Compte rendu critique, concert. Poitiers. Auditorium, le 19 novembre 2017. Concert Bach. Ensemble Pygmalion / Pichon.

PICHON-raphael-_-portrait_pichon-raphaelRPichon_by_Manuel_BraunCompte rendu critique, concert. Poitiers. Auditorium, le 19 novembre 2017. Concert Bach. Ensemble Pygmalion / Pichon. Johann Sebastian Bach (1685-1750) occupe une place à part dans l’histoire de la musique. En effet, en tant que Cantor, son dernier poste était à Leipzig, il devait composer une nouvelle cantate pour l’office du dimanche. Et chaque cantate devait se rapporter au thème de “l’ordinaire du dimanche”. Si seulement deux cent cinquante cantates nous sont parvenues, il est raisonnable de penser que Bach en composa bien plus au cours de sa longue carrière. D’autre part, le compositeur est l’un des rares à n’avoir jamais composé pour l’opéra alors qu’outre une oeuvre religieuse abondante, il composa aussi pour clavier (clavecin, orgue,…) et orchestre. Pour ce concert exceptionnel, qui a attiré nombre de familles avec de jeunes enfants, les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers ont convié le jeune et dynamique Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion dont il est le chef et le fondateur.

Pygmalion au Théâtre Auditorium de Poitiers

Pygmalion était déjà venu au Théâtre Auditorium de Poitiers il y a quelques années ; il revient, en ce début d’Avent, avec un programme de quatre cantates dont le thème tourne autour de la mort ; elles sont parmi les premières à avoir été composées pour Leipzig entre 1723 et 1726. Pour l’occasion, Raphaël Pichon a invité un quatuor vocal aux qualités éclectiques, qui connait parfaitement ce répertoire et dont la diction dans l’ensemble, est quasi parfaite.
Nous notons avec étonnement que les solistes sont intégrés au choeur de Pygmalion dont ils sortent pour leurs diverses interventions. Si nous apprécions grandement les interventions de la soprano anglaise Joanne Lunn dont la voix puissante, claire et corsée fait merveille, le contre ténor Tim Mead ne convainc pas vraiment. Ses interventions dans les deux premières cantates, la BWV 146 et la BWV 27 sont … laborieuses ; la voix peine à passer la rampe et le jeune artiste, visiblement nerveux, ne parvient pas à maîtriser ses mains qui bougent beaucoup. S’il se reprend en seconde partie, l’ensemble de sa performance est assez moyenne.
En revanche, le ténor Nick Pritchard se fait remarquer par une voix veloutée, ronde, chaleureuse. Mais c’est le baryton allemand Christian Himmler qui domine incontestablement le plateau vocal ; artiste chevronné, il fait montre d’une belle sûreté de métier : ligne de chant idéale, vocalises impeccable, voix parfaitement maîtrisée. Quant au choeur, galvanisé par la présence des solistes en son sein, il chante les quatre cantates du programme avec une précision millimétrée. On ne peut qu’admirer le travail préparatoire réalisé en amont tant avec le choeur qu’avec l’orchestre. Orchestre qui se montre d’ailleurs absolument remarquable en tous points : introductions parfaites, accompagnement tout en souplesse, direction souple, précise, dynamique.

L’ensemble Pygmalion a fait un retour remarqué dans un auditorium bien rempli en ce dimanche après midi. Bien que le programme choisi ait proposé des cantates dont le sujet est la mort, les interprètes en ont donné une lecture dynamique, vivante, pleine d’espoir et de lumière.
NDLR : c’est assurément une proposition à classer parmi les plus convaincantes actuellement aux côtés des lectures de VOX LUMINIS / Lionel Meunier

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Compte rendu, concert. Poitiers, Auditorium, le 19 novembre 2017. Cantates de Bach / Ensemble Pygmalion / Raphaël Pichon et Joanne Lunn, soprano; Tim Mead, contre ténor; Nick Pritchard, ténor; Christian Himmler, basse en solistes. Johann Sebatsian Bach (1685-1750) : cantate BWV 146; cantate BWV 27; cantate BWV 8; cantate BWV 48. NDLR : Note de la Rédaction de CLASSIQUENEWS

Compte rendu critique, OPERA. Parme. Teatro Regio, le 20 octobre 2017. Verdi : Jérusalem, Vargas, Della Benetta, Palazzi… Callegari / De Ana

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitCompte rendu critique, OPERA. Parme. Teatro Regio, le 20 octobre 2017. Verdi : Jérusalem, Vargas, Della Benetta, Palazzi… Callegari / De Ana. En cette fin de festival Verdi 2017, nous retournons au Teatro Regio pour y voir l’ultime représentation de Jérusalem. Pour cette dernière soirée d’une série exceptionnelle, qui tient surtout à la rareté de l’oeuvre, Michele Pertusi et Annick Massis, appelés l’un à Londres et l’autre à Marseille, sont remplacés par Mirco Palazzi en Roger et Silvia Della Benetta dans le rôle d’Hélène.

Alternance en demi teintes pour Jérusalem

Avec Silvia Della Benetta nous trouvons une Hélène plus ferme et plus en voix qu’Annick Massis. En effet, la soprano italienne est stylistiquement et vocalement plus proche du personnage que ne l’était Annick Massis lorsque nous l’avions vue le 8 octobre dernier. La voix plus corsée et plus puissante de Della Benetta lui permet de se faire entendre plus loin dans la salle que sa collègue. Si la prière “O Vierge Marie” au premier acte est interprétée avec des aigus plus francs et plus beaux, l’aria et la cabalette du second acte sont moins surinterprétés sur un plan strictement scénique et aussi mieux chantés.
Par contre, si nous avons gagné une belle Hélène, nous avons perdu Roger en cours de route. Visiblement nerveux, et peu à l’aise tant sur la scène parmesane que dans ses costumes, Mirco Palazzi peine à ne faire qu’un avec son personnage et ne parvient pas complètement à s’imposer dans le rôle de l’oncle jaloux, retors et implacable. Si l’air d’entrée “Vous priez vainement pour mon rival… Oh dans l’ombre ! Dans le mystère !” est honorablement interprété, la cabalette “Oh viens esprit du mal…” est … ratée : nous entendons des fausses notes d’entrée de jeu, des vocalises savonnées ; nous notons également des fautes mineures de texte. Nous le regrettons d’autant plus que la voix est belle, sombre, bien placée, avec une large tessiture, et des graves plus fermes que ceux de Pertusi, et que la diction est quasi parfaite. Si par la suite, la scène du second acte “Grâce mon Dieu … Oh jour fatal ! Oh crime !” est mieux interprétée, Mirco Palazzi est couvert par l’orchestre à des endroits où cela ne devrait pas être le cas et il se montre assez effacé pendant le trio du dernier acte avec Gaston et Hélène.

Dans la fosse, Daniele Callegari dirige la Filarmonica Arturo Toscanini avec la même rigueur et la même énergie que lors des précédentes représentations.  Il avait pourtant dirigé la veille le second des deux Requiem au programme du festival.

Si la piètre performance de Mirco Palazzi dans le rôle de Roger nous fait regretter le départ de Michele Pertusi à Londres, nous apprécions une autre Hélène à la voix plus corsée et plus adéquate au personnage meurtrier. Malgré tout, le niveau général reste élevé grâce à une mise en scène et à une direction d’acteurs précises. A l’ensemble, il faut ajouter la direction nerveuse et dynamique de Daniele Callegari qui, de la fosse, reste attentif à chacun.

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Parme. Teatro Regio, le 20 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Jérusalem, opéra en quatre actes sur un livret d’Alphose Royer et Gustave Vaez. Ramon Vargas, Gaston, vicomte de Béarn; Silvia Della Benetta, Hélène, fille du comte de Toulouse; Mirco Palazzi, Roger, frère du comte de toulouse; Pablo Galvez, le comte de Toulouse; Valntine Boi, Isaure, confidente d’Hélène; Deyan Vatchkov, Adhémar de Montheil, légat du pape; Paolo Antognetti, Raymond, écuyer de Gaston, Massimiliano Catellani, l’émir de Ramia; Matteo Roma, un officier de l’émir; Franceso Salvatori, un soldat, un hérault. Choeur du Teatro Regio de Parme, Filarmonica Arturo Toscanini, ballet du Teatro Regio de Parme, Daniele Callegari, direction. Hugo de Ana, mise en scène, costumes, scénographie; Valerio Alfieri, lumières; Sergio  Metalli, effets spéciaux; Leda Lojodice, chorégraphies.

Compte rendu critique, opéra. Busseto,Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Verdi : La traviata. Muzicenko, Lara, Abuladze… Rolli / Bernard.

Vague verdienne en juin 2014Compte rendu critique, opéra. Busseto,Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Verdi : La traviata. Muzicenko, Lara, Abuladze… Rolli / Bernard. S’il est un opéra de Giuseppe Verdi (1813-1901) qui a fait le tour du monde à plusieurs reprises, c’est bien la Traviata. Pourtant, l’oeuvre a bien mal entamé sa carrière. En effet, à sa création le 6 mars 1853, à la Fenice de Venise, sans parler de fiasco, comme le dit Verdi lui même, La traviata fut fraîchement accueillie tant par le public que par la critique. Amateurs d’opéras…. les vénitiens manquèrent alors singulièrement de discernement. Verdi insatisfait retira immédiatement son opéra de la scène pour y apporter plusieurs modifications significatives, notamment dans le duo Germont/Violetta au deuxième acte. Lorsqu’elle fut recréée, en mai 1854, La traviata connut un succès qui ne devait plus se démentir par la suite. Pour cette nouvelle production, installée dans le minuscule Teatro Verdi de Busseto, qui ne compte que trois cent cinquante places, les responsables du festival Verdi ont confié la mise en scène à Andrea Bernard et la direction musicale au jeune et talentueux chef parmesan Sebastiano Rolli. Les chanteurs invités pour cette Traviata sont, eux, issus de l’Académie des jeunes artistes du Teatro alla Scala de Milan.

La Traviata milanaise au Teatro Verdi de Busseto

FROIDEUR DISTANTE DE LA MISE EN SCENE… Il est d’ailleurs bien difficile de comprendre la réflexion d’Andrea Bernard qui, en fin de compte, propose une mise en scène brouillonne et … inaboutie. Quel intérêt de placer le premier acte dans une salle des ventes alors que Violetta est, à ce moment de l’opéra, l’instigatrice des plaisirs de la Jet Set de l’époque? Quel intérêt aussi de faire d’Alfredo un jeune homme volage et totalement indifférent au sort de Violetta dont il est éperdument amoureux? Anina, quant à elle, femme de chambre dévouée et fidèle jusqu’à la fin, n’est plus qu’une assistante froide, retorse et, elle aussi, complètement indifférente au sort de sa patronne.
Voilà autant de détails qui n’aident pas à la compréhension du propos d’Andrea Bernard et de son équipe. Cela étant dit, les costumes très contemporains et les décors n’arrangent rien. Après la salle des ventes du premier acte, la maison de campagne de Violetta au deuxième acte est presque vide, encore en attente d’un aménagement digne de ce nom (alors que le couple y vit depuis trois mois) rendant les propos de Germont incompréhensibles (“Pur tanto lusso”; “pourtant, tout ce luxe…”) et la réponse de Violetta tout aussi inadéquate (“Ad ogni è mistero quest’atto, a voi nol sia”; “Cet acte est ignoré de tous, qu’il ne le soit pas de vous”).

HEUREUSEMENT IL Y A LES VOIX… Par contre, vocalement, nous avons le bonheur de voir sur scène de jeunes talents prometteurs. A commencer par la toute jeune soprano russe Julia Muzichenko qui incarne une très belle Violetta. La voix est saine, puissante, ferme ; elle claque dans la salle, tel un fouet. L’air et la cabalette du premier acte, chantés avec les reprises, chose assez rare pour être signalée, sont magistralement interprétés . Le médium est sain ; les aigus, percutants, la ligne de chant impeccable, la tessiture large et parfaitement maîtrisée. Et même si la jeune femme ne chante pas l’aigu final, rajouté par les Violetta successives depuis la création de l’oeuvre, il faut lui reconnaitre une présence incontestable sur scène. En revanche son partenaire, le ténor mexicain Fabian Lara se montre moins convaincant dans le rôle d’Alfredo. La voix est certes belle, mais moins percutante que celle de Muzichenko. Si l’aria “Lunge da lei… De miei bollenti spiriti” est correctement interprété, la cabalette “Oh mio Rimorso…” est nettement moins propre, n’échappant pas à quelques fausses notes, notamment dans les premières mesures. Assurément le jeune ténor ne maîtrise pas complètement un instrument pourtant prometteur. Le baryton géorgien Gocha Abuladze campe, quant à lui, un émouvant Germont. Si dans les premières notes, lors de l’affrontement avec Violetta la voix manque de stabilité, le jeune homme se recadre rapidement, et dès l’aria “Bella sicome un’angelo”, il réalise une très belle performance dont le point d’orgue est l’aria (exceptionnellement suivi de la cabalette) “Di Provenza il mar il sol … “. Si Forooz Razavia est dotée d’un mezzo solide et sain, le personnage d’Anina ne convainc pas du tout. A sa décharge, la mise en scène d’Andrea Bernard la dessert largement en la faisant apparaître comme une femme totalement indifférente et  calculatrice, souhaitant en finir au plus vite avec sa patronne mourante. Dans la distribution des rôles secondaires, saluons les belles apparitions de Carlo Checchi, baron Douphol arrogant et jaloux à souhait et le sympathique docteur Grenvil d’Enrico Marchesini. Le choeur du Teatro Comunale de Bologne assume vaillamment une partition pas forcément très longue, mais dense et difficile. D’autre part il se sort comme il peut d’une mise en scène qui n’avantage personne, tant solistes que choristes.

Dans la fosse, l’orchestre du Teatro Comunale de Bologne est dirigé par Sebastiano Rolli. Le chef d’orchestre parmesan est un excellent musicien et est doté d’une mémoire phénoménale : il dirige par coeur le chef d’oeuvre de Verdi, se montre attentif à chacun. Il n’hésite d’ailleurs pas à les accompagner en chantant avec eux, notamment dans le dernier ensemble du premier acte.

Si nous regrettons d’avoir vu une mise en scène superficielle et sans réel intérêt, le plateau vocal talentueux et prometteur sauve une production peu convaincante. Ajoutons à cet excellent plateau un chef d’orchestre, dynamique et talentueux qui connait parfaitement son sujet au point de diriger cette série de représentations de mémoire.

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Compte-rendu, critique, OPERA. Busseto. Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La traviata opéra en trois actes sur un livret de d’après “La dames aux camélias” d’Alexandre Dumas fils. Julia Muzichenko, Violetta Valéry; Fabian Lara, Alfredo Germont; Gocha Abuladze, Giorgio Germont; Martha Leung, Flora Bervoix; Forooz Razavia, Anina; Antonio Garès, Gaston, vicomte de Létorières; Claudio Levantini, Marchese d’Obigny; Carlo Checchi, Baron Douphol; Enrico Marchesini, docteur Grenvil; Cosimo Gregucci, Giuseppe, serviteur de Violetta; Sandro Pucci, un domestique de Flora; Raffaele Costantini, un commissionaire; Choeur et orchestre du Teatro Comunale de Bologne, Sebastiano Rolli, direction. Andrea Bernard, mise en scène.

Compte-rendu critique, concert. Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Verdi. Orchestra dell’Opera italiana – David Crescenzi, direction.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte-rendu critique, concert. Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Verdi. Orchestra dell’Opera italiana – David Crescenzi, direction. Depuis une quinzaine d’années, le club des 27, l’une des innombrables, mais aussi l’une des plus importantes, associations de mélomanes de Parme, organise un concert caritatif en octobre, pendant le festival Verdi. Chaque année, deux associations sont mises à l’honneur, et l’édition 2017 de ce Fuoco di gioia, (du nom du chœur introductif de l’opéra Otello), ne fait pas exception. City Angels aide non seulement les SDF mais aussi les personnes en difficulté, en les accueillant dans des foyers, le temps qu’elles trouvent un travail et un toit. Quant à Cooperativa « Insieme », elle vient en aide aux personnes handicapées et à leurs proches. Dès le premier concert fuoco di gioia, des artistes de niveau international se sont joints au Club des 27 pour donner de l’espoir, le temps d’une soirée, à ceux qui en ont besoin et à ceux qui les soutiennent. De fait, l’ensemble des artistes présents sur la scène du Teatro Regio en ce 17 octobre ont assuré gracieusement le concert, faisant preuve à  leur manière de générosité.

Fuoco di gioia : un concert placé sous le signe de la générosité

Ce sont donc neuf artistes de grande valeur qui ont assuré le show pour soutenir ceux qui, dans l’ombre, aident ceux qui en ont besoin. Cependant, la maladie s’en est mêlée, et Piero Pretti, victime d’une extinction de voix, a dû renoncer à venir au tout dernier moment. Le tout jeune ténor Ivan Defabiani l’a remplacé au pied levé, et avec brio, dans la scène de Riccardo (Un ballo in maschera) « S’avanza il conte … Amici miei … La rivedrà nell’estasi ». La voix est certes jeune, et murira avec le temps, mais la performance de Difabiani en ce 17 octobre est annonciatrice d’un futur grand Riccardo. Difabiani se montre tout aussi vaillant dans « Inferno… Sento avvampar mìnell’anima » (Simon Boccanegra, Adorno).

A chaque soirée sa révélation ; Francesca Benitez, campe une Gilda juvénile et émouvante et son « Caro nome » (Rigoletto) est tout en nuances et plein d’amour pour celui qu’elle prend pour un simple étudiant. Cependant la grande triomphatrice de la soirée est Dimitra Theodossiou ; la soprano grecque, consacrée « Cavaliere di Verdi » au retour de l’entracte, campe une Aida déchirée entre son Radamès chéri et son pays adoré (l’Ethiopie) ; mais c’est surtout dans I Lombardi alla prima crociata (« No … Una causa giusta », Giselda) qu’elle se montre très émouvante, au point qu’une pluie de roses, roses et blanches, s’abat depuis le loggione (ou poulailler) sur la soprano et l’orchestre qui, au final, reprennent l’aria de Giselda.
Désirée Rancatore n’est pas en reste, que ce soit dans « Non so les tetre immagini » (Il Corsaro, Médora) ou dans « Teneste la promessa … E tardi … Addio del passato » (La Traviata, Violetta). La soprano palermitaine a une gestuelle parfois excessive, mais son chant dans La traviata, aussi bien dans le finale du deuxième acte que dans le dernier aria de Violetta fait passer une émotion certaine. Notons également la très belle performance de la mezzo soprano Renata Lamanda, qui remplace, elle, Martina Belli initialement invitée, dans l’aria d’Eboli « O don fatale… O mia regina » (Don Carlo) ; la voix corsée et puissante de Lamanda, dont la tessiture correspond parfaitement au rôle, fait passer la princesse par des sentiments contradictoires sans pour autant en faire une femme faible. Non, Eboli apparaît ici dans toute sa splendeur de princesse mais aussi de femme.

Parmi les voix masculines, le baryton Angelo Veccia est un Rigoletto remarquable ; son « Cortigiani, vil razza dannata » claque avec force et derrière toute la rancœur accumulée le bouffon laisse transparaître l’être humain que sa difformité et sa laideur ont fini par faire oublier par les autres. Si la basse Marco Spotti est un Procida sombre, amer mais plein d’espoir pour la Sicile (I vespri siciliani ; « O tu Palermo »), son Grand Inqusiteur (Don Carlo) fait bien pâle figure face au Filippo souverain de Riccardo Zanellato ; dans cette scène « Il Grande Inquisitor… Son io dinanzi al rè », Spotti, qui nous avait séduit dans I vespri siciliani, manque curieusement de mordant et d’agressivité en inquisiteur. Quant à Riccardo Zanellato, son Lamento (« Ella giammai m’amò », grand air malheureux de Philippe II qui regrette que sa jeune épouse ELisabeth ne l’aime pas…) est de toute beauté ; toute la douleur du souverain et de l’homme passe aussi bien par l’introduction, superbement interprétée par le 1er violoncelle de l’Orchestra dell’Opera Italiana, que par la tristesse amère exprimée par Zanellato juste avant la confrontation avec le Grand inquisiteur.

La soprano espagnole Saioa Hernandez se distingue quant à elle dans Un ballo in maschera. L’aria difficile d’Amélia « Ecco l’orrido campo » est chanté avec dignité et élégance ; la peur de la jeune femme qui se retrouve dans ce champs sombre en pleine nuit est parfaitement transcrite ainsi que la stupéfaction de voir Riccardo arriver, la crainte d’avouer les sentiments qui l’animent et l’épouvante d’être surprise par son mari en compagnie du jeune homme.

David Crescenzi, excellent musicien et fin connaisseur de l’oeuvre de Verdi dirige l’Orchestra dell’opera italiana et le choeur de l’Opéra de Parme sans aucune partition, ce qui est d’autant plus remarquable que le programme est varié ; et les changements de programmes survenus seulement deux jours avant le concert n’ont pas eu de conséquences particulières sur le déroulé de la soirée. En contact constant avec ses chanteurs, Crescenzi les aident à se dépasser, se montrant particulièrement attentif à Benitez, dont c’était le premier engagement sur une scène importante, et à Difabiani, arrivé donc au tout dernier moment.

Le fuoco di gioia n’est pas une soirée de gala ordinaire puisqu’il s’agit d’un concert caritatif et festif qui se déroule dans une ambiance joyeuse, si joyeuse meme que le personnel, farceur, envoie des milliers de « drapeaux » à l’effigie de Verdi ou aux couleurs de l’Italie avec imprimé « Viva Verdi » ; mais est ce étonnant à Parme ou le compositeur est adulé ? Les artistes invités pour l’occasion ont donné le meilleur d’eux meme pour une juste cause avec une mention particulière à Ivan Difabiani et Renata Lamanda qui ont remplacé leurs collègues au pied levé avec brio.

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Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : extraits de Otello (“Fuoco  di gioia”), Un ballo in maschera (Preludio, “La rivedrà in estasi”, “Ecco l’orrido campo”, “Teco io sto”), I vespri siciliani (“O tu Palermo”), Il corsaro (“Non so, le tetre immagini”), La forza de destino (“”Il santo nome di Dio sia benedetto”, “Pace, pace, mio Dio”), Il trovatore (“Vedi le fosche notturne spoglie”, “Stride la vampa”), Rigoletto (Gualtier Maldé… Caro nome”, “Cortigiani, vil razzia,  dannata”), La traviata (“Invitato a qui seguirmi”, “Addio del passato”), Aida (“Ritorna vincitor”), Simon Boccanegra (“Inferno … Sento avvampar nell’anima”), Don Carlo (“O don Fatale… O mia regina”, “Ella giammai m’amò”, “Il grande inquisitor… Son io dinanzi al  re”), I lombardi alla prima crociata (No… Giusta causa), Nabucco (“Va pensiero”). Francesca Benitez, soprano; Saioa Hernandez, soprano; Renata Lamanda, mezzo soprano; Désirée Rancatore, soprano; Dimitra Theodossiou, soprano; Ivan Defabiani, ténor;    Marco Spotti, basse; Angelo Veccia, baryton; Riccardo Zanellato, basse.  Choeur de l’Opéra de Parme, Orchestra dell’Opera italiana. David Crescenzi, direction.

Compte rendu, concert. Teatro Regio de Parme, le 10 octobre 2017. Récital lyrique Verdi. Béatrice Benzi, piano

85Compte rendu, concert. Teatro Regio de Parme, le 10 octobre 2017. Récital lyrique Verdi. Béatrice Benzi, piano. Le 10 octobre, jour de naissance de Giuseppe Verdi (1813-1901) est une journée à part dans le déroulement du festival. Nous ne reviendrons pas sur les cérémonies qui se déroulent ce jour là car nous les avions évoquées lors du bicentenaire, en 2013. De fait, le concert prévu en cette journée si particulière se déroule toujours dans une ambiance spéciale et toujours très chaleureuse. Cette année, c’est un récital avec piano qui est offert au public, curieusement venu moins nombreux qu’aux autres soirées auxquelles nous avons assisté.

Gala Verdiano : Une journée particulière au festival Verdi

A l’occasion de ce concert de gala, nous retrouvons avec plaisir Roberto de Candia et Anna Pirozzi, dont nous avons déjà relaté les très belles performances dans Falstaff (le 5 octobre, distribution I) pour l’un et le Requiem (7 octobre) pour l’autre. Nous voyons se joindre à eux trois artistes de valeur, le plus connu d’entre eux étant John Osborn. S’agissant d’un récital avec piano, le concert était présenté par Francesco Izzo, président du comité scientifique du festival Verdi. L’intention était bonne, car l’analyse du style verdien était intéressante malgré un anglais trop rapide et pas toujours très clair. Néanmoins, ces coupures régulières, tous les deux ou trois airs, ont gâché quelque peu la soirée et on peut se demander s’il n’aurait pas été plus judicieux, étant donné la somme importante d’informations que le public devait assimiler en peu de temps, de présenter une conférence sur le sujet avec extraits à l’appui … AVANT le concert.

