ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE / ELIM CHAN joue Ravel et Beethoven

STREAMING concert. LILLE, sam 10 avril 2021, 20h. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts 100% numériques en live streaming. Prochain direct depuis l’auditorium du Nouveau Siècle à Lille, samedi 10 avril 2021 : Concerto en sol de Ravel, Symphonie n°2 de Beethoven par la cheffe hong-kongaise ELIM CHAN (directrice musicale de l’Antwerp Symphony Orchestra) et la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.

ELIM CHAN cheffe classiquenews ON LILLE steaming concert audito 2Ravel, de retour d’une tournée aux USA (1928), éblouit par son écriture virtuose, légère, néo mozartienne, à la fois classique et swinguée dans l’esprit aussi de Saint-Saëns. La Symphonie n°2 de Beethoven affirme en 1803, le tempérament réformateur du compositeur venu de Bonn et déjà établi à Vienne depuis 10 ans. Dans le sillons des génies locaux, Haydn et Mozart, Beethoven offre une synthèse puissante et originale qui recycle le format de la sonate : Ludwig y fixe définitivement le Scherzo ; surtout en récapitulant les tensions et contrastes, cultivés, canalisés dans les mouvements précédents, le Finale jugé « monstrueux » par les auditeurs et les interprètes, affirment une dimension jamais écoutée jusque là. L’énergie conquérante, la force insufflée par la seule volonté musicale contredit pourtant l’une des périodes les plus sombres de la vie de Beethoven, suicidaire et désespéré même, ressentant les effets de sa surdité et rédacteur d’un testament artistique bouleversant à Heiligenstadt. Ni défaite ni dépression dans la Symphonie n°2… mais la pleine conscience des vertus salvatrices de la musique.  Photo : Elim Chan (DR)

L’Orchestre National de Lille / ON LILLE retrouve pour la 3ème fois la cheffe hong-kongaise Elim Chan (venue en 2015 et 2016 Ă  Lille et en rĂ©gion Hauts-de-France) – première femme LaurĂ©ate du concours Donatella Flick Conducting Competition et pour la première fois la pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott.

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

STREAMING CONCERTaudito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenews
Samedi 10 avril 2021, 20h

En direct depuis l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille
RAVEL et BEETHOVEN

PLUS D’INFOS sur le site de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_20-21/concert/ravel-et-beethoven/

 

RAVEL
Concerto pour piano et orchestre en Sol

BEETHOVEN
Symphonie n°2

 
Alice Sara Ott, piano
Orchestre National de Lille
Elim Chan, direction

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

L’ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE poursuit son activité sur la toile grâce à son offre digitale intitulée « l’AUDITO 2.0 » :

La chaîne YouTube de l’Orchestre ? plus d’1 million de vues depuis sa création en 2009 : https://bit.ly/3ortO8b

Notes de programme à retrouver sur : www.onlille.com/saison_20-21/concert/ravel-et-beethoven/

Retrouvez en streaming gratuit les concerts de l’Orchestre dans L’Audito 2.0 : https://bit.ly/2INlAIg

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIRE AUSSI nos critiques des concerts numériques précédents :

E-CONCERT, STREAMING, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 3 avril 2021. « Enchantements », Wagner, Sibelius / I. Brimberg / Orchestre National de Lille, D. Stasevska, direction. Après le nerf impétueux, vif argent du chef néerlandais Jan Willem De Vriend (concert Beethoven du 13 mars dernier), voici un nouveau volet de l’offre digitale du National de Lille ; ce programme diffusé sur internet du 3 avril 2021, dévoile la sensibilité de la chef invitée Dalia Stasevska, tempérament intérieur en communion avec les instrumentistes lillois ; d’abord précise aux éclats intérieurs mi enivrés mi tragiques de la (lente) Valse triste de Sibelius ; c’est un préambule tout en finesse suspendue pour le Prélude de Tristan : en kimono, la maestra ukrainienne recherche le sens derrière le son ; la résonance intime qui étire chaque accord, en sa tension irrésolue ; l’incandescence du sentiment amoureux, celui des amants maudits Tristan et Yseult se consume ainsi dans la clarté et la transparence ; une urgence intérieure qui creuse l’exaspération de désirs insatisfaits. La cheffe déploie des sortilèges de langueur sensuelle, toujours très soucieuse du son comme de la balance sonore.

ON-LILLE-concert-streaming-dalia-stasevska-concert-sibelius-wagner-critique-concert-critique-opera

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

roth-francois-xavier-concert-maestro-concert-classiquenews-critique-concert-classiquenewsCOMPTE-RENDU STREAMING, concert, critique. LILLE, le 13 février 2021. BEETHOVEN, STRAVINSKY. ON LILLE. FX Roth, direction. C’est un Beethoven (Concerto pour piano n°1, 1800) étonnamment clair et comme épuré, nerveux et musclé que François-Xavier Roth fait jaillir, grâce à l’implication de chaque instrumentistes du National de Lille. L’ouverture sonne nette, presque tranchante, avec des tutti précis et accentués ; une vision très architecturée et carrée à laquelle le piano de l’Andalou Javier Perianes apporte une sonorité tranchée elle aussi, souvent plus expressive et percussive voire crépitante que douce et chantante. L’équilibre sonore que préserve le chef, fait chanter chaque instrumentiste en dialogue avec le clavier ; une acuité lumineuse qui est le produit de sa vaste expérience avec son orchestre sur instruments historiques, Le Siècles. Photo : FX Roth (DR)

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dossier 500 ans de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021)

josquin desprez par leonardo dossier 500 ans josquin deprez classiquenews500 ANS de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021). JOSQUIN, premier auteur vĂ©nĂ©rĂ©, cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant tel une cĂ©lĂ©britĂ©, reconnu pour le gĂ©nie de ses mĂ©lodies profanes (vernaculaires) comme de ses pièces sacrĂ©es ? Homme du dĂ©but du XVIè, au temps de la première Renaissance, le Français fait figure de première « pop star », estimĂ© alors Ă  l’échelle europĂ©enne, tant pour ses chansons que ses motets : un phĂ©nix incontournable Ă  l’inspiration profane comme sacrĂ©e, publiĂ© donc diffusĂ© partout en Europe, recherchĂ© par les Grands et les princes… Quel patrimoine musical et artistique nous laisse-t-il en hĂ©ritage ? Qui fut Josquin ? Dossier spĂ©cial 500 ans après sa disparition.

_____________________________________________________________________________________

 

 

 

 

PORTRAITURÉ PAR LEONARDO ?
Josquin des Prés ou Desprez a laissé une réputation scandaleuse : n’écrivant que lorsqu’il le souhaitait et non à la demande selon certains contemporains (pas toujours très objectifs cependant) ; il pourrait bien être le modèle de ce célèbre portait de Leonardo (photo ci dessus) : alors compositeur à la Cour ducale de Milan, auteur majeur de l’école franco-flamande (comme Franchini Gaffurio qui fut aussi proposé comme modèle du même panneau) ; avant les Banchieri, Gesualdo, c’est le Nord de l’Europe qui donnait le la au continent européen, s’imposant dans toutes les cours dignes de ce nom… écriture contrapuntique, séduction mélodique… la force de Josquin est d’inventer des airs immédiatement séduisants comme il sait aussi tisser des architectures sonores, flamboyantes, ambitieuses, échos à l’ère des cathédrales, au mysticisme foudroyant.

 

 

MORT le 27 août 1521… Où est-il né et quand ? Aucune dates précises quand à sa naissance et son lieu de naissance est tout autant mystérieux ; originaire probablement du Hainaut, entre France et Belgique, Josquin voit le jour au milieu du XVè.
Le musicien sait séduire et se déplacer : témoignages et citations attestent de son séjour à Aix-en-Provence (chapelle du roi René), à Milan (le portrait de Leonardo fixe les traits d’un compositeur au service des Sforza), à Rome (sous Innocent VIII et Alexandre VI, comme en témoigne une inscription dans le saint des saints, la Chapelle Sixtine), à Ferrare (Hercule Ier) et aussi en France à Blois, Paris et Saint-Quentin : il sert à la Cour de Louis XI et Louis XII. Autant d’étapes dans une chronologie qui reste globalement lacunaire.
De toute évidence, Josquin sait sa valeur et entend être payé en retour. Pour rappeler à ses patrons ce qu’ils lui doivent, Desprez, serviteur insoumis, sait réclamer et recouvrer ses créances : le duc Sforza comme Louis XII l’ont expérimenté. Au premier, il compose sa messe / Missa « La sol fa remi / Laisse moi faire » (raillant la désinvolture du mauvais payeur) ; au second, le motet Memor esto verbi tui servo tuo / « Souviens-toi de ta parole à ton serviteur » est plus direct encore et cible le souverain devant toute la cour. Un point avéré néanmoins, sa fin documentée : il expire à Condé-sur-l’Escaut, près de Valenciennes, le 27 août 1521, il y a 500 ans.

 

 

vidéo
De profundis clamavi Ă  5 voix
https://www.youtube.com/watch?v=voiBzAzQrGE
Pomerium / Alan Black

 

 

 

 

PRÉCURSEUR DE MONTEVERDI… mais plus qu’aucun autre auteur au XVIè, Josquin est le premier à rechercher et ciseler la caractérisation émotionnelle. Les sentiments et déjà les passions humaines sont présentes et traitées avec une acuité inédite, aux côtés des architectures abstraites et spirituelles. Le faste, la grandeur, l’esprit de prestige et de solennité se colorent aussi d’une sensibilité nouvelle, qui fait de Josquin le premier peintre du sentiment au cœur de la Renaissance. Avec lui, la mathématique musicale devient aussi expressive qu’ample et complexe. Pour se faire, Josquin réconcilie musique savante et musique populaire, assimilant l’abstraction des canons et du contrepoint de Guillaume de Machaut (mort au siècle précédent en 1377) en les combinant avec sa connaissance des airs populaires (monodies des ménestrels et des artistes de la rue).
Dès lors, artisan de cet humanisme réformateur, Josquin place l’homme au centre de l’univers, quand ses prédécesseurs célébrait la puissance unique, omnipotente et centrale de Dieu.
En Italie, Josquin prépare le terreau de la monodie profane et passionnelle que le baroque Monteverdi porte à un degré de perfection expressive dans le genre du madrigal puis de l’opéra. Peu à peu la musique s’humanise et s’incarne par des voix et des parties instrumentales de plus en plus caractérisées.

 

 

MODERNE, JOSQUIN abolit les frontières entre sacré et profane : sa chanson de BAUDICHON, relatant les exploits d’un bon gaillard endurant est aussi le terreau mélodique de l’une de ses premières messes (Monteverdi fera de même, recyclant le profane dans le sacré et vice versa) : la Missa L’Ami Baudichon est encore classée dans les archives de la Sixtine, depuis Jules II.

 

 

CARACTÉRISATION, INTELLIGIBILITÉ… Avec le souci du sentiment, Josquin soigne particulièrement la sculpture du verbe : ses textes sont choisis et traités avec soin. La Missa Pangue Lingua est un modèle du genre : chaque mot et la façon de le prononcer semblent produire la mélodie. Cette intelligence textuel et mélodique préfigure là encore Monteverdi. L’émergence des langues vernaculaires et l’essor du Français désormais d’usage dans tout acte officiel (1539) souligne le goût linguistique de Josquin, décidément en phase avec son époque. La musique devient langage, expression de l’âme humaine, après avoir été cette architecture abstraite à la gloire de Dieu.

 

 

L’HOMME DES REGRETZ… Nouveau chantre des passions de l’âme, Josquin peint désormais la langueur et l’impuissance, la vanité et la mélancolie. Le mode de mi, introspectif, parfois grave marque une écriture de la peine et de la tristesse, et jalonne régulièrement une œuvre riche en témoignage ému. « Mille regretz » est la chanson favorite de l’Empereur qui renonça au pouvoir, conscient de toute vanité terrestre : Charles Quint ; « Plus nulz regretz » est composée pour la tante et tutrice de ce dernier, Marguerite d’Autriche…

 

 

PREMIERES PARTITIONS IMPRIMÉES… Josquin est le témoin des premières éditions de Gutenberg : son Premier Livre de messes est publié à l’aube du siècle, à Venise en 1502 chez Petrucci ; premier jalon d’une œuvre désormais fixée par l’impression et diffusée partout en Europe. C’est le gage d’une célébrité immédiate, cultivée avec intuition, de son vivant. Ainsi l’écrit et le publié permettent de mesurer dans le détail, la « révolution Josquin » ; ils indiquent précisément à quelle note correspond quelle syllabe : le chanteur ne peut plus improviser désormais, choisissant aléatoirement où placer le texte sur les notes : Josquin stabilise et fixe les règles. autour de 350 partitions lui sont aujourd’hui attribuées ; un examen critique devrait bientôt être réalisé pour distinguer les attributions problématiques et les manuscrits autographes.

 

 

 

 

 

_____________________________________________________________________________________

 

vidéo
Allegez moy doulce plaisant brunette
Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
(extrait du 7ème Livre de chansons)
https://youtu.be/_Y6ir2JwUaI

La chanson évoque la dernière évolution de l’écriture de Josquin : simplifiée, essentielle, immédiatement mémorisable… Plus qu’aucun autre compositeur avant lui, Josquin Desprez a démocratisé la musique ; passant du contrepoint complexe et abstrait, à l’expression sensible, franche et directe de l’âme humaine…

 

 

vidéo
« Ma bouche rit et mon cueur pleure »
Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
https://www.youtube.com/watch?v=lOgOw7TElW8

_________________________

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « héroïque »

ORCHESTRE-NATIONAL-DE-LILLE-maestro-alexandre-Bloch-concert-classiquenews-critique-annonceCOMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « héroïque ». A la fois exaltée, ivre de sa propre énergie, la direction précise, claire du néerlandais Jan Willem De Vriend sait être équilibrée en ce qu’elle favorise le détail et porte la tension. Dans l’Eroica de Beethoven pourtant surjouée ici et là, en particulier depuis les célébrations Beethoven 2020 (certes avortées covid oblige),le premier mouvement, regorge de vitalité et de puissance sans jamais sacrifier la précision des ornements ni la balance entre soliste et orchestre, pour chaque intervention caractérisée. Le souffle du destin rayonne ; s’appuyant sur une vision ciselée de l’écriture instrumentale : en clair, le geste du chef flamand, habitué des répertoires préromantiques et romantiques, de surcroît selon ce relief et cette intensité sculpturale propre aux instruments d’époque, nourrit ici une vision qui est fluide, caractérisée, parfaitement architecturée. Comme partition du destin et conduite par une irrépressible énergie, la volonté de Ludwig s’accomplit avec une délicatesse continument exaltante.

Le second mouvement plus grave et sombre ne perd pas la souplesse ni ce mordant parfois glaçant dans la caractérisation instrumentale.

Ample et lugubre, le geste du chef recherchant des sonorités profondes et claires avait ouvert le programme avec caractère et gravitas pour Cherubini dont la Marche funèbre saisissante par ses semonces déchirants (gong souterrain, crépusculaire ; bassons insidieux…), entre désespoir tragique et esprit de grandeur, éclaire la connaissance de Gluck, celui ardent, gémissant voire mystérieux d’Orphée.

Chez Beethoven, c’est encore un très beau travail opéré sur les sonorités et l’intériorité poétique des nuances de timbres. De Vriend sait exprimer la langueur élégiaque du morceau que berce des cordes toujours suaves et rondes. L’héroïsme qu’ouvrage le chef est d’une souveraine tragédie qui ici se déploie sans réserve, exprimant tous les sacrifices et la peine ressentis, vécus dans sa chair par un Beethoven qui d’exalté fut trahi (par Bonaparte devenu Napoléon) et qui aussi ressent les premiers effets de sa surdité. La lisibilité des violoncelles et des contrebasses produit une profondeur au chant inexorable, celui d’une blessure profonde mais toujours noble et digne. Une séquence qui tisse un écho pertinent à la Marche funèbre de Cherubini qui a ouvert le programme, dans un même souci d’intériorité recueillie. La violence dont est capable Beethoven n’écarte jamais une sourde déchirure qui en a permis l’éclosion.

 

 

JW De Vriend et le National de Lille

Un Beethoven éruptif, élégant, subtil…

 

 

 streaming-concert-national-de-lille-de-vriend-beethoven-cherubini-critique-classiquenews

 

 

Le Scherzo est pur jaillissement d’une énergie recouvrée qui s’électrise et trépigne, mais en une mise en place parfaitement détaillée, à la métrique précise et claire (rayonne en particulier le chant mordoré, rauque et pourtant rond des cors parfaitement dialogués avec les cordes).

Dans ce sens le dernier Allegro (molto) a la vivacité et même l’élégance (équilibre et clarté des pupitres) d’un souffle printanier, d’une danse de joie autour du feu de l’esprit et de l’espoir. Le héros de cette odyssée orchestrale reste Beethoven lui-même, nouveau héros musicien, alchimiste de nouveaux sons, architecte d’un monde nouveau dont il a seul la conscience ; aux auditeurs d’en saisir les prémonitions salvatrices, la possibilité de le réaliser à partir de prières fraternelles et humanistes dont Ludwig s’est fait le prophète et le chantre.

De Vriend recueille ce formidable élan fraternel et solidaire en un bain orchestral (récapitulatif) dont chaque séquence magnifiquement timbrée et phrasée (cors, flûte, clarinette…) est subtilement caractérisée. C’est un travail d’orfèvre d’un rare fini et qui assoit aux côtés du Beethoven violent, éruptif voire furieux, la noblesse et le raffinement de son écriture, le jaillissement primitif de son inspiration. Ivresse et subtilité. Le cocktail est irrésistible. Les instrumentistes du National de Lille répondent au doigt et à l’œil du chef des plus expressifs. Ce travail de la nuance est passionnant.

 

 

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre présentation du concert ORCHESTRE NATIONLA DE LILLE / Cherubini, Beethoven / Jan Willem De Vriend, direction

http://www.classiquenews.com/live-streaming-concert-lon-lille-joue-cherubini-et-beethoven/

VOIR le concert

sur la chaine Youtube de l’ON LILLE Orchestre National de Lille ici :

https://www.youtube.com/watch?v=hW1o2yXeeRc

 

 

VOIR TOUS LES CONCERTS de l’ON LILLE ici :

https://www.youtube.com/channel/UCDXlku0a3rJm7SV9WuQtAdw

 

 
 

 

POINT D’ORGUE de THIERRY ESCAICH

point-d-orgue-voix-humaine-escaich-poulenc-petibon-opera-critique-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 27 mars 2021, 20h. POULENC / ESCAICH. La soprano familière des grands défis vocaux chante La Voix humaine du premier, Point d’orgue du second (création, présentée en mars au TCE, sans public). Captation les 3 et 5 mars 2021 pour diffusion sur la toile ultérieure (avril 2021?).

_____________________________________________________________________________________

 

 

 FRANCE MUSIQUE, Samedi 27 mars 2021, 20h

Programme double :
La Voix Humaine de Poulenc / Point d’Orgue de Thierry Escaich (création mondiale).
Mise en scène : O.Py,
avec P. Petibon (Elle), J.S Bou (Lui), C.Dubois (L’Autre) – Orchestre National de Bordeaux / J. Rhorer, direction.

_____________________________________________________________________________________

 

 

 

 

LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau – Francis Poulenc
Tragédie lyrique en un acte (1958)
Paroles : Jean COCTEAU
Musique : Francis POULENC
CREATION MONDIALE

POINT D’ORGUE de Thierry Escaich – Olivier Py
Opéra en un acte
Livret : Olivier PY
Musique : Thierry ESCAICH

En 1958, deux ans après son opéra tragique et historique Dialogues des Carmélites, Francis Poulenc écrit La Voix humaine, partition en un acte composée pour une seule voix de soprano, tragédienne moderne égarée, abandonnée, impuissante face au désarroi de la rupture amoureuse. Le TCE à Paris commande au compositeur (et organiste, d’où le titre de son œuvre), une nouvelle partition lyrique qui serait comme le double de l’ouvrage de Poulenc. Escaich imagine ainsi la suite du monologue sous forme d’un dialogue renoué entre Elle et Lui. « Lui » qui n’apparaît jamais dans l’oeuvre de Poulenc / Cocteau. La parole, le dialogue sont le sujet principal des deux œuvres ainsi présentées en miroir.
Ainsi le « trio » Patricia Petibon, Olivier Py et Jérémie Rhorer se recompose, après leur précédente coopération pour Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc, créé au Théâtre des Champs-Elysées en 2013. On se souvient aussi que Jérémie Rhorer, formé par Thierry Escaich dans ses années d’apprentissage, dirigea la création de son opéra Claude (livret de Robert Badinter, adapté de Claude Gueux de Victor Hugo) à l’Opéra de Lyon, une production mise en scène par Olivier Py et où Jean-Sébastien Bou interprétait le rôle-titre. Les retrouvailles scellent donc la nouvelle production du TCE autour du diptyque POULENC / ESCAICH 2021.

En 1920, le « moine et voyou » Poulenc rejoint le Groupe des Six, dont le porte-parole est Jean Cocteau : les œuvres de cette période sont légères, virtuoses. Mais après 1936 avec la mort de son ami le compositeur Pierre Octave Ferroud, l’inspiration de Poulenc se fait plus grave et sombre (Stabat Mater) tout en poursuivant cette impertinence proche de Satie (Les Mamelles de Tirésias). En 1958, Poulenc s’empare du monologue éponyme de Jean Cocteau (1930) et en déduit un opéra en un acte créé en 1959 salle Favart, par la soprano Denise Duval, son amie et sa complice.
Après Les Enfants terribles (1929) et avant son film La Belle et la Bête (1945), Cocteau imagine en un huis clos étouffant la désespérance d’une femme amoureuse qui tente de renouer le fil avec son amant, au téléphone, dans sa chambre d’hôtel.

POINT D’ORGUE… Une apothĂ©ose pour ELLE
L’organiste et compositeur, Thierry Escaich retrouve son ancien élève Jérémie Rhorer (classe de composition) pour la création de Point d’orgue dont le sujet offre une suite à La Voix humaine de Poulenc / Cocteau. Escaich a longtemps joué le Concerto pour orgue et orchestre de Poulenc, au flux énergique, aux audaces harmoniques singulières. Pour son nouvel ouvrage conçu en « miroir », Escaich développe en résonance et par goût personnel, un univers harmonique, post-tonal, polytonal, qui vient plutôt de Debussy, Ravel, Poulenc, Dutilleux, Honegger. La continuité de l’un à l’autre ouvrage, vient du même instrumentarium, dans l’esprit d’un orchestre Mozart.
A la descente aux enfers que dessine le mélodrame de Cocteau, Escaich, inspiré par le livret de Py pour Point d’orgue, offre une sublime résurrection à Elle, dans une conclusion qui frappe par sa sérénité. La force inédite de l’héroïne si malmenée par Poulenc et Cocteau, submerge la scène d’une force virile saisissante qui finit par emporter comem dans un thriller psychologique, les deux rôles masculins : Lui et l’Autre, respectivement pour baryton et ténor. Le compositeur trouve à chaque mots du livret, une nuance musicale propre à ciseler et éclairer les composantes d’un échiquier du sentiment et de la passion humaine.
L’écriture vocale de Point d’orgue est plus opératique que l’ouvrage précédent, Claude. Escaich utilisant la forme d’arias, qui résonnent parfois comme des pastiches, « des sortes d’éclipses dans un esprit opéra bouffe bien que la tonalité générale du texte soit plutôt sombre. » Thierry Escaich connaît à présent idéalement les performances artistiques de Jean-Sébastien Bou et Patricia Petibon. Concernant le ténor Cyrille Dubois, son timbre correspond parfaitement à l’idée du personnage telle qu’elle s’est affirmée peu à peu au cours de la rédaction du livret d’Olivier Py.

_____________________________________________________________________________________

 

 

 

 

STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

UnknownSTREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris. A nouveau cette nouvelle production d’Aida présentée à l’Opéra de Paris fait surgir la question d’un décalage malheureux entre l’unité et le sens originels de la partition quasi archéologique de Verdi (qui reçut les conseils de l’égyptologue français, Auguste Mariette) et les options de la mise en scène signée de la confuse et non verdienne Lotte de Beer. Exit la grandeur exotique d el’Egypte ancienne et flamboyante du NOuvel Empire : voici une action traitée comme une comédie de mœurs dans un musée XIXè, avec marionnettes pierreuses à l’avenant, sans que l’on sache vraiment ce que ses « doubles » des protagonistes ajoute à la clarification du propos.
Peu inspirée par l’univers verdien, Lotte de Beer plaque des préconçus et des thématiques qui n’ont rien à voir avec la dramaturgie verdienne, caractérisée comme toujours par le conflit douloureux entre amour et devoir, solitude impuissante des individus et nécessité de la loi sociale et politique. Dans le sillon tracé et fixé par le grand opéra version Meyerbeer, Verdi oppose avec génie, la question des conflits géopolitiques et le destin des individus dont l’amour contredit les plans et les intérêts supérieurs, d’autant que comme dans Don Carlo(s), l’église s’en mêle et soumet tout un chacun à la loi mystérieuse mais avide et vorace des dieux.

VOIX PUISSANTES et CHEF EXPRESSIF
Aida à l’Opéra de Paris en février 2021

Même général victorieux, Radamès a trahi son pays pour l’amour de la belle éthiopienne Aida, réduite en esclave à la Cour d’Amnéris, l’égyptienne trop jalouse, qui aime Radamès mais sans retour.
Les costumes renvoient à l’époque où fut composé l’opéra, fin XIXè, pour l’inauguration du Canal de Suez. Mais dans cette grille conteporaine, on n’identifie pas clairement les relations qui situent chaque personnage… Ne parlons ni des décors ni du mouvement des chœurs comme de la directions d’acteurs : quand ils ne sont pas laids et décalés, il sont absents. Ce manque de vision, de cohérence… interroge.

Unknown-1Heureusement la réalisation musicale est à la hauteur de cet événement parisien, affiché, diffusé en plain confinement de la culture et du spectacle vivant. Le chef Michele Mariotti détaille et insuffle de belles couleurs, des nuances expressives très convaincantes : il souligne sous chaque épisode la double lecture : politique / individuelle. Le plateau réunit des chanteurs à décibels, puissants naturellement et heureusement phrasés. Ainsi les femmes sont très incarnées, aux timbres magnifiquement opposés. La fauve, sombre et viscérale Amnéris, dévorée par la jalousie (Ksenia Dudnikova aux aigus qui dérapent parfois cependant) contredit le soprano clair et tout aussi sonore de Sondra Radvanovsky, Aida palpitante et sobre, riche en harmoniques sensibles. Le cast souligne ici combien la partition est aussi une affaire d’hommes (comme dans Don Carlo/s également avec le duo Carlo et Posa) : Ludovic Tézier affirme un Amonasro (père d’Aida), félin, articulé, noble de bout en bout (vrai baryton verdien sculptant avec finesse son profil psychologique), tandis que Jonas Kaufmann (Radamès) colore sa voix sombre d’éclats crépusculaires qui brûlent littéralement dans la scène finale où les deux amants sont réunis mais emmurés vivants. Evidemment les voix à l’intonation si facile semble souvent être indifférents aux mots et au texte en général (à l’exception de Kaufmann). Dommage.
Voici donc une production vocalement intense et caractérisée, orchestralement passionnante, mais dénaturée (encore) par une mise en scène à l’éclectisme déconcertant. Photos : Aida / Mariotti © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

VOIR la captation d’Aida de Verdi par M Mariotti, J Kaufmann, S Radvanovsky, L Tézier, K Dudnikova… Opéra de Paris

https://www.arte.tv/fr/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/

 

 

LIEN DIRECT vers la page ARTE CONCERT / Aida de VERDI
https://www.arte.tv/it/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/
REPLAY jusqu’au 20 août 2021.

