CD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019)

Betulia-Liberata-mozart-talens-lyriquesCD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019). Betulia liberata, K. 118 (1771), azione sacra ou drame sacré, est l’oeuvre d’un compositeur de … 15 ans. Etonnante précocité et maturité de Wolfgang, qui y approfondit déjà une hypersensibilité émotionnelle ; la langue est traversé d’éclairs sturm und drang et de formules européennes apprises dans l’esprit de Mannheim (arias fermés da capo empruntés à l’opéra seria). La Betulia est écrite pour le Prince d’Aragon à Padoue, mais n’y fut probablement jamais donnée. Vivaldi avait déjà traité le sujet de la juive Judith, décapitant le général assyrien Holopherne afin de libérer Béthulie. Les Talens Lyriques sculptent la matière dramatique de l’oratorio avec toute l’expressivité requise, et les solistes savent caractériser chaque profil du Livre de Judith (Ancien Testament) : le gouverneur Ozias, la noble Amital, et la voluptueuse Judith (convaincante Teresa Iervolino), visage exalté, passionné et bras armé, victorieux des Israélites contre l’Assyrien. Les instrumentistes éclairent cette évolution majeure dans l’écriture mozartienne qui propre aux années 1770 « préclassiques », réalisent les premiers opéras ciselés, menant d’ Ascanio in Alba (Milan, oct 1771) au déjà romantique et très goéthéen Lucio Silla (mars 1774, contemporain des Souffrances du jeune Werther). A travers les types bibliques, Wolfgang devient Mozart, peintre unique du cÅ“ur humain, vertiges et passions, mais ici fortement individualisés selon la capacité spécifique de chaque chanteur avec lequel il travaille et sait s’accorder. Lecture prenante qui s’appuie sur une distribution très homogène et crédible. + d’infos sur le site des Talens Lyriques : https://www.lestalenslyriques.com/discographie/betulia-liberata/ – parution : 25 sept 2020.

Compte rendu, critique, opéra. SALZBOURG, le 1er août 2020. Strauss : Elektra. Welser- Möst / Warlikowski

Compte rendu, critique, opéra. SALZBOURG, le 1er août 2020. Strauss : Elektra. Welser- Möst / Warlikowski. Toute l’action se déroule au bord d’une piscine ; d’un saunatorium, à l’écart du palais des Atrides. L’eau glacée de la vengeance : Pour Warlikowski, Elektra demeure la proie dépassée, débordée d’un trop plein de haine vengeresse : comment laver la souillure propagée par l’assassinat de son père Agamemnon ; crime commis par sa mère Clytemnestre, aidée de son amant Egiste. Quand Elektra plonge sa main dans l’eau du bassin royal, le désir de pureté doit s’accomplir. Quête radicale, irrépressible, …

 
 

 
 

Volcan orchestral et lave vocale

Pour son centenaire, Salzbourg réussit sa nouvelle production d’Elektra

 

 

Salzbourg 2020 : Somptueuse Elektra pour le centenaire

 

 

Eau pure contre sang versé. L’idée est juste, mais pourquoi encore et toujours nous infliger un monologue parlé, récité de Clytemnestre avant l’action lyrique ? Le metteur en scène polonais délivre sans pudeur ses propres tourments obsessionnels quitte à rompre le fil musical et tuer l’impact du chant lyrique. Strauss et Hofmannsthal (2 cofondateurs du Festival de Salzbourg en 1922) n’auraient certes pas apprécié cette incursion du théâtre parlé (et surtout hurlé) dans l’opéra, genre total qui se suffit à lui-même. D’autant que le théâtreux ajoute encore et toujours ses images vidéos, censées expliciter les relations (incestueuses ou sadomaso) entre les personnages. Mais la vraie folle ici est bien la mère (Clytemnestre) plutôt que la fille… De même, à la quasi fin de l’action, Warlikowski répète encore, insiste toujours, assène jusqu’à l’écœurement visuel (l’immense giclée de sang quand sont tués Clytemnestre et Egiste puis la nuée de mouches volantes). Il est comme cela : trivial ; et volontiers redondant plagiant la musique qui elle est un volcan d’une force inouïe.

Dans le premier quart d’heure, Elektra est raillée et diabolisée par les suivantes de la cour mycénienne. Sa haine affichée suscite l’ironie cynique des unes, la détestation d’une mère aigre, quand seule sa soeur Chrysotémis admire sa loyauté au père… Puis seule Elektra exprime sa profonde solitude impuissante, l’impossibilité pourtant de laisser le meurtre de son père Agamemnon, impuni. « Agamemnon, père où es-tu? ». La vision du sang versé l’obsède jusqu’à la folie : Ausrine Stundyte habite le personnage avec une clarté qui foudroie, un chant halluciné, âpre et tendu qui prend appui sur les vertiges et crispations d’un orchestre complice qui danse et trépigne, quand la fille enfin victorieuse s’imagine après avoir tué la mère vicieuse et sanguinaire, danser sur la tombe de son père vengé (somptueuse plasticité des Wierner Philharmoniker et direction contrastée, détaillée, ardente de Franz Welser-Möst, lequel confirme ses affinités straussiennes). Plus légère, Chrysotémis (parfaite Asmik Grigorian, plus insouciante, plus légère) parvient à peine à contenir la rage furieuse de sa soeur Electre : elle n’a pas sa force morale ni son courage. Car leur frère Oreste, exilé, se fait attendre… Celui ci trouve dans le baryton Derek Welton, un chant aussi profond et pénétrant, actif et vengeur que sa sœur. C’est lui l’étranger (et pourtant de la maison) qui vengera le crime…

La Clytemnestre, maladive insomniaque, supersitieuse médicalisée, qui cauchemarde (Warlikowski montre tout cela avec un cynisme minutieux) affecte d’être victime… de sa propre fille dont elle fait cette « ortie »rebutante, ingrate et barbare (honnête Tanja A. Baumgartner à la vocalité fauve de louve qui se tortille). La mère, adepte aux rites et aux magies sanglantes, est une charogne qui sait trop la force divine qui habite la juste Electre.
Tissu psychédélique, en tensions et convulsions psychologiques, l’Orchestre fait jaillir la sauvagerie des pulsions de chaque protagoniste, toutes les énergies qui les submergent ; il exprime les obsessions de la fille (le regard du père assassiné) ; son dessein surtout : tuer sa mère ; puis les obsessions de la mère (son rêve / cauchemar en charogne dont la moelle s’épuise : « je ne veux plus rêver »)… son besoin de faire saigner une nouvelle victime pour retrouver le sommeil. Ainsi dans cette version s’affirme comme un roc la claire détermination d’Elektra : elle réfute ce qu’on lui dit (quand Chysotémis annonce la mort d’Oreste, « écrasé par ses propres chevaux ») ; face à sa mère dont elle ne souhaite qu’une chose : sa mort. Et celle de son amant Egiste. Plus radicale face à Chrysotémis qui lui résiste : Elektra n’accepte pas que sa sœur refuse de tuer avec elle, les assassins de leur père : elle maudit Chrysotémis. A travers l’orchestre, l’écriture de Strauss offre l’étendard sonore et sanguinaire de la tragédie grec antique. A coups d’archets nets et précis, d’éclats mordants, le corps instrumental sculpte la matière incandescente

Quand paraît Oreste… surgit la séquence la plus bouleversante : le frère et la soeur se reconnaissent ; deux décalés, solitaires qui s’ignorent d’abord puis comprennent que leur sort est lié… pour venger leur père. L’Orchestre dit alors toute la souffrance qui les submerge et les aimante ( à 1h20) : « Oreste, Oreste, Oreste ! Tout est calme »… fugace accalmie dans un torrent de barbarie familiale. Elektra exprime ce renoncement à sa liberté de femme car le destin de la vengeance doit consumer son être. Très juste et naturel, Derek Welton parfait, dans le texte, submergé par son destin et la tragédie qui le frappe comme sa sœur.

Il y a déjà dans les convulsions voluptueuses de l’Orchestre d’Elektra toute la charge vénéneuse et chaotique de la danse de Salomé à venir. La fin pour Electre est sans ambiguïté : elle est danse de mort et Oreste porte lui aussi le poids de son crime : apeuré et fuyant à la fin du drame, il erre comme un lion solitaire dans la nuit de la salle salzbourgeoise. Vocalement et orchestralement, la production est superbe. Le trio de la fratrie : Elektra, Chrysothémis, Oreste, très convaincant. Voilà qui marque le centenaire du Festival autrichien, sa ténacité estivale malgré la crise sanitaire.

 

  

 
 

 
Photo © SF / Bernd Uhlig / Salzburg Festspiele 2020

________________________________________________________________________________________________

OPERA INTEGRAL EN REPLAY  jusqu’au 30 octobre 2020 sur Arte tv :
https://www.arte.tv/fr/videos/098928-000-A/elektra-de-richard-strauss/

TEASER ELEKTRA Salzbourg 2020
https://www.salzburgerfestspiele.at/en/p/elektra#&gid=1&pid=1

 

  

 
 

 

Livre événement, critique. ALEXANDRE BORODINE par André Lischke (Bleu Nuit éditeur)

BORODINE-andre-lischke-bio-bleu-nuit-editeur-critique-analyse-classiquenewsLivre événement : BORODINE par André Lischke (Bleu Nuit éditeur). Excellente bio dédiée à l’un des plus importants membres du « Groupe des Cinq », fondateur (avec ses pairs) de la musique symphonique russe, sans omettre la musique de chambre : Alexandre Borodine (1833 – 1887) a su mêler en un équilibre puissant et solaire les trois influences majeures en Russie : l’identité slave, l’orientalisme, la musique occidentale, celle des germaniques Schumann et surtout dans son cas, Mendelssohn (comme l’atteste sa Première Symphonie). Mort jeune, auteur lent et finalement rare, Borodine fut surtout un… chimiste, reconnu dont l’activité comme compositeur devait s’accommoder d’une vie scientifique déjà bien remplie et plutôt prenante. Une partition symbolisme ce travail réalisé par séquences : l’opéra Prince Igor dont une juste « reconstitution » attend toujours d’être produite sur scène : allégée au plus juste dans les orchestrations de Rimsky et de Glazounov ; complétée aussi en réalisant enfin les volontés et les idées de l’auteur, mort en laissant un ouvrage inachevé et qui souvent est représenté sans respecter l’ordre originel des actes, tel que le souhaitait Borodine; l’homme est portraituré avec détails : généreux, attentif aux autres, pondérés ; mais un faux colosse en vérité, à la santé fragile dont cependant l’écriture cinématographique et structurellement bien charpentée (comme Sibelius) laisse un catalogue réduit mais décisif. L’auteur comble bien des lacunes : la relation de Borodine et de Liszt (alors maître à Weimar et particulièrement admiratif de sa manière originale), sa conception de l’opéra et de l’écriture lyrique (des tableaux et des numéros plutôt que le flux continu wagnérien), la protection de la comtesse Mercy-CLIC D'OR macaron 200Argenteau, la jalousie de son épouse Ekaterina (pianiste tuberculeuse à la santé tout aussi fragile), la place première de son mentor Balakirev, l’appui du riche industriel Beliaev qui fonde le groupe Beliaev (début des années 1880), prolongeant d’une certaine façon la riche émulation du groupe des 5 en son temps… Dans l’attente de la traduction en français du texte biographique majeur édité par Serge Dianin (mais en russe et traduit en anglais, 1963), la bio complète éditée par Bleu Nuit éditeur est un incontournable.

Livre ̩v̩nement, critique. ALEXANDRE BORODINE par Andr̩ Lischke (Bleu Nuit ̩diteur, collection Horizons, ̩dition r̩vis̩e) РISBN : 978 2 35884 095 8. Parution : mai 2020.

 

CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)

MILLER-luisa-marina-rebeka-opera-review-critique-classiquenews-luisa-millerCD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017) – Luisa Miller, opéra noir, opéra nocturne emporte les âmes les plus pures dans la soie de la mort dont le tragique les sublime, tels Roméo et Juliette. Pourtant l’ouvrage créé à Naples en déc 1849, n’a pas été inspiré par Shakespeare mais par le ténébreux Schiller (et son drame à l’encre noir « Kabale und Liebe », de 1784) : Salvatore Cammarano déjà employé pour Alzira et La Bataille de Legnano, adapte pour Verdi, la tragédie de Schiller. Rodolfo et Luisa incarnent deux êtres de lumière dans la fosse noire des manipulations et calculs les plus ineptes, ceux des 3 voix viriles : Miller, Walter, Wurm). Déjà dans le caractère pur, angélique mais ardent presque incandescent de Luisa, brillent ce que seront après elle les Leonora du Trouvère, Gilda de Rigoletto et surtout Violetta de La Traviata : le superbe duo père / fille, Miller / Luisa de l’acte III (« Pallida, mesta sei! ») annonce ce que seront bientôt les sublimes confrontations / effusions du père pour sa fille…

Malgré des tempi par toujours très heureux, souvent trop ralentis, le chef caractérise la partition orchestrale des couleurs, bois et vents, d’une ivresse suave réjouissante (le Münchner Rundfunkorchester est un bon orchestre en fosse). Dans le cast, brille le tempérament éperdu, lumineux de la Luisa de Marina Rebeka, gemme rayonnant, à la fois intense et d’une finesse d’intonation très touchante : son medium corsé donne une chair véritablement tragique au personnage que ses consoeurs fragilisent sans nuances : on comprend bien que cette apparente « dureté » de la voix agaceront les plus pointilleux ; mais cette Luisa ne manque ni de fièvre ni de passion. Ses partenaires n’ont guère de défauts, à commencer par le père George Petean (baryton verdien proche de l’idéal : tendre, sobre, phrasé), et dans une moindre mesure l’amant fidèle Ivan Magrí (Rodolfo, à la ligne souvent instable et parfois forcée), tandis que Ante Jerkunica trouve la couleur diabolique de l’infect Wurm. Voici qui confirme la justesse dramatique de la diva Marina Rebeka, voix puissante et ciselée, vrai tempérament expressif et tragique, d’une idéale vibration dans les opéras verdiens.

_________________________________________________________________________________________________

CD, critique. VERDI : LUISA MILLER (Rebeka, Petean / I Repusic (2 cd BR klassik, Munich sept 2017)   –   Marina Rebeka (Luisa), Georg Petean (Miller), Corinna Scheurle (Laura), Judit Kutasi (Federica), Ivan Magri (Rodolfo), Bernhardt Schneider (Un paysan), Marko Mimica (Walter), Ante Jerkunica (Wurm), Münchner Rundfunkorchester, ChÅ“ur de la Radio bavaroise / Ivan Repusic, direction (live, 2017).CD BR Klassic 900323.

_________________________________________________________________________________________________

RADIO. Sélection de la rentrée 2020

RADIO. Sélection de la rentrée 2020… Classiquenews sélectionne ici les programmes à ne pas manquer sur les ondes. Opéras, concerts symphoniques, plateaux éclectiques, retrouvez ci dessous les programmes incontournables à écouter dès la rentrée 2020 et bien après…

________________________________________________________________________________________________

 Dim 27 sept 2020, 16h
Tribune des critiques de disques : STABAT MATER de POULENC
Quelle est la meilleure version enregistrée ? Ecoute comparative…

 

Ven 11 sept 2020, 21h.
Musiques en Fête ! en direct d’Orange sur France Musique et France 3

Malgré le contexte sanitaire, voici une soirée musicale inédite avec des artistes en live destinée au plus grand nombre. Présentée par Cyril Féraud (entre autres), cette 10e édition de « Musiques en fête » réunit un plateau de chanteurs pour un mixte de genres mêlés : airs d’opéra, d’opérette, de comédies musicales, ainsi que des musiques traditionnelles et des chansons françaises…
Les mélodies de Verdi, Donizetti, Bellini s’associent aux airs cultes : “Oh happy day !”, “Calling you”, “La Mélodie du bonheur”, interprétés en direct sur France 3 et sur France Musique, depuis la scène du théâtre antique d’Orange.
Se succédent ainsi sur scène Florian Sempey, Thomas Bettinger, Claudio Capeo, Sara Blanch Freixes, Jérôme Boutillier, Alexandre Duhamel, Julien Dran, Julie Fuchs, Thomas Bettinger, Mélodie Louledjian, Patrizia Ciofi, Fabienne Conrad, Marina Viotti, Florian Laconi, Amélie Robins, Béatrice Uria-Monzon, Marc Laho, Jeanne Gérard, Anandha Seethaneen, Jean Teitgen. Avec l’Orchestre national de Montpellier Occitanie. Le Chœur de l’Opéra de Monte Carlo, Chef de chœur : Stefano Visconti. La Maîtrise des Bouches-du-Rhône. Les élèves des classes CHAM du collège de Vaison la Romaine. Chorégraphies de Stéphane Jarny.
Puis les jeunes talents de Pop the Opera, réunissant une centaine de collégiens et de lycéens issus d’établissements scolaires de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, interprètent plusieurs chansons cultes.

PROGRAMME

Georges Bizet : Carmen
Giacomo Puccini : Nessun dorma, ext. de Turandot (Act.III)

Charles Trenet
Paul Misraki
Je chante

Charles Gounod
Je veux vivre РAriette, ext. de Rom̩o et Juliette

Giuseppe Verdi
Di geloso amor sprezzato, ext. de Le Trouvère (Act.I, Sc.15)

Michel Polnareff
On ira tous au paradis
Hommage à Jean-Loup Dabadie, auteur

Gaetano Donizetti
Io son ricco e tu sei bella (Barcaruola), ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.3)
Una furtiva lagrima, ext. de L’ Elisir d’amore (Act.II, Sc.12)

Jules Massenet
Profitons bien de la jeunesse, ext. de Manon (Act.III, Sc.10)

Abba : Björn Ulvaeus, Benny Andersson, Stig Anderson Dancing Queen

Bella ciao (Hymne des Partisans italiens)

Anonyme
Paul Misraki

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?
ext. de la BO du film Feux de joie de Jacques Houssin

Pop the Opera : collégiens et lycéens de la région académique Provence-Alpes-Côte-d’azur

Giacomo Puccini
E lucevan le stelle, romance – ext. de Tosca (Act.III, Sc.3)

Giuseppe Verdi
Carlo vive ? , ext. de I masnadieri (“Les Brigands”)
Mélody Louledjian, soprano, Amalia

Di provenza il mar il suol, ext. de La Traviata (Act.II, Sc.13)
Jérôme Boutillier, baryton

Lucio Battisti
E penso a te
Claudio Capeo, chant

Giuseppe Verdi
O Carlo ascolta, ext. de Don Carlo (Act.III, Sc.9)
Pace pace mio Dio, ext. de La forza del destino (“La force du Destin”) – Act.IV Sc.5

Richard Rodgers
Do-Re-Mi (Do le do), ext. de La Mélodie du bonheur
Elèves des classes CHAM du collège de Vaison la Romaine

Traditionnel Tsigane de Russie
Medley “Les trois ténors” : Les Yeux noirs (“Otchi tchornye”), Cielito lindo, O sole mio (“mon soleil »)

Gaetano Donizetti
Deh! tu di un umile preghiera, ext. de Maria Stuarda (Act.III, Sc.14)
Cruda funesta smania, ext. de Lucia di Lammermoor (Act.I, Sc.4)

John Kander
Cabaret
Isabelle Georges, chant

Gioacchino Rossini
La calunnia e un venticello, ext de Le barbier de Séville (” Il Barbiere di Siviglia”) – Act.I Sc.16 Non piu mesta, ext. de La Cenerentola
Marina Viotti, mezzo-soprano, Angelina dite La Cenerentola

The Edwin Hawkins Singers
Oh Happy Day
Choeur de Gospel

Pablo Sorozábal
No puede se, ext. de la zarzuela “La tabernera del puerto »

Vincenzo Bellini
La tremenda ultrice spada, ext. de
Les Capulets et les Montaigus (“I Capuleti e i Montecchi”) – Act.I
Héloïse Mas, mezzo-soprano

Gaetano Donizetti
O luce di quest’anima, ext. de Linda di Chamounix (Act.I, Sc.10)

Louis Ganne
C’est l’amour, ext. de Les Saltimbanques
Julie Fuchs, soprano, Suzanne
Florian Sempey, baryton, Grand-Pingouin

Bob Telson
Calling You
Ext. de la BO du film américano-allemand réalisé par Percy Adlon
Anandha Seethaneen, chant, membre du gospel “Oh happy day »

Vincenzo Bellini
Ah! non giunge uman pensiero, ext. de La Sonnambula (Act.II, Sc.14)
Amélie Robins, soprano, Amina

Deh! non volerli vittime, ext. de Norma (Act.II, Sc.18)
Fabienne Conrad, soprano, Norma
Marc Laho, ténor, Pollione

Franz Schubert
Ave Maria (Ellens Gesang III, Hymne an die Jungfrau D 839 op. 52 n°6)
Sara Blanch Freixes, soprano

Maîtrise des Bouches-du-Rhone
Ivan Petrovitch Larionov
Kalinka (“Petite baie”)
Florian Laconi, ténor
Direction : Didier Benetti

Giuseppe Verdi
Schiudi inferno inghiotti, ext. de Macbeth (Act.I, Sc.11)
Alexandre Duhamel, baryton
Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano
Jean Teitgen, baryton
Thomas Bettinger, ténor
Jeanne Gérard, soprano

Libiamo nè lieti calici, ext. de La Traviata (Act.I, Sc.3)
Patrizia Ciofi, soprano, Violetta
Julien Dran, ténor, Alfredo Germont

Choeur de l’Opéra de Monte-Carlo dirigé par Stefano Visconti
Orchestre National de Montpellier Occitanie
Direction : Luciano Acocella

________________________________________________________________________________________________

Mardi 8 sept 2020, 20h. HAENDEL : Le Messie.
Concert donné le 10 juin 2019 en l’Abbaye de Melk dans le cadre du Festival International de Journées de musique baroque de Melk
Georg Friedrich Haendel
Le Messie HWV 56
Oratorio pour solistes, choeur et orchestre en trois parties sur un livret de Charles Jennens d’après des textes bibliques
Charles Jennens, librettiste
Giulia Semenzato, soprano
Terry Wey, contre-ténor
Michael Schade, ténor
Christopher Maltman, basse
Wiener Singakademie
Concentus Musicus de Vienne
Direction : Daniel Harding

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

Dim 6 sept 2020, 16h. PUCCINI : TURANDOT.
Tribune des critiques de disques.Quelle meilleure version au disque de l’ultime opéra de Giacomo Puccini ? Quelle chanteuse a le mieux incarné la princesse frigide aux 3 énigmes ?…

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

Sam 5 sept 2020, 20h. HAENDEL : Agrippina
20h – 23h Samedi à l’opéra / opéra donné le 11 octobre 2019 au Royal Opera House de Londres.

