole – Alfonso Caiani  direction ; Orchestre national du Capitole ; Giampaolo Bisanti, direction musicale / Photos : © Cosimo Mirco Magliocca / Théâtre du Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 25 sept 2019. Récital E. LEONSKAJA, piano. Beethoven.

leonkaja-elisabeth-piano-jacobins-recital-concert-classiquenews-critique-pianoCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 25 septembre 2019. BEETHOVEN. E. LEONSKAJA. Nous avons eu la chance cette année de pouvoir écouter plusieurs grands pianistes capables de se lancer dans une intégrale des sonates de Beethoven au concert, en plus d’admirables versions isolées bien entendu. Mais ce soir ce qui vient à l’esprit de plus d’un, est de savoir comment la grande Elisabeth Leonskaja va s’y prendre pour jouer en un concert les trois dernières sonates de Beethoven. Les banalités fusent dans le milieu du piano classique comme celle de dire qu’à cet Himalaya du piano est dû un respect admiratif qui frise la dévotion. Disons le tout de go : la Leonskaja se transforme en Lionne-Sakja et ne fait qu’une bouchée de cet Himalaya. Daniel Barenboim a une tout autre attitude lui qui, à la Philharmonie de Paris, nous a régalés dans d’autres sonates par un patient travail sur le style, les couleurs, le toucher exact entre classicisme et romantisme. François Frédéric Guy à La Roque d’Anthéron est tout entier au service du message beethovénien, si humain et émouvant par la lutte qu’il a mené pour vivre en sa dignité de génie mutilé. Elisabeth Leonskaja arrive en majesté sur la scène du cloître des Jacobins.

LA LIONNE-SKAJA FACE À BEETHOVEN EN SON HIMALAYA

Elle demandera au public une concentration extrême en jouant d’affilée les trois dernières sonates sans entracte. Le choc a été atomique. En Lionne affamée, elle se jette sur les sonates et avec voracité, ose les malmener pour en extraire une musique cosmique. Comme une lionne qui le soir après la chasse, après s’être repue et s’être désaltérée au fleuve, regarde le ciel et tutoie les étoiles dans un geste de défi inouï. La grandeur de la vie avec sa finitude qui exulte face à l’immanence ! De ce combat, il n’est pas possible de dire grand chose comme d’habitude ; décrire des mouvements, des thèmes, des détails d’interprétation en terme de nuances, couleurs, touchés, phrasés.… Si une intégrale en disques se fait dans cette condition d’urgence, il sera possible d’analyser à loisir. Pour moi ce soir est un défit lancé par la Grande Musicienne au public et à la critique : osez seulement dire quelque chose après ça ! Oui Madame j’ose dire que votre grande carrière est couronnée par cette audace interprétative. Nous avons beaucoup aimé vos concertos de Beethoven avec Tugan Sokhiev les années précédentes ; nous attendons l’intégrale promise en CD.
Nous savons que vous enregistrez beaucoup et en même temps pas assez pour vos nombreux admirateurs. Nous avions eu la chance de nous entretenir avec vous et vous nous aviez dit que pour vous la plus grande qualité de l’interprète est de savoir donner sans compter tout au long de sa carrière. Ce soir, vous avez donné sans retenue, sans prudence, sans le garde-fou de la recherche d’exactitude stylistique.

Ce concert a été hors normes. Vous avez prouvé une nouvelle fois que Sviatoslav Richter, qui vous a admirée dès vos débuts, avait vu juste. Il savait que vous aviez cette indomptabilité totale tout comme lui. Le tempo, les nuances, la pâte sonore, la texture harmonique ; vous avez tout bousculé, tout agrandi, tout magnifié et Beethoven en sort titanesque et non plus simplement humain. Une musique des sphères, d’au-delà de notre système d’entendement et pourtant jouée par deux mains de femme et composée par les deux mains d’un simple mortel. Ce fût un choc pour le public, un choc salvateur pour sortir d’une écoute élégante, polie et qui endort les angoisses de l’âme. Ce soir, de cette salvatrice bousculade émotionnelle vous pouvez être fière. Vous avez tutoyé le cosmos et nous avons essayé de vous suivre. Bravo ; Sacrée LIONNE-SKAJA.

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. Toulouse. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 25 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 30 en mi majeur, Op.109 ; Sonate pour piano n° 31 en la bémol majeur, Op.110 ; Sonate pour piano n° 32 en ut mineur Op.111 ; Elisabeth Leonskaja, piano. Photo d’ Elisabeth-Leonskaja-©Marco-Borggreve

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 24 sept 2019. Récital P. BIANCONI, piano. BRAHMS. DEBUSSY…

COMPTE-RENDU, concert. Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 24 septembre 2019. BRAHMS. DEBUSSY. SCHUMANN. P. BIANCONI. Le pianiste français Philippe Bianconi a une extraordinaire carrière internationale mais reste fidèle à son public toulousain. Il ne cesse de développer son jeu et assume avec une grande musicalité bien des pans du répertoire. Ses derniers enregistrements chez Dolce Volta de Debussy et Schumann sont absolument magnifiques. Ce soir à ces deux compositeurs d’élection, il a ajouté les Fantaisies du vieux Brahms. Avec des moyens considérables Philippe Bianconi a offert toute la dimension symphonique et intimiste que les pages brahmsiennes peuvent contenir. La texture noble et les harmonies complexes ont été magnifiées par ce jeu souverain.

Philippe Bianconi, la délicate musicalité du poète

BIANCONI concert piano critique classiquenews Philippe-Bianconi-©William-BeaucardetEnsuite les Etudes de Debussy représentent à la fois un hommage à Chopin et une recherche d’expression puissante qui rappelle que ces pages ont été écrites durant la première guerre mondiale par un Debussy abattu par la tournure des événements. La clarté du toucher de Philippe Bianconi est bien connue. Son jeu permet de percevoir tous les plans, toutes les couleurs et toutes les nuances avec une précision de chaque instant. Les difficultés techniques parfois redoutables sont assumées avec une impression de grande facilité. La modernité de la partition en est magnifiée. Après l’entracte Philippe Bianconi va sur les terres où il excelle : celles de Schumann. Les cinq variations posthumes sont des pages injustement retranchées par Schumann à ces variations symphoniques tant leur beauté est grande. Isolées ainsi, elles sont très démonstratives de la variété de styles de Robert Schumann. Philippe Bianconi en révèle toute la poésie et tout particulièrement lorsqu’il fait chanter son piano de la plus belle manière, dans des nuances d’une grande subtilité. C’est là que la dimension poétique rare de son jeu exulte. Les deux dernières variations sont à ce titre les plus extraordinaires en leur simplicité belcantiste pleine de poésie. Puis la Fantaisie en ces trois mouvements nous entraîne plus avant dans la beauté totale du jeu de Philippe Bianconi. Les respirations qu’il y met en jouant nous donnent l’impression d’une grande liberté et d’une belle facilité.
Le souffle romantique qui habite la partition trouve dans l’interprétation de ce soir toute la flamme que Schumann essayait de contraindre lorsque le père de Clara interdisait aux amoureux toute forme de contact. Cette fantaisie est l’exemple le plus réussi de la tentative d’union de tous les penchants opposés de l’âme de Schumann entre contemplation et action, révolte et abattement, amour fou et désespoir total, amour-fusion et sentiment d’abandon.
La grande beauté de ce monde si complexe trouve à s’épanouir dans une souplesse et une élégance de chaque instant. Philippe Bianconi livre la dimension poétique de cette partition à travers le filtre de son âme de poète. Le public enthousiasmé par ce jeu si évident fait une triomphe à Philippe Bianconi qui généreusement offre deux bis sublimes ; d’abord une Ile joyeuse de Debussy d’une totale liberté et dans une clarté radieuse ; et un peu de Chopin pour nous rappeler quel extraordinaire interprète il est également du compositeur polonais. Un concert marqué par une poésie particulière surtout celle de Schumann mais également la force et la révolte de Debussy en pleine guerre. Une autre  forme d’excellence ce soir à Piano aux Jacobins avec Philippe Bianconi en poète inspiré.

________________________________________________________________________________________________


Compte-rendu concert. Toulouse. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 24 septembre 2019.  Johannes Brahms (1833-1897) : Fantaisies Op. 116 ; Claude Debussy (1862-1918) : Etudes-Livre II ; Robert Schumann (1810-1856) : Cinq variations posthumes Op.13 ; Fantaisie en ut majeur Op.17/ Philippe Bianconi, piano. Photo : Philippe-Bianconi © William-Beaucardet

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM. Pour ce 40ème festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succèdent à un rythme soutenu et même en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelée, ( cf. nos quatre compte rendus JACOBINS 2019 précédents), semble un miracle de stabilité dans notre monde en folie : une différente sorte d’excellence chaque soir !  De telles soirées aident à supporter les journées ….

Adam Laloum aux Jacobins…
poète sensible habité par la musique.

laloum piano harald hoffmann concert critique classiquenewsAdam Laloum est peut-être parmi ces immenses pianistes celui qui se tient à une place à part, celle du coeur. Du moins pour moi ce concert l’aura été. Je connais bien la musicalité fine de ce pianiste depuis bientôt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis émerveillé. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le récent festival de Lagrasse le montre en délicat chambriste, son récent concert de concertos de Mozart à la Roque d’Anthéron en a ébloui plus d’un par sa musicalité mozartienne épanouie, (concert à la réécoute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste Cloître des Jacobins après tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un répertoire qui lui convient à la perfection. Ce concert est frère de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert.
La Sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une œuvre de la maturité de toute beauté. Le grand final en forme de fugue est une véritable apothéose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualité de nuances et de couleurs d’une infinie variété. Le Beethoven de Laloum a toujours la primauté du sens sans rien lâcher sur la forme. Il cisèle chaque phrase et l’enchâsse dans le mouvement puis dans la sonate entière. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilité qu’il apporte au public, sont des qualités bien rares. À présent la pâte sonore d’Adam  Laloum a gagné en richesse. La beauté des sons surtout l’ambitus sont proprement incroyables. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence font penser à l’orgue.

Après cet hommage au véritable père de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le début dans une nuance piano aérienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse. Pièce rarement jouée en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualités d’Adam Laloum. Il en avait déjà offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprétation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’oeuvre et sa fantaisie débridée nécessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois à propos avec une beauté à couper le souffle. Un vrai engagement d’interprète et une virtuosité totalement maitrisée rendent l’instant sublime.

Mais ce qui va véritablement faire chavirer le public est son interprétation unique de l’avant dernière sonate de Schubert. La D.959 est jouée avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxième mouvement chante le bonheur à portée de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum … une deuxième vie. Les nuances sont subtilement dosées et le cantabile se déploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plénitude incroyable. Jamais de dureté ni d’acidité. Toujours une onctuosité belcantiste. Ce deuxième mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempête centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraîne dans quelques danses qui deviennent véritablement fougueuses et heureuses à force de tournoyer sur elles même dans des variations que l’on aimerait perpétuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaieté et d’envie de vivre. Tout coule, avance ; les nuances pleinement assumées, les phrasés variés à l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mélancolie. Aujourd’hui, Adam Laloum est probablement le plus émouvant interprète de Schubert. Un vrai compagnon d’âme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des schubertiades. Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient à Schubert. Un vrai bonheur partagé !

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. Toulouse. 40ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano. Photo : © Harald-Hoffmann

LIRE aussi

Compte rendu concert. 37 ième Festival de la Roque d’Anthéron. Abbaye de Silvacane. Le 14 août 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-37eme-festival-de-la-roque-dantheron-abbaye-de-silvacanele-14-aout-2017-beethoven-schubert-adam-laloum/

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A.MOZART. F.SCHUBERT, D.FRAY.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A. MOZART. F. SCHUBERT, D.FRAY. Quelle différence de présentation du jeune pianiste à son public toulousain entre son dernier concert à la Halle aux Grains en novembre 2018, dans les concertos de Bach pour plusieurs claviers et ce soir … dans ce récital solo aux Jacobins. Si la joie et l’enthousiasme dominaient sa dernière apparition, ce soir dans le Cloître des Jacobins, c’est un homme sombre et tendu qui se met au clavier. Le choix du programme a dû avoir son importance car les trois partitions de Mozart qui ouvrent le programme sont très particulières. Toutes trois font partie des dernières pièces écrites par Mozart pour son cher piano et si il est acquis que Mozart n’est pas vu comme un compositeur révolutionnaire, ce rondo en la mineur et surtout cette fantaisie en do mineur dans leur isolement sont des oeuvres éminemment personnelles déjà par leurs tonalités mineures mais aussi dans leur forme.

Piano romantique aux Jacobins…

David Fray chantre du  Sturm und Drang

David-Fray-©Paolo-RoversiEt la Sonate n°14 contemporaine de la Fantaisie n’est pas si classique tant elle est traversée par une mélancolie profonde. David Fray en musicien sensible semble gagné par une inquiétude que son jeu magnifie. La Fantaisie est plus ombreuse que lumineuse et la Sonate se garde bien de paraître aimable. Le tragique est tapis dans l’ombre même lorsque la lumière luit. Les graves sont nobles et profonds et le chant se fait très sensible et douloureux par moments. Un peu de dureté se perçoit dans certains accords surtout dans le final de la sonate, tant le tragique domine cette interprétation. En Deuxième partie de programme le Rondo de Mozart est également rempli de drame mais devient plus aimable. Le Mozart de David Fray, celui de ces Å“uvres là, est donc grave, inquiet et très mélancolique. Comme si le Sturm und Drang avait pris une place centrale. Bien que ce mouvement littéraire n’ai pas duré bien longtemps, la musique si profonde de Mozart en est l’exemple musical le plus probant. D’autres diraient que cette musique est pré-beethovénienne…  Je trouve cela trop réducteur pour chacun des deux génies.  La Sonate n°16 de Schubert est plus équilibrée entre joie et peines. Elle permet davantage de surprises au détours des changements de tonalités. David Fray qui aime tant Schubert, sait le jouer avec cette liberté du promeneur qui se laisse séduire par le paysage, oubliant sa solitude humaine fondamentale. Voici donc un début de concert très sombre qui évolue vers davantage de lumière. Le public très aimant lui fait un vrai triomphe et dans les 3 bis David Fray se (et nous) réconforte avec du Bach qui semble lui apporter paix et joie. Trois Å“uvres sublimes apportant la sérénité et rendant le sourire au pianiste.

Compte-rendu concert. Toulouse. 40ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en do mineur KV.475 ; Sonate pour piano n°14 en do mineur KV.457 ; Rondo en la mineur K.511 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°16 en la mineur D.845. David Fray, piano. Photo : David Fray © Paolo-Roversi

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, Jacobins, le 17 sept 2019. Récital N. ANGELICH, piano. PROKOFIEV. BRAHMS. 

ANGELICH-Nicolas-concert-critique-concert-piano-par-classiquenews-angelich-nicolas-recital-chopin-concert-antheron-la-roque-critique-concert-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 17 septembre 2019.S. PROKOFIEV. J. BRAHMS. N. ANGELICH. Nicholas Angelich est un grand homme. Taille haute certes mais surtout piano porté vers les plus hauts sommets de l’art. Le récital de Nicholas Angelich ce soir est marqué par une puissance expressive peu commune. Le colosse à l’âme sensible nous a livré dans un programme audacieux, une leçon d’interprétation de la musique de Prokofiev peu commune. Les Visions Fugitives qui ouvrent son programme sont un véritable kaléidoscope de sonorités variées, de nuances extrêmes, de virtuosité mise au service d’une expressivité totale. Les visions se déroulent dans une fluidité constante. Cela parle de l’enfance, des pulsions qui s’expriment et de la recherche de quelque chose qui échappe. La richesse de l’écriture pour piano de Prokofiev exulte sous ses doigts qui peuvent tout.

Angelich le magnifique !

Puis le sommet de la musicalité dont Angelich peut nous régaler se révèle dans la transcription du ballet Roméo et Juliette que Prokofiev a composé. L’art du piano semble sublimé par la beauté des thèmes et la richesse de ce ballet véritablement génial. Ces dix pièces ne reprennent pas exactement les suites pour orchestre que Prokofiev a tiré si habilement de son Ballet. Rien qu’en raison de ces trois suites d’orchestre et de cette transcription pour piano la richesse de ce ballet est exceptionnelle.
Samedi l’orchestre du Capitole et Tugan Sokhiev nous subjuguaient dans les pièces pour orchestre des suites 1 et 2 : lire notre compte-rendu. Nicholas Angelich, avec ces dix pièces écrites d’une manière sublime pour la piano, nous accompagne  dans ce drame si bouleversant avec émotion. L’art du pianiste est à son sommet. Tout coule sous ses doigts avec une facilité déconcertante. Les nuances, les couleurs, les phrasés parfaitement ciselés et une vivacité rythmique de chaque instant, magnifient la superbe partition. C’est à la fois du grand piano, de la grande musique inventive et riche et … du drame poignant. Une sorte de magie se dégage de la fin de la transcription sur le thème si subtile du poison qui au piano sonne particulièrement bien. Le public applaudit à tout rompre ce géant si sensible.

En deuxième partie de programme, Angelich nous offre une interprétation brillante et puissante des variations de Brahms sur le thème fleuri de Haëndel. L’art de la variation dans ses possibilités le plus riches rencontre un interprète inspiré et aux moyens phénoménaux pliés à la plus fine musicalité. Quelle extraordinaire discipline mentale qui jamais ne cherche à briller personnellement mais qui met tout son art au service de la beauté de la partition. Nicholas Angelich est un artiste intègre qui ce soir nous offre un programme somptueux, peut-être un peu difficile, mais qui élève le public sur des sommets peu fréquentés. Un grand merci monsieur Angelich pour tout cela.

