CD, compte rendu critique.MENDELSSOHN : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5. Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (3 cd DG Deutsche Grammophon)

Mendelohn-Symphonies-1-5-Coffret-Edition par classiquenews critique compte rendu cd review cd clic de classiquenewsCD, compte rendu critique. MENDELSSOHN : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5. Chamber Orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (3 cd DG Deutsche Grammophon). Plus Ă  son aise grĂące au relief des voix et dans une construction fragmentaire par Ă©pisodes caractĂ©risĂ©s, le chef vedette NĂ©zet-SĂ©guin suscite ici quelques rĂ©serves voire limites dans sa direction purement symphonique. Et s’il Ă©tait meilleur chef lyrique que symphonique ? Cette intĂ©grale captĂ©e Ă  Paris des opus de Mendelssohn (Symphonies 1-5) tend Ă  le dĂ©montrer : vision globale brillante mais routiniĂšre (exploitant bien il est vrai les qualitĂ© chantantes et de solistes du Chamber Orchestra of Europe) et heureusement, meilleure n°2 (symphonie cantate avec solistes et choeur, d’autant plus intĂ©ressante qu’elle est mail connue – mais ses effectifs requis ne la rendent-ils pas difficile Ă  rĂ©aliser ?).

 

ExcÚs démonstratif ?

 

 

Avouons que les deux premiĂšres Symphonies 1 et 3 (dite « Écossaise » de 1842) ne dĂ©collent pas, relevant d’une honnĂȘte lecture, parfois scolaire. Les choses s’affirment plus nettement en nervositĂ© et en vigueur comme en dramatisme, avec cette Ă©lĂ©gance qui n’écarte pas une certaine classe virile, trĂšs mendelssohnienne, avec le CD2 et cette Symphonie oratorio / symphonie Cantate n°2 « Lobgesang » / Chant de louange / hymne pour la paix. Toute la tendresse fraternelle d’un Mendelssohn europĂ©en, digne successeur de Beethoven (dont il partage d’une certaine maniĂšre le muscle) et des LumiĂšres s’affirme dans ce format souvent puissant et Ă©perdu (le Schumann des oratorios dont La PĂ©ri, ou Le PĂšlerinage de la rose ne sont pas loin de cet esprit de proclamation de plus en plus lumineuse). Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ajoute Ă  une belle Ă©nergie souvent dĂ©taillĂ©e (le directeur lyrique n’est pas absent ; il sera d’ailleurs bientĂŽt directeur musical du Metropolitan de New York), oĂč percent et s’expriment avec beaucoup de caractĂšre le chant des instruments solistes : cors, trombones, clarinette (fin de l’entrĂ©e maestoso), ou hautbois dans l’allegretto qui suit
 ; chaque Ă©pisode est riche en subtilitĂ©s et transparence, motricitĂ© rythmique, beau galbe dynamique ; toujours, le chef soigne l’expressivitĂ© et une fluiditĂ© expressive qui s’avĂšre prenante, envoĂ»tnate mĂȘme par ce travail sur le poli et le galbe. Du trĂšs bel ouvrage, pilotĂ© par une vision qui manque hĂ©las de la vision synthĂ©tique d’un architecte dramatique.
La Symphonie n°2 « Lobgesang » est la plus convaincante. Les solistes requis, soit les sopranos Karina Gauvin et la jeune et dĂ©jĂ  remarquĂ©e Regula MĂŒhlemann (fine mozartienne, cf son rĂ©cent disque Mozart Ă©ditĂ© par Sony) apporte une indiscutable fragilitĂ© humaine Ă  leur duo (avec cor et choeur, andante 5, plage 9). Mais le vibrato parfois Ă©crasĂ© et trop ample de la premiĂšre s’accorde mal Ă  l’incandescente juvĂ©linitĂ© de sa cadette
 Comme chez Schumann, Mendelssohn veille Ă  l’équilibre aĂ©rien entre les voix, le choeur et la soie orchestrale dont il faut un flux d’une Ă©tonnante liquiditĂ©. Daniel Behle cisĂšle son abattage et son articulation – un rien martial dans son air soliste: « Stricke des Todes“
, Allegro un poco agitato, 6. La verve et le panache que dĂ©ploie le chef font merveille dans une partition qui se rapproche du Schumann le plus dramatique (Genoveva). Les sĂ©ances d’enregistrement se sont dĂ©roulĂ©es Ă  Paris (Philharmonie), en fĂ©vrier 2016 dans le prolongement des concerts qui en ont Ă©tĂ© en quelque sorte la chauffe.
La marmite symphonique exhibe une belle fluiditĂ© articulĂ©e dans le premier mouvement de la Symphonie Italienne n°4, mais le nerf se montre lĂ  encore rĂ©pĂ©titif. L’Andante con moto manque de
 mystĂšre dans une tendresse intĂ©rieure traitĂ©e comme une marche parfois expĂ©diĂ©e. La prise soigne le dĂ©tail des timbres ; la belle vivacitĂ© collective. Le brillant parfois clinquant sur l’intĂ©rioritĂ© d’une pensĂ©e juste et poĂ©tique. Pour autant est-ce rĂ©ellement suffisant ? Cet Andante con moto indique les limites d’une lecture admirable de nettetĂ© et d’équilibre mais creuse voire artificielle : la facilitĂ© technique et mĂ©canique du geste cache mal en dĂ©finitive l’absence de profondeur et de climats intĂ©rieurs qui tempĂšrent l’esprit de victoire de l’écriture mendelsohnnienne : son art ne se rĂ©duit pas Ă  un pur jeu formel et trĂ©pidant . Dur diagnostic. MĂȘme mis en place, rien que
 mĂ©tronomique et mĂȘme intensitĂ© du geste dans le Saltarello. C’est fougueux mais trop dĂ©monstratif.

VoilĂ  pourquoi nous attendions le premier Andante d’ouverture de la RĂ©formation n°5 : dont l’ampleur et la profondeur toute en pudeur convoque lĂ  encore la pure effusion et une subtilitĂ© mystĂ©rieuse qui doit saisir par sa gravitĂ© foudroyante. A trop vouloir faire sonner son formidable orchestre (cors, trompettes
 les cuivres en gĂ©nĂ©ral), le chef perd l’ombre, l’étoffe de la suggestion,
 lĂ  encore l’énigmatique, qui colore toute l’oeuvre de Mendelssohn, sous son entrain lumineux : le surgissement de l’inexprimable, la sidĂ©ration et la rĂ©vĂ©lation du sublime (ce que Wagner utilisera Ă  la fin du siĂšcle dans Parsifal pour exprimer lui aussi le divin, la manne qui descend sur terre)
 hĂ©las, le geste trop puissant, malgrĂ© une flexibilitĂ© admirable des cordes, bascule dans un bavardage de façade : le brillant coĂ»te que coĂ»te comme s’il voulait dĂ©libĂ©rĂ©ment tout gommer en trouble comme en failles angoissantes : le jeu de la clarinette et des cordes dans l’allegro qui suit, tourne au systĂšme, une belle mĂ©canique instrumentalement trĂšs polissĂ©e, d’une onctuositĂ© sĂ©duisante. Ainsi l’intĂ©rioritĂ© parfois trop explicite de l’Andante, mais le relief hyperintense de la flĂ»te (rĂ©citative 3b menant vers le Choral, et son irrĂ©pressible grandeur exclamative) dont le dialogue avec les bois de l’harmonie, amorce le triomphe final et sa fanfare suractive. ProblĂšme d’ajustement, de vision et de plan poĂ©tique, cette quasi intĂ©grale manque rĂ©ellement de profondeur et de finesse ambivalentes. Certes Ă©nergie et fiĂšvre voire fougue sont bien lĂ  : mais dĂ©pourvus de gravitas, le geste s’écroule, ennuie, sonne creux. Quel dommage. A chacun de juger selon son exigence dans l’écoute du Mendelssohn symphoniste.

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CD, compte rendu critique. Felix Mendelssohn : Symphonies, n°1 ; n° 2 en si bĂ©mol majeur, «Lobgesang», opus 52 — Karina Gauvin, Regula MĂŒhlemann (sopranos), Daniel Behle (tĂ©nor) ; n° 3 en la mineur, «Schottische» / (Ecossaise), opus 56 ; n°4 (Italienne), n°5 «( RĂ©formation) — RIAS Kammerchor, Chamber Orchestra of Europe, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin (direction). 3 cd DEUTSCHGE GRAMMOPHON, live enregistrĂ© Ă  Paris, fĂ©vrier 2016.

Compte rendu critique, opéra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet

HALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-cropCompte rendu critique, opĂ©ra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet. Avec Meyerbeer, gĂ©nie lyrique autrement plus cohĂ©rent, HalĂ©vy a marquĂ© la scĂšne romantique française Ă  l’époque du grand opĂ©ra oĂč l’éclectisme nĂ©ohistorique et post classique Ă©taient de mise pour renouveler le portrait des protagonistes, Ă©prouvĂ©s dans le souffle de l’histoire collective. Cette Reine de Chypre, dĂ©cidĂ©e opportunĂ©ment, marque la lente rĂ©surrection sur la scĂšne de HalĂ©vy, aprĂšs le dvd Clari (oĂč brillait en 2008, le diamant vocal et dramatique de l’ensorceleuse et amoureuse Cecilia Bartoli), aprĂšs La Juive, rĂ©cemment jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra du Rhin
 Alors que vaut cette Reine de Chypre de 1841? PrĂ©parĂ©e certainement avec le sĂ©rieux requis, la production n’est pas la rĂ©ussite attendue, loin de lĂ . La direction musicale et l’absence d’un vrai tĂ©nor, digne du chant français (Ă  croire qu’en France, en cas de dĂ©sistement, il n’existe aucun tĂ©nor digne d’un tel rĂŽle, ce malgrĂ© l’essor du chant lyrique actuel?), attĂ©nuent considĂ©rablement l’enthousiasme final.
Les flons flons et facilitĂ©s qui Ă©maillent la partition, assez conforme et prĂ©visible finalement, indiquent une partition qui n’est pas le chef d’oeuvre annoncĂ©. Certes on note l’engagement de l’équipe artistique autour du chef, partenaire familier de l’exercice, d’une nervositĂ© parfois tendue qui ne manque pourtant jamais d’énergie dĂ©monstrative (Ă  son crĂ©dit citons entre autres, quoique dĂ©jĂ  « anciennes », d’époustouflantes cantates de d’Ollone, premier prix de Rome-, et un Dimitri (1876) du wagnĂ©rien JonciĂšres (2014)
 qui en leur temps – passĂ©?-, savaient ĂȘtre autrement plus fluides, onctueux, brillamment articulĂ©s. On ne dira pas pour autant comme certains que sa direction surligne la pompe inscrite dans la musique, mais souvent, – triste faille, le geste et la comprĂ©hension gĂ©nĂ©rale, manquent singuliĂšrement de nuances. Et l’opĂ©ra romantique français en souffre ; il en sort, Ă©crasĂ©, comme assassinĂ© sous son image de gigantisme ampoulĂ©. AU sortir de la soirĂ©e en demi teintes, pas sĂ»r que les spectateurs aient Ă©tĂ© charmĂ©s par une recrĂ©ation “prometteuse” et les atours du grand opĂ©ra romantique français…

 

 

 

Dans l’attente du disque, un concert dĂ©sĂ©quilibrĂ© qui manque de nuances


 

Ici, osons dire que l’approche frise la lecture Ă  vue, en particulier pour le tĂ©nor qui a Ă©tĂ© choisi, malheureusement aprĂšs une suite d’annulations (Marc Laho puis Cyrille Dubois sollicitĂ©s tour Ă  tour, ont dĂ» renoncer), au dernier moment. Or en Coucy, l’amant de Catarina Cornaro, il s’agit bien du personnage clĂ© de l’opĂ©ra d’HalĂ©vy : y brillait comme nul autre, en partie pour son fameux ut de poitrine, le fameux tĂ©nor vedette Duprez .
S’il n’était pas le premier rĂŽle de l’ouvrage, le concert eut Ă©tĂ© passionnant. Mais voix frĂȘle souvent absente, aigus tirĂ©s et articulation incertaine, SĂ©bastien Droy n’était pas Ă  son affaire. On prĂ©sume alors ce qu’aurait pu exprimer dans un rĂŽle primordial, un tĂ©nor comme Michael Spyres (heureux nantais et angevins qui l’entendront en septembre prochain dans le Faust de Berlioz, les 15 et 23 septembre prĂ©cisĂ©ment : Ă©vĂ©nement de la rentrĂ©e lyrique) : l’amĂ©ricain illumine actuellement la scĂšne par son timbre de grande classe, une subtilitĂ© alliĂ©e Ă  une technique flexible et rayonnante. D’une partition qui se passe Ă  Venise, le chef souligne surtout l’ampleur et la puissance d’une Ă©criture qui veut plaire et sĂ©duire plutĂŽt que toucher et Ă©mouvoir.
PrivĂ© d’un vrai grand tĂ©nor, la partition de la Reine de Chypre reste dĂ©sĂ©quilibrĂ©e. C’est d’autant plus navrant que la soprano vedette, prĂ©sentĂ©e comme un bel argument, VĂ©ronique Gens (Catarina Cornaro) assoit lĂ  encore son timbre racĂ©, de tragĂ©dienne distinguĂ©e dans le rĂŽle titre (bien qu’elle n’a pas le mezzo probablement plus ample que la crĂ©atrice Rosine Stoltz). Ainsi se concrĂ©tise le destin d’une femme amoureuse (du chevalier français, GĂ©rard de Coucy), obligĂ©e par les Doges vĂ©nitiens d’épouser le futur roi de Chypre (Lusignan) : le devoir plutĂŽt que le sentiment. Tension propre au drame français style « grand opĂ©ra ». Spectacle consternant que ses duos amoureux avec Coucy
 lequel se cherche encore une couleur, une prĂ©sence dans une partition qui l’a totalement dĂ©passé  Catarina ne devient effectivement Reine qu’au VĂšme acte : elle peut alors Ă©craser la puissance vĂ©nitienne qui l’avait entraver, et offrir Ă  son peuple libertĂ© et dignitĂ©. Et aussi recouvrer son amour ancien pour Coucy, devenu entre temps chevalier de Malte
 Contrairement Ă  Meyerbeer qui ne transige jamais si’l faut tuer ses hĂ©ros (cf Le ProphĂšte, bientĂŽt sur la scĂšne du Capitole Ă  Toulouse), HalĂ©vy prĂ©fĂšre adoucir la veine sombre, grave, tragique, quitte Ă  en diluer l’impact terrifiant.

Aux cĂŽtĂ©s de Gens, on repĂšre l’intriguant et fourbe Mocenigo (Eric Huchet, bras armĂ© de la SĂ©rĂ©nissime) ; l’excellent baryton Etienne Dupuis (dĂ©jĂ  remarquĂ© dans ThĂ©rĂšse de Massenet il y a quelques annĂ©es Ă  Montpellier), Lusignan tendre donc humain, mais aussi formidablement intelligible, et d’une Ă©lĂ©gance naturelle, Ă  mille lieues du chant imprĂ©cis de Droy. Les tableaux collectifs, eux, bĂ©nĂ©ficient de l’articulation du ChƓur de la radio flamande, toujours trĂšs convaincant. Mais tous pĂątissent du dĂ©sĂ©quilibre prĂ©alablement regrettĂ©. Une rĂ©surrection en forme de dĂ©ception. Mais le disque annoncĂ© dans la foulĂ©e devrait rĂ©parer ce concert Ă  demi rĂ©ussi. A suivre.

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Compte rendu critique, opéra en concert. PARIS, TCE, le 7 juin 2017. HALEVY : La Reine de Chypre. Gens, Dupuis, Niquet. En version de concert.

HALEVY : La Reine de Chypre
Opéra en cinq actes, livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
CrĂ©Ă© Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique le 22 dĂ©cembre 1841

Catarina Cornard : VĂ©ronique Gens
GĂ©rard de Coucy : SĂ©bastien Droy
Jacques de Lusignan : Etienne Dupuis
Andrea Cornard : Christophoros Stamboglis
Mocenigo : Eric Huchet
Strozzi : Artavazd Sargıyan
Un hĂ©raut d’armes : Tomislav Lavoie

ChƓur de la Radio flamande
Orchestre de chambre de Paris
Hervé Niquet, direction

LILLE PIANO(S) FESTIVAL : 3 jours fous

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14Ăš Festival de piano Ă  Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensĂ© d’expĂ©riences musicales destinĂ©es au plus grand nombre, (dont les enfants particuliĂšrement gĂątĂ©s), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversitĂ©, les rencontres, la transversalitĂ© sont Ă  l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernĂ©s : concertos, rĂ©citals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de mĂ©tissages sonores dĂ©coiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de IsmaĂ«l Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-SaĂ«ns
, c’est Ă©galement l’accordĂ©oniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe
). Les festivaliers et spectateurs participent Ă  un vĂ©ritable kalĂ©ĂŻdoscope musical. OrchestrĂ© en complĂ©mentaritĂ© avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours Ă  l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fĂȘtĂ©e, abordĂ©e, sublimĂ©e (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc
 , Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini de Rachmaninov, .

3 JOURS d’invention et d’audace / Le clavier dans tous ses Ă©tats et sur tous les fronts de l’expĂ©rimentation… Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki
 certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

OPERA FUOCO et DAVID STERN jouent BACH

Jean-SĂ©bastien Bach : la Messe en si mineurPARIS, Philharmonie. OPERA FUOCO, JS BACH, le 4 juin 2017, 17h. Rien de plus enivrant et stimulant sur le plan musical et spirituel qu’une bonne cantate de JS BACH. L’ivresse sonore, le dĂ©passement, la jubilation instrumentale, sans omettre la conjonction de la grille harmonique et de la symbolique des nombres entre autres, sont au rendez vous pour nous parler d’espoir et ou de dĂ©sespĂ©rance, selon les textes liturgiques mis en musique ; toujours, la musique du divin Bach transporte dans un autre monde, accompagne l’ñme inquiĂšte voire angoissĂ©e, pour mieux rebondir et s’élever, jusqu’à la jubilation de la rĂ©vĂ©lation. S’il n’a pas composĂ© d’opĂ©ras Ă  proprement parlĂ©, JS Bach dans sa longue et spectaculaire productions de cantates ne se modĂšre jamais dans l’expression des passions de l’ñme qui mĂȘme fervente, exprime tous les sentiments humais, dans leur intensitĂ© et avec une justesse peu commune. C’est assurĂ©ment le cas des deux sublimes cantates (BWV 1 et 12) que dirige le chef DAVID STERN et son ensemble sur instruments d’époque, OPERA FUOCO. Chefs et instrumentistes accompagnent, dialoguent, portent la jeune gĂ©nĂ©ration de chanteurs talentueux (songez que la jeune mezzo Lea Desandre, rĂ©cente Victoire de la musique classique obtenue en fĂ©vrier dernier sur France 3, a fait partie de la prĂ©cĂ©dente promotion des jeunes chanteurs d’OPERA FUOCO). Ce 4 juin ce sont entre autres Dania El Zein (soprano), Martin Candela (tĂ©nor), Alexandre Artemenko (baryton) qui relĂšvent les dĂ©fis de l’intĂ©rioritĂ©, l’articulation, la vĂ©ritĂ© du message sacrĂ©.

 

 

 

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiCHANTEZ BACH !!! En outre, programmé pendant le week end « AMATEURS » de la Philharmonie (week ends des concerts participatifs), les 3 et 4 juin 2017, le concert réunit aussi des chrostes amateurs et des collégiens franciliens, aux cÎtés des plus jeunes voix de la Maitrise des Hauts de Seine. Car les chorals des deux cantates sont assurés par plusieurs groupes de chanteurs non professionnels, préparés depuis des semaines par les équipes scolaires et pédagogiques, pour relever le défi du chant en public avec des professionnels. Prochain grand reportage sur classiquenews du projet BACH +.