Georg Friedrich Haendel
Agrippina HWV 6
Opera seria en trois actes sur un livret de Vincenzo Grimani, crée le 26 décembre 1709 au Teatro San Giovanni Grisostomo de Venise.
Vincenzo Grimani, librettiste
Joyce Di Donato, mezzo-soprano, Agrippina
Franco Fagioli, contre-ténor, Néron, fils d’Agrippina
Lucy Crowe,soprano, Poppea
Iestyn Davies, contre-ténor, Ottone
Gianluca Buratto, basse, Claudio, Empereur romain
Andrea Mastroni, basse, Pallante
Eric Jurenas, contre-ténor, Narciso
José Coca Loza, basse, Lesbo
Orchestre du Siècle des Lumières
Direction : Maxim Emelyanychev
________________________________________________________________________________________________

 

 

opera-garnier-apollon-lyreLe 14 juillet 2020, 19h30 en direct : gala spécial. DUKAS, FAURE, SAINT-SAENS, R STRAUSS, MOZART. En hommage au dévouement et au courage du personnel soignant et de tous ceux qui ont œuvré en faveur de la collectivité au cours des derniers mois, l’Opéra national de Paris organise deux concerts exceptionnels au Palais Garnier, les 13 et 14 juillet 2020. France Musique diffuse en direct le programme du 14 juillet, fête nationale. Fanfares préliminaires, séquence chorale, enfin scène d’opéra (Mozart), puis conclusion symphonique (la Jupiter et sa rayonnante vitalité)… En direct les 13 et 14 juillet sur la page facebook et Youtube de l’Opéra national de Paris. 1h30 sans entracte

Paul Dukas : Fanfare
pour précéder “La Péri »

Richard Strauss : Feierlicher Einzug
(Einzug der Ritter des Jo-hanniterordens), TrV 224

Gabriel Fauré : Madrigal op. 35
Camille Saint-Saëns: Calme des nuits op. 68 n° 1

MOZART : Le Nozze di Figaro
Ouverture
Hai già vinta la causa »
“”Deh vieni non tardar »
Crudel ! Perché finora farmi languir così ?
Symphonie n° 41, “Jupiter” en ut majeur (K 551)

Avec Julie Fuchs, Stéphane Degout, aux côtés de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris sous la direction de Philippe Jordan et des Chœurs de l’Opéra national de Paris sous la direction de José Luis Basso. Le 14 juillet en direct du Palais Garnier à PARIS.

CHAINE YOUTUBE de l’Opéra national de Paris
https://www.youtube.com/user/operanationaldeparis
________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

Cd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, 2019)

hirose-etsuko-piano-moszkowski-piano-cd-review-critique-classiquenews-280-finalCd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, 2019) – Martha Argerich ne s’est pas trompée en lui remettant le premier prix de sa compétition en 1999 : élégance, style, musicalité, et surtout, qualité rare, mesure et nuances : la japonaise née à Nagoya, Etsuko Hirose réalise dans ce récital Moszkowski un somptueux parcours romantique et post romantique où ensorcèlent sa science allusive, son toucher de velours, sa technique magistrale, une intelligence expressive superlative …capables de faire surgir de l’ombre, l’essence enivrée, extatique des pièces choisies (vertigineux « Caprice espagnol » ; Isoldens Tod / Mort d’Isolde, publiée en 1924, dédicace à Busoni, ici idéalement exprimée, vraie esquisse de l’ombre dans l’ombre).

 

 

Sur les pas du magicien Moszkowski
Etsuko HIROSE captive et ensorcèle…

 

 

Soucieuse du détail, des infimes nuances, Hirose suit les pas de son prédécesseur polonais Moritz Moszkowski (1854 – 1925), pianiste virtuose dès ses 19 ans à Berlin, célébré pour sa pudeur et son esprit suggestif à la Chopin, mais aussi violoniste et chef d’orchestre. A Paris, il épouse la sÅ“ur de Cécile Cheminade, Henriette (1884) : l’union ne durera pas plus de 8 ans, soldée par un divorce en 1892.

moszkowski-moritz-piano-etsuko-irose-cd-review-cd-critique-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-pianoComme compositeur, le plus parisien des Polonais (comme Chopin), Moszkowski déploie une sensibilité qui revivifie la grande leçon de Liszt (avec lequel il joua et qui l’admirait) mais avec un surcroît d’âme et d’intériorité (Valse opus 34 d’ouverture ; la somptueuse Etude opus 72-13…). En acrobate et poétesse, à l’imagination ciselée, Etsuko Hirose sait faire scintiller chaque accent, l’inscrivant dans une architecture mélodique et harmonique idéalement structurée ; aucun effet démonstratif ici, mais l’éclosion et l’essor d’une virtuosité naturelle qui chante et parle (écoutez enchaînés : les caprices de « Guitare » opus 45-2 ; la cadence frénétique et souple du déjà cité « Caprice espagnol » opus 37), sertie de couleurs intimes énoncées précisément et sans heurts (flexibilité jaillissante et océane de « En automne »), sachant caractériser sans épaisseur (marche noble de la Polonaise opus 17-1).
CLIC D'OR macaron 200La pianiste a bien raison d’inscrire les œuvres du Polonais mort à Paris, qu’il s’agisse de transcriptions ou d’oeuvres originelles : elle en cristallise la passion romantique et aussi dans un jeu articulé et sobre, l’éloquence intérieure. Serguei Rachmaninoff ou Vladimir Horowitz choisissaient eux aussi Moszkowski pour compléter leur récital ; de sorte qu’à travers ses choix et filiations, Etsuko Hirose s’inscrit elle-même dans une tradition prestigieuse du clavier, une certaine conception sonore et esthétique qui est celle des plus grands pianistes poètes (transcription de Carmen de Bizet, riche d’arrières plans et contre chants superbement agencés dans un sentiment d’urgence et de finesse). Magistral, donc CLIC de classiquenews du printemps 2020.

_________________________________________________________________________________________________

Cd, critique.. MOSZOWSKI / Etsuko Hirose, piano (1 cd dana cord, – enregistré à PARIS, oct et nov 2019 – piano grand concert Bechstein) – CLIC de CLASSIQUENEWS – prise de son détaillée avec relief et profondeur.

 

 

CORONAVIRUS : le secteur du spectacle classique très durement frappé

virus-covid-coronavirus-2020CORONAVIRUS : annulations, reports… le secteur des spectacles classiques durement touché. Dans son communiqué daté du 11 mars, le collectif Forces musicales (syndicat professionnel des théâtres d’opéras et des orchestres) exprime ses grandes inquiétudes après les mesures de restriction visant la jauge des salles, déplorant déjà 100 000 billets à rembourser ; et l’Opéra National de Paris annonce l’annulation de ses productions lyriques et chorégraphiques de mars et avril… Des informations bien peu rassurantes au moment où le Président de la République s’adresse ce soir à la Nation…

________________________________________________________________________________________________

Communiqué de Forces Musicales :

« Les maisons d’opéra et orchestres permanents subissent très directement l’interdiction annoncée en début de semaine des rassemblements de plus de 1000 personnes

Impliquant de nombreuses annulations ou des réductions de jauge drastiques, les mesures prises génèrent des pertes considérables à un moment stratégique de notre activité (cœur de saison et annonce de la prochaine), sans compter les pertes de réservations pour les spectacles à venir.
À ce jour, alors que les premières mesures sont prises pour se conformer à ces restrictions, nous pouvons déjà constater que plus de 100 000 billets sont à rembourser !

La continuité de notre activité est également menacée par les restrictions touchant à la mobilité internationale des artistes, essentielle aux activités lyrique et symphonique.
De nombreuses annulations risquent de s’imposer à nos maisons avec des conséquences pouvant conduire très rapidement vers des situations d’activité partielle et de chômage technique.

Déjà en forte tension du fait de la stagnation des financements publics et des crises antérieures, nos budgets ne sont pas en mesure de supporter les pertes immédiates, ni les manques à gagner à venir.

Au moment de mobiliser des moyens exceptionnels, nous appelons le gouvernement à prendre en considération notre secteur. Il en va de la pérennité de nos activités et de l’emploi des artistes et des personnels qui travaillent dans nos structures ».

________________________________________________________________________________________________

Communiqué de l’Opéra de Paris :

Pour faire suite à l’arrêté du 9 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus Covid-19, dont l’interdiction jusqu’au 15 avril des rassemblements publics de plus de 1 000 personnes, l’Opéra National de Paris adresse ce communiqué de presse daté du 11 mars :

« En application de l’arrêté du 9 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus Covid-19, dont l’interdiction jusqu’au 15 avril des rassemblements publics de plus de 1 000 personnes, l’Opéra national de Paris a pris la décision d’annuler toutes les représentations des productions suivantes :

Manon, du 13 mars au 10 avril à l’Opéra Bastille
George Balanchine, du 12 mars au 1er avril à l’Opéra Bastille
Le spectacle de l’Ecole de Danse, du 25 au 30 mars au Palais Garnier
Don Giovanni, du 21 mars au 24 avril au Palais Garnier

Les spectateurs ayant des places pour ces spectacles seront remboursés.

Les représentations prévues à l’Amphithéâtre (500 places) et au Studio (230 places) de l’Opéra Bastille sont maintenues, de même que les visites des espaces publics du Palais Garnier.

L’Opéra national de Paris espère avoir la possibilité de présenter au public les nouvelles productions, actuellement en répétition, de L’Or du Rhin, de La Walkyrie et des spectacles de ballet d’Alan Lucien Oyen et de Mayerling.
La direction de l’Opéra national de Paris communiquera à ce sujet au vu de l’évolution de la situation. »

________________________________________________________________________________________________

 

Toutes les infos sur le CORONAVIRUS : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus

 

A SAANEN, Hilary HAHN joue les Concertos de JS BACH

hahn-hilary-violon-concert-classiquenews-GSTAAD-saanen-2019-classiquenews-critique-concert-review-concertARTE. Dim 15 mars 2020, 19h. Hilary HAHN joue JS BACH. En complicité avec la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême, la violoniste américaine Hilary Hahn joue les Concertos pour violon en la mineur et en mi majeur de J-S Bach. Les deux partitions accompagnent la violoniste depuis ses débuts. La soliste relève le défi sous la voûte de l’église rustique de Saanen : un haut lieu de musique et de partage depuis qu’en 1957, l’illustre et légendaire Yehudi Menuhin y offrait les premiers concerts qui allaient devenir le noyau du GSTAAD MENUHIN Festival, à présent 1er festival de musique classique en Suisse. La voûte en bois offre une acoustique exceptionnelle qui se prête aux concerts de musique de chambre comme de musique concertante… Au programme : «Concerto pour violon», en la mineur, BWV 1041, de Bach ; «Concerto pour violon», en mi majeur, BWV 1042, de Bach. Durée : 45 mn.

 

Programme

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Choral «Kyrie, Gott Vater in Ewigkeit» / «Nun lob, mein Seel, den Herren» (sung by the orchestra).
Violin Concerto in A Minor, BWV 1041.
Choral «Es ist genug» / «Verleih uns Frieden gnädiglich» / «Christ lag in Todesbanden».
Violin Concerto in E Major, BWV 1042 (15′).

Hilary Hahn, violon
Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Omer Meir Wellber, Harpsichord & direction

______________________________

VIDÉO
sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL où a été présenté ce programme réjouissant (été 2019), visionner l’entretien à deux de Hilary Hahn et Omer Meir à propos de BACH
https://www.gstaaddigitalfestival.ch/video/hilary-hahn-and-omer-meir-wellber-talk-about-bach/

CD, événement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical, 2018)

SCHUBERT HOLLIGER 4 et 6 D417 et D589 SONY classical critique cd review classiquenewsCD, événement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical, 2018)  -  Quand Schubert (20 ans) tente de percer sur la scène viennoise, Rossini (30 ans) règne sans partage : les Viennois ayant toujours, depuis le XVIIè marqué leur préférence pour les Italiens : ils applaudissent Tancredi (1816-1818). Le Viennois emprunte ainsi à son ainé, une séduction mélodique, des accents rythmiques, un entrain qui façonne l’Ouverture, dans le style italien, D 590. Heinz Holliger, musicien émérite, instrumentiste ciselé témoigne ici d’un réel sens instrumental, conférant à l’Ouverture rossinienne et aussi à la Symphonie n°6 (écrite à 21 ans en 1818), leur allant jovial, brillant et vivace, exprimant aussi cette détermination beethovénienne, mais toujours dans un sens dansant. La D 589 est dite Grande Symphonie, et annonce directement la somptueuse D 944, aux dimensions prébrucknériennes. La 6è exprime un bouillonnement d’idées, à peine développées, où rayonne le tapis scintillant des cordes, et surtout le caquetage virtuose, vif argent des bois, d’une exceptionnelle pétulance.

La Symphonie n°4 dite « tragique », D417, restituée ici dans son urgence et sa vitalité première, est plus intéressante encore car son premier mouvement intègre un nouvel élément, plus vif et nerveux, voire frénétique avec des éclairs rythmiques mordants qui indiquent clairement une intranquillité angoissée (Allegro vivace), et une trépidation rythmique (tutti secs scandés au début du 3è mouvement Menuetto) dans l’esprit de la 5è de Beethoven. Cette fougue nouvelle qui semble unir le comique et le tragique, comme la danse d’un Arlequin insatisfait, marque la spécificité d’un Schubert remarquablement juste. La permanence du changement et de la métamorphose est au centre de cette esthétique, probable influence des écrits de Matthäus von Collin, proche de Schubert. L’ultime Allegro exprime au plus haut point cette énergie devenue incandescence, sur un tempo des plus enlevé et oxygéné.

CLIC_macaron_2014Les instrumentistes du Kammerorchester Basel savent détailler les timbres, assurer une tension permanente, avec un sens dramatique digne d’un opéra, sans omettre la pulsion énergique souveraine. L’équilibre du chef entre précision, clarté, tension expressive assure à cette lecture une incontestable réussite. D’autant que la sonorité et le format sonore écartent toute épaisseur. Voilà qui éclaire dans la suite d’un Claudio Abaddo (remarquable lecture des symphonies ultimes, 8 et 9 chez DG), la singularité profonde de Schubert sur la scène orchestrale, pourtant ainsi écrasé entre Rossini et Beethoven. D’ailleurs, lui-même ne put jamais écouter ses œuvres symphoniques car le premier concert jouant ses œuvres remonte à déc 1828 (Redoutensaal), soit un mois après sa mort… Est ce une intégrale du Schubert symphoniste ? On le souhaite vivement. Holliger s’y affirme des plus affûtés et inspirés. A suivre.

________________________________________________________________________________________________

CD, ̩v̩nement, critique. SCHUBERT : Symphonies 4 et 6 D 417, D 589. Kammerorchester Basel, Heinz Holliger (1 cd SONY classical Рenregistrement r̩alis̩ en oct 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

CD, coffret ̩v̩nement. KARAJAN: The complete DECCA recordings (33 cd, DECCA / 1957 Р1978)

karajan-the-complete-decca-recordings-wiener-philh-review-cd-critique-opera-concert-classiquenewsCD, coffret événement. KARAJAN: The complete DECCA recordings (33 cd, DECCA / 1957 – 1978) – Voici un coffret miraculeux qui témoigne du travail de Herbert Von Karajan (HVK) de la fin des années 1950 (1959 quand il devient directeur de l’Opéra de Vienne) jusqu’à 1978 (enregistrement des Nozze di Figaro en mai 1978 avec un plateau réjouissant : Krause, Cotrubas, Van Dam, Von Stade… on reste plus réservé sur la Comtesse de Tomowa-Sintov). Ainsi est récapitulée deux décennies de direction artistique où Karajan peaufine la sonorité orchestrale idéale, entre tension et détail, architecture et éloquence expressive. Toutes les réalisations orchestrales concernent ici les Wiener Philharmoniker, idoines, si naturels chez Strauss (Richard et Johann dont la version de Die Fledermaus de 1960, est avec celle de Kleiber, anthologique, jubilatoire, vrai joyau comique et théâtral, avec cerise sur le gâteau, le fameux gala où véritable récital lyrique dans l’opéra, les invités du prince Orlowsky / Resnik, en son salon, se succèdent, offrant une synthèse des belles voix des sixties : Tebaldi, un rien fatiguée ; Corena en français ; Nilsson ; del Monaco ; Berganza, Sutherland, Björling, Price, Simionato… excusez du peu, autant de solistes que l’on retrouve par ailleurs dans les productions lyriques intégrales qui composent aussi le coffrer). Il est vrai que Karajan autour de la cinquantaine, est le chef émergeant, surtout avec le décès des maestros Klemperer, Böhm, Fricsay… en très peu de temps, le chef salzbourgeois impose sa pâte à la fois hédoniste quand aux équilibres sonores, et toujours en quête de profondeur, ce supplément d’âme dont a parlé Pavarotti (dans La Bohème avec la Mimi légendaire de Mirella Freni, seul enregistrement du coffret réalisé avec les « autres » instrumentistes choisis par HVK : les Berliner Philharmoniker, en 1972).

