CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017)

conti-cd-missa-sancti-pauli-gyorgyi-vashegyi-purcell-choir-orfeo-orchestra-cd-critique-cd-review-critique-cd-par-clasiquenews-CLIC-de-classiquenewsCD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017). La Messe MISSA SANCTI PAULI en sol mineur de 1715, – contemporaine de la mort de Louis XIV, Ă©tonne par son sens de la grandeur, son dramatisme continu. A 34 ans, le florentin Conti, thĂ©orbiste avĂ©rĂ©, dĂ©montre une science Ă©vidente, un art de la diversitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©classique, dont la verve comme l’esprit de construction et d’équilibre Ă©difient une architecture sacrĂ©e qui annonce les grandes Ɠuvres de la fin du XVIIIĂš, Ă  Vienne, celle de Haydn et de Mozart (superbe construction du coeur fuguĂ© « Et vitam venturi », oĂč brillent la volontĂ© de clartĂ© du chef et la soliditĂ© du chƓur). Son goĂ»t reste Ă©minemment italien, adepte des arabesques et vocalises quitte Ă  rompre la ligne du texte, et pourtant sans jamais dĂ©vier du grand plan architectural global. A Vienne dĂšs 1701, Conti devient aussi membre de la Filarmonia de Bologne (1708). NommĂ© compositeur de la cour impĂ©riale des Habsbourg, Conti affirme un talent thĂ©Ăątral indiscutable. Son seconde Ă©pouse fortunĂ©e, Maria Landini, Ă©tait la diva la plus adulĂ©e de la Cour viennoise.
DĂ©cĂ©dĂ© en 1732, il fut Ă©lĂšve de Fux Ă  Vienne, rejoint trĂšs vite la cour de Dresde, Cour extrĂȘmement mĂ©lomane (autant que les Habsbourg viennois)
 Le raffinement et la culture de Conti, la complexitĂ© et l’ambition de son Ă©criture (25 opĂ©ras, 10 oratorios au moins) ont inspirĂ© directement JS Bach et aussi Haendel (dont le pasticcio Ormisda reprend partie de l’opĂ©ra de Conti : Clotilda rĂ©prĂ©sentĂ© Ă  Londres en 1707).
VoilĂ  une autoritĂ© musicale qui est jouĂ©e partout en Europe de Hambourg Ă  Brunswick, Brno et Breslau sans omettre Dresde). La MISSA SANCTI PAULI a Ă©tĂ© copiĂ©e Ă  Vienne, au convent de l’Abbaye de Lambach (Autriche), Ă©videmment Ă  Dresde oĂč le manuscrit paraĂźt dans la collection personnelle de Zelenka (qui sĂ©journe Ă  Vienne de 1717 Ă  1719) auquel la Messe a Ă©tĂ© un temps attribuĂ©e. Zelenka rapporte le manuscrit Ă  Dresde et enrichit encore la texture instrumentale (ajout de hautbois dans les tutti, enrichissement du continuo), et modifie le rythme du  Miserere (Gloria).

Le chef Györgyi VASHEGY s’entend Ă  merveille dans la direction de la masse chorale, jamais Ă©paisse, toujours trĂšs active et articulĂ©e ; on a pu depuis quelques annĂ©es Ă©valuer sa maĂźtrise dans le baroque français, en particulier Rameau
 (voir notre discographie rĂ©cente du chef Györgi Vasegyi en fin d’article). Ici, chez Conti, l’effectif est plutĂŽt important ; il s’avĂšre idĂ©al pour porter la charge trĂšs dramatique de cette Ɠuvre qui sonne solennelle et mĂȘme colossale. Mais au mĂ©rite de Conti revient un style ample et dramatique qui n’ennuie jamais car elle reste servante des affetti humaines.

Ainsi dans l’élucidation du GLORIA, entre autres, le Miserere nobis (9) plus dissonant, et grave exprime parfaitement la terreur Ă  peine masquĂ©e face Ă  la mort, oĂč le quatuor vocal et le choeur entament une prise de conscience saisissante, – sĂ©quence trĂšs prenante de l’ensemble. MĂȘme sentiment d’effroi sidĂ©rĂ© dans le sublime Crucifixus, Ă©conome, court, intense (plage 18). Que contrepointe l’exaltation de la RĂ©surrection (19) qui suit immĂ©diatement. Plus dĂ©veloppĂ© musicalement, et presque syncopĂ©. Languissant comme une priĂšre aussi inquiĂšte que fragile, l’implorant « Et in Spiritum » affirme une mĂȘme maturitĂ© oĂč soprano et alto masculin tissent leurs nƓuds (les voix sont parfois instables)
Conti paraĂźt tel un vĂ©ritable dramaturge dans la coupe et les accents harmoniques de cette large section, rĂ©ellement impressionnante : accents justes et expressivement saisissants mĂȘme qui montrent combien cette MISSA est la premiĂšre illustration des « messes du Credo », partition dont l’expressivitĂ© de fait, se concentre dans l’articulation du texte de cette partie, il est vrai la plus spectaculaire, Ă©voquant la Passion du Christ. On y remarque immĂ©diatement la caractĂ©risation permanente du texte ; la forte, puissante et riche dĂ©clamation exigeant de chacun des solistes du quatuor vocal. Nous sommes alors Ă  l’opĂ©ra.

La Missa atteste de la grande culture musicale de Francesco Conti en 1715 : stile antico (fuguĂ©), audaces concertantes, figuralismes articulant le texte, dramatisme et harmonies « rares » selon la force du verbe
 autant d’élĂ©ments qui annoncent le classicisme de la fin XVIIIĂš. C’est dire ainsi la prĂ©cocitĂ© de Conti (mort en 1732, avant l’avĂšnement du Rameau d’Hippolyte et Aricie en 1733).

FidĂšle aux recherches de Anna Scholz, le chef toujours trĂšs pertinent dans son approche musicologique, intercale le Motet « Fastos caeli audite », prĂ©sent dans le manuscrit de Conti, ainsi qu’il achĂšve toute l’arche sacrĂ©e par un motet pour voix seule : Pie jesu.
Le Motet « Fastos  », trĂšs articulĂ© et linguistiquement acrobatique exige beaucoup du soliste (ici un alto masculin parfois court) pourtant les cordes captivent par leur agilitĂ© et leur noblesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce sentiment de majestĂ© grave se dĂ©ploie surtout dans le dernier Ă©pisode complĂ©tant la Missa proprement dite : l’aria « Pie Jesu » qui touche essentiellement par son souffle grandiose, aux harmonies surprenantes exprimant la prĂ©sence du mystĂšre. C’est trĂšs pertinent de terminer par cette priĂšre intimiste et grave qui convoque l’étrange, imprĂ©visible harmoniquement, dont la ligne vocale recommande souplesse et intensitĂ© et un souffle spectaculaire. VoilĂ  qui dans les arĂȘtes rondes et graves des cordes, le legato implorant du tĂ©nor (lui aussi pas toujours juste ni idĂ©alement galbĂ©) rĂ©tablit cette part d’humanitĂ© et de profonde impuissance humaine dans un programme oĂč l’imaginaire majestueux de « l’orchestre » (si l’on peut employer ce terme : mais l’ambition instrumentale de Conti est indiscutable) indique clairement la vision impressionnante de Conti, prĂ©curseur au dĂ©but du XVIIIĂš, de bien des fresques sacrĂ©es grandioses plutĂŽt mieux documentĂ©es dans le dernier trimestre du XVIIIĂš (compris le Requiem de Mozart). Entre dĂ©votion fervente et arche instrumentale spectaculaire, ondoyante et sensuelle, Conti affirme un gĂ©nie Ă  part au XVIIIĂš. VoilĂ  qui dĂ©voile sa singularitĂ© visionnaire au tout dĂ©but du XVIIIĂš.

 
 
 

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CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (1 cd Glossa, Budapest janvier 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS « dĂ©couverte », fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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Autres CD récents du chef György Vashegyi, et de ses troupes hongroises (Purcell Choir et Orfeo Orchestra) :

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIĂš, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂč le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque…

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mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

  
 
 

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


  
 
 

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COMPTE RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov.

troyens berlioz opera bastille janvier 2019 critique opera classiquenews actus infos musique classique operaCOMPTE RENDU, opĂ©ra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov. DĂ©naturĂ©s ou rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s ? Telle est la question face Ă  ce spectacle qui dĂ©montre moins l’opĂ©ra de Berlioz que la vision d’un homme de thĂ©Ăątre. Mal scĂšne ou rĂ©Ă©criture positive ? L’AntiquitĂ© se fait intrigue domestique et thĂ©rapie collective dont les enjeux dĂ©voilent en rĂ©alitĂ© les traumas dont chacun souffre malgrĂ© lui. La grille de lecture rĂ©Ă©crit l’opĂ©ra. Pas sur que Berlioz sorte gagnant de cette affaire


Osons dire et Ă©crire ici que le travail de Dimitri Tcherniakov qui nous avait certes convaincu dans sa premiĂšre mise en scĂšne pour l’OpĂ©ra de Paris, EugĂšne OnĂ©guine, – une rĂ©alisation princeps qui restera cas unique-, finit par agacer dans ces Troyens brouillĂ©s ; la fresque Ă  la fois grandiose et poĂ©tique du grand Hector est passĂ©e Ă  la moulinette conceptuelle et rĂ©duite Ă  la grille thĂ©Ăątreuse de Tcherniakov qui veut bon an mal an faire rentrer l’ogre nĂ©oantique dans un petit carton familial. Qu’a Ă  faire le souffle de l’épopĂ©e virgilienne dans cette conception Ă©culĂ©e qui Ă©carte toute ivresse poĂ©tique, forçant plutĂŽt le jeu des ĂȘtres dĂ©calĂ©s, impuissants, opprimĂ©s ou tout simplement fous.

Dossier spĂ©cial BERLIOZ 2019 Illustration dans les articlesLes Troyens sont la grande oeuvre de Berlioz : un Ring Ă  la française, aux Ă©quilibres classiques : l’ampleur de l’orchestre, le souffle des tableaux que n’aurait pas reniĂ© Meyerbeer, ni le Rossini de Guillaume Tell, n’empĂȘchent pas l’intĂ©rioritĂ© ni le fantastique des Ă©pisodes hĂ©roĂŻques. AchevĂ© en 1858 Ă  54 ans, l’opĂ©ra de Berlioz ne sera jamais crĂ©Ă© intĂ©gralement de son vivant ; en 1863, une version tronquĂ©e qui ne sĂ©lectionne que les morceaux de la seconde partie (EnĂ©e Ă  Carthage) est portĂ©e Ă  la scĂšne ; puis en 1890, Ă  Karlsruhe, enfin une intĂ©grale est jouĂ©e mais en allemand. Comme pour Les FĂ©es du Rhin d’Offenbach, les allemands se montrent plus curieux de nouveautĂ©s ; lĂ  aussi, l’opĂ©ra d’Offenbach pourtant Ă©crit en français, est crĂ©Ă© intĂ©gralement en Allemagne donc en allemand.
A Paris, l’OpĂ©ra national affiche aprĂšs une premiĂšre intĂ©grale en 1921, une nouvelle production complĂšte qui inaugure alors le vaisseau Bastille, en 1989.

LA PRISE DE TROIE
 La force de la premiĂšre partie vient du portrait Ă©crit par Berlioz, de la prophĂ©tesse dĂ©sespĂ©rĂ©e Cassandre qui a compris la catastrophe annoncĂ©e, la dĂ©nonce aux troyens et Ă  leurs roi Priam, mais en pure perte : personne ne l’écoute. Son duo avec ChorĂšbe – qui aimerait tant l’épouser, est le volet le plus dĂ©chirant de cette premiĂšre sĂ©quence.

LES TROYENS -  LA PRISE DE TROIE -

Mais anecdotique et laide, la mise en scĂšne collectionne les idĂ©es gadgets et dĂ©jĂ  vues : Cassandre est interviewĂ©e par une Ă©quipe de tĂ©lĂ©vision (que c’est original) ; dans leur salon cossu qui contraste avec le dĂ©cor simultanĂ© et trivial oĂč se presse le peuple en panique, la cour de Priam a des allures d’opĂ©rette, – les futurs vaincus n’ont aucune grandeur antique. Cette obligation d’actualisation et de rĂ©alisme sonne faux. Sans pouvoir justifier sa prĂ©sence dans cette partie troyenne, une cĂ©lĂ©bration d’Hector mort se prĂ©cise mais de façon brouillonne et incohĂ©rente. Et le cheval des grecs est remplacĂ© par EnĂ©e lui-mĂȘme, traitre Ă  sa patrie. De toute Ă©vidence, les tableaux collectifs n’ont jamais inspirĂ© Tcherniakov dont le tempĂ©rament reste plutĂŽt introspectif, plus soucieux de l’itinĂ©raire des individus que du mouvement des foules. Ainsi la marche troyenne consterne par un
 statisme dĂ©solant.

DIDON Ă  CARTHAGE
 Las, le sentiment d’incongruitĂ© et d’actualisation coĂ»te que coĂ»te persiste et 
 s’enlise dans la seconde partie (Les Troyens Ă  Carthage, avec l’idylle entre EnĂ©e et Didon) : Tcherniakov nous sert des rĂ©fĂ©rences aux vagues migratoires d’aujourd’hui
 soit. Et donc le rapport ? Nous le cherchons encore.
Toujours Ă  hauteur humaine, Tcherniakov fait de l’action berliozienne une petite histoire de famille, un Ă©pisode domestique ordinaire qui dans ce contexte, devient mĂȘme ridicule : comment accepter que Didon se dĂ©chaine comme une hystĂ©rique contre celui qu’elle aime et qui ne veut pas rester : EnĂ©e ? VoilĂ  qui est dit et confirmĂ© : pour Tcherniakov, tout dignitĂ©, toute grandeur antique sont effacĂ©s. Pour la petite histoire. Celle qui Ă©maille sa vision d’une communautĂ© de petits-bourgeois dont on lit pour certains la pensĂ©e Ă  travers des projections vidĂ©o
 ce dispositif (dans la premiĂšre partie) serait un tantinet crĂ©dible si l’on en avait pas mesurĂ© les limites comme l’affligeante banalitĂ© dans ses productions antĂ©rieures. Tcherniakov ne sait pas se renouveler : il s’obstine mĂȘme et se rĂ©pĂšte. Au risque de dĂ©naturer la partition qu’il est censĂ© servir.

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L’apothĂ©ose de cette lecture rĂ©ductrice et dĂ©cevante, se rĂ©vĂšle dans toute sa fausse pertinence dans la seconde partie : EnĂ©e qui a vendu sa citĂ© aux grecs, fuit et se retrouve dans un hĂŽpital pour victimes de guerre dont la directrice est Didon, laquelle a troquĂ© sa couronne carthaginoise pour une nouvelle compĂ©tence en soins palliatifs. Au sommet de cette actualisation, la chasse royale qui prĂ©pare au duo amoureux, devient jeu de rĂŽle aux vertus thĂ©rapeutiques entre les patients hospitalisĂ©s dont EnĂ©e bien sĂ»r (habitĂ© par ces voix qui l’exhortent Ă  rejoindre l’Italie pour fonder un nouvel empire). On avait dĂ©jĂ  vu tout cela, dans sa Carmen au festival d’Aix 2017, oĂč Tcherniakov allait jusqu’à rĂ©Ă©crire la fin de l’histoire (mais bien sĂ»r, puisque Bizet avait laissĂ© un opĂ©ra « inabouti »).

Des Troyens bien triviaux

Les petits bourgeois traumatisés
en thérapie de groupe

Au spectacle affligeant de troyens et de carthaginois rĂ©duits Ă  des intrigues de bas Ă©tage, rĂ©pond heureusement une tenue vocale et orchestrale d’une toute autre valeur, justifiant qu’on s’intĂ©resse Ă  ces nouveaux Troyens. Mais les yeux fermĂ©s.
Rayonnante, profonde, et presque Ă©nigmatique, car elle semble habitĂ©e par ce don de voyance divine, la Cassandre de StĂ©phanie d’Oustrac intĂ©resse dans la premiĂšre partie : sa prĂ©sence cynique Ă  force d’ĂȘtre distancĂ©e, – presque froide et absente, surprend dans un ocĂ©an de mouvements confus et maladroits. Sa dĂ©clamation est courte parfois Ă  l’inverse de celle de son partenaire ChorĂšbe (impeccable et si noble StĂ©phane Degout). En rĂ©alitĂ©, Tcherniakov qui aime dĂ©celĂ© les travers et traumas dissimulĂ©s, a fouillĂ© le passĂ© tortueux de la voyante : en rĂ©alitĂ©, elle reste Ă©garĂ©e parce que son pĂšre (Priam) l’a violĂ©e
 vous suivez toujours ?

Tout cela altĂšre la force du premier couple imaginĂ© par Berlioz (Cassandre / ChorĂšbe). Leur duo trouve un bel Ă©cho dans celui de la seconde partie : rĂ©unissant, opposant, puis sĂ©parant EnĂ©e et Didon : respectivement Brandon Jovanovitch (sobre et percutant, souple et articulĂ© lui aussimalgrĂ© quelques aigus parfois tirĂ©s) et Ekaterina Semenchuk (sensuelle et impliquĂ©e, d’abord surdimensionnĂ©e Ă  notre avis au dĂ©but, puis mieux canalisĂ©e, trouvant le ton tragique juste dans son suicide final). Pourtant cela n’était pas gagnĂ© car Didon suicidaire se tue en avalant des cachets, sans aucune dignitĂ© ni grandeur.
Distinguons Ă©galement le beau mezzo grave et sombre, trĂšs onctueux et musical d’Aude Extremo en Anna, la sƓur funĂšbre de Didon ; mais son français manque de clartĂ©, ce qui est loin d’ĂȘtre le cas de MichĂšle Losier : son Ascagne est de bout en bout Ă©loquent, articulĂ©, juste. Saluons aussi le Narbal racĂ© de Christian Van Horn ; l’élĂ©gance du tĂ©nor Cyrille Dubois dans l’air de Iopas : «Ô blonde CĂ©rĂšs ». Par contre, au diapason d’une mise en scĂšne sans magie, oublions l’HĂ©cube frustrante et hors sujet, hiĂ©ratique figurante de VĂ©ronique Gens.

MalgrĂ© de nombreuses coupures (le duo des sentinelles si cher Ă  Berlioz, est absent !), Philippe Jordan qui rĂ©ussit certains passages symphoniquement wagnĂ©riens, parvient nĂ©anmoins Ă  sauver les meubles disparates d’une production confuse qui manque d’unitĂ© comme de direction. Difficile de rĂ©tablir l’équilibre entre la beautĂ© de la musique et l’effet de multitude comme l’action dĂ©construite que l’on voit sur scĂšne
 VoilĂ  une nouvelle production qui ne rĂ©tablit par Tcherniakov parmi les grands metteurs en scĂšne d’opĂ©ras. Entre confusion, dispositif bidon, lecture confuse, obsession d’un regard pseudo psychanalytique
 le spectateur et l’auditeur sont en droit d’applaudir autre chose
 Ă  commencer par une partition qui devient invisible sous le cumul d’oirpeaux qui la recouvre. Surtout sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on pense aux nouveaux spectateurs de l’opĂ©ra : reviendront-ils pour d’autres spectacles aprĂšs avoir Ă©prouver la confusion comme la laideur de celui-ci ? A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, le 31 janvier. Les 3, 6, 9 et 12 fĂ©vrier 2019.‹Pour vous faire une idĂ©e, et dans le confort de votre salon, Arte diffuse le 31 janvier la production de ces Troyens dĂ©concertants Ă  Bastille, en diffĂ©rĂ© Ă  22h30. Illustrations : © V. Pontet / OnP 2019

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : Les Troyens. Jordan / Tcherniakov

Distribution
Les Troyens – OpĂ©ra en 5 actes d’Hector Berlioz
OpĂ©ra en cinq actes, livret du compositeur d’aprĂšs l’EnĂ©ide
Créé à Paris, Théùtre-Lyrique, le 4 novembre 1863 (Les Troyens à Carthage)
et à Karlsruhe le 6 décembre 1890 (La Prise de Troie, en langue allemande)

Cassandre : StĂ©phanie d’Oustrac
Ascagne : MichĂšle Losier
HĂ©cube : VĂ©ronique Gens
ÉnĂ©e : Brandon Jovanovich
ChorÚbe : Stéphane Degout
Panthée : Christian Helmer
Le Fantîme d’Hector : Thomas Dear
Priam : Paata Burchuladze
Un Capitaine Grec : Jean-Luc Ballestra
Hellenus : Jean-François Marras
PolyxĂšne : Sophie Claisse
Didon : Ekaterina Semenchuk
Anna : Aude Extrémo
Iopas : Cyrille Dubois
Hylas : Bror Magnus TĂždenes
Narbal : Christian Van Horn
Deux Capitaines troyens : Jean-Luc Ballestra, Tomislav Lavoie
Mercure : Bernard Arrieta

ChƓurs et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Direction : Philippe Jordan
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

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CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). VoilĂ  un vrai travail d’orfĂšvre tissant une tapisserie de timbres, Ă  la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’Ɠuvre comme la cĂ©lĂ©bration par Sibelius de sa Finlande chĂ©rie, alors menacĂ©e par l’Empire russe (crĂ©ation en avril 1899), inspirĂ© et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dĂ©passer l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette Ă©nergie premiĂšre, gorgĂ©e d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif.

Ainsi au dĂ©but de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignitĂ©, chante les souffrances et l’éternitĂ© inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend Ă  cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltĂ©es, bois parfois Ăąpre (bassons),tutti tendus, vitalitĂ© ardente et portĂ©s par une Ă©nergie Ă©perdue
 Rouvali prend Ă  bras le corps l’activitĂ© primitive des Ă©lĂ©ments qui semblent traverser les pupitres en Ă©lans faussement incontrĂŽlĂ©s.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la priÚre sibélienne

L’écriture est une priĂšre exacerbĂ©e face Ă  la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiĂšte, surtout animĂ© par un dĂ©sir supĂ©rieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempĂȘte victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intĂ©rieur l’immensitĂ© de la Nature (cor et harpes, flĂ»te) : son mystĂšre, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo
 Ă  Allegro energico.
Ici rĂšgne la gravitĂ© du dernier Tchaikovski (derniĂšre mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mĂ©lancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulĂ© avec une rondeur mordante, une belle sincĂ©ritĂ© qui vient elle aussi des replis du cƓur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantĂ©e
 en une cantilĂšne instrumentalement dĂ©taillĂ©e qui montre tout ce que l’éloquence enivrĂ©e de Sibelius doit aux
 russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragĂ©die en cours, celle d’une nature sacrifiĂ©e et pourtant d’une ineffable beautĂ©. Cette vision, et tragique et Ă©pique, prend corps dans les fabuleux arpĂšges des cordes, bouillonnants, Ă©perdus.

Le Scherzo est abordĂ© pour ce qu’il est : une scansion et une frĂ©nĂ©sie superbement mĂ©canique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement trÚs marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves
)
Il y met une touche d’humanitĂ©, un panthĂ©isme blessĂ© : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non Ă  l’extĂ©rieur, comme en une distanciation assĂ©chante. Au contraire, nous sommes au cƓur des Ă©lĂ©ments. Dans le vortex oĂč se jouent les transformations irrĂ©versibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affĂ»tĂ©e dans le chaos climatique qui est le nĂŽtre, causĂ© par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancĂ©e et trĂšs dĂ©taillĂ©e de Rouvali, Sibelius semble rĂ©ussir lĂ  oĂč Tchaikovski nous avait laissĂ©s ; les lumiĂšres permises par le finnois font espĂ©rer une clartĂ© filigranĂ©e et trĂšs vacillante chez le Russe (PathĂ©tique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais prĂ©sente. Mais dans la difficultĂ© et la souffrance. La fin est une rĂ©mission presque arrachĂ©e ; pas une victoire. Une vraie question laissĂ©e en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutĂŽt de Moussorgski mais mĂątinĂ© d’impressionnisme ravĂ©lien. LĂ  encore Sibelius exprime une activitĂ© invisible secrĂšte, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa prĂ©cision, et un vrai travail d’orfĂšvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalitĂ© des sĂ©quences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-ĂȘtre, Rouvali n’oublie pas aux cĂŽtĂ©s de sa prĂ©cision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, rĂ©vĂ©lant aussi dans cette activitĂ© flamboyante, des accents wagnĂ©riens. Le chef exprime le mystĂšre sauvage et la force de la nature, la beautĂ© grandiose et fragile, c’est Ă  dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le mĂȘme titre par son beau-frĂšre Eero JĂ€rnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore trĂšs narratif, mais dans cette trĂšs fine et scintillante Ă©criture, Ă  partir de 13’, il sait transmettre le cycle Ă©ternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rĂ©demptrice, matricielle. De toute Ă©vidence, dans ce crescendo final, d’une intensitĂ© irrĂ©pressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration premiĂšre. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction Ă©nigmatique. Superbe lecture et belle comprĂ©hension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rĂȘve d’une intĂ©grale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre
 aux qualitĂ©s Ă©videntes. Leur sincĂ©ritĂ© nous touche. VoilĂ  qui prĂ©figure le meilleur ? A suivre


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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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KIRILL PETRENKO, chef Ă©lectrique

petrenko-kirill-wagner-bayreuthFRANCE MUSIQUE. KIRILL PETRENKO, les 10 et 11 fĂ©v 2019. Otello, Strauss. Le chef russe Kirill Petrenko vient de prendre la direction musicale du Berliner Philharmoniker : une prise de fonction qui devrait compter dans l’histoire de la phalange berlinoise tant le tempĂ©rament « électrique » du chef devrait rĂ©aliser de nouveaux accomplissements convaincants. Il est nĂ© Ă  Omsk le 11 fĂ©v 1972 (SibĂ©rie). A presque 50 ans, la maestro est devenue l’une des baguettes les plus passionnantes, en particulier Ă  Bayreuth oĂč il a assurĂ© rĂ©cemment dans un Ring magistral, l’attrait vacillant d’un festival qui se cherche encore une identitĂ© solide. Sa nomination suscite l’interrogation en France oĂč il est peu connu finalement. Le chef lyrique qui entend la musique dramatique comme peu, est aussi un symphoniste inspirĂ© et son travail avec le Berliner devrait confirmer cette orientation.

KIRILL PETRENKO sous tension
un chef Ă©lectrique

Petrenko Kirill maestro chef orchestreL’adolescent Petrenko (18 ans) a suivi sa famille exilĂ©e en Autriche : Ă  Vienne, il approfondit ses Ă©tudes de piano. Ce musicien affĂ»tĂ©, sut plaire aux instrumentistes du Berliner qui en 2015, au moment de dĂ©signer un successeur Ă  Rattle, furent sĂ©duit par l’allure modeste, en rien dĂ©monstratif et autocratique de Christian Thielemann, l’autre candidat officiel. En juin 2015, la dĂ©cision tomba comme un Ă©clair, soulignant le choix de la probitĂ©, du travail, de l’humilitĂ© aussi, plutĂŽt que l’autocĂ©lĂ©bration parfois pompeuse du talent (fut-il rĂ©el et Ă©gal). Reste que Petrenko a depuis 2015 particuliĂšrement sĂ©duit et captivĂ© par son sens de l’intĂ©rioritĂ© et du dĂ©tail : un laborieux discret – qui rappelle d’ailleurs Ă  maints titres Carlos Kleiber, le lĂ©gendaire chef germano-argentin-, que les prochaines sessions en concerts, diffusĂ©es et enregistrĂ©es sous label du Philharmoniker devraient encore Ă©clairer et expliciter.
RĂ©pĂ©titions assidues, d’une rare intensitĂ©, Ă©coute, exigence, tĂ©nacitĂ© et absence de compromis
 sont les qualitĂ©s entre autres d’un chef Ă  suivre dĂ©sormais. Il a commencĂ© Ă  diriger les Berliner en 2006 ; sa saison officielle d’ouverture, officialisant sa prise de fonction, se rĂ©alisera Ă  l’étĂ© 2019. D’ici lĂ  chaque concert tĂ©moigne d’une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et les instrumentistes.

Pour se familiariser avec une direction Ă  la fois puissante et ciselĂ©e, – vraie gageure, que l’hĂ©doniste Karajan a longtemps incarnĂ©, avant Claudio Abbado, France Musique diffuse les 10 et 11 fĂ©vrier en premiĂšre partie de soirĂ©e, deux programmes phares, reprĂ©sentatifs de la sensibilitĂ© du maestro : soirĂ©e opĂ©ra d’abord avec Verdi (l’Otello de Jonas Kaufmann) puis Strauss et Beethoven (7Ăš) dans un volet purement orchestral. Sens de la tension, soucieux du relief et de l’acuitĂ© des accents, Petrenko est aussi un architecte qui soigne l’écoulement et le sens de la lecture (ce qui a fait de ses Wagner, d’authentiques rĂ©alisations dramatiques, d’une rare efficacitĂ©). La fermetĂ© et la poigne supportent la vitalitĂ© de l’orchestre qui paraĂźt souvent comme Ă©lectrisĂ© et chauffĂ© Ă  blanc.

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Dim 10 février 2019, 19h50.
VERDI : Jonas Kaufmann chante OTELLO. Munich, nov 2018.
ReprĂ©sentation donnĂ©e le 23 novembre 2018 Ă  19h au ThĂ©Ăątre National de Munich – OpĂ©ra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’aprĂšs “Othello ou le Maure de Venise” de William Shakespeare
Jonas Kaufmann, ténor, Otello
Gerald Finley, baryton, Iago
Evan LeRoy Johnson, ténor, Cassio
Gaelano Salas, ténor, Roderigo
Balint Szabo, basse, Lodovico
Milan Siljanov, baryton-basse, Montano
Markus Suihkonen, basse, un héraut
Anja Harteros, soprano, Desdemona
Rachael Wilson, mezzo-soprano, Emilia
Choeur de l’OpĂ©ra d’Etat de BaviĂšre
Orchestre de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre
Kirill Petrenko, direction

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Lundi 11 février 2019, 20h
R STRAUSS, BEETHOVEN : 7Ăšme Symphonie
Concert donné le 24 août 2018 à la Philharmonie de Berlin

Richard Strauss
Don Juan, poĂšme symphonique op. 20 TrV 156
Tod und VerklÀrung (Mort et transfiguration), poÚme symphonique op. 24

Ludwig Van Beethoven
Symphonie n°7 en la Majeur op. 92
Poco sostenuto-Vivace
Allegretto
Presto – Assai meno presto (Trio)
Allegro con brio
Orchestre Philharmonique de Berlin
Kirill Petrenko, direction

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CD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018).

