COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, le 22 mars 2018. BERNSTEIN : MASS. Sykes, Wayne Marshall, direction

Leonard LeaningCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, grande salle, le 22 mars 2018. BERNSTEIN 2018 : MASS. La vague Bernstein prend des airs, en cette annĂ©e de centenaire planĂ©taire, de
 revanche, surtout Ă  Paris. De son vivant, la carriĂšre du chef a toujours Ă©clipsĂ©e celle du compositeur ; or malgrĂ© le succĂšs incontestable de West Side Story (1957), l’auteur a souffert d’un manque de reconnaissance et d’estime, du public comme du milieu musical. CĂ©lĂ©brations 2018 oblige, Leonard Bernstein comme c’est le cas de Debussy, est tout de mĂȘme honorĂ© a minima : service minimum en effet du cĂŽtĂ© des maisons d’opĂ©ras (quid de Candide, On the Town, Trouble in Tahiti, sur les grandes scĂšnes lyriques nationales 
?) ; on ne parlera pas des symphonies : transparentes, inaudibles dans les programmations en cours. A moins que la dĂ©claration des nouvelles saisons 2018 – 2019, ne rĂ©Ă©quilibre prochainement les choses. Quoiqu’il en soit, une oeuvre, Ă©clectique, plĂ©thorique, bigarrĂ©e, kaleidoscopique mais fraternelle, semble avoir suscitĂ© une adhĂ©sion massive de la part des programmateurs : MASS. Avant l’Orchestre national de Lille qui promet une clĂŽture de sa saison 2017-2018 spectaculaire (29 et 30 juin 2018), voici donc cette oeuvre inclassable, entre la variĂ©tĂ©, le rock, la comĂ©die musicale et l’oratorio, commandĂ©e par Jackie Kennedy, 3 ans aprĂšs l’assassinat de son Ă©poux, pour inaugurer le Kennedy Center for Arts de Washington (1972), MASS est une oeuvre que l’on aborde de deux façons : un mixte dĂ©lirant entre le musical et la transe collective, laĂŻque et profane, ou une cĂ©lĂ©bration plus spirituelle, voire subtile, pour le rapprochement des peuples et la fraternitĂ© pacifiste. Bernstein recycle les textes de la liturgie catholique rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  la sauce pop des seventies, serties de Meditations (3), “pauses” purement instrumentales et symphoniques, plus graves, sombres, aux ondes plus terribles (Ă©cho des guerres contemporaines dont celle du Vietnam)
 La prolixitĂ© et ce mariage des genres crĂ©ent des incongruitĂ©s qui ont choquĂ© le public : partition symphonique, jazz band, guitare Ă©lectrique, chorale d’enfants, choeur adulte, chanteurs de Broadway
 OĂč sommes rĂ©ellement ?… C’est une MASS Ă  y perdre son latin.
Car de plus de 1h30, sa durĂ©e pourrait convoquer l’overdose. Pourtant, dĂšs les annĂ©es 1970, nous voilĂ  bien en prĂ©sence d’une fresque mĂ©tissĂ©e, miroir d’une sociĂ©tĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e quoique troublĂ©e dans sa premiĂšre partie, qui finalement assume sa diversitĂ© et chante la Paix universelle.
Il faut un baryton lĂ©ger, ou un tĂ©nor barytonnant, pour relever les dĂ©fis du rĂ©citant, personnage axial qui porte toute la philosophie active : Ă  Paris, c’est Jubilant Sykes qui caractĂ©rise par sa couleur parfois rocailleuse de chanteur gospel, un rien crooneur, un chant proche du texte ; l’air structurant toute la partition et qui pose l’individu, sa vĂ©ritĂ©, sa sincĂ©ritĂ© dans sa vĂ©ritĂ© nue, dĂ©voilĂ©e, au cƓur du dĂ©roulement- le sublime air « A simple song », souligne combien le cƓur et l’amour humains sont les piliers d’une Ɠuvre fraternelle (au delĂ  de l’éclectisme de sa forme). Rien que cette song, – Ă©pure ciblant l’essentiel, (comme dans la Messe en si, les airs avec simple continuos, sont les plus touchants), dĂ©voile ce gĂ©nie de Bernstein pour la mĂ©lodie et pour la prosodie, Ă  travers une ligne vocale aux harmonies des plus subtiles oĂč percent les timbres habilement choisis accompagnant la voix (harpe, flĂ»te). La priĂšre est l’hymne le plus bouleversant de la partition et dans l’oeuvre de Bernstein
 heureusement reprise dans le finale et son appel Ă  la paix fraternelle.
A ses cĂŽtĂ©s, choeurs ou solistes, chacun dans sa partie simultanĂ©e d’une virtuositĂ© Ă©chevelĂ©e (dĂšs le premier tableau sur bande enregistrĂ©e) brillent de la mĂȘme vĂ©ritĂ© canalisĂ©e (chanteurs du chƓur Aedes), oĂč dominent manifestement la dĂ©mesure et le sens du thĂ©Ăątre de la comĂ©die musicale amĂ©ricaine. Belle complicitĂ© entre le baryton officiant / cĂ©lĂ©brant, et ses acolytes dĂ©jantĂ©s (chacun a son numĂ©ro soliste). D’autant que tous jouant sans partition, comme les enfants, soulignent l’énergie des dĂ©placements, le jeu et le mouvement scĂ©nique, l’interaction, la prise Ă  tĂ©moin du public, comme une cĂ©lĂ©bration collective et spectaculaire, d’essence populaire, au sens le plus noble du terme.

 

 

 

Jazzy, Broadway, opératique,

MASS, rite et cĂ©lĂ©bration populaire pour l’amour de l’Autre

 

 

 

BERNSTEIN-leonard-collection-deutsche-grammophon-62-cd-coffret-box-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-review-account-ofPendant tout le rituel collectif, la baguette du chef amĂ©ricain Wayne Marshall, veste de velours parme, et toujours trĂšs concentrĂ©, prend Ă  bras le corps cette oeuvre Ă©ruptive, protĂ©iforme, gorgĂ©e de rĂ©fĂ©rences dans tous les registres, et sait, sainte vertu, mesurer, nuancer, surtout soigner les Ă©quilibres et prĂ©server coĂ»te que coĂ»te l’intelligibilitĂ© de chaque partie comme la finesse des intonations (les pianos sont pianos
 ainsi surgit et se dĂ©ploie enfin une finesse proche de l’opĂ©ra) ; c’est un travail d’orfĂšvre, de trĂšs grande sensibilitĂ©, qui Ă©vite ce que l’on entend souvent chez Bernstein : la dĂ©goulinade crĂ©meuse, la surenchĂšre vulgaire, au nom de sa gĂ©nĂ©rositĂ© dĂ©bordante. Grave contre sens. Les MĂ©ditations (aux rĂ©sonances sombres Ă  la Chosta, vĂ©ritable mĂ©moires d’un siĂšcle marquĂ© par les atrocitĂ©s de la guerre et de la barbarie inhumaine, avec dans la premiĂšre l’orgue en son mystĂšre inquiĂ©tant
), les choeurs recueillis habitĂ©s par un souffle spirituel, convoquent cet Amour de l’Autre auquel nous invite ardemment le grand Lenny. Honneur Ă  son esprit fraternel. La rĂ©alisation des chanteurs, du soliste, des choeurs et du chef est exemplaires.
Prochaine Ă©tape de la rĂ©surrection de ce sommet collectif profane hors normes
 Ă  LILLE, en clĂŽture de la saison 2017 – 2018 de l’Orchestre National de Lille, les 29 et 30 juin 2018, sous la baguette bondissante, dĂ©taillĂ©e d’Alexandre Bloch. A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, grande salle, le 22 mars 2018. BERNSTEIN 2018 : MASS. Oratorio scĂ©nique, textes liturgiques romains, textes de Stephen Schwartz et du compositeur – CrĂ©Ă© au Kennedy Center for the Performing Arts, Washington, le 8 septembre 1971.
Jubilant Sykes, baryton,
Ensemble Aedes (solistes) / Chef de chƓur : Mathieu Romano
ChƓur d’enfants de l’Orchestre de Paris / ChƓur de l’orchestre de Paris / Chef de chƓur : Lionel Sow / Orchestre de Paris. Wayne Marshall, direction

 

 

 

 

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VIDEO. REVOIR, JUGER SUR PIECES, jusqu’au 21 mars 2020 : MASS de BERNSTEIN par Aedes, Wayne Marshall, Jubilant Sykes, … Ă  La Philharmonie de Paris :
https://www.arte.tv/fr/videos/081624-000-A/wayne-marshall-et-l-orchestre-de-paris-interpretent-mass-de-bernstein/

 

 

 

Livre, compte rendu critique. Les grands topoĂŻ du XIXe siĂšcle et la musique de Liszt (sous la direction de Marta GRABOCZ – Ă©ditions Hermann)

les-grands-topoi-du-xixe-siecle-et-la-musique-de-liszt.jpgLivre, compte rendu critique. Les grands topoĂŻ du XIXe siĂšcle et la musique de Liszt (sous la direction de Marta GRABOCZ – Ă©ditions Hermann). L’étude des topoĂŻ littĂ©raires, musicaux ne cesse de nourrir de façon dĂ©cisive l’évolution et les apports de la recherche depuis les annĂ©es 1990. Il s’agit donc de rĂ©tablir la crĂ©ation musicale et l’écriture dans son contexte culturel, et donc la crĂ©ation musicale, la pensĂ©e des compositeurs au sein des grands courants d’idĂ©es Ă  leur Ă©poque : les courants esthĂ©tiques, les styles, les succĂšs livresques, les tendances de la pensĂ©e philosophique, les grands courants d’opinions sont dĂ©sormais des marqueurs qui ont directement ou indirectement influencĂ© ou marquĂ© l’inspiration, la sensibilitĂ© du crĂ©ateur, 
 en l’occurrence Franz Liszt, d’autant plus qu’il est compositeur et aussi interprĂšte, figure sensible, Ă©ponge crĂ©ative, capable d’absorber et de rĂ©interprĂ©ter les dits « topoï » qui marquent son Ă©poque
 vaste et passionnante Ă©tendue du spectre de recherche.
L’ensemble du corpus ainsi regroupĂ© constitue le contenu de cet ouvrage collectif plutĂŽt riche et trĂšs passionnant ; c’est aussi la concrĂ©tisation d’un cycle d’études rĂ©alisĂ©es Ă  travers 3 colloques simultanĂ©s en France, en septembre 2011 : Rennes, Dijon, et 
 Strasbourg dont le sujet central Ă©tait justement le titre de ce livre : « Les grands topoĂŻ du XIXe siĂšcle et la musique de Liszt ».

Ainsi plusieurs sociĂ©tĂ©s savantes et groupes de recherches internationaux se sont penchĂ©s sur l’élaboration d’une mĂ©thode de recherche en littĂ©rature et en musique fondĂ©e sur la connaissance des « lieux communs » – les fameux topoĂŻ, « piliers » / « emblĂšmes » des idĂ©es majeures propre Ă  la pĂ©riode.
Parmi les topoi, excellemment exprimĂ©s, ici, celui du « Sublime nĂ©gatif », « explicité » dĂ©veloppĂ© dans le roman Ă  succĂšs de Senancour, Oberman (paru en 1804), et que Liszt  comme beaucoup d’artistes Ă  Paris en 1833 remarque, distingue, « absorbe ». Ses annĂ©es de PĂšlerinage en tĂ©moignent prĂ©cisĂ©ment. Ils Ă©clairent ce que Liszt, pianiste-compositeur a compris et saisi du grand vide philosophique ainsi cristallisé  Ainsi les contributions de ce collectif nous Ă©clairent sur le panorama et le contexte intellectuel et esthĂ©tique de la pĂ©riode oĂč crĂ©a et vĂ©cut Liszt. La grande question lisztĂ©enne du sens de la vie se prĂ©cise Ă  l’aulne du mythe FaustĂ©en : ombre et lumiĂšre, damnation et rĂ©demption, malĂ©diction et Ă©lĂ©vation
 Parmi les chapĂźtres passionnants de cette somme qui ne l’est pas moins : soulignons en quatre.
Liszt et le sublime nĂ©gatif de Senancour (BĂ©atrice Didier) ; Variations sur la Loreley / Construction et fonction de la narration dans le lied romantique (François-Gildas Tual) ; « Gretchen, Zerlina and Leonore / Variations on Gretchen for the Faust Symphony, en anglais (Yusuke Nakahara), Ă©clairant de façon significative la IIIĂš partie intitulĂ©e « PrĂ©sence de la femme et de l’amour dans la musique de Liszt ». Enfin, « Timbre et signification musicale : la spĂ©cificitĂ© pianistique des topiques dans la musique pour piano de Franz Liszt », par Nathalie HĂ©rold, premier chapitre de la VĂš partie du livre, intitulĂ©e « Liszt et le piano romantique ». La lecture de ce livre est indispensable pour qui veut connaĂźtre et maitriser ce que fonde la singularitĂ© esthĂ©tique de Liszt Ă  son Ă©poque.

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CLIC_macaron_2014Livre, compte rendu critique. Les grands topoĂŻ du XIXe siĂšcle et la musique de Liszt (sous la direction de Marta GRABOCZ – Ă©ditions Hermann / collection GREAM – fĂ©vrier 2018). ISBN 9782705693541 – prix indicatif : 38 € – 170 x 244 mm, 432 pages / 125 illustrations – Parution : 20 Janvier 2018 — Editions Hermann — CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2018.

SOMMAIRE des 5 parties  :

I. Entre littérature, beaux-arts et mal du siÚcle (articles de Béatrice Didier, Siglind Bruhn, Mara Lacché, Marta Grabócz, François Decarsin, François-Gildas Tual, Laurence Le Diagon-Jacquin) ;
II. Nouvelle esthétique, nouvelles formes au XIXe siÚcle (articles de Constantin Floros, Jean-Paul Olive , Bruno Moysan, Claudia Colombati,  Albert Van der Schoot) ;
III/ PrĂ©sence de la femme et de l’amour dans la musique de Liszt  (articles de GrĂ©goire Caux, Megan McCarty, Yusuke Nakahara, Malgorzata Gamrat) ;
IV. Nature et horizons lisztiens (articles de Bertrand Ott, Michael Eisenberg, Sandra Myers Brow,) ;
V. Liszt et le piano romantique  (articles de Nathalie Herold, Olivia Sham, Tibor Szåsz, Daniela Tsekova, Panu Heimonen,  Kasimir Morski).

RENNES, DĂ©borah Waldman dirige MOZART

EtĂ© 2014 : Debora Waldman dirige Don GiovanniRENNES, les 16 et 17 mars 2018. Debora Waldman / Korcia : concert Mozart, Korngold. Le Couvent des Jacobins Ă  Rennes accueille 2 soirĂ©es mozartiennes de grande finesse et subtilitĂ©. Sous la direction aiguĂ«, sensible de la cheffe d’orchestre DĂ©borah Waldman, le violoniste Laurent Korcia joue le Concerto de Korngold. Ce dernier, appelĂ©, « Mozart amĂ©ricain du XXÚ » (il porte lui aussi le prĂ©nom Wolfgang), virtuose prĂ©coce et compositeur jeune homme (La Ville Morte / Die Tote Statdt, 1920, sommet postromantique du dĂ©but du XXĂš, Ă©crit Ă  23 ans), retrouve dans ce programme Ă  Rennes, le « premier Mozart » de l’histoire musicale, Wolfgang Amadeus (mort en 1791) : tous deux savent ciseler mĂ©lodies et rythmes au service du coeur et du sentiment. Une vĂ©ritĂ© et une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle que comprend immĂ©diatement la baguette vive, dĂ©taillĂ©e, Ă©lĂ©gante de la chef d’origine brĂ©silienne DĂ©borah Waldmann, l’une des femmes cheffes d’orchestre les plus passionnantes de l’heure. Elle fut l’assistante de Kurt Mazur, au sein du National de France (2006).
idomeneo-orchestre-idomeneo-debora-waldman-582-390La musicienne Ă©prise de Mozart depuis toujours, a fondĂ© son propre orchestre, naturellement intitulĂ© « Idomeneo », avec lequel elle a pu exprimer tout ce que le Mozart symphonique (Jupiter) avait de commun avec le Mozat opĂ©ratique (Don Giovanni). Un travail spĂ©cifique sur le langage orchestral et les moyens d’articuler une partition tout en rĂ©alisant sa force organique et sa cohĂ©rence souterraine a ainsi Ă©tĂ© proposĂ© aux spectateurs du ThĂ©Ăątre Claude Debussy de Maisons-Alfort (Programme PUR MOZART, novembre 2015) : classiquenews Ă©tait prĂ©sent aux cĂŽtĂ©s de DĂ©borah Waldman, filmant la prouesse et le dĂ©fi rĂ©ussi, dans une approche vivante et trĂšs fine de la musique mozartienne.

 

 

 

 

La cheffe dirige en 2 soirs, l’Orchestre de Bretagne

DĂ©borah WALDMAN : MOZART absolument

 

 

Debora Waldman dirige Mozart Ă  Vincennes

 

 

‹A RENNES, la trĂšs subtile mozartienne (qui a aussi dirigĂ© La FlĂ»te enchantĂ©e en 2013, Don Giovanni en 2014), pilote entre autres en mars 2018, l’Orchestre de Bretagne, apportant davantage sa connaissance intuitive et naturelle de l’écriture mozartienne. On s’étonne que la cheffe ne soit pas davantage programmĂ©e dans les salles de concert et d’opĂ©ra car sa direction Ă©blouit par sa clartĂ©, son intelligence poĂ©tique et son sens des Ă©quilibres, voix / orchestre, tout en servant une vision dramatique d’une grande vĂ©ritĂ©. Aux programmateurs de salles : Ă  l’heure de la paritĂ©, puisque le MinistĂšre invite Ă  faire la lumiĂšre sur les talents fĂ©minins, DĂ©borah Waldman, en est un,.. et de grande valeur. Donc n’hĂ©sitez plus, messieurs les directeurs. A bon entendeur, salut.

L. KorciaÂźElodie CrebassaLe programme Mozart / Korngold, prĂ©sentĂ© Ă  Rennes, permet aussi de croiser musique et cinĂ©ma, en s’appuyant aussi sur le talent du violoniste invitĂ©, Laurent Korcia. Avec DĂ©bora Waldman, le soliste propose de (re)dĂ©couvrir nombre de compositeurs qui ont inspirĂ© les rĂ©alisateurs. Et vice versa. Revisitons « Amadeus », l’inoubliable biopic de Mozart par Milos Forman (1984) : fiction filmique mais fresque musicale Ă©clatante oĂč la musique et l’opĂ©ra de Mozart sont mis en avant. A l’inverse, c’est en composant que Chostakovitch vient au cinĂ©ma, en mettant en musique « La Nouvelle Babylone », film soviĂ©tique dont l’arriĂšre plan Ă©voque la commune de Paris.
Korngold Erich korngoldErich Korngold, compositeur tchĂšque exilĂ© Ă  Hollywood (Ă  partir de 1936), se forgea outre Atlantique, une trĂšs solide rĂ©putation comme compositeur de musiques de films (surtout pour la Warner Bross) : Robin des Bois, l’Aigle des Mers ou encore Capitaine Blood. Son Concerto pour violon est Ă©crit entre 1937 et 1945, soit pendant l’exil aux States, est dĂ©diĂ© Ă  la veuve Mahler, Alma, elle mĂȘme muse, poĂ©tesse et
 compositrice). A Renne, il est interprĂ©tĂ© avec brio par Laurent Korcia (Diapason d’or 2016), est un sommet de la musique romantique pour violon du XXĂšme siĂšcle . Son matĂ©riel mĂ©lodique reprend nombre des musiques de films Ă©crits sur la pĂ©riode. L’auteur entend exiger du soliste qu’il fasse chanter son instrument (Jasha Heitfetz, crĂ©ateur en fĂ©vrier 1947) : car disait-il, le concerto a Ă©tĂ© conçu « pour un Caruso du violon, plutĂŽt que pour un Paganini ». L’intĂ©rioritĂ© incarnĂ©e plutĂŽt que la dĂ©monstration brillante voire superficielle. Faire Ă©merger l’Ăąme de la musique… un objectif et une rĂ©alitĂ© partagĂ©s par les musiciens Ă  Rennes, de Mozart et Korngold… Ă  DĂ©borah Waldman.

Concert accessible dans le cadre de l’opĂ©ration « Sortez en bus ! »

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DĂ©borah WALDMAN dirige l’Orchestre de Bretagneboutonreservation
RENNES, Couvent Jacobins
Vendredi 16 mars 2018, 20h
Samedi 17 mars 2018, 20h

 

 

Programme la musique fait son cinéma

Wolfgang Amadeus Mozart
Don Giovanni, ouverture

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre (2Ăšme mouvement)

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n°25

Dmitri Chostakovitch
La Nouvelle Babylone, suite d’orchestre

Erich Wolfgang Korngold
Concerto pour violon en ré majeur op. 35

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://o-s-b.fr/spectacles/la-musique-fait-son-cinema/

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Direction raffinée mozartienne : Déborah Waldman au sommet

 

LIRE et VOIR DĂ©borah Waldman / Orchestre IDOMENEO / Mozart symphonique et lyrique (novembre 2015)

http://www.classiquenews.com/tag/orchestre-idomeneo/

 

 

 

 

Publications. OPERA MAGAZINE de mars 2018, n°137. En couverture : les 90 ans de la mezzo légendaire Christa Ludwig

opera magazine mars 2018 Christa Ludwig 137Publications. OPERA MAGAZINE de mars 2018, n°137. En couverture : les 90 ans de la mezzo lĂ©gendaire Christa Ludwig. GRAND ENTRETIEN : Christa Ludwig. Le 16 mars, la mezzo-soprano allemande, entrĂ©e dans la lĂ©gende pour ses exceptionnelles qualitĂ©s vocales et scĂ©niques, sa facilitĂ© Ă  alterner les genres et les rĂ©pertoires les plus diffĂ©rents, et sa monumentale discographie, soufflera ses 90 bougies. De quoi justifier un voyage Ă  Vienne pour y rencontrer l’un des derniers monstres sacrĂ©s de l’aprĂšs-guerre, qui n’a pas perdu le contact avec son public et continue de dispenser ses conseils aux jeunes chanteurs.

Rencontres
Christophe Honoré : À partir du 17 mars Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, l’écrivain et cinĂ©aste s’attaque, pour sa quatriĂšme production d’opĂ©ra, Ă  un monument : la version originale française de Don Carlos, en cinq actes et quasiment sans coupures, selon le plan de Giuseppe Verdi qui a destinĂ© la partition pour la « grande boutique » parisienne, l’OpĂ©ra de Paris. On attend le meilleur, aprĂšs le demi-Ă©chec de l’OpĂ©ra Bastille, en octobre dernier.

Jean-Louis Pichon : Quand le rideau se lĂšvera sur Semiramide à l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, oĂč il occupe les fonctions de conseiller aux distributions vocales, Jean-Louis Pichon sera dĂ©jĂ  en train de travailler Ă  sa nouvelle mise en scĂšne d’HĂ©rodiade, Ă  l’OpĂ©ra de Marseille, Ă  partir du 23 mars.

Jeune talent : AdĂšle Charvet
Jusqu’au 16 mars, la mezzo française, par ailleurs l’une des meilleures rĂ©citalistes de sa gĂ©nĂ©ration, incarne MercĂ©dĂšs dans la nouvelle production de Carmen au Covent Garden de Londres, mise en scĂšne par Barrie Kosky.

Discographie comparée
Benvenuto Cellini d’Hector Berlioz
berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasCrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris (Salle Le Peletier), le 10 septembre 1838, Benvenuto Cellini y connut un Ă©chec retentissant, la premiĂšre scĂšne lyrique française ne l’affichant plus entre 1839 et 1972 ! Nouvelle Ă©clipse entre 1972, au Palais Garnier, et 1993, date de l’ultime reprise Ă  l’OpĂ©ra Bastille, sous la baguette de Myung-Whun Chung. C’est dire l’impatience avec laquelle on attend le retour Ă  la Bastille de ce chef-d’Ɠuvre, aussi fascinant que difficile Ă  monter, Ă  partir du 20 mars prochain sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille. PrĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  l’English National Opera, en 2014, vue ensuite Ă  Amsterdam, Barcelone et Rome, la production de Terry Gilliam, ex-Monty Python, aura pour principal interprĂšte John Osborn, sous la baguette de Philippe Jordan. TĂ©nor et chef sont essentiels dans cet ouvrage, crĂ©Ă© par le lĂ©gendaire Gilbert Duprez, comme en tĂ©moigne l’analyse des tĂ©moignages discographiques laissĂ©s depuis 1952.

Comptes rendus
Les scÚnes, concerts, récitals et concours.

Guide pratique
La sĂ©lection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles.

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Publications. OPERA MAGAZINE de mars 2018, n°137. En couverture : les 90 ans de la mezzo légendaire Christa Ludwig

 

 

opera magazine mars 2018 Christa Ludwig 137

CD, compte rendu critique. OPERA, une histoire d’amour : NATHALIE MANFRINO (1 cd Decca)

Nathalie MANFRINO_OPERA_histoire d amour cd review critique cd par classiquenews 3000x3000px-RVB-1024x1024CD, compte rendu critique. OPERA, une histoire d’amour : NATHALIE MANFRINO (1 cd Decca). Il y eu des annĂ©es fastes pour Decca, oĂč le label Ă©tait au dessus de tous, la rĂ©fĂ©rence en matiĂšre de chant lyrique et de voix assolutas. C’était le temps des Fleming, Kaufmann, Bartoli
 aprĂšs les Pavarotti, Kanawa. Aujourd’hui, le label peine Ă  garder la main : certains divos sont partis Ă  la concurrence (Kaufmann chez Sony), et beaucoup de divas fraichement pilotĂ©s n’ont toujours pas atteint les sommets espĂ©rĂ©s
 n’empĂȘche, voici notre soprano nationale Nathalie Manfrino, ardente et charnelle, dont le timbre tendre et blessĂ© convient idĂ©alement aux hĂ©roĂŻnes amoureuses et tragiques. SacrifiĂ©es. VoilĂ  pourquoi, dans ce rĂ©cital Ă©crit selon une trame nouvelle, sa Traviata s’impose plus que toute autre. Elle est juste, profonde, sincĂšre.

EnregistrĂ© en studio en septembre 2015, le rĂ©cit recompose Ă  partir des airs d’opĂ©ras plus que fameux (Carmen, BohĂšme, Traviata donc), un parcours amoureux (en deux actes et donc deux prĂ©ludes), qui selon le goĂ»t de la cantatrice N. Manfrino, rĂ©tablit une maniĂšre de synthĂšse lyrique : l’amour, entier, exclusif, donc fatal. Les 3 hĂ©roĂŻnes chez Bizet, Puccini et Verdi meurent sur la scĂšne, avec diverses nuances Ă©motionnelles : plus radicale et passionnĂ© comme un fauve indomptable, rugit la Carmen assez lisse finalement de AnaĂŻk Morel (Carmen), aux cotĂ©s de laquelle Nathalie Manfrino reprend la main, par sa prĂ©sence vocale, une intensitĂ© qui saisit immĂ©diatement tant sa Mimi est et demeure toute ivresse et langueur angĂ©lique ; et surtout Violetta, dont « l’Addio, del passato », – vibrato maĂźtrisĂ©, attention linguistique, puretĂ© de la ligne et Ă©tendue du souffle, Ă©blouit par son rayonnement amoureux et
 fatal. Samuel Jean se montre attentif au climat sentimental de chaque tableau (trĂšs belle retenue suggestive et intense dans le PrĂ©lude de la Traviata qui ouvre ici la seconde partie). Un bien beau rĂ©cital, intelligemment Ă©crit, tendrement et passionnĂ©ment dĂ©fendu par la soprano française et les musiciens. Convaincant.