 

 

VOIR ici AIDA de VERDI / OpĂ©ra de Paris / Mariotti, Kaufmann, TĂ©zier… :

 

 

STREAMING, opéra, critique. Genève, le 19 fév 2021. MOZART : La Clémence de Titus. Rau, Emelyanychev.

titus rau emelyanychev titus opera mozart critique classiquenewsSTREAMING, opéra, critique. Genève, le 19 fév 2021. MOZART : La Clémence de Titus. Rau, Emelyanychev. L’Opéra de Genève présentait en live streaming une lecture contemporaine du dernier seria mozartien, n’hésitant pas sous le regard militant et très politique de Milo Rau (directeur du NTGent / Théâtre de Gand) à dénaturer la tension et la continuité de la partition par des inserts parlés, des séquences purement théâtrales, des effets vidéo, car comme c’est la règle à présent, ce qui se passe sur scène ne suffit plus mais doit être nécessairement réalisé en fonction de ce que donne sa projection en grand écran au dessus : triste réalité des mises en scène actuelles. Ici Titus est un souverain solitaire, malmené par la pression de la rue (et des migrants), conscient ou non des revendications de la classe laborieuse dépossédée ; comme il est indiqué dès la séquences du début (chorale), « l’insurrection vient » (qui est en réalité la fin de l’opéra quand Titus sait pardonner à ceux qui l’ont trahi, d’où le titre).

TITUS, les migrants et la RĂ©volution

La confusion qui règne sur scène est contredite par l’excellence des musiciens et du chef, le trépidant maestro Maxim Emelyanychev, toujours prêt à nuancer dans l’urgence et l’extrême tendresse la partition de Mozart. Rau amoncèle des idées, gadgets, situations humaines misérabilistes, déjà vus ; rien de neuf sinon la dénonciation des laissers pour compte et des miséreux (claire référence à la jungle de Calais ou les camps de Lesbos) que l’élite bourgeoise et monarchique spolie toujours un peu plus. Ainsi la scène trash voire gore de ce genevois, employé par l’Opéra de Genève qui se dénude sur scène et est assassiné sur les planches, son cœur extirpé palpitant comme un trophée désormais emblématique de l’exploitation des classes précédemment dénoncé. Si l’art est pouvoir, pourquoi user d’aussi grosses ficelles, entre laideur et gros sabots ? Milo Rau suivrait les pas de Mozart qui tout en servant la forme désormais archaïque de l’opéra seria (certes de mise pour le couronnement de Leopold II) sait aussi la réformer, voire la faire imploser. Mais ici l’humanisme et l’idéal maçonnique de Wolfgang, clairement perceptible dans la scène finale de la clémence du roi sont totalement voilés, trahis par la foire et le déballage scénique.

Dans cette relecture théâtreuse, le metteur en scène s’en donne à cœur joie quitte à rajouter au livret (de Métastase repris par Mazzola) ainsi décousu, déformé : chaque chanteurs existaient avant d’être ici sur scène, riche d’une vie personnelle souvent dense voire tragique, et qui explique ce qu’il chante désormais ; Anna Goryachova (Sesto), Serena Farnocchia (Vitellia), Marie Lys (Servilia), Cecilia Molinari (Annio) ; dans cette aréopage aux destins « foudroyés » et aux états d’âme à l’avenant, Bernard Richter (Titus) a été témoin de la mort de son père lors d’un match de foot et la figure du sage, véritable double de Titus, Publio, cultive une distanciation presque ennuyée et détachée de facto : Justin Hopkins (Publio) pose la question du sens même de l’œuvre artistique : pourquoi jouer devant un parterre de rois et de notables sans appartenir à leur classe ? Jouer c’est servir. S’avilir ? Rien de plus.
On imagine illico un lien avec le destin même de Mozart, sa rébellion visionnaire contre son employeur, l’infect Colloredo. Une suite bouleversante d’interventions de migrants opprimés transforme l’opéra de Mozart en scène humanitaire, dénonçant les oppressions, les crimes et les tortures infects perpétrés partout sur la planète… pour autant est ce vraiment la vocation d’un opéra que d’être l’étendard de cet engagement certes louable ?
On en oublierait presque ce que l’on écoute avec intérêt. Car ici triomphe en un renversement bénéfique in fine, l’art musical de Mozart, sa somptueuse connaissance des cœurs. L’éclat sombre et articulé, très juste de Serena Farnocchia fait une Vitellia, humaine, attachante alors qu’elle est la « méchante », manipulant Sesto pour tuer l’empereur Titus. Anna Goryachova, rossinienne avérée, incarne justement bien un Sesto sacrifié (Vitellia le malmène sans scrupule) ; il ne peut tuer Titus car ce dernier a clairement déclarer vouloir épouser la sœur de Sesto, Servilia (qui aime l’ami de Sesto, Annio). La tendresse des duos brille par sa vérité et sa chaleur émotionnelle (Annio / Servillia, servi par Cecilia Molinari et Marie Lys, d’une constante finesse, entre sincérité et fragilité).
L’incendie du Capitole oĂą alors qu’ailleurs, le doute persiste quant Ă  l’assassinat de Titus, est magistralement exprimĂ©, plein de souffle et de d’éclairs… Le chef Ă©claire ce Mozart de la fin, dĂ©jĂ  romantique par ses contrastes saisissants et un orchestre foudroyant (qui pourrait ĂŞtre en rĂ©alitĂ© le vĂ©ritable protagoniste du drame)… VOIR l’opĂ©ra ici : https://www.gtg.ch/en/digital/

Direction musicale : Maxim Emelyanychev
Mise en scène : Milo Rau

Tito, Bernard Richter
Vitellia, Serena Farnocchia
Sesto, Anna Goryachova
Servilia, Marie Lys
Annio, Cecilia Molinari
Publio, Justin Hopkins

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande

STREAMING OPERA (chez soi) du 19 février 2021

EN DIRECT : GLI ANGELI interprète JS BACH

LIVE BACH mc leod concert critique annonce opera classiquenews Gli-Angeli-Geneve© FoppeSchutSTREAMING BAROQUE, cantates de JS BACH. GLI ANGELI, ce soir, lundi 8 fĂ©v 2021, 20h. Superbe concert angĂ©lique, baroque et sacrĂ© grâce au tempĂ©rament et Ă  l’implication artistique du jeune ensemble genevois sur instruments anciens, GLI ANGELI. En direct depuis le Temple de Saint-Gervais Ă  Genève, l’ensemble Gli Angeli prĂ©sente 4 cantates sur mĂ©lodie de choral dont la sublime BWV 127 dont l’air « Die Seele ruht » est l’un des plus bouleversants de toute l’œuvre du Cantor de Leipzig. GLI ANGELI s’Ă©tait distinguĂ© en mars 2020, il y a presque un an, en Ă©ditant leur propre lecture de la Passion selon Saint-Matthieu (LIRE ci après notre critique)

 

DISTRIBUTION
Le violon de Leila Schayegh, le traverso de Marc HantaĂŻ, le hautbois d’Emmanuel Laporte dialogueront avec les voix d’Aleksandra Lewandowska, Alex Potter, Valerio Contaldo et Stephan MacLeod, tous les quatre dĂ©jĂ  rĂ©unis pour la passionnante version de la Passion selon Saint-Matthieu / Matthäus Passion Ă©ditĂ©e par Gli ANgeli en mars 2020… Lire ci après, critique du cd.

 

_____________________________________________________________________________________

 

 

VISIONNER LE CONCERT DE CE SOIR :

Lundi 8 février 2021 à 20h,
en direct depuis le Temple de Saint-Gervais à Genève,
JEAN SEBASTIEN BACH : 4 cantates sur mélodie de choral
dont l’extraordinaire BWV 127 et son air Die Seele ruht
A VIVRE EN DIRECT sur les sites :
www.gliangeligeneve.com, ainsi que YouTube et sur Facebook.
Présenté par Philippe Albèra

 

 

_____________________________________________________________________________________

 

 

Malgré la pandémie et l’état d’urgence sanitaire qui interdisent les concerts en public, certains ensembles développent une résilience créative rétablissant l’activité artistique et le lien avec le public. En témoigne cette initiative bienvenue qui souligne la pertinence d’un collectif récemment constitué et dont la proposition chez Bach s’avère très intéressante.

De quoi revivre la musique en direct, en ces temps d’étouffement de la culture et du spectacle.

Prochain concert GLI ANGELI : suite des Cantates de Jean-SĂ©bastien BACH,
le 10 mai 2021 au Temple Saint-Gervais à Genève

 

 

_____________________________________________________________________________________

 

CD / GLI ANGELI : Passion selon Saint-Mathieu / Matthäus Passion

 

bach js matthaus passion gli angeli stephan macleod cd critique review cd classiquenews 7619931301228_frontcover_grandeCD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019). Voyons d’abord les enjeux de la partition et ce qu’en souligne les interprètes…  Le nouvel ensemble genevois crĂ©Ă© par le baryton Stephen MacLeod, un habituĂ© du monde des cantates et des passions de JS BACH pour les avoir chantĂ© partout dans le monde sous la direction des chefs les plus aguerris dans ce rĂ©pertoire, aborde l’Everest du Baroque sacrĂ© (avec la messe en si). DonnĂ©e dès le Vendredi Saint 1727 Ă  Saint-Thomas, avec ses orgues, chĹ“urs, continuos doubles, dans les deux tribunes du vaisseau Ă  Leipzig, la Passion selon saint-Matthieu est bien cette formidable machine fraternelle rayonnant de tendresse et de compassion. Après la Saint-Jean (1724), moins dĂ©taillĂ©e, plus abstraite, la Saint-Matthieu en deux parties, exprime les Ă©tapes de la Passion de JĂ©sus, mais sans emprunter Ă  l’opĂ©ra, selon le cadre strict des autoritĂ©s religieuses de Leipzig. Tandis que l’EvangĂ©liste (tĂ©nor) narre directement les faits, les textes additionnels de Picander, sollicitĂ© par Bach pour les arias, ariosos, choeurs (soit 12 chorals, repères pour le fervent luthĂ©rien) explore les champs de la ferveur chez ceux qui reçoivent le message Ă©vangĂ©lique : la poĂ©sie implique l’auditeur en un acte de participation et de compassion Ă  chacune des situations du drame christique. JĂ©sus humain souffre dans sa chair (Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonnĂ©?). Pourtant le traitement musical, s’il doit s’écarter des ficelles de l’opĂ©ra, souligne les points forts de la narration : foule haineuse contre solitude impuissante et doloriste de JĂ©sus. L’abandon, la souffrance, le dĂ©sespoir y sont particulièrement aiguisĂ©s… EN LIRE PLUS

GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021 : CAP sur LONDRES (14 juil – 4 sept 2021)

london londres gstaad menuhin festival 2021 christoph muller annonce programm festival classiquenewsGSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2021 : CAP sur LONDRES, locations ouvertes, billetterie disponible en ligne sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL ! Le premier festival estival en Suisse, réjouissant chaque été par la diversité virtuose de sa programmation, grâce à ses paysages éblouissants, aux lieux des concerts, sous la tente de Gstaad ou dans les petites églises médiévales du Saanenland (là même ou joua son fondateur le violoniste Yehudi Menuhin) aura lieu cet été du 16 juillet au 4 septembre 2021. Le Festival a ouvert ses locations, tous les concerts sont désormais en vente sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/newsticker/lettre-christoph-mueller

 

 

ÉTÉ 2021 : CAP SUR LONDRES

_____________________________________________________________________________________

 

GSTAAD-MENUHIN-FESTIVAL-2021-LONDRES-LONDON-classiquenews-programme-billetterie-reservation-classiquenewsJOIE, ESPOIR, CONTACTS… EN SÉCURITÉ. « Notre envie de retrouver des concerts vivants, le besoin du contact direct, physique, avec les artistes, sont immenses. Il est impĂ©ratif que ceux-ci puissent ĂŞtre Ă  nouveau comblĂ©s! C’est dès lors avec une joie toute particulière et remplie d’espoir que nous vous prĂ©sentons aujourd’hui le programme de notre Festival 2021. Votre sĂ©curitĂ© nous tient Ă  cĹ“ur et constitue notre prioritĂ© absolue. Grâce Ă  la mise en place d’un plan de protection soigneusement pensĂ©, nous sommes persuadĂ©s d’avoir fait de notre mieux pour vous permettre de vivre des concerts en toute sĂ©curité », prĂ©cise enthousiaste le directeur du Festival, Christoph MĂĽller.

Dans le sillage d’Ă©ditions 2018 et 2019 gĂ©nĂ©reusement plĂ©biscitĂ©es (PARIS, puis VIENNE), le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL poursuit sa pĂ©rĂ©grination musicale au fil des capitales artistiques : en 2021, cap sur LONDRES / LONDON.

Éclectisme et excellence sont toujours au rendez-vous : outre les incontournables stars de la scène classique et des musiciennes et musiciens devenus familiers (Sol Gabetta, Bertrand Chamayou, Yuja Wang…), la nouvelle étape londonienne marque les débuts fracassants et les retrouvailles pleines de promesses : ainsi la présence de Chick Corea, des pianistes Maria João Pires, Alice Sara Ott ; de la diva coloratoure Lisette Oropesa sans omettre la fougue du ténor Javier Camarena, découverte de la saison dernière…

 

 

 

ÉCLECTISME et EXCELLENCE dans le SAANENLAND

_____________________________________________________________________________________

 

GSTAAD-MENUHIN-FESTIVAL-montagnes-classiquenews-annonce-programme-festival-2020

DĂ©diĂ©es Ă  la relève, les sĂ©ries très suivies Ă  prĂ©sent «Menuhin’s Heritage Artists» et «MatinĂ©e des Jeunes Etoiles» offrent des tremplins prometteurs au violoniste Bomsori Kim, aux pianistes français charismatiques Alexandre Kantorow ou Marie-Ange Nguci.

Dans le Saanenland, le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL propose une affiche unique au monde cet été ; une promesse incontournable qui pourrait marquer la fin du confinement comme célébrer la vie et le partage que favorise toujours l’expérience musicale d’un Festival. Concerts grands symphoniques et lyriques (sous la tente de Gstaad), plus intimes et chambristes comme dans l’église de Saanen où joua Yehudi Menuhin, sans omettre les 7 classes des Académies dont la passionnante direction d’orchestre, le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL démontre un talent continu et tenace pour partager l’excellence et la diversité artistique. Rendez vous incontournable cet été, du 16 juillet au 4 septembre 2021.

_____________________________________________________________________________________

 

 

 

Toutes les infos, les concerts 2021, ici :

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/newsticker/lettre-christoph-mueller

 

 GSTAAD-MENUHIN-FESTIVAL-christophe-muller-festival-2021-annonce-reservation-classiquenews-Saanen-yehudi-menuhin

 

 

 

 

 

 

Coffret cd événement, annonce. MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER (10 cds)

Mahler symphonies Berliner Philharmoniker cd review critique cd classiquenewsCoffret cd événement. MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER (10 cds). Le prestigieux orchestre berlinois se montre très inspiré en éditant ce coffret somptueux qui regroupe une nouvelle intégrale des Symphonies de Mahler soit les 9 symphonies et l’Adagio de la 10è (laissée inachevée à la mort de Mahler en 1911). 8 chefs se partagent l’affiche en un cycle divers ainsi réalisé sur une décade. C’est désormais une mémoire de la direction, exploitant toutes les ressources d’un collectif parmi les plus impliqués de la planète classique qui se dévoile, posant des jalons dans l’histoire du Philharmonique de Berlin. Le mélomane découvre / retrouve tous les délices de l’imaginaire mahlérien sous la conduite de ses 3 derniers directeurs musicaux, non des moindres depuis Karajan (Claudio Abbado dans l’Adagio de la Symph n°10, alors pour le centenaire de la mort du compositeur en 2011, Sir Simon Rattle et le plus récent, l’actuel Kirill Petrenko). 5 autres candidats à l’excellence complètent cet aéropage, chacun ayant travaillé avec les instrumentistes, marquant à leur façon, l’approche du Berliner Philharmoniker dans l’univers mahlérien : aux côtés d’un géant référentiel, Bernard Haitink,, les plus récents, diversement convaincants : Gustavo Dudamel, Daniel Harding, Andris Nelsons, Yannick Nézet-Séguin. On y détecte ce qui fortifie le jeu collectif et aussi les particularités de chaque baguette. De quoi ravir et satisfaire tout appétit symphonique. Le grand bain orchestral est le vrai sujet de ce coffret événement, qui paraît fin janvier 2021, réconfort en ces temps de disette musicale et de fermeture généralisée des salles de concerts.
L’édition (dessinĂ©e par l’artiste amĂ©ricain Robert Longo) comprend 10 cd, mais aussi 4 blu-ray – plusieurs documents vidĂ©o et une riche collection d’articles prĂ©sentant les enjeux de l’écriture mahlĂ©rienne comme une introduction Ă  chaque opus. Chaque volet s’inscrivant de façon spĂ©cifique dans l’histoire de la symphonie, comme Ă  un moment particulier de la vie de Gustav Mahler. Coffret Ă©vĂ©nement : CLIC de CLASSIQUENEWS janvier 2021.

The symphonies of Gustav Mahler : intégrale des symphonies de Mahler.
10 cd · 8 chefs / conductors · 10 years of the Berliner Philharmoniker

10 CD – 4 Blu-ray – Hardcover edition – prix indicatif : €109

Berliner Philharmoniker
Gustav Mahler Symphonies Nos. 1–10

Daniel Harding
Symphony No. 1

Andris Nelsons
Symphony No. 2

Gustavo Dudamel
Symphony No. 3

Yannick NĂ©zet-SĂ©guin
Symphony No. 4

Gustavo Dudamel
Symphony No. 5

Kirill Petrenko
Symphony No. 6

Sir Simon Rattle
Symphony No. 7

Sir Simon Rattle
Symphony No. 8

Bernard Haitink
Symphony No. 9

Claudio Abbado
Symphony No. 10 (Adagio)

Booklet: 128 pages (German/English)

ACHETER le coffret MAHLER / BERLINER PHILHARMONIKER
sur le site du BERLINER PHILHARMONIKER :

https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-symphonies.html

 

 

 

Avantages réservés aux acheteurs sur le site du Berliner Philharmoniker :

Download code: 
For high-resolution audio files of the entire album (24-bit/48 kHz)

Digital Concert Hall: 
7-day ticket to the video streaming platform of the Berliner Philharmoniker 

 

 

CD événement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018)

Beethoven Symphony 5 teodor currentzis music aeterna cd review clic de classiquenews cd critique beethoven 2020CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018) – VoilĂ  assurĂ©ment la version que nous attendions pour l’annĂ©e Beethoven, d’autant mieux ciselĂ© grâce Ă  l’acuitĂ© nuancĂ©e des instruments d’époque. Truglion orfèvre, maĂ®tre de ses troupes, Teodor Currentzis instille dès les premiers coups du destin, conçus, polis tels des dĂ©flagrations colossales, une urgence qui place d’emblĂ©e Beethoven comme ce hĂ©ros moderne, jamais vu / Ă©coutĂ© avant lui, maĂ®tre d’une conscience dĂ©cuplĂ©e ; nervositĂ©, accents tendus, vifs, sculptĂ©s au scalpel mais d’une rondeur hĂ©roĂŻque et tragique idĂ©ale : les cordes fouettent les cuivres, Ă©lectrisent les bois comme en un Ă©veil qui rugit ; âpre autant q’un insatisfait. L’engagement des instrumentistes de MusicaAeterna est saisissante, d’une Ă©nergie impĂ©rieuse.
De quoi apprécié l’andante con moto qui suit tel une réconciliation d’une douceur apaisante dont le chef grec étire les respirations avec une onctuosité au relief jubilatoire. Là encore le geste est large, ample, profond. Qui creuse avec une intériorité contemplative chaque séquence plus tendre, en particulier le chant en second plan des violoncelles. L’apport des instruments d’époque cisèle les écarts de nuances, la couleur de chaque pupitre, affirmant encore le génie de Beethoven dans son orchestration. Le jeu des flûtes et des bois, ponctué par la fanfare des cuivres révèle ici mieux qu’ailleurs, le goût de Ludwig pour le timbre : un aspect trop négligé et qui singularise son écriture : sa sonorité, ses alliages sont uniques et Currentzis se délecte à nous en partager le nectar instrumental. Tout en ciselant aussi la ferveur dansante, chorégraphique de ce feu orchestral miroitant.

Entre la transe et la danse, le feu ardent, crépitant
de Currentzis chez Beethoven

Le second Allegro (pas encore clairement dénommé Scherzo) en ut mineur exprime la force d’une nouvelle tension, énoncée comme une fabuleuse interrogation, ici sublimée par la transe des contrebasses, racines d’une élévation croissante, véritable furie orchestrale qui transcende les tensions en un chant éperdu de plénitude sonore, né du magma primitif jusqu’à l’explosion enivrée, d’une couleur toute fraternelle. Ne serait-ce que pour ce crescendo jubilatoire de pure exaltation, le cd vaut la première place. Et montre à nouveau la valeur convaincante des instruments d’époque. Belle apport pour l’année Beethoven 2020. Dans l’esprit du final de Fidelio, le dernier Allegro ainsi enchaîné fait éclater la victoire de lumière ; chaque étincelle naît ici de l’énergie bouillonnante de l’orchestre pour asséner encore et encore l’accord de rédemption définitive, comme une CLIC D'OR macaron 200libération ultime, l’accord parfait d’ut majeur. Beethoven se montre alors le parent du Mozart de la Jupiter : conquérant, victorieux, olympien. Quel parcours ! Une lecture magistrale qui tombe à pic pour l’année Beethoven 2020. Et qui la referme pour nous de façon magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2021. LIRE aussi notre dossier BEETHOVEN 2021 : les 250 ans.

————————————————————————————————————————————————–

CD Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, enregistrĂ© Ă  Vienne 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 202.

Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

Compte-rendu critique, opĂ©ra (streaming). Berlin, le 14 dĂ©c 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher – Roberto Alagna chante son premier Wagner en incarnant Lohengrin Ă  Berlin, en dĂ©cembre 2020. Comme un acte de rĂ©sistance contre l’asphyxie dont souffrent les théâtres d’opĂ©ra en Europe, l’OpĂ©ra d’État de Berlin rĂ©ussit le dĂ©fi de monter sur scène Lohengrin en dĂ©cembre 2020, sans public mais retransmis en huis clos, – respect des gestes barrières appliquĂ©s sur les planches, sur internet afin que chacun depuis son salon ou tout Ă©cran connectĂ© (l’opĂ©ra chez soi) puisse apprĂ©cier les enjeux artistiques de cette nouvelle production wagnĂ©rienne berlinoise. Atout de taille, c’est la prise de rĂ´le de Roberto Alagna dans le rĂ´le-titre : cette prise de rĂ´le devait se concrĂ©tiser Ă  Bayreuth dès 2018 mais pas assez prĂŞt, le tĂ©nor a reportĂ© pour cette annĂ©e, Ă©gayant une planète lyrique mondiale en berne. Le Français incarne le chevalier descendu du ciel pour sauver l’honneur de la princesse Elsa von Brabant. Son jeune frère a Ă©tĂ© noyĂ© et elle mĂŞme est l’objet des pires accusations par le couple d’intrigants Telramund et sa femme Ortrud, sorcière manipulatrice qui saura dĂ©truire Elsa malgrĂ© l’aide providentiel de Lohengrin.

 

 

 

lohengrin-roberto-alagna-berlin-decembre-2020-critique-opera-review-opera-classiquenews

 

 

 

Malade, la soprano bulgare Sonya Yoncheva a du renoncer pour chanter la partie Elsa ; remplacée donc ici par la soprano lituanienne Vida Miknevičiūtė, voix plus fragile, aux aigus mal assurés / assumés, ce qui gêne l’expression d’une Elsa angélique, bafouée, et aussi innocente, trop innocente. Après tout celle qui bénéficie d’une aide miraculeuse, s’en rend indigne, sottement manipulée par la perfide Ortrud.
Puissant, clair, tendu comme une lame d’acier, avec la maîtrise du vibrato requise et l’ardeur expressive qui sied à l’image du chevalier sauveur, Roberto Alagna incarne avec grande allure et vraie intensité, la figure droite, irradiante du chevalier prophétique (d’autant que le medium est large, jamais forcé). Le preux céleste rayonne de volonté virile, présence souvent impliquée, parfois incandescente. Soulignant ainsi tout ce qu’a d’italien, la partie d’un Lohengrin latinisée ; de fait, l’opéra médiéval de Wagner est souvent présenté comme le plus italien de ses ouvrages …
Assuré et harmoniquement riche, le Roi Henri L’oiseleur est idéalement campé par la droiture virile du baryton basse, René Pape, familier de Wagner puisqu’il chante aussi Marke et Gurnemanz).
Le couple noir, celui de Telramund et Ortrud est ici déséquilibré hélas ; le Telramund, préfiguration de Klingsor chez Parsifal, manque de démonisme trouble (Martin Gantner est raide et brutal) ; quant à Ortrud, la sorcière brille a contrario de son époux, d’une chaleur corsée (Ekaterina Gubanova) dont on comprend qu’elle se montre efficace pour tromper la jeune Elsa, certes bécasse trop naïve.