 

 

 

Programme

 

Concerto Brandebourgeois n°3

Cantate BWV 12 – “Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen” en sol mineur
Solistes : Angélique Noldus (mezzo-soprano), Dania El Zein (soprano), Alexia Macbeth (mezzo-soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Cantate BWV 1 – “Wie schön leuchtet der Morgenstern”
Solistes : Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Choeur : Maitrise des Hauts-de-Seine
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Orchestre Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

 

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RESERVATIONS et INFORMATIONS, cliquez ici
Plus d’infos sur le site d’Opera Fuoco
Qu’est ce que la compagnie lyrique fondĂ© par David Stern en 2002,  OPERA FUOCO : fonctionnement, objectif, identitĂ© : VOIR notre grand reportage OPERA FUOCO, de Paris Ă  Shanghai

David Stern et Opera Fuoco jouent BACH Ă  la Philharmonie

Jean-SĂ©bastien Bach : la Messe en si mineurPARIS, Philharmonie. OPERA FUOCO, JS BACH, le 4 juin 2017, 17h. Rien de plus enivrant et stimulant sur le plan musical et spirituel qu’une bonne cantate de JS BACH. L’ivresse sonore, le dĂ©passement, la jubilation instrumentale, sans omettre la conjonction de la grille harmonique et de la symbolique des nombres entre autres, sont au rendez vous pour nous parler d’espoir et ou de dĂ©sespĂ©rance, selon les textes liturgiques mis en musique ; toujours, la musique du divin Bach transporte dans un autre monde, accompagne l’ñme inquiĂšte voire angoissĂ©e, pour mieux rebondir et s’élever, jusqu’à la jubilation de la rĂ©vĂ©lation. S’il n’a pas composĂ© d’opĂ©ras Ă  proprement parlĂ©, JS Bach dans sa longue et spectaculaire productions de cantates ne se modĂšre jamais dans l’expression des passions de l’ñme qui mĂȘme fervente, exprime tous les sentiments humais, dans leur intensitĂ© et avec une justesse peu commune. C’est assurĂ©ment le cas des deux sublimes cantates (BWV 1 et 12) que dirige le chef DAVID STERN et son ensemble sur instruments d’époque, OPERA FUOCO. Chefs et instrumentistes accompagnent, dialoguent, portent la jeune gĂ©nĂ©ration de chanteurs talentueux (songez que la jeune mezzo Lea Desandre, rĂ©cente Victoire de la musique classique obtenue en fĂ©vrier dernier sur France 3, a fait partie de la prĂ©cĂ©dente promotion des jeunes chanteurs d’OPERA FUOCO). Ce 4 juin ce sont entre autres Dania El Zein (soprano), Martin Candela (tĂ©nor), Alexandre Artemenko (baryton) qui relĂšvent les dĂ©fis de l’intĂ©rioritĂ©, l’articulation, la vĂ©ritĂ© du message sacrĂ©.

 

 

 

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiCHANTEZ BACH !!! En outre, programmé pendant le week end « AMATEURS » de la Philharmonie (week ends des concerts participatifs), les 3 et 4 juin 2017, le concert réunit aussi des chrostes amateurs et des collégiens franciliens, aux cÎtés des plus jeunes voix de la Maitrise des Hauts de Seine. Car les chorals des deux cantates sont assurés par plusieurs groupes de chanteurs non professionnels, préparés depuis des semaines par les équipes scolaires et pédagogiques, pour relever le défi du chant en public avec des professionnels. Prochain grand reportage sur classiquenews du projet BACH +.

 

 

 

Programme

 

Concerto Brandebourgeois n°3

Cantate BWV 12 – “Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen” en sol mineur
Solistes : Angélique Noldus (mezzo-soprano), Dania El Zein (soprano), Alexia Macbeth (mezzo-soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Cantate BWV 1 – “Wie schön leuchtet der Morgenstern”
Solistes : Dania El Zein (soprano), Martin Candela (ténor), Alexandre Artemenko (baryton)
Choeur : Maitrise des Hauts-de-Seine
Avec le choeur des amateurs et des collégiens préparés au concert

Orchestre Opera Fuoco
David Stern, direction

 

 

 

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Qu’est ce que la compagnie lyrique fondĂ© par David Stern en 2002,  OPERA FUOCO : fonctionnement, objectif, identitĂ© : VOIR notre grand reportage OPERA FUOCO, de Paris Ă  Shanghai

OPERAS. 3 REEDITIONS remastĂ©risĂ©es. Tristan (Boehm, 1966), La Traviata (Kleiber, 1977), Fidelio (Bernstein, 1978) – Deutsche Grammophon

OPERAS. REEDITIONS remastĂ©risĂ©es Ă©vĂ©nements. Tristan (Boehm, 1966), La Traviata (Kleiber, 1977), Fidelio (Bernstein, 1978). Deutsche Grammophon rĂ©Ă©dite en format optimisĂ© c’est Ă  dire remastĂ©risĂ© conforme Ă  la prise originale, complĂ©tĂ© pour chaque ouvrage par un Blu-ray Disc / High fidelity Pure audio, 3 jalons lyriques qui auront renforcĂ© davantage son immense rĂ©putation comme label lyrique majeur.

wagner bohm tristan und isolde deutesche grammophon 1966 nilsson windgassen ludwig BayreuthBÖHM Ă  BAYREUTH Ă©tĂ© 66
 L’aventure de ce triptyque s’écrit d’abord Ă  Bayreuth Ă  l’étĂ© 1966 dans un LIVE saisissant de plĂ©nitude subtile, transparente et intense, dĂ©livrant un Wagner que Karajan n’aurait pas renier tant le drame, l’élĂ©gance intĂ©rieure, la pure poĂ©sie s’accomplissent de façon Ă©gale. Karl Boehm / Böhm dirige les forces vives du Festival de Bayreuth avec une distribution idĂ©ale (dans une mise en scĂšne de Wieland Wagner, plus oratorio et austĂšre que visuellement foisonnante. C’est surtout le geste du chef, immense straussien aussi (sa Femme sans ombre est demeurĂ©e avec celle de Karajan et Sinopoli, anthologique : grĂące Ă  une souplesse nuancĂ©e qui n’appartient qu’aux plus grands). Ici la voile symphonique dĂ©taille chaque Ă©pisode Ă©motionnel, fait surgir la formidable psychĂ© brumeuse et d’une voluptĂ© vĂ©nĂ©neuse qui fait du chant orchestral, un fleuve au mĂ©tal Ă  la fois incandescent et fascinant. La soie transparente et prenante des instruments exprime ce jaillissement du tragique onirique qui ne cesse de captiver jusqu’à la fin du drame, entre mort et rĂ©surrection, ombre et lumiĂšre, Eros et Thanatos. En 1966, Bayreuth atteint un sommet artistique et affirme une belle intuition dans la coopĂ©ration exceptionnelle des protagonistes : femmes ivres, abandonnĂ©es Ă  la lyre extatique (diamant expressif de Birgit Nilsson dont on mesure l’attrait pour les Ă©lans passionnĂ©s, Ă©perdus, radicaux ; suavitĂ© complice et fĂ©minine de la sublime BrangĂ€ne de Christa Ludwig, exceptionnellement articulĂ©e, dĂ©clamatoire, hallucinĂ©e) ; les hommes se hissent au meilleur : ivresse tendre vaincue du Tristan de Wolfgang Windgassen ; blessure noble du Marke royal de Martti Talvela, tendresse lumineuse et elle aussi incandescente du matelot de Peter Schreier
 L’acte II, celui de l’extase amoureuse, oĂč les agents de la nuit surgissent permettant aux amans maudits de s’embraser, s’unir, se transcender hors du temps et de l’espace, et d’affirmer la suprĂ©matie enchanteresse de leur union, (cd2) est de loin le plus saisissant (travail des timbres, souffle de l’orchestre, ĂąpretĂ© et souplesse de tout l’orchestre
), Boehm (Ă  72 ans) assure un accomplissement qui Ă©claire l’oeuvre autant que les versions lĂ©gendaires elles aussi de Karajan et de Carlos Kleiber (Ă©galement Ă©ditĂ©es par DG Deutsche Grammophon).

VERDI carlos kleiber la traviata cotrubas domingo cd review critique cd par classiquenews 92501C859150768280B24A57778205D2VERDI : LA TRAVIATA. Comme BoĂ«hm en 1966, Kleiber fils en 1977 sait ciseler la tension d’un orchestre virtuose (OpĂ©ra d’état Bavarois, Munich), sachant exprimer en particulier la psychĂ© intĂ©rieure, d’essence profondĂ©ment tragique de l’orchestre : dans cette approche oĂč prime avant tout le souffle de l’orchestre, sa capacitĂ© Ă  installer climats et situations (souvent dĂ©crits Ă  travers ou selon la sensibilitĂ© de l’hĂ©roĂŻne), la puissante activitĂ©s des sentiments s’inscrit au devant de la scĂšne sonore. DĂšs le dĂ©part, s’insinue trĂšs subtilement le drame qui va inĂ©luctablement, et aussi la promesse de salvation, grĂące Ă  la mĂ©tamorphose de la pĂȘcheresse qui sacrificielle, s’est sauvĂ©e elle-mĂȘme (en renonçant Ă  Alfredo et en acceptant de se laisser humilier par lui car il s’est senti abandonnĂ© et trahi lui-mĂȘme quant elle l’a quitté  L’ivresse poĂ©tique – sobre et intense Ă  la fois qui Ă©mane de l’ouverture affirme une vision magistrale sur le drame qui dĂ©bute alors : la version vaut surtout par la rĂ©alisation orchestrale, vĂ©ritable mise en contexte des situations acte par acte. Carlos Kleiber semble jouer sa propre vie et son salut aux cĂŽtĂ©s de la courtisane Violetta : les instruments brillent d’un feu intĂ©rieur, d’une ivresse Ă©perdue et parfois hallucinĂ©e – qui touche mĂȘme au sublime dans le prĂ©lude du III qui prĂ©cĂšde l’apparition de la pĂȘcheresse consumĂ©e par son sacrifice mais en rĂ©alitĂ© sauvĂ©e par la puretĂ© de ses intentions. L’agilitĂ© tendre d’Ileana Cotrubas (ailleurs trĂšs convaincante Manon de Massenet : Traviata et Manon auront Ă©tĂ© ses plus grands rĂŽles), la sincĂ©ritĂ© du chant de Placido Domingo (Alfredo), la noblesse racĂ©e mais implacable de Germont pĂšre (Sherill Milnes) apportent leur inoubliable vĂ©ritĂ© expressive, faisant de La Traviata, un mĂ©lo touchant par la sincĂ©ritĂ© du huit-clos et l’efficacitĂ© du temps musical qui rejoint ici, comme jamais, grĂące Ă  la baguette Ă©lectrisante de Carlos Kleiber, le temps thĂ©Ăątral.

beethoven fidelio bernstein janowitz popp Kollo cd review cd critique by classiquenews -preview-m3_350x350BEETHOVEN : FIDELIO. A Vienne en 1978, Bernstein retrouve un orchestre (Wiener Philharmoniker) avec lequel le chef amĂ©ricain sut cultiver d’étonnantes affinitĂ©s artistiques et poĂ©tiques
 Soixantenaire alors, – nĂ© en 1918, le maestro du Massachussets sait imprimer une sensibilitĂ© versatile qui Ă©lectrise le plus souvent les Ă©pisodes majeurs, propice Ă  une exaltation de l’instant qui fait de son enregistrement un hymne non au dĂ©sespoir mais Ă  l’espĂ©rance et Ă  la vie : constance, tĂ©nacitĂ© , ferveur contre l’enfermement arbitraire; voilĂ  qui renforce le chant Ă©perdu lui aussi et d’une belle subtilitĂ© de Gundula Janowitz, Leonore/Fidelio de braise, ardente, tendre et Ă©lĂ©gante ; la force virile Ă©prouvĂ©e de Florestan, – RenĂ© Kollo, dont le chant ardent, tendu, blessĂ© exprime la souffrance de tous les prisonniers, injustement incarcĂ©rĂ©s, victimes de l’injustice despotique : leur duo Ă©perdu et de dĂ©livrance au II (plage 7 : Duett « O namenlose Freude ! », Ă  l’annonce de l’arrivĂ©e de Don Fernando, saisit par son intensitĂ© et l’intelligence des phrasĂ©s Ă©noncĂ©s piano. Le couple plus tendre Jaquino / Marzelline : Adolf Dallapozza / surtout la lumineuse Lucia Popp, apporte l’épaisseur des seconds rĂŽles : ĂȘtres de chair qui souffrent et interagissent avec les protagonistes contraints. MĂȘme engagement et portraits ciselĂ©s pour les hommes d’autoritĂ© : le diabolique et haineux gouverneur Pizarro (Hans Sotin, impĂ©rial, inflexible, glaçant) et le libĂ©rateur de la derniĂšre minute, Don Fernando (Dietrich Fischer-Dieskau, articulĂ©, embrasĂ©, saisissant de rĂ©alisme et de sincĂ©rité  comme Lucia Popp d’ailleurs). Le puriste, soucieux du nerf dramatique regrettera une certaine mollesse Ă  certains passages, MAIS, accordĂ© idĂ©alement aux voix, le chant de l’orchestre – dĂ©taillĂ©, magistral par sa lumiĂšre intĂ©rieure et son irrĂ©pressible tension active, façonne ici un Fidelio, dĂ©bordant de vie et de conflits simultanĂ©s (impĂ©tuositĂ© et intĂ©rioritĂ© soudaine – mozartienne, des ensembles du II). L’intĂ©gration de l’ouverture Leonore III, avant le finale, est une idĂ©e gĂ©niale qui rĂ©capitule par le seul chant des instruments de l’orchestre ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, et inscrit la rĂ©alisation dans le symbole et le mythe universel : la fraternitĂ© vaincra toutes les Ă©preuves nĂ©es de l’injustice et de la tyrannie. Bernstein sait distiller Ă©nergie martiale et aussi tendresse, en une fougue orchestralement irrĂ©sistible (soit 15mn d’argumentation lumineuse qui synthĂ©tise et l’esprit des LumiĂšres, les apports les plus positifs de la RĂ©volution française, et l’audace inouĂŻe de l’écriture beethovĂ©nienne dont l’énergie dit une aube nouvelle pour l’humanitĂ© dĂ©sireuse de se rĂ©gĂ©nĂ©rer enfin – hors de la guerre et de la barbarie : un monde idĂ©al que l’opĂ©ra et l’esprit de Beethoven ne cessent de proclamer en une priĂšre nerveuse, ardente, dĂ©terminĂ©e : sublime ; ainsi comme un deus ex machina, autoritĂ© suprĂȘme Fernando / Fisher-Dieskau (irrĂ©pressible esprit de justice) rĂ©alise ce passage de l’obscuritĂ©, de l’obscurantisme Ă  la lumiĂšre des fraternitĂ©s rĂ©tablies / cd II, plage 8).

CLIC D'OR macaron 200BONUS : outre le Blu-ray disc high fidelity pure audio, ajoutĂ© pour chaque ouvrage, l’éditeur Deutsche Grammophon soigne la publication des livres cd avec pour chacun, une notice dĂ©veloppĂ©e comprenant prĂ©sentation de l’oeuvre ou de l’interprĂ©tation par le chef concernĂ©, rĂ©sumĂ© / synopsis de l’action, enfin livret INTEGRAL traduit en français. Que demander de plus ?
3 OPERAS EVENEMENTS, CLICS de CLASSIQUENEWS de juin 2017.

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OPERA, rééditions événements. Deutsche Grammophon : 3 livres cd comprenant les cd audio remastérisés + 1 blu-ray Disc HF Pure audio

WAGNER : TRISTAN UND ISOLDE
Windgassen · Nilsson · Talvela
WÀchter · Ludwig · Heater
Chor und Orchester der
Bayreuther Festspiele
Karl Böhm (LIve Bayreuth 1966)

VERDI : La Traviata
Cotrubas · Domingo · Milnes
MalagĂč · Jungwirth · Gullino
Bayerischer Staatsopernchor
Bayerisches Staatsorchester
Carlos Kleiber (VIENNE, 1976 et 1977)

BEETHOVEN : Fidelio
Janowitz · Popp · Kollo · Sotin
Fischer-Dieskau · Jungwirth
Dallapozza
Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
Leonard Bernstein, VIENNE 1978

cotrubas-ileana-582-traviata-giuseppe-verdi-ileana-cotrubas-carlos-kleiber-cd-review-critique-cd-par-classiquenews-must-absolu

LILLE PIANO(S) Festival

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14Ăš Festival de piano Ă  Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensĂ© d’expĂ©riences musicales destinĂ©es au plus grand nombre, (dont les enfants particuliĂšrement gĂątĂ©s), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversitĂ©, les rencontres, la transversalitĂ© sont Ă  l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernĂ©s : concertos, rĂ©citals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de mĂ©tissages sonores dĂ©coiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de IsmaĂ«l Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-SaĂ«ns
, c’est Ă©galement l’accordĂ©oniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe
). Les festivaliers et spectateurs participent Ă  un vĂ©ritable kalĂ©ĂŻdoscope musical. OrchestrĂ© en complĂ©mentaritĂ© avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours Ă  l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fĂȘtĂ©e, abordĂ©e, sublimĂ©e (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc
 , Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini de Rachmaninov, .

3 JOURS d’invention et d’audace / Le clavier dans tous ses Ă©tats et sur tous les fronts de l’expĂ©rimentation… Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki
 certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

Livre Ă©vĂ©nement. Bernard Wodon : L’opĂ©ra dans l’histoire (Editions de la Province de LiĂšge)

wodon bernard l opera dans lhistoire critique annonce compte rendu par classiquenews livre evenement clic de classiquenews 638b45c22d61e24deb1c89a4705125a79e12ba71Livre Ă©vĂ©nement. Bernard Wodon : L’opĂ©ra dans l’histoire (Editions de la Province de LiĂšge). Pour un trĂšs large public, voici un guide de comprĂ©hension dĂ©diĂ© au thĂ©Ăątre lyrique en Europe dont sa thĂ©matique, croisant art et politique, Ă©largit la vision du genre. PlutĂŽt que de s’interroger sur le genre et ses multiples formes, le livre offre surtout une large synthĂšse, balayant esthĂ©tismes, Ă©critures, triomphes, sujets, mobilitĂ© gĂ©ographique aussi des uns et des autres
 Remontant Ă  1600 en Europe (et mĂȘme auparavant), puis 200 ans plus tard en AmĂ©rique, « l’opĂ©ra reflĂšte les thĂšmes culturels et les diffĂ©rents aspects de la vie quotidienne ». Le texte prĂ©cise sans phrasĂ©ologie pseudoscientifique ni posture spĂ©cialisĂ©e (le plus souvent indigeste et labyrinthique), « contexte historique, style lyrique, dĂ©cor de thĂ©Ăątre et biographie des compositeurs regroupĂ©s par Ă©coles, composant ainsi un florilĂšge des principales oeuvres du rĂ©pertoire ». En outre Bernard Wodon complĂšte concrĂštement le panorama et « rĂ©sume les arguments, clarifie les principaux termes musicaux, s’attarde parfois plus longuement sur les grands succĂšs ». En 9 chapitres, l’auteur prĂ©sente les principaux jalons esthĂ©tiques qui ont marquĂ© l’histoire lyrique en Europe et jusqu’aux AmĂ©riques. PrĂ©mices, naissance du genre Ă  l’ñge baroque, en deux actes : « FĂ©erie du Baroque (1600-1700) », et « Ultimes feux baroques (jusqu’à 1750) » ; puis Classicisme Ă  travers deux volets : « premier souffle (1750-1770) » et « ultime souffle (1770-1800) ; romantisme, Ă©galement abordĂ© en deux temps : « premier Ă©lan (1800-1850) », puis « second Ă©lan (1850-1900) ». Le XXĂš est Ă©voquĂ© de façon malheureusement assez confuse – il est vrai que le foisonnement des esthĂ©tiques et rĂ©actions artistiques s’y accumulent non sans mĂ©lange inextricable ; ainsi la pĂ©riode occupe les deux derniers chapitres : « Schisme de la modernitĂ© (1900-1950) puis « avant-gardes (1950-2016) », bouclĂ©s par une conclusion on ne peut plus gĂ©nĂ©rale. Mais si le but premier de ce guide trĂšs facile Ă  lire et Ă  consulter, est de susciter la recherche et la curiositĂ©, il aura certainement rempli sa mission. Son cheminement chronologique pose les jalons de la connaissance, identifie les repĂšres et structure la pensĂ©e critique.

