Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato chante en direct du MetFrance Musique, samedi 19 janvier 2013, 19h

France Musique, samedi 19 janvier 2013, 19h

Gaetano Donizetti

Maria Stuarda
, 1835

Le Metropolitan Opera de New York diffuse l’opéra Maria
Stuarda
, l’un des opéras historique les plus connus de Gaetano Donizetti
(1797 – 1848). Différent des opéras déjà représentés, par son thème
ancré dans l’histoire anglaise plus précisément, Maria Stuarda démontre
deux tendances donizettiennes, l’amour des thèmes historiques et la
fascination pour l’emblématique reine Elisabeth 1ère. Pour le reste,
rien de bien neuf. C’est du pur Donizetti – cavatine de l’héroïne,
rencontres et séparations d’amants, confrontations entre rivaux ou
rivales, scènes de folie. C’est agréable, c’est fluide, c’est
confortable, et ça se laisse écouter.

Reines rivales

Le synopsis, inspiré par la tragédie Maria Stuart de Schiller,
est simple, et se déroule en trois actes. L’histoire se passe en 1567,
alors que la reine d’écosse, Marie Stuart, est emprisonnée au château de
Fotheringay par sa cousine, la reine d’Angleterre, Elisabeth. Au fur et
à mesure de l’intrigue, les deux raisons apparaissent au public : une
raison politique, Marie convoite le trône d’Elisabeth; une raison
amoureuse, Marie est éprise du même homme qu’Elisabeth, Leicester,
qu’Elisabeth a nommé, au début du premier acte, ambassadeur d’Angleterre
en France. C’est une manière de le rapprocher habilement d’elle … en
n’éveillant pas trop les soupçons.
Tandis qu’Elisabeth imagine la façon d’en finir avec sa « rivale »,
cette dernière, dans sa prison, regrette le temps passé. Leicester
arrive ensuite, recommande à Marie de se soumettre à Elisabeth et lui
promet de la venger si les demandes de Marie n’avaient pas d’issue
positive. La confrontation entre les cousines vient ensuite, forte,
rythmée, pleine de dynamisme (et d’injures). La scène de duel s’achève
par la condamnation à mort de Marie. Ce duel, bien que fort, intense et
fréquent dans les représentations artistiques de cette « légende
historique ». .. est pour autant totalement inexacte.
Ce sont les préparatifs de l’exécution de Marie qui occupent le
troisième acte. Entre révélations et tension dramatique, et après la
scène de la confession, la haute figure de Marie et celle, jalouse,
d’Elisabeth, se détachent, jusqu’aux trois coups de canon signifiant
l’exécution de Marie Stuart, en plein oxymore tragique.

Genèse

L’opéra, représenté en 1835 pour la première fois, a connu une histoire très tumultueuse. D’abord joué sous un autre nom, Buondelmonte,
en octobre 1834, au Teatro san Carlo de Naples (avec deux interprètes
qui se supportaient tellement peu qu’elles se sont crêpé le chignon à la
première répétition) l’opéra a déchaîné, par la violence des
antagonismes, des termes et des attitudes, par la force qui s’en dégage
et la manière de l’exprimer, les foudres de la censure.
Les représentations s’arrêtèrent rapidement, et il fallut un peu plus
d’un an, un changement de lieu, de nom et d’interprètes, pour que
l’histoire se déroulât à nouveau, le 30 décembre 1835. La censure
quasiment immédiate n’empêcha pas que les critiques et mélomanes
amateurs du compositeur reconnussent Maria Stuarda comme un opéra très représentatif de l’auteur de Lucia di Lammermoor.
De l’opéra reste la figure tutélaire de celle qui créa le rôle-titre:
Maria Malibran, disparue quelques temps après la création de l’ouvrage.
Sa tessiture et son expressivité, en même temps que sa mort à 28 ans, en
firent une personnalité forte et attachante – inoubliable.

