CD critique. ANGELA GHEORGHIU : ETERNAMENTE ( 1 cd Warner classics)

GHEORGHIU cd critique cd review soprano critique par classiquenews Angela-Gheorghiu-Eternamente_actu-imageCD critique. ANGELA GHEORGHIU : ETERNAMENTE ( 1 cd Warner classics). Les habits vĂ©ristes vont-ils bien Ă  Angela Gheorghiu ? Celle qui a chantĂ© Adriana Lecouvreur avec le tact et l’instinct que l’on sait ne seront pas déçus dans ce nouvel album qui doit sa rĂ©ussite Ă  l’engagement expressif de la chanteuse et aussi (surtout) complicitĂ© et apport de plus en plus rare dans ce type de projet, la coopĂ©ration toute en finesse du chef, aussi dĂ©taillĂ© que mesurĂ© dans ses effets (et dieu sait que dans le registre vĂ©riste il faut avoir de la mesure, au risque de sombrer dans la guimauve superfĂ©tatoire) : l’excellent Emmanuel Villaume dirigeant le PKF Prague Philharmonia. De surcroĂźt la prise de son est fine et prĂ©cise; magnifiquement rĂ©verbĂ©rĂ©e (plage 3 : 3Ăš sĂ©quence de Cavalleria Rusticana, avec un partenaire de luxe, le tĂ©nor maltais Joseph Calleja). On sait que la diva n’est pas belcantiste : aucun agilitĂ©, aucune virtuositĂ© technique dans les vocalises,
 MAIS un velours vocal, une fragilitĂ© incandescente qui s’affirme dĂšs les deux premiers airs du mĂȘme Cavalleria : sur le fil, dans une articulation qui n’est pas toujours parfaite, la couleur du chant, sa tendresse et ses aigus toujours admirablement couverts rendent idĂ©ale son incarnation des hĂ©roĂŻnes amoureuses, ivres de leur propre passion, sacrifiĂ©es, radicales. VoilĂ  pourquoi sa Traviata (comme sa Manon puccinienne) dont elle fait une femme trĂšs incarnĂ©e, – avec ce ruban miellĂ© Ă  la douceur d’une extrĂȘme pudeur dans l’émission, a toujours sĂ©duit. Une conception hyperfĂ©minine, d’une infinie tendresse, dans le sillon d’une RenĂ©e Fleming mais en plus fragile encore.
Ici, donc d’abord sa Santuzza bouleverse par la justesse d’émission si humaine et pourtant radicale : bien dans le respect de la rage jusqu’au boutiste du drame gĂ©nial conçu par Mascagni en 1890. VĂ©ritable manifeste de la nouvelle Ă©cole lyrique italienne en cette fin du XIXĂš.

Gioconda saisissante, LA GHEORGHIU
cultive et embrase sa fibre de tragédienne vériste

Plus contournĂ©e et moins sobre dans ses « effets », le Donaudy (O bel mio amato ben) ne laisse pas un souvenir impĂ©rissable : l’écriture est boursouflĂ©e et la ligne prĂ©visible, sans les harmonies audacieuses ou les intervalles parfois surprenants des plus grands vĂ©ristes.

En 1900, Puccini Ă©tonne, saisit dans sa Tosca, d’une ivresse inquiĂšte et ici, filigranĂ©e, presque en panique, 
 celle d’une Ăąme toujours fervente, pieuse qui ne comprends pas comment Dieu la rĂ©compense ainsi, en lui refusant le bonheur. La vibration nuancĂ©e lĂ  encore, cette extrĂȘme tendresse fragile s’avĂšrent particuliĂšrement justes et troublantes pour cette sĂ©quence qui demeure la grande priĂšre de Tosca. Les sons filĂ©s, les piani soutenus avec une force caressante, la gestion parfaite du souffle et la richesse dynamique de l’intention sont la signature d’une exceptionnelle diva, chanteuse et actrice. Comme Callas. Rien de moins.

Belle dĂ©couverte que celle de l’extrait de Mefistofele d’Arrigo Boito : « Spunta l’aurora pallida »  Ă  l’acte III, dans ce second air de Marguerite, « La Gheorghiu » dĂ©voile son incandescence versatile, capable de passer d’un sentiment Ă  l’autre, d’autant que l’orchestre, voile fantastique et surnaturelle (Boito comme personne aprĂšs Berlioz n’a su mieux comprendre le surnaturel glaçant du Faust de Goethe), suit la mĂȘme voie harmoniquement insidieuse et ascendante ; sacrifiĂ©e, ardente, Marguerite prĂȘte Ă  mourir, supplie Dieu de la pardonner. L’efficacitĂ© dramatique, la sidĂ©ration et le vertige dans les contrastes d’atmosphĂšres sont trĂšs rĂ©ussis, de la part de la soliste comme du chef lĂ  encore.

Minaudant et d’une fausse candeur, « Eternamente » d’Angelo Mascheroni qui donne le titre Ă  ce rĂ©cital trĂšs impliquĂ©, est comme le Donaudy : il ne laisse pas un caractĂšre immortel, en dĂ©pit de l’intensitĂ© que sait lui apporter la diva surpersensible.

Plus touchante, car plus dépouillée, la priÚre inscrite dans la pudeur intime, « Ombra di nube » de Licinio Refice touche autrement que les minauderies précitées (qualité et tenue du vibrato : peu de divas savent contrÎler ainsi mezza voce et bouche fermée).
On gagne un degrĂ© dans ce rĂ©alisme Ă  la fois noir et brutal avec Ponchielli : « Suicidio » de La Gioconda idĂ©alement campĂ©e, avec un orchestre sobre, prĂ©cis, parfaitement calibrĂ© (bravo au chef lĂ  encore) ; radicale, tendre, Angela Gheorghiu ajoute les couleurs qui lui sont chĂšres, celles de l’hallucination au diapason d’une situation littĂ©ralement insupportable. Jamais les graves chantĂ©s, Ă©noncĂ©s n’ont paru aussi chargĂ©s de dĂ©goĂ»t, de rancoeur impuissante
 celle de l’hĂ©roĂŻne condamnĂ©e, piĂ©gĂ©e par son bourreau auquel elle doit se donner (comme Tosca d’ailleurs, vis Ă  vis de l’infect Scarpia). Situation insupportable, crapuleuse
 la soprano s’y montre irrĂ©sistible.

Dans un chant quasi parlando, entre priĂšre et imprĂ©cation – si favorisĂ© par les vĂ©ristes, l’air suivant confirme les mĂȘmes qualitĂ©s d’actrice subtile de la diva roumaine (« No! se un pensier tortura » de Siberia de Giordano). Leoncavallo a Ă©crit aux cĂŽtĂ©s de celle de Puccini, sa BohĂšme (piquante), et tout autant moins connu, Zingari dont la cantatrice chante la chanson hongroise de la pulpeuse et ardente Fleana : une sƓur de la Carmen de Bizet, car la jeune femme avoue Ă  son protecteur l’aristocrate Radu, qu’elle s’est lassĂ©e de lui et en aime dĂ©jĂ  un autre. FĂ©line, sensuelle, Angela Gheorghiu sĂ©duit dans un air qui appelle la redĂ©couverte intĂ©grale de l’opĂ©ra.

CLIC_macaron_2014Enfin parmi les meilleurs Ă©pisodes, le dernier extrait d’Andrea ChĂ©nier de Giordano (acte I : « Partigi! ») conclut ce rĂ©cital au constant intĂ©rĂȘt. Certes Calleja apporte la sĂ©duction tendre lui aussi de son timbre amoureux (quoique parfois instable), mais c’est la Maddalena d’Angela Gheorghiu, son timbre en tension permanente, vibrĂ©e sans dĂ©formation, sa ligne, son souffle admirable, enfin la finesse de son intonation qui enchantent, et confĂšrent au duo du poĂšte et de celle qui a dĂ©cidĂ© de mourir avec lui, son intensitĂ©. L’écriture n’est pas aussi raffinĂ©e que celle de Puccini et l’on peine Ă  croire qu’il s’agit du plus beau duo vĂ©riste de l’histoire de l’opĂ©ra, comme on peut le lire dans le livret qui accompagne le cd
 mais force est de constater que les deux chanteurs savent exprimer la volontĂ© et le courage des deux amants qui s’apprĂȘtent Ă  mourir. FĂ©roces jusque dans la mort.
Dans le sillon d’une Mirella Freni, de Tebaldi aussi (dans Adriana Lecouvreur), de Callas surtout, Angela Gheorghiu nous montre sans forcer combien elle a l’étoffe d’une tragĂ©dienne vĂ©riste (Gioconda).

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CD Ă©vĂ©nement, critique. ANGELA GHEORGHIU, soprano : ETERNAMENTE. The Verismo album. PKF Prague Philharmonia – Emmaneul Villaume / 1 cd WARNER classics – enregistrĂ© Ă  Prague, en novembre et dĂ©cembre 2016.

Dossier cadeaux de NOËL 2017 : nos meilleurs cd, dvd, livres à offrir et à partager

CD de NoĂ«l 2016Dossier cadeaux de NOËL 2017 : nos meilleurs cd, dvd, livres Ă  offrir et Ă  partager. Quels titres Ă©ditĂ©s pendant l’annĂ©e 2017 ou plus rĂ©cemment sont-ils absolument Ă  offrir et Ă  partager ? La RĂ©daction de classiquenews a sĂ©lectionnĂ© le meilleur pour des instants hautement musicaux
 Et lĂ  encore, notre label “CLIC” de CLASSIQUENEWS distingue l’exceptionnel parmi la multitude d’éditions
 Consultez ce dossier rĂ©guliĂšrement d’ici les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017 : nous actualisons notre sĂ©lection au fur et Ă  mesure des titres reçus et distinguĂ©s.

 

 

 

 

COFFRETS événements : nos valeurs sûres

 

SOLTI : les années CHICAGO

solti chicago presentation review par classiquenewsCD coffret Ă©vĂ©nement : SOLTI – CHICAGO (coffret DECCA). Sir Georg Solti Ă  Chicago. L’édition Decca SOLTI / CHICAGO – Ă©ditĂ©e pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017-, dresse un tour d’horizon incontournable de ce que fut l’activitĂ© et l’oeuvre du plus fĂ©lin des chefs du XXĂš, Georg Solti Ă  la tĂȘte du Chicago Symphony Orchestra, Ă  partir de 1969. Hongrois naturalisĂ© britannique, le chef s’affirme ici en une suractivitĂ© Ă  l’échelle planĂ©taire : il confirme les affinitĂ©s de la phalange avec le grand rĂ©pertoire (germanique romantique), de Beethoven Ă  Brahms, sans omettre Mahler : car Solti est un cerveau qui aime les Ă©tagements dĂ©multipliĂ©s auxquels il sait rĂ©server une attention dĂ©taillĂ©e et prĂ©cise d’une indiscutable beautĂ© sonore. CHICAGO, 1969 : les dĂ©buts d’une formidable Ă©popĂ©e artistique et
 discographique. L’époque de son arrivĂ©e est celle d’une « belle endormie », l’équivalent d’un meuble de prestige Ă  peine exploitĂ© et qui n’était guĂšre connu aux USA et dans le monde. Au mĂ©rite de Solti revient sa notoriĂ©tĂ© dĂ©multipliĂ©e, en partie grĂące Ă  une politique de tournĂ©es (surtout en Europe, en Asie et en Australie), Ă©vĂ©nement dans l’histoire de la phalange amĂ©ricaine : avant Solti, le Chicago Symphony Orchestra (CSO) restait le seul orchestre parmi les Big 5 amĂ©ricains Ă  ne pas avoir traverser l’ocĂ©an
 Une situation de repli et d’auto cĂ©lĂ©bration, devenue stĂ©rile qui n’attendait que son pĂ©tulant nouveau directeur musical pour rayonner Ă  travers le monde. EN LIRE +

 

 

LA REINE REGINE…

 

CRESPIN-regine-coffret-10-cd-WARNER-classics-presentation-annonce-review-cd-critique-compte-rendu-par-classiquenews-cd-de-noel-2017-Regine-Crespin-Coffret-anniversaire_actu-imageCD coffret Ă©vĂ©nement, annonce. REGINE CRESPIN : a tribute / un hommage (1927-2007) / 1950-1989 – 10 cd WARNER classics. Pour ses 90 ans, et 10 ans aprĂšs sa mort (le 5 juillet 2007), Warner Classics cĂ©lĂšbre le gĂ©nie lyrique de RĂ©gine Crespin, soprano française qui fit carriĂšre simultanĂ©ment Ă  Maria Callas, comme cette derniĂšre dĂ©butant vĂ©ritablement Ă  la fin des annĂ©es 1940 et s’affirmant dans les trois dĂ©cennies qui suivent : 1950, 1960, 1970. Diva Ă  la distinction lĂ©gendaire, au timbre de diamant, capable d’articuler comme personne avant elle, « La Crespin » incarne l’apogĂ©e du style Ă©lĂ©gant, intelligible, dĂŽtĂ© d’un soprano clair et puissant, qui lui a permis de chanter, – raretĂ© mĂ©morable-, les grands rĂŽles wagnĂ©riens dont BrĂŒnnhilde, Elsa, Kundry, et les Wesendoncl lieder (en tĂ©moigne par exemple le CD2 qui concentre ses Wagner de 1961 sous la direction de Georges PrĂȘtre, chef familier de Maria Callas aussi). DouĂ©e pour l’allemand, RĂ©gine Crespin fut aux cĂŽtĂ©s de la Schwazkopf, sa rivale germanique, une MarĂ©chale tout aussi exquise et troublante dans Der Rosenkavalier de Richard Strauss (comme le rappelle Ă  juste titre le choix du visuel de couverture du coffret : y paraĂźt sa MarĂ©chale de 1964 au Met de New York). EN LIRE +

 

 

LA VOIX D’OR : PAVAROTTI FOREVER AND EVER…

 

Pavarotti-complete-opera-recordings-coffret-edition-limitee-Decca-DG-2017CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. NOEL 2017. LUCIANO PAVAROTTI, the complete opera recordings, DECCA – 95 cd + 6 blu ray pure audio). Avant notre grande critique et notre cycle de focus et analyses du coffret Ă©vĂ©nement PAVAROTTI (3 feuilletons thĂ©matisĂ©s Ă  venir), classiquenews souligne la valeur du legs discographique Ă©ditĂ© par DECCA, pour les 10 ans de la mort de Luciano Pavarotti. En Ă©ditant en version remastĂ©risĂ©e avec un riche livret illustrĂ© expliquant l’ampleur de l’hĂ©ritage musical du plus grand tĂ©nor du XXĂš, Decca a bien raison de proposer pour les fĂȘtes ce coffret Ă©vĂ©nement, comme il s’en Ă©tait agi des sublimes coffrets Deutsche Grammophon synthĂ©tisant en 3 coffrets Ă©vĂ©nements eux aussi, le legs KARAJAN. Ici, le tĂ©nor, artiste phĂ©nomĂ©nal, incarne un Ăąge d’or du Bel canto, en particulier italien, serviteur Ă©lĂ©gantissime au timbre brillant, solaire, des hĂ©ros de Bellini, Donizetti, Verdi et jusqu’au Puccini (Calaf). La musicalitĂ©, l’agilitĂ©, l’intensitĂ©, la technique accordĂ©e Ă  une grande intelligence psychologique, d’autant plus sidĂ©rante quand on sait que l’artiste Ă©tait piĂštre acteur ; car ici tout passe par la finesse et le contrĂŽle total des moyens vocaux. Luciano Pavarotti incarne les annĂ©es glorieuses de l’ùre du compact disque, soit les annĂ©es 1980. Ses partenaires fĂ©minines reprĂ©sentent aussi l’ñge d’or du chant bellinien et verdien : Joan Sutherland, Mirella Freni, 
 Le chant souverain, impĂ©rial s’impose encore Ă  nous comme celui de Callas (autre grande belcantiste). Aucun doute que Luciano Pavarotti n’a pas usurpĂ© son immense rayonnement planĂ©taire : son art se manifeste dans sa justesse, sa prĂ©cision, sa vĂ©ritĂ©. Un idĂ©al que recherche tout chanteur digne de ce nom. LIRE notre prĂ©sentation du coffret Pavarotti Ă©vĂ©nement

LIRE aussi notre feuilleton en 4 parties, prĂ©sentant, analysant tout ce qui fait la pertinence du coffret exceptionnel LUCIANO PAVAROTTI 2017 / The complete opera recordings – 101 cd / DECCA, DEUTSCHE GRAMMOPHON : Feuilleton 1 /

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD de NOËL 2017

 

florez_ cd MOzart cd sony classical review critique cd sony classical par classiquenews n CD Ă©vĂ©nement, rĂ©cital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical). COUP DE TONNERRE sur la planĂšte lyrique et rĂ©vĂ©lation inouĂŻe (l’évĂ©nement le plus intĂ©ressant en cette rentrĂ©e lyrique 2017) : le rossinien dĂ©jĂ  divin, Juan Diego-Florez, se rĂ©vĂšle mozartien miraculeux. DĂšs le dĂ©but du programme, la saisissante suractivitĂ© de l’orchestre, scintillante et rafraĂźchissante retient l’attention tout d’abord, dans une prise rĂ©verbĂ©rĂ©e comme il faut, oĂč jaillit comme un torrent douĂ© d’une irrĂ©sistible et saine vitalitĂ©, le tĂ©nor Juan Diego-Florez, puissant, articulĂ© et naturel, soutenu idĂ©alement, au legato impĂ©riale. Face Ă  son


 

 

Marin Marais sublimĂ©CD, compte rendu critique. MARIN MARAIS : Folies d’Espagne. Jay Bernfeld, Fuoco E Cenere (1 cd Paraty, juin 2016).  MARAIS Ă©lucidĂ©. On ne saurait exprimer prĂ©cisĂ©ment la satisfaction que procure l’écoute de ce programme enchanteur dĂ©diĂ© au compositeur et gambiste Marin Marais (1656-1728). Il rĂ©soud de loin et Ă  trĂšs haut niveau, le mouvement et l’esprit, l’expressivitĂ© et l’intĂ©rioritĂ©. Plus de 350 ans ont passĂ© mais le flambeau est ravivĂ© intact dans le jeu intense, intĂ©rieur, Ă©lĂ©gant, naturel de Jay Bernfeld, fondateur de son propre ensemble, Fuoco e Cenere. Le feu, la cendre (si l’on reprend le titre du collectif),
 

 

 

 

BACH JS BRANDEBOURG CONCERTOS berliner barock solisten reinhard goebel 2 cd sony classical critique cd review cd presentation par classiquenews CLIC de classiquenews decembre 2017 cadeau de NOEL 2017  dossier cd de NOEL 2017  le must to share._SX522_CD Ă©vĂ©nement, annonce. JS BACH : BRANDENBURG CONCERTOS / REINHARD GOEBEL (2 cd SONY classical, 2016). Reprise rĂ©jouissante. C’est la grande surprise de cette fin d’annĂ©e 2017 : le retour de Reinhard Goebel est une totale rĂ©ussite : la preuve Ă©loquente que le directeur musical, pilier de la rĂ©volution baroqueuse en Allemagne, n’a rien perdu de sa fougue audacieuse… 30 annĂ©es aprĂšs avoir gravĂ© une premiĂšre et lĂ©gendaire approche sur instruments d’époque des Concertos Brandebourgeois , – alors avec son ensemble aujourd’hui disparu Musica Antiqua Köln, le violoniste ressuscitĂ©, plus inspirĂ© et chantant que jamais, Reinhard Goebel, devenu chef, propose (ici fin 2016) une nouvelle version juvĂ©nile, superlative du cycle flamboyant signĂ© par un Bach des plus aimables et mondains. Le chef a rĂ©uni un collectif d’instrumentistes Ă©patants qui savent mĂȘler virtuositĂ©, finesse, total engagement et prĂ©cision. On croirait qu’ils viennent d’exhumer la partition et la lire avec un enthousiasme premier.
Les 6 Concertos mythiques, complĂ©tĂ© par la sinfonia BWV 174 – aux deux mouvements oĂč les cordes dĂ©collent et s’embrasent en une chorĂ©graphie en lĂ©vitation, illustrent avec Ă©loquence et entrain tout ce que l’intelligence musicale peut accomplir, dĂ©cidant des partis interprĂ©tatifs. Il en rĂ©sulte une lecture qui saisit par sa coupe nerveuse et tonique, un bain d’énergie et un festival de timbres (cordes, vents et cuivres d’une santĂ© concurrentielle) qui est aussi vivier de nuances en constante rĂ©invention.
Avec un nouvel ensemble berlinois – Berliner Barock Solisten, le pĂšre du mouvement baroqueux en Allemagne, aprĂšs Harnoncourt… EN LIRE +

 

 

 

 

 

 

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LIRE aussi notre dossier cd dvd livres de NOËL 2016

 

 

CD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer
Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical)

YENDE pretty dreams bellini cd review critique cd par classiquenews deception un ratage total par classiquenewsCD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer
Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical). Milan, avril 2017. Que s’est il passĂ© en Italie pour cet enregistrement qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre un flop ? DĂ©ception parmi les jeunes divas, en particulier de la part d’un jeune talent bellinien pourtant prometteur. On espĂ©rait beaucoup (trop peut-ĂȘtre) du second album de la sud africaine Pretty Yende : dans « Dreams » (aprĂšs « A Journey », premier cd carte de visite, prometteur il est vrai – malgrĂ© la faible tenue de l’orchestre), son rĂȘve s’écroule car le style si piquant, vif argent de ses derniers engagements, (on la vu encore sur la scĂšne de Bastille dans Lucia en octobre 2016 :LIRE notre compte rendu critique de Lucia avec Pretty Yende), s’efface ici pour un style standardisĂ©, international, « lisse », et artificiel qui rien que virtuose et « poseur » voire dĂ©monstrativement scolaire, devient hors sujet pour un programme oĂč devait rĂ©gner la subtilitĂ© et l’intĂ©rioritĂ© bellinienne. MĂȘme son français reste paresseux chez Gounod et Meyerbeer
 La diva nous avait habituĂ© Ă  mieux, beaucoup mieux. Quelle dĂ©sillusion.

FLOP… HĂ©las la diva si prometteuse perd de sa fraĂźcheur expressive pour un calibre de couleur standard, uniformisĂ© qui manque singuliĂšrement de caractĂšre et s’agissant du rĂ©pertoire français, d’articulation claire. Tout est jouĂ© dĂšs le premier air oĂč sa Marguerite (Faust de Gounod) patine sur le plan de l’articulation : aucune voyelle et des accents surjouĂ©s voire maniĂ©rĂ©s qui dĂ©forment le texte et fait perdre 60% de l intelligibilitĂ©. Son air des bijoux s’écroule. Curieusement le timbre se durcit, la voix roucoule en couleur outrĂ©e qui manque de finesse. Et surtout de sobriĂ©tĂ©. Qu’elle veuille chanter en français soit, mais il faudrait choisir un meilleur rĂ©pĂ©titeur. Et reprendre sĂ©rieusement son articulation.
L’agilitĂ© et la facilitĂ© de la coloratoure fascine Ă©videmment mais elle n’est que technique et Ă©choue Ă  transmettre rĂ©ellement un sentiment car ici tout est abordĂ© de la mĂȘme façon virtuose, voire systĂ©matique sans comprendre les enjeux dramatiques de chaque air.
Comble de la contradiction : a contrario de sa prestation Ă©coutĂ©e sur la scĂšne de Bastille il y a un an dĂ©jĂ  (octobre 2016), YENDE fait ici en studio, une Lucia impersonnelle, trĂšs agile certes, mais comprend-t-elle ce qui se joue quand la pauvre amoureuse et folle, devenue criminelle, imagine voir Edgardo ? L’Ă©vocation de l’harmonie cĂ©leste peine Ă  nous saisir d’autant que l’orchestre est joli, fleuri, et minaude
 comme elle.
Quelle dĂ©ception ! Ce cĂŽtĂ© lisse uniquement soucieux de beau son et de virtuositĂ©, reste hors sujet quand on conserve en tĂȘte ce qu’ont exprimĂ© ici les grandes belcantiste : Callas, CaballĂ© ou Anderson. Celles qui ont su infĂ©oder la technicitĂ© (que YENDE a) Ă  l’expression et au style.
Devenue star trop vite, la jeune femme sud africaine aux promesses « sidĂ©rantes », aussi immenses qu’une Jessye Norman quand elle se prĂ©sente alors au premier concours Bellini en 2009, a perdu toute qualitĂ© expressive, toute intelligence du texte, toute vĂ©ritĂ© du chant. Une machine Ă  vocalises, un instrument vocal capable d’Ă©mettre toutes les notes mais sans les investir d’une intention sincĂšre. Alors on pense Ă  un gĂąchis
 Que s’est-il passer ? Imparfaitement prĂ©parĂ©e ou mal coachĂ©e tant le français est instable, on reste sur la rĂ©serve car ici tout est rĂ©alisĂ© de façon artificielle ou perce le manque de finesse.

Un rien cocotte et minaudante, absente de toute profondeur, la diva enchaĂźne ensuite Linda de chamonix ; las, n’est pas Gruberova qui veut : toutes les notes sont lĂ  mais Ă©grĂ©nĂ©es comme sa Lucia prĂ©cĂ©dente. La grille stylistique n’a pas variĂ©e et les nuances sont les mĂȘmes : ce Bellini brille en pure et creuse virtuositĂ©.

Plus expressifs mais exigeant une prĂ©cision dynamique autrement plus proche du texte, les deux Bellini qui suivent font paraĂźtre les mĂȘmes limites : agilitĂ© mais intentions imprĂ©cises, et maniĂ©risme interchangeable. Sa Straniera figure de l’hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e par excellence qui se pĂąme et s’oublie avant la mort, manque de simplicitĂ© comme de relief et d’urgence comme de terreur intĂ©rieure (comment pourrait-il en ĂȘtre autrement avec un orchestre aussi Ă©pais et sirupeux ?).
MĂȘme ratage pur Amina de La Sonnambula : la diva manque d’intention expressive, de justesse dramatique ; c’est joli et rien que fleuri.

Le Meyerbeer hĂ©las s’avĂšre encore plus redoutable pour un français exotique qui reste hors contexte et dans l’air riche en vocalises Ă©videmment, totalement incomprĂ©hensible quand il est chantĂ©. Du reste l’air de Dinorah devient l’emblĂšme mĂȘme d’une artiste encore prometteuse qui se perd dans son propre chant enivrĂ©, narcissique, dĂ©connectĂ© d’expression et de sentiment.
Le bel canto n’est pas qu’une affaire de vocalises et d’agilité  ce second recueil ratĂ© Ă©ditĂ© pour Sony le dĂ©montre hĂ©las de façon exemplaire. Allons diva YENDE reprenez vous ou changez de coach. On oubliera vite ce volume qui mal prĂ©parĂ© et enregistrĂ© Ă  la hĂąte, gagnera Ă  ĂȘtre remisĂ© dans un placard. La jeune cantatrice mĂ©rite mieux et l’on attend son prochain disque d’un opĂ©ra intĂ©gral oĂč l’on pourra juger de son Ă©clat recouvrĂ© dans la durĂ©e d’une partition complĂšte.

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LIRE notre critique compte rendu complet du cd A journey… Pretty Yende (Sony classical, octobre 2016) / Bel enregistrement d’une jeune diva bel cantiste alors trĂšs prometteuse…
YENDE-pretty-cd-a-journey-582-582-cd-review-cd-compte-rendu-classiquenews-clic-de-classiquenews-Pretty-Yende-CoverCD, compte rendu critique. «  A journey »  Pretty Yende, soprano. Bel canto et opĂ©ras romantiques français : Rossini, Bellini, Donizetti, Gounod, Delibes
 (1cd Sony classical) – Jeune souveraine du beau chant
 Coloratoure exceptionnellement douĂ©e, la jeune soprano sud africaine Pretty Yende (Ă  peine trentenaire en 2016) fut rĂ©vĂ©lĂ©e avant tout dĂšs 2010, lors du premier Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini, seule compĂ©tition (française) dĂ©diĂ©e aux spĂ©cifiĂ©s du chant bellinien (c’est Ă  dire prĂ©verdien); son chant sĂ»r et raffinĂ© s’affirme ici au sommet de sa jeune carriĂšre, telle une nouvelle Jessye Norman, alliant la grĂące, le style, une technicitĂ© brillante et naturelle 
 au service des compositeurs lyriques d’avant Verdi : Rossini et son Ă©lĂ©gance virtuose ; Bellini et ses langueurs suaves d’une ineffable tendresse ; Donizetti, touche Ă  touche gĂ©niale autant dans la veine dramatique et tragique que comique et bouffone
 Soit de l’expressivitĂ© mordante et une noblesse naturelle doublĂ©e d’une technicitĂ© acrobatique avĂ©rĂ©e
 autant de qualitĂ©s qui lors du premier Concours prĂ©citĂ©, avait particuliĂšrement marquĂ© les esprits du Jury et du public.

CD, compte rendu critique. HAYDN 2032 : VOL 5. Symphonies / Kraus / L’homme de gĂ©nie. Kammerorchester Basel. Giovanni Antonini (1 cd Alpha, 2016)

joseph haydn giovanni antonini par classiquenews cd critique review cd symphonies CLIC de CLASSIQUENEWS kammerorchester basel giovanni antonini ALPHACD, compte rendu critique. HAYDN 2032 : VOL 5. Symphonies / Kraus / L’homme de gĂ©nie. Kammerorchester Basel. Giovanni Antonini (1 cd Alpha, 2016). Giovanni Antonini, flĂ»tiste remarquable (cf son dernier cd Telemann, absolument miraculeux par sa musicalitĂ© saisissante, CLIC de CLASSIQUENEWS / novembre 2016), est aussi un chef de talent comme ce nouveau volume de l’intĂ©grale symphonique dĂ©diĂ©e Ă  HAYDN le montre. Le maestro poursuit ici son intĂ©grale HAYDN (HADYN 2032 : toutes les symphonies pour son tricentenaire), un cycle qui nous mĂšne jusqu’en 2032 (le monde actuel existera-t-il encore ?), dans ce nouveau jalon musicalement trĂšs abouti, qui dans sa maĂźtrise en autorisant toutes les grĂąces dĂ©lirantes d’un compositeur de gĂ©nie, Ă©claire ce bouillonnement jaillissant d’un auteur de premier plan qui joue de la forme sans jamais perdre de vue l’idĂ©al qui l’inspire (comme Haendel). Brillant, Haydn est surtout vrai et profond. La vitalitĂ© fruitĂ©e des instruments d’époque autorise ce galbe sonore, vĂ©ritable ivresse dans chaque mouvement dont le caractĂšre singulier est rĂ©vĂ©lĂ©. Face Ă  tant d’équilibre entre sonoritĂ© ronde, Ă©loquence caractĂ©risĂ©e, dĂ©tail des timbres, et rebonds dramatiques, – microĂ©pisodes et architecture globale, on aimerait bien Ă©couter chef et orchestre dans Mozart (pour des opĂ©ras
 probablement de la mĂȘme fougue somptueuse ?).
antonini giovanni portrait_antoniniACCOMPLISSEMENT ESTHETIQUE ET SONORE. Le spectre des nuances ainsi dĂ©ployĂ©es, la richesse agogique, le raffinement dynamique et l’idĂ©al du format sonore installent objectivement un nouveau standard pour les orchestres sur instruments d’époque. VoilĂ  enfin un son gorgĂ© de saine vitalitĂ©, expressif, Ă©lĂ©gant et d’une richesse de couleurs et d’intonation, – inouĂŻe. A l’heure oĂč l’interprĂ©tation baroque et romantique s’essouffle par manque d’idĂ©es, de goĂ»t, de « philosophie » globale
, voilĂ  un idĂ©al concret qui pour nous, vaut manifeste et modĂšle Ă  suivre.
Entre les Currentzis, tapageur, pĂ©tulant, radical, et tous les autres directeurs musicaux de leur propre ensemble, qui rĂ©pĂštent toujours les mĂȘmes gestes pour toute les Ɠuvres choisies, Antonini rejoint Dantone, 
 deux chefs actuels de plus en plus convaincants, pour une lecture active, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, magnifiquement abouties des partitions sĂ©lectionnĂ©es.
Vite que la plupart des ensembles français s’en inspirent. Il y a bien longtemps que l’on avait pas Ă©coutĂ© une telle richesse, un tel miracle sonore. Tout le mĂ©rite en revient au milanais, Antonini, qui aprĂšs son intĂ©grale Beethoven avec le Kammerorchester de BĂąle, s’attache Ă  dĂ©voiler la fabrique Ă  merveilles haydnienne dans le cadre de son intĂ©grale Haydn 2032. Cycle enthousiasmant. Autant que le projet « authentique » lui aussi de Kent Nagano rĂ©cemment annonciateur d’un Ring de Wagner sur instruments d’époque (Le Ring de Wagner sur instruments d’époque par Nagano, dĂ©pĂȘche de juin 2017).