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, concert. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 17 septembre 2019. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Visions Fugitives Op.22 ; Roméo et Juliette, dix pièces pour piano Op.75 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haëndel, Op.24 ; Nicholas Angelich, piano. Illustration : DR

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV.  

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV. La rentrée de l’Orchestre du Capitole de Toulouse est toujours un événement attendu. Cette année il a semblé un instant que le public venu si nombreux n’allait pas pouvoir entrer dans la vaste Halle-aux-Grains. Mais tout c’est bien passé ; l’orchestre a pu s’installer au centre d’un public serré, attentif et heureux. Il n’est plus très bien vu de dire les qualités de cette salle de concert depuis qu’un projet de nouvel auditorium a pris vie. Mais l’un n’empêche pas l’autre et certes cette salle a ses limites mais elle a aussi de vraies qualités. Ce soir la température idéale a permis de sortir de la torpeur de la ville et de se préparer au concert. Cette présence du public de toutes parts permet à l’Orchestre de bien sentir sa présence.

Capitole de Toulouse…
Somptueuse ouverture de saison

Et tous les points du vues sur l’orchestre ont leur intérêt. Y compris dos à l’orchestre où le chef est vu de face. Après un été passé à beaucoup écouter de concerts en plein air (période des festivals de l’été), il est réconfortant de bénéficier de l’acoustique de la Halle-au-Grains. Acoustique sèche et qui permet une écoute analytique de détails; qui demande à l’orchestre beaucoup d’efforts mais qui met en valeur ses grandes qualités. De même le pianiste peut oser des nuances subtiles car tout s’entend. Nous avons donc eu une interprétation absolument merveilleuse du deuxième concerto de Rachmaninov. Le jeune pianiste Behzod Abduraimov, est connu des toulousains et apprécié. Son jeu est flamboyant, nuancé, coloré et très précis. Il démarre le concerto en dosant parfaitement les premiers accords dans un crescendo généreux ; la réponse de l’orchestre est d‘emblée parfaitement équilibrée, permettant de ne pas perdre une note du pianiste. Quelle différence avec ce même concerto entendu à La Roque d’Anthéron cet été, voir notre compte rendu critique : Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov par Lukas Geniusas, le 8 aout 2019.
L’Orchestre du Capitole est en pleine forme, concentré et d’allure détendue. La musique coule avec une énergie maitrisée mais généreuse. Tugan Sokhiev est aux petits soins pour le pianiste, il regarde constamment le jeune homme afin de suivre son jeu. Il régule chaque instrumentiste demandant à plusieurs reprises aux violons de jouer moins fort. Le résultat est très, très beau. Et cette rare alchimie réunissant la musicalité du pianiste, du chef et de l’orchestre se produit miraculeusement ce soir. Le piano est souverain, le geste du chef est minimaliste mais il semble s’adresser à chacun ; les musiciens de l’orchestre sont capables de moments solo d’une rare perfection et réagissent à chaque inflexion de Tugan Sokhiev qui dirige de tout son corps semblant danser. Le concerto de Rachmaninov si galvaudé par le cinéma retrouve sa place de chef d’œuvre absolu du genre concerto symphonique. Un régal de chaque instant que le public déguste en sachant le prix fabuleux que représente le fait d’être là ce soir.

sergei-prokofievLa deuxième partie du concert me permet de vivre un grand moment très attendu. Je me souviens d’un concert de 2003 dans lequel Tugan Sokhiev avait ébloui en dirigeant les deux suites de Roméo et Juliette de Prokofiev. Ce soir le bonheur est complet car le choix du chef est de jouer intégralement la deuxième suite et de poursuivre avec deux moments de la première suite qui lui permettent de terminer sur l’extraordinaire mort de Tybalt. L’âpreté du début fixe chacun à son siège. La violence, la puissance de destruction des Capulet et des Montaigu est aveuglante. La pureté de Juliette, la douleur de Roméo au tombeau sont des moments de théâtralité inoubliables. Cette partition est magnifique, chaque mesure trouve sa fonction dans cette dramaturgie implacable sous la direction très inspirée d’un Tugan Sokhiev en état de grâce. Et l’orchestre lui aussi semble halluciné et pris dans une musique d’une profondeur abyssale. La modernité de la partition a été reprochée à Prokofiev par les Soviets, c’est à juste titre car la musique fait prendre conscience de la puissance des totalitarismes, ici familiaux. Impossible sans en dénaturer le souvenir d’en dire davantage tant chaque seconde a été un enchantement.
Les gestes de Tugan Sokhiev sont d’une beauté envoûtante. Il devient beaucoup plus minimaliste mais si précis, si charismatique que le résultat musicale est sidérant d’évidence. Les instrumentistes se surpassent : le cor, les bois, le saxophone, les harpes, le célesta, les percussions, mais également les cuivres graves ont des moments de beauté absolue. Les cordes sont sublimes et de précision et d’ampleur de phrasés. Et la virtuosité diabolique des violons en a laissé sans voix plus d’un dans le public. Une apothéose d’union parfaite entre Tugan Sokhiev et son orchestre. Le départ du chef dans quelques années n’est plus refoulé. Sa biographie dans le programme permet à présent de lire tous les orchestres que ce génie de la baguette a dirigé et je crois bien qu’aucun continent ne l’a pas invité. Donc le monde entier le demande, et il est toulousain, quelle chance d’être là ce soir !!!

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur Op.18 ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette suites d’orchestre n° 2 et n° 1 Op. 68 Ter et bis ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Behzod Abduraimov, piano ; Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 12 sept 2019. Pavel KOLNENIKOV, piano. BEETHOVEN. DEBUSSY…

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 12 septembre 2019. F. CHOPIN. L.V. BEETHOVEN. C. DEBUSSY. P. KOLESNIKOV. Il ne fait rien comme les autres, Pavel Kolesnikov,  et à 30 ans, ce phénoménal pianiste russe est arrivé à réveiller le public de Piano aux Jacobins, le sortir du rituel bien établi des douces soirées d’été. Kolesnikov casse en effet tous les codes. Mais de cet ouragan pianistique naît une véritable nouvelle écoute des œuvres aimées et que le public croyait connaître.

 

 

 

Sans recherche de style, comme en transe…

Kolnesnikov le pianiste russe qui sidère le public

 

 

PIANO PAVEL KOLESNIKOV copyright EVA VERMANDE portait classiquenews critique concert review classiquenewsQue neni, tout semblera neuf ! Personne ne se permet de jouer d’une traite, sans respirer, cinq morceaux de Chopin puis la sonate au clair de Lune de Beethoven. Comme en état d’apesanteur le public, particulièrement silencieux jusque dans un long silence après la musique, exulte après le dernier accord de la sonate. Ce qui se passe dans un tel concert est l’abolition de toute possibilité de critique, voir d’analyse. Tout est immersion sonore, piano expérimental, moderne et inclassable. Sans recherche de style, de toucher différent, de couleurs informées, Pavel Kolesnikov est comme en transe. Il joue avec une facilité déconcertante, choisi généralement des tempi à la limite de la rupture. Tant dans la rapidité démoniaque que la lenteur en apesanteur. Le début de la sonate au Clair de Lune est hypnotique, le final  presto agitato furioso. Son Chopin est chaloupé, dansant et étonnamment moderne dans des rythmes et des harmonies comme mise en lumière par un laser. Rien de joli ou d’agréable mais une sorte d’urgence et de fièvre, une beauté absolue du piano. Après l’entracte qui permet au public de retrouver ses habitudes mondaines, le retour du pianiste va le changer en public bien peu distingué, si, si ….

Les trois pièces de Debussy passent comme un ouragan de modernité et d’expérimentation pianistique. Sonorités détimbrées, nuances extraverties entre murmure et tonnerre, harmonie comme diffractée. Rien de la recherche d’un son ou un style français, mais une musique moderne et complètement nouvelle.

Sans marquer de pose l’enchainement avec les premières mesures de la sonate Waldstein ne marquent aucune rupture ni de sonorité ni de style. Comme Beethoven sonne moderne et original ainsi ! La fin du premier mouvement est si furieusement emportée que le public applaudi à tout rompre complément sidéré. A-t-on jamais applaudi dans cet auguste cloître si étrangement mal à propos pour les usages mondains ? Rien ne se passe comme prévu, le public s’oublie… Le début du deuxième mouvement de la Waldstein dans un murmure déchirant devient fantomatique et comme exsangue. Le final sera prestissimo à la limite des possibilités de discrimination de l’oreille humaine. L’opposition des nuances est presque violente ; les couleurs s’entrechoquent entre le thème aigu et le grondement du piano dans le grave. Dans l’aisance digitale surnaturelle du jeune prodige, les thèmes se superposent, se rencontrent s’opposent avec fureur. En pantalon noir et chemise blanche, avec une allure d’adolescent tout en finesse, la force qui se dégage de son jeu semble ne pas venir de son corps mais être complètement surnaturelle.
Trois bis passent comme un songe. J’y reconnais Chopin, mais cela me semble sans importance… La stupeur petit à petit s’estompe et l’analyse de ce qui a été si intensément vécu peut se faire. Voilà un concert inoubliable en raison de la puissance pianistique incroyable engagée par Pavel Kolesnikov ce soir. Un pianiste à suivre comme une météorite flamboyante et presque effrayante pour un jeune musicien.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 12 septembre 2019. Frédéric Chopin (1810-1849) : Polonaise n°1 en do dièse mineur, Op.26 ; Valse n°1 en la bémol majeur Op.69 ; Impromptu n°1 en la bémol majeur Op.29 ; Fantaisie impromptu en do dièse mineur Op.66 ; Prélude n°15 en ré bémol majeur op.28 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate N°14 en do dièse mineur Op.27 « Clair de lune » ; Sonate n°21 en do majeur Op.53 « Waldstein». Claude Debussy (1862-1918) : La neige danse, ext. de  Children’s corner ; Feu d’artifice, ext. de Préludes livre 1 ; Mouvement, ext. d’ Images livre 1 ; Pavel Kolesnikov, piano. Illustration : © Eva Vermande

 
 

COMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le 11 sept 2019. Récital N. GOERNER, piano.

Nelson GoernerCOMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le  11 sept 2019. Récital N. GOERNER, piano. F. CHOPIN. G. FAURE. I.J. PADEREWSKI. Le pianiste Argentin Nelson Goerner est un musicien que j’apprécie beaucoup et dont j’ai régulièrement la chance de rendre compte. Ce soir le changement de programme bien compréhensible, les choses sont annoncées presque un an à l’avance, a eu plus d’importance que prévu. Enlever toute œuvre de LISZT est décevant pour ceux qui voulaient entendre des pièces de ce compositeur. Mais il fallait laisser une chance au compositeur remplaçant. Il faut, et ce n’est pas lui faire injure, reconnaitre que Paderewski n’a tout simplement pas l’envergure de Liszt. Excellent pianiste, Paderewski a été un grand interprète de Chopin déprit le monde et nous lui devons l’organisation de son catalogue, mais la musique de Paderewski, du moins dans cette composition, apparait bien conventionnelle et sans charme.

Un peu déconcertant : Nelson Goerner
Paderewski agaçant mais Chopin charmeur…

Ces variations  sont une pâtisserie boursoufflée, grasse et lourde. Et la fugue est bien poussive. L’art de Nelson Goerner n’y a rien pu; l’ennui a donné la main à l’agacement. Quand Funérailles, jeux d’eau à la villa d’Est et Rhapsodie espagnole étaient prévues…. Cela met cruellement en lumière qu’un changement de programme annoncé dans la salle de concert peut être une vraie déception justifiée pour le public.

Quoi qu’il en soit les deux nocturnes de Chopin qui ont ouverts le récital ont été élégants et bien phrasés mais sans aura particulière. Les bien trop longues variations de Paderewski ont plombé l’ambiance. Après l’entracte ou les commentaires sont allé bon train sur ce que d’aucun ont appelé un manque de respect du public, nous avons retrouvé le Nelson Goerner que nous aimons. A Nouveau des variations mais très inspirées de Fauré ; elles ont été une merveille de couleurs, nuances et phrasés. Et en sommet du concert la dernière œuvre, à la fois émouvante puis brillante a conquis le public. Un Chopin ample et nuancé, charpenté et délicatement coloré. Avec ce charme si singulier que le jeu inspiré de Goerner développe. L’Andante spianato a été chanté à l’envie et la Grande Polonaise a brillé de mille feux. Les bis ont récompensé le public reconquis.  Dont un inénarrable Beau Danube bleu arrangé en variations. Mais il reste à poser la question : A quand le Liszt de Goerner ?  Il nous le doit à Toulouse ….

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 12 septembre 2019. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en do mineur Op.48 n°1 ; Nocturne en fa dièse mineur OP.48 n°2 Barcarolle en fa dièse majeur Op.60 ; Andante spianato et Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur Op.22 ;  Ignaz Jan Paderewski (1860-1941) : 20 variations et fugue en mi bémol mineur Op. 23 ; Gabriel Faure (1845-1924) : Thème en variations en do dièse mineur Op.73 ; Nelson Goerner, piano. Nelson Goerner (DR)

COMPTE-RENDU, concert. LAGRASSE, le 8 sept 2019. BEETHOVEN. ARENSKI… R. SEVERE. A. LALOUM…

COMPTE-RENDU,Concert. LAGRASSE, Festival Les Pages musicales, Eglise Saint Michel, le 8 septembre 2019. L.V. BEETHOVEN. A. S. ARENSKI. R. SCHUMANN. I. STRAVINSKI. R. SEVERE. A. LALOUM. C. JUILLARD. L.HENNINO. F. MACGOWN. A. et G. BELLOM. A. CHAPELOT. Il en faut du cran à de si jeunes interprètes pour s’autoriser un programme aussi dense. Cela commence agréablement et presque sagement avec une magnifique sonate pour violoncelle et piano de Beethoven. Ce qui est terrible, c’est que chacun a dans l’oreille des versions d’ interprètes grandioses tant elles sont jouées et enregistrées. Pourtant les deux frères ont su imposer leur style simple et franc et leur belle musicalité dans la sonate n°2. Tout avance bien, les tempi sont évidents et l’entente mutuelle est belle à voir.

 

 
 

A LAGRASSE…
Un concert encore plus émouvant que la veille

 

 

lagrasse 8 sept hennino macgowin chapelot critique concert 8 sept classiquenews

 

 

Le jeu impeccable de Guillaume et les belles nuances d’Adrien ont conduit l’écoute du public vers une forme de sérénité. Le quatuor d’Arenski est une vraie merveille. Équilibrant le son vers le grave en utilisant deux violoncelles, le compositeur russe obtient des effets d’une très grande originalité. La partition est riche en beautés romantiques et d’un lyrisme slave émouvant. Menée par Charlotte Juillard pleine de passion, les instruments graves sont animés du même enthousiasme. Les regards, les sourires, les gestes complices tout cela est aussi beau à voir qu’à entendre. Léa Hennino offre un son chaud et rond avec son alto. Les deux violoncellistes ont des parties très importantes et sont d’égale importance. Yan Levionnois et Adrien Bellom sont impliqués de la même manière. Les couleurs sombres sont ondoyantes et le violon plane souvent sur cette mer sombre avec un bel éclat. La partition écrite en hommage à Tchaikovski est parée de mélancolie slave de toute part avec une partie centrale très émouvante. Le final virtuose et flamboyant suscite l’ovation du public.
Le cycle Op. 39 de Schumann est d’une très grande beauté et s’ordonne un peu à la manière d’une quête amoureuse qui se termine avec une union après des états d’âmes romanesques remplis de craintes. Nous avions déjà entendu Adam Laloum dans ce cycle avec Martin Berner à Salon de Provence l’an dernier. Nous avions été totalement convaincus par son jeu très habité. Avec la mezzo-soprano Fiona McGown, la liberté prend son envol avec une connivence exceptionnelle entre la cantatrice et le pianiste. Ce cycle est ce soir théâtralisé avec un art particulier. La cantatrice semble déguster chaque mot et nous faire profiter de chaque scénette, trouvant le poids exact dans la narration générale. Le numéro 7 « Auf einer Burg » devient une scène cinématographique dans laquelle le temps suspendu est perceptible avec le tempo étiré choisi par les interprètes. La diction précise et dramatisée de la chanteuse trouvant dans le piano si sensible de Laloum, le décor sublime attendu. Le temps s’arrête avec une grâce infinie avant que reparte la narration vers le bonheur des amants réunis. La voix ronde et les phrasés amples de Fiona McGrown sont magnifiques. Les couleurs partagées entre le piano et la voix, les subtiles nuances qui se répondent tiennent d’une magie musicale où les mânes de Schumann en quête de l’âme soeur se retrouveraient sans peine. Le grand succès en retour prouve combien le public sait reconnaître les moments de poésie rares quand ils sont présents.