CLIC D'OR macaron 200Il est vrai que l’époque est celle des enregistrements mythiques de Decca en studio, spatialisé, avec un nombre suffisant de micros pour créer l’illusion des déplacements et des situations (une conception poussée encore plus loin, pour les enregistrements simultanés de Solti en particulier chez Wagner : premier Ring stéréo, réalisé aussi à Vienne dès 1958 et jusqu’en 1964)… Pour se faire Karajan a trouvé son producteur / ingénieur idéal en la personne de John Culshaw, partenaire d’une sensibilité musicale au moins égale à celle du chef : le duo produira des chefs d’oeuvres studio aussi bien lyriques que symphoniques… dont témoignent le présent coffret : Aida de 1959 avec Tebaldi, Bergonzi, Simoniato… Les Planètes de Holst, Peer Gynt de Grieg (1961, cd7) ; remarquable KARAJAN-1960Bundesarchiv_Bild_183-S47421,_Herbert_von_Karajan-classiquenews-critique-cd-concerts-opera-classiquenewsd’articulation et de vitalité aérée, Giselle d’Adam (sept 1961, 10) ; Otello de Verdi (Tebadlo, Del Monaco… mai 1961) ; Tosca (Price, Di Stefano, Taddei (sept 1962) ; enfin Carmen (Price, Corelli, Freni, Merrill…, nov 1963) ; les dernières productions à partir des années 1970 ne concernent plus Culshaw (Boris, 1970 ; La Bohème déjà citée de 1972 ; Butterfly avec Freni, Pavarotti, Ludwig Kerns, 1974 ; enfin les Nozze de 1978). L’apport est majeur, et déjà connu car il a été intégré dans de précédentes intégrales Karajan (éditées par DG). La quintessence du son Karajan se dévoile ici dans son sens du détail, de l’intériorité ; dans la caractérisation psychologique de sa conception des rôles à l’opéra ; dans la plénitude sonore, ronde et ciselée que seul les Wiener Philharmoniker ont su lui proposer. Coffret événement. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi le RING de WAGNER par Solti et John Culshaw (1958-1964)
https://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-wagner-der-ring-des-nibelungen-georg-solti-1958-1964-cd-decca/

POITIERS. GRISEY, MICHAUD, LEDOUX au TAP

tap-poitiers-classiquenews-grisey-michaud-ledoux-la-voie-ars-nova-niente-critique-annoncePOITIERS, TAP. Jeudi 26 mars 2020. SPECTRE(S) : Grisey, Michaud, Ledoux. Immersions modernes, contemporaines pilotées par le collectif en résidence au TAP de Poitiers : Ars Nova. Gérard Grisey (1946-1998), compositeur majeur du 20ème siècle interroge le spectre du son, le grain du timbre… longueur, hauteur, profondeur, horizon spectrale inédit. L’approche fut inédite et vraie porte au pur onirisme. Périodes (1974) et Partiels (1975) sont deux chefs-d’œuvre du répertoire contemporain instrumental. En leur donnant un nouveau début, …niente… de Pierre Michaud, et une nouvelle suite, Le vide parfait de Gabriel Ledoux, deux commandes de l’Ensemble Ars Nova, Jean-Michaël Lavoie et les musiciens de l’ensemble français rétablissent un lien organique entre 3 partitions distinctes mais fraternelles. Exemple parfait de la mutation permanente des choses, la soie sonore s’étire, hors du temps, à travers les 3 œuvres jouées / reçues comme un triptyque ininterrompu. L’impression sonore est celle d’un vortex planant d’où émergent et scintillent des vibrations caractérisées permises par le jeu des archets, comme des râles rauques, viscéraux, qui évaporent la matière et dissolvent le temps. L’auditeur spectateur flotte entre deux silences, deux murmures, hors temps, comme il est dit dans la présentation de la pièce … Niente… de Pierre Michaud (créée en oct 2018 au TAP par Ars Nova déjà), « construction et destruction… la nuit et le jour …le changement des saisons… inspiration et expiration ». La vie s’écoule jamais la même et pourtant cyclique. Fascinant.

 

 

________________________________________________________________________________________________

POITIERS, TAPboutonreservation
Jeudi 26 mars 2020,
Jean-Michaël Lavoie direction
Ensemble Ars Nova 18 musiciens

> Pierre Michaud : …niente… pour quatuor à cordes et dispositif audiovisuel (2018)
> Gérard Grisey : Périodes pour ensemble, Partiels pour ensemble
> Gabriel Ledoux : Le vide parfait (création)

RÉSERVEZ DIRECTEMENT VOS PLACES sur le site du TAP POITIERS
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/spectres/
Durée : 1h20

Rencontre avec Jean-Michaël Lavoie, directeur artistique d’Ars Nova,
à l’issue de la représentation le 26 mars 2020

 

 

________________________________________________________________________________________________

VIDÉO

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=IhNmCTWqemY&feature=emb_logo

 

 

CD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018)

gervais-hypermestre-opera-1717-cd-review-critique-cd-classiquenews-vashgyi-critique-opera-classiquenewsCD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018). Avant l’immense Rameau qui clôt de façon spectaculaire et visionnaire, le XVIIIè, figure en bonne place des faiseurs d’opéras aux côtés de Campra, Destouches…Charles-Hubert Gervais (1671-1744), ami du régent Philippe d’Orléans, devint dès 1723, sous-maître de la chapelle de Louis XV. Son ouvrage Hypermnestre (1716), marquant la fin du grand règne (Louis XIV, mort en 1714) reste le plus fameux de ses 4 opéras. Il est même joué après la mort de Rameau jusqu’en 1766, preuve qu’il s’agissait alors d’une valeur sûre du répertoire (le Prologue revêt des accents puissants qui annoncent Rameau). Le chef hongrois, Gyorgy VASHEGYI, défenseur du Baroque français, restitue ici la version révisée de 1717, mais avec en bonus, la fin originelle (de 1716) ; à chacun de choisir sa préférée. L’histoire est d’une noirceur tragique mettant en scène un assassinat collectif, celui des 49 fiancés des 49 sœurs d’Hypermestre, loyales au père qui appelle à la vengeance de leur clan. Salieri mettra bientôt en musique le sujet (Les Danaïdes, 1784), mais avec ce caractère de grandeur ampoulée pas toujours vraisemblable. Gervais garde une dimension humaine et expressive plus naturelle. Troublée, Hypermestre hésite entre devoir et amour : obéir au père Danaüs, aimer son fiancé Lyncée. En plus d’être sanglant et terrifique, l’opéra de Gervais, est aussi fantastique et surnaturel : au I, il imagine le fantôme d’Argos, détroné par Danaüs en un tableau spectral assez réussi. Le compositeur demeure fidèle à l’esprit et au style de Lully, introduisant plusieurs danses, dont l’une serait de la main du Régent, et comme Rameau, indique un goût manifeste pour l’Italie.

Le maestro Vashegyi confirme son appétence et sa compréhension de la musique française avec cette implication généreuse, ce sens du drame et de l’articulation, délectables. Offrant de somptueux épisodes orchestraux (Ouverture, intermèdes et danses du IV).

Lyncée de luxe, Mathias Vidal étincelle vocalement, doué d’un relief dramatique qui ne laisse pas neutre ; face à lui, l’Hypermestre de la soprano Katherine Watson, par laquelle vient le « miracle de l’amour », semble étrangère aux enjeux qu’elle est sensée provoquer et mesurer ; manque de souffle, manque de passion. Thomas Dolié reste lui aussi réservé et incarne un Danaü pas assez terrible et noir. La révélation est totale et justifie totalement cette gravure souhaitons le salutaire pour la partition.

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018) – Katherine Watson (Hypermnestre), Mathias Vidal (Lyncée), Thomas Dolié (Danaüs), Chantal Santon-Jeffery (une Égyptienne), Manuel Nuñez Camelino (un Égyptien), Juliette Mars (Isis), Philippe-Nicolas Martin (le Nil, l’Ombre de Gélanor), Purcell Choir, Orfeo Orchestra, dir. György Vashegyi (sept 2018). 2h25.

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre annonce de la recréation d’Hypermestre de Gervais par Gyorgy VASHEGYI, direct live depuis le MUPA de Budapest le 18 sept 2018.
http://www.classiquenews.com/hypermnestre-de-gervais-1716-recreation-baroque-a-budapest/

Fille du roi Danaos, Hypermnestre (l’aînée de toutes) est la seule parmi ses sœurs sanguinaires (50 au total), a épargné son époux, Lyncée (car le soir de leurs noces, il a su épargner sa virginité). Lyncée vengea le meurtre de ses frères en assassinant toutes les Danaïdes qui en furent les criminelles, ainsi que l’ordonnateur du massacre, le roi Danaos (qui était pourtant le protégé d’Athéna). Lyncée devint roi d’Argos

QUATUOR MANFRED : BERLIN Paradise

manfred-quatuor-concert-critique-classiquenews-berlin-paradise-low-defPARIS, Mer 26 fév 2020 : QUATUOR MANFRED, “Berlin Paradise”. Porté par les membres du Quatuor MANFRED, jamais en reste d’un risque nouveau, « Berlin Paradise » est un voyage musical à Berlin pendant les années folles, convoquant le tourbillon artistique et utopique dont l’issue irrépressible sera l’auto destruction et la folie hitlérienne. Des espoirs portés par une insouciance collective y sont avortés et accouchent de la fin de la civilisation. C’est ainsi que le meilleur de l’humanité peut si l’on n’y prend pas garde, préluder au pire… Imaginé par le Quatuor Manfred et la chanteuse Marion Rampal, avec le saxophoniste Thomas Savy, le programme interroge le répertoire berlinois des années 20 aux années 40, de Kurt Weill à Hollaender ; y paraissent des légendes iconiques désormais, allégorie d’un art de vivre aussi impertinent que fragile, Marlene Dietrich et Lotte Lenya.

Tout commence dans le Berlin mythique de la république de Weimar qui aura duré 15 ans (1918 – 1933). La jeunesse s’émancipe contre l’ordre moral bourgeois : « les jeunes filles coupent leurs cheveux à la garçonne, l’androgynie devient un critère de mode, l’homosexualité est reconnue et défendue, les utopies politiques s’affirment. Les artistes survoltés s’empressent de casser les codes, quittent le chemin tracé du classicisme, investissent les cabarets, partent à la découverte du jazz, se jettent avec frénésie sur le cinéma, exaltent la liberté de pensée…. ».

Mais ce nouveau monde, telle une chimère s’écroule sous le coup de la crise financière (krach de 1929) et de la grande dépression de 1930 qui s’en suit ; Berlin, trop frêle rempart artistique et culturel contre l’inexorable montée du nazisme, n’est-il qu’un leurre ?… « Comment résister ? Pourquoi devoir cesser de croire à la possibilité du bonheur ? » / Nouveauté discographique du Quatuor MANFRED : Bye Bye Berlin! Marion Rampal &Quatuor Manfred (Harmonia Mundi)

QUATUOR MANFRED
PARIS, Bal Blomet
26 février 2020, 20h30
RÉSERVEZ
Jazz & Music Hall
http://www.balblomet.fr/events/berlinparadise/

Marion RAMPAL (chant)
Thomas SAVY (saxophone)

Roméo et Juliette de Tchaikovsky

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1France Musique, dim 23 fév 2020, 16h. Roméo et Juliette de Tchaikovski. La tribune des critiques de disques. Quelle est la meilleure version enregistrée de la partition du compositeur russe romantique ? Ce n’est qu’en 1886, que Tchaikovski valide la version définitive de son ouverture, d’après Shakespeare, Roméo et Juliette, les amants maudits mais sublimes de Vérone. Ayant présenté la première version dès 1870 (créée cette année là en mars à Moscou), Piotr Illiytch répond à la demande pressante du fondateur du Groupe des Cinq, Balakirev ; lui-même avait composé un remarquable Roi Lear. Tchaikovski lui emboîte le pas et exprime sa passion shakespearienne.
logo_france_musique_DETOURELa partition réalise alors le dessein du groupe des Cinq : élever l’écriture musicale russe à l’égal de la musique occidentale symphonique. Pari réussi par Piotr Illiytch qui fusionne les deux tendances, dès le début avec l’exposition préalable du thème de frère Laurent, complice et marieur des amants, qui s’inspire d’un choral russe.

CD, critique. BEETHOVEN : Complete Fortepiano Concertos. Arthur Schoonderwoerd, Cristofori ( 3 cd Alpha « Black Box »)

cd alpha beethoven complete fortepiano concertos arthur schoonderwoaerd cristofori cd classiquenews dossier beethoven 2020 review critique cd classiquenewsCD, critique. BEETHOVEN : Complete Fortepiano Concertos. Arthur Schoonderwoerd, Cristofori ( 3 cd Alpha « Black Box »). L’option est révélatrice et répond aux promesses exprimées : qu’avons nous à gagner des instruments historiques si l’on perd la puissance et la suavité du son ? … « Tout ! » …semblent nous rappeler les interprètes de cette version dépoussiérante… Sur un pianoforte d’après Walter (vers 1800), Arthur Schoonderwoerd restitue un Beethoven régénérée dans le sens du relief incisif, en couleurs intensifiées mais moins puissantes certes, mais d’autant plus caractérisées grâce au timbre de chaque instrument, un par partie. L’articulation s’en ressent et avec elle, la précision de l’éloquence, la fluidité du discours musical, et aussi la complicité versatile entre les instrumentistes. Le résultat est chambriste moins symphonique, et le contrepoint gagne en acuité ce que le souffle perd en puissance. Parfaitement dessiné, troublant par les magie des timbres mêlés et rehaussés, ce Beethoven prend tout son sens au XXIè, au moment de son 250è anniversaire ; l’apport des instruments anciens ne pouvait être mieux explicité, ni plus convaincant. Dans cette arène picturale où chaque note compte par sa singularité propre, Beethoven devient génie de l’éloquence autant cérébral que viscéral. Un son nouveau, revivifiant. Un vrai coup de nettoyage. Tout ce que l’on espérait vivre grâce aux instruments anciens et aux gestes inspirés qui les animent.

COMPTE-RENDU, opéra. NEW YORK, Met, le 1er fév 2020. GERSHWIN : Porgy and Bess.David Robertson / James Robinson


COMPTE-RENDU, opéra. NEW YORK, Met, le 1er fév 2020. GERSHWIN : Porgy and Bess.David Robertson / James Robinson
. Avec Wozzeck, dirigé par Yannck Nézet-Séguin, voici l’autre production événement qui atteste de l’excellente santé artistique du Met… Porgy and Bess (1935) fait un retour remarqué et réussi sur la scène du Met après plus de 30 années d’absence, avec retransmission en direct en bonus, – très apprécié. L’opéra black que Georg Gershwin écrit avec son frère Ira (pour le livret) doit être chanté par une distribution uniquement black : clause respectée ici à la lettre… La mise en scène de James Robinson ressuscite ainsi le village de Catfish Row et ses habitants si attachants. Pour décor unique, une vaste résidence d’un état du sud américain, où l’action prend place dans chaque pièce ; sa mobilité puisque le dispositif tourne sur lui-même dynamise tous les ensembles, en particulier les danses et les chÅ“urs dont le souffle collectif si essentiel au sujet est assuré par le chÅ“ur du Met très bien chauffé (très réussi, solide et prenant, choeur « Gone, gone, gone »). La ferveur en Dieu relève toujours cette humanité tant de fois mise à terre…

 

 

image

 

 

Dans la fosse, le chef David Robertson rend grâce à une partition qui élève le jazz au genre opéra, soulignant l’éclat de l’orchestration qui fait la part belle aux cuivres. C’est carré, solide, percutant, incisif car certains protagonistes ne font rien dans la dentelle… s’ils ne tirent un profit concret et immédiat. Rien à dire à l’ensemble des chanteurs dont l’égal investissement renforce les détails de cette fresque humaine très prenante.

Voir le plateau général :

https://www.youtube.com/watch?v=NghjBMn6ZJM&feature=emb_logo

 

 

Le couple Jake / Clara (Donovan Singletary et Golda Schultz) offrent des profils puissants et sensuels de leur personnage (convaincant Summertime du début par Golda Schultz). Belle énergie aussi pour Denyce Grave aux graves sirupeux et assurés (Maria), capables de faire face aux manipulations du dealer sans scrupules et venimeux Sportin’life (très juste et même mordant comme un serpent, Frederik Ballentine, au très sensuel lui aussi It ain’t necessarily so). Troublante et touchante, saluons la Serena très humaine de Latonia Moore dans son air de femme trahie, abandonnée (My man’s gone now) ; comme le presque mystérieux et fin Crown de Alfred Walker (acte II surtout) : on comprend que Bess un temps se soit entichée de lui, pour revenir vers Porgy. D’autant que le Porgy de Eric Owens s’inscrit lui aussi dans une humanité sobre et caractérisée, voire naïve et candide, dont la vérité fait relief (beau duo avec la Bess d’Angel Blue).

 
porgy-and-bess-metropolitan-opera-new-york-critique-annonce-opera-classiquenews

 

________________________________________________________________________________________________

VIDEO, extrait, duo Porgy / Bess :

Eric Owens et Angel Blue dans le duo de Porgy and Bess’s (Acte I) – avec citation du motif de Summertime… Filmé lors de la générale – Production: James Robinson. Conductor: David Robertson. 2019–20 season.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=dQb3FxyKw-c&feature=emb_logo

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

A l’affiche du METROPOLITAN OPERA NEW YORK : Porgy and Bess
Direction : David Robertson. Mise en scène : James Robinson. Angel Blue (Bess), Eric Owens (Porgy), Golda Schultz (Clara), Latonia Moore (Serena), Denyce Graves (Maria), Frederick Ballentine (Sportin’ Life), Alfred Walker (Crown), Donovan Singletary (Jake)… Le 1er février 2020. Reprise : 28 mars, 30 mars, 1er et 5 avril 2020. Illustration : © K Howard / Metropolitan Opera NY

_____________________________________

 

 

CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019)

diana-damrau-strauss-lieder-cd-critique-opera-critique-classiquenews-richard-strauss-vier-letzte-liederCD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). D’abord, analysons la lecture des lieder avec orchestre : Diana Damrau, soprano allemande, mozartienne et verdienne, au sommet de son chant charnel et clair, parfois angélique, se saisit du testament spirituel et musical du Strauss octogénaire, le plus inspiré, qui aspire alors à cette fusion heureuse, poétique, du verbe et de la musique en un parlé chanté, « sprechgesang » d’une absolue plasticité. Une lecture extrêmement tendre à laquelle le chef Mariss Jansons (l’une de ses dernières gravures réalisées en janvier 2019 avant sa disparition survenue en nov 2019) sait apporter des couleurs fines et détaillées ; une profondeur toute en pudeur.

Née en Bavière comme Strauss, Diana Damrau réalise et concrétise une sorte de rêve, d’évidence même en chantant le poète compositeur de sa propre terre. Strauss était marié à une soprano, écrivant pour elle, ses meilleures partitions. Celle qui a chanté Zerbinette, figure féminine aussi insouciante que sage, Sophie, autre visage d’un angélisme loyal, Aithra du moins connu de ses ouvrages Hélène d’Egypte / Die Ägyptische Helena, se donne totalement à une sorte d’enivrement vocal qui bouleverse par sa sincérité et son intensité tendre comme on a dit.

Des Quatre derniers lieders / Ver Letzte Lieder, examinons premièrement « Frühling » : éperdu, rayonnant voire incandescent grâce à l’intensité ardente et pourtant très claire des aigus, portés par un souffle ivre. Cependant, la ligne manque parfois d’assise, comme si la chanteuse manquait justement de soutien. Puis, « September » s’enivre dans un autre extase, celle d’une tendresse infinie dont le caractère contemplatif se fond avec son sujet, un crépuscule chaud, celui enveloppant d’une fin d’été ; la caresse symphonique y atteint, en ses vagues océanes gorgées de volupté, des sommets de chatoyance melliflue, – cor rayonnant obligé, pour conclure, où chez la chanteuse s’affirme cette fois, la beauté du timbre au legato souverain.

« Beim Schlafengehen » d’après Hermann Hesse, plonge dans le lugubre profond d’une immense lassitude, celle du poète éprouvé par le choc de la première guerre et le déclin de son épouse : impuissance et douleur ; la sincérité et cet angélisme engagé qu’exprime sans affect la diva, bouleversent totalement. En particulier dans sa réponse au solo de violon qui est l’appel à l’insouciance dans la candeur magique de la nuit. Cette implication totale rappelle l’investissement que nous avons pu constater dans certains de ses rôles à l’opéra : sa Gilda, sa Traviata… consumées, ardentes, brûlantes. Presque wagnérienne, mais précise et mesurée, la soprano au timbre ample et charnel reste, -intelligence suprême, très proche du texte, faisant de cette fin, un déchirement troublant.

« Im Abendrot » : malgré l’émission première de l’orchestre, trop brutale, épaisse et dure, le soprano de Damru sait s’élever au dessus de la cime des cors et des cordes. La qualité majeure de Diana Damrau reste la couleur spécifique, mozartienne que son timbre apporte à l’articulation et l’harmonisation des Lieder orchestraux : irradié, embrasé, et pourtant sincère et tendre, transcendé et humain, le chant de Diana Damrau convainc totalement : il s’inscrit parmi les lectures les plus personnelles et abouties du cycle lyrique et symphonique.

