POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes du cycle). Idylle consommĂ©e ou non, il nous reste plusieurs chants embrasĂ©s, oĂč s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mĂ©lodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrĂ©sistible langueur enivrĂ©e.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es interprĂšte le massif brucknĂ©rien qui doit tant Ă  
 Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le MaĂźtre de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires rĂ©fĂ©rences au monde chevaleresque mĂ©diĂ©val, 
( tristanesque ?)   « Ville mĂ©diĂ©vale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussĂ©, et mĂȘme Danse pour le repas de chasse ».
 Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clartĂ© dĂ©taillĂ©e et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, ce dans un format et des Ă©quilibres sonores affinĂ©s, comme le permet trĂšs justement la spĂ©cificitĂ© des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la QuatriĂšme ouvre le cycle des Symphonies brucknĂ©riennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validĂ©es par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier Ă  novembre 1874 et la dĂ©die au Prince Constantin Hohenlohe, espĂ©rant une protection. La pĂ©riode est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera rĂ©vĂ©lĂ©e au concert que dans sa version originelle Ă©ditĂ©e par Nowak
 en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, rĂ©Ă©crivait le finale. C’est cette derniĂšre version, la troisiĂšme, qui fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne, le 20 fĂ©vrier 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modĂšle



Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes
 comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknĂ©rien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner Ă©tait habitĂ© par l’idĂ©al chrĂ©tien, Ă©tant trĂšs croyant. RĂ©ponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)

wagner lohengrin bayreuth 2011 zeppenfeld vogt dasch rasilainen lang youn andris nelssons cd reviex critique cd par classiquenews cd opus arte 1533641746133687_resize_265_265CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)
 Retransmis sur Arte dĂšs aoĂ»t 2011, la production mise en scĂšne par Neuenfels ne brillait pas par son onirisme mais un schĂ©matisme radical Ă  grand renfort d’images objets gadgets, peu esthĂ©tiques mais trĂšs comprĂ©hensibles. Heureusement la rĂ©alisation musicale sous la baguette nerveuse d’Andris Nelsons, qui depuis a dĂ©montrĂ© sa valeur pour DG chez Bruckner et Mahler, sauve le spectacle d’un vrai naufrage visuel…
Voici la critique de notre confrÚre Lucas Irom, rédigé au moment de la transmission du direct de Bayreuth, le 14 août 2011, sur Arte :

D’abord, critique de la rĂ©alisation scĂ©nique 
 Plateau froid comme un glaçon (oĂč plutĂŽt comme un laboratoire aseptisĂ©) oĂč pullulent des rats numĂ©rotĂ©s, noirs ou blancs selon qu’ils se rangent du cĂŽtĂ© de l’un des partis opposĂ©s, 
 le constat est sans appel face une une mise en scĂšne dĂ©lirante et hors sujet, au dĂ©roulement incomprĂ©hensible : « Lohengrin dĂ©naturé  Dans Lohengrin (crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1848), Wagner traite de la rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et vulnĂ©rable, et du divin, exceptionnellement incarnĂ©. Or qu’avons nous sur la scĂšne de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de choeurs inexistants et sans prĂ©cisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une frontalitĂ© statique si ennuyeuse
 Et ces rats qui envahissent la scĂšne affichant enfin leurs visages humains en prĂ©sence du hĂ©ros providentiel
que doivent-ils rĂ©ellement apporter Ă  la rĂ©vĂ©lation de l’oeuvre?, Ă©crit notre confrĂšre. LIRE ici la critique complĂšte de Lohengrin Ă  Bayreuth, avec tĂ©moignage de la mise en scĂšne (direct Arte aoĂ»t 2011) :
http://www.classiquenews.com/bayreuth-direct-arte-le-14-aot-2011-wagner-lohengrin-klaus-florian-vogt-lohengrin-georg-zeppenfeld-choeurs-et-orchestre-du-festival-de-bayreuth-andris-nelsons-direction-nbs/

LIRE aussi la critique du dvd Ă©ditĂ© par Opus Arte dans la foulĂ©e de l’enregistrement Ă  Bayreuth en aoĂ»t 2011
http://www.classiquenews.com/wagner-lohengrin-vogt-nelsons-bayreuth-20112-dvd-opus-arte/

ET SUR LE PLAN VOCAL ET ORCHESTRAL ? Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scĂ©niquement? Evidemment il fallait fixer le souvenir de la distribution
 proche de l’idĂ©al.
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son hĂ©raut (Samuel Youn) sont trĂšs engagĂ©s vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outrĂ© et sans guĂšre de subtilitĂ© de TĂłmas TĂłmasson; la dĂ©ception vient Ă©videmment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrĂ©e, justesse vacillante, aucune lumiĂšre ni magnĂ©tisme: on comprend hĂ©las que cette Ăąme omantique soit dĂ©passĂ©e par l’ampleur du hĂ©ros venu la sauver

Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rĂŽle ici mĂȘme, Klaus Florian Vogt irradie par la puretĂ© angĂ©lique de son timbre: le tĂ©nor allemand est un Lohengrin fin et captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force dĂ©moniaque, vraie entitĂ© du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rĂŽle si captivant d’Ortrud (la sorciĂšre qui est l’origine de tout le drame)
 Les choeurs sont Ă  la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grĂące Ă  la direction trĂšs enflammĂ©e d’Andris Nelssons.

 

 

 

 

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Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), TĂłmas TĂłmasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le hĂ©raut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scĂšne : Hans Neuenfels. Bayreuth aoĂ»t 2011. 2 cd OPUS ARTE.

Le Barbier de SĂ©ville aux ChorĂ©gies d’Orange 2018

logo_france_3_114142_wideFRANCE 3, 1er aoĂ»t 2018, 22h20. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville. Farce italienne. Grosse dĂ©sillusion pour les spectateurs de France 3 et les festivaliers des ChorĂ©gies d’Orange 2018 : le tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres, garant d’une grande finesse vocale dĂ©missionne finalement, renonçant Ă  chanter Ă  Orange cet Ă©tĂ©, le rĂŽle du comte Almaviva 
 dans Le Barbier de SĂ©ville de Rossini. Ce dernier, sĂ©ducteur de la jeune Rosine, pourtant promise Ă  son tuteur le vieux Bartolo, rĂ©ussit Ă  enlever la belle grĂące Ă  la complicitĂ© du factotum, Figaro. VoilĂ  qui fait encore davantage regretter la diffusion de cet opĂ©ra bouffe du compositeur italien, quand plus saisissant mais moins connu, le Mefistofele de Boito Ă©galement programmĂ© Ă  Orange cet Ă©tĂ© 2018 est d’une toute autre qualitĂ©. LIRE notre compte rendu critique de Mefistofele de Boito aux ChorĂ©gies d’Orange 2018 avec Erwin Schrott dans le rĂŽle de Mefistofele.
rossini_portraitUne laryngite aura eu raison du tĂ©nor amĂ©ricain, d’autant plus apprĂ©ciĂ© en France qu’il s’est depuis peu affirmĂ© dans l’opĂ©ra romantique français (cf son Faust de Berlioz Ă  Nantes sept 2017 Damnation de Faust  : LIRE notre compte rendu dĂ©veloppĂ©). PrĂ©vue les 31 juil puis 4 aoĂ»t, cette production verra donc les dĂ©buts du tĂ©nor roumain Ioan Hotea (saluĂ© par le Concours Operalia 2015). A ses cĂŽtĂ©s, le Figaro tonitruant et pas toujours subtil de Florian Sampey, dans la mise en scĂšne trĂšs dĂ©criĂ©e de Adriano Sinivia qui place l’action sĂ©villane originelle dans les dĂ©cors et dĂ©lires de CinecittĂ . ComposĂ© en 1816, l’ouvrage est devenu Ă  juste titre le joyau de l’opĂ©ra buffa italien, portĂ© par le jeune gĂ©nie de Rossini, ĂągĂ© de 24 ans. Pas sĂ»r qu’avec l’absence de Michael Spyres, cette production dĂ©jĂ  vue, ne relĂšve les dĂ©fis de la partition avec l’intelligence et l’esprit requis, attendus, espĂ©rĂ©s.
Le jeu scĂ©nique multiplie (jusqu’à les user) les ficelles d’un concept qui a montrer ses limites : l’opĂ©ra dans l’opĂ©ra (Carsen), le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, ou le cirque voire comme ici le cinĂ©ma Ă  l’opĂ©ra. Ainsi les dĂ©cors et les techniciens de l’usine Ă  rĂȘve (dans les annĂ©es 1940 / 1950) Ă  CinecittĂ  sont bien prĂ©sents, permettant aux chanteurs moult tours de pistes qui se veulent dĂ©sopilants et facĂ©tieux. L’action d’un rapt, est abordĂ© Ă  la façon d’une BD et ses grosses ficelles. A Lausanne par exemple, c’était l’excellent tĂ©nor amĂ©ricain John Osborne qui incarnait avec beaucoup de finesse Almaviva
 Qu’en sera-t-il Ă  Orange avec une distribution moins convaincante ?
Les chanteurs ici rĂ©unis sont moins connus pour leur sens de la nuance que leur vocalitĂ  dĂ©monstrative Ă  toute Ă©preuve. Des hauts parleurs plutĂŽt que des acteurs capables de profondeur et d’intĂ©rioritĂ©. Car rĂ©duire Rossini Ă  la farce est un contre sens de plus en plus agaçant. Or on sait combien l’humour devient magique quand il se marie Ă  la finesse. C’est cette Ă©quation qui est la clĂ© de l’opĂ©ra rossinien et que beaucoup de metteurs en scĂšne et de chanteurs oublient trop souvent.

