Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov.  

SOKOLOV thumbnail_Grigori-Sokolov_scale_762_366Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Un rĂ©cital de Grigory Sokolov est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Auditorium de Lyon – plein Ă  craquer ce soir – ne pas fait exception. Avec le pianiste russe, le rituel est immuable : Ă  pas courts et rapides, la masse imposante de ce gĂ©ant du piano apparaĂźt abruptement derriĂšre une porte entrebĂąillĂ©e, et glisse droit vers son piano. Une courte rĂ©vĂ©rence vers le public, la mine invariablement impassible, il s’assied alors promptement Ă  son piano, et sans attendre, frappe le clavier.

ImmĂ©diatement, le miracle opĂšre. En quelques secondes, il envoĂ»te, il captive, il subjugue son auditoire ; d’autant qu’avec Ludwig van Beethoven, et la Sonate N°3 en ut majeur qu’il interprĂšte en premier, il est en terrain conquis. Pas Ă  pas, le public ne peut que suivre, happĂ© et fascinĂ©, le pianiste dans son parcours. Sokolov donne Ă  entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. La symphonie, l’éclat rythmiques des Ɠuvres orchestrales de Beethoven ne sont pourtant jamais bien loin. Dans l’Adagio, Sokolov nous plonge dans un mystĂšre, que mĂȘme son toucher cĂ©leste du clavier ne parvient pas Ă  dĂ©voiler. Puis Ă©clate l’Allegro final, oĂč, dans des fulgurances inouĂŻes, Sokolov multiplie les sonoritĂ©s brillantes. Et ces notes, qui soudain se mettent Ă  galoper vertigineusement, semblent ne jamais vouloir suspendre le discours. Il enchaĂźne aussitĂŽt avec les Onze Bagatelles op 119, dont le russe nous donne une interprĂ©tation qui se caractĂ©rise avant tout par l’évidence du style et le naturel des phrasĂ©s. A aucun moment nous pouvons nous dire qu’on pourrait faire ça mieux ou autrement, non, cela s’impose toujours comme Ă©tant « évident » : fausse Ă©vidence, bien sĂ»r, puisque d’autres choix sont forcĂ©ment possibles, mais c’est bien lĂ  la qualitĂ© intrinsĂšque d’une interprĂ©tation que de s’imposer Ă  l’instant T comme Ă©tant la bonne, celle qui coule de source. Rien ne manque donc Ă  l’appel, ni la douceur du toucher, ni la « force de frappe » ; les tempi retenus, toujours excellents, permettent Ă  chaque Bagatelle de s’épanouir tout en variant l’expression entre chacune d’elles, avec une couleur de piano toujours fascinante. Et Ă  la surprise du dernier accord, suit le silence encore plein de sa formidable interprĂ©tation. Alors fusent les applaudissements que l’artiste, se pressant vers les coulisses, semble vouloir ne pas remarquer, comme indiffĂ©rent Ă  ce jugement


En seconde partie, le talent et la profondeur de Sokolov sont tout aussi parfaitement en situation dans les fameux Quatre Impromptus op 142 de Franz Schubert. Le texte se dĂ©roule avec intelligence, et surtout il n’y ici aucune fausse sentimentalité : le pianiste adopte un tempo rĂ©gulier sans alanguir les variations de tonalitĂ©s. Le piano est superbement colorĂ© et Sokolov varie les parties comme s’il s’agissait d’un quatuor Ă  cordes. Mais bien Ă©videmment, c’est l’incontournable et populaire 3Ăšme Impromptu qui emporte tous les suffrages, d’autant plus que l’artiste l’aborde avec la lĂ©gĂšretĂ© d’un touchĂ© perlĂ© qui dĂ©montre, une fois encore, l’art qui s’épanouit au bout de ses doigts. Des doigts magiques conduits par le reste de son corps, capable d’imprimer aussi une puissance phĂ©nomĂ©nale Ă  son jeu.

Le contrat rempli, l’artiste laisse enfin retomber les bras, sans que toutefois son visage marque le moindre relĂąchement ; sous les applaudissements et bravos enthousiastes, toujours pas l’ombre d’un sourire
. Il reviendra cependant
 six fois (!), pour six bis servis comme un dessert Ă  ce public conquis (on le serait Ă  moins) et gourmand, notamment pour dĂ©livrer une « EntrĂ©e des Sauvages » de Rameau pris avec vĂ©locitĂ© toute dĂ©moniaque !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Illustration (DR)

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. En rĂ©unissant Pretty Yende et Javier Camarena en tĂȘtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone Ă©tait sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison europĂ©enne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas Ă©tĂ© déçues


 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opĂ©ra extrĂȘmement difficile Ă  mettre en scĂšne, son livret accusant d’évidents dĂ©sĂ©quilibres, et ce n’est pas la mise en scĂšne confiĂ©e Ă  l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra rĂ©soudre la difficile Ă©quation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire dĂ©jĂ  passablement alambiquĂ©e. Car elle voir un parallĂšle entre l’époque de Cromwell Ă  laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des annĂ©es 70. Mais Ă  la simple transposition, Miksimmon prĂ©fĂšre juxtaposer les deux Ă©poques, et dans le (misĂ©rable et affreux) dĂ©cor d’une salle des fĂȘtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillĂ©s en costumes du XVIIe qui y Ă©voluent
 L’intrigue apparaĂźt encore plus opaque qu’elle ne l’est dĂ©jĂ , et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassinĂ© par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer Ă  nouveau dans la folie


De son cĂŽtĂ©, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnĂ©riennes. On portera nĂ©anmoins Ă  son crĂ©dit sa maniĂšre d’accompagner les chanteurs et de prĂ©server la continuitĂ© musicale de la partition, ce qui n’est pas une tĂąche facile dans I Puritani


Par bonheur, la distribution vocale rachĂšte tout. L’Arturo de Javier Camarena Ă©tait, bien entendu, la principale attraction de la soirĂ©e, et le tĂ©nor mexicain s’est jouĂ© de cette tessiture suraigĂŒe avec son aisance coutumiĂšre, y ajoutant une puretĂ© dans le legato, une lumiĂšre dans le timbre, une suavitĂ© dans les accents, et une intensitĂ© dans le phrasĂ© sans rivales aujourd’hui dans ce rĂ©pertoire. Tour Ă  tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, mĂȘme s’il « se contente » d’un contre-RĂ© en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». PropulsĂ©e vers les sommets depuis qu’elle a remportĂ© le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne dĂ©mĂ©rite pas en Elvira, dĂ©livrant un chant techniquement irrĂ©prochable, et faisant preuve d’une capacitĂ© Ă  contrĂŽler superbement l’émission de ses notes aigĂŒes, claires et timbrĂ©es sans jamais ĂȘtre criĂ©es, mais l’actrice peine en revanche Ă  convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme gĂ©nĂ©rĂ© par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le cĂ©lĂšbre « Vieni fra queste braccia », qui rĂ©colte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant Ă  la noblesse du phrasĂ© bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant Ă  la basse croate Marko Mimica, il possĂšde tous les atouts pour ĂȘtre un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racĂ© et prestance scĂ©nique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le ChƓur du Gran Teatre del Liceu s’avĂšrent Ă©galement d’une trĂšs belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, le 12 oct 2018. PĂ€rt, Prokofiev, Repin / Orch Philh de Monte-Carlo,Yamada.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. PĂ€rt, Prokovief, TchaĂŻkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Yazuki Yamada. Un an aprĂšs avoir subjuguĂ© le public monĂ©gasque dans le Premier Concerto pour violon de SergueĂŻ Prokofiev, le grand violoniste russe Vadim Repin (nĂ© en 1971) Ă©tait de retour en PrincipautĂ© pour interprĂ©ter, cette fois, le DeuxiĂšme Concerto du cĂ©lĂšbre compositeur russe. Mais comme Ă  peu prĂšs dans toutes les salles de concert aujourd’hui, c’est par une piĂšce plus contemporaine que s’est ouverte la soirĂ©e, avec une exĂ©cution du superbe Fratres pour violon solo, orchestre Ă  cordes et percussion d’Arvo PĂ€rt, ici dans sa version remaniĂ©e de 1992. Fratres est un ouvrage de trĂšs belle facture polyphonique dont l’inspiration des Ɠuvres de Benjamin Britten n’est pas dissimulĂ©e et le propos trĂšs religieux. Typique du caractĂšre trĂšs rĂ©pĂ©titif de la musique balte, cette partition d’une dizaine de minutes fait ici appel Ă  un orchestre Ă  cordes dont la progression inĂ©branlable est rĂ©guliĂšrement parcourue par de calmes interventions de la grosse caisse et des claves.

Dans le concerto de Prokovief qui vient juste aprĂšs, Vadim Repin – tout autant que l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigĂ© par son chef titulaire Kazuki Yamada – sĂ©duisent. MalgrĂ© une premiĂšre partie un peu moins bien conduite, mais que sa longueur rend de fait plus ardue d’exĂ©cution, la romance centrale est particuliĂšrement rĂ©ussie : en face d’un violon Ă  l’expressivitĂ© parfaite, l’accompagnement en pizzicati des cordes apparaĂźt comme lĂ©gĂšrement railleur. Quant au Finale, une sorte d’« espagnolade » rythmĂ©e par les castagnettes, il est livrĂ© avec une densitĂ© et une impĂ©tuositĂ© incroyables, qui dĂ©montrent que Repin possĂšde un art de la virtuositĂ© Ă  l’image de sa sensibilitĂ© musicale. MalgrĂ© l’insistance du public, il ne sacrifiera pas Ă  la tradition du bis…

kazuki-yamada-jc-vinaj-opmc-11AprĂšs l’entracte, la QuatriĂšme Symphonie de TchaĂŻkovski enthousiasme Ă©galement : si le thĂšme du fatum paraĂźt au premier abord peu terrifiant – l’inquiĂ©tude ne s’immisce pas moins de maniĂšre graduelle et subtile dans l’Ɠuvre, plus souvent Ă  travers le tempo (implacable dans la valse, ou qui se dĂ©chaĂźne subitement au dĂ©tour d’une phrase) que par celui des timbres, en tous points magnifiques. Le deuxiĂšme mouvement esquisse une immense arche mĂ©lodique, qui respire avec naturel grĂące Ă  la gradation des dynamiques et des articulations des voix intermĂ©diaires. C’est avec le scherzo que s’établit vĂ©ritablement un dĂ©but de frĂ©nĂ©sie rythmique qui ne s’interrompra plus : les pizzicati sont incroyablement dansants et volubiles, mettant en avant les touches folkloriques de la partition.

Que ce soit dans le concerto de Prokovief ou la symphonie de TchaĂŻkovsky – l’incisivitĂ© des attaques, les timbres magnifiquement opulents, la perfection formelle renforcĂ©e par une certaine dĂ©contraction -, tout laisse Ă  penser que le courant passe formidablement bien entre les musiciens et le chef japonais ! Illustrations : Vadim Repin / Kazuki Yamada (DR)

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Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. PĂ€rt, Prokovief, TchaĂŻkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada.

Compte-rendu, récital. Bordeaux, le 18 sept 2018. Récital Jonas Kaufmann, ténor / Liszt, Wolf, Mahler.

thumbnail_kaufmannCompte-rendu, rĂ©cital. Bordeaux Grand-ThĂ©Ăątre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler. AprĂšs l’avoir accueilli une premiĂšre fois en 2007 (dans une salle bien clairsemĂ©e, il n’était pas encore la star qu’il est devenu
), le Grand-ThĂ©Ăątre de Bordeaux a ouvert sa saison avec un rĂ©cital de Jonas Kaufmann, le chanteur lyrique le plus couru de la planĂšte. Tellement couru que les places se sont tout bonnement arrachĂ©es, et que tout Ă©tait » sold out » quelques minutes aprĂšs l’ouverture de la location sur internet
 Ce n’était pourtant pas un programme facile qu’il proposait lĂ , aux cĂŽtĂ©s de son partenaire et ami de toujours le pianiste Helmut Deutsch : des Lieder de Liszt, Wolf et Mahler, bien moins faciles d’accĂšs que les tubes du rĂ©pertoire lyrique qu’il avait par exemple proposĂ©, quatre jours auparavant, Ă  son public moscovite


Premier des quatre cycles au programme ce soir, 6 Lieder de Franz Liszt, dans lesquels il apparaĂźt tout de suite Ă©vident qu’Ă  la diffĂ©rence du piano, l’Ă©criture pour la voix prend chez le cĂ©lĂšbre compositeur allemand une tournure autrement plus concentrĂ©e, loin des concessions virtuoses et Ă©phĂ©mĂšres qu’avec « l’instrument roi ». Cette assertion, Jonas Kaufmann la fait sienne : le ton est impĂ©rieux autant que la phrase est impĂ©rative. DĂšs le « Vergiftet sind meine Lieder » (« EmpoisonnĂ©s sont mes chants »), la voix se joue des difficultĂ©s et sĂ©duit irrĂ©sistiblement. Suit le trĂšs beau « Im Rhein, im schönen Strome » (« Dans le Rhin, dans ce beau fleuve »), oĂč son impressionnant registre grave est mis Ă  contribution, en mĂȘme temps que des fĂȘlures dans le dĂ©ploiement de la ligne apparaissent, qui se transforment en une somptueuse plus-value expressive dans le Lied « Ihr Glocken von Marling », sommet absolu de ce premier bouquet de Lieder, traversĂ© d’un bout Ă  l’autre par la sensation d’un aboutissement phĂ©nomĂ©nal. Le second cycle offre Ă  entendre les fameux 5 RĂŒckert Lieder de Gustav Mahler, Ă  l’origine Ă©crits pour voix de baryton et orchestre. Ici, seulement accompagnĂ© au piano, et donc dĂ©pouillĂ©e de la splendeur des couleurs orchestrales, la voix du tĂ©nor allemand semble dĂ©lestĂ©e du poids du monde extĂ©rieur, des distractions pesantes et inutiles, comme le dit si bien le Lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen ». Et dans le poignant « Um Mitternacht » conclusif, il semble chanter comme pour lui-mĂȘme, en Ă©tablissant un calme intĂ©rieur pour amener l’auditeur vers l’ineffable


 

 

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AprĂšs une pause bienvenue pour se remettre de ce dernier Lied, c’est le recueil des Liederstrauss de Hugo Wolf d’aprĂšs des poĂšmes de Heinrich Heine auquel le duo s’attaque. Tout le talent de Wolf pour les clairs-obscurs et toute la complexitĂ© de son Ă©criture sont remarquablement interprĂ©tĂ©s par les deux acolytes, mais nous nous attarderons cette fois sur le piano de Helmut Deutsch, un instrument qui n’accompagne, ici, pas le chant, mais qui, sous les doigts de ce grand artiste, se fait le double de la voix, Ă©pousant la courbe et le poids de chaque note, avec des sonoritĂ©s incroyablement lumineuses et dĂ©licates qui sculptent littĂ©ralement l’espace. Et c’est par les sublimes 4 derniers Lieder de Richard Strauss que se clĂŽt la soirĂ©e, un cycle expressĂ©ment Ă©crit pour une voix fĂ©minine, et dont les intentions techniques et expressives de l’Ă©criture ne « tombent » donc pas vraiment dans le format naturel de la voix de Jonas Kaufmann
 mais c’est sans compter sur le pouvoir d’expression d’un romantisme intĂ©rieur qu’il sait parfaitement vĂ©hiculer. GrĂące Ă  la force de sa sensibilitĂ© toute en finesse et en profondeur, on ne peut ainsi que rendre les armes Ă  l’issue du sublime « Im Abendrot », dans lequel le timbre et la concentration extrĂȘme du chanteur, ainsi que son incomparable capacitĂ© Ă  crĂ©er l’intimitĂ©, subjuguent les spectateurs bordelais. A ce moment de la soirĂ©e, la douceur de sa voix – devenue simple murmure – touche jusqu’à l’extase, rejoignant d’un coup, dans la confidence, la part la plus secrĂšte du moi de l’auditeur
 et il ne faudra pas moins de cinq bis (quatre de Strauss et un de Liszt) pour Ă©tancher et calmer le trop plein d’émotion d’un public en vĂ©nĂ©ration devant son idole !

 

  

 

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Compte-rendu, récital. Bordeaux Grand-Théùtre, le 18 septembre 2018. Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch dans un programme Liszt, Wolf et Mahler.

 

 

 

 

Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit. Le concert de clĂŽture de la 73Ăšme Ă©dition du Septembre musical de Montreux-Vevey avait une saveur particuliĂšre car il marquait aussi les adieux de Tobias Richter Ă  une manifestation qu’il dirigeait depuis pas moins de quatorze annĂ©es ! Et ce sont deux piliers du festival qui ont rĂ©pondu prĂ©sents, l’ancien couple Ă  la ville que sont la grande pianiste argentine Martha Argerich et le chef d’orchestre suisse Charles Dutoit, placĂ© ce soir Ă  la tĂȘte de l’European Philharmonic of Switzerland, une jeune formation dont beaucoup de membres sont issus du fameux Orchestre des Jeunes Gustav Mahler.

 

 
 

argerich montreux festival 2018 critique concert concert review par classiquenews

 

 
 

9 SEPT 2018. La soirĂ©e dĂ©bute avec le (rare) ballet « Jeu de cartes » d’Igor Stravinsky. CrĂ©Ă© en 1937 pour Balanchine Ă  New York, sous la baguette du compositeur russe, ce ballet est pourtant un petit bijou jouant de la forme classique plutĂŽt que s’y assujettissant, utilisant l’art de la citation avec notamment un thĂšme de l’ouverture du Barbier (dans la « troisiĂšme donne »), changeant sans cesse de rythme, et d’une ardeur dĂ©bordante toujours contenue dans une stricte gĂ©omĂ©trie anguleuse. La jeune phalange y fait preuve d’une impeccable mise en place et d’une grande virtuositĂ©. Puis arrive la lionne, qui prend alors son instrument Ă  bras le corps comme elle nous en a donnĂ© l’habitude : d’emblĂ©e les premiers accords du Premier Concerto pour Piano de Liszt rĂ©sonnent avec grandeur, et quelques mesures suffisent pour que Marta Argerich parvienne Ă  la densitĂ© de jeu voulue, mais c’est bien un vĂ©ritable dialogue qui s’instaure avec un orchestre qui brille par la qualitĂ© de ses soli instrumentaux, notamment ceux des bois. Le concerto s’achĂšve dans un climax parfaitement maĂźtrisĂ© par Charles Dutoit. Commence alors une valse d’hĂ©sitation, bis ou pas bis, mais devant la frĂ©nĂ©sie du public, Argerich s’exĂ©cutera finalement trois fois ! Elle interprĂšte tour Ă  tour la piĂšce Widmund du duo Schumann/Liszt, la premiĂšre piĂšce des ScĂšnes d’enfants du mĂȘme Schumann, mais surtout l’incroyable Rondo de la Sonate K 141 de Domenico Scarlatti, dĂ©butĂ©e comme une Ɠuvre romantique et conclue sublimement avec une agilitĂ© tout simplement diabolique !

 

 
 

ARGERICH & MASLEEV Ă  MONTREUX

 

 
 

AprĂšs l’entracte, place Ă  la grandiose Symphonie n°3 (avec orgue) de Camille Saint-Saens, dans laquelle Dutoit laisse parfaitement respirer son orchestre pour en dĂ©gager une sonoritĂ© d’une remarquable ampleur. L’Allegro initial dĂ©bute par un beau crescendo rĂ©unissant petit Ă  petit toutes les forces instrumentales dans une dynamique souple, superbe par son Ă©quilibre, ses nuances dĂ©licates et son Ă©lĂ©gance, jusqu’à un Finale qui fait lui rĂ©sonner avec Ă©clat les cuivres dans une coda majestueuse rythmĂ©e par les timbales omniprĂ©sentes. Mais la soirĂ©e ne se termine pas par cette effervescence sonore mais par un bis choisi par Tobias Richter Ă  la demande de son ami Charles Dutoit : c’est ainsi par les accords de la cĂ©lĂšbre Valse triste de Sibelius que s’achĂšve la soirĂ©e, une piĂšce qui prend une teinte plus nostalgique que jamais au regard du contexte


 

 
 

Dmitry MASLEEV 7 SEPT 2018. Deux jours plus tĂŽt, dans la grande salle du magnifique chĂąteau de Chillon, Ă  la pointe extrĂȘme du LĂ©man, nous avons pu assister Ă  un rĂ©cital du jeune prodige russe Dmitry Masleev, laurĂ©at du prestigieux Concours international TchaĂŻkovsky en 2015. Il dĂ©bute son rĂ©cital avec sept morceaux issus du cycle des 18 PiĂšces pour piano op. 72 de TchaĂŻkovski, composĂ©es en 1893, et donc une des toutes derniĂšres rĂ©alisations du compositeur russe, puisqu’il devait disparaĂźtre au cours de cette mĂȘme annĂ©e. Ces piĂšces dont chacune dure Ă  peine cinq minutes, prĂ©sentent des climats divers qui rendent parfois hommage Ă  Schumann ou Ă  Chopin. Le jeune pianiste parvient Ă  donner une vraie unitĂ© Ă  ce cycle hĂ©tĂ©roclite, et rĂ©ussit l’exploit de se fondre dans l’esprit de chaque piĂšce ; grĂące Ă  une technique brillante et virtuose, il se joue par ailleurs des nombreuses difficultĂ©s de la partition. Il enchaĂźne avec une Ɠuvre non inscrite au programme, la magnifique transcription de l’Adagio du Concerto pour hautbois de Marcello par Bach, ici dĂ©livrĂ©e avec une incroyable tendresse qui restera le moment le plus Ă©mouvant de la soirĂ©e.
Le programme reprend avec la DeuxiĂšme Sonate op. 14 de SergueĂŻ Prokovief, et l’on ne peut qu’ĂȘtre admiratif devant la technique du soliste, dont la robustesse du jeu n’a d’égale que la richesse de la palette sonore. De plus, le phrasĂ© est toujours juste, et l’expression va ici Ă  l’essentiel. Mais l’apothĂ©ose vient avec la Rhapsodie espagnole de Franz Liszt, longue piĂšce d’une difficultĂ© affolante, mĂȘlant de nombreux motifs plus au moins hispaniques, que le russe va maĂźtriser avec une Ă©conomie et une rigueur extrĂȘmes. Pas d’effets inutiles dans cette interprĂ©tation fiĂšre et rude, mais un toucher puissant et torrentiel, d’une grande intensitĂ© sonore et d’une virtuositĂ© sans faille ! Un grand rĂ©cital, trĂšs chaleureusement accueilli par un public remarquablement attentif, auquel Masleev offrira trois bis : deux piĂšces de Scarlatti ; plus le curieux « Football » de Chostakovich, sport dont le cĂ©lĂšbre compositeur russe raffolait
.

 

 
 

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MISCHA DAMEV nouveau directeur
 En guise de conclusion, signalons qu’au lendemain de la soirĂ©e de clĂŽture, on apprenait la nomination de Mischa Damev Ă  la tĂȘte du festival, un ancien pianiste et chef d’orchestre d’origine bulgare qui dirige depuis 10 ans la division des Affaires culturelles et sociales de la FĂ©dĂ©ration des coopĂ©ratives Migros (dont 1% du chiffre d’affaire est affectĂ© Ă  du mĂ©cĂ©nat en faveur de la musique classique). Sous son impulsion, le festival sera rebaptisĂ© « Septembre musical – une fenĂȘtre sur le monde », et sera dĂ©diĂ© chaque annĂ©e Ă  un pays. Souhaitons-lui bonne chance dans ses nouvelles fonctions
 et vivement la 74Ăšme édition qui sera consacrĂ©e – on le sait dĂ©jà
 – Ă  la Russie !

 

 
  

 
 

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Compte-rendu, concerts. 73Ăšme Festival du Septembre musical de Montreux-Vevey, Auditorium Stravinsky et ChĂąteau de Chillon, les 7 & 9 septembre 2018. Dmitry Masleev, Martha Argerich & Charles Dutoit.

 

 
  

 
 

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan.Seudre, le jeudi 6 sept 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg,Chostakovich.

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenInaugurĂ©s en 1989, les Jeudis Musicaux de Royan (et de son agglomĂ©ration) fĂȘtent cette annĂ©e leurs 30 ans, et ce ne sont pas moins de 33 concerts dans les 33 communes de l’agglomĂ©ration royannaise qui sont proposĂ©s Ă  un public mĂȘlant gens d’ici et touristes. L’affiche est particuliĂšrement allĂ©chante cet Ă©tĂ© (concerts entre le 7 juin et le 20 septembre) et, de fait, le festival n’a rien Ă  envier Ă  certaines manifestations plus prestigieuses et mĂ©diatisĂ©es. Yann Le CalvĂ©, le directeur artistique de la manifestation charentaise, a ainsi pu rĂ©unir – entre autres – des artistes ou formations tels que Philippe Jaroussky, le Quatuor Modigliani, Thomas Dunford, Adam Laloum, le Quatuor EbĂšne, BĂ©atrice Uria-Monzon, Vanessa Wagner, Jordi Savall, ou encore le Quatuor Danel que nous somme venus entendre dans un programme rĂ©unissant des Ɠuvres de Beethoven, Weinberg et Chostakovitch.