Avec « L’infamie… O mes amis, mes frères d’armes », tiré de Jérusalem, John Osborn fait une entrée très remarquée. Le ténor américain a une voix comme Verdi les aimait : corsée, puissante, large tessiture, ligne de chant impeccable, diction parfaite. Son duc de Mantoue (Rigoletto – « La donna è mobile ») est arrogant, d’une santé insolente, sans scrupules. Si Anna Pirozzi reçoit un accueil très chaleureux dans « Pace, pace, mio Dio » (Léonora, La forza del destino), « La luce langue » (scène de folie somnambule de Lady Macbeth, Macbeth) lui apporte une ovation méritée ; sa lady est ambitieuse, implacable, glaçante. En revanche, Roberto de Candia apparait fatigué. En effet, le baryton parmesan navigue entre Rome où il chante Fra Diavolo et Parme ou il est présent pour Falstaff et le gala Verdiano. En grand artiste, il assure le spectacle en chantant un Fra Melitone … aigri et colérique. Son « Toh, toh ! Poffare il mondo » est  idéal tant le moine apparaît dans toute sa frustration de voyageur malgré lui. Quant à son Renato (Un ballo in maschera), ses doutes et ses angoisses sont transcrits avec force mais sans excès.  Martina Belli se montre d’entrée valeureuse ; et elle a le mérite de présenter un extrait du tout premier opéra de Verdi : Oberto conte di Sa Bonifacio. “Un giorno dolce nel core… Oh chi torna l’ardente pensiero” est tout en finesse, parfaitement nuancé ; il fait ressortir les sentiments contradictoires de Cuniza. Cependant, si nous entendons un beau mezzo, corsé,  velouté avec une large tessiture, il manque la petite étincelle susceptible de provoquer un  triomphe.
Stefano lacolla tenor portrait 12375208_756983704429841_6230129084126028400_oLa surprise de la soirée vient de Stefano La Colla ; le jeune ténor italien a certes une voix plus claire que celle de John Osborn, mais elle est aussi large et puissante que celle de son collègue. Si le trop court air de Macduff « Ah, la paterna mano » (Macbeth) donne un bref aperçu de son talent, c’est avec « La rivedrà nell’estasi » (Riccardo, Un ballo in maschera) qu’il se révèle. Comme de bien entendu, la soirée se termine par l’inévitable Brindisi extrait de La Traviata afin de célébrer dignement le 204e anniversaire du cygne de Busseto. Le brindisi en question est introduit par quelques pas de valses esquissés par des membres du ballet du Teatro Regio.

Pour ce récital particulier, c’est la pianiste Béatrice Benzi qui accompagnait les cinq artistes invités pour l’occasion. Instrumentiste de talent, Benzi est attentive à chacun et souligne avec talent, chaque mélodie ; quant aux introductions de chaque air, elles étaient jouées avec une pédale douce et dynamique.

Si nous regrettons les « intermèdes » présentés par Francesco Izzo, intermèdes dont nous pensons qu’ils auraient pu – et même dû – faire l’objet d’une conférence à part, c’est un concert de haute volée que nous ont proposé cinq artistes de talent et leur accompagnatrice, accueillis avec chaleur par un public conquis.

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85Teatro Regio de Parme, le 10 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : extraits de Jérusalem («L’infamie … O mes amis, mes frères d’armes»), Macbeth (“Ah la paterna mano”, “La luce langue”), Un ballo in maschera (“Ecco l’orrido campo…Ma dall’arido stelo divulsa”, “Alla vita che t’arride”, “La riverdrà nell’estasi”), La forza del destino (“Toh, toh ! Poffare il mondo”, “Pace, pace, mio Dio”), Rigoletto (La donna è mobile”), Nabucco (“Oh dischiuso è il firmamento”), La traviata (“Lunge da lei … De miei bollenti spiriti … Oh mio rimorso, infamia”, Brindisi), Oberto, conte di San Bonifaccio (“Un giorno dolce nel core … Oh chi torna l’ardente pensiero”) Anna Pirozzi, soprano, Martina Belli, mezzo soprano, John Osborn, ténor, Stefano La Colla, ténor, Roberto de Candia, barato, Béatrice Benzi, piano.

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 15 octobre 2017. Verdi : Falstaff II. Kiria … – Frizza / Spirei.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 15 octobre 2017. Verdi : Falstaff II. Kiria … – Frizza / Spirei. Poursuivant notre parcours parmesan, nous assistons à une seconde représentation de Falstaff. L’idée est de mesurer le deuxième baryton proposé par le Teatro Regio, dans le rôle-titre et d’en dégager les conclusions que leur comparaison fait naître… En effet, pour permettre à Roberto De Candia d’assurer une représentation de Fra diavolo à Rome, le Teatro Regio de Parme a invité le baryton géorgien Misha Kiria à chanter un unique Falstaff en ses murs. Comme nous avons déjà évoqué la mise en scène dans notre précédente chronique du 5 octobre dernier, nous n’y reviendrons pas. Distinguons surtout ce qui fait l’attrait du jeu scénique et vocal des chanteurs, la participation des musiciens et du chef.

Falstaff 2 à Parme : Une alternance réussi

En ce qui concerne le coté scénique, le Falstaff de Misha Kiria est plus truculent, plus drôle aussi que celui de Roberto De Candia.  De Candia ne manque pourtant pas de dynamisme ni d’une certaine vis comica mais il se montre quand même un peu plus sérieux que son collègue. Si Kiria parvient à faire rire le public en accentuant le relief comique du personnage-titre, vocalement il a encore beaucoup à faire. Si les « airs » de Falstaff, « Ehi paggio … L’onore ! Ladri ! » et « Mondo ladro ! Mondo rubaldo ! Reo mondo ! », sont interprétés avec gouaille, sur la totalité de la soirée, il se montre légèrement en deçà de ses partenaires. Amarilli Nizza, complètement rétablie, se montre plus canaille et retorse que lors de la précédente représentation (5 octobre). Quant à la voix, on ne trouve plus trace du virus qui l’avait handicapée pour les deux premières soirées. A l’inverse, c’est Giorgio Caoduro qui a été annoncé souffrant ; s’il n’était effectivement pas au top mais tout de même bien chantant, le baryton italien est toujours aussi déchaîné et son Ford savoureux, est un faux méchant au grand cœur.

Dans la fosse Riccardo Frizza dirige la Filarmonica avec un brin de malice en voyant Kiria faire de Falstaff un personnage comique avec, au fond, la conscience plus ou moins assumée qu’il se fait manipuler.

Cette troisième représentation permet de mesurer le Falstaff très prometteur de Misha Kiria. Car le baryton géorgien ne peut poursuivre ses engagements qu’en s’améliorant. Cette alternance nous aura permis de repérer les multiples facettes d’un personnage plus complexe qu’il ne le laisse voir au premier abord. Preuve est donné également qu’il n’existe pas une représentation semblable aux autres, y compris quand elle est défendue par le même orchestre, le même chef et la majorité des chanteurs sur les planches.

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Parme. Teatro Regio, le 15 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV de William Shakespeare. Misha Kiria, Falstaff, Amarilli Nizza, Alice Ford, Giorgio Caoduro,  Ford, Damiana Mizzi, Nanetta, Francisco Gatell, Fenton, Sonia Prina, mrs Quickly, Jurgita Adamonyte, Meg Page, Grégory Bonfatti, Dr Caius, Andrea Giovanini, Bardolfo, Federico Benetti, Pistola. Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme, Riccardo Frizza, direction. Jacopo Spirei,mise en scène, Nikolaus Webern, scénographie, Silvia Aymonino, costumes, Fiametta Baldisers,lumières

Compte-rendu, concert. Parme, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Daniele Callegari, direction.

Compte-rendu, concert. Parme, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Daniele Callegari, direction. Nous avons évoqué précédemment les mesures et événements mis en place à Parme et dans toute l’Italie pour permettre aux plus jeunes d’accéder à la culture à moindre coût. Et ceux qui font partie des « corali delle voci bianchi e giovannili » ont l’occasion de participer à de courts concerts d’environ une heure à intervalle régulier. En octobre, ces concerts ont lieu dans une autre salle du Teatro Regio, dans les « Offs » du festival Verdi.

Requiem au Teatro Regio

Giuseppe VerdiEn plus des quatre opéras programmés lors du festival, plusieurs concerts vocaux ou orchestraux ont lieu. A l’occasion du 10ème anniversaire de la mort de Luciano Pavarotti, natif de Modène (les deux villes ne sont pas très loin l’une de l’autre), le festival Verdi lui rend hommage en lui dédiant le premier des deux requiems programmés. La création du requiem de Verdi n’a pas été un long fleuve tranquille ; d’abord vu par Verdi comme une œuvre collective pour rendre hommage à Gioachino Rossini disparu en 1868, le projet s’est effacé faute d’entente entre les artistes. Puis avec le décès du poète Alessandro Manzoni, partisan comme Verdi de l’unité italienne, en 1871, le projet refait surface et le compositeur ressort de ses tiroirs le Dies Irae composé en 1868. Le requiem est finalement créé en 1874. C’est une œuvre si magistrale qu’elle pourrait s’apparenter à un opéra tant la voix, qu’il s’agisse du chœur ou des solistes, est mise en avant. Mais l’orchestre a aussi des pages très intenses, surtout dans le célèbre Dies Irae qui avance tel un fleuve en furie.

Très sollicités, le chœur du Teatro Regio et la Filarmonica Arturo Toscanini, assument trois des quatre opéras au programme du festival; ils donnent à entendre une performance quasi parfaite. Martino Faggiani a réalisé un excellent travail de préparation avec le chœur qui suit avec une précision millimétrée le chef d’orchestre Daniele Callegari lequel a été invité à diriger Jérusalem et le requiem. Pour cette œuvre qui nécessite douceur et autorité, la direction de Daniele Callegari est ferme, nerveuse, dynamique. Si le Requiem et le Kyrie sont dirigés tout en finesse, le fleuve en furie qu’est le Dies Irae, est proche de la perfection, tant la colère de Dieu se manifeste encore après la fin du concert.

En ce qui concerne le quatuor vocal invité, nous avons du très bon et du moins bon. La surprise de la soirée est la soprano Anna Pirozzi qui abordait le chef d’œuvre de Verdi  pour la première fois. Sa voix flamboyante assume sans faiblesse une partition terrible qui nécessite une tessiture large ; le médium est sain, les graves bien posés, les aigus superbes, la ligne de chant impeccable. Sûre d’elle, Pirozzi jette à peine un regard sur la partition ; si elle prend le pas sur Veronica Simeoni dans le Recordare, au point même de la couvrir à une ou deux reprises, elle chante le Libera me avec une belle assurance. En revanche nous nous interrogeons sur la mezzo soprano Veronica Simeoni justement; certes la voix est belle, veloutée, sombre avec un bel ambitus mais elle nous a semblé un peu courte. Et du milieu de la salle, il devenait difficile de l’entendre, étant couverte, soit par les autres solistes soit par l’orchestre. Veronica Simeoni ne démérite pourtant pas face à une partition aussi difficile que les opéras que composa Verdi durant sa longue carrière ; elle reste cependant en deça du niveau d’exigence auquel le Teatro Regio de Parme nous a habitué. Mêmes questions concernant le ténor Antonio Poli. Si le médium et les graves sont sains et bien projetés les aigus ne sont pas beaux : … plus hurlés que chantés. Et si l’Ingemisco est de meilleure tenue que le reste, la voix, elle ne semble pas complètement maîtrisée.

En revanche la basse Riccardo Zanellato affirme sa belle autorité pendant toute la soirée. Zanellato qui connait parfaitement le requiem, qu’il chante régulièrement, en cisèle chaque note avec art. Et le Confutatis prend des couleurs sombres et glaçantes.

Le Requiem de Verdi, dont le dernier concert remonte à 2013, l’année du bicentenaire, a été dirigé de main de maître par Daniele Callegari qui a insufflé au chef d’œuvre du compositeur parmesan une force et une dynamique peu communes mais nécessaire. Quel plus bel hommage Parme pouvait-elle rendre au grand artiste qu’était Luciano Pavarotti ?

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Compte-rendu, concert. Parme. Teatro Regio, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Anna Pirozzi, soprano, Veronica Simeoni, mezzo soprano, Antonio Poli, Riccardo Zanellato, basse. Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme: Daniele Callegari, direction.

Compte rendu, opéra. Parme, le 5 octobre 2017. Verdi : Falstaff : de Candia… Frizza / Spirei.

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitCompte-rendu, opéra. Parme, le 5 octobre 2017. Verdi : Falstaff : de Candia… Frizza / Spirei. Nation profondément mélomane, l’Italie encourage sa jeunesse à se cultiver. Si de nombreux jeunes italiens ne sont pas spécialement attirés par l’art lyrique, ils reçoivent une solide formation culturelle et musicale dès leur plus jeune âge. D’autre part, tout au long de la saison parmesane des spectacles sont organisés pour les tous petits (à partir de 3 ans) et pour les adolescents autour des œuvres programmées au Teatro Regio. En plus de ces introductions aux spectacles, les deux dernières répétitions, la colonelle et la générale sont ouvertes au public, dont l’une, la colonelle, aux jeunes de moins de trente ans. C’est donc une batterie de mesures qui sont mises en place à destinations des publics les plus jeunes, pour leur permettre d’accéder très tôt à la culture sous toutes ses formes. Et d’ailleurs, un spectacle pour les tout petits, de 3 à 6 ans, était organisé autour de Falstaff le vendredi matin (le 6 octobre) en fin de matinée. Les bambins sont venus nombreux en famille ou avec leurs instituteurs.

Falstaff : Les joyeuses commères de Windsor
arrivent au Teatro Regio de Parme

Comme en 2016, les responsables du Teatro Regio de Parme ont programmé quatre opéras dont deux raretés. Falstaff est l’ultime opéra de Giuseppe Verdi (1813-1901). Pour terminer sa longue carrière, le vieux maître se lance dans un style qui ne lui est pas habituel : la comédie. Avec son librettiste, Arrigo Boito, qui est aussi un compositeur reconnu, il utilise deux pièces de William Shakespeare : Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV. Après le Falstaff de 2013, mis en scène et chanté par Renato Bruson, voici en octobre 2017, une nouvelle production qui réunit une distribution presque exclusivement italienne, menée par Roberto de Candia en grande forme.

Falstaff n’est pas de ces opéras faciles à mettre en scène, tant il ne faut pas verser dans l’excès : pas trop d’effets de manche, mais pas non trop de lenteurs. L’ultime chef d’œuvre de Verdi est plein de vie, et les quelque moments plus lents, notamment lorsque Falstaff rentre chez lui après son bain forcé dans la Tamise, sont autant de pièges tendus au metteur en scène. Jacopo Spirei parvient à éviter les obstacles et donne une lecture réussie de Falstaff sans verser dans l’excès. Il est aussi aidé par une distribution de comédiens chanteurs qui se connaissent bien et qui utilisent ses indications pour en rajouter sans exagérer dans un sens ou dans l’autre. Nous regrettons quand même que les costumes et les décors soient contemporains ; en effet, les costumes ne sont pas forcément très adaptés à chacun, notamment Nanetta qui paraît bien disgracieuses en jupes trop courtes et vilains collants. Et Falstaff si fier de son rang de chevalier se retrouve privé de son épée. Quant aux maisons, elle n’ont rien de maisons correspondant au statut des grands bourgeois du XVIe siècle. Seul le parc mérite l’attention, encore qu’il soit incompréhensible que la chambre des Ford reste en place et que la maison de Meg ne disparaisse pas complètement.

Vocalement, la distribution réunie pour cette nouvelle production est excellente. Roberto de Candia que nous avions apprécié en Fra Melitone (La forza del destino, festival Verdi 2014) revient sur la scène du Teatro Regio pour incarner Falstaff. Excellent comédien, il passe de l’espoir le plus fou à la tristesse la plus profonde, et du grand amour à la sérénité une fois assimilée la leçon que voulaient lui donner les joyeuses commères. Bien qu’il n’ait que des ébauches d’air « Ehi paggio … L’onore ! Ladri ! » au premier acte et « Mondo ladro ! Mondo rubaldo ! Reo mondo ! » au troisième, il les interprète sans faiblesse passant de l’indignation à la tristesse; la duperie des commères qui le jettent dans la Tamise avec le linge de la maison ne le met  pas en colère mais suscite une réelle incompréhension, avec une aisance certaine.

Annoncée souffrante dès le début de la soirée, Amarilli Nizza campe une Alice Ford drôle, fourbe, retorse au caractère bien trempé. Déterminée à punir Falstaff de sa forfanterie et à se venger de Ford, un peu trop jaloux et  autoritaire, la femme courtisée et l’épouse vengeresse leur donne leçon sur leçon jusqu’à ce qu’ils comprennent que c’est elle qui décide et pas eux. Vocalement, si elle a pu être malade, cela n’est pas si évident tant elle passe d’un registre à l’autre sans effort ; tout au plus reste-t-il quelques scories du virus qui l’a handicapée le soir de la 1ère, sans plus. Giorgio Caoduro qui incarne Ford, réalise une prise de rôle idéale. Il a exactement la voix du personnage et s’il se montre jaloux, retors et sans scrupules, il a bien du mal à rivaliser avec Alice qui lui inflige quelques cuisantes leçons de savoir-vivre. Aux cotés du couple infernal, se trouve la Mrs Quickly de Sonia Prina. Aussi infernale, dans le bon sens du terme, que Ford et Alice, elle se délecte de tous les mauvais tours qu’elles jouent toutes ensemble à Falstaff et à Ford en servant de messagère auprès du premier et de chaperon bienveillant auprès de Nanetta et de Fenton au détriment du second ; allant même jusqu’à faire changer de costumes Nanetta et Bardolfo juste avant la cérémonie voulue par Ford. Prina maîtrise parfaitement son instrument sans jamais forcer ni tenter de grossir une voix naturellement sombre. La Meg Page de Jurgita Adamonyte n’est pas en reste pour se venger de Falstaff, ce « balourd » qui la courtise en même temps qu’Alice, adressant aux deux femmes une lettre d’amour identique en tous points. Vocalement Adamonyte ne démérite pas ; la voix est saine large, parfaitement maitrisée. Si la Nanetta de Damiana Mizzi ne manque ni de piquant ni de caractère, son amoureux, le Fenton de Juan Francisco Gatell paraît plus en retrait avec une voix un peut courte pour une salle pourtant de taille moyenne (1200 places). Grégory Bonfatti (Docteur Caius), Andrea Giovanini (Bardolfo) et Federico Benetti (Pistola) complètent avec bonheur une distribution qui n’a rien à envier à celle de 2013.

Dans la fosse, la Filarmonica Arturo Toscanini est dirigée par Riccardo Frizza. La musique pétillante de Verdi est fort bien  interprétée, même si on peut regretter qu’à une ou deux reprises l’orchestre ait couvert les chanteurs, à commencer par Gatell. Quant au chœur, il est une fois de plus excellent, malgré un finale un peu ridicule.

Cette nouvelle production de Falstaff qui ne manque pas de qualités, en grande partie grâce aux chanteurs, gagnerait des précieux points avec des costumes mieux adaptés (surtout pour Nanetta, bien mal servie) et des décors plus adéquates.

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Parme. Teatro Regio, le 5 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV de William Shakespeare. Roberto de Candia, Falstaff, Amarilli Nizza, Alice Ford, Giorgio Caoduro,  Ford, Damiana Mizzi, Nanetta, Francisco Gatell, Fenton, Sonia Prina, mrs Quickly, Jurgita Adamonyte, Meg Page, Grégory Bonfatti, Dr Caius, Andrea Giovanini, Bardolfo, Federico Benetti, Pistola. Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme, Riccardo Frizza, direction. Jacopo Spirei,mise en scène, Nikolaus Webern, scénographie, Silvia Aymonino, costumes; Fiametta Baldisers, lumières.

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Verdi : Jérusalem. Pertusi,Vargas,Massis. Daniele Callegari / Hugo de Hana…

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Verdi : Jérusalem. Pertusi, Vargas, Massis. Daniele Callegari / Hugo de Hana…. Des vingt neuf opéras que composa Giuseppe Verdi (1813-1901) durant sa longue carrière, certains ont connu une destinée remarquable tels Nabucco, Rigoletto, Atilla, Il trovatore, La traviata par exemple, alors que d’autres sont plus ou moins tombés dans l’oubli comme La battaglia di Legnano (donné au festival 2012), Giovanna d’Arco (donné en 2016) ou Jérusalem (qui a ouvert l’édition 2017). Composé pour l’Opéra de Paris en 1847, Jérusalem reprend un autre opéra, composé peu avant sur le thème de la croisade : I lombardi alla prima crociata. Les personnages et les liens de parenté changent, mais la musique de Jérusalem est à peu près la même que celle de I lombard / les lombards. Pour Jérusalem, Verdi a dû ajouter un ballet, obligatoire pour toute œuvre qui intègre le répertoire de l’Opéra de Paris par le biais d’une commande.

Parme, rareté au programme du festival Verdi :
Jerusalem

Le Teatro Regio de Parme présente une version intégrale de Jerusalem, qui inclut le ballet, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Hugo de Ana, qui réalise la mise en scène, la scénographie et les costumes est bien connu du public parmesan pour avoir déjà réalisé plusieurs productions au Teatro Regio de Parme. Son travail part d’une réflexion de fond sur la croisade et ses conséquences aussi bien pour les croisés que pour les sarrasins ; quant aux costumes ils correspondent à l’époque de la première croisade. La direction d’acteurs est dynamique et Hugo de Ana ne laisse personne à la dérive. La précision des mouvements de foule est d’autant plus nécessaire que certaines scènes voient la quasi-totalité des protagonistes se mouvoir sur la scène. S’ajoutent à ce beau travail de réflexion, des effets spéciaux spectaculaires, tant pendant l’ouverture où nous voyons défiler l’appel à la croisade du pape Urbain II, lequel se termine sur un terrible « Deus veult » (Dieu le veut) que pendant la suite de la soirée. Suivront ensuite des défilés militaires ou de pèlerins, des globes terrestres en mouvement, des scènes de bataille ou de prière, le visage du Christ au centre de mandorles en feu.

Pour cette nouvelle production, Jérusalem n’a été monté qu’une fois à Parme, c’est une distribution de haute volée qui a été invitée. Ramon Vargas campe un Gaston solide ; la voix est ferme, puissante, la tessiture large. Son Gaston en plein doute dont la Foi en Dieu et l’amour pour sa bien aimée sont constamment mis à l’épreuve, et comme la diction est quasi parfaite, Vargas nous propose un Gaston de très belle Tenue. Annick Massis fait une prise de rôle risquée en chantant Hélène, d’autant qu’il s’agit d’un caractère terrible, comme Verdi sait si bien les écrire.
De fait, les écueils ne manquent pas dans Jérusalem. Si le médium et les graves sont assurés sans problèmes, les aigus blanchissent rapidement et dès son air d’entrée, Annick Massis se trouve en difficulté ; elle se confronte néanmoins courageusement à une partie redoutable.
En revanche, Michele Pertusi est un Roger autoritaire et d’une belle prestance. S’il a déjà chanté I lombardi alla prima crociata (Pagano), c’est la première fois qu’il aborde Jérusalem au Regio. Si les graves sont parfois écrasés Pertusi assume crânement lui aussi une incarnation difficile ; et dès la scène d’entrée « Vous priez vainement pour mon rival …Oh ! dans l’ombre ! dans le mystère ! … Oh ! viens esprit du mal », il montre un Roger implacable, jaloux, impitoyable. Et l’ovation qu’il reçoit entre l’air et la cabalette atteste non seulement de sa popularité, il est natif de Parme, mais aussi de la sûreté dont il fait preuve, Et son aria du deuxième acte « Grâce mon Dieu … O jour fatal ! O crime ! » est tout aussi maîtrisé ; quant à la diction si elle est parfaite, elle est parfois teintée d’un léger accent italien, charmant au demeurant. Le comte de Toulouse de Pablo Galvez est certes moins charismatique que son frère, mais il a quand même un certain charme, malgré un français assez exotique. Armé du soutien d’Urbain II qui en a fait le chef des croisés français, c’est un soldat aguerri, ombrageux et un père autoritaire, même s’il aime sa fille. La voix est belle et donne au comte une autorité qui, à défaut d’être incontestable, surtout sur le plan scénique, bénéficie de la bénédiction de Dieu. Valentina Boi est une Isaure attentive et vigilante aussi bien à Toulouse qu’en terre sarrasine, tandis que l’Adémar de Monteil de Deyan Vatchkov propose un légat intransigeant à souhait ; on ne plaisante ni avec Dieu, ni avec l’honneur.

Parmi les comprimari, notons le sympathique Raymond de Paolo Antognetti qui reste fidèle à son maître malgré l’anathème qui le frappe pour un crime qu’il n’a pas commis.

Dans la fosse, nous retrouvons Daniele Callegari, qui avait dirigé le requiem la veille. Le chef milanais dirige d’une main ferme la valeureuse Filarmonica Arturo Toscanini, comme il nous propose une version intégrale de Jérusalem, cela lui permet, avec le ballet, de mettre en valeur le très bel orchestre dont il dispose et de mettre un peu de légèreté dans ce monde de brutes que représente la période des croisades.
Rappelons au passage que la première croisade (1096-1099) a bien mal commencé : en effet, la première armée à partir n’était pas celle des grands barons, mais une armée de pauvres gens dirigée par Pierre l’hermite, sans armes ni préparation militaire d’aucune sorte, aucun de ces « croisés » d’un nouveau genre ne reviendra vivant de l’expédition,… Tous massacrés par les turcs. Quant au chœur du Teatro Regio, il affronte vaillamment une partition difficile. Et si la diction est souvent aléatoire, le travail accompli avec Martino Faggiani est remarquable.

Une nouvelle fois Hugo de Ana propose au public une production exceptionnelle : elle l’est d’autant plus que les effets spéciaux sont spectaculaires et que le long travail de réflexion mené en amont donne une vision de Jérusalem inoubliable. La distribution réunie pour cette nouvelle production est d’un niveau remarquable, même si nous avons noté quelques imperfections, essentiellement dus à une diction parfois aléatoire ici et là et que nous aurions préféré une Hélène, avec une voix plus corsée.

Lors de la soirée d’ouverture, la représentation du 28 septembre, le programme opératique du festival Verdi de Parme 2018 a été annoncé : Seront présentés : Macbeth (qui fera l’ouverture du festival), Atilla, Le Trouvère et Un giorno di regno (qui sera donné au Teatro Verdi de Busseto). Les distributions, ainsi que l’ensemble du programme seront annoncés le 25 janvier 2018.

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Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Jérusalem, opéra en quatre actes sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaez. Michele Pertusi, Roger, Ramon Vargas, Gaston, Annick Massis, Hélène, Pablo Calvez, comte de Toulouse, Valentine Boi, Isaure, Deyan Vatchokov, Adémar de Monteil (légat du pape), Paolo Antognetti, Raymond, Massimiliano Catellani, l’émir de Ramia, Matteo Roma, un officier de l’émir, Francesco Salvadori, un hérault, un soldat. Filarmonica Arturo Toscanini, chœur du Teatro Regio de Parme, Daniele Callegari, direction. Hugo de Hana, mise en scène, scénographie, costunes, Valerio Alfieri, lumières, Sergio Metalli, effets spéciaux, Leda Lojodice, chorégraphies.