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CD, compte rendu critique. OPERA, une histoire d’amour : NATHALIE MANFRINO (1 cd Decca)

DESTINS DE FEMMES / Tracklisitng / Extraits de :
La Boheme de Puccini, (Scùnes de la vie de boheme – Roman d’Henri Murget)
La Traviata de Verdi (La Dame aux CamĂ©lias – Roman d’Alexandre Dumas)
Carmen de Bizet (Carmen une Nouvelle de ProspÚre Merimée)

Nathalie Manfrino (Soprano)
AnaĂŻk Morel (Mezzo)
Jean-François Borras (Tenor)
Etienne Depuis (Bariton)

Orchestre RĂ©gional d’Avignon Provence.
Samuel Jean, direction

CD, coffret événement. DEBUSSY : complete works (22 cd + 2 dvd Deutsche Grammophon)

DEBUSSY 1 cd set box 22 cd deutsche grammophon par classiquenews announce review cd critique cd debussy classiquenews dossier debussy 2018 Complete-Works-Coffret-Inclus-2-DVDCD, coffret Ă©vĂ©nement. DEBUSSY : complete works (22 cd + 2 dvd Deutsche Grammophon). Le livret notice accompagnant le coffret de Debussy 2018 Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon donne la clĂ© et le niveau d’une Ă©dition de rĂ©fĂ©frence pour l’annĂ©e Debussy 2018, annĂ©e du centenaire dĂ©diĂ© au rĂ©formateur de la musique française au dĂ©but du XXĂš, et mĂȘme pionnier, artisan de la modernitĂ© en musique, comme le fut Picasso en peinture (avec les Demoiselles d’Avignon en 1907). D’emblĂ©e la qualitĂ© des textes qui contextualisent et rĂ©capitulent l’apport de Claude Debussy Ă  l’art en gĂ©nĂ©ral (signĂ© Roger Nichols et Nigel Simeone) indique la rĂ©ussite et la valeur de la somme discographique. C’est aussi l’indication qu’en dehors de l’Hexagone, l’exception Debussy est idĂ©alement analysĂ©e, comprise, mesurĂ©e. Bonheur de la musicologie moderne, extrafrançaise.
De fait, enfant de la SociĂ©tĂ© nationale et de cette dĂ©fense organisĂ©e pour l’art et la musique française contre l’invasion prussienne et wagnĂ©rienne, Debussy rĂ©alise ce que l’on attendait alors : l’invention d’une Ă©criture nouvelle, moderne, rĂ©solument gauloise (Ars Gallica, banniĂšre de la dite SociĂ©tĂ© nationale). Pour conjurer l’humiliation de la dĂ©faite française de 1870, les artistes nationaux n’ont de cesse de produite une alternative au wagnĂ©risme mondial. Musique de chambre, orchestre et opĂ©ra
 autant de genres oĂč les Français sont espĂ©rĂ©s, attendus ; oĂč Debussy rĂ©ussit dĂ©finitivement dĂšs 1902, avec son seul et unique opĂ©ra achevĂ©, PellĂ©as et MĂ©lisande d’aprĂšs Maeterlinck. L’ironie du sort fait de Claude, le Prix de Rome 1884 (nĂ© en 1862, Debussy a 22 ans) : et trĂšs vite un critique acerbe contre l’institution acadĂ©mique qui il est vrai, cultive la pĂ©rennitĂ© la continuitĂ© d’une tradition musicale poussiĂ©reuse, conservatrice et mourante. Alors que les jeunes acadĂ©miciens bien conformes et si prĂ©visibles (Ă  la Dubois par exemple, certes technicien et trĂšs aimable mais si lisse), Debussy invente litĂ©ralement la musique du XXĂš, entre hypersensualitĂ© et harmonies suspendues ouatĂ©es : ainsi surgit PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune de 1893 (Ă  31 ans c’est sa premiĂšre partition aboutie, Ă©blouissante, indiscutable, de surcroĂźt d’aprĂšs MallarmĂ©, dont l’admiration immĂ©diate et l’estime confirme qu’un pur inventeur de surcroĂźt poĂšte, s’est lui-mĂȘme trouvĂ©). Finalement, Debussy fait vivre Ă  la musique française, ce que Monteverdi au dĂ©but du XVIIĂš, Ă  force d’expĂ©rimentation dans le creuset de la forge madrigalesque, a rĂ©alisĂ© Ă  l’aube baroque : une musique Ă©rotique et organique d’une incandescence et fulgurance rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.
Le coffret Debussy 2018 Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon rend compte de la rĂ©volution Debussy des annĂ©es 1890 et 1900 : ainsi se prĂ©cisent dans des interprĂ©tations plus que vĂ©nĂ©rables, – indispensables, les facettes de la modernitĂ© de Debussy au dĂ©but du XXĂš. Avec lui, la musique rompt tout lien avec le romantisme, se fait symboliste puis rĂ©solument moderne, Ă  la façon
 du peintre Degas, que Claude de France admirait entre tous.

debussy2 1902 portrait claude debussy portrait par classiquenews dosseir debussy 2018Parmi les incontournables du coffret Debussy 2018 par Deutsche Grammophon, distinguons le sentiment d’extase et de sidĂ©ration organique dĂ©fendus par Leonard Bernstein (1989 : Images pour orchestre, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs d’un faune, La Mer – cd1) ; Nocturnes et Printemps par Barenboim (et l’Orchestre de Paris, en 1977 / 1978 – cd4) ; les 12 Ă©tudes par Maurizio Pollini (Premier et DeuxiĂšme Livres, 1992) ; Images I et Images II par Benedetto-Michelangeli, 1971) ; le Quatuor Ă  cordes de 1893 par les Emerson (1984 / Ă  comparer avec le Quatuor Lasalle, 1952), la Sonate pour violoncelle et piano (Sol Gabetta et Grimaud, 2012) ; les mĂ©lodies par VĂ©ronique Dietchy et le piano Ă©vanescent, Ă©loquent de Philippe Cassard (Ariettes oubliĂ©es, 5 poĂšmes de Baudelaire, Chansons de Bilitis
) / heureux confrĂšres des GĂ©rard Souzay et Dalton Baldwin
 dans FĂȘtes Galantes, 2 Romances de Paul Bourget, 3 MĂ©lodies de Verlaine (1891)
 D’ailleurs au registre des comparaisons entre versions validĂ©es par Debussy lui-mĂȘme et dans des parures diffĂ©rentes : les 3 ballades de François Villon de 1910, par VĂ©ronique Dietschy et Emmanuel Strosser (pour la version chant / piano, 2002), et la version pour voix et orchestre par Pierre Boulez et Alison Hagley (Cleveland, 1999). Le coffret comprend 2 versions totalement distinctes de PellĂ©as et MĂ©lisande (1902), l’une en cd, celle de Claudio Abbado (Wiener Philharmoniker, avec Maria Ewing, François Le Roux, JosĂ© Van Dam, dans les rĂŽles de MĂ©lisande, PellĂ©as, Golaud, 1991) ; et celle en dvd, purement anglosaxonne signĂ©e en 1992 par l’intellectuel et conceptuel Boulez, lequel avec les Ă©quipes Ă©cossaises et devant les camĂ©ras de la BBC, ne s’encombre guĂšre d’exactitude linguistique pourvu que l’ivresse orchestrale s’accomplisse – avec Alisson Hagley, Neill Archer et Donald Maxwell, dans les rĂŽles de MĂ©lisande, PellĂ©as, Golaud).
Dans un souci d’exhaustivitĂ© bien lĂ©gitime et obligĂ© pour respecter la mention de façade : « complete works / intĂ©grale des oeuvres », l’éditeur ajoute les partitions mĂ©connues lyriques : Le martyre de Saint-SĂ©bastien (Ansermet) ; les cantates pour le Prix de Rome : Le Printemps, Le Gladiateur, L’Enfant Prodigue (« scĂšne lyrique », Grand Prix 1884), La Chute de la maison Usher (1908-1917), par Georges PrĂȘtre, 1983)

CLIC_macaron_2014Passionnants bonus, et inĂ©dits en cd : 6 Epigraphes antiques, version orchestrale de et par Ernest Ansermet (1953) ; La Mer et PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune par Karajan (1964) ; IbĂ©ria – Images pour orchestre par Pierre Dervaux en 1961 (cd 20).
Sans omettre les approches des pianistes Friedrich Gulda, Monique Haas, Sviatoslav Richter, Claudio Abbado (! : « La plus que lente »), 
 contenu du cd 21 (autres inĂ©dits au disque). Coffret passionnant. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

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CD, coffret événement. DEBUSSY : complete works (22 cd + 2 dvd Deutsche Grammophon)

Compte-rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC, Dialogues des Carmélites. Rhorer, Py.

DIALOGUES DES CARMELITES -Compte-rendu critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 7 fĂ©vrier 2018. POULENC, Dialogues des CarmĂ©lites. Rhorer, Py. A Bruxelles, en dĂ©cembre dernier (2017), nous avions pu mesurer, Ă©valuer Ă  sa rĂ©elle
 justesse la proposition scĂ©nique, visuelle, musicale de cette nouvelle production Ă  l’époque en Belgique. Dans une sorte de mysticisme synthĂ©tique et Ă©purĂ©, Olivier Py est un croyant inquiet, jamais satisfait, cultivant une tension visuelle qui ne cesse d’interroger
 en tĂ©moigne cette scĂšne en blanc et noir, tout en contrastes et nuances grises aussi, oĂč perce et brĂ»le l’éclat incandescent d’un nĂ©on ou d’un tube de lumiĂšre : emblĂšme d’une sublimation, d’une mĂ©tamorphose spirituelle Ă  l’oeuvre ? Pourtant restent, en signes redondants moins percutants et graphiques, l’utilisation des tableaux religieux, ou les inscriptions Ă  la craie sur les murs
 dispositif qui devient un peu trop rĂ©current chez le metteur en scĂšne. Il fait trop assurĂ©ment, enchaĂźnant Aida, Alceste, et donc CarmĂ©lites
 aujourd’hui, soeurs voilĂ©es dans le mĂȘme visuel dĂ©jĂ  vu, mais au rythme haletant. Comme ChĂ©reau dans Elektra, Py chez Poulenc, fouille, introspecte, ausculte la psychĂ© de chaque personnage, Ă  commencer par la relation (sensuelle), magnĂ©tique qui lie peu Ă  peu Blanche et Constance. Chacune va ainsi jusqu’au bout de leur fragilitĂ©.

Avouons que Patricia Petibon (Blanche) en fait trop, comme pour compenser de nouvelles faiblesse dans un jeu qui reste trop tendu. Sabine Devielhe (Constance) chante comme Ă  l’extĂ©rieur de son caractĂšre, toujours distancĂ©e, dĂ©clamant certes avec nuances, un texte qui semble ne jamais la toucher. La Croissy atteint un sommet de vĂ©ritĂ© tragique et de vraie dĂ©route humaine grĂące au jeu ciselĂ© de Otter. Sophie Koch (Marie) impose sa fiertĂ© active : une femme forte assurĂ©ment qui dĂ©fie l’adversitĂ©. VĂ©ronique Gens en Lidoine exprime bien la bontĂ© passive de cette Ăąme trop tendre. Finalement ce sont les aĂźnĂ©es qui ici troublent davantage que leur cadettes.
Parmi les hommes, fils et pĂšre, Chevalier de Barbeyrac et Marquis de Cavallier saisissent par leur relief capable de finesse. Deux modĂšles : de chant, de jeu.

DĂ©jĂ  pilote principal Ă  la crĂ©ation parisienne (dĂ©cembre 2013), le chef Rhorer veille Ă  la cohĂ©rence sonore, aux Ă©quilibres chanteurs / fosse, trouve de nombreux accents et silences trĂšs habilement placĂ©s. C’est ainsi que l’agonie et la fin de la Prieure, le Salve Regina s’habillent ici en vĂ©ritĂ© et intensitĂ©. L’opĂ©ra de Poulenc y gagne un souffle et une profondeur souvent irrĂ©sistibles.

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Compte-rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC, Dialogues des Carmélites. Rhorer, Py. Illustration : © V Pontet / TCE 2018

POULENC : Dialogues des Carmélites.
OpĂ©ra en trois actes et douze tableaux / livret d’aprĂšs la piĂšce de Georges Bernanos,
qui s’est lui-mĂȘme inspirĂ© d’une nouvelle de Gertrude Von Le Fort / CrĂ©Ă© en italien Ă  la Scala de Milan le 26 janvier 1957 / puis en français Ă  l’opĂ©ra de Paris le 21 juin 1957.

Mise en scĂšne : Olivier Py
Décors et costumes : Pierre André Weitz

Marquis de la Force : Nicolas Cavallier
Blanche de la Force : Patricia Petibon
Chevalier de la Force : Stanislas de Barbeyrac
Thierry / Le médecin / Le geÎlier : Matthieu Lécroart
Madame de Croissy : Anne Sofie von Otter
Madame Lidoine : VĂ©ronique Gens
MĂšre Marie : Sophie Koch
SƓur Constance : Sabine Devieilhe
MĂšre Jeanne de l’Enfant-JĂ©sus : Sarah Jouffroy
SƓur Mathilde : Lucie Roche

ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es
Ensemble Aedes

Orchestre National de France
Jeremy Rhorer, direction

CD, compte rendu critique. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)

Calleja_Verdi_Cover-002-DECCA-annonce-presentation-critique-cd-review-cd-par-classiquenewsCD, compte rendu critique. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opĂ©ras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)
 SUPERBE RECITAL VERDIEN
 Il est dans ce premier rĂ©cital monographique : RadamĂšs, Manrico, Alvaro, Carlo, Otello
 le visuel de couverture l’indique sans ambages : voici un programme tissĂ© dans l’ombre brĂ»lante et tragique, une soie noire plus qu’éclatante. Celui que l’on trouvait parfois trop lisse, un rien maladroit sur la scĂšne, s’offre ici un bain de noirceur en bad boy
 histoire de prolonger son incursion dans le fantastique enivrĂ© hallucinĂ© de Boito (Mefistofele, Munich, novembre 2015, lire notre critique du DVD Mefistofele de Boito avec Joseph Calleja) ?

Incarner, ciseler Verdi
 Joseph Calleja fin verdien

Le tĂ©nor maltais le plus cĂ©lĂšbre au monde (lĂ©gitimement) se plaĂźt Ă  dĂ©cliner mille nuances d’un noir tĂ©nĂ©breux, Ă©pais, d’une richesse intĂ©rieure manifeste. TĂ©nor plus intĂ©rieur qu’hĂ©roĂŻque, douĂ© d’une belle ardeur tendre, en fin diseur aussi, capable d’un chant intelligent qui sait nuancer (et pas seulement hurler), Joseph Calleja montre derechef dans ce rĂ©cital Verdi, qu’il est un remarquable acteur, jouant sur un style subtil et trĂšs incarnĂ©, articulĂ© voire ciselĂ©.
RadamĂšs d’ouverture ouvre grand le souffle amoureux du gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien qui certes victorieux n’en finira pas moins emmurĂ© vivant avec celle qui ravit son coeur (CĂ©leste Aida)
 D’emblĂ©e le timbre du maltais Calleja impose un beau legato, ce vibrato finement contrĂŽlĂ©, surtout ce timbre « vieille Ă©cole », celui des tĂ©nors du dĂ©but du XXĂš, laisse envisager un travail spĂ©cifique sur le caractĂšre et l’intĂ©rioritĂ©, la couleur du sentiment, plutĂŽt que la projection claironnante voire artificielle.

Ténor raffiné et noir
un Alvaro saisissant

mefistofele-pape-rene-et-calleja-joseph-tenor-review-critique-dvd-opera-classiquenews-CLIC-arigo-boitoTrĂšs proche du thĂ©Ăątre parlĂ©, celui inspirĂ© par Schiller ou Victor Hugo, la plage 4 avec son ample et suave solo de clarinette (au timbre si proche de la respiration et du grain de la voix), affirme une gravitas, sombre (graves larges), celle d’Alvaro (dans La Force du Destin) qui songe Ă  Leonora, la bien aimĂ©e dĂ©sormais inaccessible
 et maudite, perdue comme lui : en acteur saisissant toute la profondeur douloureuse, saillante et tragique du hĂ©ros, Joseph Calleja trouve le ton et le style corrects. Son Alvaro ne manque ni de finesse ni d’épaisseur Ă©motionnelle. En exprimant toute l’intĂ©rioritĂ© du hĂ©ros verdien, ici du tĂ©nor capable de langueur sourde et inquiĂšte, le chanteur maltais rĂ©ussit Ă  transmettre ce qui manque Ă  beaucoup de ses confrĂšres (plus dĂ©monstratifs et aussi puissants), l’épaisseur voire le trouble psychologique : ĂȘtres du doute, de la malĂ©diction
 ses hĂ©ros inscrivent directement Verdi dans les premiers belcantistes dont Ă©videmment Donizetti. Ses phrasĂ©s naturels et articulĂ©s avec finesse, son intelligibilitĂ© en italien
 regardent plutĂŽt du cĂŽtĂ© de l’élĂ©gance incarnĂ©e, plutĂŽt que vers l’intensitĂ© extĂ©rieure. Ici le personnage souffre (avec la clarinette, d’une somptuositĂ© tragique canalisĂ©e). La couleur et le caractĂšre sont justes. La rĂ©ussite est totale, et l’art du tĂ©nor riche en nuances Ă©motionnelles parfaitement maĂźtrisĂ©es. La dĂ©licatesse (un rien surannĂ©e dans sa couleur naturelle et son Ă©locution trĂšs canalisĂ©e) Ă©claire les dĂ©chirements du hĂ©ros verdien : Ăąme brulĂ©e, dĂ©truite
 sacrifiĂ©e, et pourtant n’aspirant qu’à trouver la paix et le salut. Son Alvaro est la plus grande rĂ©ussite de ce rĂ©cital VERDI. De fait, dans la mĂȘme veine intĂ©rieur, tiraillĂ©e, tragique mais toujours proche du texte, son Carlo est d’une inspiration Ă©gale : Ă  la fois articulĂ©e et raffinĂ©e : lĂ  encore la personnification d’un jeune homme, amoureux exaltĂ© mais fatal, condamnĂ© Ă  une errance malheureuse.
La rĂ©ussite est totale. Un accomplissement qui redonne un peu d’éclat au label Decca, hier, le premier label des grandes voix lyriques (mais depuis la transfert de Kaufmann chez Sony), les choses ont un peu Ă©volué 

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. VERDI / JOSEPH CALLEJA, tĂ©nor. Airs d’opĂ©ras de Verdi. Avec Angela Gheorghiu
 (Don Carlo, Otello). Orquestra de la Comunitat Valenciana. RamĂłn Tebar, direction. 1 cd Decca.

Cd événement, annonce. MARA DOBRESCO : Soleils de Nuit (1 cd PARATY 2017)


PIANO DE LA NUIT : les Soleils enchanteurs de MARA DOBRESCOCd événement, annonce. MARA DOBRESCO : Soleils de Nuit (1 cd PARATY 2017). 1001 nuances de la nuit

La pianiste roumaine Mara Dobresco signe en un parcours semĂ© de scintillements nocturnes, l’un de ses programmes les plus personnels : « Notturno, Nocturne, In der Nacht, Nuit, Dans l’air du soir, Clair de lune, berceuse  »  Eloge de l’intime accordĂ© au songe de la nuit, chaque piĂšce ici rĂ©unie et enchaĂźnĂ©e, raconte toujours l’éloquence secrĂšte d’un temps suspendu, appel au rĂȘve, Ă  l’enchantement, mais aussi Ă  une Ă©coute « chopinienne » qui invite l’auditeur Ă  une vĂ©ritable Ă©coute murmurĂ©e et intĂ©rieure : sous ses doigts enchanteurs, le clavier devient vertige poĂ©tique, temps Ă©lastique, couleurs de l’invisible : c’est un acte de foi, un jardin secret et une esthĂ©tique qui force l’admiration par l’exposition assumĂ©e des nuances piano, pianissimo
 « Soleils de Nuit » enregistrĂ© Ă  l’étĂ© 2017, Salle Colonne Ă  Paris, Ă©ditĂ© en ce dĂ©but 2018 par Paraty, redĂ©finit l’espace (vaste) des champs allusifs dont est capable le piano ; dessine aussi une maniĂšre autre de vivre la musique : enchaĂźnant alors sur le mode du repli et de la vie intĂ©rieure, Grieg et les 2 Schumann (Clara d’abord, puis Robert), Vieru et Respighi, Britten et Hersant, entre autres 
 sans omettre Dinu Lipatti, Tchaikovsky, et Oscar Strasnoy. La porte ouverte dĂ©voile un continent inexplorĂ© qui dans l’interstice opĂ©rĂ©, garde tout son mystĂšre. Magistral. A venir, notre grande critique du cd Soleils de la Nuit par Mara Dobresco, piano (1 cd PARATY 2017), dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CD Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2018.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, annonce. MARA DOBRESCO : Soleils de Nuit (1 cd PARATY 2017). « CLIC » de CLASSIQUENEWS de février 2018

 

 

 

PIANO DE LA NUIT : les Soleils enchanteurs de MARA DOBRESCO

 

 

 

 

AGENDA

Concert de lancement du disque SOLEILS DE NUIT par Mara DobrescoVendredi 26 janvier, PARIS, Salle Colonne / Carte blanche à Mara Dobresco et ses amis, musique autour de la Nuit
 Schubert, Schumann, Debussy, Hersant, Enesco


 

 

RESERVER VOTRE PLACE
https://www.lepotcommun.fr/billet/bhkzg0fl#?participantsPage=1&transfersPage=1

 

 

Salle Colonne, PARIS / 94 bd Auguste Blanqui 75013 PARIS
MĂ©tro GlaciĂšre

 

 

 

 

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ENTRETIEN

 

PIANO DE LA NUIT : les Soleils enchanteurs de MARA DOBRESCOENTRETIEN AVEC MARA DOBRESCO. Chez Paraty, la pianiste roumaine Mara Dobresco publie l’un de ses albums les plus personnels : « Soleils de nuit ». Eloge du clair-obscur, voyage des contrastes solaires et crĂ©pusculaires
 dĂ©diĂ© Ă  l’enchantement enivrĂ© de la nuit, de Notturno en berceuse et Nocturnes, voire Clair de Lune, c’est un programme serti de Soleils de nuit qui ont pour noms : les deux Schumann, Lipati, Piotr Illiytch, Claude de France, Philippe Hersant
 Vision poĂ©tique d’un interprĂšte entre songe et subtilitĂ©. Classiquenews interroge la pianiste sur le pourquoi et le comment de ce nouvel album plutĂŽt convaincant. EN LIRE +

 

 

 

 

MARA-DOBRESCO-PIANO-ENCHANTEUR-PORTRAIT-ENTRETIEN-PAR-CLASSIQUENEWS-au-sujet-de-son-cd-soleils-de-nuit-chez-paraty-clic-de-classiquenews-2017_06_mara_cd_170_1_a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte- rendu critique. Paris, Palais Garnier, le 13 janvier 2018. HAENDEL : Jephtha. Christie, Guth

handel haendel classiquenewsCompte- rendu critique. Paris, Palais Garnier, le 13 janvier 2018. HAENDEL : Jephtha. Christie, Guth. Pourquoi s’entĂȘter Ă  reprendre ici l’oratorio (ultime) de Haendel, le plus mĂ©ditatif et le plus introspectif et qui de facto ne se prĂȘte que difficilement Ă  la mise en scĂšne. C’est comme vouloir Ă©clairer un temple qui est conçu pour l’ombre et le mystĂšre et perd dans ce « dĂ©ballage » manifeste, toutes ses vertus originelles, en suggestion et poĂ©sie
 Las, aprĂšs 1959 oĂč il Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©, ce Jephtha 2018 est peu voire trop peu passionnant : nouvel avatar parmi les ratages lisses et ternes de la mise en scĂšne contemporaine. Haendel devenu aveugle pendant la composition de son ultime sommet, y laisse pourtant un enseignement de sagesse et de renoncement. Tout s’enchaĂźne de façon mĂ©canique, sans poĂ©sie ni « secret », oĂč l’on recherche en vain ce testament musical et spirituel annoncĂ©.
Guth s’embourbe dans un flot de dĂ©tails et de symboles / signes rĂ©pĂ©titifs, d’une naĂŻvetĂ© qui frise le ridicule. Pourquoi vouloir tout montrer et expliquer quand la musique est aussi Ă©loquente et
 souvent sublime ?
Dramatiquement, l’impuissance des Ă©poux Jephtha et StorgĂš (la plus rĂ©voltĂ©e : vĂ©ritable Ă©lĂ©ment de rĂ©bellion contre le dictat divin), la candeur angĂ©lique de leur fille sacrifiĂ©e Iphise
 sont des Ă©lĂ©ments au fort contraste dramatique. On s’étonne que le metteur en scĂšne n’ait pas exploitĂ© tout cela avec plus de force et de 
 mesure. L’épure est au centre d’un genre que Haendel a pourtant transfigurer : du drame le plus narratif Ă  l’oratorio le plus allusif.
Visuellement, le dĂ©jĂ  vu fait chuter la tension et l’intĂ©rĂȘt des tableaux. Costumes, dĂ©cors demeurent anecdotiques, troublant souvent la lisibilitĂ© des situations et des relations entre les protagonistes. On frise quand mĂȘme le dĂ©tournement de l’oeuvre en glissant des sons parasites, comme des ondes traitĂ©es en direct, menaçant les Ă©quilibres originels conçus par Haendel.
Les oratorios anglais du Saxon, sont parmi les oeuvres les plus mĂ©ditatives oĂč le choeur revĂȘt un rĂŽle central dans l’approfondissement spirituel de l’action. Tout cela est ignorĂ© et maltraitĂ© par la mise en scĂšne qui semble Ă©trangĂšre Ă  ce miracle poĂ©tique haendĂ©lien.

Dans cette dilution sans inspiration, rien que narrative et superficielle, le geste des Arts Florissants semble ce soir Ă©trangement pesant, lourd, Ă©tirĂ© jusqu’à l’usure dĂ©sincarnĂ© : sans drame, sans enjeu, sans nerf tout s’effiloche et risque l’ennui
 L’ange de dĂ©livrance de Valer Sabadus sonne faux et hors propos, d’une aciditĂ© anti angĂ©lique ; Philippe Sly (Zebul) reste inaudible ; Tim Mead tire son Ă©pingle du jeu (Hamor bien chantant et fiancĂ© aimant, courageux d’ Iphis, mais il faudra revoir sĂ©rieusmeent la technique vocalistique) ; tout est trop lisse et sans relief du cĂŽtĂ© de Katherine Watson, dĂ©cidĂ©ment Ă©trangĂšre Ă  tout enjeu dramatique. Figure du fanatisme religieux, chef radicalisĂ©, le Jephtha de Ian Bostridge frise quant Ă  lui la surenchĂšre investie : volcan trop investi qui retombe souvent Ă  vide parmi ses partenaires atones. Le diseur schubertien se serait-il Ă©garĂ© sur cette scĂšne oĂč on ne l’a souhaitĂ© que mordant et hallucinĂ© ? Son amour paternel est Ă©cartĂ©, refusant au drame de Haendel toute profondeur trouble dans l’exposition et l’expression des passions humaines (sa spĂ©cialitĂ© cependant). Ce jeu des contrastes frise la caricature.Et Guth se fourvoie totalement en un schĂ©matisme / manichĂ©isme sans souffle. Avouons que dans cet exercice des Ă©chelles survoltĂ©es, la StorgĂ© de MN Lemieux mesure mieux ses effets : sincĂ©ritĂ© de la mĂšre impuissante mais rĂ©voltĂ©e. Globalement, voilĂ  qui en dit long sur l’état actuel du chant baroque.
Heureusement que les choristes des Arts Flo dĂ©fendent le raffinement d’une oeuvre qui gagne ce soir, par l’absence des protagonistes, ou le dĂ©sĂ©quilibre du jeu collectif, une belle rĂ©alisation surtout 
 chorale. Inutile de nous apesantir sur le dernier tableau : l’intervention de l’ange n’est pas dĂ©livrance mais accablement sur le sort de la pauvre Iphise qui finit sur un lit d’hĂŽpital, vierge sacrifiĂ©e, empĂȘchĂ©e dĂ©finitivement d’ĂȘtre heureuse. Du reste dans cette vision aussi sombre que confuse de Guth, l’humanitĂ© Ă©cartĂ©e de toute espĂ©rance, est abonnĂ©e Ă  la destruction cynique.
Les promesses de l’affiche n’ont pas rĂ©alisĂ© ce que nous en attendions (nombreux problĂšmes de dĂ©calages entre l’orchestre et le choeur, rythmique vacillante)
 Dommage. Est-ce dĂ» au stress de la premiĂšre ?
Le dernier Haendel attendra donc encore ses vrais interprùtes capables d’en exprimer toutes les nuances spirituelles et sublimes. Jusqu’au 31 janvier 2018 à Paris, Palais Garnier. Pour faire votre jugement : diffusion sur France Musique le 28 janvier 2018, 20h

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LIRE ici notre prĂ©sentation de l’oratorio JEPHTHA, JephtĂ© de Haendel (1751-1752)
http://www.classiquenews.com/claus-guth-met-en-scene-jephte-jephtha-de-haendel-au-palais-garnier/

Cd, compte rendu critique. PORPORA : Germanicus (Cencic, 3 cd Decca)

porpora-nicolo-portraitCd, compte rendu critique. PORPORA : Germanicus (Cencic, 3 cd Decca, 2016) – EnregistrĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2016 en Pologne, voici une nouvelle production discographique qui tire son Ă©pingle du jeu et souligne l’activitĂ© exemplaire de Decca comme un Ă©diteur encore capable de financer de nouvelles productions lyriques, – de surcroĂźt baroques, dans un marchĂ© 
 sinistrĂ©. Decca suit les jalons du dĂ©frichement opĂ©ratique menĂ© par le contre tĂ©nor Max Emmanuel Cencic qui se concentre sur l’opĂ©ra sĂ©ria du XVIIIĂš : aprĂšs Catone in Utica, Adriano in Siria, Siroe
 de respectivement Leonardo Vinci, Pergolesi et Hasse, surtout Alessandro de Haendel, voici donc Germanicus (Germanico in Germania) de Niccolo Porpora (1686 – 1768). Le portrait du gĂ©nĂ©ral romain victorieux, Germanicus, celui qui a soumis les barbares germains (magnifiquement peint par Poussin au XVIIĂš car la figure est un modĂšle de hĂ©ros noble et magnanime) se prĂ©cise ici en particulier dans ses confrontations rĂ©vĂ©latrices avec son ennemi Arminius / Arminio. La figure d’Arminio es toin d’ĂȘtre anecdotique dans l’histoire de l’opĂ©ra : le sujet a Ă©tĂ© traitĂ© prĂ©cĂ©demment dans l’opĂ©ra de Haendel Ă©ponyme et qu’ont aussi ressuscitĂ© Cencic et son Ă©quipe dans un prĂ©cĂ©dent coffret Decca. De fait, le militaire Romain apprend une forme d’humanisation fraternelle au contact de son ennemi Arminio, vĂ©ritable hĂ©ros germanique, icĂŽne mĂȘme de la rĂ©sistance du peuple Germain contre l’impĂ©rialisme romain. Biber au siĂšcle prĂ©cĂ©dent a Ă©crit un opĂ©ra fameux faisant l’apologie du hĂ©ros Germain, sorte de Vercingetorix germanique.

Ici dans une formulation propre au genre sĂ©ria, l’humanitĂ© du vainqueur Germanicus est mise en lumiĂšre, apprise et rĂ©vĂ©lĂ©e grĂące au modĂšle de vertus (loyautĂ©, courage, grandeur morale) incarnĂ© par Arminio. Ce dernier devait mourir mais frappĂ© par l’élĂ©vation morale du vaincu, le vainqueur se montre clĂ©ment. C’est un canevas que Haendel a abondamment adoptĂ©, prĂ©figurant l’esprit des LumiĂšres, dans Bajzaet par exemple oĂč l’on retrouve le mĂȘme rapport vaincu sublimant son vainqueur / geĂŽlier


germanico in germania niccolo porpora 3 cd decca review cd critique cd par classiquenews 4831523-1L’idĂ©e de restituer l’essor du genre sĂ©ria en ressuscitant quelques ouvrages majeurs de la pĂ©riode baroque (XVIII Ăšme) oĂč pointent dans les annĂ©es 1730 et 1740, la rivalitĂ© Ă  Londres de Haendel et donc Porpora, permet aux solistes rĂ©unis autour de Cencic / Germanicus d’Ă©clairer cet idĂ©al lyrique oĂč la virtuositĂ© est la rĂšgle ; mais fusionnĂ©e avec l’intĂ©rioritĂ©, elle peut faire surgir une caractĂ©risation passionnante des rĂŽles. Germanico a Ă©tĂ© crĂ©Ă© Ă  Rome en fĂ©vrier 1732. L’ouvrage tĂ©moigne de cette Ă©criture surornementĂ©e et majoritairement virtuose qui s’appuie au sein de l’école de Porpora (Consrvatorio di San Onofrio Ă  Naples) sur une discipline savamment Ă©quilibrĂ©e entre technique vocale (passagi,ornĂ©s, vocalises, coloratoure
), thĂ©orie musicale (contrepoint, Ă©tude littĂ©raire, 
), mais aussi pratique instrumentale (clavecin).

