La soprano catalane Montserrat Caballé est morte, ce jour samedi 6 octobre 2018

Bernstein caballe cd deutsche grammophon review cd classiquenews CLIC leonard bernstein colelction II mars avril 2016 Richard+Strauss+Dance+of+the+7+Veils+and+Salom+537169La soprano catalane Montserrat CaballĂ© est morte, ce jour samedi 6 octobre 2018, Ă  l’âge de 85 ans, Ă  l’hĂ´pital Sant Pau de Barcelone. A l’Ă©poque des divas belliniennes et belcantistes, après l’or d’une Maria Callas, CaballĂ© (nĂ©e en 1933) incarne dans les annĂ©es 1960,1970,1980, un chant souverain et pur presque desincarnĂ© tant il fut diamantin et d’une agilitĂ© virtuose. Elle demeure la dernière grande coloratoure du XXème avec Beverly Sills, sans pour autant partager avec sa consĹ“ur amĂ©ricaine le mĂŞme rĂ©pertoire; de fait La CaballĂ© a chantĂ© comme personne les hĂ©roĂŻnes sacrifiĂ©es de Bellini, du premier Verdi essentiellement sans omettre Donizetti et mĂŞme Mozart (Fiordiligi dans Cosi fan Tutte), et aussi Rossini (1984: rĂ©surrection du Viaggio Ă  Reims sous la direction de Claudio Abbado), offrant Ă  son art remarquable des sons filĂ©s, emperlĂ©s, une ligne souple et aĂ©rienne d’une flexibilitĂ© inouĂŻe en particulier dans les suraigus qu’elle redessine et caresse avec une subtilitĂ© inĂ©galĂ©e. Soprano coloratoure et lĂ©ger, elle a surtout chantĂ© Lucia et Norma de Bellini, Gilda, Leonora et mĂŞme Traviata de Verdi sous la direction du français Georges PrĂŞtre (1965). Osons citer aussi sa SalomĂ© de Richard Strauss, en allemand grâce Ă  l’intuition juste de LĂ©onard Bernstein qui avait compris combien ce timbre angĂ©lique et cĂ©leste convenait au personnage de jeune fille ingĂ©nue et davantage inspirĂ© d’Oscar Wilde (cf le visuel ci contre : couverture du disque Ă©ditĂ© par DEUTSCHE GRAMMOPHONE) . Pour nous CaballĂ©, demeure la diva osant la caricature et l’autoderision dĂ©lirante et magicienne dans son duo avec Freddy Mercury : Barcelona, cĂ©lĂ©brant le feu et la singularitĂ© de la capitale catalane en 1988. Comme Luciano Pavarotti le lĂ©gendaire tĂ©nor (avec lequel Montserrat a chantĂ© et enregistrĂ© Mefistofele de Boito), CaballĂ© demeure surtout une voix d’une perfection absolue, la fameuse beautĂ© incarnĂ©e et pure, idĂ©al pour les sopranos après elle, dont le piètre talent scĂ©nique dĂ» Ă  une silhouette massive, se sera rĂ©vĂ©lĂ© dommageable dans de nombreuses productions mĂ©morables sur la scène. A notre Ă©poque du tout image et des captations en direct au cinĂ©ma, une telle diva, pas aussi douĂ©e pour le jeu d’actrice qu’une Callas, n’aurait peut ĂŞtre pas bĂ©nĂ©ficiĂ© des feux de la rampe lyrique et surtout mĂ©diatique. Quoiqu’il en soit, la planète lyrique a perdu avec son dĂ©cès, une Ă©toile vocale inoubliable que seul l’enregistrement audio et vidĂ©o peut ressusciter.

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

bernstein symphonies antonio pappano cd warner box set par classiquenews critique cd 0190295661571CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner). Le doute, la question existentielle exacerbĂ©s par le sens de la foi au XXè : tels sont les questionnements qu’éprouve et exprime Leonard Bernstein dans chacune de ses 3 symphonies, si personnelles, voire autobiographiques (au point qu’on les a tenues pour bavardes et « oiseuses » ; mais pouvons nous en dire autant des Symphonies de Mahler ?) ; en particulier, Ă  travers la 2è, ou « Age of anxiety » dont il fait un Concerto pour piano avec une transposition très virtuose et presque fantaisiste de la forme variation. Evidemment qu’on ne s’y trompe pas, sous l’éclectisme parfois fanfaronnant de la forme (ce cĂ´tĂ© hollywoodien, souvent dĂ©monstratif – « râcoleur » diront les mauvaises langues), il y a bien une question fondamentale qui est posĂ©e ; celle de « la ferveur » chez un compositeur non croyant, un homme du XXè. Dans Mass, de 1972, le compositeur savait dĂ©construire et reconstruire un rituel liturgique, parodiant sermon, hymnes choraux, avec toujours ce questionnement affĂ»tĂ©, insolent et mĂŞme blasphĂ©matoire (le choeur de rue) qui optimisait dans le genre comĂ©die musicale, toutes les objections Ă©noncĂ©es face Ă  la loi et l’autoritĂ© autoproclamĂ©e du dogme (Ă  travers le personnage clĂ© de son prĂŞcheur).
Antonio Pappano s’engage corps et âme, dévoilant sans filtres, la chaleur et la sincérité des larmes de Jérémie, dans la Symphonie n°1 (1942), qui contexte historique oblige, recueille le traumatisme né de la Shoah : comment Dieu a t il permis que se réalise cette barbarie qui demeure une faute pour l’esprit, contre l’humanité ?
Dieu existe-t-il ? Comment justifier la notion même de guerres, meurtres, massacres, génocides… ? Jérémie se lamente ainsi face à Jérusalem : c’est Bernstein qui prophétise et se lamente lui aussi sur les dérives et la course du monde à son époque.
Révolté, Bernstein l’est totalement, contre la société du XXè, contre son père aussi ; sa quête est celle d’une identité à conquérir, qu’il ressent comme refusée. Dans sa chair, dans l’intimité de son milieu familial. Bisexuel et juif, le citoyen du monde et l’humaniste qu’est Bernstein interrogent dans la 3è, « Kaddish », l’humanité dévoyée, qui a perdu son humanisme; le compositeur s’est intéressé comme nul autre à peindre le portrait d’une humanité non humaine, c’est à dire dans son état de barbarie « ordinaire »… sur fond de choeur (liturgie restituée), Bernstein devenu orant, prêcheur critique, questionne directement Dieu, le somme d’expliquer pourquoi l’humanité s’écarte de l’humanisme.
Carrée, directe, la direction du britannique Antonio Pappano recherche surtout l’efficacité et la puissance du discours. On regrette cependant de la finesse et cette suggestivité tendre que savait cultiver l’auteur lui-même avec il est vrai des solistes autrement plus engagées (Ludwig pour Jeremiah / la volubile et inquiète Caballé dans Kaddish : deux enregistrement signés Bernstein chez DG). De sorte que pour son centenaire, Bernstein reste indépassable dans l’interprétation de ses symphonies. Pappano a le courage d’affronter la ferveur selon Bernstein, mais en éludant la profondeur au service de l’expressivité immédiate. A écouter en second choix. Le premier choix restant Bernstein par Bernstein.

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

CD, Ă©vĂ©nement, critique. D. SCARLATTI : AndrĂ©s Alberto GOMEZ, clavecin (17 Sonates – 1 cd Vanitas – 2017)

SCARLATTI sonatas 17 andres alberto gomez clavecin cd review critique cd par classiquenews cd annonceCD, Ă©vĂ©nement, critique. D. SCARLATTI : AndrĂ©s Alberto GOMEZ, clavecin (17 Sonates – 1 cd Vanitas – 2017). Dès l’Andante premier, le jeu du clavier affirme une somptueuse sonoritĂ©, inquiète, allusive qui s’appuie sur les qualitĂ©s sonores de l’instrument requis (copie d’un RUCKERS de 1624) : ferme et rond, prĂ©cis, incisif, avec un toucher jamais sec ni raide, mais plutĂ´t d’une onctuositĂ© rĂŞveuse. VoilĂ  une entrĂ©e presque grave et d’une mĂ©lancolie dĂ©taillĂ©e, absolument convaincante. D’autant que de presque 6 mn, – la sĂ©quence la plus longue (avec la K417, elle aussi labyrinthe introspectif d’une perspective croissante et progressive), voilĂ  qui Ă©tablit en ouverture le caractère profond, languissant d’un Scarlatti plus intĂ©rieur et atmosphĂ©riste que mĂ©tĂ©orite « ébouriffé », afficionado de l’expĂ©dition rapide et de la fugacitĂ© fulgurante, comme on aime le caricaturer d’ordinaire (cf le feu incandescent de la K67 ; ductilitĂ© et versatilitĂ©, Ă©loquence en panique de la K56, et de la dernière K43, d’une scansion frĂ©nĂ©tique et dansante, totalement hypnotique).

Rien que pour ce portrait songeur, presque mystérieux, Andrés Alberto Gomez retient l’attention. Il donne envie d’en écouter davantage.
A travers les 17 Sonates et 1 Prélude (signé par l’interprète pour préparer la K 253), se précise un vrai tempérament qui ne recherche pas la technicité pour elle même mais une clarté rhétorique qui fusionne et l’intention poétique et la motricité quasi abstraite.
Chaque Allegro fascine par l’acuitĂ© rythmique, une certaine fermetĂ© autoritaire (K525), un sens naturel de la pulsion qui recherche la notion de jaillissement naturel, servi par une sonoritĂ© maĂ®trisĂ©e, allusive, mesurĂ©e, très Ă©vocatrice, sans aucun appui artificiel (fluiditĂ© de la K286), et aussi une ivresse qui tend au vertige (K463 notĂ©e « molto allegro », sorte de quintessence rythmique). De sorte que certains ambitionnent une ampleur de vue et de conception proche d’un BACH, – divagations et sublimes Ă©difications sonores qui parlent et nourrissent l’imaginaire (formidable vivacitĂ© et clartĂ© structurelle de la K253, Ă  la tension dansante).
scarlatti-domenico-portrait-sonates-par-Adeline-de-preissac-critique-annonce-presentation-par-CLASSIQUENEWSLes Andante creusent une pensée en suspension, celle d’un Scarlatti qui comme JS BACH là encore, semble s’interroger sur le sens et la direction de toute forme (K472).
D’une sensibilité aiguë, capable aussi de clarté structurelle agissant en poète comme en architecte, le claveciniste Andrés Alberto Gomez sait aussi régénérer l’approche de Scarlatti en nourrissant sa flamme latine, conférant à sa lecture une chaleur et un engagement plein d’audace et de sanguinité méditerranéenne. Voilà qui tranche avec bien des énoncés sévères, abstraits, d’une épure puritaine, hors sujet chez le Scarlatti autant libre, fantaisiste qu’expérimental. Une telle justesse de vue est distinguée par notre CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018. Talent à suivre.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, Ă©vĂ©nement, critique. D. SCARLATTI : AndrĂ©s Alberto GOMEZ, clavecin (17 Sonates – 1 cd Vanitas – 2017) – Parution : mars 2018 – REF.: VA-12 / EAN 13: 8436556732379

 

 

 

Domenico Scarlatti (1685-1757):
01 Sonata K. 213 en re menor, Andante 5:50
02 Sonata K. 435 en re mayor, Allegro 3:07
03 Sonata K. 437 en fa mayor, Andante commodo 4:07
04 Sonata K. 525 en fa mayor, Allegro 2:30
05 Sonata K. 286 en la mayor, Allegro 2:12
06 Sonata K. 67 en fa # menor, Allegro 1:49
07 Sonata K. 87 en si menor 4:01
08 Sonata K. 463 en fa menor, Molto allegro 2:40
09 Sonata K. 150 en fa mayor, Allegro 3:15
10 Sonata K. 417 en re menor, Allegro moderato 6:12
11 Sonata K. 472 en si b mayor, Andante 2:37
12 Preludio en mi b mayor (Andrés A. Gómez) 2:22
13 Sonata K. 253 en mi b mayor, Allegro 3:00
14 Sonata K. 56 en do menor, Con spirito 3:34
15 Sonata K. 291 en mi menor, Andante 3:26
16 Sonata K. 79 en sol mayor, Allegrissimo 2:44
17 Sonata K. 30 en sol menor, Moderato 5:30
18 Sonata K. 43 en sol menor, Allegro assai 2:46

1 CD – DDD – 1h56

 

 

 

 

 

CD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall, 2004 – 1 cd Alia Vox)

couperin-582-722-francois-couperin-le-grand-portrait-grand-format-classiquenews-portrait-anonymeCD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall, 2004 – 1 cd Alia Vox). ELOGE DU TIMBRE, DE LA COULEUR, DU SCINTILLEMENT… Avec « Messieurs Duval, Philidor, Alarius, et Dubois… », François Couperin nous prĂ©cise qu’il touchait le clavecin lui-mĂŞme dans l’interprĂ©tation de ses Concerts Royaux. Il laisse l’instrumentarium libre, prĂ©cisant que les Concerts conviennent tout aussi bien « au violon, Ă  la flĂ»te, au hautbois, Ă  la viole et au basson »… Après avoir abordĂ© du « musicien poète »,- vĂ©ritable coloriste magicien, les Pièces de viole (1728), Les Nations (1726) et Les ApothĂ©oses (1724), Jordi Savall et ses partenaires (dont Bruno Cocset, basse de violon) jubilent en exploitant toutes les combinaisons possibles sur le plan instrumental, diversifiant chaque sĂ©quence (Premier, Second Concert, …) par l’emploi spĂ©cifique de tel ou tel instrument. Hautbois et basson dans le Premier ; cordes seules dans le Second (Basse de viole, Basse de violon et violon), flĂ»te dans le Troisième ; tous les instruments prĂ©cisĂ©s dans le Quatrième. Tout en sachant colorer, nuancer, caractĂ©riser avec une Ă©lĂ©gance arachnĂ©enne chaque caractère de chacun des Quatre Concert royaux, les musiciens rĂ©unis autour de la viole de Jordi Savall offrent une leçon de musique concertante, en une complicitĂ© et une Ă©coute Ă  la fois individualisĂ©e et fusionnelle de premier plan. Ils n’oublient pas non plus la mĂ©lancolie profonde qui Ă©maille tout le cycle Ă©crit en 1714-1715, c’est Ă  dire Ă  l’extrĂŞme fin du règne de Louis XIV ; les ors versaillais s’effacent et se brouillent en un règne qui agonise et s’anĂ©antit lui-mĂŞme. A la mort du roi, en 1715, Couperin perd de facto son poste d’organiste Ă  la Chapelle royale. C’est donc Ă  la fois la cĂ©lĂ©bration synthĂ©tique d’un monde en ses ultimes crĂ©pitements, et aussi les frĂ©missements d’un nouveau, dans la libertĂ© factieuse et constamment inventive voire expĂ©rimentale de l’écriture, soit l’avènement d’une nouvelle ère… L’éclatement et le scintillement, le miroitement pulsionnel vers lesquels tend la musique de Couperin, prĂ©pare dĂ©jĂ  l’extrĂŞme nostalgie saturnienne du peintre Watteau. Dans une intimitĂ© sacralisĂ©e, ritualisĂ©e du dĂ©tail et de la nuance (que l’auteur a mĂ©ticuleusement Ă©crit), Couperin invente littĂ©ralement le chambrisme ciselĂ© Ă  la française, loin du choeur et de l’orchestre, loin de la sĂ©duction virtuose et dĂ©monstrative de l’opĂ©ra. Rien de compassĂ© ni de circonstanciel dans ses Concerts Royaux pourtant Ă©crits pour le Roi en son palais versaillais. Jordi Savall en dĂ©montre dans cet enregistrement de 2004 – lĂ©gendaire Ă  juste titre-, la profondeur poĂ©tique, la fabuleuse intelligence intĂ©rieure, dont le sens de la couleur, les Ă©quilibres tĂ©nus, tout l’esthĂ©tique s’inscrivent dans la grâce totale, absolue, celle de Rameau, puis au delĂ  des Français miroitants eux aussi, Debussy et Ravel. François Couperin Ă©crit l’une des pages les plus considĂ©rables et les plus essentielles de la musique française en 1715 : CLIC_macaron_2014Jordi Savall nous le montre non sans une subtilitĂ© superlative. CD indispensable, particulièrement indiquĂ© pour l’anniversaire François COUPERIN 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS. A Ă©couter de toute urgence pour comprendre le gĂ©nie de Couperin. CD, compte rendu, critique. Couperin : Les Concerts royaux (Jordi Savall / Le Concert des nations, 2004 – 1 cd Alia Vox – enregistrement rĂ©alisĂ© en France en septembre 2004).

Cd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015)

Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74 currentzis musicaeterna par classiquenewsCd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « PathĂ©tique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015). La 6è symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littĂ©rature tchaikovskyenne : un everest de la poĂ©sie intime et interrogative parfois inquiète voire angoissĂ©e. Annonçant ce mĂŞme sentiment de terreur intĂ©rieur sublimĂ© d’un Chostakovtich Ă  venir. Les Tchaikovski de Currentzis sont passionnants : ils sont l’autre face d’un voyage artistique habitĂ© lui aussi de l’intĂ©rieur et qui dans son amplitude Ă©lastique, – propre Ă  cette nouvelle gĂ©nĂ©ration d’artiste qui traverse tous les rĂ©pertoires, mais de façon spĂ©cialisĂ©e – entendez avec l’instrumentarium ad hoc, fourmille d’idĂ©es neuves, expressives, remettant les fondamentaux dans un Ă©quilibre critique. SONY suit les Ă©tapes de ce cheminement expĂ©rimental qui exige tout des interprètes rĂ©unis sous la coupe du bouillonnant et Ă©clectique maestro. Avec ses instrumentistes de l’ensemble sur instruments d’époque MusicAeterna, Teodor Currentzis a ainsi interrogĂ© Rameau (The Sound of Light), Purcell (avec Peter Sellars : formidable Indian Queen), mais aussi Stravinsky (Le Sacre du Printemps), Mozart (dĂ©jĂ  une très intĂ©ressante « trilogie » Da Ponte, malgrĂ© les faiblesses impardonnables de certains chanteurs dont Kermes en … Comtesse !) ;

TCHAIKOVSKY : au cœur de l’énigme, avec Currentzis

CURRENTZIS teodor  presentation by classiquenews Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74et au registre Tchaikovsky, le chef a enregistré précédemment le Concerto pour violon couplé aux Noces de Stravinksy. Enregistré il y a 3 ans, en février 2015 à Berlin, cette 6è Symphonie captive de bout en bout par l’engagement des musiciens, véritablement électrisés par le chef, et aussi ce souci de l’éloquence éruptive et contrastée parfois incandescente de la matière et du relief orchestral. Le timbre des instruments d’époque magnifie ce sens du détail et des équilibres intimes, dans la nuance piano, murmurée, mais très active. Currentzis explore et témoigne de son propre cheminement intérieur et intime en particulier dans le dernier mouvement, et au cours de l’éxposition ultime, énigmatique, de la Sarabande finale, danse sacrale, noire, vertigineuse, véritable exposé et mise à nu, d’une vérité secrète, sourde, qui terrasse finalement tout le cycle… S’identifiant à sin sujet, à ce flux conçu par Tchaikovski au bord du précipice et conscient de la vanité de toute chose, Teodor Currentzis exalte les nuances de l’ombre : il faut absolument lire ce qu’il écrit dans la notice accompagnant le cd (texte en 4 parties écrit à la manière d’une correspondance explicative sur les enjeux poétiques et philosophiques de réaliser la musique comme musicien…) : un parcours ou journal intime à travers l’interprétation des 4 mouvements de la Symphonie, conçu comme un passage. A travers le sforzando des cordes, le chef ne capte pas le chant expressif des instruments mais fait surgir l’angoisse ciselée d’une prière absolue.

tchaikovsky piotr illytchDans cette lecture qui est une rĂ©crĂ©ation vivante, palpitante de la PathĂ©tique, le second mouvement devient valse de mort, cĂ©lĂ©bration de vie pourtant ; le 3è mouvement, gigantesque “anacrouse avec des bonds de plusieurs kilomètres” oĂą l’auditeur / interprète ressent, Ă©prouve la fragilitĂ© et la grandeur de la vie terrestre : Scherzo en guise de prise de conscience dont Currentzis fait une vibrante et terrifiante expĂ©rience de clairvoyance… Enfin l’Adagio lamentoso achève le cycle dans la pĂ©nombre riche de cette expĂ©rience oĂą le renoncement et la pleine conscience se sont enfin mariĂ©es. La capacitĂ© d’exprimer ce qu’il y a derrière chaque note, de la solitude du cĂ©lèbre Piotr Ilitch, de son humanitĂ© foudroyĂ©e (comme Mahler), de sa profonde mĂ©lacolie dĂ©pressive et toxique dont il fait un miracle en forme d’adieu (grâce Ă  la musique)… Currentzis l’exprime ici, car cette symphonie de la fin paraĂ®t bien ĂŞtre le sanctuaire de sa vie d’artiste : un lieu de ressourcement et de vĂ©ritĂ© absolus. VoilĂ  qui confirme que s’agissant du maestro Teodor Currentzis, comme un Harnoncourt il y a 40 ans, la musique n’est pas divertissement ni provocation, mais recherche de vĂ©ritĂ© fraternelle. On se souvient (chez Sony aussi) des formidables “visions” perceptions esthĂ©tiques et philosophiques du dernier Harnoncourt, dont cette trilogie des 3 dernières Symphonies de Mozart, dont le chef lĂ©gendaire a fait un oratorio instrumental : bouleversante analyse, clairvoyance poĂ©tique… Currentzis sillonne les mĂŞmes cheminements audacieux, critique, justes… Quels seront ses prochains chantiers musicaux ? A suivre.

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CLIC D'OR macaron 200Cd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : SYmphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis — Berlin, février 2015 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2018

CD, compte rendu critique. Siècle de lumières: Henri-Michel Garzia, trombone (1 cd KLARTHE records)

siecle des lumieres par Henri michel GARZIA au trombone compte rendu critique cd par classiquenews kla050couv_lowCD, compte rendu critique. Siècle de lumières: Henri-Michel Garzia, trombone (1 cd KLARTHE records). Les Lumières, en une rondeur cuivrĂ©e et chaleureuses traversent les deux premières sĂ©quences du Konzert fĂĽr Posaune du très classique et mozartien Wagenseil (1715-1777). La flexibilitĂ© plus sensuelle encore (lumière mĂ©diterranĂ©enne du compositeur italien?) qui Ă©maille la Sonate de Besozzi (1679-1755) met en en lumière, l’agilitĂ© caressante du soliste, membre de l’Orchestre Symphonique de Bâle : justesse, prĂ©cision, tenue et hauteur c’est Ă  dire souffle, … sont sans failles. Sans jamais ĂŞtre trop droit, le son retient l’attention par son sens de l’articulation comme des respirations.
Seule réserve, la tenue de l’orchestre de chambre (Neophonia), un rien routinier mais il est vrai dans des partitions souvent très conformes au goût classique, équilibré, convenable propres au dernier tiers du XVIIIè européen : n’est pas Haydn qui veut. Il y manque cette dose délirante de facétie comme d’extrême élégance que sait développer le maître viennois. Nonobstant nos réserves, l’engagement du soliste malgré les difficultés de son trombone (souvent plus utilisé pour les évocations lugubres et martiales dans fanfares orchestrales infernales ou spectaculaires), sait varier, nuancer, colorer aussi sa partie avec une subtilité indiscutable (introspection du court Larghetto, du même Besozzi).
La coupe plus nerveuse du Concerto d’Albrechtsberger (mort en 1809) fait écouter une claire assimilation de la facilité fluide et raffinée de Haydn. L’étoffe orchestrale y est plus développée, permettant une meilleure relation entre le cuivre soliste et les cordes (belle prestation, beau souffle du trombone dans l’Andante, aux teintes et couleurs tout en nuances à la fois graves et voilées).
Dommage là aussi que les cordes de l’orchestre manquent singulièrement d’imagination et de palette nuancée : problème d’articulation, d’attaque, de tenue d’archet… pas facile de réussir l’articulation propre à ce XVIIIè encore baroque et ce XIXè pas tout à fait romantique.
Pour le Concerto en fa mineur de Haendel, les limites de l’Orchestre requis se creusent encore : articulation, nervosité et précision sont en berne (basses raides et systématiques). Même constat dans la pourtant belle Sarabande où les cordes (et le clavecin) assènent un accompagnement morne, guère caractérisé (l’état pour ne pas dire l’essor des ensembles sur instruments d’époque ont apporté un tout autre éclairage). Dommage car le soliste cultive une tenue subtile, entre tendresse et pudeur intérieures.
En allemand et d’une vibration toute recueillie et aussi brillante, le Doloroso imprévu et fort séduisant d’Eberlin (mort en 1762), qui fait une synthèse entre les fils Bach et l’école napolitaine, associe avantageusement le timbre de la soprano Vannina Santoni (déjà remarquée par CLASSIQUENEWS à l’Opéra de Tours / Triptyque de Puccini / inoubliable Suor Angelica) et celui du trombone, aussi caressant et même enveloppant associé à la voix féminine. L’extrait issu de l’oratorio « Der verurteilte Jesus » est emprunt des éclairs doloristes du style Empfindsamkeit, à la fois délicat, raffiné et sombre, déjà préromantique.

Malgré l’orchestre, stylistiquement perfectible dans ce répertoire entre Baroque et Classicisme, le trombone de Henri-Michel Garzia sait captiver grâce à la richesse des nuances émises, comme au souffle souverain dont il est capable. Le soliste sait relever les défis multiples d’un programme aussi original que risqué. Des Lumières, il nous fait voir, écouter, les scintillements particuliers.

 
 

 

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CD, compte rendu critique. Siècle de lumières: Henri-Michel Garzia, trombone. Avec Vannina Santoni, soprano / Ensemble Neophonia. Benjamin Garzia, direction (1 cd KLARTHE records).

Konzert für Posaune*  / Georg Christoph  Wagenseil (1715-1777)

Sonate en Sib Majeur  / Alessandro Besozzi (1679-1755)

Concerto für Alt-posaune*  / Johann Georg Albrechtsberger (1736-1809)

Concerto en fa mineur  / Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Fliess o heisser Tränenbach**  / Johann Ernst Eberlin (1702-1762)
aus dem Oratorio Der verurteilte Jesus

*Les cadences sont de Brigitte Garzia-Capdeville

Henri-Michel Garzia, trombone
Vannina Santoni, soprano **
Ensemble Neophonia – Benjamin Garzia, direction

 

 

 

CD, compte rendu critique. LULLY : Alceste (Les Talens Lyriques (2 cd Aparté)

alceste-rousset-lully-talens-lyriques-crossley-cd-critique-compte-la-critique-cd-par-classiquenewsCD, compte rendu critique. LULLY : Alceste (Les Talens Lyriques (2 cd ApartĂ©). SUBLIMATION TRAGIQUE. Après Cadmus et Hermione (1673) premier opĂ©ra Ă  la française, et coup d’essai, mais prĂ©mices plutĂ´t que drame accompli, Alceste, crĂ©Ă© l’annĂ©e suivante Ă  Versailles (dans la Cour de marbre lors des fĂŞtes versaillaises de 1674), marque les esprits et l’histoire du genre lyrique français : c’est la première tragĂ©die en musique dont la cohĂ©rence, la vivacitĂ©, la force et la puissance poĂ©tique Ă©galent le théâtre classique parlĂ©. D’ailleurs, la rĂ©sistance des Ă©crivains dramaturges, – Racine en tĂŞte, se cristallise ; tous tentent un scandale, organise une cabale pour saper le triomphe du nouvel opĂ©ra de Lully et de Quinault… Soutenu, voulu, commanditĂ© par Louis XIV, Alceste, devenu opĂ©ra du roi, s’impose malgrĂ© tout, d’abord comme aujourd’hui par l’unitĂ© de sa forme, l’intelligence et la poĂ©sie de son livret, la caractĂ©risation subtile des situations par un orchestre somptueux. La lyre tragique s’y dĂ©verse sans limites mais avec un goĂ»t somptueux, un sens de l’équilibre, une dĂ©clamation nouvelle qui de fait, Ă©gale l’articulation des acteurs de la ComĂ©die française. C’est dire l’importance du texte ici, la fulgurance primordiale de la langue. Car l’opĂ©ra de Lully comme celui Ă  venir de Rameau au XVIIIè, est surtout linguistique (ce que n’a cessĂ© de dire et souligner avec justesse et rĂ©ussite William Christie chez Rameau : Ă©coutez sa lecture inoubliable dans ce sens d’Hippolyte et Aricie).