Le final très impressionnant mérite une analyse. Car L’Histoire du Soldat de Stravinski est hallucinante de modernité. Les quatre artistes qui nous ont interprété cette partition si particulière ont fait preuve d’un esprit d’équipe inouï. Car un violon, une clarinette, un piano et un récitant doivent nous emporter dans ce conte philosophique et satirique sans que nous puissions nous y opposer par la raison froide qui n’y verrait qu’une histoire pour enfants. Ce soldat cède à l’appât du gain, perd son temps, sa vie, son amour et son humanité face à un diable cynique : c’est un peu nous chaque jour dans la course à la consommation. Son ultime action de dépossession de l’argent dont il voit enfin l’inutilité, lui permet de gagner l’amour de la princesse… Le grotesque de la partition n’a d’égal que sa terrible virtuosité. Le texte a des significations de niveaux différents et demande un interprète doué pour créer plusieurs personnages et les rendre présents. Au violon, Charlotte Juillard dégage une énergie totalement incroyable. Raphael Sévère joue de deux clarinettes, il est capable de dégager un esprit moqueur comme de créer des moments de grande tendresse. Guillaume Bellom au piano tient impeccablement le tempo et sert de référence stable à toute cette agitation, tour à tour joyeuse ou grotesque. Antoine Chapelot arrive à incarner jusque dans le moindre de ses gestes ce soldat qui aspire à un peu de repos ; homme simple et bon qui se laisse pourtant séduire par le diable.  Il arrive à le vaincre de justesse en se dépouillant du superflu. La voix du diable sans être grossie a quelque chose de très effrayant dans sa simplicité apparente. L’acteur est très touchant également et la pantomime finale est pleine de grâce.
Durant les moments de pur théâtre, il n’est pas rare que les instrumentistes restent bouche bée devant cette histoire si incroyable.
Il en faut du talent et une équipe soudée pour rendre accessible au public une partition si originale, complexe et si rarement donnée. Le succès a été au rendez vous avec un public absolument conquis, reconnaissant et enthousiaste.
Voilà donc un bien beau premier week-end pour ce cinquième Festival des pages Musicales de Lagrasse. Il reste encore cinq concerts jusqu’ au 15 septembre 2019. A suivre.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. 5ème festival des Pages Musicales de  Lagrasse. Lagrasse. Eglise Saint-Michel, le 8 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour violoncelle et piano Op.5 N°2 ; Anton Stepanovitch Areski ( 1861-1906) : Quatuor à cordes n°2 Op.35 ; Robert Schumann ( 1010-1856) : Liederkreis op.39 ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’histoire du Soldat ;  Raphael Sévère, clarinette ; Natacha Kudritskaya, piano ; Charlotte Juillard, violon ; Léa Hennino, alto;  Adrien Bellom et Yan Levionnois, violoncelle ; Fiona McGown, soprano ; Adam Laloum et Guillaume Bellom, piano. Antoine Chapelot, récitant. Photos : © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. LAGRASSE, Festival Les Pages musicales, le 7 sept 2019. BRAHMS… R. SEVERE. N. KUDRITSKAYA…

COMPTE-RENDU, concert. Festival Les Pages musicales de Lagrasse . Lagrasse. Eglise Saint Michel, le 7 septembre 2019. J. BRAHMS. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV D. CHOSTAKOVITCH. R. SEVERE. N. KUDRITSKAYA. C. JULLIARD. C.PERON. P. CHARDON. A.BELLOM. Ouverture russe… Cela fait déjà 5 années que le pianiste Adam Laloum invite ses amis musiciens dans le calme village de Lagrasse, niché au bord de l’Orbieu pour un festival très original. En effet comme en une sorte de résidence d’artistes, les musiciens choisissent les Å“uvres et avec qui les interpréter ; il se dégage de cette organisation qui permet de longues répétitions, un sentiment de plaisir partagé qui submerge les auditeurs comme les artistes. Avec parfois de petits changements de programme de dernière minute… De plus, à l’entracte tout le monde se rejoint sous la Halle pour un verre ou un casse croûte délicieux.

 

 

Festival de Lagrasse 2019 :
toujours le même enthousiasme communicatif !

 

 

festial-la-grasse-critique-concert-concert-festival-classiquenews-7-sept-2019-classiquenews

 

 

Cette simplicité est admirable et rare ; cette proximité, émouvante. La qualité musicale est inouïe. Raphaël Sévère est le clarinettiste le plus jeune et le plus brillant du moment. C’est un grand musicien. Son engagement total dans ses interprétations subjugue chaque fois le public. Je ne sais pas si beaucoup de musiciens osent comme lui des pianissimi au bord du silence et des envolées lyriques aussi généreuses dans les sonates pour clarinette de Brahms. La première de l’opus 120 a ce soir emporté le public dans un paysage romantique tour à tour grandiose et intimiste. Au piano, Natacha Kudritskaja est une partenaire tout aussi capable d’emportements romantiques grandioses que de murmures d’une infinie délicatesse. L’osmose entre les deux musiciens est si parfaite que le discours musical brahmsien coule sans que le temps puisse peser. Chaque instant de cette ivresse musicale parfois mélancolique semble pouvoir durer toujours. Cette magnifique interprétation dans une splendeur sonore de chaque instant a ravi le public.
Puis trois artistes ont rejoint la pianiste pour proposer une oeuvre rare dont l’ombre des créateurs géniaux semble intimider bien des musiciens. Il faut juste rappeler que les Sept mélodies de Chostakovitch sur des poème d’ Alexandre Blok ont été crées à Moscou par sa dédicataire, l’immense Galina Vischnevskaya, son époux Mtislav Rostropovitch au violoncelle, David Oistrach au violon et Moisei Vainberg (remplaçant Chostakovitch souffrant) au piano. De cette création de 1967, il existe en CD l’enregistrement historique chez BMG. Que de si jeunes artistes osent s’attaquer à ce chef d’œuvre intimidant est admirable. En choisissant quatre mélodies ils déploient les somptueuses alliances de timbres. Voix-violoncelle, Voix-violon, Voix-piano-violoncelle puis voix-violon-violoncelle-piano que le génie de Chostakovitch a inventé pour ses amis. Le timbre chaud de Claire Perron,  le violon  ardent de Philippe Chardon et le violoncelle émouvant d’ Adrien Bellom, surtout le piano délicat de Natacha Kudritskaja, permettent de déguster ce chef-d’œuvre bien trop rare.

Après l’entracte, Charlotte Julliard avec son énergie bien reconnaissable se saisit de la Sonate pour violon de Prokofiev. Mais cette œuvre contient une certaine sévérité que la violoniste obtient en bridant son tempérament passionné. Guillaume Bellom au piano est un partenaire appliqué et mesuré.

Pour finir ce concert, le trio de Rachmaninov fait souffler sur le public un vent de romantisme absolument irrésistible. La torche de passion que peut mettre dans son piano la jeune Natacha Kudritskaja est sidérante. Le violon de Philippe Chardon devient lyrique au possible ; le violoncelle d’ Adrien Bellom semble devenu voix humaine. Le public exulte et fait un triomphe au trois jeunes interprètes. Quel beau concert de musique russe. Les musiciens développent leur bel enthousiasme et leur musicalité rare en une amitié musicale de chaque instant ! Voila une très belle édition du festival des pages Musicales de Lagrasse qui s’ouvre.

 

 

festival-LA-GRACE-7-sept-trio-critique-concert-classiquenews

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. 5 ème festival des Pages Musicales de  Lagrasse. Lagrasse. Eglise Saint-Michel, le 7 septembre 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Sonate pour clarinette et piano Op.120 n°1. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Trio élégiaque n°1 pour piano et cordes ; Serge Prokofiev (1891-1953) Sonate pour violon et piano en ré majeur Op.94 bis ; Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Sept romances sur des poèmes d’Alexandre Bloch n° 1,3,4,7. Raphaël Sévère, clarinette ; Natacha Kudritskaya, piano ; Charlotte Julliard, Philippe Chardon, violons ; Adrien Bellom, violoncelle ; Claire Peron, mezzo-soprano ; Guillaume Bellom, piano. Photos © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 5 septembre 2019. Récital Christian ZACHARIAS.

piano aux jacobins festival piano critique annonce concerts festivals 2019 classiquenews agenda opera festivalCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 5 septembre 2019. Récital Christian ZACHARIAS. L’organisation d’un festival international dans la pleine force de l’âge n’est pas une mince affaire. Donner un lustre particulier tant à tout le festival qu’au premier concert, est un art délicat. Un début trop brillant éblouit le public pour la suite. Mettre ainsi tout le 40 ème  Festival Piano aux Jacobins sous le signe de l’art rare de Christian Zacharias est une admirable idée. Car ce qui motive le duo des créateurs du Festival : Catherine d’Argoubet et Paul-Arnaud Péjouan, n’est pas  la recherche de l’esbroufe, du vedettariat ou du glamour pianistique mais bien d’avantage : l’exigence d’une musicalité totale qui passe par le piano avec un vrai engagement personnel de l’artiste.

 

 

 

Ouverture de la 40ème édition de Piano aux Jacobins :
… toute en délicate musicalité.

 

 

 

Christian-Zacharias-piano-christian-zacharias-©-Constance-Zacharias-1Il y a également ce tact incroyable avec lequel ils invitent de jeunes talents choisis avec bonheur et une fidélité absolue, réciproque entre les grands pianistes et les organisateurs du festival. C’est ainsi que Christian Zacharias est venu en ami du festival de longue date pour ouvrir cette quarantième édition. Il a choisi Haydn et Bach pour son programme : les pères fondateurs. Bach le clavieriste qui ne connaissait pas le piano mais qui a écrit une musique si riche pour orgue ou clavecin, pleine et inventive qui écoutée au piano est chaque fois un véritable régal. Le Bach de Christian Zacharias est élégant, noble et lumineux. La structure si belle est mise en valeur comme une architecture aussi solide qu’inventive. Les plans sonores sont particulièrement bien organisés. L’esprit de la danse affleure et son interprétation est pleine de vie. Comme une cathédrale sonore dans laquelle la lumière pénètre par des vitraux clairs et multicolores.
Dans les trois sonates de Haydn, la précision du jeu, le respect de la belle organisation et des tempi semblant idéaux, permettent de déguster l’art de Haydn. Dans les deux sonates de relative jeunesse (n° 31 et 32), l’humour pointe son nez mais j’ai toujours un peu de mal avec cette écriture si sage et polie, comme trop consciente de sa valeur. Ces deux sonates sont en tous cas très différenciées sous les doigts experts de Christian Zacharias. En fin de concert l’interprète  met beaucoup de grâce et d’énergie dans la sonate n° 62 de Haydn. L’évolution du compositeur est évidente. Cette sonate entre-ouvre la porte au jeune Beethoven, y compris par une certaine véhémence dans le final. Mouvement  complexe débutant en toute simplicité par des notes répétées et qui évolue vers une plénitude sonore à l’harmonie riche et à laquelle Zacharias donne une belle puissance.

Ce répertoire classique ne permet pas à l’interprète de donner libre court à la si belle sensibilité qu’il fait jaillir dans la musique romantique ; mais c’est une sorte d’éthique qui anime Christian Zacharias. Il ne tire pas la couverture à lui et ouvre le festival a la plus délicate musicalité, …à la suprême élégance. A chacun ensuite de garder, s’il le peut et le veut, cette haute vision tout en ouvrant vers un répertoire plus expressif et plus audacieux. Cette ouverture en toute beauté et grande musicalité annonce une bien belle quarantième année au plus ancien Festival de piano de France, sinon du monde. A suivre.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

piano aux jacobins festival piano critique annonce concerts festivals 2019 classiquenews agenda opera festivalCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, 40ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 5 septembre 2019. Joseph Haydn ( 1732-1809) : Sonate n° 32 en sol mineur Hob XVI 44 ; Sonate n°31 en la bémol majeur Hob XVI 46 ; Sonate n° 62 en mi bémol majeur Hob XVI 52 ; Jean Sebastien Bach ( 1685-1750 ) : Suite française N°5 en sol majeur BWV 816 ; Partita n°3 en la bémol BWV 827 ; Christian Zacharias, piano / photo : © Constance-Zacharias

 

 

 

COMPTE-RENDU,Concert. La Roque d’Anthéron 2019, le 17 Août 2019. Récital FF Guy, piano. L.V. BEETHOVEN (Hammerklavier)

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 17 Août 2019. L.V. BEETHOVEN. F.F. GUY. La grande connaissance de la musique de Beethoven par François-Frédéric Guy est bien connue au concert. Il a également enregistré probablement toute la musique de Beethoven pour piano, sonates, pour piano seul et à deux, musique de chambre et concertos. Son allure calme, sa concentration sereine donnent immédiatement un sentiment de sécurité. Il débute son concert avec la 16 ème des 32 Sonates de Beethoven. Elle possède donc une position centrale dans cette production prodigieuse. Alors qu’elle est contemporaine du déchirant texte du Testament d’Heiligenstadt ; elle paraît joyeuse et pleine d’humour. Comme si le grand homme voulait bien rendre compte de son plaisir à vivre en société que la surdité le condamnait à éviter. Le jeu de François Frédéric Guy est justement capable de rendre cette légèreté et cet humour. Même si le mouvement lent se rembrunit. La beauté de la sonorité nous ravit et la délicatesse des phrasés est également admirable.

 

 

32 Sonates, Hammerklavier… 

François-Frédéric Guy excelle dans Beethoven

 

concert piano critique classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-6

 

 

 

L’élégance de l’écriture et celle de l’interprétation se rencontrent avec art sous les doigts de François-Frédéric Guy. Puis la Sonate n° 26 plus connue comme celle des adieux, est en fait celle « des adieux, de l’absence et du retour de l’ami ». Il ne s’agit pas d’une histoire amoureuse mais d’amitié. Beethoven voyait le frère de l’Empereur, son élève, ami et mécène quitter Vienne sous la menace Napoléonienne. Précédant de peu le cinquième concerto, l’écriture pianistique est virtuose et brillante. François-Frédéric Guy avec une belle autorité dramatique va nous faire vivre ses trois états avec une grande clarté de jeu. Nuances très développées, virtuosité maîtrisée et tristesse dans le mouvement lent non surjouée, mais exprimée avec noblesse. Le final est un moment de véritable allégresse.

Après l’entracte c’est la grandiose Sonate « Hammerklavier ». Peu de pianistes peuvent en rendre la véritable grandeur qui dépasse le seul jeu pianistique. Récemment à Salon-de-Provence le tout jeune Théo Fouchenneret nous avait éblouis par sa compréhension du message de Beethoven dans des qualités pianistiques rares. Il est certain que la maturité de François-Frédéric Guy lui permet d’aller plus loin. Il dépasse les traits pianistiques, se met complètement à nu dans une interprétation totalement bouleversante. Comment Beethoven a-t-il pu aller si loin ? Comment cet artiste fait-il pour rendre perceptible au public la confession de l’âme du compositeur ? Il y a presque quelque chose d’indécent à livrer au public une telle confession. Public dont une partie joue avec son téléphone portable, tousse, bouge ou somnole pendant qu’un artiste intègre livre en totale impudeur tout son amour pour cette partition incroyable. Le long mouvement lent (20 minutes) est l’expression, la confidence d’une âme au bord du désespoir mais qui garde faiblement la foi dans l’humanité.
C’est là que le Testament d’Heiligestadt prend tout son sens. Beethoven avait en lui cette page, et bien d’autres : il devait les offrir à ses frères humains. Voici l’extrait du testament auquel je fais allusion : « De tels incidents me portaient presque au désespoir et il s’en fallut de peu que je ne misse fin à ma vie, mais seul, lui, l’art m’en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli ce à quoi je me sentais disposé et, ainsi je prolongeai cette vie misérable, vraiment misérable, cette nature si fragile qu’un assez rapide changement me fit passer du meilleur état dans le pire. »

Il me semble que l’organisation d’un concert, même dans un lieu magique comme celui-ci, touche à sa limite lorsque que l’artiste-interprète offre une si parfaite compréhension du message bouleversant du compositeur. François-Frédéric Guy domine non seulement techniquement cette Sonate, mais en comprend parfaitement et nous en fait comprendre, toute la grandeur.

 

 

piano concert critique festival classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-11

 

 

Ce grand moment de musique est à marquer d’une pierre blanche. François-Frédéric Guy est un artiste à la maturité magnifique. Il est en train de diffuser en CD son intégrale des Sonates de Beethoven. Elle est certainement admirable, mais assister à un concert de cette qualité n’a pas de prix. Car voir la charge émotionnelle maîtrisée de l’artiste, rend humble et reconnaissant. Le public a applaudi bruyamment et presque vulgairement après cette musique éthique si profonde. François-Frédéric Guy avec un bel humour a joué en premier bis la lettre à Elise. Son petit sourire semblait suggérer que savoir jouer la Hammerklavier est peut être un préalable à bien jouer cette petite et si belle lettre…. Que massacrent tant d’amateurs…
Puis dans la belle nuit provençale un nocturne de Chopin au legato de velours, a fermé la soirée avec beaucoup d’élégance. Plus qu’un pianiste François-Frédéric Guy est un grand musicien et il excelle dans la capacité à faire comprendre le génie de Beethoven.

________________________________________________________________________________________________

Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 17  août 2019. Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Sonate N°16 en sol majeur op.31 n°1 ; Sonate n°26 en mi bémol majeur Op.81a «  Les adieux » ; Sonate n°29 en si bémol majeur Op.106 «  Hammerklavier » ; François-Frédéric Guy, piano. Photos : © Christophe Grimiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, Concert. Lourmarin, Le Temple, le 9 août 2019. Dana Ciocarlie, piano. Schumann.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. Lourmarin. Le Temple, le 9 août 2019. R. SCHUMANN. D. CIOCARLIE. Le Festival de La Roque d’Anthéron ne se limite pas au Parc du Château de Florans à la Roque. Nous avions été ravis de découvrir le cloître de l’Abbaye de Sylvacane, il y a deux ans et le parvis de l’église de Lambesc, cette année. Le temple de Lourmarin nous a désagréablement surpris. En effet une acoustique lourde, tournoyante et trop réverbérée ne nous a pas permis d’écouter sereinement le beau piano de Schumann.