 

 

 

berlin-lohengrin-clwons-roberto-alagna-beito-opera-review-critique-opera-classiquenews

 

 

 

FROIDEUR CONVENUE ET CONFUSE… Visuellement et scĂ©niquement, le Lohengrin du catalan Calisto Bieito se perd dans ses visions acides, dĂ©calĂ©es, anti oniriques ; d’une barbarie dĂ©senchantĂ©e (nombreux tuyaux et barreaux d’acier froid ; nombreux nĂ©ons et dĂ©cors en boĂ®te ; vĂŞtements contemporains sans aucun esthĂ©tisme… avec comme toujours, Ă©lĂ©ments d’une farce grinçante, les masques de clowns, ici et lĂ  peints sur le visages comme pour mieux dĂ©noncer une humanitĂ© dĂ©chue et maudite, qui jouent et reprĂ©sentent plutĂ´t qu’ils ne vivent en vĂ©rité… ) ; les mouvements des personnages sont caricaturaux et tendus ; la direction d’acteurs… comme Ă©bauchĂ©e. On nous dira : « la covid : distanciation ! », mais le protocole sanitaire aura bon dos. Le metteur en scène manque d’imagination comme de suggestion. En Ă©cartant toutes rĂ©fĂ©rences au merveilleux mĂ©diĂ©val conçu par Wagner, la poĂ©sie originelle du drame est fortement atteinte. Evidemment on pense Ă  l’autre Wagner que Beito devait rĂ©aliser Ă  l’OpĂ©ra Bastille (ce Ring attendu dirigĂ© par Philippe Jordan, pour son dĂ©part, et finalement retransmis Ă  la radio dès le 26 dĂ©cembre 2020) ; peut-ĂŞtre cette empĂŞchement se rĂ©vèle argument, car la mise en scène ici dĂ©tone, déçoit, agace par sa cruditĂ© redondante. Et les vidĂ©os qu’on nous inflige, ici comme ailleurs, n’apporte rien de neuf ; tout cela, sans vĂ©ritable portĂ©e onirique, finit par embrouiller. Imposer le dĂ©tail au dĂ©triment d’une vision forte et puissante.

Musicalement, la direction de Matthias Pintscher déjà écoutée dans ce répertoire, relève le défi de ce huis clos par temps de pandémie. Le geste est solide et fluide à la fois ; la Staatskapelle Berlin offrant des sonorités souvent éperdues, à l’image du « rêve » d’Elsa dont on ne comprend toujours pas pourquoi elle fabrique sa propre mort amoureuse, alors que le ciel lui envoie un héros idéal. Au final, une production bienvenue dont on ne gardera pas le souvenir de la mise en scène plutôt convenue, confuse, souvent indigeste.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

VOIR Lohengrin par Roberto Alagna
sur ARTEconcert / REPLAY jusq’12 janvier 2021 :
https://www.arte.tv/fr/videos/101256-001-A/roberto-alagna-garder-la-foi/

 

 

  

 

 

CD événement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon 2019)

Silver-Age daniil trifonov scriabine straninsky prokofiev 2 cd deutsche Grammophon critique cd review CLIC de classiquenews decembre 2020CD événement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon 2019). De tous les albums du jeune Daniil Trifonov, édités par DG, voici assurément le plus dense, le plus personnel, porté par une volonté interprétative qui fait feu de tout bois. La digitalité manifeste, d’une facilité déconcertante sert un plan poétique, un calibrage sonore qui réussit à concilier intensité et profondeur (en cela ses Prokofiev sont d’une maturité ahurissante). Dans chaque partition choisie, le pianiste semble révéler l’ineffable, il ouvre des portes et envisage des perspectives jamais écoutées avant lui ; c’est un alchimiste lunaire, à la fois facétieux et prodigieusement musical ; son acuité sonore s’exprime dans une élégance technicienne qui s’efface au profit du sens. Sublime maturité qui s’expose ici sans artifice et interroge les possibilités du clavier invité à égaler voire surpasser les mille éclats de l’orchestre. Dans la splendeur d’une sensibilité sincère et directe qui touche par son intériorité calibrée, nuancée, naturellement subtile, le pianiste s’interroge sur la signification des œuvres, semble y tisser des résonances naturelles avec le contexte social et politique. Son style est nourri d’une conscience inédite, assumée, revendiquée même (cf le texte du livret). Scriabine, Stravinsky, Prokofiev composent sous ses doigts magiciens, une sainte trinité, celle de l’avant-garde russe, à l’époque des premières années de l’Union Soviétique, quand Sergei Diaghilev sélectionnait et encourageait les « prodiges » russes.
La Séranade et l’Oiseau de feu de Stravinsky, la Sonate n°8 opus 84 de Prokofiev soulignent combien l’interprète illumine par sa clairvoyance expressive, son sens de l’unité, cette modernité musicale à l’œuvre.
On ne s’étonne pas qu’il fasse ainsi du Concerto n°2 de Prokofiev une errance fantomatique aux éclairs diffus, énoncée à reculons comme une lecture rembobinée aux allures de rêve ressuscité. C’est une marche hallucinée au bord du précipice à laquelle répond cette radicalité rythmique franche et autodéterminée : toujours avec une digitalité étonnante, aux nuances de toucher d’une irrésistible justesse. Ce qui distingue Trifonov de ses confrères et consoeurs chez DG (tel Yuja Wang elle aussi adepte de Prokofiev, mais avec une finesse expressive moindre et une technicité plus « tapageuse »), c’est sa propre sonorité toujours ronde et introspective, nuancée, colorée, énigmatique tant elle est riche de questionnements. D’autant que Gergiev sait lui aussi diffuser entre énergie et exubérance, des éclats scintillants d’une grande portée suggestive.
Créé à Saint-Petersbourg en nov 1898, le seul Concerto pour piano opus 20 de Scriabine est une rareté dont le manque de structure et de caractère explique qu’il soit peu joué. CLIC_macaron_2014Œuvre de jeunesse, le fa dièse mineur est une succession d’épisodes romantiques où le fil s’égare entre ivresse et éclairs crépusculaires. Cependant Trifonov en offre une lecture ardente, somptueusement soyeuse, qui cherche et trouve l’activité crépitante de champs souterrains. Le pianiste semble même y dévoiler une cohérence organique insoupçonnée.
Doué d’une imagination narrative illimitée, Daniil Trifonov éclaire les 3 mouvements de Petrouchka entre expressivité et fulgurance. Le jeu pianistique exprime toutes les péripéties de la marionnette suractive, héros dérisoire d’une fable qui n’est qu’une machinerie propre à tuer toute ambition héroïque. Pourtant un feu poétique et pétaradant porte la poupée sublime, ici d’une présence incandescente. Double coffret magistral. Daniil Trifonov affirme un talent exceptionnel qui en fait le pianiste russe le plus captivant de sa génération.

————————————————————————————————————————————————–

CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano : SILVER AGE / l’Âge d’argent. Scriabine, Prokofiev, Stravinsky (Gergiev, 2 cd DG Deutsche Grammophon) – EnregistrĂ© en janvier et octobre 2019. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

Livre événement, critique. Michel Fano : Lulu et après ? (AEDAM)

LULU et apres michel Fano 2020 aout critique livre classiquenews opera critique classiquenewsLivre événement, critique. Michel Fano : Lulu et après ? (AEDAM). Wagner a fait évoluer la forme de l’opéra romantique, vers une totalité continue, fusionnant chant orchestral et voix. Berg au début du XXè va plus loin encore avec Wozzeck puis, Lulu : le compositeur radicalise l’opposition du tonal à l’atonal, soulignant combien l’affirmation de la dissonance est aussi un marqueur dans l’évolution du drame. La pensée musicale et les intentions qui structurent le parcours et les choix formels fondent la modernité de l’opéra chez Berg. A cette conception unique de l’unité et de la cohérence, répondent les éléments qui l’enrichissent encore : « le réalisme du sujet, son message social ou son écriture dodécaphonique (parfois mise à mal !) » et aussi « les quelques envolées malherienne ou puccinienne chères à l’auteur..
In fine, Michel Fano démontre par de nombreux exemples comment le drame repensé par Berg, prolonge encore la révolution lyrique wagnérienne, usant même de formes cinématographiques, jusqu’à songer à un film dont il avait précisé le scénario. Ici, dans le flux visuel et musical qui s’écoule, s’unissent son, mot et image. A partir d’une nouvelle gamme de 12 sons prédéfinis, Berg imagine tout au millimètre ; il « décrit non seulement ses décors, mais aussi ses mises en scène et jusqu’aux gestes demandés aux interprètes sur un instant musical précis. » Le compositeur écoute et voit tout ce qui fait sens. Analyse complète et d’une rare pertinence.

————————————————————————————————————————————————–

Livre Ă©vĂ©nement, critique. Michel Fano : Lulu et après ? – Ă©diteur : AEDAM / Coll. Musiques XX-XXIe siècles – 184 pages. Parution : aoĂ»t 2020. Cotage : AEM-230 – ISBN : 978-2-919046-78-2 – Prix : 27 euros.
https://www.musicae.fr/livre-Lulu-et-apres–de-Michel-Fano-230-214.html

1001 NOTES : Simon Ghraichy & friends (1er e-concert 2020)

E-CONCERT, SIMON GHRAICHY & FRIENDS, ven 27 nov 2020, 21h. E-concert proposé par le festival 1001 NOTES. Après ses concerts en direct, les premiers du genre, pour résister aux effets asphyxiants du premier confinement (cycle « AUx Notes citoyens »), voici la nouvelle offre du festival 1001 NOTES : les e-concerts avec rémunération au chapeau ; en accès libre, chaque programme est aussi un appel au don pour soutenir l’organisation et le maintien de concerts pour le plus grand nombre.

Précurseur depuis le début de la crise, le Festival 1001 Notes s’est toujours donné pour mot d’ordre de combattre la morosité et de résister autant que possible.
Les concerts « évasion » ainsi diffusés en streaming qualité HD, ont été captés cet été en plein air, depuis les hauts lieux patrimoniaux du Limousin. La programmation digitale permet donc de communiquer l’attractivité touristique du territoire limousin, écrin de Nature exceptionnel en Région Nouvelle-Aquitaine, qui fait aussi le charme irrésistible du festival 1001 chaque été.

 

————————————————————————————————————————————————–

 

concerts-1001-NOTES-simon-ghraichy-e-concert-au-chapeau-annonce-critique-concert-classiquenews-concerts-sur-internet-annonce

 

PREMIER CONCERT1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenews
Vendredi 27 novembre 2020
« Simon Ghraichy & Friends »
De 21h Ă  22h
Simon Ghraichy (piano), ClaraYsé (chant), Rana Gorgani (Danse Derviche), DJ Louis Lacoste (percussions).
Concert enregistré en août 2020 sur Lac de Vassivière
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/e-concert-simon-ghraichy-2020?fbclid=IwAR22lbrqRdFA5mVUaG6OQ7Tqnjs2w-eaiZVHAeqx9l2-pS12ydGsC6ojc8s

————————————————————————————————————————————————–

 

 

 

22h15 : « questions / réponses » avec Simon Ghraichy
​Le concert est suivi d’un moment d’échanges en direct avec les artistes, présents pour l’occasion sur la péniche de 1001 Notes. Ils répondront aux questions posées par les internautes en amont et pendant le concert.

 

————————————————————————————————————————————————–

 

 

 

PARTICIPATION LIBRE / CAGNOTTE
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/e-concert-simon-ghraichy-2020?fbclid=IwAR22lbrqRdFA5mVUaG6OQ7Tqnjs2w-eaiZVHAeqx9l2-pS12ydGsC6ojc8s

 

————————————————————————————————————————————————–

 

 

 

TEASER vidéo
Simon Ghraichy & friends sur l’Île de Vassivière (été 2020)
https://www.youtube.com/watch?v=s_EjuPfOiGk

 

 

 

 

AUDITO 2.0 : concert Beethoven en direct en ligne par l’ON LILLE Orchestre National de Lille

ORCHETSRE-NATIONAL-DE-LILLE-AUDITO-2.00-concert-digital-en-direct-depuis-l-auditorium-du-nouveau-siecle-lille-annonce-critique-concert-classiquenewsLILLE : sam 14 nov 2020, 20h, en direct sur YOUTUBE. L’Orchestre National de Lille poursuit ses concerts digitaux, retransmis sur sa chaîne youtube (youtube/ONLILLE). Samedi, 2è session, en direct depuis l’Auditorium du Nouveau Siècle de Lille : dans le cadre de sa thématique du HÉROS, le National de Lille célèbre la force et l’engagement d’un héros romantique par excellence, combattant devant l’adversité, courageux, inspiré, défiant la fatalité qui le rongeait de l’intérieur à cause d’une surdité croissante, un comble pour un compositeur.

 

 

VOIR le concert en direct : https://www.youtube.com/user/ONLille

emotions-beethoven-concert-critique-classiquenews

 

 

Beethoven 2020Pour célébrer le 250è anniversaire de Beethoven en 2020, voici un programme vivifiant affirmant le génie réformateur de l’écriture beethovénienne : ouverture de Leonore III (troisième et dernière mouture pour son opéra Fidelio, l’opéra manifeste, hymne pour la liberté et la fraternité contre toutes les tyrannies du monde connu) ; puis la sublime symphonie n°4, tout entière portée par un irrépressible désir, une envahissante ambition… l’envie martialle et tendre à la fois d’en finir pour l’avènement d’une ère nouvelle. Plus subtile et introspective que la 3 « Héroique », la 4è regorge d’un feu intérieure d’une sensibilité intacte : l’Adagio s’il ne fallait citer qu’un épisode parmi les 4 mouvements, déborde de volupté et de rêverie tendre ainsi que le souligne avec pertinence Berlioz, admirateur zélé. Intitulé « émotions beethovéniennes », le concert a été élaboré dans le cadre de la nouvelle saison 2020 2021 de l’ON LILLE.

Écrite à l’été 1806, la Symphonie n°4 présente un visage léger et souriant de Beethoven. Alors amoureux de la Comtesse van Brunswick, le compositeur conçoit en miroir, une œuvre joyeuse, rapide, ardente. Premier chef invité de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille, Jan Willem de Vriend, dirige l’étonnante partition que Schumann comparait à « une svelte jeune fille ».

————————————————————————————————————————————————–

 

 

Programme BEETHOVEN 2020
Pour le 250è anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven

 

 

BEETHOVEN
Leonore III, ouverture

BEETHOVEN
Symphonie n°4

 

 

Orchestre National de Lille
Jan Willem de Vriend, direction

————————————————————————————————————————————————–

 

 

 

 

Informations programme « émotions beethovéniennes » sur le site de l’ONL Orchestre National de Lille :
https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/emotions-beethoveniennes/

————————————————————————————————————————————————–

 

 

 

 

CD événement. REYNALDO HAHN : L’île du rêve (Dubois, Sargsyan… Niquet, 2020) 1 cd Opéra français Pal Bru Zane

ile-du-reve-hahn-cd-niquet-dubois-cd-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-octobre-2020-BZ-1042-PHYSICAL-front-OK-654x1024-cd-classiquenews-opera-critiqueCD événement. REYNALDO HAHN : L’île du rêve (Dubois, Sargsyan… Niquet, 2020) 1 cd Opéra français Pal Bru Zane. L’île du rêve (« idylle polynésienne créé en 1898), c’est assurément l’extase amoureuse qui lie dès le premier acte, Mahénu et Loti, la jeune polynésienne de … 16 ans, et l’officier français plus mûr, excité évidemment de s’offrir ainsi les charmes d’une adolescente indigène. Il y a du Massenet dans cette écriture tendre et envoûtée ; le second acte commence comme une ouverture néobaroque, où règnent surtout la volupté capiteuse des cordes : la direction très kitsch du chef soigne de fait le lyrisme sucré et la séduction chantante des mélodies, moins le raffinement millimétré du style du jeune Hahn, très français dans son sens des couleurs à la fois suaves, et tendres et d’un lyrisme éperdu.
Côté chanteurs, on déplore les timbres usés, lisses et ternes de H Guilmette (Mahénu) comme Thomas Dolié (Taïrapa) à peine reconnaissables ; peu de texte, un chant sombre et bas pour lui ; un vibrato et un timbre voilé pour la soprano que l’on a connu plus claire et mordante. Sa Mahénu paraît bien mûre et déjà fatiguée malgré son jeune âge… Dommage. On se prend à rêver à ce qu’aurait pu apporter ici Jodie Devos dans un rôle qui lui correspond… étrange choix de distribution.
Très bavard, volubile et bien timbré au chant naturel (mais à l’articulation en peine), le Tsen-Lee de Artavazd Sargsyan tire son épingle du jeu (surtout en II), car il maîtrise la caractère du personnage, ébloui, sincèrement épris de la jeune Mahénu, comme l’est Loti. Ce dernier, Cyrille Dubois affirme une même incarnation parfaite, ardente et tendue à la fois, toujours dans le texte : intelligible. Une leçon de clarté chantante. Autre étoile féminine, elle aussi ardente, la Téria, plus tragique que sa cadette Mahénu, de la mezzo Ludivine Gombert qui sait approfondir et enrichir la couleur de son personnage : sombre, grave, désespéré car elle ne se remet pas de la mort de son aimé (Rouéri). Hahn a écrit pour les deux jeunes femmes, deux portraits hyperféminins qui concentrent tous les fantasmes fin de siècle pour le sexe faible, adolescent et exotique : comment ne pas penser en lisant ce livret de Pierre Loti, à l’attraction contemporaine qu’éprouve alors le peintre Gauguin pour les belles polynésiennes ? Voilà que Hahn se perd et s’égare avec délices (sensuels) dans le jardin des filles fleurs de Parsifal… en une île musicalement il est vrai enchantée.
D’ailleurs le prélude du IIIè acte, cite expressément Wagner, chant choral enamouré, et en langue tahitienne… Chez la princesse Orena qui donne un bal, Hahn y précise davantage son évocation polynésienne et donne à la coloratoure de Mahénu les accents de Lakmé de Delibes, ou de Leïla des Pêcheurs de perles de Bizet. Il y a aussi en filigrane les effets du tourisme sexuel auquel s’adonne les soldats et officiers étrangers dans les îles, séducteurs inconstant et oublieux, bourreaux des coeurs : Puccini traite tout cela dans Madama Butterfly, jouant des contrastes émotionnels entre la sincérité des serments inconstants trop volages et l’amertume des jeunes filles éprises à jamais trahies, perdues de s’être prises à ce jeu d’amour et de dupes.
CLIC_macaron_2014Du reste le Français Loti amant de Mahénu a cette lâcheté bien tendre de ne pas avouer à celle qu’il dit aimer, qu’il part rejoindre la France. Que fera en réalité la belle polynésienne ? Suivre son amant français hors de son île ? Ou demeurer sur l’île d’extase qui lui a révélé la volupté et dont elle ne peut quitter la chaleur florale, le doux terroir qui la fait vivre ? Hahn ménage le suspens et cette interrogation centrale, cultivant la réussite dramatique de cet opéra miniature, aussi raffiné et mesuré que court et fugace (comme les amours qui y sont évoquées). « A demain, à demain… » les amants suivront-ils leur serment d’un départ à deux, pour construire cette océanie amoureuse idyllique ? La partition ici en première mondiale, méritait absolument d’être enregistrée : c’est un CLIC pour la découverte et la révélation qui en découle, malgré les faiblesses de la réalisation. Au côtés des chanteurs, l’orchestre munichois n’a pas la séduction des timbres d’un orchestre romantique sur instruments historiques qui aurait été autrement plus séducteur et convaincant. Dans cet île du rêve, Reynaldo Hahn a transmis son génie musical (à 17 ans), extatique, onirique, tendre. D’une délicatesse et d’un raffinement… miraculeux.

REYNALDO HAHN : L’île du rêve, 1898. 1 LIVRE DISQUE, 1 cd, 127 pages. Enregistrement réalisé au Prinzregententheater, Munich, les 24 et 26 janvier 2020.

Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha

Symphonie 7 MAHLER, Alexandre BLOCH, Orchestre National de LilleCd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha. Dans le prolongement de leur « épopĂ©e » symphonique dĂ©diĂ©e au Symphonies de Mahler et qui occupait une grande partie de leur annĂ©e 2019, les musiciens de l’Orchestre National de Lille, et leur directeur musical (depuis 2016) Alexandre Bloch proposent ici la moins enregistrĂ©e des symphonies mahlĂ©riennes, l’une des plus personnelles aussi, et qui repousse toujours plus loin les limites expressives de l’orchestre, dans un format inĂ©dit (5 mouvements oĂą le Scherzo « axial / central » est entourĂ© de deux mouvements lents « Nachtmusik).

Mystérieux, et presque énigmatique, le premier mouvement de plus de 20 mn se développe avec une expertise rare des étagements et des atmosphères. Cette séquence initiale pourrait tourner indépendamment des autres qui suivent tant son développement repose sur un plan architectural à la fois ample et fermé. L’Orchestre joue heureusement des timbres des cuivres, cordes, bois et vents, dans un équilibre sonore constant, où brillent aussi des accents parfaitement maîtrisés.
La Nachtmusik 1 affirme son caractère d’enivrement étoilé, abandon dans une opulence sonore qui berce et enchante ; le chef cisèle et caresse cette ambiance de harpe céleste et nocturne (inspirée de la Ronde de Nuit de Rembrandt) ; il est sculpte le rythme de marche énigmatique et hallucinée, véritable « chant de la nuit » qui donne son titre à la symphonie.
Le Scherzo mord et déchire la toile tissée jusque là avec une étonnante précision expressive, des accents exacerbés et lascifs inédits (aux cordes principalement, violons, violoncelles et contrebasses). Comme un préfiguration de la Valse ravélienne, au développement orgiaque, ce sont des pointes plus sarcastiques que fantomatiques, un crépitement continu de timbres sculptés avec une acuité renouvelé qui découle d’une superbe cohésion collective : danse avec la mort, plutôt convulsions et hoquets (bassons) face au réalisme mortifère qui s’impose à l’esprit d’un Mahler, habité par de fulgurantes et fantastiques visions.
La Nachtmusik 2 séduit et enchante elle aussi comme l’ultime sérénade romantique ciselée en un lyrisme enivré parfois comme parodié car Mahler ne manque jamais d’autodérision ni d’ironie sur lui-même : là encore la volupté des bois, l’acuité plus âpre des cordes captivent par leur sens du relief et de la vie. Le chef saisit son caractère « amoroso » alliant à l’ironie affleurante, la sincérité amoureuse la plus tendre. De ce point de vue, la maîtrise des registres captive.
Le dernier mouvement (rondo en ut majeur) dévoile le niveau d’éloquence et de puissance, d’expressivité, d’activité poétique acquise par le National de Lille : une féerie fusionnée à la grandiloquence d’un théâtre débridé, délirant, volontiers éclectique (cf. les maintes citations musicales anciennes, baroques et classiques). La verve créative de Mahler s’y déploie sans limites, avec cette préscience du zapping musical, versatilité flexible, richesse jaillissante du génie créateur (sublimé dans la 8è à venir) : n’a t il pas dirigé l’Opéra de Vienne, connaisseur expert de tant d’opéras ?  Falstaffien, Alexandre Bloch semble nous révéler la jouissance dyonisiaque d’un Mahler enivré par sa propre invention : le rire, la joie et au delà, le bonheur de composer. S’y affirme ce goût de la construction et de l’architecture théâtrale qui s’affirmeront définitivement dans la scène colossale de la 8è (sa seconde partie CLIC_macaron_2014d’après le Faust de Goethe, véritable opéra symphonique que l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch ont également marqué par leur interprétation engagée : voir notre reportage vidéo de la Symphonie n°8 des mille de Mahler par Alexandre Bloch). Ici triomphe la joie assumée, l’humour le plus libre, exception parmi toutes les conclusions mahlériennes. Sublime et cohérente approche. Le directeur musical du National de Lille depuis 2016 a eu bien raison de choisir cette 7è, si peu enregistrée et encore mésestimée : la lecture est indiscutable, convaincante, d’une irrésistible intelligence. CLIC de CLASSIQUENEWS octobre 2020.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°7 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch) – 1 cd Alpha, enregistrĂ© en 2019 Ă  l’Auditorium du Nouveau Siècle Ă  Lille. DurĂ©e: 1h14mn.

ChorĂ©gies d’Orange 2020 : tout sur le NET

ORANGE-2020-operas-critique-classiquenews-annonce-juillet-2020CHORÉGIES D’ORANGE 2020. A l’heure de la covid19, la circulation internationale des artistes Ă©tant rĂ©duite (probablement jusqu’à la fin de l’annĂ©e 2020), les ChorĂ©gies d’Orange se mettent au diapason de la mĂ©moire et propose une manière de rĂ©trospective, avec focus sur quelques unes des plus belles rĂ©alisations passĂ©es. Un retour sur… en quelque sorte. Histoire des ChorĂ©gies sur le site et la page facebook (exposition photographique jusqu’au 23 juillet 2020 / 1979 – 2009 : 40 ans de photos rĂ©alisĂ©es par Philippe Gromelle : Quarante ans de photos aux ChorĂ©gies d’Orange retracĂ©s grâce Ă  huit courtes vidĂ©os d’environ 5 minutes. Huit Ă©pisodes, qui traiteront chacun d’un thème emblĂ©matique du festival lyrique:  «Musiques en fĂŞte», «MĂ©tamorphoses d’un opĂ©ra : de la maquette au spectacle», «Les voix lĂ©gendaires», «Les chefs d’orchestre  et les metteurs en scène», «Les artistes prĂ©sents en 2020», «L’opĂ©ra le plus joué», «Les plus beaux  souvenirs de Philippe Gromelle» et «Le public des ChorĂ©gies») ; retransmisions sur France TĂ©lĂ©visions et culturebox de 3 productions emblĂ©matiques :

 

________________________________________________________________________________________________

OPERAS EN REPLAY  jusqu’au 19 décembre 2020

VERDI : Il Trovatore (2015)
PUCCINI : Madama Butterfly (dès le 4 juillet, Orange 2016)
VERDI : Requiem (dès le 18 juillet 2020, Orange 2016)

et sur France Musique, programmes spécial Chorégies d’Orange, les 5 juillet, 12 juillet puis 1er août 2020.