Lully_versailles_portraitLa question d’Alceste est d’autant plus brûlante à Versailles depuis 1672, que, au moment de la guerre de Hollande, qui voit la France affirmer son pouvoir en Europe,  Louis XIV est un roi guerrier qui entend aussi assoir grâce aux arts du spectacle sa phénoménale vision de puissance : à chaque acte d’Alceste, dans les résonances martiales de sa couleur orchestrale, c’est le héros idéal qui se révèle : Alcide/Hercule auquel le Roi Soleil s’identifie sans fard. Jean-Baptiste Lully lui offre cette autocontemplation. Déjà le Prologue rugit et aussi s’épanche sur la lyre tragique, annonçant la chaconne finale (et triomphale) qui conclut l’opéra; dès l’automne 1673, les répétitions débutent dans les appartements de la première favorite, La divine Athénais, soit Madame de Montespan : le Roi suit et pilote même le travail de ses deux auteurs, attelés à tisser en musique et en tragédie sa gloire : Lully et Quinault.

 

 

Lully Ă  Versailles

 

 

 

 

 

UN OPERA POETIQUE ET TRAGIQUE. Dans le cas d’Alceste, mĂŞme si le commanditaire, jeune trentenaire, et Roi Soleil peut se mirer dans chaque acte, comme un effet de cĂ©lĂ©bration politique (et narcissique), l’œuvre surprend par sa force poĂ©tique, ses tableaux de dĂ©ploration et de sacrifice (III), d’essor fantastique et infernal voire lugubre (IV), sa majestĂ© et son sublime moral (V, quand Alcide/Hercule renonce Ă  Alceste et la rend Ă  son Ă©poux, Admète). Lully invente tout dans Alceste : le grandiose pour plaire au Roi ; l’humain tragique et exemplaire, d’une violence poĂ©tique inĂ©dite qui Ă©gale voire surclasse, – grâce Ă  la musique, les théâtreux, escrivaillons du théâtre parlĂ©. Lully alors supplante les Corneille et les Racine. L’avancĂ©e est notoire. Essentielle mĂŞme dans l’histoire de la musique baroque en France.

 

Que devient le chant baroque français ?
Que penser alors de cette nouvelle lecture d’un sommet de la tragédie baroque du XVIIè? Osons écrire que sur le plan du chant, notre déception est grande, car l’expressivité ciselée que savait instiller ici Jean-Claude Malgoire dans les années 1970, n’est pas égalée. Loin de là. Comment peut-on aujourd’hui chanter ainsi ?, de façon aussi paresseuse, au risque de lisser tout le texte pourtant fondamental, comme nous l’avons rappelé.
Ainsi par exemple, dans l’acte IV, celui de la noblesse (sacrifice) d’Alceste, l’épouse loyale prête à mourir pour sauver Admète. On y regrette le maniérisme des pleureurs à la mort d’Alceste, les solistes aux ports de voix étonnants d’une surenchère affectée (Une femme affligée, timbre clair mais style ampoulé et sirupeux, dommage…).
Plus rĂ©servĂ©e mĂŞme et critique, notre Ă©valuation de l’Alceste de Judith Van Wanroj : voix somptueuse, timbre plastique et charnel certes, taillĂ© pour les princesses aristocratiques dont le caractère correspond Ă  son style, mais la chanteuse nĂ©erlandaise, non francophone, demeure totalement inintelligible et son intonation ne bouge pas d’un iota d’un bout Ă  l’autre du drame ; elle semble glacĂ©e et figĂ©e, Ă©trangère Ă  toute conception intĂ©rieure du rĂ´le : tout est abordĂ© de la mĂŞme manière selon une grille rigide. Tout le texte – l’un des plus beaux du XVIIè (avec Atys), lui Ă©chappe, comme l’enjeu de chaque situation dramatique. C’est un masque, pas un caractère individualisĂ©. Autant chanter de l’italien … Sans la perception du français, de cette langue Ă  la fois hautaine et poĂ©tique, c’est 70% de la musique de Lully qui est ainsi Ă©cartĂ©.

En escamotant et réduisant considérablement le profil expressif et psychologique du personnage d’Alceste, la chanteuse chante à vide, et donne même matière aux critiques virulentes de Racine sur le rôle pour lui « dénaturé » par Lully et son poète. Il est surprenant qu’en 2017, malgré toutes les avancées des Baroqueux, le bénéfice de tant de recherche sur l’articulation instrumentale, la restitution de la danse baroque, on se heurte actuellement à une telle faiblesse linguistique.

la mort d alceste pour sauver admete perrier dessin sur classiquenews 04-515067La majoritĂ© des chanteurs sont invitĂ©s ainsi Ă  suivre un cycle d’articulation et de vrai coaching vocal. Comment chanter 40 ans après les premiers essais baroqueux, de cette manière aussi peu prĂ©cise, sans maĂ®triser l’art de la dĂ©clamation française propre au XVIIè ? Le rĂ©sultat est dĂ©cevant et l’on peut dĂ©sormais se poser la question : oĂą en est aujourd’hui le chant baroque français ? Les RĂ©gine Crespin baroques se font toujours aussi rares. Voire inexistantes. Ce n’est pas hĂ©las, la CĂ©phise d’Ambroisine BrĂ© – acide, instable et parfois si peu naturelle et si peu sobre qui permet de percevoir le français de Quinault… Il existe pourtant une Ă©cole de chant baroque française : reste Ă  trouver dans les productions lyriques comme celle ci, les talents heureusement choisis… mais il semble que les critères de sĂ©lection nous Ă©chappent car bien souvent, pour ne pas dire toujours, Ă  de rares exceptions près, le français et son articulation pourtant majeurs, demeurent anecdotiques. Comme relĂ©guĂ©s aux oubliettes d’un passĂ© trop difficile Ă  dĂ©poussiĂ©rer… Un naufrage contemporain. Et sur le plan artistique, une rĂ©gression dommageable pour que rayonnent encore et toujours les fleurons de notre patrimoine musical. Concernant les autres chanteurs, regrettons l’Admète un peu court et serrĂ© de Toro, comme l’Alcide (Hercule) engorgĂ© de Crossley-Mercer. MĂŞme le jeune de Hys reste une voix instable et serrĂ©e quand il faut projeter. On nous trouvera dur, mais face Ă  tel sommet d’excellence poĂ©tique et linguistique, l’écoute exige le meilleur des interprètes requis pour l’enregistrement. L’opĂ©ra français au XVIIè (comme au XVIIIè), c’est le texte. En Ă©carter l’articulation et l’intelligibilitĂ© est un manquement grave sur le plan artistique.
Fort heureusement quand le choeur rompt le lien de « ces ornements superflus »… qu’il chante juste ; d’ailleurs c’est lui le vrai personnage de cet opéra funèbre et grave : palmes d’excellence par son articulation profonde, son style et sa précision … Le chœur de chambre de Namur (en Wallonie) prouve qu’il est bien aujourd’hui l’un des meilleurs ensemble choral capable de chanter, c’est à dire articuler le texte de Lully et Quinault. Dans le choeur d’affliction et de douleur diffusant la mort et le sacrifice d’Alceste (toujours dans le IV), le style et la vérité du chant sont exemplaires. Belle prouesse.
De son côté, seules deux voix mâles, sûres et remarquablement articulées à l’inverse, se distinguent : celles de Douglas Williams (Lycomède, le rival jaloux d’Admète) qui fait aussi un superbe Charon. Même prestance noble et assurée pour le Straton / Pluton d’Etienne Bazzola.
CLIC_macaron_2014De son cĂ´tĂ©, le chef et ses Talens Lyriques se montrent Ă  la hauteur d’une partition aux tableaux superbement constrastĂ©s et caractĂ©risĂ©s, Ă  la fois pleins de cette noblesse et arrogance guerrière, comme tissĂ©e dans la soie languissante et amoureuse la plus digne et sublime. La force de l’opĂ©ra Alceste demeure ses prodigieuses nuances Ă©motionnelles entre dĂ©ploration et deuil tragique, dĂ©chirement et sacrifice, tension et dĂ©tente que les instrumentistes savent ciseler comme il se doit. Pour sa parure orchestrale, ses choeurs et quelques solistes très convaincants, au français idĂ©alement perceptible, l’enregistrement vaut notre « CLIC » de CLASSIQUENEWS, rĂ©serves Ă©mises sur le plan de l’articulation et de la dĂ©clamation concernant les autres chanteurs. L’auditeur avisĂ© tirera bĂ©nĂ©fice Ă  rĂ©Ă©couter la version – inestimable Ă  notre avis, de Jean-Claude Malgoire (anciemment AstrĂ©e Auvidis), d’une tenue nerveuse, sensuelle, noble et tragique de premier plan. D’autant que les solistes de l’époque, soit il y a 40 ans, savaient autrement dĂ©clamer le français Grand Siècle, sans fard ni affectation. CQFD. Concernant les Talens Lyriques, voici assurĂ©ment l’un des meilleurs enregistrements de leur quasi intĂ©grale Lully pour ApartĂ©.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. LULLY : Alceste (Les Talens Lyriques (2 cd Aparté) — enregistrement réalisé à Paris, en juillet 2017.

Alceste, ou le triomphe d’Alcide, 1674
Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Judith Van Wanroij, Alceste, La Gloire
Edwin Crossley-Mercer, Alcide
Emiliano Gonzalez Toro, Admète, 2e Triton
Ambroisine Bré, Céphise, Nymphe des Tuileries, Proserpine
Douglas Williams, Lycomède, Charon
Étienne Bazola, Cléante, Straton, Pluton, Éole
Bénédicte Tauran, Nymphe de la Marne, Thétis, Diane,
Lucía Martín Cartón, Nymphe de la Seine, Une Nymphe, Une Ombre
Enguerrand de Hys, Lychas, Phérès, Alecton, Apollon, 1er Triton, Suivant de Pluton
Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction, clavecin

 

 

Portraits de Lully, de Louis XIV / La mort d’Alceste par Perrier (DR)

CD événement, annonce, premières impressions. DOLCE DUELLO : Cecilia Bartoli & Sol Gabetta (1 cd Decca)

DUO de charme et de choc : Sol Gabetta et Cecilia Bartoli accordent leurs voixCD Ă©vĂ©nement, annonce, premières impressions. DOLCE DUELLO : Cecilia Bartoli & Sol Gabetta (1 cd Decca). VIRTUOSITÉ INTERIEURE… Nos première simpressions sont très favorables. Ne vous y trompez pas : malgrĂ© le visuels qui affiche deux Lolitas sous l’ombrelle, se cachant d’un soleil napolitain ?, il s’agit bien d’un rĂ©cital atypique qui touche par son intĂ©rioritĂ© et sa finesse introspective… D’emblĂ©e deux airs soulignent l’entente artistique des deux interprètes. Caldara dĂ©veloppe une langueur Ă  la fois sensuelle et mĂ©lancolique, très vivaldienne, dans le premier air de Nitocris (« Fortuna e Speranza ») oĂą le violoncelle se fait double d’une âme languissante, dessinant avec elle, en Ă©cho rubanĂ©, des arabesques tendres et affligĂ©es. Qu’il s’agisse de Cecilia Bartoli mezzo au timbre si caractĂ©risĂ©, ou de la violoncelliste Sol Gabetta dont le sens des nuances intĂ©rieures s’épanouit sur le mĂŞme mode intĂ©rieur, l’air redouble de caresses intimes, plis et replis d’une pudeur en extase contrĂ´lĂ©e, filigranĂ©e grâce Ă  l’exquise sensibilitĂ© des deux artistes en dialogue chambriste, soit 10 mn de pâmoison tenue, incarnĂ©e, Ă  double chant. Le magnifique air de l’Arianna de Haendel, – plus de 9 mn-, qui est aussi un lamento d’une bouleversante intensitĂ©, accrĂ©dite cette accord intĂ©rieur Ă  deux voix d’une très belle cohĂ©rence artistique. Le violoncelle argumente, dĂ©veloppe, dessine l’humeur implorante exprimĂ©e par la voix, comme une prière solitaire, celle d’Arianne Ă  Naxos, l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e. Dans cette intĂ©rioritĂ© contemplative, se rĂ©lève un Haendel rĂŞveur et douloureux, d’une saisissante vĂ©ritĂ© psychologique. Aucun doute, ces deux artistes lĂ  se sont bien trouvĂ©es.
Récital autant instrumental que vocal, les deux interprètes ont choisi de conclure leur programme par le Concerto pour violoncelle de Boccherini (n°10 en ré majeur G 483) où c’est bien l’étonnante vocalité de l’instrument soliste, associé au hautbois dans le mouvement lent, qui s’épanouit, au point de donner l’impression que le chant de la mezzo qui a précédé, colore encore les volutes très fines du violoncelle, au chant riche en velouté moiré, suave, introspectif.
duello sol gabetta cecilia bartoli decca cd critique review classiquenewsJean RANC vertume et Pomone musee fabre montpellier par classiquenews dolce duello cecilia bartoli et sol gabetta presentation annonce par classiquenews rancOriginal par son programme, associant deux sensiblitĂ©s parmi les plus intĂ©ressantes et les mieux abouties de l’heure, Dolce Duello est un programme prĂ©sentĂ© en crĂ©ation lors du dernier festival estival de GSTAAD (Menuhin Festival & Academy 2017) ; la lecture et ses choix de rĂ©pertoires, tiennent leurs promesses et renouvellent l’approche baroque par un sens commun de la subtilitĂ© (une qualitĂ© rare car beaucoup d’ensembles parmi les plus rĂ©cents continuent de confondre baroque et virtuositĂ© pure). Cecilia Bartoli et Sol Gabetta font ici la preuve d’un Ă©loquence intĂ©rieure, mĂŞlant virtuositĂ© et profondeur des intentions, finesse et intelligence des options expressives… Deux immenses interprètes qui ont le gĂ©nie du partage, voire de la complicitĂ© assumĂ©e, inspirĂ©e… nouveau modèle artistique Ă  suivre ? Prochaine grande critique, le jour de la sortie de l’album, soit le 10 novembre 2017, dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

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Illustration (tableau du XVIIIè français, Ă  gauche) : Jean Ranc vers 1715, Ă  l’Ă©poque de la RĂ©gence naissante, soit contemporain de Haendel, peint le mythe de Vertumne et Pomone. Deux silhouettes sous l’ombrelle : raffinement des couleurs … vĂ©nitiennes, et nuances entre ombres et lumière. L’art de la nuance et des teintes intermĂ©diaires, troubles… est une qualitĂ© commune entre la peinture de Ranc et l’approche si ciselĂ©e des deux interprètes Cecilia Bartoli et Sol Gabetta dans leur nouvel album Ă  deux voix, ” DOLCE DUELLO“…

GABETTA BARTOLI dolce duello cd DECCA presentation impression par classiquenews

CD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, (1 cd ARCANA 2003)

zefiro teleman wassermusik critique cd review par classiquenewsCD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, (1 cd ARCANA 2003). RĂ©vĂ©lation subtile et totale que la Wassermusik, conçu pour le centenaire du Conseil de l’AmirautĂ© de Hambourg (avril 1723) dont Telemann est alors le directeur musical, invitĂ© Ă  livrer toutes les musiques officielles. Les 10 Ă©pisodes de la suite instrumentale sont un condensĂ© de théâtre d’une subtilitĂ© irrĂ©sistible sous la direction de Alfredo Bernardini qui sait Ă©lectriser avec un tact Ă©lĂ©gantissime et ce mordant suggestif qui manque Ă  tellement de nouveaux ensembles baroques sur instruments anciens, y compris en France, tout l’effectif rĂ©uni autour de lui (Orchestre Zefiro). La tendance aujourd’hui, 40 ans après la « rĂ©volution baroqueuse » est de jouer techniquement d’excellente façon, … mais sans feu et sans esprit.

CLIC_macaron_2014OR ici, à l’inverse (mais en 2003 : il y a donc près de 15 années déjà), le chef sait cultiver la suprême intelligence dramatique, une recherche d’une flexibilité savante de justesse expressive et de vitalité motorique qui confère à chaque danse, son relief flamboyant gorgé d’une irrépressible ivresse sonore : l’ouverture vaut bien des levers de rideau à l’opéra ; la Sarabande qui suit affirme une majesté trépidante (flûtes souveraines… pour l’entrée de Thétis) ; la Bourrée, frémit et rebondit comme un jeune cabri, nerveux et élastique (sagacité des bassons, soutenant les flûtes là encore très exposées), cependant que la Loure cultive une retenue toute pudique et d’un rebond profond et presque grave, elle aussi toute en majesté retenue (Neptune) ; ramélienne, sautillante, pleine de caractère et de nostalgie la Gavotte (pour Amphitrite) ; d’une syncope, faussement contrainte et aux cordes pleines de sagacité et de panache, l’Harlequinade de Triton impose une nouvelle nuance tout aussi juste dans ce formidable théâtre instrumental : c’est peut-être là que le geste de l’ensemble Zefiro se montre des plus enjoués ; telle une tempête dont l’opéra français a fait alors sa spécialité, l’entrée de Eole / Aeolus, divinité des airs regorge de tempérament magistralement maîtrisé : le nervosité des cordes époustoufle (avec accents de guitare et de hautbois pépillants) : on voit bien que Telemann déborde de son prétexte musical célébratif vers une surenchère dramatique qui revendique la lyre opératique. Le Menuet, d’esprit lullyste, cite la grâce française, avec cet abandon pastoral d’une infinie poésie. Les deux derniers épisodes, ont là encore la vitalité imaginative d’un Rameau : ainsi l’élan de la Gigue entraîne tout en ses rythmes et ascension phénoménal, enchaînant sur Canarie, véritable frénésie rustique, dans l’esprit d’une ronde de paysans, enfiévrée, éperdue, d’une constante motrocité (coups et claques de sabots à l’envi).
Tout autant élégant et subtilement caractérisé, le cycle du Watermusic de Handel, contemporain de Telemann. Il est pertinent d’enchasser la suite de Telemann entre les deux volets haendéliens : le cycle telemanien de 1723, étant précédé par la Suite F HWV 348 (Londres, 1715), puis enchaînée avec les cors de chasse de la Suite D HWV 349 (Londres, 1717), puis G HWV 350 (Londres 1736). La puissante versatilité des musiciens de l’orchestre Zefiro savent convaincre par leur élégance, leur fine caractérisation,… une imagination qui vaut largement le CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2017. Il y a bien longtemps que nous n’avions pas été séduits par une telle audace, une vision sûre, pleine d’entrain et de finesse, aux intentions justes et dramatiquement passionnantes. En cette année Telemann 2017, Zefiro a la pertinence d’éclairer le cycle de la Wassermusic de Telemann, d’un jour nouveau : révélation et jubilation, Telemann est bien un compositeur génial, sachant ici condenser le meilleur de son contemporain Haendel, comme l’ivresse expérimentale et virtuose d’un Rameau. C’est dire. Eblouissant.

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telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017CD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, direction (1 cd ARCANA – enregistrĂ© Ă  Londres en juin 2033) – CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2017. LIRE aussi notre dossier TELEMANN 2017

Télé. FRANCE 3. ROBERTO ALAGNA en duo, mercredi 2 août à 20h55

france3 logo 2014TĂ©lĂ©. FRANCE 3. ROBERTO ALAGNA en duo, mercredi 2 aoĂ»t Ă  20h55. France 3 propose un voyage musical en compagnie du tĂ©nor Roberto Alagna, hĂ´te crooner, sĂ©ducteur et partenaire pour un programme tĂ©lĂ©gĂ©nique 100% collectif : comme un certain Luciano Pavarotti avant lui – en rĂ©alitĂ© son modèle et son mentor, Alagna choisit de chanter en divers genres, plusieurs standards de l’opĂ©ra, de la variĂ©té… Avec entre autres, Natalie Dessay, Salvatore Adamo, BĂ©atrice Uria Monzon, et mĂŞme l’humoriste Laurent Gerra….

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Roberto Alagna, voix d’or de l’opéra (il vint de chanter Calaf dans Turandot de Puccini à Londres, juillet 2017)
, est à l’évidence l’un des plus grands ténors de la scène lyrique actuelle. On le connaît pour sa générosité scénique et vocale, une générosité qui se mesure aussi à travers son goût pour le partage, tant avec le public qu’avec les artistes. Il apprécie tout particulièrement l’échange et la complicité qui s’opèrent sur scène avec ses partenaires, notamment dans le travail interactif du duo. Ce soir, il dépasse les frontières de l’opéra pour s’ouvrir à d’autres genres. L’artiste aime sortir des sentiers battus, s’affranchir des conventions et faire des incursions dans la musique populaire. Son attirance pour l’éclectisme et les crossover l’ont souvent amené à se produire également en duo avec des artistes de variété. Pour lui, il n’existe de barrières ni entre les artistes ni entre les genres : la musique est musique, sans notion de segmentation ni de hiérarchie.
L’attachement de Roberto Alagna pour les duos est ainsi le fil rouge de ce programme, qui se place, à son image, sous le signe du partage et de la complicité créative.
Le film alterne images d’archive des plus beaux duos variété et opéra de Roberto Alagna, des réactions de ce dernier au moment où il les redécouvre, … des extraits d’interview de certains de ses partenaires de scène, qui évoquent leur souvenirs de ces instants musicaux partagés avec Roberto Alagna. Cette soirée de duos complices est aussi un portrait d’Alagna comme partenaire.

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Les plus beaux duos de Roberto Alagna – durĂ©e : 1h55mn

Artistes interviewés: Roberto Alagna, Salvatore Adamo, Patrick Fiori, Natalie Dessay, Aleksandra Kurzak, Béatrice Uria-Monzon, Chico Bouchiki, Laurent Gerra

Avec: Patrick Bruel, Nolwenn Leroy, Chico & The Gypsies, Piero Pretti et Francesco Demuro, Elie Semoun, Laurent Gerra, Natalie Dessay, Salvatore Adamo et Frédéric François, Lara Fabian, Aleksandra Kurzak, Charles Aznavour, Zaz, Dany Brillant, Catherine Naglestad, Jane Birkin, Maurane, Béatrice Uria-Monzon, Inva Mula et René Pape, Michael Spyres, Patrick Fiori, Salvatore Adamo, Vincent Niclo, Anggun et Natasha St-Pier, Bryn Terfel, Thomas Hampson, Tina Arena, Paul Anka, Dave, Laura Giordano

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Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 Après Les duos de Roberto Alagna, et sur la mĂŞme chaĂ®ne Ă  22h55: 9ème de Beethoven, par Myung Whun Chung, au ChorĂ©gies d’Orange, captation rĂ©alisĂ©e le 16 juillet 2017 – DurĂ©e : Environ 1h10 – Avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France ; le ChĹ“ur de Radio France.

Solistes :

Ricarda Merbeth, soprano
Sophie Koch, mezzo-soprano
Robert Dean Smith, ténor
Samuel Youn, basse

 

DVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon)

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsDVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon). Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du Trouvère puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI où elle osera incarner Liù et surtout Truandât… (cd Vérisme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) là encore enivrante), à Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa… Le DVD de cette production importante est publié en juillet 2017.

Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’Opéra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’Opéra, en grands écrans; Les 2 prises de rôles méritaient bien ce focus médiatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prêts à relever les défis de leurs personnages respectifs. Précisément, que donnent deux Verdiens avérés chez le jeune et romantique Wagner inspiré par la légende Arthurienne et Parsifalienne ?

D’emblĂ©e voilĂ  une Elsa moins mièvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivitĂ© romantique et autodĂ©termination digne quoique blessĂ©e. En robe blanche, – celle d’une princesse accusĂ©e et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crĂ©dible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rĂ´les plutĂ´t surprenantes, c’est l’incandescente sincĂ©ritĂ© de son chant, portĂ© par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrĂ©sistibles. Ce, malgrĂ© une ligne parfois en dĂ©sĂ©quilibre, une intonation pas toujours Ă©gale, et un souffle incertain… autant de limites qui avaient attĂ©nuĂ© ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressĂ©. ConfĂ©rant au personnage d’Elsa, une intĂ©rioritĂ© poĂ©tique plus Ă©vidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensitĂ© et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angĂ©lisme pouvant rugir aussi… aussi fort et intensĂ©ment que la manipulatrice qui finalement la soumet peu Ă  peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine à couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas réellement nuancés, en particulier dans son grand air de révélation : cf le récit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dévoile son identité quasi divine et prétendument salvatrice…).

Le Talramund de Thomasz Konieczny autre prise de rôle, manque parfois de nuances là aussi comme de profondeur, mais sa performance demeure noire, assurée, efficace. Roi diseur qui doit à son expérience du rôle, une belle assurance, Georg Zeppenfeld (Heinrich / Henri l’Oiseleur) incarne un souverain soucieux d’ordre comme de vérité et de justice. Vociférante, hallucinée, parfois manquant de précision dans le contrôle de l’émission, l’Ortrud d’Evelyn Herlitzius s’impose elle aussi aux côtés de Netrebko, campant une sorcière jalouse, frustrée, haineuse qui contraste magnifiquement avec l’angélisme de façade de la belle Elsa.

UnknownEn piste de puis 1983, la mise en scène de Christine Mielitz arborre ses évidentes faiblesses et absences (de vision comme de réelle cohérence). Foule chaotique et confuse, costumes carnavalesques… tout cela manque singulièrement de profondeur et de synthèse (n’est pas Romeo Castellucci qui veut) et l’on a vu combien ces lectures narratives qui imposent un Moyen Âge de carton pâte à la Disney pouvaient affaiblir le message esthétique, artistique, philosophique de Wagner à l’opéra. Divertissement ou réflexion… la metteure en scène a visiblement choisi son camp.
Dans la fosse, l’Orchestre de Dresde suit les intentions du chef Thielemann, fidèle Ă  lui-mĂŞme : entre hĂ©donisme instrumental et dramatisme parfois Ă©chevelĂ© qui mĂ©riterait davantage de profondeur et de suggestivitĂ©. Pour autant Wagner gagne-t-il dans cette posture rien que spectaculaire et historique, au clinquant mĂ©diĂ©valiste ? Il y a quand mĂŞme une certaine intĂ©rioritĂ© chez les deux protagonistes, aux idĂ©aux, ni symĂ©triques ni complĂ©mentaires. car Wagner nous montre combien par tempĂ©rament comme par esprit, Lohengrin et Elsa n’avaient RIEN en commun. Est ce si visible dans cette production ?

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DVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius

ChĹ“urs de l’OpĂ©ra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Christine Mielitz

Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016
2 DVD Deutsche Grammophon – 3h25mn – 00440 073 5319

CHARENTES : Festival de Saintes, 14-22 juillet 2017

Visuel-festival-2017.inddVIDEO. Festival de Saintes, 14-22 juillet 2017, PrĂ©sentation. Chaque Ă©tĂ© en juillet, l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes investit tous les lieux du site patrimonial, offrant aux visiteurs et festivaliers, une expĂ©rience unique oĂą la musique et le concert tiennent la première place. VOIR ICI notre prĂ©sentation vidĂ©o du Festival de Saintes 2017, entretien vidĂ©o avec le directeur artistique, Stephan Maciejewski —  Les lieux du festival : l’ensemble patrimonial de l’Abbaye aux dames, la “voile”, point de rencontre du Festival pour artistes, professionnels et festivaliers, la ligne artistique et les temps forts de l’Ă©dition 2017 (les Cantates de JS Bach, la musique de chambre, l’anniversaire de Philippe Herreweghe, le Jeune Orchestre de l’Abbaye / JOA…, par Stephan Maciejewski, directeur artistique – Reportage / entretien Ă©ditĂ© par le studio CLASSIQUENEWS.TV / rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM — © CLASSIQUENEWS.COM

SAINTES 2017. Au cours de lla saison annuelle comme pour l’été, jeunes tempéraments en devenir (actuellement Nevermind et Jean Rondeau), ensembles envoûtants et pour certains partenaires familiers (Vox Luminis, Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe, …) poursuivent leur travail de défrichement comme d’approfondissement. Le seul exemple de l’orchestre de jeunes instrumentistes sur instruments d’époque, le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, illustre cette activité exemplaire qui se soucie de former et perfectionner les jeunes musiciens. En plus de réaliser plusieurs sessions pendant l’année à Saintes, le JOA participe aussi à la programmation du festival estival (Tchaikovski : Suite de Casse Noisette et Symphonie n°2 « Petite Russie », sous la direction de Philippe Herreweghe, le 15 juillet à 16h30, un événement à suivre particulièrement).