Autant dire que souvent les solistes confondent artificialitĂ© et expressivitĂ© omettant souvent la nuance et la finesse au risque de ne servir qu’un style rĂ©pĂ©titif et passe partout. Beaucoup d’entre eux se bornent Ă  aborder tous leurs airs de la mĂȘme façon, en une agilitĂ© mĂ©canique qui demeure Ă©trangĂšre Ă  toute sensibilitĂ©, 
 d’emblĂ©e de rigueur au nom qu’Ă  cette Ă©poque et en rapport avec la loi du genre, il n’existe pas d’individualisation nuancĂ©e possible. A cette formation s’est aiguisĂ© l’art d’un Farinelli, son Ă©lĂšve le plus emblĂ©matique et aussi, le protĂ©gĂ© de Haendel : Caffarelli (6 annĂ©es durant) : c’est lui qui interprĂ©ta le rĂŽle lyrique et dramatique d’Arminio. Germanico date de la pĂ©riode oĂč le maĂźtre absolu du chant virtuose alla napolitana est aussi maestro delle figlie aux Incurabili de Venise (1726 – 1733).
Avouons que dans ce registre nous ne comprenons pas la prĂ©sence familiĂšre Ă  prĂ©sent de la soprano coloratoure Julia Lezhneva (Ersinda), vĂ©ritable machine Ă  dĂ©gainer un torrent de vocalises, d’une prĂ©cision ahurissante, abattage Ă©lectrisĂ© Ă  l’appui (intensifiĂ© par la prise de son proche du micro)
 mais dĂ©nuĂ©e de toute intention expressive surtout introspective. Chanter le sĂ©ria avec autant d’artificialitĂ© n’est guĂšre servir le genre baroque. VoilĂ  qui accrĂ©dite l’idĂ©e (fausse) d’un Porpora rien que dĂ©monstratif, en rien profond ni juste ou nuancĂ© sur le plan des passions humaines. Passons. Idem pour – malheureusement, le Germanico plutĂŽt gras et terne de Cencic, qui emboĂźte ainsi le pas du castrat de la crĂ©ation : l’alto Domenico Annibali : Cencic a perdu tout Ă©clat dans une voix qui paraĂźt Ă  prĂ©sent fatiguĂ©e, de surcroĂźt affĂ»blĂ©e d’un vibrato permanent qui semble voiler le timbre du dĂ©but Ă  la fin. Ce manque de relief et de nuances ne fait que mieux renforcer l’éclat du vaincu Arminio, vĂ©ritable hĂ©ros de l’opĂ©ra.

Plus intĂ©ressant car nuancĂ© l’Arminio trĂšs incarnĂ© et humain de la soprano Mary-Ellen Nesi, tessiture ample et aigus rayonnants, avec un bel abattage dans le recitativos seccos (surtout dans les scĂšnes trĂšs thĂ©Ăątrales, plus dĂ©clamĂ©es que chantĂ©s du III) ; sa tenue trĂšs convaincante offre au personnage, hĂ©ros de la rĂ©sistante germaine, la profondeur idĂ©ale face Ă  volontĂ© guerriĂšre du vainqueur Germanico. D’ailleurs se sont surtout les chanteuses qui dĂ©fendent l’idĂ©e d’individualitĂ©s, capable de transformations pendant l’opĂ©ra : Ă  ce titre saluons la passionnante Rosmonda de Dilyara Idrisova qui en Ă©pouse tiraillĂ©e du vaincu, exprime la complexitĂ© des sentiments qui l’animent, dans une situation trĂšs Ă©prouvante. MĂȘme excellent travail pour la soprano mieux connue des français, Hasnaa Bennani qui fait un dĂ©licieux, rayonnant et lumineux Cecina, – rĂŽle travesti (capitaine de Germanicus).
La tendresse de son timbre, tout en moelleux, rĂ©tablit cette Ă©paisseur humaine et fraternelle qui doit ĂȘtre prĂ©sente dans tout seria. Nesi, Dilyara et Bennani font la valeur de cette premiĂšre discographique.

Elles donnent l’Ă©paisseur Ă  l’intĂšgre amoureuse; chaque individualitĂ©s y est trĂšs sensiblement dĂ©fendue, chacune dans des tessitures et couleurs qui servent heureusement cette caractĂ©risation bien prĂ©sente dans l’Ă©criture porporienne.
D’autant que le mordant, Ăąpre, trĂšs nerveux des instrumentistes de la Capella Cracoviensis, souvent Ă©lectrisĂ©s par la baguette vivace de Jan Tomasz Adamus, rehausse encore l’enjeu souvent Ă©ruptif des situations. On mesure combien le public londonien a pu ĂȘtre saisi par la fiĂšvre dramatique et la virtuositĂ© vocale des opĂ©ras de Porpora.

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CD, compte rendu, critique. PORPORA : GERMANICO IN GERMANIA (3 cd DECCA, juillet 2016).

Avec Hasnaa Bennani · Max Emanuel Cencic / Dilyara Idrisova · Mary-Ellen Nesi
Julia Lezhneva · Juan Sancho  / Capella Cracoviensis – Jan Tomasz Adamus

Parution le 12 Janvier  2018 – 3 cd 0289 483 1523 9 – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2016.
+ d’infos sur le site de DECCA :
http://www.deccaclassics.com/au/cat/4831523

Le Quatuor Van Kuijk Ă  Poitiers

quatuor van kuijk concert a poitiers janvier 2018 presentation annonce par classiquenewsPOITIERS, TAP. Quatuor Van Kuijk, le 11 janvier 2018. Ils portent le nom de leur premier violon (Nicolas Van Kuijk). Et malgrĂ© la consonnance du nom, ils ne sont pas belges mais
 français. “NĂ©s” en 2012, les Kuijk ont suivi un apprentissage formateurs auprĂšs des « lĂ©gendaires quatuors Berg, Hagen et Artemis » ; ils s’imposent par la maturitĂ© Ă©loquente et l’intensitĂ© intĂ©rieure de leur approche. Un premier cd dĂ©diĂ© Ă  Mozart a confirmĂ© ce que plusieurs Prix internationaux ont distinguĂ© : une vĂ©ritĂ© collective, une expĂ©rience ciselĂ©e du verbe instrumentale. C’est l’une des formations chambristes les mieux inspirĂ©es et les plus directes aussi : sonoritĂ© affĂ»tĂ©e et belle complicitĂ©. Les quatre mousquetaires de l’archet offrent au public de Poitiers en janvier 2018, une performance qui tient de l’équilibrisme ciselĂ© : associant « 3 jalons importants de la musique de chambre » (surtout germanique). D’abord le premier Beethoven (Opus 18 n°3), – celui juvĂ©nile certes mais d’une fougue personnelle exceptionnelle qui l’affranchit du crĂ©ateur du genre, l’inĂ©vitable et incontournable Joseph Haydn.
Puis, d’aprĂšs le lied Ă©ponyme, La Jeune fille et la mort de Franz Schubert, contemporain Ă  Vienne de Beethoven, dont les profondeurs introspectives explorent tout un continent du repli et de la psychĂ© encore inconnus alors ; enfin, au siĂšcle suivant, Webern Ă©crit un Ă©clatement individualisĂ© oĂč chaque instrument s’approprie la vie particuliĂšre de chaque atome, en un bouillonnement simultanĂ© oĂč jaillit la vie et la pulsion, entre Ă©bullition et organisation. Il est question alors non plus du dĂ©veloppement intĂ©rieur mais du sens mĂȘme de l’écriture pour les cordes.
Leur clip de prĂ©sentation les montre dans les secrets de la fabrique musicale en connection Ă©troite, intime avec la nature ; Ă  travers champs et prairies, au coeur du massif forestier, de nuit, Ă  l’écoute de l’autre, les Van Kuijk, orfĂšvre d’un son authentique, – dense, Ă©ruptif, incandescent, apportent au concert, face au public, un peu de se miracle sonore dont ils ont appris chacun la matiĂšre dans les profondeurs de l’antre matriciel
 A voir ici, et Ă  Ă©couter surtout en concert. Encore embryonnaire, le rĂ©pertoire français occupe une place Ă  dĂ©velopper : seuls les Quatuors de Debussy (opus 10) et de Ravel (opus 35) paraissent aux cĂŽtĂ©s des incontournables Haydn, Mendelssohn, Beethoven, Webern, Schubert, Schumann
 MaĂźtres de la ciselure chambriste, les Van Kuijk franchissent des territoires insoupçonnĂ©s dans un programme d’une secrĂšte et profonde cohĂ©rence, associant ainsi Beethoven, Webern (opus 5) et Schubert (n°14).

 

 

 

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POITIERS, TAP
Auditorium
Jeudi 11 janvier 2018, 20h30
Quatuor Van Kuijk

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle : violons
Emmanuel François : alto
François Robin : violoncelle

 

 

Programme

Beethoven : Quatuor à cordes en ré majeur opus 18 n°3
Webern : FĂŒnf StĂŒcke opus 5
Schubert : Quatuor à cordes en ré mineur D 810 « La Jeune fille et la mort »

 

 

 

RÉSERVEZ
http://www.tap-poitiers.com/quatuor-van-kuijk-2176

durée : 1h20

 

 

 

VISITER aussi le site du Quatuor Van Kuijk
http://www.quatuorvankuijk.com/quatuor-van-kuijk-français.html#discographie

 

 

 

Le Quatuor Van Kuijk au TAP de Poitiers

quatuor van kuijk concert a poitiers janvier 2018 presentation annonce par classiquenewsPOITIERS, TAP. Quatuor Van Kuijk, le 11 janvier 2018. Ils portent le nom de leur premier violon (Nicolas Van Kuijk). Et malgrĂ© la consonnance du nom, ils ne sont pas belges mais
 français. “NĂ©s” en 2012, les Kuijk ont suivi un apprentissage formateurs auprĂšs des « lĂ©gendaires quatuors Berg, Hagen et Artemis » ; ils s’imposent par la maturitĂ© Ă©loquente et l’intensitĂ© intĂ©rieure de leur approche. Un premier cd dĂ©diĂ© Ă  Mozart a confirmĂ© ce que plusieurs Prix internationaux ont distinguĂ© : une vĂ©ritĂ© collective, une expĂ©rience ciselĂ©e du verbe instrumentale. C’est l’une des formations chambristes les mieux inspirĂ©es et les plus directes aussi : sonoritĂ© affĂ»tĂ©e et belle complicitĂ©. Les quatre mousquetaires de l’archet offrent au public de Poitiers en janvier 2018, une performance qui tient de l’équilibrisme ciselĂ© : associant « 3 jalons importants de la musique de chambre » (surtout germanique). D’abord le premier Beethoven (Opus 18 n°3), – celui juvĂ©nile certes mais d’une fougue personnelle exceptionnelle qui l’affranchit du crĂ©ateur du genre, l’inĂ©vitable et incontournable Joseph Haydn.
Puis, d’aprĂšs le lied Ă©ponyme, La Jeune fille et la mort de Franz Schubert, contemporain Ă  Vienne de Beethoven, dont les profondeurs introspectives explorent tout un continent du repli et de la psychĂ© encore inconnus alors ; enfin, au siĂšcle suivant, Webern Ă©crit un Ă©clatement individualisĂ© oĂč chaque instrument s’approprie la vie particuliĂšre de chaque atome, en un bouillonnement simultanĂ© oĂč jaillit la vie et la pulsion, entre Ă©bullition et organisation. Il est question alors non plus du dĂ©veloppement intĂ©rieur mais du sens mĂȘme de l’écriture pour les cordes.
Leur clip de prĂ©sentation les montre dans les secrets de la fabrique musicale en connection Ă©troite, intime avec la nature ; Ă  travers champs et prairies, au coeur du massif forestier, de nuit, Ă  l’écoute de l’autre, les Van Kuijk, orfĂšvre d’un son authentique, – dense, Ă©ruptif, incandescent, apportent au concert, face au public, un peu de se miracle sonore dont ils ont appris chacun la matiĂšre dans les profondeurs de l’antre matriciel
 A voir ici, et Ă  Ă©couter surtout en concert. Encore embryonnaire, le rĂ©pertoire français occupe une place Ă  dĂ©velopper : seuls les Quatuors de Debussy (opus 10) et de Ravel (opus 35) paraissent aux cĂŽtĂ©s des incontournables Haydn, Mendelssohn, Beethoven, Webern, Schubert, Schumann
 MaĂźtres de la ciselure chambriste, les Van Kuijk franchissent des territoires insoupçonnĂ©s dans un programme d’une secrĂšte et profonde cohĂ©rence, associant ainsi Beethoven, Webern (opus 5) et Schubert (n°14).

 

 

 

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POITIERS, TAP
Auditorium
Jeudi 11 janvier 2018, 20h30
Quatuor Van Kuijk

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle : violons
Emmanuel François : alto
François Robin : violoncelle

 

 

Programme

Beethoven : Quatuor à cordes en ré majeur opus 18 n°3
Webern : FĂŒnf StĂŒcke opus 5
Schubert : Quatuor à cordes en ré mineur D 810 « La Jeune fille et la mort »

 

 

 

RÉSERVEZ
http://www.tap-poitiers.com/quatuor-van-kuijk-2176

durée : 1h20

 

 

 

VISITER aussi le site du Quatuor Van Kuijk
http://www.quatuorvankuijk.com/quatuor-van-kuijk-français.html#discographie

 

 

 

Mimi et Rodolfo perdus dans l’espace

top-leftCompte rendu, opĂ©ra. PUCCINI : La BohĂšme. Claus Guth. Le 1er dĂ©cembre 2017. Afficher Gustavo Dudamel, l’enfant prodige du Sistema vĂ©nĂ©zuelien (sinistrĂ© depuis la crise politique actuelle), Ă©tait une promesse dĂ©voreuse d’appĂ©tit mĂ©diatique. D’autant que la derniĂšre prestation du sĂ©millant maestro latino, – pour le Concert du Nouvel an Ă  Vienne le 1er janvier 2017, Ă©tait restĂ©e
 trĂšs convaincante. AprĂšs l’avoir dirigĂ© Ă  la Scala, Dudamel offre une rĂ©elle puissance expressive dans La BohĂšme de Puccini. SĂ»retĂ© du geste, ampleur et prĂ©cision de la direction, dĂ©tails et nuances aussi dans la restitution orchestrale
 tout indique un chef d’une carrure mĂ»re et au mĂ©tier solide. Pourtant les incursions lyriques du chef du Los Angeles Philharmonic ne sont pas si nombreuses.

La fiĂšvre expressive y cĂŽtoie les Ă©panchements lyriques, la suavitĂ© avec une certaine langueur. La palette des sentiments et la belle caractĂ©risation des Ă©pisodes affirment de facto l’affinitĂ© du chef avec le thĂ©Ăątre puccinien. Visuellement, l’enthousiasme retombe gravement. Car Claus Guth imagine les bohĂ©miens Ă  Paris, perdus dans l’espace. Leur errance sidĂ©rale prenant des allures d’incongruitĂ© nostalgique.

Mimi, Rodolfo
 perdus dans le vide sidéral

Instable mais toujours aussi onctueuse et suave, Sonya Yoncheva fait une Mimi qui manque de sĂ»retĂ© dans les aigus ; le Rodolfo du brĂ©silien Atalla Ayan, bien que nuancĂ© et Ă©lĂ©gant, manque lui de volume. Le Marcello de Artur Rucinski dĂ©ploie une puissance bienvenue, affirmant la virilitĂ© gĂ©nĂ©reuse du personnage. PĂ©tillante sans ĂȘtre vraiment stylĂ©e, la Musette d’Aida Garifullina vole la vedette de l’acte parisien collectif celui du cafĂ© Momus. Etrange, voire maladroite – il faut le faire pour un opĂ©ra « facile » Ă  mettre en scĂšne, la direction d’acteurs manque singuliĂšrement de constance comme de cohĂ©rence; les choeurs sont excellents : vifs, mordants
 et pourtant Ă©cartĂ©s de la scĂšne. Comme mis au placard.
machine et vaisseau spatial critique la bohĂšme claus guth par classiquenewsL’espace et la machine Ă  remonter le temps volent au secours d’une relecture particuliĂšrement compliquĂ©e : Mimi, Rodolfo, et leurs comparses, complices des annĂ©es de BohĂšme Ă  Paris, se souviennent non sans nostalgie de leurs jeunesse sous la mansarde : d’oĂč le vaisseau spatial qui les transporte sur les lieux de leurs annĂ©es d’insouciance
 La production impose comme souvent Ă  prĂ©sent Ă  Bastille, des interludes avec force projection vidĂ©o – vrai dĂ©lire des metteurs en scĂšne tout excitĂ©s par le potentiel de l’image et de la vidĂ©o. Tout cela sonne faux, hors sujet ; soulignant dĂ©sormais le fossĂ© entre une lecture respectueuse de la partition et la prise du pouvoir par le metteur en scĂšne, Ă  prĂ©sent arbitre du temps musical. PiĂ©gĂ© le spectateur crie Ă  plusieurs reprises Ă  la trahison. On ne lui en tiendra pas rigueur. Loin s’en faut.
DĂ©jĂ , Warlikowski dans Don Carlos avait insistĂ© Ă  force de projos du mĂȘme accabit, sur la solitude suicidaire de Carlos / Kaufmann. Ici mĂȘme rĂ©gime. VidĂ©o plutĂŽt que musique. HyperrĂ©alisme sordide contre aspiration Ă  tout onirisme lyrique. Dans cette BohĂšme au rĂ©gime, 
 c’est Puccini qui est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. PlutĂŽt dĂ©naturĂ©. Avant cette affligeante production signĂ© Claus Guth – totalement dĂ©poĂ©tisĂ©e, La BohĂšme faisait salle comble par l’enchantement de ses tableaux d’une beautĂ© visuelle certes consensuelle mais efficace, servante de la musique (si sublime). A force de nous infliger des mises en scĂšnes laides et dĂ©callĂ©es, l’OpĂ©ra de Paris nous impose un rĂ©gime agaçant, plus confortable Ă  suivre Ă  la radio, pour nous Ă©pargner la laideur rĂ©pĂ©titive des spectacles. Un comble pour la grande boutique qui doit veiller Ă  maintenir l’économie de sa gestion. Pas sĂ»r que cette production visuellement dĂ©concertante et trop dĂ©calĂ©e compose le meilleur spectacle dĂ©signĂ© pour la FĂȘte : la fĂ©erie de NoĂ«l en prend un sĂ©rieux coup…

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Compte rendu, opĂ©ra. PUCCINI : La BohĂšme. Claus Guth. Le 1er dĂ©cembre 2017. Jusqu’au 31 dĂ©cembre 2017. Attention, distribution et direction, changeantes. RĂ©servations, informations

CD événement, compte rendu critique. MIRAGES / Sabine Devieilhe, soprano (1 cd ERATO)

DEVIEILHE soprano cd mirages concert critique review cd par classiquenews Sabine-Devieilhe-Mirages_actu-imageCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. MIRAGES / Sabine Devieilhe, soprano (1 cd ERATO). En couverture sur un azur d’ange incarnĂ©, la jeune femme sourit, yeux levĂ©s au ciel : en signe de satisfaction et de plĂ©nitude ; augures d’une ivresse lyrique permise aux auditeurs, d’une intensitĂ© juste rarement Ă©coutĂ©e jusque lĂ . Hier Rameau (dont elle chante la passion et ses vertiges baroques) puis Mozart (Ă  travers la figure des sƓurs Weber, sujets de la passion de Wolfgang), voici venir le temps du romantisme français, c’est Ă  dire ce style vocal et cette pĂ©riode musicale oĂč l’art d’articuler la fameuse dĂ©clamation française hĂ©ritĂ©e de l’ñge baroque et des LumiĂšres, s’est accordĂ©e Ă  la riche texture de l’orchestre, souvent brillamment colorĂ©. Il faut une diseuse mais aussi une voix puissante et claire capable de porter un texte au dessus, et Ă  travers de l’orchestre. Pari relevĂ©, et chant vainqueur pour ce nouvel album « Mirages » oĂč la voix maĂźtrisĂ©e, rayonnante de la soprano coloratoure Sabine Devieilhe rĂ©alise un tour de force, en subtilitĂ©, couleur, nuances; justesse d’intonation. EnregistrĂ© en fĂ©vrier et mars 2017 pour Erato, ce rĂ©cital en impose autant par la suretĂ© et l’intelligence de la diva actrice et chanteuse, que la sĂ©lection des piĂšces choisies en un programme cohĂ©rent qui joue d’heureuses transitions. On se dĂ©lecte de la finesse de Madame ChrysanthĂšme ; de l’ivresse sensuelle et amoureuse des hĂ©roĂŻnes prĂȘtes Ă  mourir : LakmĂ© (air des clochettes), MĂ©lisande, pour l’amour qui les portent au delĂ  d’eux-mĂȘmes. Parmi les mĂ©lodies, on reste saisi par l’énigmatique mĂ©lopĂ©e, Ă  la fois envoĂ»tante et bien incarnĂ©e de La Mort d’OphĂ©lie de Berlioz, sommet de la littĂ©rature poĂ©tique, de l’ùre romantique Ă  ses dĂ©buts.
CLIC_macaron_2014La jeune diva dĂ©ploie une aisance expressive, une prĂ©cision nuancĂ©e qui accompagnĂ©e au piano ou par l’orchestre se montre d’une exceptionnelle acuitĂ© : ciselant le texte autant que la note, cherchant, explorant, trouvant et colorant chaque caractĂšre. Jamais maniĂ©rĂ©e ni forcĂ©e, le chant se montre allusif, naturel, percutant. Par l’étoffe veloutĂ©e de son timbre, des suraigus jamais dĂ©monstratifs et toujours charnus, « la Devieilhe » surclasse son aĂźnĂ©e Dessay, dans Delibes, pour une LakmĂ© Ă©blouissante d’intensitĂ© humaine (dans ce sens aussi touchante par cette tendresse Ă  hauteur humaine et qui s’enfonce dĂ©jĂ  dans la mort), aussi crĂ©dible que sa consƓur, – autre jeune diva Ă  suivre dĂ©sormais, Jodie Devos dont CLASSIQUENEWS avait tĂ©moignĂ© de son excellente prise de rĂŽle dans LakmĂ© justement en janvier 2017 : VOIR notre reportage LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours par Benjamin Pionnier et Jodie Devos). Sa vĂ©ritĂ© sublime le rĂŽle par son Ă©paisseur et sa simplicitĂ© Ă©cartant de fait toute virtuositĂ© stratosphĂ©rique et artificielle. Ainsi l’on comprend que LakmĂ© ne se rĂ©duit pas uniquement Ă  son air virtuose et dĂ©coratif des clochettes
 loin s’en faut. Sabine Devieilhe, comme dans sa MĂ©lisande diaphane et pourtant trĂšs prĂ©sente, souligne la vĂ©ritĂ© du personnage, sa profondeur, son Ă©paisseur, sa mĂ©moire.
Et d’ailleurs Jodie Devos paraĂźt ici pour la sĂ©quence extraite de l’acte II de ThaĂŻs, autre Ăąme foudroyĂ©e par l’amour, mais celui ci sacrĂ© et spirituel, jusqu’à l’immatĂ©rialitĂ© sensuelle et le renoncement total. On regrettera cependant le choix des SiĂšcles, orchestre certes aux timbres d’époque, mais un peu trop court et infiniment moins nuancĂ© que la diseuse Devieilhe, plus riche en accents fins et subtilement caractĂ©risĂ©s. Orchestre et chanteuse avaient rĂ©alisĂ© dĂ©jĂ  LakmĂ© Ă  Paris en 2014, et la phalange de FX Roth nous avait paru Ă©trangement percussive et sĂšche. Heureusement, la juvĂ©nilitĂ© tout en nuances de la soprano coloratoure française, – rappelons le, rĂ©vĂ©lĂ©e il y a quelques annĂ©es, par Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing et qui l’avait invitĂ© pour une fascinante MĂ©lisande justement, confirme un tempĂ©rament Ă  la fois sĂ»r, puissant et trĂšs ciselĂ©. Pour la voix et le chant intelligent de la diva : ce programme est un must absolu. VOIR aussi notre reportage vidĂ©o PELLEAS et MELISANDE de DEBUSSY par Sabine Devieilhe, sous la direction de Jean-CLaude Malgoire, avril 2015

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CD, compte-rendu, critique. MIRAGES : opera arias and songs. Sabine Devieilhe, soprano. DurĂ©e : 1h03mn – 1 cd ERATO.

‱ MESSAGER, Madame ChrysanthĂšme, « Le jour sous le soleil bĂ©ni »
‱ DEBUSSY, PellĂ©as et MĂ©lisande, « Mes longs cheveux descendent »
‱ DELIBES, LakmĂ©, « OĂč va la jeune hindoue » (Air des clochettes)
‱ DELAGE, 4 Poùmes hindous
‱ DEBUSSY, La Romance d’Ariel
‱ DELIBES, LakmĂ©, « Viens, Malika » (Duo des fleurs)
‱ STRAVINSKI, Le Rossignol, Chanson du Rossignol
‱ THOMAS, Hamlet, « A vos jeux, mes amis »
‱ BERLIOZ, La Mort d’OphĂ©lie
‱ MASSENET, ThaĂŻs, « Celle qui vient est plus belle »
‱ KOECHLIN, Le Voyage
‱ DELIBES, LakmĂ©, « Tu m’as donnĂ© le plus doux rĂȘve »

CD coffret Ă©vĂ©nement : SOLTI – CHICAGO (coffret DECCA) – I : 1971 – 1979

solti chicago presentation review par classiquenewsCD coffret Ă©vĂ©nement : SOLTI – CHICAGO (coffret DECCA). Sir Georg Solti Ă  Chicago. L’édition Decca SOLTI / CHICAGO – Ă©ditĂ©e pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2017-, dresse un tour d’horizon incontournable de ce que fut l’activitĂ© et l’oeuvre du plus fĂ©lin des chefs du XXĂš, Georg Solti Ă  la tĂȘte du Chicago Symphony Orchestra, Ă  partir de 1969. Hongrois naturalisĂ© britannique, le chef s’affirme ici en une suractivitĂ© Ă  l’échelle planĂ©taire : il confirme les affinitĂ©s de la phalange avec le grand rĂ©pertoire (germanique romantique), de Beethoven Ă  Brahms, sans omettre Mahler : car Solti est un cerveau qui aime les Ă©tagements dĂ©multipliĂ©s auxquels il sait rĂ©server une attention dĂ©taillĂ©e et prĂ©cise d’une indiscutable beautĂ© sonore.
CHICAGO, 1969 : les dĂ©buts d’une formidable Ă©popĂ©e artistique et
 discographique. L’époque de son arrivĂ©e est celle d’une « belle endormie », l’équivalent d’un meuble de prestige Ă  peine exploitĂ© et qui n’était guĂšre connu aux USA et dans le monde. Au mĂ©rite de Solti revient sa notoriĂ©tĂ© dĂ©multipliĂ©e, en partie grĂące Ă  une politique de tournĂ©es (surtout en Europe, en Asie et en Australie), Ă©vĂ©nement dans l’histoire de la phalange amĂ©ricaine : avant Solti, le Chicago Symphony Orchestra (CSO) restait le seul orchestre parmi les Big 5 amĂ©ricains Ă  ne pas avoir traverser l’ocĂ©an
 Une situation de repli et d’auto cĂ©lĂ©bration, devenue stĂ©rile qui n’attendait que son pĂ©tulant nouveau directeur musical pour rayonner Ă  travers le monde.
De fait, Solti rĂ©tablit la popularitĂ© des musiciens au sein de leur propre ville, produisant un sentiment de fiertĂ© jamais Ă©prouvĂ© jusque lĂ . On le sait : il suffit d’ĂȘtre connu et cĂ©lĂ©brĂ© abroad, pour connaĂźtre enfin les palmes de son propre pays
 Les fans se pressent en masse au Concert hall comme les supporters se dĂ©placent pour soutenir leur Ă©quipe de football.

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueAvant lui, le français Jean Martinon, directeur de 1963 Ă  1969 fixe Ă  peine sa marque ; d’aprĂšs Sir Georg, Martinon « n’aura pas laissĂ© une empreinte significative » et Solti est satisfait plutĂŽt de retrouver en rĂ©alitĂ© un niveau musical dĂ©cidĂ© avant Martinon par le lĂ©gendaire Fritz Reiner. C’est Ă  lui que se rĂ©fĂšre le chef d’origine hongroise. Sur ce terreau prĂ©cĂ©dent, Solti cultive sa marque, imposant un rythme de rĂ©pĂ©titions, entre 1 Ă  5 sĂ©ances avant chaque programme : s’il laisse courir l’orchestre lors de la premiĂšre, les 3Ăš et 4, sont destinĂ©es aux reprises, aux dĂ©tails
 Ă  tout ce qui caractĂ©rise sa prĂ©cision et sa rythmique si particuliĂšres.

solti georg maestro a la baguette par classiquenewsLe coffret DECCA inaugure cette odyssĂ©e discographique avec les premiĂšres bandes enregistrĂ©es dĂšs mars 1970 et dĂ©diĂ©es Ă  Gustav Mahler (5Ăš inaugurale, suivie de la 6Ăš la mĂȘme annĂ©e et de la 7Ăš en 1971)
 jusqu’au dernier enregistrement de 1997, les trois Symphonies de Stravinsky (mars 1997), manifestes de la prĂ©cision rythmique que le chef britannique sculpte avec l’énergie que l’on sait. Ainsi de 1970 Ă  1997, c’est presque trois dĂ©cennies que Solti vit, approfondit, interroge avec « son » orchestre de Chicago dont il aura fait une phalange au retentissement artistique planĂ©taire, ce grĂące Ă  un phĂ©nomĂ©nal appĂ©tit musical, incluant, symphonies, musiques concertantes, ballets et opĂ©ras
 le contenu du coffret DECCA en tĂ©moigne gĂ©nĂ©reusement.

