Compte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 août 2017. Verdi, Bruch, Tchaïkovski, Mozart. R. Capuçon, L. Viotti, T. Currentzis

MONTREUX VEVEY compte rendu review by classiquenews thumbnail_ViottiCompte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 aoĂ»t 2017. Verdi, Bruch, TchaĂŻkovski, Mozart. R. Capuçon, L. Viotti, T. Currentzis. Depuis soixante-douze ans, le Septembre Musical de Montreux-Vevey est le rendez-vous des mĂ©lomanes sur la Riviera vaudoise, et en premier lieu des amateurs d’orchestre. AprĂšs le fidĂšle Royal Philharmonic Orchestra dirigĂ© par l’indĂ©trĂŽnable Charles Dutoit, et avant le Russian National Orchestra dirigĂ© par son chef Michael Pletnev, c’est l’European Philharmonic Orchestra of Switzerland qui est dans la fosse du vaste Auditorium Stravinsky Ă  Montreux. A sa tĂȘte, une des chefs les plus enthousiasmants de sa gĂ©nĂ©ration : Lorenzo Viotti. A 27 ans seulement, le jeune homme originaire de Lausanne a dĂ©jĂ  remportĂ© des concours aussi prestigieux que ceux de CadaquĂšs ou de Salzbourg, et nous avons aussi rĂ©cemment pu admirer son talent dans le rĂ©pertoire lyrique puisqu’il dirigeait « Viva La Mamma » de Donizetti Ă  l’OpĂ©ra de Lyon en juin dernier.

Sortant des sentiers battus, et clin d’Ɠil Ă  sa patrie d’origine (son pĂšre Ă©tait le grand chef d’orchestre italien Marcello Viotti, disparu aussi brutalement que prĂ©cocement alors qu’il dirigeait La Fenice de Venise), Viotti offre au public la (rare) musique de ballet du Macbeth de Verdi en guise de tour de chauffe, un morceau plein d’audaces instrumentales qui est gĂ©nĂ©ralement coupĂ© lors de l’exĂ©cution de l’ouvrage. AprĂšs cette mise en bouche, c’est notre violoniste national Renaud Capuçon qui fait son entrĂ©e pour interprĂ©ter le fameux Concerto pour violon de Max Bruch. FidĂšle Ă  sa rĂ©putation, c’est Ă  dire avec hardiesse et panache, le soliste fait preuve d’une imagination rafraĂźchissante et d’une musicalitĂ© subtile, notamment dans le magnifique Adagio, qui chante comme jamais. Technique impeccable, sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, lyrisme ardent, qu’admirer le plus chez le virtuose ? Face Ă  l’enthousiasme du public, il offre en bis un trĂšs touchant extrait de l’OrphĂ©e et Eurydice de Gluck.

En seconde partie, La 5Ăšme Symphonie de TchaĂźkovski permet au chef comme Ă  l’orchestre de dĂ©montrer tout leur art. Jouant avec tout son corps, le jeune chef impose un TchaĂŻkovski puissamment construit qui avance Ă  l’énergie, profitant de la moyenne d’ñge de sa phalange dont les membres ne doivent pas dĂ©passer les 25 ans ! MĂȘme si la force discursive ne renvoie pas au fatum russe du regrettĂ© Svetlanov (que nous avons entendu dans cette piĂšce), sa direction garde le sens de la progression et de la tension nĂ©cessaires Ă  cette partition. L’autre bonne surprise vient de l’orchestre que l’on n’attendait pas Ă  un si haut niveau dans ce cheval de bataille du rĂ©pertoire : qualitĂ© des chefs de pupitres, justesse de style et cohĂ©sion d’ensemble renvoient bien Ă  une phalange de rang international. L’énergie qui se dĂ©gage du finale (un Allegro vivace vraiment dĂ©ment !) est tellement communicative que le public applaudit debout, mais Viotti transforme l’exaltation en Ă©motion en donnant, en bis, le bouleversant Intermezzo extrait de Cavalleria Rusticana de Mascagni. Un chef que nous allons continuer Ă  suivre de prĂšs


La veille, nous avons pu assister Ă  une Ă©tonnante et dĂ©routante exĂ©cution du Requiem de Mozart par le trublion russo-grec Teodor Currentzis Ă  la tĂȘte de son ensemble musicAeterna et du ChƓur de l’OpĂ©ra de Perm (qu’il dirige). PositionnĂ©s debout, en robes noires, instrumentistes et choristes alternent les tempi distendus Ă  l’excĂšs (l’ « Hostias ») ou au contraire Ă  un rythme d’enfer (le « Dies Irae »). Ainsi thĂ©ĂątralisĂ©, le Requiem de Mozart semble plus une ode Ă  la vie que destinĂ© au repos des trĂ©passĂ©s. Un quatuor d’exception – dont nous dĂ©tacherons la voix lumineuse et aĂ©rienne de la soprano colorature russe Julia Lezhneva – soulĂšve Ă©galement l’enthousiasme du public. Mais la palme de la soirĂ©e revient cependant au formidable chƓur de l’OpĂ©ra de Perm qui subjugue l’auditoire dans une premiĂšre partie oĂč il a interprĂ©tĂ© des piĂšces sacrĂ©es chantĂ©es « a capella », dont le sublime – et quasi mystique – « Lux Aeterna » de Gyorgy Ligeti.

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Compte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 aoĂ»t 2017. Verdi, Bruch, TchaĂŻkovski, Mozart. Renaud Capuçon, Lorenzo Viotti, Teodor Currentzis, European Orchestra of Switzerland, ChƓur de l’OpĂ©ra de Perm, musicAeterna.

Illustration © Céline Michel

Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. John Nelson, direction.

Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. John Nelson, direction. AnnoncĂ© comme « l’évĂ©nement musical de l’annĂ©e », ces Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg en vue d’une Ă©dition discographique Ă  paraĂźtre chez Warner ont tenu leurs promesses au-delĂ  de toute espĂ©rance. Il faut dire que l’institution alsacienne a vu (et fait) les choses en grand en invitant l’amĂ©ricain John Nelson, chef Berlozien Ă©mĂ©rite, ainsi que la fine fleur du chant francophone en plus de deux stars incontournables de l’art lyrique pour incarner Didon et EnĂ©e : Joyce DiDonato et Michael Spyres.

 

 

 

Troyens

 

 

 

Reine des trois derniers actes, la mezzo amĂ©ricaine incarne sans jamais faillir la dignitĂ© tour Ă  tour altiĂšre et blessĂ©e de Didon. Port de souveraine, diction parfaite, chant magnifiquement menĂ© de bout en bout, elle subjugue l’auditoire et toutes ses interventions atteignent la plus irrĂ©elle beautĂ©. De son cĂŽtĂ©, Michael Spyres offre un chant plein de fougue et d’Ă©clat, malgrĂ© son timbre clair, Ă  la fois lyrique et lĂ©ger, ce qui nous change (agrĂ©ablement) des tĂ©nors wagnĂ©riens auxquels on attribue gĂ©nĂ©ralement (Ă  tort) le rĂŽle d’EnĂ©e. AprĂšs un air d’entrĂ©e empli d’une Ă©nergie abrupte, il convainc plus encore dans le duo d’amour du IV « Nuit d’ivresse et d’extase infinie », dĂ©livrĂ© en voix mixte. Dans le rĂŽle de Cassandre, le contralto quĂ©bĂ©cois Marie-Nicole Lemieux offre un portrait saisissant de son personnage, qu’elle aborde avec une Ă©nergie qui emporte tout sur son passage, notamment dans ses imprĂ©cations Ă  la fin du II « Thessaliennnes ! ». La mezzo polonaise Hanna Lipp se montre touchante en Anna, avec un beau timbre assez corsĂ©, tandis que StĂ©phane Degout est le ChorĂšbe le plus Ă©lĂ©gant que l’on puisse imagine. Quant Ă  Marianne Crebassa, elle s’impose d’emblĂ©e comme un Ascagne de rĂ©fĂ©rence. On se rĂ©gale par ailleurs de la justesse avec laquelle les rĂŽles de moindre importance ont Ă©tĂ© distribuĂ©s : la grandeur de Narbal, portĂ©e par la voix tonitruante et majestueuse de Nicolas Courjal, la solennitĂ© du Spectre d’Hector, campĂ©e depuis les coulisses par Jean Teitgen (Ă©galement imposant Mercure), la splendide apparition d’Iopas, dont l’air « Ô blonde CĂ©rĂšs » s‘orne d’un contre-Mi subtil lancĂ© par le fringant Cyrille Dubois, ou encore la mĂ©lancolie de l’Hylas d’un Stanislas de Barbeyrac en grande forme. Mais tous seraient Ă  citer tant chaque rĂŽle a Ă©tĂ© distribuĂ© avec un soin parfait.

Excellente, Ă©galement, la direction du maestro John Nelson, en pleine possession de ses moyens, modelant dans le marbre une palpitante masse chorale (les ChƓurs rĂ©unis du philharmonique de Strasbourg, de l’OpĂ©ra national du Rhin et de la Badischer Staatsoper), et rĂ©gnant sur un Orchestre philharmonique de Strasbourg qui sonne ce soir comme un ocĂ©an instrumental, passant de la fraĂźcheur aux feux grĂ©geois. Telles furent donc ces pĂ©rĂ©grinations troyennes : une ivresse de musique, une fĂȘte de timbres et de voix portĂ©s jusqu’à l’incandescence. Alors vivement l’enregistrement pour revivre ce concert historique !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. Par ordre d’entrĂ©e sur scĂšne, Un soldat et un capitaine grec : Richard Rittelmann, Cassandre :Marie-Nicole Lemieux, ChorĂšbe : StĂ©phane Degout, EnĂ©e : Michael Spyres, Ascagne : Marianne Crebassa, PanthĂ©e : Philippe Sly, Hylas : Stanislas de Barbeyrac, Priam : Bertrand Grunenwald, HĂ©cube : Agnieszka SƂawiƄska, Ombre d’Hector et Mercure : Jean Teitgen, Didon : Joyce Di Donato, Anna : Hanna Hipp, Iopas : Cyrille Dubois, Narbal : Nicolas Courjal, Sentinelle I : JĂ©rĂŽme Varnier, Sentinelle II : FrĂ©dĂ©ric Caton. ChƓur de l’OpĂ©ra national du Rhin (direction du chƓur : Sandrine Abello), Badischer Staatsopernchor (chef du chƓur : Ulrich Wagner), ChƓur philharmonique de Strasbourg (chef du chƓur : Catherine Bolzinger). Orchestre philharmonique de Strasbourg. John Nelson (direction musicale)

 

 

 

Compte-rendu, Opéra. TCE, le 26 mars 2017. Giordano : Andrea Chénier : Kaufmann / Harteros. Omer Meir Wellber.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 26 mars 2017. GIORDANO : Andrea ChĂ©nier. Jonas Kaufmann/Anja Harteros/Luca Salsi. Omer Meir Wellber (direction). Entre deux reprĂ©sentations scĂ©niques Ă  l’OpĂ©ra de BaviĂšre, c’est au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es qu’Andrea ChĂ©nier Ă©tait proposĂ©, dans une version de concert « amĂ©liorĂ©e » (les chanteurs Ă©voluent sur les quelques mĂštres carrĂ©s laissĂ©s vacants par l’orchestre placĂ© sur scĂšne), mais avec le mĂȘme duo vocal qui fait dĂ©lirer les salles du monde entier : Jonas Kaufmann et Anja Harteros. De fait, pas le moindre strapontin de disponible : les tickets s’étaient tous arrachĂ©s dĂšs le premier jour de la location
 et avouons que le traumpaar des scĂšnes lyriques internationales n’a pas déçu nos attentes.

kaufmann-jonas-homepage-582Jonas Kaufmann prĂȘte Ă  la figure centrale de ChĂ©nier une force de conviction et une vitalitĂ© Ă©lectrique peu communes, Ă  l’engagement ardent et Ă  l’hĂ©roĂŻsme incandescent. Certes, de trĂšs passagĂšres incertitudes de justesse se font entendre, sĂ©quelles de ses rĂ©cents ennuis de santĂ©, mais le lyrisme inouĂŻ de « Ora soave » au II et de « Come un bel di » au III ravissent l’ñme au plus haut point. IdĂ©alement accordĂ©e, sa Madeleine, premiĂšre grande triomphatrice de la soirĂ©e au milieu d’un plateau qui a dĂ©chaĂźnĂ©, Ă  maintes reprises, les plus bruyants enthousiasmes, offre les qualitĂ©s qu’on lui connaĂźt : chaleur et douceur d’une voix du plus subtil mĂ©tal, une palette de nuances irisĂ©es et ses lĂ©gendaires pianissimi. TragĂ©dienne hors-pair, le personnage lui convient merveilleusement bien aussi, pour cette alliance de volontĂ© et de douceur, de tendresse et d’énergie, et sa grande beautĂ© en scĂšne. Avec ses deux figures d’une intense prĂ©sence vocale et dramatique, le duo final rayonne de toute sa splendeur, l’un et l’autre ayant su intelligemment su prĂ©server leurs forces. Auparavant, Anja Harteros aura atteint au maximum d’émotion, dans une remarquable performance d’actrice, Ă  sa grande scĂšne de l’acte II (« La Mamma morta », d’une expressivitĂ© et d’une sobriĂ©tĂ© admirable), oĂč elle trouve Ă  nouveau, avec le Carlo GĂ©rard de Luca Salsi, un partenaire parfaitement complĂ©mentaire. Puissant, noir, et en mĂȘme temps d’un raffinement psychologique inattendu, son GĂ©rard est un des plus saisissants que nous ayons entendus.

Mais Andrea ChĂ©nier est un opĂ©ra Ă©minemment thĂ©Ăątral dans la mesure oĂč il implique un certain nombre de comprimari, destinĂ©s Ă  faire partie du mĂ©canisme avec une autonomie fonctionnelle prĂ©cise, et garantissant par leur prĂ©sence le succĂšs de l‘Ɠuvre. De ces emplois « secondaires » proviennent de bien belles satisfactions vocales aussi. On en dĂ©tache en premier lieu l’extraordinaire Elena Zilio, vĂ©ritable lĂ©gende du chant, qui, dans le rĂŽle de Madelon, continue d’impressionner par la profondeur des graves et lâ€˜Ă©motion qu‘elle suscite dans le bouleversant air « Son la vecchia Madelon ». DĂ©ception, en revanche, pour La Comtesse de Doris Soffel dont les ans n’ont pas Ă©pargnĂ© un timbre dĂ©sormais dur et rĂȘche. De leurs cĂŽtĂ©s, J’Nai Bridges incarne une piquante Bersi, Christian Rieger un incisif Fouquier-Tinville, Kevin Conners un Incroyable efficace et Andrea Borghini un solide Roucher.

A la tĂȘte d’un Orchestre et d’un ChƓur de la Bayerische Staatsoper dans une forme olympique, le chef israĂ©lien Omer Meir Wellber impose une lecture d’un superbe raffinement, trĂšs attentive Ă  l’opulence et aux dĂ©tails chatoyants de l’orchestration de Giordano. On perçoit son constant souci d’équilibrer les diffĂ©rents pupitres, mĂȘme s’il verse parfois dans la surenchĂšre dans les dĂ©bordements orchestraux, ce qui permet nĂ©anmoins au tableau final de baigner dans une jouissance sonore absolument irrĂ©sistible.

Aux saluts, triomphe : en cadence, le public si huppĂ© des Champs-ElysĂ©es tape des mains et mĂȘme des pieds, et offrira de trĂšs nombreux rappels aux hĂ©ros de cette mĂ©morable soirĂ©e.

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Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 26 mars 2017. Avec Jonas Kaufmann (Andrea ChĂ©nier), Anja Harteros (Maddalena di Coigny), Luca Salsi (Carlo GĂ©rard), J’Nai Bridges (Bersi), Doris Soffel (La Comtesse de Coigny), Elena Zilio (Madelon), Andrea Borghini (Roucher), Kevin Conners (L’Incroyable), Christian Rieger (Fouquier Tinville), Nathaniel Webster (Pietro FlĂ©ville), Tim Kuypers (Mathieu), Ulrich Ress (L’AbbĂ©). Orchestre et ChƓur de la Bayerische Staatsoper de Munich. Omer Meir Wellber (direction).

DVD. LIRE aussi notre critique du dvd Andrea Chénier par Jonas Kaufmann (Londres, Pappano, janvier 2015)

Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac / Apppleby. Philippe Jordan

berlioz Hector Berlioz_0Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. StĂ©phanie d’Oustrac/Paul Apppleby. Stephen Taylor (mise en espace). Philippe Jordan (direction musicale). Aujourd’hui mal aimĂ© parmi les Ɠuvres lyriques de Berlioz – bien qu’il ait connu un triomphe lors de sa crĂ©ation Ă  Baden-Baden en 1862, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict apparaĂźt comme une tentative de concilier le rĂȘve italien de Shakespeare, dans Beaucoup de bruit pour rien (dont le livret est tirĂ©), et l’opĂ©ra-comique français. Avec cet ouvrage, Berlioz semble n’avoir d’autres soucis que de s’amuser ouvertement et d’émouvoir discrĂštement. Car, au-delĂ  de l’hĂ©ritage de Weber et de Boieldieu, assimilĂ© Ă  son langage propre, le compositeur français offre une partition Ă©tincelante oĂč alternent l’humour et la poĂ©sie, le charme tendre et la vivacitĂ©. Et pour rendre plus vivante, justement, cette version de concert, on a demandĂ© Ă  Stephen Taylor de mettre en espace le spectacle – ou plus exactement de coordonner les dĂ©placements sur scĂšne des diffĂ©rents interprĂštes. Heureuse idĂ©e – d’autant que la rĂ©alisation est rĂ©ussie – qui permet aux chanteurs de dĂ©ployer leur Ă©nergie et faire valoir leurs dons de comĂ©diens. Moins rĂ©ussie, en revanche, celle d’avoir confiĂ© Ă  deux acteurs le soin de dĂ©clamer les rĂ©citatifs des deux personnages principaux (et des passages de la piĂšce de Shakespeare) : cela complique inutilement l’intrigue et ralentit le rythme de la soirĂ©e.

StĂ©phanie d’Oustrac campe un pulpeuse amazone face au BĂ©nĂ©dict narquois et fanfaron du tĂ©nor amĂ©ricain Paul Appleby (pour Stanislas de Barbeyrac initialement annoncĂ©). Elle prĂȘte Ă  BĂ©atrice la riche Ă©toffe de son ample mezzo, son personnage a du panache et de la drĂŽlerie, mais sous l’arrogance, elle laisse transparaĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© et le frĂ©missement de sa passion retenue : elle se montre ainsi pleine d’émotion dans son solo du deuxiĂšme acte, oĂč elle Ă©voque la naissance de l’amour. Dans le duo final, sa voix sombre fait Ă  nouveau merveille, tandis qu’Appleby, trĂšs Ă  l’aise en scĂšne, lui donne la rĂ©plique avec l’insolence et le charme qui conviennent ; style impeccable, phrasĂ© nuancĂ©, demi-teintes subtiles, une certaine vaillance dans le dernier air
 TrĂšs diffĂ©rent, le duo nocturne que chantent HĂ©ro et Ursule dans la « nuit paisible » est empreint d’une bouleversante mĂ©lancolie, que Sabine Devieilhe – avec sa voix Ă©thĂ©rĂ©e – et Aude ExtrĂ©mo – avec un timbre proche du contralto – traduisent avec ferveur, offrant un moment de pur ravissement. On regrette que le rĂŽle de Claudio ait Ă©tĂ© sacrifiĂ© par Berlioz, car Florian Sempey lui prĂȘte sa voix de bronze et son panache coutumier. InterprĂ©tant le personnage (qui n’existe pas dans Beaucoup de bruit pour rien) du maĂźtre de chapelle Somarone, la basse française Laurent Naouri fait preuve de beaucoup d’humour quand il dirige les choristes pour son ridicule Ă©pithalame. Ces derniers, ceux bien sĂ»r de l’OpĂ©ra de Paris, s’avĂšrent tout aussi Ă  l’aise dans la truculente scĂšne du banquet qu’au dĂ©but quand ils cĂ©lĂšbrent le retour des vainqueurs. L’excellent François Lis (Don Pedro) et le comĂ©dien Didier Sandre (rĂŽle parlĂ© de LĂ©onato) complĂšte avec brio cette distribution rĂ©unissant la fine fleur du chant français.

 

jordan - Philippe-Jordan-008Vive sans prĂ©cipitations, lĂ©gĂšre et ferme, la direction de Philippe Jordan sĂ©duit dĂšs les premiĂšres mesures d’une ouverture jamais bruyante malgrĂ© les Ă©clats de cuivres, soutenant la ligne mĂ©lodique au-dessus des incises thĂ©matiques qui tentent toujours de l’éparpiller. C’est affaire d’équilibres et de dosages subtils entre les pupitres, et l’on cherche en vain un moment oĂč les musiciens de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris ne donnent pas Ă  leur directeur musical tout ce qu’il peut attendre de cette lumineuse partition. Il faut espĂ©rer que le succĂšs remportĂ© par la soirĂ©e incitera l’OpĂ©ra de Paris Ă  proposer ultĂ©rieurement une version scĂ©nique de l’ouvrage


 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Avec StĂ©phanie d’Oustrac (BĂ©atrice), Paul Appleby (BĂ©nĂ©dict), Sabine Devieilhe (HĂ©ro), Aude ExtrĂ©mo (Ursule), Florian Sempey (Claudio), François Lis (Don Pedro), Laurent Naouri (Somarone), Didier Sandre (LĂ©onato). Orchestre et cƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan (direction musicale). Stephen Taylor (mise en espace).

Compte-rendu, opéra. Anvers, Opéra, le 23 mars 2014. Haendel : Agrippina. Mariage Clément / Stefano Montanari

Compte-rendu, opĂ©ra. Anvers, OpĂ©ra, le 23 mars 2014. Georg Friedrich Haendel : Agrippina. Mariame ClĂ©ment (mise en scĂšne). Stefano Montanari (direction musicale). CrĂ©Ă© au Teatro San Crisostomo de Venise en 1709, Agrippina est le premier triomphe scĂ©nique de Georg Friedrich Haendel, Ă  tel point qu’il fut jouĂ© vingt-sept soirĂ©es d’affilĂ©e. Un succĂšs inhabituel, mĂȘme Ă  l’époque. Ce qui est plus Ă©tonnant avec cet ouvrage, c’est que la partition contienne tant d’élĂ©ments susceptibles de procurer du plaisir Ă  l’auditeur d’aujourd’hui. A commencer par son livret, Ă©crit par le noble Vincenzo Grimani, cardinal de Naples, protecteur de Haendel et propriĂ©taire du San Crisostomo.

 

 

 

Agrippina anvers clement tim mead

 

 

 

handel-haendel-portrait-classiquenewsAvec toute la fantaisie thĂ©Ăątrale du XVIIIe siĂšcle, le cardinal-poĂšte transforme en fantaisie joyeuse l’histoire de l’ignoble Agrippine, qui avait Ă©pousĂ© en troisiĂšme noces l’empereur Claude, puis empoisonnĂ© son mari pour mettre sur le trĂŽne son fils NĂ©ron. Mal lui en prit puisqu’elle fut tuĂ©e Ă  son tour par le tyran ingrat. Ces faits sinistres deviennent sur la scĂšne une comĂ©die licencieuse dans laquelle le souverain et ses deux jeunes rivaux – NĂ©ron et Otton – se disputent outre le pouvoir, l’amour de la belle PoppĂ©e. L’attirante jeune femme, assiĂ©gĂ©e de toutes parts, fait de son mieux pour tenir en respect ses soupirants, les renfermant Ă  tours de rĂŽle dans des placards. Agrippine, de son cĂŽtĂ©, manƓuvre ses propres amants pour mettre son fils sur le trĂŽne et supprimer les concurrents. En fin de compte, ses intrigues seront dĂ©voilĂ©es mais, dans un dernier sursaut, elle rĂ©ussira Ă  redresser la situation : NĂ©ron aura la couronne, Otton sa chĂšre PoppĂ©e, tandis que Claude restera les mains vides. Dans l’intrigue thĂ©Ăątrale, comme on le voit, la politique disparaĂźt au profit d’un jeu Ă©rotique auquel s’ajoutait, pour les contemporains, la satire des puissants. A Venise, en 1709, tout le monde reconnaissait, sous les vĂȘtements de l’orgueilleux empereur Claude, le pape ClĂ©ment XI, ennemi du cardinal Grimani et compromis dans les querelles pour la succession impĂ©riale entre les Habsbourg et les Bourbons.