La flexibilité des registres aigus, l’accroche directe des aigus, la présence du texte, rendent justice à l’écriture de Richard Strauss qui signe ici son testament musical et spirituel, un accomplissement musical autant qu’un adieu à toute vie.
Le reste du programme enchaîne les lieder avec la complicité toute en fluidité et délicatesse du pianiste Helmut Deutsch, à partir de Malven… qui serait donc le 5è dernier lieder d’un Strauss saisi par l’inspiration et d’un sublime remontant à nov 1948, « dernière rose » pour sa chère diva Maria Jeritza… laquelle, comme soucieuse et trop personnelle, révéla l’air en 1982 ! Le soprano de Damrau articule, vivifie les 4 Mädchenblumen dont la coupe et le verbe malicieux, enjoué rappelle constamment le caractère de Zerbinette. Ce caractère de tendresse voluptueuse quasi extatique appelant à un monde pacifié, idyllique qui n’existera jamais, semble dans le pénultième Befreit, chef d’oeuvre à l’énoncé schubertien, traversé par la mort et la perte, le deuil d’une ineffable souffrance bientôt changée en bonheur final, que la diva incarne embrasée dans le moelleux d’aigus irrisés et calibrés, son timbre éprouvé, attendri.

CLIC D'OR macaron 200Morgen l’ultime lied orchestré, d’après le poème de Mackay, se cristalise en une ivresse éperdue qui aspire au renoncement immatériel, à l’évanouissement, à la perte de toute chose : legato, flexibilité, beauté du timbre, associé à l’élégie du violon solo font un miracle musical pour ce programme d’une évidente musicalité. Splendide récital, élégant, tendre, musical. Bravo Diana.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Mariss Jansons. L’heure n’est pas aux comparaisons déraisonnables tant leurs timbres et moyens respectifs sont très différents mais le hasard des parutions fait que ERATO publie en janvier le même programme des Quatre derniers lieder, par Diana Damrau donc (orchestre) et par la franco-danoise Elsa Dreisig (piano), cette dernière interprète hélas moins convaincante et naturelle que sa consœur allemande… d’autant que la chanteuse française intercale diverses mélodies françaises et russes entre chaque lied de Strauss, au risque d’opérer une césure dommageable…

 

 

 

VIDEO : Diama DAMRAU chante September de Richard Strauss

 

 

 

 LIRE aussi notre dépêche MORT DU CHEF MARISS JANSONS, nov 2019

DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018)

JANACEK de maison des morts critique classiquenews critique dvd opera bac173-cover-fromthehouseofthedead-recto-siteok-500x712DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018). Avant de mourir Janacek (en 1928) nous laisse son opéra inspiré de Dostoievski : De La Maison des morts, créé à Brno, à titre posthume en 1930. L’Opéra de Bavière à Munich a présenté en 2018 la mise en scène de Frank Castorf dont le goût pour les symboles géants et en plastic avait dérouté les bayreutiens, dans sa vision plutôt laide du Ring. Pour illustrer plutôt qu’exprimer la défaite de notre société de consommation, il imagine un lieu perdu, aux marques publicitaires éculées et bien lisibles (ont-elles versé leur financement ?) formant un fatras préfabriqué qui tient du mirador et de l’abri de ZAD… Chéreau avait marqué la mise en scène de l’ouvrage à Aix en 2007, mai dans une tout autre réflexion sur l’ensevelissement progressif des humanités. Castorf semble répéter les tics visuels du Ring de Bayreuth pour les imposer chez Janacek. Même déception pour la fosse dont le son toujours tendu, certes opulent et présent d’un bout à l’autre, est comme poussé ; il semble indiquer dans la direction de Simone Young, l’absence de vision intérieure plus ténue, la perte des nuances. Evidemment, cette pâte orchestrale qui déferle, finit par couvrir les voix, écartant là aussi tout travail filigrané sur le texte. Or la langue est primordiale chez Janacek, lui qui a tant réformé le langage musical à partir de ses propres recherches sur la notion de musique parlée, n’hésitant pas à intégrer dans son écritures les motifs et formules découvertes tout au long d’un vrai travail de collecte ethnomusicologique. Cette notion de précision linguistique et d’intelligibilité musicale produit ce réalisme poétique si particulier chez le compositeur morave. D’autant qu’après Jenufa, Katia Kabanova, La Petite Renarde rusée, L’Affaire Makropoulos… De la Maison des morts s’affirme bien comme le prolongement et l’aboutissement de cette esthétique personnelle et puissante. De ce point de vue, la direction de Simone Young, linéaire, illustrative, en rien trouble ni ambivalente, tombe à plat.

janacekLa poésie philosophique de Janacek rappelle combien l’homme est relié et dépendant d’un cycle qui le dépasse et dont il doit respecter l’équilibre des énergies s’il veut survivre. Cette immersion (autobiographique dans le cas de Dostoievski) dans les profondeurs des bagnes développe tout une perspective noire et lugubre, où l’homme perd pied, et se laisse détruire dans la folie, la violence, la haine, une brutalité spécifiquement humaine.
L’Aljeja d’Evgeniya Sotnikova, comme le Morozov d’Ales Briscein sont parfois inaudibles. Mais plus puissants naturellement que leurs partenaires, Bo Skovhus (Siskov) et Charles Workman (Skuratov) tirent leur voix de ce jeu sonore et dilué, car ils sont leurs personnages ; âmes de souffrance, figures d’une humanité au bout du bout. Le premier a déjà passé le gué et est enseveli ; le second, est comme enivré et anesthésié par le dénuement et la misère : pour toute réponse, Workman tisse une vocalité intérieure, pourtant lumineuse dans ce monde des ténèbres. Le chanteur touche juste du début à la fin, dans un numéro d’équilibriste et de funambule heureux, lunaire et finalement dans l’espérance. Rien que pour cette incarnation, le spectacle mérite absolument d’être vu et connu.

________________________________________________________________________________________________

DVD, critique. LeoÅ¡ JANACEK (1854-1928) : De la maison des morts. MUNICH, Opéra de Bavière, / Nationaltheater. Opéra en 3 actes, livret du compositeur, d’après Dostoïevski. Mise en scène : Frank Castorf. Peter Rose (Alexander Petrovitch Goriantschikov) ; Bo Skovhus (Chichkow) ; Evgeniya Sotnikova (Alieia) ; AleÅ¡ Briscein (Filka Morozov) ; Christian Rieger (Le commandant) ; Charles Workman (Skuratov). BAYERISCHES STAATS Orchester / Chorus / ChÅ“ur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre National de Bavière ; direction : Simone Young. Enregistré à Munich, printemps 2018. 1 dvd Bel Air classiques. Crédits photographiques : © Wilfried Hösl – Parution : 14 février 2020. PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur BelAir classiques

TEASER VIDEO
https://www.youtube.com/watch?v=r7Bt9k_NPwU&feature=emb_logo

LIVRE, événement. Beethoven et après par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare)

Beethoven, et après livre fayard mirare folle journee beethoven 2020 annonce critique livre concert classiquenews 9782213716589-001-TLIVRE, événement. Beethoven et après par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare). Immédiatement, le génie beethovénien a été reconnu, mesuré, analysé à sa juste valeur, créant une onde de choc et d’influence, persistante et durable. Tous ses contemporains (excepté Goethe qui rencontre le musicien sans suite) ont célébré la grandeur de l’artiste, la dimension messianique de son écriture, sa fougue révolutionnaire, en particulier dans ses œuvres symphoniques. A l’époque qui suit la Révolution française dont les valeurs suscitent l’adhésion du compositeur né à Bonn (fraternité, égalité, liberté), quand Bonaparte prend le pouvoir et devient Empereur, Beethoven crée la musique de cette déflagration qui sculpte l’Europe politique. Même à l’époque du Congrès de Vienne (1815), Beethoven est le compositeur majeur reconnu par tous. Transcriptions, partitions conçues dans son influence directe… attestent de cette aura saisissante qui occupent des générations d’auteurs après lui.
Le livre est un complément idéal à la Folle Journée de Nantes 2020, qui célèbre à juste titre les 250 ans de Beethoven.
Les 3 auteurs dont certains sont spécialistes de l’œuvre de Ludwig, interroge la fortune critique de Beethoven, dès son vivant. A la lueur des événements de sa vie, beaucoup de biographes ont tenté de récupérer l’image de Beethoven à des fins autres que celles strictement musicales : beaucoup d’auteurs n’ont pas hésité à réécrire le mythe Beethoven (tout en l’enrichissant ainsi) selon des motivations « affectives, esthétiques, nationalistes, idéologiques » (Élisabeth Brisson, auteure du Guide de la musique de Beethoven) ; le propre du génie Beethovénien reste son audace expérimentale qui repousse toujours plus loin les possibilités des formes musicales alors fixées par Haydn et Mozart, ses prédécesseurs à Vienne : ainsi sonate, symphonie, quatuor sont de fond en comble régénérer et porter « à un apogée » (Bernard Fournier, auteur de l’Histoire du quatuor à cordes dont le tome 1 accorde une large place aux quatuors de Beethoven). Enfin l’hommage immédiat à Beethoven se mesure à l’aulne des transcriptions de ses œuvres, permettant « une diffusion large ». Les auteurs soucieux de célébrer la force et la puissance du génie beethovénien sont innombrables : leurs partitions en écho constituent aujourd’hui comme un monument musical qui prolonge le monument de Beethoven à Bonn (François-Gildas Tual). Lecture indispensable.

IVRE, événement. BEETHOVEN et après… éditions FAYARD / Mirare - parution : 22 janv 2020. Prix TTC indicatif : 15 € – EAN : 9782213716589 – Code hachette : 2822525 – Prix Numérique : 10.99 € – EAN numérique : 9782213718576 – 240 pages – format : 12 x 18, 6 cm.

CD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019)

sheku-violoncelle-review-critique-cd-classiquenews-decca-clic-de-classiquenews-ELGAR-london-symph-orchestraCD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019). DECCA a bien raison de développer un marketing de personnalité, s’agissant du violoncelliste Sheku (Kanneh-Mason, de son nom en développé), le concept est direct et immédiatement porteur : SHEKU, cinq lettres qui composent une très forte individualité dont on apprécie le sens de la mesure comme de la finesse. Rattle parle même d’un « poète »… on aimerait bue le chef suive ici le soliste sur les ailes nuancées de la musique… Car le violoncelliste britannique est bien une sensibilité affirmée, au chant intérieur indiscutable. Cela s’entend d’emblée à travers les 10 pièces de ce programme plutôt varié et consistant, et parfois singulièrement intimes. Le Concerto d’Elgar (opus 85) est dense, entièrement dévolu au chant solo du violoncelle, ce dès l’Adagio d’ouverture. L’écriture est serrée, faire valoir de l’expressivité parfois âpre de l’orchestre ; un peu trop épais dans la lecture de Rattle avec le LSO (London Symph Orchestra). L’agilité et la précision du soliste exprime son jeu éloquent et habité, qui contraste souvent avec le bloc, dur et « pompier » de l’orchestre ; distinguons de fait, l’agilité aérienne et pleine de subtilité qui révèle chez Sheku, un talent pour une volubilité arachnéenne.

Ayant joué par le royal wedding en 2018 (le mariage de Harry et Meghan), Sheku a gagné en peu de temps un surcroît de célébrité, comme en son temps une certaine soprano australienne Kiri te Kanawa pour le mariage de Lady Diana. Le jeune violoncelliste britannique né en avril 1999, à peine âgé de 20 ans donc, fait montre d’une troublante maturité qui s’affirme dans la profondeur d’un jeu discret, direct, volubile et très articulé, sans fard ni effets. Cet équilibre et cet esprit de la mesure intériorisée, ce son enfin, souverain par sa sincérité, se déploient véritablement dans l’Adagio d’Elgar, dont les qualités sont mélodiques et introspectives. Le tact, la pudeur écartent – très heureusement -, tout affèterie, ailleurs souvent automatique, soulignant chez Elgar sa solennité plutôt que ses brûlures méditatives (développées jusqu’à la fin du dernier mouvement Allegro, presque bavard où l’on sent chez le violoncelle l’envie d’en découdre sans conclure vraiment). Sheku se montre souple, fin, et presque racé, d’une sonorité de fait filigranée, élargie qui semble étendre et détendre le temps avec une clarté dans le geste, captivante.

CLIC D'OR macaron 200L’interprète sait varier son jeu : tout en souplesse, rondeur, vibration, introspection dans la Romance de ce volet majeur Elgar. Même souplesse et finesse de son vibrato, doué de phrasés intérieurs dans Nimrod des Enigma varations d’ELGAR : la pudeur du geste, l’éloquence rentrée et pourtant très intense font mouche. Sheku convainc, car Elgar lui va comme un gant sur une main preste.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

VIDEO PEOPLE / SHEKU joue au mariage royal de 2018 (Harry & Meghan) :

 

 

 

Commentaire : The footage was taken from St George’s Chapel, Windsor for the wedding of the Duke and Duchess of Sussex. Sheku Kanneh-Mason performs von Paradis’ ‘Sicilienne in E Flat Major’, Fauré’s ‘Après Un Rêve’ and Schubert’s ‘Ave Maria’.

________________________________________________________________________________________________

VIDEO

 

 

 

Music video by Sheku Kanneh-Mason performing Traditional: Blow The Wind Southerly (Arr. Kanneh-Mason). © 2020 Decca Music Group Limited

 

 

 

 

CD, critique. HAYDN : Quatuors. Quatuor Hanson (2018 / 2019, 2 cd Aparté)

quatuor hanson cd aparte 2 cd critique HANSON classiquenewsCD, critique. HAYDN : Quatuors Hanson (2018, 2 cd Aparté). Créé seulement il y a 6 ans (2003), le Quatuor français HANSON (du nom du premier violon, primarius : le percutant et subtil Anton Hanson) frappe un grand coup dans la planète chambriste avec ce double cd dédié aux Quatuor de Haydn (au total 6 quatuors – opus 20, 33, 50 : « la grenouille », 54, 76 et 77-, enregistrés en nov 2018, édité chez Aparté en déc 2019). L’éloquence du son collectif, le détail de chaque partie (violons, alto, violoncelle) magnifiquement caractérisée, réactivent ici l’esprit de la conversation en musique avec un relief souple, une acuité expressive qui souligne l’inventivité faite facétie et modernité (architecture des contrastes, des tonalités, des chromatisme et des vagues harmoniques), du génial Joseph Haydn.
Le titre du coffret « All shall not die / rien ne mourra » indique clairement l’apport décisif du Viennois au genre du quatuor à cordes : une leçon que prolongent après lui, Mozart et surtout Beethoven, autre maître de la forme et de la construction. Les Hanson nous parlent avant tout d’intelligence musicale par laquelle Joseph Haydn, le musicien le plus vénéré de son temps, est à la fois classique et romantique.

CLIC_macaron_2014Dans ce jeu lumineux d’un contrepoint détaillé et fusionnel, les 4 instrumentistes du Quatuor Hanson se délectent à articuler la fine rhétorique d’un Haydn, aussi facétieux que sincère ; ils incarnent aujourd’hui clairement un très haut niveau sonore et artistique, dans un noyau d’œuvres qui forment désormais leur territoire de prédilection, les quatuors de Joseph Haydn. A la fois naturel et juste, intérieur et libre. Magistral accomplissement dans un répertoire pourtant abondamment traité et enregistré. La réussite n’en est que plus méritante.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

Joseph Haydn : 6 quatuors
Quatuors Op. 20 n°5, Quatuor Op. 33 n° 5
Quatuor Op. 50 n°6, Quatuor Op. 54 n°2
Quatuor Op. 76 n°2, Quatuor Op. 77 n°2

Quatuor Hanson
Anton HANSON, Jules DUSSAP, violons
Gabrielle LAFAIT, alto
Simon DECHAMBRE, violoncelle

2 cd Aparté – enregistrement réalisé à Arras en nov 2018, avril 2019. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2020

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

VISITEZ le site du Quatuor HANSON
https://www.quatuorhanson.com

COMPTE-RENDU, critique, opéra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 déc 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski.

COMPTE-RENDU, critique, opéra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 déc 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski. On goûte (peu) mais tolère avec curiosité chaque nouvelle production du polonais irrévérencieux Krzysztof Warlikowski dont la laideur et la sécheresse de l’imaginaire dénaturent souvent les opéras qu’il met en scène. On se souvient de son roi Roger de Zymanowski à Bastille, tout sauf lisible, et rien que confus, grand bazar et barnum sur la scène (avec citation de Mickey et guirlandes électriques).

A Bruxelles, il a traité pareillement Médée (2008), puis Lulu et Don Giovanni … Ici, le curseur référentiel se fixe sur la nébuleuse cinématographique, car les citations au 7è art sont continues en particulier à Cukor (A Star is born). Stella / Rita Hayworth y reçoit bien sa statuette en or au grand dam du poète Hoffmann, désabusé, aigri… Warlikowski de s’obstiner ainsi à faire rentrer la partition d’Offenbach dans cette grille de lecture et de référence, aux forceps, quitte comme d’habitude à dénaturer la partition originelle.

 

 

Offenbach dénaturé, sauce Warlikowski

 

offenbach-contes-hoffmann-warlikowski-critique-opera-classiquenews-altinoglu

 

 

La « trouvaille » est de portraiturer le poète malheureux en amour en ex star alcoolique face aux diverses figures d’une lolita exposée, crédule, vorace de gloire… chaque incarnation Olympia, Antonia… sont les prises de rôles de la jeune vedette déclarée, sous les projecteurs hollywoodiens. Exit le fantastique noir, le délire poétique d’Hoffenbach (disparue l’identité fusionnée de Nicklausse / la Muse). Bonjour l’artifice d’une adaptation déroutante et forcée. Chaque tableau devient gadget. Un comble pour le metteur en scène dont le regard doit clarifier l’intrigue, unifier et prendre de la hauteur sur son sujet.

Donc au pays de l’anecdocte et de la trouvaille (facile), – le spectateur reconnaît ici Shining ou Pulp Fiction ; là, Twin Peaks, le Jocker… il est confronté à une performance foraine comme à un jeu des 7 erreurs : toujours en quête du détail qui tue. Pire pour l’attention du spectateur, la répétition à outrance d’un dispositif sensé trancher : chaque air est réalisé par le/la soliste devant un micro, comme au Music Hall. Ereinté par tant de kitcherie qui tourne en rond, où l’on s’agace des noces obsessionnelles de l’opéra et de la variété, l’auditeur ferme les yeux pour retrouver non sans gêne, la musique d’Offenbach.

Quel dommage car le poète Hofmann campé par Enea Scala est impeccable : regard ivre et halluciné, profondeur du héros désabusé et progressivement amer : la voix suit les nuances de cette prise de rôle particulièrement aboutie.
Respectant le vœu du compositeur, Nicole Chevalier incarne les 4 visages féminins, objets qui plongent le poète maudit dans la frustration absolue : Olympia agile, Antonia touchante, voluptueuse Giuletta (grimée ici en pornostar) ; enfin Stella ardente, présente, crédible. Rien à redire aussi sur les 4 visages démoniaques défendus par Gabor Bretz, dont la basse claire mord dans chaque personnage. Beau Niklausse de Michèle Losier ; et mère déchirante dans l’acte d’Antonia, grâce à Sylvie Brunet-Grupposo, au grave juste et sincère, sans appui. Les seconds rôles sont dans la même veine, naturelle et crédible : François Piolino (Spalanzanin, Nathanaël) et Loïc Felix (percutant Frantz).
Dans la fosse, le chef assure le bon fonctionnement de la machine orchestrale qui manque cependant de vertiges, de souffle, de noirceur poétique.

 

contes-hoffmann-offenbach-altinoglu-warlikowski-la-monnaie-bruxelles-critique-opera-classiquenews

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. BRUXELLES, La Monnaie, le 22 déc 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann : Altinoglu / Warlikowski.

Hoffmann : Enea Scala
Olympia, Antonia, Giulietta, Stella : Nicole Chevalier
Nicklausse, La Muse : Michèle Losier
Mère d’Antonia : Sylvie Brunet-Grupposo
Lindorf, Coppélius, Miracle, Dapertutto : Gábor Bretz
Spalanzani, Nathanaël, Luther, Crespel : François Piolino
Luther, Crespel : Sir Willard White
Frantz, Andrès, Cochenille, Pitichinaccio : Loïc Felix
Schlémil, Herrmann : Yoann Dubuque

Orchestre symphonique et Chœurs de La Monnaie
Alain Altinoglu, direction

Mise en scène : Krzysztof Warlikowski / Photos : © Bernd Uhlig

 

 

 

 

 

POITIERS : SONGS au TAP

POITIERS, TAP. SONGS, 8 janv 2020, 20h30. A partir d’airs lyriques anglais du 17è, les interprètes de l’ensemble Correspondances échafaudent un nouveau type de spectacle, mélo, délirant, poétique où chaque musicien tient son rôle, accordant désormais théâtre et musique, chant et action… COMMENT RENOUVELER LES FORMES DU CONCERT MUSICAL ? Sortir du récital classique – frontal, narratif, traditionnel… sublimer certaines songs les plus enivrantes du XVIIè et dont les sujets touchent toujours : langueur et pleurs d’amour, vanité humaine, le temps qui passe et court… Tels sont les objectifs de ce programme hors normes qui fait de la musique la matière dramatique et l’action qui s’incarne ainsi à travers la chanteuse vedette, Lucile Richardot.