 

 

 

Volume 5 de son intégrale HAYDN 2032, le nouveau cd de Giovanni Antonini avec le Kammerorchester Basel, souligne avec élégance et raffinement tout

Le génie de HAYDN

 

 

HAYDN portrait par classiquenews Joseph_HaydnLa premiĂšre Symphonie n°80 (enregistrĂ©e en octobre 2016) affirme une maestriĂ  Ă  la fois savante, franche et naturelle : puissance, dramatisme « Sturm und Drang » et aussi marque personnelle, humour voire facĂ©tie qui se met Ă  distance de la forme sĂ©rieuse et de son dĂ©veloppement trop majestueux ? font les premiers dĂ©lices de cette lecture d’une maturitĂ© rĂ©jouissante. Haydn gagne ici grĂące Ă  la vitalitĂ© nerveuse et surtout tout en souplesse de Giovanni Antonini, une verve certes classique, purement viennoise, mais traversĂ©e par un Ă©lĂ©gance de chaque mesure. Il y a le nerf de Gluck et sa coupe dramatique (opĂ©ratique), le goĂ»t des contraste purement formels d’un CPE Bach, mais Joseph Hadyn apporte cette conscience Ă©largie du spectre sonore, qui cultive un rare Ă©quilibre entre expĂ©rimentation sonore et construction architecturale. Le souffle feutrĂ© intimiste de l’Adagio dĂ©montre la maĂźtrise du collectif dans l’art des Ă©quilibres, entre Ă©loquence enjouĂ©e, enivrĂ©e, et grĂące purement classique (Ă©quilibre bois, cuivres et cordes : un rĂ©gal tant les couleurs dĂ©taillĂ©es et les respirations sont justes), annonçant Mozart, sans omettre un feu dĂ©miurgique (certes apaisĂ©e et jamais allongĂ©) qui prĂ©figure le maĂźtre viennois Ă  venir : Beethoven.
Le Menuet rĂ©investit l’énergie active pleine d’entrain et de belle prestance, Ă©nergisant les vocalises des cordes somptueuses dans un Trio portĂ© par l’esprit de la danse: l’élĂ©gance du chef convainc totalement et s’inscrit dans une intĂ©grale qui promet d’ĂȘtre passionnante, l’égal des cycles lĂ©gendaires signĂ©s par Harnoncourt, Bruggen et rĂ©cemment Dantone chez Decca ?

Le volet ici enregistrĂ© approfondit le gĂ©nie symphonique de Haydn, tout en le faisant dialoguer avec l’écriture de son cadet nĂ© en 1756, Kraus, – un autre Joseph (de 30 ans plus jeune que Haydn), autre Ă©mule du courant TempĂȘte et passion, en extension dans les annĂ©es 1780, juste avant la rĂ©volution et qui est le ferment du Gluck français.

Kraus joseph martin compositeur symphonies par classiquenewsGluckiste,(claire rĂ©fĂ©rence Ă  IphigĂ©nie en Aulide mais avec dĂ©veloppement contrapuntique plus dense et une orchestration plus ample) la Symphonie en do mineur de Krauss, qui reprend Ă  l’étĂ© 1783 Ă  Esterhaza oĂč Ă©tait Haydn et Gluck, un ancien opus composĂ© en SuĂšde, saisit par sa coupe elle aussi frĂ©nĂ©tique, mais traversĂ©e par une grĂące riche en facĂ©tie et contrastes, qui enrichit la couleur musicale d’un lieu et d’une Ă©poque marquant le destin de plusieurs grands compositeurs. Le pathĂ©tique noble et grave voire lugubre (dĂ©but) marque les esprits, en une profondeur qui se rĂ©vĂšle mozartienne. De Krauss, Antonini souligne la force active, brĂ»lĂ©e, embrasĂ©e voire Ă©ruptive qui en fait un compositeur digne de la frĂ©nĂ©tique gluckiste en effet. L’arĂȘte vive des vagues puissamment dramatiques y est magnifiquement rĂ©alisĂ©e. La sonoritĂ© atteint un idĂ©al exceptionnel entre prĂ©cision, couleur, expression, clartĂ© et puissance. Que dire de plus. Eblouissant. Logiquement, le disque est CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd, compte rendu, critique. HAYDN : Symphonies 80, 80, 19. KRAUS : Symphonie VB 142 (Kammerorchester Basel – Giovanni Antonini, direction – enregistrements de juillet et octobre 2016 – 1 cd ALPHA, collection « HAYDN 2032 », volume 5 : « l’homme de gĂ©nie ». CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2017.

 

 
 

CD, opéra événement, annonce. GODARD : DANTE. ORCH DE LA RADIO DE MUNICH / Ulf Schirmer, direction

GODARD benjamin DANTE cd presentation cd critique compte rendu par classiquenewsCD, opĂ©ra Ă©vĂ©nement, annonce. GODARD : DANTE, 1890. RecrĂ©ation. ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH / Ulf Schirmer, direction. En attendant que ne soit enfin enregistrĂ© son chef d’oeuvre LE TASSE, dont le manuscrit que l’on croyait perdu a Ă©tĂ© rĂ©cemment retrouvĂ© (2016) au Canada, voici l’oratorio DANTE du français romantique, Benjamin Godard (1849-1895). CrĂ©Ă© en 1890 soit Ă  la fin de sa carriĂšre, Dante Ă©voque la vie du poĂšte florentin nĂ© en 1265 : son amour platonique, rĂȘvĂ© (?) pour la belle BĂ©atrice, fiancĂ© de son ami Bardi, au moment de la guerre en Guelfes et Gibelins. Au cƓur de la partition et du drame poĂ©tique conçu par Godard, la fameuse « Vision », transposition musicale et synthĂšse sonore de la Divine comĂ©die. L’acte III, est Ă  lui seul, un dĂ©fi rĂ©alisĂ© par le compositeur inspirĂ© : succession de tableaux dantesques des plus finement exprimĂ©s dans une langue musicale alliant raffinement et couleurs (apparition de Virgile, choeur des damnĂ©s, tourbillon infernal, divine clartĂ©, apothĂ©ose de BĂ©atrice
) Proche d’un Delacroix en peinture, lui-mĂȘme riche plasticien auteur de la cĂ©lĂšbre toile « La Barque de Dante » (annonciatrice de tout l’impressionnisme), proche d’un Berlioz (celui de la Damnation de Faust et sa propre apothĂ©ose finale, celle de Marguerite), l’opĂ©ra DANTE de Godard, renouvelant l’exemple de ses ainĂ©s Thomas et Gounod, partageant aussi le spectaculaire dramatique d’un Massenet, marque un sommet dans l’art lyrique poĂ©tique, spirituel, symphonique du romantisme français. Prochaine grande critique de DANTE de Godard dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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CD, opéra événement. GODARD : DANTE, 1890. Recréation. Enregistrement réalisé à Munich, en janvier 2016 / Collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane (Ediciones Singulares) | 2 CD | 2017 | Volume 16 / SORTIE : 27 OCTOBRE 2017 / avec Edgaras Montvidas, Véronique Gens, Jean-François Lapointe, Rachel Frenkel, Andrew Foster-Williams, Diana Axentii, Andrew Lepri Meyer

ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH
Ulf Schirmer, direction

CD, compte rendu critique. Debussy: Pelléas et Mélisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016)

debussy_profil_430CD, compte rendu critique. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD Hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016). La riche matiĂšre musicale portĂ©e par le formidable orchestre de Debussy exprime le monde lĂ©tal, agonisant d’Allemonde: un vacuum suspendu entre Ă©vanouissement et anĂ©antissement. Ce milieu oĂč se fixe un temps, l’impĂ©nĂ©trable MĂ©lisande qui ne sait pas ce qu’elle dit, s’inscrit dans le mystĂšre, c’est  comme un trou noir, un temps et un espace inconsistant, qui passe, se transforme, meurt, rĂ©apparaĂźt toujours sans forme ni but francs. L’imprĂ©cision rĂšgne. Toute la direction de Simon Rattle pilotant le somptueux LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA contient cette couleur permanente de la malĂ©diction et de la disparition. Un monde clos et Ă©nigmatique dont pourtant il Ă©claire le tissu sonore en en rĂ©vĂ©lant la subtile filiation avec l’indĂ©terminĂ© wagnĂ©rien, en particulier avec l’Ă©touffante et l’hypnotique texture de Parsifal. Les incroyables cordes du LSO regardent mĂȘme du cĂŽtĂ© de la langueur tristanesque. Debusyste et wagnĂ©rien, Rattle Ă©blouit littĂ©ralement dans ce jeu en rĂ©sonances multiples qui enrichit considĂ©rablement le propos de Debussy sur le plan orchestral. La puissance suggestive des instruments gagne en connotation de mort et en onirisme aussi. C’est bien la toute la rĂ©ussite de cette version captĂ©e sur le vif (janvier 2016) Ă  Londres et est le premier enregistrement du chef comme directeur musical du LSO.

Ce PellĂ©as in live, Ă©tait mis en scĂšne avec beaucoup de goĂ»t et d’ellipses par Peter Sellars. Mais le travail sonore qui Ă©mane de l’enregistrement rend compte de cet univers musical qui aime l’ombre et la pĂ©nombre, interstices propices au dĂ©voilement d’hypothĂ©tiques secrets.
Au centre de ce thĂ©Ăątre sonore oĂč ce qui se voit ne compte que par ce qu’il cultive l’invisible, la princesse MĂ©lisande, sirĂšne et PrĂȘtresse de ce grand rituel du mystĂšre et de la violence : en elle, par elle se concrĂ©tisent les menace et les obsessions que perpĂ©tuent de façon impuissante et maladive tous les personnages de cette famille figĂ©e, pĂ©trifiĂ©e en une langueur immobile.

Subtile plus sombre qu’interrogative, Magdalena KoĆŸenĂĄ, exprime le venin de l’inĂ©luctable et la morsure de la fatalitĂ©, elle aime PellĂ©as sans l’aimer vraiment et reste d’une Ă©paisseur fascinante dans ces confrontations avec Golaud. Nous sommes a contrario des MĂ©lisande plus lumineuse mais distanciĂ©e des rĂ©centes Deviehle ou Petibon.

Le Golaud parfois trapu et bestial de Gerald Finley creuse d’autant plus l’impuissante agitation de l’Ă©poux de MĂ©lisande que son jeu reste uniforme, comme dĂ©sincarnĂ©, seulement habitĂ© par le doute et le soupçon. Il est subtilement hors de l’action et ne comprendra jamais celle qu’il a Ă©pousĂ©.
Évanescent entre deux rĂ©alitĂ©s toujours sur le dĂ©part, le PellĂ©as du baryton Christian Gerharer Ă©blouit lui aussi par l’Ă©lĂ©gance de son chant d’une finesse fĂ©line absolument captivante mĂȘme si parfois le mĂ©dium Ă©prouvĂ© dans certains aigus, Ă©reinte un français pourtant Ă  l’articulation remarquable.

A l’inverse, Selig inscrit sa prosodie de sĂ©pulcre dans ce rĂ©seau souterrain Ă  l’activitĂ© permanente et invisible, et Fink lectrice de la lettre achĂšve ce tableau des miroitements sourds et crĂ©pusculaires.

DEBUSSY-PELLEAS-melisande-simon-rattle-LSO-kozena-gerhaer-finley-critique-review-cd-par-by-classiquenewsCLIC_macaron_2014Seul ombre faillible dans cette fresque des ombragĂ©s, d’une rare cohĂ©rence, le rĂŽle travesti d’Yniold chantĂ© par le jeune Elias MadlĂ«r perce la fascinante toile par des stridences inopportunes et un français pour le moins imprĂ©cis. Pour son premier enregistrement comme directeur musical du LSO, Simon Rattle en remarquable dramaturge de l’instant, rĂ©ussit brillamment l’Ă©preuve de ce feu orchestral, de ce baptĂȘme symboliste et onirique puissant oĂč les petits dĂ©tails pĂšsent autant que l’architecture globale du psychisme miroitant.

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CD, compte rendu critique. Debussy: Pelléas et Mélisande, Kozena, Gerhaher
 Rattle / LSO (3 SACD hybrid + 1 Pure Audio Blu-ray LSO janvier 2016)

MĂ©lisande : Magdalena KoĆŸenĂĄ
Pelléas : Christian Gerharer
Golaud : Gerald Finley
GeneviĂšve : Bernarda Fink
Arkel : Franz-Joseph Selig
Yniold : Elias Madlër
Le Berger / Le MĂ©decin : Joshua Bloom
London Symphony Orchestra
London Symphony Chorus
Direction musicale : Sir Simon Rattle
Enregistré au Barbican Centre, Londres, janvier 2016

3 CD + 1 Blu RAY Pure Audio LSO

Philippe Cassard joue Fauré et Ravel à Metz

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotMETZ, Arsenal. Philippe Cassard, le 13 octobre 2017. Avec l’Orchestre national de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier, le pianiste Philippe Cassard joue FaurĂ©, Ravel, avec en fin de programme la sublime symphonie, sommet du romantisme symphonique français, l’opus en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1888). Le concert messin est un Ă©vĂ©nement car il met Ă  l’honneur la sensibilitĂ© douĂ©e pour l’élĂ©gance et l’articulation suggestive du pianiste Philippe Cassard, l’un des piliers de notre Ă©cole hexagonale avec Pascal Amoyel ou Jean-Yves Thibaudet


 

 

Vers la clarté 
Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

 

 

cassard-philippe-concert-Metz-faure-ravel-franck-metz-annonce-par-classiquenewsC’est d’abord la Ballade de FaurĂ©, piĂšce maĂźtresse de son dernier recueil discographique (1 cd La Dolce Volta, monographie dĂ©diĂ©e Ă  FaurĂ©, qui sort le jour du concert, ce 13 octobre 2017), et transposition française et chambriste des Murmures de la ForĂȘt de Wagner, tels que le Germanique les exprime dans son opĂ©ra Siegfried (dixit Alfred Cortot). FaurĂ©, jeune homme, livre sa partition (opus 19) en 1881, la dĂ©diant alors Ă  son ainĂ©, le vĂ©nĂ©rable et adulĂ© Saint-SaĂ«ns. Philippe Cassard joue ici la version pour orchestre, qui ajoute par ses couleurs et l’alternance du jeu questions et rĂ©ponses entre l’orchestre et le clavier soliste, au caractĂšre de confession enjouĂ©e. Comme une fantaisie, la piĂšce exprime ce que l’artiste pense et ressent, en moins de 13 mn : forme libre mais dĂ©licatesse de l’énoncĂ©. Le piano d’abord expose le thĂšme principal, premier, d’une douceur sensuelle et tranquille, soulignĂ©e Ă  la flĂ»te. Puis les instruments en nombre s’empare du motif, l’épaississent, l’articulent, suscitant de la part du piano, toute une sĂ©rie bavarde et volubile qui dialogue avec les bois (clarinette, hautbois). c’est un flot de plus en plus vif, ondulant, caressant vers une voluptĂ© de plus en plus assumĂ©e et rayonnante, transparente et lumineuse (le concert ne s’intitule pas « vers la clarté »?). Pas facile pour l’interprĂšte principal, trĂšs exposĂ©, de rĂ©ussir la sincĂ©ritĂ© du propos, sans ĂȘtre trop Ă©nigmatique ni paraĂźtre artificiel
 : il faut une certaine « objectivité », naturelle, sobre, mais aux phrasĂ©s subtils ; car tout l’art de FaurĂ© (cet « aristocrate du phrasĂ©, ce lyrique Ă©perdu, cet amoureux de poĂ©sie  » comme aile Ă  le rappeler Philippe Cassard), est lĂ  dans cette simplicitĂ© fĂ©conde et intĂ©rieure ; pour qu’il produise sa souveraine attraction, le jeu doit ĂȘtre conduit en une ineffable fluiditĂ©, difficile Ă©quilibre entre le soliste et l’Orchestre vrai gageure aussi pour le chef. A mesure que l’électrisation collective opĂšre, la Ballade suit l’Ă©tat de quasi lĂ©vitation du clavier, de plus en plus aĂ©rien, aux scintillements de plus en plus immatĂ©riels et caressants, exprimant le mouvement des oiseaux en fin de cycle.

Brillante et ciselĂ©e, la langue du Concerto pour piano en sol de Ravel (1931) Ă©tincelle elle aussi par son Ă©nergie « urbaine », aux rythmes jazzy venus d’AmĂ©rique, auquel le somptueux mouvement lent- qui plonge dans une rĂȘverie suspendu, – hors du temps, offre un contrepoint des plus saisissants.

franck cesar portrait classiquenewsEnfin (aprĂšs l’entracte), l’Orchestre conclut ce parcours de musique concertante française, post romantique, en un sommet inĂ©galĂ©, dans l’histoire du genre symphonique au XIXĂš : la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck, qui Ă  la fin des annĂ©es 1880, fait une synthĂšse du wagnĂ©risme ambiant, et prend prĂ©texte de la forme cyclique pour offrir une unitĂ© poĂ©tique Ă  l’architecture puissante, spirituelle que lui inspire son sujet. Ce chef d’oeuvre absolu de l’écriture orchestrale du romantisme français n’est pas assez jouĂ© en France : voilĂ  un programme qui rĂ©pare cette erreur.

 

 

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boutonreservationMETZ, Arsenal
Vendredi 13 octobre 2017, 20h
Grande Salle

 

RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

Jacques Mercier : direction
Philippe Cassard : piano

GABRIEL FAURÉ
Ballade pour piano et orchestre

MAURICE RAVEL
Concerto pour pianoen sol majeur

CÉSAR FRANCK
Symphonie en ré mineur

 

 

+ LES OREILLES MUSICALES
Le temps d’un dialogue entre un artiste et son public
19h – EntrĂ©e libre, Renseignements 03 87 55 12 02

+ CONFÉRENCE :
Concerto pour piano en sol majeur de Ravel
Mercredi 11 octobre Ă  17h30
BibliothĂšque du Sablon, Metz
Avec Philippe Malhaire, musicologue

 

 

Illustrations : premier portrait de Philippe Cassard © JB Millot

 

 

METZ, Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

PIANO-par-classiquenews-Philippe-Cassard--9547∏Jean-Baptiste-MillotMETZ, Arsenal. Philippe Cassard, le 13 octobre 2017. Avec l’Orchestre national de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier, le pianiste Philippe Cassard joue FaurĂ©, Ravel, avec en fin de programme la sublime symphonie, sommet du romantisme symphonique français, l’opus en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1888). Le concert messin est un Ă©vĂ©nement car il met Ă  l’honneur la sensibilitĂ© douĂ©e pour l’élĂ©gance et l’articulation suggestive du pianiste Philippe Cassard, l’un des piliers de notre Ă©cole hexagonale avec Pascal Amoyel ou Jean-Yves Thibaudet


 

 

Vers la clarté 
Philippe Cassard joue Fauré et Ravel

 

 

cassard-philippe-concert-Metz-faure-ravel-franck-metz-annonce-par-classiquenewsC’est d’abord la Ballade de FaurĂ©, piĂšce maĂźtresse de son dernier recueil discographique (1 cd La Dolce Volta, monographie dĂ©diĂ©e Ă  FaurĂ©, qui sort le jour du concert, ce 13 octobre 2017), et transposition française et chambriste des Murmures de la ForĂȘt de Wagner, tels que le Germanique les exprime dans son opĂ©ra Siegfried (dixit Alfred Cortot). FaurĂ©, jeune homme, livre sa partition (opus 19) en 1881, la dĂ©diant alors Ă  son ainĂ©, le vĂ©nĂ©rable et adulĂ© Saint-SaĂ«ns. Philippe Cassard joue ici la version pour orchestre, qui ajoute par ses couleurs et l’alternance du jeu questions et rĂ©ponses entre l’orchestre et le clavier soliste, au caractĂšre de confession enjouĂ©e. Comme une fantaisie, la piĂšce exprime ce que l’artiste pense et ressent, en moins de 13 mn : forme libre mais dĂ©licatesse de l’énoncĂ©. Le piano d’abord expose le thĂšme principal, premier, d’une douceur sensuelle et tranquille, soulignĂ©e Ă  la flĂ»te. Puis les instruments en nombre s’empare du motif, l’épaississent, l’articulent, suscitant de la part du piano, toute une sĂ©rie bavarde et volubile qui dialogue avec les bois (clarinette, hautbois). c’est un flot de plus en plus vif, ondulant, caressant vers une voluptĂ© de plus en plus assumĂ©e et rayonnante, transparente et lumineuse (le concert ne s’intitule pas « vers la clarté »?). Pas facile pour l’interprĂšte principal, trĂšs exposĂ©, de rĂ©ussir la sincĂ©ritĂ© du propos, sans ĂȘtre trop Ă©nigmatique ni paraĂźtre artificiel
 : il faut une certaine « objectivité », naturelle, sobre, mais aux phrasĂ©s subtils ; car tout l’art de FaurĂ© (cet « aristocrate du phrasĂ©, ce lyrique Ă©perdu, cet amoureux de poĂ©sie  » comme aile Ă  le rappeler Philippe Cassard), est lĂ  dans cette simplicitĂ© fĂ©conde et intĂ©rieure ; pour qu’il produise sa souveraine attraction, le jeu doit ĂȘtre conduit en une ineffable fluiditĂ©, difficile Ă©quilibre entre le soliste et l’Orchestre vrai gageure aussi pour le chef. A mesure que l’électrisation collective opĂšre, la Ballade suit l’Ă©tat de quasi lĂ©vitation du clavier, de plus en plus aĂ©rien, aux scintillements de plus en plus immatĂ©riels et caressants, exprimant le mouvement des oiseaux en fin de cycle.

Brillante et ciselĂ©e, la langue du Concerto pour piano en sol de Ravel (1931) Ă©tincelle elle aussi par son Ă©nergie « urbaine », aux rythmes jazzy venus d’AmĂ©rique, auquel le somptueux mouvement lent- qui plonge dans une rĂȘverie suspendu, – hors du temps, offre un contrepoint des plus saisissants.

franck cesar portrait classiquenewsEnfin (aprĂšs l’entracte), l’Orchestre conclut ce parcours de musique concertante française, post romantique, en un sommet inĂ©galĂ©, dans l’histoire du genre symphonique au XIXĂš : la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck, qui Ă  la fin des annĂ©es 1880, fait une synthĂšse du wagnĂ©risme ambiant, et prend prĂ©texte de la forme cyclique pour offrir une unitĂ© poĂ©tique Ă  l’architecture puissante, spirituelle que lui inspire son sujet. Ce chef d’oeuvre absolu de l’écriture orchestrale du romantisme français n’est pas assez jouĂ© en France : voilĂ  un programme qui rĂ©pare cette erreur.

 

 

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Vendredi 13 octobre 2017, 20h
Grande Salle

 

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Jacques Mercier : direction
Philippe Cassard : piano

GABRIEL FAURÉ
Ballade pour piano et orchestre

MAURICE RAVEL
Concerto pour pianoen sol majeur

CÉSAR FRANCK
Symphonie en ré mineur

 

   

 

+ LES OREILLES MUSICALES
Le temps d’un dialogue entre un artiste et son public
19h – EntrĂ©e libre, Renseignements 03 87 55 12 02

+ CONFÉRENCE :
Concerto pour piano en sol majeur de Ravel
Mercredi 11 octobre Ă  17h30
BibliothĂšque du Sablon, Metz
Avec Philippe Malhaire, musicologue

 

 

Illustrations : premier portrait de Philippe Cassard © JB Millot

 

 

Livre Ă©vĂ©nement, annonce. Le CHÂTEAU DE CHAMPS par Renaud Serrette (Editions du Patrimoine)

champs-renaud-serrette-editions-du-patrimoine-centre-monuments-nationaux-livre-compte-rendu-critique-par-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce. Le CHÂTEAU DE CHAMPS par Renaud Serrette (Editions du Patrimoine). Les Editions du Patrimoine publient en septembre 2017, un somptueux ouvrage, richement illustrĂ©, planches d’époque et photographies tĂ©moignant des Ă©poques diverses jusqu’à nos jours, dĂ©diĂ© Ă  l’histoire du chĂąteau de CHAMPS-SUR-MARNE, joyau architectural d’Île de France, et mĂȘme fleuron des bĂątiments aristocratiques remontant au milieu des annĂ©es 1710. L’élĂ©gance, le nouvel amĂ©nagement intĂ©rieur, dessinĂ©s et conçu par les architectes Bullet, pĂšre et fils, affirment Ă  Champs, l’essor d’un nouvel art de vivre au luxe spĂ©cifique, dont l’origine remonte Ă  Mansart et LeVau, et l’ordonnance des jardins, Ă  Le NĂŽtre. Les documents d’époque prĂ©cisent la lignĂ©e esthĂ©tique dans laquelle s’inscrit l’ordre des façade de Champs, Ă©difice proche des hĂŽtels parisiens comme l’actuel palais de l’ElysĂ©e. L’auteur a travaillĂ© en particulier au remaublement et Ă  la restauration des dĂ©cors originels des lieux patrimoniaux franciliens, dont Champs.
Les Ă©tapes de la constructions que nous connaissons, sa position par rapport au jardin, formant « domaine », le profil de chaque propriĂ©taire rappellent l’importance du chĂąteau de Champs dans l’histoire, la grande comme la petite : oĂč ont comptĂ© les riche parvenus ennoblis, les banquiers cosmopolites, les favorites fugaces et « imprĂ©visibles », les financiers enrichis, soucieux de continuitĂ© et de restitutions historicisantes
 Ici se sont succĂ©dĂ©s entre autres, l’initiateur du chantier baroque, le riche Paul Poisson, Madame de Pompadour, le dernier des Cahen d’Anvers


La musique comme souvent y a pris une place particuliĂšre et constante : la famille Cahen d’Anvers Ă©tait mĂ©lomane. « Louis assistait toujours aux premiĂšres d’Offenbach, et son fils Albert fut Ă©lĂšve de CĂ©sar Franck et devint lui-mĂȘme compositeur. Son neveu Rodolphe fut aussi compositeur.
Signe de ce goĂ»t, le chĂąteau possĂšde un salon de musique oĂč est conservĂ© le piano (Erard) d’Isaac de Camondo, autre compositeur et collectionneur liĂ© Ă  la famille  » nous a aimablement prĂ©cisĂ© l’auteur de cet ouvrage remarquablement documentĂ©, Renaud Serrette. Mais au XVIIIĂš, il en fut semblablement, car le Duc de la ValliĂšre, directeur du thĂ©Ăątre de Louis XV Ă  Versailles, acheta le domaine (dĂšs 1739, commandant un nouveau dĂ©cor « rocaille » dont les fameuses chinoiseries de Huet sur les boiseries rectilignes antĂ©rieures) ; puis La Pompadour, patronne des arts, et mĂ©lomane comme musicienne aguerrie possĂ©da le chĂąteau de Champs (1757-1759), certes fugacement mais son goĂ»t est toujours perceptible in loco
 L’ouvrage prĂ©pare la visite des lieux oĂč furent tournĂ©s de nombreux films d’époque : Les Liaisons dangereuses, Ridicule, Marie-Antoinette
 sans omettre Un amour de Swann
 De quoi s’immerger dans le monde raffinĂ© et proche de la nature de ce XVIIIĂš, Ă©pris de sciences et de culture Ă  quelques lieues de Paris. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

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BEAU-LIVRE Ă©vĂ©nement. Le ChĂąteau de Champs par Renaud Serrette. 24 x 28 cm — 216 pages — 162 illustrations — brochĂ© / EAN 9782757705537 – Parution le 28 septembre 2017 — Prix indicatif : 39 € / Editions du Patrimoine

 

 

CD, critique. Mahler : le Chant de la terre (Orch Victor Hugo, JF Verdier — 1 cd Klarthe, 2016)

MAHLER chant de la terre eve maud hubeaux orchestre hugo verdier cd critique review presentation par classiquenews kla043couv_lowCD, critique. Mahler : le Chant de la terre (Orch Victor Hugo, JF Verdier — 1 cd Klarthe, 2016). Jouer Le Chant de la Terre de Mahler n’est pas aisĂ© : tant il faut contrĂŽler de paramĂštres dont … le relief et l’éloquence de l’orchestre, l’équilibre avec les deux voix solistes. RĂ©cemment le sublime tĂ©nor munichois Jonas Kaufmann avouait sa passion pour Mahler et cette partition mystique, en relevant le dĂ©fi de chanter les deux tessitures vocales requises (tĂ©nor et soprano, devenues / rĂ©unies pour lui, tĂ©nor et baryton) : pari fou mais rĂ©sultat convaincant tant le chanteur, diseur dans sa langue, a su varier les couleurs et les nuances de l’intonation poĂ©tique (Mahler : Le Chant de la terre / Jonas Kaufmann / 1 cd Sony classical, CLIC de CLASSIQUENEWS).

Sous la direction de Jean-François Verdier, les instrumentistes de l’Orchestre Victor Hugo savent ciseler la langue instrumentale de la partition, ici abordĂ©e en petit effectif (version de chambre), tandis que les parties vocales sont tenues par deux jeunes chanteurs, dont le mezzo nous paraĂźt le plus riche en intentions, sachant en particulier rĂ©ussir le trouble du dernier lied, L’Adieu / Der Abschied, et sa rĂ©solution Ă©nigmatique, ni renoncement total, ni tristesse sĂšche
 mais pardon et espĂ©rance d’une ineffable hauteur de vue et de conscience.