 

 

 

PremiĂšre dĂ©cennie : 1970 – 1979

 

 

ESSOR SYMPHONIQUE : SOLTI et CHICAGOLes 5 premiers cd imposent immĂ©diatement l’intuition malhĂ©rienne trĂšs dĂ©taillĂ©e, et d’une exceptionnelle transparence, liĂ©e aussi Ă  une mise en place et une prĂ©cision rythmique de premier plan : les Symphonies 5 (couplĂ©e avec le cycle de lieder Des Knaben Wunderhorn par Yvonne Minton d’aprĂšs les poĂšmes de Brentano et von Arnim, mars 1970), puis 6 (couplĂ©e avec les Lieder eines fahrenden gesellen par Yvonne Minton Ă©galement, avril 1970), enfin 7 (octobre 1971) et 8 (nĂ©cessitant un effectif impressionnant, rĂ©uni pour l’heure Ă  Vienne en octobre 1972), complĂštent ce premier cycle d’enregistrements, rĂ©alisĂ© aussi au moment en 1971 oĂč l’orchestre part en tournĂ©e europĂ©enne (avec comme 2Ăš chef, Carlo Maria Giulini). Rien de moins.

Puis les cd 6 Ă  14 tĂ©moigne d’un second cycle monographique dĂ©diĂ© Ă  Beethoven : les 5 Concertos pour piano (Vladimir Ashkenazy, 1971 et 1972), puis les 9 Symphonies occupent l’orchestre de 1972 Ă  1975, avec bonus audio, tout un cd (15) d’entretiens rĂ©alisĂ©s Ă  Londres au studio Decca en juin 1975, sur les dĂ©fis de la rĂ©alisation des symphonies BeethovĂ©niennes (raisons du cycle, les dĂ©fis particuliers de l’Eroica, de la 9ù
).
On notera une premiÚre Fantastique de Berlioz, vive, affûtée, « félinisée » là encore (cd 16, mai 1972) ; Le chant de la terre de Mahler avec ses solistes familiers dont Yvonne Minton et René Kollo (mai 1972) ; le Sacre du printemps premiÚre version (mai 1974) ; les Symphonies de Tchaikovski (cd22, n°5, mai 1975 / cd24, n°6 Pathétique, mai 1976).
Le premier opĂ©ra enregistrĂ© en 1976 est dĂ©diĂ© Ă  Wagner : Le Vaisseau fantĂŽme / Der fliegende HollĂ€nder (Medinah Temple, Chicago, mai 1976), avec Norman Bailey dans le rĂŽle-titre, l’excellent et profond Martti Talvela (Daland), Janis Martin (Senta), et 
 RenĂ© Kollo (Erik).

BEETHOVEN, suite. La fin des années 1970, est marquée par une trÚs impressionnante Missa Solemnis réalisée en mai 1977, un an aprÚs le Vaisseau FantÎme : Lucia Popp, Yvonne Minton, Gwynne Howell assure le niveau ; Solti y atteint en gravité et recueillement Karajan, son grand rival ici.

Enfin aprĂšs le cycle Beethoven, Solti questionne les symphonies de Brahms (1, 2, 3, 4, 1978 / 1979) ainsi que qu’Ein Deutsches Requiem opus 45 (avec sa chĂšre Kiri Te Kanawa, mai 1978), emblĂ©matique d’une excellence vocale qui manque parfois de rĂ©elle profondeur.
Sir_George_Solti_6_Allan_Allan_WarrenAutres perles marquant la fin des annĂ©es 1970 de l’ùre Solti Ă  Chicago : deux rĂ©alisations plutĂŽt convaincantes : les sublimes PiĂšces sacrĂ©es de Verdi / Quatro pezzi sacri (avec le Chicago Symphony chorus, mais 1977 et 1978 – cd32) ; et achevant un premier cycle dĂ©diĂ© Ă  Beethoven, Fidelio enregistrĂ© lĂ  aussi dans la salle emblĂ©matique du Medinah Temple Ă  Chicago, du 21 et 24 mai 1979 : avec Peter Hofmann (Florestan), la bouleversante Hildegard Behrens (Leonore)
 (cd 33 et 34). Concertos, symphonies, opĂ©ras
 aucun doute, la ligne artistique dĂ©veloppĂ©e par Solti pour sa premiĂšre dĂ©cade Ă  Chicago est Ă©quilibrĂ©e. Chauvin, on pourrait regretter la faible part des Français
 Berlioz donc, mais aussi Debussy et Ravel, qui ne sont pas vraiment la tasse de thĂ© du trĂ©pidant Solti (cd23 : PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune, La Mer ; BolĂ©ro, mai 1976).

 

 

 

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Ă  suivre : COFFRET SOLTI – CHICAGO / DECCA : II, les annĂ©es 1980 – 1989


 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du coffret SOLTI – CHICAGO / DECCA – 108 cd

 

 

Nouvelle Norma au Metropolitan Opera New York


NEW YORK, Metropolitan. BELLINI : NORMA. 1-16 dĂ©cembre 2017. La Gaule Ă  l’époque de l’occupation romaine

AprĂšs une premiĂšre distribution Ă©blouissante qui comptait Sondra Radvanovsky (premiĂšre Norma Au Met dĂšs 2013) et Joyce DiDonato en Adalgisa, la nouvelle production de Norma au Met poursuit sa carriĂšre en dĂ©cembre, occasion d’écouter dans les rĂŽles respectivement Angela Meade et Jamie Barton, et surtout le Polione de Joseph Calleja. Le tĂ©nor maltais incarne le consul romain qui a eu des enfants de la druidesse Norma, mais la dĂ©laisse pour une plus jeune, Adalgisa. Pourtant au contact de Norma, de sa grandeur morale, le romain apprend la compassion et retrouve l’amour premier qu’il lui dĂ©diait, dĂ©cidant de mourir avec elle, en une fin d’action saisissante. CrĂ©Ă©e en 1831 sur la scĂšne de la Scala de Milan, l’opĂ©ra de Bellini Ă  peine trentenaire, affirme l’art du bel canto, comme l’un des plus difficiles, exigeant des solistes la maĂźtrise absolue du legato, de l’expressivitĂ© la plus subtile et nuancĂ©e, infĂ©odant une technique virtuose pour que la puretĂ© morale de Norma Ă©blouisse la scĂšne. Son sens du sacrifice, sa grandeur d’ñme, son sens du renoncement, en font une hĂ©roĂŻne admirable, vrai dĂ©fi et sommet de l’art lyrique pour toute soprano belcantiste. Ainsi pour Maria Callas, grande interprĂšte du rĂŽle, Norma est une femme dĂ©terminĂ©e, fĂ©roce amoureuse romantique (comme en tĂ©moigne sa priĂšre Ă  la lune, sommet mĂ©lodique de l’ouvrage : le fameux air “Casta diva”) qui n’exprime pas facilement ses vrais sentiments… Mais quand il le faut, Ă  la fin, la mĂšre responsable et l’amoureuse trahie sait faire briller l’Ă©clat de son Ăąme, d’une indĂ©niable grandeur… le personnage conçu par Bellini et son librettiste Felice Romano, ne cesse de fasciner par sa profondeur et son humanitĂ©.

NORMA-bellini-metropolitan-opera-new-york-joseph-calleja-tenor-maltais-presentation-choice-classiquenews

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New York Metropolitan Opera

NEW YORK, Metropolitan. BELLINI : NORMA. 1er-16 décembre 2017


Les 1er, 5, 8, 11 et 16 décembre 2017
BELLINI : NORMA
Livret de Felice Romani
Joseph Colaneri, direction
Sir David McVicar, mise en scĂšne
RESERVEZ VOTRE PLACE

TOURCOING, Jean-Claude Malgoire ressuscite la version orchestrale du Paradis perdu de Dubois

malgoire-jean-claude-opera-portrait-par-classiquenewsTOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu. RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement. Jean-Claude Malgoire n’a jamais Ă©tĂ© en reste d’une nouvelle exhumation. Combien de compositeurs aujourd’hui explorĂ©s, a-t-il en visionnaire dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© l’intĂ©rĂȘt et la valeur ? Dubois en fait partie et bien avant la nouvelle vague de redĂ©couverte du romantisme français, le fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing savait mesurer et approfondir sa propre intuition au service de l’acadĂ©mique (Prix de Rome 1861), ThĂ©odore Dubois. Jean-Claude Malgoire a dĂ©jĂ  exhumer, avant tout le monde, son opĂ©ra Aben Hamet, directement inspirĂ© de Chateaubriand (Le dernier AbencĂ©rage, Ă©crit dans sa thĂ©baĂŻde de la vallĂ©e aux loups, 92).
A Tourcoing les 24 et 26 novembre 2017, les musiciens, chef, instrumentistes et chanteurs ressuscitent l’oratorio français romantique inspirĂ© de Milton.

A l’époque du Second Empire et de la IIIĂš RĂ©publique, ThĂ©odore Dubois, auteur officiel et cĂ©lĂ©brĂ© (professeur puis directeur du Conservatoire, organiste Ă  La Madeleine, surtout membre de l’Institut
) est aussi un compositeur d’une intĂ©gritĂ© absolue, d’une finesse sĂ©duisante, voire davantage
 A Dubois, revient le mĂ©rite d’une carriĂšre scrupuleuse, menĂ©e avec loyautĂ© et de sa propre volontĂ©, sans Ă©clat ni sens de la provocation: au contraire, le tempĂ©rament du musicien est proche de son style: digne, Ă©quilibrĂ©, raffiné  HabitĂ© et dĂ©fenseur d’un idĂ©al acadĂ©mique qui recherche avant tout la clartĂ©, Dubois Ă©tonne, surprend, et ici convainc sans rĂ©serve.

‹ElĂ©gance dramatique
Son oratorio Le Paradis Perdu (1878) est ici recrĂ©Ă© dans sa version orchestrale complĂšte, Ă  la diffĂ©rence des tentatives antĂ©rieures, reconstituĂ©e mais de façon subjective et incomplĂšte en effectif allĂ©gĂ© (CĂŽte St-AndrĂ© 2011, cd paru dans la foulĂ©e en 2012). Le tempĂ©rament dramatique d’un Dubois inspirĂ© par l’action sacrĂ©e se dĂ©voile et s’intensifie grĂące aux couleurs de l’orchestre : sens du drame, renouvellement du genre de l’histoire sacrĂ©e, sĂ©duction immĂ©diate des mĂ©lodies, Ă©criture subtile et d’une finesse qui Ă©vite le creux comme le dĂ©coratif.
En plus d’ĂȘtre un poĂšte musicien, Dubois, excellent artisan, est aussi un architecte: l’alternance des parties instrumentales, chorales, solistiques confirment l’art du Dubois dramaturge (parfait Ă©quilibre des 4 parties: La RĂ©volte, L’Enfer, La Tentation, Le Jugement), maĂźtre des masses chorales: il n’est que d’examiner le rĂŽle dĂ©volu au Diable, agent de la chute d’Adam et d’Eve, pour mesurer la subtilitĂ© psychologique avec laquelle le compositeur aborde le caractĂšre: c’est une instance active, provocante, dĂ©miurge et Ă©videmment manipulatrice qui critique le pouvoir de Dieu et la CrĂ©ation, sait conduire ses troupes cĂ©lestes, sĂ©duire et perdre dĂ©finitivement le couple originel en inspirant Ă  la trop naĂŻve Eve, le poison de l’orgueil et de la suffisance.
C’est un rĂŽle digne de Mephisto chez Gounod (Faust) ou Berlioz (Damnation de Faust); une relecture passionnante, propre Ă  la fin di siĂšcle romantique, dans l’histoire du personnage. Tout l’art de Dubois se concentre dans ce profil imprĂ©vu et aussi dans le traitement du choeur des DamnĂ©s qu’il sait haranguer, Ă©lectriser, piloter jusqu’à la victoire finale.

Recréation mondiale du
PARADIS PERDU de DUBOIS
dans sa version pour orchestre


 

 

A noter au fil de l’oeuvre : le personnage d’Eve : puretĂ© originelle et tendresse extatique (duo avec Adam: “Aimons-nous”, partie III) puis jeune ambition influençable et si manipulable; celui de l’Ange, figure surnaturel et fantastique au souffle bien calibrĂ© ; Satan dont Dubois exprime sans fard et de façon directe, la facĂ©tie active, son cynisme bonimenteur

malgoire_jean_claudeCommande de la Ville de Paris, comme un geste de gĂ©nĂ©reuse rechristianisation aprĂšs les horreurs commises pendant la Commune, Le Paradis Perdu d’un Dubois, mĂ»r et sĂ»r de son style (41 ans) est bien davantage qu’un exercice de dĂ©monstration acadĂ©mique.
Amertume haineuse et esprit de vengeance d’un Satan volubile, effusion tendre et amoureuse et trop fragile du premier couple, diversitĂ© caractĂ©risĂ©e du choeur (souplesse Ă©thĂ©rĂ©e des SĂ©raphins; hargne des Rebelles; conspiration des DamnĂ©s d’oĂč Ă©merge le trio mordant, dissident d’Uriel, Molock, BĂ©lial
; priĂšre et compassion du dernier choeur pour le jugement final)
 sans omettre, l’évocation des gouffres infernaux qui occupe avec tendresse, raffinement et Ă©lĂ©gance lĂ  encore (trois caractĂšres emblĂ©matiques de la maniĂšre de Dubois) toute la seconde Partie (intitulĂ©e l’Enfer avec l’incantation fourbe et victorieuse du choeur exaltant “flamme toujours vivante au sĂ©jour d’épouvante”: chef d’oeuvre d’écriture chorale doublĂ© d’un sens prosodique si dĂ©lectable
 la succession des tableaux compose une fresque Ă©difiante et moralisatrice qui satisfait amplement sa fonction premiĂšre. D’ailleurs, Dubois recycle un projet lyrique antĂ©rieur, remontant Ă  1871
 Il obtient le Premier Prix du Concours parisien auquel il avait concouru; ex aequo avec un autre compositeur Ă  redĂ©couvrir d’urgence Benjamin Godard, auteur dans le mĂȘme contexte d’un Tasse tout aussi abouti. Son opĂ©ra Dante est rĂ©cemment Ă©ditĂ© en octobre 2017.
MĂ©sestimĂ© et objet de complots tenaces, Dubois connut avec son Paradis Perdu, de nombreux dĂ©boires: le librettiste Blau rĂ©clamant la moitiĂ© du Prix obtenu; les chanteurs Ă  la crĂ©ation au ChĂątelet n’étant pas satisfaisants; l’édition de la partition Ă©tant payĂ©e par l’auteur seul


DĂ©voilant la version inĂ©dite pour orchestre en crĂ©ation mondiale, Jean-Claude Malgoire a bien raison de se passionner pour le tempĂ©rament d’un Dubois raffinĂ© et dramatique qui en 1878 participe avec Ă©clat Ă  la politique de pacification, de fraternisation et de rĂ©conciliation de la Ville de Paris, pour effacer les blessures et les haines nĂ©es pendant et aprĂšs la Commune


 

 

 

TOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu.

Théodore Dubois (1867-1924)
Le Paradis Perdu (1878)

vendredi 24 novembre 2017 Ă  20hboutonreservation
dimanche 26 novembre 2017 Ă  15h30
Tourcoing Théùtre Municipal R. Devos
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

CREATION MONDIALE
dans l’instrumentation originale d’aprĂšs le manuscrit autographe de ThĂ©odore Dubois

 

 

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Drame-oratorio en quatre parties
Livret d’Edouard Blau d’aprĂšs le poĂšme de John Milton

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Conception visuelle et scénographie : Jacky Lautem
Ève : Magali Simard-Galdes, soprano
Adam : Antonio Figueroa, ténor
Satan : Marc Boucher, baryton
L’Archange : Mireille Lebel, mezzo-soprano
Uriel, le Fils : Denis Mignien, ténor
Molock : Philippe Favette, baryton
Belial : Kamil Ben Hsain Lachiri, baryton-basse

Choeur de chambre de Namur
(préparation du choeur Thibaut Lenaerts)

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Coproduction avec le Festival Classica de Saint Lambert (Canada)

 

 

ORLEANS, Orchestre symphonique. Les 18 et 19 novembre 2017. Scùnes russes


ORLEANS-orchestre-symphonique-logo-partenaires-Annonce-web-160x600ORLEANS, Orchestre symphonique. Les 18 et 19 novembre 2017. ScĂšnes russes
 L’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, fondĂ© en 1921, poursuit son aventure musicale unique et singuliĂšre qui a trouvĂ© son public. Peu de phalange orchestrale portant fiĂšrement le nom de leur ville d’implantation, peuvent s’enorgueillir de perpĂ©tuer une histoire artistique dans la continuitĂ©. AprĂšs tout les orchestres arborant le nom d’une ville en France, ne sont pas si nombreux tant malgrĂ© le prestige et les bĂ©nĂ©fices multiples que cela produit, les orchestre « municipaux » demeurent exceptionnels. Il y a certes Bordeaux, Dijon, Paris, Lille, Lyon
 soit des capitales en province d’une toute autre taille. A OrĂ©lans, revient le mĂ©rite de prolonger ainsi une tradition orchestrale qui fait l’honneur des Ă©lus : car la culture doit bien ĂȘtre une prioritĂ© nationale.

orleans-orchestre-symphonique-marius-strieghorst-concert-saison-2017-2018-par-classiquenewsLe premier concert de la saison 2017 – 2018 de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans est emblĂ©matique du nouveau cycle musical, Ă  la fois divers dans les choix de rĂ©pertoire (Concertos, piĂšces orchestrales et symphonies
) mais aussi pluriel dans les formes et dispositifs placĂ©s sous la direction du directeur artistique et musical, Marius Stieghorst, chef allemand, wagnĂ©rien passionnĂ©, ayant travaillĂ© Ă  OsnabrĂŒck et Ă  Graz, et qui est aussi une baguette lyrique articulĂ©e et vive, Ă  l’OpĂ©ra Bastille (il a dirigĂ© entre autres, Don Giovanni de Mozart par Michel Haneke, ou Le Nozze di Figaro mises en scĂšne par Giorgio Strehler). Car pour ce premier programme, l’Orchestre symphonique retrouve le Choeur symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans afin de rĂ©aliser les Danses Polovtsiennes n°17 de Borodine (extrait de son opĂ©ra Prince Igor).

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Concert « ScÚnes Russes »
Borodine, Arutiunian, TchaĂŻkovski

Samedi 18 novembre 2017, 20h30
Dimanche 19 novembre 2017, 16h
ORLEANS, Salle Touchard, ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.orchestre-orleans.com/concert/scenes-russes/

ALEXANDRE BORODINE
Prince Igor : Danse Polovtsienne n°17
avec le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans
Chef de ChƓur : Elisabeth RENAULT

ALEKSANDER ARUTIUNIAN
Concerto pour Trompette et Orchestre
en la bémol majeur
David GUERRIER, trompette

PYOTR ILYICH TCHAÏKOVSKY
Symphonie n°4, op.36, en fa mineur

ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Marius STIEGHORST, direction

 

 

ORLEANS-repetition-marius-stieghorst-direction-musicale-maestro-orleans-par-classiquenews-Orchestre-symphonique-Orléans-©-Michel-Perreau-2-750x400

 

 

Les Danses polovtsiennes offrent l’exemple le plus spectaculaire du folklore russe Ă  la fois raffinĂ© et flamboyant, « d’une sensualitĂ© Ăąpre, sauvage, et d’une rare virtuositĂ© orchestrale ». Elles furent crĂ©Ă©es Ă  Saint-PĂ©tersbourg, en version de concert, le 27 fĂ©vrier 1879, sous la direction de Rimski-Korsakov.

Puis invitant le soliste français David Guerrier, – virtuose surprenant qui maĂźtrise aussi bien la trompette que le cor, l’Orchestre orlĂ©anais joue le Concerto pour trompette de l’armĂ©nien Aleksander Arutiunian (1950), une autre partition qui montre combien les compositeurs dits « savants » se sont emparĂ©s des mĂ©lodies traditionnelles pour enrichir leur propre partitions. Le Concerto en la bĂ©mol majeur est sa sixiĂšme « grande » composition.

En seconde partie, les instrumentistes abordent l’un des sommets symphoniques de Piotr Illiytch Tchaikovski, sa 4Ăšme Symphonie. CrĂ©Ă©e le 10 fĂ©vrier 1878 Ă  Moscou, sous la direction de NikolaĂŻ Rubinstein, la 4Ăš est composĂ©e quand l’auteur dĂ©bute une riche correspondance avec sa bienfaitrice et protectrice la comtesse Nadejda von Meck qui a financĂ© nombre de ses projets et chantiers musicaux. L’opus est dĂ©diĂ© « À ma meilleure amie », et le compositeur de poursuivre : « Vous y trouverez des Ă©chos de vos idĂ©es et de vos sentiments les plus profonds » (lettre de mai 1877). Le compositeur y exprime la puissance obsĂ©dante d’un destin contraire (les sonneries de cuivres qui ouvrent le cycle, affirment dĂšs le dĂ©but de l’opus, la prĂ©sence du fatum, force hostile qui rattrape toujours l’homme, enchaĂźnant son destin vers l’incontournable dĂ©pression
).
Les trois premiers mouvements sont composĂ©s Ă  Venise (dĂ©cembre 1877), au Londra Palace – alors l’HĂŽtel Beau Rivage), qui donne sur le Grand Canal. Elle s’ouvre en fa mineur (premier mouvement : Andante sostenuto / Moderato con anima), puis se conclue en fa majeur (finale : Allegro con fuoco). D’une ivresse parfois Ă©perdue mais traversĂ©e par le sentiment de la malĂ©diction, la Symphonie de Tchaikovski est devenue dĂšs sa crĂ©ation un pilier du rĂ©pertoire symphonique russe, grĂące aussi Ă  l’élĂ©gance de son orchestration
 Les quatre mouvements sont :
1- Andante sostenuto – Moderato con anima (fa mineur)
2- Andantino en modo di canzona (ré bémol majeur)
3- Scherzo. Pizzacato ostinato. Allegro (fa majeur)
4- Finale. Allegro con fuoco (fa majeur)

Cd, réédition. CYCLE MARIA CALLAS (1/3) chez Warner classics. LES DEBUTS DE MARIA CALLAS EN ITALIE


maria-callas-sur-classiquenews-2017-anniversaire-des-40-ans-de-la-mort-exposition-livres-cd-reeditions-coffret-visuel-expo_LA-VESTALE-(c)-Erio-PiccaglianiCd, rĂ©Ă©dition. MARIA CALLAS I chez Warner classics. LES DEBUTS DE MARIA CALLAS EN ITALIE
 Warner classics rĂ©Ă©dite pour les 40 ans de la disparition de Maria Callas Ă  Paris (ce 16 septembre 2017), nombre de ses enregistrements dĂ©cisifs parmi lesquels s’imposent les premiers essais convaincants rĂ©alisĂ©s en Italie, dĂšs 1949, Ă  Naples, Rome, Florence. Ainsi s’affirme et dans des emplois ambitieux, dĂ©jĂ  Ă©prouvants pour l’interprĂšte – actrice autant que chanteuse, le tempĂ©rament et la vocalitĂ© d’une artiste complĂšte, capable d’incarner et d’exprimer les tiraillements intĂ©rieurs de personnages complexes tels Abigaille, Kundry, Elena
 Souvent alors, la jeune diva, pas encore trentenaire, dĂ©mĂȘle sous le noeud des intrigues de l’Histoire biblique, mĂ©diĂ©vale, spirituelle, les intentions cachĂ©es et progressives des profils psychologiques concernĂ©s. Femme ambitieuse, pĂšcheresse flamboyante puis servante repentie, patriote amoureuse et d’une rare loyautĂ© en sentiments, la Callas Ă  ses dĂ©buts foudroie dĂ©jĂ  par la justesse de ses choix artistiques, par l’intensitĂ© de son tempĂ©rament dramatique.

NĂ© en 1923, Sophie Cecilia Kalos nĂ©e Ă  Manhattan (USA) de parents grecs, s’affiche alors Ă  26 ans avec un aplomb dĂ©terminant, oĂč percent dĂ©jĂ  sens dramatique, prĂ©sence impĂ©tueuse et vocalitĂ  expressive. Car la jeune cantatrice ne fait pas que chanter les notes, elle les vit, capable dĂ©jĂ  d’une maturitĂ© exceptionnel, prĂ©cise et sĂ»re de ses intentions.
3 productions heureusement enregistrĂ©es (3 live remastĂ©risĂ©s en 2017), tĂ©moignent de son apparition Ă  la phĂ©nomĂ©nale sincĂ©ritĂ© : Nabucco (1949) au San Carlo de Naples ; Parsifal Ă  Rome en novembre 1950 ; enfin I Vespri Siciliani sous la direction du lĂ©gendaire d’Erich Kleiber (le pĂšre de Carlos), Ă  Florence en mai 1951. Celle qui n’a pas encore rĂ©alisĂ© sa transformation physique (en sirĂšne people et glamour au tournant des annĂ©es 1953 – 1954, alors sur la scĂšne de la Scala de Milan), affirme un tempĂ©rament manifeste servi par les possibilitĂ©s vocales Ă©tonnantes de son ample mezzo-soprano.

callas nabucco 1949 critique presentation par classiquenews 0190295767136_600NABUCCO, Naples, Teatro San Carlo dĂ©cembre 1949. C’est la premiĂšre production intĂ©grale enregistrĂ©e oĂč paraĂźt Callas, et sa premiĂšre et seule Abigaille scĂ©nique de sa carriĂšre : facilitĂ© des vocalises, sens du drame, impĂ©riale ardeur, la jeune Maria ĂągĂ©e de 26 ans a dĂ©jĂ  tout d’une grande interprĂšte : la fureur et la tendresse sur une tessiture dont elle maĂźtrise toutes les facettes Ă©motionnelles, et toute les nuances expressives.

parsifal callas 1950 Rome presentation par classiquenews critique cd kundry est calals 600_callas_live_parsifalsqPARSIFAL, Rome, Auditorium della Rai, novembre 1950. Voici la seule Kundry de Callas, et dĂ©jĂ  Ă  26 ans, le troisiĂšme et ultime personnage wagnĂ©rien qu’elle a incarnĂ© (aprĂšs Isolde et Brunnhilde). Affichant ses formes gĂ©nĂ©reuses sur la couverture, Callas Kundry est une crĂ©ature vocalement sulfureuse et voluptueuse, entiĂšrement dĂ©volue Ă  perdre le jeune Parsifal qui ignore qu’il est le Sauveur. Puis, prenant conscience de sa nature perverse et dĂ©moniaque, la sirĂšne sĂ©ductrice Ă©volue, Ă  prĂ©sent habitĂ©e par la culpabilitĂ© et le repentir final
 DĂ©jĂ  le chant de la jeune Callas a tout compris des enjeux de cette femme clĂ© dans l’opĂ©ra de Wagner, son testament spirituel. L’enregistrement est incontournable pour qui veut connaĂźtre les qualitĂ©s d’actrice et de chanteuse de la jeune Maria Callas en Italie. De surcroĂźt dans un rĂ©pertoire qu’elle ne chantera plus aprĂšs.

CALLAS elena vespri siciliano florence erich kleiber mai 1951 presentation et critique cd par classiquenews 600_0190295844516callas_live_ivesprisicilianisqI VESPRI SICILIANI, Florence, Mai musical 1951. Aux cĂŽtĂ©s de Boris Christoff (Giovanni Procida), la duchesse Elena de Callas Ă©blouit par sa sĂ»retĂ© dramatique : l’actrice a encore gagnĂ© en finesse et en assurance d’intonation. La subtile baguette de Kleiber pĂšre dessine la fresque historique et amoureuse conçue par Verdi avec une autoritĂ© qui frappe par son intelligence et sa subtilitĂ©. En pleine occupation française, les siciliens entendent s’insurger et chasser l’étranger gaulois
 Sicilienne de coeur, Elena aime Henri qui pourtant se range du cĂŽtĂ© du gouverneur Montfort, en rĂ©alitĂ© son propre pĂšre. PhrasĂ©s, nuances, vocalises sidĂ©rantes et prĂ©cision de chaque inflexion Ă©motionnelle : son Elena saisit par son Ă©clat dramatique, sa justesse expressive, d’autant qu’alors, l’ouvrage est peu jouĂ© (comme aujourd’hui : mais les Elena verdiennes sont-elles encore de ce jour ?). De fait, Callas donne un relief saisissant Ă  un personnage fĂ©minin hĂ©roĂŻque, Ă©reintĂ©e par la question politique, submergĂ©e par le souffle de l’histoire violente : malgrĂ© ses actions, les Siciliens assassineront bel et bien tous les Français. En version remastĂ©risĂ©e, ces 3 premiers legs discographiques rĂ©Ă©ditĂ©s par Warner classics sont des musts pour tous.

CD événement, récital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical)

florez_ cd MOzart cd sony classical review critique cd sony classical par classiquenews nCD Ă©vĂ©nement, rĂ©cital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical). COUP DE TONNERRE sur la planĂšte lyrique et rĂ©vĂ©lation inouĂŻe (l’Ă©vĂ©nement le plus intĂ©ressant en cette rentrĂ©e lyrique 2017) : le rossinien dĂ©jĂ  divin, Juan Diego-Florez, se rĂ©vĂšle mozartien miraculeux. DĂšs le dĂ©but du programme, la saisissante suractivitĂ© de l’orchestre, scintillante et rafraĂźchissante retient l’attention tout d’abord, dans une prise rĂ©verbĂ©rĂ©e comme il faut, oĂč jaillit comme un torrent douĂ© d’une irrĂ©sistible et saine vitalitĂ©, le tĂ©nor Juan Diego-Florez, puissant, articulĂ© et naturel, soutenu idĂ©alement, au legato impĂ©riale. Face Ă  son Idomeneo, Ă  la fois nerveux et hĂ©roĂŻque, mais aussi ardent, les instruments se mettent au diapason de son chant solaire Ă  la tenue Ă©blouissante. Cela trĂ©pigne, s’agite, traversĂ© par une Ă©tonnante Ă©nergie, sertie d’Ă©lĂ©gance et de finesse. IntensitĂ©, nuances expressives et grande intelligibilitĂ© : ce personnage Mozartien que l’on croyait connaĂźtre, pour l’avoir tant de fois, ailleurs, Ă©coutĂ© sur scĂšne, gagne un surcroĂźt de relief, une autre identitĂ© ; en lui se dresse un hĂ©ros inquiet donc nerveux. HabitĂ© par une profond questionnement. Cette instabilitĂ© Ă©motionnelle servie par une technique vocale infaillible demeure ici captivante.