 

 

Ciocarlie_© Christophe GREMIOT_09082019-5

 

 

Le programme paraissait extrêmement bien construit. Trois œuvres de Schumann, de son début d’écriture pianistique qui sont autant de coups d’essais, encouragés par ses pairs que de géniales partitions. Le jeu de la pianiste roumaine Dana Ciocarlie ne semble pas en cause. Son intégrale Schumann a confirmé ses qualités d’interprète schumanienne. Mais Le Carnaval de Vienne plein de brio et souvenirs de fête a été noyé dans un son trop fort et flou donnant l’impression de bien trop d’utilisation de la pédale. En se déplaçant au fond du temple et avec la délicatesse des Scènes d’enfants, la beauté du piano de Dana Cioarlie nous a permis de déguster ces pages sublimes, plus sereinement. De belles nuances et des phrasés intéressants avec une belle caractérisation de chaque pièce sont les marques de cette interprétation.
Pour Kreisleriana, la reprise de nuances trop fortes a brouillé l’écoute d’un jeu assurément virtuose, … probablement inspiré. Les bis de Ravel et Mozart en particulier avec une texture plus fluide, plus claire et un toucher plus perlé nous ont vraiment permis d’apprécier la délicatesse du jeu de la pianiste. C‘est tout particulièrement le rondo mozartien empli de fraîcheur qui a  été savoureux.

Tenir compte de l’acoustique du lieu pour choisir sa manière de jouer est important pour l’artiste. Programmer un répertoire convenant à une acoustique donnée et savoir conseiller afin d’éviter la saturation du son d’un répertoire inadapté, tout cela revient aux organisateurs. A prendre en compte également : la question de l’horaire de 17h, dans un temple où le soleil touchait les spectateurs tour à tour malchanceux essayant de changer de places.

 

 
 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. 39ème festival international de La Roque d’Anthéron. Lourmarin. Le Temple, le 9 août 2019. Robert Schumann (1816 – 1856 ) : Carnaval de Vienne Op.26 ; Scènes d ‘enfants Op.15 ; Kreisleriana, Op.16 ; Dana Ciocarlie, piano. Illustration / photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron 2019, le 13 août 2019.. récital Benjamin GROSVENOR, piano. SCHUMANN. CHOPIN. JANACEK

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, Parc du château de Florans, le 13 Août 2019. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. L. JANACEK.  S. PROKOFIEV. V. BELLINI/F. LISZT. B. GROSVENOR. Le monde du piano classique ne cesse de pouvoir compter sur cette nouvelle génération très prometteuse de pianistes hyper doués techniquement, venant de tous pays. C’est ainsi que la programmation des plus grands festivals est toujours renouvelée. La Roque d’Anthéron l’an dernier nous avait présenté l’immense Daniil Trifonov (lire notre chronique d’alors : été 2018), l’incroyable Alexandre Kantorov cette année … sans omettre, la découverte du prodigieux Benjamin Grosvenor. Prodige qui à 11 ans jouait déjà avec les plus grands orchestres et a signé depuis chez Decca 4 disques remarquables d’intelligence.

 

 

 

piano-concert-critique-classiquenews-grosvenor-Grosvenor_©-Christophe-GREMIOT_13082019-6

 

 

L’anglais Grosvenor impressionne parce qu’il a déjà fait à tout juste 26 ans. Mais ce n’est pas un prestidigitateur digital, une mécanique bien huilée que rien n’arrête jamais. Rien d’histrionique dans son jeu, pas de gestes déplacés, un maintien digne, une aisance princière et un sang froid tout British. Il joue d’abord Blumenstück comme le plus beau bouquet offert à sa bien-aimée. Une sorte d’innocence, de pureté due à un jeu d’une totale évidence, sans pédale, juste comme ça. Le son est naturellement beau, tout est souple, nuancé et coloré avec art. Une sorte de don simple et sans complication.
Il aborde  ensuite les Kreisleriana (R. Schumann)en musicien suprême mettant en valeur le génie de Schumann comme renouvelé. En l’écoutant je me suis souvent dit que jamais je n’avais entendu cela ainsi, c’est vraiment très beau. Un Schumann rempli d’élégance et de délicates images musicales diffusant sans violence, sans peine, sans efforts sa riche imagination. La première partie du récital s’achève avec le sentiment d’un pianiste simplement musicien, osant un Schumann d’une grande bonté dans ses emportements romantiques. Le pianiste anglais a une sorte d’élégance aristocratique que rien ne peut perturber.

Pour la deuxième partie du programme, Benjamin Grosvenor nous propose sa somptueuse version de la barcarolle de Chopin. Dans son « CD Hohomages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2mages », nous l’avons pour l’éternité. Souplesse totale dans des nuances subtiles ; cela balance doucement, mais surtout c’est le chant qui se développe avec un sentiment d’infini. Un piano enchanteur comme il en est peu, sur un rythme envoûtant, constamment entretenu. Cette pièce dans la nuit de Provence prend une dimension poétique nocturne apaisante.

 

 

Benjamin Grosvenor à La Roque
PIANO MAGICIEN D’UNE SUPREME MUSICALITÉ…

 

 

Les deux mouvements de la première sonate de Janacek ont une histoire particulière. Touché par la mort d’un ouvrier lors d’une manifestation de soutien de l’ Université de Brno, Janacek avait composé une sonate en trois mouvements. Il la détruisit insatisfait après une unique audition. La créatrice, Ludmila Toutchkova, avait réussi à copier les deux premiers mouvements. Cette musique sauvée et en quelque sorte non autorisée, est fort belle. Benjamin Grosvenor aborde en toute simplicité la partition, ce qui met en lumière la beauté des thèmes comme leurs dérivations. Les nuances généralement piano, la beauté du son plein et la rigueur du jeu emportent l’adhésion du public.

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

Dans les visions fugitives de Prokofiev, le jeune homme arrive à en réordonner 12 pour proposer une grande cohérence dans l’écoute. Certes la modernité de Prokofiev est présente mais surtout une sorte d’harmonie naît de ce jeu si parfait. Les vers qui inspirèrent le compositeur sont en toute simplicité et même évidence, rendus par la musique sous les doigts magiques du pianiste britannique. «  Dans chaque vision fugitive , je vois des mondes. Plein de jeux changeants et irisés » : le poème est de Constantin Balmont. L’interprète avec un grand sérieux et un calme olympien, organise les pièces pour créer ces mondes variés ; les couleurs, les nuances, tout participe à cette création. Voici de la poésie par la musique en forme d’idéal.
Il nous restait pour découvrir le talent de virtuose de l’absolu sans rien lâcher de la suprême musicalité qui l’habite à vivre l’expérience de ces réminiscences de Norma (LISZT). De l’ouverture aux dernières notes du final, l’opéra de Bellini se déroule. Avec un sens du drame, un équilibre du son orchestral, Benjamin Grosvenor n’a plus seulement deux mains. D’ailleurs, il ne sera pas possible de voir clairement le mouvement de tous les doigts tant la rapidité d’exécution est fantastique. Les abellimenti, les enluminures, les notes perlées, saccadées ou encore les accords développés, tout cet art Litzien inimitable sert la beauté de la partition de Bellini.

 

 

DANS LISZT,
Le piano de Grosvenor arrive
à chanter comme une diva romantique

 

 

Le piano de Grosvenor arrive à chanter comme une diva romantique. Il est sidérant d’assister à un moment si incroyablement musical alors que tant de pianistes virtuoses ne font que belles notes rapides dans ce genre d’œuvres de Liszt. Ce soir le sublime a été entrevu dans ces Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor a eu un succès considérable pour ce final mais aussi pour cette rare qualité de composition d’un programme d’une grande intelligence. Le premier bis relance s’il se peut la virtuosité diabolique avec une « Danza del gaucho matrero » de Ginestera à faire danser les montagnes. Là aussi impossible de croire que deux mains peuvent faire tout cela. Et pour refermer la nuit sur plus de paix et une pointe de sensualité, « le poème érotique »  de Grieg extrait de ses pièces lyriques nous a ravi.

grosvenor benjamin piano decca danses photoBenjamin Grosvenor est un grand artiste qui semble gérer sa carrière avec la prudence des sages. Il semble suivre le chemin de Grigory Sokolov; il joue le même concert en une tournée mondiale. Cela apporte une vraie connaissance intime des oeuvres et une perfection de jeu inoubliable qui marque le public. Il ne se précipite pas non plus à enregistrer trop et trop vite. Cette génération des moins de trente ans est fabuleuse de promesses : Ce sont Benjamin Grosvenor, Daniil Trifonov et Alexandre Kantorov dans mon triumvirat personnel de musiciens complets, qui jouent du piano.

 

 

 
 

________________________________________________________________________________________________

Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 8 Août 2019. Robert Schumann ( 1810-1856) : Blumenstück Op.19 ; Kreisleriana Op.16 ; Frédéric Chopin  (1810-1849) : barcarolle en fa dièse majeur Op.60  ; Les Janacek (Sonate pour piano n°1, octobre 1905 « From the street » ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives Op.22 ( ext.) Vincezo Bellini (1801-1835)/ Frantz Liszt (1811-1886) Réminiscences de Norma. Benjamin Grosvenor, piano. Illustration / Photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, le 8 août 2019. RACHMANINOV. L. Geniusas. Varvara. Orch Tatarstan. A. Sladkosky.

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du château de Florans, le 8 Août 2019. S. RACHMANINOV. L. GENIUSAS. VARVARA. ORH DU TATARSTAN. A. SLADKOSKY. Les nuits du piano à La Roque sont toujours un événement car deux concerts se suivent. Dans un but de jouer « tout russe », en l’honneur de Rachmaninov, la soirée a été organisée avec un orchestre, un chef et deux pianistes russes. L’ Orchestre national symphonique du Tatarstan et son chef titulaire ont animé toute la soirée avec beaucoup d’énergie comme de puissance. Débutant le concert par le concerto le plus célèbre, le n°2,  le jeune Lukas Geniusas, 29 ans, a d’emblée mis la barre très haut avec une introduction richement timbrée et un crescendo savamment organisé. Las, le chef avait décidé de lâcher toute la puissance de son orchestre, comme pour faire ses preuves. L’effet a été de noyer le soliste, sans pour autant mettre en valeur son orchestre. Il a fallu attendre le deuxième mouvement pour que le soliste et l’orchestre, sans trop d’interventions du chef, organisent un beau dialogue musical. Dommage car les sonorités de l’orchestre sont naturellement belles, il n’est pas besoin de forcer les choses.

 

 

_

Chef exacerbé, pianistes plus mesurés…
Nuit Rachmaninov solidement russe

 

Geniusas lukas concert critique classiquenews critique piano _© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

 

_

Ce sont les forte trop appuyés qui dénaturent le son trop cuivré, et mettent en difficulté le soliste. Le final grâce à l’intelligence de jeu de Lukas Geniusas a gardé l’équilibre presque intact, trouvé dans le deuxième mouvement plus chambriste. Mais comment Alexander Sladkosky peut-il se laisser aller à hurler les phrases qu’il veut mieux entendre ? S’oublier en tapant du pied ? J’aime mieux les chefs qui savent obtenir autrement ce qu’ils souhaitent…  Le jeu de Lukas Geniusas a dû être athlétique et les moyens pianistiques énormes. Mais sa musicalité se déploie bien d’avantage dans les échanges chambristes subtils, les phrasés amplement développés, les nuances finement amenées. Cela a pu être présent dans un deuxième mouvement qui restera un merveilleux souvenir sous le ciel en train de s’étoiler et dans le bis, un prélude en sol de Desyatnikov, dans lequel sa fine musicalité a pu rayonner.

Le poème symphonique « L’ île des morts » d’après le tableau de Böcklin permet à l’orchestre de briller par des qualités de timbres et d’interventions subtiles. L’orchestre a été vraiment superbe mais dans sa manière de s’adresser à l’orchestre Alexander Sladkosky a surtout adopté de la terreur et du grandiloquent. Toute une part de mystère et de rêverie a été noyée dans les forte et les phrasés appuyés. Ainsi préside  une vision noire et terriblement écrasante de la mort.  Ce soir cette île des morts a été île de terreur !

En deuxième partie de nuit la pianiste russe, Varvara, toute de grâce et de délicatesse entre en scène. Après la furie orchestrale de la première partie bien des spectateurs ont pâli pour elle. Mais la frêle apparence est bien trompeuse et la pianiste a imposé son jeu d’emblée, obtenant bien plus de musicalité de la part d’ Alexander Sladkosky. Le concerto n°4 a été totalement réussi avec une précision des attaques orchestrales bien venue et un jeu pianistique d’une rare subtilité. Ce concerto à la virtuosité magnifiquement rendue avec une grande musicalité par le jeu subtil de Varvara a été un beau moment.

 

 

_

piano concert critique varvara piano critique classiquenews critique concert festival La Roque antheron 2019 Varvara_© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

_

C’est dans la Rhapsodie sur le thème de Paganini que l’entente entre l’orchestre et la soliste a été musicalement parfaite. Impossible d’établir un rapport de force entre l’orchestre et la soliste dans cette subtile musique de Rachmaninov. Les variations sont rythmiquement et harmoniquement inventives et Varvara a pu développer un jeu subtil, nuancé, plein de couleurs. Les instrumentistes ont pu dialoguer librement avec elle car Alexander Sladkosky n’a pas eu d’interventions trop envahissantes. Le succès de Varvara  a été magnifique et le public a obtenu deux très beaux bis de Medtner ; ils nous ont régalés du jeu subtil de cette musicienne virtuose rare.

Il semble bien plus difficile de trouver un chef, qu’un bon orchestre ou d’extraordinaires pianistes à La Roque d’Antheron … En tout cas l’âme russe a soufflé ce soir, un peu contre les cigales, pour mettre en valeur le génie de Rachmaninov; certes il est russe d’origine mais a vécu aux États Unis et su très habilement mêler son tempérament à la musique américaine, en particulier au jazz.  La Russie était à l’honneur cette année à la Roque d’ Anthéron.

 

 

_

 

 

_

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. La Roque d’Anthéron. Parc du Chateau de Florans, le 8 Août 2019. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en ut mineur Op.18 ; L’ile des morts Op.29 ; Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur  Op.40 ; Rhapsodie sur un thème de Paganini Op.43 ;  Lukas Geniusas et Varvara, pianos ; Orchestre national du Tatarstan – Alexander Sladoksky, direction – Photos : © Christophe GREMIOT

 

 

_

 

 

_

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron 2019. Lambesc, le 7 août 2019. SCHUMANN. Trio Wanderer.

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’ Anthéron 2019. Lambesc. Parvis de l’église, le 7 Août 2019. R. SCHUMANN. TRIO WANDERER. Cette nuit Schumann devant le parvis de l’église de Lambesc a rassemblé un vaste public. Le premier concert de notre séjour à La Roque 2019 était donné par le Trio Wanderer seul. Robert Schumann a écrit trois Trio avec piano. Ils ont été joués ce soir dans un ordre non chronologique. Le deuxième puis le troisième et enfin le premier. Ce qui frappe dans cet ordre et les choix de cette interprétation est avant tout la complexité d’écriture du deuxième et du troisième Trio comme la séduction plus immédiate du premier. Avec une certaine austérité et beaucoup de concentration, les Wanderer ont mis en valeur toute la modernité contenue dans le Trio en fa majeur.

 

 

 

 

Jubilation chambriste
Les Wanderer et leurs amis magnifient SCHUMANN

  

 

Trio Wanderer-Arthur Decaris-Christophe Gaugué © Samuel Cortès_07082019-16

  

 

Les rythmes complexes, les accords quasi tristaniens et la multiplicité des formules sont d’une extraordinaire richesse. Les mélodies moins mises en valeur ne se déploient pas longuement, sauf dans les mouvements lents qui du coup en deviennent absolument … sublimes. Dans les autres mouvements, les multiples idées musicales se suivent, parfois s’entrechoquent ; l’écoute ne peut être véritablement sereine devant cette complexité révélée. Le troisième Trio en sol mineur est marqué par une grande douleur et l’idéal recherché par Schumann d’indépendance des trois instruments est portée à son comble. La rigueur des Wanderer est impressionnante et un peu intimidante par le peu de contacts visuels affiché entre eux ; toute cette recherche d’équilibre, de nuances et de couleurs dans des phrasés très précis se faisant comme par enchantement.
A nouveau, c’est la modernité et la complexité qui dominent lors de l’écoute du Trio.  Plus lyrique, le premier Trio en ré mineur a presque un coté séduisant et cela rend l’écoute plus facile. Tout cela est assez éloigné de la version beaucoup plus lisse et pourtant très aimée du Beaux Arts Trio. Les Wanderer eux ont pris le parti de la modernité, de la complexité révélée dans une importante concentration demandée au public.

La deuxième partie de soirée a eu une toute autre allure. La venue de l’altiste Christophe Gaugué a apporté beaucoup de vie et une présence chaleureuse. Le Quatuor avec piano op.47 est une œuvre du bonheur. Robert et Clara Schumann sont enfin mariés et le piano de Clara jubile tout au long de ces deux œuvres. La complicité des Wanderer seuls se passe presque de regards et cela est très impressionnant. Avec Christophe Gaugué, partenaire habituel du Trio, les choses sont tout à l’opposé. Il appuie son jeu sur le regard à ses partenaires et il ne cache pas son plaisir aux échanges réussis, il se tourne alternativement vers le partenaire avec lequel il cherche la fusion ou la complémentarité. Le Quatuor passe comme un rêve de bonheur partagé.

 

 

Trio Wanderer-Arthur Decaris-Christophe Gaugué © Samuel Cortès_07082019-11

 

 

Le Quintette permet d’agrandir le cercle amical au violoniste Arthur Decaris. L’entente est tout aussi vive. Dans une construction parfaitement maîtrisée, la partition court vers le final fugué.  Les musiciens en véritable osmose semblent tout pouvoir avec leurs instruments. La musique sur une base collective si passionnée est à voir autant qu’à écouter. Les échanges visuels, les réponses en phrases qui se suivent (violoncelle et alto), les accords subtilement équilibrés, tout a été un véritable régal. Et cette manière de se déchaîner dans le final tout en maîtrisant parfaitement des sonorités apolliniennes, relève du grand art. C’est le violoncelliste Raphaël Pidoux qui sera le plus démonstratif et le plus enthousiaste. Quel bonheur d’avoir pu participer à cette beauté totale et à cette jubilation en une belle soirée d’été, sur le Parvis de cette magnifique église en pierre de Rognes !