Compte rendu, opéra. Parme, le 6 octobre 2017. Verdi : Stiffelio. G. G. Calvo / G. Vick

Vague verdienne en juin 2014Compte rendu, opéra. Parme, le 6 octobre 2017. Verdi : Stiffelio. G. G. Calvo / G. Vick. Si Jérusalem est une rareté, il n’aura pas fallu très longtemps à Stiffelio pour disparaitre des scènes lyriques. La destinée de cette œuvre de Giuseppe Verdi (1813-1901) ne manque d’ailleurs pas d’interpeller tant il aura fallu peu d’années pour qu’il soit rangé dans un placard d’où il ne ressortira qu’un siècle plus tard. Composé et créé en 1850 au Teatro Grande de Trieste, Stiffelio a reçu, à défaut d’un triomphe, un accueil chaleureux tant du public que des critiques. Le déclin et la disparition de cet opéra a un seul nom : censure.

Stiffelio : le Teatro Farnese ouvre ses portes à la réforme protestante

En effet, les multiples interventions des censeurs, qui se montrent assez chatouilleux dès que l’on s’attaque à l’Eglise ou au pouvoir temporel, ont considérablement nui à Stifflio qui tombe dans l’oubli en trois ou quatre ans. La musique de cette œuvre sera par ailleurs reprise en 1857 par Verdi pour un autre opéra qui tombera presqu’aussitôt dans l’oubli lui aussi : Aroldo. Depuis les années 1950, Stiffelio reprend timidement du service ; si timidement, d’ailleurs, que sa discographie est quasi inexistante. A Parme même, l’œuvre n’a été montée que deux fois depuis 1968. Cette nouvelle production est donc la bienvenue, malgré une mise en scène qui pourtant totalement iconoclaste, fonctionne indiscutablement. A sa décharge, il nous faut bien admettre que Stiffelio est loin d’être un chef d’œuvre comparé aux opéras créés juste avant ou juste après : Macbeth (1847), Luisa Miller (1849), Rigoletto (1851), Il Trovatore (1853) par exemple. On y trouve néanmoins de très belles pages notamment parmi les airs des principaux personnages. L’intrigue tourne autour d’un pasteur protestant et de son épouse infidèle ; certes le sujet n’a rien de nouveau et la nature humaine est traitée ici de manière assez crue (Graham Vick accentue d’ailleurs ces qualités et ces défauts dans sa mise en scène) : amour, haine, jalousie, religion … On peut, dans ces circonstances, s’étonner que Stiffelio et Aroldo quelques années plus tard, aient ainsi disparu des scènes lyriques quand Carmen, créée vingt cinq ans après Stiffelio, a connu un triomphe durable et sans précédent après avoir subi un échec retentissant lors de sa création.

Pour cette nouvelle production, les responsables du Teatro Regio, qui investissent le Teatro Farnese, ont réuni une distribution jeune et le metteur en scène britannique Graham Vick dont le travail sur Stiffelio ne manque pas de surprendre. Graham Vick ayant installé d’immenses banderoles sur les gradins, qui serviront aussi pour les choristes, les figurants et, à de rares moments, les solistes, le public se retrouve « chassé » de sa zone de confort pour se retrouver dans l’arène ; il passe la soirée debout à évoluer librement au milieu des modules mobiles. Quelques bancs, installés derrière l’orchestre, sont quand même prévus pour les personnes désireuses de s’assoir.
Si un tel choix artistique n’a pas manqué de faire couler beaucoup d’encre, il se révèle assez judicieux. L’interaction entre le public, les figurants, les choristes et les solistes est d’autant plus forte que les figurants se promènent dans toute l’arène, saluant ici et là, serrant des mains, accolant le public, l’entraînant dans un monde étrange ou s’entremêlent, sous la  Foi ardente, amour et désamour tel un « Je t’aime, moi non plus » puissance mille, sur une échelle de… dix. Dans un tel contexte, les costumes contemporains passent plutôt bien à l’exception de celui de Lina qui se trouve, du coup, handicapée pour s’asseoir, s’allonger, se mettre debout ou faire des génuflexions.

En ce qui concerne la distribution, de jeunes artistes se montrent valeureux ; en effet, l’acoustique du Teatro Farnese, où la  production est donnée, est assez mauvaise et il est difficile de comprendre tout ce qui se dit. Le Stiffelio de Luciano Ganci séduit d’emblée : comédien honorable, il fait passer le pasteur par des sentiments contradictoires ou s’entrechoquent foi, amour, doute, angoisse … Sentiments que le chant de Ganci traduit assez bien. Si la description du couple adultère aperçu par le batelier est honorable, c’est surtout dans son air du deuxième  acte « Me disperato, albruciano » que toute le colère et la douleur accumulées ressortent avec beaucoup de force. C’est la soprano mexicaine Maria Katzarava qui prête ses traits et sa voix à Lina, l’épouse infidèle de Stiffelio. Si la jeune femme est très désavantagée par son costume visiblement  trop serré, la voix est belle, puissante, la ligne de chant impeccable. Elle comprend très vite que Stiffelio a des doutes et exprime son chagrin d’une façon émouvante « Tosto  ei disse ! Ah son perduta ! » . La douleur, le doute, l’angoisse de Lina ressortent cependant avec plus de force dans « Oh cielo … Ove son io » et Katzarava module sans excès, donnant aux mots une intensité poignante. Père attentif mais impitoyable, guerrier féroce, Stankar est incarné par Francesco Landolfi. C’est au dernier acte que le baryton donne à son personnage ce qui fait sa grandeur et sa faiblesse, en exprimant dans « Ei fugge … E con tal foglio … Qui Rafael verra ? » toute la haine qu’il a pour l’amant de sa fille et le regret qu’il a de devoir accomplir ce qu’il considère être son devoir. D’arrogance, il est question quand on pense à Rafaele de Leuthold ; Giovanni Sala qui incarne l’amant e Lina a une voix pleine de souveraine maîtrise, tant elle est contrôlée du début à la fin de la soirée. Et s’il n’a pas vraiment d’aria pour lui, le duo avec Stankar, dans lequel ils se défie l’un l’autre est parfaitement interprété. Emmanuele Cordaro (Jorg), Blagoj Nacoski (Federico de Frengel) et Cecilia Bernini (Dorotea) complètent avec bonheur le plateau vocal.

Dans la fosse, installée à l’envers, c’est l’orchestre du Teatro Comunale de Bologne qui s’installe pour cette production. Le chef espagnol Guillermo Garcia Calvo dirige ce Stiffelio inattendu. Alors que le public entre dans la salle pendant l’ouverture, accueilli par des pasteurs et des figurants lisant la bible, le jeune chef donne le ton de la soirée : elle sera placée sous le signe d’une effusion de sentiments qui se bousculent tout le long de la partition et que l’orchestre souligne tout en délicatesse. Quant au chœur, venu lui aussi du Teatro Comunale de Bologne, il a été parfaitement préparé par son chef et il assume sans faillir une partition difficile et une mise en scène assez inhabituelle.

Si cette nouvelle production n’a pas manqué d’enflammer les réactions, et de soulever de nombreuses interrogations, Graham Vick, réussit le tour de force d’attirer l’attention sur l’une des œuvres les plus méconnues de Verdi. Quant à la mise en scène pour inhabituelle qu’elle soit, elle a le mérite d’accentuer les qualités et les défauts de chacun, quelque soit son statut social, et de permettre au public de les voir au plus près. Mémorable expérience qui révise la place même du spectateur d’habile façon.

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Teatro Farnese, le 6 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Stiffelio, mélodrame en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave tiré de Le pasteur ou l’évangile et le foyer de  Emile Souvestre et Eugène Bourgeois. Luciano Ganci, Stiffelio, Maria Katzarava, Lina, Francesco Landolfi, Stankar, Giovanni Sala, Rafaele, Emanuele Cordaro, Jorg, Blqgoj Nacoski, Federico di Frengel, Cecilia Bernini, Dorotea. Orchestre et chœur de l’Opéra Comunale de Bologne.Guillermo Garcia Calvo, direction. Graham Vick, mise en scène, Mauro Tinti, scénographie et costumes, Giuseppe di Iorio, lumières, Ron Howell, chorégraphies.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 21 juillet 2017. Haydn, Mozart. E de Negri, JOA, William Christie

saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDCompte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 21 juillet 2017. Haydn, Mozart. Emmanuelle de Negri, Jeune Orchestre de l’Abbaye. William Christie, direction. Le Jeune Orchestre de l’Abbaye donne chaque été deux concerts pendant le festival de Saintes. Nous avons évoqué dans nos colonnes celui dirigé par Philippe Herreweghe donné le 15 juillet dernier. En ce 21 juillet, c’est le chef franco-américain William Christie qui prend la tête du Jeune Orchestre de l’Abbaye pour un second concert exceptionnel consacré à deux compositeurs du XVIIIe siècle : Joseph Haydn (1732-1804) et Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791).

Rapidement reconnu comme un brillant symphoniste, Joseph Haydn (1732-1804) a composé plus de cent symphonies. Les deux oeuvres du programme font partie du corpus de symphonies dites “de Paris” car composées après une commande de la Loge Olympique qui souhaitait que Paris soit aussi reconnue comme une “ville symphonique », aussi brillante et réputée que les cités germaniques dont les formations orchestrales n’avaient, à l’époque, pas de rivales.

William Christie dirige le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA)

Le concert débute avec la Symphonie n°85, qui séduit tant la jeune reine Marie Antoinette que l’oeuvre s’est rapidement vu accoler le surnom “La reine”. William Christie adopte des tempos parfois un peu vifs, mais fait subtilement ressortir les thèmes, qu’il s’agisse d’oeuvres connues ou de musiques plus populaires, que Haydn emprunte à la musique française. Avec la symphonie n°82, “L’ours”, nous entrons dans un décor plus “montagnard”, certains thèmes rappelant la majesté de l’animal qui donne son nom à cette symphonie, d’autres rendant la lumière et les couleurs de la montagne sous le soleil. William Christie prend aussi des tempos assez vifs mais plaisants. L’Orchestre visiblement motivé par la présence du chef suit sa battue avec assiduité, détermination, endurance…; la réputation d’excellence de Christie quant à l’enseignement prend ici tout son sens, tant les jeunes musiciens ont su profiter de ses indications et directives dans les deux symphonies.

Si Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791) a également composé des symphonies, c’est le génial mélodiste que William Christie a décidé de mettre à l’honneur. Ayant invité pour l’occasion Emmanuelle de Negri, révélée par Le jardin des voix (édition 2011), le chef lui donne une belle occasion de mettre en valeur des oeuvres méconnues du divin Mozart. Si l’air de concert “Voi avete un cor fedele” est donné parfois en récital, Il re pastore et La finta giardiniera sont, quant à eux, nettement moins connus. Emmanuelle de Negri maitrise la virtuosité exigeante de Mozart avec finesse, ne forçant jamais le trait. Les vocalises de l’air de concert sont chantées avec fermeté et sa tessiture terrible, assumée sans faiblesse. Il re pastore fait partie des opéras de jeunesse de Mozart qui avait tout juste dix-neuf ans quand il l’a composé. Emmanuelle de Negri  chante l’aria de Tamiri ; sa sensibilité fait ressortir chaque sentiment contradictoire qui agite et tiraille la jeune paysanne : amour, tendresse, doute, détermination … En bis, la jeune soprano présente un extrait de La finta giardiniera. Tout aussi méconnu que Il re pastore, cet opéra possède pourtant de très belles pages dont fait partie l’aria de Serpetta : l’interprète y passe en quelques minutes de la colère à la tendresse, mais reste déterminée à obtenir ce qu’elle veut. L’accompagnement du Jeune Orchestre de l’Abbaye et de William Christie est tout en finesse; il fait ressortir les sentiments contradictoires des différents personnages avec précision, et sans jamais couvrir le beau soprano d’Emmanuelle De Negri. Amoureux de la voix, William Christie a travaillé avec sa chanteuse, le style, chaque note des trois mélodies qu’elle a interprété, ce sans pour autant la brider.

Chef exigeant, enseignant attentif, William Christie a développé avec le JOA tant l’aspect symphonique que l’aspect opératique, répertoires que les jeunes musiciens auront à affronter au cours de leurs futures carrières. En trois jours de répétitions avec le chef, les jeunes musiciens d’orchestre ont su tirer profit de ses conseils, donnant un concert remarquable en tous points.

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Saintes. Abbaye aux dames, le 21 juillet 2017. Joseph Haydn (1732-1804) : symphonie n° 82 en ut majeur “L’ours”, symphonie n° 85 en si bémol majeur “La reine”, Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Voi avete un cor fedele (air de concert), Di tante sue procelle (Air de Tamiri, “Il re pastore”), Appena mi vedon (air de Serpetta “La finta giardiniera”) (bis). Emmanuelle de Negri, Jeune Orchestre de l’Abbaye. William Christie, direction.

Compte rendu, concert. Saintes, le 19 juillet 2017. Desmarest, Purcell. Académie baroque européenne d’Ambronay, Paul Agnew

Les Arts FlorissantsLes Arts FlorissantsIntegrale des madrigauxSeptieme livreCompte rendu, concert. Saintes, le 19 juillet 2017. Desmarest, Purcell. Académie baroque européenne d’Ambronay, Paul Agnew, direction. Partis sur leur lancée, les responsables du festival de Saintes ont invité l’Académie baroque européenne d’Ambronay dirigée pour l’occasion par le ténor et chef Paul Agnew. Pour ce concert exceptionnel, c’est le mythe de Didon qui a retenu l’attention de l’artiste invité.  Ont été programmées Didon de Henry Desmarest (1661-1741) et Dido and Aeneas de Henry Purcell (1659-1695).

Souveraine en fuite, Didon, fuyant Tyr à cause de son frère, meurtrier de son époux Sichée, avait obtenu sur le continent africain un morceau de terre équivalent à la surface d’une peau de boeuf; ayant fait couper la peau en lamelles, le territoire de Carthage s’est révélé être plus important que prévu permettant ainsi l’essor du nouveau royaume. En face d’elle, le prince Enée, survivant, avec un petit groupe de troyens, de la guerre ayant opposé sa cité aux grecs coalisés, s’est épris de la Reine qui l’avait accueilli après une tempête. Les jalousies, les pressions incessantes des Dieux et des fantômes des troyens morts au combat contraignent Enée à quitter Carthage, abandonnant Didon au désespoir et à la mort.

Ambronay à Saintes

Pour commencer le concert, Paul Agnew présente de larges extraits de la Didon d’Henry Desmarest (1661-1741). L’opéra reste peu connu, il est riche cependant de très belles pages.
Les jeunes artistes, chanteurs et musiciens sont excellents, soucieux d’intensité comme de précision. Musicalement, l’orchestre est remarquablement dirigé par Paul Agnew, vocalement les jeunes chanteurs sont tous très bons : ligne de chant impeccable, justesse; et même si la diction est parfois aléatoire, y compris pour les français qui ont parfois tendance à manger leurs mots, la performance est excellente. Dans le rôle-titre, se distingue nettement la très belle réalisation de Déborah Cachet dont la voix est prometteuse.
En revanche, le Dido and Aeneas d’Henry Purcell (1659-1695) est plus connu. Courte, environ quarante-cinq minutes, elle regorge de très belles mélodies bien réparties entre les protagonistes. Là encore, notons la très efficace Dido de Déborah Cachet. A ses côtés Jean Christophe Lanièce, déjà bien chantant dans l’oeuvre de Desmarets, campe un Enée convaincant et la Belinda de Aurora Pena Llobregat ne manque pas de personnalité. Dernier rôle notable, la magicienne méchante et retorse à souhait du jeune contre ténor Alberto Miguélez-Rouco. Les musiciens, qui jouent sous la direction du premier violon, participant avec délice à la mise en espace, réglée par Paul Agnew.

Reconnue comme une académie de grande qualité tant pour l’enseignement que pour ses productions, l’Académie baroque européenne d’Ambronay présente une nouvelle production de haute volée avec de jeunes musiciens en cours de professionnalisation, tant parmi les chanteurs que parmi les musiciens. La présence de Paul Agnew, qui veille à l’enseignement et à la transmission, est une motivation supplémentaire pour les jeunes artistes. Le résultat parle de lui-même.

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Saintes, le 19 juillet 2017. Henry Desmarest(1661-1741) : Didon (extraits) : Déborah Cachet (Didon, Aurora Pena Llobregat (Anne), Clément Debieuvre (Enée), Renaud Bres (Iarbe), Jean Christophe Lanièce (l’ombre de Sichée, Jupiter), Kerstin Dietl (une Carthaginoise, Henry Purcell (1659-1695) : Dido and Aeneas : Déborah Cachet (Dido) Jean Christophe Lanièce (Aeneas), Kerstin Dietl (Belinda, deuxième sorcière), Aurora Pena Llobregat (seconde femme, première sorcière), Alberto Miguélez-Rouco (magicienne), Jonas Descotte (l’esprit), Etienne Duhil de Bénazé (le marin). Académie baroque européenne d’Ambronay, Paul Agnew, direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 18 juillet 2017. Purcell, Bach. Ensemble Vox Luminis, Lionel Meunier, direction.

Vox-Luminis-3©Michel-Garnier

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 18 juillet 2017. Purcell, Bach. Ensemble Vox Luminis, Lionel Meunier, direction. Le cinquième jour du festival de Saintes débute par une performance de l’ensemble Vox Luminis. Pour son deuxième concert, Lionel Meunier a programmé deux oeuvres radicalement différentes l’une de l’autre. Avec Henry Purcell (1659-1695), le ton de l’Ode choisie est léger, voire badin, puisqu’elle a été composée à l’occasion de l’anniversaire de la reine Mary II. Aux côtés du Dixit Dominus de Haendel, Vox Luminis a réalisé à Saintes un premier concert où il reprenait d’anciens standards, révélateurs de son exceptionnel niveau musical, programme a capella regroupant plusieurs motets, plutôt graves, des ancêtres de JS Bach.

Vox Luminis, orfèvres familiers de Saintes

Avec la cantate Trauer-Ode de Johann Sabastian Bach (1685-1750), on passe de l’allégresse de la fête d’anniversaire au deuil et au chagrin les plus sincères. Le chef d’oeuvre du Cantor de Leipzig, bien qu’il soit au service d’une paroisse différente de celle où la messe d’enterrement était célébrée, a été composé pour les funérailles de la princesse Christiane Heberhardine décédée peu avant.
Les chanteurs et les musiciens de Vox Luminis entament Ode for the birthday of queen Mary II “Celebrate this festival” de Henry Purcell (1659-1695), avec un entrain réjouissant. L’élégance du phrasé, la ligne de chant des chanteurs, alliées à l’accompagnement sobre et discret de l’orchestre donnent à l’interprétation de Vox Luminis un éclat tel que si la reine Mary avait assisté à ce concert, elle n’aurait probablement pas dédaigné l’hommage rendu. Parmi les solistes qui sortent du rang de temps à autre, notons la belle intervention de Lionel Meunier lui même; le baryton et chef de choeur qui nous confiait lors du festival 2016 qu’il n’aimait pas spécialement se mettre en avant, surprend agréablement et fait honneur à la partition de Purcell. Cela sera d’ailleurs la seule fois de la soirée où il chantera seul.

Après une courte pause, Lionel Meunier vient présenter brièvement la seconde oeuvre du programme : la cantate Trauer-Ode de Johann Sebastian Bach (1685-1750). La princesse Christiane Heberhardine qui avait épousé le roi de Pologne, pays de tradition catholique, avait refusé pendant toute sa vie de se convertir au catholicisme, religion de son royal époux. Ce refus catégorique l’avait isolée dans son pays d’adoption. Mais l’Allemagne, encore divisée en de multiples principautés, ne l’a pas oublié ; il lui est rendu à travers cette cantate vibrante d’émotion et de tristesse, un hommage digne de la reine protestante dans un pays catholique. Vox Luminis fait ressortir avec talent la douleur et le deuil mais aussi l’espoir né de la vie éternelle, promise par une vie exemplaire. Lionel Meunier retrouve ses chanteurs au sein d’un sextuor, pour sa seule intervention soliste dans cette cantate de funérailles.

L’interprétation de Vox Luminis est le résulltat d’un travail acharné tant sur le plan musical qu’au niveau de la diction. Les deux oeuvres du concert aussi différentes soient-elles, ont été interprétées avec une implication totale. La haute exigence de chacun, chanteurs, chef, musiciens a permis à Vox Luminis de se hisser au niveau des meilleurs.

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Saintes. Abbaye aux dames, le 18 juillet 2017. Henry Purcell (1659-1695) : Ode for the birthday of queen Mary II “Celebrate this festival”, Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantate BWV 198 Trauer-Ode. Ensemble Vox Luminis, Lionel Meunier, direction.

Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux dames, 15 juillet 2017. Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko

saintes-2017-par-classiquenews-Les-Ambassadeurs---c-Michel-GarnierCompte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux dames, 15 juillet 2017. Sammartini, Tartini, Vivaldi, J.S.Bach. Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko, flûte et direction. De retour dans l’abbatiale en tout début de soirée, nous assistons au concert d’un jeune ensemble français, il a été fondé en 2010 par le flûtiste Alexis Kossenko, qui se consacre principalement à la musique baroque. Les Ambassadeurs abordent aussi un répertoire plus large : s’ils ont accompagné la jeune soprano Sabien Devieilhelors de l’enregistrement de son premier disque consacré à Jean Philippe Rameau, ils ont aussi été les acteurs de la tournée des Nozze di Figaro organisée par la co[opéra]tive (l’association de quatre théâtres de province) fin 2015 début 2016 et dont nous avions parlé dans nos colonnes. Pour sa première venue au festival de Saintes, l’ensemble Les ambassadeurs nous propose un programme de musique baroque dont le point culminant sont les célèbres concertos brandebourgeois de Johann Sebastian Bach (1685-1750) . Ce concert, retransmis en direct par Radio Classique était l’occasion de découvrir ou de redécouvrir les oeuvres de compositeurs prolixes mais pas forcément très connus : Giovanni Battista Sammartini (vers 1700-1775) et Giuseppe Tartini (1693-1770).

En début de soirée, Alexis Kossenko et son orchestre proposent trois concertos  de musique baroque italienne mettant en avant trois sortes de flûtes dont le jeune chef joue avec talent. Avec le concerto de Giovanni Battista Sammartini (vers 1700-1775), Kossenko arrive avec une flûte à bec. Si le compositeur milanais a laissé une oeuvre considérable, il n’a pas oublié la flûte et Kossenko s’en donne à coeur joie tant dans la direction que dans les parties solistes. Avec le concerto de Giuseppe Tartini (1693-1770) c’est la flûte traversière qui est à l’honneur; et comme dans l’oeuvre précédente Alexis Kossenko en dévoile chaque facette avec un évident plaisir. Cependant, avec le concerto pour flautino (piccolo) d’Antonio Vivaldi (1678-1741), le chef qui jusqu’à ce moment avait surmonté les difficulés sans réel problème semble tomber dans la routine : tempos inégaux, flûte et orchestre pas toujours bien calés.

Après l’entracte, Alexis Kossenko revient pour diriger de la flûte trois des six concertos brandebourgeois de Johann Sebastian Bach (1685-1750). Si Kossenko joue et dirige le concerto n° 5 sans faute majeure, le n°3, qui ne compte que deux mouvements est donné avec une énergie nouvelle. Peut-être est-ce dû au fait que pour la première et seule fois de la soirée, le chef abandonne ses flûtes pour ne se consacrer qu’à la direction. Les musiciens, motivés par un chef totalement disponible pour eux, jouent avec un entrain manifeste la plus courte des oeuvres du programme. Pour le concerto n°4, Kossenko revient avec une jeune collègue; si les deux flûtistes assument crânement tous les défis de leurs parties à deux, les autres musiciens ne se font pas oublier et l’ultime oeuvre du concert résonne joliment sous les voûtes de l’abbaye aux dames.

Malgré toutes les qualités que Les Ambassadeurs et leur chef ont montré jusque là et lors de ce concert, ils ont aussi montré des limites notamment dans l’interprétation du concerto de Vivaldi.

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Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux dames, 15 juillet 2017. Giovanni Battista Sammartini (vers 1700-1775) : concerto pour flûte à bec en fa majeur, Giuseppe Tartini (1693-1770) : concerto pour flûte en sol majeur, Antonio Vivaldi (1678-1741) : concerto pour flautino en sol majeur RV 443, Johann Sebastian Bach (1685-1750) : concertos brandebourgeois (concerto n°5 en ré majeur BWV 1050; concerto n°3 en sol majeur BWV 1048; concerto n°4 en sol majeur BWV 1049). Ensemble Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko, flûte et direction

Illustration: © Michel Garnier / Festival de Saintes 2017

Compte-rendu,concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2017. Tchaïkovski. Jeune Orchestre de l’Abbaye, Philippe Herreweghe

saintes-festival-estival-2017-presentation-annonce-visuel-par-classiquenewsCompte-rendu,concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2017. Tchaïkovski. Jeune Orchestre de l’Abbaye, Philippe Herreweghe, direction. A l’occasion de son premier concert, dans le cadre du festival de Saintes, le Jeune Orchestre de l’Abbaye était dirigé par son fondateur : Philippe Herreweghe. Particulièrement en verve, et arborant un grand sourire, le chef belge qui vient de fêter son soixante-dixième anniversaire, rend un hommage appuyé à son jeune orchestre, particulièrement fourni pour cette session festivalière.