Puis le texte en allemand semble premier, primitif, d’une juvĂ©nilitĂ© naissante ; la couleur est idĂ©ale et exprime au plus juste, la vĂ©ritĂ© du prince Tamino, un ĂȘtre pur et loyal qui ne demande qu’à ĂȘtre initiĂ© Ă  l’amour. AccordĂ© au vol agile des instruments, la voix se fait dĂ©voilement d’une tendre et vive volontĂ© ; ce Tamino, dans les intentions et dans la clartĂ© olympienne du chant, dans l’intensitĂ© de la ligne, est lĂ  aussi exemplaire.

Surtout se prĂ©cise l’Ottavio de Don Giovanni, dont Diego Florez chante les deux airs : Ă©perdu, amoureux mais statique ; excellent aussi par leur justesse expressive. Le voici ce hĂ©ros de carton pĂąte, vainqueur du monde et des escrocs s’ils sont Ă  bonne distance. Mais que ce chant Ă©pris a de noble simplicitĂ©, d’ivresse enchantĂ©e ; le tĂ©nor pĂ©ruvien rossinien Ăšs mĂ©rite (et avec quelle finesse ardente), est bien un divin Mozartien ; son legato est une caresse plus irrĂ©sistible que les violences de Don Giovanni. Que ne chante t-il le rĂŽle sur scĂšne dans une production et l’on verrait immĂ©diat ce qui fait l’Ă©paisseur du personnage quand ailleurs et trop frĂ©quemment, il n’est soit qu’édulcorĂ© ou caricaturĂ©. Sublime incarnation.

Son TITUS Ă©blouit par son humanitĂ©, celle d’un cƓur terrassĂ© par l’exemple moral et l’amour transcendant qu’il reçut de BĂ©renice. Soudain ce chant se fait leçon et apprentissage d’un humanisme devenu fraternitĂ© concrĂšte et vivante ; et la vĂ©ritĂ© du dernier opĂ©ra de Mozart prend alors son sens: ce qu’apporte le tĂ©nor au personnage est incomparable. L’idĂ©al politique surgit devant nous : Titus fut bien ce « dĂ©lice du genre humain » dont parle les historiens de l’AntiquitĂ©. Le tĂ©moignage prend tout son sens ici, c’est comme si le chant intense et embrasĂ© et pourtant naturel de Diego-Florez se galvanisait lui-mĂȘme en cours de rĂ©alisation, dĂ©voilant / renforçant les enjeux dramatiques. StupĂ©fiant en agilitĂ© et justesse des intentions, ce chant a l’impact d’une balle ; la prĂ©cision et la couleur dĂ©cochĂ©es frappent au cƓur : la vaillance en grĂące du second Titus reste dĂ©concertante. Mais ce n’est pas fini :

Son Ferrando (Cosi fan tutte) est justement victime extasiĂ©e de l’amour ; cƓur immolĂ© sur l’autel des sentiments qui se dĂ©voilent : la sĂ©quence est un absolu d’une irrĂ©sistible ardeur
 Qui nous rappelle ce qu’un Alfredo Kraus, hier, fut aussi capable de rĂ©aliser : soit parler en chantant et inversement. OĂč a-ton Ă©coutĂ© un tel murmure lyrique, articulĂ©, incarnĂ©, si juste ? Le sublime est l’ordinaire de ce disque superlatif et l’on se dit dommage que Decca chez qui le tĂ©nor a enregistrĂ© tous ses Rossini fulgurants, rate ainsi ses Mozart miraculeux


Chant Ă©tincelant
Quand il chante Mozart
JUAN DIEGO FLOREZ sublime texte et musique comme s’il les crĂ©ait

MĂȘme poĂ©sie vocale pour son Belmonte, Ă  la fois sincĂšre, tendre, en ivresse suspendue dont les instrumentistes font le frĂšre de Tamino dans cette lueur Ă©motionnelle d’une justesse elle aussi absolue. Honneur au pupitre des bois (clarinette, flĂ»te, bassons au relief majeur), en complicitĂ© intĂ©rieur avec le pianoforte idĂ©alement calibrĂ© lui aussi, et d’une discrĂšte mais constante couleur, tout au long de ce rĂ©cital d’une musicalitĂ© parfaite. Ici le chant ivre du tĂ©nor est bien celui de Mozart lui-mĂȘme, amoureux Ă©perdu de sa rĂ©cente Ă©pouse Constanze. Le Dalla sua pace (2Ăš air d’Ottavio) Ă©tire la texture enchanteresse d’un legato unique Ă  ce jour, et lĂ  encore, c’est Mozart, son personnage, la situation et le chant tout court, qui en sortent transfigurĂ©s ; votre serviteur avec. Merci au chanteur de ciseler en un format idĂ©al, son chant de velours et de diamant : chanter juste jamais fort mais intensĂ©ment. VoilĂ  la clĂ© d’un belcanto enfin rĂ©alisĂ©.

florez juan diego florez _2Et bĂ©nĂ©ficiaire d’un chant souverain qui a bien compris que rien ne justifiait un trop plein de puissance, s’il n’Ă©tait finement canalisĂ©, le tĂ©nor divin nous crĂ©dite en fin de programme d’un superbe air de concert de 9mn : « Misero! O sogno
.Aura, che intorno spiri », KV 431 pour le tĂ©nor et ami Johann Valentin Adamberger. DĂ©jĂ  romantique avant l’heure, avec des Ă©clairs instrumentaux faisant surgir les climats fantastiques et hallucinants de la situation, l’épisode nage entre deux eaux expressives : Sturm und drang et empfindsamkeit Ă  la fois, entre tempĂȘte et murmure, Juan Diego-Florez, versatile, ciselĂ©, diseur exceptionnel, subjugue mot par mot par son intelligence du texte et des climats Ă©motionnels qui se succĂšdent. Le disque rĂ©vĂšle l’immense Mozartien, le sublime bel cantiste, le tĂ©nor Ă  la voix d’or. Ce disque est un miracle musical. CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2017.
CLIC D'OR macaron 200Le premier disque Mozart du Rossinien Juan Diego-Florez est la meilleure expĂ©rience musicale vĂ©cue depuis une dĂ©cennie. RĂ©aliser un tel programme Ă  ce moment de sa carriĂšre, relĂšve d’un prodige, d’une seconde naissance. Gloire au tĂ©nor. Sony confirme donc sa premiĂšre place comme label des plus grands tĂ©nors actuels (Juan Diego-Florez y brille donc aux cĂŽtĂ©s de 
 Jonas Kaufmann).

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JUAN DIEGO-FLOREZ chante Wolfgang Amadeus Mozart : airs lyriques.

« Fuor dal mar », Idomeneo
« Si spande al sole in faccia », Il re pastore
« Se all’impero », La Clemenza di Tito
« Del piĂč sublime soglio », La Clemenza di Tito
« Dalla sua pace », Don Giovanni
« Il mio tesoro », Don Giovanni
« Un’aura amorosa », CosĂŹ fan tutte
« Dies Bildnis ist bezaubernd schön », Die Zauberflöte
« Ich baue ganz auf Deine StĂ€rke », Die EntfĂŒhrung aus dem Serail
« Misero! O sogno
.Aura, che intorno spiri », KV 431

CD, compte rendu critique, opĂ©ra. MOZART : Juan Diego FlĂłrez, tĂ©nor. La Scintilla Orchestra. Riccardo Minasi, direction. DurĂ©e : 51 mn — 1 cd Sony Classical

Recréation mondiale du PARADIS PERDU de Théodore Dubois (1878)

malgoire-jean-claude-opera-portrait-par-classiquenewsTOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu. RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement. Jean-Claude Malgoire n’a jamais Ă©tĂ© en reste d’une nouvelle exhumation. Combien de compositeurs aujourd’hui explorĂ©s, a-t-il en visionnaire dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© l’intĂ©rĂȘt et la valeur ? Dubois en fait partie et bien avant la nouvelle vague de redĂ©couverte du romantisme français, le fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing savait mesurer et approfondir sa propre intuition au service de l’acadĂ©mique (Prix de Rome 1861), ThĂ©odore Dubois. Jean-Claude Malgoire a dĂ©jĂ  exhumer, avant tout le monde, son opĂ©ra Aben Hamet, directement inspirĂ© de Chateaubriand (Le dernier AbencĂ©rage, Ă©crit dans sa thĂ©baĂŻde de la vallĂ©e aux loups, 92).
A Tourcoing les 24 et 26 novembre 2017, les musiciens, chef, instrumentistes et chanteurs ressuscitent l’oratorio français romantique inspirĂ© de Milton.

A l’époque du Second Empire et de la IIIĂš RĂ©publique, ThĂ©odore Dubois, auteur officiel et cĂ©lĂ©brĂ© (professeur puis directeur du Conservatoire, organiste Ă  La Madeleine, surtout membre de l’Institut
) est aussi un compositeur d’une intĂ©gritĂ© absolue, d’une finesse sĂ©duisante, voire davantage
 A Dubois, revient le mĂ©rite d’une carriĂšre scrupuleuse, menĂ©e avec loyautĂ© et de sa propre volontĂ©, sans Ă©clat ni sens de la provocation: au contraire, le tempĂ©rament du musicien est proche de son style: digne, Ă©quilibrĂ©, raffiné  HabitĂ© et dĂ©fenseur d’un idĂ©al acadĂ©mique qui recherche avant tout la clartĂ©, Dubois Ă©tonne, surprend, et ici convainc sans rĂ©serve.

‹ElĂ©gance dramatique
Son oratorio Le Paradis Perdu (1878) est ici recrĂ©Ă© dans sa version orchestrale complĂšte, Ă  la diffĂ©rence des tentatives antĂ©rieures, reconstituĂ©e mais de façon subjective et incomplĂšte en effectif allĂ©gĂ© (CĂŽte St-AndrĂ© 2011, cd paru dans la foulĂ©e en 2012). Le tempĂ©rament dramatique d’un Dubois inspirĂ© par l’action sacrĂ©e se dĂ©voile et s’intensifie grĂące aux couleurs de l’orchestre : sens du drame, renouvellement du genre de l’histoire sacrĂ©e, sĂ©duction immĂ©diate des mĂ©lodies, Ă©criture subtile et d’une finesse qui Ă©vite le creux comme le dĂ©coratif.
En plus d’ĂȘtre un poĂšte musicien, Dubois, excellent artisan, est aussi un architecte: l’alternance des parties instrumentales, chorales, solistiques confirment l’art du Dubois dramaturge (parfait Ă©quilibre des 4 parties: La RĂ©volte, L’Enfer, La Tentation, Le Jugement), maĂźtre des masses chorales: il n’est que d’examiner le rĂŽle dĂ©volu au Diable, agent de la chute d’Adam et d’Eve, pour mesurer la subtilitĂ© psychologique avec laquelle le compositeur aborde le caractĂšre: c’est une instance active, provocante, dĂ©miurge et Ă©videmment manipulatrice qui critique le pouvoir de Dieu et la CrĂ©ation, sait conduire ses troupes cĂ©lestes, sĂ©duire et perdre dĂ©finitivement le couple originel en inspirant Ă  la trop naĂŻve Eve, le poison de l’orgueil et de la suffisance.
C’est un rĂŽle digne de Mephisto chez Gounod (Faust) ou Berlioz (Damnation de Faust); une relecture passionnante, propre Ă  la fin di siĂšcle romantique, dans l’histoire du personnage. Tout l’art de Dubois se concentre dans ce profil imprĂ©vu et aussi dans le traitement du choeur des DamnĂ©s qu’il sait haranguer, Ă©lectriser, piloter jusqu’à la victoire finale.

 
 

 

Recréation mondiale du
PARADIS PERDU de DUBOIS
dans sa version pour orchestre


 

 

A noter au fil de l’oeuvre : le personnage d’Eve : puretĂ© originelle et tendresse extatique (duo avec Adam: “Aimons-nous”, partie III) puis jeune ambition influençable et si manipulable; celui de l’Ange, figure surnaturel et fantastique au souffle bien calibrĂ© ; Satan dont Dubois exprime sans fard et de façon directe, la facĂ©tie active, son cynisme bonimenteur

malgoire_jean_claudeCommande de la Ville de Paris, comme un geste de gĂ©nĂ©reuse rechristianisation aprĂšs les horreurs commises pendant la Commune, Le Paradis Perdu d’un Dubois, mĂ»r et sĂ»r de son style (41 ans) est bien davantage qu’un exercice de dĂ©monstration acadĂ©mique.
Amertume haineuse et esprit de vengeance d’un Satan volubile, effusion tendre et amoureuse et trop fragile du premier couple, diversitĂ© caractĂ©risĂ©e du choeur (souplesse Ă©thĂ©rĂ©e des SĂ©raphins; hargne des Rebelles; conspiration des DamnĂ©s d’oĂč Ă©merge le trio mordant, dissident d’Uriel, Molock, BĂ©lial
; priĂšre et compassion du dernier choeur pour le jugement final)
 sans omettre, l’évocation des gouffres infernaux qui occupe avec tendresse, raffinement et Ă©lĂ©gance lĂ  encore (trois caractĂšres emblĂ©matiques de la maniĂšre de Dubois) toute la seconde Partie (intitulĂ©e l’Enfer avec l’incantation fourbe et victorieuse du choeur exaltant “flamme toujours vivante au sĂ©jour d’épouvante”: chef d’oeuvre d’écriture chorale doublĂ© d’un sens prosodique si dĂ©lectable
 la succession des tableaux compose une fresque Ă©difiante et moralisatrice qui satisfait amplement sa fonction premiĂšre. D’ailleurs, Dubois recycle un projet lyrique antĂ©rieur, remontant Ă  1871
 Il obtient le Premier Prix du Concours parisien auquel il avait concouru; ex aequo avec un autre compositeur Ă  redĂ©couvrir d’urgence Benjamin Godard, auteur dans le mĂȘme contexte d’un Tasse tout aussi abouti. Son opĂ©ra Dante est rĂ©cemment Ă©ditĂ© en octobre 2017.
MĂ©sestimĂ© et objet de complots tenaces, Dubois connut avec son Paradis Perdu, de nombreux dĂ©boires: le librettiste Blau rĂ©clamant la moitiĂ© du Prix obtenu; les chanteurs Ă  la crĂ©ation au ChĂątelet n’étant pas satisfaisants; l’édition de la partition Ă©tant payĂ©e par l’auteur seul


DĂ©voilant la version inĂ©dite pour orchestre en crĂ©ation mondiale, Jean-Claude Malgoire a bien raison de se passionner pour le tempĂ©rament d’un Dubois raffinĂ© et dramatique qui en 1878 participe avec Ă©clat Ă  la politique de pacification, de fraternisation et de rĂ©conciliation de la Ville de Paris, pour effacer les blessures et les haines nĂ©es pendant et aprĂšs la Commune


 

 

 

TOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu.

Théodore Dubois (1867-1924)
Le Paradis Perdu (1878)

vendredi 24 novembre 2017 Ă  20hboutonreservation
dimanche 26 novembre 2017 Ă  15h30
Tourcoing Théùtre Municipal R. Devos
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

CREATION MONDIALE
dans l’instrumentation originale d’aprĂšs le manuscrit autographe de ThĂ©odore Dubois

 

 

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Drame-oratorio en quatre parties
Livret d’Edouard Blau d’aprĂšs le poĂšme de John Milton

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Conception visuelle et scénographie : Jacky Lautem
Ève : Magali Simard-Galdes, soprano
Adam : Antonio Figueroa, ténor
Satan : Marc Boucher, baryton
L’Archange : Mireille Lebel, mezzo-soprano
Uriel, le Fils : Denis Mignien, ténor
Molock : Philippe Favette, baryton
Belial : Kamil Ben Hsain Lachiri, baryton-basse

 
 

Choeur de chambre de Namur
(préparation du choeur Thibaut Lenaerts)

  La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Coproduction avec le Festival Classica de Saint Lambert (Canada)

 

 

Compte-rendu, opéra. VERDI : DON CARLOS, version de paris, 1867. Paris, Opéra Bastille le 10 octobre 2017. Kaufmann, Yoncheva, Garanca
 P. Jordan / K. Warlikowski.

Compte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, version de paris, 1867. Paris, OpĂ©ra Bastille le 10 octobre 2017. Kaufmann, Yoncheva, Garanca
 P. Jordan / K. Warlikowski. C’était la production Ă©vĂ©nement attendue, espĂ©rĂ©e Ă  Paris
 un Ă©vĂ©nement comme il en existe de nombreux en Province. Car non, il n’y a pas que Paris qui donne le ton en matiĂšre de voix comme de mise en scĂšne : voyez plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Nantes, avec une somptueuse et si juste production du Couronnement de PoppĂ©e actuellement Ă  l’affiche nantaise jusqu’au 17 octobre 2017. LIRE notre critique et VOIR notre reportage vidĂ©o Nouvelle PoppĂ©e Ă  Nantes

DON CARLOS vocalement séduisant, scéniquement terne

Kaufmann don carlos opera bastille octobre 2017Que vaut ce Don Carlos Ă  Bastille, Ă©vĂ©nement car donnĂ© dans la version parisienne de l’ouvrage (1867) : donc chantĂ©e en français, avec le fameux acte prĂ©liminaire de Fontainebleau qui explicite les amours juvĂ©niles, tendres de Carlos et d’Elisabeth
 ?
Quand Bastille ressuscite une partition conçue pour Paris, et taillĂ©e pour le goĂ»t parisien, on se fĂ©licite d’une telle rĂ©Ă©valuation d’un opĂ©ra ordinairement donnĂ© en italien et de façon incomplĂšte (ni ballet, ni acte bellifontain). En son temps, Claudio Abbado avait enregistrĂ© une lecture profonde, nerveuse et si humaine de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris

En octobre 2017, la « grande boutique » comme disait Verdi, choisit une dimension internationale, invitant tĂȘtes d’affiche et metteur en scĂšne scandaleux (pour faire le buzz). Le bon ton, chic et snob aime les « effets mĂ©diatiques de la sorte » : il faut absolument ĂȘtre prĂ©sent, ĂȘtre vu et avoir Ă©coutĂ© cette lecture qui passe pour un Ă©vĂ©nement lyrique. Le choix du metteur en scĂšne, le polonais Krzysztof Warlikowski comme souvent s’gissant des hommes de thĂ©Ăątre, tire la couverture vers lui, oubliant que l’opĂ©ra, c’est Ă  parts Ă©gales, de la musique et du thĂ©Ăątre. Comme son Roi Roger – confus, kitsch, dĂ©calĂ©, finalement laid, et plutĂŽt brouillon, ce Don Carlos ne restera pas dans les mĂ©moires pour sa justesse et son intelligence visuelles. On comprends mal ce qui se passe sur scĂšne ; souvent l’effet et la volontĂ© de rupture l’emporte sur l’explicitation de l’action, et le geste comme le mouvement des hĂ©ros contredisent ce qu’ils sont en train de vivre ou de chanter.
En outre, invitant des stars internationales, la direction artistique a pris le risque de l’inintelligibilitĂ© : sans les sur-titres, il Ă©tait difficile de comprendre 90% des chanteurs. Un comble pour une partition dont on a mis en avant la version parisienne justement.

Rodrigue enfiĂ©vrĂ© et fraternel, voire amoureusement dĂ©fenseur de Carlos, son ami d’armes et d’engagement, le baryton Ludovic TĂ©zier, rare français de la distribution, perce la scĂšne : son intelligence vocale, ses phrasĂ©s phĂ©nomĂ©naux, son jeu (qui s’est beaucoup amĂ©liorĂ© depuis la dĂ©cennie) affirment un chanteur acteur digne de la Maison parisienne. Son incarnation cultive le trouble et enrichit considĂ©rablement le profil du loyal ami de Carlos.

Eboli avantageusement annoncĂ©e, la mezzo Elina Garanca, prĂ©cĂ©demment Carmen de luxe, impose un tempĂ©rament vocal souvent foudroyant, – jaloux, dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement, mais
 inintelligible. Dommage.

Soprano vedette dont toute la planĂšte lyrique suit chaque nouvelle prise de rĂŽles, Sonya Yoncheva dessine une Elisabeth de Valois d’une insondable langueur, sombre et grave, d’une douleur Ă  la mesure de son destin contraint : fiancĂ©e du fils Carlos, elle devra finalement Ă©pouser le
 pĂšre : Philippe II qu’une infinie mĂ©lancolie accable fatalement. D’ailleurs ce dernier bĂ©nĂ©ficie du baryton marmorĂ©en d’Ildar Abdrazakov, lui aussi inaudible et souvent trop droit et carrĂ©.

Plus hĂ©doniste que furieusement dramatique, le chef Philippe Jordan, dont on avait si apprĂ©ciĂ© la premiĂšre production, semble comme distanciĂ© et rien que porteur de belles couleurs orchestrale. L’opĂ©ra analyse pourtant en profondeur la vacuitĂ© du politique et la terreur spectaculaire de l’église Ă  travers l’Inquisition. Tout cela manque beaucoup de tonnerre et d’urgence, de vertiges comme de dĂ©flagration qui font pourtant la grandeur inĂ©dite de la partition de Verdi.

Reste Jonas Kaufmann : on osera Ă©crire ici notre …dĂ©ception. Car si la voix tisse une soie tĂ©nĂ©breuse et sombre, sa fĂ©linitĂ© trop grave manque de l’éclat juvĂ©nile qui doit irradier du jeune Carlos : Verdi a pourtant portraiturĂ© un jeune homme ardent et idĂ©aliste, prenant la dĂ©fense des opprimĂ©s (prĂ©cisĂ©ment les flamands protestants, absorbĂ©s malgrĂ© eux dans l’enclave des Habsbourg catholiques) face Ă  l’autoritĂ© paternelle, osant vivre un amour Ă  jamais dĂ©fendu. Il y a du Schiller dans ce Carlos, ĂȘtre entier, constamment dĂ©calĂ© dans ce milieu austĂšre et asphyxiant de la Cour espagnole. Le timbre trop viril de Kaufmann n’exprime rien de cela : et l’on s’obstine Ă  penser que le chanteur a peut-ĂȘtre trop tardĂ© Ă  incarnĂ© le rĂŽle aujourd’hui. Quand on songe Ă  nouveau Ă  son Otello, crĂ©pusculaire, hallucinĂ©, tel un fauve lĂ©onin (suprĂȘme incarnation dĂ©fendu en juillet 2017 Ă  Londres), on reste Ă  Paris hĂ©las rĂ©servĂ©, et déçu.

La tristesse vient Ă©videmment de la mise en scĂšne dont le manque d’idĂ©es, l’absence de cohĂ©rence, la laideur infinie posent un vrai problĂšme. La lecture est terne en habits modernes, d’une linĂ©aritĂ© affligeante (d’oĂč la rĂ©action critique du public). Le spectateur peut attendre mieux sur la scĂšne parisienne. Aux cĂŽtĂ©s du vide criant de la mise en scĂšne, le beau chant des stars lyriques actuelles sauvent les meubles. Cette nouvelle production, visuellement sans idĂ©e ni justesse, sera bien vite oubliĂ©e. L’évĂ©nement lyrique qu’on nous a annoncĂ©, ne s’est pas produit. Pour une expĂ©rience plus sidĂ©rante entre thĂ©Ăątre et musique, courrez plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Nantes : l’OpĂ©ra Graslin, jusqu’au 17 octobre, affiche le thĂ©Ăątre vĂ©nitien du premier baroque, soit une immersion prenante voire captivante dans la machinerie amoureuse, cruelle, barbare, sensuelle concçu en 1642 par Monteverdi et son gĂ©nial librettiste, Francesco Busenello. La nouvelle production du Couronnement de PoppĂ©e est pour la rĂ©daction de classiquenews, l’évĂ©nement lyrique de la rentrĂ©e 2017. Incontournable.

Pour les plus amateurs et les connaisseurs, ARTE diffuse ce 19 octobre 2017, Ă  20h55, le DON CARLOS prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra Bastille. Chacun pourra juger sur piĂšces. Seconde grande critique Ă  venir, sur classiquenews.com / Illustration : DR © OpĂ©ra national de paris 2017

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Compte-rendu, opĂ©ra. VERDI : DON CARLOS, version de paris, 1867, avec l’acte de Fontainebleau. Direction musicale: Philippe Jordan. Mise en scĂšne:  Krzysztof Warlikowski. Paris, OpĂ©ra Bastille jusqu’au 11 novembre 2017. 4 h 35 entractes compris.

CD événement, annonce. VOLTS, le nouveau cd du Quatuor TANA (1 cd Paraty)

VOLTS Quatuor TANA cd paraty quatuor cordes et electronique Titelive_3760213650726_D_3760213650726CD Ă©vĂ©nement, annonce. VOLTS, le nouveau cd du Quatuor TANA (1 cd Paraty). Croisements, frottements, fusions, Ă©tincelles
 les Ă©clairs Ă©lectriques (et leurs ondes musicales) qui naissent Ă  la croisĂ©e des chemins, entre quatuor Ă  cordes et Ă©lectronique produisent et inspirent le dernier cd du Quatuor Tana, qu’édite le label Paraty en octobre 2017 : un cd hors normes, qui relĂšve de l’audace sonore, de l’expĂ©rimentation instrumentale, de l’organologie inĂ©dite aussi car pour rĂ©aliser ce parcours rĂ©solument moderne, les instrumentistes ont crĂ©er les instruments hybrides nĂ©cessaires au projet. La transmission du son et son dĂ©ploiement dans l’espace ne passent plus par des enceintes externes mais bien Ă  travers la caisse de rĂ©sonance des instruments requis. En plus de partitions inconnues / mĂ©connues, crĂ©es ainsi en premiĂšre mondiale au disque, les 5 compositions rĂ©unies dans ce programme visionnaire, offrent de nouveaux horizons pour la recherche sonore et musicale, profitant surtout aux noces du Quatuor d’instruments Ă  cordes et de l’électronique


Ainsi Volts dresse une maniĂšre d’état des lieux de la musique pour quatuor Ă  cordes et Ă©lectronique : techniques et dispositifs de la rencontre sont pluriels et divers, aux bĂ©nĂ©fices inattendus : bande prĂ©enregistrĂ©e (Romitelli), temps rĂ©el et improvisĂ© (Nouno), singularitĂ© et caractĂšres des « Tana Instruments » (Arroyo, Canedo, Havel). VoilĂ  assurĂ©ment de quoi rĂ©volutionner la tradition du quatuor Ă  cordes moderne. Prochaine grande critique dans le mg cd dvd livres de classiquenews.com

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. VOLTS. Quatuor Tana : quatuor Ă  cordes et Ă©lectronique. Fausto Romanelli, Juan Arroyo, Remmy Canedo, ilbert Nouno, Christophe Havel (1 cd Paraty PARATY 717246 — enregistrĂ© en mars 2017, ThĂ©Ăątre d’Arras. CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’octobre 2017.

POITIERS, TAP. Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine, le 15 octobre 2017

corlay dylan maestro tap poitiersPOITIERS, TAP. Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine, le 15 octobre 2017. L’Auditorium du TAP Ă  Poitiers, Ă©crin idĂ©al pour une immersion orchestrale, grĂące aux performances acoustiques de la salle de concert (l’une des plus saisissantes d’Europe) affiche ce 15 octobre, un programme gĂ©nĂ©reux et exaltant, stimulant les capacitĂ©s des instrumentistes, Ă  travers les oeuvres de Haydn, Dvorak, Richard Strauss. Soit du classicisme viennois, Ă  la fois classique et facĂ©tieux, aux grands romantiques de la fin du XIXĂš et du premier XXù
 Il n’en fallait pas moins pour que l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine (ex Poutou-Charentes) ne fasse dĂ©monstration de ses capacitĂ©s en fluide caractĂ©risation.

MUSIQUE NATIONALE TCHEQUE
 Anton Dvorak recherche et trouve les ferments d’un langage musical spĂ©cifiquement tchĂšque, ainsi qu’en tĂ©moignent les Danses slaves, crĂ©Ă©es en 1878 Ă  Prague, puis surtout, dans ce mĂȘme esprit « d’invention patriotique », la Suite TchĂšque, suite pour petit orchestre (crĂ©Ă©e en 1879, mĂȘme lieu) d’un fini original et puissant, onirique et expressif, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©.
En cinq mouvements contrastĂ©s, la Suite en rĂ© majeur recycle avec gĂ©nie une collection d’airs slaves, originaires de BohĂȘme et de Moravie. L’intelligence de Dvorak sait sublimer la matĂ©riau de base, outrepasser l’élan folklorique pour atteindre un flux et un souffle purement personnel. Pastorale, Polka (danse tchĂšque et non polonaise), ou sousedska (menuet), en provenance de BohĂšme, puis romance (au caractĂšre intĂ©rieur, propre au songe), enfin « furiant » pour conclure (danse tchĂšque vive), composent un kalĂ©idoscope des plus entraĂźnants.

