CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Chrystoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE

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dépêches

  • verdi macbeth anna netrebko rene pape fabio luisi metropolitan opera deutsche grammophon review critique dvd CLASSIQUENEWS presentation and account of review dvd classiquenews

    ARTE, le 21 juin 2018. VERDI, Macbeth, Anna Netrebko
 Anna Netrebko chante Lady Macbeth, Ă  Berlin pour le fĂȘte de l’été  Ses prĂ©cĂ©dentes prises de rĂŽles chez Verdi lui ont valu une couronne de lauriers et de roses, celle que l’on destine aux plus grandes divas actuelles : Leonora du TrouvĂšre (chantĂ©e Ă  Salzbourg et diffusĂ© aussi sur Arte, Traviata rĂ©cemment Ă  l’OpĂ©ra Bastille
) ou encore AĂŻda…, la soprano Anna Netrebko poursuit son itinĂ©raire d’exception, sachant choisir les rĂŽles qui lui vont. L’ardente et si suave fĂ©minitĂ© de la diva dĂ©fend les couleurs fauves, crĂ©pusculaires et de plus en plus…

  • Bernstein leonard PortrĂ€t couleur 1980 300

    LILLE, ONL. les 29 et 30 juin. BERNSTEIN: MASS. Sommet dĂ©jantĂ© mais manifeste pacifiste et humaniste en pleine guerre froide (1971), MASS est une oeuvre plĂ©thorique que son Ă©clectisme rend inclassable. C’est pourtant une partition propre au gĂ©nie protĂ©iforme de Bernstein que l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch abordent, en un programme majeur qui est le temps fort des cĂ©lĂ©brations Bernstein en France, pour le centenaire Bernstein 2018.
    vendredi 29 juin 20h
    samedi 30 juin 18h30
    Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
     
    BILLETTERIE EN LIGNE
    MASS BERNSTEIN
    Direction : Alexandre Bloch
    Récitant  : Brett Polegato
    Orchestre National de…

  • jurowski vladimir chef maestro par classiquenews

    France Musique. Dim 1er juillet 2018, 20h. MOUSSORGSKI : BORIS GODOUNOV. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, (enregistrĂ© le 7 juin 2018), la production dirigĂ©e par l’excellent Vladimir Jurowski investit le plateau de la scĂšne parisienne avec une distribution assez passe partout, plutĂŽt lisse mĂȘme, en dĂ©pĂźt des personnages que le compositeur, gĂ©nie de l’opĂ©ra romantique russe avant Tchaikovski, a su dĂ©velopper. On ne dira quasient rien de la mise en scĂšne plate, ennuyeuse, sans idĂ©e du thĂ©Ăątreux Ivo van Hove payĂ© trĂšs cher sur la scĂšne de bastille pour rĂ©duire la trame de Boris, Ă  l’assassinat de Dimtri (en images dĂ©multipliĂ©e donc…

  • bruckner 7 symphonie andris nelsons gewandhaus leipzig critique cd cd review par classiquenews

    CD, critique. BRUCKNER : 7Ăš Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 – 1 cd DG). La 7Ăš de Bruckner est un sommet autant majestueux que d’une tendresse infinie, celle d’un organiste devenu par la seule force de sa volontĂ©… symphoniste de premier plan, immensĂ©ment dĂ©vouĂ© Ă  l’exemple de Wagner. Toute la 7Ăš est un hommage et une cĂ©lĂ©bration de l’oeuvre wagnĂ©rien. Bruckner sincĂšre et entier, bien que trĂšs tardivement cĂ©lĂ©brĂ© comme compositeur, – son premier succĂšs est justement la 7Ăš, acclamĂ© alors qu’il a dĂ©jĂ  60 ans, dĂ©veloppe de superbes couleurs funĂšbres et intimistes.
    Andris Nelsons poursuit son intĂ©grale…

  • dusau guillaume basse opera portrait par classiquenews

    ENTRETIEN avec Guillaume Dussau, basse. Pour classiquenews, la basse française Guillaume Dussau prĂ©cise ses champs de travail et ses goĂ»ts musicaux. Admirateur des lĂ©gendaires Cesare Siepi et Maurizio Arena, le chanteur se passionne aussi pour la crĂ©ation : chanter et jouer des personnages nouveaux sont les deux volets complĂ©mentaires d’un dĂ©fi excitant. Dans le rĂ©pertoire plus connu, l’interprĂšte affectionne les grands rĂŽles de basse verdiennes (Zaccaria dans Nabucco, ou Sparafucile dans Rigoletto), mais dans l’opĂ©ra français, il dĂ©fend la noirceur hypnotique de MĂ©phistophĂ©lĂšs (Faust de Gounod) ou l’ivresse dĂ©sirante, irrĂ©pressible de Zuniga (dans Carmen de Bizet)
 Guillaume Dussau rĂ©pond Ă …

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    radio

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  • France Musique. Dim 1er juillet 2018, 20h. MOUSSORGSKI : BORIS GODOUNOV. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, (enregistrĂ© le 7 juin 2018), la production dirigĂ©e par l’excellent Vladimir Jurowski investit le plateau de la scĂšne parisienne avec une distribution assez passe partout, plutĂŽt lisse mĂȘme, en dĂ©pĂźt des personnages que le compositeur, gĂ©nie de l’opĂ©ra romantique russe avant Tchaikovski, a su dĂ©velopper. On ne dira quasient rien de la mise en scĂšne plate, ennuyeuse, sans idĂ©e du thĂ©Ăątreux Ivo van Hove payĂ© trĂšs cher sur la scĂšne de bastille pour rĂ©duire la trame de Boris, Ă  l’assassinat de Dimtri (en images dĂ©multipliĂ©e donc…

  • France Musique : 11-17 juin 2018 : SEMAINE GOUNOD. Bicentenaire de la naissance de GOUNOD / CĂ©lĂ©bration annĂ©e Charles Gounod 2018. NĂ© le 17 juin 1818 Ă  Paris, Charles Gounod est Ă  l’honneur durant toute cette semaine sur France Musique. Au programme : Ă©missions quotidiennes, concert en direct de l’Auditorium de la Maison de la Radio Ă  Paris et retransmission de son opĂ©ra Le Tribut de Zamora, enregistrĂ© Ă  Munich. La France se montre quant Ă  elle pauvre en cĂ©lĂ©brations pertinentes, preuve que, encore et toujours, l’initiative concernant le regain d’intĂ©rĂȘt pour notre patrimoine romantique français vient de l’étranger. LIRE…


    télé

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  • FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE. Affiche d’étĂ© pour ce nouveau magazine musical prĂ©sentĂ© par Anne Saint-Clair. Fauteuils d’Orchestre prend ses quartiers d’étĂ©, ce 4 juillet au sein du Festival d’Aix-en-Provence qui fĂȘte ses 70 ans. C’est donc l’un des plus anciens festivals estival français, instituĂ© au lendemain de la seconde guerre, comme une initiative fĂ©dĂ©ratrice, oĂč les opĂ©ras de Mozart composaient alors (comme Ă  Salzbourg, son modĂšle instituĂ© en 1922 par Richard Strauss entre autres), le cƓur Ă©clatant.
    Depuis soixante-dix ans, la vocation du Festival d’Aix-en-Provence a toujours Ă©tĂ© de valoriser l’art lyrique, en invitant des…

  • ARTE, le 21 juin 2018. VERDI, Macbeth, Anna Netrebko
 Anna Netrebko chante Lady Macbeth, Ă  Berlin pour le fĂȘte de l’été  Ses prĂ©cĂ©dentes prises de rĂŽles chez Verdi lui ont valu une couronne de lauriers et de roses, celle que l’on destine aux plus grandes divas actuelles : Leonora du TrouvĂšre (chantĂ©e Ă  Salzbourg et diffusĂ© aussi sur Arte, Traviata rĂ©cemment Ă  l’OpĂ©ra Bastille
) ou encore AĂŻda…, la soprano Anna Netrebko poursuit son itinĂ©raire d’exception, sachant choisir les rĂŽles qui lui vont. L’ardente et si suave fĂ©minitĂ© de la diva dĂ©fend les couleurs fauves, crĂ©pusculaires et de plus en plus…


    concerts et opéras

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  • LILLE, ONL. les 29 et 30 juin. BERNSTEIN: MASS. Sommet dĂ©jantĂ© mais manifeste pacifiste et humaniste en pleine guerre froide (1971), MASS est une oeuvre plĂ©thorique que son Ă©clectisme rend inclassable. C’est pourtant une partition propre au gĂ©nie protĂ©iforme de Bernstein que l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch abordent, en un programme majeur qui est le temps fort des cĂ©lĂ©brations Bernstein en France, pour le centenaire Bernstein 2018.
    vendredi 29 juin 20h
    samedi 30 juin 18h30
    Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
     
    BILLETTERIE EN LIGNE
    MASS BERNSTEIN
    Direction : Alexandre Bloch
    Récitant  : Brett Polegato
    Orchestre National de…

  • PARIS, le 17 et 20 juin 2018. Le CHANT DU TRÔNE, « pastiche baroque ». La Compagnie lyrique Ephemerios ressuscite le principe du pasticcio baroque et prĂ©sente un spectacle lyrique associant de nombreux airs d’opĂ©ras de plusieurs compositeurs, unifiĂ©s autour d’un thĂšme majeur, ici la figure de l’empereur NĂ©ron. Adolescent infĂ©odĂ© Ă  sa mĂšre, l’ambitieuse Agrippine ; empereur fragile et dĂ©vorĂ© par son dĂ©sir pour la belle PoppĂ©e (au point de rĂ©pudier son Ă©pouse en titre la fiĂšre Octavie), politique artiste qui se voyait Ă  l’égal des plus grands poĂštes de la Rome antique
 la silhouette de ce personnage devenu…

  • LILLE, le 16 juin 18 : INSCAPE, HECTOR PARRA. A 18h30, L’ONL Orchestre national de Lille prĂ©sente la derniĂšre crĂ©ation de son compositeur en rĂ©sidence (avec Benjamin Atahir), le catalan Hector Parra : « INSCAPE ». Pour mieux comprendre enjeux et sens, comme dĂ©roulement (spatialisĂ©) et instrumentarium de la nouvelle piĂšce pour orchestre, le directeur musical de l’ONL, Alexandre Bloch prend le micro et en prĂ©ambule, prĂ©sente quelques extraits de la partition
 pour transmettre au public prĂ©sent Ă  la crĂ©ation de l’oeuvre, plusieurs clĂ©s d’écoute. PrĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©e Ă  Barcelone le 19 mai dernier, Inscape est une Ɠuvre immersive, conçue pour…

  • Val d’Europe. Les Musicales : Dim 10 juin 2018. Le Val d’Europe c’est une agglomĂ©ration sise dans le secteur EST de Paris, dĂ©signant la ville nouvelle de MARNE LA VALLÉE (77), Ă  seulement 35 km de la Capitale par le RER A ou la ligne Ă  grande vitesse Interconnexion Est du TGV
, c’est dĂ©sormais (surtout) une offre culturelle et musicale qui rayonne sur le territoire grĂące Ă  la saison « les Musicales du Val d’Europe », soit 7 communes qui ont pour nom Bailly-Romainvilliers, Chessy, Coupvray, Magny-le-Hongre, Serris, Villeneuve-le-Comte, Villeneuve-Saint-Denis.
    En 2017 – 2018, la saison se dĂ©veloppe ainsi en…

  • PARIS, le 17 et 20 juin 2018. Le CHANT DU TRÔNE, « pastiche baroque ». La Compagnie lyrique Ephemerios ressuscite le principe du pasticcio baroque et prĂ©sente un spectacle lyrique associant de nombreux airs d’opĂ©ras de plusieurs compositeurs, unifiĂ©s autour d’un thĂšme majeur, ici la figure de l’empereur NĂ©ron. Adolescent infĂ©odĂ© Ă  sa mĂšre, l’ambitieuse Agrippine ; empereur fragile et dĂ©vorĂ© par son dĂ©sir pour la belle PoppĂ©e (au point de rĂ©pudier son Ă©pouse en titre la fiĂšre Octavie), politique artiste qui se voyait Ă  l’égal des plus grands poĂštes de la Rome antique
 la silhouette de ce personnage devenu…

  • LILLE, ONL. les 29 et 30 juin. BERNSTEIN: MASS. Sommet dĂ©jantĂ© mais manifeste pacifiste et humaniste en pleine guerre froide (1971), MASS est une oeuvre plĂ©thorique que son Ă©clectisme rend inclassable. C’est pourtant une partition propre au gĂ©nie protĂ©iforme de Bernstein que l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch abordent, en un programme majeur qui est le temps fort des cĂ©lĂ©brations Bernstein en France, pour le centenaire Bernstein 2018.
     

    vendredi 29 juin 20h
    samedi 30 juin 18H30
    Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
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    MASS BERNSTEIN
    Direction : Alexandre Bloch
    Récitant  : Brett Polegato
    Orchestre National de…

  • PARIS, Concert DEBUSSY : duo Tsybakov / HervĂ©, le 8 juin 2018. L’éditeur PARATY propose un Ă©tonnant concert (Bal Blomet, Paris, 15Ăš ardt), dont l’un des volets se cocnentre sur le centenaire DEBUSSY 2018. A l’occasion de la parution rĂ©cente du cd « Dialogue de l’Eau et de l’Air », dĂ©fendu par le couple des pianistes Vera Tsybakov et Romain HervĂ©, – LIRE notre « focus cd » dĂ©diĂ© sur l’album-, PARATY organise le concert du programme oĂč les Ă©poux pianistes mettent en lumiĂšre par un jeu croisĂ© trĂšs original, l’élĂ©gance aĂ©rienne et le raffinement aquatique qui structurent toute la…

  • ORLEANS, Orch Symphonique : les 16 et 17 juin 2018. O FORTUNA. Somptueux programme que celui dĂ©fendu par l’Orchestre symphonique d’OrlĂ©ans et son chef Marius Stieghorst. Le dernier rv symphonique Ă  OrlĂ©ans pour cette saison 2017 – 2018 met l’accent sur la combinaison choeur et orchestre, un fil rouge dĂ©veloppĂ© pendant toute la saison : un dĂ©fi aussi pour le chef qui doit piloter des effectifs ambitieux et construire une cathĂ©drale sonore, dans le souffle et la ciselure soliste. A travers les 3 piĂšces choisies, – autour des annĂ©es 1930-, ce sont surtout les mĂ©lodies populaires qui fondent un riche…

  • TOURS, OpĂ©ra. Les 9 et 10 juin : BEETHOVEN. Fantaisie pour piano, choeur et orchestre. Deux monstres du romantisme germanique se dĂ©voilent Ă  Tours sous la baguette de Benjamin Pionnier, avec la complicitĂ© du pianiste David Bismuth. Aux  cĂŽtĂ©s du cĂ©lĂ©brissime Concerto pour piano n°4 de Beethoven, place au dĂ©fi choral et orchestral du Requiem de Cherubini, directeur au Conservatoire de Paris et figure haĂŻe par Berlioz
 C’est un point d’accomplissement pour le choeur maison, sous la direction d’Alexandre Herviant.
    La perle du concert pour nous demeure la Fantaisie sublime qu’a conçu Beethoven pour piano, choeur et orchestre en 1808,…

  • LILLE, le 16 juin 18 : IMMERSION, HECTOR PARRA. A 18h30, L’ONL Orchestre national de Lille prĂ©sente la derniĂšre crĂ©ation de son compositeur en rĂ©sidence (avec Benjamin Atahir), le catalan Hector Parra : « INSCAPE ». Pour mieux comprendre enjeux et sens, comme dĂ©roulement (spatialisĂ©) et instrumentarium de la nouvelle piĂšce pour orchestre, le directeur musical de l’ONL, Alexandre Bloch prend le micro et en prĂ©ambule, prĂ©sente quelques extraits de la partition
 pour transmettre au public prĂ©sent Ă  la crĂ©ation de l’oeuvre, plusieurs clĂ©s d’écoute. PrĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©e Ă  Barcelone le 19 mai dernier, Inscape est une Ɠuvre immersive, conçue pour…

  • ONL, HAYDN en tournĂ©e : 16 < 25 mai 2018. Phalange dĂ©mocratique, l’ONL Orchestre National de Lille se fait itinĂ©rant et part en tournĂ©e sur le territoire lillois et s’offre en 5 dates, un voyage rĂ©gional diffusant « la joie de vivre de Monsieur Haydn ». Le pĂšre de la symphonie, d’une Ă©lĂ©gance rare, et d’une orchestration des plus raffinĂ©es permet Ă  l’orchestre de retrouver son chef, Alexandre Bloch, et de renouveler l’expĂ©rience des « Belles Sorties de la MĂ©tropole EuropĂ©enne de Lille » soit 4 concerts en mĂ©tropole lilloise Ă  partir de ce mercredi 16 mai, et un concert…

  • AVIGNON, Mus Calvet : rĂ©cital LĂ©a Desandre, le 13 mai 2018, 18h30. JEUNE DIVA A SUIVRE… La saison Musique Baroque en Avignon poursuit son exploration des musiques anciennes et invite la jeune mezzo LĂ©a Desandre, jeune diva baroque particuliĂšrement convaincante, dĂ©jĂ  aurĂ©olĂ©e d’une Victoire de la Musique Classique (RĂ©vĂ©lation lyrique 2017) : chant ardent et incarnĂ©, agilitĂ© et souffle assurĂ©, la cantatrice a dĂ©butĂ© une carriĂšre internationale qui ambitionne demain les grands rĂŽles haendĂ©liens (Ariodante, sur les traces d’une Anne Sofie von Otter) ; mais LĂ©a Desandre a conquis le public en incarnant Messaggeria dans l’Orfeo de Monteverdi (rĂŽle qu’elle…

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  • CULTUREBOX : Nabucco Ă  Lille, le 26 mai 2018, 18h. Giuseppe Verdi, Nabucco – OpĂ©ra de Lille, 2018 (durĂ©e : 2h30). L’opĂ©ra politique de Verdi prend une rĂ©sonance actuelle dans la mie en scĂšne et la conception de Marie-Eve Signeyrole : l’ivresse du pouvoir qui rend fou, la domination de Babylone sur le peuple hĂ©breu
 suscitent des mouvements de foule, rĂ©fugiĂ©s et apatrides en errance. VoilĂ  une passerelle dĂ©signĂ©e vers notre actualitĂ© oĂč se pose la question des migrants que l’on repoussent partout sans guĂšre rĂ©soudre les causes Ă  leurs sources. Ici deux choeurs relĂšvent le dĂ©fi de la masse…

  • INTERNET, live, ce soir. HAENDEL : Messie, G. Vashegyi, ce soir Ă  19h30. En quelques annĂ©es, grĂące Ă  ses concerts Ă©blouissants dĂ©diĂ©s au Baroque français (Mondonville, Rameau, dont le rĂ©cent NaĂŻs, enregistrĂ© et publiĂ© en mai 2018 est devenue une rĂ©fĂ©rence : lire notre critique de NaĂŻs par G. Vashegyi), le chef hongrois György Vashegyi ne cesse de convaincre pilotant de grands effectifs, choeur et solistes, avec son propre orchestre sur instruments anciens, Orfeo Orchestra. Le sens de l’architecture, le souci de la clartĂ© et de l’intelligibilitĂ©, ce feu ardent qui manque souvent aux chefs français pourtant ici et lĂ …

  • EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des…

  • En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).
     
    NĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et…

  • En direct sur internet. Fairy Queen en direct sur internet, ce jour 19h30 sur le www.mupa.hu. C’est le chef dont on parle en Hongrie : Gyorgy Vashegyi, qui a dirigĂ© de mains de maĂźtre Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015 (l’un des meilleurs apports de l’annĂ©e Rameau Ă  ce jour, avec le programme Rameau par le jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂźt Babel : 2 disques ” CLIC” de CLASSIQUENEWS en 2014 et 2015), rĂ©alise en direct sur internet ce soir, 19h30 sur le site du Palais des Arts De Budapest (www. mupa.hu), la fantaisie lyrique Fairy Queen d’Henry…


    cinéma

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  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…

  • CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinĂ©ma diffusent la prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique europĂ©enne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.
     
     
    A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le…

  • CinĂ©ma. Strauss : ELEKTRA, le 30 avril 2016, 18h45. En direct du Metropolitan opera New York, samedi 30 avril 2016,1845h. RĂŽle incandescent, voix hurlante embrasĂ©e proche de la rupture et du cri primal, animĂ©e par une fureur vengeresse … que seul son frĂšre Oreste saura apaiser (en prenant sa dĂ©fense et l’aidant Ă  rĂ©aliser son projet), Elektra est l’un des rĂŽles pour soprano les plus ambitieux, du fait de l’Ă©criture du chant, du fait a surtout de la prĂ©sence scĂ©nique du personnage quasiment toujours en scĂšne (comme Suzanna dans les Noces de Figaro de Mozart ou Ă  prĂ©sent depuis la…


    expos

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  • SAINT-DENIS, Exposition « MARIA CALLAS, inconnue » du 5 au 27 avril 2018. L’universitĂ© PARIS 8 Ă  Saint-Denis accueille un cycle d’évĂ©nements dĂ©diĂ©s Ă  Maria Callas, le 5 avril prochain, suivi d’une exposition MARIA CALLAS, inconnue, ouverte au public du 6 au 27 avril 2018. On pensait tout connaĂźtre de la diva lĂ©gendaire, icĂŽne lyrique mais aussi vedette mĂ©diatique, ambassadrice de la mode, de l’élĂ©gance parisienne propre aux annĂ©es 1950 et 1960. Le cycle d’évĂ©nements et l’exposition d’avril 2018 ont Ă©tĂ© conçus par Jean-Jacques Hanine-Roussel, historien de l’opĂ©ra, biographe et doctorant du LER (Laboratoire d’Etudes Romanes, Paris 8). Jean-Jacques Hanine-Roussel…

  • PARIS. EXPOSITION, CATALOGUE : PATRICE CHÉREAU, METTRE EN SCÈNE L’OPÉRA, dĂšs le 18 novembre 2017. Metteur en scĂšne, cinĂ©aste et comĂ©dien, Patrice ChĂ©reau (1944-2013) a marquĂ© la mise en scĂšne d’opĂ©ra. SimultanĂ©ment Ă  la reprise de De la maison des morts de LeoĆĄ Janáček Ă  l’OpĂ©ra Bastille, l’OpĂ©ra national de Paris et la BibliothĂšque nationale de France prĂ©sentent dans la galerie musĂ©e de l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, la premiĂšre exposition exclusivement consacrĂ©e au parcours de l’homme de thĂ©Ăątre sur les scĂšnes lyriques. Á travers les onze productions qu’il a rĂ©alisĂ©es, Patrice ChĂ©reau a apportĂ© un nouveau souffle Ă  la mise…

  • EXPO, PARIS. Derniers jours pour l’exposition MARIA CALLAS Ă  l’Istituto Italiano di Cultura (7Ăš ardt). Jusqu’au 4 octobre 2017. C’est bien l’exposition la plus originale et la mieux conçue actuellement, cĂ©lĂ©brant les 40 ans de la mort de Maria Callas. La soprano dramatique et lyrique y est magnifiquement Ă©voquĂ©e Ă  travers les costumes des hĂ©roĂŻnes qu’elle a incarnĂ©e dans les annĂ©es 1950, sur la scĂšne de la Scala de Milan. C’est lĂ  que les spectateurs dĂ©jĂ  connaisseurs d’une voix sublime et d’un tempĂ©rament rĂ©aliste inouĂŻ, dĂ©couvre la nouvelle silhouette de la prima donna : celle d’une Ă©lĂ©gante sirĂšne ayant rĂ©ussi…

  • PARIS, EXPOSITION :Mozart, Une passion française,20 juin – 24 septembre 2017. BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra. MOZART et les français
 La BibliothĂšque nationale de France et l’OpĂ©ra national de Paris prĂ©sentent une exposition Ă©vĂ©nement, consacrĂ©e Ă  Wolfgang Amadeus Mozart : l’enfant, adolescent et ses premiers voyages en France, jusqu’à la gloire du musicien accompli et mĂ»r, puis son apothĂ©ose posthume sur les diverses scĂšnes lyriques nationales. Quel est la nature de la relation de la France et de Mozart, du vivant du compositeur puis aprĂšs sa mort ? À travers une sĂ©lection de 140 piĂšces, dont certaines inĂ©dites, issues pour la plupart…

  • EXPOS, PARIS, Palais Garnier. « Mozart, Une passion française ». BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra, 20 juin – 24 septembre 2017. La BibliothĂšque nationale de France et l’OpĂ©ra national de Paris prĂ©sentent une exposition consacrĂ©e Ă  Mozart, de ses premiers voyages en France jusqu’à sa gloire posthume sur les diverses scĂšnes lyriques nationales. En 140 piĂšces sĂ©lectionnĂ©es pour l’occasion, dont certaines inĂ©dites, issues pour la plupart des collections de la BibliothĂšque nationale de France, l’exposition parisienne retrace les grandes Ă©tapes de la reconnaissance du compositeur par le public français : fascination d’abord, pour la prĂ©cocitĂ© de l’enfant prodige, adaptation, ensuite, de ses…


CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Chrystoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE

gounod-charles-dossier-2018-gounod-2018-centenaire-Charles_Gounod_001CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Chrystoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE. Baryton mordant et souple, d’une diction flexible et dĂ©taillĂ©e, prĂ©cise et nuancĂ©e, Tassis Christoyannis a construit pas Ă  pas une solide carriĂšre d’interprĂšte qui sur les planches est complĂ©tĂ©e par un rĂ©el talent d’acteur : classiquenews en a tĂ©moignĂ© dans les derniĂšres productions prĂ©sentĂ©es Ă  l’OpĂ©ra de Tours chez Puccini (Il Tabarro) ou chez Mozart (superbe et Ă©lectrique Don Giovanni). En diseur, le chanteur relĂšve les dĂ©fis de la prosodie et de l’articulation du français avec la mĂȘme intelligence propice, dĂ©voilant non sans lĂ©gitimitĂ©, le gĂ©nie du Gounod mĂ©lodiste. Or celui ci demeure mĂ©connu, il a pourtant laissĂ© plus de 120 titres dont le tiers en 
 anglais (composĂ©es lors de son exil entre 1870 et 1874 Ă  Londres, aprĂšs la chute du Second Empire ; et ici, reprĂ©sentĂ©es par les 3 mĂ©morables : Maid of Athens, Good night, Sweet baby, sleep
).

Le génie du Gounod mélodiste enfin révélé

GOUNOD-melodies-tassis-christoyannis-critique-cd-review-cd-par-classiquenewsDe Berlioz et ses Nuits d’étĂ©, on retrouve d’ailleurs le poĂšme de ThĂ©ophile Gaultier : « Ma belle amie est morte », mis en musique par Gounod, en ouverture de ce fabuleux programme, d’autant mieux convaincant, qu’il est chantĂ© par un homme, versus une femme chez Berlioz. ComplĂ©tant l’évolution du genre avant FaurĂ© et Massenet, Ravel et Debussy, les mĂ©lodies de Gounod offrent une attention spĂ©cifique aux textes poĂ©tiques et Ă  la ligne du piano, de moins en moins accompagnateur et plutĂŽt complice et partenaire du chant inspirĂ©. Le timbre du baryton Ă©claire de l’intĂ©rieur chaque poĂšme, avec une acuitĂ© de sculpteur ; une aisance et une certitude dĂ©taillĂ©e qui indique aussi sa sensibilitĂ© de peintre, soucieux du caractĂšre comme de la couleur de chaque sĂ©quence poĂ©tique. Un tel mĂ©tier s’est accompli et enrichi au cours de ses prĂ©cĂ©dents programmes de mĂ©lodies françaises dĂ©diĂ©s Ă  Lalo, de la Tombelle, FĂ©licien David sans omettre Benjamin Godard. Avec Gounod, la suavitĂ© lumineuse et ce mordant linguistique sont ciselĂ©s avec davantage encore de suggestion nuancĂ©e (comme de flexibilitĂ©, passages en voix mixte comme en voix de tĂȘte). Un travail d’orfĂšvre qui sauve enfin notre connaissance encore si confidentielle de l’histoire de la mĂ©lodie française romantique.

CLIC D'OR macaron 200Au clavier, Jeff Cohen, alerte, prĂ©cis, et lui aussi nuancĂ©, dĂ©ployant mille nuances entre le forte et le piano, indique ce Gounod, prĂ©curseur de FaurĂ©, vrai poĂšte de l’élĂ©gance rentrĂ©e et de la pudeur orfĂ©vrĂ©e. Superbe rĂ©cital. VoilĂ  n bien bel ouvrage qui comble notre mĂ©connaissance du Gounod mĂ©lodiste, tout en enrichissant le catalogue des Ă©ditions majeures du Bicentenaire GOUNOD 2018

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CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Christoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE – durĂ©e : 1h20mn – enregistrĂ© en dec 2017.

FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE / AIX 2018

france3 logo 2014FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE. Affiche d’étĂ© pour ce nouveau magazine musical prĂ©sentĂ© par Anne Saint-Clair. Fauteuils d’Orchestre prend ses quartiers d’étĂ©, ce 4 juillet au sein du Festival d’Aix-en-Provence qui fĂȘte ses 70 ans. C’est donc l’un des plus anciens festivals estival français, instituĂ© au lendemain de la seconde guerre, comme une initiative fĂ©dĂ©ratrice, oĂč les opĂ©ras de Mozart composaient alors (comme Ă  Salzbourg, son modĂšle instituĂ© en 1922 par Richard Strauss entre autres), le cƓur Ă©clatant.
Depuis soixante-dix ans, la vocation du Festival d’Aix-en-Provence a toujours Ă©tĂ© de valoriser l’art lyrique, en invitant des artistes dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbres et au rayonnement international, mais aussi de jeunes musiciens, chanteurs, compositeurs ou metteurs en scĂšne prometteurs. C’est en compagnie de certains de ces artistes fidĂšles au Festival qu’Anne Sinclair fĂȘte l’anniversaire d’un Ă©vĂ©nement qui malgrĂ© l’élargissement de ses activitĂ©s et la multiplication des actions de sensibilisation, n’en reste pas moins l’un des festivals les plus Ă©litiste de l’été : sont conviĂ©s sur le plateau de France 3 Ă  Aix, les sopranos StĂ©phanie d’Oustrac, Julie Fuchs, Sabine Devieilhe ; les tĂ©nors Charles Castronovo, Stanislas de Barbeyrac, le Quatuor Arod, mais aussi Josef Wagner, Huw Montague Rendall, Jakub JĂłsef Orlinski, Mari Eriksmoen, Kelebogile Besong, Vincent Huguet, Robert Carsen, Erik Orsenna

Au programme, du Mozart, bien sĂ»r, puisque chaque annĂ©e depuis sa crĂ©ation le Festival le met Ă  l’honneur, mais aussi Bizet, Purcell, Rossini, Strauss, Haendel
 Avec l’Orchestre de Paris, dirigĂ© par Louis LangrĂ©e.

 
 

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FAUTEUILS D’ORCHESTRE. FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE. Au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence PrĂ©sentĂ©e par Anne Sinclair

 
 
 
 

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PrĂ©cĂ©dents numĂ©ros du magazine FAUTEUILS D’ORCHESTRE sur FRANCE 2 :

 
 

logo_france_3_114142_wideFRANCE 3, Lundi 18 dĂ©cembre 2017, 20h55. Fauteuils d’orchestre. Avec Roberto Alagna, Aleksandra Kurzak, Frederico Alagna, Natalie Dessay, la famille Casadesus : Jean-Claude, Caroline, Thomas et David Enhco, Khatia Buniatishvili et sa sƓur Gvantsa, Anne et Yann QueffĂ©lec et Gaspard Dehaene, Sarah et Deborah Nemtanu, Diana Damrau et son Ă©poux Nicolas TestĂ©, les enfants du projet DEMOS, Jodie Devos, le Sirba Octet
 AnimĂ© par Anne Sinclair. EN LIRE +

   
 

fauteuil-d-orchestre-renaud-capucon-france3-582France 3. Renaud Capuçon, Fauteuils d’orchestre, le 6 janvier 2017, 20h55. France 3 joue la carte culture et musique en prime, grĂące Ă  sa case « Spectacles ». AprĂšs avoir consacrer les mĂ©rites du baryton Ruggero Raimondi, le Don Giovanni de Losey, voici le violoniste français Renaud Capuçon, ses amis, son frĂšre (Gauthier, violoncelliste) et bien d’autres invitĂ©s. Le classique s’invite dans votre salon, en grand format pour prĂ©senter « le parcours d’une vie », mĂȘme si le violloniste ainsi fĂȘtĂ© est loin d’avoir fini sa carriĂšre. EN LIRE +

 
 

france3 logo 2014CE SOIR. France 3, vendredi 11 dĂ©cembre 2015. Fauteuilsraimondi ruggero baryton d’orchestre: Ruggero Raimondi. La musique classique, le parcours d’une vie. France 3 en prime time propose un nouveau rendez vous classique qui met en scĂšne la biographie d’un grand interprĂšte d’opĂ©ra, en structurant le plateau entre talk et live ; entre les deux espaces qui alternent et se complĂštent, un immense Ă©cran diffuse les images oĂč l’invitĂ© rĂ©alise ses prises de rĂŽles mĂ©morables
 Anne Sinclair en mĂ©lomane curieuse et critique voudrait-elle reprendre le flambeau laissĂ© vacant par Jacques Chancel quand il Ă©merveillait la France entiĂšre et Ă  l’heure de grande Ă©coute, au temps du Grand Echiquier ? C’est certain il manque actuellement une grande Ă©mission de direct dĂ©diĂ© au classique, mais non pas conçu selon l’actualitĂ© du moment mais autour de fortes personnalitĂ©s, tempĂ©raments artistes et interprĂštes d’exception Ă  la fois profond, authentique, accessible, un mix subtil entre Ă©lĂ©gance, Ă©rudition et culture, accessibilitĂ©, charisme, sensibilitĂ©. EN LIRE +
 
 
 

CD BERNSTEIN 2018. Bilan sur les derniĂšres parutions discographiques Ă©ditĂ©es Ă  l’occasion du centenaire Leonard Bernstein 2018.

BERNSTEIN 2018. Bilan sur les derniĂšres parutions discographiques Ă©ditĂ©es Ă  l’occasion du centenaire Leonard Bernstein 2018.

 

 

 

the sounf of leonard bernstein cd 3 cd review critique cd par classiquenewsCoffret The sound of Leonard Bernstein (3 cd Warner classics). MĂȘme s(il paraĂźt bien sur la couverture  en de nombreuses occurrences dans le livret (succint) qui accompagne le triple coffret, Bernstein est ici le compositeur (et non le chef), interprĂ©tĂ© par ses confrĂšres maestros (Rattle, PrĂ©vin, Sado, Tilson Thomas…). Les cd 1 et 3 suscitent notre enthousiasme : au sommaire du premier cd, l’ébourriffante ouverture de Candide par les britanniques dĂ©boutonnĂ©s, ivres de fanfaronade (le smusiicens du LSO London Symphony Orchestra, sous la baguette nerveuse, ronflante d’AndrĂ© PrĂ©vin. Puis, la narration plus Ă©lectique encore de « Facsimile », partition fleuve, par ses contrastes cultivĂ©s avec soin par un Bernstein, dĂ©miurge capable de tout : parfois grave, rien que virtuose, le piano sourd et agile dialogue sans rĂ©el dessein avec un orchestre suractif, parfois bavard et pompeux : du pur Bernstein (Wayne Marshall, piano, avec Paavo JĂ€rvi et le City of Birmangham SO) : peu profonde, hyperactive, la partition tient ses dĂ©fis, ceux d’une page orchestralement dansante et vivace, idĂ©ale pour sa destination chorĂ©graphique. Immersion dans l’univers dĂ©jantĂ© et rĂ©tro amĂ©ricain, l’ouverture de Wonderfull Town par la fanfare du Birmangham contemporary Music Group, Ă©lectrisĂ© par Rattle (plage 19 : onctuositĂ©, bavardage et surenchĂšre expressive proche de l’hystĂ©rie
). Plus intĂ©ressant encore « Prelude, fugue et Riffs », improvisation jazzy pour clarinette et piano avec ensemble de jazz (Paavo JĂ€rvi) : portĂ© par une urgence et une tension rythmique qui semble brĂ»ler les musiciens de l’orchestre
 l’ensemble alterne crĂ©pitements et langueur sirupeuse dans lequel la sublime clarinette, velours et ligne ondulante de Sabine Meyer apporte une nonchalance enchantĂ©e.
CD3 : le fleuron de la derniĂšre galette demeure la Symphonie Kaddish (1963, rĂ©visĂ©e en 1977) qui porte les questionnements intĂ©rieurs du Bernstein fervent, celui que taraude l’identitĂ© juive et la notion de sens et de direction de la priĂšre. Comme MASS, l’opus est une libre et trĂšs personnelle proposition spirituelle (plus que sacrĂ©e et religieuse) selon la sensibilitĂ© polymorphe et toujours inquiĂšte de Bernstein. Du reste,sous couvert de personnalitĂ©, l’oeuvre n’en manque pas, mais surlignĂ© par la voix rĂ©guliĂšre du rĂ©citant, elle confine parfois au bavardage (dĂ©faut Ă  peine rĂ©parĂ© avec sa rĂ©vision de 1977 oĂč Bernstein coupe nombre de paroles et de texte pour davantage d’unitĂ© et d’intensitĂ© sans dilution, cette fois pour un rĂ©citant homme ou une rĂ©citante femme / en 2003, une nouvelle version du texte Dialogue avec Dieu du poĂšte Samuel Pisar, sollicitĂ© par Bernstein avant sa mort, est crĂ©Ă©e). La tension qu’entretiennent le choeur et les cuivres, rĂ©sonne du contexte de guerre froide propre aux annĂ©es 1960 : la menace nuclĂ©aire est omniprĂ©sente dans les titres de l’actualitĂ© dĂ©jĂ  hystĂ©rique et catastrophiste. Bernstein a militĂ© contre le nuclĂ©aire (marche de Washington, mars 1962). Elle rĂ©active l’ombre du grand satan fasciste et antisĂ©mite : l’anĂ©antissement Ă©tant un thĂšme rĂ©current chez Bernstein. Mais le compositeur dans les textes rĂ©citĂ©s ici, cite aussi sa propre relation contradictoire au pĂšre ; lien du fils Ă  Dieu, pressions, incomprĂ©hension, conflits propre Ă  toute famille et qui s’adoucissent avec le temps et le vieillissement de l’un et l’autre.
La partition est une commande de la fondation Koussevitsky, pour Charles Munch alors directeur du Symphonique de Boston. Au final, le compositeur alors chef du Philharmonique de New York, Ă©crit lui-mĂȘme le texte inspirĂ© par le kaddish, hymne hĂ©braĂŻque de louange Ă  Dieu, rĂ©citĂ© dans les cours religieux des Synagogues mais aussi au moment des funĂ©railles, car c’est aussi la priĂšre des endeuillĂ©s. Ce qu’exprime parfaitement le texte de la soprano (kaddish l’istesso tempo / plage 2), vĂ©ritable instant de pacification suspendue. Bernstein dĂ©pose dans cette oeuvre touchante et sincĂšre, sa propre profession de foi pour un monde rĂ©conciliĂ©, pour des hommes redevenus humains, c’est Ă  dire prĂȘts Ă  aimer et non se battre. FraternitĂ© plutĂŽt que violence et destruction. Le Finale, aux cordes suintantes, Ăąpres, d’une spiritualitĂ© creusĂ©e Ă  la maniĂšre d’un Mahler, grand modĂšle pour Bernstein le chef, conclut dans l’inquiĂ©tude voire l’angoisse cette ample rĂ©flexion sur le devenir et l’identitĂ© humaine. Il y a certes des Ă©clairs et nuĂ©es lumineuses, ascensionnelles, mais l’urgence et l’activitĂ© menacĂ©e de l’orchestre et des choeurs en fin de parcours, indiquent l’ombre du dĂ©clin, inĂ©luctable, inexorable
 Avec des solistes d’une aura planĂ©taire, tels que Yehudi Menuhin en rĂ©citant (!), et surtout le soprano cristallin, humain de Karita Mattila (sublime), l’oeuvre symphonique crĂ©Ă©e en 1963, ne pouvait ainsi Ă  Paris en 1977 (Philhar de Radio France dirigĂ© par Yutaka Sado), de meilleurs interprĂštes.