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu concert. Lambesc. Parvis de l’église Notre Dame de l’ascension, le 7 Août 2019. Robert Schumann (1810-1856) : Trio avec  piano n° 2 en fa majeur Op.80 ; Trio avec  piano n° 3 en sol mineur Op.110 ; Trio avec  piano n° 1 en ré mineur Op.63 ; Quatuor en mi bémol majeur Op.47 ; Qunitette pour piano et cordes en mi bémol majeur Op.44 ; Christophe Gaugé, alto ; Arthur Decaris, violon ; Trio Wanderer : Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violon ;  Raphaël Pidoux, violoncelle ; Vincent Coq, piano – Photos : © Samuel Cortès.

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, opéra. ORANGE, Chorégies, le 6 août 2019. MOZART : Don Giovanni. SCHROTT, D. LIVERMORE / F. CHASLIN.

don giovanni orange chorégies 2019 schwrott critique opera classiquenews dg-_femmes-c-gromelle (1)COMPTE-RENDU, opéra. ORANGE, Chorégies, le 6 août 2019. MOZART : Don Giovanni. D. LIVERMORE. E. SCHROTT. M. SICILIA. K. DEHAYES. S. DE BARBEYRAC. Orch. LYON. F. CHASLIN. Il ne va pas de soi de donner un opéra mozartien dans le vaste théâtre antique d’Orange. Aujourd’ hui un retour à l’orchestre sur instruments d’époque et la recherche d’un format vocal plus naturel, proche de ce que Mozart a connu, apporte des solutions intéressantes. Le risque était grand d’une démesure fatale à l’esprit et à la lettre de ce bijoux du duo Da Ponte – Mozart. De même les attentes du public, ou d’une partie, visant à cantonner l’œuvre dans son XVIIIème poudré, n’était pas compatible avec la vaste scène. Tout de go je dirai que je n‘ai pas été déçu et que j’ai passé une excellente soirée en compagnie du Don Juan de Mozart et Da Ponte. Car l’esprit était là. Un Don Juan noir, cruel, adepte de l’amour vache, voir un tantinet serial killer. Erwin Schrott est le Don Juan de notre époque et toutes les meilleurs scènes du monde se l’arrachent. Voix sombre et ronde, capable de toutes les nuances.

 

 

 

 

Erwin Schrott, Don Giovanni, serial killer, carnassier…
Don Juan aux Chorégies : … oui, pari réussi !

 
 

 

mozart-don-giovanni-erwin-schrott-orange-choregies-critique-opera-classiquenews-opera-critique-classiquenews-taxi-et-don-giovanni

 

 

Chanteur parfait, diseur subtil. Acteur carnassier, volubile, très mobile. Certain de son charme, bien réel, il en use avec art. Il ira à la mort à vive allure sans trembler. Habits noirs intemporels, en chemise, c’est le corps qui s’offre ainsi sans aucun besoin de costume, et quel acteur ce Schrott !
C’est le contraire pour les autres personnages qui débutent l’opéra en costumes anciens. Dames en robes à panier, Ottavio en habit de la cour madrilène, villageois endimanchés façon ethnique. Certes les époques se télescopent et les voitures, le taxi de Leporello et le 4/4 noir du commandeur, surprennent le public. Et oui le visage de l’aristocratie mondiale a changé, aujourd’hui 100% financière, autrefois de droit divin, mais rien n’a changé : les puissants abusent de tout et de tous sans scrupules. Les personnages sont donc tous bien campés.
Par ordre d’entrée en scène, Leporello est le chauffeur de taxi, en blouson, bonnet vissé sur la tête, pleutre et veule à souhait. Le commandeur, le faiseur d’affaire, ou banquier,  a la joie des solutions expéditives et la gâchette facile. Le couple Donna Anna et Don Ottavio est d’abord «grande manière de la cour d’Espagne » à la Velasquez pour évoluer vers une modernité très intéressante. Don Ottavio a une évolution très rarement accordée à ce personnage qui ce soir prend une véritable dimension virile ; et le couple est un vrai couple. Elvire est une grande dame dominée par son cœur et son corps, mais qui lutte pour sa dignité et le salut de son amour. C’est un très beau personnage qui évolue aussi finement. Zerline et Masetto, de paysans ethniques, vont vers la simplicité des gens qui demandent peu à la vie et que la proximité des puissants a failli briser totalement.

Avec tout cela, certains oseront se plaindre de la mise en scène ! Personnellement j’ai vu les vrais personnages de Da Ponte et Mozart. Le décor est habilement fait sur le mur par des projections, non seulement très belles, mais à forte charge symbolique. Le sang sur le mur, les vagues d’une plage dans la recherche de pureté, les fenêtres, balcons, tombeaux sont suggérés habilement.  L’un des effets les plus puissants est la désagrégation des murs lorsque l’esprit vacille. L’épisode des masques en calèche avec un cheval qui reste tranquille de justesse est très beau (bravo aux dresseurs présents sur scène qui calment l’animal). Les costumes rutilants pour le chÅ“ur durant la fête habillent agréablement la vaste scène. Les voitures qui font crisser les pneus, outre le sacré entraînement qu’il a fallu, auraient certainement amusé le Mozart farceur que l’on connait. Le travail de mise en scène de Davide Livermore est très intéressant, habile et fidèle à l’esprit d’un Don Juan noir qui cherche à se distraire à tout prix. Les lumières complexes d’Antonio Castro sont intimement liées aux projections de D-Work.  Les costumes  se voient de loin dans de belles couleurs.Pour réussir un Don Juan, il faut un bon orchestre et surtout un chef avec une vison. L’orchestre de l’Opéra national de Lyon a été magnifique. Parfaitement équilibré pour sonner, sans couvrir les voix jamais. Précis, réactif, avec de beaux timbres, – les très belles couleurs des bois -, chaque instrumentiste a été parfait. Les timbales incarnant le drame même. La direction de Frédéric Chaslin est admirable de tenue dramatique. Tout avance, à vive allure. Les airs dans des tempi retenus sont comme une diffraction émotionnelle, certains en deviennent magiques.
Frédéric Chaslin dirige par coeur, il a des yeux partout. Il met en valeur chaque détail tout en maintenant un drame continuellement renouvelé. Chaque final a eu la précision horlogère attendue. Le drame est partout dans cette direction. L’ouverture et le final avec le Commandeur sont de grands moments.  Pour animer les personnages, il faut des images vocales précises. Les voix sont toutes de stature semblable et emplissent bien la vastitude du théâtre antique, ce n’est pas rien.

Erwin Schrott domine de son charisme tant scénique que vocal tout le team. Son Leporello, Adrian Sâmpetrean, est son double, juste un cran en dessous. Ce dernier a eu un peu de mal avec le tempo à certains moments. La Donna Anna de Mariangela Sicilia a de la vaillance et conduit admirablement sa voix. De même Zerlina, Annalisa Stroppa et Masetto, Igor Bakan ne déméritent pas. Le Commandeur d’Alexeï Tikhomirov manque de puissance et est trop fort lorsque sa voix est amplifiée. C’est le personnage le plus falot, mais c’est crédible scéniquement dans cette mise en scène.
Il reste à décrire les deux chanteurs qui se hissent sans peine à la hauteur de perfection du Don Juan de Erwin Schrott et ce n’est pas peu dire. L’ Ottavio de Stanislas de Barbeyrac est inoubliable. Voix splendide, timbre viril, conduite du souffle parfaite, nuances incroyables pour des reprise pianissimo extatiques. Bel acteur, le jeux de scène permet de rendre au personnage sa vraie noblesse, celui qui croit en la justice des hommes, la convoque et qui aime profondément sa fiancée ; son « crudel» au dernier acte est l’air d’un amoureux vraiment blessé. Il a peaufiné son personnage à Paris, New-York et Munich ! Et il connaît l’acoustique du théâtre antique. Il a donc osé des pianisssimi tendres et émouvants à la fois et une reprise sur le souffle de grande école. Le public lui a fait un succès personnel retentissant, bien mérité. Il est probablement le Don Ottavio de sa génération.

 

 

mozart-don-giovanni-karine-desahyes-elvira-critique-opera-critique-concert-critique-opera

 

 

Le pari de distribuer Karine Deshayes dans Elvire n’allait pas de soi. Il est d’usage de distribuer plutôt une soprano qu’une mezzo-soprano en Elvira. C’est une véritable révélation. Elle aussi pourrait être l’Elvira de sa génération. Timbre somptueux, égalité sur toute la tessiture, souffle long, passion contenue qui explose, personnage qui évolue et qui devient une amoureuse magnifique dans sa douleur et sa peur pour l’aimé. Elle aussi a bénéficié d’applaudissements nourris après son « Mi tradi… ». Ces deux chanteurs français rejoignent le Don Juan de l’époque, un Erwin Schrott diablement séduisant. Schrott inoubliable l’an dernier en Méphistophélès et ce soir en Don Juan.

Le chÅ“ur n’a pas un grand rôle mais apporte beaucoup de vie dans le  drame très sombre ce soir. Il a été parfait en proportion et en qualité vocale comme scénique. Les costumes clinquants et lumineux étaient très bien venus. Il a donc été possible de donner un Don Juan excellent dans le vaste théâtre, chef, orchestre,  solistes, chÅ“urs, mise en scène, aspects visuels, tout a fonctionné de concert pour tendre au public un miroir sur la question cruciale du moment comme jamais : chercher la liberté, mais pour quoi faire ? Courir à l’abîme en connaissance de cause ?? / illustration : © P Gromelle 2019 / Chorégies d’Orange 2019

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, opéra. Chorégies d’Orange 2019. Théâtre Antique. Le 6 août 2019.  Wolfgand Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Don Juan, Drama Giocoso en 2 actes, livret de Lorenzo da Ponte, d’après Giovanni Bertati ; Création : Prague, au Gräflich Nostitzsches Nationaltheater, le 29 octobre 1787. Coproduction avec le Festival de Macerata ; Mise en scène, Davide Livermore ; Décors : Davide Livermore ; Costumes, Stéphanie Putegnat ; Eclairages, Antonio Castro ; Vidèos,  D-Wok ; Avec :  Don Giovanni, Erwin Schrott ; Leporello, Adrian Sâmpetrean ; Donna Anna, Mariangela Sicilia ; Donna Elvira, Karine Deshayes ; Don Ottavio,  Stanislas de Barbeyrac ; Zerlina, Annalisa Stroppa ; Masetto, Igor Bakan ; Le Commandeur, Alexeï Tikhomirov ; ChÅ“urs des Opéras d’Avignon et de Monte-Carlo , coordination chorale : Stefano Visconti ; Continuo, Mathieu Pordoy ; Orchestre de l’Opéra de Lyon ; Direction musicale, Frédéric Chaslin. Illustrations : © P Gromelle 2019.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’Empéri, le 4 août 2019. BEETHOVEN, SCHUMANN,…, QUATUOR MONA, S. IM, T. FOUCHENNERET. 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’Empéri, le 4 août 2019. BEETHOVEN, SCHUMANN, SCHUBERT, QUATUOR MONA, S. IM, T. FOUCHENNERET. Nous ne le cacherons pas : ce qui fait le prix de ce concert c’est, comme chaque fois que l’oeuvre figure au programme, le Quintette « La truite »  de Schubert. Je ne connais pas de partition de musique de chambre qui permette autant aux musiciens qu’au public de communier dans la joie. Ce soir le public a été aux anges, et les musiciens enthousiastes ont tous été admirables. L’équilibre entre eux a été parfait et la somptueuse acoustique de la cours Renaissance du Château de l’Empéri a joué sa partie à merveille. Il a été possible comme nous rêvons de le faire (les salles trop réverbérées ne nous le permettent pas) de porter notre attention sur chaque musicien à tour de rôle ou ensemble. J’ai été très sensible au rôle prépondérant en terme de gardien du tempo et relance du rythme, de la contrebasse d’Olivier Thiery.

 
 

L’âme de la Musique ? …
La Truite de Schubert bien sûr !

 

schubert la truite concert critique emperi salon de provence critique classiquenews

 

 
 

Ce jeune musicien nous avait déjà beaucoup ému et ce soir sa joie, sa manière d’entraîner vers plus de liberté et d’humour le violoncelliste Aurélien Pascal, tout en gardant une connexion intime avec le piano, nous ont complètement séduit. Le piano de Théo Fouchenneret a lui aussi été une merveille de présence exacte tout du long. Cette partie est difficile à équilibrer car souvent prépondérante mais le pianiste a été un modèle dechambrisme, sachant détacher sa partie ou la nuancer avec un art subtil dans une écoute complète de chaque instant. La sonorité liquide de son piano a été un vrai bonheur. Le violoncelle d’Aurélien Pascal a brillé dans ces moments très beaux et il est agréable de voir comment cet artiste plutôt timide musicalement jusqu’à présent a su s’engager davantage dans cette « Truite ». L’altiste Joachin Riquelme Garcia a une présence bonhomme et il a trouvé des couleurs superbes tout du long, partenaire attentif et bienveillant. Quand à la violoniste Karen Gomyo, elle est magnifique de présence ondoyante ; elle sait conduire admirablement sa partie dans de très belles nuances. C’est certainement les contrastes et l’ampleur des nuances qui marquent cette interprétation et cette fusion parfaitement équilibrée des timbres. Ce n’était que du bonheur et dans une acoustique absolument parfaite qui a permis de ne pas perdre une miette de musique !

Avant cette apothéose  de «  la Truite », le Trio «  Des Esprits » a été très bien interprété, tout en équilibre, élégance et mystère. Le Largo qui donne son nom au Trio, sous le soleil déclinant, entre chien et loup, dans un air si bon, a pris un coté mystérieux absolument délicieux. Claudio Bohorquez au violoncelle, a été particulièrement subtil et en osmose avec le violon lumineux de Karen Gomyo comme avec le piano élégant d’Eric Le Sage. Ce violoncelliste a une présence heureuse et très chaleureuse. Le trio de Beeethoven a été un très beau moment musical d’ouverture.

Ensuite, le charme féminin a pris place sur scène. Le jeune Quatuor Mona a été tout de tendresse émue dans cette adaptation pour Quatuor à Cordes de 6 lieder de Schumann. La soprano Sunhae Im semble prendre beaucoup de plaisir à mêler sa voix aux cordes. Son expression en allemand est très convaincante, tout à fait  remarquable pour une voix si aiguë. Au delà du charme réel de cette version, je crois que l’esprit de Schumann qui fait du dialogue piano / chant, son crédo, n’était pas vraiment présent. Un quatuor à cordes n’offre pas le même soutien, ni la même intensité  que le piano de Schumann. Une forme d’hédonisme a été plus présente que le romantisme triste, contenu dans ce cycle de l’amour non partagé.

La partie classique du concert s’est donc terminée après cette « Truite » mémorable. Après l’entracte, un autre type de concert, avec un autre cérémonial, d’autre priorités et d’autres émotions nous a été proposé mais avec la même excellence musicale en invitant deux artistes prestigieux. Eric Le Lann est l’un des papes du Jazz français et son duo avec le jeune pianiste Paul Lay, rapproche les générations. Leur hommage à Louis Armstrong est basé sur l’invention, l’improvisation, le charme. Chacun jouant un personnage, qui le trompettiste bougon, qui le pianiste désarticulé et à la position avachie… Ils ont fait se succéder des moments d’improvisation, seuls, en écho ou ensemble. Du grand art : des audaces pianistiques fulgurantes et un jeu de trompette de vieux crooneur à la voix rocailleuse. Dans le ciel étoilé de Provence, d’autres concerts de jazz de cette qualité auraient à nouveau tout à fait leur place, avis aux organisateurs. Pourtant en quittant le Château, ce sont bien les airs entêtants de la Truite qui m’accompagnaient….

 
 

 
 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’Empéri , 4 Aout 2019 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio n°5 en ré majeur « Trio des esprits » Op.70 N°1 ; Robert Schumann (1810-1856) : 6 Lieder Op.107, arrangés pour quatuor à cordes par Aribert Reinmann ; Frantz Schubert (1797-1828) : Quintette pour piano et cordes Op.114, D.667 «  La Truite » ; Sunhae Im, soprano ; Karen Gomyo, violon ; Joachin Riquelme Garcia, Alto ; Claudio Bohorquez, Aurélien Pascal, violoncelles ; Olivier Thiery, contrebasse ; Quatuor Mona : Verena Chen , Roxana Rastegar, violons ; Ariana Smith, alto ; Caroline Sypniewski, violoncelle ;  Eric Le Sage, Théo Fouchenneret, Piano. Thanks a million : Hommage à Louis Amstrong ; Eric Le Lann, trompette ; Paul Lay, piano. Illustration : © Hubert Stocklin

 
 

 
 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’Empéri , le 3 août 2019. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. Pahud, E. Lesage, T. Fouchenneret

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri , le 3 Août 2019. L.V. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. PAHUD. P. MEYER. E. LE SAGE. T. FOUCHENNERET. Beethoven, le grand démiurge est en fait un compositeur plus complexe que ne le laisse penser l’hagiographie post romantique toujours vivace. Beethoven a été un musicien brillant, léger, surtout capable d’humour avant de sombrer dans la misanthropie et la surdité. Il n’est pas moins génial, à mon avis,  dans la musique moins mûre et plus joyeuse. Le début du concert a présenté le Beethoven compositeur incontournable de quatuor à cordes.