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+ d’infos sur le site des ChorĂ©gies d’Orange 2018 :
https://www.choregies.fr/programme–2018-07-31–il-barbiere-di-siviglia-rossini–fr.html

A Orange les 31 juil puis 4 août 2018
Sur France 3, mercredi 1er août 2018 à 22h

Sur France 3 et culturebox, mercredi 1er août 2018, 22h20 (Culturebox)
https://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/choregies-d-orange/le-barbier-de-seville-de-rossini-aux-choregies-d-orange-2018-276977

Diffusion France 3, mercredi 1er aoĂ»t 2018 Ă  22h20 / durĂ©e : 2h 25min – Livret de Cesare Sterbini d’aprĂšs la comĂ©die Le Barbier de SĂ©ville ou La PrĂ©caution inutile de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Metteur en scĂšne : Adriano Sinivia
Chef d’orchestre : Giampaolo Bisanti
Orchestre national de Lyon
Production déjà produite à Lausanne (2009), Monte Carlo et Avignon.
Distribution ‹LE COMTE ALMAVIVA : Ioan Hotea
DON BARTOLO : Bruno De Simone
ROSINA : Olga Peretyatko
FIGARO : Florian Sempey
DON BASILIO : AlexeĂŻ Tikhomirov
BERTA : Annunziata Vestri
FIORELLO : Gabriele Ribis
AMBROGIO : Enzo Iorio

LIMOUSIN : Festival 1001 Notes, jusqu’au 9 aoĂ»t 2018

1001-notes-festival-2018-vignette-homepageLIMOUSIN. FESTIVAL 1001 NOTES : c’est parti ! Le premier Festival de musique classique chaque Ă©tĂ© dans le Limousin est lancĂ© depuis le 18 juillet. « Excellence, crĂ©ation, dĂ©couverte et originalité », sont ses maĂźtres mots inspirant. 1001 notes au diapason de son titre, est un festival Ă©clectique, qui assume la diversitĂ© polymorphe de son offre musicale, qu’il s’agisse des genres et des formes (musique traditionnelle, grand rĂ©pertoire, blues
), des Ă©poques et des styles (du mĂ©diĂ©val au contemporain), des personnalitĂ©s et tempĂ©raments invitĂ©s : Barbara Hendricks, Philippe Jaroussky, Jean-François Zygel, Rosemary Standley
 Au total 11 soirĂ©es et programmes bĂątis autour de personnalitĂ©s fortes, Ă©lectrisantes, dans des crĂ©ations souvent audacieuses qui repoussent les lignes, pour que le concert soit surtout une expĂ©rience sensorielle, spirituelle, mĂ©morable. RESERVEZ dĂšs Ă  prĂ©sent vos places ici

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Organisez votre séjour en Limousin
5 prochains concerts à vivre, jusqu’au 30 juillet 2018 :

 

 

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21 juillet 2018, LIMOGES, Espace Cité / 20h
RĂ©cital de musique de chambre / Strauss, Liszt, Franck
Brieuc Vourch ‱ violon
Ingmar Lazar ‱ piano

RESERVEZ
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/brieuc-vourch-ingmar-lazar

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24 juillet 2018, SAINT-PRIEST TAURION , Festiv’Halle / 20h
Philippe Jaroussky
Philippe Jaroussky ‱ contre tĂ©nor
Emöke BarĂĄth ‱ soprano
Ensemble Artaserse ‱ ensemble
Quatuor Akilone en premiĂšre partie
Haendel : airs d’opĂ©ras. Sur les traces des vedettes du chant baroque Ă  l’époque de Haendel : Francesca Cuzzoni et Il Senesino, castrat rival de Farinelli (et grand favori de Haendel)


RESERVEZ
https://festival1001notes.com/agenda/evenement/philippe-jaroussky

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26 juillet 2018, VICQ SUR BREUILH, le vieux chĂąteau / 20h

Le Vieux Chñteau ‱ Vicq-sur-Breuilh
Ensembles Hope et MĂ©liades
Ensemble Hope
Marc-Antoine Millon ‱ Cristal Basse
FrĂ©dĂ©ric Bousquet ‱ Titanium euphone
Ensemble MĂ©liades
Anaïs Vintour ‱ soprano
Marion Delcourt ‱ mezzo-soprano
Delphine Cadet ‱ soprano
Corinne Bahuaud ‱ mezzo-soprano
Labarsouque, Zavaro, Dazzi

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https://festival1001notes.com/agenda/evenement/ensembles-hope-meliades

 

 

 

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28 juillet 2018, BRIVE LA GAILLARDE, Théùtre municipal / 20h
Maria Mirante et Paul Beynet
Maria Mirante ‱ mezzo-soprano
Paul Beynet ‱ piano
Zazon Castro ‱ Ă©criture, mise en scĂšne
Edouard Aguettant ‱ rĂ©alisation vidĂ©o, mise en scĂšne
Avec la participation vidéo de Vladimir Cosma, Elie Semoun et Roselyne Bachelot
Chopin, Piazzolla, de Falla, Bizet, Rossini…

Spectacle en crĂ©ation, donc incontournable : « Le pianiste qui m’aimait », est un concert d’un nouveau genre. Un mĂ©lange parfait de musique classique, thĂ©Ăątre et de cinĂ©ma inspirĂ© par l’univers des films d’espionnage. Amateurs de James Bond et de ses girls so sexy, l’esprit du spectacle proposĂ© est pour vous !

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30 juillet 2018, ST LEONARD DE NOBLAT, Collégiale / 20h
Rosemary Standley et Bruno Helstroffer’s Band
Rosemary Standley ‱ chant
Bruno Helstroffer ‱ guitare et thĂ©orbe
Elisabeth Geiger ‱ clavecin
Programme baroque : Thomson, Purcell, Lawes…

La voix magnĂ©tique du groupe Moriarty, Rosemary Standley s’offre de nouveaux parcours et de nouvelles exploraitons en s’appropriant avec brio et poĂ©sie, les mondes baroques


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https://festival1001notes.com/agenda/evenement/rosemary-standley-love-i-obey

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TOUTES les infos et les modalités de réservations, les lieux du festivals, le détail des programmes et les horaires sur le site du FESTIVAL 1001 NOTES

 

 

 

 

 

 

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Cd, critique. Summer night concert 2018 / Sommernachtskonzert / Netrebko, Gergiev, Wiener Philharm. (1 cd SONY classical, Vienne, mai 2018)

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CD, critique. Summer night concert 2018 / Sommernachtskonzert / Netrebko, Gergiev, Wiener Philharm. (1 cd SONY classical). Chaque printemps, le chĂąteau de l’impĂ©riale Autriche, Schönbrunn sert de cadre Ă  un grand concert classique en plein air. Ainsi ce nouvel opus du 31 mai 2018, invitant Ă  diriger le Philharmonique de Vienne (argument de poids pour suivre l’évĂ©nement), le russe (TchĂ©chĂšne) Valery Gergiev, champion du Mariinksy de St-PĂ©tersbourg. Le chef a conviĂ© celle qu’il aura rĂ©vĂ©lĂ© au monde lyrique, devenue muse et Ă©toile resplendissante du chant lyrique : Anna Netrebko qui est russe et aussi autrichienne (double nationalitĂ©).

2 ambassadeurs de l’ñme russe à Vienne
En duo, Gergiev et Netrebko offre un plein air somptueux à Schönbrunn

Servante, Anna Netrebko l’est bien (Io son l’umile ancella / Je suis l’humble servante) : timbre peut semblĂ© un rien fatiguĂ© et comme voilĂ© avec une Ă©mission sombre, mais la justesse de l’intonation touche ce grand air presque tragique (d’Adriana Lecouvreur de Cilea, trop rare au disque comme au concert ou Ă  l’opĂ©ra). MĂȘme ton de plainte recueillie, de priĂšre humble, celle de Tosca oĂč le soprano de Netrebko sait se montrer rond, profond, sombre, et de plus en plus large. GĂ©rant son souffle avec une maĂźtrise absolue, la diva exprime la souffrance d’une Ăąme amoureuse qui ne comprend pas pourquoi Dieu et la Vierge qu’elle a toujours honorĂ©s, l’accablent ainsi, au delĂ  de tout (la cantatrice Floria Tosca est inquiĂ©tĂ©e et forcĂ©e par l’infect baron Scarpia qui torture alors son fiancĂ©, Mario Cavaradosi). MĂȘme sa Nedda, jeune Ăąme enivrĂ©e devant le spectacle du vol des oiseaux libres, exulte sans effets ni mauvaises oeillades, le soprano portant et projetant les derniers aigus avec une belle franchise (Paillasse, 1892). Amoureuse, presque ivre, en proie aux vertiges passionnels, la diva irradie aussi en Mimi (La BohĂšme de Puccini), avec cette mĂȘme qualitĂ© Ă©motive que celle de son ainĂ©e, Mirella Freni, qui aura marquĂ© le rĂŽle aux cotĂ© de Pavarotti : la sensibilitĂ© de l’interprĂšte, le fil tissĂ© de sa voix si chaude et sensuelle conviennent trĂšs bien Ă  la couleur et au caractĂšre de son timbre. Mais on sait qu’aujourd’hui, la diva s’oriente vers des emplois plus lourds (Lady Macbeth).

La fascinante plasticité sonore des Wiener Philharmoniker resplendit dans chaque section de ce potpourri qui prend soin de mettre en avant tous les pupitres de la séduisante phalange orchestrale.
Trompettes d’Aida (cuivres majestueux et d’un naturel dĂ©tachĂ©, d’une souveraine solennitĂ©), cordes sirupeuses et souples, ardentes et tragiques dans l’interlude de Cavaliera Rusticana (au temps de PĂąques) de Mascagni ; solitude et dĂ©nuement de Manon Lescaut au dĂ©sert
 dans l’intermezzo qui fait surgir soudainement un climat de pudeur et de douleur intime 
 autant de rĂ©alisations qui montrent la capacitĂ© expressive des instrumentistes et la trĂšs belle sonoritĂ© toujours active quel que soit le caractĂšre ; y compris dans la tension plus tendue, Ăąpre de la scĂšne extraite de RomĂ©o et Juliette du gĂ©nial Prokofiev : le portrait des amants de VĂ©rone, le cynisme destructeur s’opposant Ă  l’immensitĂ© de leur amour se dĂ©veloppent sans entraves, sous la direction trĂšs nuancĂ©e, Ă  la fois dĂ©taillĂ©e et amoureuse elle aussi, du chef russe. Parmi les bis (encores), Sang viennois de Johann Strauss II souligne combien cette musique sublimation d’un instant de jubilation dans la subtilitĂ©, coule en Ă©vidence dans les veines d’un orchestre magistral, devenu l’emblĂšme du raffinement et de la culture musicale viennoise. Quelle autre ville / citĂ© europĂ©enne peut en dire autant ?
Excellent programme, somptueux interprÚtes. Le classique en grand format et en plein air, gagne ses lettres de noblesse et de démocratisation grùce à de telles expérience.