 

 

L’Ensemble baroque Correspondances revisite la forme du spectacle…

Délirante obsession
d’une mariée mélancolique

 

songs-lucille-richardot-concert-annocne-critique-poitiers-dauce-concert-critique-classiquenews-opera-critique

 

 

 

 

Les instrumentistes deviennent acteurs, et pas seulement « simples producteurs du son ».  Ecrit à plusieurs mains, impliquant tous les interprètes, le spectacle tente de repenser l’action musicale, la notion même de théâtre et d’action, d’expression et de chant, de présence et d’action instrumentale en convergence… comment jouer le drame ? Comment chanter et raccorder les pièces ainsi agencées et unifiées qui sont parmi les plus modernes de leur époque : à l’époque du drame avant l’opéra… premiers récitatifs,  grands airs de « masks », scènes dramatiques, autant d’éléments qui préparent et permettent l’opéra à venir. Peu à peu s’est précisée, au fur et à mesure des pièces de musique retenues, l’histoire de cette femme à l’humeur décalée, incapable de vivre le monde si elle ne peut se bercer de ses propres illusions et légendes… Le spectacle débute le jour de son mariage. Elle refuse de rejoindre les invités, hantée par les histoires de sa mémoire, qui la fascinent et la fatiguent. Ses désirs, son imaginaire, sa frustration la mènent à une mélancolie de plus en plus envahissante, extatique… délirante. Entre passé et présent, fiction et réalité. Un drame psychologique qui brouille les frontières. Et relève de Cocteau au pays des Baroques.

________________________________________________________________________________________________

Mer 8 janv 2020, 20h30boutonreservation
TAP Poitiers, Théâtre
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/songs/
Chants surtitrés en français
Durée : 1h40
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/songs/

________________________________________________________________________________________________

Mise en scène : Samuel Achache
Direction musicale : Sébastien Daucé
Scénographie : Lisa Navarro
Dramaturgie : Sarah Le Picard
Costumes : Pauline Kieffer
Lumières : César Godefroy
Assistante à la mise en scène : Carla Bouis
Régie générale : Vincent Ribes
Régie plateau : Marion Lefebvre

Avec Lucile Richardot (alto), Margot Alexandre (comédienne), Sarah Le Picard (comédienne), Sébastien Daucé (orgue et virginal), René Ramos-Premier (baryton basse), Lucile Perret (flûtes), Angélique Mauillon (harpe), Mathilde Vialle (viole), Louise Bouedo (viole), Étienne Floutier (viole), Thibault Roussel (théorbe, guitare), Arnaud de Pasquale (virginal)

________________________________________________________________________________________________

Présentation par le TAP, Poitiers

« Il faut imaginer une femme, le jour de son mariage. Alors que tout le monde est réuni pour célébrer ses noces, elle s’enferme dans les toilettes et ne veut plus en sortir : elle n’ira pas. Sa sœur tente de divertir ses lamentations tandis que sa mère n’est capable que de chanter. Un répertoire, entre John Dowland et Henry Purcell, qui a inspiré l’album primé Perpetual Night (2018, Harmonia Mundi) conçu par Sébastien Daucé pour l’ensemble Correspondances et la fascinante voix d’alto de Lucile Richardot – au TAP en 2019 pour un concert-sandwich d’anthologie. Samuel Achache crée une trame théâtrale à ces chants, intègre des musiciens, acteurs et chanteurs à l’histoire, qu’il situe dans un fantastique décor de cire. À la fois concert, opéra de chambre et comédie burlesque, ce théâtre musical inclassable remporte tous les suffrages.
description

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano).

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCOMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano). A Paris, la mezzo romaine Cecilia Bartoli incarne le légendaire Farinelli, accompagnée de ses « Musiciens du Prince » sous la baguette du chef baroque, Gianluca Capuano (lequel avait réalisé avec le duo Caurier / Leiser, un Couronnement de Poppée / Incoronazione du Poppea de Monteverdi, mémorable à l’Opéra de Nantes oct 2019).

La diva ne paraît pas grimée en homme barbu, – testostéronée telle qu’elle pose en couverture de son cd FARINELLI édité début novembre 2019 chez Decca… Dommage. Mais pour mieux exprimer la charge hautement dramatique de chaque rôle, la diva comédienne, sait changer de costumes selon les airs sélectionnés, profitant des « pauses » purement instrumentales, qui rythment aussi le récital parisien.

La majorité des épisodes lyriques sont extraits du cd Farinelli : ils ont tous été chanté par le divo au XVIIIè signés des compositeurs les plus importants dans l’histoire des castrats : Haendel, Porpora, Caldara Vinci, Hasse, les moins connus Caldara et Giacomelli. Castrat oblige, la manière napolitaine triomphe : toujours plus haut, toujours plus rapide ; la virtuosité bataille avec l’agilité ; la versatilité des sentiments, avec la souplesse parfois contorsionnée de la ligne vocale.

 

 

 

PARIS, BARTOLI, FARINELLI

 

 

 

Bartoli engage un récital passionnant avec ses moyens actuels : moins agiles, moins naturellement brillants, mais plus rauques parfois, avec une couleur sombre générale qui enrichit son médium et rend ses aigus d’autant plus intenses, voire tendus, toujours d’une fragilité maîtrisée, comme sont ses phrasés, et sa compréhension du legato, souverains. Travestie (Imeneo de Porpora), la chanteuse trouble par ce grain vocal d’une mâle et souple expressivité qui exprime l’enivrement amoureux.
Elle joue avec sa voix, mais jamais ne perd le fil dramatique ni le sens et le caractère de chaque personnage comme de chaque situation ; elle est, tragique et noble, Cléopâtre (Hasse et Haendel) ; tendre et d’une douceur caressante et pastorale (« Augeletti », Rinaldo de Haendel) ; saisissante et frissonnante dans l’ample prière sombre de « Sposa, non mi conosci » (Merope de Giacomelli, vraie révélation entre autres).
La future directrice de l’Opéra de Monaco (à partir de 2023) démontre l’intelligence vocale et dramatique, l’attention au texte, le souci de la cohérence et du sens de l’intonation que peu de divas actuelles maîtrisent avec autant de nuances. Aujourd’hui, l’évolution de la voix de la diva correspond au choix des airs de ce programme : Farinelli castrat soprano était connu pour sa couleur étonnamment sombre, riche et percutante dans les airs de langueurs funèbres, les prières tragiques et intérieures, supposant souffle et perfection de la ligne. Même constat et diagnostic pour Cecilia Bartoli dont l’intelligence du chant subjugue toujours. Jusqu’au jeu des instrumentistes dont la tenue (Concertos et Sinfonie) est impeccable, en fluidité comme en rebonds.
La caresse enveloppante « vivaldienne » de Merope de Broschi (Riccardo, frère de Farinelli qui s’appelait aussi Carlo Broschi) s’avère ici des plus bouleversantes, à la fois implorante et d’une tendresse déterminée.
Les interprètes sont riches en bis, à la mesure de leur complicité et de leur talent vers le public : tous communient enfin avec Haendel (Ode for St. Cecilia’s Day et surtout,  « Dopo notte » de l’opéra Ariodante), et l’époustouflante et trépidante aria de Porpora (Adelaide). Avec ses consœurs Vivica Genaux et récemment Ann Hallenberg, Cecilia Bartoli s’impose comme l’une des meilleures voix farinelliennes de l’heure. Un nouveau succès pour son dernier disque.

;

 

________________________________________________________________________________________________

 

COMPTE-RENDU, critique. PARIS, Philharmonie (Salle Boulez), le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano)

LIRE aussi nos premières impressions critiques du cd FARINELLI / Cecilia BARTOLI (Decca)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-farinelli-cecilia-bartoli-1-cd-decca/

 

________________________________________________________________________________________________

 

VIDEO Farinelli Cecilia Bartoli

________________________________________________________________________________________________

 

CD, coffret ̩v̩nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (2 cd + 1 dvd ERATO Рavril 2019)

BERLIOZ-DAMNATION-FAUST-NELSON-DIDONATO-SPYRES-COURJAL-critique-opera-classiquenews-annonce-critique-dossierCD, coffret événement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019). Enregistrée sur le vif à Strasbourg en avril 2019, la production réunie sous la baguette élégante, exaltée sans pesanteur de l’américain John Nelson, réussit un tour de force et certainement le meilleur accomplissement discographique et artistique pour l’année BERLIOZ 2019. Du tact, de la pudeur aussi (subtilité caressante de l’air de Faust : « Merci doux crépuscule » qui ouvre la 3è partie), l’approche est dramatique et d’une finesse superlative. Elle sait aussi caractériser avec mordant comme le profil des étudiants et des buveurs à la taverne de Leipzig, vraie scène de genre, populaire à la Brueghel, entre ripailles et grivoiseries sous un lyrisme libre. Il est vrai que la distribution atteint la perfection, en particulier parmi les hommes : sublime Faust de Michael Spyres, articulé, nuancé (aristocratique et poétique dans la lignée de Nicolas Gedda en son temps, et qui donc renouvelle le miracle de son Enée dans Les Troyens précédents) auquel répond en dialogues hallucinés, contrastés, fantastiques, le Méphisto mordant et subtil de l’excellent Nicolas Courjal (dont on comprend toutes les phrases, chaque mot) ; leur naturel ferait presque passer l’ardeur de la non moins sublime Joyce DiDonato, un rien affecté : il est vrai que son français sonne affecté (et pas toujours exact). Manque de préparation certainement ; dommage lorsque l’on sait le perfectionnisme de la diva américaine, soucieuse du texte et de chaque intonation.

 

 

 

et de deux !, après Les Troyens en 2017,
John Nelson réussit son Faust
pour l’année BERLIOZ 2019

 

 

 

Son air du roi de Thulé, musicalement rayonne, mais souffre d’un français pas toujours intelligible. Mais la soie troublée, ardente que la cantatrice creuse et cisèle pour le personnage, fait de sa Marguerite, un tempérament romantique passionné, possédé, qui vibre et s’embrase littéralement. Quel chant ! Voilà qui nous rappelle une autre incarnation fabuleuse et légendaire celle de Cecilia Bartoli dans la mélodie de la Mort d’Ophélie…
Le chÅ“ur portugais (Gulbenkian) reste impeccable : précis, articulé lui aussi. L’Orchestre strasbourgeois resplendit lui aussi, comme il l’avait fait dans le coffret précédent Les Troyens (il y a 2 ans, 2017). Il n’est en rien ce collectif de province et rien que régional ici et là présenté (!) : Frémissements, éclairs, hululements… les instrumentistes, sous une direction précise et qui respire, prend de la distance, confirme dans l’écriture berliozienne, cette conscience élargie qui pense la scène comme un théâtre universel, souvent à l’échelle du cosmos (avant Mahler). Version superlative nous l’avons dit et qui rend hommage à Berlioz pour son année 2019.
CLIC_macaron_2014Les plus puristes regretteront ce français américanisé aux faiblesses linguistiques si pardonnables quand on met dans la balance la justesse de l’intonation et du style des deux protagonistes (Spyres / DiDonato). L’attention au texte, le souci de précision dans l’émission et l’articulation restent louables. La conception chambriste prime avant toute chose, restituant la jubilation linguistique du trio Faust / Marguerite / Méphisto qui conclut la 3è partie… Ailleurs expédiée et vociférée sans précision. A écouter de toute urgence et à voir aussi puisque le coffret comprend aussi en 3è galette, le dvd de la performance d’avril 2019 à Strasbourg. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’hiver 2019.

 

 

  

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, coffret ̩v̩nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust (3 cd + 1 dvd ERATO Рavril 2019).

Légende dramatique en quatre parties,
livret du compositeur d’après Goethe
Créée à l’Opéra-Comique le 6 décembre 1846

Joyce DiDonato : Marguerite
Michael Spyres : Faust
Nicolas Courjal : Méphistophélès
Alexandre Duhamel : Brander

Chœur de la Fondation Gulbenkian
Les petits chanteurs de Strasbourg

Orchestre philharmonique de Strasbourg
John Nelson, direction

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Enregistré à Strasbourg en novembre 2018
2 cd + 1 dvd – ref ERATO 9482753, 2h

LIRE aussi notre critique complète des TROYENS de BERLIOZ par John Nelson, Michael Spyres, Joyce DiDonato, Stéphane Degout (2017)… :

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistré en avril 2017 à Strasbourg). Saluons d’emblée le courage de cette intégrale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs… Ce type de réalisation pourrait bien relancer l’attractivité de l’offre, car le résultat de ces Troyens répond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit piloté par la clarté et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau réunit au moment de l’enregistrement live à Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois… Petite réserve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrôle plus la précision de son émission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hélas, incompréhensible. Même DiDonato d’une justesse émotionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.

 

 

 
 

 

 

LIVRE événement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard)

boulez pierre par christian merlin fayard critique annonce livre musique classique classiquenews 9782213704920-001-TLIVRE événement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard) - Pierre Boulez (1925-2016) le compositeur évidemment ; le chef (son activité la plus indiscutable, chez Wagner, Ravel, Debussy, Bartok…), mais aussi le musicien politique malgré lui qui à coup d’ordonnances et déclarations définitives, souvent tranchantes (avec un art consommé de la phraséologie polémique) a bousculé l’ordre musical en France en défenseur et prophète autoproclamé de la modernité. L’auteur n’écarte aucune facette de la personnalité contrastée de celui qui a triomphé surtout à Bayreuth, grâce à Patrice Chéreau pour le centenaire du Ring.
Selon les points de vue, Boulez est révolutionnaire et fanatique, moderniste coûte que coûte quitte à brûler les idôles du passé, en particulier le baroque, alors redécouvert et proie de toutes les attaques. La création, le contemporain, la vibration contemporaine sont ses seuls champs d’action, de réflexion, de questionnement… et les réalisations comme les chantiers se sont précisés au fur et à mesure de ses prises de position : … le Domaine musical, l’IRCAM, l’Ensemble Intercontemporain, l’Opéra Bastille, la Cité de la musique, enfin la Philharmonie de Paris… autant de projets dispendieux à coups de millions d’euros.
Grâce à des archives inédites qui soulignent la « générosité » comme la « bienveillance » de l’homme, le texte édité par Fayard, ainsi publié 3 ans après sa mort en 2016, offre enfin une vision globale et complète sur le musicien, le penseur, l’intellectuel. Ses dictats, ses perspectives… Objectivement qu’on le regrette ou pas, Boulez en « fondateur d’institutions », a organisé la distribution et les lieux de diffusion de la musique du XXè.

La partie la plus passionnante demeure immédiatement celle réservée à l’élucidation de son écriture musicale. Alors, quel Boulez connaissez vous le mieux ? le « sectaire cérébral » ou l’artiste, interprète et créateur « hypersensible » ? Le texte complet permet de choisir en connaissance de causes.

CLIC_macaron_2014LIVRE événement. PIERRE BOULEZ par Christian Merlin (Fayard)
628 pages – Format : 155 x 235 mm – Collection : Musique – Prix TTC indicatif : 35 € – EAN : 9782213704920 – Code hachette : 7065710 Prix Numérique : 33.99 € – EAN numérique : 9782213706832 - CLIC de CLASSIQUENEWS 

PLUS D’INFOS sur le site de FAYARD :
https://www.fayard.fr/musique/pierre-boulez-9782213704920

DANSE. Noé de Thierry Malandain

Malandain Ballet Biarritz:Thierry Malandain - NoéFrance 2. Noé : Thierry Malandain, lun 21 oct 2019, 00h30. Evidemment à des heures indues, les programmes culturels de France Télévision. L’intérêt du programme est la musique du ballet, l’éblouissante messe de jeunesse de Puccini qui y réalise la continuité d’une tradition familiale (établi dans la ville toscane de Lucca, berceau du clan Puccini). La chorégraphie de Thierry Malandain qui a créé sa compagnie en 1998, confirme le choix d’une esthétique néoclassique. Le Ballet pour 22 danseurs souligne la figure messianique de Noé, porteur d’un nouvel espoir, d’un nouveau monde, après que la première création ait été submergée par les eaux… La promesse de l’Arche miraculeuse et toutes les espèces animales qui y ont pris place offre les conditions d’une nouvelle ère ; Noé et son clan étant alors capable de repeupler le monde. Malandain reprend plusieurs approches du mythe diluvien : pour Saint-Augustin, les proportions de l’Arche correspondaient à celles du corps humain, « qui est aussi le corps du Christ, qui est aussi l’Église », tandis que Paul Claudel fit de l’Arche salvatrice une cathédrale, une nef naviguant dans le ciel.
Pour Thierry Malandain, Noé est un être humain collectif montant dans l’arche de lui-même, « pour liquider une existence passée et repartir de zéro en allant puiser de nouvelles énergies dans les abysses de son être. C’est pourquoi, excepté la colombe, signe d’espérance d’une nouvelle vie, nous n’embarquerons pas l’intégrale des animaux, juste une humanité en mouvement, figure symbolique et dansante de Noé aux rayons d’un soleil nouveau ». Sur la musique de Puccini datée de 1821, légère, gracieuse, sans tension, le geste non dramatisé de Malandain semble inscrire le mythe de Noé dans la souplesse et la fluidité, a contrario de son action tragique, de son issue encore fragile. La danse au diapason d’une partition plus enivrante que contrastée, offre une vision apaisée, presque trop tranquille où le jeu formel des bras, des jambes, l’effet du groupe pris comme un enchainement de membres alignés, les duos plus exaltés ponctuent une performance devenue rite collectif, parfois archaïque et rustre (référence aux danseurs afghans traditionnels), excepté le couple d’Adam et Eve dont la suavité mais esquissée rappelle celle plus déployée du précédent ballet Cendrillon. La vision est égocentrée : l’homme, rien que l’homme ; sujet d’innombrables péripéties chorégraphiques et dansantes, qui se répètent et se répètent à l’infini.

Photo : Compagnie Malandain ballet Biarritz / Olivier Houeix

________________________________________________________________________________________________

FRANCE 2. « Noé » – Lundi 21 octobre 2019 à 00h30. Chorégraphie : Thierry Malandain – Ballet pour 22 danseurs – compagnie : Malandain ballet Biarritz.
Filmé à Chaillot – Théâtre national de la Danse
Musique Gioacchino Rossini – Messa di Gloria

TOURS, Opéra. Nouveau Cosi fan tutte de Mozart

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, Opéra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours et pilier du répertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, créé à Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernité de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais écrites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opéras conçus par les deux génies des Lumières, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cœur, la volatilité des serments partagés et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mêmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse…

________________________________________________________________________________________________

Plus cru voire cynique, l’opéra dépeint la cruauté de cœurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando ténor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risqué : parier sur la fidélité de leurs fiancées respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautés napolitaines, écervelées et volages qui aux premiers inconnus rencontrés (certes de beaux étrangers orientaux qui sont en réalité leurs fiancés déguisés et interchangés), défaillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgré les serments échangés. En pilotes amusés et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naïveté ici épinglée : la servante des deux fiancées, Despina ; Don Alfonso, vieux séducteur philosophe qui n’en est pas à son premier pari ni à sa première épreuve sentimentale ; il apprend à ses cadets, la douloureuse école de l’amour… d’ailleurs, l’opéra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants… on ne saurait être plus clair.
Rival de Mozart à Vienne, le compositeur bientôt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : réintitulé précisément « la Scuola degli Gelosi » créé en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au même) dont la verve et la virtuosité dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le génie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, doué d’une liberté d’invention proche de Mozart.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

________________________________________________________________________________________________

Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon
Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

________________________________________________________________________________________________

Samedi 28 septembre – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Conférence sur l’opéra Cosi fan tutti – Entrée gratuite

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir

 

 

Salieri, génie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte à partir de l’original de Mazzola). Comédie en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution février 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes »).

degas gallimard decouvertes expositon deags a l opera de apris musee d orsay exposition 23 sept fevrier 2020 classiquenews A76087Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes »). CHANTRE DE LA MODERNITÉ… Présentation par l’éditeur : « «Je voudrais être illustre et inconnu», disait Edgar Degas. Illustre, il l’est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, également, tant ces thèmes occultent le reste de l’Å“uvre, peintures d’histoire, portraits, paysages, tant l’Å“uvre a dévoré la vie privée. Sur une carrière de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohérence, on découvre alors l’insatiable curiosité technique, la constante recherche d’expressions nouvelles, l’évidente continuité de la ligne mélodique ».
Notre avis… Le fils d’une famille aisée, de banquiers, doit cependant à son père (Auguste) d’être encouragé dans sa vocation artistique. Ce n’est pas tant, la ligne (cultivée toujours selon les préceptes de son « maître et idôle » Ingres), la couleur (digne des Impressionnistes dont il sera toujours très proche), la puissance de la palette et du trait (qui le rapproche d’un Manet, son ami), que son œil, qui se révèle dans son cas, déterminant. Degas méprise le milieu académique et donc le Prix de Rome : dépassé, conservateur. Il a bien raison. La modernité n’est jamais venue en peinture de ce réseau politique formaté. Degas développe une acuité de conception hors du commun à son époque. Son œil décortique l’espace (d’où des cadrages et des points de vue inédits et donc résolument « modernes »), déconstruit la forme, pour en extraire le squelette expressif, l’ossature synthétique, essentiel (d’où ce qu’il voit et capte dans le sujet des danseuses : des corps qui souffrent, des lignes qui fléchissent, des mouvements qui éreintent et forcent… au bord du claquage.