Signataires de plusieurs mises en scĂšne Ă  l’OpĂ©ra de Flandre, Mariame ClĂ©ment dresse un parallĂšle entre l’univers de la Rome antique et celui des soap operas amĂ©ricains des annĂ©es 80, Dallas et Dynasty en tĂȘte. Avec un aplomb ravageur, la française applique Ă  toute chose le second degrĂ© et l’ironie, au point que lui reprocher son mauvais goĂ»t est la complimenter. Tous les personnages sont insincĂšres, vĂ©naux et brutaux, Ă  l’image des figures mythiques des sĂ©ries prĂ©citĂ©es. Mais la reprĂ©sentation fait mouche et, malgrĂ© sa longueur, captive l’auditeur le plus difficile Ă  dĂ©rider, comme l’attestent les rires accompagnant de nombreuses scĂšnes, telle celle oĂč Agrippina – nymphomane en plus de tous ses autres dĂ©fauts – se retrouve Ă  essuyer la semence de Pallante et de son fils sur sa jupe
 en Ă©jaculateurs prĂ©coces qu’ils sont !

Le point fort de la soirĂ©e reste toutefois l’exĂ©cution musicale avec une distribution bien choisie qui surmonte les difficultĂ©s inhumaines de la partition. La mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg s’impose comme une Agrippine intrigante, ici accroc au sexe et Ă  l’alcool, et sait se montrer irrĂ©sistible dans la pure comĂ©die autant que dans la dĂ©clamation tragique, avec sa voix impĂ©rieuse et sombre. « Ogni vento » est son triomphe, tout comme le finale, lorsque l’impĂ©ratrice, ayant enfin installĂ© son fils sur le trĂŽne, remĂąche un arriĂšre-goĂ»t d’inachevĂ©. MalgrĂ© un italien insuffisant, la soprano russe Dilyara Idrisova incarne une Poppea fraĂźche et rusĂ©e, Ă  la voix ductile, qui se dĂ©joue des piĂšges d’une ligne de chant fort capricieuse. Elle n’éprouve aucun mal Ă  envoĂ»ter l’Ottone svelte du contre-tĂ©nor britannique Tim Mead dont le timbre magnifique, la projection sĂ»re et le style impeccable conviennent idĂ©alement Ă  l’univers de Haendel. La basse hongroise Balint Szabo souligne Ă  merveille le ridicule du personnage de Claudio, empereur lĂ©ger et imbu de lui-mĂȘme, qu’il joue et chante avec beaucoup d’ironie, tandis que le timbre et la silhouette assez androgynes de la mezzo croate Renata Pokupic conviennent parfaitement Ă  Nerone, ici adolescent veule (et incestueux) sans cesse pendu aux jupes de sa mĂšre. Enfin, Jake Arditti (Narciso) et Toby Girling (Pallante) montrent tout leur talent dans des rĂŽles certes secondaires, mais que le compositeur a gratifiĂ©s de beaux airs assez dĂ©veloppĂ©s.

A la tĂȘte de l’Orchestre philharmonique de l’OpĂ©ra de Flandre, le chef italien Stefano Montanari fait mousser la partition du Caro Sassone avec une rĂ©jouissante dĂ©contraction. Les rĂ©citatifs et les airs s’enchaĂźnent sans rĂ©pit, assurant Ă  la reprĂ©sentation un rythme vif qui rend parfaitement justice Ă  l’incroyable diversitĂ© de l’écriture musicale.

 
 
 

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Anvers, OpĂ©ra, le 23 mars 2014. Georg Friedrich Haendel : Agrippina. Mise en scĂšne : Mariame ClĂ©ment. DĂ©cors & costumes : Julia Hansen. LumiĂšres : Bernd Purkrabek. Avec Ann Hallenberg (Agrippina), Renata Pokupic (Nerone), Dilyara Idrisova (Poppea), Balint Szabo (Claudio), Tim Mead (Ottone), Jake Arditti (Narcisso), Toby Girling (Pallante). Orchestre philharmonique et ChƓur de l’OpĂ©ra de Flandre.  Direction musicale : Stefano Montanari. Illustration © Annemie Augustijns

 
 

Compte-rendu, opéra. Rennes, Opéra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn.

Compte-rendu, opĂ©ra. Rennes, OpĂ©ra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn. Alors qu’il vient tout juste d’ĂȘtre nommĂ© Ă  la direction d’Angers Nantes OpĂ©ra (fonction qu’il assumera dĂšs janvier 2018), Alain Surrans – Ă  la tĂȘte de celui de Rennes depuis douze annĂ©es – propose actuellement dans son thĂ©Ăątre une coproduction entre les deux maisons (qui ne devrait faire qu’une, sous son impulsion, d’ici peu
) : Fidelio de Beethoven.

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ConfiĂ©e au plasticien strasbourgeois Philippe Miesch, la mise en scĂšne ne restera pas dans les annales du ThĂ©Ăątre, mais il est vrai qu’une simple mise en espace Ă©tait Ă  l’origine prĂ©vue. TransposĂ©e Ă  notre Ă©poque, la production ne nous fait grĂące d’aucun des clichĂ©s Ă  la mode depuis vingt ou trente ans, tel le bunker aux parois noires et suintantes, Ă©voquant une dictature plus ou moins actuelle, dĂ©cor par ailleurs unique qui vaudra donc pour les trois actes. Seuls moments de respiration, la lumiĂšre vive qui en transperce les parois lors de la sortie des prisonniers au grand air et au moment de l’heureuse rĂ©solution finale. Bref, pas le moindre Ă©lĂ©ment ici pouvant ouvrir les portes d’une lecture approfondie, et il ne faudra pas non plus compter sur la direction d’acteurs – aussi statique que conventionnelle – pour Ă©veiller notre intĂ©rĂȘt.

Les bonheurs de la soirĂ©e sont ailleurs, et notamment dans la direction musicale de Grant Llewellyn, parfait Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de Bretagne dont il est le directeur musical : le chef galllois enflamme littĂ©ralement les diffĂ©rents pupitres – bien que quelques flottements du cĂŽtĂ© des cors soient Ă  dĂ©plorer – et offre une lecture exaltĂ©e et passionnĂ©e de la sublime partition de Beethoven, Ă  l’image de l’amour romantique et libĂ©rateur de Leonore et Florestan. Magnifique de plĂ©nitude et de musicalitĂ© se rĂ©vĂšle Ă©galement le ChƓur de l’OpĂ©ra de Rennes (en fait composĂ© de jeunes intermittents), superbement prĂ©parĂ© par Gildas Pungier.

La distribution vocale apporte Ă©galement son lot de satisfactions, dont se dĂ©tache en premier la jeune soprano française Olivia Doray, dont la qualitĂ© et la rondeur du timbre lui permet de camper une Marzelline de grand relief, tandis que l’actrice se rĂ©vĂšle plein de charme, avec un engagement Ă©mouvant. Dans le rĂŽle-titre, la suissesse Claudia Iten fait valoir un timbre plus mince que celui que l’on attend gĂ©nĂ©ralement ici, avec par ailleurs un timbre assez mĂ©tallique et des aigus souvent forcĂ©s, mais son tempĂ©rament nerveux et l’urgence de son chant la rendent nĂ©anmoins trĂšs humaine. Dans le rĂŽle de Florestan, le tĂ©nor allemand Martin Homrich se montre capable de rendre justice Ă  l’écriture pĂ©rilleuse de son air du II « Gott, welch Dunkel hier !», avec un beau mĂ©lange de lyrisme et d’hĂ©roĂŻsme extrĂȘmement convaincant. Le baryton russe Anton Keremidtchiev campe un Pizzaro sonore et autoritaire, comme le veut la tradition, tandis que l’allemand Christian HĂŒbner incarne un Rocco faible et touchant, mais avec une Ă©mission Ă©trange, souvent Ă  la limite de la justesse. Enfin, si le Jaquino du tĂ©nor allemand Andreas FrĂŒh paraĂźt un peu pĂąle, le Don Fernando de Philippe-Nicolas Martin captive, quant Ă  lui, par la conjonction de la beautĂ© du timbre et de l’élĂ©gance du phrasĂ©.

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Rennes. OpĂ©ra. 15 mars 2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, singspiel en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand von Sonnleithner d’aprĂšs LĂ©onore ou l’Amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scĂšne, scĂ©nographie et costumes : Philippe Miesch. LumiĂšres : François Saint-Cyr. Avec : Martin Homrich, Florestan ; Claudia Iten, Leonore ; Anton Keremidtchiev, Pizzaro ; Christian HĂŒbner, Rocco ; Olivia Doray, Marzelline ; Andreas FrĂŒh, Jaquino ; Philippe-Nicolas Martin, Fernando. ChƓur de l’OpĂ©ra de Rennes (direction : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Grant Llewellyn. Illustration : © OpĂ©ra de Rennes / Laurent Guizard

Compte rendu, critique. Madrid, Teatro Real, le 25 février 2017. BRITTEN : Billy Budd. Ivor Bolton

britten_benjamin_portrait_448Billy Budd de Benjamin Britten a souvent fait l’objet de traductions scĂ©niques marquantes, voire inoubliables, notamment celle de Willy Decker vue dans l’autre grande institution lyrique d’Espagne, au Liceu de Barcelone. Il semble pourtant d’emblĂ©e que la production offerte maintenant par le Teatro Real de Madrid – en coproduction avec Paris, Rome et Helsinki et signĂ©e par Deborah Warner – les surpasse encore, tant en densitĂ© psychologique qu’en impact visuel.

Ici, la mort de l’innocent, trop beau, trop bon, coupable d’avoir Ă©veillĂ© autant chez Vere que chez Claggart, un dĂ©sir qu’aucun des deux hommes ne veut accepter est autant, sinon plus, l’Ɠuvre du Capitaine de l’Indomptable – ici symbolisĂ© grĂące aux seuls accessoires de la machinerie du thĂ©Ăątre (cordages, poulies, tringles, quelques voiles
) – que son MaĂźtre d’armes. Ce n’est pas par sens du devoir et par respect de la rĂ©glementation que Vere refuse de sauver Billy, mais parce que c’est le seul moyen pour lui – croit-il – de refouler Ă  jamais le sentiment que lui inspire, Ă  son corps dĂ©fendant, le jeune et beau marin. Tout au long de l’opĂ©ra, Vere nous apparaĂźt ainsi mal dans sa peau, coincĂ©, hagard, quand il repousse avec force un Billy suppliant, dĂ©composĂ© et suant au moment du procĂšs, quand il tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de se donner une contenance


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Le plateau n’appelle aucune rĂ©serve, Ă  commencer par le Captain Vere du tĂ©nor britannique Toby Spence, maĂźtrisant une large palette de couleurs, capable de soutenir sans effort une tessiture particuliĂšrement aiguĂ« et de traduire toute la complexitĂ© du personnage. Depuis Peter Pears, le rĂŽle n’a connu que des interprĂštes d’envergure (James King, Philip Langridge, et plus rĂ©cemment Rodney Gilfrey, Christopher Maltman ou Bo Skovus) : Jacques Imbrailo peut, sans crainte, soutenir la confrontation avec eux. En dehors de son avantageux physique, le jeune baryton sud-africain possĂšde toute la candeur de Billy, son innocence et son sens de la justice. Son cri « I’d have died for you, save me » transperce littĂ©ralement le cƓur ! Quant Ă  la ballade Billy in the darbies, elle est phrasĂ©e avec un timbre ferme et clair, sans aucune trace de sentimentalitĂ©. Le Claggart de la basse amĂ©ricaine Brindley Sherratt fait d’autant plus frĂ©mir que son jeu et son chant, alliant une belle musicalitĂ© Ă  une Ă©mission franche et percutante ne rendent pas de suite sensible la dimension presque mĂ©taphysique de cette incarnation du mal que le compositeur a voulue particuliĂšrement perverse. Du reste de la distribution, nous retiendrons David Soar qui tire le meilleur parti du petit rĂŽle de Mr Flint, l’émouvant Novice de Sam Furness, l’aimable Mr Redburn de Thomas Oliemans, le solide Dansker de Clive Bayley, le Red Whiskers de Christopher Gillet et le Squeak de Francisco Vas. De son cĂŽtĂ©, le ChƓur du Teatro Real tient vocalement son rĂŽle avec bravoure, et fait preuve d’un engagement physique proprement exceptionnel.

Sous la direction flamboyante et exacerbĂ©e de leur directeur musical Ivor Bolton, qui sait mĂ©nager des moments de pur lyrisme dans les interludes, l’Orchestre du Teatro Real contribue, par ses couleurs et la sonoritĂ© de ses cordes, Ă  faire de ce Billy Budd madrilĂšne un des grands moments d’émotion de la saison lyrique europĂ©enne.

 

 

 

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BillyBudd 2070Compte-rendu, opĂ©ra. Madrid, Teatro Real, le 25 fĂ©vrier 2017. Benjamin Britten : Billy Budd. Avec Jacques Imbrailo (Billy Budd), Toby Spence (Captain Vere), Brindley Sherratt (John Claggart), Thomas Oliemans (Mr Redburn), David Soar (Mr Flint), Torben JĂŒrgens (Lieutenant Ratcliffe), Christopher Gillet (Red Whiskers), Duncan Rock (Donald), Clive Bayley (Dansker), Sam Furness (Un Novice), Francisco Vas (Squeak), Bosun (Manel Esteve). Deborah Warner (mise en scĂšne), Michael Levine (dĂ©cors), ChloĂ© Obolenski (costumes), Jean Kalman (lumiĂšres), Kim Brandstrup (chorĂ©graphies). ChƓur et Orchestre du Teatro Real. Ivor Bolton (direction musicale).

Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Jean-Louis Pichon, George Beller, Mathieu LĂ©croart, RaphaĂ«l BrĂ©mard
 Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne. AprĂšs avoir fait les beaux soirs des OpĂ©ras de Metz, Avignon et Massy, c’est Ă  l’OpĂ©ra de Reims que la production imaginĂ©e par Paul-Emile Fourny de My Fair Lady – la cĂ©lĂšbre comĂ©die musicale de Frederick Loewe – Ă©tait proposĂ©e. CrĂ©Ă© Ă  Broadway en 1956 (et reprĂ©sentĂ© plus de 2700 fois in loco depuis !). PopularisĂ© par le film de George Cukor (1964), ce musical s’est imposĂ© dans le monde entier. MĂȘme s’il dĂ©tourne quelque peu le Pygmalion de George Bernard Shaw, dont il s’inspire, le livret d’Alan Jay Lerner est un roc ; la partition de Loewe lui offre une parure Ă©tincelante, des airs qui mĂȘlent adroitement le charme et l’humour, et qui n’ont pas pris une ride.

my fair lady loewe opera de reims pionnier fernyA propos de la version française, ici retenue, on peut certes prĂ©fĂ©rer l’accent Cockney Ă  la gouaille cht’i, et avoir en tĂȘte les airs en anglais, mais force est de constater que cette mouture imaginĂ©e par Alain Marcel ne manque pas d’attrait. Le mĂȘme qualificatif peut s’appliquer au travail du metteur en scĂšne belge Paul-Emile Fourny – actuellement Ă  la tĂȘte de l’OpĂ©ra de Metz – qui signe Ă©galement les beaux dĂ©cors qui sont autant de clins d’Ɠil Ă  la ville de Metz
 puisqu’on y reconnaĂźt l’OpĂ©ra, comme les Halles ou encore une cĂ©lĂšbre brasserie locale. Une mention doit Ă©galement ĂȘtre faite pour les superbes costumes conçus par Dominique BurtĂ©. La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, prĂ©cise et enlevĂ©e, en total accord avec l’esprit de l’ouvrage.

La distribution de chanteurs-acteurs rĂ©unie Ă  Reims, entiĂšrement française, s’avĂšre en tout point formidable, d’une Ă©vidente justesse dans la caractĂ©risation de leur personnage, avec une mĂȘme facilitĂ© et un mĂȘme naturel dans le chanter comme dans le parler, au point oĂč on oublie trĂšs vite le recours Ă  l’amplification des voix au moyen d’un micro. Aucun problĂšme pour RaphaĂ«l BrĂ©mard, Freddy de grande classe et dont la passion pour Eliza est dĂ©vorante, ni pour Mathieu LĂ©croart dont l’Alfred Doolittle est Ă©patant, Ă©boueur truculent Ă  la faconde inĂ©puisable. A leurs cĂŽtĂ©s, George Beller a de l’autoritĂ© et du style en Colonel Pickering, Marie-Emeraude Alcime de la verve et de la truculence en Mrs Pearce, tandis que Sylvie Bichebois incarne une Mrs Higgins mĂšre Ă©minemment distinguĂ©e.

Dans le rĂŽle de Eliza Doolittle, Fabienne Conrad passe avec brio de l’accent ch’ti au parler affectĂ© de la haute sociĂ©tĂ©, chante remarquablement bien (ses aigus rayonnants donnent envie de l’entendre dans les grandes hĂ©roĂŻnes du rĂ©pertoire lyrique) et sĂ©duit sans peine son mentor, le rĂ©calcitrant et misogyne Henry Higgins, incarnĂ© ici par le protĂ©iforme homme de thĂ©Ăątre Jean-Louis Pichon. On le savait grand « dĂ©nicheur » de (nouvelles) voix, metteur en scĂšne talentueux, directeur de thĂ©Ăątre avisĂ©, et on le dĂ©couvre excellent comĂ©dien et remarquable chanteur, alliant Ă©lĂ©gance scĂ©nique et diction parfaite. Cet homme a dĂ©cidĂ©ment tous les talents


Enfin, si l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Reims n’est pas toujours d’une prĂ©cision exemplaire, le jeune chef français Benjamin Pionnier – directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’OpĂ©ra de Tours – ne lui laisse cependant aucun rĂ©pit et l’entraĂźne dans une danse irrĂ©sistible. Le public rĂ©mois ne boude pas son plaisir et fait une incroyable fĂȘte Ă  tous les artisans de cette formidable soirĂ©e !

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Avec Fabienne Conrad (Eliza Doolittle), Jean-Louis Pichon (Henry Higgins), George Beller (Colonel Pickering), Mathieu LĂ©croart (Alfred Doolittle), RaphaĂ«l BrĂ©mard (Freddy), Sylvie Bichebois (Mrs Higgins), Marie-Emeraude Alcime (Mrs Pearce). Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne et dĂ©cors ; Elodie Vella-Pionnier (chorĂ©graphie classique), Jean-Charles Donnay (chorĂ©graphie claquettes et danse), Patrice Willaume (lumiĂšres), Dominique BurtĂ© (costumes). ChƓurs ELCA. Orchestre de l’OpĂ©ra de Reims. Benjamin Pionnier, direction musicale.

Compte-rendu, opéra. Berlin, Deutsche Oper, le 17 novembre 2016. Meyerbeer : Les Huguenots. Juan Diego Florez, Patrizia Ciofi
Michele Mariotti, direction.

FidĂšle Ă  l’enfant du pays Giacomo Meyerbeer, la Deutsche Oper de Berlin – aprĂšs avoir mis Ă  l’affiche Vasco de Gama la saison passĂ©e et Dinorah celle d’avant – propose actuellement une nouvelle production du chef d’Ɠuvre du compositeur berlinois : Les Huguenots. DonnĂ©e ici dans sa quasi intĂ©gralitĂ©, la partition de Meyerbeer retrouve sa cohĂ©rence et sa thĂ©ĂątralitĂ©, et emporte le public dans un tourbillon d’émotions, de coups de thĂ©Ăątre – dramatiques et musicaux – qui ne lui laissent aucun rĂ©pit.

 

 

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Premier artisan de la rĂ©ussite, le jeune chef italien Michele Mariotti dirige avec beaucoup d’autoritĂ© un Orchestre de la Deutsche Oper concentrĂ© Ă  sa tĂąche et prĂ©cis, jusque dans les nombreux soli rĂ©clamĂ©s par la partition. Son principal mĂ©rite – qui se confirme ici authentique chef d’opĂ©ra (il est directeur musical de celui de Bologne) – est de confĂ©rer une unitĂ© dramatique Ă  une fresque de trĂšs vastes proportions, puisant aux esthĂ©tiques les plus diffĂ©rentes. Sans jamais sacrifier au thĂ©Ăątre, il rĂ©ussit Ă  rendre justice aux raffinements de l’écriture instrumentale, tout en gardant un Ɠil sur les exigences du chant.
ConfiĂ©e Ă  l’amĂ©ricain David Alden, la proposition scĂ©nique n’est pas inintĂ©ressante mais inclue des partis pris discutables. Pour commencer, la scĂ©nographie imaginĂ©e par Gilles Cadle restera identique pour les cinq actes, ce qui ne rend pas justice au « Grand opĂ©ra » (et la profusion de dĂ©cors qui va avec), de mĂȘme que l’aspect bucolique de l’acte II passe Ă  la trappe. C’est vers la comĂ©die musicale qu’Alden semble avoir trouvĂ© son inspiration (il est surtout connu pour avoir signĂ© des productions « comiques »), et si cela fonctionne bien dans les deux premiers actes, le renversement dramatique Ă  l’acte III n’est guĂšre soulignĂ© ni rendu lisible ici. Il manie en revanche trĂšs habilement les foules (on a comptĂ© plus de cent choristes !) mais ne montre pas la mĂȘme maestria Ă  diriger les solistes, qui doivent compter la plupart du temps sur leurs seules ressources.

 
 

Stylistiquement aguerrie, la distribution contribue Ă  la rĂ©ussite d’ensemble, mais le hĂ©ros de la soirĂ©e est incontestablement Juan Diego Florez (sur un cheval blanc, ci dessus) dont la prestation en Raoul de Nangis balaie toutes les rĂ©serves que l’on pouvait se formuler avant le spectacle. En plus d’un timbre et d’un legato maintenant lĂ©gendaires (qui font merveille dans le cĂ©lĂšbre « Plus blanche que la blanche hermine »), il apporte Ă  son personnage une vaillance, une endurance et une puissance que l’on ne soupçonnait pas chez le tĂ©nor pĂ©ruvien. Dans le rĂŽle de Marguerite de Valois, Patrizia Ciofi n’impressionne pas moins par des coloratures Ă©lectrisantes et prĂ©cises, notamment dans le magnifique « O beau pays de la Touraine ».
La Valentine d’Alesya Golovevna est une rĂ©vĂ©lation : en plus d’un timbre de toute beautĂ©, la soprano russe possĂšde le rayonnement vocal et la fulgurance dans l’aigu requis par sa partie. Ajoutons que les mĂ©diums sont riches, les graves nourris, et que l’actrice se montre pleinement investie. De son cĂŽtĂ©, la basse croate Ante Jerkunica apporte Ă  Marcel des moyens imposants et une juste vocalitĂ©, avec des notes graves d’outre-tombe et un français plus que correct. TrĂšs satisfaisant Ă©galement le Urbain d’IrĂšne Roberts, tout de vivacitĂ© et d’esprit, Ă  qui on restitue le rondeau « Non, vous n’avez jamais, je gage » Ă©crit par Meyerbeer Ă  l’intention de Marietta Alboni. Le baryton-basse australien Derek Welton est un excellent (et implacable) Saint-Bris face au Nevers efficace de Marc Barrard (seul français de la distribution), la nombreuse Ă©quipe de seconds rĂŽles n’appelant guĂšre de reproche hors la prononciation de notre langue par certains. Excellente, enfin, la prestation du ChƓur de la Deutsche Oper, fort bien prĂ©parĂ© par Raymond Hugues. Au final, une salle en dĂ©lire, trĂ©pignant d’enthousiasme, qui ne se videra qu’aprĂšs d’innombrables rappels.

 
 

Compte-rendu, opĂ©ra. Berlin, Deutsche Oper, le 17 novembre 2016. Giacomo Meyerbeer : Les Huguenots. Juan Diego Florez, Patrizia Ciofi, Alesya Golovevna, Ante Jerkunica
 ChƓur et Orchestre de la Deutsche Oper Berlin. Michele Mariotti, direction. David Alden, mise en scĂšne.