 

Le 30Ăšme concert se dĂ©roule Ă  l’église (Saint-Martin) de l’Eguille sur Seudre qui, si elle n’a pas le charme de certaines Ă©glises romanes dont est parsemĂ©e la rĂ©gion, offre en revanche une acoustique idĂ©ale avec son plafond en bois et sa nef unique. De quoi mettre en tout cas en valeur l’excellent Quatuor Danel, un ensemble fondĂ© en 1991, connu pour avoir reçu l’enseignement du prestigieux Quatuor Borodine. Avant leurs deux chevaux de bataille que sont justement les Ɠuvres de Weinberg et de Chostakovitch, c’est le Quatuor N°2 opus 18 que les quatre instrumentistes (Marc Danel, Gilles Millet, Vlad Bogdanas, Yovan Markovitch) abordent, une Ɠuvre dans laquelle ils frappent par la perfection de la mise en place, l’intelligence des tempi et la justesse stylistique : soulignant les accents et les contrastes, ils privilĂ©gient une approche incisive, voire drue et rugueuse, toujours vivante et engagĂ©e de l’opus beethovĂ©nien.

 

Proche de Chostakovitch, le compositeur russe d’origine polonaise Mieczyslaw Weinberg a composĂ© pas moins de 17 quatuors, dont les Danel ont gravĂ© une IntĂ©grale (chez CPO), et qu’ils ont Ă©galement interprĂ©tĂ© lors d’un concert marathon Ă  Manchester en 2007. Ce sont donc des spĂ©cialistes de ce rĂ©pertoire, et le CinquiĂšme quatuor (1945) qu’ils joue ce soir en fait la preuve. Cette Ɠuvre angoissante, accablante mĂȘme – Ă©crite peu aprĂšs l’extermination de la sƓur et de la mĂšre de l’artiste dans les camps d’extermination nazis – implique un engagement important des interprĂštes, les premier et second violons ayant ainsi la curieuse habitude de jouer les pieds levĂ©s, surtout dans les moments de grande intensitĂ©. Le Quatuor N°3 de Chostakovitch qui suit a Ă©tĂ© composĂ© un an aprĂšs le prĂ©cĂ©dent, en 1946, mais se montre beaucoup plus sage, presque « classique », au grand dam de la censure soviĂ©tique : les cinq mouvements qui le constituent joue ainsi au jeu du chat et de la souris avec elle. LĂ  aussi le quatuor Danel offre une lecture tout en probitĂ©, sans la moindre faute de goĂ»t, et le public ne boude pas son plaisir Ă  l’issue des derniĂšres notes du concert.

 

Il reste trois concerts pour ceux qui ont la chance d’habiter le pays royannais ou d’y prendre des vacances en septembre : un concert Ă  l’Eglise de Saint Palais sur Mer rĂ©unissant Jean-François Heisser, Didier Sandre et BĂ©atrice Uria-Monzon le jeudi 13/9, un autre le mĂȘme soir Ă  l’Abbaye de Sablonceaux avec l’Ensemble Perspectives et un dernier, le 20/9, Ă  l’Eglise de Meschers sur Gironde, prĂ©sentĂ© par l’inĂ©narrable FrĂ©dĂ©ric LodĂ©onn, et rĂ©unissant Victor Julien-LaferriĂšre au violoncelle, ThĂ©o Fouchenneret au piano et Florian Pujuila Ă  la clarinette. Et comme aprĂšs chaque concert, un moment de convivialitĂ© autour d’un verre de cidre et d’une part de galette charentaise sera organisĂ© pour Ă©changer avec les artistes
 ce qui est une  initiative trĂšs apprĂ©ciĂ©e par le public !

 

 

Compte-rendu, concert. 30ùme Jeudi Musicaux de Royan (et de son agglo). Eglise de l’Eguille sur Seudre, le jeudi 6 septembre 2018. Quatuor Danel : Ɠuvres de Beethoven, Weingberg et Chostakovich.

Compte-rendu, concert. La CHAISE-DIEU, les 23 et 24 août 2018. La Création, Via Crucis

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 aoĂ»t 2018. La CrĂ©ation de Haydn / ChƓur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve. FondĂ© en 1966 par Georges Cziffra, le Festival de La Chaise-Dieu prĂ©sente cette annĂ©e sa 52Ăšme Ă©dition : trente-deux concerts traduisent l’ampleur prise depuis le milieu des annĂ©es 1970, sous l’impulsion de Guy Ramona puis de Jean-Michel MathĂ©, par cette manifestation auvergnate qui laisse comme toujours une grande place Ă  la musique sacrĂ©e (comme c’est le cas ce soir avec « La CrĂ©ation » de Josef Haydn donnĂ©e dans l’Abbatiale Saint-Robert), mais aussi le souci de mettre en avant des partitions oubliĂ©es, Ă  l’instar du rarissime « Via Crucis » de Franz Liszt que nous avons pu entendre le lendemain, cette fois dans la magnifique Ă©glise (gothique) d’Ambert, Ă  une trentaine de kilomĂštres au nord de La Chaise-Dieu.

 
 
 

HAYDN : La CrĂ©ation. Sur un livret anglais tirĂ© du Paradis perdu de John Milton, adaptĂ© en allemand par le baron van Swieten, l’oratorio « Die Schopfung », crĂ©Ă© en avril 1798, raconte la crĂ©ation successive, sous l’impulsion de la main divine, des Ă©lĂ©ments, des animaux puis de l’homme. D’emblĂ©e, la reprĂ©sentation du Chaos dans un tutti Ă©clatant Ă©tonne et donne vĂ©ritablement le ton. A la tĂȘte de son chƓur Accentus et de son orchestre Insula, Laurence Equilbey imprime Ă  sa phalange une respiration ample et profonde, avant de lui imposer un tempo trĂšs lent, empli de mystĂšre. L’entrĂ©e de RaphaĂ«l, quasi murmurĂ©e, poursuit de maniĂšre trĂšs Ă©mouvante ce climat intimiste. Par la suite, l’orchestre soulĂšve de bout en bout l’enthousiasme, au travers notamment d’effets finement mĂ©nagĂ©s et de climats parfaitement contrastĂ©s. Le chƓur possĂšde la mĂȘme teneur : on ne se lasse pas de savourer sa justesse, l’attention portĂ©e aux nuances, son art du phrasĂ©, ses Ă©clats autant que ses superbes pianissimi. Equilbey s’est par ailleurs entourĂ© d’un trio de solistes parfaitement en situation. GorgĂ©e de lumiĂšre et de douceur, la voix de la jeune soprano française Chiara Skerath enchante, notamment grĂące au soin particulier qu’elle apporte Ă  sa ligne de chant (splendide « Auf starkem Fittiche schwingen sich » !). Superbes musiciens, le baryton autrichien Rafael Fingerlos impressionne par son aplomb et sa puissance expressive (ardent « Rollend in schaĂŒmenden » !), tandis que son compatriote Martin Mitterrrutzner, au tĂ©nor clair mais bien projetĂ©, complĂšte magistralement l‘affiche (remarquable « Mit leisem Gang und sanftem Schimmert » !). Un triomphe mĂ©ritĂ© leur est adressĂ© au moment des saluts.

 
 
 

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886VIA CRUCIS de LISZT. Le lendemain, c’est Ă  un concert bien plus ascĂ©tique, voire aride (sans connotation pĂ©jorative), que l’on est conviĂ©, avec le Via Crucis de Liszt. Ce chef d’Ɠuvre singulier et mĂ©connu de la musique religieuse retrace les quatorze stations du chemin de croix du Christ en mĂȘlant hymnes latins, Chorals en allemand et soli pour orgue, mais ici exĂ©cutĂ©s au piano, dans lesquels le toucher incisif et nuancĂ© du pianiste français Jean-Claude Pennetier offre une subtilitĂ© et une prĂ©sence auxquelles pourraient difficilement prĂ©tendre le son plus uniforme d’un orgue. Mais surtout, l’instrument profane, Ă  force de brio magnifiĂ©, devient ici le personnage principal de cette mĂ©ditation sur la Passion, ce qui n’enlĂšve rien Ă  l’excellence du chƓur Vox Clamantis : ce dernier parvient sans peine Ă  rendre la force de cette musique, notamment l’extase retenue et poignante de la rencontre avec Marie, ou encore la mise au tombeau, oĂč le temps semble aboli, jusqu’à une vision finale particuliĂšrement sereine. Dans d’autres passages, comme le terrible portement de croix ou l’extraordinaire derniĂšre parole du Christ, il n’en fait pas moins preuve de toute l’intensitĂ© que ces passages requiĂšrent. MalgrĂ© l’ascĂ©tisme de l’Ɠuvre, le public ne rĂ©pond pas moins prĂ©sent que celui de la veille, et rĂ©serve aux artistes les plus chaleureux applaudissements…

   

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Compte-rendu, concert. La Chaise-Dieu & Ambert, les 23 & 24 aoĂ»t 2018. La CrĂ©ation de Haydn / ChƓur Accentus / Insula Orchestra / Laurence Equilbey. Via Crucis de Liszt / Jean-Michel Pennetier / Vox Clamantis./ Jaan-Eik Tulve.

 
  

Compte-rendu, concert. Prades, les 6 et 7 aoĂ»t 2018. Verdi, Olivero,…

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 aoĂ»t 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-SaĂ«ns, Brahms, Debussy, Mahler
 Chacune des nouvelles Ă©ditions du Festival Pablo Casals est placĂ©e sous une thĂ©matique ou un fil conducteur : celle de la 66e annĂ©e est ainsi intitulĂ©e « Un archet pour la paix », en rĂ©fĂ©rence Ă  un magnifique archet qui a mis Ă  contribution pas moins de cinq luthiers (qui en ont fait cadeau au festival), et qui sera gracieusement prĂȘtĂ© ensuite (pour une durĂ©e encore Ă  dĂ©terminer) Ă  un des brillants membres de l’AcadĂ©mie de la cĂ©lĂšbre manifestation catalane. Nous avons justement assistĂ© Ă  cette soirĂ©e de « passation » qui encadrait, en l’Abbaye de St Michel de Cuxa, un concert intitulĂ© « Mare Nostrum », en rĂ©fĂ©rence aux compositeurs Ă  l’honneur en cette soirĂ©e du 6 aoĂ»t, tous issus de pays bordant la MĂ©diterranĂ©e


 

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C’est avec le rare quatuor en Mi mineur de Giuseppe Verdi que dĂ©bute la soirĂ©e, avec rien moins que le fameux Talich Quartet sur scĂšne. On doit son existence au fait que la crĂ©ation italienne d’Aida au San Carlo de Naples ayant Ă©tĂ© retardĂ©e du fait de l’indisposition du rĂŽle-titre, Verdi consacra son temps Ă  l’Ă©criture de sa premiĂšre Ɠuvre de musique de chambre, qui sera crĂ©Ă© deux jours aprĂšs la premiĂšre de l’opĂ©ra, au cours d’une audition privĂ©e organisĂ©e Ă  son hĂŽtel. DĂšs l’amorce l’Allegro initial, on comprend que style et humanitĂ© feront bon mĂ©nage dans cette piĂšce servie ici par un souffle gĂ©nĂ©reux et des coloris raffinĂ©s : on ne saurait rĂ©sister Ă  tant de simplicitĂ© souriante. On ne sourit plus du tout avec la piĂšce qui suit, l’« Aria pour clarinette, violon, violoncelle et piano » de la compositrice israĂ©lienne Betty Olivero, notamment Ă  cause de la brutalitĂ© que la partition exige du piano (confiĂ© Ă  Itamar Golan) dont on se demandait s’il allait sortir indemne du martyr qui lui Ă©tĂ© imposĂ©. Aux cĂŽtĂ©s de piĂšces courtes Ă©crites par AlbĂ©niz et Granados (interprĂ©tĂ©es par Mihalea Martin au violon et Oliver Triendel au piano), le concert s’achĂšve par le non moins rare Sextuor pour flĂ»tes et quatuor Ă  cordes avec piano (1947) de Mikis Theodorakis (interprĂ©tĂ© par l’Artis Quartet et le flĂ»tiste Patrick Gallois), Ɠuvre dans laquelle la flĂ»te se taille la part belle et parvient tout au long des trois sections de l’Ɠuvre Ă  s’imposer magistralement, tout en tendresse, en rondeur ou en engagement.

Le concert du lendemain, toujours dans la nef de la magnifique abbaye romane de St Michel de Cuxa, est lui intitulĂ© « Entre deux guerres » (les deux paix de Versailles en 1871 et 1918), et met en miroir des compositeurs français et germaniques. La seconde partie de la soirĂ©e offre ainsi Ă  entendre, aprĂšs le court Allegro Appassionato op 43 de Saint-SaĂ«ns, le Quatuor Ă  cordes n° 1 en Ut mineur op. 51/1 de Johannes Brahms, dont le compositeur allemand a eu du mal Ă  accoucher tant l’ombre du grand Ludwig van Beethoven restait intimidante dans ce domaine, comme dans celui de la symphonie. Il ne lui fallut ainsi pas moins d’une vingtaine d’annĂ©es pour finir cette composition marquĂ©e par le doute, mais si Brahms reste un peu sur son quant-Ă -soi dans les deux premiers mouvements, de facture trĂšs classique, le troisiĂšme, Allegro molto moderato e comodo, est portĂ© par un lyrisme et une ardeur mĂ©lodique irrĂ©sistibles que le brillant Quatuor Artis parvient ce soir Ă  transmettre avec chaleur et retenue Ă  la fois. Telle est bien la qualitĂ© de ces superbes instrumentistes toujours Ă  la recherche de la couleur adĂ©quate et de l’expression juste, dĂ©nuĂ© de tout dĂ©bordement excessif. AprĂšs l’entracte, le violoniste Boris Galitsky et le pianiste Itamar Golan s’attaque Ă  la Sonate en Sol mineur de Claude Debussy, composĂ©e un an avant sa mort, dans laquelle on admire surtout les glissandi dĂ©licieux du violoniste, et, si le deuxiĂšme mouvement manque un peu de fantaisie, le final est lui parfaitement menĂ©. Enfin, le baryton JĂ©rĂŽme Boutillier (cf photo ci dessous)

termine le concert avec le cycle des Chants d’un Compagnon errant (Lieder eines fahrenden Gesellen) de Mahler dans sa version orchestrale rĂ©duite par Arnold Schoenberg. Hormis le premier poĂšme extrait du recueil Le Cor merveilleux de l’enfant (Des Knaben wunderhorn) sorti de la plume d’Arnim et Brentano, tous les autres textes sont de Mahler lui-mĂȘme, qui offrira un destin particulier au deuxiĂšme lied en l’utilisant comme tissu mĂ©lodique du premier mouvement de sa Symphonie n°1. En plus d’un timbre de toute beautĂ©, d’un phrasĂ© impeccable et d’une diction parfaite de la langue de Goethe, avouons que le jeune chanteur sait particuliĂšrement bien mĂ©nager cet instant d’émotion poignante qui saisit les derniers vers du quatriĂšme Lied (Die zwei blauen Augen), qui prĂ©figure le sublime « Adieu Ă  la vie » (Abschied) qui terminera – quelque 20 ans plus tard – le cycle mahlĂ©rien du Chant de la terre


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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler


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Compte-rendu, concert. Saintes, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. OCE / Kelly God / Philippe Herreweghe.

Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe. C’est un franc succĂšs qu’a rencontrĂ© la 47e Ă©dition du Festival de Saintes, avec un taux de remplissage de 75 %, qui cette annĂ©e a traversĂ© la Manche « pour donner voix aux ensembles ou compositeurs britanniques » : on y a ainsi pu entendre des Songs du XVIIe siĂšcle anglais, interprĂ©tĂ©es par Lucile Richardot et l’Ensemble Correspondances, mais aussi des cantates de jeunesse de Haendel magnifiĂ©es par la jeune Deborah Cachet, ou encore un bouquet de mĂ©lodies anglaises offert par la soprano Carolyn Sampson et l’Ensemble VOCES8. Mais c’est cependant par un programme germanique que s’est clĂŽturĂ© le festival, avec un concert mĂ©langeant Wagner et Bruckner, Philippe Herreweghe dirigeant son Orchestre des Champs-ElysĂ©es.

Par Ă©gards aux lieux, c’est une lecture toute chambriste des sublimes Wesendonck Lieder de Richard Wagner que livre le vĂ©nĂ©rable chef français, une option Ă  laquelle rĂ©pond idĂ©alement l’expressivitĂ© contenue de la magnifique soprano amĂ©ricaine Kelly God, dont la voix s’avĂšre idĂ©ale pour les Ɠuvres de l’Echanson de Bayreuth. Dans le premier lied Der Engel, l’intelligence du texte comme l’élĂ©gance de ses aigus, emportent complĂštement l’adhĂ©sion. Herreweghe engage ensuite un Stehe still sur lequel la soprano laisse s’exprimer toute la richesse de son timbre de miel, la radiance irisĂ©e de sa voix et une impressionnante longueur de souffle. Comment ne pas admirer, enfin, la prĂ©cision de la diction, qui – dans le dernier des cinq Lieder, le sublime TrĂ€ume – lui permet une Ă©vocation poĂ©tique admirable, renforcĂ©e par une subtilitĂ© des phrasĂ©s et des nuances tout simplement ensorcelantes.

 

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AprĂšs une pause salutaire pour se remettre de l’émotion suscitĂ©e par le chant de la divine God (la bien nomĂ©e
), c’est Ă  la monumentale Symphonie N°4 d’Anton Bruckner que s’attaque la formation parisienne, avec une interprĂ©tation fort intĂ©ressante de la part de Herreweghe. Le premier mouvement paraĂźt assez sec et froid, en carence de la dĂ©mesure et du souffle des grands espaces, mais nĂ©anmoins bien menĂ©, d’une façon naturelle et fluide, et si les appels du cor peuvent sembler un rien prosaĂŻques, ils sont d’une maĂźtrise sans faille. L’Adagio est encore plus intĂ©ressant : le thĂšme est exposĂ© assez crĂ»ment, sans fard, mais Herreweghe approfondit progressivement le discours, faisant surgir enfin chaleur et expressivitĂ© chez les cordes. L’atmosphĂšre est celle d’une triste parade, un convoi funĂšbre peut-ĂȘtre, mais dans un ton lĂ©ger, presque en apesanteur, et dans un tempo relativement preste. Le scherzo est lui aussi pris rapidement, majestueux, d’une puissance communicative, il s’interrompt brusquement pour un trio trĂšs Ă©lĂ©gant, tout en finesse et en transparence. Grande rĂ©ussite Ă©galement, un dernier mouvement imposant mais pas pesant, dont la structure complexe est superbement mise en valeur, sans que la tension ne se relĂąche, et dans lequel le thĂšme du premier mouvement est rĂ©exposĂ© dans tout sa puissance
 avant une magistrale Coda ! Un tonnerre d’applaudissements vient couronner la soirĂ©e, qui se termine par le retour de la soprano, venue chanter Ă  nouveau le dernier des Wesendonck Lieder, pour le plus grand plaisir des mĂ©lomanes rĂ©unis sous les voutes de la magnifique Abbaye aux Dames de Saintes
 Vivement la prochaine Ă©dition qui se tiendra du 12 au 20 juillet 2019 !

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Compte-rendu, concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 21 juillet 2018. Wagner/Bruckner. Kelly God/ Philippe Herreweghe.Illustrations : © Séb. Laval / Fest. de Saintes 2018

 

Compte-rendu, concert. Evian, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. J-J Kantarow, Orch de Chambre de Lausanne. Salonen, Lozakovich.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich. C’est un franc succĂšs qu’a rencontrĂ© l’édition 2018 des Rencontres musicales d’Evian, 25 ans aprĂšs la premiĂšre, avec pas moins de 16 concerts rĂ©unissant des stars du monde classique tels que James Ehnes, Nicolas Lugansky, Daniel Lozakovich ou encore Frank Peter Zimmermann. PlacĂ©e depuis 2014 sous la houlette du fameux Quatuor Modigliani, la manifestation lĂ©manique – sise dans la magnifique salle en bois de La Grange au lac, construite Ă  l’intention de Mstilav Rostropovitch – a pris un nouvel essor cette annĂ©e avec la crĂ©ation de son propre orchestre, le Sinfonia Grange au Lac, composĂ© d’instrumentistes issus des plus grandes phalanges europĂ©ennes (Amsterdam, Berlin, Francfort, Leipzig, Londres, Munich, Paris, ou encore Vienne), et placĂ© sous la baguette d’un des meilleurs chefs au monde, le finlandais Esa-Pekka Salonen. Comme une cerise sur la gĂąteau, la nouvelle formation a eu l’honneur de clĂŽturer le festival, avec deux Ɠuvres qui ont enthousiasmĂ© une salle pleine Ă  craquer : les sublimes MĂ©tamorphoses de Richard Strauss et la Symphonie « HĂ©roĂŻque » de Beethoven.

Écrites pour vingt-trois cordes solistes, les MĂ©tamorphoses sont dirigĂ©es sans partition par Salonen, sans qu’aucune erreur de mise en place n’apparaisse en prĂšs de trente minutes d’un malheur contenu, ramenĂ© ici Ă  une songeuse rĂ©flexion. Le chef dĂ©veloppe dans cette Ɠuvre une longue ligne sans jamais jouer complĂštement la carte de la dĂ©ploration, ni sans s’appesantir trop sur la rĂ©pĂ©titivitĂ© de l’accord tirĂ© de la CinquiĂšme Symphonie de Beethoven, ni sur le pathĂ©tisme issu de la Marche FunĂšbre de la TroisiĂšme qui sera donnĂ© en seconde partie de soirĂ©e. Les musiciens de la Sinfonia Grange au Lac, avec tous les premiers chefs de pupitres de cette fantastique formation, offrent des variations de nuances et de couleurs absolument magnifiques, Ă  commencer par celles portĂ©es par le premier violon de Gregory Ahss (Premier violon de l’Orchestre du Festival de Lucerne), mais aussi de l’alto de GrĂ©goire Vecchioni, (membre de l’Orchestre National de l’OpĂ©ra de Paris) ou encore du violoncelle de Christophe Morin (violoncelle solo du Mahler Chamber Orchestra), excusez du peu !

AprĂšs l’entracte, la jeune phalange dĂ©ploie toutes ses potentialitĂ©s dans une Symphonie « hĂ©roĂŻque » rĂ©solument magistrale. Salonen semble ici parfaitement dans son Ă©lĂ©ment, et sa direction prĂ©cise et Ă©nergique s’avĂšre en parfaite symbiose avec la puissance du chef d’Ɠuvre beethovĂ©nien. DĂšs le premier accord, son objectif apparaĂźt de façon limpide : dĂ©poussiĂ©rer le compositeur allemand et offrir une relecture moderne de l’ouvrage en mettant en lumiĂšre les aspects tellement visionnaires de cette musique. Une mission qu’il rĂ©ussit avec maestria, et qui nous permet Ă  nouveau d’admirer l’extraordinaire homogĂ©nĂ©itĂ© des diffĂ©rents pupitres. Vivement la prochaine Ă©dition qui sera diriger par un autre des meilleurs chefs au monde, mais c’est un secret que le festival devrait rĂ©vĂ©ler rapidement


LOZAKOVICH : le MENUHIN du XXIĂšme siĂšcle ?Un mot sur le concert de la veille qui rĂ©unissait l’Orchestre de Chambre de Lausanne, le chef français Jean-Jacques Kantorow mais surtout le prodige du violon qu’est le jeune suĂ©dois Daniel Lozakovich (17 ans !). AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre fulgurant en 2015, sous la fĂ©rule de Valery Gergiev, il a signĂ© un contrat d’exclusivitĂ© avec Deutsche Grammophon, et son premier opus discographique consacrĂ© Ă  J. S. Bach vient de paraĂźtre en juin dernier. C’est de façon trĂšs extravertie et engagĂ©e qu’il aborde le cĂ©lĂšbre Concerto pour violon de TchaĂŻkovski, avec beaucoup de relief, et un romantisme que l’on qualifiera d’incandescent. Il dĂ©roule une lecture profonde, nerveuse et virtuose, centrĂ©e sur la prĂ©cision du phrasĂ©. L’Allegro initial endiablĂ©, l’ample cadence, la Canzonetta centrale, d’un poignant lyrisme et le chaloupĂ© Allegro vivacissimo final, aux accents tziganes, tĂ©moignent du panache sans faille de Lozakovich
 comme de la qualitĂ© exceptionnelle de la phalange vaudoise, et notamment de la petite harmonie


A noter que la Grange au Lac abrite dĂ©sormais quatre festivals annuels, un consacrĂ© au piano au printemps, le festival d’étĂ© des Rencontres Musicales, Les Voix d’automne dĂ©diĂ© Ă  l’art lyrique et un dernier dĂ©diĂ© au jazz durant l’hiver. A Evian, il y en a pour tous les goĂ»ts, et nous serons de retour in loco en octobre (le 30) pour entendre le sublime mezzo amĂ©ricaine Joyce DiDonato dans un rĂ©cital consacrĂ© Ă  Ravel, Granados et Rossini 
 Vivement !