 

 

 

 

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2018 : Summer night concert / Sommernachtskonzert / Netrebko, Gergiev, Wiener Philharm. (1 cd SONY classical)

COMPTE-RENDU, Opéra. AIX EN PROVENCE, le 7 juillet 2018. PURCELL : Didon et Enée. V Luks / Vincent Huguet (mes)

PURCELL Henry portrait pour classiquenews Purcell_by_John_ClostermanCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. AIX EN PROVENCE, le 7 juillet 2018. PURCELL : Didon et EnĂ©e. V Luks / Vincent Huguet (mes)AFFLIGEANTE PRODUCTION AIXOISE. L’édition 2018 du festival continue ainsi de
 dĂ©cevoir. Au point que c’est un ratĂ© Ă  rĂ©pĂ©tition, malheureuse constatation pour les 70 ans d’une institution qui peine Ă  se renouveler et prĂ©senter des productions claires, oniriques, capables de sĂ©duire un trĂšs grand public. AU FINAL, c’est PURCELL qu’on assassine. Cette Didon revisitĂ©, augmentĂ©e d’un Prologue (prĂ©tentieux et inutile, pour ne pas dire confus) rassemble un plateau de chanteurs guĂšre convaincants
 qui dĂ©truisent ce chant pourtant suave et allusif qu’on a dit baroque. Et dire que cette production partira en tournĂ©e (en France et jusqu’à Prague), emblĂšme dĂ©clarĂ© du niveau de l’AcadĂ©mie aixoise et du Festival d’Aix tout court ? Quelle triste constatation
 dans son passĂ©, Aix a pourtant rĂ©ussi une toute autre conception de l’opĂ©ra baroque : plus subtile et fĂ©erique, mieux chantante.

De son cĂŽtĂ©, l’option scĂ©nique a choisi de rĂ©Ă©crire l’histoire, prĂ©sentant un portrait plutĂŽt antipathique de la Reine Didon qui ici n’est pas victime mais autoritĂ© ambitieuse, immorale, vraie femme de pouvoir, prĂȘte Ă  tout ; c’est du moins ce qui ressort du texte du Prologue qui a Ă©tĂ© commandĂ© pour cette lecture partiale : Ă  l’onirisme ouvert de la partition originale, on prĂ©fĂšre un enfermement pseudopoĂ©tique qui classe d’emblĂ©e Didon parmi les aguicheuses malĂ©fiques de l’histoire antique (elle aurait livrĂ© Ă  ses hommes, des femmes chypriotes pour fonder sa colonie Ă  Carthage.)
 Bref
 Ă  chacun de juger.
De sorte que dans la mise en scĂšne, signĂ©e par l’ex assistant de Patrice ChĂ©reau, ce sont les autres personnages, aux cĂŽtĂ©s du couple Didon / EnĂ©e qui doivent susciter la comprĂ©hension du public : la sorciĂšre souhaite la mort et la souffrance de Didon : tant mieux, c’est justice (d’autant que l’alto Lucile Richardot convainc totalement dans ce rĂŽle). La perspective historique est ainsi totalement inversĂ©e. Didon a bien mĂ©ritĂ© son sort ; elle n’est pus victime. Et mĂȘme EnĂ©e est un pervers sadique, n’hĂ©sitant pas Ă  violenter le sexe faible. On a le sentiment que la production a voulu coĂ»te que coĂ»te s’aligner sous le feux des projecteurs de l’actualitĂ© et par opportunisme, dĂ©noncer elle aussi la violence faite au femmes : ce qui en soi est mĂ©ritant, mais dans la rĂ©alitĂ©, produit une distorsion elle aussi ultra violente Ă  l’opĂ©ra originel de Purcell. Qu’apporte au final cette vision si radicale et rĂ©ductrice de l’action ? C’est d’autant plus dommageable que la musique dit tout l’inverse. dans la fosse, Vakalv Luks peine Ă  dĂ©fendre une vision, une direction, comme lui aussi dĂ©sarçonnĂ© par ce qui se passe sur la scĂšne.

On s’étonne que la direction ait pratiquĂ© des places dĂ©passant 700 euros
 pour un spectacle de presque 1h, certes dans la Cour mythique de l’ArchevĂȘchĂ©. Qui a dit que l’opĂ©ra Ă  Aix en Provence Ă©tait accessible et surtout pas Ă©litiste ? Pour ses 70 ans, le festival de Provence laisse perplexe. Artistiquement mĂ©diocre en tout cas indigne de son passĂ© si prestigieux comptant des rĂ©alisations autrement plus subtiles, le Festival déçoit totalement cette annĂ©e. HĂ©las la premiĂšre production que nous avons vue (Ariadne auf Naxos version Katie Mitchell) est de la mĂȘme eau : trouble, peu lumineuse, dispersĂ©e, confuse. S’il n’était le faste et la parure de l’ArchevĂȘchĂ©, on se croirait Ă  une reprĂ©sentation d’amateurs. Quelle dĂ©route.
Erstaz (ratĂ©) de la divine Jessye Norman qui fut une Didon royale et si humaine, la chanteuse sud africaine Kelebogile Pearl Besong, dans le rĂŽle-titre est emblĂ©matique de toute la production : elle souhaite atteindre (vainement) le mĂȘme niveau que celles qui ont marquĂ© le rĂŽle (nous sommes Ă  Aix quand mĂȘme : les Teresa Berganza en 1960, Janet Baker en 1978 ; et aussi Jessye Norman
 au studio) ; mais articulation, prĂ©cision, legato sont absents.Le dernier Lamento ne tire pas les larmes mais l’agacement le plus douloureux. Quel massacre. Et dire qu’en plus de la tournĂ©e qui va prolonger la douloureuse expĂ©rience, ARTE diffuse ce spectacle : chacun pourra constater, et comparer entre autre sur Youtube, et mesurer combien la baisse du niveau technique, artistique est hĂ©las criante. On veut bien rappeler ici que l’opĂ©ra de Purcell, son meilleur et le plus bouleversant, ait Ă©tĂ© crĂ©Ă© dans un pensionnat de jeunes filles en 1689, mais l’amateurisme du plateau et le niveau de ce spectacle prĂ©sentĂ© dans le festival lyrique le plus haut de gamme de Provence dĂ©concerte Ă  plus d’un titre : promesse et attente Ă©taient grandes. Le rĂ©sultat des plus scolaires. 70 ans d’histoire et de jalons devenus lĂ©gendaires pour certains, et en arriver lĂ  suscite la dĂ©solation. Il faudra beaucoup de temps pour redorer le blason d’Aix, effacer les traces de cette dĂ©route malheureuse, d’autant plus indigeste que le passĂ© ici, fut constellĂ© d’éblouissantes rĂ©alisations. En particulier baroques (voir Rameau et Purcell
 justement dĂ©fendu par une certaine Jessye Norman : Ă  vos tablettes, cf. youtube). On ne dĂ©veloppera pas davantage : le sentiment gĂ©nĂ©ral Ă©tant celui d’une immense frustration et d’une dĂ©solante tristesse pour une institution qui nous avait habituĂ© Ă  beaucoup mieux. La magie, la justesse Ă©motionnelle, les contrastes entre l’amour des deux hĂ©ros Didon / EnĂ©e, et la scĂšne de sorcellerie active et si pernicieuse
 sont Ă©dulcorĂ©s. RĂ©duits au nĂ©ant. Courage pour ceux qui souhaitent affronter le spectacle dans son entier.

 

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COMPTE-RENDU, Opéra. AIX EN PROVENCE, le 7 juillet 2018. PURCELL : Didon et Enée. V Luks / Vincent Huguet (mes)

Diffusion le 12 juillet sur Arte et sur France Musique. LIRE notre présentation de DIDON et ENEE, le dernier opéra de Purcell

COMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda

mefistofele mephistopheles de boitoCOMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda. PremiÚre du Mefisto de Boito totalement réussie ce 5 juillet 2018 à Orange avec à la clé, une belle frayeur dans le déroulement scénique, prenant au piÚge les deux protagonistes installés sur une nacelle capricieuse et particuliÚrement instable

Quel dommage que l’ouvrage n’ait pas Ă©tĂ© retenu pour ĂȘtre diffusĂ© sur France 3 cette annĂ©e : frileuse devant un tel spectacle, spectaculaire, viril, fantastique, 
 parfois grandiloquent mais si intense et poĂ©tique; la direction des programmes  de la chaĂźne publique a prĂ©fĂ©rĂ© se rabattre sur Le barbier de SĂ©ville, plus connu, mieux digeste
 Dommage vraiment. Car la nouvelle production de ce chef d’oeuvre inclassable et colossal voire pharaonique d’Arigo Boito, jeune tempĂ©rament lyrique qui voulait en dĂ©montrer Ă  Verdi (et qui finit par travailler avec lui
 comme librettiste rĂ©viseur de Simon Boccanegra ; poĂšte dramaturge pour Otello et Falstaff) a magnifiquement rĂ©ussi son entrĂ©e aux ChorĂ©gies d’Orange, ce 5 juillet 2018.
Les spectateurs en auront eu pour leurs frais et mĂȘme au-delĂ , se payant mĂȘme une sacrĂ©e frayeur en cette soirĂ©e oĂč les deux protagonistes, perchĂ©s sur une nacelle de plus en plus instable et branlante ont bien failli tombĂ© : incident regrettable qui montre combien les effets de mise en scĂšne exigent des interprĂštes d’ahurissantes prises de risques. Qu’importe, les deux chanteurs ramenĂ©s sur la scĂšne, ont peu faire un tour de piste, recueillant les applaudissements nourris de spectateurs rassurĂ©s.

VOIR la vidĂ©o de la sĂ©quence malheureuse oĂč Faust / Mefistofele sont pris au piĂšge d’une nacelle au sol lumineux, mais totalement instable :

https://www.youtube.com/watch?v=ydhLIC46GZY

 
 
 

ORANGE 2018 :

Erwin Schrott fait triompher la magie fantastique
du Mefistofele de Boito

 
 
 

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Jean-Louis Grinda, nouveau directeur à  Orange et qui met aussi en scĂšne cet inĂ©dit au ThĂ©Ăątre Antique, a rĂ©ussi son coup : car la production demeure visuellement convaincante, trouvant en Jean-François Borras (Faust) et l’ex compagnon d’Anna Netrebko, le baryton urugayen Erwin Schrott (fabuleux, noir, bestial mais fin, Mefistofele), deux chanteurs solides, exprimant chacun le relief et la profondeur de leur personnage respectif. On pourrait cependant regretter que le format vocal de Borras peine Ă  se faire entendre dans les tutti : voix frĂȘle Ă©videmment dans cette fresque aussi fulgurante que dĂ©mesurĂ©e
 mais trĂšs juste Ă  l’instant de sa mort en fin d’action.

