COMPTE-RENDU, critique, concert. Lyon, le 16 nov 2019. Messiaen : Turangalîla-Symphonie. Orch national de Lyon, J-Y Thibaudet, S Mälkki.

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 16 novembre 1019. Olivier Messiaen : Turangalîla-Symphonie. Orchestre national de Lyon, Jean-Yves Thibaudet (piano), Cynthia Millar (Ondes Martenot), Susanna Mälkki (direction).

« Un chant d’amour, un hymne à la joie, temps, mouvement, rythme, vie et mort », tels ont été les mots du compositeur pour présenter sa monumentale Turangalîlâ-Symphonie. Cet ample programme résume assez bien cet ouvrage plein de contrastes, qui alterne moments de violence inouïe et passages d’une douceur poignante, et des danses joyeuses aux rythmes élaborés contrebalançant des instants hiératiques. Cette Å“uvre est la traduction poétique des instants de l’amour, dont certains sont des moments de bonheur absolu qui atteignent le divin. La symphonie est composée de dix mouvements, à l’image d’une une gigantesque suite, et s’avère parcourue de thèmes dont certains sont personnifiés par des pupitres, comme celui que le compositeur français appelle le « thème fleur », personnifié par deux clarinettes veloutées, « comme des yeux qui se répètent »… Les trombones énoncent d’une manière effrayante le « thème statue », tandis que de délicats soli de bois sont distillés dans les mouvements « Turangalîlâ 1 » ou « Chant d’amour 2 ».

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Artiste en résidence cette saison à l’ONL, le pianiste lyonnais Jean-Yves Thibaudet assure la redoutable partie pour piano solo de la pièce, et l’on est d’emblée saisit par les cadences étourdissantes qu’il exécute dès le premier mouvement, mais aussi par ses chants d’oiseaux tout de délicatesse dans « le Jardin du sommeil d’amour ». Quant aux fameuses ondes Martenot, elles sont jouées avec sensibilité par Cytnhia Millar, qui parvient également à donner forme à l’enchantement du « Jardin du sommeil d’amour » ». Le parfum d’exotisme est distillé par les percussions très variées qui témoignent de l’influence du gamelan balinais.

La direction de Susanna Mälkki – pendant sept années durant à la tête de l’Ensemble Intercontemporain – se démarque par densité et la tension mise dans les phrasés, appuyées par la profondeur de la sonorité de l’Orchestre National de Lyon, qui repose notament ici sur un fabuleux tapis de cuivres. La finlandaise réussit surtout la gageure de donner une forte cohérence aux dix parties de cette pièce-monstre qui, sous d’autres baguettes, peuvent sembler disparate… Le contraste avec les mouvements vifs se montre parfait et la vie interne de chaque mouvement, toujours musicalement conduite, s’avère on ne peut plus soignée.

Bref, une symphonie défendue avec panache et conviction par les interprètes de cette soirée, avec un niveau d’exécution difficilement égalable… et c’est sans surprise – qu’après le jubilatoire finale – le public se soit longuement répandu en applaudissements et vivats.

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Compte-Rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 16 novembre 1019. Olivier Messiaen : Turangalîla-Symphonie. Orchestre national de Lyon, Jean-Yves Thibaudet (piano), Cynthia Millar (Ondes Martenot), Susanna Mälkki (direction).

COMPTE-RENDU, critique, concert. MONTPELLIER, le 15 nov 2019. Les 40 ans de l’Orch National de Montpellier. Goerner, Schonwandt.

Compte-rendu, concert. Montpellier, Opéra Berlioz, le 15 novembre 2019. Concert de gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Nelson Goerner (piano), Michael Schonwandt (direction)

40 ans… Ca se fête ! C’est l’âge de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, né de la volonté politique de George Frêche en 1979, et dont le premier chef fut Louis Bertholon. D’autres après lui, au fil des années, l’ont fait progresser, et l’on se souvient de ses successeurs : Gianfranco Masini, Cyril Diederich, Friedmann Layer, Lawrence Foster et aujourd’hui le grand Michael Schonwandt, dont chacun des concerts avec la phalange occitane soulève l’enthousiasme tant du public que de le critique. Le premier concert de la jeune formation (composé à l’époque de 34 musiciens… contre 88 aujourd’hui !) fut donné le 15 novembre de la même année, et c’est donc cette date qu’a retenu Valérie Chevalier pour célébrer l’événement par un concert de Gala, suivi par trois semaines de festivités musicales qui s’achèveront le 8 décembre par un autre concert, dirigé cette fois par le jeune et talentueux Magnus Fryklund, l’actuel assistant musical de Schonwandt.

 

 

Gala des 40 ans de l’OONM !

 

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Après les inévitables discours du Maire, de l’Adjoint à la culture et la Directrice de l’institution languedocienne, place à la musique, et c’est par une pièce de musique contemporaine écrite par Kajia Saariaho, « Ciel D’hiver », que débute la soirée. Cette pièce est en fait extraite d’une œuvre plus ancienne, « Orion », à laquelle la compositrice avait donné un nouvel écrin. Une peinture sonore très richement élaborée est ici animée par des timbres solistes (piccolo, hautbois, violoncelle) qui dessinent en alternance leurs images sonores avant de s’amalgamer dans un espace mouvant et immersif. Un pupitre de percussions très colorées, comme ce glass-chimes étincelant, rehausse la texture sonore délicate autant que poétique. C’est ensuite le célèbre pianiste brésilien Nelson Goerner qui fait son entrée sur le plateau,  pour interpréter le non moins célèbre 3ème Concerto pour piano de Sergueï Rachmaninov. De fait, le grand pianiste ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dès les premiers accord, avec un Orchestre national Montpellier Occitanie qui donne ici le meilleur de lui-même, soutenu de manière sans faille par Schonwandt. Le ton est donc donné dès l’attaque du thème initial, et ce sera magistral, avec un tempo maîtrisé et un piano omniprésent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluidité étonnantes, même dans le legato, et toutes les notes sont très distinctement détachées, ce qui est un régal pour l’oreille. Devant les ovations du public, le brésilien cède un bis issu du répertoire pianistique de sa patrie voisine qu’est l’Argentine, avec a pièce Bailecito de Carlos Guastavino.

Après l’entracte, la musique russe est à nouveau à l’honneur avec les trois Suites pour orchestre tirées du ballet Roméo et Juliette de Sergueï Prokoviev. Mais à vrai dire, Schonwandt n’en retient aucune d’entre elles, à proprement parler, pour terminer son programme, et il fait ici son marché à sa guise, en sélectionnant quelques extraits de chacune d’elles. Il est impossible d’aborder la musique de ce ballet sans posséder un sens inné du théâtre, et le chef danois fait la brillante démonstration de cette prédisposition à travers ces pages de Prokofiev. L’orchestre s’y montre tout aussi remarquable, vif et mordant, que dans Rachmaninov, et Schonwandt obtient de son ensemble un son net, dense et implacable tout au long de son plus célèbre extrait « La danse des chevaliers » ou encore dans la « Mort de Tybalt ». Une savoureuse sensualité se dégage également des flûtes et cordes évoquant la danse de Juliette à travers d’angéliques arabesques. La discrète et si talentueuse Dorota Anderszewska, violon solo supersoliste depuis 15 ans au sein de la phalange montpelliéraine, s’acquitte avec brio des solos qui lui sont confiés dans la « Danse de jeunes filles antillaises ». Le public réservent une longue ovation à l’orchestre à l’issue de ce concert inspiré, et c’est avec une joie et un entrain communicatifs que chef et orchestre s’attèlent à l’étincelante « Marche Joyeuse » d’Emmanuel Chabrier.

De nombreux autres concerts sont prévus d’ici la clôture des festivités le 8 décembre… alors à vos agendas !

 

 

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Compte-rendu, concert. Montpellier, Opéra Berlioz, le 15 novembre 2019. Concert de gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Nelson Goerner (piano), Michael Schonwandt (direction)

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. NICE, le 2 nov 2019. OFFENBACH : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey.

COMPTE-RENDU, Opéra. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Pour sa 18ème édition, le Festival d’opérette de la Ville de Nice – toujours piloté par l’inénarrable et infatigable Melcha Coder –  a opté pour une comédie musicale (La Cage aux folles) en hors d’œuvre et, en dessert, La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en cette année de bicentenaire de sa naissance). L’on y retrouve les deux mêmes maîtres d’œuvres pour servir les deux ouvrages : Serge Manguette pour la mise en scène et Bruno Membrey pour la direction musicale. Le premier a fait avec les moyens du bord et, en récupérant des costumes de la compagnie d’opérette Elena d’Angelo  et des éléments de décors dans la caverne d’Ali-Baba de l’Opéra de Nice (qui accueille le spectacle), il a réussi avec trois bouts de ficelles à monter un spectacle efficace qui tient toujours la route, l’humour étant ici le mot d’ordre. Certains dialogues ont été réécrits, comme le veut la tradition, pour faire référence à notre actualité (Macron et les Gilets jaunes etc.), et le Baron Gondremarck – s’il garde bien sa nationalité suédoise – s’exprime ici avec un accent suisse à couper au couteau !

 

 

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Bref, la soirée reste à chaque instant divertissante et rondement menée, avec des interprètes qui savent donner vie à leurs personnages. Malgré l’âge, le vétéran Michel Vaissière reste un Bobinet alerte, servi par la limpidité d’une émission et une diction parfaite. Voix bien projetée, et accents délicats, Frédéric Diquero séduit en Gardefeu attendrissant parfois, roué ce qu’il faut. Comédien-né, Jean-François Vinciguerra campe un impayable Baron de Gondremarck, tandis que Cécile Lo Bianco est une belle découverte tant l’ampleur des moyens fait forte impression. Aussi hautaine au I qu’enjôleuse eu II, Laeticia Goepfert donne à Métella une épaisseur rare. De son côté, la talentueuse Amélie Robins campe une Gabrielle de haute tenue, tant pour son chant – où les aigus ravissent – que pour son allant scénique. Assumant à la fois le Brésilien et Frick, Gilles San Juan fait un sort à chacun de ses airs, dont un hilarant « Je suis le major ! ». Enfin, Julie Moragne offre une Pauline tout en grâce et légèreté, et Richard Rittelmann un sémillant Prosper. Mais il faut nommer aussi l’excellente équipe de danseurs et danseuses du Ballet Arte Danza University, qui se dépense sans compter pour assurer le show dans les nombreuses parties chorégraphiées (assurées également par Serge Manguette).

A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Nice et du Chœur de l’Opéra de Nice, Bruno Membrey se montre particulièrement attentif au plateau, avec une battue qui laisse à la phalange méditerranéenne, sa liberté. La réussite de cette Vie parisienne est aussi là, dans cette lecture débridée et joyeuse !

 
 

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Compte-rendu, Opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Illustration : DR Opéra de Nice.

 
 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lille, le 18 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°7. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsCompte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau Siècle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch. C’est avec la 7ème Symphonie, dite « Chant de la Nuit », que se poursuit l’Intégrale des Symphonies de Gustav Mahler, initiée par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille depuis janvier dernier, toujours dans l’Auditorium du Nouveau Siècle, à la fabuleuse acoustique. La 7ème Symphonie est certainement la plus rarement jouée en concert, mais aussi la plus difficilement accessible (ceci expliquant peut-être cela…), un étrange « Chant de la Nuit » où errent des silhouettes comminatoires et où la forme semble se noyer, l’harmonie classique tendant ici à disparaître, tandis que les timbres forment parfois d’étranges et inhabituelles associations.

Explosion limpide, maîtrisée

Alexandre Bloch, en l’occurrence, accentue et exalte ce soir les ruptures, à travers une lecture à la virtuosité très nerveuse, du premier mouvement, débuté par un Tenorhorn somptueux – comme tous les solistes d’un orchestre enflammé.
Là où certains rechercheraient l’unité, Alexandre Bloch ose l’explosion, très maîtrisée cela dit, tout en gardant une remarquable limpidité des lignes et des plans. Peut-être d’aucuns pourraient arguer le trop plein de clarté dans les couleurs, comme si la direction ne tenait pas à aller jusqu’au fond de la noirceur de l’ouvrage (comme pour jeter un peu de lumière au milieu de ces ténèbres ?…). Malgré tout, une angoisse profonde traverse bel et bien la première Nachtmusik, et plus encore le Schattenhaft central, cette valse de fantômes hallucinés, qui préfigure celle – fameuse - de Ravel. La Sérénade de la seconde Nachtmusik – aux sonorités subtilement épanchées par la harpe, la guitare et la mandoline – fait entendre magistralement tout le caractère viennois de ce morceau… ce à quoi on ne peut qu’applaudir ! Directement enchaîné, le final sonne de manière cinglante, flagellé comme une course à l’abîme, concluant avec fougue et panache cette superbe exécution de la trop rare 7ème mahlérienne.

 

 

 

 

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Compte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau Siècle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

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Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille © Ugo Ponte

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Visionner la 7ème de Mahler par l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch sur la chaîne Youtube de l’Orchestre national de Lille:
https://www.youtube.com/watch?v=M1YmfTA7QyI

 

 

 

 

 

 

Explications, présentation de la 7è de Mahler par Alexandre Bloch et les instrumentistes de l’Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/watch?v=SmOiy596VnY

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°6. Orch National de Lille, Alexandre Bloch.

Compte-Rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau Siècle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). La seconde partie de l’Intégrale Mahler – initiée par Alexandre Bloch avec son Orchestre National de Lille (qui ont déjà interprété les symphonies 1 à 5 lors de la saison 18/19) – se poursuit avec la 6ème symphonie (dite « Tragique »). La 6ème a été composée entre 1903 et 1904, pour être créée à Essen en 1906 sous la direction du compositeur, et fait partie de la trilogie médiane des symphonies de Mahler (avec la 5ème et la 7ème que nous irons entendre dans ces mêmes lieu la semaine prochaine…). Avec cette symphonie, le monde – dont on sentait la fragilité dans la symphonie antérieure, tombe pour un temps dans le désespoir et le néant, bien qu’apparemment rien, dans la vie du compositeur à cette époque, n’explique de façon claire cette disposition au tragique. Mais aussi déchirantes que puissent être les émotions qu’elle véhicule, il existe indubitablement quelque chose d’excitant, voire d’exaltant, comme une source d’espoir qui parcourt toute la symphonie, une sorte d’« éternel retour de la vie », un des credos de Nietzsche (que Mahler lisait beaucoup). Et il semble bien que Alexandre Bloch se soit inspiré d’une telle interprétation, mettant en exergue, dans sa lecture de la partition, le combat des forces de la vie face au tragique de la destinée humaine.

 

 

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Le jeune chef français choisit de revenir à la succession originale des quatre mouvements. L’Allegro initial introduit une marche funèbre inéluctable martelée par des contrebasses impétueuses, une déploration dans laquelle se manifestent les cris désespérés et plaintifs de la petite harmonie, comme les vestiges d’une humanité qui refuserait de disparaître : une dualité très claire entre la vie et la mort qui s’achève par un appel ardent à la vie, à la fois angoissant et lyrique. Bloch recourt ici à un tempo rapide, et favorise les nuances et les contrastes, sollicitant tour à tour les différents pupitres de manière à obtenir de sa phalange des sonorités inhabituelles qui laissent une large place aux contrechants : le phrasé est tendu et la mise en place s’avère au millimètre près. L’orchestre reste fidèle à son excellente renommée, et on notera tout spécialement l’admirable dialogue entre cor et violon solo. L’Andante fait la part belle à des cordes magnifiquement soyeuses, d’une ampleur émouvante jusqu’à la douleur, mais sans pathos exagéré, dans un remarquable dialogue entre vent et cordes qui évolue par vagues, dans un crescendo orchestral s’achevant sur une note pincée des violoncelles. Le Scherzo, lyrique et dansant, met en avant discordances et ruptures rythmiques, tout à fait caractéristique des scherzos mahlériens, puis la musique s’estompe pour laisser place au silence. L’Allegro final, majestueux, s’ouvre sur une espérance (délivrée par le cor et le tuba) et un sentiment d’urgence, avant que l’orchestre ne se montre à nouveau plein d’un irrésistible allant, se muant en une cavalcade effrénée et sauvage, véritablement dionysiaque, où les fameux coups de marteau marquent la présence du destin en embuscade. Le doute plane sur l’issue de la bataille… qui ne rencontrera sa (ré)solution que dans les deux dernières symphonies.

 

 

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En bref, une interprétation pertinente et une direction très engagée, et une superbe réalisation musicale, qui nous fait déjà languir les prochains rendez-vous mahléro-lillois !

 

 
 

 
 

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Compte-rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau Siècle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). Illustrations, photos : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 

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STREAMING : revoir et réécouter la 6ème symphonie de Mahler :
Mahler : Symphonie n°6 en streaming jusque fin avril 2020 sur la chaîne YOUTUBE de l’ONL Orchestre National de Lille :
https://m.youtube.com/watch?v=Dtd0WqUtgCY

 

  

 

COMPTE-RENDU, opéra. Genève, le 11 sept 2019. GLASS : Einstein on the beach. Daniele Finzi Pasca / Titus Engel

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bCompte-rendu, Opéra. Genève, Grand-Théâtre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. Chœur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève. Daniele Finzi Pasca (mise en scène). Titus Engel (direction). Quasiment personne (on compte seulement une ou deux tentatives…) n’avait osé s’affronter au mythe que constitue « Einstein on the Beach », œuvre-monstre du duo Philipp Glass / Robert Wilson créée au Palais des Papes à l’été 1976. Pour marquer d’un grand coup son premier mandat à la tête du Grand-Théâtre de Genève (après dix années passées à celle de l’Opéra des Flandres), le suisse Aviel Cahn a choisi ce titre, et a proposé au Suisse Daniele Finzi Pasca (à qui l’on doit les Cérémonies des jeux olympiques de Sotchi ou, plus récemment, la fameuse Fête des vignerons de la voisine Vevey) de mettre en images ce véritable OLNI (Objet Lyrique Non-Identifié). Las, avouons d’emblée que le nouveau « jet » est loin du choc qu’avait constitué pour nous la mouture originale (par quatre fois, lors de la reprise du spectacle de Wilson au Corum de Montpellier, puis au Théâtre du Châtelet, il y a bientôt dix ans).