 

 

Degas moderne
L’œil déconstruit, reconstruit…

 

 

danseuses degas

 

Deux danseuses (DR)

 

Beaucoup de scènes de répétitions, de gestes et attitudes répétées, de détente aussi (dont même des danseuses qui baillent…) Entre réalisme et familiarité, jamais cela n’avait été représenté avant lui. De sorte que l’on contemple un autre Degas : non pas le peintre obsédé par les danseuses en tutu, mais l’analyste qui décrypte le dénuement et la misère de jeunes artistes démunies et souffrantes, qui phénomène que l’on commence à expliciter, sont les proies des prédateurs sexuels dans la coulisse.
affiche13_300Degas a conçu tout cela, remarquablement expliqué dans ce petit livre immanquable, indispensable viatique préparatoire pour l’exposition actuelle au Musée d’Orsay : « DEGAS à L’OPERA », jusqu’en janvier 2020. Car au juste qu’a peint Degas de l’Opéra ? La réponse est loin d’être évidente. Car Degas est un créateur tout sauf conformiste. On peut affirmer qu’en plein wagnérisme, au cœur de la France nationaliste, opposée à l’hégémonie prussienne, Degas, se passionna pour la Sigurd du marseillais Reyer, le « petit Wagner de la Canebière » (au point de la voir 30 fois à l’Opéra le Peletier, à partir de sa création à l’Opéra de paris le 12 juin 1885). Wagnérien, Reyer dans Sigurd offre une véritable alternative française au romantisme musical, puisant après Berlioz, chez Gluck, sachant colorer aussi son orchestre par des éclats fantastiques empruntés à Weber. Les amateurs du Ring, retrouvent certes les personnages de Hagen, Gunter et aussi Brünnhilde… Mais si le sujet est emprunté aux légendes nordiques, comme la Tétralogie, la conception elle est bien française.
Comme Reyer à l’opéra, Degas incarne une spécificité française, « moderne », antiacadémique, foncièrement avant-gardiste, entre 1880 et 1910. Un cas à part, et une œuvre à redécouvrir aujourd’hui.

 

 

________________________________________________________________________________________________

Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes ») – 160 pages, ill., sous couverture illustrée, 125 x 178 mm
Genre : Documents et reportages Thème : arts en général /peinture Catégorie > Sous-catégorie : Connaissance > Arts en général – Époque : XXe-XXIe siècle – ISBN : 9782070760879 – Gencode : 9782070760879 – Code distributeur : A76087 – Première parution en 1988 -
Co̩dition Gallimard/RMN РGrand Palais. Nouvelle ̩dition en 2012.
Collection Découvertes Gallimard (n° 36), Série Arts, Gallimard. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

DVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacle, Live d’oct 2018)

Symphonie-fantastique-DVD-Inclus-Blu-ray BERLIOZ lucile ricahrdot cleopatre didon critique concert dvd review opera concert classiquenewsDVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018). Orchestral, – passionnante Fantastique de Berlioz, le programme est aussi surtout lyrique ; et quelle voix ! Mezzo d’impact, Lucile Richardot. d’abord célébrée comme interprète baroque, du XVIIè montéverdien au XVIIIè français, la voici … en furie et grande amoureuse romantique, et d’un engagement déclamé souverain dans la cantate Cléopâtre du jeune Hector alors candidat répétitif pour le prix de Rome…
« C’en est donc fait » place la barre très haut, dans le lugubre tragique et noble à la fois. C’est une Reine détruite qui paraît à nos yeux. Une femme exposée, ravagée mais digne. Ecrite en 1829, la cantate suit le texte imposé de Pierre-Ange Vieillard. La fureur de l’amoureuse, l’impuissance de la souveraine, sa solitude et son abandon, son cœur qui implose, puis sous le coup de l’aspic, se convulse, halète, expire… (avec ultimes spasmes mortels par les contrebasses). La vérité que l’interprète sait insuffler au texte, sa justesse expressive, sa finesse tragique soulignent la valeur du génie berliozien au delà du contexte académique. L’écriture transcende le prétexte romain et souligne combien Berlioz maîtrise le grand souffle lyrique légué par Gluck. Dans le sublime, l’intime surtout. Déjà l’auteur des troyens, à l’extrémité de sa carrière, est là, d’une maturité précoce. Bouleversant.

 

 

Deux Reines expirantes pour la diva Richardot

 

 

A ses côtés, Gardiner joue les grand sorcier tragique, sur un même niveau : écoute intérieure, pianis sculptés dans le silence, puis vertiges étourdissants ; tout indique l’art de Berlioz, à la fois Shakespearien et mozartien. Tout ce qui sonne artificiel et classique ailleurs, sonne juste et sincère ici.

La jeune diva enchaîne ensuite une autre mort, celle d’une autre reine, Didon la carthaginoise, elle aussi seule, défaite, abandonnée par Enée… « Ah je vais mourir… », pourtant la tragédienne embrase chaque mot, chaque accent, d’une noblesse plus serrée ici, dans une prosodie plus régulière et moins heurtée. Lucile Richardot sculpte le texte comme le chef éclaire chaque épisode orchestral dans l’allusion et le détachement progressif.

L’Orchestre révolutionnaire et romantique donne son meilleur enfin dans une œuvre qu’il a le premier et de façon visionnaire, jouer sur instruments d’époque : la Fantastique scintille et crépite au diapason du cœur berliozien, le plus exalté et le plus passionné qui soit. Le plus enivré aussi. Et donc le plus personnel voire autobiographique. Ce que n’oublient pas ni le chef ni ses instrumentistes.
Même engagement poétique, à la fois électrique irisé dans l’ouverture du Corsaire, langoureux et crépusculaire dans la fameuse chasse royale des Troyens, peinture symphonique aux climats époustouflants.

La réalisation est à classer parmi les excellents témoignages filmés au Château de Versailles ; l’Opéra royal y devient l’écrin d’un programme magicien, où parait aussi le décor de Ciceri daté de 1837 : un palais de marbre et d’or, évoquant la Galerie des Batailles, dispositif visuel conçu pour l’inauguration du musée de l’histoire de France de Louis-Philippe (1837). Les célébrations BERLIOZ à Versailles s’annoncent ainsi et se confirment passionnantes. On attend déjà avec impatience les 2 autres volumes de ce feuilleton Berlioz à versailles : Benvenuto Cellini et La Damnation de Faust. A suivre donc.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CLIC_macaron_2014DVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018)Clic de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

 

 

TOURS, Opéra. Nouveau COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, Opéra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours et pilier du répertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, créé à Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernité de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais écrites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opéras conçus par les deux génies des Lumières, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cœur, la volatilité des serments partagés et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mêmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse…

________________________________________________________________________________________________

Plus cru voire cynique, l’opéra dépeint la cruauté de cœurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando ténor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risqué : parier sur la fidélité de leurs fiancées respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautés napolitaines, écervelées et volages qui aux premiers inconnus rencontrés (certes de beaux étrangers orientaux qui sont en réalité leurs fiancés déguisés et interchangés), défaillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgré les serments échangés. En pilotes amusés et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naïveté ici épinglée : la servante des deux fiancées, Despina ; Don Alfonso, vieux séducteur philosophe qui n’en est pas à son premier pari ni à sa première épreuve sentimentale ; il apprend à ses cadets, la douloureuse école de l’amour… d’ailleurs, l’opéra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants… on ne saurait être plus clair.
Rival de Mozart à Vienne, le compositeur bientôt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : réintitulé précisément « la Scuola degli Gelosi » créé en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au même) dont la verve et la virtuosité dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le génie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, doué d’une liberté d’invention proche de Mozart.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

________________________________________________________________________________________________

Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon
Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

________________________________________________________________________________________________

Samedi 28 septembre – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Conférence sur l’opéra Cosi fan tutti – Entrée gratuite

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir

 

 

Salieri, génie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte à partir de l’original de Mazzola). Comédie en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution février 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Requiem de Verdi à l’Arsenal de METZ

metz-cite-musicale-6-oct-2019-requeim-de-verdi-annonce-concert-critique-classiquenews-orch-national-de-metzMETZ, Arsenal. VERDI : REQUIEM, dim 6 oct 2019. Messe funèbre dramatique, opéra sacré, cantate de célébration, de mémoire et de compassion…Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela à la fois, donné ici à l’Arsenal de METZ. Distribution, entièrement française, pour ce Requiem de Verdi avec le Chœur de l’Orchestre de Paris. À sa création, l’aspect théâtral et trop opératique de l’ouvrage avait suscité incompréhension voire agacement : qu’à faire ce style lyrique dans une messe funèbre qui doit accompagner les jusqu’au repos éternel ? Ému par la disparition du poète Manzoni, Verdi tint à lui rendre hommage, en composant ainsi un sommet de la déploration symphonique, chorale, lyrique. Toute la science dramatique du compositeur se met au service d’une ferveur directe et sincère qui réussit à peindre l’effroi et les promesses du grand théâtre de la mort.

 

 

________________________________________________________________________________________________

METZ, ARSENALboutonreservation
cité musicale metz, saison 2019 2020
ARSENAL, Grande Salle
Dimanche 6 octobre 2019, 16h

VERDI : REQUIEM
Orchestre national de Metz
Chœur de l’Orch de Paris

soprano : Teodora Gheorghiu
mezzo-soprano : Valentine Lemercier
ténor : Florian Laconi
basse : Jérôme Varnier
Scott Yoo, direction

INFOS, RESERVATIONS ici :

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/requiem-de-verdi

 

 

________________________________________________________________________________________________

Déroulé du Requiem : 7 parties

1. Requiem
2. Dies irae
3. Offertorio
4. Sanctus
5. Agnus Dei
6. Lux aeterna
7. Libera me

 

 

________________________________________________________________________________________________

Pour les parents et familles : possibilité d’une garderie musicale à 16h
de 4 à 8 ans. Pendant que les parents assistent au concert, les enfants participent à un atelier musical en lien avec le concert des plus grands, qu’ils rejoignent à la fin du concert. À cette occasion, un musicien intervenant propose des écoutes d’extraits musicaux, des comptines, des jeux d’éveil musical…

Et un bon goûter !

Tarif 6 € / enfant
(offre soumise à l’achat d’une place de spectacle pour l’adulte accompagnant)

 

 

 

L’œuvre : REQUIEM OPERATIQUE ET HUMANISTE

________________________________________________________________________________________________

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poète italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulé, admiré d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opéra sacré : c’est l’acte d’humilité d’une humanité atteinte et saisie face à l’effrayante mort ; l’idée du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve à la fois collective (avec le formidable chœur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (prière du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer à grand fracas la certitude face à la mort et à l’irrépressible anéantissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.

D’abord entonné en duo (soprano et alto), l’Agnus dei témoigne du sacrifice de Jésus, prière à deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthérien, toute la foule rassemblée, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opératique contrasté, Verdi enchaîne la lumière du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblés en armée), qui s’achève en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rasséréné : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière brille à jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prépare à la mort, frère pour les autres, égaux et mortels, à la fois vaincus et victorieux de l’expérience de tous les mourants qui ont précédés en d’identiques souffrances.

Il faut absolument écouter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’Agnès Baltsa pour mesurer ce réalisme individuel, – emblème de l’expérience plutôt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chanté par la contralto d’une déchirante intensité, prière en humilité, le chant ainsi conçu frappe immédiatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume ni la profonde peine ; entonnant avec le chœur rassemblé, concentré, ému, les dernières paroles du Libera me, la soprano exprime le témoignage de la souffrance qui nous rend égaux et frères ; en elle, retentit l’expérience ultime ; son air s’accompagne d’une espérance plus tendre, emblème de la compassion pour les défunts, tous les défunts.
Croyant ou non, l’auditeur ne peut être que frappé par la haute spiritualité de ce Requiem élaboré à l’échelle du colossal et de l’intime, où les gouffres et les blessures nés du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscéral. Dans le format réussi de cette fresque qui unit le collectif et l’intime, Verdi nous parle d’humanisme ; l’homme qui doute et désespère parfois, n’oublie jamais la mort, notre destin à tous : cette conscience en humilité façonne les meilleurs d’entre nous.

 

 

Opéra de TOURS : Cosi fan tutte de Mozart

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, Opéra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours et pilier du répertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, créé à Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernité de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais écrites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opéras conçus par les deux génies des Lumières, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cœur, la volatilité des serments partagés et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mêmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

 

 

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse…

________________________________________________________________________________________________

Plus cru voire cynique, l’opéra dépeint la cruauté de cœurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando ténor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risqué : parier sur la fidélité de leurs fiancées respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautés napolitaines, écervelées et volages qui aux premiers inconnus rencontrés (certes de beaux étrangers orientaux qui sont en réalité leurs fiancés déguisés et interchangés), défaillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgré les serments échangés. En pilotes amusés et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naïveté ici épinglée : la servante des deux fiancées, Despina ; Don Alfonso, vieux séducteur philosophe qui n’en est pas à son premier pari ni à sa première épreuve sentimentale ; il apprend à ses cadets, la douloureuse école de l’amour… d’ailleurs, l’opéra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants… on ne saurait être plus clair.
Rival de Mozart à Vienne, le compositeur bientôt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : réintitulé précisément « la Scuola degli Gelosi » créé en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au même) dont la verve et la virtuosité dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le génie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, doué d’une liberté d’invention proche de Mozart.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

________________________________________________________________________________________________

Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon
Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

________________________________________________________________________________________________

Samedi 28 septembre – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Conférence sur l’opéra Cosi fan tutti – Entrée gratuite

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir

 

 

Salieri, génie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte à partir de l’original de Mazzola). Comédie en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution février 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Doulce Mémoire. Musique secrète de Leonardo da Vinci

Doulce-Memoire-1-denis-raisin-dadre-30-ans-annonce-concert-opera-de-tours-critique-concert-critique-opera-classiquenewsDOULCE MÉMOIRE. Musiques de Leonardo, le 21 sept 2019. Valençay (36). Doulce Mémoire, c’est d’abord l’esprit de la Renaissance, cette période faste de découvertes, d’inventions, de voyages et de créativité… En 2019, l’ensemble fondé par Denis Raisin Dadre fête ses déjà 30 ans. 30 ans de somptueuses et vivantes découvertes d’un formidable laboratoire musicale qui a révélé aux français et au monde, les mille séductions de la musique de la Renaissance dont la richesse profite dans chaque programme de Doulce Mémoire, de la sensibilité et des tempéraments artistiques des interprètes associés. En regard du livre cd paru au printemps 2019, « la musique secrète » de Leonardo da Vinci, Denis Raisin-Dadre, grand amateur de peinture entre autres, retrouve le mystère et le raffinement qui ont produit les peintures de Leonardo en invoquant les musiques de son temps. Le goût de Vinci pour la musique est connu et attesté par les nombreux témoignages de ses contemporains. Léonard était admiré comme joueur et improvisateur sur la lira da braccio.

 

 

 

Musique secrète de Leonardo da Vinci
Pour ses 500 ans, Doulce Mémoire
fait chanter les peintures de Leonardo…

Sa passion pour la musique provient de sa jeunesse, de la fréquentation de musiciens dans les ateliers de peintres. Pendant sa formation auprès de Verrocchio, son premier maître à Florence, était aussi musicien comme nombre de peintres à l’époque. Dans l’atelier travaillaient Botticelli, Le Pérugin, Ghirlandaio, Lorenzo di Credi… l’émulation artistique s’associe aux instruments : luth ; lyre auxquels répondent les chants – bref, la musique est partout.

Denis Raisin-Dadre s’explique : ” Plutôt que partir à la recherche des musiques qu’aurait pu jouer Léonard, ou de suivre comme nous l’avons déjà fait à Doulce Mémoire ses pérégrinations de villes en villes, nous désirons partir à la recherche des musiques secrètes de ses tableaux. Une démarche à la fois scientifique puisque, nous serons sur des musiques contemporaines de Vinci mais aussi éminemment poétique pour rentrer dans l’univers mental de ce génie “.
« SÅ“ur mineure et malheureuse de la peinture, la musique s’évanouit tout de suite » écrit Léonard dans son traité de peinture “. Le projet cherche à en fixer le cours pour que perdure la force de sa poésie. Pari réussi, comme l’atteste son livre cd ” Musique secrète de Leonardo da Vinci “, déjà paru.

Leonardo_selfExtrait de notre critique du livre cd Musique secrète de Leonardo da Vinci par Alban Deags : …” 15 TABLEAUX ET LEURS RESONANCES MUSICALES… Le fondateur deDoulce Mémoire a sélectionné une quinzaine de tableaux, dont beaucoup sont aujourd’hui au Louvre (la France regroupe ainsi la plus grande collection de tableaux du Peintre dont les Å“uvres, en provenance des collections royales, celles de François Ier, sont le noyau du département de peintures du Louvre) : Le baptême du Christ, L’Annonciation, La vierge aux rochers, Portrait d’Isabelle d’Este, La belle ferronnière, Sainte Anne et la Vierge, Saint Jean-Baptiste… Denis Raisin-Dadre n’oublie pas La Joconde – qu’il a mis en correspondance avec des musiques de Jacob Obrecht (1457-1505), de Josquin Desprez (1450-1521), des laudes consacrées à l’Annonciation, des Frotolle, des chants sur des textes de Pétrarque, accompagnés par la lira da braccio, instrument très apprécié de Léonard…”. (…) Leonardo da Vinci  fut musicien et compositeur, réalisateur des fêtes et divertissements pour la cour ducale des Sforza de Milan. Pour le duc Ludovico, Leonardo invente des machines de guerre, et aussi produit des spectacles « magiques » dont les prouesses techniques, illusionnistes ont laissé de nombreux témoignages. Improvisateur remarquable, Leonardo jouait excellemment de la lira da braccio,  s’accompagnant tout en déclamant des vers… C’est un véritable Orphée laïque qui officie ainsi à la Cour milanaise, se rendant bientôt indispensable.”

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Doulce Mémoire
Musique secrète de Leonardo da Vinci
Le 21 septembre 2019 à Valencay (36)
Château de Valençay, 21h

Léonard de Vinci, la musique secrète

Distribution :
Clara Coutouly, soprano
Matthieu Le Levreur, baryton
Pascale Boquet, luth
Baptiste Romain ou Nicolas Sansarlat, lira da braccio
Bérengère Sardin, harpe renaissance
Denis Raisin Dadre, flûtes et direction
Ikse Maitre, scénographie

Projet présenté dans le cadre de « Viva Leonardo da Vinci ! 500 ans de Renaissance(s) en Centre-Val de Loire »

+ d’infos sur le site de DOULCE MEMOIRE :
https://www.doulcememoire.com/programmes/leonard-de-vinci-la-musique-secrete/

 

 

 

agenda

_________________________________________________________________________________________________

Le 21 septembre 2019 à Valencay (36)
Château de Valençay, 21h
http://www.chateau-valencay.fr/#

Le 27 septembre 2019 à Turnhout (Belgique)
Festival Musica Divina

Le 13 novembre 2019 à Orélans (45)
Le Bouillon – Université d’Orléans
http://www.univ-orleans.fr/fr/culture

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________

Le 15 novembre 2019 à Paris (75)
Auditorium du Louvre, 20h
https://www.louvre.fr/musiques?page=1

leonardo-da-vinci-musique-secrete-livre-cd-alpha-critique-annonce-cd-par-clasiquenews-compte-rendu-critique-cd-livre-classiquenews-musique-classiqueŒuvres de Josquin Desprez, Bartolomeo Tromboncino, Marchetto Cara, Johannes de la Fage, Firminus Caron… Musiques tirées des Laudes et des Frottole éditées par Petrucci. A l’occasion de l’exposition du Louvre célébrant les 500 ans de la naissance de Léonard de Vinci, l’ensemble Doulce Mémoire et son chef Denis Raisin Dadre convient à un voyage merveilleux sur les pas de celui qui fut l’un des plus grands virtuoses de son temps à la lira da braccio et qui nous a laissé de nombreuses énigmes musicales. Avec des mélodies populaires de l’époque et que l’on retrouve retranscrites par différents compositeurs tels que Josquin Desprez ou Heinrich Isaac, le concert évoque les musiques qu’il aurait été possible d’écouter dans un atelier de peinture ou dans un cercle aristocratique de la Renaissance. Et vous, quelles musiques pensez vous que Leonard aurait pu écouter en dessinant ou en peignant la Joconde ou la Vierge aux rochers ?