JL Grinda gagne indiscutablement Ă  dĂ©velopper une mise en scĂšne avec dĂ©cors : intelligible, qui Ă©claire sans confusion ni idĂ©es conceptuelles fumeuses, chaque tableau : on passe de la premiĂšre scĂšne du pari Dieu / Mefistofele, au pacte pendant le carnaval chamarrĂ© du temps de PĂąques; puis des Ă©thers angĂ©liques Ă  la scĂšne d’amour avec Marguerite, sa perdition, puis au tableau antique de la belle HĂ©lĂšne, sans heurts, avec clartĂ© mĂȘme : Faust juvĂ©nilisĂ© paraĂźt de plus en plus, absent, blasĂ© et foudroyĂ© aussi par la mort de Marguerite ; Mefistofele Ă©blouit par son Ă©clat noir, manipulateur en diable et d’une facĂ©tie de chaque instant. Il est vrai que la plastique du viril et sanguin Schrott, tient de Ruggiero Raimondi : une mĂąle prĂ©sence, entier, cynique, qui fait de ses Don Giovanni et donc ici Mefistofele, des incarnations rĂ©ellement stimulantes.
UsĂ©e, au timbre sourd et voilĂ©, sans franchise et guĂšre audible, BĂ©atrice Uria-Monzon déçoit. Le vrai pilier de cette distribution demeure Erwin Schrott, Ă  l’aise, dominant un rĂŽle qu’il connaĂźt parfaitement, taillĂ© pour sa prĂ©sence expressionniste : l’acteur chanteur y est constamment convaincant comme on la dit. Et jusqu’à la fin, qui marque son Ă©chec : Boito exprime jusqu’à son terme l’épopĂ©e de Faust et de Mefisto, lĂ  oĂč Berlioz puis Gounod ont surtout illustrĂ© la premiĂšre partie du texte de Goethe, s’arrĂȘtant aux amours de Marguerite. Il est donc captivant de produite sur la scĂšne cet ouvrage qui clĂŽt dĂ©finitivement l’histoire dĂ©moniaque et les tentations humaines.

Jean-Louis Grinda avait confiĂ© la direction musicale de son TannhĂ€user Ă  Monte Carlo, Ă  la chanteuse devenue cheffe, Nathalie Stutzmann : l’équipe se retrouve donc sur ce Mefisto de Boito dans le format, les scĂšnes collectives puissantes s’adaptent idĂ©alement Ă  l’immensitĂ© du thĂ©Ăątre antique ; saluons la direction assurĂ©e et claire, comme architecturĂ©e de la musicienne qui pilote efficacement les troupes rĂ©unies pour un opĂ©ra Ă  l’échelle du colossal.

 
 
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COMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda / Illustrations : Erwin Schrott (Mefistofele), magicien démoniaque au charisme évident (DR)

 
 
 
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APPROFONDIR

Les amateurs de l’oeuvre, consulteront avec profit le DVD Ă©ditĂ© par Athaus rĂ©cemment, enregistrĂ© Ă  Munich en 2015, avec un excellent duo Mefistofele et Faust : RenĂ© Pape / Joseph Calleja dans la mise en scĂšne de Roland Schwab :

mefistofele-boito-opera-munich-rene-pape-joseph-caleja-dvd-critique-review-cd-classiquenewsCLIC_macaron_2014DVD, compte rendu critique. BOITO : Mefistofele. Pape, Calleja, OM Wellber (1 dvd C major 739208, 2015). En 4 actes, l’ouvrage de Boito assemble les meilleurs Ă©lĂ©ments de son indiscutable gĂ©nie dramatique et lyrique. D’abord crĂ©Ă© en 1868 Ă  Milan, puis remaniĂ©, recrĂ©Ă© Ă  Bologne en 1875, enfin recrĂ©Ă© Ă  Milan en 1881, Mefistofele est l’aboutissement d’un travail pharaonique rĂ©alisĂ© par le librettiste devenu compositeur, toujours soucieux d’honorer sans la dĂ©naturer la source goethĂ©enne qu’il entend servir. Il compose mais Ă©crit aussi le texte de son ouvrage, Ɠuvre de toute une vie. HĂ©las trop peu jouĂ©e car les effectifs y sont dĂ©mesurĂ©s et les parties des solistes redoutables. Plus d’un s’y sont cassĂ©s les dents (et la voix). EN LIRE +

 

  
 
 
 
 

CD critique. VERBIER FESTIVAL 25 ans of Excellence / 25 ans d’excellence (4 cd Deutsche Grammophon : 2004 – 2015)

CD Verbier-Festival-25-Years-Of-Excellence-Coffret-Edition-limitee deutsche grammophon cd review critique cd par classiquenews-Inclus-livreCD critique. VERBIER FESTIVAL 25 ans of Excellence / 25 ans d’excellence (4 cd Deutsche Grammophon : 2004 – 2015). En Suisse il y a 2 festivals estivals d’envergure : Verbier cĂŽtĂ© Suisse francophone, 25 ans d’existence. Et de l’autre cĂŽtĂ©, au delĂ  de Lausanne vers le Saanenland, le festival en Suisse allemanique, GSTAAD, terre d’élection de Yehudi Menuhin qui y a eut un choc esthĂ©tique et de cƓur pour l’église de Saanen, Ă©crin dĂ©signĂ© pour des instants musicaux de partage oĂč le mot souverain demeure : « chambrisme ». Si GSTAAD est le plus ancien, 62Ăš Ă©dition en 2018, Verbier plus jeune de moitiĂ©, affiche chaque Ă©tĂ© une tonicitĂ© arrogante voire insolente, au regard des artistes invitĂ©s : toute l’écurie Deutsche Grammophon en particulier, dont les interprĂštes, grands solistes surtout : pianistes, violoniste, violoncelliste offrent un bain de musique et ainsi des engagements assurĂ©s pendant l’étĂ©.

L’excellence by Verbier

verbier-le-grand-final-du-30632-3Il n’y a pas ici un best of des 25 Ă©ditions respectives, mais un pot pourri de quelques sĂ©quences sensĂ©es nous convertir Ă  l’excellence et Ă  la magie «Verbier » during the summer. CĂŽtĂ© musique de chambre (CD3), car c’est quand mĂȘme dans ce registre que Verbier a marquĂ© des points, invitant de grands solistes pas forcĂ©ment habituĂ©s Ă  jouer en dialogue et conversation avec d’autres : reconnaissons que les deux pianistes requis sauvent la mise de ce qui n’aurait Ă©tĂ© qu’une arĂšne Ă  Ă©gos et tempĂ©raments en dĂ©monstration stricte : le Trio de Brahms se fait caressant et presque intĂ©rieur grĂące au piano du jeune Daniil Trifonov en juillet 2015, si humble (comparĂ© au violoncelle de Truls Mork) – mĂȘme verdict pour le Quintette pour piano de Dvorak : autour des deux violons assez tendus (confrontation oblige ?) de Vadim Repin et de Laurent Korcia, le clavier enfantin de Kissin fait merveille, surtout dans Dumka / andante (juillet 2004).
Au registre des lectures concertantes et symphoniques, entendez Concertos pour piano et orchestre, lĂ  encore l’impression varie Ă©videmment selon les tempĂ©raments solistes et leur Ăąge respectif (c’est Ă  dire leur bouteille et leur expĂ©rience): Ă  ce jeu lĂ , que vaut le jeu pĂ©taradant de la jeune chinoise Yuja Wang, aux cĂŽtĂ©s (hĂ©las pour elle) de l’ineffable et fĂ©line comme vĂ©tĂ©rante Marta Argerich ? En juillet toutes les deux, le Mendelssohn de Wang comme trop stressĂ© et impressionnĂ© par l’orchestre trop ample de Masur, sonne
 prĂ©cipitĂ© et hystĂ©rique. Une mĂ©canique bien huilĂ©e mais souvent artificielle – en revanche, la reine Argerich dans le Beethoven (n°2) donne une leçon de phrasĂ© et d’élĂ©gance rentrĂ©e, de ciselure d’une rare intelligence sensuelle, Ă  la fois vive (mozartienne), et crĂ©pitante (mais jamais en dĂ©route comme sa cadette). L’orchestre du Fetsival qui se convulse avec maniĂ©risme parfois sous la baguette Ă©trange et imprĂ©visible de TakĂ cs-Nagy, s emet au diapason de ce clavier suave et fĂ©lin.
D’une irrĂ©sistible verve, entre facĂ©tie et virtuositĂ© jazzy au swing dĂ©boutonnĂ© idĂ©al (allegro / Snowflakes), le piano tout en humour et lĂ©gĂšretĂ© de Mikhail Pletnev ressuscite l’entrain hollywoodien d’une partition pleine de dĂ©lire comique et d’exquise tendresse (Lyrical waltz / moderato). La prise est plus rĂ©cente (juillet 2013), rĂ©ussie grĂące Ă  un maĂźtre des Ă©quilibres instrumentaux et des rythmes dansants, Kent Nagano. Cet enregistrement mĂ©ritait Ă©videmment de paraĂźtre dans la sĂ©lection d’excellence de Verbier pour tĂ©moigner de ses 25 ans de ligne artistique.
Outre l’élĂ©gance du geste concertant et solistique, donc on l’ a vu mis Ă  l’épreuve de l’exercice terrible (rĂ©vĂ©lateur) de l’expĂ©rience chambriste, Verbier chaque Ă©tĂ© c’est aussi (surtout?) le grand bain symphonique : 2013 et 2015 sont-ils Ă  ce titre de grands crus, sous la houlette du vorace Gergiev ? En 2015, avec l’orchestre du festival, et dans les tableaux spirituels et mystiques, fantastiques et plutĂŽt contrastĂ©s de la derniĂšre symphonie de Tchaikovski (6Ăš dite « pathĂ©tique »), le chef ossĂšte cisĂšle la matiĂšre sonore, la sculpte en direct avec une sensualitĂ© parfois Ăąpre et toujours d’une tension supĂ©rieure en liaison avec l’urgence de visions en panique (excellent premier mouvement / fiĂšvre du second allegro bouillonnant de sĂšve printaniĂšre) ; on ne peut guĂšre en dire autant hĂ©las en 2013, avec le mĂȘme orchestre dans le dernier acte de La Walkyrie (IIIĂš acte) oĂč le geste semble Ă©pais, sonne large mais moins dĂ©taillĂ© (la sublime musique du feu finale ne s’embrase point) et l’expression du renoncement (du pĂšre Wotan Ă  sa fille chĂ©rie mais sacrifiĂ©e Brunnhilde) ne se dĂ©voile pas dans le magma orchestral ; prometteurs pourtant Bryn Terfel et IrĂšne Theorin, assĂšnent des voix fatiguĂ©e pour le premier et trop vibrĂ©e pour la seconde ; seule la Sieglinde d’Eva-Maria Westbroek polit le relief d’une voix mieux prĂ©servĂ©e. Et pour finir, la surprise de ce repas copieux mais Ă©quilibrĂ© par les genres servis : Folksongs de Berio, d’une tendresse gĂ©nĂ©reuse sous la direction de Dudamel (2005), avec la soliste Malena Ernman, voix expressive, pas toujours trĂšs propre (prots de voix et roucoulades Ă  l’envi), mais l’attention du chef et son souci instrumental se rĂ©vĂšlent intĂ©ressants. Compilation Ă©clectique, et diverse, en formes musicales comme en engagement artistique.