A 19 ans, en 1883, Richard Strauss compose un Concerto pour cor dĂ©diĂ© Ă  son pĂšre, corniste renommĂ© de l’Orchestre de la Cour de BaviĂšre. En 1942, le fils inspirĂ©, compose un second concerto. Dans cet opus plus rarement jouĂ©, c’est l’expĂ©rience et la carriĂšre d’un Strauss presque octogĂ©naire qui s’imposent, entre virtuositĂ© et grand raffinement harmonique. Construit comme une suite ininterrompu, l’ouvrage fait se succĂ©der 3 mouvements enchaĂźnĂ©s : Allegro initial un rien bavard, trĂšs volubile et proche de la voix / Andante onirique et introspectif comme suspendu / Rondo Ă©poustouflant par sa brillante architecture exigeant souffle et digitalitĂ© comme vocalisĂ©e. Un dĂ©fi pour le soliste. Comme c’est le cas de ses opĂ©ras composĂ©s pendant la guerre (dont Capriccio ou DaphnĂ©), le 2Ăš Concerto pour cor Ă©tonne par ses audaces, sa virtuositĂ© mozartienne, son brio raffiné 

haydn joseph-crop-412x332Parmi les 12 Symphonies londoniennes, – propres au dernier Haydn, le Symphonie n°103 (1795) ouvre par un retentissant roulement de tambour
 emblĂšme d’un compositeur toujours spectaculaire et surprenant, maniant l’humour et la surprise avec Ă©lĂ©gance et mesure. MĂȘme versatilitĂ© enjouĂ©e et inspirĂ©e dans les mouvements suivants dont le Menuet d’une grĂące parfois parodique; enfin le Finale, dĂ©montre la maestriĂ  du Haydn visionnaire et superbement audacieux, ne dĂ©veloppant qu’un seul motif mais quel esprit et quel panache.

 

 

 

boutonreservationPOITIERS, TAP, Auditorium
Dimanche 15 octobre 2017, 16h
RĂ©servez votre place
http://www.tap-poitiers.com/dvorak-strauss-haydn-2151

 

Programme

Dvoƙák, Strauss, Haydn
Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine
Dylan Corlay, direction
David Guerrier, cor

> Antonín Dvoƙák
Suite tchÚque en ré majeur op. 39

> Richard Strauss
Concerto pour cor n° 2 en mi bémol majeur

> Joseph Haydn
Symphonie n° 103 en mi bémol majeur « Roulement de timbales »

CD, compte rendu critique. DIANA DAMRAU chante MEYERBEER : « Grand opéra » (1 cd Erato)

damrau diana grand opera critique cd par classiquenews_4CD, compte-rendu critique. DIANA DAMRAU chante MEYERBEER : « Grand opĂ©ra » (1 cd Erato). Et de deux : septembre 2017 voit le grand retour de l’opĂ©ra romantique français Ă  l’affiche et dans le rĂ©pertoire favori des grands chanteurs d’aujourd’hui : aprĂšs Jonas Kaufmann qui chante lui aussi en français dans un rĂ©cital Ă©ditĂ© simultanĂ©ment (intitulĂ© en français « OpĂ©ra » avec la salle Garnier en arriĂšre plan, voici « Grand opera » par une ambassadrice de charme et de haute performance vocale, Diana Damrau
 LĂ  aussi, il faut outrepasser ce qui pourrait relever du kitsch ou du grandiose pour atteindre Ă  cette vĂ©ritĂ© d’un chant subtile et intĂ©rieur qui est la grande marque de fabrique de l’opĂ©ra romantique français. VoilĂ  pourquoi au XIXĂš tous les compositeurs veulent ĂȘtre adoubĂ©s, reconnus, cĂ©lĂ©brĂ©s par la grande boutique parisienne : Rossini, Bellini, Donizetti, Wagner, Verdi, et tutti quanti… Certes illustrer les grandes scĂšnes de foule Ă  l’Ă©chelle de l’histoire ; surtout rĂ©ussir le profil des individus protagonistes
 au diapason de l’acuitĂ© d’un Racine. Or Meyerbeer incarne cet idĂ©al. Il serait temps de le reconnaĂźtre et de jouer ses opĂ©ras, si l’on peut encore distribuer vocalement ses oeuvres.

AMBASSADRICE MEYERBEERIENNE
 Telle une tsarine, d’une grĂące impĂ©riale et comme absente, la soprano pose, en vĂ©ritable allĂ©gorie, muse, hĂ©roĂŻne atemporelle, du « grand opĂ©ra » c’est Ă  dire du thĂ©Ăątre romantique et français, triomphant en une formule idĂ©alement Ă©quilibrĂ©e au XIXĂš, Ă  la fois collective et spectaculaire, et individuellement caractĂ©risĂ©e. Giacomo Meyerbeer, toujours trop absent Ă  l’opĂ©ra, nous laisse en hĂ©ritage, un thĂ©Ăątre particuliĂšrement prenant oĂč le souffle de l’Ă©popĂ©e (grande fresque Ă©pique et collective) emporte la destinĂ©e trop prĂ©caire de hĂ©ros tourmentĂ©s, Ă©prouvĂ©s, dĂ©finitivement maudits, car l’opĂ©ra de Giacomo demeure Ă©minemment 
 tragique. Contemporain de Rossini, il partage avec l’Italien, le gĂ©nie du temps thĂ©Ăątral (fusionnĂ© avec celui musical), et une passion française qui le hisse au sommet des honneurs de son vivant. Chez Meyerbeer, la lyre opĂ©ratique au XIXĂš n’épargne personne. Il faut donc de l’angĂ©lisme suave, une sensualitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e, des moyens techniques, et surtout, un tempĂ©rament dramatique, dont pour beaucoup de chanteurs, la subtilitĂ© fait dĂ©faut.
Et dans le cas de la soprano jusque là verdienne à la scùne (Gilda, Traviata
), Diana Damrau ?

En 11 airs extraits de 10 opĂ©ras, parmi les meilleurs (Meyerbeer en composa 17), Diana Damrau rĂ©alise un projet vieux de plusieurs dĂ©cennies, tant l’interprĂšte a la passion de Meyerbeer, de ces hĂ©roĂŻnes Ă©prouvĂ©es et toujours dignes. Des modĂšles de loyautĂ© ou de fidĂ©litĂ©, d’amour hĂ©roĂŻque, en rien sentimentale. Meyerbeer ne connaĂźt pas l’inconsistance et ses opĂ©ras sont d’abord furieusement, hautement dramatiques. Le programme mĂ©lange les Ă©poques et les styles. Du trĂšs connu voisine avec des perles absolues qu’il Ă©tait temps de ressusciter 
 avec cette finesse d’élocution et cette justesse expressive.

Analysons pĂ©riode par pĂ©riode et de façon chronologique, chaque air retenu, et habilement restituĂ© en une sĂ©quence intĂ©grale (avec seconds rĂŽles tous trĂšs bien tenus) : l’écriture du dramaturge Meyerbeer s’affirme. HĂ©las, l’enchaĂźnement des airs ne permet pas de suivre cette Ă©volution du style meyerbĂ©rien. A travers ce parcours lyrique qui Ă©prouve les talents dramatiques de la soliste, saluons la probitĂ© du chef requis, et surtout l’intelligence de la diva dont la vĂ©ritĂ© des intentions, auxquelles sont assujetties les performances vocales, gagnent une Ă©paisseur indiscutable en cours de rĂ©cital. Italienne rossinienne Ă  ses dĂ©buts (fin des annĂ©es 1810), puis de plus en plus dramatiques Ă  mesure qu’il Ă©crit pour Paris, grĂące Ă  une trĂšs habile association des styles (italiens, allemands, français
) ; chacun exploitĂ© Ă  sa juste place et au bon moment pour que le temps musical fusionne avec le temps dramatique. Verdi ne fera pas mieux.

D’abord, l’air d’Irene (Alimelek oder dei beiden kalifen,1814), premiĂšre mondiale, impose les promesses d’un jeune talent de 22 ans, – encore trĂšs wĂ©bĂ©rien, capable de mĂ©lodies irrĂ©elles et d’une couleur orchestrale particuliĂšrement raffinĂ©e. « La Damrau » prĂ©cise et sculpte une langueur juvĂ©nile concrĂšte associĂ©e Ă  une profondeur psychologique qui convainc totalement.

Puis les airs d’Emma di Resburgo (virtuositĂ© affichĂ©e et assumĂ©e, surtout dans les vocalises et les aigus rayonnants de la cabalette finale, crĂ©Ă© Ă  Venise en 1819) et d’Il Crociato in Egitto (1824) offre la claire manifestation de l’influence de Rossini dans l’écriture de Giacomo : envolĂ©e mĂ©lodique, brio virtuose, mais couleurs et arriĂšre fond harmonique, plus germaniques. MalgrĂ© les acrobaties techniciennes requises, Diana Damrau affirme un legato de
 rĂȘve.

Le CD qui réhabilite Meyerbeer

Virtuose et juste, Diana Damrau souligne la force du génie Meyerbeerien


Meyerbeer_d'aprĂšs_P._Petit_b_1865PhrasĂ© mesurĂ© et nuancĂ©, Ă©locution de diseuse proche des affects de l’ñme Ă©prouvĂ©e (ici suppliante), Robert le Diable – premier triomphe parisien de 1831, Ă©claire l’art bel cantiste de la soprano germanique, dont le français impeccable et habitĂ© laisse saisi et admirateur. On tombe alors sous le charme de son incarnation de (Robert, toi que j’aime)

Aussi pyrotechnique et pourtant investi, Ă©motionnel, habitĂ©, l’air de la Reine Marguerite des Huguenots (1836), au caractĂšre rĂȘveur et nostalgique puis d’une virtuositĂ© impressionnante et spectaculaire. LĂ  encore parfaitement pilotĂ© par la soprano.
FavorisĂ© par le nouveau souverain de Prusse, FrĂ©dĂ©ric Guillaume IV, Meyerbeer prend la succession de Spontini comme directeur de la musqiue Ă  Berlin dĂšs 1842 : ainsi naĂźt l’opĂ©ra Ein Feldlager in Schliesien (1844) dont le personnage de Vielka tout en requĂ©rant d’évidentes prouesses vocales lesquelles ont fait le triomphe de la crĂ©atrice Ă  Berlin, Jenny Lind), surprend encore par le feu et la construction dramatique qu’en offre l’interprĂšte. L’ouvrage rĂ©visĂ© deviendra pour Paris, l’Etoile du nord (1854).

MĂȘme fine actrice pour Berthe du ProphĂšte (1849), autre sommet du grand opĂ©ra tragique de Meyerbeer Ă  Paris : le portrait d’une amoureuse Ă©chevelĂ©e puis sereine, souveraine, Ă©perdue (en rĂ©alitĂ© la vĂ©ritable protagoniste de l’ouvrage) s’impose par son intelligence, sa sincĂ©ritĂ© (et pourtant le français n’est pas des plus prĂ©cis ni intelligible). A dĂ©faut de maĂźtriser notre langue, Miss Damrau rayonne par la vĂ©racitĂ© de son expressivitĂ©.
De 1859, Dinorah ou le Pardon de PloĂ«rmel, Diana Damrau a l’intelligence de restituer le souffle de la scĂšne entiĂšre (pas d’air seul isolĂ© de son contexte dramatique et des enjeux de la situation d’alors)
 et donc d’inscrire la folie de l’hĂ©roĂŻne, qui passe par des cascades de notes en passages inouĂŻes (et aigus redoutables jusqu’au ut diĂšse) – mixte entre la vocalitĂ© Ă©perdue, ivre de Lucia di Lamermoor et l’euphorie dĂ©lirante de La Traviata
-, en une sincĂ©ritĂ© qui affirme une sĂ»retĂ© dramatique indiscutable.
On passe de la sombre et inquiĂšte interrogation : « Sais-tu bien qu’HoĂ«l m’aime » Ă  la valse «  Ombre lĂ©gĂšre », plus Ă©thĂ©rĂ©e
 en une continuitĂ© poĂ©tique d’une rare cohĂ©rence. La diva subjugue par son intelligence d’actrice. Tout pour rĂ©ussir ce rĂ©cital Meyerbeer : en jouant la carte de la haute technicitĂ© et de l’intelligence expressive, Diana Damrau emporte tous les suffrages. Avec elle, sans artifices outrageusement placĂ©s, la voix rayonne par son intĂ©rioritĂ© nuancĂ©e, et des pianis Ă©tincelants, phrasĂ©s avec une intention toujours idĂ©alement dĂ©fendue. Le texte et la situation dramatique, le caractĂšre de la scĂšne, ses enjeux souterrains motivent une tension toujours excellemment prĂ©sente ; cette qualitĂ© fait de la soprano coloratoure une excellente interprĂšte et pas seulement une chanteuse au timbre suave et sĂ©duisant, Ă  l’agilitĂ© technique indĂ©niable. Cet angĂ©lisme fulgurant a fait le charme de sa Gilda (bouleversante dans Rigoletto de Verdi). Et si nous la trouvions un rien trop artificielle dans les coloratoure de sa Constanze dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart, l’intĂ©rioritĂ© et l’épaisseur psychologique de chaque hĂ©roĂŻne affirment ici la grande interprĂšte et l’actrice raffinĂ©e.
N’omettons pas non plus la maĂźtrise non moins convaincante de son InĂšs dans L’Africaine (1865) grĂące Ă  la sĂ©duction indiscutable de la romance « Adieu mon doux rivage » suivi par l’arioso (trĂšs rare sur les scĂšnes lyriques) : « Fleurs nouvelles »  A l’origine avait Ă©mu et triomphĂ© elle aussi Marie Battu. Dans son sillon, Diana Damrau Ă©blouit par la sĂ©duction de son timbre dramatique, la grande finesse de son instinct dramatique. VoilĂ  qui nuance l’image du « grand opĂ©ra » Ă  la française : plus portrait subtil d’hĂ©roĂŻnes tragiques que peplums romantiques aux boursouflures dĂ©clamatoires. On sait qu’à l’opĂ©ra, tout est affaire de chanteurs et ici de chanteuse. Une Maria Callas avait rĂ©volutionnĂ© le genre par sa recherche de caractĂ©risation individuelle. En 2017, 40 ans aprĂšs la mort de la superdiva, Diana Damrau semble suivre avec bonheur son exemple : l’intelligence et le sens du texte, plutĂŽt que la performance. Eblouissant. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. «  GRAND OPERA ». DIANA DAMRAU chante MEYERBEER : extraits de Robert le diable, Le ProphĂšte, Alimelek, l’Etoile du nord, L’Africaine, Dinorah, Emma di Resburgo, Les Huguenots
 Orch de l’OpĂ©ra de Lyon / Emmanuel Villaume, direction. (1 cd Erato).

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Approfondir
LIRE aussi notre compte rendu critique du livre édité par Bleu Nuit éditeur : MEYERBEER par Violaine Anger (CLIC de classiquenews de mars et avril 2017)
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-giacomo-meyerbeer-par-violaine-anger-bleu-nuit-editeur/

 

CD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano.

Krystian ZimermanCD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano. On attendait beaucoup de ces deux Sonates de Schubert par le pianiste polonais nĂ© en 1956. Ce disque marque le retour au studio de l’interprĂšte dont la sĂ©cheresse et la duretĂ© du toucher surprend cependant et fait rupture avec ses prĂ©cĂ©dents enregistrements. Le Chopinien semble avoir perdu tout le charme suggestif qui faisait l’intĂ©rĂȘt de ses gravures dĂ©diĂ©es Ă  Chopin, – lectures fondatrices de sa « lĂ©gende »  Le trĂšs beau portrait de couverture tendrait Ă  nous prĂ©senter l’artiste tel une icĂŽne vĂ©nĂ©rable, pilier trĂšs sĂ»r et fiable du clavier actuel. HĂ©las l’écoute du prĂ©sent cd n’apporte pas cette gratification auditive et avouons notre grande dĂ©ception. Dans ce court rĂ©cital schubertien donc, enregistrĂ© au Japon en janvier 2016, la premiĂšre Sonate (D959) est non seulement sans chair et sans vĂ©ritable vision architecturĂ©e, mais les contre-champs et l’intĂ©rioritĂ© souterraine si chantante
 restent trop absents, voire Ă©dulcorĂ©s.
La D 960, certes plus sĂ©duisante musicalement, relĂšve lĂ©gĂšrement le niveau. le pianiste sexagĂ©naire reste trop poli, trop respectueux face au massif miroitant, si poĂ©tique de l’ñme schubertienne, cette sehnsucht qui reste dĂ©cidĂ©ment inatteignable pour le pianiste timorĂ©. Zimerman n’exprime aucune profondeur funĂšbre, de celle que ses confrĂšres aiment Ă  se parer, car il est dit que les deux Sonates ont Ă©tĂ© composĂ©es dans la conscience de la mort, – Franz s’éteignant quelques semaines aprĂšs leur finalisation. Or, Zimerman Ă  l’inverse les rĂ©inscrit dans la vitalitĂ©, la pulsion active, celle d’un homme encore trĂšs valide, capable de rejoindre Ă  pied, Eisenacht pour y fleurir la tombe de son modĂšle, Joseph Haydn, – preuve que Schubert fut fauchĂ© par un mal foudroyant, donc encore plein d’idĂ©es et de projets musicaux (l’hygiĂšne Ă  Vienne devait ĂȘtre catastrophique). Schubert avait-il conscience de sa propre mort quand il composa la Sonate ? Nul ne le saura jamais… mais la profondeur et la justesse poĂ©tique qui s’en dĂ©gagent, l’inscrivent dans une pudeur grave, en rien artificielle. HĂ©las, en parlant d’un compositeur timide et pacifiste, le pianiste en fait une figure diluĂ©e, sans nerf, dont le relief et les nuances sont lissĂ©s au risque d’une attĂ©nuation dangereuse. Tout en reconnaissant et soulignant la pensĂ©e rĂ©volutionnaire des mouvements lents (surtout l’Andantino de la D 959), – d’une tristesse et d’une rĂ©signation totales, Zimerman n’atteint pas Ă  cette capitulation sereine, cette gravitĂ© tendre dont Schubert dĂ©tient le secret. La rĂ©itĂ©ration des thĂšmes, les reprises, le goĂ»t annoncĂ© des respirations
 tout cela retombe Ă  plat. Il faut bien reconnaĂźtre qu’ici, demeurent toujours aussi impĂ©riaux et plus fascinants Alfred Brendel et Mitsuko Uchida, sans omettre en France, l’excellent et plus rĂ©cent Philippe Cassard.
zimerman krystian piano schubert cd dg deutsche grammophon review cd crtiique par classiquenews 028947981909-CvrEn fin de notice, l’interprĂšte parle d’un enregistrement rĂ©alisĂ© en 32Bits (une premiĂšre pour DG?), d’un clavier de sa fabrication qui prĂ©serve le volume chantant de chaque impact sur les cordes pour ne pas que son Schubert sonne comme du Prokofiev (- merci pour ce dernier !), dans la salle de Kashiwazaki dont l’auditorium offre une acoustique remarquable
 on veut bien le croire, mais toutes ces dĂ©clarations esthĂ©tiques et conceptuelles demeurent promesses sur le papier, et lettres mortes Ă  l’écoute de cet album plutĂŽt fade.
Dans ce Schubert façon Zimerman, rien de nouveau. Il ne s’y passe pas grand chose. Le rĂ©sultat est dĂ©cevant.

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CD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano. EnregistrĂ© au Japon, janvier 2016 – 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 7588.

CD, compte rendu critique. REICHA : musique de chambre (3 cd Alpha 369)

reicha musiqe de chmabre coffret cd alpha review critique cd par classiquenews livres dvd mag classiquenewsCD, compte rendu critique. REICHA : musique de chambre (3 cd Alpha 369). Le tempĂ©rament beethovĂ©nien, la grĂące et la facĂ©tie haydnienne, l’éloquence jamais bavarde mais inspirĂ©e par le dĂ©sir d’une audace expĂ©rimentale et expressivement nouvelle justifient pleinement ce triple cd, coffret souhaitons le rĂ©vĂ©lateur du gĂ©nie oubliĂ© de Reicha, vrai compositeur original et puissant. Les oeuvres ici enregistrĂ©es dĂ©voilent et confirment la haute finesse d’une Ă©criture raffinĂ©e, nerveuse, serrĂ©e, d’un lumineux idĂ©al. Le cd2 qui regroupe entre autres ses oeuvres pour piano, – d’un souffle rĂ©gĂ©nĂ©rateur-, Ă©blouit par sa clartĂ© imaginative, cette soif de modernitĂ©, qui hors du convenu, et du conforme, inscrit l’écriture dans la modernitĂ© d’un Beethoven (rien de moins) : Berlioz son Ă©lĂšve, personnalitĂ© si exigeante, n’a t il pas Ă©crit Ă  propos de Reicha,  son « carbonarisme », emblĂšme d’une pensĂ©e rĂ©volutionnaire pour le moins, atypique au sein du Conservatoire de Paris oĂč il Ă©tait professeur
 ? C’est comme l’écrit surtout un puissant crĂ©ateur tardivement reconnu par l’Etat, nommĂ© Ă  l’Institut
 en 1835, un avant sa mort. Il Ă©tait temps.
La Fugue n°9 pour piano, par ses dispositions imprĂ©vues sur le plan harmonique et sa grande fantaisie atteste de la libertĂ© rĂ©volutionnaire d’un Reicha, virevoltant entre Mozart et Beethoven, dans le temple des conservateurs au Conservatoire de Paris
 LibertĂ© exaltante en variations d’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart (Sonate pour piano en fa majeur) ; mĂȘme ivresse et goĂ»t immodĂ©rĂ© pour la libertĂ© de ton et pour l’architecture rythmique des plus audacieuses dans les Variations sur un thĂšme de Gluck opus 87.
MĂȘme qualitĂ© de l’inspiration, entre virtuositĂ© et intĂ©rioritĂ©, audace du plan architectural, schĂ©ma mĂ©lodique imprĂ©vu, dans l’exaltant Quatuor opus 95, n°1 (publiĂ© Ă  Paris, vers 1820), vraie offrande rĂ©ussie Ă  un genre qui gagne un nouvel essor au concert publique, depuis le noyau primordial du salon privĂ©. Reicha l’a dĂ©diĂ© au violoniste vedette Pierre Rode, lui-mĂȘme tĂȘte d’affiche Ă  la mode dans les programmations des salles de concerts parisiens romantiques. Les interprĂštes requis Ă  l’exercice de la premiĂšre mondiale ici, expriment idĂ©alement le souffle poĂ©tique, le sceau de l’idĂ©al lumineux et Ă©quilibrĂ© qui inspire Ă  Reicha un sommet de clartĂ© contrapuntique et de libertĂ© enivrante dans le goĂ»t des variations. MĂȘme audace inventive et rĂ©solument moderne dans le Quintette avec deux altos de 1807, publiĂ© en 1820 Ă  Paris ; idem pour le genre inĂ©dit du Trio pour 3 violoncelles (juin 1807)
 Reicha rĂ©tablit la virtuositĂ© française aux cĂŽtĂ©s de la complexitĂ© du contrepoint germanique. Son Ă©lĂ©gance de ton demeure aussi emblĂ©matique du Paris des 1820 et 1830. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. REICHA : musique de chambre (3 cd Alpha 369). Quatuor op 95, n°1. Quintette avec deux altos op 92 n°1, oeuvres pour piano (Sonate pour piano en mi majeur, Etude n°29, Andante maestoso, Sonate en fa majeur sur la FlĂ»te EnchantĂ©e de Mozart, Fugue n°9, Variations sur un thĂšme de Gluck op 87). Trios, avec piano en rĂ© mineur op 101 n°2, pour 3 violoncelles
 Quatuor Girard, Trio Medici, 
 Solistes de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2017.

CD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO, 2016)

ades thomas asyla tevot polaris cd review compte rendu critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO label). Cosmique et tout en narration en cinĂ©mascope, voici une entrĂ©e dans l’univers symphonique du compositeur Thomas AdĂšs, absolument rĂ©jouissante. D’abord, Asyla (1997), partition Ă©corchĂ©e, vive, syncopĂ©e, de nature primitive, dĂ©ployant sa sĂšve primordiale et Ă©ruptive (dernier volet du triptyque, en ses sommets psychĂ©dĂ©liques, Ectasio), ne cesse finalement d’interroger l’auditeur et de repenser sa place par rapport au dĂ©roulement de l’oeuvre.

 

 

 

Trilogie AdĂšs (Asyla, Tevot, Polaris) : un must orchestral de notre temps

 

 

Surtout Tevot (2006) joint le souffle des Ă©popĂ©es fantastiques et futuristes, en une traversĂ©e des abysses, Ă  travers les TĂ©nĂšbres et l’incertitude,
 soit plus de 20 mn d’un cheminement tortueux et de plus en plus imprĂ©vu, vers la lumiĂšre ? En imaginant l’humanitĂ© courant vers un futur incertain, AdĂšs y exprime les secousses de l’Apocalypse, – en glissandi vertigineux, comme l’aspiration Ă  vaincre la destruction annoncĂ©e. On ne saurait mieux faire Ă©cho Ă  l’angoisse de notre planĂšte, qui semble condamnĂ©e par l’homme Ă  une implosion programmĂ©e du fait de sa pollution Ă  grande Ă©chelle, de son dĂ©ni de la mise en danger collective. La matiĂšre orchestrale se plie Ă  des convulsions de plus en plus destructrices, puis AdĂšs brosse de somptueuses perceptions de l’infini inconnu, inquiĂ©tant et fascinant, jusqu’aux ultimes phrases aux cordes dans l’aigu, doublĂ© par la flĂ»te, prĂ©lude Ă  une nouvelle arche qui cĂšde la place aux cuivres de plus en plus majestueux.

EnregistrĂ© sur le vif au Barbican Center de Londres, le cycle des 3 partitions laisse mesurer l’ampleur d’une pensĂ©e musicale d’une vive intelligence sonore, taillĂ©e pour des superbes architectures souvent scintillantes, constellĂ©es, parsemĂ©es, de dĂ©flagrations inquiĂ©tantes, et comme tailladĂ©es de failles Ă©nigmatiques.

CLIC_macaron_2014La plus rĂ©cente Polaris (2010), qui permet ainsi de borner un cheminement de plus en plus consonnant, sur 13 annĂ©es de composition, est un voyage pour grand orchestre d’une absolue pulsion mĂȘlant solennitĂ© et vertige, carillon et cuivres d’un souffle lĂ  aussi cosmique, mais recadrĂ©s, mesurĂ©s avec une spacialisation virtuose des Ă©tagements, effets de lointains et d’échos Ă  la clĂ©, en un sens cinĂ©matographique. SuccĂ©dant Ă  Rattle (Asyla et Tevot crĂ©Ă© par ce dernier avec le Berliner Philharmoniker), l’auteur dirige lui-mĂȘme ses oeuvres en 2016, avec une verve et une acuitĂ© renouvelĂ©e qui servent la forte caractĂ©risation intĂ©rieure de chaque sĂ©quence. Formidable poĂšte, faiseur de climats, AdĂšs cisĂšle chaque tableau pour en exprimer le souffle sidĂ©ral, la matiĂšre cosmique prĂȘte Ă  diverses mĂ©tamorphoses, de l’extĂ©riorisation spectaculaire Ă  l’intimisme le plus tĂ©nu, nĂ©cessitant un nuancier agogique d’une exceptionnelle prĂ©cision et d’une vive flexibilitĂ©. La prise de son est soignĂ©e comme la direction trĂšs affĂ»tĂ©e du chef compositeur (n’est-on pas ainsi jamais mieux servi que par soi-mĂȘme ?). Le double coffret comprenant un disc pure audio Blu-ray (idĂ©al pour mesurer ce travail sur la palette des timbres conçue par AdĂšs) et un cd traditionnel mais en Super audio cd SACD ne pouvait mieux rendre compte de l‘exceptionnel talent du compositeur britannique, sa facultĂ© Ă  penser et exprimer les tumultes et forces intĂ©rieures, souterraines de sa musique.

 

 

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CD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO label LSO 0798). Enregistré en mars 2016.

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Youri Grigorovitch : L’Âge d’or de – Ballet du Bolchoï (1 dvd BelAir classiques).

golden-age-bolshoi-ballet-youri-grigorovich-compte-rendu-dvd-critique-dvd-par-calssiquenews-BAC143-cover-DVD-Golden-Age-3DDVD, compte rendu critique. Youri Grigorovitch : L’Âge d’or de – Ballet du BolchoĂŻ (1 dvd BelAir classiques). Quand le BolchoĂŻ replonge dans sa fabuleuse histoire chorĂ©graphique, il profite ici des 90 ans du maĂźtre de ballet, Yuri Grigorovich, son ancien directeur (30 annĂ©es d’un pilotage quasi tyrannique Ă  l’époque du rĂ©gime soviĂ©tique), pour reproduire l’un de ses ballets Ă  la fois techniquement abouti et politiquement correct : L’ñge d’or (1982), vĂ©ritable manifeste apparemment nostalgique d’une certaine grandeur communiste propre Ă  l’ùre stalinienne. Le sujet exploite le souffle qui naĂźt des tableaux collectifs (que Grigorovich a toujours parfaitement organisĂ©s et rĂ©glĂ©s – cette maĂźtrise a fait le triomphe de son ballet Spartacus et surtout Ivan le terrible).

 

 

CLIC_macaron_2014Les dĂ©cors qui citent les AnnĂ©es Folles, avec citations jazzy mĂȘlĂ©es au constructivisme russe produisent un choc esthĂ©tique qui renforce l’impact de la recrĂ©ation. D’autant que dans cette maniĂšre de Music-Hall et de cabaret occidental, russifiĂ© (avec lettres cyrilliques), la danse reprend ses droits ; un art thĂ©Ăątral Ă  proprement parler car Youri Grigorovich dĂ©fend un style chorĂ©graphique dramatiquement trĂšs soignĂ©, oĂč le corps exprime tout.
Ainsi, ce n’est pas tant l’apparente ballerine, trĂšs fluide et sobre, Nina Kaptsova dans le rĂŽle de la femme convoitĂ©e par deux hommes (Rita) que la complice du chef de Gang Yashka, Lyuska qui captive de bout en bout : la jeune danseuse de BolshoĂŻ, Ekaterina Krysanova, jaillit et brille par sa grĂące athlĂ©tique et sa gestuelle mesurĂ©e et prĂ©cise. Le jeune amoureux transi (de Rita) Boris (jeune pĂȘcheur) ne trouve pas l’effusion tendre et sincĂšre pourtant inscrit dans ses solos et pas de deux avec son aimĂ©e : Ruslan Skvortsov se cherche tout le ballet durant.