 

 

 

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MASS BERNSTEIN cd deutsche grammophon nezet seguin annonce preview cd critique cd review par classiquenews 53A5318012E91B9E631A0470CF7B342FCLIC D'OR macaron 200MASS (NĂ©zet-SĂ©guin, 2 cd Deutsche Grammophon, 2017). C’est une partition Ă©clectique, expĂ©rimentale, dĂ©jantĂ©e, fonciĂšrement populaire d’un Bernstein plus inclassable que jamais. MASS est une partition unique, dĂ©lirante, provocatrice voire dĂ©jantĂ©e dont la forme pluridisciplinaire associant choeur, solistes, danseurs, orchestre classique et guitare Ă©lectrique, renseigne Ă©videmment sur le gĂ©nie gĂ©nĂ©reux, gourmand et gourmet d’un Bernstein qui fusionne populaire et savant. Les textes sont empruntĂ©s Ă  l’ordinaire de la messe en latin, et par Bernstein et l’auteur pour Broadway Stephen Schwartz. La commande en revient Ă  Jacqueline Kennedy, le 8 septembre 1971 pour l’inauguration Ă  Washington du John F. Kennedy Center for the Performing Arts. ConspuĂ©e, dĂ©nigrĂ©e par les critique amĂ©ricains, l’oeuvre attend toujours une juste Ă©valuation quand le public l’a toujours apprĂ©ciĂ©, sensible Ă  son accessibilitĂ© polymorphe, son entrain, ses ruptures et ses rythmes contrastĂ©s. Le noble, le populaire : Bernstein gomme les rites, repousse les frontiĂšres, rĂ©invente l’idĂ©e mĂȘme d’une messe, cĂ©lĂ©bration, transe collective. Une priĂšre pour le vivre ensemble, pour toutes les Ă©poques. L’architecture de l’oeuvre, ample fresque sociale et collective rĂ©sonne des heurts et dysfonctionnements des sociĂ©tĂ©s humaines : les dissonances, les tensions et les cris, les confrontations sur scĂšne entre les divers groupes en prĂ©sence illustrent ce chaos qui menace en permanence l’ordre du monde

Ainsi Bernstein organise sa Messe atypique autour d’un Celebrant, d’un choeur adulte et d’un choeur d’enfants, de chanteurs populaires (Street singers), vĂ©ritables acteurs qui interpellent, animent, rythment le dĂ©roulement de ce rituel collectif, quand il est mise en scĂšne (ce que souhaitait aussi Bernstein).
Yannick Nézet Séguin a la verve et la tension nécessaires pour réussir une lecture unitaire malgré la menace de dispersion. Tout converge aprÚs des épisodes chaotiques vers cette fin de réconciliation fraternelle (ultime «  Sing God a Secret Song ») en dépit des oppositions et conflits exposés précédemment.
Vivant, palpitant, naviguant entre oratorio sĂ©rieux, transe populaire collective, panache et dĂ©lire du Music Hall et de la variĂ©tĂ©, le chef laisse toute sa place au fond critique de l’oeuvre. Mass interroge le sens de la messe, la place de Dieu, la destinĂ©e et le sens de l’humanitĂ©.
La vision suit l’inĂ©luctable fin qu’a conçue le compositeur, celle d’une paix salvatrice : «The Mass is ended; go in peace » . La Messe est finie, allez en paix.
Chanteurs engagĂ©s, orchestre versatile, expressif, le chef saisit la singularitĂ© d’une piĂšce orchestrale et dramatique, spectaculaire, et pourtant intime. VoilĂ  un bien bel hommage Ă  Leonard Bernstein qui aurait eu cent ans : le 25 aoĂ»t 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

 

 

 

LIRE notre présentation de MASS de Bernstein :
http://www.classiquenews.com/paris-la-philharmonie-affiche-mass-loratorio-dejante-de-bernstein/

 

 

 

AGENDA
L’Orchestre National de Lille affiche l’oeuvre inclassable du compositeur amĂ©ricain les 29 et 30 juin 2018 : concert Ă©vĂ©nement qui clĂŽt la saison 2017-2018 de l’ONL et demeure le temps fort de l’annĂ©e Bernstein en France

LILLE, MASS de Leonard BernsteinBLOCH-alexandre-bloch-maestro-orchestre-national-de-lille-classiquenews-thumbnail_portrait-HD@Jean-Baptiste-Millot
Vendredi 29 (20h) et Samedi 30 juin 2018 (18h30)
Lille, Nouveau SiĂšcle
RĂ©citant, choeur et ensembles
Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction
Pour clore sa saison 2017-2018, l’Orchestre National de Lille rĂ©alise Mass de Bersntein,
oeuvre hors normes, au format instrumental, textuel, référentiel unique en son genre.
Une partition inclassable à la mesure du génie délirant, poétique de son auteur

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BERNSTEIN ON BROADWAY 028947998341cvr_1521731493_1521731493CLIC_macaron_2014BERNSTEIN ON BROADWAY (1 cd DG Deutsche Grammophon). Le CLIC s’impose pour cet unique cd qui fait une Ă©loquente et irrĂ©sisitble entrĂ©e en matiĂšre au gĂ©nie mĂ©lodique du Bernstein capable de renouveler le musical de Broadway et donc revivifier l’écriture dramatique amĂ©ricaine. Outre West Side Story par Bernstein, version 1982, opĂ©ratique, absolue, dĂ©sormais lĂ©gendaire (avec JosĂ© Carreras / Te Kanawa, Horne, et Tatiana Troyanos), saluons les extraits de autres absolus, d’une facĂ©tie subtile et dĂ©lirante : ON THE TOWN, avec les excellents et pĂ©tillants (Tyne Daly / Kurt Ollmann), l’ineffable tragĂ©dienne larmoyante (“Carried away” par la sublime Frederica von Stade dans un emploi oĂč elle excelle) ; citons aussi « Lucky to be me » par Thomas Hampson, noble et amoureux : le pĂ©taradant et collectif (Ya got me et son orchestration sublimant un mambo endiablĂ© ; version Michael Tilson Thomas et le LSO). Enfin la version royale de CANDIDE par Bernstein lui-mĂȘme et les impeccables Niccolai Gedda (d’une finesse savoureuse dans ce jeu entre frivolitĂ© et profondeur), June Anderson (son “Glitter and be gay”, est Ă  jamais inusable), sans omettre Christa Ludwig (“I am easily assimilated”, parodie d’accent latino Ă  la clĂ©). Le cd en 18 plages rĂ©unit de sublimes pages, l’essentiel d’un Bernstein dĂ©licat, raffinĂ©, facĂ©tieux, voire fanfaronnant : vrai gĂ©nie du thĂ©Ăątre dĂ©jantĂ©, poĂ©tique, dĂ©lirant. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

 

 

 

 

LIRE aussi notre grand dossier BERNSTEIN 2018, avec l’intĂ©grale des oeuvres de Bernstein Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon, Ă©lu coffret Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e BERNSTEIN par la RĂ©daction de classiquenews …

 

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CD, COFFRETS

 

 

bernstein leonard coffret 1 set box cd critique presentation leonard bernstein par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, coffret. LEONARD BERNSTEIN : THE COMPLETE RECORDINGS ON DEUTSCHE GRAMMOPHON & DECCA. C’est un monstre devenu sacrĂ© parmi les chefs d’orchestre et compositeurs du 20e siĂšcle qui ont indiscutablement comptĂ© ; Leonard Bernstein a marquĂ© la scĂšne musicale de son temps comme peu d’autres musiciens, en particulier dans la seconde moitiĂ© du siĂšcle : il aura contribuĂ© comme chef, entre autres Ă  la rĂ©vĂ©lation des symphonies de Gustav Mahler (Ă  la suite de Bruno Walter) ; comme pĂ©dagogue inspirĂ©, il sait sensibiliser un trĂšs vaste public, dont les jeunes gĂ©nĂ©rations, en dirigeant le Symphony of the Air Orchestra à la tĂ©lĂ©vision lors de la cĂ©lĂšbre sĂ©rie d’émissions Omnibus. Ainsi de 1958 Ă  1972, il prĂ©sente les Young People’s Concerts permettant la comprĂ©hension de la musique classique, en particulier symphonique Ă  une trĂšs vaste audience
 ; comme compositeur, touchant Ă  tous les genres, en particulier Ă  l’écriture lyrique, Bernstein aura en 1957, rĂ©volutionnĂ© et renouveler considĂ©rablement le genre de la comĂ©die musicale, avec une tendresse et un esprit tragique peu communs (West Side Story, au souffle lĂ©gendaire et au succĂšs planĂ©taire)
 L’annĂ©e suivante dĂšs 1958 et jusqu’en 1969, Bernstein acquiert un statut de lĂ©gende de la baguette en devenant directeur musical du Philharmonique de New York. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du coffret BERNSTEIN DG / DECCA 2018

 

 

 

 

 

 

 

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BERNSTEIN A QUIET PLACE  orch montreal kent nagano DECCA 2 cd review cd la critique cd opera par classiquenewsCLIC_macaron_2014Cd Ă©vĂ©nement, critique. BERNSTEIN: A quiet place (Nagano, OSM 2 cd Decca, 2017). Ce pourrait ĂȘtre tout simplement le premier nouvel enregistrement CHOC de l’annĂ©e Bernstein 2018 (pour son centenaire), avec certainement MASS (chez DG, Ă©ditĂ© au dĂ©but de cette annĂ©e anniversaire et dirigĂ© par le quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin). Directeur musical de l’OSM Orchestre Symphonique de Montreal, KENT NAGANO éblouit littĂ©ralement dancette version chambriste inĂ©dite, premiĂšre au disque, oĂč scintille l’intelligence du chant dialoguĂ©, l’équilibre d’un orchestre complice et suractif mais jamais couvrant, et un plateau superlatif de solistes qui savent dessiner avec beaucoup de finesse comme d’humanitĂ©, le profil de chaque protagoniste, dont surtout la famille des proches : Sam le pĂšre et ses deux enfants, la fille Dede et Junior le garçon “atypique”
 De sorte qu’au dĂ©but, la mosaĂŻque sociale bruyante et bavarde, devient conversation intime, d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©chirante, un thĂ©Ăątre dĂ©pouillé   Parution, juin 2018. CD CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2018. EN LIRE +

 

DVD, Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : LUCIO SILLA (Petibon, SanteFe / Guth, Madrid, sept 2017 – dvd Bel Air classiques)

lucio-silla-mozart-teatro-real-madrid-dvd-review-par-classiquenews-petibon-critique-dvd-classiquenewsDVD, Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : LUCIO SILLA (Petibon, SanteFe / Guth, Madrid, sept 2017 – dvd Bel Air classiques). Opera seria de jeunesse, mais partition majeure et mĂ»re, Lucio Silla (Milan, 1772) fut crĂ©Ă© Ă  Vienne (Theater an der Wien). Ici gravĂ©e en 2017, la production de ce dvd a Ă©tĂ© produite en 2015 dĂ©jĂ , sous la direction Ăąpre, affĂ»tĂ©e, presque hallucinĂ©e du regrettĂ© Harnoncourt. InspirĂ© par la vision du maestro lĂ©gendaire, le metteur en scĂšne Claus Guth, familier des Mozart Ă  Salzbourg, signe une lecture non moins incisive, tragique, dĂ©sespĂ©rĂ©e ; qui met en lumiĂšre la part dĂ©munie, impuissante des individualitĂ©s Ă©prouvĂ©es. Bien que Mozart soit encore adolescent, 16 ans, il signe un seria 
 romantique, davantage inscrit dans les tourments et l’impuissance des Ăąmes amoureuses (Giunia et son aimĂ© Cecilio) confrontĂ©s, Ă©prouvĂ©s par l’exercice de la dictature aveugle et haineuse, jalouse et barbare (Lucio Silla). Pour mieux souligner la mĂ©tamorphose qui s’opĂšre dans l’esprit du politique – basculement lumineux de la cruautĂ© Ă  la bontĂ© et au renoncement (comme dans son dernier seria, La Clemenza di Tito), il faut au prĂ©alable et dans un premiĂšre dĂ©roulement dramatique ciselĂ© comme ici, toute la noirceur exposĂ©e de situations tendues, de parodies de tortures Ă  peine dĂ©guisĂ©es pour renforcer l’effet du pardon final. De l’enfer humain, Ă  la salvation collective.

 
 

 

 

A 16 ans, Mozart réinvente le seria dont il fait un théùtre ùpre et romantique

La Giunia superlative de Patricia Petibon

petibon bel air classiques critique par classiquenews bac150-bac450-lucio-silla-143-javier-del-realLa scĂšne que convoque Claus Guth est donc celle d’un monde dĂ©shumanisĂ©, enclin au mal, au diable en blanc et noir, oĂč la sociĂ©tĂ© terrorisĂ©e est la proie des fantaisies abjectes d’un empereur alcoolique, instable, furieux. Guth nous plonge dans les visions de ces ĂȘtres martyrisĂ©s ou frustrĂ©s et imagine tout un bestiaire fantastique d’ombres et de sang rĂ©pandu qui citent les prisons et la torture immorale qu’on y rĂ©alise sans vergogne.
Reste la direction moins vive et acĂ©rĂ©e d’Ivor Bolton, en place de son prĂ©dĂ©cesseur, habitĂ©, inspirĂ©, illusionniste d’une magie dĂ©lirante, Harnoncourt. La comparaison est hĂ©las assez tragique pour le chef britannique, qui peine Ă  nourrir la tension Ă  l’image de ce thĂ©Ăątre visuellement barbare et cynique. On se surprend toujours Ă  penser Ă  la jeunesse de Mozart et pourtant capable d’une intelligence et justesse psychologique exceptionnelle.

Des deux distributions alors en alternance Ă  l’automne 2017, celle rĂ©unie autour de
Patricia Petibon ne mĂ©rite que des Ă©loges tant la vraisemblance physique et vocale apportĂ©e Ă  chaque personnage de cet Ă©chiquier sadique, suscite de trouble et de vĂ©ritĂ©. A 16 ans, proche de Goethe (son Mitridate prĂ©cĂ©dent Ă©tait dans la veine d’un romantisme noir et impuissant, essentiellement tragique), Mozart redouble d’invention tĂ©nĂ©breuse, ausculte avec une hypersensibilitĂ© le monde souterrain des Ăąmes chancelantes et tragiques ; il rĂ©invente aussi le langage mĂȘme du seria, dont il interrompt l’ariditĂ© systĂ©matique des rĂ©citatifs secs et des airs accompagnĂ©s, grĂące Ă  une Ă©criture orchestrale, plus libre, constante, trĂšs caractĂ©risĂ©e. L’écriture de l’orchestre et la conception mĂȘme des coloratoure (en particulier pour le rĂŽle axial, central, de Giunia) suit trĂšs prĂ©cisĂ©ment les jalons Ă©motionnels de chaque individu.
Ainsi la Giunia de Patricia Petibon (qui selon la dĂ©claration de l’éditeur, fait ses adieux en 2017 Ă  Madrid dans un rĂŽle qui l’a hissĂ© au sommet), bouleverse, captive, saisit par son brio vocal, son agilitĂ© de coloratoure expressive et percutante, son jeu physique aussi, trĂšs abouti, sa ligne et ses intentions constamment portĂ©es, renforcĂ©es par une volontĂ© libertaire voire rĂ©volutionnaire absolument convaincante : il fallait bien ce dvd pour fixer une telle incarnation (Ă©vidence beaucoup moins manifeste chez sa consƓur Julie Fuchs, dans la distribution II, certes encore verte dans un rĂŽle de soprano coloratoure parmi les plus redoutable du rĂ©pertoire ; comme Constanze plus tard, prisonniĂšre du Pacha dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, la Giunia de Petibon est juste et d’une impeccable sincĂ©ritĂ© : elle affirme une volontĂ© fĂ©minine d’une audace souveraine qui contraste avec les futures tragĂ©diennes passives, languissantes et dĂ©munies du XIXĂš Ă  venir.
Ici tous les protagonistes ont un cƓur vaillant prĂȘt Ă  en dĂ©coudre contre l’arbitraire politique. Du reste, c’est bien l’opĂ©ra des LumiĂšres, et en particulier les opĂ©ras de Mozart (songez Ă  Suzanna dans les Noces ou Despina dans Cosi)
 qui produit des portraits fĂ©minins absolument admirables par leur ardeur et leur tĂ©nacitĂ©.
La cohĂ©rence dans la choix des solistes versus les enjeux passionnels, Ă©motionnels de leurs personnages respectifs restitue ce labyrinthe psychologique, huit clos certes promis Ă  une heureuse rĂ©solution, mais si Ă©corchĂ©, vif, Ăąpre avant la fin. EngagĂ©, acidulĂ©, le Cecilio lui aussi Ă©prouvĂ© de Silvia Tro SantafĂ© (dans un rĂŽle travesti qui lui va comme un gant), rayonne par sa vĂ©ritĂ© et son Ă©paisseur. On reste troublĂ© par l’intelligence et le discernement humain dont fut capable le Mozart adolescent. OĂč-a-t-on vu, Ă©coutĂ© un thĂ©Ăątre aussi raffinĂ©, Ă©lĂ©gant, virtuose et tout autant passionnel, embrasĂ©, juste ? L’égal au XVIIIĂš en ses premiers jalons lyriques de Haendel et Monteverdi qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Cette captation majeure mĂ©rite le CLIC de CLASSIQUENEWS et soulignant par des inteprĂštes de premier plan, la profondeur unique de l’opĂ©ra mozartien.

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CLIC_macaron_2014DVD, critique. MOZART : LUCIO SILLA. Petibon, Tro SantĂ©, Streit / Guth, Bolton (2 dvd Bel Air classiques – oct 2017, Madrid, Teatro Real). CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2018. Parution : dĂ©but juin 2018.

MOZART : LUCIO SILLA
Dramma per musica en trois actes (1772)
Musique : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret : Giovanni de Gamerra avec l’aide de MĂ©tastase
Lucio Silla : Kurt Streit
Giunia : Patricia Petibon
Cecilio : Silvia Tro Santafé
Lucio Cinna : Inga Kalna
Celia : María José Moreno
Aufidio : Kenneth Tarver
Orchestre et ChƓurs du Teatro Real – Madrid
Direction musicale : Ivor Bolton
Mise en scĂšne : Claus Guth
Supervision de la reprise : Tine Buyse
DĂ©cors et costumes : Christian Schmidt
LumiĂšres : Manfred Voss
Dramaturgie : Ronny Dietrich

FICHE TECHNIQUE
Enregistrement HD : Teatro Real – Madrid | 10/2017‹RĂ©alisation : JĂ©rĂ©mie Cuvillier
Date de parution : 8 juin 2018
Distribution : Outhere Distribution France

2 DVD‹RĂ©fĂ©rence : BAC150
Code-barre : 3760115301504
Durée : 180 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR‹Image : Couleur, 16/9, NTSC
Son : PCM 2.0, Dolby Digital 5.1
Code région : 0

1 BLU-RAY‹RĂ©fĂ©rence : BAC450
Code-barre : 3760115304505
Durée : 180 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, Full HD
Son : PCM 2.0, DTS HD Master audio 5.1
Code région : A, B, C

https://belairclassiques.com/film/mozart-lucio-silla-petibon-tro-santafe-streit-madrid-bolton-guth-dvd-blu-ray

LIVRE événement, critique. Christophe Mirambeau : André messager, le passeur de siÚcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)

messager-passeur-de-siecle-livre-critique-annonce-par-classiquenews-musqiue-romantique-francaise-par-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Christophe Mirambeau : AndrĂ© messager, le passeur de siĂšcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)
 VoilĂ  un titre mal choisi qui ne rend guĂšre compte de la stature artistique d’un chef impĂ©rial (aussi souverain Ă  son Ă©poque : il a crĂ©Ă© PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy qui lui avait dĂ©diĂ© son opĂ©ra !) que mĂ©connu voire mĂ©sestimĂ© aujourd’hui : AndrĂ© Messager (1853 – 1929) dont il faut aussi rĂ©tablir la qualitĂ© de compositeur pour la scĂšne lyrique. Capable de revivifier un genre avant lui sublimĂ© par Lecocq, Messager illumine vĂ©ritablement la scĂšne thĂ©Ăątrale par ses ouvrages qui fusionnent lĂ©gĂšretĂ©, finesse, Ă©lĂ©gance : l’opĂ©rette lui doit ses plus triomphes, en France et en Europe. Le livre Ă©ditĂ© par Actes Sud Ă©claire l’inspiration miraculeuse d’un gĂ©nie des planches, capable sur des livrets trĂšs Ă©troits, de tisser une somptueuse parure lyrique et orchestrale. Ainsi de page en page, sont Ă©voquĂ©es avec force dĂ©tails, genĂšse et crĂ©ation des partitions Ă  (trĂšs grand) succĂšs de cet « Offenbach »  entre XIXĂš et XXĂš : Isoline (1888), La Basoche (1890), Madame ChrysanthĂšme (1893), Miss Dollar (1893), Le Chevalier d’Harmental (1896), Les P’tites Michu (1897, rĂ©cemment reprises, cf notre agenda en fin d’article), La Montagne enchantĂ©e (1897), VĂ©ronique (1898), Fortunio (1907), Monsieur Beaucaire (1919), L’Amour masquĂ© (1923), PassionĂ©ment (1926), Coup de roulis (1928). C’est un itinĂ©raire exceptionnellement fĂ©cond (qui demeure indĂ©fectiblement liĂ© Ă  l’histoire de l’OpĂ©ra Comique / salle Favart dont il est le chef d’orchestre atitrĂ© sous la direction de Albert CarrĂ©, Ă  partir de 1898); Messager nous laisse un catalogue des mieux inspirĂ©s qui imposent le respect. Et demande Ă  ĂȘtre rĂ©Ă©valuer.
Plus qu’un passeur, Messager fut entre les deux siĂšcles (XIXĂš / XXĂš), un maestro charismatique, un ardent acteur de la crĂ©ation contemporaine, Ă  l’époque de Saint-SaĂ«ns, Massenet, Debussy et Ravel. Sans omettre les Ballets Russes… Ce que souligne les 16 chapitres de ce texte sĂ©rieusement documentĂ© (en particulier riche en anecdotes sur le milieu artistique Ă  Paris et Ă  Londres car Messager avait aussi des responsabilitĂ©s au Covent Garden), c’est l’intuition et le goĂ»t infaillibles de l’artiste, homme cultivĂ©, monstre de travail, et selon sa sensibilitĂ©, admirateur militant des opĂ©ras de Wagner (il est Ă  Bayreuth avec FaurĂ© dĂšs 1882): c’est d’ailleurs grĂące Ă  Messageri qu’en 1908, 1909, Paris peut enfin Ă©couter la TĂ©tralogie de Wagner, (- aprĂšs Londres justement) dirigeant Le CrĂ©puscule des Dieux et L’Or du Rhin avec un triomphe qui depuis ne s’est jamais dĂ©menti. La passion parisienne pour Wagner est due en grande partie Ă  ce wagnĂ©rien capable de comprendre et de jouer le thĂ©Ăątre de Wagner
 comme personne (Ă  en lire les tĂ©moignages et critiques de l’époque). Le chef semble avoir toutes les qualitĂ©s : devenu co directeur de l’OpĂ©ra de Paris (Garnier, avec un dĂ©nommĂ© Broussan, intriguant de 2Ăš zone, chargĂ© moins de la question artistique que de gestion administrative), Messager (qui devient aussi directeur de la SociĂ©tĂ© des Concerts) rĂ©alise une programmation enfin digne de la maison lyrique, favorisant Ă©videmment Wagner (premiĂšre TĂ©tralogie, Tristan und Isolde ; et bientĂŽt Parsifal en 1913
), l’opĂ©ra français (Faust de Gounod), mais aussi, vision prophĂ©tique et d’une modernitĂ© inouĂŻe lĂ  encore, Hippolyte et Aricie de Rameau (avec le concours de son cher ami Saint-SaĂ«ns, ardent dĂ©fenseur de l’opĂ©ra français baroque
).
Alerte, la plume dresse un portrait enjouĂ© de cet homme d’exception dont la liaison houleuse et chaotique avec Mary Garden, crĂ©atrice lĂ©gendaire de MĂ©lisande, en rĂ©vĂšle un visage beaucoup moins admirable si l’on en croit le tĂ©moignage de l’intĂ©ressĂ©e. Quoiqu’il en soit, voici un texte majeur pour qui veut mieux connaĂźtre le profil artistique du chef compositeur, dans son Ă©poque, laquelle est aussi idĂ©alement restituĂ©e.

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CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Christophe Mirambeau : AndrĂ© messager, le passeur de siĂšcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)
 Editions Actes Sud Beaux Arts – Parution : mai 2018 / 11,0 x 17,6 / 512 pages – CoĂ©dition Pal B Zane – ISBN 978-2-330-10264-7 – Prix indicatif : 13, 50€. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2018

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AGENDA mai et juin 2018. Les P’tites Michu, opĂ©rette de Messager, actuellement Ă  l’affiche :
Au ThĂ©Ăątre Graslin, Nantes (jusqu’au 24 mai 2018), au Centre des bords de Marne, Le Perreux (le 31 mai), au Grand ThĂ©Ăątre (Angers) (les 10 et 12 juin) ; enfin Ă  l’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet, Paris (du 12 au 29 juin 2018).

CD critique. CREATIONS : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016).

creation quatuor de vendome clarinette cd review critique cd par classiquenews kla046couv_lowCD, critique. “CREATIONS” : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). FondĂ© en 2002, le Quatuor VendĂŽme diffuse l’excellence chambriste des clarinettes associĂ©es, au service de la musique de chambre et en particulier de l’écriture contemporaine. Ce nouveau jalon de leur discographie en tĂ©moigne avec force et Ă©clat. Il s’agit d’un corpus enregistrĂ© depuis 2011 et qui s’est conclu en 2016. Commande des VendĂŽme, la Sonata de Bacri (la plage 1) dĂ©veloppe tout d’abord, un Ă©pisode sourd et presque inquiĂ©tant (Sonata a quattro, juin 2016) qui enchante et captive par la sonoritĂ© insidieuse, le timbre galbĂ© et rond des quatre clarinettes. C’est d’emblĂ©e un remarquable travail sur le poli du son collectif et par sĂ©quence, une caractĂ©risation attentive aux climats enchainĂ©s, de plus en plus agitĂ©e, Ă©lectrique mĂȘme (molto vigoroso dĂ©bouchant sur un allegro de forme sonate).

Dans « feux d’artifice » de Karol Beffa, les quatre mouvements jouent la surenchĂšre en caractĂ©risation lĂ  encore : swing, tĂ©nĂšbres, pulsation, acuitĂ© rythmique du dernier (d’une vivacitĂ© Ă  la Bernstein). L’agilitĂ© et la parfaite synchronicitĂ© des quatre instrumentistes s’affirment, dans la technicitĂ© bouillonnante et concertĂ©e selon la trĂ©pidation exigĂ©e (virevoltant Swing, ou vitalitĂ© de Rythmique). L’accord plus nuancĂ©, la recherche du timbre, sa rĂ©sonance, sa profondeur, sa couleur s’affichent avec sensibilitĂ© dans « TenĂ©breux »  C’est un jeu formel mais aussi d’une parfaite prĂ©cision et mise en place, obtenue par les quatre solistes. Beffa exige urgence et ivresse des sensations dans une sorte de retable de la pulsion dont les quatre volets peuvent ĂȘtre jouĂ©s selon le vƓu du compositeur, sĂ©parĂ©ment.

Plus profond, d’une ardente aspiration verticale comme le mouvement arriĂšre d’une sĂ©quence rĂ©trodynamique, la premiĂšre partie de « Ground IV » / Passacaille IV de Thierry Escaich est emblĂ©matique de l’écriture de son auteur : celle d’une Ă©nergie intĂ©rieure d’une activitĂ© constante qui avance en une acuitĂ© vivace qui combine diversitĂ© rythmique et aussi une certaine ironie mĂ©lodique. La 2Ăš partie explore comme en sourdine le mĂȘme univers harmonique mais comme Ă  reculons et plus nuancĂ© encore, comme Ă  distance, mais l’acuitĂ© des accents des quatre musiciens restitue cette tapisserie sonore d’une grande variĂ©tĂ© rythmique, dont l’intonation et la tension, interrogent « la logique et le bouillonnement de la Passacaille » (sujet central de cette sĂ©quence), vont crescendo.

FacĂ©tieux, d’une culture pleine de rĂ©fĂ©rences (baroques et pop), l’écriture de Guillaume Connesson, dans « PrĂ©lude and Funk » dĂ©veloppe un lyrisme tĂ©nĂ©breux en noir, languissant, inquiĂ©tant Ă  travers des lignes Ă©tirĂ©es et piano qui convoquent un climat de crĂ©puscule marquĂ© par l’ombre (entre tristesse et dĂ©solation). Puis, la piĂšce se libĂšre dans la lumiĂšre et dans une acuitĂ© rythmique survoltĂ©e (Connesson parle de la joie d’un Ă©clat de rire), dans sa partie finale « Funk » de plus de 6 mn : en une sĂ©quence sur une basse obsessionnelle qui semble tourner Ă  vide, Ă  la fois interrogation et transe (vertige final, libĂ©ratoire).

Enfin plus proche de nous encore, d’un compositeur qui est le plus jeune (en vĂ©ritĂ© il est de la gĂ©nĂ©ration de Karoll Beffa nĂ© en 1973), « Face Ă  face » de Bruno Mantovani (nĂ© en 1974) est lui aussi un diptyque : fugacitĂ© de traits rapides, expĂ©diĂ©s, vifs argent comme des flammĂšches, la premiĂšre partie exige une synchronicitĂ© collective comme Ă©mise par un seul souffle. LĂ  encore c’est une approche ciselĂ©e du son, sa hauteur, ses limites, – frontiĂšre tĂ©nue entre le bruit et la note, Ă©mission et intention, confrontations, oppositions, conflits Ă©tant au coeur de l’écriture. Objectif, brut, franc : le geste collectif recherche surtout la projection directe, d’une intensitĂ© primitive en un discours apparemment fragmentĂ©, mais qui prend un relief renouvelĂ© s’il est placĂ© dans une optique sĂ©quentielle favorisant l’expression de la syncope, la diversitĂ© des effets sonores (l’individualisation plutĂŽt que la cohĂ©sion des parties) : l’agilitĂ© des instrumentistes confrontĂ©s Ă  une batterie d’annotations trĂšs diffĂ©rentes, et qui renouvellent totalement l’utilisation de l’instrument, parfois dans une optique rĂ©dĂ©finie du concerto grosso baroque, affirme une Ă©tonnante maĂźtrise.

CLIC D'OR macaron 200A travers les 5 Ă©critures ici rĂ©unies, toutes contemporaines, toutes totalement diffĂ©rentes et minutieusement caractĂ©risĂ©es, toutes françaises, c’est bien la palette de toutes les ressources expressives de chaque instrument qui est sollicitĂ©e : Ă©prouvĂ©es techniquement, dans une Ă©coute collective Ă  rĂ©gler au moindre dĂ©tail et dans la nuance la plus infime, les 4 clarinettes du Quatuor VendĂŽme dĂ©montrent une Ă©tonnante complicitĂ© qui relĂšve les dĂ©fis auxquels ils sont confrontĂ©s. Impressionnant rĂ©sultat.

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CD, critique. CREATIONS : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). QUATUOR VENDÔME, Paris / CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

Clarinettes : Franck AMET, Nicolas BALDEYROU, Alexandre CHABOD, Julien CHABOD

http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/creations-detail

Cd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe)

kla054couv_low sublime idylle schumann klarthe cd critique par classiquenewsCd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe). Il est des programmes dont la conception se montre passionnante, rĂ©vĂ©lant comme ici, et l’imaginaire d’un artiste dont le sens du phrasĂ© s’accomplit, et la secrĂšte et tenace cohĂ©sion entre le verbe poĂ©tique portĂ© par la voix et sa transcription prĂ©servĂ©e dans la matiĂšre mĂȘme du piano. Le programme sait habilement croiser le tempĂ©rament quasi gĂ©mellaire (sur le plan musical et de la crĂ©ation) de chaque membre du couple Clara et Robert Schumann. A l’homme revient l’esprit dĂ©doublĂ©, la syncope et la rupture enchaĂźnĂ©e que produit l’alternance de sa nature, et agitĂ©e et extatique (ainsi que l’expriment les Intermezzi opus 4, flamboyantes esquisses de jeunesse d’un Schumann gĂ©nialement inspirĂ©) ; Ă  la femme, la saveur Ă©perdue d’un lyrisme d’une tendresse caressante, presque maternelle, d’une douceur enveloppante qui suscite elle aussi, de sublimes Ă©clats intĂ©rieurs. Au mĂ©rite du pianiste genevois Christophe Sturzenegger, le soin de cette articulation poĂ©tique qui ressuscite le dialogue secret entre Clara et Robert.

On demeure confondus par la justesse Ă©motionnelle des piĂšces ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es. Sommet de la musique de Clara, l’Agitato funambule, Ă©chevelĂ© presque inquiet pulsionnel en panique (plage 9, qui conclut les Trois Romances) Ă©blouit par l’intelligence de son Ă©noncĂ© vĂ©ritable miroitement et extase Ă©perdue dont la couleur Brahmsienne souligne combien avec raison la jeune femme fut entre Robert et le jeune Johannes Brahms (depuis leur rencontre Ă  Dusseldorf) une muse, initiatrice, pythie d’un lien indĂ©fectible, affectif artistique, essentiel au sein d’une fraternitĂ© musicale dont chaque membre fut admirateur de la musicienne, l’une des meilleures pianistes de son Ă©poque. Les Romances opus 21 sont dĂ©dicacĂ©es Ă  Johannes par une Clara qui semble avoir tout compris de l’amour, du labyrinthe des sentiments, vertige, abandon, extase, – dĂ©sir et aussi 
 folie. La clairvoyance supĂ©rieure qui Ă©mane de ces 3 pages captive. Elle entre rĂ©sonance indicible avec les Ɠuvres de son mari Ă©coutĂ©es en dĂ©but de programme.