 

 

 

Musique sacrée, récital de piano et de clavecin, quatuors et musique de chambre, grands bains symphoniques, de Bach à Ligeti… Saintes dévoile 1001 visages de la musique, pendant son festival d’été…

46è Festival estival de Saintes
Du 14 au 22 juillet 2017
9 jours, 2 week ends

 

 

saintes 2017 festival estival de saintes classiquenews presentation selection de classiquenews p1875uuee11un0kpg1drj1i9ucpl8En juillet 2017, la 46è programmation ne contredit pas une équation qui gagne chaque année le coeur des festivaliers : diversité, équilibre, surprises des programmes présentés. Concerts Symphoniques, musique de chambre, concerts sacrés, sans omettre les visites, animations diverses, rencontres à la boutique et sous la voile, renouvelée cette année et installée dans la grande cour de l’Abbaye… le festivaliers a l’embarras du choix ; il dispose d’un éventail d’offres complémentaires (avec jusqu’à 4 concerts par jour, habilement planifiés, rendant possible d’y assister à tous, en ayant le temps de la collation entre chaque : 12h30, 16h30, 19h30 puis 22h).
TEMPS FORTS…. Voici nos temps forts et cycles à ne pas manquer cette année à Saintes (sauf indication contraire, les concerts que nous avons sélectionnés se déroulent dans l’église abbatiale)… Première journée d’ouverture, vendredi 14 juillet 2017, dès 11h (cocktail d’ouverture sous la voile) ; ensuite, vous ne manquerez pas le nouvel ensemble baroque A Nocte temporis dirigé par le ténor Reinoud van Mechelen (Clérambault et ses contemporains français, 12h30) ; puis à 19h30, toujours sous la voûte de l’Eglise Abbatiale : Messe pour la paix / Musique pour le Camp du Drap d’or où se répondent et s’unissent les Chapelles royales français et britanniques de François Ier et de Charles Quint en 1520… par Doulce Mémoire et son créateur, Denis Raisin-Dadre.

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Le 15 juillet est une journée « type » offrant 4 concerts : tous à l’Abbatiale. Vox Luminis et Lionel Meunier à 12h30, dans un programme regroupant les plus beaux Motets de JS Bach et de ses oncles… Nouvel événement symphonique ensuite à 16h30, avec Philippe Herreweghe pilotant la fougue juvénile des instrumentistes du JOA dans un programme très attendu, dédié à Tchaikovsky (Symphonie n°2 et Suite de Casse-Noisette). A 19h30, autre événement : plusieurs Concertos Brandebourgeois de JS Bach (jamais écoutés à Saintes, ou depuis très très longtemps / Les Ambassadeurs sous la direction du flûtiste, Alexis Kossenko). Enfin, Quatuors de Haydn, Mendelssohn, Beethoven par le Quatuor Arod dans l’ambiance feutrée, tardive de l’Abbaye à 22h. Une fin de journée qui s’achève comme un songe dans le vaste corps minéral de l’Abbaye…

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LIRE aussi notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Festival de Saintes : les concerts sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames, musique sacrĂ©e, cantates, musique de chambre, grands concerts symphoniques (Brahms et Tchaikovksi…), les 70 ans de Philippe Herreweghe, le retour de Vox Luminis, la place des jeunes ensembles de musique baroque…

 

Nouvelle Flûte Enchantée à Sanxay

affiche SANXAY la flute enchantee 2017 par classiquenews SLSSANXAY, soirées lyriques, les 10,12 et 14 août. MOZART : La Flûte Enchantée. Voilà 18 ans que le site historique et patrimonial de Sanxay n’avait pas accueilli un ouvrage de Mozart. Dans le Théâtre antique (gallo-romain) de Sanxay (86), la nouvelle production implique toutes les équipes artistiques afin de proposer une approche féerique et dramatique du dernier ouvrage du divin Wolfgang, La Flûte enchantée, … à la fois rite initiatique (et maçonnique) et drame populaire (chanté en allemand), composé en 1791, simultanément au seria, La Clémence de Titus. Le dernier Mozart, qui meurt quelques jours après la première de La Flûte, réalise ici en un équilibre des genres parfait, le modèle d’un opéra à la fois tragique et comique, fantastique et poétique, philosophique et fabuleux, soit un sommet d’invention entre populaire et savant. En somme une œuvre idéale.
Il est difficile de réussir dans tous les genres, or l’ouvrage les réunit et les sublime tous. Tout en croisant la destinée de plusieurs protagonistes, le compositeur et son librettiste Shikaneder parviennent à rendre clair et limpide une action pourtant riche, à la croisée des lectures. Le couple amoureux, bientôt unis, doit vaincre le théâtre des illusions, où les acteurs ne sont pas ce qu’ils paraissent : à travers les rencontres et les épreuves qu’il est appelé à surmonter, le prince Tamino auquel il est remis une flûte protectrice, « enchantée » (l’arme d’Hermès, guide, passeur, musicien), saura vaincre sa peur, trouver qui il est, distinguer la manipulation et la sincérité. Qui dit la vérité ? La Reine de la Nuit ou le grand prêtre, souverain en son temple ? Parcours d’une rare profondeur énigmatique, mais d’une grâce poétique accomplie, La Flûte enchantée sait séduire les spectateurs, petits et grands, par sa grande justesse émotionnelle : quand Pamina se lamente, recueillie prête à mourrir, quand sa mère la Reine de la nuit ordonne, invective, manipule, quand Sarastro paraît en père la morale, à la fois autoritaire mais juste… qui croire ? car chacun fascine, convainc, trouble… Et la musique de Mozart renforce l’intensité des apparitions comme l’ivresse des intentions.
C’est pourquoi la partition fascine toujours le public, les plus jeunes comme les plus connaisseurs. Sanxay entend relever le défi d’un ouvrage d’une subtilité souvent bouleversante car chaque profil dramatique y porte une épaisseur qu’il ne faut ni schématiser ni escamoter.

 

Rigoletto-2016-25MOZART à Sanxay… Pour se faire, le metteur en scène Stefano Viziolo (chef de choeur permanent à l’Opéra de Monte-Carlo) invite une troupe de 15 danseurs cambodgiens à se produire aux côtés des chanteurs lyriques : vision extrême orientale qui devrait encore enrichir la séduction de l’opéra, l’un des plus oniriques de l’histoire du genre. Le directeur artistique Christophe Blugeon regroupe dans les rôles solistes plusieurs tempéraments prometteurs dont Christina Poulitsi (la Reine de la nuit ; à l’affiche de l’Opéra-Comique après Sanxay), Tatiana Lisnic (Pamina : ex Liu dans Turandot en 2015), Paolo Fanale (Tamino), Giorgio Caoduro (Papageno), Mélanie Boisvert (Papagena)… sous la direction du chef canadien Eric Hull. Nouvelle production événement.

 

 

 

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sanxay-la-flute-enchantee-opera-en-plein-air-nouvelle-production-par-classiquenews

 

 

SANXAY, soirées lyriques, les 10,12 et 14 août. MOZART : La Flûte Enchantéeboutonreservation
Nouvelle production
Jeudi 10 août 2017
Samedi 12 août 2017
Lundi 14 août 2017, à 21h30

 

Information, réservations

Tarifs
- Chaise orchestre centrale : 73€ en placement libre, 66€ en tarif réduit et 37€ en tarif jeune (moins de 25 ans). Rajouter 12€ pour une place numérotée.
- Chaise orchestre latérale : 58€ en placement libre, 53€ en tarif réduit et 29€ en tarif jeune (moins de 25 ans). Rajouter 12€ pour une place numérotée.
Les gradins : 54€ en placement libre, 49€ en tarif réduit et 27€ en tarif jeune (moins de 25 ans). Rajouter 12€ pour une place numérotée.
- « Promenoir » gazon (gradins naturels sur herbe en haut du théâtre) : tarif unique à 19 €.

Points de vente
- Site internet operasanxay.fr,
- RĂ©seau Fnac et Ticketmaster,
- Bureau des réservations : 05 49 44 95 38
- billetterie@operasanxay.fr

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Distribution complète de La Flûte enchantée / Sanjay 2017 :

 

Metteur en scène : Stefano Vizioli
Scénographe : Keiko Shiraishi
Création lumières : Nevio Cavina
Création costumes : Sébastien Maria-Clergerie

Tamino : Paolo Fanale
Pamina : Tatiana Lisnic
Papageno : Giorgio Caoduro
La Reine de la Nuit : Christina Poulitsi
Sarastro : Ievgen Orlov
1ère Dame : Andreea Soare
2ème Dame : Aline Martin
3ème Dame : Svetlana Lifar
Monostatos : Rodolphe Briand
L’Orateur : Balint Szabo
Papagena : MĂ©lanie Boisvert
Premier prĂŞtre : Balint Szabo
Deuxième prêtre : Yu Shao
Premier homme en armure : Yu Shao
Deuxième homme en armure : Balint Szabo
3 Garçons : Solistes Knabenchores der Chorakademie Dortmund

Danseurs : AMRITA Performing arts

Orchestre et choeur des Soirées Lyriques de Sanxay
Direction musicale : Eric Hull
Chef de choeur : Stefano Visconti

Danseurs : AMRITA Performing arts

Orchestre et choeur des Soirées Lyriques de Sanxay

Direction musicale : Eric Hull

Chef de choeur : Stefano Visconti

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sanxau-la-flute-enchantee-opera-en-plien-air-aout-2017affiche-SANXAY-la-flute-enchantee-2017-par-classiquenews-SLS-212x300COMPRENDRE L’EXCEPTION SANXAY dans le paysage lyrique français : Que se passe-t-il dans le théâtre antique gallo romain Ă  l’acoustique exceptionnelle, qu’y vit le festivalier chaque Ă©tĂ©, qu’il soit amateur ou curieux d’opĂ©ra, voire nĂ©ophyte ? ENTRETIEN avec Christophe Blugeon, directeur artistique des soirĂ©es lyriques de Sanxay (86)

 

 

TOP 5 CD : 5 CD ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS, juin 2017

CLIC_macaron_2014TOP 5 cd : les CLICS de CLASSIQUENEWS de juin 2017. Chaque mois, la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS se rĂ©unit et Ă©lit le palmarès des cd Ă  Ă©couter de toute urgence. RĂ©citals, programmes symphoniques, opĂ©ras, musique de chambre, et mĂŞme (en ce mois de juin 2017), BO de films… voici les 5 titres Ă  connaĂ®tre sans tarder… pour vos Ă©coutes de l’Ă©tĂ© 2017, voici nos 5 musiques pour la plage et le soleil.

 

 

 

5 cd hors normes, Ă©blouissants Ă  Ă©couter en urgence :
5 titres CLIC de CLASSIQUENEWS

les heureux Ă©lus sont :

 

1 – STRAUSS par Gergiev
2 – BRAHMS par Herreweghe
3 – BO du film ALIEN COVENANT
4 – OTTONE par Cencic / Petrou
5 – Coffret TELEMANN Ă©ditĂ© par RICERCAR

 

 

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1. CD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd MĂĽncher Philharmoniker, septembre 2016):

gergiev strauss cd critique review cd par classiquenews CLIC de classiquenews Strau-Don-Juan-Une-vie-de-heros-DigipackCD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd Müncher Philharmoniker, septembre 2016). Le trait incisif et nerveux jusqu’à l’ivresse sonore se déploie avec une réelle élégance dans un DON JUAN (1889-1890), éveillé, palpitant, d’une frénésie qui n’oublie pas de ciseler et préciser la caresse de chaque timbre instrumental. D’autant que le grand Strauss magicien conteur sait son métier d’orchestrateur : l’opulence, le chromatisme, le scintillement permanent de la palette orchestral (proche à la fois de Salomé et de La Femme sans ombre), dessine ici dans la suite de Lenau, un séducteur en extase crépusculaire. La frénésie et la fièvre qu’apporte le chef saisissent et captivent dans une fresque endiablée et vénéneuse simultanément à son grand fracas moiré et rutilant : tout se cabre et sait aussi ondoyer en un geste versatile, changeant, caméléon, comme Strauss qui âgé de 24 ans à peine, s’impose par une hypersensibilité magicienne ; capable de synthétiser l’élan du désir et l’amère désillusion que son trop plein fait immanquablement surgir. Réussite totale car Gergiev se montre félin autant qu’amoureux, caressant et désespéré, entier, radical, définitif : désir, possession, désespoir. Plus grand est la convulsion du désir, plus amère et vomitoire le dégoût qui naît aussitôt. En LIRE +

 

 

2. CD, compte rendu critique. BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011),Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe (1 cd PHI, 2015):

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, COllegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees défend les vertus sonores, esthétiques, pédagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la précision et la caractérisation des timbres plutôt que le volume ; dans l’acuité renforcée du geste expressif aussi car bien sûr il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut évidemment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc…), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensité poétique décuplée, l’exigence de précision et d’articulation compensent la netteté souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bénéfices qui replacent le jeu et l’interprétation au cœur de la démarche… De ce point de vu, 25 ans après sa création, l’OCE porté par la direction affûtée, précise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santé régénératrice absolument captivante, dépoussiérant des œuvres que l’on pensait connaître. EN LIRE +

 

 

3. CD annonce. BO du film « Alien : Covenant » de Ridley Scott (musique de Jed Kurzel, 1 cd Milan music, à paraître en mai 2017):

ALIEN covenant music JED KURZEL presentation annonce critique review cd classsiquenews 6cd192e3-5a61-4068-af64-cc851e7a552aCD annonce. BO du film « Alien : Covenant » de Ridley Scott (musique de Jed Kurzel, 1 cd Milan music, à paraître en mai 2017). Label de Max Richter (son denrier album « Max Richter’s out of the dark room » est paru en avril 2017), Milan musicédite la bande originale du prochain volet de la saga cinématographique ALIEN. Les dents les mieux acérées de l’espace sont ainsi de retour. Parce qu’il n’a jamais existé une atmosphère aussi anxiogène à l’écran que le premier film originel, renouvelant totalement l’écriture de la science fiction et du fantastique au cinéma, CLASSIQUENEWS fera paraître sa critique complète de l’album du nouveau volet d’Alien, signé Ridley Scott, comme le dernier (excellent), « Promotheus » (2012). Le 6è épisode de la saga Alien, « ALIEN : COVENANT », sort en mai 2017. Le film regroupe les acteurs Michael Fassbender et Katherine Waterston, piégés au bout du cosmos, sur un planète illusoire qu’ils pensaient être paradisiaque. EN LIRE +

 

 

4. CD événement, annonce, cycle Haendel. OTTONE de HANDEL / HAENDEL par CENCIC & Hallenberg (Decca)

Cencic dévoile le diamant Ottone de HandelCD, cycle Haendel. HANDEL / HAENDEL par CENCIC. Après Arminio (Handel), Siroe (Hasse) et un recueil récent dédié aux Arie napolitane, Max Emanuel Cencic ressuscite une nouvelle perle lyrique de Haendel : OTTONE. Désormais bien implanté à Londres, pour la saison 1722-1723 de l’Opéra du Roi (King’s Theatre de Haymarket), Haendel opère une nouvelle offre lyrique, avec un nouveau librettiste Nicolas Haym. Deux joyaux voient ainsi le jour Ottone et Flavio. Ottone, fils du roi Henri l’Oiseleur, souverain de Francie orientale, incarne la grandeur d’un destin impériale au Xè siècle, offrant à l’histoire germanique, une épopée et une figure de légende. Le héros incarne la superbe et le courage politique. EN LIRE +

 

 

5. CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar):

telemann gerog philipp telemann a portrait.jpgricercarric375CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar). Pour l’année 2017, celle qui marque le 250è anniversaire de la mort du compositeur, phénix d’Hambourg, Ricercar réédite nombre de ses archives légendaires pour composer un premier coffret des plus réjouissants, démontrant cette excellence musicale dont Telemann est l’insigne garant, opérant avec tact, style, élégance, dans tous les genres connus à son époque ; vrai arbitre du bon goût et génie assuré dans la musique de chambre, concertante, lyrique, sacrée… Les enregistrements regroupés s’étalent sur 30 années d’interprétation et de recherche continue, soit de 1983 à 2013. L’acuité participative, la forte caractérisation individuelle étant les clés d’une écriture qui allie comme peu virtuosité, invention mélodique et profondeur. Parassent donc ici les ensembles Ricercar consort (dont en 1983, Philippe Pierlot et Mark Minkowski…), La Pastorella, Lingua Franca, Eolus, Syntagma Amici, et les solistes Greta de Reyghere, James Bowman et Henri Ledroit, Guy de Mey, Max Van Egmont… EN LIRE +

 

 

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Palmarès Ă©tabli par la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS dĂ©but juin 2017 : les 5 titres, cd & coffrets Ă©vĂ©nements rĂ©cemment parus, Les 5 titres cd pour l’Ă©tĂ© 2017 — dossier palmarès coordonnĂ© par Lucas IROM

 

 

 

 

Année Telemann 2017. Bilan des parutions et concerts événements

TELEMANN 2017. Bilan des concerts et parutions incontournables. Quels sont les concerts Ă  ne pas manquer cette annĂ©e pour l’anniversaire Telemann ? Le gĂ©nie de Hambourg, qui refusa le poste de directeur de la musique Ă  Leipzig – permettant Ă  Jean SĂ©bastien Bach d’obtenir la fonction, est bien un compositeur clĂ© du baroque europĂ©en au XVIIIè. L’Ă©gal des plus grands : Rameau, Haendel, Bach donc. Point bilan sur les parutions discographiques et les Ă©vĂ©nements Ă  ne pas manquer pour (re)dĂ©couvrir l’Ă©criture raffinĂ©e, urbaine, virtuose et profonde de Telemann (1681 – 1767)…

 
Telemann-portrait-dossier-2017-bilan-point-etape-par-classiquenews-Telemann-2017

 

 

DISCOGRAPHIE TELEMANN 2016 – 2017

 
 

CLIC_macaron_2014Retrouvez ici la sĂ©lection des meilleurs enregistrements dĂ©diĂ©s Ă  Telemann, rĂ©Ă©ditions lĂ©gendaires (comme celle rĂ©alisĂ©es par Goebel…), ou nouveautĂ©s d’une absolue et dĂ©poussiĂ©rante fraĂ®cheur… Tous les tires ci dessous ont Ă©tĂ© distinguĂ©s par la R2daction de CLASSIQUENEWS et donc ont reçu le CLIC de CLASSIQUENEWS, notre label qualitĂ© et excellence…

 
 

telemann theatre musical les masques olivier fortin ouverture don quixoote burlesque review cd critique cd classiquenews CLIC de novembre 2016 AJ0256CD, événement. Compte rendu critique. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Le théâtre musical de Telemann. Les Masques. Olivier Fortin, direction (1 cd Alpha). En préambule à l’année Telemann (LIRE notre dossier spécial Telemann : 2017, 250 ans de la mort de Telemann), voici un excellent disque qui révèle le raffinement dramatique du compositeur baroque, et simultanément le geste toute sensualité, souplesse, élégance de superbe instrumentistes sur boyaux d’époque, l’Ensemble Masques, réunis autour du claveciniste Olivier Fortin. Rien ne laisse supposer cette peinture flamboyante des passions de l’âme qui s’offre à nous ici, dans une intensité réfléchie, juste, filigranée, d’une fulgurante d’intonation… réellement éblouissante : le son des Masques est remarquable de grâce naturelle, d’expressivité nuancé, de pudeur onirique. Le verre de mousseux, les scones tranchés qui paraissent sur la couverture de ce disque exceptionnel (Nature morte du XVIIè… français ou hollandais? voire flamand car ce verre pourrait bien-être de bière?), traduisent par leur austérité savante, et a contrario de la sévérité générale de la peinture, les splendeurs orfèvrées d’un collectif qui maîtrise admirablement l’art de la conversation instrumentale, où les seules cordes sollicitées produisent des effets saisissants. LIRE notre critique complète du Théâtre de Telemann par Les Masques / Olivier Fortin / CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016.

 

telemann gerog philipp telemann a portrait.jpgricercarric375CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar). Pour l’année 2017, celle qui marque le 250è anniversaire de la mort du compositeur, phénix d’Hambourg, Ricercar réédite nombre de ses archives légendaires pour composer un premier coffret des plus réjouissants, démontrant cette excellence musicale dont Telemann est l’insigne garant, opérant avec tact, style, élégance, dans tous les genres connus à son époque ; vrai arbitre du bon goût et génie assuré dans la musique de chambre, concertante, lyrique, sacrée… Les enregistrements regroupés s’étalent sur 30 années d’interprétation et de recherche continue, soit de 1983 à 2013. L’acuité participative, la forte caractérisation individuelle étant les clés d’une écriture qui allie comme peu virtuosité, invention mélodique et profondeur. Parassent donc ici les ensembles Ricercar consort (dont en 1983, Philippe Pierlot et Mark Minkowski…), La Pastorella, Lingua Franca, Eolus, Syntagma Amici, et les solistes Greta de Reyghere, James Bowman et Henri Ledroit, Guy de Mey, Max Van Egmont… CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017

 

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flûte, deux chalumeaux… Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’année 2016 et préludant à l’année Telemann 2017 (250ème anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spécial Telemann 2017), un disque miraculeux, dédié aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hanséatique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, précise qu’il a « appris avec enthousiasme à jouer des instruments à clavier, du violon, de la flûte. Et à présent, je me consacre à l’apprentissage du hautbois, de la flûte traversière, du chalumeau, de la viole de gambe et même de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann doué en tout, accomplit des trésors d’inspiration et de raffinement, maître incontesté de l’écriture pour chacun des instruments. EN LIRE +

 

 

 

 

 

agenda / concerts 2017

 

 

FABIEN ARMENGAUD : L'excellence Baroque !Festival baroque de Tarentaise, les 7 et 8 aoĂ»t 2017 : TELEMANN par Fabien Armengaud et l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard. Voici un programme majeur Ă  ne pas manquer parmi les nombreuses cĂ©lĂ©brations Telemann (1681 – 1767) en France, pour l’anniversaire 2017 (250 ans de la disparition). Les spectateurs en Tarentaise peuvent mesurer la qualitĂ© d’un ensemble rare, aux dispositions chambristes exceptionnelles comme l’a rĂ©cemment dĂ©montrĂ© le premier album de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard, dĂ©diĂ© aux motets (Ă  3 voix d’hommes) peu connus de ClĂ©rambault. Un choix de rĂ©pertoire qui surprend s’agissant d’oeuvres inconnues et que seul Fabien Armengaud a eu le choix judicieux d’exhumer. Pour Telemann, les interprètes dĂ©fendront la mĂŞme implication collective, Ă  la fois sobre, intense, d’un grand relief expressif, avec la voix naturellement… EN LIRE +

 

 

Telemann georg philipp telemannLIRE aussi notre dossier sur Telemann 2017, une année de célébrations en Allemagne. L’ANNEE TELEMANN 2017. Pour 2017, plusieurs villes allemandes forment réseau pour  célébrer l’anniversaire du compositeur baroque Telemann (1681 – 1767). De son vivant, Telemann était le plus célèbre des musiciens vivants. Le 25 juin 2017 marquera le 250ème anniversaire de sa mort. Telemann est non seulement plus connu que Jean-Sébastien Bach au XVIIIè, mais il égale le Cantor de Leipzig par la qualité de son écriture et une pensée musicale aussi universelle que son contemporain. Aussi poétique que Haendel, même s’il n’écrivit pas autant d’opéras que le Saxon. Nonobstant, le catalogue de Telemann est très vaste, éclectique, divers, car le compositeur a traité tous les genres, cherchant pour chacun a repousser les limites du cadre habituel. Personnalité appréciée, volontiers convivial, Telemann entretient un réseau de relations et d’amitiés enviables dont le nombre de villes germaniques partenaires de son anniversaire en 2017, témoigne. Les cités-étapes collaborent à la célébration en proposant de nombreuses manifestations  qui croisent aussi l’anniversaire Telemann et les festivités autour du 500ème anniversaire de la Réforme protestante : Telemann régna en maître incontesté sur la musique liturgique protestante comme aucun autre. LIRE notre portrait de Telemann (dossier spécial Telemann). 

 

 

 

CD, compte rendu critique.MENDELSSOHN : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5. Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (3 cd DG Deutsche Grammophon)

Mendelohn-Symphonies-1-5-Coffret-Edition par classiquenews critique compte rendu cd review cd clic de classiquenewsCD, compte rendu critique. MENDELSSOHN : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5. Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (3 cd DG Deutsche Grammophon). Plus Ă  son aise grâce au relief des voix et dans une construction fragmentaire par Ă©pisodes caractĂ©risĂ©s, le chef vedette NĂ©zet-SĂ©guin suscite ici quelques rĂ©serves voire limites dans sa direction purement symphonique. Et s’il Ă©tait meilleur chef lyrique que symphonique ? Cette intĂ©grale captĂ©e Ă  Paris des opus de Mendelssohn (Symphonies 1-5) tend Ă  le dĂ©montrer : vision globale brillante mais routinière (exploitant bien il est vrai les qualitĂ© chantantes et de solistes du Chamber Orchestra of Europe) et heureusement, meilleure n°2 (symphonie cantate avec solistes et choeur, d’autant plus intĂ©ressante qu’elle est mail connue – mais ses effectifs requis ne la rendent-ils pas difficile Ă  rĂ©aliser ?).

 

Excès démonstratif ?

 

 

Avouons que les deux premières Symphonies 1 et 3 (dite « Écossaise » de 1842) ne décollent pas, relevant d’une honnête lecture, parfois scolaire. Les choses s’affirment plus nettement en nervosité et en vigueur comme en dramatisme, avec cette élégance qui n’écarte pas une certaine classe virile, très mendelssohnienne, avec le CD2 et cette Symphonie oratorio / symphonie Cantate n°2 « Lobgesang » / Chant de louange / hymne pour la paix. Toute la tendresse fraternelle d’un Mendelssohn européen, digne successeur de Beethoven (dont il partage d’une certaine manière le muscle) et des Lumières s’affirme dans ce format souvent puissant et éperdu (le Schumann des oratorios dont La Péri, ou Le Pèlerinage de la rose ne sont pas loin de cet esprit de proclamation de plus en plus lumineuse). Yannick Nézet-Séguin ajoute à une belle énergie souvent détaillée (le directeur lyrique n’est pas absent ; il sera d’ailleurs bientôt directeur musical du Metropolitan de New York), où percent et s’expriment avec beaucoup de caractère le chant des instruments solistes : cors, trombones, clarinette (fin de l’entrée maestoso), ou hautbois dans l’allegretto qui suit… ; chaque épisode est riche en subtilités et transparence, motricité rythmique, beau galbe dynamique ; toujours, le chef soigne l’expressivité et une fluidité expressive qui s’avère prenante, envoûtnate même par ce travail sur le poli et le galbe. Du très bel ouvrage, piloté par une vision qui manque hélas de la vision synthétique d’un architecte dramatique.
La Symphonie n°2 « Lobgesang » est la plus convaincante. Les solistes requis, soit les sopranos Karina Gauvin et la jeune et dĂ©jĂ  remarquĂ©e Regula MĂĽhlemann (fine mozartienne, cf son rĂ©cent disque Mozart Ă©ditĂ© par Sony) apporte une indiscutable fragilitĂ© humaine Ă  leur duo (avec cor et choeur, andante 5, plage 9). Mais le vibrato parfois Ă©crasĂ© et trop ample de la première s’accorde mal Ă  l’incandescente juvĂ©linitĂ© de sa cadette… Comme chez Schumann, Mendelssohn veille Ă  l’équilibre aĂ©rien entre les voix, le choeur et la soie orchestrale dont il faut un flux d’une Ă©tonnante liquiditĂ©. Daniel Behle cisèle son abattage et son articulation – un rien martial dans son air soliste: « Stricke des Todes“…, Allegro un poco agitato, 6. La verve et le panache que dĂ©ploie le chef font merveille dans une partition qui se rapproche du Schumann le plus dramatique (Genoveva). Les sĂ©ances d’enregistrement se sont dĂ©roulĂ©es Ă  Paris (Philharmonie), en fĂ©vrier 2016 dans le prolongement des concerts qui en ont Ă©tĂ© en quelque sorte la chauffe.
La marmite symphonique exhibe une belle fluidité articulée dans le premier mouvement de la Symphonie Italienne n°4, mais le nerf se montre là encore répétitif. L’Andante con moto manque de… mystère dans une tendresse intérieure traitée comme une marche parfois expédiée. La prise soigne le détail des timbres ; la belle vivacité collective. Le brillant parfois clinquant sur l’intériorité d’une pensée juste et poétique. Pour autant est-ce réellement suffisant ? Cet Andante con moto indique les limites d’une lecture admirable de netteté et d’équilibre mais creuse voire artificielle : la facilité technique et mécanique du geste cache mal en définitive l’absence de profondeur et de climats intérieurs qui tempèrent l’esprit de victoire de l’écriture mendelsohnnienne : son art ne se réduit pas à un pur jeu formel et trépidant . Dur diagnostic. Même mis en place, rien que… métronomique et même intensité du geste dans le Saltarello. C’est fougueux mais trop démonstratif.