Art et politique, opĂ©ra et histoire, l’équation permet de comprendre comment les ouvrages ont marquĂ© leur temps, rencontrer leur public, fait Ă©cho dans la marche des idĂ©es et des Ă©vĂ©nements jusqu’à parfois provoquer des Ă©pisodes sociohistoriques d’envergure, et prĂ©cipiter le cours des faits marquants dans la marche de l’Histoire
 Ainsi le connaisseur retiendra moult anecdotes complĂ©tant sa comprĂ©hension des Ă©vĂ©nements, et l’amateur pourra restructurer sa vision globale grĂące Ă  la perspective historique dĂ©voilĂ©e ainsi par Ă©poque et par pays. Avec l’émergence et l’essor des genres opĂ©ratiques Ă  travers le monde, c’est bien pour chaque territoire qui le porte et l’inspire, l’éclosion d’une conscience nationale. FiertĂ© patriotique, l’auteur Ă©videmment aborde de façon biographique puis Ă  travers la catalogue des oeuvres synthĂ©tisĂ©es, les figures qui ont marquĂ© le gĂ©nie liĂ©geois, croisant le plus souvent l’histoire du pays proche, la France : c’est le cas des liĂ©geois GrĂ©try (inventeur de l’opĂ©ra comique en France), du nordique Gossec (nĂ© dans une enclave française aux Pays-Bas) : GrĂ©try Gossec d’ailleurs rĂ©alise une Ă©tonnante continuitĂ© esthĂ©tique et musicale, malgrĂ© les soubresauts de l’histoire et des rĂ©gimes politiques qui se succĂšdent non sans cataclysmes ; puis CĂ©sar Franck (nĂ© Ă  LiĂšge, naturalisĂ© français Ă  l’ñge de 50 ans
, professeur et mentor de tout une gĂ©nĂ©ration de romantiques français tardifs : Duparc, Chausson, Ropartz, Bordes, Lekeu, d’Indy, 
). Au regard de la carriĂšre de ces trois compositeurs de gĂ©nie, l’histoire des musiciens concrĂ©tisent des parcours d’une indĂ©niable cohĂ©sion artistiques, malgrĂ© le chaos du contexte qui les marque chacun. A lire indiscutablement et Ă  utiliser selon ses dĂ©couvertes lyriques.

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Livre Ă©vĂ©nement. Bernard Wodon : L’opĂ©ra dans l’histoire (Editions de la Province de LiĂšge) – Prix indicatif : 29€ — ISBN: 9782390100645. Parution : avril 2017 — 16cm X 24cm — 544 pages. Editions de la Province de LiĂšge, collection « Histoire ».

On doit du mĂȘme auteur chez le mĂȘme Ă©diteur, un guide dĂ©diĂ© Ă  l’histoire de l’art dans le territoire liĂ©geois en Belgique (1000 ans de rayonnement artistique liĂ©geois, septembre 2016).

BRUNO PROCOPIO, une symphonie française au Costa Rica

PROCOPIO-bruno-vignette-582-portrait-concerts-maestro-chef-classiquenews-582-594COSTA RICA. BRUNO PROCOPIO, le 26 mai 2017 : une Symphonie française
 AprĂšs le Venezuela et le BrĂ©sil, le claveciniste et chef d’orchestre franco-brĂ©silien Bruno Procopio affirme une maestriĂ  unique, riche de sa double nationalitĂ© et un engagement exceptionnel pour faire rayonner la musique française outre-Atlantique. Le jeune maestro poursuit un travail exemplaire dans le dĂ©frichement et pour la comprĂ©hension des auteurs français en AmĂ©rique. Maestro transatlantique, ainsi classiquenews dans un portrait dĂ©sormais emblĂ©matique, a surnommĂ© celui qui aujourd’hui entre ancien et nouveau monde, a la capacitĂ© par une sensibilitĂ© singuliĂšre liĂ©e Ă  sa double identitĂ©, française et brĂ©silenne, d’exprimer la profondeur, l’audace, la suprĂȘme Ă©lĂ©gance des Français du XVIIĂš et du XIXĂš : depuis l’articulation et la rythmique baroque (jubilatoire chez Rameau qu’il joue depuis toujours, du clavecin ou Ă  la baguette), des classiques aux premiers romantiques, Bruno Procopio a la connaissance organique du jeu historiquement informĂ© ; sa grande culture, rĂ©capitulĂ©e dans le sens d’une continuitĂ© naturelle, rĂ©tablit l’évolution des idiomes stylistiques des LumiĂšres au Romantisme, de Rameau Ă  Gossec et Ă  MĂ©hul (contemporain inspirĂ© de Beethoven). A l’époque oĂč brille l’école italienne, et sa facilitĂ© mĂ©lodique premiĂšre, quand les germaniques savent aussi porter jusqu’à incandescence la frĂ©nĂ©sie lyrique et orchestrale (voir Gluck), dans la claire exposition d’un dĂ©veloppement en quatre parties, les français de Rameau Ă  Gossec justement, cultivent une singularitĂ© propre, tissĂ©e dans la synthĂšse et le raffinement, la nostalgie et la pure poĂ©sie. C’est tout l’enjeu de ce programme passionnant et riche en (re)dĂ©couverte : il existe bien un gĂ©nie de la culture musicale en France, avant et aprĂšs la RĂ©volution, simultanĂ©ment Ă  l’essor des Viennois : soit Haydn, Mozart, Beethoven. Bruno Procopio dĂ©montre aujourd’hui tout l’apport et les grands bĂ©nĂ©fices de jouer pour un orchestre moderne, l’art des Français, de Rameau Ă  Gossec. Sur instruments modernes, le jeune maestro Procopio sait piloter les instrumentistes dans le souci d’expressivitĂ© et de finesse propres aux compositeurs hexagonaux.

Ainsi la musique française s’établit peu Ă  peu en AmĂ©rique du Sud grĂące Ă  l’engagement d’un chef charismatique et volontaire dont le geste sĂ»r, prĂ©cis, rythmique, d’une carrure souple, trouve le ton juste et la maniĂšre inspirĂ©e pour ressusciter la nostalgie envoĂ»tante de Rameau, la nervositĂ© vaillante d’un Gossec martial et prĂ©beethovĂ©nien.

san-jose-cathedrale-concert-procopio-bruno-grand-angle-classiquenews-concert-evenementA San JosĂ©, – capitale du Costa Rica qui regroupe plus de 30% de la population totale du pays, Bruno Procopio dirige aprĂšs l’orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Ă  Rio, en octobre 2016), l’Orchestre symphonique national du Costa Rica. Des suites instrumentales de Rameau, d’Acanthe et CĂ©phise (1751) et de Castor et Pollux (dans une version remaniĂ©e par Gossec en 1770 pour le mariage de Marie-Antoinette Ă  Versailles), ouvrent la voie guerriĂšre, frĂ©nĂ©tique (c’est Ă  dire post gluckiste) de Gossec, avec la cĂ©lĂšbre Symphonie Ă  17 parties ; l’oeuvre ardente, bouillonnante, Ă©ruptive, indique alors un art particulier de l’orchestration Ă  l’époque de la naissance d’une premiĂšre Ă©cole symphonique française. MĂ©hul, premier vĂ©ritable compositeur romantique français, devint cĂ©lĂšbre sous l’Empire avec son ouverture La Chasse du Jeune Henri que colorent les cuivres caractĂ©ristiques de la musique rĂ©volutionnaire. C’est justement MĂ©hul que jouait en octobre 2016, le mĂȘme Bruno Procopio Ă  Rio de Janeiro, pilotant l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil, dans la fameuse Symphonie n°2, haletante, nerveuse, aux fulgurances cette fois nettement BeethovĂ©nienne (le chef dĂ©montrait sa proximitĂ© de caractĂšre avec la 5Ăš de Ludwig dont elle est strictement contemporaine : conçue en 1808). Fabuleuse rĂ©vĂ©lation d’un chef dĂ©fricheur.

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Bruno Procopio : Une Symphonie française au COSTA RICA
San José, Cathédrale
Le 26 mai 2017

programme
Jean-Philippe Rameau
Suite d’Acante et CĂ©phise ou La Sympathie
Ouverture – Fanfare – Tambourin – Contredanse

Jean-Philippe Rameau
Suite de Castor et Pollux (arrangée par François-Joseph Gossec)
Ouverture – 1er et 2e Tambourin – Chaconne

François-Joseph Gossec
Symphonie Ă  17 parties
Maestoso – Allegro molto – Menuet – Allegro molto

Étienne-Nicolas MĂ©hul
La Chasse du Jeune Henri

François-Joseph Gossec
Pot-Pourri de musique militaire

Orchestre symphonique national du Costa Rica / ‹Bruno Procopio, direction musicale / 1h30 avec entracte

CD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016)

BACH-JS-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-cantates-par-alia-mens-PARATY_916157_CiteCeleste_COUV_HMCD, compte rendu critique. Cantates de WEIMAR, JS BACH. Alia Mens (1 cd Paraty – Bry, septembre 2016). L’enregistrement fait suite Ă  la premiĂšre annĂ©e de rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire 2016, l’un des meilleurs festivals français baroques, ayant cours chaque mois de juillet, dans les Vosges du sud. LA CITE CELESTE est celle que le jeune Bach, fougueux, rĂ©formateur mĂȘme, exprime dĂ©jĂ  dans ces fabuleuses Cantates de Weimar ici rĂ©estimĂ©es, rĂ©vĂ©lĂ©es. En 1708, le jeune organiste (23 ans), maĂźtre de musique sacrĂ©e de MĂŒhlhausen quitte ses fonctions, avec bonheur pour servir la cour de Saxe-Weimar. C’est lĂ  que le jeune Jean-SĂ©bastien Bach, compositeur audacieux et ambitieux pour son art, exploite le fonds de la bibliothĂšque locale, y trouvant en particulier 20 livrets pour ses cantates (1 par mois), dont il devait assurer la livraison Ă  partir de 1714, lorsqu’il devient concertmeister (aprĂšs avoir fait croire Ă  son dĂ©part pour Halle). Le programme dĂ©fendu par Alia Mens, est une premiĂšre dĂ©claration artistique pleine de promesses, dĂ©jĂ  accomplie par certains aspects (surtout instrumentalement), d’une intelligence peu commune, qui rĂ©unissant 3 cantates Ă©crites pendant le temps de Weimar, – temps de riche expĂ©rimentation et de dĂ©couvertes musicales majeures dans la maturation du compositeur, jalonne un parcours spirituel irrĂ©sistible : de la sidĂ©ration du croyant – perdu, dĂ©truit, saisi par la perte, la mort, le dĂ©chirement, l’absolu solitude du terrassĂ© (BWV 12) ; passe ensuite Ă  l’expĂ©rience de la foi triomphal (BWV 18) ; enfin se libĂšre de toute entrave, – sa rĂ©vĂ©lation accomplie : l’ñme du fervent perdue retrouve Ă©quilibre par la grĂące du renoncement (sublime BWV 161). Incroyable dĂ©fi que ces 3 cantates parmi les plus bouleversantes de JS BACH. Pourtant, l’approche force l’admiration, tant par l’esprit que la tenue interprĂ©tative. Voici un Bach rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, sublimĂ© mĂȘme grĂące Ă  l’engagement d’un collectif avec lequel il faut dĂ©sormais compter. Le programme et le triptyque des cantates retenues forment une sublime rĂ©flexion sur la mort Ă  travers la perte et le dĂ©chirement du deuil puis le renoncement apaisĂ© et la dĂ©livrance qui rassĂ©rĂšne et transcende.

 

 

 

Edité par Paraty, Alia Mens dévoile un Bach inattendu, chambriste, essentiel, bouleversant

3 cantates de JS BACH sublimées, transcendées

 

 

 

Premier volet du triptyque, la BWV 12 est la seconde cantate crĂ©Ă©e Ă  l’époque du concertmeister de Weimar (avril 1714) ; son titre l’enracine (fa mineur initial avec affliction du hautbois solo puis du choeur d’entrĂ©e qui deviendra le Crucifixus de la Messe en si – tout un symbole ) dans la dĂ©ploration la plus profonde (« Weinen, klagen, sorgen, zagen » / pleurs, lamentations, tourments, dĂ©couragement, selon le texte de Salomon Franck). IntitulĂ©e Concerto par le jeune audacieux, la cantate BWV12 trahit manifestement la dĂ©couverte presque Ă©blouie de l’Italie, et des possibilitĂ©s expressives d’une vocalitĂ  libĂ©rĂ©e, Ă  la fois virtuose et puissamment dramatique.

La BWV 18 est la premiĂšre du cycle weimarien (au centre du triptyque qui nous occupe) : la langue dramatique, opĂ©ratique rend hommage Ă  Telemann et renforce aussi la sĂ©duction musicale pour exprimer la miracle divin qui submerge les croyants contre la menace turque (proclamation lumineuse dĂ©volu Ă  la soprano, plage 10, vĂ©ritable Ă©tendard brandi, affirmation de la foi victorieuse). Pas de violons mais 4 altos avec basson (plus tard remplacĂ© par deux flĂ»tes en 1724 Ă  Leipzig). Se distinguent la couleur grave et sombre (l’ouverture traitĂ©e comme une chaconne), la force prosodique de toute la sĂ©quence mĂ©diane traitĂ©e en recitativo accompagnĂ©, pour Ă©carter les malices du dĂ©mon, enfin le superbe choral final inscrit dans la sĂ©rĂ©nitĂ©.

De loin la plus bouleversante, – dernier volet du triptyque, la BWV 166, crĂ©Ă©e Ă  Weimar en 1716, exprime une tendresse qui reconstruit et conçoit la mort comme une dĂ©livrance Ă  l’ineffable tendresse. Le croyant par le timbre ductile du contrat tĂ©nor / alto masculin, trĂšs linguistique et parfaitement articulĂ© / intelligible (Pascal Bertin) affirme la sĂ©rĂ©nitĂ© de celui pour qui la mort signifie la fin des peines terrestres et la promesse d’une Ă©ternitĂ© de lumiĂšre. Ainsi les flĂ»tes d’une douceur qui caresse, signifie les os de la mort et aussi le chant des thurifĂ©raires accompagnant le dĂ©funt dans son ultime lieu de repos. InitiĂ© par l’alto, rassĂ©rĂ©nĂ©, planant (« Komm, du sĂŒĂŸe Todesstunde »), le cheminement en apothĂ©ose s’accomplit surtout dans l’air pour tĂ©nor, « Mein Verlangen » : confession finale de celui qui n’aspire qu’à mourir pour ĂȘtre dĂ©livrĂ©. A la fois dĂ©pouillĂ© et d’une prosodie gĂ©niale, l’épisode sonne comme une rĂ©capitulation finale, celle qui achĂšve et couronne tout un cycle, toute une existence terrestre. La justesse expressive, poĂ©tique, la sobriĂ©tĂ© de l’intonation, le concours millĂ©mĂ©trĂ© des instruments rĂ©alisent la plus bouleversante des Ă©lĂ©vations. Les connaisseurs reconnaissent la sĂ»retĂ© tendre du timbre de Thomas Hobbs, tĂ©nor rĂ©cemment distinguĂ© par classiquenews dans son rĂ©cital titre dĂ©diĂ© aux Baroques britanniques, Ă©galement Ă©ditĂ© par Paraty : « Orpheus’ Noble strings ».

 

CLIC_macaron_2014Pour conclure, relevons certaines qualitĂ©s primordiales qui font sens et confirment la maturitĂ© du jeune ensemble ALIA MENS : le sens du texte, le relief Ăąpre et millimĂ©trĂ© des instruments, trĂšs mis en avant dans cette prise de son, la sobriĂ©tĂ© du ton recueilli et intensĂ©ment piĂ©tiste des chanteurs, 
 le geste d’une cohĂ©rence troublante, entre sobriĂ©tĂ© et fulgurance ; c’est aussi le fabuleux soprano brillant et clair d’EugĂ©nie Lefebvre ; le tĂ©nor britannique dĂ©jĂ  citĂ©, confirmant son timbre lui aussi d’une sobriĂ©tĂ© bouleversante ; le contre tĂ©nor soucieux du texte Ă  l’articulation parfaite 
 On demeure beaucoup moins convaincu par le choix du baryton basse, Ă  la rusticitĂ© toujours un peu droite et linĂ©aire.
Tout cela dĂ©fend un Bach intimiste et d’une pudeur, raffinĂ©e rĂ©duite Ă  son essence expressive, portĂ©e par des individualitĂ©s finement caractĂ©risĂ©es, quatuor des solistes chantant les chorals sans voix de renfort, instrumentarium expressionniste et pointilliste d’une vive acuitĂ© Ă  l’introspection grandissante.

La sĂ»retĂ© du geste indique une maturation artistique en gestation au sein du festival Musique et MĂ©moire, vĂ©ritable incubateur de jeunes tempĂ©raments interprĂ©tatifs. Saluons la justesse poĂ©tique d’une nouvel ensemble baroque avec lequel il faut donc compter. Le label Paraty poursuit ainsi son sens du dĂ©frichement, lui aussi rĂ©vĂ©lateur de jeunes sensibilitĂ©s saisissantes : ce Bach version Alia Mens est Ă  possĂ©der et classer dans le cercle des enregistrements les plus convaincants aux cĂŽtĂ©s du cd Rameau & Handel, lui aussi exaltant, de BenoĂźt Babel et son ensemble ZaĂŻs dont le cd fut durant l’annĂ©e Rameau (2014), le seul vrai tĂ©moignage bouleversant d’une annĂ©e plutĂŽt grise : RAMEAU et HANDEL / Concertos pour orgue, piĂšces pour clavecin (Paraty 2013, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014).

 

 

 

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CD, compte rendu critique. La Cité céleste. JS BACH : 3 cantates BWV 12, 18, 161. Alia Mens. Olivier Spilmont, direction (1 cd Paraty 916157). Enregistrement réalisé en septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 

 

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AGENDA
Retrouvez l’ensemble ALIA MENS au Festival Musique et MĂ©moire en juillet 2017, pour saFestival MUSIQUE ET MEMOIRE dans les Vosges du Sud seconde annĂ©e de rĂ©sidence : poursuite de son exploration de JS BACH, les 27, 28, 29 et 30 juillet 2017 ; cycle de intitulĂ© « BACH, le voyage du ruisseau » : Sonates de Köthen, concertos pour clavecin, cantates BWV 202, 125, 80, Missa Brevis BWV 233 (extraits), Concertos Brandebourgeois (BWV 1046 et 1048)
 + d’INFOS sur le Festival Musique et MĂ©moire 2017

http://www.classiquenews.com/vosges-du-sud-70-24eme-festival-musique-et-memoire-du-15-au-30-juillet-2017/

 

 

 

Symphonie n°2 Résurrection de Gustav Mahler

Radio classique, mercredi 24 mai 2017, 20h30. Mahler : Symphonie n°2, en direct. Daniel Harding dirige « son » orchestre, l’Orchestre de Paris dans le sommet spirituel de Gustav Mahler, la Symphonie n°2, dite « RĂ©surrection ». CrĂ©Ă©e en 1895, la seconde symphonie de Mahler, a nĂ©cessitĂ© six annĂ©es pour ĂȘtre affinĂ©e et mise au propre. L’activitĂ© du compositeur est rĂ©duite Ă  mesure que les responsabilitĂ©s du musicien comme chef principal de l’OpĂ©ra de Leipzig lui demandent travail et concentration.
mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsAu terme d’une gestation difficile, la DeuxiĂšme est un pĂ©lerinage vĂ©cu par le croyant, au prĂ©alable soumis Ă  des forces titanesques qui le dĂ©passent totalement. L’expĂ©rience des souffrances, le pĂ©riple des Ă©preuves endurĂ©es l’amĂšnent Ă  un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois), et mĂȘme meurtrie. Mais l’homme se relĂšve dans l’Andante qui fait suite : pause, regain de vitalitĂ©, et aussi, reprise du souffle vital. Le vrai combat n’est peut-ĂȘtre pas tant dans l’apparente reprĂ©sentation spectaculaire d’un vaste paysage Ă  la dĂ©mesure cosmique que bel et bien dans l’esprit du hĂ©ros, en proie Ă  mille pensĂ©es contradictoires, amĂšres et suicidaires. C’est pourtant de la rĂ©solution d’un conflit personnel, du compositeur face Ă  lui-mĂȘme, que jaillit la rĂ©vĂ©lation de la fin : la carriĂšre vĂ©cue comme une tragĂ©die suscite ses propres sources de rĂ©gĂ©nĂ©ration grĂące Ă  une ferveur quasi mystique qui se dĂ©voile pleinement dans les paysages cĂ©lestes du dernier mouvement. Ainsi la Symphonie RĂ©surrection de Gustav Mahler est-elle construite comme une longue ascension, des tĂ©nĂšbres vers la lumiĂšre. Du doute Ă  la rĂ©vĂ©lation.