 

 

  Survolté et canalisé, le JOA, sous la direction de Philippe Herreweghe triomphe à l’Abbaye aux Dames de Saintes

 

Ainsi que l’a annoncé le chef en début de soirée, le programme du concert est inversé et Philippe Herreweghe entame, avec une énergie plus intense que jamais, des extraits de la suite d’orchestre Casse-Noisette. Visiblement facétieux, Philippe Herreweghe incite le public à encourager les jeunes musiciens; séduit, le public qui aime suivre chaque session nouvelle du collectif de jeunes musiciens sur instruments d’époque, applaudit chef et instrumentistes après chaque pièce. C’est aussi le chef qui annonce le titre des pièces avec une dose d’humour, certes inhabituelle mais rafraichissante en ce chaud samedi de juillet. Le talent des jeunes gens qui composent le JOA en cette joute festive, est mis en exergue par Herreweghe dont l’exigence et la rigueur ont poussé les musiciens à donner le meilleur d’eux même. Chaque pièce de la Suite est ciselée et jouée avec entrain. On restera quand même surpris par le tempo un peu rapide de la valse des fleurs par ailleurs remarquablement interprétée.

JOA-jene-orchestre-abbaye-saintes-philipe-herreweghe-concert-repetition-rehearsalAprès une courte pause, Philippe Herreweghe, toujours aussi souriant et communicatif, prend la parole pour présenter brièvement la seconde oeuvre du programme : la Symphonie n°2 en ut mineur dite “Petite Russie”. Cette oeuvre, créée en 1872 “est peu donnée parce qu’elle est réputée très difficile” nous dit le chef qui  avec un brin d’ironie se tourne vers ses musiciens et entame le premier mouvement du chef d’oeuvre qui en compte quatre. Les musiciens, remarquablement préparés, rappelons au passage  que les concerts du JOA sont préparés en quatre ou cinq jours (six au grand maximum), donnent une interprétation remarquable de cette symphonie pourtant redoutable. Les thèmes, tirés de musiques populaires russes si chers à Tchaïkovski, foisonnent; les tempi parfois meurtriers sont pris avec maestria; Herreweghe sur-motive ses troupes qui le suivent avec engagement et sérieux. Mais grâce au talent conjugué des jeunes instrumentistes, dont la moyenne d’âge est de 25 ans, et d’un chef en état de grâce, l’oeuvre de Tchaïkovski résonne sous les voûtes de l’Abbatiale, jaillissant tel le bouquet final d’un feu d’artifices de 14 juillet.

Le Jeune Orchestre de l’Abbaye a donné nombre de concerts depuis sa création il y a 20 ans, mais celui-ci est sans aucun doute le plus somptueux tant Philippe Herreweghe, qui était inspiré et communicatif, a survolté ses musiciens. Le chef belge a dirigé de  main de maître les deux oeuvres de Tchaïkovski au programme du premier des deux concerts du Jeune Orchestre de l’abbaye. C’est avec son porpre orchestre, l’Orchestre des Champs-Elysées qu’i clôturera cette édition de Saintes 2017 : avec WOlf, Mahler et Brahms, le 22 juillet prochain.

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Saintes. Abbaye aux Dames, le 15 juillet 2017. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Le Casse Noisette (extraits de la suite d’orchestre), symphonie n°2 en ut mineur dite “Petite Russie”. Jeune Orchestre de l’Abbaye, Philippe Herreweghe, direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Duparc, Debussy, Chausson, Hahn. Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

IVRESSE D’UN GRAND RETOUR… Artiste reconnue de longue date, la soprano française Véronique Gens revient au Festival de Saintes vingt ans après sa première apparition à l’Abbaye aux Dames. Entre temps la diva fait une carrière exemplaire au cours de laquelle le répertoire français a toujours tenu une place importante. Depuis quelques années, Véronique Gens s’attache à faire (re)découvrir au public la mélodie française qui gagne véritablement à être connue. C’est dans cette optique que son dernier CD intitulé « Néère » est paru en octobre 2015 (élu CLIC de CLASSIQUENEWS); CD dont elle reprend le largement lors de son récital du 13 juillet.

 

 

 

Véronique Gens en diseuse enchantée

 

Mélodiste et diseuse : sublime Véronique Gens !Souriante et visiblement très heureuse d’être à l’Abbaye aux Dames, Véronique Gens arrive sur scène avec la pianiste Susan Manoff, son accompagnatrice attitrée (elle est aussi l’accompagnatrice de Sandrine Piau) pour un récital haut en couleurs. Très soudées, voire complices, les deux femmes entament la soirée avec une mélodie bien connue d’Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage. Hasard? Certes non puisque, effectivement, c’est un voyage dans un univers chatoyant, divers, changeant, jamais ennuyeux ou rédhibitoire qui nous est proposé en ce début de soirée. Avec « Au pays où se fait la guerre » du même compositeur, c’est un monde de désolation qui est évoqué, nous sommes alors en plein cœur de la première guerre mondiale, sans pour autant verser dans un maelstrom geignard qui serait malvenu. Le répertoire de Claude Debussy (1862-1918) comporte, outre une musique instrumentale riche et variée, un certain nombre de mélodies charmantes, que Véronique Gens chante avec un plaisir manifeste. S’il est difficile d’envisager une intégrale en récital ou au CD, celles qui sont inscrites au programme de ce soir donnent une excellente idée de la variété de l’oeuvre de Debussy dont l’univers est à la fois si différent et si complémentaire de celui de Duparc. Dans Clair de lune et Nuit d’étoiles, le compositeur nous fait veiller à la belle étoile.

Après une pause nécessaire, Véronique Gens et Susan Manoff abordent deux nouveaux compositeurs qui sont également au programme de «Néère». Ernest Chausson (1855-1899), compositeur à cheval entre romantisme et post-romantisme, nous fait voyager entre Antiquité (Hébé) et Présent. Véronique Gens concilie retenue et vitalité pour capter l’attention de son public. Si on se souvient de Reynaldo Hahn (1874-1947) comme étant le compositeur qui a sorti de l’oubli, l’opéra Mireille de Charles Gounod (1818-1893), en restituant avec talent la partition originale de ce chef-d’oeuvre du répertoire romantique français, il ne faut pas oublier qu’il a lui même composé nombre de mélodies raffinées et enivrantes. Là encore Véronique Gens maîtrise parfaitement son sujet en interprétant une petite partie des mélodies de Hahn, en particulier Néère, celle qui, précisément donne son titre au CD. La gouaille rafraîchissante et l’humour de l’artiste donnent un ton particulier à la soirée qui passe si vite que le public en redemande. Et Véronique Gens se prête au jeu en interprétant Le corbeau et le renard, la célèbre fable de Jean de La Fontaine, mise en musique par Jacques Offenbach (1819-1880) ; la mélodie aussi grinçante et imagée que le poème de La Fontaine révèle l’humour ravageur et mutin d’une Gens enchanteresse qui, dans la foulée concède deux autres bis tirés, eux du CD.

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015Artiste accomplie et récitaliste exceptionnelle Véronique Gens maîtrise parfaitement une voix puissante, claire, ronde et remarquable de fraîcheur. Très attachée à la défense du répertoire français, Gens est très attentive à la diction; de fait celle ci est excellente : chaque mélodie est ciselée si parfaitement qu’il est inutile de suivre avec le programme. A ses côtés, Susan Manoff, pianiste émérite, est une accompagnatrice hors pair. Visiblement très complice avec Véronique Gens, elle reste attentive à chaque mot, à chaque note ne couvrant jamais la soprano qui lance chaque introduction d’un regard discret.

Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Henri Duparc (1848-1933) : Invitation au voyage, Romance de Mignon, Au pays ou se fait la guerre, Chanson triste, Claude Debussy (1862-1918) : En sourdine, Fantoches, Clair de lune, Masques et Bergamasques, Fleurs des blés, Nuits d’étoiles, Ernest Chausson (1855-1899) : Le temps des lilas, La chanson bien douce, Hébé, Reynaldo Hahn (1874-1947) : Le rossignol des lilas, quand je fus pris au pavillon, trois jours de vendanges, A Chloris, Néère, Lydé, Pholoé, Phylis, Le printemps, Jacques Offenach (1819-1880) : Le renard et le corbeau (bis 1). Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

 

APPROFONDIR : LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Néère par Véronique Gens, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2016

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux Dames, le 11 juillet 2016. Cavalli, Mariana Florès, soprano ; Giuseppina Bridelli, mezzo soprano ; Anna Reinhold, mezzo soprano. Ensemble Cappella Mediterranea / Leonardo Garcia Alarcon, orgue, clavecin et direction.

leonardo garcia alarcon capella mediterranea cavalli review critique cd Cavalli classiquenewsEn 2014, au Festival de Saintes, La Cappella Mediterranea avait triomphé avec le très bel oratorio de Michelangelo Falvetti (1642-1692) «Il diluvio universale», concert dont nous avions d’ailleurs rendu compte. Deux ans plus tard, Leonardo Garcia Alarcon et Cappella Mediterranea reviennent à Saintes avec un programme très différent et tout aussi passionnant. Comme nombre d’orchestres fondés depuis le début des années 2000, Cappella Mediterranea s’est spécialisé dans le répertoire baroque; mais c’est la musique italienne qui a les faveurs de son directeur musical et artistique : l’argentin Leonardo Garcia Alarcon. A l’occasion de son retour à l’Abbaye aux Dames, le chef propose à son public un programme entièrement consacré au vénitien Francesco Cavalli (1602-1676).

Italianisme lumineux de Cappella Mediterranea à Saintes

cavalli-heroines-ricercar-marianna-flores-alarcon-lattarico-cd-presentation-review-critique-2-cd-CLASSIQUENEWS-clic-de-classiquenewsEn ce lundi soir, Leonardo Garcia Alarcon dirige solistes et orchestre depuis le clavecin. La mise en espace réalisée par le chef argentin met bien en valeur les trois chanteuses qu’il a invitées pour le concert dont le programme est d’ailleurs tiré du double CD sorti récemment « Héroïnes de l’Opéra vénitien / Heroines of the venetian Baroque / Ricercar, élu CLIC de CLASSIQUENEWS - octobre 2015 ». Dès le début de la soirée, Mariana Florès donne le ton en interprétant Le nozze di Teti e Peleo avec une belle conviction; la gestuelle est parfois excessive, mais la voix est saine, rafraîchissante ; elle est parfaitement adaptée au répertoire baroque. En effet, Mariana Florès avait déjà obtenu un certain succès dans l’oratorio de Falvetti présenté deux ans plus tôt dans cette même église abbatiale. A ses côtés, les deux mezzos : Giuseppina Bridelli et Anna Reinhold n’ont rien à envier à leur partenaire et chacune de leurs interventions, que se soit seule, en duo ou dans les rares trios du programme, comme par exemple «Questo troian Signore» extrait de La Didone, séduisent immédiatement. Rien n’est laissé au hasard et dans la mise en espace et dans le choix des extraits. Quant à l’orchestre, il accompagne avec une justesse remarquable les trois jeunes femmes, sans jamais chercher à les couvrir; Leonardo Garcia Alarcon, installé au clavecin, veille au grain. Et il dirige avec énergie, les deux ouvertures du programme, L’Orione et Scipione affricano, qui permettent à ses musiciens de se mettre en valeur sans fioritures ni excès.

C’est un concert d’autant plus risqué qu’il ne contient que des extraits d’opéras d’un même compositeur. Néanmoins il est cohérent, puisqu’il passe en revue toute le vie opératique de Cavalli, soit de 1639 à 1668 ; dans le même temps, il raconte une histoire d’amour parfois joyeuse et parfois triste, jamais monocorde. Les trois artistes expriment les sentiments contradictoires ; elles donnent le meilleur d’elles pendant toute la soirée. Et le public, nombreux, réserve à tous un accueil chaleureux; ce n’est certes pas le triomphe de 2014 mais le succès est incontestable et largement mérité. Les amateurs et connaisseurs de la lyre vénitienne baroque se reporteront avec délices et bénéfices au coffret précédemment cité auquel renvoie le présent programme de Saintes. L’ensemble et son chef investiront en septembre et octobre 2016, la fosse et le plateau de l’Opéra Garnier à Paris pour la résurrection – très attendue- de l’opéra jamais joué du vivant de Cavalli, Eliogaballo.

Saintes. Abbaye aux dames, le 11 juillet 2016. Francesco Cavalli (1602-1676) : Le nozze di Teti e di Peleo (Mira questi due Lumi, Or con Pania e con esca), Gli amori di Appolo e di Dafne (Lamento «Vogli deh vogli il piede»), La Didone (Questo troian Signore), La virtu de strali d’Amore (Occhi per piangere nati), L’Egisto (Amanti se credete), La doriclea (Udite, amanti), Il Giasone («Lassa, che far degg’io», «Dell’antro magico stridenti Cardini»), L’Orimonte (Caro Ernesto), L’Oristeo (Dimmi Amore, che faro), La Calisto (Dolcissimi baci), L’Orione (prologue instrumental), L’Eritrea (Oh bella Facella), La Rosinda (Non col ramo di cuma), Il Delio –La Veremonda, l’amazzone di Aragona– (Aura che sibila), Xerse (Ed è pur vero, o core), Ipermestra (Qu’est’è un gran caso), La Statira -Statira, principessa di Persia- (Menfi, mia patria), Il rapimento d’Helena -Mia speranza, mio contento), L’Erismena (Uscitemi del core lacrime amare), L’ercole –Ercole amante- («E vuol dunque Ciprigna», «Una stila di speme»), Scipione affricano (sinfonia), Mutio scevla (Né fastosa allor che ride), Eliogabalo (Pur ti stringo), Mariana Florès, soprano, Giuseppina Bridelli, mezzo soprano, Anna Reinhold, mezzo soprano. Ensemble La Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcon, orgue, clavecin et direction.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux Dames, le 9 juillet 2016. Couperin, Guillemain, Quentin, Télémann. Ensemble Nevermind (Anna Besson, traverso; Louis Creac’h, violon; Robin Pharo, viole de gambe; Jean Rondeau, clavecin).

nevermind-2Après une courte et nécessaire pause, nous passons de l’auditorium à l’église abbatiale de l’Abbaye aux Dames. Nous changeons aussi de période, laissant derrière nous, les percussions d’Ars Nova, pour l’ensemble Nevermind, installé en résidence depuis septembre 2015. Ce Quatuor instrumental, formé de quatre amis qui se sont rencontrés au CNSMD de Paris, se consacre à la découverte ou à la redécouverte de compositeurs méconnus, voire totalement inconnus, de la période baroque française. C’est ainsi que le programme de ce nouveau concert dévoile Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) et Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750); deux compositeurs inscrits au programme de leur dernier cd.

 

 

Nevermind en ascension : toujours plus haut, plus beau, plus vivant….

 

Pour débuter son concert, Nevermind présente une œuvre déjà connue du public : La Piémontoise (4ème Ordre : Les Nations) composée par François Couperin (1668-1733). Si la direction de Jean Rondeau, depuis son clavecin, est discrète et ferme, la complicité des quatre instrumentistes lui répond avec gourmandise : l’interprétation est rigoureuse, dynamique, entraînante ; les interprètes expriment ce voyage désigné vers le Piémont. Le
cœur du concert, concerne d’abord Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770); violoniste prodige, nommé « violon ordinaire du Roi », Guillemain est aussi compositeur pour le violon, bien sûr, mais aussi pour des ensembles de musique de chambre et pour orchestre.

En ce début d’après midi, c’est la Sonate en quatuor n° 3 que nous propose Nevermind; l’écriture en est charmante, légère quoique hardie et exigeante préfigurant ce que sera celle de Mozart quelques années plus tard. Avec Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750), contemporain de Guillemain, nous entrons dans un univers plus mystérieux; l’oeuvre de Quentin est confidentielle mais dense : seulement une vingtaine de recueils dont le dernier date de 1750. S’il disparaît cette même année, sa mort elle-même reste inexplicable ; et on en ignore la date exacte ; Quentin n’en laisse pas moins des partitions qui gagnent à être connues. Compositeur vivant en plein cœur de la période baroque, il hérite des techniques de composition de ses prédécesseurs immédiats, Lully ou Marin Marais par exemple et de ses contemporains, Campra ou Rameau entre autres. Avec le Concert à quatre parties (œuvre XII, Largo) et la Sonate en quatuor n°3 (œuvre XV), Nevermind nous propose deux œuvres dont le style est très personnel; marqué par ses illustres contemporains, Quentin ne les copie pas pour autant. Sa musique est certes rigoureuse mais les quatre complices en donnent une lecture dynamique, vivante, sans lourdeur.
Pour terminer, Georg-Philipp Telemann (1681-1767) : un auteur emblématique de la formation car les Quatre instrumentistes se sont rencontrés autour de Telemann qui a composé pour leur formation précise (flûte, violon, viole de gambe, clavecin) ; avec le Nouveau quatuor parisien n°6 en mi mineur, composé lors de son séjour parisien, Nevermind revient à un répertoire certes plus traditionnel mais tout aussi intéressant, alliant raffinement, tension, dramatisme élégant. Les interprètes honorent ainsi un compositeur qui leur a permis dès leurs débuts de s’affirmer : ses Quatuors parisiens sont écrits pour leur formation instrumentale : violon, flûte, viole et clavecin.

Nevermind, nouveau quatuor sur instruments d'époqueLe geste est défricheur, éclairant ce qui se cache ainsi à l’ombre des plus connus : Lully, Campra, Rameau ou Marin Marais. Avec Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) et Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750), NeverMind met en lumière deux hommes dont la musique n’a rien à envier à celle de leurs contemporains. Avec Couperin et Telemann, les Quatre apportent une touche «sécuritaire» à un concert qui a le mérite de nous faire sortir des sentiers battus.

Saintes. Abbaye aux dames, le 9 juillet 2016. François Couperin (1668-1733) : La Piémontoise (4ème Ordre : Les Nations), Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) : Sonate en quatuor N°3, Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750) : concert à quatre parties, œuvre XII (largo), Sonate en quatuor n°3, œuvre XV (1747), Georg-Philipp Telemann (1681-1767) : Nouveau quatuor parisien n°6 en mi mineur. Ensemble Nevermind (Anna Besson, traverse / Louis Creac’h, violon / Robin Pharo, viole de gamme / Jean Rondeau, clavecin).

APPROFONDIR : VOIR le reportage vidéo dédié au jeune ensemble Nevermind en résidence à Saintes (février 2016, premier concert : jouer les Baroques allemands, français, italiens…)

 

Compte-rendu, concert. Saintes, auditorium, le 9 juillet 2016. Khosinski, Kagel, Lopez, Cangelosi, Giner, Reich, Rebotier, Koppel, Argenziano. Ars Nova ensemble (Isabelle Cornélis, Elisa Humanes, percussions).

Après une salutaire nuit de repos dans l’hôtellerie de l’abbaye aux dames, nous voilà installés dans l’Auditorium pour le concert de 11 heures de ce samedi 9 juillet 2016. Ce sont deux des percussionnistes de l’ensemble Ars Nova, que nous suivons par ailleurs régulièrement au Théâtre Auditorium de Poitiers, qui sont en charge de ce concert très tonique.

 

 

Ars Nova : percussions idéales

 

logoDès le début du concert, les deux femmes jouent avec talent des instruments qu’elles ont à leur disposition : cymbales, tambourins, xylophones, marimbas, pour les percussions classiques, mais aussi des objets du quotidien (poubelles, saladiers, casseroles); elles vont même jusqu’à utiliser le podium sur lequel elles sont installées. Les compositeurs abordés, déjà tous au répertoire d’Ars Nova, ne sont pas à court d’idées pour surprendre un public venu nombreux; ainsi Bruno Giner (né en 1960) a-t-il composé une œuvre pour laquelle nos deux artistes du jour jouent … casseroles et saladiers. Dans la même veine, avec douze essais d’insolitudes de Jacques Rebotier (né en 1947) Isabelle Cornélis et Elisa Humanis déclament à deux voix (parfaitement accordées), une douzaine de vers… ironiques parfois, assez plaisants souvent. Pendant tout le concert, les deux artistes enchaînent les œuvres avec une fluidité remarquable; saluons la diversité des œuvres proposées ainsi que le dynamisme détonnant des interprètes qui survoltent une salle très enthousiaste.

Le Festival de Saintes entame avec éclat une semaine qui s’annonce riche en émotions. Et, comme chaque année, Ars Nova contribue au succès de la manifestation; Isabelle Cornélis et Elisa Humanis font honneur à leur chef, Philippe Nahon, et à Ars Nova en donnant un concert surprenant, des plus enthousiasmants.

Saintes, auditorium, le 9 juillet 2016. Gene Khosinski (né en 1980) : As one, Mauricio Kagel (1931-2008) : Rrrrrr (mouvement 1), Rrrrrr (mouvement 2), Rrrrrr (mouvement 3), Bobby Lopez (né en 1975) : conversation pour deux tambourins, Casey Cangelosi (né en 1982) : Plato’s cave, Bruno Giner (né en 1960) : pour cuisiner à deux, Steve Reich (né en 1936) : Clapping mug, Jacques Rebotier (né en 1947) : douze essais d’insolitude, Anders Koppel (né en 1947) : Toccata pour vibraphone et marimba, improvisation, Ed Argenziano (né en ?) : Stinkin’ garbage. Ars Nova ensemble (Isabelle Cornélis, Elisa Humanes, percussions).

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata. Desbordes, Moreau, Uyar, Brécourt.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont … choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo. En cette troisième soirée de festival, nous nous retrouvons au château de Castelnau Bretenoux, situé à quelques encablures de Saint Céré. Si le soleil est au rendez-vous, la fraîcheur aussi; néanmoins le temps permet de jouer en plein air ce qui n’avait pas vraiment été le cas en 2015. Pour cette nouvelle production de La Traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901), Olivier Desbordes a sollicité le concours de son jeune collègue Benjamin Moreau avec lequel il cosigne déjà la mise en scène de La Périchole.

 

 

 

Traviata étonnante mais séduisante

Le duo Desbordes/Moreau fait encore des siennes

 
 
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Pour cette production, nous nous retrouvons dans un Paris intemporel, plus vraiment au XIXe siècle, pas non plus complètement au XXe siècle. Le public rentre aisément dans le spectacle, dès le début de la soirée, qui n’a pourtant rien de choquant puisque dès le début de l’oeuvre, Violetta se sait gravement malade. Et d’ailleurs le premier fil rouge de la mise en scène est la maladie et l’agonie de la malheureuse Violetta. Dans cette optique, le placement de la scène entre Violetta mourante et le docteur Grenvil au tout début de l’oeuvre, avant le début de la fête chez la demi mondaine ne surprend pas : «La tisi non le accorda che poche ore» («La phtisie ne lui laisse plus que quelques heures») répond Grenvil à Anina qui le questionne. Le second fil conducteur concerne le «volet» des conventions sociales et le déni de la maladie; pour accentuer ce point de vue, les deux hommes ont invité une comédienne qui incarne Violetta jusqu’à la fête chez Flora. Et pour parachever cette idée de douleur, d’agonie, de société bien pensante (le monde des courtisanes contre la bourgeoisie guindée et pétrie de certitudes), la Violetta de Burcu Uyar est filmée de bout en bout de la représentation, son visage apparaissant sur un grand écran installé en fond de scène. Si l’idée de ce film est bonne, – du moins peut-elle est défendue, nous comprenons nettement moins les références cinématographiques des deux metteurs en scène même si elles semblent être en accord avec les fils rouges définis par les deux hommes. Les images de guerre en revanche, notamment les bombes explosant en pleine campagne, sont de trop dans une production déjà très réussie.

Concernant le plateau vocal, c’est une distribution française de haute volée qui a été invitée à chanter cette nouvelle production de La Traviata. La soprano Burcu Uyar, que nous avions déjà saluée en 2014 pour de Lucia di Lammermoor (rôle titre), campe une Violetta émouvante et très en voix. Dès l’air d’entrée «E strano … A forse lui», l’interprète donne le ton de la soirée : la voix est parfaitement tenue, la ligne de chant impeccable, le médium superbe, les aigus flamboyants; le contre mi bémol final, sorti après que l’aria ait été intégralement interprété, est non seulement juste mais tenu sans la moindre faiblesse. Face à cette superbe Violetta, le jeune Julien Dran incarne un Alfredo qui apparaît, du moins en première partie, plus terne que sa partenaire; si le Brindisi est interprété très honorablement, il manque le petit grain de folie qui en aurait fait un grand moment de chant. Avec l’air et la cabalette du deuxième acte «De miei bollenti spiriti … O rimorso» , le ténor prend plus d’assurance et la voix est plus belle, plus puissante qu’en début de soirée.
C’est Christophe Lacassagne qui chante Germont père; le baryton effectuait, lors de cette production, une prise de rôle qu’il redoutait. Car comme, il nous le confiait peu après la représentation : «C’est un rôle pas forcément très long mais dense et tendu vers l’aigu.». Cependant, Lacassagne prend le personnage de Germont sans sourciller ; il campe un vieil homme de très belle tenue; s’il est pétri de certitudes et d’a prioris négatifs à l’égard de Violetta, il n’en n’est pas moins ému par la grandeur d’âme de la jeune femme : «Ciel ! che veggo ? D’ogni vostro aver, or volete spoliarvi ?» (Ciel ! que vois-je ? Vous voulez vous dépouiller de tous vos biens ?»).

Chez Flora, le Germont de Lacassagne est un homme très en colère; les sentiments contradictoires du vieil homme sont parfaitement visibles chez ce comédien né qui fait de ce personnage si marquant, malgré le peu de scènes que Verdi lui accorde, un homme émouvant, balançant entre les dictats de la morale bourgeoise et ce que lui dicte son cœur. Survoltés par la présence du vétéran Eric Vignau (Gaston inénarrable), infatigable puisqu’il chante tous les soirs en cette fin de festival, les comprimari sont en grande forme à commencer par Flore Boixel (qui chante dans les trois productions du festival) et Laurent Arcaro (Douphol). Pour terminer évoquons la comédienne Fanny Aguado qui incarne cette Violetta muette, prisonnière des conventions sociales qui vont finir par précipiter sa chute pendant presque toute la soirée. La jeune femme fait montre d’une assurance remarquable ; elle s’est parfaitement intégrée à l’équipe et au spectacle donnant le meilleur d’elle même et faisant presque oublier que tout près d’elle, il y a une chanteuse qui lui prête sa voix. Visuellement la trouvaille fonctionne admirablement.