Gaetano Donizetti: Maria Stuarda
En direct du Mettropolitan Opera de New York
samedi 19 janvier 2013 à 19h
Illustration : Pour la mezzo américaine Joyce DiDonato qui vient de publier chez Virgin classics un superbe album dédiés aux Drama Queens, Maria Stuarda reste la prise de rôle la plus audacieuse, réalisée dès avril 2012 au Grand Opera de Houston

Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 30 avril 2008. Gaetano Donizetti: Maria Stuarda. Patricia Ciofi, Marianna Pizzolato.

Après la légende bretonne, « Le roi d’Ys », l’Opéra Royal de Wallonie nous offre un mythe anglais. Pour cette narration du conflit entre Élisabeth 1ère et sa cousine, Marie Stuart, la performance présentée par la scène liégeoise exhauce largement nos attentes. Un orchestre vif, dirigé par Luciano Acocella, plein d’enthousiasme et de conviction, aux cordes émouvantes, touchantes et troublantes, aux percussions intenses (quelques dérapages et épaisseurs cependant, soulignant les coups de théâtre), aux vents angoissants et inquiétants. La fosse n’a quasiment jamais manqué à son rôle d’accompagnement et de soutien de la tension dramatique.
Et quelle tension ! Soulignée par des décors justes, simples mais pas simplistes, restituant parfaitement l’atmosphère, ici d’une salle d’un palais, là d’un havre de paix sylvestre, là encore d’une geôle austère, tel un tunnel menant à la mort… Autres arguments à cet accomplissement visuel, les costumes: hauts en couleurs, en diversité et en nuances. Ils conviennent à toute situation, et soulignent la majesté d’Elisabeth, et la chute de Marie.


Le feu incandescent et l’intensité dramatique de Patrizia Ciofi
, suffisent à la réussite entière de la production. Son incarnation de Marie Stuart laisse l’âme nouée, le cœur transporté, par les notes extraordinaires, la présence scénique, la force d’expression et l’aisance avec laquelle la fière jeune femme s’exprime face à sa cousine, Elisabetta, interprétée par Marianna Pizzolato. Celle-ci n’est pas en reste. Le jeu et le style rehaussent encore l’excellence de la prestation de ce duo irrésistible: aux intonations tantôt fermes et puissantes, tantôt sensibles et nuancées, répond l’instinct d’une femme qui oublie parfois la réserve et la mesure qu’exige son rang de souveraine. Chaque soprano convainc dans la rondeur et la violence contrastée, autant dans les mots projetés que dans les intonations ciselées. Ajoutons que l’accompagnatrice de Marie, Diana Axentii, à la voix intense, dont la force s’est développée au fur et à mesure de l’intrigue et des airs entonnés avec une superbe sensibilité, n’était pas non plus en retrait.
Et les hommes? Leur prestation préserve le niveau général: chacun à sa manière – la spontanéité et la fluidité du ténor Danilo Formagia, en comte de Leicester; la roideur et la solennité de la basse Mario Cassi en Lord Cecil, infrangible soutien à Élisabeth; le beau et doué baryton Federico Sacchi en Talbot… – a pu offrir de splendides ensembles. Si les voix, au début, étaient un peu hésitantes, le jeu était déjà remarquable d’expression mesurée.

Les chœurs – dirigés pour la dernière fois par Édouard Rasquin –
se font un très bel écho de la situation, souligné par la mise en scène vive et efficace de Francesco Esposito qui le fait intervenir à bon escient et dans des déplacements adéquats. Mis à part le plancher grinçant, dont on ne peut rien arranger, il faut se demander l’importance et la signification des figurants. Très nombreux, mais pas toujours très ordonnés, ils ont parfois causé une curieuse impression d’amas grégaire, sans vraie vocation. Nonobstant, dans maints tableaux, le mouvement des figurants accentue souvent la passion conflictuelle des héroïnes, la poussant à l’extrême dans l’exacerbation des sentiments.
Saisis par la prestation des solistes, nous n’allons pas bouder notre plaisir – notre joie, même, en dépit du caractère tragique de la partition. Mis à part, les petites réserves énoncées, la production s’inscrit de façon mémorable: quelques uns, parmi le public, parlaient « du meilleur opéra de la saison ». Court, efficace, plein de caractère, de beauté et de personnalité, l’ouvrage ainsi dévoilé n’est pas loin de leur donner raison. A voir jusqu’au 11 mai 2008.