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CD, critique. VERBIER FESTIVAL : 25 Years of Excellence (4 cd DG Deutsche Grammophon 0289 483 5143 5) – parution : 6 juillet 2018. ©©©

CD 1: Tchaikovsky: Symphony No.6 in B Minor, Op. 74, TH.30 “PathĂ©tique” / Berio: Folk Songs;

CD 2: Mendelssohn: Piano Concerto No.1 In G Minor, Op.25, MWV O7 / Beethoven: Piano Concerto No. 2 in B-Flat Major, Op. 19 / Tsfasman: Suite for Piano and Orchestra;

CD 3: Brahms: Piano Trio No.1 in B Major, Op.8 / DvorĂĄk: Piano Quintet in A Major, Op.81, B. 155;

CD 4: Wagner: Die WalkĂŒre, WWV 86B / Act 3.

La notation de CLASSIQUENEWS :

© bof
©© bien
©©© trÚs bien
©©©© excellent

CLIC D'OR macaron 200

le choc, coup de cƓur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS

COMPTE-RENDU, opéra. BERLIN, Staatsoper, le 21 juin 2018. VERDI : Macbeth. Domingo / Netrebko. Kupfer / Barenboim

Anna Netrebko Verdi album leonoraCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. BERLIN, Staatsoper, le 21 juin 2018. VERDI : Macbeth. Domingo / Netrebko. Kupfer / Barenboim. Berlin poursuit des rĂ©ussites Ă©videntes : au duo dĂ©jĂ  saluĂ© Barenboim / Kupfer, rĂ©pond la maestriĂ  incarnĂ©e, autant chanteurs qu’acteurs, Anna Netrebko et Placido Domingo que l’on avait dĂ©jĂ  saluĂ©s dans un prĂ©cĂ©dent Verdi : Il Trovatore. Mais Ă  l’éblouissant cristal ivre et Ă©perdue de la jeune amoureuse Leonora (pincĂ©e pour son TrouvĂšre Manrico), s’épanouit ici, le diamant noir, fĂ©lin et crĂ©pusculaire d’une tigresse malĂ©fique et si humaine, Lady Macbeth.

Les contemporains de la premiĂšre sous la direction du Maestro Verdi lui-mĂȘme, (Scala 1847), s’étaient montrĂ©s choquĂ©s par l’ñpretĂ© surexpressive des airs de la monstresse, comme l’absence concertĂ©e de tout duo d’amour. Mais c’est que Verdi connaĂźt et aime son Shakespeare jusqu’au bout des ongles : pas une seconde ni une mesure qui ne soit taillĂ©e Ă  vif dans l’écoulement d’un tragique sans dilution. La coupe, l’architecture de ce Macbeth foudroie littĂ©ralement le spectateur, et jamais aprĂšs lui, Verdi n’aura Ă  ce point mieux exprimer la laideur cynique d’un couple d’ambitieux politique, devenus dictateurs. Mais aussi fracassante est la chute que l’ascension est fulgurante. Monter pour mieux redescendre

D’emblĂ©e, ce qui fait la valeur de cette nouvelle production berlinoise, c’est le splendide couple vocal douĂ© de tout le tempĂ©rament nĂ©cessaire pour brosser le portrait du duo criminel hallucinĂ©, assoiffĂ© de pouvoir et qui se dĂ©lecte vĂ©ritablement du sang qu’il verse : Macbeth feint une fausse retenue (que sa femme tient pour lĂąchetĂ© : elle le dit Ă  plusieurs reprises au point que l’on doute s’il elle l’aime vraiment) ; Lady Macbeth, elle est Ă  chaque nouveau dĂ©fi, gorgĂ© d’arrogante haine.

ANNA NETREBKO / PLACIDO DOMINGO : le duo Ă©lectrique

Anna Netrebko, tirĂ©e Ă  quatre Ă©pingles (sauf dans la scĂšne de folie somnambulique au III, oĂč elle paraĂźt cheveux dĂ©faits, pieds nus, une bougie Ă  la main selon les didascalies et le fameux tableaux de Fussli), montre combien le rĂŽle, son aractĂšre, sa tessiture aussi, lui vont comme un gant. Elle n’a pas seulement les aigus sidĂ©rants (toujours aussi fruitĂ©s et couverts) et la largeur d’un mĂ©dium de louve furieuse, Anna Netrebko Ă©largissant sa voix dans la rondeur et le lugubre fantastique campe une Lady Macbeth tout simplement phĂ©nomĂ©nale. La tigresse joue des crimes de son Ă©poux seigneur de Caudore devenu roi d’Ecosse, comme elle jouit des cadavres et du sang versĂ© : celui de Duncan au I, puis au II du gĂ©nĂ©ral (pourtant fidĂšle Ă  Macbeth) : Banquo


Tout en citant un ordre totalitaire (sud-amĂ©ricain) dans les costumes des soldats, Harry Kupfer en un subtil paysage industriel en blanc et noir, insiste sur cette dĂ©voreuse qui assassine et la fait paraĂźtre dĂšs le dĂ©but telle l’incarnation du Diable personnifiĂ© : bĂ©bĂ© mort dans un bras, Ă©pĂ©e dans l’autre, errant dans un paysage de dĂ©solation oĂč gisent les cadavres de ses victimes.

Directeur acĂ©rĂ©, vif, trĂšs efficace, Daniel Barenboim creuse le souffle Ă©pique et fantastique de ce conte sheakespearien oĂč les Ă©poux ambitieux prĂȘts Ă  tout, sombrent peu Ă  peu dans la plus noire des dĂ©mences. La mise en scĂšne est efficace et parfaitement froide jouant sur un plateau qui s’Ă©lĂšve et entraĂźne alors un changement de tableau de fond. Changements Ă  vues qui n’interrompt jamais cette course Ă  l’abime.

AprĂšs le meurtre de Banquo (acte II), la chute s’accĂ©lĂšre et en plein banquet Macbeth aprĂšs la fabuleux brindisi entonnĂ© par La Netrebko en sublime robe verte debout sur un grand fauteuil blanc, le roi assassin chancelle et dĂ©faille, en proie Ă  ses premiĂšres visions coupables. Chef lui barrant les yeux, Placido Domingo en dictateur dĂ©jĂ  accablĂ©, exprime toutes les nuances de la folie galopante. Poids de la culpabilitĂ© et aussi cynisme pathĂ©tique, le tĂ©nor devenu baryton fait valoir comme sa partenaire un sens du thĂ©Ăątre d’une impeccable vĂ©ritĂ©. NETREBKO / DOMINGO forment le plus beau couple verdien de l’heure, d’une intensitĂ© Ă©lectrique lui en pantin dĂ©truit et elle en dĂ©mone fauve qui lui reproche sa lĂąchetĂ© crasse. Le tableau du banquet oĂč le collectif des courtisans rassemblĂ©s isole mieux (par contraste) le couple royal qui montre ses failles, est une rĂ©ussite absolue par sa justesse.

On se souvient du duo Kupfer et Barenboim dans un Ring de Wagner Ă  Bayreuth puis Ă  Berlin sur la mĂȘme scĂšne. TĂ©nĂšbres et dĂ©monisme rongent de l’intĂ©rieur le paysage et la psychĂ© du couple Macbeth. Leur naĂŻvetĂ© terrifiante et criminelle brĂ»le la scĂšne. Et le talent des deux protagonistes Netrebko et Domingo frappe directement le spectateur.

Autre moment captivants, scĂ©nographiquement trĂšs valables : le choeur des sorciĂšres et leur chaudron magique qui ouvrent le III (oĂč se dĂ©voile l’addiction Ă  l’alcool du roi assassin) : la performance du choeur de la Staatsoper de Berlin est impeccable ; Ă©videmment la scĂšne de funambulisme foudroyĂ© d’une Lady Macbeth, dĂ©sormais dĂ©construite, hantĂ©e par ses visions cauchemardesques, rongĂ©e, mourante dĂ©passĂ©e enfin par ses actes impardonnables… et aussi le trĂšs beau chƓur «  patria opressa » qui exprime la souffrance populaire, Ă©cho Ă  celle des bourreaux : nouvelle intensitĂ© si rĂ©aliste d’un Verdi proche du cƓur humain…

Enfin, terminons avec l’enchainement final qui nous a paru trĂšs juste lĂ  encore thĂ©Ăątralement; soulignant le talent dramatique de Placido domingo. D’un souffle qui paraĂźt infini, Domingo mĂȘme s’il manque parfois de prĂ©cision comme de justesse, prĂ©serve toujours la direction comme le caractĂšre de son intonation, Ă  tel point que dans les deux derniers tableaux, trĂšs courts oĂč il conclut l’opĂ©ra, son profil affirme, mĂȘme bientĂŽt poignardĂ© par le jeune Macduff (dont Macbeth avait fait supprimĂ© femme et enfants), une trempe de despote cynique ahurissant et parfaitement abject : Ă  l’annonce de la mort de son Ă©pouse, il expĂ©die cet Ă©vĂ©nement sans autre marque de compassion (que vaut la vie ? Alors elle ou une autre 
), puis mourant dans son petit fauteuil de petit tyran criminel, il exhale un dernier rĂąle non sans ĂȘtre fier d’ĂȘtre maudit, conscient probablement qu’en lui, a soufflĂ© le grand satan, car s’il est dupe des voyances infernales (finalement manipulĂ© par les prophĂ©ties des sorciĂšres), en lui s’est cristallisĂ© la marque du dĂ©mon ; il a permis que se rĂ©pandent les tĂ©nĂšbres sur les hommes
 : grandeur pathĂ©tique des criminels. Un fieffĂ© escroc, bourreau sans morale. La performance est lĂ  aussi remarquable de vĂ©ritĂ©, et de suprĂȘme cynisme. Magnifique production.