OFFENBACH coloratoure cd opera concert critique cd review cd classiquenewsCD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018). BOF… Le programme Ă©laborĂ© ne manque pas de diversitĂ© mais il pĂȘche par un manque de cohĂ©rence. Quel est au juste le fil thĂ©matique qui justifie la succession “hasardeuse” des piĂšces ainsi collectĂ©es ? Evidemment pour s’assurer un certain impact auprĂšs du consommateur landa, il fallait nĂ©cessairement afficher la Barcarolle des Contes d’Hoffmann
 Pour des surprises on repassera ; cependant Vert-Vert, Les Bergers, Les Bavards, Le Roi Carotte, et aussi Robinson CrusoĂ© et Fantasio (dont deux magnifiques sĂ©quences de la princesse Elsbeth), 
 pour ne citer que quelques Ɠuvres, mĂ©ritent le dĂ©tour et suscitent l’envie d’en Ă©couter davantage. Ce qui est mĂ©ritant quand mĂȘme. La coloratoure chez Offenbach promettait une face cachĂ©e du compositeur : Ă  torts rĂ©duit Ă  ses pantalonades burlesques et fantasques, le compositeur fĂȘtĂ© en 2019, s’est souciĂ© comme un rĂ©el auteur sĂ©rieux, des voix et du beau chant romantique français. En tĂ©moigne l’engagement de la soprano belge Jodie Devos – prĂ©cĂ©demment distinguĂ©e par CLASSIQUENEWS pour sa superbe et irradiante incarnation dans LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours (janvier 2017). Somptueuse production oĂč la jeune diva se montrait particuliĂšrement convaincante, donc troublante.
Dans cet album finalement Ă©parpillĂ©, la fĂ©erie dont il est question, servie par une voix souple et bien timbrĂ©e, agile et articulĂ©e (oui, oui : et c’est plutĂŽt un bon point) s’écoute ainsi avec plaisir, Ă  dĂ©faut d’une Ă©coute captivĂ©e. Pourtant quelques perles rares (l’air « Je suis nerveuse » du Voyage dans la lune), ou des poncifs hier bien dĂ©fendus (la Valse-Tyrolienne d’Un mari Ă  la porte prĂ©cĂ©demment portĂ©e par la soprano fĂ©tiche de Karajan Sumi Jo)… peinent Ă  maintenir l’Ă©coute.
Reine de la nuit chez Mozart, Jodie Devos Ă©blouit par la tenue ronde de ses aigus en cascades, toujours nets et prĂ©cis, sans sĂ©cheresse ni tension. Mais oĂč est la farce, la verve, cet esprit dĂ©jantĂ© mais toujours subtile et Ă©lĂ©gant propre au Mozart des Champs ElysĂ©es ? De coloratoure il est question certes, mais … trop sage.
Il y manque un zeste de dĂ©lire ou de fantaisie dĂ©lurĂ©e, jamais bien Ă©loignĂ©es chez Offenbach l’espiĂšgle, l’amuseur des boulevards, bien sĂ»r dans les emplois plus comiques oĂč le 3Ăš degrĂ© (quasi surrĂ©aliste, portĂ© par le sens du pastiche et de la parodie facĂ©tieuse) sont de mise.
PortĂ© par de trĂšs sĂ©rieuses institutions partenaires, pourtant spĂ©cialistes du rĂ©pertoire XIXĂš, de l’opĂ©ra romantique français en particulier, on s’étonne de l’imprĂ©cision voire des erreurs commises dans certaines liaisons linguistiques
 un coach rĂ©ellement exigeant aurait-il manquĂ© lors des rĂ©pĂ©titions et des sĂ©ances de prĂ©paration ? De grĂące messieurs les producteurs, respectez davantage notre français : langue dĂ©licate, langue espiĂšgle dont Offenbach avait de son vivant la maĂźtrise exemplaire (cf sa correspondance et son sens de la formule publicitaire)… En tout cas cela ajoute au comique des situations (la petite fruitiĂšre dans Mesdames de la Halle). Dommage d’autant que le chef, malgrĂ© un orchestre sirupeux et Ă©pais (oĂč sont les instruments d’époque, lĂ©gers, subtilement timbrĂ©s, sautillants, nuancĂ©s
?) dĂ©fend avec cƓur et nerf, la vitalitĂ© dĂ©licieuse, c’est Ă  dire, trĂšs raffinĂ©e d’un orchestre scolaire, qui heureusement dans l’ensemble, ne se limite Ă  l’accompagnement. Pour le premier cd dĂ©diĂ© au bicentenaire OFFENBACH 2019, ce recueil a un goĂ»t d’inachevĂ© et d’imprĂ©cis.

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Offenbach, rĂ©cital lyrique. JODIE DEVOS : Offenbach coloratoure – MĂŒnchner Rundfunkorchester – L. Campellone, direction (1 cd Alpha) / Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  MĂŒnich en juillet 2018 – 1 CD Alpha 437 – 1h

Programme / tracklisting :

« Je suis du pays vermeil » (Boule de Neige),
« Les plus beaux vers sont toujours fades
 J’ai parcouru toute la France »
(Vert-Vert),
« La mort m’apparaĂźt souriante » (OrphĂ©e aux enfers),
« J’entends, ma belle » (Un mari Ă  la porte),
« Cachons l’ennui de mon Ăąme
 Ah ! Dans son cƓur qui donc peut lire ? » (Fantasio),
« Ce sont d’étranges personnages » (Les Bavards),
« Quel bruit et quel tapage
 Je suis la petite fruitiĂšre » (Mesdames de la Halle),
« Le voilà
 Petites fleurs que j’ai vues naĂźtre » (Le Roi Carotte),
Ouverture (Les Bergers),
«  VoilĂ  toute la ville en fĂȘte » (Fantasio),
« Les oiseaux dans la charmille » (Les Contes d’Hoffmann),
« Conduisez-moi vers celui que j’adore » (Robinson CrusoĂ©),
« Souvenance de l’enfance », « Allons ! Couché » (Boule de Neige),
« Belle nuit, ĂŽ nuit d’amour » (Les Contes d’Hoffmann),
« Je suis nerveuse » (Le Voyage dans la lune)

 

 

LIRE aussi notre grand dossier OFFENBACH 2019, pour le bicentenaire de Jacques Offenbach né le 20 juin 1819

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA).

puccini butterfly hermanis chailly scala dec 2016 critique review dvd critique dvd opera par classiquenews 0044007439821DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA). DĂ©cembre 2016 sur la scĂšne scaligĂšne (de la Scala Ă  Milan), le nouveau directeur musical poursuit son intĂ©grale Puccini, avec Butterfly, aprĂšs La Fanciulla del West
 Choisir la version originale critique de 1904 (crĂ©ation de l’Ɠuvre) est un argument prometteur. Evidemment Chailly fait du Chalilly : direction engagĂ©e, ardente, hautement dramatique, mais peu dĂ©monstrative et boursouflĂ©e : une qualitĂ© chez le compositeur. Les dĂ©tails, la couleur scintillent d’une façon cinĂ©matographique, mĂȘme si du coup, livret oriignal oblige, certaines scĂšnes ont perdu la force et l’efficacitĂ© expressive de ce qui a Ă©tĂ© affinĂ© par la suite. Le profil de la geisha y semble moins subtil, parfois caricatural, Ă  la maniĂšre d’une carte postale ou d’une schĂ©matisation creuse, un rien artificielle. La musique est juste mais perd en souffle. En partie Ă  cause de rĂ©citatifs trop dĂ©veloppĂ©s qui ralentissent l’action, et affadissent la caractĂ©risation des protagonistes. Le couple Butterfly / Pinkerton (Siri / Hymel) reste engagĂ©, mais vocalement limitĂ©, et Ă©motionnellement trop lisse et rĂ©pĂ©titif. Ce qui nuit Ă  la vraisemblance de l’histoire
 un rien minaudante et anecdotique dans sa version originelle ainsi dĂ©voilĂ©e. Alvarez se distingue en Sharpless ; mĂȘme adhĂ©sion au Goro, impeccable de Carlo Bosi ; et l’on regrette d’autant plus, le format rĂ©duit d’Annalisa Stroppa qui manque sa partie en Suzuki : double, confidente, mĂšre trop faible et presque timorĂ©e aux cĂŽtĂ©s de sa protĂ©gĂ©e Cio-Cio-San.

Il est vrai que visuellement et dramatiquement, la mise en scĂšne d’Hermanis manque elle aussi de cohĂ©rence comme de clartĂ©. Les thĂšmes que dĂ©noncent Puccini : l’esclavage sexuel institutionalisĂ©, la manipulation d’une fillette trop naĂŻve, l’hypocrisie de la prĂ©sence occidentale en Orient
 tout cela est totalement Ă©cartĂ© en une succession de tableaux sans profondeur mais bavards et dĂ©corativement (trop) aguicheurs. Production insatisfaisante, surtout pour la Scala.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016) – 1 dvd DECCA.

Cio-Cio San : Maria José Siri
Suzuki : Annalisa Stroppa
Kate Pinkerton: Nicole Brandolino
Pinkerton : Bryan Hymel
Sharpless : Carlos Alvarez
Goro : Carlo Bosi
Il Bonzo : Abramo Rosalen
Il Principe Yamadori : Costantino Finucci
Il Commissario Imperiale : Gabriele Sagona

Orchestre et ChƓurs du Teatro alla Scala
Riccardo Chailly, direction

Milan, Teatro alla Scala, tournage réalisé en décembre 2016
Mise en scĂšne : Alvis Hermanis
Scénographie : Alvis Hermanis et Leila Fteita
Dramaturgie : Olivier Lexa

DVD, coffret MOZART, critique : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte).

da ponte mozart trilogy cosi nozze giovanni opus arte dvd review critique dvd par classiquenews 0809478012757DVD, coffret MOZART : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte). En un somptueux coffret intelligemment Ă©ditĂ©, OPUS ARTE ressemble le meilleur du chant mozartien rĂ©cemment remarquĂ© Ă  Covent Garden. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des plateaux, le sens du thĂ©Ăątre, la direction souvent trĂšs affĂ»tĂ© concourent Ă  faire de cette trilogie filmĂ©e l’un des meilleurs coffret OPUS ARTE.

COSI FAN TUTTE (2016)
MalgrĂ© ses intentions pavĂ©es de sincĂšres motivations, le metteur en scĂšne Jan Philipp Gloger ne rĂ©ussit pas vraiment Ă  explorer et dĂ©monter la fine machinerie des cƓurs amoureux : cette Ă©cole des amants qui a inspirĂ© Mozart et Da Ponte. Le scĂ©nographe se parodie lui-mĂȘme en Alfonso, affĂ»blĂ© de son assistante, Despina : ainsi l’action se dĂ©roule dans divers lieux du thĂ©Ăątre (loge, rideau, parterre, bar
). C’est Ă  dire que l’on visite les lieux d’un thĂ©Ăątre oĂč la science de la reprĂ©sentation indique l’illusion de l’action qui se trame ici. Cependant l’effet tourne Ă  la foire aux idĂ©es, et dans cette grille de lecture qui aurait fonctionner avec plus d’économie et de synthĂšse, Gogler se noie Ă  force d’entassements gadgets et d’élucubrations qui s’écartent de la fine intelligence, dĂ©sespĂ©rĂ©e, du duo Mozart / Da Ponte. Sexe Ă  tous les Ă©tages, jusqu’au trop plein. Rayonne dans ce bain des dĂ©sirs lubriques : la gourgandine dĂ©lurĂ©e Despina.
Plus cohĂ©rent et d’une belle couleur juvĂ©nile dans son ensemble, le cast rehausse l’intĂ©rĂȘt de la nouvelle production de 2016 : Fiordiligi (Corinne Winter) tendue comme un roc (Come scoglio) ; Dorabella plus onctueuse (Angela Browers) mais moins percutante ; servante dĂ©jantĂ©e et initiatrice irrĂ©sistible, la Despina de Sabina PuĂ©rtolas ; Alfonso souverain et dramatiquement trĂšs juste de Johannes Martin KrĂ€nzle. Enfin les deux fiancĂ©s parieurs, pris Ă  leur propre piĂšge sont tout autant bien caractĂ©risĂ©s :
le baryton sĂ©ducteur Alessio Arduini fait un Gugliemo bien prĂ©sent parfois trop lisse et linĂ©iare ; rien Ă  voir et Ă  Ă©couter avec le Ferrando magistral de Daniel Behle, tout en nuances et finesse. C’est peut-ĂȘtre lui qui maĂźtrise le mieux et avec le plus de naturel le bel canto mozartien : son « Un’ aura amorosa » est bouleversant de suggestion pudique, de touchante sincĂ©ritĂ©. Rien Ă  dire Ă  la baguette ciselĂ©e de Semyon Bychkov, ex assistant de Karajan, et douĂ© de toutes les finesses lui aussi mozartiennes. Le legato de l’orchestre s’entend ici du dĂ©but Ă  la fin, amoureusement Ă©noncĂ©, puissant mais tendre.

DON GIOVANNI (2014)
DiffusĂ©e en direct au cinĂ©ma en fĂ©vrier 2014, ce nouveau Don Giovanni au Royal Opera House de Londres impose la vision labyrinthique de Kasper Holten pour lequel le plus grand sĂ©ducteur des LumiĂšres, Ă©volue symboliquement dans une maison unique dont piĂšces, escaliers, terrasse, balcons
 reprĂ©sentent autant de situations et de lieux qui lui permettent de piĂ©ger ses victimes, consentantes ou non. Le dispositif permet au thĂ©Ăątre de reprendre ses droits dans un ouvrage oĂč la musique risque toujours de dominer, et avec raison, car le gĂ©nie de Mozart s’y dĂ©ploie dans chaque situation.
Le duo Leporello / Giovanni est renforcĂ© et comme sublimĂ© par leur complicitĂ© Ă©gal Ă  Ă©gal grĂące Ă  l’excellent acteur qu’est Alex Esposito (Leporello) qui joue le double de son maĂźtre, plutĂŽt que son serviteur. Le jeu de miroir de l‘un Ă  l’autre, leur duplicitĂ© interchangeable, l’un apprenant de l’autre, quand l’autre est stimulĂ© et regaillardi par la tĂ©nacitĂ© de l’un
 Le duo fonctionne Ă  merveille et renforce la haute tenue de cette version londonienne. Humain tiraillĂ© (la prĂ©sence dĂ©multipliĂ©e du Commandeur assassinĂ© ensanglantĂ©), coupable et meurtrier Ă  la façon de Caravage, le Don Giovanni de Mariusz Kwiecien saisit par sa fĂ©rocitĂ© cynique, son intensitĂ© bestiale et animale, sa sauvagerie Ă  la fois blessĂ©e et lĂąche
 dont les nuances Ă©pousent lĂ  encore toutes les intentions d’un texte musical et dramatique, d’une sidĂ©rante vĂ©ritĂ©.
Digne et touchante par sa sincĂ©ritĂ© elle aussi, Donna Anna de Malin Byström ; tendue, presque criarde et peu Ă  l’aise, l’Elvira de la française VĂ©ronique Gens déçoit : manque de naturel et de fluiditĂ©, la diva ne maĂźtrise pas le legato mozartien, et cherche souvent le portrait admirable de cette amoureuse attendrie, Ă©ternelle compatissante Ă  l’égard d’un Don Giovanni qui l’a pourtant trahie et abandonnĂ©e. Autre tempĂ©rament Ă  en vouloir dĂ©coudre, la Zerlina autodĂ©terminĂ©e d’Elizabeth Watts : elle aussi veut sa part de plaisir et de jouissance. Aussi nuancĂ© et caractĂ©risĂ© demeure le Masetto du Sud-africain Dawid Kimberg, lui aussi bon acteur. Plus limitĂ© et en dessous du niveau de ses remarquables partenaires, l’Ottavio dĂ©passĂ© de Antonio Poli. Continuo allĂ©gĂ© expressif, ou orchestre rugissant, furieux ou murmurĂ©, la direction de Nicola Luisotti (au pianoforte) se distingue elle-aussi par sa finesse et son Ă©loquence.

LE NOZZE DI FIGARO
Autre rĂ©ussite pour ces Noces / Nozze Ă  la fois homogĂšnes et naturelles rĂ©unissant un plateau de chanteurs qui sont aussi de bons acteurs. Chant et thĂ©Ăątre se rĂ©alisent au diapason d’un orchestre lui aussi idĂ©alement articulĂ©, animĂ© par la progression dramatique. C’est donc un succĂšs global, un beau travail d’équipe canalisĂ© et façonnĂ© par Davd McVicar dont l’esthĂ©tisme et la clartĂ© de conception font merveille. Les deux Comte / Comtesse, Figaro / Susana sont trĂšs bien incarnĂ©s, ajoutant Ă  l’équilibre expressif et la caractĂ©risation de chacun. Les rĂ©citatifs sont vifs, nerveux, jamais Ă©pais : une leçon de piquante Ă©loquence. BientĂŽt Don Giovanni de poids et de charme, le Figaro alors de Erwin Schrott fait mouche par sa virilitĂ© souple et bien chantante, une force canalisĂ©e, parfaitement adaptĂ©e pour rĂ©sister et vaincre l’autoritĂ© du Comte. Belle ivresse et sĂ©duction sensuelle chez la Susanna de la suĂ©doise Miah Persson. Exemplaire depuis ses dĂ©buts baroques, Ă  la fois profonde, sincĂšre et Ă©conome, la bouleversante Comtesse de Dorotha Röschmann Ă©blouit par sa grĂące intĂ©rieure, sa noblesse d’ñme qui Ă©claire cette tendresse de Mozart pour les femmes. Subtil sans grossiĂšretĂ©, le Comte de Gerald Finley apporte au personnage ailleurs, rustre et caricatural, une finesse d’intention qui Ă©paissit considĂ©rablement le personnage. Le piĂšge et la bascule qui se retournent contre lui en fin d’action, gagnent une nouvelle profondeur. Saluons la tendresse juvĂ©nile trĂšs juste du ChĂ©rubino de Rinat Shahan, la Barbarina toute en sensualitĂ© piquante d’Ana James. MĂȘme maĂźtrise vocale et dramatique pour le trĂšs drĂŽle Basilio de Philippe Langridge : une classe mĂ©morable.
En fosse, pas moins que le directeur musical du Royal Opera House, Antonio Pappano, qui joue aussi du clavecin avec vivacité et entrain. La direction détaillée et nerveuse ajoute à cette remarquable approche de la Folle Journée mozartienne, frappée du sceau de la trépidante pulsation humaine, inconstante et douloureuse. Superbe production.

CLIC_macaron_2014LE NOZZE DI FIGARO : McVicar / Pappano
DON GIOVANNI : Holten / Luisotti
COSI FAN TUTTE : Gloger / Bychkov
Royal Opera Chorus and Orchestra – 3 dvd OPUS ARTE

Plus d’infos sur le site d’OPUS ARTE

FAUTEUIL D’ORCHESTRE n°5 : la Jeune GĂ©nĂ©ration

saint-clair-anne-fauteuil-dorchestre-france-television-juil-2018-annonce-critique-presentation-par-classiquenewsFRANCE 3, FAUTEUILS D’ORCHESTRE, Ven 25 janv 2019, 21h. Cure de jeunisme aprĂšs les fĂȘtes… En prime time sur France 3, voici donc la «  Jeune GĂ©nĂ©ration «  d’artistes interprĂštes destinĂ©s selon la chaĂźne publique Ă  marquer les scĂšnes françaises
 Souhaitons que ce nouvel Ă©pisode de « Fauteuils d’orchestre » (animĂ© par Anne Sinclair) trouve enfin sa carrure, son rythme, son naturel surtout
 car c’est pourtant le dĂ©jĂ  5Ăš Ă©pisode d’une sĂ©rie pas toujours convaincante
 le cĂŽtĂ© guindĂ© dans la prĂ©sentation fait naĂźtre une distance dont n’a pas besoin le classique Ă  une heure de grande Ă©coute cathodique
 Pour illustrer le thĂšme de ce soir, Ă  savoir la nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens, voici donc un plateau qui accorde jeunesse et talents. Pour autant ne faut-il rĂ©ellement que de la technique et de la virtuositĂ© pour toucher et convaincre ? Il y a toujours ce supplĂ©ment d’ñme et de profondeur, de conscience et de sincĂ©ritĂ© qui manquent Ă  l’appel. Seuls les plus grands artistes ont cette vĂ©ritĂ© qui est simplicitĂ©. Et ce n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde.
Le tĂ©nor mexicain Rolando Villazon s’invite aux cĂŽtĂ©s de la prĂ©sentatrice pour animer une Ă©mission inĂ©dite dĂ©diĂ©e aux jeunes interprĂštes. Le musicien AndrĂ© Manoukian, l’acteur et humoriste Elie Semoun, les acteurs Michel Blanc et Charles Berling ou encore la journaliste Laurence Ferrrari, 
 tous viennent partager leur Ă©motion et faire dĂ©couvrir une gĂ©nĂ©ration de jeunes artistes.
 Sauront-ils nous Ă©mouvoir et nous toucher ? PrĂ©sents, 3 violoncellistes français. L’abondance de talent sur cet instrument est rare. Le phĂ©nomĂšne mĂ©ritait donc d’ĂȘtre soulignĂ© : Victor Julien-LaferriĂšre, Bruno Philippe, AurĂ©lien Pascal, 
 et vous ? Quel sera votre prĂ©fĂ©rĂ© ?

Chanteurs, violonistes, pianistes, et donc violoncellistes, ils consacrent leur vie à la musique classique, avec passion, générosité, simplicité.

Au programme : Mozart, Bach, Schumann, Gounod, Saint-Saëns, Verdi, Bernstein


InvitĂ©s de ce «  FAUTEUIL D’ORCHESTRE n°5 » :

- André Manoukian, piano
- Nemanja Radulovic, violon
- AĂŻda Garifulina, soprano
- Kévin Amiel, ténor
- Chloé Briot, soprano
- Simon Ghraichy, piano
- La MaĂźtrise Populaire de l’OpĂ©ra-Comique de Paris
- Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle
- Bruno Philippe, violoncelle
- Aurélien Pascal, violoncelle
- Catherine Trottmann, mezzo soprano
- Alexandre Pascal, violon
- Thomas Leleu, tuba
- Maroussia Gentet, piano
- Mia Mandineau, chanteuse et blogueuse

Avec l’Orchestre de Chambre de Paris dirigĂ© par Pierre Bleuse et ChloĂ© Van SoeterstĂšde

FRANCE 3, FAUTEUILS D’ORCHESTRE: LA JEUNE GÉNÉRATION, Vendredi 25 Janvier 2019 Ă  21h00 – PrĂ©sentĂ©e par Anne Sinclair

CD, critique. SCHOECK : «VOM FISCHER UN SYNER FRU» / Le pĂȘcheur et sa femme (1 cd Claves, Winterthur 2017).

schoeck othmar pecheur femme cd critique cd review vom fischer un syner frau 1930 cd review classiquenews iw39n8uy2fcxa_600CD, critique. OTHMAR SCHOECK (1886–1957) : «VOM FISCHER UN SYNER FRU» / Le pĂȘcheur et sa femme (1 cd Claves). Comme Stravinksy ou Paul Hindemith, le suisse Othmar Schoeck dĂšs 1916, bĂ©nĂ©ficie du soutien du mĂ©cĂšne richissime Werner Reinhart (1884 –1951), trĂšs impliquĂ© depuis Winterthur dans l’essor de la musique contemporaine. Ainsi le compositeur, figure majeure de la musique suisse au XXĂš est-il accueilli dans la maison sur le lac Morat pour achever sa nouvelle cantate dramatique qu’il fait Ă©couter en premiĂšre audition Ă  ses chers protecteurs, en juin 1930, Reinhart et son Ă©pouse. L’Ɠuvre est crĂ©Ă©e Ă  Dresde en octobre 1930 sous la direction de Fritz Busch.

 

 

 

Otmar SchƓck :  postwagnerisme suisse

 

 

 

InspirĂ© de Grimm, dans une version du PĂȘcheur rĂ©Ă©crite par Otto Runge, l’ouvrage lyrique de Schoeck affirme l’emprise wagnĂ©rienne que son Ă©criture cultive. Un style flamboyant comme le sont les voeux / souhaits / dĂ©sirs, de plus en plus ambitieux du pĂȘcheur et surtout de sa femme
 vanitĂ© humaine, orgueil confinant Ă  la folie, puis morale oĂč les deux ĂȘtres misĂ©rables rĂ©apprennent la valeur de l’essentiel, l’amour et l’humilitĂ©, dans le renoncement le plus extrĂȘme. Tout le drame est construit sur une arche de tension qui s’accentue, de variations qui se complexifient
 Ă  mesure que la femme demande et exige toujours plus, jusqu’au dĂ©nuement / dĂ©nouement final.  Schoek sait suggĂ©rer le monde flottant de l’ocĂ©an primordial, d’une calme grandeur, avant la rĂ©alisation de l’action (PrĂ©lude marin) ; chaque Ă©pisode orchestral suit la gradation du dĂ©sir de la femme, de son ambition dĂ©mesurĂ©e (au 4, majestĂ© de leur nature royale ; au 6, quand elle devient papesse !
 avant de devenir dĂ©esse).
Schoeck othmar chef maestro concert opera cantate pecheur et sa femme classiquenews cd critique review cd 8S’il assume pleinement l’hĂ©ritage de Wagner, Othmar SchƓck (1886–1957) se rĂ©fĂšre ostensiblement Ă  son maĂźtre, Max Reger (1873-1916) avec lequel il Ă©tudia scrupuleusement en 1907 / 1908 Ă  Leipzig. L’apprentissage d’une sĂ©vĂ©ritĂ©, d’une rigueur surtout dont SchƓck dĂ©duit la construction impeccable de sa « cantate dramatique ». Cet enregistrement de juin 2017 enregistrĂ© Ă  Winterthur en Suisse allemande (et rĂ©alisĂ© par les ressources locales de Winterthur), dĂ©fend avec beaucoup de prĂ©cision et de sobriĂ©tĂ© la partition de SchƓck, son essence chambriste qui en fait une cantate et non pas un acte d’opĂ©ra. Il en rĂ©sulte de la part de tous les interprĂštes (dont le plateau vocal, plutĂŽt convaincant dans la caractĂ©risation du pĂȘcheur et de sa femme), une concentration qui Ă©claire de l’intĂ©rieur la partition, l’une des plus passionnantes composĂ©es en Suisse, portant et la discipline d’une forme dramatique, trĂšs proche du texte, et la tension d’une Ă©poque appelĂ©e Ă  imploser. Au dĂ©but des annĂ©es 1930, SchƓck dĂ©montre sa maestriĂ  – Ă  la fois Ă©purĂ©e et expressive, dans le genre lyrique. Captivant.

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CD, critique. OTHMAR SCHOECK (1886–1957) : Vom Fischer un syner Fru, Dramatische Kantate, Op. 43 (1928-30) / Le PĂȘcheur et sa femme, cantate dramatique, Leipzig 1930. 1 cd CLAVES, Winterthur, 2017.

Othmar Schoeck (1886-1957)‹”Vom Fischer un syner Fru”‹Dramatische Kantate, op. 43 (1928/30)

Musikkollegium Winterthur
‹Direction : Mario Venzago‹ ‹

Die Frau : Rachel Harnisch (Soprano)
‹Der Mann : Jörg DĂŒrmĂŒller (TĂ©nor)‹
Der Butt : Jordan Shanahan (Basse)‹‹‹ ‹

Text von Philipp Otto Runge nach dem MĂ€rchen der BrĂŒder Grimm

 

 

 

CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles)

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’ArchevĂšque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ɠil la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses
 Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, aprĂšs s’ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂȘchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIĂš (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 
   
 
 
 

Campra amoureux et sensuel
Ă  l’époque oĂč le Turquie faisait l’Europe Galante


 
 
 

Campra marque l’histoire de la musique dramatique Ă  l’époque de la France Baroque car il renouvelle sensiblement le genre chorĂ©graphique, offrant une nouvelle dĂ©finition d’un spectacle chantĂ©, dansĂ©, jouĂ©, Ă  partir du genre hybride du divertissement, sĂ©quence constituante de l’opĂ©ra lĂ©guĂ© par Lully, et qui sollicite tous les acteurs sur la scĂšne : chanteurs, choeur, danseurs et Ă©videmment orchestre.  L’imagination trĂšs attractive et poĂ©tique de Campra se distingue nettement de celle de ses contemporains
 en dĂ©pit de son intrigue morcelĂ©e, L’Europe Galante traverse diverses contrĂ©es europĂ©ennes et prĂ©sente les divers visages de l’amour, en France, en Espagne, en Italie, et en 
 Turquie (!).
A notre Ă©poque oĂč l’intĂ©gration dans la communautĂ© europĂ©enne de nos amis turcs pose toujours problĂšme, voilĂ  qui ne suscitait aucune rĂ©serve de la part de Campra et de son librettiste et par extension de leurs contemporains en ce dĂ©but du XVIIIĂš.
La rĂ©ussite de Campra et de son librettiste La Motte est d’offrir et de ciseler ainsi 4 tableaux dont la finesse d’inspiration et la couleur Ă©galent le gĂ©nie d’un Watteau ; la force rĂ©aliste de l’opĂ©ra nouveau revenant au sujet proprement dit : plusieurs intrigues amoureuses dans le style contemporain (soit du Marivaux ou du Beaumarchais avant l’heure, mais sans aucun sentiment ironique ni parodique et cynique : le temps est Ă  l’abandon et Ă  la sensualitĂ©). Ainsi la sensibilitĂ© amoureuse et le tempĂ©rament sĂ©ducteur de chaque nation est Ă©pinglĂ©e, dans sa singularitĂ© contrastante : le Français, dans un intermĂšde pastoral et berger,  est « volage, indiscret et coquet » ; l’Espagnol, en une sĂ©rĂ©nade divertissante, « fidĂšle et romanesque », l’italien, inventeur du masque et du bal vĂ©nitien,  est « jaloux, fin et violent » (un vrai mĂ©diterranĂ©en en somme) ; enfin le Turc, en ses Ă©crins colorĂ©s et sensuels, Ă  la fois « souverain » et « emporté ».