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Compte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. TchaĂŻkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich

Compte-rendu, opéra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orch National de France / Tatarnikov

thumbnail_samsonCompte-rendu, opĂ©ra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Camille Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orchestre National de France. Mikhael Tatarnikov (direction). Quelques semaines aprĂšs avoir triomphĂ© dans le rĂŽle Ă  la Staatsoper de Vienne (aux cĂŽtĂ©s d’Elina Garanca), Roberto Alagna est venu dĂ©fendre le rĂŽle de Samson dans sa patrie, au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, avec comme partenaire la contralto quĂ©bĂ©coise Marie-Nicole Lemieux en Dalila. Comme on pouvait s’y attendre, Roberto Alagna illustre tĂ©nor français campe un Samson Ă  tout Ă©preuve, capable de maĂźtriser l’éprouvante tessiture du rĂŽle. Les sonoritĂ©s s’avĂšrent saines, gĂ©nĂ©reuses, insolentes ; la diction, d’une perfection totale. Il convainc pleinement dans le cĂ©lĂšbre « Air de la meule », un phrasĂ© avec beaucoup de nuances et des accents qui expriment toute la souffrance intĂ©rieure du hĂ©ros. On ne doute pas qu’il sortira vainqueur de son prochain dĂ©fi, qui est de chanter Lohengrin au Festival de Bayreuth cet Ă©tĂ©.

 

 

 

Dans un Samson et Dalila superlatif,

Nicole Lemieux surclasse Alagna

En Dalila, Lemieux ne lui cĂšde en rien, et se rĂ©vĂšle mĂȘme supĂ©rieure Ă  lui en termes de prĂ©sence scĂ©nique : c’est merveille de la voir donner vie Ă  son personnage, en multipliant poses, gestes et autres regards, brossant ainsi un portrait crĂ©dible – pour ne pas dire saisissant ! – de cette hĂ©roĂŻne dangereuse et sĂ©ductrice. L’air cĂ©lĂšbre « Mon cƓur s’ouvre Ă  ta voix » nous enchante par la sensualitĂ© qui s’en dĂ©gage, le timbre, dĂ©jĂ  chaud et rond, se faisant alors de velours. Sa diction est Ă©galement parfaite et sa ligne de chant mĂ©rite les plus vives louanges. Elle rĂ©colte un immense succĂšs personnel au moment des saluts, qui lui fait couler quelques larmes….

De son cĂŽtĂ©, Laurent Naouri est un Grand prĂȘtre de Dagon impressionnant d’autoritĂ© et de projection vocale, exemplaire de diction comme ses deux partenaires. C’est un vieil hĂ©breu de haut vol qu’incarne Ă©galement Renaud Delaigue, confĂ©rant Ă  sa partie une vraie noblesse, alliĂ©e Ă  une voix ample et chaleureuse. Enfin, la basse russe Alexander Tsymbalyuk (qui chante en ce moment le rĂŽle-titre de Boris Godounov Ă  l’OpĂ©ra Bastille) est un AbimĂ©lech de luxe, tandis que LoĂŻc FĂ©lix, JĂ©rĂ©my Duffau et Yuri Kissin sont tout simplement parfaits dans leurs rĂŽles de Philistins.

En fosse, le fougueux chef russe Mikhail Tatarnikov – directeur musical du fameux ThĂ©Ăątre Mikhailovsky de Saint-PĂ©tersbourg – obtient de l’Orchestre National de France de superbes sonoritĂ©s et une mĂ©ritoire caractĂ©risation des diffĂ©rents climats ; surtout, un formidable impact dramatique. Les deux « tubes » orchestraux que sont « La Danse des prĂȘtresses » et la « Bacchanale » bĂ©nĂ©ficient de tout le raffinement, la sensualitĂ© et l’exotisme orientalisant qu’on en attend, et il ne faudra pas oublier de saluer le ChƓur de Radio France, sensationnel de cohĂ©sion et d’intensitĂ©.

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Compte-rendu, opéra. Paris, TCE, le 15 juin 2018. Camille Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna / Lemieux. Orchestre National de France. Mikhael Tatarnikov (direction)

Compte-rendu, concert. LYON, Audit. M Ravel, les 7 & 16 juin 2018.« Amadeus » / Britten/Beethoven /Alan Gilbert.  

New York PhilharmonicCompte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, les 7 & 16 juin 2018. Film « Amadeus » de Milos Forman et concert Britten/Beethoven dirigĂ© par Alan Gilbert. La fin de saison s’approche Ă  grands pas et l’Orchestre National de Lyon a tenu Ă  proposer un concert s’inscrivant dans le cadre des cĂ©lĂ©brations du Centenaire de la Paix organisĂ©es par l’ancienne Capitale des Gaules. L’Auditorium Maurice Ravel vient ainsi de mettre Ă  son affiche deux ouvrages qui sont deux vibrants appels Ă  la paix : les rares Chichester Psalms de Leonard Bernstein (dont on fĂȘte le centenaire de la naissance) et la grandiose 9Ăšme Symphonie de Ludwig van Beethoven. Souffrant, Leonard Slatkin a dĂ» laisser la baguette au chef amĂ©ricain Alan Gilbert, qui avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’ONL in loco en janvier dernier (LIRE ici notre compte rendu de ce concert prĂ©cĂ©dent Ă  Lyon)

« Oh, qu’il est agrĂ©able, qu’il est doux pour des frĂšres de demeurer ensemble ! » : ainsi finit, dans un ultime pianissimo, le dernier des trois psaumes que comporte la partition. CĂŽtĂ© musique, on perçoit dĂ©jĂ , dans les Chichester Psalms, Ă  la fois les futurs accents de West Side Story mais aussi l’influence de Mahler. Chants sacrĂ©s sur une expression profane, Ă  sept ou cinq temps, les trois mouvements peuvent se dĂ©ployer dans la vastitude de l’Auditorium Maurice Ravel, profitant surtout aux percussions qui donnent ici leur pleine couleur
Ils se font nĂ©anmoins voler la vedette par la jeune Tanina Souagen, issue de la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra de Lyon, qui tient en haleine l’auditoire par sa voix d’un pur angĂ©lisme


AprĂšs l’entracte, les diffĂ©rents intervenants du concert nous offrent une soirĂ©e en tout point exceptionnelle. Alan Gilbert d’abord, tendu et concentrĂ©, connaissant par cƓur sa partition et comme la vivant de l’intĂ©rieur, l’ONL ensuite, bien Ă©videmment trĂšs Ă  l’aise dans cette salle Ă  l’excellente acoustique, les solistes vocaux (la soprano irlandaise Claudia Boyle, le tĂ©nor gĂ©orgien Otar Jorjikia, la mezzo lyonnaise AnaĂŻk Morel et la basse britannique Will Thomas), tous remarquables, et enfin les masses chorales conjuguĂ©es de l’Ensemble Spirito, du Jeune ChƓur symphonique et du ChƓur d’oratorio de Lyon (tous trois dirigĂ©s par Nicole Corti), qui imposent leur enthousiasme, leur prĂ©cision et leur exultation. Tous Ɠuvrent en harmonie pour caractĂ©riser chacun des quatre mouvements. On retrouve la substantifique moelle des trois premiers mouvements, brillamment rĂ©sumĂ©s au dĂ©but du Presto conclusif, c’est Ă  dire l’universel Hymne Ă  la joie (« O Freunde ! ») d’aprĂšs Schiller. Qu’il s’agisse de l’Allegro initial, d’une richesse nostalgique inextinguible, du Molto vivace, magnifique de rythme et de fluiditĂ©, ou le profond et rĂ©pĂ©titif mouvement notĂ© Adagio molto e cantabile-Andante moderato, qui servira de modĂšle au postromantisme Ă  venir, la phalange RhĂŽne-alpine enchante nos oreilles, et celles d’un public venu en masse (Ă  guichets fermĂ©s comme on dit) entendre cette extraordinaire partition. Il leur est rĂ©servĂ©, ainsi qu’aux choristes et solistes, les vivats les plus nourris au moment des saluts !

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 Quelques jours plus tĂŽt, c’est Ă  un concert plus « original » auquel nous avions assistĂ©, un « CinĂ©-concert » en l’occurrence, mettant en rĂ©sonance la fameux film Amadeus de Milos Forman avec la phalange lyonnaise (ainsi que le chƓur Spirito dĂ©jĂ  citĂ©). Avouons que l’expĂ©rience – aussi inĂ©dite que spectaculaire ! – vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue : tandis que le film se dĂ©roule sur Ă©cran gĂ©ant, l’Orchestre National de Lyon (et le chƓur Spirito pour les parties avec chƓur) joue en direct la bande-son ! Un exercice qui peut cependant paraĂźtre parfois frustrant pour le public – comme pour le chef suisse Ludwig Wicki -, car les extraits musicaux du film sont gĂ©nĂ©ralement assez courts
 On assiste par ailleurs Ă  une belle mise en abime quand on voit parallĂšlement ce dernier diriger sur la scĂšne, et au mĂȘme moment Mozart dirigeant son propre orchestre dans le film
Un seul regret, mais apriori trop difficile techniquement parlant, l’absence de solistes vocaux pour les parties chantĂ©es, tel pour l’air de la Reine de la Nuit, mais on s’en console devant le dĂ©fi brillamment relevĂ© (avec quasi aucun dĂ©calage entre l’image et le son) par l’ONL, l’excellent chƓur Spirito et le chef Ludwig Wicki !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, les 7 & 16 juin 2018. Film « Amadeus » de Milos Forman et concert Britten/Beethoven dirigé par Alan Gilbert.

Compte-rendu critique, Opéra. Bolshoï de Minsk, le 15 mai 2018. Tchaïkovski : EugÚne Onéguine. Valery Shishov / Oleg Lesun

Compte-rendu critique, OpĂ©ra. BolshoĂŻ de Minsk, le 15 mai 2018. TchaĂŻkovski : EugĂšne OnĂ©guine. Valery Shishov / Oleg Lesun. C’est au BolshoĂŻ de Minsk, capitale de la mĂ©connue BiĂ©lorussie, que nos pas de baroudeur lyrique nous ont cette fois menĂ©s, et pas pour n’importe quel opĂ©ra, mais pour l’un des fleurons de l’opĂ©ra russe : EugĂšne OnĂ©guine. Las, cette production – signĂ©e par Valery Shishov et qui accuse ses trente annĂ©es d’existence (1986) – nous laissera sur notre faim Ă  plus d’un titre : du thĂ©Ăątre sans thĂ©Ăątre, oĂč rĂšgnent les toiles peintes poussiĂ©reuses, les dĂ©cors de carton-pĂąte… ou de lourdes tentures qui en font office.

 

 

 

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Tout est par ailleurs littĂ©ral et sans imagination, et tout se passe dans le lieu et dans le temps prĂ©vu par le livret. Reprise ici par Alexander Prokhorenko, la production paraĂźt oublier ce que « direction d’acteurs » veut dire, et aucun des personnages n’est pourvu de la moindre caractĂ©risation, chacun d’entre eux ne faisant qu’ĂȘtre prĂ©sent en scĂšne au moment de chanter, avec le strict minimum de dĂ©placement et d’expressions.
Les chanteurs rĂ©unis pour cet OnĂ©guine font tous partie de la troupe de la maison biĂ©lorusse, certains depuis longtemps, trop peut-ĂȘtre
 Il en est ainsi de la Madame Larina de Natalia Akinina et de la Filipievna de Marina Aksentseva, dont l’heure de gloire semble passĂ©e, avec des voix dĂ©sormais entachĂ©es par un trop large vibrato. La Tatiana de Elena Bundeleva ne soulĂšve guĂšre plus d’enthousiasme Ă  cause d’une voix serrĂ©e, et d’aigus assez acides. Une magnifique gamme de nuances Ă©clate, en revanche, chez Denis Yantsevich, un OnĂ©guine Ă  la voix royale, large et Ă©gale, qui tempĂšre son ennui de vivre par une humanitĂ© trĂšs touchante dans sa premiĂšre relation avec Tatiana. Le Lenski de Alexander Mikhnuyk est digne des meilleurs : sa voix de tĂ©nor, typiquement russe dans son timbre et son mordant, et brillante dans les aigus, vous arrache des larmes dans le fameux air du duel « Kuda, kuda  ». Oleg Melnikov confĂšre sa haute stature et ses graves insondables au Prince GrĂ©mine, tandis que Criscentia Stasenko chante Olga avec les moyens adĂ©quats. Enfin, Ă  rebours du livret qui veut que Monsieur Triquet chante sa chanson en français, c’est en russe que Yanosh Nelepa la dĂ©livre ici, avec une voix malheureuseument nasillarde et fatiguĂ©e.
A la tĂȘte de l’Orchestre du BolshoĂŻ de Minsk, dont la bonne tenue n’est pas  Ă  mettre en cause, le chef Oleg Lesun dissĂšque la partition de TchaĂŻkovski avec une retenue excessive, et au mĂ©pris d’une flamboyance romantique qui en est pourtant l’ñme. On espĂšre revenir pour donner une seconde chance Ă  ce thĂ©Ăątre par ailleurs attachant


 

 

 

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Compte-rendu critique, Opéra. Bolshoï de Minsk, le 15 mai 2018. Piotr Illitch Tchaïkovski : EugÚne Onéguine. Valery Shishov, direction. Oleg Lesun, mise en scÚne.

Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital Justin Taylor, Clavecin.

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital de Justin Taylor, Clavecin. DĂ©sormais bien ancrĂ©e dans le paysage de la citĂ© des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigĂ©e par Robert Dewulf, ne propose pas moins de 9 concerts de prestige – pour sa 18e Ă©dition – dans les lieux les plus emblĂ©matiques de la ville : en ce dimanche 15 avril, un rĂ©cital de clavecin du jeune Justin Taylor dans la superbe Chapelle de l’Oratoire (en co-rĂ©alisation avec l’OpĂ©ra Grand Avignon).

A 25 ans, Justin Taylor est des jeunes talents parmi les plus prometteurs de sa gĂ©nĂ©ration : aprĂšs avoir remportĂ© le Concours international de clavecin de Bruges en 2015, il est Ă©lu « RĂ©vĂ©lation artiste instrumental de l’annĂ©e » aux Victoires de la Musique en 2017. Il a dĂ©jĂ  dĂ©butĂ© une brillante carriĂšre internationale, et a gravĂ© deux disques, un consacrĂ© Ă  La famille Forqueray et un autre Ă  Mozart (accompagnĂ© par Julien Chauvin et le concert de la Loge).

A Avignon, Justin Taylor a choisi de jouer un programme qu’il a baptisĂ© « Chromatismes », consacrĂ© largement Ă  Bach et Ă  Rameau. Didactique, aprĂšs un hommage rendu par Mr Dewulf Ă  la mĂ©moire du grand chef baroque Jean-Claude Malgoire (un enfant du pays !) disparu la veille – le jeune claveciniste prend soin d’expliquer, avec beaucoup de chaleur, la nature de chacune des piĂšces qu’il interprĂšte ensuite, et c’est avec la Toccata en mi mineur BWV 914 qu’il initie le concert, et qu’il dĂ©livre de maniĂšre aussi souple que rythmĂ©e, entre fantaisie baroque et rigueur classique. La Fantaisie chromatique BWV 903 est d’emblĂ©e saisie par des doigts sĂ»rs, mais au-delĂ  de l’agilitĂ© impeccable des traits, c’est le plaisir que le jeune homme prend et sa façon de le partager avec l’auditoire qui sĂ©duit ici. Avec les deux Suites de Rameau qu’il a mis Ă  son programme, notamment celle en La mineur, il fait la dĂ©monstration de toute sa sensibilitĂ© et de tout son brio, avec d’abord une grĂące et une Ă©lĂ©gance remarquablement rendues dans l’Allemande et la Courante initiales, avant une Trois Mains et une Gavotte avec Doubles Ă©poustouflants de virtuositĂ©. On le suit avec la mĂȘme jubilation dans les mĂ©andres de la plus rare Fantasia chromatica de Sweelinck , avant une Sonate K18 de Scarlatti dont il absorbe avec une dĂ©contenançante facilitĂ© toutes les difficultĂ©s techniques : il dĂ©livre avec autant de  grĂące que de fermetĂ© cette littĂ©rature du clavecin d’une richesse et d’une inventivitĂ© inouĂŻes. Il termine son rĂ©cital par le cĂ©lĂšbre Fandango de Padre Soler (« Le diable dĂ©guisĂ© en moine » disait-on de lui !), une basse obstinĂ©e qui ne cesse d’aller crescendo dans la folie, et qui sous ses doigts donne le vertige et lui vaut des vivats mĂ©ritĂ©s. En bis, il donne la trĂšs belle Jupiter de Forqueray et les envoĂ»tantes Barricades mystĂ©rieuses de Couperin, deux piĂšces qui sont comme un condensĂ© de son immense talent : poĂ©sie, naturel et Ă©motion !

A vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison rĂ©unira deux fabuleux artistes : la mezzo LĂ©a Desandre et le thĂ©orbiste Thomas Dunford dans un programme du baroque italien (Monteverdi, Strozzi, Cavalli, Kaspberger
). Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, le jardin d’honneur du MusĂ©e Calvet, le dimanche 13 mai (Ă  18h30) !

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Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. RĂ©cital de Justin Taylor, clavecin

Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, GTP, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Pygmalion, Raphaël Pichon.

concert critique par classiquenews_pichoncopie-2-aa5d1Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-ThĂ©Ăątre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, RaphaĂ«l Pichon (direction). Avec plus de 20.000 spectateurs pour le cru 2018, le Festival de PĂąques d’Aix en Provence affiche ses ambitions et draine de plus en plus un public international, Ă  l’image de son grand frĂšre estival. Parmi les temps forts de la sixiĂšme Ă©dition, le public festivalier aura pu entendre des artistes de la trempe d’Andras Schiff, Yefim Bronfman, Khatia Buniatishvili, Emmanuel Pahud, Vladimir Spivakov, et des formations de prestige telles que le London Symphony Orchestra, l’Orchestre National de France, l’Orchestre National de Russie, et mĂȘme l’Orchestre de la Wiener Staatsoper, pour une version de concert des Noces de Figaro dirigĂ© par Alain Altinoglu !

Magistrale Saint-Jean de JS BACH, par Pygmalion

En ce qui nous concerne, nous avons pu assister Ă  une magistrale exĂ©cution de la sublime Passion selon St Jean de J. S. Bach, dirigĂ© par le jeune et talentueux RaphaĂ«l Pichon Ă  la tĂȘte de son Ensemble Pygmalion (qu’il a formĂ© il y a douze ans dĂ©jà !). Six solistes se rĂ©partissent ici les rĂ©citatifs (personnages de l’EvangĂ©liste, de JĂ©sus, de Pilate…), certaines arias Ă©tant Ă©galement dĂ©clamĂ©es en mĂȘme temps que certains Chorals. Les chanteurs sont ici surĂ©levĂ©s sur des petits podiums et placĂ©s devant l’orchestre, en formation rĂ©duite (une vingtaine d’instrumentistes). Cette approche induit beaucoup de thĂ©ĂątralitĂ© – notamment avec le fameux chƓur « Herr, unser Herrscher » -, qui plonge l’auditoire de facto dans le drame, avec une tension tangible.
Personnage Ă  part entiĂšre de l‘ouvrage, le chƓur fait preuve d’une magnifique homogĂ©nĂ©itĂ© et l’on applaudira Ă  deux mains au superbe travail sur la prĂ©cision du texte et de la diction.
La soirĂ©e recĂšle beaucoup d’instants riches en Ă©motion. En premier lieu, Ă  travers le rĂ©cit de l’EvangĂ©liste interprĂ©tĂ© par le formidable tĂ©nor allemand Julian PrĂ©gardien. DotĂ© d’un timbre clair, il se montre particuliĂšrement expressif pour Ă©voquer les derniers jours de JĂ©sus, 
 de la trahison de Judas jusqu’à la mise au tombeau. Avec sa belle voix grave, le baryton tchĂšque Tomas Kral campe un impressionnant JĂ©sus. L’autre voix grave, le baryton-basse allemand Christian Immler s’avĂšre un Pilate non moins crĂ©dible, qui livre un trĂšs beau « Betrachte, mein Seel », quasi murmurĂ©. Autre bonheur, la soprano ukrainienne Kateryna Kasper qui Ă©merveille par la luminositĂ© de son timbre et par son ineffable musicalitĂ©, notamment dans l’un des plus beaux airs de la partition : « Zerfliesse, mein Herze, in FlĂŒten der ZĂ€hen ».

Le plus grand bonheur vocal de la soirĂ©e reste cependant, Ă  notre avis, le « Es ist Vollbracht », dĂ©volu Ă  l‘alto française Lucile Richardot. En plus de chanter avec une grande dĂ©licatesse, la voix est par ailleurs pourvue de puissance et de projection, et parvient surtout Ă  faire passer l’émotion escomptĂ©e.
L’orchestre n’est pas en reste et se montre d’une constante efficacitĂ© sous la baguette attentive et sensible de RaphaĂ«l Pichon. Les subtilitĂ©s harmoniques gĂ©nĂ©rĂ©es, la remarquable cohĂ©sion des pupitres, les tempi rapides et contrastĂ©s enchantent les oreilles du public et il nous faut absolument citer quatre des solistes : le somptueux violoncelle d’Emilia Gliozzi, la dĂ©licate viole de gambe de Julien Leonard ou encore les flĂ»tes Ă©thĂ©rĂ©es de Giorgia Browne et Anne Thivierge. Les vivats qui ont couronnĂ©s la soirĂ©e ne semblaient plus vouloir finir !

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Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-Théùtre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (direction). Julian Prégardien (ténor), Tomåƥ Krål (baryton), Kateryna Kasper (soprano), Lucile Richardot (alto), Christian Immler (baryton-basse).

OpĂ©ra, compte-rendu. Francfort, le 23 mars 2018. Meyerbeer : L’Africaine. Tobias Kratzer / Antonello Manacorda

thumbnail_LAfricaineOpĂ©ra, compte-rendu. Francfort, le 23 mars 2018. Meyerbeer : L’Africaine. Tobias Kratzer / Antonello Manacorda. C’est toujours un Ă©vĂ©nement que la rĂ©surrection de L’Africaine de Giacomo Meyerbeer, et aprĂšs Chemnitz en 2013 puis Berlin en 2015, voilĂ  que l’OpĂ©ra de Francfort propose Ă  son tour cette grande machine Ă  faire rĂȘver qu’est l’ultime opus lyrique du compositeur allemand. ConfiĂ©e au metteur en scĂšne allemand Tobias Kratzer, qui s’est fait connaĂźtre avec d’autres ouvrages de Meyerbeer (Le ProphĂšte Ă  Karlsruhe et Les Huguenots Ă  Nuremberg), la proposition scĂ©nique surfe sur la (nouvelle) mode du « space-opera », aprĂšs la trĂšs controversĂ©e BohĂšme de la Bastille. Les nouvelles terres Ă  dĂ©couvrir ne sont plus les Indes mais le reste de l’univers (de nos jours s’entend
), et la transposition choque donc moins qu’avec l’opus puccinien, d’autant que la rĂ©alisation visuelle s’avĂšre particuliĂšrement rĂ©ussie, Ă  l’image de l’avant derniĂšre scĂšne oĂč Vasco et SĂ©lika se retrouvent en apesanteur dans l’espace pour une derniĂšre Ă©treinte, avant que celle-ci ne revienne sur sa planĂšte y mourir sous le fameux arbre toxique. Les costumes sont en revanche franchement hideux pour les extra-terrestres qui font de NĂ©lusko, un bibendum – façon Michelin – mais en bleu, tandis que SĂ©lika est engoncĂ© dans une sorte de grand collant de la mĂȘme couleur
 Pour autant, la production est une rĂ©ussite, moyennant cependant des coupures consĂ©quentes, comme le second air d’InĂšs ou la PriĂšre des matelots


Vocalement aussi, la dĂ©monstration est brillante. Le Vasco de Gama du tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres est un pur enchantement, et l’on ne sait oĂč donner de l’oreille et qu’admirer le plus, de son français impeccable Ă  sa ligne de chant raffinĂ©e, de ses aigus Ă©mis avec une incroyable insolence Ă  son art de nuancer et parer son chant de couleurs infinies. Malade, la mezzo allemande Claudia Mahnke a dĂ» cĂ©der la place au dernier moment Ă  la soprano ouzbĂšque Claudia Sorokina, sans qu’on s’en plaigne, car le rĂŽle a Ă©tĂ© Ă©crit pour une soprano, et une mauvaise tradition fait qu’on attribue le rĂŽle Ă  une mezzo ! LĂ  aussi, on saluera une diction (quasi) parfaite de la langue de MoliĂšre, et une maĂźtrise totale de la tessiture, pourtant rĂ©putĂ©e pour son improbable largeur. PlacĂ©e sur le cĂŽtĂ© tandis qu’une actrice mime le rĂŽle, elle n’émeut pas moins, grĂące Ă  la beautĂ© et la ductilitĂ© du timbre, dans une scĂšne finale inoubliable. MĂȘme privĂ©e de son second air, la soprano canadienne Kirsten McKinnon lui volerait presque la vedette, dans le rĂŽle d’InĂšs, par la conjonction d’un matĂ©riel vocal particuliĂšrement Ă©toffĂ© et d’un jeu scĂ©nique trĂšs convaincant. Bel assortiment de voix graves Ă©galement, Ă  commencer par le NĂ©lusko trĂšs engagĂ© du baryton irlando-amĂ©ricain Brian Mulligan, mais aussi l’élĂ©gant Don Pedro d’Andreas Bauer, le Don Diego stylĂ© de Thomas Faulkner, ou encore l’impressionnant Grand Brahmine de Magnus Baldvinsson.