Liège. Opéra Royal de Wallonie. Le 30 avril 2008. Gaetano Donizetti: Maria Stuarda. Avec Maria Stuarda: Patrizia Ciofi, Elisabetta: Marianna Pizzolato, Anna Kennedy: Diana Axentii, Roberto Conte di Leicester: Danilo Formaggia, Giorgio Talbot: Federico Sacchi, Lord Guglielmo: CecilMario Cassi. Choeur et orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Luciano Acocella, direction. Francesco Esposito, Mise en scène et costumes.

Consulter les informations et les dates disponibles sur le site de l’Opéra Royal de Wallonie.

Gaetano Donizetti: Maria Stuarda, 1835

Gaetano Donizetti

Maria Stuarda
, 1835


L’Opéra Royal de Wallonie
, après avoir représenté L’Elisir d’amore et Lucia di Lammermoor, et avant de présenter à son public Lucrezia Borgia, s’apprête à donner, dans quelques jours, l’opéra Maria Stuarda, l’un des opéras historique les plus connus de Gaetano Donizetti (1797 – 1848). Différent des opéras déjà représentés, par son thème ancré dans l’histoire anglaise plus précisément, Maria Stuarda démontre deux tendances donizettiennes, l’amour des thèmes historiques et la fascination pour l’emblématique reine Elisabeth 1ère. Pour le reste, rien de bien neuf. C’est du pur Donizetti – cavatine de l’héroïne, rencontres et séparations d’amants, confrontations entre rivaux ou rivales, scènes de folie. C’est agréable, c’est fluide, c’est confortable, et ça se laisse écouter.

Reines rivales
Le synopsis, inspiré par la tragédie Maria Stuart de Schiller, est simple, et se déroule en trois actes. L’histoire se passe en 1567, alors que la reine d’écosse, Marie Stuart, est emprisonnée au château de Fotheringay par sa cousine, la reine d’Angleterre, Elisabeth. Au fur et à mesure de l’intrigue, les deux raisons apparaissent au public : une raison politique, Marie convoite le trône d’Elisabeth; une raison amoureuse, Marie est éprise du même homme qu’Elisabeth, Leicester, qu’Elisabeth a nommé, au début du premier acte, ambassadeur d’Angleterre en France. C’est une manière de le rapprocher habilement d’elle … en n’éveillant pas trop les soupçons.
Tandis qu’Elisabeth imagine la façon d’en finir avec sa « rivale », cette dernière, dans sa prison, regrette le temps passé. Leicester arrive ensuite, recommande à Marie de se soumettre à Elisabeth et lui promet de la venger si les demandes de Marie n’avaient pas d’issue positive. La confrontation entre les cousines vient ensuite, forte, rythmée, pleine de dynamisme (et d’injures). La scène de duel s’achève par la condamnation à mort de Marie. Ce duel, bien que fort, intense et fréquent dans les représentations artistiques de cette « légende historique ». .. est pour autant totalement inexacte.
Ce sont les préparatifs de l’exécution de Marie qui occupent le troisième acte. Entre révélations et tension dramatique, et après la scène de la confession, la haute figure de Marie et celle, jalouse, d’Elisabeth, se détachent, jusqu’aux trois coups de canon signifiant l’exécution de Marie Stuart, en plein oxymore tragique.