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoBel enchaĂźnement avec les lieder de Robert (d’aprĂšs Eichendorf) mais ici dans la transcription d’une sensibilitĂ© vive, allusive et murmurĂ©e, signĂ©e, conçue par l’Ă©pouse amoureuse, uniquement pour le clavier. Rien que sa version / traduction sans paroles, du n°13, « Mondnacht » affirme une saisissante facultĂ© Ă  embraser tout le mystĂšre de la passion naissante encore Ă©vanescente, extatique
 cette capacitĂ© Ă  comprendre ce qu’a composĂ© son mari Robert, initialement pour voix et piano, Ă©blouit. L’Ă©locution du piano de Clara sans la voix atteint une indicible poĂ©sie tant le langage pianistique et toutes les ressources de son Ă©criture, Ă©galent le grain et le sens de la voix en un chant d’une expressivitĂ© rayonnante (Ă©noncĂ© d’une subtilitĂ© conquĂ©rante du dernier des 6 lieder ainsi transcrits : « FrĂŒhlingsnacht »). le choix s’avĂšre d’autant plus pertinent que le cycle de mĂ©lodies est Ă©crit Ă  l’époque oĂč Robert obtient enfin la main de celle qui sera son Ă©pouse, l’étoile de sa vie, reconnaissant lui-mĂȘme combien la figure de Clara inspire tout le recueil propre au dĂ©but des annĂ©es 1840 (Liederkreis opus 39, publiĂ© en 1842).

schumann robert clara essai Philippe andreVoilĂ  une excellente introduction au thĂšme et ses 5 variations de l’opus 13 dont Robert expose d’abord la gravitas entre Schubert et Beethoven et qui inspire ensuite dans les 5 variations qui suivent, une Ă©loquence contrastĂ©e dont la versatilitĂ© Ă©lĂ©ment rĂ©current essentiel chez Schumann, nous captive elle aussi. FrĂ©nĂ©sie brĂ»lante de la premiĂšre, berceuse enchantĂ©e de la 2e, crĂ©pitement nerveux plus cabrĂ© de la 3e, questionnement suspendu et murmurĂ© de la 4e, rĂȘve Ă©veillĂ© et surgissement d’une extase suspendue de la 5e. Rien de moins. La versatilitĂ© Ă©merveillĂ©e qui rayonne alors de tout le cycle par la courte durĂ©e de chaque variation, Ă©voque Chopin : intensitĂ© Ă©motionnelle de chaque sĂ©quence, ivresse poĂ©tique du geste et du caractĂšre, d’autant plus quand est rĂ©itĂ©rĂ©, le thĂšme initial, mais alors en conclusion, avec une profondeur hallucinĂ©e, quasi spectrale, davantage saisissante dans cette rĂ©exposition Ă©nigmatique. La lecture qu’en dĂ©voile le pianiste est aussi proche de l’allusion et du mystĂšre que possible, nous laissant comme saisis nous mĂȘmes par la traversĂ©e de climats aussi prenants.
Pour finir,le pianiste et compositeur ajoute 6 mĂ©lodies de son crĂ» : AnakrĂŽn IV sur des poĂšmes de la suisse Corinna Bille : denses, intenses, eux aussi trĂšs contrastĂ©es (et superbement tonales et postromantiques), les sĂ©quences chantĂ©es par l’excellente soprano ClĂ©mence Tilquin prolongent ce cheminement Ă©motionnel d’une rare vivacitĂ©. D’un constant raffinement.
Superbe rĂ©cital qui est un hommage Ă  l’amour, celui de Robert pour Clara, et vice versa. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

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CLIC_macaron_2014Cd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe records) – enregistrĂ© sur Steinway D395870 – La Chaux de Fonds, Suisse, juin 2017.

http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/sublime-idylle-detail

CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). GIARDINO D’AMORE

cd review critique cd par classiquenews stefan plewniak cd the heart of europe critique classiquenews 5905279916043_600CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). Comment rĂ©aliser un mixte entre ce goĂ»t de la spatialitĂ© sonore, avec percussions rĂ©sonantes, Ă  la Savall, et une vitalitĂ© des cordes recouvrĂ©e
 dans le sillage de l’énergique Reinhardt Goebel ? Le voici, sous la conduite de l’excellent violoniste polonais Stefan Plewniak, – heureux fondateur de nombreux ensembles sur instruments d’époque, et qui Ă  la diffĂ©rence de la majoritĂ© des ensembles ronflants, dĂ©sormais bien identifiĂ©s en France, « ose », dĂ©friche des rĂ©pertoires, ressuscite des perles musicales qui engagent un programme – forcĂ©ment militant, associe d’autres phalanges (ici le choeur  Corona Regni Poloniae – polonais) avec l’orchestre Il Giardino d’Amore (crĂ©Ă© Ă  Cracovie en 2016, Ă©tabli Ă  Vienne et Ă  Cracovie) : entre Autriche et Pologne, c’est une suractivitĂ© qui suscite la surprise, la curiositĂ©, et aprĂšs Ă©coute, l’enthousiasme.

Stefan Plewniak et Il Giardino d’Amore : le nouveau son baroque

A l’heure oĂč l’on regrette tant d’approches roboratives, plutĂŽt ennuyeuses, – au sein de la jeune gĂ©nĂ©ration des baroqueux
, le geste plein d’allant, d’envie, de dĂ©sir de Stefan Plewniak, qui a Ă©tĂ© formĂ© aussi Ă  Paris – aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©lĂšve au Conservatoire de Cracovie (sa ville natale), permet d’espĂ©rer un renouveau de l’esprit baroqueux, plombĂ© aujourd’hui par un confort tranquille, devenu lĂ©nifiant. Et si un vent nouveau rĂ©insufflant au Baroque ce qu’il avait connu il y a 35 ans, et qu’il a perdu peu Ă  peu, nous venait ici de Pologne, comme simultanĂ©ment de Hongrie (voir ce que rĂ©alise Ă  Budapest, le chef hongrois remarquable ramĂ©lien entre autres, Gyorgy Vashegy) ?

HISTOIRE MUSICALE POLONAISE, ENTRE ORIENT ET OCCIDENT
 TempĂ©rament Ă©mergeant dans la sphĂšre baroqueuse donc, le violoniste Stephan Plewniak et son ensemble Il Giardino d’amore abordent un rĂ©pertoire qu’ils ont lĂ©gitimitĂ© Ă  jouer et interprĂ©ter : la musique polonaise baroque. Le programme Ă©claire un important patrimoine musical qui est liĂ© Ă  l’identitĂ© mĂȘme du pays, convoitĂ© par les Turcs, entre Orient et Occident. L’Ă©vocation de l’invasion hongroise est d’ailleurs directement illustrĂ©e dans le Chant de l’asservissement de la Hongrie, texte trĂšs narratif et historiquement fouillĂ© sur les exactions de l’occupant et pillard turc. Le chef et concepteur du programme offre ainsi un rĂ©capitulatif synthĂ©tique de l’histoire musicale polonaise, du XVIĂš jusqu’au (premier) XVIIIĂš (jusqu’à Gorzcycki, mort en 1734).
La palette est large puisqu’elle remonte au XVI Ăšme quand les danses polonaises (intradas, pavannes, bransles,…) sont intĂ©grĂ©es aux compilations et tablatures françaises, flamandes, germaniques
 aprĂšs les recueils pseudo hymnaires vĂ©hiculant les idĂ©es nouvelles de la RĂ©forme, les jĂ©suites (installĂ©s dĂšs 1564) et la musique de la Contre-rĂ©forme inspirent une importante littĂ©rature religieuse qui profite de l’engagement jĂ©suite pour les arts : peinture, architecture, et surtout musique. Des Ă©coles pour enfants pauvres, des conservatoires, des Ă©glises, leurs collĂšges et leurs orgues surgissent et se multiplient dans le pays, soulignant combien la Pologne catholique et romaine est le bras armĂ© de l’Europe face aux menaces constantes de son voisin turc.

Les piĂšces choisies par Stephan Plewniak montrent Ă  quel point la Pologne religieuse intĂšgre immĂ©diat les Ă©lĂ©ments du style concertant, la polychoralitĂ© et le sens dramatique (monodie accompagnĂ©e dans le style opĂ©ratique), inventĂ©s par les VĂ©nitiens dans la premiĂšre moitiĂ© du XVII Ăšme. En tĂ©moignent les partitions Ă  la fois recueillies et majestueuses (intitulĂ©es souvent concerto mĂȘme) de Zielenski dont les partitions parfaites
 dans ce goĂ»t, son mĂȘme imprimĂ©es dans la CitĂ  lagunaire.
Offertoria (Ă  7 et 8 voix) montre d’ailleurs la somptuositĂ© d’une Ă©criture parfaitement polychorale, vivante, articulĂ©e.
Quoi de plus brillant que de prendre le meilleur de ceux qu’on a soumis ? Vainqueur des Turcs en 1683, Jean III SOBIESKI (“hetman” du champ de bataille) repousse et pourchasse enfin les Turcs, stoppant ainsi net l’impĂ©rialisme ottoman en Europe. Il apprĂ©cie la musique des Janissaires- orchestres militaires Turcs, et les intĂšgre dans le service ordinaire de sa cour. À la mĂȘme pĂ©riode, le grand compositeur Ă  la cour de Vienne, Fux (abordĂ© ici) intĂšgre lui aussi la riche percussion et les chalumeaux \ hautbois des Janissaires, exceptionnel alliage de timbres dĂ©sormais exotiques-, dans Turcaria de 1701, clair paysage martial aux teintes et rythmes directement Turcs
 Le Chef d’IlGiardino d’amore joue aussi la fameuse battaglia (1673) de Biber (dans le sillon de son maĂźtre Jordi Savall) : d’un rythme engageant, chaloupĂ©, d’un entrain saisissant lĂ  encore. Rappelons que Biber fait de mĂȘme que Zielenski en Pologne, il rapporte la majestueuse polychoralitĂ© vĂ©nitienne Ă  Salzbourg pour le Dom, cathĂ©drale de Salzbourg.
Enfin le programme met l’accent sur l’Ɠuvre europĂ©enne du compositeur Gorzcycki, mort en 1734 qui livre ainsi l’une des musiques les plus riches et Ă©loquentes de l’art sacrĂ© Ă  Cracovie au XVIII Ăšme (il fut maĂźtre de chapelle Ă  la CathĂ©drale de Wawel).
Les musiciens, instrumentistes et chanteurs, rĂ©unis sous la conduite de Stefan Plewniak affirment une belle souplesse collective, restituant sous le prĂ©texte martiale et historique, toute la majestĂ© sonore et l’activitĂ© chorale requises. Outre l’originalitĂ© des oeuvres choisies et ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es par le disque, la vitalitĂ© et la sincĂ©ritĂ© trĂšs habitĂ© du style, sĂ©duisent dans ce programme qui peut aussi se comprendre comme la rĂ©vĂ©lation d’un nouvel ensemble sur instruments baroques, dĂ©sormais Ă  suivre.

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CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015).
GIARDINO D’AMORE  / Stefan Plewniak, violon & direction

TOURCOING, EGMONT de BEETHOVEN par l’Atelier Lyrique

malgoire-jean-claude-opera-portrait-par-classiquenewsTOURCOING, L’Atelier Lyrique joue BEETHOVEN, les 25, 27 mai 2018… Depuis samedi 14 avril dernier, nous avons appris la disparition du fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing. Selon sa volontĂ©, tous les concerts dont celui ci, rĂ©vĂ©lant un Beethoven mĂ©connu mais passionnant, sont maintenus…  Sur instruments d’époque et avec le nerf comme l’engagement que nous lui connaissons, L’Atelier Lyrique poursuit Ă  Tourcoing son travail exemplaire au service du rayonnement musical Ă  l’adresse du plus grand nombre. C’est aux cĂŽtĂ©s de Jean-Claude Casadesus Ă  Lille, une approche complĂšte de la musique et la plus accessible possible  qui ne cesse de porter ses fruits. Ainsi l’éloquent et si romantique programme des 25 et 27 mai, qui met en lumiĂšre, fruit de son approche trĂšs approfondie avec le collectif qu’il dirige et qu’il a crĂ©Ă©, L’Atelier Lyrique de Tourcoing (vĂ©ritable laboratoire musical et artistique), la passion amoureuse (l’air de concert, vĂ©ritable sommet lyrique d’un opĂ©ra Ă  Ă©crire : « Ah Pefido » pour soprano et orchestre) et l’écriture orchestrale rĂ©volutionnaire de Beethoven (Symphonie n°6 dite « Pastorale »).

 

 

 

EGMONT, héros beethovénien

 

 

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 Pourtant, la piĂšce maĂźtresse du concert Beethoven  est la partition d’EGMONT pour laquelle il Ă©crit musiques de scĂšnes et mĂ©lodies destinĂ© au mĂ©lodrame qui en dĂ©coule : L’Atelier Lyrique dĂ©voile aujourd’hui une partition intense, expressive qui fusionne trĂšs habilement pouvoir du drame, thĂ©Ăątre et expressivitĂ© de la musique. Goethe a mis 12 ans pour Ă©crire ce drame. Il conçoit le texte dĂ©finitif publiĂ© en 1788 pour ĂȘtre accompagnĂ© de musique instrumentale et aussi de chansons populaires. L’écrivain voulait une symphonie triomphale pour terminer le drame et donner tout son sens Ă  la mort d’Egmont. Sacrifice hĂ©roĂŻque et hautement moral.

Beethoven, grand admirateur du poĂšte, la compose en 1809-1810. Le sujet est la lutte des Pays-Bas espagnols pour leur libertĂ© au XVIe siĂšcle sous l’impulsion du Comte d’Egmont, son arrestation par le duc d’Albe, et son exĂ©cution (un thĂšme traitĂ© aussi par Verdi, dans Don Carlos, d’aprĂšs Schiller, oĂč ce sont les dĂ©putĂ©s des Flandres qui osent se rebeller contre le Roi d’Espagne Felipe II, enhardis par le compagnon de l’Infant, le marquis de Posa.).

Beethoven s’engage Ă  dĂ©noncer les pouvoir autoritaire liberticide. Rien ne peut museler la souverainetĂ© du peuple et de la nation
 Comme Schiller, Goethe dĂ©nonce l’absolutisme du temps de Philippe II et prĂŽne la lutte contre la domination Ă©trangĂšre, une prise de position tolĂ©rĂ©e par la censure impĂ©riale qui fermait les yeux sur la dimension rĂ©volutionnaire du triomphe de la libertĂ©. L’exaltation romantique de libertĂ© de ce hĂ©ros de la rĂ©sistance a immĂ©diatement convaincu et inspirĂ© le compositeur.

Son Ă©criture est moderne, pas de contrepoint, une grande clartĂ©, et une forte prĂ©cision des lignes instrumentales ou vocales, nettetĂ© de leur rĂ©partition dans l’espace sonore. Il utilise de courts motifs ramassĂ©s et percutants ou trĂšs chantants. Beethoven a respectĂ© les exigences de Goethe et celles de son Ă©poque, il compose une Ouverture ainsi que des musiques destinĂ©es aux entractes” (PrĂ©sentation du programme sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing).

 

 

 

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malgoire_jean_claudeVENDREDI 25 MAI 2018 Ă  20h
DIMANCHE 27 MAI 2018 Ă  15h30
TOURCOING, Théùtre Municipal R. Devos

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/17_18/spect1718/beethoven.html

Ludwig Van Beethoven (1770-1827)
A perfido
ScĂšne et aria pour soprano et orchestre opus 65 (1796)
Egmont
MĂ©lodrame opus 84‹CrĂ©Ă© le 15 juin 1810 au Burgtheater de Vienne
Symphonie n°6 « Pastorale »
en fa majeur opus 68‹CrĂ©Ă©e le 22 dĂ©cembre 1808 au Theater an der Wien de Vienne

HĂ©lĂšne Walter, soprano
Direction musicale, Jean Claude Malgoire (dĂ©cĂ©dĂ© le 14 avril dernier, le chef set remplacĂ© – nom du remplaçant en cours : suivre les infos sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing)
La Grande Ă©curie et la Chambre du Roy

 

 

 

APPROFONDIR

 

helene walter sopranoCLASSIQUENEWS avait rencontrĂ© la jeune soprano HĂ©lĂšne Walter lors de sa participation au 24Ăš CONCOURS DE CHANT DE CLERMONT FERRAND en fĂ©vrier 2015. La cantatrice qui chante Beethoven sous la direction de Jean-Claude Malgoire en mai Ă  Tourcoing, se risquait avec un tact inouĂŻ dans la crĂ©ation d’une piĂšce contemporaine du compositeur italien Oscar Bianchi (Here, crĂ©ation mondiale). VOIR le REPORTAGE HĂ©lĂšne WALTER au Concours de chant de Clermont-Ferrand (Ă©dition qui avait aussi couronnĂ© le talent de la jeune Elsa Dreisig)
 Ă  9’56 : HĂ©lĂšne Walter explique les dĂ©fis de la piĂšce Here en crĂ©ation mondiale (travail avec Oscar Bianchi, les rĂ©fĂ©rences au chant baroque)

 

 

http://www.classiquenews.com/concours-de-chant-de-clermont-ferrand-2015-grand-reportage-video-12/

 

 

CD, coffret, compte rendu : critique. The Art of Edith Mathis (7 cd DG Deutsche Grammophon)

Mathis edith the art of deutsche grammophon coffret 7 cd review critique cd par classiquenewsCD, coffret, compte rendu : critique. The Art of Edith Mathis (7 cd DG Deutsche Grammophon). On fĂȘte en fĂ©vrier et mars 2018 et les 90 ans de l’immense mezzo Christa Ludwig, et aussi chez le mĂȘme Ă©diteur, les 80 ans de la suissesse et soprano, nĂ©e Ă  Lucerne, Edith Mathis. Fine mozartienne, « La Mathis » aura surtout bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’aile protectrice du chef Karl Böhm : divine Cherubino (comme le sera une Cotrubas et bientĂŽt Bartoli), 
 la mozartienne se risque aussi et avec beaucoup d’élĂ©gance et de mesure (parfois trop lisse
 tel fut le reproche Ă©noncĂ© Ă  son Ă©gard, face Ă  un mĂ©tier si solide pourtant indĂ©tectable car il semble naturel et Ă©vident), chez Mahler (Symphonies 2 et 8 sous la baguette ahurissante et inspirĂ©e de Kubelik), chez Weber (Der Freischutz, version lĂ©gendaire signĂ©e Carlos Kleiber). Comme son ainĂ©e, Christa Ludwig, Edith Mathis fut une diseuse hors pair, complice des Peter Schreier ou Dietrich Fisher Dieskau, dans l’art du lied (Liebeslieder-Walzer opus 52, 65 de Johannes Brahms), oĂč jaillit une intuition trĂšs nuancĂ©e chez Wolf.

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CD, coffret, compte rendu : critique. The Art of Edith Mathis (7 cd DG Deutsche Grammophon).

LIVRE, critique. VALERY GERGIEV / RENCONTRE, entretiens
 ACTES SUD

gergiev valery rencontre entretiens actes sud livre critique presentation compte rendu par classiquenews livre critique par classiquenews 9782330056285LIVRE, critique. VALERY GERGIEV / RENCONTRE, entretiens
 ACTES SUD. On apprend rien de particuliĂšrement nouveau au sujet du chef russe (moscovite pour ĂȘtre prĂ©cis) le plus actif de la planĂšte, VALERY GERGIEV, dont l’oeuvre principale aura Ă©tĂ© de redorer le blason de l’ex Kirov devenu ThĂ©Ăątre Mariinksi de Saint-Petersbourg (Ă  partir de 1991), aprĂšs l’implosion de la Russie soviĂ©tique. Les entretiens dont il s’agit rĂ©alisĂ©s par bribes Ă  partir de 2005, et de façon Ă©pisodique, constitue ici une somme assez cohĂ©rente qui retrace un parcours, redĂ©finit une oeuvre musicale et artistique, comme chef et comme bĂątisseur surtout.
La Rencontre s’étale ainsi que plusieurs annĂ©es : commencement, apprentissage, le chantier d’une vie (le Mariinski donc)
 etc. S’en suit une sĂ©rie de considĂ©ration sur le rĂ©pertoire russe dont grĂące Ă  sa vigilance reconstructive, le Mariinski est aujourd’hui dĂ©positaire d’une tradition revivifiĂ©e : opĂ©ras de Moussorgski, de Rimski (le plus difficile Ă  remonter en raison de l’ambition des dĂ©cors fantastiques ou fĂ©eriques
), Tchaikovski, etc
 La Russie quasi impĂ©riale de Poutine, nouvellement rĂ©Ă©lu pour 6 ans, a trouvĂ© dans l’édifice Mariinskien de Gergiev, un miroir fidĂšle par son ampleur, son ambition et sa gloire, ressuscitant de facto et de façon indiscutable l’excellence musicale russe. Ainsi s’affirme la carrure et la volontĂ© indfectible du « tsar » de la musique en Russie, le gĂ©nĂ©ral Gergiev, qui nĂ© en 1953, aura 65 ans, le 2 mai 2018.
Valery Gergiev dirige ChostakovitchLes remarques de Gergiev sur les symphonistes dont Rachmaninov, Tchaikovski, Chostakovitch, Prokofiev
 sont les plus passionnantes ; il ne rĂ©vĂšle rien d’inĂ©dit comme on l’a dit mais reprĂ©cise l’acuitĂ© d’une pensĂ©e concrĂšte, celle de Gergiev l’architecte. Plus anecdotique mais non moins attachantes son soutien aux chanteuses qu’il aura rĂ©vĂ©lĂ©es : Olga Borodina et surtout Anna Netrebko, qui en quelques sorte, perpĂ©tue ce goĂ»t de l’audace et des risques que lui a transmis certainement le maestro. Celui qui s’apprĂȘte Ă  diriger en version de concert lors d’une sĂ©rie de concerts qui passent par Paris en mars 2018, Le Ring de Wagner, se dĂ©voile Ă  demi mot, monstre de travail, fort tempĂ©rament et conscience musicale pro russe de premiĂšre valeur. Lecture incontournable pour qui veut comprendre l’itinĂ©raire du colosse Gergiev.

 

 

 

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LIRE aussi notre présentation de Valery Gergiev : Rencontre / Actes Sud.
http://www.classiquenews.com/livre-annonce-rencontre-avec-valery-gergiev-par-bertrand-dermoncourt-actes-sud/

LIVRE, critique. VALERY GERGIEV / RENCONTRE, entretiens
 ACTES SUD, beaux ARTS – Parution : FĂ©vrier, 2018 / 11,5 x 21,7 / 224 pages – ISBN 978-2-330-05628-5 – Prix indicatif : 22 €

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CD, critique. MAHLER : Wunderhorn-Lieder (Thielemann, VOLLE, 2011 – 1 cd MĂŒnchner Phil).

mahler wunderhorn lieder und adagio Symphony-n-10 christian thielemann munchner philharmoniker munich review cd critique cd par classiquenews mars 2018CD, critique. MAHLER : Wunderhorn-Lieder (Thielemann, VOLLE, 2011 – 1 cd MĂŒnchner Phil). MAHLER l’enchanteur, explorateur de l’au-delĂ … Pour le centenaire Mahler 2011, Thielemann dirigeait l’adagio de la 10Ăš, prĂ©cĂ©dĂ© (surtout) par le cycle des lieder d’aprĂšs Des Knaben Wunderhorn, chantĂ© ici par un voix mĂąle, celle de Michael Volle. On connait l’éblouissante version de Jessye Norman , des 8 sĂ©quences de ce cycle inclassable, d’une infinie poĂ©sie, pour voix et orchestre : la voix hĂ©roĂŻque souligne les contrastes de climats, entre Ă©popĂ©e et songe. Sommet de cette diction spĂ©cifique entre action, expression et narration, la voix Ă©tant Ă  la fois celle des personnages Ă©voquĂ©s et celui du narrateur qui pilote l’histoire, le n°4 : le plus long des airs accompagnĂ©s : « Wo die schönen trompeten blasen »  (plus de 6 mn). Mahler par un orchestre d’un raffinement poĂ©tique extrĂȘme parvient Ă  exprimer tous les degrĂ©s du dĂ©sir, aspiration consciente ou non d’une soldatesque Ă©prouvĂ©e. Soldat sacrifiĂ©, emprisonnĂ©, toujours martyrisé  Tout converge inexorablement vers l’extermination et le massacre organisĂ©, en particulier dans le dernier poĂšme de 1901 (n°7, prĂ©cĂ©dent l’urlicht), « Der Tamboursg’sell » / Le jeune tambour, figure mĂȘme de l’innocence instrumentalisĂ©e et assassinĂ©e, et au delĂ , emblĂšme d’une humanitĂ© manipulĂ©e et exterminĂ©e sur l’autel de la guerre. De nombreux thĂšmes qui ainsi jalonnent l’imaginaire mahlĂ©rien, reviennent ensuite dans son oeuvre symphonique (l’Urlicht est recyclĂ© dans le 4Ăš mouvement de sa 2Ăš Symphonie). C’est une vision du paradis soudainement promis pour tous et chacun (chant proche d’une contine enfin apaisĂ©e et tendre).
Thielemann comprend l’enjeu dramatique et universel des Wunderhorn-lieder : il en cisĂšle le relief instrumental trĂšs dĂ©taillĂ© qui au dĂ©but du XXĂš, avant les grands cycles symphoniques, prĂ©pare dĂ©jĂ  les caractĂšres de sa langue et de sa palette orchestrale. Le chef prend le temps, respire, nuance aussi : soulignant les intonations et les allusions, d’autant que le baryton Michael Volle (wagnĂ©rien Ăšs mĂ©rite), en acteur diseur, sait ciseler lui aussi des couleurs humaines irrĂ©sistibles, entre tendresse, profonde compassion, terreur et panique, et aussi extase lyrique, entre action, dĂ©termination et fragilitĂ©. Osant mĂȘme des passages aigus Ă  la limite de la craqure. Tout le genre humain est donc ici synthĂ©tisĂ© (en effet, Ă  la façon d’un Teatrum Mundi) et l’on reste saisi par la justesse de la lecture, la dĂ©licatesse de la baguette qui trouve toujours une balance idĂ©ale avec la voix soliste.

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionAvec les ultimes symphonies de Tchaikovsky, le 6Ăš principalement, les opus de Mahler offrent une traversĂ©e au delĂ  du miroir, assurant un passage avec l’autre monde. La plupart se concluent sur la vision salvatrice, rĂ©confortante des Ă©thers cĂ©lestes illuminĂ©s de lumiĂšre ; la 10Ăš est concentrĂ©e dans son seul mouvement le plus abouti, l’Adagio (Mahler n’aura le temps que d’écrire complĂštement les 3 premiers mouvements, laissant incomplets les 2 derniers
) : Thielemann a revers de beaucoup de versions plus sĂ©duisantes voire apaisĂ©e, renforce le caractĂšre Ăąpre, le voile tissĂ© dans l’épreuve et la douleur comme la lutte (rĂ©fĂ©rence directe Ă  la maladie qui ronge le corps Ă©puisĂ© du compositeur en 1910 / 1911, lui faisant subir d’atroces souffrances physiques jusqu’à sa mort Ă  Vienne le 18 mai 1911). Toute la partition de cet opus ultime (93 pages manuscrites conçues Ă  Toblach, sa rĂ©sidence d’étĂ© familiĂšre dĂ©diĂ©e Ă  la composition solitaire, dans la nature), conçoit l’épaisseur de ce voile tĂ©nu qui retient Ă  la vie et dĂ©chirĂ©, permet la vision de l’audelĂ  : une vision Ă  la fois grandiose, terrassĂ©e, effrayĂ©e et d’une brĂ»lante ardeur. Tout le mĂ©rite du chef est d’en retisser l’armure suspendue, de l’étirer jusqu’à la rupture consentante, aux confins de l’aigu (dans l’unisson des cordes) : une page d’une dĂ©chirante rĂ©signation, pleine de noblesse et de rayonnante maturitĂ© qui dessine par sa sensualitĂ© rĂ©elle, une aube nouvelle, rĂ©vĂ©latrice d’une conscience supĂ©rieure du monde et de la vie au delĂ  de la vie. TrĂšs beau programme rĂ©alisĂ© avec un orchestre d’une plĂ©nitude dĂ©taillĂ©e captivante (le jeu des cordes troublĂ©, strident, d’une dĂ©chirante langueur finale). Ailleurs trĂšs bon wagnĂ©rien et straussien, Christian Thielemans, sur les traces d’un Claudio Abbado s’affirme mahlĂ©rien passionnant ; il cisĂšle chaque timbre de l’harmonie, avec une finesse souvent envoĂ»tante.

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CLIC_macaron_2014CD, critique. MAHLER : Wunderhorn-Lieder, Symphonie n°10 (Adagio). MĂŒnchner Philharmoniker / Christian Thielemann – 2011 – 1 cd MĂŒnchner Philharmoniker – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  la Philharmonie de Gasteig, les 18-21 mai 2011, en commĂ©moration du centenaire de la mort de Malher.

LIVRE, critique. Eric-Emmanuel Schmitt :Madame Pylinska et le secret de Chopin (Éditions Albin Michel)

pylinska et le secret de chopin eric emmanuel schmitt livre annonce presentation critique livre, compte rendu livre par classiquenews ALBIN MICHELLIVRE, critique. Eric-Emmanuel Schmitt :Madame Pylinska et le secret de Chopin (Éditions Albin Michel). Au moment du Salon du livre de Paris (mars 2018), un auteur d’un rare finesse musicale, Eric Emmanuel Schmitt, EES, aprĂšs Bizet (et le charme de Carmen), aprĂšs Mozart (en son envoĂ»tement Ă©motionnel, dans les Noces, de Beaumarchais Ă  Da Ponte), s’immerge dans les arcanes musicales les plus subtiles, tout en revisitant un passĂ© qui l’a marquĂ©. Voici le piano ensorcelant et enivrant de FrĂ©dĂ©ric Chopin, comme dans un rĂȘve que l’on aimerait toujours vivre et jamais quitter.
Dans un style d’une grande tendresse, plein de dĂ©licatesse suggestive, EES façonne et prĂ©cise peu Ă  peu la figure de l’hĂ©roĂŻne, son professeur de piano, « Madame Pylinska », elle mĂȘme polonaise comme le compositeur et pianiste romantique, qui pour ses 9 ans, lui enseigne la magie de Chopin, 
 c’est une transmission qui s’ignorait, l’Ă©cole du sentiment et de la sensibilitĂ© restituĂ©e Ă  la lumiĂšre, pour le plus grand plaisir du lecteur (et celui probablement de l’auteur)… EES, 30 ans plus tard renoue avec ce passĂ© rĂ©vĂ©lateur, retrouve la trace de sa vieille professeure, riche d’un bagage qu’il apprend au moment de la narration Ă  mesurer, comprendre, dĂ©chiffrer : le secret de Chopin
 Ă  travers la vie de la musicienne se dĂ©voile le sens d’une existence terrestre, dans l’ombre, humble et solitaire ; une petite vie, frustrĂ©e, mais intĂ©rieurement riche et libĂ©rĂ©e par le pouvoir incantatoire, transcendant de la musique chopinienne; une vocation intĂ©rieure, une seconde vie, Ă©panouissante, double, profondĂ©ment tue et tenue secrĂšte.

 

 

 

 

Ivresse chopinienne

 

 

Les pages sur la musique de Chopin et ce qu’elle produit sur l’ñme qui en sait recueillir le nectar immortel sont les plus belles (page 103 et suivantes), celles d’un livre court, admirablement Ă©crit ; plein de pudeur et d’entente complice, – entre l’écrivain et son lecteur, entre l’élĂšve et son professeur, entre le mot et l’image musicale
 rares les Ă©crivains qui sont aussi mĂ©lomanes. Les grands compositeurs font parler la musique. Les Ă©crivains de talents font vibrer et chanter leurs mots. EES rĂ©ussit tout cela avec une intelligence et une sensibilitĂ© poĂ©tiques, oĂč le texte devient conte, il rĂ©sonne et chante, par sa justesse de page en page.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE, critique. Eric-Emmanuel Schmitt :Madame Pylinska et le secret de Chopin (Éditions Albin Michel). – Édition brochĂ©e / 13.50 €
Parution le 5 avril 2018 – 130mm x 200mm – EAN13 : 9782226435736 – + d’infos sur le site des Ă©ditions ALBIN MICHEL / Page Madame Pylinska et le secret de Chopin

 

 

 

 

DVD, critique. RIMSKI : LE COQ D’OR (Pelly, La Monnaie, dec 2016, 1 dvd Bel Air classiques)

RIMSKY le coq dor la monnaie laurent pelly dvd critique par classiquenews bac147-golden-cockerel-recto-dvd-e1518443215235DVD, critique. RIMSKI : LE COQ D’OR (Pelly, La Monnaie, dec 2016, 1 dvd Bel Air classiques). PrĂ©sentĂ©e en dĂ©cembre 2016 Ă  La Monnaie de Bruxelles, cette production du Coq d’or de Rimsky (version en 3 actes de 1909) indique clairement la force poĂ©tique subversive d’un compositeur dont comme Haydn, on a trop tĂŽt pris le pli incorrect de cataloguĂ© « classique ringuard ». Rien de tel ici, car cet ultime opĂ©ra du vĂ©nĂ©rable, ose tout, dĂ©nonce la tyrannie, attaque l’idiotie du pouvoir, et musicalement s’avĂšre passionnant. La verve poĂ©tique est dĂ©voilĂ©e, parfaitement servie par Laurent Pelly ; on reste plus rĂ©servĂ© sur la direction lisse, guĂšre articulĂ©e du chef Altinoglu.
Comme dans Sadko, opĂ©ra ocĂ©anique et fĂ©erie visuelle au tropisme enivrant, Le Coq d’or de Rimski-Korsakov cultive les mĂȘmes qualitĂ©s, – fascinantes pour le regard europĂ©en. InspirĂ© d’un conte de Pouchkine, l’ouvrage crĂ©Ă© aprĂšs la mort du compositeur, en 1909, sait aussi instiller un climat de satire aiguĂ« contre tous les pouvoirs (pointe acĂ©rĂ©e vers le Tsar et un systĂšme corrompu, vĂ©rolĂ© ?) : ici Dodon le magnifique lambine et s’étire dans son lit, entre paresse et mollesse; il veut ĂȘtre seul et cloĂźtrĂ©. Mais les royaumes alentour menacent d’envahir son territoire, aussi l’astrologue, contre la promesse que le Tsar exaucera en temps voulu, lui offre un coq d’or, afin de le rĂ©veiller Ă  chaque assaut de ses ennemis. Sur le front de guerre, Dodon l’indolent, un rien benĂȘt s’éprend Ă  la folie de la reine rivale ChĂ©makhane : mais sur la route qui les mĂšne Ă  la cĂ©rĂ©monie aux noces, l’astrologue avisĂ© rĂ©clame son dĂ» : ChĂ©makhane. Dodon furieux, tue l’astrologue, mais le coq d’un coup de bec revĂȘche, terrasse Ă  son tour celui qui n’a pas tenu sa promesse. RĂȘve, rĂ©alitĂ©, conte ou alerte sur l’état psychique et la responsabilitĂ© de nos politiques 
 dans l’épilogue, l’astrologue pose la question. Rimski le sensuel use de tous les sortilĂšges harmoniques (d’un caractĂšre wagnĂ©rien et tristanesque) et mĂ©lodiques (nombreuses citations de chants folkloriques russes) pour tisser une partition des plus raffinĂ©es sur le plan de l’orchestration, fouillant les effluves d’une passion naissante et radicale (le duo Dodon / ChĂ©makhane) dont la voluptĂ© est un autre aspect de l’ñme russe. Dans ce scintillement permanent, les voix se mĂȘlent et fusionnent avec l’orchestre, ajoutant Ă  la riche texture poĂ©tique.
La conception de l’orchestre est celle d’une formidable machine onirique qui pourtant suit et sert la narration avec un souffle saisissant, faisant de ce conte, un brĂ»lot acide d’une grande vĂ©ritĂ©. Pelly fait du Pelly, entre premier degrĂ© et grotesque voire surrĂ©alisme. Sous la sĂ©duction colorĂ©e et la taille potache et contournĂ©e de certains objets, accessoires, tableaux, le metteur en scĂšne n’écarte pas l’esprit de critique et les pointes satiriques contre le politique et le pouvoir.
CĂŽtĂ© chanteurs, saluons le Dodon de Pavlo Hunka, seule vraie dĂ©ception de l’affaire (silhouette centrale quand mĂȘme) : qui certes a des poses comiques mais au chant lui aussi mou, imprĂ©cis, petit. Quel dommage! Car la Tsarine ChĂ©makhane de Venera Gimadieva, sirĂšne souple et dĂ©terminĂ©e, est vraie aguicheuse conquĂ©rante.
MĂȘme sĂ©duction chez l’Astrologue d’Alexander Kravets, agile (troublant dans ses passages entre voix de tĂȘte et de poitrine), lumineux, ductile, malgrĂ© la difficultĂ© de son rĂŽle. sans omettre, l’intendante fabuleuse d’Agnes Zwierko Ă  la fois comique et d’un Ă©rotisme Ă  peu prĂšs Ă©gale Ă  la sirĂšne de rĂȘve Gimadieva. Difficile de concevoir pour ces quatre personnages, incarnation aussi convaincante et inventive. De mieux en mieux chantant, le chƓur, si important dans tout opĂ©ra russe, montre la dĂ©route d’une sociĂ©tĂ© perdue quand le peuple partage la mĂȘme idiotie crasse et aveugle que celui qui le dirige. De sorte que le regard au vitriol rimskien trouve un Ă©cho aussi inattendu que saisissant dans notre monde moderne. A part le Dodon inabouti et bancal, tous les personnages sortent gagnants de cette production globalement trĂšs passionnante.

 

 

 

Rimski-Korsakov, NikolaĂŻ : Le Coq d’or, opĂ©ra en 3 actes
Livret de Vladimir Bielski
Création : Théùtre Solodovnikov de Moscou le 24 octobre 1909

Le Tsar Dodon : Pavlo Hunka
La Tsarine de Chémakhane : Venera Gimadieva
Polkan : Alexander Vassiliev
L’astrologue : Alexander Kravets
L’Intendante : Agnes Zwierko
Le Coq d’Or : Sheva Tehoval
Tsarévitch Guidone : Alexei Dolgov
Tsarévitch Aphrone : Konstantin Shushakov

ChƓur et orchestre de la Monnaie
Alain Altinoglu, direction
Mise en scĂšne et costumes : Laurent Pelly

Bruxelles, sous le chapiteau de la Monnaie, enregistré en décembre 2016

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du COQ d’OR, mĂȘme production (L Pelly, mise en scĂšne) mais dans une distribution diffĂ©rente, prĂ©sentĂ©e Ă  Nancy en mars 2017
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-nancy-opera-national-de-lorraine-le-19-mars-2017-rimski-korsakov-le-coq-dor-rani-calderon-laurent-pelly/

CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrée (2 cd PAL. Bru Zane, 2016).

telechargement_4CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrĂ©e (2 cd PAL. Bru Zane, 2016). Profane, sacrĂ© ? Le jeune GOUNOD (Grand Prix de Rome 1839) empĂȘtrĂ© dans les rouages de l’impossible machine acadĂ©mique vit Ă  Rome une situation double que son inspiration pourtant juvĂ©nile sert d’une remarquable maniĂšre. Un temps tentĂ© par la robe ecclĂ©siastique, le jeune homme aime trop le thĂ©Ăątre pour ne se destiner qu’à la priĂšre et Ă  la doxologie
 (comme le souhaitait sa mĂšre, pieuse et receillie).
Qu’importe, avant les grandes scĂšnes au souffle spirituel Ă©loquent (la scĂšne de l’église dans son Faust, entre autres, sans omettre les duos amoureux, sensuels, mais aussi, tout autant extatiques et mystique de Romeo et Juliette, son chef d’oeuvre de la pleine maturitĂ©), Gounod montre qu’il saura servir l’église 
 au thĂ©Ăątre.