 
 

Avignon, le 15 octobre 2016. Widor, Poulenc, Puccini… Concert de Musique SacrĂ©e et Orgue en Avignon

Compte-rendu, concert. Avignon, CollĂ©giale Saint Didier, le 15 octobre 2016. Widor, Poulenc, Puccini. Ludivine Gombert, Florian Laconi, Yann Toussaint. ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Aurore Marchand (chef des ChƓurs). Luc Antonini (Orgue)

 

 

 

Gloria

 

 

En co-rĂ©alisation avec Musique SacrĂ©e en Avignon et Orgue en Avignon (deux structures qui viennent de fusionner sous le nom de « Musique SacrĂ©e et Orgue en Avignon »), l’OpĂ©ra Grand Avignon vient de proposer – Ă  la CollĂ©giale Saint Didier – un intĂ©ressant concert regroupant trois Ɠuvres de musique sacrĂ©e : la « Marche pontificale » issue de la PremiĂšre Symphonie pour Orgue (1870) de Charles-Marie Widor, le « Gloria » (1961) de Francis Poulenc et la « Messa di Gloria » (1880) de Giacomo Puccini.
EntiĂšrement accompagnĂ©e Ă  l’orgue sous les doigts experts de Luc Antonini, la soirĂ©e dĂ©bute par l’ouvrage de Widor prĂ©citĂ©, la « Marche pontificale » en Ă©tant un des sept mouvements, piĂšce qui illustre parfaitement le style « pompier » en cours Ă  la fin du XIXe siĂšcle. Magie due probablement Ă  la fois Ă  l’instrument, au lieu, et Ă  la dextĂ©ritĂ© de l’instrumentiste, l’auditoire ne peut ĂȘtre que saisi par une ambiance, une acoustique – et une force Ă©vidente – qui l’enveloppe. C’est une Ă©motion non moindre qu’il Ă©prouve ensuite Ă  entendre la voix de la soprano Ludivine Gombert dans le superbe « Gloria » de Poulenc. Cet ouvrage est une commande de la Fondation Koussevitzky Ă  la fin des annĂ©es 50, Ă©poque oĂč Vivaldi Ă©tait l’objet d’un important regain d’intĂ©rĂȘt, et Poulenc voulut rendre hommage au « prĂȘtre roux » Ă  sa maniĂšre. A la fois pimpante, Ă©mouvante et jubilatoire – derriĂšre ses clins-d’Ɠil Ă  Stravinski et au jazz -, cette piĂšce laisse sourdre un vraie mĂ©lancolie que le beau timbre riche et prenant de la jeune soprano française parvient Ă  distiller magistralement. MĂȘme satisfecit pour le ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, dirigĂ© par sa chef Aurore Marchand, qui accompagne avec beaucoup de justesse la chanteuse, pendant ou en dehors de ses interventions. Avec l’Orgue, ce sont donc trois masses distinctes qui tantĂŽt dialoguent, tantĂŽt s’opposent, ou encore se corroborent, dans un jeu d’échange mĂ©lodique flexible et fluide. Comme une sorte de bis – mais plutĂŽt pour poursuivre l’hommage Ă  Puccini -, Ludivine Gombert dĂ©livre ensuite un bouleversant « Senza mamma », aria tirĂ©e de son court opĂ©ra en un acte « Suor Angelica ».
AprĂšs un court prĂ©cipitĂ©, place Ă  la rare « Messa di Gloria » composĂ©e par Puccini Ă  l’Ăąge de 22 ans, et qui forme un ensemble un peu dĂ©cousu de numĂ©ros oĂč se sentent les influences diverses du jeune compositeur : Verdi, Rossini et Bellini notamment. Il y fait montre de son habiletĂ© Ă  traiter toutes les formes musicales, du chƓur Ă  la maniĂšre de Verdi (« Qui tollis peccata mundi »), jusqu’à la fugue la plus recherchĂ©e (« Cum santo spirito »). L’Ɠuvre fait avant tout la part belle au chƓur, n’offrant que quelques interventions au solistes, et c’est donc sur lui avant tout que repose le succĂšs de l’interprĂ©tation. Comme dans le « Gloria », le chƓur « maison » fait ici preuve d’une belle homogĂ©nĂ©itĂ©. Quant aux solistes, le tĂ©nor Florian Laconi et le baryton Yann Toussaint, ils offrent une prestation particuliĂšrement nuancĂ©e. Laconi fait valoir une voix trĂšs bien timbrĂ©e et puissamment projetĂ©e, tandis que Yann Toussaint apporte Ă  sa partie une autoritĂ© et une prĂ©sence supĂ©rieures. A l’issue du concert, tous les talents rĂ©unis pour cette soirĂ©e sont acclamĂ©s par moult vivats… amplement mĂ©ritĂ©s !

 

 

Compte-rendu, concert. Avignon, CollĂ©giale Saint Didier, le 15 octobre 2016. Charles-Marie Widor : « Marche pontificale » extraite de la Symphonie N°1 pour Orgue, en ut mineur, opus 13 ; Francis Poulenc : Gloria pour soprano, chƓur mixte et orgue ; Giacomo Puccini : Messa di Gloria, pour tĂ©nor, baryton, chƓur mixte et orgue. Ludivine Gombert (soprano), Florian Laconi (tĂ©nor), Yann Toussaint (baryton). ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Aurore Marchand (direction des ChƓurs). Luc Antonini (Orgue)

 

 

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 10 octobre 2016. Camille Saint-Saëns : Samson et Dalila. Damiano Michieletto, mise en scÚne. Philippe Jordan, direction musicale.

VoilĂ  25 ans que Samson et Dalila de Camille Saint-SaĂ«ns, l’un des fleuron de notre patrimoine lyrique national, n’avait pas connu les honneurs d’une reprĂ©sentation scĂ©nique dans la Capitale. C’est chose rĂ©parĂ©e avec cette nouvelle production, coproduite avec le Metropolitan Opera de New-York, et signĂ©e par Damiano Michieletto dont on se souvient du gĂ©nial Barbier de SĂ©ville - in loco – il y a deux saisons. Las, l’essai n’a pas Ă©tĂ© transformĂ© et sa transposition Ă  l’Ă©poque contemporaine, qui flirte dangereusement avec le Regietheater (et ses inĂ©vitables soldats bardĂ©s de mitraillettes !) est loin d’ĂȘtre une rĂ©ussite. La scĂ©nographie de Paolo Fantin Ă©vacue ainsi complĂštement la poĂ©sie et le souffle biblique dont l’ouvrage ne peut, selon nous, faire l’Ă©conomie. Comment accepter, Ă©galement, la façon dont le metteur en scĂšne italien revisite le livret (et la lĂ©gende) Ă  son bon grĂ©, qui confine au plus complet contre-sens. Ici, c’est Samson lui-mĂȘme qui se coupe les cheveux pour les offrir Ă  Dalila tandis que c’est cette derniĂšre qui met le feu au Temple (en s’immolant) dans la scĂšne finale !…

 

 

Samson et Dalila

 

 

Le plateau vocal offre, heureusement, une tout autre satisfaction. A commencer par la Dalila superlative de la mezzo gĂ©orgienne Anita Rachvelishvili qui sĂ©duit dĂšs son premier air « O mon bien aimĂ© » et plus encore dans « Printemps qui commence », chantĂ© avec un respect des annotations et de l’alternance du piano/forte qu’on trouve chez peu de ses rivales… si tant est qu‘il y en ait une aujourd’hui dans cet emploi ! Sa voix dense, d’une palette extrĂȘmement variĂ©e, possĂšde la projection nĂ©cessaire dans « Samson recherchant ma prĂ©sence » ainsi que dans le duo avec le Grand PrĂȘtre, oĂč Saint-SaĂ«ns a appris la leçon de l’affrontement entre Ortrud et Telramund ; elle a surtout le mordant et cette autoritĂ© rageuse que toute Dalila se doit de possĂ©der, mais sait Ă©galement retrouver l’accent et l’élĂ©gance de la ligne, dans un bouleversant « Mon cƓur s’ouvre Ă  ta voix »… qui lui vaut un beau triomphe personnel (amplement mĂ©ritĂ©).
De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor letton Aleksandrs Antonenko campe un Samson Ă  tout Ă©preuve, capable de maĂźtriser la tessiture de bout en bout sans l’ombre d’une fatigue. Le timbre, sombre et dense (qui fait parfois penser Ă  celui de Jon Vickers), est projetĂ© avec insolence tandis que la diction s’avĂšre tout Ă  fait satisfaisante. Le sublime air de la meule, phrasĂ© avec beaucoup de nuances, et des accents qui traduisent toute la souffrance intĂ©rieure du hĂ©ros, Ă©meut profondĂ©ment. Bref, l’auditeur ne peut que s’abandonner au plaisir d’écouter cette grande voix, gĂ©nĂ©reuse et vibrante.
MalgrĂ© des moyens d’envergure, la basse lettone Egils Silins est un discutable Grand-PrĂȘtre tandis que Nicolas TestĂ© chante le rĂŽle d’AbimĂ©lech avec une voix d’un format bien trop confidentiel. En revanche, Nicolas Cavallier sait confĂ©rer noblesse et dignitĂ© au Vieillard hĂ©breux, dans la priĂšre du premier acte, avec son assurance tranquille et Ă  son legato parfait.
CotĂ© fosse, l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris en Ă©tat de grĂące nous fait entendre la partition de Saint-SaĂ«ns que l’on n’avait jamais entendue aussi wagnĂ©rienne, grĂące Ă  la direction magistrale d’un Philippe Jordan tour Ă  tour recueilli et haletant, avec un instinct gĂ©nial de la dynamique et des couleurs. Saluons, enfin, le ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris : il s’acquitte de sa tĂąche avec un Ă©clat et une force de conviction qui forcent, comme toujours, l’admiration.

Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 10 octobre 2016. Camille Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Alexandrs Antonenko, Samson ; Anita Rachvelishvili, Dalila ; Egils Silins, Le Grand PrĂȘtre ; Nicolas TestĂ©, AbimĂ©lech ; Nicolas Cavallier, Un Vieillard HĂ©breu ; Luca Sannai, Premier Philistin ; Jian-Hong Zhao, Second Philistin ; John Bernard, Un Messager. Mise en scĂšne : Damiano Michieletto ; dĂ©cors : Paolo Fantin ; costumes : Carla Teti ; Ă©clairages : Alessandro Carletti. Chef de chƓur : JosĂ© Luis Basso. Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Paris. Direction : Philippe Jordan. A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, Paris, jusqu’au 5 novembre 2016.

Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

FĂȘtant cette annĂ©e ses 70 ans, le Septembre musical de Montreux-Vevey continue de s’imposer comme l’un des festivals majeurs de la Suisse Romande, et donc un rendez-vous incontournable pour le mĂ©lomane amateur de grands orchestres comme de grands solistes. L’Ă©dition 2017 a vu ainsi dĂ©filer des solistes de la trempe de Martha Argerich, Leonidas Kavakos, Daniil Trifonov, mais aussi – nous les avons entendus – James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev et Midori.

 

 

James Ehnes

 

 

Le premier s’est lancĂ© – au Temple Saint-Martin de Vevey – dans la folle aventure de l’intĂ©grale des Sonates et Partitas pour violon seul de J.S. Bach. Le violoniste canadien ne s’y avĂšre pas qu’un simple exĂ©cutant de la partition, mais avant tout un traducteur et un acteur dont la maturitĂ© d’interprĂ©tation fait forte impression. Dans ces Ɠuvres fameuses, l’instrument entre dans une symbiose permanente, et sonne Ă  nos oreilles comme une dĂ©claration d’émotion, avec notamment de trĂšs beaux aigus. MĂȘme si certaines piĂšces accusent une certaine rapiditĂ© d’exĂ©cution – par exemple dans la fameuse Chaconne de la Partita n°2 -, il Ă©mane de son jeu une respiration artistique forte et une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau qui font de cet artiste, l’un des plus talentueux et attachants de sa gĂ©nĂ©ration. Visiblement trĂšs Ă©mu par ce qu’il vient d’entendre, le public lui offre une vive ovation Ă  l’issue de sa performance.

 

Trois soirées au Septembre musical de Montreux-Vevey

 

Pletnev

 

Le second, assez rare en tant que concertiste depuis qu’il dirige l’Orchestre National de Russie, a offert – au Reflet-ThĂ©Ăątre de Vevey – un programme plus Ă©clectique, rĂ©unissant Bach, Grieg, Mozart. Dans le PrĂ©lude et Fugue en la mineur de Bach, le virtuose russe gratifie l’auditoire de sa technique hors pair : sens de la construction, clartĂ© du contrepoint, expressivitĂ©, capacitĂ© Ă  faire chanter l’instrument. Avec Grieg, on trouve des moments de poĂ©sie et d’apaisement dans la Ballade op. 24 et une sincĂšre tentative de faire ressortir le romantisme Ă©chevelĂ© de la juvĂ©nile Sonate op. 7.  AprĂšs l’entracte, c’est Mozart qui est Ă  l’honneur au travers de trois de ses Sonates (les KV 311, 457 & 533). Pletnev – cela se voit et s’entend – vit dans l’intimitĂ© de Mozart, qu’il joue avec un respect et une affection touchantes, et son interprĂ©tation relĂšve le dĂ©fi de ce grand voyage dans les trĂ©fonds de l’ñme mozartienne avec beaucoup de finesse, d’élĂ©gance, de fraĂźcheur. Avec un trĂšs beau sens des nuances et un jeu d’une grande clartĂ©, il retrouve la puretĂ© mĂ©lodique de ces Sonates, leur brillance et leur virtuositĂ©, en toute simplicitĂ©. Il offre, en bis, le fameux RĂȘve d’amour de Liszt puis le Scherzo de Borodine.

 

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Entre ces deux soirĂ©es, nous avons pu Ă©galement assistĂ© Ă  un concert qui affichait le Youth Orchestra of Bahia (YOBA), orchestre composĂ© de jeunes issus des quartiers dĂ©favorisĂ©s de la citĂ© brĂ©silienne (Ă  l’image du plus connu El Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien fondĂ© par Gustavo Dudamel). DirigĂ©e par son fondateur et directeur musical Ricardo Castro, la jeune phalange s’Ă©chauffe d’abord avec une pĂ©tillante Ouverture de Candide de Leonard Bernstein avant d’accueillir en son sein la cĂ©lĂšbre violoniste japonaise Midori pour une exĂ©cution du Concerto pour violon de Beethoven. DĂšs le premier mouvement, l’interprĂšte montre qu’elle est aujourd’hui en pleine maturitĂ© artistique et technique : la puissance et la beautĂ© du son, la fiabilitĂ© de la tenue d’archet, le contrĂŽle de l’interprĂ©tation dans ses moindres dĂ©tails, l’Ă©conomie du comportement (tout de concentration et d’intĂ©rioritĂ©) concourent Ă  crĂ©er un moment de musique vraiment mĂ©morable.

Midori

La seconde partie de soirĂ©e propose une piĂšce aussi rare qu’originale avec le ChĂŽros n°6 d’Heitor Villa-Lobos, le ChĂŽro Ă©tant une tentative Ă©tonnante de fusionner la musique orchestrale et la musique des rues du BrĂ©sil. Le cycle des douze Choros composĂ©s par le compositeur brĂ©silien nĂ©cessite des effectifs instrumentaux variĂ©s de la guitare seule au grand orchestre, et c’est tout le BrĂ©sil avec ses percussions caractĂ©ristiques, sa lumiĂšre et sa joie intrinsĂšque qui s’exprime Ă  travers les instruments de l’orchestre classique. Et disons-le tout de go, le YOBA – en terme de richesse des timbres et de fini instrumental – n’a ici rien Ă  envier aux grandes phalanges europĂ©ennes sous la baguette de Ricardo Castro qui, de son cĂŽtĂ©, allie Ă©nergie et prĂ©cision. Bref, une double belle dĂ©couverte que cette partition et cet orchestre au Septembre Musical de Montreux-Vevey !

Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

Illustrations : JamesEhnes, Pletnev, Midori (DR)

Compte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 aoĂ»t 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN
 R. Capuçon, E. Revaz

capuçonCompte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 aoĂ»t 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN
 R. Capuçon, E. Revaz. Depuis 2010, la petite ville de Tannay – situĂ©e au bord du Lac LĂ©man, Ă  quelques encablures de GenĂšve – propose un festival de musique classique Ă  la fin aoĂ»t sous une tente qui offre une acoustique trĂšs satisfaisante. Certes moins connu que les prestigieux festivals de Lucerne, Montreux ou Gstaad, celui de Tannay vaut d’abord pour sa convivialitĂ©… et n’en invite pas moins des artistes de renommĂ©e internationale (cette annĂ©e Vadim Repin, AndreĂŻ KorobeĂŻnikov ou Renaud Capuçon), tout en mettant en avant la jeune gĂ©nĂ©ration (Edgar Moreau, Estelle Revaz ou Romain Leleu). Le Festival de Tannay acquiert ainsi peu Ă  peu sa place dans le paysage musical suisse durant la pĂ©riode estivale.

 

 

Deux (belles) soirées aux Variations Musicales de Tannay

 

La premiĂšre soirĂ©e Ă  laquelle nous avons pu assister accueillait un invitĂ© rĂ©gulier de Serge Schmidt (directeur-fondateur du festival et maire de la ville), le cĂ©lĂšbre violoniste français Renaud Capuçon,placĂ© Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de Chambre de BĂąle. Le concert dĂ©bute
par une des piÚces incontournables du corpus violonistique de Bach, le Concerto BWV 1041, dans lequel Capuçon fait valoir son jeu époustouflant et un phrasé fluide et subtil, tandis que se dégage de la formation suisse allemande une agréable fraßcheur, chaque
instrumentiste jouant avec ferveur, Ă©nergie et engagement, sans jamais tomber dans l’excĂšs. Le morceau qui suit sort rĂ©solument des sentiers battus (une autre des caractĂ©ristiques du festival) : le « Polyptique » pour violon et orchestre du compositeur suisse Frank Martin. Ecrite à l’intention et dĂ©diĂ©e Ă  Yehudi Menuhin, la partition fut crĂ©Ă©e par l’Orchestre de Chambre de ZĂŒrich en 1973, et s’inspire de la Passion du Christ… et de son propre Oratorio « Golgotha », composĂ© en 1948.
De moindre ampleur que l’ouvrage prĂ©citĂ©, le Polyptique n’en atteint pas moins la mĂȘme intensitĂ© de pensĂ©e et d’Ă©motion, Ă  travers six images sonores d’un dramatisme bouleversant. Capuçon gratifie l’auditoire d’une interprĂ©tation en tout point digne de son illustre confrĂšre et prĂ©dĂ©cesseur, et l’on aimerait que tout violoniste digne de ce nom manifeste autant d’éclectisme dans le choix des Ɠuvres inscrites Ă  son rĂ©pertoire.

AprĂšs l’entracte – oĂč le public a loisir de se promener dans l’immense parc du chĂąteau possĂ©dant des cĂšdres centenaires et jouissant d’une vue saisissante sur le lac et les Alpes françaises -, Richard Strauss est Ă  l’honneur au travers de ses bouleversantes « MĂ©tamorphoses » pour 23 cordes. ComposĂ©e en 1945, au lendemain de la guerre, et au soir de sa vie, l’Ɠuvre raconte l’Ă©clatement intĂ©rieur de celui qui n’était que musique, et dont la folie des hommes a dĂ©truit un Ă  un les lieux oĂč il avait connu une rare succession de triomphes : Berlin, Dresde, Vienne, Munich… Cet ultime chef-d’Ɠuvre, d’une Ă©pure totale, est une lente confession faussement paisible que Capuçon et ses musiciens dĂ©livrent dans tout son dĂ©chirement et sa nostalgie. Le long silence qui suit est le meilleur des hommages que l’auditoire pouvait offrir tant Ă  la partition qu’Ă  ses dĂ©fenseurs ce soir…

 
 
 

revaz

 
Le lendemain,
le festival invitait une enfant du pays, la violoncelliste suisse Estelle Revaz (27 ans). AprĂšs avoir frĂ©quentĂ© les conservatoires de Sion (sa ville natale), le CNSM de Paris et la Musikhochschule de Cologne, elle a gagnĂ© de nombreux prix internationaux, dont le « Prix Rotary » l’an passĂ© au festival de Verbier. Pour l’accompagner, l’Orchestre du Festival de Tannay, composĂ© de membres de l’Orchestre de la Suisse Romande, dont le contrebassiste solo Jonathan Haskell tient ce soir la baguette. AprĂšs avoir chauffĂ© sa phalange avec l’Ouverture Egmont de Beethoven, interprĂ©tĂ©e avec une belle intensitĂ© dramatique, Estelle Revaz s”attaque aussitĂŽt au Concerto pour violoncelle de Schumann. ComposĂ© alors que le musicien Ă©tait victime d’hallucinations auditives,
l’ouvrage ne fait aucune concession Ă  la virtuositĂ©, sans en ĂȘtre pour autant moins poignante. Ce qui sĂ©duit d’emblĂ©e chez cette jeune soliste, c’est sa grande capacitĂ© Ă  se dĂ©tacher de l’orchestre… malgrĂ© sa flagrante complicitĂ© avec le violoncelle solo de l’orchestre. D’une justesse quasi exemplaire, son jeu s’avĂšre trĂšs proche du chant et, comme lui, est rythmĂ© par les respirations de l’artiste. AprĂšs une premiĂšre salve d’applaudissements, elle se jette dans la page la plus connue du Carnaval des animaux de Camille Saint-SaĂ«ns : le Cygne. Revaz joue cette piĂšce avec un grand engagement artistique et une perception musicale particuliĂšrement Ă©mouvante. Quel phrasĂ© superbe ! La musicienne habite son archet avec une magnifique intensitĂ©, et elle rĂ©colte Ă  nouveau de nombreux vivats.

AprĂšs s’ĂȘtre remis de ses Ă©motions dans la fraĂźcheur de la nuit tombante, le public est conviĂ© Ă  entendre la DeuxiĂšme Symphonie de Beethoven, la plus optimiste du compositeur allemand. Haskell et l’Orchestre du Festival l’abordent avec joie et vitalitĂ© dans un premier mouvement Ă  l’allure un peu martelĂ©e, mais Ă  l’énergie communicative. Le larghetto est une belle illustration d’un Beethoven volontaire, qui avance droit et sans traĂźner, mais qui sait respirer et chanter avec un lyrisme apaisĂ©. Joie de jouer ensemble, cela s’entend, dans les deux derniers mouvements : espiĂšgle et enjouĂ© dans le scherzo puis virtuose et fougueux dans un finale savoureux et
puissant.

Les festivals qui allie à un tel degré qualité artistique et convivialité ne sont pas légion, et Tannay est de ceux- là !

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad/ Stefano Montanari

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad, mise en scĂšne. Stefano Montanari, direction musicale. L’OpĂ©ra de Lyon a choisi de clore sa saison avec Mozart, en confiant Ă  Wajdi Mouawad – futur directeur du ThĂ©Ăątre de la Colline – le soin de mettre en images une nouvelle production de L’EnlĂšvement au sĂ©rail (qui est, soit dit en passant, sa premiĂšre mise en scĂšne d’opĂ©ra). En optant pour une rĂ©Ă©criture de pans entiers du livret, l’homme de thĂ©Ăątre libano-canadien parvient Ă  mettre Ă  distance l’exotisme convenu et les histoires d’amour contrariĂ©. Sa rĂ©gie replace au centre des dĂ©bats l’idĂ©al fĂ©minin comme figure tutĂ©laire des sentiments amoureux. En refusant de rejeter et de se moquer des turcs qui les ont retenu prisonniĂšres, Constance et Blondine affirment haut et fort qu’il n’y a pas de frontiĂšre Ă  l’amour, et que leur Ă©pisode carcĂ©ral avait tout d’une belle aventure. La tentative de libĂ©ration de Belmonte et Pedrillo apparaĂźt paradoxalement comme une initiative maladroite qui contrevient aux amours de leurs fiancĂ©es. Mais ce manichĂ©isme Orient-Occident pĂšche sur la longueur par son systĂ©matisme appuyĂ©, et Mouawad manie par trop les bons sentiments en agitant des panneaux sĂ©mantiques assez lourds. Le dĂ©cor trĂšs abstrait et peu perturbant d’Emmanuel Clolus justifie nĂ©anmoins la lisibilitĂ© des messages, et permet Ă  la direction d’acteurs de se dĂ©ployer sans obstacle.

Longtemps Premier violon au sein de l’ensemble Accademia Bizantina, Stefano Montanari se rĂ©vĂšle – Ă  la tĂȘte d’un Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon dans une forme superlative – comme l’un des triomphateurs de la soirĂ©e. Le chef italien marie en effet avec un art consommĂ© l’approche symphonique d’une formation traditionnelle, et les impĂ©ratifs d’une relecture Ă  l’ancienne. Magnifique de souplesse, de prĂ©sence, de relief sonore, une telle direction donne Ă  la partition un coup de jeune, car elle en souligne les nombreuses audaces instrumentales qui annoncent clairement des rĂ©ussites postĂ©rieures. (NDLR: l’apport des chefs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, pour lesquels la pratique historiquement informĂ©e, ne pose aucun problĂšme, ne cesse de dĂ©montrer ses bienfaits, appliquĂ©s aux orchestres traditionnels, sur nutriments modernes : voir ici toute la dĂ©marche d’un jeune maestro comme Bruno Procopio, chef et claveciniste, rĂ©cent chef invitĂ© Ă  l’Orchestre royal Philharmonique de LiĂšge)

mozart-serail-constanze-belmonte-mouawad-montanari-opera-de-lyon-539La distribution rĂ©unie par Serge Dorny tire avec Ă©clat son Ă©pingle du jeu. La soprano colorature candienne Jane Archibald est une Constance dont chaque intervention soulĂšve l’enthousiasme ; la vocalise est aisĂ©e jusque dans les notes interpolĂ©es, alors que les moments introspectifs bĂ©nĂ©ficient d’un traitement tout en rondeur. Il en va de mĂȘme pour le Belmonte ardent du jeune et talentueux tĂ©nor français Cyrille Dubois, qui fait preuve d’un panache indĂ©niable dans ses quatre airs : gĂ©nĂ©reux, pĂ©nĂ©trant, charmeur, son chant frise tout simplement l’idĂ©al. Si l’acteur Peter Lohmeyer ne fait croire Ă  aucun moment aux tourments qu’il menace de faire subir Ă  sa prisonniĂšre (Mouawad en fait au contraire une sorte de philosophe plein de sagesse), la basse bavaroise David Steffens s’avĂšre, lui, trĂšs convaincant dans le rĂŽle du gardien du harem (Osmin), dĂ©graissant agrĂ©ablement son chant pour Ă©viter de confĂ©rer des couleurs trop sombres Ă  son sadique personnage. En Blondine, la soprano polonaise Joanna Wydorska fait feu de tout bois, avec sa voix tellement assurĂ©e, tirant mĂȘme un peu la couverture Ă  soi avec une espiĂšglerie presque Ă©hontĂ©e dans son affrontement avec Osmin. Enfin, le tĂ©nor allemand Michael Laurenz est un Pedrillo simplement parfait, en acteur accompli doublĂ© d’une voix d’une Ă©clatante santĂ©.