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COMPTE-RENDU, opéra. BERLIN, Staatsoper, le 21 juin 2018. VERDI : Macbeth.

avec
MACBETH : PlĂĄcido Domingo
BANQUO : Kwangchul Youn
LADY MACBETH : Anna Netrebko
Une femme de chambre : Evelin Novak
MACDUFF : Fabio Sartori
MALCOLM : Florian Hoffmann
STAATSOPERNCHOR
STAATSKAPELLE BERLIN
Daniel Barenboim, direction
Harry Kupfer, mise en scĂšne
MACBETH de Giuseppe Verdi
Melodramma in vier Akten / en 4 actes (1847/ 1865)
PrĂ©sentĂ© Ă  Berlin, Staatsoper Unter den linden : les 17, 21, 24, 29 juin puis 2 juillet 2018 – 23, 26, 30 mai 2019.
https://www.staatsoper-berlin.de/de/veranstaltungen/macbeth.97/

LIRE AUSSI notre présentation de Macbeth de Verdi par le couple Netrebko / Domingo
http://www.classiquenews.com/anna-netrebko-chante-lady-macbeth-a-berlin/

LIRE AUSSI notre critique de l’album VERDI par Anna Netrebko, dĂ©jĂ  en 2013, la diva assoluta dĂ©clarait sa flamme aux hĂ©roĂŻnes de Verdi, pour le studio avant de les chanter sur la scĂšne. Une Ă©loquente dĂ©claration d’intention…

CENTENAIRE BERNSTEIN 2018. CD Ă©vĂ©nement : A QUIET PLACE par l’OSM Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Kent Nagano (DECCA)

BERNSTEIN A QUIET PLACE  orch montreal kent nagano DECCA 2 cd review cd la critique cd opera par classiquenewsCENTENAIRE BERNSTEIN 2018 / CD Ă©vĂ©nement : A QUIET PLACE de Bernstein par l’OSM Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Kent Nagano. Notre espĂ©rance exaucĂ©e : pour l’annĂ©e du centenaire Bersntein 2018, l’Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Kent Nagano soulignent le gĂ©nie lyrique du dernier Bernstein en publiant chez Decca, l’enregistrement Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e, A QUIET PLACE (version ultime de 1984, fusionnĂ©e avec Trouble in Tahiti). Extrait de notre critique : … » KENT NAGANO Ă©blouit littĂ©ralement dans cette version “de chambre” inĂ©dite, premiĂšre au disque, oĂč scintillent l’intelligence du chant dialoguĂ©, l’équilibre d’un orchestre complice et suractif mais jamais couvrant, et un plateau superlatif de solistes (dont les chanteurs diseurs somptueusement articulĂ©s : Gordon Bintner et Lucas Meachen dans les rĂŽles clĂ©s du fils et du pĂšre, Junior et Sam)  » par Alban DEAGS.

 

 

LIRE ici notre critique dĂ©veloppĂ©e du coffret DACCA, A QUIET PLACE par l’OSM Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Kent Nagano (live de mai 2017)

LIRE aussi notre dossier spĂ©cial ” A Quiet place” sur la partition et sa genĂšse complexe qui engage les derniĂšres ressources du chef compositeur, lequel aborde dans cette Ɠuvre virtuose des thĂšmes profonds : l’homosexualitĂ©, l’acceptation des autres, la tolĂ©rance fraternelle. Pacifiste, humaniste, le compositeur amĂ©ricain rĂ©invente aussi une Ă©criture qui privilĂ©gie sur le mode lĂ©ger, raffinĂ©, un chant continu… BERNSTEIN Ă  l’Ă©preuve de l’opĂ©ra

 

 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement : A QUIET PLACE de Bernstein par l’OSM Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Kent Nagano (2 cd Decca – mai 2017). CD Ă©lu CD « CLIC » de CLASSIQUENEWS, CD Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e BERNSTEIN 2018

 

 

Boris Godounov par Vladimir Jurowski

moussorgskiFrance Musique. Dim 1er juillet 2018, 20h. MOUSSORGSKI : BORIS GODOUNOV. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, (enregistrĂ© le 7 juin 2018), la production dirigĂ©e par l’excellent Vladimir Jurowski investit le plateau de la scĂšne parisienne avec une distribution assez passe partout, plutĂŽt lisse mĂȘme, en dĂ©pĂźt des personnages que le compositeur, gĂ©nie de l’opĂ©ra romantique russe avant Tchaikovski, a su dĂ©velopper. On ne dira quasient rien de la mise en scĂšne plate, ennuyeuse, sans idĂ©e du thĂ©Ăątreux Ivo van Hove payĂ© trĂšs cher sur la scĂšne de bastille pour rĂ©duire la trame de Boris, Ă  l’assassinat de Dimtri (en images dĂ©multipliĂ©e donc indigestes par la vidĂ©o, utilisĂ©e Ă  l’excĂšs). Il faudra bien souligner un jour l’effet dĂ©sastreux de ces lectures misĂ©rabilistes, sans poĂ©sie aucune qui cultive la laideur en sacrifiant la suggestion, dans nombre de mises en scĂšne modernes. Et dire que l’Etat et le contribuables payent pour ses assommantes destructions de l’art lyrique.

La version retenue est la moins complĂšte (premiĂšre version de 1869), Ă©cartant le fameux acte polonais, avec les personnages qui prĂ©cisent l’entourage et l’ascension du faux Dmitri, prĂ©tendant au trĂŽne (2Ăš version de 1872) ; dans le dĂ©coupage prĂ©sentĂ© par Paris, le dĂ©roulement de l’action s’intĂ©resse sur l’ascension de Boris au trĂŽne impĂ©rial, puis sa lente dĂ©chĂ©ance, rongĂ© par les crimes qu’il a commis pour arriver Ă  ses fins. En parallĂšle, comme Ă  distance de de mouvement politique qui enchaĂźne les faux prophĂštes et les vrais usurpateurs, le moine Pimen commente l’action avec un dĂ©tachement qui n’est pas dupe des manipulateurs en tous genres (dommage la basse Ain Anger reste comme ses confrĂšres, dans le terne, le gris, sans trouble aucun) ; Ă  travers le personnage du fou et de la foule toujours ballotĂ©e et soumise se prĂ©cise le portrait d’une nation martyr, orpheline d’un vĂ©ritable hĂ©ros qui saura lui apporter libertĂ©, paix, abondance
 L’orchestre de Moussorgski est l’un des plus puissants (dans la conception moins par le nombre), intensĂ©ment dramatique et superbement mĂ©lodique ; et la construction, scĂšne par scĂšne, mĂȘme si l’on reste indĂ©cis sur l’ordre et la composition originelle des sĂ©quences, force l’admiration par sa prodigieuse modernitĂ©. La scĂšne de l’auberge vaut toutes les comĂ©dies rossiniennes, truculente et contrastĂ©e : un modĂšle du genre grĂące aux profils expressifs alors confrontĂ©s / affrontĂ©s. Face Ă  la partition de Moussorgski qui regorge de vivacitĂ©, d’humour comme de cynisme acide et de lyrisme tendre, les chanteurs peinent Ă  exprimer les brĂ»lures et les vertiges du drame.
jurowski vladimir chef maestro par classiquenewsHeureusement il y a le chef Vladimir Jurowski qui s’il n’a pas obtenu l’écrin de Garnier qui lui aurait mieux convenu, distille une maniĂšre de chambrisme affĂ»tĂ© depuis la fosse qui fait mouche. Autre facteur de rĂ©ussite de cette production musicalement trop timorĂ©e : l’excellente prestation des choeurs de l’OpĂ©ra de Paris : vrai personnage qui rĂ©Ă©quilibre et finit par surclasser l’asthĂ©nie Ă©tonnante des solistes. En conclusion, s’il est toujours passionnant d’écouter la musique thĂ©Ăątrale de Moussorgski, cette production 2018 Ă  Bastille, est Ă  oublier visuellement. Tant mieux, France Musique ne nous dĂ©livre que le son.

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logo_france_musique_DETOUREParis, OpĂ©ra Bastille / Moussorgski : Boris Godounov, version de 1869. Abdrazakov,Malevskaya,…Orch. et Ch de l’Op. nat. de Paris,MaĂźtrise des Hauts-de-Seine,ChƓur d’enfants de l’OpĂ©ra nat. de Paris,Jurowski – OpĂ©ra donnĂ© le 7 juin 2018 Ă  20h Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Paris.

Modeste Moussorgski
Boris Godounov

Ildar Abdrazakov, basse, Boris Godounov
Evdokia Malevskaya, Fiodor
Ruzan Mantashyan, soprano, Xenia
Alexandra Durseneva, mezzo-soprano, La nourrice
Maxim Paster, ténor, Le prince Chouiski
Boris Pinkhasovich, baryton, Andrei Chtchelkalov
Ain Anger, basse, Pimen
Dmitry Golovnin, ténor, Grigori Otrepiev
Evgeny Nikitin, baryton-basse, Vaarlam
Elena Manistina, mezzo-soprano, L’aubergiste
Vasily Efimov, tĂ©nor, L’innocent
Mikhail Timoshenko, baryton-basse, Mitioukha
Maxim Mikhailov, basse, Un officier de police
Francisco Simonet, ténor, Un boyard, voix dans la foule
Peter Bronder, ténor, Misail

Choeur de l’OpĂ©ra National de Paris
MaĂźtrise des Hauts de Seine
Choeur d’enfants de l’OpĂ©ra national de Paris
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris
José Luis Basso, Chef de choeurs
Vladimir Jurowski, direction.

CD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana).