Cantates romaines du jeune Gounod

 

 

GOUNOD 1839 ROME prix de rome portrait par INGRES sur classiquenews CENTENAIRE GOUNOD 2018 dossier par classiquenewsSon gĂ©nie dramatique, capable de saisir une situation, de ciseler le profil de personnages en pleine passion Ă©prouvante, rĂ©vĂ©latrice, se prĂ©cise dĂ©jĂ  aux heures romaines. En tĂ©moigne le programme de ce livre 2 cd, qui rĂ©unit les Cantates pour le Prix de Rome : 3 au total jusqu’à l’obtention, Marie Stuart et Rizzio, 1837 – La Vendetta, 1838 – Fernand, 1839 ; et aussi ses oeuvres liturgiques et sacrĂ©es (Ă  oublier malheureusement tant elles sont sans intĂ©rĂȘt : Messe vocale et Messe de Saint-Louis des Français, Christus factus est, Hymne sacrĂ©e
 d’une Ă©criture miĂšvre pour ne pas dire saint-sulpicienne, rĂ©alisĂ©s comme des exercices imposĂ©s pendant ses annĂ©es romaines, comme laurĂ©at, entre 1840 et 1842 (les fameux envois de Rome). Sujet du cd2, ce cycle endeça ce nos attentes confirme tout Ă  fait ce que nous savions avant l’écoute : Gounod eut bonne inspiration de ne pas Ă©pouser la religion. L’opĂ©ra Ă©tait sa vocation.

Gounod arrive Ă  la bonne pĂ©riode. Dans l’histoire du Concours acadĂ©mique, le jeune homme rĂ©gĂ©nĂšre habilement un systĂšme dĂ©jĂ  mourant, usĂ© par ses poncifs poussiĂ©reux et contraignants Ă  souhait. En 1839, avec Fernand, Gounod sait exploiter la nouvelle formule qui fait Ă©voluer le format de la cantate imposĂ©e, Ă  une, puis deux enfin trois voix solistes : ici, soprano, tĂ©nor, basse. Sur le texte convenu, assez ridicule de Pastoret, le jeune compositeur candidat, rafle la mise et empoche le Premier Prix. D’emblĂ©e, outre sa maĂźtrise de l’écriture vocale, son gĂ©nie des mĂ©lodies suaves, filigranĂ©es, Gounod a dĂ©jĂ  le gĂ©nie de la couleur atmosphĂ©rique, sachant affirmer en prĂ©lude Ă  chaque scĂšne, un tableau enveloppant, un paysage orchestral qui saisit par son intelligence suggestive voire onirique (prĂ©lude de Fernand). Ce qui frappe chez Gounod, c’est proche d’un Mozart ou d’un Donizetti contemporain, la profondeur et l’éclat intime et pudique des caractĂšres qu’il dĂ©peint en musique. Le coloriste et le psychologue, douĂ© d’un raffinement qui semble aussi prolonger Berlioz, se distingue et rend lĂ©gitime la rĂ©surrection de ce corpus de cantates acadĂ©miques ainsi enregistrĂ©es.

Parmi les chanteurs, certains retrouvent des voix familiĂšres (Chantal Santon-Jeffery, Judith Van Wanroij
) toujours aussi perfectibles en terme d’articulation; critiquables pour leur manque de nuances, tout simplement en perte dommageable d’intelligibillitĂ© (il est vrai que le texte est d’une mĂ©diocre qualitĂ© et ne mĂ©riterait pas d’attention particularisĂ©e… mais quand mĂȘme). Chez les hommes, Nicolas Courjal et surtout le tĂ©nor Yu Shao, relĂšvent le niveau stylistique : comme ils savent prononcer, colorer,
 nuancer, vrais acteurs qui campent un caractĂšre. Respectivement Fernand et Alamir dans la cantate de 1839 qui valut le Premier Prix, les deux solistes rĂ©ussissent Ă  Ă©mouvoir et troubler (chapeau bas). Les deux chanteurs font honneur Ă  Gounod. Ils dĂ©voilent dans l’Ă©criture pourtant juvĂ©nile, la maĂźtrise Ă  venir.

 

 

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CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrĂ©e. Divers solistes, Flemish Radio Choir – Brussels Philharmonic. H. Niquet, direction.

Cantates : Marie Stuart et Rizzio (1837)
Fernand (1839)
La Vendetta (1838)

Oeuvres sacrées : Messe vocale (1843)
Christus factus est (1842)
Hymne sacrée (1843)
Messe de Saint-Louis des Français (1841)

Livre 2 cd – Label Palazzetto Bru Zane ES 1030 – collection « Prix de Rome », Volume 6.

Enregistré à Bruxelles et à Heverlee en avril et juin 2016, et en septembre 2017

CD, compte rendu critique. PORPORA : OPERA ARIAS par Max Emanuel Cencic (1 cd Decca)

cencic-porpora-arias-decca-cd-opera-arias-annonce-cd-reveiw-presentation-cd-par-classiquenewsCD, compte rendu critique. PORPORA : OPERA ARIAS par Max Emanuel Cencic (1 cd Decca). Peu Ă  peu se rĂ©vĂšle l’ampleur des champs lyriques baroques explorĂ©s et dĂ©fendus par le contre-tĂ©nor, plus altiste que sopraniste, Ă  l’agilitĂ© Ă  prĂ©sent maĂźtrisĂ©e dans le medium d’une voix plus large et sombre qu’éclatante. Evolution naturelle, son timbre s’est « tassé » dans le milieu de la tessiture car l’élasticitĂ© et les aigus se sont tendus. Il enregistrait Germanico in Germania, Ă  l’étĂ© 2016 (enregistrement qui garde ainsi la mĂ©moire du festival d’Innsbruck 2015, – belle rĂ©surrection, saluĂ© par CLASSIQUENEWS) ; voici une nouvelle exploration salutaire dans le monde si conventionnel de l’opĂ©ra seria napolitain, oĂč prime surtout la virtuositĂ©, moins la caractĂ©risation. D’ailleurs dans ce GERMANICO rĂ©vĂ©lĂ© (crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732), le chant rien qu’agile et pĂ©taradant de la trĂšs agile Julia Lezhneva (Ersinda) rappelle tout ce qu’a de finalement limitĂ© un style uniquement orientĂ© par le clinquant, certes magnifiquement mĂ©canisĂ©.

 

 

porpora opera arias CENCIC cd review critique cd par classiquenews 4784833_Cencic_Porpora_Opera_Arias

 

 

Plus trouble, proche toujours du texte et juste dans ses intentions au regard des situations dramatiques et de leur caractĂšre, Cencic dans ce nouveau florilĂšge d’airs d’opĂ©ra de Propora – certains en premiĂšre mondiale (7 sur 14), rĂ©ussit Ă  nous captiver grĂące au mĂ©tal souple et charnel de son timbre mĂȘme tassĂ©. En mars et septembre 2017, et en studio pour Decca toujours, le contre-tĂ©nor croate nĂ© en 1976, ressuscite ou recrĂ©e plusieurs tubes composĂ©s entre 1728 et 1740 pour les citĂ©s lyriques que sont Venise, Naples, Rome, et aussi Dresde
 et mĂȘme Londres, oĂč la mĂ©canique virtuose de Porpora fut invitĂ© Ă  grands frais et grands enjeux, pour dĂ©visser l’aplomb du Saxon Haendel / Handel.
Dans la vivacitĂ© guerriĂšre conquĂ©rante, ou la hargne revancharde voire colĂ©rique, le timbre sait scintiller de milles feux. Sans omettre l’alanguissement plus tendre voire intĂ©rieur (Filandro : « Ove l’erbetta  ») : la palette des affects / sentiments relĂšve d’une prĂ©cision systĂ©mique, dont l’élĂšve de Porpora, Farinelli, fut le meilleur et lĂ©gendaire emblĂšme. MalgrĂ© l’écriture rĂ©pĂ©titive d’un Porpora quand mĂȘme dĂ©monstratif, le soliste sait varier et nuancer l’enjeu expressif voire poĂ©tique de chaque sĂ©quence. Dans ce kalĂ©idoscopes de scĂšnes pastorales et martiales, l’ambitus sombre donc profond de Cencic sait nous captiver donc, d’autant que les instrumentistes d’Armonia Atenea et son chef George Petrou redoublent d’accents Ăąpres et expressifs d’une indiscutable tension ciselĂ©e. Passionnant.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. MAX EMANUEL CENCIC : PORPORA Opera arias (1 cd Decca, 2017).

CD, compte-rendu critique. Quatuor MORPHING : RAVEL, MENDELSSOHN (Saxophones, 1 cd CLARTE, 2015)

MORPHING quatuor saxophones RAVEL mendelssohn cd klarthe review cd critique cd CLIC DE CLASSIQUENEWS de fevrier 2018 kla045couv_lowCD, compte-rendu critique. Quatuor MORPHING : RAVEL, MENDELSSOHN (Saxophones, 1 cd KLARTHE). Pari risquĂ©, inĂ©dit, original. Surtout rĂ©alisation rĂ©flĂ©chie et convaincante. DĂ©diĂ© Ă  FaurĂ©, le quatuor de Ravel est une oeuvre de jeunesse qui portĂ©e par une fougue nerveuse, virile, musclĂ©e, va plus loin que son aĂźnĂ©. CrĂ©Ă©e Ă  Paris en mars 1904, Ă  l’initiative de la trĂšs chauvine « SociĂ©tĂ© nationale », la partition saisit par sa versatilitĂ©, ses contrastes, sa trĂšs forte caractĂ©risation Ă  travers ses 4 mouvements ; autant de qualitĂ©s expressives et poĂ©tiques qui dĂ©voilent au dĂ©but du siĂšcle, le gĂ©nie de Ravel alors ĂągĂ© de 29 ans. Le presque trentenaire affirme une volontĂ© Ă©lĂ©gante, parfois affleurant un certain maniĂ©risme mais jamais artificiel. C’est un charme subtil qui polit la forme ; presque secret qui s’écoule pourtant avec une force d’autant plus flexible qu’elle est idĂ©alement restituĂ©e par les timbres des 4 saxophones, ici en place du quatuor Ă  cordes traditionnel : chacun y dĂ©fend une ĂąpretĂ© douce, un mordant veloutĂ© qui sied parfaitement Ă  l’esprit de salon, Ă  la convulsion silencieuse, – sensualitĂ© souple et voilĂ©e, qui dĂ©tient la clĂ© de ce premier mouvement si coulant et Ă©nigmatique du jeune Ravel (deux motifs de l’Allegro moderato).
Plus fougueux, le 2Ăš mouvement en la mineur (assez vif trĂšs rythmĂ©), – proche de celui de Debussy, explose littĂ©ralement la mĂ©canique vibratile ravĂ©lienne, Ă  nouveau trĂšs flexible et aussi incroyablement caractĂ©risĂ©e. Les hanches renforcent les aspĂ©ritĂ©s de la sonoritĂ©, le caquetage ondulant des timbres mĂȘlĂ©s, le rire presque ironique des pizzicati. Brillant contraste avec l’Adagio qui suit (trĂšs lent), plus onctueux encore que le premier mouvement. Enfin, les saxos sculptent entre voluptĂ©, sarcasmes, plĂ©nitude Ăąpre l’énergie parfois cursive du dernier « Vif et agité », dont ils font un crĂ©pitement perpĂ©tuel. Audace d’une juvĂ©nilitĂ© qui fait rupture, l’écriture du premier Ravel affirme un tempĂ©rament d’acier, angulaire et structurĂ©, pourtant d’un Ă©clat et d’une fluiditĂ© remarquables. Les saxophones ne font pas que relire un texte trĂšs vu et compris ; ils en rĂ©vĂšlent son esprit fougueux ; sa nature Ă©tincelante et fuselĂ©e grĂące Ă  la couleur et au seul grain de chaque instrument. On s’offre ainsi une rĂ©Ă©coute qui dĂ©poussiĂšre les prĂ©jugĂ©s et les idĂ©es reçues : l’ñpretĂ© qui s’en dĂ©gage renforce les qualitĂ©s expressives, la lisibilitĂ© des sections rythmiques, l’intelligence du plan et la fabuleuse logique dĂ©veloppĂ©e par le jeune compositeur.
Dans les piĂšces de Mendelssohn, le jeu et la complicitĂ© des quatre instrumentistes se fluidifient encore davantage (belles nuances du cantabile), intĂ©grant cette joie lumineuse qui fonde aussi l’insouciance jaillissante de l’auteur de Songe d’une nuit d’étĂ©. Les quatre Ă©pisodes constituant ses PiĂšces pour Quatuor Ă  cordes opus 81, gagnent dans cette transcription subtile, une Ă©nergie Ă  l’expressivitĂ© aussi coulante que mordante en particulier dans les deux derniers morceaux : Capriccio puis Fugue, d’une lisibilitĂ© contrapuntique idĂ©ale. La sĂ»retĂ© stylistique des quatre musiciens du QUATUOR MORPHING, leur Ă©vidente complicitĂ© touchent et ensorcĂšlent. Adolphe Sax l’inventeur et l’esthĂšte bien connu, pĂšre des instruments aurait Ă©tĂ© comblĂ© comme nous par l’approche : la rondeur cuivrĂ©e, boisĂ©e, intense (si caractĂ©risĂ©e en timbre et intensitĂ©) de chaque saxo offre dĂ©sormais de nouvelles perspectives et potentialitĂ©s au monde de la transcription. Les partitions ainsi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es vivent une seconde existence. Belle rĂ©alisation pour un nouveau type de quatuor instrumental. A suivre Ă©videmment.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. QUATUOR MORPHING (saxophones soprano, alto, tĂ©nor et basse). Ravel, Mendelssohn (1 cd KLARTHE records) — enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  la ferme de Villefavard en novembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

 

 

Quatuor Ă  cordes en fa majeur opus 35 – Maurice Ravel
Quatre piĂšces pour quatuor Ă  cordes opus 81 – Felix Mendelssohn

Quatuor Morphing
Saxophone soprano : Christophe GrĂšzes
Saxophone alto : Eddy Lopez
Saxophone ténor : Anthony Malkoun-Henrion
Saxophone baryton : Matthieu Delage

 

 

 

ENTRETIEN AVEC SILAS BASSA, pianiste hors normes, Ă  propos de son cd “DualitĂ ” (Paraty)

BASSA silas cd dualita cd presentation announce review cd critique cd par classiquenews label paraty3f7d3b_23065300bc3846e5b386a03b3d9cb7f7~mv2ENTRETIEN AVEC SILAS BASSA, pianiste hors normes. A propos de son nouveau programme « Dualità », sujet de ce son dernier album discographique Ă©ditĂ© chez Paraty. L’interprĂšte est aussi compositeur. Dans un recueil plus personnel encore que ses prĂ©cĂ©dents, Silas Bassa joue aussi les architectes virtuoses, habiles faiseurs de filiations, confrontations, associations qui stimulent imaginaire et questionnement


 

 

 

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CLASSIQUENEWS : De quelle façon le programme du cd Dualità prolonge / enrichit celui d’Oscillations ?

Silas Brassa : En effet j’ai conçu « DualitĂ  » comme une suite de mon premier album « Oscillations ». Partant du mĂȘme principe de crĂ©er un programme oĂč les Ɠuvres se relient et se rĂ©pondent les unes avec les autres dans un dialogue perpĂ©tuel. Comme dans mon premier disque, j’alterne des Ɠuvres du rĂ©pertoire qui m’inspirent et me touchent avec mes propres compositions ; dans ces derniĂšres, j’ai souhaitĂ© pour ce nouveau disque me mettre plus en avant, me dĂ©voiler d’avantage en tant que compositeur. C’est dans ce dĂ©sir d’aller plus loin et d’explorer plus profondĂ©ment ma nature que je m’intĂ©resse Ă  la « dualitĂ© », si prĂ©sente dans la vie. Je pourrais dire que c’est un programme plus intense et plus personnel que le prĂ©cĂ©dent.

CNC: Selon quels critÚres avez vous choisi et associé chaque partition des compositeurs retenus ?

SB : Comme dans la vie, le choix des piĂšces est une histoire de rencontres et de circonstances. Je me laisse guider par mon intuition et par les Ă©motions que ces musiques provoquent en moi, et aussi par les sensations physiques qu’elles me procurent au moment de les jouer. Souvent ce sont des « coups de foudre » qui se rĂ©alisent au moment mĂȘme de poser les mains sur le clavier. Elles rĂ©pondent Ă  quelque chose qui est au-delĂ  de ma volontĂ© et d’un critĂšre purement rationnel. Rien dans mon travail n’est issu d’un calcul ; c’est toujours le dĂ©sir et l’impulsion qui mĂšnent Ă  la rĂ©alisation qui sera aprĂšs jugĂ©e, ordonnĂ©e, rĂ©flĂ©chie. C’est ainsi que le concept de « dualitĂ© » inspirĂ© de mes lectures des livres de philosophie et notamment de Jean Klein, se prĂ©sente Ă  moi et m’apparaĂźt comme une Ă©vidence au moment de la crĂ©ation de ce programme.

CNC : Comment vos propres piùces trouvent-elles leur rîle et leur sens dans la combinaison / l’enchainement ainsi produit ?

SB : Tout naturellement mes compositions naissent d’instants d’improvisation. Je ne note rien, et elles trouvent leur forme et caractĂšre dans l’écoulement du temps. Ensuite dans ce processus crĂ©ateur, mes piĂšces trouvent leur place d’une maniĂšre assez simple et Ă©vidente entre ces compositeurs et ces musiques qui m’inspirent tant et qui se relient Ă  ma sensibilitĂ©. Mes Ɠuvres n’ont pas forcement de rĂŽle puisqu’elles jaillissent de ma spontanĂ©itĂ© ; elles sont l’écoute de ce qui me vient du dehors, souffle et son.

CNC : Y aura-t-il une suite Ă  ce cycle ? Et quelles directions allez-vous emprunter et pourquoi ?

SB : J’ai envie de continuer dans ce chemin de la crĂ©ation qui me relie Ă  moi-mĂȘme. Il s’agit pour moi de continuer Ă  vivre et d’explorer Ă  travers la composition. Un chemin de libertĂ© et d’équilibre. Ecrire, c’est remercier la vie.

Propos recueillis en février 2018.

 

 

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CD événement, présentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY)

BASSA silas cd dualita cd presentation announce review cd critique cd par classiquenews label paraty3f7d3b_23065300bc3846e5b386a03b3d9cb7f7~mv2CD Ă©vĂ©nement, prĂ©sentation. SILAS BASSA : DUALITA (1 cd PARATY). ENERGIE Ă©lectrique, APPEL au MYSTERE
 AprĂšs un prĂ©cĂ©dent album “Oscillations” (Ă©galement publiĂ© par le label Paraty), le pianiste argentin, retrouve avec grĂące ce jeu pĂ©tillant et stimulant de l’ambivalence fĂ©conde : oscillations, pulsions premiĂšres, et ici “dualitĂ©â€ qui sait Ă©lectriser le geste dĂ©fricheur
 Ce qui frappe immĂ©diatement dans le geste et la pensĂ©e de Silas Bassa c’est sa grande culture, sa sensibilitĂ© aiguĂ« et une libertĂ© recrĂ©ative dans ses associations musicales. Son piano Ă©largit les chemins traditionnels, « ose » dĂ©fricher, assembler, dĂ©battre. La musique est langage, mieux, elle est pensĂ©e. Voici sous les doigts de l’interprĂšte et du compositeur, … LIRE la critique complĂšte

 

 

bassa-silas-piano-concert-dualita-paris-annonce-et-presentation-critique-par-CLASSIQUENEWS-fevrier-2018PARIS, Silas Bassa / Dualita. Le 9 fĂ©vrier 2018. Avec son dernier album DUALITÁ, le pianiste Silas Bassa fait bouger les lignes, repousse encore les frontiĂšres musicales, agissant sur son piano comme un alchimiste facĂ©tieux, habile en confrontations, filiations secrĂštes, correspondances et rĂ©sonances poĂ©tiques. VoilĂ  une sĂ©lection de piĂšces mĂ©ticuleusement choisies qui disent une pensĂ©e subtile oĂč l’humour et la finesse voyagent en terres connues et mondes parallĂšles. Avec son prĂ©cĂ©dent recueil Oscillations (Ă©ditĂ© aussi chez PARATYen 2016), Dualità élargit encore la conscience experte en associations et jubilatoires Ă©quilibres. Gorecki, Glass, Berio, Ravel, Messiaen, Duckworth sont convoquĂ©s dans cette chambre musicale Ă  la fois symboliste, surrĂ©aliste, intensĂ©ment poĂ©tique. Le pianiste collectionneur oeuvre surtout en compositeur, intercalant, dĂ©duisant plusieurs Ă©pisodes d’une fantaisie personnelle inventive et rĂ©crĂ©ative (cf « Into the rush », entĂȘtant, rythmĂ©, sĂ©duisant). Le jeu pianistique est Ă  la fois brillant et d’une grande force spirituelle. Le poĂšte pianiste sait Ă©blouir et enivrer. CD et CONCERT Ă©vĂ©nements. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert “DualitĂ ” par Silas Bassa, piano… 

 

 

 

 

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PARIS, Le Bal de la Rue Blomet
33 rue Blomet 75015 Paris
Silas Bassa, piano
Programme « Dualita »
Vendredi 9 février 2018 2018, 20h30

RĂ©servations : 01 45 66 95 49
www.balblomet.fr

 

 

 

CD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano (1 cd SONY classical)

yoncheva-sonya-diva-soprano-opera-the-verdi-album-review-presentation-cd-par-classiquenews-critique-cd-par-classiquenewsCD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano (1 cd SONY classical) – Sur les traces d’une Callas au tempĂ©rament aigu tranchant, sur ceux plus rĂ©cents de l’incomparable Anna Netrebko, verdienne imprĂ©vue et d’autant plus surprenante / exaltante, (cf son rĂ©cital VERDI, antĂ©rieur Ă  celui de ce rĂ©cent Yoncheva – Anna Netrebko : VERDI – 2013) 
 voici en premier air, la soie veloutĂ©e, si voluptueuse, de Sonya Yoncheva qui dĂ©ploie une langueur caressante pour Leonora du TrouvĂšre, accusant le caractĂšre d’amoureuse prĂȘte Ă  mourir, sorte d’extase mortifĂšre, avec des aigus parfois tirĂ©s et une stabilitĂ© de la voix pas toujours totalement assurĂ©e. La couleur, l’intonation sont irrĂ©prochables ; la diction, l’accentuation, le legato, la prĂ©cision et parfois la justesse, beaucoup moins. Mais cette faillibilitĂ© du timbre, manifeste, Ă©vidente
 cette fragilitĂ© essentielle et viscĂ©rale font aussi toute la valeur de cette voix unique aujourd’hui, qui fait partie du diptyque des divas incontournables de l’heure, avec Anna Netrebko justement (et dans le mĂȘme rĂ©pertoire).

Anna Netrebko Verdi album leonoraSi l’on compare les deux rĂ©citals avouons que l’on prĂ©fĂšre nettement la Leonora 1 du TrouvĂšre de Netrebko (plus caractĂ©risĂ©e, plus menacĂ©e, et comme terrassĂ©e) ; les deux divas rejoignent dans l’intensitĂ© et la vĂ©ritĂ© blessĂ©e, tragique, noble, dans Elisabetta de Don Carlo ; mais jamais Yoncheva n’ira jusqu’aux dĂ©fis que s’est lancĂ©e Netrebko (Lady Macbeth); et l’on imagien sans aucune rĂ©serve quel serait le relief habitĂ©, hallucinĂ© de Netrebko pour Luisa (Miller).

 

Plus intĂ©ressante en effet, la Luisa de Yoncheva (Luisa Miller : « Tu puniscimi, o Signore »), offre une mĂȘme incarnation radicale d’amoureuse sacrificielle
 qui de fait va mourir en un ultime sacrifice : le noir tragique, comme empoisonnĂ© propre Ă  la lyre verdienne inspirĂ©e par Schiller, lui va Ă  ravir. Soie lĂ  encore, somptueuse et veloutĂ©e, mais verbe ciselĂ©, plus articulĂ©, plus net (avec des aigus qui exigent moins que Leonora).

Les deux airs qui suivent sont d’opĂ©ras moins connus mais d’autant plus intenses qu’ils s’inscrivent dans la pĂ©riode du premier Verdi : Attila (Odabella) puis Lina de Stiffelio. Deux portraits fĂ©minins oĂč avant Rigoletto et Boccanegra, Verdi dĂ©jĂ  approfondit la relation fille / pĂšre. Odabella affiche malgrĂ© son destin tragique de femme sacrifiĂ©e et trahie, une derniĂšre dĂ©termination qui exige un legato d’une ampleur inĂ©dite. Entre tendresse (priĂšre avec hautbois et flĂ»te obligĂ©s) et angĂ©lisme virtuose, Odabella impose la rayonnante candeur, enivrĂ©e, Ă©chevelĂ©e d’une Ăąme embrasĂ©e, consumĂ©e par l’amour (pour son cher Foresto). Le timbre blessĂ©, d’une intensitĂ© lacrymale spĂ©cifique, propre Ă  Yoncheva (Lina) rend crĂ©dible cette incarnation dont la plĂ©nitude lumineuse revivifie l’idĂ©al rossinien et la suspension extatique bellinienne (doublĂ©s, sublimĂ©s en Ă©cho par le timbre de la clarinette fraternelle, compassionnelle).

L’Ave Maria de Desdemone est ce temps suspendu, priĂšre miraculeuse, au cƓur de la tempĂȘte qui va prĂ©cipiter le destin des deux amants – Ă  GĂȘnes. La prosodie de Yoncheva n’a certes pas l’élĂ©gance de Kiri Te Kanawa, ni sa prĂ©cision angĂ©lique, mais quel grain charnel mieux Ă©quilibrĂ© que dans le premier air (Leonora 1, d’Il Trovatore) : de somptueux aigus expriment tout l’éclat d’une Ă©pouse fervente et fidĂšle qui malgrĂ© les pressentiments de sa mort, garde l’espĂ©rance et une droiture loyale admirable : d’une sobriĂ©tĂ© directe et franche, le chant emporte toute rĂ©serve ; la justesse de l’intention, criante de vĂ©ritĂ©, d’une noble sincĂ©ritĂ© (car elle s’adresse Ă  Marie) composent la meilleure interprĂ©tation du rĂ©cital.

La soie veloutée rayonnante de Yoncheva pour un VERDI tragique & amoureux

Yoncheva-Verdi the diva verdi album review cd critique cd par classiquenews

Les airs qui suivent sont ceux d’ñmes moins jeunes et terriblement Ă©prouvĂ©es par le destin, Leonora 2 de La Forza del destino (La Force du destin) n’aspire qu’à une peine intĂ©rieure bien prĂ©caire, dĂ©jĂ  rattrapĂ©e par ses dĂ©mons antĂ©rieurs ; idem pour Elisabeth / Elisabetta qui a la conscience de toute la vanitĂ© du monde terrestre au pied du tombeau de Charles Quint
 ampleur du souffle, justesse de la couleur tragique, Sonya Yoncheva confirme l’impression suscitĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans la version française de l’opĂ©ra verdien qu’elle chantait en dernier (cf notre critique du DON CARLOS en français de Verdi avec Kaufmann et Yoncheva / octobre 2017) : celle d’une interprĂšte taillĂ©e pour l’intensitĂ© tragique, aux accents douloureux
 irrĂ©sistibles.

Son Amelia (Simon Boccanegra) exalte la pure Ă©nergie d’une Ăąme innocente par contre, non encore Ă©prouvĂ©e, apparition rayonnante en sa lumineuse exception fĂ©minine, dans un ouvrage dominĂ© par les hommes (Boccanegra / Paolo / Fiesco / Gabriele) : la formidable mĂ©canique rythmique confiĂ©e Ă  l’harmonie (bois et flĂ»tes) qui sert de matelas Ă  l’envol de la voix d’une tendresse Ă©blouissante, assure aussi la rĂ©ussite de la sĂ©quence (mais lĂ  comme partout dans ce disque, avouons notre manque d’enthousiasme assumĂ© face Ă  la baguette routiniĂšre de Massimo Zanetti, aux couleurs ternes de l’Orchestre MĂŒnchner Rundfunk). Tout Ă  fait Ă  son aise, dans un ambitus vocal qui correspond Ă  sa voix et Ă  son caractĂšre, Yoncheva irradie de tous ses feux soyeux et cristallins. En revanche, finir le rĂ©cital par Abigaille de Nabucco, plutĂŽt pour mezzo que soprano, accuse les limites de la tessiture.

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalOn se souvient que le tĂ©nor Jonas Kaufmann passĂ© de Decca Universal Ă  Sony classical, avait lui aussi marquĂ© le marchĂ© discographique avec un ALBUM VERDI phĂ©nomĂ©nal (2013) qui entre autres, rĂ©vĂ©lait avant de l’incarner sur la scĂšne, son Otello, puissant, habitĂ©, tiraillĂ© : Ă  la fois hallucinĂ© et tragique. La recette est bonne. Donc mĂȘme scĂ©nario pour la diva bulgare et « son » VERDI album


AprĂšs les divas au timbre charnel devenues lĂ©gendaires, dont Ă©videmment RenĂ©e Fleming, qui demeure plus straussienne que verdienne vĂ©ritablement, – double crĂšme disaient les plus convaincus en raison de son medium charnu, d’une onctuositĂ© suprĂȘme, « La Yoncheva » emprunte aujourd’hui le tremplin de sa contemporaine Anna Netrebko, – qui elle aussi a signĂ© un album Verdi (mais chez Deutsche Grammophon, prĂ©figurant ses prises de rĂŽles sur scĂšne pour Leonora, Lady Macbeth
). Les hĂ©roĂŻnes verdiennes dĂ©fendues par la soprano bulgare ne manquent ni d’intensitĂ© ni de couleurs tragiques et sensuelles. C’est donc un rĂ©cital convaincant dans son ensemble, malgrĂ© les limites concernant sa Leonora 1 et son Abigaille finale.

2018 : annĂ©e Luisa et ImogĂšne. Dans quelques semaines, Sonya Yoncheva incarnera sur scĂšne Luisa (prise de rĂŽle scĂ©nique au Metropolitan Opera de New York, Ă  partir du 29 mars 2018), un rĂŽle de jeune femme libre, radicale, amoureuse qu’elle prĂ©figure dans ce rĂ©cital avec une intensitĂ© prometteuse. Les parisiens attendront l’une des Ă©tapes de sa tournĂ©e Verdi, Concert de Gala, le 1er juin au TCE
 L’autre grand RV incontournable pour les amateurs, reste sa prise de rĂŽle suivante, fleuron du rĂ©pertoire belcantiste le plus exigeant : ImogĂšne dans Il Pirata / Le Pirate de Bellini, Ă  partir du 29 juin Ă  la Scala de Milan. Un nouveau dĂ©fi et un personnage captivant, – qui fut magnifiquement interprĂ©tĂ© par la soprano Anna Kasyan, lors du Concours Bellini 2013, rĂŽle qui lui permit de remporter le Grand Prix Bellini : Ă  voir en vidĂ©o, lors de la captation de cet air par le studio CLASSIQUENEWS. A suivre.

 

 

 

 

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CD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano / Il Trovatore, Luisa Miller, Attila, Stiffelio, La Forza del destino, Otello, Simon Boccanegra, Don Carlo, Nabucco – MĂŒnchner RundfunkOrchester / Massimo Zanetti – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en avril 2017 (1 cd SONY classical)

 

 

 

 

Livres. Compte-rendu critique. CHARLES GOUNOD : MĂ©moires d’un artiste (2018, Actes Sud / Pal. Bru Zane)

GOUNOD charles memoires d un artiste actes sud livre critique compte rendu par classiquenews 9782330092801Livres. Compte-rendu critique. CHARLES GOUNOD : MĂ©moires d’un artiste (Actes Sud / Pal. Bru Zane). Biographe du compositeur dont 2018 marque le bicentenaire de la naissance, GĂ©rad CondĂ© rĂ©dige l’intro de cette nouvelle Ă©dition qui souligne qu’il n’est pas si rare qu’un compositeur maĂźtrise la langue de Voltaire, heureux artiste, aussi convaincant par le texte que par sa musique. Et de citer aux cĂŽtĂ©s de Gounod, d’autres maĂźtres qui ont laissĂ© des Ă©crits plutĂŽt convaincants voire engagĂ©s, provocateurs : Berlioz, Saint-SaĂ«ns. Si Berlioz organise ses MĂ©moires, 20 ans avant de mourir, Gounod envisage les siennes pour clore de vains dĂ©bats suscitĂ©s dans la presse, aprĂšs sa « fuite » en Angleterre aprĂšs la chute du Second Empire (1870 – 1874). PersuadĂ© d’apporter ses propres Ă©claircissements, entre 1876 et 1877, l’intĂ©ressĂ© rĂ©dige donc sa biographie ; il aborde avec respect et dĂ©fĂ©rence la genĂšse de son talent de compositeur, ce qu’il doit Ă  son milieu et surtout Ă  sa mĂšre (qui l’inscrit au Conservatoire dans la classe de Reicha, Lesueur, puis Cherubini
) ; il y reprĂ©cise les raisons de son exil, et aussi sa vraie relation avec son hĂŽtesse Ă  Londres, la cantatrice (un rien « entreprenante et protectrice, directive et dĂ©vouĂ©e », voire plus, certainement envahissante, et in fine Ă  l’influence dangereuse
) : Georgina Waldon.
A travers une prose parfois trop polie et qui relĂšve de la simple anecdote, le lecteur dĂ©sormais avisĂ© sait dĂ©tecter sous la plume enjolivĂ©e, le fier romantisme d’une Ăąme indĂ©pendante, dont l’ouverture et la sensibilitĂ© le conduisent Ă  goĂ»ter d’autres disciplines dont la peinture et la sculpture (RaphaĂ«l et Michel Ange). Gounod est de surcroĂźt sincĂšrement croyant, plus fraternel et humaniste que vĂ©ritablement spirituel. Prix de Rome 1840, Gounod, caractĂšre aimable, est un travailleur assidu, parfois dĂ©pressif et qui ne s’en laisse jamais dĂ©montrer.
Quoiqu’il en soit, le texte de « MĂ©moires d’un artiste », est une compilation orchestrĂ©e par ses descendants et proches car aprĂšs sa mort en 1893, Gounod ne laisse pas un cycle complet prĂȘt Ă  la publication ; plutĂŽt un ensemble de chapitres Ă  relier les uns aux autres dont « MĂ©moires d’un artiste » (1876), « A ma mĂšre » (1884). C’est le peintre Guillaume Dubufe (1853-1909) qui rĂ©alise un travail de marqueterie habile, restituant l’ensemble en un tout relativement cohĂ©rent. Plusieurs atouts fondent la valeur du texte ainsi parvenu : l’évocation de la famille artistique Ă  Rome que le jeune acadĂ©micien rejoint en 1840 (Ingres qui fait son portrait est alors le directeur de la villa mĂ©dicĂ©enne) ; les coulisses qui crĂ©ent la vie quotidienne du compositeur au chevet de Faust, Sapho, RomĂ©o et Juliette (composĂ© Ă  FrĂ©jus), etc
 Plus intĂ©ressantes car trĂšs engagĂ©es voire passionnĂ©es, sur ce ton de la confirmation d’un opinion affirmĂ©e Ă  l’adresse de possibles et tenaces dĂ©tracteurs, les pages qui rĂ©alisent une dĂ©fense appuyĂ©e et argumentĂ©e du gĂ©nie wagnĂ©rien (« Les fastes de Wagner », p 299). La derniĂšre partie, « EphĂ©mĂ©rides » – oĂč le lecteur chercheur trouve toutes les dates des Ă©vĂ©nements de la vie, complĂšte astucieusement ce tableau du compositeur par lui-mĂȘme.