La rĂ©alisation prĂ©sentĂ©e par le ChĂąteau de Versailles, est diversement convaincante. Distinguons quelques sĂ©quences emblĂ©matiques. Dans l’Italie : l’Olimpia de Caroline Mutel est trop courte et instable (vibrato envahissant et mĂ©canique, voire systĂ©matique, aigus pincĂ©s) : quel contraste avec le français parfait et naturel de l’Octavio si dĂ©lectable de Anders J Dahlin (au verbe ciselĂ©, languissant, tendre, d’une ivresse nostalgique).

La Turquie, s’ouvre en chaconne sombre et presque mĂ©lancolique sur le lamento qui montre l’impuissance de Zaide (somptueux mezzo intelligible d’Isabelle Druet). C’est l’un des Ă©pisodes les mieux incarnĂ©s : verbe clair et naturel, orchestre souple et onctueux mĂȘme. Du grand art.  Soulignons la cohĂ©rence expressive de l’air pour les Bostangis (plage 21, cd2) : truculence et dĂ©lire orientalisant, plein de panache et de verve parodique : somptueuse rĂ©alisation. Saluons l’édition de cette nouvelle collection discographique sous le pilotage du ChĂąteau de Versailles : Notice de prĂ©sentation documentĂ©e, publication du livret intĂ©gral
 VoilĂ  qui change des publications hasardeuses, Ă©ditorialement faibles. A suivre (car l’institution versaillaise annonce de nombreuses enregistrements Ă  venir, toute en liaison avec la riche histoire du ChĂąteau de Versailles).

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CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE. D’hĂ©rin (2 cd, ChĂąteau de Versailles spectacles, 2017)

 
 
 
 
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Autre cd Chùteau de Versailles Spectacles, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.   EN LIRE PLUS
 
 

 
 
   
 
 

QUÉBEC, Saint-Lambert : 3ù RÉCITAL-CONCOURS INTERNATIONAL DE MÉLODIES FRANÇAISES 2019 (14 et 16 juin 2019)

fc-2019-bandeau-rm-fr-9900000000079e3cQUÉBEC, Saint-Lambert : 3Ăš RÉCITAL-CONCOURS INTERNATIONAL DE MÉLODIES FRANÇAISES 2019. APPEL A CANDIDATURES. Chanteurs de tous les pays, passionnĂ©s de mĂ©lodies françaises, jeunes tempĂ©raments, professionnels dĂ©jĂ  reconnus, prĂ©sentez votre candidature pour la 3Ăš Ă©dition du RÉCITAL-CONCOURS INTERNATIONAL DE MÉLODIES FRANÇAISES Ă  Saint-Lambert au QuĂ©bec (Canada). Volet du formidable festival de printemps, CLASSICA, portĂ© par son directeur, le baryton Marc Boucher (9Ăš Ă©dition en 2019 – du 24 mai au 16 juin 2019), le RĂ©cital-Concours de Saint-Lambert dĂ©fend le rĂ©pertoire français et la langue française, en distinguant chaque printemps, le/la/ meilleur(e) interprĂšte, habile diseur(euse), capable d’articuler et d’enchanter chez Berlioz, FaurĂ©, Debussy, Massenet
 Au final, aprĂšs sĂ©lection, 10 finalistes se prĂ©senteront Ă  Saint-Lambert, les 14 juin (demi-finale) puis 5 candidats le 16 juin 2019, pour la finale Ă  16h. Tous les candidats sont invitĂ©s Ă  interprĂ©tĂ© un cycle de mĂ©lodies françaises. Cette annĂ©e, nuance d’importance : les Ă©preuves se dĂ©roulent avec un PIANO ERARD de concert 1854 (accordĂ© au diapason 435 Hz), note d’élĂ©gance et musicalement d’importance. L’intimisme et la sonoritĂ© propre aux salons, Ă©crins habituels des mĂ©lodies françaises au XIXĂš, sont ainsi respectĂ©s. Une touche Ă  la fois historique et Ă©lĂ©gante qui accrĂ©dite davantage la valeur artistique du Concours en langue française au QuĂ©bec.

 
 
   
 
 

APPEL A CANDIDATURES
sans restriction d’ñge
Dotation des prix : 40 000 dollars canadiens
Grand Prix : 10 000 dollars canadiens

3Ăš RECITAL CONCOURS INTERNATIONAL
DE MELODIE FRANCAISE

 

Vendredi 14 juin 2019
DEMI FINALE

Dimanche 16 juin 2019
FINALE

 

INSCRIPTIONS EN LIGNE
jusqu’au dimanche 31 MARS 2019

Le public sera appelĂ© Ă  voter, ce vote comptant pour 50 % de la note finale accordĂ©e Ă  chaque participant.  
 
   
 
 

 

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PRIX
Des bourses totalisant 40 000 $ CA seront attribuĂ©es. Le jury dĂ©cernera treize prix dont un grand prix d’une valeur de 10 000 $ et douze autres prix rĂ©partis comme suit : 7 500 $, 5 500 $, deux prix de 3 000 $, cinq prix de 1 000 $, un prix spĂ©cial de 3 000 $ au meilleur(e) pianiste, un prix de 2 000 $ pour la meilleure mĂ©lodie canadienne ainsi qu’un prix de 1 000 $ pour l’artiste Ă©mergent.

 
 
 

Les critĂšres d’admissibilitĂ© sont disponibles sur le site Internet du Festival Classica Ă 
http://www.festivalclassica.com/recital-concours.html.

  
 
   
 
 

Expo, livre. NANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte Pénet

expo-opera-nancy trois siecles de creation classiquenews expo catalogue classiquenews annonce critique -708x350Expo, livre. NANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte PĂ©net. Passionnant catalogue que celui qui accompagne l’exposition Ă©vĂ©nement prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra national de Lorraine Ă  Nancy pour son tricentenaire en 2019 : « OPERA ! ». L’intĂ©rĂȘt de cette publication haute en couleurs et riche en illustrations et documents photographiques est de restituer les grandes heures du spectacle Ă  Nancy Ă  travers les princes et politiques qui ont prĂ©sidĂ© Ă  l’essor des arts du spectacle in situ ; chaque commanditaire en son Ă©poque manifeste de pĂ©riode en pĂ©riode, un goĂ»t et une conception du spectacle spĂ©cifique : le duc LĂ©opold au dĂ©but du XVIIIĂš (1708-1709) avec le concours des Bibiena (la fameuse « salle des machines » inaugurĂ©e par Le temple d’AstrĂ©e de Desmarest) ; la ComĂ©die du roi Stanislas au plein XVIIIĂš (1755) sur la nouvelle Place royale (inaugurĂ©e par le divertissement Le Triomphe de l’HumanitĂ©, musique de Seurat ; le thĂ©Ăątre de Nancy au XIXĂš ; enfin le nouveau thĂ©Ăątre (au XXĂš, soit 1919, inaugurĂ© avec Sigurd de Reyer), et enfin l’OpĂ©ra national (depuis 2006) jusqu’à nos jours

Jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1980, tous les genres et toutes les disciplines sont ainsi diffusĂ©s, sans rĂ©partition claire : comĂ©die, tragĂ©die, drame, mĂ©lodrame, vaudeville, opĂ©ra, opĂ©rette, opĂ©ra comique, fĂ©erie, ballet
 VoilĂ  qui place la citĂ© ducale nancĂ©enne au nombre des foyers artistiques parmi les plus anciens et riches de France, ce depuis 300 ans.

JALONS
 Parmi les temps forts de cette histoire tricentenaire, quelques jalons importants de la crĂ©ation et de l’essor du spectacle vivant dans la citĂ© ducale nancĂ©enne :
A l’époque napolĂ©onienne, avec la nouvelle gestion des salles dĂ©crĂ©tĂ©es par l’Empereur, Nancy se retrouve dans l’ombre de 
 Metz.
En 1884, la nomination du comĂ©dien Albert CarrĂ© (futur administrateur de l’OpĂ©ra-Comique) comme directeur du ThĂ©Ăątre de Nancy.
L’incendie dĂ©vastateur de 1906, juste avant la reprĂ©sentation de Manon de Massenet

L’implantation alors de la troupe Ă  la Salle Poirel
 jusqu’en 1919, le temps que le nouveau thĂ©Ăątre soit Ă©difiĂ© et ses derniers amĂ©nagements acceptĂ©s ; le texte prĂ©sente de façon trĂšs claire comme l’architecte dĂ©signĂ© Joseph Hornecker dut rĂ©viser le volume final des plafonds et de la toiture couronnant le bĂątiment (« verrue kolossale ») qui a menacĂ© de dĂ©figurer l’équilibre des bĂątiments sur la place royale


 
 
 

NANCY, capitale lyrique

 
 
  
 
 

opera national de lorraine opera expo livre catalogue pierre hippolyte pernet annonce critique classiquenews fevrier 2019 Nancy_Place_Stanislas_BW_2015-07-18_13-49-20_1REALISATIONS RECENTES
 On remarque quelques performances remarquables, comme celle de la trĂšs jeune nancĂ©enne Christiane Stutzmann, en 1962 dans la crĂ©ation mondiale de l’opĂ©ra Cyrnos d’AndrĂ© Ameller ; et une Ă©volution sensible de la programmation en particulier sous la direction d’Antoine Bourseiller, Ă  partir de 1982, avec l’abandon progressif des opĂ©rettes et opĂ©ras comiques au profit des productions lyriques, souvent crĂ©ations(crĂ©ation française de Boulevard solitude d’HW Henze ; PersĂ©phone d’AndrĂ© Bon, 1987 ; La noche triste de Jean ProdomidĂšs, 1989
, sans omettre tout un cycle de crĂ©ations françaises d’ouvrages clĂ©s : Lady Macbeth de Chostakovitch, 1989 ; Fiançailles au couvent de Prokofiev, 1992 ; surtout Billy Bud de Britten en 1993), ou nouvelles productions (pastiche d’opĂ©ras baroques conçu par Bourseiller lui-mĂȘme : Didon Abbandonnata en 1987, avec deux chanteuses totalement inconnues alors, Cecilia Bartoli et Natalie Stutzmann
).

 
 
  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Totalement restaurĂ©e en 1994, devenue « OpĂ©ra national » (en 2006 sous la direction de Laurent Spielmann), la salle du nouveau ThĂ©Ăątre de Nancy peut fiĂšrement revendiquer ainsi une histoire artistique et culturelle particuliĂšrement riche. Plus rĂ©cemment, ont comptĂ© la premiĂšre mise en scĂšne d’opĂ©ra d’Olivier Py (Der Freischutz de Weber, 1999), la crĂ©ation mondiale de Divorce Ă  l’italienne de Giorgio Battistelli (2008), d’éblouissantes nouvelles productions comme La Ville Morte de Korngold (2010), Artaserse de Leonardo Vinci (2012, rĂ©unissant une brochette de contre tĂ©nors contemporains : Jarousski, surtout Cencic et Fagioli)
 Aucun doute, Nancy fait partie des scĂšnes lyriques d’Europe parmi les plus audacieuses et exigeantes. En 2019, pour le centenaire du Nouveau ThĂ©Ăątre Hornecker, un nouveau directeur Matthieu Dussouillez prendra la direction. Une nouvelle Ăšre, de nouveaux accomplissements devraient se prĂ©ciser. L’exposition et le catalogue prĂ©sentĂ© Ă  Nancy jusqu’au 24 fĂ©vrier 2019, permettent aujourd’hui de contextualiser cette prise de fonction attendue.

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Opera-Trois-siecles-de-creation catalogue exposition critique annonce classiquenewsNANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte Pénet, commissaire et auteur (éditions Snoeck
, 160 pages – ISBN 978 94 6161 512 1 – prix indicatif : 25 € ) - « OPERA ! Trois siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy », exposition prĂ©sentĂ©e Galerie Poirel, Nancy, jusqu’au 24 fĂ©vrier 2019.

 
 
 

+ d’infos :
https://www.opera-national-lorraine.fr/programme/3-siecles-de-creation-a-nancy
http://www.nancy-tourisme.info/2018/11/02/opera-trois-siecles-de-creation-a-nancy/
 
 
 

LIRE aussi notre annonce de l’exposition « OPERA ! Trois siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy » :
http://www.classiquenews.com/nancy-opera-exposition-opera-3-siecles-de-creation-a-nancy-9-nov-2018-24-fev-2019/ 
 
 
 
 
 

POITIERS, TAP. Deshayes, Vitaud
jouent Debussy, Fauré, Duparc

deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsPOITIERS, TAP, le 11 dĂ©c 2018. Deshayes, Vitaud
 Le TAP / ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers fĂȘte le centenaire Claude Debussy (1862-1918). D’abord par le chant du piano seul avec la Suite bergamasque (amorcĂ©e dĂšs 1890, publiĂ©e en 1905) : Debussy y joue des formes du passĂ© (PrĂ©lude, Menuet, Passepied) et produit un son et des harmonies nouveaux. Le 4Ăšme Ă©pisode, un Clair de lune, vite cĂ©lĂšbre, allie douceur et invention mĂ©lodique.
MĂȘme ivresse sonore et forme planante, inĂ©dite dans  L’AprĂšs-midi d’un faune, d’aprĂšs  le poĂšme de MallarmĂ© oĂč le dĂ©sir et la pulsion Ă©rotique du faune conduisent le dĂ©veloppement, la trajectoire, la forme des harmonies. La sensualitĂ© dĂ©borde dans cette partition crĂ©e le 22 dĂ©cembre 1894, immĂ©diatement saluĂ©e par le si difficile et le trĂšs exigeant Ravel. La transcription pour clavier seul qu’en dĂ©duit le pianiste Jonas Vitaud sait prĂ©server l’Ă©noncĂ© allusif de ce rĂȘve Ă©veillĂ©,  tout en creusant sa part de mystĂšre voire son essence Ă©nigmatique.

PIANO & MELODIES ROMANTIQUES et POST ROMANTIQUES
Le chemins de la modernité

Le programme Ă  Poitiers laisse une part majeure au verbe poĂ©tique en particulier aux poĂšmes mis en musique par Debussy, Duparc (1848-1933), FaurĂ© (1845-1924), tous trois maĂźtres de la mĂ©lodie française… depuis le gĂ©nie d’un Berlioz au dĂ©but du siĂšcle. La trilogie ainsi exposĂ©e Ă  Poitiers met en lumiĂšre ce passage essentiel du romantisme au postromantisme et Ă  la modernitĂ© telle qu’elle s’affirme dans le cas de Debussy.

Cycle majeur de Gabriel FaurĂ© : La Bonne chanson (1894). À l’origine pour tĂ©nor et piano, le recueil des 9 poĂšmes mĂ©lodies s’inspire de Verlaine. Le concert en propose quatre parmi les plus emblĂ©matiques de la facilitĂ© de FaurĂ© dans ce genre qui unit le verbe et le son en une suite de peintures sonores picturales : Puisque l’Aube grandit, La Lune blanche,  N’est-ce pas ? L’Hiver a cessĂ©.

Les 3 chansons de Bilitis d’aprĂšs Pierre LouĂżs sont mises en musique par Debussy en 1897. Il s’agit d’évoquer, mieux d’exprimer le souffle filigranĂ© et sensuel de l’AntiquitĂ© grecque, comme c’Ă©tait l’enjeu et donc la rĂ©ussite du Faune de 1894.

Henri Duparc comme cet autre intransigeant et perfectionniste Paul Dukas, ne laisse Ă  la postĂ©ritĂ© que ces partitions les plus parfaites. En tĂ©moignent les mĂ©lodies jouĂ©es ce soir : La Vie antĂ©rieure, d’aprĂšs Baudelaire (1884) d’un pouvoir incantatoire et mystĂ©rieux irrĂ©sistible ; et  L’Invitation au voyage (1870),  d’aprĂšs Baudelaire aussi, qui envisage des climats musicaux d’une profondeur inĂ©dite.

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deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsDEBUSSY, FAURE, DUPARC
MARDI 11 décembre 2018, 20h30
TAP Poitiers
Durée : 1h30 avec entracte

Karine Deshayes, mezzo-soprano
Jonas Vitaud, piano

> Claude Debussy: Ballade, Suite Bergamasque, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (transcription Jonas Vitaud), Chansons de Bilitis
> Gabriel Fauré : 4 mélodies extraites de La Bonne Chanson op. 61

> Henri Duparc : MĂ©lodies

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

https://www.tap-poitiers.com/spectacle/debussy-faure-duparc/

CD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings)

RATTLE-Simon-berliner-philharmoniker-portrait-adieux-critique-annonce-par-classiquenewsCD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings). Le Philharmonique de Berlin (Berliner Philharmoniker) poursuit ses Ă©ditions majeures, d’autant bienvenues pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2018. AprĂšs les trĂšs bons coffrets dĂ©diĂ©s Ă  la tournĂ©e asiatique (ASIAN TOUR, avec deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration – deux poulains de l’écurie DG Deutsche Grammophon, la chinoise : technique et mĂ©canique Yuja Wang, le corĂ©en plus profond et nuancĂ©, Seong-Jin Cho) ; aprĂšs l’excellente et lumineuse confrontation de la 6Ăš de Mahler – celle de 1987, et celle de l’étĂ© 2018, l’adieu de Rattle au Philharmonique
, voici une somme attendue car trĂšs apprĂ©ciĂ©e lors de sa rĂ©alisation en
 fĂ©vrier 2010 dĂ©jĂ . A la barre, Rattle, en complicitĂ© avec la pianiste Mitsuko Uchida dans l’intĂ©grale des 5 Concertos pour piano de Ludwig van Beethoven.

 
 

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Ici 3 cd, 1 audio Blu ray (24 bit / 48 khz high resolution, et 1 blu ray disc comprenant les vidĂ©os des concerts mais aussi un bonus video (12 mn) oĂč Mitsuko Uchida explique sa vision des Concertos de Beethoven et son tĂ©moignage sur l’expĂ©rience musicale qu’elle a vĂ©cu aux cĂŽtĂ©s des instrumentistes du Berliner Philharmoniker et de Simon Rattle

Uchida a dĂ©butĂ© son travail avec le Philharmonique de Berlin dĂšs 1984, fut en rĂ©sidence au sein de l’orchestre pendant la saison 2008 / 2009. Le cycle des 5 Concertos pour piano de Beethoven reste le volet le plus important de sa coopĂ©ration avec l’orchestre. La qualitĂ© qui se distingue immĂ©diatement de cette intĂ©grale concertante est la vitalitĂ©, et aussi la puissance du geste interprĂ©tatif, auquel Mitsuko Uchida qui sait aussi ĂȘtre une Ă©tonnante diseuse au piano chez Schubert, donc affirmer tout en douceur, une Ă©loquence intĂ©rieure trĂšs sĂ©duisante. L’enregistrement live sur le vif de ces 5 concerts ajoute aussi Ă  leur relief et leur Ă©tonnante activitĂ©. Parution le 30 novembre 2018.

 
 

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Plus d’infos sur le site des Berliner Philharmoniker / page boutique / shopping :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/audio.html  
 

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Approfondir  
 
CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, versions de 1987 puis 2018 /1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings)
http://www.classiquenews.com/cd-coffret-berliner-philharmoniker-simon-rattle-mahler-symphonie-n6-2-cd-1-blu-ray-editions-berliner-philharmoniker-recordings/

 
 
 
 

CD, critique. BRAHMS : Concertos n°1 et 2, V Maltempo. Mitteleuropa Orch / Marco Guidarini (2 cd Piano classics, Brilliants classics)

brahms concertos pour piano 1 et 2 marco guidarini vincenzo maltempo piano classics brilliants review cd critique cd par classiquenews novembre 2018CD, critique. BRAHMS : Concertos n°1 et 2, V Maltempo. Mitteleuropa Orch / Marco Guidarini (2 cd Piano classics, Brilliants classics). La carrure, plutĂŽt solide, du piano de Vincenzo Maltempo contraste avec la tenue vibratile extrĂȘmement sensible de l’orchestre dirigĂ© par Marco Guidarini (Mitteleuropa Orchestra, phalange italienne que le chef pilote depuis deux saisons comme directeur musical, sept 2017). Le pianiste n’hĂ©site pas Ă  ralentir, creuser les respirations, Ă©tendre, Ă©largir les champs imaginatifs du Concerto n°1 (1859) dĂšs le premier mouvement d’ouverture, « Maestoso », Ă  la fois majestueux et tendre, lyrique et passionnĂ© : surtout introspectif et humaniste, fraternel et presque caressant. Chef et soliste expriment le massif tectonique, les couleurs d’un orchestre wagnĂ©rien qui façonnent l’un des paysages sonores parmi les plus impressionnants comme les plus intimes aussi – paradoxe ou oxymore nettement brahmsienne (le pudique et le secret dans le grandiose) spĂ©cifique Ă  Johannes Brahms.
Le galbe et cette intĂ©rioritĂ© ample et comme ralentie font les dĂ©lices de cette lecture qui ne manque ni de panache dĂ©monstratif ni d’écoute introspective, faisant sonner le piano symphonique chers aux Romantiques (de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration, les Chopin et Liszt), comme l’instrument royal capable de ciselure intime.
Le 2Ăš mouvement fait surgir une couleur intense
 dans le repli et le recueillement (Adagio), avec un Ă©tirement de la pĂąte sonore qui suscite de nouveaux horizons intĂ©rieurs. L’équilibre entre le piano et l’atmosphĂšre orchestrale est idĂ©al. L’ingĂ©nieur du son et les interprĂštes ont privilĂ©giĂ© la rondeur et la chaleur grave du clavier, aux rĂ©sonances profondes, d’une sĂ©duction Ă©vidente.

BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018Le Concert n°2 (1881) moins fiĂ©vreux et Ă©pique, impose un complicitĂ© fusionnelle suprĂȘme, entre soliste et orchestre, dans le premier mouvement, comme envoĂ»tĂ© (Allegro non troppo) oĂč la direction du chef inscrit une ampleur renouvelĂ©e, d’une tension exemplaire, exprimant jusqu’au voile de l’expĂ©rience car il s’agit bien d’une partition de l’extrĂȘme maturitĂ© du classique romantique. ComposĂ© 20 ans aprĂšs le Premier Concerto, l’opus opus 83 tend Ă  basculer la forme concertante vers le riche terreau poĂ©tique du poĂšme symphonique. Serti et comme constellĂ© d’inclusions intimes et d’une rare pudeur, le Concerto n°2 bascule Ă©videmment dans l’intonation chambriste, ce que comprend le chef qui lui donne mĂȘme une rĂ©sonance Ă  la fois claire et dĂ©taillĂ©e, mozartienne, comme une stabilitĂ© architecturĂ©e Ă  la Beethoven. Toute la passion brahmsienne s’exprime librement dans le second mouvement (allegro appassionato), d’une instabilitĂ© expressive d’une grande finesse et lĂ  encore oĂč rayonnent l’équilibre entre le clavier sombre, grave, profond, et l’éloquence plus picturale de la direction orchestrale. Le 3Ăš Ă©pisode, – Andante, et son ouverture comme un concerto pour violoncelle, tisse une nouvelle coloration dans l’introspection tendre et fraternelle : le hautbois atteint une lueur crĂ©pusculaire qui dit Ă  la fois la fin et le commencement. Les respirations que cultivent le chef, par ailleurs, grand chef lyrique, saisissent par leur justesse. Tout ici suspend son vol et dĂ©ploie un sentiment de pure extase, hors temps. C’est l’émergence d’un nouveau temps, temps du sentiment, temps Ă©motionnel, qui ne connaĂźt aucune intelligence de l’efficacitĂ© mais creuse la richesse des harmonies et la clartĂ© du plan mĂ©lodique.
Le « gracioso » du dernier mouvement est remarquable de simplicitĂ© et de dĂ©tails articulĂ©s avec une prĂ©cision aĂ©rienne. L’équilibre et la balance sont trĂšs bien ajustĂ©s, accordant ciselure du piano et enveloppe climatique diffusĂ©e par l’orchestre : l’articulation du piano servie par une prise de son trĂšs proche du clavier et de la table d’harmonie, mais parfaitement ajustĂ©e Ă  l’orchestre, dessine cette fusion claire, d’une fraĂźcheur inĂ©dite qui contraste avec les autres lectures, souvent, Ă©paisses, et denses, parfois trop pompeuses.
Ici rien de tel, plutĂŽt le relief millimĂ©trĂ© de chaque instrument, en complicitĂ© et en dialogue avec le piano. Voici assurĂ©ment dans ces Ă©quilibres et mesures, le meilleur Ă©pisode du Concerto. D’autant que les interprĂštes savent rehausser encore l’humour de Brahms qui se saisit de motifs folkloriques hongrois, en un rondeau Ă  l’ivresse magicienne. Recyclant l’esprit de vieilles valses avec un recul Ă  la fois tendre et nostalgique. L’acuitĂ© dynamique, le scintillement entre clavier et orchestre suscitent notre admiration. Remarquable lecture : de loin, le travail agogique et trĂšs fouillĂ©, surtout dans les 2 derniers mouvements du Concerto n°2, force l’admiration. CLIC DE CLASSIQUENEWS.COM de dĂ©cembre 2018. Bravo maestro.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. Johannes Brahms : Concertos pour piano n°1, n°2 – Vincenzo Maltempo piano – Mitteleuropa Orchestra – Marco Guidarini direction. 2 CD Piano classics – PCL10145 – EAN code – 5029365101455 – Mai 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

https://www.piano-classics.com/articles/b/brahms-piano-concerto-nos-1-2/

La Flûte enchantée de Mozart version Castellucci

mozart wolfgang _doris_stockminiarte_logo_2013ARTE, Dim 2 dĂ©c 2018, 01h20. MOZART : La FlĂ»te EnchantĂ©e. Romeo Castullucci. Il Ă©tait une Ă©poque (heureuse) oĂč la chaine culturelle portait bien son nom et programmait des opĂ©ras en prime time. A prĂ©sent il faut attendre le milieu de la nuit pour visionner les productions lyriques. Comme cette FlĂ»te de Mozart, enregistrĂ©e Ă  Bruxelles (La Monnaie) et qui a fait les honneurs de l’actualitĂ© entre autres grĂące Ă  la mise en scĂšne de Romeo Castellucci, bien connu Ă  prĂ©sent pour ses crĂ©ations visuelles d’une portĂ©e onirique parfois spectaculaire (cf son Parsifal de 2001, LIRE notre critique complĂšte du dvd PARSIFAL par Castellucci), grĂące aussi Ă  la plus mozartienne de nos coloratoures françaises, Sabine Devielhe (qui aura quand mĂȘme ratĂ© sa prise de rĂŽle de Zerbinetta dans Ariane Ă  Naxos de R Strauss cet Ă©tĂ© Ă  Aix en Provence, juillet 2018), qui chante Ă  Bruxelles, le tempĂ©rament hystĂ©rique (calculateur) de la Reine de la nuit.
PrĂ©sentĂ©e en octobre 2018, la production surprend et fascine Ă  la fois car elle prend ses distances avec le singspiel le plus populaire du dernier Mozart. Comme souvent, Ă  prĂ©sent, les metteurs en scĂšne s’approprient les livrets, repensent mĂȘme la temporalitĂ© pourtant justifiĂ©e par la dramaturgie originelle et rĂ©inventent le temps et l’imaginaire visuel des ouvrages
 Ici, on ne comprend pas pourquoi l’italien a supprimĂ© les dialogues, lesquels permettent quand mĂȘme d’identifier le rĂŽle et le but des protagonistes. Ainsi pour le spectateur non connaisseur, impossible de mesurer en quoi le prince Tamino est manipulĂ© par la Reine de la nuit qui lui demande de sauver de « l’infĂąme Sarastro » (la basse hongroise GĂĄbor Bretz), sa fille, Pamina. Le jeu des manipulation est rendu complexe alors que l’histoire inventĂ©e par Shikaneder et Mozart est Ă  la source d’une grande lisibilitĂ©. ClartĂ© qui n’empĂȘche pas des zones d’ombre, car le temple de sagesse et de fraternitĂ© que pilote le grand maĂźtre Sarastro n’a t il pas Ă©tabli un ordre fondĂ© sur l’esclavage, entre autres entretenu par l’infect Monostatos et sa clique de sbires, tous affectĂ©s Ă  torturer la pauvre Tamina ? Du moins les apparences le laissent croire
 Mais au cours d’une initiation progressive, le couple d’élus, Pamina et Tamino, en confiance et en amour, rĂ©ussit Ă  vaincre chaque Ă©preuve, et atteindre Ă  cette conscience fraternelle qui est l’idĂ©al prĂ©sentĂ© par les prĂȘtres du Temple. D’ailleurs, dans cette sĂ©rie d’épreuves, le prince valeureux prend soin de rĂ©clamer Ă  ses cĂŽtĂ©s la participation de celle qu’il aime : l’égalitĂ© des sexes est l’autre composante, revendiquĂ©e par Mozart et son librettiste. Admirable inspiration. Direction musicale : Antonello Manacorda

arte_logo_2013ARTE, Dim 2 déc 2018, 01h20. MOZART : La Flûte Enchantée. Romeo Castullucci.

MILAN, Scala : ATTILA de VERDI

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitARTE, le 7 dĂ©c 2018, 22h20. VERDI : ATTILA. En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du sang, du crime
 le premier Verdi semble s’essayer Ă  toutes les ficelles du drame sanglant et terrible. Au VĂš siĂšcle, la ville d’AquilĂ©e prĂšs de Rome, (au nord de l’Adriatique) fait face aux invasions des Huns et Ă  la superbe conquĂ©rante d’Attila (basse). Ce dernier, cruel et barbare en diable, refuse toute entente pacifique avec le romain Ezio (baryton) ; c’est pourtant ce dernier qui a l’étoffe du hĂ©ros, patriote face Ă  l’ennemi Ă©tranger (« Tu auras l‘univers, mais tu me laisses l’Italie » / une dĂ©claration qui soulĂšve l’enthousiasme des spectateurs de Verdi, Ă  quelques mois de la RĂ©volution italienne
)

Au I : Attila marche sur Rome, mais frĂ©mit devant l’Ermite dont il a rĂȘvĂ© la figure
 cependant que parmi les vaincus, Foresto (tĂ©nor) rejoint la fiĂšre Odabella (soprano) qui entend se venger des Huns, arrogants, victorieux

Au II : Attila dĂ©fie Ezio qui proteste vainement ; tandis que, coup de thĂ©Ăątre, Odabella dĂ©joue la tentative d’empoisonnement d’Atiila par Foresto : elle Ă©pouse mĂȘme le vainqueur Attila

Au III : Odabella qui n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs, se repend, rejoint Foresto et tue son Ă©poux Attila, tandis que les troupes romaines menĂ©es par Ezio, le sauveur, attaquent les Huns


Sans vraiment de profondeur encore, ni d’ambivalence ciselĂ©e, (cf la maniĂšre avec laquelle, les Ă©pisodes et les situations se succĂšdent au III), les personnages d’Attila ne manquent pas cependant de noblesse ni de grandeur voire de noirceur trouble (comme Attila, dĂ©vorĂ© par les songes et les rĂȘves au I, prĂ©figuration des tourments de Macbeth). Le protagoniste ici est une femme, soprano aux possibilitĂ©s Ă©tendues digne d’Abigaille (Nabucco) : ample medium, belcanto mordant, Ă  la fois raffinĂ© et sauvage
 comme la partition de ce Verdi de la jeunesse.

A Milan, sur les planches de La Scala, Riccardo Chailly dirige les forces locales, et la basse Ildar Abdrazakov incarne Attila, sur les traces du légendaire Nicolai Ghiaurov dans le rÎle-titre
 (Davide Livermore, mise en scÚne)

distribution :
Attila : Ildar Abdrazakov
Odabella : Saioa HernĂĄndez
Ezio : George Petean
Foresto: Fabio Sartori
Uldino : Francesco Pittari
Leone : Gianluca Buratto

Plus d’infos sur le site de la Scala de Milan / Teatro alla Scala :
http://www.teatroallascala.org/en/index.html

CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015)

MOZART in london ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015). A 9 ans, le jeune Wolfgang entend sĂ©duire toute l’Europe grĂące Ă  un « tour » gĂ©nĂ©ral qui passe Ă©videmment par Londres, d’avril 1764 Ă  juillet 1765, soit son sĂ©jour le plus long dans une capitale europĂ©enne. PilotĂ© par son pĂšre Leopold, le jeune prodige enchante les tĂȘtes couronnĂ©es et les patriciens britanniques, tous Ă©mus par ses dons au clavecin principalement. Mais l’impact de ce sĂ©jour Ă  Londres se rĂ©vĂšle surtout profitable pour la jeune imagination du futur compositeur car Ă  Londres il rencontre ainsi nombre de crĂ©ateurs dĂ©jĂ  adulĂ©s et Ă©tablis dont surtout Johann Christian Bach ou l’excellent symphoniste Karl Friedrich ABEL (proche de Johann Chrisitan) qui signe ici en fin de cd2, un bel exercice tripartite, dans le style fiĂ©vreux, frĂ©nĂ©tique, napolitain (Symphonie opus 7 n°6). Le pĂšre d’Abel fut altiste jouant avec JS Bach Ă  Köthen. C’est dire le niveau. Cette Symphonie qui marqua Wolfgang, lui fut longtemps attribuĂ©e. VoilĂ  un Ă©clairage qui rend lĂ©gitime le programme conçu par le directeur musical des bien nommĂ©s « MOZARTISTS », Ian Page, actuel champion de la cause mozartienne, outre Manche. Les chanteurs rĂ©unis autour du chef britannique auquel on doit d’difiantes restitution des opĂ©ras de jeunesse de Wolfgang (dĂ©jĂ  critiquĂ©s et certains distinguĂ©s sur CLASSIQUENEWS : Zaide, Il Sogno di Scipione, Bastien und Bastienne ; un rĂ©cital titre Perfidi de Sophie Bevan, artiste associĂ©e de la troupe lyrique
 sans omettre Die Schuldigkeit des Ersten Gebots, Mitridate, Re di Ponto (tous enregistrements chez Signum records).

DĂ©sormais il y a bien un geste et une sonoritĂ© mozartienne en Grande Bretagne car dans ce nouveau recueil, la troupe pilotĂ©e par Ian Page apporte d’indiscutable bĂ©nĂ©fices. Le double album Ă©voque ainsi Ă  travers arias d’opĂ©ras, opus instrumental tout un creuset musical propre Ă  la Londres des annĂ©es 1760, dans lequel Wolfgang a su façonner par rĂ©action sa propre personnalitĂ© artistique (en tĂ©moignent ses 3 essais symphoniques KV 16, 19 et 19a) : autant de partitions qui montrent la permĂ©abilitĂ© du jeune crĂ©ateur, curieux de tout et aspirant toute Ă©volution stylistique efficace. Ian Page s’inscrit dans le sillon des Marriner, Pinnock
 capable d’une fluiditĂ© expressive engageante, d’une vitalitĂ© rythmique de belle facture ; Ă  ce jeu des mises en contexte, les symphonies de Mozart et d’Abel se distinguent trĂšs nettement par la cohĂ©rence du geste collectif et la sonoritĂ© euphorique de l’orchestre. Voici Ă  nouveau un opus enthousiasmant Ă  mettre au crĂ©dit de la phalange londonienne. A suivre.

 

 

 

 

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CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page, direction (2 cd Signum records). Enregistré à Londres en février 2015.

CD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano.  ANNA BOLENA ( 1 cd Prima classic, juillet 2018)

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano (1 cd Prima classic, juillet 2018)… Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

3Ăš album de la diva Marina Rebeka : “Spirito”


BEL CANTO INCARNÉ

D’emblĂ©e, outre, la facilitĂ© Ă  incarner un personnage et lui offrir une somptueuse Ă©toffe Ă©motionnelle, sans appui ni excĂšs (belle vertus dans la mesure), s’affirme la tension hĂ©roĂŻque du recitativo ; la maĂźtrise des intervalles ; le relief et la puissance saine des aigus mĂ©talliques, francs. Ils expriment le tempĂ©rament tragique, exacerbĂ© du personnage d’Anna Bolena par exemple, dans chaque situation. Avec le choeur et un orchestre d’une rare intelligence climatique, la cantatrice incarne idĂ©alement cette Ăąme sacrificielle, blessĂ©e de l’ex Ă©pouse d’Henri VIII, destinĂ©e Ă  mourir : elle meurt certes mais elle reste digne (sa fille Elisabeth rĂšgnera ensuite).
TrĂšs belle nature, puissante et expressive, racĂ©e, de la soprano capable d’un medium riche, ample, charnel, de type callasien, « Al Dolce guidami » est d’essence bellinienne, suspendue, aĂ©rienne, d’une langueur Ă©perdue qui est Ă©noncĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de caractĂšre. Sans duretĂ© ni dĂ©monstration. Mais pudeur, Ă©lĂ©gance, tension.
DĂ©termination, d’une hĂ©roĂŻne tragique qui se rebiffe et affronte crĂąnement son destin, avec un spinto plus large qui doit couvrir le choeur et l’orchestre : « Coppia iniqua » impose clairement son medium ample et presque caverneux (« cessate »). La fin de la reine dĂ©capitĂ©e surgit en sa derniĂšre vocalitĂ  Ă©corchĂ©e, hallucinĂ©e, blessĂ©e, impuissante mais dĂ©terminĂ©e (avec des sauts et intervales en effet, dont le dernier aigu, signe du sacrifice ultime, est bien nĂ©gociĂ©).

En français La Vestale de Spontini, impose une ligne souple et large elle aussi mais toujours claire. PriĂšre funĂšbre (« Ô des infortunĂ©s ») ; puis « Toi que j’implore », sur le mĂȘme registre imploratif fait valoir son medium de plus en plus Ă©largi aux couleurs trĂšs riches ;
La diction n’est pas parfaite (les consommes et diphtongues sont lissĂ©es et les consommes souvent sont absentes), mais la ligne vocale est claire et trĂšs intense. Et l’abattage, les couleurs et les accents se ressaisissent dans les deux derniers airs (« Sur cet autel / Impitoyables dieux » ) oĂč la chanteuse en actrice consommĂ©e, sait construire l’épaisseur de son personnage qui a l’étoffe des protagonistes de Berlioz et de Beethoven. VoilĂ  qui laisse envisager une passionnante Didon dans Les Troyens du Français par exemple. De toute Ă©vidence ce miel expressif, ardent, solide, architecturĂ© impose plus qu’un chant
 un tempĂ©rament dramatique Ă©vident et des moyens trĂšs convaincants.

CLIC D'OR macaron 200Saluons au diapason de ce bel canto, racĂ© et Ă©lĂ©gant, ardent et trĂšs incarnĂ©, mais sans effets dĂ©bordants, la tenue de l’orchestre, Ă  la fois vif, dĂ©taillĂ©, remarquablement articulĂ©, qui sait soigner la caractĂ©risation de chaque sĂ©quence dramatique. Offrant ainsi un tapis Ă©quilibrĂ© et confortable au chant souverain de la diva si expressive.

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CD, critique. MARINA REBEKA : « SPIRITO » : airs d’opĂ©ras de Bellini, Donizetti, Spontini. Orchestra and Chorus of Teatro Massimo di Palermo, Jader Bignamini, direction (1 cd Prima classics) – parution annoncĂ©e : le 9 novembre 2018. CD Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS, novembre 2018.

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VOIR la VIDEO Marina Rebeka Spirito
https://musique.orange.fr/videos/all/marina-rebeka-spirito-the-making-of-the-album-VID0000002GNso.html

Suivez l’actu de la soprano MARINA REBEKA sur twitter : https://twitter.com/marinarebeka

En LIRE plus sur le site de la soprano MARINA REBEKA :
https://marinarebeka.com/2018/10/05/marina-rebeka-releases-new-solo-album-spirito/

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’ANNA BOLENA Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux en novembre 2018 : Ă  venir

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CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017) – 3cd Deutsche Grammophon

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂŽle (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dĂšs son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂȘt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lĂšve pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fiĂšvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂȘte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.
L’enregistrement prolonge la vitalitĂ© du concert et rend compte d’un esprit de troupe, sachant pour chaque chanteur caractĂ©riser idĂ©alement chaque personnage.
En Serse / Xerxes 1er, Franco Fagioli dĂ©montre une maĂźtrise parfaite des mĂ©lismes et acrobaties vocales Ă©crites par Haendel. Fagioli vocalise sans peine, dans les aigus comme dans les graves, sur l’étendue de sa tessiture, indiquant combien les ornements sont porteurs de sens, signifient idĂ©alement la volontĂ© du Roi Perse, dans le grave engorgĂ©, en un chant qui dans un seul souffle sait distiller piani et forte sans cĂ©sure (cf l’ambitus ahurissant de l’air « « Crude furie » », de l’extrĂȘme aigu aux graves souterrains). Le caprice, le dĂ©sir, le plaisir du prince (amoureux volatile) s’exprime et prend forme avec un naturel 
 dĂ©sarmant.
Autour du Divo, comme on disait des castrats idolĂątrĂ©s au XVIIIĂš, Fagioli, ses partenaires dĂ©fendent avec beaucoup de classe et d’intensitĂ©, le relief Ă©motionnel de leur personnage : Inga Kalna incarne une Romilda, solide, parfois instable, mais toujours trĂšs volontaire et expressive (en rien cette fĂ©minitĂ© fragile et fĂ©brile, ailleurs portĂ©e par des sopranos pointues). Il est vrai que la soprano chante Ă  prĂ©sent Rodelinda avec une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible.
En Arsamene, la mezzo coloratoure canadienne (originaire de Fairbanks), Vivica Genaux (enfin voilĂ  dans le rĂŽle du frĂšre de Serse une voix fĂ©minine de poids, plutĂŽt qu’un contre-tĂ©nor trop lisse et pas assez typĂ©) qui confirme son immense facilitĂ© vocale et dramatique, un tempĂ©rament exceptionnellement ciselĂ© et percutant qui fait d’elle la mezzo baroque de l’heure (avec Ann Hallenberg). Amastre gagne une Ă©paisseur rĂ©elle grĂące Ă  la tessiture Ă©largie, soutenue aux extrĂ©mitĂ©s, de l’alto Delphine Galou, voix sĂ»re, droite, profonde.
Jeune diva Ă  suivre dĂ©sormais, Francesca Aspromonte offre une remarquable couleur, entre brio et tendresse au personnage d’Atalanta, moins piquante intrigante que vrai tempĂ©rament amoureux, elle aussi prĂȘte Ă  en dĂ©coudre.
CLIC_macaron_2014Acteur en diable, se jouant des travestissements (en jardinier, en marchande de fleurs, voix de tĂȘte drĂŽlissime Ă  l’envi), le baryton Biagio Pizzuti Ă©claire la figure d’Elviro, d’une vĂ©ritĂ© humaine, comique certes, mais trĂšs proche du spectateur / auditeur.
Un pilier efficace dans la trame dramatique qui contraste parfaitement avec la noblesse plus digne de ses partenaires.
Autant le profil de l’empereur Serse est lumineux, autant celui de Ariodate (Andrea Mastroni) est lugubre et sombre, qui ferait rĂ©sonner jusqu’aux cintres. Et l’auditeur.

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CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738). Dramma per musica en 3 actes, livret d’aprĂšs NicolĂČ Minato et Silvio Stampiglia / CrĂ©Ă© Ă  Londres en avril 1738

Serse : Franco Fagioli
Arsamene, son frĂšre : Vivica Genaux
Romilda : Inga Kalna
Atalanta : Francesca Aspromonte
Ariodate : Andrea Mastroni
Amastre : Delphine Galou
Elviro : Biagio Pizzuti

Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction.

 

 

 

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LIRE nos autres critiques des cd et concerts par Franco Fagioli

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-gluck-orfeo-ed-euridice-1762-franco-fagioli-laurence-equilbey-3-cd-archiv-avril-2015/

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-franco-fagioli-rossini-1-cd-deutsche-grammophon-a-venir-le-30-septembre-2016/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo (1667), recréation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scÚne
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene/

Compte-rendu critique, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 7 mai 2017. Gioachino Rossini : Semiramide. Salome Jicia, Franco Fagioli, Nahuel Di Pierro, Matthews Grills. Domingo Hindoyan, direction musicale. Nicola Raab, mise en scÚne
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CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre tĂ©nor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Parmi les contre tĂ©nors actuels, ceux qui savent caractĂ©riser un personnage, au lieu de dĂ©ployer toujours la mĂȘme technique, l’argentin Franco Fagioli rĂ©alise une belle prouesse, sur le sillon de son aĂźnĂ© Max Emanuel Cencic, qui lui accuse les signes inquiĂ©tants de son Ăąge vocal : medium certes Ă©largi mais

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CD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016).

mozart il sogno di scipione oratorio ian page classical opera 2 cd signum classics critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016). Ian Page aime nous dĂ©voiler l’étonnante inspiration du jeune Wolfgang, ainsi aprĂšs Mitridate (1770 Ă  14 ans), encore trĂšs redevable aux Napolitains, voici Il Sogno di Scipione, crĂ©Ă© Ă  Salzbourg en avril 1772 (16 ans), dont la noblesse de l’orchestration indique une maturation sensible de son Ă©criture.
L’habiletĂ© de Mozart relĂšve le dĂ©fi d’une action thĂ©Ăątrale, allĂ©gorique Ă©videmment, oĂč le hĂ©ros Scipione, dans un songe Ă  dĂ©chiffrer (et qui est le sujet de l’action) peut voir le paradis et entendre la musique des SphĂšres ; il rencontre le vertueux Publius, modĂšle de la vertu politique qui s’est souciĂ© des autres
 Scipione doit cependant regagner la terre car il y a un destin Ă  accomplir, mais auparavant doit choisir entre Fortune (richesses et corruption) et Costanza (effort et tĂ©nacitĂ© et loyautĂ©).
Scipione prĂ©fĂšre Costanza, suscitant la colĂšre de Fortuna ; mais le hĂ©ros ayant Ă  ses cĂŽtĂ©s la constance, fait face et vainc les menaces de Fortune. Dans un air final, – directement adressĂ© Ă  l’ArchevĂȘque, Licenza loue les vertus et le choix de Scipion.

Impeccable et si Ă©lĂ©gant comme flexible Publio du tĂ©nor Krystian Adam, qui rĂ©ussit entre autres son air le plus long « Se vuoi que te raccolgano », d’un hĂ©roĂźme ardent et tendre (cd) ; mĂȘme assiduitĂ© dans les mĂ©lismes aigus de la Costanza de Klara Ek (qui totalise elle aussi l’air le plus long « Ciglio che al sol si gira », aux aigus redoutables mais bien gĂ©rĂ©s malgrĂ© sa petite voix. L’Emilio du tĂ©nor Robert Murray souligne lui aussi tout ce qu’a de tendre et de lumineux (avec une voix plus tendue et une souplesse pas aussi naturelle que son confrĂšre Adam) l’inspiration du jeune Mozart dans le genre seria ; tant il est vrai que le jeune compositeur sculpte avec tendresse chacun des protagonistes de son drame. Meme ardeur pour le Scipione de Stuart Jackson, agile et dĂ©terminĂ© dans son second aria plutĂŽt conquĂ©rant et hĂ©roĂŻque (avec cor obligĂ© vaillant et brillant): « Di che sei l’arbitra del mondo interno »  (un rĂŽle dont le caractĂšre annonce Idomeneo Ă©videmment.

CLIC D'OR macaron 200La versatilitĂ© ronde et nerveusement accentuĂ©e de l’orchestre fait merveille, entre sagacitĂ©, brio et motricitĂ© enjouĂ©e (cordes d’une lĂ©gĂšretĂ© admirable), en particulier dans les airs en bonus, alternatifs (4 derniers airs du cd2), apportant une lumiĂšre particuliĂšre Ă  la comprĂ©hension des versions antĂ©rieures de certains airs (originale de « Ah perchĂš cercar degg’io » (Licenza) : fulgurance en 3mn31, plutĂŽt que long dĂ©veloppement en plus de 8 mn : magnifiquement dĂ©fendue par la soprano virtuose et prĂ©cise Chiara Skerath). L’ironie de l’histoire est que le jeune compositeur dĂ©ploie toute sa verve pour cĂ©lĂ©brer l’archevĂȘque de Salzbourg, au dĂ©part Schhrattenbach, lequel mort, est remplacĂ© par Coloredo
 qui se montrera Ă  peu prĂšs aussi infect avec le jeune Wolfgang, que l’air et son Ă©criture sont touchĂ©s par la grĂące (dans les deux versions d’ailleurs).

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CD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016)

CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 3 cd B records, / GenĂšve, 2017)


ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crĂ©e l’évĂ©nement en octobre 2018 en dĂ©diant une Ă©dition luxueuse Ă  l’opĂ©ra oubliĂ© de Saint-SaĂ«ns, Ascanio, crĂ©Ă© en mars 1890 Ă  l’OpĂ©ra de Paris. C’est aprĂšs le grand opĂ©ra romantique fixĂ© par Meyerbeer au milieu du siĂšcle, l’offrande de Saint-SaĂ«ns au genre historique, et comme les Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur (actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit Ă  l’époque de la Renaissance française sous la rĂšgne de François Ier, quand le sculpteur et orfĂšvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-SaĂ«ns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maĂźtrisĂ© de la couleur et de la mĂ©lodie : d’autant que, au moment oĂč il fait reprĂ©senter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sĂ©vĂšres, se cherche une nouvelle forme, capable de prĂ©senter une vĂ©ritable alternative au wagnĂ©risme ambiant. AprĂšs Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant rĂ©fĂ©rence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a prĂ©cĂ©dĂ© et dont lui aussi, la carriĂšre Ă  l’OpĂ©ra sera brĂšve.

 
 
 

Ascanio 1890
L’opĂ©ra romantique historique version Saint-SaĂ«ns

 
 
 

saint saens camille portrait pour classiquenews camille-saint-sans-1Pourtant, la partition recĂšle une tentative raffinĂ©e de cultiver le style français, en particulier dans les divertissements donnĂ©s par François Ier Ă  Charles Quint son cousin, pour lesquels citent de rĂ©els motifs mĂ©lodiques du XVIĂš et que Saint-SaĂ«ns enrichit selon sa propre sensibilitĂ©. Pour autant, sous le masque et le decorum d’un grand opĂ©ra romantique renaissant, Ascanio est surtout un drame amoureux oĂč Saint-SaĂ«ns traite toutes les nuances du sentiments amoureux et du dĂ©sir, jusqu’au sacrifice ultime
 grĂące en particulier Ă  la diversitĂ© des relations amoureuses qui se trament pendant l’action : dĂ©sir de la duchesse d’Etampes pour le jeune et bel apprenti de Cellini, Ascanio. Amour d’Ascanio pour Colombe d’Estourville. DĂ©sir de Cellini pour la mĂȘme Colombe, alors qu’il est en relation avec sa maĂźtresse et modĂšle en titre, la si dĂ©sirable (et si jalouse) Scozzone


Jamais Saint-SaĂ«ns n’a semblĂ© mieux inspirĂ© par la lyre amoureuse que dans Ascanio. Dont il fait une sorte d’écho aux vertiges Ă©rotiques de 
 Samson et Dalila. En rĂ©ponse Ă  tant d’élans amoureux, le stratagĂšme de la Duchesse (maĂźtresse de François Ier) se rĂ©vĂšle aussi barbare qu’abject, suscitant la mort de Scozzone victime sacrificielle Ă  la hauteur d’une Gilda (Rigoletto de Verdi).
 
 
 

chef d’oeuvre intimiste et postwagnĂ©rien

 
 
 
ComposĂ© Ă  Alger, et créé  en 1890 Ă  l’opĂ©ra de Paris, Ascanio est le 7Ăšme ouvrage lyrique du compositeur et une nouvelle lecture personnelle de l’histoire de France, une sorte de clin d’oeil aux Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur Meyerbeer (1836) mais a contrario du torrent de terreur qui marque l’ouvrage de Meyerbeer, Saint-Saens prend prĂ©texte d’un Ă©pisode antĂ©rieur, pour aborder en nuances subtiles, toutes les teintes mordorĂ©es d’Eros, sous le rĂšgne de François Ier soit l’annĂ©e 1534 quand Meyerbeer et son pessimisme viscĂ©ral choisissent l’annĂ©e du massacre de la saint BarthĂ©lemy soit 1572 (avec tableaux collectifs fracassants qui atteignent considĂ©rablement l’idylle fragile, tĂ©nue nĂ©e entre le Huguenot Raoul et la catholique Valentine).
Par son sujet et la prĂ©sence du sculpteur Cellini,  Saint-SaĂ«ns se rĂ©fĂšre aussi directement Ă  l’opĂ©ra Benvenuto Cellini de Berlioz premier opĂ©ra romantique historique, plus proche d’un thĂ©Ăątre intimiste avec grandes pages purement symphoniques (et dialogues parlĂ©s qui ralentissent l’action) que vĂ©ritable Grand OpĂ©ra Ă  la française.
Pour incarner cette poĂ©tique amoureuse surtout fĂ©minine Saint-SaĂ«ns imagine un somptueux trio de chanteuse, chacune Ă©tant finement caractĂ©risĂ©e dĂ©jĂ  sur le plan des timbres et tessitures. Colombe est un soprano lĂ©ger; Scozzone, la maĂźtresse jalouse de Cellini, un ample et charnel contralto, la soeur de Dalila ; quand la figure hautaine et cruelle de le duchesse d’Étampes, est confiĂ©e Ă  une mezzo dramatique.
Pilote exemplaire de cette rĂ©surrection, Guillaume Tourniaire rĂ©tablit cette Ă©chelle des tessiture comme il restitue la version originelle de l’opĂ©ra tel qu’il a Ă©tĂ© conçu par Saint-SaĂ«ns, c’est Ă  dire en 7 tableaux. L’invention et cette volontĂ© de coller Ă  l’histoire, en respectant le style de la Renaissance se lit clairement Ă  l’acte III ou Saint-SaĂ«ns prolonge l’entente entre François Ier et l’empereur par un ballet qui cite les airs et rythmes des musiques du XVI Ăšme qu’il a pu compiler et rĂ©adapter Ă  partir de ses recherches Ă  la bibliothĂšque nationale. Le pastiche nĂ©o renaissance voisine avec Massenet quand ce dernier parodiait le style Grand SiĂšcle dans l’acte de l’opĂ©ra de sa Manon. Saint-SaĂ«ns excelle dans ce ballet en une orchestration suave et raffinĂ©e  qui reprĂ©sente entre autres Apollon Phoebus Ă  la lyre, cĂ©lĂ©brant la encore le dĂ©sir et son accomplissement amoureux, aux cĂŽtĂ©s d’Amour et de PsychĂ©. Saint-SaĂ«ns est un contemplatif sensuel et il le montre idĂ©alement dans ce passage hautement caractĂ©risĂ© en 12 Ă©pisodes (peut ĂȘtre moins dans les intermĂšdes extrĂȘmes « entrĂ©e » et « apothĂ©ose » (final), au style ronflant et plutĂŽt pompier, Ă©poque oblige.

Enfin dans le dernier tableau, le compositeur se montre fin dramaturge capable de gĂ©rer l’action lyrique en un prĂ©cipitĂ© tragique Ă  l’issue… sanglante et sacrificielle. Dans la chĂąsse relique monumentale ciselĂ©e par l’orfĂšvre Cellini git le corps asphyxiĂ© de sa maĂźtresse trop jalouse mais qui contre le plan de d’Etampes, sauve in extremis la jeune innocente Colombe.

Le frĂ©missement Ă©motionnel est exprimĂ© chacun selon son tempĂ©rament par les interprĂštes: la sincĂ©ritĂ© de l’amoureuse Scozzone, Ă©tonnante figure et trĂšs convaincante car idĂ©alement intelligible aux couleurs fauves (la jeune voix d’Eve-Maud Hubeaux) ; l’orgueil blessĂ© et haineux, d’une Duchesse outragĂ©e, maladivement jalouse et vaniteuse (charnelle et sinueuse Karina Gauvin); autour des fĂ©lines endiablĂ©es, radicales, les hommes sont presque trop lisses et fragiles (dans la conception pas dans le chant) mais le caractĂšre qu’insufflent les chanteurs, savent Ă©paissir et approfondir chacun leur personnage d’autant que tous savent articuler un français impeccable qui renforce le relief et l’acuitĂ© des situations : Bernard Richter fais un tendre Ascanio sans affectation et Jean François Lapointe rehausse l’humanitĂ© du gĂ©nĂ©reux et passionnĂ©e Cellini, lion mais surtout cƓur compatissant qui doit s’incliner devant l’amour partagĂ© de son aide et principal assistant, Ascanio. Le baryton canadien quĂ©bĂ©cois Jean-François Lapointe, comme sa consoeur Gauvin confirme l’excellence et la permanence d’une somptueuse Ă©cole du chant francophone outre Atlantique.

À Guillaume Tourniaire revient le mĂ©rite immense d’avoir rĂ©aliser la production de la version originale complĂšte d’un opĂ©ra majeur d’un SAint-SaĂ«ns Ă  la fois sensuel et amoureux dont le gĂ©nie sait acclimater le wagnĂ©risme de son temps en une langue au verbe intimiste, Ă  la sensualitĂ© Ă  peine rentrĂ©e, qui rappellent Ă  bien des Ă©gards le dramatisme de Massenet. InterprĂ©tation impeccable. RĂ©vĂ©lation majeure. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Automne 2018.
 
 
 

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Redécouverte majeure grùce au disque. Parution annoncée le 12 octobre 2018. Guillaume Tourniaire, direction. Enregistrement réalisé à GenÚve en nov 2017, restitution du manuscrit original et complet (7 tableaux) de 1888.

Distribution
Jean-François Lapointe – Bernard Richter – Ève-Maud Hubeaux – Jean Teitgen – Karina Gauvin – ClĂ©mence Tilquin – JoĂ© Bertili – Mohammed Haidar – Bastien Combre – Maxence Billiemaz– RaphaĂ«l Hardmeyer – Olivia Doutney‹Choeur de la Haute Ă©cole‹de musique de GenĂšve‹Choeur du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve‹Orchestre de la Haute Ă©cole de musique de GenĂšve
+ d’infos sur le site du label B records

http://www.b-records.fr

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CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd OPUS ARTE

wagner tannhauser bayreuth 2014 kerl youn nylund cd critique cd review par classiquenews opus arte 1533643822443171_resize_265_265CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd Opus Arte). Encore une fois, s’agissant de cette production, on ne dĂ©taillera pas la mise en scĂšne (affligeante et vulgaire signĂ© Sebastian Baumgarten : VĂ©nus enceinte, Elisabeth hystĂ©rique et suicidaire
 comme s’il n’y avait que les hommes de moins pires quoique que le hĂ©ros soit ici
 fortement alcoolisĂ©) ; une vision qui est rĂ©appropriation outranciĂšre, qui a la vertu de plus en plus familiĂšre et courante Ă  prĂ©sent de dĂ©naturer et manipuler l’opĂ©ra de Wagner. IntĂ©ressons nous surtout Ă  la rĂ©alisation musicale dont tĂ©moigne ce coffret, rendant compte des reprĂ©sentations de l’étĂ© 2014.
Heureusement le disque nous Ă©pargne les dĂ©lires visuels Ă  tout va. Les chƓurs maison sont
 impliquĂ©s, justes. MĂȘmes les seconds rĂŽles comme le pĂątre, tous les chevaliers sans exception, suscitent des incarnations concrĂštes, convaincantes (entre autres, Thomas Jesatko en Biterolf ; Lothar Odinius en Walther von der Vogelweide.), autant de piliers de scĂšnes de thĂ©Ăątre riche en passionnantes confrontations

Rival impuissant de TannhĂ€user et qui aime en secret la belle mais inaccessible Elisabeth, Wolfram von Eschenbach brille d’une Ăąme sincĂšre et tendre grĂące au baryton Markus Eiche qui fait un poĂšte Ă©perdu, enivrĂ© dans sa sublime Romance Ă  l’étoile


Saluons aussi le Landgrave Hermann, basse spectaculaire et caverneuse Ă  souhait de Kwangchul Youn.
EntitĂ© vĂ©nĂ©neuse et plutĂŽt attractive, genre sirĂšne dominatrice, la VĂ©nus de Michelle Breedt (qui chantait dĂ©jĂ  en 2009 aussi BrangĂ€ne dans Tristan und Isolde ici mĂȘme, et avec quel poids, quelle intelligence dramatique), se distingue par sa puissance et son intensitĂ©.
Plus droite et affirmĂ©e que souple et ambivalente, l’Elisabeth de Camilla Nylund s’accorde finalement bien de la vision hystĂ©rique et radicale que lui prĂȘte le metteur en scĂšne. Il fallait faire avec. La soprano s’en tire trĂšs honnĂȘtement.
Plus mesurĂ© qu’à son habitude, le tĂ©nor Torsten Kerl incarne un TannhĂ€user, passionnĂ©, parfois tendu, et mĂȘme fatiguĂ© pour son rĂ©cit, ultime priĂšre, imploration d’une Ăąme usĂ©e (effectivement elle l’est bien au sens littĂ©ral), mais d’une tĂ©nacitĂ© qui force l’admiration. Aspirant Ă  l’extase solitaire, le poĂšte qui a connu les dĂ©lices charnels, s’embrase, se consume, de l’orgie initiale Ă  la foi la plus Ă©purĂ©e, dĂ©sireux du renoncement, que seul Kundry dans le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien (Parsifal), porte elle aussi Ă  ce point de non retour. Le tĂ©nor s’efforce et rĂ©ussit dans un rĂŽle impressionnant. Qui exige et demande sur la durĂ©e, en intensitĂ© et en aplomb.

Dans la fosse, le chef Axel Kober explore l’appel Ă  l’humilitĂ© et Ă  la contrition, avec une Ă©lĂ©gance trĂšs souple, exploitant les qualitĂ©s d’un orchestre maison, d’une plasticitĂ© expressive et ductile, Ă  toute Ă©preuve. Le maestro relĂšve les dĂ©fis d’une partition aussi lyrique que 
 symphonique. Et de ce point de vue, Wagner, quel orchestrateur. Convaincant.

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CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd OPUS ARTE).

WAGNER : TANNHÄUSER (1845 – 1875)
Livret de Richard Wagner

Choeur du Festival
Chef de choeur : Eberhard Friedrich

Orchestre du Festival
Direction musicale : Axel Kober

Bayreuth, Festspielhaus, août 2014
Mise en scĂšne : Sebastian Baumgarten

POITIERS, Ars Nova. BLACK BOX au TAP

POITIERS, TAP. Ars Nova / Black Box, le 9 octobre 2018. Le contemporain s’implante et s’accomplit dans ses dispositifs variĂ©s et sa diversitĂ© formelle au TAP ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers, grĂące Ă  l’engagement et Ă  l’activitĂ© de l’ensemble dĂ©diĂ© Ars Nova, collectif en rĂ©sidence au sein du bĂątiment, et aussi sous le pilotage de son nouveau directeur musical, le franco-canadien Jean-MichaĂ«l Lavoie.

jean-michel-lavoie-ars-nova-programme-concert-black-box-annonce-sur-CLASSIQUENEWS-9-octobre-2018Place Ă  une nouvelle forme de concert : les instrumentistes et le collectif d’Ars Nova invitent Ă  un parcours, une expĂ©rience spatiale et sensorielle qui conduit le public Ă  se dĂ©placer (dans la boĂźte noire du duo RUST), avant de dĂ©couvrir comme une mise en bouche, promesse de nouvelles sensations Ă  vivre pendant la saison 2018 – 2019 Ă  venir, plusieurs compositeurs, en leur prĂ©sence
 : Jean-François Laporte et Pierre Michaud (QuĂ©bec), Manon Lepauvre (France), mais aussi Pierre Michaud et AurĂ©lien Dumont. Au programme crĂ©ation d’un quatuor Ă  cordes pour dispositif audiovisuel (… NIENTE . . . de Pierre Michaud).
Ars Nova rĂ©invente ainsi au TAP, l’expĂ©rience du concert : une nouvelle approche vivante et dĂ©complexĂ©e, pluridisciplinaire,riche en dĂ©couvertes, en rencontres grĂące Ă  la coopĂ©ration de diffĂ©rents mĂ©diums : projection vidĂ©o, spatialisation sonore, objets animĂ©s. GrĂące Ă  l’étonnante diversitĂ© des profils artistiques que Jean-MichaĂ«l Lavoie a invitĂ© Ă  Poitiers. Jamais l’écriture contemporaine n’a Ă©tĂ© aussi proche, facile, participative
 inventive et surprenante. Concert Ă©vĂ©nement Ă  Poitiers.

 

 

 

 

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BLACK BOX – ARS NOVA
Mardi 9 octobre 2018
TAP Poitiers, 20h30

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/black-box/

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Programme du parcours

 

Duo RUST,
par Jean-François Laporte et Benjamin Thigpen,
explosion, le chant des machines

Maelström,
Manon Lepauvre

. . . NIENTE . . . ,
Pierre Michaud, (création)

abßme apogée, Aurélien Dumont

 
 

Ars Nova
Pierre-Simon Chevry, flûte
Paul Atlan, hautbois
Pierre Ragu, clarinette
Philippe RĂ©card, basson
Patrice Petitdidier, cor
Jacques Charles, saxophone
Fabrice Bourgerie, trompette
Mathilde Comoy, trombone
Isabelle Cornélis, percussions
Michel Maurer, piano
AĂŻda Aragonese Aguado, harpe
Pascal Contet, accordéon
Alain Trésallet, alto
Isabelle Veyrier, violoncelle
Catherine Jacquet, violon
Jean-Louis Constant, violon,
Tanguy Menez, contrebasse

Direction : Jean-Michaël Lavoie

 

Musiciens invités :
Jean-François Laporte, compositeur et interprÚte
Benjamin Thigpen, musicien-performeur
Pierre Michaud, musique, électronique et vidéo

Deux Ă©tudiants de la FacultĂ© de musique de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al (UdeM) ** :
Victor De Coninck, alto
Ariel Carrabré, violoncelle

 

 

 

 

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PrĂ©sentation des Ɠuvres

 
 
 

Duo RUST : les concepteurs Jean-François Laporte et Benjamin Thigpen interroge la matiĂšre qui s’oxyde et tout en revĂȘtant de somptueuses couleurs et effets plastiques, peut aussi produire des sons fascinants
 les deux musiciens jouent des instruments inventĂ©s, aux sonoritĂ©s imprĂ©vues, dĂ©concertantes – acoustiques, Ă©lectroniques ou Ă©lectroacoustiques. Les deux magiciens de la matiĂšre et du son, rĂ©inventent la notion d’arbitraire, de hasard aussi
 matĂ©rialitĂ© physique ou rĂ©alitĂ©s acoustiques, ils prennent soin d’habiter un espace, en blocs de son, bandes de matiĂšre tissĂ©es, enchevĂȘtrĂ©es qui composent alors une forĂȘt de sons, Ă  l’adresse du public, devenu explorateur. ConfrontĂ© au son pur de RUST, l’ĂȘtre entier – « l’esprit, le corps, l’Ăąme et toutes leurs interconnexions sont connectĂ©s avec les univers physiques et spirituels ».

 

 

 

 

« Explosion » des mĂȘmes Jean-François Laporte et Benjamin Thigpen est une piĂšce courte qui joue de la proximitĂ© de petits Ă©lĂ©ments et de leurs entrechocs qui entraĂźnent une libĂ©ration soudaine et intense d’Ă©nergie massive.

 

 

 

 

« Le chant des machines » est le dernier Ă©lĂ©ment du triptyque du duo Laporte / Thigpen, prĂ©sentĂ© ce soir au TAP. Au cƓur de cette cĂ©lĂ©bration poĂ©tique des machines, Machinesong qui est sonorisĂ©, traitĂ© et prĂ©sentĂ© directement dans la musique, en mĂȘme temps qu’il est Ă©galement reprĂ©sentĂ© indirectement. Thigpen rend audible l’inaudible magnĂ©tique, quand Laporte amplifie la portĂ©e des phĂ©nomĂšnes sonores qui se produisent
 Le chant des machines est un chant de sirĂšnes qui convoque aussi l’audelĂ , l’espace et le cosmos.

 

 

 

 

« Maeström » de Manon Lepauvre nous transporte en NorvĂšge, dans l’évocation du tourbillon impĂ©tueux qui naĂźt de l’accĂ©lĂ©ration de la marĂ©e et du dĂ©ferlement des fortes houles. En deux parties distinctes, la partition explore deux espaces temporels, l’un dans un mouvement ininterrompu et l’autre dans une temporalitĂ© suspendue oĂč s’agrĂšgent de petits objets musicaux.

 

 

 

 

. . . n i e n t e . . . de Pierre Michaud – crĂ©ation
pour quatuor à cordes amplifié et dispositif audiovisuel (2018)
Pour présentation de la nouvelle partition, le TAP édite le texte poétique suivant :

«
Du silence au silence.
entre les deux :
…construction et destruction…
…la nuit et le jour…
…le changement des saisons…

inspiration et expiration

et le mélancolique constat que tout est impermanence. »

Commande de l’Ensemble Ars Nova, . . . n i e n t e . . . est une oeuvre mixte prĂ©sentant des images d’édifices abandonnĂ©s en Slovaquie, dans des terres agricoles au QuĂ©bec, dans une base militaire dĂ©saffectĂ©e
 L’oeuvre est dĂ©diĂ©e Ă  Jean-MichaĂ«l Lavoie

 

 

 

 

DerniĂšre partition au programme de ce fabuleux voyage en terres contemporaines,  ” abĂźme apogĂ©e ”   est Ă©crit pour un ensemble de quatorze musiciens, Ă©lectronique et chƓur virtuel. La partition mĂȘle cosmologie chinoise et figure d’Hildegarde de Bingen. L’auteur prolonge ainsi sa recherche sur l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des matĂ©riaux « par le dialogue d’une Ă©criture instrumentale effacĂ©e et violente avec une Ă©lectronique harmonique et intimement dĂ©rivĂ©e de la voix ». Entre fixitĂ© du matĂ©riau et mouvement continu, l’Ɠuvre vise un Ă©quilibre en perpĂ©tuelle mouvance, Ă  l’instar de « l’unification des Ă©lĂ©ments de la cosmologie chinoise dans le Taiji/Tû ».
Le chƓur de femmes chante un texte Ă©crit par Dominique QuĂ©len Ă  partir des Ă©crits de Hildegarde de Bingen sur le double mouvement « d’élĂ©vation spirituelle et de dĂ©clin ». Le dispositif Ă©lectronique suscite des objets musicaux hybrides, entre geste instrumental et rĂ©ponse vocale. Formellement, abĂźme apogĂ©e appelle au dĂ©lire et au rĂȘve, en un voyage oĂč l’électronique permet « l’élaboration de paysages sonores oniriques ».

 

 

 

 

CD, critique. WAGNER : Tristan und Isolde (Bayreuth 2009, Schneider).

CD, critique. WAGNER : Tristan und Isolde (Bayreuth 2009, Schneider). Alors que sur scĂšne pour ceux qui l’ont vue, la mise en scĂšne de Christoph Marthaler (crĂ©Ă©e in loco, Ă  Bayreuth, en 2005) se voulait nostalgie refroidie de l’ordre communiste style RDA annĂ©e 1950, comme restitution d’une sociĂ©tĂ© sclĂ©rosĂ©e, statique, corsetĂ©e, la rĂ©alisation musicale de ce Tristan du Bayreuth 2009, Ă©tait confiĂ©e au chef Peter Schneider.

Bayreuth 2009

Un Tristan sans vertiges
et d’une tenue honnĂȘte

La distribution vocale est globalement convaincante.  Robert Dean Smith impose un chant solide et charpentĂ© qui sait dans son monologue solitaire et impuissant du III, d’une infinie souffrance langoureuse, Ă©mouvoir et mĂȘme exprimer les fondations de la souffrance humaine : aimer c’est souffrir.
Wagner bayreuth 2009 theorin dean smith holl rasilainen breddt tristan und isolde cd review critique cd par classiquenews cd opus arteAlter ego de son spleen extatique irrĂ©versible, l’Isolde d’IrĂšne Theorin partage cette soliditĂ© vocale que campe les femmes de caractĂšre, ainsi qu’elle aborde les dĂ©buts du personnage Ă  l’acte I : promise au Roi Marke, la fiancĂ©e qu’escorte le beau Tristan lui rappelle ce jeune homme blessĂ© qu’elle soigna et probablement aima quand il se faisait appelĂ© “Tantris”. La soprano danoise exprime avec aisance et sincĂ©ritĂ© le doute qui l’assaille et bientĂŽt cette Ăąme taillĂ©e pour s’immerger dans le grand vertige amoureux inexorable du II. Mais celle qui fut coachĂ©e par Birgit Nilson- wagnĂ©rienne lĂ©gendaire pour Karajan et Solti…, ne peut Ă©carter une certaine froideur qui adoucit et lisse son engagement global… Lequel pourtant s’achĂšve en sacrifice ultime (comme BrĂŒnnhilde).
Dommage car la servante et le tĂ©moin conquis de ce couple maudit, Brangaine / BrangĂ€ne, est superbement chantĂ©e par la sud africaine  Michelle Breedt. Chant onctueux et juste et mĂȘme d’une finesse qui va en se bonifiant, la mezzo bouleverse par son humanitĂ©.
Plus patriarche et comme emmurĂ© dans un personnage pĂ©trifiĂ©, le roi Marke du vĂ©nĂ©rable Robert Hall emplombe chaque situation oĂč il paraĂźt. C’est noblement chantĂ© certes mais monotone et presque ennuyeux : cf son grand monologue de l’Acte II (« Tatest Du’s wirklich »).
Parfois rustre et outrĂ©, le Kurwenal du finnois Jukka Rasilainen dĂ©concerte souvent non par un style hors de propos mais par un surinvestissement qui sonne parfois faux ; pour autant on n’oubliera pas de sitĂŽt, “Endlich leben o leben” au III qui le rend lunaire, crĂ©pusculaire intensĂ©ment poĂ©tique (avant de mourir)

S’il creuse avec nervositĂ© et prĂ©cision, l’agitation des femmes au I (inquiĂ©tude, instabilitĂ© psychique de Isolde et de BrangĂ€ne qui usent du philtre d’amour pour que s’accomplisse ce que toutes deux espĂšrent sans mots dire), le chef Peter Schneider expĂ©die l’extase de l’acte II en un pulsation trop allante Ă  notre goĂ»t pas assez suspendue, Ă©perdue, enivrĂ©e
 cependant l’orchestre de Bayreuth, idĂ©alement / naturellement calibrĂ© pour les Ă©quilibres orchestraux, – si sublimes dans Tristan, reste superlatif, soulignant combien l’orchestre est le cƓur de la machine musicale, Ă  la fois sensuelle et envoĂ»tante, voire vĂ©nĂ©neuse. GrĂące Ă  l’esthĂ©tique souhaitĂ©e par Wagner, l’ocĂ©an instrumental dans sa plĂ©nitude orchestrale, produit sous la scĂšne, une maniĂšre de tapis sonore sur lequel les voix projettent avec naturel ; avec les instruments, envelppĂ©s par eux, et non contre l’orchestre situĂ© comme souvent, devant les chanteurs (au risque de les couvrir et donc les forçant Ă  hurler). Or le chant wagnĂ©rien (cf Karajan) est l’un des plus chambristes qui soient, proche du lied (mais oui !). HĂ©las, Peter Schneider semble l’avoir oubliĂ© ici qui avance certes, mais sans dĂ©tailler les infinies nuances que la partition plus psychique que dramatique, dĂ©veloppe Ă  l’infini. La tenue gĂ©nĂ©rale de cette production est donc honnĂȘte, et Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre allusive et subtile, ne suscite pas un immense enthousiasme.

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CD, critique. WAGNER : Tristan, Bayreuth 2009, Peter Schneider
TRISTAN UND ISOLDE
Live du 9 août 2009
Robert Dean Smith
IrĂšne Theorin
Michelle Breedt
Jukka Rasilainen
Peter Schneider

CD événement, critique. WAGNER : Der fliegende HollÀnder / Le Vaisseau FantÎme (Bayreuth, 2013, Thielemann, 2 cd Opus Arte)

cd_wag_flieg thielemann bayreuth 2013 youn merbeth selig critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. WAGNER : Der fliegende HollĂ€nder / Le Vaisseau FantĂŽme (Bayreuth, 2013, Thielemann, 2 cd Opus Arte). Sur la mise en scĂšne provocante et bien peu poĂ©tique, signĂ©e Jan Philipp Gloger, crĂ©Ă©e en 2012, la rĂ©alisation musicale de Christian Thielemann confirme les affinitĂ©s du chef berlinois (nĂ© en 1959) avec Wagner : attention intĂ©rieure pour chaque atmosphĂšre, nerf et sensibilitĂ©, fluiditĂ© mais souffle architectural global. En maĂźtre dramaturge, Thielemann insuffle des Ă©clairs fantastiques rĂ©ellement impressionnants, scintillants dans un tissu orchestral chamarrĂ© et dĂ©taillĂ©, d’une grande cohĂ©sion organique. Le geste assure la balance souvent hypnotique entre rĂ©alisme (Daland, Eric, les suivantes de Senta
) et le monde du rĂȘve, celui de Senta que croise Ă©perdument l’univers fantastique du Hollandais maudit et son navire fantĂŽme. Le relief expressif de l’orchestre envoĂ»te et captive de bout en bout. Ainsi peu Ă  peu, le monde rĂ©el vacille vers le surnaturel, Ă  travers le chant et les visions de plus en plus prĂ©cises de la jeune femme : l’onirisme hallucinĂ© et cette part d’abord terrifiante puis enchanteresse prennent peu Ă  peu le contrĂŽle de la scĂšne, Ă  mesure que Senta est possĂ©dĂ©e par son rĂȘve.
La distribution retient tout autant l’attention : le Daland du formidable Franz Josef Selig sĂ©duit par sa stature, son « chien », il affirme le talent en affaires d’un pĂšre inspirĂ©, ailleurs Ă©pais et convenu. En Dutchman, la basse corĂ©enne Samuel Youn gravit le sommet de la colline verte avec sincĂ©ritĂ© et gravitas, un Ă©clat sombre et sĂ»r qui impressionne malgrĂ© un allemand incertain et imprĂ©cis.

CLIC D'OR macaron 200D’autant que les seconds rĂŽles sont idĂ©alement incarnĂ©s : Benjamin Bruns (le Pilote de Daland), Tomislav MuĆŸek (qui fait un Eric renouvelĂ©, enivrĂ©, Ă©perdu, malheureux fiancĂ© de Senta) ; enfin Senta elle-mĂȘme, Ăąme embrasĂ©e, exacerbĂ©e et entiĂšre, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante qui se jette corps et Ăąme dans la rencontre inespĂ©rĂ©e avec celui qu’elle attendait : le Hollandais errant. Ricarda Merbeth donne tout, rĂ©ussit tout, incarne une Senta bouleversante et irrĂ©sistible, entiĂšrement dĂ©volue Ă  sa quĂȘte idĂ©aliste et extatique. La fin en rĂ© majeur confirme l’apothĂ©ose triomphatrice de Senta sur le monde (petit, Ă©triquĂ©) qui l’entoure (et la contraignait). De ce point de vue, que l’on aime ou pas les partis pris rĂ©ducteurs de Gloger, la direction musicale de Thielemann est claire : elle affirme l’ivresse Ă©perdue et positive de Senta en fin d’action. La rĂ©alisation, c’est Ă  dire l’accomplissement de son rĂȘve. Pertinente, affĂ»tĂ©e, intelligente, la direction de Christian Thielemann Ă©carte toute rĂ©serve. La lecture est trĂšs convaincante. CLIC de CLASSIQUENEWS

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CD, critique. WAGNER : Der fliegende HollÀnder / Le Vaisseau FantÎme (Bayreuth, 2013, Thielemann, 2 cd Opus Arte)

 

Le Hollandais : Samuel Youn
Daland : Franz-Josef Selig
Senta : Ricarda Merbeth
Erik : Tomislav Muzek
Mary : Christa Mayer
Le Pilote de Daland : Benjamin Bruns

Orchestre et ChƓurs du Festival de Bayreuth
Direction des ChƓurs : Eberhard Friedrich
Christian Thielemann, direction
Mise en scĂšne : Jan Philipp Gloger

Prise live Bayreuth, juillet 2013 – 2 CD – Opus Arte – durĂ©e : 2h13mn – CLIC de CLASSIQUENEWS

CD, critique. WAGNER : Les MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg / Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Vogt, Hawlata, Volle
 Weigle (Bayreuth, 2008, 4 cd Opus Arte)

wagner maitres chanteurs bayreuth 2008 weigle, katharina wagner, vogt, hawlata, volle kaune, korn critique cd cd review par classiquenews 0809478090311CD, critique. WAGNER : Les MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg / Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Vogt, Hawlata, Volle
 Weigle (Bayreuth, 2008, 4 cd Opus Arte). Sans ĂȘtre totalement exceptionnelle, cette production de 2008 emporte l’adhĂ©sion grĂące au travail orchestral et dramatique du chef Sebastian Weigle et un cast masculin, majoritairement affĂ»tĂ©… OPUS ARTE est devenu le label privilĂ©giĂ©, fixant les productions prĂ©sentĂ©es les Ă©tĂ©s Ă  Bayreuth. En voici l’une des plus anciennes, dĂ©voilant le geste iconoclaste et finalement trĂšs thĂ©Ăątral voire comique de la fille de Wolfgang (ex directeur in loco), Katharina Wagner (depuis devenue directrice du Festival), qui avait crĂ©Ă© sa propre mise en scĂšne des MaĂźtres Chanteurs en 2007 et qui fut reprise en 2008, comme le montre cet enregistrement.
Que l’on apprĂ©cie ou non les frasques dĂ©jantĂ©es et dans le fond trĂšs subversif de l’arriĂšre petite fille de Wagner dans cet exercice qu’elle renouvelle ensuite dans Tristan und Isolde (avec plus ou moins de rĂ©ussite car la finesse et les rĂ©fĂ©rences culturelles maĂźtrisĂ©es ne sont guĂšre son fort
), la seule bande audio du spectacle compose la valeur de cet enregistrement, qui place l’orchestre, les chanteurs et le chef au premier plan. On Ă©vitera ainsi pour les plus « offusquĂ©s » la tentative parfois grandguignolesque qui rĂ©ussit Ă  renouveler les dĂ©cors historicisants et traditionnels que convoque le sujet du seul opĂ©ra comique de Wagner : ruelles de BaviĂšre, atelier boutique du cordonnier (Hans Sachs), c’est Ă  dire un certain esthĂ©tisme sentant bon le terroir et le folklore
 Par son geste dĂ©calĂ© et peu respectueux du livret, force est de constater que Katharina avait relevĂ© ce dĂ©fi. Mais est ce suffisant pour dĂ©velopper un regard vraiment pertinent sur l’opĂ©ra ? D’autant plus qu’ici, la scĂ©nographe inverse les rĂŽles quitte Ă  brouiller l’enjeu des partis en prĂ©sence : Beckmesser est un moderne (et trouve sa voie, enfin!), quand Sachs et Walther sont rien que des conformistes


Heureusement Opus Arte nous satisfait avec cet enregistrement purement audio.
Et lĂ  rĂ©side vraiment l’intĂ©rĂȘt de la proposition de 2008; en particulier grĂące Ă  la participation des chanteurs : le Sixtus Beckmesser vivant, impertinent, palpitant mĂȘme de Michael Volle, le Walter agile et angĂ©lique du tĂ©nor habituĂ© Ă  Bayreuth : Klaus Florian Vogt, champion ainsi du rĂŽle titre de Lohengrin, enfin le David impeccable lui aussi de Norbert Ernst. Seul le Hans Sachs de Franz Hawlata pĂątit d’un manque d’aisance manifeste : voix trop petite et brutale pour un personnage cependant habitĂ© par l’esprit de fraternitĂ© et d’humanitĂ©. Voici donc une galerie de portraits des MaĂźtres Chanteurs, confirmĂ©s et candidats, particuliĂšrement affĂ»tĂ©e, vive, passionnante en vĂ©ritĂ© Ă  suivre. Car les confrontations ne manquent pas, comme on le sait dans une partition dont le sujet central est la place dans la sociĂ©tĂ©, le sens et la valeur de l’art, poĂ©sie et musique, Ă  travers une querelle incisive entre anciens et modernes (l’insolent mais plus que douĂ©, Walther).

Au diapason de la mise en scĂšne pas toujours trĂšs fine (comme la ronde finale des rĂ©voltĂ©s et gĂ©nies de l’art allemand dont les grosses tĂȘtes en carton pĂąte tiraient Ă  la caricature), l’Eva de Michaela Kaune manque de finesse et sa voix reste tendue.
Saluons la mise en place des ensembles, et la tenue superlative des chƓurs du Festival, entitĂ© riche en intensitĂ© et en couleurs maĂźtrisĂ©es ; il est vrai que l’engagement du maestro Sebastian Weigle est indiscutable, portant depuis son dĂ©but, l’action de l’opĂ©ra; son souffle emporte, parfois plus Ă©nergique que dĂ©taillĂ©, mais la construction d’ensemble est claire et prĂ©cise, de toute Ă©vidence, c’est une vision qui Ă©carte d’emblĂ©e le narratif et l’anecdotique.

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CD, critique. WAGNER : Les MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg / Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Vogt, Hawlata, Volle
 Weigle (4 cd Opus Arte).

Richard WAGNER(1813 – 1883)
Die Meistersinger von NĂŒrnberg (1868)
Franz Hawlata (baritone) – Hans Sachs;
Artur Korn (bass) – Veit Pogner;
Charles Reid (tenor) – Kunz Vogelgesang;
Rainer Zaun (bass) – Konrad Nachtigall;
Michael Volle (baritone) – Sixtus Beckmesser;
Markus Eiche (baritone) – Fritz Kothner;
Edward Randall (tenor) – Balthasar Zorn;
Hans-JĂŒrgen Lazar (tenor) –Ulrich Eisslinger;
Stefan Heibach (tenor) – Augustin Moser;
Martin Snell (bass) – Hermann Ortel;
Andreas Macco (bass) – Hans Schwarz;
Iógenes Randes (bass) – Hans Foltz;
Klaus Florian Vogt (tenor) – Walther Von Stolzing;
Norbert Ernst (tenor) – David;
Michaela Kaune (soprano) – Eva;
Carola Guber (mezzo) – Magdalene;
Friedemann Röhlig (bass-baritone) – Ein WachtwĂ€chter
Sebastian Weigle, Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Enregistrement public, Bayreuther Fespiele, 7 août 2008.
Coffret 4 CD – Opus Arte – RĂ©fĂ©rence : 7809031117711 – Production Ă©tĂ© 2018

Symphonie n°5 de Beethoven (1808)

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3France Musique, Dimanche 16 sept 2018, 16h. BEETHOVEN :Symphonie n°5 (1808) 
 Quelle est la meilleure interprĂ©tation de la symphonie la plus cĂ©lĂšbre et rĂ©volutionnaire de Ludwig ? La CinquiĂšme symphonie est avec la NeuviĂšme la plus cĂ©lĂšbre des symphonies de Beethoven, peut-ĂȘtre mĂȘme de toute l’Ɠuvre du compositeur. Incarnant souvent l’image mĂȘme de la musique classique, c’est grĂące Ă  son premier mouvement empli d’énergie que l’Ɠuvre doit son immense popularitĂ©. L’ouverture foudroyante mondialement connue, un simple motif de quatre notes, nous confronte immĂ©diatement au gĂ©nie fulgurant, rĂ©volutionnaire du compositeur. “So pocht das Schicksal an die Pforte” (« Ainsi le destin frappe Ă  la porte”), aurait rapportĂ© le compositeur Ă  Schindler.
Elle a un impact formidable sur toute la gĂ©nĂ©ration succĂ©dant Ă  Beethoven. Berlioz, grand admirateur du gĂ©nie allemand, est lĂ  pour en tĂ©moigner. Au chapitre XX de ses MĂ©moires, il raconte comment son maĂźtre Lesueur pourtant hermĂ©tique Ă  la musique de Beethoven, fut bouleversĂ©, mĂȘme Ă©puisĂ© par l’émotion que lui a suscitĂ© la Symphonie. Remis de ses Ă©motions, il dit plus tard au jeune Berlioz : « C’est Ă©gal, il ne faut pas faire de la musique comme celle-lĂ  », Ă  quoi l’élĂšve rĂ©pondit : « Soyez tranquille, cher maĂźtre, on n’en fera pas beaucoup. ».

La n°5 de 1808, Symphonie de la Victoire et de la résistance

Autre anecdote cĂ©lĂšbre, toujours dans ses mĂ©moires, Berlioz raconte qu’au cours d’un concert, un vieux grenadier de la garde NapolĂ©onienne, au moment oĂč dĂ©buta le finale, se leva et s’exclama :”L’Empereur, c’est l’Empereur!”. MĂȘme Goethe, alors rĂ©ticent Ă  la musique de Beethoven, fut saisi d’émotion par le chef-d’Ɠuvre que le tout jeune Mendelssohn lui joua dans une transcription au piano.
Lors de la seconde guerre mondiale, le dĂ©but de la CinquiĂšme Ă©tait le symbole de la rĂ©sistance française, la BBC dĂ©butait ses messages radios avec les quatre notes frappĂ©es par les timbales comme indicatif de ses Ă©missions Ă  l’intention des pays europĂ©ens sous l’occupation nazie. Trois brĂšves, une longue, significatif de la lettre V en morse : le V de la victoire, le V de la 5Ăšme symphonie.


Fidelio de BeethovenContemporaine de la SixiĂšme…
‹La 5Ăš symphonie est contemporaine de la SixiĂšme (dite “Pastorale”) composĂ©e pratiquement en mĂȘme temps. Les premiĂšres esquissent datent de 1803, mais c’est en 1805 que Beethoven commence sĂ©rieusement sa composition. AprĂšs une coupure d’un an, il l’a reprend avec la SixiĂšme symphonie et l’achĂšve probablement en mars 1808. Ces deux jumelles, bien que d’un caractĂšre totalement diffĂ©rent, sont toutes les deux jouĂ©es lors d’un cĂ©lĂšbre concert datant du 22 dĂ©cembre 1808 au Theater “An der Wien”. Le programme paraĂźt aujourd’hui bien chargĂ© puisqu’il comprend en plus des symphonies mentionnĂ©es, le QuatriĂšme concerto pour piano opus 58, la Fantaisie chorale, ou encore des extraits de la Messe en ut. Les deux oeuvres sont prĂ©sentĂ©es dans l’ordre inverse de leur numĂ©rotation dĂ©finitive et paraissent chez Breitkopf et HĂ€rtel en 1809. Elles sont dĂ©dicacĂ©es conjointement au prince Lobkowitz et au comte Razumovsky.

Les quatre mouvements

I : Allegro con brio : une forme-sonate traditionnelle, basĂ©e sur le cĂ©lĂšbre motif de quatre notes (motif dĂ©jĂ  utilisĂ© par Beethoven auparavant). Mouvement d’une grande intensitĂ©, d’une Ă©nergie dĂ©bordante.

II : Andante : grande sĂ©rĂ©nitĂ©, oĂč l’auditeur recherche la dĂ©tente nĂ©cessaire aprĂšs la tension accumulĂ©e par l’allegro qui prĂ©cĂšde. Il s’agit d’une variation libre Ă  deux thĂšmes, seul mouvement lent de symphonie dans cette forme. Certains passages au cƓur du mouvement s’avĂšrent trĂšs Ă©nergiques, et annoncent d’une certaine maniĂšre la finale.

III : Allegro : il s’agit encore une fois d’un scherzo bien que Beethoven n’en fasse aucune mention sur la partition. Une premiĂšre partie mystĂ©rieuse, angoissante dans des nuances pianissimo s’oppose Ă  une seconde fortissimo basĂ©e sur le mĂȘme motif que le premier mouvement. Il s’enchaĂźne directement au finale sans interruption par un immense crescendo orchestral.

IV : Allegro : Finale triomphant qui reprĂ©sente l’aboutissement de tout ce qui prĂ©cĂšde. L’éclatant ut majeur sonne la victoire du compositeur sur sa destinĂ©. C’est la victoire de l’esprit et des LumiĂšres sur la barbarie et les tĂ©nĂšbres.

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France Musique, Dimanche 16 sept 2018, 16h. BEETHOVEN :Symphonie n°5 (1808)
La Tribune des critiques de disques : Symphonie n°5 de Beethoven -
En direct et en public depuis le studio 106 de la Maison de la Radio

DVD, critique. WAGNER : Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Kosky / Jordan, Bayreuth 2017 (2 dvd DG Deutsche Gramophon).

DVD, critique. WAGNER : Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Kosky / Jordan, Bayreuth 2017 (2 dvd DG Deutsche Gramophon).

dvd meistersinger nĂŒrnberg jordan bayreuth 2017 kosky critique review dvd by classiquenewsUN RETOUR AU SUJET CENTRAL DES MAITRES CHANTEURS EST-IL SI DIFFICILE A RESTITUER SUR SCENE ? Voici la nouvelle production des MaĂźtres Chanteurs de Wagner, au Festival de Bayreuth Ă©tĂ© 2017 (signĂ©e du metteur en scĂšne juif Barrie Kosky), hĂ©las « dĂ©naturĂ©e » (mĂȘme si le rĂ©sultat comme spectacle est cohĂ©rent) par tout ce qui a suivi et s’est rĂ©alisĂ© aprĂšs Wagner. La question que pose le spectacle est : peut-on encore jouer Wagner, sans tirer la rĂ©alisation vers son instrumentalisation par les nazis, sans aussi ses propos antisĂ©mites ? Car enfin, l’opĂ©ra, la seule comĂ©die (gĂ©niale) de Wagner (crĂ©Ă©e Ă  Munich en 1868), est un manifeste dĂ©montrant la nature sacrĂ©e de l’art et la vocation prophĂ©tique de l’artiste Ă  transmettre cette vision aux spectateurs : « l’art conserve les valeurs les plus hautes de l’humanitĂ©, cĂ©lĂšbre l’amour, la fraternitĂ©, la concorde et la paix des peuples, au delĂ  et a contrario des toutes les idĂ©ologies politiques et des religions qui tendent Ă  opposer et affronter les hommes entre eux ». L’art rĂ©unit, renforce le sentiment de fraternitĂ© et d’entente. Si l’on s’en tient Ă  ce seul sujet (central) Ă  travers le personnage clĂ© du cordonnier et maĂźtre de la guilde des chanteurs, Hans Sachs, l’opĂ©ra de Wagner est une sublime manifestation qui sacralise et la poĂ©sie et le chant, et le statut de l’artiste (lui-mĂȘme donc) comme apĂŽtre de cette seule religion valable : l’humanisme (et la culture).
Dans les faits, Sachs tout en cĂ©lĂ©brant l’amour d’Eva pour Walther, renonce Ă  tout dĂ©sir, et prĂ©fĂšre se dĂ©dier Ă  la transmission de son art pour l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© radieuse, Ă©duquĂ©e, sublimĂ©e par son culte de la beautĂ© et de la poĂ©sie. Un idĂ©al suprĂȘme qui reste le but et le grand dessein de toute civilisation au sens le plus noble de ce terme. Noble idĂ©al et pour nous, triste constat : on voit bien que notre sociĂ©tĂ© en est trĂšs Ă©loignĂ©e.

Les rĂ©fĂ©rences dont est truffĂ© ce spectacle, en 3 Ă©poques diffĂ©rentes semblent donc encombrer et polluer l’action, comme c’est le cas de nombreuses productions, dont la prĂ©cĂ©dente production Ă  Bayreuth, signĂ©e Katarina Wagner
 trop distancĂ©e, trop transposĂ©e, 
 elle aussi trop modernisĂ©e ; comme bien souvent, malgrĂ© quelques idĂ©es habiles mais anecdotiques, l’action s’épaissit (un comble pour une comĂ©die) car l’intrigue au lieu d’ĂȘtre clarifiĂ©e, en sort confuse, sous l’accumulation des rĂ©fĂ©rences et des allusions en tout genre.

Nous rĂȘvons donc de voir une version des MaĂźtres Chanteurs dĂ©poussiĂ©rĂ©e et neuve, Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale, cĂ©lĂ©brant les vertus d’un art ouvert Ă  l’étranger pour ĂȘtre rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© : car c’est bien le sujet ici, que dĂ©fend Wagner ; le jeune « perturbateur » Walther – sujet de la passion naissante d’Eva, « ose » transgresser l’art vĂ©nĂ©rĂ© par Hans Sachs mais avec un gĂ©nie inĂ©dit, capable de l’enrichir plutĂŽt que de le menacer. Cette vision promue par Wagner devrait en faire rĂ©flĂ©chir plus d’un (sur sa tolĂ©rance) et recentrer la mise en scĂšne sur les vrais questions que soulĂšvent l’opĂ©ra : le sens et la valeur morale, citoyenne, Ă©thique de l’art, l’apport de l’étranger, la relation aux autres, la compassion et la transcendance


On ne regrettera pas le travail d’acteurs trĂšs fouillĂ© de Barrie Kosky (directeur du Komische Oper de Berlin) ici, mais l’idĂ©e d’inscrire toute l’action des MaĂźtres, Ă  travers la relation ambiguĂ« de Wagner vis Ă  vis des juifs, rĂ©duit de beaucoup la portĂ©e et le sens d’une action lyrique dont le sujet principal est la sacralisation de l’art poĂ©tique et lyrique.

dvd meistersinger nĂŒrnberg jordan bayreuth 2017 kosky volle et vogt deux visages de wagner par classiquenewsAutour de l’excellent Sachs de Michael VOLLE, humain, tendre, profond (qui chantait Ă  Bayreuth jusque lĂ , Beckmesser, mais fut dĂ©jĂ  Sachs Ă  Salzbourg en 2013), brillent avec plus ou moins d’éclat certains habituĂ©s aussi de Bayreuth dont l’angĂ©lique et candide tĂ©nor Klaus Florian VOGT, ici mĂȘme saluĂ© pour ses Lohengrin Ă©thĂ©rĂ©s, adolescents (un peu lisses ont dit les plus difficiles), qui incarne en 2017, un Walther innocent, un rien trop fragile. D’autant que sa partenaire, amoureuse transie, Anne Schwanewilms, MarĂ©chale du Chevalier Ă  la rose Ă  Salzbourg il y a quelques annĂ©es, n’a pas la puretĂ© ni la candeur juvĂ©nile que requiert le rĂŽle de celle dont l’amour est mis en jeu.
Dans la vision de Barrie Kosky, certes, – lectures Ă  triples voire quadruples sens, Eva c’est Cosima en 1875, Ă  l’époque de Wagner
 (comme ici Hans Sachs est Wagner lui-mĂȘme
 ce qui enrichit considĂ©rablement la relation – amoureuse?- du vĂ©nĂ©rable et de la jeune beautĂ©, trophĂ©e du Concours-, mais un timbre plus jeune et clair pour incarner Eva, eĂ»t Ă©tĂ© plus convaincant : celle dont les sentiments se montrent tout aussi intenses et palpitants Ă  l’égard du vĂ©nĂ©rable et si proche Hans Sachs, exige un angĂ©lisme incandescent, une fĂ©minitĂ© plus trouble, comme instable, surtout intranquille.
Saluons nĂ©anmoins le trĂšs bon David de Daniel BEHLE, le non moins convaincant Beckmesser de Martin Johannes KRÄNZLE : prĂ©cis, proche du texte, dont l’aplomb et la justesse vocale Ă©paississent le rĂŽle de celui dans lequel beaucoup voient le mĂ©chant juif et aussi le chef Hermann Levi, qui dirigea le premier Parsifal Ă  Bayreuth.

En fosse, Philippe Jordan qui a dirigĂ© l’ouvrage Ă  Paris, dĂ©ploie prĂ©cision et fluiditĂ© dans une partition plus raffinĂ©e et subtile qu’il n’y paraĂźt, Ă©clairant aussi la dimension psychologique trouble et profonde (le duo Sachs / Eva, vaut bien celui de Wotan / BrĂŒnnhilde) ; on aurait nĂ©anmoins souhaitĂ© davantage de dĂ©bridĂ© comme de libertĂ© du geste qui ne voit ici que le manifeste sacralisant l’art et la place de l’artiste dans la sociĂ©tĂ©, oubliant quand mĂȘme la part comique, facĂ©tieuse et parodique de l’ouvrage serti par Wagner. La direction reste scrupuleuse et sĂ©rieuse.
Nonobstant nos rĂ©serves (l’Eva bien peu crĂ©dible, Walther, un rien trop sage
), le spectacle est riche et Ă©laborĂ©, – contestable dans son positionnement sĂ©mantique, mais cohĂ©rent visuellement, grĂące aux dĂ©cor et aux costumes, comme Ă  la participation Ă©patante du chƓur du Festival, lequel semble trouver ses marques naturelles dans ce spectacle, moins abscons que ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. A voir indiscutablement.

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DVD, critique. WAGNER : Die Meistersinger von NĂŒrnberg – Kosky / Jordan, Bayreuth 2017 (2 dvd DG Deutsche Gramophon).

COMPTE-RENDU, opéra. MUNICH, NationalTheater, le 27 juillet 2018. WAGNER : Le Crépuscule des Dieux / GötterdÀmmerung. Kriegenburg / Petrenko

ring petrenko munich ninna stemme brunnhilde critique opera par classiquenewsCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. MUNICH, NationalTheater, le 27 juillet 2018. WAGNER : Le CrĂ©puscule des Dieux / GötterdĂ€mmerung. Kriegenburg / Petrenko. Kirill Petrenko est un immense wagnĂ©rien : de la trempe des Karajan, Marek Janowski
 Avec le recul et l’expĂ©rience de ses Wagner prĂ©cĂ©dents (Ă  Bayreuth), le chef russe, bientĂŽt directeur musical du Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko se rĂ©vĂšle ĂȘtre un chef captivant Ă  suivre, pilotant les Ă©quipes munichoise de l’OpĂ©ra de BaviĂšre dont il reste le directeur musical
 inquiet, fragile, d’une exquise sensibilitĂ©, maniant la nuance comme un peintre avec ses couleurs, le maestro Ă©blouit par son intelligence dramatique : c’est un maĂźtre de l’infime variation qui est capable d’instiller une tension permanente et changeante au moment de l’interprĂ©tation. Ce qui se rĂ©vĂšle magistral et rien que gĂ©nial, s’agissant de l’orchestre wagnĂ©rien qui doit absolument envelopper le chant comme un Ă©crin, Ă  la façon d’une esthĂ©tique chambriste (Karajan avant lui avait compris cet aspect et rĂ©ussi un sublime Ring, thĂ©Ăątral, psychologique: la rĂ©fĂ©rence heureusement fixĂ©e au disque).

 

 

 

 

 

 

Ring superlatif Ă  Munich en juillet 2018

Kirill Petrenko sublime la texture wagnérienne

 

 

 

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Pour achever le cycle des 3 JournĂ©es, Andreas Kriegenburg met en scĂšne la destruction de tout espoir ; les Nornes qui filent le destin des hĂ©ros ne peuvent plus assurer la continuitĂ© d’un monde perdu, qui va Ă  sa propre ruine : de fait, nous voici dans notre rĂ©alitĂ©, avec ses rĂ©fugiĂ©s climatiques, ses groupes humains en errance dont aucune sociĂ©tĂ© dite « évoluĂ©e » ne veut. La fin est proche, pire, elle est programmĂ©e et inĂ©luctable. La scĂšne nous renvoie Ă  nos erreurs en un bel effet de miroir. Sans magie, sans poĂ©sie, sans nouvelle source de rĂ©gĂ©nĂ©ration, l’humanitĂ© est perdue car elle a pillĂ© jusqu’à l’user la Sainte Nature, et toute les ressources de la planĂšte.
Evidemment l’esclavage prolĂ©tarien et l’hypocrisie du monde capitaliste sont bien prĂ©sents : Siegfried est pareil Ă  un jeune cadre, fondu dans la masse indistincte des employĂ©s (affublĂ©s de leurs smartphones), allant comme des robots Ă  leur emploi, dans la grande entreprise des Gibishungen (Gunter, Gutrune et leur « mentor » diabolique, Hagen). LĂ  on remarquera non sans un certain cynisme dĂ©shumanisĂ©, le cheval Grane, que montait hier la fiĂšre Walkyrie, Brunnhilde, alors conquĂ©rante et splendide, aujourd’hui, trophĂ©e statique (et dĂ©coupĂ© en tranches, Ă  la façon du britannique Damien Hirst). L’époque (la nĂŽtre) est Ă  la perte dĂ©finitive de la vie et de la nature. Voyez ces autocrates violant les femmes de mĂ©nages en public
 Le message est clair. Wagner Ă©tait visionnaire et jamais son appel Ă  la raison, sanctifiant la sainte nature, n’aura Ă©tĂ© plus juste et actuel.
Donc tout est Ă  vomir dans cette peinture trĂšs rĂ©aliste d’une sociĂ©tĂ© dĂ©shumanisĂ©e et exploitant jusqu’à les user, innocence, nature, moralité  Le viol est encore bien manifeste et clairement scĂ©nographiĂ© quand Siegfried, coiffĂ© du Tarnhelm, violentera son Ă©pouse si aimante et loyale : une scĂšne dĂ©chirante par sa cruautĂ© barbare. Wagner : quel gĂ©nie prophĂ©tique.
Ce CrĂ©puscule des Dieux, c’est le capitalisme outrĂ©, Ă  la Trump et Ă  la Macron qui est explicitement exposĂ©, exacerbé  Ă©cƓurant. La politique de la communication sait exploiter l’instant, sans possĂ©der de vision Ă  long terme. Les hommes traitĂ©s par masse, non individuellement, sont Ă  la peine, nouveaux esclaves d’une clique de nantis qui brassent leurs milliards, en cultivent surtout les nouvelles mannes modernes : plaisir et profit.

PETRENKO, arbitre de l’élĂ©gance et de la profondeur. Beau geste, millimĂ©trĂ© et spectaculaire quand il le faut du chef russe Kirill Petrenko qui signe lĂ  son plus beau Ring en fosse ; aprĂšs l’avoir dirigĂ© Ă  Bayreuth. Les choeurs solides, somptueux, sonores ; l’orchestre de l’OpĂ©ra de Munich saisit par ses phrasĂ©s onctueux, prĂ©cis, le sens des nuances qui partout Ă©claire de façon nouvelle et inespĂ©rĂ©e, le gĂ©nie thĂ©Ăątral de Wagner. Quel prodige tout simplement.
Enfant ratĂ© finalement, et hĂ©ros sacrifiĂ©, trop nigaud, Stefan Vinke fait de Siegfried, la proie idĂ©ale pour ce marchĂ© de dupes, l’agneau sacrifiĂ© sur l’autel des capitalistes Gibishungen, mĂȘme s’il exprime avec intensitĂ©, en interprĂšte complet, l’élan d’un individu qui se bat par conviction (quand il se souvient de l’amour de Brunnhilde, avant son assassinat). Efficaces et prĂ©sents les Gunther de Markus Eiche, et le Hagen noir et parfois raide de Hans-Peter König. Solide Ă©galement et reprochant non sans raison Ă  Brunnhilde, son Ă©goĂŻsme destructeur, la Waltraute de Okka von der Damerau ; il faut dire que face Ă  la Brunnhilde superlative de Nina Stemme, femme jusqu’au bout des ongles, ardente et gĂ©nĂ©reuse, au chant souple et contrastĂ© sans heurts ni tension, la soprano qui a chantĂ© aussi Isolde, incarne avec justesse et vĂ©ritĂ© le personnage central de l’opĂ©ra, celui par lequel passe l’espĂ©rance finale (mince il est vrai, mais encore Ă  peine envisageable). Si l’humanitĂ© peut encore souhaiter ĂȘtre sauvĂ©e, en a-t-elle encore les moyens ?

Saluons aussi parmi les individualitĂ©s marquantes : l’Alberich onctueux, affĂ»tĂ© de John Lundgren. La Gutrune imprĂ©cise et lourde (dans son chant) de Anna Gabler finit par agacer car son jeu dramatique manque aussi de finesse.
Passons. Reste l’extraordinaire tenue de l’orchestre, la direction lumineuse, tendre, furieuse de l’excellent wagnĂ©rien, Kirill Petrenko
 lequel semble dĂ©cidĂ©ment le maestro le plus enthousiasmant de l’heure. Du moins pour cet Ă©tĂ© 2018. A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. MUNICH, NationalTheater, le 27 juillet 2018. WAGNER : Le Crépuscule des Dieux / GötterdÀmmerung. Kriegenburg / Petrenko. Illustrations © Wilfried Hösl.

 

 

 

Le Crépuscule des Dieux / Ring munichois juin, juillet 2018
GötterdÀmmerung, 3Úme (et derniÚre) Journée du Ring des Nibelungen
Musique et livret de Richard Wagner
Création le 17 août 1876 à Bayreuth

Siegfried  : Stefan Vinke
Gunther  : Markus Eiche
Hagen : Hans-Peter König
Alberich : John Lundgren
BrĂŒnnhilde  : Nina Stemme
Gutrune : Anna Gabler
Waltraute: Okka von der Damerau
Woglinde  : Hanna-Elisabeth MĂŒller
Wellgunde : Rachael Wilson
Floßhilde : Jennifer Johnston
Erste Norn  : Okka von der Damerau
Zweite Norn  : Jennifer Johnston
Dritte Norn  : Anna Gabler

Bayerisches Staatsorchester
Chor der Bayerischen Staatsoper

Direction musicale : Kirill Petrenko
Mise en scĂšne : Andreas Kriegenburg

 

 

 

LIRE aussi notre protrait de KIRILL PETRENKO, maestro d’excellence, « hĂ©ros » de l’étĂ© 2018

LA CHAISE-DIEU : l’ONL, Alexandre Bloch jouent Chausson et Debussy

BLOCH-alexandre-bloch-maestro-orchestre-national-de-lille-classiquenews-thumbnail_portrait-HD@Jean-Baptiste-MillotLA CHAISE DIEU, ONL, Alexandre Bloch, le 28 aoĂ»t 2018. CĂ©lĂ©bration du gĂ©nie français romantique et moderne avec en une filiation esthĂ©tique Ă©loquente, les maniĂšres fraternelles de Chausson (Symphonie) et de Debussy (PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs midi d’un Faune) auxquels est associĂ©e la passion suggestive d’un Brahms amoureux et secret (Sonate pour clarinette et piano n°1, orchestrĂ©e par Berio) : l’Orchestre National de Lille, sous la direction de son chef ALEXANDRE BLOCH, reprend du service quelques jours avant la rentrĂ©e et dĂ©fend l’éloge et l’apothĂ©ose de la transparence et de la couleur, tels qu’ils rayonnent dans deux oeuvres clĂ©s du gĂ©nie français de l’orchestration, deux sommets absolus : la (trop mĂ©connue) Symphonie de Chausson (en si bĂ©mol majeur opus 20, crĂ©Ă©e en 1891), wagnĂ©rien consommĂ© (il assiste Ă  la crĂ©ation de Parsifal en 1883), mais tempĂ©rament puissant et original, et PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune, manifeste de cette modernitĂ© française qui inspira Ă  Nijinsky l’un de ses ballets les plus envoĂ»tants et sensuels jamais produits sur une scĂšne hexagonale. Debussy et le chorĂ©graphe qui dansait le Faune, inventaient ainsi pour le directeur des Ballets Russes, le classicisme Ă©rotique. DĂ©monstration est ainsi faĂźte qu’en matiĂšre de couleurs et de chromatisme, comme de suggestion poĂ©tique, les Français n’ont rien Ă  envier Ă  leurs homologues germaniques dont Brahms Ă©videmment.
chaussonD’ailleurs comme un hommage des germains aux Français inspirĂ©s, Arthur Nikkish et le Berliner Philharmoniker jouent Ă  Paris la Symphonie d’Ernest Chausson en 1897 : triomphe absolu. Aujourd’hui, qu’en est-il de ce sommet du symphonisme français, jalon aussi dĂ©cisif que la Symphonie en rĂ© de Franck (maĂźtre de Chausson) ? Pourtant Ă  travers ses 3 mouvements enchaĂźnĂ©s (lent, trĂšs lent, animĂ©), Chausson, mort Ă  44 ans (1899), offre comme Franck, une alternative originale au wagnĂ©risme gĂ©nĂ©ral Ă  son Ă©poque : l’élĂ©gance et le drame, comme un peintre, se mĂȘlent osant des teintes rares dans un jeu de contrastes et de ruptures aussi qui relancent toujours le discours et la vitalitĂ© de l’architecture. clair impressionnisme debussyste, le dĂ©but du II, vĂ©ritable caractĂšre pictural entre langueur et mystĂšre. Tout Chausson est lĂ  dans ce mariage tĂ©nu de sensations mordorĂ©es et intĂ©rieures.

La Sonate pour clarinette de Brahms (1894) ainsi orchestrĂ©e par Berio et qui devient donc un Concerto pour orchestre, dĂ©montre le renouvellement de l’inspiration chez le compositeur Ă©pris d’équilibre et de maĂźtrise formelle, Ă  la suite de Haydn et de Beethoven, mais lui aussi comme stimulĂ© par la grande suavitĂ© flexible de la clarinette (Annelien Van Wauwe, clarinette solo).

 

 

 

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsConcert
«  Un Ăąge d’or de la musique française »
Mardi 28 août 2018, 21h
La Chaise Dieu, Abbatiale Saint-Robert

INFOS sur le programme et l’ONL Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/un-age-dor-de-la-musique-francaise/

 

 

RESERVEZ
http://www.chaise-dieu.com/fr/chausson-le-wagner-francais

 

 

 

DEBUSSY
PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune
Rhapsodie pour clarinette et orchestre

BRAHMS
Sonate pour clarinette et piano n°1
(Orchestration par Berio)

CHAUSSON
Symphonie

Orchestre National de Lille
Direction : ALEXANDRE BLOCH‹ / CLARINETTE solo : ANNELIEN VAN WAUWE

 

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Concert de clĂŽture du 52Ăš Festival de La Chaise-Dieu

Cd, critique. HAYDN : Symphonies « Lamentatione », n°26 / n°79, n°30 « Alleluia » (Antonini, 2017 – 1cd Alpha, coll « Haydn 2032 »)

haydn 2032 vol 6 giovanni antonini kammerorchester basel cd reviw critique cdCd, critique. HAYDN :  Symphonies « Lamentatione », n°26 / n°79, n°30 « Alleluia » (Antonini, 2017 – 1cd Alpha, coll « Haydn 2032 »). Suite de l’intĂ©grale HAYDN par le directeur musical du Giardino Armonico, dont l’achĂšvement sera effectif en 2032 (pour le tricentenaire du compositeur autrichien). Le milanais Giovanni Antonini ne dirige pas ici les instrumentistes de son ensemble mais l’Orch de chambre de BĂąle (sur instruments modernes donc) / Kammerorchester Basel : un travail particulier sur l’articulation, la tenue d’archet, l’expressivitĂ© et l’agogique (historiquement informĂ©e comme l’on dit dans le milieu concernĂ©) que le chef, en expert, transmet Ă  ses collĂšgues plus habituĂ©s Ă  jouer les romantiques et post romantiques que les classiques viennois.  Classiquenews avait distinguĂ© le vol 4 de la prĂ©sente collection (intitulĂ© alors Il Distratto, d’un CLIC de classiquenews, convaincant et superlatif mĂȘme). Peu Ă  peu, le chef et flĂ»tiste, soigne l’intonation, se montre soucieux de la clartĂ© architecturale tout en ciselant les nuances de l’écriture si poĂ©tique et souvent imprĂ©vue de Haydn (Ă©clairs dramatiques dignes de l’opĂ©ra, un genre dans lequel il a excellĂ© comme son cadet Mozart) ; il en dĂ©voile toutes les vibrations intĂ©rieures, restituant leur cohĂ©sion organique : une approche qui approche l’excellence de l’intĂ©grale Haydn par son confrĂšre Ottavio Dantone, lui aussi trĂšs inspirĂ© par les arĂȘtes et climats des massifs Haydniens (Lire notre critique de l’intĂ©grale des Symphonies de HAYDN par Ottavio Dantone).

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-coffret-evenement-haydn-integrale-des-107-symphonies-sur-instruments-anciens-bruggen-hogwood-dantone-35-cd-decca/

Aux cĂŽtĂ©s du vieux Werner (qui meurt en 1766), Haydn dĂšs 1761 devient vice maĂźtre de chapelle Ă  la cour d’Esteraza (Eisenstadt), auprĂšs des princes Esterhazy. Il fournit toute la musique lyrique, symphonique, et donc sacrĂ©e mais comme d’une seconde main.

ObligĂ© de rĂ©diger l’inventaire des Ɠuvres qu’il a en cours en 1765, le compositeur atteste ainsi qu’il est dĂ©jĂ  l’auteur d’une Symphonie intĂ©grant l’alleluia grĂ©gorien de la liturgie du Samedi Saint (Hob I:30), rĂ©fĂ©rence Ă  l’église qui d’abord cachĂ©, devient explicite (aux vents surtout) ; mĂȘme incursion du sacrĂ© dans le tissu symphonique dans la Symphonie n°3 en sol majeur (Ă©criture dense de la fugue dans son final, claire rĂ©vĂ©rence au français Rameau qu’admirait le prince Paul III Anton Esterhazy, aprĂšs son sĂ©jour parisien de 1756).

MĂȘme rĂ©sonances liturgiques pour la Symphonie I:26 dite « Lamentatione » (1768) dans laquelle Haydn recycle deux mĂ©lodies de choral (cantilation de la Passion, et Lamentation de JĂ©rĂ©mie).

antonini giovanni portrait_antoniniGiovanni Antonini s’intĂ©resse Ă  ces Symphonies chorales d’une nouvelle profondeur mystique : oĂč l’évangĂ©liste, JĂ©sus, Judas semblent par le truchement des effets d’écritures et des instruments solistes prendre la parole dans la dĂ©roulement orchestral, tout Ă  coup investi d’une dramaturgie souterraine. La mĂ©ditation, sur la mort du Christ, annonçant le miracle pascal Ă  suivre Ă©tant contenu dans l’Adagio postĂ©rieur. Le chef dĂ©voile combien 15 annĂ©es avant les symphonies de pleine maturitĂ©, cette Lamentatione, entre autres dans le menuet conclusif, dĂ©veloppe une densitĂ© et une intĂ©rioritĂ© grave, inouĂŻe mĂȘme qui prĂ©figure les opus les plus ambitieux, dont la Symphonie que Antonini place Ă  sa suite, la n°79, en fa majeur, modĂšle classique en 4 mouvements mais dont la facĂ©tie inventive du Maestro, assure l’étonnante modernitĂ©, comme l’originalitĂ© puissante. On reste convaincu par l’intelligence du programme et la sĂ©lection des piĂšces dans leur enchaĂźnement qui fait sens.

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Cd, critique. HAYDN :  Symphonies « Lamentatione », n°26 / n°79, n°30 « Alleluia » (Antonini, 2017 – 1cd Alpha 678, coll « Haydn 2032 » vol 6)

LIRE aussi notre critique complÚte du cd HAYDN : Il Distratto par Giovanni Antonini (1 cd Alpha) 
haydn 2032 il distratto symphonies 12 cimarosa maestro di cappella giovanni antonini cd review cd critique classiquenews CLIC de classiquenews mars 2017Des 3 symphonies ici traitĂ©es, ne prenons qu’un Ă©pisode emblĂ©matique. Non pas la premiĂšre de la sĂ©lection, n°60 qui donne son nom au programme (conçue pour la comĂ©die intitulĂ©e « Il Distratto »), mais nous prĂ©fĂ©rons demeurĂ© sur notre excellente impression, produite par l’Adagio de la n°12 qui s’impose par sa profondeur et son rayonnement simple. Sublime introspection (plage 12), tel un dĂ©sert sans issue et au cordes seules, qui touche par son Ă©pure quasi austĂšre …

CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Chrystoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE

gounod-charles-dossier-2018-gounod-2018-centenaire-Charles_Gounod_001CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Chrystoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE. Baryton mordant et souple, d’une diction flexible et dĂ©taillĂ©e, prĂ©cise et nuancĂ©e, Tassis Christoyannis a construit pas Ă  pas une solide carriĂšre d’interprĂšte qui sur les planches est complĂ©tĂ©e par un rĂ©el talent d’acteur : classiquenews en a tĂ©moignĂ© dans les derniĂšres productions prĂ©sentĂ©es Ă  l’OpĂ©ra de Tours chez Puccini (Il Tabarro) ou chez Mozart (superbe et Ă©lectrique Don Giovanni). En diseur, le chanteur relĂšve les dĂ©fis de la prosodie et de l’articulation du français avec la mĂȘme intelligence propice, dĂ©voilant non sans lĂ©gitimitĂ©, le gĂ©nie du Gounod mĂ©lodiste. Or celui ci demeure mĂ©connu, il a pourtant laissĂ© plus de 120 titres dont le tiers en 
 anglais (composĂ©es lors de son exil entre 1870 et 1874 Ă  Londres, aprĂšs la chute du Second Empire ; et ici, reprĂ©sentĂ©es par les 3 mĂ©morables : Maid of Athens, Good night, Sweet baby, sleep
).

Le génie du Gounod mélodiste enfin révélé

GOUNOD-melodies-tassis-christoyannis-critique-cd-review-cd-par-classiquenewsDe Berlioz et ses Nuits d’étĂ©, on retrouve d’ailleurs le poĂšme de ThĂ©ophile Gaultier : « Ma belle amie est morte », mis en musique par Gounod, en ouverture de ce fabuleux programme, d’autant mieux convaincant, qu’il est chantĂ© par un homme, versus une femme chez Berlioz. ComplĂ©tant l’évolution du genre avant FaurĂ© et Massenet, Ravel et Debussy, les mĂ©lodies de Gounod offrent une attention spĂ©cifique aux textes poĂ©tiques et Ă  la ligne du piano, de moins en moins accompagnateur et plutĂŽt complice et partenaire du chant inspirĂ©. Le timbre du baryton Ă©claire de l’intĂ©rieur chaque poĂšme, avec une acuitĂ© de sculpteur ; une aisance et une certitude dĂ©taillĂ©e qui indique aussi sa sensibilitĂ© de peintre, soucieux du caractĂšre comme de la couleur de chaque sĂ©quence poĂ©tique. Un tel mĂ©tier s’est accompli et enrichi au cours de ses prĂ©cĂ©dents programmes de mĂ©lodies françaises dĂ©diĂ©s Ă  Lalo, de la Tombelle, FĂ©licien David sans omettre Benjamin Godard. Avec Gounod, la suavitĂ© lumineuse et ce mordant linguistique sont ciselĂ©s avec davantage encore de suggestion nuancĂ©e (comme de flexibilitĂ©, passages en voix mixte comme en voix de tĂȘte). Un travail d’orfĂšvre qui sauve enfin notre connaissance encore si confidentielle de l’histoire de la mĂ©lodie française romantique.

CLIC D'OR macaron 200Au clavier, Jeff Cohen, alerte, prĂ©cis, et lui aussi nuancĂ©, dĂ©ployant mille nuances entre le forte et le piano, indique ce Gounod, prĂ©curseur de FaurĂ©, vrai poĂšte de l’élĂ©gance rentrĂ©e et de la pudeur orfĂ©vrĂ©e. Superbe rĂ©cital. VoilĂ  n bien bel ouvrage qui comble notre mĂ©connaissance du Gounod mĂ©lodiste, tout en enrichissant le catalogue des Ă©ditions majeures du Bicentenaire GOUNOD 2018

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CD, critique. GOUNOD : mĂ©lodies. Tassis Christoyannis, baryton / Jeff Cohen, piano – 1 cd APARTE – durĂ©e : 1h20mn – enregistrĂ© en dec 2017.

FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE / AIX 2018

france3 logo 2014FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE. Affiche d’étĂ© pour ce nouveau magazine musical prĂ©sentĂ© par Anne Saint-Clair. Fauteuils d’Orchestre prend ses quartiers d’étĂ©, ce 4 juillet au sein du Festival d’Aix-en-Provence qui fĂȘte ses 70 ans. C’est donc l’un des plus anciens festivals estival français, instituĂ© au lendemain de la seconde guerre, comme une initiative fĂ©dĂ©ratrice, oĂč les opĂ©ras de Mozart composaient alors (comme Ă  Salzbourg, son modĂšle instituĂ© en 1922 par Richard Strauss entre autres), le cƓur Ă©clatant.
Depuis soixante-dix ans, la vocation du Festival d’Aix-en-Provence a toujours Ă©tĂ© de valoriser l’art lyrique, en invitant des artistes dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbres et au rayonnement international, mais aussi de jeunes musiciens, chanteurs, compositeurs ou metteurs en scĂšne prometteurs. C’est en compagnie de certains de ces artistes fidĂšles au Festival qu’Anne Sinclair fĂȘte l’anniversaire d’un Ă©vĂ©nement qui malgrĂ© l’élargissement de ses activitĂ©s et la multiplication des actions de sensibilisation, n’en reste pas moins l’un des festivals les plus Ă©litiste de l’été : sont conviĂ©s sur le plateau de France 3 Ă  Aix, les sopranos StĂ©phanie d’Oustrac, Julie Fuchs, Sabine Devieilhe ; les tĂ©nors Charles Castronovo, Stanislas de Barbeyrac, le Quatuor Arod, mais aussi Josef Wagner, Huw Montague Rendall, Jakub JĂłsef Orlinski, Mari Eriksmoen, Kelebogile Besong, Vincent Huguet, Robert Carsen, Erik Orsenna

Au programme, du Mozart, bien sĂ»r, puisque chaque annĂ©e depuis sa crĂ©ation le Festival le met Ă  l’honneur, mais aussi Bizet, Purcell, Rossini, Strauss, Haendel
 Avec l’Orchestre de Paris, dirigĂ© par Louis LangrĂ©e.

 
 

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FAUTEUILS D’ORCHESTRE. FRANCE 3. Mercredi 4 juillet 2018, 20h55. FAUTEUILS D’ORCHESTRE. Au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence PrĂ©sentĂ©e par Anne Sinclair

 
 
 
 

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PrĂ©cĂ©dents numĂ©ros du magazine FAUTEUILS D’ORCHESTRE sur FRANCE 2 :

 
 

logo_france_3_114142_wideFRANCE 3, Lundi 18 dĂ©cembre 2017, 20h55. Fauteuils d’orchestre. Avec Roberto Alagna, Aleksandra Kurzak, Frederico Alagna, Natalie Dessay, la famille Casadesus : Jean-Claude, Caroline, Thomas et David Enhco, Khatia Buniatishvili et sa sƓur Gvantsa, Anne et Yann QueffĂ©lec et Gaspard Dehaene, Sarah et Deborah Nemtanu, Diana Damrau et son Ă©poux Nicolas TestĂ©, les enfants du projet DEMOS, Jodie Devos, le Sirba Octet
 AnimĂ© par Anne Sinclair. EN LIRE +

   
 

fauteuil-d-orchestre-renaud-capucon-france3-582France 3. Renaud Capuçon, Fauteuils d’orchestre, le 6 janvier 2017, 20h55. France 3 joue la carte culture et musique en prime, grĂące Ă  sa case « Spectacles ». AprĂšs avoir consacrer les mĂ©rites du baryton Ruggero Raimondi, le Don Giovanni de Losey, voici le violoniste français Renaud Capuçon, ses amis, son frĂšre (Gauthier, violoncelliste) et bien d’autres invitĂ©s. Le classique s’invite dans votre salon, en grand format pour prĂ©senter « le parcours d’une vie », mĂȘme si le violloniste ainsi fĂȘtĂ© est loin d’avoir fini sa carriĂšre. EN LIRE +

 
 

france3 logo 2014CE SOIR. France 3, vendredi 11 dĂ©cembre 2015. Fauteuilsraimondi ruggero baryton d’orchestre: Ruggero Raimondi. La musique classique, le parcours d’une vie. France 3 en prime time propose un nouveau rendez vous classique qui met en scĂšne la biographie d’un grand interprĂšte d’opĂ©ra, en structurant le plateau entre talk et live ; entre les deux espaces qui alternent et se complĂštent, un immense Ă©cran diffuse les images oĂč l’invitĂ© rĂ©alise ses prises de rĂŽles mĂ©morables
 Anne Sinclair en mĂ©lomane curieuse et critique voudrait-elle reprendre le flambeau laissĂ© vacant par Jacques Chancel quand il Ă©merveillait la France entiĂšre et Ă  l’heure de grande Ă©coute, au temps du Grand Echiquier ? C’est certain il manque actuellement une grande Ă©mission de direct dĂ©diĂ© au classique, mais non pas conçu selon l’actualitĂ© du moment mais autour de fortes personnalitĂ©s, tempĂ©raments artistes et interprĂštes d’exception Ă  la fois profond, authentique, accessible, un mix subtil entre Ă©lĂ©gance, Ă©rudition et culture, accessibilitĂ©, charisme, sensibilitĂ©. EN LIRE +
 
 
 

CD BERNSTEIN 2018. Bilan sur les derniĂšres parutions discographiques Ă©ditĂ©es Ă  l’occasion du centenaire Leonard Bernstein 2018.

BERNSTEIN 2018. Bilan sur les derniĂšres parutions discographiques Ă©ditĂ©es Ă  l’occasion du centenaire Leonard Bernstein 2018.

 

 

 

the sounf of leonard bernstein cd 3 cd review critique cd par classiquenewsCoffret The sound of Leonard Bernstein (3 cd Warner classics). MĂȘme s(il paraĂźt bien sur la couverture  en de nombreuses occurrences dans le livret (succint) qui accompagne le triple coffret, Bernstein est ici le compositeur (et non le chef), interprĂ©tĂ© par ses confrĂšres maestros (Rattle, PrĂ©vin, Sado, Tilson Thomas…). Les cd 1 et 3 suscitent notre enthousiasme : au sommaire du premier cd, l’ébourriffante ouverture de Candide par les britanniques dĂ©boutonnĂ©s, ivres de fanfaronade (le smusiicens du LSO London Symphony Orchestra, sous la baguette nerveuse, ronflante d’AndrĂ© PrĂ©vin. Puis, la narration plus Ă©lectique encore de « Facsimile », partition fleuve, par ses contrastes cultivĂ©s avec soin par un Bernstein, dĂ©miurge capable de tout : parfois grave, rien que virtuose, le piano sourd et agile dialogue sans rĂ©el dessein avec un orchestre suractif, parfois bavard et pompeux : du pur Bernstein (Wayne Marshall, piano, avec Paavo JĂ€rvi et le City of Birmangham SO) : peu profonde, hyperactive, la partition tient ses dĂ©fis, ceux d’une page orchestralement dansante et vivace, idĂ©ale pour sa destination chorĂ©graphique. Immersion dans l’univers dĂ©jantĂ© et rĂ©tro amĂ©ricain, l’ouverture de Wonderfull Town par la fanfare du Birmangham contemporary Music Group, Ă©lectrisĂ© par Rattle (plage 19 : onctuositĂ©, bavardage et surenchĂšre expressive proche de l’hystĂ©rie
). Plus intĂ©ressant encore « Prelude, fugue et Riffs », improvisation jazzy pour clarinette et piano avec ensemble de jazz (Paavo JĂ€rvi) : portĂ© par une urgence et une tension rythmique qui semble brĂ»ler les musiciens de l’orchestre
 l’ensemble alterne crĂ©pitements et langueur sirupeuse dans lequel la sublime clarinette, velours et ligne ondulante de Sabine Meyer apporte une nonchalance enchantĂ©e.
CD3 : le fleuron de la derniĂšre galette demeure la Symphonie Kaddish (1963, rĂ©visĂ©e en 1977) qui porte les questionnements intĂ©rieurs du Bernstein fervent, celui que taraude l’identitĂ© juive et la notion de sens et de direction de la priĂšre. Comme MASS, l’opus est une libre et trĂšs personnelle proposition spirituelle (plus que sacrĂ©e et religieuse) selon la sensibilitĂ© polymorphe et toujours inquiĂšte de Bernstein. Du reste,sous couvert de personnalitĂ©, l’oeuvre n’en manque pas, mais surlignĂ© par la voix rĂ©guliĂšre du rĂ©citant, elle confine parfois au bavardage (dĂ©faut Ă  peine rĂ©parĂ© avec sa rĂ©vision de 1977 oĂč Bernstein coupe nombre de paroles et de texte pour davantage d’unitĂ© et d’intensitĂ© sans dilution, cette fois pour un rĂ©citant homme ou une rĂ©citante femme / en 2003, une nouvelle version du texte Dialogue avec Dieu du poĂšte Samuel Pisar, sollicitĂ© par Bernstein avant sa mort, est crĂ©Ă©e). La tension qu’entretiennent le choeur et les cuivres, rĂ©sonne du contexte de guerre froide propre aux annĂ©es 1960 : la menace nuclĂ©aire est omniprĂ©sente dans les titres de l’actualitĂ© dĂ©jĂ  hystĂ©rique et catastrophiste. Bernstein a militĂ© contre le nuclĂ©aire (marche de Washington, mars 1962). Elle rĂ©active l’ombre du grand satan fasciste et antisĂ©mite : l’anĂ©antissement Ă©tant un thĂšme rĂ©current chez Bernstein. Mais le compositeur dans les textes rĂ©citĂ©s ici, cite aussi sa propre relation contradictoire au pĂšre ; lien du fils Ă  Dieu, pressions, incomprĂ©hension, conflits propre Ă  toute famille et qui s’adoucissent avec le temps et le vieillissement de l’un et l’autre.
La partition est une commande de la fondation Koussevitsky, pour Charles Munch alors directeur du Symphonique de Boston. Au final, le compositeur alors chef du Philharmonique de New York, Ă©crit lui-mĂȘme le texte inspirĂ© par le kaddish, hymne hĂ©braĂŻque de louange Ă  Dieu, rĂ©citĂ© dans les cours religieux des Synagogues mais aussi au moment des funĂ©railles, car c’est aussi la priĂšre des endeuillĂ©s. Ce qu’exprime parfaitement le texte de la soprano (kaddish l’istesso tempo / plage 2), vĂ©ritable instant de pacification suspendue. Bernstein dĂ©pose dans cette oeuvre touchante et sincĂšre, sa propre profession de foi pour un monde rĂ©conciliĂ©, pour des hommes redevenus humains, c’est Ă  dire prĂȘts Ă  aimer et non se battre. FraternitĂ© plutĂŽt que violence et destruction. Le Finale, aux cordes suintantes, Ăąpres, d’une spiritualitĂ© creusĂ©e Ă  la maniĂšre d’un Mahler, grand modĂšle pour Bernstein le chef, conclut dans l’inquiĂ©tude voire l’angoisse cette ample rĂ©flexion sur le devenir et l’identitĂ© humaine. Il y a certes des Ă©clairs et nuĂ©es lumineuses, ascensionnelles, mais l’urgence et l’activitĂ© menacĂ©e de l’orchestre et des choeurs en fin de parcours, indiquent l’ombre du dĂ©clin, inĂ©luctable, inexorable
 Avec des solistes d’une aura planĂ©taire, tels que Yehudi Menuhin en rĂ©citant (!), et surtout le soprano cristallin, humain de Karita Mattila (sublime), l’oeuvre symphonique crĂ©Ă©e en 1963, ne pouvait ainsi Ă  Paris en 1977 (Philhar de Radio France dirigĂ© par Yutaka Sado), de meilleurs interprĂštes.

 

 

 

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MASS BERNSTEIN cd deutsche grammophon nezet seguin annonce preview cd critique cd review par classiquenews 53A5318012E91B9E631A0470CF7B342FCLIC D'OR macaron 200MASS (NĂ©zet-SĂ©guin, 2 cd Deutsche Grammophon, 2017). C’est une partition Ă©clectique, expĂ©rimentale, dĂ©jantĂ©e, fonciĂšrement populaire d’un Bernstein plus inclassable que jamais. MASS est une partition unique, dĂ©lirante, provocatrice voire dĂ©jantĂ©e dont la forme pluridisciplinaire associant choeur, solistes, danseurs, orchestre classique et guitare Ă©lectrique, renseigne Ă©videmment sur le gĂ©nie gĂ©nĂ©reux, gourmand et gourmet d’un Bernstein qui fusionne populaire et savant. Les textes sont empruntĂ©s Ă  l’ordinaire de la messe en latin, et par Bernstein et l’auteur pour Broadway Stephen Schwartz. La commande en revient Ă  Jacqueline Kennedy, le 8 septembre 1971 pour l’inauguration Ă  Washington du John F. Kennedy Center for the Performing Arts. ConspuĂ©e, dĂ©nigrĂ©e par les critique amĂ©ricains, l’oeuvre attend toujours une juste Ă©valuation quand le public l’a toujours apprĂ©ciĂ©, sensible Ă  son accessibilitĂ© polymorphe, son entrain, ses ruptures et ses rythmes contrastĂ©s. Le noble, le populaire : Bernstein gomme les rites, repousse les frontiĂšres, rĂ©invente l’idĂ©e mĂȘme d’une messe, cĂ©lĂ©bration, transe collective. Une priĂšre pour le vivre ensemble, pour toutes les Ă©poques. L’architecture de l’oeuvre, ample fresque sociale et collective rĂ©sonne des heurts et dysfonctionnements des sociĂ©tĂ©s humaines : les dissonances, les tensions et les cris, les confrontations sur scĂšne entre les divers groupes en prĂ©sence illustrent ce chaos qui menace en permanence l’ordre du monde

Ainsi Bernstein organise sa Messe atypique autour d’un Celebrant, d’un choeur adulte et d’un choeur d’enfants, de chanteurs populaires (Street singers), vĂ©ritables acteurs qui interpellent, animent, rythment le dĂ©roulement de ce rituel collectif, quand il est mise en scĂšne (ce que souhaitait aussi Bernstein).
Yannick Nézet Séguin a la verve et la tension nécessaires pour réussir une lecture unitaire malgré la menace de dispersion. Tout converge aprÚs des épisodes chaotiques vers cette fin de réconciliation fraternelle (ultime «  Sing God a Secret Song ») en dépit des oppositions et conflits exposés précédemment.
Vivant, palpitant, naviguant entre oratorio sĂ©rieux, transe populaire collective, panache et dĂ©lire du Music Hall et de la variĂ©tĂ©, le chef laisse toute sa place au fond critique de l’oeuvre. Mass interroge le sens de la messe, la place de Dieu, la destinĂ©e et le sens de l’humanitĂ©.
La vision suit l’inĂ©luctable fin qu’a conçue le compositeur, celle d’une paix salvatrice : «The Mass is ended; go in peace » . La Messe est finie, allez en paix.
Chanteurs engagĂ©s, orchestre versatile, expressif, le chef saisit la singularitĂ© d’une piĂšce orchestrale et dramatique, spectaculaire, et pourtant intime. VoilĂ  un bien bel hommage Ă  Leonard Bernstein qui aurait eu cent ans : le 25 aoĂ»t 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

 

 

 

LIRE notre présentation de MASS de Bernstein :
http://www.classiquenews.com/paris-la-philharmonie-affiche-mass-loratorio-dejante-de-bernstein/

 

 

 

AGENDA
L’Orchestre National de Lille affiche l’oeuvre inclassable du compositeur amĂ©ricain les 29 et 30 juin 2018 : concert Ă©vĂ©nement qui clĂŽt la saison 2017-2018 de l’ONL et demeure le temps fort de l’annĂ©e Bernstein en France

LILLE, MASS de Leonard BernsteinBLOCH-alexandre-bloch-maestro-orchestre-national-de-lille-classiquenews-thumbnail_portrait-HD@Jean-Baptiste-Millot
Vendredi 29 (20h) et Samedi 30 juin 2018 (18h30)
Lille, Nouveau SiĂšcle
RĂ©citant, choeur et ensembles
Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction
Pour clore sa saison 2017-2018, l’Orchestre National de Lille rĂ©alise Mass de Bersntein,
oeuvre hors normes, au format instrumental, textuel, référentiel unique en son genre.
Une partition inclassable à la mesure du génie délirant, poétique de son auteur

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BERNSTEIN ON BROADWAY 028947998341cvr_1521731493_1521731493CLIC_macaron_2014BERNSTEIN ON BROADWAY (1 cd DG Deutsche Grammophon). Le CLIC s’impose pour cet unique cd qui fait une Ă©loquente et irrĂ©sisitble entrĂ©e en matiĂšre au gĂ©nie mĂ©lodique du Bernstein capable de renouveler le musical de Broadway et donc revivifier l’écriture dramatique amĂ©ricaine. Outre West Side Story par Bernstein, version 1982, opĂ©ratique, absolue, dĂ©sormais lĂ©gendaire (avec JosĂ© Carreras / Te Kanawa, Horne, et Tatiana Troyanos), saluons les extraits de autres absolus, d’une facĂ©tie subtile et dĂ©lirante : ON THE TOWN, avec les excellents et pĂ©tillants (Tyne Daly / Kurt Ollmann), l’ineffable tragĂ©dienne larmoyante (“Carried away” par la sublime Frederica von Stade dans un emploi oĂč elle excelle) ; citons aussi « Lucky to be me » par Thomas Hampson, noble et amoureux : le pĂ©taradant et collectif (Ya got me et son orchestration sublimant un mambo endiablĂ© ; version Michael Tilson Thomas et le LSO). Enfin la version royale de CANDIDE par Bernstein lui-mĂȘme et les impeccables Niccolai Gedda (d’une finesse savoureuse dans ce jeu entre frivolitĂ© et profondeur), June Anderson (son “Glitter and be gay”, est Ă  jamais inusable), sans omettre Christa Ludwig (“I am easily assimilated”, parodie d’accent latino Ă  la clĂ©). Le cd en 18 plages rĂ©unit de sublimes pages, l’essentiel d’un Bernstein dĂ©licat, raffinĂ©, facĂ©tieux, voire fanfaronnant : vrai gĂ©nie du thĂ©Ăątre dĂ©jantĂ©, poĂ©tique, dĂ©lirant. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

 

 

 

 

LIRE aussi notre grand dossier BERNSTEIN 2018, avec l’intĂ©grale des oeuvres de Bernstein Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon, Ă©lu coffret Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e BERNSTEIN par la RĂ©daction de classiquenews …

 

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CD, COFFRETS

 

 

bernstein leonard coffret 1 set box cd critique presentation leonard bernstein par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD, coffret. LEONARD BERNSTEIN : THE COMPLETE RECORDINGS ON DEUTSCHE GRAMMOPHON & DECCA. C’est un monstre devenu sacrĂ© parmi les chefs d’orchestre et compositeurs du 20e siĂšcle qui ont indiscutablement comptĂ© ; Leonard Bernstein a marquĂ© la scĂšne musicale de son temps comme peu d’autres musiciens, en particulier dans la seconde moitiĂ© du siĂšcle : il aura contribuĂ© comme chef, entre autres Ă  la rĂ©vĂ©lation des symphonies de Gustav Mahler (Ă  la suite de Bruno Walter) ; comme pĂ©dagogue inspirĂ©, il sait sensibiliser un trĂšs vaste public, dont les jeunes gĂ©nĂ©rations, en dirigeant le Symphony of the Air Orchestra à la tĂ©lĂ©vision lors de la cĂ©lĂšbre sĂ©rie d’émissions Omnibus. Ainsi de 1958 Ă  1972, il prĂ©sente les Young People’s Concerts permettant la comprĂ©hension de la musique classique, en particulier symphonique Ă  une trĂšs vaste audience
 ; comme compositeur, touchant Ă  tous les genres, en particulier Ă  l’écriture lyrique, Bernstein aura en 1957, rĂ©volutionnĂ© et renouveler considĂ©rablement le genre de la comĂ©die musicale, avec une tendresse et un esprit tragique peu communs (West Side Story, au souffle lĂ©gendaire et au succĂšs planĂ©taire)
 L’annĂ©e suivante dĂšs 1958 et jusqu’en 1969, Bernstein acquiert un statut de lĂ©gende de la baguette en devenant directeur musical du Philharmonique de New York. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du coffret BERNSTEIN DG / DECCA 2018

 

 

 

 

 

 

 

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BERNSTEIN A QUIET PLACE  orch montreal kent nagano DECCA 2 cd review cd la critique cd opera par classiquenewsCLIC_macaron_2014Cd Ă©vĂ©nement, critique. BERNSTEIN: A quiet place (Nagano, OSM 2 cd Decca, 2017). Ce pourrait ĂȘtre tout simplement le premier nouvel enregistrement CHOC de l’annĂ©e Bernstein 2018 (pour son centenaire), avec certainement MASS (chez DG, Ă©ditĂ© au dĂ©but de cette annĂ©e anniversaire et dirigĂ© par le quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin). Directeur musical de l’OSM Orchestre Symphonique de Montreal, KENT NAGANO éblouit littĂ©ralement dancette version chambriste inĂ©dite, premiĂšre au disque, oĂč scintille l’intelligence du chant dialoguĂ©, l’équilibre d’un orchestre complice et suractif mais jamais couvrant, et un plateau superlatif de solistes qui savent dessiner avec beaucoup de finesse comme d’humanitĂ©, le profil de chaque protagoniste, dont surtout la famille des proches : Sam le pĂšre et ses deux enfants, la fille Dede et Junior le garçon “atypique”
 De sorte qu’au dĂ©but, la mosaĂŻque sociale bruyante et bavarde, devient conversation intime, d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©chirante, un thĂ©Ăątre dĂ©pouillé   Parution, juin 2018. CD CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2018. EN LIRE +

 

DVD, Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : LUCIO SILLA (Petibon, SanteFe / Guth, Madrid, sept 2017 – dvd Bel Air classiques)

lucio-silla-mozart-teatro-real-madrid-dvd-review-par-classiquenews-petibon-critique-dvd-classiquenewsDVD, Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : LUCIO SILLA (Petibon, SanteFe / Guth, Madrid, sept 2017 – dvd Bel Air classiques). Opera seria de jeunesse, mais partition majeure et mĂ»re, Lucio Silla (Milan, 1772) fut crĂ©Ă© Ă  Vienne (Theater an der Wien). Ici gravĂ©e en 2017, la production de ce dvd a Ă©tĂ© produite en 2015 dĂ©jĂ , sous la direction Ăąpre, affĂ»tĂ©e, presque hallucinĂ©e du regrettĂ© Harnoncourt. InspirĂ© par la vision du maestro lĂ©gendaire, le metteur en scĂšne Claus Guth, familier des Mozart Ă  Salzbourg, signe une lecture non moins incisive, tragique, dĂ©sespĂ©rĂ©e ; qui met en lumiĂšre la part dĂ©munie, impuissante des individualitĂ©s Ă©prouvĂ©es. Bien que Mozart soit encore adolescent, 16 ans, il signe un seria 
 romantique, davantage inscrit dans les tourments et l’impuissance des Ăąmes amoureuses (Giunia et son aimĂ© Cecilio) confrontĂ©s, Ă©prouvĂ©s par l’exercice de la dictature aveugle et haineuse, jalouse et barbare (Lucio Silla). Pour mieux souligner la mĂ©tamorphose qui s’opĂšre dans l’esprit du politique – basculement lumineux de la cruautĂ© Ă  la bontĂ© et au renoncement (comme dans son dernier seria, La Clemenza di Tito), il faut au prĂ©alable et dans un premiĂšre dĂ©roulement dramatique ciselĂ© comme ici, toute la noirceur exposĂ©e de situations tendues, de parodies de tortures Ă  peine dĂ©guisĂ©es pour renforcer l’effet du pardon final. De l’enfer humain, Ă  la salvation collective.

 
 

 

 

A 16 ans, Mozart réinvente le seria dont il fait un théùtre ùpre et romantique

La Giunia superlative de Patricia Petibon

petibon bel air classiques critique par classiquenews bac150-bac450-lucio-silla-143-javier-del-realLa scĂšne que convoque Claus Guth est donc celle d’un monde dĂ©shumanisĂ©, enclin au mal, au diable en blanc et noir, oĂč la sociĂ©tĂ© terrorisĂ©e est la proie des fantaisies abjectes d’un empereur alcoolique, instable, furieux. Guth nous plonge dans les visions de ces ĂȘtres martyrisĂ©s ou frustrĂ©s et imagine tout un bestiaire fantastique d’ombres et de sang rĂ©pandu qui citent les prisons et la torture immorale qu’on y rĂ©alise sans vergogne.
Reste la direction moins vive et acĂ©rĂ©e d’Ivor Bolton, en place de son prĂ©dĂ©cesseur, habitĂ©, inspirĂ©, illusionniste d’une magie dĂ©lirante, Harnoncourt. La comparaison est hĂ©las assez tragique pour le chef britannique, qui peine Ă  nourrir la tension Ă  l’image de ce thĂ©Ăątre visuellement barbare et cynique. On se surprend toujours Ă  penser Ă  la jeunesse de Mozart et pourtant capable d’une intelligence et justesse psychologique exceptionnelle.

Des deux distributions alors en alternance Ă  l’automne 2017, celle rĂ©unie autour de
Patricia Petibon ne mĂ©rite que des Ă©loges tant la vraisemblance physique et vocale apportĂ©e Ă  chaque personnage de cet Ă©chiquier sadique, suscite de trouble et de vĂ©ritĂ©. A 16 ans, proche de Goethe (son Mitridate prĂ©cĂ©dent Ă©tait dans la veine d’un romantisme noir et impuissant, essentiellement tragique), Mozart redouble d’invention tĂ©nĂ©breuse, ausculte avec une hypersensibilitĂ© le monde souterrain des Ăąmes chancelantes et tragiques ; il rĂ©invente aussi le langage mĂȘme du seria, dont il interrompt l’ariditĂ© systĂ©matique des rĂ©citatifs secs et des airs accompagnĂ©s, grĂące Ă  une Ă©criture orchestrale, plus libre, constante, trĂšs caractĂ©risĂ©e. L’écriture de l’orchestre et la conception mĂȘme des coloratoure (en particulier pour le rĂŽle axial, central, de Giunia) suit trĂšs prĂ©cisĂ©ment les jalons Ă©motionnels de chaque individu.
Ainsi la Giunia de Patricia Petibon (qui selon la dĂ©claration de l’éditeur, fait ses adieux en 2017 Ă  Madrid dans un rĂŽle qui l’a hissĂ© au sommet), bouleverse, captive, saisit par son brio vocal, son agilitĂ© de coloratoure expressive et percutante, son jeu physique aussi, trĂšs abouti, sa ligne et ses intentions constamment portĂ©es, renforcĂ©es par une volontĂ© libertaire voire rĂ©volutionnaire absolument convaincante : il fallait bien ce dvd pour fixer une telle incarnation (Ă©vidence beaucoup moins manifeste chez sa consƓur Julie Fuchs, dans la distribution II, certes encore verte dans un rĂŽle de soprano coloratoure parmi les plus redoutable du rĂ©pertoire ; comme Constanze plus tard, prisonniĂšre du Pacha dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, la Giunia de Petibon est juste et d’une impeccable sincĂ©ritĂ© : elle affirme une volontĂ© fĂ©minine d’une audace souveraine qui contraste avec les futures tragĂ©diennes passives, languissantes et dĂ©munies du XIXĂš Ă  venir.
Ici tous les protagonistes ont un cƓur vaillant prĂȘt Ă  en dĂ©coudre contre l’arbitraire politique. Du reste, c’est bien l’opĂ©ra des LumiĂšres, et en particulier les opĂ©ras de Mozart (songez Ă  Suzanna dans les Noces ou Despina dans Cosi)
 qui produit des portraits fĂ©minins absolument admirables par leur ardeur et leur tĂ©nacitĂ©.
La cohĂ©rence dans la choix des solistes versus les enjeux passionnels, Ă©motionnels de leurs personnages respectifs restitue ce labyrinthe psychologique, huit clos certes promis Ă  une heureuse rĂ©solution, mais si Ă©corchĂ©, vif, Ăąpre avant la fin. EngagĂ©, acidulĂ©, le Cecilio lui aussi Ă©prouvĂ© de Silvia Tro SantafĂ© (dans un rĂŽle travesti qui lui va comme un gant), rayonne par sa vĂ©ritĂ© et son Ă©paisseur. On reste troublĂ© par l’intelligence et le discernement humain dont fut capable le Mozart adolescent. OĂč-a-t-on vu, Ă©coutĂ© un thĂ©Ăątre aussi raffinĂ©, Ă©lĂ©gant, virtuose et tout autant passionnel, embrasĂ©, juste ? L’égal au XVIIIĂš en ses premiers jalons lyriques de Haendel et Monteverdi qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Cette captation majeure mĂ©rite le CLIC de CLASSIQUENEWS et soulignant par des inteprĂštes de premier plan, la profondeur unique de l’opĂ©ra mozartien.

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CLIC_macaron_2014DVD, critique. MOZART : LUCIO SILLA. Petibon, Tro SantĂ©, Streit / Guth, Bolton (2 dvd Bel Air classiques – oct 2017, Madrid, Teatro Real). CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2018. Parution : dĂ©but juin 2018.

MOZART : LUCIO SILLA
Dramma per musica en trois actes (1772)
Musique : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret : Giovanni de Gamerra avec l’aide de MĂ©tastase
Lucio Silla : Kurt Streit
Giunia : Patricia Petibon
Cecilio : Silvia Tro Santafé
Lucio Cinna : Inga Kalna
Celia : María José Moreno
Aufidio : Kenneth Tarver
Orchestre et ChƓurs du Teatro Real – Madrid
Direction musicale : Ivor Bolton
Mise en scĂšne : Claus Guth
Supervision de la reprise : Tine Buyse
DĂ©cors et costumes : Christian Schmidt
LumiĂšres : Manfred Voss
Dramaturgie : Ronny Dietrich

FICHE TECHNIQUE
Enregistrement HD : Teatro Real – Madrid | 10/2017‹RĂ©alisation : JĂ©rĂ©mie Cuvillier
Date de parution : 8 juin 2018
Distribution : Outhere Distribution France

2 DVD‹RĂ©fĂ©rence : BAC150
Code-barre : 3760115301504
Durée : 180 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR‹Image : Couleur, 16/9, NTSC
Son : PCM 2.0, Dolby Digital 5.1
Code région : 0

1 BLU-RAY‹RĂ©fĂ©rence : BAC450
Code-barre : 3760115304505
Durée : 180 min.
Livret : FR / ANG / ALL / ESP
Sous-titres : FR / ANG / ALL / ESP / ITA / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, Full HD
Son : PCM 2.0, DTS HD Master audio 5.1
Code région : A, B, C

https://belairclassiques.com/film/mozart-lucio-silla-petibon-tro-santafe-streit-madrid-bolton-guth-dvd-blu-ray

LIVRE événement, critique. Christophe Mirambeau : André messager, le passeur de siÚcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)

messager-passeur-de-siecle-livre-critique-annonce-par-classiquenews-musqiue-romantique-francaise-par-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Christophe Mirambeau : AndrĂ© messager, le passeur de siĂšcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)
 VoilĂ  un titre mal choisi qui ne rend guĂšre compte de la stature artistique d’un chef impĂ©rial (aussi souverain Ă  son Ă©poque : il a crĂ©Ă© PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy qui lui avait dĂ©diĂ© son opĂ©ra !) que mĂ©connu voire mĂ©sestimĂ© aujourd’hui : AndrĂ© Messager (1853 – 1929) dont il faut aussi rĂ©tablir la qualitĂ© de compositeur pour la scĂšne lyrique. Capable de revivifier un genre avant lui sublimĂ© par Lecocq, Messager illumine vĂ©ritablement la scĂšne thĂ©Ăątrale par ses ouvrages qui fusionnent lĂ©gĂšretĂ©, finesse, Ă©lĂ©gance : l’opĂ©rette lui doit ses plus triomphes, en France et en Europe. Le livre Ă©ditĂ© par Actes Sud Ă©claire l’inspiration miraculeuse d’un gĂ©nie des planches, capable sur des livrets trĂšs Ă©troits, de tisser une somptueuse parure lyrique et orchestrale. Ainsi de page en page, sont Ă©voquĂ©es avec force dĂ©tails, genĂšse et crĂ©ation des partitions Ă  (trĂšs grand) succĂšs de cet « Offenbach »  entre XIXĂš et XXĂš : Isoline (1888), La Basoche (1890), Madame ChrysanthĂšme (1893), Miss Dollar (1893), Le Chevalier d’Harmental (1896), Les P’tites Michu (1897, rĂ©cemment reprises, cf notre agenda en fin d’article), La Montagne enchantĂ©e (1897), VĂ©ronique (1898), Fortunio (1907), Monsieur Beaucaire (1919), L’Amour masquĂ© (1923), PassionĂ©ment (1926), Coup de roulis (1928). C’est un itinĂ©raire exceptionnellement fĂ©cond (qui demeure indĂ©fectiblement liĂ© Ă  l’histoire de l’OpĂ©ra Comique / salle Favart dont il est le chef d’orchestre atitrĂ© sous la direction de Albert CarrĂ©, Ă  partir de 1898); Messager nous laisse un catalogue des mieux inspirĂ©s qui imposent le respect. Et demande Ă  ĂȘtre rĂ©Ă©valuer.
Plus qu’un passeur, Messager fut entre les deux siĂšcles (XIXĂš / XXĂš), un maestro charismatique, un ardent acteur de la crĂ©ation contemporaine, Ă  l’époque de Saint-SaĂ«ns, Massenet, Debussy et Ravel. Sans omettre les Ballets Russes… Ce que souligne les 16 chapitres de ce texte sĂ©rieusement documentĂ© (en particulier riche en anecdotes sur le milieu artistique Ă  Paris et Ă  Londres car Messager avait aussi des responsabilitĂ©s au Covent Garden), c’est l’intuition et le goĂ»t infaillibles de l’artiste, homme cultivĂ©, monstre de travail, et selon sa sensibilitĂ©, admirateur militant des opĂ©ras de Wagner (il est Ă  Bayreuth avec FaurĂ© dĂšs 1882): c’est d’ailleurs grĂące Ă  Messageri qu’en 1908, 1909, Paris peut enfin Ă©couter la TĂ©tralogie de Wagner, (- aprĂšs Londres justement) dirigeant Le CrĂ©puscule des Dieux et L’Or du Rhin avec un triomphe qui depuis ne s’est jamais dĂ©menti. La passion parisienne pour Wagner est due en grande partie Ă  ce wagnĂ©rien capable de comprendre et de jouer le thĂ©Ăątre de Wagner
 comme personne (Ă  en lire les tĂ©moignages et critiques de l’époque). Le chef semble avoir toutes les qualitĂ©s : devenu co directeur de l’OpĂ©ra de Paris (Garnier, avec un dĂ©nommĂ© Broussan, intriguant de 2Ăš zone, chargĂ© moins de la question artistique que de gestion administrative), Messager (qui devient aussi directeur de la SociĂ©tĂ© des Concerts) rĂ©alise une programmation enfin digne de la maison lyrique, favorisant Ă©videmment Wagner (premiĂšre TĂ©tralogie, Tristan und Isolde ; et bientĂŽt Parsifal en 1913
), l’opĂ©ra français (Faust de Gounod), mais aussi, vision prophĂ©tique et d’une modernitĂ© inouĂŻe lĂ  encore, Hippolyte et Aricie de Rameau (avec le concours de son cher ami Saint-SaĂ«ns, ardent dĂ©fenseur de l’opĂ©ra français baroque
).
Alerte, la plume dresse un portrait enjouĂ© de cet homme d’exception dont la liaison houleuse et chaotique avec Mary Garden, crĂ©atrice lĂ©gendaire de MĂ©lisande, en rĂ©vĂšle un visage beaucoup moins admirable si l’on en croit le tĂ©moignage de l’intĂ©ressĂ©e. Quoiqu’il en soit, voici un texte majeur pour qui veut mieux connaĂźtre le profil artistique du chef compositeur, dans son Ă©poque, laquelle est aussi idĂ©alement restituĂ©e.

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CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Christophe Mirambeau : AndrĂ© messager, le passeur de siĂšcle (Actes Sud / Pal B Zane, 2018)
 Editions Actes Sud Beaux Arts – Parution : mai 2018 / 11,0 x 17,6 / 512 pages – CoĂ©dition Pal B Zane – ISBN 978-2-330-10264-7 – Prix indicatif : 13, 50€. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2018

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AGENDA mai et juin 2018. Les P’tites Michu, opĂ©rette de Messager, actuellement Ă  l’affiche :
Au ThĂ©Ăątre Graslin, Nantes (jusqu’au 24 mai 2018), au Centre des bords de Marne, Le Perreux (le 31 mai), au Grand ThĂ©Ăątre (Angers) (les 10 et 12 juin) ; enfin Ă  l’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet, Paris (du 12 au 29 juin 2018).

CD critique. CREATIONS : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016).

creation quatuor de vendome clarinette cd review critique cd par classiquenews kla046couv_lowCD, critique. “CREATIONS” : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). FondĂ© en 2002, le Quatuor VendĂŽme diffuse l’excellence chambriste des clarinettes associĂ©es, au service de la musique de chambre et en particulier de l’écriture contemporaine. Ce nouveau jalon de leur discographie en tĂ©moigne avec force et Ă©clat. Il s’agit d’un corpus enregistrĂ© depuis 2011 et qui s’est conclu en 2016. Commande des VendĂŽme, la Sonata de Bacri (la plage 1) dĂ©veloppe tout d’abord, un Ă©pisode sourd et presque inquiĂ©tant (Sonata a quattro, juin 2016) qui enchante et captive par la sonoritĂ© insidieuse, le timbre galbĂ© et rond des quatre clarinettes. C’est d’emblĂ©e un remarquable travail sur le poli du son collectif et par sĂ©quence, une caractĂ©risation attentive aux climats enchainĂ©s, de plus en plus agitĂ©e, Ă©lectrique mĂȘme (molto vigoroso dĂ©bouchant sur un allegro de forme sonate).

Dans « feux d’artifice » de Karol Beffa, les quatre mouvements jouent la surenchĂšre en caractĂ©risation lĂ  encore : swing, tĂ©nĂšbres, pulsation, acuitĂ© rythmique du dernier (d’une vivacitĂ© Ă  la Bernstein). L’agilitĂ© et la parfaite synchronicitĂ© des quatre instrumentistes s’affirment, dans la technicitĂ© bouillonnante et concertĂ©e selon la trĂ©pidation exigĂ©e (virevoltant Swing, ou vitalitĂ© de Rythmique). L’accord plus nuancĂ©, la recherche du timbre, sa rĂ©sonance, sa profondeur, sa couleur s’affichent avec sensibilitĂ© dans « TenĂ©breux »  C’est un jeu formel mais aussi d’une parfaite prĂ©cision et mise en place, obtenue par les quatre solistes. Beffa exige urgence et ivresse des sensations dans une sorte de retable de la pulsion dont les quatre volets peuvent ĂȘtre jouĂ©s selon le vƓu du compositeur, sĂ©parĂ©ment.

Plus profond, d’une ardente aspiration verticale comme le mouvement arriĂšre d’une sĂ©quence rĂ©trodynamique, la premiĂšre partie de « Ground IV » / Passacaille IV de Thierry Escaich est emblĂ©matique de l’écriture de son auteur : celle d’une Ă©nergie intĂ©rieure d’une activitĂ© constante qui avance en une acuitĂ© vivace qui combine diversitĂ© rythmique et aussi une certaine ironie mĂ©lodique. La 2Ăš partie explore comme en sourdine le mĂȘme univers harmonique mais comme Ă  reculons et plus nuancĂ© encore, comme Ă  distance, mais l’acuitĂ© des accents des quatre musiciens restitue cette tapisserie sonore d’une grande variĂ©tĂ© rythmique, dont l’intonation et la tension, interrogent « la logique et le bouillonnement de la Passacaille » (sujet central de cette sĂ©quence), vont crescendo.

FacĂ©tieux, d’une culture pleine de rĂ©fĂ©rences (baroques et pop), l’écriture de Guillaume Connesson, dans « PrĂ©lude and Funk » dĂ©veloppe un lyrisme tĂ©nĂ©breux en noir, languissant, inquiĂ©tant Ă  travers des lignes Ă©tirĂ©es et piano qui convoquent un climat de crĂ©puscule marquĂ© par l’ombre (entre tristesse et dĂ©solation). Puis, la piĂšce se libĂšre dans la lumiĂšre et dans une acuitĂ© rythmique survoltĂ©e (Connesson parle de la joie d’un Ă©clat de rire), dans sa partie finale « Funk » de plus de 6 mn : en une sĂ©quence sur une basse obsessionnelle qui semble tourner Ă  vide, Ă  la fois interrogation et transe (vertige final, libĂ©ratoire).

Enfin plus proche de nous encore, d’un compositeur qui est le plus jeune (en vĂ©ritĂ© il est de la gĂ©nĂ©ration de Karoll Beffa nĂ© en 1973), « Face Ă  face » de Bruno Mantovani (nĂ© en 1974) est lui aussi un diptyque : fugacitĂ© de traits rapides, expĂ©diĂ©s, vifs argent comme des flammĂšches, la premiĂšre partie exige une synchronicitĂ© collective comme Ă©mise par un seul souffle. LĂ  encore c’est une approche ciselĂ©e du son, sa hauteur, ses limites, – frontiĂšre tĂ©nue entre le bruit et la note, Ă©mission et intention, confrontations, oppositions, conflits Ă©tant au coeur de l’écriture. Objectif, brut, franc : le geste collectif recherche surtout la projection directe, d’une intensitĂ© primitive en un discours apparemment fragmentĂ©, mais qui prend un relief renouvelĂ© s’il est placĂ© dans une optique sĂ©quentielle favorisant l’expression de la syncope, la diversitĂ© des effets sonores (l’individualisation plutĂŽt que la cohĂ©sion des parties) : l’agilitĂ© des instrumentistes confrontĂ©s Ă  une batterie d’annotations trĂšs diffĂ©rentes, et qui renouvellent totalement l’utilisation de l’instrument, parfois dans une optique rĂ©dĂ©finie du concerto grosso baroque, affirme une Ă©tonnante maĂźtrise.

CLIC D'OR macaron 200A travers les 5 Ă©critures ici rĂ©unies, toutes contemporaines, toutes totalement diffĂ©rentes et minutieusement caractĂ©risĂ©es, toutes françaises, c’est bien la palette de toutes les ressources expressives de chaque instrument qui est sollicitĂ©e : Ă©prouvĂ©es techniquement, dans une Ă©coute collective Ă  rĂ©gler au moindre dĂ©tail et dans la nuance la plus infime, les 4 clarinettes du Quatuor VendĂŽme dĂ©montrent une Ă©tonnante complicitĂ© qui relĂšve les dĂ©fis auxquels ils sont confrontĂ©s. Impressionnant rĂ©sultat.

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CD, critique. CREATIONS : QUATUOR VENDOME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). QUATUOR VENDÔME, Paris / CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

Clarinettes : Franck AMET, Nicolas BALDEYROU, Alexandre CHABOD, Julien CHABOD

http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/creations-detail


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quatuor vendome klarthe records creations critique cd portrait entretien pour classiquenewsLIRE AUSSI notre entretien portrait avec le QUATUOR VENDÔME, au sujet du cd CrĂ©ations / ENTRETIEN AVEC LE QUATUOR VENDÔME. En mai 2018, paraissait chez Klarthe records, un programme rĂ©jouissant, totalement dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation, mĂȘlant des oeuvres signĂ©es Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 quatuor de compositeurs vivants rĂ©pondant au geste explorateur d’un quatuor en connexion avec son Ă©poque : http://www.classiquenews.com/entretien-avec-le-quatuor-vendome-creations/

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Cd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe)

kla054couv_low sublime idylle schumann klarthe cd critique par classiquenewsCd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe). Il est des programmes dont la conception se montre passionnante, rĂ©vĂ©lant comme ici, et l’imaginaire d’un artiste dont le sens du phrasĂ© s’accomplit, et la secrĂšte et tenace cohĂ©sion entre le verbe poĂ©tique portĂ© par la voix et sa transcription prĂ©servĂ©e dans la matiĂšre mĂȘme du piano. Le programme sait habilement croiser le tempĂ©rament quasi gĂ©mellaire (sur le plan musical et de la crĂ©ation) de chaque membre du couple Clara et Robert Schumann. A l’homme revient l’esprit dĂ©doublĂ©, la syncope et la rupture enchaĂźnĂ©e que produit l’alternance de sa nature, et agitĂ©e et extatique (ainsi que l’expriment les Intermezzi opus 4, flamboyantes esquisses de jeunesse d’un Schumann gĂ©nialement inspirĂ©) ; Ă  la femme, la saveur Ă©perdue d’un lyrisme d’une tendresse caressante, presque maternelle, d’une douceur enveloppante qui suscite elle aussi, de sublimes Ă©clats intĂ©rieurs. Au mĂ©rite du pianiste genevois Christophe Sturzenegger, le soin de cette articulation poĂ©tique qui ressuscite le dialogue secret entre Clara et Robert.

On demeure confondus par la justesse Ă©motionnelle des piĂšces ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es. Sommet de la musique de Clara, l’Agitato funambule, Ă©chevelĂ© presque inquiet pulsionnel en panique (plage 9, qui conclut les Trois Romances) Ă©blouit par l’intelligence de son Ă©noncĂ© vĂ©ritable miroitement et extase Ă©perdue dont la couleur Brahmsienne souligne combien avec raison la jeune femme fut entre Robert et le jeune Johannes Brahms (depuis leur rencontre Ă  Dusseldorf) une muse, initiatrice, pythie d’un lien indĂ©fectible, affectif artistique, essentiel au sein d’une fraternitĂ© musicale dont chaque membre fut admirateur de la musicienne, l’une des meilleures pianistes de son Ă©poque. Les Romances opus 21 sont dĂ©dicacĂ©es Ă  Johannes par une Clara qui semble avoir tout compris de l’amour, du labyrinthe des sentiments, vertige, abandon, extase, – dĂ©sir et aussi 
 folie. La clairvoyance supĂ©rieure qui Ă©mane de ces 3 pages captive. Elle entre rĂ©sonance indicible avec les Ɠuvres de son mari Ă©coutĂ©es en dĂ©but de programme.

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoBel enchaĂźnement avec les lieder de Robert (d’aprĂšs Eichendorf) mais ici dans la transcription d’une sensibilitĂ© vive, allusive et murmurĂ©e, signĂ©e, conçue par l’Ă©pouse amoureuse, uniquement pour le clavier. Rien que sa version / traduction sans paroles, du n°13, « Mondnacht » affirme une saisissante facultĂ© Ă  embraser tout le mystĂšre de la passion naissante encore Ă©vanescente, extatique
 cette capacitĂ© Ă  comprendre ce qu’a composĂ© son mari Robert, initialement pour voix et piano, Ă©blouit. L’Ă©locution du piano de Clara sans la voix atteint une indicible poĂ©sie tant le langage pianistique et toutes les ressources de son Ă©criture, Ă©galent le grain et le sens de la voix en un chant d’une expressivitĂ© rayonnante (Ă©noncĂ© d’une subtilitĂ© conquĂ©rante du dernier des 6 lieder ainsi transcrits : « FrĂŒhlingsnacht »). le choix s’avĂšre d’autant plus pertinent que le cycle de mĂ©lodies est Ă©crit Ă  l’époque oĂč Robert obtient enfin la main de celle qui sera son Ă©pouse, l’étoile de sa vie, reconnaissant lui-mĂȘme combien la figure de Clara inspire tout le recueil propre au dĂ©but des annĂ©es 1840 (Liederkreis opus 39, publiĂ© en 1842).

schumann robert clara essai Philippe andreVoilĂ  une excellente introduction au thĂšme et ses 5 variations de l’opus 13 dont Robert expose d’abord la gravitas entre Schubert et Beethoven et qui inspire ensuite dans les 5 variations qui suivent, une Ă©loquence contrastĂ©e dont la versatilitĂ© Ă©lĂ©ment rĂ©current essentiel chez Schumann, nous captive elle aussi. FrĂ©nĂ©sie brĂ»lante de la premiĂšre, berceuse enchantĂ©e de la 2e, crĂ©pitement nerveux plus cabrĂ© de la 3e, questionnement suspendu et murmurĂ© de la 4e, rĂȘve Ă©veillĂ© et surgissement d’une extase suspendue de la 5e. Rien de moins. La versatilitĂ© Ă©merveillĂ©e qui rayonne alors de tout le cycle par la courte durĂ©e de chaque variation, Ă©voque Chopin : intensitĂ© Ă©motionnelle de chaque sĂ©quence, ivresse poĂ©tique du geste et du caractĂšre, d’autant plus quand est rĂ©itĂ©rĂ©, le thĂšme initial, mais alors en conclusion, avec une profondeur hallucinĂ©e, quasi spectrale, davantage saisissante dans cette rĂ©exposition Ă©nigmatique. La lecture qu’en dĂ©voile le pianiste est aussi proche de l’allusion et du mystĂšre que possible, nous laissant comme saisis nous mĂȘmes par la traversĂ©e de climats aussi prenants.
Pour finir,le pianiste et compositeur ajoute 6 mĂ©lodies de son crĂ» : AnakrĂŽn IV sur des poĂšmes de la suisse Corinna Bille : denses, intenses, eux aussi trĂšs contrastĂ©es (et superbement tonales et postromantiques), les sĂ©quences chantĂ©es par l’excellente soprano ClĂ©mence Tilquin prolongent ce cheminement Ă©motionnel d’une rare vivacitĂ©. D’un constant raffinement.
Superbe rĂ©cital qui est un hommage Ă  l’amour, celui de Robert pour Clara, et vice versa. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

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CLIC_macaron_2014Cd, critique. CHRISTOPHE STURZENEGGER, piano. SUBLIME IDYLLE : Clara et Robert Schumann (1 cd Klarthe records) – enregistrĂ© sur Steinway D395870 – La Chaux de Fonds, Suisse, juin 2017.

http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/sublime-idylle-detail

CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). GIARDINO D’AMORE

cd review critique cd par classiquenews stefan plewniak cd the heart of europe critique classiquenews 5905279916043_600CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). Comment rĂ©aliser un mixte entre ce goĂ»t de la spatialitĂ© sonore, avec percussions rĂ©sonantes, Ă  la Savall, et une vitalitĂ© des cordes recouvrĂ©e
 dans le sillage de l’énergique Reinhardt Goebel ? Le voici, sous la conduite de l’excellent violoniste polonais Stefan Plewniak, – heureux fondateur de nombreux ensembles sur instruments d’époque, et qui Ă  la diffĂ©rence de la majoritĂ© des ensembles ronflants, dĂ©sormais bien identifiĂ©s en France, « ose », dĂ©friche des rĂ©pertoires, ressuscite des perles musicales qui engagent un programme – forcĂ©ment militant, associe d’autres phalanges (ici le choeur  Corona Regni Poloniae – polonais) avec l’orchestre Il Giardino d’Amore (crĂ©Ă© Ă  Cracovie en 2016, Ă©tabli Ă  Vienne et Ă  Cracovie) : entre Autriche et Pologne, c’est une suractivitĂ© qui suscite la surprise, la curiositĂ©, et aprĂšs Ă©coute, l’enthousiasme.

Stefan Plewniak et Il Giardino d’Amore : le nouveau son baroque

A l’heure oĂč l’on regrette tant d’approches roboratives, plutĂŽt ennuyeuses, – au sein de la jeune gĂ©nĂ©ration des baroqueux
, le geste plein d’allant, d’envie, de dĂ©sir de Stefan Plewniak, qui a Ă©tĂ© formĂ© aussi Ă  Paris – aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©lĂšve au Conservatoire de Cracovie (sa ville natale), permet d’espĂ©rer un renouveau de l’esprit baroqueux, plombĂ© aujourd’hui par un confort tranquille, devenu lĂ©nifiant. Et si un vent nouveau rĂ©insufflant au Baroque ce qu’il avait connu il y a 35 ans, et qu’il a perdu peu Ă  peu, nous venait ici de Pologne, comme simultanĂ©ment de Hongrie (voir ce que rĂ©alise Ă  Budapest, le chef hongrois remarquable ramĂ©lien entre autres, Gyorgy Vashegy) ?

HISTOIRE MUSICALE POLONAISE, ENTRE ORIENT ET OCCIDENT
 TempĂ©rament Ă©mergeant dans la sphĂšre baroqueuse donc, le violoniste Stephan Plewniak et son ensemble Il Giardino d’amore abordent un rĂ©pertoire qu’ils ont lĂ©gitimitĂ© Ă  jouer et interprĂ©ter : la musique polonaise baroque. Le programme Ă©claire un important patrimoine musical qui est liĂ© Ă  l’identitĂ© mĂȘme du pays, convoitĂ© par les Turcs, entre Orient et Occident. L’Ă©vocation de l’invasion hongroise est d’ailleurs directement illustrĂ©e dans le Chant de l’asservissement de la Hongrie, texte trĂšs narratif et historiquement fouillĂ© sur les exactions de l’occupant et pillard turc. Le chef et concepteur du programme offre ainsi un rĂ©capitulatif synthĂ©tique de l’histoire musicale polonaise, du XVIĂš jusqu’au (premier) XVIIIĂš (jusqu’à Gorzcycki, mort en 1734).
La palette est large puisqu’elle remonte au XVI Ăšme quand les danses polonaises (intradas, pavannes, bransles,…) sont intĂ©grĂ©es aux compilations et tablatures françaises, flamandes, germaniques
 aprĂšs les recueils pseudo hymnaires vĂ©hiculant les idĂ©es nouvelles de la RĂ©forme, les jĂ©suites (installĂ©s dĂšs 1564) et la musique de la Contre-rĂ©forme inspirent une importante littĂ©rature religieuse qui profite de l’engagement jĂ©suite pour les arts : peinture, architecture, et surtout musique. Des Ă©coles pour enfants pauvres, des conservatoires, des Ă©glises, leurs collĂšges et leurs orgues surgissent et se multiplient dans le pays, soulignant combien la Pologne catholique et romaine est le bras armĂ© de l’Europe face aux menaces constantes de son voisin turc.

Les piĂšces choisies par Stephan Plewniak montrent Ă  quel point la Pologne religieuse intĂšgre immĂ©diat les Ă©lĂ©ments du style concertant, la polychoralitĂ© et le sens dramatique (monodie accompagnĂ©e dans le style opĂ©ratique), inventĂ©s par les VĂ©nitiens dans la premiĂšre moitiĂ© du XVII Ăšme. En tĂ©moignent les partitions Ă  la fois recueillies et majestueuses (intitulĂ©es souvent concerto mĂȘme) de Zielenski dont les partitions parfaites
 dans ce goĂ»t, son mĂȘme imprimĂ©es dans la CitĂ  lagunaire.
Offertoria (Ă  7 et 8 voix) montre d’ailleurs la somptuositĂ© d’une Ă©criture parfaitement polychorale, vivante, articulĂ©e.
Quoi de plus brillant que de prendre le meilleur de ceux qu’on a soumis ? Vainqueur des Turcs en 1683, Jean III SOBIESKI (“hetman” du champ de bataille) repousse et pourchasse enfin les Turcs, stoppant ainsi net l’impĂ©rialisme ottoman en Europe. Il apprĂ©cie la musique des Janissaires- orchestres militaires Turcs, et les intĂšgre dans le service ordinaire de sa cour. À la mĂȘme pĂ©riode, le grand compositeur Ă  la cour de Vienne, Fux (abordĂ© ici) intĂšgre lui aussi la riche percussion et les chalumeaux \ hautbois des Janissaires, exceptionnel alliage de timbres dĂ©sormais exotiques-, dans Turcaria de 1701, clair paysage martial aux teintes et rythmes directement Turcs
 Le Chef d’IlGiardino d’amore joue aussi la fameuse battaglia (1673) de Biber (dans le sillon de son maĂźtre Jordi Savall) : d’un rythme engageant, chaloupĂ©, d’un entrain saisissant lĂ  encore. Rappelons que Biber fait de mĂȘme que Zielenski en Pologne, il rapporte la majestueuse polychoralitĂ© vĂ©nitienne Ă  Salzbourg pour le Dom, cathĂ©drale de Salzbourg.
Enfin le programme met l’accent sur l’Ɠuvre europĂ©enne du compositeur Gorzcycki, mort en 1734 qui livre ainsi l’une des musiques les plus riches et Ă©loquentes de l’art sacrĂ© Ă  Cracovie au XVIII Ăšme (il fut maĂźtre de chapelle Ă  la CathĂ©drale de Wawel).
Les musiciens, instrumentistes et chanteurs, rĂ©unis sous la conduite de Stefan Plewniak affirment une belle souplesse collective, restituant sous le prĂ©texte martiale et historique, toute la majestĂ© sonore et l’activitĂ© chorale requises. Outre l’originalitĂ© des oeuvres choisies et ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es par le disque, la vitalitĂ© et la sincĂ©ritĂ© trĂšs habitĂ© du style, sĂ©duisent dans ce programme qui peut aussi se comprendre comme la rĂ©vĂ©lation d’un nouvel ensemble sur instruments baroques, dĂ©sormais Ă  suivre.

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CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015).
GIARDINO D’AMORE  / Stefan Plewniak, violon & direction