Le dispositif orchestral en version allĂ©gĂ©e, rĂ©sonne presque plus acĂ©rĂ© voire acide oĂč le fruit des timbres surgit avec un dĂ©tail dĂ©cuplĂ© (violon solo, hautbois final du premier air pour tĂ©nor, Ă  l’ivresse Ă©perdue, tendue et ardente comme une priĂšre). Egalement Ă©noncĂ© dans le mystĂšre, et avec plus d’ampleur comme de richesse expressive, le second lied pour mezzo, s’insinue dans l’obscuritĂ© ; d’une tendresse prĂ©servĂ©e, la mĂ©lodie y laisse peu Ă  peu s’affirmer la gravitĂ© de la tragĂ©die, celle d’un lyrisme serein mais sans espĂ©rance et d’une insondable tristesse : en dialogue avec le hautbois, le mezzo charnu de la jeune Eve-Maud Hubeaux, talent prometteur, et rĂ©vĂ©lation confirmĂ©e de l’album, construit avec intelligence et nuances, un parcours sans aspĂ©ritĂ©, d’une onctueuse mĂ©lopĂ©e.

Le chant de la Terre en version allégée, ciselée

Puis, pour tĂ©nor, « De la jeunesse » prĂ©sente un climat plus insouciant, entre dĂ©termination tendre et aussi bravache : lĂ  encore, le timbre du tĂ©nor, son style manquent de richesse, d’imagination (or le texte est des plus imagĂ©s et la musique, particuliĂšrement suggestive
). En un Ă©crin instrumental de mieux en mieux ciselĂ©, s’imposent le beau dĂ©tail et l’allant de l’orchestre.

« De la beauté », pour soprano, est servi par l’accord encore plus harmonique entre instruments (flĂ»te, cor) et voix soliste (mezzo-soprano) : la voix se rĂ©vĂšle par une ligne suave et timbrĂ©e, mĂȘme si elle ne mord pas rĂ©ellement dans l’allemand, manquant Ă  notre avis de consonnes, mais l’intention, la couleur, les passages sont de haute tenue. Certainement la sĂ©quence la plus rĂ©ussie, en totale symbiose avec l’orchestre, lui aussi ciselĂ©, nuancĂ©e, chantant, amoureux, affectueux.

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursUltime tableau, de plus de 25 mn, « L’Adieu », testament spirituel et poĂ©tique de Mahler, marque un changement d’atmosphĂšre ; les premiers coups imposent subitement le gong tragique dĂ©nonçant un paysage dĂ©vastĂ©, celui d’un cƓur dĂ©truit au fond du gouffre amer le plus noir. La direction de Jean-François Verdier se montre attentive aux jalons de l’architecture musicale, assurant tous les passages de la sĂ©quence, dont Ă  4’26 : le soudain flottement, d’une insouciance imprĂ©vue (hautbois, flĂ»te), qui s’accorde aux trĂšs belles couleurs et Ă  l’intonation mesurĂ©e de la jeune mezzo ; Ă  9’57 : chef et instruments articulent le climat de nouvelle priĂšre et d’espĂ©rance Ă©perdue (violon solo). Enfin Ă  13’40, soit Ă  peu prĂšs au milieu du guĂ©, s’accomplit comme un rituel inĂ©luctable, le basculement irrĂ©mĂ©diable dans la nuit de la dĂ©solation, un gouffre sans limites d’oĂč peut surgir l’adieu final, dessinĂ© comme une espĂ©rance
 le tact des instrumentistes dans ce parcours, entre rĂ©signation, renoncement et inextinguible croyance, fait toute la valeur de cette version, particuliĂšrement intĂ©ressante sur le plan instrumental. Cerise sur le gĂąteau, on peut en dire de mĂȘme du mezzo voluptueux, ample, remarquablement couvert en particulier dans cette sĂ©quence, la plus raffinĂ©e, du mezzo aux nuances qui se rĂ©vĂšlent, d’Eve-Maud Hubeaux. La rĂ©surrection et le miracle conclusifs peuvent se rĂ©aliser dans les derniĂšres mesures, en un murmure, justement Ă©noncĂ©, … et des plus Ă©nigmatiques. Bel envoĂ»tement.

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CLIC_macaron_2014CD, critique, compte-rendu. MAHLER : Le Chant de la Terre. Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano. Jussi Myllys, tĂ©nor. Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction — 1 cd Klarthe. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017.

 

Gustav Mahler / Le Chant de la Terre

1. Das Trinklied vom Jammer der Erde
La Chanson à boire de la douleur de la terre (ténor)

2. Der Einsame im Herbst
Le Solitaire en automne (mezzo)

3. Von der Jugend
De la jeunesse (ténor)

4. Von der Schönheit
De la beauté (mezzo)

5. Der Trunkene im FrĂŒhling
L’Ivrogne au Printemps (tĂ©nor)

6. Der Abschied
L’Adieu (mezzo)

Rigoletto Ă  l’OpĂ©ra de TOURS

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitTOURS, OpĂ©ra. VERDI : RIGOLETTO. 6,8,10 octobre 2017. Sous la direction de Bruno Ferrandis et dans la mise en scĂšne de François de Carpentries, l’opĂ©ra mantouan de Verdi, d’aprĂšs Le Roi s’amuse de Victor Hugo prend possession du Grand ThĂ©Ăątre de Tours, en 3 dates incontournables. Rigoletto marque l’apogĂ©e de la premiĂšre maniĂšre de Verdi, celle propre au dĂ©but des annĂ©es 1850, quand Giuseppe atteint presque ses 40 ans : c’est ce que l’on a appelĂ© les chefs d’oeuvres de la Trilogie : Rigoletto donc en 1851, puis Le TrouvĂšre et La Traviata crĂ©Ă©s en 1853. DĂšs avant La Traviata, Simon Boccanegra, Aida, et dans le sillon tracĂ© dĂšs avant par Stiffelio, Verdi dans Rigoletto fouille comme jamais, la relation pĂšre-fille : Rigoletto / Gilda.

Le secret du bouffon

Paris, OpĂ©ra Bastille : un nouveau Rigoletto signĂ© Claus GuthLe pĂšre qui manie l’ironie et humilie les courtisans pour plaire Ă  l’infect Duc de Mantoue son patron, cache en rĂ©alitĂ© un secret qui produit aussi sa fragilitĂ© : il abrite dans sa demeure une fille inconnue de tous
 jusqu’au moment oĂč la pauvre naĂŻve s’éprend fatalement du Duc (air du I : « Caro nome »  dans lequel Gilda Ă©prouvĂ©e enamourĂ©e rĂȘve dĂ©jĂ  de son Gualtier inconnu et dĂ©jĂ  follement aimĂ©). Le dĂ©sir aura raison de ce trop tendre coeur
 qui n’hĂ©site pas Ă  se sacrifier au delĂ  de toute prĂ©vision, dans l’acte III, l’un des plus noirs et fantastiques composĂ©s par Verdi : une tempĂȘte shakespearienne y Ă©tend son empire tragique. Rigoletto qui pensait avoir organisĂ© le meurtre de son patron trop obscĂšne et volage, suscite l’assassinat de sa propre fille. Ainsi s’accomplit la malĂ©diction Ă©noncĂ©e au dĂ©but de l’opĂ©ra, quand le comte Monterone maudit le nain « diabolique », arrogant, accusateur, fidĂšle abject d’un Duc mĂ©prisant. Tel est pris qui croyait prendre. Verdi signe un opĂ©ra fulgurant par sa coupe dramatique, Ă  la fois sentimental et tragique.

 

 

 

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Opéra de TOURS
VERDI : Rigoletto
3 représentations au Grand Théùtre de Tours
http://www.operadetours.fr/rigoletto

Vendredi 6 octobre 2017 – 20h
Dimanche 8 octobre 2017 – 15h
Mardi 10 octobre 2017 – 20h

 

 

ConfĂ©rence / Samedi 30 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

RIGOLETTO / Melodramma en trois actes
Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Le Roi s’amuse de Victor Hugo
Créé le 11 mars 1851 au Teatro La Fenice à Venise

 

Direction musicale : Bruno Ferrandis
Mise en scÚne & lumiÚres : François de Carpentries
DĂ©cors & costumes : Karine van Hercke

 

Rigoletto : Davit Babayants
Gilda : Ulyana Aleksyuk
Le Duc de Mantoue : Fabrizio Paesano
Sparafucile : Luciano Montanaro
Maddalena : Ahlima Mhamdi
Giovanna : Eleonore Pancrazi
Le Comte Monterone : Julien VĂ©ronĂšse
Matteo Borsa : Mickaël Chapeau*
Marullo : Yvan Sautejeau*
Le Page : Julie Girerd*
Le Comte Ceprano : Jean-Christophe Picouleau*
La Comtesse Ceprano : Sylvie Martinot*

 

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours*
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Coproduction Opéra de Tours, Opéra de Limoges, Opéra de Reims

 

 

DVD, compte rendu critique. LULU de BERG. Tcherniakov, Petrenko (Munich, mai 2015 – 1 dvd BelAir classiques).

LULU BERG tcherniakov kirill petrenko dvd review dvd critique par classiquenews bac129-cover-lulumunichrecto-e1500468824785DVD, compte rendu critique. LULU de BERG. Tcherniakov, Petrenko (Munich, mai 2015 – 1 dvd BelAir classiques). Dmitri Tcherniakov et Kirill Petrenko : l’affiche est prometteuse. D’auant qu’en 2015, le talent du metteur en scĂšne russe en encore rĂ©elle et intact, pas encore embrouillĂ© dans de pseudo options thĂ©Ăątrales dĂ©capantes mais dĂ©figurantes. Voir ses rĂ©cents Don Giovanni puis Carmen Ă  Aix : deux ratages complet sur le plan du temps musical et de la cohĂ©rence visuelle. Quand Berg en 1935 s’intĂ©resse au mythe de Lulu (aprĂšs le film de Papst de 1929 oĂč se fixe la figure inoubliable de Louise Brooks) selon le texte de Wedekind de 1913, il en dĂ©coule un opĂ©ra inachevĂ© (les 3 actes seront restituĂ©s en continuitĂ© par Boulez en 1979) ; incomplet mais totalement fascinant, par son Ă©trangetĂ© mĂȘme, et un univers onirique, cauchemardesque, surrĂ©aliste et pourtant d’une exceptionnelle justesse dans le portrait qu’il brosse des individus et de l’ñme humaine en gĂ©nĂ©ral.

BERG version Tcherniakov :
une Lulu plus théùtrale et labyrinthique que vocale et lyrique

Berg s’ouvre aux multiples perspectives que prĂ©sente le texte originel : obsession sexuelles, manipulation, sĂ©duction sadique donc emprise masochiste, faux semblants, 
 le tous dans un cadre circassien, oĂč la rĂ©fĂ©rence au cirque et la femme, crĂ©ature centrale de l’action, prĂ©sentĂ©e comme une bĂȘte sidĂ©rante, fascinante, dĂ©testable, renvoie au thĂ©Ăątre du monde en gĂ©nĂ©ral, la scĂšne comme synthĂšse de la sociĂ©tĂ©, et les relations qui s’y dĂ©roulent, miroirs de notre propre turpitude ordinaire. Au demeurant, Lulu, femme animal, vĂ©nale et bourreau avant d’ĂȘtre immolĂ©e Ă  son tour, est un clown fantastique et dĂ©risoire, la semblable des figures peintes par Toulouse-Lautrec, mi allĂ©gories humaines, mi prostituĂ©es, attachĂ©es au service d’un puissant.
Tcherniakov prend l’histoire Ă  la lettre, comme celle d’une descente aux enfers. Au centre de sa vision Ă©touffante mais rĂ©vĂ©latrice, – thĂ©Ăątre clinique dĂ©taillĂ© au scalpel, un palais des miroirs, – comme dans un parc forain, oĂč l’illusion et les reflets dĂ©multipliĂ©s perdent chacun des individus qui s’y trouvent. Qui s’y rencontrent et s’aimantent en une sexualitĂ© qui ne peut ĂȘtre que sauvage, destructrice. Ici rĂšgne l’intĂ©rĂȘt, la manipulation, la domination
 donc l’inhumanitĂ©. Tcherniakov depuis l’admirable (et premiĂšre mise en scĂšne lyrique, du moins l’une de ses premiĂšres que nous ayons vues
 et apprĂ©ciĂ©es), EugĂšne OnĂ©guine, souligne ce qui isole, dĂ©socialise, dĂ©structure chaque individu. OnĂ©guine comme Tatiana, dans leur solitude impuissante, Ă©taient des dĂ©calĂ©s, non intĂ©grĂ©s, des erreurs sociales, vouĂ©es au malheur. Ainsi pour Tcherniakov, Lulu Ă©tant un fantasme, une ombre en reprĂ©sentation, n’ayant une consistance que dans la projection fantasmatique qu’elle suscite chez chacune de ses victimes voyeuses (hommes ou femmes), surgit comme une idĂ©e incarnĂ©e et non pas une hĂ©roĂŻne Ă  proprement parler. Tous se frottent Ă  leur idĂŽle, en pure perte, vainement, cherchant Ă  vaincre un mal qui les concernent intimement, et qui les rongent de l’intĂ©rieur. Dans ce thĂ©Ăątre oĂč la raison est cruellement absente, perce la vacuitĂ© tragique et violente d’existences dĂ©nuĂ©s de conscience : chacun n’analysant rien de l’autre ou de sa vie propre, demeure la prie de ses pulsions les plus primaires : puissance, sexe, domination. Ainsi face Ă  Lulu sĂ©ductrice, prĂ©datrice, manipulatrice meurent ceux qui ne l’ont pas bien comprise : le peintre, le docteur Schön
 le fils de ce dernier Alwa, complĂštement sacrifiĂ© Ă  ce rituel collectif de prĂ©dation. En rĂ©alitĂ© ce que la musique nous donne Ă  Ă©couter et Ă  voir, c’est le thĂ©Ăątre de l’inhumanitĂ© dĂ©voilĂ©e. Berg dĂ©signe en l’homme sa part diabolique, perverse, maudite oĂč dĂ©file un bestiaire d’ĂȘtres ignobles. Dans ce dĂ©filĂ© abject, se dĂ©tache le profil de la Geschwitz, – une dĂ©calĂ©e elle aussi, totalement hypnotisĂ©e par Lulu
 mais Ă  l’inverse de beaucoup de production, plutĂŽt jeune (trĂšs juste Daniela Sindram; pour elle, la derniĂšre Ă©treinte avec Lulu). Dans ce palais de verre,- miroirs des obscĂ©nitĂ©s et des voyeurs, Tcherniakov rĂ©tablit la place du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra, soulignant tout ce qu’a de glaçant et de terrifiant, chaque situation dans le rapport entre les ĂȘtres. Tout converge en dĂ©finitive vers le cynisme saisissant du IIIĂš acte, oĂč la figure de Lulu, totalement dĂ©shumanisĂ©e, comme dĂ©vitalisĂ©e de toute substance humaine, erre et se place comme absente Ă  elle-mĂȘme, poupĂ©e pantin, qui se prostitue et meurt sous les coups de lame de Jack l’Eventreur : la scĂšne s’inscrit entre rĂ©alitĂ©, fantasme, cauchemar. Une descente aux enfers. Mais ici comme Ă  son habitude, Tcherniakov rĂ©Ă©crit la fin et c’est Lulu elle mĂȘme qui se plante le couteau, dĂ©cidant elle mĂȘme de l’heure et des conditions de sa mort.
Au thĂ©Ăątre glaçant de Tcherniakov, Kirill Petrenko dessine, cisĂšle une partition en teintes millimĂ©trĂ©es, vrai travail de chambrisme intĂ©rieur dont le volume idĂ©alement nuancĂ© et mesurĂ© rĂ©tablit le chant introspectif de Lulu. La direction captive d’un bout Ă  l’autre par son sens du dĂ©tail, des atmosphĂšres, vrai labyrinthe et mosaique de sons mĂȘlĂ©s, formant un tissu scintillant qui garde cependant son mystĂšre.
Sur scĂšne, le cast joue le jeu du thĂ©Ăątre. Tous les seconds rĂŽles s’incarnent avec justesse : Christian Rieger (Medizinalrat, Bankier, Professor) Heike Grötzinger, Christof Stephinger, Rachael Wilson (Gymnasiast, Groom), mais aussi l’ex tĂ©nor mozartien en vue, Rainer Trost (le peintre, le nĂšgre) comme l’Alwa de Matthias Klink, figure convaincante elle aussi, mĂȘme si l’artiste est plus acteur que chanteur. Avec Bo Skhovus, les limites comme les qualitĂ©s de cette production, se prĂ©cisent nettement : l’acteur est prĂ©sent, indiscutablement, mais le chanteur heurte les oreilles, la faute Ă  une voix usĂ©e, parfois totalement absente. La question est donc : chez Berg, qu’est ce qui prime, chant ou thĂ©Ăątre ? 
 Les deux, nous sommes bien d’accord. Son Schön bouillonne d’humanitĂ© et de sentiments explicites (quand ses prĂ©dĂ©cesseurs prĂ©fĂ©raient la pose glaciale et distante). Plus crĂ©ature et bĂȘte sexuĂ©e que jeune femme attachante, la Lulu de Marlis Petersen affirme une Ă©vidente comprĂ©hension du personnage, avec d’autant plus de conviction que la soprano rĂ©tablit Ă  Ă©gale importance, le chant et le jeu thĂ©Ăątral. Elle a de toute Ă©vidence rĂ©pondu au travail de Tcherniakov qui manifestement prĂ©fĂšre le jeu dramatique aux possibilitĂ©s de la coloratoure. Donc la scĂšne plutĂŽt que l’ivresse sonore : pas surprenant de la part d’un metteur en scĂšne et homme de thĂ©Ăątre. Pourtant la voix prĂ©sente de nettes distorsions surtout dans la derniĂšre partie – oĂč la chanteuse doit autant parler, jouer que chanter. La soliste n’a pas la finesse du chef et c’est bien dommage. Pas sĂ»r dans ce cas que Petersen Ă©gale l’intelligence crĂ©dible et le trouble persistant de ses consoeurs plus lointaines (Stratas ou Schaefer
), ou de la plus rĂ©cente Petibon, vraie incarnation entre chant et thĂ©Ăątre.

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LULU BERG tcherniakov kirill petrenko dvd review dvd critique par classiquenews bac129-cover-lulumunichrecto-e1500468824785DVD, compte rendu critique. BERG (1885-1935) : LULU. Munich, Bayerische Staatsoper, mai 2015 (2 DVD BelAir classiques). OpĂ©ra en trois actes, livret du compositeur d’aprĂšs Frank Wedekind. Dmitri Tcherniakov, mis en scĂšne. Marlis Petersen (Lulu) ; Daniela Sindram (GrĂ€fin Geschwitz) ; Rachael Wilson (Ein Gymnasiast, Ein Groom
) ; Christian Rieger (Professor) ; Rainer Trost (Der Maler, Ein Neger) ; Bo Skovhus (Dr. Schön, Jack the Ripper) ; Matthias Klink (Alwa) ; Martin Winkler (ein TierbĂ€ndiger, 
) ; Pavlo Hunka (Schigolch) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Der Prinz, Der Kammerdiener, Der Marquis)
 Bayerische Staatsorchester / Orchestre de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre. Kirill Petrenko, direction.

Michael Spyres chante Faust de Berlioz Ă  Nantes et Angers

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017ANGERS NANTES OPERA : BERLIOZ,La Damnation de Faust de Berlioz, 15, 23 septembre 2017. AprĂšs Lohengrin de Wagner, sommet du romantisme germanique, Ă©galement prĂ©sentĂ© en version de concert (LOHENGRIN avec Daniel Kirch, Catherine Hunold, septembre 2016, LIRE notre compte rendu complet), ANGERS NANTES OPERA propose le chef d’oeuvre lyrique et symphonique le plus audacieux et expĂ©rimental de Berlioz, « notre Wagner français »  Orchestration virtuose, Ă©criture chorale et vocale d’une rare puissance dramatique, La Damnation de Faust est selon l’esprit aventureux et novateur de Berlioz, une « lĂ©gende dramatique ». La caractĂ©risation des personnages d’aprĂšs Goethe (le docteur Faust et son mentor initiateur, Mephistophele, Marguerite qui malgrĂ© ses turpitudes criminelles sera cependant sauvĂ©e et accueillie au ciel – l’opĂ©ra s’achĂšve d’ailleurs sur son apothĂ©ose-, les atmosphĂšres, l’enchaĂźnement des sĂ©quences entre fantastique et rĂ©alisme
 composent l’un des opĂ©ras les plus forts du XIXĂš, vĂ©ritable manifeste du romantisme français (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 6 dĂ©cembre 1846). Gageons que comme ce fut le cas de Lohengrin, la saison passĂ©e, cette Damnation de Faust, portĂ©e par le gĂ©nie de Berlioz et servie par une distribution prometteuse (avec dans les deux cas l’excellente Catherine Hunold, dans Lohengrin, Ortrud hallucinĂ©e et mordante ; chez Berlioz, Marguerite
), sera l’un des temps forts de la prochaine saison 2017 – 2018 d’Angers Nantes OpĂ©ra


 

 

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La Damnation de Faust de Hector
LĂ©gende dramatique en 4 parties
Présentée par ANGERS NANTES OPERA
ANGERS, Centre de congrĂšs, vendredi 15 septembre 2017, 20h30
NANTES, La Cité, samedi 23 septembre 2017, 20h30

Avec Michael Spyres (Faust), Laurent Alvaro (MĂ©phistophĂ©lĂšs), Catherine Hunold (Marguerite)
 Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Xavier RIbes, direction) / Choeur de l’OpĂ©ra de Dijon (Anass Ismat, direction) / Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

RESERVEZ VOTRE PLACE dÚs à présent

 
 

sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
http://billetterie.angers-nantes-opera.com/reservations-spectacle-opera-css5-angersnantesopera-pg1-rg11737.htm

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017

 

 

LIRE aussi notre compte rendu critique de la Damnation de Faust de Berlioz avec Michael Spyres, sous la direction de Sir John Eliot Gardiner, au Festival Berlioz de la CÎte Saint-André, fin août 2017

 

 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale (pertinence, temps forts de la nouvelle saison lyrique) de la saison 2017 – 2018 d’ANGERS NANTES OPERA, l’ultime saison conçue par Jean-Paul Davois

 

 

 

CD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED (Bychkov, 1 cd Decca).

tchaikovski manfred cd critique byychkof reviex cd classiqueenwsCD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED (Bychkov, 1 cd Decca). CrĂ©Ă© Ă  Moscou en 1886, la partition est inspirĂ©e d’un prĂ©texte transmis par Balakirev. Les quatre parties devaient aussi inspirer Ă  Berlioz l’architecture de sa Symphonie fantastique et celle d’Harold en Italie. Chaque sĂ©quence/mouvement est habitĂ©(e) par une mĂȘme « idĂ©e fixe », et Tchaikovski retient aussi l’idĂ©e de Balakirev de joindre l’orgue dans le finale (pour l’apothĂ©ose du hĂ©ros).
Dans la premiĂšre partie, Manfred erre dans les Alpes, poursuivi par le remords d’avoir fait pĂ©rir son aimĂ©e, AstartĂ©. CulpabilitĂ©, frustration, impuissance : le lento lugubre dĂšs la premiĂšre morsure amĂšre des somptueux bassons (et cors), exprime la solitude et la mĂ©lancolie dĂ©pressive, grave et sombre qui tiraille le hĂ©ros (caractĂ©risĂ© par son propre thĂšme Ă  la clarinette basse). Bychkov Ă©tire la matiĂšre sonore, souligne tout ce qu’a de profondĂ©ment noire et tĂ©nĂ©breux, la lave orchestrale. Une immersion dans les trĂ©fonds d’une psychĂ© atteinte, dĂ©faite et dĂ©truite. Jamais Tchaikovski n’avait Ă©tĂ© aussi loin dans l’exploration d’un esprit dĂ©finitivement dĂ©pressif et condamnnĂ©. Piotr Illiytch fait siennes toutes les dĂ©faites et tourments du hĂ©ros de Lord Byron (Manfred, 1817) qui lui-mĂȘme s’inspirait du Faust de Goethe. Il faut Ă©couter le chant sombre et lyrique des violoncelles pour mesurer la dĂ©sespĂ©rance Ă  l’Ɠuvre dans le coeur du pauvre Manfred. La solitude du hĂ©ros incompris et maudit inspire Ă  Tchaikovski l’une de ses partitions certes les plus noires mais aussi les plus saisissantes par sa justesse. Bychkov trouve les accents et les couleurs idoines, Ă©clairant de l’intĂ©rieur, dans l’ombre, cette lente et inĂ©luctable dĂ©rĂ©liction. Le compositeur parvient Ă  exprimer ce qui le tenaille viscĂ©ralement : l’abandon de la grĂące, aux sources de sa propre malĂ©diction intime (chant de la clarinette en fin d’épisode, faisant surgir une lueur improbable mais rĂ©elle et tenue, qui s’inscrit dans les arpĂšges d’une harpe salvatrice
). La tempĂȘte orchestrale qui s’abat enfin sur le hĂ©ros montre l’ampleur de sa quĂȘte irrĂ©solue et totalement impuissante. Un vide exprimĂ© par une dĂ©flagration aussi bouillonnante et radicale que les accents fulgurants de ses symphonies spirituelles n°5 et 6. Fascinante submersion intime. Le tissu symphonique de Tchaikovski est l’un des plus autobiographiques qui soient : un thĂ©Ăątre Ă©loquent de la pensĂ©e en action, dans ses doutes (gouffres amĂšres) et ses rĂ©flexions contradictoires.

BYCHKOV TROUVE LES ACCENTS JUSTES D’UN TCHAIKOVSKI SAISI PAR LE SENTIMENT DE DERELICTION


Au II, la texture sonore convoque le surnaturel et le fantastique quand la fĂ©e paraĂźt Ă  Manfred dans un arc en ciel. Ici le ciel semble s’ouvrir, permettant un temps de reconstruction apaisĂ© : transparence et suprĂȘme ton d’une narration enchantĂ©e, ivre de sa propre candeur recouvrĂ©e, la direction de Bychkov sĂ©duit, captive, touche par sa sensibilitĂ© sans affectation. Ce Vivace spirito est constamment Ă©lectrisĂ© dans la lĂ©gĂšretĂ© Ă©vanescente. Elle porte toutes les audaces du hĂ©ros qui croyait les avoir perdus.

La Pastorale qui suit (III) Ă©noncĂ© par le hautbois impose une pause poĂ©tique (andante con moto), onirique d’un abandon qui souligne lĂ  encore l’aspiration impossible de Manfred Ă  l’oubli, l’insouciance, la puretĂ©, l’innocence. Son Ăąme peut-elle ĂȘtre sauvĂ©e ? Cette nouvelle incursion Ă  la fois sereine et mĂ©ditative ne peut ĂȘtre dissociĂ©e du souvenir de celle qu’il a perdue et tuĂ©e malgrĂ© lui
 Bychkov dĂ©roule le fil de cette rĂ©itĂ©ration Ă  la fois tendre et douloureuse.

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1IV. Dans la partie la plus dramatique qui dĂ©noue le fil maudit, Tchaikovski se souvient de Berlioz (Songe d’une nuit de Sabbat) : la Bacchanale s’impose alors (fugato terrifiant et obsessionnel), puis le thĂšme de Manfred introduit celui de l’ombre d’AstartĂ© qui pardonne au hĂ©ros, lequel peut enfin mourir (choral de l’orgue) : en rĂ©servant Ă  Manfred, une fin libĂ©rĂ©e, apaisĂ©e, spirituelle, Tchaokovski fait sa rĂ©vĂ©rence Ă  Liszt. Chef et orchestre cultivent alors une allure plus efficace, coupe mordante et affĂ»tĂ©e, en particulier dans les lignes rĂ©pĂ©tĂ©es des cordes et cuivres, insistantes et grimaçantes. L’équilibre des pupitres, le format sonore, la balance rend justice ici Ă  l’ampleur du format symphonique (LisztĂ©en).
A torts considĂ©rĂ©e comme inclassable dans le reste du catalogue, voire faible car trop redevable Ă  Berlioz (dont il est vrai Tchaikovski fait sa principale source), la partition de Manfred s’impose par son sens suggestif, une remarquable orchestration qui recherche non pas Ă  narrer ni dĂ©crire, mais exprimer l’essence du rĂȘve, du destin, d’abord le sceau inextricable d’une fatalitĂ© presque insupportable, puis le sentiment inespĂ©rĂ© de dĂ©livrance finale. Semyon Bychkov se hisse Ă  la hauteur de tous les enjeux. Ce projet Tchaikovski qui s’amorce ainsi chez DECCA, s’avĂšre de plus en plus passionnant. RĂ©vĂ©lant, la gravitĂ© et la haute spiritualitĂ©, l’exigence morale aussi qui soustend tout l’oeuvre symphonique de Piotr Illyitch. A suivre.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu, critique. Tchaikovski : MANFRED symphony / The Tchaikovsky project — Czech Philharmonic, Semyon Bychkov, 1 cd Decca classics 4832320). Parution le 25 aoĂ»t 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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Livre-cd, compte rendu critique. Félicien David : C. Colomb, musique sacrée, symphonique, mélodies et musique de chambre (3 cd Palazzetto Bru Zane)

David-Christophe-Colomb-Musique-de-chambre-symphonique-et-sacree Pal bru zane cd portraits volume 4 1810 1976 review critique presentation compte rendu par classiquenewsLivre-cd, compte rendu critique. FĂ©licien David (3 cd Palazzetto Bru Zane). Le livre / 3 cd Ă©ditĂ© par le PBZ (Palazzetto Bru Zane) Ă  Venise indique Ă  l’endroit de FĂ©licien David (1810-1876), une oeuvre qui ne manque pas d’attraits, un clair tempĂ©rament dramatique, et aussi un mĂ©lodiste comme un chambriste de grande classe (cf en particulier le contenu du cd3). On restera plus rĂ©servĂ© sur le choix de la partition lyrique (Christophe Colomb de 1847, cd1) qui devait servir d’indicateur marquant pour la rĂ©Ă©valuation du style de David, premier romantique orientaliste (avec Saint-SaĂ«ns), et comme ce dernier, grand globe-troteur.
Dans le trĂšs instructif texte tĂ©moignage rĂ©digĂ© justement par Saint-SaĂ«ns, visiblement peu aprĂšs la mort de David (in memoriam FĂ©licien David), l’auditeur lecteur comprend dans quelle catĂ©gorie l’auteur de Samson plaçait celui du DĂ©sert : « un « naĂŻf » comme Haydn, mais qui n’avait qu’une intuition juste quand le maĂźtre viennois avait du gĂ©nie. VoilĂ  qui est magnifiquement rĂ©sumĂ©.