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LIVRES, compte-rendu critique. CHARLES GOUNOD : MĂ©moires d’un artiste (Actes Sud / Pal. Bru Zane). Ouvrage illustrĂ© de nombreux portraits de Charles Gounod.
Collection Palazzetto Bru Zane — Parution : Janvier, 2018 / 11,0 x 17,5 / 368 pages / ISBN 978-2-330-09280-1 / Prix indicatif : 11€

Cd, compte rendu critique. FRANCOIS COUPERIN : PiÚces de clavecin, IIIÚ Livre. Blandine Verlet, clavecin (1 cd Aparté)

COUPERIN francois pieces clavecin livre III 13 et 18 e ordres critique cd review cd par classiquenews CLIC de fevrier 2018 cd critique ap170-OK-carre-1024x1024Cd, compte rendu critique. FRANCOIS COUPERIN (1668 – 1733) : PiĂšces de clavecin, IIIĂš Livre (13 et 18Ăš Ordes). Blandine Verlet, clavecin (1 cd ApartĂ©). BLANDINE VERLET dĂ©voile Le CLAVECIN DE COUPERIN. AprĂšs deux prĂ©cĂ©dents (1713, puis 1716), Couperin publie son 3Ăš Livre de piĂšces de clavecin en 1722, dont les fameux Concerts royaux. TrĂšs mĂ©ticuleux, l’auteur annote, indique prĂ©cisĂ©ment les enjeux esthĂ©tiques et les nuances expressives comme le dispositif essentiel qui dĂ©montrent une pensĂ©e expĂ©rimentale, laquelle n’aura Ă©tĂ© jamais aussi ludique, imaginative, et toujours trĂšs juste dans les rĂ©glages poĂ©tiques : il expose ainsi le principe des « piĂšces croisĂ©es » (accouplement des claviers), et un nouvel ornement, sorte de respiration articulant la ligne vocale. Couperin glisse aussi quelques rĂ©fĂ©rences Ă  l’actualitĂ© politique, rĂ©vĂ©rence Ă  ses employeurs : ainsi les « lys naissants » (en style luthĂ© si raffinĂ©), ouvrant son 23Ăš Ordre, font clairement rĂ©fĂ©rence Ă  l’avĂšnement du jeune Louis XV.
Au diapason de cette conception millimĂ©trĂ©e des nuances expressives, les doigts enchantĂ©s, suggestifs et eux aussi rĂȘveurs (mais si prĂ©cis) de “la fĂ©e Blondine”, excellent Ă  dĂ©mĂȘler et caractĂ©riser tout ce qui compose la palette poĂ©tique du grand alchimiste et magicien Couperin ; d’autant qu’en 1722, – une page s’étant tournĂ©e (celle du Grand SiĂšcle, pompe et grandeur du Louis XIV versaillais), le compositeur est lui aussi dans la derniĂšre courbe expressive de son immense talent, et chaque accent, intonation, connotation, pĂšse, exprime, imprime sa marque spĂ©cifique. Il enrichit et ponctue le flux musical sans amoindrir ni ralentir son allant organique. Elle nous avait ravis en 2012 dans un prĂ©cĂ©dent Couperin, idĂ©alement abouti, allusivement rĂȘveur et suggestif. C’Ă©tait alors sur un clavecin Hemsch 1751. Ici, 6 ans plus tard, la claveciniste, douairiĂšre des clavecinistes françaises, prĂ©fĂšre le son serrĂ©, prĂ©cis, ciselĂ© d’une copie d’un clavecin Ruckers de 1636 (avec ravalement par Hemsch de 1763)…

 
 
 

VERLET BLANDINE clavecin portrait par classiquenews A4405_Blandine_Verlet_gdLe nuancier que dĂ©fend la claveciniste qui n’en est pas Ă  son premier Couperin, se montre Ă  la hauteur d’une partition inouĂŻe par son raffinement et sa dĂ©licatesse pudique, par sa versatilitĂ© hyperĂ©lĂ©gante. L’art du rien dire, en apparence, le dĂ©tachĂ©, le dĂ©liĂ©, le lĂącher prise ; c’est Ă©videmment un art du dessin, et des ombres suggestives plutĂŽt que de la ligne trop appuyĂ©e, ou des couleurs mal fondues et enchaĂźnĂ©es.
RĂȘvons ainsi dans la fragilitĂ© des « Roseaux », sublime Ă©vocation de la Nature (avant Rameau) ; sachons aussi relever le sens plus nerveux de la bambochade, dans les portraits riches en caractĂšre de l’Engageante ou de l’Âme en pĂ©ril (en rĂ©alitĂ© : « L’Âme en peine »  vertiges Ă©motionnels garantis, qui concluent les 12 Dominos, hauts en couleurs).
Ainsi, inspirĂ©s par les Folies d’Espagne, et leur caractĂšre dansĂ© et masquĂ©, les Dominos, soit 12 sĂ©quences conçues comme autant de drames instrumentaux, idĂ©alement ciselĂ©s eux aussi, et douĂ©s de grande variations poĂ©tiques, dĂ©voilent concrĂštement la science d’un Couperin touchĂ© par la grĂące, entre divertissement, galanterie, raffinement et pudeur (elle-mĂȘme citĂ©e, parmi les FidĂ©litĂ©, VirginitĂ©, PersĂ©vĂ©rance, Ardeur, Coquetterie, FrĂ©nĂ©sie
). Dans le sillon d’un La BruyĂšre, c’est Ă  dire lecteur et critique d’un Saint-Simon trop hautain, Couperin l’analyste et l’observateur se fait sociologue d’une Cour (Versaillaise ?), polluĂ©e, colorĂ©e de caricatures humaines parfaitement ridicules (Coucous bĂ©nĂ©voles : cocus ? , et ailleurs, en leur livrĂ©e « pourpre », Vieux Galants acoquinĂ©s aux TrĂ©soriĂšres surannĂ©es
).
CouplĂ©s chacun Ă  une couleur, les Ă©pisodes permettent de varier les caractĂšres – en une Suite rĂ©inventĂ©e, fresque et kalĂ©idoscope instrumentaux, oĂč Couperin s’amuse en finesse et subtilitĂ© : gracieusement, tendrement, animĂ©, gaiement, affectueusement, tendrement, gaiement, gravement
 etc, et Ă  l’envi, offrant, grĂące Ă  l’engagement idĂ©alement articulĂ© et investi de la claveciniste, cette forme devenue mythe musical, de la « Suite Ă  la française ».

couperin-582-722-francois-couperin-le-grand-portrait-grand-format-classiquenews-portrait-anonymeLe propre de Couperin est sa profondeur malgrĂ© ses mondanitĂ©s. Le 18Ăš Ordre, qui conclue ici le programme, d’un classicisme impĂ©rial et souverain, c’est Ă  dire toujours allusivement poĂ©tique, offre ce mariage rĂ©ussi de la description et de la justesse, expression intime et Ă©loquence raffinĂ©e. Eclectique et synthĂ©tique, le compositeur use d’une Allemande premiĂšre, d’ouverture pour peindre et portraiturer la prĂ©sence d’un ami, protecteur ? : Verneuil, dont la fille devenue Verneuillette a toutes les grĂąces de la jeunesse insouciante. Ainsi surgissent en leur vĂ©ritĂ© primitive, le joyeux et naĂŻf « Turbulent », et la plus sombre et mĂ©lancolique « Attendrissante ». Avant Rameau, il semble que le clavecin soit pour Couperin, l’instrument roi pour portraiturer en finesse et vĂ©ritĂ© les proches qu’il a connus. Ainsi ferment la surprenante et captivante galerie de portraits humains : le Gaillard boiteux, au burlesque mordant, avec pour point final, l’admirable Chaconne dite « La Favorite » (ne l’était-elle pas sous le rĂšgne de Lully ?), empruntĂ©e au Premier Livre de 1713. Ainsi la boucle est-elle bouclĂ©e. Sans rĂ©serve, le clavecin de Blandine Verlet est nĂ© pour exprimer la grĂące de François Couperin. Album majeur en cette annĂ©e Couperin 2018 (nĂ© en 1668, Couperin fĂȘte donc en 2018 son 350Ăš anniversaire).

 
 
 

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CLIC_macaron_2014Cd, compte rendu critique. FRANCOIS COUPERIN (1668 – 1733) : PiĂšces de clavecin, IIIĂš Livre (13 et 18Ăš Ordes) — enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en mai 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018. EN complĂ©ment au cd, l’éditeur publie aussi un texte inĂ©dit de Blandine Verlet elle-mĂȘme, « rĂ©cit » intitulĂ© « La Compositrice ». Confession indirecte, nouvelle Ă  clĂ©s, de la page 12 Ă  la page 70, certainement le volet complĂ©mentaire Ă  la somme Couperin qui prĂ©cĂšde. A lire immanquablement.

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PRECEDENT CD François COUPERIN par Blondine VERLET (2012), soit il y an 6 ans… Un prĂ©cĂ©dent dĂ©jĂ  saluĂ© par la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS alors …

François Couperin (1668-1733) : SeptiÚme et HuitiÚme Ordres du DeuxiÚme Livre de 1716-1717; 25Ú,26Ú et 27Ú ordres du QuatriÚme Livre de 1730. Blandine Verlet, clavecin Hemsch 1751. 2 cd Aparté. Enregistrement réalisé en novembre 2011 en Belgique. Réf.: AP036. CD1: 1h. CD2: 56mn.

 Extrait de la critique de notre rĂ©dacteur   : “GravitĂ©, solennitĂ© voire lenteur discursive, jamais sĂšche ni strictement explicative, mais toujours articulĂ©e et superbement aĂ©rĂ©e; Blandine Verlet maĂźtrise tout ce qui fait la singularitĂ© inouĂŻe de François Couperin, Ă©gal d’un Bach, monstre vĂ©nĂ©rĂ© du clavier royal. En enregistrant Ă  nouveau son cher Couperin, frĂšre, maĂźtre, modĂšle, la claveciniste française rend un nouvel hommage (novembre 2011), tissĂ© dans l’étoffe la plus investie, d’une Ă©vidente profondeur, dĂ©voilant de non moins indiscutables affinitĂ©s, d’autant plus exacerbĂ©es, colorĂ©es, riches, troublantes qu’il s’agit aussi, Ă  ce temps de la “carriĂšre”, ou plutĂŽt, en cet instant de l’expĂ©rience, d’un nouveau tĂ©moignage remarquablement abouti: offrande Ă©lective mais Ă©galement maestriĂ  dans l’art de toucher un instrument, certes des plus enivrants.

 
     

Nouvelle Création de HAYDN par Jean-Claude Malgoire

TOURCOING, HAYDN: La CrĂ©ation, les 19, 21 et 22 janvier 2018. TOURCOING puis PARIS (TCE). Depuis 1981, l’ALT, Atelier Lyrique de Tourcoing n’a jamais attĂ©nuĂ© son engagement pour le dĂ©frichement et l’excellence dans la dĂ©couverte. PortĂ© depuis plus de 35 ans par son fondateur, le chef Jean-Claude Malgoire, le collectif nordique fĂȘte le dĂ©but 2018 en prolongeant son travail sur les oeuvres inspirĂ©es du Paradis perdu de John Milton (1608-1674).
HAYDN-2032-Giovanni-antonini-portrait-par-classiquenews-Joseph_HaydnEn novembre dernier, il y eut la création mondiale du Paradis perdu de Dubois (version pour orchestre, 1877), événement lyrique qui renseigne enfin le romantisme français éclectique néo baroque des années 1870 à Paris.
En janvier 2018, Jean-Claude Malgoire se passionne pour un autre oratorio tout aussi rĂ©ussi et inspirĂ© du mĂȘme Milton : La CrĂ©ation de Joseph Haydn (1799/1800), oeuvre monumentale et pourtant marquĂ©e par le raffinement viennois, marquant ainsi l’entrĂ©e dans le nouveau siĂšcle : le XIXĂš. hĂ©ritier de l’esprit des lumiĂšres, le compositeur rĂ©alise une piĂšce maĂźtresse du genre, offrant Ă  l’écriture orchestrale, un nouveau souffle expressif, moins descriptif que suggestif, aussi Ă©laborĂ© et irrĂ©sistible que les symphonies de Beethoven Ă  venir.

En dĂ©miurge inspirĂ©, Joseph ose LA CRÉATION

Paradis-perdu-theodore-dubois-par-classiquenews-direction-jean-claude-malgoire-Adam-et-eve_La-Chute-de-l'Homme_1628-1629_Huile-sur-toile_H238-×-L184.5-cm_Pierre-Paul-Rubens_dapres-une-peinture-de-Titien-Museo-del-Prado_Madrid-copieA Ɠuvre ambitieuse, Ă©criture raffinĂ©e et dramatiquement gĂ©niale. FondĂ© sur le texte du poĂšte Milton, l ‘oratorio conçu par le Viennois Haydn, suggĂšre les 6 jours divins oĂč la crĂ©ation du Monde se rĂ©alise en 3 jalons : les Ă©lĂ©ments, les animaux et enfin l’homme. Le souffle qu’affirme la musique exprime la miracle de la Nature, en son harmonie originelle, couronnĂ©e par l’homme, non encore entĂąchĂ© de la souillure Ă  venir. Avec projection, comptant sur l’excellent ChƓur de chambre de Namur (dĂ©jĂ  prĂ©sent pour la crĂ©ation du Paradis Perdu de Dubois), et La Grande Écurie et la Chambre du Roy (50 ans en 2016), le cycle de concerts inaugurant Ă  Tourcoing la nouvelle annĂ©e 2018, bĂ©nĂ©ficie aussi d’une solide distribution : le baryton Alain Buet (Adam), Antoine BĂ©langer (Raphael, tĂ©nor) et Sandrine Piau (Eve, soprano), sous la direction affĂ»tĂ©e, engagĂ©e de Jean Claude Malgoire

La Création de Joseph Haydn
Die Schöpfung / 3 dates en janvier 2018
Oratorio pour soli, chƓur et orchestre Premiùre publique le 19 mars 1799 au Burgtheater de Vienne

TOURCOING, Théùtre Municipal
les 19 et 21 janvier 2018,

PARIS, Théùtre des Champs-Elysées
le 22 janvier 2018.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Jean-Claude Malgoire, direction

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INFORMATIONS
www.atelierlyriquedetourcoing.fr

À noter : aprùs le concert du dimanche, rencontre publique avec un artiste de
la production.

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Approfondir

handel-haendel-portrait-classiquenewsSUR LES TRACES DE HANDEL… Haydn doit Ă  Londres la source d’un re nouvellement considĂ©rable de son inspiration. Le Viennois assiste en mai 1791, au Festival Haendel / Handel Ă  l’abbaye de Westminster, oĂč sont reprĂ©sentĂ©s en grands effectifs (jusqu’à 1 millier de musiciens !), les oratorios Israel en Egypte et Le Messie. Haydn Ă©bloui, en pleurs en garde un souvenir vivace, oĂč perce aux cĂŽtĂ©s de la sĂ©duction des airs de solistes, le relief saisissant des choeurs (Messie), vĂ©ritables acteurs du drame lyrique et musical. Comme son prĂ©dĂ©cesseur baroque, le classique Haydn adopte l’idĂ©e d’un drame sacrĂ© mais en langue vernaculaire
 sa CrĂ©ation sera en allemand.
La premiĂšre publique de La CrĂ©ation a lieu au Burgtheater de Vienne le 19 mars1799 sous la direction de l’auteur. La foule se masse, excitĂ© par la dĂ©couverte d’un oratorio nouveau de Haydn : chaque auditeur reçoit le livret Ă©crit par le baron Van Swieten, ancien diplomate, mĂ©cĂšne et compositeur, bibliothĂ©caire impĂ©rial qui a fait connaĂźtre Ă  Mozart, JS Bach et aussi 
 Haendel. Le livret de Swieten synthĂ©tise GenĂšse et Psaumes (tirĂ©s de la Bible) – et Le Paradis perdu de Milton (Paradise Lost / Le Paradis perdu 1667). Chez Haydn, la musique exprime tout, bien avant le texte qui en souligne aprĂšs coup la grandeur et la profondeur poĂ©tique, comme un commentaire critique. A travers le miracle de la divine nature, parfaite en sa crĂ©ation ainsi restituĂ©e, Haydn cĂ©lĂšbre la perfection humaine, et en prenant distance avec le sujet, renforce la statut enchanteur et magicien de gĂ©nie artistique (donc la musique) capable d’émouvoir et de sublimer son sujet. La lumiĂšre de l’esprit fonde ici une dĂ©votion positive inspirĂ©e de la RĂ©volution (esprit des LumiĂšres / AufklĂ€rung), loin des priĂšres d’un Bach qui dans ses cantates implore Dieu de sauver le peuple des pĂȘcheurs, entre inquiĂ©tude et angoisse profonde. Comme Mozart, Haydn est membre de la Franc-Maçonnerie (depuis 1785) . Le sublime « Es werde Licht/Und es ward Licht » (Que la LumiĂšre soit/ Et la LumiĂšre fut) affirme la toute puissance de la LumiĂšre, que Mozart a cĂ©lĂ©brĂ© lui aussi, en allemand, dans La FlĂ»te enchantĂ©e sept ans plus tĂŽt (1791, l’annĂ©e de sa mort). Sage, humaniste, fraternel, Haydn (comme Haendel Ă  la fin de sa vie) tĂ©moigne de son espoir pour le monde et l’humanitĂ©, tout en dĂ©fendant l’idĂ©e d’une musique aux vertus spirituelles


malgoire-jean-claude-portrait-chef-maestro-tourcoing-annonce-concert-critique-par-classiquenews-600x337_jean-claude-malgoirecdr_web_0Dans la 3Ăš partie, l’ange chante la gloire de l’humanitĂ© Ă  son commencement, non encore pervertie par ce qui va fonder sa nature profondĂ©ment mauvaise. De sorte que l’auteur plus de 2 siĂšcles aprĂšs la crĂ©ation, pose la question : l’humanitĂ© dĂ©naturĂ©e mĂ©rite-t-elle cette terre miraculeuse qu’elle a reçu en hĂ©ritage ? A l’heure des cataclysmes climatiques, quand ce sont plus de 40% des espĂšces animales sauvages qui sont condamnĂ©es, Ă  l’aube oĂč l’humanitĂ© pollueuse va atteindre les 10 milliards d’individus
 on se dit que l’équation suggĂ©rĂ©e par Haydn et Swieten, d’aprĂšs Milton, n’a jamais Ă©tĂ© aussi brĂ»lante en pertinence et actualitĂ© ? A nous de redevenir dignes de cette nature miraculeuse – Paradisiaque, que Haydn sait nous prĂ©senter dans sa fabuleuse CrĂ©ation de 1799. (Illustration ci dessus : Jean-Claude Malgoire DR)

TOURCOING, La Création de Haydn par JC Malgoire

TOURCOING, HAYDN: La CrĂ©ation, les 19, 21 et 22 janvier 2018. TOURCOING puis PARIS (TCE). Depuis 1981, l’ALT, Atelier Lyrique de Tourcoing n’a jamais attĂ©nuĂ© son engagement pour le dĂ©frichement et l’excellence dans la dĂ©couverte. PortĂ© depuis plus de 35 ans par son fondateur, le chef Jean-Claude Malgoire, le collectif nordique fĂȘte le dĂ©but 2018 en prolongeant son travail sur les oeuvres inspirĂ©es du Paradis perdu de John Milton (1608-1674).
HAYDN-2032-Giovanni-antonini-portrait-par-classiquenews-Joseph_HaydnEn novembre dernier, il y eut la création mondiale du Paradis perdu de Dubois (version pour orchestre, 1877), événement lyrique qui renseigne enfin le romantisme français éclectique néo baroque des années 1870 à Paris.
En janvier 2018, Jean-Claude Malgoire se passionne pour un autre oratorio tout aussi rĂ©ussi et inspirĂ© du mĂȘme Milton : La CrĂ©ation de Joseph Haydn (1799/1800), oeuvre monumentale et pourtant marquĂ©e par le raffinement viennois, marquant ainsi l’entrĂ©e dans le nouveau siĂšcle : le XIXĂš. hĂ©ritier de l’esprit des lumiĂšres, le compositeur rĂ©alise une piĂšce maĂźtresse du genre, offrant Ă  l’écriture orchestrale, un nouveau souffle expressif, moins descriptif que suggestif, aussi Ă©laborĂ© et irrĂ©sistible que les symphonies de Beethoven Ă  venir.

En dĂ©miurge inspirĂ©, Joseph ose LA CRÉATION

Paradis-perdu-theodore-dubois-par-classiquenews-direction-jean-claude-malgoire-Adam-et-eve_La-Chute-de-l'Homme_1628-1629_Huile-sur-toile_H238-×-L184.5-cm_Pierre-Paul-Rubens_dapres-une-peinture-de-Titien-Museo-del-Prado_Madrid-copieA Ɠuvre ambitieuse, Ă©criture raffinĂ©e et dramatiquement gĂ©niale. FondĂ© sur le texte du poĂšte Milton, l ‘oratorio conçu par le Viennois Haydn, suggĂšre les 6 jours divins oĂč la crĂ©ation du Monde se rĂ©alise en 3 jalons : les Ă©lĂ©ments, les animaux et enfin l’homme. Le souffle qu’affirme la musique exprime la miracle de la Nature, en son harmonie originelle, couronnĂ©e par l’homme, non encore entĂąchĂ© de la souillure Ă  venir. Avec projection, comptant sur l’excellent ChƓur de chambre de Namur (dĂ©jĂ  prĂ©sent pour la crĂ©ation du Paradis Perdu de Dubois), et La Grande Écurie et la Chambre du Roy (50 ans en 2016), le cycle de concerts inaugurant Ă  Tourcoing la nouvelle annĂ©e 2018, bĂ©nĂ©ficie aussi d’une solide distribution : le baryton Alain Buet (Adam), Antoine BĂ©langer (Raphael, tĂ©nor) et Sandrine Piau (Eve, soprano), sous la direction affĂ»tĂ©e, engagĂ©e de Jean Claude Malgoire

La Création de Joseph Haydn
Die Schöpfung / 3 dates en janvier 2018
Oratorio pour soli, chƓur et orchestre Premiùre publique le 19 mars 1799 au Burgtheater de Vienne

TOURCOING, Théùtre Municipal
les 19 et 21 janvier 2018,

PARIS, Théùtre des Champs-Elysées
le 22 janvier 2018.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Jean-Claude Malgoire, direction

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À noter : aprùs le concert du dimanche, rencontre publique avec un artiste de
la production.

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Approfondir

handel-haendel-portrait-classiquenewsSUR LES TRACES DE HANDEL… Haydn doit Ă  Londres la source d’un re nouvellement considĂ©rable de son inspiration. Le Viennois assiste en mai 1791, au Festival Haendel / Handel Ă  l’abbaye de Westminster, oĂč sont reprĂ©sentĂ©s en grands effectifs (jusqu’à 1 millier de musiciens !), les oratorios Israel en Egypte et Le Messie. Haydn Ă©bloui, en pleurs en garde un souvenir vivace, oĂč perce aux cĂŽtĂ©s de la sĂ©duction des airs de solistes, le relief saisissant des choeurs (Messie), vĂ©ritables acteurs du drame lyrique et musical. Comme son prĂ©dĂ©cesseur baroque, le classique Haydn adopte l’idĂ©e d’un drame sacrĂ© mais en langue vernaculaire
 sa CrĂ©ation sera en allemand.
La premiĂšre publique de La CrĂ©ation a lieu au Burgtheater de Vienne le 19 mars1799 sous la direction de l’auteur. La foule se masse, excitĂ© par la dĂ©couverte d’un oratorio nouveau de Haydn : chaque auditeur reçoit le livret Ă©crit par le baron Van Swieten, ancien diplomate, mĂ©cĂšne et compositeur, bibliothĂ©caire impĂ©rial qui a fait connaĂźtre Ă  Mozart, JS Bach et aussi 
 Haendel. Le livret de Swieten synthĂ©tise GenĂšse et Psaumes (tirĂ©s de la Bible) – et Le Paradis perdu de Milton (Paradise Lost / Le Paradis perdu 1667). Chez Haydn, la musique exprime tout, bien avant le texte qui en souligne aprĂšs coup la grandeur et la profondeur poĂ©tique, comme un commentaire critique. A travers le miracle de la divine nature, parfaite en sa crĂ©ation ainsi restituĂ©e, Haydn cĂ©lĂšbre la perfection humaine, et en prenant distance avec le sujet, renforce la statut enchanteur et magicien de gĂ©nie artistique (donc la musique) capable d’émouvoir et de sublimer son sujet. La lumiĂšre de l’esprit fonde ici une dĂ©votion positive inspirĂ©e de la RĂ©volution (esprit des LumiĂšres / AufklĂ€rung), loin des priĂšres d’un Bach qui dans ses cantates implore Dieu de sauver le peuple des pĂȘcheurs, entre inquiĂ©tude et angoisse profonde. Comme Mozart, Haydn est membre de la Franc-Maçonnerie (depuis 1785) . Le sublime « Es werde Licht/Und es ward Licht » (Que la LumiĂšre soit/ Et la LumiĂšre fut) affirme la toute puissance de la LumiĂšre, que Mozart a cĂ©lĂ©brĂ© lui aussi, en allemand, dans La FlĂ»te enchantĂ©e sept ans plus tĂŽt (1791, l’annĂ©e de sa mort). Sage, humaniste, fraternel, Haydn (comme Haendel Ă  la fin de sa vie) tĂ©moigne de son espoir pour le monde et l’humanitĂ©, tout en dĂ©fendant l’idĂ©e d’une musique aux vertus spirituelles


malgoire-jean-claude-portrait-chef-maestro-tourcoing-annonce-concert-critique-par-classiquenews-600x337_jean-claude-malgoirecdr_web_0Dans la 3Ăš partie, l’ange chante la gloire de l’humanitĂ© Ă  son commencement, non encore pervertie par ce qui va fonder sa nature profondĂ©ment mauvaise. De sorte que l’auteur plus de 2 siĂšcles aprĂšs la crĂ©ation, pose la question : l’humanitĂ© dĂ©naturĂ©e mĂ©rite-t-elle cette terre miraculeuse qu’elle a reçu en hĂ©ritage ? A l’heure des cataclysmes climatiques, quand ce sont plus de 40% des espĂšces animales sauvages qui sont condamnĂ©es, Ă  l’aube oĂč l’humanitĂ© pollueuse va atteindre les 10 milliards d’individus
 on se dit que l’équation suggĂ©rĂ©e par Haydn et Swieten, d’aprĂšs Milton, n’a jamais Ă©tĂ© aussi brĂ»lante en pertinence et actualitĂ© ? A nous de redevenir dignes de cette nature miraculeuse – Paradisiaque, que Haydn sait nous prĂ©senter dans sa fabuleuse CrĂ©ation de 1799. (Illustration ci dessus : Jean-Claude Malgoire DR)

CD, critique. GODARD : DANTE (2 cd P Bru Zane, 2016)

GODARD benjamin DANTE cd presentation cd critique compte rendu par classiquenewsCD, critique. GODARD : DANTE (2 cd P Bru Zane, 2016). Le dramatisme de Benjamin Godard (1849-1895) surgit parfois dans cet oratorio annoncĂ©, datant de 1890, mais au dramatisme parfois copieux et d’une clartĂ© dramatique pas toujours Ă©gale. Au sein d’une partition gĂ©nĂ©reuse, percent certains Ă©pisodes plus rĂ©ussis, d’une thĂ©ĂątralitĂ© accomplie comme le dernier tableau au couvent, ou plus onirique, exploitant les ressources contrastantes du rĂȘve, dans le cĂ©lĂšbre « RĂȘve de Dante. Pas sĂ»r pour autant que l’équipe artistique rĂ©unie ne se montre digne des finesses de la partition : dĂ©sĂ©quilibres et outrances persistent (dont le manque de caractĂšre de l’orchestre
 sur instruments modernes). CĂŽtĂ© voix, cela manque lĂ  aussi de cohĂ©sion et d’unitĂ©.
En abordant en musique, la poĂ©tique de Dante, sa quĂȘte de l’aimĂ©e inaccessible (la belle et fantasmĂ© BĂ©atrice), Godard maĂźtrise les climats de l’épopĂ©e fantastique qui pilote et conduit le PoĂšte / hĂ©ros jusqu’aux Enfers, grĂące Ă  l’entremise initiatrice de Virgile. Visions infernales, tension amoureuse
 tous les Ă©lĂ©ments sont lĂ  pour produire une fantasmagorie musicale prenante

Car du gĂ©nie solitaire, fantasque, dĂ©pressif et mĂ©lancolique, rĂȘveur et atypique de Godard, se dĂ©ploie une veine trĂšs originale qu’une autre partition eut mieux illustrĂ© (LeTasse?). Ainsi, ce « rĂȘve » est-il ici rĂ©ellement bien dĂ©fendu ?

Parlons orchestre d’abord. Distinguons en particulier la Tarentelle qui en ouverture de la seconde partie rappelle sans sa coupe plus frĂ©nĂ©tique, l’Ă©nergie facĂ©tieuse de Rossini. De toute Ă©vidence Godard sait placer au bon moment, l’Ă©lĂ©ment contrastĂ© qui relance la tension, ou sait la prĂ©parer.
Las, le cĂŽtĂ© grosse caisse, propre Ă  la musique illustrative, celle d’un intermĂšde tĂ©lĂ©visuel, montre les limites de l’orchestre requis, et une direction qui s’enlise, sans grande finesse. C’est traverser malheureusement une partition dramatique sans en mesurer les accents ni les caractĂšres de l’architecture expressive.

Derechef, osons la question qui fĂąche pourquoi ne pas avoir enregistrĂ© cet opĂ©ra sur instruments anciens ? Ici le collectif moderne Ă©paissit le trait d’un Godard souvent aux confins de l’extrĂȘme miĂšvrerie, dommage car l’ouvrage exige une subtilitĂ© par trop absente.

Mais ne boudons pas notre plaisir face Ă  une authentique et lĂ©gitime exhumation : l’orchestre est un bon exĂ©cutant, il sait rĂ©aliser une lecture scolaire qui a l’avantage de la dĂ©fense documentaire et c’est dĂ©jĂ  ça, s’agissant d’une Ɠuvre inconnue. À chacun de repĂ©rer les temps forts d’une partition qui en contient beaucoup tant le dĂ©pressif rĂȘveur fut un vrai dramaturge musical.

Parmi les chanteurs, parlons d’abord des faillites. CĂŽte boursouflure empĂątĂ©e et chant inintelligible, l’Ă©colier de la mezzo Diana Axentii sera vite oubliĂ©, comment peut-on chanter encore ainsi, avec tant de maniĂ©risme, en un français gras engorgĂ© (un Ă©colier bien nourri et replet ?) qui en rajoute tant et plus, accompagnĂ© par le chƓur dans un hommage Ă  la poĂ©tique de Virgile qui confine au clinquant acadĂ©mique le plus kitsch. C’est contredire dans la forme et une articulation paresseuse, la finesse du sujet cĂ©lĂ©brĂ© par le texte.

Le Dante du tĂ©nor lituanien Edgaras Montvidas en fait lui aussi des tonnes : vibrato omniprĂ©sent et boursouflure (systĂ©matique) en fin de phrase, le style manque singuliĂšrement de sobriĂ©tĂ© comme de finesse sur un orchestre prosaĂŻque (quand Dante invoque l’ombre de Virgile qui va lui apparaĂźtre). De fait, la scĂšne relĂšve et dans le chant du soliste (trop tendu univoque) et dans la tenue de l’orchestre, du style thĂ©Ăątral le plus tapageur, riche voire saturĂ© d’effets. À croire que chanter simple et nuancĂ© n’est pas dans ses cordes.

Le rĂȘve de Dante qui est introduit par l’apparition de Virgile doit Ă  l’articulation sans faille du baryton Foster-williams habituĂ© des rĂ©surrections de ce type par le disque, d’atteindre une certaine tension fantastique car c’est ainsi que Virgile, figure psychopompe, guide Dante dans son voyage nocturne Ă  demi conscient jusqu’aux enfers.
HĂ©las dans le chƓur infernal justement puis l’orage et le tourbillon infernal, l’orchestre surligne le cri des damnĂ©s en un style hollywoodien surexpressif (torture d’Ugolin, tempĂȘtes, 
), une tension et une sonoritĂ© dure, qui cependant gagnent davantage d’onirisme et de poĂ©sie dans l’Ă©vocation des deux amants maudits Paolo et Francesca.

Fort heureusement le chef semble mieux comprendre les enjeux esthĂ©tiques du drame Ă  l’Ɠuvre dans ce qui suit.
La texture orchestrale s’allĂšge ensuite dans l’Ă©vocation du ciel, lieu et sĂ©jour des Ă©lus : si le chƓur convainc, l’orchestre joue pourtant trop fort, grandiloquent, avec les effets d’arpĂšges de la harpe quand perce le timbre toujours surtendu et surexpressif du Dante hurlĂ©, crispĂ© de Montvidas (quel dommage).

Le chant de BĂ©atrice n’Ă©vite pas malgrĂ© l’articulation de VĂ©ronique Gens, une grandeur amidonnĂ©e et pincĂ©e qui confine au kitsch acadĂ©mique, tout cela manque de poĂ©sie trop dramatique et lĂ  encore boursouflĂ©, d’autant que le tĂ©nor cultive de bout en bout un style outrĂ© qui hĂ©las ne sait pas Ă©viter la caricature miĂšvre d’une partition qui ne la mĂ©ritait pas.

L’intermĂšde du IVĂšme acte atteint un sommet dans la parodie Puccinienne dĂ©clamatoire, nouvelle surenchĂšre d’effets emphatiques. Que ni les solos de la flĂ»te puis du hautbois ne parviennent Ă  tempĂ©rer. Le Bardi de Jean-François Lapointe, toujours propre et intĂšgre quant Ă  lui, ajoute un trouble expressif trĂšs juste car il reste Ă  la diffĂ©rence de ses partenaires, dans la sobriĂ©tĂ© sans jamais franchir la ligne du mauvais goĂ»t. Face Ă  lui, Dante qui se rĂ©veille du rĂȘve “merveilleux “qui a prĂ©cĂ©dĂ©, aborde toutes les scĂšnes avec la mĂȘme suractivitĂ© outrĂ©e Ă  la limite de l’hystĂ©rie. Ah quoi bon hurler quand la musique sait dans le dĂ©but du tableau napolitain oĂč le poĂšte retrouve, avant qu’elle ne meure, sa BĂ©atrice adorĂ©e, se faire plus suggestive (l’orchestre rĂ©ussit mieux cette sĂ©quence sans pour autant ĂȘtre rĂ©ellement subtil
 cf. le prĂ©lude au couvent).
Rachel Frankel fait une Gemma Ă  la voix Ă©paisse, nasalisĂ©e, acide dont l’articulation demeure instable, dommage. Pourtant l’intonation dans la fin de son air de compassion pour BĂ©atrice est juste et mieux calibrĂ© qu’au dĂ©but.
Heureusement, concernant l’intelligibilitĂ©, Gens d’une Ă©locution plus fine, et Foster Williams sauvent les meubles.
En BĂ©atrice, Gens maĂźtrise en effet une douceur d’Ă©mission qui exprime avec justesse elle aussi, l’angĂ©lisme apaisĂ© de la jeune femme recluse dans son couvent. Du reste, le duo entre les deux femmes est l’Ă©pisode le plus rĂ©ussi de la lecture, chant de deux Ăąmes sƓurs, Ă©prouvĂ©es mais dignes, malgrĂ© le pressentiment de la mort qui les traverse alors toutes deux.
Godard atteint ici un style proche de Massenet, efficace, direct, mĂ©lodique. La BĂ©atrice de Godard atteint Ă  la rĂ©signation digne de la ThaĂŻs de Massenet (« de l’Ă©ternel sommeil je n’ai pas l’épouvante ») : cƓur ardent, amoureux et comme irradiĂ© par la grĂące finale malgrĂ© la tragĂ©die qui l’accable, malgrĂ© la mort qui vient la chercher. Sachant Ă©clairer et colorer l’humilitĂ© de la servante de Dieu, Gens sait distiller Ă  l’hĂ©roĂŻne la sensibilitĂ© que lui accorde Godard : une femme digne dans son malheur.
Le dernier quatuor oĂč les deux amants se retrouvent au couvent, doit sa rĂ©ussite au chant mezzavoce, murmurĂ©, extatique des quatre personnages rĂ©unis : BĂ©atrice, Dante (soudainement Ă  l’Ă©coute de ses partenaires), Gemma et Bardi.
Fort heureusement, Montvidas au contact de la diseuse naturelle Gens, se rattrape in extrĂ©mis, dans leur dernier duo, idĂ©alement Ă©noncĂ©, sans heurts, comme respectueux du verbe et de son intelligibilitĂ©, et c’est tout d’un coup cette exquise sensibilitĂ© suave et tendre dont est capable Godard qui s’Ă©panche et convainc (« nous allons partir tous les deux »).
Du coup l’expiration inexorable de la jeune beautĂ© telle une sainte en apothĂ©ose s’accomplit grĂące au tact et au style trĂšs finement nuancĂ© de Gens, d’autant que ses partenaires s’accordent Ă  cette attĂ©nuation expressive idĂ©alement proche du texte.
L’acte du rĂȘve de Dante nous a fait craindre le pire, la rĂ©solution de l’opĂ©ra est d’une tout autre inspiration grĂące Ă  la finesse naturelle de la soprano française. Ouf !
Le nouveau titre dĂ©voilant l’inspiration lyrique et dramatique de Godard au sein de la collection « OpĂ©ra français » mĂ©ritait amplement d’ĂȘtre ainsi rĂ©vĂ©lĂ© mĂȘme dans une rĂ©alisation stylistiquement perfectible. De toute Ă©vidence l’enregistrement offre une belle occasion d’analyser une partition Ă  redĂ©couvrir.

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DANTE de Benjamin Godard
OpĂ©ra en quatre actes, livret d’Edouard Blau
CrĂ©Ă© par la troupe de l’OpĂ©ra-Comique au ChĂątelet, le 13 mai 1890

Dante : Edgaras Montvidas
BĂ©atrice : VĂ©ronique Gens
Bardi : Jean-François Lapointe
Gemma : Rachel Frenkel
Un vieillard / L’Ombre de Virgile : Andrew Foster-Williams
L’écolier : Diana Axentii
Un hĂ©raut d’armes : Andrew Lepri Meyer

ChƓur de la Radio bavaroise
MĂŒnchner Rundfunkorchester
Ulf Schirmer, direction

Enregistré au Prinzregententheater, Munich, les 29 et 31 janvier 2016

2 CD Palazzetto Bru Zane / collection « Opéra français / French Opera /
– durĂ©e : 1h02 + 1h15

CD critique. ANGELA GHEORGHIU : ETERNAMENTE ( 1 cd Warner classics)

GHEORGHIU cd critique cd review soprano critique par classiquenews Angela-Gheorghiu-Eternamente_actu-imageCD critique. ANGELA GHEORGHIU : ETERNAMENTE ( 1 cd Warner classics). Les habits vĂ©ristes vont-ils bien Ă  Angela Gheorghiu ? Celle qui a chantĂ© Adriana Lecouvreur avec le tact et l’instinct que l’on sait ne seront pas déçus dans ce nouvel album qui doit sa rĂ©ussite Ă  l’engagement expressif de la chanteuse et aussi (surtout) complicitĂ© et apport de plus en plus rare dans ce type de projet, la coopĂ©ration toute en finesse du chef, aussi dĂ©taillĂ© que mesurĂ© dans ses effets (et dieu sait que dans le registre vĂ©riste il faut avoir de la mesure, au risque de sombrer dans la guimauve superfĂ©tatoire) : l’excellent Emmanuel Villaume dirigeant le PKF Prague Philharmonia. De surcroĂźt la prise de son est fine et prĂ©cise; magnifiquement rĂ©verbĂ©rĂ©e (plage 3 : 3Ăš sĂ©quence de Cavalleria Rusticana, avec un partenaire de luxe, le tĂ©nor maltais Joseph Calleja). On sait que la diva n’est pas belcantiste : aucun agilitĂ©, aucune virtuositĂ© technique dans les vocalises,
 MAIS un velours vocal, une fragilitĂ© incandescente qui s’affirme dĂšs les deux premiers airs du mĂȘme Cavalleria : sur le fil, dans une articulation qui n’est pas toujours parfaite, la couleur du chant, sa tendresse et ses aigus toujours admirablement couverts rendent idĂ©ale son incarnation des hĂ©roĂŻnes amoureuses, ivres de leur propre passion, sacrifiĂ©es, radicales. VoilĂ  pourquoi sa Traviata (comme sa Manon puccinienne) dont elle fait une femme trĂšs incarnĂ©e, – avec ce ruban miellĂ© Ă  la douceur d’une extrĂȘme pudeur dans l’émission, a toujours sĂ©duit. Une conception hyperfĂ©minine, d’une infinie tendresse, dans le sillon d’une RenĂ©e Fleming mais en plus fragile encore.
Ici, donc d’abord sa Santuzza bouleverse par la justesse d’émission si humaine et pourtant radicale : bien dans le respect de la rage jusqu’au boutiste du drame gĂ©nial conçu par Mascagni en 1890. VĂ©ritable manifeste de la nouvelle Ă©cole lyrique italienne en cette fin du XIXĂš.

Gioconda saisissante, LA GHEORGHIU
cultive et embrase sa fibre de tragédienne vériste

Plus contournĂ©e et moins sobre dans ses « effets », le Donaudy (O bel mio amato ben) ne laisse pas un souvenir impĂ©rissable : l’écriture est boursouflĂ©e et la ligne prĂ©visible, sans les harmonies audacieuses ou les intervalles parfois surprenants des plus grands vĂ©ristes.