A la tête de l’orchestre d’Opéra Eclaté, placé sur le côté gauche du plateau, le jeune chef Gaspard Brécourt dirige avec vigueur et fermeté. Si nous avions apprécié sa performance dans Lucia di Lammermoor en 2015, Brécourt nous surprend agréablement en 2016; le jeune homme a mûri, la gestuelle est plus sûre ; il est plus attentif à ce qui se passe sur le plateau. Du coup, pendant toute la soirée, la musique de Verdi vibre de vie, éclatant tel le bouquet final d’un feu d’artifices.

Cette nouvelle production de La Traviata ne manque pas de faire réfléchir le public sur les multiples dénis et conventions qui régissent la société du XIXe siècle, -hypocrisie sociale et lâcheté collective qu’a épinglé non sans raison Verdi, et que nous retrouvons de nos jours sous des formes assez peu différentes. Si nous regrettons des images de guerre pas toujours appropriées, l’utilisation de la vidéo, notamment pour focuser sur la Violetta mourante en gros plan s’avère être une excellente idée. Pour défendre cette nouvelle Traviata, les responsables du festival de Saint Céré ont fait confiance à une distribution de très belle tenue à commencer par Burcu Uyar qui était en grande forme. Et même si Christophe Lacassagne en Germont semblait quelque peu sur la défensive, il n’en a pas moins parfaitement rendu justice à Verdi. Saluons également la superbe performance de Fanny Aguado qui incarne la Violetta muette avec beaucoup de panache. Voilà donc une Traviata, nouvelle réussite du Saint-Céré 2016, à voir et à écouter sans modération.

 

 

 

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont, Sarah Lazerges, Flora, Eric Vignau, Gaston, Matthieu Toulouse, Docteur Grenvil, Laurent Arcaro, Baron Douphol, Yassine Benameur, Marquis d’Obigny, Nathalie Schaaf, Anina, Fanny Agaudo, Violetta muette, choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Weil : L’Opéra de quat’sous. Desbordes, Perez, Peskine.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Weil : L’Opéra de quat’sous (titre original : Die Dreigroschenoper) opéra en trois actes sur un livret de Bertold Brecht (1898-1956). Eric Pérez, Macheath, Anandha Seethanan, Polly, Nicole Croisille, Mme Peachum … choeur et orchestre Opéra Eclaté, Manuel Peskine, direction. Eric Pérez et Olivier Desbordes, mise en scène, Patrice Gouron, décors, Jean Michel Angays, costumes, Guillaume Hébrard, construction décors, Paolo Calia, graffitis sur toile. Depuis 1989, date de la première présentation au festival de Saint-Céré, c’est la troisième production de l’Opéra de quat’sous que monte la troupe Opéra Eclaté. Si, comme nous le disait Eric Pérez dans le courant de l’hiver, cette nouvelle production est arrivée plus tôt que prévue suite à l’annulation de Cabaret initialement prévu, voici donc une lecture rigoureuse certes mais complètement déjantée du chef d’oeuvre du tandem Kurt Weill (1900-1950) / Bertold Brecht (1898-1956). Pour cette nouvelle production de l’Opéra de quat’sous, les metteurs en scène ont choisi de présenter la version française qui fut créée en 1939, soit onze ans après la création de l’oeuvre originale en langue allemande. C’est une mise en scène à quatre mains signée Olivier Desbordes et Eric Pérez qui entraîne le public, toujours aussi nombreux, dans l’univers sombre des bas quartiers de Londres.

 

 

Comédiens déchainés

L’Opéra de quat’sous : une équipe réjouissante donne vie au chef d’oeuvre de Kurt Weil

 

 

 

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Cependant ne nous y trompons pas, sous le vernis des éternelles rivalités entre gangs, se cache un univers plus loufoque : celui du cirque dans lequel les personnages évoluent sous le regard retors souvent, cruel parfois et toujours impitoyable de Mr Peachum, un Mr Loyal dans ce charivari grotesque parfois, mais plein de vie et très dynamique. Et le mélange des genres est d’autant plus réussi que la distribution réunit un groupe de comédiens chanteurs chevronnés. Oui, mais pas que, car c’est aussi une bande de copains, formée depuis la précédente production (Cabaret donné à Saint Céré en 2014), emmenés avec un talent et une gouaille inégalables par une Nicole Croisille en grande forme.

Ainsi les bas quartiers de Londres, à la veille du couronnement de la reine deviennent des quartiers de cirque où les rivalités, toutes latentes qu’elles soient, sont des rivalités … d’opérette. Et la grande réussite de Weill et de Brecht est d’être parvenus à brosser une critique sévère, sans équivoque de la société de leur époque, surtout d’arriver à le faire sans se faire taper sur les doigts par la censure. Pérez et Desbordes ont si bien repris cette critique sociale à leur compte qu’ils en rajoutent une couche ou deux sans scrupules ; pour autant les deux compères ne forcent jamais le trait.
Dans la famille Peachum, le père, campé par Patrick Zimmermann, est retors, impitoyable et si jaloux de ses prérogatives qu’il surveille sa fille avec autant, sinon plus, de sévérité que les mendiants dont il est le chef. La très belle performance de Zimmermann n’a rien à envier à celle de Nicole Croisille ; cette Mme Peachum là force le respect tant elle entre à fond dans son personnage. A 80 ans, elle chante, danse et joue la comédie avec une gourmandise insolente donnant à l’occasion une incroyable et superbe leçon de vie. Si Peachum est jaloux de tous les hommes susceptibles d’approcher sa fille chérie, c’est elle qui traque avec une hargne terrible sa fille dont le mariage la rend folle de rage même si elle se refuse à l’admettre. Avant même le début des festivités, Nicole Croisille chante la complainte de Mackie le surineur avec un brin de folie qui donne le ton de la soirée.
Face à ce couple redoutable, Anandha Seethanen campe une Polly remarquable qui se révèle être aussi malicieuse que ses parents ; sous ses faux airs de sainte nitouche, Polly, fraîchement mariée à un Macheath déjà polygame, se révèle être une femme d’affaires redoutable dès qu’il lui confie le contrôle de ses affaires. Face à la famille Peachum, intraitable, sans scrupules ni sentiments d’aucune sorte, le Mackie d’Eric Pérez est génial à tous points de vue. Rendant coup pour coup lorsque ses intérêts sont en jeu, amoureux de toutes les femmes qu’il rencontre, qu’il s’agisse de Lucie Brown, de Polly Peachum, de la putain Jenny (excellente Flore Boixel, qui passe avec talent du rôle de la cousine dans Périchole à celui de Jenny dans Quat’sous) qui, jalouse de Polly, fera alliance avec les parents de la jeune fille pour faire emprisonner Mackie le surineur. A aucun moment, Pérez qui cosigne la mise en scène, ne se laisse déconcentrer ; il fait de son personnage un chef de gang dur, parfaitement cynique, corrompu et corrupteur prêt à tout pour conserver son «négoce». Dût-il pour cela se mettre dans la poche tous les hommes de son ami Peter «Tiger» Brown le shérif du quartier de Soho où se déroule l’action. Brown qui d’ailleurs, pour sauver la tête de son ami, va jusqu’à endosser les habits de hérault royal. Marc Schapira est digne de ses partenaires : il campe un Brown plein de morgue et de gouaille ; il se régale visiblement à jouer les faux durs pendant toute la soirée.

A la tête de l’orchestre d’Opéra Eclaté, modernisé pour l’occasion, Manuel Peskine dirige avec talent la musique de Kurt Weil, allant même jusqu’à endosser les habits du prêtre pour marier Polly et Mackie. La scène est d’ailleurs assez cocasse et ne manque pas de faire sourire. Elle souligne surtout le total engagement de chacun, chanteurs, musiciens, chef, dans le déroulé d’une soirée riche en rebondissements.

Cette seconde soirée saint-céréenne est d’une grande qualité grâce à une équipe de chanteurs comédiens survoltés, soudés car ils se connaissent bien ; d’autant que la présence de Nicole Croisille, dont la carrière exceptionnelle est un exemple remarquable de longévité, aiguillonne tout le monde. La mise en scène à quatre mains d’Eric Pérez et d’Olivier Desbordes offre aux artistes, un écrin qui fonctionne très bien.

Saint-Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Kurt Weil (1900-1950) : L’Opéra de quat’sous opéra en trois actes sur un livret de Bertold Brecht (1898-1956). Eric Pérez, Mackie, Anandha Seethanan, Polly, Nicole Croisille, Mme Peachum, Patrick Zimmermann, Mr Peachum, Flore Boixel, Jenny, Marc Schapira, Brown, Sara Lazerges, Lucie, choeur et orchestre Opéra Eclaté, Manuel Peskine, direction. Eric Pérez et Olivier Desbordes, mise en scène, Patrice Gouron, décors, Jean Michel Angays, costumes, Guillaume Hébrard, construction décors, Paolo Calia, graffitis sur toile.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole. Trottiez, Desbordes.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Vice roi du Pérou … Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors. Lors de l’édition 2015 du festival de Saint Céré, nous avions salué la nouvelle production de La Périchole de Jacques Offenbach (1819-1880) présentée par le tandem Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, en émettant cependant des réserves sur la mise en scène. La Périchole revient dans le cadre de l’édition 2016 avec des changements de distribution, (notamment pour les trois rôles principaux), et de chef d’orchestre.

Succès mérité pour La Périchole

Si en 2015, la mise en scène à quatre mains d’Olivier Desbordes et Benjamin Moreau nous avait paru quelque peu laissée dubitative, la reprise 2016 déborde de vie, de dynamisme, d’entrain entraînant le public dans un divertissant tourbillon de fous rires. L’esprit de troupe, si cher à Desbordes, s’impose et donne la part belle à une saine émulation, chaque chanteur donnant et recevant des autres, s’imprégnant ainsi de la joie de vivre de chaque personnage.

 

 

 

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Autant le couple formé par Héloïse Mas et Marc Larcher, nous avait séduit en 2015, autant celui formé par Sarah Laulan et Pierre Emmanuel Roubet explose littéralement dès sa première entrée. Ils sortent ainsi du carcan parfois étouffant des conventions sociales dont Desbordes et Moreau se moquent avec talent. Laulan est une Périchole libérée, exaspérée parfois, provocatrice souvent, n’hésitant pas à faire tourner en bourrique Don Andrès (le vice roi) ou à jouer sur la jalousie maladive de Piquillo qui tombe, comme Don Andrès dans tous les pièges tendus à son amour. La voix d’alto de la jeune femme séduit; elle accapare le rôle de Périchole avec délices et chante chaque air en faisant passer son personnage par des sentiments contradictoires sans jamais surjouer ni se perdre dans d’inutiles dédales expressifs. Quant à Pierre Emmanuel Roubet, son Piquillo certes amoureux mais peu sûr de lui, le pousse à une jalousie maladive tant il a peur de perdre la femme tant aimée; la voix ne manque pas d’atouts pour donner à Piquillo un relief qui manquait parfois à Marc Larcher en 2015.
Mais le changement le plus important et le plus spectaculaire est celui concernant Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou; si Philippe Ermelier nous avait séduit en 2015, Christophe Lacassagne déboule sur le plateau, boule d’énergie incandescente emportant tout sur son passage; l’homme est un comédien-chanteur comme on les aime à Saint Céré. Rappeur jusqu’au bout des ongles, il en adopte l’attitude dès les couplets de l’incognito où il singe avec un talent inégalable tics et attitudes des représentants du genre musical; il n’y a aucune lourdeur, aucun excès dans son interprétation de Don Andrès de Ribeira. Le tandem Yassine Benameur / Eric Vignau (Don Miguel de Panatellas / Don Pedro de Hinoyosa) fonctionne à merveille et les deux complices ne forcent jamais le trait quant à l’interprétation scénique et vocale de leurs personnages respectifs. Sarah Lazerges, Flore Boixel, Dalila Kathir sont de sympathiques cousines et campent des dames d’honneur décapantes.

Jusqu’en 2015, les représentations des opérettes et opéras bouffes étaient données à la halle des sports et l’orchestre était au même niveau que les chanteurs. Au théâtre de l’usine, livré début 2016, les musiciens ont investi sur une sorte de terrasse dominant la scène. Si l’installation peut étonner, elle fonctionne pas mal et Dominique Trottein qui dirige l’orchestre d’Opéra Eclaté, s’en donne à cœur joie avec une musique qui l’inspire visiblement beaucoup. Aussi survolté que ses chanteurs, le chef dirige avec brio et fermeté une œuvre qu’il connaît sur le bout des doigts; il entre aussi dans le jeu des dames d’honneur, lorsque après l’entracte, il trouve l’une d’entre elles sur la terrasse de l’orchestre prête à diriger les musiciens hilares. Trottein alpague celles restées sur scène donnant le change avec talent sans pour autant oublier la musique.

Cette reprise de La Périchole est d’autant plus réussie qu’elle réunit un plateau vocal soudé, plein de vie, donnant le meilleur à un public conquis et très enthousiaste visiblement peu pressé de partir tant il rappelle chanteurs et metteurs en scène au moment des saluts.

 

 

Compte rendu, opéra. Festival de Saint-Céré 2016. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Don Andrès de Ribeira Vice roi du Pérou, Eric Vignau, Don Pedro de Hinoyosa, Yassine Benameur, Don Miguel de Panatellas, Sarah Lazerges/FloreBoixel/Dalila Kathir, cousines/dames d’honneur, Antoine Baillet Devallez, Tarapote, Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors.

 

 

 

PORTRAIT… Le ténor Yves Saelens (avril 2016)

PORTRAIT par Hélène Biard. Yves Saelens : Une carrière active placée sous le signe de l’Europe. Alors qu’il a chanté dans une nouvelle production de Mitridate (rôle d’Arbate), à la Monnaie de Bruxelles (mai 2016), le ténor belge Yves Saelens a accepté de nous accorder une interview téléphonique en avril 2016, après une dense journée de travail. Au cours de cette entrevue, qui a eu lieu courant avril, nous avons abordé sa carrière, le Mitridate alors en répétition, ses projets ainsi que les orientations qu’il souhaite donner à une carrière déjà bien remplie.

saelens-yves-tenor-mozartien-portrait-opera-compte-rendu-classiquenews-Yves-Saelens---PrivateCarrière : de Bruxelles à New York … «J’ai grandi dans une famille ou nous écoutions de la musique mais où celle ci n’était pas prioritaire. J’ai cependant fait partie de la chorale de la paroisse où j’ai grandi ; c’est à cette époque que j’ai chanté mes premiers solos, puis dans celle du collège où j’ai fait mes études secondaires», nous dit Yves Saelens en préambule. «Plus tard j’ai fait partie du choeur européen de Bruxelles avec lequel nous présentions les grands oratorios. Je n’attachais pas encore trop d’importance à la musique à ce moment de ma vie, bien qu’elle m’ait permis de vivre des moments très forts. Peu à peu le désir de continuer le chant et d’en faire mon métier prenait forme. J’ai pris la décision définitive d’en faire mon métier quelques années plus tard, à la fin de mes études supérieures » poursuit-il, avant de conclure: «J’ai fait des études d’instituteur puis mon service militaire. J’ai enseigné pendant un an à des élèves de dix ans, avant d’entamer un cursus au Conservatoire royal de Bruxelles dans la classe de chant de Dina Grossberger qui m’a permis de décrocher deux premiers prix de chant et d’art lyrique.».

Très vite, Yves Saelens ne manque pas de travail : «Tout en ayant mes premiers contrats, j’ai passé plusieurs concours. L’un d’eux m’a permis de décrocher une bourse pour aller étudier à la Juilliard School de New York; l’audition d’entrée à l’école s’est bien passée et j’ai vécu deux ans à New York. Outre le chant, que j’étudiais avec Edward Zambara, il y avait des coaching pianistiques et linguistiques. Il y avait aussi des master classes avec des artistes internationaux voire des personnalités, comme James Levine, Maryline Horne ou Thomas Hampson. C’est aussi dans ce laps de temps que j’ai participé à de grandes productions comme Elegy for young lovers de Werner  Henze (1926-2012), — ouvrage créé en 1961 en allemand / langue originale, et en 1977 pour la version anglaise; j’ai aussi abordé Die Zauberflöte / La Flûte enchantée de Mozart à la même période. Après ces deux années d’étudesparticulièrement denses et enrichissantes, je suis rentré en Europe.

C’est à Glyndenbourne que j’ai chanté mon premier grand rôle mozartien : Ferrando dans Cosi fan tutte. Ensuite j’ai fait mes débuts à Bruxelles où j’ai chanté mon premier grand rôle à la Monnaie : Pluton dans Orphée aux enfers.». Et d’ajouter : «J’ai une voix plutôt mozartienne, et j’ai d’ailleurs chanté quelques uns des grands rôles de son répertoire : Tamino (Die Zauberflöte), Ferrando (Cosi fan tutte), Tito/Titus (La Clemenza di Tito), Idomeneo (Idomeneo, re di Creta), Arbate (Mitridate), Don Ottavio (Don Giovanni), Belmonte (L’Enlèvement au sérail) …

Ceci dit, j’ai un répertoire plus large et j’aborde aussi bien les Passions et la Messe en si mineur de Bach qu’Alceste de Gluck, La Damnation de Faust de Berlioz, Médée de Cherubini, Jenufa de Janacek, The Rape of Lucrezia de Britten ainsi que La Traviata de Verdi, Madama Butterfly de Puccini, Lucia di Lammermoor de Donizetti (dans sa version française), Il viaggio a Reims de Rossini. J’aborde même des œuvres contemporaines comme The Tempest de Ades à Francfort, Légende de Wagemans à Amsterdam, La strada de Van Hove à Anvers.»

Yves Saelens conclut : «J’ai beaucoup chanté à Tours et Montpellier, Francfort, Anvers, Bruxelles … A Tours, c’est Jean-Yves Ossonce qui m’a donné mes premiers rôles et avec qui j’ai grandi dans mon répertoire. Avec lui et le metteur-en-scène Alain Garichot, j’ai fait plusieurs grandes prises de rôle. J’ai beaucoup regretté d’apprendre qu’il quittait son poste de directeur du Grand Théâtre de Tours. J’espère cependant les retrouver, lui et Alain Garichot, sur des scènes d’opéra, que ce soit à Tours ou ailleurs.»

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Sur le métier de Mitridate (Bruxelles, avril et mai 2016). «Mitridate est une œuvre de jeunesse de Mozart qui l’a composé en 1770, alors qu’il n’avait que 14 ans. Dans cette production, je chante Arbate, rôle avec lequel je me sens très à l’aise, contrairement au rôle-titre, dont les vocalises et la tessiture me font penser aux personnages rossiniens. En 1770, le jeune Mozart est à la croisée des chemins; en effet, il tient beaucoup de Haendel, dont l’héritage important est encore très présent dans les mémoires (il est décédé en 1759, alors que Mozart n’avait que 3 ans), mais il préfigure déjà ce que sera Rossini quarante ans plus tard.». Yves Saelens continue : «Comme la Monnaie est en travaux actuellement nous chantons sous un chapiteau. Pour cette raison, nous ne pouvions pas reprendre la production de Robert Carsen comme cela était prévu initialement; en fin de compte, pour pallier ce problème, les responsables de la Monnaie ont lancé un concours qui a reçu une centaine de projets dépassant ainsi les prévisions les plus optimistes. Celui qui a été retenu, conçu par Jean Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, place l’action de Mitridate, de nos jours, dans les locaux de l’Union Européenne. Cette nouvelle production, dans laquelle participe Michaeal Spyres, qui est un grand Mitridate, me permet aussi de retrouver le chef d’orchestre Christophe Rousset. J’avais déjà travaillé avec lui en 2003 dans une production de La Capricciosa coretta de Martin y Soler donnée à Lausanne, Bordeaux, Madrid et Vienne (Autriche) et dont je garde un excellent souvenir.

LES PROJETS… «Avant d’aborder Mitridate, j’ai chanté Alfredo (La Traviata), Faust (La Damnation de Faust, Berlioz), Jason (Médée, Cherubini). J’ai aussi fait mes débuts au Sydney Opera House dans la 9e symphonie de Beethoven» précise le ténor qui poursuit : «La saison prochaine (2016-2017), je ferai plusieurs prises de rôle : Créonte (Antigona, Traetta) à Amsterdam, Tichon (Katia Kabanova, Janacek) à Avignon; ainsi avec cette production, j’aurai les trois rôles de ténor de cet opéra à mon répertoire. Je chanterai également une version de concert de Pénélope (Léodès) de Gabriel Fauré à la Monnaie de Bruxelles. Cette production me permettra de faire ma troisième prise de rôle de la saison à venir.»

Et de conclure : «Je suis maintenant arrivé à un point de carrière et de maturité vocale où je souhaiterais aborder des rôles que j’aurais évité il y a encore quelques années. Pour revenir à Janacek, j’aimerais beaucoup aborder La Petite renarde rusée; je me sens également prêt à aborder le répertoire wagnérien : Erik (Die fliegender hollander / Le Vaisseau Fantôme), Loge (Das Rheingold / L’Or du Rhin), Mime (Siegfried). Plus proches de nous, j’aimerais aussi chanter des œuvres de Benjamin Britten comme The Turn of screw (Peter Quint), Billy Budd (Captain Vere) voire Peter Grimes. Dans le répertoire français, j’aimerais chanter Werther, Don José (Carmen), Dialogue des carmélites; et dans le répertoire russe, l’éblouissant et tragique rôle de Lensky (Eugène Onéguine).»

Artiste sensible, généreux, enthousiaste Yves Saelens déborde d’énergie et espère dans les années à venir, tout en continuant à chanter ses personnages fétiches, effectuer de nouvelles prises de rôles. A suivre…

Compte rendu, concert. Chambord, le 1er juillet 2016. Charpentier, Haendel. Le Concert Spirituel; Hervé Niquet, direction

Niquet herveDepuis 2011, le majestueux château de Chambord accueille un festival qui s’est, depuis ses débuts, solidement implanté dans le paysage musical régional, voire national. Vanessa Wagner, sa directrice artistique, lance la déjà sixième édition du festival, en fanfare en invitant Le Concert Spirituel et son chef Hervé Niquet. Pour ce concert d’ouverture, dont le final accompagne le feu d’artifices royal qui doit illuminer le château, le maestro se concentre sur deux des plus grands compositeurs de la période baroque, chacun en son siècle, XVIIè et XVIIIè : Marc Antoine Charpentier (1643-1704) et Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Si la pluie qui s’est invitée juste avant le concert suscitant quelques craintes, elle a eu la courtoisie de s’en retourner rapidement d’où elle venait. Hervé Niquet entame la soirée avec le Te Deum de Marc Antoine Charpentier (1643-1704). S’il n’en dirige que l’ouverture et des extraits des marches “pour les trompes“, nombreux morceaux devenus célébrissimes grâce à l’Eurovision, Hervé Niquet donne d’emblée le ton de la soirée : la direction est ferme, dynamique, concentrée; le concert est mené tambour battant avec un entrain bienvenu.

En ce début de soirée, la musique de Charpentier résonne joyeusement sous un ciel apaisé; si Hervé Niquet a bien du mal à tenir en place, il arpente le plateau pour diriger ses musiciens d’une main de fer, il n’en maîtrise pas moins parfaitement son sujet.

Après Charpentier, c’est Georg Friedrich Haendel (1685-1759) qui est à l’honneur. Né à Hanovre où il a débuté sa carrière, Haendel a beaucoup voyagé avant de s’implanter définitivement à Londres à l’invitation du roi de l’époque. Water Music a été composé en deux fois pour agrémenter les promenades nautiques du souverain et de sa cour sur la Tamise; les concertos n°4 et n°5 datent des années de maturité du compositeur qui achève ainsi l’un de ses chefs d’oeuvres les plus connus. Bien que le Concert Spirituel ne donne là encore que des extraits des deux derniers concertos, ils sont joués avec une rigueur et une précision inégalables. Au retour de l’entracte, car il fallait laisser à la nuit le temps d’arriver, le Concert Spirituel entame la dernière œuvre du programme de ce concert d’ouverture: Music for the royal fireworks; œuvre qui accompagnait les feux d’artifices du roi d’Angleterre. Et, au sujet de feux d’artifices, celui qui se déclenche peu après le début de la seconde partie est digne en tous points des rois de France et de leurs homologues anglais. A mesure que la musique se déroule, les feux couleurs rouges, bleues, or ou argent s’élèvent dans le ciel d’un noir de jais avec une précision millimétrée. Les artificiers réalisent une composition remarquable accompagnée par l’électrique Hervé Niquet et son orchestre.

Malgré un temps incertain en début de soirée, la sixième édition du festival de Chambord connaît ainsi une entrée en matière fracassante avec un concert dirigé par un chef remonté comme une pile électrique. Le Concert Spirituel a donné le meilleur de lui même dans un répertoire qu’il connaît parfaitement.

Chambord. Parc du château, le 1er juillet 2016. Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : Te Deum (ouverture), Marches pour les trompes (extraits), Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Water Music (extraits des concertos N°s 4 et 5), Music for the royal fireworks. Le Concert Spirituel; Hervé Niquet, direction.

ENTRETIEN avec Nicolas Cavalier

ENTRETIENS – PORTRAITS par Hélène Biard. Notre grand reporter Hélène Biard a posé plusieurs questions au baryton Nicolas Cavalier qui s’apprête en juin 2016 à assurer un nouveau rôle à l’Opéra de Saint-Etienne : Zaccaria dans Nabucco de Verdi sous la direction du jeune maestro inspiré, David Reiland. Entretien avec le chanteur… Tout juste rentré d’Avignon, ou il vient de chanter Nilakantha dans Lakmé aux côtés de Sabine Devieilhe et Florian Laconi, Nicolas Cavallier a accepté de nous accorder un entretien téléphonique. Au cours de cette entrevue nous avons évoqué son parcours, son prochain Nabucco stéphanois et ses projets à venir.