Genèse
L’opéra, représenté en 1835 pour la première fois, a connu une histoire très tumultueuse. D’abord joué sous un autre nom, Buondelmonte, en octobre 1834, au Teatro san Carlo de Naples (avec deux interprètes qui se supportaient tellement peu qu’elles se sont crêpé le chignon à la première répétition) l’opéra a déchaîné, par la violence des antagonismes, des termes et des attitudes, par la force qui s’en dégage et la manière de l’exprimer, les foudres de la censure.
Les représentations s’arrêtèrent rapidement, et il fallut un peu plus d’un an, un changement de lieu, de nom et d’interprètes, pour que l’histoire se déroulât à nouveau, le 30 décembre 1835. La censure quasiment immédiate n’empêcha pas que les critiques et mélomanes amateurs du compositeur reconnussent Maria Stuarda comme un opéra très représentatif de l’auteur de Lucia di Lammermoor. De l’opéra reste la figure tutélaire de celle qui créa le rôle-titre: Maria Malibran, disparue quelques temps après la création de l’ouvrage. Sa tessiture et son expressivité, en même temps que sa mort à 28 ans, en firent une personnalité forte et attachante – inoubliable.


Aujourd’hui, à l’Opéra Royal de Wallonie
, (O.R.W.), sous la direction musicale de Luciano Acocella, dans une mise en scène de Francesco Esposito, qui assure aussi les costumes, c’est un casting inédit à Liège (Patrizia Ciofi dans le rôle de Maria Stuarda, Marianna Pizzolato dans le rôle d’Elisabetta, Danilo Formaggia dans le rôle de Roberto, entre autres) qui se produira, dès le 30 avril à 20h. Gageons que la mise en scène sera inventive, dynamique, forte – à l’image de la personnalité à la fois des héroïnes et des premières interprètes.

Belgique. Liège, Opéra Royal de Wallonie. Domenico Cimarosa: Il Matrimonio Segreto. Giovanni Antonini

Après avoir resservi, en période festive, le virevoltant opéra-bouffe La vie parisienne de Jacques Offenbach, œuvre magistrale, reconnue, jouée cent et mille fois, l’Opéra Royal de Wallonie ressort des cartons une pièce d’un des maîtres de l’opera buffa très en vogue à la fin du 18ème siècle, Domenico Cimarosa. Opéra bissé le soir de sa première par la grâce impériale, apprécié de beaucoup – Stendhal et Nietzsche en ont parlé avec enthousiasme -, Il Matrimonio segreto était, depuis, un peu tombé dans l’oubli. Nous assistons donc ce soir à une véritable cérémonie d’exhumation, du fond des limbes de l’opéra liégeois, qui résonnera, de belle manière, des tonalités parfaitement baroques de cette œuvre de 1792, à l’époque jouée plus de cent fois ! La cérémonie est joyeuse, et les convives, de choix.

L’histoire ? Classique, bigarrée et tourmentée. Ça ressemble d’ailleurs plus à un vaudeville passé au crible de Carlo Goldoni qu’à un vieux roman grec exposant les déboires d’un couple amoureux, ce qui n’aura pas lieu de nous étonner vu le style, et vu l’époque de conception de ce Mariage secret.
Un jeune employé, Paolino, s’est marié, en secret, avec une jeune fille, Carolina, cadette de l’employeur (Geronimo) du jeune homme. Jusque là rien d’affriolant. L’employeur, un vieillard un peu sourd, un peu ridicule, mais attaché au lustre de la noblesse, ne veut donner la moitié de sa progéniture qu’à un comte, un marquis, surtout pas à un roturier. Donc, surtout pas le jeune homme ! Dieu merci il y a la sœur aînée, Elisetta. Grâce au ciel, un comte, le Conte di Robinson, propose de l’épouser. La dot doit certainement l’influencer, puisqu’elle s’élève à 100 000 lires.
Seulement voilà, ce n’est pas de l’aînée que le comte s’éprend quand il vient rendre visite à sa future belle-famille : il la trouve moche et inintéressante. C’est de la cadette, Carolina dont il tombe amoureux. Paolino, lui, est secrètement désiré aussi par la sœur de son employeur, une femme agréable certes mais passionnée.