En 1900, Puccini Ă©tonne, saisit dans sa Tosca, d’une ivresse inquiĂšte et ici, filigranĂ©e, presque en panique, 
 celle d’une Ăąme toujours fervente, pieuse qui ne comprends pas comment Dieu la rĂ©compense ainsi, en lui refusant le bonheur. La vibration nuancĂ©e lĂ  encore, cette extrĂȘme tendresse fragile s’avĂšrent particuliĂšrement justes et troublantes pour cette sĂ©quence qui demeure la grande priĂšre de Tosca. Les sons filĂ©s, les piani soutenus avec une force caressante, la gestion parfaite du souffle et la richesse dynamique de l’intention sont la signature d’une exceptionnelle diva, chanteuse et actrice. Comme Callas. Rien de moins.

Belle dĂ©couverte que celle de l’extrait de Mefistofele d’Arrigo Boito : « Spunta l’aurora pallida »  Ă  l’acte III, dans ce second air de Marguerite, « La Gheorghiu » dĂ©voile son incandescence versatile, capable de passer d’un sentiment Ă  l’autre, d’autant que l’orchestre, voile fantastique et surnaturelle (Boito comme personne aprĂšs Berlioz n’a su mieux comprendre le surnaturel glaçant du Faust de Goethe), suit la mĂȘme voie harmoniquement insidieuse et ascendante ; sacrifiĂ©e, ardente, Marguerite prĂȘte Ă  mourir, supplie Dieu de la pardonner. L’efficacitĂ© dramatique, la sidĂ©ration et le vertige dans les contrastes d’atmosphĂšres sont trĂšs rĂ©ussis, de la part de la soliste comme du chef lĂ  encore.

Minaudant et d’une fausse candeur, « Eternamente » d’Angelo Mascheroni qui donne le titre Ă  ce rĂ©cital trĂšs impliquĂ©, est comme le Donaudy : il ne laisse pas un caractĂšre immortel, en dĂ©pit de l’intensitĂ© que sait lui apporter la diva surpersensible.

Plus touchante, car plus dépouillée, la priÚre inscrite dans la pudeur intime, « Ombra di nube » de Licinio Refice touche autrement que les minauderies précitées (qualité et tenue du vibrato : peu de divas savent contrÎler ainsi mezza voce et bouche fermée).
On gagne un degrĂ© dans ce rĂ©alisme Ă  la fois noir et brutal avec Ponchielli : « Suicidio » de La Gioconda idĂ©alement campĂ©e, avec un orchestre sobre, prĂ©cis, parfaitement calibrĂ© (bravo au chef lĂ  encore) ; radicale, tendre, Angela Gheorghiu ajoute les couleurs qui lui sont chĂšres, celles de l’hallucination au diapason d’une situation littĂ©ralement insupportable. Jamais les graves chantĂ©s, Ă©noncĂ©s n’ont paru aussi chargĂ©s de dĂ©goĂ»t, de rancoeur impuissante
 celle de l’hĂ©roĂŻne condamnĂ©e, piĂ©gĂ©e par son bourreau auquel elle doit se donner (comme Tosca d’ailleurs, vis Ă  vis de l’infect Scarpia). Situation insupportable, crapuleuse
 la soprano s’y montre irrĂ©sistible.

Dans un chant quasi parlando, entre priĂšre et imprĂ©cation – si favorisĂ© par les vĂ©ristes, l’air suivant confirme les mĂȘmes qualitĂ©s d’actrice subtile de la diva roumaine (« No! se un pensier tortura » de Siberia de Giordano). Leoncavallo a Ă©crit aux cĂŽtĂ©s de celle de Puccini, sa BohĂšme (piquante), et tout autant moins connu, Zingari dont la cantatrice chante la chanson hongroise de la pulpeuse et ardente Fleana : une sƓur de la Carmen de Bizet, car la jeune femme avoue Ă  son protecteur l’aristocrate Radu, qu’elle s’est lassĂ©e de lui et en aime dĂ©jĂ  un autre. FĂ©line, sensuelle, Angela Gheorghiu sĂ©duit dans un air qui appelle la redĂ©couverte intĂ©grale de l’opĂ©ra.

CLIC_macaron_2014Enfin parmi les meilleurs Ă©pisodes, le dernier extrait d’Andrea ChĂ©nier de Giordano (acte I : « Partigi! ») conclut ce rĂ©cital au constant intĂ©rĂȘt. Certes Calleja apporte la sĂ©duction tendre lui aussi de son timbre amoureux (quoique parfois instable), mais c’est la Maddalena d’Angela Gheorghiu, son timbre en tension permanente, vibrĂ©e sans dĂ©formation, sa ligne, son souffle admirable, enfin la finesse de son intonation qui enchantent, et confĂšrent au duo du poĂšte et de celle qui a dĂ©cidĂ© de mourir avec lui, son intensitĂ©. L’écriture n’est pas aussi raffinĂ©e que celle de Puccini et l’on peine Ă  croire qu’il s’agit du plus beau duo vĂ©riste de l’histoire de l’opĂ©ra, comme on peut le lire dans le livret qui accompagne le cd
 mais force est de constater que les deux chanteurs savent exprimer la volontĂ© et le courage des deux amants qui s’apprĂȘtent Ă  mourir. FĂ©roces jusque dans la mort.
Dans le sillon d’une Mirella Freni, de Tebaldi aussi (dans Adriana Lecouvreur), de Callas surtout, Angela Gheorghiu nous montre sans forcer combien elle a l’étoffe d’une tragĂ©dienne vĂ©riste (Gioconda).

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CD Ă©vĂ©nement, critique. ANGELA GHEORGHIU, soprano : ETERNAMENTE. The Verismo album. PKF Prague Philharmonia – Emmaneul Villaume / 1 cd WARNER classics – enregistrĂ© Ă  Prague, en novembre et dĂ©cembre 2016.

Dossier cadeaux de NOËL 2017 : nos meilleurs cd, dvd, livres à offrir et à partager

CD de NoĂ«l 2016Dossier cadeaux de NOËL 2017 : les articles Ă©vĂ©nements parus rĂ©cemment, nos meilleurs cd, dvd, livres Ă  offrir et Ă  partager. Quels titres Ă©ditĂ©s pendant l’annĂ©e 2017 ou plus rĂ©cemment sont-ils absolument Ă  offrir et Ă  partager ? La RĂ©daction de classiquenews a sĂ©lectionnĂ© le meilleur pour des instants hautement musicaux
 Et lĂ  encore, notre label “CLIC” de CLASSIQUENEWS distingue l’exceptionnel parmi la multitude d’éditions
 Consultez ce dossier rĂ©guliĂšrement d’ici les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017 : nous actualisons notre sĂ©lection au fur et Ă  mesure des titres reçus et distinguĂ©s.

 

 

 

 

COFFRETS CD événements : nos valeurs sûres

 

SOLTI : les années CHICAGO

solti chicago presentation review par classiquenewsCD coffret Ă©vĂ©nement : SOLTI – CHICAGO (coffret DECCA). Sir Georg Solti Ă  Chicago. L’édition Decca SOLTI / CHICAGO – Ă©ditĂ©e pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017-, dresse un tour d’horizon incontournable de ce que fut l’activitĂ© et l’oeuvre du plus fĂ©lin des chefs du XXĂš, Georg Solti Ă  la tĂȘte du Chicago Symphony Orchestra, Ă  partir de 1969. Hongrois naturalisĂ© britannique, le chef s’affirme ici en une suractivitĂ© Ă  l’échelle planĂ©taire : il confirme les affinitĂ©s de la phalange avec le grand rĂ©pertoire (germanique romantique), de Beethoven Ă  Brahms, sans omettre Mahler : car Solti est un cerveau qui aime les Ă©tagements dĂ©multipliĂ©s auxquels il sait rĂ©server une attention dĂ©taillĂ©e et prĂ©cise d’une indiscutable beautĂ© sonore. CHICAGO, 1969 : les dĂ©buts d’une formidable Ă©popĂ©e artistique et
 discographique. L’époque de son arrivĂ©e est celle d’une « belle endormie », l’équivalent d’un meuble de prestige Ă  peine exploitĂ© et qui n’était guĂšre connu aux USA et dans le monde. Au mĂ©rite de Solti revient sa notoriĂ©tĂ© dĂ©multipliĂ©e, en partie grĂące Ă  une politique de tournĂ©es (surtout en Europe, en Asie et en Australie), Ă©vĂ©nement dans l’histoire de la phalange amĂ©ricaine : avant Solti, le Chicago Symphony Orchestra (CSO) restait le seul orchestre parmi les Big 5 amĂ©ricains Ă  ne pas avoir traverser l’ocĂ©an
 Une situation de repli et d’auto cĂ©lĂ©bration, devenue stĂ©rile qui n’attendait que son pĂ©tulant nouveau directeur musical pour rayonner Ă  travers le monde. EN LIRE +

 

 

LA REINE REGINE…

 

CRESPIN-regine-coffret-10-cd-WARNER-classics-presentation-annonce-review-cd-critique-compte-rendu-par-classiquenews-cd-de-noel-2017-Regine-Crespin-Coffret-anniversaire_actu-imageCD coffret Ă©vĂ©nement, annonce. REGINE CRESPIN : a tribute / un hommage (1927-2007) / 1950-1989 – 10 cd WARNER classics. Pour ses 90 ans, et 10 ans aprĂšs sa mort (le 5 juillet 2007), Warner Classics cĂ©lĂšbre le gĂ©nie lyrique de RĂ©gine Crespin, soprano française qui fit carriĂšre simultanĂ©ment Ă  Maria Callas, comme cette derniĂšre dĂ©butant vĂ©ritablement Ă  la fin des annĂ©es 1940 et s’affirmant dans les trois dĂ©cennies qui suivent : 1950, 1960, 1970. Diva Ă  la distinction lĂ©gendaire, au timbre de diamant, capable d’articuler comme personne avant elle, « La Crespin » incarne l’apogĂ©e du style Ă©lĂ©gant, intelligible, dĂŽtĂ© d’un soprano clair et puissant, qui lui a permis de chanter, – raretĂ© mĂ©morable-, les grands rĂŽles wagnĂ©riens dont BrĂŒnnhilde, Elsa, Kundry, et les Wesendoncl lieder (en tĂ©moigne par exemple le CD2 qui concentre ses Wagner de 1961 sous la direction de Georges PrĂȘtre, chef familier de Maria Callas aussi). DouĂ©e pour l’allemand, RĂ©gine Crespin fut aux cĂŽtĂ©s de la Schwazkopf, sa rivale germanique, une MarĂ©chale tout aussi exquise et troublante dans Der Rosenkavalier de Richard Strauss (comme le rappelle Ă  juste titre le choix du visuel de couverture du coffret : y paraĂźt sa MarĂ©chale de 1964 au Met de New York). EN LIRE +

 

 

LA VOIX D’OR : PAVAROTTI FOREVER AND EVER…

 

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA – 95 cd + 6 blu ray pure audio). Avant notre grande critique et notre cycle de focus et analyses du coffret Ă©vĂ©nement PAVAROTTI (3 feuilletons thĂ©matisĂ©s Ă  venir), classiquenews souligne la valeur du legs discographique Ă©ditĂ© par DECCA, pour les 10 ans de la mort de Luciano Pavarotti. En Ă©ditant en version remastĂ©risĂ©e avec un riche livret illustrĂ© expliquant l’ampleur de l’hĂ©ritage musical du plus grand tĂ©nor du XXĂš, Decca a bien raison de proposer pour les fĂȘtes ce coffret Ă©vĂ©nement, comme il s’en Ă©tait agi des sublimes coffrets Deutsche Grammophon synthĂ©tisant en 3 coffrets Ă©vĂ©nements eux aussi, le legs KARAJAN. Ici, le tĂ©nor, artiste phĂ©nomĂ©nal, incarne un Ăąge d’or du Bel canto, en particulier italien, serviteur Ă©lĂ©gantissime au timbre brillant, solaire, des hĂ©ros de Bellini, Donizetti, Verdi et jusqu’au Puccini (Calaf). La musicalitĂ©, l’agilitĂ©, l’intensitĂ©, la technique accordĂ©e Ă  une grande intelligence psychologique, d’autant plus sidĂ©rante quand on sait que l’artiste Ă©tait piĂštre acteur ; car ici tout passe par la finesse et le contrĂŽle total des moyens vocaux. Luciano Pavarotti incarne les annĂ©es glorieuses de l’ùre du compact disque, soit les annĂ©es 1980. Ses partenaires fĂ©minines reprĂ©sentent aussi l’ñge d’or du chant bellinien et verdien : Joan Sutherland, Mirella Freni, 
 Le chant souverain, impĂ©rial s’impose encore Ă  nous comme celui de Callas (autre grande belcantiste). Aucun doute que Luciano Pavarotti n’a pas usurpĂ© son immense rayonnement planĂ©taire : son art se manifeste dans sa justesse, sa prĂ©cision, sa vĂ©ritĂ©. Un idĂ©al que recherche tout chanteur digne de ce nom. LIRE notre prĂ©sentation du coffret Pavarotti Ă©vĂ©nement

LIRE aussi notre feuilleton en 4 parties, prĂ©sentant, analysant tout ce qui fait la pertinence du coffret exceptionnel LUCIANO PAVAROTTI 2017 / The complete opera recordings – 101 cd / DECCA, DEUTSCHE GRAMMOPHON : Feuilleton 1 /

 

 

 

Opera-edition-60-cd CLAUDIO ABBADO coffret cd set box deutsche grammophon claudio Abbado review cd la critique par classiquenews cd dvd livres operasCD, coffret Ă©vĂ©nement. CLAUDIO ABBADO : THE OPERA EDITION (60 cd Deutsche Grammophon). Voici un coffret Ă  offrir et Ă  partager pour NoĂ«l et les FĂȘtes de la fin 2017. DĂ©cĂ©dĂ© Ă  80 ans en 2014, Claudio Abbado incarne l’élĂ©gance, l’humilitĂ©, la grĂące habitĂ©e en une direction Ă  la fois claire et concentrĂ©e qui recherche le frĂ©missement intĂ©rieure, la finesse introspective : avec lui, c’est peu dire que les Berliner Philharmoniker, sous sa direction transcendante, ont Ă©galĂ© la subtilitĂ© magicienne des Wiener Philharmoniker, innervant dans la puissance et l’énergie des berlinois, cette Ă©lĂ©gance sonore qui est Ă  la fois vĂ©ritĂ© et abandon. Ses derniers Mahler, ou Bruckner (Symphonie n°9, Lucerne, 2013), vĂ©ritables testaments artistiques sont illuminĂ©s par une grĂące intĂ©rieure spectaculaire. Pour NoĂ«l 2017, Deutsche Grammophon Ă©dite en 60 cd tous les opĂ©ras gravĂ©s pour Deutsche Grammophon (et Decca), soit 20 opĂ©ras ici enregistrĂ©s entre 1970 (premiĂšres expĂ©riences scaligĂšnes / Ă  La Scala), et 2010 (Fidelio , live de Lucerne), Ă©clairant ce souffle symphonique et l’ampleur d’une pensĂ©e lyrique, oĂč le drame ne signifie pas, surtout pas, extĂ©rioritĂ© mais accomplissement d’un parcours intĂ©rieur. VoilĂ  une conception personnelle, trĂšs spĂ©cifique, qui dĂ©termine la singularitĂ© du maestro dont le coffret permet de mesurer la gĂ©nie lyrique et dramatique. Pendant 40 ans, 40 dĂ©cades, Claudio Abbado atteint des sommets d’élĂ©gance et de vĂ©ritĂ© expressive, rĂ©alisations plus poĂ©tiques que dĂ©monstratives… Et si  Claudio Abbado Ă©tait le plus grand chef lyrique de la seconde moitiĂ© du XXĂš ? Grande critique dĂ©veloppĂ©e Ă  venir en janvier 2018 dans notre magazine cd dvd livres de CLASSIQUENEWS. EN LIRE +

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD de NOËL 2017

 

florez_ cd MOzart cd sony classical review critique cd sony classical par classiquenews n CD Ă©vĂ©nement, rĂ©cital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical). COUP DE TONNERRE sur la planĂšte lyrique et rĂ©vĂ©lation inouĂŻe (l’évĂ©nement le plus intĂ©ressant en cette rentrĂ©e lyrique 2017) : le rossinien dĂ©jĂ  divin, Juan Diego-Florez, se rĂ©vĂšle mozartien miraculeux. DĂšs le dĂ©but du programme, la saisissante suractivitĂ© de l’orchestre, scintillante et rafraĂźchissante retient l’attention tout d’abord, dans une prise rĂ©verbĂ©rĂ©e comme il faut, oĂč jaillit comme un torrent douĂ© d’une irrĂ©sistible et saine vitalitĂ©, le tĂ©nor Juan Diego-Florez, puissant, articulĂ© et naturel, soutenu idĂ©alement, au legato impĂ©riale. Face Ă  son


 

 

Marin Marais sublimĂ©CD, compte rendu critique. MARIN MARAIS : Folies d’Espagne. Jay Bernfeld, Fuoco E Cenere (1 cd Paraty, juin 2016).  MARAIS Ă©lucidĂ©. On ne saurait exprimer prĂ©cisĂ©ment la satisfaction que procure l’écoute de ce programme enchanteur dĂ©diĂ© au compositeur et gambiste Marin Marais (1656-1728). Il rĂ©soud de loin et Ă  trĂšs haut niveau, le mouvement et l’esprit, l’expressivitĂ© et l’intĂ©rioritĂ©. Plus de 350 ans ont passĂ© mais le flambeau est ravivĂ© intact dans le jeu intense, intĂ©rieur, Ă©lĂ©gant, naturel de Jay Bernfeld, fondateur de son propre ensemble, Fuoco e Cenere. Le feu, la cendre (si l’on reprend le titre du collectif),
 

 

 

 

BACH JS BRANDEBOURG CONCERTOS berliner barock solisten reinhard goebel 2 cd sony classical critique cd review cd presentation par classiquenews CLIC de classiquenews decembre 2017 cadeau de NOEL 2017  dossier cd de NOEL 2017  le must to share._SX522_CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016). Reprise rĂ©jouissante. C’est la grande surprise de cette fin d’annĂ©e 2017 : le retour de Reinhard Goebel est une totale rĂ©ussite : la preuve Ă©loquente que le directeur musical, pilier de la rĂ©volution baroqueuse en Allemagne, n’a rien perdu de sa fougue audacieuse… 30 annĂ©es aprĂšs avoir gravĂ© une premiĂšre et lĂ©gendaire approche sur instruments d’époque des Concertos Brandebourgeois , – alors avec son ensemble aujourd’hui disparu Musica Antiqua Köln, le violoniste ressuscitĂ©, plus inspirĂ© et chantant que jamais, Reinhard Goebel, devenu chef, propose (ici fin 2016) une nouvelle version juvĂ©nile, superlative du cycle flamboyant signĂ© par un Bach des plus aimables et mondains. Le chef a rĂ©uni un collectif d’instrumentistes Ă©patants qui savent mĂȘler virtuositĂ©, finesse, total engagement et prĂ©cision. On croirait qu’ils viennent d’exhumer la partition et la lire avec un enthousiasme premier.
Les 6 Concertos mythiques, complĂ©tĂ© par la sinfonia BWV 174 – aux deux mouvements oĂč les cordes dĂ©collent et s’embrasent en une chorĂ©graphie en lĂ©vitation, illustrent avec Ă©loquence et entrain tout ce que l’intelligence musicale peut accomplir, dĂ©cidant des partis interprĂ©tatifs. Il en rĂ©sulte une lecture qui saisit par sa coupe nerveuse et tonique, un bain d’énergie et un festival de timbres (cordes, vents et cuivres d’une santĂ© concurrentielle) qui est aussi vivier de nuances en constante rĂ©invention.
Avec un nouvel ensemble berlinois – Berliner Barock Solisten, le pĂšre du mouvement baroqueux en Allemagne, aprĂšs Harnoncourt… EN LIRE +

 

 

 

 

DVD

 

 

dvd pina bausch keersmaker robbins millepied dvd ballet opera paris critique ballet review dvd par classiquenews bac614-digistack-3-bd-3d-operadeparis-e1506953768478DVD, coffret Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. BALLET DE L’OPÉRA DE PARIS : Bausch, Keersmaeker, Robbins
 3 dvd Bel Air classiques. Le coffret Ă©ditĂ© par Bel Air reprend quelques uns des meilleurs titres prĂ©cĂ©dents, dans son catalogue dĂ©diĂ© au Ballet. Si le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, cultive une spĂ©cialisation historique dans l’interprĂ©tation raffinĂ©, millimĂ©trĂ©e pour le grand rĂ©pertoire, le contenu du coffret indique Ă  l’inverse, et de façon complĂ©mentaire, sa rĂ©ussite Ă©gale dans la danse contemporaine. Les 3 programmes ainsi distinguĂ©s par la rĂ©Ă©dition souligne l’apport majeur dans l’histoire de la compagnie parisienne, des Ă©critures modernes de Pina Bausch, Anne Teresa de Keersmaeker, Robbins et le fugace Millepied. LIRE notre prĂ©sentation critique du coffret Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris : 3 dvd / Bel Air classiques

 

 

 

EQUIPEMENT & MATÉRIEL AUDIO

 

 

 

micro-blue-studio-sur-pied-presentation-par-classiquenewsHIFI. Le micro Blackout sparkl SL de l’éditeur BLUE. Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017, l’éditeur BLUE Ă©dite un nouveau micro Blackout Spark SL, destinĂ© Ă  un usage multiple : streaming, podcasting, enregistrement pro
 Le Blackout Sparkl SL s’adresse en particulier aux gamers, podcasteurs ou youtubeurs prĂȘts Ă  faire Ă©voluer leur home studio ou leur configuration de streaming en qualitĂ© broadcast ; bel opportunitĂ© d’enrichir son expĂ©rience vidĂ©o par la sonoritĂ© amplifiĂ©e, qualifiĂ©e par le standard garanti aujourd’hui par le lĂ©gendaire son du studio de Blue. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du micro Blackout sparkl SL

 

 

 

micro-metal-BLUE-studio-presentation-par-classiquenews

 

 

 

 

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POUR LES ENFANTS ET LEURS PARENTS…

Cd jeunesse : 2 titres enchanteurs Ă©ditĂ©s par Didier Jeunesse. ALICE ET ODETTE… Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, investissez sĂ©rieusement dans l’onirisme et la musique, tels qu’ils fusionnent idĂ©alement dans ces 2 ouvrages trĂšs rĂ©ussis… qui ferons rĂȘver jeunes… et moins jeunes.

Alice aux pays des merveilles didier jeunesse livre cd critique annonce presentation par classiquenews dossier cadeaux de noel 2017 9782278089154-001-TDidier Jeunesse : Alice et Merveilles (1 livre, 1 CD) - Entre thĂ©Ăątre et comĂ©die musicale, un livre-disque diablement sĂ©duisant ! Si les mĂ©tamorphoses d’Alice Ă©tonnent et sĂ©duisent, elles n’éveillent ici aucun sentiment d’angoisse. Bien plutĂŽt, une impression de lĂ©gĂšretĂ© qu’on retrouve dans le jeu des comĂ©diens, un casting parfait avec Samir Guesmi, Juliette Roudet, Emeline Bayart et Philippe Laudenbach. Et dans la musique qui marie avec talent fraĂźcheur et rythme ! Des compositions et des chansons originales accompagnent la piĂšce, entre swing endiablĂ© et valse nostalgique.  Auteur: StĂ©phane Michaka – Direction musicale : Didier Benetti – Illustrations : ClĂ©mence Pollet

+ D’INFOS :
http://www.didier-jeunesse.com/livre/alice-merveilles-cd/

 

 

 

le lac des cygnes tchaikovsky presentation annonce critique par classiquenews dossier de noel 2017 cd dvd livres de NOEL 2017Didier Jeunesse : Le Lac des cygnes (1 livre, 1 CD) – Le jour se lĂšve, c’est l’heure du sortilĂšge : la princesse Odette se transforme en un majestueux cygne blanc qui ne reprendra forme humaine qu’à la nuit tombĂ©e. Le prince Siegfried, subjuguĂ© par la grĂące de la jeune femme rencontrĂ©e par hasard au bord du lac, l’invite au bal, dans l’espoir de briser le malĂ©fice. Mais c’est une Odette toute de noir vĂȘtue qui s’y prĂ©sente, au bras du sorcier Von Rothbart
 Retrouvez le plus cĂ©lĂšbre des ballets de TchaĂŻkovski dans un CD somptueux racontĂ© par Natalie Dessay, encore une fois magistrale ! Auteur: Pierre Coran – Illustrations : Olivier Desvaux – RĂ©citant(e) : Natalie Dessay

+ D’INFOS : http://www.didier-jeunesse.com/livre/le-lac-des-cygnes-cd/

 

 

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LIRE aussi notre dossier cd dvd livres de NOËL 2016

 

 

CD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer
Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical)

YENDE pretty dreams bellini cd review critique cd par classiquenews deception un ratage total par classiquenewsCD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer
Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical). Milan, avril 2017. Que s’est il passĂ© en Italie pour cet enregistrement qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre un flop ? DĂ©ception parmi les jeunes divas, en particulier de la part d’un jeune talent bellinien pourtant prometteur. On espĂ©rait beaucoup (trop peut-ĂȘtre) du second album de la sud africaine Pretty Yende : dans « Dreams » (aprĂšs « A Journey », premier cd carte de visite, prometteur il est vrai – malgrĂ© la faible tenue de l’orchestre), son rĂȘve s’écroule car le style si piquant, vif argent de ses derniers engagements, (on la vu encore sur la scĂšne de Bastille dans Lucia en octobre 2016 :LIRE notre compte rendu critique de Lucia avec Pretty Yende), s’efface ici pour un style standardisĂ©, international, « lisse », et artificiel qui rien que virtuose et « poseur » voire dĂ©monstrativement scolaire, devient hors sujet pour un programme oĂč devait rĂ©gner la subtilitĂ© et l’intĂ©rioritĂ© bellinienne. MĂȘme son français reste paresseux chez Gounod et Meyerbeer
 La diva nous avait habituĂ© Ă  mieux, beaucoup mieux. Quelle dĂ©sillusion.

FLOP… HĂ©las la diva si prometteuse perd de sa fraĂźcheur expressive pour un calibre de couleur standard, uniformisĂ© qui manque singuliĂšrement de caractĂšre et s’agissant du rĂ©pertoire français, d’articulation claire. Tout est jouĂ© dĂšs le premier air oĂč sa Marguerite (Faust de Gounod) patine sur le plan de l’articulation : aucune voyelle et des accents surjouĂ©s voire maniĂ©rĂ©s qui dĂ©forment le texte et fait perdre 60% de l intelligibilitĂ©. Son air des bijoux s’écroule. Curieusement le timbre se durcit, la voix roucoule en couleur outrĂ©e qui manque de finesse. Et surtout de sobriĂ©tĂ©. Qu’elle veuille chanter en français soit, mais il faudrait choisir un meilleur rĂ©pĂ©titeur. Et reprendre sĂ©rieusement son articulation.
L’agilitĂ© et la facilitĂ© de la coloratoure fascine Ă©videmment mais elle n’est que technique et Ă©choue Ă  transmettre rĂ©ellement un sentiment car ici tout est abordĂ© de la mĂȘme façon virtuose, voire systĂ©matique sans comprendre les enjeux dramatiques de chaque air.
Comble de la contradiction : a contrario de sa prestation Ă©coutĂ©e sur la scĂšne de Bastille il y a un an dĂ©jĂ  (octobre 2016), YENDE fait ici en studio, une Lucia impersonnelle, trĂšs agile certes, mais comprend-t-elle ce qui se joue quand la pauvre amoureuse et folle, devenue criminelle, imagine voir Edgardo ? L’Ă©vocation de l’harmonie cĂ©leste peine Ă  nous saisir d’autant que l’orchestre est joli, fleuri, et minaude
 comme elle.
Quelle dĂ©ception ! Ce cĂŽtĂ© lisse uniquement soucieux de beau son et de virtuositĂ©, reste hors sujet quand on conserve en tĂȘte ce qu’ont exprimĂ© ici les grandes belcantiste : Callas, CaballĂ© ou Anderson. Celles qui ont su infĂ©oder la technicitĂ© (que YENDE a) Ă  l’expression et au style.
Devenue star trop vite, la jeune femme sud africaine aux promesses « sidĂ©rantes », aussi immenses qu’une Jessye Norman quand elle se prĂ©sente alors au premier concours Bellini en 2009, a perdu toute qualitĂ© expressive, toute intelligence du texte, toute vĂ©ritĂ© du chant. Une machine Ă  vocalises, un instrument vocal capable d’Ă©mettre toutes les notes mais sans les investir d’une intention sincĂšre. Alors on pense Ă  un gĂąchis
 Que s’est-il passer ? Imparfaitement prĂ©parĂ©e ou mal coachĂ©e tant le français est instable, on reste sur la rĂ©serve car ici tout est rĂ©alisĂ© de façon artificielle ou perce le manque de finesse.

Un rien cocotte et minaudante, absente de toute profondeur, la diva enchaĂźne ensuite Linda de chamonix ; las, n’est pas Gruberova qui veut : toutes les notes sont lĂ  mais Ă©grĂ©nĂ©es comme sa Lucia prĂ©cĂ©dente. La grille stylistique n’a pas variĂ©e et les nuances sont les mĂȘmes : ce Bellini brille en pure et creuse virtuositĂ©.

Plus expressifs mais exigeant une prĂ©cision dynamique autrement plus proche du texte, les deux Bellini qui suivent font paraĂźtre les mĂȘmes limites : agilitĂ© mais intentions imprĂ©cises, et maniĂ©risme interchangeable. Sa Straniera figure de l’hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e par excellence qui se pĂąme et s’oublie avant la mort, manque de simplicitĂ© comme de relief et d’urgence comme de terreur intĂ©rieure (comment pourrait-il en ĂȘtre autrement avec un orchestre aussi Ă©pais et sirupeux ?).
MĂȘme ratage pur Amina de La Sonnambula : la diva manque d’intention expressive, de justesse dramatique ; c’est joli et rien que fleuri.

Le Meyerbeer hĂ©las s’avĂšre encore plus redoutable pour un français exotique qui reste hors contexte et dans l’air riche en vocalises Ă©videmment, totalement incomprĂ©hensible quand il est chantĂ©. Du reste l’air de Dinorah devient l’emblĂšme mĂȘme d’une artiste encore prometteuse qui se perd dans son propre chant enivrĂ©, narcissique, dĂ©connectĂ© d’expression et de sentiment.
Le bel canto n’est pas qu’une affaire de vocalises et d’agilité  ce second recueil ratĂ© Ă©ditĂ© pour Sony le dĂ©montre hĂ©las de façon exemplaire. Allons diva YENDE reprenez vous ou changez de coach. On oubliera vite ce volume qui mal prĂ©parĂ© et enregistrĂ© Ă  la hĂąte, gagnera Ă  ĂȘtre remisĂ© dans un placard. La jeune cantatrice mĂ©rite mieux et l’on attend son prochain disque d’un opĂ©ra intĂ©gral oĂč l’on pourra juger de son Ă©clat recouvrĂ© dans la durĂ©e d’une partition complĂšte.

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LIRE notre critique compte rendu complet du cd A journey… Pretty Yende (Sony classical, octobre 2016) / Bel enregistrement d’une jeune diva bel cantiste alors trĂšs prometteuse…
YENDE-pretty-cd-a-journey-582-582-cd-review-cd-compte-rendu-classiquenews-clic-de-classiquenews-Pretty-Yende-CoverCD, compte rendu critique. «  A journey »  Pretty Yende, soprano. Bel canto et opĂ©ras romantiques français : Rossini, Bellini, Donizetti, Gounod, Delibes
 (1cd Sony classical) – Jeune souveraine du beau chant
 Coloratoure exceptionnellement douĂ©e, la jeune soprano sud africaine Pretty Yende (Ă  peine trentenaire en 2016) fut rĂ©vĂ©lĂ©e avant tout dĂšs 2010, lors du premier Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini, seule compĂ©tition (française) dĂ©diĂ©e aux spĂ©cifiĂ©s du chant bellinien (c’est Ă  dire prĂ©verdien); son chant sĂ»r et raffinĂ© s’affirme ici au sommet de sa jeune carriĂšre, telle une nouvelle Jessye Norman, alliant la grĂące, le style, une technicitĂ© brillante et naturelle 
 au service des compositeurs lyriques d’avant Verdi : Rossini et son Ă©lĂ©gance virtuose ; Bellini et ses langueurs suaves d’une ineffable tendresse ; Donizetti, touche Ă  touche gĂ©niale autant dans la veine dramatique et tragique que comique et bouffone
 Soit de l’expressivitĂ© mordante et une noblesse naturelle doublĂ©e d’une technicitĂ© acrobatique avĂ©rĂ©e
 autant de qualitĂ©s qui lors du premier Concours prĂ©citĂ©, avait particuliĂšrement marquĂ© les esprits du Jury et du public.

CD, compte rendu critique. HAYDN 2032 : VOL 5. Symphonies / Kraus / L’homme de gĂ©nie. Kammerorchester Basel. Giovanni Antonini (1 cd Alpha, 2016)

joseph haydn giovanni antonini par classiquenews cd critique review cd symphonies CLIC de CLASSIQUENEWS kammerorchester basel giovanni antonini ALPHACD, compte rendu critique. HAYDN 2032 : VOL 5. Symphonies / Kraus / L’homme de gĂ©nie. Kammerorchester Basel. Giovanni Antonini (1 cd Alpha, 2016). Giovanni Antonini, flĂ»tiste remarquable (cf son dernier cd Telemann, absolument miraculeux par sa musicalitĂ© saisissante, CLIC de CLASSIQUENEWS / novembre 2016), est aussi un chef de talent comme ce nouveau volume de l’intĂ©grale symphonique dĂ©diĂ©e Ă  HAYDN le montre. Le maestro poursuit ici son intĂ©grale HAYDN (HADYN 2032 : toutes les symphonies pour son tricentenaire), un cycle qui nous mĂšne jusqu’en 2032 (le monde actuel existera-t-il encore ?), dans ce nouveau jalon musicalement trĂšs abouti, qui dans sa maĂźtrise en autorisant toutes les grĂąces dĂ©lirantes d’un compositeur de gĂ©nie, Ă©claire ce bouillonnement jaillissant d’un auteur de premier plan qui joue de la forme sans jamais perdre de vue l’idĂ©al qui l’inspire (comme Haendel). Brillant, Haydn est surtout vrai et profond. La vitalitĂ© fruitĂ©e des instruments d’époque autorise ce galbe sonore, vĂ©ritable ivresse dans chaque mouvement dont le caractĂšre singulier est rĂ©vĂ©lĂ©. Face Ă  tant d’équilibre entre sonoritĂ© ronde, Ă©loquence caractĂ©risĂ©e, dĂ©tail des timbres, et rebonds dramatiques, – microĂ©pisodes et architecture globale, on aimerait bien Ă©couter chef et orchestre dans Mozart (pour des opĂ©ras
 probablement de la mĂȘme fougue somptueuse ?).
antonini giovanni portrait_antoniniACCOMPLISSEMENT ESTHETIQUE ET SONORE. Le spectre des nuances ainsi dĂ©ployĂ©es, la richesse agogique, le raffinement dynamique et l’idĂ©al du format sonore installent objectivement un nouveau standard pour les orchestres sur instruments d’époque. VoilĂ  enfin un son gorgĂ© de saine vitalitĂ©, expressif, Ă©lĂ©gant et d’une richesse de couleurs et d’intonation, – inouĂŻe. A l’heure oĂč l’interprĂ©tation baroque et romantique s’essouffle par manque d’idĂ©es, de goĂ»t, de « philosophie » globale
, voilĂ  un idĂ©al concret qui pour nous, vaut manifeste et modĂšle Ă  suivre.
Entre les Currentzis, tapageur, pĂ©tulant, radical, et tous les autres directeurs musicaux de leur propre ensemble, qui rĂ©pĂštent toujours les mĂȘmes gestes pour toute les Ɠuvres choisies, Antonini rejoint Dantone, 
 deux chefs actuels de plus en plus convaincants, pour une lecture active, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, magnifiquement abouties des partitions sĂ©lectionnĂ©es.
Vite que la plupart des ensembles français s’en inspirent. Il y a bien longtemps que l’on avait pas Ă©coutĂ© une telle richesse, un tel miracle sonore. Tout le mĂ©rite en revient au milanais, Antonini, qui aprĂšs son intĂ©grale Beethoven avec le Kammerorchester de BĂąle, s’attache Ă  dĂ©voiler la fabrique Ă  merveilles haydnienne dans le cadre de son intĂ©grale Haydn 2032. Cycle enthousiasmant. Autant que le projet « authentique » lui aussi de Kent Nagano rĂ©cemment annonciateur d’un Ring de Wagner sur instruments d’époque (Le Ring de Wagner sur instruments d’époque par Nagano, dĂ©pĂȘche de juin 2017).

 

 

 

Volume 5 de son intégrale HAYDN 2032, le nouveau cd de Giovanni Antonini avec le Kammerorchester Basel, souligne avec élégance et raffinement tout

Le génie de HAYDN

 

 

HAYDN portrait par classiquenews Joseph_HaydnLa premiĂšre Symphonie n°80 (enregistrĂ©e en octobre 2016) affirme une maestriĂ  Ă  la fois savante, franche et naturelle : puissance, dramatisme « Sturm und Drang » et aussi marque personnelle, humour voire facĂ©tie qui se met Ă  distance de la forme sĂ©rieuse et de son dĂ©veloppement trop majestueux ? font les premiers dĂ©lices de cette lecture d’une maturitĂ© rĂ©jouissante. Haydn gagne ici grĂące Ă  la vitalitĂ© nerveuse et surtout tout en souplesse de Giovanni Antonini, une verve certes classique, purement viennoise, mais traversĂ©e par un Ă©lĂ©gance de chaque mesure. Il y a le nerf de Gluck et sa coupe dramatique (opĂ©ratique), le goĂ»t des contraste purement formels d’un CPE Bach, mais Joseph Hadyn apporte cette conscience Ă©largie du spectre sonore, qui cultive un rare Ă©quilibre entre expĂ©rimentation sonore et construction architecturale. Le souffle feutrĂ© intimiste de l’Adagio dĂ©montre la maĂźtrise du collectif dans l’art des Ă©quilibres, entre Ă©loquence enjouĂ©e, enivrĂ©e, et grĂące purement classique (Ă©quilibre bois, cuivres et cordes : un rĂ©gal tant les couleurs dĂ©taillĂ©es et les respirations sont justes), annonçant Mozart, sans omettre un feu dĂ©miurgique (certes apaisĂ©e et jamais allongĂ©) qui prĂ©figure le maĂźtre viennois Ă  venir : Beethoven.
Le Menuet rĂ©investit l’énergie active pleine d’entrain et de belle prestance, Ă©nergisant les vocalises des cordes somptueuses dans un Trio portĂ© par l’esprit de la danse: l’élĂ©gance du chef convainc totalement et s’inscrit dans une intĂ©grale qui promet d’ĂȘtre passionnante, l’égal des cycles lĂ©gendaires signĂ©s par Harnoncourt, Bruggen et rĂ©cemment Dantone chez Decca ?