Nicolas Cavallier : la force tranquille de l’art lyrique

Cavalier nicolas baryton chanteur classiquenewsUNE CARRIERE TARDIVE. «J’ai grandi dans une famille ou le théâtre tenait une place très importante. Mon père était comédien et metteur en scène; de fait, j’ai rapidement côtoyé les plateaux de cinéma et les scène de théâtre. Mes premiers souvenirs remontent d’ailleurs aux années 60, avec la découverte du Palais des papes en Avignon, et notamment un Ubu roi magistralement interprété par Robert Wilson. Cependant, nous écoutions aussi beaucoup de musique au disque ou à la radio. Personnellement le monde de Ravel et, en particulier, celui de L’enfant et les sortilèges, me faisaient rêver; à tel point qu’il a fallu racheter un disque tellement j’avais écouté le premier» commence Nicolas Cavallier qui poursuit : «J’ai commencé mes études de musique assez tard car j’avais d’abord fait des études de théâtre. J’avais 23 ans quand je suis parti à la Royal academy of music de Londres où j’ai dû tout apprendre : le solfège, l’harmonie mais aussi, bien sûr le chant et le piano. Et de fait, j’ai débuté ma carrière à 30 ans. Je suis allé à Glyndebourne à plusieurs reprises; festival où ma carrière a d’ailleurs débuté un peu par hasard. Je chantais dans les choeurs et je doublais Sarastro; le titulaire du rôle a déclaré forfait au tout dernier moment et je l’ai remplacé au pied levé le jour ou l’ensemble du Gouvernement britanique était présent. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. A l’époque ma voix était assez profonde, correspondant à une voix de basse chantante mais avec l’âge et un travail quotidien elle a pris de la hauteur et plus d’ampleur. Maintenant que je me sens plus à l’aise avec cet instrument, j’aborde aujourd’hui des rôles charnières; passant relativement facilement du répertoire de basse à celui de baryton basse. D’Arkel aux vilains des Contes d’Hoffmann, ou de Don Quichotte au Hollandais de Wagner» conclut Nicolas Cavalier avec un grand sourire.

Nabucco à Saint Etienne

«Zaccharia est une prise de rôle; c’est le deuxième Verdi que j’ajoute à mon répertoire après Philippe II; un rôle que toute basse rêve de chanter et qui m’avait laissé un formidable souvenir» nous dit Nicolas Cavallier qui chantera dans la nouvelle production de Nabucco à Saint-Etienne les 3, 5 et 6 juin prochains. «Aborder le répertoire lyrique italien est toujours une gageure. Il faut beaucoup de confiance en soi et de maturité vocale pour se lancer dans ce genre d’exercice périlleux où chaque note compte. Le «Bel Canto»! : à lui seul, ce mot explique l’ampleur de la tâche. »

Les projets

LOUIS et RICHARD à LACOSTE... Nicolas Cavallier ne manque ni de projets ni d’ambition : «Avec Eve Ruggieri nous préparons pour cet été 2016, au festival de Lacoste, un projet autour de la correspondance de Louis II de Bavière et de Wagner alternant lecture et chant. C’est un projet très enthousiasmant parce qu’il me permet d’allier théâtre et chant. Je débuterai la saison 2016/2017 à l’Opéra de Paris, où je chanterai un vieillard hébreux dans Samson et Dalila. J’irai aussi chanter La juive (Ruggero) à l’Opéra National du Rhin. Je dois aussi aller à Stuttgart pour y chanter l’oeuvre monumentale de Franck Martin «Golgotha». Enfin, je reprendrai Nilakantha dans Lakmé à Marseille dans la mise en scène de Lilo Baur : j’y retrouverai Sabine Devieilhe qui chantera de nouveau le rôle-titre. A Saint Etienne je chanterai dans Lohengrin, série qui me permettra de faire une nouvelle prise de rôle : Henri l’oiseleur. Je reprendrai également un spectacle qui me tient beaucoup à cœur : L’homme de la mancha à l’Opéra de Tours. Ce mélange de théâtre et de chant me comble totalement car il me faut interpréter trois rôles en une soirée; c’est un jeu de totale schyzophrénie ! En novembre 2017, je chanterai Dialogues des carmélites au Théâtre des Champs Elysées et à Bruxelles.».

Artiste sensible, enthousiaste et généreux, Nicolas Cavallier, dont l’amour pour le théâtre et la musique transparait à chaque phrase, prend un plaisir non dissimulé à incarner alternativement méchants, pères, vieux sages au fil des saisons. Une facilité qui n’écarte pas pour chaque personnage, un sens admirable de la caractérisation. A suivre.

Propos recueillis en avril 2016.

LIRE AUSSI notre entretien avec le jeune chef belge David Reiland à propos de Nabucco, nouvelle production à l’affiche de l’opéra de Saint-Etienne en juin 2016

ENTRETIEN avec Philippe Herreweghe

ENTRETIENS – PORTRAITS par Hélène Biard.  C’est à la veille d’une tournée de neuf concerts en Belgique, en France et en Italie, avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs Elysées que Philippe Herreweghe a accepté de nous accorder une interview téléphonique. Entrevue au cours de laquelle nous avons évoqué un parcours atypique, ses ensembles (le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées) et ses projets à venir.

 

 

Philippe Herreweghe : De la médecine à la direction d’orchestre… Tout pour la musique

 

herreweghe philippeUNE CARRIERE ATYPIQUE ET EXEMPLAIRE. «J’ai toujours été attiré par le médecine et par la musique. J’ai donc suivi un parcours universitaire, à la fin duquel j’ai décroché un doctorat en psychiatrie, et des études au conservatoire de Gand, ma ville natale. A l’époque la pratique amateur était très importante et faisait quasiment jeu égal avec la pratique professionnelle; j’ai donc débuté comme chef amateur avant de devenir semi professionnel. Comme la direction d’orchestre et la direction de choeur m’attiraient depuis longtemps, j’ai fondé le Collegium Vocale Gent en 1970. Mon doctorat en poche, j’ai choisi la carrière musicale de manière définitive; j’avais 25 ans» nous dit Philippe Herrweghe qui poursuit : «Ce sont deux grands chefs, en l’ocurrence Gustav Leonardt et Nikolaus Harnoncourt dont la récente disparition m’attriste beaucoup (NDLR : décédé le 6 mars 2016), qui m’ont, non seulement encouragé mais aussi permis de faire mes premiers pas professionnels. C’est avec eux que j’ai réalisé mes premiers enregistrements au disque. Je leur dois beaucoup; j’ai évolué stylistiquement et musicalement grâce à leur enseignement.» A la fois dynamique et passionné par les principales périodes de la musique, Philippe Herreweghe fonde au fil des années plusieurs ensembles qui lui permettent d’aborder un répertoire aussi large que possible.

Les ensembles

«Afin de pouvoir aborder un vaste répertoire vocal et instrumental, j’ai fondé plusieurs ensembles et orchestres. Ainsi avec le Collegium Vocale Gent, je m’intéresse à la musique ancienne mais aussi aux périodes baroque et classique. L’Orchestre des Champs-Elysées, anciennement nommé «La Chapelle Royale» joue sur instruments anciens des œuvres allant du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe. Je suis également chef permanent de l’Orchestre National de Flandre; le travail avec chacun de ces ensembles ou orchestres et cette diversité de répertoires oblige aussi à une vigilance constante» précise le chef gantois. «Et comme l’Orchestre des Champs Elysées joue sur instruments d’époque, nous sommes au plus près des tonalités d’origine». Et d’ajouter : «Pendant longtemps nous avons enregistré avec le label Harmonia Mundi. Mais comme je voulais être totalement libre de mes choix et de mes mouvements j’ai créé mon propre label, «Phi», la lettre grecque», ajoute-t-il en aparté. «Cela me permet d’enregistrer ce que je veux quand je veux» aime à préciser Philippe Herreweghe qui ne veut dépendre de personne d’autre que lui-même dans ce domaine.

Les Sept dernières paroles du Christ en croix

«C’est l’Orchestre des Champs-Elysées qui a programmé cette œuvre; il s’est donc naturellement tourné vers l’oratorio, la dernière des quatre versions du chef-d’oeuvre de Haydn». Le chef belge poursuit : «Si au départ il s’agissait d’une œuvre pour orchestre destinée à souligner la liturgie du Vendredi Saint, chacune des trois autres versions, quatuor, oratorio «primitif» et l’oratorio tel que nous le connaissons, a son intérêt et a ses difficultés propres. Haydn a, chaque fois, composé une musique riche, complexe mais aussi sereine dans l’expression de la foi en Dieu». La musique de Haydn est d’ailleurs remarquablement servie par le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées qui maîtrisent parfaitement leur sujet.

Les projets : Bruckner, Brahms, Beethoven…

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue Promethée«Nous avons la chance d’avoir un administrateur très dynamique qui déborde d’idées et de projets. Ceci dit, vous savez que j’ai été le directeur artistique du festival de Saintes pendant 20 ans. Je suis donc encore très lié à l’Abbaye aux Dames où je reviens chaque année avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées» confirme Philippe Herreweghe en préambule avant de poursuivre : «cette année (juillet 2016) je dirigerai un concert de l’Orchestre des Champs Elysées fusionné pour l’occasion au Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) au cours duquel nous jouerons la Sixième symphonie de Bruckner; et le Collegium Vocale Gent donnera aussi deux concerts.». Mais Philippe Herreweghe, chef volontaire et dynamique ne compte pas s’arrêter pas en si bon chemin : «Nous aimerions enregistrer l’intégrale des Symphonies de Beethoven que nous présenterons à Paris l’an prochain. Dans les prochains mois, nous entamerons un grand cycle Brahms sur plusieurs saisons, aborderons la Messe en ut mineur de Beethoven à Saintes et Le comte Ory de Rossini à Paris». Eclectisme mais approfondissement, largeur de vue mais exigence interprétative… De quoi nous réjouir.

Chef généreux, dynamique, enthousiaste, Philippe Herreweghe ne manque jamais une occasion de partager son immense amour pour la musique. Que se soit avec ses musiciens qu’il connaît pour certains depuis des années, ou avec son public toujours très nombreux et fidèle ou qu’il soit.

 

 

 

Saintes abbayeAGENDA : Samedi 16 juillet 2016, à 19h30 (Abbaye aux Dames)
Philippe Herreweghe dirige la Symphonie n°6 “Tragique” de Bruckner
Orchestre des Champs-Elysées et Jeune Orchestre de l’Abbaye
Temps fort du festival de Saintes 2016

 

 

 

Propos recueillis en avril 2016

 

 

ENTRETIEN avec Jean-François Heisser

Artiste au parcours hétéroclite et riche Jean-François Heisser s’apprête, avec l’Orchestre Poitou-Charentes dont il assume la direction musicale et artistique depuis l’an 2000, à donner une série de concerts dans la région Poitevine. C’est à l’issue de l’ultime répétition de l’orchestre que le maestro nous rencontre au Théâtre Auditorium de Poitiers, lieu de la résidence de l’Orchestre, pour évoquer le parcours si particulier qui l’a mené sur le chemin du succès.

 

 

 

Elargissement des répertoires, La France et l’Espagne par passion…
Jean François Heisser en artiste inclassable

 

 

JFHeisser-196CARRIERE. Préambule… «Je suis issu d’une famille qui pratique la musique depuis plusieurs générations ; où les musiciens amateurs sont aussi nombreux que les musiciens professionnels. Mon père était violoniste amateur et mon oncle était professeur de piano. J’ai donc grandi dans un milieu favorable». Puis le chef enchaîne : «Je n’avais pas spécialement envie de faire de la musique mon métier. Ce qui est certain, en revanche, c’est que je ne voulais pas faire partie de la cohorte d’enfants qui apprennent à jouer d’un instrument par obligation». Guidé par la voix de la sagesse Jean-François Heisser, dont la famille a des racines allemandes, reste humble face au succès qui est le sien. «Je suis entré au Conservatoire de Paris après mon baccalauréat. J’étais inscrit dans plusieurs classes : piano, accompagnement, musique de chambre, direction d’orchestre. Je n’avais pas envie de me limiter à une seule activité professionnelle ; je trouvais cela trop restrictif. Souvent les journalistes aiment mettre les artistes dans des petites cases : avec moi ils ont eu bien du mal ; en effet je ne me suis jamais inscrit dans une «case» en particulier. J’aime aborder un répertoire aussi large que possible avec cependant une préférence pour les répertoires français et espagnol. Mener plusieurs activités en parallèle (concerts solistes, musique de chambre, direction d’orchestre et enseignement) me permet de m’épanouir dans ce que je fais.» conclut Jean François Heisser qui ajoute : «J’enseigne depuis longtemps au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Cependant, si j’aime transmettre mon savoir aux jeunes générations, je suis arrivé à l’âge de la retraite et je quitterai le conservatoire à la fin de l’année universitaire. Néanmoins quand je regarde en arrière, je n’ai pas de regrets en ce qui concerne mes diverses activités; jusqu’à présent j’ai eu une carrière bien remplie et je compte bien continuer encore un moment.»

 

 

L’Orchestre Poitou-Charentes, le top 5 des orchestres poitevins…

 

«Je suis arrivé à la tête de l’Orchestre Poitou Charentes en 2000. C’était une opportunité d’autant plus intéressante qu’à mon arrivée l’Orchestre était constitué de musiciens qui se connaissaient de longue date et qui étaient très liés par une complicité certaine», aime à préciser Jean-François Heisser. Il poursuit : «L’Orchestre compte une cinquantaine de musiciens; par rapport aux grands symphoniques tels qu’on les connaît, c’est peu. Il y a également peu de turn-over ce qui est un grand avantage, même si nous avons actuellement besoin de recruter quelques musiciens. Cependant cet effectif assez réduit comparé aux autres orchestres symphoniques en activité nous permet d’aborder un répertoire certes plus intimiste mais tout aussi passionnant». Et lorsque nous abordons la fusion des régions Aquitaine/Poitou Charentes/Limousin, Jean-François Heisser se montre très optimiste : «Il y a cinq grands orchestres dans la nouvelle région. L’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine avec son effectif important aborde un répertoire large comme par exemple les Symphonies de Beethoven; à Bordeaux il y a aussi l’Ensemble Pygmalion qui joue sur instruments anciens et qui se focalise sur la musique baroque. A Poitiers, l’Orchestre des Champs-Elysées qui joue aussi sur instruments anciens est un peu un orchestre de luxe. Et à Limoges l’Orchestre de Limoges est plutôt un orchestre de fosse et, de ce fait, joue beaucoup d’opéra. Avec un tel panachage, qui constitue un véritable atout pour la Région, je pense que nous avons un vrai rôle à jouer dans le nouveau panorama musical» nous assure le maestro avec un sourire.

 

 

PROJETS… Jean-François Heisser ne manque pas de projets. Que ce soit en tant que soliste, chef d’orchestre ou enseignant : «Même si je quitte le Conservatoire de Paris à la fin de l’année universitaire, il y a d’autres façons de rester en contact avec les jeunes musiciens. Ainsi, dès le mois de mars, je dirigerai une nouvelle session et une série de concerts avec le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA), la phalange phare en résidence à Saintes. J’ai déjà dirigé cet orchestre et y ai recruté des musiciens pour l’Orchestre Poitou Charentes.». Mais le Jeune Orchestre de l’Abbaye n’est pas le seul biais par lequel il poursuit son activité d’enseignant : «Je dois aussi donner des concerts en Arles. Etant lié aux éditions Actes Sud, nous organisons ensemble, à Saint-Jean de Luz, l’Académie Maurice Ravel en septembre prochain (2016). Outre les concerts, j’y donnerai des masters classes. Toujours en mars je participerai, avec le professeur Roger Gil, professeur de neurologie et ancien doyen de la faculté de médecine de Poitiers, à une conférence ayant pour thème neurologie et musique». Ainsi, même si Jean-François Heisser quitte bientôt le Conservatoire Supérieur National de Musique et de Danse de Paris, il continuera à enseigner par le biais de Master Classes.

Artiste inclassable, plutôt très actif, Jean-François Heisser a acquis une solide réputation de musicien rigoureux, abordable ; sincèrement attaché à la transmission et passionné par son art, Jean-François sait cultiver une curiosité à 360° : il participe, quand il en a l’occasion, à des projets croisant les disciplines, alliant musique et médecine, comme par exemple la conférence avec le professeur Gil.

 

 

 

Propos recueillis fin mars 2016

 

 

ENTRETIEN avec Arie Van Beek

ENTRETIEN avec Arie Van Beek. De la percussion formatrice à la direction créative : Arie Van Beek, un grand parmi les grands. A la veille de son concert à la tête de l’Orchestre Poitou-Charentes, Arie Van Beek nous a reçu à l’Hôtel de Poitiers où il était installé le temps de son séjour. Avec le prestigieux chef néerlandais, et dans une ambiance très décontractée, nous avons évoqué sa carrière (entre trois pays : les Pays Bas, la France et la Suisse) et le concert du lendemain.

Vann BEEK arie portrait maestro 1200_______chef-orchestre-arie-van-beek004_68UNE CARRIERE BIEN REMPLIE. «Je suis né à Rotterdam et j’y ai fait toutes mes études. Avec un père chef d’orchestre et une mère artiste lyrique, j’étais prédisposé à faire de la musique.» Nous dit Arie Van Beek en préambule. «Mes études achevées, j’ai été percussionniste dans l’Orchestre Philharmonique de la radio néerlandaise. J’avais 21 ans; quatre ans plus tard je suis passé de l’autre côté, et je suis devenu chef d’orchestre moi aussi. Cependant, je pense que pour être un bon chef d’orchestre, il faut d’abord faire partie de l’orchestre en tant qu’instrumentiste pour voir comment cela se passe entre instrumentistes mais aussi entre les musiciens et le chef. Ce sont des relations à la fois très simples mais aussi très complexes», conclut Arie Van Beek. Puis le chef enchaîne: «Je suis arrivé à la tête de l’Orchestre d’Auvergne en 1994 et j’y suis resté jusqu’en 2011. A ce moment là, on m’a proposé de prendre la direction musicale de l’Orchestre de Picardie. Ce que j’ai accepté volontiers.». Et quand nous lui demandons comment il est passé de l’Auvergne à la Picardie, il nous confie avec amusement : «Le bouche à oreille a bien fonctionné, le «blabla» m’a fait connaître et permis de prendre la direction musicale de l’Orchestre de Picardie. Vous savez, le bouche à oreille fait souvent plus et mieux que les auditions ou les agents artistiques. Mais ne nous y trompons pas, j’ai aussi un agent». Dynamique, Arie Van Beek est aussi le directeur musical de l’Orchestre de Chambre de Genève. «Je navigue entre trois pays : la France, la Suisse et les Pays-Bas où j’enseigne au Conservatoire Supérieur de Musique de Rotterdam, ma ville natale.»

Le concert avec l’Orchestre Poitou-Charentes

«Ce n’est pas ma première collaboration avec l’Orchestre Poitou-Charentes. La première fois que j’ai dirigé cet orchestre, c’était en 2001; Jean-François Heisser venait tout juste d’arriver à la tête de l’Orchestre. Cette première collaboration s’est très bien passée, et par la suite il m’est arrivé de revenir avant cette série de concerts», nous dit le chef qui complète : «C’est un orchestre que je dirige avec plaisir; l’ambiance est excellente et je m’entends très bien avec les musiciens. Le programme de ce concert est très hétéroclite mais cohérent car le thème en est l’eau, la nature, la chasse. Nous avons pioché des œuvres dans chaque grande période de l’histoire de la musique, de la période baroque jusqu’à nos jours. Water Music de Haendel dure une heure; il était donc compliqué de jouer la totalité de l’oeuvre, c’est pourquoi nous ne jouerons que la Troisième Suite, – la dernière, qui dure 10 minutes. Avec Water Music, nous entrons directement dans le cœur du thème en allant dans l’univers maritime. Les Nuits d’été de Berlioz sont une promenade aussi bien forestière que lacustre. Ces nuits d’été sont d’ailleurs une double première puisque Gaëlle Arquez chante le cycle pour la première fois; c’est aussi la première fois que je la dirige. Berlioz a composé son cycle pour plusieurs voix différente : alto, baryton mais pour des raisons évidentes de coût, c’est un même artiste qui chante les six mélodies du cycle»  précise le chef néerlandais visiblement enchanté de cette collaboration. Il poursuit : «Tiger, le concerto pour orchestre de Schoeller, est plutôt une œuvre animale, mais elle est passionnante à diriger. Quant à Haydn avec sa symphonie n°73, c’est la chasse qui prend toute la place. Ceci dit c’est surtout dans le dernier mouvement, avec les cors de chasse, que la thématique  cynégétique se manifeste avec le plus de force». Arie Van Beek est un chef inclassable tant il se met avec plaisir et gourmandise au service des œuvres qu’il dirige.

Chef généreux et enthousiaste, Arie Van Beek est aussi un excellent musicien qui ne manque jamais une occasion de partager son amour de la musique avec ses interlocuteurs. Bien qu’il soit très sollicité, nous espérons le revoir bientôt à la tête de l’Orchestre Poitou-Charentes.

Propos recueillis en mars 2016

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 10 avril 2016. Fauré, Saint Saëns, Dvorak. Raphaël Pidoux, violoncelle, Jeune Orchestre de l’Abbaye. Jean-François Heisser

JFHeisser-196Tournée des 20 ans du JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye. A l’occasion du vingtième anniversaire du JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, les responsables de l’Abbaye aux Dames ont de nouveau invité Jean-François Heisser, directeur musical de l’Orchestre Poitou Charentes. Pour cette session si particulière qui s’achève avec un concert à Paris, le programme est particulièrement intense : il a été joué par un orchestre survolté par la présence d’un premier violon, d’un violoncelliste solo prestigieux (le premier est membre du quatuor de Bordeaux, le second membre du trio Wanderer). N’oublions pas Jean-François Heisser, chef confirmé qui connait parfaitement chacune des trois pièces du programme.

 

 

 

Les 20 ans du Jeune Orchestre de l’Abbaye

TRIOMPHE DU JOA A SAINTES
Jean François Heisser et le Jeune Orchestre de l’Abbaye triomphent à Saintes

 

JOA_orchestre_violonisteEn ouverture de programme, le rare Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré (1845-1924) affirme l’originalité et le raffinement du cycle commémoratif. D’entrée de jeu, le mélomane averti aurait plutôt tendance à penser à l’opéra de Claude Debussy (1862-1918). Mais l’oeuvre de Fauré plus exceptionnelle au concert, dévoile ses attraits immédiats où règne surtout une orchestration fine et suave. Jean-François Heisser en donne une lecture sobre, précise, particulièrement allante, toujours soucieuse d’équilibre et de clarté instrumentale : la flûte solo d’une ineffable légèreté, le cor, admirable de justesse et de maîtrise dynamique, offrent déjà deux superbes prestations. Les jeunes musiciens, brillants, sur-motivés, jouent avec un plaisir non dissimulé ce Pelléas et Mélisande si vite éclipsé par son homonyme lyrique créé en 1902, et donc contemporain de l’oeuvre de Fauré qui date de 1901.
Avec le Concerto pour violoncelle n°2 en ré mineur de Camille Saint-Saëns – autre perle méconnue, le public a l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le violoncelliste Raphaël Pidoux. Cet excellent instrumentiste, membre du trio Wanderer, joue avec une énergie et une fougue étonnantes un Concerto dont Saint-Saëns lui même disait : «Jamais il ne sera aussi connu que le premier : il est trop difficile». L’oeuvre, qui a rapidement été éclipsée par sa «soeur», regorge de difficultés techniques, de pics nombreux et divers, notamment des changements de tempo ou de sauts d’octaves, que Pidoux aborde avec constance et ferveur. L’orchestre, sous la direction vigilante de son chef, accompagne le soliste avec talent et attention, comme sur des oeufs, sans jamais le couvrir. Saint-Saëns a composé une musique brillante et complexe qui permet aux musiciens de se surpasser, voire de sublimer leur instrument, tout en leur défendant une partition raffinée digne des meilleures.

Au retour de la pause, l’orchestre aborde un monument de la musique post romantique : l’inusable et fameuse Symphonie n°9 en mi mineur bémol B.178 op 95, «du nouveau monde». Dvorak a composé et créé cette œuvre gigantesque en 1893, alors qu’il était à New York pour donner des cours au conservatoire de cette ville. Il en a d’ailleurs profité pour intégrer dans son chef d’oeuvre plusieurs thèmes collectés dans le folklore des Etats-Unis. Jean-François Heisser, exemplaire depuis le début du concert, dirige cette symphonie, dont le grand public n’a retenu que l’ultime mouvement, avec une énergie d’autant plus remarquable, qu’elle exige une vigilance et une concentration constantes : qu’il s’agisse du pastoralisme recueilli, aérien du premier mouvement, de l’introspection majestueuse du Second, de l’allant rythmiquement trépidant du Troisième… En bel ordre discipliné et plus que jamais engagé, le Jeune Orchestre de l’Abbaye survolté par la direction ferme, dynamique, précise de Jean-François Heisser offre une lecture passionnante de ce grand voyage en Amérique, exploration lumineuse et confession d’amour ; symphonie-cathédrale et symphonique atmosphérique à laquelle chef et jeunes musiciens apportent une solide structure tout en ciselant la finesse des timbres instrumentaux, autant de la part de l’harmonie des bois que du pupitre spectaculaire des cuivres… toute la tension et le subtile jeu des équilibres préparent à la plénitude et la délivrance du quatrième et dernier mouvement. Celui où l’échelle véritable du cadre sonore se déploie, ample et volontaire.

Pour son vingtième anniversaire, le Jeune Orchestre de l’Abbaye a donné un concert d’une qualité stimulante. Il a confirmé les qualités expressives d’un orchestre composés de jeunes musiciens apprentis sur instruments d’époque. A vrai dire, la formation dans son ensemble proposée par l’Abbaye aux Dames à destination des futurs grands musiciens, soucieux de maîtriser l’interprétation sur instruments d’époque, est devenue incontournable en quelques années. Sur-motivés par la personnalité du chef invité, par celles complémentaires de deux musiciens prestigieux, les musiciens de l’orchestre ont su répondre aux attentes suscités depuis les premières sessions et répétitions de ce travail abordant le répertorie romantique. Voilà un nouveau concert particulièrement applaudi qui confirme à Saintes, l’enracinement d’une belle tradition de transmission et aussi de haute expérience orchestrale.