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Konstanze : Jane Archibald, Blonde : Joanna Wydorska, Belmonte : Cyrille Dubois, Pedrillo : Michael Laurenz, Osmin : David Steffens, Selim : Peter Lohmeyer. DĂ©cors : Emmanuel Clolus ; Costumes : Emmanuelle Thomas ; LumiĂšres : Eric Champoux ; Dramaturgie : Charlotte Farcet. Mise en scĂšne : Wajdi Mouawad. Choeur et Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon. Stefano Montanari, direction musicale.

Serail

NDLR : Jane Archibald est d’autant plus familiĂšre du rĂŽle de Constanze qu’elle l’a magnifiquement dĂ©fendu lors d’une reprĂ©sentation mĂ©morable Ă  Paris, TCE en septembre 2015, rĂ©cemment Ă©ditĂ© au disque sous la direction de l’excellent JĂ©rĂ©mie Rhorer, version de l’EnlĂšvement au SĂ©rail, couronnĂ©e par le CLIC de classiquenews de l’Ă©tĂ© 2016).

NDLR : Note de la RĂ©daction.

Compte-rendu, opéra. LiÚge, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scÚne. Francesco Cilluffo, direction musicale.

CrĂ©Ă©e en 2009 Ă  l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, reprise en 2012, cette production de La Traviata de Giuseppe Verdi – signĂ©e par Stefano Mazzonis di Pralafera, Ă©galement directeur artistique et gĂ©nĂ©ral de l’institution liĂ©geoise – est redonnĂ©e in loco avec une distribution entiĂšrement diffĂ©rente.

 

 

Traviata

 

 

La soprano d’origine roumaine Mirella Gradinaru est une Violetta trĂšs convaincante, affrontant sans sourciller les coloratures de l’acte I, malgrĂ© quelques notes stridentes. Mais c’est face Ă  Germont que cette Traviata se rĂ©vĂšle, intelligente et Ă©mouvante, comĂ©dienne et chanteuse accomplie : « Dite alla giovine », attaquĂ© sur le fil de voix, sera un moment d’exception, de mĂȘme que son « Adddio del passato », longuement saluĂ© par la salle.

Dans le rĂŽle d’Alfredo, le jeune tĂ©nor espagnol Javier TomĂ© Fernandez a pour lui un timbre plutĂŽt sĂ©duisant et d’incontestables moyens naturels, mais l’assise technique doit encore ĂȘtre travaillĂ©e car des soucis rĂ©currents de justesse se font jour, ainsi que des problĂšmes de souffle perceptibles notamment dans le fameux air « De’ miei bollenti spititi ». Le Germont du baryton italien Mario Cassi est plus faible, avec un fĂącheuse tendance Ă  chanter « vĂ©riste » et Ă  faire « du son », au mĂ©pris le plus Ă©lĂ©mentaire du style et du phrasĂ© verdiens. Il se montre Ă©galement incapable d’exprimer – que ce soit vocalement ou scĂ©niquement – la moindre empathie ou compassion que son personnage est censĂ© Ă©prouvĂ© Ă  la fin de la scĂšne du duo avec Violetta. Dommage…

Dans la mise en scĂšne de Stefano Mazzonis di Pralafera, la critique sociale est plus fĂ©roce que jamais. Mais, contrairement Ă  d’habitude, le sommet de la cruautĂ© n’est pas atteint par avec la diabolique intervention de Germont pĂšre. C’est ici beaucoup plus l’inhumanitĂ© d’une sociĂ©tĂ© tout entiĂšre qui est en cause, que les mesquines dĂ©marches d’un bourgeois soucieux de considĂ©ration. Pour le reste, nous renvoyons le lecteur vers les judicieux commentaires de notre confĂšre Adrien de Vries qui avait rendu compte de la reprise du spectacle en 2012. (Compte rendu critique, opĂ©ra : La Traviata de Verdi à l’OpĂ©ra royal de Wallonie, LiĂšge, 2012)

Le jeune chef italien Francesco Cilluffo allie rigueur musicale et sens du thĂ©Ăątre, Ă  la tĂȘte d’un excellent Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, et d’un trĂšs bon chƓur. L’enthousiasme de ce dernier Ă  jouer les intermĂšdes des gitanes et des matadors et la soliditĂ© des rĂŽles de complĂ©ment achĂšvent de faire de ce spectacle un succĂšs auprĂšs du public liĂ©geois.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Violetta Valery : Mirela Gradinaru ; Alfredo Germont : Javier TomĂ© FernĂĄndez ; Giorgio Germont : Mario Cassi ; Flora Bervoix : Alexise Yerna ; Gastone de LetoriĂšres : Papuna Tchuradze ; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Patrick Delcour ; Dottor Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Annina : Laura Balidemaj. Mise en scĂšne : Stefano Mazzonis di Pralafera ; DĂ©cors : Edoardo Sanchi ; Costumes : Kaat Tilley ; LumiĂšres : Franco Marri. Francesco Cilluffo, direction musicale.

 

 

Compte-rendu, opéra. Paris, Théùtre des Champs-Elysées, le 18 mai 2016. R. Wagner : Tristan und Isolde. Pierre Audi, mise en scÚne. Daniele Gatti, direction musicale.

Dans une interview du Maestro Daniele Gatti, retranscrite dans le programme de salle, celui-ci affirme Ă  propos de cette (nouvelle) production de Tristan und Isolde au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es : « Avec Pierre Audi, nous avons choisi de nous engager dans une direction chambriste ». Une production chambriste donc, intime, recentrĂ©e, dans un thĂ©Ăątre de dimension humaine : c’est le vrai atout de cette production de Tristan, qui cherche ainsi Ă  dĂ©barrasser Wagner de son dĂ©corum lourd, de l’image massive de son ƒuvre.

Tristan

 

 

Le drame intime est donc sur scĂšne. Exit les vaisseaux, la nature luxuriante et les chĂąteaux moyenĂągeux. Tout sur scĂšne respire la simplicitĂ© et l’épuration absolue. Le plateau est recouvert d’un plancher noir. En arriĂšre scĂšne, un demi cercle blanc vient clĂŽturer l’espace. Celui-ci est donc fermĂ© et les personnages ne parviennent qu’à entrer sur le plateau que par une trappe disposĂ©e en fond et sous la scĂšne. Pas d’échappatoire possible ni Ă  cours ni Ă  jardin. C’est dans cet espace clos que le drame intime va prendre racine. Au premier acte, des grands panneaux mĂ©talliques viennent symboliser le bateau. Au II, des troncs d’arbres morts symbolisent la nature et viennent rendre le lieu terriblement inquiĂ©tant. Enfin, au III, une simple cabane et des rochers viennent occuper l’espace.

Si ce dispositif scĂ©nique permet de confronter les spectateurs Ă  l’essentiel et Ă  retranscrire justement l’inĂ©luctable accomplissement du destin, force est de constater que la proposition a Ă©galement les dĂ©fauts de ses qualitĂ©s. A l’esthĂ©tique Ă©purĂ©e se plaque un statisme dangereux. Le soucis de ne pas montrer les choses pose notamment problĂšme lors de l’acte deux oĂč le duo d’amour montre les hĂ©ros assis dos Ă  dos presque quarante-cinq minutes durant. Quand les chanteurs ne sont pas statiques, la direction d’acteurs semble se limiter Ă  un enchaĂźnement de postures fixes aux quatre coins du plateau.

Pour Emily Magee initialement annoncĂ©e, c’est finalement la soprano britannique Rachel Nicholls qui endosse les habits de la princesse irlandaise. Si le timbre n’est pas d’une sĂ©duction immĂ©diate et que certains aigu accusent quelques stridences, ils Ă©mergent cependant sans peine au-dessus de l’orchestre wagnĂ©rien, avec une puissance et une prĂ©cision qui montrent que n’est pas rĂ©volu le temps des grandes Isolde. Elle arrive par ailleurs au Liebestod – cela mĂ©rite qu’on le souligne – sans le moindre signe de fatigue. Grand habituĂ© du rĂŽle de Tristan, le tĂ©nor allemand Torsten Kerl en possĂšde aussi bien le lyrisme que l’Ă©clat, la voix ayant gagnĂ©e en rondeur, puissance et projection ces derniers temps. En plus d’une diction exemplaire, il est dotĂ© d’une intelligence musicale inouĂŻe, et affirme bien, autant physiquement que dramatiquement, la stature requise. Kerl fait preuve ce soir d’une infaillible vaillance, se montrant par ailleurs bouleversant dans le dĂ©lire extatique qui s’empare du hĂ©ros au moment des retrouvailles avec Isolde.

Le mezzo sud-africaine Michelle Breedt se rĂ©vĂšle une solide BrangĂ€ne. Bien timbrĂ©e, la voix fait montre d’une puissance et d’une projection tout Ă  fait satisfaisantes. Satisfecit total pour le baryton canadien Brett Polegato qui incarne un Kurwenal d’une bouleversante humanitĂ©. Son jeu expressif et son chant racĂ© en font tout simplement un serviteur de Tristan exceptionnel. DĂ©ception, en revanche, pour le Roi Marke de la basse amĂ©ricaine Steven Humes, Ă  cause d’un timbre trop clair, d’une carence de puissance et de graves, et d’une prĂ©sence scĂ©nique trop discrĂšte pour rendre pleinement justice son personnage. Dans les rĂŽles secondaires, Andrew Rees est un Melot correct, Francis Dudziak un Timonier efficace et Marc Larcher, un Berger de bonne tenue.

Mais la plus grande satisfaction de ce « drame intime » se trouve en premier lieu dans la fosse, oĂč Daniele Gatti subjugue par une direction d’une incroyable richesse. À tĂȘte d’un Orchestre National de France des grands soirs, le chef italien alterne entre direction chambriste et vĂ©ritable exaltation symphonique. La proposition est d’une incroyable urgence, d’une passion dĂ©bordante, vibrante et soutenue par des cordes magnifiquement homogĂšnes. Les vents, et notamment le cors anglais, transportent et emportent toute l’adhĂ©sion. On reste Ă©galement saisi par l’équilibre parfait atteint entre la fosse et le plateau. La subtilitĂ© obtenue tout le long de l’ouvrage permet ainsi de rendre justice Ă  l’incroyable Ă©criture orchestrale de Wagner, un pari d’autant plus mĂ©ritant que Gatti dirige lĂ  son premier Tristan…

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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 18 mai 2016. R. Wagner : Tristan und Isolde. Torsten Kerl (Tristan), Rachel Nicholls (Isolde), Michelle Breedt (BrangĂ€ne), Steven Humes (König Marke), Brett Polegato (Kurwenal), Andrew Rees (Melot), Marc Larcher (Un pĂątre, Un Jeune marin), Francis Dudziak (Un Timonier). Pierre Audi : mise en scĂšne ; dĂ©cors et costumes : Christof Hetzer ; Ă©clairages : Jean Kalman ; vidĂ©os : Anna Bertsch ; dramaturgie : Willem Bruls. ChƓur de Radio France & Orchestre National de France. Daniele Gatti : direction musicale.

 

 

Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Mozart,Wagner, Poulenc : La Voix humaine. Vourc’h, Dune, ONPL, Pascal RophĂ©

C’est un programme pour le moins Ă©clectique que dirige le chef français Pascal RophĂ© – Ă  la tĂȘte de l‘Orchestre National des Pays de la Loire qu’il dirige depuis 2014 – avec des Ɠuvres de Mozart, Wagner et Poulenc. D’abord donnĂ© Ă  la CitĂ© de Nantes, c’est au Centre des CongrĂšs d’Angers, Ă  l’acoustique trĂšs satisfaisante, que nous assistons Ă  ce concert donnĂ© en partenariat avec Angers Nantes OpĂ©ra. AprĂšs la mise en bouche que constitue le Divertimento pour cordes K. 136 de W. A. Mozart, jouĂ© avec un allant et une allĂ©gresse bienvenus, chef et orchestre s’attaquent Ă  l’ouvrage symphonique de Wagner intitulĂ© « Siegfried Idyll ». Ensemble, ils abordent cette page extraordinaire avec un souci tout chambriste, fuyant prudemment tout effet de masse, avec des phrasĂ©s chaleureux et sensuels, ainsi qu’un rubato trĂšs expressif. RophĂ© tire des sonoritĂ©s pleines et gĂ©nĂ©reuses de cordes particuliĂšrement moelleuses, qui forment un beau tapis dont Ă©mergent des bois saillants et des cors trĂšs inspirĂ©s.

vourc h soprano catherine dune compte rendu critique spectacle opera CLASSIQUENEWS Karen-Vourch-soprano_14Mais le « plat de rĂ©sistance » de la soirĂ©e est bien cette « Voix humaine » interprĂ©tĂ©e par la soprano française Karen Vourc’h. Le superbe monologue de Jean Cocteau, crĂ©Ă© Ă  la scĂšne par Berthe Bovy, puis mis en musique par Francis Poulenc et crĂ©Ă© par Denise Duval en 1959, impose Ă  son interprĂšte quarante-cinq minutes de lamento solo, Ă  mi-chemin entre la diction et le chant. C’est donc Ă  un exercice sans filet (puisque sans partenaire) que se mesure la cantatrice qui interprĂšte le rĂŽle de la Femme, pour lequel des dons de comĂ©dienne sont tout autant nĂ©cessaires que des qualitĂ©s de chanteuse. Karen Vourc’h se montre ici Ă  la hauteur de nos attentes, rĂ©alisant un trĂšs beau moment de thĂ©Ăątre. Au cours de la soirĂ©e, la chanteuse semble adapter une partition, somme toute mallĂ©able, Ă  sa propre sensibilitĂ©. La voix dĂ©ploie toute une gamme subtile de nuances (les plaintes Ă©pousent le cri de douleur sans jamais ĂȘtre hurlĂ©es, les confidences mezza voce s’avĂšrent d’une exquise suavitĂ©) et offre un chant parfaitement maĂźtrisĂ©. Si quelques mots se perdent dans les moments de douleur, l’émotion est, quant Ă  elle, constamment prĂ©sente, comme surgissant du plus profond d’elle-mĂȘme. La cantatrice campe trĂšs habilement son personnage : une femme sĂ©duisante, jetĂ©e au bord du gouffre par son amant, mais capable de masquer sa souffrance, de faire face avec Ă©lĂ©gance. Ni hystĂ©rie (il faut voir, dans ce registre, Anna Magnani se rouler par terre sous la camĂ©ra de Roberto Rossellini), ni miĂšvrerie (le texte de Cocteau accuse quand mĂȘme de sacrĂ©es rides). Cette femme « rompue » telle que Vourc’h nous la restitue appartient Ă  toutes les Ă©poques, Ă  toutes les douleurs, et symbolise toutes les sĂ©parations.

La soprano Ă©tant seule en scĂšne, il est normal que la rĂ©ussite de la soirĂ©e tienne avant tout de sa prĂ©sence et de son chant. Mais il convient de mentionner Ă©galement la mise en espace de Catherine Dune, qui fait Ă©voluer son hĂ©roĂŻne comme si elle marchait dans un rĂȘve, avec une vraie Ă©conomie de gestes. De son cĂŽtĂ©, Pascal RophĂ© sait trouver les couleurs nĂ©cessaires pour suggĂ©rer la dĂ©tresse insoutenable de la bouleversante partition de Poulenc. Une bien belle soirĂ©e !

Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Wolgang Amadeus Mozart : Divertimento pour cordes K. 136 ; Richard Wagner : Siegrfried Idyll ; Francis Poulenc : La Voix humaine. Karen Vourc’h (soprano). Catherine Dune (mise en espace). Orchestre National des Pays de la Loire. Pascal RophĂ© (direction).

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Rosamund Gilmore, mise en scĂšne. Ulf Schirmer, direction musicale.

Cette production de Die WalkĂŒre Ă  l’OpĂ©ra de Leipzig, Ă©trennĂ©e in loco en dĂ©cembre 2012, s’avĂšre une vraie rĂ©ussite, Ă  la fois vocale et scĂ©nique. Loin du Regietheater qui rĂšgne en Allemagne, la mise en scĂšne de Rosamund Gilmore adopte en effet une position plutĂŽt prudente et classique, respectueuse de l’Ɠuvre, oĂč rien ne vient perturber en tout cas l’audition de la musique, si ce n’est peut-ĂȘtre l’omniprĂ©sence de personnages zoomorphes (Ă  tĂȘte de bĂ©lier, munis d’ailes de corbeaux, etc.) qui accompagnent ou Ă©pient les diffĂ©rents personnages. On les dĂ©couvre sur le toit du bunker qui sert de demeure Ă  Hunding et sa femme, oĂč ils exĂ©cutent une sorte de danse rituelle pendant l’ouverture. Mais nous garderons surtout en mĂ©moire le magnifique dĂ©cor du dernier acte (conçu par Carl Friedrich Oberle), une immense arcade trĂšs « mussolinienne » dans laquelle prennent place – pendant la scĂšne des adieux – les huit Walkyies ainsi que huit hĂ©ros tout de blanc vĂȘtus (photo ci contre).

 

 

 

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Dans le rĂŽle de Sieglinde, la soprano allemande Christiane Libor fait preuve d’une belle santĂ© vocale, en assumant avec plĂ©nitude l’un des plus magnifiques personnages de la mythologie wagnĂ©rienne, et en exprimant une rĂ©elle Ă©motion Ă  travers un jeu sensible et naturel. Elle forme avec Andreas Schager le couple des Walsung d’autant plus convaincant que le tĂ©nor autrichien impose le plus bel instrument et le chant le plus nuancĂ© de la soirĂ©e, avec des aigus d’une incroyable franchise (chacun des deux « Walse » sont tenus plus de 10 secondes !). D’emblĂ©e, il se place parmi les meilleurs Siegmund du moment.

La soprano suĂ©doise Eva Johannson est Ă©galement une Walkyrie sur laquelle on peut compter. ConfrontĂ©e aux Ă©preuves, cette BrĂŒnnhilde sait trouver profondeur et conviction dans l’incarnation, figure centrale autour de laquelle le drame se joue. La prĂ©cision de ses attaques et sa pugnacitĂ© dans l’aigu ne font cependant pas toujours oublier la monotonie engendrĂ©e par l’ingratitude du timbre, ainsi que quelques stridences dans les fameux « HoĂŻtohos ». Elle n’en phrase pas moins avec beaucoup de sensibilitĂ© l’« Annonce de la mort », puis le dernier face Ă  face avec Wotan.  Ce dernier est incarnĂ© par le baryton allemand Markus Marquadt qui offre un phrasĂ© et un legato particuliĂšrement raffinĂ©s, un registre grave superbe, mais les nuances de l’aigu, il faut le reconnaĂźtre, lui causent parfois difficultĂ©. Dans le rĂŽle de Hunding, la basse finlandaise Runi Brattaberg campe un personnage tout d’une piĂšce et fort menaçant, avec une voix dont on goĂ»te la noirceur du timbre et la perfection de la ligne de chant. De son cĂŽtĂ©, la Fricka vindicative de Kathrin Göring ne dĂ©mĂ©rite pas tandis que les huit Walkyries forment un ensemble assez homogĂšne.

 

 

 

En vĂ©ritable expert de cette partition, Ulf Schirmer – directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’OpĂ©ra de Leipzig – dirige avec prĂ©cision et une pertinence sans faille le fameux GewandhausOrchester, en se montrant constamment soucieux de dynamique et de coloris. Nous n’avons assistĂ© qu’Ă  la premiĂšre journĂ©e de ce Ring leipzigois, mais prĂ©cisons au lecteur qu’il sera possible d’assister au Cycle entier du 28 juin au 2 juillet prochain.

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Avec Christiane Libor (Sieglinde), Andreas Schager (Siegmund), Runi Brattaberg (Hunding), Markus Marquardt (Wotan), Eva Johannson (BrĂŒnnhilde), Kathrin Göring (Fricka). Rosamund Gilmore, mise en scĂšne et chorĂ©graphies. Carl Friedrich Oberle, dĂ©cors. Nicola Reichert, lumiĂšres. Ulf Schirmer, direction musicale.

 

 

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Massimo Zanetti, direction musicale. José Luis Gomez, mise en scÚne.

De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret – associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue, d’oĂč ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs destinĂ©s Ă  servir les chanteurs – en font une Ɠuvre encore difficile pour le grand public. Pourtant, derriĂšre la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame – et par delĂ  les rebondissements rocambolesques de l’intrigue- perce une lumiĂšre humaniste qui est parfaitement reprĂ©sentative de son auteur.

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ÉtrennĂ©e in loco en 2009 – avant d’ĂȘtre reprise l’annĂ©e d’aprĂšs au Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve, maison coproductrice du spectacle – cette production signĂ©e de JosĂ© Luis Gomez nous a procurĂ© la mĂȘme satisfaction qu’Ă  sa crĂ©ation. L’homme de thĂ©Ăątre espagnol ne propose ici ni reconstitution passĂ©iste ni relecture risquĂ©e, mais un travail rigoureux, Ă  la fois sobre, Ă©purĂ© et efficace. En s’attachant principalement Ă  sa dimension politique, il n’oublie pas pour autant ce qui – dans cet opĂ©ra prĂ©sentĂ© dans sa version de 1881 – touche aux sentiments humains. GrĂące Ă  ce processus gĂ©nĂ©ral de simplification – auquel rĂ©pond la scĂ©nographie simple et mobile de Carl Fillion, constituĂ©e de grands panneaux de miroirs -, JosĂ© Luis Gomez rend l’ouvrage de Verdi intelligible Ă  tous.

Parmi les images fortes, on se souviendra notamment du tableau final, en forme de PietĂ  (photo ci dessus).

Alternant avec les vĂ©tĂ©rans Leo Nucci et Placido Domingo, Giovanni Meoni campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ©. DotĂ© d’un timbre racĂ©, le baryton italien offre Ă©galement une belle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. Face Ă  lui, la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow rĂ©ussit la gageure d’offrir un adversaire de poids, composant un Fiesco plein de grandeur, avec une belle voix profonde d’Ă©mission Ă©minemment slave. Dans le rĂŽle d’Amelia, la soprano milanaise Barbara Frittoli déçoit quelque peu. Si son engagement et ses qualitĂ©s de musicienne la sauvent plus d’une fois, les sons flottĂ©s du magnifique air d’entrĂ©e « Come in quest’ora bruna » lui font complĂštement dĂ©faut. De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor italien Fabio Sartori incarne un Gabriele Adorno au timbre gĂ©nĂ©reux, Ă  l’aigu Ă©panoui, Ă  l’articulation claire et au phrasĂ© Ă©lĂ©gant, tandis que le baryton catalan Angel Odena campe un Paolo Albiani, conspirateur Ă  souhait. Remarquablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu n’appelle que des Ă©loges. Enfin, si le chef italien Massimo Zanetti se montre extrĂȘmement attentif aux dĂ©tails de l’orchestration, en tirant de l’excellent Orchestre du Gran Teatre del Liceu de beaux effets instrumentaux, il ne se cantonne pas moins dans une approche malheureusement superficielle de la sublime partition de Verdi.

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Giovanni Meoni (Simon Boccanegra), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Fabio Sartori (Gabriele Adorno), Vitalij Kowaljow (Jacopo Fiesco), Angel Odena (Paolo Albiani). Massimo Zanetti, direction. José Luis Gomez, mise en scÚne

Compte-rendu, opéra. Limoges, Opéra-Théùtre, le 8 avril 2016. Piotr Illytch Tchaïkovsky : EugÚne Onéguine. Robert Tuohy, Marie-Eve Signeyrole.