Ă  venir
Ce n’est plus un secret, les Chorégies d’Orange 2021 présenteront SAMSON ET DALILA  de SAINT-SAËNS avec Roberto Alagna et Marie-Nicole Lemieux, Samedi 10 juillet 2021

 
 

________________________________________________________________________________________________

 

NOTRE AVIS

VERDI : Il Trovatore (Orange, 2015). Rien de confus ou alambiqué dans l’opéra de Verdi : une légende virile et fantastique qui narre la vengeance de la gitane mi sorcière mi haineuse Azucena, laquelle recueille et élève son « fils » Manrico ; celui ci aime Leonora, elle-même adorée par le sombre et cynique Comte Luna. Manrico et Luna s’opposent, se haïssent : Luna fait condamner Manrico par jalousie, avant d’apprendre de la bouche d’Azucena qu’il était son frère ; ainsi se venge la sorcière dont le véritable enfant a été tué, brûlé vif par le premier comte de Luna… Ainsi se réalisent les haines de clans, sacrifiant les enfants pour venger l’honneur des parents.
Verdi exploite les ressorts dramatiques d’une sombre histoire familiale où les enfants perpétuent la barbarie des parents. Transmission de l’esprit du soupçon, des manipulations et du mensonge, l’action est celle de la vengeance sourde mais inéluctable… Dès la première scène, l’histoire de l’enfant brûlé est contée par une basse chantante, hallucinée, pénétrée par l’horreur qu’il professe…
Azucena-manrico-Lemieux-Alagna-ORANGE-2015-critique-opera-VERDI-il-trovatore-classiquenewsLa production d’Orange 2015 réunit une distribution convaincante ; la Leonora de la chinoise Hui He est plus mezzo dramatique (d’une belle rondeur cuivrée quoique souvent imprécise dans ses vocalises) ; son ampleur renforce l’autorité d’un personnage, écarte l’angélisme du rôle ; sa Leonora a des accents plus maternels que réellement juvéniles, et même de plus en plus sombres à la fin ; le Manrico de Roberto Alagna a fière allure, ardent et enivré même, incarnant la virilité tendre du jeune amoureux, comme l’ardeur loyal du fils, présent à sa mère (air du feu, nerveux et tendu), pris dans les rets d’une haine familiale qui le dépasse. Luna, sombre, jaloux, à la rancœur aigre, braise inquiète dans l’ombre de la lumière des deux amants permet au baryton roumain Georges Petean d’épaissir son personnage, mais l’interprétation reste parfois trop sage ; heureusement à mesure que l’action se déroule, ce jaloux frustré gagne une sincérité croissante. Tandis que la sorcière de Lemieux atteint des éclats ténébristes et graves dans le récit de la mort de son fils croisé avec le visage de sa mère brûlée vive…. Une très belle interprétation. La direction de de Billy est active, mais lourde et brutale ; et la mise en scène de Charles Roubaud, routinière mais lisible, jusqu’à l’épure oratorienne à la fin. Durée : 2h20mn.
Culturebox. En replay jusqu’au 27 décembre 2020
https://www.france.tv/france-3/tous-a-l-opera-2018/966403-il-trovatore-de-verdi-aux-choregies-d-orange-2015.html

Roberto Alagna, Manrico
Hui He, Leonora
Marie Nicle Lemieux
George Petean, Comte de Luna
Orchestre National de France
Bertrand de Billy, direction
Charles Roubaud, mise en scène

CD, événement, critique. CHAUSSON le littéraire / Musica Nigella : Chanson perpétuelle, La Tempête, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)

klarthe-records-CHAUSSON-la-tempete-cd-critique-classiquenews_takenori-nemoto-ensemble-musica-nigella-chausson-le-litteraire-2020CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂŞte, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)   –   On ne soulignera jamais assez le gĂ©nie d’Ernest Chausson, Ă©toile du romantisme français, fauchĂ© trop tĂ´t (Ă  44 ans). Ses Ĺ“uvres, certes peu nombreuses tĂ©moignent aux cĂ´tĂ©s des germaniques Liszt, Schumann, Brahms…, d’une aisance singulière Ă  l’époque du wagnĂ©risme gĂ©nĂ©ral, d’un tempĂ©rament unique et inclassable que le programme du disque Ă©ditĂ© par Klarthe Ă©claire avec raison. Comme Schumann entre autres, Chausson est grand lecteur et amateur de poĂ©sie (d’oĂą le titre « Chausson littĂ©raire »). Il frĂ©quente auteurs et Ă©crivains, dont Maurice Bouchor qui fournit le livret des Poèmes de l’amour et de la mer, cycle emblĂ©matique dĂ©sormais de la mĂ©lodie française.

Au menu de ce recueil opportun, 3 partitions, non des moindres : Chanson perpétuelle opus 37, ultime pièce de Chausson inspiré par le texte de Charles Cros ; les musiques de scène pour La Tempête (d’après Shakespeare) et le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes opus 21, composé simultanément à son opéra Le Roi Arthus, et dont le prétexte réalise une nouvelle de Tourgueniev. En petit effectif, l’ensemble Musica Nigella perpétue un certain art du chambrisme à la française : dans les équilibres des plans sonores, le relief caractérisé des timbres instrumentaux auxquels se joint les deux voix (dans la Tempête, associées dans le duo de Junon et Cérès), se définit avec franchise, la forte sensibilité d’un Chausson, wagnérien proclamé qui cependant reste un tempérament hexagonal, résolument tourné vers la clarté et la transparence. La prise live ajoute à l’excellente caractérisation du geste collectif, ce dans chaque séquence.

D’emblée la riche texture des cordes imprime à Chanson Perpétuelle sa densité expressive, son ampleur orchestrale (Chauson n’a pas reçu pour rien l’enseignement de Massenet puis surtout la révélation de la spiritualité Franckiste) ; et dans le sillon wagnérien, la lyre des cordes diffuse son caractère de malédiction tenace, de poison évanescent, comme en écho à la douleur tragique de l’héroïne du poème de Cros. C’est la langueur perpétuelle et infinie d’une blessure à jamais ouverte, tel Amfortas alangui, figé dans son extase meurtrie. Le timbre sombre et cuivré de la soliste (Eléonore Pancrazi), à la fois sombre et relativement intelligible éclaire idéalement cette lumière des ténèbres qui rayonne d’un bout à l’autre.

La Tempête impose immédiatement son flux dramatique et une narrativité éloquente en lien avec le texte passionné et naturaliste de Shakespeare. Musica Nigella en offre la restitution de la version de chambre que Chausson avait écrite lui-même (pour voix et 6 instruments : flûte, violon, alto, violoncelle, harpe, célesta) aux côtés de la version orchestrale mieux connue. Celle ci a bénéficié de ce premier état dont la présente lecture accuse la prodigieuse imagination du texte poétique ; y souffle le vent sur les flots, une mer bouillonnante, celle qui isole l’île magique fantastique de la pièce shakespearienne, avec en génie insaisissable et spirituel, le facétieux Ariel, esclave (asservi à Prospero) et pourtant déité aérienne…

Les instrumentistes savent articuler et caractériser chaque séquence de La Tempête qui gagne ainsi un relief capiteux ; évidemment d’abord par la voix d’Ariel (aérienne, invocatrice, suave) qui ouvre et conclut le cycle des 6 épisodes. La restitution pour instruments dont le célesta apporte des couleurs infiniment poétiques éclairant le personnage d’un esprit contraint à servir le tyran de l’île dans sa folie ; doué d’une imagination sans limites, Ariel enchante et captive, comme le pur esprit Puck, complice des enchantements équivoques dans le Songe d’une nuit d’été du même Shakespeare.  D’une partition fidèle au drame, les instrumentistes expriment le caractère fantastique et profondément langoureux qui plonge dans le mystère ; le portrait d’Ariel atteint une épaisseur réjouissante. L’équilibre et la volupté du son tout en complicité ressuscite la verve shakespearienne de Chausson.

 

 

Dirigé par Takénori Némoto, Musica Nigella
dévoile avec passion et vivacité

Ernest Chausson, littéraire et ténébriste…

 

 

chaussonDense et dramatique, le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes opus 21 éclaire le travail spécifique de Chausson sur la forme concertante, dans l’esprit des Baroques français. La plasticité formelle qui met en scène les divers instruments, en particulier le violon (la pièce créée en 1892 est dédiée au légendaire violoniste belge Eugène Ysaÿe) jouant sur les combinaisons possibles dévoile tout ce qui intéresse alors le compositeur wagnérien, très fidèle à l’esthétique cyclique de Franck : opposition, confrontation, dialogue virtuose et fulgurant des voix solistes ainsi entremêlées. Libre et fantaisiste, l’opus 21 en quatre parties offre une manière d’alternative spécifiquement française au plan quadripartite de forme sonate léguée par les classiques viennois.

Le premier mouvement « décidé » ouvre large et puissant le champs expressif entre gravité et tension mélancolique et aussi une âpreté mordante qu’enrichit une sonorité d’une suavité profonde comme envoûtée. Le chant du violon, comme porté par le piano d’une souplesse enivrée, libère la tension ; il chante sans entrave en un jeu dialogué à deux voix d’une ivresse éperdue.
La Sicilienne, brève voire fugace adoucit la tension du premier mouvement en une légèreté … trop fragile pour durer. Car le mouvement qui suit a occupé, semble-t-il toutes les ressources du compositeur : c’est le sommet évident de la partition. S’y déploie, tenace, en vagues lancinantes, amères, toute la langueur étirée à l’extrême d’un dénuement viscéral, énoncé en un glas lugubre ; ainsi ce 3è mouvement ou « Grave » distingue définitivement le mode introspectif quasiment halluciné, hagard que chérit tant Chausson soit plus de 10 mn d’un climat suspendu, noir presque inquiétant … il faut bien cette soie des ténèbres, au recul vertigineux qui semble traverser le miroir pour que jaillisse comme insouciante la progression palpitante du Finale « très animé » (mais ici parfaitement articulé) où rayonne enfin, dans la lumière, l’admirable double chant, violon / piano.

CLIC D'OR macaron 200L’intérêt du disque relève de la philosophie même du label Klarthe ; favoriser l’émergence des nouvelles générations d’interprètes français (Musica Nigella est né dans le Pas de Calais en 2010) tout en assurant l’exploration d’oeuvres encore méconnues et pourtant passionnantes, comme c’est le cas des 3 partitions ainsi dévoilées. On connaît mieux aujourd’hui, la symphonie en si bémol opus 20 (sommet orchestral de 1891, contemporaine ici du Concert opus 21), Soir de Fête opus 32, le Poème pour violon et orchestre opus 25… Musica Nigella a eu le nez fin de s’investir dans la restitution de chacune des œuvres ici abordées. L’apport est majeur. La réalisation fine et engagée, d’une permanente intelligence expressive et poétique. Autant de caractères d’un ensemble superbement mûr, réjouissant par sa complicité active.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂŞte, Concert opus 27 – (1 cd Klarthe records)
Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 (Pas de Calais) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2020.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/chausson-le-litteraire-detail

 

 

Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale & reconstitution
Eléonore Pancrazi, mezzo-soprano (Chanson perpétuelle)
Louise Pingeot, soprano
Pablo Schatzman, violon
Jean-Michel Dayez, piano

Ernest Chausson
Chanson perpétuelle Op. 37 (1898)
La TempĂŞte Op. 18* (1888)
Concert Op. 21 (1891)

 

 

 

Approfondir

________________________________________________________________________________________________

Musica Nigella sur CLASSIQUENEWS, précédent cd édité par Klarthe (mai 2019) :

 

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument. LIRE la critique complète Ravel l’exotique / Musica Nigella

CD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck (1 cd Alpha 2018 – 2019)

beethoven-symphonie-5-et-6-re-sound-beethoven-14492ce1-ed79-4467-a54d-69a23c4d3802-wiener-akademie-haselbock-cd-critique-concert-classiquenews-300-finalCD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck (1 cd Alpha 2018 – 2019) – Comme une certaine version de Tosca dont chaque acte Ă©tait rĂ©alisĂ© dans les lieux fixĂ©s par l’action, ici l’Orchestre de l’AcadĂ©mie de Vienne / Orchester Wiener Akademie poursuit Ă  travers son cycle « Resound Beethoven » l’intĂ©grale des Concertos pour piano et des Symphonies enregistrĂ©s dans les lieux de leur crĂ©ation. Les 5è et 6è symphonies dont il est question ici concluent cette traversĂ©e patrimonialement authentique : les deux symphonies sont donc enregistrĂ©es dans le lieu de leur crĂ©ation le palais Niederösterreich Vienne ayant Ă©tĂ© un formidable tremplin pour la carrière du jeune Ludwig qui avait quittĂ© Bonn sa ville natale pour Ă©tudier avec Haydn dans la capitale Habsbourg. Les qualitĂ©s de ce dernier enregistrement symphonique sont les mĂŞmes que celles dĂ©jĂ  constatĂ©es : Ă©panouissement sonore, ampleur et souffle de la spatialisation qui rĂ©tablit dans leur Ă©crin viennois, la formidable vitalitĂ© et l’esprit d’autodĂ©termination des opus. 
L’abstraite et rien qu’énergique 5è ou symphonie du destin, puis la plus narrative mais pas que descriptive 6è « pastorale » : les deux partitions rendent compte idĂ©alement du gĂ©nie orchestral beethovĂ©nien. Formidable machine rythmique et pulsionnelle de la 5è (dont tout le flux prĂ©pare Ă  l’éruption jubilatoire de l’Allegro final) ; captivante agrĂ©gation cellulaire qui dans la 6è, au fur et Ă  mesure de son plan dramatique et organique, organise et structure le plan climatique de la symphonie.
haselbock-martin-resound-beethoven-orchester-wiener-akademie-cd-review-critique-cd-classiquenews-beethoven-2020Le chef viennois Martin Haselböck, organiste de formation, n’hĂ©site pas Ă  faire rugir les timbres, s’appuyant Ă©videmment sur la très forte identitĂ© naturelle des instruments historiques ; Ă  forcer le trait et la caractĂ©risation de chaque pupitre, dont surtout les vents et les bois, parfois de façon outrĂ©e, au dĂ©triment des nuances. avec certains tutti nettement et curieusement Ă©pais. Mais cela ne manque ni de nervositĂ© ni de tempĂ©rament. L’intensitĂ© et la volontĂ© y sont extraverties, parfois furieusement mise en avant. C’est servir franchement l’impĂ©tuositĂ© d’un Beethoven rĂ©volutionnaire. Pour autant le poète si dĂ©licat dans l’expression de la magie pastorale de la 6è est-il Ă©galement dĂ©fendu et audible ici ? Saluons la prise de son, idĂ©alement spatialisĂ©e qui confère au IIè tableau de la Pastorale par exemple (Szene am bach / scène au ruisseau – andante molto moto) sa fluiditĂ© continue dans une ambiance rĂ©ellement enveloppante. Tout n’est donc pas Ă  rejeter ici, loin de lĂ .

_________________________________________________________________________________________________

CD, critique. BEETHOVEN : Symph. 5 et 6 – Orchester Wiener Akademie, Martin Haselböck / «  resound Beethoven », vol. 8 (1 cd Alpha 2018 – 2019)

CD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019)

bach js matthaus passion gli angeli stephan macleod cd critique review cd classiquenews 7619931301228_frontcover_grandeCD, critique. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu (Gli Angeli, McLeod – 1 cd CLAVES, avril 2019). Voyons d’abord les enjeux de la partition et ce qu’en souligne les interprètes…  Le nouvel ensemble genevois crĂ©Ă© par le baryton Stephen MacLeod, un habituĂ© du monde des cantates et des passions de JS BACH pour les avoir chantĂ© partout dans le monde sous la direction des chefs les plus aguerris dans ce rĂ©pertoire, aborde l’Everest du Baroque sacrĂ© (avec la messe en si). DonnĂ©e dès le Vendredi Saint 1727 Ă  Saint-Thomas, avec ses orgues, chĹ“urs, continuos doubles, dans les deux tribunes du vaisseau Ă  Leipzig, la Passion selon saint-Matthieu est bien cette formidable machine fraternelle rayonnant de tendresse et de compassion. Après la Saint-Jean (1724), moins dĂ©taillĂ©e, plus abstraite, la Saint-Matthieu en deux parties, exprime les Ă©tapes de la Passion de JĂ©sus, mais sans emprunter Ă  l’opĂ©ra, selon le cadre strict des autoritĂ©s religieuses de Leipzig. Tandis que l’EvangĂ©liste (tĂ©nor) narre directement les faits, les textes additionnels de Picander, sollicitĂ© par Bach pour les arias, ariosos, choeurs (soit 12 chorals, repères pour le fervent luthĂ©rien) explore les champs de la ferveur chez ceux qui reçoivent le message Ă©vangĂ©lique : la poĂ©sie implique l’auditeur en un acte de participation et de compassion Ă  chacune des situations du drame christique. JĂ©sus humain souffre dans sa chair (Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonnĂ©?). Pourtant le traitement musical, s’il doit s’écarter des ficelles de l’opĂ©ra, souligne les points forts de la narration : foule haineuse contre solitude impuissante et doloriste de JĂ©sus. L’abandon, la souffrance, le dĂ©sespoir y sont particulièrement aiguisĂ©s
La vision est très fouillée, abordant sans complexe la riche symbolique des deux choeurs d’ouverture et de conclusion par exemple: au début, opposition dialectique entre l’Agneau de Dieu, innocent mais sacrifié ; et l’humanité errante, coupable, aveugle, en perdition ; dans le dernier chœur, déploration sur la mort de Jésus porteur du salut, quand est refermé son tombeau (dissonance à peine audible)…
Tout cela se lit dans la conception collective et très humaine de MacLeod ; le chef baryton confirme connaître la partition, ses enjeux, son sens profond. Surtout sa fonction cathartique qui implique les fervents : musiciens et public. Luther ajoute la nécessité de vérité pour toucher l’audience rassemblée dans l’écoute de la Passion : chaque scène christique doit être vécue (à la façon des mystères médiévaux). La fonction de la Passion de Bach est celle d’une immense et irrépressible compassion collective : l’auditeur doit souffrir et vivre chaque sentiment aux côtés / avec Jésus. Son premier serviteur, Bach lui-même, pêcheur, humble et modeste.
Stephen MacLeod emporte ainsi sa fine équipe degli Angeli, il enregistre la partition, dans le prolongement d’une tournée de 5 concerts en Suisse, et privilégiant surtout la continuité du drame (en des prises parfois de plus de 10 mn au studio afin de préserver la tension flexible et continue d’un seul tenant). Le texte est bien mis en avant.

Alors que penser de cette version qui s’inscrit dans pléthore de lectures baroqueuses déjà très impliquée et convaincante ? L’Évangéliste de Werner Güra n’est pas stylistiquement le plus précis mais le récitant narrateur ne manque ni d’engagement ni de mordant. Il invective, prend à témoin, vivife le fil narratif.
Parmi les solistes de ce drame très incarnĂ© – le propre de la musique instrumentale de Bach et des textes ajoutĂ©s, rĂ©alisĂ©s par Picander Ă  la demande du compositeur : l’alto Alex Poter, droit, ardent, intense, brillant comme un mĂ©tal poli exprime les pleurs de JĂ©sus trahi par Pierre (CD2,plage 9). ; la soprano incandescente et si naturelle Dorothee Mields (plage 22) qui rayonne, elle aussi feu ardent, claire articulation, sans maniĂ©risme d’une âme terrassĂ©e par l’amour de JĂ©sus, sa dĂ©termination Ă  mourir pour sauver. Poter / Mields sont les meilleurs arguments de la version genevoise. CĂ´tĂ©s voix basses, Stephan MacLeod entraĂ®ne son Ă©quipe dans la caractĂ©risation toujours sobre du texte ; mais on aimerait que la basse BenoĂ®t Arnould (JĂ©sus) exprime plus d’émotion (plage 57) : l’air ardent, implorant mĂŞme par la douceur rĂ©confortante de la croix y dĂ©ploie une voix certes ronde, noble, moelleuse mais bien peu inscrite dans le drame et les tiraillements du texte. Comme dĂ©simpliquĂ©e, dĂ©jĂ  transcendĂ©e par la RĂ©surrection finale?).

La lecture soigne le relief des instruments solistes (flûtes, hautbois, …) et favorise la réalisation inédite de certains airs : comme celui pour alto féminin (plage 52) dont le texte dit la souffrance dont le coeur est un calice, pour la dignité des victimes. L’appui expressif des instruments, les accents renouvellent notre connaissance de l’air.

Très fouillĂ©e et offrant des Ă©quilibres instrumentaux inĂ©dits, la lecture s’avère intĂ©ressante mĂŞme ; parfois trop de prĂ©cision et de dĂ©tails restituĂ©s, dans un geste droit, le drame peine Ă  insuffler les arĂŞtes majeures de l’architecture, le souffle de la passion mystique. Mais le chĹ“ur est tendu, expressif, recueilli ou dĂ©chainĂ© selon qu’il incarne le chĹ“ur des fidèles ou la foule hystĂ©rique et haineuse… Ce juste milieu entre une lisibilitĂ© continue, une expressivitĂ© globalement partagĂ©e par tous et un continuo plein, rond, très allant, font la valeur de cette lecture. Gli Angeli ? Un nom bien choisi pour la caresse chorale finale – angĂ©lique et sereine, qui referme le formidable livre de la Passion, dans l’espĂ©rance et la mort apaisĂ©e.

________________________________________________________________________________________________

CD critique. JOHANN SEBASTIAN BACH : MATTHĂ„US-PASSION BWV 244. Gli Angeli (2 cd Claves records)

Werner Güra, Evangéliste
Benoit Arnould, JĂ©sus
Dorothee Mields, soprano I (Ancilla I)
Aleksandra Lewandowska, soprano II (Uxor Pilati)
Sarah Van Mol (Ancilla II)
Alex Potter, alto I | Marine Fribourg, alto II (Testis I)
Thomas Hobbs, ténor I | Valerio Contaldo, ténor II (Testis II)
Stephan MacLeod, basse I (Judas, Pontifex II, Pilatus) | Matthew Brook, basse II (Petrus, Pontifex I)

GLI ANGELI / Solistes instrumentaux
Alexis Kossenko, Sarah van Cornewal et Jan Van den Borre, flûtes
Emmanuel Laporte et Katharina Andres, hautboisLeila Schayegh et Eva Saladin, violons
Romina Lischka, viole de gambe

/ Continuo
Tomasz Wesołowski, basson
Ageet Zweistra et Dorine Lepeltier, violoncelles
Michaël Chanu et Cléna Stein, contrebasses
Francis Jacob et Maude Gratton, orgues
Bertrand Cuiller, clavecin

Maîtrise du Conservatoire Populaire de Musique, Danse et Théâtre de Genève, Petits Chanteurs de la Schola de Sion, Maîtrise Musique Ecole du Conservatoire de Lausanne

Stephan MacLeod, direction

https://www.claves.ch/collections/all-albums/products/bach-matthaus-passion

CD événement, annonce. OTELLO par JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical)

otello jonas kaufmann pappano cd dvd critique classiquenews operaCD Ă©vĂ©nement, annonce. OTELLO par JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical). Sony classical reporte la date de sortie du nouvel enregistrement d’OTELLO de Verdi, avec Jonas Kaufmann : date Ă  venir. Après un prĂ©cĂ©dent dvd Ă©galement dirigĂ© par Antonio Pappano. C’était Ă  l’étĂ© 2017 quand la Royal Opera House produisait une nouvelle production d’Otello dans la mise en scène de Keith Warner et avec la prise de rĂ´le la plus attendue alors de la planète lyrique, cette nouvelle lecture de l’opĂ©ra verdien demeure l’Ă©vĂ©nement lyrique 2020 attendu dans les bacs. Pour nous, le dvd pointait la faiblesse des partenaires du tĂ©nor devenu lĂ©gende vivante (les Desdemona et Iago insuffisants de respectivement Maria Agresta et Marco Vratogna). A contrario l’Otello fauve, crĂ©pusculaire, Ă  la raucitĂ© poĂ©tique de fĂ©lin condamnĂ© tissĂ© par l’excellent Kaufmann tire la couverture vers lui…

 

 

CLIC D'OR macaron 200Pour autant, toute production lyrique est le fruit d’un collectif. Qu’en sera-t-il dans cette version pour le disque ? Le chef Antonio Pappano aura-t-il rĂ©uni autour de lui un cast plus cohĂ©rent et unifiĂ© autour de l’implication viscĂ©rale, presque animale qu’en offre l’impeccable verdien Jonas Kaufmann ? LIRE notre critique complète d’OTELLO par JONAS KAUFMANN (2 cd Sony classical) / CLIC de  CLASSIQUENEWS, Ă©tĂ© 2020 :

 

 

otello jonas kaufmann pappano cd dvd critique classiquenews operaCD Ă©vĂ©nement, critique. VERDI : OTELLO. Kaufmann, Lombardi; Pappano (2 cd SONY classical, 2019). D’emblĂ©e c’est le sens du dĂ©tail et le souffle cinĂ©matographique instillĂ©s par la direction d’Antonio Pappano qui s’avèrent prenants d’un bout Ă  l’autre. Le chef, directeur musical de la ROH Ă  Londres et aussi des troupes romaines de Santa Cecilia, emporte toute l’équipe, dès l’amorce de la tempĂŞte initiale, dès les premiers dialogues viriles : Otello, Cassio, Iago, comprenant aussi l’excellent choeur dont « Fuoco di gioà » souligne le mordant dramatique, le sens du verbe, l’énergie collective. Avant Pappano, Rome avait dĂ©jĂ  accueilli une somptueuse version, Ă  juste titre lĂ©gendaire, rĂ©unissant il y a 60 ans, Jon Vickers, Leonie Rysanek, Tito Gobbi, sous la baguette Ă©ruptive, expressionniste de Tullio Serafin. La complicitĂ© des interprètes de 2019 explose dans cette arène vive oĂą Verdi Ă©voque la folie shakespearienne dont Otello est la victime le plus effrayante et bouleversante. Celui pour lequel la culpabilitĂ© de DesdĂ©mone ne fait aucun doute…

________________________________________________________________________________________________

 

   

 

otello-dvd-jonas-kaufmann-verdi-critique-DVD-opera-par-classiquenews-antonio-pappano-ROyal-opera-house-londres-la-critique-opera-par-classiquenewsLIRE aussi notre critique du DVD OTELLO par Jonas Kaufmann / Pappano, juin 2017 / Jonas Kaufmann (Otello), Marco Vratogna (Iago), Maria Agresta (Desdemona), Frédéric Antoun (Cassio), Kai Rüütel (Emilia), Thomas Atkins (Roderigo), Simon Shibambu (Montagno), In Sung Sim (Lodovico), Chœur et Orchestre du ROH Covent Garden, dir. Antonio Pappano, mise en scène : Keith Warner (Londres, 28 juin 2017).
http://www.classiquenews.com/dvd-evenement-verdi-otello-jonas-kaufmann-londres-roh-juil-2017-1-dvd-sony-classical/

 

   

 

TOURCOING. La Cambiale di Matrimonio de ROSSINI Ă  L’Atelier Lyrique

TOURCOING, ROSSINI : La Cambiale di Matrimonio, 20 – 24 mars 2020. Fidèle Ă  LA COMMEDIA DELL’ARTE, l’opera buffa de Rossini met en musique le fameux trio loufoque, tragicomique du barbon Ă©pais, rustre auquel sont opposĂ©s un couple de jeunes amoureux…
rossini-portrait-gioachino-rossini-bigDe fait, l’histoire met en scène un riche négociant anglais qui vend par correspondance sa fille unique (amoureuse d’un pauvre) à un riche propriétaire canadien… ce dernier au début de l’opéra, débarque du nouveau monde, dans l’ancien pour prendre possession de son « bien ». D’une situation assez choquante, surgissent maints effets de théâtre, ceux que Rossini adore : quiproquos, menace de mort, coups de théâtre, duel aux pistolets, en un délire effréné et jubilatoire. La farce même si elle se termine bien, produit plusieurs situations tendues voire touchante, qui révèlent le cœur et l’âme de certains personnages.
Rossini aime les renversements salvateurs : ainsi le jeune et pauvre amoureux deviendra riche et épousera la belle ; tandis que permanence des positions sociales âprement défendues, depuis des lustres, « les vieux riches » (le négociant et le Canadien) seront certes déçus, mais toujours riches ! précise Laurent Serrano, metteur en scène.