 

 

Mikhail LOBUKHIN, la classe superlative

 

 

45421_rLe danseur Ă©toile ici demeure le ci-dessus nommĂ© chef maffieux, Yashka : Mikhail Lobukhin dont la maĂźtrise et la grĂące expressive restent simples, naturels, d’une Ă©vidente sincĂ©ritĂ© qui Ă©carte tout maniĂ©risme flatteur. En lui s’incarne l’idĂ©al masculin selon Grigorovitch, une danse virile, souple et Ă©lĂ©gante qui sait suggĂ©rer sans surloyer.  Le Corps de Ballet sublime la vitalitĂ© et la poĂ©sie habitĂ©e des ensembles que le chorĂ©graphe savait transcender, vĂ©ritable image d’une nation rĂ©unie, soudĂ©e, harmonieuse. On y croirait.
Pourtant Staline rejeta ce ballet trop occidentalisé, pas assez bolchévique.
dvd grigorovich choregraphe conteste polemique critique dvd review dvd par classiquenews belairclassiquesbac137La musique de Chostakovitch (jugĂ©e dĂ©cadente et brouillonne Ă  l’époque de la crĂ©ation), comme Ă  son habitude, sait exprimer l’ambivalence du tableau en apparence conforme : la trĂ©pidation rythmique vire souvent Ă  la mĂ©canique millimĂ©trĂ©e comme pour mieux dĂ©noncer allusivement la dĂ©shumanisation de l’homme par un art au pas. Le dvd a le mĂ©rite de mesurer toutes les significations d’un ballet plus riche qu’il n’y paraĂźt, postĂ©rieur aux grands succĂšs de Grigorovich : LĂ©gende d’amour, Spartacus, Ivan
 Superbe recrĂ©ation. Lecture Ă  complĂ©ter avec le DVD documentaire biographique dĂ©diĂ© Ă  Yuri Grigorovich, Ă©ditĂ© chez le mĂȘme label.

 

 

 

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DVD, compte rendu critique. Yuri Grigorovich : L’ñge d’or (1982). RecrĂ©ation, octobre 2016, Moscou, BolshoĂŻ. Avec Nina Kaptsova (Rita), Ruslan Skvortsov (Boris), Mikhail Lobukhin (Yashka) et Ekaterina Krysanova (Lyushka) 1 dvd BelAir classiques BAC 143 — CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

Les Musicales de Cambrai, du 4 au 12 juillet 2017

cambrai-festival-pave-publicitaire-12-juillet-2017Les Musicales de Cambrai : 4-12 juillet 2017. En juillet 2017, les dĂ©lices de Cambrai ont une saveur irrĂ©sistiblement 
 musicale. Au cƓur du dĂ©partement du Nord, Le Festival Les Musicales entend offrir au plus large public cambrĂ©sien, la passion de la musique classique en croisant l’expĂ©rience du concert avec quelques donnĂ©es clĂ©s : beautĂ© des sites qui accueillent les Ă©vĂ©nements, dĂ©voilement de jeunes talents, diversitĂ© de l’offre musicale quant aux formes, aux rĂ©pertoires, aux alliances et combinaisons de timbres. A partir du 4 et jusqu’au 12 juillet 2017, Cambrai propose un Ă©tĂ© musical, soit 9 soirĂ©es dans divers lieux de la ville : thĂ©Ăątre, Ă©glise Saint-GĂ©ry, musĂ©es (musĂ©e des beaux-arts, musĂ©e dĂ©partemental Matisse)
 A Cambrai plus qu’ailleurs, l’amour de la musique classique cultive le goĂ»t du partage, autour d’une langue universelle, celle du cƓur. Pour les nĂ©ophytes, les amateurs, et tous ceux qui ne se sentent pas concernĂ©s (surtout ceux lĂ ), le festival 2017, fidĂšle Ă  sa ligne artistique, dĂ©fend un Ă©clectisme rĂ©solument accessible. La 2Ăšme Ă©dition favorise la dĂ©couverte, le voyage, la rencontre : des « bords de scĂšne » permettront aux publics de retrouver les artistes, de mieux comprendre l’enjeux des programmes
 d’échanger, de discuter.

 

 

 

En juillet, Cambrai offre un bain de musique classique

9 Ă©tapes d’un voyage musical
conçu dans un esprit de partage, ouvert à tous

 

 

Musicales de Cambrai : du 4 au 12 juillet 2017

 

 

Jean-Pierre Wiart, directeur artistique du Festival souhaite gommer les faux rituels comme les usages Ă©litistes : la musique est un bien commun, destinĂ©e au plus grand nombre. GĂ©nĂ©rositĂ© et accessibilitĂ© sont les mots d’ordre de la nouvelle Ă©dition des Musicales de Cambrai 2017.
En rĂ©alitĂ© l’émergence du festival en juillet, profite des actions solidaires menĂ©es pendant toute l’annĂ©e dans la ville, Ă  l’adresse des cambrĂ©siens les moins directement concernĂ©s par la culture musicale. Il s’agit d’aller au devant des spectateurs les plus Ă©loignĂ©s du concert, de favoriser l’ouverture Ă  une musique qu’ils considĂšrent encore trop souvent comme inaccessible
 Chaque mois de juillet, l’esprit du festival Les Musicales prolonge ce dĂ©sir de partage, cette nĂ©cessitĂ© d’impliquer le plus grand nombre.

La programmation veille Ă  rĂ©unir des tempĂ©raments prometteurs, tĂȘtes d’affiche ou jeunes musiciens dĂ©jĂ  distinguĂ©s par les Concours internationaux
 Cette annĂ©e les chanteuses Karine Deshayes et Delphine Haidan, les instrumentistes François Chaplin (piano) et Pierre GĂ©nisson (clarinette) s’accordent pour un rĂ©cital exceptionnel (ThĂ©Ăątre de Cambrai, le 5 juillet, 20h : Lieder de Brahms, Spohr et Schubert, 3 Romances pour clarinette et piano de Robert Schumann

Autre temps fort du festival, la présence du Quatuor Modigliani au Théùtre (mardi 11 juillet, 20h), pour une soirée également mémorable dans un écrin idéal pour le répertoire abordé (Quatuors : opus 18 de Beethoven, opus 13 de Mendelssohn, Quintette pour clarinette et cordes KV 581, avec Pierre Genisson, clarinette).

Le festival majoritairement dĂ©diĂ© aux joyaux de la musique de chambre, excelle Ă  dĂ©mocratiser plusieurs cycles d’oeuvres mĂ©connues ou oubliĂ©es : ainsi le programme du jeudi 6 juillet Ă  20h : aux cĂŽtĂ©s de la cĂ©lĂšbre et virtuose Danse Macabre de Saint-SaĂ«ns (Ambroise Aubrun, violon / David Bismuth, piano), figurent les moins connus et jouĂ©s : Sonate pour violon et piano de Elgar, Nocturne piano / violon de Hahn, Quintette Fandango pour guitare (Emmanuel Rossfelder) et cordes, surtout l’éblouissant Quintette de CĂ©sar Franck, – le plus original des wagnĂ©riens. Certainement lĂ  encore, une soirĂ©e Ă  ne pas manquer.
Accent majeur de la ligne artistique des Musicales, la jeunesse et ses promesses se dĂ©voilent Ă  Cambrai et s’affirment mĂȘme, comme le dĂ©montrera entre autres, la « carte blanche » au violoniste dĂ©jĂ  citĂ© Ambroise Aubrun (dimanche 9 juillet 2017, 11h, MusĂ©e dĂ©partemental Matisse). Au programme : Sonates de Mozart, Schumann, Debussy
 (avec Mara Dobresco, piano).
La musique baroque n’est pas omise comme en tĂ©moigne le programme du mĂȘme jour, 9 juillet, un peu plus tard, Ă  15h en l’église Saint-GĂ©ry de Cambrai : Concerto « la Notte », Sonata « Al Santo Sepulcro » puis Stabat Mater de Vivaldi (Sara Laulan, soprano; ambroise Aubrun et GeneviĂšve Laurenceau, violons, 
).

 

 

cambrai-festival-musicales-de-cambrai-juillet-2017-presentation-par-classiquenews

 

 

Les Musicales de Cambrai sont une formidable aventure humaine, riche en complicitĂ©s artistiques ; les festivaliers retrouvent les artistes dĂ©jĂ  prĂ©sents en 2016, ainsi, entre autres tempĂ©raments dĂ©sormais Ă  retrouver et Ă  suivre Ă  Cambrai : Sarah Laulan (chant), Justus Grimm, Sevak Avanesyan (violoncelle), CĂ©limĂšne Daudet (piano), Emmanuel Rossfelder (Guitare), ou David Bismuth (piano)
 autant de personnalitĂ©s nettement identifiĂ©es que le festival aime Ă  rapprocher pour des alliances et complicitĂ©s instrumentales souvent Ă©patantes. Ainsi la soirĂ©e d’ouverture, le 4 juillet (ThĂ©Ăątre de Cambrai, 20h) cĂ©lĂšbre les noces de la jeunesse et de la musique intimiste (BĂ©nĂ©diction de Dieu dans la solitude de Liszt, Sonate n°2 violon / piano de Brahms, Trio en la mineur opus 50 de Tchaikovski)


 

 

 

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Informations et réservations sur le site des Musicales de Cambrai, du 4 au 12 juillet 2017, 9 jours de concerts à Cambrai

http://www.lesmusicales-cambrai.fr

 

 

 

cambrai-musiclaes-de-cambrai-presentation-du-festival-par-classiquenews-juillet-2017-concerts-musique-de-chambre-jeunes-talents

 

 

LILLE. Jean-Claude Casadesus dirige le Requiem de Verdi

verdi-requiem-casadesus-lille-stade-pierre-mauroy-juillet-2017-annonce-classiquenewsLILLE, Requiem de Verdi : ONL / Jean-Claude Casadesus, le 12 juillet 2017, 21h. Ecrin dĂ©cuplĂ© aux proportions Ă©tonnantes, le stade Pierre Mauroy Ă  Lille, est devenu familier des grands rendez vous classiques ; en juin, il s’agissait d’accueillir le concert des Prodiges et de la plus grande chorale du monde, retransmis sur France 2 (LIRE notre compte rendu complet de ce direct cathodique mĂ©morable du 2 juin 2017, prĂ©sentĂ© par l’excellente Marianne James). Ce 12 juillet, Ă  l’échelle du colossal toujours (le stade Pierre Mauroy accueille jusqu’à 30 000 spectateurs comme ce fut le cas prĂ©cĂ©demment), Jean-Claude Casadesus chef fondateur de l’Orchestre National de Lille interprĂšte le Requiem de Verdi, l’une des partitions spirituelle les plus bouleversantes Ă©crites sur le thĂšme de la mort. ColĂšre divine, priĂšre pour le salut des dĂ©funts
 la partition convoque les tourments et l’espĂ©rance des hommes face Ă  la faucheuse, sollicitant la misĂ©ricorde divine au moment du Jugement dernier. C’est donc en sĂ©quences clairement dĂ©finies, alternant solos, duos, quatuors de solistes, somptueuses et fracassantes vagues chorales un opĂ©ra sacrĂ© Ă  l’échelle du collectif comme de la priĂšre individuelle.

Vague verdienne en juin 2014A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poĂšte italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulĂ©, admirĂ© d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opĂ©ra sacrĂ© : c’est l’acte d’humilitĂ© d’une humanitĂ© atteinte et saisie face Ă  l’effrayante mort ; l’idĂ©e du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve Ă  la fois collective (avec le formidable chƓur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (priĂšre du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer Ă  grand fracas la certitude face Ă  la mort et Ă  l’irrĂ©pressible anĂ©antissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.
D’abord entonnĂ© en duo (soprano et alto), l’Agnus dei tĂ©moigne du sacrifice de JĂ©sus, priĂšre Ă  deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthĂ©rien, toute la foule rassemblĂ©e, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opĂ©ratique contrastĂ©, Verdi enchaĂźne la lumiĂšre du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblĂ©s en armĂ©e), qui s’achĂšve en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rassĂ©rĂ©nĂ© : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos Ă©ternel, et que la lumiĂšre brille Ă  jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prĂ©pare Ă  la mort, frĂšre pour les autres, Ă©gaux et mortels, Ă  la fois vaincus et victorieux de l’expĂ©rience de tous les mourants qui ont prĂ©cĂ©dĂ©s en d’identiques souffrances.
Il faut absolument Ă©couter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’AgnĂšs Baltsa pour mesurer ce rĂ©alisme individuel, – emblĂšme de l’expĂ©rience plutĂŽt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chantĂ© par la contralto d’une dĂ©chirante intensitĂ©, priĂšre en humilitĂ©, le chant ainsi conçu frappe immĂ©diatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume et la profonde peine ; entonnant avec le chƓur rassemblĂ©, concentrĂ©, Ă©mu, les derniĂšres paroles du Libera me, la soprano exprime le tĂ©moignage de la souffrance qui nous rend Ă©gaux et frĂšres ; en elle, retentit l’expĂ©rience ultime ; son air s’accompagne d’une espĂ©rance plus tendre, emblĂšme de la compassion pour les dĂ©funts, tous les dĂ©funts.

Croyant ou non, l’auditeur ne peut ĂȘtre que frappĂ© par la haute spiritualitĂ© de ce Requiem Ă©laborĂ© Ă  l’échelle du colossal et de l’intime, oĂč les gouffres et les blessures nĂ©s du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscĂ©ral.

 

 

RECONCILIER GIGANTISME ET SINCERITE D’UNE PRIERE individuelle et collective. Dans un dispositif accoustiquement ajustĂ©, Jean-Claude Casadesus et son orchestre (le National de Lille) abordent le Requiem de Verdi avec cette maĂźtrise des grands effectifs et des plans Ă©tagĂ©s, prĂ©cĂ©demment dĂ©montrĂ©e, et convaincante dans, par exemple, son superbe disque de la Symphonie RĂ©surrection de Gustav Mahler / CD enregistrĂ© en novembre 2015, CLIC de CLASSIQUENEWS 2016… Rien n’égale les proportions du stade Pierre Mauroy Ă  Lille : le Requiem de Verdi aux proportions impressionnantes (choeur de 100 chanteurs, orchestre philharmonique, 4 solistes) et qui dure prĂšs de 2h semble idĂ©al pour une telle cĂ©lĂ©bration collective. Le Dies irae entre autres sĂ©quences chorales, impose une fureur Ă©gale au Requiem de Berlioz, fracassant, impĂ©tueux, dĂ©chirant par son rĂ©alisme tragique et tourmentĂ©. Il s’agit certes de la colĂšre divine (Ă©vocation du Jugement dernier) mais surtout de la force volcanique et Ă©ruptive d’un choeur dĂ©chainĂ©. L’expĂ©rience tentĂ©e par l’Orchestre National de Lille et son chef fondateur rĂ©unit 300 participants, c’est la 3Ăš de ce type, alliant le pharaonique et l’intense ferveur d’une Ɠuvre qui frappe par sa justesse et sa force tragique.

 

 

casadesus-jean-claude-maestro-salome-strauss-extase-concert-critique-compte-rendu-mathis-coseaux-classiquenews

 

 

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REQUIEM DE VERDI
Le 12 juillet 2017, 21h
LILLE, Stade Pierre Mauroy

Orchestre National de Lille,
ChƓur rĂ©gional Nord-Pas-de-Calais
ChƓur Nicolas de Grigny – Reims,
4 solistes lyriques
Jean-Claude Casadesus, direction

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

CarrĂ© Or : 60€
Cat.1 : 45€
Cat. 2 : 30€
Cat. 3 : 20€
Cat. 4 : 10€

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(1) Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ira / Voici que je tremble et que j’ai peur devant le jugement qui approche et la colĂšre qui doit venir (partie la plus dĂ©chirante du Libera me final)

 

 

verdi jean claude casadesus-Requiem

 

 

 

Illustrations : Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte / Orchestre national de Lille 2016

 

CD, annonce & critique. ÉRIK SATIE par SĂ©bastien Llinares, guitare (1 cd Paraty)

llinares-sebastien-erik-satie-transcription-pour-guitare-cd-annonce-cd-review-critique-cd-par-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-de-mai-2017-Paraty_106415_HM_couvCD, annonce & critique. ÉRIK SATIE par SĂ©bastien Llinares, guitare (1 cd Paraty). EnregistrĂ© Ă  Tournus (France, en octobre 2016), le nouvel album discographique du guitariste français SĂ©bastien Llinares saisit par l’audace de son geste musical : un Ă©largissement du rĂ©pertoire pour la guitare qui « ose » transcrire Gnosiennes (1 Ă  6), GymnopĂ©dies (1 et 2), Parades (6 Ă©pisodes revisitĂ©s) d’Erik Satie, l’inclassable, le mystĂ©rieux alchimiste de la musique
 pour les seules cordes de la divine guitare. Tous les arrangements et transcriptions sont de SĂ©bastien Llinares lui-mĂȘme (on est jamais mieux servi que par soi-mĂȘme), avec aussi l’irrĂ©sistible sensualitĂ© extatique hypnotique de « Je te veux »  mĂ©lodie qui fit les dĂ©lices de Jessye Norman Ă  Paris, et ici jouĂ©e mĂ©ticuleusement « cabaret ». Un must. En finesse et sobriĂ©tĂ©.
DIVINES TRANSCRIPTIONS… En dĂ©coule ce cd admirable de bout en bout, par sa divine musicalitĂ©, son Ă  propos qui a du chien et de la poĂ©sie, rĂ©alisant suprĂȘme dĂ©fi, un temps suspendu, Ă©tirĂ©, hors de toute nĂ©cessitĂ©, hors de tout effet / affect trompeur (comme l’esthĂ©tisme rĂ©aliste des photos en illustration du livret, lui aussi « essentiel »). Erik Satie aurait-il Ă©tĂ© charmĂ© par les cordes sensibles du guitariste ? certainement. Chez Satie, Llinares rĂ©veille le nostalgique infiniment rĂȘveur et le visionnaire qui bouscule, encore et toujours, tous les conformismes. « Erik Satie est un personnage janusien et paradoxal », prĂ©cise le guitariste. Ici l’artifice dĂ©pouille le rĂ©el et l’illusion de la sĂ©duction
 pour creuser le temps, atteindre l’essence, et entre temps troubler la perception du temps et de l’espace. Sans la rĂ©sonance du piano, les cordes vibrent et bercent pourtant, dĂ©voilant un « nouveau » Satie, plus essentiel que jamais : franc, direct, juste. Ce dĂ©jĂ  3Ăšme cd de SĂ©bastien Llinares chez Paraty, confirme une belle sensibilitĂ©, Ă  l’écoute, ambassadrice des formes sublimĂ©es d’un Satie, divin perturbateur, un intimiste fulgurant qui cible directement au cƓur. TouchĂ© !Coup de cour de la RĂ©daction. CLIC de classiquenews de mai 2017.

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CLIC_macaron_2014Cd Ă©vĂ©nement, annonce & critique. ERIK SATIE par SĂ©batien Llinares, guitare – enregistrĂ© en octobre 2016 Ă  Tournus (France). 1 cd PARATY 106415. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017 – durĂ©e : 52 mn.

LIRE aussi notre ENTRETIEN exclusif avec SĂ©bastien Llinares Ă  propos de son nouvel album ERIK SATIE : “recrĂ©er Satie” (1 cd PARATY)

CD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-ténor. Arias for Nicolino (1 cd Arcana, 2015).

cd arias for nicolino carlo viscoli 17352457_1695302194102281_3431359531046810010_nCD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-tĂ©nor. Arias for Nicolino (1 cd Arcana, 2015). L’on ne connaĂźtra jamais le timbre exacte du castrat napolitain Nicolo Grimaldi dit « Nicolini » nĂ© en 1673 dans la citĂ© partĂ©nopĂ©enne, et dĂ©cĂ©dĂ© en 1732. Son chant rayonnant a marquĂ© l’histoire de la opĂ©ra baroque italien, Ă©tant le crĂ©ateur pour Haendel d’Amadigi et Rinaldo. Autant acteur que chanteur, le « divo » avait ouvert la voix Ă  ses cadets, les Carlo Broschi (Farinelli), Gaetano Majorano (Caffarelli), ou Giovanni Carestini. Probablement proche du timbre historique et lĂ©gendaire, Ă  la fois mĂ©tallique et large, le contre-tĂ©nor italien Carlo Vistoli surprend ici dans un rĂ©cital oĂč plus d’un se serait casser 
 la voix. Les airs et compositeurs ici abordĂ©s, retracent en rĂ©alitĂ© la carriĂšre du Napolitain lĂ©gendaire auquel le contre-tĂ©nor Ă©galement nĂ© Ă  Naples, apporte une flamme palpitante et maĂźtrisĂ©e.
DĂšs son « Cara sposa » de Rinaldo de Haendel, premier air d’un cycle rĂ©jouissant, le chanteur assure une intensitĂ© dramatique qui surclasse parfois quelques imprĂ©cisions en justesse et articulation. VĂ©tilles
 si l’on analyse l’intonation du chanteur, interprĂšte Ă  la fois Ă©clatant, d’une fragilitĂ© expressive qui rĂ©tablit toute l’ivresse sensible du texte et de la sĂ©quence psychologique. D’autant que l’ensemble qui le porte, – nouvelle phalange instrumentale, « Talenti Vulcanici », dirigĂ© par Stefano Demicheli, suit le soliste dans une incarnation jamais appuyĂ©e, qui est intelligemment graduĂ©e. L’aciditĂ© nuancĂ©e, le volume sonore aux harmonies riches promettent bientĂŽt de belles prises de rĂŽles sur scĂšne.
Sur le plan purement instrumental, l’écoute se dĂ©lecte tout autant des pĂ©riodes musicales, – elles aussi finement nĂ©gociĂ©es, – ouverture d’Arsace de Sarro, et surtout trĂšs belle ivresse suspendue de l’ouverture de Rinaldo (gigue percutante, enchantĂ©e, « libre »).

De plus en plus intense, d’une intĂ©rioritĂ© expressive hallucinĂ©e, le contre tĂ©nor affirme une belle tension dramatique dans l’exceptionnel air de Rinaldo : «  Cor ingrato », entre le dĂ©sespoir et l’amertume la plus absolue. Jusqu’au bout du souffle, sur une ligne parfois improbable, le vocaliste sculpte sa ligne comme un funambule : vraie proie dĂ©munie, impuissante d’un amour qui dĂ©vaste ; c’est le point culminant du programme oĂč le chanteur atteint une justesse Ă©motionnelle captivante, sachant demeurĂ© toujours dans le texte.

TrĂšs sĂ»r, d’une fragilitĂ© proche de l’instabilitĂ© Ă©motionnelle du texte, son Scarlatti Ă©blouit par une incandescence Ăąpre et ciselĂ©e trĂšs convaincante (premier air « Quando vedrai » / Il Cambise de 1719), vraie jubilation Ă  l’écoute.

Révélation vocale

Timbre acidulé, expressif, chant nuancé et medium riche,
le jeune contre-ténor Carlo Vistoli captive

MĂȘme dans une sĂ©quence plus guerriĂšre, qui exige abattage et virtuositĂ©, le contre tĂ©nor sait confirmer sa maĂźtrise et sa caractĂ©risation hĂ©roĂŻque (2Ăš air du mĂȘme Alessandro Scarlatti : « Mi cinga la fama »).

vistoli carlo contre tenor portrait sur classiquenews arias for Nicolino castrat napolitain cd critique et annonce 280_0_4621231_151463TrĂšs idiomatiques de la Naples lyrique des annĂ©es 1730 (dans les chantournements langoureux, suaves des cordes), les deux airs de Salustia (1732) de Pergolesi dĂ©montre l’art du legato, l’ampleur du medium chaleureux, sa richesse expressive aussi ; de toute Ă©vidence, le chanteur sait articuler et habiter son texte, c’est Ă  dire l’éclairer d’une force Ă©motionnelle juste, tout en exprimant aussi le caractĂšre de la situation dramatique. Le premier (le plus long du programme avec « Cara sposa » de Haendel d’ouverture), « Al real piede ognora », impose un tempĂ©rament dramatique doublĂ© d’une aisance Ă  varier sa palette expressive. Parfois Ă  la peine dans la tenue des vocalises et des mĂ©lismes en cascades (prĂ©cision Ă©prouvĂ©e, souffle court), son « Venti, turbini, prestate » (dernier extrait de Rinaldo de Haendel), le chanteur affiche une intensitĂ© juvĂ©nile trĂšs percutante et lĂ  encore, nuancĂ©e, capable d’une variĂ©tĂ© d’accents que peu de ses confrĂšres, y compris les plus mĂ©diatisĂ©s, peuvent dĂ©velopper. C’est donc une rĂ©vĂ©lation majeure, le dĂ©voilement d’un jeune tempĂ©rament Ă  fort potentiel. A suivre, en particulier dans une production intĂ©grale oĂč le jeu scĂ©nique de l’interprĂšte se rĂ©vĂ©lera. Ou pas.

CLIC_macaron_2014Seule rĂ©serve du prĂ©sent album, le choix esthĂ©tique qui place la voix assez loin du micro, perdant le travail sur l’intonation et l’articulation ; mais surtout pourquoi avoir surlignĂ© la rĂ©verbĂ©ration qui impose la rĂ©sonance de l’église plutĂŽt que la mĂątitĂ© du thĂ©Ăątre ? Nonobstant ces petites remarques, le rĂ©cital de Carlo Vistoli pour Arcana remporte haut la main notre CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017. Le feu juvĂ©nile, le brillant expressif de la voix saisit immĂ©diatement.

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CD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-tĂ©nor. Arias for Nicolino. Handel, Sarro, Pergolesi, A. Scarlatti — I Talenti Vulcani / Stefano Demicheli, direction (1 cd Arcana A 427, enregistrement rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2015 Ă  Naples). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

CD, compte-rendu critique. MAHLER : Das lied von der Erde / Le chant de la Terre. Wiener Philharmoniker. Jonas Kaufmann, ténor. Jonathan Nott, direction (1 cd SONY classical)

mahler jonas kaufmann cd der lied von der erde cd classiquenews critique cd cd reveiw kaufmann mahler classiquenews annonceCD, compte-rendu critique. MAHLER : Das lied von der Erde / Le chant de la Terre. Wiener Philharmoniker. Jonas Kaufmann, tĂ©nor. Jonathan Nott, direction (1 cd SONY classical). Incroyable gageure pourtant prĂ©parĂ©e depuis des dĂ©cennies car il avait Ă  coeur de rĂ©aliser ce marathon lyrique et symphonique depuis son adolescence : Jonas Kaufmann chante l’intĂ©gralitĂ© des lieder du Chant de la Terre, bouleversante fresque lyrique et orchestrale de Gustav Mahler, composĂ©e en une pĂ©riode trĂšs Ă©prouvante pour la compositeur juif du dĂ©but du XXĂš – le plus grand symphoniste germanique alors avec Richard Strauss. En tĂ©moignent les poĂšmes dĂ©chirants sur l’existence et la condition humaine que Mahler met en musique avec une frĂ©nĂ©sie extatique, Ă  la fois symboliste et expressionniste ; partition majeure d’un auteur qui a perdu sa fille, apprend qu’il est virĂ© de ses fonctions comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne (alors qu’il y menait une rĂ©forme inouĂŻe, tant en terme de rĂ©pertoire que de conditions nouvelles pour assister aux concerts symphoniques et aux opĂ©ras
), c’est aussi l’époque oĂč Mahler, condamnĂ©, apprend qu’il est atteint d’un mal incurable aux poumons.

 

 

 

chantre de l’ñme humaine , diseur hallucinĂ©, chanteur poĂšte d’une irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©

JONAS KAUFMANN sublime le Chant de la Terre de Mahler

 

 

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionLa partition est parcourue de doutes et d’inquiĂ©tudes : ceux d’un homme usĂ©, en proie aux visions du gouffre profond car Mahler est malade, atteint, physiquement dĂ©muni quasiment au fond du dĂ©sespoir. Au moment de la composition de sa 9Ăš Symphonie (avec voix) soit Ă  l’étĂ© 1908, isolĂ©, solitaire, dans son cabanon de Toblach, obligĂ© aux marches lentes, – un comble pour ce grand marcheur, il a le temps de rĂ©flĂ©chir Ă  sa condition misĂ©rable : dĂ©pression terrifiante, crise personnelle et sentiment d’une insondable douleur, en liaison avec l’Ă©chec de son couple avec la trĂšs volage Alma, adoucies cependant par le rĂ©confort d’une musique d’une douceur maternelle. Ici les Ă©clairs Ă©perdus voisinent avec des accents de pur lyrisme halluciné  L’écart des Ă©motions est d’une infinie diversitĂ©, au diapason d’une Ăąme foudroyĂ©e.

ViscĂ©ralement autobiographique, l’Ă©criture joue des nuances symbolistes, impressionnistes, expressionniste
 Ă©lĂ©ments fascinants de ce creuset magique qui compose l’attrait d’une imagination symphonique aussi exceptionnelle que peut l’ĂȘtre Ă  la mĂȘme Ă©poque celle de son confrĂšre Richard Strauss. Ses partisans soulignent la sincĂ©ritĂ© d’une langage bouleversant. Ses dĂ©tracteurs fustigent plutĂŽt la vulgaritĂ© d’une Ă©criture qui s’autoproclame en martyr du XXĂš.

DouĂ© d’une articulation inouĂŻe, c’est Ă  dire naturellement caractĂ©risĂ©e, harmonieusement riche, le tĂ©nor Jonas Kaufmann parvient d’une seule voix Ă  rompre la monotonie annoncĂ©e,- soit la couleur linĂ©aire d’une voix unique. L’illustre tĂ©nor compense la prĂ©sence plus familiĂšre dans le cycle, des deux voix, masculine et fĂ©minine, si diffĂ©renciĂ©es. Et qui apportent la vĂ©ritĂ© propre de chaque timbre. Ici pourtant
 comme un monologue d’une infinie variĂ©tĂ© de sentiments, 
 mĂȘme Ă©tonnantes couleurs, mĂȘme palette expressive d’une intensitĂ© stupĂ©fiante. Le tĂ©nor munichois exprime cette dĂ©sespĂ©rante lyre, ponctuĂ©e d’accalmies profondes et fugaces (plage 2 : poĂ©sie Ă©lĂ©gante et introspective en lien avec les images des poĂšmes chinois originels). S’il s’agit bien de poĂ©sie chinoise, rien d’oriental, cependant dans le traitement musical, dans cette succession de confessions intimes et hallucinĂ©es.