Le volet ici enregistrĂ© approfondit le gĂ©nie symphonique de Haydn, tout en le faisant dialoguer avec l’écriture de son cadet nĂ© en 1756, Kraus, – un autre Joseph (de 30 ans plus jeune que Haydn), autre Ă©mule du courant TempĂȘte et passion, en extension dans les annĂ©es 1780, juste avant la rĂ©volution et qui est le ferment du Gluck français.

Kraus joseph martin compositeur symphonies par classiquenewsGluckiste,(claire rĂ©fĂ©rence Ă  IphigĂ©nie en Aulide mais avec dĂ©veloppement contrapuntique plus dense et une orchestration plus ample) la Symphonie en do mineur de Krauss, qui reprend Ă  l’étĂ© 1783 Ă  Esterhaza oĂč Ă©tait Haydn et Gluck, un ancien opus composĂ© en SuĂšde, saisit par sa coupe elle aussi frĂ©nĂ©tique, mais traversĂ©e par une grĂące riche en facĂ©tie et contrastes, qui enrichit la couleur musicale d’un lieu et d’une Ă©poque marquant le destin de plusieurs grands compositeurs. Le pathĂ©tique noble et grave voire lugubre (dĂ©but) marque les esprits, en une profondeur qui se rĂ©vĂšle mozartienne. De Krauss, Antonini souligne la force active, brĂ»lĂ©e, embrasĂ©e voire Ă©ruptive qui en fait un compositeur digne de la frĂ©nĂ©tique gluckiste en effet. L’arĂȘte vive des vagues puissamment dramatiques y est magnifiquement rĂ©alisĂ©e. La sonoritĂ© atteint un idĂ©al exceptionnel entre prĂ©cision, couleur, expression, clartĂ© et puissance. Que dire de plus. Eblouissant. Logiquement, le disque est CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd, compte rendu, critique. HAYDN : Symphonies 80, 80, 19. KRAUS : Symphonie VB 142 (Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini, direction – enregistrements de juillet et octobre 2016 – 1 cd ALPHA, collection « HAYDN 2032 », volume 5 : « l’homme de gĂ©nie ». CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2017.

 

 
 

CD, opéra événement, annonce. GODARD : DANTE. ORCH DE LA RADIO DE MUNICH / Ulf Schirmer, direction

GODARD benjamin DANTE cd presentation cd critique compte rendu par classiquenewsCD, opĂ©ra Ă©vĂ©nement, annonce. GODARD : DANTE, 1890. RecrĂ©ation. ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH / Ulf Schirmer, direction. En attendant que ne soit enfin enregistrĂ© son chef d’oeuvre LE TASSE, dont le manuscrit que l’on croyait perdu a Ă©tĂ© rĂ©cemment retrouvĂ© (2016) au Canada, voici l’oratorio DANTE du français romantique, Benjamin Godard (1849-1895). CrĂ©Ă© en 1890 soit Ă  la fin de sa carriĂšre, Dante Ă©voque la vie du poĂšte florentin nĂ© en 1265 : son amour platonique, rĂȘvĂ© (?) pour la belle BĂ©atrice, fiancĂ© de son ami Bardi, au moment de la guerre en Guelfes et Gibelins. Au cƓur de la partition et du drame poĂ©tique conçu par Godard, la fameuse « Vision », transposition musicale et synthĂšse sonore de la Divine comĂ©die. L’acte III, est Ă  lui seul, un dĂ©fi rĂ©alisĂ© par le compositeur inspirĂ© : succession de tableaux dantesques des plus finement exprimĂ©s dans une langue musicale alliant raffinement et couleurs (apparition de Virgile, choeur des damnĂ©s, tourbillon infernal, divine clartĂ©, apothĂ©ose de BĂ©atrice
) Proche d’un Delacroix en peinture, lui-mĂȘme riche plasticien auteur de la cĂ©lĂšbre toile « La Barque de Dante » (annonciatrice de tout l’impressionnisme), proche d’un Berlioz (celui de la Damnation de Faust et sa propre apothĂ©ose finale, celle de Marguerite), l’opĂ©ra DANTE de Godard, renouvelant l’exemple de ses ainĂ©s Thomas et Gounod, partageant aussi le spectaculaire dramatique d’un Massenet, marque un sommet dans l’art lyrique poĂ©tique, spirituel, symphonique du romantisme français. Prochaine grande critique de DANTE de Godard dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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CD, opéra événement. GODARD : DANTE, 1890. Recréation. Enregistrement réalisé à Munich, en janvier 2016 / Collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane (Ediciones Singulares) | 2 CD | 2017 | Volume 16 / SORTIE : 27 OCTOBRE 2017 / avec Edgaras Montvidas, Véronique Gens, Jean-François Lapointe, Rachel Frenkel, Andrew Foster-Williams, Diana Axentii, Andrew Lepri Meyer

ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH
Ulf Schirmer, direction

CD, compte rendu critique. Debussy: Pelléas et Mélisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016)

debussy_profil_430CD, compte rendu critique. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD Hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016). La riche matiĂšre musicale portĂ©e par le formidable orchestre de Debussy exprime le monde lĂ©tal, agonisant d’Allemonde: un vacuum suspendu entre Ă©vanouissement et anĂ©antissement. Ce milieu oĂč se fixe un temps, l’impĂ©nĂ©trable MĂ©lisande qui ne sait pas ce qu’elle dit, s’inscrit dans le mystĂšre, c’est  comme un trou noir, un temps et un espace inconsistant, qui passe, se transforme, meurt, rĂ©apparaĂźt toujours sans forme ni but francs. L’imprĂ©cision rĂšgne. Toute la direction de Simon Rattle pilotant le somptueux LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA contient cette couleur permanente de la malĂ©diction et de la disparition. Un monde clos et Ă©nigmatique dont pourtant il Ă©claire le tissu sonore en en rĂ©vĂ©lant la subtile filiation avec l’indĂ©terminĂ© wagnĂ©rien, en particulier avec l’Ă©touffante et l’hypnotique texture de Parsifal. Les incroyables cordes du LSO regardent mĂȘme du cĂŽtĂ© de la langueur tristanesque. Debusyste et wagnĂ©rien, Rattle Ă©blouit littĂ©ralement dans ce jeu en rĂ©sonances multiples qui enrichit considĂ©rablement le propos de Debussy sur le plan orchestral. La puissance suggestive des instruments gagne en connotation de mort et en onirisme aussi. C’est bien la toute la rĂ©ussite de cette version captĂ©e sur le vif (janvier 2016) Ă  Londres et est le premier enregistrement du chef comme directeur musical du LSO.

Ce PellĂ©as in live, Ă©tait mis en scĂšne avec beaucoup de goĂ»t et d’ellipses par Peter Sellars. Mais le travail sonore qui Ă©mane de l’enregistrement rend compte de cet univers musical qui aime l’ombre et la pĂ©nombre, interstices propices au dĂ©voilement d’hypothĂ©tiques secrets.
Au centre de ce thĂ©Ăątre sonore oĂč ce qui se voit ne compte que par ce qu’il cultive l’invisible, la princesse MĂ©lisande, sirĂšne et PrĂȘtresse de ce grand rituel du mystĂšre et de la violence : en elle, par elle se concrĂ©tisent les menace et les obsessions que perpĂ©tuent de façon impuissante et maladive tous les personnages de cette famille figĂ©e, pĂ©trifiĂ©e en une langueur immobile.

Subtile plus sombre qu’interrogative, Magdalena KoĆŸenĂĄ, exprime le venin de l’inĂ©luctable et la morsure de la fatalitĂ©, elle aime PellĂ©as sans l’aimer vraiment et reste d’une Ă©paisseur fascinante dans ces confrontations avec Golaud. Nous sommes a contrario des MĂ©lisande plus lumineuse mais distanciĂ©e des rĂ©centes Deviehle ou Petibon.

Le Golaud parfois trapu et bestial de Gerald Finley creuse d’autant plus l’impuissante agitation de l’Ă©poux de MĂ©lisande que son jeu reste uniforme, comme dĂ©sincarnĂ©, seulement habitĂ© par le doute et le soupçon. Il est subtilement hors de l’action et ne comprendra jamais celle qu’il a Ă©pousĂ©.
Évanescent entre deux rĂ©alitĂ©s toujours sur le dĂ©part, le PellĂ©as du baryton Christian Gerharer Ă©blouit lui aussi par l’Ă©lĂ©gance de son chant d’une finesse fĂ©line absolument captivante mĂȘme si parfois le mĂ©dium Ă©prouvĂ© dans certains aigus, Ă©reinte un français pourtant Ă  l’articulation remarquable.

A l’inverse, Selig inscrit sa prosodie de sĂ©pulcre dans ce rĂ©seau souterrain Ă  l’activitĂ© permanente et invisible, et Fink lectrice de la lettre achĂšve ce tableau des miroitements sourds et crĂ©pusculaires.

DEBUSSY-PELLEAS-melisande-simon-rattle-LSO-kozena-gerhaer-finley-critique-review-cd-par-by-classiquenewsCLIC_macaron_2014Seul ombre faillible dans cette fresque des ombragĂ©s, d’une rare cohĂ©rence, le rĂŽle travesti d’Yniold chantĂ© par le jeune Elias MadlĂ«r perce la fascinante toile par des stridences inopportunes et un français pour le moins imprĂ©cis. Pour son premier enregistrement comme directeur musical du LSO, Simon Rattle en remarquable dramaturge de l’instant, rĂ©ussit brillamment l’Ă©preuve de ce feu orchestral, de ce baptĂȘme symboliste et onirique puissant oĂč les petits dĂ©tails pĂšsent autant que l’architecture globale du psychisme miroitant.

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CD, compte rendu critique. Debussy: Pelléas et Mélisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016)

MĂ©lisande : Magdalena KoĆŸenĂĄ
Pelléas : Christian Gerharer
Golaud : Gerald Finley
GeneviĂšve : Bernarda Fink
Arkel : Franz-Joseph Selig
Yniold : Elias Madlër
Le Berger / Le MĂ©decin : Joshua Bloom
London Symphony Orchestra
London Symphony Chorus
Direction musicale : Sir Simon Rattle
Enregistré au Barbican Centre, Londres, janvier 2016

3 CD + 1 Blu RAY Pure Audio LSO

Philippe Cassard joue Fauré et Ravel à Metz

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotMETZ, Arsenal. Philippe Cassard, le 13 octobre 2017. Avec l’Orchestre national de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier, le pianiste Philippe Cassard joue FaurĂ©, Ravel, avec en fin de programme la sublime symphonie, sommet du romantisme symphonique français, l’opus en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1888). Le concert messin est un Ă©vĂ©nement car il met Ă  l’honneur la sensibilitĂ© douĂ©e pour l’élĂ©gance et l’articulation suggestive du pianiste Philippe Cassard, l’un des piliers de notre Ă©cole hexagonale avec Pascal Amoyel ou Jean-Yves Thibaudet


 

 

Vers la clarté 
Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

 

 

cassard-philippe-concert-Metz-faure-ravel-franck-metz-annonce-par-classiquenewsC’est d’abord la Ballade de FaurĂ©, piĂšce maĂźtresse de son dernier recueil discographique (1 cd La Dolce Volta, monographie dĂ©diĂ©e Ă  FaurĂ©, qui sort le jour du concert, ce 13 octobre 2017), et transposition française et chambriste des Murmures de la ForĂȘt de Wagner, tels que le Germanique les exprime dans son opĂ©ra Siegfried (dixit Alfred Cortot). FaurĂ©, jeune homme, livre sa partition (opus 19) en 1881, la dĂ©diant alors Ă  son ainĂ©, le vĂ©nĂ©rable et adulĂ© Saint-SaĂ«ns. Philippe Cassard joue ici la version pour orchestre, qui ajoute par ses couleurs et l’alternance du jeu questions et rĂ©ponses entre l’orchestre et le clavier soliste, au caractĂšre de confession enjouĂ©e. Comme une fantaisie, la piĂšce exprime ce que l’artiste pense et ressent, en moins de 13 mn : forme libre mais dĂ©licatesse de l’énoncĂ©. Le piano d’abord expose le thĂšme principal, premier, d’une douceur sensuelle et tranquille, soulignĂ©e Ă  la flĂ»te. Puis les instruments en nombre s’empare du motif, l’épaississent, l’articulent, suscitant de la part du piano, toute une sĂ©rie bavarde et volubile qui dialogue avec les bois (clarinette, hautbois). c’est un flot de plus en plus vif, ondulant, caressant vers une voluptĂ© de plus en plus assumĂ©e et rayonnante, transparente et lumineuse (le concert ne s’intitule pas « vers la clarté »?). Pas facile pour l’interprĂšte principal, trĂšs exposĂ©, de rĂ©ussir la sincĂ©ritĂ© du propos, sans ĂȘtre trop Ă©nigmatique ni paraĂźtre artificiel
 : il faut une certaine « objectivité », naturelle, sobre, mais aux phrasĂ©s subtils ; car tout l’art de FaurĂ© (cet « aristocrate du phrasĂ©, ce lyrique Ă©perdu, cet amoureux de poĂ©sie  » comme aile Ă  le rappeler Philippe Cassard), est lĂ  dans cette simplicitĂ© fĂ©conde et intĂ©rieure ; pour qu’il produise sa souveraine attraction, le jeu doit ĂȘtre conduit en une ineffable fluiditĂ©, difficile Ă©quilibre entre le soliste et l’Orchestre vrai gageure aussi pour le chef. A mesure que l’électrisation collective opĂšre, la Ballade suit l’Ă©tat de quasi lĂ©vitation du clavier, de plus en plus aĂ©rien, aux scintillements de plus en plus immatĂ©riels et caressants, exprimant le mouvement des oiseaux en fin de cycle.

Brillante et ciselĂ©e, la langue du Concerto pour piano en sol de Ravel (1931) Ă©tincelle elle aussi par son Ă©nergie « urbaine », aux rythmes jazzy venus d’AmĂ©rique, auquel le somptueux mouvement lent- qui plonge dans une rĂȘverie suspendu, – hors du temps, offre un contrepoint des plus saisissants.

franck cesar portrait classiquenewsEnfin (aprĂšs l’entracte), l’Orchestre conclut ce parcours de musique concertante française, post romantique, en un sommet inĂ©galĂ©, dans l’histoire du genre symphonique au XIXĂš : la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck, qui Ă  la fin des annĂ©es 1880, fait une synthĂšse du wagnĂ©risme ambiant, et prend prĂ©texte de la forme cyclique pour offrir une unitĂ© poĂ©tique Ă  l’architecture puissante, spirituelle que lui inspire son sujet. Ce chef d’oeuvre absolu de l’écriture orchestrale du romantisme français n’est pas assez jouĂ© en France : voilĂ  un programme qui rĂ©pare cette erreur.

 

 

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boutonreservationMETZ, Arsenal
Vendredi 13 octobre 2017, 20h
Grande Salle

 

RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

Jacques Mercier : direction
Philippe Cassard : piano

GABRIEL FAURÉ
Ballade pour piano et orchestre

MAURICE RAVEL
Concerto pour pianoen sol majeur

CÉSAR FRANCK
Symphonie en ré mineur

 

 

+ LES OREILLES MUSICALES
Le temps d’un dialogue entre un artiste et son public
19h – EntrĂ©e libre, Renseignements 03 87 55 12 02

+ CONFÉRENCE :
Concerto pour piano en sol majeur de Ravel
Mercredi 11 octobre Ă  17h30
BibliothĂšque du Sablon, Metz
Avec Philippe Malhaire, musicologue

 

 

Illustrations : premier portrait de Philippe Cassard © JB Millot

 

 

METZ, Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotMETZ, Arsenal. Philippe Cassard, le 13 octobre 2017. Avec l’Orchestre national de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier, le pianiste Philippe Cassard joue FaurĂ©, Ravel, avec en fin de programme la sublime symphonie, sommet du romantisme symphonique français, l’opus en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1888). Le concert messin est un Ă©vĂ©nement car il met Ă  l’honneur la sensibilitĂ© douĂ©e pour l’élĂ©gance et l’articulation suggestive du pianiste Philippe Cassard, l’un des piliers de notre Ă©cole hexagonale avec Pascal Amoyel ou Jean-Yves Thibaudet


 

 

Vers la clarté 
Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

 

 

cassard-philippe-concert-Metz-faure-ravel-franck-metz-annonce-par-classiquenewsC’est d’abord la Ballade de FaurĂ©, piĂšce maĂźtresse de son dernier recueil discographique (1 cd La Dolce Volta, monographie dĂ©diĂ©e Ă  FaurĂ©, qui sort le jour du concert, ce 13 octobre 2017), et transposition française et chambriste des Murmures de la ForĂȘt de Wagner, tels que le Germanique les exprime dans son opĂ©ra Siegfried (dixit Alfred Cortot). FaurĂ©, jeune homme, livre sa partition (opus 19) en 1881, la dĂ©diant alors Ă  son ainĂ©, le vĂ©nĂ©rable et adulĂ© Saint-SaĂ«ns. Philippe Cassard joue ici la version pour orchestre, qui ajoute par ses couleurs et l’alternance du jeu questions et rĂ©ponses entre l’orchestre et le clavier soliste, au caractĂšre de confession enjouĂ©e. Comme une fantaisie, la piĂšce exprime ce que l’artiste pense et ressent, en moins de 13 mn : forme libre mais dĂ©licatesse de l’énoncĂ©. Le piano d’abord expose le thĂšme principal, premier, d’une douceur sensuelle et tranquille, soulignĂ©e Ă  la flĂ»te. Puis les instruments en nombre s’empare du motif, l’épaississent, l’articulent, suscitant de la part du piano, toute une sĂ©rie bavarde et volubile qui dialogue avec les bois (clarinette, hautbois). c’est un flot de plus en plus vif, ondulant, caressant vers une voluptĂ© de plus en plus assumĂ©e et rayonnante, transparente et lumineuse (le concert ne s’intitule pas « vers la clarté »?). Pas facile pour l’interprĂšte principal, trĂšs exposĂ©, de rĂ©ussir la sincĂ©ritĂ© du propos, sans ĂȘtre trop Ă©nigmatique ni paraĂźtre artificiel
 : il faut une certaine « objectivité », naturelle, sobre, mais aux phrasĂ©s subtils ; car tout l’art de FaurĂ© (cet « aristocrate du phrasĂ©, ce lyrique Ă©perdu, cet amoureux de poĂ©sie  » comme aile Ă  le rappeler Philippe Cassard), est lĂ  dans cette simplicitĂ© fĂ©conde et intĂ©rieure ; pour qu’il produise sa souveraine attraction, le jeu doit ĂȘtre conduit en une ineffable fluiditĂ©, difficile Ă©quilibre entre le soliste et l’Orchestre vrai gageure aussi pour le chef. A mesure que l’électrisation collective opĂšre, la Ballade suit l’Ă©tat de quasi lĂ©vitation du clavier, de plus en plus aĂ©rien, aux scintillements de plus en plus immatĂ©riels et caressants, exprimant le mouvement des oiseaux en fin de cycle.

Brillante et ciselĂ©e, la langue du Concerto pour piano en sol de Ravel (1931) Ă©tincelle elle aussi par son Ă©nergie « urbaine », aux rythmes jazzy venus d’AmĂ©rique, auquel le somptueux mouvement lent- qui plonge dans une rĂȘverie suspendu, – hors du temps, offre un contrepoint des plus saisissants.

franck cesar portrait classiquenewsEnfin (aprĂšs l’entracte), l’Orchestre conclut ce parcours de musique concertante française, post romantique, en un sommet inĂ©galĂ©, dans l’histoire du genre symphonique au XIXĂš : la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck, qui Ă  la fin des annĂ©es 1880, fait une synthĂšse du wagnĂ©risme ambiant, et prend prĂ©texte de la forme cyclique pour offrir une unitĂ© poĂ©tique Ă  l’architecture puissante, spirituelle que lui inspire son sujet. Ce chef d’oeuvre absolu de l’écriture orchestrale du romantisme français n’est pas assez jouĂ© en France : voilĂ  un programme qui rĂ©pare cette erreur.

 

 

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Vendredi 13 octobre 2017, 20h
Grande Salle

 

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Jacques Mercier : direction
Philippe Cassard : piano

GABRIEL FAURÉ
Ballade pour piano et orchestre

MAURICE RAVEL
Concerto pour pianoen sol majeur

CÉSAR FRANCK
Symphonie en ré mineur

 

   

 

+ LES OREILLES MUSICALES
Le temps d’un dialogue entre un artiste et son public
19h – EntrĂ©e libre, Renseignements 03 87 55 12 02

+ CONFÉRENCE :
Concerto pour piano en sol majeur de Ravel
Mercredi 11 octobre Ă  17h30
BibliothĂšque du Sablon, Metz
Avec Philippe Malhaire, musicologue

 

 

Illustrations : premier portrait de Philippe Cassard © JB Millot

 

 

Livre Ă©vĂ©nement, annonce. Le CHÂTEAU DE CHAMPS par Renaud Serrette (Editions du Patrimoine)

champs-renaud-serrette-editions-du-patrimoine-centre-monuments-nationaux-livre-compte-rendu-critique-par-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce. Le CHÂTEAU DE CHAMPS par Renaud Serrette (Editions du Patrimoine). Les Editions du Patrimoine publient en septembre 2017, un somptueux ouvrage, richement illustrĂ©, planches d’époque et photographies tĂ©moignant des Ă©poques diverses jusqu’à nos jours, dĂ©diĂ© Ă  l’histoire du chĂąteau de CHAMPS-SUR-MARNE, joyau architectural d’Île de France, et mĂȘme fleuron des bĂątiments aristocratiques remontant au milieu des annĂ©es 1710. L’élĂ©gance, le nouvel amĂ©nagement intĂ©rieur, dessinĂ©s et conçu par les architectes Bullet, pĂšre et fils, affirment Ă  Champs, l’essor d’un nouvel art de vivre au luxe spĂ©cifique, dont l’origine remonte Ă  Mansart et LeVau, et l’ordonnance des jardins, Ă  Le NĂŽtre. Les documents d’époque prĂ©cisent la lignĂ©e esthĂ©tique dans laquelle s’inscrit l’ordre des façade de Champs, Ă©difice proche des hĂŽtels parisiens comme l’actuel palais de l’ElysĂ©e. L’auteur a travaillĂ© en particulier au remaublement et Ă  la restauration des dĂ©cors originels des lieux patrimoniaux franciliens, dont Champs.
Les Ă©tapes de la constructions que nous connaissons, sa position par rapport au jardin, formant « domaine », le profil de chaque propriĂ©taire rappellent l’importance du chĂąteau de Champs dans l’histoire, la grande comme la petite : oĂč ont comptĂ© les riche parvenus ennoblis, les banquiers cosmopolites, les favorites fugaces et « imprĂ©visibles », les financiers enrichis, soucieux de continuitĂ© et de restitutions historicisantes
 Ici se sont succĂ©dĂ©s entre autres, l’initiateur du chantier baroque, le riche Paul Poisson, Madame de Pompadour, le dernier des Cahen d’Anvers


La musique comme souvent y a pris une place particuliĂšre et constante : la famille Cahen d’Anvers Ă©tait mĂ©lomane. « Louis assistait toujours aux premiĂšres d’Offenbach, et son fils Albert fut Ă©lĂšve de CĂ©sar Franck et devint lui-mĂȘme compositeur. Son neveu Rodolphe fut aussi compositeur.
Signe de ce goĂ»t, le chĂąteau possĂšde un salon de musique oĂč est conservĂ© le piano (Erard) d’Isaac de Camondo, autre compositeur et collectionneur liĂ© Ă  la famille  » nous a aimablement prĂ©cisĂ© l’auteur de cet ouvrage remarquablement documentĂ©, Renaud Serrette. Mais au XVIIIĂš, il en fut semblablement, car le Duc de la ValliĂšre, directeur du thĂ©Ăątre de Louis XV Ă  Versailles, acheta le domaine (dĂšs 1739, commandant un nouveau dĂ©cor « rocaille » dont les fameuses chinoiseries de Huet sur les boiseries rectilignes antĂ©rieures) ; puis La Pompadour, patronne des arts, et mĂ©lomane comme musicienne aguerrie possĂ©da le chĂąteau de Champs (1757-1759), certes fugacement mais son goĂ»t est toujours perceptible in loco
 L’ouvrage prĂ©pare la visite des lieux oĂč furent tournĂ©s de nombreux films d’époque : Les Liaisons dangereuses, Ridicule, Marie-Antoinette
 sans omettre Un amour de Swann
 De quoi s’immerger dans le monde raffinĂ© et proche de la nature de ce XVIIIĂš, Ă©pris de sciences et de culture Ă  quelques lieues de Paris. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

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BEAU-LIVRE Ă©vĂ©nement. Le ChĂąteau de Champs par Renaud Serrette. 24 x 28 cm — 216 pages — 162 illustrations — brochĂ© / EAN 9782757705537 – Parution le 28 septembre 2017 — Prix indicatif : 39 € / Editions du Patrimoine

 

 

CD, critique. Mahler : le Chant de la terre (Orch Victor Hugo, JF Verdier — 1 cd Klarthe, 2016)

MAHLER chant de la terre eve maud hubeaux orchestre hugo verdier cd critique review presentation par classiquenews kla043couv_lowCD, critique. Mahler : le Chant de la terre (Orch Victor Hugo, JF Verdier — 1 cd Klarthe, 2016). Jouer Le Chant de la Terre de Mahler n’est pas aisĂ© : tant il faut contrĂŽler de paramĂštres dont … le relief et l’éloquence de l’orchestre, l’équilibre avec les deux voix solistes. RĂ©cemment le sublime tĂ©nor munichois Jonas Kaufmann avouait sa passion pour Mahler et cette partition mystique, en relevant le dĂ©fi de chanter les deux tessitures vocales requises (tĂ©nor et soprano, devenues / rĂ©unies pour lui, tĂ©nor et baryton) : pari fou mais rĂ©sultat convaincant tant le chanteur, diseur dans sa langue, a su varier les couleurs et les nuances de l’intonation poĂ©tique (Mahler : Le Chant de la terre / Jonas Kaufmann / 1 cd Sony classical, CLIC de CLASSIQUENEWS).

Sous la direction de Jean-François Verdier, les instrumentistes de l’Orchestre Victor Hugo savent ciseler la langue instrumentale de la partition, ici abordĂ©e en petit effectif (version de chambre), tandis que les parties vocales sont tenues par deux jeunes chanteurs, dont le mezzo nous paraĂźt le plus riche en intentions, sachant en particulier rĂ©ussir le trouble du dernier lied, L’Adieu / Der Abschied, et sa rĂ©solution Ă©nigmatique, ni renoncement total, ni tristesse sĂšche
 mais pardon et espĂ©rance d’une ineffable hauteur de vue et de conscience.

Le dispositif orchestral en version allĂ©gĂ©e, rĂ©sonne presque plus acĂ©rĂ© voire acide oĂč le fruit des timbres surgit avec un dĂ©tail dĂ©cuplĂ© (violon solo, hautbois final du premier air pour tĂ©nor, Ă  l’ivresse Ă©perdue, tendue et ardente comme une priĂšre). Egalement Ă©noncĂ© dans le mystĂšre, et avec plus d’ampleur comme de richesse expressive, le second lied pour mezzo, s’insinue dans l’obscuritĂ© ; d’une tendresse prĂ©servĂ©e, la mĂ©lodie y laisse peu Ă  peu s’affirmer la gravitĂ© de la tragĂ©die, celle d’un lyrisme serein mais sans espĂ©rance et d’une insondable tristesse : en dialogue avec le hautbois, le mezzo charnu de la jeune Eve-Maud Hubeaux, talent prometteur, et rĂ©vĂ©lation confirmĂ©e de l’album, construit avec intelligence et nuances, un parcours sans aspĂ©ritĂ©, d’une onctueuse mĂ©lopĂ©e.

Le chant de la Terre en version allégée, ciselée

Puis, pour tĂ©nor, « De la jeunesse » prĂ©sente un climat plus insouciant, entre dĂ©termination tendre et aussi bravache : lĂ  encore, le timbre du tĂ©nor, son style manquent de richesse, d’imagination (or le texte est des plus imagĂ©s et la musique, particuliĂšrement suggestive
). En un Ă©crin instrumental de mieux en mieux ciselĂ©, s’imposent le beau dĂ©tail et l’allant de l’orchestre.

« De la beauté », pour soprano, est servi par l’accord encore plus harmonique entre instruments (flĂ»te, cor) et voix soliste (mezzo-soprano) : la voix se rĂ©vĂšle par une ligne suave et timbrĂ©e, mĂȘme si elle ne mord pas rĂ©ellement dans l’allemand, manquant Ă  notre avis de consonnes, mais l’intention, la couleur, les passages sont de haute tenue. Certainement la sĂ©quence la plus rĂ©ussie, en totale symbiose avec l’orchestre, lui aussi ciselĂ©, nuancĂ©e, chantant, amoureux, affectueux.

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursUltime tableau, de plus de 25 mn, « L’Adieu », testament spirituel et poĂ©tique de Mahler, marque un changement d’atmosphĂšre ; les premiers coups imposent subitement le gong tragique dĂ©nonçant un paysage dĂ©vastĂ©, celui d’un cƓur dĂ©truit au fond du gouffre amer le plus noir. La direction de Jean-François Verdier se montre attentive aux jalons de l’architecture musicale, assurant tous les passages de la sĂ©quence, dont Ă  4’26 : le soudain flottement, d’une insouciance imprĂ©vue (hautbois, flĂ»te), qui s’accorde aux trĂšs belles couleurs et Ă  l’intonation mesurĂ©e de la jeune mezzo ; Ă  9’57 : chef et instruments articulent le climat de nouvelle priĂšre et d’espĂ©rance Ă©perdue (violon solo). Enfin Ă  13’40, soit Ă  peu prĂšs au milieu du guĂ©, s’accomplit comme un rituel inĂ©luctable, le basculement irrĂ©mĂ©diable dans la nuit de la dĂ©solation, un gouffre sans limites d’oĂč peut surgir l’adieu final, dessinĂ© comme une espĂ©rance
 le tact des instrumentistes dans ce parcours, entre rĂ©signation, renoncement et inextinguible croyance, fait toute la valeur de cette version, particuliĂšrement intĂ©ressante sur le plan instrumental. Cerise sur le gĂąteau, on peut en dire de mĂȘme du mezzo voluptueux, ample, remarquablement couvert en particulier dans cette sĂ©quence, la plus raffinĂ©e, du mezzo aux nuances qui se rĂ©vĂšlent, d’Eve-Maud Hubeaux. La rĂ©surrection et le miracle conclusifs peuvent se rĂ©aliser dans les derniĂšres mesures, en un murmure, justement Ă©noncĂ©, … et des plus Ă©nigmatiques. Bel envoĂ»tement.

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CLIC_macaron_2014CD, critique, compte-rendu. MAHLER : Le Chant de la Terre. Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano. Jussi Myllys, tĂ©nor. Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction — 1 cd Klarthe. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017.

 

Gustav Mahler / Le Chant de la Terre

1. Das Trinklied vom Jammer der Erde
La Chanson à boire de la douleur de la terre (ténor)

2. Der Einsame im Herbst
Le Solitaire en automne (mezzo)

3. Von der Jugend
De la jeunesse (ténor)

4. Von der Schönheit
De la beauté (mezzo)

5. Der Trunkene im FrĂŒhling
L’Ivrogne au Printemps (tĂ©nor)

6. Der Abschied
L’Adieu (mezzo)

Rigoletto Ă  l’OpĂ©ra de TOURS

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitTOURS, OpĂ©ra. VERDI : RIGOLETTO. 6,8,10 octobre 2017. Sous la direction de Bruno Ferrandis et dans la mise en scĂšne de François de Carpentries, l’opĂ©ra mantouan de Verdi, d’aprĂšs Le Roi s’amuse de Victor Hugo prend possession du Grand ThĂ©Ăątre de Tours, en 3 dates incontournables. Rigoletto marque l’apogĂ©e de la premiĂšre maniĂšre de Verdi, celle propre au dĂ©but des annĂ©es 1850, quand Giuseppe atteint presque ses 40 ans : c’est ce que l’on a appelĂ© les chefs d’oeuvres de la Trilogie : Rigoletto donc en 1851, puis Le TrouvĂšre et La Traviata crĂ©Ă©s en 1853. DĂšs avant La Traviata, Simon Boccanegra, Aida, et dans le sillon tracĂ© dĂšs avant par Stiffelio, Verdi dans Rigoletto fouille comme jamais, la relation pĂšre-fille : Rigoletto / Gilda.

Le secret du bouffon

Paris, OpĂ©ra Bastille : un nouveau Rigoletto signĂ© Claus GuthLe pĂšre qui manie l’ironie et humilie les courtisans pour plaire Ă  l’infect Duc de Mantoue son patron, cache en rĂ©alitĂ© un secret qui produit aussi sa fragilitĂ© : il abrite dans sa demeure une fille inconnue de tous
 jusqu’au moment oĂč la pauvre naĂŻve s’éprend fatalement du Duc (air du I : « Caro nome »  dans lequel Gilda Ă©prouvĂ©e enamourĂ©e rĂȘve dĂ©jĂ  de son Gualtier inconnu et dĂ©jĂ  follement aimĂ©). Le dĂ©sir aura raison de ce trop tendre coeur
 qui n’hĂ©site pas Ă  se sacrifier au delĂ  de toute prĂ©vision, dans l’acte III, l’un des plus noirs et fantastiques composĂ©s par Verdi : une tempĂȘte shakespearienne y Ă©tend son empire tragique. Rigoletto qui pensait avoir organisĂ© le meurtre de son patron trop obscĂšne et volage, suscite l’assassinat de sa propre fille. Ainsi s’accomplit la malĂ©diction Ă©noncĂ©e au dĂ©but de l’opĂ©ra, quand le comte Monterone maudit le nain « diabolique », arrogant, accusateur, fidĂšle abject d’un Duc mĂ©prisant. Tel est pris qui croyait prendre. Verdi signe un opĂ©ra fulgurant par sa coupe dramatique, Ă  la fois sentimental et tragique.

 

 

 

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Opéra de TOURS
VERDI : Rigoletto
3 représentations au Grand Théùtre de Tours
http://www.operadetours.fr/rigoletto

Vendredi 6 octobre 2017 – 20h
Dimanche 8 octobre 2017 – 15h
Mardi 10 octobre 2017 – 20h

 

 

ConfĂ©rence / Samedi 30 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

RIGOLETTO / Melodramma en trois actes
Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Le Roi s’amuse de Victor Hugo
Créé le 11 mars 1851 au Teatro La Fenice à Venise

 

Direction musicale : Bruno Ferrandis
Mise en scÚne & lumiÚres : François de Carpentries
DĂ©cors & costumes : Karine van Hercke

 

Rigoletto : Davit Babayants
Gilda : Ulyana Aleksyuk
Le Duc de Mantoue : Fabrizio Paesano
Sparafucile : Luciano Montanaro
Maddalena : Ahlima Mhamdi
Giovanna : Eleonore Pancrazi
Le Comte Monterone : Julien VĂ©ronĂšse
Matteo Borsa : Mickaël Chapeau*
Marullo : Yvan Sautejeau*
Le Page : Julie Girerd*
Le Comte Ceprano : Jean-Christophe Picouleau*
La Comtesse Ceprano : Sylvie Martinot*

 

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours*
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Coproduction Opéra de Tours, Opéra de Limoges, Opéra de Reims

 

 

DVD, compte rendu critique. LULU de BERG. Tcherniakov, Petrenko (Munich, mai 2015 – 1 dvd BelAir classiques).

LULU BERG tcherniakov kirill petrenko dvd review dvd critique par classiquenews bac129-cover-lulumunichrecto-e1500468824785DVD, compte rendu critique. LULU de BERG. Tcherniakov, Petrenko (Munich, mai 2015 – 1 dvd BelAir classiques). Dmitri Tcherniakov et Kirill Petrenko : l’affiche est prometteuse. D’auant qu’en 2015, le talent du metteur en scĂšne russe en encore rĂ©elle et intact, pas encore embrouillĂ© dans de pseudo options thĂ©Ăątrales dĂ©capantes mais dĂ©figurantes. Voir ses rĂ©cents Don Giovanni puis Carmen Ă  Aix : deux ratages complet sur le plan du temps musical et de la cohĂ©rence visuelle. Quand Berg en 1935 s’intĂ©resse au mythe de Lulu (aprĂšs le film de Papst de 1929 oĂč se fixe la figure inoubliable de Louise Brooks) selon le texte de Wedekind de 1913, il en dĂ©coule un opĂ©ra inachevĂ© (les 3 actes seront restituĂ©s en continuitĂ© par Boulez en 1979) ; incomplet mais totalement fascinant, par son Ă©trangetĂ© mĂȘme, et un univers onirique, cauchemardesque, surrĂ©aliste et pourtant d’une exceptionnelle justesse dans le portrait qu’il brosse des individus et de l’ñme humaine en gĂ©nĂ©ral.