Multifaces du génie beethovénien

emperi salon de provence quatuor mona concert critique classiquenews festivals ete 2019 critiques concert classiquenewsLe Quatuor n°2 « Razoumovski » a du cran et nous sommes déjà dans une oeuvre de grand format, avec une énergie encore jamais vue dans le genre du quatuor à cordes.  Dès le début, l’énergie des quatre jeunes musiciennes est considérable, mais surtout leur manière de remplir de musique les silences,interpelle. C’est là que je devine la qualité musicale de ce tout jeune quatuor au féminin. Car cela ne fait qu‘une petite année que le Quatuor Mona se produit. Et déjà il est possible de leur prédire une belle carrière. Car outre les qualités instrumentales de chacune, que je ne voudrais pas manquer de souligner, c’est cette communication si vivante et si belle à voir dans leur jeux qui fait beaucoup pour donner à l’auditeur accès aux splendeurs des partitions interprétées. Certainement  il reste « gonflé » de s’attaquer si jeune à ce deuxième Razoumovski mais le résultat est… conquérant. La maturité artistique est déjà là ; la vie va avancer et leur donner cette profondeur si angoissante de l’âme beethovénienne pour les quatuors suivants. Pour l’instant c’est une version lumineuse, en recherche de sérénité et pleine de vie qui nous est offerte, avec tout spécialement ce final caracolant dans une énergie inépuisable. Bravo mesdames du Quatuor Mona, nous aurons plaisir à vous suivre.

Le Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur est le cousin de celui de Mozart. Même si la rencontre entre Mozart et Beethoven n’a pas donné de suite précise, il est touchant de comprendre comment Beethoven avec cette pièce si singulière, rend un amical salut au maître Mozart. De manière très personnelle Beethoven suit le modèle sans s’y soumettre. C’est avec une belle énergie que nos interprètes, tous fins musiciens, se sont jetés dans ce quintette du bonheur. Le chant du hautbois de François Meyer, avec cette sonorité si souple, belle et ronde a été une merveille. Et la virtuosité goguenarde du basson de Gilbert Audin, la superbe tenue du cor de Benoît de Barsony dans des solos merveilleux, la clarinette facétieuse de Paul Meyer, très prima donna, se sont répondus avec art. De même Eric Le Sage a su se régaler et nous régaler dans une partie très exposée par Beethoven. Ainsi nous ont-ils prouvé que le géant de Bonn a été un temps un musicien heureux.

Mais la deuxième partie du concert nous a réservé la surprise de découvrir l’humour et la bonhommie dans l’oeuvre de Beethoven ; certes les thèmes et variations d’après « La ci darem la mano » est tout à la gloire ce soir de la flûte d’Emmanuel Pahud. Pourtant la manière dont le thème est détourné, inversé, sublimé, moqué, par Beethoven permet aux instruments à vent, de s’amuser ensemble. Quel brio dans les moments de virtuosité du basson de Gilbert Audin ! La flûte qui remplaçait le hautbois a été souveraine sous les doigts agiles d’Emmanuel Pahud, avec cette manière dansante si enthousiaste qui caractérise ce musicien d’exception. Humour et bonne humeur au rendez-vous de cette soirée tout Beethoven, voilà qui a du être une sacrée surprise pour d’aucun.

emperi salon de provence concert piano beethoven thierry fouchenneret concert critique festival ete 2019 classiquenewsPour finir le concert et rendre hommage au génie pianistique de Beethoven, quelle sonate peut le mieux en dire la grandeur que la gigantesque Hammerklavier (plus de 50 minutes) ? Le jeune pianiste français Théo Fouchenneret (24 ans), s’y engouffre avec panache. Il met un peu de temps à gommer une certaine dureté dans le premier mouvement. Comme si l’interprète cherchait à garantir la clarté de l’articulation, la fermeté rythmique et la puissance des forte. Tout ceci rentre rapidement dans l’ordre et ce qui séduit l’auditeur, c’est l’engagement du musicien dans cette partition fleuve. Il est évident que ce jeune artiste a quelque chose à dire.
Tout du long les choix sont intéressants, seul un petit manque de legato dans le troisième mouvement atténue notre plein enthousiasme ; ce legato pré-chopinien, que seuls les plus grands musiciens savent prserver, peut être relever. Car peu de pianistes savent rendre toutes les facettes de cette sonate avec le même bonheur.  En tout cas la puissance digitale est sidérante, les couleurs sont multiples et les phrasés très intéressants : ils nous emmènent loin, très loin. Seul un musicien avec une vue claire et généreuse peut ainsi guider l’auditeur dans les merveilles incroyables d’une partition absolument magistrale. Le piano roi de Beethoven porté par Théo Fouchenneret a terminé en apothéose ce très bon concert donnant une juste vision du Génie Beethovénien, en ses facettes multiples.

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’Empéri , le 3 Aout  2019.; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n°8 en mi mineur Op.59, n°2 « Razoumovski » ; Quintettte Op.16 en mi bémol majeur ; Variations en si bémol majeur sur « Laci darem la mano » Op.2 ; Sonate Op.106en si bémol majeur « Hammerklavier » ; Quatuor Mona : Verena Chen , Roxana Rastegar, violons ; Ariana Smith, alto ; Caroline Sypniewski, violoncelle ;  Emmanuel Pahud, flûte;  François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, clarinette ; Gilbert Audin, basson ; Benoît de Barsony, cor ; Eric Le Sage, Théo Fouchenneret, Piano.  Illustrations : © Hubert Stoecklin 2019

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’Empéri, le 1er août 2019. FAURE, MOZART, FARENC… TISHCHENKO, P.MEYER, LESAGE…

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri, le premier août 2019. G. FAURE W.A. MOZART. L.FARENC. C. GOUNOD. D.TISHCHENKO. P.MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. E. LE SAGE. Ce concert a débuté plus énergiquement que les précédents, sans préparation progressive. Le Quatuor avec piano n° 2 de Fauré est une œuvre, au début énergique quasi brahmsien, avec les cordes jouant le thème de concert et avec feu, sur une base pianistique très animée. Véritablement galvanisés par le jeu et la personnalité flamboyante de la violoniste Diana Tishchenko, ses collègues ont vite été au diapason. Le jeu d‘Eric Le Sage a retrouvé le souffle pianistique nécessaire. Il a pris les choses à bras le corps et a vraiment été moteur dans le quatuor. Mais ce sont les deux cordes graves qui se sont surtout révélées. Joaquin Riquelme Garcia à l’alto a su s’exprimer avec générosité dans des sonorités chaudes et des phrasés étirés très expressifs. Il faut dire que Fauré a réservé à l’alto un rôle très important car il énonce souvent le thème. Au violoncelle Aurélien Pascal a su se mettre au niveau et a révélé sa capacité à chanter avec passion et à interagir finement avec ses collègues; il est nécessaire à présent que ce jeune artiste croit en lui et expérimente son pouvoir de séduction musical, qu’il ose s’exprimer davantage s’éloignant de sa trop grande recherche de maîtrise polie.

 

 

Quasi una sinfonia romantica

 

 

SALON-DE-PROVENCE-EMPERI-concert-lesage-faure-concert-critique-juillet-2019

Comme dans un grand souffle post romantique ce quatuor a vogué avec noblesse, énergie et passion. Cette très belle œuvre de la maturité de Fauré a trouvé à Salon de Provence des interprètes à la hauteur des enjeux. Le public a applaudi très vivement, pris par cette passion flamboyante. Après un tel sommet de qualité musicale, le choix de la sérénade en do mineur de Mozart en octuor à vents s‘est révélée particulièrement judicieuse. La partition dépasse de plus anciennes par une qualité d’écriture soignée et revendiquée par Mozart lui-même.
Le soin dans la composition, le choix de la tonalité de do mineur, la complexe écriture contrapuntique et en canon du final, font de cette pièce un moment d’anthologie, de récréation pour fins musiciens. Nos acolytes si soudés ont offert une interprétation idéale de ce chef d’œuvre. Ils ont semblé déguster à chaque instant cette extraordinaire qualité d’écriture du Mozart de la maturité.

Après l’entracte, la découverte des qualités du Trio de Louise Farenc a été un enchantement. A nouveau, c’est la surprise de découvrir un compositeur de grande valeur qui est une femme et qui pour cette raison n’est pas passée à la postérité alors que de son vivant, elle a tout offert à la musique. Le Trio est plein de mélodies qui coulent avec ravissement dans un respect des canons d’écriture de l’époque, entre Mendelssohn et Gounod,  sachant richement utiliser l’harmonie. Et l’association clarinette, violoncelle et piano est très réussie. Seul Paul Meyer a su s’autoriser du brillant alors qu’Aurélien Pascal a repris un jeu trop prudent, tout comme Florian Noack au piano, n’osant pas s’exprimer, alors que la partition entre opéra, virtuosité instrumentale et romance le réclamait.

Tout change dans la petite Symphonie de Gounod dans laquelle nous retrouvons l’octuor de vents et Emmanuel Pahud à la flûte. Très séducteur, le flûtiste sans utiliser sa sonorité la plus maîtrisée et soignée, mais toujours très présent, a su avec aplomb faire apprécier toutes les interventions de la flûte, qui apportaient lumière et fraîcheur dans l’écriture assez compacte de Gounod. Sans l’esprit ludique d’Emmanuel Pahud, le sérieux aurait trop pris le dessus. Car cette symphonie de vents a de grandes qualités d’écriture et sonne magnifiquement, réservant à la flûte la lumière et l’air planant. Pour terminer ce grand concert, en terme de niveau d’inspiration, la forte présence des 9 musiciens a été vivement récompensée par un public enthousiaste qui a failli obtenir un bis avec ses applaudissements si nourris.

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’Empéri , le 31 Juillet 2019. Gabriel Fauré (1845-1924) : Quatuor n°2 en sol mineur Op.45 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Sérénade pour octuor à vents n°12 en do mineur KV. 388 ; Louise Farenc (1804-1875) : Trio pour piano n°1 Op.33 ; Charles Gounod (1818-1893) : Petite symphonie. Diana Tishchenko, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Eric Le Sage, piano ; Emmanuel Pahud, flûte ; François Meyer, Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’ Empéri, le 31 juil 2019. MOZART, BOTTESINI, CHAMINADE / E.PAHUD. P.MEYER…

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri , le 31 Juillet 2019. W.A. MOZART. G. BOTTESINI. L.V. BEETHOVEN. C.CHAMINADE. C. REINECKE.  E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. Le Quatuor pour flûte en ré majeur de Mozart a une forme de perfection oscillant entre style « Sturm und Drang” et élégance. Le bouillonnant premier mouvement, le délicat Adagio qui déploie sa mélancolie sur un tapis de pizzicati, puis le final virevoltant sont la musique du bonheur et de la liberté gagnée par le jeune Mozart. Emmanuel Pahud dans un son concentré, un souffle immense et des couleurs chaudes a phrasé sa partie avec le grand art que nous lui connaissons. D’humeur mutine, le grand flûtiste n’a pas caché son immense joie. Ses compères un peu moins libres, très concentrés ont été aux petits soins, n’atteignant pas cependant la facilité déconcertante et si charmante du flûtiste inspiré.

 

 

La flûte de Pahud irradie dans le soir

 

 

Salon de provence emperi emmanuel bagud critique concert classiquenews festival critique opera critique classiquenews IMG_20190731_222857

 

 

Plus tard dans la soirée avec le jeune pianiste Florian Noack, Emmanuel Pahud a offert une interprétation parfaite du concertino de Cécile Chaminade. La question de l’effroyable virtuosité de cette oeuvre ne semble même pas se poser : tout est musique, charme ravageur avec Emmanuel Pahud et la longueur du souffle permet des phrasés semblant infinis. Voilà le grand art de la flûte française à son sommet, dans une composition très aboutie de Cécile Chaminade. Dans le réduction au piano de la partie d’orchestre, le jeune pianiste Florian Noack a semblé respectueux de son ainé et prudent, ne jouant pas à faire sonner l’orchestre assez fermement. Pourtant les moyens pianistiques sont là ; un peu plus d’audace aurait mieux équilibré musicalement le duo qui là était plus un accompagnement de super soliste.
C’est dans le final du concert, l’Octuor de Carl Reinecke, que l’équilibre a été atteint avec un Emmanuel Pahud à égalité avec ses compagnons des vents. Le dialogue avec le hautbois de Gabriel Pidoux a été savoureux ; la présence des bassons, incroyablement vive ; les cors nobles ou taquins, magnifiques et les clarinettes, très en verve. L’Octuor de Reinecke s’apparente à celui plus connu de Mozart ou encore Beethoven, mais ne leur cède en rien sur le plan du charme comme de l’invention. Ainsi l’association des timbres est plus riche avec une flûte au lieu de deux hautbois.
Le sextuor de Beethoven, après celui de Mozart la veille, retrouvait la complicité, la fusion et l’humour des six musiciens, avec le plaisir de voir le jeune clarinettiste Carlos Ferreira prendre ses marques et sembler trouver sa place dans ce beau monde, sous les yeux bienveillants de ses ainés.

Olivier-Thiery contrebasse concert critique classiquenews 09_rec-800x966LA CONTREBASSE CHEZ BOTTESINI… Mais je ne voudrais pas oublier le moment de surprise incroyable de la soirée avec le contrebassiste de charme tout à fait inoubliable : Olivier Thiery. Ce musicien est extraordinairement touchant, capable de faire chanter avec son court archet sa contrebasse comme on ne le croyait pas possible. Le duo concertant avec la clarinette de Giovanni Bottesini le met en valeur car ce que fait la clarinette, malgré la virtuosité de Paul Meyer, semble trop facile ! Le soutient de Florian Noack est précis et là encore… trop modeste. C’est vraiment la contrebasse qui sera inoubliable grâce à l’art tout à fait subtil d’Olivier Thiery que nous nous réjouissons de retrouver dans la Truite de Schubert bientôt.
La musique de Giovanni Bottesini est très belle, admirablement équilibrée entre virtuosité et émotion. Et quelle habileté à mettre en valeur la contrebasse ! La courte rêverie a été un moment quasi surnaturel tant le chant de la contrebasse était beau et émouvant en profondeur. Plus que le concerto de Cécile Chaminade, qui a une belle notoriété chez les flûtistes, c’est la découverte de la musique de Giovanni Bottesini et son amour pour la contrebasse qui nous a étonné ce soir. Un grand merci aux directeurs artistiques, Emmanuel Pahud, Paul Meyer et Eric Le Sage, pour ce programme très original offrant une beauté constamment renouvelée.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’Empéri , le 31 Juillet 2019.; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Quatuor pour flûte en ré majeurK.285 ; Giovanni Bottesini (1821-1889) : Rêverie ; Grand duo concertant. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sextuor pour vents en mi bémol majeur Op.71. Cécile Chaminade (1857-1944) : Concertino en ré majeur Op.107. Carl Reinecke (1824-1910) : Octuor pour vents Op.216. Emmanuel Pahud, flûte ; Maja Avramovic, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Olivier Thiery, contrebasse; Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustrations : Octuor de Reinecken © Hubert Stoecklon 2019. Olivier Thiery, contrebasse (DR)

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, L’Empéri, le 30 juil 2019. ROTA, MOZART, RAVEL…PAHUD, MEYER…TRIO KARENINE

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’Empéri , le 30 Juillet 2019. N. ROTA. R. CLARKE. W.A. MOZART. M. RAVEL. E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. E. LE SAGE. TRIO KARENINE.  Après la sublime déferlante de la veille aux Chorégies d’Orange, (lire notre compte rendu du 29 juillet 2019) retrouver le rituel d’accueil serein de la nuit à Salon a été un baume pour les oreilles, un doux régal pour les yeux. La 27 ème édition du Festival International de Musique de Chambre de Salon de Provence a débuté à Aix en Provence ce 28 juillet. Le 29 juillet a été la grande soirée d’ouverture dans la magnifique cours du Château de l’ Empéri. D’autres concerts ont lieu à midi et dans l’après midi dans le cadre plus intimiste de l’Abbaye de Sainte Croix. La richesse de cette programmation nous amène donc ce soir à assister au 5ème concert du festival depuis trois jours !

 

 

Salon de Provence : musique de chambre à l‘Empéri…
Les Jolies Notes offertes à la nuit

 

SALON-de-provence-concert-critique-festival-critique-classiquenews  

 

Le charme des concerts du soir est unique. Lors des premières notes, il fait encore jour, le soleil n’est pas couché. À la fin du concert, la nuit est complète. Ce passage est un véritable délice en si agréable compagnie. La variété de la programmation, elle semble encore plus grande cette année ; elle ménage des surprises aux mélomanes les plus aguerris. Ainsi qui connait la musique savante de Nino Rota, musicien si indissociable de la musique de films dont tous ceux de Fellini ?  Son Trio pour clarinette, violoncelle et piano a une fraicheur d’inspiration, une veine mélodique et une saveur harmonique tout à fait délectables. Sa Piccola offerta mucicale pleine d’esprit est un délice d’humour et d’invention en hommage décalé à Bach. Et lorsque très malicieusement la flûte d’Emmanuel Pahud relance le tempo par un thème primesautier le sourire intérieur s’épanouit en chacun de nous et vient aux lèvres. Et cette superbe association de musiciens tous talentueux et complices est un régal constant!