CD1. Ainsi on demeure peu convaincu par l’emphase dĂ©clamatoire des quatre parties qui forment l’ode-symphonie avec rĂ©citant, « Christophe Colomb ou la DĂ©couverte du Nouveau Monde ” (partition de 1847 qui forme comme la revanche de David au concert Ă  Paris), dont le thĂšme exotique est bien en rapport avec l’existence oxygĂ©nĂ©e, pleine d’embrums marins et d’horizons illimitĂ©s du voyageur forcenĂ© que fut le Saint-Simonien, FĂ©licien David.
BoursouflĂ©e, pompeuse, la voix usĂ©e et vibrĂ©e Ă  l’excĂšs du baryton basse Josef Wagner (aux aigus dĂ©timbrĂ©s et tendus) ne sert pas le profil du hĂ©ros, quitte Ă  le caricaturer et le schĂ©matiser dangereusement ; intintelligble, la soprano Chantal Santon semble chanter sans conviction et le tĂ©nor Julien Behr; lui aussi en manque de nuances, dĂ©mĂ©ritent. Le timbre outrĂ© lui aussi, ampoulĂ©, grandiloquent, un rien rauque et maniĂ©rĂ© du narrateur finit par agacer.
Sinueuse dans ses Ă©vocations atmosphĂ©riques, la partie III intitulĂ©e « La RĂ©volte » prĂ©sentĂ©e comme la plus inspirĂ©e, affirme en effet une belle inspiration, dessinant de somptueuses Ă©vocations dramatiques. Le silence de la mer hostile qui finit par Ă©reinter la patience de l’équipage. S’il n’était encore et toujours, la voix pseudo hallucinĂ©e du narrateur : son impossible intervention montre combien la forme mĂȘme d’un rĂ©cit dĂ©clamĂ© demeure inutile, d’autant que la musique, elle, ne manque pas d’éloquence et se suffirait Ă  elle seule. L’orchestre exprime la langueur et l’extĂ©nuation des Matelots, usĂ©s par le pĂ©riple, fatiguĂ©s d’attendre sans l’atteindre la rive libĂ©ratrice qui est leur destination
 Les 4 sections de cette partie somme toute assez courte (moins de 15 mn au total), sont un peu maigres pour dĂ©fendre une oeuvre par ailleurs … faible. Plus intĂ©ressant par contre, l’évocation de la vie des indigĂšnes, quand Colomb dĂ©couvre l’AmĂ©rique, la terre nouvelle, aux clartĂ©s de l’aurore
 dans la partie IV : “danse de sauvages”, puis Ă©lĂ©gie de la « MĂšre indienne » (air « Sur l’arbre ») Ă©voque cet orientalisme propre au plus oriental des compositeurs français romantiques des annĂ©es 1840 : les timbres dĂ©licats et caractĂ©risĂ©s de l’orchestre sur instruments anciens rendent justice Ă  cette recherche d’expressivitĂ© franche et « neuve » que recherche le compositeur.

Las dans le cd 2, mĂȘme constat d’une frĂ©nĂ©sie pas toujours trĂšs Ă©lĂ©gante de l’ouverture La Perle du BrĂ©sil (direction ampoulĂ©e, descriptive du chef d’orchestre ? : HervĂ© Niquet). Le Jugement dernier, partition qui suit, devait ĂȘtre le point culminant de son grand oeuvre lyrique et nĂ©oberliozien, Herculanum (1859) : la surenchĂšre des cuivres (trompettes, trombones), exprimant la dĂ©chĂ©ance gĂ©missante des damnĂ©s, quand les Ă©lus s’élĂšvent et gagnent le ciel paradisiaque, la langueur livide voire lugubre des cordes brossent une fresque digne du Michel Ange vaticanesque, celui trĂšs inspirĂ© et spectaculaire du Jugement dernier ; sens de la caractĂ©risation, abandon et renoncement, extase et ardeur des masses chorales (en cela le Flemish Radio Choir se montre particuliĂšrement articulĂ© : sinistre, expressif, mordant, glaçant)
 David se montre Ă  la hauteur de son sujet et ce Jugement dernier est l’une des meilleures rĂ©vĂ©lations de ce triple opus.
DAVID felicien critique presentation par classiquenews Felicien_David_2La surprise vient plutĂŽt de la Symphonie n°3, en mi bĂ©mol majeur, d’un caractĂšre lui aussi pompeux mais bien articulĂ©, qui Ă©voque MĂ©hul ou Onslow, les plus beethovĂ©niens de nos romantiques français (voir ici notre reportage Symphonies de MĂ©hul et Gossec par le chef transatlantique Bruno Procopio, dĂ©fricheur de la premiĂšre heure), et Ă  l’époque de Reber, devance les opus de Gounod, Bizet, surtout, le schumanien / mendelssohnien, ThĂ©odor Gouvy. Eclectique, David se souvient surtout de Beethoven et de Mendelssohn (jeu formel du premier mouvement notĂ© Moderato), laissant par cette diversitĂ© confondante parfois confuse du dĂ©veloppement, les spectateurs de l’époque, plutĂŽt dubitatifs. L’Andante qui suit, plus rĂȘveur voire Ă©vanescent et d’un caractĂšre onirique, se berce du timbre orientalisant du hautbois : appel aux confins des terres dont le compositeur a seul l’expĂ©rience et le souvenir encore vivace. Le Scherzo saisit par sa cabrure nerveuse et racĂ©e, d’une coupe frĂ©nĂ©tique et ardente, celle d’un Schumann survoltĂ©, moins raffinĂ© cependant. Le Finale, piaille d’un enthousiasme vert, rustique, ivre (solo de clarinette). La versatilitĂ© dont fait preuve le compositeur, trĂšs vivace dans son Ă©clectisme parisien, – au point de citer ici, une scĂšne de ballet digne de l’OpĂ©ra, offre une palette que la direction terre Ă  terre, utilitaire de HervĂ© Niquet, inscrit dans un expressionnisme souvent sirupeux qui manque hĂ©las de finesse. PĂ©taradant, grosse caisse, tout est emportĂ© dans en une frĂ©nĂ©sie linĂ©aire. C’est bien mal comprendre l’intelligence Ă  facettes, de FĂ©licien David, ses multiples rĂ©fĂ©rences et sa grande culture. Oublions vite les Six motets, – emblĂšmes du kitsch (laideur de la prise de son en sus).
Par contre, subtilitĂ© des interprĂštes oblige, les 7 mĂ©lodies ici rĂ©vĂ©lĂ©es (en ouverture du CD3) savent susciter et cultiver l’attention : le tĂ©nor tendre, superbement timbrĂ© de Cyrille Dubois (pilier de l’école française de chant, intelligible, et si peu maniĂ©rĂ© grĂące Ă  un vibrato idĂ©alement contrĂŽlĂ©) sait ciseler en vrai diseur, les images poĂ©tiques des mĂ©lodies d’un David souvent Ă©perdu, sincĂšre, faussement enjouĂ© (y compris dans l’esprit de revanche patriotique contre l’Allemagne : « nous l’avons eu votre Rhin allemand  ») : toujours mĂ©lancolique (appel du Ramier, songe d’Eoline, priĂšre orientalisante de Tristesse de l’Odalisque, de l’Egyptienne
). Le Jour des morts captive autant par ses climats lugubres et Ă©nigmatiques (presque 10 mn : c’est la plus longue des mĂ©lodies, dĂ©roulĂ©e comme un hymne tendre et douloureux). Le cycle dĂ©voile enfin la figure fascinante de FĂ©licien David, enchanteur et poĂšte, qui peine Ă  se rĂ©vĂ©ler dans les cd1 et 2.

Le Trio n°1 sous les doigts inspirĂ©s des 3 musiciens requis pour cette rĂ©vĂ©lation affirme une santĂ© revigorante, elle aussi trĂšs mendelssohnienne; haletante, printaniĂšre (premier Allegro). Voici la partition la plus directement sincĂšre de David (tendresse sans effets du Molto adagio, enfin caractĂšre Ă  la belle fiertĂ© cravachĂ©e, Ă  l’éloquence facĂ©tieuse aussi, nerveuse voire sanguine et d’une intonation idĂ©alement nuancĂ©e dans le Final-allegretto) : belle fusion des 3 tempĂ©raments chambristes pour une partition qui mĂ©ritait elle, absolument d’ĂȘtre redĂ©couverte.
Tout autant suggestif et d’une voluptĂ© nouvelle dans la rĂ©itĂ©ration de souvenirs orientalistes, le cycle « Musique pour piano », qui comprend surtout prĂšs le Soir, les 3 « brises d’Orient » (dont le Vieux Caire et sa frĂ©nĂ©sie endiablĂ©e) et « Doux Souvenir » : l’art de la miniature onirique va parfaitement Ă  David qui sait peindre et exprimer avec une facilitĂ© manifeste. Certes, le jeu comme le toucher de Jonas Vitaud sonnent souvent durs et pas assez nuancĂ©s quand il faudrait infiniement de tact et de caresses allusives pour laisser la soie tendre de l’écriture, rĂ©vĂ©ler alors des trĂ©sors de grĂące lumineuse (pourtant prĂ©sente dans les partitions). Les livres disques de cette nature sont la promesse de dĂ©couvertes majeures pour notre connaissance du romantisme français. Voici assurĂ©ment un opus qui s’avĂšre – mĂȘme dans ses limites, des plus Ă©clairants sur l’éclectisme orientalisant de FĂ©licien David, vrai tempĂ©rament original et parfois puissant, aux cĂŽtĂ©s d’une intuition naĂŻve et attachante que n’a pas manquĂ© de relevĂ© (Ă©pinglĂ©, regrettĂ©) Saint-SaĂ«ns.

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Livre-cd, compte rendu critique. FĂ©licien David (3 cd Palazzetto Bru Zane). FĂ©licien DAVID (1810 – 1876) : Christophe Colomb, musique de chambre, symphonique et sacrĂ©e. Les SiĂšcles, FX Roth. Brussels Phil., HervĂ© Niquet — enregistrements de 2014 et 2016).

CD, compte rendu critique. KISSIN : Beethoven – Lives 2006 -2016 (2 cd Deutsche Grammophon).


kissin evgeny beethoven 3 cd Deutsche grammophon review critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. KISSIN : Beethoven – Lives 2006 -2016 (2 cd Deutsche Grammophon).
Rien ne remplace la tension et les conditions « sans filets » du live : le concert et le rĂ©cital offrent ici un Ă©crin stimulant pour l’inventivitĂ© sensible du pianiste Kissin qui publie pour Deutsche Grammophon, 2 cd exclusivement dĂ©diĂ©s au gĂ©nie libertaire, rĂ©volutionnaire, inclassable, – promĂ©thĂ©en-, du grand Ludwig. Le cd 1 fait valoir la saisissante ductilitĂ© du toucher de Kissin, sa qualitĂ© Ă  varier, caractĂ©riser, investir chaque sĂ©quence, malgrĂ© une vertigineuse diversitĂ© de rythmes comme d’atmosphĂšres. La n°3 opus 2.3 (SĂ©oul, 2006), diffuse une expressivitĂ© facĂ©tieuse, enjouĂ©e entre Mozart et le premier Beethoven (effervescence et Ă©lectisation de son finale : Allegro assai).

Plus encore fougueux dans une ivresse et radicalitĂ© aux contrastes parfois violents et rĂągeurs, les 32 Variations de 1807 (Montpellier, 2007), accroche constamment l’écoute et l’attention par leur frĂ©nĂ©sie ivre et vertigineuse, oĂč le toucher ose toutes les Ă©motions, vrai creuset de sentiments et humeurs les plus variĂ©s : Kissin met sa formidable implication et Ă©loquence digitale au service des 32 sĂ©quences qui montrent l’étendue de l’imagination beethovĂ©nienne. SidĂ©rant. EnregistrĂ©e plus rĂ©cemment Ă  Carnegie Hall en 2012, La Clair de lune (1801), en prise plus lointaine et presque diluĂ©e et fantomatique enchante par la souplesse caressante, infiniment nostalgique de ses tempi, dĂšs le premier Ă©pisode (Adagio sostenuto) et sa rĂȘverie Ă  la fois hallucinĂ©e et blessĂ©e. L’Allegretto et le Trio qui composent le second mouvement captivent par leur juvĂ©nilitĂ© et leur insouciance, nettoyĂ©es de toutes tension. Puis le Presto agitato, abordĂ© stricto sensu, impose un rythme endiablĂ© Ă  l’irrĂ©pressible prĂ©cipitation, – une urgence inextinguible, -vraie course dĂ©lirante dont la motricitĂ© laisse dĂ©concertĂ© par la charge violente qui s’est libĂ©rĂ©e soudainement sous les doigts fabuleux du pianiste habitĂ©. La pensĂ©e de l’interprĂšte dessine des cheminements absolument fascinants, assumĂ©s, et mĂȘme terrifiant par le extrĂȘme intensitĂ©. Magistral.

 

Le cd2 est emblĂ©matique de la fureur articulĂ©e toujours Ă©minament mĂ©ditative et intĂ©rieure dont est capable le Kissin d’aujourd’hui, jamais Ă©pais ni large, malgrĂ© sa filiation avec l’école russe de piano ; mais d’une vibrante sensibilitĂ©, sachant fusionner articulation et puissance. TrĂšs rĂ©cente (Concertgebouw Amsterdam, 2016), l’Appassionata (1805), crĂ©pite, se tend, bondit, – vĂ©ritable fĂ©lin, plus guĂ©pard muscles saillants que lutin enchanteur, Kissin moderne affirme
une Ă©nergie radicale qui rĂ©invente totalement la puissance architectonique de la Sonate BeethovĂ©nienne. Il en traverse et en exprime toutes les perspectives et audaces avec une fureur Ă  peine masquĂ©e, mais ĂŽ combien maĂźtrisĂ©e, toujours colorĂ©e, galbĂ©e avec un esprit crĂ©pusculaire, hautement romantique : vif argent, Ă  la volontĂ© et Ă  l’ambition exacerbĂ©es. D’une radicalitĂ© Ă  la fois expĂ©rimentale et rĂ©volutionnaire. Beethoven se dresse alors en guide, visionnaire, agent, acteur d’un nouveau monde. Ligne et cri Ă  la fois, Kissin fait surgir hors de la partition toute la force d’un gĂ©nie qui fait exploser le cadre. Magistrale hauteur de vue (Allegro assai initial). BĂątisseur et non destructeur, l’autoritĂ© poĂ©tique qui pilote et conduit l’Andante con moto frappe par sa largeur de vue lĂ  encore.

 

 

10 annĂ©es d’analyse BeethovĂ©nienne livrent aujourd’hui ce
BEETHOVEN INCANDESCENT
sous les doigts prophétiques, vif-argent du prométhéen Evgeny Kissin

 

 

 

kissin-betthoven-deutsche-grammophon-2-cd-review-critique-par-classiquenews-kissin201707008a_1503389101_1503390254_1503390254.jpgLe pianiste moscovite, naturalisĂ© anglais et israĂ©lien (2013), nĂ© en 1971, force l’admiration par l’autoritĂ© d’un jeu qui sait construire, voit grand, frĂ©mit de nuances soujacentes littĂ©ralement captivantes. Et comme une lave nerveuse, fĂ©line encore, le flux impĂ©tueux du dernier mouvement Allegro ma non troppo se gorge d’une vitalitĂ© primitive qui rĂ©active la force d’un commencement du monde ; Kissin trouve par une digitalitĂ© fluide, Ă©ruptive, incandescente, le jaillissement premier d’une aube oĂč se love la promesse d’une Ăšre nouvelle. CrĂ©pitements, espoirs, scintillements et cris : la palette du pianiste ose tous les contrastes rĂ©tablissant dans ce finale en forme de course et de tumulte, l’énergie premiĂšre, prĂ©alable Ă  une reconstruction salvatrice. Le pianiste quadragĂ©naire semble y vaincre toutes les forces contraires, redessinant les frontiĂšres d’un nouvel espace. VolontĂ©, imagination, autoritĂ©, extrĂȘme prĂ©cision : l’interprĂšte a tout. Dans ce combat de titans, Ă©mane une Ă©nergie souvent irrĂ©sistible. 10 ans auparavant, Les Adieux (1810), au Musikverein de Vienne (2006), ont dĂ©jĂ  ce goĂ»t pour le risque, les vertiges abrupts, le crĂ©pitement sinueux mais d’une claire intention motrice qui affirme un tempĂ©rament douĂ© d’une extrĂȘme clairvoyance. Le Beethoven de Kissin est exaltĂ©, autoritaire, d’une infaillible expressivitĂ©, jamais bavard ni narratif ; vrai et sincĂšre. Les Adieux en leur premier mouvement, installe une hypersensibilitĂ© presque inquiĂšte et frĂ©missante qui s’avĂšre parfaitement cohĂ©rente au titre. Puis le mouvement suivant « L’Absence » rĂ©sonne d’une douleur secrĂšte et sourde, Ă©noncĂ©e comme une tendre rĂ©itĂ©ration d’un sĂ©jour bienheureux et perdu : Kissin se fond dans le labyrinthe intime d’un Beethoven qui souffre, saigne mais demeure pourtant d’une pudeur inaltĂ©rable. Nuances, phrasĂ©s enchantent s’il n’était Ă©videmment, – live oblige-, les toux et nuisances multiples du public. Le jeu du pianiste impose un tout autre monde, une conscience qui dĂ©jĂ  s’inscrit dans une mĂ©taphysique de la rĂ©demption (l’amertume y est recyclĂ©e en force absolue). Le Retour confirme la totale victoire, l’exaltation irrĂ©pressible d’un coeur comblĂ©, Ă©perdu, d’une joie Ă©chevelĂ©e. Kissin, gĂ©nial, fait de cette trilogie, un opĂ©ra du cƓur, un drame aux rebondissements, Ă©clairs, scintillements d’une volubilitĂ© lĂ  aussi stupĂ©fiante de fluiditĂ© comme d’éloquence. La dynamique requise « Vivacissimamente », unique dans la catalogue poĂ©tique de Ludwig exige un talent 
 promĂ©thĂ©en, qui jongle climats et caractĂšres avec une insolente et bouleversante continuitĂ©. Tout le talent du Kissin enchanteur et profond est lĂ , dans ce Retour d’une ineffable joie spirituelle.

 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. EVGENY KISSIN : BEETHOVEN. Sonates n°3, n°14 « Clair de lune », n°23 « Appassionata », n°26 « Les Adieux », n°32. 32 Varations en ut mineur. Evgeny Kissin, piano (Lives, 2006-2016). 2 cd Deutsche Grammophon – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de septembre 2017.

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA / SONY Classical / 1981-1983)

wagner janowski der ring des nibelungen 14 cd coffret box review cd critique cd par classiquenews synthese et pertinence artistique classiquenewsCD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA / SONY Classical / 1981-1983). Et dire que certaines oreilles plus pincĂ©es que fines ont jetĂ© aux orties cette intĂ©grale WagnĂ©rienne (enregistrĂ©e de 1981 Ă  1983), au motif que le chef allait faire bien mieux trois dĂ©cennies aprĂšs avec un autre orchestre (de la Radio berlinoise). Pourtant la distribution dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1980, s’avĂšre passionnante bien supĂ©rieure Ă  ce qui se faisait alors Ă  Bayreuth et ailleurs. Quant la plupart des directeurs prĂ©fĂšrent les portes voix hurleurs pour « passer » la fosse (non enterrĂ©e comme Ă  Bayreuth selon le voeu de Wagner), Marek Janowski prĂ©fĂšre choisir ses chanteurs dans le sens d’un thĂ©Ăątre psychologique et intimiste, avec une balance chambriste, rĂ©Ă©clairant Ă©videmment les situations dramatiques. Dans le sillon d’un Karajan, le chef allemand d’origine polonaise s’accorde au dĂ©fi d’un Wagner humain, aussi psychologique que dramatique. Or l’on sait combien la manipulation et la perversitĂ© cynique sont Ă  l’Ɠuvre dans le Ring. C’est souligner en dĂ©finitive le bien fondĂ© de sa dĂ©marche.

 

 

Le RING de Janowski, un théùtre psychologique

 

D’autant que l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde est d’une subtilitĂ© instrumentale riche autant en intentions dramatiques voire psychologiques, qui s’accorde idĂ©alement Ă  la maĂźtrise globale du chef l’un des grands WagnĂ©riens Ă  rĂ©habiliter d’urgence, d’autant plus incontournable que l’Ă©tĂ© 2017 le revoit Ă  Bayreuth dans un Ring musicalement impeccable, soignĂ©, raffinĂ© et dramatique (d’ailleurs France musique diffuse les 3 derniĂšres JournĂ©es de cette TĂ©tralogie 2017 Ă  suivre
 Lire notre prĂ©sentation de la TĂ©tralogie / Der Ring des Nibelungen Bayreuth 2017 par Marek Janowski).

Pourquoi réévaluer le RING de Janowski ?

 

norman jessye divaLes arguments les plus irrĂ©sistibles en sont Jessye Norman, Sieglinde de rĂȘve enivrĂ©e, amoureuse, lumineuse et d’une radicalitĂ© Ă©poustouflante, dans l’intention et l’articulation d’autant que face Ă  elle, les rĂ©pliques du Siegmund de Siegfried Jerusalem est plus que convaincant : lui aussi incarnĂ©, habitĂ© pour une trop brĂšve sĂ©quence de plĂ©nitude amoureuse, le seul Ă©pisode vĂ©ritablement heureux de toute la TĂ©tralogie. La lyre sentimentale enfin dĂ©barrassĂ©e de toute entrave se dĂ©ploie ici, mieux que dans Tristan und Isolde qui eux ne peuvent vivre leur union, sauf sous couvert de la nuit dissimulatrice. Les WĂ€lsungen, frĂšre et sƓur incestueux, s’accordent un court temps d’extase Ă©perdue (Acte I de La Walkyrie) ; malgrĂ© la noire jalousie de Hunding, l’époux brutal, diabolique de Sieglinde
 De cette union bĂ©nie allait naĂźtre le hĂ©ros Ă  venir : Siegfried.
MĂȘme engouement pour le Loge astucieux, fin, trouble, vĂ©ritable magicien de l’instant et enchanteur allusif, du tĂ©nor Peter Schreier (qui connaĂźt d’autant mieux le rĂŽle qu’il l’a aussi incarnĂ© pour Karajan au cd comme au dvd, c’est dire). Son Mime dans Siegfried saisit tout autant par la vĂ©ritĂ© et la finesse de sa caractĂ©risation. Schreier fut un acteur Ă  l’articulation fine et phrasĂ©e soit une maĂźtrise linguistique et dramatique exceptionnelle qui impose un modĂšle d’incarnation chez Wagner.
Tout aussi luxueux et d’une vĂ©ritĂ© dramatique parfaitement associĂ©e au chant calibrĂ© de la parure orchestrale, les noirs et malĂ©fiques, Kurt Moll (Hunding) et l’inoubliable basse Matti Salminen (Hagen), qui fait aussi un excellent et caverneux gĂ©ant Fafner (dans l’Or du Rhin / Reingold).

La Fricka d’Yvonne Minton est subtile et prĂ©cise d’une caractĂ©risation trĂšs juste : en elle s’affirment de plus en plus l’obligation de la loi, celle Ă©dictĂ©e par Wotan qui est le premier Ă  en souffrir contradictoirement. Norma Sharp fait l’oiseau de la forĂȘt le plus suggestif qui soit, merveille de beau chant complice et enchanteur. Sa sensualitĂ© active renforce l’onirisme de la geste de Siegfried qui se dĂ©ploie alors
. Rayonnante bravoure avant la faiblesse tragique qui s’avĂšrera auto destructrice pour le hĂ©ros courageux mais trop naĂŻf dans l’opĂ©ra suivant (le crĂ©puscule des dieux).
On voit bien que ce Ring fut trop vite Ă©cartĂ© : une Ă©coute attentive montre le souci de l’articulation dramatique, le sens de l’approfondissement psychique des caractĂšres, lesquels Ă©voluent considĂ©rablement d’une JournĂ©e Ă  l’autre ; Ă  tel point que, avant l’écriture cinĂ©matographique, l’orchestre semble varier les points de vue, d’actes en actes, privilĂ©giant l’analyse d’une situation selon le regard qu’en a, tel ou tel protagoniste. De cet Ă©cheveau de conceptions psychologiques, Janowski fait un drame collectif passionnant Ă  suivre. A rĂ©Ă©couter d’urgence. Ce Ring de Janowski est le premier cycle intĂ©gral conçu pour le disque et le studio, aprĂšs l’intĂ©grale lĂ©gendaire – premiĂšre stĂ©rĂ©o du Ring, par Sir Georg Solti pour Decca Ă  partir de 1958.

 

 

wagner_gotterdammerung_4cd_sony_opera_houseRĂ©vĂ©lation du Wagner symphoniste… Et pour mieux estimer encore l’apport du chef Janowski au Wagner symphoniste, lire notre prĂ©sentation du seul CrĂ©puscule des dieux, au moment de rĂ©Ă©dition en coffret seul (4 cd) par Sony (2013) :   » A notre avis, le symphoniste wagnĂ©rien n’a pas encore Ă©tĂ© suffisamment cĂ©lĂ©brĂ© dans une telle direction au souffle indiscutable. De ce point de vue le sommet du Ring, Le CrĂ©puscule des Dieux offre une vision orchestrale d’un fini irrĂ©sistible avec des Ă©clairs chambristes rĂ©ellement passionnants, une balance instrumentale certainement trĂšs proche du dispositif Bayreuth souhaitĂ© par Wagner. » / collection Sony opera house (4 cd The Sony Opera House).

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA red seal / SONY Classical 2013.

Theo Adam, Matti Salminen, Kurt Moll, Siegmund Nimsgern (basses)
Siegfried Jerusalem, René Kollo, Peter Schreier, Christian Vogel (ténors)
Jeannine Altmeyer, Jessye Norman, Norma Sharp, Lucia Popp, Cheryl Studer (sopranos), Yvonne Minton, Ortrun Wenkel (mezzo-sopranos)


MĂ€nner des Staatsopernchores Leipzig
Staatsopernchor Dresden
Staatskapelle Dresden
Marek Janowski, direction (enregistrement réalisé de 1981 à 1983)

 

 

CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd Aparté)

NOVUS QUARTET Tchaikovski-String-Quartet-numero-1CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd Aparté). Reçu en écoute cet été, le programme enregistré en 2016, et qui sortira fin août, confirme la maturité de ce jeune quatuor à cordes provenant de Corée et fondé en 2007 : NSQ pour NOVUS strings Quartet. Ses solistes peaufinent encore leur aptitude (réelle) auprÚs de leurs ainés du Quatuor Belcea, depuis janvier 2016, lequel agit comme un mentor et un guide esthétique, artistique, technique.
De tout cela et davantage encore, il en faut dans les Quatuors de Tchaikovski qui donnent ses lettres de noblesse Ă  un genre boudĂ© traditionnellement par les Russes parce que connotĂ© « trop occidental » ; donc Ă©cartĂ© par le groupe des Cinq, mais Borodine et Tchaikovski s’y illustrent avec une maestriĂ  imprĂ©vue, exemplaire outrepassant leurs modĂšles germaniques, grĂące Ă  une inspiration (dans le cas de Piotr Illiytch), nettement chorĂ©graphique et populaire (couplĂ©e avec une sĂ»retĂ© des intentions et une vision de l’architecture, saisissantes).
Des 3 Quatuors composĂ©s par le jeune Tchaikovski, le Premier en rĂ© majeur opus 11 est celui du professeur au Conservatoire de Moscou, fondĂ© par son ami Nicolas Rubunstein, qui souhaite surtout faire valoir ses aptitudes de compositeur. Pour le concert de mars 1871, Tchaikovski fait donc crĂ©er son Quatuor qui frappe par la densitĂ© grave de son architecture et la finesse de ses trouvailles mĂ©lodiques. Schubertien dĂšs le mouvement premier, Piotr se montre d’une subtilitĂ© d’intonation qui Ă©maille la riche texture et le parcours innervĂ© d’éclairs fugaces, mais exprimĂ©s et portĂ©s avec une flexibilitĂ© exemplaire dans l’écriture. Le second mouvement (Andante cantabile), avec sourdines, frappe par l’intĂ©rioritĂ© tendre de sa mĂ©lodie, nostalgique et suave, – qui tira les larmes Ă  TolstoĂŻ quand il Ă©couta l’Ɠuvre en 1876. La finesse de Tchaikovski est de fusionner authentiques motifs populaires (chanson ukrainienne) d’une rusticitĂ© primitive intacte, et grande sĂ©duction du style, au fini extrĂȘmement soignĂ© (contrepoint fluide et murmurĂ©).
Les Quatre instrumentistes corĂ©ens savent exprimer la joie premiĂšre, rustre de la danse paysanne dans le Scherzo, avant l’ampleur et l’imagination orchestrale du Finale, vraie mouvement de symphonie qui s’achĂšve vivace avec un Ă©clat juvĂ©nile, triomphal mais pas solennel.

 

 

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Ils sont rejoints par deux instrumentistes plus connues pour assurer les alto 2 et  violoncelle 2 dans Souvenir de Florence, partition de pleine maturitĂ© qui est contemporaine du sĂ©jour heureux Ă  Florence aprĂšs les succĂšs de la Belle au Bois Dormant et tandis que, en 1890, Tchaikovski compose La Dame de Pique (rĂ©fĂ©rence Ă  Hermann dans la coda du mouvement 1). Les 6 voix solistes du Sextuor contrastent avec la noirceur lugubre de l’opĂ©ra. DĂ©diĂ©s Ă  sa protectrice, Madame Meck, Piotr excelle Ă  tisser un contrepoint jamais bavard, qui touche par sa sincĂ©ritĂ©. Pourtant, l’hommage dĂ©bouchera sur une rupture : la Meck dĂ©sirant couper court Ă  leur relation pourtant ancienne. Et dĂ©terminante pour le compositeur. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1892 dans sa version dĂ©finitive. Les interprĂštes soignent la couleur frĂ©nĂ©tique et chorĂ©graphique du trĂšs beau premier mouvement Allegro con spirito qui sonne aussi intense et lyrique que celui de Richard Strauss pour l’Ouverture de son opĂ©ra Capriccio (1942). Dans le second mouvement, Adagio cantabile e con moto (rĂ© majeur), le geste collectif est d’une suave langueur, d’un abandon Ă©perdu (duo violon / violoncelle), jusqu’au gĂ©nial final aprĂšs le vif et dĂ©lirant Moderato central, quand les six archets Ă©noncent chacun une phrase en bref crescendo jusqu’à la dominante de rĂ©solution, un la
 libĂ©ratoire. Tension, dĂ©tente, ivresse : tout est mesurĂ©, calibrĂ© avec une intĂ©rioritĂ© qui bouleverse par sa justesse. Et une brillance lĂ©gĂšre qui Ă©carte tout pathos (si insupportable chez Tchaikovski). Les souvenirs et rĂ©itĂ©rations dont il est question, n’ont rien de florentins ; au contraire c’est la rĂ©ponse de Piotr Ă  l’essor d’une domination artistique occidentale prĂ©tendue. Rien de telle avec lui; sa plume reste viscĂ©ralement enracinĂ©e dans le terroir des topiques russes.

 

 

CLIC_macaron_2014La grande versatilitĂ© sensible des jeunes corĂ©ens emportent lĂ  encore le tissu sonore idĂ©al que beaucoup, ailleurs, rendent trop acadĂ©mique et sĂ©rieux. Souvent aride voire sec. Ici, c’est l’éloquence du surgissement, la vivacitĂ© collective 
 rĂ©solues dans une articulation contrapuntique idĂ©alement perceptible
 qui font mouche. Ces mousquetaires asiatiques signent par leur engagement et leur justesse agogique, leur meilleur album. Leur discographie n’est pas grande certes, mais ce disque nouveau vaut jalon qui annonce de grandes promesses. Il Ă©tait donc temps que les jeunes surdouĂ©s corĂ©ens, si nombreux dans compĂ©titions et concours, parviennent enfin Ă  affirmer une sonoritĂ© et un geste, une vision et une intensitĂ© convaincante, originale et juste dans la formation du Quatuor Ă  cordes. Les quatre instrumentistes du Quatuor Novus ont tout cela. A suivre dĂ©sormais pas Ă  pas.