L’imbroglio se développe, l’intrigue se resserre, et les deux époux sentent fort vite qu’il va falloir très rapidement avouer la vérité, ou fuir, afin d’éviter une situation aussi détendue qu’un nœud coulant : le comte veut épouser Carolina, qui a épousé Paolino, qui est désiré par Fidalma, qui est la sœur d’un vieux podagre sourd, mais attaché à son argent, et dont la fille aînée est aussi peu désirable qu’elle est intelligente et rusée.

L’opéra se finit bien, au terme d’une intrigue dont nous ne pouvons pas dire plus, sous peine de dégonfler le soufflé remarquable, dont la pièce maîtresse est les acteurs, chanteurs, comédiens cabotins, qui ont l’aisance dans la voix, la subtilité dans les arias, l’exagération dans les expressions, dans les sentiments, dans les ressentiments aussi. Ils émeuvent, font rire, provoquent le fou rire, font partager extrêmement bien au public, leurs affects. La mise en scène souligne et met en exergue les confrontations passionnées : jeux de lumières, jeu appuyé, sincère, franc.
Dans une œuvre se déployant en deux actes, la musique se taille elle aussi la part du lion. Plus souvent accompagnatrice que collaboratrice, elle soutient le jeu des chanteurs, souligne leurs idées, accentue leurs expressions – leurs rires ou leurs pleurs aussi, comprenne qui voudra.
L’orchestre semble cependant avoir un peu de peine à s’enthousiasmer, à certains moments, pour la musique quelque peu répétitive, très mozartienne à certains instants, et entre autres quand l’introduction musicale à l’opéra n’est qu’une longue litanie, certes enjouée, mais presque ennuyeuse, … de cinq minutes. Rappelons, néanmoins, que le spectacle à l’époque de Cimarosa n’était pas comme celui de notre époque : le public allait, venait, suivait du coin de l’œil les péripéties et écoutait du coin de l’oreille un continuum musical, les rappelant de temps en temps à l’ordre par de subtils indices de l’apparition d’un personnage, du retour à un lieu, du contexte de l’action.

Les décors et les costumes sont admirables : ils participent de cette atmosphère délicieuse de comédie en costumes, riches, recherchés, colorés, et avec des décors démontables, superposables, portes, fenêtres, tables, à plusieurs niveaux, ce qui permet une vision en plusieurs temps de l’action, qui peut se dérouler à plusieurs plans. Là aussi la richesse baroque ne nous heurte guère, elle aurait même tendance à nous plaire furieusement. Les décors et les costumes joueraient presque un rôle à part entière ! Un opéra-bouffe exhumé, certes pas inoubliable, mais permettant à un public (nombreux) de passer trois heures de bonheur simple. Jusqu’au 9 février 2008.

Domenico Cimarosa
(1749 – 1801). Il Matrimonio segreto
. Opéra-bouffe en deux actes. Liège, Opéra Royal de Wallonie. Mise en scène : Stefano
Mazzonis di Pralafera,
assisté d’Édith Wolf. Direction musicale :
Giovanni Antonini. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie (clavecin :
Hilary Caine), Konzertmeister : Jean-Gabriel Raelet. Décors : Jean-Guy
Lecat. Avec Cinzia Forte (Carolina), Aldo Caputo (Paolino), Alberto Rinaldi
(il signor Geronimo), Damiana Pinti (Fidalma), Priscilla Laplace
(Elisetta), Mario Cassi (Il Conte Robinson), cinq figurants (laquais
d’il signor Geronimo).

Illustrations
(1) Il Matrimonio Segreto à l’Opéra royal de Wallonie (2008, DR)
(2) Domenico Cimarosa (DR)

Liège. Opéra Royal de Wallonie. Jacques Offenbach: La Vie Parisienne. Compagnie Jérôme Savary. Rani Calderon, direction

En cette période de bêtisiers, de récapitulatifs et d’aperçus moroses de l’année qui s’est écoulée, l’Opéra Royal de Wallonie a le double avantage de proposer un spectacle drôle, féérique, léger et badin, et de proposer sa mise en scène au génial Jérôme Savary, connu à la fois pour son exubérance et ses mises en scène de spectacle à grand et large public.