Les frères Meyer, Paul à la clarinette et François au hautbois sont de véritables enchanteurs. Gilbert Audin au basson est craquant de musicalité et de virtuosité. Coté humour, Benoit de Barsony au cor n’est pas en reste. Les femmes compositeurs sont à l’honneur tout particulièrement cette année. Ainsi Rebecca Clarke et sa Sonate pour alto et clarinette. Déjà le choix de ces deux instruments est musicalement très subtil. Le Prélude, allegro et pastorale est une très beau moment d’échange et de partage, dans une sorte de gémellité d’âme entre ces deux instruments, si proches en couleurs nostalgiques. Les qualités de son de Paul Meyer sont bien connues ; la beauté de timbre et la subtilité des phrasés de Joaquin Riquelme Garcia à l’alto sont sur le même plan. Quelle œuvre intéressante et émouvante ! Quand on sait que ces qualités de compositeur de Rebecca Clarke ont tellement été niées au point d’avoir écrit dans un journal que Rebecca Clarke n’existait tout simplement pas, on reste sans voix devant les effets de la jalousie et de la méchanceté des hommes en ces temps ! Bravo madame et Grand Merci pour cette superbe découverte !
Si Don Juan de Mozart n’a pas besoin de présentation, l’arrangement qu’en a fait un certain Joseph Triebensee, pour plusieurs extraits très bien choisis, est une vraie découverte. L’intelligence des arrangements,  la perspicacité des choix, la place chantante centrale donnée au premier hautbois nous mettent sur la voie. Il s’agit d’un ami de Mozart celui qui était son hautboïste pour son ultime opéra La Flûte enchantée… Il n’y a pas de mystère, l’esprit du divin Mozart, à l’humour si particulier est dans ces pages plus giocoso que dramatiques, même si l’ouverture de Don Juan fait grand effet. C’est donc la jubilation qui termine la première parte du concert avec une impression de facilité et de simplicité.

 

 

En deuxième partie, le Sextuor de Mozart en forme de sérénade pour 2 clarinettes, 2 bassons et 2 cors nous ramène en paysages connus. La parfaite écoute et l’intelligence du mariage des timbres fonctionne à merveille et l’équilibre entre tous est d’ une parfaite musicalité. Nous découvrons la forte présence des bassons de Gilbert Audin et Marie Boichard comme la grande délicatesse des deux cors grâce à David Guerrier et Benoit de Barsony. Tandis que les deux clarinettes se complètent : Paul Meyer souverain enchanteur, secondé par le jeune Carlos Fereirra dont le potentiel se devine. Pour terminer le concert c’est le jeune et talentueux Trio Karénine qui prend place sur l’estrade. L’enregistrement qu’ils ont réalisé du trio de Ravel était déjà de très bon augure, mais il faut être devant eux pour percevoir toute cette écoute, cette attention intime à l’autre, cette sensibilité subtile qui les unit. L’émotion délicate qui parcourt le jeu du violoncelliste est au bord de la rupture ; la sonorité est pleine et belle mais peut aller vers une nuance infinitésimale. Le violon est pur, dans des zones célestes. Et le piano socle inébranlable, puissance rythmique tellurique. Des qualités complémentaires qui permettent une interprétation remarquable et inoubliable du Trio de Ravel. Tout particulièrement la manière de construire et dégraisser la Passacaille nous permet de juger de la puissance expressive de chaque musicien lorsqu’il prend possession du thème, puis l’amplitude sidérante qui naît de leur union avant de retrouver la pureté noire du piano dans ses sonorités graves pour finir ce mouvement lent. C’est le final qui revient à la force de vie élémentaire. Vent, eau, feu, terre sont évoqués par la richesse des sonorités mêlées avec une variété incroyable. Ravel a inventé une sonorité à trois, mouvante comme la vie. Le Trio Karénine parvient à cette alchimie rare. Il a bien de l’héroïne éponyme cette puissance expressive et la vie même chevillée au corps.
Une très belle soirée qui nous conduit avec art et délicatesse vers l’un des sommets de la musique de chambre dans une interprétation de haut vol.

 

   

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’ Empéri , le 30 Juillet 2019. Nino Rota (1911-1979) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano ; Piccola offerta musicale ; Rebecca Clarke (1886-1979) : Prélude, Allegro et pastorale pour alto et clarinette ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) :  Don Juan , ouverture et airs arrangement de Joseph Tribensee ; Sextuor à vents Sérénade n° 11 K 375 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Trio en la mineur M.67. Emmanuel Pahud, flûte ; François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Eric Le Sage, piano ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Trio Karenine : Fanny Robilliard, violon ; Louis Rodde, violoncelle ; Paloma Kouider, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin.

 

   

 

COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE

orange-choregies-2019-concert-mahler-symphonie-n-8-annonce-critique-concert-par-classiquenews-582COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE. Les Chorégies d’Orange fêtent leurs 150 ans. Ainsi le plus vieux festival de France (et du monde?) tel Phénix a retrouvé toute sa vitalité une fois les difficultés financières dépassées. Il faut dire que le public est toujours au rendez-vous et que les diffusions radiophoniques et télévisuelles ouvrent toujours plus largement la beauté sublime à un public élargi. Emblème de cette sublime beauté offerte au grand nombre, ce concert en l’honneur des 150 ans des Chorégies, est à marquer d’une pierre blanche. La Symphonie n° 8 de Mahler choisie est une œuvre rare, exigeante, difficile à monter. Loin des mille exécutants de la création, le plateau étendu devant le mur d’Auguste avait néanmoins ce soir fière allure. L’orchestre afin d’être conforme à celui de la création à Munich en 1910 dirigé par Mahler, réunit les musiciens des deux orchestres de Radio France : le National de France dont la création remonte à 1934 et le Philharmonique de Radio France né en 1937. Souvent appariés, les musiciens en une alchimie de fraternité perceptible ont fait preuve d’un engagement permanent dans une splendeur instrumentale parfaite.

 

 

La 8 ème symphonie de MAHLER à Orange…
un idéal du partage de la musique dans la paix et l’amour

 

 

Mahler-symphonie-n8-des-mille-orange-choregies-juillet-2019-critique-concert-critique-opera-classiquenews

 

La pureté des timbres, la subtilité des nuances et la profondeur des phrasés ont été un véritable enchantement. Il faut dire que la direction à la fois claire et enthousiasmante de Jukka-Pekka Saraste aurait fait mouvoir les antiques pierres du théâtre. Ce chef admirable, au geste noble, à la maîtrise souveraine de toutes les subtilités de la partition, est l’homme de la situation. Fédérant l’orchestre avec une allure envoutante, il a su également obtenir des chœurs une beauté à couper le souffle, dans des nuances incroyables, dosant admirablement malgré le nombre des effectifs, les couleurs.
Les deux chœurs professionnels, le Choeur de Radio France et le Chœur Philharmonique de Munich (celui-là même qui a participé à la création en 1910)  ont été parfaitement équilibrés avec une extraordinaire clarté permettant de déguster la subtile spatialisation écrite, par Mahler. Le Chœur d’enfants, la Maîtrise de Radio France, placé au centre, a su dès sa première intervention développer une magnifique pureté vocale planant dans le ciel étoilé d’Orange. Proches du mur du fond de scène, les voix des choeurs étaient parfaitement projetées et l’orchestre pouvait ainsi moduler chaque nuance grâce à la subtile direction de Jukka-Pekka Saraste. Les solistes placés au devant du chef pouvaient projeter leurs voix sur l’écrin choral et orchestral.

Chaque soliste possédait une voix chevronnée, de format wagnérien ou straussien. La palme de la vaillance et de l’élégance revient à Nikolai Schukoff, heldenténor qui connaît parfaitement la partie de cette symphonie. Il semblait d’ailleurs déguster les parties chorales, musicales et celles des autres solistes, affichant son plaisir d’être là. Mais bien des musiciens semblaient aussi dans un état assez particulier ; ainsi l’organiste qui chantait les parties de chœur et également un timbalier.
Il est certain que l’idéal d’un partage musical total a semblé exister ce soir comme rarement. Ainsi la première partie a aboli le temps; la gageure de renouveler en permanence la naïveté de la joie contenue dans le texte latin millénaire du Veni creator (partie I) a été gagnée haut la main. Jukka-Pekka Saraste en dirigeant relançait régulièrement l’énergie du demi-millier d’interprètes : beauté, puissance, énergie se donnant la main. Le Gloria final a galvanisé le public qui exulte en applaudissements fervents.

C’est la deuxième partie qui a été le sommet de la soirée. En une construction théâtrale subtilement dosée, la montée progressive de l’émotion a été menée de mains de maître par Jukka-Pekka Saraste. D’abord la splendeur orchestrale permettant de déguster la richesse d’orchestrateur de Mahler avec des nuances subtiles et ses associations de timbres si émouvantes par leur originalité. Puis le tableau merveilleux du final de Faust, avec des mouvements discrets des solistes rentrant et sortant élégamment de scène, ont permis de participer à ce rituel sublime du sacrement de l’amour comme force de vie absolue.
Forêts, ravins, montagnes, sainteté des lieux élevant l’homme, tout cet univers romantique a été suggéré avec beaucoup de puissance d’évocation par l’orchestre idéalement engagé. Un exemple hallucinant est le frôlement des cymbales, donnant presque à percevoir un aspect de lumière céleste. De même quelle splendeur des flûtes, des cuivres subtiles et des cordes dans des pizzicati élastiques ! Et dans une variété de nuances incroyable !

Après ce superbe mouvement symphonique, l’entrée du chœur en écho est porteur d’une émotion troublante. C’est à ce moment que l’évidence du lieux du concert est aveuglante : offert par plus de 400 musiciens en plein air, sous le ciel pur étoilé de Provence, devant un mur à l’acoustique parfaite pour 9000 spectateurs ! L’entrée de Pater Ecstaticus permet d’écouter avec ravissement l’art de diseur du baryton Boaz Daniel avec une voix conduite à la perfection. En Pater profondus, Albert Dohmen, a su rapporter les drames de ceux qui sont au bord du gouffre et appellent la lumière, avec une sombre voix de basse aux modulations admirables. La longue partie chorale dédiée aux anges avec la participation si lumineuse de la Maîtrise a été visionnaire, permettant de rêver à toute cette évocation d’ailes sacrées. Nicolai Shukoff a été un Doctor Marianus très émouvant, alternant puissance et tendresse extatique dans une plénitude vocale éclatante.

Quand le thème de l’amour se déploie après les arpèges du piano sur un tapis de violon soutenu par les harpes, c’est comme si la lumière descendait sur nous tous. Le violon solo sublime, les chœurs pianissimo, tout concourt à la rencontre du sublime. Meagan Miler en Magna peccatrix, Claudia Mahnke en Mulier Samaritana et Gerhild Romberger en Maria Aegyptica, tour à tour puis à trois, font revivre les trois pécheresses avec émotions et introduire la supplique qui accueille l’âme de Marguerite, que Ricarda Merbeth incarne à merveille avec sa voix riche et noble. La construction du final en une très belle progression dramatique, conduit à l’apothéose mystique, véritable exultation universelle.

Voila un CONCERT ÉVÉNEMENT qui restera dans bien des mémoires : 9000 personnes sur place et les retransmissions radio et télévisuelles innombrables en plus. Nous nous rappellerons y avoir été pour participer à ce dernier idéal encore debout, celui du partage de la musique dans la paix et l’amour. Idéal porté par Mahler jusqu’à l’absolu lui qui est mort juste un an après le concert triomphal de son chef d’ œuvre ce qui lui a évité de découvrir la destruction de la culture humaniste européenne en 1914 … que toutes ses autres symphonies pressentaient. Transporté, le public a exulté après un tel moment ! Ce fut une véritable standing ovation bien méritée !!!

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies 2019. Théâtre Antique, le 29 juillet 2019. Gustave MAHLER ( 1860-1911) : Symphonie n°8 en mi bémol majeur dite « des mille ». Meagan Miler, soprano 1 : Magna peccatrix ; Ricarda Merbeth, soprano 2 : Una poenitentium ; Eleonore Marguerr soprano 3 : Mater gloriosa ; Claudia Mahnke, mezzo soprano : Mulier Samaritana ; Gerhild Romberger, alto : Maria Aegyptica ; Nikolai Schukoff, ténor: Doctor Marianus ; Boaz Daniel, baryton: Pater ecstaticus ; Albert Dohmen, basse : Pater profundus ; Orchestre philharmonique de Radio France. Chœur de  Radio France, direction : Martina Batic ; Maitrise de Radio France, direction : Soji Jennin ; Chœur philharmonique de Munich, direction : Andreas Herman ; Jukka- Pekka Saraste, direction. Illustration : ©  Ph. Grommelle

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 Juillet 2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI / LLINARES.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des Carmélites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES. En trio nos artistes,  chacun musicien rempli de talents et de délicatesse, ont su tenir le public en haleine en ce chaud après midi de dimanche. Dans une somptueuse robe rouge, de sa voix lumineuse et son sourire irradiant,  Orianne Moretti a su dire et chanter avec une infinie poésie des textes dans de très nombreuses langues. L’enfance et l’exil sont de tous les peuples de la planète !
Savoir ainsi varier et incarner si fortement toutes ces berceuses tient du grand art, car le thème ne se renouvelle pas tant. Aucune lassitude jamais, au contraire un intérêt constamment renouvelé. L’art de dire le texte comme de développer un chant souple et suave, est admirable.

 

 

 

 

Berceuses et chants du Monde

 
 

 

Critique-582-concert-TOULOUSE-Chapelle-des-Carmelites-le-7-Juillet--2019-Voix-d’enfance-voix-d’exil-MORETTI-SEBASTIAN-LLINARES-critique-classiquenews-review-critique-concert-opera-concert-critique-concert-opera-festival-classiquenews-2 

 

Aux coté de la cantatrice-actrice, deux instrumentistes ont été de vrais partenaires en émotion et en musicalité rayonnante. Le guitariste Sébastien Llinares est un artiste majeur. Je garde comme un trésor de musicalité sa version à deux guitares des variations Goldberg de Bach ou son CD d’adaptations inoubliables d’Eric Satie. Le retrouver si engagé aux cotés d‘ Orianne Moretti est un vrai bonheur. Leur musicalité est enivrante. Je ne connaissais pas l’art de la violoncelliste Maitane Sebastian et j’ai découvert la même sensibilité de poésie en musique. Le legato somptueux du violoncelle de Maitane Sébastian soutenant à la perfection la voix si claire d’Oriannne Moretti. La guitare de Sébastien Llinares est à la fois chant éperdu et harmoniques profondes.
Nous avons pu entendre la voix a Capella, le violoncelle solo dans une suite de Bach et la guitare virtuose dans une fantaisie de Mudarra et un caprice de Tarrega. Mais c’est la berceuse corse finale les réunissant tous trois qui restera le message le plus beau et plus émouvant. C’est peut être bien la berceuse chantée par la voix maternelle qui est la source de tout exil. L’exil nécessaire et indispensable de notre propre enfance qui seule nous permet de vivre pleinement notre vie d’Homme acceptant ce départ définitif des contrées de la toute petite enfance. Ce qui compte c’est de s’en souvenir même vaguement, autant que de l’abandonner au passé.
Remercions les trois admirables musiciens pour ce moment enchanteur, comme Catherine Kauffmann-Saint-Martin et son équipe pour l’organisation patiente de ces rencontres entre poésie et musique qui ont toute leur place dans cette extraordinaire Chapelle des Carmélites au plafond de bois peint si envoûtant.
Le seul léger regret vient de la sonorisation du concert que la parfaite acoustique de la Chapelle ne réclamait pas.

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Chapelle des Carmélites, le 7 Juillet  2019. Voix d’enfance, voix d’exil. MORETTI. SEBASTIAN. LLINARES critique concert opera festival classiquenews

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu concert. Toulouse. Chapelle des Carmélites, le 7 juillet 2019. Musique en dialogue aux Carmélites : Voix d’enfance, voix d’exil. Orianne Moretti soprano ; Mainate Sebastian, violoncelle ;  Sébastien Llinares, guitare.
Illustrations : © J.J. ADER

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, Opéra. TOULOUSE, Capitole, le 20 juin 2019. MASSENET. Werther. Borras, Deshayes. JOEL / VERDIER.


GetAttachmentThumbnailCOMPTE-RENDU, Opéra. TOULOUSE, Théâtre du Capitole, le 20 juin 2019. J. MASSENET. Werther. N. Joel. J.F. Borras. K. Deshayes. A. Heyboer. F. Valiquette . Orchestre et Choeur du Théâtre du Capitole. J.F. VERDIER, direction. Revoir cette belle production de Werther mêle attentes et nostalgie. Je garde en effet un souvenir ému et ébloui du printemps 1997 quand je découvrais Roberto Alagna dans ce rôle. Rappelons que la production était montée pour lui et que le monde entier nous enviait cette prise de rôle. Tout avait été magique avec une distribution de rêve et la découverte d’une scénographie parfaite, de décors simples et beaux, et de costumes sublimes. Tout cet aspect scénique se retrouve et la mise en scène de Nicolas Joel n’a pas pris une ride, la beauté plastique reste idéale. L’ action est située fin XVIIIè, tout étant de bon goût, personne ne se lasse de la retrouver. Les lumières étant peut être encore plus réussies.
La distribution est exemplaire et tout à fait enviable, digne des scènes internationales.

 

 

Bon goût, dictions idiomatiques…

WERTHER DE GRAND STYLE AU CAPITOLE

 

 

 Werther capitole joel verdier bordas critique opéra classiquenews

 

 

Si les voix sont superbes, nous y reviendrons, c’est le texte qui avec des dictions si idiomatiques, explose de vie et d’efficacité dramatique. Jean-Francois Borras qui a déjà chanté le rôle sur scène est très à l’aise vocalement. Il distille un chant policé et toujours élégant. Le timbre claire et lumineux rend à Werther sa jeunesse quand des voix barytonantes exagèrent trop souvent le drame. Son Werther est jeune, capable de sourires et la noirceur est amenée par petites touches. La technique de la voix mixte lui permet de phraser et nuancer à l’envie un rôle qu’il fait sien sans efforts. L’émotion vient tard certes, mais la mort en devient absolument bouleversante. C’est probablement le jeu de l’acteur qui est encore trop maladroit. Mais qu’importe…
Pour Charlotte, Karine Deshayes a elle aussi un timbre magnifique. La longueur de la voix lui permet de maîtriser tous les aspects vocaux du rôle. La richesse des harmoniques est un véritable enchantement, les couleurs sont infinies et de fines nuances dans des phrasés subtiles nous rappellent quelle belcantiste elle est ! Elle aussi dans le duo final atteint des sommets d’émotion. La Sophie de Florie Valiquette est toute de charme et de gaité comme il convient. André Heyboer est un Albert déjà très embourgeoisé. La voix a une nasalisation qui surprend mais de laquelle on ne fait rapidement plus cas.
Les autres rôles sont au diapason, tous exacts de texte et bien en voix. Il est rare d’entendre à ce niveau idiomatique un opéra français. La relève est là. Bravo !