Voilà pourquoi nous attendions le premier Andante d’ouverture de la Réformation n°5 : dont l’ampleur et la profondeur toute en pudeur convoque là encore la pure effusion et une subtilité mystérieuse qui doit saisir par sa gravité foudroyante. A trop vouloir faire sonner son formidable orchestre (cors, trompettes… les cuivres en général), le chef perd l’ombre, l’étoffe de la suggestion,… là encore l’énigmatique, qui colore toute l’oeuvre de Mendelssohn, sous son entrain lumineux : le surgissement de l’inexprimable, la sidération et la révélation du sublime (ce que Wagner utilisera à la fin du siècle dans Parsifal pour exprimer lui aussi le divin, la manne qui descend sur terre)… hélas, le geste trop puissant, malgré une flexibilité admirable des cordes, bascule dans un bavardage de façade : le brillant coûte que coûte comme s’il voulait délibérément tout gommer en trouble comme en failles angoissantes : le jeu de la clarinette et des cordes dans l’allegro qui suit, tourne au système, une belle mécanique instrumentalement très polissée, d’une onctuosité séduisante. Ainsi l’intériorité parfois trop explicite de l’Andante, mais le relief hyperintense de la flûte (récitative 3b menant vers le Choral, et son irrépressible grandeur exclamative) dont le dialogue avec les bois de l’harmonie, amorce le triomphe final et sa fanfare suractive. Problème d’ajustement, de vision et de plan poétique, cette quasi intégrale manque réellement de profondeur et de finesse ambivalentes. Certes énergie et fièvre voire fougue sont bien là : mais dépourvus de gravitas, le geste s’écroule, ennuie, sonne creux. Quel dommage. A chacun de juger selon son exigence dans l’écoute du Mendelssohn symphoniste.

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CD, compte rendu critique. Felix Mendelssohn : Symphonies, n°1 ; n° 2 en si bémol majeur, «Lobgesang», opus 52 — Karina Gauvin, Regula Mühlemann (sopranos), Daniel Behle (ténor) ; n° 3 en la mineur, «Schottische» / (Ecossaise), opus 56 ; n°4 (Italienne), n°5 «( Réformation) — RIAS Kammerchor, Chamber Orchestra of Europe, Yannick Nézet-Séguin (direction). 3 cd DEUTSCHGE GRAMMOPHON, live enregistré à Paris, février 2016.

Compte rendu critique, opéra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet

HALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-cropCompte rendu critique, opĂ©ra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet. Avec Meyerbeer, gĂ©nie lyrique autrement plus cohĂ©rent, HalĂ©vy a marquĂ© la scène romantique française Ă  l’époque du grand opĂ©ra oĂą l’éclectisme nĂ©ohistorique et post classique Ă©taient de mise pour renouveler le portrait des protagonistes, Ă©prouvĂ©s dans le souffle de l’histoire collective. Cette Reine de Chypre, dĂ©cidĂ©e opportunĂ©ment, marque la lente rĂ©surrection sur la scène de HalĂ©vy, après le dvd Clari (oĂą brillait en 2008, le diamant vocal et dramatique de l’ensorceleuse et amoureuse Cecilia Bartoli), après La Juive, rĂ©cemment jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra du Rhin… Alors que vaut cette Reine de Chypre de 1841? PrĂ©parĂ©e certainement avec le sĂ©rieux requis, la production n’est pas la rĂ©ussite attendue, loin de lĂ . La direction musicale et l’absence d’un vrai tĂ©nor, digne du chant français (Ă  croire qu’en France, en cas de dĂ©sistement, il n’existe aucun tĂ©nor digne d’un tel rĂ´le, ce malgrĂ© l’essor du chant lyrique actuel?), attĂ©nuent considĂ©rablement l’enthousiasme final.
Les flons flons et facilitĂ©s qui Ă©maillent la partition, assez conforme et prĂ©visible finalement, indiquent une partition qui n’est pas le chef d’oeuvre annoncĂ©. Certes on note l’engagement de l’équipe artistique autour du chef, partenaire familier de l’exercice, d’une nervositĂ© parfois tendue qui ne manque pourtant jamais d’énergie dĂ©monstrative (Ă  son crĂ©dit citons entre autres, quoique dĂ©jĂ  « anciennes », d’époustouflantes cantates de d’Ollone, premier prix de Rome-, et un Dimitri (1876) du wagnĂ©rien Joncières (2014)… qui en leur temps – passĂ©?-, savaient ĂŞtre autrement plus fluides, onctueux, brillamment articulĂ©s. On ne dira pas pour autant comme certains que sa direction surligne la pompe inscrite dans la musique, mais souvent, – triste faille, le geste et la comprĂ©hension gĂ©nĂ©rale, manquent singulièrement de nuances. Et l’opĂ©ra romantique français en souffre ; il en sort, Ă©crasĂ©, comme assassinĂ© sous son image de gigantisme ampoulĂ©. AU sortir de la soirĂ©e en demi teintes, pas sĂ»r que les spectateurs aient Ă©tĂ© charmĂ©s par une recrĂ©ation “prometteuse” et les atours du grand opĂ©ra romantique français…

 

 

 

Dans l’attente du disque, un concert déséquilibré qui manque de nuances…

 

Ici, osons dire que l’approche frise la lecture à vue, en particulier pour le ténor qui a été choisi, malheureusement après une suite d’annulations (Marc Laho puis Cyrille Dubois sollicités tour à tour, ont dû renoncer), au dernier moment. Or en Coucy, l’amant de Catarina Cornaro, il s’agit bien du personnage clé de l’opéra d’Halévy : y brillait comme nul autre, en partie pour son fameux ut de poitrine, le fameux ténor vedette Duprez .
S’il n’était pas le premier rôle de l’ouvrage, le concert eut été passionnant. Mais voix frêle souvent absente, aigus tirés et articulation incertaine, Sébastien Droy n’était pas à son affaire. On présume alors ce qu’aurait pu exprimer dans un rôle primordial, un ténor comme Michael Spyres (heureux nantais et angevins qui l’entendront en septembre prochain dans le Faust de Berlioz, les 15 et 23 septembre précisément : événement de la rentrée lyrique) : l’américain illumine actuellement la scène par son timbre de grande classe, une subtilité alliée à une technique flexible et rayonnante. D’une partition qui se passe à Venise, le chef souligne surtout l’ampleur et la puissance d’une écriture qui veut plaire et séduire plutôt que toucher et émouvoir.
Privé d’un vrai grand ténor, la partition de la Reine de Chypre reste déséquilibrée. C’est d’autant plus navrant que la soprano vedette, présentée comme un bel argument, Véronique Gens (Catarina Cornaro) assoit là encore son timbre racé, de tragédienne distinguée dans le rôle titre (bien qu’elle n’a pas le mezzo probablement plus ample que la créatrice Rosine Stoltz). Ainsi se concrétise le destin d’une femme amoureuse (du chevalier français, Gérard de Coucy), obligée par les Doges vénitiens d’épouser le futur roi de Chypre (Lusignan) : le devoir plutôt que le sentiment. Tension propre au drame français style « grand opéra ». Spectacle consternant que ses duos amoureux avec Coucy… lequel se cherche encore une couleur, une présence dans une partition qui l’a totalement dépassé… Catarina ne devient effectivement Reine qu’au Vème acte : elle peut alors écraser la puissance vénitienne qui l’avait entraver, et offrir à son peuple liberté et dignité. Et aussi recouvrer son amour ancien pour Coucy, devenu entre temps chevalier de Malte… Contrairement à Meyerbeer qui ne transige jamais si’l faut tuer ses héros (cf Le Prophète, bientôt sur la scène du Capitole à Toulouse), Halévy préfère adoucir la veine sombre, grave, tragique, quitte à en diluer l’impact terrifiant.

Aux côtés de Gens, on repère l’intriguant et fourbe Mocenigo (Eric Huchet, bras armé de la Sérénissime) ; l’excellent baryton Etienne Dupuis (déjà remarqué dans Thérèse de Massenet il y a quelques années à Montpellier), Lusignan tendre donc humain, mais aussi formidablement intelligible, et d’une élégance naturelle, à mille lieues du chant imprécis de Droy. Les tableaux collectifs, eux, bénéficient de l’articulation du Chœur de la radio flamande, toujours très convaincant. Mais tous pâtissent du déséquilibre préalablement regretté. Une résurrection en forme de déception. Mais le disque annoncé dans la foulée devrait réparer ce concert à demi réussi. A suivre.

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Compte rendu critique, opéra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet. En version de concert.

HALEVY : La Reine de Chypre
Opéra en cinq actes, livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
CrĂ©Ă© Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique le 22 dĂ©cembre 1841

Catarina Cornard : VĂ©ronique Gens
GĂ©rard de Coucy : SĂ©bastien Droy
Jacques de Lusignan : Etienne Dupuis
Andrea Cornard : Christophoros Stamboglis
Mocenigo : Eric Huchet
Strozzi : Artavazd Sargıyan
Un hĂ©raut d’armes : Tomislav Lavoie

Chœur de la Radio flamande
Orchestre de chambre de Paris
Hervé Niquet, direction

LILLE PIANO(S) FESTIVAL : 3 jours fous

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14è Festival de piano à Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensé d’expériences musicales destinées au plus grand nombre, (dont les enfants particulièrement gâtés), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversité, les rencontres, la transversalité sont à l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernés : concertos, récitals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de métissages sonores décoiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de Ismaël Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns…, c’est également l’accordéoniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe…). Les festivaliers et spectateurs participent à un véritable kaléïdoscope musical. Orchestré en complémentarité avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours à l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fêtée, abordée, sublimée (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc… , Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, .

3 JOURS d’invention et d’audace / Le clavier dans tous ses Ă©tats et sur tous les fronts de l’expĂ©rimentation… Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki… certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

OPERA FUOCO et DAVID STERN jouent BACH

Jean-Sébastien Bach : la Messe en si mineurPARIS, Philharmonie. OPERA FUOCO, JS BACH, le 4 juin 2017, 17h. Rien de plus enivrant et stimulant sur le plan musical et spirituel qu’une bonne cantate de JS BACH. L’ivresse sonore, le dépassement, la jubilation instrumentale, sans omettre la conjonction de la grille harmonique et de la symbolique des nombres entre autres, sont au rendez vous pour nous parler d’espoir et ou de désespérance, selon les textes liturgiques mis en musique ; toujours, la musique du divin Bach transporte dans un autre monde, accompagne l’âme inquiète voire angoissée, pour mieux rebondir et s’élever, jusqu’à la jubilation de la révélation. S’il n’a pas composé d’opéras à proprement parlé, JS Bach dans sa longue et spectaculaire productions de cantates ne se modère jamais dans l’expression des passions de l’âme qui même fervente, exprime tous les sentiments humais, dans leur intensité et avec une justesse peu commune. C’est assurément le cas des deux sublimes cantates (BWV 1 et 12) que dirige le chef DAVID STERN et son ensemble sur instruments d’époque, OPERA FUOCO. Chefs et instrumentistes accompagnent, dialoguent, portent la jeune génération de chanteurs talentueux (songez que la jeune mezzo Lea Desandre, récente Victoire de la musique classique obtenue en février dernier sur France 3, a fait partie de la précédente promotion des jeunes chanteurs d’OPERA FUOCO). Ce 4 juin ce sont entre autres Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton) qui relèvent les défis de l’intériorité, l’articulation, la vérité du message sacré.

 

 

 

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiCHANTEZ BACH !!! En outre, programmé pendant le week end « AMATEURS » de la Philharmonie (week ends des concerts participatifs), les 3 et 4 juin 2017, le concert réunit aussi des chrostes amateurs et des collégiens franciliens, aux côtés des plus jeunes voix de la Maitrise des Hauts de Seine. Car les chorals des deux cantates sont assurés par plusieurs groupes de chanteurs non professionnels, préparés depuis des semaines par les équipes scolaires et pédagogiques, pour relever le défi du chant en public avec des professionnels. Prochain grand reportage sur classiquenews du projet BACH +.

 

 

 

Programme

 

Concerto Brandebourgeois n°3

Cantate BWV 12 – “Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen” en sol mineur
Solistes : Angélique Noldus (mezzo-soprano), Dania El Zein (soprano), Alexia Macbeth (mezzo-soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Cantate BWV 1 – “Wie schön leuchtet der Morgenstern”
Solistes : Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Choeur : Maitrise des Hauts-de-Seine
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Orchestre Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

 

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RESERVATIONS et INFORMATIONS, cliquez ici
Plus d’infos sur le site d’Opera Fuoco
Qu’est ce que la compagnie lyrique fondé par David Stern en 2002,  OPERA FUOCO : fonctionnement, objectif, identité : VOIR notre grand reportage OPERA FUOCO, de Paris à Shanghai

David Stern et Opera Fuoco jouent BACH Ă  la Philharmonie

Jean-Sébastien Bach : la Messe en si mineurPARIS, Philharmonie. OPERA FUOCO, JS BACH, le 4 juin 2017, 17h. Rien de plus enivrant et stimulant sur le plan musical et spirituel qu’une bonne cantate de JS BACH. L’ivresse sonore, le dépassement, la jubilation instrumentale, sans omettre la conjonction de la grille harmonique et de la symbolique des nombres entre autres, sont au rendez vous pour nous parler d’espoir et ou de désespérance, selon les textes liturgiques mis en musique ; toujours, la musique du divin Bach transporte dans un autre monde, accompagne l’âme inquiète voire angoissée, pour mieux rebondir et s’élever, jusqu’à la jubilation de la révélation. S’il n’a pas composé d’opéras à proprement parlé, JS Bach dans sa longue et spectaculaire productions de cantates ne se modère jamais dans l’expression des passions de l’âme qui même fervente, exprime tous les sentiments humais, dans leur intensité et avec une justesse peu commune. C’est assurément le cas des deux sublimes cantates (BWV 1 et 12) que dirige le chef DAVID STERN et son ensemble sur instruments d’époque, OPERA FUOCO. Chefs et instrumentistes accompagnent, dialoguent, portent la jeune génération de chanteurs talentueux (songez que la jeune mezzo Lea Desandre, récente Victoire de la musique classique obtenue en février dernier sur France 3, a fait partie de la précédente promotion des jeunes chanteurs d’OPERA FUOCO). Ce 4 juin ce sont entre autres Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton) qui relèvent les défis de l’intériorité, l’articulation, la vérité du message sacré.

 

 

 

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiCHANTEZ BACH !!! En outre, programmé pendant le week end « AMATEURS » de la Philharmonie (week ends des concerts participatifs), les 3 et 4 juin 2017, le concert réunit aussi des chrostes amateurs et des collégiens franciliens, aux côtés des plus jeunes voix de la Maitrise des Hauts de Seine. Car les chorals des deux cantates sont assurés par plusieurs groupes de chanteurs non professionnels, préparés depuis des semaines par les équipes scolaires et pédagogiques, pour relever le défi du chant en public avec des professionnels. Prochain grand reportage sur classiquenews du projet BACH +.

 

 

 

Programme

 

Concerto Brandebourgeois n°3

Cantate BWV 12 – “Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen” en sol mineur
Solistes : Angélique Noldus (mezzo-soprano), Dania El Zein (soprano), Alexia Macbeth (mezzo-soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Cantate BWV 1 – “Wie schön leuchtet der Morgenstern”
Solistes : Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Choeur : Maitrise des Hauts-de-Seine
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Orchestre Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

 

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Qu’est ce que la compagnie lyrique fondé par David Stern en 2002,  OPERA FUOCO : fonctionnement, objectif, identité : VOIR notre grand reportage OPERA FUOCO, de Paris à Shanghai

OPERAS. 3 REEDITIONS remastĂ©risĂ©es. Tristan (Boehm, 1966), La Traviata (Kleiber, 1977), Fidelio (Bernstein, 1978) – Deutsche Grammophon

OPERAS. REEDITIONS remastérisées événements. Tristan (Boehm, 1966), La Traviata (Kleiber, 1977), Fidelio (Bernstein, 1978). Deutsche Grammophon réédite en format optimisé c’est à dire remastérisé conforme à la prise originale, complété pour chaque ouvrage par un Blu-ray Disc / High fidelity Pure audio, 3 jalons lyriques qui auront renforcé davantage son immense réputation comme label lyrique majeur.

wagner bohm tristan und isolde deutesche grammophon 1966 nilsson windgassen ludwig BayreuthBÖHM à BAYREUTH été 66… L’aventure de ce triptyque s’écrit d’abord à Bayreuth à l’été 1966 dans un LIVE saisissant de plénitude subtile, transparente et intense, délivrant un Wagner que Karajan n’aurait pas renier tant le drame, l’élégance intérieure, la pure poésie s’accomplissent de façon égale. Karl Boehm / Böhm dirige les forces vives du Festival de Bayreuth avec une distribution idéale (dans une mise en scène de Wieland Wagner, plus oratorio et austère que visuellement foisonnante. C’est surtout le geste du chef, immense straussien aussi (sa Femme sans ombre est demeurée avec celle de Karajan et Sinopoli, anthologique : grâce à une souplesse nuancée qui n’appartient qu’aux plus grands). Ici la voile symphonique détaille chaque épisode émotionnel, fait surgir la formidable psyché brumeuse et d’une volupté vénéneuse qui fait du chant orchestral, un fleuve au métal à la fois incandescent et fascinant. La soie transparente et prenante des instruments exprime ce jaillissement du tragique onirique qui ne cesse de captiver jusqu’à la fin du drame, entre mort et résurrection, ombre et lumière, Eros et Thanatos. En 1966, Bayreuth atteint un sommet artistique et affirme une belle intuition dans la coopération exceptionnelle des protagonistes : femmes ivres, abandonnées à la lyre extatique (diamant expressif de Birgit Nilsson dont on mesure l’attrait pour les élans passionnés, éperdus, radicaux ; suavité complice et féminine de la sublime Brangäne de Christa Ludwig, exceptionnellement articulée, déclamatoire, hallucinée) ; les hommes se hissent au meilleur : ivresse tendre vaincue du Tristan de Wolfgang Windgassen ; blessure noble du Marke royal de Martti Talvela, tendresse lumineuse et elle aussi incandescente du matelot de Peter Schreier… L’acte II, celui de l’extase amoureuse, où les agents de la nuit surgissent permettant aux amans maudits de s’embraser, s’unir, se transcender hors du temps et de l’espace, et d’affirmer la suprématie enchanteresse de leur union, (cd2) est de loin le plus saisissant (travail des timbres, souffle de l’orchestre, âpreté et souplesse de tout l’orchestre…), Boehm (à 72 ans) assure un accomplissement qui éclaire l’oeuvre autant que les versions légendaires elles aussi de Karajan et de Carlos Kleiber (également éditées par DG Deutsche Grammophon).

VERDI carlos kleiber la traviata cotrubas domingo cd review critique cd par classiquenews 92501C859150768280B24A57778205D2VERDI : LA TRAVIATA. Comme BoĂ«hm en 1966, Kleiber fils en 1977 sait ciseler la tension d’un orchestre virtuose (OpĂ©ra d’état Bavarois, Munich), sachant exprimer en particulier la psychĂ© intĂ©rieure, d’essence profondĂ©ment tragique de l’orchestre : dans cette approche oĂą prime avant tout le souffle de l’orchestre, sa capacitĂ© Ă  installer climats et situations (souvent dĂ©crits Ă  travers ou selon la sensibilitĂ© de l’hĂ©roĂŻne), la puissante activitĂ©s des sentiments s’inscrit au devant de la scène sonore. Dès le dĂ©part, s’insinue très subtilement le drame qui va inĂ©luctablement, et aussi la promesse de salvation, grâce Ă  la mĂ©tamorphose de la pĂŞcheresse qui sacrificielle, s’est sauvĂ©e elle-mĂŞme (en renonçant Ă  Alfredo et en acceptant de se laisser humilier par lui car il s’est senti abandonnĂ© et trahi lui-mĂŞme quant elle l’a quitté… L’ivresse poĂ©tique – sobre et intense Ă  la fois qui Ă©mane de l’ouverture affirme une vision magistrale sur le drame qui dĂ©bute alors : la version vaut surtout par la rĂ©alisation orchestrale, vĂ©ritable mise en contexte des situations acte par acte. Carlos Kleiber semble jouer sa propre vie et son salut aux cĂ´tĂ©s de la courtisane Violetta : les instruments brillent d’un feu intĂ©rieur, d’une ivresse Ă©perdue et parfois hallucinĂ©e – qui touche mĂŞme au sublime dans le prĂ©lude du III qui prĂ©cède l’apparition de la pĂŞcheresse consumĂ©e par son sacrifice mais en rĂ©alitĂ© sauvĂ©e par la puretĂ© de ses intentions. L’agilitĂ© tendre d’Ileana Cotrubas (ailleurs très convaincante Manon de Massenet : Traviata et Manon auront Ă©tĂ© ses plus grands rĂ´les), la sincĂ©ritĂ© du chant de Placido Domingo (Alfredo), la noblesse racĂ©e mais implacable de Germont père (Sherill Milnes) apportent leur inoubliable vĂ©ritĂ© expressive, faisant de La Traviata, un mĂ©lo touchant par la sincĂ©ritĂ© du huit-clos et l’efficacitĂ© du temps musical qui rejoint ici, comme jamais, grâce Ă  la baguette Ă©lectrisante de Carlos Kleiber, le temps théâtral.

beethoven fidelio bernstein janowitz popp Kollo cd review cd critique by classiquenews -preview-m3_350x350BEETHOVEN : FIDELIO. A Vienne en 1978, Bernstein retrouve un orchestre (Wiener Philharmoniker) avec lequel le chef amĂ©ricain sut cultiver d’étonnantes affinitĂ©s artistiques et poĂ©tiques… Soixantenaire alors, – nĂ© en 1918, le maestro du Massachussets sait imprimer une sensibilitĂ© versatile qui Ă©lectrise le plus souvent les Ă©pisodes majeurs, propice Ă  une exaltation de l’instant qui fait de son enregistrement un hymne non au dĂ©sespoir mais Ă  l’espĂ©rance et Ă  la vie : constance, tĂ©nacitĂ© , ferveur contre l’enfermement arbitraire; voilĂ  qui renforce le chant Ă©perdu lui aussi et d’une belle subtilitĂ© de Gundula Janowitz, Leonore/Fidelio de braise, ardente, tendre et Ă©lĂ©gante ; la force virile Ă©prouvĂ©e de Florestan, – RenĂ© Kollo, dont le chant ardent, tendu, blessĂ© exprime la souffrance de tous les prisonniers, injustement incarcĂ©rĂ©s, victimes de l’injustice despotique : leur duo Ă©perdu et de dĂ©livrance au II (plage 7 : Duett « O namenlose Freude ! », Ă  l’annonce de l’arrivĂ©e de Don Fernando, saisit par son intensitĂ© et l’intelligence des phrasĂ©s Ă©noncĂ©s piano. Le couple plus tendre Jaquino / Marzelline : Adolf Dallapozza / surtout la lumineuse Lucia Popp, apporte l’épaisseur des seconds rĂ´les : ĂŞtres de chair qui souffrent et interagissent avec les protagonistes contraints. MĂŞme engagement et portraits ciselĂ©s pour les hommes d’autoritĂ© : le diabolique et haineux gouverneur Pizarro (Hans Sotin, impĂ©rial, inflexible, glaçant) et le libĂ©rateur de la dernière minute, Don Fernando (Dietrich Fischer-Dieskau, articulĂ©, embrasĂ©, saisissant de rĂ©alisme et de sincĂ©rité… comme Lucia Popp d’ailleurs). Le puriste, soucieux du nerf dramatique regrettera une certaine mollesse Ă  certains passages, MAIS, accordĂ© idĂ©alement aux voix, le chant de l’orchestre – dĂ©taillĂ©, magistral par sa lumière intĂ©rieure et son irrĂ©pressible tension active, façonne ici un Fidelio, dĂ©bordant de vie et de conflits simultanĂ©s (impĂ©tuositĂ© et intĂ©rioritĂ© soudaine – mozartienne, des ensembles du II). L’intĂ©gration de l’ouverture Leonore III, avant le finale, est une idĂ©e gĂ©niale qui rĂ©capitule par le seul chant des instruments de l’orchestre ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, et inscrit la rĂ©alisation dans le symbole et le mythe universel : la fraternitĂ© vaincra toutes les Ă©preuves nĂ©es de l’injustice et de la tyrannie. Bernstein sait distiller Ă©nergie martiale et aussi tendresse, en une fougue orchestralement irrĂ©sistible (soit 15mn d’argumentation lumineuse qui synthĂ©tise et l’esprit des Lumières, les apports les plus positifs de la RĂ©volution française, et l’audace inouĂŻe de l’écriture beethovĂ©nienne dont l’énergie dit une aube nouvelle pour l’humanitĂ© dĂ©sireuse de se rĂ©gĂ©nĂ©rer enfin – hors de la guerre et de la barbarie : un monde idĂ©al que l’opĂ©ra et l’esprit de Beethoven ne cessent de proclamer en une prière nerveuse, ardente, dĂ©terminĂ©e : sublime ; ainsi comme un deus ex machina, autoritĂ© suprĂŞme Fernando / Fisher-Dieskau (irrĂ©pressible esprit de justice) rĂ©alise ce passage de l’obscuritĂ©, de l’obscurantisme Ă  la lumière des fraternitĂ©s rĂ©tablies / cd II, plage 8).

CLIC D'OR macaron 200BONUS : outre le Blu-ray disc high fidelity pure audio, ajouté pour chaque ouvrage, l’éditeur Deutsche Grammophon soigne la publication des livres cd avec pour chacun, une notice développée comprenant présentation de l’oeuvre ou de l’interprétation par le chef concerné, résumé / synopsis de l’action, enfin livret INTEGRAL traduit en français. Que demander de plus ?
3 OPERAS EVENEMENTS, CLICS de CLASSIQUENEWS de juin 2017.

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OPERA, rééditions événements. Deutsche Grammophon : 3 livres cd comprenant les cd audio remastérisés + 1 blu-ray Disc HF Pure audio

WAGNER : TRISTAN UND ISOLDE
Windgassen · Nilsson · Talvela
Wächter · Ludwig · Heater
Chor und Orchester der
Bayreuther Festspiele
Karl Böhm (LIve Bayreuth 1966)

VERDI : La Traviata
Cotrubas · Domingo · Milnes
Malagù · Jungwirth · Gullino
Bayerischer Staatsopernchor
Bayerisches Staatsorchester
Carlos Kleiber (VIENNE, 1976 et 1977)

BEETHOVEN : Fidelio
Janowitz · Popp · Kollo · Sotin
Fischer-Dieskau · Jungwirth
Dallapozza
Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
Leonard Bernstein, VIENNE 1978

cotrubas-ileana-582-traviata-giuseppe-verdi-ileana-cotrubas-carlos-kleiber-cd-review-critique-cd-par-classiquenews-must-absolu

LILLE PIANO(S) Festival

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14è Festival de piano à Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensé d’expériences musicales destinées au plus grand nombre, (dont les enfants particulièrement gâtés), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversité, les rencontres, la transversalité sont à l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernés : concertos, récitals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de métissages sonores décoiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de Ismaël Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns…, c’est également l’accordéoniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe…). Les festivaliers et spectateurs participent à un véritable kaléïdoscope musical. Orchestré en complémentarité avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours à l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fêtée, abordée, sublimée (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc… , Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, .