 

 

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Pour commencer, et c’est la plus grosse déception, il faut faire le deuil des sublimes chorégraphies de Lucinda Childs, remplacées ici par de plates scénettes illustratives, dont la première nous montre Einstein s’affairant autour de son bureau, entourés de multiple assistants, et l’on s’ennuie ferme là où l’on tressaillait de plaisir avec Childs. Il faudra attendre une bonne heure avant qu’une image vienne enfin nous tirer de notre torpeur, celle de roues tournoyant – en roue libre – dans un ciel orageux et rougeoyant à la fois.
D’autres suivront, plus ou moins oniriques, tel cette naïade vêtue de tulles oranges se livrant à un mystérieux ballet aquatique dans une grande cuve cylindrique emplie d’eau. L’humour est également présent dans le spectacle, notamment lors de la scène la plus réussie (à nos yeux) de la soirée, où les acteurs circassiens de la Compagnia Finzi Pasca – filmés en temps réel – essaient d’escalader la bibliothèque d’Einstein, selon les images vidéos que le public voit, mais sont en fait allongés au sol, ce qui s’avère à la fois une réflexion sur la pesanteur, mais qui est surtout prétexte ici à d’improbables et drolatiques figures acrobatiques ! Mais pour deux ou trois moments réussis esthétiquement ou intellectuellement, combien de scènes vides, qui ne sont rien d’autres que du pur remplissage. Où est donc passé la vraie réflexion métaphysique qui innervait les 4h30 du spectacle de Wilson (ici réduit à 3h40), car on ne retrouve ici que des scènes sans grande logique ni lien entre elles, si ce n’est qu’elles font appel aux éléments de langage de Finzi Pasca (références circassiennes, néons, jeux d’ombres et de miroirs). Bref, la copie apparaît comme bien pâle auprès de l’original…

 

 

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Par bonheur, la force de la musique et du chant, quant à eux, restés intacts, et constituent le principal intérêt de la soirée. Les structures répétitives de la musique de Philip Glass, son arithmétique et son solfège chantés par un ChÅ“ur – composé d’étudiant(e)s de la Haute Ecole de Musique de Genève (à l’instar des instrumentistes de l’Einstein Ensemble) – d’une tenue et d’une précision impressionnantes, ses progressions, ses ruptures rythmiques, libèrent les effets hypnotiques qui nous avaient cloué à notre siège la première fois, sous la direction d’un Titus Engel qui en maîtrise parfaitement la syntaxe. Même si la sonorisation semble perfectible, orgues synthétiques et bois orchestrent une liturgie captivante, présidée par un Einstein au violon aérien digne d’une Partita de Bach (Madoka Sakitsu, remarquable d’endurance et de musicalité).

Si l’essai demande néanmoins à être transformé, bravo à Aviel Cahn d’avoir eu le courage de remonter un tel ouvrage, et vivement la suite d’une saison qui – sur le papier – s’avère des plus palpitantes !

 

 
 

 

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Compte-rendu, Opéra. Genève, Grand-Théâtre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. Chœur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève. Daniele Finzi Pasca (mise en scène). Titus Engel (direction).

Illustrations : © C Parodi / Opéra Grand Théâtre de Genève © 2019

COMPTE-RENDU, concert. BESANCON, le 9 sept 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky, Mikhaïl Pletnev

sergei-rachmaninov-russian-composer1Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, Théâtre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky (piano), Mikhaïl Pletnev (direction). C’est à une soirée 100% russe que la 72ème édition du Festival International de Besançon (couplée avec la 56ème édition du fameux Concours International de jeunes chefs d’orchestre) convie un public venu en masse entendre Nikolaï Lugansky dans le célèbre 3ème Concerto pour piano de Sergueï Rachmaninov (illustration ci-contre). De fait, le grand pianiste russe ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dès les premiers accord, avec le Russian National Orchestra, phalange fondée et dirigée depuis 1990 par Mikhaïl Pletnev, qui s’était fait connaître en remportant le célèbre Concours Tchaïkovski en 1978.

Le ton est donc donné dès l’attaque du thème initial, et ce sera magistral, avec un tempo maîtrisé et un piano omniprésent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluidité étonnantes, même dans le legato, et toutes les notes sont très distinctement détachées, ce qui est un régal pour l’oreille.

Après l’entracte, place à la Symphonie n°9 de Dimitri Chostakovitch, une œuvre légère et facétieuse, courte et enjouée. Créée en 1945, elle est la troisième et dernière symphonie composée durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, alors que les Septième et Huitième durent plus d’une heure et nécessitent un effectif imposant, la Neuvième requiert une masse orchestrale classique et dure à peine moitié moins. Mais surtout, elle délaisse l’héroïsme patriotique des deux précédentes pour faire place à des airs enjoués, inspirés de danses rustiques. On sait qu’elle provoqua l’ire de Staline – au point que le compositeur dut craindre pour sa vie – qui s’attendait à une œuvre apothéotique, composée expressément pour sa propre gloire ainsi que pour celle des troupes soviétiques victorieuses du nazisme. Soutenus par les solistes souvent splendides d’un des meilleurs orchestres russes, Pletnev développe une approche emplie d’un humanisme chaleureux, mais sans gommer l’aspect grinçant et sarcastique de cette superbe partition. Il faut souligner l’extraordinaire présence de la petite harmonie, notamment les premiers flûte, clarinette et basson, qui ont prodigué des sonorités prodigieuses. Dans ce trio de solistes, on savoure la spécificité sonore de chaque registre ainsi qu’un remarquable sens du legato. On admire enfin leur remarquable cohérence, qui emmène la symphonie vers sa juste conclusion dans le crescendo final.

diotima-bartok-6-quatuors-a-beziers-theatre-sortieouest-presentation-sur-classiquenews-582La veille (8 sept 2019), nous avons pu assister à une soirée de musique de chambre, au très beau Kursaal de la ville, qui réunissait, pour l’occasion, le Quatuor Arod et le Quatuor Diotima. Le premier interprète le Quatuor N°4 D. 46 en do majeur de Schubert ; il parvient en quelques mesures de pure grâce à nous emporter : il faut dire que le Quatuor Arod est ici dans son répertoire de prédilection, faisant valoir une pulsation rythmique légère et aérienne, en un élan stimulant. L’acoustique très détaillée de la salle bisontine sert cette conception qui manque peut-être parfois de puissance au premier violon, mais qui emporte l’adhésion par son sens des nuances et des couleurs. C’est au célébrissime Quatuor de Ravel que s’est ensuite confronté leurs collègues du Quatuor Diotima :  ils le défendent de manière tout aussi vivante et instinctive, en prêtant attention à la dynamique, parfaitement assurée, et aux tempi, judicieusement choisis.
Les huit artistes se sont également retrouvés dans deux octuors : d’abord dans les Deux Pièces pour octuor à cordes, op. 11 de Dimitri Chostakovitch, une Å“uvre qui est un témoignage éloquent d’un temps à la fois marqué par le retour à Bach et par un volonté de provocation aussi sain que réjouissant, puis à l’occasion d’une création mondiale, commande expresse du festival au compositeur français Eric Tanguy, en résidence pour cette 72ème édition. Le titre de la pièce est « The desperate man », en référence au célèbre autoportrait (« Le désespéré ») de Gustave Courbet, l’enfant du pays dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance. La pièce est très agréable à écouter, très bien écrite, et à son écoute, l’on se rend compte qu’au fil des années, le propos du compositeur se fait moins âpre et spontané, plus consonnant et académique, sans que cela ne doive être pris péjorativement… Illustration : Quatuor Diotima (DR)

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Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, Théâtre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky (piano), Mikhaïl Pletnev (direction).

COMPTE-RENDU, concert. Variations Classiques d’Annecy, Théâtre Bonlieu, le 31 août 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

VariationsClassiques-visuels-1080x1600-1_8_frCompte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, Théâtre Bonlieu, le 31 août 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction). Sur les cendres du prestigieux Annecy Classic Festival sont nées, il y a trois ans, Les Variations Classiques d’Annecy, que chapeaute – artistiquement parlant – Marianne Gaussiat. Mais, idée originale, cette dernière ne décide pas seule de la programmation, et elle s’entoure chaque année d’une personnalité issue du monde culturel à qui elle offre une « carte blanche ». Après Catherine Frot en 2017 et Gaspard Proust en 2018, c’est à Laurence Ferrari qu’est revenu cet honneur cette année. Sur quatre jours, entre les 28 et 31 août, la perle des Alpes françaises a certes accueilli des artistes de renommée internationale, mais la programmation 2019 était surtout basée – selon le vÅ“u de Laurence Ferrarri – sur « la féminité et la jeunesse ». La jeunesse, on la retrouve ce soir avec l’Orchestre Français des Jeunes, et la féminité – doublée de la jeunesse – en la personne de Lise de La Salle, puisque c’est à ces artistes que revient de clôturer la 3ème édition du festival, sous la férule de Fabien Gabel (à la tête de la juvénile formation depuis 2017).

Les choses débutent très bien avec une Ouverture de Béatrice et Bénédict où le jeune chef québécois donne la bonne mesure, en offrant une battue soucieuse des multiples détails entrelacés de l’orchestration de Berlioz. Le temps d’installer le piano, et Lise de la Salle se jette (à corps perdu) dans le très romantique Concerto en La mineur op.54 de Robert Schumann, dont elle offre une version que l’on qualifiera d’une captivante inventivité. Le premier mouvement est un modèle d’entente entre chef et soliste, avec des tempi plutôt lents qui offrent à la jeune pianiste un bel espace pour son travail sur l’expression et sur l’articulation. A certains moments, grâce au parti pris de Gabel de retenir la masse orchestrale, ces recherches sont même à la limite de l’audible et, le reste du temps, c’est tout simplement envoûtant, avec une virtuosité consommée, mais toujours dominée par la fluidité du discours musical (et un son d’une richesse étourdissante !). En bis, un Nocturne de Chopin viendra suspendre le temps pendant quelques minutes, et lui vaudra un triomphe de la part du public annécien. Après l’entracte, place au finalement assez rare ballet Petrouchka de Stravinsky (en comparaison de L’Oiseau de feu et du Sacre du printemps, bien plus souvent mis à l’affiche…). Créé au Théâtre du Châtelet à Paris en juin 1911, sous la direction de Pierre Monteux pour les Ballets russes, cette pièce symphonique appartient au meilleur du catalogue du maître russe. Le court thème principal qui reviendra tout au long de la partition, précis et facilement mémorisable, assez lancinant, opère toujours un impact massif sur l’auditeur. Disons tout net que la jeune formation française y apparaît au sommet de ses capacités, et nous propose ce soir une superbe version tant elle répond idéalement aux exigences de Stravinsky : ce haut degré de réalisation doit beaucoup à l’engagement plein d’ardeur des musiciens, tout autant qu’à l’énergie farouche de Fabien Gabel. Devant l’enthousiasme du public, ils offrent en bis l’une des Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel, d’un tourbillonnant vertige !

Compte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, Théâtre Bonlieu, le 31 août 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

COMPTE-RENDU, concert. PRADES, Festival P Casals, les 12 et 13 août 2019. Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals…

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 et 13 août 2019. Œuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals… « Rêves en liberté », c’est le thème choisi cette année par Michel Lethiec pour cette 69ème édition du Festival Pablo Casals. Fondé en 1950 par l’illustre violoncelliste catalan, la manifestation occitane fêtera donc son 70ème anniversaire l’été prochain, ce qui devrait nous valoir une belle affiche, même si l’excellence musicale est au rendez-vous à chaque nouvelle édition. Comme à sa bonne habitude, l’heureux et fantasque directeur débute chacune des soirées par un avant-propos dont il a le secret, mêlant érudition, didactisme et franche rigolade, en véritable boute-en-train qu’il est. Les deux concerts de clôture des 12 et 13 août, sis dans l’Abbaye St Michel de Cuxa, ne font pas exception, et les deux invités de marque que sont Mathieu Chédid (le 12) et Benoît Hamon (le 13) semblent avoir également apprécié la faconde joyeuse de Michel Lethiec.

Le premier concert, annonce ce dernier, est intitulé « Jeux d’eau », et de fait, tous les morceaux exécutés ce soir seront lié à l’élément vital. Il débute ainsi avec le quatrième mouvement du Quintette avec piano du brestois Jean Cras, le célèbre marin-compositeur, défendu ici par le non moins fameux Shanghaï Quartet et le pianiste français Yves Henry : ensemble, ils obtiennent un mélange idéal de moelleux et de finesse, un rien suranné, comme dans un songe, qui fait tout le prix de cette pièce attachante. C’est seul que le pianiste aborde ensuite le morceau « Reflets dans l’eau » (extrait du livre 1 d’Images) de Claude Debussy, qu’il excelle à restituer dans un décor naturel, et l’on se laisse ainsi porter par un souffle, qu’inspirent des phrasés à la fois soignés et spontanés. Il poursuit avec la célèbre « Barque sur l’océan » (extrait de Miroirs) du rival Maurice Ravel, et frappe par la puissance de ses lignes de basses, comme si l’embarcation était ballotée dans une houle tumultueuse et dévastatrice. C’est par une version rare du « Prélude à l’après-midi d’un faune » (de Debussy) que se termine la première partie, une mouture réalisée pour onze instruments par Benno Sachs, un élève d’Arnold SchÅ“nberg qui répondait là à la demande de la société d’exécutions musicales privées fondée en 1918 par le même SchÅ“nberg. Si la flûte ondoyante de Patrick Gallois ne manque ni de charme ni de sensualité, l’habillage instrumental – avec un piano, un alto, deux violons, une contrebasse et quelques vents – ne restitue cependant, à nos yeux, qu’imparfaitement toute la complexité et la richesse de l’œuvre originale. Après l’entracte, le roboratif Quintette pour piano et cordes en La majeur op. 114 D.667 (dit « La truite ») de Franz Schubert réunit Florian Uhlig au piano, Boris Garlitsky au violon, Yuval Gotlivovich à l’alto, Emil Rovner au violoncelle et Théotime Voisin à la contrebasse (un jeune instrumentiste français qui vient d’être nommé contrebasse solo au mythique Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam !). Ce Quintette pour piano et cordes est certainement l’œuvre la plus populaire de Schubert : elle lui a été commandée par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggéra au compositeur d’y insérer la musique du lied La Truite écrit quelques années plus tôt. C’est un ouvrage gai, vivant et mélodieux qui reflète une époque qui paraît être la plus heureuse vécue par le compositeur, et on y sent en effet une joie de vivre et un optimisme plein d’allant. La lecture qu’en offre ici les compères réunis par Lethiec est à la fois brillante, enjouée, et généreuse, les cinq interprètes se complétant magnifiquement dans une unité exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thème est restitué avec efficience, émotion, esprit et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages des cinq complices et amis qui n’ont pas de mal à faire vibrer une audience captivée, qui leur fait une ovation amplement méritée après le dernier accord.

 

 

 

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Le lendemain, toujours dans le formidable écrin que constitue l’Abbaye Saint Michel de Cuxa, c’est à nouveau le Shanghaï Quartett qui a l’honneur de débuter la soirée (intitulée « Rêves »), avec cette fois le quatuor à cordes N°8 en mi mineur op. 59 n°2 (1806) de Ludwig van Beethoven. A l’image de la veille, la formation chinoise renouvelle ce mélange de sensibilité et de tranchant qui est sa marque de fabrique, osant une fougue bienvenue en maints endroits de la partition, surtout incarnée par l’excellent premier violon qu’est Weigang Li. Remarquables de précision, les quatre interprètes soignent aussi fortement les transitions, relançant sans cesse leurs discours. Place ensuite à la jeunesse, et il revenait au Lauréat (en l’occurrence une Lauréate…) de l’Académie (lors d’une audition qui s’est tenue le 10 août) de montrer tout son talent. La jeune violoncelliste californienne Sarah Gandhour s’attaque ainsi au fameux Kol Nidrei de Max Bruch, cette imploration à Dieu qui est une douce et solennelle mélodie, souvent entendue lors de l’office de Yom Kippour (Grand Pardon). Séduit par ce thème, bien que de confession protestante, Bruch s’inspira de cette supplication afin d’écrire une magnifique pièce concertante plus proche du style de Brahms que de l’esprit religieux original. Sous l’archet de l’américaine, elle devient un véritable baume pour les oreilles de l’assistance, et l’on est fortement et durablement surpris par la maturité tant technique qu’émotionnelle dont est déjà capable cette toute jeune instrumentiste. En seconde partie, ce sont des airs célèbres d’opéras arrangés pour musique de chambre qui sont donnés à entendre, tels que des extraits de West Side Story (« Maria », « Tonight », « America ») et le génial Divertissement sur des thèmes de La Somnambule de Bellini pour piano et sextuor à cordes qu’a composé le russe Mikhail Glinka. Ce morceau est servi ici par un de ces ensembles dont Prades a le secret, où s’illustrent notamment le piano de Yves Henry et le violoncelle de Torleif Thédeeen. Pour clôturer la soirée en même temps que le festival, c’est le traditionnel « Chant des oiseaux » (1941) de Pablo Casals qui a été retenu, et qui est interprété ici par l’Ensemble de violoncelle de l’Académie de Musique du Festival. Le français Romain Cazal les dirige et le violoncelle solo est le jeune catalan Joan Rochet Pinol, à qui a été confié le fameux Archet pour la paix dont nous avions parlé dans ces mêmes colonnes lors de la dernière édition du festival (lire notre compte rendu PRADES, concert Verdi, Olivero des 6 et 7 août 2018). Ce Cant dels ocells (en version originale) est, comme on le sait, l’adaptation d’une mélodie populaire catalane qui symbolise l’aspiration d’un peuple à la liberté. Avec toute l’intensité requise, le jeune homme fait fi des redoutables harmoniques, et s’approprie avec naturel et un grand talent cette pièce, qui est un incontournable à Prades… où elle a acquis comme valeur de symbole !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 & 13 août 2019. Œuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals… Illustrations : © photos Michel Sebert.

 

 

 

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, le 8 août 2019. Marie-Antoinette / Malandain Ballet Biarritz

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, Gare du Midi, le 8 août 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz. Après avoir signé des ballets somme toute plutôt abstraits avec Nocturnes ou La mort du Cygne, Thierry Malandain revient à une pièce « avec histoire » (à l’image de Cendrillon ou de La Belle et la Bête) avec sa dernière création : Marie-Antoinette. Commandé par Laurent Brunner pour l’Opéra Royal de Versailles où la spectacle a été donné en mars dernier, il revient pour la troisième fois (en ce mois d’août) à la fameuse Gare du midi de Biarritz (base du Malandain Ballet Biarritz), après y avoir déjà été créé in loco en novembre 2018, puis repris en juin dernier.

 

 

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La pièce retrace – en quatorze tableaux – la vie de l’infortunée Reine de France depuis le jour de son mariage avec le Dauphin en 1770… jusqu’en octobre 1789, où des parisien.ne.s vinrent crier « A mort l’Autrichienne ! » sous les fenêtres du Château de Versailles. Entre ses deux dates, et de manière chronologique, Malandain évoque les grands épisodes de sa vie, tels que celui douloureux des sept années de mariage « non consommé » entre les deux royaux époux, et celui autrement heureux de la naissance d’un fils, qui laisse place à une touchante scène de maternité avec une poupée articulée incarnant le Dauphin. Il y a bien sûr également la rencontre avec le beau Fersen, parenthèse enchantée dans la vie de Marie-Antoinette, avant des jours plus sombres qui se terminent par la dernière scène du spectacle précitée, dont l’aboutissement sera sa décapitation en 1793. Une scène emblématique est également annonciatrice de ce funeste événement, celle où un divertissement royal montre Persée (superbe Hugo Layer !) parvenant à terrasser la terrible Gorgone en lui tranchant la gorge…

Pour le reste, on retrouve le langage gestuel propre et cher à Thierry Malandain, entremêlé de gestes plus baroques (poignets cassés, bustes torsadés…) que n’aurait pas renié Noverre, le grand maître de ballet d’alors. On retrouve également les toujours somptueux (et pleins de fantaisie) costumes du fidèle Jorge Gallado, qui signe également une scénographie épurée : une simple déclinaison de cadres sur fons de cieux orageux. Parmi les excellents danseurs et danseuses du Malandain Ballet Biarritz se démarque la gracieuse et élégante Claire Lonchampt, tandis que le Louis XVI de Mickaël Conte reste quelque peu effacé, mais à l’image du personnage historique qu’il incarne finalement… Il faut leur adjoindre Frederik Deberdt (Louis XV) et Patricia Velàzquez (Mme du Barry) qui se font remarquer lors d’un fougueux duo amoureux.