Seule la gestique parfois imprĂ©cise – et manquant d’ardeur – du chef italien Antonello Manacorda ne semble pas complĂštement efficace en fosse, et ne permet pas Ă  l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Francfort de donner sa pleine mesure. Sans les flamboyances de l’orchestration, la musique de Meyerbeer – d’une habiletĂ© confondante et truffĂ©e d’idĂ©es nouvelles que tant de compositeurs pilleront – perd toute son originalitĂ©, et le spectacle y perd beaucoup


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OpĂ©ra, compte-rendu. Francfort, le 23 mars 2018. Giacomo Meyerbeer : L’Africaine. Claudia Sorokina (SĂ©lika), Kirsten MacKinnon (InĂšs), Bianca Andrew (Anna), Thomas Faulkner (Don Diego), Andreas Bauer (Don Pedro), Michael Spyres (Vasco de Gama), Michael McCown (Don Alvaro), MagnĂșs Baldvinsson (Le Grand Inquisiteur, Le Grand Brahmine), Brian Mulligan (NĂ©lusko). Tobias Kratzer (mise en scĂšne), Antonello Manacorda (direction musicale). Illustration : © Monika Ritterhaus

Compte-rendu critique, opéra. BORDEAUX, le 14 février 2018. Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Leroy-Catalayud / J. Deschamps.

Compte-rendu critique, opĂ©ra. BORDEAUX, le 14 fĂ©vrier 2018. Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Leroy-Catalayud / J. Deschamps. On ne peut que saluer l’initiative qu’a eu l’OpĂ©ra de Bordeaux de redonner sa chance Ă  MĂąrouf, Savetier du Caire, opĂ©ra-comique en cinq actes, composĂ© par Henri Rabaud pendant la vague d’exotisme qui soufflait encore sur l’Europe au dĂ©but du XXe siĂšcle. La mise en scĂšne signĂ©e par JĂ©rĂŽme Deschamps rĂ©jouit toujours autant que lors des premiĂšres reprĂ©sentations en 2013 Ă  l’OpĂ©ra-Comique, oĂč le spectacle sera repris en avril prochain.

 

 

 

Marouf féerique

 
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Les somptueux costumes, conçus par Vanessa Sannino, ainsi que la qualitĂ© du plateau vocal sont les premiers atouts dans cette histoire qui narre les aventures d’un marin fuyant sa femme maltraitante pour Ă©pouser une princesse et obtenir une caravane de richesses grĂące Ă  l’aide d’un gĂ©nie : le livret est en effet tirĂ© de l’ultime Conte des mille et une nuits. Hormis les dĂ©cors plutĂŽt froids imaginĂ©s par Olivia Fercioni, qui dĂ©tonnent par rapport Ă  la fĂ©erie ambiante avec leurs arrĂȘtes anguleuses, tout Ă©merveille ici, notamment la combinaison du chant et du jeu des protagonistes, mĂȘlĂ©s aux chorĂ©graphies exotiques interprĂ©tĂ©es par le Ballet de l’OpĂ©ra national de Bordeaux.
RĂ©fĂ©rence dans le rĂŽle-titre (il tenait dĂ©jĂ  le rĂŽle en 2013), on ne sait qu’admirer le plus chez Jean-SĂ©bastien Bou, entre sa voix sonore et chaleureuse, ou bien son jeu investi, tour Ă  tour lĂ©ger ou profondĂ©ment nostalgique. Il met ses plus belles qualitĂ©s au service de son duo avec la superbe Vannina Santoni, Princesse Saamcheddine Ă  la voix de velours et au regard de biche, qui se dĂ©voile dans un jeu sensuel digne de Salomé 
Le reste du plateau vocal se distingue par des voix de caractĂšre, dont l’articulation sert bien le texte français, tout en distillant des couleurs orientales. Comme il se doit pour son personnage de Sultan, la basse française Jean Teitgen domine nettement les ensembles par sa voix ample et puissante, au graves profonds, tandis que Franck LeguĂ©rinel tire son Ă©pingle du jeu par des accents toniques bien sentis et son parfait numĂ©ro de dindon de la farce. Enfin, Lionel Peintre (Ali) se distingue par son excellente prosodie, Aurelia Legay (Fattoumah) incarne Ă  la perfection la « calamiteuse » glapissante du livret et le tĂ©nor italien Valerio Contaldo (Le Fellah) retient l’attention grĂące Ă  son timbre suave et percutant Ă  la fois.
Le dernier bonheur de la soirĂ©e est dans la fosse, et le public bordelais salue avec enthousiasme les qualitĂ©s du jeune chef français Marc Leroy-Calatayud, assistant (permanent) de Marc Minkowski, qui lui a cĂ©dĂ© la baguette Ă  partir de la troisiĂšme reprĂ©sentation. Sous sa battue, la fosse et le plateau sont parfaitement maintenus en place, ce qui permet aux artistes de dĂ©ployer toutes les couleurs orientales de la magnifique partition de Rabaud
 que l’on ne va pas se priver d’aller rĂ©entendre trĂšs prochainement Ă  l’OpĂ©ra-Comique !

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Compte-rendu critique, opéra. Bordeaux, Grand-Théùtre, le 14 février 2018. Henri Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Marc Leroy-Catalayud, direction. JérÎme Deschamps, mise en scÚne.

 

Compte-rendu, concert. Lyon, le 27 janvier 2018. Brahms, Martinu, Bach. Sol Gabetta / Alan Gilbert

Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 27 janvier 2018. Brahms, Martinu, Bach. Sol Gabetta (violoncelle), Alan Gilbert (direction). Alors que ses obsĂšques avaient lieu le lendemain, c’est Ă  Paul Bocuse que le concert de ce soir Ă©tait dĂ©diĂ©. Le chef amĂ©ricain Alan Gilbert – grand habituĂ© de la Capitale des Gaules (sa sƓur n’est autre que le Premier violon de l’ONL !) – lui a rendu un vibrant hommage, d’autant plus appuyĂ© qu’il le connaissait bien ! Mais la musique reprend vite ses droits, et c’est avec la TroisiĂšme Symphonie de Brahms que dĂ©bute la soirĂ©e. L’ancien directeur musical du New York Philharmonic (pendant 8 ans) obtient des instrumentistes lyonnais une louable respiration interne et rend trĂšs lisibles les diffĂ©rents plans sonores des deux premiers mouvements, ce qui permet de caractĂ©riser avec beaucoup de prĂ©cision chaque tableau harmonique. Dans les deux derniers mouvements, les violons dĂ©ploient une saisissante Ă©nergie, et le sublime thĂšme du troisiĂšme mouvement libĂšrent des couleurs chargĂ©es de nostalgie et de retenue. Enfin, la phalange lyonnaise fait preuve d’un surplus d’unitĂ© dans un final aux Ă©lans embrasĂ©s.

 

 

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Le chef Alan Gilbert © Chris Lee

 

 

En seconde partie, c’est le rare Concerto pour violoncelle N°1 de Bohuslav Martinu qui est offert au public de l’Auditorium Maurice Ravel, avec rien moins que Sol Gabetta comme soliste, l’une des violoncellistes les plus recherchĂ©es et acclamĂ©es de la planĂšte. CrĂ©Ă© Ă  Berlin en dĂ©cembre 1931, le concerto pour Violoncelle H.196, est retravaillĂ© Ă  la fin des annĂ©es trente, avec une rĂ©orchestration plus nourrie, mais cette version dĂ©finitive ne sera crĂ©Ă©e qu’en mars 1956, Ă  Helsinki. MalgrĂ© son poids plume, c’est avec incroyable fougue – pour ne pas parler de hargne – que la soliste argentine se lance dans le motif d’introduction. La libertĂ© de ses phrasĂ©s – aussi agiles que capricants -, et sa force de caractĂšre font forte impression. De mĂȘme, la variĂ©tĂ© des couleurs et la richesse des nuances, tout au long des trois mouvements, alliĂ©es Ă  une ampleur sonore assez prodigieuse dans les passages plus virtuoses soulĂšvent l’enthousiasme du public dans un finale endiablĂ©e. MalgrĂ© l’insistance de l’auditoire, l’artiste n’offrira pas de bis


AprĂšs une courte pause pour changer chaises et pupitres, la plus commune Suite pour Orchestre N°3 de Bach est donnĂ©e Ă  entendre par une Ă©quipe de musicien resserrĂ©e et jouant debout. Gilbert en livre une interprĂ©tation extrĂȘmement vivante qui maintient constamment l’intĂ©rĂȘt, grĂące Ă  l’intelligence et la cohĂ©sion bien Ă©quilibrĂ©e des diffĂ©rents instrumentistes. De quoi mettre en joie malgrĂ© le temps maussade qui rĂšgne Ă  l’extĂ©rieur en cette froide journĂ©e de janvier !

 

 

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 27 janvier 2018. Brahms, Martinu, Bach. Sol Gabetta (violoncelle), Alan Gilbert (direction) — Illustration : © Chris Lee

 

 

Compte-rendu, opéra. Bordeaux, le 21 janvier 2018. Debussy : Pelléas et Mélisande. Béziat & Siaud / Minkowski.

Compte-rendu, opĂ©ra. Auditorium de Bordeaux, le 21 janvier 2018. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. Philippe BĂ©ziat & Florent Siaud (mise en scĂšne). Orchestre national de Bordeaux, Marc Minkowski (direction musicale). Pour commĂ©morer le 100e anniversaire de la disparation de Claude Debussy (en 1918), plusieurs thĂ©Ăątres ont pris la dĂ©cision de monter une production de son unique ouvrage lyrique, PellĂ©as et MĂ©lisande, et c’est l’OpĂ©ra de Bordeaux qui ouvre le bal. Originellement prĂ©vu en version de concert, c’est finalement sous un format semi-scĂ©nique – confiĂ© au duo de metteurs en scĂšne Philippe BĂ©ziat et Florent Siaud – que l’ouvrage a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©, Ă  l’Auditorium de la ville. PlacĂ© au centre de la scĂšne, c’est tout autour de ce personnage Ă  part entiĂšre qu’est l’orchestre que dĂ©ambulent les chanteurs-comĂ©diens, tandis qu’un vaste Ă©cran en arriĂšre scĂšne et un voile de tulle noire en avant-scĂšne accueillent de nombreuses projections vidĂ©os en noir et blanc (rĂ©alisĂ©es par Thomas IsraĂ«l) : celles-ci viennent illustrer – avec beaucoup de poĂ©sie et autant de mystĂšre – les atmosphĂšres et lieux du drame : la dense forĂȘt du dĂ©but, les voĂ»tes de l’antique chĂąteau, les effets miroitants de la mer ou de la fontaine oĂč s’abĂźme la bague de MĂ©lisande, etc

Dans cet environnement simplifiĂ©, chaque geste rĂ©glĂ© par le duo de metteurs en scĂšne s’impose avec un maximum d’intensitĂ©, et c’est par des vivats que les deux artistes seront accueillis au moment des saluts (un fait suffisamment rare pour qu’il soit Ă©voquĂ© ici !).

 
 

Superbe Pelléas à Bordeaux

 
 

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A la tĂȘte d’un Orchestre National de Bordeaux dans une forme olympique, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’institution girondine, Marc Minkowski, cisĂšle la partition de Debussy, en livrant une lecture intimiste et impressionniste de l’Ɠuvre, constamment soucieux de lui restituer ses pulsations, sa transparence, sa poĂ©sie et son mystĂšre. Il n’en privilĂ©gie pas moins, dans les moments dramatiques, des sonoritĂ©s d’une flamboyance toute wagnĂ©rienne. Par ailleurs, ce n’est pas le moindre de ses mĂ©rites d’avoir rassemblĂ© une distribution entiĂšrement française, Ă  la diction impeccable, qui permet de saisir chaque mot de Maeterlinck et de donner ainsi aux dialogues, toute leur force.

Le rĂŽle de PellĂ©as est confiĂ© ce soir Ă  une voix de tĂ©nor, non pas Ă  celle d’un baryton (rappelons au lecteur que Debussy avait primairement pensĂ© et Ă©crit cette partie pour cette tessiture). C’est le jeune tĂ©nor bordelais Stanislas de Barbeyrac qui endosse ce superbe rĂŽle auquel il offre son physique de jeune premier ainsi qu’une dĂ©sarmante sincĂ©ritĂ©. Comme de coutume, son chant est empreint de raffinement et d’élĂ©gance, la tessiture est franche, la voix saine et il cultive, avec un rare bonheur, les nuances les plus fugitives. Enfin, mĂȘme si la partition retenue est bien celle destinĂ©e Ă  un baryton aigu, il ne peine que rarement dans le registre grave, la voix s’étant quelque peu assombri depuis quelque temps.
Pour notre plus grande joie, c’est la dĂ©licieuse soprano belgo-suisse Chiara Skerath – magnifique PoppĂ©e le mois dernier Ă  Nantes (NDLR : nouvelle production magistrale rĂ©alisĂ©e par Caurier & Leiser / Capuano / sujet d’un reportage vidĂ©o par classiquenews)- qui lui donne la rĂ©plique en MĂ©lisande. La jeune chanteuse gratifie l’auditoire de son timbre lumineux et de sa musicalitĂ© sans faille ; elle nimbe son personnage de mystĂšre, en lui donnant des grĂąces d’oiseau pris au piĂšge ; elle distille une constante Ă©motion, achevant le portrait d’une MĂ©lisande qui ne quittera pas de sitĂŽt notre mĂ©moire.
TroisiĂšme prise de rĂŽle, le baryton français Alexandre Duhamel endosse les habits de Golaud, dont il adopte le comportement de brute mal Ă©quarrie, avec un chant mordant et sonore, aux irrĂ©pressibles accĂšs de jalousie assassine qui ne sont pas sans rappeler parfois le personnage de Iago. Et les rĂŽles secondaires s’avĂšrent tout aussi convaincants, hors l’Yniold mal assurĂ© et peu comprĂ©hensible de MaĂ«lig QuerrĂ©. De leur cĂŽtĂ©, JĂ©rĂŽme Varnier (Arkel), Sylvie Brunet-Grupposo (GeneviĂšve) et Jean-Vincent Blot (MĂ©decin & Berger) brillent par la prĂ©cision de leur jeu, leur projection efficace, l’excellence de leur diction.

A titre personnel, nous n’avons pas le souvenir d’une Ă©quipe ayant aussi bien rendu justice Ă  la musique comme au texte


 
 

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Compte-rendu, opéra. Auditorium de Bordeaux, le 21 janvier 2018. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Philippe Béziat & Florent Siaud (mise en scÚne). Marc Minkowski (direction musicale), orchestre national de Bordeaux. Pelléas : Stanislas de Barbeyrac ; Mélisande : Chiara Skerath ; Golaud : Alexandre Duhamel ; Arkel : JérÎme Varnier ; GeneviÚve : Sylvie Brunet-Grupposo ; Yniold : Maëllig Querré ; Le médecin / Un berger : Jean-Vincent Blot. Illustration : DR

 
 
 
 

Compte-rendu critique, Ballet. Bordeaux, le 27 dĂ©cembre. LĂ©on Minkus : Don Quichotte. Ballet de l’OpĂ©ra nat de Bordeaux

DonQuichotte-balletOBordeaux-by-Julien-Benhamou-3Compte-rendu critique, Ballet. Bordeaux, le 27 dĂ©cembre. LĂ©on Minkus : Don Quichotte. Ballet de l’OpĂ©ra nat de Bordeaux. Les fĂȘtes de fin d’annĂ©e sont gĂ©nĂ©ralement l’occasion de rĂ©galer les yeux – et les oreilles. Et rien ne vaut, pour l’OpĂ©ra national de Bordeaux, de mettre Ă  l’affiche l’une des productions de son directeur de la danse, Charles Jude, qui vient d’ĂȘtre congĂ©diĂ© rĂ©cemment, au profit d’Eric QuillerĂ©, jusqu’alors MaĂźtre de ballet dans l’institution girondine. De son passĂ© d’Etoile Ă  l’OpĂ©ra national de Paris oĂč il a cĂŽtoyĂ© Noureev, Charles Jude a retenu un savoir-faire Ă©vident dans le rafraĂźchissement des classiques du rĂ©pertoire, sans altĂ©rer la magie des ouvrages lĂ©guĂ©s par le romantisme. Ainsi en est-il de l’adaptation du Don Quichotte de Marius Petitpa, crĂ©Ă© en 2006, et repris ici pour une sĂ©rie de dix-huit reprĂ©sentations – un luxe digne de l’OpĂ©ra de Paris, et qu’aucune autre mĂ©tropole de province ne semble pouvoir s’offrir


Les dĂ©cors de Philippe Miesch, dont le trait fait parfois songer aux toiles d’Olivier DebrĂ©, Ă©voquent l’Espagne de CervantĂšs, sans cĂ©der Ă  la charge du kitsch. Les couleurs vives des costumes et les armures de Pierre-Jean Larroque assument leur part du pittoresque, fondu harmonieusement dans l’esthĂ©tique d’ensemble grĂące aux lumiĂšres de François Saint-Cyr.

Revivifiant remarquablement les pas classiques, et leur virtuositĂ© attendue, la chorĂ©graphie rĂ©serve une tribune de choix Ă  la Kitri Ă©lĂ©gante de Sara Renda, dĂ©licieuse dans l’alanguissement, qui contraste avec le Basile robuste, voire un peu lourdaud parfois, de Roman Mikhalev.
Nous n’oublierons pas, bien Ă©videmment, l’incarnation de Kase Craig dans le rĂŽle-titre, flanquĂ© du Sancho Pança assez bien caractĂ©risĂ© de Guillaume Debut. Parmi les nombreux numĂ©ros que recĂšle le spectacle, nous rĂ©serverons une mention particuliĂšre Ă  la saveur distillĂ©e par la Reine des Dryades Marina Kudryashova, ou encore le haut en couleurs chef des Gitans, Austin Lui, d’une mĂąle assurance parfaitement appropriĂ©e. Comme souvent dans les spectacles de ballet, la fosse accuse un engagement un peu en retrait. Sous la direction routiniĂšre de Nicolas Brochot, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine ne recherche pas dans la partition de Minkus les subtilitĂ©s qu’elle n’a pas


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Compte-rendu critique, Ballet. Grand-ThĂ©Ăątre de Bordeaux, le 27 dĂ©cembre. LĂ©on Minkus : Don Quichotte. Ballet de l’OpĂ©ra national de Bordeaux. Illustration : © J Benhamou (DR)

Compte-rendu critique, Ballet. OpĂ©ra Confluence d’Avignon, le 25 novembre 2017. TchaĂŻkovski : Le Lac des Cygnes. Ballet de l’OpĂ©ra de Kazan.

Compte-rendu critique, Ballet. OpĂ©ra Confluence d’Avignon, le 25 novembre 2017. Piotr Illitch TchaĂŻkovski : Le Lac des Cygnes. Grand ballet et Etoiles de l’OpĂ©ra de Kazan. L’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de la Place de l’Horloge devant subir d’importants travaux de rĂ©novation (pour une durĂ©e de deux ans et un budget de 15 millions d’euros), c’est dĂ©sormais l’OpĂ©ra Confluence qui accueillera les spectacles de l’OpĂ©ra Grand Avignon pendant les deux saisons Ă  venir. Construit face Ă  la gare TGV, cette nouvelle salle d’une capacitĂ© de 850 places n’est autre que celle (recyclĂ©e) de la Fenice de Venise (rĂ©utilisĂ©e ensuite Ă  LiĂšge), or la tente extĂ©rieure qui n’aurait pas fait le poids face aux emportements du Mistral, et qui a Ă©tĂ© donc ici remplacĂ©e par une imposante structure en fer et en bois. La structure de l’ouvrage n’est ainsi pas sans rappeler le thĂ©Ăątre Ă©lisabĂ©thain, et le bois devrait par ailleurs offrir une acoustique particuliĂšrement chaude et chaleureuse.

 

 

 

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Le spectacle d’inauguration de la salle (repoussĂ© de 15 jours suite Ă  quelque retard pris par les travaux) a eu lieu ce samedi 25 novembre avec une reprĂ©sentation du Lac des Cygnes de Piotr Illitch TchaĂŻkovski par Ballet de l’OpĂ©ra de Kazan en Russie. Commençons par regretter l’absence d’un orchestre (qui nous aurait permis de juger de l’acoustique des lieux
) et c’est donc par bande sonore enregistrĂ©e/interposĂ©e que nous avons entendu l’Orchestre (un rien pompier) de la Capitale du Tatarstan ! La version retenue de ce ballet classique russe par essence est celle fameuse de Marius Petipa repris par Lev Ivanov pour le ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint PĂ©tersbourg. Sans dĂ©mĂ©riter, avouons que les deux Etoiles (Kristina Andreeva pour Odette/Odile et Illnur Gajfullin pour le Prince Siegfried) n’ont pas totalement convaincus. La premiĂšre s’avĂšre bien raide pour interprĂ©ter ce rĂŽle, et les bras ne sont pas aussi travaillĂ©s que nombre de ses consƓurs vues ici ou là
 il y manque en fait une bonne dose de lyrisme et de poĂ©sie. La contrepartie est qu’elle est meilleure en Odile, le Cygne Noir
 Son confrĂšre, en-dehors du fait que cette version du Mariinsky laisse un peu le danseur sur le cĂŽtĂ© de la scĂšne, en lui offrant juste deux variations, ne manque pas de brio et de force, mais le travail n’est pas toujours propre, le jeu des jambes notamment, parfois un peu brouillon
 Les deux hĂ©ros se font ainsi voler la vedette par l’extraordinaire Bouffon de Koya Okawa qui a arrachĂ© de frĂ©nĂ©tiques applaudissements du public Ă  (presque) chacune de ses entrĂ©es !  Sautillant et bondissant Ă  souhait, il permet par ailleurs un certain Ă©quilibre comique avec l’action tragique du ballet. Par malheur, le Rotbart d’Anton Polodyuk n’est en rien machiavĂ©lique (il n’est pas aidĂ© non plus par les costumes d’un autre Ăąge de la production
) et ne marque guĂšre les esprits. Enfin, le corps de ballet n’est pas d’une prĂ©cision extrĂȘme et ne fait toujours honneur Ă  la lĂ©gende des ballets russes
 ce dont le public n’a pas semblĂ© s’apercevoir qui a fait un triomphe Ă  l’ensemble des artistes au moment des saluts.

Bref, l’OpĂ©ra Grand Avignon a donc rĂ©ussi son inauguration (le public a toujours raison !) et nous attendons maintenant avec impatience le premier titre lyrique de la saison : OrphĂ©e et Eurydice de Gluck (dans la version de Berlioz, avec Julie Robard-Gendre et Olivia Doray dans les rĂŽles principaux) les 3 et 5 dĂ©cembre prochains !

 

 

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Compte-rendu critique, Ballet. OpĂ©ra Confluence d’Avignon, le 25 novembre 2017. Piotr Illitch TchaĂŻkovski : Le Lac des Cygnes. Grand ballet et Etoiles de l’OpĂ©ra de Kazan.