3 JOURS d’invention et d’audace / Le clavier dans tous ses Ă©tats et sur tous les fronts de l’expĂ©rimentation… Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki… certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

Livre événement. Bernard Wodon : L’opéra dans l’histoire (Editions de la Province de Liège)

wodon bernard l opera dans lhistoire critique annonce compte rendu par classiquenews livre evenement clic de classiquenews 638b45c22d61e24deb1c89a4705125a79e12ba71Livre Ă©vĂ©nement. Bernard Wodon : L’opĂ©ra dans l’histoire (Editions de la Province de Liège). Pour un très large public, voici un guide de comprĂ©hension dĂ©diĂ© au théâtre lyrique en Europe dont sa thĂ©matique, croisant art et politique, Ă©largit la vision du genre. PlutĂ´t que de s’interroger sur le genre et ses multiples formes, le livre offre surtout une large synthèse, balayant esthĂ©tismes, Ă©critures, triomphes, sujets, mobilitĂ© gĂ©ographique aussi des uns et des autres… Remontant Ă  1600 en Europe (et mĂŞme auparavant), puis 200 ans plus tard en AmĂ©rique, « l’opĂ©ra reflète les thèmes culturels et les diffĂ©rents aspects de la vie quotidienne ». Le texte prĂ©cise sans phrasĂ©ologie pseudoscientifique ni posture spĂ©cialisĂ©e (le plus souvent indigeste et labyrinthique), « contexte historique, style lyrique, dĂ©cor de théâtre et biographie des compositeurs regroupĂ©s par Ă©coles, composant ainsi un florilège des principales oeuvres du rĂ©pertoire ». En outre Bernard Wodon complète concrètement le panorama et « rĂ©sume les arguments, clarifie les principaux termes musicaux, s’attarde parfois plus longuement sur les grands succès ». En 9 chapitres, l’auteur prĂ©sente les principaux jalons esthĂ©tiques qui ont marquĂ© l’histoire lyrique en Europe et jusqu’aux AmĂ©riques. PrĂ©mices, naissance du genre Ă  l’âge baroque, en deux actes : « FĂ©erie du Baroque (1600-1700) », et « Ultimes feux baroques (jusqu’à 1750) » ; puis Classicisme Ă  travers deux volets : « premier souffle (1750-1770) » et « ultime souffle (1770-1800) ; romantisme, Ă©galement abordĂ© en deux temps : « premier Ă©lan (1800-1850) », puis « second Ă©lan (1850-1900) ». Le XXè est Ă©voquĂ© de façon malheureusement assez confuse – il est vrai que le foisonnement des esthĂ©tiques et rĂ©actions artistiques s’y accumulent non sans mĂ©lange inextricable ; ainsi la pĂ©riode occupe les deux derniers chapitres : « Schisme de la modernitĂ© (1900-1950) puis « avant-gardes (1950-2016) », bouclĂ©s par une conclusion on ne peut plus gĂ©nĂ©rale. Mais si le but premier de ce guide très facile Ă  lire et Ă  consulter, est de susciter la recherche et la curiositĂ©, il aura certainement rempli sa mission. Son cheminement chronologique pose les jalons de la connaissance, identifie les repères et structure la pensĂ©e critique.

Art et politique, opéra et histoire, l’équation permet de comprendre comment les ouvrages ont marqué leur temps, rencontrer leur public, fait écho dans la marche des idées et des événements jusqu’à parfois provoquer des épisodes sociohistoriques d’envergure, et précipiter le cours des faits marquants dans la marche de l’Histoire… Ainsi le connaisseur retiendra moult anecdotes complétant sa compréhension des événements, et l’amateur pourra restructurer sa vision globale grâce à la perspective historique dévoilée ainsi par époque et par pays. Avec l’émergence et l’essor des genres opératiques à travers le monde, c’est bien pour chaque territoire qui le porte et l’inspire, l’éclosion d’une conscience nationale. Fierté patriotique, l’auteur évidemment aborde de façon biographique puis à travers la catalogue des oeuvres synthétisées, les figures qui ont marqué le génie liégeois, croisant le plus souvent l’histoire du pays proche, la France : c’est le cas des liégeois Grétry (inventeur de l’opéra comique en France), du nordique Gossec (né dans une enclave française aux Pays-Bas) : Grétry Gossec d’ailleurs réalise une étonnante continuité esthétique et musicale, malgré les soubresauts de l’histoire et des régimes politiques qui se succèdent non sans cataclysmes ; puis César Franck (né à Liège, naturalisé français à l’âge de 50 ans…, professeur et mentor de tout une génération de romantiques français tardifs : Duparc, Chausson, Ropartz, Bordes, Lekeu, d’Indy, …). Au regard de la carrière de ces trois compositeurs de génie, l’histoire des musiciens concrétisent des parcours d’une indéniable cohésion artistiques, malgré le chaos du contexte qui les marque chacun. A lire indiscutablement et à utiliser selon ses découvertes lyriques.

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Livre Ă©vĂ©nement. Bernard Wodon : L’opĂ©ra dans l’histoire (Editions de la Province de Liège) – Prix indicatif : 29€ — ISBN: 9782390100645. Parution : avril 2017 — 16cm X 24cm — 544 pages. Editions de la Province de Liège, collection « Histoire ».

On doit du même auteur chez le même éditeur, un guide dédié à l’histoire de l’art dans le territoire liégeois en Belgique (1000 ans de rayonnement artistique liégeois, septembre 2016).

BRUNO PROCOPIO, une symphonie française au Costa Rica

PROCOPIO-bruno-vignette-582-portrait-concerts-maestro-chef-classiquenews-582-594COSTA RICA. BRUNO PROCOPIO, le 26 mai 2017 : une Symphonie française… Après le Venezuela et le Brésil, le claveciniste et chef d’orchestre franco-brésilien Bruno Procopio affirme une maestrià unique, riche de sa double nationalité et un engagement exceptionnel pour faire rayonner la musique française outre-Atlantique. Le jeune maestro poursuit un travail exemplaire dans le défrichement et pour la compréhension des auteurs français en Amérique. Maestro transatlantique, ainsi classiquenews dans un portrait désormais emblématique, a surnommé celui qui aujourd’hui entre ancien et nouveau monde, a la capacité par une sensibilité singulière liée à sa double identité, française et brésilenne, d’exprimer la profondeur, l’audace, la suprême élégance des Français du XVIIè et du XIXè : depuis l’articulation et la rythmique baroque (jubilatoire chez Rameau qu’il joue depuis toujours, du clavecin ou à la baguette), des classiques aux premiers romantiques, Bruno Procopio a la connaissance organique du jeu historiquement informé ; sa grande culture, récapitulée dans le sens d’une continuité naturelle, rétablit l’évolution des idiomes stylistiques des Lumières au Romantisme, de Rameau à Gossec et à Méhul (contemporain inspiré de Beethoven). A l’époque où brille l’école italienne, et sa facilité mélodique première, quand les germaniques savent aussi porter jusqu’à incandescence la frénésie lyrique et orchestrale (voir Gluck), dans la claire exposition d’un développement en quatre parties, les français de Rameau à Gossec justement, cultivent une singularité propre, tissée dans la synthèse et le raffinement, la nostalgie et la pure poésie. C’est tout l’enjeu de ce programme passionnant et riche en (re)découverte : il existe bien un génie de la culture musicale en France, avant et après la Révolution, simultanément à l’essor des Viennois : soit Haydn, Mozart, Beethoven. Bruno Procopio démontre aujourd’hui tout l’apport et les grands bénéfices de jouer pour un orchestre moderne, l’art des Français, de Rameau à Gossec. Sur instruments modernes, le jeune maestro Procopio sait piloter les instrumentistes dans le souci d’expressivité et de finesse propres aux compositeurs hexagonaux.

Ainsi la musique française s’établit peu à peu en Amérique du Sud grâce à l’engagement d’un chef charismatique et volontaire dont le geste sûr, précis, rythmique, d’une carrure souple, trouve le ton juste et la manière inspirée pour ressusciter la nostalgie envoûtante de Rameau, la nervosité vaillante d’un Gossec martial et prébeethovénien.

san-jose-cathedrale-concert-procopio-bruno-grand-angle-classiquenews-concert-evenementA San JosĂ©, – capitale du Costa Rica qui regroupe plus de 30% de la population totale du pays, Bruno Procopio dirige après l’orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Ă  Rio, en octobre 2016), l’Orchestre symphonique national du Costa Rica. Des suites instrumentales de Rameau, d’Acanthe et CĂ©phise (1751) et de Castor et Pollux (dans une version remaniĂ©e par Gossec en 1770 pour le mariage de Marie-Antoinette Ă  Versailles), ouvrent la voie guerrière, frĂ©nĂ©tique (c’est Ă  dire post gluckiste) de Gossec, avec la cĂ©lèbre Symphonie Ă  17 parties ; l’oeuvre ardente, bouillonnante, Ă©ruptive, indique alors un art particulier de l’orchestration Ă  l’époque de la naissance d’une première Ă©cole symphonique française. MĂ©hul, premier vĂ©ritable compositeur romantique français, devint cĂ©lèbre sous l’Empire avec son ouverture La Chasse du Jeune Henri que colorent les cuivres caractĂ©ristiques de la musique rĂ©volutionnaire. C’est justement MĂ©hul que jouait en octobre 2016, le mĂŞme Bruno Procopio Ă  Rio de Janeiro, pilotant l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil, dans la fameuse Symphonie n°2, haletante, nerveuse, aux fulgurances cette fois nettement BeethovĂ©nienne (le chef dĂ©montrait sa proximitĂ© de caractère avec la 5è de Ludwig dont elle est strictement contemporaine : conçue en 1808). Fabuleuse rĂ©vĂ©lation d’un chef dĂ©fricheur.

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Bruno Procopio : Une Symphonie française au COSTA RICA
San José, Cathédrale
Le 26 mai 2017

programme
Jean-Philippe Rameau
Suite d’Acante et Céphise ou La Sympathie
Ouverture – Fanfare – Tambourin – Contredanse

Jean-Philippe Rameau
Suite de Castor et Pollux (arrangée par François-Joseph Gossec)
Ouverture – 1er et 2e Tambourin – Chaconne

François-Joseph Gossec
Symphonie Ă  17 parties
Maestoso – Allegro molto – Menuet – Allegro molto

Étienne-Nicolas Méhul
La Chasse du Jeune Henri

François-Joseph Gossec
Pot-Pourri de musique militaire

Orchestre symphonique national du Costa Rica / 
Bruno Procopio, direction musicale / 1h30 avec entracte

CD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016)

BACH-JS-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-cantates-par-alia-mens-PARATY_916157_CiteCeleste_COUV_HMCD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016). L’enregistrement fait suite Ă  la première annĂ©e de rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire 2016, l’un des meilleurs festivals français baroques, ayant cours chaque mois de juillet, dans les Vosges du sud. LA CITE CELESTE est celle que le jeune Bach, fougueux, rĂ©formateur mĂŞme, exprime dĂ©jĂ  dans ces fabuleuses Cantates de Weimar ici rĂ©estimĂ©es, rĂ©vĂ©lĂ©es. En 1708, le jeune organiste (23 ans), maĂ®tre de musique sacrĂ©e de MĂĽhlhausen quitte ses fonctions, avec bonheur pour servir la cour de Saxe-Weimar. C’est lĂ  que le jeune Jean-SĂ©bastien Bach, compositeur audacieux et ambitieux pour son art, exploite le fonds de la bibliothèque locale, y trouvant en particulier 20 livrets pour ses cantates (1 par mois), dont il devait assurer la livraison Ă  partir de 1714, lorsqu’il devient concertmeister (après avoir fait croire Ă  son dĂ©part pour Halle). Le programme dĂ©fendu par Alia Mens, est une première dĂ©claration artistique pleine de promesses, dĂ©jĂ  accomplie par certains aspects (surtout instrumentalement), d’une intelligence peu commune, qui rĂ©unissant 3 cantates Ă©crites pendant le temps de Weimar, – temps de riche expĂ©rimentation et de dĂ©couvertes musicales majeures dans la maturation du compositeur, jalonne un parcours spirituel irrĂ©sistible : de la sidĂ©ration du croyant – perdu, dĂ©truit, saisi par la perte, la mort, le dĂ©chirement, l’absolu solitude du terrassĂ© (BWV 12) ; passe ensuite Ă  l’expĂ©rience de la foi triomphal (BWV 18) ; enfin se libère de toute entrave, – sa rĂ©vĂ©lation accomplie : l’âme du fervent perdue retrouve Ă©quilibre par la grâce du renoncement (sublime BWV 161). Incroyable dĂ©fi que ces 3 cantates parmi les plus bouleversantes de JS BACH. Pourtant, l’approche force l’admiration, tant par l’esprit que la tenue interprĂ©tative. Voici un Bach rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, sublimĂ© mĂŞme grâce Ă  l’engagement d’un collectif avec lequel il faut dĂ©sormais compter. Le programme et le triptyque des cantates retenues forment une sublime rĂ©flexion sur la mort Ă  travers la perte et le dĂ©chirement du deuil puis le renoncement apaisĂ© et la dĂ©livrance qui rassĂ©rène et transcende.

 

 

 

Edité par Paraty, Alia Mens dévoile un Bach inattendu, chambriste, essentiel, bouleversant

3 cantates de JS BACH sublimées, transcendées

 

 

 

Premier volet du triptyque, la BWV 12 est la seconde cantate crĂ©Ă©e Ă  l’époque du concertmeister de Weimar (avril 1714) ; son titre l’enracine (fa mineur initial avec affliction du hautbois solo puis du choeur d’entrĂ©e qui deviendra le Crucifixus de la Messe en si – tout un symbole ) dans la dĂ©ploration la plus profonde (« Weinen, klagen, sorgen, zagen » / pleurs, lamentations, tourments, dĂ©couragement, selon le texte de Salomon Franck). IntitulĂ©e Concerto par le jeune audacieux, la cantate BWV12 trahit manifestement la dĂ©couverte presque Ă©blouie de l’Italie, et des possibilitĂ©s expressives d’une vocalitĂ  libĂ©rĂ©e, Ă  la fois virtuose et puissamment dramatique.

La BWV 18 est la première du cycle weimarien (au centre du triptyque qui nous occupe) : la langue dramatique, opératique rend hommage à Telemann et renforce aussi la séduction musicale pour exprimer la miracle divin qui submerge les croyants contre la menace turque (proclamation lumineuse dévolu à la soprano, plage 10, véritable étendard brandi, affirmation de la foi victorieuse). Pas de violons mais 4 altos avec basson (plus tard remplacé par deux flûtes en 1724 à Leipzig). Se distinguent la couleur grave et sombre (l’ouverture traitée comme une chaconne), la force prosodique de toute la séquence médiane traitée en recitativo accompagné, pour écarter les malices du démon, enfin le superbe choral final inscrit dans la sérénité.

De loin la plus bouleversante, – dernier volet du triptyque, la BWV 166, crĂ©Ă©e Ă  Weimar en 1716, exprime une tendresse qui reconstruit et conçoit la mort comme une dĂ©livrance Ă  l’ineffable tendresse. Le croyant par le timbre ductile du contrat tĂ©nor / alto masculin, très linguistique et parfaitement articulĂ© / intelligible (Pascal Bertin) affirme la sĂ©rĂ©nitĂ© de celui pour qui la mort signifie la fin des peines terrestres et la promesse d’une Ă©ternitĂ© de lumière. Ainsi les flĂ»tes d’une douceur qui caresse, signifie les os de la mort et aussi le chant des thurifĂ©raires accompagnant le dĂ©funt dans son ultime lieu de repos. InitiĂ© par l’alto, rassĂ©rĂ©nĂ©, planant (« Komm, du sĂĽĂźe Todesstunde »), le cheminement en apothĂ©ose s’accomplit surtout dans l’air pour tĂ©nor, « Mein Verlangen » : confession finale de celui qui n’aspire qu’à mourir pour ĂŞtre dĂ©livrĂ©. A la fois dĂ©pouillĂ© et d’une prosodie gĂ©niale, l’épisode sonne comme une rĂ©capitulation finale, celle qui achève et couronne tout un cycle, toute une existence terrestre. La justesse expressive, poĂ©tique, la sobriĂ©tĂ© de l’intonation, le concours millĂ©mĂ©trĂ© des instruments rĂ©alisent la plus bouleversante des Ă©lĂ©vations. Les connaisseurs reconnaissent la sĂ»retĂ© tendre du timbre de Thomas Hobbs, tĂ©nor rĂ©cemment distinguĂ© par classiquenews dans son rĂ©cital titre dĂ©diĂ© aux Baroques britanniques, Ă©galement Ă©ditĂ© par Paraty : « Orpheus’ Noble strings ».

 

CLIC_macaron_2014Pour conclure, relevons certaines qualitĂ©s primordiales qui font sens et confirment la maturitĂ© du jeune ensemble ALIA MENS : le sens du texte, le relief âpre et millimĂ©trĂ© des instruments, très mis en avant dans cette prise de son, la sobriĂ©tĂ© du ton recueilli et intensĂ©ment piĂ©tiste des chanteurs, … le geste d’une cohĂ©rence troublante, entre sobriĂ©tĂ© et fulgurance ; c’est aussi le fabuleux soprano brillant et clair d’EugĂ©nie Lefebvre ; le tĂ©nor britannique dĂ©jĂ  citĂ©, confirmant son timbre lui aussi d’une sobriĂ©tĂ© bouleversante ; le contre tĂ©nor soucieux du texte Ă  l’articulation parfaite … On demeure beaucoup moins convaincu par le choix du baryton basse, Ă  la rusticitĂ© toujours un peu droite et linĂ©aire.
Tout cela dĂ©fend un Bach intimiste et d’une pudeur, raffinĂ©e rĂ©duite Ă  son essence expressive, portĂ©e par des individualitĂ©s finement caractĂ©risĂ©es, quatuor des solistes chantant les chorals sans voix de renfort, instrumentarium expressionniste et pointilliste d’une vive acuitĂ© Ă  l’introspection grandissante.

La sĂ»retĂ© du geste indique une maturation artistique en gestation au sein du festival Musique et MĂ©moire, vĂ©ritable incubateur de jeunes tempĂ©raments interprĂ©tatifs. Saluons la justesse poĂ©tique d’une nouvel ensemble baroque avec lequel il faut donc compter. Le label Paraty poursuit ainsi son sens du dĂ©frichement, lui aussi rĂ©vĂ©lateur de jeunes sensibilitĂ©s saisissantes : ce Bach version Alia Mens est Ă  possĂ©der et classer dans le cercle des enregistrements les plus convaincants aux cĂ´tĂ©s du cd Rameau & Handel, lui aussi exaltant, de BenoĂ®t Babel et son ensemble ZaĂŻs dont le cd fut durant l’annĂ©e Rameau (2014), le seul vrai tĂ©moignage bouleversant d’une annĂ©e plutĂ´t grise : RAMEAU et HANDEL / Concertos pour orgue, pièces pour clavecin (Paraty 2013, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014).

 

 

 

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CD, compte rendu critique. La Cité céleste. JS BACH : 3 cantates BWV 12, 18, 161. Alia Mens. Olivier Spilmont, direction (1 cd Paraty 916157). Enregistrement réalisé en septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 

 

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AGENDA
Retrouvez l’ensemble ALIA MENS au Festival Musique et Mémoire en juillet 2017, pour saFestival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du Sud seconde année de résidence : poursuite de son exploration de JS BACH, les 27, 28, 29 et 30 juillet 2017 ; cycle de intitulé « BACH, le voyage du ruisseau » : Sonates de Köthen, concertos pour clavecin, cantates BWV 202, 125, 80, Missa Brevis BWV 233 (extraits), Concertos Brandebourgeois (BWV 1046 et 1048)… + d’INFOS sur le Festival Musique et Mémoire 2017

http://www.classiquenews.com/vosges-du-sud-70-24eme-festival-musique-et-memoire-du-15-au-30-juillet-2017/

 

 

 

Symphonie n°2 Résurrection de Gustav Mahler

Radio classique, mercredi 24 mai 2017, 20h30. Mahler : Symphonie n°2, en direct. Daniel Harding dirige « son » orchestre, l’Orchestre de Paris dans le sommet spirituel de Gustav Mahler, la Symphonie n°2, dite « Résurrection ». Créée en 1895, la seconde symphonie de Mahler, a nécessité six années pour être affinée et mise au propre. L’activité du compositeur est réduite à mesure que les responsabilités du musicien comme chef principal de l’Opéra de Leipzig lui demandent travail et concentration.
mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsAu terme d’une gestation difficile, la Deuxième est un pélerinage vécu par le croyant, au préalable soumis à des forces titanesques qui le dépassent totalement. L’expérience des souffrances, le périple des épreuves endurées l’amènent à un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois), et même meurtrie. Mais l’homme se relève dans l’Andante qui fait suite : pause, regain de vitalité, et aussi, reprise du souffle vital. Le vrai combat n’est peut-être pas tant dans l’apparente représentation spectaculaire d’un vaste paysage à la démesure cosmique que bel et bien dans l’esprit du héros, en proie à mille pensées contradictoires, amères et suicidaires. C’est pourtant de la résolution d’un conflit personnel, du compositeur face à lui-même, que jaillit la révélation de la fin : la carrière vécue comme une tragédie suscite ses propres sources de régénération grâce à une ferveur quasi mystique qui se dévoile pleinement dans les paysages célestes du dernier mouvement. Ainsi la Symphonie Résurrection de Gustav Mahler est-elle construite comme une longue ascension, des ténèbres vers la lumière. Du doute à la révélation.

 

Les grands chefs mahlĂ©riens Ă©vitent le ton du bavardage pour atteindre par le recul et la distanciation Ă©pique, un souffle grandiose et tragique, surtout une vĂ©ritĂ© incarnĂ©e qui fait de la 2è Symphonie RĂ©surrection, une formidable machine intĂ©rieure et libĂ©ratrice. La douleur rentrĂ©e et l’obscuritĂ© de l’Andante ; puis l’activitĂ© dansĂ©e et nerveuse du Scherzo, qui est ce moment de pause et de repli, celui d’une conscience retrouvĂ©e, doivent s’écarter de tout effet de pesanteur et de grandiloquence. Partout dans le formidable Ă©coulement musical, les cordes fouillent les accents amers, relancent aussi les grimaces aigres que le hĂ©ros ne parvient pas Ă  Ă©carter totalement. Pourtant la Symphonie RĂ©surrection, porte en elle cette aspiration Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© et aussi Ă  la plĂ©nitude. C’est bien au final avec l’Ulricht – texte chantĂ©, que s’épuisent toutes les souffrances vĂ©cues, assumĂ©es. La voix exprime et les Ă©preuves passĂ©es et les attentes Ă  l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquième mouvement laisse s’épanouir en une dĂ©flagration cosmique la manifestation du ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vĂ©cu en vain : les paradis Ă©thĂ©rĂ©s lui sont dĂ©sormais ouverts.

 

 

LIRE aussi notre critique du cd Symphonie n°2 de Gustav Mahler par Jean-Claude Casadesus et l’Orchestre national de Lille
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mahler-symphonie-n2-jean-claude-casadesus-orchestre-national-de-lille-novembre-2015-1-cd-evidence-classics/

 

 

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RADIO CLASSIQUE, Mercredi 24 mai 2017. EN DIRECT dès 20h30.

Malher, Symphonie n°2
Choeur et orchestre de Paris
Daniel Harding, direction,
Chistiane Karg, soprano
Wiebke Lehmkuhl, Mezzo-soprano, 

ANGERS NANTES OPERA : La Double Coquette de Dauvergne et Pesson

double-coquette-angers-nantes-opera-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsNANTES, ANGERS. La Double Coquette, du 10 au 20 mai 2017. Composé en 1753, La Coquette trompée d’Antoine Dauvergne est une miniature en un acte pour trois chanteurs et orchestre, emblème de l’opéra-comique naissant. Nerveuse et palpitante, la partition met en scène des espiègleries galantes dignes de Marivaux. Comme un écho, comme un miroir en résonance, le compositeur contemporain Gérard Pesson compose de nouvelles sections musicales et dramatiques pour envelopper ce petit bijou baroque , jouant des références et saveurs tantôt classiques, tantôt très modernes. En découle un labyrinthe qui donne à réfléchir, dans un même geste, sur les règles sociales et les relations hommes / femmes, au XVIIIe siècle et aujourd’hui. La production a déjà été le sujet d’un enregistrement discographique, salué par la rédaction de classiquenews.
DOUBLE COMPOSITEURS POUR UNE DOUBLE COQUETTE… C’est que, facteur de sa rĂ©ussite, les nouvelles musiques de Pesson dialoguent avec les sĂ©quences virevoltantes et trĂ©pidantes de Dauvergne, qui fut un gĂ©nie lyrique en matière de comĂ©die amoureuse : on lui doit un autre joyau comique, Les Troqueurs, rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie il y a 30 ans, et qui donne la mesure d’un tempĂ©rament musical qui put rĂ©pondre en français Ă  la concurrence de l’opĂ©ra buffa venu d’Italie.
L’intrigue amoureuse est exquise ; la musique, des plus suaves. Les instrumentistes de l’ensemble baroque Amarillis, le compositeur GĂ©rard Pesson, le poète Pierre Alferi s’invitent Ă  la table d’Antoine Dauvergne du XVIIIe. CrĂ©Ă©e Ă  Hong Kong en 2015, cette production Ă  2 voix de La Double Coquette fait escale Ă  Nantes et Ă  Angers.
Dans la trame originelle, Florise se travestit pour séduire la coquette Clarice qui est en train de draguer son amant, Damon. Sur la scène, les jeunes-là font la fête, s’aiment sur Facebook, vivent intensément le désir et la tromperie. L’opéra-bouffe signé en 1753 est un bijou de marivaudage qui collectionne des perles comiques, entre truculence et parodie. Il n’en fallait pas davantage pour inspirer le compositeur contemporain, Gérard Pesson qui instrumente et harmonise le vaudeville final, quand Pierre Alferi reprend le livret et renverse la fin. Les coeurs éprouvés résisteront-ils à la dureté des quiproquos et la folie des malentendus ? Comme dans Cosi fan tutte de Mozart ou l’opéra baroque vénitien du XVIIè, l’opéra exprime cruauté et les vertiges de l’amour…

 

 

 

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La Double Coquette
Musiques d’Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
et GĂ©rard PESSON (1958- /)
Livret de Jean-Joseph VADÉ (1720-1757)
repris par Pierre ALFERI (1963- /)

Isabelle Poulenard et MaĂŻlys de Villoutreys, sopranos
Robert Getchell, ténor
Ensemble Amarillis
HĂ©loĂŻse Gaillard et Violaine Cochard, direction musicale
Fanny de Chaillé, mise en scène

 

 

 

Angers – Grand Théâtre
Mercredi 10, jeudi 11 mai 2017

 

Nantes – Le Grand T
Lundi 15, mardi 16, jeudi 18, vendredi 19, samedi 20 mai 2017

 

 

 

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site d’Angers Nantes Opéra
http://www.angers-nantes-opera.com/coquette.html

 

 

Angers Nantes Opéra : LA DOUBLE COQUETTE, l'ovni lyrique !

 

 

 

LIRE AUSSI notre compte rendu complet du cd La double coquette :
cd amarillis dauvergne pesson troqueurs double coquette cd critique compte rendu classiquenews juin 2015 Dauvergne_Pesson_aCD, compte rendu critique. Dauvergne : Les Troqueurs.
La Double coquette (version Gérard Pesson, 2014) 1cd NoMadMusic, 2011. Le vrai sujet des Troqueurs (1753) est l’échange par les fiancés de leurs promises respectives comme si les dulcinées pouvaient être gérées comme des marchandises. Pas sur cependant que les renversements de serments soient si bénéfiques que cela : Lubin qu’un contrat engage à Margot préfère Fanchon elle-même promise à Lucas ; aussi quand ce dernier se plaint très vite de Fanchon, Lubin propose l’échange qui convient à son compère. Ainsi le troc peut-il se réaliser. Ici en version chambriste, Les Troqueurs s’affirment tel un délicieux divertissement rustique et élégant dans lequel Dauvergne continuateur de Rameau sur le plan de l’inventivité comme de la vivacité, se pique d’italianisme car l’heure est aux Bouffons ultramontains : en pleine Querelle des Bouffons où les parisiens reçoivent le choc du délire comique alla napolitana, Dauvergne trouvant le ton parfait entre loufoque et subtilité dans le droit chemin du Pergolese de La Serva  Padrona. En LIRE +

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14è Festival de piano à Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensé d’expériences musicales destinées au plus grand nombre, (dont les enfants particulièrement gâtés), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversité, les rencontres, la transversalité sont à l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernés : concertos, récitals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de métissages sonores décoiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de Ismaël Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns…, c’est également l’accordéoniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe…). Les festivaliers et spectateurs participent à un véritable kaléïdoscope musical. Orchestré en complémentarité avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours à l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fêtée, abordée, sublimée (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc… , Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, .