Petit regret de la soirée, c’est délesté de l’Orchestre symphonique d’Euskadi (en fosse lors de sa création) que nous assistons au spectacle, et nous devrons nous contenter d’une bande sonore (qui n’est pas un enregistrement de l’orchestre basque). Haydn y est le compositeur le plus représenté, notamment à travers sa célèbre triple symphonies illustrant le cycle d’une journée (Matin, Midi et Soir), mais aussi la non moins fameuse Symphonie N° 73 dite « La Chasse », une œuvre tout en mouvements rapides et syncopés, que vient tempérer par la suite la délicate « Danse des ombres heureuses », tirée de l’Oprhée et Eurydice de Gluck, lors de la scène de maternité.

La joie de danser et l’étonnante fluidité qui règnent pendant les quatre-vingt minutes du spectacle – en plus de la parfaite lisibilité de la trajectoire de cette figure complexe de l’histoire de France – emporte l’adhésion d’un public venu en masse… et qui ne boude pas son plaisir en multipliant les rappels à la fin de la représentation !

 

 

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Compte-Rendu, Danse. Biarritz, Gare du Midi, le 8 août 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz – Illustrations : © Malandain Ballet Biarritz 2018 / 2019

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, les 6, 7 août 2019. N Mukami (le 6) & A Volodos (le 7).  

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, Hôtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Avant d’être totalement paralysée par le G7 qui s’y installera dans quelques jours, la ville de Biarritz bruissait de son désormais (très) couru Piano Biarritz Festival, qui fêtait sa 10ème édition entre les 29 juillet et 7 août derniers. Toujours ardemment défendu par son fondateur-directeur Thomas Valverde, le pianiste français continue avec talent de mettre à l’affiche autant la génération montante du piano international que les gloires reconnues, ce que prouvent les deux dernières soirées du festival avec les venues du jeune pianiste ouzbèque Nuron Mukumi (23 ans) et la star du clavier russe, Arcadi Volodos.

C’est dans l’un des magnifiques salons du célèbrissime Hôtel du Palais, construit sur les restes de la villa de l’Impératrice Eugénie, que se produit le premier artiste, déjà présent lors de la dernière manifestation basque. Dans une salle surchauffée où l’on avait omis de mettre la climatisation en route, c’est autant l’instrumentiste que le public qui en souffre, au point de le verbaliser lui-même. Est-ce ce petit aléa qui rend son toucher peu musical (bien que techniquement parfait…) dans les premières pièces qu’il interprète : Le Carnaval de Vienne de Schumann et Venezia e Napoli de Liszt (extrait des Années de Pèlerinage) ? Il faut le croire puisqu’il livre, en deuxième partie, une enthousiasmante exécution de la Sonate n°1 (en do majeur) de Johannes Brahms. Elle révèle, de la part de ce tout jeune artiste, une précoce et totale maîtrise de la forme et du son. Cette forme est pourtant particulièrement complexe, avec ses quatre mouvements très habilement structurés, ses emportements et ses épanchements d’un romantisme exalté ou rasséréné. Mukumi parvient ici à une remarquable unité, à un équilibre absolu, déchaînant des tempêtes dans l’Allegro con fuoco, ou au contraire suspendant le temps dans l’Andante. De même, la sonorité est parfaitement sculptée, marmoréenne, d’une puissance exempte de toute dureté, ou tendrement pétrie, d’une rondeur presque charnelle, avec un camaïeu de couleurs et de nuances qui est une chose rare chez un si jeune pianiste. Devant l’enthousiasme du public, il offrira trois bis, dont un délicat Nocturne de Tchaïkovski et la célèbre « Tartine de beurre » du divin Amadeus…

 

 

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La lendemain soir (7 août), place au maître, le géant Arcadi Volodos, cette fois dans la Rotonde de l’Espace Bellevue, de l’autre côté de la baie. Un récital du pianiste russe est toujours un événement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Espace Bellevue – plein à craquer ce soir – ne fait pas exception. Toujours aussi généreux, le pianiste pétersbourgeois débute même son récital par une pièce non prévue dans le programme, une sonate de jeunesse de Schubert restée inachevée (la D. 157 en mi majeur), qu’il enchaînera avec les 6 Moments musicaux op 94. Immédiatement, le miracle opère. En quelques secondes, il envoûte, il captive, il subjugue son auditoire, d’autant qu’il est – avec le compositeur allemand – en terrain conquis. Pas à pas, le public happé et fasciné, ne peut que suivre le pianiste dans son parcours, et, comme à son habitude, il donne à entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. Ce sentiment s’impose tout autant dans les Préludes de Rachmaninov qu’il interprète ensuite, aux côtés de la Sérénade op 3 n°5 et de l’Etude-Tableaux en Do mineur op 33 n°3, du même compositeur. Que dire au sujet de ces pages de Rachmaninov, si ce n’est que Volodos y fait preuve d’une admirable transparence et justesse de ton, et qu’elles s’avèrent bouleversantes de vérité. Il égrène ces morceaux succincts sans le moindre effort, en un jaillissement de son âme qui ne se relâche pas une seule seconde. L’enchantement perdure avec les cinq pièces de Scriabine qui conclut la soirée, dont l’extraordinaire Vers la flamme op 72, lascif et venimeux poème qui happe littéralement l’auditoire : en permanente recherche de couleurs inédites, Volodos y creuse toujours plus avant la résonance et, au climax de cet étrange et mystique voyage, l’instrument-roi enflamme tous les possibles poétiques au bout d’un crescendo aussi échevelé qu’hypnotique ! En bis, il délivre deux Menuets de Schubert et la géniale Sicilienne retranscrit par Bach d’après un Concerto de Vivaldi. Le public, médusé, réserve à cet immense artiste aussi attachant qu’essentiel, un ultime tonnerre d’applaudissements mérités. Vivement l’édition 2020 qui ne manque déjà pas d’attraits, et que nous ne manquerons sous aucun prétexte !

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Biarritz Piano Festival, Hôtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Illustration : A Volodos © Polina Jourdain-Kobycheva

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-Elysées/Philippe Herreweghe.  

Saintes cite musicale, abaye aux dames annonce concert classiquenews abbatiale-facade-724x521CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-Elysées / Philippe Herreweghe. Depuis maintenant quarante-huit ans, le festival de Saintes est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique ancienne, mais il s’étend aussi – sous l’impulsion de son fondateur Philippe Herreweghe – à la musique romantique : c’est ainsi à une soirée consacrée à Johannes Brahms (avec son Double Concerto) et Antonin Dvorak (et sa 8ème Symphonie) que le chef gantois nous convie, en guise de concert de clôture de la 48ème édition du festival charentais.

Souffrante, la violoncelliste Marie-Elizabeth Hecker laisse la place au plus médiatisé Pieter Wispelwey, amené à dialoguer avec la violoniste allemande Caroline Widmann. Dès les premières notes, on est étonné par le souffle réellement brahmsien qui se dégage des tutti de l’orchestre des Champs-Elysées. Le violoncelliste néerlandais fait son entrée paisiblement, instaurant un véritable dialogue avec sa consœur. Cependant, dans le premier mouvement, les équilibres entre les pupitres pâtissent un peu, avec des cors légèrement trop forts, certainement à cause de l’acoustique un peu sèche de l’abbatiale. Mais très vite, le chef et les musiciens de l’orchestre corrigent le tir pour faire entendre deux derniers mouvements stylistiquement et techniquement achevés. Les deux solistes offrent un Brahms clair mais très travaillé, particulièrement captivant par son refus de tout pathos démesuré.

thumbnail_30-OCE-Philippe-Herreweghe-par-Sebastien-Laval-710x478Après l’entracte, Herreweghe offre une époustouflante Huitième Symphonie de Dvorák. Porté par une réelle ferveur et une exultation communicative de la part des musiciens, il délivre une lecture toute de légèreté et de luminosité. Comment résister au naturel, à l’énergie et à la chaleur qui se dégagent de cette interprétation majestueuse ? L’exaltation de la fin de l’Allegro ma non troppo – parfaitement maîtrisé par un orchestre capable ici de la plus grande délicatesse comme des plus assourdissants fortissimi – produit un effet absolument irrésistible de puissance souple subitement déchaînée, et provoque un véritable enthousiasme parmi le public. Bien qu’il déclare lui-même ne pas spécialement apprécier les bis, le chef ne satisfait pas moins à la demande du public, et reprend le sublime troisième mouvement.

En attendant que le festival annonce le programme du prochain festival, le lecteur peut déjà noter dans son calendrier les dates de l’édition 2020 qui se tiendra du 18 au 25 juillet !

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-Elysées / Philippe Herreweghe. Illustration : Ph. Herreweghe et l’orchestre des Champs-Elysées (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique à la Ferme. LANCON DE PROVENCE, Chèvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique à la Ferme. LANCON DE PROVENCE, Chèvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba). Depuis douze ans maintenant, le festival Musique à la Ferme permet aux mélomanes provençaux (et d’ailleurs) d’assister à des concerts (essentiellement de musique de chambre) de grande qualité, et ceci dans le cadre unique et champêtre d’une chèvrerie, dont l’acoustique n’a pourtant rien à envier à certaines salles de concert institutionnelles…

 

 

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Pour le concert de clôture – après 10 jours bien remplis, avecdes artistes de renom (Emmanuelle Bertrand, Trio Helios, Quatuor Arod, Elèves de l’Académie Jaroussky…) -, l’infatigable directeur artistique de la manifestation provençale (Jérémie Honnoré) a eu la bonne idée d’inviter le fabuleux duo constitué par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova (marimba), pour un concert sortant des sentiers battus…

Ces deux-là revisitent des chefs-d’œuvre de la musique classique, à commencer par des Å“uvres célèbres de J. S. Bach (Vivace de la Sonate en trio pour orgue N°3, Fugue de la Sonate pour violon seul N°1…) et c’est d’une beauté stupéfiante, l’alliance des deux instruments s’avérant plus que concluante ! Le Double de la Partita pour violon seul N°1 -avec des sons préparés et des « bruitages » sur les deux instruments à base de scotch – est un moment particulièrement drôle et ingénieux, qui permet aux artistes de faire entendre un son qui s’apparente à celui de l’électro ! Mais ils interprètent également leurs propres compositions : Variations sur des chants traditionnels bulgares de Serafimova avec, au début et à la fin, des chants à la mélodie énigmatique et même mystique, tandis que Thomas Enhco fait entendre sa pièce « Sur la route », composée à partir du nom de Bach et de son analogie avec les notes, un morceau jazzy et plein de vie, que vient bientôt rejoindre les marimbas extatiques de Serafimova.

Très décontractés et concentrés à la fois, les deux artistes font preuve d’un étonnant didactisme en présentant chacun à leur tour l’histoire et les particularités de chaque pièce, et ils transmettent à la salle une incroyable énergie qui atteint son point culminant avec une danse macédonienne déchaînée, d’une force vitale qui manque souvent dans les concerts classiques… En tout cas, les nombreux spectateurs réunis sous le toit de la chèvrerie ne boudent pas leur plaisir et adressent une longue ovation debout (et méritée) à ces deux artistes lunaires… On languit déjà la 13ème édition qui se tiendra du 19 au 31 mai 2020 !

 

   

 

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Compte-rendu, concert. Festival musique à la Ferme. Lançon-de-Provence, Chèvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba).

 

   

 

Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. Œuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (ténor).

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCompte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. Œuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (ténor). Désormais bien ancrée dans le paysage de la cité des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigée par son fondateur Robert Dewulf, ne propose pas moins de huit concerts de prestige, lors de cette 19e édition, dans les lieux les plus emblématiques de la ville : en ce dimanche 28 avril, ce fût sous les voûtes du très beau Temple Saint-Martial, pour un concert entièrement dédié à l’œuvre de Jean-Philippe Rameau, par l’Ensemble Amarillis et le haute-contre français Mathias Vidal.

TENOR EN OR : Mathias Vidal éblouit chez MondonvilleChantant au même moment le rôle de Monostatos dans La Flûte enchantée à l’Opéra Bastille, Mathias Vidal (photo ci-contre) n’a pu proposer que deux cantates, afin de ménager sa voix pour les représentations parisiennes. Il ne s’est en revanche pas ménager dans l’exécution des deux pièces, Le Berger fidèle puis Orphée, dans lesquelles il a su distiller tout son art, témoignant d’une indéniable intelligence du texte, d’une grande distinction et d’une impeccable déclamation. Le reste du concert a été assuré par l’Ensemble Amarillis qui l’accompagnait. Les quatre artistes ont régalé l’auditoire avec les Deuxième et Cinquième Pièces de clavecin en concert de Rameau. Publiées par Rameau lui-même en 1741, à l’âge de 58 ans, les Pièces de clavecin en concert sont l’unique Å“uvre de musique de chambre du compositeur dijonnais, qui offre là une part de modernité manifeste dans l’écriture et dans l’instrumentation. Même si « le quatuor y règne le plus souvent » – selon les propos de Rameau lui-même dans son « Avis aux concertants » -, le clavecin (tenu ici par Violaine Cochard) se taille néanmoins la part belle, laissant son rôle de basse continue pour concerter avec ses acolytes. Les parties de violon assurées par Alice Pierlot alliées au hautbois baroque de Héloïse Gaillard sonnent de manière homogène et sensible, soutenue par la viole de gambe leste de Marianne Muller. Différents caractères animent ces pièces, tour à tour sensibles voire nostalgiques, autant de sentiments et atmosphères parfaitement rendus par le quatuor complice, suscitant chez les auditeurs une impression de bien-être, grâce à leur interprétation vivifiantes et délicates à la fois. En bis, ils interprètent d’abord la fameuse Ritournelle pour l’entrée des Incas tirée des Indes galantes, puis Mathias Vidal les rejoint pour livrer le non moins magnifique air de Michel Lambert « Vos mépris chaque jour », une pièce qui célèbre le bonheur qu’il y a à souffrir par amour…

Lecteurs, à vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison réunira trois fabuleux artistes : la soprano Eugénie De Mey, le flûtiste Julien Lahaye et le percussionniste Pierre Hamon dans un programme de chansons du Moyen-âge des 12e et 13e siècles, dont le célèbre « L’on dit qu’Amors est dolce chose… ». Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, la cour du Petit Palais, le dimanche 26 mai (à 18h30) !

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Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. Œuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (ténor).

Approfondir

VIDEO. Amaryllis et Mathias VIDAL au Festival de Saintes / Programme Rameau (juillet 2015) in reportage exclusif Saintes : “La 3ème génération d’artistes au Festival de Saintes 2015″

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. Récital Rachmaninov par Mikhaïl Pletnev.

PletnevCompte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. Récital Rachmaninov par Mikhaïl Pletnev. La saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, ce n’est pas seulement des concerts assurés par la prestigieuse phalange monégasque, c’est aussi de la musique de chambre ou des récitals assurés par les plus grands solistes instrumentaux, comme Grigori Sokolov en mars, ou encore le grand chef et pianiste russe Mikhaïl Pletnev (cf illustration ci-contre DR). Le vendredi 26 avril, il se livrait à un récital solo entièrement consacré à l’œuvre de Sergueï Rachmaninov, à la Salle Garnier de Monte-Carlo, autrement intime et belle que l’Auditorium Rainier III où se produit majoritairement l’orchestre.

Dernier des grands compositeurs romantiques, encore lié au système tonal et à un style pianistique alla Chopin (pour son aspect incandescent et passionné), Rachmaninov peint des impressions fugitives et passagères avec une grâce et un sens de la plaisanterie assez inédits. Son Å“uvre fait preuve d’un grand esthétisme, associé à une inspiration profondément spirituelle, parfois même dramatique. En hommage à ce même Chopin, et dans un genre où s’illustrèrent bien sûr Jean-Sébastien Bach ou encore Mendelssohn, Rachmaninov écrivit vingt-quatre préludes pour piano dont la composition s’étale entre 1892 et 1910, le style d’écriture différant beaucoup selon les pièces, même si le climat reste souvent sombre et mélancolique. Pletnev a retenu huit d’entre eux, en commençant par le célèbre opus 3 n°2. On ne peut que louer ici l’aisance technique et le contrôle dans ces Préludes – notamment dans ceux particulièrement virtuoses comme ceux de l’opus 23 n°2, 7 ou 8 ou ceux de l’opus 32 n°8 ou 12 – qui ne s’exécutent jamais au détriment de la musique. Avec des tempi plutôt amples, un savant dosage dans l’utilisation de la pédale, et une variété de couleurs dans le touché, le pianiste fait magnifiquement ressortir les mélodies sans tomber dans la sentimentalité ou le mauvais goût. Il entrecoupe les Préludes cités avec d’autres Å“uvres telles que l’Etude-Tableau opus 39 n°7, dont la section centrale se révèle être une sorte de marche funèbre lugubre avec effets de pluie (selon les volontés de l’auteur), et qui progresse du gris le plus morne au son chatoyant d’immatérielles cloches. On citera également la Barcarolle et l’Humoresque extraits de ses Morceaux de Salon opus 10, la première pièce étant connue pour son délicat accompagnement arpégé, et la seconde pour son caractère entraînant et plein d’allant. Notons que les différents morceaux sont joués sans que l’artiste ne fasse la moindre pause entre eux, et qu’après de brefs saluts, il entonne un seul et unique bis : le célébrissime Rêve d’amour (Liebestraum) de Franz Liszt, délivré avec une incroyable sensualité…

La saison de l’OPMC se poursuit, mais avec du répertoire symphonique, et des chefs de la trempe de Kazuki Yamada le 3 mai, Leonard Slatkin le 31 mai ou encore Domingo Hindoyan le 7 juin !

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. Récital Rachmaninov par Mikhaïl Pletnev.

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opéra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato… Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On était sorti ébloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- après l’exécution des Troyens de Berlioz donnés en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectué pour le label Erato. Deux ans plus tard, après l’incroyable succès de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de récompenses discographiques à sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’être gravé en public, dans la même salle, avec le même chef (John Nelson), le même orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux héros de la première captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

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A peine sorti des représentations du Postillon de Lonjumeau à l’Opéra-Comique (nous y étions / 30 mars 2019) où il vient de triompher dans le rôle-titre, l’extraordinaire ténor américain Michael Spyres subjugue à nouveau ce soir, en dépit d’une fatigue perceptible en fin de soirée, qui l’empêche de délivrer le redoutable air « Nature immense » avec le même incroyable aplomb que tout le reste. On admire néanmoins chez lui l’homogénéité de la tessiture, un timbre de toute beauté, la perfection de la diction, la suavité des accents et sa capacité à passer de la douceur à l’éclat. Il est et reste – à n’en pas douter – LE ténor berliozien de sa génération. Apparaissant sur scène dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hélas ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font même monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mérité qu’elle récolte au moment des saluts. Quant à la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au même niveau que ses partenaires, en composant un magistral Méphisto. Outre le fait de coller admirablement à la vocalité grandiose requise par le rôle, l’artiste ravit également par sa voix somptueusement et puissamment timbrée, son phrasé incisif et sa musicalité impeccable, à la ligne scrupuleusement contrôlée. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiétant, menaçant, Nicolas Courjal possède beaucoup de charisme, comme il vient également de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comédien qu’il est, renouvelle entièrement ce rôle bref, souvent saccagées par des voix épuisées.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien à Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’américain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilité parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acérés et des harpes éthérées, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur côté, le Chœur Gulbenkian (dirigé par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la Maîtrise de l’Opéra national du Rhin (dirigés par Luciano Bibiloni) méritent eux aussi des éloges sans réserves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des étudiants, délivrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisés dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angélique dans l’envolée finale.