 

Compte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 août 2017. Verdi, Bruch, Tchaïkovski, Mozart. R. Capuçon, L. Viotti, T. Currentzis

MONTREUX VEVEY compte rendu review by classiquenews thumbnail_ViottiCompte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 aoĂ»t 2017. Verdi, Bruch, TchaĂŻkovski, Mozart. R. Capuçon, L. Viotti, T. Currentzis. Depuis soixante-douze ans, le Septembre Musical de Montreux-Vevey est le rendez-vous des mĂ©lomanes sur la Riviera vaudoise, et en premier lieu des amateurs d’orchestre. AprĂšs le fidĂšle Royal Philharmonic Orchestra dirigĂ© par l’indĂ©trĂŽnable Charles Dutoit, et avant le Russian National Orchestra dirigĂ© par son chef Michael Pletnev, c’est l’European Philharmonic Orchestra of Switzerland qui est dans la fosse du vaste Auditorium Stravinsky Ă  Montreux. A sa tĂȘte, une des chefs les plus enthousiasmants de sa gĂ©nĂ©ration : Lorenzo Viotti. A 27 ans seulement, le jeune homme originaire de Lausanne a dĂ©jĂ  remportĂ© des concours aussi prestigieux que ceux de CadaquĂšs ou de Salzbourg, et nous avons aussi rĂ©cemment pu admirer son talent dans le rĂ©pertoire lyrique puisqu’il dirigeait « Viva La Mamma » de Donizetti Ă  l’OpĂ©ra de Lyon en juin dernier.

Sortant des sentiers battus, et clin d’Ɠil Ă  sa patrie d’origine (son pĂšre Ă©tait le grand chef d’orchestre italien Marcello Viotti, disparu aussi brutalement que prĂ©cocement alors qu’il dirigeait La Fenice de Venise), Viotti offre au public la (rare) musique de ballet du Macbeth de Verdi en guise de tour de chauffe, un morceau plein d’audaces instrumentales qui est gĂ©nĂ©ralement coupĂ© lors de l’exĂ©cution de l’ouvrage. AprĂšs cette mise en bouche, c’est notre violoniste national Renaud Capuçon qui fait son entrĂ©e pour interprĂ©ter le fameux Concerto pour violon de Max Bruch. FidĂšle Ă  sa rĂ©putation, c’est Ă  dire avec hardiesse et panache, le soliste fait preuve d’une imagination rafraĂźchissante et d’une musicalitĂ© subtile, notamment dans le magnifique Adagio, qui chante comme jamais. Technique impeccable, sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, lyrisme ardent, qu’admirer le plus chez le virtuose ? Face Ă  l’enthousiasme du public, il offre en bis un trĂšs touchant extrait de l’OrphĂ©e et Eurydice de Gluck.

En seconde partie, La 5Ăšme Symphonie de TchaĂźkovski permet au chef comme Ă  l’orchestre de dĂ©montrer tout leur art. Jouant avec tout son corps, le jeune chef impose un TchaĂŻkovski puissamment construit qui avance Ă  l’énergie, profitant de la moyenne d’ñge de sa phalange dont les membres ne doivent pas dĂ©passer les 25 ans ! MĂȘme si la force discursive ne renvoie pas au fatum russe du regrettĂ© Svetlanov (que nous avons entendu dans cette piĂšce), sa direction garde le sens de la progression et de la tension nĂ©cessaires Ă  cette partition. L’autre bonne surprise vient de l’orchestre que l’on n’attendait pas Ă  un si haut niveau dans ce cheval de bataille du rĂ©pertoire : qualitĂ© des chefs de pupitres, justesse de style et cohĂ©sion d’ensemble renvoient bien Ă  une phalange de rang international. L’énergie qui se dĂ©gage du finale (un Allegro vivace vraiment dĂ©ment !) est tellement communicative que le public applaudit debout, mais Viotti transforme l’exaltation en Ă©motion en donnant, en bis, le bouleversant Intermezzo extrait de Cavalleria Rusticana de Mascagni. Un chef que nous allons continuer Ă  suivre de prĂšs


La veille, nous avons pu assister Ă  une Ă©tonnante et dĂ©routante exĂ©cution du Requiem de Mozart par le trublion russo-grec Teodor Currentzis Ă  la tĂȘte de son ensemble musicAeterna et du ChƓur de l’OpĂ©ra de Perm (qu’il dirige). PositionnĂ©s debout, en robes noires, instrumentistes et choristes alternent les tempi distendus Ă  l’excĂšs (l’ « Hostias ») ou au contraire Ă  un rythme d’enfer (le « Dies Irae »). Ainsi thĂ©ĂątralisĂ©, le Requiem de Mozart semble plus une ode Ă  la vie que destinĂ© au repos des trĂ©passĂ©s. Un quatuor d’exception – dont nous dĂ©tacherons la voix lumineuse et aĂ©rienne de la soprano colorature russe Julia Lezhneva – soulĂšve Ă©galement l’enthousiasme du public. Mais la palme de la soirĂ©e revient cependant au formidable chƓur de l’OpĂ©ra de Perm qui subjugue l’auditoire dans une premiĂšre partie oĂč il a interprĂ©tĂ© des piĂšces sacrĂ©es chantĂ©es « a capella », dont le sublime – et quasi mystique – « Lux Aeterna » de Gyorgy Ligeti.

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Compte-rendu, concert. Montreux et Vevey, les 28 & 29 aoĂ»t 2017. Verdi, Bruch, TchaĂŻkovski, Mozart. Renaud Capuçon, Lorenzo Viotti, Teodor Currentzis, European Orchestra of Switzerland, ChƓur de l’OpĂ©ra de Perm, musicAeterna.

Illustration © Céline Michel

Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. John Nelson, direction.

Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. John Nelson, direction. AnnoncĂ© comme « l’évĂ©nement musical de l’annĂ©e », ces Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg en vue d’une Ă©dition discographique Ă  paraĂźtre chez Warner ont tenu leurs promesses au-delĂ  de toute espĂ©rance. Il faut dire que l’institution alsacienne a vu (et fait) les choses en grand en invitant l’amĂ©ricain John Nelson, chef Berlozien Ă©mĂ©rite, ainsi que la fine fleur du chant francophone en plus de deux stars incontournables de l’art lyrique pour incarner Didon et EnĂ©e : Joyce DiDonato et Michael Spyres.

 

 

 

Troyens

 

 

 

Reine des trois derniers actes, la mezzo amĂ©ricaine incarne sans jamais faillir la dignitĂ© tour Ă  tour altiĂšre et blessĂ©e de Didon. Port de souveraine, diction parfaite, chant magnifiquement menĂ© de bout en bout, elle subjugue l’auditoire et toutes ses interventions atteignent la plus irrĂ©elle beautĂ©. De son cĂŽtĂ©, Michael Spyres offre un chant plein de fougue et d’Ă©clat, malgrĂ© son timbre clair, Ă  la fois lyrique et lĂ©ger, ce qui nous change (agrĂ©ablement) des tĂ©nors wagnĂ©riens auxquels on attribue gĂ©nĂ©ralement (Ă  tort) le rĂŽle d’EnĂ©e. AprĂšs un air d’entrĂ©e empli d’une Ă©nergie abrupte, il convainc plus encore dans le duo d’amour du IV « Nuit d’ivresse et d’extase infinie », dĂ©livrĂ© en voix mixte. Dans le rĂŽle de Cassandre, le contralto quĂ©bĂ©cois Marie-Nicole Lemieux offre un portrait saisissant de son personnage, qu’elle aborde avec une Ă©nergie qui emporte tout sur son passage, notamment dans ses imprĂ©cations Ă  la fin du II « Thessaliennnes ! ». La mezzo polonaise Hanna Lipp se montre touchante en Anna, avec un beau timbre assez corsĂ©, tandis que StĂ©phane Degout est le ChorĂšbe le plus Ă©lĂ©gant que l’on puisse imagine. Quant Ă  Marianne Crebassa, elle s’impose d’emblĂ©e comme un Ascagne de rĂ©fĂ©rence. On se rĂ©gale par ailleurs de la justesse avec laquelle les rĂŽles de moindre importance ont Ă©tĂ© distribuĂ©s : la grandeur de Narbal, portĂ©e par la voix tonitruante et majestueuse de Nicolas Courjal, la solennitĂ© du Spectre d’Hector, campĂ©e depuis les coulisses par Jean Teitgen (Ă©galement imposant Mercure), la splendide apparition d’Iopas, dont l’air « Ô blonde CĂ©rĂšs » s‘orne d’un contre-Mi subtil lancĂ© par le fringant Cyrille Dubois, ou encore la mĂ©lancolie de l’Hylas d’un Stanislas de Barbeyrac en grande forme. Mais tous seraient Ă  citer tant chaque rĂŽle a Ă©tĂ© distribuĂ© avec un soin parfait.

Excellente, Ă©galement, la direction du maestro John Nelson, en pleine possession de ses moyens, modelant dans le marbre une palpitante masse chorale (les ChƓurs rĂ©unis du philharmonique de Strasbourg, de l’OpĂ©ra national du Rhin et de la Badischer Staatsoper), et rĂ©gnant sur un Orchestre philharmonique de Strasbourg qui sonne ce soir comme un ocĂ©an instrumental, passant de la fraĂźcheur aux feux grĂ©geois. Telles furent donc ces pĂ©rĂ©grinations troyennes : une ivresse de musique, une fĂȘte de timbres et de voix portĂ©s jusqu’à l’incandescence. Alors vivement l’enregistrement pour revivre ce concert historique !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Strasbourg, Salle Erasme du Palais de la Musique et des CongrĂšs, le 17 avril 2017. Hector Berlioz : Les Troyens. Par ordre d’entrĂ©e sur scĂšne, Un soldat et un capitaine grec : Richard Rittelmann, Cassandre :Marie-Nicole Lemieux, ChorĂšbe : StĂ©phane Degout, EnĂ©e : Michael Spyres, Ascagne : Marianne Crebassa, PanthĂ©e : Philippe Sly, Hylas : Stanislas de Barbeyrac, Priam : Bertrand Grunenwald, HĂ©cube : Agnieszka SƂawiƄska, Ombre d’Hector et Mercure : Jean Teitgen, Didon : Joyce Di Donato, Anna : Hanna Hipp, Iopas : Cyrille Dubois, Narbal : Nicolas Courjal, Sentinelle I : JĂ©rĂŽme Varnier, Sentinelle II : FrĂ©dĂ©ric Caton. ChƓur de l’OpĂ©ra national du Rhin (direction du chƓur : Sandrine Abello), Badischer Staatsopernchor (chef du chƓur : Ulrich Wagner), ChƓur philharmonique de Strasbourg (chef du chƓur : Catherine Bolzinger). Orchestre philharmonique de Strasbourg. John Nelson (direction musicale)

 

 

 

Compte-rendu, Opéra. TCE, le 26 mars 2017. Giordano : Andrea Chénier : Kaufmann / Harteros. Omer Meir Wellber.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 26 mars 2017. GIORDANO : Andrea ChĂ©nier. Jonas Kaufmann/Anja Harteros/Luca Salsi. Omer Meir Wellber (direction). Entre deux reprĂ©sentations scĂ©niques Ă  l’OpĂ©ra de BaviĂšre, c’est au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es qu’Andrea ChĂ©nier Ă©tait proposĂ©, dans une version de concert « amĂ©liorĂ©e » (les chanteurs Ă©voluent sur les quelques mĂštres carrĂ©s laissĂ©s vacants par l’orchestre placĂ© sur scĂšne), mais avec le mĂȘme duo vocal qui fait dĂ©lirer les salles du monde entier : Jonas Kaufmann et Anja Harteros. De fait, pas le moindre strapontin de disponible : les tickets s’étaient tous arrachĂ©s dĂšs le premier jour de la location
 et avouons que le traumpaar des scĂšnes lyriques internationales n’a pas déçu nos attentes.

kaufmann-jonas-homepage-582Jonas Kaufmann prĂȘte Ă  la figure centrale de ChĂ©nier une force de conviction et une vitalitĂ© Ă©lectrique peu communes, Ă  l’engagement ardent et Ă  l’hĂ©roĂŻsme incandescent. Certes, de trĂšs passagĂšres incertitudes de justesse se font entendre, sĂ©quelles de ses rĂ©cents ennuis de santĂ©, mais le lyrisme inouĂŻ de « Ora soave » au II et de « Come un bel di » au III ravissent l’ñme au plus haut point. IdĂ©alement accordĂ©e, sa Madeleine, premiĂšre grande triomphatrice de la soirĂ©e au milieu d’un plateau qui a dĂ©chaĂźnĂ©, Ă  maintes reprises, les plus bruyants enthousiasmes, offre les qualitĂ©s qu’on lui connaĂźt : chaleur et douceur d’une voix du plus subtil mĂ©tal, une palette de nuances irisĂ©es et ses lĂ©gendaires pianissimi. TragĂ©dienne hors-pair, le personnage lui convient merveilleusement bien aussi, pour cette alliance de volontĂ© et de douceur, de tendresse et d’énergie, et sa grande beautĂ© en scĂšne. Avec ses deux figures d’une intense prĂ©sence vocale et dramatique, le duo final rayonne de toute sa splendeur, l’un et l’autre ayant su intelligemment su prĂ©server leurs forces. Auparavant, Anja Harteros aura atteint au maximum d’émotion, dans une remarquable performance d’actrice, Ă  sa grande scĂšne de l’acte II (« La Mamma morta », d’une expressivitĂ© et d’une sobriĂ©tĂ© admirable), oĂč elle trouve Ă  nouveau, avec le Carlo GĂ©rard de Luca Salsi, un partenaire parfaitement complĂ©mentaire. Puissant, noir, et en mĂȘme temps d’un raffinement psychologique inattendu, son GĂ©rard est un des plus saisissants que nous ayons entendus.

Mais Andrea ChĂ©nier est un opĂ©ra Ă©minemment thĂ©Ăątral dans la mesure oĂč il implique un certain nombre de comprimari, destinĂ©s Ă  faire partie du mĂ©canisme avec une autonomie fonctionnelle prĂ©cise, et garantissant par leur prĂ©sence le succĂšs de l‘Ɠuvre. De ces emplois « secondaires » proviennent de bien belles satisfactions vocales aussi. On en dĂ©tache en premier lieu l’extraordinaire Elena Zilio, vĂ©ritable lĂ©gende du chant, qui, dans le rĂŽle de Madelon, continue d’impressionner par la profondeur des graves et lâ€˜Ă©motion qu‘elle suscite dans le bouleversant air « Son la vecchia Madelon ». DĂ©ception, en revanche, pour La Comtesse de Doris Soffel dont les ans n’ont pas Ă©pargnĂ© un timbre dĂ©sormais dur et rĂȘche. De leurs cĂŽtĂ©s, J’Nai Bridges incarne une piquante Bersi, Christian Rieger un incisif Fouquier-Tinville, Kevin Conners un Incroyable efficace et Andrea Borghini un solide Roucher.

A la tĂȘte d’un Orchestre et d’un ChƓur de la Bayerische Staatsoper dans une forme olympique, le chef israĂ©lien Omer Meir Wellber impose une lecture d’un superbe raffinement, trĂšs attentive Ă  l’opulence et aux dĂ©tails chatoyants de l’orchestration de Giordano. On perçoit son constant souci d’équilibrer les diffĂ©rents pupitres, mĂȘme s’il verse parfois dans la surenchĂšre dans les dĂ©bordements orchestraux, ce qui permet nĂ©anmoins au tableau final de baigner dans une jouissance sonore absolument irrĂ©sistible.

Aux saluts, triomphe : en cadence, le public si huppĂ© des Champs-ElysĂ©es tape des mains et mĂȘme des pieds, et offrira de trĂšs nombreux rappels aux hĂ©ros de cette mĂ©morable soirĂ©e.

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Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 26 mars 2017. Avec Jonas Kaufmann (Andrea ChĂ©nier), Anja Harteros (Maddalena di Coigny), Luca Salsi (Carlo GĂ©rard), J’Nai Bridges (Bersi), Doris Soffel (La Comtesse de Coigny), Elena Zilio (Madelon), Andrea Borghini (Roucher), Kevin Conners (L’Incroyable), Christian Rieger (Fouquier Tinville), Nathaniel Webster (Pietro FlĂ©ville), Tim Kuypers (Mathieu), Ulrich Ress (L’AbbĂ©). Orchestre et ChƓur de la Bayerische Staatsoper de Munich. Omer Meir Wellber (direction).

DVD. LIRE aussi notre critique du dvd Andrea Chénier par Jonas Kaufmann (Londres, Pappano, janvier 2015)

Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac / Apppleby. Philippe Jordan

berlioz Hector Berlioz_0Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. StĂ©phanie d’Oustrac/Paul Apppleby. Stephen Taylor (mise en espace). Philippe Jordan (direction musicale). Aujourd’hui mal aimĂ© parmi les Ɠuvres lyriques de Berlioz – bien qu’il ait connu un triomphe lors de sa crĂ©ation Ă  Baden-Baden en 1862, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict apparaĂźt comme une tentative de concilier le rĂȘve italien de Shakespeare, dans Beaucoup de bruit pour rien (dont le livret est tirĂ©), et l’opĂ©ra-comique français. Avec cet ouvrage, Berlioz semble n’avoir d’autres soucis que de s’amuser ouvertement et d’émouvoir discrĂštement. Car, au-delĂ  de l’hĂ©ritage de Weber et de Boieldieu, assimilĂ© Ă  son langage propre, le compositeur français offre une partition Ă©tincelante oĂč alternent l’humour et la poĂ©sie, le charme tendre et la vivacitĂ©. Et pour rendre plus vivante, justement, cette version de concert, on a demandĂ© Ă  Stephen Taylor de mettre en espace le spectacle – ou plus exactement de coordonner les dĂ©placements sur scĂšne des diffĂ©rents interprĂštes. Heureuse idĂ©e – d’autant que la rĂ©alisation est rĂ©ussie – qui permet aux chanteurs de dĂ©ployer leur Ă©nergie et faire valoir leurs dons de comĂ©diens. Moins rĂ©ussie, en revanche, celle d’avoir confiĂ© Ă  deux acteurs le soin de dĂ©clamer les rĂ©citatifs des deux personnages principaux (et des passages de la piĂšce de Shakespeare) : cela complique inutilement l’intrigue et ralentit le rythme de la soirĂ©e.

StĂ©phanie d’Oustrac campe un pulpeuse amazone face au BĂ©nĂ©dict narquois et fanfaron du tĂ©nor amĂ©ricain Paul Appleby (pour Stanislas de Barbeyrac initialement annoncĂ©). Elle prĂȘte Ă  BĂ©atrice la riche Ă©toffe de son ample mezzo, son personnage a du panache et de la drĂŽlerie, mais sous l’arrogance, elle laisse transparaĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© et le frĂ©missement de sa passion retenue : elle se montre ainsi pleine d’émotion dans son solo du deuxiĂšme acte, oĂč elle Ă©voque la naissance de l’amour. Dans le duo final, sa voix sombre fait Ă  nouveau merveille, tandis qu’Appleby, trĂšs Ă  l’aise en scĂšne, lui donne la rĂ©plique avec l’insolence et le charme qui conviennent ; style impeccable, phrasĂ© nuancĂ©, demi-teintes subtiles, une certaine vaillance dans le dernier air
 TrĂšs diffĂ©rent, le duo nocturne que chantent HĂ©ro et Ursule dans la « nuit paisible » est empreint d’une bouleversante mĂ©lancolie, que Sabine Devieilhe – avec sa voix Ă©thĂ©rĂ©e – et Aude ExtrĂ©mo – avec un timbre proche du contralto – traduisent avec ferveur, offrant un moment de pur ravissement. On regrette que le rĂŽle de Claudio ait Ă©tĂ© sacrifiĂ© par Berlioz, car Florian Sempey lui prĂȘte sa voix de bronze et son panache coutumier. InterprĂ©tant le personnage (qui n’existe pas dans Beaucoup de bruit pour rien) du maĂźtre de chapelle Somarone, la basse française Laurent Naouri fait preuve de beaucoup d’humour quand il dirige les choristes pour son ridicule Ă©pithalame. Ces derniers, ceux bien sĂ»r de l’OpĂ©ra de Paris, s’avĂšrent tout aussi Ă  l’aise dans la truculente scĂšne du banquet qu’au dĂ©but quand ils cĂ©lĂšbrent le retour des vainqueurs. L’excellent François Lis (Don Pedro) et le comĂ©dien Didier Sandre (rĂŽle parlĂ© de LĂ©onato) complĂšte avec brio cette distribution rĂ©unissant la fine fleur du chant français.

 

jordan - Philippe-Jordan-008Vive sans prĂ©cipitations, lĂ©gĂšre et ferme, la direction de Philippe Jordan sĂ©duit dĂšs les premiĂšres mesures d’une ouverture jamais bruyante malgrĂ© les Ă©clats de cuivres, soutenant la ligne mĂ©lodique au-dessus des incises thĂ©matiques qui tentent toujours de l’éparpiller. C’est affaire d’équilibres et de dosages subtils entre les pupitres, et l’on cherche en vain un moment oĂč les musiciens de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris ne donnent pas Ă  leur directeur musical tout ce qu’il peut attendre de cette lumineuse partition. Il faut espĂ©rer que le succĂšs remportĂ© par la soirĂ©e incitera l’OpĂ©ra de Paris Ă  proposer ultĂ©rieurement une version scĂ©nique de l’ouvrage


 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Avec StĂ©phanie d’Oustrac (BĂ©atrice), Paul Appleby (BĂ©nĂ©dict), Sabine Devieilhe (HĂ©ro), Aude ExtrĂ©mo (Ursule), Florian Sempey (Claudio), François Lis (Don Pedro), Laurent Naouri (Somarone), Didier Sandre (LĂ©onato). Orchestre et cƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan (direction musicale). Stephen Taylor (mise en espace).

Compte-rendu, opéra. Anvers, Opéra, le 23 mars 2014. Haendel : Agrippina. Mariage Clément / Stefano Montanari

Compte-rendu, opĂ©ra. Anvers, OpĂ©ra, le 23 mars 2014. Georg Friedrich Haendel : Agrippina. Mariame ClĂ©ment (mise en scĂšne). Stefano Montanari (direction musicale). CrĂ©Ă© au Teatro San Crisostomo de Venise en 1709, Agrippina est le premier triomphe scĂ©nique de Georg Friedrich Haendel, Ă  tel point qu’il fut jouĂ© vingt-sept soirĂ©es d’affilĂ©e. Un succĂšs inhabituel, mĂȘme Ă  l’époque. Ce qui est plus Ă©tonnant avec cet ouvrage, c’est que la partition contienne tant d’élĂ©ments susceptibles de procurer du plaisir Ă  l’auditeur d’aujourd’hui. A commencer par son livret, Ă©crit par le noble Vincenzo Grimani, cardinal de Naples, protecteur de Haendel et propriĂ©taire du San Crisostomo.

 

 

 

Agrippina anvers clement tim mead

 

 

 

handel-haendel-portrait-classiquenewsAvec toute la fantaisie thĂ©Ăątrale du XVIIIe siĂšcle, le cardinal-poĂšte transforme en fantaisie joyeuse l’histoire de l’ignoble Agrippine, qui avait Ă©pousĂ© en troisiĂšme noces l’empereur Claude, puis empoisonnĂ© son mari pour mettre sur le trĂŽne son fils NĂ©ron. Mal lui en prit puisqu’elle fut tuĂ©e Ă  son tour par le tyran ingrat. Ces faits sinistres deviennent sur la scĂšne une comĂ©die licencieuse dans laquelle le souverain et ses deux jeunes rivaux – NĂ©ron et Otton – se disputent outre le pouvoir, l’amour de la belle PoppĂ©e. L’attirante jeune femme, assiĂ©gĂ©e de toutes parts, fait de son mieux pour tenir en respect ses soupirants, les renfermant Ă  tours de rĂŽle dans des placards. Agrippine, de son cĂŽtĂ©, manƓuvre ses propres amants pour mettre son fils sur le trĂŽne et supprimer les concurrents. En fin de compte, ses intrigues seront dĂ©voilĂ©es mais, dans un dernier sursaut, elle rĂ©ussira Ă  redresser la situation : NĂ©ron aura la couronne, Otton sa chĂšre PoppĂ©e, tandis que Claude restera les mains vides. Dans l’intrigue thĂ©Ăątrale, comme on le voit, la politique disparaĂźt au profit d’un jeu Ă©rotique auquel s’ajoutait, pour les contemporains, la satire des puissants. A Venise, en 1709, tout le monde reconnaissait, sous les vĂȘtements de l’orgueilleux empereur Claude, le pape ClĂ©ment XI, ennemi du cardinal Grimani et compromis dans les querelles pour la succession impĂ©riale entre les Habsbourg et les Bourbons.

Signataires de plusieurs mises en scĂšne Ă  l’OpĂ©ra de Flandre, Mariame ClĂ©ment dresse un parallĂšle entre l’univers de la Rome antique et celui des soap operas amĂ©ricains des annĂ©es 80, Dallas et Dynasty en tĂȘte. Avec un aplomb ravageur, la française applique Ă  toute chose le second degrĂ© et l’ironie, au point que lui reprocher son mauvais goĂ»t est la complimenter. Tous les personnages sont insincĂšres, vĂ©naux et brutaux, Ă  l’image des figures mythiques des sĂ©ries prĂ©citĂ©es. Mais la reprĂ©sentation fait mouche et, malgrĂ© sa longueur, captive l’auditeur le plus difficile Ă  dĂ©rider, comme l’attestent les rires accompagnant de nombreuses scĂšnes, telle celle oĂč Agrippina – nymphomane en plus de tous ses autres dĂ©fauts – se retrouve Ă  essuyer la semence de Pallante et de son fils sur sa jupe
 en Ă©jaculateurs prĂ©coces qu’ils sont !

Le point fort de la soirĂ©e reste toutefois l’exĂ©cution musicale avec une distribution bien choisie qui surmonte les difficultĂ©s inhumaines de la partition. La mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg s’impose comme une Agrippine intrigante, ici accroc au sexe et Ă  l’alcool, et sait se montrer irrĂ©sistible dans la pure comĂ©die autant que dans la dĂ©clamation tragique, avec sa voix impĂ©rieuse et sombre. « Ogni vento » est son triomphe, tout comme le finale, lorsque l’impĂ©ratrice, ayant enfin installĂ© son fils sur le trĂŽne, remĂąche un arriĂšre-goĂ»t d’inachevĂ©. MalgrĂ© un italien insuffisant, la soprano russe Dilyara Idrisova incarne une Poppea fraĂźche et rusĂ©e, Ă  la voix ductile, qui se dĂ©joue des piĂšges d’une ligne de chant fort capricieuse. Elle n’éprouve aucun mal Ă  envoĂ»ter l’Ottone svelte du contre-tĂ©nor britannique Tim Mead dont le timbre magnifique, la projection sĂ»re et le style impeccable conviennent idĂ©alement Ă  l’univers de Haendel. La basse hongroise Balint Szabo souligne Ă  merveille le ridicule du personnage de Claudio, empereur lĂ©ger et imbu de lui-mĂȘme, qu’il joue et chante avec beaucoup d’ironie, tandis que le timbre et la silhouette assez androgynes de la mezzo croate Renata Pokupic conviennent parfaitement Ă  Nerone, ici adolescent veule (et incestueux) sans cesse pendu aux jupes de sa mĂšre. Enfin, Jake Arditti (Narciso) et Toby Girling (Pallante) montrent tout leur talent dans des rĂŽles certes secondaires, mais que le compositeur a gratifiĂ©s de beaux airs assez dĂ©veloppĂ©s.

A la tĂȘte de l’Orchestre philharmonique de l’OpĂ©ra de Flandre, le chef italien Stefano Montanari fait mousser la partition du Caro Sassone avec une rĂ©jouissante dĂ©contraction. Les rĂ©citatifs et les airs s’enchaĂźnent sans rĂ©pit, assurant Ă  la reprĂ©sentation un rythme vif qui rend parfaitement justice Ă  l’incroyable diversitĂ© de l’écriture musicale.

 
 
 

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Anvers, OpĂ©ra, le 23 mars 2014. Georg Friedrich Haendel : Agrippina. Mise en scĂšne : Mariame ClĂ©ment. DĂ©cors & costumes : Julia Hansen. LumiĂšres : Bernd Purkrabek. Avec Ann Hallenberg (Agrippina), Renata Pokupic (Nerone), Dilyara Idrisova (Poppea), Balint Szabo (Claudio), Tim Mead (Ottone), Jake Arditti (Narcisso), Toby Girling (Pallante). Orchestre philharmonique et ChƓur de l’OpĂ©ra de Flandre.  Direction musicale : Stefano Montanari. Illustration © Annemie Augustijns

 
 

Compte-rendu, opéra. Rennes, Opéra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn.

Compte-rendu, opĂ©ra. Rennes, OpĂ©ra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn. Alors qu’il vient tout juste d’ĂȘtre nommĂ© Ă  la direction d’Angers Nantes OpĂ©ra (fonction qu’il assumera dĂšs janvier 2018), Alain Surrans – Ă  la tĂȘte de celui de Rennes depuis douze annĂ©es – propose actuellement dans son thĂ©Ăątre une coproduction entre les deux maisons (qui ne devrait faire qu’une, sous son impulsion, d’ici peu
) : Fidelio de Beethoven.

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ConfiĂ©e au plasticien strasbourgeois Philippe Miesch, la mise en scĂšne ne restera pas dans les annales du ThĂ©Ăątre, mais il est vrai qu’une simple mise en espace Ă©tait Ă  l’origine prĂ©vue. TransposĂ©e Ă  notre Ă©poque, la production ne nous fait grĂące d’aucun des clichĂ©s Ă  la mode depuis vingt ou trente ans, tel le bunker aux parois noires et suintantes, Ă©voquant une dictature plus ou moins actuelle, dĂ©cor par ailleurs unique qui vaudra donc pour les trois actes. Seuls moments de respiration, la lumiĂšre vive qui en transperce les parois lors de la sortie des prisonniers au grand air et au moment de l’heureuse rĂ©solution finale. Bref, pas le moindre Ă©lĂ©ment ici pouvant ouvrir les portes d’une lecture approfondie, et il ne faudra pas non plus compter sur la direction d’acteurs – aussi statique que conventionnelle – pour Ă©veiller notre intĂ©rĂȘt.

Les bonheurs de la soirĂ©e sont ailleurs, et notamment dans la direction musicale de Grant Llewellyn, parfait Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de Bretagne dont il est le directeur musical : le chef galllois enflamme littĂ©ralement les diffĂ©rents pupitres – bien que quelques flottements du cĂŽtĂ© des cors soient Ă  dĂ©plorer – et offre une lecture exaltĂ©e et passionnĂ©e de la sublime partition de Beethoven, Ă  l’image de l’amour romantique et libĂ©rateur de Leonore et Florestan. Magnifique de plĂ©nitude et de musicalitĂ© se rĂ©vĂšle Ă©galement le ChƓur de l’OpĂ©ra de Rennes (en fait composĂ© de jeunes intermittents), superbement prĂ©parĂ© par Gildas Pungier.

La distribution vocale apporte Ă©galement son lot de satisfactions, dont se dĂ©tache en premier la jeune soprano française Olivia Doray, dont la qualitĂ© et la rondeur du timbre lui permet de camper une Marzelline de grand relief, tandis que l’actrice se rĂ©vĂšle plein de charme, avec un engagement Ă©mouvant. Dans le rĂŽle-titre, la suissesse Claudia Iten fait valoir un timbre plus mince que celui que l’on attend gĂ©nĂ©ralement ici, avec par ailleurs un timbre assez mĂ©tallique et des aigus souvent forcĂ©s, mais son tempĂ©rament nerveux et l’urgence de son chant la rendent nĂ©anmoins trĂšs humaine. Dans le rĂŽle de Florestan, le tĂ©nor allemand Martin Homrich se montre capable de rendre justice Ă  l’écriture pĂ©rilleuse de son air du II « Gott, welch Dunkel hier !», avec un beau mĂ©lange de lyrisme et d’hĂ©roĂŻsme extrĂȘmement convaincant. Le baryton russe Anton Keremidtchiev campe un Pizzaro sonore et autoritaire, comme le veut la tradition, tandis que l’allemand Christian HĂŒbner incarne un Rocco faible et touchant, mais avec une Ă©mission Ă©trange, souvent Ă  la limite de la justesse. Enfin, si le Jaquino du tĂ©nor allemand Andreas FrĂŒh paraĂźt un peu pĂąle, le Don Fernando de Philippe-Nicolas Martin captive, quant Ă  lui, par la conjonction de la beautĂ© du timbre et de l’élĂ©gance du phrasĂ©.

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Rennes. OpĂ©ra. 15 mars 2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, singspiel en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand von Sonnleithner d’aprĂšs LĂ©onore ou l’Amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scĂšne, scĂ©nographie et costumes : Philippe Miesch. LumiĂšres : François Saint-Cyr. Avec : Martin Homrich, Florestan ; Claudia Iten, Leonore ; Anton Keremidtchiev, Pizzaro ; Christian HĂŒbner, Rocco ; Olivia Doray, Marzelline ; Andreas FrĂŒh, Jaquino ; Philippe-Nicolas Martin, Fernando. ChƓur de l’OpĂ©ra de Rennes (direction : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Grant Llewellyn. Illustration : © OpĂ©ra de Rennes / Laurent Guizard

Compte rendu, critique. Madrid, Teatro Real, le 25 février 2017. BRITTEN : Billy Budd. Ivor Bolton

britten_benjamin_portrait_448Billy Budd de Benjamin Britten a souvent fait l’objet de traductions scĂ©niques marquantes, voire inoubliables, notamment celle de Willy Decker vue dans l’autre grande institution lyrique d’Espagne, au Liceu de Barcelone. Il semble pourtant d’emblĂ©e que la production offerte maintenant par le Teatro Real de Madrid – en coproduction avec Paris, Rome et Helsinki et signĂ©e par Deborah Warner – les surpasse encore, tant en densitĂ© psychologique qu’en impact visuel.

Ici, la mort de l’innocent, trop beau, trop bon, coupable d’avoir Ă©veillĂ© autant chez Vere que chez Claggart, un dĂ©sir qu’aucun des deux hommes ne veut accepter est autant, sinon plus, l’Ɠuvre du Capitaine de l’Indomptable – ici symbolisĂ© grĂące aux seuls accessoires de la machinerie du thĂ©Ăątre (cordages, poulies, tringles, quelques voiles
) – que son MaĂźtre d’armes. Ce n’est pas par sens du devoir et par respect de la rĂ©glementation que Vere refuse de sauver Billy, mais parce que c’est le seul moyen pour lui – croit-il – de refouler Ă  jamais le sentiment que lui inspire, Ă  son corps dĂ©fendant, le jeune et beau marin. Tout au long de l’opĂ©ra, Vere nous apparaĂźt ainsi mal dans sa peau, coincĂ©, hagard, quand il repousse avec force un Billy suppliant, dĂ©composĂ© et suant au moment du procĂšs, quand il tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de se donner une contenance


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Le plateau n’appelle aucune rĂ©serve, Ă  commencer par le Captain Vere du tĂ©nor britannique Toby Spence, maĂźtrisant une large palette de couleurs, capable de soutenir sans effort une tessiture particuliĂšrement aiguĂ« et de traduire toute la complexitĂ© du personnage. Depuis Peter Pears, le rĂŽle n’a connu que des interprĂštes d’envergure (James King, Philip Langridge, et plus rĂ©cemment Rodney Gilfrey, Christopher Maltman ou Bo Skovus) : Jacques Imbrailo peut, sans crainte, soutenir la confrontation avec eux. En dehors de son avantageux physique, le jeune baryton sud-africain possĂšde toute la candeur de Billy, son innocence et son sens de la justice. Son cri « I’d have died for you, save me » transperce littĂ©ralement le cƓur ! Quant Ă  la ballade Billy in the darbies, elle est phrasĂ©e avec un timbre ferme et clair, sans aucune trace de sentimentalitĂ©. Le Claggart de la basse amĂ©ricaine Brindley Sherratt fait d’autant plus frĂ©mir que son jeu et son chant, alliant une belle musicalitĂ© Ă  une Ă©mission franche et percutante ne rendent pas de suite sensible la dimension presque mĂ©taphysique de cette incarnation du mal que le compositeur a voulue particuliĂšrement perverse. Du reste de la distribution, nous retiendrons David Soar qui tire le meilleur parti du petit rĂŽle de Mr Flint, l’émouvant Novice de Sam Furness, l’aimable Mr Redburn de Thomas Oliemans, le solide Dansker de Clive Bayley, le Red Whiskers de Christopher Gillet et le Squeak de Francisco Vas. De son cĂŽtĂ©, le ChƓur du Teatro Real tient vocalement son rĂŽle avec bravoure, et fait preuve d’un engagement physique proprement exceptionnel.

Sous la direction flamboyante et exacerbĂ©e de leur directeur musical Ivor Bolton, qui sait mĂ©nager des moments de pur lyrisme dans les interludes, l’Orchestre du Teatro Real contribue, par ses couleurs et la sonoritĂ© de ses cordes, Ă  faire de ce Billy Budd madrilĂšne un des grands moments d’émotion de la saison lyrique europĂ©enne.

 

 

 

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BillyBudd 2070Compte-rendu, opĂ©ra. Madrid, Teatro Real, le 25 fĂ©vrier 2017. Benjamin Britten : Billy Budd. Avec Jacques Imbrailo (Billy Budd), Toby Spence (Captain Vere), Brindley Sherratt (John Claggart), Thomas Oliemans (Mr Redburn), David Soar (Mr Flint), Torben JĂŒrgens (Lieutenant Ratcliffe), Christopher Gillet (Red Whiskers), Duncan Rock (Donald), Clive Bayley (Dansker), Sam Furness (Un Novice), Francisco Vas (Squeak), Bosun (Manel Esteve). Deborah Warner (mise en scĂšne), Michael Levine (dĂ©cors), ChloĂ© Obolenski (costumes), Jean Kalman (lumiĂšres), Kim Brandstrup (chorĂ©graphies). ChƓur et Orchestre du Teatro Real. Ivor Bolton (direction musicale).

Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Jean-Louis Pichon, George Beller, Mathieu LĂ©croart, RaphaĂ«l BrĂ©mard
 Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne. AprĂšs avoir fait les beaux soirs des OpĂ©ras de Metz, Avignon et Massy, c’est Ă  l’OpĂ©ra de Reims que la production imaginĂ©e par Paul-Emile Fourny de My Fair Lady – la cĂ©lĂšbre comĂ©die musicale de Frederick Loewe – Ă©tait proposĂ©e. CrĂ©Ă© Ă  Broadway en 1956 (et reprĂ©sentĂ© plus de 2700 fois in loco depuis !). PopularisĂ© par le film de George Cukor (1964), ce musical s’est imposĂ© dans le monde entier. MĂȘme s’il dĂ©tourne quelque peu le Pygmalion de George Bernard Shaw, dont il s’inspire, le livret d’Alan Jay Lerner est un roc ; la partition de Loewe lui offre une parure Ă©tincelante, des airs qui mĂȘlent adroitement le charme et l’humour, et qui n’ont pas pris une ride.

my fair lady loewe opera de reims pionnier fernyA propos de la version française, ici retenue, on peut certes prĂ©fĂ©rer l’accent Cockney Ă  la gouaille cht’i, et avoir en tĂȘte les airs en anglais, mais force est de constater que cette mouture imaginĂ©e par Alain Marcel ne manque pas d’attrait. Le mĂȘme qualificatif peut s’appliquer au travail du metteur en scĂšne belge Paul-Emile Fourny – actuellement Ă  la tĂȘte de l’OpĂ©ra de Metz – qui signe Ă©galement les beaux dĂ©cors qui sont autant de clins d’Ɠil Ă  la ville de Metz
 puisqu’on y reconnaĂźt l’OpĂ©ra, comme les Halles ou encore une cĂ©lĂšbre brasserie locale. Une mention doit Ă©galement ĂȘtre faite pour les superbes costumes conçus par Dominique BurtĂ©. La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, prĂ©cise et enlevĂ©e, en total accord avec l’esprit de l’ouvrage.

La distribution de chanteurs-acteurs rĂ©unie Ă  Reims, entiĂšrement française, s’avĂšre en tout point formidable, d’une Ă©vidente justesse dans la caractĂ©risation de leur personnage, avec une mĂȘme facilitĂ© et un mĂȘme naturel dans le chanter comme dans le parler, au point oĂč on oublie trĂšs vite le recours Ă  l’amplification des voix au moyen d’un micro. Aucun problĂšme pour RaphaĂ«l BrĂ©mard, Freddy de grande classe et dont la passion pour Eliza est dĂ©vorante, ni pour Mathieu LĂ©croart dont l’Alfred Doolittle est Ă©patant, Ă©boueur truculent Ă  la faconde inĂ©puisable. A leurs cĂŽtĂ©s, George Beller a de l’autoritĂ© et du style en Colonel Pickering, Marie-Emeraude Alcime de la verve et de la truculence en Mrs Pearce, tandis que Sylvie Bichebois incarne une Mrs Higgins mĂšre Ă©minemment distinguĂ©e.

Dans le rĂŽle de Eliza Doolittle, Fabienne Conrad passe avec brio de l’accent ch’ti au parler affectĂ© de la haute sociĂ©tĂ©, chante remarquablement bien (ses aigus rayonnants donnent envie de l’entendre dans les grandes hĂ©roĂŻnes du rĂ©pertoire lyrique) et sĂ©duit sans peine son mentor, le rĂ©calcitrant et misogyne Henry Higgins, incarnĂ© ici par le protĂ©iforme homme de thĂ©Ăątre Jean-Louis Pichon. On le savait grand « dĂ©nicheur » de (nouvelles) voix, metteur en scĂšne talentueux, directeur de thĂ©Ăątre avisĂ©, et on le dĂ©couvre excellent comĂ©dien et remarquable chanteur, alliant Ă©lĂ©gance scĂ©nique et diction parfaite. Cet homme a dĂ©cidĂ©ment tous les talents


Enfin, si l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Reims n’est pas toujours d’une prĂ©cision exemplaire, le jeune chef français Benjamin Pionnier – directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’OpĂ©ra de Tours – ne lui laisse cependant aucun rĂ©pit et l’entraĂźne dans une danse irrĂ©sistible. Le public rĂ©mois ne boude pas son plaisir et fait une incroyable fĂȘte Ă  tous les artisans de cette formidable soirĂ©e !

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Reims, OpĂ©ra de Reims, le 10 dĂ©cembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Avec Fabienne Conrad (Eliza Doolittle), Jean-Louis Pichon (Henry Higgins), George Beller (Colonel Pickering), Mathieu LĂ©croart (Alfred Doolittle), RaphaĂ«l BrĂ©mard (Freddy), Sylvie Bichebois (Mrs Higgins), Marie-Emeraude Alcime (Mrs Pearce). Paul-Emile Fourny, mise en scĂšne et dĂ©cors ; Elodie Vella-Pionnier (chorĂ©graphie classique), Jean-Charles Donnay (chorĂ©graphie claquettes et danse), Patrice Willaume (lumiĂšres), Dominique BurtĂ© (costumes). ChƓurs ELCA. Orchestre de l’OpĂ©ra de Reims. Benjamin Pionnier, direction musicale.

Compte-rendu, opéra. Berlin, Deutsche Oper, le 17 novembre 2016. Meyerbeer : Les Huguenots. Juan Diego Florez, Patrizia Ciofi
Michele Mariotti, direction.

FidĂšle Ă  l’enfant du pays Giacomo Meyerbeer, la Deutsche Oper de Berlin – aprĂšs avoir mis Ă  l’affiche Vasco de Gama la saison passĂ©e et Dinorah celle d’avant – propose actuellement une nouvelle production du chef d’Ɠuvre du compositeur berlinois : Les Huguenots. DonnĂ©e ici dans sa quasi intĂ©gralitĂ©, la partition de Meyerbeer retrouve sa cohĂ©rence et sa thĂ©ĂątralitĂ©, et emporte le public dans un tourbillon d’émotions, de coups de thĂ©Ăątre – dramatiques et musicaux – qui ne lui laissent aucun rĂ©pit.

 

 

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Premier artisan de la rĂ©ussite, le jeune chef italien Michele Mariotti dirige avec beaucoup d’autoritĂ© un Orchestre de la Deutsche Oper concentrĂ© Ă  sa tĂąche et prĂ©cis, jusque dans les nombreux soli rĂ©clamĂ©s par la partition. Son principal mĂ©rite – qui se confirme ici authentique chef d’opĂ©ra (il est directeur musical de celui de Bologne) – est de confĂ©rer une unitĂ© dramatique Ă  une fresque de trĂšs vastes proportions, puisant aux esthĂ©tiques les plus diffĂ©rentes. Sans jamais sacrifier au thĂ©Ăątre, il rĂ©ussit Ă  rendre justice aux raffinements de l’écriture instrumentale, tout en gardant un Ɠil sur les exigences du chant.
ConfiĂ©e Ă  l’amĂ©ricain David Alden, la proposition scĂ©nique n’est pas inintĂ©ressante mais inclue des partis pris discutables. Pour commencer, la scĂ©nographie imaginĂ©e par Gilles Cadle restera identique pour les cinq actes, ce qui ne rend pas justice au « Grand opĂ©ra » (et la profusion de dĂ©cors qui va avec), de mĂȘme que l’aspect bucolique de l’acte II passe Ă  la trappe. C’est vers la comĂ©die musicale qu’Alden semble avoir trouvĂ© son inspiration (il est surtout connu pour avoir signĂ© des productions « comiques »), et si cela fonctionne bien dans les deux premiers actes, le renversement dramatique Ă  l’acte III n’est guĂšre soulignĂ© ni rendu lisible ici. Il manie en revanche trĂšs habilement les foules (on a comptĂ© plus de cent choristes !) mais ne montre pas la mĂȘme maestria Ă  diriger les solistes, qui doivent compter la plupart du temps sur leurs seules ressources.

 
 

Stylistiquement aguerrie, la distribution contribue Ă  la rĂ©ussite d’ensemble, mais le hĂ©ros de la soirĂ©e est incontestablement Juan Diego Florez (sur un cheval blanc, ci dessus) dont la prestation en Raoul de Nangis balaie toutes les rĂ©serves que l’on pouvait se formuler avant le spectacle. En plus d’un timbre et d’un legato maintenant lĂ©gendaires (qui font merveille dans le cĂ©lĂšbre « Plus blanche que la blanche hermine »), il apporte Ă  son personnage une vaillance, une endurance et une puissance que l’on ne soupçonnait pas chez le tĂ©nor pĂ©ruvien. Dans le rĂŽle de Marguerite de Valois, Patrizia Ciofi n’impressionne pas moins par des coloratures Ă©lectrisantes et prĂ©cises, notamment dans le magnifique « O beau pays de la Touraine ».
La Valentine d’Alesya Golovevna est une rĂ©vĂ©lation : en plus d’un timbre de toute beautĂ©, la soprano russe possĂšde le rayonnement vocal et la fulgurance dans l’aigu requis par sa partie. Ajoutons que les mĂ©diums sont riches, les graves nourris, et que l’actrice se montre pleinement investie. De son cĂŽtĂ©, la basse croate Ante Jerkunica apporte Ă  Marcel des moyens imposants et une juste vocalitĂ©, avec des notes graves d’outre-tombe et un français plus que correct. TrĂšs satisfaisant Ă©galement le Urbain d’IrĂšne Roberts, tout de vivacitĂ© et d’esprit, Ă  qui on restitue le rondeau « Non, vous n’avez jamais, je gage » Ă©crit par Meyerbeer Ă  l’intention de Marietta Alboni. Le baryton-basse australien Derek Welton est un excellent (et implacable) Saint-Bris face au Nevers efficace de Marc Barrard (seul français de la distribution), la nombreuse Ă©quipe de seconds rĂŽles n’appelant guĂšre de reproche hors la prononciation de notre langue par certains. Excellente, enfin, la prestation du ChƓur de la Deutsche Oper, fort bien prĂ©parĂ© par Raymond Hugues. Au final, une salle en dĂ©lire, trĂ©pignant d’enthousiasme, qui ne se videra qu’aprĂšs d’innombrables rappels.

 
 

Compte-rendu, opĂ©ra. Berlin, Deutsche Oper, le 17 novembre 2016. Giacomo Meyerbeer : Les Huguenots. Juan Diego Florez, Patrizia Ciofi, Alesya Golovevna, Ante Jerkunica
 ChƓur et Orchestre de la Deutsche Oper Berlin. Michele Mariotti, direction. David Alden, mise en scĂšne.

 
 

Avignon, le 15 octobre 2016. Widor, Poulenc, Puccini… Concert de Musique SacrĂ©e et Orgue en Avignon

Compte-rendu, concert. Avignon, CollĂ©giale Saint Didier, le 15 octobre 2016. Widor, Poulenc, Puccini. Ludivine Gombert, Florian Laconi, Yann Toussaint. ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Aurore Marchand (chef des ChƓurs). Luc Antonini (Orgue)

 

 

 

Gloria

 

 

En co-rĂ©alisation avec Musique SacrĂ©e en Avignon et Orgue en Avignon (deux structures qui viennent de fusionner sous le nom de « Musique SacrĂ©e et Orgue en Avignon »), l’OpĂ©ra Grand Avignon vient de proposer – Ă  la CollĂ©giale Saint Didier – un intĂ©ressant concert regroupant trois Ɠuvres de musique sacrĂ©e : la « Marche pontificale » issue de la PremiĂšre Symphonie pour Orgue (1870) de Charles-Marie Widor, le « Gloria » (1961) de Francis Poulenc et la « Messa di Gloria » (1880) de Giacomo Puccini.
EntiĂšrement accompagnĂ©e Ă  l’orgue sous les doigts experts de Luc Antonini, la soirĂ©e dĂ©bute par l’ouvrage de Widor prĂ©citĂ©, la « Marche pontificale » en Ă©tant un des sept mouvements, piĂšce qui illustre parfaitement le style « pompier » en cours Ă  la fin du XIXe siĂšcle. Magie due probablement Ă  la fois Ă  l’instrument, au lieu, et Ă  la dextĂ©ritĂ© de l’instrumentiste, l’auditoire ne peut ĂȘtre que saisi par une ambiance, une acoustique – et une force Ă©vidente – qui l’enveloppe. C’est une Ă©motion non moindre qu’il Ă©prouve ensuite Ă  entendre la voix de la soprano Ludivine Gombert dans le superbe « Gloria » de Poulenc. Cet ouvrage est une commande de la Fondation Koussevitzky Ă  la fin des annĂ©es 50, Ă©poque oĂč Vivaldi Ă©tait l’objet d’un important regain d’intĂ©rĂȘt, et Poulenc voulut rendre hommage au « prĂȘtre roux » Ă  sa maniĂšre. A la fois pimpante, Ă©mouvante et jubilatoire – derriĂšre ses clins-d’Ɠil Ă  Stravinski et au jazz -, cette piĂšce laisse sourdre un vraie mĂ©lancolie que le beau timbre riche et prenant de la jeune soprano française parvient Ă  distiller magistralement. MĂȘme satisfecit pour le ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, dirigĂ© par sa chef Aurore Marchand, qui accompagne avec beaucoup de justesse la chanteuse, pendant ou en dehors de ses interventions. Avec l’Orgue, ce sont donc trois masses distinctes qui tantĂŽt dialoguent, tantĂŽt s’opposent, ou encore se corroborent, dans un jeu d’échange mĂ©lodique flexible et fluide. Comme une sorte de bis – mais plutĂŽt pour poursuivre l’hommage Ă  Puccini -, Ludivine Gombert dĂ©livre ensuite un bouleversant « Senza mamma », aria tirĂ©e de son court opĂ©ra en un acte « Suor Angelica ».
AprĂšs un court prĂ©cipitĂ©, place Ă  la rare « Messa di Gloria » composĂ©e par Puccini Ă  l’Ăąge de 22 ans, et qui forme un ensemble un peu dĂ©cousu de numĂ©ros oĂč se sentent les influences diverses du jeune compositeur : Verdi, Rossini et Bellini notamment. Il y fait montre de son habiletĂ© Ă  traiter toutes les formes musicales, du chƓur Ă  la maniĂšre de Verdi (« Qui tollis peccata mundi »), jusqu’à la fugue la plus recherchĂ©e (« Cum santo spirito »). L’Ɠuvre fait avant tout la part belle au chƓur, n’offrant que quelques interventions au solistes, et c’est donc sur lui avant tout que repose le succĂšs de l’interprĂ©tation. Comme dans le « Gloria », le chƓur « maison » fait ici preuve d’une belle homogĂ©nĂ©itĂ©. Quant aux solistes, le tĂ©nor Florian Laconi et le baryton Yann Toussaint, ils offrent une prestation particuliĂšrement nuancĂ©e. Laconi fait valoir une voix trĂšs bien timbrĂ©e et puissamment projetĂ©e, tandis que Yann Toussaint apporte Ă  sa partie une autoritĂ© et une prĂ©sence supĂ©rieures. A l’issue du concert, tous les talents rĂ©unis pour cette soirĂ©e sont acclamĂ©s par moult vivats… amplement mĂ©ritĂ©s !

 

 

Compte-rendu, concert. Avignon, CollĂ©giale Saint Didier, le 15 octobre 2016. Charles-Marie Widor : « Marche pontificale » extraite de la Symphonie N°1 pour Orgue, en ut mineur, opus 13 ; Francis Poulenc : Gloria pour soprano, chƓur mixte et orgue ; Giacomo Puccini : Messa di Gloria, pour tĂ©nor, baryton, chƓur mixte et orgue. Ludivine Gombert (soprano), Florian Laconi (tĂ©nor), Yann Toussaint (baryton). ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Aurore Marchand (direction des ChƓurs). Luc Antonini (Orgue)

 

 

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 10 octobre 2016. Camille Saint-Saëns : Samson et Dalila. Damiano Michieletto, mise en scÚne. Philippe Jordan, direction musicale.

VoilĂ  25 ans que Samson et Dalila de Camille Saint-SaĂ«ns, l’un des fleuron de notre patrimoine lyrique national, n’avait pas connu les honneurs d’une reprĂ©sentation scĂ©nique dans la Capitale. C’est chose rĂ©parĂ©e avec cette nouvelle production, coproduite avec le Metropolitan Opera de New-York, et signĂ©e par Damiano Michieletto dont on se souvient du gĂ©nial Barbier de SĂ©ville - in loco – il y a deux saisons. Las, l’essai n’a pas Ă©tĂ© transformĂ© et sa transposition Ă  l’Ă©poque contemporaine, qui flirte dangereusement avec le Regietheater (et ses inĂ©vitables soldats bardĂ©s de mitraillettes !) est loin d’ĂȘtre une rĂ©ussite. La scĂ©nographie de Paolo Fantin Ă©vacue ainsi complĂštement la poĂ©sie et le souffle biblique dont l’ouvrage ne peut, selon nous, faire l’Ă©conomie. Comment accepter, Ă©galement, la façon dont le metteur en scĂšne italien revisite le livret (et la lĂ©gende) Ă  son bon grĂ©, qui confine au plus complet contre-sens. Ici, c’est Samson lui-mĂȘme qui se coupe les cheveux pour les offrir Ă  Dalila tandis que c’est cette derniĂšre qui met le feu au Temple (en s’immolant) dans la scĂšne finale !…

 

 

Samson et Dalila

 

 

Le plateau vocal offre, heureusement, une tout autre satisfaction. A commencer par la Dalila superlative de la mezzo gĂ©orgienne Anita Rachvelishvili qui sĂ©duit dĂšs son premier air « O mon bien aimĂ© » et plus encore dans « Printemps qui commence », chantĂ© avec un respect des annotations et de l’alternance du piano/forte qu’on trouve chez peu de ses rivales… si tant est qu‘il y en ait une aujourd’hui dans cet emploi ! Sa voix dense, d’une palette extrĂȘmement variĂ©e, possĂšde la projection nĂ©cessaire dans « Samson recherchant ma prĂ©sence » ainsi que dans le duo avec le Grand PrĂȘtre, oĂč Saint-SaĂ«ns a appris la leçon de l’affrontement entre Ortrud et Telramund ; elle a surtout le mordant et cette autoritĂ© rageuse que toute Dalila se doit de possĂ©der, mais sait Ă©galement retrouver l’accent et l’élĂ©gance de la ligne, dans un bouleversant « Mon cƓur s’ouvre Ă  ta voix »… qui lui vaut un beau triomphe personnel (amplement mĂ©ritĂ©).
De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor letton Aleksandrs Antonenko campe un Samson Ă  tout Ă©preuve, capable de maĂźtriser la tessiture de bout en bout sans l’ombre d’une fatigue. Le timbre, sombre et dense (qui fait parfois penser Ă  celui de Jon Vickers), est projetĂ© avec insolence tandis que la diction s’avĂšre tout Ă  fait satisfaisante. Le sublime air de la meule, phrasĂ© avec beaucoup de nuances, et des accents qui traduisent toute la souffrance intĂ©rieure du hĂ©ros, Ă©meut profondĂ©ment. Bref, l’auditeur ne peut que s’abandonner au plaisir d’écouter cette grande voix, gĂ©nĂ©reuse et vibrante.
MalgrĂ© des moyens d’envergure, la basse lettone Egils Silins est un discutable Grand-PrĂȘtre tandis que Nicolas TestĂ© chante le rĂŽle d’AbimĂ©lech avec une voix d’un format bien trop confidentiel. En revanche, Nicolas Cavallier sait confĂ©rer noblesse et dignitĂ© au Vieillard hĂ©breux, dans la priĂšre du premier acte, avec son assurance tranquille et Ă  son legato parfait.
CotĂ© fosse, l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris en Ă©tat de grĂące nous fait entendre la partition de Saint-SaĂ«ns que l’on n’avait jamais entendue aussi wagnĂ©rienne, grĂące Ă  la direction magistrale d’un Philippe Jordan tour Ă  tour recueilli et haletant, avec un instinct gĂ©nial de la dynamique et des couleurs. Saluons, enfin, le ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris : il s’acquitte de sa tĂąche avec un Ă©clat et une force de conviction qui forcent, comme toujours, l’admiration.

Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 10 octobre 2016. Camille Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Alexandrs Antonenko, Samson ; Anita Rachvelishvili, Dalila ; Egils Silins, Le Grand PrĂȘtre ; Nicolas TestĂ©, AbimĂ©lech ; Nicolas Cavallier, Un Vieillard HĂ©breu ; Luca Sannai, Premier Philistin ; Jian-Hong Zhao, Second Philistin ; John Bernard, Un Messager. Mise en scĂšne : Damiano Michieletto ; dĂ©cors : Paolo Fantin ; costumes : Carla Teti ; Ă©clairages : Alessandro Carletti. Chef de chƓur : JosĂ© Luis Basso. Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Paris. Direction : Philippe Jordan. A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, Paris, jusqu’au 5 novembre 2016.

Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

FĂȘtant cette annĂ©e ses 70 ans, le Septembre musical de Montreux-Vevey continue de s’imposer comme l’un des festivals majeurs de la Suisse Romande, et donc un rendez-vous incontournable pour le mĂ©lomane amateur de grands orchestres comme de grands solistes. L’Ă©dition 2017 a vu ainsi dĂ©filer des solistes de la trempe de Martha Argerich, Leonidas Kavakos, Daniil Trifonov, mais aussi – nous les avons entendus – James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev et Midori.

 

 

James Ehnes

 

 

Le premier s’est lancĂ© – au Temple Saint-Martin de Vevey – dans la folle aventure de l’intĂ©grale des Sonates et Partitas pour violon seul de J.S. Bach. Le violoniste canadien ne s’y avĂšre pas qu’un simple exĂ©cutant de la partition, mais avant tout un traducteur et un acteur dont la maturitĂ© d’interprĂ©tation fait forte impression. Dans ces Ɠuvres fameuses, l’instrument entre dans une symbiose permanente, et sonne Ă  nos oreilles comme une dĂ©claration d’émotion, avec notamment de trĂšs beaux aigus. MĂȘme si certaines piĂšces accusent une certaine rapiditĂ© d’exĂ©cution – par exemple dans la fameuse Chaconne de la Partita n°2 -, il Ă©mane de son jeu une respiration artistique forte et une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau qui font de cet artiste, l’un des plus talentueux et attachants de sa gĂ©nĂ©ration. Visiblement trĂšs Ă©mu par ce qu’il vient d’entendre, le public lui offre une vive ovation Ă  l’issue de sa performance.

 

Trois soirées au Septembre musical de Montreux-Vevey

 

Pletnev

 

Le second, assez rare en tant que concertiste depuis qu’il dirige l’Orchestre National de Russie, a offert – au Reflet-ThĂ©Ăątre de Vevey – un programme plus Ă©clectique, rĂ©unissant Bach, Grieg, Mozart. Dans le PrĂ©lude et Fugue en la mineur de Bach, le virtuose russe gratifie l’auditoire de sa technique hors pair : sens de la construction, clartĂ© du contrepoint, expressivitĂ©, capacitĂ© Ă  faire chanter l’instrument. Avec Grieg, on trouve des moments de poĂ©sie et d’apaisement dans la Ballade op. 24 et une sincĂšre tentative de faire ressortir le romantisme Ă©chevelĂ© de la juvĂ©nile Sonate op. 7.  AprĂšs l’entracte, c’est Mozart qui est Ă  l’honneur au travers de trois de ses Sonates (les KV 311, 457 & 533). Pletnev – cela se voit et s’entend – vit dans l’intimitĂ© de Mozart, qu’il joue avec un respect et une affection touchantes, et son interprĂ©tation relĂšve le dĂ©fi de ce grand voyage dans les trĂ©fonds de l’ñme mozartienne avec beaucoup de finesse, d’élĂ©gance, de fraĂźcheur. Avec un trĂšs beau sens des nuances et un jeu d’une grande clartĂ©, il retrouve la puretĂ© mĂ©lodique de ces Sonates, leur brillance et leur virtuositĂ©, en toute simplicitĂ©. Il offre, en bis, le fameux RĂȘve d’amour de Liszt puis le Scherzo de Borodine.

 

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Entre ces deux soirĂ©es, nous avons pu Ă©galement assistĂ© Ă  un concert qui affichait le Youth Orchestra of Bahia (YOBA), orchestre composĂ© de jeunes issus des quartiers dĂ©favorisĂ©s de la citĂ© brĂ©silienne (Ă  l’image du plus connu El Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien fondĂ© par Gustavo Dudamel). DirigĂ©e par son fondateur et directeur musical Ricardo Castro, la jeune phalange s’Ă©chauffe d’abord avec une pĂ©tillante Ouverture de Candide de Leonard Bernstein avant d’accueillir en son sein la cĂ©lĂšbre violoniste japonaise Midori pour une exĂ©cution du Concerto pour violon de Beethoven. DĂšs le premier mouvement, l’interprĂšte montre qu’elle est aujourd’hui en pleine maturitĂ© artistique et technique : la puissance et la beautĂ© du son, la fiabilitĂ© de la tenue d’archet, le contrĂŽle de l’interprĂ©tation dans ses moindres dĂ©tails, l’Ă©conomie du comportement (tout de concentration et d’intĂ©rioritĂ©) concourent Ă  crĂ©er un moment de musique vraiment mĂ©morable.

Midori

La seconde partie de soirĂ©e propose une piĂšce aussi rare qu’originale avec le ChĂŽros n°6 d’Heitor Villa-Lobos, le ChĂŽro Ă©tant une tentative Ă©tonnante de fusionner la musique orchestrale et la musique des rues du BrĂ©sil. Le cycle des douze Choros composĂ©s par le compositeur brĂ©silien nĂ©cessite des effectifs instrumentaux variĂ©s de la guitare seule au grand orchestre, et c’est tout le BrĂ©sil avec ses percussions caractĂ©ristiques, sa lumiĂšre et sa joie intrinsĂšque qui s’exprime Ă  travers les instruments de l’orchestre classique. Et disons-le tout de go, le YOBA – en terme de richesse des timbres et de fini instrumental – n’a ici rien Ă  envier aux grandes phalanges europĂ©ennes sous la baguette de Ricardo Castro qui, de son cĂŽtĂ©, allie Ă©nergie et prĂ©cision. Bref, une double belle dĂ©couverte que cette partition et cet orchestre au Septembre Musical de Montreux-Vevey !

Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

Illustrations : JamesEhnes, Pletnev, Midori (DR)

Compte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 aoĂ»t 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN
 R. Capuçon, E. Revaz

capuçonCompte-rendu, concert. Tannay, Tente du Festival. Les 25 et 26 aoĂ»t 2016. JS BACH, F. MARTIN, R. STRAUSS, SCHUMANN
 R. Capuçon, E. Revaz. Depuis 2010, la petite ville de Tannay – situĂ©e au bord du Lac LĂ©man, Ă  quelques encablures de GenĂšve – propose un festival de musique classique Ă  la fin aoĂ»t sous une tente qui offre une acoustique trĂšs satisfaisante. Certes moins connu que les prestigieux festivals de Lucerne, Montreux ou Gstaad, celui de Tannay vaut d’abord pour sa convivialitĂ©… et n’en invite pas moins des artistes de renommĂ©e internationale (cette annĂ©e Vadim Repin, AndreĂŻ KorobeĂŻnikov ou Renaud Capuçon), tout en mettant en avant la jeune gĂ©nĂ©ration (Edgar Moreau, Estelle Revaz ou Romain Leleu). Le Festival de Tannay acquiert ainsi peu Ă  peu sa place dans le paysage musical suisse durant la pĂ©riode estivale.

 

 

Deux (belles) soirées aux Variations Musicales de Tannay

 

La premiĂšre soirĂ©e Ă  laquelle nous avons pu assister accueillait un invitĂ© rĂ©gulier de Serge Schmidt (directeur-fondateur du festival et maire de la ville), le cĂ©lĂšbre violoniste français Renaud Capuçon,placĂ© Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de Chambre de BĂąle. Le concert dĂ©bute
par une des piÚces incontournables du corpus violonistique de Bach, le Concerto BWV 1041, dans lequel Capuçon fait valoir son jeu époustouflant et un phrasé fluide et subtil, tandis que se dégage de la formation suisse allemande une agréable fraßcheur, chaque
instrumentiste jouant avec ferveur, Ă©nergie et engagement, sans jamais tomber dans l’excĂšs. Le morceau qui suit sort rĂ©solument des sentiers battus (une autre des caractĂ©ristiques du festival) : le « Polyptique » pour violon et orchestre du compositeur suisse Frank Martin. Ecrite à l’intention et dĂ©diĂ©e Ă  Yehudi Menuhin, la partition fut crĂ©Ă©e par l’Orchestre de Chambre de ZĂŒrich en 1973, et s’inspire de la Passion du Christ… et de son propre Oratorio « Golgotha », composĂ© en 1948.
De moindre ampleur que l’ouvrage prĂ©citĂ©, le Polyptique n’en atteint pas moins la mĂȘme intensitĂ© de pensĂ©e et d’Ă©motion, Ă  travers six images sonores d’un dramatisme bouleversant. Capuçon gratifie l’auditoire d’une interprĂ©tation en tout point digne de son illustre confrĂšre et prĂ©dĂ©cesseur, et l’on aimerait que tout violoniste digne de ce nom manifeste autant d’éclectisme dans le choix des Ɠuvres inscrites Ă  son rĂ©pertoire.

AprĂšs l’entracte – oĂč le public a loisir de se promener dans l’immense parc du chĂąteau possĂ©dant des cĂšdres centenaires et jouissant d’une vue saisissante sur le lac et les Alpes françaises -, Richard Strauss est Ă  l’honneur au travers de ses bouleversantes « MĂ©tamorphoses » pour 23 cordes. ComposĂ©e en 1945, au lendemain de la guerre, et au soir de sa vie, l’Ɠuvre raconte l’Ă©clatement intĂ©rieur de celui qui n’était que musique, et dont la folie des hommes a dĂ©truit un Ă  un les lieux oĂč il avait connu une rare succession de triomphes : Berlin, Dresde, Vienne, Munich… Cet ultime chef-d’Ɠuvre, d’une Ă©pure totale, est une lente confession faussement paisible que Capuçon et ses musiciens dĂ©livrent dans tout son dĂ©chirement et sa nostalgie. Le long silence qui suit est le meilleur des hommages que l’auditoire pouvait offrir tant Ă  la partition qu’Ă  ses dĂ©fenseurs ce soir…

 
 
 

revaz

 
Le lendemain,
le festival invitait une enfant du pays, la violoncelliste suisse Estelle Revaz (27 ans). AprĂšs avoir frĂ©quentĂ© les conservatoires de Sion (sa ville natale), le CNSM de Paris et la Musikhochschule de Cologne, elle a gagnĂ© de nombreux prix internationaux, dont le « Prix Rotary » l’an passĂ© au festival de Verbier. Pour l’accompagner, l’Orchestre du Festival de Tannay, composĂ© de membres de l’Orchestre de la Suisse Romande, dont le contrebassiste solo Jonathan Haskell tient ce soir la baguette. AprĂšs avoir chauffĂ© sa phalange avec l’Ouverture Egmont de Beethoven, interprĂ©tĂ©e avec une belle intensitĂ© dramatique, Estelle Revaz s”attaque aussitĂŽt au Concerto pour violoncelle de Schumann. ComposĂ© alors que le musicien Ă©tait victime d’hallucinations auditives,
l’ouvrage ne fait aucune concession Ă  la virtuositĂ©, sans en ĂȘtre pour autant moins poignante. Ce qui sĂ©duit d’emblĂ©e chez cette jeune soliste, c’est sa grande capacitĂ© Ă  se dĂ©tacher de l’orchestre… malgrĂ© sa flagrante complicitĂ© avec le violoncelle solo de l’orchestre. D’une justesse quasi exemplaire, son jeu s’avĂšre trĂšs proche du chant et, comme lui, est rythmĂ© par les respirations de l’artiste. AprĂšs une premiĂšre salve d’applaudissements, elle se jette dans la page la plus connue du Carnaval des animaux de Camille Saint-SaĂ«ns : le Cygne. Revaz joue cette piĂšce avec un grand engagement artistique et une perception musicale particuliĂšrement Ă©mouvante. Quel phrasĂ© superbe ! La musicienne habite son archet avec une magnifique intensitĂ©, et elle rĂ©colte Ă  nouveau de nombreux vivats.

AprĂšs s’ĂȘtre remis de ses Ă©motions dans la fraĂźcheur de la nuit tombante, le public est conviĂ© Ă  entendre la DeuxiĂšme Symphonie de Beethoven, la plus optimiste du compositeur allemand. Haskell et l’Orchestre du Festival l’abordent avec joie et vitalitĂ© dans un premier mouvement Ă  l’allure un peu martelĂ©e, mais Ă  l’énergie communicative. Le larghetto est une belle illustration d’un Beethoven volontaire, qui avance droit et sans traĂźner, mais qui sait respirer et chanter avec un lyrisme apaisĂ©. Joie de jouer ensemble, cela s’entend, dans les deux derniers mouvements : espiĂšgle et enjouĂ© dans le scherzo puis virtuose et fougueux dans un finale savoureux et
puissant.

Les festivals qui allie à un tel degré qualité artistique et convivialité ne sont pas légion, et Tannay est de ceux- là !

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad/ Stefano Montanari

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad, mise en scĂšne. Stefano Montanari, direction musicale. L’OpĂ©ra de Lyon a choisi de clore sa saison avec Mozart, en confiant Ă  Wajdi Mouawad – futur directeur du ThĂ©Ăątre de la Colline – le soin de mettre en images une nouvelle production de L’EnlĂšvement au sĂ©rail (qui est, soit dit en passant, sa premiĂšre mise en scĂšne d’opĂ©ra). En optant pour une rĂ©Ă©criture de pans entiers du livret, l’homme de thĂ©Ăątre libano-canadien parvient Ă  mettre Ă  distance l’exotisme convenu et les histoires d’amour contrariĂ©. Sa rĂ©gie replace au centre des dĂ©bats l’idĂ©al fĂ©minin comme figure tutĂ©laire des sentiments amoureux. En refusant de rejeter et de se moquer des turcs qui les ont retenu prisonniĂšres, Constance et Blondine affirment haut et fort qu’il n’y a pas de frontiĂšre Ă  l’amour, et que leur Ă©pisode carcĂ©ral avait tout d’une belle aventure. La tentative de libĂ©ration de Belmonte et Pedrillo apparaĂźt paradoxalement comme une initiative maladroite qui contrevient aux amours de leurs fiancĂ©es. Mais ce manichĂ©isme Orient-Occident pĂšche sur la longueur par son systĂ©matisme appuyĂ©, et Mouawad manie par trop les bons sentiments en agitant des panneaux sĂ©mantiques assez lourds. Le dĂ©cor trĂšs abstrait et peu perturbant d’Emmanuel Clolus justifie nĂ©anmoins la lisibilitĂ© des messages, et permet Ă  la direction d’acteurs de se dĂ©ployer sans obstacle.

Longtemps Premier violon au sein de l’ensemble Accademia Bizantina, Stefano Montanari se rĂ©vĂšle – Ă  la tĂȘte d’un Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon dans une forme superlative – comme l’un des triomphateurs de la soirĂ©e. Le chef italien marie en effet avec un art consommĂ© l’approche symphonique d’une formation traditionnelle, et les impĂ©ratifs d’une relecture Ă  l’ancienne. Magnifique de souplesse, de prĂ©sence, de relief sonore, une telle direction donne Ă  la partition un coup de jeune, car elle en souligne les nombreuses audaces instrumentales qui annoncent clairement des rĂ©ussites postĂ©rieures. (NDLR: l’apport des chefs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, pour lesquels la pratique historiquement informĂ©e, ne pose aucun problĂšme, ne cesse de dĂ©montrer ses bienfaits, appliquĂ©s aux orchestres traditionnels, sur nutriments modernes : voir ici toute la dĂ©marche d’un jeune maestro comme Bruno Procopio, chef et claveciniste, rĂ©cent chef invitĂ© Ă  l’Orchestre royal Philharmonique de LiĂšge)

mozart-serail-constanze-belmonte-mouawad-montanari-opera-de-lyon-539La distribution rĂ©unie par Serge Dorny tire avec Ă©clat son Ă©pingle du jeu. La soprano colorature candienne Jane Archibald est une Constance dont chaque intervention soulĂšve l’enthousiasme ; la vocalise est aisĂ©e jusque dans les notes interpolĂ©es, alors que les moments introspectifs bĂ©nĂ©ficient d’un traitement tout en rondeur. Il en va de mĂȘme pour le Belmonte ardent du jeune et talentueux tĂ©nor français Cyrille Dubois, qui fait preuve d’un panache indĂ©niable dans ses quatre airs : gĂ©nĂ©reux, pĂ©nĂ©trant, charmeur, son chant frise tout simplement l’idĂ©al. Si l’acteur Peter Lohmeyer ne fait croire Ă  aucun moment aux tourments qu’il menace de faire subir Ă  sa prisonniĂšre (Mouawad en fait au contraire une sorte de philosophe plein de sagesse), la basse bavaroise David Steffens s’avĂšre, lui, trĂšs convaincant dans le rĂŽle du gardien du harem (Osmin), dĂ©graissant agrĂ©ablement son chant pour Ă©viter de confĂ©rer des couleurs trop sombres Ă  son sadique personnage. En Blondine, la soprano polonaise Joanna Wydorska fait feu de tout bois, avec sa voix tellement assurĂ©e, tirant mĂȘme un peu la couverture Ă  soi avec une espiĂšglerie presque Ă©hontĂ©e dans son affrontement avec Osmin. Enfin, le tĂ©nor allemand Michael Laurenz est un Pedrillo simplement parfait, en acteur accompli doublĂ© d’une voix d’une Ă©clatante santĂ©.

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Konstanze : Jane Archibald, Blonde : Joanna Wydorska, Belmonte : Cyrille Dubois, Pedrillo : Michael Laurenz, Osmin : David Steffens, Selim : Peter Lohmeyer. DĂ©cors : Emmanuel Clolus ; Costumes : Emmanuelle Thomas ; LumiĂšres : Eric Champoux ; Dramaturgie : Charlotte Farcet. Mise en scĂšne : Wajdi Mouawad. Choeur et Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon. Stefano Montanari, direction musicale.

Serail

NDLR : Jane Archibald est d’autant plus familiĂšre du rĂŽle de Constanze qu’elle l’a magnifiquement dĂ©fendu lors d’une reprĂ©sentation mĂ©morable Ă  Paris, TCE en septembre 2015, rĂ©cemment Ă©ditĂ© au disque sous la direction de l’excellent JĂ©rĂ©mie Rhorer, version de l’EnlĂšvement au SĂ©rail, couronnĂ©e par le CLIC de classiquenews de l’Ă©tĂ© 2016).

NDLR : Note de la RĂ©daction.

Compte-rendu, opéra. LiÚge, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scÚne. Francesco Cilluffo, direction musicale.

CrĂ©Ă©e en 2009 Ă  l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, reprise en 2012, cette production de La Traviata de Giuseppe Verdi – signĂ©e par Stefano Mazzonis di Pralafera, Ă©galement directeur artistique et gĂ©nĂ©ral de l’institution liĂ©geoise – est redonnĂ©e in loco avec une distribution entiĂšrement diffĂ©rente.

 

 

Traviata

 

 

La soprano d’origine roumaine Mirella Gradinaru est une Violetta trĂšs convaincante, affrontant sans sourciller les coloratures de l’acte I, malgrĂ© quelques notes stridentes. Mais c’est face Ă  Germont que cette Traviata se rĂ©vĂšle, intelligente et Ă©mouvante, comĂ©dienne et chanteuse accomplie : « Dite alla giovine », attaquĂ© sur le fil de voix, sera un moment d’exception, de mĂȘme que son « Adddio del passato », longuement saluĂ© par la salle.

Dans le rĂŽle d’Alfredo, le jeune tĂ©nor espagnol Javier TomĂ© Fernandez a pour lui un timbre plutĂŽt sĂ©duisant et d’incontestables moyens naturels, mais l’assise technique doit encore ĂȘtre travaillĂ©e car des soucis rĂ©currents de justesse se font jour, ainsi que des problĂšmes de souffle perceptibles notamment dans le fameux air « De’ miei bollenti spititi ». Le Germont du baryton italien Mario Cassi est plus faible, avec un fĂącheuse tendance Ă  chanter « vĂ©riste » et Ă  faire « du son », au mĂ©pris le plus Ă©lĂ©mentaire du style et du phrasĂ© verdiens. Il se montre Ă©galement incapable d’exprimer – que ce soit vocalement ou scĂ©niquement – la moindre empathie ou compassion que son personnage est censĂ© Ă©prouvĂ© Ă  la fin de la scĂšne du duo avec Violetta. Dommage…

Dans la mise en scĂšne de Stefano Mazzonis di Pralafera, la critique sociale est plus fĂ©roce que jamais. Mais, contrairement Ă  d’habitude, le sommet de la cruautĂ© n’est pas atteint par avec la diabolique intervention de Germont pĂšre. C’est ici beaucoup plus l’inhumanitĂ© d’une sociĂ©tĂ© tout entiĂšre qui est en cause, que les mesquines dĂ©marches d’un bourgeois soucieux de considĂ©ration. Pour le reste, nous renvoyons le lecteur vers les judicieux commentaires de notre confĂšre Adrien de Vries qui avait rendu compte de la reprise du spectacle en 2012. (Compte rendu critique, opĂ©ra : La Traviata de Verdi à l’OpĂ©ra royal de Wallonie, LiĂšge, 2012)

Le jeune chef italien Francesco Cilluffo allie rigueur musicale et sens du thĂ©Ăątre, Ă  la tĂȘte d’un excellent Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, et d’un trĂšs bon chƓur. L’enthousiasme de ce dernier Ă  jouer les intermĂšdes des gitanes et des matadors et la soliditĂ© des rĂŽles de complĂ©ment achĂšvent de faire de ce spectacle un succĂšs auprĂšs du public liĂ©geois.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Violetta Valery : Mirela Gradinaru ; Alfredo Germont : Javier TomĂ© FernĂĄndez ; Giorgio Germont : Mario Cassi ; Flora Bervoix : Alexise Yerna ; Gastone de LetoriĂšres : Papuna Tchuradze ; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Patrick Delcour ; Dottor Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Annina : Laura Balidemaj. Mise en scĂšne : Stefano Mazzonis di Pralafera ; DĂ©cors : Edoardo Sanchi ; Costumes : Kaat Tilley ; LumiĂšres : Franco Marri. Francesco Cilluffo, direction musicale.

 

 

Compte-rendu, opéra. Paris, Théùtre des Champs-Elysées, le 18 mai 2016. R. Wagner : Tristan und Isolde. Pierre Audi, mise en scÚne. Daniele Gatti, direction musicale.

Dans une interview du Maestro Daniele Gatti, retranscrite dans le programme de salle, celui-ci affirme Ă  propos de cette (nouvelle) production de Tristan und Isolde au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es : « Avec Pierre Audi, nous avons choisi de nous engager dans une direction chambriste ». Une production chambriste donc, intime, recentrĂ©e, dans un thĂ©Ăątre de dimension humaine : c’est le vrai atout de cette production de Tristan, qui cherche ainsi Ă  dĂ©barrasser Wagner de son dĂ©corum lourd, de l’image massive de son ƒuvre.

Tristan

 

 

Le drame intime est donc sur scĂšne. Exit les vaisseaux, la nature luxuriante et les chĂąteaux moyenĂągeux. Tout sur scĂšne respire la simplicitĂ© et l’épuration absolue. Le plateau est recouvert d’un plancher noir. En arriĂšre scĂšne, un demi cercle blanc vient clĂŽturer l’espace. Celui-ci est donc fermĂ© et les personnages ne parviennent qu’à entrer sur le plateau que par une trappe disposĂ©e en fond et sous la scĂšne. Pas d’échappatoire possible ni Ă  cours ni Ă  jardin. C’est dans cet espace clos que le drame intime va prendre racine. Au premier acte, des grands panneaux mĂ©talliques viennent symboliser le bateau. Au II, des troncs d’arbres morts symbolisent la nature et viennent rendre le lieu terriblement inquiĂ©tant. Enfin, au III, une simple cabane et des rochers viennent occuper l’espace.

Si ce dispositif scĂ©nique permet de confronter les spectateurs Ă  l’essentiel et Ă  retranscrire justement l’inĂ©luctable accomplissement du destin, force est de constater que la proposition a Ă©galement les dĂ©fauts de ses qualitĂ©s. A l’esthĂ©tique Ă©purĂ©e se plaque un statisme dangereux. Le soucis de ne pas montrer les choses pose notamment problĂšme lors de l’acte deux oĂč le duo d’amour montre les hĂ©ros assis dos Ă  dos presque quarante-cinq minutes durant. Quand les chanteurs ne sont pas statiques, la direction d’acteurs semble se limiter Ă  un enchaĂźnement de postures fixes aux quatre coins du plateau.

Pour Emily Magee initialement annoncĂ©e, c’est finalement la soprano britannique Rachel Nicholls qui endosse les habits de la princesse irlandaise. Si le timbre n’est pas d’une sĂ©duction immĂ©diate et que certains aigu accusent quelques stridences, ils Ă©mergent cependant sans peine au-dessus de l’orchestre wagnĂ©rien, avec une puissance et une prĂ©cision qui montrent que n’est pas rĂ©volu le temps des grandes Isolde. Elle arrive par ailleurs au Liebestod – cela mĂ©rite qu’on le souligne – sans le moindre signe de fatigue. Grand habituĂ© du rĂŽle de Tristan, le tĂ©nor allemand Torsten Kerl en possĂšde aussi bien le lyrisme que l’Ă©clat, la voix ayant gagnĂ©e en rondeur, puissance et projection ces derniers temps. En plus d’une diction exemplaire, il est dotĂ© d’une intelligence musicale inouĂŻe, et affirme bien, autant physiquement que dramatiquement, la stature requise. Kerl fait preuve ce soir d’une infaillible vaillance, se montrant par ailleurs bouleversant dans le dĂ©lire extatique qui s’empare du hĂ©ros au moment des retrouvailles avec Isolde.

Le mezzo sud-africaine Michelle Breedt se rĂ©vĂšle une solide BrangĂ€ne. Bien timbrĂ©e, la voix fait montre d’une puissance et d’une projection tout Ă  fait satisfaisantes. Satisfecit total pour le baryton canadien Brett Polegato qui incarne un Kurwenal d’une bouleversante humanitĂ©. Son jeu expressif et son chant racĂ© en font tout simplement un serviteur de Tristan exceptionnel. DĂ©ception, en revanche, pour le Roi Marke de la basse amĂ©ricaine Steven Humes, Ă  cause d’un timbre trop clair, d’une carence de puissance et de graves, et d’une prĂ©sence scĂ©nique trop discrĂšte pour rendre pleinement justice son personnage. Dans les rĂŽles secondaires, Andrew Rees est un Melot correct, Francis Dudziak un Timonier efficace et Marc Larcher, un Berger de bonne tenue.

Mais la plus grande satisfaction de ce « drame intime » se trouve en premier lieu dans la fosse, oĂč Daniele Gatti subjugue par une direction d’une incroyable richesse. À tĂȘte d’un Orchestre National de France des grands soirs, le chef italien alterne entre direction chambriste et vĂ©ritable exaltation symphonique. La proposition est d’une incroyable urgence, d’une passion dĂ©bordante, vibrante et soutenue par des cordes magnifiquement homogĂšnes. Les vents, et notamment le cors anglais, transportent et emportent toute l’adhĂ©sion. On reste Ă©galement saisi par l’équilibre parfait atteint entre la fosse et le plateau. La subtilitĂ© obtenue tout le long de l’ouvrage permet ainsi de rendre justice Ă  l’incroyable Ă©criture orchestrale de Wagner, un pari d’autant plus mĂ©ritant que Gatti dirige lĂ  son premier Tristan…

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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 18 mai 2016. R. Wagner : Tristan und Isolde. Torsten Kerl (Tristan), Rachel Nicholls (Isolde), Michelle Breedt (BrangĂ€ne), Steven Humes (König Marke), Brett Polegato (Kurwenal), Andrew Rees (Melot), Marc Larcher (Un pĂątre, Un Jeune marin), Francis Dudziak (Un Timonier). Pierre Audi : mise en scĂšne ; dĂ©cors et costumes : Christof Hetzer ; Ă©clairages : Jean Kalman ; vidĂ©os : Anna Bertsch ; dramaturgie : Willem Bruls. ChƓur de Radio France & Orchestre National de France. Daniele Gatti : direction musicale.

 

 

Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Mozart,Wagner, Poulenc : La Voix humaine. Vourc’h, Dune, ONPL, Pascal RophĂ©

C’est un programme pour le moins Ă©clectique que dirige le chef français Pascal RophĂ© – Ă  la tĂȘte de l‘Orchestre National des Pays de la Loire qu’il dirige depuis 2014 – avec des Ɠuvres de Mozart, Wagner et Poulenc. D’abord donnĂ© Ă  la CitĂ© de Nantes, c’est au Centre des CongrĂšs d’Angers, Ă  l’acoustique trĂšs satisfaisante, que nous assistons Ă  ce concert donnĂ© en partenariat avec Angers Nantes OpĂ©ra. AprĂšs la mise en bouche que constitue le Divertimento pour cordes K. 136 de W. A. Mozart, jouĂ© avec un allant et une allĂ©gresse bienvenus, chef et orchestre s’attaquent Ă  l’ouvrage symphonique de Wagner intitulĂ© « Siegfried Idyll ». Ensemble, ils abordent cette page extraordinaire avec un souci tout chambriste, fuyant prudemment tout effet de masse, avec des phrasĂ©s chaleureux et sensuels, ainsi qu’un rubato trĂšs expressif. RophĂ© tire des sonoritĂ©s pleines et gĂ©nĂ©reuses de cordes particuliĂšrement moelleuses, qui forment un beau tapis dont Ă©mergent des bois saillants et des cors trĂšs inspirĂ©s.

vourc h soprano catherine dune compte rendu critique spectacle opera CLASSIQUENEWS Karen-Vourch-soprano_14Mais le « plat de rĂ©sistance » de la soirĂ©e est bien cette « Voix humaine » interprĂ©tĂ©e par la soprano française Karen Vourc’h. Le superbe monologue de Jean Cocteau, crĂ©Ă© Ă  la scĂšne par Berthe Bovy, puis mis en musique par Francis Poulenc et crĂ©Ă© par Denise Duval en 1959, impose Ă  son interprĂšte quarante-cinq minutes de lamento solo, Ă  mi-chemin entre la diction et le chant. C’est donc Ă  un exercice sans filet (puisque sans partenaire) que se mesure la cantatrice qui interprĂšte le rĂŽle de la Femme, pour lequel des dons de comĂ©dienne sont tout autant nĂ©cessaires que des qualitĂ©s de chanteuse. Karen Vourc’h se montre ici Ă  la hauteur de nos attentes, rĂ©alisant un trĂšs beau moment de thĂ©Ăątre. Au cours de la soirĂ©e, la chanteuse semble adapter une partition, somme toute mallĂ©able, Ă  sa propre sensibilitĂ©. La voix dĂ©ploie toute une gamme subtile de nuances (les plaintes Ă©pousent le cri de douleur sans jamais ĂȘtre hurlĂ©es, les confidences mezza voce s’avĂšrent d’une exquise suavitĂ©) et offre un chant parfaitement maĂźtrisĂ©. Si quelques mots se perdent dans les moments de douleur, l’émotion est, quant Ă  elle, constamment prĂ©sente, comme surgissant du plus profond d’elle-mĂȘme. La cantatrice campe trĂšs habilement son personnage : une femme sĂ©duisante, jetĂ©e au bord du gouffre par son amant, mais capable de masquer sa souffrance, de faire face avec Ă©lĂ©gance. Ni hystĂ©rie (il faut voir, dans ce registre, Anna Magnani se rouler par terre sous la camĂ©ra de Roberto Rossellini), ni miĂšvrerie (le texte de Cocteau accuse quand mĂȘme de sacrĂ©es rides). Cette femme « rompue » telle que Vourc’h nous la restitue appartient Ă  toutes les Ă©poques, Ă  toutes les douleurs, et symbolise toutes les sĂ©parations.

La soprano Ă©tant seule en scĂšne, il est normal que la rĂ©ussite de la soirĂ©e tienne avant tout de sa prĂ©sence et de son chant. Mais il convient de mentionner Ă©galement la mise en espace de Catherine Dune, qui fait Ă©voluer son hĂ©roĂŻne comme si elle marchait dans un rĂȘve, avec une vraie Ă©conomie de gestes. De son cĂŽtĂ©, Pascal RophĂ© sait trouver les couleurs nĂ©cessaires pour suggĂ©rer la dĂ©tresse insoutenable de la bouleversante partition de Poulenc. Une bien belle soirĂ©e !

Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Wolgang Amadeus Mozart : Divertimento pour cordes K. 136 ; Richard Wagner : Siegrfried Idyll ; Francis Poulenc : La Voix humaine. Karen Vourc’h (soprano). Catherine Dune (mise en espace). Orchestre National des Pays de la Loire. Pascal RophĂ© (direction).

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Rosamund Gilmore, mise en scĂšne. Ulf Schirmer, direction musicale.

Cette production de Die WalkĂŒre Ă  l’OpĂ©ra de Leipzig, Ă©trennĂ©e in loco en dĂ©cembre 2012, s’avĂšre une vraie rĂ©ussite, Ă  la fois vocale et scĂ©nique. Loin du Regietheater qui rĂšgne en Allemagne, la mise en scĂšne de Rosamund Gilmore adopte en effet une position plutĂŽt prudente et classique, respectueuse de l’Ɠuvre, oĂč rien ne vient perturber en tout cas l’audition de la musique, si ce n’est peut-ĂȘtre l’omniprĂ©sence de personnages zoomorphes (Ă  tĂȘte de bĂ©lier, munis d’ailes de corbeaux, etc.) qui accompagnent ou Ă©pient les diffĂ©rents personnages. On les dĂ©couvre sur le toit du bunker qui sert de demeure Ă  Hunding et sa femme, oĂč ils exĂ©cutent une sorte de danse rituelle pendant l’ouverture. Mais nous garderons surtout en mĂ©moire le magnifique dĂ©cor du dernier acte (conçu par Carl Friedrich Oberle), une immense arcade trĂšs « mussolinienne » dans laquelle prennent place – pendant la scĂšne des adieux – les huit Walkyies ainsi que huit hĂ©ros tout de blanc vĂȘtus (photo ci contre).

 

 

 

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Dans le rĂŽle de Sieglinde, la soprano allemande Christiane Libor fait preuve d’une belle santĂ© vocale, en assumant avec plĂ©nitude l’un des plus magnifiques personnages de la mythologie wagnĂ©rienne, et en exprimant une rĂ©elle Ă©motion Ă  travers un jeu sensible et naturel. Elle forme avec Andreas Schager le couple des Walsung d’autant plus convaincant que le tĂ©nor autrichien impose le plus bel instrument et le chant le plus nuancĂ© de la soirĂ©e, avec des aigus d’une incroyable franchise (chacun des deux « Walse » sont tenus plus de 10 secondes !). D’emblĂ©e, il se place parmi les meilleurs Siegmund du moment.

La soprano suĂ©doise Eva Johannson est Ă©galement une Walkyrie sur laquelle on peut compter. ConfrontĂ©e aux Ă©preuves, cette BrĂŒnnhilde sait trouver profondeur et conviction dans l’incarnation, figure centrale autour de laquelle le drame se joue. La prĂ©cision de ses attaques et sa pugnacitĂ© dans l’aigu ne font cependant pas toujours oublier la monotonie engendrĂ©e par l’ingratitude du timbre, ainsi que quelques stridences dans les fameux « HoĂŻtohos ». Elle n’en phrase pas moins avec beaucoup de sensibilitĂ© l’« Annonce de la mort », puis le dernier face Ă  face avec Wotan.  Ce dernier est incarnĂ© par le baryton allemand Markus Marquadt qui offre un phrasĂ© et un legato particuliĂšrement raffinĂ©s, un registre grave superbe, mais les nuances de l’aigu, il faut le reconnaĂźtre, lui causent parfois difficultĂ©. Dans le rĂŽle de Hunding, la basse finlandaise Runi Brattaberg campe un personnage tout d’une piĂšce et fort menaçant, avec une voix dont on goĂ»te la noirceur du timbre et la perfection de la ligne de chant. De son cĂŽtĂ©, la Fricka vindicative de Kathrin Göring ne dĂ©mĂ©rite pas tandis que les huit Walkyries forment un ensemble assez homogĂšne.

 

 

 

En vĂ©ritable expert de cette partition, Ulf Schirmer – directeur gĂ©nĂ©ral et musical de l’OpĂ©ra de Leipzig – dirige avec prĂ©cision et une pertinence sans faille le fameux GewandhausOrchester, en se montrant constamment soucieux de dynamique et de coloris. Nous n’avons assistĂ© qu’Ă  la premiĂšre journĂ©e de ce Ring leipzigois, mais prĂ©cisons au lecteur qu’il sera possible d’assister au Cycle entier du 28 juin au 2 juillet prochain.

Compte-rendu, opĂ©ra. Leipzig. OpĂ©ra de Leipzig, le 6 mai 2016. R. Wagner : Die WalkĂŒre. Avec Christiane Libor (Sieglinde), Andreas Schager (Siegmund), Runi Brattaberg (Hunding), Markus Marquardt (Wotan), Eva Johannson (BrĂŒnnhilde), Kathrin Göring (Fricka). Rosamund Gilmore, mise en scĂšne et chorĂ©graphies. Carl Friedrich Oberle, dĂ©cors. Nicola Reichert, lumiĂšres. Ulf Schirmer, direction musicale.

 

 

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Massimo Zanetti, direction musicale. José Luis Gomez, mise en scÚne.

De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret – associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue, d’oĂč ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs destinĂ©s Ă  servir les chanteurs – en font une Ɠuvre encore difficile pour le grand public. Pourtant, derriĂšre la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame – et par delĂ  les rebondissements rocambolesques de l’intrigue- perce une lumiĂšre humaniste qui est parfaitement reprĂ©sentative de son auteur.

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ÉtrennĂ©e in loco en 2009 – avant d’ĂȘtre reprise l’annĂ©e d’aprĂšs au Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve, maison coproductrice du spectacle – cette production signĂ©e de JosĂ© Luis Gomez nous a procurĂ© la mĂȘme satisfaction qu’Ă  sa crĂ©ation. L’homme de thĂ©Ăątre espagnol ne propose ici ni reconstitution passĂ©iste ni relecture risquĂ©e, mais un travail rigoureux, Ă  la fois sobre, Ă©purĂ© et efficace. En s’attachant principalement Ă  sa dimension politique, il n’oublie pas pour autant ce qui – dans cet opĂ©ra prĂ©sentĂ© dans sa version de 1881 – touche aux sentiments humains. GrĂące Ă  ce processus gĂ©nĂ©ral de simplification – auquel rĂ©pond la scĂ©nographie simple et mobile de Carl Fillion, constituĂ©e de grands panneaux de miroirs -, JosĂ© Luis Gomez rend l’ouvrage de Verdi intelligible Ă  tous.

Parmi les images fortes, on se souviendra notamment du tableau final, en forme de PietĂ  (photo ci dessus).

Alternant avec les vĂ©tĂ©rans Leo Nucci et Placido Domingo, Giovanni Meoni campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ©. DotĂ© d’un timbre racĂ©, le baryton italien offre Ă©galement une belle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. Face Ă  lui, la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow rĂ©ussit la gageure d’offrir un adversaire de poids, composant un Fiesco plein de grandeur, avec une belle voix profonde d’Ă©mission Ă©minemment slave. Dans le rĂŽle d’Amelia, la soprano milanaise Barbara Frittoli déçoit quelque peu. Si son engagement et ses qualitĂ©s de musicienne la sauvent plus d’une fois, les sons flottĂ©s du magnifique air d’entrĂ©e « Come in quest’ora bruna » lui font complĂštement dĂ©faut. De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor italien Fabio Sartori incarne un Gabriele Adorno au timbre gĂ©nĂ©reux, Ă  l’aigu Ă©panoui, Ă  l’articulation claire et au phrasĂ© Ă©lĂ©gant, tandis que le baryton catalan Angel Odena campe un Paolo Albiani, conspirateur Ă  souhait. Remarquablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu n’appelle que des Ă©loges. Enfin, si le chef italien Massimo Zanetti se montre extrĂȘmement attentif aux dĂ©tails de l’orchestration, en tirant de l’excellent Orchestre du Gran Teatre del Liceu de beaux effets instrumentaux, il ne se cantonne pas moins dans une approche malheureusement superficielle de la sublime partition de Verdi.

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Giovanni Meoni (Simon Boccanegra), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Fabio Sartori (Gabriele Adorno), Vitalij Kowaljow (Jacopo Fiesco), Angel Odena (Paolo Albiani). Massimo Zanetti, direction. José Luis Gomez, mise en scÚne