Eugene OneguineAprĂšs avoir Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra National de Montpellier en janvier 2014, cette production d’EugĂšne OnĂ©guine atteint, pour deux reprĂ©sentations, les bords de la Vienne. Le chef d’Ɠuvre de TchaĂŻkovsky – drame du malentendu, du dĂ©pit amoureux et de l’ennui -, traite un sujet intime et universel qui fait partie des opĂ©ras que l’on peut sans danger transposer Ă  toute Ă©poque et en tout lieu. La metteure en scĂšne française Marie-Eve Signeyrole (dĂ©jĂ  auteure, ici-mĂȘme, de « L’Affaire Tailleferre ») fait un choix Ă  priori facile : situer l’action dans la Russie des annĂ©es 90, et plus prĂ©cisĂ©ment dans un appartement communautaire de Saint-PĂ©tersbourg, dont Madame Larina est la propriĂ©taire, mais qu’elle se voit contrainte Ă  partager, dans une totale promiscuitĂ©, avec une bonne quinzaine de personnes. Ce qui ravit avant tout dans cette mise en scĂšne, c’est la maniĂšre dont elle paraĂźt se dĂ©rouler avec naturel, alors qu’elle est en rĂ©alitĂ© extraordinairement fouillĂ©e, avec des scĂšnes fortes comme celle oĂč OnĂ©guine et Olga s’Ă©treignent pendant que Tatiana Ă©crit sa lettre, ou celle qui montre Lenski arracher le pistolet des mains d’OnĂ©guine pour se suicider. Si on peut recenser un ou deux clichĂ©s, ils sont balayĂ©s par une profusion d’idĂ©es justes qui font de cette mise en scĂšne un modĂšle de comprĂ©hension intime des enjeux de l’ouvrage.

TrĂšs attendu pour ses dĂ©buts dans le rĂŽle-titre, le baryton serbe David Bizic impressionne par son aisance stylistique, avec un instrument d’une homogĂ©nĂ©itĂ© et d’un mordant rares. ScĂ©niquement, il apporte au hĂ©ros une vraie densitĂ© humaine et, Ă  la scĂšne finale, toute la folie dĂ©sespĂ©rĂ©e qui lui convient. Tout aussi solide, mais Ă©galement enclin aux nuances et aux demi-teintes, le tĂ©nor russe Suren Maksutov compose un Lenski touchant, au timbre solaire, et son fameux air « Kuda, kuda » constitue un des moments les plus frappants de la soirĂ©e. DĂ©jĂ  prĂ©sents Ă  Montpellier, Mischa Schelomianski, Ă  la voix sonore et profonde, chante un saisissant Prince GrĂ©mine, tandis que LoĂŻc FĂ©lix incarne un Triquet tout Ă  la fois subtil et savoureux.

Du cĂŽtĂ© des dames, la soprano russe Anna Kraynikova campe une Tatiana juvĂ©nile, gracile, fraĂźche et spontanĂ©e. MaĂźtrisant tous les registres de son personnage, elle offre – de surcroĂźt – un chant radieux, expressif et nuancĂ©. L’Olga de la mezzo ukrainienne Lena Belkina s’avĂšre aussi charmante que bien chantante, la Madame Larina de Svetlana Lifar affiche une belle santĂ© vocale, qualitĂ© qu’on ne retrouve malheureusement pas dans la voix d’Olga Tichina (Filipievna) dont admire, en revanche, l’aplomb scĂ©nique.

Soulignons, enfin, l’heureuse exĂ©cution musicale de cet EugĂšne OnĂ©guine, avec des cordes souvent brillantes, des cuivres en place et des bois moelleux. Une rĂ©ussite Ă  mettre Ă  l’actif de son excellent directeur musical, le chef amĂ©ricain Robert Tuohy.

Compte-rendu, opĂ©ra. Limoges, OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre, le 8 avril 2016. Piotr Ilitch TchaĂŻkovsky : EugĂšne OnĂ©guine. EugĂšne OnĂ©guine : David Bizic, Anna Kraynikova : Tatiana, Suren Maksutov : Lenski, Lena Belkina : Olga, Mischa Scheliomanski, Gremine, Svetlana Lifar, Madame Larina, Olga Tichina, Flipievna, Triquet : LoĂŻc FĂ©lix, Gregory Smoliy : Zaretski. Mise en scĂšne : Marie-Eve Signeyrole, Direction des ChƓurs : Jacques Maresch, Direction musicale : Robert Tuohy.

Crédit photo © Marc Ginot

Compte-rendu, concert. Opéra Grand Avignon, le 1er avril 2016. Weber, Falla,Beethoven. Orch. Régional Avignon-Provence, Jean-François Heisser (piano et direction).

Pour l’avant dernier concert de sa saison, intitulĂ© « VirtuositĂ© et charmes ibĂ©riques », l’Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence – toujours placĂ© sous la fĂ©rule de Philippe Grison – a invitĂ© le chef-pianiste Jean-François Heisser (portrait ci-dessous) Ă  le diriger dans un programme mĂȘlant Weber, de Falla, Beethoven.

JFHeisser-196Inversant l’ordre des piĂšces, tel que mentionnĂ© dans le programme, c’est donc par les enivrantes Nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel de Falla que dĂ©bute le concert. Le pianiste français est un grand familier de la partition, d’autant qu’il a enregistrĂ© l’intĂ©grale de la musique pour piano du compositeur andalou. La poĂ©sie qui se dĂ©gage de ces Nuits provient de ce que l’orchestre dĂ©montre sa capacitĂ© Ă  offrir les couleurs chaudes et gĂ©nĂ©reuses exigĂ©es par la partition, tandis que Heisser joue concomitamment avec beaucoup de panache sa partie qui – sans ĂȘtre celle d’un concerto pour piano – en est cependant bien proche…

Suit le rare KonzerstĂŒck de Carl Maria von Weber, ouvrage qui Ă©voque le dĂ©part puis le retour d’un chevalier parti pour les Croisades, et plus prĂ©cisĂ©ment les tourments, les espoirs, puis la joie Ă©prouvĂ©s par sa bien aimĂ©e restĂ©e au chĂąteau. Cette dĂ©licate partition, Ă  mi chemin entre Chopin et Mozart, est interprĂ©tĂ©e avec beaucoup de prĂ©cision, de dĂ©tails, mais surtout de vitalitĂ© par la phalange provençale, qui emporte l’adhĂ©sion du public.

AprĂšs s’ĂȘtre remis de ses Ă©motions de la premiĂšre partie, l’audience est invitĂ©e Ă  entendre la Symphonie n°2 de Ludwig van Beethoven. L’Adagio molto qui l’initie rĂ©vĂšle un son massif et musclĂ© Ă  la fois, tandis que les accents trĂšs marquĂ©s de l’Allegro con brio sont dĂ©livrĂ©s avec beaucoup de nuances.. Le cantabile pudique du Larghetto livre tous ses sortilĂšges grĂące aux trĂ©sors de finesse que dĂ©ploient le hautbois de FrĂ©dĂ©rique Constantini et la flĂ»te de Jean-Michel Moulinet. Rendons Ă©galement grĂące Ă  Heisser pour sa parfaite mise en place – et la nettetĂ© des plans sonores qu’il obtient -, tandis que dans l’Allegro molto final, il fait caracoler son orchestre avec une Ă©nergie proprement enthousiasmante.

Signalons au lecteur que le dernier concert de la saison de l’ORAP (qui sera diriger par Samuel Jean) donnera Ă  entendre – le 20 mai prochain – l’ultime symphonie de Mozart ainsi que le sublime Stabat Mater de PergolĂšse, avec Magali LĂ©ger et Aline Martin comme solistes.

Compte-rendu, concert. OpĂ©ra Grand Avignon, le 1er avril 2016. Carla Maria von Weber : KonzertstĂŒck en fa mineur op. 79 ; Manuel de Falla : Nuits dans les jardins d’Espagne ; Ludwig van Beethoven : Symphonie N°2 en RĂ© majeur op. 36. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence, Jean-François Heisser (piano et direction).

Compte-rendu, Opéra. Dijon, Auditorium, le 28 février 2016. W. A. Mozart : Mitridate. Emmanuelle Haïm, Clément Hervieu-Léger.

Les productions de Mitridate de W. A. Mozart sont plus que rares. Ces vingt derniĂšres annĂ©es, on les compte sur les doigts d’une seule main. La raison n’en est pas tant la mĂ©fiance des directeurs de thĂ©Ăątre pour le premier opera seria d’un gamin de quatorze ans, que la difficultĂ© de rĂ©unir une distribution cohĂ©rente et Ă  la hauteur des exigences inhumaines de l’Ă©criture vocale. En 1770, Mozart avait attendu l’arrivĂ©e de ses interprĂštes Ă  Milan pour composer les vingt-deux numĂ©ros de sa partition, Ă  la mesure des ultimes possibilitĂ©s de chacun. PrĂšs de 250 ans plus tard, il s’agit de faire le chemin inverse et de s’adapter aux volontĂ©s mozartiennes. Ce qu’a presque totalement rĂ©ussi l’OpĂ©ra de Dijon, avec cette nouvelle production crĂ©Ă©e au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es quelques jours plus tĂŽt.

MitridateAvec sa collection de contre-Ut, ses contre-RĂ© suraigus, ses intervalles diaboliques et toutes la variĂ©tĂ© de ses coloratures, c’est Ă©videmment le rĂŽle-titre qui pose les problĂšmes les plus Ă©pineux. Le tĂ©nor amĂ©ricain Michale Spyres triomphe des obstacles comme en se jouant, et sans faire l’Ă©conomie d’un beau timbre au riche mĂ©dium au profit de la volubilitĂ©. Il fait mieux : il donne une vĂ©ritable Ă©paisseur au personnage du roi cynique et rusĂ©. DotĂ© d’un timbre plutĂŽt rĂȘche mais sonore et vĂ©hĂ©ment, le contre-tĂ©nor français Christophe Dumaux s’avĂšre plus que crĂ©dible dans le rĂŽle de Farnace, le traĂźtre et mĂ©chant de service. Celui de velours du jeune tĂ©nor Cyrille Dubois (Marzio), en revanche, agit comme un baume lors de son unique mais magnifique aria « Se di regnar ».
CĂŽtĂ© fĂ©minin, il est difficile d’isoler les mĂ©rites de chaque voix, tant elles sont complĂ©mentaires et forcent l’admiration. Patricia Petibon impose une Aspasia d’une maĂźtrise absolue et qui, dĂšs son air d’adieu Ă  Sifare, trouve des accents d’une intensitĂ© bouleversante. Elle transfigure d’ailleurs, tout au long de l’opĂ©ra, une vertigineuse ligne de chant en pure musique. Et puis elle trouve en Myrto Papatanasiu (Sifare) une voix, certes autrement corsĂ©e, mais qui s’accorde cependant Ă  merveille Ă  la sienne, ce qui fait de l’unique duo de l’ouvrage un des sommets de la matinĂ©e. Dans un registre plus limitĂ©, mais avec une puretĂ© de timbre et de style inouĂŻe, des aigus stratosphĂ©riques, ainsi qu’une musicalitĂ© jamais prise en dĂ©faut, la jeune soprano française Sabine Devieilhe incarne la pus touchante des Ismene. Enfin, JaĂ«l Azzaretti fait preuve d’une belle prestance dans le rĂŽle d’Arbate.
C’est une litote de dire qu’Emmanuelle HaĂŻm se sent parfaitement Ă  l’aise dans cette partition tour Ă  tour virtuose, tendre et impĂ©rieuse, libĂ©rant une belle fougue dans les sections rapides. En ce sens, l’Ouverture, d’une belle vitalitĂ©, et certains airs acrobatiques (« Al destin che la minaccia » d’Aspasia ou « Parto. Nel gran cimento » de Sifare…) sont Ă©tourdissants. Le Concert d’AstrĂ©e est, il est vrai, Ă  son meilleur : les basses se montrent superbes et ronflantes, les cordes Ă©tincelantes et les bois ductiles Ă  souhait.
Quant Ă  ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger – jeune pensionnaire de la ComĂ©die Française qui avait signĂ© une production de La Didone de Cavalli au TCE il y a quatre ans -, il est apparemment convaincu que, dans un opera seria de ce type oĂč il ne se passe quasiment rien en termes de rebondissements et de coups de thĂ©Ăątre, il est parfaitement inutile d’imaginer une mise en scĂšne… la sempiternelle mise en abyme du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre ne pouvant plus – Ă  nos yeux – en constituer une… Le soin de crĂ©er l’atmosphĂšre revient alors aux superbes Ă©clairages de Bertrand Couderc et au magnifique dĂ©cor (figurant un vaste thĂ©Ăątre dĂ©crĂ©pi) qu’a imaginĂ© Eric Ruf, le nouveau patron de la maison de MoliĂšre.
MalgrĂ© la longueur de l’ouvrage (plus de 3h30 entracte compris), le public bourguignon ne boude pas son plaisir et fait un triomphe Ă  tout rompre aux artistes Ă  l’issue de la reprĂ©sentation.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Dijon, Auditorium, le 28 fĂ©vrier 2016. W. A. Mozart : Mitridate. Avec Michael Spyres (Mitridate), Patricia Petibon (Aspasia), Myrto Papatanasiu (Sifare), Christophe Dumaux (Farnace), Sabine Devieilhe (Ismene), Cyrille Dubois (Marzio), JaĂ«l Azzaretti (Arbate). Mise en scĂšne : ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger, DĂ©cors : Eric Ruf, Dramaturgie : FrĂ©dĂ©rique Plain, Costumes : Caroline de Vivaise, Eclairages : Bertrand Couderc. Le Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm (direction). Photo © Vincent Pontet.

Compte-rendu, opéra. Avignon, Opéra-théùtre, le 26 février 2015. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Dominique Trottein, Nadine Duffaut

AprĂšs avoir voyagĂ© un peu partout en France et Ă  l’Ă©tranger – Toulouse, Marseille, Toulon, Reims, Saint-Etienne, LiĂšge, Prague… – la mise en scĂšne de La Vie parisienne imaginĂ©e par Nadine Duffaut revient dans le thĂ©Ăątre oĂč elle a Ă©tĂ© Ă©trennĂ©e en 2005 : l’OpĂ©ra Grand Avignon. La femme du maĂźtre des lieux place l’action pendant les annĂ©es folles et sa proposition scĂ©nique ne manque pas d’atouts, Ă  commencer par le beau dĂ©cor stylisĂ© d’Emmanuelle Favre, Ă©lĂ©gant autant que fonctionnel. Les costumes conçus par GĂ©rard Audier sont Ă©galement superbes, bien que jouant sur une palette de couleurs trĂšs rĂ©duite : un camaĂŻeu de blanc, de noir, et de gris. Les chorĂ©graphies pensĂ©es par Laurence Fanon sont certes un peu sommaires, mais celle pendant l’air de la veuve du colonel s’avĂšre trĂšs rĂ©ussie, de mĂȘme que celle de la tyrolienne (et la valse) qui achĂšve le deuxiĂšme acte. Quant Ă  l’apothĂ©ose finale, elle est digne des meilleures rĂ©alisations offenbachiennes que nous ayons vues : chatoyante, virevoltante, rĂ©glĂ©e au millimĂštre, rien moins que spectaculaire !

 

 

 

La Vie parisienne

 

 

EntiĂšrement francophone, la distribution rĂ©unie Ă  Avignon rend pleinement justice Ă  la partition du « petit Mozart des Champs-ElysĂ©es » : en plus de possĂ©der le physique de leur rĂŽle, tous se montrent aussi bons acteurs que chanteurs. ClĂ©mence Tilquin prĂȘte ainsi Ă  Gabrielle son timbre lumineux et fruitĂ©, tandis que la grĂące de sa silhouette et l’aisance de son jeu complĂštent avantageusement la caractĂ©risation de la mutine gantiĂšre. Lionel Peintre est un baron de Gondremarck, plein de gouaille et de truculence, dĂ©bordant d’Ă©nergie. D’Ă©nergie, Guillaume Andrieux et Christophe Gay – alias Bobinet et Raoul de Gardefeu – n’en manquent pas non plus, et leur Ă©tonnant numĂ©ro d’acteur est un des bonheurs de la soirĂ©e. Marie-Adeline Henry campe une MĂ©tella de fiĂšre allure, sorte de « vamp » avant l’heure, tandis qu’Ingrid Perruche incarne une Baronne plus routiniĂšre. Si la rapiditĂ© du BrĂ©silien Ă©prouve quelque peu le tĂ©nor « maison » Florian Laconi, il se rattrape en revanche amplement dans les rĂŽles de Frick et de Prosper. De leur cĂŽtĂ©, AmĂ©lie Robins campe une enjĂŽleuse Pauline, Jeanne-Marie LĂ©vy une impayable Madame de Quimper-Karadec, et Violette Polchi, une pĂ©tulante Mademoiselle de Folle-Verdure. Quant au reste de la distribution – de mĂȘme que le ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon -, ils n’appellent aucun reproche.

A la tĂȘte d’un pĂ©tillant Orchestre RĂ©gional Avignon Provence, Dominique Trottein – grand habituĂ© de la partition – dirige avec brio et insuffle beaucoup de vie Ă  l’ensemble. C’est tout naturellement une longue ovation que le public provençal adresse Ă  l’ensemble de l’Ă©quipe artistique au moment des saluts, et c’est avec beaucoup d’entrain que tous reprennent – Ă  moult reprises – le final endiablĂ© de l’ouvrage… En ces temps de morositĂ© ambiante, c’est toujours ça de pris !

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Avignon, opĂ©ra-thĂ©Ăątre, le 26 fĂ©vrier 2016. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Gabrielle : ClĂ©mence Tilquin, Metella : Marie-Adeline Henry, Pauline : AmĂ©lie Robins, Baronne de Gondremarck : Ingrid Perruche, Madame de Quimper-Karadec : Jeanne-Marie LĂ©vy, Mademoiselle de Folle-Verdure : Violette Polchi, LĂ©onie : Marie Simoneau, Clara : Julie Mauchamp, Louise : Wiebke Nölting, Baron de Gondremarck : Lionel Peintre, Bobinet : Guillaume Andrieux, Raoul de Gardefeu : Christophe Gay, Le BrĂ©silien / Frick / Prosper : Florian Laconi, Urbain / Alfred : Jean-Claude Calon, Gontran : Patrice Laulan, Le douanier : Saeid Alkhouri, Alphonse : Jean-François Baron, Joseph : Xavier Seince, Le clochard : Franck Licari. Mise en scĂšne : Nadine Duffaut, ChorĂ©graphie : Laurence Fanon, DĂ©cors : Emmanuelle Favre, Costumes : GĂ©rard Audier, LumiĂšres : Philippe Grosperrin. Direction des ChƓurs : Aurore Marchand. Direction musicale : Dominique Trottein. Photo © CĂ©dric Delestrade

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Anvers, OpĂ©ra de Flandre, le 19 fĂ©vrier 2016. Verdi : Otello. Ian Storey, Corinne Winters, Vladimir Stoyanov…

Il serait difficile d’imaginer une production d’Otello plus noire que celle de Michael Thalheimer Ă  l’OpĂ©ra de Flandre. Tout y est funĂšbre, au propre comme au figurĂ©. Le visage peint en noir, Otello n’a droit Ă©galement qu’a des vĂȘtements noirs, comme d’ailleurs les membres du chƓur et le reste de la distribution. Seules la robe de mariĂ©e et le mouchoir de Desdemona Ă©chappe Ă  cette sombre teinte, de mĂȘme qu’ils sont les seuls accessoires d’une scĂ©nographie (un bloc noir signĂ© par Henrik Ahr) au dĂ©pouillement extrĂȘme. Et le spectacle ne laisse aucune place au moindre rayon lumineux, hors la scĂšne finale oĂč les parois pivotent lĂ©gĂšrement pour laisser passer un peu de lumiĂšre blanche, pendant le meurtre de Desdemone, qu’Otello Ă©touffe avec sa robe de mariĂ©e…

 

 

 

NOIR OTELLO Ă  l’OpĂ©ra de Flandre

 

 

0tello2PrĂ©vu en seconde distribution, Zoran Todorovitch laisse finalement la place – dans le rĂŽle-titre – Ă  son collĂšgue Ian Storey. S’il possĂšde l’endurance requise, le tĂ©nor britannique offre, en revanche, un timbre plutĂŽt ingrat et un chant qui manque de projection et de puissance, bĂ©mols nĂ©anmoins compensĂ©s par une crĂ©dibilitĂ© et une vĂ©ritĂ© scĂ©niques saisissantes. La Desdemone de la soprano amĂ©ricaine Caroline Winters, dans sa rectitude psychologique, est convaincante dĂšs sa premiĂšre apparition. La voix est lumineuse et la technique apprĂ©ciable, avec un beau legato qui fait merveille au dernier acte pendant la fameuse « chanson du saule » – et un refus de tout effet extĂ©rieur qui la rend profondĂ©ment Ă©mouvante. Le timbre du chanteur bulgare Vladimir Stoyanov manque de cet Ă©clat et de cette noirceur qu’on serait en droit d’attendre d’un grand Iago. Il joue le traĂźtre sur un mode retenu, avec classe et bonhomie, mais reste en dessous du rĂŽle. Membre de la troupe de l’OpĂ©ra de Flandre (Opera Vlaanderen), Adam Smith (Cassio) confirme l’Ă©volution positive d’un tĂ©nor dont l’Ă©mission gagne toujours en stabilitĂ© et en puissance, tout en conservant une souplesse fluide sur l’Ă©tendue de la tessiture. Du cĂŽtĂ© des emplois plus courts, personne ne retient l’attention, hors l’Emilia volontaire et bien timbrĂ©e de Kai RĂŒĂŒtel. Quant aux chƓurs maisons, ils sont dignes de leur rĂ©putation : puissants, colorĂ©s, d’une cohĂ©sion jamais prise en dĂ©faut. A la tĂȘte d’un Orchestre Symphonique de l’OpĂ©ra de Flandre admirablement disposĂ©, le chef Alexander Joel – grand habituĂ© de la maison flamande – offre une direction serrĂ©e, tendue et haletante de la partition de Verdi, confĂ©rant notamment beaucoup de force et de dynamisme aux scĂšnes d’ensemble. Il est pour beaucoup dans le succĂšs de la soirĂ©e, couronnĂ©e – comme toujours Ă  Anvers (peu importe la qualitĂ© du spectacle…) – par une standing ovation.

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Anvers, OpĂ©ra de Flandre, le 19 fĂ©vrier 2016. Verdi : Otello. Avec Ian Storey (Otello), Corinne Winters (Desdemona), Vladimir Stoyanov (Iago), Adam Smith (Cassio), Kai RĂŒĂŒtel (Emilia), Stephan Adriaens (Roderigo), Leonard Bernad (Lodovico), Patrick Cromheeke (Montano). Michael Thalheimer (mise en scĂšne), Henrik Ahr (dĂ©cor), Michaela Barth (costumes), Stefan Bolliger (lumiĂšres). ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra de Flandre. Jan Schweiger (direction du ChƓur). Alexander Joel (direction musicale).

Photo © Annemie Augustijns

 

 

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 30 janvier,1er février 2016. Verdi : Otello. Carl Tanner, Philippe Auguin.

Vague verdienne en juin 2014Provenant de la Deutsche Oper de Berlin, la production d’Otello signĂ©e par Andreas Kriegenburg – actuellement Ă  l’affiche au Liceu de Barcelone – est un beau ratage auquel l’institution catalane ne nous a guĂšre habituĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent. Le metteur en scĂšne allemand semble en effet se moquer complĂštement du drame de Shakespeare (et du livret d’Arrigo Boito), lui prĂ©fĂ©rant notre actualitĂ© la plus brĂ»lante, celle des rĂ©fugiĂ©s affluant en Europe, ici parquĂ©s dans une structure mĂ©tallique montant jusqu’aux cintres, aussi peu pratique qu’inesthĂ©tique. Les protagonistes passent ici au second plan, ce qui est une totale hĂ©rĂ©sie. Passons vite…
Contre toute attente aussi – mĂȘme si ce n’est finalement pas si inhabituel au Liceu – c’est la seconde distribution qui nous aura le plus enthousiasmĂ©e, alors que la premiĂšre affichait rien moins que JosĂ© Cura (avec une voix qui a dĂ©sormais perdu toute puissance et brillance) et Ermonela Jaho (dont le timbre sonnait Ă©tonnamment mĂ©tallique le soir oĂč nous l’avons entendue…).
Cette seconde distribution, en alternance, mettait Ă  l’affiche, dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor amĂ©ricain Carl Tanner qui possĂšde vĂ©ritablement une voix capable de rendre justice au personnage d’Otello : sombre, chaleureuse, sĂ»re, arrogante dans l’aigu et robuste dans le mĂ©dium, avec une diction et une tenue musicale par ailleurs probantes. ScĂ©niquement, il campe un Otello aux abois, Ă©corchĂ© vif, incapable de se maĂźtriser, dont il parvient Ă  exprimer les tourments, notamment dans un bouleversant « Dio ! Mi potevi scagliar » et un non moins Ă©mouvant « Niun mi tema ».
De son cĂŽtĂ©, la soprano mexicaine Maria Katzarava prĂȘte Ă  DesdĂ©mone son timbre dense et riche, sensuel et lumineux, qui convient parfaitement Ă  l’épouse du Maure, et qui fait merveille dans le premier duo « GiĂ  nella notte densa », qu’elle dĂ©livre avec d’infinies nuances. On mettra Ă©galement Ă  son crĂ©dit des phrasĂ©s magnifiquement diffĂ©renciĂ©s, des piani de toute beautĂ©, un « air du saule » – puis un « Ave Maria » – Ă  vous tirer les larmes.
Iago trĂšs intĂ©riorisĂ©, d’une noirceur qui sourd de chacun de ses gestes, le baryton italien Ivan Inverardi incarne de saisissante façon cette figure shakespearienne, incarnation mĂȘme du Mal. TrĂšs homogĂšne et remarquablement puissante, sa voix impressionne par sa noirceur et son mordant, notamment dans le fameux « Credo », Ă  faire froid dans le dos. On admire Ă©galement chez l’artiste sa maĂźtrise du mot, qui flatte l’oreille dans son rĂ©cit du rĂȘve de Cassio. Ce dernier rĂŽle est tenu par le jeune tĂ©nor sibĂ©rien Alexey Dolgov Ă  la belle prestance et Ă  la voix claire mais bien projetĂ©e. Quant aux voix de la basse moldave Roman Ialcic et du baryton andalou DamiĂ n del Castillo, elles permettent aux personnages de Lodovico et de Montano de se profiler comme d’authentiques ressorts de l’intrigue. Quant Ă  Vicenç Esteve Madrid, il campe un Roderigo convaincant tandis qu’Olesya Petrova Ă©corche l’oreille des auditeurs avec un timbre dĂ©jĂ  usĂ© (l’artiste est pourtant jeune).