GORZANIS cd reviex la critique cd par classiquenews La-Barca-Del-Mio-Amore-Napolitane-Balli-E-FantasieCD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana). On se fĂ©licite de voir revivre le label Arcana, sous d’aussi brillantes flammes, crĂ©pitantes, exaltĂ©es, investies comme le rĂ©alise le geste vocal d’un maĂźtre du dire italien, le tĂ©nor Pino de Vittorio. Contrairement Ă  la tartine picturale un rien trop grasse et Ă©paisse qui traite en couverture l’amour de Neptune et d’une naĂŻade bien nourrie (dans un style XVIĂš, mais si provincial ; en fait une toile de Paris Bordone), la lecture de l’interprĂšte brille ici par sa constante nervositĂ© expressive, son mordant picaresque qui rĂ©pond en Italie Ă  la drĂŽlerie fantasque mais si humaine d’un Dominique Visse. De Vittorio dĂ©fend comme peu l’idĂ©e d’un tempĂ©rament Ă  part, se rĂ©vĂ©lant d’autant mieux dans des rĂ©pertoires inĂ©dits et qui semblent taillĂ©s pour son gemme vocal, si atypique.
EnregistrĂ©e n novembre 2017 en SlovĂ©nie, ce programme trĂšs caractĂ©risĂ© vaut surtout par l’incarnation Ă  la fois surexpressive d’un diseur qui maĂźtrise l’articulation de l’italien ancien et baroque. Toujours proche du texte, le chanteur acteur se dĂ©lecte Ă  sublimer la projection du verbe en verve et aussi en dĂ©lire parodique. Au service d’une thĂ©Ăątralisation mesurĂ©e du poĂšme, De Vittorio exalte la saveur souvent hallucinĂ©e des images poĂ©tiques d’un GIACOMO GORZANIS, luthiste et compositeur, auteur Ă  Veise de livres de villanelles (poru le luth) et recueils de « napolitane », alla veneziana (chantĂ©s ou jouĂ©s sur le luth). A l’époque de Titien (gĂ©nie chromatique du XVIĂš, incontournable crĂ©ateur et magicien dans cette Venise qu’a connu Gorzanis entre 1560 et 1571), le compositeur ainsi rĂ©vĂ©lĂ© cultive une plasticitĂ© expressive riche en registres – sensuel, tragique, comique, amoureux et langoureux, fantasque et satirique donc, qui mĂ©ritait une autre image de couverture car le raffinement de sa palette musicale renouvelle aussi l’art du luth qu’il maĂźtrisait parfaitement. Probablement aveugle, Gorzanis naĂźt vers 1530, Ă  Bari dans les Pouilles, Ă  l’époque oĂč Bona Sforza est duchesse de Bari et
 Reine de Pologne. Les engagements de Gorzanis le mĂšne jusqu’en Carniole (actuelle SlovĂ©nie), oĂč se rapprochant des patriciens de Ljublijana, il frĂ©quente la Cour Ă  Graz de l’Archiduc d’Autriche Charles II (auquel est dĂ©dicacĂ© sn Livre II de napolitane de 1571.
Outre la complexitĂ© et l’équilibre des danses transmises selon un format depuis adoptĂ© aprĂšs lui (Passamezzo, pavane, saltarello), ce qui fait la saveur de ce programme c’est Ă©videmment la vocalitĂ  Ă©pineuse et parfois exacerbĂ©e, le timbre buffa, trĂšs individualisĂ© du tĂ©nor qui cultive un vrai sens du thĂ©Ăątre et de la comĂ©die, comique ou tragique, oĂč le texte et son dĂ©lire poĂ©tique expressif sont toujours particuliĂšrement soignĂ©s et mis en avant. Aveugle, Gorzanis a certainement pu comptĂ© sur son fils et son Ă©pouse pour Ă©crire sa musique d’une Ă©vidente ambition poĂ©tique. Terrain propice Ă  une caractĂ©risation subtile de chaque piĂšce vocale, les poĂ©sies retenues et mises en musique par Gorzanis tĂ©moignent du goĂ»t europĂ©ens dans les cours princiĂšres de la fin du XVIĂš : s’y Ă©panche le cƓur de l’amoureux trahi, blessĂ©, solitaire impuissant, marionnette tragico-comique d’une belle fiĂšre, inaccessible et toujours mystĂ©rieuse : toujours, il est sous l’emprise de la belle sirĂšne et sa bouche dĂ©sirable (Basciami con ssa bocca). Picaresque aussi, et prĂ©caravagesque, les petites scĂšnes de drame buffa, convoque une vieille marieuse prĂȘte Ă  tout pour sĂ©duire, capturer et tromper
 De sorte que sous des sĂ©ductions formelles faussement avenantes, se cache une connaissance aiguĂ« de l’ñme humaine, manipulatrice, prĂ©datrice (portait charge de la « maquerelle » dans L’altro giorno mi disse »)
 on imagine aisĂ©ment la portĂ©e Ă©picĂ©e, volontiers provocante et choquante de tels textes chez la bonne sociĂ©tĂ© piquĂ©e d’ainsi s’encanailler ! La rĂ©vĂ©lation mĂ©rite ce disque Ă  l’apport rĂ©el, inĂ©dit. On aimerait en connaĂźtre davantage sur le compositeur europĂ©en Gorzanis, actif dans la 2Ăš moitiĂ© du XVIĂš. A suivre.

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CD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana)

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VOIR en vidéo Pino de Vittorio chanter Sta vecchia canaruta de Gorzanis (2012) :

VOIR AUSSI :

https://www.youtube.com/watch?v=x0GKt9-Ojpw (L’altro giorno mi disse)

CD, opéra romantique, recréation : critique. Halévy. La Reine de Chypre (2 cd Palazzetto B-Zane)

halevy-la-reine-de-chypre-niquet-cyrille-dubois-veronique-gens-cd-reviex-critique-cd-par-classiquenewsCD, opĂ©ra romantique, recrĂ©ation : critique. HalĂ©vy. La Reine de Chypre (2 cd Palazzetto B-Zane). Une Reine naufragĂ©e au concert relĂšve la tĂȘte hors de l’eau au disque
 grĂące ici au tĂ©nor français Cyrille Dubois dont le GĂ©rard de Courcy ici, revĂȘt des habits miraculĂ©s, osant / affirmant une fraĂźcheur juvĂ©nile du timbre qui captive et nous rend le personnage crĂ©dible ; son Ă©clat de plus en plus affirmĂ©, comme son sens de l’articulation, convainquent immĂ©diatement par une sincĂ©ritĂ© immĂ©diate et dĂ©signent le tempĂ©rament rare. Sa performance sauve la production d’une dĂ©route malheureuse vĂ©cue au concert en juin dernier (TCE juin 2017). Certes on retrouve la direction tendue, nerveuse, pas toujours trĂšs nuancĂ©e du chef HervĂ© Niquet qui confond souvent opĂ©ra et thĂ©ĂątralitĂ© outrĂ©e. L’opĂ©ra romantique français ne se rĂ©duit pas Ă  une caractĂ©risation exacerbĂ©e au risque de la caricature. Bref.
D’autant que HalĂ©vy, aprĂšs Meyerbeer, fait Ă©voluer le grand opĂ©ra français vers une personnalisation, une individualisation complĂ©tant le sens de la grandeur. MĂȘme si la partition ainsi recrĂ©Ă©e n’atteint pas la rĂ©ussite de La Juive de 1835 (au tragique bouleversant, incarnĂ© par le duo Rachel et son faux pĂšre ElĂ©azar / LIRE notre dossier La Juive de HalĂ©vy )

Il ne faudrait pas remiser La Reine de Chypre (crĂ©Ă©e en 1841) parmi les opĂ©ras historiques pompeux. Bien que la direction soit parfois rĂ©duite Ă  en boursoufler les angles et la modĂ©nature. Qu’importe, se distinguent cependant malgrĂ© l’aisance de HalĂ©vy dans le tissu harmonique et l’orchestration, dans l’écriture de ses ensembles qui force souvent l’admiration par leur souffle.

gens_presse_5_cfranckjuery-alphaclassics_webAux cĂŽtĂ©s de l’ardent Dubois (qui fut aussi un grand Nadir dans Les PĂȘcheurs de perles de Bizet rĂ©cemment enregistrĂ© par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (dont c’est le premier cd lyrique avec l’orchestre français), saluons Ă©videmment la grande diseuse, altiĂšre et aristocratique mais si humaine, VĂ©ronique Gens. Elle donne contrairement Ă  ses partenaires, sauf le jeune Dubois, la vĂ©ritĂ© de son personnage, avec un style et une Ă©lĂ©gance articulĂ©e, 
 tout simplement exemplaire. Il suffirait que ses cadets ou partenaires retiennent pour eux-mĂȘmes quelques Ă©lĂ©ments de son mĂ©tier pour parfaire et Ă©clairer d’un tout autre ton, leur propre approche. « VĂ©ronique Gens, arbitre du goĂ»t, ambassadrice stylĂ©e et racĂ©e. Sa Caterina Cornaro, patricienne gĂȘnoise frĂ©mit d’une grĂące amoureuse de premiĂšre intensitĂ©, palpitante et juste. Rare les chanteuses continĂ»ment intelligibles. Proie du devoir politique, mais amoureuse loyale, « La Gens », en reine de Chypre, trouve un rĂŽle taillĂ© pour son gemme vocal, elle maĂźtrise et le chant et le style. Une sirĂšne du chant actuel. » VoilĂ  comment s’exprimait dans l’annonce de ce coffret notre confrĂšre chez Classiquenews Alban Deags

On ne peut que souscrire à cette évaluation qui rend accessible et immédiatement proche la réalisation et la conception du drame, qui se passe de Venise (au XVÚ) à Chypre.
Dubois, Gens, le duo est irrĂ©prochable. Et plus encore contrastant avec l’excellent diseur quĂ©bĂ©cois Etienne Dupuis, qui fait un Jacques de Lusignan ardent et humain, rĂ©alisant un trĂšs bon duo avec Cyrille Dubois justement, vrai tube extrait de l’opĂ©ra (« Triste exilé »). De quoi donc nous satisfaire. MĂȘme si l’oeuvre, fresque italienne de Venise Ă  Chypre, ne peut guĂšre rivaliser avec les opĂ©ras dĂ©jĂ  nerveux, puissants, magnifiquement architecturĂ©s et mĂ©lodiquement unifiĂ©s d’un Verdi dont Boccanegra ou les Due Foscari partagent avec HalĂ©vy, ce mĂȘme goĂ»t pour l’histoire italienne de la Renaissance, celle des citĂ©s-Ă©tats, oĂč politique et amour crĂ©ent des conflits propices Ă  rebondissements. Sans Ă©blouir, l’opĂ©ra recrĂ©Ă© offre quelques belles sĂ©quences. Pour autant fallait-il enregistrre sa totalitĂ© ? Une Ă©dition critique, minutieusement Ă©ditorialiste, rĂ©unissant les « meilleurs extraits » eĂ»t Ă©tĂ© certainement plus digeste.

 
 
 

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CD, opéra romantique, recréation : critique. Halévy. La Reine de Chypre (2 cd Palazzetto B-Zane).