Comme pour Les Troyens, le délire gagne la salle après de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle récompense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se décide à enfin quitter les lieux….

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opéra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux… Roché – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 à NANTES

 

 

 

 

 

 

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de Bardonnèche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de Bardonnèche (violon), Louise Pierrard (viole de gamme). Nous avions quitté le jeune et talentueux claveciniste français Justin Taylor après un récital en solo à Avignon il y a tout juste un an (LIEN), et c’est à la Cité Musicale de Metz que nous le retrouvons, mais cette fois accompagné de son ensemble Le Consort, qu’il a fondé il y a quatre ans.

Mais avant de retrouver ses trois camarades pour des Sonates en Trio, il délecte l’auditoire avec des sonates de Domenico Scarlatti, cheval de bataille de tout claveciniste qui se respecte. Redoutées des claviéristes pour leur difficulté inouïe, les 555 Sonates du compositeur italiens surprennent par l’audace de leur écriture et leur insolente virtuosité, et Justin Taylor en a retenu quatre : les Sonates K 32, K 18, K 208 et K 27, qu’il joue entièrement par cœur, d’un jeu souple et parfaitement ciselé. Les changements de registres sont toujours judicieux, et chacune des notes trouve sa place dans un discours maîtrisé, mais dont l’artiste sait souligner l’inventivité. Il poursuit sa partie solo avec Continuum (1968), de Gyorgy Ligeti, une pièce époustouflante qui joue sur l’impression de prolongation du son grâce à des notes réitérées à très vive allure. Justin Taylor en réussit les effets, faisant entrer l’auditeur dans une sorte de sidération qui va bien au-delà de l’exaltation que fait naître chez les spectateurs la virtuosité déployée.

C’est après cette étonnante pièce qu’arrivent les trois compères de Taylor : Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de Bardonnèche (violon) et Louise Pierrard (viole de gambe). Didactiques, les jeunes instrumentistes ont chacun un mot (explicatif) pour les Sonates en trio de Corelli, Vivaldi et Dandrieu qu’ils interprètent tour à tour, en soulignant qu’ils ont tous un faible pour le méconnu et malaimé Dandrieu. Mais c’est avec la Sonate en Si mineur op2 n°8 d’Arcangelo Corelli qu’ils commencent, et à laquelle il confèrent de belles sonorités chaudes : les élans rythmiques y sont une palpitante source de vie, une vie qui jaillit aussi de la Sonate en Sol mineur op1 N°1 d’Antonio Vivaldi qui suit. Les compositions musicales de Jean-François Dandrieu (1682-1738) sont dans la tradition de celles de Couperin et de Rameau, mais à laquelle le français incorpore une certaine italianité. Forts concentrés et attentifs, les intentions et places d’archet des deux violonistes se montent précis et plein de verve – dans les trois Sonates Sonate en trio en mi mineur op.1 n°6, en la Majeur op.1 n°4, et en sol mineur op.1 n°3 – tandis que le clavecin et la viole de gambe servent de basse continue (ils sont considérés comme « un seul » instrument, d’où le terme de Trio alors qu’il sont quatre instrumentistes…). Libérés de toute partition (ils jouent tout le concert par cÅ“ur), les quatre jeune musiciens s’échangent des regards complices, ou jouent les yeux fermés, donnant l’impression qu’ils partagent un moment de musique intime. En bis, ils délivrent une variation sur La Folia, cette suite mélodique harmonique aussi célèbre que simple qui serait arrivée en Espagne à la fin du 15ème siècle (mais seulement publiée en 1672 par Lully). Ravi de leur prestation, le public leur fait une fête à tout rompre.

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de Bardonnèche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 av 2019. Quintettes de Brahms. Capuçon, La Marca, Moreau…  

paques festival aix 2019 capucon moreau la marca chilemme concert critique classiquenews annonce critique concertCompte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, Raphaëlle Moreau, Gérard Caussé, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich. Du 13 au 28 avril 2019, la 7ème édition du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence continue de s’affirmer haut et fort dans le paysage culturel français : forts de ses 25000 spectateurs l’an passé (contre 14000 spectateurs en 2014, soit près du double en seulement quatre ans !), les heureux directeurs Dominique Bluzet et Renaud Capuçon espèrent battre encore un record de fréquentation lors du cru 2019. Comme pour les précédentes éditions, le festival affiche grands noms et formations prestigieuses (Wiener Symphoniker, Camerata Salzburg, Staastkapelle Dresden…), mais aussi jeunes et futurs talents (Daniel Lozakovitch, George Li, Andreas Ottensamer) aux côtés de gloires consacrées comme Marek Janowski, Arcadi Volodos, Teodor Currentzis ou encore Michel Corboz…

La soirée du 18 avril, sise dans l’Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, était entièrement consacrée à des Quintettes de Brahms, et réunissait autour de Renaud Capuçon (et à l’image du festival) jeunes artistes et les deux « Maîtres » que sont Gérard Caussé et Nicholas Angelich. Pour les Quintettes à cordes n°1 et n°2 exécutés en première partie, Renaud Capuçon avait convié à ses côtés ces partenaires privilégiés que sont pour lui Guillaume Chilemme, Gérard Caussé, Adrien La Marca et Edgar Moreau. Les deux Quintettes à cordes ont été composés à Bad Ischl (où Brahms aimait à venir en villégiature l’été), et sont assez atypiques dans leur effectif : deux violons, deux altos et un violoncelle), le deuxième étant sensiblement plus tardif et même quasi ultime dans la production brahmsienne. Ces deux Å“uvres complexes sont jouées par la bande d’amis avec un parfait équilibre et une musicalité digne des plus grands ensembles constitués. Monument de la musique de chambre, le Quintette avec piano op. 34 - donné en seconde partie du concert – fut plusieurs fois remanié par son auteur, qui en avait d’abord fait un quintette avec deux violoncelles, puis une sonate pour deux pianos, avant de lui donner la forme que nous lui connaissons. Extrêmement réfléchie et travaillée, cette partition développe une pluralité de thèmes et de figures qui la rend parfois difficile d’accès, mais il apparaît dès les premières mesures que les cinq interprètes réunis ici (Renaud Capuçon, son frère Gautier, Raphaëlle Moreau, Gérard Caussé et Nicholas Angelich) possèdent cette capacité de mise en image, trouvant pour chaque motif le ton juste, tout en marquant les différences avec netteté, et l’on ne pourra également que louer la légèreté de leur jeu, particulièrement bienvenue dans une Å“uvre d’une telle densité !

Alors… Aimez-vous Brahms ? Joué ainsi… Oui, oui et encore oui ! 

 

 

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Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, Raphaëlle Moreau, Gérard Caussé, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, le 30 mars 2019. ADAM : Le Postillon de Lonjumeau. Spyres / Fau / Rouland.

ADAM critiqie opera critique concert critique festival _postillon_de_lonjumeau_3_dr_stefan_brionCOMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 30 mars 2019. Adolphe Adam : Le Postillon de Lonjumeau. Michael Spyres / Michel Fau / Sébastien Rouland. Le 13 octobre 1836 fut une grande date dans l’histoire de l’Opéra-Comique avec la création du Postillon de Lonjumeau (sans g) d’Adolphe Adam ; l’ouvrage fut accueilli triomphalement pour sa musique enjoué et le talent de ses deux interprètes principaux. Il connut plus de 500 représentations pendant le XIXe siècle avant de disparaître de l’affiche en 1894… pour réapparaître enfin ces jours-ci dans l’institution qui l’a vu naître. Le Postillon d’Adam, alias Chapalou, c’est d’abord un ténor qui se doit d’affronter, avec une vocalità typiquement rossinienne, l’une des tessitures les plus périlleuses du répertoire. Tout est basé sur sa performance : c’est en chantant son air « Mes amis, écoutez l’histoire », au premier acte – dont Donizetti se souviendra peut-être dans sa Fille du régiment, quatre ans plus tard -, et en poussant un retentissent contre-Ré qu’il est engagé dans la troupe de l’opéra Royal. Devenu célèbre, Chapelou apparaît au II sous les traits de Saint-Phar, le plus adulé des ténors, qui joue les Divos en se produisant devant Louis le quinzième.

 

  

 

Retour réussi du Postillon de Lonjumeau au Comique

De sauts d’octaves en contre-ré,
Michael Spyres rayonne en Postillon

 

 

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Pour rendre crédible un tel livret et donner à sa musique sa véritable identité, il fallait le plus expert des interprètes, notamment sur le plan vocal. Le nom de Michael Spyres, qui a déjà connu d’immenses succès sur cette même scène et dans répertoire proche, s’est imposé à Olivier Mantei, et le moins que l’on puisse dire est que le ténor américain n’a pas déçu les attentes. Avec sa diction française impeccable (mais un petit accent charmant dans les dialogues parlés), son style parfait, il impressionne surtout par ses sauts d’octaves et ses contre-Ré émis sans effort, qui ont fait délirer le public. A ses côtés, la jeune soprano québécoise Florie Valiquette, avec sa voix fraîche et bien timbrée, trouve des accents d’un beau pathétisme, surtout à la fin du I où cet opéra-comique (qui annonce déjà l’opérette de demain…) bascule dans le drame semi-serio, à l’image du meilleur Rossini. Au II, elle a le piquant et l’espièglerie de Madeleine, l’épouse délaissée par Chapelou, transformée, grâce à un riche héritage, en élégante Madame de Latour, dont elle possède la tierce aiguë et l’abattage. De son côté, l’inénarrable Frank Leguérinel campe le plus crédible des Marquis de Corcy, méprisant et cruel à souhait, et vocalement d’une diction exemplaire. Enfin, le baryton wallon Laurent Kubla, à l’émission franche et sonore, est à la fois le jaloux Biju, rival en amour du Postillon, puis Alcindor, le cocasse compagnon de route de Saint-Phar. (Illustration ci dessus : Frank Leguérinel et Michael Spyres)

 

 

ADAM le postillon_de_lonjumeau_2_dr_stefan_brion critique classiquenews critique opera critique concertsAprès ses succès dans l’univers lyriques – Ciboulette de Hahn ici-même / avril 2015 ; ou Ariadne auf naxos tout dernièrement au Théâtre du Capitole / mars 2019 -, Michel Fau signe une production qui respecte à la fois certaines règles propres à l’opéra-comique, mais en les revoyant par le prisme de son propre univers, kitsch et fellinien à la fois. Les décors colorés et acidulé d’Emmanuel Charles, la plupart sous formes d’immenses toiles peintes, font penser à l’univers des célèbres photographes Pierre et Gilles, tandis que les costumes baroques de Christian Lacroix sont un régal pour les yeux. Travesti en Rose, la suivante de Madame de Latour, Michel Fau nous fait son habituel numéro, mais avec moins de génie que de coutume ici, l’hilarité qu’il suscite étant plus souvent forcée que naturelle.

 

 


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A la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Rouen chatoyant, le jeune chef français Sébastien Rouland n’a pas peur de s’engager corps et âme dans une œuvre aux visages multiples, et accompagne avec amour ses chanteurs, tout en restituant la verve des pages les plus savoureuses et pétillantes.

Une heureuse résurrection qu’il ne faut surtout pas manquer à Paris… ou à Rouen où le spectacle sera repris pour les fêtes de fin d’années 2019 ! 

  

 

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 30 mars 2019. ADAM : Le Postillon de Lonjumeau. Michael Spyres / Michel Fau / Sébastien Rouland. Illustrations : © S Brion 2019 - A l’affiche de l’Opéra-Comique à PARIS, jusqu’au 9 avril 2019 – Diffusion sur France Musique, le 28 avril 2019, 20h 

  

  

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. Milan, Scala, le 6 mars 2019. Moussorgski : La Khovanchina. Gergiev / Martone

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone. Depuis sa création in loco, en 1926, La Khovanchina de Moussorgski n’a pas été beaucoup représenté à La Scala, et toujours, jusqu’en 1973 (année de la visite du Bolchoï de Moscou à Milan), dans une traduction italienne. En 1981, Milan fait un nouveau grand pas en renonçant à la version (fortement coupée) de Rimski-Korsakov, Russlan Raichev dirigeant la partition orchestrée par Chostakovitch, dans un spectacle de Yuri Liubimov. En 1997, c’est une production très traditionnelle (signée par Leonid Baratov) que vient diriger Valery Gergiev à la tête des forces du Mariinsky, spectacle que nous avions pu voir à l’Opéra de Montpellier trois ans plus tôt, lors d’une tournée de la phalange pétersbourgeoise en France. Vingt-un ans plus tard, le maestro ossète revient diriger l’ouvrage dans la maison scaligère, mais cette fois avec la phalange scaligère en fosse. Sa baguette intelligente et vigoureuse sait alterner à merveille brutalité et intimisme, violence et poésie, quand le Chœur maison, qui a fort a faire ici, se couvre de gloire dans chacune de ses interventions.

 
 
 

Gergiev dirige une KHOVANTCHINA captivante à la Scala

 
 
 

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De son côté, la distribution se montre d’un haut niveau, la plupart des interprètes réussissant des incarnations d’une intensité indéniable. Le chant un peu rude de Mikhaïl Petrenko ne l’empêche pas de camper un Ivan Khovanski fier et inébranlable. Le tempérament et la présence de Sergeï Skorokhodov lui permettent de faire face aux contradictions qui déchirent Andreï Khovanski jusqu’au sacrifice final. Evgeny Akimov, à la voix claire et percutante, est un Golitsine vibrant, et Alexey Markov un Chaklovity agressif et menaçant. Le magnifique basse Stanislav Trofimov a la stature physique et l’ampleur vocale de Dossifeï ; il possède par ailleurs ce qui fait d’un homme un chef religieux et un guide spirituel que ses fidèles suivent dans la mort : le charisme, l’autorité, l’intériorité. Enfin, la superbe mezzo Ekaterina Semenchuck campe une Marfa digne d’admiration, voix longue, pleine, chaleureuse, aussi prenante dans la douceur que dans la véhémence, la plus attachante, sans doute, de toute cette galerie de personnages poignants.

Confiée à Mario Martone, la production situe l’action dans une Russie post-apocalyptique, la scénographie (signée par Margherita Palli) laissant entrevoir une raffinerie de pétrole bombardée, où s’amassent voitures calcinées et des monceaux de tôles rouillées. On ne peut s’empêcher de penser à Mad Max ou à Blade Runner en contemplant cette atmosphère désolée particulièrement réussie. A l’exception de Marfa et Dossifeï, chaque protagoniste ne paraît soucieux que de rabaisser et brutaliser son interlocuteur, chaque groupe populaire semble perpétuellement en quête d’un souffre-douleur à importuner ou tabasser… Une impression de glauque qui ne disparaîtra, si contradictoire que cela puisse paraître, qu’avec la scène finale d’immolation collective : les croyants s’avancent vers une immense boule de feu qui grandit peu à peu et finit par engloutir tout le monde…

 
 
 

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Mais pourquoi n’entend-on pas plus souvent cette partition marquée du sceau du génie ?

 
 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone.

 
 
 
 
 
 

COMPTE-RENDU, Opéra. TOURS, le 12 mars 2019. Mozart : La Flûte enchantée. Bérénice Collet / Benjamin Pionnier.

TOURSopera-flute-enchantee-sandra-daveau-critique-opera-annonce-classiquenews-le-feuCOMPTE-RENDU, Opéra. TOURS, le 12 mars 2019. Mozart : La Flûte enchantée. Bérénice Collet / Benjamin Pionnier. Mais quelle mouche a donc bien pu piquer la metteuse en scène française Bérénice Collet, à qui Benjamin Pionnier a confié la nouvelle production de La Flûte enchantée au Grand-Théâtre de Tours ? Féministe dans l’âme, il faut croire qu’un des propos quelque peu misogynes du livret (signé par Lorenzo Da Ponte) – comme « Les femmes parlent beaucoup, mais agissent peu… » – lui sera resté en travers de la gorge. Dés lors, elle prend le livret à-rebours et la Reine de la Nuit n’est plus du tout méchante ici, alors que Sarastro n’est qu’un homme vil, hypocrite et violent. Quand elles ne sont pas rebelles, les femmes sont asservies (chÅ“ur féminin aux cheveux coupés ras, toujours la tête basse, habillées de robes de bure), voire violées (Monostatos qui se jette sur Pamina…). Mais les femmes reprennent finalement le dessus – et se vengent – notamment en poignardant à mort Monostatos ! Très bien, mais les intentions de Mozart dans tout ça ?…

Avec Florian Laconi, le rôle de Tamino se voit confié – ce qui renoue avec une tradition que l’on croyait perdue – à un ténor aux moyens quasi « héroïques » (son répertoire habituel est celui de Don José et de Hoffmann…). Le chanteur messin y déploie une ardeur communicative à laquelle on aurait cependant préféré, à maints moments sublimes, une authentique ferveur. Face à lui, l’exquise soprano française Marie Perbost est une Pamina d’une grande pureté vocale, cristalline, dont la ligne de chant impeccable suscite une grande émotion dans le célèbre air « Ach, ich fühl’s ». Refusant les effets faciles, Régis Mengus mise pour son Papageno sur le charme de la jeunesse et de la santé vocale ; l’air qu’il chante au moment où il veut se pendre est tout simplement humain et émouvant. Dans le rôle de Sarastro, Jérôme Varnier campe un personnage plus jeune que de coutume dans cet emploi, et malgré le rôle de méchant de l’histoire qu’on veut nous faire croire ici, c’est également l’humanité qui ressort avant tout dans sa voix, aux côtés de graves puissamment nourris. De son côté, Marie-Bénédicte Souquet campe une flamboyante Reine de la Nuit : le chant est solide, l’aigu sûr et la nature de feu. La Papagena de Marion Tassou est pleine de gouaille, de santé, de mordant, comme le veut la tradition, tandis qu’Olivier Trommenschlager met également tous ses talents de comédien au service d’un Monostatos plein de vitalité. Même satisfecit pour les comprimari, avec Trois Génies et Trois Dames (Clémence Garcia, Yumiko Tanimura, Delphine Haidan) sans histoire ; un Orateur impressionnant d’autorité (François Bazola) ; un Premier Prêtre plein de promesses (le jeune ténor Camille Tresmontant).

Directeur général et musical de l’institution tourangelle, Benjamin Pionnier dirige le chef d’œuvre de Mozart dans un esprit de simplicité et de naturel aux antipodes de tout pathos : un ton que l’on serait tenté de qualifier de « laïque », qui coupe court aux velléités mystiques ou simplement ésotériques (en accord avec la proposition scénique, donc, puisqu’elle ne s’embarrasse pas de toutes ces questions…).

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COMPTE-RENDU, Opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 12 mars 2019. W. A. Mozart : La Flûte enchantée. Bérénice Collet / Benjamin Pionnier. A VENIR à l’Opéra de TOURS, 26, 27, 28 avril 2019, Les 7 péchés capitaux de Kurt Weill, en lire + : http://www.classiquenews.com/tours-opera-de-tours-saison-lyrique-2018-2019/

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 févv 2019. Mahler : Symphonie N°1 « Titan ». Orch National de Lille / A. Bloch.