A la tĂȘte d’un orchestre « maison » superbement sonnant, le chef français Philippe Auguin – directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Nice – dirige un Verdi sanguin, Ăąpre, peu enclin Ă  l’introspection: l’accompagnement soulignant les coups de thĂ©Ăątre et dĂ©peignant les conflits psychologiques avec une luxuriance sonore absolument jouissive. Enfin, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu – admirablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia – fait montre d’une virtuositĂ© impressionnante, qui lui permet d’aborder notamment le long finale du troisiĂšme acte sans baisse rythmique.

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 30 janvier (et 1er février) 2016. Verdi : Otello. Avec Carl Tanner (Otello), Maria Katzarava (Desdemona), Ivan Inverardi (Iago), Alexey Dolgov (Cassio), Vicenç Esteve Madrid (Roderigo), Roman Ialcic (Lodovico), Damiàn del Castillo (Montano), Olesya Petrova (Emilia). Andreas Kriegenburg (mise en scÚne). Philippe Auguin (direction musicale).

Compte-rendu, Opéra. Paris, Théùtre des Champs Elysées, le 14 décembre 2015. Vincenzo Bellini : Norma. Avec Maria Agresta (Norma), Sonia Ganassi (Adalgisa), Marco Berti (Pollione), Riccardo Zanellato (Oroveso), Sophie Van de Woestyne (Clotilde), Marc Larcher (Flavio). Stéphane Braunschweig (mise en scÚne. Riccardo Frizza (direction musicale).

Bellini_vincenzo_belliniDĂ©ception relative pour cette production de Norma qui ne restera pas dans les annales du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, oĂč le chef d’Ɠuvre de Vincenzo Bellini est donnĂ© pour cinq soirĂ©es. En cause, la mise en scĂšne de StĂ©phane Braunschweig – actuellement directeur du ThĂ©Ăątre National de la Colline, et fraĂźchement nommĂ© Ă  celui de l’OdĂ©on – qui paraĂźt peu inspirĂ©e, dans une scĂ©nographie d’une incroyable laideur (toute l’histoire se dĂ©roule dans un bunker en bĂ©ton) et des costumes d’une tristesse et d’un misĂ©rabilisme sans nom. Avec sa volontĂ© d’épure et de minimalisme – on ne voit rien d’autre sur scĂšne qu’un BonzaĂŻ, un lit et un gong – la proposition scĂ©nique de Braunschweig lasse trĂšs vite, d’autant que la direction d’acteur n’est guĂšre intĂ©ressante, et il n’y a guĂšre que les lumiĂšres conçues par Marion Hewlett qui suscitent un tant soit peu d’intĂ©rĂȘt.

Agresta : marquante Norma

NormaCĂŽtĂ© distribution, commençons par oublier le Pollione de Marco Berti, que rien ne prĂ©dispose Ă  chanter du belcanto (voire le reste du rĂ©pertoire), ses carences techniques paraissant insurmontables : c’est une leçon de malcanto absolu que dĂ©livre, entre deux fausses notes, le tĂ©nor italien. C’est une prestation aux antipodes qu’offre – dans le rĂŽle-titre – Maria Agresta. La magnifique soprano italienne – ovationnĂ©e par le public aux saluts – chante d’emblĂ©e un « Casta Diva » mĂ©morable : pas seulement un moment de beau chant mais aussi une rĂ©flexion de l’hĂ©roĂŻne sur sa condition. Au II, Agresta trouve le juste Ă©quilibre entre ligne et expression, legato et Ă©motion, en jouant avec maestria sur l’alternance des couleurs. Au dernier tableau enfin, elle surprend par l’extrĂȘme intensitĂ© des accents, et bouleverse. Sonia Ganassi, grande habituĂ©e du rĂŽle d’Adalgisa, fait preuve d’un chant sĂ»r, orgueilleux et fier, voire nuancĂ©, accordant cependant la primautĂ© Ă  la rondeur du son et Ă  l’arrogance du timbre – qui se marie au demeurant fort bien avec celui de sa compatriote. Remarquable, enfin, l’Oroveso plein d’autoritĂ© et de prestance de Riccardo Zanellato, aux cĂŽtĂ©s de la belle Clotilde de Sophie Van de Woestyne et du Flavio plus que correct de Marc Larcher.
En fosse, Riccardo Frizza – Ă  la tĂȘte d’un Orchestre de Chambre de Paris qu’on n’attendait pas aussi exemplaire dans un rĂ©pertoire auquel il est peu rompu – prend trĂšs au sĂ©rieux l’instrumentation de Bellini et dirige avec une prĂ©cision qui n’exclut nullement la flexibilitĂ© du rythme ou la richesse de l’expression. Une mention, pour terminer, pour le ChƓur de Radio France, qui conjugue noblesse d’accent et prĂ©cision dans les attaques.

Compte-rendu, Opéra. Paris, Théùtre des Champs Elysées, le 14 décembre 2015. Vincenzo Bellini : Norma. Avec Maria Agresta (Norma), Sonia Ganassi (Adalgisa), Marco Berti (Pollione), Riccardo Zanellato (Oroveso), Sophie Van de Woestyne (Clotilde), Marc Larcher (Flavio). Stéphane Braunschweig (mise en scÚne. Riccardo Frizza (direction musicale).

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

Jonas Kaufmann est RadamĂšsOn le sait, La Damnation de Faust du gĂ©nial Hector Berlioz est une partition rebelle, Ă  la fois opĂ©ra de l’imagination et anti-opĂ©ra , dont la fantaisie et la concision des scĂšnes causent bien des soucis aux metteurs en scĂšne qui s’aventurent Ă  la traduire en images. Nouveau trublion des scĂšnes lyriques internationales, le letton Alvis Hermanis – signataire d’une extraordinaire production des Soldaten de Zimmerman au Festival de Salzbourg – a essuyĂ© une bronca historique Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Ă  l’issue de la premiĂšre, Ă  tel point que StĂ©phane Lissner lui a demandĂ© de revoir certains dĂ©tails de sa copie, changements opĂ©rĂ©s dĂšs la deuxiĂšme reprĂ©sentation (nous Ă©tions, quant Ă  nous, Ă  la troisiĂšme).

Mise en scĂšne huĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Bronca Ă  Bastille

La DamnationNous n’avons donc pas vu certains « effets », tel la copulation d’escargots pendant le grand air de Marguerite « D’amour l’ardente flamme », qui a provoquĂ© l’ire ou les rires du public, et qui pourtant ne faisait, nous le voyons ainsi, que traiter avec humour l’Ă©rotisme trĂšs accusĂ© entre les deux principaux protagonistes. Pour notre part, donc, nous avons Ă©tĂ© sĂ©duits par la production, tant par son postulat de dĂ©part – Faust est ici un scientifique et non plus un philosophe, dĂ©doublĂ© par Stephen Hawking dans un fauteuil roulant (jouĂ© par le danseur Dominique Mercy), convaincu que la survie du genre humain passe par la colonisation de Mars – que par les fabuleuses images vidĂ©o de Katarina Neiburga, projections d’une grande beautĂ© visuelle (images de mars, champ de coquelicots d’un rouge flamboyant, baleines s’Ă©battant dans l’onde ou encore spermatozoĂŻdes jetĂ©s dans une course frĂ©nĂ©tique pour aller fĂ©conder une ovule), jamais gratuites Ă  nos yeux, Ă  l’instar des superbes chorĂ©graphies imaginĂ©es par Alla Sigalova.

Un bĂ©mol cependant Ă  apporter Ă  ses derniĂšres, qui n’ont rien Ă  voir avec leur pertinence et beautĂ© intrinsĂšque, mais leur omniprĂ©sence nuit parfois Ă  l’attention que l’on devrait porter au chant, comme Ă  la musique. Autre point noir, Alvis Hermanis ne s’est pas assez investi dans la direction d’acteurs, les chanteurs – et plus encore le chƓur – restant la plupart figĂ©s, ou ne faisant que passer de cour Ă  jardin sans guĂšre plus d’interaction entre eux.

 

Jonas Kaufmann, Bryn Terfel : Faust et MĂ©phistofĂ©lĂšs de rĂȘve

Mais c’est plus encore pour le somptueux plateau vocal que le dĂ©placement s’imposait. Le tĂ©nor star Jonas Kaufmann campe un Faust proche de l’idĂ©al, capable d’assumer aussi bien la vaillance de « L’Invocation Ă  la Nature » que les ductilitĂ©s du duo avec Marguerite. A partir du sol aigu, son utilisation trĂšs subtile du falsetto dĂ©livrĂ© pianississimo (la « marque maison » du tĂ©nor allemand) est un authentique tour de force, et le raffinement avec lequel il intĂšgre ces passages escarpĂ©s dans la ligne mĂ©lodique souligne une musicalitĂ© hors-pair. De surcroĂźt, sa prononciation du français est parfaite, de mĂȘme que celle du baryton gallois Bryn Terfel, tour Ă  tour insinuant et incisif, qui ravit l’auditoire avec sa magnifique voix chaude et superbement projetĂ©e. La puissance de l’instrument, la beautĂ© d’un timbre reconnaissable entre tous, comme la pertinence du moindre de ses regards, donnent le frisson. Enfin, comment ne pas ĂȘtre admiratif devant la multitude d’inflexions dont il pare la fameuse « Chanson de la puce », ou devant l’intelligence et l’Ă©lĂ©gance avec lesquelles il dĂ©livre sa magnifique « SĂ©rĂ©nade ».

Face Ă  ces deux personnages, Marguerite symbolise la vie qui rĂ©siste. La voix ronde et chaude de Sophie Koch donne beaucoup de douceur Ă  l’hĂ©roĂŻne, et la maniĂšre dont la mezzo française dĂ©livre avec maĂźtrise et Ă©motion sa « Ballade », de mĂȘme que sa « Romance », fait d’elle une Marguerite lyrique et grave Ă  la fois, qui est la vraie opportunitĂ© offert Ă  l’humanitĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©e. La distribution est complĂ©tĂ©e par le Brander plus que convenable du baryton Edwin Crossley-Mercer. Quant aux ChƓurs de l’OpĂ©ra de Paris, magnifiquement prĂ©parĂ©s (dĂ©sormais) par JosĂ© Luis Basso, ils sont superbes de bout en bout, et la cohĂ©sion des registres impressionnent durablement dans la fugue de l’Amen ou encore dans la sublime apothĂ©ose finale.

Dans la fosse, Philippe Jordan veille aux grands Ă©quilibres, et si « La Marche hongroise » manque de clinquant, il sait toutefois – Ă  certains moments – conduire Ă  l’effervescence un Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris qui fait honneur Ă  l’extraordinaire et subtile orchestration berliozienne. Sous sa baguette, la phalange parisienne vit, les cordes chantent, les bois se distinguent, et les mille et un dĂ©tails de la partition sautent ici Ă  nos oreilles enchantĂ©es. A peu prĂšs seul et contre tous – et malgrĂ© les quelques rĂ©serves Ă©mises plus haut – la mise en scĂšne imaginative et esthĂ©tique d’Alvis Hermanis nous a fait rĂȘver.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

Compte-rendu, concert. Opéra Grand Avignon, le 1er décembre 2015. Carla Maria von Weber : Ouverture de Peter Schmoll op. 8 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski : Concerto pour violon et orchestre en Ré majeur op. 35 ; Franz Schubert : Symphonie N°4 en ut mineur D.417 dite « Tragique ». Orchestre Régional Avignon-Provence, Fanny Clamagirand (violon), Patrick Davin (direction musicale).

Phalange que nous apprĂ©cions toujours beaucoup quand elle est en fosse pour « accompagner » la saison lyrique de l’OpĂ©ra Grand Avignon, l’Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence est ce soir « tout seul comme un grand » pour un concert symphonique intitulĂ© « Accents tragiques, clartĂ© solaire ! », consacrĂ© Ă  TchaĂŻkovsky et Schubert, et dirigĂ© par l’excellent chef belge Patrick Davin, actuellement premier chef invitĂ© de l’Orchestre Philharmonique de LiĂšge et directeur musical et artistique de celui de Mulhouse. Comme mise en bouche – et pour « chauffer » l’orchestre -, Davin donne Ă  entendre une Ouverture de Carla Maria von Weber que l’on a peu l’occasion d’entendre, celle de son second opĂ©ra Peter Schmoll, dans laquelle on peut entendre une instrumentation et des motifs que l’on retrouvera dans ses futurs chefs d’Ɠuvre comme Euryanthe ou ObĂ©ron.

clamagirandfanny_clamagirand_2Entre ensuite la soliste, la violoniste française Fanny Clamagirand (nĂ©e en 1984) – laurĂ©ate du Concours International Fritz Kreisler en 2005 Ă  Vienne, puis des Violin Masters de Monte Carlo en 2007 – venue interprĂ©ter le fameux Concerto pour violon et orchestre en rĂ© majeur de Piotr Ilitch TchaĂŻkovsky, dont l’Ă©nergie, la fougue – mais aussi le fort pouvoir Ă©motionnel – ravissent toujours les auditeurs. Nombreux sont les violonistes qui l’ont Ă  leur rĂ©pertoire, mais nombreux Ă©galement sont ceux qui s’y « brĂ»lent » les ailes. On peut vanter l’ardeur de certains, mais parfois au dĂ©triment de la prĂ©cision, quand d’autres, plus rarement, choisissent de soigner chaque trait, mais souvent au dĂ©triment de l’énergie et de la mĂ©lancolie intrinsĂšque Ă  cette piĂšce ĂŽ combien difficile ! Fanny Clamagirand, quant Ă  elle, nous offre : Ă©nergie, fougue, chaleur du son, lignes mĂ©lodiques soignĂ©es et justesse impeccable. Cela vous emporte, tout simplement, grĂące Ă  une dĂ©ferlante de notes, de musique et d’émotions musicales. De son cĂŽtĂ©, la phalange provençale lui offre un magnifique soutien, avec la mĂȘme chaleur, la mĂȘme Ă©nergie, la mĂȘme pĂąte sonore, qui se dĂ©roule sans jamais retomber. Visiblement Ă©mue par les rĂ©cents et tragiques Ă©vĂ©nements parisiens, elle dĂ©die Ă  la mĂ©moire des victimes un bis d’une bouleversante intensitĂ©.

AprĂšs l’entracte, la soirĂ©e se poursuit par la Symphonie n°4 dite « Tragique » de Franz Schubert, et l’ORAP conquiert Ă  nouveau le public. Avec fiĂšvre, le chef prend l’ouvrage rĂ©ellement au tragique, sans concession intimiste, et son Schubert est coulĂ© dans le mĂȘme bronze qu’un monument beethovĂ©nien : le ton est fervent, la scansion pĂ©remptoire, les crescendi expansifs. Pupitres consciemment en osmose, les bois Ă©pousent les cordes et rehaussent ainsi leur Ă©toffe, tandis qu’aucune lourdeur ne transpire. Avec ses mouvements nerveux et belliqueux, Davin manie la baguette comme d’autre l’Ă©pĂ©e, et ce soir Schubert est dĂ©fendu comme jamais…. Bravo Ă  lui et au superbe orchestre avignonnais !

Compte rendu, opéra. La Traviata de Cristina Pasaroiu convainc à Nice

Compte-rendu, opĂ©ra. Nice, ThĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra, le 17 novembre 2015. Giuseppe Verdi: La Traviata. Avec Cristina Pasaroiu (Violette ValĂ©ry), Ahlima Mhamdi (Flora Bervoix), Karine Ohanyan (Annina), Giuseppe Varano (Alfredo Germont), Vittorio Vitelli (Giorgio Germont), FrĂ©dĂ©ric Diquero (Gaston de LetoriĂšres), Thomas Dear (Baron Douphol), Luciano Montanaro (Marquis d’Obigny), Mattia Denti (Docteur Grenvil). Pascale-Sabine Chevroton (mise en scĂšne). Philippe Auguin (direction musicale).

SignĂ©e par son ancien directeur Marc Adam (dont le contrat – Ă  notre grande dĂ©ception au vu de sa passionnante autant qu’ambitieuse programmation la saison derniĂšre – n’a pas Ă©tĂ© renouvelĂ© par la Mairie), la saison niçoise s’ouvre avec une valeur sĂ»re: La Traviata de Giuseppe Verdi. ConfiĂ©e Ă  Pascale-Sabine Chevroton, chorĂ©graphe et metteure en scĂšne qui a surtout ƓuvrĂ© dans les pays germaniques – la production nous a déçu, et a Ă©tĂ© sanctionnĂ©e bruyamment par le public tant de la premiĂšre que celui de la derniĂšre Ă  laquelle nous avons assistĂ©. Car qu’y voit-on Ă  part des clichĂ©s, des poncifs Ă©culĂ©s, des principes scĂ©niques rebattus, vus mille fois ici ou lĂ . Cela commence par une Ă©niĂšme mise en abĂźme du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, oĂč un chƓur voyeur assiste Ă  la dĂ©chĂ©ance de l’hĂ©roĂŻne depuis les loges d’une salle d’opĂ©ra reconstituĂ©e. Que penser aussi de la projection vidĂ©o, en fond de scĂšne, d’une mer houleuse et d’un ciel menaçant qui, s’il pourrait faire sens dans Otello, n’a nul rapport avec l’histoire de la courtisane et ne fait que dĂ©noter une carence d’imagination. Quant aux costumes de Katharina Gault, qui mĂȘlent allĂšgrement toutes les Ă©poques et tous les styles, ils sont pour la plupart trĂšs laids.

 

 

 

ClichĂ©s, laideur, imagination en berne
 heureusement s’affirme

La Traviata de Cristina Pasaroiu

pasaroiu cristina soprano traviata opera de nice review compte rendu critique classiquenews novembre 2015AprĂšs son Ă©clatant succĂšs in loco dans le rĂŽle de Rachel (La Juive de HalĂ©vy) au printemps dernier (compte rendu opĂ©ra : La Juive de HalĂ©vy à l’OpĂ©ra de Nice avec Cristina Pasaroiu, mai 2015), Cristina Pasaroiu enthousiasme dans celui de Violetta ValĂ©ry. DotĂ©e d’un timbre ample, corsĂ©e et rond Ă  la fois, la soprano roumaine dispose d’un mĂ©tier dĂ©jĂ  trĂšs sĂ»r (elle n’a que 30 ans!). Le premier acte ne met en pĂ©ril ni son Ă©mission, homogĂšne et libre dans le registre aigu (magnifique «Sempre libera» couronnĂ© par un contre-mi bĂ©mol), ni une vocalisation aussi impeccable que superbement projetĂ©e. L’évolution du personnage, de l’étourdissement passionnel Ă  l’abattement et Ă  la dĂ©rĂ©liction, du renoncement Ă  l’amour jusqu’à la douleur et la mort, s’avĂšre bouleversant de vĂ©ritĂ© dramatique. Les accents toujours justes de la cantatrice trouvent Ă  se dĂ©ployer dans les grands moments de ferveur, comme dans «Amami Alfredo», poignant en terme de puissance Ă©motionnelle. Tout ce qui est Ă©crit piano legato est Ă©galement chantĂ© avec un superbe raffinement tel le «Dite alla giovine», aux piani divinement dosĂ©s. Enfin, les colorations du «Addio del passato» sont remarquables de variĂ©tĂ©, et concourent Ă  rendre trĂšs Ă©mouvante la mort de la phtisique, vĂ©cue ici de l’intĂ©rieur.

Nous serons moins disert sur le tĂ©nor italien Giuseppe Varano, dont la sĂ©duction vocale et scĂ©nique frĂŽle le nĂ©ant. Que doit-on lui reprocher le plus entre un timbre grisĂątre, un registre aigu chevrotant et court, une projection vocale limitĂ©e ou encore une prĂ©sence en scĂšne morne et plate…?

C’est heureusement un tout autre bonheur que distille le chant du formidable baryton italien Vittorio Vitelli (dans le rĂŽle de Germont pĂšre), qui subjugue tant par sa ligne de chant que par son legato exemplaires, ainsi que par son phrasĂ© et sa musicalitĂ© hors pairs, sa prodigieuse palette de couleurs, autant de qualitĂ©s qui, dans le fameux air «Di Provenza il mar», procurent Ă  l’auditoire un intense frisson. Enfin, l’acteur n’enthousiasme pas moins par sa noble stature et sa prĂ©sence saisissante.

Quant aux comprimari, ils s’avĂšrent efficaces, Ă  commencer par la Flora d’Ahlima Mhamdi, l’Annina de Karine Ohanyan ou encore le Baron Douphol de Thomas Dear.

MalgrĂ© une carence de dynamisme au premier acte, le directeur musical «maison», Philippe Auguin mĂšne ensuite fort bien le reste de la partition, soucieux de trouver des couleurs et des tempi aussi fluctuants que les situations du drame, par ailleurs trĂšs bien suivi par un Orchestre Philharmonique de Nice en belle forme et par un ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice impeccable.

Compte-rendu, opĂ©ra. Nice, ThĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra, le 17 novembre 2015. Giuseppe Verdi: La Traviata. Avec Cristina Pasaroiu (Violette ValĂ©ry), Ahlima Mhamdi (Flora Bervoix), Karine Ohanyan (Annina), Giuseppe Varano (Alfredo Germont), Vittorio Vitelli (Giorgio Germont), FrĂ©dĂ©ric Diquero (Gaston de LetoriĂšres), Thomas Dear (Baron Douphol), Luciano Montanaro (Marquis d’Obigny), Mattia Denti (Docteur Grenvil). Pascale-Sabine Chevroton (mise en scĂšne). Philippe Auguin (direction musicale).

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 14 novembre 2014. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Avec John Osborn, Kathryn Lewek, Maurizio Muraro, Annalisa Stroppa, Asley Holland, Eric Halfvarson. Terry Gilliam, mise en scÚne. Josep Pons, direction musicale.

Cellini au LiceuCompte rendu, opĂ©ra. Benvenuto Cellini de Berlioz au Liceu. AprĂšs Londres et Amsterdam, et avant Rome et Paris, c’est au Liceu de Barcelone qu’est proposĂ©e cette production du chef d’Ɠuvre de Berlioz, Benvenuto Cellini, signĂ©e par l’ex-trublion des fameux Monthy Python : Terry Gilliam, qui parvient ici rien moins qu’Ă  restituer Ă  l’ouvrage son intĂ©gritĂ©, sa puissance et sa beautĂ©. Si on peut Ă©mettre des rĂ©serves quant au fait d’avoir rĂ©duit l’ouvrage berliozien Ă  un opĂ©ra essentiellement comique, il faut reconnaĂźtre que la drĂŽlerie, la vie tourbillonnante – mais aussi le panache du spectacle – rĂ©pondent Ă  l’esprit de comĂ©die, tantĂŽt burlesque, tantĂŽt hĂ©roĂŻque, qui est Ă©galement celui de l’ouvrage. On se souviendra longtemps de cette arrivĂ©e colorĂ©e et chaotique – par l’arriĂšre de la salle et pendant l’Ouverture – d’une troupe de comĂ©diens, jongleurs, danseurs et acrobates qui investit la salle noyĂ©e sous une pluie de confettis (avant de rĂ©apparaĂźtre pendant la fameuse scĂšne du Carnaval romain, Ă  la fin du I). Inoubliable, Ă©galement, l’arrivĂ©e du Pape dans l’atelier de Cellini, tel un Deus ex machina, montĂ© sur un trĂŽne Ă  roulette et flanquĂ© de centurions romains. Avec son visage outrageusement grimĂ© et ses ongles extravagamment longs, il fait immanquablement penser Ă  Altoum dans Turandot !