BERG version Tcherniakov :
une Lulu plus théùtrale et labyrinthique que vocale et lyrique

Berg s’ouvre aux multiples perspectives que prĂ©sente le texte originel : obsession sexuelles, manipulation, sĂ©duction sadique donc emprise masochiste, faux semblants, 
 le tous dans un cadre circassien, oĂč la rĂ©fĂ©rence au cirque et la femme, crĂ©ature centrale de l’action, prĂ©sentĂ©e comme une bĂȘte sidĂ©rante, fascinante, dĂ©testable, renvoie au thĂ©Ăątre du monde en gĂ©nĂ©ral, la scĂšne comme synthĂšse de la sociĂ©tĂ©, et les relations qui s’y dĂ©roulent, miroirs de notre propre turpitude ordinaire. Au demeurant, Lulu, femme animal, vĂ©nale et bourreau avant d’ĂȘtre immolĂ©e Ă  son tour, est un clown fantastique et dĂ©risoire, la semblable des figures peintes par Toulouse-Lautrec, mi allĂ©gories humaines, mi prostituĂ©es, attachĂ©es au service d’un puissant.
Tcherniakov prend l’histoire Ă  la lettre, comme celle d’une descente aux enfers. Au centre de sa vision Ă©touffante mais rĂ©vĂ©latrice, – thĂ©Ăątre clinique dĂ©taillĂ© au scalpel, un palais des miroirs, – comme dans un parc forain, oĂč l’illusion et les reflets dĂ©multipliĂ©s perdent chacun des individus qui s’y trouvent. Qui s’y rencontrent et s’aimantent en une sexualitĂ© qui ne peut ĂȘtre que sauvage, destructrice. Ici rĂšgne l’intĂ©rĂȘt, la manipulation, la domination
 donc l’inhumanitĂ©. Tcherniakov depuis l’admirable (et premiĂšre mise en scĂšne lyrique, du moins l’une de ses premiĂšres que nous ayons vues
 et apprĂ©ciĂ©es), EugĂšne OnĂ©guine, souligne ce qui isole, dĂ©socialise, dĂ©structure chaque individu. OnĂ©guine comme Tatiana, dans leur solitude impuissante, Ă©taient des dĂ©calĂ©s, non intĂ©grĂ©s, des erreurs sociales, vouĂ©es au malheur. Ainsi pour Tcherniakov, Lulu Ă©tant un fantasme, une ombre en reprĂ©sentation, n’ayant une consistance que dans la projection fantasmatique qu’elle suscite chez chacune de ses victimes voyeuses (hommes ou femmes), surgit comme une idĂ©e incarnĂ©e et non pas une hĂ©roĂŻne Ă  proprement parler. Tous se frottent Ă  leur idĂŽle, en pure perte, vainement, cherchant Ă  vaincre un mal qui les concernent intimement, et qui les rongent de l’intĂ©rieur. Dans ce thĂ©Ăątre oĂč la raison est cruellement absente, perce la vacuitĂ© tragique et violente d’existences dĂ©nuĂ©s de conscience : chacun n’analysant rien de l’autre ou de sa vie propre, demeure la prie de ses pulsions les plus primaires : puissance, sexe, domination. Ainsi face Ă  Lulu sĂ©ductrice, prĂ©datrice, manipulatrice meurent ceux qui ne l’ont pas bien comprise : le peintre, le docteur Schön
 le fils de ce dernier Alwa, complĂštement sacrifiĂ© Ă  ce rituel collectif de prĂ©dation. En rĂ©alitĂ© ce que la musique nous donne Ă  Ă©couter et Ă  voir, c’est le thĂ©Ăątre de l’inhumanitĂ© dĂ©voilĂ©e. Berg dĂ©signe en l’homme sa part diabolique, perverse, maudite oĂč dĂ©file un bestiaire d’ĂȘtres ignobles. Dans ce dĂ©filĂ© abject, se dĂ©tache le profil de la Geschwitz, – une dĂ©calĂ©e elle aussi, totalement hypnotisĂ©e par Lulu
 mais Ă  l’inverse de beaucoup de production, plutĂŽt jeune (trĂšs juste Daniela Sindram; pour elle, la derniĂšre Ă©treinte avec Lulu). Dans ce palais de verre,- miroirs des obscĂ©nitĂ©s et des voyeurs, Tcherniakov rĂ©tablit la place du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra, soulignant tout ce qu’a de glaçant et de terrifiant, chaque situation dans le rapport entre les ĂȘtres. Tout converge en dĂ©finitive vers le cynisme saisissant du IIIĂš acte, oĂč la figure de Lulu, totalement dĂ©shumanisĂ©e, comme dĂ©vitalisĂ©e de toute substance humaine, erre et se place comme absente Ă  elle-mĂȘme, poupĂ©e pantin, qui se prostitue et meurt sous les coups de lame de Jack l’Eventreur : la scĂšne s’inscrit entre rĂ©alitĂ©, fantasme, cauchemar. Une descente aux enfers. Mais ici comme Ă  son habitude, Tcherniakov rĂ©Ă©crit la fin et c’est Lulu elle mĂȘme qui se plante le couteau, dĂ©cidant elle mĂȘme de l’heure et des conditions de sa mort.
Au thĂ©Ăątre glaçant de Tcherniakov, Kirill Petrenko dessine, cisĂšle une partition en teintes millimĂ©trĂ©es, vrai travail de chambrisme intĂ©rieur dont le volume idĂ©alement nuancĂ© et mesurĂ© rĂ©tablit le chant introspectif de Lulu. La direction captive d’un bout Ă  l’autre par son sens du dĂ©tail, des atmosphĂšres, vrai labyrinthe et mosaique de sons mĂȘlĂ©s, formant un tissu scintillant qui garde cependant son mystĂšre.
Sur scĂšne, le cast joue le jeu du thĂ©Ăątre. Tous les seconds rĂŽles s’incarnent avec justesse : Christian Rieger (Medizinalrat, Bankier, Professor) Heike Grötzinger, Christof Stephinger, Rachael Wilson (Gymnasiast, Groom), mais aussi l’ex tĂ©nor mozartien en vue, Rainer Trost (le peintre, le nĂšgre) comme l’Alwa de Matthias Klink, figure convaincante elle aussi, mĂȘme si l’artiste est plus acteur que chanteur. Avec Bo Skhovus, les limites comme les qualitĂ©s de cette production, se prĂ©cisent nettement : l’acteur est prĂ©sent, indiscutablement, mais le chanteur heurte les oreilles, la faute Ă  une voix usĂ©e, parfois totalement absente. La question est donc : chez Berg, qu’est ce qui prime, chant ou thĂ©Ăątre ? 
 Les deux, nous sommes bien d’accord. Son Schön bouillonne d’humanitĂ© et de sentiments explicites (quand ses prĂ©dĂ©cesseurs prĂ©fĂ©raient la pose glaciale et distante). Plus crĂ©ature et bĂȘte sexuĂ©e que jeune femme attachante, la Lulu de Marlis Petersen affirme une Ă©vidente comprĂ©hension du personnage, avec d’autant plus de conviction que la soprano rĂ©tablit Ă  Ă©gale importance, le chant et le jeu thĂ©Ăątral. Elle a de toute Ă©vidence rĂ©pondu au travail de Tcherniakov qui manifestement prĂ©fĂšre le jeu dramatique aux possibilitĂ©s de la coloratoure. Donc la scĂšne plutĂŽt que l’ivresse sonore : pas surprenant de la part d’un metteur en scĂšne et homme de thĂ©Ăątre. Pourtant la voix prĂ©sente de nettes distorsions surtout dans la derniĂšre partie – oĂč la chanteuse doit autant parler, jouer que chanter. La soliste n’a pas la finesse du chef et c’est bien dommage. Pas sĂ»r dans ce cas que Petersen Ă©gale l’intelligence crĂ©dible et le trouble persistant de ses consoeurs plus lointaines (Stratas ou Schaefer
), ou de la plus rĂ©cente Petibon, vraie incarnation entre chant et thĂ©Ăątre.

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LULU BERG tcherniakov kirill petrenko dvd review dvd critique par classiquenews bac129-cover-lulumunichrecto-e1500468824785DVD, compte rendu critique. BERG (1885-1935) : LULU. Munich, Bayerische Staatsoper, mai 2015 (2 DVD BelAir classiques). OpĂ©ra en trois actes, livret du compositeur d’aprĂšs Frank Wedekind. Dmitri Tcherniakov, mis en scĂšne. Marlis Petersen (Lulu) ; Daniela Sindram (GrĂ€fin Geschwitz) ; Rachael Wilson (Ein Gymnasiast, Ein Groom
) ; Christian Rieger (Professor) ; Rainer Trost (Der Maler, Ein Neger) ; Bo Skovhus (Dr. Schön, Jack the Ripper) ; Matthias Klink (Alwa) ; Martin Winkler (ein TierbĂ€ndiger, 
) ; Pavlo Hunka (Schigolch) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Der Prinz, Der Kammerdiener, Der Marquis)
 Bayerische Staatsorchester / Orchestre de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre. Kirill Petrenko, direction.

Michael Spyres chante Faust de Berlioz Ă  Nantes et Angers

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017ANGERS NANTES OPERA : BERLIOZ,La Damnation de Faust de Berlioz, 15, 23 septembre 2017. AprĂšs Lohengrin de Wagner, sommet du romantisme germanique, Ă©galement prĂ©sentĂ© en version de concert (LOHENGRIN avec Daniel Kirch, Catherine Hunold, septembre 2016, LIRE notre compte rendu complet), ANGERS NANTES OPERA propose le chef d’oeuvre lyrique et symphonique le plus audacieux et expĂ©rimental de Berlioz, « notre Wagner français »  Orchestration virtuose, Ă©criture chorale et vocale d’une rare puissance dramatique, La Damnation de Faust est selon l’esprit aventureux et novateur de Berlioz, une « lĂ©gende dramatique ». La caractĂ©risation des personnages d’aprĂšs Goethe (le docteur Faust et son mentor initiateur, Mephistophele, Marguerite qui malgrĂ© ses turpitudes criminelles sera cependant sauvĂ©e et accueillie au ciel – l’opĂ©ra s’achĂšve d’ailleurs sur son apothĂ©ose-, les atmosphĂšres, l’enchaĂźnement des sĂ©quences entre fantastique et rĂ©alisme
 composent l’un des opĂ©ras les plus forts du XIXĂš, vĂ©ritable manifeste du romantisme français (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 6 dĂ©cembre 1846). Gageons que comme ce fut le cas de Lohengrin, la saison passĂ©e, cette Damnation de Faust, portĂ©e par le gĂ©nie de Berlioz et servie par une distribution prometteuse (avec dans les deux cas l’excellente Catherine Hunold, dans Lohengrin, Ortrud hallucinĂ©e et mordante ; chez Berlioz, Marguerite
), sera l’un des temps forts de la prochaine saison 2017 – 2018 d’Angers Nantes OpĂ©ra


 

 

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La Damnation de Faust de Hector
LĂ©gende dramatique en 4 parties
Présentée par ANGERS NANTES OPERA
ANGERS, Centre de congrĂšs, vendredi 15 septembre 2017, 20h30
NANTES, La Cité, samedi 23 septembre 2017, 20h30

Avec Michael Spyres (Faust), Laurent Alvaro (MĂ©phistophĂ©lĂšs), Catherine Hunold (Marguerite)
 Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Xavier RIbes, direction) / Choeur de l’OpĂ©ra de Dijon (Anass Ismat, direction) / Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

RESERVEZ VOTRE PLACE dÚs à présent

 
 

sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
http://billetterie.angers-nantes-opera.com/reservations-spectacle-opera-css5-angersnantesopera-pg1-rg11737.htm

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017

 

 

LIRE aussi notre compte rendu critique de la Damnation de Faust de Berlioz avec Michael Spyres, sous la direction de Sir John Eliot Gardiner, au Festival Berlioz de la CÎte Saint-André, fin août 2017

 

 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale (pertinence, temps forts de la nouvelle saison lyrique) de la saison 2017 – 2018 d’ANGERS NANTES OPERA, l’ultime saison conçue par Jean-Paul Davois

 

 

 

CD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED (Bychkov, 1 cd Decca).

tchaikovski manfred cd critique byychkof reviex cd classiqueenwsCD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED (Bychkov, 1 cd Decca). CrĂ©Ă© Ă  Moscou en 1886, la partition est inspirĂ©e d’un prĂ©texte transmis par Balakirev. Les quatre parties devaient aussi inspirer Ă  Berlioz l’architecture de sa Symphonie fantastique et celle d’Harold en Italie. Chaque sĂ©quence/mouvement est habitĂ©(e) par une mĂȘme « idĂ©e fixe », et Tchaikovski retient aussi l’idĂ©e de Balakirev de joindre l’orgue dans le finale (pour l’apothĂ©ose du hĂ©ros).
Dans la premiĂšre partie, Manfred erre dans les Alpes, poursuivi par le remords d’avoir fait pĂ©rir son aimĂ©e, AstartĂ©. CulpabilitĂ©, frustration, impuissance : le lento lugubre dĂšs la premiĂšre morsure amĂšre des somptueux bassons (et cors), exprime la solitude et la mĂ©lancolie dĂ©pressive, grave et sombre qui tiraille le hĂ©ros (caractĂ©risĂ© par son propre thĂšme Ă  la clarinette basse). Bychkov Ă©tire la matiĂšre sonore, souligne tout ce qu’a de profondĂ©ment noire et tĂ©nĂ©breux, la lave orchestrale. Une immersion dans les trĂ©fonds d’une psychĂ© atteinte, dĂ©faite et dĂ©truite. Jamais Tchaikovski n’avait Ă©tĂ© aussi loin dans l’exploration d’un esprit dĂ©finitivement dĂ©pressif et condamnnĂ©. Piotr Illiytch fait siennes toutes les dĂ©faites et tourments du hĂ©ros de Lord Byron (Manfred, 1817) qui lui-mĂȘme s’inspirait du Faust de Goethe. Il faut Ă©couter le chant sombre et lyrique des violoncelles pour mesurer la dĂ©sespĂ©rance Ă  l’Ɠuvre dans le coeur du pauvre Manfred. La solitude du hĂ©ros incompris et maudit inspire Ă  Tchaikovski l’une de ses partitions certes les plus noires mais aussi les plus saisissantes par sa justesse. Bychkov trouve les accents et les couleurs idoines, Ă©clairant de l’intĂ©rieur, dans l’ombre, cette lente et inĂ©luctable dĂ©rĂ©liction. Le compositeur parvient Ă  exprimer ce qui le tenaille viscĂ©ralement : l’abandon de la grĂące, aux sources de sa propre malĂ©diction intime (chant de la clarinette en fin d’épisode, faisant surgir une lueur improbable mais rĂ©elle et tenue, qui s’inscrit dans les arpĂšges d’une harpe salvatrice
). La tempĂȘte orchestrale qui s’abat enfin sur le hĂ©ros montre l’ampleur de sa quĂȘte irrĂ©solue et totalement impuissante. Un vide exprimĂ© par une dĂ©flagration aussi bouillonnante et radicale que les accents fulgurants de ses symphonies spirituelles n°5 et 6. Fascinante submersion intime. Le tissu symphonique de Tchaikovski est l’un des plus autobiographiques qui soient : un thĂ©Ăątre Ă©loquent de la pensĂ©e en action, dans ses doutes (gouffres amĂšres) et ses rĂ©flexions contradictoires.

BYCHKOV TROUVE LES ACCENTS JUSTES D’UN TCHAIKOVSKI SAISI PAR LE SENTIMENT DE DERELICTION


Au II, la texture sonore convoque le surnaturel et le fantastique quand la fĂ©e paraĂźt Ă  Manfred dans un arc en ciel. Ici le ciel semble s’ouvrir, permettant un temps de reconstruction apaisĂ© : transparence et suprĂȘme ton d’une narration enchantĂ©e, ivre de sa propre candeur recouvrĂ©e, la direction de Bychkov sĂ©duit, captive, touche par sa sensibilitĂ© sans affectation. Ce Vivace spirito est constamment Ă©lectrisĂ© dans la lĂ©gĂšretĂ© Ă©vanescente. Elle porte toutes les audaces du hĂ©ros qui croyait les avoir perdus.

La Pastorale qui suit (III) Ă©noncĂ© par le hautbois impose une pause poĂ©tique (andante con moto), onirique d’un abandon qui souligne lĂ  encore l’aspiration impossible de Manfred Ă  l’oubli, l’insouciance, la puretĂ©, l’innocence. Son Ăąme peut-elle ĂȘtre sauvĂ©e ? Cette nouvelle incursion Ă  la fois sereine et mĂ©ditative ne peut ĂȘtre dissociĂ©e du souvenir de celle qu’il a perdue et tuĂ©e malgrĂ© lui
 Bychkov dĂ©roule le fil de cette rĂ©itĂ©ration Ă  la fois tendre et douloureuse.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1IV. Dans la partie la plus dramatique qui dĂ©noue le fil maudit, Tchaikovski se souvient de Berlioz (Songe d’une nuit de Sabbat) : la Bacchanale s’impose alors (fugato terrifiant et obsessionnel), puis le thĂšme de Manfred introduit celui de l’ombre d’AstartĂ© qui pardonne au hĂ©ros, lequel peut enfin mourir (choral de l’orgue) : en rĂ©servant Ă  Manfred, une fin libĂ©rĂ©e, apaisĂ©e, spirituelle, Tchaokovski fait sa rĂ©vĂ©rence Ă  Liszt. Chef et orchestre cultivent alors une allure plus efficace, coupe mordante et affĂ»tĂ©e, en particulier dans les lignes rĂ©pĂ©tĂ©es des cordes et cuivres, insistantes et grimaçantes. L’équilibre des pupitres, le format sonore, la balance rend justice ici Ă  l’ampleur du format symphonique (LisztĂ©en).
A torts considĂ©rĂ©e comme inclassable dans le reste du catalogue, voire faible car trop redevable Ă  Berlioz (dont il est vrai Tchaikovski fait sa principale source), la partition de Manfred s’impose par son sens suggestif, une remarquable orchestration qui recherche non pas Ă  narrer ni dĂ©crire, mais exprimer l’essence du rĂȘve, du destin, d’abord le sceau inextricable d’une fatalitĂ© presque insupportable, puis le sentiment inespĂ©rĂ© de dĂ©livrance finale. Semyon Bychkov se hisse Ă  la hauteur de tous les enjeux. Ce projet Tchaikovski qui s’amorce ainsi chez DECCA, s’avĂšre de plus en plus passionnant. RĂ©vĂ©lant, la gravitĂ© et la haute spiritualitĂ©, l’exigence morale aussi qui soustend tout l’oeuvre symphonique de Piotr Illyitch. A suivre.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED symphony / The Tchaikovsky project — Czech Philharmonic, Semyon Bychkov, 1 cd Decca classics 4832320). Parution le 25 aoĂ»t 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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Livre-cd, compte rendu critique. Félicien David : C. Colomb, musique sacrée, symphonique, mélodies et musique de chambre (3 cd Palazzetto Bru Zane)

David-Christophe-Colomb-Musique-de-chambre-symphonique-et-sacree Pal bru zane cd portraits volume 4 1810 1976 review critique presentation compte rendu par classiquenewsLivre-cd, compte rendu critique. FĂ©licien David (3 cd Palazzetto Bru Zane). Le livre / 3 cd Ă©ditĂ© par le PBZ (Palazzetto Bru Zane) Ă  Venise indique Ă  l’endroit de FĂ©licien David (1810-1876), une oeuvre qui ne manque pas d’attraits, un clair tempĂ©rament dramatique, et aussi un mĂ©lodiste comme un chambriste de grande classe (cf en particulier le contenu du cd3). On restera plus rĂ©servĂ© sur le choix de la partition lyrique (Christophe Colomb de 1847, cd1) qui devait servir d’indicateur marquant pour la rĂ©Ă©valuation du style de David, premier romantique orientaliste (avec Saint-SaĂ«ns), et comme ce dernier, grand globe-troteur.
Dans le trĂšs instructif texte tĂ©moignage rĂ©digĂ© justement par Saint-SaĂ«ns, visiblement peu aprĂšs la mort de David (in memoriam FĂ©licien David), l’auditeur lecteur comprend dans quelle catĂ©gorie l’auteur de Samson plaçait celui du DĂ©sert : « un « naĂŻf » comme Haydn, mais qui n’avait qu’une intuition juste quand le maĂźtre viennois avait du gĂ©nie. VoilĂ  qui est magnifiquement rĂ©sumĂ©.

CD1. Ainsi on demeure peu convaincu par l’emphase dĂ©clamatoire des quatre parties qui forment l’ode-symphonie avec rĂ©citant, « Christophe Colomb ou la DĂ©couverte du Nouveau Monde ” (partition de 1847 qui forme comme la revanche de David au concert Ă  Paris), dont le thĂšme exotique est bien en rapport avec l’existence oxygĂ©nĂ©e, pleine d’embrums marins et d’horizons illimitĂ©s du voyageur forcenĂ© que fut le Saint-Simonien, FĂ©licien David.
BoursouflĂ©e, pompeuse, la voix usĂ©e et vibrĂ©e Ă  l’excĂšs du baryton basse Josef Wagner (aux aigus dĂ©timbrĂ©s et tendus) ne sert pas le profil du hĂ©ros, quitte Ă  le caricaturer et le schĂ©matiser dangereusement ; intintelligble, la soprano Chantal Santon semble chanter sans conviction et le tĂ©nor Julien Behr; lui aussi en manque de nuances, dĂ©mĂ©ritent. Le timbre outrĂ© lui aussi, ampoulĂ©, grandiloquent, un rien rauque et maniĂ©rĂ© du narrateur finit par agacer.
Sinueuse dans ses Ă©vocations atmosphĂ©riques, la partie III intitulĂ©e « La RĂ©volte » prĂ©sentĂ©e comme la plus inspirĂ©e, affirme en effet une belle inspiration, dessinant de somptueuses Ă©vocations dramatiques. Le silence de la mer hostile qui finit par Ă©reinter la patience de l’équipage. S’il n’était encore et toujours, la voix pseudo hallucinĂ©e du narrateur : son impossible intervention montre combien la forme mĂȘme d’un rĂ©cit dĂ©clamĂ© demeure inutile, d’autant que la musique, elle, ne manque pas d’éloquence et se suffirait Ă  elle seule. L’orchestre exprime la langueur et l’extĂ©nuation des Matelots, usĂ©s par le pĂ©riple, fatiguĂ©s d’attendre sans l’atteindre la rive libĂ©ratrice qui est leur destination
 Les 4 sections de cette partie somme toute assez courte (moins de 15 mn au total), sont un peu maigres pour dĂ©fendre une oeuvre par ailleurs … faible. Plus intĂ©ressant par contre, l’évocation de la vie des indigĂšnes, quand Colomb dĂ©couvre l’AmĂ©rique, la terre nouvelle, aux clartĂ©s de l’aurore
 dans la partie IV : “danse de sauvages”, puis Ă©lĂ©gie de la « MĂšre indienne » (air « Sur l’arbre ») Ă©voque cet orientalisme propre au plus oriental des compositeurs français romantiques des annĂ©es 1840 : les timbres dĂ©licats et caractĂ©risĂ©s de l’orchestre sur instruments anciens rendent justice Ă  cette recherche d’expressivitĂ© franche et « neuve » que recherche le compositeur.

Las dans le cd 2, mĂȘme constat d’une frĂ©nĂ©sie pas toujours trĂšs Ă©lĂ©gante de l’ouverture La Perle du BrĂ©sil (direction ampoulĂ©e, descriptive du chef d’orchestre ? : HervĂ© Niquet). Le Jugement dernier, partition qui suit, devait ĂȘtre le point culminant de son grand oeuvre lyrique et nĂ©oberliozien, Herculanum (1859) : la surenchĂšre des cuivres (trompettes, trombones), exprimant la dĂ©chĂ©ance gĂ©missante des damnĂ©s, quand les Ă©lus s’élĂšvent et gagnent le ciel paradisiaque, la langueur livide voire lugubre des cordes brossent une fresque digne du Michel Ange vaticanesque, celui trĂšs inspirĂ© et spectaculaire du Jugement dernier ; sens de la caractĂ©risation, abandon et renoncement, extase et ardeur des masses chorales (en cela le Flemish Radio Choir se montre particuliĂšrement articulĂ© : sinistre, expressif, mordant, glaçant)
 David se montre Ă  la hauteur de son sujet et ce Jugement dernier est l’une des meilleures rĂ©vĂ©lations de ce triple opus.
DAVID felicien critique presentation par classiquenews Felicien_David_2La surprise vient plutĂŽt de la Symphonie n°3, en mi bĂ©mol majeur, d’un caractĂšre lui aussi pompeux mais bien articulĂ©, qui Ă©voque MĂ©hul ou Onslow, les plus beethovĂ©niens de nos romantiques français (voir ici notre reportage Symphonies de MĂ©hul et Gossec par le chef transatlantique Bruno Procopio, dĂ©fricheur de la premiĂšre heure), et Ă  l’époque de Reber, devance les opus de Gounod, Bizet, surtout, le schumanien / mendelssohnien, ThĂ©odor Gouvy. Eclectique, David se souvient surtout de Beethoven et de Mendelssohn (jeu formel du premier mouvement notĂ© Moderato), laissant par cette diversitĂ© confondante parfois confuse du dĂ©veloppement, les spectateurs de l’époque, plutĂŽt dubitatifs. L’Andante qui suit, plus rĂȘveur voire Ă©vanescent et d’un caractĂšre onirique, se berce du timbre orientalisant du hautbois : appel aux confins des terres dont le compositeur a seul l’expĂ©rience et le souvenir encore vivace. Le Scherzo saisit par sa cabrure nerveuse et racĂ©e, d’une coupe frĂ©nĂ©tique et ardente, celle d’un Schumann survoltĂ©, moins raffinĂ© cependant. Le Finale, piaille d’un enthousiasme vert, rustique, ivre (solo de clarinette). La versatilitĂ© dont fait preuve le compositeur, trĂšs vivace dans son Ă©clectisme parisien, – au point de citer ici, une scĂšne de ballet digne de l’OpĂ©ra, offre une palette que la direction terre Ă  terre, utilitaire de HervĂ© Niquet, inscrit dans un expressionnisme souvent sirupeux qui manque hĂ©las de finesse. PĂ©taradant, grosse caisse, tout est emportĂ© dans en une frĂ©nĂ©sie linĂ©aire. C’est bien mal comprendre l’intelligence Ă  facettes, de FĂ©licien David, ses multiples rĂ©fĂ©rences et sa grande culture. Oublions vite les Six motets, – emblĂšmes du kitsch (laideur de la prise de son en sus).
Par contre, subtilitĂ© des interprĂštes oblige, les 7 mĂ©lodies ici rĂ©vĂ©lĂ©es (en ouverture du CD3) savent susciter et cultiver l’attention : le tĂ©nor tendre, superbement timbrĂ© de Cyrille Dubois (pilier de l’école française de chant, intelligible, et si peu maniĂ©rĂ© grĂące Ă  un vibrato idĂ©alement contrĂŽlĂ©) sait ciseler en vrai diseur, les images poĂ©tiques des mĂ©lodies d’un David souvent Ă©perdu, sincĂšre, faussement enjouĂ© (y compris dans l’esprit de revanche patriotique contre l’Allemagne : « nous l’avons eu votre Rhin allemand  ») : toujours mĂ©lancolique (appel du Ramier, songe d’Eoline, priĂšre orientalisante de Tristesse de l’Odalisque, de l’Egyptienne
). Le Jour des morts captive autant par ses climats lugubres et Ă©nigmatiques (presque 10 mn : c’est la plus longue des mĂ©lodies, dĂ©roulĂ©e comme un hymne tendre et douloureux). Le cycle dĂ©voile enfin la figure fascinante de FĂ©licien David, enchanteur et poĂšte, qui peine Ă  se rĂ©vĂ©ler dans les cd1 et 2.

Le Trio n°1 sous les doigts inspirĂ©s des 3 musiciens requis pour cette rĂ©vĂ©lation affirme une santĂ© revigorante, elle aussi trĂšs mendelssohnienne; haletante, printaniĂšre (premier Allegro). Voici la partition la plus directement sincĂšre de David (tendresse sans effets du Molto adagio, enfin caractĂšre Ă  la belle fiertĂ© cravachĂ©e, Ă  l’éloquence facĂ©tieuse aussi, nerveuse voire sanguine et d’une intonation idĂ©alement nuancĂ©e dans le Final-allegretto) : belle fusion des 3 tempĂ©raments chambristes pour une partition qui mĂ©ritait elle, absolument d’ĂȘtre redĂ©couverte.
Tout autant suggestif et d’une voluptĂ© nouvelle dans la rĂ©itĂ©ration de souvenirs orientalistes, le cycle « Musique pour piano », qui comprend surtout prĂšs le Soir, les 3 « brises d’Orient » (dont le Vieux Caire et sa frĂ©nĂ©sie endiablĂ©e) et « Doux Souvenir » : l’art de la miniature onirique va parfaitement Ă  David qui sait peindre et exprimer avec une facilitĂ© manifeste. Certes, le jeu comme le toucher de Jonas Vitaud sonnent souvent durs et pas assez nuancĂ©s quand il faudrait infiniement de tact et de caresses allusives pour laisser la soie tendre de l’écriture, rĂ©vĂ©ler alors des trĂ©sors de grĂące lumineuse (pourtant prĂ©sente dans les partitions). Les livres disques de cette nature sont la promesse de dĂ©couvertes majeures pour notre connaissance du romantisme français. Voici assurĂ©ment un opus qui s’avĂšre – mĂȘme dans ses limites, des plus Ă©clairants sur l’éclectisme orientalisant de FĂ©licien David, vrai tempĂ©rament original et parfois puissant, aux cĂŽtĂ©s d’une intuition naĂŻve et attachante que n’a pas manquĂ© de relevĂ© (Ă©pinglĂ©, regrettĂ©) Saint-SaĂ«ns.

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Livre-cd, compte rendu critique. FĂ©licien David (3 cd Palazzetto Bru Zane). FĂ©licien DAVID (1810 – 1876) : Christophe Colomb, musique de chambre, symphonique et sacrĂ©e. Les SiĂšcles, FX Roth. Brussels Phil., HervĂ© Niquet — enregistrements de 2014 et 2016).

CD, compte rendu critique. KISSIN : Beethoven – Lives 2006 -2016 (2 cd Deutsche Grammophon).


kissin evgeny beethoven 3 cd Deutsche grammophon review critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. KISSIN : Beethoven – Lives 2006 -2016 (2 cd Deutsche Grammophon).
Rien ne remplace la tension et les conditions « sans filets » du live : le concert et le rĂ©cital offrent ici un Ă©crin stimulant pour l’inventivitĂ© sensible du pianiste Kissin qui publie pour Deutsche Grammophon, 2 cd exclusivement dĂ©diĂ©s au gĂ©nie libertaire, rĂ©volutionnaire, inclassable, – promĂ©thĂ©en-, du grand Ludwig. Le cd 1 fait valoir la saisissante ductilitĂ© du toucher de Kissin, sa qualitĂ© Ă  varier, caractĂ©riser, investir chaque sĂ©quence, malgrĂ© une vertigineuse diversitĂ© de rythmes comme d’atmosphĂšres. La n°3 opus 2.3 (SĂ©oul, 2006), diffuse une expressivitĂ© facĂ©tieuse, enjouĂ©e entre Mozart et le premier Beethoven (effervescence et Ă©lectisation de son finale : Allegro assai).

Plus encore fougueux dans une ivresse et radicalitĂ© aux contrastes parfois violents et rĂągeurs, les 32 Variations de 1807 (Montpellier, 2007), accroche constamment l’écoute et l’attention par leur frĂ©nĂ©sie ivre et vertigineuse, oĂč le toucher ose toutes les Ă©motions, vrai creuset de sentiments et humeurs les plus variĂ©s : Kissin met sa formidable implication et Ă©loquence digitale au service des 32 sĂ©quences qui montrent l’étendue de l’imagination beethovĂ©nienne. SidĂ©rant. EnregistrĂ©e plus rĂ©cemment Ă  Carnegie Hall en 2012, La Clair de lune (1801), en prise plus lointaine et presque diluĂ©e et fantomatique enchante par la souplesse caressante, infiniment nostalgique de ses tempi, dĂšs le premier Ă©pisode (Adagio sostenuto) et sa rĂȘverie Ă  la fois hallucinĂ©e et blessĂ©e. L’Allegretto et le Trio qui composent le second mouvement captivent par leur juvĂ©nilitĂ© et leur insouciance, nettoyĂ©es de toutes tension. Puis le Presto agitato, abordĂ© stricto sensu, impose un rythme endiablĂ© Ă  l’irrĂ©pressible prĂ©cipitation, – une urgence inextinguible, -vraie course dĂ©lirante dont la motricitĂ© laisse dĂ©concertĂ© par la charge violente qui s’est libĂ©rĂ©e soudainement sous les doigts fabuleux du pianiste habitĂ©. La pensĂ©e de l’interprĂšte dessine des cheminements absolument fascinants, assumĂ©s, et mĂȘme terrifiant par le extrĂȘme intensitĂ©. Magistral.

 

Le cd2 est emblĂ©matique de la fureur articulĂ©e toujours Ă©minament mĂ©ditative et intĂ©rieure dont est capable le Kissin d’aujourd’hui, jamais Ă©pais ni large, malgrĂ© sa filiation avec l’école russe de piano ; mais d’une vibrante sensibilitĂ©, sachant fusionner articulation et puissance. TrĂšs rĂ©cente (Concertgebouw Amsterdam, 2016), l’Appassionata (1805), crĂ©pite, se tend, bondit, – vĂ©ritable fĂ©lin, plus guĂ©pard muscles saillants que lutin enchanteur, Kissin moderne affirme
une Ă©nergie radicale qui rĂ©invente totalement la puissance architectonique de la Sonate BeethovĂ©nienne. Il en traverse et en exprime toutes les perspectives et audaces avec une fureur Ă  peine masquĂ©e, mais ĂŽ combien maĂźtrisĂ©e, toujours colorĂ©e, galbĂ©e avec un esprit crĂ©pusculaire, hautement romantique : vif argent, Ă  la volontĂ© et Ă  l’ambition exacerbĂ©es. D’une radicalitĂ© Ă  la fois expĂ©rimentale et rĂ©volutionnaire. Beethoven se dresse alors en guide, visionnaire, agent, acteur d’un nouveau monde. Ligne et cri Ă  la fois, Kissin fait surgir hors de la partition toute la force d’un gĂ©nie qui fait exploser le cadre. Magistrale hauteur de vue (Allegro assai initial). BĂątisseur et non destructeur, l’autoritĂ© poĂ©tique qui pilote et conduit l’Andante con moto frappe par sa largeur de vue lĂ  encore.

 

 

10 annĂ©es d’analyse BeethovĂ©nienne livrent aujourd’hui ce
BEETHOVEN INCANDESCENT
sous les doigts prophétiques, vif-argent du prométhéen Evgeny Kissin

 

 

 

kissin-betthoven-deutsche-grammophon-2-cd-review-critique-par-classiquenews-kissin201707008a_1503389101_1503390254_1503390254.jpgLe pianiste moscovite, naturalisĂ© anglais et israĂ©lien (2013), nĂ© en 1971, force l’admiration par l’autoritĂ© d’un jeu qui sait construire, voit grand, frĂ©mit de nuances soujacentes littĂ©ralement captivantes. Et comme une lave nerveuse, fĂ©line encore, le flux impĂ©tueux du dernier mouvement Allegro ma non troppo se gorge d’une vitalitĂ© primitive qui rĂ©active la force d’un commencement du monde ; Kissin trouve par une digitalitĂ© fluide, Ă©ruptive, incandescente, le jaillissement premier d’une aube oĂč se love la promesse d’une Ăšre nouvelle. CrĂ©pitements, espoirs, scintillements et cris : la palette du pianiste ose tous les contrastes rĂ©tablissant dans ce finale en forme de course et de tumulte, l’énergie premiĂšre, prĂ©alable Ă  une reconstruction salvatrice. Le pianiste quadragĂ©naire semble y vaincre toutes les forces contraires, redessinant les frontiĂšres d’un nouvel espace. VolontĂ©, imagination, autoritĂ©, extrĂȘme prĂ©cision : l’interprĂšte a tout. Dans ce combat de titans, Ă©mane une Ă©nergie souvent irrĂ©sistible. 10 ans auparavant, Les Adieux (1810), au Musikverein de Vienne (2006), ont dĂ©jĂ  ce goĂ»t pour le risque, les vertiges abrupts, le crĂ©pitement sinueux mais d’une claire intention motrice qui affirme un tempĂ©rament douĂ© d’une extrĂȘme clairvoyance. Le Beethoven de Kissin est exaltĂ©, autoritaire, d’une infaillible expressivitĂ©, jamais bavard ni narratif ; vrai et sincĂšre. Les Adieux en leur premier mouvement, installe une hypersensibilitĂ© presque inquiĂšte et frĂ©missante qui s’avĂšre parfaitement cohĂ©rente au titre. Puis le mouvement suivant « L’Absence » rĂ©sonne d’une douleur secrĂšte et sourde, Ă©noncĂ©e comme une tendre rĂ©itĂ©ration d’un sĂ©jour bienheureux et perdu : Kissin se fond dans le labyrinthe intime d’un Beethoven qui souffre, saigne mais demeure pourtant d’une pudeur inaltĂ©rable. Nuances, phrasĂ©s enchantent s’il n’était Ă©videmment, – live oblige-, les toux et nuisances multiples du public. Le jeu du pianiste impose un tout autre monde, une conscience qui dĂ©jĂ  s’inscrit dans une mĂ©taphysique de la rĂ©demption (l’amertume y est recyclĂ©e en force absolue). Le Retour confirme la totale victoire, l’exaltation irrĂ©pressible d’un coeur comblĂ©, Ă©perdu, d’une joie Ă©chevelĂ©e. Kissin, gĂ©nial, fait de cette trilogie, un opĂ©ra du cƓur, un drame aux rebondissements, Ă©clairs, scintillements d’une volubilitĂ© lĂ  aussi stupĂ©fiante de fluiditĂ© comme d’éloquence. La dynamique requise « Vivacissimamente », unique dans la catalogue poĂ©tique de Ludwig exige un talent 
 promĂ©thĂ©en, qui jongle climats et caractĂšres avec une insolente et bouleversante continuitĂ©. Tout le talent du Kissin enchanteur et profond est lĂ , dans ce Retour d’une ineffable joie spirituelle.

 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. EVGENY KISSIN : BEETHOVEN. Sonates n°3, n°14 « Clair de lune », n°23 « Appassionata », n°26 « Les Adieux », n°32. 32 Varations en ut mineur. Evgeny Kissin, piano (Lives, 2006-2016). 2 cd Deutsche Grammophon – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de septembre 2017.