Opéra en cinq actes, livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
CrĂ©Ă© Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique le 22 dĂ©cembre 1841
Label
Palazzetto Bru Zane

Catarina Cornaro : VĂ©ronique Gens
GĂ©rard de Coucy : Cyrille Dubois
Jacques de Lusignan : Etienne Dupuis
Andrea Cornaro : Christophoros Stamboglis
Mocenigo : Eric Huchet
Strozzi : Artavazd Sargsyan
Un hĂ©raut d’armes : Tomislav Lavoie

ChƓur de la Radio flamande
Orchestre de chambre de Paris
H. Niquet, direction

Enregistrement réalisé au Théùtre des Champs-Elysées en juin 2017
2 CD Palazzetto Bru Zane Ediciones Singulares 1032 – 1h15 + 1h19

 
 
 

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PrĂ©cĂ©dents enregistrements d’opĂ©ras romantique français / Collection “opĂ©ra français” du Pal BRU-Zane :

 
 
 

uthal_couverture uthal mehul opera cd palazzetto bru zane critique compte rendu cd reviw presentation cd classiquenews

CD, Ă©vĂ©nement. MEHUL : UTHAL, 1806. Bou, Beuron, 1 cd Palazzetto Bru Zane, mai 2015) BEURON, Yann., MĂ©hul, Ediciones singulares / Palazzetto Bru Zane – inĂ©dits, premiĂšres, musique romantique, opĂ©ra. CD, Ă©vĂ©nement. MEHUL : UTHAL, 1806. Bou, Beuron, 1 cd Palazzetto Bru Zane, mai 2015). En 1806, MĂ©hul dĂ©ploie une verve sanguine, tendue, virile Ă  laquelle il est difficile de rĂ©sister. Son Uthal s’inspire du pseudo poĂšte celtique Ossian ; en rĂ©alitĂ© mystification littĂ©raire propre au romantisme Ă©pris d’antiquitĂ© gaĂ©lique : Ossian est un faux HomĂšre, exaltant la noblesse des guerriers Ă©cossais et celtiques. Echo de cette Ă©popĂ©e du Barde du IIIĂš siĂšcle, l’opĂ©ra en un acte renouvelle la palette sonore, l’éclat expressif de l’opĂ©ra romantique français. Le nerf et le muscle dont est emblĂ©matique MĂ©hul Ă  l’époque oĂč à


 
 

 
 

  • herold le pre aux clercs cd review cd critique classiquenews CLIC decouverte novembre 2016 cd livre palazetto bru zane ediciones singulares cd 2 cd classiquenews 51TgZ-p3VlL._SS500

    CD, compte rendu critique. HEROLD: Le PrĂ© aux clercs (McCreesh, 2015 – 2 cd Ediciones Singulares / Palazzetto Bru Zane) - McCreesh, Paul., HEROLD, Louis-Ferdinand., Ediciones Singulares / Palazzetto Bru Zane / crĂ©ations, jeunes talents, musique romantique, opĂ©ra – CD, compte rendu critique. HEROLD: Le PrĂ© aux clercs (McCreesh, 2015 – 2 cd Ediciones Singulares / Palazzetto Bru Zane). MalgrĂ© les faiblesses criantes de l’interprĂ©tation (lire ci aprĂšs, en particulier du cĂŽtĂ© des femmes), l’enregistrement Ă©ditĂ© dĂ©but novembre 2016, dĂ©voile le gĂ©nie d’un Romantique français de premier ordre : rossinien, et dĂ©jĂ  prĂ©curseur d’Offenbach et de Massenet, HĂ©rold Ă©blouit par sa grĂące dramatique, son intelligence et son style, sa finesse et son Ă©loquence. C’est une recrĂ©ation majeure d’oĂč notre CLIC dĂ©couverte. Dans le texte, il est lĂ©gitime d’enregistrer aujourd’hui, l’un des ouvrages du genre opĂ©ra-comique parmi le plus cĂ©lĂšbres,


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  • LALO edouard

    CD, compte rendu critique. Lalo / Coquard : La Jacquerie. Patrick Davin, direction (2 cd Palazzetto Bru Zane) - Castronovo, Charles., Coquard, Arthur., Palazzetto Bru Zane – Musique romantique, opĂ©ra / CD, compte rendu critique. Lalo / Coquard : La Jacquerie. Patrick Davin, direction (2 cd Palazzetto Bru Zane). EnregistrĂ© sur le vif lors d’un concert Ă  Montpellier en juillet 2015, cette rĂ©surrection attendue confirme l’excellent tempĂ©rament dramatique de Lalo dont on apprend depuis quelques temps, les autres aspects du gĂšne musical, outre sa virtuositĂ© concertante, les mĂ©lodies (LIRE notre compte rendu des mĂ©lodies par Tassis Christoyannis), et donc ses opĂ©ras : Le Roi d’Ys (1888) plus connu, ou Fiesque (1868) enregistrĂ© en premiĂšre mondiale par Roberto Alagna en 2011 chez Deutsche Grammophon : excellente gravure dĂ©jĂ  visionnaire), et cette Jacquerie,


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  • DUKAS paul prix de rome cd livre Palazzetto review critique cd CLASSIQUENEWSPrix-1

    CD. Compte rendu critique. Paul Dukas. Cantates, chƓurs, musique symphonique. Brussels Philharmonic (Collection Prix de Rome, volume V), 2 cd Palazetto Bru-Zane - Hunold, Catherine., Dukas, Paul., Palazzetto Bru Zane – ChƓur, inĂ©dits, premiĂšres, musique orchestrale, musique romantique, opĂ©ra / CD. Compte-rendu critique. Paul Dukas. Cantates, chƓurs, musique symphonique. Brussels Philharmonic (Collection Prix de Rome, volume V), 2 cd Palazetto Bru-Zane. Programme enregistrĂ© en 2014 et 2015. AprĂšs de prĂ©cĂ©dents ouvrages monographiques dĂ©diĂ©s Ă  Debussy (2009), Saint-SaĂ«ns (2010), Gustave Charpentier (2011) et Max d’Ollone (2013) – ces deux derniers Ă©tant les plus convaincants selon nous, voici le 5Ăšme volume de la collection de livres disques : “Prix de Rome“, celui-ci dĂ©diĂ© Ă  un compositeur candidat mais jamais rĂ©compensĂ© par l’institution acadĂ©mique : Paul Dukas (1865-1935). Car il y a bien dans l’histoire musicale un “cas Dukas”, comme il y aura


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  • Herculanum felicien david annonce presentation critique review classiquenews aout 2015 critique

    CD, compte rendu critique. FĂ©licien David : Herculanum, 1859. Deshayes, Courjal, Niquet (2 cd Palazzetto Bru Zane, 2014) - Courjal, Nicolas., David, FĂ©licien., Palazzetto Bru Zane / Musique romantique, opĂ©ra – CD, compte rendu critique. FĂ©licien David : Herculanum, 1859. Deshayes, Courjal, Niquet (2 cd Palazzetto Bru Zane, 2014). L’opĂ©ra de FĂ©licien David, Herculanum, fusionne spectaculaire antique, souffle Ă©pique hĂ©ritĂ© des grands oratorios chrĂ©tiens, et aussi souvenir des opĂ©ras du premier romantisme français, signĂ©s Meyerbeer, Auber, HalĂ©vy. Sans avoir l’audace visionnaire et fantastique de Berlioz (Damnation de Faust), lequel tĂ©moin de la crĂ©ation a regrettĂ© malgrĂ© d’évidentes qualitĂ©s expressives, musicales, dramatiques, l’orchestration plutĂŽt terne de la partition (non sans raison d’ailleurs), Herculanum mĂ©ritait absolument cette recrĂ©ation par le disque. Tout en servant son sujet chrĂ©tien, l’ouvrage est aussi sur la scĂšne


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  • salieri danaides rousset christoyannis van wanroij critique compte rendu classiquenews CLIC de juin 2015

    CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013) - Christoyannis, Tassis., Salieri, Antonio., Palazzetto Bru Zane – musique classique, musique romantique, opĂ©ra / CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013). Cela cravache sec et tendu dĂšs l’ouverture oĂč le chef C. Rousset plus incisif que jamais emporte tout abandon galant, tout italianisme sensuel, au profit d’un expressionnisme tendu et Ă©lectrique, soulignant combien ce Salieri de 1784 doit au style franc et frĂ©nĂ©tique de Gluck, rĂ©pond aussi au goĂ»t pour la grandeur tendue, la froideur terrifiante et spectaculaire des passions 
 raciniennes. L’époque est Ă  l’éclectisme europĂ©en, le goĂ»t savant des LumiĂšres qui aprĂšs le dĂ©part du Chevalier Gluck (1779), grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra français dans les annĂ©es


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  • mehul adrien orfeo orchestra gyorgy vashegyi

    CD. Compte rendu critique. MĂ©hul : Adrien (György Vashegyi, 2012. 2 cd Palazzetto Bru Zane) - Vashegyi, György., MĂ©hul, Etienne-Nicolas., Palazzetto Bru Zane – Musique romantique, opĂ©ra / CD. Compte rendu critique. MĂ©hul : Adrien (György Vashegyi, 2012. 2 cd Palazzetto Bru Zane). Le gĂ©nie de MĂ©hul enfin rĂ©habilitĂ© ! D’abord proposĂ© en tĂ©lĂ©chargement sur la toile, l’enregistrement d’Adrien nous revient sous une forme classique, en 2 cd et avec notice (courte) et livret (intĂ©gral). De quoi jugez sur piĂšce et repĂ©rer un nouveau jalon lyrique d’importance, entre classicisme et romantisme. A l’époque du Directoire, Adrien est bien un sommet lyrique dans le style gluckiste et frĂ©nĂ©tique : irrĂ©sistible. D’oĂč, en dĂ©pit de quelques rĂ©serves (parmi les solistes), notre CLIC d’avril 2015. Les perles mĂ©connues sont rares :


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  • Massenet : Le Mage

    CD. Massenet : Le Mage (Campellone, 2012) - Campellone, Laurent, Massenet, Jules, Palazzetto Bru Zane – Musique romantique, opĂ©ra – CD. Massenet : Le Mage (Campellone, 2012)   
   Paris, 1891. A 39 ans, l’éclectisme de Monsieur Massenet, furieusement dramatique, dĂ©jĂ  saluĂ© pour Werther et Esclarmonde, s’affirme ici dans le genre grand opĂ©ra français sur un sujet oriental. En choisissant aprĂšs Rameau,  la figure du prĂȘtre d’Ahoura-Mazda, Zaroastre/Zarastra, Massenet certes s’orientalise (mais pas exagĂ©rĂ©ment, tout au plus comme il l’a fait pour Le roi de Lahore ou HĂ©rodiade, comme il le fera ensuite dans ThaĂŻs) ; ses Ă©vocations exotiques sont de pures recompositions, fantasmatiques Ă  la façon de l’orientalisme d’un GĂ©rĂŽme, peintre contemporain qui fut aussi l’ami de Massenet.


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  • Massenet_Therese_280

    CD. Massenet: ThĂ©rĂšse (Gubisch, Dupouy, Castronovo, Altinoglu, 2012) - Alain Altinoglu, Massenet, Palazzetto Bru Zane – Musique romantique, opĂ©ra / CD. Massenet : ThĂ©rĂšse (Altinoglu, live 2012) La coupe dramatique de l’opĂ©ra ThĂ©rĂšse (crĂ©Ă© Ă  Monte Carlo en 1907), dĂšs l’énoncĂ© haletant de l’ouverture (annonce du couperet fatal qui Ă  terme emportera et ThĂ©rĂšse et son Ă©poux) manifeste le gĂ©nie de Massenet. Un Massenet, auteur officiel incontournable du milieu français, qui sexagĂ©naire, trouve de nouveaux ressorts pour rĂ©gĂ©nĂ©rer son inspiration. Ce nouvel enregistrement courageux nous en offre la preuve. C’est mĂȘme un moderne dont les mĂ©dias de l’époque ont relayĂ© la correspondance- rien qu’au tĂ©lĂ©phone (!) – avec le librettiste en vue de l’élaboration de l’ouvrage. Massenet au tĂ©lĂ©phone, voilà


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