________________________________________________________________________________________________

ROSSINI : La Cambiale di Matrimonio
reprise du spectacle présenté en 2016
Vendredi 20 mars 2020 / 20 h
Dimanche 22 mars 2020 / 15 h 30
Mardi 24 mars 2020 / 20 h
Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos

RÉSERVEZ VOS PLACESboutonreservation
directement sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/la-cambiale-di-matrimonio/

 

________________________________________________________________________________________________

Gioacchino Rossini (1792-1868)
La Cambiale di matrimonio
Le Mariage par lettre de change
Farce créée au Théâtre San Moisè à Venise en 1810
Livret de Gaetano Rossi
Création Atelier Lyrique de Tourcoing  2016

Direction musicale : Emmanuel Olivier
Mise en scène : Laurent Serrano

Tobia Mill, un commerçant anglais : Sergio Gallardo
Fanny, fille de Mill : Clémence Tilquin
Edoardo, amant de Fanny : Jérémy Duffau
Slook, agent de Mill au Canada : Nicolas Rivenq
Norton, caissier de Mill : Ugo Guagliardo
Clarina, secrétaire : Pauline Sabatier

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

CD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler)

muller-jean-piano-hanssler-sonatas-mozart-review-annonce-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler – 2016) – Les 4 Sonates de ce vol 2, Ă©clairent la prodigieuse vitalitĂ© inventive de Wolfgang, alors adolescent, souvent touchĂ© par la grâce, Ă  Munich puis Mannheim… Ainsi se prĂ©cise l’idĂ©al des Lumières, celui prĂ©classique et galant des annĂ©es 1770 qui confirme le style europĂ©en de Mozart. C’est une Ă©criture dont la perfection formelle souvent aimable et virtuose n’écarte ni profondeur ni sincère tendresse. Jean Muller, pianiste remarquablement articulĂ©, d’une volubilitĂ© rĂ©jouissante, Ă  l’acrobatie Ă©lastique aux milles nuances, poursuit ce qui s’annonce comme un intĂ©grale des Sonates mozartiennes, après un vol 1 Ă©galement Ă©ditĂ© chez Hänssler.

Respectons la chronologie mozartienne. Les Sonates munichoises du cd constituent un corpus de 6, celle écrites à Munich où Mozart séjourne avant Mannheim, vers 1774-1775. A 19 ans, alors sur le métier de La Finta Giardiniera, Wolfgang éblouit par la richesse de son inspiration qui explore et expérimente autant à l’opéra que dans le genre sonate.
La K 282 est l’une des plus facétieuses et enjouées, riche en surprises, et aussi en suspense (début du Menuetto). Mozart s’y révèle un frère artistique proche de l’humour de Haydn son ainé. Mais le début de l’Adagio placé en premier mouvement, surprend tout autant pas sa délicatesse pudique à laquelle la digitalité de Jean Muller apporte une fluidité bondissante et rafraîchissante qui donne l’impression d’une section scherzando comme improvisée.

 

 

 

 

Finesse, humour, virtuosité… les Sonates de Mozart régénérées…
Jean Muller, superbe mozartien

 

 

La K 279 trahit une conception encore baroque tardive dans l’écriture qui rappelle évidemment le clavecin et ses effets d’un flux non continu mais déroulé par séquences. Jean Muller réussit à équilibrer séduction digitale et subtilité expressive. Le charme et l’élégance qu’y déploient Mozart, restent emblématique de son raffinement naturel comme de sa prodigieuse versatilité (éclats de rire dans le premier Allegro ; plis et replis d’une pudeur préservée dans le chant lumineux et presque secret de l’Andante).

La K 284 couronne le cycle des 6 Sonates munichoises. C’est la plus longue et la plus redoutable techniquement. Son premier mouvement déploie une architecture et un souffle orchestral. Le mouvement lent est un Rondeau en polonaise, subtil et intérieur (le jeu déploie un velouté suggestif).
La volubilité et la versatilité de Mozart redoublent d’intensité, en particulier dans le mouvement final et ses 12 variations, miroir d’une inspiration virtuose et sans limites qui sur le rythme d’une gavotte faussement badine, enchaîne les acrobaties les plus audacieuses. L’imagination de Mozart va plus loin encore qu’auparavant ; le pianiste libère toutes les facettes d’une prodigieuse inventivité (finesse éthérée, voire céleste de la variation 11, Adagio cantabile). Toutes les ressources de la technique et de l’écriture visent la sincérité et atteignent à une justesse de ton, jamais artificielle.

Mozart_1780Comme un concentré d’équilibre, Jean Muller place en ouverture de son programme la très aimable Sonate K 311. En 1777, Mozart apprend et assimile les caractères de l’école de Mannheim : nervosité, expressivité, élégance et flexibilité, surtout intense dramatisme qui explique combien l’écriture orchestrale et aussi comme ici pianistique, s’y trouve proche de … l’opéra. Dans sa vie personnelle, Mozart trouve à Mannheim, l’amour, au contact de la famille Weber, d’abord épris de Aloysia, puis de sa sœur Constanze, sa future épouse. Energie, exaltation, profondeur et tendresse s’entendent dans la K 311: souffle orchestral du premier mouvement ; duetto amoureux de l’Andante con espressione ; ivresse dansante du Finale. Jean Muller cisèle en particulier l’articulation des climats du Rondeau final (Allegro) dont il exprime avec une précision quasi électrique la diversité des séquences ; la palette expressive s’embrase mais toujours avec une élégance intérieure réjouissante. L’agilité mozartienne, sa volubilité virtuose se manifestent clairement de l’un à l’autre mouvement. Et l’interprète grâce à une articulation qui soigne les phrasés (admirable suspension millimétrée des reprises et des fins de phrases), insuffle un idéal d’élégance tout au long d’un jeu pourtant expressif et très contrasté. Pétillant et flexible.
CLIC D'OR macaron 200Ce recueil est une grande réussite. Jean Muller se montre un orfèvre du style et de la nuance. Goût maîtrisé du risque ; comme nous l’avons souligné beauté des phrasés souverains ; flexibilité ronde et facétieuse, préservent ici l’urgence, la profondeur, la passion. Ce Mozart est aussi tendre, intense que mûr et ambitieux. Passionnant. On attend la suite avec impatience. Parution : février 2020.

 

 

 
 

________________________________________________________________________________________________

CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 : K 311, K 282, K 279, K 284 (1 cd Hänssler – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Luxembourg, aoĂ»t 2016) – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

 
 

LIRE AUSSI notre dépêche annonce du cd MOZART VOL 2 par Jean MULLER (Hänssler)

 

 
 

 

LIRE AUSSI notre ENTRETIEN avec JEAN MULLER

________________________________________________________________________________________________

 

Les noces de l’humour et de l’Ă©lĂ©gance

 

 

ENTRETIEN avec JEAN MULLER, piano. A l’occasion de son 2è volume des Sonates de Mozart édité par Hänssler (février 2020), le pianiste luxembourgeois Jean Muller répond aux questions de CLASSIQUENEWS. L’intégrale en cours et qui comprendra à l’horizon 2022 (printemps) 5 volumes, s’annonce déjà comme une version de référence, tant par la justesse des intentions poétiques, que l’éloquence articulée que sait y déployer l’interprète. Jean Muller a raison de souligner combien le classicisme de Mozart à Vienne incarne un âge d’or esthétique, où la forme fusionne avec le sens. Rien n’est donc purement décoratif ici. Et malgré son jeune âge, Wolfgang bouleverse à bien des égards. C’est bien le propre du pianiste que d’éclairer ici, sur son propre Steinway D, la sincérité et la profondeur sous le masque de l’invention et aussi de la facétie. Entretien pour classiquenews.

 

 

 
JEAN-MULLER-PIANO-MOZART-582

 

Illustrations : portrait de JEAN MULLER © Kaupo Kikkas
 
 

 

 

Judith et Holopherne du Caravage, le tableau redĂ©couvert (L’affaire Caravage : 2016 – 2019)

judith-et-holopherne-version-toulouse-2014-analyse-decouverte-film-classiquenews-2014-Giuditta_e_Oloferne_-_TolosaARTE, Dim 23 fév 2020, 17h30. C’est la redécouverte d’un Caravage la plus spectaculaire, survenue à Toulouse en 2014. Les œuvres du peintre italien qui marque l’histoire de la peinture par son fort réalisme, son clair obscur dramatique et la violence pourtant poétique de ses sujets demeure l’un des génies les plus saisissants de la peinture. Caravage a inventé le langage baroque.

Grande toile, « Judith décapitant Holopherne », est la plus récente œuvre redécouverte, attribué au maître du baroque Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610). Les spécialistes internationaux discutent encore de son attribution : Caravage ou pas ? Dans le docu diffusé par Arte, l’expert parisien Éric Turquin affirme sn authenticité. Réalisé en 1607, le tableau, fascinant par son réalisme cru et son jeu de lumière, est alors estimé entre 120 et 150 millions d’euros. N’hésitant pas à créer un événement retentissant pour faire monter les enchères, la stratégie de l’expert Éric Turquin vise alors à organiser une vente spectaculaire.
Caravage judith comparaison toile critique analyse caravage classiquenewsPourtant l’œuvre, suscite encore des interrogations et divisent les experts et collectionneurs. Certes le visage de Judith, fière, déterminée marque les esprits ; mais le cou de la vieille qui porte entre ses mains, le drap sombre prêt à recueillir la tête décapitée, pose problème… Le vrai sujet du film reste la force poétique des oeuvres du Caravage dont la vie tumultueuse voire scandaleuse est évoqué. Homme des sujets passionnés et crus (ici une décapitation représenté avec les filets de sang), Caravage suscite des réactions exacerbées de la part des collectionneurs et spécialistes qui l’admirent. Documentaire de Frédéric Biamonti (France, 2018, 1h27mn)

 

 

 

JUDITH-holopherne-toulouse-2014-detail-classiquenews-judith-abra-analyse-classiquenews-Giuditta_e_Oloferne_-_Tolosa

 
 

 
En un Ă©pisode romanesque imprĂ©vu,  la toile finalement ne passera pas en salle des ventes Ă  Toulouse (enchères annoncĂ©es en juin 2019) mais sera vendue de la main Ă  la main au profit d’un collectionneur privĂ© qui s’est proposĂ© ensuite de la dĂ©poser dans un grand musĂ©e .. lequel et quand ? A suivre.

  

  

 

________________________________________________________________________________________________

VOIR le TEASER sur ARTE :

https://www.arte.tv/fr/videos/082229-000-A/l-affaire-caravage/

 

 

 judith-et-holopherne-version-toulouse-2014-analyse-decouverte-film-classiquenews-2014-Giuditta_e_Oloferne_-_Tolosa

 

 

Illustrations : Judith décapitant Holopherne (toile découverte en 2014 dans un grenier de Toulouse)

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Sur le même thème, LIRE notre présentation de l’oratorio vénitien Judith Triomphans de VIVALDI
http://www.classiquenews.com/judith-triumphans-de-vivaldi/
Illustrée par une autre version de Judith par Caravage (Rome, Palazzo Barberini)

 

 

 

JUDITH-HOLPHERNE-caravage-classiquenews-analyse-classiquenews-Judith-ROME-barberini-classiquenews

 

Judith dĂ©capitant Holopherne (version originale / 1598. Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica, Palazzo Barberini)
 

 
Caravage authentique ou copie d’époque ?

________________________________________________________________________________________________

La Judith de Toulouse, exposée un temps à Milan, a été comparée avec une version originale jusque là connue, copie d’époque, propriété de la Banque Intesa Sanpaolo à Naples. Le commissaire priseur enthousiaste estime quant à lui que la toile de Toulouse est un original qui provient de l’atelier de Caravage à Rome ou à Naples : en 2017, à l’occasion d’une conférence donnée au musée des Augustins devant 225 experts judiciaires, Marc Labarbe, commissaire-priseur à Toulouse précisait : « Claudio Falcucci et Rossella Vodret ont procédé à un examen scientifique du tableau, leurs découvertes font pencher les experts vers un consensus en faveur de l’authenticité ». Voilà qui est clair. La technique est la même que les toiles réalisées à Naples vers 1607, diagnostic établi par Rossella Vodret qui a ausculté plus de 22 toiles du maître. D’autant que la radiographie a révélé des repeints sous jacents, du même type que ceux de la toile de Milan.

 

 

 

 

 

VOIR LE TEASER VIDEO

 

La dĂ©couverte d’un tableau du Caravage dans un grenier Toulousain – par MaĂ®tre Labarbe et Eric Turquin (avril 2016)

 

 

 

 

 

Ce Caravage est un authentique :

 

 

Eric Turquin explique la découverte de la toile… et pourquoi il penche vers un original car les repeints encore visibles attestent d’une peinture qui a gardé les marques d’une conception originale en cours d’affinage par le peintre lui-même…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Livre événement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (éditeur BLEU NUIT, déc 2019)

brosse jeanpatrice livre critique review classiquenews clic de classiquenews bleu nuit editeur 9782358840927-475x500-1Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019)  -  Dans ce dernier tome de son histoire du clavecin, l’auteur met en lumière le destin du clavier baroque dès la fin du XVIIIè, avec l’essor des nouveaux modèles ou pianoforte fortement concurrentiels ; l’instrument emblĂ©matique de l’Ancien rĂ©gime sous la RĂ©volution française, certes a Ă©tĂ© dĂ©truit, dĂ©testĂ© en raison de ce qu’il reprĂ©sentait ; mais l’auteur montre combien le clavecin s’est maintenu tout au long du XIXè, rĂ©vĂ©lant l’action de producteurs de concerts Ă  Paris (FĂ©tis, Prince de la Moskova, AmĂ©dĂ©e MĂ©reaux…) qui continuent de programmer les oeuvres de Rameau ou Couperin, suscitant mĂŞme l’enthousiasme des grands pianistes romantiques passionnĂ©s eux aussi par l’instrument et le rĂ©pertoire baroque ; le cas le plus emblĂ©matique reste Chopin, comme on le sait, passionnĂ© par JS Bach et aussi, ce qui est moins connu, François Couperin. Cette filiation avĂ©rĂ©e, passionnante n’est toujours pas abordĂ©e au concert : on s’en Ă©tonne toujours. Certains virtuoses du clavier romantique, jouent le clavecin comme Ignaz Moscheles (sur un Shudi) chez FĂ©tis d’ailleurs.

Ailleurs, ce sont les grands virtuoses du  piano qui cultivent une saine curiosité pour les Baroques, jouant leurs pièces conçues pour le clavecin : Louis Farrenc et son élève Marie Mongin (Rameau, Couperin, Bach), … tout cela conforte le goût de Berlioz qui n’a jamais goûté réellement le timbre ni les délices de la mécanique du clavecin. Pour lui quand un piano sonnait mal, il sonnait comme un clavecin qui « clapote »… voilà qui est dit.

En définitive, le goût du Baroque n’a jamais faibli tout au long du XIXè romantique ; saluons Fétis et ses concerts parisiens qui dans les années 1830 et jusqu’au milieu des années 1850, programme encore les compositeurs baroques et aussi de la Renaissance dont Jannequin ! Pionnier et visionnaire Fétis révèle une sensibilité inouïe aux timbres et à l’aptitude des instruments à jouer « leur » répertoire ; il n’hésite pas à mesurer exactement en le discréditant la pertinence d’un Erard s’agissant des partitions du Fitzwilliam virginal Book (qui regroupe une collection d’œuvres anglaises signées Byrd, Bull, Gibbons, Morley…).

 

Des éléments mêlés… A contrario d’une histoire de l’art et de la musique où tout s’enchaîne distinctement ; où de nouveaux éléments prennent la place des anciens, l’auteur montre en réalité que tout se mêle, se chevauche et souvent fusionne…. ainsi le clavecin, instrument royal à l’époque des Lumières perdure quand les premiers pianoforte affirment leur voix spécifique : incroyable révélation que cet instrument double à la fois clavecin et pianoforte, comportant deux claviers avec sautereaux et becs de plume, et un clavier dont les cordes sont frappées avec des marteaux ; les 2 esthétiques se mêlent et peuvent être jouées par le même musicien ; un tel « monstre fascinant » est présent chez les Mozart ; il est aussi loué par Diderot et D’Alembert dans leur Encyclopédie méthodique (1785).

 

Les sociétés de musique ancienne à Paris, comme les mécènes ayant favorisé ce goût de l’Antiquité sont évoquées avec justesse. Les concertos de Poulenc ou de Falla n’émergent pas d’un contexte nouveau ; ils participent et prolongent d’une tradition qui n’a en réalité jamais cessé de se maintenir. Dans ce regard qui efface bien des classements et compartimentations réducteurs, l’auteur souligne l’apport de certaines œuvres très riches en enseignement dans ce rapport continu au XVIIIè : ainsi Manon l’opéra de Massenet qui en 1884 cristallise la passion de l’époque pour un certain XVIIIè : l’ouvrage lyrique est nourri de danses baroques et de références évidentes, assumées.

CLIC D'OR macaron 200Erudit mais accessible, voire souvent passionnant, l’auteur Jean-Patrice Brosse, claveciniste et organiste, tort le cou à nombre de préjugés et d’idées reçues. C’est toute une perspective de la connaissance et de la recherche qui s’en trouve modifiée ; l’apport est majeur et le livre, captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2020.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CLIC_macaron_2014Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019) – RĂ©f: 9782358840927 (176 pages) – 20 x 14 cm – collection « Horizons », 2è Ă©dition – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

http://www.bne.fr/page77.html

CD, DVD, BLU RAY. STRAUSS, New Year concert, Concert du Nouvel AN 2020, Andris Nelsons, Vienna Philharmonic (Sony classicla)


ANDRIS NELSONS vienna philharmonic neujahrskonzert new year concert 2020 cd reviex dvd blu ray classiquenewsCD, DVD, Blu ray, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS… Wiener Phil. Andris Nelsons
, direction (SONY CLASSICAL). Le concert du NOUVEL AN à VIENNE, ce 1er janvier 2020 marque les débuts dans cet exercice du chef letton Andris Nelsons (41 ans), musicien déjà familier des instrumentistes viennois, avec lesquels il a enregistré l’intégrale des Symphonies de Beethoven pour DG Deutsche Grammophon. C’est aussi un concert de gala qui ouvre les festivités des 150 ans de la création du Musikverein, salle mythique, dite la boîte à chaussure magique, dans laquelle tous les concerts du Nouvel An se sont déroulés.

Polka rapide composée par Edouard Strauss (le dernier de la fratrie Strauss, aux côtés de Johann II et Josef ; celui qui a brûlé partitions et matériel d’orchestre sous un coup de folie) :

Le caractère général de cette année est dévoilé dès la première œuvre choisie par le chef pour son premier Concert du Nouvel An : de Carl Michael Ziehrer, Die Landstreicher / Les Vagabonds (Ouverture). Le chef letton affirme d’emblée sans préambule une joie militaire, galop à la Offenbach, un rien pétaradant (avec coups de piccolos) ; musique un peu trop décorative et narrative pour un début : la sonorité est un rien tendue qui manque de détente, de souplesse. Heureusement, ce raffinement viennois qui nous manquait tant, surgit à l’éclosion de la valse finale : mais Ziehrer ne maîtrise pas l’orchestration comme Johann II et ses frères ; cela sonne un peu raide et sec.

Dans Message d’amour (Liebesgrüße), valse opus 56 de Josef Strauss, la direction est dure et épaisse ; le maestro a choisi surtout des pièces d’inspiration et de caractère nettement militaire comme l’atteste la pièce qui suit du même Josef S : « Liechtenstein-Marsch » op. 36, exclamation militaire énoncée comme un quadrille enlevé qui semble évoquer la superbe des armées, en leurs parades de rangs serrés, parfaitement alignés. Le geste pourtant clairs et précis confine à la mécanique.

La Blumenfest-Polka (Flower Festival Polka) op. 111 de Johann Strauss II, est enfin la première oeuvre du programme, de vrai grand raffinement aux équilibres instrumentaux plus subtils qui forcent le chef à mieux polir la cadence et colorer davantage en piani plus ciselés. Mais le geste demeure généreux et avare en gradations infimes, en phrasés pourtant inscrits et si délectable dans le cas de Johann II. Puis du même Johann, seigneur et souverain de la valse viennoise, c’est « Wo die Zitronen blüh’n », Waltz, op. 364 (Where the Lemon Trees Blossom) : Grande valse au pays des citronniers en fleurs. le début a la flamboyance d’un début wagnérien : cor et flûte enchantés ; c’est un lever de rideau, comme dans un rêve qui dure encore au moment du réveil. Visiblement, maestro Nelsons allège le trait, change son allure militaire et carrée, pour une souplesse quasi naturelle. Même geste fluide et trépidant dans la dernière pièces, courte et enlevée qui conclut la partie 1 du concert viennois : Knall und Fall, Polka rapide, op. 132 d’Eduard Strauss, celui qui a brûlé partitions et matériel d’orchestre sous un coup de folie, comme pour se venger de ses ainés trop écrasants… Enfin la pétillance du champagne emmenée en une frénésie certes un peu clinquante se livre à nous par un orchestre en incandescence.

La deuxième partie débute par une ouverture fameuse pour son rythme trépidant et ses couleurs frénétiques dont la cadence et l’orchestration rappellent … Rossini (celui du Guillaume Tell, à l’ouverture elle aussi, trépidante et très suggestive). L’ouverture de Leichte Kavallerie de Franz von Suppé confirme une écriture taillée pour le drame et le théâtre ; les cors sont à la fête, d’une effervescence exacerbée ; on y retrouve l’entrain de l’ouverture de Guillaume Tell, sa facétie, sa franchise, sa fougue martiale. La carrure du chef va bien à la frénésie conquérante de la musique de Suppé.

 

 

 

 

 

 

Andris Nelsons dirige les Wiener Philharmoniker
Grisant mais pas Ă©blouissant

 

 

CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE 2020

 

 

 

Dans Cupido, Polka française op. 81 de Josef Strauss, l’orchestre retrouve son aplomb naturel en un rythme modéré (pas trop rapide selon la tradition de la polka française) où souveraines, les cordes sont aguicheuses, d’une suavité élégantissime. Le point d’orgue du programme qui sait jouer aussi la carte touristique avec le concours du Ballet de l’Opéra de Vienne, est la très belle valse de Johann II :
« Seid umschlungen, Millionen! » / Be Embraced, You Millions! / Embrassez-vous par millier, Waltz op. 443, où l’orchestre joue la partition d’une séquence filmée (le concert est comme chaque année retransmis en direct dans le monde entier) : dans l’enfilade des salons de la résidence d’hiver du prince Eugène de Savoie, danseurs et musiciens racontent le rêve éveillé d’une jeune femme qui revêt une robe de dentelles rouges, au bras d’un prince d’un soir : le couple se forme, se cherche, s’évalue (chorégraphie de Carlos Martinez), au rythme de la subtilité d’une musique entêtante à souhait ; la voici notre équation réussie du kitsch à la viennoise ; temps suspendu que permet la féerie de la valse de Johann II.
Sur ce rythme enlevé, les pièces se succèdent : Fleur de glace, mazurka de Josef Strauss (Polka mazurka op. 55, arrangement: Wolfgang Dörner) dont on retient le chien et le tempérament ;
La gavotte de Josef Hellmesberger Jr. dont les pizzicati maîtrisés réactivent la délicatesse et la rondeur des Wiener Philharmoniker, ambassadeurs inspirés de cette danse héritée du XVIIIè ; le galop du Postillon (op. 16/2, Arrangement: Wolfgang Dörner) du Strauss danois, Hans Christian Lumbye et qui permet au chef amusé, de jouer du clairon car il a commencé sa carrière de musicien en jouant cette partie… Là encore, signature du programme dans son ensemble, c’est la verve militaire et le rythme rien que conquérant jusqu’à la transe qui marquent les esprits.

Clin d’oeil à l’anniversaire Beethoven en 2020 (250è anniversaire de la naissance en 1770 à Bonn), l’orchestre joue quelques unes des contredanses de Ludwig van B., soit les pièces 1, 2, 3, 7, 10 & 8 des 12 Contretänze WoO 14. C’est un festival de courtes pièces d’une rare frénésie chorégraphiques en effet et qui se prêtent idéalement à leur mise en danse par trois couples du Ballet de l’Opéra de Vienne dont l’une des danseuse en look Dior, chapeau / jupe au dessin parisien. Mais les danses elles sont très mozartiennes ; dont certaine ont une mélodie qui sera repris dans le ballet « Les Créatures de Promothée » ; avec cette trépidation rythmique, si emblématique de la symphonie n°8 (entre autres) : tout le génie de Ludwig est concentré, avec ce goût de la variation, cette nervosité virile d’un Beethoven traversé par une fougue primitive.
Le concert se déroule ensuite en soulignant le raffinement et l’invention mélodique des ainés de la fratrie, aussi inspirés l’un que l’autre : surtout Johann Strauss Jr. : « Freuet euch des Lebens » (Joies de la vie : valse opus 340 écrite et jouée ici même pour inaugurer le Musikverein (janvier 1870) ; puis l’inusable Tritsch-Tratsch Polka,
Polka rapide op. 214 qui reste le grand classique de la trépidation viennoise avec la caisse claire, rythmiquement nerveux et enjoué, d’une séduction irrésistible.

Tout concert du Nouvel An à Vienne ne peut se terminer sans ses deux volets de conclusion, signés des deux Johann, le fils et le père : Le beau Danube bleu (Johann II) dont le début est à peine esquissé pour permettre au chef et aux musiciens de dire leurs voeux ; puis cette autre poncif : La Marche de Radetski (du père, Johann I), qui permet au public, conquis à ce stade du concert, d’interagir avec le chef, en claquant des mains … le rituel est rodé ; il est devenu parfaitement huilé. Au risque d’une certaine routine. Dans sa continuité, ce concert du Nouvel An à Vienne ne dépare pas de la perspective déjà écoutée. On y relève cependant pas la finesse d’élocution comme la subtilité dont ont été capables en leur occasion, les maestros précédents tels Dudamel, Jansons, Welser-Möst… Avec Nelsons, et avant lui en 2018, Muti, comme avant Thielemann, la finesse et la grâce ont laissé la place à l’intensité et la fougue. Question de style.
Grisant mais pas éblouissant. A chacun sa préférence. SONY édite le cd et le dvd du concert du Nouvel An 2020 (comme chaque année).

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, DVD, BLU RAY, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS… Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.