Tous les claviers sont invités : donc déjà cité, l’accordéon magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette année : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suédois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempéraments à suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki… certains déjà identifiés tel Lucas Debargue (récital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expérimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle événement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

CD coffret, Ă©vĂ©nement. SHAPING THE CENTURY Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon)

cd shaping the century volume 2 decca deutsche grammophon 25 cd review cd critique classiquenews F9355F0A9033B6003347AE28009F45BCCD coffret, Ă©vĂ©nement. SHAPING THE CENTURY Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon). Après un premier volume littĂ©ralement captivant (Shaping the century volume 1), la sĂ©rie “20C” (pour XXè siècle) de Decca Classics et Deutsche Grammophon est dĂ©diĂ©e aux grands compositeurs du XX ème siècle et aux oeuvres symphoniques marquantes d’une Ă©poque turbulente, Ă©clectique, passionnante. Les deux labels : Decca et Deutsche Grammophon fusionnent ainsi la richesse de leur catalogue respectif, unissent les Ă©nergies pour produire l’une des compilations les plus pertinentes de ces dernières annĂ©es, en partie grâce Ă  la richesse des oeuvres archivĂ©es et aussi l’excellence de certaines interprĂ©tations ; d’autant que depuis qu’on nous annonce une synthèse rĂ©capitulant l’histoire musicale du XXè (et ses “classiques modernes”), il Ă©tait temps enfin de disposer d’une somme consistante, Ă©clairant les esthĂ©tiques en jeu. Les deux labels d’Universal music ont lancĂ© l’idĂ©e d’une nouvelle collection, Ă©laborĂ©e en deux volumes, dès octobre 2016 avec la parution d’un premier coffret couvrant la première moitiĂ© du 20ème siècle (1900-1949). En voici le second, dĂ©diĂ© aux annĂ©es 1950 Ă  2000, qui ont inspirĂ© une abondance diverses, plurielle, apparemment dĂ©routante, mais chamboulant les codes, qui Ă  leur tour ont largement influencĂ© la culture populaire d’aujourd’hui et bien des musiques “actuelles”. Suite de l’odyssĂ©e musicale du XX ème en 25 noms de compositeurs, soit 26 cd, regroupant leurs oeuvres majeures qui ont marquĂ© l’évolution de l’écriture musicale au XXè. 5 dĂ©cennies forment la synthèse de la seconde moitiĂ© du XXè, soit 5 dĂ©cades ainsi reprĂ©sentĂ©es :

1950 – 1959 : Hindemith, Boulez, Bernstein, Stockhausen, Kurtag
1960 – 1969 : Ligeti, Takemitsu, Berio, Xenakis
1970 – 1979 : Henze, Reich, Bartwistle, Gorecki, Pärt, Maxwell Davies
1980 – 1989 : Gubaidulina, Lutoslawski, Torke, Dutilleux, Schnittke
1990 – 2000 : Turnage, Carter, Glass, Golijov, Rihm.

 

 

 

shaping the century box coffret cd critique review presentation dossier classiquenews 20c-box-vol2

 

 

 

 

 

Prochaine critique complète de «  SHAPING THE CENTURY » / Volume 2 : 1950 – 2000dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 15 mai 2017 — CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 

 

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shaping the century serie 2 c decca deutsche grammophon review cd critique cd classiquenews presentation coffret box Cvr-00028948304585-240x240CD, COFFRET Ă©vĂ©nement : «  SHAPING THE CENTURY » / Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon)— 26 cd 0028948306602 — LIRE aussi notre critique annonce du coffret prĂ©cĂ©dent, SHAPING THE CENTURY VOL 1

 

 

 

TournĂ©e de l’Orchestre national de Lille : 27,28,29 avril 2017

kamensek karen maestro chef d orchestre protrait concert classiquenews presentation 1429041760981TOURNÉE de l’Orchestre Nat de Lille, les 27,28, 29 avril 2017. L’ONL et Karen KAMENSEK. L’Orchestre national de Lille exprime l’ApothĂ©ose de la danse dans un programme Chabrier, Weber, Beethoven. La chef d’orchestre amĂ©ricaine Karen Kamensek fait swinguer les instrumentistes en s’appuyant sur leur sens du rythme et aussi de la couleur instrumentale. Finesse et intensitĂ© partagĂ©e avec le jeune clarinettiste virtuose RaphaĂ«l SĂ©vère, actuel Ă©toile de l’école française de clarinette (Concerto de Weber). C’est surtout un concert Ă©vĂ©nement car il affiche cette « apothĂ©oe de la danse », selon Wagner, c’est Ă  dire la Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven : 4 ans après la 6ème « pastorale », hymne au miracle de la nature, la 7è est marquĂ©e par une maturitĂ© accrue depuis la sĂ©paration de Ludwig avec la comtesse ThĂ©rèse de Brunswick, et sa nouvelle liaison avec Bettina Brentano. Avant la 7è crĂ©Ă©e en dĂ©cembre 1813 Ă  Vienne, Beethoven compose le Concerto l’Empereur et les musiques de scène pour Egmont. Le succès est immĂ©diat, en particulier son mouvement second : non pas un andante ou mouvement lent, mais un pur Allegretto, en la mineur, – c’est une marche lente, d’un souffle inouĂŻ. IrrĂ©sistible.

Programme :
CHABRIER – Le Roi malgrĂ© lui : Danse slave et FĂŞte polonaise
WEBER – Concerto pour clarinette n°2
BEETHOVEN – Symphonie n°7
Direction: Karen Kamensek
Clarinette: Raphaël Sévère

Tournée du 27 au 29 avril 2017
EN RÉGION – 3 dates Ă©vĂ©nements

Boulogne-sur-mer
Théâtre
JEUDI 27 AVRIL 20h
—
Dunkerque
Bateau Feu
VENDREDI 28 AVRIL 20h
—
Denain
Théâtre
SAMEDI 29 AVRIL 20h

+ D’INFOS, RESERVATIONS :
http://www.onlille.com/event/201624-apotheose-danse-weber-beethoven-chabrier-lille/

CD, compte-rendu critique. STRADELLA : SANTA PELAGIA (Andrea De Carlo – 2016, 1 cd ARCANA)

stradella santa-Pelagia andrea de carlo ronerta mameli sergio foresti cd review cd compte rendu cd critique-1030x927CD, compte-rendu critique. STRADELLA : SANTA PELAGIA (Mare Nostrum, Andrea De Carlo, direction – sept 2016, 1 cd ARCANA). Le soprano âpre, mordant, très articulĂ© de Roberta Mameli, diamant incandescent aux aigus prĂ©cis, saillants,- restitue cette prĂ©sence charnelle de la langue italienne, oĂą jaillit le relief dramatique aussi porteur de sens et de passions exacerbĂ©es dans les rĂ©citatifs et dans les airs. Ce chant expressif et fin Ă  la fois habite avec intelligence le portrait spirituel de la sainte, courtisane devenue repentie puis ermite. Sans ouverture, sans « lever de rideau » symbolique, l’auditeur plonge directement dans ce drame linguistique dont le nerf et l’acuitĂ© des situations psychologiques sont immĂ©diatement exprimĂ©s, grâce Ă  une distribution bien choisie : ces chanteurs sont des diseurs, soucieux du verbe incarnĂ©. Et les instrumentistes de Mare Nostrum, comme dans leurs prĂ©cĂ©dents enregistrements dĂ©diĂ©s Ă  tout un cycle monographique sur l’oeuvre sacrĂ© dramatique de Stradella, affirment une comprĂ©hension des enjeux de chaque sĂ©quence de la vie de Sainte PĂ©lagie (d’Antioche). La Sainte a marquĂ© l’histoire religieuse italienne Ă  la fin du XVIè quand les PĂ©lagiens menĂ© par le laĂŻc Filippo Casolo, tentèrent de dĂ©velopper leur propre croyance et sensibilitĂ© religieuse depuis Milan (Oratoire de Sainte-Pelagie), essaimant dans toute la Lombardie et jusqu’en VĂ©nĂ©tie : tel retentissement fut bientĂ´t violemment rĂ©primĂ© par l’Inquisition romaine. Depuis, la nom de PĂ©lagie fut bannie, et taboo mĂŞme en raison de cet Ă©pisode hautement hĂ©rĂ©tique.
Avant la Thaïs portraiturée au XIXè par Massenet, la Pélagie d’Antioch, traitée musicalement par le génial Stradella, vit la même métamorphose spirituelle : courtisane, danseuse et prostituée d’Antioche, Pélagie se convertit au christianisme après avoir été saisie par un sermon de l’évèque Nonnus d’Édesse (ici, incarné par le ténor) : Pélagie se convertit et fut baptisée. Et la pêcheresse rejoint Jerusalem pour vivre en ermite dans une prison sur le Mont des Oliviers : plaisirs, délices sensuels puis ascétisme salvateur… Autant dire que la partition et les courts arias exigent expressivité, articulation, dramatisme de braise, en particulier pour incarner la Sainte, abandonnée à l’ivresse spirituelle, soit une palette inouïe de nuances et accents que Roberta Mameli affirme et cisèle avec un talent irrésistible : belle prouesse entre naturel, flexibilité, extase vocale.
La partition de l’oratorio de Stradella (connue par une copie d’époque conservée à la Bibliothèque Estense de Modène) est datée avant 1677, soit avant sa fuite de Rome pour Venise. Comme dans son oratorio Sainte Edith pour le prince romain Leio Orsini, Santa Pelagia convoque deux protagonistes Pelagie et Nonnus, et deux allégories abstraites (Religion et Monde). Ici, la Sainte est tiraillée entre Bien et Mal, d’autant que face aux tentations du monde sensuel et terrestre, les admonestations de la Religion (contralto) sont virulentes. Telle ma Madeleine, exténuée mais lumineuse par sa constance mystique, Pélagie rayonne par son embrasement croissant, malgré le tiraillement dont elle est la proie gémissante. Lelio Orsini, puissant très croyant aimait se délecter de partitions éclairant l’intensité d’un texte moralisateur où brille in fine, la vertu morale de l’héroïne ou du héros. Il est probable qu’Orsini, comme c’est le cas des oratorios stradelliens connus (Esther, Sainte Edith déjà citée, Saint Jean Chrysostome), ait écrit le livret de Sainte Pélagie. Sa réalisation évoque une audience restreinte, de lettrés et amateurs éclairés, dans un cercle de connaisseurs. L’oratorio ici brille par sa diversité et le nombre d’airs plutôt courts, où se font rares les sections à plusieurs (un seul duo, et un choeur des « Mondains » à quatre) ; le drame reste introspectif, comme un huit clos qui enserre peu à peu et tenaille l’esprit en souffrance de la courtisane qui doute, mais grâce à l’aide de Nonnus l’évêque, trouve la voie médiane et consolatrice, celle de l’amour en Dieu, en véritable âme sauvée, spiritualisée. Le soin apporté au texte, à son articulation, le relief millimétré et pourtant naturel des recitatifs en italien s’avèrent jubilatoires. On aimerait connaître de même tempéraments pour le Baroque français : les vrais chanteurs réellement intelligibles actuellement pour Rameau, Charpentier, Lully sont bien rares. Ici, en étroite complicité et action avec des instrumentistes virtuoses et habités, l’engagement des interprètes fait toute la valeur et le haut intérêt de cet enregistrement en tout point convaincant, à intégrer au sein de l’intégrale en cours des oratorios de Stradella, portée, inspirée par l’excellent chef et musicologue Andrea De Carlo.

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CLIC_macaron_2014CD, compte-rendu critique. ALESSANDRO STRADELLA (1639-1682) – The Stradella Project volume 4 : SANTA PELAGIA (Rome, avant 1677) (Mare Nostrum, Andrea De Carlo, direction – sept 2016, 1 cd ARCANA). Roberto Mameli, Pelagia – Raffaele Pe (Religione) – Luca Cervoni (Nonno / Nennus) – Sergio Foresti (Mondo). Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Nepi, 11-14 septembre 2016 – 1 cd Arcana A 431. CLIC de CLASSIQUENEWS

LIRE aussi nos critiques et comptes rendus développés des oratorios de Stradella précédemment enregistrés par Andrea De Carlo : La Forza delle stelle, San Giovanni Crisostomo, Santa Edita.

PARIS, 1801. Quand la FlĂ»te enchantĂ©e devient les Mystères d’Isis

ARTE : La Campagne d'Egypte de BonapartePARIS, 1801. A l’heure du retour de la campagne d’Egypte, grâce Ă  laquelle le gĂ©nĂ©ral Bonaparte se taille une solide rĂ©putation de gĂ©nie militaire, civilisateur et triomphateur, soit un Alexandre moderne, Paris cultive un nouveau goĂ»t qui met en avant l’Egypte et ses mystères raffinĂ©s. L’orient s’invite ainsi dans l’Hexagone, Ă  l’heure du nĂ©oclassicisme romantique… En musique, l’Egypte croise le destin de deux compositeurs qui nous paraissent emblĂ©matiques. Henri Joseph Rigel est bien connu des lecteurs de classiquenews : c’est lui qui entre le baroque tardif et le prĂ© classicisme Ă  l’Ă©poque des lumières ose des alliances de timbres audacieux comme composer pour la première fois pour le clavecin et le pianoforte, nouvelle Ă©quation sonore et miracle esthĂ©tique rĂ©vĂ©lĂ©s rĂ©cemment (octobre 2016 Ă  Rio de Janeiro, BrĂ©sil) par le duo Bruno Procopio et Natalia Valentin… VOIR NOTRE VIDEO EXCLUSIVE RIGEL : SONATE POUR CLAVECIN ET PIANOFORTE

 

 

 

Le fils de Henri Joseph, Henri Jean Rigel, nĂ© le 11 mai 1772 Ă  Paris et mort le 16 dĂ©cembre 1852 Ă  Abbeville, est lui aussi compositeur.Musicien d’origine Souabe, pianiste et compositeur actif, Henri Jean . Il rejoint d’abord l’Ă©cole royale de chant, puis enseigne ensuite au Conservatoire, dès sa crĂ©ation, en 1795.
Il fait partie de l’expĂ©dition d’Égypte, et  donnera deux opĂ©ras comiques au Caire en 1801. En 1805, NapolĂ©on le nomme pianiste de la musique particulière de l’Empereur, et Louis XVIII le confirma dans cette fonction.PĂ©dagogue cĂ©lèbre et recherchĂ©, Henri Jean Rigel compte dans sa classe CĂ©sar Franck parmi ses Ă©lèves.

 

 

 

De Vienne, 1791 Ă  Paris, 1801
DE LA FLUTE ENCHANTEE DE MOZART AUX MYSTERES D’ISIS

 

 

Schinkel, dĂ©cor FLute enchantee mozart 1815CrĂ©Ă© et particulièrement applaudie en 1791 Ă  Vienne, Die Zauberflöte / la flĂ»te enchantĂ©e ne sera entendue Ă  Paris que 10 ans plus tard, dans une adaptation française. Pour satisfaire au goĂ»t de la France nouvellement bonapartiste, romantique et ayant rĂ©alisĂ© sa campagne d’Égypte alors très rĂ©cemment (1798-1801), il est dĂ©cidĂ© de Re Ă©crire tous les textes, revoir l’ordre des airs, je ne emprunter de nouveaux Ă  d’autres opĂ©ras de MOZART dont Don Giovanni, et les tessitures sont modifiĂ©es selon l’idĂ©e que l’on se fait en 1801) des personnages.

Le Théâtre de la RĂ©publique et des Arts (future AcadĂ©mie impĂ©riale de Musique) exige l’usage du français, des rĂ©citatifs accompagnĂ©s et des ballets. Sous le pilotage de Ludwig Wenzel Lachnith , les autoritĂ©s françaises approfondissent leur propre conception du théâtre Mozartien selon le goĂ»t dominant au sein des Ă©lites, ce Retour d’Égypte qui stigmatise une première vague passionnelle pour les mystères de la t’inquiète Ă©gyptienne.

Né à Prague en 1746, Lachnith vient à Paris en 1773 pour se perfectionner dans le jeu du cor. Il étudie ensuite la composition auprès de François-André Danican Philidor, tout en enseignant le clavecin. Ayant quitté Paris pendant la terreur de 1790, il revient en France en 1801 à l’Opéra comme « instructeur » et amorce ce travail de réécriture de La flûte enchantée rebaptisée Les Mystères d’Isis.

Fuyant Paris encore en 1802, il y revient dĂ©finitivement en 1806. Il s’Ă©teint en 1820, laissant 24 symphonies, 3 concertos (pour cor), trois ouvrages lyriques, deux autres pastiches / assemblage (les oratorios de Saul, La Chute de JĂ©richo), de la musique de chambre, une mĂ©thode de forte-piano.

N’en dĂ©plaise au jaloux Berlioz, que l’idĂ©e de dĂ©naturer ainsi son cher Mozart, hystĂ©rise au plus haut point, Les Mystères d’Isis connaissent immĂ©diatement un immense succès Ă  Paris, puis en province

Hector agacĂ© tĂ©moigne :”l’arrangeur mit, Ă  cĂ´tĂ© du nom de Mozart, son nom de crĂ©tin, son nom de profanateur, son nom de Lachnith ». Aujourd’hui les puristes rejoignent le sentiment très violent de Berlioz face Ă  ce qui s’apparente Ă  un jeu de massacre dĂ©naturant la source Mozartienne. Qu’on en juge: parfois la musique air ou rĂ©citatif sont toujours bonnement dĂ©placĂ©s, rĂ©intĂ©grĂ©s dans un nouvel enchaĂ®nement jugĂ© plus cohĂ©rent :ainsi  Pamina chante le premier air de la Reine de la Nuit, sans ses contre-fa mais avec un contre-rĂ©.  Myrrène (la Reine de la Nuit version mezzo) chante un air de Vitellia extrait de La Clemenza di Tito, et un autre de Donna Anna de Don Giovanni ; ailleurs « Fin ch’han dal vino » de Don Giovanni devient un trio pour basse et sopranos ! C’est donc Mozart qu’on assassine. Mieux l’adagio de la symphonie n° 103 de Hayon inspirĂ© un nouvel intermède introduisant l’acte IV.

 
 

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Isis, dĂ©esse protectrice et salvatrice, mère rĂ©confortante dans la religion Ă©gyptienne : ici elle est associĂ©e Ă  la vache Hathor, dont elle porte les cornes associĂ©es au disque solaire, symbole de rĂ©surrection finale. Isis aidĂ© de sĹ“ur Nephtys, recouvre le corps de leur Ă©poux dĂ©funt Osiris, dĂ©pecĂ©, morcelĂ© par son frère l’odieux Seth. Les deux divinitĂ©s protectrices assurent la reconstitution du corps dĂ©funt, le rĂ©gĂ©nèrent, et lui assurent sa rĂ©surrection. Isis est donc la divinitĂ© essentielle du culte d’Osiris qui proclame la possibilitĂ© pour chacun de triompher de la mort. Sur la scène, les Mystères d’Isis de 1801 n’intègrent en rien la croyance osirienne ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e. Champollion ne dĂ©chiffrera les hiĂ©roglyphes qu’en… 1822.

 
 

isi-et-osiris-resurrection-des-morts-classiquenewsSur le plan dramatique l’arrangeur Ă  simplifiĂ© l’intrigue en lui retirant certains Ă©lĂ©ments originaux : exit le dragon, la flĂ»te (!!!) , le cadenas, plus d’enfants ni de Monostatos ou d’Orateur. Les scènes s’enchaĂ®nent avec clartĂ© mais sans surprise. Myrrène (la reine de la nuit nouvelle version) est valorisĂ©e et mĂŞme rendue sympathique car elle a perdu sa fille qui a Ă©tĂ© enlevĂ©e pour Ă©prouver IsmĂ©nor (Tamino) Ă  la demande de Zoroastre, le père dĂ©cĂ©dĂ© de ce dernier. Mieux l’entitĂ© fĂ©minine, hystĂ©rique chez Mozart (vocalises Ă  l’appui) se rĂ©concilie avec Zarastro et offre elle-mĂŞme la main de sa fille Ă  la fin de l’opĂ©ra. Le personnage de Mona (Papagena) est rĂ©Ă©valuĂ© : elle chante l’air de Monostatos et reprend le duo avec Bochoris extrait des Nozze di Figaro. De façon gĂ©nĂ©rale, le texte de Morel de ChĂ©deville souffre de banalitĂ©s convenues. Ainsi les parisiens dĂ©couvrent-ils partie du matĂ©riel musical de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart en 1801. Pas d’Isis dans la liste des personnages, mais campagne d’Egypte oblige, – et Bonaparte s’étant fait une lĂ©gende et une rĂ©putation grâce Ă  sa conquĂŞte (certes Ă©phĂ©mère) en terre des Pharaons-, citer le nom de la dĂ©esse dans le titre du nouveau spectacle, et susciter cet imaginaire d’un exotisme antique fabuleux, Ă©tait nĂ©cessaire pour attirer les foules. De fait, Les Mystères d’isis connurent un succès immĂ©diat. Illustration : Isis, ailes dĂ©ployĂ©es, protège son Ă©poux Osiris et lui assure sa rĂ©surrection finale, triomphateur de la mort (DR)

 

 

Les Mystères d’Isis, 1801
D’’après La FlĂ»te enchantĂ©e et d’autres opĂ©ras de Wolfgang Amadeus Mozart – ArrangĂ© par Ludwig Wenzel Lachnith
Livret d’Étienne Morel de Chédeville

 

 

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Danloux portrait de ejuen homme vers 1800 896240b980625c48b125d8722e92777aBIOGRAPHIE de l’arrangeur. Ludwig Wenzel Lachnith. Né à Prague en 1746 (soit dix ans avant Mozart), ce corniste de formation et compositeur influencé par Haydn et Pleyel s’installe en 1773 à Paris, où sa musique est jouée aux concerts de Marie-Antoinette. Après avoir traversé quelques difficultés au cours de la Terreur, il vivote dans la capitale de menus travaux pédagogiques et d’arrangements musicaux réalisés pour les théâtres parisiens. Non sans opportunisme et pour s’assurer une rentrée d’argent, il accepte d’être embauché par l’Opéra en 1801, pour adapter l’ouvrage de Mozart, La Flûte enchantée afin d’en déduire une nouvelle oeuvre dans le goût égyptien, propre aux années du retour d’Egypte. Le succès est certain puisque ses Mystères d’Isis tiennent l’affiche pendant près de trente ans : soit plus de 130 représentations jusqu’en 1827. Portrait évocatoire : Jeune homme par Danloux (vers 1800 / DR).

 

 

 

CD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO)

mussorgski pictures at an exhibition tableaux d'une exposition philippe jordan orchestre opera paris cd review critique de cd CLASSIQUENEWSCD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO). Peu à peu, le chef attitré de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris se taille une solide réputation de chef symphoniste outre ses responsabilités in loco comme chef lyrique. Les vertus expressives et la cohérence sonore auxquelles parviennent les instrumentistes français sont bien réelles, en particulier dans des péripéties antérieures, dont les choix de répertoire, plus hédonistes et introspectifs qu’ici (Daphnis et Chloé de Ravel entre autres, CLIC de CLASSIQUENEWS, comme Prélude à l’Après-midi d’un faune de Debussy…) ont démontré la haute capacité. Le chef chambriste, au geste souple et atténué, toujours contrôlé par tempérament, cisèle son élocution générale, en faveur d’une direction millimétrée, impeccable quant à la mise en place, souvent captivante dans l’émergence d’une subtilité allusive, toujours élégante, qui reste à l’écart de toute tapage démonstratif.

ELOGE DE LA FINESSE ET DU DÉTAIL INSTRUMENTAL

Evidemment cette retenue en tout, et cette mesure esthétique continument défendue ont leur désavantage dont une certaine cérébralité abstraite qui porte et développe une sonorité parfois froide, d’une absolue précision, mais dont la richesse des couleurs et la perfection des accents comme de la dynamique laissent admiratifs.
Qu’en est-il prĂ©cisĂ©ment dans les Tableaux (rĂ©trospectifs) de l’Exposition narrĂ©e par Ă©pisodes par Modeste Moussorgski – ici dans la transposition orchestrale de Maurice Ravel ? le plus occidental et typiquement russe des Romantiques russes, – et on l’oublie souvent, contemporain de Tchaikovski demeure un gĂ©nie des contrastes dramatiques, alternant l’infini mystĂ©rieux au majestueux grandiloquent… Dans les sĂ©quences retenues, planantes tel « Il vecchio castello », la charge intĂ©rieure, rĂ©solument majestueuse et mĂ©lancolique convient idĂ©alement Ă  la pudeur de Philippe Jordan.
Et la précision riche en couleurs calibrées et d’une finesse pointilliste resplendit dans le tableaux des Tuileries (Dispute d’enfants après un jeux). Le bouillonnement souterrain et grave, voire lugubre de Bydlo qui suit, prend des dimensions funèbres d’une majesté, au souffle irrésistible, traçant des proportions… colossales. Beau contraste avec le caquetage cinglant qui a lieu dans le Ballet des poulets, précision là encore et finesse sonore, qui offre à la brillante orchestration de Ravel de 1922, toute sa subtilité clinique, justifiant pleinement le choix du chef pilotant la phalange des instrumentistes français (bois et vents rutilants, excellemment exposés).
jordan - Philippe-Jordan-008La confrontation plus expressionniste et dramatique de Samuel Goldenberg et Schmuyle saisit par sa coupe mordante voire grimaçante. Idem pour le marché de Limoges (léger, facétieux) dont l’énergie est soudainement rompue par la majesté solennelle et grandiose (fracassante) de la fanfare (réellement impressionnante) des Catacombes, aux visions d’outre-tombe… La pudeur et l’élégance intérieure font les délices de la plage 13, l’une des mieux calibrées selon cette apologie de la suggestion poétique propre au chef (Con Mortuis in lingua mortua).
Evidemment cette retenue y compris dans un tempo large, « épique » peut parfois écraser et diluer la masse orchestrale, mais l’attention aux détails et aux nuances de couleurs compensent ici et là la perte de tension (surtout dans le dernier épisode, au son du glas). L’intérêt se portant surtout sur cette brillante alchimie d’une orchestration à la subtilité saisissante malgré la pesanteur majestueuse du dernier portique (la porte de Bogatyr) sur lequel se referme le sublime livre pictural.

Couplage bĂ©nĂ©fique. Une telle attention renforce la cursivitĂ© de la Symphonie n°1 du jeune Prokofiev (25 ans en 1916), Ă  laquelle Philippe Jordan assure une lisibilitĂ© structurelle et une vitalitĂ© rythmique d’une mĂ©canique impeccable. Toute la concentration et le travail du chef et de ses instrumentistes ciblent la parfaite articulation des premières cordes (chant et fluiditĂ©, avec maĂ®trise des crescendos dans le mouvement 2 : « larghetto »), d’une tonicitĂ© Ă©lastique… beethovĂ©nienne. La Gavotte, nĂ©oclassique, style danse française baroque est pleine de caractère – entre parodie et grâce objective : remarquable travail lĂ  encore dans le souci de lisibilitĂ© littĂ©rale. Enfin le dernier mouvement sonne comme une remontĂ©e des eaux, un allant rĂ©trospectif de tout ce qui a Ă©tĂ© dit, Ă©noncĂ©, dĂ©veloppĂ©, mais enchaĂ®nĂ©e avec une excitation première, prĂ©servĂ©e, printanière. Très convaincant.

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CD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition / PROKOFIEV : Symphonie n°1 « classique », opus 25. Orchestre national de l’Opéra de Paris (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO).

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14è Festival de piano à Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensé d’expériences musicales destinées au plus grand nombre, (dont les enfants particulièrement gâtés), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversité, les rencontres, la transversalité sont à l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernés : concertos, récitals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de métissages sonores décoiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de Ismaël Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns…, c’est également l’accordéoniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe…). Les festivaliers et spectateurs participent à un véritable kaléïdoscope musical. Orchestré en complémentarité avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours à l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fêtée, abordée, sublimée (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc… , Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, .

Tous les claviers sont invités : donc déjà cité, l’accordéon magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette année : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suédois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempéraments à suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki… certains déjà identifiés tel Lucas Debargue (récital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expérimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle événement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

Nouvelle Alcione Ă  l’OpĂ©ra Comique

PARIS, OpĂ©ra Comique. MARAIS : ALCIONE. 26 avril – 6 mai 2017. Retour dans ses murs de la saison lyrique de l’OpĂ©ra Comique avec la nouvelle production d’Alcione de Marin Marais, Ă  partir du 26 avril 2017. Soit 6 dates Ă©vĂ©nements qui marquent le grand retour de Jordi Savall sur la scène lyrique Ă  Paris et dans un ouvrage qu’il a toujours ardemment dĂ©fendu, souhaitant depuis de longues annĂ©es la diriger en France.

TragĂ©die lyrique en cinq actes sur le livret d’Antoine Houdar de La Motte, Alcione de Marin Marais est crĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique en 1706. C’est l’une des tentatives les plus inspirĂ©es pour renouveler un genre formatĂ© mais sublimĂ© par l’exclusif Lully, qui après sa mort permet Ă  d’autres de prendre la relève. Ainsi la fin du règne de Louis XIV, permet l’émergence de nouvelles sensibilitĂ©s dont celle de Marais.

 
 
 

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Propre au théâtre de Racine, poète de la Cour de Versailles, l’opéra met aussi en scène les passions (jalousie et convoitise) qui dévorent les héros trop faillibles. Pourtant responsables de leurs actes et maîtres de leur destin, ils se voient victimes, en jouets du caprices des dieux.