La vie parisienne, c’est Paris, bien sûr, ville vue par Jacques Offenbach, compositeur qui avait la fichtrement bonne idée de s’allier à Meilhac et Halévy, qui eut l’excellente idée de créer le théâtre des Bouffes Parisiens (ce qui permet ce soir d’assister à un opéra qualifié très précisément de « bouffe »), qui écrivit quantité d’œuvres lyriques, légères souvent, graves parfois, mais qui fut surtout connu, en ce Second Empire de Napoléon III, par ses œuvres badines, sans arrière-pensée mais avec des opinions parfois très critiques de leur temps. Nous sommes dans le Paris du 19ème siècle, aux femmes légères et aux hommes infidèles, aux femmes indépendantes et aux hommes dépendants d’elles. Femmes en tenue courte, hommes (nobles) en costumes de ville : le contraste est saisissant.


Mais entrons tout de suite dans le feu de l’action. Cinq actes pour explorer, sous le prétexte d’un argument qui ressemble plus à un quiproquo de vaudeville qu’à un synopsis d’opéra, une histoire d’amour, d’adultère, de jeux de hasard, de séductions et de tromperies. Une histoire internationale, mettant en scène, dans la France du Second Empire, tour à tour une courtisane au nom très italien, un Brésilien, des bourgeois français, un bottier alsacien, une gantière bien parisienne, un couple de riches Suédois venant s’encanailler dans la capitale française…

Soulignons une mise en scène vivante, rythmée, parfois provocatrice et coquine, efficace, s’appuyant sur de remarquables jeux de lumières – autant celles qui éclairent que celles qui se dégagent, constamment, des vêtements colorés -, une musique pleine de joie de vivre, pas forcément très variée mais entraînante. L’orchestre est mené de baguette de maître par Rani Calderon, aux gestes parlants et à l’attitude complice avec les musiciens. Il n’y a pas une extraordinaire subtilité, mais la musique porte agréablement les voix des solistes et les pas des danseurs. Pas d’airs doux, tristes et tendres sur toute la longueur. En France, tout finit par des chansons, et dans la Vie Parisienne, tout finit en dérision.

Certains chanteurs sont plus acteurs – tel Olivier Podesta, à la voix faible et souvent dépassée par l’orchestre. D’autres chantent très bien mais jouent moins bien la comédie – tel Philippe Ermelier. Patricia Fernandez est plus convaincante à la fin qu’au début en Métella, au jeu apprêté plus que raffiné et à l’articulation hésitante, parfois, incompréhensible. Patricia Samuel est épatante de naturel, d’énergie, de spontanéité et, surtout d’auto dérision. Olivier Grand est remarquable de souplesse, d’articulation, de drôlerie, de finesse autant dans le jeu que dans le chant. Pierre Doyen, habile, souple, énergique, au jeu aussi sautillant que son chant est assuré et simple, plaît et convainc.

Les ballets, terminant chaque acte, sont enlevés, hyper coquins, et ma foi, extrêmement agréables à regarder. Danseurs émérites et n’hésitant pas à se mettre en danger pour assurer la qualité du divertissement, danseuses extraordinairement agiles et n’ayant froid absolument nulle part : la magie est dans leur jeu, dans leurs pirouettes, autour desquelles les acteurs – chanteurs prennent un plaisir aussi grand que les spectateurs à taper dans les mains, à marquer le rythme élevé, soutenu, selon une chorégraphie imaginative et originale de Nadège Maruta. On peut seulement regretter que ces ballets, précisément, achèvent chaque acte. Ils manquent (de peu) de lasser l’auditoire, heureusement à eux tout acquis.