 

Les grands chefs mahlĂ©riens Ă©vitent le ton du bavardage pour atteindre par le recul et la distanciation Ă©pique, un souffle grandiose et tragique, surtout une vĂ©ritĂ© incarnĂ©e qui fait de la 2Ăš Symphonie RĂ©surrection, une formidable machine intĂ©rieure et libĂ©ratrice. La douleur rentrĂ©e et l’obscuritĂ© de l’Andante ; puis l’activitĂ© dansĂ©e et nerveuse du Scherzo, qui est ce moment de pause et de repli, celui d’une conscience retrouvĂ©e, doivent s’écarter de tout effet de pesanteur et de grandiloquence. Partout dans le formidable Ă©coulement musical, les cordes fouillent les accents amers, relancent aussi les grimaces aigres que le hĂ©ros ne parvient pas Ă  Ă©carter totalement. Pourtant la Symphonie RĂ©surrection, porte en elle cette aspiration Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© et aussi Ă  la plĂ©nitude. C’est bien au final avec l’Ulricht – texte chantĂ©, que s’épuisent toutes les souffrances vĂ©cues, assumĂ©es. La voix exprime et les Ă©preuves passĂ©es et les attentes Ă  l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquiĂšme mouvement laisse s’épanouir en une dĂ©flagration cosmique la manifestation du ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vĂ©cu en vain : les paradis Ă©thĂ©rĂ©s lui sont dĂ©sormais ouverts.

 

 

LIRE aussi notre critique du cd Symphonie n°2 de Gustav Mahler par Jean-Claude Casadesus et l’Orchestre national de Lille
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mahler-symphonie-n2-jean-claude-casadesus-orchestre-national-de-lille-novembre-2015-1-cd-evidence-classics/

 

 

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RADIO CLASSIQUE, Mercredi 24 mai 2017. EN DIRECT dÚs 20h30.

Malher, Symphonie n°2
Choeur et orchestre de Paris
Daniel Harding, direction,
Chistiane Karg, soprano
Wiebke Lehmkuhl, Mezzo-soprano, 

ANGERS NANTES OPERA : La Double Coquette de Dauvergne et Pesson

double-coquette-angers-nantes-opera-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsNANTES, ANGERS. La Double Coquette, du 10 au 20 mai 2017. ComposĂ© en 1753, La Coquette trompĂ©e d’Antoine Dauvergne est une miniature en un acte pour trois chanteurs et orchestre, emblĂšme de l’opĂ©ra-comique naissant. Nerveuse et palpitante, la partition met en scĂšne des espiĂšgleries galantes dignes de Marivaux. Comme un Ă©cho, comme un miroir en rĂ©sonance, le compositeur contemporain GĂ©rard Pesson compose de nouvelles sections musicales et dramatiques pour envelopper ce petit bijou baroque , jouant des rĂ©fĂ©rences et saveurs tantĂŽt classiques, tantĂŽt trĂšs modernes. En dĂ©coule un labyrinthe qui donne Ă  rĂ©flĂ©chir, dans un mĂȘme geste, sur les rĂšgles sociales et les relations hommes / femmes, au XVIIIe siĂšcle et aujourd’hui. La production a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© le sujet d’un enregistrement discographique, saluĂ© par la rĂ©daction de classiquenews.
DOUBLE COMPOSITEURS POUR UNE DOUBLE COQUETTE… C’est que, facteur de sa rĂ©ussite, les nouvelles musiques de Pesson dialoguent avec les sĂ©quences virevoltantes et trĂ©pidantes de Dauvergne, qui fut un gĂ©nie lyrique en matiĂšre de comĂ©die amoureuse : on lui doit un autre joyau comique, Les Troqueurs, rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie il y a 30 ans, et qui donne la mesure d’un tempĂ©rament musical qui put rĂ©pondre en français Ă  la concurrence de l’opĂ©ra buffa venu d’Italie.
L’intrigue amoureuse est exquise ; la musique, des plus suaves. Les instrumentistes de l’ensemble baroque Amarillis, le compositeur GĂ©rard Pesson, le poĂšte Pierre Alferi s’invitent Ă  la table d’Antoine Dauvergne du XVIIIe. CrĂ©Ă©e Ă  Hong Kong en 2015, cette production Ă  2 voix de La Double Coquette fait escale Ă  Nantes et Ă  Angers.
Dans la trame originelle, Florise se travestit pour sĂ©duire la coquette Clarice qui est en train de draguer son amant, Damon. Sur la scĂšne, les jeunes-lĂ  font la fĂȘte, s’aiment sur Facebook, vivent intensĂ©ment le dĂ©sir et la tromperie. L’opĂ©ra-bouffe signĂ© en 1753 est un bijou de marivaudage qui collectionne des perles comiques, entre truculence et parodie. Il n’en fallait pas davantage pour inspirer le compositeur contemporain, GĂ©rard Pesson qui instrumente et harmonise le vaudeville final, quand Pierre Alferi reprend le livret et renverse la fin. Les coeurs Ă©prouvĂ©s rĂ©sisteront-ils Ă  la duretĂ© des quiproquos et la folie des malentendus ? Comme dans Cosi fan tutte de Mozart ou l’opĂ©ra baroque vĂ©nitien du XVIIĂš, l’opĂ©ra exprime cruautĂ© et les vertiges de l’amour


 

 

 

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La Double Coquette
Musiques d’Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
et GĂ©rard PESSON (1958- /)
Livret de Jean-Joseph VADÉ (1720-1757)
repris par Pierre ALFERI (1963- /)

Isabelle Poulenard et MaĂŻlys de Villoutreys, sopranos
Robert Getchell, ténor
Ensemble Amarillis
HĂ©loĂŻse Gaillard et Violaine Cochard, direction musicale
Fanny de Chaillé, mise en scÚne

 

 

 

Angers – Grand ThĂ©Ăątre
Mercredi 10, jeudi 11 mai 2017

 

Nantes – Le Grand T
Lundi 15, mardi 16, jeudi 18, vendredi 19, samedi 20 mai 2017

 

 

 

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra
http://www.angers-nantes-opera.com/coquette.html

 

 

Angers Nantes Opéra : LA DOUBLE COQUETTE, l'ovni lyrique !

 

 

 

LIRE AUSSI notre compte rendu complet du cd La double coquette :
cd amarillis dauvergne pesson troqueurs double coquette cd critique compte rendu classiquenews juin 2015 Dauvergne_Pesson_aCD, compte rendu critique. Dauvergne : Les Troqueurs.
La Double coquette (version GĂ©rard Pesson, 2014) 1cd NoMadMusic, 2011. Le vrai sujet des Troqueurs (1753) est l’échange par les fiancĂ©s de leurs promises respectives comme si les dulcinĂ©es pouvaient ĂȘtre gĂ©rĂ©es comme des marchandises. Pas sur cependant que les renversements de serments soient si bĂ©nĂ©fiques que cela : Lubin qu’un contrat engage Ă  Margot prĂ©fĂšre Fanchon elle-mĂȘme promise Ă  Lucas ; aussi quand ce dernier se plaint trĂšs vite de Fanchon, Lubin propose l’échange qui convient Ă  son compĂšre. Ainsi le troc peut-il se rĂ©aliser. Ici en version chambriste, Les Troqueurs s’affirment tel un dĂ©licieux divertissement rustique et Ă©lĂ©gant dans lequel Dauvergne continuateur de Rameau sur le plan de l’inventivitĂ© comme de la vivacitĂ©, se pique d’italianisme car l’heure est aux Bouffons ultramontains : en pleine Querelle des Bouffons oĂč les parisiens reçoivent le choc du dĂ©lire comique alla napolitana, Dauvergne trouvant le ton parfait entre loufoque et subtilitĂ© dans le droit chemin du Pergolese de La Serva  Padrona. En LIRE +

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14Ăš Festival de piano Ă  Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensĂ© d’expĂ©riences musicales destinĂ©es au plus grand nombre, (dont les enfants particuliĂšrement gĂątĂ©s), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversitĂ©, les rencontres, la transversalitĂ© sont Ă  l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernĂ©s : concertos, rĂ©citals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de mĂ©tissages sonores dĂ©coiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de IsmaĂ«l Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-SaĂ«ns
, c’est Ă©galement l’accordĂ©oniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe
). Les festivaliers et spectateurs participent Ă  un vĂ©ritable kalĂ©ĂŻdoscope musical. OrchestrĂ© en complĂ©mentaritĂ© avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours Ă  l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fĂȘtĂ©e, abordĂ©e, sublimĂ©e (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc
 , Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini de Rachmaninov, .

Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki
 certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

CD coffret, Ă©vĂ©nement. SHAPING THE CENTURY Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon)

cd shaping the century volume 2 decca deutsche grammophon 25 cd review cd critique classiquenews F9355F0A9033B6003347AE28009F45BCCD coffret, Ă©vĂ©nement. SHAPING THE CENTURY Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon). AprĂšs un premier volume littĂ©ralement captivant (Shaping the century volume 1), la sĂ©rie “20C” (pour XXĂš siĂšcle) de Decca Classics et Deutsche Grammophon est dĂ©diĂ©e aux grands compositeurs du XX Ăšme siĂšcle et aux oeuvres symphoniques marquantes d’une Ă©poque turbulente, Ă©clectique, passionnante. Les deux labels : Decca et Deutsche Grammophon fusionnent ainsi la richesse de leur catalogue respectif, unissent les Ă©nergies pour produire l’une des compilations les plus pertinentes de ces derniĂšres annĂ©es, en partie grĂące Ă  la richesse des oeuvres archivĂ©es et aussi l’excellence de certaines interprĂ©tations ; d’autant que depuis qu’on nous annonce une synthĂšse rĂ©capitulant l’histoire musicale du XXĂš (et ses “classiques modernes”), il Ă©tait temps enfin de disposer d’une somme consistante, Ă©clairant les esthĂ©tiques en jeu. Les deux labels d’Universal music ont lancĂ© l’idĂ©e d’une nouvelle collection, Ă©laborĂ©e en deux volumes, dĂšs octobre 2016 avec la parution d’un premier coffret couvrant la premiĂšre moitiĂ© du 20Ăšme siĂšcle (1900-1949). En voici le second, dĂ©diĂ© aux annĂ©es 1950 Ă  2000, qui ont inspirĂ© une abondance diverses, plurielle, apparemment dĂ©routante, mais chamboulant les codes, qui Ă  leur tour ont largement influencĂ© la culture populaire d’aujourd’hui et bien des musiques “actuelles”. Suite de l’odyssĂ©e musicale du XX Ăšme en 25 noms de compositeurs, soit 26 cd, regroupant leurs oeuvres majeures qui ont marquĂ© l’évolution de l’écriture musicale au XXĂš. 5 dĂ©cennies forment la synthĂšse de la seconde moitiĂ© du XXĂš, soit 5 dĂ©cades ainsi reprĂ©sentĂ©es :

1950 – 1959 : Hindemith, Boulez, Bernstein, Stockhausen, Kurtag
1960 – 1969 : Ligeti, Takemitsu, Berio, Xenakis
1970 – 1979 : Henze, Reich, Bartwistle, Gorecki, PĂ€rt, Maxwell Davies
1980 – 1989 : Gubaidulina, Lutoslawski, Torke, Dutilleux, Schnittke
1990 – 2000 : Turnage, Carter, Glass, Golijov, Rihm.

 

 

 

shaping the century box coffret cd critique review presentation dossier classiquenews 20c-box-vol2

 

 

 

 

 

Prochaine critique complĂšte de «  SHAPING THE CENTURY » / Volume 2 : 1950 – 2000dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 15 mai 2017 — CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 

 

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shaping the century serie 2 c decca deutsche grammophon review cd critique cd classiquenews presentation coffret box Cvr-00028948304585-240x240CD, COFFRET Ă©vĂ©nement : «  SHAPING THE CENTURY » / Volume 2 : 1950 – 2000 (Decca / Deutsche Grammophon)— 26 cd 0028948306602 — LIRE aussi notre critique annonce du coffret prĂ©cĂ©dent, SHAPING THE CENTURY VOL 1

 

 

 

TournĂ©e de l’Orchestre national de Lille : 27,28,29 avril 2017

kamensek karen maestro chef d orchestre protrait concert classiquenews presentation 1429041760981TOURNÉE de l’Orchestre Nat de Lille, les 27,28, 29 avril 2017. L’ONL et Karen KAMENSEK. L’Orchestre national de Lille exprime l’ApothĂ©ose de la danse dans un programme Chabrier, Weber, Beethoven. La chef d’orchestre amĂ©ricaine Karen Kamensek fait swinguer les instrumentistes en s’appuyant sur leur sens du rythme et aussi de la couleur instrumentale. Finesse et intensitĂ© partagĂ©e avec le jeune clarinettiste virtuose RaphaĂ«l SĂ©vĂšre, actuel Ă©toile de l’école française de clarinette (Concerto de Weber). C’est surtout un concert Ă©vĂ©nement car il affiche cette « apothĂ©oe de la danse », selon Wagner, c’est Ă  dire la Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven : 4 ans aprĂšs la 6Ăšme « pastorale », hymne au miracle de la nature, la 7Ăš est marquĂ©e par une maturitĂ© accrue depuis la sĂ©paration de Ludwig avec la comtesse ThĂ©rĂšse de Brunswick, et sa nouvelle liaison avec Bettina Brentano. Avant la 7Ăš crĂ©Ă©e en dĂ©cembre 1813 Ă  Vienne, Beethoven compose le Concerto l’Empereur et les musiques de scĂšne pour Egmont. Le succĂšs est immĂ©diat, en particulier son mouvement second : non pas un andante ou mouvement lent, mais un pur Allegretto, en la mineur, – c’est une marche lente, d’un souffle inouĂŻ. IrrĂ©sistible.

Programme :
CHABRIER – Le Roi malgrĂ© lui : Danse slave et FĂȘte polonaise
WEBER – Concerto pour clarinette n°2
BEETHOVEN – Symphonie n°7
Direction: Karen Kamensek
Clarinette: Raphaël SévÚre

Tournée du 27 au 29 avril 2017
EN RÉGION – 3 dates Ă©vĂ©nements

Boulogne-sur-mer
Théùtre
JEUDI 27 AVRIL 20h
—
Dunkerque
Bateau Feu
VENDREDI 28 AVRIL 20h
—
Denain
Théùtre
SAMEDI 29 AVRIL 20h

+ D’INFOS, RESERVATIONS :
http://www.onlille.com/event/201624-apotheose-danse-weber-beethoven-chabrier-lille/

CD, compte-rendu critique. STRADELLA : SANTA PELAGIA (Andrea De Carlo – 2016, 1 cd ARCANA)

stradella santa-Pelagia andrea de carlo ronerta mameli sergio foresti cd review cd compte rendu cd critique-1030x927CD, compte-rendu critique. STRADELLA : SANTA PELAGIA (Mare Nostrum, Andrea De Carlo, direction – sept 2016, 1 cd ARCANA). Le soprano Ăąpre, mordant, trĂšs articulĂ© de Roberta Mameli, diamant incandescent aux aigus prĂ©cis, saillants,- restitue cette prĂ©sence charnelle de la langue italienne, oĂč jaillit le relief dramatique aussi porteur de sens et de passions exacerbĂ©es dans les rĂ©citatifs et dans les airs. Ce chant expressif et fin Ă  la fois habite avec intelligence le portrait spirituel de la sainte, courtisane devenue repentie puis ermite. Sans ouverture, sans « lever de rideau » symbolique, l’auditeur plonge directement dans ce drame linguistique dont le nerf et l’acuitĂ© des situations psychologiques sont immĂ©diatement exprimĂ©s, grĂące Ă  une distribution bien choisie : ces chanteurs sont des diseurs, soucieux du verbe incarnĂ©. Et les instrumentistes de Mare Nostrum, comme dans leurs prĂ©cĂ©dents enregistrements dĂ©diĂ©s Ă  tout un cycle monographique sur l’oeuvre sacrĂ© dramatique de Stradella, affirment une comprĂ©hension des enjeux de chaque sĂ©quence de la vie de Sainte PĂ©lagie (d’Antioche). La Sainte a marquĂ© l’histoire religieuse italienne Ă  la fin du XVIĂš quand les PĂ©lagiens menĂ© par le laĂŻc Filippo Casolo, tentĂšrent de dĂ©velopper leur propre croyance et sensibilitĂ© religieuse depuis Milan (Oratoire de Sainte-Pelagie), essaimant dans toute la Lombardie et jusqu’en VĂ©nĂ©tie : tel retentissement fut bientĂŽt violemment rĂ©primĂ© par l’Inquisition romaine. Depuis, la nom de PĂ©lagie fut bannie, et taboo mĂȘme en raison de cet Ă©pisode hautement hĂ©rĂ©tique.
Avant la ThaĂŻs portraiturĂ©e au XIXĂš par Massenet, la PĂ©lagie d’Antioch, traitĂ©e musicalement par le gĂ©nial Stradella, vit la mĂȘme mĂ©tamorphose spirituelle : courtisane, danseuse et prostituĂ©e d’Antioche, PĂ©lagie se convertit au christianisme aprĂšs avoir Ă©tĂ© saisie par un sermon de l’évĂšque Nonnus d’Édesse (ici, incarnĂ© par le tĂ©nor) : PĂ©lagie se convertit et fut baptisĂ©e. Et la pĂȘcheresse rejoint Jerusalem pour vivre en ermite dans une prison sur le Mont des Oliviers : plaisirs, dĂ©lices sensuels puis ascĂ©tisme salvateur
 Autant dire que la partition et les courts arias exigent expressivitĂ©, articulation, dramatisme de braise, en particulier pour incarner la Sainte, abandonnĂ©e Ă  l’ivresse spirituelle, soit une palette inouĂŻe de nuances et accents que Roberta Mameli affirme et cisĂšle avec un talent irrĂ©sistible : belle prouesse entre naturel, flexibilitĂ©, extase vocale.
La partition de l’oratorio de Stradella (connue par une copie d’époque conservĂ©e Ă  la BibliothĂšque Estense de ModĂšne) est datĂ©e avant 1677, soit avant sa fuite de Rome pour Venise. Comme dans son oratorio Sainte Edith pour le prince romain Leio Orsini, Santa Pelagia convoque deux protagonistes Pelagie et Nonnus, et deux allĂ©gories abstraites (Religion et Monde). Ici, la Sainte est tiraillĂ©e entre Bien et Mal, d’autant que face aux tentations du monde sensuel et terrestre, les admonestations de la Religion (contralto) sont virulentes. Telle ma Madeleine, extĂ©nuĂ©e mais lumineuse par sa constance mystique, PĂ©lagie rayonne par son embrasement croissant, malgrĂ© le tiraillement dont elle est la proie gĂ©missante. Lelio Orsini, puissant trĂšs croyant aimait se dĂ©lecter de partitions Ă©clairant l’intensitĂ© d’un texte moralisateur oĂč brille in fine, la vertu morale de l’hĂ©roĂŻne ou du hĂ©ros. Il est probable qu’Orsini, comme c’est le cas des oratorios stradelliens connus (Esther, Sainte Edith dĂ©jĂ  citĂ©e, Saint Jean Chrysostome), ait Ă©crit le livret de Sainte PĂ©lagie. Sa rĂ©alisation Ă©voque une audience restreinte, de lettrĂ©s et amateurs Ă©clairĂ©s, dans un cercle de connaisseurs. L’oratorio ici brille par sa diversitĂ© et le nombre d’airs plutĂŽt courts, oĂč se font rares les sections Ă  plusieurs (un seul duo, et un choeur des « Mondains » Ă  quatre) ; le drame reste introspectif, comme un huit clos qui enserre peu Ă  peu et tenaille l’esprit en souffrance de la courtisane qui doute, mais grĂące Ă  l’aide de Nonnus l’évĂȘque, trouve la voie mĂ©diane et consolatrice, celle de l’amour en Dieu, en vĂ©ritable Ăąme sauvĂ©e, spiritualisĂ©e. Le soin apportĂ© au texte, Ă  son articulation, le relief millimĂ©trĂ© et pourtant naturel des recitatifs en italien s’avĂšrent jubilatoires. On aimerait connaĂźtre de mĂȘme tempĂ©raments pour le Baroque français : les vrais chanteurs rĂ©ellement intelligibles actuellement pour Rameau, Charpentier, Lully sont bien rares. Ici, en Ă©troite complicitĂ© et action avec des instrumentistes virtuoses et habitĂ©s, l’engagement des interprĂštes fait toute la valeur et le haut intĂ©rĂȘt de cet enregistrement en tout point convaincant, Ă  intĂ©grer au sein de l’intĂ©grale en cours des oratorios de Stradella, portĂ©e, inspirĂ©e par l’excellent chef et musicologue Andrea De Carlo.

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CLIC_macaron_2014CD, compte-rendu critique. ALESSANDRO STRADELLA (1639-1682) – The Stradella Project volume 4 : SANTA PELAGIA (Rome, avant 1677) (Mare Nostrum, Andrea De Carlo, direction – sept 2016, 1 cd ARCANA). Roberto Mameli, Pelagia – Raffaele Pe (Religione) – Luca Cervoni (Nonno / Nennus) – Sergio Foresti (Mondo). Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Nepi, 11-14 septembre 2016 – 1 cd Arcana A 431. CLIC de CLASSIQUENEWS

LIRE aussi nos critiques et comptes rendus développés des oratorios de Stradella précédemment enregistrés par Andrea De Carlo : La Forza delle stelle, San Giovanni Crisostomo, Santa Edita.