 

 

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CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd ApartĂ©) — parution le 25 aoĂ»t 2017. Avec O. Gaillard et L. Berthaud, respectivement, violoncelle 2 et alto 2 dans Souvenirs. CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

dvorak stabat mater jiri belohlavek decca cd spyres kulman park cd review critique cd classiquenews CLIC de classiquenews decca cd review Titelive_0028948315109_D_0028948315109CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie TchĂšque / Czech Philharmonic sonne dĂ©mesurĂ©e dans une prise de son Ă  la rĂ©verbĂ©ration couvrante qui tant Ă  diluer et Ă  noyer le dĂ©tail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre de Jiri Belohlavek Ă©vite d’écraser et d’épaissir, malgrĂ© l’importance des effectifs et le traitement sonore plutĂŽt rond et indistinct. Le maestro  praguois devait s’Ă©teindre quelques semaines aprĂšs l’enregistrement du Stabat Mater, le 31 mai 2017 Ă  71 ans. C’est presque un contresens pour une partition qui plonge dans l’affliction la plus dĂ©chirante, celle d’un pĂšre (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ainĂ©es : Ruzenka et Ottokar. Fini en 1877, crĂ©Ă© Ă  Prague en 1880, le Stabat Mater imposa un tempĂ©rament puissant, Ă  la fois naif et grandiose, qui alors, confirmait l’enthousiasme de Brahms (trĂšs admiratif la Symphonie n°3 de Dvorak). L’étonannte franchise et sincĂ©ritĂ© de la paritition valut partout oĂč elle fut crĂ©Ă©e, un triomphe Ă  son auteur (dont Ă  Londres oĂč il dirigea lui-mĂȘme la fresque bouleversante en 1884).
C’est pourquoi l’oeuvre alterne constamment entre le dĂ©sir de paix et d’acceptation, et la profonde dĂ©chirure de la douleur et du sentiment immense, irrĂ©pressible d’impuissance comme d’injustice. TrĂšs libre quant Ă  la liturgie, – comme Brahms et l’élaboration de son Requiem Allemand, Dvorak façonne son Stabat Mater comme un hymne personnel Ă  la Vierge douloureuse, rĂ©confortante, admirable.

L’Ampleur et l’épaisseur brahmsienne s’invitent ainsi dans la tenue de l’orchestre du cd2 – parfois trop solennelle, Ă©crasante mĂȘme, particuliĂšrement dans l’intro pour l’air de tĂ©nor (avec choeur) : « Fac me vere tecum flere », d’une attĂ©nuation plus tendre grĂące au timbre hĂ©roĂŻque et trĂšs rond du tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres ; air de compassion, aux cĂŽtĂ©s de la mĂšre endeuillĂ©e, face au Fils crucifiĂ©, rempli de recueillement et aussi de volontĂ© parfois colĂ©reuse


AprĂšs la sĂ©quence purement chorale (tendresse souple du choeur Ă©voquant Marie / plage 2, cd2), le duo soprano et tĂ©nor (VIII. Fac ut portem Christi mortem / Fais que supporte la mort du Christ) affirme la trĂšs forte caractĂ©risation des parties solistes ; le duo exprime le dĂ©sir des solistes de supporter l’affliction nĂ©e du deuil et de la perte. Les deux voix s’engouffrent dans la peine divine et la souffrance du Fils. Soprano et tĂ©nor trouvent l’intonation juste, entre dĂ©ploration et pudique exhortation, mais elles sont souvent noyĂ©es dans le magma orchestral.

Plus Ă©nergique et presque conquĂ©rant, l’air de l’alto (Inflammatus), prenant Ă  tĂ©moin aussi la Vierge courageuse et compatissante affirme le beau tempĂ©rament de Elisabeth Kulman, trĂšs respectueuse de l’intĂ©rioritĂ© mesurĂ©e de cet andante maestoso : la voix Ă©carte toute solennitĂ©, et intensifie la priĂšre individuelle d’une fervente « rĂ©chauffĂ©e par la grĂące » de Marie, attĂ©nuation finale d’une douleur enfin mieux vĂ©cue.

Le chef trouve des accents plus pointillistes Ă  l’orchestre et idĂ©alement accordĂ©s au quatuor vocal, Ă  la fois attendri et sincĂšre dans des accents plus francs et directs ; toujours, le geste semble mesurer l’ampleur du dolorisme que la mort implacable et injuste suscite (vague du collectif renforcĂ© par le choeur grandiose), alternĂ© par une priĂšre fervente trĂšs incarnĂ©e, soudainement lumineuse Ă  l’énoncĂ© du Paradis promis Ă  l’ñme Ă©plorĂ©e.
Jiri Belohlavek force le trait dans la solennitĂ©, confĂ©rant Ă  la fresque de Dvorak, une Ă©paisseur majestueuse beethovĂ©nienne (Missa Solemnis) et une trĂšs forte charge introspective (Brahmsienne). Le finale est une arche plus impressionnante et spectaculaire (de surcroĂźt dans un espace trĂšs rĂ©verbĂ©rĂ©) que retenue ; et le chef joue sur le grandiose des effectifs en nombre. MalgrĂ© la spatialisation large et la prise de son diluĂ©e, le chef trouve l’intonation juste dans les derniĂšres mesures aux cordes qui dessinent l’espoir d’une aube nouvelle, rĂ©solvant la charge de tant de ferveur antĂ©rieure. Dans la salle Dvoral au Rudolfinum de Prague, le cĂ©rĂ©moniel l’emporte sur la vĂ©ritable intimitĂ© de la ferveur. La fresque parfois dĂ©mesurĂ©e, dĂ©borde du sentiment individuel pourtant contenu dans une partition Ă  la trĂšs forte coloration autobiographique. Autour du chef, les Ă©quipes rĂ©unies : chƓur, orchestre, solistes cĂ©lĂšbrent surtout un monument national, et aussi assurĂ©ment l’engagement d’un chef alors ĂągĂ©, reconnu pour sa dĂ©fense du rĂ©pertoire national.

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

CD coffret, annonce. ESA-PEKKA SALONEN CONDUCTS STRAVINSKY (7 cd Sony classical : 1988 – 1992).

sony classical salonen esa-pekka salonen conducts stravinsky 7cd sony classical announce review critique cd par classiquenewsCD coffret, annonce. ESA-PEKKA SALONEN CONDUCTS STRAVINSKY (7 cd Sony classical : 1988 – 1992). La baguette de EP Salonen presque trentenaire au dĂ©but des annĂ©es 1990 affirme une finesse d’articulation, une clartĂ© architecturale, un relief dĂ©taillĂ© instrumental qui fait mouche Ă©videmment au service du rythmique et percutant Stravinsky. Ce coffret regroupant les enregistrements rĂ©alisĂ©s par le jeune chef finlandais nĂ© en 1958 (Helsinki) ne dĂ©ment pas les qualitĂ©s de cette maĂźtrise qui sait soigner la lisibilitĂ© de l’arĂȘte dramatique et le grand hĂ©donisme harmonique, le subtil buffet des nuances de timbres dont Stravinsky a le secret. Le cycle ainsi rĂ©alisĂ© prĂ©cĂšde sa nommination comme directeur musical du Philharmonique de Los Angeles (1992). Avec la phalange amĂ©ricaine, on distinguera cependant ici, dans le copieux programme du cd5, le Concerto en ut pour violon, gravĂ© en nov 1992 justement)
 Les orchestres sont variĂ©s, surtout le Philharmonia Orchestra (3 premiers cd : 1,2 et 3; respectivement pour Petrushka et Orpheus / 1991 et 1992, pour L’oiseau de feu et Jeu de cartes / Londres, 1988, pour Le Sacre du printemps et la Symphonie en 3 mouvements / 1989), le London Sinfonietta (cd4 : Pulcinella version de 1965 / Renard / Octet-Octuor, version 1952 ; cd5 :Capriccio pour piano, Symphonie pour vents, Concerto pour piano / version 1950, et le mouvement pour piano et orchestra – tous enregistrĂ©s en 1988 ; cd6, Cantate, avril 1990), et aussi le Stockholm Chamber orchestra (cd6 : Apollon MusagĂšte, ballet en deux actes, version 1947, gravĂ© en septembre 1990), comme l’Orchestre symphonique de la Radio SuĂ©doise pour l’excellente et trĂšs subtile version de l’oratorio Oedipus Rex (avec Vinson Cole en Oedipe et le narrateur de Patrice ChĂ©reau, Stockholm, mai 1991 – cd7). On apprĂ©cie en particulier, joyaux orchestraux scintillants et portĂ©s par une juvĂ©nile frĂ©nĂ©sie colorĂ©e d’élĂ©gance et d’un exceptionnel sens de l’équilibre : le vaillant Petruchka, les couleurs flamboyantes de son Oiseau de feu ; surtout l’ivresse ryhtmique du Sacre
 dans la Cantate comme dans ce fabuleux Oedipus Rex, d’une sobriĂ©tĂ© flamboyante et nette, percussive, dessinĂ©e comme un relief antique, jaillit et Ă©blouit une sensibilitĂ© ardente, vif argent, de jeune lĂ©opard agile et de guĂ©pard bondissant d’une fĂ©line Ă©lĂ©gance. Cycle magistral, pilier de la discographie. Critique complĂšte Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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CD coffret, annonce. ESA-PEKKA SALONEN CONDUCTS STRAVINSKY (7 cd Sony classical : 1988 – 1992). CLIC de classiquenews de juin 2017

TOULOUSE : nouvelle production du ProphĂšte de Meyerbeer

meyerbeer_dapres_p_0TOULOUSE, Capitole. MEYERBEER : Le ProphĂšte. 23 juin / 2 juillet 2017. Nouvelle production. Au sommet de son Ă©criture et de sa gloire, Meyerbeer conçoit Le ProphĂšte crĂ©Ă© en 1849. 7 ans auparavant, le compositeur juif est devenu directeur musical gĂ©nĂ©ral de la ville de Berlin (Ă  la succession de Spontini), sur dĂ©cision de FrĂ©dĂ©ric-Guillaume IV, couronnĂ© depuis 1840 et grand mĂ©lomane. C’est aussi un amateur d’opĂ©ra qui a trĂšs vite dĂ©celĂ© chez Giacomo Meyerbeer un sens innĂ©, voire magistral du spectacle total, bientĂŽt perfectionnĂ© par Wagner Ă  la fin du siĂšcle. C’est que Meyerbeer pense en terme autant visuel que musical et dramatique. En rĂ©alitĂ©, Le ProphĂšte Ă©tait prĂȘt bien avant la RĂ©volution de 1848, c’est Ă  dire dĂšs 1841. GĂ©nie crĂ©ateur reconnu et estimĂ©, Meyerbeer qui est aussi connu Ă  Berlin qu’à Paris, fait donc crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre de la nation, Ă  Paris, l’ouvrage qui attend, en particulier pour la rĂ©ouverture de la saison lyrique qui suit les troubles politiques et rĂ©volutionnaires. DĂ©jĂ  Robert le Diable avait sauvĂ© les caisses du thĂ©Ăątre lyrique français. Le ProphĂšte s’avĂšre ĂȘtre un nouveau moyen pour l’Administration officielle de retrouver une situation financiĂšre saine d’avant 1848. DĂšs sa crĂ©ation en avril 1849, Le ProphĂšte saisit par sa puissance poĂ©tique, sa force dramatique, l’élĂ©gance de son Ă©criture. Conçu dĂšs aprĂšs la rĂ©alisation des Huguenots (1840-1841), Le ProphĂšte a nĂ©cessitĂ© 23 rĂ©pĂ©titions : une cadence exceptionnelle Ă  la mesure du perfectionnisme fameux de Meyerbeer. CrĂ©Ă©e Ă  Paris, l’ouvrage majeur est crĂ©Ă© en italien Ă  Londres quelques mois aprĂšs, puis en allemand Ă  Hambourg : les contemporains avaient remarquĂ© la cohĂ©rence de la production dĂ©fendue par le compositeur, arbitre des choix musicaux, scĂ©nographiques et dramaturgiques. Une unitĂ© qui est aujourd’hui trahie par l’apport d’un metteur en scĂšne extĂ©rieure. A la crĂ©ation, servant l’excellent scĂ©nario de Scribe, Pauline Viardot, tant aimĂ© de Berlioz, incarne la mĂšre de Jean, FidĂšs.

SYNOPSIS. En Hollande.Au I, la paysanne Berthe qui doit Ă©pouser Jean, visite le Comte afin d’obtenir du suzerain, son autorisation pour la noce : Ă©troit, autoritaire, le comte fait arrĂȘter Berthe et la mĂšre de Jean, bien dĂ©cidĂ© Ă  exercer son autoritĂ© en pratiquant le droit de cuissage.

II, dans une auberge, Jean attend vainement Berthe. Ayant rĂ©ussi Ă  Ă©chapper au Comte, Berthe paraĂźt en dĂ©nonçant la barbarie du Comte lequel compte libĂ©rer la mĂšre de Jean contre Berthe : Jean y songe sĂ©rieusement ; que ne ferait-il pas pour sauver sa mĂšre, quitte Ă  abandonner sa fiancĂ©e Berthe ! Mais les anabaptistes profitent d’un rĂȘve oĂč il se voyait roi, pour convaincre de dĂ©livrer la ville de MĂŒnster de son tyran, qui est le pĂšre du Comte. Brave et libertaire, Jean accepte : il s’emparera de la ville, de son tyran qu’il Ă©changera contre sa mĂšre (tout en gardant auprĂšs de lui Berthe).

III, aprĂšs un sublime tableau de patineurs dans la forĂȘt de Westphalie, Jean dĂ©cide de faire le siĂšge de MĂŒnster. Plus inspirĂ© par son propre destin, et sa gloire rĂȘvĂ©e dans le songe qui le dĂ©vore, Jean qui s’est nommĂ© « ProphĂšte » de la cause des rĂ©voltĂ©s, pilote l’armĂ©e des anabaptistes contre la tyrannie.

IV. Jean conquiert MĂŒnster. Perdue, Berthe pense qu’il a Ă©tĂ© assassinĂ© par les anabaptistes. Elle compte tuer leur chef, Le ProphĂšte. Dans la cathĂ©drale de MĂŒnster, Jean est sacrĂ© Roi-ProphĂšte. Sa propre mĂšre, FidĂšs, l’a reconnu mais elle angoisse Ă  l’idĂ©e que Berthe peut surgir pour tuer Jean.

V. Tableau de l’apocalypse. FidĂšle Ă  son goĂ»t pour la catastrophe finale aux effets spectaculaires, Meyerbeer imagine ensuite une conclusion digne d’Hollywood (ou aussi, en conformitĂ© avec le goĂ»t des scĂ©naristes les plus rĂ©cents, dans le style de Game of thrones). Alors que les 3 protagonistes (FidĂšs, Jean, Berthe) se retrouvent dans le caveau oĂč est prisonniĂšre FidĂšs, et se retrouvent enfin, rĂȘvant lĂ©gitimement d’un juste bonheur, les troupes impĂ©riales aidĂ©es par les anabaptistes qui ont trahi Jean, reprennent la ville. Berthe se suicide. Alors que ses troupes font festin dans la grande salle du Palais de MĂŒnster, Jean et sa mĂšre pĂ©rissent dans un vaste incendie, semĂ© d’explosions.

 

 

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toulouse capitole juin 2017 reservations le prophete de meyerbeer presentation par classiquenewsLe ProphĂšte de Meyerbeer et Scribe Ă  TOULOUSE
Théùtre du Capitole : 5 représentations
OpĂ©ra en cinq actes sur un livret d’EugĂšne Scribe
créé le 16 avril 1849 au Théùtre de la Nation (Opéra de Paris, salle Le Pelletier)
Théùtre du Capitole| Durée : 3h40
vendredi 23 juin 2017 Ă  19h30
dimanche 25 juin 2017 Ă  15h00
mardi 27 juin 2017 Ă  19h30
vendredi 30 juin 2017 Ă  19h30
dimanche 2 juillet 2017 Ă  15h00

 

 

RESERVEZ VOS PLACES
http://www.theatreducapitole.fr/1/saison-2016-2017/opera-612/le-prophete.html

 

 

distribution

John Osborn, Jean de Leyde
Kate Aldrich, FidĂšs
Sofia Fomina, Berthe
Mikeldi Atxalandabaso, Jonas
Thomas Dear, Mathisen
Dimitry Ivashchenko, Zacharie
Leonardo EstĂ©vez, Le Comte d’Oberthal

Orchestre national du Capitole
Choeur et MaĂźtrise du Capitole
Claus Peter Flor, direction musicale
Stefano Vizioli, mise en scĂšne

 

 

 

 

Académie européenne de musique ancienne de Vannes 2017

VEMI-festival-vannes-2017-classiquenewsVANNES, 4 > 12 juillet 2017. 7Ăšme AcadĂ©mie europĂ©enne de musique ancienne. La Bretagne a toujours su explorer de nouveaux territoires, patrie des corsaires et marins explorateurs d’envergure, le territoire sait aussi cultiver le dĂ©frichement et l’innovation musicale. AInsi l’AcadĂ©mie estivale que propose le VEMI (Vannes Early Music Institute) porte-t-il logiquement le titre gĂ©nĂ©rique de « Festival des Musiciens Voyageurs »  L’Institut a su se distinguer depuis sa crĂ©ation parce que son projet artistique tout en impliquant comme nul par ailleurs la population et les visiteurs Ă  Vannes, sait aussi, simultanĂ©ment cultiver la transmission et l’approfondissement du travail musical. A la fois, festival (pour les spectateurs) et AcadĂ©mie (pour les jeunes instrumentistes sur instruments anciens et les jeunes chanteurs), chaque nouveau cycle estival organisĂ© par le Vannes Early Music Institute est un Ă©vĂ©nement en soi : promesse de dĂ©couvertes musicales et artistiques envoĂ»tantes ; cĂ©lĂ©bration aussi de l’expĂ©rience musicale ouverte Ă  tous, fraternelle autant que spirituelle et collective.

UNE ACADEMIE POUR JEUNES MUSICIENS QUI EST AUSSI UN FESTIVAL
 Depuis sa crĂ©ation par le violoncelliste Bruno Cocset en 2011, le Vannes Early Music Institute ne cesse de diffuser dans la citĂ© et sur le territoire, une offre particuliĂšrement riche en matiĂšre de musique ancienne : dĂ©frichement de rĂ©pertoires, pratiques instrumentales
 La passion pour l’esthĂ©tique baroque principalement inspire l’une des programmations les plus complĂštes et les mieux Ă©quilibrĂ©es entre renouvellement des rĂ©pertoires investis et perfectionnement de l’approche technique et interprĂ©tative : concerts, ateliers pĂ©dagogiques, confĂ©rences rendent compte une fois dans l’annĂ©e, ainsi chaque mois de juillet, d’une activitĂ© qui est en rĂ©alitĂ© annuelle et permanente.
L’offre des concerts et des masterclasses a lieu dans l’HĂŽtel de LIMUR de Vannes, Ă©crin patrimonial du 17Ăšme siĂšcle, restaurĂ© par la Ville. Le niveau musical gĂ©nĂ©ral des performances est assurĂ© par le profil mĂȘme des jeunes musiciens participants : issus d’écoles supĂ©rieures musicales europĂ©ennes conventionnĂ©es avec le VEMI (Paris, Lyon, GenĂšve, Barcelone, Poznan, Amsterdam, Cluj-Napoca, Reykjavik). Le festivalier spectateur peut donc bĂ©nĂ©ficier de tempĂ©raments artistiques dĂ©jĂ  trĂšs affĂ»tĂ©s et techniciens qui recherchent Ă  Vannes Ă  polir et Ă  enrichir encore leur connaissance des instruments et leur comprĂ©hension profondes des Ɠuvres et rĂ©pertoires proposĂ©s. Soucieux d’aider Ă  la naissance sonore de nouveaux ensembles, le VEMI a accompagnĂ© les premiers pas prometteurs de l’ensemble L’Escadron volant de la Reine, entre autres, qui y aura vĂ©cu sa rĂ©sidence formatrice et natale pendant 2 saisons.

VANNES, FOYER D’ENCHANTEMENTS ET DE RECHERCHE BAROQUE
 Tout au long de l’annĂ©e, des concerts sont proposĂ©s au public vannetais via la rĂ©sidence de l’ensemble Les basses RĂ©unies au CRDV (Conservatoire Ă  Rayonnement DĂ©partemental de Vannes), ou dans le cadre de la saison du TAB (ThĂ©Ăątre Anne de Bretagne). Depuis sept ans de nombreux concerts et spectacles nourrissent l’offre musicale les « Automnes » ou « Hivers Ă  Limur », pendant les « Semaines de la Voix » et parfois en partenariat avec d’autres acteurs de la vie musicale du Pays de Vannes : « AcadĂ©mie de Musique et d’Arts SacrĂ©s de Ste Anne d’Auray », « MaĂźtrise de Vannes ». En 2016, la « Fondation Royaumont » a rejoint le cercle des partenaires du VEMI, laissant prĂ©sager de futures collaborations.

Jalons dĂ©cisifs aussi, rĂ©vĂ©lant des passerelles et coopĂ©rations fructueuses Ă  l’échelle locale, des confĂ©rences sur le bois de lutherie, le Sarangi, les viĂšles de l’Iran, la Lyraviole, le Baryton Ă  cordes
, des expositions (Un consort de violons au 17Ăšme siĂšcle
). Profitant de la prĂ©sence ponctuelle des artistes pendant la saison, de nombreuses masterclasses ont Ă©tĂ© organisĂ©es pour les jeunes musiciens du CRDV. La transmission des savoirs et de la technicitĂ© est un axe majeur du VEMI ; et le festival estival en illustrent les avancĂ©es les plus aboutis, pour le public.

En outre en liaison avec la passion de Bruno Cocset pour l’organologie, l’évolution et la singularitĂ© sonore des instruments anciens, en particulier tous les protovioloncelles de l’ñge baroque, un Atelier de lutherie Ă  Ă©tĂ© crĂ©Ă© Ă  Limur ; c’est lĂ  qu’est nĂ©e en 2012 une viole de gambe anglaise (Lyraviole) rĂ©alisĂ©e sur site par deux luthiers d’aprĂšs des plans du 17Ăšme siĂšcle. Cette construction a donnĂ© lieu Ă  de nombreuses mĂ©diations vers des publics scolaires et adultes. L’instrument a Ă©tĂ© jouĂ© lors de concerts et enregistrĂ© (disques du label Alpha par Les Basses RĂ©unies : ainsi en 2014, un CD consacrĂ© au « Captain Tobias Hume », cĂ©lĂšbre musicien atypique anglais du 17Ăšme siĂšcle, et, en 2016, un CD « Give me you hand – Geminiani & the Celtic earth »). Soit 2 cd couronnĂ©s par le label d’excellence, le CLIC de CLASSIQUENEWS.

EDITION 2017 : UN NOUVEL ACCOMPLISSEMENT ARTISTIQUE ET HUMAIN. Cette annĂ©e, l’AcadĂ©mie de juillet 2017, affiche des personnalitĂ©s artistiques passionnantes, chacune riche de sa propre technicitĂ© et des monde intĂ©rieur qu’il sait exprimer et transmettre ; c’est Ă  nouveau un voyage prometteur, dont les thĂ©matiques et les rĂ©gions annoncĂ©es font rĂȘver
 accompagnant les jeunes acadĂ©miciens dans leurs concerts en public, du 4 au 12 juillet prochain :

- la soprano espagnole Raquel Anduaza et l’ensemble Private Musicke dans un programme aux couleurs de l’Italie et de l’Espagne
- l’Allemagne avec la voix de Marc Mauillon, le violon de Johannes Leertouwer et les clavecins de Bertrand Cuiller & Hadrien Jourdan,
- les secrets de la naissance du violoncelle avec le musicologue Marc Vanscheeuwijck et les musiciens des Basses RĂ©unies,
- les Bardes musiciens de l’Himalaya avec Franck Bernùde,
- le souffle de l’orgue de Guern en meslanges avec celui des flĂ»tes de Marc HantaĂŻ et Pierre Hamon,
- Concert dans le parc de BranfĂ©rĂ© en une approche sensible et musicale
 (Concert « Une fenĂȘtre sur Limur »)

 

 

 

 

PROGRAMME 2017 7e Académie Européenne de Musique Ancienne de Vannes
 
Festival des Musiciens voyageurs

8 concerts – 2 confĂ©rences

Concerts & conférences
Informations – rĂ©servations Ă  partir du 15 Juin
contact@vemi.fr – 06 13 43 05 14 – www.vemi.fr 

 

 

MARDI 4 JUILLET / 21h / VANNES, EGLISE SAINT-PATERN

CONCERT D’OUVERTURE : « Arias et sinfonias : BACH – BUXTEHUDE – TELEMAN – HAENDEL »
Marc Mauillon : voix, Johannes Leertouwer : violon, Bertrand Cuiller : clavecin, Maude Gratton : orgue, Guido Balestracci : violes, Bruno Cocset : violoncelle
Concert payant : 12€ – Tarif rĂ©duit : 6€ pour les adhĂ©rents VEMI, demandeurs d’emploi et Ă©tudiants – Gratuit jusqu’à 12 ans
I

 

 

JEUDI 6 JUILLET / 15h / VANNES, HOTEL DE LIMUR
CONFERENCE : « Bardes de l’Himalaya: Ă©popĂ©es et musiques de transe »
Franck BernĂšde, ethnomusicologue
Gratuit dans la limite des places disponibles

 

 

JEUDI 6 JUILLET / 21h / VANNES, AUDITORIUM DES CARMES
CONCERT Ă  DEUX CLAVECINS : « Haendel et l’Allemagne, chefs d’oeuvres et transcriptions »
Bertrand Cuiller & Hadrien Jourdan
Concert payant : 12€ – Tarif rĂ©duit : 6€ pour les adhĂ©rents VEMI, demandeurs d’emploi et Ă©tudiants – Gratuit jusqu’à 12 ans

 

 

VENDREDI 7 JUILLET / 21h / VANNES, AUDITORIUM DES CARMES
CONFERENCE CONCERT : « La Nascita del Violoncello »
Marc Vanscheeuwijck : musicologue et violoncelliste, Bruno Cocset & Bertrand Cuiller
Concert payant : 12€ – Tarif rĂ©duit : 6€ pour les adhĂ©rents VEMI, demandeurs d’emploi et Ă©tudiants – Gratuit jusqu’à 12 ans

 

 

SAMEDI 8 JUILLET / 21h / VANNES, AUDITORIUM DES CARMES
CONCERT : « Alfabeto Songs » : italian early 17th century songs
Raquel Andueza, soprano & « Private Musicke »
Concert payant : 12€ – Tarif rĂ©duit : 6€ pour les adhĂ©rents VEMI, demandeurs d’emploi et Ă©tudiants – Gratuit jusqu’à 12 ans

 

 

DIMANCHE 9 JUILLET / 15h / PONTIVY, BASILIQUE NOTRE DAME DE JOIE
CONCERT : « CELLO STORIES »
Guido Balestracci, Bertrand Cuiller, Richard Myron, Bruno Cocset
EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles – Participation libre

 

 

DIMANCHE 9 JUILLET / 20h / GUERN, SANCTUAIRE DE QUELVEN
CONCERT : «Souffle, souffles : de la flĂ»te Ă  l’orgue !»
Maude Gratton : orgue, Pierre Hamon : flûtes, Marc Hantaï : flûte traversiÚre
EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles – Participation libre

 

 

LUNDI 10 JUILLET / 18h / PARC DE BRANFERE
CONCERT : « Une fenĂȘtre sur Limur
 Ă  BranfĂ©rĂ© ! »
Etudiants de l’AcadĂ©mie
EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles et sous rĂ©serve de s’ĂȘtre acquittĂ© du droit d’entrĂ©e du parc de BranfĂ©rĂ© – Participation libre

 

 

MARDI 11 JUILLET / 20h & 21h / VANNES, HOTEL DE LIMUR
CONCERTS BALLADES : « Une Nuit à LIMUR »
Etudiants de l’AcadĂ©mie
Gratuit dans la limite des places disponibles

 

 

MARDI 12 JUILLET / 21h / VANNES, CATHEDRALE SAINT-PIERRE
CONCERT DE CLOTURE : « J.S. BACH : Concertos – Suite pour orchestre »
Etudiants de l’AcadĂ©mie
Patrick Beaugiraud : hautbois, Maude Gratton : clavecin
Sophie Gent : violon et direction
EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles – Participation libre

 

 

 

 

Master classes

7e AcadĂ©mie EuropĂ©enne de Musique Ancienne de Vannes  – 9 maĂźtres pĂ©dagogues
Bruno Cocset: baroque cello & artistic director (du 5 au 12 juillet)
Sophie Gent: baroque violin (9 au 12 juillet)
Johannes Leertouwer: baroque violin (5 au 8 juillet)
Guido Balestracci: viola da gamba (du 5 au 12 juillet)
Bertrand Cuiller: harpsichord (du 5 au 12 juillet)
Richard Myron: baroque double-bass & violone (du 9 au 12 juillet)
Maude Gratton: organ & clavichord (7 au 11 juillet)
Pierre Hamon: flute recorder (8 au 12 juillet)
Marc HantaĂŻ: flute traverso (5 au 9 juillet)

 

 

boutonreservationInformation – Billetterie
7e Académie Européenne de Musique Ancienne de Vannes
Ouverture de la billetterie : jeudi 15 juin 2017

 

RĂ©servation et billetterie
Sur le site Internet : www.vemi.frĂ  partir du 15 juin 2017
A la Librairie Cheminant : 19 Rue Joseph le Brix, 56000 Vannes – Ă  partir du 15 juin
A l’Office du Tourisme Golfe du Morbihan Vannes Tourisme – Ă  partir du 15 juin
A l’HĂŽtel de Limur : 31 rue Thiers, 56000 Vannes – Ă  partir du 29 juin
Sur le lieu des concerts : dans la limite des places disponibles

 

 

 

Accueil spectateurs
 Les places ne sont pas numĂ©rotĂ©es
 Les photographies et captations vidĂ©o sont interdites pendant les spectacles
 Pour un accueil personnalisĂ©, notamment les spectateurs en situation de handicap, merci de le signaler dĂšs la rĂ©servation des billets

Dame Felicity Lott chante les Romantiques français

Felicity-Lott-362x404RĂ©cital FELICiTY LOTT, le 1er juin 2017. PARIS, Salle Gaveau. MUSIQUE DE CHAMBRE et VOIX DIVINE. Les temps changent et avec eux, l’offre de concert. Le jeune producteur Artie’s fait Ă©voluer l’expĂ©rience musicale pour les publics en proposant un concept de proximitĂ© voire de complicitĂ© avec l’audience, tout en dĂ©fendant ce qui tient au cƓur du fondateur, le violoncelliste Gauthier Herrmann : la musique de chambre. Complice de la soprano lĂ©gendaire Felicity Lott, diva so brittish, alliant grĂące, diction, dĂ©lire parfois dĂ©jantĂ©, la jeune troupe d’instrumentistes programme ici chant français et chambrisme romantique, 100% raffinĂ©, tel qu’il se diffuse dans le Quatuor avec piano n°1 op15 de Gabriel FaurĂ©.
L’itinĂ©raire est double : voix et instruments choisis. Le programme des 27 mai puis 1er juin (Salle Gaveau) promet bien des dĂ©lices : au goĂ»t de la cantatrice pour la ciselure du verbe enchanteur, allusif rĂ©pond le chant collectif du quatuor Ă  cordes avec piano oĂč rayonne tout autant l’harmonie collective et la sonoritĂ© intĂ©rieure, vibrante qui en dĂ©coule.