 

 

En savoir plus, visitez le site de SONY CLASSICAL :
mariss-jansons-vienna-wiener-philharmonic-new-year-concert-2020-critique-cd-dvd-blu-ray-critic-review-classiquenews

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

LIRE nos précédents critiques et comptes rendus du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE :

1er janvier 2018 : Riccardo MUTI dirige le concert du NOUVEL AN à VIENNECompte rendu, critique, concert. Vienne, Musikverein, le 1er janvier 2018. CONCERT DU NOUVEL AN 2018. Wiener Philharmoniker / Riccardo Muti, direction. Pour le concert du Nouvel An à Vienne ce 1er janvier 2018, revoici les instrumentistes du Philharmonique de Vienne sous la direction du chef familier pour eux, Riccardo Muti. Nous les avions quittés ici même le 1er janvier 2017 sous la direction de Gustavo Dudamel : jeune et très précis maestro : le plus jeune alors depuis des décennies à diriger les prestigieux instrumentistes autrichiens. Les ors et les fleurs en surabondance, selon le goût spécifique des Viennois pour l’ultra kitsch (Sissi n’est pas loin, sans omettre les fastes sirupeux de Schönbrun), soulignent l’importance musical, surtout médiatique de l’événement.

 

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker. Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les télévisions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilà assurément à un moment important de célébration collective, le moment musical et symphonique le plus médiatisé au monde. En plus des talents déjà avérés des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est évidemment le nouvel invité, pilote de la séquence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques).

 

 

et aussi :

LIRE AUSSI nos prĂ©cĂ©dents comptes rendus du Concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE 2016, 2015, 2014, 2012, 2010… :

Mariss Jansons / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2016
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-concert-du-nouvel-an-2016-a-vienne-neujahrskonzert-new-years-concert-2016-vienna-philharmonic-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-mariss-jansons-directio/
Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au génie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/
Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/
Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/
Georges PrĂŞtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010

 

 

CD, événement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil (1 cd Klarthe)

modernisme bastien still nemtanu chostakovitch tchesnokov cd critique classiquenews KLA087couv2_lowCD, événement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil  (1 cd Klarthe)  -  A la pointe des projets originaux et participatifs, l’éditeur Klarthe édite un programme magistralement investi, fruit d’un appel aux dons passés sur les plateformes dédiées ; la promesse est exaucée : la réalisation est indiscutable et nous plonge dans cette modernité propre aux années 1920 quand l’URSS s’ouvre à la modernité européenne (d’où le titre « Modernisme »), grâce à de forts tempéraments : Chostakovitch (Symphonie n°1, 1926), le moins célèbre Boris Liatochinski (Ballade pour piano op. 24 en 1929); les deux partitions sont mises en perspective avec le compositeur contemporain ukrainien, Dimitri Tchesnokov dont la violoniste Sarah Nemtanu crée ici le très dense et éclectique, Concerto pour violon opus 87.

Dans sa Ballade, Boris Liatochinski (1895-1968) écrit une magistrale synthèse du post romantisme surexpressif entre Scriabine, Stravinsky, Bartok. En une boucle qui ouvre et se referme sur un même ostinato grave voire lugubre, la pièce regorge d’accents (danse fiévreuse et impérieuse dans la seconde séquence), fruits d’un éclectisme expérimental ; exaltée par une orchestration raffinée, elle scintille même dans le noir, finement transcrite ici par Dimitri Tchesnokov, en une Fantaisie démoniaque aux résonances ténébreuses. L’œuvre diffuse peu à peu une inquiétude permanente, étrangeté libre, hypnotique d’un monde perdu ou condamné. Voilà qui installe une résonance évidente avec la Symphonie de Chostakovitch, jouée en dernière partie.

NĂ© en 1982, l’ukrainien Dimitri Tchesnokov assume les influences occidentales de Liatochinski, Schnittke, Pekka-Salonen et John Adams ! Il a aussi travaillĂ© en France auprès de Guillaume Connesson. Le Concerto, commande du chef Bastien Stil, est certainement emblĂ©matique de son Ă©clectisme pourtant puissant et personnel, très narratif ; l’oeuvre enchaĂ®ne 3 mouvements plutĂ´t caractĂ©risĂ©s : Largo oĂą la ligne soliste de l’alto se dĂ©tache en libertĂ©, en une cheminement libre, tendu (somptueuses lignes dans l’aigu), ivre, ponctuĂ© par des clusters orchestraux longs, Ă©tirĂ©s, au souffle dramatique ; enchaĂ®nant danse lĂ©gère et nerveuse, puis marche finale.
Le volet central  (Intermezzo) ressuscite les enchantements nocturnes comme la rĂŞverie d’un promeneur solitaire : s’y affirme le goĂ»t du compositeur pour une orchestration fine et raffinĂ©e (bois bavards et saillants) et aussi des changements de climats rapides car le soliste emporte bientĂ´t tout l’orchestre dans un cheminement plus fanfaronnant, enivrĂ©, exaltĂ©, interrompu, dont la verve annonce le dernier mouvement : Finale « la Ronde », le plus court des 3 mouvements, c’est un scherzo nerveux et agile conduit par l’éloquence quasi Ă©lectrisĂ©e du violon dont le discours s’intensifie, s’embrase ; vivifiĂ© par une ligne quasi rhapsodique, c’est Ă  dire libre, aux traits virtuoses acĂ©rĂ©s puis aux longues phrases Ă©tirĂ©es qui convoquent un ultime repli, pudique …qui conclut la pièce dans le murmure.
Il y faut toute la démesure intérieure de Sarah Nemtanu, sa très riche palette de nuances, dans les pianos ténus, les acoups exacerbés pour en comprendre la versatilité dramatique et jamais superficielle, pour en faire jaillir le sens d’une virtuosité tournée vers l’urgence intérieure.
La diversité des épisodes, le soin dans la caractérisation instrumentale en particulier dans le tissu orchestral pourraient envisager une perte de l’équilibre et de la cohérence globale ; rien de tel car jaillit du début à la fin, un allant tragique, parfois menaçant et sourd qui apporte l’assise et l’architecture.

cd klarthe records modernisme chostakovitch liatochinski Tchesnokov cd campagne dons presentation annonce relais par classiquenews nouveau cd Klarthe records  ulule-page001.U8ozYYjSWN0ALe chef Bastien Stil souligne dans la Symphonie n°1 d’un Chostakovitch (1906-1975) âgé de … 19 ans, ce qui compose sa profonde unité et sa cohérence à travers les quatre mouvements enchaînés. Déjà l’auteur maîtrise son langage, l’un des plus ambivalents, à la fois enivré (la valse dès le premier mouvement) et sarcastique, tendre et ironique. Au rire déjà trouble, interrogatif de l’Allegretto, faussement amusé voire facétieux, répond l’Allegro de forme scherzo, grinçant voire parodique. La densité et l’épaisseur se renforcent encore dans le Lento, pesant et mystérieux (hautbois puis flûte tendus, lointains mais « inquiets ») où se colore la ligne parfois imperceptible mais durable de la trompette : s’y déploie l’étoffe tragique qui enveloppe toutes les partitions du compositeur. Saisi entre un calme de façade et une angoisse plus ténue. Chef et orchestre donnent la mesure de cet état intermédiaire, qui pourrait être inconfortable, mais qui installe un souffle puissant, équivoque et étrangement grandiose. Voilà le vrai et le plus authentique Chostakovitch qui s’affirme ici avec une maîtrise sonore, un sens de la construction, … remarquables.
Comme chez Ravel, l’énergie heurtĂ©e, versatile du Finale s’emporte en une ultime liesse dĂ©bridĂ©e (piano dĂ©lurĂ©, et tous les pupitres comme exaltĂ©s, ivres…), elle aussi ambivalente, qui tient de l’exaltation et de la libĂ©ration, de la violence surtout, Ă  la fois animale, instinctive, terrifiante ; la texture, l’architecture, l’épaisseur de ce Finale, d’une ahurissante maturitĂ© au regard de la jeunesse de l’auteur, sont dĂ©taillĂ©es et incarnĂ©es avec une sincĂ©ritĂ© et une comprĂ©hension, passionnantes. Le chef et les instrumentistes de l’Orchestre Symphonique National d’Ukraine en dĂ©livrent toute l’intensitĂ© jusqu’aux limites des timbres (bois et cordes), dans le tutti final, lui aussi, au sommet de l’ambivalence (apothĂ©ose et fin, ou syncope et interruption ?). Tout est lĂ  dans ce mystère non Ă©lucidĂ© d’une fin en pointillĂ©s.

 
 

  
 

 

________________________________________________________________________________________________

CLIC_macaron_2014CD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil – 1 CD Klarthe : K 087 (Distribution : PIAS) – DurĂ©e : 1h07min

________________________________________________________________________________________________

 
 

 

VOIR le TEASER VIDEO 
https://www.youtube.com/watch?v=-Fh4hy-enlc

L’album « Modernisme », sous la baguette du chef d’orchestre Bastien Stil avec la violoniste Sarah Nemtanu, plonge au cĹ“ur de la musique soviĂ©tique entre 1917 et 1932…
The album “Modernism”, under the baton of the talented conductor Bastien Stil and featuring the brilliant violinist Sarah Nemtanu, takes you into the heart of Soviet music from 1917 to 1932 …
Listen to the emblematic 1st Symphony by Shostakovich in a remarkable performance of the National Symphony Orchestra of Ukraine. Discover Liatochinski’s “Balade” Op.24 and finally the world’s first recording of Dimitri Tchesnokov’s Violin Concerto composed in 2015 in resonance of the great masters of the past.

  

Programme :

Boris Liatochinski (1895-1968), orchestration Dimitri Tchesnokov
Ballade op. 24

Dimitri Tchesnokov (1982)
Concerto pour violon et orchestre op. 87
(création)

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n°1 op. 10

 
 
 

Achetez  :
https://smarturl.it/modernisme?IQid=www.klarthe.com

 
 
 

CD, critique. ELSA DREISIG, sop. MORGEN. STRAUSS (1 cd ERATO, 2019)

DREISIG elsa cd morgen strauss critique cd classiquenewsCD, critique. ELSA DREISIG, sop. STRAUSS (1 cd ERATO, 2019). Le cheminement de ce récital est contrarié ; il débute pour le dire simplement, instable et timide ; puis à partir du second Rachmaninov, pose plus franchement les options de l’interprète, et dans les Strauss, une maîtrise texte et legato, plus affirmée dans le 4è lied. Ainsi la voix sonne petite, serrée, aigus tendus, sans cette chair onctueuse qui doit faire les délices des Rachmaninov ; son Duparc (L’invitation au voyage) reste étriqué aussi, avec une articulation parfois inintelligible ; même constat pour Phidylé bien que l’intonation et la ligne soient mieux maîtrisées.
Les Strauss sont les plus attendus dont les quatre (faux) derniers lieder ; ici on préfère l’entente intimiste, personnelle, diaphane et filigranée chant / piano, aux équilibres ténus qui expose tout autant la voix : Frühling manque de respiration éperdue, de souffle, de grandeur dans ses évocations climatiques ; voilà qui nous rappelle une autre diva, Anna Netrebko qui se risquait elle aussi dans les Quatre derniers lieder sous la direction de Barenboim, récital et cd vite oubliés qui montraient cependant une force dramatique correspondant exactement aux ressources réelles de la diva austro-russe. Concernant Elsa Dreisig, il est évident que le choix vient d’une affection personnelle pour le répertoire, mais la tessiture de la soprano française est-elle réellement celle pour les lieder straussiens ?

Duparc, Rachmaninov, Strauss…
ELSA DREISIG, le goût du risque…

Par contre saluons la tendresse allusive du piano de Jonathan Ware (Phidylé). Quelque chose se produit, articulation plus percutante, plus de texte et d’accents, de précision et d’éclat dans le second Rachmaninov, vraie petite scène opératique par ses humeurs contrastés, volubiles (Krysolov)… on espère que la soliste poursuive ainsi sur cette lancée, dans cette justesse expressive.
September et ses harmonies miroitantes doit enivrer, mais ici reste terre à terre en lignes frêles et fragiles presqu’incertaines. Les tempos sont adaptés, ralentis pour mieux enchâsser la voix dans les notes du piano. Et justement, la partie pour piano, à défaut des ors orchestraux, captive elle véritablement (confirmation dans le piano solo : « Aux étoiles » où le pianiste fait chanter son instrument en se souciant de tous les plans sonores, distinguant la ligne mélodique principale, des colorations sonores qui l’enveloppent).
On se demande s’il était bien justifié de morceler ainsi les Quatre Vier lieder, au risque d’en disperser l’unité organique.

Les Rachmaninov qui exigent moins de legato et de souffle infini, jouant plus sur les couleurs et la rupture de la ligne, vont mieux à la voix, curieusement plus à son aise (très textuelle Romance n°1, opus 38 : fugace, mieux réussie).
Meilleure houle maîtrisée (et crépusculaire) dans Chanson triste, mais les aigus sont courts et durs, à peine tenus ; Extase est un pur instant poétique et mordoré, fusion indiscutable entre le clavier souverain et le chant comme enseveli (mais qui perd l’acuité du texte).

On reste surpris par le tempo Ă©tirĂ©, diluĂ©, – suspendu extatique de « Beim Schlafengehen » / En s’endormant – nouveau jalon des Strauss, de loin celui qui affirme le parti de lenteur des interprètes : le renoncement, la volontĂ© d’anĂ©antissement et de disparition, dans la mort et aussi le rĂŞve justifient des sĂ©ries de sĂ©quences ralenties, morcelĂ©es au risque de la perte de l’unitĂ© : la palette des couleurs, et les intervalles requis par la partition forcent la diva Ă  sortir du bois et affirmer cette fois une caractĂ©risation vocale dĂ©terminĂ©e, tranchante, indiscutable. Dans la mort et l’oubli, le chant s’affine : affĂ»tĂ©, percutant, il frappe directement. Bravo Elsa.

Le récital se referme avec le dernier des Quatre Lieder de Strauss : « Im Abdendrot » ; puis « Morgen » (qui donne aussi son titre au cd). Pâle et lugubre, aux couleurs d’une tendresse triste, le chant rayonne dans le premier, posé comme une interrogation sans réponse et dans un tempi très étiré (trop ?) ; mais les couleurs du piano sont superbes. Il est emblématique de terminer le récital avec « Morgen » / Demain (Et demain le soleil brillera encore) : hymne éperdu lui aussi au miracle d’une Nature toujours sublimée, renouvelée grâce à la caresse du soleil : chant de langueur, legato maîtrisé, aux nuances épanouies, Elsa Dreisig finit ce récital dans l’extase suave la plus convaincante. Voilà qui se termine mieux qu’au début. Ouf. Quoiqu’il en soit, et malgré les petites réserves émises, le courage et ce goût du risque doivent être encouragés. A suivre.

D’une façon générale, son précédent cd MIROIRS, « CLIC de Classiquenews » nous a paru mieux convenir à la voix, à sa tessiture (1 cd Erato, sept 2018).
https://www.classiquenews.com/cd-critique-miroirs-elsa-dreisig-soprano-1-cd-erato/

On attend et suivra la diva sur scène au fur et à mesure de ses prochains engagements, surtout au Staatsoper de Berlin (Musetta, janv 2020 ; Dircé dans Médée de Cherubini à Berlin fev 2020 ; puis Fiordiligi et Pamina en avril 2020 ; avant Paris où Bastille l’annonce en Gilda (juin 2020)

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. ELSA DREISIG, sop. MORGEN : STRAUSS, DUPARC, RACHMANINOV (1 cd ERATO, 2019)  -  Enregistré en juillet 2019, Paris.

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

________________________________________________________________________________________________

Découvrir la version originale pour orchestre, des Vier Letzte Lieder de Richard Strauss par Jessye Norman et Kurt Masur. La voix de Jessye Norman qui nous a quitté en septembre 2019, perce, embrase, saisit littéralement…. par sa puissance naturelle, ses couleurs, ses nuances :

https://www.youtube.com/watch?v=SDoqnjB7Um4

MORGEN de STRAUSS par Jessye Norman :
https://www.youtube.com/watch?v=z3r9ifssLZQ

SEPTEMBER de STRAUSS par Jessye Norman
https://www.youtube.com/watch?v=qtmEjXZx340
(1991, Salisbury Festival)

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

AGENDA

Le programme du cd MORGEN tourne en Europe

PARIS, mardi 28 janvier 2020, 20h.
TCE, cycle Grandes Voix

BORDEAUX, Gd Théâtre, le 30 janvier 2020

LONDON, le 2 fév 2020
Wigmore Hall

COLOGNE, le 4 fév 2020
Deutschlandfunk, Kammermusiksaal

BERLIN, le 10 fév 2020
Staatsoper, Apollosaal

TOULOUSE, le 27 avril 2020
Capitole

Voir toutes les dates de la tournée sur le site d’Elsa Dreisig
https://www.elsadreisig.fr

SAUL version KOSKY au Châtelet

SAUL-DAVIS-oratorio-opera-handel-critique-opera-classiquenewsPARIS, Châtelet : 21 – 31 janv 2020. SAUL, Kosky. La mise en scène du luxuriant metteur en scène australien Barrie Kosky, dans cette production crĂ©Ă©e initialement pour Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2015, fusionne non sans rĂ©ussite la musique baroque Ă  une chorĂ©graphie contemporaine, avec costumes somptueux revisitĂ©s dans l’esprit XVIIIè style Monty Python. Il en rĂ©sulte une manière de fĂ©erie flamboyante mais jamais outrĂ©e, dont les effets et accents collectifs (qui laisse une belle place au choeur … acteur primordial comme toujours chez Haendel) amplifient rythmes et saillies d’une musique certes d’oratorio, mais souvent plus expressive voire exacerbĂ©e qu’à l’opĂ©ra. La signature de Barrie Kosk, directeur de la Komische Oper de Berlin, rĂ©gĂ©nère le genre et lui insuffle une vitalitĂ© inexistante avant lui.
Le livret est signé Charles Jennens : il met en lumière l’esprit sombre, jaloux, âpre de Saul, qui bascule bientôt dans la folie.
L’oratorio style entertainment, déluré, mais poétique, comme une revue de cabaret, a ainsi voyagé au Festival d’Adelaïde en 2017 et à Houston en 2019, après un deuxième passage au Festival de Glyndebourne en 2018. Kosky a commencé sa carrière à l’opéra avec l’Orfeo de Monteverdi que dirige René Jacobs en 2003 au Festival d’Innsbruck.

 

 

 

SAUL-glynebourne-chatelet-opera-critique-barrie-kosky-classiquenews

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

6 représentations au Châtelet
21 > 31 janvier 2020, 20h
RESERVEZ directement sur le site du Châtelet
https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

Production du Glyndebourne Festival 2015
En anglais surtitré

 

 

Laurence Cummings, direction
Barrie Kosky, mise en scène

SaĂĽl / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karna Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulett
David : Christopher Ainslie
Le Grand Prêtre / Doeg / Abner / un amalécite : Stuart Jackson
La sorcière d’Endor : John Graham-Hall

Danseurs
Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole , Damian Czarnecki (Doublure danseur)

Les Talens lyriques

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

VIDEO avec le contreténor britannique Iestyn DAVIES qui chantait à Glynebourne le rôle de David

https://www.glyndebourne.com/festival/video-iestyn-davies-live-at-glyndebourne/

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS… Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.


musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS… Wiener Phil. Andris Nelsons
, direction. Le concert du NOUVEL AN à VIENNE, ce 1er janvier 2020 marque les débuts dans cet exercice du chef letton Andris Nelsons (41 ans), musicien déjà familier des instrumentistes viennois, avec lesquels il a enregistré l’intégrale des Symphonies de Beethoven pour DG Deutsche Grammophon. C’est aussi un concert de gala qui ouvre les festivités des 150 ans de la création du Musikverein, salle mythique, dite la boîte à chaussure magique, dans laquelle tous les concerts du Nouvel An se sont déroulés.

Polka rapide composée par Edouard Strauss (le dernier de la fratrie Strauss, aux côtés de Johann II et Josef ; celui qui a brûlé partitions et matériel d’orchestre sous un coup de folie) :

Le caractère général de cette année est dévoilé dès la première œuvre choisie par le chef pour son premier Concert du Nouvel An : de Carl Michael Ziehrer, Die Landstreicher / Les Vagabonds (Ouverture). Le chef letton affirme d’emblée sans préambule une joie militaire, galop à la Offenbach, un rien pétaradant (avec coups de piccolos) ; musique un peu trop décorative et narrative pour un début : la sonorité est un rien tendue qui manque de détente, de souplesse. Heureusement, ce raffinement viennois qui nous manquait tant, surgit à l’éclosion de la valse finale : mais Ziehrer ne maîtrise pas l’orchestration comme Johann II et ses frères ; cela sonne un peu raide et sec.

Dans Message d’amour (Liebesgrüße), valse opus 56 de Josef Strauss, la direction est dure et épaisse ; le maestro a choisi surtout des pièces d’inspiration et de caractère nettement militaire comme l’atteste la pièce qui suit du même Josef S : « Liechtenstein-Marsch » op. 36, exclamation militaire énoncée comme un quadrille enlevé qui semble évoquer la superbe des armées, en leurs parades de rangs serrés, parfaitement alignés. Le geste pourtant clairs et précis confine à la mécanique.

La Blumenfest-Polka (Flower Festival Polka) op. 111 de Johann Strauss II, est enfin la première oeuvre du programme, de vrai grand raffinement aux équilibres instrumentaux plus subtils qui forcent le chef à mieux polir la cadence et colorer davantage en piani plus ciselés. Mais le geste demeure généreux et avare en gradations infimes, en phrasés pourtant inscrits et si délectable dans le cas de Johann II. Puis du même Johann, seigneur et souverain de la valse viennoise, c’est « Wo die Zitronen blüh’n », Waltz, op. 364 (Where the Lemon Trees Blossom) : Grande valse au pays des citronniers en fleurs. le début a la flamboyance d’un début wagnérien : cor et flûte enchantés ; c’est un lever de rideau, comme dans un rêve qui dure encore au moment du réveil. Visiblement, maestro Nelsons allège le trait, change son allure militaire et carrée, pour une souplesse quasi naturelle. Même geste fluide et trépidant dans la dernière pièces, courte et enlevée qui conclut la partie 1 du concert viennois : Knall und Fall, Polka rapide, op. 132 d’Eduard Strauss, celui qui a brûlé partitions et matériel d’orchestre sous un coup de folie, comme pour se venger de ses ainés trop écrasants… Enfin la pétillance du champagne emmenée en une frénésie certes un peu clinquante se livre à nous par un orchestre en incandescence.

La deuxième partie débute par une ouverture fameuse pour son rythme trépidant et ses couleurs frénétiques dont la cadence et l’orchestration rappellent … Rossini (celui du Guillaume Tell, à l’ouverture elle aussi, trépidante et très suggestive). L’ouverture de Leichte Kavallerie de Franz von Suppé confirme une écriture taillée pour le drame et le théâtre ; les cors sont à la fête, d’une effervescence exacerbée ; on y retrouve l’entrain de l’ouverture de Guillaume Tell, sa facétie, sa franchise, sa fougue martiale. La carrure du chef va bien à la frénésie conquérante de la musique de Suppé.

 

 

 

 

 

 

Andris Nelsons dirige les Wiener Philharmoniker
Grisant mais pas Ă©blouissant

 

 

CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE 2020

 

 

 

Dans Cupido, Polka française op. 81 de Josef Strauss, l’orchestre retrouve son aplomb naturel en un rythme modéré (pas trop rapide selon la tradition de la polka française) où souveraines, les cordes sont aguicheuses, d’une suavité élégantissime. Le point d’orgue du programme qui sait jouer aussi la carte touristique avec le concours du Ballet de l’Opéra de Vienne, est la très belle valse de Johann II :
« Seid umschlungen, Millionen! » / Be Embraced, You Millions! / Embrassez-vous par millier, Waltz op. 443, où l’orchestre joue la partition d’une séquence filmée (le concert est comme chaque année retransmis en direct dans le monde entier) : dans l’enfilade des salons de la résidence d’hiver du prince Eugène de Savoie, danseurs et musiciens racontent le rêve éveillé d’une jeune femme qui revêt une robe de dentelles rouges, au bras d’un prince d’un soir : le couple se forme, se cherche, s’évalue (chorégraphie de Carlos Martinez), au rythme de la subtilité d’une musique entêtante à souhait ; la voici notre équation réussie du kitsch à la viennoise ; temps suspendu que permet la féerie de la valse de Johann II.
Sur ce rythme enlevé, les pièces se succèdent : Fleur de glace, mazurka de Josef Strauss (Polka mazurka op. 55, arrangement: Wolfgang Dörner) dont on retient le chien et le tempérament ;
La gavotte de Josef Hellmesberger Jr. dont les pizzicati maîtrisés réactivent la délicatesse et la rondeur des Wiener Philharmoniker, ambassadeurs inspirés de cette danse héritée du XVIIIè ; le galop du Postillon (op. 16/2, Arrangement: Wolfgang Dörner) du Strauss danois, Hans Christian Lumbye et qui permet au chef amusé, de jouer du clairon car il a commencé sa carrière de musicien en jouant cette partie… Là encore, signature du programme dans son ensemble, c’est la verve militaire et le rythme rien que conquérant jusqu’à la transe qui marquent les esprits.

Clin d’oeil à l’anniversaire Beethoven en 2020 (250è anniversaire de la naissance en 1770 à Bonn), l’orchestre joue quelques unes des contredanses de Ludwig van B., soit les pièces 1, 2, 3, 7, 10 & 8 des 12 Contretänze WoO 14. C’est un festival de courtes pièces d’une rare frénésie chorégraphiques en effet et qui se prêtent idéalement à leur mise en danse par trois couples du Ballet de l’Opéra de Vienne dont l’une des danseuse en look Dior, chapeau / jupe au dessin parisien. Mais les danses elles sont très mozartiennes ; dont certaine ont une mélodie qui sera repris dans le ballet « Les Créatures de Promothée » ; avec cette trépidation rythmique, si emblématique de la symphonie n°8 (entre autres) : tout le génie de Ludwig est concentré, avec ce goût de la variation, cette nervosité virile d’un Beethoven traversé par une fougue primitive.
Le concert se déroule ensuite en soulignant le raffinement et l’invention mélodique des ainés de la fratrie, aussi inspirés l’un que l’autre : surtout Johann Strauss Jr. : « Freuet euch des Lebens » (Joies de la vie : valse opus 340 écrite et jouée ici même pour inaugurer le Musikverein (janvier 1870) ; puis l’inusable Tritsch-Tratsch Polka,
Polka rapide op. 214 qui reste le grand classique de la trépidation viennoise avec la caisse claire, rythmiquement nerveux et enjoué, d’une séduction irrésistible.

Tout concert du Nouvel An à Vienne ne peut se terminer sans ses deux volets de conclusion, signés des deux Johann, le fils et le père : Le beau Danube bleu (Johann II) dont le début est à peine esquissé pour permettre au chef et aux musiciens de dire leurs voeux ; puis cette autre poncif : La Marche de Radetski (du père, Johann I), qui permet au public, conquis à ce stade du concert, d’interagir avec le chef, en claquant des mains … le rituel est rodé ; il est devenu parfaitement huilé. Au risque d’une certaine routine. Dans sa continuité, ce concert du Nouvel An à Vienne ne dépare pas de la perspective déjà écoutée. On y relève cependant pas la finesse d’élocution comme la subtilité dont ont été capables en leur occasion, les maestros précédents tels Dudamel, Jansons, Welser-Möst… Avec Nelsons, et avant lui en 2018, Muti, comme avant Thielemann, la finesse et la grâce ont laissé la place à l’intensité et la fougue. Question de style.
Grisant mais pas éblouissant. A chacun sa préférence. SONY édite le cd et le dvd du concert du Nouvel An 2020 (comme chaque année).