Le paisible roi de Trachines, Ceix, suscite une série de catastrophe en souhaitant épouser la belle Alcione, fille du dieu des vents. Destruction du palais, apparition des Enfers, tempête, naufrage : de ténébreuses puissances sont à l’œuvre et conspirent pour atteindre et éprouver le couple amoureux. Inspiré par le potentiel dramatique de l’histoire, Marin Marais soigne particulièrement l’écriture de l’orchestre dont il fait l’acteur principal de l’action (comme le fait aussi le dernier Lully dans son inégalable Armide, l’ultime sommet lyrique créé en 1686). Quelques 20 années plus tard, Alcione innove par son raffinement instrumental, la caractérisation très subtile des personnages, le lien qui unit le couple Alcione / Ceix, comme chaque entité néfaste (les 3 jaloux et ennemis : le magicien Phorbas, la magicienne Ismène, Pelée, ami mais rival de Ceix), ou second rôle intriguant, tous propres à semer le poison du doute et de la jalousie, à forcer le destin contre l’essor du couple amoureux. Sommet de la tragédie en musique à la fin du règne de Louis XIV, Alcione, nouveau modèle après Lully, disparaît totalement dans l’oubli en 1771. Dans une production nouvelle, actualisée, qui souligne la présence des machineries et le jeu des acteurs (avec le concours de circassiens et de figures du cirque), le chef catalan Jordi desandre-lea-mezzo-sublime-classiquenews-portraitSavall dirige à Paris une partition qu’il connaît comme nul autre, promettant une réalisation mémorable. Dans le rôle-titre, la jeune mezzo au timbre de braise, velours noir et somptueusement tragique (elle a chanté récemment la Messagère dans Orfeo de Monteverdi dirigée par Paul Agnew), Léa Desandre, tempérament incandescent et sombre qui vient de décrocher en février dernier, la Victoire Révélation lyrique de l’année, aux Victoires de la musique classique. Cocktail prometteur. Spectacle incontournable.

 
 
 

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RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2017/alcione

26 Avril 2017, 20h
28 Avril 2017, 20h
30 Avril 2017, 15h
2 Mai 2017, 20h
4 Mai 2017, 20h
6 Mai 2017, 20h

Direction musicale
Jordi Savall

Mise en scène : Louise Moaty

Alcione : Lea Desandre
Ceix : Cyril Auvity
Pelée : Marc Mauillon
Pan, Phorbas : Lisandro Abadie

Apollon/Le Sommeil : Sebastian Monti
Doris, confidente d’Alcione : Maud Gnidzaz
Céphise, confidente d’Alcione : Lise Viricel
…

Chœur et Orchestre Le Concert des Nations
Danseurs et circassiens

Diffusion en direct sur France Musique, le 6 mai 2017

 
 
 

BELA BARTOK : les 6 Quatuors (1907 – 1941)

Les 6 Quatuors de Bela Bartok. La période de composition des 6 œuvres couvre un large spectre, accompagnant le compositeur tout au long de son itinéraire stylistique, de 1907 (Quatuor n°1) à janvier 1941(création newyorkaise de 6è Quatuor).

Dans le Quatuor n°1, le jeune homme de 27 ans se rĂ©vèle très habile alchimiste, recyclant les grands germaniques romantiques, Beethoven et aussi Wagner (Tristan) acclimatĂ©s Ă  la rĂ©vĂ©lation qu’il fait alors grâce Ă  Kodaly, de la transparence debussyste. En architecte sĂ»r et inspirĂ©, ayant une vision globale de la forme, Bartok adopte une accĂ©lĂ©ration graduelle du tempo Ă  travers les 3 mouvements (Lento – Allegretto – Allegro vivace).

Bartok BelaLe Quatuor n°2 (1918) reçoit l’expérience de l’opéra : Le Château de Barbe-Bleue,  à laquelle le compositeur d’une invention éclectique associe la musique arabe récemment découverte lors de son séjour en Algérie en 1913 (source orientale et africaine présente dans son ballet Le Mandarin merveilleux). Pour finir son Quatuor (Moderato, Allegro, Lento), Bartok adopte un mouvement lent, d’une très grande force suggestive, miroir d’une activité intérieure à la fois irrépressible et mystérieuse. Le lyrisme dans la mouvance du Prince des Bois fusionne aussi avec l’expressionnisme plus direct voire mordant du Mandarin Merveilleux.

Créé en 1929 à Londres,  le Quatuor n°3 porte l’empreinte de la découverte émerveillée de la Suite lyrique de Berg (1926). De plus en plus synthétique et adepte de la concision la plus intense et expressive, Bartok adopte le plan à deux parties, chacune composée de 3 épisodes (du type exposition, développement, récapitulation). C’est le plus bref des Quatuors bartokiens : à peine 15 mn, quand les autres durent entre 20 et 30 mn. Les micros mélodies habilement imbriquées et enchaînées tissent de nouveaux climats serrés, intérieurs d’une riche activité continue, prolongement de Berg donc, et déjà annonciateurs des micros mélodies de Ligeti.

Le Quatuor n°4, créé à Budapest en 1928, est composé dans la foulée du n°3. Il est en 5 parties et adopte un plan en miroir, ayant en son centre le Lento (non troppo lento), encadré par 2 scherzos, eux mêmes associés à un Allegro, à chaque extrémités. D’une complexité fascinante par son langage qui fourmille et suggère, le Quatuor n°4 indique une nouvelle démarche (ascendante) du chromatisme savant vers la vérité du diatonisme (d’origine populaire), avec dans le mouvement central, le passage d’un langage à l’autre. Ce cheminement, du concept musical pur vers l’émergence d’une vérité palpitante (même schéma structurel et même conscience de la pensée musicale dans le sommet orchestral qu’est Musique pour cordes, percussion, célesta de 1936) assure à l’ensemble du cycle, en son flux enchaîné, sa grande unité organique, d’un mouvement à l’autre. Contrairement aux Romantiques, Bartok inverse le déroulement formel et musical : le dernier mouvement étant la résolution des tensions développées depuis le début du cycle ; les 4 et 5è épisodes étant les versions diatoniques des deux premiers.

Ecrit en 1 mois à l’été 1934 et créé à Washington (avril 1935), le 5è Quatuor de Bartok reflète l’activité musicale très intense de la période, celle des Mikrokosmos. Son plan est identique que le 4è (5 épisodes en arche, symétrique depuis son centre, traité en Scherzo, lui-même encadré par 2 épisodes lents). Sans adhérer à la vague néoclassique, propre aux années 1930, Bartok s’affirme cependant nettement plus tonal que dans le 4è (mouvements lents en forme de nocturnes mystérieux). La concision avec laquelle Bartok affirme son écriture, la claire volonté qui se précise dans l’architecture globale concentre l’affirmation d’un tempérament original qui se dresse alors dans la tourmente barbare sévissant dans l’Europe prénazie.

bartokbela bartok USA classiquenewsCommencé en Suisse (Saanen, août 1939), achevé à Budapest, puis créé à New York en janvier 1941, le 6è Quatuor ouvre la voie de la dernière maturité, celle qui précipitent la guerre et la mort de sa mère. Bartok s’expatrie aux USA. L’ensemble des 4 mouvements emprunte un rythme de plus en plus ralenti. Chacun est introduit par un leit motiv / ritournelle, « Mesto » (triste), avec variation à chaque énoncé.  L’expression de la confession et d’une intimité affleurante se précise ici : la ritournelle, sujet et figure du désespoir, devenant même la matrice entière du dernier mouvement (à la place d’un vif populaire, initialement prévu). L’ombre de Beethoven surgit alors : dans un questionnement qui interroge la forme, inspire son développement, et questionne même jusqu’au sens profond de la musique : « Muss es sein ? » du Quatuor opus 135 de Beethoven.

En fusionnant histoire, expérience, intimité, à travers un cheminement unique, qui rappelle ici la pensée en mouvement et métamorphose, Sibelius et Janacek-, Bela Bartok, dans ses 6 Quatuors à cordes raconte une odyssée profonde et âpre, au souffle dramatique si personnel. Son questionnement interroge au delà de la musique, le sens même d’une existence.

CD, compte rendu critique. JS BACH : Passion selon Saint-Jean. Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014)

Bach JS johannes passion minkowski hansen 2 cd erato cd review cd critique 2 cdCD, compte rendu critique. JS BACH : Passion selon Saint-Jean. Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014). Marc Minkowski, aujourd’hui Ă  la direction de l’OpĂ©ra de Bordeaux, a depuis longtemps dĂ©montrĂ© son appĂ©tit gourmand, sa pĂ©tulante Ă©nergie pour l’opĂ©ra. Le chef s’est passionnĂ© pour le drame avec une prĂ©cipitation parfois trop enthousiaste, gĂ©nĂ©ratrice d’imprĂ©cisions voire de confusions. Ici, en avril 2014 au temps de Pâques, sa Passion selon Saint-Jean suscite de nombreuses interrogations tant la rĂ©alisation et le rĂ©sultat déçoivent autant qu’ils accrochent aussi d’une certaine façon l’écoute. « Plus intime, plus directe », la Saint-Jean perd ici en dĂ©finition et en acuitĂ© expressive surtout sur le plan choral : les 8 solistes fournissant le son de la foule et des chorals, … avec une bien Ă©trange sonorisation qui contredit l’esthĂ©tique de prĂ©cision et d’expressivitĂ©, dĂ©fendue depuis ses dĂ©but par les tenants de la rĂ©volution baroqueuse… Minkowski voudrait-il se dĂ©marquer de ses prĂ©dĂ©cesseurs ici, qu’il ne s’y prendrait pas autrement : plutĂ´t que les 5 solistes demandĂ©s par Rifkin, ou le choeur Ă  son complet, la version dĂ©fendue en 2014, est une formule mĂ©diane, qui permet aux solistes de mĂ©nager leur organe (Valerio Contaldo chantant l’air de tĂ©nor soliste dans le choeur, avec Colin Blazer). La sonoritĂ© du groupe de solistes, – assemblĂ©e chambriste, emblĂ©matique du peuple des croyants saisi par la force de La Passion-, rĂ©alise pourtant une manière de nĂ©buleuse vocale et chorale, pâteuse, Ă©paisse, brouillard permanent (qui Ă©carte tout dĂ©tail linguistique), totalement dĂ©concertant.
Pour autant, faire chanter la basse (le munichois Christian Immler) dans les airs du Christ sauveur, puis du « sauvé » (Mein teurer Heiland), indice que tout un chacun peut être éternel après la mort, reste pertinent, et le message de grande humanité, égalitaire et fraternelle, s’en trouve idéalement respecté.
odinius lothar tenor evangeliste johannes pasion bach classiquenewsDe même, le ténor qui chante la partie narrative de l’Evangéliste Jean, exprime et le saisissement de celui qui témoin vit l’action narrée, et le recueillement plus distancé du croyant narrateur de l’action : les deux aspects expressifs sont résolus par une langue naturelle et flexible grâce au choix d’un ténor allemand (Lothar Odinius), lequel semble littéralement vivre les événements quand il les commente. Le texte gagne un vie indiscutable, dans la fragilité comme l’autorité.

Donc tout n’est pas si expédié dans cette réalisation qui demeure le fruit d’une tournée pour la Pâques 2014. Cependant on a connu « Minko » plus précis, âpre, incisif, mordant. L’énergie des débuts, souvent fulgurante, s’est considérablement relâchée. On l’a dit dans la conception sonore, expressive du choeur (trop confus), mais aussi dans la tenue de l’orchestre, dont l’engagement global, reste routinier malgré parfois des accents instrumentaux de grande beauté. Mais Bach ne se satisfait pas d’une simple exécution maîtrisée : il faut aussi de la profondeur et une cohésion complice partagée par tous, sous la baguette d’un chef à la fois électrisant et fédérateur.
La version retenue respecte largement celle de 1724 (crĂ©ation Ă  St-Nicolas de Leipzig) Ă  laquelle le chef emprunte certains airs de 1725 (choral : « Himmel reise welt erbebe », – superbe dialogue choeur/Christ, Partie I – ajoutĂ© artificiellement en marge finale de la partie I / et l’air de tĂ©nor : « Ach, mein Sinn »). La coloration dès le dĂ©part (dès cette marche au supplice qui cependant s’élève en sublimant la douleur partagĂ©e), est celle d’une soie tragique, avec entre autres la prĂ©sence du bassono grosso / contrebasson, instrument avĂ©rĂ© dès la crĂ©ation de 1724 et qui par se rĂ©sonance « sĂ©pulcrale », cite immĂ©diatement le climat du Calvaire, et enracine la Passion dans un accomplissement fantastique, lugubre, surgissant des enfers terrestres, qui apporte l’hallucination voire le vertige au cĂ´tĂ© de la joie transmise dans l’articulation du texte (ce dernier aspect fait tout le sel si dramatique des rĂ©citatifs).
Ailleurs les deux violes d’amour convoquées pour exprimer l’arc en ciel quand le ténor soliste évoque le dos martyrisé du Christ flagellé (« Erwäge ») apportent une preuve éclatante de l’activité de l’orchestre comme personnage à part entière de ce drame total, fusionnant ainsi en un tout organique, choeur, solistes, instruments.
Le caractère de la Saint-Jean fusionne méditation, compassion et aussi sublimation dans la sérénité : si le drame s’ouvre par une marche saisissante, inscrivant l’action dans le calvaire et le supplice, la résolution progressive tend vers une sérénité de plus en plus prenante et lumineuse, annonce des joies célestes grâce à la résurrection.
Les solistes retenus par le chef crĂ©ateur des Musiciens du Louvre, s’ils soignent leur texte, n’atteignent que rarement la vĂ©ritĂ© grave ni le sens philosophique et spirituel des situations. Ne prenons qu’un exemple parmi les 8 rĂ©unis lors de cette tournĂ©e 2014 : l’alto du jeune David Hansen qui chante dans la partie I : « Von den stricken meiner SĂĽnden ». Le chanteur dont beaucoup veulent faire une nouvelle icĂ´ne sexy par son physique agrĂ©able, s’adonne aux joies de l’air de concert, – dĂ©connexion faite de cette cohĂ©sion organique : groupe / solistes que le chef met pourtant en avant dans son explication / prĂ©sentation de ce cycle longuement prĂ©parĂ©, virtuositĂ© et affectation en bonus : le maniĂ©risme de cette voix qui joue la vedette invitĂ©e dans une soirĂ©e de gala, aigrelette et peu sobre, reste hors sujet, absolument dĂ©pourvue de tout naturel, de tout dĂ©pouillement mĂ©ditatif, quand il s’agit d’un air traversĂ© par un grave esprit de compassion, confrontĂ© au Sacrifice du Fils pour la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s humains. Et l’allant presque dansant du tempo rapide renforce cette allure « prĂ©cipité » qui expĂ©die la valeur et le sens de l’épisode. Plus loin, Ă  l’alto fĂ©minin, Delphine Galou revient l’air le plus poignant de la Passion selon Saint-Jean (« Es ist vollbracht » / Tout est accompli, Nr 30) : le timbre ambigu joue sur sa proximitĂ© avec la voix d’un contre-tĂ©nor,mais il n’écarte pas une intonation prĂ©cautionneuse, et elle aussi affectĂ©e qui Ă´te Ă  cet Ă©pisode le sentiment pourtant essentiel d’apaisement progressif, de distanciation ultime, de renoncement et de Immler-Christian-08souffle… Dommage. Le seul qui se dĂ©tache du lot par son Ă©locution plus naturelle, – sans air poseur ni dĂ©monstratif, reste la basse Christian Immler (relief et acuitĂ© du texte, et flexibilitĂ© expressive de son sublime air – de totale sĂ©rĂ©nitĂ© et de sublimation cĂ©leste : « Mein teurer Heiland, lass dich fragen… » / Mon Sauveur bien aimĂ©, Ă©coute ma demande. Avec le choeur pacifiĂ©, et la basse de viole, se libère enfin la prière du peuple en souffrance, dĂ©sormais dĂ©livrĂ© de toute entrave terrestre. Cette conception bienheureuse est encore confirmĂ©e dans la version prĂ©sente par l’ajout du choral après le finale avec orchestre, « Ach Herr, lass dein lieb engelein » : prière et vision cĂ©leste des Ă©lus au ciel.

Pour conclure, voilĂ  une version qui manque de clartĂ© esthĂ©tique, d’une confusion de rĂ©alisation problĂ©matique : tempo trop rapide, solistes artificiels, prise de son nĂ©buleuse. La Passion selon Saint-Jean n’est pas cette « petite » Passion (comparĂ©e Ă  la « Grande » Saint-Matthieu), plus franche, plus immĂ©diate dont parle la notice introductive : s’y dĂ©roule une tragĂ©die musicale dont l’intelligence de l’architecture, la force et l’ambition de l’écriture comme la profondeur mystique se dĂ©voilent Ă  ceux qui l’ont perçue et la rendent explicite; dans le cas prĂ©sent, – comparĂ© Ă  l’immense Nikolaus Harnoncourt, inĂ©galĂ© Ă  notre avis, entre drame et texte-, sont absents la profondeur et le sens d’une vraie mĂ©ditation. Pourtant l’activitĂ© de l’orchestre, sa caractĂ©risation parfois pertinente-, certains Ă©pisodes dans la II, … explicitent clairement le rĂ´le des instruments, personnages Ă  part entière d’un opĂ©ra sacrĂ© parmi les plus fascinants de l’histoire de la musique. Reste que le dernier ensemble avec orchestre, qui est le finale habituel, ralentit soudainement, semble articuler plus lentement le texte, cherchant son sens jusqu’à s’enliser (quand auparavant le geste rapide et vif Ă©tait plutĂ´t de mise). Une apprĂ©ciation en demi teintes donc.

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CD, compte rendu critique. JS BACH : JOHANNES-PASSION / Passion selon Saint-Jean (versions 1724 et 1725). 8 solistes, Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014).

Festival de Saintes 2017. Présentation et temps forts

saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDSAINTES, 46ème Festival estival : 14-22 juillet 2017. Fleuron des festivals estivaux en France, ici en Poitou-Charentes, le 46è festival de Saintes étend sa voile du 14 au 22 juillet 2017, investissant tous les lieux désormais emblématiques de l’Abbaye aux dames. Rebaptisée Cité musicale, l’ensemble patrimonial accueille plusieurs générations d’interprètes en une palette élargie de répertoires ; aujourd’hui le lieu est fort d’une saison musicale annuelle, qui avant et après le festival estival prépare et poursuit l’aventure musicale. Cette activité permanente in loco a enraciné la musique comme une respiration naturelle (d’autant que le bâtiment abrite aussi le Conservatoire de musique de la ville : des passerelles n’ont pas manqué de se développer entre présences des artistes pro, du public et des jeunes élèves…). Le Festival estival profite évidemment de cette culture évidente, manifeste qui appartient désormais totalement à la vie des Saintais.
Au cours de lla saison annuelle comme pour l’été, jeunes tempéraments en devenir (actuellement Nevermind et Jean Rondeau), ensembles envoûtants et pour certains partenaires familiers (Vox Luminis, Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe, …) poursuivent leur travail de défrichement comme d’approfondissement. Le seul exemple de l’orchestre de jeunes instrumentistes sur instruments d’époque, le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, illustre cette activité exemplaire qui se soucie de former et perfectionner les jeunes musiciens. En plus de réaliser plusieurs sessions pendant l’année à Saintes, le JOA participe aussi à la programmation du festival estival (Tchaikovski : Suite de Casse Noisette et Symphonie n°2 « Petite Russie », sous la direction de Philippe Herreweghe, le 15 juillet à 16h30, un événement à suivre particulièrement).

 

 

 

Musique sacrée, récital de piano et de clavecin, quatuors et musique de chambre, grands bains symphoniques, de Bach à Ligeti… Saintes dévoile 1001 visages de la musique, pendant son festival d’été…

46è Festival estival de Saintes
Du 14 au 22 juillet 2017
9 jours, 2 week ends

 

 

saintes 2017 festival estival de saintes classiquenews presentation selection de classiquenews p1875uuee11un0kpg1drj1i9ucpl8En juillet 2017, la 46è programmation ne contredit pas une équation qui gagne chaque année le coeur des festivaliers : diversité, équilibre, surprises des programmes présentés. Concerts Symphoniques, musique de chambre, concerts sacrés, sans omettre les visites, animations diverses, rencontres à la boutique et sous la voile, renouvelée cette année et installée dans la grande cour de l’Abbaye… le festivaliers a l’embarras du choix ; il dispose d’un éventail d’offres complémentaires (avec jusqu’à 4 concerts par jour, habilement planifiés, rendant possible d’y assister à tous, en ayant le temps de la collation entre chaque : 12h30, 16h30, 19h30 puis 22h).
TEMPS FORTS…. Voici nos temps forts et cycles à ne pas manquer cette année à Saintes (sauf indication contraire, les concerts que nous avons sélectionnés se déroulent dans l’église abbatiale)… Première journée d’ouverture, vendredi 14 juillet 2017, dès 11h (cocktail d’ouverture sous la voile) ; ensuite, vous ne manquerez pas le nouvel ensemble baroque A Nocte temporis dirigé par le ténor Reinoud van Mechelen (Clérambault et ses contemporains français, 12h30) ; puis à 19h30, toujours sous la voûte de l’Eglise Abbatiale : Messe pour la paix / Musique pour le Camp du Drap d’or où se répondent et s’unissent les Chapelles royales français et britanniques de François Ier et de Charles Quint en 1520… par Doulce Mémoire et son créateur, Denis Raisin-Dadre.

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Le 15 juillet est une journée « type » offrant 4 concerts : tous à l’Abbatiale. Vox Luminis et Lionel Meunier à 12h30, dans un programme regroupant les plus beaux Motets de JS Bach et de ses oncles… Nouvel événement symphonique ensuite à 16h30, avec Philippe Herreweghe pilotant la fougue juvénile des instrumentistes du JOA dans un programme très attendu, dédié à Tchaikovsky (Symphonie n°2 et Suite de Casse-Noisette). A 19h30, autre événement : plusieurs Concertos Brandebourgeois de JS Bach (jamais écoutés à Saintes, ou depuis très très longtemps / Les Ambassadeurs sous la direction du flûtiste, Alexis Kossenko). Enfin, Quatuors de Haydn, Mendelssohn, Beethoven par le Quatuor Arod dans l’ambiance feutrée, tardive de l’Abbaye à 22h. Une fin de journée qui s’achève comme un songe dans le vaste corps minéral de l’Abbaye…

Jean-Sébastien Bach : la Messe en si mineurVOLETS THEMATIQUES. Parmi les fils thématiques à Saintes que le festivalier retrouve chaque année avec plaisir : JEAN-SEBASTIEN BACH. Après l’excellent choeur Vox Luminis le 15 juillet à 12h30 (Motets), ne manquez pas Les Variations Goldberg par Benjamin Alard (clavecin, le 16 juillet, 22h), les Cantates BWV 182, 131, 103 par Gli Angeli (ensemble Suisse dirigé par Stephan MacLeod, le 17 à 12h30 ; puis qui récidive le 19, même heure, pour les BWV 181, 127 et 75) ; sans omettre la somptueuse et grave Cantate BWV 198 Trauer-Ode (Vox Luminis déjà cité, le 18 juillet à 12h30). Ce dernier concert affiche aussi la MUSIQUE ANGLAISE BAROQUE (qui peut-être un autre fil conducteur : soit Ode pour l’anniversaire de la Reine Mary) ; à suivre donc avec le lendemain, 19 juillet, 22h : Devotionnal songs and Anthems de Purcell (la Rêveuse), et aussi le prometteur rv intitulé « l’Orgue du sultan » (le 21 juillet, 22h, où les musiques de Dowland, Byrd dialoguent avec des airs traditionnels ottomans / Ensembles Sultan Veled et Achéron / François Joubert-Caillet, direction).

christie420Parmi les autres temps forts du festival estival de Saintes 2017, nous avons sélectionné : le concert des musiciens du JOA à l’adresse des plus jeunes (dès 3 ans si accompagnés, le 16 juillet, 10h45 puis 12h à l’Auditorium) ; les madrigaux de Monteverdi (450è anniversaire en 2017, par Voces Suaves, Tobias Wicky (le 16 juillet, 19h30). L’événement de cette édition reste la présence de William Christie, en ambassadeurs des passions barqoeus sacrées et en pédagogue affûté, formateur… avec son ensemble Les Arts Florissants (sublime programme de musique baroque française du XVIIè : Le Reniement de Saint-Pierre de MA Charpentier et une sélection de musique pascale, le 17 juillet, 19h30) ; mais aussi pilotant le JOA, dans une session nouvelle symphonique dont l’aboutissement est à l’affiche de l’Abbatiale, le 21 juillet, 19h30 (Symphonies n°85 La Reine, et n°82 « L’Ours » de Haydn, Airs de concert de Mozart avec Emmanuelle de Negri, soprano). De son côté, l’Orchestre des Champs Elysées, seconde phalange orchestrale emblématique de la Cité musicale à Saintes, propose deux concerts immanquables également : Concerto pour clavier n°23 K488 et Symphonie n°36 « Linz » (Bertrand Chamaillou, pianoforte, et Alessandro Mocia, premier violon et direction, le 18 juillet, 19h30), et comme conclusion du festival 2017 : Symphonie n°1 de Brahms, Lieder avec orchestre de Wolf (Möricke) et de Mahler (Lieder eines fahrenden gesellen), avec Dietrich Henschel, baryton, sous la direction de Philippe Herreweghe.

 
 

Wilhem_Latchoumia-Anthony_Arquier_face_yeux_fermesEnfin parmi nos coups de coeur 2017 : Nevermind et Jean Rondeau dans un programme opportun en 2017 dédié (en partie) à Telemann (Quatuors parisiens n°1 et 4, le 18 juillet à 22h) ; le Collegium Vocale Gent (Kaspar Putnis, direction) dans un programme Schnittke et Ligeti (de ce dernier, le sublime Lux Aeterna, le 19 juillet, 19h30) ; le récital de piano de Wilhem Latchoumia (Debussy, Falla, Mompou…, le 20 juillet, 12h30) ; Ode à sainte Cécile et le Dixit Dominus de Händel par Vox Luminis (le 20 juillet également mais plus tard à 19h30) ; le Vivaldi plein de fièvre et d’élégance par la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti (Il teatro alla modo, le 22 juillet à 13h30).

 

 
 

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saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDVoilà de quoi construire vos journées à Saintes, riches en découvertes, écrins et réservoirs d’émotions musicales comme il en existe rarement en France : ici, quoique l’on dise : l’unique lieu et la beauté de son architecture centenaire assure une cohérence unique chaque été. L’édition 2017 s’annonce à nouveau exceptionnelle par la diversité des formes, répertoires, comme des profils artistiques… dans un lieu envoûtant et désormais incontournable du mois de juillet.

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du Festival de Saintes 2017.

http://www.abbayeauxdames.org/festival-de-saintes/ 

 
 

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CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd Aparté)

armide russet talent lyriques cd apart review cd critique cd classiquenews le CLIC mars 2017CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd Aparté). L’ultime ouvrage lyrique de Lully fait les réputations, adoube les volontés artistiques : des chefs s’y sont cassé les dents ; dévoilant des limites trop sérieuses à ce qui paraît tel le chef d’oeuvre de la tragédie française en musique où à la fin du XVIIè à Versailles, comptent autant le texte que la tension musicale. Armide exige donc autant des chanteurs que des acteurs, véritable diseurs comme au théâtre. D’autant que l’orchestre n’accompagne pas : il développe des climats et des atmosphères nouveaux, annonçant le grand Rameau climatologue au XVIIIè. Réalisé à Paris, Salle Pierre Boulez de la Philharmonie en décembre 2015, le spectacle saisi sur le vif, expose d’indiscutables atouts.