 

 

L’Orchestre du Capitole est somptueux, juste un peu trop uniformément sonore. La direction de Jean-François Verdier se souvient trop de l’admiration de Massenet pour Wagner. Orchestralement, nous aimons un Werther plus subtilement nuancé. Mais quelle splendeur sonore et qui heureusement ne met pas les voix en danger. En tout cas le drame avance inexorablement avec l’orchestre ainsi dirigé ! Voici une très belle production de Nicolas Joel qui devient un classique et que Christophe Ghristi a eu bien raison de nous proposer car il a su réunir une distribution francophone proche de la perfection vocale. Le fin de saison capitoline est enthousiasmante. Quelle magnifique saison elle couronne ! Et à la rentrée … quelle nouvelle saison nous attend !

 

   

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole. Le 20 Juin 2019. Jules Massenet (1842-1912) : Werther Drame lyrique en quatre actes d’après Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Production de 1997. Nicolas Joel : Mise en scène reprise par Frédérique Lombart ; Hubert Monloup : Décors et costumes ; Vinicio Cheli et Bertrand Killy : Lumières ; Jean-François Borras : Werther ; Karine Deshayes : Charlotte ; André Heyboer, : Albert ; Florie Valiquette : Sophie ; Christian Tréguier : Le Bailli ; Luca Lombardo : Schmidt ; Francis Dudziack : Johann ; Céline Laborie : Kätchen ; Matthieu Toulouse : Brühlman ; Maitrise du Capitole, Direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Jean-François Verdier : direction musicale. Photos © P. NIN

 
 

 
GetAttachmentThumbnail

 

Jean-François chante Werther ( © P NIN / Capitole de Toulouse 2019)

 

   

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Th J Julien, le 15 juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo.ABEDJEAN.DALTIN. Choeur à bout de souffle.DELINCAK

8adbdfb5-2488-4656-b430-34daf6c1593dCOMPTE-RENDU, théâtre musical. TOULOUSE, Théâtre Jules Julien, le 15 Juin 2019. DARIO FO. Mistero Buffo. BACH. PERGOLESE. VIVALDI. MONTEVERDI. VERDI. ABEDJEAN. DALTIN. Choeur à bout de souffle. DELINCAK. Le nouveau spectacle de la compagnie A bout de Souffle est hypervitaminé. L’engagement des comédiens dans le texte de Dario Fo est total. Ils y croient et le montrent à voir. Comme les choristes et les chanteurs qui semblent vivre chaque mot du Crédo ou du Stabat Mater à la lettre. Le parti pris du metteur en scène, Patrick Abédjean, est de rendre hommage à Dario Fo.

 

 

A Bout de souffle
offre un deuxième souffle à Mistero Buffo

 

dario-fo-mistero-buffo-a-bout-de-souffle-critique-opera-classiquenews-theatre-jules-julien-juin-2019

 

 

Le passage du monologue originel de Dario Fo à plusieurs voix est comme diffracté avec un fou et une mort doubles. C’est à la fois habile et terriblement efficace. Les extraits sont souvent percutants mais le style a déjà pris de l’ âge. Certains emportements iconoclastes tombent à plat et la grossièreté montre trop le bout de son nez. Les musiques choisies par Stéphane Delincak, très anciennes, ne sont pas démodées, elles. Et leurs émotions sont vraies ainsi offertes au public. C’est peut être ces musiques si connues et aimées qui donnent aux mots de Fo, leur puissance expressive. Et ce chant extrêmement extraverti, que ce soit les solistes comme les chœurs, est impressionnant. Claire Lise Bouton au très beau timbre excelle surtout dans le médium et le grave de son jeune mezzo. Le baryton Martin Queval a déjà une belle autorité vocale mais surtout une grande sensibilité musicale. L’accordéoniste Grégory Daltin est magique. Capable d’une très grande amplitude de nuances, il conduit sa ligne avec une belle musicalité. La direction de Stéphane Delincak est enthousiasmante et encourageante. En un mot irrésistible et tout le monde le suit.
Coté mise en scène, Patrick Abédjean fait débuter la pièce sans solution de continuité avec la ville. Les choristes et les comédiens sont dans la salle, parlent, mangent, boivent, rient, se disputent. Les comédiens sont très engagés dans la défense du texte, nous l’avons dit. Lorsque le texte est fort, c’est enthousiasmant, quand il va vers la vulgarité c’est désagréable. Il manque une dimension de distanciation avec certains propos qui pris au pied de la lettre tombent à plat. La dimension grandiose du peuple cède trop souvent la place à une sorte de facilité grossière. C’est le Chœur qui rééquilibre tout. L’émotion la plus forte tombe sur nous dans le Stabat Mater et le chœur d’ouverture de la Passion selon Saint Jean, avec cet appel à Dieu répété inlassablement qui devient terrible.
Toute chose ayant été accomplie, il clôt la représentation dans la fascination. Les cinquante choristes sont magnifiques de tension intérieure véritablement vécue et d’une belle puissance vocale. Pourtant la forte présence des voix fragilise un peu l’accordéon qui ne peut être véritablement le grandiose orchestre de Bach. Ce spectacle hybride est néanmoins une vraie réussite, la musique permettant de recevoir un texte fascinant mais qui commence à dater. La musique elle, semble intemporelle comme véhicule d’émotions éternelles. Elle amplifie le propos de Dario Fo : Son Mistero Buffo devient giocoso-drama.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu Théâtre Musical. Toulouse, Théâtre Jules Julien, le 15 Juin 2019. Dario Fo ( 1926-2016) : Mistero Buffo. Traduction-adaptation de Toni Cecchinato et Nicole Colchat. Mise en scène : Patrick Abédjean ; Lumières : Etienne Delort ; Domi Giroud, comédienne ; Comédiens du conservatoire régional : Julin Benet, Emilie Diaz, Aude Evellier, Emile Faure, Bastien Gagnaire, Isabelle Gaspar, Ondine Nimal, Tahar-Chaouch ; Claire Lise Bouton, mezzo-soprano ; Martin Queval, baryton. Musiques de : Jean Sébastien Bach ; Giovanni Baptista Pergolese ; Claudio Monteverdi ; Giuseppe Verdi ; Antonio Vivaldi. Chœur A bout de souffle. Stéphane Delincak, direction. Photo est de © Sylvain Arki.

 
 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 10 Juin 2019. BORODINE, RACHMANINOV, MOUSSORGSKI. Chœurs du Capitole. Orch Nat du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 10 Juin 2019. A. BORODINE. S. RACHMANINOV. M. MOUSSORGSKI/M.RAVEL. Chœurs du Capitole. Orchestre National du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV, direction. Ce concert très attendu n’a pas permis à la vaste Halle-aux-Grains d’accueillir tout le public venu demander une place. C’est donc dans une salle bondée avec une ambiance électrique que le concert a débuté. La Cantate le Printemps de Rachmaninov pour baryton et chœur est un hymne à l’amour et au renouvellement perpétuel de la vie. Elle contient un très beau message de paix et de pardon. L’orchestration est subtile avec un éveil de la nature d’une sensualité envoutante. Tugan Sokhiev dirige à mains nues et semble obtenir de tous une musique aussi belle qu’émouvante. Le Chœur du Capitole est profond dans d’admirables nuances. Le baryton Garry Magee au chant subtile et à la voix naturellement belle fait un beau portait d’homme amoureux meurtri qui pardonne. Mais nous savons quel Eugène Onéguine il a su être au Capitole. Il offre des interventions parfaites qui nous ont semblé trop courtes. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner.

 

 

 

Sommet de musicalité à Toulouse

Puis les danses Polovtsiennes du Prince Igor avec chœur sont une merveille de beauté et de grâce trop rarement donnée. La danse des jeunes filles permet aux femmes du chœur d’offrir nostalgie et délicatesse, tandis que les hommes sont d’une vivacité et d’une énergie bien dosées. Pour la danse finale, le chœur mixte fait merveille. Tugan Sokhiev dirige avec gourmandise ces pages superbes et richement orchestrées.
La deuxième partie du concert offre une œuvre phare que l’orchestre et son chef jouent avec succès dans le monde entier. L’enregistrement par ces même interprètes en 2006 chez Naïve est une référence. Le concert de ce soir renouvelle cette magie et l’augmente car l’orchestre du Capitole a des couleurs plus profondes et plus lumineuses. L’équilibre entre le son français et russe est inégalable de charme et d’émotion. La trompette solo qui ouvre la promenade demande un culot incroyable au soliste, Hugo Blacher est tout simplement merveilleux dans une émotion palpable partagée. Tout ira ensuite comme par enchantement : les tableaux sont pleins de vies et défilent, la promenade est pleine d’esprit dans ses transformations.
Chaque instrumentiste soliste donne sa vie et les gestes de Tugan Sokhiev disent la musique et les mini drames contenus dans la partition avec une beauté de chaque instant. Ses mains semblent créer le son, agençant avec un air gourmand couleurs et nuances dans une narrativité sans cesse relancée. La délicate mélancolie du vieux châteaux, la puissance de la marche du bétail, l’humour du ballet des coquilles d’œuf et la noirceur des catacombes, tout est parfaitement suggéré. Ainsi ce voyage se poursuit dans une atmosphère de beauté et d’émotions délicates avant que d’arriver au final triomphant qui dans un crescendo irrésistible nous entraine dans la Russie éternelle de nos rêves. La Grande porte de Kiev est aussi grandiose et majestueuse que possible. Tugan Sokhiev dose à la perfection les nuances pour terminer dans un fortissimo enthousiasmant. Quel admirable concert associant une œuvre très rare, des danses célèbres rarement donnée et un must absolu pour un orchestre virtuose. Tugan Sokhiev a une maturité artistique inouïe tout en gardant ce contact chaleureux et simple avec les musiciens de son orchestre comme avec son public. Public toulousain sous son charme tant cet homme semble incarner totalement la Musique.
Le triomphe fait par le public obtient un bis mystérieux tout en émotion : la délicate orchestration par Debussy de la première Gymnopédie de Satie !
C’était le dernier concert de la saison dirigé par Tugan Sokhiev qui atteint un nouveau sommet de musicalité avec ses musiciens toulousains. Les retrouver à la rentrée sera un grand moment.

 

 

 

______________________________

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains le 10 juin 2019. Alexandre Borodine (1833-1887) : Le Prince Igor : Danses Polovtsiennes ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Le printemps, Op.20 ; Modeste Moussorgski ( 1839-1881) Orchestration de Maurice Ravel : Tableaux d’une exposition ; Garry Magee, baryton ; Choeurs du Capitole, chef de chœur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitié musicale de plus en plus étroits. Ce chef qui a dirigé presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler à Toulouse aborde ce soir deux œuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort à tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la création du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux œuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du départ suprême, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixième symphonie est un très large Andante qui dure presque une demi heure. La modernité comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siège parmi les œuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige à main nue et par cœur obtenant comme un mage, une musique qui se déploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson à Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

Débuté dans un pianissimo hypnotique, véritablement éthéré, avec un chant éperdu des alto d’une beauté et d’une mélancolie envoûtante, l’andante évolue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. Dès ces premières mesures, le large phrasé se déploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intérieur et partagé, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui même en état de grâce. Parler de virtuosité sublimée, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi céleste, de phrasés portés au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envouté fait la fête à ces interprètes si inspirés. Les musiciens éperdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblé particulièrement épanouis.

Après l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout à fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans équivalent. De la taille d’une symphonie, elle réclame un vaste orchestre particulièrement au niveau des percussions et exigeant même une incroyable mandoline pour la dernière mélodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restée sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisé à écrire une dixième symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner étaient morts après leur neuvième. La Chant de la Terre est sa dixième symphonie déguisée. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigé une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagné les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le ténor à mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas été agréable pour Christian Elsner dont la voix a été engloutie trop souvent par la puissance et la beauté de l’orchestre. Mais après tout, l’ivresse et la douleur étaient si présentes dans l’orchestre que ce choix a été au final très convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le ténor a pu libérer son interprétation subtile basée sur une voix solide et homogène mais surtout sur une compréhension et une lisibilité du texte tout à fait remarquables.

Le poème « Von der Jugend » a été d’une subtilité incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beauté irréelle. « Der Trunkene im Frühling » a scellé un superbe accord musical et poétique entre le chef, le ténor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la même qualité de diction que son collègue, tous deux étant germanistes. Sa voix ombrée et dirigée avec une agréable souplesse est capable de nuances d’une grande subtilité. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amère mélancolie si consubstantielle à Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a été un grand moment de luxe éthéré. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a été un sommet vocal avec une largeur du souffle émouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder précédents, a été le large moment de temps suspendu, attendu et espéré. Les deux poèmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liés par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beauté et de douleur pétrie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amené le public a atteindre cette sérénité hédoniste mais consciente de la nécessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommé. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beauté renversante ! Et les habitués comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher à la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes émouvants ! Tous mériteraient d’être cités…
Mais que dire de plus ? Assister à un tel concert, avec des interprètes si engagés, renouvelle l’émotion d’une partition si aimée au disque. Les équilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se révèlent qu’au concert et par exemple, tout particulièrement l’osmose entre la mandoline, le célesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se délecter d’ un concert tout Mahler si émouvant dans une perfection formelle idéale. Les mânes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa dièse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 12 avril 2019. ATTAHIR. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orch Nat Capitole. T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 avril 2019. B. ATTAHIR. D. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, direction. En apparence rien que de l’habituel avec ce concert d’abonnement. En fait au même moment, l’Orchestre du Capitole est également dans la fosse de l’Opéra pour l’extraordinaire Ariane et Barbe Bleue de Dukas dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. Ainsi le projet d’agrandir l’orchestre est advenu permettant cette offre généreuse au public de la ville rose.

Quelle puissance musicale à Toulouse !

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerDeux magnifiques orchestres en un. De son côté, Tugan Sokhiev a dirigé un véritable marathon le mois dernier avec l’orchestre du Bolchoï et avec le succès que l’on sait. Les retrouvailles à Toulouse ont été absolues, naturelles et faites de la fusion musicale que nous connaissons entre le chef et l’orchestre dans leurs meilleurs moments. A présent, Chostakovitch est un compositeur que l’orchestre connaît bien et dans lequel il excelle. La symphonie n°6 a été un moment de pure merveille, le chef semblant obtenir tout ce qui est possible de son orchestre. Tout a semblé évident et facile et nous avons été entraîné dans cet univers si riche et émouvant comme par enchantement.
Chostakovitch vivait une période difficile et troublée avec sa nation. Victime de critiques et de menaces de mort, il a cherché une sorte d’apaisement avec cette Symphonie. Apaisement très relatif à bien y regarder. La Symphonie en trois mouvements est construite en un immense crescendo, accelerando aux allures faciles parfois même simplistes. Tugan Sokhiev a interprété avec finesse, laissant entendre tout ce que le sous texte a de grotesque et de violemment moqueur. Le final virtuose semblant presque une course à l’abîme. Le piccolo a tout particulièrement participé à ce mélange de tendresse et de moquerie.

Les solistes de l’orchestre ont tous été magnifiques et ont longuement été applaudis. Le public sait apprécier la musique de Chostakovitch, y prend un grand plaisir. Voilà un bonheur que nous devons à Tugan Sokhiev et à l’énergie que l’orchestre du Capitole sait déployer avec la même générosité que le chef.

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLEn première partie une création mondiale de Benjamin Attahir a tenu de l’événement riche en promesses. Benjamin Attahir connaît bien l’orchestre et la ville rose. Il a composé une vaste pièce très belle et permettant de très intéressants moments solistes comme des riches moments rythmiques. Des couleurs originales ont irisé l’orchestre. Deux solistes ont été invités par le compositeur. Le violoniste Renaud Capucon qui connaît bien l’orchestre et participe souvent à ses tournées, a bénéficié d’une partie complexe dont il s’est tiré avec panache et une fine musicalité. Le cas de la soprano Raquel Camarihna est différent. Sa voix peu sonore et peu capable ce soir d’harmoniques, a été confidentielle dans la vaste Halle-aux-Grains. L’écriture dans le médium ne l’a pas favorisée. Le plus grand élément de déception est venu de sa diction inaudible même dans le final empli de la plus délicate poésie avec un solo diaphane de Capuçon. La longueur de la pièce et sa beauté gagneront à être confiées à une voix plus large et une véritable diseuse sinon une tragédienne, réellement capable de communiquer la beauté du texte, car elle a juste été suggérée ce soir. Entre les Nuits d’été, le poème de l’amour et de la mer et surtout Shéhérazade, cette « Je/Suis /Ju/Dith » pourra alors trouver la place qui lui revient. Quoi qu’il en soit ce concert a été particulièrement prestigieux ce soir. Et ravi, le public, a semblé en prendre toute la mesure.

________________________________________________________________________________________________

Compte- Rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 Avril 2019. Benjamin Attahir (né en 1989) : Je/Suis/Ju/ Dith – Un grain de figue, séquence 2 sur un thème de Lancelot Hamelin pour soprano, violon et orchestre. Création mondiale. Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur op. 54. Raquel Camarinha, soprano ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.