Voilà donc un beau spectacle virevoltant pour les fêtes de la fin d’année – qui, ne fût-ce que par son climat, ses événements et ses erreurs de casting, n’y ont jamais aussi peu ressemblé – dans une époque plus lourde, plus sérieuse, plus grave, que le Second Empire, mais qui, par la grâce de ses cinq actes, du jeu des acteurs, chanteurs, danseurs, les allusions discrètes à la vie contemporaine des spectateurs, n’en est que plus salutaire.

Ceci n’est pas un opéra, dans la plus pure tradition du terme. Mais, pour cette fois, on passera sans problèmes au dessus de ce hiatus. Il y a à boire, à manger et à chanter dans ce magnifique opéra-bouffe, à découvrir, s’il reste des places, jusqu’au 31 décembre 2007.

Liège. Opéra Royal de Wallonie. Jacques Offenbach: La vie parisienne.
Du 21 au 31 décembre 2007. Compagnie Jérôme Savary. Avec Patricia
Fernandez (Métella), Philippe Ermelier (Bobinet), Pierre Doyen
(Gardefeu), Patricia Samuel (Gabrielle), Olivier Podesta (Frick, entre
autres), Catherine Dune (la Baronne de Gondremarck), Olivier Grand (le
Baron de Gondremarck), Frédéric Longbois (le major, entre autres) …la
participation d’un ballet (14 danseurs ; solistes : Sébastien Duvernois
et Sabine Le Roc). Orchestre et chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie.
Rani Calderon
, direction musicale.

Phèdre et Hippolyte: analyse d’un mythe féminin

Phèdre et Hippolyte,
ou Artémis brûlant la politesse à Aphrodite

La Monnaie de Bruxelles commence sa saison 2007 – 2008 avec la relecture moderne et musicale d’un mythe de l’Antiquité : Phèdre et Hippolyte. Ceux et celles qui auront vu l’affiche sauront, en tout état de cause, que l’histoire évoque une femme… Et quelle femme.
C’était un temps où l’Antiquité était encore une donnée forte, une denrée inattaquable, un produit non marketing. C’était un temps où Russell Crowe n’était pas Spartacus, et Colin Farrell encore moins Alexandre le Grand. Ah, charmant Oliver Stone, qui croit que les héros grecs doivent avoir de gros muscles et beaucoup de sueur sur le visage. Heureux réalisateur pour qui un combat en face-à-face se résume au lancer d’un cri pendant une minute interminable, poussé d’une voix virile et, bien sûr, assurée.

Non, je vous parle d’un temps que les moins de trente siècles ne peuvent avoir connu. C’est dire s’ils ne sont guère nombreux, ceux qui connurent ces amours tragiques, cette histoire mythologique dont pléthore d’auteurs, d’Euripide à Racine en passant par Ovide et Sénèque, ont traité avec délectation. C’est un mythe qui met aux prises deux déesses – Aphrodite, la patronne de l’amour physique – et Artémis – la déesse de la chasse. Que diable allaient faire Hippolyte et Phèdre dans cette maudite galère? Ils étaient les jouets du ressentiment de l’une, causé par une adoration qui s’adressait à une autre qu’elle. En d’autres termes, le jeune homme vigoureux qu’était Hippolyte, “celui qui lie les chevaux” comme nous l’indique son étymologie, et qui eût dû s’adonner aux délices du culte d’Aphrodite, préférait celui d’Artémis. À cela, il est une raison historique : c’est que la mère d’Hippolyte, Antiopè, était une Amazone, s’adonnant « naturellement » à ce culte. Bon sang ne saurait mentir. Au lieu des jeunes filles en fleurs, Hippolyte privilégiait les chevaux et la compagnie de jeunes hommes de son âge. Au lieu de faire des prières à la déesse de l’amour physique, il préfère la chasteté et la pureté de la déesse chasseresse. Aphrodite prend cela plutôt mal, et projette alors de se débarrasser de cet individu goujat (imaginez un instant que vous disiez à un adolescent à la fois rebelle et boutonneux que vous préférez Jacques Brel à Marilyn Manson, et vous comprendrez cette ire).
Hippolyte doit donc mourir. Le stratagème d’Aphrodite est terrible : elle va rendre folle amoureuse Phèdre d’Hippolyte. Balivernes, dites-vous? Point du tout, puisque Phèdre, par ailleurs deuxième fille du roi de Crète Minos, n’est autre que l’épouse du héros grec – athénien, même – Thésée. Qui, dans un mouvement un peu rapide, fit autrefois un enfant à la reine des Amazones, enfant dont le nom délicieux est… Hippolyte. L’action se passe dans une cité grecque, Trézène. Thésée n’est pas là, retenu aux enfers – ou en Thrace- pour d’obscures raisons mythologiques. Veuillez rappeler plus tard, s’il vous plaît, ou laisser un message. Aphrodite rappellera plus tard, et d’ici là va se venger.