 

lott-felicity-soprano-de-grace-concert-presentation-par-classiquenews-felicity_lott_il_nous_faut_de_lamour_1FELICITY, DIVA TOTALE
 SeptuagĂ©naire en 2017 (nĂ©e en 1947), la soprano britannique a subjuguĂ© les plus grands chefs (Carlos Kleiber) dans des rĂŽles qui lui semblaient destinĂ©s : La MarĂ©chale dans Le chevalier Ă  la rose de Richard Strauss, la Comtesse dans Cappricio du mĂȘme auteur, ou dans Les Noze di Figaro de Mozart
 – rĂŽles, avant elle, sublimĂ©s par l’impĂ©riale Elizabeth Schwarzkopf. MĂȘme diamant vocal, mĂȘme intonation juste et prĂ©cise, mĂȘme style travaillĂ©, ciselé  « sophistiqué » ont dit les moins convaincus-, plutĂŽt exceptionnellement diseur, faudrait-il trancher : « La Lott » incarne une perfection du chant que l’on pensait perdu, alliant grĂące expressive, suretĂ© et prĂ©cision technique, Ă©lĂ©gance innĂ©e, sens inĂ©galĂ© du verbe. Chez elle, le naturel fusionne avec le raffinement. Une Ă©quation rĂȘvĂ©e pour chanter la mĂ©lodie française romantique, oĂč priment tant le texte, la prosodie, l’intonation. Dans ce programme complet de Berlioz Ă  Hahn, la diva offre l’un de ses plus beaux hommages Ă  la distinction et la grĂące française : charme de la mĂ©lodie, connotations exquises du texte
 Mais tant de grĂące et de sĂ©duction ne doivent pas Ă©carter aussi un goĂ»t (et un talent Ă©gal) pour le comique (ses incursions chez Offenbach – La grande Duchesse de Gerolstein, demeurent inoubliables par l’invention dĂ©lirante et la richesse de l’autodĂ©rision). Un grande chanteuse doublĂ©e d’une authentique actrice se dĂ©voile ainsi les 27 mai puis 1er juin 2017.

 

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582Le Quatuor pour piano et cordes opus 15 de FaurĂ© est amorcĂ© dĂšs 1876, mais l’auteur l’achĂšve deux annĂ©es aprĂšs car il reprend totalement le finale qui ne lui convenait pas. C’est le temps de la dĂ©couverte et de l’expĂ©rience de Wagner (TĂ©tralogie suivie Ă  Cologne et Munich en compagnie de Messager). L’opus 15 est finalement crĂ©Ă© Ă  Paris en 1880 (SociĂ©tĂ© nationale, Salle Pleyel, avec l’auteur au piano). Contemporain du Quintette de Franck, le Quatuor de FaurĂ© est un sommet de la musique de chambre romantique française : souplesse (vĂ©nĂ©neuse) de sa mĂ©lodie, style serrĂ©, ferme mais d’une Ă©lĂ©gance qui semble native (colorisme Ă©tincelant et permanent du piano). Comme un artisan de la permanence et de la continuitĂ©, FaurĂ© tisse une soie sonore des plus chatoyantes, Ă©nivrĂ©es et raffinĂ©es, que les derniĂšres mesures du Finale, emportent dans une apothĂ©ose lumineuse. Quatre mouvements : Allegro molto moderato / Scherzo : allegro vivo / Adagio / Finale : allegro molto. Environ : 30 mn selon les interprĂ©tations.

 

 

 

RĂ©cital Felicity Lott
Chambrisme romantique français

Jeudi 1er Juin 2017 Ă  20h30
PARIS, Salle Gaveau
45, rue La Boétie
75008 PARIS

Dimanche 17 septembre 2017 Ă  20h
Abbaye de Cluny (21)

RÉSERVEZ VOS PLACES ICI

 

 

 

Programme

Hector Berlioz – La Captive
Ernest Chausson – Le temps des lilas
Reynaldo Hahn – La derniĂšre valse
Gabriel FaurĂ© – Quatuor avec piano n°1 op15
Gabriel FaurĂ© – AprĂšs un rĂȘve
Maurice Ravel – ShĂ©hĂ©razade
Jules Massenet – ÉlĂ©gie
Francis Poulenc – Les chemins de l’amour
Reynaldo Hahn – La Barcheta

 

 

 

Dame Felicity Lott, soprano (LIRE notre entretien avec Dame Felicity Lott, mai 2017)
Mathilde Borsarello Herrmann, violon
CĂ©cile Grassi, alto
Gauthier Herrmann, violoncelle
Jean-Michel Dayez, piano

Avec la participation de :
Fleur Gruneissen, flûte (27/05, 17/09)
Mathilde Caldérini, flûte (01/06)

 

 

 

LIVRES événement, annonce. FRITZ BUSCH (Notes de nuit éditeur)

LIVRES Ă©vĂ©nement, annonce. FRITZ BUSCH (Notes de nuit Ă©diteur). Le chef allemand lĂ©gendaire Fritz Busch (nĂ© en Westphalie en 1890), frĂšre ainĂ© du violoniste non moins mĂ©morable Adolf, affirme une rĂ©elle abnĂ©gation pour la musique d’abord comme pianiste chevronnĂ©, puis comme chef de choeur (Gotha) et chef d’orchestre Ă  Aix la Chapelle (1912-1918) puis Ă  Stuttgart (1918-1922). A Dresde, il peut enfin dĂ©ployer sa propre conception du spectacle lyrique oĂč comptent autant que la musique, le dispositif scĂ©nique et thĂ©Ăątral : ses Wagner Ă  Bayreuth (MaĂźtres Chanteurs, 1924), ses Mozart (L’enlĂšvement au sĂ©rail, 1930) attestent d’une sensibilitĂ© hors pair que son Don Giovanni devenu lĂ©gendaire de 1936 a fini par imposer tout Ă  fait, comme en tĂ©moigne sa coopĂ©ration fondatrice pour la crĂ©ation du premier festival de Glyndebourne en 1934, aux cĂŽtĂ©s de Christie qui bientĂŽt allait le trahir et le congĂ©dier.

 

 

 

BUSCH-fritz-un-juste-parmi-les-diables-presentation-2-livres-edites-par-notes-de-nuit-par-classiquenews-annonce-livre-evenement-CLIC-de-classiquenews

 

 

 

Saluons les 2 ouvrages Ă©ditĂ©s au printemps 2017 par Notes de nuit. Certes fidĂšle Ă  la ligne Ă©ditoriale de la collection, il s’agit de rendre hommage aux musiciens victimes du nazisme, mais le lecteur trouve dans le profil entier, humble, passionnĂ© de Fritz Busch, un nouveau « juste », humaniste, fraternel, pour lequel la musique est l’expression d’un engagement et d’une Ă©thique. C’est le portrait d’un ĂȘtre exceptionnel qui se profile ici, a contrario des caractĂ©riels impossibles quoique eux aussi gĂ©niaux dans leur mĂ©tier, Toscanini ou Otto Klemperer auxquels l’éditeur a prĂ©cĂ©demment dĂ©diĂ© pour chacun une monographie importante.

SimultanĂ©mement au premier ouvrage (« Une vie de musicien »), le second livre, intitulĂ© « Fritz Busch, L’exil : 1933-1951 », prĂ©sente le parcours du chef germanique exilĂ©, devenu par la force des Ă©vĂ©nements et fuyant la barbarie, un itinĂ©rant et un artiste nomade, dĂšs 1933, essentiellement en AmĂ©rique latine (Chili et Argentine) et dans une moindre mesure aux USA. Voici donc, prĂ©sentĂ©, contextualisĂ© (par un « PrĂ©lude » 1930/1932), la vie de Fritz Busch, maestro qu’inspire le grand rĂ©pertoire germanique, apĂŽtre de Beethoven, Mozart, et aussi Verdi, dĂ©fenseur de Reger et partenaire rĂ©gulier de son frĂšre le violoniste Adolf Busch, parti comme lui Ă  l’Ouest pour Ă©viter les nazis. Les artistes avec lesquels il a travaillĂ©, les directeurs, les chefs qu’il a croisĂ©s composent une fresque passionnante annĂ©e par annĂ©e, jusqu’à sa mort Ă  Londres en 1951 (Ă  60 ans).

 

 

_________________

 

 

CLIC_macaron_2014LIVRES Ă©vĂ©nement, annonce. Fritz BUSCH : « Une vie de musiciens ». Fritz BUSCH : L’Exil : 1933-1951 – PrĂ©sentation par Fabien Gastellier (Editions Notes de nuit, mai 2017). Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

Felicity Lott chante les Romantiques français

Felicity-Lott-362x404RĂ©cital FELICiTY LOTT, les 27 mai, 1er juin 2017. MUSIQUE DE CHAMBRE et VOIX DIVINE. Les temps changent et avec eux, l’offre de concert. Le jeune producteur Artie’s fait Ă©voluer l’expĂ©rience musicale pour les publics en proposant un concept de proximitĂ© voire de complicitĂ© avec l’audience, tout en dĂ©fendant ce qui tient au cƓur du fondateur, le violoncelliste Gauthier Herrmann : la musique de chambre. Complice de la soprano lĂ©gendaire Felicity Lott, diva so brittish, alliant grĂące, diction, dĂ©lire parfois dĂ©jantĂ©, la jeune troupe d’instrumentistes programme ici chant français et chambrisme romantique, 100% raffinĂ©, tel qu’il se diffuse dans le Quatuor avec piano n°1 op15 de Gabriel FaurĂ©.
L’itinĂ©raire est double : voix et instruments choisis. Le programme des 27 mai puis 1er juin (Salle Gaveau) promet bien des dĂ©lices : au goĂ»t de la cantatrice pour la ciselure du verbe enchanteur, allusif rĂ©pond le chant collectif du quatuor Ă  cordes avec piano oĂč rayonne tout autant l’harmonie collective et la sonoritĂ© intĂ©rieure, vibrante qui en dĂ©coule.

 

lott-felicity-soprano-de-grace-concert-presentation-par-classiquenews-felicity_lott_il_nous_faut_de_lamour_1FELICITY, DIVA TOTALE
 SeptuagĂ©naire en 2017 (nĂ©e en 1947), la soprano britannique a subjuguĂ© les plus grands chefs (Carlos Kleiber) dans des rĂŽles qui lui semblaient destinĂ©s : La MarĂ©chale dans Le chevalier Ă  la rose de Richard Strauss, la Comtesse dans Cappricio du mĂȘme auteur, ou dans Les Noze di Figaro de Mozart
 – rĂŽles, avant elle, sublimĂ©s par l’impĂ©riale Elizabeth Schwarzkopf. MĂȘme diamant vocal, mĂȘme intonation juste et prĂ©cise, mĂȘme style travaillĂ©, ciselé  « sophistiqué » ont dit les moins convaincus-, plutĂŽt exceptionnellement diseur, faudrait-il trancher : « La Lott » incarne une perfection du chant que l’on pensait perdu, alliant grĂące expressive, suretĂ© et prĂ©cision technique, Ă©lĂ©gance innĂ©e, sens inĂ©galĂ© du verbe. Chez elle, le naturel fusionne avec le raffinement. Une Ă©quation rĂȘvĂ©e pour chanter la mĂ©lodie française romantique, oĂč priment tant le texte, la prosodie, l’intonation. Dans ce programme complet de Berlioz Ă  Hahn, la diva offre l’un de ses plus beaux hommages Ă  la distinction et la grĂące française : charme de la mĂ©lodie, connotations exquises du texte
 Mais tant de grĂące et de sĂ©duction ne doivent pas Ă©carter aussi un goĂ»t (et un talent Ă©gal) pour le comique (ses incursions chez Offenbach – La grande Duchesse de Gerolstein, demeurent inoubliables par l’invention dĂ©lirante et la richesse de l’autodĂ©rision). Un grande chanteuse doublĂ©e d’une authentique actrice se dĂ©voile ainsi les 27 mai puis 1er juin 2017.

 

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582Le Quatuor pour piano et cordes opus 15 de FaurĂ© est amorcĂ© dĂšs 1876, mais l’auteur l’achĂšve deux annĂ©es aprĂšs car il reprend totalement le finale qui ne lui convenait pas. C’est le temps de la dĂ©couverte et de l’expĂ©rience de Wagner (TĂ©tralogie suivie Ă  Cologne et Munich en compagnie de Messager). L’opus 15 est finalement crĂ©Ă© Ă  Paris en 1880 (SociĂ©tĂ© nationale, Salle Pleyel, avec l’auteur au piano). Contemporain du Quintette de Franck, le Quatuor de FaurĂ© est un sommet de la musique de chambre romantique française : souplesse (vĂ©nĂ©neuse) de sa mĂ©lodie, style serrĂ©, ferme mais d’une Ă©lĂ©gance qui semble native (colorisme Ă©tincelant et permanent du piano). Comme un artisan de la permanence et de la continuitĂ©, FaurĂ© tisse une soie sonore des plus chatoyantes, Ă©nivrĂ©es et raffinĂ©es, que les derniĂšres mesures du Finale, emportent dans une apothĂ©ose lumineuse. Quatre mouvements : Allegro molto moderato / Scherzo : allegro vivo / Adagio / Finale : allegro molto. Environ : 30 mn selon les interprĂ©tations.

 

 

 

RĂ©cital Felicity Lott
Chambrisme romantique français

Samedi 27 mai 2017 Ă  20h
ChĂąteau de Bussy-Rabutin
12, Rue du ChĂąteau
21150 Bussy-le-Grand

Jeudi 1er Juin 2017 Ă  20h30
PARIS, Salle Gaveau
45, rue La Boétie
75008 PARIS

Dimanche 17 septembre 2017 Ă  20h
Abbaye de Cluny (21)

RÉSERVEZ VOS PLACES ICI

 

 

 

Programme

Hector Berlioz – La Captive
Ernest Chausson – Le temps des lilas
Reynaldo Hahn – La derniĂšre valse
Gabriel FaurĂ© – Quatuor avec piano n°1 op15
Gabriel FaurĂ© – AprĂšs un rĂȘve
Maurice Ravel – ShĂ©hĂ©razade
Jules Massenet – ÉlĂ©gie
Francis Poulenc – Les chemins de l’amour
Reynaldo Hahn – La Barcheta

 

 

 

Dame Felicity Lott, soprano (LIRE notre entretien avec Dame Felicity Lott, mai 2017)
Mathilde Borsarello Herrmann, violon
CĂ©cile Grassi, alto
Gauthier Herrmann, violoncelle
Jean-Michel Dayez, piano

Avec la participation de :
Fleur Gruneissen, flûte (27/05, 17/09)
Mathilde Caldérini, flûte (01/06)

 

 

 

Le National de Lille joue Gorki, Sibelius, et Poulenc avec Jean Rondeau

Rondeau jeanLILLE. National de Lille, Jean Rondeau les 18,19 mai 2017. Jean Rondeau, rĂ©cente vedette parmi les jeunes claveciniste français interprĂšte Poulenc (Concerto champĂȘtre, dans l’esprit de Watteau) au Nouveau SiĂšcle de Lille, formidable Ă©crin pour le concert et l’opĂ©ra (comme rĂ©cemment une nouvelle production des PĂȘcheurs de perles l’a dĂ©montrĂ© / sous la direction d’Alexandre Bloch le 10 mai dernier). AprĂšs sa Victoire de la musique classique – RĂ©vĂ©lation Instrumentale – reçue justement Ă  Lille en 2015, Jean Rondeau revient deux ans plus tard au Nouveau SiĂšcle, ce soir et demain, 18 et 19 mai, avec l’Orchestre national de Lille sous la direction du chef polonais Michal Nesterowicz.

GORECKI, POULENC, SIBELIUS. Au programme d’abord d’Henryk MikoƂaj GĂłrecki (1933-2010), Trois piĂšces dans le style ancien. Nous sommes en 1963. Henryk GĂłrecki est un jeune compositeur, Ă  la recherche de son style. A l’instar de son compatriote Krzystof Penderecki, GĂłrecki est sĂ©duit par les expĂ©rimentations d’Europe de l’Ouest. La dĂ©couverte du folklore polonais transparaĂźt ici dans l’utilisation d’une vieille chanson de mariage du 16Ăšme siĂšcle utilisĂ©e dans la troisiĂšme piĂšce. Ecrites pour orchestre Ă  cordes, les Trois piĂšces dans le style ancien posent les bases d’un minimalisme dont Arvo PĂ€rt se fera le hĂ©raut dans la dĂ©cennie Ă  venir.

Puis surtout, clou du concert, de Francis Poulenc (1899-1963) : le nĂ©o classique / nĂ©o baroque Concert champĂȘtre. La rencontre en 1923 avec Wanda Landowska permet au jeune Francis Poulenc de redĂ©couvrir la musique ancienne, et c’est Ă  l’instigation de la musicienne,- pionniĂšre dans la redecouverte du Clavecin, qu’il dĂ©cide d’Ă©crire une oeuvre pour clavecin et orchestre. Le mot “Concert champĂȘtre” recouvre deux significations possibles. D’une part, il s’agit d’un hommage concret Ă  Landowska puisque Poulenc, citadin impertinent, venait lui rendre visite dans sa propriĂ©tĂ© de Saint-Leu-La-ForĂȘt Ă  35 kilomĂštres de Paris . D’autre part, Poulenc escomptait tracer, en musique, un “parc Ă  la francaise”, Ă  la maniĂšre d’un tableau galant de Watteau. Poulenc renoue avec l’esprit d’un pastiche de HĂ€ndel ou Scarlatti, mais avec une sensibilitĂ© toute moderne. On y relĂšve des harmonies inattendues, des clins d’oeil ironiques, parfois de grandes mĂ©lodies populaires, qui, plus que dans un bois champĂȘtre, donnent l’impression qu’on se trouve sur un grand boulevard parisien ! “J’ai vraiment mis dans mon Concert champĂȘtre tout mon sang, le meilleur : si on ne l’aime pas, on ne peut pas m’aimer ! ” disait le compositeur . sur les traces du peintre. TrĂšs Watteau, Poulenc ressuscite l’art de la nostalgie en teintes raffinĂ©es particuliĂšrement chaudes et vaporeuses qui son style plus pointilliste que vraiment brumeux et atmosphĂ©rique renouvelle d’une maniĂšre trĂšs personnelle.

Sibelius 2015Enfin l’orchestre national de Lille “ose” de Jean Sibelius (1865-1957), lrrepressible sensualitĂ© panthĂ©iste de la Symphonie n°1 en mi mineur op.39. C’est le dernier portrait de l’artiste en jeune homme : en 1899, Sibelius a 34 ans. Il est dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre dans son pays, la Finlande, encore sous le joug de la Russie. L’enjeu de cette premiĂšre symphonie est double : Ă©crire une oeuvre sans programme littĂ©raire ni descriptif et s’affronter Ă  une forme qui pourrait lui apporter la cĂ©lĂ©britĂ© Ă  l’Ă©tranger. Le critique anglais Enrest Newman Ă©crira ainsi en 1905 : “Je n’ai jamais entendu une oeuvre qui m’ait transportĂ© aussi loin de l’Europe de l’Ouest. Chaque page de [cette Symphonie n°1] respire une autre maniĂšre de penser, une autre maniĂšre de vivre, voire mĂȘme un autre paysage que le nĂŽtre”. De fait avec Richard Strauss et Gustav. MAHLER, sibelius est bien le plus grand symphoniste de la premiĂšre moitiĂ© du XX Ăšme, celui dont l’Ă©criture interroge le plan et la finalitĂ© du matĂ©riau formel.

LILLE
Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Jeudi 18 et Vendredi 19 mai 2017 Ă  20h
Tarifs de 5 à 10€

Billetterie et renseignements : 03 20 12 82 40
www.onlille.com

AU PROGRAMME :
GÓRECKI : Trois Piùces dans le style ancien
POULENC: Concert champĂȘtre, pour clavecin
SIBELIUS: Symphonie n°1
Direction: Michal Nesterowicz
Clavecin: Jean Rondeau

PROGRAMME EN TOURNÉE :

LYON
Auditorium Maurice Ravel
Samedi 20 MAI 18h
Dans le cadre des formations invitĂ©es par l’Orchestre National de Lyon
Informations et rĂ©servations au 04 78 95 95 95 – www.auditorium-lyon.com

RUSALKA Ă  l’OpĂ©ra de TOURS

dvorak_antonin3OPERA DE TOURS. DVORAK : RUSALKA. 17,19,21 mai 2017. Le fait est Ă©tabli : l’OpĂ©ra de Tours prĂ©sente un saison lyrique flamboyante par la qualitĂ© des productions rĂ©alisĂ©es in loco : aprĂšs les trĂšs convaincantes LakmĂ© (avec Jodie Devos), Tosca (Maria Katzarava), voici un autre portrait de femme attachante et profonde, loyale, jusqu’au sacrifice ultime : Rusalka. Tours accueille une production dĂ©jĂ  vue, mise en scĂšne de Dieter Kaegi, coproduite avec le Staatstheater de Nuremberg et l’OpĂ©ra de Monte-Carlo.

Sommet de l’opĂ©ra tchĂšque, et Ă  ce titre manifeste le plus Ă©clatant d’une conscience nationale et culturelle tchĂšque, la fable fĂ©erique composĂ©e par Dvorak, Russalka est bien connue grĂące entre autres Ă  l’un de ses tableaux d’une irrĂ©sistible magie : l’invocation Ă  la lune (acte I, oĂč l’hĂ©roĂŻne, – une nymphe animale avoue son dessein mortel Ă  l’astre ami). L’avant dernier opĂ©ra de Dvorak, composĂ© en 1900, crĂ©Ă© en 1901, est quasi contemporain de Jenufa (1903), d’un Janacek, davantage inscrit dans une modernitĂ© qui ne cache plus son visage.

L’amour se rĂ©alise dans les eaux de mort
MĂȘme romantique, Russalka attend 2002 pour entrer au rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra de Paris ! En comparaison, Russalka qui baigne dans le folklore traditionnel (alors qu’au dĂ©part Dvorak adapte une lĂ©gende venue de l’Europe occidentale, empruntĂ©e Ă  La petite sirĂšne, Ă  l’Ondine de La Motte-FouquĂ© et la Cloche engloutie de Hauptmann-, rĂ©inventant aussi d’une certaine façon le fonds des lĂ©gendes nationales), serait-il le dernier opĂ©ra romantique signĂ© Dvorak ? WagnĂ©rien, le compositeur sait aussi s’inspirer de la vibration dĂ©licate impressionniste qui confĂšre Ă  son orchestration un parfum et des allures toutes debussystes. La liquiditĂ© de la partition se rapproche de la fine texture ocĂ©ane de PellĂ©as. De son ambiguitĂ© aussi : Ă  la fois miroitante et fascinante jusqu’à l’hypnose, mais aussi absorbante et mystĂ©rieuse, celle qui engloutit pour anĂ©antir.
Dvorak le cartĂ©sien solide s’engage et s’immerge dans le surnaturel fantastique et glissant de Russalka, lĂ©gende des eaux inquiĂ©tantes. Avec l’échec de Russalka, Ăąme amoureuse qui n’empĂȘche pas la catastrophe malgrĂ© sa sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante, s’écroule aussi tout un monde. L’onde est une Ă©preuve, un miroir qui force l’ñme Ă  contempler sa propre vĂ©ritĂ© : pas toujours digne d’ĂȘtre comprise. Les eaux de Russalka portent en elle la mort d’un cycle Ă  l’agonie. Cette couleur mortifĂšre est l’une des rares explorations de Dvorak dans le monde lĂ©tal des eaux fatales.
Le librettiste parnassien Jaroslav Kvapil fournit Ă  Dvorak la matiĂšre littĂ©raire du mythe. Aux cĂŽtĂ©s de l’ondine trahie, se prĂ©cise surtout l’esprit du lac, ĂȘtre habitant des eaux, qui aime collectionner les Ăąmes des noyĂ©s qu’il prĂ©cipite dans l’abime liquide : Ă  la fin de l’action, les deux amants s’enfonceront dans l’encre de son royaume souverain. Une maniĂšre de renouveler l’imagerie du mythe des amants unis dans la mort : Tristan et Yseult, que Wagner avait idĂ©alement inscrit dans la royaume de la nuit.
LE GENIE DES EAUX, esprit de la musique de Dvorak. Dvorak a prĂ©cĂ©demment traitĂ© musicalement la figure de cet ĂȘtre Ă  la fois malĂ©fique et fraternel (poĂšme symphonique intitulĂ© : Vodnik, c’est Ă  dire l’ondin). Dans Russalka, l’ondin ĂągĂ© est une sorte de pĂšre affectueux et rĂ©confortant pour la pauvre nymphe des eaux. Face Ă  celle qui veut ĂȘtre mortelle pour aimer, ĂȘtre aimĂ©e (et surtout ĂȘtre trahie), le vieux philosophe ne peut rien empĂȘcher.
VoilĂ  donc notre ondine prĂȘte Ă  prendre corps et Ăąme mortels, mais pour rĂ©ussir pleinement sa mutation, elle doit se faire aimer d’un mortel, d’un amour total. Or avant de gagner cet amour, la crĂ©ature transitoire ne peut parler qu’aprĂšs l’énoncĂ© du serment dĂ©finitif : celui par lequel l’homme sĂ©duit dĂ©clare sa flamme totale. Mais quand les amants se retrouvent, le prince bien qu’attirĂ© trouve Ă©trange ce corps froid et liquide qui ne parle pas. Il prend peur face Ă  cette cĂ©lĂ©bration du lac dont les eaux noires et profondes le menacent d’engloutissement. Il ne prononce pas l’aveu libĂ©ratoire. Et enchaĂźne la pauvre nymphe Ă  son destin maudit.
Ainsi l’acte III brosse le portrait d’une Russalka abandonnĂ©e perdue, au plus sombre des sentiments : une immersion dans les eaux de la mort qui Ă©gale lĂ  encore le Wagner de Tristan (magie vaporeuse et irrĂ©elle de l’acte II avec le duo fameux de Tristan et Isolde). Et quand le prince se dĂ©tourne d’elle pour une belle Ă©trangĂšre, Russalka semble perdue entre le monde terrestre et aquatique. C’est alors que le prince se baigne Ă  nouveau dans les eaux de leur rencontre et l’embrasse malgrĂ© sa peur primordiale : les deux ĂȘtres qui s’étaient condamnĂ©s sans le savoir, se retrouvent enfin : ils s’abĂźment dans les profondeurs d’un espace inconnu. Et leur amour fusionnel s’inscrit dans l’éternitĂ© de la mort.

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RUSALKA de Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours
3 dates incontournables

Mercredi 17 mai 2017 – 20h
Vendredi 19 mai 2017 – 20h
Dimanche 21 mai 2017 – 15h

RÉSERVEZ VOS PLACES
http://www.operadetours.fr/rusalka

Opéra en trois actes
Livret de Jaroslav Kvapil d’aprĂšs des ballades tchĂšques de Karel JaromĂ­r Erben
Création le 31 mars 1901 à Prague

Reprise de la coproduction du Staatstheater de Nuremberg et de l’OpĂ©ra
de Monte-Carlo

PremiĂšre reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Direction musicale : Kaspar Zehnder
Mise en scĂšne : Dieter Kaegi
DĂ©cors et costumes : Francis O’Connor
LumiĂšres : Patrick MĂ©Ă©ĂŒs

Rusalka : Serenad Burcu Uyar
Le Prince : Johannes Chum
Ondin : Mischa Schelomianski
La Princesse Ă©trangĂšre: Isabelle Cals
JeĆŸibaba: Svetlana Lifar
Le Marmiton: Pauline Sabatier
Le Garde Forestier : Olivier Grand
1Ăšre Nymphe : Jeanne Crousaud
2Ăšme Nymphe : Yumiko Tanimura
3Ăšme Nymphe : Aurore Ugolin

Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

LIVRE Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. StĂ©phane LeteurĂ© : Camille Saint-SaĂ«ns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud.

saint-saens_camille_age_ioioioLIVRE Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. StĂ©phane LeteurĂ© : Camille Saint-SaĂ«ns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud. MUSIQUE et POLITIQUE. Voici l’étendue des dĂ©placements et un premier portrait du Saint-SaĂ«ns voyageur, en Europe (Allemagne, Angleterre, Italie), dans cet Orient « africain » qu’avant lui Delacroix ou FĂ©licien David ont parcouru (AlgĂ©rie et Egypte), mais aussi en USA. L’auteur entend nous dĂ©voiler Ă  travers l’expĂ©rience du compositeur romantique français, une premiĂšre analyse inĂ©dite celle dĂ©veloppĂ©e sous le prisme d’une « gĂ©opolitique musicale ». A l’heure de la mondialisation artistique, et aux projets esthĂ©tiques qui s’expatriant en atteignant une internationalisation standardisĂ©e, le cas Saint-SaĂ«ns confrontĂ© aux convulsions politiques de son Ă©poque, met a contrario en avant l’obligation pour l’artiste crĂ©ateur de prendre parti, selon le mouvement des nationalismes affrontĂ©s (en particulier entre France et Allemagne), selon les postures de la diplomatie dont, dans ses propres dĂ©placements, il ne peut Ă©carter les implications. IntĂ©ressant d’interroger ainsi la conscience politique d’un compositeur au hasard de ses dĂ©placements
 Surtout Ă  notre Ă©poque oĂč bien peu (trop peu) de musiciens, artistes ou compositeurs, prennent parti pour tel ou tel combat : ce n’est pourtant pas les causes qui manquent dans notre monde dĂ©rĂ©glĂ©, perverti, corrompu. Bref. Ici, le monde de Saint-SaĂ«ns ne connaĂźt pas l’horreur de nos temps prĂ©sents.

 

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464La mission « volontaire » et assumĂ©e de Saint-SaĂ«ns favorise le rayonnement de la culture française Ă  travers la diffusion de sa musique, c’est bien ainsi que l’auteur entend privilĂ©gier cette prĂ©fĂ©rence nationale, cette volontĂ© de suprĂ©matie dans le goĂ»t international, surtout Ă  partir de 1905, quand il rejoint les membres du Conseil supĂ©rieur des Beaux-Arts. D’autant que les deux AmĂ©riques, vers cet Ouest « futuriste et rĂ©solument moderniste » sont par exemples estimĂ©es tels de nouveaux eldorados, – opportunes issues aux compositeurs français qui peinent Ă  se faire entendre et jouer dans leur propre pays. D’ailleurs l’axe France-USA se cristallise encore aprĂšs la premiĂšre guerre avec la crĂ©ation du Conservatoire amĂ©ricain de Fontainebleau.
Dans ce concert des nations oĂč Saint-SaĂ«ns veut jouer sa propre partition, l’auteur montre par exemple s’agissant des relations avec l’Allemagne, comment le Français renforce peu Ă  peu un combat direct contre le wagnĂ©risme, s’insurgeant contre la divinisation du maĂźtre de Bayreuth dont il a Ă©tĂ© l’un des premiers festivaliers. AprĂšs la mort de Wagner, en 1882, et avec l’essor du wagnĂ©risme, Saint-SaĂ«ns s’affirme en dĂ©fenseur de l’art français, oeuvrant pour la crĂ©ation d’un rĂ©seau francophile international oĂč des chefs sensibilisĂ©s / alliĂ©s sont nommĂ©s Ă  des postes clĂ©s pour favoriser la musique romantique hexagonale, la soutenir, l’encourager, la faire jouer. Comment alors ne pas justement considĂ©rĂ© ce goĂ»t pour l’orient comme la rĂ©ponse du Français, au wagnĂ©risme envahissant de son Ă©poque ?