 

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, concert du NOUVEL AN 2020. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2020. STRAUSS… Wiener Phil. Andris Nelsons, direction.

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

LIRE nos précédents critiques et comptes rendus du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE :

1er janvier 2018 : Riccardo MUTI dirige le concert du NOUVEL AN à VIENNECompte rendu, critique, concert. Vienne, Musikverein, le 1er janvier 2018. CONCERT DU NOUVEL AN 2018. Wiener Philharmoniker / Riccardo Muti, direction. Pour le concert du Nouvel An à Vienne ce 1er janvier 2018, revoici les instrumentistes du Philharmonique de Vienne sous la direction du chef familier pour eux, Riccardo Muti. Nous les avions quittés ici même le 1er janvier 2017 sous la direction de Gustavo Dudamel : jeune et très précis maestro : le plus jeune alors depuis des décennies à diriger les prestigieux instrumentistes autrichiens. Les ors et les fleurs en surabondance, selon le goût spécifique des Viennois pour l’ultra kitsch (Sissi n’est pas loin, sans omettre les fastes sirupeux de Schönbrun), soulignent l’importance musical, surtout médiatique de l’événement.

 

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les télévisions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilà assurément à un moment important de célébration collective, le moment musical et symphonique le plus médiatisé au monde. En plus des talents déjà avérés des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est évidemment le nouvel invité, pilote de la séquence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques).

 

 

et aussi :

LIRE AUSSI nos prĂ©cĂ©dents comptes rendus du Concert du NOUVEL AN Ă  VIENNE 2016, 2015, 2014, 2012, 2010… :

Mariss Jansons / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2016
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-concert-du-nouvel-an-2016-a-vienne-neujahrskonzert-new-years-concert-2016-vienna-philharmonic-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-mariss-jansons-directio/
Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au génie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/
Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/
Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/
Georges PrĂŞtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010

 

 

CD, critique. BEETHOVEN : Concertos pour piano n°2 et 5. MARTIN HELMCHEN, piano (1 cd ALPHA 2018 – 2019)

helmchen betthoven piano concertos 2 et 5 emperor empereur alpha piano concertos critique classiquenewsCD, critique. BEETHOVEN : Concertos pour piano n°2 et 5. MARTIN HELMCHEN, piano. Après deux projets avec la violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker, son épouse à la ville, le pianiste Martin Helmchen a déjà enregistré sous label Alpha Classics pour d’excellentes Variations Diabelli de Beethoven… Un préambule positif à ces 2 Concertos pour piano sous la direction d’Andrew Manze. L’album devrait lancer une intégrale des Concertos de Beethoven, ce avec d’autant plus de pertinence, que le geste est d’une fluidité réjouissante, apportant tendresse et articulation maîtrisée dans un environnement orchestral sans lourdeur, dureté, épaisseur. Evidemment, qualités qui soulignent la filiation mozartienne du 2è Concerto (en particulier dans la pudeur chantante, enfantine de l’Adagio. Pour le 5è, plus impérial et grandiloquent par comparaison, Helmchen sait marier l’éloquence, l’humanité, la grandeur avec une agilité heureuse. Une finesse de ton qui sait être aussi sobre. Superbe lecture. On attend la suite.

EnregistrĂ© Ă  Berlin en mai 2019 (Concerto No.5) ; en October 2018 (Concerto No.2). 1 cd Alpha classics – DurĂ©e : 1h06.

DVD, critique, événement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS Château de Versailles Spectacles)

150 ans de la mort de BERLIOZDVD, critique, événement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS Château de Versailles Spectacles)  -  Après avoir affiner, étrenner, poli son approche de l’opéra de Berlioz, à Linz et à Bonn, le chef François-Xavier Roth présente sa lecture de La Damnation de Faust à Versailles, sur la scène de l’Opéra royal, mais dans des décors fixes empruntés au fonds local.

VoilĂ  une version allĂ©gĂ©e, Ă©claircie, volontiers dĂ©taillĂ©e (et d’aucun diront trop lente), mais dont l’apport principal est – instruments historiques obligent- la clartĂ©.

faust-berlioz-vidal-antonacci-courjal-dvd-cvs-roth-critique-opera-annonce-annonce-classiquenews-ROTHAu format particulier des instruments d’époque (Les Siècles), répondent trois voix qui se révèlent convaincantes tant en intelligibilité qu’en caractérisation : Mathias Vidal en Faust, Anna Caterina Antonacci (Marguerite), Nicolas Courjal (Méphistofélès)… Complète le tableau, le Chœur Marguerite Louise (direction: Gaétan Jarry) pour incarner les paysans dès la première scène, puis la verve des étudiants et celle des soldats, avant la fureur endiablée des suivants de Méphisto dans le tableau final, celui de la chevauchée, avant l’apothéose de Marguerite entourée d’anges thuriféraires et célestes… Roth prend le temps de l’introspection, fouillant la rêverie solitaire de Faust au début, l’intelligence sournoise et manipulatrice de Méphisto; le maestro rappelle surtout combien il s’agit d’une légende dramatique, selon les mots de Berlioz : peinture atmosphérique et orchestrale plutôt que narration descriptive. Le fantastique et les éclairs surnaturels s’exprimant surtout par le raffinement de l’orchestration… laquelle scintille littéralement dans le geste pointilliste du chef français (éclatant ballet des Sylphes). En 1846, soit 16 années après la Symphonie Fantastique, l’écriture de Berlioz n’a jamais aussi directe, flamboyante et intérieure.

Le point fort de cette lecture sans mise en scène, demeure l’articulation du français : un point crucial sur nos scènes actuelles, tant la majorité des productions demeurent incompréhensibles sans le soutien des surtitres.
Bravo donc à l’excellent Brander de Thibault de Damas (chanson du Rat, aussi rythmique et frénétique que précisément articulée : un modèle absolu en la matière). On le pensait trop léger et percussif voire serré pour un rôle d’ordinaire dévolu aux ténors puissants héroïco-dramatiques : que nenni… Mathias Vidal relève le défi du personnage central : Faust. Certes la carrure manque d’assurance et d’ampleur parfois (nature immense, un rien étroite), mais quel chant incarné, nuancé, déclamé ! Le chanteur est un acteur qui a concentré et densifié son rôle grâce à la maîtrise de phrasés somptueux qui inscrit ce profil dans le verbe et la pureté du texte. La compréhension de chaque situation en gagne profondeur et sincérité. La ciselure d’un français intelligible fait merveille. On se souvient de son Atys (de Piccinni) dans une restitution en version de chambre : l’âme percutante et tragique du chanteur s’était de la même façon déployée avec une grâce ardente, irrésistible.

 

 

 

Berlioz à l’Opéra royal de Versailles
FAUST exceptionnel :  textuel et orchestral

 

 

 

Sans avoir l’âge du personnage, ni sa candeur angélique, Anna Caterina Antonacci, aux aigus parfois tirés et tendus, « ose » une lecture essentiellement ardente et passionnée.…elle aussi diseuse, au verbe prophétique, d’une indiscutable excellence linguistique (Ballade du roi de Thulé). Capable de chanter la cantate Cléopâtre avec une grandeur tragique souveraine, la diva affirme sa vraie nature qui embrase par sa vibration rayonnante, la loyauté du Faust lumineux de Vidal (D’amour l’ardente flamme).
Aussi impliqué et nuancé que ses partenaires, Nicolas Courjal réussit un Méphisto impeccable d’élégance et de diabolisme, proférant un verbe lyrique là encore nuancé, idéal. C’est sûr, le français est ici vainqueur, et son articulation, d’une intelligence expressive, triomphe dans chaque mesure. La maîtrise est totale, sachant s’accorder au scintillement instrumental de l’orchestre, dans la fausse volupté enivrée (Voici des roses), comme dans le cri sardonique final de la victoire (Je suis vainqueur ! lancé à la face d’un Faust éreinté qui s’est sacrifié car il a signé le pacte infernal).
Comme plus tard dans Thaïs de Massenet, Berlioz échafaude son final en un chiasme dramatique contraire et opposé : à mesure que Faust plonge dans les enfers (comme le moine Athanaël saisi par les affres du désir), Marguerite gagne le ciel et son salut en une élévation miraculeuse (comme Thaïs qui meurt dans la pureté). Voilà qui est admirablement restitué par le chef et son orchestre authentiquement berliozien. Il est donc légitime de fixer par le dvd ce spectacle hors normes qui dépoussière orchestralement et vocalement une partition où a régné trop longtemps les brumes du romantisme wagnérien.

François-Xavier Roth (© Pascal le Mée Château de Versailles Spectacles)

 

 

 

faust-berlioz-vidal-antonacci-courjal-dvd-cvs-roth-critique-opera-annonce-annonce-classiquenews-ROTH

 

 

________________________________________________________________________________________________

BERLIOZ : La Damnation de Faust, 1846

Faust : Mathias Vidal
Marguerite : Anna Caterina Antonacci
Méphistophélès : Nicolas Courjal
Brander : Thibault de Damas d’Anlezy

Chœur Marguerite Louise / Chef : Gaétan Jarry
Les Siècles
François-Xavier Roth, direction
Enregistré à Versailles, Opéra Royal, en novembre 2018

1 dvd Château de Versailles Spectacles

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. GENEVE, le 15 déc 2019. RAMEAU : Les Indes Galantes. L Steier / LG Alarcon.

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. GENEVE, le 15 dĂ©c 2019. RAMEAU : Les Indes Galantes. L Steier / LG Alarcon. Après avoir dĂ©fendu l’œuvre Ă  l’opĂ©ra Garnier de Paris (sept 2019, lecture iconoclaste et vide de sens de ClĂ©ment Cogitore), – proposition marquante par son dĂ©ficit de cohĂ©rence sur le plan scĂ©nique, riche en effets gadgets, pauvre en lecture forte, dĂ©truisant l’unitĂ© poĂ©tique de Rameau et l’insolence de sa musique, revoici l’opĂ©ra-ballet, les Indes Galantes par le chef argentin Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, Ă  Genève cette fois, et autrement plus cohĂ©rent, mĂŞme si la mise en scène de Lydia Steier met Ă  mal le cadre de l’œuvre baroque. Sa FlĂ»te enchantĂ©e Ă  Salzbourg (2018) n’avait guère convaincu. Plus d’épisodes indĂ©pendants des uns des autres, mais une seule action dans un seul lieu (un théâtre ravagĂ©) oĂą une troupe apeurĂ©e, rĂ©fugiĂ©e en pleine guerre tente de divertir les combattants qui de temps Ă  autre, surgissent, plus brutaux et sordides que jamais.

 

 

Rameau es-tu lĂ  ?

 

 

rameau-indes-galantes-lydia-steier-alarcon-critique-opera-classiquenews

 

Les ballets et divertissements deviennent dérivatifs salvateurs; faire l’amour plutôt que la guerre. Pour convaincre davantage et mieux servir son propos, la scénographe se fait dramaturge et recompose l’ordre de certaines scènes originales : il est vrai que l’unité originelle des partitions n’a plus lieu et les metteur(e)s en scène défont ce qui a été conçu avec réflexion et sensibilité avant eux. Coupant la sublime Chaconne utlime (le plus morceau de la partition), Lydia Steier rejoint ici ce que fait l’iconoclaste Tcherniakov qui réécrit les relations des personnages ou change carrément la fin des oeuvres (!). Ici la belle et aimante Zima triomphe mais timidement car son grand air (Régnez) est écarté, pour une conclusion grise, bancale (danse du calumet de la paix sous la neige). Là encore, il faut intellectuellement être honnête et afficher non pas les Indes Galantes de Rameau, mais les Indes galantes version Steier, d’après Rameau.

Le divorce avec la fosse et la musique est d’autant plus fort que les musiciens sont très honorables. Davantage qu’à Paris, moins artificiels et contraints, malgré le diktat imposé par Steier et sa vision trop subjective. Parmi les chanteurs, saluons surtout le naturel articulé, nuancé de Valère grâce à l’excellent Cyril Auvity (récemment remarquable Furie dans Isis de Lully).

Bel engagement aussi pour Kristina Mkhitaryan qui apporte à ses rôles, Hébé / Zima, une nouvelle profondeur émotionnelle, délectable. Sans omettre l’articulation tout aussi naturel qu’Auvity, de la basse Renato Dolcini (Osman / Adario), naturellement chantant, au français impeccable. Vous l’aurez compris : non à cette mise en scène irrespectueuse ; oui à l’implication plus fine des musiciens.

 

rameau-indes-galantes-steier-alarcon

 

________________________________________________________________________________________________

Photos : © Magali Dougados / service presse Gd Théâtre Genève 2019

RAMEAU : Les Indes Galantes
Opéra-ballet en un prologue et 4 entrées
Livret de Louis Fuzelier
Version de 1736
Mise en scène : Lydia Steier

Hébé / Emilie / Zima : Kristina Mkhitaryan
Bellone / Osman / Adario : Renato Dolcini
Huascar / Don Alvar : François Lis
Amour / ZaĂŻre : Roberta Mameli
Valère / Tacmas : Cyril Auvity
Phani : Claire de Sévigné
Don Carlos / Damon : Anicio Zorzi Giustiniani
Fatime : Amina Edris
Ali : Gianluca Buratto

Grand Théâtre de Genève, Ballet, Chœur
Cappella Mediterranea / Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, direction

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, opéra. GENEVE, le 15 déc 2019. RAMEAU : Les Indes Galantes. L Steier / LG Alarcon.

ORLÉANS. Concert COR A CORPS (FaurĂ©, R. Strauss…)

orchestre-symphonique-orleans-janvier-concerts-2020-11-12-janvier-COR-A-CORPS-STRAUSS-BEETHOVEN-classiquenews-critique-concert-et-operaORLÉANS, Concert COR A CORPS, les 11 et 12 janvier 2020. L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS fête l’année 2020 par un concert événement qui met l’accent sur le cor, instrument au timbre somptueux autant que majesté, pilier du pupitre des cuivres. Pour se faire, l’Orchestre orélanais marque aussi une première dans sa riche et longue histoire, il est dirigé pour la première fois par une cheffe d’orchestre, Claire Levacher. Marius Stieghorst, chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’Orléans, l’a choisie car Claire Levacher a collaboré avec lui sur différents projets et production à l’Opéra de Paris, démontrant une acuité remarquable et une sensibilité des plus efficaces. Autant de qualités essentielles pour la réussite d’un orchestre.
Les 11 et 12 janvier 2020, place donc au cor (et à la virtuosité chantante du jeune soliste Félix Dervaux) et aussi à Beethoven dont 2020 marque les 250 ans de la naissance. Le programme rend également un hommage au regretté chef de l’Orchestre Symphonique d’Orléans, Jean-Marc Cochereau, décédé en dirigeant la Symphonie n°3 lors d’une répétition de l’orchestre le 10 janvier 2011.

 
 

________________________________________________________________________________________________

« COR À CORPS »
ORLÉANS, Théâtre, Salle Touchard

Samedi 11 janvier 2020 Ă  20h30
Dimanche 12 janvier 2020 Ă  16h
Théâtre d’OrlĂ©ans – Salle Touchard
RÉSERVEZ VOTRE PLACE ici :
http://www.orchestre-orleans.com/concert/cor-a-corps/

ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Direction : Claire LEVACHER
Cor solo : FĂ©lix DERVAUX

________________________________________________________________________________________________

 
 

Présentation des oeuvres

 

 

 

Gabriel FAURÉ : Pavane, op.50
La Pavane est une œuvre pour petit orchestre symphonique avec chœur, écrite en 1887 ; elle est dédicacée à la Comtesse Elisabeth Greffuhle. Fauré ajoute à la demande de cette dernière la partie chorale sur un texte de son cousin, Robert de Montesquiou-Fezensac. La Comtesse a servi de modèle pour le personnage d’Oriane de Guermantes dans A la recherche du temps perdu de Proust (Un amour de Swann).

 

 

Richard STRAUSS
Concerto n° 2 pour cor en mi bémol majeur, op. 132 (soliste Félix Dervaux)
Felix delvaux cor concert critique classiquenews-videoRichard Strauss compose ce Concerto pour cor en 1942 à l’âge de 78 ans. Le cor occupe une place privilégié dans l’écriture et l’orchestration de Strauss : le pupitre des cors règne sans partage dans sa fabuleuse et spectaculaire Symphonie alpestre. C’est aussi une lointaine histoire familiale car son père, Franz Strauss, était premier cor solo à l’orchestre du Théâtre de la cour de Munich et l’un des plus brillants cornistes allemands de son temps. Reconnaissant, Strauss fils réserve au cor dans ce concerto, une place de choix, virtuose et raffinée, construisant un véritable dialogue entre le soliste et l’orchestre. Strauss y rend hommage aussi à l’esprit de Mozart. (Soliste : Félix Dervaux, DR)

 

 

Ludwig van BEETHOVEN
La Symphonie n°3, dite « Symphonie héroïque » / Eroica est monumentale par sa durée (format et ampleur inédits jusqu’alors), novatrice par son style, et marque un véritable tournant dans l’histoire de la musique. Entre 1803 et 1804, Beethoven accomplit un prodige, malgré la gravité (et le traumatisme) de sa surdité croissante. Comme un dragon qui bouillonne, le lion né à Bonn accouche de ses idées et réforme dès lors la sonorité même de l’orchestre symphonique. D’abord admiratif de la Révolution française, et de Bonaparte, Beethoven dédie au général français sa nouvelle partition, véritable manifeste pour un nouveau monde et un nouvel ordre. Mais avec l’avènement de Napoléon, Beethoven efface la dédicace initiale : la partition plus révolutionnaire que jamais, tout en portant la marque de cette trahison, demeure l’affirmation sans réserve de liberté et de fraternité entre les peuples, un brûlot visionnaire contre toute forme de tyrannie. A bon entendeur…

BEETHOVEN-portrait-dossier-beethoven-2020-classiquenews-concerts-festivals-2020-Ludwig-Van-Beethoven-1ComposĂ©e dans un registre Ă©pique, la partition Ă©tonne encore par la clartĂ© de son architecture Ă  travers ses 4 mouvements, chacun idĂ©alement caractĂ©risĂ© : le premier mouvement cĂ©lèbre la bravoure du hĂ©ros ; le second, plus tourmentĂ©, Ă©voque la mort (deuil des idĂ©es sacrifiĂ©es, trahies par NapolĂ©on ?) – les deux derniers mouvements rĂ©activent l’espoir. A la crĂ©ation, les spectateurs restent dĂ©concertĂ©s. Beethoven la considère comme sa prĂ©fĂ©rĂ©e. L’HĂ©roĂŻque inaugure la symphonie romantique par excellence. Un coup de gĂ©nie jamais plus dĂ©menti ensuite et toujours acclamĂ©.

 

 

________________________________________________________________________________________________

FĂ©lix DERVAUX, cor
Lauréat de plusieurs concours internationaux de musique, tels que le Concours ARD de Munich 2016 et le Concours Tchaïkovski 2019, Félix DERVAUX a joué comme soliste avec des plus grands orchestres du monde : l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, l’Orchestre royal du Concertgebouw (premier cor solo), le Marinsky Orchestra.

________________________________________________________________________________________________

 

 

INFOS & RÉSERVATIONS :

Lieu : Salle Touchard – Théâtre d’OrlĂ©ans
Tarifs : Cat.1 : 30 € ; Cat. 2 : 27/24/19/13 €
Dates et horaires des concerts : Samedi 11 janvier Ă  20h30 – Dimanche 12 janvier Ă  16h00
RĂ©servations :
• Théâtre d’OrlĂ©ans : du mardi au samedi de 13h Ă  19h, TĂ©l. 02 38 62 75 30 Ă  partir de 14h
• Billetterie en ligne : www.helloasso.com/associations/orleans-concerts
Site internet : www.orchestre-orleans.com
 

orchestre-symphonique-orleans-janvier-concerts-2020-11-12-janvier-COR-A-CORPS-STRAUSS-BEETHOVEN-classiquenews-critique-concert-et-opera

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

Approfondir

 

LIRE aussi nos contenus et articles sur la symphonie EROICA de Beethoven
http://www.classiquenews.com/?s=eroica&submit=rechercher

LIRE aussi notre grand dossier BEETHOVEN 2020
http://www.classiquenews.com/beethoven-2020-volet-3-ludwig-epique-1802-1812/

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

concert-orleans-symphonique-orleans-cor-a-corps-concert-critique-annonce-classiquenews

COMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY. On l’attendait comme le loup blanc, mieux : comme le nouveau messie venu (enfin) renouveler le genre lyrique passablement éreinté par de faux metteurs en scène. Qu’allions nous alors (re)découvrir dans ces Nozze miraculeuses où brûle le désir et se consume l’amour en une transe collective, à la fois nostalgique et facétieuse ? Qu’apporte réellement à l’opéra, le cinéaste James Gray, lui qui à 50 ans, très marqué par le style intello esthète de l’Actor studio, a marqué le cinéma américain depuis une décennie, grâce à des cadrages et une photographie qui citent souvent … la modernité inusable d’un Degas ? En réalité… une (trop) sage mise en mouvement d’un incomparable chef d’œuvre. Et si la musique trop divine de Wolfgang rendait le défi de la représentation, définitivement stérile ? La proposition de James Gray nous paraît objectivement moins pertinente qu’au cinéma. Mais cela aurait pu être pire et tourner au détournement spatial de la part du récent réalisateur d’Ad Astra. Pourtant ayant encore vu récemment The city of Z, dont l’action inscrite de la forêt amazonienne (bolivienne) fait paraître comme d’un songe, une représentation de Cosi fan tutte, nous espérions être surpris, tout au moins touchés par le spectacle annoncé comme majeur par le TCE…

 
 

 
 

GRAY UN PEU GRIS…

  

 

degout-santoni-mozart-nozze-james-gray-tce-critique-opera-classiquenews 

 

mozart-nozze-noces-figaro-james-gray-tce-paris-critique-opera-classiquenews-premier-acte-santoni

 
 

 
 

SAINE MAIS SAGE FIDELITÉ AUX TEXTES… Architecture méridionale vaguement sévillane au I ; costumes outrageusement espagnols (Lacroix) ; situations dramatiques respectueuses du livret assez sage de da Ponte, du moins plus bourgeoises que révolutionnaires de la source Beaumarchais. On est parfois même dans un pastiche kitch d’un XVIIIè exacerbé, un rien pétaradant. La vogue Marie-Antoinette, vomissant ses mouches, ses rubans et ses macarons…, sévit toujours. La lecture politique du conflit entre le Comte Almaviva qui fait valoir son droit de cuissage / jambage, et son valet Figaro, fiancé défenseur de sa future épouse Suzanne, reste une affaire strictement domestique. Observateur de la réalité, voire analyste sans l’avouer, Gray prolonge du cinéma à l’opéra, son perfectionnisme visuel presque maladif. Il agrémente la vérité des séquences grâce à quelques objets / accessoires qui disent tout, clairement, synthétiquement: miroir, guitare… qui passant de mains en mains déterminent l’idée des réseaux et des conspirations (féminines) contre le despote Almaviva. Même dans les replis de cette action fermée, entre maîtres et serviteurs, l’américain apporte une lecture pointilliste et plutôt classique qui s’intéresse de près à chaque mouvement des corps, chaque geste, toujours très signifiants. Un travail d’acteurs… de cinéma.

PLATEAU UN PEU TIEDE… Gorge serrée et naturel en berne, le Comte Almaviva de Stéphane Degout a l’intelligence d’enrichir son personnage en évitant la caricature. Le despote est moins brutal et grossier qu’ailleurs. Ouf. Profonde voix suave, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni apporte la touche de féminité complémentaire, habitée quoique parfois trop languissante, que transforme enfin, une tenue vocale très claire et lumineuse. La voix exprime le sentiment et c’est tant mieux : en l’occurrence, l’ennui et la nostalgie d’une épouse délaissée (et trompée) quoiqu’encore jeune.
Le Figaro de Robert Gleadow occupe tous les espaces et potentialités du personnage : comédien autant que chanteur, la technique a quand même du mal à canaliser un trop plein de puissance et de vibrato. Bref un acteur dévoilé, mais un chanteur très peu mozartien. Même le jeune talent attendu ici, la soprano Eléonore Pancrazi fait un Cherubin peu fluide, qui se cherche encore…
Bientôt Platée chez Rameau, le ténor percutant comme une trompette mais nuancé comme le diseur baroque qu’il est, et magnifiquement, éblouit par contre en Basilio : sorte de lâche insolent, canaille frustrée mais persiflante à souhait. Le chanteur français, lui, manifeste un plaisir évident dans le jeu théâtral, d’autant qu’ici moyens et intentions sont idéalement justes.

 

 

mozart-james-gray-figaro-tce-opera-critique-classiquenews-santoni-degout

 

 

Chef aux mouvements carrés mais vifs, et orchestre (sur instruments d’époque) réalisent un Mozart nuancé mais comme fonctionnarisé ; qui manque de respiration comme de souffle ; sans guère de surprise. A croire qu’une certaine âpreté ciselée par Harnoncourt n’a jamais existé ? Classique, méticuleusement respectueuse des didascalies et indications de da Ponte, cette production cinématographique de James Gray fonctionne de toute évidence. Elle ne marque pas non plus les esprits. C’est un peu tiède et trop sage.

 

 
 
 

 
________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. Opera biffa en quatre actes K. 492. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’après La Folle journée ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Direction musicale : Jérémie Rhorer.
Mise en scène : James Gray.

Scénographie : Santo Loquasto. Costumes : Christian Lacroix. Lumière : Bertrand Couderc.

Avec Anna Aglatova (Suzanne),
Robert Gleadow (Figaro),
Stéphane Degout (le comte Almaviva),
Vannina Santoni (la comtesse Almaviva),
Éléonore Pancrazi (Chérubin).