Saintes. Abbaye aux dames, le 10 avril 2016. Gabriel Fauré (1845-1924) : Pelleas et Mélisande, op 80, Camille Saint Saëns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle N°2 en ré mineur op 119, Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie N°9 en mi mineur bémol B.178 op 95 dite «du nouveau monde». Raphaël Pidoux, violoncelle, Jeune Orchestre de l’Abbaye. Jean François Heisser, direction.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

herreweghe philippeCompte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction. Les Sept Dernières paroles du Christ en croix : Nouveau succès du Collegium Vocale Gent et de l’Orchestre des Champs Elysées. A l’approche des fêtes de Pâques, quelle œuvre, autre qu’un oratorio, aurait-elle pu être donnée, en ce jeudi 17 mars, au Théâtre Auditorium de Poitiers ? C’est avec Les sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn (1732-1809) qu’arrivent, sur la scène de l’auditorium, le Collegium Vocale Gent, l’Orchestre des Champs Elysées et les quatre solistes invités par Philippe Herreweghe. Les sept dernières paroles du Christ en croix ont un parcours de vie assez particulier. En effet la toute première version de l’oeuvre est purement orchestrale composée, sur commande de l’église Santa Cueva de Cadix (Espagne), par Haydn pour le Vendredi Saint. Il a par la suite repris son œuvre pour en faire un quatuor puis l’oratorio tel que nous le connaissons pour orchestre, choeur et solistes. C’est cette dernière version que nous présentent Philippe Herreweghe et ses interprètes.

Dès l’introduction, Philippe Herreweghe donne le ton de la soirée; la direction sera sobre, ferme, précise. Parfaitement préparé, le Collegium Vocale Gent donne une performance remarquable d’autant que le choeur est très sollicité; musicalement les choristes sont irréprochables, … et la diction elle est idéale. En ce qui concerne les solistes, Herreweghe a invité quatre belles voix, que nous aurions pris plaisir à entendre un peu plus. En effet les quatre solistes chantent par dessus le choeur avec de temps à autre une voix seule. Les deux voix féminines, Sarah Wegener et Marie Henriette Reinhold, sont solides, plutôt bien chantantes et David Soar fait entendre des graves impressionnants, bien qu’il soit le seul à n’avoir aucune intervention hors du quatuor. Quant à Robin Tritschler, si la voix est belle, elle peine à passer la rampe alors que ses rares interventions se bornent à du récitatif, peu flatteur pour le ténor. Fidèle à lui même l’Orchestre des Champs Elysées accompagne avec bonheur le Collegium Vocale Gent et le quatuor de solistes. La direction ferme, précise, souple de Philippe Herreweghe donne un coup de fouet à une œuvre emprunte de foi sereine mais qui présage, avec le «terremoto» final, une chute brutale et prévisible de l’humanité pécheresse.

C’est, une nouvelle fois, un concert de haute volée que le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs Elysées, placés sous la direction de leur chef historiques, ont donné devant un auditorium bien rempli. C’est sans doutes aucun, l’une des versions de référence de l’oratorio de Haydn à laquelle nous avons assisté en ce jeudi soir et que nous espérons voir publiée en CD…

Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Joseph Haydn (1732-1809) : Les sept dernières paroles du Christ en croix. Sarah Wegener, soprano, Marie Henriette Reinhold, mezzo soprano, Robin Tritschler, ténor, David Soar, basse, Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 8 mars 2016. Haendel, Berlioz, Schoeller, Haydn, Mozart (bis). Gaëlle Arquez, mezzo soprano, Orchestre Poitou Charentes. Arie Van Beek, direction.

De retour au Théâtre Auditorium de Poitiers, l’Orchestre Poitou Charentes accueille, pour son premier concert de l’année 2016, la mezzo soprano saintaise Gaëlle Arquez et le chef néerlandais Arie Van Beek. Le programme de ce concert est hétéroclite puisqu’en une heure trente il balaie les quatre grandes périodes de l’histoire de la musique. Il reste néanmoins cohérent, puisque chacune des œuvres de la soirée évoque, l’eau, la nature, la forêt. Ce concert est aussi l’occasion de voir un public nombreux au sein duquel les enfants et les adolescents sont très présents. Notons la présence d’élèves de seconde venus de Montmorillon : «Ce sont des jeunes qui suivent une option «son» pendant leur année de seconde» nous dit leur professeur qui ajoute : «C’est leur première sortie au Théâtre Auditorium et c’est une organisation importante, et nous sommes satisfaits de les voir prêts à découvrir un univers qu’ils ne connaissent pas.»

L’Orchestre Poitou Charentes mené à la baguette par Arie Van Beek

BEEK arie von arie_van_beek_2_g-8Avec la suite n°3 en sol majeur du Water Music de Georg Friedrich Haendel (1685-1759), l’Orchestre Poitou Charentes donne le ton d’une soirée haute en couleurs. La dernière des suites du Water Music, celle donnée en ce mardi soir, a été composée en 1736 à l’occasion du mariage du prince de Galles. Sous la direction ferme et attentive d’Arie Van Beek, l’Orchestre Poitou Charentes en donne une lecture dynamique, vive, sans excès. C’est avec Le cycle de mélodies Les nuits d’été, d’Hector Berlioz (1803-1869) que Gaëlle Arquez revient sur la scène du Théâtre Auditorium de Poitiers. Après un Poème de l’amour et de la mer, certes très bien chanté mais à la diction aléatoire, donné avec l’Orchestre des Champs Elysées le 4 février dernier, la jeune mezzo s’engage sans compter. Arquez visiblement survoltée par le défi, c’était la première fois qu’elle interprétait ainsi Les Nuits d’été-, chante avec un plaisir évident une musique qui lui va comme un gant; et enfin la diction, qui nous avait tant manqué en février, est au rendez-vous. L’Orchestre accompagne la soliste avec générosité, Arie Van Beek veillant avec une bienveillante autorité à ne jamais couvrir la chanteuse.

Au retour de l’entracte, l’Orchestre commence par jouer le second mouvement de Tiger, Concerto pour orchestre, composé en 2012 par Philippe Schoeller (né en 1957). C’est par les vents puis les bois que Schoeller évoque la nature avec une certaine poésie; le chef, dont la battue est claire et précise, se montre enjoué et inspiré dans une œuvre pourtant peu évidente. C’est cependant avec Joseph Haydn (1732-1809) et sa symphonie N°73 «La chasse», que la nature prend ses aises, notamment avec les «scènes de chasse» du dernier mouvement, le presto final. Arie Van Beek, plus inspiré encore, survolte ses musiciens, les poussant avec fermeté dans leurs retranchements et les incitant à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ravi, le public réserve un accueil chaleureux aux musiciens et à leur chef, qui concède en bis l’ouverture des Nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Si nous regrettons que cette ouverture soit donnée sur un tempo un peu trop vif par rapport au reste du concert, nous apprécions l’incursion symphonique / lyrique de Van Beek dans un programme très «nature».

C’est un concert de haute volée que l’Orchestre Poitou Charentes a donné au Théâtre Auditorium de Poitiers. Arie Van Beek, qui est invité de temps en temps par Jean François Heisser depuis 2001, dirige son orchestre avec un plaisir évident : «Le courant passe bien avec les musiciens; et ils sont très soudés entre eux» nous disait-il, la veille du concert, et cela transparaît pendant toute la soirée. Musiciens, chef, chanteuse formaient un ensemble solide; si solide, d’ailleurs, que le public serait volontiers resté plus longtemps pour en mesurer encore et encore la bienfaisante complicité.

Poitiers. Auditorium, le 8 mars 2016. Gerog Friedrich Haendel (1685-1759) : Water Music : suite N°3 en sol majeur, Hector Berlioz (1803-1869) : Les nuits d’été opus 7, Philippe Schoeller (né en 1957) : Tiger (2e mouvement), Joseph Haydn (1732-1809) : symphonie N°73 «La chasse», Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, ouverture (bis). Gaëlle Arquez, mezzo soprano, Orchestre Poitou Charentes. Arie Van Beek, direction. Illustration : Arie Van Beek © Ludovic Combe

Poitiers. Théâtre, le 11 février 2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s box (création). Helga Davis,Andrea Liberovici.Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon

Faust en création à PoitiersDe tous les mythes existants, celui de Faust est celui qui réussit l’exploit de concentrer le plus grand nombre d’oeuvres littéraires, cinématographiques ou musicales depuis son apparition. Parmi les plus célèbres, figurent le Faust de Johann Wolfgang Von Goethe (1749-1832), celui de Charles Gounod (1818-1893) ou celui de René Clair (1898-1981). Dans cet univers de chefs d’oeuvres, le dernier opus du compositeur italien Andrea Liberovici (né en 1962) ne fait que confirmer le succès jamais démenti du mythe de Faust. Faust’s box est la dernière commande d’Ars Nova Ensemble et de son directeur musical Philippe Nahon. A l’occasion de la création mondiale de Faust’s Box, c’est Helga Davis, actrice et chanteuse à la voix assez jazzy, qui a été invitée à chanter et à déclamer l’oeuvre présentée en création à Poitiers, une partition particulièrement exigeante de Liberovici.

Création saluée unanimement, le mythe de Faust réinventé par Andrea Liberovici

Faust’s box au TAP de Poitiers

Comme nombre de compositeurs contemporains, Liberovici utilise une bande son sur laquelle est enregistrée la voix de Robert Wilson, le «narrateur de l’ombre», mêlée à des sons captés dans la ville et dans la nature. Quant à l’orchestre, outre les cordes et les timbales, paraissent des «instruments» surprenants que Liberovici est allé chercher dans la vie quotidienne : marteaux, cravaches, roues à eau par exemple. Faust damné après son pacte avec Mephistophélès, arrivé en enfer, s’échappe comme il peut pour tenter de rendre sa situation vivable, à défaut d’être acceptable. L’actrice et chanteuse Helga Davis s’intègre dans le spectacle avec talent ; d’une voix chaleureuse, l’artiste alterne texte chanté et parlé et fait transparaître avec talent le désespoir de Faust enfermé dans sa boite infernale. Le miroir installé au fond de la boîte où se trouve Faust, oblige le malheureux damné à affronter son passé et les raisons qui l’ont poussé à accepter de passer un pacte avec le diable.
Philippe Nahon dirige Ars Nova avec souplesse et rigueur ; la battue est claire, nette, précise ; d’ailleurs la musique de Liberovici ne permet pas vraiment d’improviser. Musicalement et textuellement, Liberovici alterne avec talent, espoir, désespoir, tentative d’évasion, résignation. C’est la complicité entre Nahon et ses musiciens qui forme le socle du succès de la soirée, alliée à une artiste exceptionnelle, Helga Davis, et à un compositeur talentueux, Andrea Liberovici ; le collectif s’est approprié le mythe de Faust en une œuvre absolument personnelle qui ne copie ni ne s’inspire de personne.

N’oublions pas qu’Ars Nova réalise une création à peu près chaque année. Après « A l’agité du bocal » de Bernard Cavanna en 2013 et ” Courte longue vie au grand petit roi » d’Alexandros Markéas, en 2014, Faust’s box » d’Andréa Liberovici qui voit le jour en ce mois de février 2016, s’impose à nous avec force et poésie. Le public venu nombreux réserve un accueil triomphal à chacun, et Liberovici, présent, car il assurait lui même la mise en espace, reçoit largement sa part des «bravos» qui fusent ici et là. Souhaitons longue vie à ce «Faust’s box» dont la création a reçu comme rarement, un accueil spontané et plutôt très chaleureux du public venu pour sa création. Preuve qu’il y a bien une audience pour la musique contemporaine, et que le TAP à Poitiers a su parfaitement le fidéliser.

Poitiers. Théâtre, le 11 février 2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s box. Helga Davis, voix, Robert Wilson, narrateur de l’ombre, Andrea Liberovici, musique, texte, mise en scène, Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon, direction.

Compte-rendu, concert. Poitiers, Auditorium, le 4 février 2016. Chausson, Debussy… Orchestre des Champs Elysées. Louis Langrée

SOMPTUEUX CONCERT SYMPHONIQUE A POITIERS. Pour son premier concert de l’année 2016, l’Orchestre des Champs Elysées a invité le chef Louis Langrée à diriger un programme composé uniquement d’oeuvres françaises de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Pour cette soirée exceptionnelle, l’Orchestre des Champs Elysées a également invité la mezzo soprano saintaise Gaëlle Arquez.

En ouverture, Louis Langrée lance l’Hymne à la justice d’Albéric Magnard (1865-1914). Rapidement Magnard fut l’un des soutiens du capitaine Alfred Dreyfus ; choqué par l’évident déni de justice que constituait l’affaire Dreyfus, Magnard, après Emile Zola et son célèbre “J’accuse” (publié en 1898), compose une œuvre cinglante, forte, intense. A sa façon, il fait transparaitre nettement le dégoût que lui inspire la situation du capitaine Dreyfus. Dès les premières mesures, Louis Langrée dirige l’Orchestre des Champs Elysées avec une énergie et une maîtrise manifeste ; la battue du chef est claire, nette, précise, implacable ; avec les musiciens, il entraîne le public au cœur même de l’affaire Dreyfus : l’effrayant déni de justice qu’elle constitue. La violence de la première partie de l’oeuvre de Magnard décrit bien la détresse du malheureux capitaine et de ses soutiens. Si la suite de l’hymne est plus apaisée, elle n’en montre pas moins à quel point la notion même de justice a été malmenée, voire bafouée, niée sous un torrent de boue et de mensonges jamais reconnus par ailleurs. Langrée s’approprie le chef d’oeuvre de Magnard avec une virtuosité peu commune; en grand défenseur de la musique française, il impulse une vie et un dynamisme saisissants à cet hymne dense, plein de colère, de tristesse et, en même temps, d’espoir

langree1Après une brève pause, Louis Langrée revient avec la mezzo soprano Gaëlle Arquez pour la seconde œuvre du programme : Poème de l’amour et de la mer op.19 d’Ernest Chausson (1855-1899). Tout comme dans l’Hymne à la justice, Louis Langrée dirige d’une main ferme et souple une œuvre qui préfigure ce que sera La mer quelques années plus tard. Gaëlle Arquez, la régionale de l’étape, – elle est en effet née à Saintes-, est dotée d’une jolie voix de mezzo. Si la jeune femme connaît bien l’oeuvre, la diction est parfois aléatoire ; regrettable défaillance d’autant que les poèmes de Maurice Bouchor (1855-1929) sont superbes. Néanmoins la jeune femme s’implique totalement dans une œuvre qui, sous une apparente facilité, est complexe, pleine de pièges et très difficile à interpréter. Remarquablement dirigée par un chef qui connaît parfaitement ce répertoire, Gaëlle Arquez fait entendre une couleur vocale somptueuse et expressive même si la voix est parfois couverte par les musiciens; cependant l’orchestre accompagne la mezzo avec sensibilité et efficacité.

Après l’entracte, Louis Langrée et l’Orchestre des Champs Elysées attaquent la seconde partie du programme consacrée à Claude Debussy (1862-1918). Avec La mer, nous retrouvons un peu de l’esprit du Poème de l’amour et de la mer de Chausson créé une dizaine d’années auparavant. Le chef, debussyste avéré, dirige La mer conciliant fermeté et souplesse ; il cisèle la partition sans jamais l’alourdir. L’Orchestre des Champs Elysées aborde le cycle purement orchestral avec une maîtrise quasi parfaite ; et la direction précise et dynamique de Louis Langrée galvanise les musiciens. Après des applaudissements très nourris saluant une performance remarquable, le chef annonce le bis; et c’est une autre pièce de Debussy : Prélude à l’après midi d’un faune. Après la violence des vents marins de La mer, sa houle océane impétueuse, scintillante,  chef et musiciens, soudés et complices, réalisent une lecture alerte et enjouée du Prélude ; les interventions solos sont excellentes et l’orchestre joue avec un plaisir évident sous la direction d’un chef survolté par une ambiance très chaleureuse.

C’est un concert de très haute volée que l’Orchestre des Champs Elysées a proposé à un public venu nombreux. D’autant que le programme, exclusivement français, était dirigé par Louis Langrée, grand défenseur de ce répertoire. La présence de Gaëlle Arquez pour interpréter Le poème de l’amour et de la mer a apporté une touche lumineuse à la soirée. Plénitude et cohérence du son de ce concert symphonique et lyrique ont convaincu, apportant à Saintes, un nouveau jalon mémorable de sa saison symphonique. On regrette qu’un disque n’en perpétue pas le souvenir ni la totale réussite.

Compte-rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 4 février 2016. Albéric Magnard (1865-1914) : Hymne à la justice op.14, Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer op.19, Claude Debussy (1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre, Prélude à l’après midi d’un faune (bis). Gaëlle Arquez, mezzo soprano, Orchestre des Champs Elysées. Louis Langrée, direction.

Compte rendu, opéra. Opéra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola. Alessandro Corbelli

Après l’ouverture de la saison du Teatro alla Scala de Milan le 7 décembre dernier, c’est en direct de l’Opéra de Rome que nous assistons à la seconde retransmission dans les cinémas CGR. La Cenerentola (Cendrillon) est l’un des opéras les plus populaires de Gioachino Rossini (1792-1868) ;  pour cette série diffusée dans les salles de cinéma, les responsables de l’Opéra de Rome ont convoqué une distribution de haut vol dominée par le Magnifico d’Alessandro Corbelli en grande forme.

 

Une Cenerentola mitigée à l’Opéra de Rome

 

Emma Dante signe la mise en scène. On peut le regretter d’autant plus qu’il n’y a pas grand chose à sauver. Direction d’acteurs indigente, des idées qui partent dans tous les sens avec des costumes, des décors et des lumières peu convaincants dans l’ensemble. Par exemple si les poupées qui accompagnent Angelina et Don Ramiro sont amusantes lors des premières apparitions des deux personnages, elles deviennent vite assez encombrantes. Quel dommage aussi que le corps de ballet soit si mal utilisé tant pendant l’ouverture que pendant le bal. Si l’on accepte comme base de travail la volonté de montrer le côté noir du conte de fée, était-il vraiment utile de montrer les prétendantes éconduites se suicidant l’une après l’autre pendant le bal ? Certes non, au risque de saisir les enfants présents dans la salle.

 
 
 

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Nous avons, en revanche, plus de satisfaction en ce qui concerne la distribution. A tout seigneur tout honneur, Serena Malfi campe une Cenerentola/Angelina crédible, vocalement très en forme. Malgré des costumes ridicules et un peu perdue dans des décors très minimalistes, la mezzo soprano romaine se sort plutôt bien du maelstrom scénique dans lequel elle se retrouve. Elle assume crânement la tessiture redoutable du rôle et les deux airs qui lui sont dévolus sont chantés avec assurance, notamment le finale, abordé avec une maîtrise digne des plus grandes. Face à Malfi, le ténor argentin Juan Francisco Gatell se montre en pleine possession de ses moyens. Rossini a composé des pages terribles pour la voix de ténor, saluons donc la très belle performance de Gatell qui se sort comme il peut des élucubrations de Dante qui ne manque pas de mauvaises idées en ce qui concerne Don Ramiro. Outre les encombrantes poupées qui accompagnent le prince pendant presque toute la soirée, Angelina ne prend pas le bracelet à son bras mais à son pied ; du coup, Ramiro est obligé de se contorsionner pour regarder le bracelet de sa douce. Ugo Guagliardo remplace au pied levé le baryton invité à chanter Don Alidoro; la voix est belle, ronde, chaleureuse ; il chante son unique aria avec une belle maîtrise. Dominant la scène de la tête et des épaules, Alessandro Corbelli est un Don Magnifico de grand luxe ; comédien consommé, il fait ce qu’il peut avec ce que lui «propose» Emma Dante. Corbelli qui ballade ce rôle depuis de longues années sur toutes les grandes scènes lyriques, donne une leçon de chant grandeur nature : la ligne de chant est impeccable, la voix ferme, les vocalises précises, la technique parfaite. Annunziata Vestri (Tisbe) et Damiana Mizzi (Clorinda) campent deux sœurs au mieux correctes, mais comme leurs collègues elles sont désavantagées par la mise en scène. Vito Priante, lui, est un Dandini hilarant; faux prince et vrai valet, il est peu décidé à se laisser marcher sur les pieds par Don Magnifico et ses filles, il prend un malin plaisir à enfoncer le clou, surtout, lorsqu’au second acte, il revient sous son vrai statut de valet chez Don Magnifico avec Don Ramiro redevenu prince. Le choeur d’hommes de l’Opéra de Rome fort bien préparé par son chef se montre à la hauteur des solistes et tient fort joliment sa place sur scène. Dans la fosse, c’est le chef argentin Alejo Perez qui dirige l’orchestre de l’Opéra de Rome. La battue est ferme, claire, précise. Attentif à ce qui se passe sur le plateau, il accompagne ses chanteurs avec subtilité sans jamais les couvrir.

C’est avec un sentiment final très mitigé que nous avons quitté la salle, n’ayant pas vraiment compris le propos d’Emma Dante a fini par se perdre dans le méandre de ses idées. Nous le regrettons d’autant plus que le plateau réuni pour cette série de La Cenerentola est globalement excellent avec une mention spéciale à Alessandro Corbelli en Don Magnifico; le vétéran a su élever vers le haut une soirée qui dans sa réalisation visuelle, semblait bien mal partie.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Poitiers. CGR Castille en direct de l’Opéra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola, opéra en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti tiré du conte de Charles Perrault (1628-1703) «Cendrillon». Serena Malfi, Angelina (Cenerentola), Juan Francisco Gatell, Don Ramiro, Alessandro Corbelli, Don Magnifico, Ugo Guagliardo, Don Alidoro, Annunziata Vestri, Tisbe, Damiana Mizzi, Clorinda, Vito Priante, Dandini. Choeur et orchestre de l’Opéra de Rome. Alejo Perez, direction. Emma Dante, mise en scène.

 

 

 

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Rossini, Donizetti, Saint-Saëns, Chabrier, Bernstein, Lopez, Delibes, Offenbach, Verdi. Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Pour clôturer cette semaine de l’avent, au cour de laquelle nous avons rencontré le chef d’orchestre Adrien Perruchon et la soprano Isabelle Philippe, nous avons assisté en ce 20 décembre au dernier des quatre concerts de Noël prévus entre jeudi dernier et dimanche. Après le bref raccord d’usage, le public venu nombreux, prend place, en famille ; il y a beaucoup d’enfants dont certains très jeunes, affichent des yeux déjà impatients.

Un très beau succès pour le concert de Noël du Théâtre Auditorium

rantoanina-blaise-tenor-chant-opera-bellini-concert-classiquenewsUne fois l’orchestre installé et le chef monté sur son podium, les musiciens entament avec entrain l’ouverture de La scala di seta, l’un des opéras en un acte de Gioacchino Rossini (1792-1868). Adrien Perruchon, dont c’est la première saison en tant que chef d’orchestre, déploie une maîtrise exemplaire et dirigeant son orchestre avec brio et souplesse. Digne élève d’Esa Pekka Salonen et de François-Xavier Roth, qu’il assiste à Cologne, le jeune maestro Perruchon n’imite jamais ses maîtres. Il met en place un style, rigoureux mais souple ; une gestuelle précise, claire, nette qui lui sont propres. Dans le Rossini qui suit, Isabelle Philippe, très en forme, chante «Una voce poco fa» du Il barbiere di Siviglia) dans sa version pour soprano ; Isabelle Philippe maîtrise parfaitement les redoutables vocalises rossiniennes et couvre aisément la large tessiture de Rosina, nous gratifiant, au passage, d’aigus superbes et bien projetés. Seul bémol : Adrien Perruchon a parfois du mal à contrôler ses musiciens ; l’orchestre couvre la chanteuse à une ou deux reprises. En ce qui concerne «Glitter and be gay», délire proche de l’hystérie extrait de Candide de Léonard Bernstein (1918-1990), la diva Philippe nous montre aussi ses talents de comédienne. Et si dans Lakmé de Delibes, elle ensorcelle son public, l’aigu final est quelque peu tendu et à peine tenu. Malgré ces imperfections, la diction est excellente quelque soit la langue dans laquelle elle chante.

La surprise vient du tout jeune ténor malgache Blaise Rantoanina. Encore étudiant au Conservatoire de Paris, il chante «Una furtiva lagrima» de l’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti (1797-1848) avec une sensibilité et une maîtrise dignes des plus grands Nemorino passés et présents. Avec «Rossignol de mes amours», extrait du Chanteur de Mexico, le jeune chanteur montre une réelle capacité à changer de répertoire et à jouer la comédie. Dans le duo «Happy we» (Candide), Isabelle Philippe et Blaise Rantoanina ne peuvent qu’esquisser un début de comédie tant il est court (tout juste deux minutes de musique). C’est avec le «Duo de la mouche» extrait d’Orphée aux enfer de Jacques Offenbach (1819-1880) qu’ils se libèrent enfin, affirmant l’un comme l’autre, leur vis comica.

Si Adrien Perruchon accorde la priorité à la musique vocale (opéra, opérette, oratorio essentiellement), il n’oublie pas pour autant la musique instrumentale. Ainsi a-t-il programmé deux œuvres qui ont le mérite de montrer deux compositeurs plus connus, l’un et l’autre, comme compositeurs d’opéra. Pour la première pièce, il y a une courte interruption, pour préparer le plateau et, permettre aux solistes de s’installer à leur aise. Après ce bref interlude, le violoniste François-Marie Drieux, violon solo de l’Orchestre Poitou Charentes, et Jean-Marie Trotereau, son premier violoncelle, jouent brillamment «La muse et le poète» de Camille Saint Saëns (1835-1921). Adrien Perruchon accompagne ses deux solistes avec maestria, les laissant exprimer leur virtuosité et leur talent avec sensibilité et sobriété. Complices, les deux hommes dialoguent en toute simplicité. Avec «La fête polonaise» -Le Roi malgré lui d’Emmanuel Chabrier (1841-1894)-, l’orchestre se lance dans une fête endiablée, parfaitement maîtrisée par Perruchon, qui dirige avec une jubilation communicative.