CLIC_macaron_2014Surtout sur le plan orchestral, moins au registre de l’intelligibilitĂ© parfaite de la langue si raffinĂ©e de Quinault. Armide articule un texte autant Ă©difiant que d’une exceptionnelle efficacitĂ© dramatique : aux langueurs et doutes de la magicienne amoureuse succèdent, l’abandon suicidaire après une rĂ©sistance teintĂ©e de haine (IV) : ce dernier tableau, Ă©pisode d’un tragique lugubre et grimaçant. Mais ici, genre versaillais oblige, le naturel et l’expressif se doivent de toujours servir et respecter la noblesse la plus articulĂ©e. Autant dire que la partition sert l’un des poèmes les plus passionnants de Philippe Quinault, lequel comme le compositeur nĂ© florentin mais naturalisĂ© français, se surpasse, offrant avec Armide, l’apothĂ©ose de la tragĂ©die en musique que le règne de Louis XIV se devait de possĂ©der. En 1786, malgrĂ© des scandales et cabales en tous genres, – y compris le dĂ©saveu du Roi pour son cher ami musicien, Armide suscita dès sa crĂ©ation, une immense (et lĂ©gitime) succès : le gĂ©nie de Lully se dĂ©voile sans fard, en une coupe sans faille.

rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonComme dans ses prĂ©cĂ©dents Lully – qui compose Ă  prĂ©sent un sĂ©rieuse collection thĂ©matique dĂ©diĂ©e au gĂ©nie lyrique de Lully, Ch. Rousset et ses Talens Lyriques ne manquent pas d’expressivitĂ© souple dans l’articulation du drame français, ce dès le Prologue qui en dehors de sa conformitĂ© au genre, permet surtout aux musiciens de trouver un Ă©quilibre entre pupitres, de chauffer une sonoritĂ©, de s’associer surtout aux voix, solistes et chorales. Ainsi l’art français voit grand, comme le château pour lequel le spectacle a Ă©tĂ© conçu, ce Versailles qui en impose par son dĂ©corum (suite des danses premières : EntrĂ©e, menuet, Gavotte…), et de façon surprenante par sa poĂ©sie (flĂ»te dès l’EntrĂ©e majestueuse…). Il faut donc un Ă©quilibre subtile dans le geste et la rĂ©alisation interprĂ©tative. Ni trop grandiloquent ni trop maniĂ©ré… naturel et sobre. Une tension permanente cependant canalisĂ©e par le flux organique de la danse, omniprĂ©sente dans l’explicitation de la tragĂ©die. Un vrai dĂ©fi. Moins sec qu’à son habitude, moins mĂ©canique aussi dans la rĂ©alisation (contrairement Ă  ses Rameau, souvent), le chef sait s’attendrir, ouvrir de belles portes Ă©vocatrices, nuancer la portĂ©e et dĂ©clamatoire et nostalgique de la Gavotte (entre autres). D’autant que les deux premières voix, – comme deux fĂ©es des lieux enchantĂ©s et royaux, c’est Ă  dire Gloire et Sagesse savent projeter un texte qui n’est rien que complaisant et de circonstance : le piquant et clair soprano de Marie-Claude Chappuis se dĂ©tache en Sagesse (comme sa Sidonie postĂ©rieure dans le drame), quand Judith van Wanroij dĂ©ploie un beau veloutĂ©, naturellement princier (osons dire « versaillais »), mais Ă  l’articulation hĂ©las paresseuse (dĂ©faut qui s’affirme dans sa PhĂ©nice, et qui revient rĂ©gulièrement dans ses prestations, sans qu’aucun coach ni prĂ©parateur ne l’aide Ă  perfectionner son articulation).

Lully_versailles_portraitOPERA LINGUISTIQUE… La machinerie sublime qui se déroule à travers ses 5 actes met à nu, le cœur d’Armide, fière souveraine et magicienne intrigante qui jusqu’au IV et sa confrontation avec le personnage plein de hargne supérieure de la Haine (formidable Marc Mauillon qui sait rester articulé et … sobre), s’obstine à résister en vengeance et orgueil. Mais ce que Lully dévoile, c’est l’empire de l’amour sur une âme noble, orgueilleuse, qui saisie dans les rêts de l’amour, s’humanise, semble accepter de souffrir et mourir pour Renaud qui ne répond pas au sien. Mais c’est mal connaître cette furie que la passion rend hideuse… ainsi que le dévoile sa dernière envolée, en déité outrée, blessée, qui détruit tout et ne pardonne rien. Avant les Gluckistes du XVIIIè, favorisés par Marie-Antoinette, Vogel, Sacchini, avant la Médée de Cherubini, Lully impose un génie tragique pathétique et fantastique de première valeur : jamais outrancier grâce à l’élégance de la langue, toujours élégant et nerveux grâce au flux contrasté de ses étonnantes danses dont le rythme même est fusionné aux aspects du drame.

Dans ce labyrinthe amoureux qui célèbre l’omnipotent Amour,- sa vérité essentielle contre le monde des enchantements-, la caractérisation des personnages passe des accents guerriers, tempétueux, expressifs, à l’expression d’un abandon d’une étonnante sensualité, qui ne doit pas cependant sacrifier la tension et la précision de la déclamation (le sommet en serait l’air de l’amant fortuné superbement enchâssé dans le flux de la Passacaille du V : subtile, articulé et pourtant si naturel Cyril Auvity). Il y a donc chez les solistes, le défi de l’intonation et du caractère qui fait l’humeur ; il y a aussi, surtout, l’articulation et l’intelligibilité, autre défi autrement et totalement crucial dans l’interprétation de l’opéra français baroque, en particulier pour les drames lullystes comme les ouvrages du XVIIè : le verbe de Quinault apporte une seconde langue musicale, doublant les épisodes instrumentaux qui enchaînent souvent une collection d’airs rapides, nerveux, étonnamment contrastés, réalisant tout le muscle et la tenue du flux dramatique dans sa continuité. De ce point de vue, l’équilibre et l’explicitation orchestrale à laquelle atteignent chef et instrumentistes des Talens Lyriques enchantent et captivent.

OPERA LINGUISTIQUE ET ORCHESTRAL
L’opéra français versaillais à son meilleur

CĂ´tĂ© chanteurs, le bon niveau gĂ©nĂ©ral, mĂŞme pour certain encore perfectible, complète et conforte l’éloquence et la fluiditĂ© expressive de l’orchestre. Parfois un rien maniĂ©rĂ©e dans la rĂ©alisation des ornements, Marie-Adeline Henry sait brosser d’Armide, un portrait d’abord direct et brutal ; puis de plus en plus tendre de la magicienne, Ă  mesure qu’elle saisit Ă  sa juste mesure la vĂ©ritĂ© de l’amour qu’elle Ă©prouve pour Renaud ; en rompant avec les illusions, artifices et enchantements, la soprano fait surgir peu Ă  peu la profonde solitude qui la rĂ©vèle Ă  elle-mĂŞme. C’est au diapason d’une force guerrière, un volcan qui se passionne et tempĂŞte, mais aussi un coeur dĂ©passĂ© et finalement dĂ©muni face Ă  la vĂ©ritĂ© de ses sentiments. Aussi après la sublime Passacaille du V, – mĂ©tamorphose musicale qui se fait le miroir de la transformation qui saisit alors le cĹ“ur et l’âme de l’hĂ©roĂŻne, la chanteuse approche grâce Ă  une Ă©conomie et une sobriĂ©tĂ© de mieux en mieux maĂ®trisĂ©e, la vĂ©ritĂ© d’un chant lucide, enfin pleinement humain qui souffre et pourtant renaĂ®t Ă  lui-mĂŞme dans une rĂ©vĂ©lation de sa propre solitude, plongeant cependant Ă  la fin dans le faux espoir d’une si vaine fureur vengeresse… et destructrice.
Suave lui aussi, et d’un français impeccable, le Renaud d’Antonio Figueroa sait soigner le français de Quinault en un phrasé constamment maîtrisé, soucieux du verbe, de son volume comme de son caractère, autant que de la ligne. Son chant demeure d’une sobre élégance, d’une inflexible certitude, malgré les mille séductions de la magicienne (jusqu’au dernier duo où l’on regrettera un léger dérapage de justesse : … « trop malheureuse Armide…. ») : vétille comparé à ce que réalise auparavant le chanteur montréalais.
AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmLe nerf linguistique et le relief accentué des solistes déjà cités : Marc Mauillon (Aronte, La Haine), Marie-Claude-Chappuis (sagesse, Sidonie, bergère héroïque), Cyril Auvity (portrait ci-contre) mémorable amant fortuné dont nous avons détaché la justesse expressive), mais aussi le noble et racé Hidraot (oncle de la magicienne : Douglas Williams), comme l’Ubalde d’Etienne Bazola… apportent la couleur si délectable des récits parfaitement maîtrisés. Sans vraiment démériter, l’Artémidore d’Emiliano Gonzalez Toro peine davantage que les autres : voix serrée et constamment vibrée (un élément hors sujet chez Lully, quand il est systématisé).
D’une architecture lumineuse, fouillant l’intention d’exposition des caractères dans le Prologue puis l’acte I ; comme l’exposition de la passion qui se joue ensuite, l’expression de la haine (III), puis la dĂ©solation de la Magicienne, entre rage, abandon puis destruction dans les IV et V, le chef canalise tous les volets d’une tragĂ©die parmi les mieux Ă©laborĂ©es qui soient : aciditĂ© mordante des joutes guerrières ; douceur alanguie des Ă©vocations plus nostalgiques des divertissements (enchantement pastorale Ă  travers l’air de la NaĂŻade au II – avant la suspension de l’action et l’émergence d’une pause purement instrumentale dans les deux Airs / l’équivalent du vertige atemporel rĂ©alisĂ© dans le sommeil d’Atys). A son mĂ©rite revient l’articulation somptueuse des danses et des divertissements, la coloration de plus en plus prĂ©sente de l’orchestre – vĂ©ritable acteur aux cĂ´tĂ©s des solistes. Ainsi s’accomplit le basculement de la scène lyrique française, de l’éclatante apothĂ©ose du Prologue (artifice), au tragique noir et haineux du drame (vĂ©ritĂ©). Lully finalement favorise contre tout ce qui est dit et dĂ©fendu par de nombreux interprètes Ă©trangers Ă  sa vĂ©ritĂ©, l’émergence de la psychĂ©, le dĂ©voilement d’une profondeur Ă©motionnelle, hors action et confrontations dramatiques. VoilĂ  le sens cachĂ© des ballets et divertissements : la musique nous dit bien autre chose et diffĂ©remment de l’action purement théâtrale. Un aspect Ă  la fois grave et nostalgique que reprendra Rameau au siècle suivant. Les Talens Lyriques comprennent cette richesse poĂ©tique et l’expriment pour notre plus grand plaisir. Hier, seuls Les Arts Florissants et l’indĂ©passable William Christie, savaient Ă©lucider et Ă©clairer cette coloration si essentielle.
En dépit des petites défaillances ici et là relevées chez les solistes, voici assurément l’un des meilleurs enregistrements baroques français des Talens Lyriques (à ranger aux côtés de leur excellent récital récent avec l’électrisante mezzo Ann Hallenberg, 1 cd également Aparté, couronné par un CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2016 : Farinelli : a portrait).

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armide russet talent lyriques cd apart review cd critique cd classiquenews le CLIC mars 2017CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, Christophe Rousset – enregistrĂ© Ă  la Philharmonie de Paris, en dĂ©cembre 2015, 2 cd ApartĂ©) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

PARIS, exposition Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017

valentin de boulogne concertPARIS, EXPOSITION : Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017. Le titre de la première rétrospective dévolue à Valentin de Boulogne, le plus romain des peintres français (comme Nicolas Poussin plus tard) est bien connu des spécialistes de la peinture du Seicento (XVIIIè siècle). Moins du grand public, qui découvrira dans l’exposition présentée par le Musée du Louvre, un exceptionnel génie pictural, créateur inégalé entre réalisme et allégorie, clair-obscur et introspection… un immense artiste qui comme son modèle Caravage, fut érudit, lettré, et aussi habituel pilier de tavernes (la légende probablement véridique voudrait qu’il périsse noyé dans une fontaine de Rome, alors qu’il sortait d’une taverne copieusement ivre…) ; mais à la différence de Caravage, Valentin sut s’affirmer à Rome, devenant un artiste particulièrement adulé, recherché, estimé des amateurs dont les membres de la famille patricienne Barberini. Comme rarement, Paris expose une intégrale de son oeuvre, dont l’analyse est aujourd’hui bien documentée.

PEINTRE MELOMANE… Après un récap chronologique de ses périodes et des manières concernées, CLASSIQUENEWS a souhaité surtout souligner la valeur et l’originalité d’un peintre passionné par la musique qui représente un nombre de « Concerts » et de musiciens, unique à son époque. Violonistes, gambistes, luthistes, flûtistes, joueuse de tambourin… mais aussi jeune chanteurs jalonnent et habitent un cycle de créations originales, à la fois portraits collectifs et scènes de genre, comme subtiles allégories, poétiques et critiques de la condition humaine… soit une collection singulière de représentation de musiciens avec leurs instruments dont le réalisme et l’éloquente gravité intérieure frappent immédiatement le regard. En 6 tableaux sur des sujets musicaux, CLASSIQUENEWS a visité l’exposition présentée au Louvre, pour mieux mesurer le raffinement et la culture qui soustendent une œuvre atypique et captivante au début du XVIIè à Rome. A voir au Louvre à Paris, jusqu’au 2 mai 2017.

 

 

 

EVOLUTION DE L’ECRITURE PICTURALE
Mais avant, rappelons quelques notions

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre1620-1630. L’exposition propose un parcours chronologique particulièrement complet. Entre 1610 et 1620, Valentin peint le quotidien, comme Ribera, Cecco del Caravaggio, Manfredi, mais plus proche encore de leur modèles à tous, Caravage, car il portraiture des modèles issus de la rue romaine : joueurs de cartes, tricheurs, peuple pittoresque, truculent des tavernes, chiromancie (bohémiennes, diseuses de bonne aventure). Les cadrages sont serrés, focusant sur les êtres, leur interaction, dans des situations psychologiques tendues, où parfois, plusieurs actions sont reproduites (également selon le modèle Caravagesque : alors qu’une bohémienne lit les lignes de la mains de son client, un voleur lui dérobe sa bourse, selon l’adage du trompeur trompé…). La maîtrise des contrastes et du clair-obscur est saisissante : Valentin indique aussi précisément le personnage principal, ou les divers protagonistes d’un drama silencieux (dont il fait du spectateur, le témoin complice) grâce à des coups de projeteurs, selon un parti photographique et même cinématographique.
Les grandes scènes de Concert appartiennent à cette période clé, où le peintre relit aussi en un vertige philosophique et moral, les références à l’histoire (Concert au bas-relief, Louvre). Comme les Vénitiens au siècle précédents, Valentin maîtrise autant le réalisme de ses figures et modèles que la palette chromatique, d’un raffinement unique à son époque : textures textiles, matières fourrées, plumes ou bois des instruments, . tout est prétexte à un traitement sensible des matières dans une lumière subtilement tamisée…

 A cela s’ajoute une profondeur mĂ©lancolique, une gravitĂ© exceptionnelle qui fixe les traits des modèles dans une caractĂ©risation introspective, – miroir de l’âme dĂ©voilĂ©e, accents d’une vĂ©ritĂ© qui renoue lĂ  encore avec l’exemple de Caravage et la vĂ©ritĂ© de ses modèles. La preuve est donnĂ©e ainsi que Valentin, contrairement Ă  beaucoup d’autres Caravagesques, rĂ©ussit Ă  “rĂ©inventer” la leçon du maitre pour tous, selon le titre de l’exposition du Louvre. Rares les peintres capables d’Ă©galer en invention et poĂ©sie l’art du Caravane : de toute Ă©vidence, Valentin de Boulogne en fait partie.

A partir de 1630, le peintre enrichit encore ses dispositions (compositions), accentuant la valeur symbolique aux cĂ´tĂ©s du rĂ©alisme quotidien de l’écriture formelle. Scènes monumentales, figures isolĂ©es, portraits de bustes ou en pied, (Saint-Jean Baptiste, Saint Jean-de-Maurienne), tableaux collectifs (Reniement de Saint Pierre, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi, Florence ; Soldats jouant aux cartes, Washington). Valentin nous laisse alors ses grandes scènes sacrĂ©es au souffle Ă©pique et humain considĂ©rables : (Christ et la femme adultère, Getty, – chef d’oeuvre absolu qui touche tant par la gravitĂ© solitaire, le profond recueillement Ă©motionnel qui semble saisir chaque personnage… (Le couronnement d’épines, Munich / Le Christ chassant les marchands du Temple, Palais Barberini).

 

 

concert de valentin de boulogne

 

 

SUCCES ROMAINS… La pĂ©riode 1627-1630 est aussi celle des succès et de la reconnaissance Ă  Rome : les commandes de la famille Barberini et de celle du pape Urbain VIII se multiplient. Une faveur que ne connut jamais Caravage qui malgrĂ© son Ă©rudition et son gĂ©nie pictural, dut s’exiler toujours en raison de sa vie scandaleuse. Pour les Barberini : Valentin conçoit l’étonnante AllĂ©gorie de l’Italie (Institut Finlandais de Rome) : le Tibre rappelle une sculpture antique et pourrait ĂŞtre tout autant un modèle tirĂ© de la rue. IdĂ©alisme, naturalisme, Ă©rudition, rĂ©alisme populaire voire trivial (pour ses dĂ©tracteurs : soit les mĂŞmes critiques Ă©noncĂ©s contre Caravage), Valentin met son gĂ©nie formel – rĂ©alisme et raffinement chromatique au service de compositions Ă  clĂ©s qui font sens aussi par leurs concepts symboliques et leur riche rĂ©sonance poĂ©tique. Grâce au cardinal Francesco Barberini, Valentin obtient une commande pour la Basilique saint-Pierre : Martyre de Saint Procès et Martinien (Pinacothèque Vaticane) d’une maĂ®trise saisissante, Ă©galant les retables prĂ©cĂ©dents de Poussin, et Simon Vouet. Alors que les deux premiers fondent leur art sur le dessin et la couleur, Valentin semble les rĂ©unir tous les deux, en une vision qui frappe aussi par sa vĂ©ritĂ© (rĂ©alisme poĂ©tique).

 

Valentin, peintre français à Rome, comme Nicolas Poussin, est célébré pour son immense talent dès son vivant : deux toiles sont installées dans la chambre de Louis XIV à Versailles : Saint Marc et Saint Matthieu (toujours en place in loco, restaurés pour l’exposition parisienne). Sa côte est même immense après sa mort en 1632, survenu brusquement après une séance bien arrosée dans une taverne de Rome : le peintre amoché se noya dans l’eau glacée de la fontaine du Babuino. Mais fin collectionneur, Mazarin achète près de 9 toiles, qui entrent ensuite dans les collections royales, puis le Louvre. Permettant au musée français de réunir aujourd’hui, le noyau le plus important de ses oeuvres.

PARIS, exposition VALENTIN DE BOULOGNE. Jusqu’au 22 mai 2017

 

 

 

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Les 6 CONCERTS de l’exposition parisienne

Notre sélection, notre parcours en 6 tableaux : 5 Concerts et 1 Allégorie ou les 4 âges de la vie

 

 

 

Valentin-de-boulogne-concert-louvre1- Le CONCERT AU BAS RELIEF (Louvre). La composition s’organise autour d’un cube dont l’angle au milieu de la toile fait saillie : ainsi Valentin a-t-il idĂ©alement intĂ©grĂ© le relief antique, dans une composition qui frappe par sa pĂ©nombre : les visages semblent surgir de la nuit, comme le profil du relief antique du marbre qui le contient (relief romain reprĂ©sentant les Noces de ThĂ©tis et PelĂ©e – terre cuite conservĂ©e au Louvre Ă©galement). Le parallèle est important : il confère Ă  cette scène apparemment rĂ©aliste et populaire, issue de la taverne (comme l’indiquent la prĂ©sence des 2 buveurs), un sens allĂ©gorique profond, que semble occuper l’esprit plutĂ´t songeur du jeune garçon au centre : bouche bĂ©ante, le regard qui nous fixe tout en Ă©tant rĂŞveur, la joue droite dans la main droite (signe de la mĂ©lancolie), il rĂ©flĂ©chit sur le sens de la vie, de sa vie, entre une vie de plaisir et d’insouciance et l’exigence d’en extraire un accomplissement. Qui suis je ? Que sera ma vie ? … autant de questions qui traversent son esprit, dĂ©jĂ  mature. Un fort Ă©clairage inonde aussi la joueuse de guitare, dont le regard lointain exprime elle aussi une riche vie intĂ©rieure.
Pas moins de 3 musiciens s’attablent Ă  cette cĂ©lĂ©bration critique de l’existence : entourant la guitariste, le violoniste Ă  gauche et le jouer de luth Ă  droite. Sur un fond neutre, – intĂ©rieur ou extĂ©rieur (comme chez Caravage), soit un lieu indĂ©terminĂ©, les personnages semblent jaillir de la nuit, comme un songe. Tel n’est pas le moindre des paradoxes de la peinture de Valentin de Boulogne dont le grand rĂ©alisme des figures, se met au service d’une poĂ©sie humaine d’une indicible nostalgie.

 

 

 

concert de valentin de boulogne2- Le CONCERT vers 1628 (que nous aimons appelĂ© le « Grand concert », au regard de son format et du nombre de musiciens engagĂ©s, instrumentistes et chanteurs ; Ă©galement conservĂ© au Louvre), regroupe toutes les caractĂ©ristiques que nous avons dites prĂ©cĂ©demment, mais dans une conception renouvelĂ©e de la composition : ici a contrario de toutes les compositions connues – plutĂ´t frontale et statique, s’impose le mouvement. C’est un instantanĂ© inĂ©dit, d’un souffle inouĂŻ, assurĂ©ment la peinture de musiciens en pleine action, parmi les plus rĂ©ussies et les plus justes qui soient de toute l’histoire de la peinture. A Rome, Valentin suit la mode musicale, il en peint mĂŞme les jalons de la rĂ©volution instrumentale qui s’accomplit Ă  son Ă©poque. La forme concertante met les instruments en avant ; comme l’écriture monodique avec basse continue, – emblème du Baroque triomphant, se met aussi au service du chant, mais un chant incarnĂ© oĂą le texte est dĂ©clamĂ© / chantĂ© Ă  la première personne. Cette forte incarnation se lit dans le rĂ©alisme des figures : tous portraits, saisissants chacun par leur caractĂ©risation et leur forte individualitĂ©, comme nerveuse, passionnĂ©e ; d’autant plus manifeste, que Valentin n’a peint que des figures en mouvement, saisies dans l’élan musical et vocal qui les anime et les mĂŞle l’une Ă  l’autre en une complicitĂ© collective ; sont particulièrement bien portraiturĂ©s :
-le jeu des archets et des mains sur les cordes
-les expressions habitées
-les chanteurs : deux garçons probablement, bouches ouvertes en pleine interprétation
-l’attitude de la continuiste, bras tendus, poignets et mains souples, chantournées au clavier
-les visages expriment l’intensité de la vie, la passion dans le partage et l’harmonie collective
-le joueur de cornet semble lui aussi tout absorbé par son jeu et la partition ouverte, et comme sublimé, lointain, dans son monde sonore…
Les musiciens à gauche ferment le pupitre : basse de viole et théorbiste à la formidable armure argentée qui nous fait dos, et semble nous refuser l’accès de cette complicité collective qui s’exprime comme un seul corps.

Ce bouillonnement en groupe est d’autant plus expressif qu’il semble lui aussi jaillir de la pénombre, sur un fond neutre ; les visages et les mains s’y détachent avec un relief aigu, comme s’il s’agissait là encore d’un groupe sculpté antique, mais saisi en plein mouvement et en pleine lumière.

 

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre3- Le flûtiste ingénu. La scène de taverne est bien connu et ici ses acteurs protagonistes tout à fait identifiables : un gentilhomme aventurier, coiffe emplumée, épée à la ceinture se sert du vin, pendant qu’une entraîneuse voire davantage, séduit le jeune flûtiste, qui sous l’effet de l’alcool, ne s’aperçoit pas que la bohémienne, verre levé elle aussi au dessus de sa tête et derrière lui, lui dérobe sa bourse. Le sujet de trompeur trompé est récurrent chez les Caravagesques : on le retrouve aussi chez Georges de La Tour ou Simon Vouet. Valentin traite la scène en y ajoutant l’élément musical où le jeu de la flûte absorbe toute la concentration du jeune homme, proie de ce jeu de dupes. Dans une composition plus claire que les Concerts, le raffinement des couleurs, la touche fluide, vaporeuse qui brosse de très beaux portraits là encore affirment la maestrià du peintre français à Rome.

 

 

 

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4- Le Concert au Tambourin 1. Selon une formule fixée dans le Concert au bas relief du Louvre, Valentin a multiplié les compositions où instrumentistes et buveurs semblent attablés sur un bloc de marbre antique dont l’angle perce la toile au centre de la composition. Ici le raffinement explicite des couleurs offre une variation chromatique particulièrement efficace au sujet musical. La nouveauté vient de la présence de la femme au tambourin, saisie sur le vif comme ses partenaires masculins : joueur de violon à gauche et luthiste à droite, ce dernier absorbé par la partition qui est ouverte entre le bord de la table et ses genoux. L’interaction entre les personnages est rétablie entre la musicienne qui regardant vers le violoniste, et semble s’accorder avec lui. Ici le jeu instrumental est plus suggéré que représenté et décrit soigneusement. L’impression de mouvement et l’effet d’instantané s’affirment selon une formule dont on déduit qu’elle reçu un grand succès auprès des amateurs romains dans les années 1620.

 

 

 

5- Le Concert au tambourin 2 (« Musiciens et soldats », Strasbourg, vers 1620). Ce grand tableau renouvelle lui aussi le clair obscur légué par le Caravage dans le genre de la scène de taverne. Un milieu que Valentin connaît bien pour l’avoir assidûment fréquenté. Ce nocturne collectif associe musiciens, soldats et buveurs, là encore comme attablés à un grand cube dont l’un des angles transperce la toile en son centre. Les 5 personnages malgré le titre qui suppose un jeu collectif et une certaine complicité, semblent absents aux autres. Aucun ne se regarde : tous semblent abîmés dans leur propre solitude. Seule la joueuse de tambourin, au centre nous regarde, elle surgit de l’ombre dévorante et semble nous extraire de la torpeur générale, à peine animée par le jeu du violoniste de droite, au geste mou et rêveur, et derrière lui, le flûtiste, à peine perceptible au second plan, plus enfoncé encore dans la pénombre. La poésie intérieure est l’élément le plus frappant de ce concert comme voilé par un onirisme secret et lui aussi mélancolique.

 

 

 

ok-quatre-ages6- Les quatre âges de la vie (1627-29, National Gallery Londres). Valentin peintre poète, plutôt érudit aime jouer des symboles et des allégories. Autour d’une table, 4 figures paraissent, deux nous regardent ; deux rêvent, comme absorbées par leur propre réflexion. Le jeune garçon vient probablement de libérer un oiseau en ouvrant la cage qu’il tient entre les mains : l’envol du volatile suggère le temps qui passe et court, entraînant les âges qui sont le sujet du tableau. Que faire contre la fuite du temps ? Ce pourrait être aussi en référence à la cage, l’Amour cruel qui enchaîne les coeurs trop tendres…
A gauche, le luthiste, a fière allure, et nous fixe non sans attirer notre regard, jusqu’à nous interpeler de façon troublante. Complétant la figure de l’enfant, le jeune homme chante l’amour, inaccessible, indomptable dont chacun, au printemps de sa vie, souffre et apprend les morsures amères.
A droite, un soldat couronné tenant un livre ouvert dans sa droite, est endormi : pense-t-il aux victoires et aux récompenses (dérisoires) qu’il a obtenues en sacrifiant sa vie entière ? Que reste-t-il des ors et de la gloire militaire ? : sa couronne a des feuilles bien flétries. Enfin au centre, le vieillard à la barbe, semble nous dire, verre à la main : « toi qui passes, profites de la vie ; elle ne passe pas : elle court ». Il porte un col fourré, évoquant la froideur de l’hiver car chaque âge symbolise aussi les quatre Saisons.
Personnages resserrés, en buste, raffinement chromatique, réalisme de la touche, surtout intensité intérieure de chaque individualité : tout Valentin est là, dans cette sobriété et cet équilibre qui exprime surtout des portraits humains; touchants par leur vérité. Velazquez s’en souviendra quand il séjournera à Rome en 1629. Il saura saisir comme nous aujourd’hui, ce réalisme qui a le goût des matières et des éclairages en clair obscur, selon le modèle légué par Caravage. Mais l’Espagnol retiendra surtout la vérité de chaque modèle, véritable portrait qui apporte une poésie inédite alors parmi les caravagesques. Chaque visage recèle une intériorité profonde et comme inquiète, exprimant un regard sur la vanité des choses, et la fugacité de la vie. La perte, le deuil de chaque âge et la transformation permanente peuvent aussi servir de message sousjacent. Peut-être Valentin, peintre érudit et fin lettré ne l’oublions jamais-, adhère t il à la poétique espérante d’Ovide : « Chaque forme varie et prend un autre nom. / De la nature ainsi l’ordre se renouvelle. / Le mode est passager, la matière éternelle / (… )/ Ce qu’on appelle mort est un changement d’être. / Finir ou commencer, c’est ou mourir ou naître » .

 

 


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textes des notices par Carter Chris-Humphray, Lucas Irom et Alexandre Pham
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