PARIS, 1801. Quand la FlĂ»te enchantĂ©e devient les MystĂšres d’Isis

ARTE : La Campagne d'Egypte de BonapartePARIS, 1801. A l’heure du retour de la campagne d’Egypte, grĂące Ă  laquelle le gĂ©nĂ©ral Bonaparte se taille une solide rĂ©putation de gĂ©nie militaire, civilisateur et triomphateur, soit un Alexandre moderne, Paris cultive un nouveau goĂ»t qui met en avant l’Egypte et ses mystĂšres raffinĂ©s. L’orient s’invite ainsi dans l’Hexagone, Ă  l’heure du nĂ©oclassicisme romantique… En musique, l’Egypte croise le destin de deux compositeurs qui nous paraissent emblĂ©matiques. Henri Joseph Rigel est bien connu des lecteurs de classiquenews : c’est lui qui entre le baroque tardif et le prĂ© classicisme Ă  l’Ă©poque des lumiĂšres ose des alliances de timbres audacieux comme composer pour la premiĂšre fois pour le clavecin et le pianoforte, nouvelle Ă©quation sonore et miracle esthĂ©tique rĂ©vĂ©lĂ©s rĂ©cemment (octobre 2016 Ă  Rio de Janeiro, BrĂ©sil) par le duo Bruno Procopio et Natalia Valentin
 VOIR NOTRE VIDEO EXCLUSIVE RIGEL : SONATE POUR CLAVECIN ET PIANOFORTE

 

 

 

Le fils de Henri Joseph, Henri Jean Rigel, nĂ© le 11 mai 1772 Ă  Paris et mort le 16 dĂ©cembre 1852 Ă  Abbeville, est lui aussi compositeur.Musicien d’origine Souabe, pianiste et compositeur actif, Henri Jean . Il rejoint d’abord l’Ă©cole royale de chant, puis enseigne ensuite au Conservatoire, dĂšs sa crĂ©ation, en 1795.
Il fait partie de l’expĂ©dition d’Égypte, et  donnera deux opĂ©ras comiques au Caire en 1801. En 1805, NapolĂ©on le nomme pianiste de la musique particuliĂšre de l’Empereur, et Louis XVIII le confirma dans cette fonction.PĂ©dagogue cĂ©lĂšbre et recherchĂ©, Henri Jean Rigel compte dans sa classe CĂ©sar Franck parmi ses Ă©lĂšves.

 

 

 

De Vienne, 1791 Ă  Paris, 1801
DE LA FLUTE ENCHANTEE DE MOZART AUX MYSTERES D’ISIS

 

 

Schinkel, dĂ©cor FLute enchantee mozart 1815CrĂ©Ă© et particuliĂšrement applaudie en 1791 Ă  Vienne, Die Zauberflöte / la flĂ»te enchantĂ©e ne sera entendue Ă  Paris que 10 ans plus tard, dans une adaptation française. Pour satisfaire au goĂ»t de la France nouvellement bonapartiste, romantique et ayant rĂ©alisĂ© sa campagne d’Égypte alors trĂšs rĂ©cemment (1798-1801), il est dĂ©cidĂ© de Re Ă©crire tous les textes, revoir l’ordre des airs, je ne emprunter de nouveaux Ă  d’autres opĂ©ras de MOZART dont Don Giovanni, et les tessitures sont modifiĂ©es selon l’idĂ©e que l’on se fait en 1801) des personnages.

Le ThĂ©Ăątre de la RĂ©publique et des Arts (future AcadĂ©mie impĂ©riale de Musique) exige l’usage du français, des rĂ©citatifs accompagnĂ©s et des ballets. Sous le pilotage de Ludwig Wenzel Lachnith , les autoritĂ©s françaises approfondissent leur propre conception du thĂ©Ăątre Mozartien selon le goĂ»t dominant au sein des Ă©lites, ce Retour d’Égypte qui stigmatise une premiĂšre vague passionnelle pour les mystĂšres de la t’inquiĂšte Ă©gyptienne.

NĂ© Ă  Prague en 1746, Lachnith vient Ă  Paris en 1773 pour se perfectionner dans le jeu du cor. Il Ă©tudie ensuite la composition auprĂšs de François-AndrĂ© Danican Philidor, tout en enseignant le clavecin. Ayant quittĂ© Paris pendant la terreur de 1790, il revient en France en 1801 Ă  l’OpĂ©ra comme « instructeur » et amorce ce travail de rĂ©Ă©criture de La flĂ»te enchantĂ©e rebaptisĂ©e Les MystĂšres d’Isis.

Fuyant Paris encore en 1802, il y revient dĂ©finitivement en 1806. Il s’Ă©teint en 1820, laissant 24 symphonies, 3 concertos (pour cor), trois ouvrages lyriques, deux autres pastiches / assemblage (les oratorios de Saul, La Chute de JĂ©richo), de la musique de chambre, une mĂ©thode de forte-piano.

N’en dĂ©plaise au jaloux Berlioz, que l’idĂ©e de dĂ©naturer ainsi son cher Mozart, hystĂ©rise au plus haut point, Les MystĂšres d’Isis connaissent immĂ©diatement un immense succĂšs Ă  Paris, puis en province

Hector agacĂ© tĂ©moigne :”l’arrangeur mit, Ă  cĂŽtĂ© du nom de Mozart, son nom de crĂ©tin, son nom de profanateur, son nom de Lachnith ». Aujourd’hui les puristes rejoignent le sentiment trĂšs violent de Berlioz face Ă  ce qui s’apparente Ă  un jeu de massacre dĂ©naturant la source Mozartienne. Qu’on en juge: parfois la musique air ou rĂ©citatif sont toujours bonnement dĂ©placĂ©s, rĂ©intĂ©grĂ©s dans un nouvel enchaĂźnement jugĂ© plus cohĂ©rent :ainsi  Pamina chante le premier air de la Reine de la Nuit, sans ses contre-fa mais avec un contre-rĂ©.  MyrrĂšne (la Reine de la Nuit version mezzo) chante un air de Vitellia extrait de La Clemenza di Tito, et un autre de Donna Anna de Don Giovanni ; ailleurs « Fin ch’han dal vino » de Don Giovanni devient un trio pour basse et sopranos ! C’est donc Mozart qu’on assassine. Mieux l’adagio de la symphonie n° 103 de Hayon inspirĂ© un nouvel intermĂšde introduisant l’acte IV.

 
 

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Isis, dĂ©esse protectrice et salvatrice, mĂšre rĂ©confortante dans la religion Ă©gyptienne : ici elle est associĂ©e Ă  la vache Hathor, dont elle porte les cornes associĂ©es au disque solaire, symbole de rĂ©surrection finale. Isis aidĂ© de sƓur Nephtys, recouvre le corps de leur Ă©poux dĂ©funt Osiris, dĂ©pecĂ©, morcelĂ© par son frĂšre l’odieux Seth. Les deux divinitĂ©s protectrices assurent la reconstitution du corps dĂ©funt, le rĂ©gĂ©nĂšrent, et lui assurent sa rĂ©surrection. Isis est donc la divinitĂ© essentielle du culte d’Osiris qui proclame la possibilitĂ© pour chacun de triompher de la mort. Sur la scĂšne, les MystĂšres d’Isis de 1801 n’intĂšgrent en rien la croyance osirienne ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e. Champollion ne dĂ©chiffrera les hiĂ©roglyphes qu’en… 1822.

 
 

isi-et-osiris-resurrection-des-morts-classiquenewsSur le plan dramatique l’arrangeur Ă  simplifiĂ© l’intrigue en lui retirant certains Ă©lĂ©ments originaux : exit le dragon, la flĂ»te (!!!) , le cadenas, plus d’enfants ni de Monostatos ou d’Orateur. Les scĂšnes s’enchaĂźnent avec clartĂ© mais sans surprise. MyrrĂšne (la reine de la nuit nouvelle version) est valorisĂ©e et mĂȘme rendue sympathique car elle a perdu sa fille qui a Ă©tĂ© enlevĂ©e pour Ă©prouver IsmĂ©nor (Tamino) Ă  la demande de Zoroastre, le pĂšre dĂ©cĂ©dĂ© de ce dernier. Mieux l’entitĂ© fĂ©minine, hystĂ©rique chez Mozart (vocalises Ă  l’appui) se rĂ©concilie avec Zarastro et offre elle-mĂȘme la main de sa fille Ă  la fin de l’opĂ©ra. Le personnage de Mona (Papagena) est rĂ©Ă©valuĂ© : elle chante l’air de Monostatos et reprend le duo avec Bochoris extrait des Nozze di Figaro. De façon gĂ©nĂ©rale, le texte de Morel de ChĂ©deville souffre de banalitĂ©s convenues. Ainsi les parisiens dĂ©couvrent-ils partie du matĂ©riel musical de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart en 1801. Pas d’Isis dans la liste des personnages, mais campagne d’Egypte oblige, – et Bonaparte s’étant fait une lĂ©gende et une rĂ©putation grĂące Ă  sa conquĂȘte (certes Ă©phĂ©mĂšre) en terre des Pharaons-, citer le nom de la dĂ©esse dans le titre du nouveau spectacle, et susciter cet imaginaire d’un exotisme antique fabuleux, Ă©tait nĂ©cessaire pour attirer les foules. De fait, Les MystĂšres d’isis connurent un succĂšs immĂ©diat. Illustration : Isis, ailes dĂ©ployĂ©es, protĂšge son Ă©poux Osiris et lui assure sa rĂ©surrection finale, triomphateur de la mort (DR)

 

 

Les Mystùres d’Isis, 1801
D’’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e et d’autres opĂ©ras de Wolfgang Amadeus Mozart – ArrangĂ© par Ludwig Wenzel Lachnith
Livret d’Étienne Morel de ChĂ©deville

 

 

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Danloux portrait de ejuen homme vers 1800 896240b980625c48b125d8722e92777aBIOGRAPHIE de l’arrangeur. Ludwig Wenzel Lachnith. NĂ© Ă  Prague en 1746 (soit dix ans avant Mozart), ce corniste de formation et compositeur influencĂ© par Haydn et Pleyel s’installe en 1773 Ă  Paris, oĂč sa musique est jouĂ©e aux concerts de Marie-Antoinette. AprĂšs avoir traversĂ© quelques difficultĂ©s au cours de la Terreur, il vivote dans la capitale de menus travaux pĂ©dagogiques et d’arrangements musicaux rĂ©alisĂ©s pour les thĂ©Ăątres parisiens. Non sans opportunisme et pour s’assurer une rentrĂ©e d’argent, il accepte d’ĂȘtre embauchĂ© par l’OpĂ©ra en 1801, pour adapter l’ouvrage de Mozart, La FlĂ»te enchantĂ©e afin d’en dĂ©duire une nouvelle oeuvre dans le goĂ»t Ă©gyptien, propre aux annĂ©es du retour d’Egypte. Le succĂšs est certain puisque ses MystĂšres d’Isis tiennent l’affiche pendant prĂšs de trente ans : soit plus de 130 reprĂ©sentations jusqu’en 1827. Portrait Ă©vocatoire : Jeune homme par Danloux (vers 1800 / DR).

 

 

 

CD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO)

mussorgski pictures at an exhibition tableaux d'une exposition philippe jordan orchestre opera paris cd review critique de cd CLASSIQUENEWSCD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO). Peu Ă  peu, le chef attitrĂ© de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris se taille une solide rĂ©putation de chef symphoniste outre ses responsabilitĂ©s in loco comme chef lyrique. Les vertus expressives et la cohĂ©rence sonore auxquelles parviennent les instrumentistes français sont bien rĂ©elles, en particulier dans des pĂ©ripĂ©ties antĂ©rieures, dont les choix de rĂ©pertoire, plus hĂ©donistes et introspectifs qu’ici (Daphnis et ChloĂ© de Ravel entre autres, CLIC de CLASSIQUENEWS, comme PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs-midi d’un faune de Debussy
) ont dĂ©montrĂ© la haute capacitĂ©. Le chef chambriste, au geste souple et attĂ©nuĂ©, toujours contrĂŽlĂ© par tempĂ©rament, cisĂšle son Ă©locution gĂ©nĂ©rale, en faveur d’une direction millimĂ©trĂ©e, impeccable quant Ă  la mise en place, souvent captivante dans l’émergence d’une subtilitĂ© allusive, toujours Ă©lĂ©gante, qui reste Ă  l’écart de toute tapage dĂ©monstratif.

ELOGE DE LA FINESSE ET DU DÉTAIL INSTRUMENTAL

Evidemment cette retenue en tout, et cette mesure esthĂ©tique continument dĂ©fendue ont leur dĂ©savantage dont une certaine cĂ©rĂ©bralitĂ© abstraite qui porte et dĂ©veloppe une sonoritĂ© parfois froide, d’une absolue prĂ©cision, mais dont la richesse des couleurs et la perfection des accents comme de la dynamique laissent admiratifs.
Qu’en est-il prĂ©cisĂ©ment dans les Tableaux (rĂ©trospectifs) de l’Exposition narrĂ©e par Ă©pisodes par Modeste Moussorgski – ici dans la transposition orchestrale de Maurice Ravel ? le plus occidental et typiquement russe des Romantiques russes, – et on l’oublie souvent, contemporain de Tchaikovski demeure un gĂ©nie des contrastes dramatiques, alternant l’infini mystĂ©rieux au majestueux grandiloquent
 Dans les sĂ©quences retenues, planantes tel « Il vecchio castello », la charge intĂ©rieure, rĂ©solument majestueuse et mĂ©lancolique convient idĂ©alement Ă  la pudeur de Philippe Jordan.
Et la prĂ©cision riche en couleurs calibrĂ©es et d’une finesse pointilliste resplendit dans le tableaux des Tuileries (Dispute d’enfants aprĂšs un jeux). Le bouillonnement souterrain et grave, voire lugubre de Bydlo qui suit, prend des dimensions funĂšbres d’une majestĂ©, au souffle irrĂ©sistible, traçant des proportions
 colossales. Beau contraste avec le caquetage cinglant qui a lieu dans le Ballet des poulets, prĂ©cision lĂ  encore et finesse sonore, qui offre Ă  la brillante orchestration de Ravel de 1922, toute sa subtilitĂ© clinique, justifiant pleinement le choix du chef pilotant la phalange des instrumentistes français (bois et vents rutilants, excellemment exposĂ©s).
jordan - Philippe-Jordan-008La confrontation plus expressionniste et dramatique de Samuel Goldenberg et Schmuyle saisit par sa coupe mordante voire grimaçante. Idem pour le marchĂ© de Limoges (lĂ©ger, facĂ©tieux) dont l’énergie est soudainement rompue par la majestĂ© solennelle et grandiose (fracassante) de la fanfare (rĂ©ellement impressionnante) des Catacombes, aux visions d’outre-tombe
 La pudeur et l’élĂ©gance intĂ©rieure font les dĂ©lices de la plage 13, l’une des mieux calibrĂ©es selon cette apologie de la suggestion poĂ©tique propre au chef (Con Mortuis in lingua mortua).
Evidemment cette retenue y compris dans un tempo large, « épique » peut parfois Ă©craser et diluer la masse orchestrale, mais l’attention aux dĂ©tails et aux nuances de couleurs compensent ici et lĂ  la perte de tension (surtout dans le dernier Ă©pisode, au son du glas). L’intĂ©rĂȘt se portant surtout sur cette brillante alchimie d’une orchestration Ă  la subtilitĂ© saisissante malgrĂ© la pesanteur majestueuse du dernier portique (la porte de Bogatyr) sur lequel se referme le sublime livre pictural.

Couplage bĂ©nĂ©fique. Une telle attention renforce la cursivitĂ© de la Symphonie n°1 du jeune Prokofiev (25 ans en 1916), Ă  laquelle Philippe Jordan assure une lisibilitĂ© structurelle et une vitalitĂ© rythmique d’une mĂ©canique impeccable. Toute la concentration et le travail du chef et de ses instrumentistes ciblent la parfaite articulation des premiĂšres cordes (chant et fluiditĂ©, avec maĂźtrise des crescendos dans le mouvement 2 : « larghetto »), d’une tonicitĂ© Ă©lastique
 beethovĂ©nienne. La Gavotte, nĂ©oclassique, style danse française baroque est pleine de caractĂšre – entre parodie et grĂące objective : remarquable travail lĂ  encore dans le souci de lisibilitĂ© littĂ©rale. Enfin le dernier mouvement sonne comme une remontĂ©e des eaux, un allant rĂ©trospectif de tout ce qui a Ă©tĂ© dit, Ă©noncĂ©, dĂ©veloppĂ©, mais enchaĂźnĂ©e avec une excitation premiĂšre, prĂ©servĂ©e, printaniĂšre. TrĂšs convaincant.

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CD, compte rendu, critique. MOUSSORSGKI / MUSSORGSKI : Pictures at an exhibition / Tableaux d’une exposition / PROKOFIEV : Symphonie n°1 « classique », opus 25. Orchestre national de l’OpĂ©ra de Paris (Philippe Jordan, mai 2016 — 1 cd ERATO).

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2017

lille-pianos-festival-2017-presentation-du-festival-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-festival-evenement-3-raisons-pour-y-aller-absolumentLILLE PIANO(S) FESTIVAL : 9,10,11 juin 2017. Mozart est comme le parrain du 14Ăš Festival de piano Ă  Lille : le LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 9, 10 et 11 juin 2017. A nouveau c’est un condensĂ© d’expĂ©riences musicales destinĂ©es au plus grand nombre, (dont les enfants particuliĂšrement gĂątĂ©s), soit plus de 30 concerts dans plusieurs lieux de Lille et du territoire, en 1 seul Week end vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin 2017. La diversitĂ©, les rencontres, la transversalitĂ© sont Ă  l’affiche d’un bain unique de musique, dans le nord de la France. Tous les genres sont concernĂ©s : concertos, rĂ©citals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango ; les dispositifs sont aussi innovants, audacieux, promesses de mĂ©tissages sonores dĂ©coiffants : ainsi, Thomas Enco croise et dialogue avec les univers de IsmaĂ«l Margain et de la percussionniste Vasselina Serafimova ; au registre du jazz aussi, le trompettiste David Enco retrouve l’Amazing Keystone Big Band dans Le Carnaval des animaux de Saint-SaĂ«ns
, c’est Ă©galement l’accordĂ©oniste Vincent Lhermet qui chante avec la viole de gambe
). Les festivaliers et spectateurs participent Ă  un vĂ©ritable kalĂ©ĂŻdoscope musical. OrchestrĂ© en complĂ©mentaritĂ© avec la phalange lilloise, le festival permet pendant 3 jours Ă  l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE de vivre au rythme du piano. La forme concertante est donc aussi fĂȘtĂ©e, abordĂ©e, sublimĂ©e (Concertos pour piano de Mozart, Prokofiev, Poulenc
 , Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini de Rachmaninov, .

Tous les claviers sont invitĂ©s : donc dĂ©jĂ  citĂ©, l’accordĂ©on magicien. Les amateurs de pianos enchanteurs, narrateurs, oniriques retrouvent cette annĂ©e : Stephen Hough, Elena Bashkirova, Nicholas Angelich, sans omettre Nelson Goerner, Philippe Bianconi, le suĂ©dois adepte de Philip Glass Vikingur Olafsson, entre autres ; et de nouveaux tempĂ©raments Ă  suivre, Teo Gheorghiu, Takuya Otaki
 certains dĂ©jĂ  identifiĂ©s tel Lucas Debargue (rĂ©cital Schubert, Szymanowski). En 2017, LILLE PIANO(S) Festival innove, surprend, expĂ©rimente. A LILLE, pendant 3 jours du vendredi 9 juin au dimanche 11 juin 2017. Festival « CLIC de CLASSIQUENEWS », cycle Ă©vĂ©nement.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site
LILLE PIANO(S) FESTIVAL
http://lillepianosfestival.fr/2017/

Nouvelle Alcione Ă  l’OpĂ©ra Comique

PARIS, OpĂ©ra Comique. MARAIS : ALCIONE. 26 avril – 6 mai 2017. Retour dans ses murs de la saison lyrique de l’OpĂ©ra Comique avec la nouvelle production d’Alcione de Marin Marais, Ă  partir du 26 avril 2017. Soit 6 dates Ă©vĂ©nements qui marquent le grand retour de Jordi Savall sur la scĂšne lyrique Ă  Paris et dans un ouvrage qu’il a toujours ardemment dĂ©fendu, souhaitant depuis de longues annĂ©es la diriger en France.