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch. C’est dans un projet passionnant – qui est toujours aussi un défi un peu fou… – qu’Alexandre Bloch vient de jeter ses forces (et bien évidemment celles de l’Orchestre National de Lille que le chef français dirige depuis septembre 2016) : offrir au public lillois une intégrale des Symphonies de Mahler – d’ici à janvier 2020 – dans leur ordre chronologique. C’est ainsi l’occasion « de suivre le parcours créatif d’un génie musical unique, qui révolutionna l’écriture symphonique par sa démesure visionnaire », comme l’indique si bien le programme de salle.
Autre particularité de ce coup d’envoi, avec la Première Symphonie (dite « Titan »), on assiste ce soir à un concert « connecté ». En effet, après une première expérience réussie (en janvier 2018) autour du Sacre du printemps de Stravinski, Alexandre Bloch renouvelle sa proposition de concert connecté.

 
 

 
 

GUSTAV en smartphony…
Démesure visionnaire de Mahler
et concert connecté

 

 

©smartphony2_328px_18-19L’ONL a en effet fait développer une application smartphone unique au monde (intitulé Smartphony) qui permet au public (mais aussi aux internautes, derrière leurs ordinateurs, grâce au site Youtube, en particulier la chaine de l’ONL Orchestre National de Lille) d’interagir avec l’orchestre. La première partie du concert est animée par le vrai chauffeur de salle qu’est Alexandre Bloch, par ailleurs excellent pédagogue, qui livre une mine d’informations sur Mahler et son Å“uvre, mais tout en testant les connaissances du public via l’application…

 

 

SMARTPHONY. A LILLE, Alexandre BLOCH réécrit l'expérience symphonique

 
 

 
 

La seconde partie de soirée se montre plus « sérieuse », et si – dans la première – l’audience a pu décider elle-même du tempo que le chef devait prendre dans tel ou tel mouvement, Alexandre Bloch reprend ici totalement les commandes pour livrer une interprétation vibrante du chef d’œuvre mahlérien.  De fait, après cette première partie récréative et ludique, à laquelle l’orchestre s’est d’ailleurs prêté avec un plaisir communicatif, l’auditeur peut enfin goûter à la qualité exceptionnelle, à l’homogénéité sans faille, ainsi qu’à la perfection technique dont la phalange des Hauts de France est capable. Sous la battue du maestro Bloch, rien ne dépasse, tout est joué au cordeau, sans le moindre accroc. Irréprochable, donc, et superbement investi, l’ONL impose d’entrée de jeu une vraie concentration de l’écoute, en faisant rayonner les « bruits de nature ».
Amoureux du son, Alexandre Bloch dirige sans partition, avec une précision très détaillée, mais jamais sévère, qui laisse le public goûter toutes les subtilités de timbre et les audaces de l’orchestration mahlérienne ; l’orchestre est tout simplement somptueux, opulent dans la texture des cordes, tendre dans ses soli respectifs – la contrebasse de Mathieu Petit, la harpe de Anne Leroy-Petit… -, magistral par la cohésion de ses pupitres. Et lorsque le chef lâche la bride – dans le dernier mouvement («Dall’inferno», comme précisé par Mahler) -, les pupitres se mettent à vrombir dans un épanouissement sonore qui ne se fait jamais au détriment des composantes de l’écriture orchestrale. Saluons la résistance et l’infaillibilité des cuivres, et notamment les huit cors qui – selon les recommandations d’un Mahler toujours soucieux de projection dans l’espace – achèvent debout cette « titanesque » symphonie, dans une robustesse et une ivresse du son que l’on est pas prêt d’oublier… Alors bravo !

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

 

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LIRE aussi notre entretien avec Alexandre BLOCH à propos de l’intégrale des symphonies de Mahler à Lille
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-alexandre-bloch-lintegrale-mahler-en-2019/

 

 

LIRE aussi notre présentation du cycle des symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch – 5 premières symphonies jusqu’à juin 2019
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

Prochain rv du cycle Mahler au Nouveau Siècle à Lille : jeudi 28 février 2019, 20h / MAHLER : Symphonie n°2 « Résurrection », nouveau volet incontournable
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION : ALEXANDRE BLOCH
SOPRANO : LISA LARSSON
 / MEZZO-SOPRANO : CHRISTIANNE STOTIJN / 
CHŒUR PHILHARMONIA CHORUS
 / CHEF DE CHŒUR :  GAVIN CARR / 
CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. LIMOGES, Opéra, le 27 janv 2019. KORNGOLD : Die tote Stadt (La Ville morte). Baleff / Anglade.

COMPTE-RENDU, opéra. LIMOGES, Opéra, le 27 janv 2019. KORNGOLD : Die tote Stadt (La Ville morte). Baleff / Anglade. Enfant  prodige, né à Bratislava en 1897, Erich Wolfgang Korngold devait disparaître en 1957 à Hollywood, à peine âgé de soixante ans. Fuyant les persécutions nazies, il s’était installé dans la capitale du cinéma en 1934, y gagnant une solide réputation de compositeur de musiques de films – Captain Blood avec Errol Flynn reste l’une de ses compositions les plus célèbres -, décrochant même un oscar. Cette deuxième partie de carrière ne saurait pourtant faire oublier la première, de musicien « sérieux », couronnée par la création, le 4 décembre 1920, le même soir à Hambourg et à Cologne, de Die tote Stadt (La Ville morte), son plus grand succès dans l’univers lyrique.

 

 

 

La nouvelle production
enthousiasmante de Sandrine Anglade

 

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Signé Paul Schott, mais en réalité de la main de Korngold lui-même, aidé de son père, le livret s’inspire du bref roman de l’écrivain belge Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, où l’on retrouve le climat morbide d’Edgar Poe et de Maurice Maeterlinck. Comme Venise ou Leipzig, Bruges devient le symbole du style gothico-médieval décadent, qui fera la fortune de l’Art Nouveau : le long de ses lugubres canaux, de ses ruelles encombrées de masques et de processions religieuses, Paul, le héros de l’histoire, vit un véritable cauchemar qui le conduit à imaginer, sous les traits de la ballerine Marietta, ceux de Marie, son épouse récemment décédée. Dans son rêve, il finira d’ailleurs par étrangler la danseuse avec la tresse de cheveux de la défunte !
Tandis que le Théâtre du Capitole de Toulouse a remonté une production de l’Opéra national de Lorraine, en début de saison, l’Opéra de Limoges vient de faire le pari presque fou d’en proposer une nouvelle production, confiée aux soins de la talentueuse femme de théâtre française Sandrine Anglade. Disons-le d’emblée, la réussite est totale, et ce dans toutes les composantes du spectacle ! Pour la partie scénique, Sandrine Anglade a eu l’idée de mêler théâtre et musique en immergeant les chanteurs au milieu de l’orchestre, placé ici sur scène, dans les ramifications d’une structure en bois laqué noir qui vient figurer les fameux canaux de Bruges. Tout à la fois structurée et onirique, la scénographie parvient ainsi à rendre palpables les divagations psychiques du héros, à l’instar d’une figurante (Cécile Fargues) qui donne chair à ses hallucinations en incarnant de manière omniprésente la défunte.

Sous la direction exemplaire du chef bulgare Pavel Baleff, directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Baden-Baden (depuis 2007), l’Orchestre de l’Opéra de Limoges – en constants progrès depuis l’arrivée du non moins excellent Robert Tuohy à sa tête – offre une lecture vibrante et musicale d’une partition au romantisme influencé par Gustav Mahler et Richard Strauss.
Côté voix, le ténor canadien David Pomeroy (Paul) et la soprano sud-africaine Johanni Van Oostrum (Marietta) s’avèrent sensationnels, d’engagement dramatique autant que de facilité vocale, jusque dans les extrémismes vocaux requis par la redoutable partition de Korngold. Elle, le Lied au luth, elle l’allège, le caresse (Si bémol compris), avec, dans le timbre, une troublante nostalgie évocatrice ; Même l’Ut impossible de son arioso du III ne lui pose aucune difficulté. Lui a quelque chose de plus sombre et de plus fatal encore dans le timbre, ses élans sont inépuisables, et une très touchante mélancolie colore de vulnérabilité tout ce qui est intérieur. Il parvient par ailleurs à chanter piano toute la fin de l’ouvrage, et l’on ne peut que rendre les armes devant son exemplaire performance ! De son côté, le baryton autrichien Daniel Schmutzhard est saisissant d’élégance, en silhouette comme en phrase. Mention à la Brigitta de la jeune mezzo française Aline Martin, mais aussi à la Juliette de la pétulante Jennifer Michel, sans oublier ses impeccables partenaires : Romie Estèves (Lucienne), Loïx Félix (Victorin) et Pierre-Antoine Chaumine (Le Comte Albert).
Bref, un défi d’envergure, relevé avec brio, et à mettre au crédit de l’audacieux Opéra de Limoges !

 

 

 

 

 

 

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Compte-Rendu, Opéra. LIMOGES, Opéra, le 27 janvier 2019. Erich Wolfgang Korngold : Die tote Stadt (La Ville morte). Pavel Baleff / Sandrine Anglade.

Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’Opéra de Lille, le Théâtre de Caen, l’Opéra de Dijon et les Théâtres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idée qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et Psyché (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thème de l’amour.

 
 

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La première pièce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. Tiré du dixième livre des Métamorphoses d’Ovide, le livret reprend la légende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-même sculptée. L’Amour anime la statue et le chœur chante les louanges du dieu qui règne sur les cœurs. La deuxième pièce est la troisième entrée du ballet héroïque intitulé Les Fêtes de Paphos qui est formé en fait de trois ballets autonomes (Vénus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et Psyché), composés entre 1747 et 1758, et reliés a posteriori sous le titre de Fêtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une même thématique amoureuse, ils diffèrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche à émouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques précises, clarté des pupitres, osmose avec un plateau quasi idéal… Emmanuelle Haïm, à le tête de son Concert d’Astrée, fait des merveilles !
Las, la mise en scène/chorégraphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procédé qui est de réaliser des vidéos en live pour les projeter au même moment sur des écrans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variées parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contées dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La série de clichés sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyés pour ce qui est de la partie visuelle…
La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirée !), avec d’abord un hommage appuyé pour le ténor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour à tour fine et puissante, élégance du style et diction parfaite du français. Statue puis Psyché, la jeune soprano colorature française Magali Léger vit les émois du sentiment amoureux sans afféterie, et nous gratifie de son beau timbre délicat. Avec une voix beaucoup plus corsée, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempérament à revendre en Céphise puis Vénus. Dans le rôle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle Khourdoïan fait preuve autant de séduction que d’autorité, avec des aigus aisés et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rôle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en déesse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulée.
Grâce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

Compte-rendu, Opéra. Genève, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / Opéra de Pékin

Compte-rendu, Opéra. Genève, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / Opéra de Pékin. Après deux ans de bons et loyaux services (durant la durée des travaux du Grand-Théâtre qui réouvrira le mois prochain avec le Ring de Wagner), la structure en bois de l’Opéra des Nations de Genève est sur le point de partir pour la chine, afin de continuer sa vie, après avoir également servi à la Comédie-Française pendant le temps de rénovation qu’elle avait également subie. Bon enfant et spirituel, Tobias Richter a eu l’idée d’inviter la célèbre compagnie de l’Opéra de Pékin pour des adieux en forme de clin d’œil, et la troupe est venue avec un des titres parmi les plus connus dans l’Empire du Milieu : Le Voyage fantastique de Sun Wukong.

  
 
 

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Sun Wukong, alias le Roi des Singes, est l’un des personnages fictifs du monument de la littérature chinoise qu’est « Le Voyage vers l’Occident » de Wu Cheng’en, sorte de roman initiatique reflétant « le souhait de la chine ancienne d’être démocratisée, ainsi que son esprit optimiste, entreprenant et vaillant dans la lutte contre le féodalisme ». Sun Wukong, doté de nombreux pouvoirs prodigieux et d’un désir d’insoumission totale, est également un grand maître des arts martiaux. Dans la montagne aux fleurs et aux fruits, il décide de réunir ses congénères simiesques afin de se soulever contre l’Empire Céleste qui cherche à le soumettre. Mais toutes les tentatives de l’Empereur de Jade dans ce sens, échoueront les unes après les autres, et finira même par être vaincu par lui.
Genre traditionnel né en 1790 (et inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité en 2010), l’Opéra de Pékin connaît son apogée au 19e siècle dans la cour de la dynastie des Qing (1644-1912). Mêlant musique, chant, déclamation, théâtre, acrobatie et arts martiaux, il éblouit les yeux avec des costumes et maquillages aux couleurs vives jusqu’à l’excès. Leurs couleurs et formes obéissent à un code précis pour mettre en avant diverses significations (idées, caractères, rangs…). Tout est ici codifié : le blanc utilisé comme fond de teint implique un manque de loyauté, la médisance ou l’hypocrisie. Le noir s’applique aux hommes francs et audacieux, tandis que le bleu foncé préfigure un être orgueilleux et brutal. Le gris est l’apanage des vieillards quand la couleur argentée l’est aux Dieux. De même, la couleur ou l’étoffe d’un costume fait sens : le rouge indique le bonheur, un habit en soie blanche indique la pureté et la simplicité, etc.
Au cours de la soirée, nous relevons de nombreuses rapprochements avec l’opéra baroque occidental. La voix très aiguë des personnages jeunes ou/et nobles se rapproche de l’esthétique du castrat, même si la technique est totalement différente, d’autant que les personnages âgés ou religieux chantent et déclament avec des voix plus graves. Le mélange de personnages de la sphère divine et du monde humain est un sujet fréquemment utilisé dans des pièces de théâtres et des opéras occidentaux empruntés à la mythologie. Les mélodies sont toujours à l’unisson entre voix et cordes, où l’accompagnement d’un ensemble instrumental – placé ce soir à cour – donne différents degrés d’épaisseur à la musique. Mais les percussions, constitué essentiellement de cymbales de diverses tailles ainsi que des morceaux de bois entrechoqués, jouées selon des formules rythmiques codés, ont des sons extrêmement stridents et « bruyants », notamment dans les scènes de combat, très nombreuses ici. La soirée est en tout point une réussite, et le succès public est au rendez-vous, mais il aurait peut-être mieux valu ne pas sonoriser le spectacle, tant pour l’orchestre que pour ces voix aiguës à projection particulière, qui sont déjà bien assez sonores sans besoin d’amplification supplémentaire…

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Compte-rendu, Opéra. Genève, Opéra des Nations, le 13 janvier 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong par la compagnie de l’Opéra de Pékin.

Illustration : DR

  
 
 

Compte-rendu, opéra. Fribourg, le 6 janv 2018. Mozart : Die Zauberflöte. Mompart / Gendre.

Compte-rendu, Opéra. Fribourg, Théâtre de l’Equilibre, le 6 janvier 2018. W. A. Mozart : Die Zauberflöte. Joan Mompart / Laurent Gendre. Né de la récente fusion de l’Opéra de Fribourg et de la compagnie lyrique Opéra Louise, le Nouvel Opéra Fribourg (NOF) s’est donné comme mission d’ « enjamber les barrières isolant le lyrique de la création scénique contemporaine ». C’est ainsi que Julien Chavaz – directeur de l’institution romande – a eu l’idée de proposer au metteur en scène (de théâtre) suisse Joan Mompart, de mettre en images La Flûte enchantée de Mozart. Le résultat est prodigieux de beauté visuelle et d’intelligence formelle. Le plateau vidé de tout décor restera vide de tout décor tout au long de la représentation, laissant aux images vidéos – signées par Brian Torney et projetées sur de grands rideaux de tulle – le soin de porter l’imagination des spectateurs vers de lointaines contrées tant physiques que psychiques.

 
 
 

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L’essentiel des vidéos montre des forêts mystérieuses, une nature grandiose et protectrice, en contre-bas desquelles les personnages font vibrer les sentiments qui les animent.
La soprano suisse Bénédicte Tauran est un exquise Pamina, au timbre soyeux et au phrasé raffiné et musical. La voix révèle déjà une certaine ampleur, et il y a fort à parier qu’elle évoluera rapidement vers des emplois plus lyriques. A ses côtés, la française Marlène Assayag fait preuve d’un bel aplomb dans la Reine de la Nuit, en alliant l’agilité à une réelle puissance dramatique. De son côté, le ténor hollandais Peter Gijbertsen offre une voix plus corsée que de coutume pour le personnage de Tamino, ce qui n’obère pas l’élégance d’un phrasé presque rêveur. Le baryton suisse Benoît Capt campe un Papageno débordant d’abattage, qui séduit immédiatement le public. La basse néerlandaise Bart Driessen impose un Sarastro impressionnant de grandeur, tant par la beauté du timbre que par la noblesse de la ligne. Du Monostatos de Roman Mamontov (annoncé souffrant), on retient surtout la veine caricaturale tandis que Salomé Zangerl présente sans peine une attachante Papagena. Enfin, les Trois Dames ne manquent pas d’allant, ni les Trois Génies de justesse.
A la tête de l’Orchestre de Chambre Fribourgeois (qu’il dirige et qu’il a lui-même fondé), Laurent Gendre défend une lecture vivante et transparente du chef d’œuvre mozartien. Ce spectacle, triomphalement accueilli par un public ne boudant pas son plaisir (les 6 dates au Théâtre de l’Equilibre de Fribourg, qui abrite le spectacle, affichent complets), laisse bien augurer de l’avenir du Nouvel Opéra Fribourg ! A suivre.

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Compte-rendu, Opéra. Fribourg, Théâtre de l’Equilibre, le 6 janvier 2018. W. A. Mozart : Die Zauberflöte. Joan Mompart / Laurent Gendre.  
 
   
 
   
 
 

COMPTE-RENDUS, concerts. GSTAAD, New Year Music Festival, les 4 & 5 janv 2019. JS BACH: N Stutzmann, A Kapelis.

Compte-rendu, concerts. New Year Gstaad Festival, Eglises de Rougemont et Lauenen, les 4 & 5 janvier 2019. Nathalie Stutzmann, Leon Kosavic et l’Ensemble Orfeo 55 (Rougemont), puis Aleksandros Kapelis et les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (Lauenen) dans des Å“uvres de J. S. Bach. La musique classique à Gstaad, ce n’est pas seulement le célèbre Menuhin Festival en période estivale et les Sommets Musicaux fin janvier, c’est aussi le Gstaad New Year Music Festival, manifestation fondée et inlassablement défendue par la Princesse Caroline Murat, une des arrière-petites-nièces de Napoléon 1er, installée dans la célèbre station alpine, pianiste renommée, mais également co-fondatrice des non moins fameux Festival de Verbier et Sommets Musicaux susnommés. Chaque année, depuis treize ans maintenant, la Princesse mélomane invite les grands noms de la musique classique et du chant lyrique, cette nouvelle édition n’échappant pas à la règle avec des artistes de grande renommée tels que Paul Gulda, Nino Machaidze, Michel Dalberto, Edwin Crossley-Mercer, ou encore la célèbre alto française Nathalie Stutzmann que nous avons pu entendre, ce 4 janvier 2019, – aux côtés du magnifique baryton-basse croate Leon Kosavic et dans un programme d’arias extraites de Cantates du Cantor de Leipzig – dans la ravissante église de Rougemont (à l’instar du Festival Menuhin et des Sommets Musicaux, les concerts ont lieu essentiellement dans les diverses petites églises du Saanenland).