 

 

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MĂȘme le dernier hymne (sublime chant de la fin, du renoncement, de l’anĂ©antissement assumĂ© et conscient : « Der Abschied », L’adieu) oĂč se fondent l’un Ă  l’autre, et le temple de la nature et les aspiration de l’homme en tĂ©moin dĂ©muni, cite il est vrai la flĂ»te du poĂšte extrĂȘme-oriental ; mais ce qui inspire manifestement Mahler, c’est la justesse de l’évocation naturaliste ; car entre tentative panthĂ©iste et assimilation de l’ĂȘtre au milieu pastoral suscitĂ©, paysage naturel et paysage mental ne font qu’un ici. Et l’orchestre, scintillant, perlĂ©, magnifiquement orfĂ©vrĂ© par la direction pointilliste et chambriste de Jonathan Nott accentue la rĂ©sonance climatique aux paroles du narrateur-acteur.
Symphonie avec voix, le dernier poĂšme musical “L’adieu” fouille ainsi les trĂ©fonds de l’Ăąme atteinte, en quĂȘte de reconnaissance comme de structuration intime. Il n’est guĂšre que Dvorak dans son Stabat Mater qui atteint une telle gravitĂ© Ă  la fois sincĂšre et lugubre ; d’autant plus bouleversante que le chant de Kaufmann du dĂ©but Ă  la fin, sait rester jusqu’Ă  la derniĂšre mesure, d’une simplicitĂ© allusive, littĂ©ralement prodigieuse.
Jamais dĂ©monstratif ni outrĂ© au diapason de la clarinette grave, de la harpe, puis portĂ© vĂ©ritablement par les ailes angĂ©lique de la flĂ»te, ici pilote thurifĂ©raire au chanteur-diseur, le chant dĂ©sespĂ©rĂ© traverse les enfers, atteint les limbes salvatrices, trouve les ressources de sa propre sublimation. Le cheminement des tĂ©nĂšbres vers l’Ă©clat d’un paradis musicalement tangible peut se rĂ©aliser grĂące au tĂ©nor qui n’a jamais Ă©tĂ© aussi juste et vrai ni mieux inspirĂ© que dans ce cycle superlatif. A la fois enivrĂ© et dĂ©sespĂ©rĂ©, hallucinĂ© et hypnotique, Jonas Kaufmann nous ensorcĂšle par l’humanitĂ© de son chant maĂźtrisĂ©. BOULEVERSANT. Clic de Classiquenews d’avril 2017. LIRE aussi notre annonce du cd Jonas Kaufmann chante seul le Chant de la Terre / Das Lied von der Erde de Gustav Mahler (Sony classical)

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. Jonas Kaufmann chante les 6 lieder du Chant de la Terre (Der lied von der Erde) / Wiener Philharmoniker. Jonas Kaufmann, tĂ©nor. Jonathan Nott, direction — 1 cd Sony classical (Vienne, juin 2016) — CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

CD, compte rendu critique. PUCCINI : TOSCA (1963). Leontyne Price (Karajan, 2 cd DECCA)

karajan leontyne price tosca di stefano corena TOSCA PUCCINI classiquenews cd review cd critiqueCD, compte rendu critique. PUCCINI : TOSCA (1963). Leontyne Price (Karajan, 2 cd DECCA). TOSCA, Puccini : Leontyne Price (Karajan, 1963). En 1963, Ă  32 ans, Leontyne Price, soprano lĂ©gendaire par son timbre incandescent, idĂ©al dans le portrait d’amoureuse passionnĂ©e qu’est la chanteuse Flora Tosca, a soufflĂ© en fĂ©vrier 2017, ses
90 ans. Pour cĂ©lĂ©brer son anniversaire, Decca rĂ©Ă©dite en son remastĂ©risĂ© la lĂ©gendaire Tosca de Karajan, Ă  l’esthĂ©tique soignĂ©e qui comprend entre autres cette spatialisation particuliĂšre de l’enregistrement : une conception dĂ©jĂ  cinĂ©matographique avec plans Ă©tagĂ©s, conçu par le producteur le plus important de la firme Decca, John Cushaw, (photo ci dessous) celui-lĂ  mĂȘme qui pilotera bientĂŽt en 1965, la premiĂšre tĂ©tralogie de Wagner en stĂ©rĂ©o avec Sir Georg Solti (une « premiĂšre » mondiale devenue elle aussi lĂ©gendaire). Le traitement particulier du son orchestral, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et d’un rare souffle Ă©pique, rĂ©vĂšle tout ce travail de la nuance et de la couleur ouvragĂ© par un Karajan orfĂšvre. D’autant qu’ici, les instrumentistes du Philharmonique de Vienne font crĂ©piter et palpiter une partition dĂ©jĂ  picturale et
 cinĂ©matographique. Le velours embrasĂ© de Price subjugue ; le timbre de Di Stephano (Mario) comme celui Corena (le Sacristain au I) ne sont pas aussi clairs et vocalement souples que la diva noire mais ici, le maĂźtre mot est « vĂ©rité », et surtout « thĂ©Ăątre », ce qui ne veut pas dire « pathos », loin de lĂ . Les coups de (vrai) canon, les cloches (vĂ©ritables elle aussi : pas de clochettes Ă©vocatrices sorties de la fosse en pendeloques), le chant du berger d’une inspiration climatique
 restituent l’arriĂšre plan historique et social de la solti-culshaw-ring-wagner-DECCA-1958-1964-presentation-critique-classiquenewstragĂ©die de Tosca et Mario ; les deux artistes idĂ©alistes bonapartistes, sont bien les victimes de la machine sadique d’un prĂ©fet royaliste trop zĂ©lĂ© et animĂ© par la haine et la jalousie (trĂšs correct Giuseppe Taddei, Ă  la fois carnassier et brutal, au II, dans sa confrontation bestiale avec la belle et pieuse amoureuse). L’orchestre fourmille et scintille dans un Ă©crin sonore spatialisĂ© d’une ampleur rĂ©jouissante, que le son remastĂ©risĂ© (24 bit / 96 khz), et ici en bluray High Fidelity pure audio, magnifie encore. Pourquoi n’enregistre t on plus d’opĂ©ra avec cette qualitĂ© spatiale et ce sens du dĂ©tail qui sculpte chaque timbre instrumental. La rĂ©Ă©dition s’impose, magistrale. Plus de 50 ans aprĂšs la rĂ©alisation de cet enregistrement viennois. Un must absolu et Ă©videmment un « CLIC » de CLASIQUENEWS de mars 2017.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. PUCCINI : TOSCA (1963). Leontyne Price, Giuseppe di Stephano, Giuseppe Taddei
 Wiener Philharmoniker. Herbert von Karajan, direction. 2 cd DECCA 4831486 + 1 blu ray rĂ©Ă©dition remastĂ©risĂ© 24 bit – 96 khz. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

Cervantes et Don Quichotte Ă  l’OpĂ©ra de Tours

cervantes miguel-de-cervantesTOURS, OpĂ©ra. L’Homme de la Mancha, les 24,25 et 26 mars 2017. L’AUTEUR FAIT L’ACTEUR : CervantĂšs est Don Quichotte. Alors qu’il est emprisonnĂ© avec son valet, CervantĂšs prĂ©sente un spectacle de son cru Ă  ses compagnons en geĂŽle : il joue Alonzo Quijana, hobereau de campagne fascinĂ© par les romans de chevalerie et devient le chevalier errant Don Quichotte, l’Homme de la Mancha ; avec son valet Sancho, il affronte « l’insupportable monde ». Vaincu par un gĂ©ant (en rĂ©alitĂ© un moulin Ă  vent), Don Quichotte pĂ©nĂštre dans un chĂąteau – (une modeste auberge), – pour y ĂȘtre adoubĂ©. Espoir et imagination du hĂ©ros n’ont guĂšre de limites

Les prisonniers joueront aux cĂŽtĂ©s de CervantĂšs l’Aubergiste, les Muletiers, la prostituĂ©e Aldonza dont Don Quichotte tombera fou amoureux (chant d’amour Ă  Dulcinea). Alors qu’il s’est dĂ©clarĂ© Ă  sa belle, Don Quichotte est adoubĂ© « Chevalier Ă  la triste figure ». A la fin, reprenant la route contre l’insupportable rĂ©alitĂ©, Don Quichotte se dresse et meurt. Ainsi vivent les hommes portĂ©s (ou non) par leur rĂȘve, sans comprendre au juste qu’il est bon d’inventer la vie plutĂŽt que subir l’ignoble rĂ©alitĂ©. La comĂ©die musicale de Mitch Leigh, « Man of La Mancha » – crĂ©Ă©e en 1965 et chantĂ©e ici par des chanteurs d’opĂ©ra, est une rĂ©flexion sur le pouvoir de l’imaginaire et l’illusion thĂ©Ăątrale, les possibles que permet musique et chant, action et poĂ©sie.

 

 

Cervantùs est Don Quichotte
 en français dans le texte

LibertĂ© de penser, d’écrire, d’imaginer

 

 

L'Homme de la Mancha à l'Opéra de Tours

 

 

On doit Ă  Mitch Liegh le cĂ©lĂšbre roman adaptĂ© au cinĂ©ma: « Vol au dessus d’un nid de coucou », Le spectacle associe la vie de CervantĂšs (emprisonnĂ©, excommuniĂ©, perdant l’usage du bras gauche lors de la Bataille de LĂ©pante, puis qui finit esclave
!) et les Ă©lĂ©ments de la vie de son hĂ©ros, Don Quichotte. La geĂŽle de CervantĂšs devient thĂ©Ăątre des possibles pour son hĂ©ros, Don Quichotte. Le pouvoir de l’imagination libĂšre la pensĂ©e entravĂ©e
 L’OpĂ©ra de Tours prĂ©sente la version française du livret Ă©crite par Jacques Brel (pour la version française de l’ouvrage, crĂ©Ă©e Ă  Bruxelles en 1968, avec Brel en Cervantes / Quichotte). Point d’orgue du spectacle, la cĂ©lĂšbre chanson « L’impossible rĂȘve » qui concentre Ă  elle seule toute l’ambition de Dale Wasserman (le librettiste original) de revisiter dans cet ouvrage le thĂšme fascinant de Don Quichotte : entre dĂ©lire et rĂȘve, folie et libĂ©ration.

 

 

 

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L’Homme de La Mancha de Mitch Leigh,
Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Comédie musicale
Livret de Dale Wasserman
Music by Mitch Leigh | Lyrics by Joe Darion
Création le 24 juin 1965 au Goodspeed Opera House

boutonreservationVendredi 24 mars 2017 – 20h
Samedi 25 mars 2017 – 20h
Dimanche 26 mars 2017 – 15h

 

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr
Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

Direction musicale : Didier Benetti
Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda

Cervantes / Don Quichotte : Nicolas Cavallier
Sancho Pança : Raphael Brémard
Aldonza / Dulcinea : Estelle DaniĂšre
Antonia : Ludivine Gombert
Le Gouverneur / L’aubergiste : Frank T’HĂ©zan
Le Duc / Chevalier aux miroirs / Dr Carrasco : Jean François Vinciguerra
La Gouvernante : Christine Solhosse
Maria / Fermina : Eleonore Pancrazi
Le barbier : Philippe Ermelier
Le Padre : Jean-Philippe Corre
Pedro : Yvan Sautejeau*
Anselmo : Mickaël Chapeau*
José : Jean Marc Bertre*
Tenorio : Emmanuel Zanarolli*
Les muletiers : Jean Michel MounĂšs* et Sylvain Bocquet*

*Artistes des Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

LIEGE. JĂ©rusalem de Verdi

LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi LIEGE. Verdi : JĂ©rusalem. 17-25 mars 2017. Pour la scĂšne parisienne, Verdi reprend et adapte en 1847, son ancien drame I Lombardi crĂ©Ă© 3 ans plus tĂŽt ; rĂ©alise JĂ©rusalem, nouveau jalon du grand opĂ©ra français oĂč brille le relief introspectif, bouleversant d’un seul personnage, vĂ©ritable hĂ©ros imprĂ©vu du drame sacrĂ© en Palestine, Roger, le frĂšre du Comte de Toulouse. Au dĂ©but la rĂ©conciliation doit ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e par le mariage de la fille du Comte de Toulouse, HĂ©lĂšne, avec Gaston dont la jeune femme est totalement Ă©prise. C’est compter sans les coups bas de Roger, frĂšre du Comte, qui aime furieusement sa niĂšce : il commandite l’assassinat de Gaston. Mais le mercenaire tue le Comte (par le truchement d’un manteau blanc dans la chapelle) : Roger fait condamner Gaston pour le meurtre de son frĂšre.

Acte II. En Palestine, 25 ans aprĂšs les faits, Roger rongĂ© par le remords, vit en Ermite. HĂ©lĂšne recherche de son cĂŽtĂ© Gaston qui est prisonnier de l’Emir de Ramala, qui s’empare aussi d’HĂ©lĂšne.

Acte III. Au Harem de l’Emir, les femmes arabes se moquent d’HĂ©lĂšne. Pour la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris, Verdi Ă©crit l’un de ses plus beaux ballets, d’une frĂ©nĂ©sie rythmique nerveuse et d’un orientalisme suave
 Mais les CroisĂ©s attaquent l’Emir : ils ont Ă  leur tĂȘte le Comte de Toulouse qui a Ă©tĂ© sauvĂ© de l’assassinat perpĂ©trĂ© contre lui : il libĂšre HĂ©lĂšne et Gaston, demandant Ă  la premiĂšre de quitter le traĂźtre : elle refuse. Le Comte maudit sa fille et condamne Gaston Ă  ĂȘtre dĂ©gradĂ© puis exĂ©cutĂ©. AprĂšs la Bataille pour JĂ©rusalem menĂ© par les CroisĂ©s et le Comte de Toulouse, qui en sortent victorieux, Gaston casque baissĂ© se dĂ©voile : il se rĂ©vĂšle au Comte qui a demandĂ© qui Ă©tait ce preux Ă  l’audace exemplaire. Surgit Roger l’ermite pĂ©nitent qui apprend Ă  tous le terrible secret et la vĂ©ritĂ© : c’est lui qui a tentĂ© de tuer son frĂšre, accuser Ă  torts Gaston pour Ă©pouser sa niĂšce. Roger entrevoit une ultime fois JĂ©rusalem

Vague verdienne en juin 2014MalĂ©diction et acharnement (sur Gaston), Ă©treintes puis sĂ©parations dĂ©chirantes (entre HĂ©lĂšne et le mĂȘme Gaston), remords du coupable (Roger en faux ermite), dĂ©voilement dramatique de la vĂ©rité  l’opĂ©ra JĂ©rusalem est un ouvrage captivant grĂące Ă  son souffle historique et sacrĂ©, exigeant des solistes et des choeurs de fabuleuses scĂšnes d’ivresse Ă©motionnelle, individuelle et collective. Verdi qui n’a jamais Ă©crit de symphonie, prouve la qualitĂ© de son inspiration dans le fameux ballet du III.
Le compositeur, dramaturge nĂ©, Ă©gal dans le traitement des grandes scĂšnes collectives comme dans le relief des profils plus introspectifs, affirme la puissance de son Ă©criture lyrique dans JĂ©rusalem destinĂ©e Ă  la scĂšne parisienne – crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, en novembre 1847, qui reprend en rĂ©alitĂ© la matiĂšre musicale et aussi l’intrigue de son opĂ©ra prĂ©cĂ©dent en italien, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en fĂ©vrier 1843 (I Lombardi).
Ici, la lyre sentimentale de Verdi cultive les splendides mĂ©tamorphoses : si les justes amants HĂ©lĂšne et Gaston sont empĂȘchĂ©s, Ă©prouvĂ©s, « tragiques », le coupable – Roger, responsable de leurs Ă©preuves et menteur Ă©hontĂ©, apprend la compassion, le remords, et la confession publique. L’opĂ©ra s’il s’intitule JĂ©rusalem, en cristallisant la vision finale du criminel, et relatant les jalons de son itinĂ©raire de la jalouse fĂ©lonie Ă  la rĂ©pentance ultime, aurait certainement pu s’appeler Roger. Un titre certainement moins porteur que la citĂ© cĂ©leste dĂ©fendue, recherchĂ©e, reconquise par les CroisĂ©s


Roger est le vrai héros de Jérusalem
un rĂŽle passionnant pour les barytons-basses verdiens

De fait, Verdi offre ici aux barytons-basses, un rĂŽle passionnant qui peut voyager entre regrets, haine, jalouse dĂ©testation, puis compassion et tiraillements introspectifs
 jusqu’à l’ultime scĂšne oĂč Ă©clate l’aveu de la vĂ©ritĂ© qui libĂšre : de toute Ă©vidence, le vrai grand rĂŽle de cet opĂ©ra qui Ă©blouit par sa comprĂ©hension des enjeux du grand opĂ©ra Ă  la française, demeure celui de Roger.

Pour Paris, le livret de Solera est réécrit et favorise désormais les croisés toulousains plutÎt que les Lombards.
A l’OpĂ©ra de Paris, corps de ballet de danseurs, grand orchestre, solide distribution pour les sublimes airs solistes et les situations / confrontations en contrastes dramatiques
 Verdi pouvait rĂ©vĂ©ler au monde, depuis un thĂ©Ăątre rĂ©putĂ© pour son modernisme et l’ambition de ses moyens, son immense talent dramatique et lyrique.

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JĂ©rusalem de Verdi Ă 
L’OpĂ©ra royal de Wallonie
Les 17, 19, 21, 23, 25 mars 2017
5 représentations événements à LiÚge

 

Choeurs et orchestre de l’OpĂ©ra royal de Wallonie
Speranza Scapucci, direction
Stefano di Pralafera, mise en scĂšne

distribution Ă  LiĂšge :

Gaston: Marc LAHO
HĂ©lĂšne: Elaine ALVAREZ
Roger: Marco SPOTTI *
Comte de Toulouse: Ivan THIRION
Raymond: Pietro PICONE
Isaure: Natacha KOWALSKI
Adémar de Montheil, légat papal: Patrick DELCOUR
Un Soldat: Victor COUSU
Un HĂ©raut: BenoĂźt DELVAUX
Émir de Ramla: Alexei GORBATCHEV
Un officier: Xavier PETITHAN
Un PĂ©lerin: Marcel ARPOTS

TOUTES LES INFOS ET LES MODALITES DE RESERVATION sur le site de l’OpĂ©ra royal de Wallonie, premiĂšre scĂšne lyrique belge pour classiquenews
http://www.operaliege.be/fr/activites/jerusalem

CD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mĂ©lodies avec orchestre (Christoyannis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016)

saint saens melodies avec orchestre beuron christoyannis cd review critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mĂ©lodies avec orchestre (Christoyanis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016). En place des airs d’opĂ©ras, au sein des rĂ©citals bricolĂ©s – qui y « font souvent piteuse figure », Saint-SaĂ«ns prĂŽne plutĂŽt les airs avec orchestre, mĂ©lodies symphoniques qui dans ce recueil jubilatoire rĂ©tablissent l’activitĂ© du compositeur et sa pleine rĂ©ussite, avant les Duparc, FaurĂ©, Chausson et autre Debussy ou Ravel de grand gĂ©nie et sublime inspiration. EnregistrĂ© en 2016 Ă  Lugano en Suisse, ce programme rĂ©jouissant laisse toute sa place Ă  la ciselure du français prosodique, admirablement taillĂ© et ciselĂ© par un compositeur de gĂ©nie, – malgrĂ© un orchestre ici assez routinier et un chef peu inspirĂ© par la lyre poĂ©tique : plus dramatique et Ă©pais que vraiment caractĂ©risĂ© et irrisĂ©. C’est que sur le plateau rĂšgnent deux diseurs absolus, ailleurs rompus Ă  l’exigence lyrique et aussi pleins acteurs d’opĂ©ras. Aucun doute, le tĂ©nor Yann Beuron et l’excellent baryton Tassis Christoyannis Ă©blouissent par leur sens du verbe, leur articulation souveraine – l’intelligibilitĂ© est prĂ©servĂ©e et se rĂ©vĂšle exemplaire pour toute la classe des jeunes chanteurs d’aujourd’hui dĂ©sireux de rĂ©ussir leur français parlĂ©, chantĂ©, dĂ©clamĂ©. Tout coule et se dĂ©roule avec une aisance vocale indiscutable, et aussi une intelligence des couleurs comme de l’effusion suggestive, d’une grande rĂ©ussite. On passe d’un air de tĂ©nor Ă  son suivant pour baryton avec une finesse d’intonation et une tension dans la concentration expressive qui force l’admiration. D’aprĂšs Hugo (L’attente, Extase, Le pas d’armes du roi Jean, 
), d’aprĂšs AguĂ©tant ou Banville (Les fĂ©es, Aimons-nous), et mĂȘme sur les propres vers de Saint-SaĂ«ns (unique piĂšce ici Les Cloches de la mer), l’ensemble s’offre comme un bouquet de senteurs rares, au charme qui opĂšre selon la subtilitĂ© savamment prĂ©servĂ©e.

 

 

 

Quand Saint-SaĂ«ns rĂȘvait de lieder français symphoniques…
Essor de la prosodie romantique française… avec orchestre

 

 

La dĂ©licatesse des images poĂ©tiques comme musicales pourraient basculer dans le kitsch et la minauderie : rien de tel grĂące au jeu filigranĂ© des deux chanteurs, Ă  la mĂąle rĂȘverie, entre voluptĂ© et vive narration. Les deux voix s’accordent idĂ©alement aux atmosphĂšres orchestrales, fantastiques ou sombres, nuancĂ©es comme la palette et les effets scintillants d’un peintre paysagiste. Elles se prĂȘtent distinctement Ă  cette sensualitĂ© au parfum exotique, Ă  ce lointain rĂȘveur, langoureux / languissant dans La Splendeur vide, Au cimetiĂšre, La Brise (MĂ©lodies persanes, opus 26) Ă  l’orientalisme allusif et assumĂ©.

 

Les mĂ©lodies coulent sous le plume de Saint-SaĂ«ns : depuis l’EnlĂšvement d’aprĂšs Hugo, Ă©crit en 1848 (Ă  13 ans), jusqu’à l’Attente de 1855
, surtout Aimons-nous (de Banville) de 
 1919. Contre le germanisme (wagnĂ©risme conquĂ©rant et croissant), contre les maladresses des Ă©trangers Ă  l’opĂ©ra dans l’écriture d’un français de moins en moins prosodique, Saint-SaĂ«ns milite, rĂ©siste, argumente les bienfaits d’une langue mĂ©lodique et orchestrale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et grĂąsaint saens portrait classiquenewsce Ă  lui, toujours vivace : ce recueil le montre totalement. Saint-SaĂ«ns employait lui-mĂȘme le terme « lied avec orchestre », soucieux de renouer avec cet esprit fusionnel poĂ©sie / musique propre aux romantiques allemands (de Schumann Ă  Wolf). On retrouvera dans ce programme d’inĂ©dits et de piĂšces mĂ©connues, pourtant de jeunesse, une parfaite application de ces principes. Saint-SaĂ«ns rĂ©affirme encore la prĂ©Ă©minence de l’art français dans le contexte de la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© nationale de musique (1871) : l’ars gallica supplantant tous les autres; mais grĂące Ă  sa finesse d’inspiration, jamais la vanitĂ© patriote ne s’autorise un excĂšs de dĂ©monstratif clinquant (la leçon de Mozart, 
 ou plutĂŽt de Rameau aura Ă©tĂ© assimilĂ©e). C’est que saint-sains en compositeur cultivĂ© Ă©carte toute musique publicitaire. Voici assurĂ©ment un excellent disque Ă  possĂ©der, Ă©couter et rĂ©Ă©couter, emblĂ©matique de l’essor actuel de la mĂ©lodie romantique française.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mĂ©lodies avec orchestre (Christoyannis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016) – CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2017.

 

 

CD, Compte rendu critique : Mozart, La ClĂ©mence de Titus par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie (2 cd Alpha, live, Paris, 2014).

mozart titus clemenza cd rhorer cd review cd classiquenews cd critique cd classiquenews karina gauvin cd classiquenewsCD, Compte rendu critique : Mozart, La ClĂ©mence de Titus par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie (2 cd Alpha, live, Paris, 2014). FIEVRE MOZARTIENNE : UN TITUS VIVACE… L’urgence qui rĂ©active constamment voire fouette l’élan de l’orchestre, – machine Ă©motionnelle puissante prĂȘte Ă  s’emporter, impose un rythme trĂ©pidant dĂšs l’ouverture (avec ensuite, un pianoforte pour les recitatifs d’une Ă©gale et permanente activitĂ©). Depuis son premier seria Mitridate (conçu Ă  14 ans !, en 1770), Mozart n’a jamais tari en Ă©loquente sensibilitĂ© ni en juste, tendre et profonde clairvoyance dans le traitement des sentiments humains les plus tĂ©nus : son dernier Titus, crĂ©Ă© en 1791, soit au terme de sa derniĂšre annĂ©e de composition, – Ă©galement inspirĂ© de la tension , nĂ©oclassique des thĂ©atreux français classiques, Jean Racine pour Mitridate, Pierre corneille pour La ClĂ©mence de Titus, observe la mĂȘme acuitĂ© psychologique. De cette constance lumineuse, qui fait de Wolfgang le gĂ©nie de l’ñme que l’on sait, JĂ©rĂ©mie Rhorer sait puiser et exprimer la vĂ©ritĂ© cachĂ©e, opĂ©rant une mise Ă  nue d’une Ă©vidente plasticitĂ© : cela bouillonne et fulmine Ă  souhaits, certes mais reste proche des Ă©lans et des respirations des coeurs Ă©prouvĂ©s. Beaucoup de productions constatĂ©es « oublient » la fermetĂ© nerveuse des rĂ©citatifs mozartiens, au point de nous gratifier d’un seria ennuyeux, trop thĂ©Ăątral et pas assez dramatique. Ici, le chef sait mettre l’huile sur la braise, rĂ©activant toujours le brasier des sentiments. saluons la vivacitĂ© permanente des instrumentistes, dont pour le grand air de Vitellia, air de bascule au II, – vĂ©ritable prise de conscience, l’excellente joueuse de cor de basset (clarinette basse conçue pour Mozart), dont le chant fluide et profond revient Ă  l’australienne Nicola Boud, par ailleurs familiĂšre de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es de Philippe Herreweghe.

 

 

 

Sous la baguette du mozartien Jérémie Rohrer,
la Vitellia Karina Gauvin affirme un superbe tempérament vocal et dramatique

 

La prise live accentue les distorsions rĂ©alistes, et l’impression de grande vivacitĂ© (avec bruits des dĂ©placements sur scĂšne en prime), d’autant que les solistes (certains plus que d’autres) savent saisir l’irisation et l’exacerbation des passions mozartiennes ; voilĂ  un dernier seria ciselĂ© dans la langue des sentiments la plus subtile : La ClĂ©mence de Titus en cette annĂ©e 1791, affirme une nervositĂ© dĂ©jĂ  romantique. Il est vrai que Wolfgang sait mieux que personne Ă  son Ă©poque, ciseler le chant des dĂ©sirs, analyser la psychĂ© de chacun de ses personnages. En cela, La Clemenza di Tito est un sommet de vĂ©ritĂ© tendue, surtout de dĂ©voilement : tout est dit par la musique, mieux que les paroles. La musique rĂ©alise la mĂ©tamorphose des Ăąmes pilotĂ©es par l’amour et le mensonge donc la trahison (Sextus manipulĂ© par Vitellia contre Titus).

gauvin karine elvira dans don giovanni de teodor currentzisCĂŽtĂ© chanteurs ? La Vitellia, ardente, sensuelle, calculatrice envers Sesto ; vengeresse envers Titus
 est une lionne, garce et sirĂšne dont on suit pas Ă  pas l’évolution psychique, de la haine jusqu’à son grand air avec cor de basset obligĂ©, oĂč elle abdique toute entreprise haineuse, et s’humanise enfin. VoilĂ  une vraie incarnation, vocale autant que thĂ©Ăątrale, qui mĂ©ritait Ă©videmment l’enregistrement. Le miel ardent, dĂ©vorant, palpitant de l’ineffable Karina Gauvin se rĂ©vĂšle aussi convaincante ici que sa Donna Anna dans un rĂ©cent Don Giovanni (enregistrĂ© par l’impĂ©tueux lui aussi Teodor Currentzis pour Sony classical, CLIC de CLASSIQUENEWS) : la diva canadienne irradie de sa flamme incarnĂ©e, rugissante et voluptueuse ; irrĂ©sistible. Le Sesto tiraillĂ© mais amoureux de celle qui le domine est bien campĂ© par Kate Lindsey ; belle Servilia, rafraĂźchissante mais jamais trop fleurie de Julie Fuchs
 VoilĂ  posĂ©s les arguments principaux d’une lecture mordante et expressive qui affirme aujourd’hui, la rĂ©ussite fascinante du dernier seria de Mozart (1791 – que l’on retrouvera aussi avec le mĂȘme plaisir dans le coffret dvd de l’intĂ©grale des opĂ©ras de Mozart Ă©ditĂ© par Decca / DG : 33 dvd The complete operas 225 / CLIC de CLASSIQUENEWS).

C’est donc aprĂšs L’enlĂšvement au sĂ©rail que la RĂ©daction de classiquenews a distinguĂ© d’un CLIC, une nouvelle rĂ©ussite Ă  porter au crĂ©dit du chef mozartien.

Cependant notre enthousiasme ne pourrait passer sous silence l’impossible et approximatif Kurt Streit (Belmonte dĂ©sastreux) qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre d’une instabilitĂ© proche de la catastrophe : imprĂ©cis, aigus serrĂ©s et tirĂ©s, chant faux et vocalises Ă  la peine : aucune agilitĂ©, surtout style martelĂ©, sans finesse ni nuance, ni legato souverain : une sĂ©rieuse formation s’impose s’il n’est pas trop tard).

 

 

 

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CD, annonce. MOZART : La Clemenza di Tito par Jérémie Rhorer (2 cd Alpha Live). Grande critique à suivre sur CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du cd La Clemenza di Tito / La Clémence de Titus par Jérémie Rhorer, soit le février 2017.