Belle vengeance, beaux chants de rancune
La tragédie déroule son tapis dramatique. Phèdre se meurt d’amour pour son beau-fils. Cette folle passion débute lors d’une confrontation entre les deux personnages, lors des très énigmatiques Mystères d’Eleusis. Phèdre languit, s’affaiblit, son beau-fils s’en méfie, la nourrice déballe toute la vérité, provoque la colère foudroyante d’Hippolyte et celle de sa maîtresse par contrecoups et isole encore plus les deux protagonistes. Finalement le point culminant arrive: Phèdre, désespérée, simule un viol, fracturant sa porte et déchirant ses vêtements. Thésée revient alors. Il découvre sa femme et les éléments accusateurs et condamne immédiatement son fils Hippolyte à un trépas effroyable, en invoquant Poséidon à cet effet – en effet, ce dernier, père de Thésée, lui avait promis trois souhaits.Thésée en profite allègrement.
Quelle belle vengeance, quels beaux chants de rancune… Mais ce n’était pas fait pour durer : un messager arrive et raconte la mort d’Hippolyte, qui s’est fait surprendre, dirigeant son char, par un gigantesque taureau. Le char fait un écart de côté et Hippolyte tombe, se brisant les os. Le récit, magnifique, est profondément émouvant et constituera un des plus beaux morceaux de la littérature française, sous la plume de Racine. La description est déjà formidable chez Euripide, et sans doute constitue un des éléments qui valurent, cette année-là, le premier prix du concours tragique à Euripide.
En apprenant la mort de celui qu’elle aimait – quand même -, Phèdre se pend (telle Jocaste dans l’épopée Å“dipienne lorsqu’elle apprend qu’elle a couché avec son fils) et Thésée se rend compte de son abominable erreur. D’aucuns prétendent qu’il s’en repentit éternellement, ou qu’il fut chassé par les habitants de Trézène, tout comme Oedipe l’avait été après la peste sur Thèbes et les morts multiples qui l’avaient accompagnée.
La pièce que je raconte ici est grecque, elle est tragique, un tantinet excessive, et s’achève dans un bain de pleurs, à la suite des révélations ultimes distillées perfidement par Artémis. Après tout, elle n’en était pas à une mesquinerie près, cette charmante déesse. À celui qui l’avait vue nue, sortant du bain, le chasseur Lycaon, elle réserva un sort peu enviable : la mort, à l’unanimité de ses voix. Les exécutants de l’ordre? Les chiens du chasseur. Il faut dire qu’Artémis transforma alors Lycaon en biche, ça aide. La mythologie grecque est un fonds inépuisable pour la tragédie et pour l’opéra. En racontant l’histoire d’Hippolyte, de Phèdre et de Thésée, on comprend bien pourquoi.

Phaedra, nouvel opéra de Hans Werner Henze. Bruxelles, La Monnaie, du 15 au 20 septembre 2007.

Illustration
Pierre Narcisse Guérin: Hippolyte et Phèdre (DR)