 

 

Fougue et précision de Joseph Pons, nuances de John Osborn

Cellini Ă©tincelant au Liceu

 

Le tĂ©nor amĂ©ricain John Osborn (dĂ©jĂ  prĂ©sent Ă  Londres et Amsterdam) campe un Cellini flamboyant. Sa frĂ©quentation du rĂ©pertoire belcantiste et celle de rĂŽles plus lyriques (comme Des Grieux ou Hoffmann) lui permettent de donner toute sa crĂ©dibilitĂ© vocale Ă  un rĂŽle inhumain. Il livre un vĂ©ritable leçon de chant dans son grand air « Sur les monts sauvages», avec un sens des nuances et du phrasĂ© comme on l’entend rarement chez Berlioz : il est le grand triomphateur de la soirĂ©e.
De son cĂŽtĂ©, la jeune soprano colorature amĂ©ricaine Kathryn Lewek, dans le rĂŽle de Teresa, apporte une vraie crĂ©dibilitĂ© Ă  la jeune hĂ©roĂŻne, avec sa voix fruitĂ©e et ductile, qui se joue des ornements du dĂ©licieux air « Quand j’aurai votre Ăąge », passant par dessus l’orchestre avec aisance. Seul bĂ©mol, sa prononciation du français demeure elle, en revanche, vraiment perfectible.
On adressera le mĂȘme reproche au chant du baryton italien Maurizio Muraro, Balducci au demeurant parfait de faconde comme d’autoritĂ©. La mezzo italienne Annalisa Stroppa – qui obtient une ovation mĂ©ritĂ©e aux saluts – incarne un superbe Ascanio, avec un timbre Ă  la fois rond et magnifiquement projetĂ©, une prononciation trĂšs claire de notre langue, un entrain irrĂ©sistible dans ses deux airs. Le baryton britannique Ashley Holland fait de Fieramosca un personnage essentiel de l’Ɠuvre – et non un comparse – en jouant sans complexe la carte du grotesque. Seul la basse amĂ©ricaine Eric Alfvarson, dĂ©pourvu du timbre, de la diction, et de la majestĂ© sonore qu’exige le rĂŽle du pape, s’investit en retrait de cette distribution.

On applaudira enfin le trĂšs bel engagement du ChƓur del Gran Teatre del Liceu, et la belle santĂ© vocale et scĂ©nique des ouvriers de ce Cellini, et on saluera plus encore la remarquable baguette de Josep Pons, actuel directeur musical du Liceu : sa fougue et sa prĂ©cision font de lui un chef exemplaire de dynamisme et de sympathie avec cette musique. Bravo Ă  lui et Ă  un Orchestre du Gran Teatre del Liceu digne de tous les Ă©loges.
Le lecteur l’aura compris, la soirĂ©e – couronnĂ©e par cinq ou six rappels – ne fut que feu, mouvement, crĂ©pitement des voix et des instruments. Signalons Ă©galement, qu’avant le dĂ©but du spectacle, une minute de silence a Ă©tĂ© observĂ©e par un public debout et recueilli, en hommage aux victimes des attentats de Paris survenus la veille. Pour le français que je suis, l’Ă©motion en a Ă©tĂ© que plus forte.

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 14 novembre 2014. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Avec John Osborn, Kathryn Lewek, Maurizio Muraro, Annalisa Stroppa, Asley Holland, Eric Halfvarson. Terry Gilliam, mise en scÚne. Josep Pons, direction musicale.

Illustration : © A.Bofill : Benvenuto Cellini, avec John Osborn au Liceu de Barcelone

Compte-rendu, opéra. Nantes, Théùtre Graslin, le 2 novembre 2015. Viktor Ullmann : Der Kaiser von Atlantis. Avec Pierre-Yves Pruvot, Wassyl Slipak, Natalie Pérez, Sébastien Obrecht, Anna Wall. Louise Moaty, mise en scÚne. Philippe Nahon, direction

angers-nantes-opera-saison-lyrique-2015-2016-ullmann-empereur-d-atlantisDepuis son apparition Ă  Amsterdam en 1975, le petit opĂ©ra de Viktor Ullmann n’a cessĂ© de poser le cas (de conscience) de cette « musique des camps » sur laquelle la mort plane constamment comme un Ă©pĂ©e de DamoclĂšs : Theresienstadt en l’occurrence, antichambre d’Auschwitz, oĂč les artistes juifs trouvaient l’opportunitĂ© macabre d’une activitĂ© crĂ©atrice qu’ils n’avaient pas connue antĂ©rieurement ; il s’avĂšre impossible d’oublier la force prĂ©gnante de ce contexte en Ă©coutant cette modeste et dĂ©licate partition, que l’auteur n’a pu mĂȘme voir reprĂ©senter avant sa mort, gazĂ© par les nazis qu’il fut en 1944. Avec ses personnages abstraits, esquissĂ©s Ă  grand traits, la trĂšs courte durĂ©e de l’action de son acte unique (une petite heure) et la quasi-inexistence de l’action, l’Ɠuvre paraĂźt ainsi trĂšs problĂ©matique Ă  la scĂšne.

 

 

atlantis-tour-empereur-ullmann-opera-nantes-graslin-compte-rendu-critiqueC’était sans compter le travail intelligent, minutieusement Ă©laborĂ©, au souffle poĂ©tique constant – et dont la qualitĂ© premiĂšre est celle d’une sobriĂ©tĂ© exemplaire – de Louise Moaty. La fidĂšle collaboratrice du cĂ©lĂšbre metteur français Benjamin Lazar cultive ici le mystĂšre – formidablement aidĂ©e par sa dĂ©coratrice Adeline Caron, qui a imaginĂ© de grands parachutes blancs descendants des cintres, baignĂ©s dans d’irrĂ©elles lumiĂšres (conçues par Christophe Naillet), qui renforcent l’onirisme prĂ©gnant de la rĂ©gie. Pour assurer plus qu’un succĂšs d’estime Ă  une entreprise aussi problĂ©matique, cette production confirme l’idĂ©e que la briĂšvetĂ© et la modestie apparente de l’ouvrage exige, en fait, une Ă©quipe vocale de toute premiĂšre force. C’est ce qu’a su rĂ©unir l’ARCAL (dirigĂ© par Catherine Kollen) pour la Maison de la Musique de Nanterre – oĂč la production a initialement Ă©tĂ© montĂ©e – avant de tourner dans plusieurs thĂ©Ăątres, pour finir sa course au ThĂ©Ăątre Graslin Ă  Nantes.

 

 

 

 

Les chanteurs-acteurs rĂ©unis dans la capitale des Pays de la Loire doivent affronter ici des tessitures particuliĂšrement tendues, et tous s’acquittent de leur partie avec des rares talents de comĂ©diens et des qualitĂ©s vocales idoines. Dans le rĂŽle-clĂ© de l’Empereur, Ă  qui revient la plus belle part dans son discours final, l’excellent baryton français Pierre-Yves Pruvot nous gratifie de son timbre clair et sonore Ă  la fois, qui fait fi des notes aiguĂ«s dont sa partie est truffĂ©e ; il faut Ă©galement saluer un engagement scĂ©nique qui force l’admiration. TrĂšs investi Ă©galement, l’ukrainien Wassyl Slipak qui – dans le double rĂŽle de La Mort et du Haut-Parleur – offre une superbe voix de basse, donnant toute leur portĂ©e aux deux belles tirades que lui offre la partition. Tout aussi exposĂ©, le Tambour de la magnifique mezzo britannique Anna Wall éblouit autant par ses aigus souverains que par son registre grave, plutĂŽt nourri. Enfin, bien qu’annoncĂ© souffrant, le jeune SĂ©bastien Obrecht ne dĂ©mĂ©rite pas dans les rĂŽles d’Arlequin et du Soldat, tandis que Nathalie Perez ravit grĂące Ă  son timbre lumineux et bien projetĂ©.

 

 

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A la tĂȘte des treize solistes issus de l’Ars Nova Ensemble Instrumental leur directeur musical Philippe Nahon livre une lecture sans complaisance de la partition d’Ullmann, c’est Ă  dire Ă  la fois sarcastique, sĂšche, tranchante, voire burlesque. Ils comptent pour beaucoup dans la rĂ©ussite de la soirĂ©e. Saluons – en guise de conclusion – l’audace de la saison concoctĂ©e par Jean-Paul Davois, qui outre ce titre-phare du XXe siĂšcle, proposera – plus tard dans la saison – deux Ɠuvres du XXIe siĂšcle : Maria Republica de François Paris (en crĂ©ation mondiale) et Svadba d’Ana Sokolovic (crĂ©Ă© cet Ă©tĂ© au Festival d’Aix-en-Provence).

Der Kaiser von Atlantis.de Viktor Ullmann Ă  Nantes (ThĂ©Ăątre Graslin), Ă  l’affiche les 2, 4 et 7 novembre 2015.

 

 

Illustrations : vue gĂ©nĂ©rale ; Pierre-Yves Pruvot, l’Empereur d’Atlantis © Nathaniel Baruch

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

Foule des grands soirs Ă  la Philharmonie de Paris (Philharmonie 2) pour la venue de l’un des « Big Five » Ă©tatsuniens – le Cleveland Orchestra – dirigĂ© par son directeur musical, le cĂ©lĂšbre chef autrichien Franz Welser-Möst. DĂšs le grand fracas inaugural des huit cors, on reste impressionnĂ© par l’homogĂ©nĂ©itĂ© et la puissance de l’articulation.

 
 

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DĂ©bute alors un Ă©tat de grĂące pour l’orchestre – comme pour les spectateurs – que l’on ne quittera pas de toute la soirĂ©e (1h40 sans entracte). Chaque pupitre se hisse Ă  son summum : Ă©lĂ©gance des cordes, sonoritĂ© expressive des instruments Ă  vents et infaillibilitĂ© des cuivres. Les trompettes et les trombones se couvrent notamment de gloire, Ă  commencer par le trombone solo de Massimo La Rosa, au timbre veloutĂ© et doux, Ă  lui seul porteur d’émotion, et la trompette de Michael Sachs, d’une virtuositĂ© Ă  toute Ă©preuve dans les soli du « KrĂ€ftig » initial ou ceux du « Comodo scherzando », dont la derniĂšre note semble ne jamais finir…

Si l’on se doit de citer Ă©galement les percussions, saisissants par leur exactitude rythmique et stylistique, c’est bien la qualitĂ© collective de l’orchestre – et son extraordinaire Ă©quilibre de timbres – qui suscite ce soir notre admiration et soulĂšve notre enthousiasme. Cependant, le moment le plus magique et bouleversant de la soirĂ©e, on le doit bien Ă  la mezzo britannique Jennifer Johnston qui offre au public le plus beau « O Mensch ! » que l’on ait pu entendre : la tenue de la voix, la couleur du timbre, l’intelligence du phrasĂ©, la puretĂ© du grave, et surtout l’ineffable Ă©motion qu’elle parvient Ă  distiller par son chant, le public prĂ©sent s’en souviendra longtemps comme un pur moment d’éternitĂ©…

 
 

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

  

Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : Roméo et Juliette. Florian Laconi (Roméo), Kimy Mc Laren (Juliette), JérÎme Varnier (FrÚre Laurent), Mikhael Piccone (Mercutio), Carine Séchaye (Stéphano), Sylvie Bichebois (Gertrude), Marc Larcher (Tybalt), Marcel Vanaud (Capulet). Paul-Emile Fourny (mise en scÚne). Jacques Mercier (direction).

Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette. CrĂ©Ă©e Ă  Tours en janvier 2013 (NDLR : dĂ©jĂ  avec Florian Laconi et la sublime Anne-Catherine Gillet ; VOIR notre reportage vidĂ©o RomĂ©o et Juliette Ă  l’OpĂ©ra de Tours ), et aprĂšs avoir Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz le mois dernier, la production de RomĂ©o et Juliette de Gounod imaginĂ©e par Paul-Emile Fourny fait escale Ă  l’OpĂ©ra de Reims, pour deux reprĂ©sentations. Sans ĂȘtre passionnante, elle se laisse pourtant regarder. L’action se passe dans la bibliothĂšque des Capulets, truffĂ©s de tĂȘtes ou de bois de cerfs (trĂšs beau dĂ©cor signĂ© par Emmanuelle Favre), au milieu de laquelle trĂŽne un escalier Ă  colimaçon qui se perd dans les cintres. Fourny fait de la famille de Juliette des chasseurs quand les Montaigus sont habillĂ©s en bohĂ©miens, question de marquer une forte opposition (un peu facile) entre les deux familles.

Si la direction d’acteurs de l’homme de thĂ©Ăątre belge est un peu plus fouillĂ©e que de coutume, on est obligĂ© de constater que la masse chorale – pour ce qui la concerne -, tente de faire de la figuration intelligente… sans toutefois y parvenir toujours.
L’interprĂ©tation musicale offre plus de satisfaction, grĂące Ă  une distribution dominĂ©e par le couple des amants malheureux et par l’impeccable FrĂšre Laurent de JĂ©rĂŽme Varnier, qui sait confĂ©rer humanitĂ© et noblesse Ă  son personnage. Florian Laconi campe un RomĂ©o convaincant, au timbre chaleureux et ensoleillé : les aigus sont faciles et la caractĂ©risation ne manque pas de charme, mĂȘme s’il est permis de prĂ©fĂ©rer RomĂ©o plus Ă©lĂ©giaque, qui fasse mieux ressortir cette extase morbide et cette langueur romantique propres au hĂ©ros shakespearien. La lumineuse soprano canadienne Kimy Mc Laren possĂšde la voix, la beautĂ© et le style de Juliette. Elle sait faire passer dans son chant toute la vĂ©hĂ©mence de la passion qui la consume et la tuera. Outre ses qualitĂ©s vocales, elle sait donner Ă  cette hĂ©roĂŻne infortunĂ©e une sincĂ©ritĂ© poignante qui a conquis le public rĂ©mois. Sylvie Bichebois tire vaillamment son Ă©pingle du jeu dans le rĂŽle de Gertrude, sans Ă©viter pourtant certaines minauderies.
Des autres comprimari, on distinguera le Mercutio élégant de Mikhael Piccone (à la place de Guillaume Andrieux, initialement annoncé), le Tybalt percutant de Marc Larcher et le Stéphano charmeur de Carine Séchaye.
La direction de Jacques Mercier – directeur musical de l’Orchestre National de Lorraine – offre une leçon de narration en musique : d’une prĂ©cision remarquable, elle est tout entiĂšre soumise Ă  l’unitĂ© et Ă  l’efficacitĂ©. Sous sa battue, l’orchestre de l’OpĂ©ra de Reims, tour Ă  tour haletant et envoĂ»tant, ne nĂ©glige pas pour autant le raffinement de Gounod et les interludes tĂ©moignent d’un rĂ©el sens poĂ©tique.

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Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra de Reims. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : Roméo et Juliette. Florian Laconi (Roméo), Kimy Mc Laren (Juliette), JérÎme Varnier (FrÚre Laurent), Mikhael Piccone (Mercutio), Carine Séchaye (Stéphano), Sylvie Bichebois (Gertrude), Marc Larcher (Tybalt), Marcel Vanaud (Capulet). Paul-Emile Fourny (mise en scÚne). Jacques Mercier (direction).

Compte-rendu, opéra. Grand-Théùtre de Tours, le 11 octobre 2015. Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-Sébastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scÚne). Jean-Yves Ossonce (direction).

Puccini : Madama Butterfly Ă  l’OpĂ©ra de Tours, avec Anne-Sophie Duprels… C’est avec un enthousiasme mĂ©ritĂ© qu’a Ă©tĂ© accueillie – au Grand-ThĂ©Ăątre de Tours – cette magnifique production de Madama Butterfly, signĂ©e par Alain Garichot et crĂ©Ă©e in loco en 2001. Il faut ici saluer son remarquable travail, trĂšs « wilsonien », dans sa volontĂ© dâ€˜Ă©pure. L’opĂ©ra s’ouvre ainsi sur un plateau nu avec, pour tout dĂ©cor, un praticable bas qui symbolise la maison de Cio-Cio San. Sur les cĂŽtĂ©s ou tombant des cintres, des cloisons translucides dĂ©limitent des espaces clos et permettent de trĂšs esthĂ©tisants jeux d’ombres : le sacrifice de l’hĂ©roĂŻne, vu ainsi au travers d’une de ses cloisons de papier, tandis que l’enfant joue juste devant, est particuliĂšrement rĂ©ussi et poignant. Mais les lumiĂšres sont ici au moins aussi importantes que les dĂ©cors et l’on retiendra donc la qualitĂ© du travail de Marc DelamĂ©ziĂšre, dont les Ă©clairages fortement dramatiques sculptent littĂ©ralement l’espace.

 

 

 

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Trop rare en France, la superbe soprano française Anne-Sophie Duprels investit le rĂŽle de Butterfly de son tempĂ©rament de feu et de sa sensibilitĂ© passionnĂ©e. Sa voix se fait tour Ă  tour porteuse de rĂȘves, de nostalgie, de tourments, Ă©pousant les nuances de la partition. La chanteuse rappelle utilement que l’hĂ©roĂŻne de Puccini n’a rien d’un papillon fragile ni d’un rossignol automate, mais requiert une tragĂ©dienne sachant doser ses effets.
(NDLR: Les tourangeaux ont pu dĂ©jĂ  la dĂ©couvrir dans La Voix Humaine prĂ©cĂ©demment produite ici mĂȘme Ă  Tours au cours de la saison derniĂšre : voir notre reportage vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  La Voix Humaine Ă  l’OpĂ©ra de Tours, prĂ©sentĂ©e alors en couplage avec L’heure espagnole de Ravel). La cantatrice est portĂ©e par la direction du maĂźtre des lieux, l’excellent Jean-Yves Ossonce (lequel vient d’annoncer son dĂ©part de l’institution tourangelle en 2016, aprĂšs 16 ans de bons et loyaux services…) qui prend un plaisir contagieux Ă  mettre en valeur une Ɠuvre qu’il respecte visiblement.
Comme toujours sous sa direction, l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire Tours se montre sous son meilleur jour, c’est Ă  dire admirable de prĂ©cision et d’engagement.
On dĂ©chante par contre avec le Pinkerton d’Avi Klemberg qui n’a aucune des qualitĂ©s requises par son personnage. La voix manque de puissance et de projection, l’Ă©mission est serrĂ©e et souvent brouillonne, l’acteur est falot ; bref, il livre une prestation vocale et scĂ©nique sans charme ni Ă©clat. Jean-SĂ©bastien Bou est en revanche un vrai luxe dans la partie de Sharpless, gratifiant l’auditoire de sa coutumiĂšre magnifique ligne de chant. Delphine Haidan possĂšde Ă©galement du rĂ©pondant en Suzuki : elle allie profondeur d’approche Ă  un portrait vocal attachant et prĂ©cis. De son cĂŽtĂ©, Antoine Normand se montre suavement inquiĂ©tant dans le rĂŽle de Goro, tandis que François Bazola demeure un solide Oncle Bonze. Enfin, Pascale Sicaud-Beauchesnais fait une Ă©lĂ©gante apparition en Ă©pouse amĂ©ricaine.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Grand-ThĂ©Ăątre de Tours, le 11 octobre 2015. Giacomo Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-SĂ©bastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scĂšne). Jean-Yves Ossonce (direction). Madama Butterfly Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours, encore le 13 octobre 2015.

 

 

Prochaine production Ă  l’OpĂ©ra de Tours : La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach (Jean-Yves Ossonce, direction. Bernard Pisano : mise en scĂšne et chorĂ©graphie), du 26 au 31 dĂ©cembre 2015.  

 

Illustration : © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 

 

Compte-rendu, concert. Montreux, Auditorium Stravinsky. Le 8 septembre 2015. Hector Berlioz : Carnaval Romain. Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 4 en si bémol majeur op. 60. Johannes Brahms : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 83. Jean-Frédéric Neuburger (piano) ; Orchestre Français des Jeunes ; David Zinman (direction)

Depuis soixante-dix ans, le Septembre Musical de Montreux-Vevey est le rendez-vous des mĂ©lomanes sur la Riviera vaudoise, et en premier lieu des amateurs d’orchestre. AprĂšs le Russian National Orchestra dirigĂ© par Hartmut Haenchen, l’Orchestre National de France placĂ© sous la baguette d’Emmanuel Krivine et le European Philharmonic of Switzerland sous la direction de John Fiore, la manifestation vaudoise a accueilli l’Orchestre Français des Jeunes dirigĂ© par son nouveau directeur musical, le chef amĂ©ricain David Zinman qui a longtemps prĂ©sidĂ© la destinĂ©e des Orchestres de Rotterdam et de la Tonhalle de ZĂŒrich.

zinman david maestro chef orchestreAprĂšs le tour de chauffe que constitue le fameux Carnaval Romain d’Hector Berlioz, rĂ©alisĂ© avec autant de sensibilitĂ© que de brio, la phalange hexagonale s’attaque Ă  la QuatriĂšme symphonie de Ludwig van Beethoven, opus plutĂŽt discret entre les cĂ©lĂ©brissimes TroisiĂšme et CinquiĂšme symphonies. Cette symphonie Ă©voque un peu, par son romantisme dĂ©licat et sa poĂ©sie souriante, le Schubert de la CinquiĂšme symphonie, avec ce mĂȘme sentiment de mystĂšre qui baigne les mesures de l’introduction lente, puis cette impression d’esprits errants dans l’Allegro vivace. Quant Ă  l’Adagio – en rĂ©fĂ©rence aux sentiments amoureux qui auraient inspirĂ© Beethoven Ă  propos de ce thĂšme -, Berlioz avait dit : « ce mouvement surpasse tout ce que l’imagination la plus brĂ»lante pourra jamais rĂȘver de tendresse et de pure volupté ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que David Zinman et l’OFJ rendent parfaitement justice Ă  ces diffĂ©rentes atmosphĂšres… avec un son qui subjugue l’oreille des auditeurs !

En seconde partie, le pianiste Jean-FrĂ©dĂ©ric Neuberger vient faire montre de son talent dans le Concerto pour piano N°2 de Johannes Brahms. Contrairement au Concerto N°1, l’opus 83 associe aussitĂŽt l’orchestre et le pianiste. Neuberger dĂ©ploie d’emblĂ©e un son profond et un phrasĂ© parfaitement Ă©quilibrĂ©. Il fait ensuite preuve de beaucoup de fougue dans l’Allegro appassionato qui suit, s’avĂ©rant parfaitement en phase avec Zinman qui donne Ă  son orchestre des couleurs automnales. L’Andante gĂ©nĂšre lui beaucoup d’Ă©motion grĂące Ă  la longueur des phrases, Ă©tirĂ©es jusqu’à l’infini par le pianiste français.L’Allegretto grazioso conclusif est une conversation aussi aimable qu’enlevĂ©e, et si Neuburger fait encore preuve de moments d’Ă©clats, il soigne surtout les transitions, offrant un babillage Ă  la fois serein et optimiste. AprĂšs de nombreux rappels, il remercie le public en exĂ©cutant, en bis, une des nombreuses Etudes de Debussy.

En guise de conclusion, signalons au lecteur que Zinman et l’OFJ reprendront ce mĂȘme programme le 18 dĂ©cembre prochain Ă  la Philharmonie de Paris – mais avec Nelson Freire comme soliste dans le Concerto de Brahms…

Compte-rendu, concert. Montreux, Auditorium Stravinsky. Le 8 septembre 2015. Hector Berlioz : Carnaval Romain. Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 4 en si bémol majeur op. 60. Johannes Brahms  : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 83. Jean-Frédéric Neuburger (piano) ; Orchestre Français des Jeunes ; David Zinman (direction).

Compte-rendu, Opéras. Festival George Enescu à Bucarest, Athénée Roumain. Les 18 et 19 septembre 2015. Deux opéras de Monteverdi. Richard Egarr, direction.

Tous les deux ans, durant une grande partie du mois de septembre (du 30 aoĂ»t au 20 septembre cette annĂ©e), Bucarest vit en musique grĂące au Festival George Enescu dont la rĂ©putation a largement dĂ©passĂ© les frontiĂšres de la Roumanie pour s’imposer comme l’un des plus importants d’Europe. Il propose en effet une impressionnante sĂ©rie de plus d’une centaine de concerts Ă  spectre trĂšs large, en accueillant les plus grands orchestres du monde (Wiener Philarmoniker, Berliner Philharmoniker, Royal Concertgebouw Orchestra, Staatskapelle Dresden, Israel Philarmonic Orchestra, Orchestre Philharmonique de Saint PĂ©tersbourg, San Francisco Symphony, London Symphony Orchestra…) et les meilleurs solistes (Anne-Sophie Mutter, Yuja Wang, Elisabeth Leonskaya, Fazil Say, Piotr Anderzewski, Andras Schiff, Murray Perrahia, Maria Joao Pires…). Il a aussi pour vocation de mettre en avant l’Ɠuvre du compositeur George Enescu (1881-1955) – vĂ©ritable hĂ©ros national qui a longtemps vĂ©cu en France -, la plupart des concerts proposant une piĂšce du musicien roumain, gĂ©nĂ©ralement en dĂ©but de programme. L’OpĂ©ra National a ainsi remontĂ© son cĂ©lĂšbre opĂ©ra ƒdipe, avec Davide Damiani dans le rĂŽle-titre.