 

 

 

 

Approfondir

_________________________________________________________________________________________________

LIRE notre critique du livre cd Musique secrète de Leonardo da Vinci / Les 500 ans de Leonardo de Vinci en 2019 :
http://www.classiquenews.com/5-mai-2019-500-ans-de-la-mort-de-leonardo-da-vinci/

 

 

doulce-memoire-concerts-critique-annonce-concerts-classiquenews

_________________________________________________________________________________________________

TOURS, Opéra. Nouvelle production de COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, Opéra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours et pilier du répertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, créé à Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernité de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais écrites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opéras conçus par les deux génies des Lumières, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cœur, la volatilité des serments partagés et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mêmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse…

________________________________________________________________________________________________

Plus cru voire cynique, l’opéra dépeint la cruauté de cœurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando ténor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risqué : parier sur la fidélité de leurs fiancées respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautés napolitaines, écervelées et volages qui aux premiers inconnus rencontrés (certes de beaux étrangers orientaux qui sont en réalité leurs fiancés déguisés et interchangés), défaillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgré les serments échangés. En pilotes amusés et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naïveté ici épinglée : la servante des deux fiancées, Despina ; Don Alfonso, vieux séducteur philosophe qui n’en est pas à son premier pari ni à sa première épreuve sentimentale ; il apprend à ses cadets, la douloureuse école de l’amour… d’ailleurs, l’opéra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants… on ne saurait être plus clair.
Rival de Mozart à Vienne, le compositeur bientôt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : réintitulé précisément « la Scuola degli Gelosi » créé en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au même) dont la verve et la virtuosité dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le génie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, doué d’une liberté d’invention proche de Mozart.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

________________________________________________________________________________________________

Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon
Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

________________________________________________________________________________________________

Samedi 28 septembre – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Conférence sur l’opéra Cosi fan tutti – Entrée gratuite

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir

 

 

Salieri, génie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte à partir de l’original de Mazzola). Comédie en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution février 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Depuis Salzbourg 2019… VERDI : Requiem par Riccardo MUTI

Giuseppe VerdiFRANCE MUSIQUE, lun 26 août 2019, 20h. VERDI : Requiem. Messe funèbre dramatique, opéra sacré, cantate de célébration, de mémoire et de compassion…Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela à la fois, donné ici lors du Festival de Salzbourg en août 2019. L’orchestre (somptueusement coloré, nuancé, fluide) du Philharmonique de Vienne, le chef nerveux, aux contours acérés et grand spécialiste des effectifs en nombre, devraient peser dans la réussite générale de ce concert. Que donneront en revanche les solistes, en général authentiques personnalités verdiennes, plus habitués des opéras du compositeur, que de son unique Requiem ? 3 sur 4 promettent de belles performances, à la fois puissantes et intérieures (Krassimira Stoyanova, soprano / Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano / Francesco Meli, ténor). Le cas de la basse « verdienne » Ildar Abdrazakov nous laisse plus réservé. Son récent récital Verdi chez DG / Deutsche Grammophon (critiqué sur Classiquenews en août 2019) est loin de convaincre tant la voix certes noble et colorée, plafonne et se limite souvent à une palette expressive réduite… A suivre.

http://www.classiquenews.com/cd-critique-verdi-ildar-abdrazakov-orchestre-metropolitain-de-montreal-yannick-nezet-seguin-1-cd-dg-deutsche-grammophon/

 

________________________________________________________________________________________________

FRANCE MUSIQUE, lun 26 août 2019, 20h. VERDI : Requiem – Concert donné le 15 août 2019 en la Grosses Festspielhaus à Salzbourg / dans le cadre du Festival de Salzbourg 2019

Giuseppe Verdi
Messa da Requiem

1. Requiem
2. Dies irae
3. Offertorio
4. Sanctus
5. Agnus Dei
6. Lux aeterna
7. Libera me

Krassimira Stoyanova, soprano
Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano
Francesco Meli, ténor
Ildar Abdrazakov, basse

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Orchestre Philharmonique de Vienne
Riccardo Muti, direction

Approfondir

________________________________________________________________________________________________

LIRE notre critique du cd CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,f̩vrier 2014, 1 cd Sony classical) Рtestament musical et spirituel de Lorin Maazel avant sa mort au printemps 2015
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-verdi-requiem-lorin-maazelfevrier-2014-1-cd-sony-classical/

L’œuvre : REQUIEM OPERATIQUE ET HUMANISTE

________________________________________________________________________________________________

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poète italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulé, admiré d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opéra sacré : c’est l’acte d’humilité d’une humanité atteinte et saisie face à l’effrayante mort ; l’idée du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve à la fois collective (avec le formidable chœur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (prière du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer à grand fracas la certitude face à la mort et à l’irrépressible anéantissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.

D’abord entonné en duo (soprano et alto), l’Agnus dei témoigne du sacrifice de Jésus, prière à deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthérien, toute la foule rassemblée, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opératique contrasté, Verdi enchaîne la lumière du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblés en armée), qui s’achève en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rasséréné : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière brille à jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prépare à la mort, frère pour les autres, égaux et mortels, à la fois vaincus et victorieux de l’expérience de tous les mourants qui ont précédés en d’identiques souffrances.

Il faut absolument écouter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’Agnès Baltsa pour mesurer ce réalisme individuel, – emblème de l’expérience plutôt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chanté par la contralto d’une déchirante intensité, prière en humilité, le chant ainsi conçu frappe immédiatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume ni la profonde peine ; entonnant avec le chœur rassemblé, concentré, ému, les dernières paroles du Libera me, la soprano exprime le témoignage de la souffrance qui nous rend égaux et frères ; en elle, retentit l’expérience ultime ; son air s’accompagne d’une espérance plus tendre, emblème de la compassion pour les défunts, tous les défunts.
Croyant ou non, l’auditeur ne peut être que frappé par la haute spiritualité de ce Requiem élaboré à l’échelle du colossal et de l’intime, où les gouffres et les blessures nés du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscéral. Dans le format réussi de cette fresque qui unit le collectif et l’intime, Verdi nous parle d’humanisme ; l’homme qui doute et désespère parfois, n’oublie jamais la mort, notre destin à tous : cette conscience en humilité façonne les meilleurs d’entre nous.

CD événement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée, Nézet Séguin, Vogt, Schweinester… (2 cd DG Deutsche Grammophon, été 2018, Baden Baden)

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-CvrCD événement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée, Nézet Séguin, Vogt, Schweinester… (2 cd / DG Deutsche Grammophon, été 2018, Baden Baden). Le 6è opus de leur cycle des opéras de Mozart à Baden Baden impose désormais une complicité convaincante : Yannick Nézet-Séguin et Roland Villazon ont été bien inspirés de proposer ce projet lyrique aux décisionnaires du Festival estival de Baden Baden ; La Flûte Enchantée jouée et enregistrée live en juillet 2018 confirme d’abord l’intelligence dramatique du chef qui sait ici exploiter toutes les ressources de l’orchestre mis à sa disposition : sens de l’architecture, soin des détails instrumentaux et donc articulation et couleurs ; la caractérisation de chaque séquence, selon les protagonistes en piste s’avère passionnante à suivre, révélant dans leur richesse poétique, tous les plans de compréhension possible, d’une œuvre à la fois populaire et très complexe : narratifs, sociologiques, symboliques et donc philosophiques. La fable à la fois réaliste et spirituelle se déroule avec une expressivité jamais appuyée (sauf à l’endroit du Papageno de Villazon devenu baryton qui en fait souvent trop, tirant le drame vers la caricature…).

 

 

Baden Baden été 2018

Charisme du chef,
plateau vocal impliqué,
chant cohérent de l’orchestre :
La Flûte convaincante de Yannick Nézet-Séguin

 

 

Zfloete__MOZART zauberflote nezet seguin villazon baden baden cd deutsche grammophon cd critique cd review classiquenews clic de classiquenews critique opera

 

 

CLIC D'OR macaron 200Les autres solistes se montrent particulièrement « mozartiens », soignant leur ligne, la finesse expressive, la souplesse, l’articulation et une intonation riche en nuances : de ce point de vue, les plus méritants sont évidement les deux ténors requis, chacun dans leur registre si contrastés : l’altier et juvénile Klaus Florian Vogt, qui a troqué son endurance wagnérienne (Lohengrin, Parsifal) pour l’élégance et le galbe princier ; Paul Schweinester déjà apprécié dans Pedrillo de l’Enlèvement au sérail (du même cycle de Baden Baden), dont le format naturel, expressif est lui aussi épatant ; même engagement total pour le Sarastro de Franz Joseph Selig (précédemment Osmin dans le déjà cité Enlèvement au sérail ; vivante et même enivrée depuis sa délivrance par Tamino, la Pamina de Christiane Karg (précédente Susanna des Nozze di Figaro), comme la Papagena Regula Mühlemann, palpitante et très juste ; on reste moins convaincus par la Reine de la nuit d’Albina Shagimuratova, dotée certes de tout l’appareil technique et du format sonore, mais si peu subtile en vérité : démonstrative, voire routinière pour l’avoir ici et là tellement chanté / usé (elle réussit mieux son 2è air).
Chacun pourtant donne le meilleur de lui-même (charisme fédérateur du chef certainement), apportant souvent outre la présence vocale, l’approfondissement du caractère.
D’autant que contrairement au live originel de juillet 2018, les récits du narrateur ont été écartés de l’enregistrement Deutsche Grammophon : la succession musicale gagne en naturel et en relief. Ici la vie triomphe. La cohérence du plateau, l’éloquence de l’orchestre, la vivacité du chef font la différence. Certainement l’un des meilleurs coffrets du cycle Mozart DG en provenance de Baden Baden (initié par Don Giovanni joué à l’été 2011). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019. A suivre. Illustration : © Andrea Kremper.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________
CD événement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée, Nézet Séguin, Vogt, Schweinester… (2 cd DG Deutsche Grammophon, été 2018, Baden Baden) – Parution : 2 août 2019.

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée),
opéra en deux actes- livret d’Emanuel Schikaneder.

Avec :
Klaus Florian Vogt, Tamino ;
Christiane Karg, Pamina ;
Franz-Josef Selig, Sarastro ;
Paul Schweinester, Monostatos ;
Regula Mühlemann, Papagena ;
Albina Shagimuratova, la Reine de la Nuit ;
Rolando Villazón, Papageno ;

Johanni van Oostrum, Première Dame ;
Corinna Scheurle, Deuxième Dame ;
Claudia Huckle, Troisième Dame ;
Tareq Nazmi, l’Orateur ;
Luca Kuhn, Premier Garçon ;
Giuseppe Mantello, Deuxième Garçon ;
Lukas Finkbeiner, Troisième Garçon ;
Levy Sekgapane, Premier Prêtre / Premier Homme armé ;
Douglas Williams, Deuxième Prêtre / Deuxième Homme armé ;
André Eisermann, Récitant.

RIAS Kammerchor (chef de chœur : Justin Doyle).
Chamber Orchestra of Europe
Yannick Nézet-Séguin, direction musicale

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

APPROFONDIR

 

 

LIRE nos critiques compl̬tes des titres pr̩c̩dents CYCLE MOZART N̩zet-S̩guin / Villazon РBADEN BADEN Festival Hall (depuis 2011) РDG Deutsche Grammophon :

 

 

Don-Giovanni.cd_.01CD, critique. Mozart: Don Giovanni, Nézet-Séguin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement.Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix. EN LIRE +

 

 

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCD. Mozart : Cosi fan tutte (Nézet-Séguin, 2012) 3 cd DG   ….   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick Nézet-Séguin poursuit son intégrale Mozart captée à Baden Baden chaque été pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagé. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse. En LIRE +

 

 

 

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mozart-lenlevement-au-serail-die-entfhurung-aus-dem-serail-schweinester-prohaska-damrau-villazon-nezet-seguin-2-cd-deutsche-grammophon/CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle. EN LIRE +

 

 

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pétaradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du Montréalais Yannick-Nézet Séguin récemment nommé directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncées ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistré de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le ténor franco mexicain Rolando Villazonavec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opéras de la maturité. Villazon on l’a vu, se refait une santé vocale au cours de ce voyage mozartien, réapprenant non sans convaincre le délicat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivité des inflexions, l’art des nuances et des phrasés souverains… une autre écoute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes à Baden Baden sont placés derrière les chanteurs…) – EN LIRE +

 

 

La-Clemenza-Di-Tito neezt seguin donato rebeka villazon cd review critique cd opera par classiquenewsCD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. Nézet-Séguin, DiDonato, Rebeka… (2 cd DG Deutsche Grammophon). La formule est à présent célèbre : implanter comme à Salzbourg, un cycle récurrent Mozart, mais ici à Baden Baden, et chaque été, c’est à dire les grands opéras ; après Don Giovanni, Cosi, L’Enlèvement au sérail, Les Nozze, voici le déjà 5è ouvrage, enregistré sur le vif en version de concert, depuis le Fespielhaus de Baden Baden, en juillet 2017. Autour du ténor médiatique Rolando Villazon (pilier avec le chef québécois de ce projet discographique d’envergure), se pressent quelques beaux gosiers, dont surtout, vrais tempéraments capables de brosser et approfondir un personnage sur la scène, grâce à leur vocalità ardente, ciselée : le Sesto de Joyce Di Donato, mozartienne électrique jusqu’au bout des ongles ; dans le rôle de l’amant manipulé ; et, révélation de cette bande, la soprano lettone Marina Rebeka, ampleur dramatique de louve dévorée par la haine et la conscience du pouvoir, dans le rôle de l’ambitieuse prête à tout.  LIRE la critique du cd La Clemenza di Tito MOZART Nézet-Séguin Baden Baden, complète

 

 

 

 

____________________

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-Cvr

 

 

 

LIRE aussi notre annonce du cd MOZART : Die zauberflöte / La Flûte enchantée par Nézet-Séguin / Vogt / annonce du CLIC de CLASSIQUENEWS dès le 3 août 2019

 

Op̩ra de TOURS, saison lyrique 2019 Р2020 : 7 productions ̩v̩nements

TOURS-opera-nouvelle-saison-2019-2020-annonce-presentation-critique-concerts-critique-opera-classiquenewsOPERA DE TOURS, saison 2019 2020. TOURS, scène lyrique majeure en France. Ouverte voire audacieuse, majoritairement romantique, la programmation 2019 – 2020 de l’Opéra de Tours n’oublie pas pour autant de délicieusement provoquer (Powder her Face du compositeur contemporain Thomas Adès : une Å“uvre forte et chambriste qui décortique l’âme humaine créée il y a déjà plus de 24 ans). Le chef et directeur des lieux, Benjamin Pionnier, veille au choix des productions déjà créées ou dans le cas de nouvelles réalisations, au profil des hommes de théâtre capable de respecter la partition et de réussir la fusion du théâtre et de la musique. Un équilibre entre musique et dramaturgie qui se montre exemplaire quand ailleurs l’outrance des scénographie pseudo-conceptuelles n’hésite pas à dénaturer les ouvrages originaux et réécrire même l’action conçue par le compositeur et son librettiste…
En 2019 – 2020, Benjamin Pionnier a conçu l’une de ses programmations les mieux équilibrées, portant les défis et les promesses de pas moins de 3 nouvelles productions : Don Quichotte, Powder her face et dernier volet de la saison, l’éblouissante Giovanna d’Arco de Verdi. Les 7 productions lyriques à l’affiche de cette nouvelle saison 2017 – 2019 continuent d’explorer, de questionner, et aussi de divertir, en une totalité idéale. Ne manque que le baroque (peut-être la saison suivante ?). Soit une vraie scène lyrique, exigeante et généreuse qui prend des risques et sait renouveler notre compréhension des ouvrages plus familiers. Voilà la preuve qu’il n’y pas qu’à Paris intra muros que les productions et choix de répertoires méritent que l’on s’y attardent. Tours est plus que jamais une étape régulière et importante de tout amateur d’opéra en France. Voici donc, d’octobre 2019 à mai 2020, les 7 événements lyriques à ne pas manquer à l’Opéra de Tours.

 
 

OCTOBRE 2019

Ainsi la première production célèbre le dernier opéra de la trilogie Da Ponte / Mozart, soit Cosi fan tutte, créé au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790. Inspiré par le livret de Lorenzo Da Ponte, Mozart, après avoir composé Les noces de Figaro puis Don Giovanni surtout, aborde avec une subtilité inédite jusqu’alors, la duplicité des sentiments, les faux serments, la légèreté du cœur féminin (ainsi font elles toutes / toutes les mêmes…, comme nous le dit le titre même de l’opéra « Cosi fan tutte »). Quand Wolfgang aborde le genre buffa, la finesse et l’élégance de la nostalgie qu’il sait instiller à son écriture, renouvellent totalement le genre buffa napolitain… C’est un marivaudage avant l’heure : une carte du tendre semé de quiproquos douloureux, de tromperie et de cynisme amers, de faux serments et de vraies passions irraisonnées. La pulsion et l’éros choatique plutôt que la fidélité et la constance… (une approche réaliste déjà abordée dans les Noces et Don Giovanni, selon les thèmes chers au poète écrivain Lorenzo da Ponte). C’est l’école des amants, où les jeunes fiancés apprennent l’inconstance de leurs aimées respectives ; où les femmes aussi s’enivrent et se perdent dans le jeu de l’amour croisé… Les 4, 6 et 8 octobre 2019. Benjamin Pionnier, direction musicale / Gilles Bouillon, mise en scène.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 
 

 
 

DECEMBRE 2019

Toujours sur le mode comique déjanté, et pour fêter la fin d’année 2019, voici une pièce maîtresse de Charles Lecocq : Le Docteur Miracle, opéra comique en un acte créé aux Bouffes-Parisiens en avril 1857, les jeudi 12 déc et vend 13 déc en séances scolaires, et pour le grand public, le sam 14 décembre 2019. Version intimiste pour chanteurs et piano (Pierre Lebon, mise en scène). La fille du podestat de Padoue, Laurette, pourra-t-elle épouser celui qu’elle aime, le capitaine Silvio ?