TragĂ©die lyrique en cinq actes sur le livret d’Antoine Houdar de La Motte, Alcione de Marin Marais est crĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique en 1706. C’est l’une des tentatives les plus inspirĂ©es pour renouveler un genre formatĂ© mais sublimĂ© par l’exclusif Lully, qui aprĂšs sa mort permet Ă  d’autres de prendre la relĂšve. Ainsi la fin du rĂšgne de Louis XIV, permet l’émergence de nouvelles sensibilitĂ©s dont celle de Marais.

 
 
 

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Propre au thĂ©Ăątre de Racine, poĂšte de la Cour de Versailles, l’opĂ©ra met aussi en scĂšne les passions (jalousie et convoitise) qui dĂ©vorent les hĂ©ros trop faillibles. Pourtant responsables de leurs actes et maĂźtres de leur destin, ils se voient victimes, en jouets du caprices des dieux.

Le paisible roi de Trachines, Ceix, suscite une sĂ©rie de catastrophe en souhaitant Ă©pouser la belle Alcione, fille du dieu des vents. Destruction du palais, apparition des Enfers, tempĂȘte, naufrage : de tĂ©nĂ©breuses puissances sont Ă  l’Ɠuvre et conspirent pour atteindre et Ă©prouver le couple amoureux. InspirĂ© par le potentiel dramatique de l’histoire, Marin Marais soigne particuliĂšrement l’écriture de l’orchestre dont il fait l’acteur principal de l’action (comme le fait aussi le dernier Lully dans son inĂ©galable Armide, l’ultime sommet lyrique crĂ©Ă© en 1686). Quelques 20 annĂ©es plus tard, Alcione innove par son raffinement instrumental, la caractĂ©risation trĂšs subtile des personnages, le lien qui unit le couple Alcione / Ceix, comme chaque entitĂ© nĂ©faste (les 3 jaloux et ennemis : le magicien Phorbas, la magicienne IsmĂšne, PelĂ©e, ami mais rival de Ceix), ou second rĂŽle intriguant, tous propres Ă  semer le poison du doute et de la jalousie, Ă  forcer le destin contre l’essor du couple amoureux. Sommet de la tragĂ©die en musique Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV, Alcione, nouveau modĂšle aprĂšs Lully, disparaĂźt totalement dans l’oubli en 1771. Dans une production nouvelle, actualisĂ©e, qui souligne la prĂ©sence des machineries et le jeu des acteurs (avec le concours de circassiens et de figures du cirque), le chef catalan Jordi desandre-lea-mezzo-sublime-classiquenews-portraitSavall dirige Ă  Paris une partition qu’il connaĂźt comme nul autre, promettant une rĂ©alisation mĂ©morable. Dans le rĂŽle-titre, la jeune mezzo au timbre de braise, velours noir et somptueusement tragique (elle a chantĂ© rĂ©cemment la MessagĂšre dans Orfeo de Monteverdi dirigĂ©e par Paul Agnew), LĂ©a Desandre, tempĂ©rament incandescent et sombre qui vient de dĂ©crocher en fĂ©vrier dernier, la Victoire RĂ©vĂ©lation lyrique de l’annĂ©e, aux Victoires de la musique classique. Cocktail prometteur. Spectacle incontournable.

 
 
 

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RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2017/alcione

26 Avril 2017, 20h
28 Avril 2017, 20h
30 Avril 2017, 15h
2 Mai 2017, 20h
4 Mai 2017, 20h
6 Mai 2017, 20h

Direction musicale
Jordi Savall

Mise en scÚne : Louise Moaty

Alcione : Lea Desandre
Ceix : Cyril Auvity
Pelée : Marc Mauillon
Pan, Phorbas : Lisandro Abadie

Apollon/Le Sommeil : Sebastian Monti
Doris, confidente d’Alcione : Maud Gnidzaz
CĂ©phise, confidente d’Alcione : Lise Viricel



ChƓur et Orchestre Le Concert des Nations
Danseurs et circassiens

Diffusion en direct sur France Musique, le 6 mai 2017

 
 
 

BELA BARTOK : les 6 Quatuors (1907 – 1941)

Les 6 Quatuors de Bela Bartok. La pĂ©riode de composition des 6 Ɠuvres couvre un large spectre, accompagnant le compositeur tout au long de son itinĂ©raire stylistique, de 1907 (Quatuor n°1) Ă  janvier 1941(crĂ©ation newyorkaise de 6Ăš Quatuor).

Dans le Quatuor n°1, le jeune homme de 27 ans se rĂ©vĂšle trĂšs habile alchimiste, recyclant les grands germaniques romantiques, Beethoven et aussi Wagner (Tristan) acclimatĂ©s Ă  la rĂ©vĂ©lation qu’il fait alors grĂące Ă  Kodaly, de la transparence debussyste. En architecte sĂ»r et inspirĂ©, ayant une vision globale de la forme, Bartok adopte une accĂ©lĂ©ration graduelle du tempo Ă  travers les 3 mouvements (Lento – Allegretto – Allegro vivace).

Bartok BelaLe Quatuor n°2 (1918) reçoit l’expĂ©rience de l’opĂ©ra : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue,  Ă  laquelle le compositeur d’une invention Ă©clectique associe la musique arabe rĂ©cemment dĂ©couverte lors de son sĂ©jour en AlgĂ©rie en 1913 (source orientale et africaine prĂ©sente dans son ballet Le Mandarin merveilleux). Pour finir son Quatuor (Moderato, Allegro, Lento), Bartok adopte un mouvement lent, d’une trĂšs grande force suggestive, miroir d’une activitĂ© intĂ©rieure Ă  la fois irrĂ©pressible et mystĂ©rieuse. Le lyrisme dans la mouvance du Prince des Bois fusionne aussi avec l’expressionnisme plus direct voire mordant du Mandarin Merveilleux.

CrĂ©Ă© en 1929 Ă  Londres,  le Quatuor n°3 porte l’empreinte de la dĂ©couverte Ă©merveillĂ©e de la Suite lyrique de Berg (1926). De plus en plus synthĂ©tique et adepte de la concision la plus intense et expressive, Bartok adopte le plan Ă  deux parties, chacune composĂ©e de 3 Ă©pisodes (du type exposition, dĂ©veloppement, rĂ©capitulation). C’est le plus bref des Quatuors bartokiens : Ă  peine 15 mn, quand les autres durent entre 20 et 30 mn. Les micros mĂ©lodies habilement imbriquĂ©es et enchaĂźnĂ©es tissent de nouveaux climats serrĂ©s, intĂ©rieurs d’une riche activitĂ© continue, prolongement de Berg donc, et dĂ©jĂ  annonciateurs des micros mĂ©lodies de Ligeti.

Le Quatuor n°4, crĂ©Ă© Ă  Budapest en 1928, est composĂ© dans la foulĂ©e du n°3. Il est en 5 parties et adopte un plan en miroir, ayant en son centre le Lento (non troppo lento), encadrĂ© par 2 scherzos, eux mĂȘmes associĂ©s Ă  un Allegro, Ă  chaque extrĂ©mitĂ©s. D’une complexitĂ© fascinante par son langage qui fourmille et suggĂšre, le Quatuor n°4 indique une nouvelle dĂ©marche (ascendante) du chromatisme savant vers la vĂ©ritĂ© du diatonisme (d’origine populaire), avec dans le mouvement central, le passage d’un langage Ă  l’autre. Ce cheminement, du concept musical pur vers l’émergence d’une vĂ©ritĂ© palpitante (mĂȘme schĂ©ma structurel et mĂȘme conscience de la pensĂ©e musicale dans le sommet orchestral qu’est Musique pour cordes, percussion, cĂ©lesta de 1936) assure Ă  l’ensemble du cycle, en son flux enchaĂźnĂ©, sa grande unitĂ© organique, d’un mouvement Ă  l’autre. Contrairement aux Romantiques, Bartok inverse le dĂ©roulement formel et musical : le dernier mouvement Ă©tant la rĂ©solution des tensions dĂ©veloppĂ©es depuis le dĂ©but du cycle ; les 4 et 5Ăš Ă©pisodes Ă©tant les versions diatoniques des deux premiers.

Ecrit en 1 mois Ă  l’étĂ© 1934 et crĂ©Ă© Ă  Washington (avril 1935), le 5Ăš Quatuor de Bartok reflĂšte l’activitĂ© musicale trĂšs intense de la pĂ©riode, celle des Mikrokosmos. Son plan est identique que le 4Ăš (5 Ă©pisodes en arche, symĂ©trique depuis son centre, traitĂ© en Scherzo, lui-mĂȘme encadrĂ© par 2 Ă©pisodes lents). Sans adhĂ©rer Ă  la vague nĂ©oclassique, propre aux annĂ©es 1930, Bartok s’affirme cependant nettement plus tonal que dans le 4Ăš (mouvements lents en forme de nocturnes mystĂ©rieux). La concision avec laquelle Bartok affirme son Ă©criture, la claire volontĂ© qui se prĂ©cise dans l’architecture globale concentre l’affirmation d’un tempĂ©rament original qui se dresse alors dans la tourmente barbare sĂ©vissant dans l’Europe prĂ©nazie.

bartokbela bartok USA classiquenewsCommencĂ© en Suisse (Saanen, aoĂ»t 1939), achevĂ© Ă  Budapest, puis crĂ©Ă© Ă  New York en janvier 1941, le 6Ăš Quatuor ouvre la voie de la derniĂšre maturitĂ©, celle qui prĂ©cipitent la guerre et la mort de sa mĂšre. Bartok s’expatrie aux USA. L’ensemble des 4 mouvements emprunte un rythme de plus en plus ralenti. Chacun est introduit par un leit motiv / ritournelle, « Mesto » (triste), avec variation Ă  chaque Ă©noncĂ©.  L’expression de la confession et d’une intimitĂ© affleurante se prĂ©cise ici : la ritournelle, sujet et figure du dĂ©sespoir, devenant mĂȘme la matrice entiĂšre du dernier mouvement (Ă  la place d’un vif populaire, initialement prĂ©vu). L’ombre de Beethoven surgit alors : dans un questionnement qui interroge la forme, inspire son dĂ©veloppement, et questionne mĂȘme jusqu’au sens profond de la musique : « Muss es sein ? » du Quatuor opus 135 de Beethoven.

En fusionnant histoire, expĂ©rience, intimitĂ©, Ă  travers un cheminement unique, qui rappelle ici la pensĂ©e en mouvement et mĂ©tamorphose, Sibelius et Janacek-, Bela Bartok, dans ses 6 Quatuors Ă  cordes raconte une odyssĂ©e profonde et Ăąpre, au souffle dramatique si personnel. Son questionnement interroge au delĂ  de la musique, le sens mĂȘme d’une existence.

CD, compte rendu critique. JS BACH : Passion selon Saint-Jean. Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014)

Bach JS johannes passion minkowski hansen 2 cd erato cd review cd critique 2 cdCD, compte rendu critique. JS BACH : Passion selon Saint-Jean. Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014). Marc Minkowski, aujourd’hui Ă  la direction de l’OpĂ©ra de Bordeaux, a depuis longtemps dĂ©montrĂ© son appĂ©tit gourmand, sa pĂ©tulante Ă©nergie pour l’opĂ©ra. Le chef s’est passionnĂ© pour le drame avec une prĂ©cipitation parfois trop enthousiaste, gĂ©nĂ©ratrice d’imprĂ©cisions voire de confusions. Ici, en avril 2014 au temps de PĂąques, sa Passion selon Saint-Jean suscite de nombreuses interrogations tant la rĂ©alisation et le rĂ©sultat déçoivent autant qu’ils accrochent aussi d’une certaine façon l’écoute. « Plus intime, plus directe », la Saint-Jean perd ici en dĂ©finition et en acuitĂ© expressive surtout sur le plan choral : les 8 solistes fournissant le son de la foule et des chorals, 
 avec une bien Ă©trange sonorisation qui contredit l’esthĂ©tique de prĂ©cision et d’expressivitĂ©, dĂ©fendue depuis ses dĂ©but par les tenants de la rĂ©volution baroqueuse
 Minkowski voudrait-il se dĂ©marquer de ses prĂ©dĂ©cesseurs ici, qu’il ne s’y prendrait pas autrement : plutĂŽt que les 5 solistes demandĂ©s par Rifkin, ou le choeur Ă  son complet, la version dĂ©fendue en 2014, est une formule mĂ©diane, qui permet aux solistes de mĂ©nager leur organe (Valerio Contaldo chantant l’air de tĂ©nor soliste dans le choeur, avec Colin Blazer). La sonoritĂ© du groupe de solistes, – assemblĂ©e chambriste, emblĂ©matique du peuple des croyants saisi par la force de La Passion-, rĂ©alise pourtant une maniĂšre de nĂ©buleuse vocale et chorale, pĂąteuse, Ă©paisse, brouillard permanent (qui Ă©carte tout dĂ©tail linguistique), totalement dĂ©concertant.
Pour autant, faire chanter la basse (le munichois Christian Immler) dans les airs du Christ sauveur, puis du « sauvé » (Mein teurer Heiland), indice que tout un chacun peut ĂȘtre Ă©ternel aprĂšs la mort, reste pertinent, et le message de grande humanitĂ©, Ă©galitaire et fraternelle, s’en trouve idĂ©alement respectĂ©.
odinius lothar tenor evangeliste johannes pasion bach classiquenewsDe mĂȘme, le tĂ©nor qui chante la partie narrative de l’EvangĂ©liste Jean, exprime et le saisissement de celui qui tĂ©moin vit l’action narrĂ©e, et le recueillement plus distancĂ© du croyant narrateur de l’action : les deux aspects expressifs sont rĂ©solus par une langue naturelle et flexible grĂące au choix d’un tĂ©nor allemand (Lothar Odinius), lequel semble littĂ©ralement vivre les Ă©vĂ©nements quand il les commente. Le texte gagne un vie indiscutable, dans la fragilitĂ© comme l’autoritĂ©.

Donc tout n’est pas si expĂ©diĂ© dans cette rĂ©alisation qui demeure le fruit d’une tournĂ©e pour la PĂąques 2014. Cependant on a connu « Minko » plus prĂ©cis, Ăąpre, incisif, mordant. L’énergie des dĂ©buts, souvent fulgurante, s’est considĂ©rablement relĂąchĂ©e. On l’a dit dans la conception sonore, expressive du choeur (trop confus), mais aussi dans la tenue de l’orchestre, dont l’engagement global, reste routinier malgrĂ© parfois des accents instrumentaux de grande beautĂ©. Mais Bach ne se satisfait pas d’une simple exĂ©cution maĂźtrisĂ©e : il faut aussi de la profondeur et une cohĂ©sion complice partagĂ©e par tous, sous la baguette d’un chef Ă  la fois Ă©lectrisant et fĂ©dĂ©rateur.
La version retenue respecte largement celle de 1724 (crĂ©ation Ă  St-Nicolas de Leipzig) Ă  laquelle le chef emprunte certains airs de 1725 (choral : « Himmel reise welt erbebe », – superbe dialogue choeur/Christ, Partie I – ajoutĂ© artificiellement en marge finale de la partie I / et l’air de tĂ©nor : « Ach, mein Sinn »). La coloration dĂšs le dĂ©part (dĂšs cette marche au supplice qui cependant s’élĂšve en sublimant la douleur partagĂ©e), est celle d’une soie tragique, avec entre autres la prĂ©sence du bassono grosso / contrebasson, instrument avĂ©rĂ© dĂšs la crĂ©ation de 1724 et qui par se rĂ©sonance « sĂ©pulcrale », cite immĂ©diatement le climat du Calvaire, et enracine la Passion dans un accomplissement fantastique, lugubre, surgissant des enfers terrestres, qui apporte l’hallucination voire le vertige au cĂŽtĂ© de la joie transmise dans l’articulation du texte (ce dernier aspect fait tout le sel si dramatique des rĂ©citatifs).
Ailleurs les deux violes d’amour convoquĂ©es pour exprimer l’arc en ciel quand le tĂ©nor soliste Ă©voque le dos martyrisĂ© du Christ flagellĂ© (« ErwĂ€ge ») apportent une preuve Ă©clatante de l’activitĂ© de l’orchestre comme personnage Ă  part entiĂšre de ce drame total, fusionnant ainsi en un tout organique, choeur, solistes, instruments.
Le caractĂšre de la Saint-Jean fusionne mĂ©ditation, compassion et aussi sublimation dans la sĂ©rĂ©nitĂ© : si le drame s’ouvre par une marche saisissante, inscrivant l’action dans le calvaire et le supplice, la rĂ©solution progressive tend vers une sĂ©rĂ©nitĂ© de plus en plus prenante et lumineuse, annonce des joies cĂ©lestes grĂące Ă  la rĂ©surrection.
Les solistes retenus par le chef crĂ©ateur des Musiciens du Louvre, s’ils soignent leur texte, n’atteignent que rarement la vĂ©ritĂ© grave ni le sens philosophique et spirituel des situations. Ne prenons qu’un exemple parmi les 8 rĂ©unis lors de cette tournĂ©e 2014 : l’alto du jeune David Hansen qui chante dans la partie I : « Von den stricken meiner SĂŒnden ». Le chanteur dont beaucoup veulent faire une nouvelle icĂŽne sexy par son physique agrĂ©able, s’adonne aux joies de l’air de concert, – dĂ©connexion faite de cette cohĂ©sion organique : groupe / solistes que le chef met pourtant en avant dans son explication / prĂ©sentation de ce cycle longuement prĂ©parĂ©, virtuositĂ© et affectation en bonus : le maniĂ©risme de cette voix qui joue la vedette invitĂ©e dans une soirĂ©e de gala, aigrelette et peu sobre, reste hors sujet, absolument dĂ©pourvue de tout naturel, de tout dĂ©pouillement mĂ©ditatif, quand il s’agit d’un air traversĂ© par un grave esprit de compassion, confrontĂ© au Sacrifice du Fils pour la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s humains. Et l’allant presque dansant du tempo rapide renforce cette allure « prĂ©cipité » qui expĂ©die la valeur et le sens de l’épisode. Plus loin, Ă  l’alto fĂ©minin, Delphine Galou revient l’air le plus poignant de la Passion selon Saint-Jean (« Es ist vollbracht » / Tout est accompli, Nr 30) : le timbre ambigu joue sur sa proximitĂ© avec la voix d’un contre-tĂ©nor,mais il n’écarte pas une intonation prĂ©cautionneuse, et elle aussi affectĂ©e qui ĂŽte Ă  cet Ă©pisode le sentiment pourtant essentiel d’apaisement progressif, de distanciation ultime, de renoncement et de Immler-Christian-08souffle
 Dommage. Le seul qui se dĂ©tache du lot par son Ă©locution plus naturelle, – sans air poseur ni dĂ©monstratif, reste la basse Christian Immler (relief et acuitĂ© du texte, et flexibilitĂ© expressive de son sublime air – de totale sĂ©rĂ©nitĂ© et de sublimation cĂ©leste : « Mein teurer Heiland, lass dich fragen  » / Mon Sauveur bien aimĂ©, Ă©coute ma demande. Avec le choeur pacifiĂ©, et la basse de viole, se libĂšre enfin la priĂšre du peuple en souffrance, dĂ©sormais dĂ©livrĂ© de toute entrave terrestre. Cette conception bienheureuse est encore confirmĂ©e dans la version prĂ©sente par l’ajout du choral aprĂšs le finale avec orchestre, « Ach Herr, lass dein lieb engelein » : priĂšre et vision cĂ©leste des Ă©lus au ciel.

Pour conclure, voilĂ  une version qui manque de clartĂ© esthĂ©tique, d’une confusion de rĂ©alisation problĂ©matique : tempo trop rapide, solistes artificiels, prise de son nĂ©buleuse. La Passion selon Saint-Jean n’est pas cette « petite » Passion (comparĂ©e Ă  la « Grande » Saint-Matthieu), plus franche, plus immĂ©diate dont parle la notice introductive : s’y dĂ©roule une tragĂ©die musicale dont l’intelligence de l’architecture, la force et l’ambition de l’écriture comme la profondeur mystique se dĂ©voilent Ă  ceux qui l’ont perçue et la rendent explicite; dans le cas prĂ©sent, – comparĂ© Ă  l’immense Nikolaus Harnoncourt, inĂ©galĂ© Ă  notre avis, entre drame et texte-, sont absents la profondeur et le sens d’une vraie mĂ©ditation. Pourtant l’activitĂ© de l’orchestre, sa caractĂ©risation parfois pertinente-, certains Ă©pisodes dans la II, 
 explicitent clairement le rĂŽle des instruments, personnages Ă  part entiĂšre d’un opĂ©ra sacrĂ© parmi les plus fascinants de l’histoire de la musique. Reste que le dernier ensemble avec orchestre, qui est le finale habituel, ralentit soudainement, semble articuler plus lentement le texte, cherchant son sens jusqu’à s’enliser (quand auparavant le geste rapide et vif Ă©tait plutĂŽt de mise). Une apprĂ©ciation en demi teintes donc.