 

 

 

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L’opĂ©ra Ă©tait d’ailleurs particuliĂšrement Ă  l’honneur de cette 22Ăšme Ă©dition avec des exĂ©cutions concertantes d’Elektra (Pankratova, Baltsa, Schwanewilms, Pape), Wozzeck (Volle, Herlitzius) et de deux ouvrages de Monteverdi, Il Ritorno d’Ulisse in Patria et L’Incoronazione di Poppea, reprĂ©sentations auxquelles nous avons pu assister dans le magnifique AthĂ©nĂ©e Roumain, considĂ©rĂ© comme l’une des plus belles salles de concert du monde.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le plateau rĂ©uni par Ioan Holender, ancien patron de la Wiener Staatsoper et dĂ©sormais directeur artistique de la manifestation roumaine, s’est avĂ©rĂ© d’une excellente tenue, parfaitement Ă  mĂȘme de rendre justice aux sublimes dĂ©clamations monteverdiennes.

Dans Le retour d’Ulysse, nous mettrons en tĂȘte la PĂ©nĂ©lope altiĂšre de la magnifique mezzo britannique Christine Rice, qui a tout pour elle : le timbre, l’expression, la technique, l’Ă©motion et la silhouette. Autre immense bonheur, l’Ulisse du cĂ©lĂšbre tĂ©nor anglais Ian Bostridge, qui allie puissance Ă  un sens rare de la nuance, passant avec gĂ©nie du tonnerre Ă  la confidence amoureuse. Excellent TĂ©lĂ©maque d’Andrew Tortise qui sait manier l’humour. Elizabeth Watts est sensationnelle en Minerve aprĂšs avoir Ă©tĂ© un dĂ©licieux Amour. Sophie Junker (La Fortune et MĂ©lante) fait entendre un timbre richement veloutĂ©. Superbe Neptune de Lukas Jakobski, hiĂ©ratique Ă  souhait, tandis que la basse Ă©tasunienne James Cresswell apporte humanitĂ© et chaleur au berger Eumete. Enfin, n’oublions pas de citer la force burlesque d’Alexander Oliver, dans le rĂŽle d’Iro, Ă©norme de drĂŽlerie jusque dans le dĂ©sespoir.

Dans Le Couronnement de PoppĂ©e, le lendemain soir, la soprano anglaise Louise Adler excelle Ă  exprimer tous les sentiments et stratĂ©gies de Poppea ; sa voix se rĂ©vĂšle Ă©galement apte Ă  la sensualitĂ© et l’autoritĂ©, Ă  la naĂŻvetĂ© et Ă  la rouerie. De son cĂŽtĂ©, Sarah Connolly fait le choix de camper un Nerone moins sensuel que juvĂ©nile, capricieux et orgueilleux au delĂ  de l’inimaginable : elle aussi met en Ɠuvre une grande palette vocale qui lui permet de nous faire croire Ă  ses sentiments amoureux, puis de trembler Ă  ses diktats irascibles. Marina de Liso est une belle tragĂ©dienne : son port noble et sa puissante projection vocale et dĂ©clamatoire lui permettent de composer une mĂ©morable Ottavia. Dans le rĂŽle d’Ottone, le contre-tĂ©nor britannique Iestyn Davies utilise les ressources de son timbre diaphane pour souligner la veulerie et la lĂąchetĂ© de son personnage. David Soar campe un impressionnant SĂ©nĂšque, Ă  la voix de velours, tandis qu’Andrew Tortise fait vivre – aussi malicieusement que finement – une complexe Arnalta. Signalons Ă©galement Sophie Junker (Drusilla et Virtu), Daniela Lehner (Amore et Damigella) et Joshua Ellicot (Lucano).

A la tĂȘte de la formation baroque anglaise The Academy of Ancient Music, le chef Richard Egarr privilĂ©gie la sobriĂ©tĂ©, avec un orchestre de dix musiciens seulement, qui donne un son plutĂŽt faible et uniforme. L’objectif est de mettre le chant au premier plan en cherchant Ă  faire naĂźtre, Ă  l’intĂ©rieur des lignes vocales, le contraste – en nous penchant sur le second concert – entre la passion de NĂ©ron et de PoppĂ©e, la douleur des figures trahies ou la verve des personnages bouffes.

Ce sont deux grandes soirées monteverdiennes que nous avons vécues à Bucarest !

Compte-rendu, Opéra. Festival George Enescu à Bucarest, Athénée Roumain. Les 18 et 19 septembre 2015. Deux opéras de Monteverdi. Richard Egarr, direction.

Il Ritorno d’Ulisse in Patria. Ian Bostridge, tenor (Ulisse), Christine Rice, mezzosoprano (Penelope), Elizabeth Watts, soprano (Minerva), Sophie Junker, soprano (Amore & Melanto), Lukas Jakobski, bass (Tempo, Nettuno & Antino), James Creswell, bass (Seneca). L’Incoronazione di Poppea : Louise Alder - Poppea (soprano), Sarah Connolly - Nerone (mezzo-soprano), Marina de Liso - Ottavia (mezzo-soprano), Iestyn Davies – Ottone (countertenor), David Soar - bass (Seneca), Andrew Tortise - tenor (Arnalta), Sophie Junker - Drusilla/VirtĂč (soprano), Daniela Lehner - Amore & Damigella (mezzo-soprano), Joshua Ellicott - Lucano (tenor). The Academy of Ancient Music, Richard Egarr (direction)

 

 

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Compte-rendu, concert. Zermatt, Eglise Saint Maurice. Les 11 & 12 septembre 2015. Mozart : Concerto pour piano et orchestre n°25 en do majeur KV 503. Mozart : Trois Airs ; Schubert :Symphonie n°8 en si mineur D 759 dite « Symphonie InachevĂ©e ». Beethoven : Symphonie n°6 en fa majeur op. 68 « Pastorale ». Brahms : Quintette avec piano en fa mineur op. 34. Scharoun Ensemble Berlin, Zermatt Festival Orchestra, Regula MĂŒhlemann (soprano), Christian Zacharias (piano et direction)

Depuis 2005, la trĂšs chic station alpine de Zermatt, situĂ©e au pied du majestueux Mont-Cervin, propose un festival de musique classique mi-septembre (cette annĂ©e du 11 au 20 septembre 2015) dans diffĂ©rentes Ă©glises du village et de ses environs (plus un concert dĂ©centralisĂ© Ă  Martigny). Certes moins connu que le festival voisin de Verbier (Ă  la programmation plus prestigieuse), celui de la citĂ© valaisanne n’en invite pas moins des artistes de renommĂ©e internationale (Christian Zacharias, Stefan Genz ou Michel Dalberto cette annĂ©e), tout en servant de tremplin Ă  de jeunes artistes en devenir. Elle est aussi la base arriĂšre du Scharoun Ensemble Berlin, formation composĂ©e de solistes du Philharmonique de Berlin qui, outre des concerts, animent une acadĂ©mie et enseignent leur savoir Ă  de jeunes musiciens issus de conservatoires du monde entier (et qui forment le Zermatt Festival Orchestra).

  
  

  

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Le week-end d’ouverture permet de faire jouer ensemble le Scharoun Ensemble et le Zermatt Festival Orchestra, placĂ©s sous la baguette de Christian Zacharias. Le premier concert dĂ©bute par le Concerto pour piano N°25 de Mozart qu’interprĂšte Zacharias lui-mĂȘme. Avec son toucher tout en dĂ©licatesse, l’allemand fait ressortir de la musique du divin Wolgang toute sa quintessence spirituelle et poĂ©tique. MĂȘme aux moments les plus calmes et les plus insouciants, le piano de Zacharias semble rĂ©vĂ©ler une sorte de fragilitĂ© secrĂšte, un doute. La grĂące et la bonne humeur des Ă©changes entre le pianiste et son orchestre sont par ailleurs un rĂ©gal pour les oreilles. C’est ensuite la voix de Regula MĂŒhlemann qui les caresse, avec trois airs composĂ©s par Mozart. La soprano suisse possĂšde un timbre frais et juvĂ©nile, en mĂȘme temps que lumineux. Son abattage est stupĂ©fiant d’aisance et de vivacitĂ© : la nettetĂ© et la facilitĂ© des vocalises, l’agilitĂ© et la souplesse des notes piquĂ©es, la qualitĂ© des suraigus laissent pantois, notamment dans l’air de concert « Ch’io mi scordi di te ».

Le programme se poursuit avec la fameuse Symphonie inachevĂ©e de Schubert, dans laquelle le chant des contrebasses et des violoncelles retient positivement l’attention, tandis que le hautbois et la clarinette s’Ă©panouissent dans un fondu de grande beautĂ©. Bien qu’on aurait souhaitĂ© plus de tension dans le premier mouvement, la direction de Zacharias est efficace, et il fait en sorte que la fin du deuxiĂšme mouvement laisse l’auditeur dans l’indĂ©fini, l’incomplet, l’Ă©ternel. MalgrĂ© de nombreux rappels, le public n’obtiendra pas de bis…

 

 

Le lendemain, on retrouve le chef et ses deux formations pour une exĂ©cution de la fameuse Symphonie Pastorale de Beethoven. Le premier mouvement est bondissant et Ă©tincelant, d’une clartĂ© de ligne remarquable, qui permet d’entendre une palette d’effets et de nuances trĂšs large, ainsi que la suprĂ©matie d’un lumineux pupitre de premiers violons qui sont les inspirateurs de tout l’orchestre. L’Andante est phrasĂ© avec une douceur extrĂȘme, offrant un admirable moment de contemplation calme et poĂ©tique. On revient ensuite Ă  des impressions plus terrestres avec un troisiĂšme mouvement enjouĂ© et allĂšgre, dont le lĂ©ger dĂ©hanchement Ă©voque l’enivrement des danseurs aprĂšs avoir bu quelques rasades de Fendant (le plus cĂ©lĂšbre cĂ©page suisse! ). L’orage est le moment le plus mĂ©morable de la symphonie : l’atmosphĂšre est chargĂ© d’électricitĂ©, le timbalier est en pleine forme, Ă©nergique Ă  souhait, et la tension ne se relĂąche que lorsque les nuages s’éloignent, pour un dernier mouvement tonique, acmĂ© d’une joie simple et naturelle.

 

L’ouvrage beethovĂ©nien est couplĂ© avec le Quintette avec piano de Brahms, sommet de la musique de chambre, maintes fois remaniĂ© par le compositeur, qui en avait d’abord fait un quintette avec deux violoncelles, puis une sonate pour deux pianos, avant de lui imprimer sa forme dĂ©finitive. On y entend l’omniprĂ©sent Christian Zacharias entourĂ© de quatre instrumentistes du Scharoun Ensemble, et dĂšs le premier mouvement, le pari est gagnĂ©. L’Allegro non troppo captive dĂšs les premiĂšres mesures du thĂšme d’exposition, tandis que sa reprise fortissimo submerge l’auditeur. Les cordes sont naturellement trĂšs prĂ©sentes, mais savent maintenir sa place au piano. AprĂšs le relatif temps mort que constitue l’Andante, le Scherzo vient redonner beaucoup de vie Ă  l’ensemble, oĂč Zacharias se distingue par une articulation exemplaire. Bien que le piano soit plus discret dans ce troisiĂšme mouvement, on prend grand plaisir Ă  suivre son allure si dĂ©liĂ©e. Quant auFinale, il offre une rĂ©solution Ă  l’avantage de tous en concluant brillamment le suprĂȘme Ă©pilogue… et on n’a pas vu passĂ© les quarante minutes !

 

 

Jusqu’au 20 septembre, bien d’autres bonheurs et dĂ©couvertes musicales attendent les mĂ©lomanes au Zermatt Music Festival… dans un cadre majestueux et Ă  nul autre pareil.

 

 

 

 

 

Compte-rendu, concert. Zermatt, Eglise Saint Maurice. Les 11 & 12 septembre 2015. Mozart : Concerto pour piano et orchestre n°25 en do majeur KV 503. Mozart : Trois airs ; Schubert :Symphonie n°8 en si mineur D 759 dite « Symphonie InachevĂ©e ». Brahms : Quintette avec piano en fa mineur op. 34. Beethoven : Symphonie n°6 en fa majeur op. 68 « Pastorale ». Scharoun Ensemble Berlin, Zermatt Festival Orchestra, Regula MĂŒhlemann (soprano), Christian Zacharias (piano et direction).

Compte-rendu, concert. Gstaad, Tente du Festival. Le 5 septembre 2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.7 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie N°9 dite la « Grande ». Nikolaj Znaider (violon) ; Wiener Philharmoniker. Philippe Jordan, direction.

jordan-Philippe-Gstaad-festival-2015CĂ©lĂšbre pour ses pistes de skis, la petite bourgade qu’est Gstaad, situĂ©e dans l’Oberland bernois, est aussi un havre pour le mĂ©lomane. Chaque Ă©tĂ©, Ă©talĂ© sur sept semaines, le Festival Menuhin – placĂ© sous la houlette de Christoph MĂŒller depuis 2002 - accueille les plus grands artistes internationaux : cette annĂ©e Jonas Kaufmann, Jean-Yves Thibaudet, Cecilia Bartoli, Andras Schiff ou Zubin Mehta (avec « son » Orchestre Philharmonique d’IsraĂ«l) – pour n’en citer que quelques-uns. En attendant la construction (toujours repoussĂ©e) d’une salle Ă  l’allure futuriste commandĂ©e Ă  l’architecte Rudy Ricciotti (Mucem de Marseille), les principaux concerts ont lieu sous la tente du festival, comme c’est le cas ce soir pour la venue de Philippe Jordan et des Wiener Symphoniker, dont il est directeur musical depuis l’an passĂ©.

En premiĂšre partie, le cĂ©lĂšbre violoniste israĂ«lo-danois Nicolaj Znaider, colosse de prĂšs de deux mĂštres, vient faire chanter son Guarnerius del GesĂč, dans le cĂ©lĂšbre Concerto pour violon de Brahms. Tour Ă  tour, exaltĂ©, Ă©loquent, charmeur, il subjugue autant que l’orchestre qui lui sert d’écrin. Au-delĂ  d’une technique aguerrie et sans faille, c’est merveille d’entendre le lyrisme, le phrasĂ© et les superbes nuances piano qu’il distille au moyen de son fabuleux instrument. Si l’Adagio possĂšde toute la suavitĂ© attendue, l’allegro giocoso nous gratifie quant Ă  lui d’une confondante virilitĂ©. Il offre en bis la Sarabande de Bach dont l’ineffable poĂ©sie suscite une intense Ă©motion parmi l’auditoire
 Ă  en juger la qualitĂ© du silence qui suit !

 

 

 

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AprĂšs l’entracte, Jordan dirige la Symphonie N°9 de Franz Schubert (depuis longtemps un des morceaux de bravoure des grands orchestres symphoniques), qu’il vient d’enregistrer avec les Wiener : autant dire qu’il est en terrain connu, Ă  tel point d’ailleurs qu’il la dirige sans partition. Le rĂ©sultat est incontestablement beau, mĂȘme si – dans l’Andante – le hautbois aurait pu sonner de maniĂšre plus Ă©mouvante. Prenant un tempo plutĂŽt vif (surtout dans les deux premiers mouvements), Philippe Jordan bĂ©nĂ©ficie d’un orchestre de trĂšs haut niveau, qui fait entendre des couleurs assez automnales. Avec cette couleur sonore, l’angoisse et la tristesse demeurent bien au premier plan – lors mĂȘme que Jordan se garde bien d’en rajouter en termes de pathos. Pour ne pas changer d’atmosphĂšre, il propose en bis – aprĂšs de nombreux rappels – la sublime ouverture « Rosamunde », du mĂȘme Schubert, qui achĂšve de faire fondre l’audience…

 

 

Compte-rendu, concert. Gstaad, Tente du Festival. Le 5 septembre 2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.7 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie N°9 dite la « grande ». Nikolaj Znaider (violon) ; Wiener Philharmoniker. Philippe Jordan, direction.

 

 

Compte-rendu, concert. Vilabertran (Espagne), Festival Schubert, Eglise Santa Maria. Le 20 août 2015. Lieder de Schubert, Shéhérazade de Ravel, Wesendonck Lieder de Wagner. Measha Brueggergosman, soprano. Justus Zeyen, piano.

Bien moins cĂ©lĂšbre que son prestigieux voisin de Peralada – qui affichait cet Ă©tĂ© des noms tels que J. D. Florez, E.M. Westbroek, M. E. Cencic, K. F. Vogt ou encore Diana Damrau -, le Festival de Vilabertran, dĂ©diĂ© au divin Schubert, n’a pourtant pas Ă  rougir de sa programmation : D. Röschmann, Sarah Conolly ou le fidĂšle Matthias Goerne s’y produisent (jusqu’au 29 aoĂ»t) – pour ce qui concerne la musique vocale -, mais le piano (Ignasi Cambra, Ivan Martin) ou la musique de chambre (Quatuor Casals, Quatuor Klimt) y sont Ă©galement fĂȘtĂ©s. Pour cette Schubertiade 2015, c’est Ă  la superbe soprano canadienne Measha Brueggergosman qu’est revenu l’honneur du concert d’ouverture, dans la magnifique abbatiale romane de la citĂ© catalane, oĂč se dĂ©roule tous les concerts.

 

 

 

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AprĂšs avoir reçu le Premier Prix du Concours de Chant de MontrĂ©al en 2002, la carriĂšre de la chanteuse afro-canadienne a pris un formidable essor ; elle s’est produite depuis aux quatre coins de la planĂšte. C’est l’une des personnalitĂ©s artistiques les plus complĂštes de sa gĂ©nĂ©ration, et son rĂ©pertoire comprend aussi bien la mĂ©lodie que le negro spiritual, l’oratorio que l’opĂ©ra. Elle ne pouvait dĂ©buter son programme sans rendre hommage au dĂ©dicataire du festival – par des lieder de Schubert donc. Le timbre chaleureux et habilement changeant de la cantatrice sĂ©duit d’emblĂ©e le public, qui peut apprĂ©cier aussi une approche trĂšs soignĂ©e du texte : une grande voix qui soit Ă©galement une diseuse, voilĂ  une magie rare…comme on peut l’apprĂ©cier dans les cĂ©lĂšbres lieder Ganymed ou La jeune fille et la Mort (Der Tod und das MĂ€dchen).

AprĂšs une pause qui permet Ă  l’audience de profiter du superbe cloĂźtre roman attenant Ă  l’Ă©glise, Brueggergosman aborde le cĂ©lĂšbre cycle ShĂ©hĂ©razade de Ravel. La caresse et la plĂ©nitude de sa voix – que l’on se surprend parfois Ă  comparer Ă  celle de Jessye Norman – y fait merveille. En plus d’une excellente diction de notre idiome, la rondeur du timbre, sa douceur chaude, la sensualitĂ© de la ligne transmettent l’émotion et la poĂ©sie du texte – comme de la musique – de Ravel. Elle poursuit avec les non moins sublimes Wesendonck Lieder de Richard Wagner, un compositeur qui met en valeur nombre de ses qualitĂ©s. La prĂ©cision de la diction permet lĂ  aussi une Ă©vocation poĂ©tique admirable, et la subtilitĂ© des nuances s’avĂšre ensorcelante, notamment dans le dernier des cinq Lieder, le somptueux TraĂŒme. En bis, elle offre un negro spiritual oĂč son Ăąme sensible et une Ă©motion Ă  fleur de peau imposent d’abord un long silence avant de laisser place Ă  d’impĂ©tueux applaudissements.

Bref une soirĂ©e trĂšs rĂ©ussie – Ă  porter Ă©galement au crĂ©dit du piano de Justus Zeyen, dont le toucher souple a su rendre justice aux atmosphĂšres des diffĂ©rentes piĂšces. Vilabertran est un festival attachant dans un cadre enchanteur… qu’on languit dĂ©jĂ  de retrouver l’Ă©tĂ© prochain !

 

 

Compte-rendu, concert. Festival Schubert de Vilabertran, Eglise Santa Maria. Le 20 août 2015. Lieder de Schubert, Shéhérazade de Ravel & Wesendonck Lieder de Wagner. Measha Brueggergosman, soprano. Justus Zeyen, piano.

 

 

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals, Eglise St Pierre de Prades. Le 2 août 2015. Lieder de Schubert et Sextuor à cordes N°2 de Johannes Brahms. Charlotte Hellekant, mezzo-soprano. Shanghaï Quartett (& invités).

Sous le titre de « Notes croisĂ©es », la soixante-quatriĂšme Ă©dition du Festival Pablo Casals propose, comme Ă  sa bonne habitude, de se faire rencontrer les meilleurs musiciens de chambre du moment, habituĂ©s comme nouveaux venus, gloires consacrĂ©es comme jeunes artistes en devenir. Mais si la manifestation catalane est essentiellement dĂ©diĂ©e Ă  la musique de chambre, la musique vocale n’en est pas moins oubliĂ©e, comme le prouve le concert de ce soir, sis dans la magnifique Ă©glise de Prades, et qui accueille la superbe mezzo suĂ©doise Charlotte Hellekant dans un rĂ©cital consacrĂ© aux plus cĂ©lĂšbres Lieder de Schubert. Et avouons qu’il est passionnant de les entendre ici, non pas avec un accompagnement au piano – dont l’écriture s’avĂšre pourtant comme une seconde voix rĂ©pondant Ă  celle du chant -, mais accompagnĂ©s par un petit orchestre de chambre (dont le cƓur est le ShanghaĂŻ Quartett), et harmonisĂ©s avec bonheur par des musiciens aussi diffĂ©rents que Britten, Brahms, Reger ou Webern.

 

 

 

Brahms-Schubert © Hugues Argence

 

 

Le talent de la mezzo-soprano suĂ©doise, sa versatilitĂ©, sa curiositĂ© artistique, ne sont plus Ă  prouver, puisque cette magnifique artiste est capable – de Monteverdi Ă  Hosokawa – de se plier Ă  tous les styles et Ă  toutes les Ă©critures musicales, si diverses soient-elles. Et force est de constater que l’univers schubertien convient de toute Ă©vidence Ă  son tempĂ©rament trĂšs intĂ©riorisĂ© et plutĂŽt tourmentĂ©. Belle, Ă©lĂ©gante, vĂȘtue d’une trĂšs belle robe fleurie, Charlotte Hellekant se livre Ă  un Ă©tonnant exercice de style et de thĂ©Ăątre, pliant sa voix ductile et lumineuse aux impĂ©rieuses exigences du texte et de la musique, faisant participer tout son corps – les mains, les Ă©paules ou le dos – pour aboutir Ă  une interprĂ©tation novatrice et totalement fascinante de ces mĂ©lodies pourtant cĂ©lĂšbres. Elle accomplit le tour de force de passer, le temps d’un lied – souvent plus court qu’un air d’opĂ©ra – de la langueur crĂ©pusculaire (Im Abendrot) Ă  l’humour attristĂ© (Die Forelle) , du dĂ©sespoir amoureux (Ihr Bild) Ă  la louange hĂ©doniste et sensuelle (Du bist Die Ruh) – avant de culminer vers l’expressionnisme bouleversant et terrible d’un Erlkönig d’anthologie.

Le temps d’un entracte pour nous remettre de nos Ă©motions, et ce sont six instrumentistes d’exception – Hagai Shaham et Christian Altenburger au violon, Yuval Gotlibovich et Diemut Poppen Ă  l’Alto et Arto Noras et Frans Helmerson au violoncelle – qui s’installent devant le somptueux retable Ă©voquant la vie de St Pierre pour une exĂ©cution du Sextuor Ă  cordes n°2 en sol majeur opus 36 de Johannes Brahms. A l’opposĂ© d’une certaine tradition, les six instrumentistes en livre une version plutĂŽt rude et tourmentĂ©e :les sonoritĂ©s sont Ăąpres, et l’ambiance est plus celle du brumeux port de Rotterdam une aprĂšs-midi d’hiver que celle la rive ensoleillĂ©e du Rhin Ă  Coblence d’un matin printanier. Bref, ce Brahms lĂ  – Ă  l’aspect sauvage- ne cherche pas Ă  plaire, et les musiciens n’hĂ©sitent pas Ă  rudoyer parfois leur instrument pour en tirer un surplus d’expressivitĂ©. Une soirĂ©e placĂ©e sous le signe de l’Ă©motion.

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals, Eglise St Pierre de Prades. Le 2 août 2015. Lieder de Schubert et Sextuor à cordes N°2 de Johannes Brahms. Charlotte Hellekant, mezzo-soprano. Shanghaï Quartett (& invités).