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Nommée “ Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur “ quelques jours plus tôt, Nathalie Stutzmann est venue avec l’ensemble (baroque) qu’elle a fondé il y a maintenant 10 ans, l’excellent Orfeo 55, et l’on devra d’abord saluer la cohérence et la pertinence d’un programme tout en nuances, qui permet de faire goûter à l’audience les différentes facettes du génie de Bach. Pour mettre en valeur sa phalange, et faire apprécier au public très chic et international de Gstaad sa grande qualité artistique, c’est par la Sinfonia de la Cantate BWV 42 que débute la soirée. Et si l’intériorité et la spiritualité de Bach sont bien entendu au rendez-vous, la sensualité de sa musique est également mise ici en avant. Ainsi, après le touchant et mélancolique « Vergnüte ruh » (BWV 170), c’est l’air « Getrost ! » – extrait de la Cantate BWV 133 – qu’elle délivre, avec des vocalises aussi ardues à exécuter que jubilatoires à écouter.
KOSAVIC LEON BARYTON portrait concert par classiquenews gstaad 2019 3.jpg__300x300_q90_crop_subsampling-2_upscaleSon collègue masculin, -Leon Kosavic, prend ensuite le relais avec les arie « Ich will den Kreuzstab gerne tragen » (BWV 56) et « Jesus ist ein Schild » (BWV 56). Le jeune chanteur, que nous avions découvert dans Les Noces de Figaro à Liège, la saison dernière, possède toutes les qualités requises pour rendre justice à cette page. Son baryton souple et flexible le destine tout naturellement aux airs de bravoure dont les redoutables vocalises ne lui posent aucune difficulté, ni en précision ni en justesse. Le velours du timbre en fait également l’interprète idéal des pages plus contemplatives, soutenues par un legato de miel. S’il n’existe pas de duo écrit par Bach pour leur typologie de voix respective, les compères ont contourné le problème grâce à l’air extrait du fameux Actus Tragicus « In deine Hände » (BWV 106) dans lequel un alto et un baryton interviennent bel et bien, mais chacun à leur tour.
La soirée se termine par le célébrissime « Ich habe genug » (BWV 82), que se réserve Nathalie Stutzmann, et dont elle fait un moment hautement spirituel. L’alto incarne au plus profond le personnage de Siméon qui peut mourir en paix après avoir rencontré un Messie qu’il avait attendu sa vie durant. Avec la délicatesse et la douceur du hautbois solo de l’ensemble, telle une présence séraphique au côté du prophète, la cantilène de l’un vient poursuivre les contemplations de l’autre. A ce moment précis, nous sommes alors bien loin d’une appréciation de performance vocale, mais bien dans l’entendement du Mystère de la Purification tel que le génial compositeur allemand l’avait décrit…

Le lendemain soir, – 5 janvier 2019, c’est à nouveau avec Bach que nous avions rendez-vous, mais cette fois dans la non moins charmante (et voisine) église de Lauenen, pour un programme entièrement instrumental cette fois, avec rien moins que les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (et le pianiste grec Alexandros Kapelis) pour une intégrale des concerti pour clavier et cordes. Bach a composé les Cinq Concerti BWV 1052 à 1056 pendant son séjour à Leipzig, une période pendant laquelle il s’était vu confier la direction des concerts du Collegium Musicum.

 

 

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Il se devait de fournir un répertoire sans cesse renouvelé et, s’agissant de la musique pour clavier, de répondre aux besoins de ses propres fils – pianistes émérites – lorsque ces derniers se produisaient dans ces mêmes concerts. Il fallait donc fournir, et, à cette fin, le musicien eut recours à une méthode qui lui était familière, consistant à reprendre et adapter quelques-unes de ses compositions antérieures, dans ce cas précis principalement des concertos pour violon. Face à un accompagnement aussi dynamique que luxueux, Kapelis souffle le chaud et le froid, selon qu’il s’attaque aux mouvements lents ou rapides. Avec un touché rond, un phrasé lumineux, étiré, soutenu (Larghetto du la majeur BWV 1055) et un lyrisme sans affectation (Adagio du fa mineur BWV 1056), il parvient à donner le ton et donner la vie à ces moments de douceur, qui sont autant de moments suspendus. Mais dès que la virtuosité est de mise, dans les parties rapides, le pianiste « accroche » (frôle les touches d’à côté), voire esquive certaines notes pour suivre le diabolique tempo imposé par un orchestre dont la virtuosité (de son côté) est sans faille. Le public ne semble cependant pas lui en tenir rigueur et lui fait une fête à l’issue du marathon pianistique dont relevait la soirée !

 
  

 

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Compte-rendu, concerts. New Year Gstaad Festival, Eglises de Rougemont et Lauenen, les 4 & 5 janvier 2019. Nathalie Stutzmann, Leon Kosavic et l’Ensemble Orfeo 55 (Rougemont), puis Aleksandros Kapelis et les Barock Solisten du Berliner Philharmoniker (Lauenen) dans des œuvres de J. S. Bach.

 

  

 

COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, le 21 déc 2018. Dauberval / Hérold : La Fille mal gardée.

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). Tandis que la plupart des théâtres lyriques hexagonaux mettent à l’affiche une opérette pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra national de Bordeaux a pris l’habitude de proposer un ballet à son public, à l’instar de l’année dernière où nous avions pu assister à une représentation du Don Quichotte de Leon Minkus. Cette année, c’est un titre cher à la cité Girondine qui est mis à l’honneur, puisque La Fille mal gardée (dont la première mouture portait le nom de « Ballet de la paille ou il n’est qu’un pas du mal au bien ») a été créée dans ces même murs du Grand-Théâtre de Bordeaux, le 1er juillet 1789, ce qui en fait le plus ancien ballet français inscrit au répertoire. L’ouvrage est présenté ici dans une chorégraphie imaginée par Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres dans les années 60. Il est coproduit avec l’Opéra de Paris qui a participé à la confection des décors et des costumes… et a « prêté » à l’institution bordelaise une de ses danseuses Etoiles Léonore Baulac) et un de ses Premiers danseurs (Paul Marque) pour les deux rôles principaux ! Originellement dansé sur un pot-pourri d’airs populaires, l’Å“uvre se dota – en 1828 – d’une véritable partition musicale, grâce au compositeur Ferdinand Hérold (la partition est cependant adaptée ici par John Lanchbery). Ce ballet se caractérise d’abord par sa facilité de compréhension, et de fait, il capte toutes les sympathies par sa fraîcheur et surtout son humour ravageur. Les pans illustrés du décor d’Osbert Lancaster, peintes à la manière des images d’Epinal, contribuent eux aussi à nous plonger dans le ton facétieux des personnages de fables passées.

 

 

 

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Dans le rôle de Lise, Léonore Baulac fait preuve de sa délicatesse coutumière, tout en faisant montre d’une technique peaufinée qui ne laisse apparaître aucune scorie. Son art de la pantomime fait oublier les situations parfois un peu « simplettes », et l’on se prend à s’attendrir sur le sort d’abord malheureux – puis au final favorable – de Lise. La prestation de Paul Marque n’appelle pas plus de réserve : la technique est très aguerrie, sa jeunesse sied parfaitement au rôle, et sa prise de risques est récompensée par de nombreux vivats au cours de la représentation.

De son côté, Alexandre Goncharouk dessine le benêt Alain de manière très honorable, raisonnablement drôle et raisonnablement touchant. Enfin, Roman Mikhalev se montre absolument délirant et désopilant en Mère Simone ; comment ne pas être admiratif devant tant d’ingéniosité et de trouvailles dans la composition de ce personnage travesti et acariâtre ? La fameuse « Danse des Sabots » est d’une précision implacable, et si le couple principal touche par leur grâce, leur juvénilité et leur insouciance, c’est bien Mikhalev qui enlève le morceau, rendant indispensable chacune de ses apparitions !

Secondés par le corps de ballet (impeccable aussi), tous se livrent à cœur joie dans cette célébration de la vie champêtre. Et l’euphorie est contagieuse, qui gagne facilement le public… qui ne demande qu’à rire de bon cœur ! Bref, une rêveuse jubilation par laquelle nous nous sommes laissés volontiers bercer…

La veille, nous avons eu la chance d’assister au Concert de Noël, présenté par Christian Maurin et en direct sur Radio Classique, dans le superbe Auditorium dont s’est doté la ville il y a trois ans maintenant. Là aussi, Bordeaux a fait preuve d’originalité et – loin des sempiternelles Valses de Johann Strauss ou autres pot-pourri offenbachien -, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigé par son chef Paul Daniel, a donné à entendre un programme aussi éclectique que réjouissant. On en retiendra notamment la voix d’alto chaude et capiteuse de la chanteuse gabonaise Adriana Bignani Lesca, que l’on a pu apprécier dans le fameux « Sing, sing, sing ! » de Louis Prima ou dans le « White Christmas » d’Irving Berlin. L’orchestre peut également faire étalage de sa virtuosité, mettant en exergue la palette orchestrale d’Offenbach dans une « Gaité parisienne » ciselée, et plus encore dans une « Cuban overture » de George Gershwin d’une alacrité toute diabolique ! Le ChÅ“ur de l’Opéra national de Bordeaux se distingue, quant à lui, dans un « Allelujah » (tiré du Messie de Haendel) d’une poignante émotion, délivré tout en souplesse et en légèreté. Et chapeau au chef Paul Daniel qui sort ce soir de sa réserve toute britannique, et donne de sa personne à plusieurs moments de la soirée… en faisant le pitre, en donnant la réplique, voire en poussant la chansonnette !

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). LA FILLE MAL GARDÉE, à l’affiche de l’Opéra de Bordeaux, jusqu’au 31 décembre 2018.

 

 

 

Compte-rendu, concert. AVIGNON, le 14 déc 2018.  Bruch, Penard, Brahms. Orch Avignon-Provence / S Wieder-Atherton

piquion alex chef maestro concert critique classiquenewsCompte-rendu, concert. Avignon, Opéra Confluence, le 14 décembre 2018.  M. Bruch, O. Penard, J. Brahms. Orchestre Régional Avignon-Provence / Sonia Wieder-Atherton / Alexandre Piquion. Inaugurée il y a tout juste un an, la salle de l’Opéra Confluence d’Avignon a maintenant atteint son rythme de croisière, et accueille la riche saison symphonique de l’Orchestre Régional Avignon- Provence. Pour le concert du 14 décembre, Philippe Grison (son directeur artistique) a invité la talentueuse violoncelliste française Sonia Wieder-Atherton pour défendre une création contemporaine (dont on la sait férue) : le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Olivier Penard (1974), une co-commande avec l’Orchestre de Tours et celui de Cannes, où l’ouvrage a été créé au printemps dernier. Mais avant cela, Sonia Wieder-Atherton s’attaque au fameux « Kol Nidrei » (1881) de Max Bruch.
Imploration à Dieu, la prière Kol Nidrei est une douce et majestueuse mélodie qui résonne souvent lors de l’Office de Yom Kippour (Grand Pardon). Séduit par ce thème, le compositeur allemand, pourtant de confession protestante, s’inspira de cette oraison pour écrire une superbe pièce concertante plus proche cependant du style de Brahms que de l’esprit religieux original. D’une belle musicalité, l’interprétation qu’en donne l’artiste est aussi emplie d’une certaine grandeur, et d’une intensité qu’on n’entend pas à chaque exécution de ce superbe morceau.
L’œuvre (précitée) qui suit permet encore plus d’apprécier la virtuosité et l’éclectisme de son jeu, car la pièce se veut avant tout une joute verbale, pleine d’une fantaisie aux accents « jazzy », entre l’instrument et l’orchestre. Le mouvement médian vient cependant conférer plus de calme à l’œuvre, et se mue en une douce rêverie nimbée de mélancolie. Elle séduit pleinement le public qui fait une fête au jeune compositeur au moment de rejoindre le chef Alexandre Piquion et Sonia Wieder-Atherton sur la scène pour les saluts.

En seconde partie, Alexandre Piquion (professeur au CNSMDP depuis 2013) et la phalange provençale jouent la Deuxième Symphonie de Johannes Brahms. Chef rompu à tous les répertoires – il est également directeur musical de la Musique de la Police Nationale (depuis 2016) après avoir longtemps été chef de chÅ“urs aux Théâtres des Champs-Elysées et du Châtelet – Piquion dirige un Brahms classieux et très maîtrisé. Refusant les effets de mode interprétatifs, son Brahms avance avec beaucoup de naturel et un authentique sens de la construction. Les développements thématiques de l’« Allegro non troppo » initial sont ici conduits avec haute compétence et intelligence artistique. On retrouve cette élégance du geste dans l’« Allegretto grazioso », portée par une maîtrise évidente du discours musical. Cette hauteur de vue se prolonge dans le finale « Allegro con spirito », délivré avec une maîtrise totale de tous les ingrédients (puissance, timbres, équilibre entre les pupitres), la volonté de ne rien laisser au hasard et surtout l’organisation d’un discours nettement structuré. Bref, Brahms joué comme cela, on en redemande, et le chef ne se fait d’ailleurs pas prier en reprenant illico un des thèmes du dernier mouvement !

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Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra Confluence, le 14 décembre 2018.  M. Bruch, O. Penard, J. Brahms. Orchestre Régional Avignon-Provence / Sonia Wieder-Atherton / Alexandre Piquion. Illustration : Alexandre Piquion (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Metz, le 6 décembre 2018. Récital Brahms, Geoffroy Couteau, piano (1/4).

couteau geoffroy portrait piano concert critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 décembre 2018. Récital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4). Artiste associé à la Cité musicale de Metz, le jeune pianiste français Geoffroy Couteau se lance un joli défi en s’attaquant – à la faveur de quatre concert répartis sur deux saisons – à l’intégrale pour piano seul de Johannes Brahms – qu’il a cependant déjà enregistrée pour le label Dolce Vita il y a deux ans de cela. Il l’a fait de manière chronologique, parcourant ainsi une période courant de 1851 à 1893, années pendant lesquelles Brahms confie à son instrument préféré ses aspirations et ses confidences. Mais rappelons que l’histoire d’amour entre le compositeur allemand et Geoffroy Couteau ne date pas de ce disque, puisqu’à l’issue de ses études au CNSM de Paris, il avait remporté, en 2005, le premier prix du prestigieux Concours international Brahms de Pörtschach.

Sonorités transparentes, lignes mélodiques harmonieuses, énergie rythmique prégnante, densité sonore : voici quelques-unes des lignes de force de l’œuvre pour piano de Brahms. C’est ce qui fait de chacune de ses œuvres un bijou de puissance et de finesse mêlées, mais c’est aussi ce qui rend leur interprétation si risquée : au-delà de la difficulté technique, le véritable enjeu est de rester fidèle à cette écriture si riche et subtile. C’est avec les Quatre Ballades op.10 (1854) que l’artiste débute son récital. L’énergie rythmique, les contrastes dynamiques, les plans sonores, tout cela est parfaitement maîtrisé ici. Il résulte de son toucher un sentiment de légèreté et de plénitude qui, même dans les parties plus énergiques, plus harmoniques, et plus brutales, semble mis au service d’une atmosphère extatique.

Couteau poursuit avec la Sonate N°2 op.2 (mais en fait, chronologiquement, la première qu’il ait composée…). Dans cette Å“uvre en quatre mouvements, Brahms passe constamment d’un univers sonore à l’autre. Grandiose, majestueux, puis léger, fragile, martelant d’imposants accords puis effleurant quelques délicates notes, laissant s’épanouir quelques mélodies lumineuses, puis faisant surgir des rythmes lancinants, il exige du pianiste une sensibilité et une virtuosité éclatantes. Sous les doigts de Couteau, les thèmes surgissent, se modifient, périssent et ressuscitent naturellement : l’épanouissement sonore subjugue avant de céder la place à une finesse transparente…

En deuxième partie de soirée, les Trois Intermezzi op.117 (1892) sont en revanche un opus que Brahms composa vers la fin de sa vie, ouvrage d’un grand lyrisme, teinté de nostalgie, ce qui le différencie de la fraicheur intériorisée des Ballades entendues en première partie. Le premier Intermezzo, tout spécialement, nous laissera un souvenir profond : Couteau le pare de couleurs nocturnes et crépusculaires, car c’est bien le serein adieu d’un compositeur au soir de sa vie que cette pièce évoque. Il clôture son programme avec les Variations sur un thème de Paganini op.35, qui exploite le thème du 24e Caprice du célèbre violoniste italien (que Liszt et Schumann avaient déjà réutilisé pour des contrepoints pianistiques). Là encore, l’agilité formidable de Couteau se double d’une extrême délicatesse, donnant à chacune de ces variations une empreinte particulière, tantôt espiègle, tantôt hargneuse, tantôt timide. Le pianiste fait défiler avec maestria une abondante imagerie de sentiments et d’affects, qui lui vaut de chaleureux vivats de la part d’un public messin venu nombreux entendre le jeune prodige.

Bref, à vos calendriers pour la seconde journée de son cycle Brahms… elle aura lieu le 30 avril au même endroit !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 décembre 2018. Récital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4).

Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov.  

SOKOLOV thumbnail_Grigori-Sokolov_scale_762_366Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov. Un récital de Grigory Sokolov est toujours un événement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Auditorium de Lyon – plein à craquer ce soir – ne pas fait exception. Avec le pianiste russe, le rituel est immuable : à pas courts et rapides, la masse imposante de ce géant du piano apparaît abruptement derrière une porte entrebâillée, et glisse droit vers son piano. Une courte révérence vers le public, la mine invariablement impassible, il s’assied alors promptement à son piano, et sans attendre, frappe le clavier.

Immédiatement, le miracle opère. En quelques secondes, il envoûte, il captive, il subjugue son auditoire ; d’autant qu’avec Ludwig van Beethoven, et la Sonate N°3 en ut majeur qu’il interprète en premier, il est en terrain conquis. Pas à pas, le public ne peut que suivre, happé et fasciné, le pianiste dans son parcours. Sokolov donne à entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. La symphonie, l’éclat rythmiques des œuvres orchestrales de Beethoven ne sont pourtant jamais bien loin. Dans l’Adagio, Sokolov nous plonge dans un mystère, que même son toucher céleste du clavier ne parvient pas à dévoiler. Puis éclate l’Allegro final, où, dans des fulgurances inouïes, Sokolov multiplie les sonorités brillantes. Et ces notes, qui soudain se mettent à galoper vertigineusement, semblent ne jamais vouloir suspendre le discours. Il enchaîne aussitôt avec les Onze Bagatelles op 119, dont le russe nous donne une interprétation qui se caractérise avant tout par l’évidence du style et le naturel des phrasés. A aucun moment nous pouvons nous dire qu’on pourrait faire ça mieux ou autrement, non, cela s’impose toujours comme étant « évident » : fausse évidence, bien sûr, puisque d’autres choix sont forcément possibles, mais c’est bien là la qualité intrinsèque d’une interprétation que de s’imposer à l’instant T comme étant la bonne, celle qui coule de source. Rien ne manque donc à l’appel, ni la douceur du toucher, ni la « force de frappe » ; les tempi retenus, toujours excellents, permettent à chaque Bagatelle de s’épanouir tout en variant l’expression entre chacune d’elles, avec une couleur de piano toujours fascinante. Et à la surprise du dernier accord, suit le silence encore plein de sa formidable interprétation. Alors fusent les applaudissements que l’artiste, se pressant vers les coulisses, semble vouloir ne pas remarquer, comme indifférent à ce jugement…

En seconde partie, le talent et la profondeur de Sokolov sont tout aussi parfaitement en situation dans les fameux Quatre Impromptus op 142 de Franz Schubert. Le texte se déroule avec intelligence, et surtout il n’y ici aucune fausse sentimentalité : le pianiste adopte un tempo régulier sans alanguir les variations de tonalités. Le piano est superbement coloré et Sokolov varie les parties comme s’il s’agissait d’un quatuor à cordes. Mais bien évidemment, c’est l’incontournable et populaire 3ème Impromptu qui emporte tous les suffrages, d’autant plus que l’artiste l’aborde avec la légèreté d’un touché perlé qui démontre, une fois encore, l’art qui s’épanouit au bout de ses doigts. Des doigts magiques conduits par le reste de son corps, capable d’imprimer aussi une puissance phénoménale à son jeu.