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-docteur-miracle

 
 

Ne manquez pas non plus en ces temps de célébrations de Noël, l’opérette en 3 actes d’André Messager : Les P’tites Michu (créé aux Bouffes-Parisiens en nov 1897). Messager se joue des contrastes sociaux quand deux filles échangées à leur naissance, vivent dans un milieu qui ne leur était pas destiné au départ… haute naissance ou milieu modeste, Marie-Blanche et Blanche-Marie sont les héroïnes de ce vaudeville léger, élégant, français qui suscita un immense succès jusqu’à Londres et Broadway… 4 dates pour la semaine entre Noël et le jour de l’an, les 27, 28, 29 et 31 décembre 2019.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/les-p-tites-michu

 
 

 
 

 
 

JANVIER 2020

Rossini, après avoir traité le genre seria, s’affirme réellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la réussite triomphale de son Barbier de Séville, d’après Beaumarchais, créé au Teatro Argentina de Rome, en février 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facétie irrésistible par sa verve toute en subtilité, le compositeur se montre à la hauteur du drame de Beaumarchais : il réussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racé, plein de caractère de la jeune séquestrée, Rosine : piquante, déterminée, une beauté pleine de charme… Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / Mise en scène : Laurent Pelly. Les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 
 

 
 

MARS 2020

En mars 2020, nouvelle production événement : Don Quichotte de Jules Massenet, comédie héroïque en 5 actes, créé à Monte Carlo le 24 février 1910. L’ouvrage appartient à la dernière période de Massenet, épurée, intense, franche. Le chevalier à la triste figure espère en vain plaire à Dulcinée, la séduire, mais la belle est une beauté arrogante et hautaine. Heureusement, son fidèle compagnon Sancho adoucit la morsure d’une vie solitaire éprouvée par les railleries et les humiliations. Dirigé par Gwennolé Rufet et mis en scène par Louis Désiré, l’opéra du dernier Massenet demeure méconnu, à torts. La distribution réunie à l’Opéra de Tours comprend Nicolas Cavallier (Don Quichotte), Julie Robard-Gendre (Dulcinée) et Pierre-Yves Pruvost (Sancho) ; leur trio devrait proposer une belle lecture, entre autres convaincante par la caractérisation des personnages défendue par les solistes… 3 représentations attendues, les 6, 8 et 10 mars 2020.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/don-quichotte

 
 

 
 

AVRIL 2020

Voici une partition abusivement cataloguée de scandaleuse, créée déjà il y a plus de 20 ans, en juillet 1995 au Cheltenham Music Festival : Powder her face du compositeur contemporain Thomas Adès (né en 1971) est un opéra en deux actes ; en réalité direct, juste, saisissant, dévoilant avec un réalisme taillé au scalpel, les tares de la société humaine… dans un certain milieu, celui de la soit disant belle société anglaise des années 90… Adès évoquant avec une verve ironique, poétique, délirante et dans une écriture extrêmement raffinée, les frasques de Margaret Campbell, duchesse d’Argyll (1912-1993). Décadence, vertiges des hauteurs, cynisme glaçant… luxure et irresponsabilité suspendent leur cours entre vacuité et barbarie contemporaine. La Duchesse, pervertie par un orgueil démesuré, abandonnée à elle-même par facilité et par paresse, collectionne les mâles gigolos (dont une fameuse scène avec le pompiste) avant d’affronter cette réalité qui la rattrape (où il faut alors payer la facture…) incarnée par un directeur d’hôtel comptable de ses actes, figure de cette Angleterre hypocrite et machiste qui finit par broyer la figure dérisoire et pathétique de cette Duchesse prise au piège d’un faux pouvoir négocié par sa fortune vite dilapidée. Dans les faits, son mari le duc d’Argyll, se venge d’une épouse trop volage, inconséquente voire obscène ; il livre ses photos et son cahier intime à la justice, en 1963, dénonçant une femme pervertie, particulièrement immorale.
Dans le sillon de l’opéra de chambre réinventé par Britten au XXè, Adès ici en un plateau réduit à quatre chanteurs et une quinzaine de musiciens-, prolonge la veine intimiste et satirique, réaliste et acide qui révèle comme un miroir, les travers les plus sombres et lâches de la psyché. A la fois, prêtresse libertaire et victime expiatoire, la Duchesse fait partie désormais des héroïnes sublimes et tragiques de l’opéra contemporain : ses monologues se hissent aux séquences les plus mémorables de la scène lyrique (La voix humaine de Poulenc), réinventant un parlé chanté qui exprime le désarroi, cri et souffrance incarnés, d’une âme excessive et naïve, trompée, humiliée. Détruite malgré une arrogance de façade, la duchesse affiche une fausse préséance. Et l’ouvrage s’achève dans un tango faussement enivré, parodie caustique d’une vie qui ne fut qu’illusion. L’Opéra de Tours en offre une nouvelle production, les 3, 5 et 7 avril 2020. Avec dans le rôle de la Duchesse « scandaleuse » : Isabelle Cals. Rory Macdonald, direction / Dieter Kaegi, mise en scène.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/powder-her-face

EXTRAIT VIDEO
https://www.dailymotion.com/video/x6j8mnb / avec l’excellente Allison Cook en Duchesse délirante, fantasque, suicidaire…

 
 

 
 

 
 

Mai 2020

La fin de la saison lyrique à Tours s’accomplit avec une autre nouvelle production, celle d’un ouvrage de Giuseppe Verdi, jamais représenté jusque là à Tours : Giovanna d’Arco (création à la Scala de Milan le 15 février 1845). Très inspiré par Schiller et son romantisme noir, souvent désespéré (mais ô combien exaltant), Verdi met en musique la légende spirituelle et miraculeuse de Jeanne la pucelle d’Orléans, ici amoureuse du Roi Charles VII, et dénoncée par son propre père pour sorcellerie… Verdi comme dans Luisa Miller (autre ouvrage d’après Schiller), écrit une partition éblouissante par ses airs passionnés, ses chœurs engagés, la force et la puissance du drame épique qui finit par broyer la figure de la jeune femme… 3 représentations pour clore cette saison particulièrement prometteuse : vend 15, dim 17 et mardi 19 mai 2020. Benjamin Pionnier, direction musicale / Yves Lenoir, mise en scène. Avec dans les rôles principaux : Astrik Khanamiryan, Giovanna, et Irakli Murjikneli, Carlo VII / production avec le Théâtre Orchestre Bienne Soleure.
RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/giovanna-d-arco

 
 

 
 

 

_____________________________________

 

VISITEZ LE SITE DE L’OPERA DE TOURS
http://www.operadetours.fr/index.php

tours-opera-saison-2019-2020-presentation-critique-concerts-critique-operas-classiquenews

 
 

 
 

Opéras en direct sur France Musique

logo_francemusiqueFRANCE MUSIQUE. Opéra, directs, les 8, 9, 10 et 11 juillet 2019. OPÉRAS EN DIRECT. Quand Juillet paraît, les nuits lyriques (enchanteresses ?) s déploient, ainsi entre autres sur France Musique, les 8, 9, 10, 11 et 12 juillet 2019. En direct d’Aix 2019, voici 5 transmissions en direct sur les ondes de France Musique. Pour ne rien manquez de ce qui fait l’actualité de l’opéra cet été… Au frais, plateau repas à portée de mains, et dans votre salon, suivez chaque « temps forts » du Festival d’Aix 2019. Requiem de Mozart revisité ou dénaturé ? Tosca sublimé par la présence du ténor maltais Joseph Calleja ? Et que pensez du Mahagony de Kurt Weill comme de l’onirique et troublant Jakob Lenz de Wolfgang Rihm ? Aix 2019 : la magie sera-t-elle au rv ?

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Été 2019 – directs de juillet 2019
sur France Musique

 

 

LUNDI 8 JUILLET | 22h
Requiem - Mozart
Sombre voire grave, parfois onirique, en tout cas toujours très visuel, tout spectacle signé du metteur en scène Romeo Castellucci frappe les esprits. Pourtant son dernier spectacle à Garnier (l’oratorio Il Primo Omicidio de Scarlatti avait été peu convaincant)… A l’affiche du festival aixois 2019, le Requiem de Mozart est ici chorégraphié (dont des danses traditionnelles) avec la participation de la « Compagnie junior du Ballet de Marseille ». Qu’en sera-t-il cet été à Aix pour cette « nouvelle production » ? les effets de danses, le visuel, la surinterprétation théâtrale selon la mode actuelle… sans omettre ici et là, entre les sections originelles conçues par Wolfgang, plusieurs pièces musicales étrangères selon le goût du chef … ne dénatureront-ils pas l’élan spirituel de la partition mozartienne, laissée inachevée (à partir du Lacrymosa) ? La performance annoncée est conçue « non seulement comme un rituel pour le repos des morts, mais aussi comme une célébration des forces de vie ». Avec les instrumentistes de Pygmalion / R. Pichon.

 

 

MARDI 9 JUILLET | 21h30
Tosca - Puccini
Le joker de cette production demeure le ténor maltais Joseph Calleja dans le rôle du peintre libertaire bonapartiste Mario Cavaradosi, amant de la belle et sublime cantatrice Floria Tosca (Angel Blue) : le couple d’artistes nourrit (jusqu’à la haine sanguinaire), la jalousie du préfet de Rome, l’infect et sadique baron Scarpia (Alexey Markov). Pourtant s’il meurt effectivement dans la fameuse scène au Palais Farnèse de l’acte II, Floria et Mario ne sortent pas indemnes dans ce huit clos passionnel et glaçant… Orch de l’Opéra de Lyon / Daniele Rustioni, direction musicale / Christophe Honoré, mise en scène. Nouvelle production 2019.

 

 

MERCREDI 10 JUILLET | 20h
Les mille endormis - Maor

 

 

JEUDI 11 JUILLET | 20h
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny - Weill
Chef d’œuvre mordant, déjanté de Weil âgé de 30 ans (Leipzig, 1930), Mahagony est une satire de la barbarie humaine, une parodie du cycle de la naissance et de la chute des hommes : un Las Vegas avant l’heure où règne le sexe, le jeu, la drogue, les plaisirs les plus fous et surtout dispendieux qui précipitent mieux le destin d’un peuple condamné : les hommes en société. Avec les Sept Péchés capitaux, Grandeur et Décadence de la ville de Mahagony illustrent la clairvoyance du compositeur génial Kurt Weill (associé au non moins excetionnel Brecht), avant son exil aux USA…

 

 

VENDREDI 12 JUILLET | 20h
Jakob Lenz - Rihm
A l’affiche de seulement 3 soirs à Aix, Jakob Lenz de Rihm s’inspire de la nouvelle “LENZ” de Georg Büchner (1839) et a été créée le 8 mars 1979 à Hambourg. La production proposée ici est une reprise produite à Stuttgart (Staatsoper en 2014), présentée récemment à Bruxelles. Ensemble MODERN / Ing Metzmacher, direction musicale / Andrea Breth, mise en scène. Avec Gerog Nigl (Lenz), Wolfgang Bankl (Oberlin), John Daszak (Kaufmann)… Poète et dramaturge, Jakob Lenz est passionné et inspiré par les passions humaines, le théâtre des sentiments extrêmes, l’ivresse et la démesure supérieures à la raison et à la sagesse. Ambassadeur du courant Sturm und Drang (tempête et passion) qui accompagne et nourrit l’avènement du Romantisme en Europe, Lenz erre ici dans les Vosges en 1776… En proie à la folie, le créateur possédé (ami de Goethe) bascule dans la nuit des vertiges et inspire enfin au jeune Rihm, puis ici à la metteuse en scène allemande Andrea Breth, un spectacle subtil qu’il faut absolument avoir vu et écouté. Le rôle-titre de Lenz, est incarné par le baryton Georg Nigl, épuré, juste, intense… déchirant, de bout en bout. C’est probablement la production, reprise, qui sauve l’édition Aix 2019.

VOIR le TEASER
https://www.youtube.com/watch?v=g3lqDEmTtU8

 

 

CD, coffret événement. MOZART : les 3 dernières Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD, coffret événement. MOZART : les 3 dernières Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox). En 1788, Mozart âgé de 32 ans est déjà à la fin de sa trop courte existence : il meurt 3 ans plus tard. Les 3 dernières Symphonies n°39, 40 et 41 « Jupiter » sont élaborées en 6 semaines, de juin à août 1788, 3 sommets absolus, en plénitude orchestrale, justes, profonds, d’une sincérité et d’un élan intérieur, irrésistibles. Mi bémol, sol mineur, do majeur… le parcours des tonalités n’en finissent pas de fasciner car il y a bien unité et cohérence organique de l’une à l’autre, ce que tend à exprimer et argumenter Jordi Savall qui parle même de « Testament symphonique ». La vision est d’autant plus légitime que ce portique inouï, totalement visionnaire sur le plan de l’histoire musicale et du genre symphonique, n’obéit pas à une commande mais prolonge un besoin impérieux, viscéral de la part d’un créateur mésestimé, écarté même du milieu officiel et politique, qui de surcroît est aux abois : la ruine financière et les dettes de Wolfgang l’obligent à quémander auprès de tous ses proches, dont ses « frères » franc-maçons, une pièce ou un billet (florins ou ducats) pour survivre (cf lettre à Michael Puchberg, comme lui membre de la loge Zur Wahrheit / A la vérité). Franc maçon depuis 1784 (comme Haydn), Mozart plonge à Vienne de la pauvreté à la misère fin 1787. La souffrance, la mort, la vanité de toute chose…. sont des sentiments désormais explicites dans l’écriture. D’où l’urgence qui s’en dégage ; le désarroi et l’espérance aussi qui innervent tout le retable orchestral.
savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesSavall rétablit la place des événements, le contexte d’une existence humaine déprimée et affligeante en vérité, alors que l’acuité artistique du compositeur, la vitalité et les trouvailles de son génie musical, atteignent des sommets d’audaces comme d’accomplissements inédits. Très juste et pertinent, le chef catalan ajoute la fameuse marche funèbre – Maurerische Trauermusik K 477 de 1785, réalisé pour les funérailles de deux frères de la loge : le lugubre bouleversant qui s’en dégage exprime au plus près, la conscience d’un Mozart touché par le sentiment de sa propre fragilité comme de sa mort. Puis deux ans après au printemps 1787 surviendra sa séparation avec la soprano Nancy Storace (sa Suzanne des Nozze), rupture elle aussi très douloureuse. La mort inspire constamment son Å“uvre (d’autant plus avec la mort du père, Leopold survenue en mai 1787), sublimée présente dans son nouvel opéra Don Giovanni (créé en oct 1787).
Jordi Savall rappelle le masque et la présence de la mort comme équation permanente dans la résolution des 3 symphonies : endetté, Mozart implore la générosité de moins en moins franche de ses frères dont le même Pucheberg (qui réduit considérablement ses dons à son ami) ; seul Swieten se montrera plus constant et d’un soutien indéfectibe.
Malgré cette indigence injuste, le génie mozartien, foudroyé, produit ses plus grands chefs d’œuvres symphoniques. Et pour mieux souligner encore leur continuité naturelle, la Symphonie en sol mineur (n°40), centrale, est présente sur les 2 cd ; passage continue depuis la mi bémol n°39 sur le cd1 ; volet préalable nécessaire à la Do majeur n°41 « Jupiter », sur le cd2 ; de facto, l’écoute en continu laisse se manifester l’absolue relation et la complémentarité des 3 cimes symphoniques, faisant ainsi sens en leur flux ininterrompu.

Savall se joue des timbres d’époque dans chaque partition, soulignant souvent la résonance et la réverbération pour mieux accentuer l’effet de solennité grave, d’ampleur souterraine liée au sentiment tragique. D’autant que surgissant d’une nécessité et d’un ordre intérieur et personnel impérieux, les 3 Symphonies ne furent probablement jamais créées et jouées du vivant de Wolfgang. En tout cas, pas dans leur continuité organique ainsi rétablie.

 

 

Testament symphonique de Mozart
et déjà romantique…

 

 

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartDès la couleur particulière de la 39 (la clarinette placée au centre de l’échiquier instrumental y joue des contrastes et aussi de la riche texture orchestrale), Savall souligne les accents d’une partition entre ombre et lumière, panique et sérénité. De la même façon, le chef saisit et amplifie les harmonies inquiètes qui occupent le cœur de l’Andante con moto. Et Haydn est bien présent dans le raffinement éblouissant du Finale. Achevée en juillet 1788, la 40 est tout aussi lumineuse et solaire mais aussi emprunte d’un sfumato émotionnel qui est lié à l’utilisation du sol mineur, le mode doloriste (celui de Pamina dans La Flûte). L’allegro initial est de loin la création la plus puissante et exaltante de Mozart, un mouvement dont Savall exprime l’agitation quasi syncopée, l’exaltation des sens et une ivresse éperdue, presque panique et pourtant déjà romantique, totalement magicienne… Même naturel évident dans la Sicilienne qui est le mouvement lent (Andante) ; avant le surgissement d’une angoisse indicible dans le Finale qui affirme la haute conscience de la mort. Mozart s’y livre avec une acuité irrésistible que Savall sculpte dans la masse, en une danse ivre, exaltée, éperdue, comme d’un dernier souffle chorégraphique, l’ultime désir intime contre la tempête adverse : il n’est pas un mouvement orchestral de tout le XVIIIè qui affirme clairement son esprit déjà romantique. Quel saisissant contraste avec la musique funèbre enchaînée où la réverbation noble du lieu d’enregistrement amplifie la grandeur lugubre, portée par les bois. Mozart va très loin dans cette exploration personnelle de la mort.

Mozart_1780Symphonie 41 « Jupiter » : à notre avis elle aurait mérité plutôt le surnom d’Apollon ; certes il y a du militaire dans la remise en ordre du premier mouvement, superbe proclamation des forces de l’esprit sur tout ferment instable ; l’impérieuse nécessité se fait volonté et autodétermination, d’autant plus impériale et « pacificatrice » après le tumulte intranquille de la 40è, océan de sensations jaillissantes, exaltées. Mozart affirme ici le calme tranquille et l’équilibre des forces maîtrisées en une écriture d’un lumineuse finesse. Ce début proclame une rage déterminée prébeethovénienne, dans son élan, et aussi son orchestration : le sommet de l’expérience orchestrale contenue dans le triptyque. Savall grâce à une attention aux détails fait briller les nuances de cet éclat spécifique, saisi dans sa puissance comme dans ses reflets les plus infimes. On reste saisi par la hauteur du regard de l’interprète, comme de la pensée mozartienne : qu’aurait écrit le compositeur s’il n’était pas mort en 1791, dépassant le siècle et s’affirmant même tel un Haydn, encore prodigieusement actif à l’aube romantique ? Tout Mozart, le plus volontaire, le plus humain, le plus déchirant se trouve ici condensé dans ce lever de rideau ouvertement positif.
La caresse du chef, pleine de renoncement et de nostalgie dans l’Andante, n’oublie pas les arêtes vives, la tranche des contrastes aux cordes nettes et nerveuses, presque acérée. La forte réverbération accuse encore l’ampleur lugubre du morceau dont la lumière chatoyante se rapproche des déplorations maçonniques…
MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsLe Menuetto est réglé comme une mécanique pleine de rebond élastique où rutilent les couleurs des bois. Savall y distille un élan rond et énergique, là encore déjà beethovénien.
Mais le morceau de bravoure se déploie à la fin. Rien ne peut résister à l’affirmation olympienne, triomphante et conquérante du Finale, de fait « Jupitérien », dont Savall sait distiller (cordes) une couleur très fine qui ajoute à la trépidation nerveuse de l’architecture. Flûtes, hautbois, bassons dansent tandis que les cordes assènent leur miraculeuse volonté éprise d’ordre et de grandeur, d’élévation et de jubilation. Aux bois aériens, abstraits, Savall fait répondre les cordes engagées, mordantes, presque rageuses, d’une superbe autorité ryhtmique, creusant le sillon d’une volonté désormais invincible. Aucun doute, dans cette proclamation jubilatoire s’inscrit là encore, le premier Beethoven. Transparence, clarté, nervosité, articulation et souffle préromantique : le voici ce Mozart visionnaire, poète et moderne. Magistral.

L’élévation de l’inspiration, la poésie qui s’en dégage et qui confine à l’abstraction (mais il serait erroné d’en écarter tout  ancrage dans l’expérience humaine) impose aujourd’hui le triptyque comme un sommet de l’écriture symphonique dont l’ampleur de la vision, l’expérience intime qui y est concentrée, impressionnent. Mozart est déjà un romantique car sa musique est fondé sur la vérité du cÅ“ur. Et Berlioz se trompait en fustigeant ce dernier sommet mozartien par son « absence de but » lié à « trop de procédés techniques ». De toute évidence, le premier romantique français n’avait pas compris la modernité singulière de la symphonie mozartienne. Beethoven prendra la relève 11 années plus tard en 1799 dans sa Symphonie n°1 (à 29 ans et encore très mozartien de facture).
CLIC D'OR macaron 200Aujourd’hui, grâce à Savall, c’est a contrario la vérité et l’étonnante sincérité de Mozart qui nous touche tant, car chez lui, le procédé n’est jamais développé pour lui-même, s’il ne sert pas d’abord une intention émotionnelle. Coffret de 3 cd événement, évidemment CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019. A consommer sur la plage et pendant vos vacances estivales, sans modération.

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

CD critique, coffret événement. MOZART : les 3 dernières Symphonies / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

Approfondir

LIRE aussi notre dossier critique complet sur les 3 dernières symphonies de MOZART, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (décembre 2012, Concentus Musicus Wien) / CLIC de CLASSIQUENEWS

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalParues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste

LIRE aussi notre entretien avec MATHIEU HERZOG, directeur musical de l’Orchestre Appassionato, à propos des 3 dernières Symphonies de MOZART:

http://www.classiquenews.com/entretien-avec-mathieu-herzog-fondateur-et-directeur-musical-de-lorchestre-appassionato-les-3-dernieres-symphonies-de-mozart/