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Photos / illustrations © Vincent Pontet / TCE service de presse

CD événement, critique. RAVEL, ATTAHIR. ONL, Alexandre Bloch (1 cd Alpha, 2018)

CD-RAVEL-ATTAHIR-valse-rapsodie-espagnole-RAVEL-cd-ORCH-NAT-DE-LILLE-classiquenews-cd-critique-review-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. RAVEL, ATTAHIR. ONL, Alexandre Bloch (1 cd Alpha, 2018). Après un remarquable double coffret dĂ©voilant l’opĂ©ra de jeunesse de Bizet (Les PĂŞcheurs de perles oĂą s’affirment les affinitĂ©s lyriques de l’Orchestre National de Lille), après un rĂ©cent album Chausson, tout autant passionnant, et orchestralement ciselĂ©,… l’orientation du nouveau programme confirme ici l’excellence symphonique de la phalange lilloise, apte Ă  relever tous les dĂ©fis donc, prĂ©cisĂ©ment ravĂ©liens, comme en terme de crĂ©ation contemporaine (Attahir)… Dès le dĂ©but, La Valse tourbillonne dès les premiers Ă  coups aux contrebasses auxquels rĂ©pondent la pĂ©tillance sombre des bassons puis tout l’orchestre qui scintille de mille nuances instrumentales, sur le rythme souple, en bascule de cette valse de plus en plus endiablĂ©e. La suavitĂ© rayonnante des clarinettes redoublent de voluptĂ© face Ă  l’ivresse envoĂ»tante des cordes ; mais très vite l’implosion menace l’équilibre dans la vĂ©hĂ©mence chaloupĂ©e ; la toupie se transforme en sirène hurlante, faisant de la pièce de Ravel, un sommet de construction qui se dĂ©construit progressivement sous l’effet de l’urgence de son rythme. On pense d’un bout Ă  l’autre du pomèe prĂ©cĂ©dent de cet autre orchestrateur miraculeux, Paul Dukas, et son Apprenti Sorcier oĂą le chant orchestral affirme une narrativitĂ© incandescente puis dit une mĂŞme explosion formelle, dans la surenchère incontrĂ´lable des textures sonores.

 

 

 

L’Orchestre Nationel de Lille et Alexandre Bloch
expriment la richesse poétique de La Valse et de la Rapsodie…

Magies ravéliennes

 

 

La Rapsodie espagnole (1907-1908) est le premier accomplissement orchestral de Ravel. celui qui saisit le milieu musical français (parisien) et qui allait déboucher ensuite sur l’apothéose de Daphnis et Chloé (1912). Le raffinement scintillant de l’écriture, l’intelligence de la conception dramatique et architecturale, la sensibilité des couleurs et l’instinct des timbres disent le génie de Ravel. Sous le geste à la fois ample, oxygéné mais précis et ciselé d’Alexandre Bloch, Ravel sonne non pas impressionniste comme on ne cesse de le déclarer, mais fauve. Une appréciation plus juste car l’auteur de Miroirs ou de Gaspard de la nuit et bientôt de Daphnis, y affirme un goût de la couleur, une vision juste et fulgurante qui le rapproche des sensuels et poétiques Vlaminck, Van Dongen, Matisse, Derain…

Le Prélude à la nuit et ses 4 notes descendantes enivrantes est énoncé comme un songe lointain, dans une morne volupté fatiguée mais toujours opalescente ; dans  Malaguena, danse codifiée de Malaga, même suprême retenue, distanciée mais caressante et très finement élucidée, où les deux amants certainement, se calculent, s’envisagent avec cette pudeur élégantissime, caractères propres à Ravel (tact du hautbois), que Alexandre Bloch exprime avec une souplesse jubilatoire. La plus difficile des quatre pièces demeure le climat nocturne lui aussi, de cette Habanera qui atteint au sublime dans le panthéon poétique ravélien, : il s’agit de réactiver un souvenir personnel, provenant de la mère ; Ravel s’y montre plus andalou que les espagnols ; plus évanescents, fugitif et racé que les plus fiers des hidalgos (même Falla reconnut l’hispanité viscérale d’un Ravel touché par la grâce dans son premier essai orchestral) ; félin et sensuel en diable, Alexandre Bloch dirige comme un peintre… par touches qui s’enlacent naturellement, dans la volupté jusqu’à l’évaporation finale.
CLIC D'OR macaron 200Enfin Feria déploie la magie de son défilé de timbres à la furieuse et impérieuse exaltation, entre solennité et joie méditerranéenne ; entre pudeur rentrée et poétique, et déclaration lascive, le chef du National de Lille déploie des trésors d’œillades suggestives, d’une infinie et irrésistible séduction. Laquelle s’exprime dans un fracas sonore des plus exaltés, mais ô combien caractérisé grâce à la généreuse précision du chef. Alexandre Bloch déclare sa flamme au génie ravélien dont on soupçonne qu’il stimule continument la maîtrise du maestro.

Aux côtés de cette révélation ravélienne, le cd fixe la création par l’orchestre et le chef du Concerto pour serpent et orchestre de Benjamin Attahir, alors en janvier 2018, compositeur en résidence au sein de l’Orchestre National de Lille. Nous renvoyons le lecteur à la critique de la création à laquelle assistait classiquenews :
« Le Concerto est en réalité la 2è pièce d’un cycle en cours de 5 sections, récapitulant les 5 appels à la prière de l’ordinaire musulman. Cette 2è étape correspond à la prière du midi. Si au cours de la passionnante rencontre préliminaire au concert où le compositeur et son interprète / créateur (Patrick Wibart) dialoguent et présentent leur travail, Benjamin Attahir s’est dit très intéressé par le timbre (proche du cor et du trombone) et par la vocalité naturelle du Serpent, il s’est surtout montré soucieux de la structure et de l’architecture dramatique d’une pièce de plus de 20 mn qui nous aura séduit par son plan ambitieux, son souci des contrastes, des ruptures de caractères, sa recherche constante de couleurs. A cela s’ajoute aussi une démarche particulière pour la spatialisation : 2 cors étant placés au niveau du balcon principal, permettant dans la dernière partie de l’oeuvre – la plus convaincante, des effets d’échos et de réponses entre le chant puissant et feutré du serpent soliste situé sur la scène, et les deux cuivres placés de part et d’autres de la galerie ; leurs résonances mêlées, décalées, dialoguées recréent l’impression de vagues sonores enveloppantes quand les appels à la prière se multiplient dans l’espace urbain. »

LIRE l’intégralité du compte rendu critique du 26 janvier 2018 :
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-lille-auditorium-du-nouveau-siecle-le-26-janvier-2018-haydn-attahir-beethoven-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch/

 
 

Approfondir

LIRE notre annonce du Concerto pour serpent de B Attahir par l’Orchestre national de Lille :
https://www.classiquenews.com/a-lille-le-concerto-pour-serpent-de-benjamin-attahir/

LIRE notre compte rendu critique du concert de la création Concerto pour serpent de Benjamin Attahir, le 26 janvier 2018
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-lille-auditorium-du-nouveau-siecle-le-26-janvier-2018-haydn-attahir-beethoven-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch/

 

 

 

PrĂ©cĂ©dents articles critiques dĂ©diĂ©s Ă  l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH :

 

 

 

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD événement, critique. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha 2018). Comme une houle puissante et transparente à la fois, l’orchestre piloté par Alexandre Bloch sculpte dans la matière musicale ; en fait surgir la profonde langueur, parfois mortifère et lugubre, toujours proche du texte (dans les 2 volets prosodiés, chantés du « Poème de l’amour et de la mer » opus 19) : on y sent et le poison introspectif wagnérien et la subtile texture debussyste et même ravélienne dans un raffinement inouï de l’orchestration. D’une couleur plus sombre, d’un medium plus large, la soprano Véronique Gens a le caractère idoine, l’articulation naturelle et sépulcrale (« La mort de l’amour » : détachée, précise, l’articulation flotte et dessine des images bercées par une volupté brumeuse et cotonneuse, mais dont le dessin et les images demeurent toujours présent dans l’orchestre, grâce à sa diction exemplaire : quel régal).

cd-pentatone-les-pecheurs-de-perles-bizet-orch-national-de-lille-alexandre-bloc-fuchs-dubois-sempey-les-cris-de-paris-annonce-cd-evenement-par-classiquenewsCD événement, ANNONCE. BIZET : Les Pêcheurs de perles / ONL, Alexandre Bloch (2 cd Pentatone). En mai 2017, l’Orchestre national de Lille dirigé par Alexandre Bloch son directeur musical, choisissait de ressusciter l’opéra de jeunesse de Bizet, les Pêcheurs de perles (1863). Un sommet lyrique plus abouti et cohérent qu’on ne le dit, le maillon essentiel avant Carmen (crée 12 ans plus tard), pour comprendre ce goût de la caractérisation individuelle, des atmosphères (orientalisantes, proches de Lakmé de Léo Delibes plus tardif, créé en 1883), ce génie du drame qui sans emphase et tout en subtilité dépeint des êtres d’exception comme les deux amoureux Nadir et Leila, finalement sauvé par le rival du premier, Zurga… Pour l’orchestre, c’est un défi dans l’expression des nombreux paysages sonores ; pour les chanteurs, – tous de la nouvelle génération du chant français dont surtout les indiscutables Cyrille Dubois et Julie Fuchs (Nadir et Leila), un défi sur le plan de la diction romantique française ; pour le chef, même travail de ciselure détaillée comme de cohérence du plateau

 

METZ, Ciné-concert. Alexandre Nevski : Prokofiev / Eisenstein

sergei-prokofievMETZ, Arsenal. PROKOFIEV Alexandre Nevski, sam 16 nov 2019. Pour insuffler au régime soviétique, un supplément d’âme et de souffle qu’il n’a pas, Prokofiev puisse dans l’histoire des héros russe et livre un superbe oratorio symphonique qui exalte les vertus des grands hommes, patriotes, libérateurs… Le courage exemplaire, l’abnégation jusqu’à la victoire. Prokofiev met en musique le film épique d’Eisenstein.

 

 

Symphonique, ciné-concert à METZ
Grande fresque cinématographique de la période soviétique relatant la victoire d’un héros russe du XIIIe siècle, vainqueur des armées teutoniques, Alexandre Nevski a souvent été qualifié de « symphonie d’images et de sons ». L’oeuvre cinématographique, réalisée par Eisenstein, est inséparable de la partition de Prokofiev.
Sous la direction de Jacques Mercier, choeurs grandioses, orchestre de « glace et de feu » et mezzo-soprano bouleversante – notamment dans la complainte funèbre de l’épisode du Champ des Morts –, sont mobilisés in vivo, intensifiant encore la formidable puissance épique, autant que l’incroyable beauté plastique du film d’Eisenstein.

Le concert fait Ă©cho Ă   l’exposition « L’Ĺ’il extatique. SergueĂŻ Eisenstein, un cinĂ©aste Ă  la croisĂ©e des arts » au Centre Pompidou-Metz (28.09.19 — 24.02.20).

 

 

 

 

PROKOFIEV : Alexandre Nevskboutonreservationi
METZ Arsenal, Grande Salle
Orchestre National de Metz
Jacques Mercier, direction
Samedi 16 nov 2019, 20h

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/alexandre-nevski–eisenstein

 

 

 

 

 

 

Approfondir

Alexandre NEVSKI
Serge Prokofiev (1891-1953)
Alexandre Nevski, 1939

DĂ©buts fulgurants
Le jeune barbare, gorgé d’inspiration tonitruante voire explosive, ne tarde pas à imposer son tempérament irrésistible qui en fait un phénomène musical sans précédent: Prokofiev est un compositeur reconnu aussitôt pour sa trempe, son autorité, robuste et sportive. Dès 1918, il avait quitté la Russie pour se tailler une première notoriété aux USA où son opéra, L’amour des Trois Oranges créé en 1921 était applaudi à Chicago. A Paris, il ne tarde pas à participer au succès des Ballets Russes, travaillant avec Serge de Diaguilev pour la musique de nombreux ballets (Chout, 1921; Pas d’acier, 1928; Le Fils prodigue en 1929). Comme pianiste concertiste, il remporte le prix Rubinstein en 1924 avec son Concerto pour piano opus 1.
Evidemment une telle renommée ne manque pas d’intéresser les instances soviétiques. Prokofiev rentre donc en 1932 en Russie, occupe plusieurs fonctions officielles. Sergueï Eisenstein lui demande de travailler avec lui pour son film Alexandre Nevski, à partir de 1938.

CANTATE A PART ENTIERE
La partition sert de bande originale, contrepoint musical au film mais devient aussi une cantate à part entière. Le travail du musicien semble idéalement correspondre à l’esthétisme officiel puisque Prokofiev est nommé en 1947, “artiste du peuple de la république socialiste fédérative Soviétique de Russie“. Mais ses rapports avec le pouvoir allaient sérieusement se gâter, au moment des purges staliniennes: il est comme Chostakovitch et Khatchaturian, déclaré “ennemi du peuple” et mis à l’écart, voire inquiété. Son “formalisme” bourgeois est jugé sans appel. Trop d’influences venues de l’ouest.

PATRIOTISME ANTI NAZI
La cantate Alexandre Nevski, écrite en 1939, à 48 ans, suit l’intrigue souhaitée par Eisenstein. Le cinéaste est enthousiaste et leur collaboration se poursuivra avec Ivan le Terrible. En dramaturge né, Prokofiev excelle à inventer des rythmes et des épisodes puissamment colorés, denses, robustes comme sa personnalité, qui sait aussi être tendre et lyrique. Eisenstein louait la musique d’Alexandre Nevski parce qu’elle n’était jamais “illustration” / strictement illustrative. A l’époque où le nazisme menace, l’épopée menée brillamment par le prince Alexandre contre les chevaliers teutons au XIII ème siècle, prend valeur d’idéal patriotique. A la violence des images d’Eisenstein répond l’acier de la musique de Prokofiev, suggestive, souple, éruptive.
Le drame musical est plein de cette force virulente et colorée qui emporte l’énergie et la tension de l’action. En maître de l’orchestration, le compositeur brosse un tableau épique qui culmine dans la Bataille sur le lac gelé: en plus de la voix soliste, le choeur sollicité y préfigure ce que le musicien écrira ensuite dans Guerre et Paix.

 

 

CD coffret, Ă©vĂ©nement, annonce. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphoniess : Wiener Philharm (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon)

BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche GrammophonCD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction très carrĂ©e du chef letton Andris Nelsons (nĂ© Ă  Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez rĂ©ducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des Ă©clairs et tutti martiaux, guerriers… mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron BeethovĂ©nien qui exige aussi de la profondeur et une palette de couleurs des plus nuancĂ©es ? A notre avis, le maestro n’exploite pas assez toutes les ressources des instrumentistes viennois pourtant rĂ©putĂ©s pour leur finesse naturelle. A 40 ans, Nelsons (devenu chef permanent du Gewandhaus de Leipzig depuis 2017), dirige de façon d’emblĂ©e berlinoise ou teutonne un orchestre qui demanderait Ă  articuler, Ă  nuancer davantage. Disciple de Mariss Jansons, Andris Nelsons semble n’avoir compris que la force et la tension du premier, en minimisant le travail sur les couleurs et les nuances. Donc voici la version claironnante d’un Beethoven Ă  poigne.

Tous ceux qui savent tout l’héritage viennois (haydnien et mozartien) chez Ludwig, et donc recherchent sous l’architecture du visionnaire prophétique, l’intelligence des timbres et la sensibilité du peintre (dans l’art du paysage par exemple, en particulier dans la Pastorale)… passeront leur chemin.

De même, la 1ère symphonie patine sur des tempi trop ralentis, mais grâce à la vélocité des cordes et leurs somptueux unissons (exceptionnellement aérés ; donc uniques au monde : tout ce qui fait l’excellence des Wiener Philharmoniker), les mouvements plus rythmiques regorgent d’une saine vitalité. Les uns regretteront que Nelsons pontifie, solennise, classicise à outrance avec des gestes pompiers… Oui mais c’est compter sans l’orchestre qui respire et contraste avec un souffle unique et singulier.

La 7è est de ce point de vue emblématique : elle révèle les aspérités et les arguments d’une lecture brillante mais par moments trop charpentée. Quelle majesté qui trépigne comme un dragon rugissant peu à peu, nous faisant entendre le son d’un nouveau monde ; Beethoven est capable de provoquer, saturer, claquer et faire réagir en une frénésie unique et inouïe avant lui (premier mouvement : Poco sostenuto puis Vivace, d’une tension quasi effrayante) ; puis à l’opposé, le second mouvement Allegretto exprime une immense nostalgie, pas une marche funèbre comme beaucoup la traite et la rigidifie, mais un chant qui pleure et qui coule, regrette et tourne la page ; musique des regrets et des soupirs vite transcendés dans l’appel des cimes. Nelsons éclaircit la pâte, précise et clarifie le contrepoint, précise chaque entrée des cordes pour mieux asséner l’implacable rythme du temps, la force et la violence du destin. La douceur voluptueuse de bois (si onctueuse dans la narration évocatrice de la Pastorale : hautbois, clarinettes, bassons…) adoucit les griffes de cette conscience qui tutoie l’histoire. Le Presto est un nerf électrique qui se déroule et aimante tout sur son passage ; préalable frénétique avant l’Allegro con brio ou Finale qui sonne l’appel de toutes les forces martiales en présence (trompettes incandescentes), en un tourbillon qui tourne sur lui-même et appelle une nouvelle direction dans cette saturation rythmique de tutti répétitifs. Aucun doute ici, Beethoven est bien le compositeur du chaos qui hurle puis s’organise.

 

 

 

Le Beethoven d’Andris Nelsons
Chef de la vigueur et de la fermeté…

 

 

 

nelsons-andris-beethoven-wiener-phil-critique-cd-classiquenews-orchestre-symphonies-critique-classiquenews-concerts-maestro-dg-deutsche-grammophonLa 8è développe illico l’énergie de la forge, ce grand bain en fusion qui étreint la matière, la malaxe et la compresse en éclats rythmiques incandescents ; jamais la sensation du volcan orchestral et sa chambre contenant le magma n’avait autant émerger dans une symphonie : brillant et vivace cet allegro récapitule toute l’énergie dont est capable le promothéen Beethoven. Quel contraste là encore avec la légèreté caquettante, badine et facétieuse de l’Allegretto (justement annoté « scherzando ») qui semble faire révérence à l’humour et la délicatesse dansante de Haydn et Mozart. Mais avouons qu’avec un tel orchestre, Nelsons manque de finesse et force le trait. Inutile surlignage.
Le Menuetto est le moins réussi car grossièrement battu, sans légèreté. Des acoups guère sforzando asséner sans ménagement au risque de perdre le fil et la pulsion du Menuetto de base. Dommage. Là se révèle  à notre avis les limites de la version Nelsons : trop épaisse, la pâte des viennois qui pourtant respire et palpite naturellement, sonne brucknérienne et brahmsienne. Un Beethoven enflé, grossi, qui aurait pris du poids : on est loin de l’élégance viennoise. dans les faits, Beethoven fit créer toutes ses symphonies majeures à Vienne. Sur un tempo très allant, le dernier Allegro vivace manque de nuance. Mais cela trépigne et caquète à souhaits.

Ailleurs, cela fonctionne très bien dans la force tellurique et rythmique de la 5è ; mais qu’en est-il dans ce vaste poème de la Pastorale (Symphonie n°6), fresque organiquement unifiée à travers ses 5 mouvements ? Hymne inouï à la Nature, expression d’un sentiment de compassion déjà écologique, et panthéiste qui récapitule l’ambition lumineuse de Haydn (celui de la Création, oratorio clé de 1799) ?
La sonorité comme chauffée à blanc des cordes donne la clé d’une lecture plus intense et contrastée que vraiment articulée. Tout est énoncé avec une vigueur permanente. Des contrastes tranchants, une matière en constante fusion, crépitante, d’une sauvagerie ardente et vindicative ; à croire que le chef ne connaît (ou plus exactement écarte) toute nuance piano, tout galbe amoureux… la volupté dans le regret n’existe plus.
Le second mouvement (Andante molto moto) manque de flexibilité caressante : tout est exécuté, détaillé, précisé et par séquences.  Il y manque la patine tendre, la distance poétique, ce flux qui s’écoule, organique et viscéral qui colore les meilleures versions (Karajan, Harnoncourt, Bernstein…) dans la scène au ruisseau. Ici tout brille, en permanence, de façon univoque.

MĂŞme Ă©clatante voire fracassante Ă©nergie dans la 9è, Ă  laquelle il ne manque ni dĂ©flagration ni dĂ©charges en tous genres ; du souffle aussi dès le portique d’ouverture qui creuse une distanciation historicisante,  – sorte d’appel gĂ©nĂ©ral Ă  toutes les Ă©nergies disponibles. Et qui inscrit le massif orchestral en un souffle Ă©pique, Ă  l’échelle de l’histoire. Le chef veille en permanence Ă  faire vrombir le son collectif, creusant les contrastes avec un geste parfois sec, rĂ©sumant le dĂ©veloppement et ses variations en une sĂ©rie de blocs sonores plus puissants que clairs et transparents quoiqu’il sculpte dans l’évidence le relief des bois (Allegro ma non troppo, un poco maestoso). Roulements de timbales, appels des trompettes convoquent une urgence pĂ©taradante qui sonne dur voire Ă©paisse. Le fin contrepoint du Molto vivace qui est vite rattrapĂ©e par l’euphorie et mĂŞme la transe collective avance comme une machine de guerre, enrayĂ©e cependant sur le mode forte voire fortissimo et mĂ©gaforte (coups de timbales). Le chef pilote l’orchestre dans la trĂ©pidation, une urgence continue faisant table rase de tout, y compris de toute recherche de nuances et de dĂ©tails instrumentaux, sauf le contre chant des violoncelles, contrebasses et cors, quoique enchaĂ®nĂ©s rapidement, presque prĂ©cipitĂ©s.
L’Adagio doit effacer toute tension, réparer les blessures, réconforter par son voile instrumental où règnent l’unisson des cordes, la couleur flottante des cors, bassons, clarinettes, hautbois… Nelsons extirpe de l’orchestre un appel au renoncement, l’expression d’un adieu éternel. Mais il manque cette nuance de magie, de phrasés piano dont le chef se montre avare depuis le début de son intégrale. De telle sorte que son Beethoven sonne (comme nous l’avons dit) comme du Brahms.

Evidemment la dĂ©flagration qui ouvre le Presto – fanfare puis chant des contrebasses, rĂ©sonne comme une prise Ă  tĂ©moin, et la claire volontĂ© de Beethoven d’inscrire sa symphonie dans l’Histoire.
La séquence est charnière ; elle doit être entendue comme ultime récapitulation aussi, à la fois complète et définitive comme une reprogrammation, une mise en orbite pour un monde nouveau, juste avant la prise de parole et de chant de l’humanité fraternelle réconciliée dans le dernier mouvement sur les vers de Goethe.
Plus inspiré, capable de contrastes ciselés, le chef détaille alors séquence par séquence, produit de superbes climats qui récapitulent ce qui a été développé. L’Allegro assai, c’est à dire l’énoncé initial de l’Ode à la joie aux contrebasses (5) est inscrit comme un motif sinueux, pianissimo, souterrain qui innerve tout le paysage orchestral, en un large et progressif crescendo, alors détaillé par les bois.. Voilà une séquence parfaitement réussie, nuancée, murmurée, riante dans la joie et l’espérance (superbe chant des clarinettes).

Dans l’esprit d’un opéra, et l’on pense à la clameur finale de Fidelio et son hymne conclusif, fraternel, la basse Georg Zeppenfeld (ailleurs très bon wagnérien, comme à Bayreuth) entonne avec une noblesse communicative l’ode humaniste rédigé par Goethe et que Beethoven sublime jusqu’à l’explosion, en ménageant plusieurs jalons par le quatuor vocal.
Après l’appel de tout le chœur, à 3’33, l’armée orchestrale reprend le flambeau, électrisée davantage par le ténor (Klaus Florian Vogt un rien tendu) et le chœur des hommes. Chef et instrumentistes assènent une montée en puissance qui ne ménage aucun effet tonitruant pour faire triomphant l’éclat de l’hymne vers la transe rituelle, vers l’ivresse contagieuse explosive… quitte à éluder le mystère de la séquence plus introspective (Andante maestoso, plage 8, 1’34) qui reste plat et manque curieusement de respiration… Une intégrale en demi teintes donc. Plus teutonne et berlinoise que viennoise et autrichienne. A écouter Nelsons, tout l’apport récent, depuis Harnoncourt, des instruments d’époque, est écarté ici. Question d’esthétique certes. Mais à force de rugir et vrombir, le moteur beethovénien sature dans la puissance et l’épaisseur du trait.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir
 

 

 

Autres cycles symphoniques d’Andris Nelsons chez Deutsche Grammophon :

 
 

 

 

BRUCKNER
les Symphonies de Bruckner par Andris Nelsons (2016, 2017, 2018) avec le Gewandhausorchester Leipzig

Symphonie n°7 – CLIC de CLASSIQUENEWS
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

Liens vers Symphonie n°3 et Symphonie n°4
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

 

 

 

CHOSTAKOVITCH / SHOSTAKOVICH

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3è et dernier volume attestent des qualités identiques observées dans les opus précédents : puissance et richesse du son. Créée à Leningrad en 1939 par le légendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractère endeuillé du Largo préliminaire, détaillant les solos instrumentaux pour flûte piccolo, cor anglais, basson afin de déployer la matière nocturne, étouffante de cette longue séquence grave et intranquille. Les deux mouvements plutôt courts qui suivent Allegro et Presto assène une motricité aiguë et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgés de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordé comme un feu d’artifice cravaché, narguant le mystère du premier mouvement dont il dément le calme profond par une série ultime de surenchère démonstrative et vindicative, au bord de la folie… LIRE ici la critique complète

 

 

 

 

 

 

Philippe Herreweghe joue Brahms et Bruckner

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂą il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, très architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1ère symphonie qu’il s’agissait de la 10è du grand Ludwig ?) …
Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ĺ“uvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4ème symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lèbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit très justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer à Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian Poltéra, que Philippe Herreweghe dirige pour la première fois cette œuvre, à la tête de son Orchestre des Champs Elysées.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2ème symphonie, aux magnifiques proportions, était la première à exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modèle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale où se déploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus véhéments des pupitres de cuivres organisés en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisés que la conjonction alternée de pupitres éloquents, complémentaires qui se répondent… Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincère, wagnérien de cœur.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees défend les vertus sonores, esthétiques, pédagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la précision et la caractérisation des timbres plutôt que le volume ; dans l’acuité renforcée du geste expressif aussi car bien sûr il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut évidemment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc…), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensité poétique décuplée, l’exigence de précision et d’articulation compensent la netteté souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bénéfices qui replacent le jeu et l’interprétation au cœur de la démarche… De ce point de vu, 25 ans après sa création, l’OCE porté par la direction affûtée, précise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santé régénératrice absolument captivante, dépoussiérant des œuvres que l’on pensait connaître.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, événement. Annonce et critique. A conversation with …Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensée est libre, sans entrave, d’une précision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portée, sublimée par l’obligation viscérale de réaliser ce qui doit encore l’être. C’est un musicien qui a pensé la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspiré Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs Elysées, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dévoile ici, sans mots couverts. A la liberté perfectionniste du geste quelque soit les répertoires (et pas seulement baroque et luthérien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach à Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et récente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), répond ici la liberté de la parole, parfois incisive sur la réalité humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnés au moindre et à la paresse,… pour entretenir le feu sacré, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohésion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigés (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-élysées), rien ne compte plus que … l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais négociable.