Le contrat rempli, l’artiste laisse enfin retomber les bras, sans que toutefois son visage marque le moindre relâchement ; sous les applaudissements et bravos enthousiastes, toujours pas l’ombre d’un sourire…. Il reviendra cependant… six fois (!), pour six bis servis comme un dessert à ce public conquis (on le serait à moins) et gourmand, notamment pour délivrer une « Entrée des Sauvages » de Rameau pris avec vélocité toute démoniaque !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov. Illustration (DR)

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. En réunissant Pretty Yende et Javier Camarena en têtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone était sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison européenne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas été déçues…

 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opéra extrêmement difficile à mettre en scène, son livret accusant d’évidents déséquilibres, et ce n’est pas la mise en scène confiée à l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra résoudre la difficile équation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire déjà passablement alambiquée. Car elle voir un parallèle entre l’époque de Cromwell à laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des années 70. Mais à la simple transposition, Miksimmon préfère juxtaposer les deux époques, et dans le (misérable et affreux) décor d’une salle des fêtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillés en costumes du XVIIe qui y évoluent… L’intrigue apparaît encore plus opaque qu’elle ne l’est déjà, et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassiné par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer à nouveau dans la folie…

De son côté, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnériennes. On portera néanmoins à son crédit sa manière d’accompagner les chanteurs et de préserver la continuité musicale de la partition, ce qui n’est pas une tâche facile dans I Puritani…

Par bonheur, la distribution vocale rachète tout. L’Arturo de Javier Camarena était, bien entendu, la principale attraction de la soirée, et le ténor mexicain s’est joué de cette tessiture suraigüe avec son aisance coutumière, y ajoutant une pureté dans le legato, une lumière dans le timbre, une suavité dans les accents, et une intensité dans le phrasé sans rivales aujourd’hui dans ce répertoire. Tour à tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, même s’il « se contente » d’un contre-Ré en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». Propulsée vers les sommets depuis qu’elle a remporté le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne démérite pas en Elvira, délivrant un chant techniquement irréprochable, et faisant preuve d’une capacité à contrôler superbement l’émission de ses notes aigües, claires et timbrées sans jamais être criées, mais l’actrice peine en revanche à convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme généré par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le célèbre « Vieni fra queste braccia », qui récolte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant à la noblesse du phrasé bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant à la basse croate Marko Mimica, il possède tous les atouts pour être un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racé et prestance scénique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le ChÅ“ur du Gran Teatre del Liceu s’avèrent également d’une très belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, le 12 oct 2018. Pärt, Prokofiev, Repin / Orch Philh de Monte-Carlo,Yamada.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. Pärt, Prokovief, Tchaïkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Yazuki Yamada. Un an après avoir subjugué le public monégasque dans le Premier Concerto pour violon de Sergueï Prokofiev, le grand violoniste russe Vadim Repin (né en 1971) était de retour en Principauté pour interpréter, cette fois, le Deuxième Concerto du célèbre compositeur russe. Mais comme à peu près dans toutes les salles de concert aujourd’hui, c’est par une pièce plus contemporaine que s’est ouverte la soirée, avec une exécution du superbe Fratres pour violon solo, orchestre à cordes et percussion d’Arvo Pärt, ici dans sa version remaniée de 1992. Fratres est un ouvrage de très belle facture polyphonique dont l’inspiration des œuvres de Benjamin Britten n’est pas dissimulée et le propos très religieux. Typique du caractère très répétitif de la musique balte, cette partition d’une dizaine de minutes fait ici appel à un orchestre à cordes dont la progression inébranlable est régulièrement parcourue par de calmes interventions de la grosse caisse et des claves.

Dans le concerto de Prokovief qui vient juste après, Vadim Repin – tout autant que l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par son chef titulaire Kazuki Yamada – séduisent. Malgré une première partie un peu moins bien conduite, mais que sa longueur rend de fait plus ardue d’exécution, la romance centrale est particulièrement réussie : en face d’un violon à l’expressivité parfaite, l’accompagnement en pizzicati des cordes apparaît comme légèrement railleur. Quant au Finale, une sorte d’« espagnolade » rythmée par les castagnettes, il est livré avec une densité et une impétuosité incroyables, qui démontrent que Repin possède un art de la virtuosité à l’image de sa sensibilité musicale. Malgré l’insistance du public, il ne sacrifiera pas à la tradition du bis…

kazuki-yamada-jc-vinaj-opmc-11Après l’entracte, la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski enthousiasme également : si le thème du fatum paraît au premier abord peu terrifiant – l’inquiétude ne s’immisce pas moins de manière graduelle et subtile dans l’œuvre, plus souvent à travers le tempo (implacable dans la valse, ou qui se déchaîne subitement au détour d’une phrase) que par celui des timbres, en tous points magnifiques. Le deuxième mouvement esquisse une immense arche mélodique, qui respire avec naturel grâce à la gradation des dynamiques et des articulations des voix intermédiaires. C’est avec le scherzo que s’établit véritablement un début de frénésie rythmique qui ne s’interrompra plus : les pizzicati sont incroyablement dansants et volubiles, mettant en avant les touches folkloriques de la partition.

Que ce soit dans le concerto de Prokovief ou la symphonie de Tchaïkovsky – l’incisivité des attaques, les timbres magnifiquement opulents, la perfection formelle renforcée par une certaine décontraction -, tout laisse à penser que le courant passe formidablement bien entre les musiciens et le chef japonais ! Illustrations : Vadim Repin / Kazuki Yamada (DR)

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Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. Pärt, Prokovief, Tchaïkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada.

Compte-rendu, récital. Bordeaux, le 18 sept 2018. Récital Jonas Kaufmann, ténor / Liszt, Wolf, Mahler.

thumbnail_kaufmannCompte-rendu, récital. Bordeaux Grand-Théâtre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler. Après l’avoir accueilli une première fois en 2007 (dans une salle bien clairsemée, il n’était pas encore la star qu’il est devenu…), le Grand-Théâtre de Bordeaux a ouvert sa saison avec un récital de Jonas Kaufmann, le chanteur lyrique le plus couru de la planète. Tellement couru que les places se sont tout bonnement arrachées, et que tout était » sold out » quelques minutes après l’ouverture de la location sur internet… Ce n’était pourtant pas un programme facile qu’il proposait là, aux côtés de son partenaire et ami de toujours le pianiste Helmut Deutsch : des Lieder de Liszt, Wolf et Mahler, bien moins faciles d’accès que les tubes du répertoire lyrique qu’il avait par exemple proposé, quatre jours auparavant, à son public moscovite…

Premier des quatre cycles au programme ce soir, 6 Lieder de Franz Liszt, dans lesquels il apparaît tout de suite évident qu’à la différence du piano, l’écriture pour la voix prend chez le célèbre compositeur allemand une tournure autrement plus concentrée, loin des concessions virtuoses et éphémères qu’avec « l’instrument roi ». Cette assertion, Jonas Kaufmann la fait sienne : le ton est impérieux autant que la phrase est impérative. Dès le « Vergiftet sind meine Lieder » (« Empoisonnés sont mes chants »), la voix se joue des difficultés et séduit irrésistiblement. Suit le très beau « Im Rhein, im schönen Strome » (« Dans le Rhin, dans ce beau fleuve »), où son impressionnant registre grave est mis à contribution, en même temps que des fêlures dans le déploiement de la ligne apparaissent, qui se transforment en une somptueuse plus-value expressive dans le Lied « Ihr Glocken von Marling », sommet absolu de ce premier bouquet de Lieder, traversé d’un bout à l’autre par la sensation d’un aboutissement phénoménal. Le second cycle offre à entendre les fameux 5 Rückert Lieder de Gustav Mahler, à l’origine écrits pour voix de baryton et orchestre. Ici, seulement accompagné au piano, et donc dépouillée de la splendeur des couleurs orchestrales, la voix du ténor allemand semble délestée du poids du monde extérieur, des distractions pesantes et inutiles, comme le dit si bien le Lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen ». Et dans le poignant « Um Mitternacht » conclusif, il semble chanter comme pour lui-même, en établissant un calme intérieur pour amener l’auditeur vers l’ineffable…

 

 

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Après une pause bienvenue pour se remettre de ce dernier Lied, c’est le recueil des Liederstrauss de Hugo Wolf d’après des poèmes de Heinrich Heine auquel le duo s’attaque. Tout le talent de Wolf pour les clairs-obscurs et toute la complexité de son écriture sont remarquablement interprétés par les deux acolytes, mais nous nous attarderons cette fois sur le piano de Helmut Deutsch, un instrument qui n’accompagne, ici, pas le chant, mais qui, sous les doigts de ce grand artiste, se fait le double de la voix, épousant la courbe et le poids de chaque note, avec des sonorités incroyablement lumineuses et délicates qui sculptent littéralement l’espace. Et c’est par les sublimes 4 derniers Lieder de Richard Strauss que se clôt la soirée, un cycle expressément écrit pour une voix féminine, et dont les intentions techniques et expressives de l’écriture ne « tombent » donc pas vraiment dans le format naturel de la voix de Jonas Kaufmann… mais c’est sans compter sur le pouvoir d’expression d’un romantisme intérieur qu’il sait parfaitement véhiculer. Grâce à la force de sa sensibilité toute en finesse et en profondeur, on ne peut ainsi que rendre les armes à l’issue du sublime « Im Abendrot », dans lequel le timbre et la concentration extrême du chanteur, ainsi que son incomparable capacité à créer l’intimité, subjuguent les spectateurs bordelais. A ce moment de la soirée, la douceur de sa voix – devenue simple murmure – touche jusqu’à l’extase, rejoignant d’un coup, dans la confidence, la part la plus secrète du moi de l’auditeur… et il ne faudra pas moins de cinq bis (quatre de Strauss et un de Liszt) pour étancher et calmer le trop plein d’émotion d’un public en vénération devant son idole !

 

  

 

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Compte-rendu, récital. Bordeaux Grand-Théâtre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler.

 

 

 

 

Compte-rendu, concerts. 73ème Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et Château de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

Compte-rendu, concerts. 73ème Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et Château de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit. Le concert de clôture de la 73ème édition du Septembre musical de Montreux-Vevey avait une saveur particulière car il marquait aussi les adieux de Tobias Richter à une manifestation qu’il dirigeait depuis pas moins de quatorze années ! Et ce sont deux piliers du festival qui ont répondu présents, l’ancien couple à la ville que sont la grande pianiste argentine Martha Argerich et le chef d’orchestre suisse Charles Dutoit, placé ce soir à la tête de l’European Philharmonic of Switzerland, une jeune formation dont beaucoup de membres sont issus du fameux Orchestre des Jeunes Gustav Mahler.

 

 
 

argerich montreux festival 2018 critique concert concert review par classiquenews

 

 
 

9 SEPT 2018. La soirée débute avec le (rare) ballet « Jeu de cartes » d’Igor Stravinsky. Créé en 1937 pour Balanchine à New York, sous la baguette du compositeur russe, ce ballet est pourtant un petit bijou jouant de la forme classique plutôt que s’y assujettissant, utilisant l’art de la citation avec notamment un thème de l’ouverture du Barbier (dans la « troisième donne »), changeant sans cesse de rythme, et d’une ardeur débordante toujours contenue dans une stricte géométrie anguleuse. La jeune phalange y fait preuve d’une impeccable mise en place et d’une grande virtuosité. Puis arrive la lionne, qui prend alors son instrument à bras le corps comme elle nous en a donné l’habitude : d’emblée les premiers accords du Premier Concerto pour Piano de Liszt résonnent avec grandeur, et quelques mesures suffisent pour que Marta Argerich parvienne à la densité de jeu voulue, mais c’est bien un véritable dialogue qui s’instaure avec un orchestre qui brille par la qualité de ses soli instrumentaux, notamment ceux des bois. Le concerto s’achève dans un climax parfaitement maîtrisé par Charles Dutoit. Commence alors une valse d’hésitation, bis ou pas bis, mais devant la frénésie du public, Argerich s’exécutera finalement trois fois ! Elle interprète tour à tour la pièce Widmund du duo Schumann/Liszt, la première pièce des Scènes d’enfants du même Schumann, mais surtout l’incroyable Rondo de la Sonate K 141 de Domenico Scarlatti, débutée comme une œuvre romantique et conclue sublimement avec une agilité tout simplement diabolique !

 

 
 

ARGERICH & MASLEEV à MONTREUX

 

 
 

Après l’entracte, place à la grandiose Symphonie n°3 (avec orgue) de Camille Saint-Saens, dans laquelle Dutoit laisse parfaitement respirer son orchestre pour en dégager une sonorité d’une remarquable ampleur. L’Allegro initial débute par un beau crescendo réunissant petit à petit toutes les forces instrumentales dans une dynamique souple, superbe par son équilibre, ses nuances délicates et son élégance, jusqu’à un Finale qui fait lui résonner avec éclat les cuivres dans une coda majestueuse rythmée par les timbales omniprésentes. Mais la soirée ne se termine pas par cette effervescence sonore mais par un bis choisi par Tobias Richter à la demande de son ami Charles Dutoit : c’est ainsi par les accords de la célèbre Valse triste de Sibelius que s’achève la soirée, une pièce qui prend une teinte plus nostalgique que jamais au regard du contexte…

 

 
 

Dmitry MASLEEV 7 SEPT 2018. Deux jours plus tôt, dans la grande salle du magnifique château de Chillon, à la pointe extrême du Léman, nous avons pu assister à un récital du jeune prodige russe Dmitry Masleev, lauréat du prestigieux Concours international Tchaïkovsky en 2015. Il débute son récital avec sept morceaux issus du cycle des 18 Pièces pour piano op. 72 de Tchaïkovski, composées en 1893, et donc une des toutes dernières réalisations du compositeur russe, puisqu’il devait disparaître au cours de cette même année. Ces pièces dont chacune dure à peine cinq minutes, présentent des climats divers qui rendent parfois hommage à Schumann ou à Chopin. Le jeune pianiste parvient à donner une vraie unité à ce cycle hétéroclite, et réussit l’exploit de se fondre dans l’esprit de chaque pièce ; grâce à une technique brillante et virtuose, il se joue par ailleurs des nombreuses difficultés de la partition. Il enchaîne avec une œuvre non inscrite au programme, la magnifique transcription de l’Adagio du Concerto pour hautbois de Marcello par Bach, ici délivrée avec une incroyable tendresse qui restera le moment le plus émouvant de la soirée.
Le programme reprend avec la Deuxième Sonate op. 14 de Sergueï Prokovief, et l’on ne peut qu’être admiratif devant la technique du soliste, dont la robustesse du jeu n’a d’égale que la richesse de la palette sonore. De plus, le phrasé est toujours juste, et l’expression va ici à l’essentiel. Mais l’apothéose vient avec la Rhapsodie espagnole de Franz Liszt, longue pièce d’une difficulté affolante, mêlant de nombreux motifs plus au moins hispaniques, que le russe va maîtriser avec une économie et une rigueur extrêmes. Pas d’effets inutiles dans cette interprétation fière et rude, mais un toucher puissant et torrentiel, d’une grande intensité sonore et d’une virtuosité sans faille ! Un grand récital, très chaleureusement accueilli par un public remarquablement attentif, auquel Masleev offrira trois bis : deux pièces de Scarlatti ; plus le curieux « Football » de Chostakovich, sport dont le célèbre compositeur russe raffolait….

 

 
 

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MISCHA DAMEV nouveau directeur… En guise de conclusion, signalons qu’au lendemain de la soirée de clôture, on apprenait la nomination de Mischa Damev à la tête du festival, un ancien pianiste et chef d’orchestre d’origine bulgare qui dirige depuis 10 ans la division des Affaires culturelles et sociales de la Fédération des coopératives Migros (dont 1% du chiffre d’affaire est affecté à du mécénat en faveur de la musique classique). Sous son impulsion, le festival sera rebaptisé « Septembre musical – une fenêtre sur le monde », et sera dédié chaque année à un pays. Souhaitons-lui bonne chance dans ses nouvelles fonctions… et vivement la 74ème édition qui sera consacrée – on le sait déjà… – à la Russie !

 

 
  

 
 

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Compte-rendu, concerts. 73ème Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et Château de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

 

 
  

 
 

Compte-rendu, concert. 30ème Jeudi Musicaux de Royan.Seudre, le jeudi 6 sept 2018. Quatuor Danel : œuvres de Beethoven, Weingberg,Chostakovich.

Compte-rendu, concert. 30ème Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : œuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenInaugurés en 1989, les Jeudis Musicaux de Royan (et de son agglomération) fêtent cette année leurs 30 ans, et ce ne sont pas moins de 33 concerts dans les 33 communes de l’agglomération royannaise qui sont proposés à un public mêlant gens d’ici et touristes. L’affiche est particulièrement alléchante cet été (concerts entre le 7 juin et le 20 septembre) et, de fait, le festival n’a rien à envier à certaines manifestations plus prestigieuses et médiatisées. Yann Le Calvé, le directeur artistique de la manifestation charentaise, a ainsi pu réunir – entre autres – des artistes ou formations tels que Philippe Jaroussky, le Quatuor Modigliani, Thomas Dunford, Adam Laloum, le Quatuor Ebène, Béatrice Uria-Monzon, Vanessa Wagner, Jordi Savall, ou encore le Quatuor Danel que nous somme venus entendre dans un programme réunissant des œuvres de Beethoven, Weinberg et Chostakovitch.

 

Le 30ème concert se déroule à l’église (Saint-Martin) de l’Eguille sur Seudre qui, si elle n’a pas le charme de certaines églises romanes dont est parsemée la région, offre en revanche une acoustique idéale avec son plafond en bois et sa nef unique. De quoi mettre en tout cas en valeur l’excellent Quatuor Danel, un ensemble fondé en 1991, connu pour avoir reçu l’enseignement du prestigieux Quatuor Borodine. Avant leurs deux chevaux de bataille que sont justement les œuvres de Weinberg et de Chostakovitch, c’est le Quatuor N°2 opus 18 que les quatre instrumentistes (Marc Danel, Gilles Millet, Vlad Bogdanas, Yovan Markovitch) abordent, une œuvre dans laquelle ils frappent par la perfection de la mise en place, l’intelligence des tempi et la justesse stylistique : soulignant les accents et les contrastes, ils privilégient une approche incisive, voire drue et rugueuse, toujours vivante et engagée de l’opus beethovénien.