Enchanté par ce qu’il vient d’entendre, le public réserve un accueil enthousiaste aux deux chanteurs, qui reviennent pour donner, en bis, le Brindisi de La traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901). Ils sont accompagnés par le public et un orchestre très en forme parfaitement dirigé par Adrien Perruchon. Concert de Noël éclectique et intensément défendu, qui révèle aussi le talent prometteur du jeune ténor Blaise Rantoanina aux côtés des plus expérimentés, et convaincants, Isabelle Philippe, François Marie Drieux et Jean Marie Trotereau.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Gioacchino Rossini (1792-1868) : La scala di seta (ouverture), Il barbiere di Siviglia (Una voce poco fa), Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore (Una furtiva lagrima), Camille Saint Saëns ( 1835-1921) : La muse et le poète pour violon et violoncelle, Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Le roi malgré lui (fête polonaise), Léonard Bernstein (1918-1990) : Candide (Glitter and be gay, Happy we), Francis Lopez (1916-1995) : Le chanteur de Mexico (Rossignol de mes amours), Léo Delibes : Lakmé (air des clochettes), Jacques Offenbach (1819-1880) : Orphée aux enfers (Duo de la mouche), Giuseppe Verdi (1813-1901) : La traviata (Brindisi, bis). Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Compte rendu, opéra. Poitiers. CGR Castille en direct de Milan. Verdi : Giovanna d’Arco, opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Anna Netrebko, Anna, Francesco Meli, Carlo VII, Devid Cecconi, Giacomo … Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costumes; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, décors; Leah Hausman, chorégraphies; Etienne Guiol, vidéos.

Avec l’abandon de sa collaboration avec le Royal Opera House de Londres, les cinémas CGR de la région-Poitou Charentes en général et de Poitiers en particulier n’ont plus de partenariat squ’avec les grandes scènes lyriques italiennes. C’est ainsi que nous avons pu voir hier en direct, l’ouverture de la saison lyrique de la plus prestigieuse d’entre elles : la Scala de Milan. Pour cette saison 2015 / 2016, La Scala présente un opéra très méconnu de Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco. Pour cette œuvre, Verdi et son librettiste, Temistocle Solera, se sont inspirés du livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Absente de la scène milanaise depuis cent cinquante ans, Giovanna d’Arco y revient estampillée du label «nouvelle production». Dans le rôle-titre, la diva verdienne Anna Netrebko en très grande forme. Quant à la mise en scène, elle a été confiée à un duo français : Mosche Leiser et Patrice Caurier.

 

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco

La Scala ressuscite Giovanna d’Arco des cartons après … 150 ans d’absence à Milan

 

La mise en scène, justement, est quelque peu étrange. Se basant sur la faiblesse, réelle cependant, du livret les deux metteurs en scène ont placé l’action au XIXe siècle dans ce qui ressemble étrangement à un hôpital psychiatrique version bourgeoise. Dans cette optique nous ne quittons jamais vraiment la chambre de la jeune fille qui se prend pour Jeanne d’Arc. De temps en temps, le mur de fond bouge pour permettre au choeur ou aux solistes d’aller et venir sauf dans le premier acte où il est totalement ouvert juste après la victoire de Jeanne et de Charles. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les lumières superbes de Christophe Foret et les chorégraphies de Leah Hausman : la danse des démons lors du duo Carlo/Giovanna est une réussite malgré la crudité de la scène. Les derniers épisodes de l’opéra sont hors sujet. Quelle drôle d’idée de laisser Giovanna sur la scène pendant que son père commente l’ultime bataille dans laquelle elle trouve la mort en sauvant le roi de France. Quant à la mort de Giovanna, elle est un peu bizarre, voire totalement hors sujet. Comme on ne sait plus vraiment si on est sur le champs de bataille du XVe siècle ou dans un hôpital psychiatrique du XIXe siècle, les metteurs en scène font mourir Giovanna, en une scène de la folie de la jeune fille qui se prenait pour la pucelle. Quant aux costumes à part ceux de Giacomo, qui reste résolument au XIXe siècle et de Carlo qui est un peu trop doré détonnant ainsi sur la scène de la Scala, ils vont plutôt bien aux personnages. Dans un tel mélange d’époques et de styles, seul le choeur est bien servi avec des costumes XVe superbes.

 

 

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Vocalement en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Anna Netrebko qui campe Giovanna est éclatante de santé. La voix est somptueuse et la soprano russe utilise son instrument avec une maîtrise quasi parfaite donnant à la jeune héroïne une puissance bienvenue. Si Netrebko a fait de grand progrès comme actrice, elle révèle cependant de sérieux soucis concernant la diction pas toujours très nette. Face à elle, Francesco Meli incarne un Carlo VII flamboyant. Si nous regrettons qu’il soit affublé d’un costume et d’un maquillage excessivement dorés, – trop de dorure tue la dorure-, la voix est chaleureuse, ronde, puissante ; la tessiture correspond parfaitement au rôle. Survolté le jeune ténor donne à Carlo un charisme très fort qui manquait cruellement au véritable Charles VII dans les premières années de son règne. Le cas de Devid Cecconi (Giacomo) est un peu particulier. Appelé par la Scala pour la pré-générale, la générale et l’ante-prima (réservée au jeune public) pour remplacer Carlos Alvarez souffrant qui se contentait de jouer, il a été rappelé en catastrophe pour remplacer son collègue atteint par une bronchite carabinée et interdit de scène juste avant la première par le médecin qui l’a ausculté. Dans ces circonstances, si particulières nous passerons rapidement sur une performance scénique très en-deça de celle de ses deux collègues survoltés par un public tout acquis à leur cause. Il faut quand même bien reconnaître que ce pauvre Giacomo n’est servi ni par la mise en scène ni par son costume XIXe. Vocalement en revanche, Cecconi n’a rien à envier à Alvarez, qu’il remplace très avantageusement, ni à ses partenaires. Et d’ailleurs le public a si bien compris la situation qu’il a acclamé le jeune baryton autant que les deux autres chanteurs. Saluons rapidement le Talbot très honorable de Dmitry Beloselskiy et la trop brève apparition de Michele Mauro (Delil). Dernier personnage de cette Giovanna d’Arco : le choeur de la Scala. Il a été parfaitement préparé par son chef que ce soit pour ses interventions hors scène, les plus difficiles, ou sur scène.

Dans la fosse c’est Riccardo Chailly qui prend en main l’orchestre de la Scala. Excellent musicien et fin connaisseur des opéras de Verdi, le chef, dont nous avions d’ailleurs salué le superbe concert d’ouverture du festival Verdi de Parme en 2013, prend ses musiciens en main avec une belle autorité. La direction de Chailly, qui inaugure ainsi ses prises de fonction comme nouveau directeur musicale de La Scala, est dynamique, juste, sans défaillance. Très attentif à ce qui se passe sur la scène, il veille à ne jamais couvrir ses chanteurs et les accompagne avec un soin tout particulier, ciselant chaque note, chaque phrase tel un magicien soignant ses tours.

Ainsi, nonobstant une mise en scène qui se trouve un peu entre la poire et le dessert, la nouvelle Giovanna d’Arco est musicalement superbe avec un trio complètement survolté. Le pari est d’autant plus grand que cet opéra de Verdi ne renait de ses cendres que depuis peu d’années. Notons aussi qu’il s’agit d’un retour important et très attendu étant donné que Giovanna d’Arco n’avait pas été donnée à la Scala de Milan depuis … 1865. Dans de telles conditions, nous aurions apprécié de voir une mise en scène plus sobre. Il y a néanmoins un vrai travail de réflexion, et nous aurions préféré qu’elle soit effectivement située à l’époque à laquelle se déroule l’histoire et non dans un obscur hôpital psychiatrique du XIXe siècle avec des allers-retours au XVe siècle qui ajoute de la confusion.

Compte rendu, l’opéra au cinéma. Poitiers, CGR Castille en direct de Milan. Giuseppe Verdi (1813-1901): Giovanna d’Arco, opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’Orléans». Anna Netrebko, Anna; Francesco Meli, Carlo VII; Devid Cecconi, Giacomo; Dmitry Beloselskiy, Talbo;, Michele Mauro, Delil. Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costume; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, décors; Leah Hausman, chorégraphies; Etienne Guiol, vidéos.

Hervé Niquet : portrait & entretien. Défrichement et pédagogie

PORTRAIT et entretien. Hervé Niquet : La renaissance du Concert Spirituel, défrichement et pédagogie. A l’occasion de son passage à l’Abbaye aux Dames de Saintes où il dirige un concert du Jeune Orchestre de l’Abbaye, Hervé Niquet a accepté de nous recevoir pour évoquer son parcours avec le Concert Spirituel, l’orchestre qu’il a fondé en 1987, ses projets mais aussi son travail avec le JOA, cet orchestre constitué de jeunes instrumentistes fraîchement diplômés venus du monde entier afin de travailler avec des chefs de renommée internationale dans la maîtrise des instruments anciens.

Niquet herveLe Concert Spirituel. Le premier Concert Spirituel est né en 1725 et a disparu en 1793, pendant la Révolution française. Hervé Niquet qui nous reçoit à l’Abbaye aux Dames, alors qu’il s’apprête à diriger les jeunes instrumentistes du collectif local, le Jeune Orchestre de l’Abbaye, précise : «Je souhaitais fonder mon propre ensemble. Après de multiples recherches, le principe de cet orchestre, spécialisé dans la musique française, m’a interpellé.» Et d’ajouter : «La musique française, à commencer par les grands motets, est largement délaissée par de nombreux musiciens. Il est vrai aussi que monter les grands motets demande un important travail aussi exigeant que la préparation d’un opéra». Le chef conclut : «Il y a un grand nombre d’oeuvres, surtout dans le répertoire baroque français, à découvrir ou à redécouvrir». Depuis 1987, le Concert Spirituel est devenu un ensemble de premier plan défrichant, sous la direction de son chef et fondateur, le répertoire français du XVIIe siècle au XIXe siècle.

Les projets. Après la sortie du CD Herculanum, opéra oublié de Félicien David (1810-1876) et du Gloria d’Antonio Vivaldi (1678-1741) Hervé Niquet ajoute Don Quichotte chez la duchesse opéra bouffon sorti en DVD le 17 novembre; cela permettra de voir ou de revoir la mise en scène de Shirley et Dino». Il ajoute: «J’irai peut-être en Grande Bretagne pour diriger Herculanum; après l’important travail de recherche critique, musicologique et scientifique que cela représente, je suis ravi qu’il soit reconnu. Je regrette cependant que cela soit d’abord en Grande Bretagne et pas en France ». Et concernant le succès public et critique d’Herculanum : «Cela est gratifiant pour nous tous bien sûr» souligne-t-il, avec un bref sourire.

France Musique. Très actif, Hervé Niquet a aussi un chronique dans la Matinale de France Musique. «Je n’y suis que cinq minutes par semaine.». Il poursuit : «Cela demande un travail de réflexion et d’écriture; mais cela permet aussi de faire partager, même brièvement un peu de notre vie d’artistes; une vie difficile certes mais choisie».

Saintes : Le Jeune Orchestre de l'Abbaye se révèle en 2 concertsLe Jeune Orchestre de l’Abbaye. Pour Hervé Niquet ce n’est pas une première : «Je suis déjà venu il y a quatre ans. C’est une expérience que je renouvelle avec plaisir. Le JOA regroupe de jeunes professionnels encore malléables; pour eux travailler avec des chefs différents à chaque fois leur permet d’acquérir une expérience nécessaire pour plus tard, lorsqu’ils intégreront d’autres orchestres.». Et d’ajouter : «Cela me permet aussi de faire «mon marché» pour le Concert Spirituel». Hervé Niquet conclue : «J’attends un haut niveau professionnel et qualitatif de leur part». Et en effet, lors du raccord qui suit notre entretien, le chef travaille et retravaille les passages des trois œuvres au programme du concert (Gossec, Hérold, Mozart), en particulier les passages qui posent le plus de problèmes. Si Hervé Niquet reprend ses musiciens avec humour, il n’en reste pas moins intransigeant, remettant sur le métier, et jusqu’à la dernière minute, cette musique française qu’il aime tant ciseler, avec une implacable rigueur.

herold-ferdinand-louis-portrait-620Le programme du concert. Les trois compositeurs programmés sont tous emblématiques du XVIIIè, mais aussi du premier romantisme symphonique qui reste à redécouvrir en particulier en France. En ce qui concerne François-Joseph Gossec (1734-1829), Hervé Niquet explique : «Gossec est le plus âgé des trois compositeurs du concert de ce soir. D’origine belge, il s’est installé en France qui est rapidement devenue sa patrie. Sa musique, qui s’est intégrée facilement au répertoire français est certes complexe mais aussi très audacieuse.». A propos de Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : «Hérold est un concentré de tout ce qui a précédé. Il y a, dans sa musique, un mélange des techniques de composition héritées de Mozart, Beethoven, Haydn ou Gossec; mais, même s’il est à la croisée des chemins, il innove et sa musique, plaisante, apparemment simple, est complexe, variée, bouillonnant de thèmes et donc très difficile à jouer. A sa manière Hérold préfigure ce que sera Wagner quelques décennies plus tard.». En ce qui concerne Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) il ajoute : «Mozart, lui, il ne s’inspire de personne. Il écoute, rencontre du monde et ingurgite sans efforts. Il a rencontré Gossec lors de son séjour à Paris; ils sont devenus amis lors de ce séjour en France.».

Hervé Niquet, grand défricheur de chefs d’oeuvres oubliés devant l’Eternel contribue depuis de longues années à la renaissance de tout un pan de la musique française depuis la période baroque jusqu’au début du XXe siècle. L’excellent musicien se dévoile à Saintes, fin pédagogue et chef exigeant ; en pilote loquace, argumenté, perfectionniste, il pousse ses jeunes musiciens dans leurs ultimes retranchements pour les amener à s’épanouir et à hausser un peu plus haut leur niveau. A être réactifs, efficaces, concentrés, participatifs. Il le dit d’ailleurs très clairement : «Ce sont de jeunes professionnels qui auront à faire à des chefs exigeants quant à la qualité. Ils devront être au niveau tout de suite». L’excellence instrumentale et interprétative des jeunes musiciens passe par Saintes. Sous la direction d’Hervé Niquet, les jeunes élèves auront atteint une nouvelle marche dans le long apprentissage qui mène parfois à la perfection musicale.

CD : les derniers cd d’Hervé Niquet

LIRE notre compte rendu critique d’Herculanum (avec le Brussels Philhamronic, où brille le diamant vocal de l’excellent Nicolas Courjal)

LIRE notre compte rendu du Gloria de Vivaldi (CLIC de classiquenews de novembre 2015). Les chanteuses du Concert Spirituel renouvellent notre connaissance de la ferveur vénitienne vivaldienne avec un ton saisissant de sincérité collective…

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas Dolié, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva… Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Ayant migré de l’hôtel Saint-Nicolas, où nous avons rencontré deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le théâtre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle où, à notre arrivée, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un après l’autre pour accorder leurs instruments. La représentation de ce mercredi 18 novembre est la quatrième d’une tournée qui compte vingt quatre dates dont plusieurs à l’étranger. Pour ce début de tournée, Emmanuelle De Negri initialement invitée pour chanter le rôle de Susanna est remplacée par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scène de ces Noces de Figaro a été confiée au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une Séville qui se situe quelque part au XXe siècle, la direction d’acteurs et la scénographie sont décortiqués scène par scène. Ainsi le caractère et la personnalité de chaque personnage apparaît dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliés pour autant. La volonté d’ingérence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bégaiement de Curzio est exagérément accentué. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est à la fois parfaitement retors et totalement humain; et si Chérubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de même pour Barberine. Pour autant la scène du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble détonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutôt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu …).

Les décors sont assez réussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir à volonté : le comte qui court après tout ce qui a une jupe, Chérubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et révoltée, secouée par le récit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirée, on voit que l’intense travail de répétition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidéos qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours très heureuses : quelle étrange idée d’associer Chérubin à une gymnaste réalisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu étonnante aussi l’idée de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte à reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriées qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution réunie est jeune, dynamique, soudée. Dans le rôle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a été invité par les responsables de la tournée; d’origine russe, Yuri Kissin possède une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, à la tessiture large qui correspond parfaitement au rôle. Le jeune baryton assume crânement un rôle difficile comprenant trois grands airs chantés avec une assurance et une maîtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractère; déterminée à ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hésite pas à s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, après que cette dernière ait reconnu en Figaro, son fils enlevé quand il était bébé; Susanne est une femme de caractère qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : épouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la très belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levé ; elle a appris le rôle et la mise en scène quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maîtrisée aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La découverte de la soirée est bien Diana Axentii dans le rôle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’à tout récemment mené une belle carrière de mezzo (elle a déjà chanté le rôle de Chérubin dans d’autres productions), change de tessiture et de répertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rôle très importante, plutôt réussie dans l’ensemble même s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours très nets. Néanmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rôle qui lui correspond. Un jeune talent à suivre. Face à la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas Dolié; lui aussi montre une santé insolente et son comte est arrogant. Son désir fou pour la servante de son épouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piège que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisément, Dolié chante l’air qui lui est dévolu «Hai gia vinta la causa? … Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, à l’égal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rôles secondaires, saluons le Chérubin juvénile d’Ambroisine Bré (toujours étudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). Salomé Haller et Frédéric Caton campent de très beaux Marcellina et Bartolo; quant à Eric Vignau, dont nous avons à plusieurs reprises salué le talent de comédien, il est inénarrable en Don Basilio et Don Curzio. Hélène Walter est une Barberine à la fois pétillante et émouvante; son «L’ho perduta» est joliment chanté.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une précision et une rigueur inégalables; chaque mesure, chaque page de la partition est décortiquée, étudiée et reprise sans répit jusqu’à ce que le chef obtienne le résultat souhaité. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’après midi, Alexis Kossenko est très attaché au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le résultat dépasse les espérances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue précise, claire, dynamique.

La réunion de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance à une production très réussie : de belles et jeunes voix prometteuses associées aux vétérans que sont Eric Vignau et Frédéric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scène menée tambour battant par Galin Stoev qui réalise là sa première approche d’un opéra.

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas Dolié, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine Bré, Cherubino, Frédéric Caton, Bartolo/Antonio, Salomé Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, Hélène Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scène, Alban Ho Van, scénographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumières, Clément Debailleul, vidéo.

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Hérold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. Hervé Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce début novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a présenté les fruits de sa première session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la Cité musicale, Saintes ont invité le chef Hervé Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pédagogue, Niquet, qui a programmé deux symphonies de compositeurs français, – son répertoire de prédilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’à la dernière minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le résultat a dépassé ses espérances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervé Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, défend le répertoire français avec une constance bienvenue, a programmé les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siècle. La soirée débute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composée en 1774. Protégé de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thèmes et de rythmes dansants. Le chef, très inspiré dirige ses musiciens avec clarté et fermeté; cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scène comme s’il s’agissait d’une promenade de santé. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisèlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une précision millimétrée. Le public réserve aux instrumentistes félicités audiblement par le maestro à la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux très mérité. Pendant l’année, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprétation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquée à la (re)découverte comme ce soir de partitions oubliées pourtant majeure, réserve à Saintes, des soirées d’accomplissements symphoniques mémorables. Voilà un volet qui renforce la forte activité de Saintes comme cité musicale, une activité qui rend légitime son intitulé.

Après une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mémorable dédié à Gossec, Hérold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirée se poursuit avec la symphonie n°2 en ré majeur (1812) de Louis Ferdinand Hérold (1791-1833). Né l’année même de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Hérold se trouve à la croisée des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions héritées de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, Hérold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile à jouer» nous dit Hervé Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en ré majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple même de cette complexité interprétative dont nous parlait le chef dans l’après midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voûte de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une précision enflammée ; les cinq jours de travail intense qui ont précédé ce concert, ont porté leurs fruits et le résultat est, là aussi, à la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprès une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime œuvre de la soirée : la Symphonie en mi bémol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survolté, Hervé Niquet prend cette 39ème Symphonie a bras le corps; œuvre de la maturité du compositeur salzbourgeois (elle a été composée en 1788), elle complète à merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idées pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les départs d’un simple regard; cependant si Hervé Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tête froide et sa battue reste claire et précise, limpide. Ce Mozart joués près les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne étonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prélude déjà à l’avènement du sentiment et de la passion à peine masquée. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur délectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de réponses, le contraste entre les séquences, l’équilibre dialogué des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les défis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expérience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survolté par un chef exigeant, fin pédagogue et ardent défenseur d’un répertoire qu’il aime éperdument, donne le meilleur de lui-même pendant une soirée d’anthologie. Le public conquis, leur réserve un accueil enthousiaste. Hervé Niquet, farceur et très en forme même après une heure dix de musique, annonce un bis tiré de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clôturant ainsi un concert d’une qualité exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : Symphonie n°2 en ré majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39ème Symphonie en mi bémol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). Hervé Niquet, direction.

Compte rendu concert. Niort. Le Moulin du roc, le 15 octobre 2015. Brahms; Rossini. Téodora Tchoukourska, soprano; Doris Lamprecht, mezzo soprano; Mathieu Muglioni, ténor; Plamen, Beykov, basse. Philharmonie de Roussé; Jean Yves Gaudin, direction.

Créé en 1982 le CoRéAm, COllectif REgional d’Activités Musicales n’a cessé, depuis, de se développer. Depuis une vingtaine d’années il gère deux festivals : le festival de Pâques qui fêtera en 2016 sa treizième édition et le festival d’automne, les Coréades, le plus ancien, qui a débuté début octobre avec de nombreux concerts symphoniques et vocaux. Pour l’édition 2015 des Coréades, ce sont deux compositeurs très différents, par leurs styles respectifs, mais contemporains qui sont mis à l’honneur à l’occasion des concerts vocaux: Johannes Brahms (1833-1897) et Gioacchino Rossini (1792-1868).

Le Moulin du roc accueille les coréades 2015

Si, pour ce concert consacré aux Beautés Romantiques, le choeur, uniquement composé d’amateurs, s’installe en toute discrétion, l’orchestre et son chef sont chaleureusement accueillis par un public venu nombreux.

gaudin jean yves rousse correades JYG4En première partie de soirée Jean-Yves Gaudin, et ses musiciens jouent trois courtes pièces pour choeur et orchestre ou pour choeur, solistes et orchestre de Johannes Brahms (1833-1897). L’Ave Maria, composé pour voix de femmes en 1858, est plutôt bien chanté même si la diction n’est pas toujours très nette et mériterait d’être améliorée. Avec la Rhapsodie pour alto et choeur d’hommes, nous découvrons la mezzo soprano Doris Lamprecht ; la voix est solide et la diction assez bonne. Nous regrettons cependant que la soliste et le choeur d’hommes soient parfois couverts par un orchestre (trop) enthousiaste mais bien préparé par son chef. La troisième pièce, Nänie, composée pour choeur mixte et orchestre est assez peu convaincante : des fausses notes du côté des soprani, une diction trop aléatoire aussi bien chez les hommes que chez les femmes, un orchestre qui couvre trop souvent les choristes. Au final, il y a beaucoup de bonnes intentions et des efforts méritoires pour cette pièce, heureusement assez courte.

Retour de l’entracte, place à Gioacchino Rossini (1792-1868) avec le Stabat Mater qu’il composa à partir de 1831 et en plusieurs étapes à cause des procédures judiciaires qui l’opposèrent au premier destinataire de l’oeuvre, un prêtre espagnol. Jean-Yves Gaudin revient sur le plateau avec le quatuor de solistes qu’il a invités (la soprano initialement invitée a d’ailleurs été avantageusement remplacée). Visiblement survolté par le défi que constitue le chef-d’oeuvre de Rossini, dont la difficulté redoutable n’est pas un mythe, le choeur se lance dans une belle interprétation de ce Stabat Mater. Si nous étions restés sur notre faim en fin de première partie, il semble que le choeur a mis la pause à profit pour s’imprégner de l’oeuvre et le résultat est là : plus de fausses notes, une diction correcte, un engagement total; les deux choeurs a cappella sont chantés juste et bien en place. En ce qui concerne les solistes, la soprano Téodora Tchoukourska dont la voix ample couvre parfaitement la tessiture de la partition, convainc ; des aigus superbes et un médium idéal nous font pleinement apprécier ses interventions et surtout l’Inflamatus chanté avec une maîtrise exceptionnelle. Doris Lamprecht, qui revient après une Rhapsodie mitigée, s’affirme tout aussi brillamment que sa partenaire; la voix peut enfin se développer et épouser la musique de Rossini sans complexes. En revanche le ténor Mathieu Muglioni déçoit ; la voix est peu adaptée au répertoire rossinien : médium épais, aigus peu sûrs, graves écrasés ; du coup le redoutable «Cujus Animam» apparait bien terne et le contre-ré est chanté en voix de tête sonnant étouffé, si peu audible. La basse Plamen Beykov, malgré une voix un peu courte pour la salle, nous fait entendre une performance honorable avec deux arie bien chantées (Pro Peccatis et Eja Mater fons amoris) dont l’un, le second, est a cappella. Nous regrettons néanmoins qu’il soit parfois couvert par l’orchestre.

A la tête de la Philharmonie Nationale de Roussé (Bulgarie), Jean-Yves Gaudin dirige avec clarté et précision même si les nuances ne sont pas toujours au rendez-vous. L’orchestre couvre parfois le choeur et les solistes que se soit en première partie de soirée (notamment dans la Rhapsodie de Brahms) ou, après la pause, pendant le Stabat Mater de Rossini. Cependant la performance de l’orchestre est d’un niveau très honorable, surtout en seconde partie.

Malgré les imperfections, somme toutes mineures du côté du choeur (diction aléatoire et fausses notes dans le Nänie de Brahms), le Coréam et la Philhamonie Nationale de Roussé (Bulgarie) nous ont offerts de beaux moments surtout dans le Stabat Mater de Rossini qui a visiblement surmotivé un choeur qui, rappelons le est uniquement composé d’amateurs. Il aura fallu passer le prélude encore bancal des trois pièces de Brahms données en début de soirée, pour goûter pleinement le jeu des interprètes dans le Rossini.

Illustration : Jean-Yves Gaudin le chef d’orchestre

LIRE aussi notre compte rendu de l’Orchestre Philh. de Roussé et Jean-Yves Gaudin (Haydn : Les Saisons) en octobre 2011 à Poitiers.