 

 

saint_saens_globe-trotter-voyageur-sur-classiquenewsAinsi, « confirmĂ©es par ses voyages, les clairvoyances mondialistes de Saint-SaĂ«ns mettent en lumiĂšre les diffĂ©rentes formes de compĂ©tition engagĂ©es entre les puissances europĂ©ennes Ă  la Belle Epoque, c’est Ă  dire Ă  l’avĂšnement de la politique mondiale ». On ne saurait mieux dire. Saint-SaĂ«ns dont la vie tĂ©moigne des deux premiers conflits avec l’Allemagne wilhelmienne (1870 puis 1914-1918) incarne aussi une sorte de modĂšle civilisationnel, non dĂ©nuĂ© d’un certain relent colonialiste, conscient ou non, en particulier vis Ă  vis des pays mĂ©diterranĂ©ens abondamment visitĂ©s et traversĂ©s : l’AlgĂ©rie et l’Egypte. IndĂ©pendant malgrĂ© les pressions du contexte politique, Saint-SaĂ«ns dĂ©fend nĂ©anmoins une direction originale et personnelle qui prĂ©tend dĂ©fendre sa seule esthĂ©tique. Pourtant avec les annĂ©es, et la pression du contexte, le conservatisme francofrançais du compositeur le rattrapent progressivement et c’est un Français de plus en plus fermĂ© Ă  la musique d’Outre-Rhin, comme Ă  la modernitĂ© (de Ravel, Debussy, Stravinsky…) qui s’affirme jusqu’Ă  sa mort.   L’apport du texte se rĂ©vĂšle fondamentale pour qui veut mieux comprendre les mouvements et les Ă©changes intercontinentaux, entre 1860 et 1920 ; surtout pour qui souhaite comprendre le fonctionnement et l’objectif des incessants voyages du Saint-SaĂ«ns globe-trotter. Passionnante nouvelle recherche. En guise de «  gĂ©opolitique musicale », l’approche renouvelle, rafraĂźchit mĂȘme, l’approche musicologique traditionnelle.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. StĂ©phane LeteurĂ© : Camille Saint-SaĂ«ns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud / CoĂ©dition : Palazzetto Bru Zane. Parution : mai 2017 – 240 pages – ISBN : 978 2 330 07746 4. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

Sommaire

 

Le sens politique des voyages de Saint-Saëns : vers une géopolitique de la musique
L’orientalisme : le sens politique d’une esthĂ©tique en vogue
L’AlgĂ©rie de M. Saint-SaĂ«ns : clichĂ©s et nuances du colonialisme
Le double rapport Ă  l’Allemagne : de l’attraction Ă  la rĂ©pulsion

 

 

 

ACTES SUD : Camille Saint-Saëns, compositeur globe-trotter

 

 

 

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Guide de l’opĂ©ra russe par AndrĂ© Lischke (Fayard)

lischke andre fayard guide de l'opera russe de andre lishke review critique annonce classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Guide de l’opĂ©ra russe par AndrĂ© Lischke (Fayard). Il Ă©tait nĂ©cessaire de retracer l’histoire de l’opĂ©ra russe, jalonnant le parcours qui s’écrit encore, Ă  travers des pĂ©riodes clairement dĂ©finies. L’auteur s’attache Ă  cette tĂąche pharaonique analysant les Ă©vĂ©nements et partitions marquantes d’une Ă©popĂ©e qui impressionne par l’étendue des donnĂ©es concernĂ©es comme la diversitĂ© des styles et des maniĂšres Ă  mesurer, relativiser, contextualiser. Il n’empĂȘche le texte est avant tout un GUIDE qui comme son titre le prĂ©cise, entend surtout ĂȘtre synthĂ©tique, clair, utile, et d’un usage facilitĂ© par son organisation mĂȘme. Sa consultation pratique ayant Ă©tĂ© dĂšs le dĂ©part intĂ©grĂ© Ă  la conception, elle s’impose naturellement, et le lecteur, spĂ©cialiste ou non, pourra y collecter trĂšs facilement les Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension et les explications voulus

L’idĂ©e de suivre et respecter la chronologie (au lieu d’une approche alphabĂ©tique ou thĂ©matique) est trĂšs pertinente : d’un seul regard et dans la consultation naturelle des pages, le lecteur embrasse l’évolution des Ă©critures en comprenant qui prĂ©cĂšde qui, quelle oeuvre annonce la prochaine
 quelle est celle qui est l’aboutissement ou la rĂ©ponse des prĂ©cĂ©dentes
 Ainsi 9 chapitres articulent la comprĂ©hension de l’opĂ©ra, avec comme lignes de force : naissance de l’opĂ©ra sous influence Ă©trangĂšre (principalement italienne et française), Ă©mergence d’un opĂ©ra national ; encore sous influence occidentale (de MikhaĂŻl Sokoloski Ă  AlexeĂŻ Verstovski), puis les « premiers accomplissements avec Glinka, Dargomyjski, SĂ©rov
 ; l’ñge d’or (Tchaikovsky, Napravnik, Moussorsgki, Borodine, Rimski-Korsakov, sans omettre Serge TaneĂŻev, « un cas Ă  part ») ; puis l’épanouissement des sensibilitĂ©s « diverses » telles Arenski, Gretchaninov, Rachmaninov, Rebikov, Matiouchine, Stravinsky, Prokofiev
). La plus vaste partie examine l’opĂ©ra soviĂ©tique et «  la prĂ©gnance de l’idĂ©ologie » : les annĂ©es 1920, le stalinisme, le cas Prokofiev, enfin l’aprĂšs Staline.

Puis l’état actuel de la composition russe affirme Ă  l’époque de notre mondialisation, un Ă©clectisme pluriel qui peut paraĂźtre polymorphe, Ă©parpillĂ©, confus
 mais oĂč se prĂ©cisent encore les postures d’hier : avant-garde et audace visionnaire ou passĂ© rĂ©visitĂ©, c’est Ă  dire ouverture ou repli. Ainsi sont traitĂ©s les ouvrages de AndreĂŻ Petrov, SergueĂŻ Slonimski, Rodion Chtchedrine, NikolaĂŻ Karetnikov, Edison Denisov, Alfred Schnittke, et aprĂšs 2000, Leonid Desiatnikov, Alexandre Raskatov.

Pour chaque compositeur abordĂ©, l’auteur veille Ă  prĂ©senter son oeuvre, son Ă©criture, son esthĂ©tisme, ce qu’il apporte au genre, en quoi il l’a marquĂ© ; puis la prĂ©sentation des oeuvres, chronologique, respecte les critĂšres les plus exigeants de l’analyse scientifique : genĂšse, personnages, types vocaux, synopsis, commentaire (tableau par tableau)
 on ne saurait trouver ailleurs, approche plus complĂšte.

CLIC_macaron_2014On se fĂ©licite ainsi de retrouver dans leur contexte les oeuvres clĂ©s de Stephan Davydov, Catterino Cavos, AlexeĂŻ Verstovski (dont les ouvrages sont « charniĂšres », affirmant un opĂ©ra national nouveau) ; les deux drames dĂ©sormais piliers de MikhaĂŻl Glinka (Ă  savoir : La vie pour le Tsar et Rouslan et Ludmila), comme les 3 oeuvres clĂ©s / jalons de Alexandre Dargomyjski (Esmeralda, La Roussalka, Le Convive de pierre) ; les drames encore plus mĂ©connus et pourtant dĂ©cisifs de Anton Rubinstein (dont Le DĂ©mon), ou de CĂ©sar Cui (soit 10 opĂ©ras, du Prisonnier du Caucase Ă  Mateo Falcone et La Fille du capitaine) ; un seul coup d’oeil montre la fĂ©conditĂ© lyrique de Rimsky-K
 au pas moins de 15 partitions) ; rĂ©vĂ©latrice aussi la voie spĂ©cifique du jeune Rachmaninov au gĂ©nie dramatique irrĂ©sistible (ses 4 opĂ©ras sont ainsi remarquablement prĂ©sentĂ©s et analysĂ©s : Aleko, Le Chevalier avare, Francesca da Rimini, Monna Vanna)
 D’autres exemples pourraient ici ĂȘtre citĂ©s tant les bĂ©nĂ©fices du prĂ©sent ouvrage s’avĂšrent indiscutables. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

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Livre Ă©vĂ©nement, critique. GUIDE DE L’OPÉRA RUSE par AndrĂ© Lischke. Editions FAYARD, collection « les Indispensables de la musique ». ISBN : 978-2213704524 / brochĂ© : 778 pages – Parution : avril 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017

CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). VĂ©ronique Gens, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Andrew Foster-Williams
 Ulf Schirmer (2 cd Pal. Bru Zane, 2016)

Saint saens proserpine critique compte rendu sur classiquenews opera veronique gens frederic antoun edicionessingulareses1027CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). VĂ©ronique Gens, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Andrew Foster-Williams
 Ulf Schirmer, direction (2 cd ediciones singulares / Pal. Bru Zane, 2016). En couverture du livre cd, le corset de la courtisane Proserpine, et son prĂ©nom en lettres d’or, inspirant un drame tragique qui crĂ©Ă© en 1887, sans trop de succĂšs malgrĂ© l’estime que lui portait Saint-SaĂ«ns (qui le tenait pour son meilleur opĂ©ra, ou l’un de ses meilleurs), offre un rĂŽle fĂ©minin d’une ampleur aussi accomplie que celle des hĂ©roĂŻnes de Massenet. D’ailleurs, le style parfois ampoulĂ© et souvent pompier du compositeur, se rapproche de l’auteur de Manon (1884) ou de ThaĂŻs (autre pĂȘcheresse repentie magnifique, crĂ©Ă© en 1894)
 voire la rare Esclarmonde (OpĂ©ra-Comique Ă©galement, crĂ©Ă© en 1889). RĂȘvant son hĂ©roĂŻne comme Bizet avait conçu Carmen, Saint-SaĂ«ns souhaitait une voix large, puissante, dramatique, … Ă  la Falcon. Mais la rĂ©alitĂ© fut plus sournoise et l’auteur dut faire avec les interprĂštes Ă  sa disposition ; il sopranisa le rĂŽle. D’emblĂ©e l’intonation et le style de VĂ©ronique Gens (au français impeccable qui affirme toujours la diseuse / cf ses rĂ©cents albums de mĂ©lodies françaises romantiques, dont l’excellent “NĂ©Ăšre”), son style altier voire aristocratique (elle n’a pas chantĂ© toutes les hĂ©roĂŻnes mythologiques de Gluck, ou presque, pour rien), la finesse de l’incarnation permettent de facto d’exprimer l’épaisseur du personnage : une courtisane vĂ©nĂ©rĂ©e comme VĂ©nus, qui tombant amoureuse d’un jeune homme, Sabatino (excellent FrĂ©dĂ©ric Antoun, lui aussi d’une articulation et d’un style parfait comme naturel), intrigue et manipule en vraie harpie passionnĂ©e, ou tragĂ©dienne Ă©prise, pour empĂȘcher son prochain mariage avec l’angĂ©lique Angiola
 mais face au retrait de celui qu’elle aime, – certainement effrayĂ© par ce monstre amoureux, la femme mĂ»re Ă©conduite, se suicide dans une scĂšne finale accumulant le kitsh le plus dramatique.
Saluons malgrĂ© les Ă©carts pompiers de la partition de 1887, l’agilitĂ© expressive de l’orchestre, et surtout la tenue idĂ©ale des deux protagonistes, Proserpine et sa « proie », Sabatino.
Les deux chanteurs (francophones) restent continument crĂ©dibles, aussi engagĂ©s que fins, sans omettre l’intelligibilitĂ©, qualitĂ© de plus en plus rare sur la scĂšne mais pourtant primordiale dans l’opĂ©ra romantique français. A leurs cĂŽtĂ©s, en complice noir, rĂ©alisant les agissements et la sale besogne dĂ©cidĂ©e par la courtisane, le vif et trĂšs habitĂ© baryton Andrew Foster-Williams incarne le truculent et le mĂ©phistophĂ©lien dans le personnage vil et brut du brigand Squarocca : son air Ă  boire, – dans la grande tradition des airs de taverne de l’opĂ©ra fantastique et faustĂ©en (Les Contes d’Hoffmann, Faust, 
) : « chanson des ivrognes / Vin qui rougit ma trogne  » (Acte III) affirme la dĂ©mesure expressionniste d’un vrai grand rĂŽle de caractĂšre, une veine rĂ©aliste et pittoresque dans laquelle on attendrait certainement pas l’élĂ©gant et post classique Saint-SaĂ«ns.
Sans atteindre la cohĂ©rence dramatique ni le raffinement instrumental de Carmen – de la dĂ©cennie antĂ©rieure (1875), aussi efficace et toute entiĂšre dĂ©diĂ©e au portrait de femme de son hĂ©roĂŻne principale, – comme Massenet lorsqu’il traite du genre fĂ©minin, cette Proserpine d’un Saint-SĂ«ns quinquagĂ©naire, se devait d’ĂȘtre ainsi dĂ©voilĂ©e et fixĂ©e par le disque, devant sa crĂ©dibilitĂ© Ă  la stature de la soprano française VĂ©ronique Gens qui, dans le rĂŽle-titre, se sort de tous les dĂ©fis du rĂŽle. En ces temps de disette pour la culture, au moment oĂč l’industrie du disque plonge et ne peut plus se permettre d’enregistrer des opĂ©ras – sinon en live, profitant de reprĂ©sentations scĂ©niques, – avec ou sans dĂ©cors-, saluons ce nouveau jalon de la collection dĂ©sormais de rĂ©fĂ©rence, intitulĂ©e “OpĂ©ra français”. Heureuse exhumation.

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CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). VĂ©ronique Gens, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Andrew Foster-Williams
 Flemish Radio Choir, MĂŒnchner Rundfunkorchester. Ulf Schirmer, direction ( 2 cd ediciones singulares / Palazzetto Bru Zane, collection « OpĂ©ra français — French opera, enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en octobre 2016). Note de classiquenews : ***, 3/5.

CHATEAUBRIAND ET LA MUSIQUE

CHATEAUBRIAND, un solitaire Ă©pris de musiqueCHATEAUBRIAND. NĂ© en 1768 (Saint-Malo en Bretagne), dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Paris le 4 juillet 1848, Chateaubriand est le gĂ©nie du romantisme français (et non pas son « prĂ©curseur » comme on peut le lire ici et lĂ  injustement : le mouvement des idĂ©es et de la sensibilitĂ© hĂ©ritier des LumiĂšres Ă  la fin du XVIIIĂš, est dĂ©jĂ  incarnĂ© par les Souffrances du Jeunes Werther de Goethe (1774), lequel pour le coup est bien le prĂ©curseur d’un esthĂ©tisme Ă©motionnel et fantastique dont Chateaubriand est bien le gĂ©nie le plus accompli (RenĂ©, ou les effets des passions, 1802). D’obĂ©dience politique plutĂŽt monarchiste (il sera Ministre des Affaires Ă©trangĂšres sous la Restauration) – Ă  la diffĂ©rence d’un Hugo plutĂŽt rĂ©publicain et contre tout prĂ©sidentialisme : de fait ennemi contestataire de NapolĂ©on III qui l’exile Ă  Guernesey), Chateaubriand affirme son intelligence fascinante sur le plan littĂ©raire. Il invente et lĂšgue des mythes dont se saisiront les compositeurs. A l’égal d’un Byron par exemple.

Voyageur du Nouveau Monde et de MĂ©diterranĂ©e. Dans ses Ă©crits circule une libre pensĂ©e qui voyage et qui affirme son ouverture de voyageur du monde : l’exotisme est une expĂ©rience vĂ©cue sur site et non plus un fantasme poĂ©tique. L’AmĂ©rique du nord oĂč il voyage (en 1791 Ă  l’époque de la RĂ©volution française : Philadelphie, New York, Boston, Lexington
jusqu’aux chutes du Niagara) lui inspire des types humains d’une nouvelle origine et d’une dimension passionnelle inĂ©dite : Atala, – ou la recherche du bon sauvage dont JJ Rousseau a transmis la quĂȘte (1801, Ă  33 ans, c’est son premier grand succĂšs qui est aussi un rĂ©quisitoire Ă  peine masquĂ© pour les vertus du christianisme), Les Natchez (1826), comme les peuples de MĂ©diterranĂ©e (comme le peintre Delacroix qui rejoint l’AlgĂ©rie), car Chateaubriand quadragĂ©naire parcourt les pays mĂ©diterranĂ©e dont il tĂ©moigne dans ItinĂ©raire de Paris Ă  JĂ©rusalem en 1811.

Un temps favorisĂ© par Bonaparte devenu NapolĂ©on, Chateaubriand se dĂ©tourne de l’Empire et rentre clairement dans l’opposition aux bonapartistes. En 106, il rĂ©alise un grand tour d’Orient en quĂȘte d’inspiration pour son grand roman sur le christianisme (GrĂšce, Asie Mineure, Palestine, l’Egypte sont parcourus pendant l’annĂ©e 1806).

L’écrivain – mis Ă  l’écart par NapolĂ©on, s’installe alors dans une retraite confortable dans la VallĂ©e aux loups (Chatenay-Malabry) : il y restera 11 annĂ©es, obligĂ© finalement de vendre sa propriĂ©tĂ© miraculeuse, ermitage amĂ©nagĂ© par lui mĂȘme, contenant mĂȘme des espĂšces d’arbres amĂ©ricains qu’il a rapportĂ© de ses voyages.

A la VallĂ©e aux loups, Chateaubriand Ă©crit nombre de ses ouvrages majeurs : Les Martyrs (1809), ItinĂ©raire de Paris Ă  JĂ©rusalem (1811, annĂ©e de son Ă©lection comme immortel, c’est Ă  dire de son entrĂ©e Ă  l’AcadĂ©mie française, en succession au fauteuil du poĂšte rĂ©volutionnaire Marie-Joseph ChĂ©nier). EmpĂȘchĂ© de prononcer son discours de rĂ©ception par NapolĂ©on, Chateaubriand ne pourra siĂ©ger sous la Coupole qu’à la Restauration. Avec l’aide de Talleyrand qui l’a toujours dĂ©fendu et favorisĂ©, Chateaubriand devient ambassadeur en SuĂšde, puis aprĂšs les Cent jours, il est nommĂ© ministre d’état et Pair de France (1815). En ultraroyaliste, Chateaubriand est couvert d’honneurs et de privilĂšges
 jusqu’en 1824, oĂč il remerciĂ© par le gouvernement de VillĂšle. Chateaubriand devient alors libĂ©ral et rentre dans l’opposition, Ă©crivant dans Le Journal des DĂ©bats, sa dĂ©fense de la libertĂ© de la presse, et du peuple grec.

 

 

 

Oeuvres majeures :

Atala ou les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

René, ou les Effets des passions (1802)

Le GĂ©nie du christianisme (1802)

Les Martyrs (1809)

Les Aventures du dernier Abencerage (1826) – ThĂ©odore Dubois s’inspire du roman de Chateabriand pour son opĂ©ra Aben Hamet


Les Natchez (1827)

MĂ©moires d’Outre-Tombe (1848)

 

 

GIRODET Atala_au_tombeau,1808,Girodet_de_Roussy_-Trioson,_Louvre.

 

Illustration : Atala au tombeau, par Girodet (1808)

 

 

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A VENIR : les opĂ©ras et les oeuvres symphoniques inspirĂ©s par l’oeuvre de Chateaubriand

CD, compte rendu critique. Arcadi Volodos plays Brahms (1 CD SONY classical, 2015-16-17)

VOLODOS Arcadi Volodos joue plays BRAHMS 1 cd SOny classical compte rendu critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. BRAHMS : PiĂšces, Intermezzi (Opus 76, 117, 118 – 1892-1893). Arcadi Volodos, piano (1 CD SONY classical, 2015-16-17). DĂšs les PiĂšces opus 76, l’intĂ©rioritĂ© et un rubato d’une grande fluiditĂ©, toujours orientĂ© vers l’introspection moins inquiĂšte qu’interrogative, captivent. Brahms aime les questionnements suspendus, sans rĂ©ponse : en cela la premiĂšre des PiĂšces opus 76, composĂ©es Ă  l’étĂ© 1892,  (Capriccio 1) est d’une liquiditĂ© sobre mais clairvoyante : entre pleine conscience et insouciance recherchĂ©e. Bavard, cette fois insouciant est le Capriccio 2 suivant ; en visions plus enchantĂ©es, versant vers l’enivrement de plus en plus Ă©thĂ©rĂ©, l’Intermezzo, notĂ© « grazioso » sĂ©duit tout autant. Signant l’un de ses programmes les mieux investis, le pianiste d’origine russe, Arcadi Volodos convainc par cet indicible Ă©coulement entre gravitĂ© et retenue, toujours au service d’une pudeur qui recherche le secret et la sĂ©rĂ©nitĂ© intĂ©rieure malgrĂ© ses propres contradictions et ses tentations intermittentes
 DouĂ© d’une envoĂ»tante facilitĂ© digitale, le pianiste sculpte en teintes jamais percussives ni puissamment charpentĂ©es – comme c’est le cas de ses confrĂšres russes, l’insaisissable et grande versatilitĂ© brahmsienne, cependant inscrite dans l’intelligibilitĂ© et l’articulation, une Ă©loquence sertie d’éclairs et d’attĂ©nuations intimes.

Arcadi Volodos Ă©coute l’intĂ©rioritĂ© brahmsienne
Il ouvre chaque porte d’une Ă©nigme profonde et tenue secrĂšte

Plus intĂ©rieurs encore, les 3 Intermezzi opus 117 (crĂ©Ă©s en 1893, Ă  l’époque de ses 60 ans) expriment au plus juste cette tragĂ©die intime et silencieuse, propre Ă  Brahms : ils sont tous notĂ©s « Andante », d’une Ă©lĂ©gance de ton, d’une retenue toute personnelle, vĂ©ritable architecture du murmure et des piani souverains : c’est Ă  dire, suspendus, mĂ©lancoliques ma non troppo, souples et caressants. La tendresse s’affirme aussi nettement dans ce basculement introspectif d’une absolue pudeur, laissant par intermittence, l’essor d’un chant plus serein. Le sommet de cette littĂ©rature qui revisite la sehnsucht schubertienne, demeure le joyau du triptyque : l’Intermezzo opus 117 n°2 en si bĂ©mol mineur, – tonalitĂ© de l’hypersensibilitĂ©, auquel le jeu trĂšs sobre, clair, retenu du pianiste, apporte cet abandon – lĂącher prise, souverain lui aussi, oĂč jaillit portĂ© par la recherche d’insouciance, un pur sentiment d’innocence.
Le grave, le sombre mĂȘme, le tendre et la pudeur se marient ici en une Ă©quation magistrale. Volodos lui applique avec ĂŽ combien de tact et de mesure, sa propre grille de recul et de distanciation : une opĂ©ration de dĂ©cantation vers le sublime et l’indicible, de la lumiĂšre vers l’invisible, comme si Ă  mesure que s’écoule le divin baume sonore, s’épaissit le mystĂšre qui nous Ă©treint. Le dernier Intermezzo semble nous dire la lassitude d’un Brahms au bout du bout et sa fameuse petite phrase : «  Je suis las, La vie hĂ©las, me pĂšse ! ». De fait, le dernier volet de cette trilogie pour piano, l’équivalent pianistique des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart, – (elles aussi du destin), semble s’enraciner inĂ©luctablement dans l’amertume et la grisaille Ă  peine voilĂ©e, mais avec combien de retenue.

Plus acĂ©rĂ©es et vif argent, les PiĂšces opus 118 (6 KlavierstĂŒcke) crĂ©Ă©es en 1894, surenchĂ©rissent dans une palette expressive plus contrastĂ©es et plus passionnĂ©es dont la premiĂšre (notĂ©e Allegro appassionato) affirme une puissance Ă©motionnelle jamais tarie ; le murmure enchantĂ© de l’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© souterraine permanente : le flux le plus rĂ©ussi – et qui rappelle l’infini introspectif de la Sonate pour piano; son irrĂ©pressible langueur passionnelle, inscrite dans les plis et replis d’une psychĂ© qui se rĂ©tracte et demeure inĂ©luctablement 
 secrĂšte : saluons la formidable digitalitĂ© allusive et d’une Ă©loquence qui soigne transitions et silences. Beau contraste avec la Ballade qui suit, son caractĂšre de marche victorieuse, un rien bravache qui n’écarte pas une activitĂ© psychique viscĂ©ralement inquiĂšte.

Les deux derniers Andante (Romance et Intermezzo), surtout l’ultime, flirte avec l’ombre et le silence, – en un chant murmurant, essentiel lĂ  encore, Ă  peine Ă©noncĂ© comme une esquisse dont la derniĂšre Ă©criture d’un Brahms de plus en plus essentiel, souligne la concentration synthĂ©tique, le dessin d’une Ă©pure. Liquides et magiciens, d’une fluiditĂ© aĂ©rienne, le jeu et le toucher du pianiste tirent une rĂ©vĂ©rence des plus filigranĂ©es, et comme Ă©nigmatique dans ses rĂ©sonances derniĂšres
 graves, contrastant avec le jaillissement d’une priĂšre plus ardente mais fugace et vite enfouie
 dans l’ombre Ă©paisse. De sorte que surgit dans l’espace du clavier seul, par l’activitĂ© des deux mains magiciennes, ce monde entre la vie et la mort, – cette « profondeur inexprimable » (selon les propres mots de Volodos), unique, impalpable et immatĂ©riel, propre Ă  l’imaginaire brahmsien, qui file entre les notes, idĂ©alement incarnĂ©es. Le rĂ©cital qui regroupe sur 3 annĂ©es, 2015, 2016 et 2017, les 3 cycles pianistiques, est l’un des mieux senti d’Arcadi Volodos. Compilation trĂšs convaincant.

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CD, compte rendu critique. VOLODOS PLAYS BRAHMS. Johannes BRAHMS (1833-1897) : PiĂšces, Intermezzi (Opus 76, 117, 118 – 1892-1893). Arcadi Volodos, piano (1 CD SONY classical, 2015-16-17).

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CD, compte rendu critique. HENRI DUTILLEUX : Orchestre national de Lille. Darell Ang (1 cd Naxos, 2015)

dutilleux-symphonie le double timbres espace mouvement mystere de l'instant darelle ang critique cd cd review dutilleuxCD, compte rendu critique. HENRI DUTILLEUX : Orchestre national de Lille. Darell Ang (1 cd Naxos, 2015). Dans sa Symphonie « Le Double » (n°2), Dutilleux se joue de la forme baroque du Concerto grosso, non pas pour opposer en contrastes et rythmes confrontĂ©s, les deux parties constitutives du genre (« concertino » de solistes, et reste de l’orchestre en « ripieno » pour les tutti), mais plutĂŽt en variant leur jeu, parfois opposĂ©s et alternĂ©s, mais aussi assemblĂ©s, croisĂ©s, fusionnĂ©s : il y a donc relecture trĂšs personnelle de la tradition baroque (citĂ©e ici par la prĂ©sence Ă©nigmatique, dansante, arachnĂ©nenne du clavecin, comme posĂ© sur la voile orchestrale). Dutilleux joue de l’exposĂ© et sa rĂ©ponse, comme deux pans d’un miroir dont les facettes explicitĂ©es (en jeu de polyphonie et de polytonalitĂ©), – scintillantes-, renvoient sĂ©parĂ©ment Ă  une seule et mĂȘme entitĂ© : le double se rĂ©fĂšre et renvoie Ă  l’ĂȘtre et Ă  la source unique, premiĂšre dont il dĂ©coule; soit les deux faces d’un mĂȘme personnage. L’Animato ma misterioso (mouvement I) allie pulsion trĂ©pidante et caractĂšre d’ivresse murmurĂ©e ; le second mouvement – Andantino sostenuto -, exprime une gravitĂ© plus sourde, une profondeur viscĂ©ralement mystĂ©rieuse, dont la vĂ©ritĂ© se dĂ©robe Ă  mesure qu’elle rĂ©siste aux tentatives (habiles, Ă©lĂ©gantes) pour la dĂ©masquer ; la forme y revĂȘt une robe de plus en plus sensuelle et magique (trompette scintillante, incisive), qui se prĂ©cise en marche funambulique, jusqu’à son ultime souffle (aux cordes). FidĂšle Ă  la sensibilitĂ© introspective de Dutilleux, le cachĂ© demeure cachĂ©.
DĂ©taillĂ©e, imaginative, – bien que parfois trop explicite dans le mouvement lent, la palette des nuances de l’Orchestre Lillois surprend / saisit par sa verve intĂ©riorisĂ©e ; s’affirme une attention constante Ă  l’indicible, au tĂ©nu lovĂ© entre chaque repli d’une partition qui semble ouvrir mille portes Ă  mesure de son dĂ©roulement.

L’Orchestre national de Lille rĂ©ussit une superbe album Dutilleux

Dutilleux : aux confins du mystĂšre

dutilleux henri Cormier-photo-3Plus construit, d’une claire autodĂ©termination, l’Allegro fuocoso est portĂ© par un feu trĂ©pidant et dansant, dont les micros sĂ©quences, en timbres, en rythmes, façonnent une constellation qui doit Ă©blouir par sa cohĂ©sion apparemment Ă©clatĂ©e. A l’ivresse du pulsionnel, surgissent de superbes vagues suspendues laissant s’épanouir des aubes nouvelles, au climat extatique et conclusifs, lĂ  encore languissants envisageant des horizons purement mystĂ©rieux (atmosphĂšre sacrificielle hallucinĂ©e dans le sillon du Sacre de Stravinsky). Disposant de solistes virtuoses, le jeune chef laurĂ©at du 50Ăš Concours de Besançon, Darell Ang, analyse, fragmente, caractĂ©rise, l’une des sections les plus envoĂ»tantes et impressionnantes jamais Ă©crites alors (crĂ©Ă© Ă  Boston en 1959 par Charles Munch).

Tout aussi suspendu, mystĂ©rieux, telle la porte ouverte sur un ciel infini, – et lui aussi placĂ© dans l’ombre de Charles Munch (dĂ©dicataire avec Rostropovitch qui en passe commande en 1978), le clim

CD, compte rendu critique. HENRI DUTILLEUX : Orchestre national de Lille. Darell Ang (1 cd Naxos, 2015)

at de « Timbres, Espace, Mouvement » fait la part belle Ă  l’intensitĂ© suspendue du timbre, comme l’expressivitĂ© ardente, dansante, envoĂ»tante de la couleur, telle que le dĂ©fend Van Gogh dans son tableau, nocturne suggestif « La Nuit Ă©toilĂ©e ». Dutilleux invoque lĂ  encore l’ivresse sensorielle suscitĂ©e entre peinture et musique, dans une forme orchestrale davantage invocatoire, atmosphĂ©rique. Ici le langage symphonique se fait chant hallucinĂ© en rĂ©sonances avec les vibrations cosmiques ; l’orchestre devenant acteur et sujet d’une nouvelle dimension Ă  la fois spatiale et temporelle inĂ©dite. Le geste du chef et des instrumentistes semble vouloir percer le mystĂšre sacrĂ© d’un instant dont le dĂ©roulĂ© fait corps avec l’espace qu’il occupe : la direction affirme une conception plus prĂ©cise ici, dĂ©voilant l’ombre Ă©paisse du mystĂšre qui semble s’amplifier, s’élargir, comme l’expansion de l’espace lui-mĂȘme.