 

Proche de Chostakovitch, le compositeur russe d’origine polonaise Mieczyslaw Weinberg a composé pas moins de 17 quatuors, dont les Danel ont gravé une Intégrale (chez CPO), et qu’ils ont également interprété lors d’un concert marathon à Manchester en 2007. Ce sont donc des spécialistes de ce répertoire, et le Cinquième quatuor (1945) qu’ils joue ce soir en fait la preuve. Cette Å“uvre angoissante, accablante même – écrite peu après l’extermination de la sÅ“ur et de la mère de l’artiste dans les camps d’extermination nazis – implique un engagement important des interprètes, les premier et second violons ayant ainsi la curieuse habitude de jouer les pieds levés, surtout dans les moments de grande intensité. Le Quatuor N°3 de Chostakovitch qui suit a été composé un an après le précédent, en 1946, mais se montre beaucoup plus sage, presque « classique », au grand dam de la censure soviétique : les cinq mouvements qui le constituent joue ainsi au jeu du chat et de la souris avec elle. Là aussi le quatuor Danel offre une lecture tout en probité, sans la moindre faute de goût, et le public ne boude pas son plaisir à l’issue des dernières notes du concert.

 

Il reste trois concerts pour ceux qui ont la chance d’habiter le pays royannais ou d’y prendre des vacances en septembre : un concert à l’Eglise de Saint Palais sur Mer réunissant Jean-François Heisser, Didier Sandre et Béatrice Uria-Monzon le jeudi 13/9, un autre le même soir à l’Abbaye de Sablonceaux avec l’Ensemble Perspectives et un dernier, le 20/9, à l’Eglise de Meschers sur Gironde, présenté par l’inénarrable Frédéric Lodéonn, et réunissant Victor Julien-Laferrière au violoncelle, Théo Fouchenneret au piano et Florian Pujuila à la clarinette. Et comme après chaque concert, un moment de convivialité autour d’un verre de cidre et d’une part de galette charentaise sera organisé pour échanger avec les artistes… ce qui est une  initiative très appréciée par le public !

 

 

Compte-rendu, concert. 30ème Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : œuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

Compte-rendu, concert. La CHAISE-DIEU, les 23 et 24 août 2018. La Création, Via Crucis

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 août 2018. La Création de Haydn / Chœur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve. Fondé en 1966 par Georges Cziffra, le Festival de La Chaise-Dieu présente cette année sa 52ème édition : trente-deux concerts traduisent l’ampleur prise depuis le milieu des années 1970, sous l’impulsion de Guy Ramona puis de Jean-Michel Mathé, par cette manifestation auvergnate qui laisse comme toujours une grande place à la musique sacrée (comme c’est le cas ce soir avec « La Création » de Josef Haydn donnée dans l’Abbatiale Saint-Robert), mais aussi le souci de mettre en avant des partitions oubliées, à l’instar du rarissime « Via Crucis » de Franz Liszt que nous avons pu entendre le lendemain, cette fois dans la magnifique église (gothique) d’Ambert, à une trentaine de kilomètres au nord de La Chaise-Dieu.

 
 
 

HAYDN : La Création. Sur un livret anglais tiré du Paradis perdu de John Milton, adapté en allemand par le baron van Swieten, l’oratorio « Die Schopfung », créé en avril 1798, raconte la création successive, sous l’impulsion de la main divine, des éléments, des animaux puis de l’homme. D’emblée, la représentation du Chaos dans un tutti éclatant étonne et donne véritablement le ton. A la tête de son chœur Accentus et de son orchestre Insula, Laurence Equilbey imprime à sa phalange une respiration ample et profonde, avant de lui imposer un tempo très lent, empli de mystère. L’entrée de Raphaël, quasi murmurée, poursuit de manière très émouvante ce climat intimiste. Par la suite, l’orchestre soulève de bout en bout l’enthousiasme, au travers notamment d’effets finement ménagés et de climats parfaitement contrastés. Le chœur possède la même teneur : on ne se lasse pas de savourer sa justesse, l’attention portée aux nuances, son art du phrasé, ses éclats autant que ses superbes pianissimi. Equilbey s’est par ailleurs entouré d’un trio de solistes parfaitement en situation. Gorgée de lumière et de douceur, la voix de la jeune soprano française Chiara Skerath enchante, notamment grâce au soin particulier qu’elle apporte à sa ligne de chant (splendide « Auf starkem Fittiche schwingen sich » !). Superbes musiciens, le baryton autrichien Rafael Fingerlos impressionne par son aplomb et sa puissance expressive (ardent « Rollend in schaümenden » !), tandis que son compatriote Martin Mitterrrutzner, au ténor clair mais bien projeté, complète magistralement l‘affiche (remarquable « Mit leisem Gang und sanftem Schimmert » !). Un triomphe mérité leur est adressé au moment des saluts.

 
 
 

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886VIA CRUCIS de LISZT. Le lendemain, c’est à un concert bien plus ascétique, voire aride (sans connotation péjorative), que l’on est convié, avec le Via Crucis de Liszt. Ce chef d’œuvre singulier et méconnu de la musique religieuse retrace les quatorze stations du chemin de croix du Christ en mêlant hymnes latins, Chorals en allemand et soli pour orgue, mais ici exécutés au piano, dans lesquels le toucher incisif et nuancé du pianiste français Jean-Claude Pennetier offre une subtilité et une présence auxquelles pourraient difficilement prétendre le son plus uniforme d’un orgue. Mais surtout, l’instrument profane, à force de brio magnifié, devient ici le personnage principal de cette méditation sur la Passion, ce qui n’enlève rien à l’excellence du chÅ“ur Vox Clamantis : ce dernier parvient sans peine à rendre la force de cette musique, notamment l’extase retenue et poignante de la rencontre avec Marie, ou encore la mise au tombeau, où le temps semble aboli, jusqu’à une vision finale particulièrement sereine. Dans d’autres passages, comme le terrible portement de croix ou l’extraordinaire dernière parole du Christ, il n’en fait pas moins preuve de toute l’intensité que ces passages requièrent. Malgré l’ascétisme de l’œuvre, le public ne répond pas moins présent que celui de la veille, et réserve aux artistes les plus chaleureux applaudissements…

   

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 août 2018. La Création de Haydn / Chœur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve.

 
  

Compte-rendu, concert. Prades, les 6 et 7 août 2018. Verdi, Olivero,…

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler… Chacune des nouvelles éditions du Festival Pablo Casals est placée sous une thématique ou un fil conducteur : celle de la 66e année est ainsi intitulée « Un archet pour la paix », en référence à un magnifique archet qui a mis à contribution pas moins de cinq luthiers (qui en ont fait cadeau au festival), et qui sera gracieusement prêté ensuite (pour une durée encore à déterminer) à un des brillants membres de l’Académie de la célèbre manifestation catalane. Nous avons justement assisté à cette soirée de « passation » qui encadrait, en l’Abbaye de St Michel de Cuxa, un concert intitulé « Mare Nostrum », en référence aux compositeurs à l’honneur en cette soirée du 6 août, tous issus de pays bordant la Méditerranée…

 

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C’est avec le rare quatuor en Mi mineur de Giuseppe Verdi que débute la soirée, avec rien moins que le fameux Talich Quartet sur scène. On doit son existence au fait que la création italienne d’Aida au San Carlo de Naples ayant été retardée du fait de l’indisposition du rôle-titre, Verdi consacra son temps à l’écriture de sa première Å“uvre de musique de chambre, qui sera créé deux jours après la première de l’opéra, au cours d’une audition privée organisée à son hôtel. Dès l’amorce l’Allegro initial, on comprend que style et humanité feront bon ménage dans cette pièce servie ici par un souffle généreux et des coloris raffinés : on ne saurait résister à tant de simplicité souriante. On ne sourit plus du tout avec la pièce qui suit, l’« Aria pour clarinette, violon, violoncelle et piano » de la compositrice israélienne Betty Olivero, notamment à cause de la brutalité que la partition exige du piano (confié à Itamar Golan) dont on se demandait s’il allait sortir indemne du martyr qui lui été imposé. Aux côtés de pièces courtes écrites par Albéniz et Granados (interprétées par Mihalea Martin au violon et Oliver Triendel au piano), le concert s’achève par le non moins rare Sextuor pour flûtes et quatuor à cordes avec piano (1947) de Mikis Theodorakis (interprété par l’Artis Quartet et le flûtiste Patrick Gallois), Å“uvre dans laquelle la flûte se taille la part belle et parvient tout au long des trois sections de l’œuvre à s’imposer magistralement, tout en tendresse, en rondeur ou en engagement.

Le concert du lendemain, toujours dans la nef de la magnifique abbaye romane de St Michel de Cuxa, est lui intitulé « Entre deux guerres » (les deux paix de Versailles en 1871 et 1918), et met en miroir des compositeurs français et germaniques. La seconde partie de la soirée offre ainsi à entendre, après le court Allegro Appassionato op 43 de Saint-Saëns, le Quatuor à cordes n° 1 en Ut mineur op. 51/1 de Johannes Brahms, dont le compositeur allemand a eu du mal à accoucher tant l’ombre du grand Ludwig van Beethoven restait intimidante dans ce domaine, comme dans celui de la symphonie. Il ne lui fallut ainsi pas moins d’une vingtaine d’années pour finir cette composition marquée par le doute, mais si Brahms reste un peu sur son quant-à-soi dans les deux premiers mouvements, de facture très classique, le troisième, Allegro molto moderato e comodo, est porté par un lyrisme et une ardeur mélodique irrésistibles que le brillant Quatuor Artis parvient ce soir à transmettre avec chaleur et retenue à la fois. Telle est bien la qualité de ces superbes instrumentistes toujours à la recherche de la couleur adéquate et de l’expression juste, dénué de tout débordement excessif. Après l’entracte, le violoniste Boris Galitsky et le pianiste Itamar Golan s’attaque à la Sonate en Sol mineur de Claude Debussy, composée un an avant sa mort, dans laquelle on admire surtout les glissandi délicieux du violoniste, et, si le deuxième mouvement manque un peu de fantaisie, le final est lui parfaitement mené. Enfin, le baryton Jérôme Boutillier (cf photo ci dessous)

termine le concert avec le cycle des Chants d’un Compagnon errant (Lieder eines fahrenden Gesellen) de Mahler dans sa version orchestrale réduite par Arnold Schoenberg. Hormis le premier poème extrait du recueil Le Cor merveilleux de l’enfant (Des Knaben wunderhorn) sorti de la plume d’Arnim et Brentano, tous les autres textes sont de Mahler lui-même, qui offrira un destin particulier au deuxième lied en l’utilisant comme tissu mélodique du premier mouvement de sa Symphonie n°1. En plus d’un timbre de toute beauté, d’un phrasé impeccable et d’une diction parfaite de la langue de Goethe, avouons que le jeune chanteur sait particulièrement bien ménager cet instant d’émotion poignante qui saisit les derniers vers du quatrième Lied (Die zwei blauen Augen), qui préfigure le sublime « Adieu à la vie » (Abschied) qui terminera – quelque 20 ans plus tard – le cycle mahlérien du Chant de la terre…

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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler…

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Compte-rendu, concert. Saintes, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. OCE / Kelly God / Philippe Herreweghe.

Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe. C’est un franc succès qu’a rencontré la 47e édition du Festival de Saintes, avec un taux de remplissage de 75 %, qui cette année a traversé la Manche « pour donner voix aux ensembles ou compositeurs britanniques » : on y a ainsi pu entendre des Songs du XVIIe siècle anglais, interprétées par Lucile Richardot et l’Ensemble Correspondances, mais aussi des cantates de jeunesse de Haendel magnifiées par la jeune Deborah Cachet, ou encore un bouquet de mélodies anglaises offert par la soprano Carolyn Sampson et l’Ensemble VOCES8. Mais c’est cependant par un programme germanique que s’est clôturé le festival, avec un concert mélangeant Wagner et Bruckner, Philippe Herreweghe dirigeant son Orchestre des Champs-Elysées.

Par égards aux lieux, c’est une lecture toute chambriste des sublimes Wesendonck Lieder de Richard Wagner que livre le vénérable chef français, une option à laquelle répond idéalement l’expressivité contenue de la magnifique soprano américaine Kelly God, dont la voix s’avère idéale pour les Å“uvres de l’Echanson de Bayreuth. Dans le premier lied Der Engel, l’intelligence du texte comme l’élégance de ses aigus, emportent complètement l’adhésion. Herreweghe engage ensuite un Stehe still sur lequel la soprano laisse s’exprimer toute la richesse de son timbre de miel, la radiance irisée de sa voix et une impressionnante longueur de souffle. Comment ne pas admirer, enfin, la précision de la diction, qui – dans le dernier des cinq Lieder, le sublime Träume – lui permet une évocation poétique admirable, renforcée par une subtilité des phrasés et des nuances tout simplement ensorcelantes.

 

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Après une pause salutaire pour se remettre de l’émotion suscitée par le chant de la divine God (la bien nomée…), c’est à la monumentale Symphonie N°4 d’Anton Bruckner que s’attaque la formation parisienne, avec une interprétation fort intéressante de la part de Herreweghe. Le premier mouvement paraît assez sec et froid, en carence de la démesure et du souffle des grands espaces, mais néanmoins bien mené, d’une façon naturelle et fluide, et si les appels du cor peuvent sembler un rien prosaïques, ils sont d’une maîtrise sans faille. L’Adagio est encore plus intéressant : le thème est exposé assez crûment, sans fard, mais Herreweghe approfondit progressivement le discours, faisant surgir enfin chaleur et expressivité chez les cordes. L’atmosphère est celle d’une triste parade, un convoi funèbre peut-être, mais dans un ton léger, presque en apesanteur, et dans un tempo relativement preste. Le scherzo est lui aussi pris rapidement, majestueux, d’une puissance communicative, il s’interrompt brusquement pour un trio très élégant, tout en finesse et en transparence. Grande réussite également, un dernier mouvement imposant mais pas pesant, dont la structure complexe est superbement mise en valeur, sans que la tension ne se relâche, et dans lequel le thème du premier mouvement est réexposé dans tout sa puissance… avant une magistrale Coda ! Un tonnerre d’applaudissements vient couronner la soirée, qui se termine par le retour de la soprano, venue chanter à nouveau le dernier des Wesendonck Lieder, pour le plus grand plaisir des mélomanes réunis sous les voutes de la magnifique Abbaye aux Dames de Saintes… Vivement la prochaine édition qui se tiendra du 12 au 20 juillet 2019 !

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Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe.Illustrations : © Séb. Laval / Fest. de Saintes 2018

 

Compte-rendu, concert. Evian, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. J-J Kantarow, Orch de Chambre de Lausanne. Salonen, Lozakovich.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich. C’est un franc succès qu’a rencontré l’édition 2018 des Rencontres musicales d’Evian, 25 ans après la première, avec pas moins de 16 concerts réunissant des stars du monde classique tels que James Ehnes, Nicolas Lugansky, Daniel Lozakovich ou encore Frank Peter Zimmermann. Placée depuis 2014 sous la houlette du fameux Quatuor Modigliani, la manifestation lémanique – sise dans la magnifique salle en bois de La Grange au lac, construite à l’intention de Mstilav Rostropovitch – a pris un nouvel essor cette année avec la création de son propre orchestre, le Sinfonia Grange au Lac, composé d’instrumentistes issus des plus grandes phalanges européennes (Amsterdam, Berlin, Francfort, Leipzig, Londres, Munich, Paris, ou encore Vienne), et placé sous la baguette d’un des meilleurs chefs au monde, le finlandais Esa-Pekka Salonen. Comme une cerise sur la gâteau, la nouvelle formation a eu l’honneur de clôturer le festival, avec deux Å“uvres qui ont enthousiasmé une salle pleine à craquer : les sublimes Métamorphoses de Richard Strauss et la Symphonie « Héroïque » de Beethoven.

Écrites pour vingt-trois cordes solistes, les Métamorphoses sont dirigées sans partition par Salonen, sans qu’aucune erreur de mise en place n’apparaisse en près de trente minutes d’un malheur contenu, ramené ici à une songeuse réflexion. Le chef développe dans cette œuvre une longue ligne sans jamais jouer complètement la carte de la déploration, ni sans s’appesantir trop sur la répétitivité de l’accord tiré de la Cinquième Symphonie de Beethoven, ni sur le pathétisme issu de la Marche Funèbre de la Troisième qui sera donné en seconde partie de soirée. Les musiciens de la Sinfonia Grange au Lac, avec tous les premiers chefs de pupitres de cette fantastique formation, offrent des variations de nuances et de couleurs absolument magnifiques, à commencer par celles portées par le premier violon de Gregory Ahss (Premier violon de l’Orchestre du Festival de Lucerne), mais aussi de l’alto de Grégoire Vecchioni, (membre de l’Orchestre National de l’Opéra de Paris) ou encore du violoncelle de Christophe Morin (violoncelle solo du Mahler Chamber Orchestra), excusez du peu !

Après l’entracte, la jeune phalange déploie toutes ses potentialités dans une Symphonie « héroïque » résolument magistrale. Salonen semble ici parfaitement dans son élément, et sa direction précise et énergique s’avère en parfaite symbiose avec la puissance du chef d’œuvre beethovénien. Dès le premier accord, son objectif apparaît de façon limpide : dépoussiérer le compositeur allemand et offrir une relecture moderne de l’ouvrage en mettant en lumière les aspects tellement visionnaires de cette musique. Une mission qu’il réussit avec maestria, et qui nous permet à nouveau d’admirer l’extraordinaire homogénéité des différents pupitres. Vivement la prochaine édition qui sera diriger par un autre des meilleurs chefs au monde, mais c’est un secret que le festival devrait révéler rapidement…

LOZAKOVICH : le MENUHIN du XXIème siècle ?Un mot sur le concert de la veille qui réunissait l’Orchestre de Chambre de Lausanne, le chef français Jean-Jacques Kantorow mais surtout le prodige du violon qu’est le jeune suédois Daniel Lozakovich (17 ans !). Après un début de carrière fulgurant en 2015, sous la férule de Valery Gergiev, il a signé un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon, et son premier opus discographique consacré à J. S. Bach vient de paraître en juin dernier. C’est de façon très extravertie et engagée qu’il aborde le célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski, avec beaucoup de relief, et un romantisme que l’on qualifiera d’incandescent. Il déroule une lecture profonde, nerveuse et virtuose, centrée sur la précision du phrasé. L’Allegro initial endiablé, l’ample cadence, la Canzonetta centrale, d’un poignant lyrisme et le chaloupé Allegro vivacissimo final, aux accents tziganes, témoignent du panache sans faille de Lozakovich… comme de la qualité exceptionnelle de la phalange vaudoise, et notamment de la petite harmonie…

A noter que la Grange au Lac abrite désormais quatre festivals annuels, un consacré au piano au printemps, le festival d’été des Rencontres Musicales, Les Voix d’automne dédié à l’art lyrique et un dernier dédié au jazz durant l’hiver. A Evian, il y en a pour tous les goûts, et nous serons de retour in loco en octobre (le 30) pour entendre le sublime mezzo américaine Joyce DiDonato dans un récital consacré à Ravel, Granados et Rossini … Vivement !

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Compte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich