CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, 1Úre édition / les 9 & 10 octobre 2021

CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, les 9 & 10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert Ă  l’Eglise Santa Maria, le 10.

braganca-CLASSICFEST-2021-concert-critique-2-classiquenewsInfatigable et protĂ©iforme, le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro vient de prendre la direction artistique d’un nouveau festival de musique classique (en plus du Festival dos Capuchos Ă  Almada oĂč nous Ă©tions en juillet et du Verao Musical de Lisbonne oĂč nous Ă©tions en aoĂ»t), le Bragança ClassicFest ! La magnifique ville au riche patrimoine historique est chĂšre au cƓur du directeur artistique puisqu’il y a donnĂ© de nombreux rĂ©citals depuis son adolescence, et la musique y a une place importante, d’autant qu’elle est dotĂ©e d’un grand thĂ©Ăątre moderne en plein cƓur de ville. Symboliquement, la date d’ouverture du festival Ă©tait le 1er octobre, date choisie par le violoniste Yehudi Menuhin (en 1975) comme journĂ©e internationale de la musique classique. Pour le concert d’ouverture, c’est l’Orchestre de Chambre de Saint-PĂ©tersbourg qui Ă©tait conviĂ© (dĂ©jĂ  prĂ©sent lors du festival dos Capuchos), dans un programme Mozart / TchaĂŻkovski.

L’avant-derniĂšre soirĂ©e de la manifestation portugaise (9 octobre) donnait Ă  entendre le gĂ©nial OpĂ©ra-Tango « Maria de Buenos-Aires », oĂč le bandonĂ©on est omniprĂ©sent dans l’ouvrage d’Astor Piazzola : il en est le cƓur et le pivot, car il est l’ñme du Tango. Il est donc tout naturellement placĂ© ce soir au centre de la scĂšne de du ThĂ©Ăątre Municipal de Bragança, les 9 autres musiciens s’égrenant autour de lui, tout comme les chanteurs / comĂ©diens qui, dans cette version semi-scĂ©nique, Ă©voluent sur des podiums de diffĂ©rentes hauteurs qui encerclent les 10 instrumentistes. Point de dĂ©cor superfĂ©tatoire ici, mais quelques Ă©clairages sentis, de discrĂštes projections vidĂ©o (abstraites), et des costumes d’époque, le personnage principal arborant d’abord une robe de soie rouge passion, puis noire comme la mort pour elle imminente, puis d’un blanc Ă©clatant pour sa rĂ©surrection fantomatique.

 

 

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Maria de Buenos Aires au Bragança ClassicFest 2021

 
 
 

DĂšs le dĂ©but du spectacle, la plainte du bandonĂ©on du formidable musicien argentin HĂ©ctor Del Curto envahit l’espace scĂ©nique et rythme ensuite les scĂšnes du premier opĂ©ra-tango de l’histoire. OmniprĂ©sent, obsĂ©dant, l’instrument donne Ă  lui seul la couleur d’une musique et d’une culture centenaire Ă  laquelle Piazzolla a insufflĂ© une vie nouvelle. La couleur noire, triste. Le bandonĂ©on est un symbole, tout comme chaque personnage de l’opĂ©ra : Maria, la prostituĂ©e, symbole de toutes les femmes qui s’abĂźment dans les destins tragiques, Ă  la fois Lulu et Jenny-des-Pirates. Maria aime son souteneur ; Maria finira assassinĂ©e, puis l’ombre de Maria hantera le port, chantant inlassablement son histoire

La chanteuse uruguayenne Ana Karina Rossi – qui a rĂ©cemment chantĂ© le rĂŽle-titre Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin – apporte toute la sensualitĂ© requise par le personnage de Maria, ainsi que beaucoup d’émotion, les deux qualitĂ©s primordiales que requiert cette partie. Dans le rĂŽle du Payador, le tĂ©nor argentin RubĂ©n Peloni est plus proche du chant « cabaret », offrant une rĂ©plique de choix Ă  sa collĂšgue, avec un jeu cependant moins incisif. Enfin, vieux briscard de la scĂšne, le comĂ©dien Daniel Bonilla-Torres campe un formidable Duende, avec sa voix fĂȘlĂ©e, cabossĂ©e par la vie. Enthousiaste au plus haut point, le public leur fait un triomphe debout !

 
 

Le lendemain (10 octobre 2021), le concert de clĂŽture avait lieu dans la superbe Ă©glise Santa Maria, face au chĂąteau des Ducs de Bragance, Ă  l’intĂ©rieur des remparts de la partie haute de la ville. Musique de chambre cette fois, avec un trio de Dvorak (le « Dumky ») et un quintette de Schubert (« La truite ») avec l’incontournable Filipe Pinto-Ribeiro au piano, accompagnĂ© de ses amis musiciens : David Castro-Balbi au violon et Kyril Zlotnikov au violoncelle, rejoints par Francisca Fins Ă  l’alto et Tiago Pinto-Ribeiro Ă  la contrebasse dans le Quintette.
La premiĂšre piĂšce a Ă©tĂ© composĂ©e en novembre 1890 par le maĂźtre tchĂšque, et ce sera son dernier trio (n°4 de l’Opus 90). Les trois instrumentistes excellent Ă  en reproduire le climat rĂȘveur et le lyrisme exacerbĂ©, Ă  en souligner les passages tristes avec dĂ©licatesse et Ă  donner aux sections « nerveuses » le brio qu’elles appellent.
La deuxiĂšme est l’une des partitions les plus glorieuses de toute la littĂ©rature chambriste, et est certainement l’Ɠuvre la plus populaire de Schubert avec le fameux « La Jeune fille et la mort ». Elle lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggĂ©ra au compositeur d’y insĂ©rer la musique du lied « La Truite » Ă©crit quelques annĂ©es plus tĂŽt. Cette Ɠuvre gaie, pĂ©tillante, mĂ©lodieuse reflĂšte une Ă©poque qui paraĂźt ĂȘtre la plus heureuse du compositeur. On sent une joie de vivre et un optimisme plein d’allant dans ce quintette en 5 mouvements Ă  la magie mĂ©lodique, au climat plein d’insouciance et de gaietĂ©.

 

 

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La lecture de ce Quintette offerte par nos brillants instrumentistes est enlevĂ©e, rieuse, gĂ©nĂ©reuse ; les 5 interprĂštes se complĂ©tant magnifiquement dans une unitĂ© exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thĂšme est restituĂ© avec dextĂ©ritĂ©, Ă©motion, humour et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages de ces complices et amis qui ont font vibrer un auditoire enthousiaste. A l’alto, la jeune portugaise Francisca Fins se montre prodigieuse de finesse, de virtuositĂ©, de sentiment. Tiago Pinto-Ribeiro fait lui rĂ©sonner sa contrebasse avec une tendre et Ă©lĂ©gante virtuositĂ©, tandis que les violoniste et violoncelliste font briller leurs instruments; ils portent le Quintette miraculeux Ă  des sommets de beautĂ©. Enfin, le piano de Filipe Pinto-Ribeiro a toutes les couleurs de la vie. LĂ  encore, le public leur fait une ovation debout
 plus que mĂ©ritĂ©e !
C’est avec impatience que nous attendons le 1er octobre 2022 pour la 2Ăš Ă©dition de cet attachant festival dans l’une des plus belles citĂ©s de la pĂ©ninsule ibĂ©rique !

 

 

 

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Critique, Festival. Bragança Classicfest, les 9 &10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert Ă  l’Eglise Santa Maria, le 10 octobre 2021.  Photos © David Vaz.

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. Festival International de Besançon, Théùtre Ledoux, le 16 septembre 2021. Orchestre National de Lyon / Alexandre Kantorow /Paul Daniel.  

besancon festival concours 2021 classiquenewsCRITIQUE, concert. Festival International de Besançon, ThĂ©Ăątre Ledoux, le 16 septembre 2021. Orchestre National de Lyon / Alexandre Kantorow /Paul Daniel. Cette annĂ©e, le Festival International de Besançon (74Ăšme Ă©dition) se couplait avec le fameux Concours International des jeunes chefs d’orchestre (57Ăšme Ă©dition) et, fait assez exceptionnel, le Grand prix n’a pas Ă©tĂ© dĂ©cernĂ©, trois « Mentions spĂ©ciales » s’y substituant (LIRE notre dĂ©pĂȘche ici : PalmarĂšs du 57Ăš Concours de Besançon 2021). Quant au festival proprement dit (qui se poursuit jusqu’au 25 septembre), il aligne, comme de coutume,  noms d’artistes confirmĂ©s et jeunes talents d’aujourd’hui, Ă  l’instar de Victor-Julien LaferriĂšre ou d’Alexandre Kantorow. Ce dernier Ă©tait le centre d’intĂ©rĂȘt du concert de ce 16 septembre – avec rien moins que l’Orchestre National de Lyon comme Ă©crin, et le chef britannique Paul Daniel (Ă©galement prĂ©sident du Jury du concours) Ă  la baguette – dans un programme regroupant Saint-SaĂ«ns et Dvorak.

Le jeune pianiste français s’est fait un spĂ©cialiste des cinq concertos de Saint-SaĂ«ns dont on fĂȘte cette annĂ©e le centenaire de la disparition, et dont il a enregistrĂ© les 3Ăšme, 4Ăšme et 5Ăšme opus (Erato). Mais c’est ici le 2Ăšme qui a Ă©tĂ© retenu, un ouvrage composĂ© en seulement trois semaines en 1868 : destinĂ© au dĂ©part Ă  son ami Anton Rubinstein, c’est au final Saint-SaĂ«ns lui-mĂȘme qui tiendra la partie de piano, tandis que Rubinstein dirigeait l’orchestre. Commençant par une improvisation sur le modĂšle du 4Ăšme Concerto de Beethoven, il met en valeur les qualitĂ©s de virtuose du pianiste. A ce petit jeu, pour ceux qui connaissent l’ébouriffante virtuositĂ© du concertiste, Kantorow excelle ; il dĂ©passe ici le cĂŽtĂ© de fantaisie brillante pour une interprĂ©tation pleine d’imagination, alternant entre romantisme, joyeusetĂ©, lĂ©gĂšretĂ© ; le tout conduit par une puissante Ă©nergie. Il brille ensuite dans un bis que nous n’avons pas reconnu


Place Ă  l’Orchestre seul en seconde partie de concert qui est entiĂšrement dĂ©diĂ©e Ă  la 8Ăšme Symphonie de Dvorak, peut-ĂȘtre la plus belle de l’Ɠuvre symphonique du compositeur, avec la fameuse 9Ăšme dite « du Nouveau Monde ». Et c’est une version enthousiasmante que le chef britannique nous donne, avec un ONL des grands soirs. Soulignons notamment la perfection, entre finesse et lĂ©gĂšretĂ©, des fameuses gammes descendantes (violons puis cordes graves) dans le magnifique Adagio, le rendu dĂ©licieusement grazioso de l’Allegretto ou encore la remarquable qualitĂ© des vents, particuliĂšrement mis en valeur dans l’Allegro final.

Mentionnons qu’en piĂšce d’avant-propos, nous avons pu entendre une Ɠuvre de la jeune compositrice française Camille PĂ©pin (en rĂ©sidence au festival), « La Source d’Yggdrasil », qui avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e lors des derniĂšres Victoires de la Musique classique. A son Ă©coute, force est de constater que cette composition est Ă  la fois immĂ©diatement accessible et fait preuve d’un grand savoir-faire, notamment par sa dynamique pleine d’entrain, une rythmique trĂšs soutenue et un phrasĂ© assez descriptif qui s’apparente Ă  de la (trĂšs bonne) musique de film.

CRITIQUE, concert. Festival International de Besançon, Théùtre Ledoux, le 16 septembre 2021. Orchestre National de Lyon/Alexandre Kantorow/Paul Daniel.

CRITIQUE, opéra. GENEVE, Grand-Théùtre, le 15 septembre 2021. PROKOFIEV : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez.

CRITIQUE, opĂ©ra. GENEVE, Grand-ThĂ©Ăątre, le 15 septembre 2021. PROKOFIEV : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez. Au premier abord, on peut se dire que monter Guerre et Paix de Prokofiev est un pari un peu fou, avec ses treize tableaux, ses 70 rĂŽles et ses quatre heures de musique, et pourtant le Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve s’est lancĂ© dans l’aventure (avec des bonheurs divers). Et puis l’ouvrage de Prokofiev est-il si diffĂ©rent des autres grands ouvrages lyriques russes ? N’y a-t-il pas autant de mĂ©lange des genres, parfois de bavardages, autant de problĂšmes de mise en scĂšne que dans KitĂšge ou Le Prince Igor ? Ainsi, il n’est pas plus Ă©trange pour Prokofiev de bĂątir une premiĂšre partie en forme de roman d’amour peuplĂ© de crĂ©atures fĂ©minines, pour passer ensuite Ă  une Ă©popĂ©e sanglante presque exclusivement masculine et nous livrer, en fin de compte, un conte philosophique, parcours initiatique de Natacha et de Pierre.

Parfois Ă©loignĂ© des prĂ©occupations littĂ©raires de TolstoĂŻ, ce qui intĂ©resse le plus Prokofiev, c’est de peindre une sociĂ©tĂ© aristocratique et bourgeoise fragile opposĂ©e Ă  la force patriotique irrĂ©pressible du peuple russe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les moyens utilisĂ©s par le trublion catalan Calixto Bieito pour mettre en images ce discours apparaissent comme trĂšs discutables. Toute l’action se passera Ă  l’intĂ©rieur d’une grande piĂšce d’apparat d’un palais princier oĂč les protagonistes, comme des rats dans un vivarium de laboratoire, passeront tout leur temps Ă  s’entredĂ©chirer ou Ă  se faire du mal. Exit ici toutes les diffĂ©rentes atmosphĂšres liĂ©es aux treize tableaux diffĂ©rents, Bieito ne s’intĂ©ressant qu’à la folie (rĂ©elle ou supposĂ©e) de la galerie de personnages imaginĂ©e par TolstoĂŻ, qui s’adonnent rĂ©guliĂšrement Ă  de curieuses danses syncopĂ©es et tribales. On ne retiendra guĂšre que deux images fortes lors des quatre heures du spectacle, la dĂ©construction Ă  vue du palais moscovite entre le passage de la « Paix » Ă  celui de la « Guerre », et la mĂ©taphore de la destruction de Moscou par les autochtones au travers de la construction (Ă  vue aussi) d’une rĂ©plique du fameux ThĂ©Ăątre du BochoĂŻ (montĂ© façon lĂ©go), avant d’ĂȘtre aussitĂŽt piĂ©tiner par ses constructeurs. Les derniĂšres images de criquets envahissant tout le fond de scĂšne lors des dix derniĂšres minutes restent pour nous une Ă©nigme


 

 

Beau début de saison au GTG !
La Natacha ROSTOVA de RUZAN MANTASHYAN
… tragĂ©dienne nuancĂ©e…

 

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VĂ©ritable hĂ©roĂŻne de la soirĂ©e, la soprano armĂ©nienne Ruzan Mantashyan campe une vibrante Natacha Rostova, qui Ă©volue sur scĂšne en authentique tragĂ©dienne. Capables des nuances les plus subtiles, aussi bien dramatiquement que vocalement, elle dresse de l’hĂ©roĂŻne un portrait inoubliable. Le tĂ©nor suĂ©dois Daniel Johansson semble nĂ© pour incarner le personnage de Pierre Bezoukhov, tant il s’apparente Ă  ce personnage idĂ©aliste, victime de l’étroitesse de son physique, qui le relĂšgue inĂ©vitablement au rĂŽle de spectateur d’un drame qui le traverse, mais qui le dĂ©passe, d’autres en Ă©tant les vĂ©ritables hĂ©ros. La gĂ©nĂ©rositĂ© du timbre et l’aigu facile du baryton allemand Björn BĂŒrger le prĂ©dispose Ă©galement Ă  celui du Prince AndreĂŻ Bolkonski. Le monologue du Koutouzov de Dmitry Ulyanov (scĂšne X) restera comme l’un des grands moments de la soirĂ©e, tandis que la voix puissante et incroyablement projetĂ©e d’Ales Briscein convient au trouble Anatole Kouraguine. Alexey Lavrov incarne un redoutable NapolĂ©on, tandis qu’Alexey Thikomirov (NikolaĂŻ Bolkonski) et Eric Halfvarson (Comte Ilia Rostov) sont un luxe que se permet la production. Les femmes ne mĂ©ritent Ă©galement que des louanges : Lena Belkina en Sonia, Liene Kinca en Princesse Bolkonski, Elena Maximova en HĂ©lĂšne Bezoukhov, et Natasha Petrinsky en Maria Akhrossimova. Idem pour le chƓur du Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve qui se couvre ici de gloire, surtout dans l’impressionnante scĂšne finale.

Sous la baguette d’Alejo Perez, l’Orchestre de la Suisse Romande se hisse Ă©galement Ă  son meilleur, tant dans les tonalitĂ©s transparentes et mĂ©lancoliques de la premiĂšre partie, que dans les Ă©clats sonores de la seconde. GalvanisĂ© par le jeune chef argentin, la phalange genevoise, aux cordes frĂ©missantes et aux percussions explosives, offre de la partition la plus magistrale lecture qu’il nous ait Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre, en relief, en intensitĂ©, en Ă©motion. Un beau dĂ©but de saison au GTG !

 

 

Critique, opéra. GenÚve, Grand-Théùtre, le 15 septembre 2021. Sergueï Prokofiev : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez. DerniÚre ce 24 septembre 2021 / Photo : © Carole Parodi / GTG 2021.

 

 

CRITIQUE, concerts. Festival Verao Classico 2021. Picadeiro Real de Belém (Lisbonne), le 7 août 2021 (21h) . Dvorak, Poulenc : Imogen Cooper, Filipe Pinto Ribeiro (piano), Mihalea Martin (violon), Stéphane Picard (violon), Miguel da Silva (alto), Frans Helmerson (violoncelle), Pascal MoraguÚs (clarinette)

CRITIQUE, concerts. Festival Verao Classico 2021. Picadeiro Real de BelĂ©m (Lisbonne), le 7 aoĂ»t 2021 (21h) . Programme de musique de chambre dont le Quintette pour piano d’Antonin Dvorak rĂ©unissant Imogen Cooper (piano), Mihalea Martin (violon), StĂ©phane Picard (violon), Miguel da Silva (alto) et Frans Helmerson (violoncelle). Le Verao Musical est le grand rendez-vous musical incontournable de l’étĂ© au Portugal ; il se dĂ©roule depuis sept annĂ©es maintenant en plein cƓur de Lisbonne (la ville Ă©tant le principal mĂ©cĂšne de la manifestation), dans des lieux historiques qui varient d’une annĂ©e sur l’autre. AprĂšs le thĂ©Ăątre Thalia l’an passĂ©, le somptueux Picadeiro Real de BelĂ©m (qui abrite le Museu Nacional dos Coches) accueille en 2021 les spectateurs, entourĂ©s de carrosses royaux dans une immense salle du XVIIIĂš magnifiquement dĂ©corĂ©e et Ă  l’acoustique prodigieuse.

 

 

 

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Chambrisme ciselé au Portugal
Le Festival VERAO CLASSICO conçu par le pianiste Filipe PINTO RIBEIRO
associe professionnels célébrés et jeunes instrumentistes en devenir

 

 

 

 

Du 1er au 10 aoĂ»t se sont ainsi dĂ©roulĂ©s 4 concerts « Masterfest » et 6 concerts « Talenfest » ; la particularitĂ© de cet attachant festival fait se cĂŽtoyer les grands maĂźtres aguerris et cĂ©lĂ©brĂ©s et de jeunes musiciens en devenir provenant de Conservatoires du monde entier. Cette « AcadĂ©mie » rĂ©unit ainsi chaque Ă©tĂ© environ 200 jeunes Ă  Lisbonne, qui ont la chance de suivre des cours donnĂ©s par leurs pairs (500 masterclasses dispensĂ©es !), qui se produisent en concert le soir (21h), tandis que leurs Ă©lĂšves font montre de leur talent (et de l’enseignement reçu) dans des courtes piĂšces lors de concerts programmĂ©s plus tĂŽt, Ă  18h.

Le concert du 7 aoĂ»t (« Masterfest III ») a d’abord payĂ© de malchance aprĂšs la dĂ©fection (liĂ©e au Covid) de l’immense pianiste russe Elisabeth Leonskaja, mais l’infatigable directeur du festival, le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro, a su lui trouver une « remplaçante » de luxe avec la non moins grande Imogen Cooper ! La pianiste britannique, d’une Ă©lĂ©gance folle et au port altier, est indubitablement le pivot du Quintette avec piano de Dvorak opus 81 (troquĂ© contre celui de Brahms qu’aurait dĂ» interprĂ©ter sa consƓur russe
), bien qu’elle soit entourĂ©e de musiciens aussi talentueux que Mihalea Martin (violon), Stephan Picard (violon), Miguel da Silva (alto) et Frans Helmerson (violoncelle). Par sa tonalitĂ© (la majeur), par son caractĂšre expansif, par la gĂ©nĂ©rositĂ© de ses thĂšmes, le second Quintette avec piano du compositeur tchĂšque (composĂ© en 1887) entretient une parentĂ© tant avec le Quintette « La Truite » de Schubert qu’avec le DeuxiĂšme quatuor avec piano de Brahms. Et c’est sans doute davantage dans la musique elle-mĂȘme que dans les sous-titres des trois derniers mouvements (Dumka, Furiant et Polka) qu’il faut en rechercher le parfum typiquement tchĂšque, parfaitement mis en valeur par les cinq instrumentistes rĂ©unis ce soir. Une mention particuliĂšre revient au piano d’Imogen Cooper, conduit avec une Ă©nergie sans relĂąche, insufflĂ©e de la premiĂšre Ă  la derniĂšre minute Ă  ses partenaires, avec lesquels la connexion est ici permanente, en une mise en place parfaite (cf le trĂšs concertant Allegro ma nan tanto initial) ; l’anglaise mĂšne le jeu, elle s’impose comme une trĂšs grande chambriste, d’une souplesse fĂ©line, dont la sonoritĂ© n’écrase jamais ses partenaires. Bravo Madame !

 
 

En premiĂšre partie, c’est avec joie que nous avons retrouvĂ© la talentueuse soprano russe Anna Samuil dans trois Lieder de Brahms, dont le superbe « Von ewiger Liebe » qui permet au public de goĂ»ter au timbre chaud et Ă  la voix pleine de l’artiste, idĂ©alement impliquĂ©e, trĂšs agile sur les intonations, et qui fait ressortir le texte avec prĂ©cision. Son Ă©poux, le pianiste Mathias Samuil l’accompagnait en la couvant des yeux. Pilier familier du festival, le cĂ©lĂšbre violoncelliste amĂ©ricain Gary Hoffamnn lui succĂ©dait, avec l’ami Filipe Pinto-Ribeiro, pour offrir tour Ă  tour les magnifiques piĂšces « Sicilienne » et « ElĂ©gie » de Gabriel FaurĂ©. La premiĂšre piĂšce est l’une des partitions les plus connues du catalogue du compositeur grĂące Ă  sa radieuse mĂ©lodie introspective, ici interprĂ©tĂ©e de maniĂšre aussi dĂ©licate que chantante, tandis que les deux artistes s’en donnent Ă  cƓur joie dans le passage central de la seconde piĂšce, dĂ©veloppĂ© ici avec toute la fougue requise. On retrouvait le pianiste, cette fois aux cĂŽtĂ©s de la flĂ»tiste italienne Silvia Carredu pour une interprĂ©tation du fameux « PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune » (dans une transcription pour ces deux instruments) ; leur vision est trĂšs ciselĂ©e et intimiste, trĂšs « pastel » en somme. Autre grand habituĂ© du Verao Classico, c’est ensuite le clarinettiste français Pascal MoraguĂšs qui joue avec le pianiste / directeur, une piĂšce somme toute assez rare : la Sonate pour piano et clarinette de Poulenc. Respectant les intentions du compositeur, ils savent donner au premier mouvement cette vivacitĂ© triste (« Allegro tristamente ») telle qu’il la dĂ©sirait, tandis qu’à l’inverse c’est le sentiment de fĂȘte qui domine dans l’Allegro con fuoco final, l’instrument de MoraguĂšs prenant des airs de vraie chanteuse de cabaret !

 

 

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Filipe Pinto Ribeiro et Pascal MoraguĂšs jouent la Sonate de Poulenc (DR)

 

 

CRITIQUE, concert. Festival Verao Classico de Lisbonne. Picadeiro Real de BelĂ©m (Portugal), le 7 aoĂ»t 2021. Programme de musique de chambre dont le Quintette pour piano d’Antonin Dvorak – avec Imogen Cooper (piano), Mihalea Martin (violon), StĂ©phane Picard (violon), Miguel da Silva (alto) et Frans Helmerson (violoncelle). Photos : © Rita Carmo / Verao Classico 2021

 
 

CRITIQUE, Festivals d’étĂ© 2021. Verbier Festival, Salles des Combins, les 21 et 22 juillet 2021. S Babayan, Verbier Festival Chamber Orchestra, A Pappano, le 21 juil 2021/ J Jansen , M Maisky, M Pletnev, le 22 juil 2021

CRITIQUE, Festivals d’étĂ© 2021. Verbier Festival, Salles des Combins, les 21 et 22 juillet 2021. Sergey Babayan (piano), Verbier Festival Chamber Orchestra, Antonio Pappano (direction) le 21 juil 2021/ Janine Jansen (violon), Mischa Maisky (violoncelle) et MikhaĂŻl Pletnev (piano) le 22 juil 2021.

verbier-festival-2021-critique-concert-pappano-direction-classiquenews-critique-concertAprĂšs une Ă©dition 2020 annulĂ©e pour cause de pandĂ©mie, le Verbier Festival a pu se tenir du 16 juillet au 1er aoĂ»t 2021, grĂące Ă  un protocole sanitaire strict
 ce qui n’a pas empĂȘchĂ© l’apparition de cas testĂ©s positifs au sein du Verbier Festival Orchestra entraĂźnant la modification (voire l’annulation) de certains concerts. Rien de tel, par bonheur, avec le Verbier Chamber Orchestra avec lequel nous avions rendez-vous le 21 juillet, sous l’immense tente des Combins ; au programme : Mozart et Brahms dirigĂ© par Sir Antonio Pappano. La premiĂšre partie permet d’écouter l’excellent pianiste amĂ©ricano-armĂ©nien Sergey Babayan dans le 27Ăšme (et dernier) Concerto de Mozart. ÉquilibrĂ©s, les diffĂ©rents pupitres installent d’emblĂ©e un climat radieux et, dirigĂ©s par un Pappano trĂšs inspirĂ©, conversent Ă  merveille avec le piano, souverain de bout en bout. DĂšs les premiĂšres notes, Babayan nous dĂ©lecte de son Cantabile moelleux, un modĂšle du genre. La vĂ©ritĂ© mozartienne rĂ©sonne ici avec modernitĂ©, elle atteint l’ñme des auditeurs, en occupant pleinement l’espace. Surtout les diffĂ©rentes facettes de Mozart se succĂšdent : Ă  la tendresse et Ă  la gaĂźtĂ© apparente, mĂȘlĂ©e parfois d’une touche d’humour, succĂšdent des notes dramatiques empreintes de gravité  La clartĂ© de l’exĂ©cution est d’un attrait irrĂ©sistible dans le dernier mouvement, et le public ne boude pas son plaisir en faisant une fĂȘte tant au pianiste qu’aux jeunes instrumentistes et Ă  leur chef.
En deuxiĂšme partie place Ă  la SĂ©rĂ©nade n°1 de Brahms, qui fut achevĂ©e simultanĂ©ment Ă  la Symphonie n°1 avec laquelle elle partage d’indiscutables similitudes. L’auteur y revisite – en un vĂ©ritable hommage – l’Ɠuvre de Mozart et Ă©lĂ©gance virtuose. LĂ  aussi Pappano parvient Ă  galvaniser sa juvĂ©nile phalange, en lui insufflant un Ă©lan quasi chorĂ©graphique et une exaltation toute dansante, qui ont ravi le trĂšs cosmopolite public du Verbier Festival.

Le lendemain (22 juil), dans le cadre des « rencontres inĂ©dites », place Ă  la musique de chambre, oĂč des musiciens prĂ©sents dans la station alpestre pour des prestations individuelles, crĂ©ent un programme original. A l’instar de la violoniste nĂ©erlandaise Janine Jansen, du violoncelliste russe Mischa Maisky et de son compatriote pianiste MikhaĂŻl Pletnev pour une trĂšs belle interprĂ©tation du Trio pour piano et cordes opus 50 de TchaĂŻkovsky, « A la MĂ©moire d’un Artiste » dont il Ă©clairent entre autres la grande inventivitĂ© mĂ©lodique. L’exposĂ© du thĂšme du dĂ©but permet notamment au public d’entendre le jeu austĂšre mais trĂšs expressif de Mischa Maisky. Sur le plan de l’équilibre, on regrette cependant le jeu un peu en retrait du pianiste et celui « trop imposant » de la violoniste (qui « écrase » par moments ses deux partenaires). Le Finale, presque brahmsien (malgrĂ© le peu d’estime que TchaĂŻkovski avait pour ce dernier!) et fournissant plus de matiĂšre, permet aux interprĂštes de trouver l’équilibre parfois manquant dans les premiers mouvements, et d’offrir Ă  l’audience la pleine mesure de leurs capacitĂ©s !

CRITIQUE, Festivals d’étĂ© 2021. Verbier Festival, Salles des Combins, les 21 et 22 juillet 2021. Sergey Babayan (piano), Verbier Festival Chamber Orchestra, Antonio Pappano (direction) le 21 juil 2021/ Janine Jansen (violon), Mischa Maisky (violoncelle) et MikhaĂŻl Pletnev (piano) le 22 juil 2021. Photo : Antonio Pappano (DR).

CRITIQUE, Festivals d’étĂ© 2021. Festival Lucens Classique, ChĂąteau de Lucens (Suisse), les 23 et 24 juillet 2021

CRITIQUE, Festivals d’étĂ© 2021. Festival Lucens Classique, ChĂąteau de Lucens (Suisse), les 23 & 24 juillet 2021. Quatuor Sine Nomine (le 23). Camille Thomas (violoncelle) et Christian Chamorel (piano) le 24. Il en fallait de l’audace et du courage pour, en pleine pandĂ©mie, crĂ©er un nouveau festival de musique classique : le Festival Lucens Classique ! C’est pourtant le rĂȘve fou (et le pari rĂ©ussi !) que viennent de rĂ©aliser deux jeunes et enthousiastes musiciens suisses – le chef d’orchestre Guillaume Berney et le violoniste Guillaume Jacot – dans le somptueux Ă©crin que constitue le ChĂąteau de Lucens dans le canton de Vaud en Suisse. Et Ă  l’instar de ce qui se fait dĂ©jĂ  dans plusieurs festivals dans le Bordelais et en Bourgogne, les deux compĂšres ont eu l’idĂ©e de mĂ©langer musique classique et gastronomie, pour une expĂ©rience multisensorielle. Ainsi, avant et aprĂšs chaque concert, des mets et vins choisis par le chef Xavier Bats sont servis aux convives dans la magnifique cour du chĂąteau mĂ©diĂ©val


 

 

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La premiĂšre soirĂ©e du vendredi 23 juillet mettait Ă  l’honneur l’une des plus brillantes formations suisses de musique de chambre, le Quatuor Sine Nomine, consacrĂ© au Concours d’Evian en 1985. Mais avant le plaisir des oreilles Ă  20h, c’est celle du palais qui attendait les convives dĂšs 18h30 dans l’immense et majestueuse cour du chĂąteau mĂ©diĂ©val. Puis il est temps de rejoindre la « Salle de justice », la plus belle piĂšce d’apparat du chĂąteau, oĂč les quatre instrumentistes proposent au public d’abord un tour de chauffe avec les rares Danses russes d’Igor Stravinsky. La couleur est ensuite toute diffĂ©rente avec le Quatuor de Debussy, Ɠuvre rĂ©volutionnaire qui initia le XXe siĂšcle, Ă  la fois archaĂŻque et hardie, que l’on aime Ă  rapprocher de la peinture impressionniste. Les Sine Nomine en donnent une interprĂ©tation toute en tendresse intĂ©riorisĂ©e sur les phrasĂ©s avec de dĂ©licates nuances. Les pizzicati qui ouvrent le deuxiĂšme mouvement font leur petit effet et l’alto de Hans Egidi offre notamment de magnifiques sonoritĂ©s dans l’andantino.

Le concert (donnĂ© sans entracte) s’achĂšve avec le Quatuor en fa mineur op. 80 de Mendelssohn. Cet ultime chef-d’Ɠuvre de 1847 dĂ©note de l’heureuse volubilitĂ© que l’on connaĂźt gĂ©nĂ©ralement de ce compositeur surdouĂ©. On l’a surnommĂ© le « Requiem pour Fanny », sa sƓur tant chĂ©rie qui fut brutalement emportĂ©e Ă  la suite d’embolie cĂ©rĂ©brale. Mendelssohn ignorait qu’il subirait le mĂȘme sort sept mois plus tard, mais ce quatuor est imprĂ©gnĂ© d’une forte mĂ©lancolie, comme une rĂ©bellion contre le destin, qui en fait un sommet du genre au XIXe siĂšcle. La fougue du fameux Octuor du compositeur allemand est toujours prĂ©sente, mais elle se fait ici dĂ©sespĂ©rĂ©e, dans le plus pur esprit romantique. Plus qu’une lecture, les Sine Nomine en donnent une interprĂ©tation habitĂ©e. D’une rare intensitĂ©, le sublime adagio dominĂ© par le (premier) violon de Patrick Genet Ă©meut fortement, tandis que ses acolytes respirent d’une mĂȘme ferveur au service de cette Ɠuvre magnifique.

Le lendemain (24 juillet 2021), nous assistons Ă  la formation d’un exquis duo entre la violoncelliste française Camille Thomas et le pianiste suisse Christian Chamorel, qui chacun Ă  leur tour prĂ©senteront les piĂšces qu’ils s’apprĂȘtent Ă  jouer par souci de didactisme. La premiĂšre Ɠuvre Ă  laquelle ils s’attaquent est la cĂ©lĂšbre Sonate n°1 op.38 de Johannes Brahms, une Ɠuvre profondĂ©ment romantique dont le premier thĂšme est basĂ© sur les notes du renversement du sujet de l’Art de la Fugue de Jean-SĂ©bastien Bach. Son autre particularitĂ© est que la fonction traditionnelle d’accompagnement du piano n’existe pas dans ce marathon entre les deux instruments, chacun essayant d’imposer son propre rythme. DĂšs l’Allegro initial, on est frappĂ© par la noblesse et l’intensitĂ© brĂ»lante du jeu : les deux instrumentistes avancent avec vĂ©hĂ©mence et grandeur, d’une maniĂšre parfois un peu rude mais tout en prĂ©servant une poĂ©sie altiĂšre. Le final, trĂšs enlevĂ©, voit le piano mener la danse en Ă©rigeant un monument furieux. Changement d’ambiance avec le trĂšs mystique Louange Ă  l’EternitĂ© de JĂ©sus (un des huit mouvements du fameux Quatuor pour la fin des temps), et c’est une grande Ă©motion que distille le legato extatique et recueilli du piano et du violoncelle dans ce duo bouleversant. Le programme s’achĂšve par la gĂ©niale Sonate en la majeur de CĂ©sar Franck – initialement composĂ©e pour piano et violon, et donc proposĂ©e ici dans une retranscription. On le sait, c’est un ouvrage tout chargĂ© d’amour et de passion, un feu que les deux musiciens font jaillir grĂące Ă  la superbe sonoritĂ© du violoncelle (
 un Stradivarius !) et Ă  un piano virtuose qui se dĂ©ploient dans un dialogue Ă©troit et bien Ă©quilibrĂ©. Le public, avant de retourner vers les agapes sucrĂ©es qui l’attendent (mais dans une grande salle voĂ»tĂ©e suite Ă  un orage impromptu !), leur rend un vibrant hommage, dont ils le remercient par un bis : la rare Rhapsodie hongroise de David Popper !

Pour une premiĂšre Ă©dition, c’est un vrai succĂšs et nous sommes restĂ©s sous le charme tant des lieux que des artistes, mais aussi des organisateurs qui se sont dĂ©menĂ©s pour un public mĂ©lomane qui n’attend dĂ©jĂ  plus que la deuxiĂšme mouture qu’on nous a promis encore plus belle
 alors vivement !
 

 

CRITIQUE, concert. Festival Lucens Classique, Chùteau de Lucens (Suisse), les 23 & 24 juillet 2021. Quatuor Sine Nomine (le 23). Camille Thomas (violoncelle) et Christian Chamorel (piano) le 24. Photo : © Michel Bertholet.

 

 
 

 

CRITIQUE, Festival de MĂșsica dos CAPUCHOS, ALMADA (Portugal), Couvent des Capucins, les 2 et 3 juillet 2021.

CRITIQUE, Festival de MĂșsica dos CAPUCHOS, ALMADA (Portugal), Couvent des Capucins, les 2 & 3 juillet 2021. Orchestre de chambre de Saint-PĂ©tersbourg, Juri Gilbo (direction), SergeĂŻ Nakariakov (trompette), Filipe Pinto-Ribeiro (piano).

 

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FESTIVAL RENAISSANT A ALMADA… AprĂšs 20 ans d’un long sommeil, le Festival de musica dos Capuchos est revenu Ă  la vie ! Sis dans le magnifique couvent du mĂȘme nom (“Covento dos Capuchos“), bĂąti au 16Ăšme siĂšcle Ă  Almada en face de Lisbonne, il a Ă©tĂ© pendant vingt ans (de 1981 Ă  2001) l’un des principaux festivals dĂ©diĂ©s Ă  la musique classique au Portugal, et cette renaissance est grandement due Ă  son directeur artistique, le pianiste Filipe Pinto-Ribeiro, dĂ©jĂ  en charge de l’autre grand rendez-vous estivalo-classique au Portugal : le Verao Classico qui a lieu tous les ans dĂ©but aoĂ»t Ă  Lisbonne. Sous son impulsion, des artistes de l’envergure du pianiste Alexandre Kantorow ou du pianiste Alfred Brendel ont rĂ©pondu prĂ©sents pour cette Ă©dition 2021 – mais aussi le trompettiste russe SergeĂŻ Nakariakov qui Ă©tait la tĂȘte d’affiche des deux concerts de clĂŽture du festival, les 2 et 3 juillet derniers. AccompagnĂ© les deux soirs par l’Orchestre de chambre de Saint-PĂ©tersbourg, dirigĂ© par le chef pĂ©tersbourgeois Juri Gilbo, il a pu faire montre de son talent dans des ouvrages rares de compositeurs peu connus comme Johann Baptist Georg Neruda ou Jean-Baptiste Arban.

 

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Du premier, musicien tchĂšque qui servit aux brillantes cours de Dresde et Mannheim, il interprĂšte le Concerto pour trompette en mi bĂ©mol majeur. La prĂ©cision technique du soliste et son timbre limpide servent la forme et l’esprit de cet ouvrage, dont le premier mouvement exige beaucoup de virtuositĂ© dans ses multiples cadenzas. On peut admirer le sens des couleurs et des nuances chez ce musicien, notamment dans la toute aussi rare piĂšce « Fantaisie et variations sur Le carnaval de Venise », dans laquelle il fait preuve d’une extraordinaire prĂ©cision, sans parler de traits qui font alterner une note grave dĂ©tachĂ©e et d’autres plus aiguĂ«s liĂ©es. Le terme habituellement employĂ© pour ce genre de performances est celui de « pyrotechnie musicale », un mot qui ne serait pas immĂ©ritĂ© ici ! Et pour mettre en valeur l’orchestre, en cette premiĂšre soirĂ©e pour nous, la fameuse « Petite musique de nuit » avait Ă©tĂ© retenue, interprĂ©tĂ©e avec tout le naturel, la nervositĂ© et le soin ouvragĂ© requis par la partition mozartienne.

Le lendemain, c’est un rĂ©pertoire 100 % russe qui nous attendait, avec la SĂ©rĂ©nade opus 48 de TchaĂŻkovsky et le Concerto n°1 pour piano et trompette de Chostakovitch. Dans la premiĂšre Ɠuvre, l’attaque du premier mouvement, « Pezzo in forma di Sonatina », place cette interprĂ©tation sous un bon signe : plĂ©nitude du son et emportement des instrumentistes par leur chef
 La suite sera de la mĂȘme eau : une « Valse » emplie de dĂ©licatesse dĂ©voilant ici un lĂ©ger ralenti ou lĂ  un bref silence
 avant que la mĂ©lodie ne reparte de plus belle. La transition vers le frĂ©nĂ©tique quatriĂšme mouvement, aux couleurs si russes, est lui aussi parfaitement rĂ©ussi.

Dans le Lento et le Moderato de la seconde partie, un concerto composĂ© en 1933 par le compositeur russe, on savoure le phrasĂ© et l’intonation d’une parfaite finition du trompettiste, qui se surpasse ensuite dans un Allegro con brio stimulant et aussi rapidement que prĂ©cisĂ©ment jouĂ©. Le pianiste portugais livre quant Ă  lui une prestation nettement dĂ©coupĂ©e, parfaitement articulĂ©e, aux contrastes expressifs et bien diffĂ©renciĂ©s, autant de qualitĂ©s que l’on retrouve dans la phalange pĂ©tersbourgeoise, conduit avec prĂ©cision et enthousiasme par son fondateur. Dans le finale, tout en surprises, la trompette ricoche au-dessus du piano avec un incomparable Ă©clat, et suscite un vif enthousiasme parmi le public qui offre une ovation debout Ă  l’ensemble des musiciens !

On languit maintenant de dĂ©couvrir l’autre festival dirigĂ© par Filipe Pinto-Ribeiro, cet « EtĂ© Classique » (Verao Classico) lisboĂšte prĂ©vu entre le 1er et le 10 aoĂ»t, et qui mettra Ă  son affiche, entre autres noms prestigieux, celui de la grande pianiste russe Elisabeth Leonskaja !

 

 

CRITIQUE, Concert. Almada, Couvent des Capuçins, les 2 & 3 juillet 2021. Orchestre de chambre de Saint-Pétersbourg, Juri Gilbo (direction), Sergeï Nakariakov (trompette), Filipe Pinto-Ribeiro (piano). Photos (DR).

 

 

Photos: @ R Carmo / Festival de MĂșsica dos Capuchos 2021

CRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. MONTEVERDI : L’Orfeo. Marc Mauillon, P. Bayle / J. Savall.

ORFEO-marc-mauillon-monteverdi-opera-comique-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. MONTEVERDI : L’Orfeo. Marc Mauillon (Orfeo), Luciana Mancini (La Musica/Euridice), Sara Mingardo (La Messagera), Furio Zanasi (Apollo)
 P. Bayle / J. Savall. Si l’on part du principe selon lequel L’Orfeo de Monteverdi est le premier opĂ©ra digne de ce nom, le premier ouvrage qui fasse jouer de concert la musique, la fable et le drame, alors la profession de foi de la metteure en scĂšne du spectacle Pauline Bayle – « Tout s’est jouĂ©, en 1607, dans un salon avec deux tapisseries » – pourrait prendre tout son sens. Sauf que le compte n’y est pas, et que le minimalisme ici affichĂ© et assumĂ©, ne nous a pas convaincu. Entre la naĂŻvetĂ© de l’acte I (tout le monde s’embrasse sur un plateau parsemĂ© de fleurs), le black-out total du III ou une simple porte qui s’ouvre Ă  la fin du V, les enjeux du livret et ses ressorts dramatiques passent Ă  la trappe, et l’on s’ennuie vite pour ce qui est de l’aspect visuel, mais aussi ce qui touche Ă  la direction d’acteurs, ici rĂ©duite a minima


 

 

 

MARC MAUILLON
Meilleur Orfeo du moment


 

 

 

L’émotion est Ă  chercher ailleurs, et avant tout dans le chant souverain du rĂŽle-titre incarnĂ© par le baryton français Marc Mauillon, certainement le meilleur Orfeo du moment. Il ravit d’emblĂ©e par cette maniĂšre particuliĂšre qu’il a d’incarner ce personnage mythique sans prendre la pose, ni tomber dans l’emphase. Il rĂ©pond Ă  la spontanĂ©itĂ© timide et pĂąle du spectacle par un chant concentrĂ©, qui ne tĂ©moigne d’aucune raideur ni pathos. Avec sa voix en or et son naturel scĂ©nique, il apporte une mĂ©lancolie et un hĂ©roĂŻsme naissant qui captent autant les yeux que les oreilles des spectateurs, qui lui font un juste triomphe personnel au moment des saluts. Face Ă  lui, les autres personnages parviennent Ă  exister quand mĂȘme, Ă  commencer par la Messagiera de la mezzo italienne Sara Mingardo dont le timbre gĂ©nĂ©reux, la diction fine et fluide, et le charisme tranquille libĂšrent une Ă©motion palpable. De son cĂŽtĂ©, Luciana Mancini convainc dans son double rĂŽle de victime (Euridice) et de prophĂ©tesse (La Musica), tandis que la double partie de Speranza / Proserpina est assurĂ©e par la mezzo norvĂ©gienne Marianne Beate Kielland, qui s’avĂšre cependant plus en retrait que ses deux consƓurs. Ce n’est certes pas le reproche que l’on fera au Pluton (et Caronte) tonitruant (mais stylĂ© !) de Salvo Vitale, alors que le charme opĂšre toujours avec l’Apollo de Furio Zanassi, dix-neuf ans aprĂšs l’avoir entendu dans le rĂŽle-titre, dĂ©jĂ  sous la battue de Savall, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Enfin, les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour le Pastor au timbre solaire et rayonnant de Victor Sordo Vicente.

On pouvait enfin faire confiance au chef catalan Jordi Savall – Ă  la tĂȘte de son ensemble du Concert des Nations et de son chƓur La Capella Reial de Catalunya – pour faire surgir le thĂ©Ăątre absent de la scĂšne. De fait, sa formation baroque se surpasse littĂ©ralement et dĂ©livre une exĂ©cution d’une perfection instrumentale absolue, doublĂ©e d’une variĂ©tĂ© infinie dans les couleurs. Autant dire qu’il prend le contre-pied de la mise en scĂšne ; il n’y a rien de « dĂ©coratif » dans sa direction, mais simplement du drame, de l’émotion, du rire, des larmes !

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. Claudio Monteverdi : L’Orfeo. Marc Mauillon (Orfeo), Luciana Mancini (La Musica/Euridice), Sara Mingardo (La Messagera), Furio Zanasi (Apollo)
 P. Bayle / J. Savall.

 

 

 

 

 

EN LIRE PLUS… sur Marc Mauillon

Marc Mauillon chante PellĂ©e dans ALCIONE par Jordi Savall : Cd Ă©vĂ©nement, critique. MARAIS : Alcione – Jordi Savall (3cd Alia Vox, 2017). En 1706, Marin Marais, chef d’orchestre Ă  l’AcadĂ©mie royale, adulĂ© pour ses dons de violiste et depuis toujours favorisĂ© par le Roi, livre Alcione, ultime tragĂ©die en musique du rĂšgne de Louis XIV. Il y a peu d’effusion amoureuse et heureuse…

 

 

 

 

 

 

Marc Mauillon chante les DEUX ORFEI : Caccini / Peri :

caccini peri li due orfei marc mauillon arcana baryton review presentation account of critique cd classiquenews clic de classsiquenews 517HSXhxs8L._SS280Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015). Voici un rĂ©cital lyrique des plus aboutis : non seulement le baryton Marc Mauillon affirme sa maĂźtrise dans l’un des rĂ©pertoires qui exposent le chanteur, mais portĂ© par une belle complicitĂ© cultivĂ©e avec sa soeur harpiste AngĂ©lique, le baryton francais trouve le style et l’intonation les plus justes pour exprimer ce chant si subtil qui se prĂ©cise Ă  Florence Ă  la fin du XVI  Ăšme  siĂšcle. Le chanteur excelle Ă  ciseler ce premier bel canto qui exige souffle, parfaite intelligibilitĂ©, finesse expressive, Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et affirmation dramatique
 Chez Peri, l’éloquence du diseur enchante, sĂ©duit, envoĂ»te. Son chant est d’un trĂšs beau relief  linguistique qui cisĂšle et sculpte chaque mot et relance l’acuitĂ© de chaque image et jeu linguistique qui lui sont liĂ©s. Caccini, l’aĂźnĂ© des deux compositeurs, impose un verbe plus viril et nerveux, puissant, dĂ©clamĂ©e mais non moins virtuose.

 

CRITIQUE, concert. Avignon, le 12 juin 2021. VIVALDI, airs. Lea Desandre, Ensemble Jupiter, Thomas Dunford

CRITIQUE, concert. Avignon, le 12 juin 2021. VIVALDI, airs. Lea Desandre, Ensemble Jupiter, Thomas Dunford. Las, si nous avions pu assister au premier concert de la saison 20/21 de Musique Baroque en Avignon – qui ne mettait rien moins Ă  son affiche que le trĂ©pidant contre-tĂ©nor polonais Jakub Jozef Orlinski (accompagnĂ© par le formidable ensemble Il Pomodoro) -, tout le reste de son programme a dĂ» ĂȘtre annulĂ© (certains concerts sont dĂ©jĂ  repoussĂ©s Ă  la saison prochaine…), et seule cette ultime soirĂ©e rĂ©unissant la gracieuse mezzo italo-française Lea Desandre aux cĂŽtĂ©s de Thomas Dunford (luth et direction) et de l’Ensemble Jupiter parvient Ă  sortir la manifestation provençale du naufrage engendrĂ© par la pandĂ©mie sur le monde de la culture (entre autres secteurs
).

FondĂ© il y a seulement trois ans, la jeune phalange baroque est composĂ©e ici de sept musiciens (deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un clavecin et un luth) et joue sur instruments d’époque – ce qui n’a pas Ă©tĂ© sans consĂ©quence alors que le thermomĂštre affichait encore 32 degrĂ©s quand a dĂ©butĂ© le concert, des cordes (en boyaux) se rompant sous l’effet de la chaleur sans compterla nĂ©cessitĂ© d’accorder plus souvent que de coutume les diffĂ©rents instruments. Mais en dĂ©pit des alĂ©as climatique liĂ©es Ă  une soirĂ©e de plein air (et au passage un vrai avant-goĂ»t des festivals !), le son, la couleur, la dextĂ©ritĂ©, la virtuositĂ©, le sens du style de l’époque de l’Ensemble Jupiter sont bel et bien au rendez-vous ce soir, notamment grĂące au premier violon (ThĂ©otime Langlois de Swarte) qui donne le La en termes d’agilitĂ©, de nerf, de tension permanente. Il se rĂ©vĂšle autant dans l’accompagnement des airs chantĂ©s par Lea Desandre que dans les pages purement instrumentales, trois concerti qui serviront de pause pour la chanteuse, et qui mettront en avant le luth dĂ©licat de Thomas Dunford (dans les RV82&93) ou le violoncelle expressif de Bruno Philippe (dans le RV 416).

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 Jupiter en Avignon (© E Andrieu)

Mais la soirĂ©e dĂ©bute par un extrait d’Il Giustino, « Vedro con mio diletto », un air lent et plein d’émotion qui permet de goĂ»ter le timbre suave de la mezzo, mais aussi la finesse de son phrasĂ©, la longueur de son souffle.
Le programme fait ensuite la part belle Ă  l’oratorio Juditha Triumphans que le Prete rosso composa en latin en 1716 pour les pensionnaires fĂ©minines de l’Ospedale della PietĂ  Ă  Venise. S’inspirant du classique biblique, l’Ɠuvre raconte le parcours de l’ombre Ă  la lumiĂšre de cette Ă©mule de Dalila, Judith, qui libĂ©ra la ville de BĂ©thulie de l’envahisseur Holopherne en le dĂ©capitant aprĂšs l’avoir sĂ©duit. Le premier air retenu est « Armatae face et anguibus », auquel elle offre toute la vĂ©hĂ©mence requise par cet aria di furore, et dans lequel elle fait preuve d’une puretĂ© dĂ©sarmante dans les aigus et d’une souplesse de chaque instant dans la ligne de chant.
Le second est le plus doux et calme « Veni, veni me sequere fida », dans lequel la voix ronde et chaleureuse de la chanteuse imite le tendre chant d’une tourterelle pour affirmer son affection envers sa suivante Abra (auquel se fera l’écho d’un sansonnet perchĂ© dans l’un des quatre majestueux et centenaires platanes du jardin !). Quant au sublime air « Cum dederit dilectis suis », extrait du Nisi Dominus et dĂ©livrĂ© ici avec des sons parfaitement filĂ©s et tenus, qui rehaussent l’aspect doloriste de ce morceau, il ne manque pas d’émouvoir profondĂ©ment les spectateurs.

L’air qui suit est un « incontournable » de tout rĂ©cital vivaldien, le fameux « Gelido in ogni vena » (Il Farnace) dont Cecilia Bartoli a fait l’un de ses chevaux de bataille. Sans possĂ©der (encore) le registre grave de sa consƓur italienne, on n’en admire pas moins la force de conviction de l’artiste, et l’émotion sincĂšre qui l’étreint au fur et Ă  mesure de cette longue aria, une Ă©motion qui gagne Ă©galement sans peine un auditoire dissĂ©minĂ© selon les rĂšgles sanitaires en vigueur, formant comme un arc de cercle autour des musiciens placĂ©s sur une estrade contre la paroi Ă  douze portes-fenĂȘtres du sublime HĂŽtel particulier Villeneuve-Martignan (qui abrite, depuis 1810, le MusĂ©e des Beaux-Arts de la CitĂ© des Papes). Puis les airs « Gelosia, tu gia rendi l’alma fida » (Ottone in Villa) et plus encore le fameux « Agitata da due venti » (tirĂ© de La Griselda) refont tourbillonner un vent de folie sous les frondaisons des platanes, alors que le jour dĂ©cline et que le ciel rougeoie : l’on y admire particuliĂšrement la clartĂ© d’articulation dans les vocalises, la façon dont elle nĂ©gocie les redoutables Ă©carts de registre, ou encore les inflexions infiniment variĂ©es de la chanteuse.

En bis, la mezzo reprend une composition et une adaptation dues Ă  la main de Thomas Dunford himself (qui chante avec elle…) : « That’s so you » et « We are the ocean, each one a drop », qui permettent de conclure la soirĂ©e dans une ambiance jazzy et festive !

 

 

 

 

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CRITIQUE, concert. Avignon, Jardins du Musée Calvet, le 12 juin 2021.
Lea Desandre (mezzo), Ensemble Jupiter, Thomas Dunford (direction &
luth). Vivaldi : airs d’opĂ©ras et d’oratorios.

CRITIQUE, Opéra. Opéra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi.

CRITIQUE, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi. De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret, associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue et d’oĂč ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs spectaculaires et destinĂ©s Ă  servir les chanteurs, en font une Ɠuvre encore difficile pour le grand public – on connaĂźt les dĂ©boires de sa crĂ©ation et sa rĂ©vision, plus de vingt ans aprĂšs, par Verdi lui-mĂȘme. Pourtant, derriĂšre la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame et par-delĂ  les rebondissements rocambolesques de son histoire, perce une lumiĂšre humaniste parfaitement reprĂ©sentative de la pensĂ©e de son auteur.

 

 

 

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Simon Boccanegra Ă  l’OpĂ©ra de Rouen Normandie (DR)

 

 

 

On sait aussi qu’avec l’ouvrage de Giuseppe Verdi – titre Ă  l’affiche pour la rĂ©ouverture de l’OpĂ©ra de Rouen Normandie (aprĂšs 13 mois de fermeture, comme l’indique douloureusement en prĂ©ambule LoĂŻc Lachenal, le directeur de l’institution normande
) -, la difficultĂ© pour le metteur en scĂšne est d’animer une intrigue singuliĂšrement statique, tout en tentant d’éclaircir certains rebondissements aux yeux du spectateur. Le rĂ©gisseur allemand Philipp Himmelmann se concentre sur le personnage principal, en imaginant un spectacle situĂ© dans un XXe siĂšcle aux contours indĂ©terminĂ©s, d’un dĂ©pouillement aussi austĂšre qu’anxiogĂšne : le dĂ©cor unique d’une vaste piĂšce aux hauts murs, aux tapisseries dĂ©fraĂźchies, percĂ©es de multiples portes. Dans le Prologue ainsi que pour le tableau final, un cube s’y encastre et laisse entrevoir le cadavre de Maria pendue au bout d’une corde (meurtre ou suicide ?), tandis qu’un Ă©nigmatique cheval (bien vivant, lui) se tient aux cĂŽtĂ©s de la dĂ©pouille. A la fin, Simon viendra expirer sous le cadavre de l’ĂȘtre aimĂ©. Quant Ă  la mer, si prĂ©sente dans la partition et le livret de Piave et Boito, elle apparaĂźt sous la forme d’un grand tableau tout en largeur, qui reste quasi omniprĂ©sent tout au long de la soirĂ©e.

La distribution rallie tous les suffrages, Ă  commencer par Dario Solari qui campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ© : le baryton uruguayen possĂšde un timbre racĂ© et une rĂ©elle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. La soprano hongroise Klara Kolonits, Amelia, fait Ă©galement dĂ©monstration de grands moyens : sa voix est particuliĂšrement large, mais bien conduite et souple. Et si les sons filati sont quelque peu hors de sa portĂ©e, on se laisse facilement emporter par ses moyens aussi beaux que gĂ©nĂ©reux. Cultivant un chant de qualitĂ© supĂ©rieure, la basse corĂ©enne Jongmin Park Ă©pate en Jacopo Fiesco par l’ampleur et la puissance de sa voix, ainsi que par la profondeur et le magnĂ©tisme de son timbre, mais l’émission reste un peu dans les joues au dĂ©triment des voyelles insuffisamment diversifiĂ©es. Le tĂ©nor gĂ©orgien Otar Jorjika est quant Ă  lui un Adorno prometteur, trĂšs engagĂ© et motivĂ©, au timbre gĂ©nĂ©reux et Ă  l’aigu Ă©panoui. Éblouissant Posa Ă  Anvers il y deux ans, le baryton turc Kartal Karagedik renouvelle notre enthousiasme grĂące Ă  sa prĂ©sence scĂ©nique et un raffinement vocal qui rĂ©vĂšlent un acteur / chanteur d’exception.

L’excellent chef italien Antonello Allemandi parvient Ă  rendre la sombre ardeur de la partition de Verdi en sonoritĂ©s puissamment modelĂ©es et empreintes de mystĂšre. La contribution des cordes se distingue notamment par une vigoureuse plasticitĂ©, et la disposition de la phalange normande sur le parterre plonge l’audience directement dans la musique. Sous sa direction, l’Orchestre maison est, de bout en bout, admirable de cohĂ©sion, de clartĂ© et de pugnacitĂ©, tandis que le chƓur Accentus / OpĂ©ra de Rouen Normandie se montre lui aussi au-delĂ  de tout Ă©loge. Une grande soirĂ©e verdienne !

 

 

 

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CRITIQUE, Opéra. Opéra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi.

CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. O PMC, N Goerner, M Toledo (chant), Josep Pons.

CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. O PMC, N Goerner, M Toledo (chant), Josep Pons. C’est Ă  un programme entiĂšrement placĂ© sous le signe de l’Espagne que vient de nous proposer l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, placĂ© sous la direction du chef catalan Josep Pons, qui est connu pour ĂȘtre l’un des meilleurs interprĂštes de Manuel de Falla, particuliĂšrement mis Ă  l’honneur ce soir et dont il a gravĂ© nombre d’Ɠuvres.

 

 

ESPAÑA !

 

 

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Mais la soirĂ©e dĂ©bute par le fougueux Alborada del gracioso de Maurice Ravel (aux cĂŽtĂ©s de la non moins cĂ©lĂšbre Rapsodie espagnole), dont Pons livre une interprĂ©tation Ă  la fois fidĂšle et Ă©quilibrĂ©e, tour Ă  tour capiteuse ou acĂ©rĂ©e, et instrumentalement remarquable, 
comme toujours avec l’OPMC : le basson d’Arthur Menrath (Alborada del gracioso) et les clarinettes de Marie BarriĂšre-Bilote et VĂ©ronique Audard (Rapsodie espagnole) doivent ĂȘtre mentionnĂ©s.

De Manuel de Falla, on entend d’abord les magnifiques Nuits dans les jardins d’Espagne dont la poĂ©sie intense se dĂ©ploie facilement sous la direction ample et passionnĂ©e de Pons. La phalange monĂ©gasque dĂ©montre sa capacitĂ© Ă  offrir les couleurs chaudes et gĂ©nĂ©reuses exigĂ©es par la partition, tandis que le pianiste argentin Nelson Goerner interprĂšte avec beaucoup de panache sa partie qui, sans ĂȘtre celle d’un concerto pour piano, en est bien proche. Justement ovationnĂ©, N. Goerner offre au public le dĂ©licat Nocturne n°20 en do diĂšse mineur de Chopin.

Puis, c’est Manuel de Falla toujours avec son sulfureux Amour sorcier (« El amor brujo ») : musique parfois rude mais exhalant un parfum ibĂ©rique des plus authentiques, l’ouvrage raconte les amours d’une gitane et de son amant sur fond de « sorcellerie et d’incantation ». Le chef espagnol en livre une interprĂ©tation trĂšs dramatique qui met l’accent sur les contrastes et l’expressionnisme de cette partition. Ce n’est pas une Espagne de folklore, mais une Espagne des profondeurs, troublante et possĂ©dĂ©e, qui se dĂ©gage sous sa baguette. Il est soutenu dans sa dĂ©marche par la chanteuse de flamenco Maria Toleda, Ă  la voix chaude et grave, qui exprime si bien la passion et la mort, et qu’on rĂȘverait d’entendre dans Carmen !

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CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Nelson Goerner (piano), Maria Toledo (chant), Josep Pons (direction).

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, A Kantorow – J Rhorer.

Kantorow alexandre piano classiquenews festival WURTH critique classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. MONACO, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, A Kantorow – J Rhorer. C’est par une standing ovation (chose suffisamment rare Ă  Monaco pour ĂȘtre relevĂ©e !) que l’extraordinaire moment de piano que nous a livrĂ© la star montante du piano français (et mondial) Alexandre Kantorow (LaurĂ©at du prestigieux Concours TchaĂŻkovski) s’est conclu ! Un succĂšs auquel doit Ă©galement ĂȘtre associĂ© le chef français JĂ©rĂ©mie Rhorer Ă  la tĂȘte d’un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo plus fabuleux que jamais ! Photo : A Kantorow, DR.

De fait, dĂšs son entrĂ©e dans l’arĂšne de l’Auditorium Rainier III (aprĂšs une rutilante Ouverture de Ruslan et Ludmila de Glinka !), le jeune pianiste instaure un climat incroyablement vivifiant de cette joute serrĂ©e entre orchestre et soliste qui est l’ñme de cette extraordinaire (et diabolique !). Rhorer y dĂ©ploie un phrasĂ© d’une rigueur rythmique impeccable, parfaitement articulĂ©, puissamment contrastĂ©, sollicitant tous les pupitres (cordes, flĂ»te, clarinette et trompette
) tandis que le pianiste, en totale symbiose avec la phalange monĂ©gasque, s’engouffre avec hardiesse et virtuositĂ© dans ce torrent de notes qui alterne entre virtuositĂ© percussive et mĂ©ditation sensible. Une interprĂ©tation marquĂ©e d’une patente complicitĂ© entre soliste et chef et d’une virtuositĂ© pianistique Ă©chevelĂ©e
 qui trouvera son aboutissement dans un Ă©poustouflant troisiĂšme mouvement, extraordinaire par son climat un peu mystĂ©rieux entretenu par les cordes, d’oĂč Ă©mergent les notes Ă©grenĂ©es du piano. Puis le trait se durcit, et le tempo s’accĂ©lĂšre bientĂŽt dans une cavalcade finale captivante, imprĂ©gnĂ©e d’urgence, qui vient achever une lecture d’oĂč se dĂ©gage autant d’émotion que de dextĂ©rité ! Une Ă©motion dont seront empreints les deux bis extraits du corpus brahmsien, qui vaudront un dĂ©chaĂźnement de vivats rarement entendu en Principauté !
Le concert se poursuit aprĂšs une « pause technique » par l’exĂ©cution de la 3Ăšme Symphonie (dite « Polonaise ») de TchaĂŻkovski, qui se trouve quelque peu « mal Ă  l’aise » Ă  la charniĂšre des deux premiĂšres, toute de fraĂźcheur bucolique, et du massif insurmontable des herculĂ©ennes trois suivantes. Cela explique la relative dĂ©fection de cette page symphonique, qui se positionne comme la mal aimĂ©e du cycle, mais Ă©galement la moins connue du compositeur russe. On gagnerait pourtant Ă  la rĂ©Ă©couter, mĂȘme si le premier et le dernier des cinq mouvements babillent un peu : l’orchestration de TchaĂŻkovski est ici tout entier, avec notamment un Scherzo d’une lĂ©gĂšretĂ© angĂ©lique, et Ă  y regarder mieux, on s’aperçoit qu’elle annonce, en plus d’un endroit, les trois symphonies du destin. JĂ©rĂ©mie Rhorer veille surtout ici Ă  restituer une forme, Ă  travers une lecture prĂ©cise et dĂ©cantĂ©e, au problĂ©matique Tempo di polacca final (qui vaut Ă  l’ouvrage son titre de « Polonaise »). Sa lecture a surtout le mĂ©rite d’un rĂ©el engagement, sillon que suit un OPMC tout feu tout flamme !

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Alexandre Kantorow, piano – JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

COMPTE-RENDU, Ballet. Monaco, Grimaldi Forum (Salle des Princes), le 26 avril 2021. « Lac » par Jean-Christophe Maillot et les Ballets de Monte-Carlo

tchaikovski-lac-des-cygnes-monte-carlo-orch-phil-monte-carlo-critique-ballet-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Ballet. Monaco, Grimaldi Forum (Salle des Princes), le 26 avril 2021. « Lac » par Jean-Christophe Maillot et les Ballets de Monte-Carlo. Initialement prĂ©vus dĂ©but janvier 2021, les reprĂ©sentations de « Lac » – un ballet signĂ© Jean-Christophe Maillot d’aprĂšs le Lac des Cygnes de TchaĂŻkovski et qui devaient se tenir au Grimaldi Forum de Monaco avec les cĂ©lĂšbres Ballets de Monte-Carlo – avaient Ă©tĂ© annulĂ©es aprĂšs la dĂ©tection de cas Covid parmi l’équipe artistique. Alors que la PrincipautĂ© n’a jamais eu Ă  fermer ses lieux culturels, cas unique en Europe, elle vient de remettre Ă  son affiche le fameux ballet crĂ©Ă© en 2011 dans cette mĂȘme salle, aux cĂŽtĂ©s de Songe et de COPPE-L-I.A (nous l’annoncions dans ces colonnes), deux autres crĂ©ations de la main du chorĂ©graphe français Ă  la tĂȘte des BMC depuis 1993.

Si le mot Lac n’est pas suivi de celui de cygnes, c’est que Maillot, avec le concours de l’écrivain Jean Rouaud, a rĂ©inventĂ© le conte pour n’en garder que la part la plus sombre et cruelle. La soirĂ©e dĂ©bute par la projection d’un film en noir et blanc alla Cocteau qui met en scĂšne un couple royal et son Prince d’enfant qui joue avec un petite fille tout de blanc vĂȘtue. Remplaçant ici le machiavĂ©lique personnage de Rothbart, sa MajestĂ© de la nuit surgit bientĂŽt, oiseau de nuit noir comme l’ébĂšne, profĂ©rant un cri muet et les yeux plein de foudre, pour substituer Ă  la compagnonne de jeu du Prince, sa propre fille, tout aussi terrifiante que sa mĂšre (et au passage sĂ©duire le pĂšre qui tombe dans le panneau
).

Le rideau se lĂšve alors et l’on retrouve le trio de dĂ©part dĂ©chirĂ©, le Prince traĂźnant sa mĂ©lancolie aux quatre coins du plateau, mĂȘme si son facĂ©tieux Confident (Ă©tonnant et bondissant Daniele Delvecchio) essaie par tous les moyens de le distraire. La Reine reproche Ă  son mari son infidĂ©litĂ©, allant jusqu’aux coups pour lui signifier sa colĂšre et son dĂ©pit. Quand la malĂ©fique MajestĂ© de la nuit (Mimoza Koike) effectue son retour, flanquĂ©e de ses deux Archanges des TĂ©nĂšbres (Georges et Alexis Oliveira), c’est pour imposer son Cygne noir de fille (GaĂ«lle Riou). A l’acte II, lors du bal des prĂ©tendantes, le Prince retrouve le Cygne blanc de son enfance (Lou Beyne), mais la MajestĂ© de la Nuit vient contrarier leurs retrouvailles : par des mouvements brusques et saccadĂ©s, des poignets cassĂ©s et des coups d’épaule, la chorĂ©graphie va crescendo, toujours plus violente et frĂ©nĂ©tique. Le 3Ăšme et dernier acte se fait toujours plus oppressant et obsĂ©dant, et l’on admire toujours plus la merveilleuse technique des principaux protagonistes, le Roi aux allures de Matador de Christian Assis, le Prince gracieux de Jaeyong An ou la Reine toute en jambe d’Alessandra Tognoloni.

Seul regret, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo initialement prĂ©vu en fosse (sous la direction de Kazuki Yamada) a dĂ» laisse place Ă  une bande sonore enregistrĂ©e, la phalange monĂ©gasque Ă©tant au mĂȘme moment employĂ©e par l’OpĂ©ra pour une sĂ©rie de reprĂ©sentation de Boris Godounov


Compte-rendu, Ballet. Monaco, Grimaldi Forum (Salle des Princes), le 26 avril 2021. « Lac » par Jean-Christophe Maillot et les Ballets de Monte-Carlo.

COMPTE-RENDU, concert. Festival de Pñques d’Aix-en-Provence, le 9 avril 2021. Orchestre National de France, Christian Macelaru (direction) & Nikolaj Szeps-Znaider (violon). Programme : 5ùme Symphonie d’Antoni Dvorak & Concerto pour violon et orchestre de Johannes Brahms.

Festival-Paques-aix-en-provence-znaider-orchestre-national-de-France-concert-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence, le 9 avril 2021. Orchestre National de France, Christian Macelaru (direction) & Nikolaj Szeps-Znaider (violon). Programme : 5Ăšme Symphonie d’Antoni Dvorak & Concerto pour violon et orchestre de Johannes Brahms. AprĂšs avoir entiĂšrement annulĂ© sa derniĂšre Ă©dition pour cause de premier confinement, le Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence vient de proposer, pour cette mouture 2021 (qui s’est tenue du 27 mars au 11 avril), un format 100 % numĂ©rique Ă  partir du site du festival. Le concert du vendredi 9 avril offrait Ă  entendre rien moins que l’Orchestre National de France dirigĂ© par Christian Marcelaru (son nouveau directeur musical depuis septembre dernier), parmi lesquels est venu s’intĂ©grer l’excellent violoniste danois Nikolaj Szeps-Znaider (en charge, quant Ă  lui, de l’Orchestre national de Lyon depuis septembre dernier Ă©galement).
La PremiĂšre partie a permis l’écoute d’une symphonie somme toute rare dans les salles de concert, la 5Ăšme Symphonie (dite « Britannique ») d’Antonin Dvorak. Cet opus du MaĂźtre tchĂšque est souvent qualifiĂ© de « pastorale », et s’ouvre sur un Allegro ma non troppo oĂč l’ONF souligne la majestĂ© de la nature. Inutile de souligner ici la sĂ»retĂ© technique du jeu instrumental, tant elle se fait oublier, et dans les deux mouvements suivants, c’est surtout l’impression d’un naturel total, qui prĂ©vaut, ainsi qu’une respiration Ă  la fois spontanĂ©e et constamment relancĂ©e par le chef pour aller plus loin dans la construction. C’est un merveilleux mĂ©lange de rigueur et de souplesse que l’on peut observer dans la battue du chef roumain pour rĂ©ussir Ă  faire fusionner ce curieux mĂ©lange de Brahms, de Schubert et de folklore bohĂšme stylisĂ©. Le dernier mouvement, sorte de pĂ©tulant Furiant, ne déçoit pas, et se termine en un tourbillon vertigineux ; on ne peut que s’incliner devant le tour de force.
Puis c’est au tour de Nicolaj Szeps-Znaider, ce colosse de prĂšs de deux mĂštres, de venir faire chanter son Guarnerius del GesĂč (qui a appartenu Ă  Fritz Kreisler) dans le cĂ©lĂšbre Concerto pour violon de Johannes Brahms. Tour Ă  tour, exaltĂ©, Ă©loquent, charmeur, il subjugue autant que la phalange qui lui sert d’écrin. Au-delĂ  d’une technique aguerrie et sans faille, c’est merveille d’entendre le lyrisme, le phrasĂ© et les superbes nuances piano que le violoniste distille au moyen de son fabuleux instrument. Si l’Adagio possĂšde toute la suavitĂ© attendue, l’allegro giocoso nous gratifie quant Ă  lui d’une confondante virilitĂ©. En bis, le soliste et l’orchestre offrent un arrangement pour violon solo et cordes du choral « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » de Johann Sebastian Bach (originellement composĂ© pour l’orgue). Un petit moment de temps suspendu
 Photo : Nicolaj S-Znaider (DR).

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COMPTE-RENDU, concert. Festival de Pñques d’Aix-en-Provence, le 9 avril 2021. Orchestre National de France, Christian Macelaru (direction) & Nikolaj Szeps-Znaider (violon). Programme : 5ùme Symphonie d’Antoni Dvorak & Concerto pour violon et orchestre de Johannes Brahms.

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hîtel de Paris (le 28)

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27&28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hîtel de Paris (le 28).

AprĂšs avoir purement et simplement annulĂ© sa prĂ©cĂ©dente Ă©dition pour les raisons que l’on sait, le Printemps des Arts de Monte-Carlo rĂ©pond bel et bien prĂ©sent cette fois (du 13 mars au 11 avril cette annĂ©e), d’autant plus qu’à Monaco les lieux culturels seront toujours restĂ©s ouverts aprĂšs le premier confinement, et nous avons ainsi pu rendre compte dans ces colonnes de nombreux concerts avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entre octobre et fĂ©vrier dernier. Cette nouvelle Ă©dition est aussi la derniĂšre de Marc Monnet qui s’apprĂȘte Ă  quitter la direction artistique du festival aprĂšs presque vingt annĂ©es de bons et loyaux services passĂ©s en PrincipautĂ©.

schoenberg arnold moses und aaron opera classiquenews presentation reviewLe 3Ăšme week-end des festivitĂ©s, auquel nous avons assistĂ©, Ă©tait consacrĂ© aux compositeurs de la Seconde Ă©cole de Vienne, dont Berg et Schönberg (photo ci-contre) furent les plus emblĂ©matiques reprĂ©sentants. Le premier concert se tient dans la fameuse Salle des Princes pour un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, placĂ© sous la direction de son chef titulaire Kazuki Yamada, dans un programme Berg/Schönberg. C’est le violoniste albanais Tedi Papavrami qui a Ă©tĂ© sollicitĂ© pour interprĂ©ter le poignant « Concerto Ă  la mĂ©moire d’un ange » d’Alban Berg, que le compositeur autrichien composa aprĂšs avoir Ă©tĂ© bouleversĂ© par la mort de la fille d’Alma Mahler. Dans son interprĂ©tation, le chef japonais nous fait partager la douleur du compositeur en gĂ©nĂ©rant des climats d’une grande tristesse. Lorsque, dans les ultimes accords, la tonalitĂ© reprend ses droits sur l’atonalitĂ©, le dialogue des clarinettes avec le violon solo accentue fortement ces sentiments de deuil et d’absence. Artisan concentrĂ© de ce voyage dans la mort, Papavrami se fond dans la masse orchestrale. Dans la domination sonore de son instrument enveloppĂ©e dans le flot musical, grĂące Ă  son extrĂȘme sensibilitĂ©, il reste continuellement en totale symbiose avec l’orchestre. Alors qu’il lui serait facile de briller techniquement, il centralise ses efforts dans l’intĂ©rioritĂ© du propos avec une simplicitĂ© et un naturel qu’il faut ici saluer, et l’on regrette qu’il n’ait pas sacrifiĂ© Ă  la tradition des bis
 En deuxiĂšme partie, c’est au gigantisme (dix-sept bois, cinq clarinettes, huit cors, quatre trompettes, cinq trombones, huit percussions, deux harpes etc. !) du poĂšme symphonique « PellĂ©as et MĂ©lisande » de Schönberg que la phalange monĂ©gasque s’attaque. Si dans son opĂ©ra d’aprĂšs le poĂšme de Maeterlinck, Debussy suggĂšre et murmure Ă  partir d’une orchestration fine et sensuelle, le viennois affirme avec fougue, dans une partition oĂč lyrisme et passion s’entrecroisent dans une orchestration trĂšs straussienne, opulente et rutilante, d’une grande richesse thĂ©matique. Un exercice de direction particuliĂšrement ardu oĂč Yamada empoigne la musique Ă  bras le corps dans une gestuelle large et prĂ©cise, d’une grande efficacitĂ©. La vision du chef japonais favorise tout particuliĂšrement la clartĂ© du discours, sans jamais sacrifier Ă  la tension, et en maĂźtrisant magnifiquement l’élan des crescendi. Tous les pupitres de l’OPMC sont Ă  la fĂȘte parmi lesquels il faudra donner une mention au hautbois, Ă  la clarinette et au cor
 sans oublier la harpe ! Une interprĂ©tation trĂšs thĂ©Ăątrale et trĂšs ensorcelante qui restera assurĂ©ment dans les annales du festival monĂ©gasque !

OPCM MONTE CARLO concert crtiique classiquenews _Quatuor ZemlinskiChangement radical de lieu et de registre le lendemain avec le Quatuor Zemlinsky pour un concert chambriste entiĂšrement consacrĂ© Ă  Schönberg dans la majestueuse « Salle Empire » du mythique HĂŽtel de Paris ! En premiĂšre partie, ils donnent Ă  entendre le rare « Quatuor Ă  cordes n°2 » Opus 10 (composĂ© en 1910), dans lequel la soprano autrichienne Anna Maria Pammer se joint aux Zemlinsky, car dans cet ouvrage-phare du compositeur viennois, ce dernier cherche Ă  sortir du cadre formel en ajoutant la voix chantĂ©e (dans les deux derniers mouvements), et en se libĂ©rant de la tonalitĂ© Ă  la fin de l’Ɠuvre. L’écriture d’une remarquable concision et la luxuriance de la polyphonie sont soutenues avec beaucoup d’intelligence par les quatre archets. On sait que les deux poĂšmes de Stefan George (extraits du « SeptiĂšme anneau ») choisis par Schönberg pour terminer sa partition font Ă©cho Ă  un pĂ©riode douloureuse de son existence qui lui avait fait penser au suicide. MalgrĂ© quelques aigus au bord de la rupture, la chanteuse offre une belle projection et beaucoup de relief Ă  sa partie, grĂące Ă  sa voix ample et chaleureuse qui confĂšrent Ă©normĂ©ment de teneur expressive dans ces intenses passages. En seconde partie, les Zemlinsky sont rejoints par deux membres du Quatuor Prazak (le violoncelliste Michal Kanka et l’altiste Josef Kluson), pour la sublime « Nuit transfigurĂ©e » (VerklĂ€rte Nacht) du mĂȘme compositeur, composĂ©e en 1899 pour sextuor Ă  cordes d’aprĂšs le poĂšme de Richard Dehmel dont il admirait les textes, et qui s’avĂšre une Ɠuvre charniĂšre entre le post-romantisme germanique dĂ©clinant et une modernitĂ© iconoclaste en gestation dont il allait ĂȘtre un des moteurs principaux. Et l’on ne sait ici qu’admirer le plus : la beautĂ© transcendante des phrasĂ©s, le legato parfait, la variĂ©tĂ© des climats, le respect total de la partition ou encore la sonoritĂ© ample de l’ensemble
 Le public – rĂ©duit ici Ă  une demi-jauge comme la veille au Grimaldi Forum en respect des rĂšgles sanitaires
 – ne s’y trompe pas, et fait un triomphe amplement mĂ©ritĂ© aux artistes. Vivement l’édition 2022 !

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hîtel de Paris (le 28).

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction)

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction). Moins d’un mois aprĂšs notre derniĂšre venue (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-les-1213-dec-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-daniel-lozakovich-violon-cornelius-meister-direction-le-12-frank-pe/), les choses ont quelques peu changĂ© sur le Rocher. Si la vie culturelle continue de battre son plein, les concerts (et dĂ©sormais les reprĂ©sentations d’opĂ©ra
) sont avancĂ©s Ă  14 heures (pour les opĂ©ras) ou 14 heures trente (pour les concerts et les ballets), le couvre-feu est avancĂ© Ă  19 heures au lieu de 22, et les restaurants et bars, s’ils restent ouverts, ne sont dĂ©sormais accessibles qu’aux rĂ©sidents monĂ©gasques, Ă  ceux qui y travaillent, ou Ă  ceux qui y sĂ©journent Ă  l’hĂŽtel
 En attendant, nous ne boudons pas notre plaisir, et profitons d’un luxe qui est inaccessible Ă  (quasiment) toute l’Europe (heureux monĂ©gasques !), et nous avons pris la bonne habitude de couvrir la majeure partie des Ă©vĂ©nements culturels en PrincipautĂ©, Ă  l’instar de ce nouveau concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, cette fois placĂ© sous la fĂ©rule de son directeur musical et artistique, le chef japonais Kazuki Yamada.

 

Monaco est une FĂȘte !
Kazuki Yamada dirige le Philharmonique de Monte-Carlo

 

 

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En prĂ©ambule du concert, sĂ©quence Ă©motion avec la prise de parole de la PremiĂšre violoniste Liza Kerob, puisque le concert est dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire de Yakov Kreizberg, directeur de la phalange monĂ©gasque de 2008 Ă  2011, et dont on fĂȘte le dixiĂšme anniversaire de la mort cette annĂ©e. AprĂšs ce vibrant hommage, place Ă  la musique avec toutefois un programme quelque peu bousculĂ©, comme s’en excuse Didier de Cottignies (Conseiller et DĂ©lĂ©guĂ© artistique de l’OPMC) auprĂšs du public, pour raccourcir le concert et permettre aux auditeurs des Alpes Maritimes de regagner leurs foyers Ă  temps avant le couvre-feu avancĂ© Ă  18h depuis peu dans ce dĂ©partement limitrophe de la PrincipautĂ©. Exit donc la Trumpet ouverture de Mendelssohn, et le violoniste allemand Frank Peter Zimmermann (entendu in loco au lendemain du concert prĂ©citĂ© dans l’IntĂ©grale des Sonates pour Violon et Piano de Beethoven) s’avance aprĂšs les deux discours pour interprĂ©ter le Concerto pour Violon de Robert Schumann : une premiĂšre partie qui vaut presque avant tout pour la parure orchestrale que tisse le Maestro Yamada, qui apparaĂźt comme Ă©trangement mĂ©lancolique et dĂ©sabusĂ©e ; non que les tempi soient en eux-mĂȘmes particuliĂšrement lents, mais l’élan vital et le romantisme incandescent sont ici sacrifiĂ©s au profit d’une vision mĂ©ditative et triste dans laquelle se coule le violon de Zimmerman. C’est dans le mouvement lent et le dialogue avec le violoncelliste solo de l’OPMC que rĂ©side le meilleur moment de ce dĂ©but de programme.

Le plat de rĂ©sistance, donnĂ© sans entracte dans la foulĂ©e, est la monumentale 9Ăšme Symphonie de Bruckner que le compositeur autrichien, comme on le sait, avait dĂ©diĂ© à
 Dieu ! InspirĂ© en effet par une foi profonde, Bruckner a malheureusement terminĂ© sa carriĂšre symphonique sans pouvoir mettre un point final Ă  sa NeuviĂšme symphonie. Les trois mouvements achevĂ©s reprĂ©sentent tout de mĂȘme une bonne heure de musique, rĂ©sultat de sept annĂ©es de travail pour le compositeur. Les cuivres y sont trĂšs largement sollicitĂ©s dans le premier mouvement (on compte ce soir neuf cors et cinq trombones !), une partition oĂč des climax dĂ©mesurĂ©s portent l’orchestre vers de tĂ©nĂ©breux sommets, alternant avec des ponctuations mĂ©ditatives qui laissent chanter les bois et les cordes. Le second mouvement permet Ă  Yamada d’étirer Ă  l’envi les dynamiques de la partition de Bruckner, et les pizzicati des cordes prennent alors un relief saisissant prĂ©figurant le passage dĂ©vastateur des cuivres qui dĂ©crivent d’effrayants enfers ! Les cuivres s’avĂšrent flamboyants et le rythme martelĂ© Ă  travers ces pages s’avĂšrent magnifiquement articulĂ©, matĂ©rialisant une implacable tension. L’Adagio qui suit traduit toujours plus de passion, les phrasĂ©s confiĂ©s aux cordes menant la phalange monĂ©gasque vers des sommets d’émotion. MalgrĂ© le caractĂšre Ă©prouvant d’une partition qui n’épargne aucun des pupitres de l’orchestre, le chef japonais parvient Ă  communiquer Ă  ses musiciens un souffle narratif jusqu’aux ultimes notes. Au terme d’un concert riche en Ă©motions, il reçoit alors la juste et amplement mĂ©ritĂ©e standing ovation d’une salle comble (mais avec un siĂšge sur deux disponible seulement, respect des rĂšgles sanitaires oblige !).

On ne cesse de le rĂ©pĂ©ter
 Monaco est une FĂȘte !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Frank Peter Zimmermann (violon), Yazuki Yamada (direction).

 

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Le Philharmonique de Monte-Carlo en janvier 2021 © Emmanuel Andrieu

 

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 dĂ©c 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 dĂ©c 2020

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 dĂ©c 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 dĂ©c 2020. Comme nous l’écrivions dans notre dernier compte-rendu d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo donnĂ© Ă  la Salle Rainier III de Monaco en novembre dernier :

(https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-le-1er-novembre-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-sergej-krylov-violon-jukka-pekka-saraste-direction/), le Rocher fait figure d’exception culturelle (et pas que, puisque bars et restaurants y demeurent ouverts jusqu’Ă  21h30, en semaine comme les We), et en ce mois de dĂ©cembre 2020, c’est plĂ©thore de concerts, de ballets, de soirĂ©es d’opĂ©ra qu’offre ce pays dĂ©cidĂ©ment Ă  part.

Ainsi, aprĂšs un opĂ©ra de jeunesse de Verdi (avec Placido Domingo) Ă  l’OpĂ©ra et un Lac des Cygnes chorĂ©graphiĂ© par Jean-Christophe Maillot pour ses Ballets de Monte-Carlo Ă  la Saint-Sylvestre (compte-rendu Ă  suivre sur CLASSIQUENEWS), votre serviteur a pu assister Ă  un bien beau doublĂ© musique symphonique & musique de chambre, dans le cadre de la riche saison de l’OPMC / Orchestre Philharmonique de Monte Carlo.

LOZAKOVICH Daniel violon gstaad concert critique classiquenewsLe premier soir, Ă  l’Auditorium Rainier III, nous retrouvons le virtuose suĂ©dois Daniel Lozakovich que nous avions dĂ©couvert en 2018 – avec fascination – aux Rencontres musicales d’Evian (https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-evian-les-6-7-juillet-2018-r-strauss-l-van-beethoven-p-i-tchaikovski-j-j-kantarow-orch-de-chambre-de-lausanne-salonen-lozakovich/). DĂ©laissant le Concerto de TchaĂŻkovski pour celui de Mendelssohn (opus 64), le jeune violoniste n’en Ă©blouit pas moins : il possĂšde toutes les qualitĂ©s techniques et dĂ©jĂ  une belle expĂ©rience des salles de concert les plus prestigieuses pour s’imposer, mais c’est aussi par sa personnalitĂ© qu’il sĂ©duit, celle du visage d’un adolescent glabre et sage sous lequel brĂ»le un feu ardent. ExtrĂȘmement Ă  l’aise avec la partition, Lozakovich joue de façon brillante et enlevĂ©e, et rien ne lui rĂ©siste : avec son Stradivarius, il avale les mesures, bondit de trilles en trilles, distille ce qu’il faut de vibrato et sculpte de son archet bondissant aussi prompt Ă  la soumission qu’aux puissantes attaques de cordes, une interprĂ©tation qui restera dans notre mĂ©moire. Il faut dire qu’il est soutenu avec maestria par le chef allemand Cornelius Meister, dĂ©sormais directeur musical de la Staatsoper de Stuttgart, qui lui offre un somptueux tapis musical Ă  la tĂȘte du non moins somptueux Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. En bis, le violoniste offre une rare « Danse rustique » d’EugĂšne YsaĂże dont la virtuositĂ© arrache des vivats de la part d’un public monĂ©gasque (masquĂ© et Ă  distance raisonnable les uns des autres comme il se doit).
En seconde partie, aprĂšs une Ouverture d’ObĂ©ron de Weber rondement menĂ©e et enlevĂ©e, c’est la fameuse Symphonie n°1 (dite « Le printemps ») de Robert Schumann. DĂšs les premiĂšres mesures, l’engagement des pupitres est admirable. D’emblĂ©e, Meister rĂ©ussit une synthĂšse rare dans ce rĂ©pertoire, car elle associe la puissance et la dĂ©licatesse, atouts qui appartiennent gĂ©nĂ©ralement Ă  des ensembles aux effectifs plus rĂ©duits que le plĂ©thorique OPMC. Ce soir, la phalange monĂ©gasque se plie sans brusquerie ni raideur aux lignes brisĂ©es et aux changements continus d’atmosphĂšres de la partition du maĂźtre allemand. Le chef aborde le Larghetto d’une maniĂšre trĂšs « beethovĂ©nienne », appuyant le rythme de la marche., tandis que le Scherzo remĂ©more quelque page de Schubert, tout en annonçant, par son Ă©nergie passionnĂ©e, la raillerie des partitions du postromantisme, notamment de Mahler. Aucune duretĂ© dans cette lecture pourtant trĂšs « encadrĂ©e », aux cuivres rutilants et aux bois champĂȘtres, qui s’unissent dans un finale fiĂ©vreux, vĂ©ritable hymne Ă  la jeunesse.

Montecarlo-orchestre-philharmonique-concert-duo-violon-piano-critique-concert-classiquenewsLe lendemain (13 dĂ©c 2020), toujours Ă  l’Auditorium Rainier III, c’est le gĂ©ant allemand Ludwig van Beethoven que l’on fĂȘte, en mĂȘme temps que le 250Ăšme anniversaire de sa naissance. Mais avec une formation plus rĂ©duite, celle rĂ©unissant le violon de Frank Peter Zimmermann et de Martin Helmchen, pour interprĂ©ter ses cinq derniĂšres Sonates (les cinq premiĂšres autres ayant dĂ©jĂ  fait l’objet d’un concert in loco deux mois plus tĂŽt). Mis sur un pied d’égalitĂ©, c’est-Ă -dire assis l’un prĂšs de l’autre, les deux solistes s’entendent visiblement Ă  merveille et cette complicitĂ© transparaĂźt lumineusement tout au long de la soirĂ©e, qui prend ici des allures de marathon puisque les cinq Sonates seront enchaĂźnĂ©es sans entracte
 Ă©poque covidistique oblige ! Le dialogue entre les deux instruments est tout simplement extraordinaire, au sens propre du terme, tout de virtuositĂ© et d’émotion, qui procurent de la chair Ă  chacun des morceaux. DĂ©laissant les consonances mozartiennes des premiers opus, souvent joyeux et aĂ©riens, le cycle se prolonge en suivant bien Ă©videmment l’évolution stylistique de Beethoven. On le sait, les derniĂšres Sonates atteignent une profondeur quasi mystique, et trĂšs chargĂ©e de sens, dans ses derniĂšres compositions, notamment avec la monumentale Sonate n°9 « Ă  Kreutzer » ainsi que la n°10, de huit ans postĂ©rieure et en rupture avec tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit jusqu’alors. Une intensitĂ© et une profondeur que l’archet de l’un et le clavier de l’autre n’ont pas de mal Ă  restituer, ce dont l’audience n’est pas prĂšs de l’oublier
 mĂȘme si le couvre-feu imminent a malheureusement Ă©courtĂ© quelque peu la durĂ©e des applaudissements
 A noter, en guise de conclusion, que les deux compĂšres ont commencĂ© l’enregistrement de l’opus beethovĂ©nien chez Bis Classics !

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12&13 dĂ©cembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction) le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen(piano) le 13. CONSULTEZ la saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction).

Jukka-Pekka-Saraste-concert-critique-review-monte-carlo-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction). A l’heure oĂč l’Europe se reconfine et que toutes les salles de concerts du vieux continent ont fermĂ© leurs portes, Monaco fait figure d’exception, et se prĂ©sente comme un havre pour le mĂ©lomane. De fait, tant sa saison d’opĂ©ra – l’on donnera trĂšs prochainement Carmen avec Aude ExrĂ©mo dans le rĂŽle-titre – que sa saison symphonique sont pour l’instant maintenues, et c’est ainsi que nous avons pu assister au 8Ăšme concert symphonique de la saison 20/21 de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Mais si la Covid-19 est peu prĂ©sente sur le Rocher (on y compte moins de 10 dĂ©cĂšs liĂ©s Ă  la maladie depuis le dĂ©but de l’épidĂ©mie), elle n’en a pas moins chamboulĂ© le concert initialement prĂ©vu : Bertrand de Billy a dĂ» rester confinĂ© et le violoniste russe Valeriy Sokolov a Ă©tĂ© testĂ© positif Ă  l’aĂ©roport de Moscou juste avant d’embarquer pour Nice!… C’est ainsi Ă  la rescousse et Ă  la derniĂšre minute que le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste (portrait ci dessus, DR) et le violoniste russe Sergej Krylov ont repris le flambeau des mains de leurs confrĂšres respectifs. Le programme aussi a dĂ» ĂȘtre modifiĂ© et Ă  la place du Cto pour violon N°3 de Saint-SaĂ«ns, c’est au final le cĂ©lĂ©brissime Cto pour violon N°1 de Bruch que le soliste a interprĂ©tĂ© !

LaurĂ©at du Fritz Kreisler Violin Competition, le violoniste moscovite est Ă©galement chef d’orchestre, et dirige l’Orchestre de Chambre de Lituanie depuis 2008. DĂ©laissant Saint-SaĂ«ns, c’est donc Ă  Bruch qu’il prĂ©fĂšre se confronter. Des trois concertos pour violon le compositeur allemand composa, seul le premier connut un vĂ©ritable succĂšs. Mais quel succĂšs ! Bruch lui-mĂȘme ne tarda pas Ă  s’en irriter : « Je ne veux plus entendre ce concerto ! n’ai-je composĂ© que celui-lĂ  ? » dĂ©clarait-il aux solistes qui venaient l’interprĂ©ter devant lui, disant sa prĂ©fĂ©rence pour le suivant (tandis que Brahms avait de son cĂŽtĂ© une prĂ©dilection pour le troisiĂšme
). Et c’est un choc pour nous que l’interprĂ©tation du violoniste russe, qui nous fait redĂ©couvrir la partition comme au premier jour. Avec du cran et du panache, le soliste fait preuve d’une invention rafraĂźchissante, notamment dans l’adagio, chantant comme jamais, et qui fait ressortir une musicalitĂ© gĂ©niale. Technique impeccable, sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, sonoritĂ© somptueuse (ah les registres grave et mĂ©dium), lyrisme incandescent et sensualitĂ© slave, tout y est !

Conditions sanitaires obligent, pas d’entracte, et Saraste embraye – juste aprĂšs l’incontournable bis du soliste – sur la 3Ăšme Symphonie de Bruckner (dĂ©diĂ©e Ă  Richard Wagner, comme on le sait
), et c’est la seconde version qui est ici jouĂ©e. Bruckner entama la composition de sa TroisiĂšme Symphonie Ă  la fin de l’annĂ©e 1872, et la termina l’annĂ©e suivante. En septembre 1873, le compositeur rendit visite Ă  Wagner qui accepta la dĂ©dicace de ce nouvel opus brucknĂ©rien, en le priant cependant d’y enlever les nombreuses citations de ses opĂ©ras, incluses dans la partition. En 1877, Bruckner fera une rĂ©vision complĂšte de sa symphonie, la raccourcissant de dix minutes environ.

A l’issue des soixante minutes que dure cette symphonie, les qualitĂ©s
de l’interprĂ©tation de Saraste l’emportent sur les quelques rĂ©serves
que nous pourrions faire ici oĂč lĂ  dans chacun des quatre mouvements.
La premiÚre qualité en est la beauté et la rondeur de la sonorité du somptueux Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, qui est en fait une des caractéristiques du style de ce chef. Il sait par ailleurs toujours trouver le bon tempo pour chaque mouvement, et il réussit à offrir ce fameux « souffle » si inhérent et essentiel à la musique de Bruckner. Cela est spécialement perceptible dans les moments apothéotiques des premier et deuxiÚme mouvements. Car tous les connaisseurs du compositeur autrichien savent que maintenir le « souffle » est une des plus grandes difficultés de cette musique, pari que chef et orchestre monégasque réussissent avec brio et éclat !

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Monaco, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction).

COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, Basilque Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne / Joël Suhubiette. Bach & Scarlatti.

SUHUBIETTE-festival-concerts-automne-2020-TOURS-critique-concert-classiquenews-COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, Basilque Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne / JoĂ«l Suhubiette. Bach & Scarlatti. Depuis maintenant cinq ans, le festival « Concerts d’automne », nĂ© Ă  l’initiative d’Alessandro Di Profio, offre aux heureux tourangeaux, durant le mois d’octobre, deux week-ends de concerts dĂ©diĂ©s Ă  la musique baroque. Le festival peut s’appuyer sur la prĂ©sence, Ă  Tours, de pas moins de quatre formations spĂ©cialisĂ©es dans ce rĂ©pertoire : Diabolus in Musica dirigĂ© par Antoine Guerber, l’Ensemble Doulce MĂ©moire dirigĂ© par Denis Raisin Dadre, l’Ensemble Consonance dirigĂ© par François Bazola, et enfin l’Ensemble Jacques Moderne dirigĂ© par JoĂ«l Suhubiette. C’est cette derniĂšre formation – fondĂ©e il y plus de vingt ans par le chef toulousain (dont l’Ensemble Les ElĂ©ments est peut-ĂȘtre plus connu des lecteurs
) – que nous avons entendue lors du second Week end.

TransbahutĂ© de l’église Notre-Dame la Riche Ă  la Basilique Saint-Julien (autrement plus belle et imposante) pour des raisons de sĂ©curitĂ© sanitaire, le concert fait la part belle Ă  deux compositeurs -clĂ©s de la musique baroque : Jean-SĂ©bastien Bach et Domenico Scarlatti. Devant le chef dĂ»ment masquĂ©, trois instrumentistes (Ă©galement masquĂ©s) lui font face : Emmanuel Mandrin Ă  l’orgue, Hendrike ter Brugge au violoncelle et Massimo Moscardo au thĂ©orbe, tandis que dix choristes les entourent en formant un arc de cercle. La soirĂ©e dĂ©bute par deux cantates du Kantor de Leipzig, les cĂ©lĂ©brissimes Jesu, meine Freude BWV 227 et Komm, Jesu, komm BWV 229. Si la disposition du chƓur entraĂźne quelques dĂ©sĂ©quilibres (on entend forcĂ©ment mieux les soprani en avant-scĂšne que les basses placĂ©es derriĂšre le groupe d’instrumentistes
), le Gute Nacht final de la premiĂšre cantate n’en conduit pas moins les auditeurs dans un au-delĂ  espĂ©rĂ©, tandis que la masse chorale fait preuve d’une impressionnante maĂźtrise dans les fugues et les parties les plus exigeantes de la deuxiĂšme.
AprĂšs un court entracte oĂč chacun est invitĂ© Ă  rester sur sa chaise, c’est le napolitain Domenico Scarlatti qui est mis Ă  l’honneur, d’abord au travers de son Te Deum. Dans cette piĂšce crĂ©Ă©e Ă  Lisbonne en 1721, l’ensemble fait preuve d’une sereine puissance, mais c’est avec le magnifique Stabat Mater – considĂ©rĂ© comme l’Ɠuvre maĂźtresse de la production vocale de Scarlatti – que l’on ressent la plus forte Ă©motion de la soirĂ©e : les dix chanteurs de l’Ensemble Jacques Moderne parviennent Ă  transmettre ici avec beaucoup de ferveur la douce clartĂ© du texte sacrĂ©, dans un bel Ă©quilibre de voix, et il savent en outre offrir une vraie libertĂ© de respiration Ă  l’écriture contrapunctique du maĂźtre italien. L’Amen conclusif transporte l’auditoire, ce qui n’échappe pas Ă  JoĂ«l Suhubiette qui le reprend en guise de bis, pour le plus grand bonheur d’un public aussi enthousiaste que conquis !

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Compte-rendu, concert. Tours, Basilique Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne dirigĂ© par JoĂ«l Suhubiette dans un programme d’Ɠuvres sacrĂ©es de Bach & Scarlatti.

Compte-rendu, critique, CONCERT. Festival International de Musique de Besançon, Kursaal, les 15 & 16 sept 2020. Le Concert Spirituel, H Niquet (le 15). Art Orchestra, J Bénéteau (le 16).

besancon-festival-2020-73-eme-annonce-festival-critique-classiquenewsCompte-rendu, critique, CONCERT. Festival International de Musique de Besançon, Kursaal, les 15 & 16 sept 2020. Le Concert Spirituel, H Niquet (le 15). Art Orchestra, J BĂ©nĂ©teau (le 16). C’est certes avec un programme modifiĂ© et dans des conditions sanitaires spĂ©ciales que s’est dĂ©roulĂ©e la 73Ăšme Ă©dition du Festival International de Musique de Besançon, mais dans le naufrage gĂ©nĂ©ralisĂ© des festivals d’étĂ© ; c’est donc un petit miracle qu’il ait pu avoir lieu, en grande partie grĂące au courage et Ă  la tĂ©nacitĂ© de son directeur Jean-Michel MathĂ©.

 

Si les concerts requĂ©rant de grandes formations orchestrales ou des orchestres de pays lointains – comme le 5Ăšme Concerto pour piano de Beethoven (Hong Kong Sinfonietta) ou la 7Ăšme de Beethoven (Orchestra di Padova e del Veneto) – ont Ă©tĂ© purement et simplement annulĂ©s, il n’en a pas Ă©tĂ© de mĂȘme avec les formations baroques, par exemple, comme celle d’HervĂ© Niquet, Le Concert Spirituel, qui a proposĂ© un superbe programme dĂ©diĂ© Ă  Haendel. La soirĂ©e a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© de la CathĂ©drale de Besançon au Kursaal voisin, pour des raisons de sĂ©curitĂ© sanitaire, mais le mĂ©lomane ne s’en sera pas plaint, car ce qu’il a perdu en majestĂ© des lieux, il l’a gagnĂ© en qualitĂ© acoustique. PĂ©dagogue plein d’humour, HervĂ© Niquet n’a pas pu s’empĂȘcher de prĂ©senter son programme – le Dettingen Te Deum couplĂ© aux cĂ©lĂšbres Coronation Anthems – avec l’esprit et la malice qui le caractĂ©risent. Dans le premier, Ă  travers une alternance constante entre les diffĂ©rents pupitres de voix, et une partition orchestrale extrĂȘmement colorĂ©e, la direction de Niquet traduit une prĂ©cision et une authenticitĂ© par le moyen d’un rythme vif qui ne dĂ©nature pas les moments musicaux plus modĂ©rĂ©s. C’est pour la cĂ©rĂ©monie du couronnement de Georges II d’Angleterre en 1727 que Haendel composa les quatre fameux Coronation Anthems. Le Concert Spirituel y dĂ©fend une interprĂ©tation vivante, portĂ©e par la qualitĂ© de ces instrumentistes solistes. Le chƓur calibre parfaitement les puissants passages en tutti et les sections plus apaisĂ©es grĂące Ă  une clartĂ© du discours permanente. Le concert s’achĂšve par le tube « God save the King », repris une seconde fois en guise de bis.

 

Le lendemain, toujours dans la grande salle du Kursaal bisontin, le Winds Art Orchestra (dirigĂ© par le clarinettiste Julien BĂ©nĂ©teau) joue un programme de musique de chambre rĂ©unissant Antonin Dvorak, Jonathan Dove et le divin Mozart. La soirĂ©e dĂ©bute par la SĂ©rĂ©nade pour vents, violoncelle et contrebasse op. 44 du compositeur tchĂšque, dans laquelle le chef parvient Ă  merveille Ă  laisser s’écouler la musique avec tact et sans prĂ©cipitation. Sa direction s’appuie sur un orchestre trĂšs lĂ©ger, avec des teintes fruitĂ©es idĂ©ales et de merveilleuses couleurs printaniĂšres. Certes, on a entendu des interprĂ©tations de l’ouvrage plus engagĂ©es et piquantes, mais devant cette absence de faute de goĂ»t, on ne peut que s’incliner. AprĂšs l’exĂ©cution d’une piĂšce contemporaine composĂ©e en 1991 par Jonathan Dove, dans laquelle il rend hommage aux Noces de Figaro de Mozart, le dĂ©dicataire est mis Ă  l’honneur par sa SĂ©rĂ©nade N°10, dite « Gran Partita ». MĂȘlant de la musique de divertissement Ă  des analyses des plus intimes, combinant les timbres Ă  l’infini, usant des modes d’écritures les plus compliquĂ©s et des formes d’expression les plus populaires, la dixiĂšme SĂ©rĂ©nade constitue une sorte d’Univers, d’objet musical non identifiĂ© – comme nĂ© d’un coup d’un seul du seul gĂ©nie de Mozart. Le Wind Art Orchestra dĂ©taille cette musique merveilleuse avec beaucoup de tact et de souplesse, sous l’impulsion dĂ©terminante du hautbois de Philippe Giorgi, mais avec d’autres moments stratĂ©giques relayĂ©s par la clarinette d’Olivier Derbesse ou le basson de Lionel Bord. Le chef propose lĂ  aussi une exĂ©cution fluide du chef d’Ɠuvre mozartien, qui Ă©vite sagement toute tentation de se frotter Ă  des brutalitĂ©s de phrasĂ© hors de propos.

Deux belles soirĂ©es, mais vivement la 74Ăšme Ă©dition qui ne fera pas l’impasse sur les grandes formations orchestrales cette fois !

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 20 fév 2020. BOIELDIEU : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy

COMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra-Comique, le 20 fĂ©v 2020. BOIELDIEU : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy. Le soir de la premiĂšre de La Dame Blanche, le 10 dĂ©cembre 1825, les musiciens de l’OpĂ©ra-Comique (oĂč l’on reprend donc l’ouvrage ces jours-ci
) vinrent donner la sĂ©rĂ©nade Ă  François-Adrien Boieldieu sous ses fenĂȘtres. Quand il s’agit de faire monter tout le monde chez le Maestro, il y eut des problĂšmes de place. Rossini, qui habitait le mĂȘme immeuble, ouvrit son appartement et c’est chez le champion de la clartĂ© latine que fut cĂ©lĂ©brĂ© le triomphe de la vogue des fantĂŽmes et des chĂąteaux hantĂ©s (Ă©cossais). Car Ă  l’époque, l’opĂ©ra suivait la mode et Walter Scott faisait alors fureur.
La Dame blanche consacrait aussi le succĂšs de l’opĂ©ra-comique français, qui allait connaĂźtre ses grands jours, en mĂȘme temps que celui de BoĂŻeldieu, dont la carriĂšre, commencĂ©e pendant la RĂ©volution, Ă©tait dĂ©jĂ  parsemĂ©e de jolis succĂšs dans le genre gracieux qui avaient pour titre Ma Tante Aurore ou Les Voitures versĂ©es. Reprise pour la derniĂšre fois in loco en 1997 (dans une mise en scĂšne de Jean-Louis Pichon), l’ouvrage est le quatriĂšme plus gros succĂšs de l’institution parisienne (dĂ©passant les 1500 reprĂ©sentations), mais peine Ă  retrouver aujourd’hui les faveurs de nos thĂ©Ăątres hexagonaux. Le problĂšme ne semble pas venir de la partition : les accents rossiniens, l’orchestration lĂ©chĂ©e, les mĂ©lodies qu’on chantonne Ă  la sortie ont tout pour plaire encore


 
 

 

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Le problĂšme est que le livret s’avĂšre un dĂ©fi Ă  la bonne volontĂ© des metteurs en scĂšne et des spectateurs : cette histoire d’hĂ©ritier d’une grande famille Ă©cossaise, ignorant de sa vĂ©ritable identitĂ©, qui se retrouve sans faire exprĂšs dans le chĂąteau de ses ancĂȘtres et dĂ©cide de la racheter avec l’aide discrĂšte d’une jeune orpheline dont il est amoureux depuis qu’elle l’a sauvĂ© Ă  l’issue d’une bataille
 prĂȘte en effet Ă  sourire gentiment. Mais le ridicule culmine quand la demoiselle se dĂ©guise en fantĂŽme (la fameuse « Dame blanche ») pour lui donner des conseils sans qu’il reconnaisse l’objet de sa flamme


Fort bien dirigĂ©e par le jeune chef français Julien Leroy trĂšs Ă  l’aise dans la lĂ©gĂšretĂ© du propos, l’équipe vocale (entiĂšrement française) fait ce qu’elle peut, et la conviction du jeu ferait presque tomber toute rĂ©serve. Dans le rĂŽle-titre, la jeune soprano Elsa BenoĂźt (Anna) est une bien belle dĂ©couverte et l’on goĂ»te particuliĂšrement Ă  son timbre Ă  la fois charnu et ductile, qui lui permet d’affronter avec aisance les nombreuses vocalises de sa partie. Le timbre sec et anguleux de Sophie Marin-Degor retire en revanche toute sĂ©duction au personnage de Jenny. Dans le rĂŽle de George Brown, notre tĂ©nor rossinien national Philippe Talbot fait un sort Ă  ses deux airs « Ah quel plaisir d’ĂȘtre soldat ! » (si proche de « Ah mes amis quel jour de fĂȘte » de Tonio) et « Viens, gentille dame », et l’on apprĂ©cie – Ă  dĂ©faut d’une puissance et projection toujours suffisantes – sa nettetĂ© vocale, son irrĂ©prochable diction, et ce charme qu’on associe immĂ©diatement Ă  la galanterie française.
A ses cĂŽtĂ©s, l’excellent Yann Beuron (Dickson) n’a pas Ă  pĂąlir, d’autant qu’il est moins exposĂ©, et projette mieux sa voix. Ce solide quatuor est complĂ©tĂ© par le non moins solide Gaveston de JĂ©rĂŽme Boutillier, d’une sombre insolence, tandis qu’Aude ExtrĂ©mo apporte une mĂ©lancolie touchante Ă  la fileuse solitaire et rĂȘveuse qu’est Marguerite. Une mention, enfin, pour le MacIrton trĂšs prĂ©sent – en terme de prĂ©sence comme de vocalitĂ© – de Yoann Dubruque.

Quant Ă  la mise en scĂšne, confiĂ©e Ă  Pauline Bureau (qui avait dĂ©jĂ  montĂ© ici-mĂȘme Une BohĂšme, notre jeunesse
), elle peut paraĂźtre un peu sage mais s’avĂšre nĂ©anmoins dĂ©licate, le spectacle Ă©tant truffĂ© de dĂ©tails d’un humour subtil. Il respecte la naĂŻvetĂ© de cette fable qu’elle met en scĂšne comme le plus charmant des contes de fĂ©es. Sous sa direction, l’excellent chƓur Les ElĂ©ments, presque devenu les protagonistes, participent Ă  l’action Ă  l’égal des solistes, mĂȘme si le monumental dĂ©cor conçu par Emmanuelle Roy ne facilitent la direction d’acteurs, au demeurant assez discrĂšte en ce qui concerne les solistes. Mais nous n’avons pas boudĂ© notre plaisir de cette plaisante redĂ©couverte, Ă  l‘instar d’un public parisien visiblement sous le charme de cette musique !

 
 

 

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Compte-rendu, critique opéra. Paris, Opéra-Comique, le 20 février 2020. François-Adrien Boïeldieu : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy.

 
 

 
 
 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Avignon, le 13 déc 2019. Orch Régional Avignon-Provence, M Milstein (violon), P-J De Boer (direction).

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95COMPTE-RENDU, critique, concert. Avignon, le 13 dĂ©c 2019. Orch RĂ©gional Avignon-Provence, M Milstein (violon), P-J De Boer (direction). Compte-Rendu, concert. Avignon, la FabricA, le 13 dĂ©cembre 2019. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence, Maria Milstein (violon), Pieter-Jelle De Boer (direction). C’est encore une riche saison que propose l’Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence, toujours prĂ©sidĂ© par l’infatigable Philippe Grison, et dĂ©centralisĂ© ce soir au ThĂ©Ăątre La FabricA, l’un des hauts lieux du Festival de thĂ©Ăątre estival. Comme souvent Ă  Avignon, la premiĂšre partie fait place Ă  une Ɠuvre de musique contemporaine, une piĂšce de Henri Dutilleux intitulĂ©e « MystĂšre de l’instant » (1989). Le chef belge Pieter-Jelle De Boer, avec une battue Ă  la fois souple et prĂ©cise, rend parfaitement le lyrisme et la poĂ©sie de la partition, sans que le soin apportĂ© dans la mise en place des passages les plus complexes ne vienne brider le propos.

C’est ensuite en claudiquant que la violoniste moscovite Maria Milstein fait son apparition, suite Ă  une mauvaise chute, et c’est donc assise sur une chaise qu’elle dĂ©livre le fameux Concerto n°1 pour violon et orchestre opus 64 de Felix Mendelssohn. La lecture qu’en donne la violoniste russe jouit d’une clartĂ© d’articulation bienvenue, doublĂ©e d’une sonoritĂ© des plus chantantes, sans accentuer plus que de raison les contrastes ou la dynamique. De son cĂŽtĂ©, l’ORAP offre un pupitre de bois Ă  la fois prĂ©cis et plein de couleurs, sous la baguette amoureuse de De Boer. Le chef cherche Ă  livrer ici une version exacerbĂ©e du chef d’Ɠuvre du compositeur allemand. En bis, on a droit Ă  l’incontournable piĂšce tirĂ©e de l’immense rĂ©servoir que sont les Ɠuvres de Bach


En deuxiĂšme partie de soirĂ©e, place Ă  la rayonnante Symphonie n°2 de Robert Schumann. D’emblĂ©e, l’auditeur est frappĂ© par l’éclairage dĂ©licat du contrepoint et une orchestration qui fait immĂ©diatement penser Ă  celle de Berlioz. Comme pour Mendelssohn, De Boer parvient Ă  animer avec une belle vigueur expressive la superposition des deux thĂšmes ; il sait faire Ă©voluer l’orchestre vers des tutti d’un incroyable affrontement qui rĂ©jouit nos oreilles. Quant au Scherzo, le chef fait ressurgir immanquablement le fameux Songe d’une nuit d’étĂ© du mĂȘme auteur
 Que de vie, de pulsations, d’échanges au cordeau, d’équilibres achevĂ©s entre les diffĂ©rent pupitres ! Les phrases sont tendues au maximum, sans le moindre soupçon de duretĂ© ; l’Adagio fascine grĂące Ă  une superbe pĂąte sonore, qui laisse toute la place au hautbois
 Une trĂšs belle exĂ©cution qui rassure sur l’état de santĂ© de la phalange provençale !…

Les prochains concerts sont Ă©galement allĂ©chants, avec la venue du guitariste Juan Carmona pour un « programme espagnol » (le 24 janvier prochain), mais aussi la  CrĂ©ation mondiale de « La Femme Samouraï » de Pierre Thilloy, le 20 mars, ou encore les deux soirĂ©es 100 % Mozart des 12&13 juin qui permettront notamment d’entendre sa Messe du Couronnement


 

 

 

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Compte-Rendu, concert. Avignon, la FabricA, le 13 décembre 2019. Orchestre Régional Avignon-Provence, Maria Milstein (violon), Pieter-Jelle De Boer (direction). Illustration : Mendelssohn (DR)

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lyon, le 16 nov 2019. Messiaen : Turangalßla-Symphonie. Orch national de Lyon, J-Y Thibaudet, S MÀlkki.

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 16 novembre 1019. Olivier Messiaen : Turangalßla-Symphonie. Orchestre national de Lyon, Jean-Yves Thibaudet (piano), Cynthia Millar (Ondes Martenot), Susanna MÀlkki (direction).

« Un chant d’amour, un hymne Ă  la joie, temps, mouvement, rythme, vie et mort », tels ont Ă©tĂ© les mots du compositeur pour prĂ©senter sa monumentale TurangalĂźlĂą-Symphonie. Cet ample programme rĂ©sume assez bien cet ouvrage plein de contrastes, qui alterne moments de violence inouĂŻe et passages d’une douceur poignante, et des danses joyeuses aux rythmes Ă©laborĂ©s contrebalançant des instants hiĂ©ratiques. Cette Ɠuvre est la traduction poĂ©tique des instants de l’amour, dont certains sont des moments de bonheur absolu qui atteignent le divin. La symphonie est composĂ©e de dix mouvements, Ă  l’image d’une une gigantesque suite, et s’avĂšre parcourue de thĂšmes dont certains sont personnifiĂ©s par des pupitres, comme celui que le compositeur français appelle le « thĂšme fleur », personnifiĂ© par deux clarinettes veloutĂ©es, « comme des yeux qui se rĂ©pĂštent »… Les trombones Ă©noncent d’une maniĂšre effrayante le « thĂšme statue », tandis que de dĂ©licats soli de bois sont distillĂ©s dans les mouvements « TurangalĂźlĂą 1 » ou « Chant d’amour 2 ».

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Artiste en rĂ©sidence cette saison Ă  l’ONL, le pianiste lyonnais Jean-Yves Thibaudet assure la redoutable partie pour piano solo de la piĂšce, et l’on est d’emblĂ©e saisit par les cadences Ă©tourdissantes qu’il exĂ©cute dĂšs le premier mouvement, mais aussi par ses chants d’oiseaux tout de dĂ©licatesse dans « le Jardin du sommeil d’amour ». Quant aux fameuses ondes Martenot, elles sont jouĂ©es avec sensibilitĂ© par Cytnhia Millar, qui parvient Ă©galement à donner forme Ă  l’enchantement du « Jardin du sommeil d’amour » ». Le parfum d’exotisme est distillĂ© par les percussions trĂšs variĂ©es qui tĂ©moignent de l’influence du gamelan balinais.

La direction de Susanna MĂ€lkki – pendant sept annĂ©es durant Ă  la tĂȘte de l’Ensemble Intercontemporain – se dĂ©marque par densitĂ© et la tension mise dans les phrasĂ©s, appuyĂ©es par la profondeur de la sonoritĂ© de l’Orchestre National de Lyon, qui repose notament ici sur un fabuleux tapis de cuivres. La finlandaise rĂ©ussit surtout la gageure de donner une forte cohĂ©rence aux dix parties de cette piĂšce-monstre qui, sous d’autres baguettes, peuvent sembler disparate
 Le contraste avec les mouvements vifs se montre parfait et la vie interne de chaque mouvement, toujours musicalement conduite, s’avĂšre on ne peut plus soignĂ©e.

Bref, une symphonie dĂ©fendue avec panache et conviction par les interprĂštes de cette soirĂ©e, avec un niveau d’exĂ©cution difficilement Ă©galable
 et c’est sans surprise – qu’aprĂšs le jubilatoire finale – le public se soit longuement rĂ©pandu en applaudissements et vivats.

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Compte-Rendu, concert. Lyon, Auditorium Maurice Ravel, le 16 novembre 1019. Olivier Messiaen : Turangalßla-Symphonie. Orchestre national de Lyon, Jean-Yves Thibaudet (piano), Cynthia Millar (Ondes Martenot), Susanna MÀlkki (direction).

COMPTE-RENDU, critique, concert. MONTPELLIER, le 15 nov 2019. Les 40 ans de l’Orch National de Montpellier. Goerner, Schonwandt.

Compte-rendu, concert. Montpellier, OpĂ©ra Berlioz, le 15 novembre 2019. Concert de gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Nelson Goerner (piano), Michael Schonwandt (direction)

40 ans
 Ca se fĂȘte ! C’est l’ñge de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, nĂ© de la volontĂ© politique de George FrĂȘche en 1979, et dont le premier chef fut Louis Bertholon. D’autres aprĂšs lui, au fil des annĂ©es, l’ont fait progresser, et l’on se souvient de ses successeurs : Gianfranco Masini, Cyril Diederich, Friedmann Layer, Lawrence Foster et aujourd’hui le grand Michael Schonwandt, dont chacun des concerts avec la phalange occitane soulĂšve l’enthousiasme tant du public que de le critique. Le premier concert de la jeune formation (composĂ© Ă  l’époque de 34 musiciens
 contre 88 aujourd’hui !) fut donnĂ© le 15 novembre de la mĂȘme annĂ©e, et c’est donc cette date qu’a retenu ValĂ©rie Chevalier pour cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement par un concert de Gala, suivi par trois semaines de festivitĂ©s musicales qui s’achĂšveront le 8 dĂ©cembre par un autre concert, dirigĂ© cette fois par le jeune et talentueux Magnus Fryklund, l’actuel assistant musical de Schonwandt.

 

 

Gala des 40 ans de l’OONM !

 

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AprĂšs les inĂ©vitables discours du Maire, de l’Adjoint Ă  la culture et la Directrice de l’institution languedocienne, place Ă  la musique, et c’est par une piĂšce de musique contemporaine Ă©crite par Kajia Saariaho, « Ciel D’hiver », que dĂ©bute la soirĂ©e. Cette piĂšce est en fait extraite d’une Ɠuvre plus ancienne, « Orion », Ă  laquelle la compositrice avait donnĂ© un nouvel Ă©crin. Une peinture sonore trĂšs richement Ă©laborĂ©e est ici animĂ©e par des timbres solistes (piccolo, hautbois, violoncelle) qui dessinent en alternance leurs images sonores avant de s’amalgamer dans un espace mouvant et immersif. Un pupitre de percussions trĂšs colorĂ©es, comme ce glass-chimes Ă©tincelant, rehausse la texture sonore dĂ©licate autant que poĂ©tique. C’est ensuite le cĂ©lĂšbre pianiste brĂ©silien Nelson Goerner qui fait son entrĂ©e sur le plateau,  pour interprĂ©ter le non moins cĂ©lĂšbre 3Ăšme Concerto pour piano de SergueĂŻ Rachmaninov. De fait, le grand pianiste ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dĂšs les premiers accord, avec un Orchestre national Montpellier Occitanie qui donne ici le meilleur de lui-mĂȘme, soutenu de maniĂšre sans faille par Schonwandt. Le ton est donc donnĂ© dĂšs l’attaque du thĂšme initial, et ce sera magistral, avec un tempo maĂźtrisĂ© et un piano omniprĂ©sent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluiditĂ© Ă©tonnantes, mĂȘme dans le legato, et toutes les notes sont trĂšs distinctement dĂ©tachĂ©es, ce qui est un rĂ©gal pour l’oreille. Devant les ovations du public, le brĂ©silien cĂšde un bis issu du rĂ©pertoire pianistique de sa patrie voisine qu’est l’Argentine, avec a piĂšce Bailecito de Carlos Guastavino.

AprĂšs l’entracte, la musique russe est Ă  nouveau Ă  l’honneur avec les trois Suites pour orchestre tirĂ©es du ballet RomĂ©o et Juliette de SergueĂŻ Prokoviev. Mais Ă  vrai dire, Schonwandt n’en retient aucune d’entre elles, Ă  proprement parler, pour terminer son programme, et il fait ici son marchĂ© Ă  sa guise, en sĂ©lectionnant quelques extraits de chacune d’elles. Il est impossible d’aborder la musique de ce ballet sans possĂ©der un sens innĂ© du thĂ©Ăątre, et le chef danois fait la brillante dĂ©monstration de cette prĂ©disposition Ă  travers ces pages de Prokofiev. L’orchestre s’y montre tout aussi remarquable, vif et mordant, que dans Rachmaninov, et Schonwandt obtient de son ensemble un son net, dense et implacable tout au long de son plus cĂ©lĂšbre extrait « La danse des chevaliers » ou encore dans la « Mort de Tybalt ». Une savoureuse sensualitĂ© se dĂ©gage Ă©galement des flĂ»tes et cordes Ă©voquant la danse de Juliette Ă  travers d’angĂ©liques arabesques. La discrĂšte et si talentueuse Dorota Anderszewska, violon solo supersoliste depuis 15 ans au sein de la phalange montpelliĂ©raine, s’acquitte avec brio des solos qui lui sont confiĂ©s dans la « Danse de jeunes filles antillaises ». Le public rĂ©servent une longue ovation Ă  l’orchestre Ă  l’issue de ce concert inspirĂ©, et c’est avec une joie et un entrain communicatifs que chef et orchestre s’attĂšlent Ă  l’étincelante « Marche Joyeuse » d’Emmanuel Chabrier.

De nombreux autres concerts sont prĂ©vus d’ici la clĂŽture des festivitĂ©s le 8 dĂ©cembre
 alors Ă  vos agendas !

 

 

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Compte-rendu, concert. Montpellier, OpĂ©ra Berlioz, le 15 novembre 2019. Concert de gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Nelson Goerner (piano), Michael Schonwandt (direction)

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. NICE, le 2 nov 2019. OFFENBACH : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey.

COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. NICE, ThĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Pour sa 18Ăšme Ă©dition, le Festival d’opĂ©rette de la Ville de Nice – toujours pilotĂ© par l’inĂ©narrable et infatigable Melcha Coder –  a optĂ© pour une comĂ©die musicale (La Cage aux folles) en hors d’Ɠuvre et, en dessert, La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en cette annĂ©e de bicentenaire de sa naissance). L’on y retrouve les deux mĂȘmes maĂźtres d’Ɠuvres pour servir les deux ouvrages : Serge Manguette pour la mise en scĂšne et Bruno Membrey pour la direction musicale. Le premier a fait avec les moyens du bord et, en rĂ©cupĂ©rant des costumes de la compagnie d’opĂ©rette Elena d’Angelo  et des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dans la caverne d’Ali-Baba de l’OpĂ©ra de Nice (qui accueille le spectacle), il a rĂ©ussi avec trois bouts de ficelles Ă  monter un spectacle efficace qui tient toujours la route, l’humour Ă©tant ici le mot d’ordre. Certains dialogues ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits, comme le veut la tradition, pour faire rĂ©fĂ©rence Ă  notre actualitĂ© (Macron et les Gilets jaunes etc.), et le Baron Gondremarck – s’il garde bien sa nationalitĂ© suĂ©doise – s’exprime ici avec un accent suisse Ă  couper au couteau !

 

 

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Bref, la soirĂ©e reste Ă  chaque instant divertissante et rondement menĂ©e, avec des interprĂštes qui savent donner vie Ă  leurs personnages. MalgrĂ© l’ñge, le vĂ©tĂ©ran Michel VaissiĂšre reste un Bobinet alerte, servi par la limpiditĂ© d’une Ă©mission et une diction parfaite. Voix bien projetĂ©e, et accents dĂ©licats, FrĂ©dĂ©ric Diquero sĂ©duit en Gardefeu attendrissant parfois, rouĂ© ce qu’il faut. ComĂ©dien-nĂ©, Jean-François Vinciguerra campe un impayable Baron de Gondremarck, tandis que CĂ©cile Lo Bianco est une belle dĂ©couverte tant l’ampleur des moyens fait forte impression. Aussi hautaine au I qu’enjĂŽleuse eu II, Laeticia Goepfert donne Ă  MĂ©tella une Ă©paisseur rare. De son cĂŽtĂ©, la talentueuse AmĂ©lie Robins campe une Gabrielle de haute tenue, tant pour son chant – oĂč les aigus ravissent – que pour son allant scĂ©nique. Assumant Ă  la fois le BrĂ©silien et Frick, Gilles San Juan fait un sort Ă  chacun de ses airs, dont un hilarant « Je suis le major ! ». Enfin, Julie Moragne offre une Pauline tout en grĂące et lĂ©gĂšretĂ©, et Richard Rittelmann un sĂ©millant Prosper. Mais il faut nommer aussi l’excellente Ă©quipe de danseurs et danseuses du Ballet Arte Danza University, qui se dĂ©pense sans compter pour assurer le show dans les nombreuses parties chorĂ©graphiĂ©es (assurĂ©es Ă©galement par Serge Manguette).

A la tĂȘte de l’Orchestre Philharmonique de Nice et du ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice, Bruno Membrey se montre particuliĂšrement attentif au plateau, avec une battue qui laisse Ă  la phalange mĂ©diterranĂ©enne, sa libertĂ©. La rĂ©ussite de cette Vie parisienne est aussi lĂ , dans cette lecture dĂ©bridĂ©e et joyeuse !

 
 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Nice, ThĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Illustration : DR OpĂ©ra de Nice.

 
 

COMPTE-RENDU, critique, concert. Lille, le 18 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°7. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsCompte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau SiĂšcle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch. C’est avec la 7Ăšme Symphonie, dite « Chant de la Nuit », que se poursuit l’IntĂ©grale des Symphonies de Gustav Mahler, initiĂ©e par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille depuis janvier dernier, toujours dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle, Ă  la fabuleuse acoustique. La 7Ăšme Symphonie est certainement la plus rarement jouĂ©e en concert, mais aussi la plus difficilement accessible (ceci expliquant peut-ĂȘtre cela
), un Ă©trange « Chant de la Nuit » oĂč errent des silhouettes comminatoires et oĂč la forme semble se noyer, l’harmonie classique tendant ici Ă  disparaĂźtre, tandis que les timbres forment parfois d’étranges et inhabituelles associations.

Explosion limpide, maßtrisée

Alexandre Bloch, en l’occurrence, accentue et exalte ce soir les ruptures, Ă  travers une lecture Ă  la virtuositĂ© trĂšs nerveuse, du premier mouvement, dĂ©butĂ© par un Tenorhorn somptueux – comme tous les solistes d’un orchestre enflammĂ©.
LĂ  oĂč certains rechercheraient l’unitĂ©, Alexandre Bloch ose l’explosion, trĂšs maĂźtrisĂ©e cela dit, tout en gardant une remarquable limpiditĂ© des lignes et des plans. Peut-ĂȘtre d’aucuns pourraient arguer le trop plein de clartĂ© dans les couleurs, comme si la direction ne tenait pas Ă  aller jusqu’au fond de la noirceur de l’ouvrage (comme pour jeter un peu de lumiĂšre au milieu de ces tĂ©nĂšbres ?…). MalgrĂ© tout, une angoisse profonde traverse bel et bien la premiĂšre Nachtmusik, et plus encore le Schattenhaft central, cette valse de fantĂŽmes hallucinĂ©s, qui prĂ©figure celle – fameuse - de Ravel. La SĂ©rĂ©nade de la seconde Nachtmusik – aux sonoritĂ©s subtilement Ă©panchĂ©es par la harpe, la guitare et la mandoline – fait entendre magistralement tout le caractĂšre viennois de ce morceau
 ce Ă  quoi on ne peut qu’applaudir ! Directement enchaĂźnĂ©, le final sonne de maniĂšre cinglante, flagellĂ© comme une course Ă  l’abĂźme, concluant avec fougue et panache cette superbe exĂ©cution de la trop rare 7Ăšme mahlĂ©rienne.

 

 

 

 

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Compte-Rendu, critique, concert. Lille, Nouveau SiÚcle, le 18 octobre 2019. MAHLER : Symphonie N°7 (« Le Chant de la Nuit »). Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

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Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille © Ugo Ponte

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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Visionner la 7Ăšme de Mahler par l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch sur la chaĂźne Youtube de l’Orchestre national de Lille:
https://www.youtube.com/watch?v=M1YmfTA7QyI

 

 

 

 

 

 

Explications, prĂ©sentation de la 7Ăš de Mahler par Alexandre Bloch et les instrumentistes de l’Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/watch?v=SmOiy596VnY

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°6. Orch National de Lille, Alexandre Bloch.

Compte-Rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). La seconde partie de l’IntĂ©grale Mahler – initiĂ©e par Alexandre Bloch avec son Orchestre National de Lille (qui ont dĂ©jĂ  interprĂ©tĂ© les symphonies 1 Ă  5 lors de la saison 18/19) – se poursuit avec la 6Ăšme symphonie (dite « Tragique »). La 6Ăšme a Ă©tĂ© composĂ©e entre 1903 et 1904, pour ĂȘtre crĂ©Ă©e Ă  Essen en 1906 sous la direction du compositeur, et fait partie de la trilogie mĂ©diane des symphonies de Mahler (avec la 5Ăšme et la 7Ăšme que nous irons entendre dans ces mĂȘmes lieu la semaine prochaine
). Avec cette symphonie, le monde – dont on sentait la fragilitĂ© dans la symphonie antĂ©rieure, tombe pour un temps dans le dĂ©sespoir et le nĂ©ant, bien qu’apparemment rien, dans la vie du compositeur Ă  cette Ă©poque, n’explique de façon claire cette disposition au tragique. Mais aussi dĂ©chirantes que puissent ĂȘtre les Ă©motions qu’elle vĂ©hicule, il existe indubitablement quelque chose d’excitant, voire d’exaltant, comme une source d’espoir qui parcourt toute la symphonie, une sorte d’« Ă©ternel retour de la vie », un des credos de Nietzsche (que Mahler lisait beaucoup). Et il semble bien que Alexandre Bloch se soit inspirĂ© d’une telle interprĂ©tation, mettant en exergue, dans sa lecture de la partition, le combat des forces de la vie face au tragique de la destinĂ©e humaine.

 

 

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Le jeune chef français choisit de revenir Ă  la succession originale des quatre mouvements. L’Allegro initial introduit une marche funĂšbre inĂ©luctable martelĂ©e par des contrebasses impĂ©tueuses, une dĂ©ploration dans laquelle se manifestent les cris dĂ©sespĂ©rĂ©s et plaintifs de la petite harmonie, comme les vestiges d’une humanitĂ© qui refuserait de disparaĂźtre : une dualitĂ© trĂšs claire entre la vie et la mort qui s’achĂšve par un appel ardent Ă  la vie, Ă  la fois angoissant et lyrique. Bloch recourt ici Ă  un tempo rapide, et favorise les nuances et les contrastes, sollicitant tour Ă  tour les diffĂ©rents pupitres de maniĂšre Ă  obtenir de sa phalange des sonoritĂ©s inhabituelles qui laissent une large place aux contrechants : le phrasĂ© est tendu et la mise en place s’avĂšre au millimĂštre prĂšs. L’orchestre reste fidĂšle Ă  son excellente renommĂ©e, et on notera tout spĂ©cialement l’admirable dialogue entre cor et violon solo. L’Andante fait la part belle Ă  des cordes magnifiquement soyeuses, d’une ampleur Ă©mouvante jusqu’à la douleur, mais sans pathos exagĂ©rĂ©, dans un remarquable dialogue entre vent et cordes qui Ă©volue par vagues, dans un crescendo orchestral s’achevant sur une note pincĂ©e des violoncelles. Le Scherzo, lyrique et dansant, met en avant discordances et ruptures rythmiques, tout Ă  fait caractĂ©ristique des scherzos mahlĂ©riens, puis la musique s’estompe pour laisser place au silence. L’Allegro final, majestueux, s’ouvre sur une espĂ©rance (dĂ©livrĂ©e par le cor et le tuba) et un sentiment d’urgence, avant que l’orchestre ne se montre Ă  nouveau plein d’un irrĂ©sistible allant, se muant en une cavalcade effrĂ©nĂ©e et sauvage, vĂ©ritablement dionysiaque, oĂč les fameux coups de marteau marquent la prĂ©sence du destin en embuscade. Le doute plane sur l’issue de la bataille
 qui ne rencontrera sa (rĂ©)solution que dans les deux derniĂšres symphonies.

 

 

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En bref, une interprétation pertinente et une direction trÚs engagée, et une superbe réalisation musicale, qui nous fait déjà languir les prochains rendez-vous mahléro-lillois !

 

 
 

 
 

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Compte-rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau SiÚcle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). Illustrations, photos : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 

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STREAMING : revoir et réécouter la 6Úme symphonie de Mahler :
Mahler : Symphonie n°6 en streaming jusque fin avril 2020 sur la chaüne YOUTUBE de l’ONL Orchestre National de Lille :
https://m.youtube.com/watch?v=Dtd0WqUtgCY

 

  

 

COMPTE-RENDU, opéra. GenÚve, le 11 sept 2019. GLASS : Einstein on the beach. Daniele Finzi Pasca / Titus Engel

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bCompte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, Grand-ThĂ©Ăątre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. ChƓur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve. Daniele Finzi Pasca (mise en scĂšne). Titus Engel (direction). Quasiment personne (on compte seulement une ou deux tentatives
) n’avait osĂ© s’affronter au mythe que constitue « Einstein on the Beach », Ɠuvre-monstre du duo Philipp Glass / Robert Wilson crĂ©Ă©e au Palais des Papes Ă  l’étĂ© 1976. Pour marquer d’un grand coup son premier mandat Ă  la tĂȘte du Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve (aprĂšs dix annĂ©es passĂ©es Ă  celle de l’OpĂ©ra des Flandres), le suisse Aviel Cahn a choisi ce titre, et a proposĂ© au Suisse Daniele Finzi Pasca (Ă  qui l’on doit les CĂ©rĂ©monies des jeux olympiques de Sotchi ou, plus rĂ©cemment, la fameuse FĂȘte des vignerons de la voisine Vevey) de mettre en images ce vĂ©ritable OLNI (Objet Lyrique Non-IdentifiĂ©). Las, avouons d’emblĂ©e que le nouveau « jet » est loin du choc qu’avait constituĂ© pour nous la mouture originale (par quatre fois, lors de la reprise du spectacle de Wilson au Corum de Montpellier, puis au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, il y a bientĂŽt dix ans).

 

 

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Pour commencer, et c’est la plus grosse dĂ©ception, il faut faire le deuil des sublimes chorĂ©graphies de Lucinda Childs, remplacĂ©es ici par de plates scĂ©nettes illustratives, dont la premiĂšre nous montre Einstein s’affairant autour de son bureau, entourĂ©s de multiple assistants, et l’on s’ennuie ferme lĂ  oĂč l’on tressaillait de plaisir avec Childs. Il faudra attendre une bonne heure avant qu’une image vienne enfin nous tirer de notre torpeur, celle de roues tournoyant – en roue libre – dans un ciel orageux et rougeoyant Ă  la fois.
D’autres suivront, plus ou moins oniriques, tel cette naĂŻade vĂȘtue de tulles oranges se livrant Ă  un mystĂ©rieux ballet aquatique dans une grande cuve cylindrique emplie d’eau. L’humour est Ă©galement prĂ©sent dans le spectacle, notamment lors de la scĂšne la plus rĂ©ussie (Ă  nos yeux) de la soirĂ©e, oĂč les acteurs circassiens de la Compagnia Finzi Pasca – filmĂ©s en temps rĂ©el – essaient d’escalader la bibliothĂšque d’Einstein, selon les images vidĂ©os que le public voit, mais sont en fait allongĂ©s au sol, ce qui s’avĂšre Ă  la fois une rĂ©flexion sur la pesanteur, mais qui est surtout prĂ©texte ici Ă  d’improbables et drolatiques figures acrobatiques ! Mais pour deux ou trois moments rĂ©ussis esthĂ©tiquement ou intellectuellement, combien de scĂšnes vides, qui ne sont rien d’autres que du pur remplissage. OĂč est donc passĂ© la vraie rĂ©flexion mĂ©taphysique qui innervait les 4h30 du spectacle de Wilson (ici rĂ©duit Ă  3h40), car on ne retrouve ici que des scĂšnes sans grande logique ni lien entre elles, si ce n’est qu’elles font appel aux Ă©lĂ©ments de langage de Finzi Pasca (rĂ©fĂ©rences circassiennes, nĂ©ons, jeux d’ombres et de miroirs). Bref, la copie apparaĂźt comme bien pĂąle auprĂšs de l’original


 

 

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Par bonheur, la force de la musique et du chant, quant Ă  eux, restĂ©s intacts, et constituent le principal intĂ©rĂȘt de la soirĂ©e. Les structures rĂ©pĂ©titives de la musique de Philip Glass, son arithmĂ©tique et son solfĂšge chantĂ©s par un ChƓur – composĂ© d’étudiant(e)s de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve (Ă  l’instar des instrumentistes de l’Einstein Ensemble) – d’une tenue et d’une prĂ©cision impressionnantes, ses progressions, ses ruptures rythmiques, libĂšrent les effets hypnotiques qui nous avaient clouĂ© Ă  notre siĂšge la premiĂšre fois, sous la direction d’un Titus Engel qui en maĂźtrise parfaitement la syntaxe. MĂȘme si la sonorisation semble perfectible, orgues synthĂ©tiques et bois orchestrent une liturgie captivante, prĂ©sidĂ©e par un Einstein au violon aĂ©rien digne d’une Partita de Bach (Madoka Sakitsu, remarquable d’endurance et de musicalitĂ©).

Si l’essai demande nĂ©anmoins Ă  ĂȘtre transformĂ©, bravo Ă  Aviel Cahn d’avoir eu le courage de remonter un tel ouvrage, et vivement la suite d’une saison qui – sur le papier – s’avĂšre des plus palpitantes !

 

 
 

 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. GenĂšve, Grand-ThĂ©Ăątre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. ChƓur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de GenĂšve. Daniele Finzi Pasca (mise en scĂšne). Titus Engel (direction).

Illustrations : © C Parodi / Opéra Grand Théùtre de GenÚve © 2019

COMPTE-RENDU, concert. BESANCON, le 9 sept 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky, MikhaĂŻl Pletnev

sergei-rachmaninov-russian-composer1Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, ThĂ©Ăątre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky (piano), MikhaĂŻl Pletnev (direction). C’est Ă  une soirĂ©e 100% russe que la 72Ăšme Ă©dition du Festival International de Besançon (couplĂ©e avec la 56Ăšme Ă©dition du fameux Concours International de jeunes chefs d’orchestre) convie un public venu en masse entendre NikolaĂŻ Lugansky dans le cĂ©lĂšbre 3Ăšme Concerto pour piano de SergueĂŻ Rachmaninov (illustration ci-contre). De fait, le grand pianiste russe ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dĂšs les premiers accord, avec le Russian National Orchestra, phalange fondĂ©e et dirigĂ©e depuis 1990 par MikhaĂŻl Pletnev, qui s’était fait connaĂźtre en remportant le cĂ©lĂšbre Concours TchaĂŻkovski en 1978.

Le ton est donc donnĂ© dĂšs l’attaque du thĂšme initial, et ce sera magistral, avec un tempo maĂźtrisĂ© et un piano omniprĂ©sent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluiditĂ© Ă©tonnantes, mĂȘme dans le legato, et toutes les notes sont trĂšs distinctement dĂ©tachĂ©es, ce qui est un rĂ©gal pour l’oreille.

AprĂšs l’entracte, place Ă  la Symphonie n°9 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre lĂ©gĂšre et facĂ©tieuse, courte et enjouĂ©e. CrĂ©Ă©e en 1945, elle est la troisiĂšme et derniĂšre symphonie composĂ©e durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, alors que les SeptiĂšme et HuitiĂšme durent plus d’une heure et nĂ©cessitent un effectif imposant, la NeuviĂšme requiert une masse orchestrale classique et dure Ă  peine moitiĂ© moins. Mais surtout, elle dĂ©laisse l’hĂ©roĂŻsme patriotique des deux prĂ©cĂ©dentes pour faire place Ă  des airs enjouĂ©s, inspirĂ©s de danses rustiques. On sait qu’elle provoqua l’ire de Staline – au point que le compositeur dut craindre pour sa vie – qui s’attendait Ă  une Ɠuvre apothĂ©otique, composĂ©e expressĂ©ment pour sa propre gloire ainsi que pour celle des troupes soviĂ©tiques victorieuses du nazisme. Soutenus par les solistes souvent splendides d’un des meilleurs orchestres russes, Pletnev dĂ©veloppe une approche emplie d’un humanisme chaleureux, mais sans gommer l’aspect grinçant et sarcastique de cette superbe partition. Il faut souligner l’extraordinaire prĂ©sence de la petite harmonie, notamment les premiers flĂ»te, clarinette et basson, qui ont prodiguĂ© des sonoritĂ©s prodigieuses. Dans ce trio de solistes, on savoure la spĂ©cificitĂ© sonore de chaque registre ainsi qu’un remarquable sens du legato. On admire enfin leur remarquable cohĂ©rence, qui emmĂšne la symphonie vers sa juste conclusion dans le crescendo final.

diotima-bartok-6-quatuors-a-beziers-theatre-sortieouest-presentation-sur-classiquenews-582La veille (8 sept 2019), nous avons pu assister Ă  une soirĂ©e de musique de chambre, au trĂšs beau Kursaal de la ville, qui rĂ©unissait, pour l’occasion, le Quatuor Arod et le Quatuor Diotima. Le premier interprĂšte le Quatuor N°4 D. 46 en do majeur de Schubert ; il parvient en quelques mesures de pure grĂące Ă  nous emporter : il faut dire que le Quatuor Arod est ici dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection, faisant valoir une pulsation rythmique lĂ©gĂšre et aĂ©rienne, en un Ă©lan stimulant. L’acoustique trĂšs dĂ©taillĂ©e de la salle bisontine sert cette conception qui manque peut-ĂȘtre parfois de puissance au premier violon, mais qui emporte l’adhĂ©sion par son sens des nuances et des couleurs. C’est au cĂ©lĂ©brissime Quatuor de Ravel que s’est ensuite confrontĂ© leurs collĂšgues du Quatuor Diotima :  ils le dĂ©fendent de maniĂšre tout aussi vivante et instinctive, en prĂȘtant attention Ă  la dynamique, parfaitement assurĂ©e, et aux tempi, judicieusement choisis.
Les huit artistes se sont Ă©galement retrouvĂ©s dans deux octuors : d’abord dans les Deux PiĂšces pour octuor Ă  cordes, op. 11 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre qui est un tĂ©moignage Ă©loquent d’un temps Ă  la fois marquĂ© par le retour Ă  Bach et par un volontĂ© de provocation aussi sain que rĂ©jouissant, puis Ă  l’occasion d’une crĂ©ation mondiale, commande expresse du festival au compositeur français Eric Tanguy, en rĂ©sidence pour cette 72Ăšme Ă©dition. Le titre de la piĂšce est « The desperate man », en rĂ©fĂ©rence au cĂ©lĂšbre autoportrait (« Le dĂ©sespĂ©ré ») de Gustave Courbet, l’enfant du pays dont on fĂȘte cette annĂ©e le bicentenaire de la naissance. La piĂšce est trĂšs agrĂ©able Ă  Ă©couter, trĂšs bien Ă©crite, et Ă  son Ă©coute, l’on se rend compte qu’au fil des annĂ©es, le propos du compositeur se fait moins Ăąpre et spontanĂ©, plus consonnant et acadĂ©mique, sans que cela ne doive ĂȘtre pris pĂ©jorativement… Illustration : Quatuor Diotima (DR)

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Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, Théùtre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky (piano), Mikhaïl Pletnev (direction).

COMPTE-RENDU, concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

VariationsClassiques-visuels-1080x1600-1_8_frCompte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction). Sur les cendres du prestigieux Annecy Classic Festival sont nĂ©es, il y a trois ans, Les Variations Classiques d’Annecy, que chapeaute – artistiquement parlant – Marianne Gaussiat. Mais, idĂ©e originale, cette derniĂšre ne dĂ©cide pas seule de la programmation, et elle s’entoure chaque annĂ©e d’une personnalitĂ© issue du monde culturel Ă  qui elle offre une « carte blanche ». AprĂšs Catherine Frot en 2017 et Gaspard Proust en 2018, c’est Ă  Laurence Ferrari qu’est revenu cet honneur cette annĂ©e. Sur quatre jours, entre les 28 et 31 aoĂ»t, la perle des Alpes françaises a certes accueilli des artistes de renommĂ©e internationale, mais la programmation 2019 Ă©tait surtout basĂ©e – selon le vƓu de Laurence Ferrarri – sur « la fĂ©minitĂ© et la jeunesse ». La jeunesse, on la retrouve ce soir avec l’Orchestre Français des Jeunes, et la fĂ©minitĂ© – doublĂ©e de la jeunesse – en la personne de Lise de La Salle, puisque c’est Ă  ces artistes que revient de clĂŽturer la 3Ăšme Ă©dition du festival, sous la fĂ©rule de Fabien Gabel (Ă  la tĂȘte de la juvĂ©nile formation depuis 2017).

Les choses dĂ©butent trĂšs bien avec une Ouverture de BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict oĂč le jeune chef quĂ©bĂ©cois donne la bonne mesure, en offrant une battue soucieuse des multiples dĂ©tails entrelacĂ©s de l’orchestration de Berlioz. Le temps d’installer le piano, et Lise de la Salle se jette (Ă  corps perdu) dans le trĂšs romantique Concerto en La mineur op.54 de Robert Schumann, dont elle offre une version que l’on qualifiera d’une captivante inventivitĂ©. Le premier mouvement est un modĂšle d’entente entre chef et soliste, avec des tempi plutĂŽt lents qui offrent Ă  la jeune pianiste un bel espace pour son travail sur l’expression et sur l’articulation. A certains moments, grĂące au parti pris de Gabel de retenir la masse orchestrale, ces recherches sont mĂȘme Ă  la limite de l’audible et, le reste du temps, c’est tout simplement envoĂ»tant, avec une virtuositĂ© consommĂ©e, mais toujours dominĂ©e par la fluiditĂ© du discours musical (et un son d’une richesse Ă©tourdissante !). En bis, un Nocturne de Chopin viendra suspendre le temps pendant quelques minutes, et lui vaudra un triomphe de la part du public annĂ©cien. AprĂšs l’entracte, place au finalement assez rare ballet Petrouchka de Stravinsky (en comparaison de L’Oiseau de feu et du Sacre du printemps, bien plus souvent mis Ă  l’affiche
). CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet Ă  Paris en juin 1911, sous la direction de Pierre Monteux pour les Ballets russes, cette piĂšce symphonique appartient au meilleur du catalogue du maĂźtre russe. Le court thĂšme principal qui reviendra tout au long de la partition, prĂ©cis et facilement mĂ©morisable, assez lancinant, opĂšre toujours un impact massif sur l’auditeur. Disons tout net que la jeune formation française y apparaĂźt au sommet de ses capacitĂ©s, et nous propose ce soir une superbe version tant elle rĂ©pond idĂ©alement aux exigences de Stravinsky : ce haut degrĂ© de rĂ©alisation doit beaucoup Ă  l’engagement plein d’ardeur des musiciens, tout autant qu’à l’énergie farouche de Fabien Gabel. Devant l’enthousiasme du public, ils offrent en bis l’une des Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel, d’un tourbillonnant vertige !

Compte-Rendu, Concert. Variations Classiques d’Annecy, ThĂ©Ăątre Bonlieu, le 31 aoĂ»t 2019. Orchestre Français des Jeunes, Lise de la Salle (piano), Fabien Gabel (direction).

COMPTE-RENDU, concert. PRADES, Festival P Casals, les 12 et 13 août 2019. Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals


Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 et 13 aoĂ»t 2019. ƒuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals
 « RĂȘves en liberté », c’est le thĂšme choisi cette annĂ©e par Michel Lethiec pour cette 69Ăšme Ă©dition du Festival Pablo Casals. FondĂ© en 1950 par l’illustre violoncelliste catalan, la manifestation occitane fĂȘtera donc son 70Ăšme anniversaire l’étĂ© prochain, ce qui devrait nous valoir une belle affiche, mĂȘme si l’excellence musicale est au rendez-vous Ă  chaque nouvelle Ă©dition. Comme Ă  sa bonne habitude, l’heureux et fantasque directeur dĂ©bute chacune des soirĂ©es par un avant-propos dont il a le secret, mĂȘlant Ă©rudition, didactisme et franche rigolade, en vĂ©ritable boute-en-train qu’il est. Les deux concerts de clĂŽture des 12 et 13 aoĂ»t, sis dans l’Abbaye St Michel de Cuxa, ne font pas exception, et les deux invitĂ©s de marque que sont Mathieu ChĂ©did (le 12) et BenoĂźt Hamon (le 13) semblent avoir Ă©galement apprĂ©ciĂ© la faconde joyeuse de Michel Lethiec.

Le premier concert, annonce ce dernier, est intitulĂ© « Jeux d’eau », et de fait, tous les morceaux exĂ©cutĂ©s ce soir seront liĂ© Ă  l’élĂ©ment vital. Il dĂ©bute ainsi avec le quatriĂšme mouvement du Quintette avec piano du brestois Jean Cras, le cĂ©lĂšbre marin-compositeur, dĂ©fendu ici par le non moins fameux ShanghaĂŻ Quartet et le pianiste français Yves Henry : ensemble, ils obtiennent un mĂ©lange idĂ©al de moelleux et de finesse, un rien surannĂ©, comme dans un songe, qui fait tout le prix de cette piĂšce attachante. C’est seul que le pianiste aborde ensuite le morceau « Reflets dans l’eau » (extrait du livre 1 d’Images) de Claude Debussy, qu’il excelle Ă  restituer dans un dĂ©cor naturel, et l’on se laisse ainsi porter par un souffle, qu’inspirent des phrasĂ©s Ă  la fois soignĂ©s et spontanĂ©s. Il poursuit avec la cĂ©lĂšbre « Barque sur l’ocĂ©an » (extrait de Miroirs) du rival Maurice Ravel, et frappe par la puissance de ses lignes de basses, comme si l’embarcation Ă©tait ballotĂ©e dans une houle tumultueuse et dĂ©vastatrice. C’est par une version rare du « PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune » (de Debussy) que se termine la premiĂšre partie, une mouture rĂ©alisĂ©e pour onze instruments par Benno Sachs, un Ă©lĂšve d’Arnold SchƓnberg qui rĂ©pondait lĂ  Ă  la demande de la sociĂ©tĂ© d’exĂ©cutions musicales privĂ©es fondĂ©e en 1918 par le mĂȘme SchƓnberg. Si la flĂ»te ondoyante de Patrick Gallois ne manque ni de charme ni de sensualitĂ©, l’habillage instrumental – avec un piano, un alto, deux violons, une contrebasse et quelques vents – ne restitue cependant, Ă  nos yeux, qu’imparfaitement toute la complexitĂ© et la richesse de l’Ɠuvre originale. AprĂšs l’entracte, le roboratif Quintette pour piano et cordes en La majeur op. 114 D.667 (dit « La truite ») de Franz Schubert rĂ©unit Florian Uhlig au piano, Boris Garlitsky au violon, Yuval Gotlivovich Ă  l’alto, Emil Rovner au violoncelle et ThĂ©otime Voisin Ă  la contrebasse (un jeune instrumentiste français qui vient d’ĂȘtre nommĂ© contrebasse solo au mythique Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam !). Ce Quintette pour piano et cordes est certainement l’Ɠuvre la plus populaire de Schubert : elle lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggĂ©ra au compositeur d’y insĂ©rer la musique du lied La Truite écrit quelques annĂ©es plus tĂŽt. C’est un ouvrage gai, vivant et mĂ©lodieux qui reflĂšte une Ă©poque qui paraĂźt ĂȘtre la plus heureuse vĂ©cue par le compositeur, et on y sent en effet une joie de vivre et un optimisme plein d’allant. La lecture qu’en offre ici les compĂšres rĂ©unis par Lethiec est Ă  la fois brillante, enjouĂ©e, et gĂ©nĂ©reuse, les cinq interprĂštes se complĂ©tant magnifiquement dans une unitĂ© exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thĂšme est restituĂ© avec efficience, Ă©motion, esprit et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages des cinq complices et amis qui n’ont pas de mal Ă  faire vibrer une audience captivĂ©e, qui leur fait une ovation amplement mĂ©ritĂ©e aprĂšs le dernier accord.

 

 

 

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Le lendemain, toujours dans le formidable Ă©crin que constitue l’Abbaye Saint Michel de Cuxa, c’est Ă  nouveau le ShanghaĂŻ Quartett qui a l’honneur de dĂ©buter la soirĂ©e (intitulĂ©e « RĂȘves »), avec cette fois le quatuor Ă  cordes N°8 en mi mineur op. 59 n°2 (1806) de Ludwig van Beethoven. A l’image de la veille, la formation chinoise renouvelle ce mĂ©lange de sensibilitĂ© et de tranchant qui est sa marque de fabrique, osant une fougue bienvenue en maints endroits de la partition, surtout incarnĂ©e par l’excellent premier violon qu’est Weigang Li. Remarquables de prĂ©cision, les quatre interprĂštes soignent aussi fortement les transitions, relançant sans cesse leurs discours. Place ensuite Ă  la jeunesse, et il revenait au LaurĂ©at (en l’occurrence une LaurĂ©ate
) de l’AcadĂ©mie (lors d’une audition qui s’est tenue le 10 aoĂ»t) de montrer tout son talent. La jeune violoncelliste californienne Sarah Gandhour s’attaque ainsi au fameux Kol Nidrei de Max Bruch, cette imploration Ă  Dieu qui est une douce et solennelle mĂ©lodie, souvent entendue lors de l’office de Yom Kippour (Grand Pardon). SĂ©duit par ce thĂšme, bien que de confession protestante, Bruch s’inspira de cette supplication afin d’écrire une magnifique piĂšce concertante plus proche du style de Brahms que de l’esprit religieux original. Sous l’archet de l’amĂ©ricaine, elle devient un vĂ©ritable baume pour les oreilles de l’assistance, et l’on est fortement et durablement surpris par la maturitĂ© tant technique qu’émotionnelle dont est dĂ©jĂ  capable cette toute jeune instrumentiste. En seconde partie, ce sont des airs cĂ©lĂšbres d’opĂ©ras arrangĂ©s pour musique de chambre qui sont donnĂ©s Ă  entendre, tels que des extraits de West Side Story (« Maria », « Tonight », « America ») et le gĂ©nial Divertissement sur des thĂšmes de La Somnambule de Bellini pour piano et sextuor Ă  cordes qu’a composĂ© le russe Mikhail Glinka. Ce morceau est servi ici par un de ces ensembles dont Prades a le secret, oĂč s’illustrent notamment le piano de Yves Henry et le violoncelle de Torleif ThĂ©deeen. Pour clĂŽturer la soirĂ©e en mĂȘme temps que le festival, c’est le traditionnel « Chant des oiseaux » (1941) de Pablo Casals qui a Ă©tĂ© retenu, et qui est interprĂ©tĂ© ici par l’Ensemble de violoncelle de l’AcadĂ©mie de Musique du Festival. Le français Romain Cazal les dirige et le violoncelle solo est le jeune catalan Joan Rochet Pinol, Ă  qui a Ă©tĂ© confiĂ© le fameux Archet pour la paix dont nous avions parlĂ© dans ces mĂȘmes colonnes lors de la derniĂšre Ă©dition du festival (lire notre compte rendu PRADES, concert Verdi, Olivero des 6 et 7 aoĂ»t 2018). Ce Cant dels ocells (en version originale) est, comme on le sait, l’adaptation d’une mĂ©lodie populaire catalane qui symbolise l’aspiration d’un peuple Ă  la libertĂ©. Avec toute l’intensitĂ© requise, le jeune homme fait fi des redoutables harmoniques, et s’approprie avec naturel et un grand talent cette piĂšce, qui est un incontournable Ă  Prades
 oĂč elle a acquis comme valeur de symbole !

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, Abbaye Saint-Michel de Cuxa, les 12 & 13 aoĂ»t 2019. ƒuvres de Schubert, Beethoven, Debussy, Ravel, Bruch, Glinka, Casals
 Illustrations : © photos Michel Sebert.

 

 

 

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, le 8 août 2019. Marie-Antoinette / Malandain Ballet Biarritz

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz. AprĂšs avoir signĂ© des ballets somme toute plutĂŽt abstraits avec Nocturnes ou La mort du Cygne, Thierry Malandain revient Ă  une piĂšce « avec histoire » (Ă  l’image de Cendrillon ou de La Belle et la BĂȘte) avec sa derniĂšre crĂ©ation : Marie-Antoinette. CommandĂ© par Laurent Brunner pour l’OpĂ©ra Royal de Versailles oĂč la spectacle a Ă©tĂ© donnĂ© en mars dernier, il revient pour la troisiĂšme fois (en ce mois d’aoĂ»t) Ă  la fameuse Gare du midi de Biarritz (base du Malandain Ballet Biarritz), aprĂšs y avoir dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă© in loco en novembre 2018, puis repris en juin dernier.

 

 

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La piĂšce retrace – en quatorze tableaux – la vie de l’infortunĂ©e Reine de France depuis le jour de son mariage avec le Dauphin en 1770… jusqu’en octobre 1789, oĂč des parisien.ne.s vinrent crier « A mort l’Autrichienne ! » sous les fenĂȘtres du ChĂąteau de Versailles. Entre ses deux dates, et de maniĂšre chronologique, Malandain Ă©voque les grands Ă©pisodes de sa vie, tels que celui douloureux des sept annĂ©es de mariage « non consommé » entre les deux royaux Ă©poux, et celui autrement heureux de la naissance d’un fils, qui laisse place Ă  une touchante scĂšne de maternitĂ© avec une poupĂ©e articulĂ©e incarnant le Dauphin. Il y a bien sĂ»r Ă©galement la rencontre avec le beau Fersen, parenthĂšse enchantĂ©e dans la vie de Marie-Antoinette, avant des jours plus sombres qui se terminent par la derniĂšre scĂšne du spectacle prĂ©citĂ©e, dont l’aboutissement sera sa dĂ©capitation en 1793. Une scĂšne emblĂ©matique est Ă©galement annonciatrice de ce funeste Ă©vĂ©nement, celle oĂč un divertissement royal montre PersĂ©e (superbe Hugo Layer !) parvenant Ă  terrasser la terrible Gorgone en lui tranchant la gorge


Pour le reste, on retrouve le langage gestuel propre et cher Ă  Thierry Malandain, entremĂȘlĂ© de gestes plus baroques (poignets cassĂ©s, bustes torsadĂ©s
) que n’aurait pas reniĂ© Noverre, le grand maĂźtre de ballet d’alors. On retrouve Ă©galement les toujours somptueux (et pleins de fantaisie) costumes du fidĂšle Jorge Gallado, qui signe Ă©galement une scĂ©nographie épurĂ©e : une simple dĂ©clinaison de cadres sur fons de cieux orageux. Parmi les excellents danseurs et danseuses du Malandain Ballet Biarritz se dĂ©marque la gracieuse et Ă©lĂ©gante Claire Lonchampt, tandis que le Louis XVI de MickaĂ«l Conte reste quelque peu effacĂ©, mais Ă  l’image du personnage historique qu’il incarne finalement
 Il faut leur adjoindre Frederik Deberdt (Louis XV) et Patricia VelĂ zquez (Mme du Barry) qui se font remarquer lors d’un fougueux duo amoureux.

Petit regret de la soirĂ©e, c’est dĂ©lestĂ© de l’Orchestre symphonique d’Euskadi (en fosse lors de sa crĂ©ation) que nous assistons au spectacle, et nous devrons nous contenter d’une bande sonore (qui n’est pas un enregistrement de l’orchestre basque). Haydn y est le compositeur le plus reprĂ©sentĂ©, notamment Ă  travers sa cĂ©lĂšbre triple symphonies illustrant le cycle d’une journĂ©e (Matin, Midi et Soir), mais aussi la non moins fameuse Symphonie N° 73 dite « La Chasse », une Ɠuvre tout en mouvements rapides et syncopĂ©s, que vient tempĂ©rer par la suite la dĂ©licate « Danse des ombres heureuses », tirĂ©e de l’OprhĂ©e et Eurydice de Gluck, lors de la scĂšne de maternitĂ©.

La joie de danser et l’étonnante fluiditĂ© qui rĂšgnent pendant les quatre-vingt minutes du spectacle – en plus de la parfaite lisibilitĂ© de la trajectoire de cette figure complexe de l’histoire de France – emporte l’adhĂ©sion d’un public venu en masse
 et qui ne boude pas son plaisir en multipliant les rappels Ă  la fin de la reprĂ©sentation !

 

 

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Compte-Rendu, Danse. Biarritz, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz – Illustrations : © Malandain Ballet Biarritz 2018 / 2019

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, les 6, 7 août 2019. N Mukami (le 6) & A Volodos (le 7).  

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, HĂŽtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 aoĂ»t 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Avant d’ĂȘtre totalement paralysĂ©e par le G7 qui s’y installera dans quelques jours, la ville de Biarritz bruissait de son dĂ©sormais (trĂšs) couru Piano Biarritz Festival, qui fĂȘtait sa 10Ăšme Ă©dition entre les 29 juillet et 7 aoĂ»t derniers. Toujours ardemment dĂ©fendu par son fondateur-directeur Thomas Valverde, le pianiste français continue avec talent de mettre Ă  l’affiche autant la gĂ©nĂ©ration montante du piano international que les gloires reconnues, ce que prouvent les deux derniĂšres soirĂ©es du festival avec les venues du jeune pianiste ouzbĂšque Nuron Mukumi (23 ans) et la star du clavier russe, Arcadi Volodos.

C’est dans l’un des magnifiques salons du cĂ©lĂšbrissime HĂŽtel du Palais, construit sur les restes de la villa de l’ImpĂ©ratrice EugĂ©nie, que se produit le premier artiste, dĂ©jĂ  prĂ©sent lors de la derniĂšre manifestation basque. Dans une salle surchauffĂ©e oĂč l’on avait omis de mettre la climatisation en route, c’est autant l’instrumentiste que le public qui en souffre, au point de le verbaliser lui-mĂȘme. Est-ce ce petit alĂ©a qui rend son toucher peu musical (bien que techniquement parfait
) dans les premiĂšres piĂšces qu’il interprĂšte : Le Carnaval de Vienne de Schumann et Venezia e Napoli de Liszt (extrait des AnnĂ©es de PĂšlerinage) ? Il faut le croire puisqu’il livre, en deuxiĂšme partie, une enthousiasmante exĂ©cution de la Sonate n°1 (en do majeur) de Johannes Brahms. Elle rĂ©vĂšle, de la part de ce tout jeune artiste, une prĂ©coce et totale maĂźtrise de la forme et du son. Cette forme est pourtant particuliĂšrement complexe, avec ses quatre mouvements trĂšs habilement structurĂ©s, ses emportements et ses Ă©panchements d’un romantisme exaltĂ© ou rassĂ©rĂ©nĂ©. Mukumi parvient ici Ă  une remarquable unitĂ©, Ă  un Ă©quilibre absolu, dĂ©chaĂźnant des tempĂȘtes dans l’Allegro con fuoco, ou au contraire suspendant le temps dans l’Andante. De mĂȘme, la sonoritĂ© est parfaitement sculptĂ©e, marmorĂ©enne, d’une puissance exempte de toute duretĂ©, ou tendrement pĂ©trie, d’une rondeur presque charnelle, avec un camaĂŻeu de couleurs et de nuances qui est une chose rare chez un si jeune pianiste. Devant l’enthousiasme du public, il offrira trois bis, dont un dĂ©licat Nocturne de TchaĂŻkovski et la cĂ©lĂšbre « Tartine de beurre » du divin Amadeus


 

 

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La lendemain soir (7 aoĂ»t), place au maĂźtre, le gĂ©ant Arcadi Volodos, cette fois dans la Rotonde de l’Espace Bellevue, de l’autre cĂŽtĂ© de la baie. Un rĂ©cital du pianiste russe est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Espace Bellevue – plein Ă  craquer ce soir – ne fait pas exception. Toujours aussi gĂ©nĂ©reux, le pianiste pĂ©tersbourgeois dĂ©bute mĂȘme son rĂ©cital par une piĂšce non prĂ©vue dans le programme, une sonate de jeunesse de Schubert restĂ©e inachevĂ©e (la D. 157 en mi majeur), qu’il enchaĂźnera avec les 6 Moments musicaux op 94. ImmĂ©diatement, le miracle opĂšre. En quelques secondes, il envoĂ»te, il captive, il subjugue son auditoire, d’autant qu’il est – avec le compositeur allemand – en terrain conquis. Pas Ă  pas, le public happĂ© et fascinĂ©, ne peut que suivre le pianiste dans son parcours, et, comme Ă  son habitude, il donne Ă  entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. Ce sentiment s’impose tout autant dans les PrĂ©ludes de Rachmaninov qu’il interprĂšte ensuite, aux cĂŽtĂ©s de la SĂ©rĂ©nade op 3 n°5 et de l’Etude-Tableaux en Do mineur op 33 n°3, du mĂȘme compositeur. Que dire au sujet de ces pages de Rachmaninov, si ce n’est que Volodos y fait preuve d’une admirable transparence et justesse de ton, et qu’elles s’avĂšrent bouleversantes de vĂ©ritĂ©. Il Ă©grĂšne ces morceaux succincts sans le moindre effort, en un jaillissement de son Ăąme qui ne se relĂąche pas une seule seconde. L’enchantement perdure avec les cinq piĂšces de Scriabine qui conclut la soirĂ©e, dont l’extraordinaire Vers la flamme op 72, lascif et venimeux poĂšme qui happe littĂ©ralement l’auditoire : en permanente recherche de couleurs inĂ©dites, Volodos y creuse toujours plus avant la rĂ©sonance et, au climax de cet Ă©trange et mystique voyage, l’instrument-roi enflamme tous les possibles poĂ©tiques au bout d’un crescendo aussi Ă©chevelĂ© qu’hypnotique ! En bis, il dĂ©livre deux Menuets de Schubert et la gĂ©niale Sicilienne retranscrit par Bach d’aprĂšs un Concerto de Vivaldi. Le public, mĂ©dusĂ©, rĂ©serve Ă  cet immense artiste aussi attachant qu’essentiel, un ultime tonnerre d’applaudissements mĂ©ritĂ©s. Vivement l’édition 2020 qui ne manque dĂ©jĂ  pas d’attraits, et que nous ne manquerons sous aucun prĂ©texte !

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Biarritz Piano Festival, HÎtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Illustration : A Volodos © Polina Jourdain-Kobycheva

 

 

 

 

CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-Elysées/Philippe Herreweghe.  

Saintes cite musicale, abaye aux dames annonce concert classiquenews abbatiale-facade-724x521CRITIQUE, concert. SAINTES, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-ElysĂ©es / Philippe Herreweghe. Depuis maintenant quarante-huit ans, le festival de Saintes est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique ancienne, mais il s’étend aussi – sous l’impulsion de son fondateur Philippe Herreweghe – Ă  la musique romantique : c’est ainsi Ă  une soirĂ©e consacrĂ©e Ă  Johannes Brahms (avec son Double Concerto) et Antonin Dvorak (et sa 8Ăšme Symphonie) que le chef gantois nous convie, en guise de concert de clĂŽture de la 48Ăšme Ă©dition du festival charentais.

Souffrante, la violoncelliste Marie-Elizabeth Hecker laisse la place au plus mĂ©diatisĂ© Pieter Wispelwey, amenĂ© Ă  dialoguer avec la violoniste allemande Caroline Widmann. DĂšs les premiĂšres notes, on est Ă©tonnĂ© par le souffle rĂ©ellement brahmsien qui se dĂ©gage des tutti de l’orchestre des Champs-ElysĂ©es. Le violoncelliste nĂ©erlandais fait son entrĂ©e paisiblement, instaurant un vĂ©ritable dialogue avec sa consƓur. Cependant, dans le premier mouvement, les Ă©quilibres entre les pupitres pĂątissent un peu, avec des cors lĂ©gĂšrement trop forts, certainement Ă  cause de l’acoustique un peu sĂšche de l’abbatiale. Mais trĂšs vite, le chef et les musiciens de l’orchestre corrigent le tir pour faire entendre deux derniers mouvements stylistiquement et techniquement achevĂ©s. Les deux solistes offrent un Brahms clair mais trĂšs travaillĂ©, particuliĂšrement captivant par son refus de tout pathos dĂ©mesurĂ©.

thumbnail_30-OCE-Philippe-Herreweghe-par-Sebastien-Laval-710x478AprĂšs l’entracte, Herreweghe offre une Ă©poustouflante HuitiĂšme Symphonie de DvorĂĄk. PortĂ© par une rĂ©elle ferveur et une exultation communicative de la part des musiciens, il dĂ©livre une lecture toute de lĂ©gĂšretĂ© et de luminositĂ©. Comment rĂ©sister au naturel, Ă  l’énergie et Ă  la chaleur qui se dĂ©gagent de cette interprĂ©tation majestueuse ? L’exaltation de la fin de l’Allegro ma non troppo – parfaitement maĂźtrisĂ© par un orchestre capable ici de la plus grande dĂ©licatesse comme des plus assourdissants fortissimi – produit un effet absolument irrĂ©sistible de puissance souple subitement dĂ©chaĂźnĂ©e, et provoque un vĂ©ritable enthousiasme parmi le public. Bien qu’il dĂ©clare lui-mĂȘme ne pas spĂ©cialement apprĂ©cier les bis, le chef ne satisfait pas moins Ă  la demande du public, et reprend le sublime troisiĂšme mouvement.

En attendant que le festival annonce le programme du prochain festival, le lecteur peut dĂ©jĂ  noter dans son calendrier les dates de l’Ă©dition 2020 qui se tiendra du 18 au 25 juillet !

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE concert. Saintes, Abbaye aux Dames, le 20 juillet 2019. Brahms / Dvorak. Orchestre des Champs-ElysĂ©es / Philippe Herreweghe. Illustration : Ph. Herreweghe et l’orchestre des Champs-ElysĂ©es (DR)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique à la Ferme. LANCON DE PROVENCE, ChÚvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba)

COMPTE-RENDU, concert. Festival musique Ă  la Ferme. LANCON DE PROVENCE, ChĂšvrerie HonnorĂ©, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba). Depuis douze ans maintenant, le festival Musique Ă  la Ferme permet aux mĂ©lomanes provençaux (et d’ailleurs) d’assister Ă  des concerts (essentiellement de musique de chambre) de grande qualitĂ©, et ceci dans le cadre unique et champĂȘtre d’une chĂšvrerie, dont l’acoustique n’a pourtant rien Ă  envier Ă  certaines salles de concert institutionnelles


 

 

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Pour le concert de clĂŽture – aprĂšs 10 jours bien remplis, avecdes artistes de renom (Emmanuelle Bertrand, Trio Helios, Quatuor Arod, ElĂšves de l’AcadĂ©mie Jaroussky
) -, l’infatigable directeur artistique de la manifestation provençale (JĂ©rĂ©mie HonnorĂ©) a eu la bonne idĂ©e d’inviter le fabuleux duo constituĂ© par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova (marimba), pour un concert sortant des sentiers battus


Ces deux-lĂ  revisitent des chefs-d’Ɠuvre de la musique classique, Ă  commencer par des Ɠuvres cĂ©lĂšbres de J. S. Bach (Vivace de la Sonate en trio pour orgue N°3, Fugue de la Sonate pour violon seul N°1…) et c’est d’une beautĂ© stupĂ©fiante, l’alliance des deux instruments s’avĂ©rant plus que concluante ! Le Double de la Partita pour violon seul N°1 -avec des sons prĂ©parĂ©s et des « bruitages » sur les deux instruments Ă  base de scotch – est un moment particuliĂšrement drĂŽle et ingĂ©nieux, qui permet aux artistes de faire entendre un son qui s’apparente Ă  celui de l’électro ! Mais ils interprĂštent Ă©galement leurs propres compositions : Variations sur des chants traditionnels bulgares de Serafimova avec, au dĂ©but et Ă  la fin, des chants Ă  la mĂ©lodie Ă©nigmatique et mĂȘme mystique, tandis que Thomas Enhco fait entendre sa piĂšce « Sur la route », composĂ©e Ă  partir du nom de Bach et de son analogie avec les notes, un morceau jazzy et plein de vie, que vient bientĂŽt rejoindre les marimbas extatiques de Serafimova.

TrĂšs dĂ©contractĂ©s et concentrĂ©s Ă  la fois, les deux artistes font preuve d’un Ă©tonnant didactisme en prĂ©sentant chacun Ă  leur tour l’histoire et les particularitĂ©s de chaque piĂšce, et ils transmettent Ă  la salle une incroyable Ă©nergie qui atteint son point culminant avec une danse macĂ©donienne dĂ©chaĂźnĂ©e, d’une force vitale qui manque souvent dans les concerts classiques
 En tout cas, les nombreux spectateurs rĂ©unis sous le toit de la chĂšvrerie ne boudent pas leur plaisir et adressent une longue ovation debout (et mĂ©ritĂ©e) Ă  ces deux artistes lunaires
 On languit dĂ©jĂ  la 13Ăšme Ă©dition qui se tiendra du 19 au 31 mai 2020 !

 

   

 

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Compte-rendu, concert. Festival musique à la Ferme. Lançon-de-Provence, ChÚvrerie Honnoré, le 9 juin 2019. Thomas Enhco (piano), Vassilena Serafimova (marimba).

 

   

 

Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor).

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCompte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor). DĂ©sormais bien ancrĂ©e dans le paysage de la citĂ© des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigĂ©e par son fondateur Robert Dewulf, ne propose pas moins de huit concerts de prestige, lors de cette 19e Ă©dition, dans les lieux les plus emblĂ©matiques de la ville : en ce dimanche 28 avril, ce fĂ»t sous les voĂ»tes du trĂšs beau Temple Saint-Martial, pour un concert entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  l’Ɠuvre de Jean-Philippe Rameau, par l’Ensemble Amarillis et le haute-contre français Mathias Vidal.

TENOR EN OR : Mathias Vidal Ă©blouit chez MondonvilleChantant au mĂȘme moment le rĂŽle de Monostatos dans La FlĂ»te enchantĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Mathias Vidal (photo ci-contre) n’a pu proposer que deux cantates, afin de mĂ©nager sa voix pour les reprĂ©sentations parisiennes. Il ne s’est en revanche pas mĂ©nager dans l’exĂ©cution des deux piĂšces, Le Berger fidĂšle puis OrphĂ©e, dans lesquelles il a su distiller tout son art, tĂ©moignant d’une indĂ©niable intelligence du texte, d’une grande distinction et d’une impeccable dĂ©clamation. Le reste du concert a Ă©tĂ© assurĂ© par l’Ensemble Amarillis qui l’accompagnait. Les quatre artistes ont rĂ©galĂ© l’auditoire avec les DeuxiĂšme et CinquiĂšme PiĂšces de clavecin en concert de Rameau. PubliĂ©es par Rameau lui-mĂȘme en 1741, Ă  l’ñge de 58 ans, les PiĂšces de clavecin en concert sont l’unique Ɠuvre de musique de chambre du compositeur dijonnais, qui offre lĂ  une part de modernitĂ© manifeste dans l’écriture et dans l’instrumentation. MĂȘme si « le quatuor y rĂšgne le plus souvent » – selon les propos de Rameau lui-mĂȘme dans son « Avis aux concertants » -, le clavecin (tenu ici par Violaine Cochard) se taille nĂ©anmoins la part belle, laissant son rĂŽle de basse continue pour concerter avec ses acolytes. Les parties de violon assurĂ©es par Alice Pierlot alliĂ©es au hautbois baroque de HĂ©loĂŻse Gaillard sonnent de maniĂšre homogĂšne et sensible, soutenue par la viole de gambe leste de Marianne Muller. DiffĂ©rents caractĂšres animent ces piĂšces, tour Ă  tour sensibles voire nostalgiques, autant de sentiments et atmosphĂšres parfaitement rendus par le quatuor complice, suscitant chez les auditeurs une impression de bien-ĂȘtre, grĂące Ă  leur interprĂ©tation vivifiantes et dĂ©licates Ă  la fois. En bis, ils interprĂštent d’abord la fameuse Ritournelle pour l’entrĂ©e des Incas tirĂ©e des Indes galantes, puis Mathias Vidal les rejoint pour livrer le non moins magnifique air de Michel Lambert « Vos mĂ©pris chaque jour », une piĂšce qui cĂ©lĂšbre le bonheur qu’il y a Ă  souffrir par amour


Lecteurs, Ă  vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison rĂ©unira trois fabuleux artistes : la soprano EugĂ©nie De Mey, le flĂ»tiste Julien Lahaye et le percussionniste Pierre Hamon dans un programme de chansons du Moyen-Ăąge des 12e et 13e siĂšcles, dont le cĂ©lĂšbre « L’on dit qu’Amors est dolce chose… ». Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, la cour du Petit Palais, le dimanche 26 mai (Ă  18h30) !

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Compte-Rendu, CONCERT. Avignon, Temple Saint-Martial, le 28 avril 2019. ƒuvres de Jean-Philippe Rameau. Ensemble Amarillis, Mathias Vidal (tĂ©nor).

Approfondir

VIDEO. Amaryllis et Mathias VIDAL au Festival de Saintes / Programme Rameau (juillet 2015) in reportage exclusif Saintes : “La 3Ăšme gĂ©nĂ©ration d’artistes au Festival de Saintes 2015″

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev.

PletnevCompte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev. La saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, ce n’est pas seulement des concerts assurĂ©s par la prestigieuse phalange monĂ©gasque, c’est aussi de la musique de chambre ou des rĂ©citals assurĂ©s par les plus grands solistes instrumentaux, comme Grigori Sokolov en mars, ou encore le grand chef et pianiste russe MikhaĂŻl Pletnev (cf illustration ci-contre DR). Le vendredi 26 avril, il se livrait Ă  un rĂ©cital solo entiĂšrement consacrĂ© Ă  l’Ɠuvre de SergueĂŻ Rachmaninov, Ă  la Salle Garnier de Monte-Carlo, autrement intime et belle que l’Auditorium Rainier III oĂč se produit majoritairement l’orchestre.

Dernier des grands compositeurs romantiques, encore liĂ© au systĂšme tonal et Ă  un style pianistique alla Chopin (pour son aspect incandescent et passionnĂ©), Rachmaninov peint des impressions fugitives et passagĂšres avec une grĂące et un sens de la plaisanterie assez inĂ©dits. Son Ɠuvre fait preuve d’un grand esthĂ©tisme, associĂ© Ă  une inspiration profondĂ©ment spirituelle, parfois mĂȘme dramatique. En hommage Ă  ce mĂȘme Chopin, et dans un genre oĂč s’illustrĂšrent bien sĂ»r Jean-SĂ©bastien Bach ou encore Mendelssohn, Rachmaninov Ă©crivit vingt-quatre prĂ©ludes pour piano dont la composition s’étale entre 1892 et 1910, le style d’écriture diffĂ©rant beaucoup selon les piĂšces, mĂȘme si le climat reste souvent sombre et mĂ©lancolique. Pletnev a retenu huit d’entre eux, en commençant par le cĂ©lĂšbre opus 3 n°2. On ne peut que louer ici l’aisance technique et le contrĂŽle dans ces PrĂ©ludes – notamment dans ceux particuliĂšrement virtuoses comme ceux de l’opus 23 n°2, 7 ou 8 ou ceux de l’opus 32 n°8 ou 12 – qui ne s’exĂ©cutent jamais au dĂ©triment de la musique. Avec des tempi plutĂŽt amples, un savant dosage dans l’utilisation de la pĂ©dale, et une variĂ©tĂ© de couleurs dans le touchĂ©, le pianiste fait magnifiquement ressortir les mĂ©lodies sans tomber dans la sentimentalitĂ© ou le mauvais goĂ»t. Il entrecoupe les PrĂ©ludes citĂ©s avec d’autres Ɠuvres telles que l’Etude-Tableau opus 39 n°7, dont la section centrale se rĂ©vĂšle ĂȘtre une sorte de marche funĂšbre lugubre avec effets de pluie (selon les volontĂ©s de l’auteur), et qui progresse du gris le plus morne au son chatoyant d’immatĂ©rielles cloches. On citera Ă©galement la Barcarolle et l’Humoresque extraits de ses Morceaux de Salon opus 10, la premiĂšre piĂšce Ă©tant connue pour son dĂ©licat accompagnement arpĂ©gĂ©, et la seconde pour son caractĂšre entraĂźnant et plein d’allant. Notons que les diffĂ©rents morceaux sont jouĂ©s sans que l’artiste ne fasse la moindre pause entre eux, et qu’aprĂšs de brefs saluts, il entonne un seul et unique bis : le cĂ©lĂ©brissime RĂȘve d’amour (Liebestraum) de Franz Liszt, dĂ©livrĂ© avec une incroyable sensualité 

La saison de l’OPMC se poursuit, mais avec du rĂ©pertoire symphonique, et des chefs de la trempe de Kazuki Yamada le 3 mai, Leonard Slatkin le 31 mai ou encore Domingo Hindoyan le 7 juin !

Compte-Rendu, CONCERT. Monaco, Salle Garnier, le 26 avril 2019. RĂ©cital Rachmaninov par MikhaĂŻl Pletnev.

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato
 Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On Ă©tait sorti Ă©bloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- aprĂšs l’exĂ©cution des Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectuĂ© pour le label Erato. Deux ans plus tard, aprĂšs l’incroyable succĂšs de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de rĂ©compenses discographiques Ă  sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’ĂȘtre gravĂ© en public, dans la mĂȘme salle, avec le mĂȘme chef (John Nelson), le mĂȘme orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux hĂ©ros de la premiĂšre captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

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A peine sorti des reprĂ©sentations du Postillon de Lonjumeau Ă  l’OpĂ©ra-Comique (nous y Ă©tions / 30 mars 2019) oĂč il vient de triompher dans le rĂŽle-titre, l’extraordinaire tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres subjugue Ă  nouveau ce soir, en dĂ©pit d’une fatigue perceptible en fin de soirĂ©e, qui l’empĂȘche de dĂ©livrer le redoutable air « Nature immense » avec le mĂȘme incroyable aplomb que tout le reste. On admire nĂ©anmoins chez lui l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la tessiture, un timbre de toute beautĂ©, la perfection de la diction, la suavitĂ© des accents et sa capacitĂ© Ă  passer de la douceur Ă  l’Ă©clat. Il est et reste – Ă  n’en pas douter – LE tĂ©nor berliozien de sa gĂ©nĂ©ration. Apparaissant sur scĂšne dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hĂ©las ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font mĂȘme monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mĂ©ritĂ© qu’elle rĂ©colte au moment des saluts. Quant Ă  la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au mĂȘme niveau que ses partenaires, en composant un magistral MĂ©phisto. Outre le fait de coller admirablement Ă  la vocalitĂ© grandiose requise par le rĂŽle, l’artiste ravit Ă©galement par sa voix somptueusement et puissamment timbrĂ©e, son phrasĂ© incisif et sa musicalitĂ© impeccable, Ă  la ligne scrupuleusement contrĂŽlĂ©e. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiĂ©tant, menaçant, Nicolas Courjal possĂšde beaucoup de charisme, comme il vient Ă©galement de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comĂ©dien qu’il est, renouvelle entiĂšrement ce rĂŽle bref, souvent saccagĂ©es par des voix Ă©puisĂ©es.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien Ă  Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’amĂ©ricain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilitĂ© parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acĂ©rĂ©s et des harpes Ă©thĂ©rĂ©es, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur cĂŽtĂ©, le ChƓur Gulbenkian (dirigĂ© par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin (dirigĂ©s par Luciano Bibiloni) mĂ©ritent eux aussi des Ă©loges sans rĂ©serves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des Ă©tudiants, dĂ©livrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisĂ©s dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angĂ©lique dans l’envolĂ©e finale.

Comme pour Les Troyens, le dĂ©lire gagne la salle aprĂšs de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle rĂ©compense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se dĂ©cide Ă  enfin quitter les lieux
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Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux
 RochĂ© – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 Ă  NANTES

 

 

 

 

 

 

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnÚche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), ThĂ©otime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnĂšche (violon), Louise Pierrard (viole de gamme). Nous avions quittĂ© le jeune et talentueux claveciniste français Justin Taylor aprĂšs un rĂ©cital en solo Ă  Avignon il y a tout juste un an (LIEN), et c’est Ă  la CitĂ© Musicale de Metz que nous le retrouvons, mais cette fois accompagnĂ© de son ensemble Le Consort, qu’il a fondĂ© il y a quatre ans.

Mais avant de retrouver ses trois camarades pour des Sonates en Trio, il dĂ©lecte l’auditoire avec des sonates de Domenico Scarlatti, cheval de bataille de tout claveciniste qui se respecte. RedoutĂ©es des claviĂ©ristes pour leur difficultĂ© inouĂŻe, les 555 Sonates du compositeur italiens surprennent par l’audace de leur Ă©criture et leur insolente virtuositĂ©, et Justin Taylor en a retenu quatre : les Sonates K 32, K 18, K 208 et K 27, qu’il joue entiĂšrement par cƓur, d’un jeu souple et parfaitement ciselĂ©. Les changements de registres sont toujours judicieux, et chacune des notes trouve sa place dans un discours maĂźtrisĂ©, mais dont l’artiste sait souligner l’inventivitĂ©. Il poursuit sa partie solo avec Continuum (1968), de Gyorgy Ligeti, une piĂšce Ă©poustouflante qui joue sur l’impression de prolongation du son grĂące Ă  des notes rĂ©itĂ©rĂ©es Ă  trĂšs vive allure. Justin Taylor en rĂ©ussit les effets, faisant entrer l’auditeur dans une sorte de sidĂ©ration qui va bien au-delĂ  de l’exaltation que fait naĂźtre chez les spectateurs la virtuositĂ© dĂ©ployĂ©e.

C’est aprĂšs cette Ă©tonnante piĂšce qu’arrivent les trois compĂšres de Taylor : ThĂ©otime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnĂšche (violon) et Louise Pierrard (viole de gambe). Didactiques, les jeunes instrumentistes ont chacun un mot (explicatif) pour les Sonates en trio de Corelli, Vivaldi et Dandrieu qu’ils interprĂštent tour Ă  tour, en soulignant qu’ils ont tous un faible pour le mĂ©connu et malaimĂ© Dandrieu. Mais c’est avec la Sonate en Si mineur op2 n°8 d’Arcangelo Corelli qu’ils commencent, et Ă  laquelle il confĂšrent de belles sonoritĂ©s chaudes : les Ă©lans rythmiques y sont une palpitante source de vie, une vie qui jaillit aussi de la Sonate en Sol mineur op1 N°1 d’Antonio Vivaldi qui suit. Les compositions musicales de Jean-François Dandrieu (1682-1738) sont dans la tradition de celles de Couperin et de Rameau, mais Ă  laquelle le français incorpore une certaine italianitĂ©. Forts concentrĂ©s et attentifs, les intentions et places d’archet des deux violonistes se montent prĂ©cis et plein de verve – dans les trois Sonates Sonate en trio en mi mineur op.1 n°6, en la Majeur op.1 n°4, et en sol mineur op.1 n°3 – tandis que le clavecin et la viole de gambe servent de basse continue (ils sont considĂ©rĂ©s comme « un seul » instrument, d’oĂč le terme de Trio alors qu’il sont quatre instrumentistes
). LibĂ©rĂ©s de toute partition (ils jouent tout le concert par cƓur), les quatre jeune musiciens s’échangent des regards complices, ou jouent les yeux fermĂ©s, donnant l’impression qu’ils partagent un moment de musique intime. En bis, ils dĂ©livrent une variation sur La Folia, cette suite mĂ©lodique harmonique aussi cĂ©lĂšbre que simple qui serait arrivĂ©e en Espagne Ă  la fin du 15Ăšme siĂšcle (mais seulement publiĂ©e en 1672 par Lully). Ravi de leur prestation, le public leur fait une fĂȘte Ă  tout rompre.

Compte-Rendu, CONCERT. Metz, Arsenal, le 24 avril 2019. Le Consort : Justin Taylor (clavecin), Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de BardonnÚche (violon), Louise Pierrard (viole de gambe).

Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 av 2019. Quintettes de Brahms. Capuçon, La Marca, Moreau
  

paques festival aix 2019 capucon moreau la marca chilemme concert critique classiquenews annonce critique concertCompte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, RaphaĂ«lle Moreau, GĂ©rard CaussĂ©, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich. Du 13 au 28 avril 2019, la 7Ăšme Ă©dition du Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence continue de s’affirmer haut et fort dans le paysage culturel français : forts de ses 25000 spectateurs l’an passĂ© (contre 14000 spectateurs en 2014, soit prĂšs du double en seulement quatre ans !), les heureux directeurs Dominique Bluzet et Renaud Capuçon espĂšrent battre encore un record de frĂ©quentation lors du cru 2019. Comme pour les prĂ©cĂ©dentes Ă©ditions, le festival affiche grands noms et formations prestigieuses (Wiener Symphoniker, Camerata Salzburg, Staastkapelle Dresden
), mais aussi jeunes et futurs talents (Daniel Lozakovitch, George Li, Andreas Ottensamer) aux cĂŽtĂ©s de gloires consacrĂ©es comme Marek Janowski, Arcadi Volodos, Teodor Currentzis ou encore Michel Corboz


La soirĂ©e du 18 avril, sise dans l’Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, Ă©tait entiĂšrement consacrĂ©e Ă  des Quintettes de Brahms, et rĂ©unissait autour de Renaud Capuçon (et Ă  l’image du festival) jeunes artistes et les deux « MaĂźtres » que sont GĂ©rard CaussĂ© et Nicholas Angelich. Pour les Quintettes Ă  cordes n°1 et n°2 exĂ©cutĂ©s en premiĂšre partie, Renaud Capuçon avait conviĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s ces partenaires privilĂ©giĂ©s que sont pour lui Guillaume Chilemme, GĂ©rard CaussĂ©, Adrien La Marca et Edgar Moreau. Les deux Quintettes Ă  cordes ont Ă©tĂ© composĂ©s Ă  Bad Ischl (oĂč Brahms aimait Ă  venir en villĂ©giature l’étĂ©), et sont assez atypiques dans leur effectif : deux violons, deux altos et un violoncelle), le deuxiĂšme étant sensiblement plus tardif et mĂȘme quasi ultime dans la production brahmsienne. Ces deux Ɠuvres complexes sont jouĂ©es par la bande d’amis avec un parfait Ă©quilibre et une musicalitĂ© digne des plus grands ensembles constituĂ©s. Monument de la musique de chambre, le Quintette avec piano op. 34 - donnĂ© en seconde partie du concert – fut plusieurs fois remaniĂ© par son auteur, qui en avait d’abord fait un quintette avec deux violoncelles, puis une sonate pour deux pianos, avant de lui donner la forme que nous lui connaissons. ExtrĂȘmement rĂ©flĂ©chie et travaillĂ©e, cette partition dĂ©veloppe une pluralitĂ© de thĂšmes et de figures qui la rend parfois difficile d’accĂšs, mais il apparaĂźt dĂšs les premiĂšres mesures que les cinq interprĂštes rĂ©unis ici (Renaud Capuçon, son frĂšre Gautier, RaphaĂ«lle Moreau, GĂ©rard CaussĂ© et Nicholas Angelich) possĂšdent cette capacitĂ© de mise en image, trouvant pour chaque motif le ton juste, tout en marquant les diffĂ©rences avec nettetĂ©, et l’on ne pourra Ă©galement que louer la lĂ©gĂšretĂ© de leur jeu, particuliĂšrement bienvenue dans une Ɠuvre d’une telle densité !

Alors
 Aimez-vous Brahms ? JouĂ© ainsi
 Oui, oui et encore oui ! 

 

 

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Compte-rendu, concert. Aix-en-Provence, le 18 avril 2019. Quintettes de Brahms. Renaud Capuçon, Adrien La Marca, Edgar Moreau, Guillaume Chilemme, Raphaëlle Moreau, Gérard Caussé, Gautier Capuçon, Nicholas Angelich.