C’est justement “ MystĂšre de l’Instant ” qui referme la boucle de ce programme parfaitement conçu : soit 10 sections, conçues en 1989, dĂ©sormais indĂ©pendantes, renfermant leur propre vision du mystĂšre, comme autant d’Haikus, Ă©nigmatiques. A chaque instant ainsi sacralisĂ© par leur enveloppe orchestrale singuliĂšre et spĂ©cifique, sa propre autonomie, son identitĂ©, son propre drame oĂč scintille comme toujours le jeu de timbres prĂ©cisĂ©ment caractĂ©risĂ© (le cymbalum de François Rivalland, par exemple surgissant dans le 3Ăš Instant : « Prismes »). qu’il s’agisse des clusters miroitants d’Echos, les registres extrĂȘmes contrastĂ©s d’Espaces lointains (4) ; des glissandos subtilement superposĂ©s de Rumeurs (7),
 Dutilleux offre une Ă©tonnante diversitĂ© de possibilitĂ©s Ă  partir des 24 cordes associĂ©es au cymbalum et aux percus. Jeu de rĂ©sonance, d’échos, de traces, de rĂ©ponses, de dilution du son, de la perte de prĂ©cision caractĂ©risĂ©e, au profit d’un voile harmoniquement riche et indistinct (rĂ©vĂ©lation ultime du mystĂšre matriciel et final ?), l’esthĂ©tique d’Henri Dutilleux ne cesse d’interroger la forme et le sens de l’écriture orchestrale, et aussi la question mĂȘme du dĂ©roulement / dĂ©veloppement musical. Chef et orchestre atteignent une cohĂ©sion Ă  la fois critique et sensuellement aboutie qui confirme la grande rĂ©ussite de cet album monographique dĂ©diĂ© Ă  Henri Dutilleux. TrĂšs convaincant.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. HENRI DUTILLEUX : Symphonie n°2 « Le Double », « Timbres, espace, mouvement », MystĂšre de l’Instant. Orchestre national de Lille. Darell Ang (1 cd Naxos 8.573596, enregistrĂ© Ă  l’Auditorium Le Nouveau SiĂšcle Ă  Lille dĂ©but septembre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

Briançonnais. FESTIVAL MESSIAEN au pays de la Meije 2017 (les 20 ans)

MESSIAEN festival messiaen au pays de la meije par classiquenews presentation temps forts pourquoi y aller absolument Affiche-finale22122016FESTIVAL MESSIAEN au pays de la Meije : 22-30 juillet 2017 (Hautes-Alpes). Le 20Ăš festival Messiaen au Pays de la Meije offre un somptueux « voyage Ă  travers le son », Olivier Messiaen qui avait Ă©lu rĂ©sidence sur le territoire, ayant depuis toujours cultiver un regard critique sur le son. GrĂące au directeur artistique, GaĂ«tan Puaud, fier gardien des lieux et de l’évĂ©nement depuis les dĂ©buts du Festival dans le Briançonnais, les spectateurs au Pays de la Meije, de La Grave Ă  Briançon, ont toujours pu mesurer l’esprit dĂ©fricheur et le perfectionnisme sonore du compositeur : c’est aussi l’occasion, chaque Ă©tĂ© de considĂ©rer l’autre composante majeure de son Ă©criture : sa spiritualitĂ©. Non pas l’expression d’une bondieuserie rĂ©ductrice, mais l’affirmation d’un idĂ©al transcendant qui porte toujours plus haut chacune de ses partitions. En juillet 2017, les auditeurs pourront Ă©couter “Des Canyons aux Ă©toiles”, le “Quatuor pour la fin du Temps”, “Harawi”, les “Visions de l’Amen”, “Saint François d’Assise” (version Loriod pour chant et piano), les “Cinq Rechants »  Soit un cocktail de joyaux incontournables d’autant plus opportuns en 2017 qu’il s’agit aussi de commĂ©morer les 25 ans de la disparition d’Olivier Messiaen, en 1992.

Cette Ă©dition anniversaire ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle et affirme trĂšs fort l’esprit d’innovation qui l’anime (8 crĂ©ations en 2017), dans le respect du travail musical dĂ©fendu par Messiaen. Songez que par exemple, la partitions de « Des Canyon aux Ă©toiles » fait appel Ă  une machine Ă  vent : le chant des Ă©lĂ©ments naturels ayant de puis toujours inspirĂ© le compositeur. Or rien de comparable au paysage naturel qui s’offre au festivalier : La Grave, situĂ©e Ă  1500 m d’altitude, prĂ©sente un paysage environnant d’une beautĂ© sauvage et puissante Ă  couper le souffle, avec au versant nord, des massifs montagneux enneigĂ©s d’oĂč paraissent comme suspendus des glaciers majestueux


« MURAIL, l’explorateur des sons » .Cette annĂ©e, Tristan Murail est Ă  l’honneur ; lui aussi prolonge le travail de Messiaen sur le son. Au sein de l’Ircam, il a pu s’engager toujours plus loin, au sein de l’école spectrale, ciselant davantage la qualitĂ© du timbre. Depuis 20 ans, le festival dĂ©fend avec grande cohĂ©rence l’esprit de crĂ©ation et d’audace, l’originalitĂ© crĂ©ative que le Messiaen pĂ©dagogue a su transmettre Ă  chacun de ses Ă©lĂšves. Au coeur des activitĂ©s vers les publics, s’affirment l’enseignement et la pĂ©dagogie car GaĂ«tan Puaud entend Ă©largir et renouveler toujours les publics du Festival : quoi de plus efficace et concret que d’organiser des rencontres et des confĂ©rences avec les scolaires du Briançonnais sur tout le territoire pour partager et transmettre la passion des mondes sonores de Messiaen et de ses disciples ? C’est chose faite depuis dĂ©jĂ  6 annĂ©es, chaque mois de juin avant le dĂ©roulement du Festival. En 2017, il s’agit depuis le Conservatoire de Briançon, de sensibiliser les jeunes auditeurs Ă  la musique de Tristan Murail. La programmation 2017 souligne la modernitĂ© de son enseignement comme la profonde diversitĂ© de son invention comme compositeur. Sur place le festivalier fait l’expĂ©rience de concerts accueillis dans plusieurs lieux, principalement les Ă©glises du territoire (quoique que La Grave demeure le centre de gravitĂ© du cycle musical), tout en dĂ©couvrant les sites naturels qui marquent profondĂ©ment le dĂ©roulement de l’évĂ©nement. D’ailleurs, GaĂ«tan Puaud tient particuliĂšrement Ă  l’équilibre concerts, confĂ©rences, randonnĂ©es (comme celle organisĂ©e le 24 juillet Ă  8h45). Rien de mieux pour la satisfaction des sens qu’un programme complet associant explications, exercice physique et dĂ©lectation musicale. VoilĂ  qui fait depuis 20 ans, la valeur et l’attrait d’un festival estival parmi les plus intĂ©ressants de l’Hexagone.

 

 

MESSIAEN festival pays de la meije presentation temps forts du festival par classiquenews Ă©dition 2017 Olivier Messiaen et Tristan Murail - classiquenews ColinSamuels-2016-07-28-0019-18h-La-Grave-HR-

 

 

TOUTES LES INFOS sur le Festival Messiaen au Pays de la Meije 2017

(20Ăšme Ă©dition en juillet 2017), du 22 au 33 juillet 2017

http://www.festival-messiaen.com/programme-presentation-fr.html

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Festival Messiaen au Pays de la Meije
Du 22 au 30 juillet 2017
Nos 5 temps forts

 

 

 

1- Samedi 22 juillet 2017
Eglise de La Grave, 21h
Murail : L’Esprit des dunes
HervĂ© : A l’air libre (crĂ©ation mondiale)
HervĂ© a Ă©tĂ© l’lĂšvre de Grisey, lui-lĂȘme Ă©lĂšve de Messiaen. La transmission est donc concrĂšte.
Ensemble orchestral contemporain
Daniel Kawka, direction
+ D’INFOS : http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/117-.html

 

 

 

2- Dimanche 23 juillet 2017
Collégiale de Briançon, 21h
Messiaen : Des canyons aux Ă©toiles
Orchestre POITOU-CHARENTES
Jean-Frédéric Neuburger, piano
Jean-François Heisser, direction
+ D’INFOS : http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/118-.html

 

 

 

3- Mercredi 26 juillet 2017
Salle du DĂŽme, Le MonĂȘtier les bains, 21h
Boulez : Sur incises (pour 3 pianos, 3 harpes, 3 percussions)
Murail : Travel Notes
Bartok : Sonates pour deux pianos et percussions
Ensemble du CNSMDP Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Bruno Mantonvani, direction

+ D’INFOS : http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/123-.html

 

 

 

4- Jeudi 27 juillet 2017
Eglise de La Grave
Folle Nuit magique de l’électronique, dĂšs 18h
Oeuvres de Jolivet, Murail (oeuvres pour ondes Martenot : Mach 2,5, Tigres de Verre, La conquĂȘte de l’Antarctique, Territoire de l’Oubli), Citron, TisnĂ©, Figols-Cuevas (Tox, crĂ©ation mondiale, commande du Festival). AprĂšs la « pause collation » : Bedrossian (crĂ©ation mondiale pour deux violons), Murail (Winter Fragments), Grisey, HaapamĂ€ki, Boulez (Dialogue de l’Ombre double). Ondes Martenot : Nathalie Forget.
+ D’INFOS : http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/133-.html

 

 

 

5- samedi 29 juillet 2017
Eglise de La Grave, 21h
Messiaen : Quatuor pour la fin du temps
Fagerlund, Debussy, Murail (Cloches d’adieu, et un sourire
)
Paavali Jumppanen (piano), Corey Cerovsek (violon), Christoffer Sundqvist (clarinette), Jan-Erik Gustafsson (violoncelle)
+ D’INFOS: http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/130-.html

 

 

 

 

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MESSIAEN festival messiaen au pays de la meije par classiquenews presentation temps forts pourquoi y aller absolument Affiche-finale22122016BONUS : dimanche 30 juillet 2017, 21h (Eglise de La Grave). Le festivalier curieux d’en vivre plus, ne manquera pas non plus la version pour piano et chant d’Yvonne Loriod-Messiaen, de l’opĂ©ra Une lecture de Saint-François d’Assise (extraits)
Avec Didier Henry (Saint François), Marc Mauillon (Le LĂ©preux), Laura Holm (L’Ange), Kaelig BochĂ©, Jean-Christophe LaniĂšce, Anne Le Bozec et Flore Merlin (pianos), et Nathalie Forget (ondes Martenot).
http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/132-.html

 

 

 

BERLIOZ, La Damnation de Faust Ă  ANGERS et Ă  NANTES

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017ANGERS NANTES OPERA : La Damnation de Faust de Berlioz, les 15 et 23 septembre 2017. AprĂšs Lohengrin de Wagner, sommet du romantisme germanique, Ă©galement prĂ©sentĂ© en version de concert (LOHENGRIN avec Daniel Kirch, Catherine Hunold, septembre 2016, LIRE notre compte rendu complet), ANGERS NANTES OPERA propose le chef d’oeuvre lyrique et symphonique le plus audacieux et expĂ©rimental de Berlioz, « notre Wagner français »  Orchestration virtuose, Ă©criture chorale et vocale d’une rare puissance dramatique, La Damnation de Faust est selon l’esprit aventureux et novateur de Berlioz, une « lĂ©gende dramatique ». La caractĂ©risation des personnages d’aprĂšs Goethe (le docteur Faust et son mentor initiateur, Mephistophele, Marguerite qui malgrĂ© ses turpitudes criminelles sera cependant sauvĂ©e et accueillie au ciel – l’opĂ©ra s’achĂšve d’ailleurs sur son apothĂ©ose-, les atmosphĂšres, l’enchaĂźnement des sĂ©quences entre fantastique et rĂ©alisme
 composent l’un des opĂ©ras les plus forts du XIXĂš, vĂ©ritable manifeste du romantisme français (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 6 dĂ©cembre 1846). Gageons que comme ce fut le cas de Lohengrin, la saison passĂ©e, cette Damnation de Faust, portĂ©e par le gĂ©nie de Berlioz et servie par une distribution prometteuse (avec dans les deux cas l’excellente Catherine Hunold, dans Lohengrin, Ortrud hallucinĂ©e et mordante ; chez Berlioz, Marguerite
), sera l’un des temps forts de la prochaine saison 2017 – 2018 d’Angers Nantes OpĂ©ra


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La Damnation de Faust de Hector
LĂ©gende dramatique en 4 parties
Présentée par ANGERS NANTES OPERA
ANGERS, Centre de congrĂšs, vendredi 15 septembre 2017, 20h30
NANTES, La Cité, samedi 23 septembre 2017, 20h30

Avec Michael Spyres (Faust), Laurent Alvaro (MĂ©phistophĂ©lĂšs), Catherine Hunold (Marguerite)
 Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Xavier RIbes, direction) / Choeur de l’OpĂ©ra de Dijon (Anass Ismat, direction) / Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

RESERVEZ VOTRE PLACE dÚs à présent
sur le site d’ANGERS NANTES OPERA
http://billetterie.angers-nantes-opera.com/reservations-spectacle-opera-css5-angersnantesopera-pg1-rg11737.htm

berlioz-damnation-de-faust-angers-nantes-opera-presentation-classiquenews-15-et-23-septembre-2017

LIRE aussi notre compte rendu critique de la Damnation de Faust de Berlioz avec Michael Spyres, sous la direction de Sir John Eliot Gardiner, au Festival Berlioz de la CÎte Saint-André, fin août 2017

Les Troyens de Berlioz Ă  STRASBOURG

troyens strasbourg orchestre philharmonique de strasbourg classiquenews-2017-04-15-frSTRASBOURG, les 15 et 17 avril 2017. BERLIOZ : Les Troyens. Version de concert. John Nelson dirige l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg (OPS) dans l’oeuvre fleuve de Berlioz, fresque monumentale et d’une rare subtilitĂ© psychologique dans laquelle le Romantique français Ă©gale par l’ambition artistique (plus de 15 solistes, 3 chƓurs
 soit 250 artistes sur scĂšne et prĂšs de 100 en coulisses) et l’idĂ©al esthĂ©tique Ă©laborĂ©, le grand Ɠuvre de Wagner. Ainsi dans une somptueuse parure orchestrale (instruments ajoutĂ©s dont 6 harpes et la banda de cuivres en coulisses
) s’offrent aux auditeurs et spectateurs : inspirĂ©s de l’Eneide d’HomĂšre, la chute de Troie, l’amour tragique de Didon, reine de Carthage, pour le prince grec EnĂ©e.

Samedi 15 avril 2017 – 19h
Lundi 17 avril 2017 – 15h
Strasbourg, PMC Salle Érasme

Avec :
Joyce DiDonato (Didon), Michael Spyres (Enée), Marie-Nicole Lemieux, Stéphane Degout, Marianne Crebassa, Hannah Hipp, Nicolas Courjal, Philippe Sly, Cyrille Dubois, Bertrand Grunenwald, Stanislas De Barbeyrac, Jean Teitgen, Richard Rittelmann, JérÎme Varnier, Frédéric Caton, Agnieszka Slawinska,
Badischer Staatsopernchor,
ChƓur de l’OpĂ©ra National du Rhin,
Choeur de l’OPS

berlioz Hector Berlioz_0DEMESURE & FINESSE, ANTIQUITE & MYTHOLOGIE… Le plateau s’impose par sa dĂ©mesure (5 actes, 9 tableaux qui souhaitent ressusciter la grandeur hĂ©roĂŻque et l’intensitĂ© Ă©motionnelle des hĂ©ros de la mythologie grecque). Pourtant la finesse de l’écriture berliozienne dans l’expression des passions humaines exigent des chanteurs fins et nuancĂ©s, pas de simples hauts parleurs. Parmi les solistes participant Ă  cet Ă©vĂ©nement, saluons la prĂ©sence de la soprano amĂ©ricaine Joyce DiDonato, bel cantiste de renom ; le tĂ©nor Michael Spyres qui allie puissance et subtilitĂ©, mais aussi StĂ©phane Degout, Marie-Nicole Lemieux, sans oublier  Marianne Crebassa, rĂ©cente laurĂ©ate des Victoires de la Musique le 2 fĂ©vrier dernier. Le chef John Nelson dont on sait l’intelligence et l’énergie comme la prĂ©cision Ă  Ă©quilibrer des plateaux trĂšs impressionnants comprenant, solistes, choeurs et orchestre a souhaitĂ© enregistrer la partition monumentale de Berlioz, son testament artistique, avec un orchestre français et une distribution particuliĂšrement choisie.
Les 2 concerts de Strasbourg donneront lieu à un enregistrement discographique annoncé chez Warner. La référence actuelle demeure celle dirigée par Colin Davis en 1969 avec entre autres, les excellents Jon Vickers et Joséphine Veasey (Decca).

TOUTES LES INFOS et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OPS Orchestre Philharmonique de Strasbourg

http://www.philharmonique-strasbourg.com/affiche_concerts.php?mois=201704&d=2

CD, compte rendu critique. BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011),Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe (1 cd PHI, 2015)

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, COllegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre.

 

 

 

BRAHMS sublimé

 

 

herreweghe philippe-herrewegheComme dans ses Bruckner tout autant allĂ©gĂ©s, palpitants, – chez d’autres chefs, Ă©pais, monumentaux et surtout tissĂ©s comme des blocs sonores compacts-, Philippe Herreweghe soigne chez Brahms, la clartĂ© des plans, favorise le dessin polyphonique, surtout dĂ©taille chaque assemblage de timbres. La construction formelle Ă  travers les 4 mouvements en gagne relief et tension. Le chef ajoute un sentiment d’urgence, une formidable motricitĂ© (jaillissements d’une irrĂ©pressible Ă©nergie du palpitant Scherzo), un dramatisme continu qui rĂ©vĂšle le gĂ©nie du Brahms symphoniste et orchestrateur. Johannes Brahms comme c’est le cas pour Schumann, est venu tard Ă  l’Ă©criture symphonique. L’ombre de Beethoven, sa maĂźtrise contrapuntique, son gĂ©nie de la construction l’impressionnaient au plus haut point et le romantique devait faire au moins aussi bien que Ludwig. DĂ©fi relevĂ© d’autant mieux rĂ©vĂ©lĂ© / mesurĂ©, dans cette lecture superlative qui nous offre un Brahms lĂ©ger, hyperactif, d’une fiĂšvre expressive percutante et prenante (dĂ©but de l’Allegro energico qui ouvre le mouvement final).

Les différentes sections affrontent et alternent des épisodes antagonistes et finalement complémentaires dont le chef polit la somptueuse langue instrumentale ainsi dans le mouvement 2 (andate moderato) : Philippe Herreweghe met en avant la fabuleuse harmonie premiÚre à laquelle succÚde ensuite les cuivres de plus en plus majestueux


brahms 280Tout cela prĂ©pare au dernier mouvement dont la motricitĂ© coupĂ©e au scalpel cisaille, assĂšne, tempĂȘte, rugit avec ce sens du destin implacable, comme le chant d’une fatalitĂ© souveraine propre au mĂ©lancolique voire dĂ©pressif Brahms
 L’acuitĂ© Ă©ruptive traversĂ©e d’Ă©clairs introspectifs, saisit de bout en bout. On savait Herreweghe, brillant analyste ; on dĂ©couvre l’orfĂšvre capable de se passionner et de scintiller par sa rage mesurĂ©e. De ce point de vue, la fin du dernier mouvement subjugue littĂ©ralement par l’énoncĂ© ultime qui termine Ăąpre, sans rĂ©elle rĂ©solution. Ainsi s’affirme non sans justesse, l’interrogation du Brahms viscĂ©ralement insatisfait. L’activitĂ©, l’acuitĂ© analytique qui dĂ©taillle sans se diluer, la motricitĂ© dramatique et la fiĂšvre qui surgit lĂ  oĂč on ne l’attendait pas, font les dĂ©lices et la valeur de cette intĂ©grale Brahms en cours. A suivre absolument.

Ann Hallenberg est FarinelliSaluons d’autres qualitĂ©s plus que convaincantes dans le complĂ©ment : la sublime Rhapsodie pour alto
 WagnĂ©risme (sublime couleurs de l’introduction) et somptuositĂ©s schumanniennes s’invitent dans la cantate pour alto et orchestre d’une suave et tendre mĂ©lancolie dont on ne cesse de louer les teintes et couleurs façonnĂ©s en vagues mordorĂ©es. La voix (excellente Ann Hallenberg) caresse, envoĂ»te, fascine, pilote une destinĂ©e comme une Isolde enchantĂ©e d’une absolue et ultime sĂ©rĂ©nitĂ© quand elle s’accompagne du chƓur. Voix de sirĂšne, prophĂštesse et sybille Ă©clairĂ©e, Ann Hallenberg est bien l’une des meilleures mezzos altos actuelles dans ce qui est aussi un nouvel accomplissement d’une justesse poĂ©tique irrĂ©sistible, (aprĂšs un rĂ©cital anthologique de pure virtuositĂ© avec les Talens lyriques dĂ©diĂ© Ă  Farinelli, rĂ©cent clic de Classiquenews dont la critique la designait plus grande mezzo actuelle alors, c’est Ă  dire actuellement au sommet de ses possibilitĂ©s). Le Brahms de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, vit une nouvelle existence : par la vertu indiscutable des instruments d’époque, le massif symphonique Brahmsien est bien l’apport le plus important, voire essentiel de cette dĂ©cennie. C’est plus qu’un Brahms dĂ©poussiĂ©rĂ© : plutĂŽt rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et magnifiĂ©. A suivre dĂ©sormais.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 1 cd PHI, LPH025.

 

 

 

LIVRES, annonce. Nouvelle biographie de Giacomo Meyerbeer (Bleu Nuit Ă©diteur)

meyerbeer-annonce-livre-par-classiquenews-giacomo-meyerbeer-bleu-nuit-editeur-clic-de-classiquenewsLIVRES, annonce. Nouvelle biographie de Giacomo Meyerbeer (Bleu Nuit Ă©diteur) - NĂ© Ă  Berlin au sein d’une riche famille Juive (comme l’autre gĂ©nie romantique tique qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : Mendelsohnn), Giacomo Meyerbeer (1791-1864) affirme en France un puissant gĂ©nie lyrique qui livre ses Ă©blouissants accomplissements avant le Second Empire principalement dans le genre du grand OpĂ©ra français oĂč la couleur de l’orchestre, la richesse et l’impact visuel des dĂ©cors, l’Ă©clat du ballet et de ses danseuses principalement, la force des portraits individuels comme le mouvement crĂ©dible des fresques collectives comptent Ă  Ă©galitĂ©. L’OpĂ©ra selon Meyerbeer est autant musical que visuel et s’il Ă©tait nĂ© au XXeme siĂšcle, le compositeur aurait Ă©tĂ© au cinĂ©ma l’Ă©quivalent d’un Orson Wells… c’est dire.

 

Condisciple apprenti de Weber dans la classe de leur professeur l’abbĂ© Vogler, le Meyerbeer trentenaire se forge une premiĂšre rĂ©putation en Italie sur le scĂšne de La Fenice de Venise (triomphale partition de Il Crociato in Egitto de 1824), puis dans les annĂ©es 1830 pĂ©riode dorĂ©e du romantisme français, le quadra s’impose par une sĂ©rie de chefs d’Ɠuvre d’une modernitĂ© dramatique absolu, nouvel aboutissement de l’art total dans le sillon parallĂšle de Wagner : Robert le diable (1831), Les Huguenots (1836), surtout Ɠuvre clĂ© de la maturitĂ© Le ProphĂšte (1849). Avec le librettiste familier Scribe, Meyerbeer fixe un nouveau modĂšle lyrique au moment oĂč Verdi façonne son propre thĂ©Ăątre et avant que Wagner ne rĂ©alise son idĂ©al thĂ©Ăątral et musical Ă  Bayreuth, une Ă©thique artistique et un idĂ©al esthĂ©tique encore magnifiquement illustrĂ©s dans ultime ouvrage L’Africaine (1865) qui pose les jalons de ce que devrait ĂȘtre depuis le Guillaume Tell de Rossini de 1829, un certain art de la dĂ©clamation française depuis la tragĂ©die lyrique transmise au xviie et xviiieme par Lully et Rameau. Il Ă©tait temps de dĂ©dier une biographie complĂšte, CLIC D'OR macaron 200argumentĂ©e, illustrĂ©e comme celle publiĂ©e par Bleu Nuit Ă©diteur, au gĂ©nie de l’OpĂ©ra français, un pilier dont la comprĂ©hension est prĂ©alable et nĂ©cessaire dans le champs florissant des rĂ©surections actuelles dĂ©diĂ©s au romantisme français. CLIC DE CLASSIQUENEWS DE MARS ET AVRIL 2017. Grande critique et compte rendu dĂ©veloppĂ© Ă  venir dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com – Parution de notre critique le jour de parution du livre, soit le 14 avril 2017.

 

 

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LIVRES, annonce. GIACOMO MEYERBEER par Violaine ANGER. Bleu Nuit Ă©diteur, collection “horizons”. Parution : le 14 avril 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS 2017

 

 

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BADEN BADEN : Kristine Opolais chante Tosca sur ARTE

arte_logo_2013ARTE. PUCCINI : TOSCA. Kristine Opolais. Lundi 17 avril 2017, 20h50. Sir Simon Rattle et les instrumentistes du Berliner Philharmoniker se passionnent pour « Tosca » l’ouvrage psychologique, rĂ©aliste de Gioacomo Puccini. CrĂ©Ă©e Ă  Rome en 1900, se dĂ©roulant dans la velle Ă©ternelle Ă  l’époque d’un Bonaparte libĂ©rateur des peuples contre les tyrannie monarchiques (1800), l’oeuvre est jouĂ©e sur toutes les scĂšnes du monde : elle cumule le plus grand nombre de productions lyriques, nouvelles et reprises, chaque saison, avec Carmen de Bizet et Don Giovanni de Mozart.

opolais kristine opolais soprano tosca puccini presentation annonce sur classiquenews MG_5159_Tatyana-Vlasova-400x400Tosca, en effet, ce « n’est pas seulement un roman policier, c’est aussi du grand art. Et parce que chacun de ses airs fait parler la poudre, il est trĂšs important de rendre enfin justice aux innombrables subtilitĂ©s de cette partition ». En dramaturge gĂ©nial, Puccini renouvelle le drame lyrique avec un sens cinĂ©matographique de l’action : dĂ©taillant l’arriĂšre fond politique, sociĂ©tal, historique et politique ; ciselant chaque facette psychologique de son hĂ©roĂŻne, la cantatrice Floria Tosca, ardente et passionnĂ©e mais aussi croyante et pieuse, pourtant bientĂŽt criminelle, bien malgrĂ© elle
 La soprano lettone Kristine Opolais nĂ©e en 1979, – Ă©pouse Ă  la ville du chef Andris Nelsons, relĂšve le dĂ©fi d’un rĂŽle Ă©crasant. Son soprano lyrique dramatique, – dĂ©jĂ  remarquĂ© dans Russalka qu’elle a chantĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Paris en avril 2015, puis quand elle remplaçait au pied levĂ© Anna Netrebko pour Manon Lescaut du mĂȘme Puccini (Munich, novembre 2014), affirme de rĂ©elles affinitĂ©s dans l’univers Opolais Nelsonsincandescent raffinĂ© du compositeur vĂ©riste postromantique. La diva a souvent avouĂ© sa passion pour la scĂšne puccinienne, une conception musicale et dramatique qu’elle a dans le sang et pour laquelle elle entend s’engager pour chaque prise de rĂŽle Ă  100%. Butterfly, Manon, Tosca
 et demain Mimi, Kristine Opolais semble dĂ©sormais tout connaĂźtre des femmes pucciniennes : elle s’attache Ă  en exprimer l’intense sensibilitĂ© qui en fait Ă  la fois des cƓurs angĂ©liques comme des lionnes conquĂ©rantes. SacrifiĂ©es, elles savent tout dĂ©sirer, tout donner, tout vivre et partager. Diffusion Ă©vĂ©nement sur Arte en lĂ©ger diffĂ©rĂ© depuis Baden Baden : diffusion Ă  20h50 de l’opĂ©ra reprĂ©sentĂ© dĂšs 18h sur place.

PUCCINI : TOSCA sur ARTE, Lundi 17 avril 2017, 20h50. Festival de Pñques de Baden Baden 2017. Avec Kristine Opolais (Tosca), Marcelo Alvarez (Mario Cavaradosi), Evgeny Nikitin (Scarpia), Peter Rose (un sacristain à l’acte I)
  Berliner Philharmoniker. Simon Rattle,direction. Philippe Himmelmann, mise en scùne.

En italien aec surtitrage en allemand et anglais - Fin de la représentation : 21 h environ - Spectacle également donné les 7 et 10 avril 2017 à Baden Baden

LIVRES, annonce. GABRIEL FAURÉ par Jacques Bonnaure (Editions Actes Sud / collection Classica, avril 2017)

faure actes sud jacques bonnaure review critique livres clic de classiquenewsLIVRES, annonce. GABRIEL FAURÉ par Jacques Bonnaure (Editions Actes Sud / collection Classica, avril 2017). Actes Sud enrichit sa collection de biographies rĂ©fĂ©rentielles, avec ce nouvel essai biographique qui souligne l’élĂ©gance chambriste d’un ciseleur de notes : Gabriel FaurĂ© (1845-1924). Dans un Ă©poque riche esthĂ©tiquement mais troublĂ© politiquement, Ă  l’heure des nationalismes dangereusement exacerbĂ©s (opposant le plus souvent la France de Debussy contre l’Allemagne de Wagner), FaurĂ© cultive une distanciation artistique et poĂ©tique plus inspirĂ©e par l’intime que la dĂ©monstration symphonique. Ainsi le compositeur qui cependant participe de maniĂšre trĂšs active Ă  la vie musicale du Paris du dĂ©but du siĂšcle, – comme directeur du Conservatoire (de 1905 Ă 1920), cisĂšle Ă  sa façon, le genre de la musique de chambre, pour cordes, pour piano, surtout l’art de la mĂ©lodie dont il cultive en enchanteur, les finesses envoĂ»tantes. L’auteur dĂ©veloppe un portrait en demi teintes, d’une intelligence documentĂ©e, dĂ©voilant ce qui fait de FaurĂ©, un acteur dans son siĂšcle, engagĂ©, voire militant, mais Ă©pris de style et de goĂ»t. En conclusion, un » compositeur de l’inouï ». Rien de moins. Critique dĂ©veloppĂ©e Ă  paraĂźtre dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du livre, soit le 5 avril 2017.