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CD, compte rendu critique. JS BACH : JOHANNES-PASSION / Passion selon Saint-Jean (versions 1724 et 1725). 8 solistes, Musiciens du Louvre, Minkowski (2 cd ERATO, avril 2014).

Festival de Saintes 2017. Présentation et temps forts

saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDSAINTES, 46Ăšme Festival estival : 14-22 juillet 2017. Fleuron des festivals estivaux en France, ici en Poitou-Charentes, le 46Ăš festival de Saintes Ă©tend sa voile du 14 au 22 juillet 2017, investissant tous les lieux dĂ©sormais emblĂ©matiques de l’Abbaye aux dames. RebaptisĂ©e CitĂ© musicale, l’ensemble patrimonial accueille plusieurs gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes en une palette Ă©largie de rĂ©pertoires ; aujourd’hui le lieu est fort d’une saison musicale annuelle, qui avant et aprĂšs le festival estival prĂ©pare et poursuit l’aventure musicale. Cette activitĂ© permanente in loco a enracinĂ© la musique comme une respiration naturelle (d’autant que le bĂątiment abrite aussi le Conservatoire de musique de la ville : des passerelles n’ont pas manquĂ© de se dĂ©velopper entre prĂ©sences des artistes pro, du public et des jeunes Ă©lĂšves
). Le Festival estival profite Ă©videmment de cette culture Ă©vidente, manifeste qui appartient dĂ©sormais totalement Ă  la vie des Saintais.
Au cours de lla saison annuelle comme pour l’étĂ©, jeunes tempĂ©raments en devenir (actuellement Nevermind et Jean Rondeau), ensembles envoĂ»tants et pour certains partenaires familiers (Vox Luminis, Orchestre des Champs-ElysĂ©es et Philippe Herreweghe, 
) poursuivent leur travail de dĂ©frichement comme d’approfondissement. Le seul exemple de l’orchestre de jeunes instrumentistes sur instruments d’époque, le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, illustre cette activitĂ© exemplaire qui se soucie de former et perfectionner les jeunes musiciens. En plus de rĂ©aliser plusieurs sessions pendant l’annĂ©e Ă  Saintes, le JOA participe aussi Ă  la programmation du festival estival (Tchaikovski : Suite de Casse Noisette et Symphonie n°2 « Petite Russie », sous la direction de Philippe Herreweghe, le 15 juillet Ă  16h30, un Ă©vĂ©nement Ă  suivre particuliĂšrement).

 

 

 

Musique sacrĂ©e, rĂ©cital de piano et de clavecin, quatuors et musique de chambre, grands bains symphoniques, de Bach Ă  Ligeti
 Saintes dĂ©voile 1001 visages de la musique, pendant son festival d’été 

46Ăš Festival estival de Saintes
Du 14 au 22 juillet 2017
9 jours, 2 week ends

 

 

saintes 2017 festival estival de saintes classiquenews presentation selection de classiquenews p1875uuee11un0kpg1drj1i9ucpl8En juillet 2017, la 46Ăš programmation ne contredit pas une Ă©quation qui gagne chaque annĂ©e le coeur des festivaliers : diversitĂ©, Ă©quilibre, surprises des programmes prĂ©sentĂ©s. Concerts Symphoniques, musique de chambre, concerts sacrĂ©s, sans omettre les visites, animations diverses, rencontres Ă  la boutique et sous la voile, renouvelĂ©e cette annĂ©e et installĂ©e dans la grande cour de l’Abbaye
 le festivaliers a l’embarras du choix ; il dispose d’un Ă©ventail d’offres complĂ©mentaires (avec jusqu’à 4 concerts par jour, habilement planifiĂ©s, rendant possible d’y assister Ă  tous, en ayant le temps de la collation entre chaque : 12h30, 16h30, 19h30 puis 22h).
TEMPS FORTS
. Voici nos temps forts et cycles Ă  ne pas manquer cette annĂ©e Ă  Saintes (sauf indication contraire, les concerts que nous avons sĂ©lectionnĂ©s se dĂ©roulent dans l’église abbatiale)
 PremiĂšre journĂ©e d’ouverture, vendredi 14 juillet 2017, dĂšs 11h (cocktail d’ouverture sous la voile) ; ensuite, vous ne manquerez pas le nouvel ensemble baroque A Nocte temporis dirigĂ© par le tĂ©nor Reinoud van Mechelen (ClĂ©rambault et ses contemporains français, 12h30) ; puis Ă  19h30, toujours sous la voĂ»te de l’Eglise Abbatiale : Messe pour la paix / Musique pour le Camp du Drap d’or oĂč se rĂ©pondent et s’unissent les Chapelles royales français et britanniques de François Ier et de Charles Quint en 1520
 par Doulce MĂ©moire et son crĂ©ateur, Denis Raisin-Dadre.

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Le 15 juillet est une journĂ©e « type » offrant 4 concerts : tous Ă  l’Abbatiale. Vox Luminis et Lionel Meunier Ă  12h30, dans un programme regroupant les plus beaux Motets de JS Bach et de ses oncles
 Nouvel Ă©vĂ©nement symphonique ensuite Ă  16h30, avec Philippe Herreweghe pilotant la fougue juvĂ©nile des instrumentistes du JOA dans un programme trĂšs attendu, dĂ©diĂ© Ă  Tchaikovsky (Symphonie n°2 et Suite de Casse-Noisette). A 19h30, autre Ă©vĂ©nement : plusieurs Concertos Brandebourgeois de JS Bach (jamais Ă©coutĂ©s Ă  Saintes, ou depuis trĂšs trĂšs longtemps / Les Ambassadeurs sous la direction du flĂ»tiste, Alexis Kossenko). Enfin, Quatuors de Haydn, Mendelssohn, Beethoven par le Quatuor Arod dans l’ambiance feutrĂ©e, tardive de l’Abbaye Ă  22h. Une fin de journĂ©e qui s’achĂšve comme un songe dans le vaste corps minĂ©ral de l’Abbaye


Jean-SĂ©bastien Bach : la Messe en si mineurVOLETS THEMATIQUES. Parmi les fils thĂ©matiques Ă  Saintes que le festivalier retrouve chaque annĂ©e avec plaisir : JEAN-SEBASTIEN BACH. AprĂšs l’excellent choeur Vox Luminis le 15 juillet Ă  12h30 (Motets), ne manquez pas Les Variations Goldberg par Benjamin Alard (clavecin, le 16 juillet, 22h), les Cantates BWV 182, 131, 103 par Gli Angeli (ensemble Suisse dirigĂ© par Stephan MacLeod, le 17 Ă  12h30 ; puis qui rĂ©cidive le 19, mĂȘme heure, pour les BWV 181, 127 et 75) ; sans omettre la somptueuse et grave Cantate BWV 198 Trauer-Ode (Vox Luminis dĂ©jĂ  citĂ©, le 18 juillet Ă  12h30). Ce dernier concert affiche aussi la MUSIQUE ANGLAISE BAROQUE (qui peut-ĂȘtre un autre fil conducteur : soit Ode pour l’anniversaire de la Reine Mary) ; Ă  suivre donc avec le lendemain, 19 juillet, 22h : Devotionnal songs and Anthems de Purcell (la RĂȘveuse), et aussi le prometteur rv intitulĂ© « l’Orgue du sultan » (le 21 juillet, 22h, oĂč les musiques de Dowland, Byrd dialoguent avec des airs traditionnels ottomans / Ensembles Sultan Veled et AchĂ©ron / François Joubert-Caillet, direction).

christie420Parmi les autres temps forts du festival estival de Saintes 2017, nous avons sĂ©lectionnĂ© : le concert des musiciens du JOA Ă  l’adresse des plus jeunes (dĂšs 3 ans si accompagnĂ©s, le 16 juillet, 10h45 puis 12h Ă  l’Auditorium) ; les madrigaux de Monteverdi (450Ăš anniversaire en 2017, par Voces Suaves, Tobias Wicky (le 16 juillet, 19h30). L’évĂ©nement de cette Ă©dition reste la prĂ©sence de William Christie, en ambassadeurs des passions barqoeus sacrĂ©es et en pĂ©dagogue affĂ»tĂ©, formateur
 avec son ensemble Les Arts Florissants (sublime programme de musique baroque française du XVIIĂš : Le Reniement de Saint-Pierre de MA Charpentier et une sĂ©lection de musique pascale, le 17 juillet, 19h30) ; mais aussi pilotant le JOA, dans une session nouvelle symphonique dont l’aboutissement est Ă  l’affiche de l’Abbatiale, le 21 juillet, 19h30 (Symphonies n°85 La Reine, et n°82 « L’Ours » de Haydn, Airs de concert de Mozart avec Emmanuelle de Negri, soprano). De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, seconde phalange orchestrale emblĂ©matique de la CitĂ© musicale Ă  Saintes, propose deux concerts immanquables Ă©galement : Concerto pour clavier n°23 K488 et Symphonie n°36 « Linz » (Bertrand Chamaillou, pianoforte, et Alessandro Mocia, premier violon et direction, le 18 juillet, 19h30), et comme conclusion du festival 2017 : Symphonie n°1 de Brahms, Lieder avec orchestre de Wolf (Möricke) et de Mahler (Lieder eines fahrenden gesellen), avec Dietrich Henschel, baryton, sous la direction de Philippe Herreweghe.

 
 

Wilhem_Latchoumia-Anthony_Arquier_face_yeux_fermesEnfin parmi nos coups de coeur 2017 : Nevermind et Jean Rondeau dans un programme opportun en 2017 dĂ©diĂ© (en partie) Ă  Telemann (Quatuors parisiens n°1 et 4, le 18 juillet Ă  22h) ; le Collegium Vocale Gent (Kaspar Putnis, direction) dans un programme Schnittke et Ligeti (de ce dernier, le sublime Lux Aeterna, le 19 juillet, 19h30) ; le rĂ©cital de piano de Wilhem Latchoumia (Debussy, Falla, Mompou
, le 20 juillet, 12h30) ; Ode Ă  sainte CĂ©cile et le Dixit Dominus de HĂ€ndel par Vox Luminis (le 20 juillet Ă©galement mais plus tard Ă  19h30) ; le Vivaldi plein de fiĂšvre et d’élĂ©gance par la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti (Il teatro alla modo, le 22 juillet Ă  13h30).

 

 
 

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saintes festival 2017 festival estival de Saintes presentation selction temps forts par CLASSIQUENEWS mars 2017 Visuel-festival-2017-BDVoilĂ  de quoi construire vos journĂ©es Ă  Saintes, riches en dĂ©couvertes, Ă©crins et rĂ©servoirs d’émotions musicales comme il en existe rarement en France : ici, quoique l’on dise : l’unique lieu et la beautĂ© de son architecture centenaire assure une cohĂ©rence unique chaque Ă©tĂ©. L’édition 2017 s’annonce Ă  nouveau exceptionnelle par la diversitĂ© des formes, rĂ©pertoires, comme des profils artistiques
 dans un lieu envoĂ»tant et dĂ©sormais incontournable du mois de juillet.

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du Festival de Saintes 2017.

http://www.abbayeauxdames.org/festival-de-saintes/ 

 
 

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CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd Aparté)

armide russet talent lyriques cd apart review cd critique cd classiquenews le CLIC mars 2017CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd ApartĂ©). L’ultime ouvrage lyrique de Lully fait les rĂ©putations, adoube les volontĂ©s artistiques : des chefs s’y sont cassĂ© les dents ; dĂ©voilant des limites trop sĂ©rieuses Ă  ce qui paraĂźt tel le chef d’oeuvre de la tragĂ©die française en musique oĂč Ă  la fin du XVIIĂš Ă  Versailles, comptent autant le texte que la tension musicale. Armide exige donc autant des chanteurs que des acteurs, vĂ©ritable diseurs comme au thĂ©Ăątre. D’autant que l’orchestre n’accompagne pas : il dĂ©veloppe des climats et des atmosphĂšres nouveaux, annonçant le grand Rameau climatologue au XVIIIĂš. RĂ©alisĂ© Ă  Paris, Salle Pierre Boulez de la Philharmonie en dĂ©cembre 2015, le spectacle saisi sur le vif, expose d’indiscutables atouts.

CLIC_macaron_2014Surtout sur le plan orchestral, moins au registre de l’intelligibilitĂ© parfaite de la langue si raffinĂ©e de Quinault. Armide articule un texte autant Ă©difiant que d’une exceptionnelle efficacitĂ© dramatique : aux langueurs et doutes de la magicienne amoureuse succĂšdent, l’abandon suicidaire aprĂšs une rĂ©sistance teintĂ©e de haine (IV) : ce dernier tableau, Ă©pisode d’un tragique lugubre et grimaçant. Mais ici, genre versaillais oblige, le naturel et l’expressif se doivent de toujours servir et respecter la noblesse la plus articulĂ©e. Autant dire que la partition sert l’un des poĂšmes les plus passionnants de Philippe Quinault, lequel comme le compositeur nĂ© florentin mais naturalisĂ© français, se surpasse, offrant avec Armide, l’apothĂ©ose de la tragĂ©die en musique que le rĂšgne de Louis XIV se devait de possĂ©der. En 1786, malgrĂ© des scandales et cabales en tous genres, – y compris le dĂ©saveu du Roi pour son cher ami musicien, Armide suscita dĂšs sa crĂ©ation, une immense (et lĂ©gitime) succĂšs : le gĂ©nie de Lully se dĂ©voile sans fard, en une coupe sans faille.

rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonComme dans ses prĂ©cĂ©dents Lully – qui compose Ă  prĂ©sent un sĂ©rieuse collection thĂ©matique dĂ©diĂ©e au gĂ©nie lyrique de Lully, Ch. Rousset et ses Talens Lyriques ne manquent pas d’expressivitĂ© souple dans l’articulation du drame français, ce dĂšs le Prologue qui en dehors de sa conformitĂ© au genre, permet surtout aux musiciens de trouver un Ă©quilibre entre pupitres, de chauffer une sonoritĂ©, de s’associer surtout aux voix, solistes et chorales. Ainsi l’art français voit grand, comme le chĂąteau pour lequel le spectacle a Ă©tĂ© conçu, ce Versailles qui en impose par son dĂ©corum (suite des danses premiĂšres : EntrĂ©e, menuet, Gavotte
), et de façon surprenante par sa poĂ©sie (flĂ»te dĂšs l’EntrĂ©e majestueuse
). Il faut donc un Ă©quilibre subtile dans le geste et la rĂ©alisation interprĂ©tative. Ni trop grandiloquent ni trop maniĂ©ré  naturel et sobre. Une tension permanente cependant canalisĂ©e par le flux organique de la danse, omniprĂ©sente dans l’explicitation de la tragĂ©die. Un vrai dĂ©fi. Moins sec qu’à son habitude, moins mĂ©canique aussi dans la rĂ©alisation (contrairement Ă  ses Rameau, souvent), le chef sait s’attendrir, ouvrir de belles portes Ă©vocatrices, nuancer la portĂ©e et dĂ©clamatoire et nostalgique de la Gavotte (entre autres). D’autant que les deux premiĂšres voix, – comme deux fĂ©es des lieux enchantĂ©s et royaux, c’est Ă  dire Gloire et Sagesse savent projeter un texte qui n’est rien que complaisant et de circonstance : le piquant et clair soprano de Marie-Claude Chappuis se dĂ©tache en Sagesse (comme sa Sidonie postĂ©rieure dans le drame), quand Judith van Wanroij dĂ©ploie un beau veloutĂ©, naturellement princier (osons dire « versaillais »), mais Ă  l’articulation hĂ©las paresseuse (dĂ©faut qui s’affirme dans sa PhĂ©nice, et qui revient rĂ©guliĂšrement dans ses prestations, sans qu’aucun coach ni prĂ©parateur ne l’aide Ă  perfectionner son articulation).

Lully_versailles_portraitOPERA LINGUISTIQUE
 La machinerie sublime qui se dĂ©roule Ă  travers ses 5 actes met Ă  nu, le cƓur d’Armide, fiĂšre souveraine et magicienne intrigante qui jusqu’au IV et sa confrontation avec le personnage plein de hargne supĂ©rieure de la Haine (formidable Marc Mauillon qui sait rester articulĂ© et 
 sobre), s’obstine Ă  rĂ©sister en vengeance et orgueil. Mais ce que Lully dĂ©voile, c’est l’empire de l’amour sur une Ăąme noble, orgueilleuse, qui saisie dans les rĂȘts de l’amour, s’humanise, semble accepter de souffrir et mourir pour Renaud qui ne rĂ©pond pas au sien. Mais c’est mal connaĂźtre cette furie que la passion rend hideuse
 ainsi que le dĂ©voile sa derniĂšre envolĂ©e, en dĂ©itĂ© outrĂ©e, blessĂ©e, qui dĂ©truit tout et ne pardonne rien. Avant les Gluckistes du XVIIIĂš, favorisĂ©s par Marie-Antoinette, Vogel, Sacchini, avant la MĂ©dĂ©e de Cherubini, Lully impose un gĂ©nie tragique pathĂ©tique et fantastique de premiĂšre valeur : jamais outrancier grĂące Ă  l’élĂ©gance de la langue, toujours Ă©lĂ©gant et nerveux grĂące au flux contrastĂ© de ses Ă©tonnantes danses dont le rythme mĂȘme est fusionnĂ© aux aspects du drame.

Dans ce labyrinthe amoureux qui cĂ©lĂšbre l’omnipotent Amour,- sa vĂ©ritĂ© essentielle contre le monde des enchantements-, la caractĂ©risation des personnages passe des accents guerriers, tempĂ©tueux, expressifs, Ă  l’expression d’un abandon d’une Ă©tonnante sensualitĂ©, qui ne doit pas cependant sacrifier la tension et la prĂ©cision de la dĂ©clamation (le sommet en serait l’air de l’amant fortunĂ© superbement enchĂąssĂ© dans le flux de la Passacaille du V : subtile, articulĂ© et pourtant si naturel Cyril Auvity). Il y a donc chez les solistes, le dĂ©fi de l’intonation et du caractĂšre qui fait l’humeur ; il y a aussi, surtout, l’articulation et l’intelligibilitĂ©, autre dĂ©fi autrement et totalement crucial dans l’interprĂ©tation de l’opĂ©ra français baroque, en particulier pour les drames lullystes comme les ouvrages du XVIIĂš : le verbe de Quinault apporte une seconde langue musicale, doublant les Ă©pisodes instrumentaux qui enchaĂźnent souvent une collection d’airs rapides, nerveux, Ă©tonnamment contrastĂ©s, rĂ©alisant tout le muscle et la tenue du flux dramatique dans sa continuitĂ©. De ce point de vue, l’équilibre et l’explicitation orchestrale Ă  laquelle atteignent chef et instrumentistes des Talens Lyriques enchantent et captivent.

OPERA LINGUISTIQUE ET ORCHESTRAL
L’opĂ©ra français versaillais Ă  son meilleur

CĂŽtĂ© chanteurs, le bon niveau gĂ©nĂ©ral, mĂȘme pour certain encore perfectible, complĂšte et conforte l’éloquence et la fluiditĂ© expressive de l’orchestre. Parfois un rien maniĂ©rĂ©e dans la rĂ©alisation des ornements, Marie-Adeline Henry sait brosser d’Armide, un portrait d’abord direct et brutal ; puis de plus en plus tendre de la magicienne, Ă  mesure qu’elle saisit Ă  sa juste mesure la vĂ©ritĂ© de l’amour qu’elle Ă©prouve pour Renaud ; en rompant avec les illusions, artifices et enchantements, la soprano fait surgir peu Ă  peu la profonde solitude qui la rĂ©vĂšle Ă  elle-mĂȘme. C’est au diapason d’une force guerriĂšre, un volcan qui se passionne et tempĂȘte, mais aussi un coeur dĂ©passĂ© et finalement dĂ©muni face Ă  la vĂ©ritĂ© de ses sentiments. Aussi aprĂšs la sublime Passacaille du V, – mĂ©tamorphose musicale qui se fait le miroir de la transformation qui saisit alors le cƓur et l’ñme de l’hĂ©roĂŻne, la chanteuse approche grĂące Ă  une Ă©conomie et une sobriĂ©tĂ© de mieux en mieux maĂźtrisĂ©e, la vĂ©ritĂ© d’un chant lucide, enfin pleinement humain qui souffre et pourtant renaĂźt Ă  lui-mĂȘme dans une rĂ©vĂ©lation de sa propre solitude, plongeant cependant Ă  la fin dans le faux espoir d’une si vaine fureur vengeresse
 et destructrice.
Suave lui aussi, et d’un français impeccable, le Renaud d’Antonio Figueroa sait soigner le français de Quinault en un phrasĂ© constamment maĂźtrisĂ©, soucieux du verbe, de son volume comme de son caractĂšre, autant que de la ligne. Son chant demeure d’une sobre Ă©lĂ©gance, d’une inflexible certitude, malgrĂ© les mille sĂ©ductions de la magicienne (jusqu’au dernier duo oĂč l’on regrettera un lĂ©ger dĂ©rapage de justesse :   « trop malheureuse Armide
. ») : vĂ©tille comparĂ© Ă  ce que rĂ©alise auparavant le chanteur montrĂ©alais.
AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmLe nerf linguistique et le relief accentuĂ© des solistes dĂ©jĂ  citĂ©s : Marc Mauillon (Aronte, La Haine), Marie-Claude-Chappuis (sagesse, Sidonie, bergĂšre hĂ©roĂŻque), Cyril Auvity (portrait ci-contre) mĂ©morable amant fortunĂ© dont nous avons dĂ©tachĂ© la justesse expressive), mais aussi le noble et racĂ© Hidraot (oncle de la magicienne : Douglas Williams), comme l’Ubalde d’Etienne Bazola
 apportent la couleur si dĂ©lectable des rĂ©cits parfaitement maĂźtrisĂ©s. Sans vraiment dĂ©mĂ©riter, l’ArtĂ©midore d’Emiliano Gonzalez Toro peine davantage que les autres : voix serrĂ©e et constamment vibrĂ©e (un Ă©lĂ©ment hors sujet chez Lully, quand il est systĂ©matisĂ©).
D’une architecture lumineuse, fouillant l’intention d’exposition des caractĂšres dans le Prologue puis l’acte I ; comme l’exposition de la passion qui se joue ensuite, l’expression de la haine (III), puis la dĂ©solation de la Magicienne, entre rage, abandon puis destruction dans les IV et V, le chef canalise tous les volets d’une tragĂ©die parmi les mieux Ă©laborĂ©es qui soient : aciditĂ© mordante des joutes guerriĂšres ; douceur alanguie des Ă©vocations plus nostalgiques des divertissements (enchantement pastorale Ă  travers l’air de la NaĂŻade au II – avant la suspension de l’action et l’émergence d’une pause purement instrumentale dans les deux Airs / l’équivalent du vertige atemporel rĂ©alisĂ© dans le sommeil d’Atys). A son mĂ©rite revient l’articulation somptueuse des danses et des divertissements, la coloration de plus en plus prĂ©sente de l’orchestre – vĂ©ritable acteur aux cĂŽtĂ©s des solistes. Ainsi s’accomplit le basculement de la scĂšne lyrique française, de l’éclatante apothĂ©ose du Prologue (artifice), au tragique noir et haineux du drame (vĂ©ritĂ©). Lully finalement favorise contre tout ce qui est dit et dĂ©fendu par de nombreux interprĂštes Ă©trangers Ă  sa vĂ©ritĂ©, l’émergence de la psychĂ©, le dĂ©voilement d’une profondeur Ă©motionnelle, hors action et confrontations dramatiques. VoilĂ  le sens cachĂ© des ballets et divertissements : la musique nous dit bien autre chose et diffĂ©remment de l’action purement thĂ©Ăątrale. Un aspect Ă  la fois grave et nostalgique que reprendra Rameau au siĂšcle suivant. Les Talens Lyriques comprennent cette richesse poĂ©tique et l’expriment pour notre plus grand plaisir. Hier, seuls Les Arts Florissants et l’indĂ©passable William Christie, savaient Ă©lucider et Ă©clairer cette coloration si essentielle.
En dĂ©pit des petites dĂ©faillances ici et lĂ  relevĂ©es chez les solistes, voici assurĂ©ment l’un des meilleurs enregistrements baroques français des Talens Lyriques (Ă  ranger aux cĂŽtĂ©s de leur excellent rĂ©cital rĂ©cent avec l’électrisante mezzo Ann Hallenberg, 1 cd Ă©galement ApartĂ©, couronnĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2016 : Farinelli : a portrait).

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armide russet talent lyriques cd apart review cd critique cd classiquenews le CLIC mars 2017CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, Christophe Rousset – enregistrĂ© Ă  la Philharmonie de Paris, en dĂ©cembre 2015, 2 cd ApartĂ©) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

PARIS, exposition Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017

valentin de boulogne concertPARIS, EXPOSITION : Valentin de Boulogne, jusqu’au 22 mai 2017. Le titre de la premiĂšre rĂ©trospective dĂ©volue Ă  Valentin de Boulogne, le plus romain des peintres français (comme Nicolas Poussin plus tard) est bien connu des spĂ©cialistes de la peinture du Seicento (XVIIIĂš siĂšcle). Moins du grand public, qui dĂ©couvrira dans l’exposition prĂ©sentĂ©e par le MusĂ©e du Louvre, un exceptionnel gĂ©nie pictural, crĂ©ateur inĂ©galĂ© entre rĂ©alisme et allĂ©gorie, clair-obscur et introspection
 un immense artiste qui comme son modĂšle Caravage, fut Ă©rudit, lettrĂ©, et aussi habituel pilier de tavernes (la lĂ©gende probablement vĂ©ridique voudrait qu’il pĂ©risse noyĂ© dans une fontaine de Rome, alors qu’il sortait d’une taverne copieusement ivre
) ; mais Ă  la diffĂ©rence de Caravage, Valentin sut s’affirmer Ă  Rome, devenant un artiste particuliĂšrement adulĂ©, recherchĂ©, estimĂ© des amateurs dont les membres de la famille patricienne Barberini. Comme rarement, Paris expose une intĂ©grale de son oeuvre, dont l’analyse est aujourd’hui bien documentĂ©e.

PEINTRE MELOMANE
 AprĂšs un rĂ©cap chronologique de ses pĂ©riodes et des maniĂšres concernĂ©es, CLASSIQUENEWS a souhaitĂ© surtout souligner la valeur et l’originalitĂ© d’un peintre passionnĂ© par la musique qui reprĂ©sente un nombre de « Concerts » et de musiciens, unique Ă  son Ă©poque. Violonistes, gambistes, luthistes, flĂ»tistes, joueuse de tambourin
 mais aussi jeune chanteurs jalonnent et habitent un cycle de crĂ©ations originales, Ă  la fois portraits collectifs et scĂšnes de genre, comme subtiles allĂ©gories, poĂ©tiques et critiques de la condition humaine
 soit une collection singuliĂšre de reprĂ©sentation de musiciens avec leurs instruments dont le rĂ©alisme et l’éloquente gravitĂ© intĂ©rieure frappent immĂ©diatement le regard. En 6 tableaux sur des sujets musicaux, CLASSIQUENEWS a visitĂ© l’exposition prĂ©sentĂ©e au Louvre, pour mieux mesurer le raffinement et la culture qui soustendent une Ɠuvre atypique et captivante au dĂ©but du XVIIĂš Ă  Rome. A voir au Louvre Ă  Paris, jusqu’au 2 mai 2017.

 

 

 

EVOLUTION DE L’ECRITURE PICTURALE
Mais avant, rappelons quelques notions

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre1620-1630. L’exposition propose un parcours chronologique particuliĂšrement complet. Entre 1610 et 1620, Valentin peint le quotidien, comme Ribera, Cecco del Caravaggio, Manfredi, mais plus proche encore de leur modĂšles Ă  tous, Caravage, car il portraiture des modĂšles issus de la rue romaine : joueurs de cartes, tricheurs, peuple pittoresque, truculent des tavernes, chiromancie (bohĂ©miennes, diseuses de bonne aventure). Les cadrages sont serrĂ©s, focusant sur les ĂȘtres, leur interaction, dans des situations psychologiques tendues, oĂč parfois, plusieurs actions sont reproduites (Ă©galement selon le modĂšle Caravagesque : alors qu’une bohĂ©mienne lit les lignes de la mains de son client, un voleur lui dĂ©robe sa bourse, selon l’adage du trompeur trompé ). La maĂźtrise des contrastes et du clair-obscur est saisissante : Valentin indique aussi prĂ©cisĂ©ment le personnage principal, ou les divers protagonistes d’un drama silencieux (dont il fait du spectateur, le tĂ©moin complice) grĂące Ă  des coups de projeteurs, selon un parti photographique et mĂȘme cinĂ©matographique.
Les grandes scĂšnes de Concert appartiennent Ă  cette pĂ©riode clĂ©, oĂč le peintre relit aussi en un vertige philosophique et moral, les rĂ©fĂ©rences Ă  l’histoire (Concert au bas-relief, Louvre). Comme les VĂ©nitiens au siĂšcle prĂ©cĂ©dents, Valentin maĂźtrise autant le rĂ©alisme de ses figures et modĂšles que la palette chromatique, d’un raffinement unique Ă  son Ă©poque : textures textiles, matiĂšres fourrĂ©es, plumes ou bois des instruments, . tout est prĂ©texte Ă  un traitement sensible des matiĂšres dans une lumiĂšre subtilement tamisĂ©e


 A cela s’ajoute une profondeur mĂ©lancolique, une gravitĂ© exceptionnelle qui fixe les traits des modĂšles dans une caractĂ©risation introspective, – miroir de l’ñme dĂ©voilĂ©e, accents d’une vĂ©ritĂ© qui renoue lĂ  encore avec l’exemple de Caravage et la vĂ©ritĂ© de ses modĂšles. La preuve est donnĂ©e ainsi que Valentin, contrairement Ă  beaucoup d’autres Caravagesques, rĂ©ussit Ă  “rĂ©inventer” la leçon du maitre pour tous, selon le titre de l’exposition du Louvre. Rares les peintres capables d’Ă©galer en invention et poĂ©sie l’art du Caravane : de toute Ă©vidence, Valentin de Boulogne en fait partie.

A partir de 1630, le peintre enrichit encore ses dispositions (compositions), accentuant la valeur symbolique aux cĂŽtĂ©s du rĂ©alisme quotidien de l’écriture formelle. ScĂšnes monumentales, figures isolĂ©es, portraits de bustes ou en pied, (Saint-Jean Baptiste, Saint Jean-de-Maurienne), tableaux collectifs (Reniement de Saint Pierre, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi, Florence ; Soldats jouant aux cartes, Washington). Valentin nous laisse alors ses grandes scĂšnes sacrĂ©es au souffle Ă©pique et humain considĂ©rables : (Christ et la femme adultĂšre, Getty, – chef d’oeuvre absolu qui touche tant par la gravitĂ© solitaire, le profond recueillement Ă©motionnel qui semble saisir chaque personnage
 (Le couronnement d’épines, Munich / Le Christ chassant les marchands du Temple, Palais Barberini).

 

 

concert de valentin de boulogne

 

 

SUCCES ROMAINS… La pĂ©riode 1627-1630 est aussi celle des succĂšs et de la reconnaissance Ă  Rome : les commandes de la famille Barberini et de celle du pape Urbain VIII se multiplient. Une faveur que ne connut jamais Caravage qui malgrĂ© son Ă©rudition et son gĂ©nie pictural, dut s’exiler toujours en raison de sa vie scandaleuse. Pour les Barberini : Valentin conçoit l’étonnante AllĂ©gorie de l’Italie (Institut Finlandais de Rome) : le Tibre rappelle une sculpture antique et pourrait ĂȘtre tout autant un modĂšle tirĂ© de la rue. IdĂ©alisme, naturalisme, Ă©rudition, rĂ©alisme populaire voire trivial (pour ses dĂ©tracteurs : soit les mĂȘmes critiques Ă©noncĂ©s contre Caravage), Valentin met son gĂ©nie formel – rĂ©alisme et raffinement chromatique au service de compositions Ă  clĂ©s qui font sens aussi par leurs concepts symboliques et leur riche rĂ©sonance poĂ©tique. GrĂące au cardinal Francesco Barberini, Valentin obtient une commande pour la Basilique saint-Pierre : Martyre de Saint ProcĂšs et Martinien (PinacothĂšque Vaticane) d’une maĂźtrise saisissante, Ă©galant les retables prĂ©cĂ©dents de Poussin, et Simon Vouet. Alors que les deux premiers fondent leur art sur le dessin et la couleur, Valentin semble les rĂ©unir tous les deux, en une vision qui frappe aussi par sa vĂ©ritĂ© (rĂ©alisme poĂ©tique).

 

Valentin, peintre français Ă  Rome, comme Nicolas Poussin, est cĂ©lĂ©brĂ© pour son immense talent dĂšs son vivant : deux toiles sont installĂ©es dans la chambre de Louis XIV Ă  Versailles : Saint Marc et Saint Matthieu (toujours en place in loco, restaurĂ©s pour l’exposition parisienne). Sa cĂŽte est mĂȘme immense aprĂšs sa mort en 1632, survenu brusquement aprĂšs une sĂ©ance bien arrosĂ©e dans une taverne de Rome : le peintre amochĂ© se noya dans l’eau glacĂ©e de la fontaine du Babuino. Mais fin collectionneur, Mazarin achĂšte prĂšs de 9 toiles, qui entrent ensuite dans les collections royales, puis le Louvre. Permettant au musĂ©e français de rĂ©unir aujourd’hui, le noyau le plus important de ses oeuvres.

PARIS, exposition VALENTIN DE BOULOGNE. Jusqu’au 22 mai 2017

 

 

 

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Les 6 CONCERTS de l’exposition parisienne

Notre sélection, notre parcours en 6 tableaux : 5 Concerts et 1 Allégorie ou les 4 ùges de la vie

 

 

 

Valentin-de-boulogne-concert-louvre1- Le CONCERT AU BAS RELIEF (Louvre). La composition s’organise autour d’un cube dont l’angle au milieu de la toile fait saillie : ainsi Valentin a-t-il idĂ©alement intĂ©grĂ© le relief antique, dans une composition qui frappe par sa pĂ©nombre : les visages semblent surgir de la nuit, comme le profil du relief antique du marbre qui le contient (relief romain reprĂ©sentant les Noces de ThĂ©tis et PelĂ©e – terre cuite conservĂ©e au Louvre Ă©galement). Le parallĂšle est important : il confĂšre Ă  cette scĂšne apparemment rĂ©aliste et populaire, issue de la taverne (comme l’indiquent la prĂ©sence des 2 buveurs), un sens allĂ©gorique profond, que semble occuper l’esprit plutĂŽt songeur du jeune garçon au centre : bouche bĂ©ante, le regard qui nous fixe tout en Ă©tant rĂȘveur, la joue droite dans la main droite (signe de la mĂ©lancolie), il rĂ©flĂ©chit sur le sens de la vie, de sa vie, entre une vie de plaisir et d’insouciance et l’exigence d’en extraire un accomplissement. Qui suis je ? Que sera ma vie ? 
 autant de questions qui traversent son esprit, dĂ©jĂ  mature. Un fort Ă©clairage inonde aussi la joueuse de guitare, dont le regard lointain exprime elle aussi une riche vie intĂ©rieure.
Pas moins de 3 musiciens s’attablent Ă  cette cĂ©lĂ©bration critique de l’existence : entourant la guitariste, le violoniste Ă  gauche et le jouer de luth Ă  droite. Sur un fond neutre, – intĂ©rieur ou extĂ©rieur (comme chez Caravage), soit un lieu indĂ©terminĂ©, les personnages semblent jaillir de la nuit, comme un songe. Tel n’est pas le moindre des paradoxes de la peinture de Valentin de Boulogne dont le grand rĂ©alisme des figures, se met au service d’une poĂ©sie humaine d’une indicible nostalgie.

 

 

 

concert de valentin de boulogne2- Le CONCERT vers 1628 (que nous aimons appelĂ© le « Grand concert », au regard de son format et du nombre de musiciens engagĂ©s, instrumentistes et chanteurs ; Ă©galement conservĂ© au Louvre), regroupe toutes les caractĂ©ristiques que nous avons dites prĂ©cĂ©demment, mais dans une conception renouvelĂ©e de la composition : ici a contrario de toutes les compositions connues – plutĂŽt frontale et statique, s’impose le mouvement. C’est un instantanĂ© inĂ©dit, d’un souffle inouĂŻ, assurĂ©ment la peinture de musiciens en pleine action, parmi les plus rĂ©ussies et les plus justes qui soient de toute l’histoire de la peinture. A Rome, Valentin suit la mode musicale, il en peint mĂȘme les jalons de la rĂ©volution instrumentale qui s’accomplit Ă  son Ă©poque. La forme concertante met les instruments en avant ; comme l’écriture monodique avec basse continue, – emblĂšme du Baroque triomphant, se met aussi au service du chant, mais un chant incarnĂ© oĂč le texte est dĂ©clamĂ© / chantĂ© Ă  la premiĂšre personne. Cette forte incarnation se lit dans le rĂ©alisme des figures : tous portraits, saisissants chacun par leur caractĂ©risation et leur forte individualitĂ©, comme nerveuse, passionnĂ©e ; d’autant plus manifeste, que Valentin n’a peint que des figures en mouvement, saisies dans l’élan musical et vocal qui les anime et les mĂȘle l’une Ă  l’autre en une complicitĂ© collective ; sont particuliĂšrement bien portraiturĂ©s :
-le jeu des archets et des mains sur les cordes
-les expressions habitées
-les chanteurs : deux garçons probablement, bouches ouvertes en pleine interprétation
-l’attitude de la continuiste, bras tendus, poignets et mains souples, chantournĂ©es au clavier
-les visages expriment l’intensitĂ© de la vie, la passion dans le partage et l’harmonie collective
-le joueur de cornet semble lui aussi tout absorbé par son jeu et la partition ouverte, et comme sublimé, lointain, dans son monde sonore

Les musiciens Ă  gauche ferment le pupitre : basse de viole et thĂ©orbiste Ă  la formidable armure argentĂ©e qui nous fait dos, et semble nous refuser l’accĂšs de cette complicitĂ© collective qui s’exprime comme un seul corps.

Ce bouillonnement en groupe est d’autant plus expressif qu’il semble lui aussi jaillir de la pĂ©nombre, sur un fond neutre ; les visages et les mains s’y dĂ©tachent avec un relief aigu, comme s’il s’agissait lĂ  encore d’un groupe sculptĂ© antique, mais saisi en plein mouvement et en pleine lumiĂšre.

 

 

 

flutiste ingenu concert taverne valentin de boulogne classiquenews exposition louvre3- Le flĂ»tiste ingĂ©nu. La scĂšne de taverne est bien connu et ici ses acteurs protagonistes tout Ă  fait identifiables : un gentilhomme aventurier, coiffe emplumĂ©e, Ă©pĂ©e Ă  la ceinture se sert du vin, pendant qu’une entraĂźneuse voire davantage, sĂ©duit le jeune flĂ»tiste, qui sous l’effet de l’alcool, ne s’aperçoit pas que la bohĂ©mienne, verre levĂ© elle aussi au dessus de sa tĂȘte et derriĂšre lui, lui dĂ©robe sa bourse. Le sujet de trompeur trompĂ© est rĂ©current chez les Caravagesques : on le retrouve aussi chez Georges de La Tour ou Simon Vouet. Valentin traite la scĂšne en y ajoutant l’élĂ©ment musical oĂč le jeu de la flĂ»te absorbe toute la concentration du jeune homme, proie de ce jeu de dupes. Dans une composition plus claire que les Concerts, le raffinement des couleurs, la touche fluide, vaporeuse qui brosse de trĂšs beaux portraits lĂ  encore affirment la maestriĂ  du peintre français Ă  Rome.

 

 

 

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4- Le Concert au Tambourin 1. Selon une formule fixĂ©e dans le Concert au bas relief du Louvre, Valentin a multipliĂ© les compositions oĂč instrumentistes et buveurs semblent attablĂ©s sur un bloc de marbre antique dont l’angle perce la toile au centre de la composition. Ici le raffinement explicite des couleurs offre une variation chromatique particuliĂšrement efficace au sujet musical. La nouveautĂ© vient de la prĂ©sence de la femme au tambourin, saisie sur le vif comme ses partenaires masculins : joueur de violon Ă  gauche et luthiste Ă  droite, ce dernier absorbĂ© par la partition qui est ouverte entre le bord de la table et ses genoux. L’interaction entre les personnages est rĂ©tablie entre la musicienne qui regardant vers le violoniste, et semble s’accorder avec lui. Ici le jeu instrumental est plus suggĂ©rĂ© que reprĂ©sentĂ© et dĂ©crit soigneusement. L’impression de mouvement et l’effet d’instantanĂ© s’affirment selon une formule dont on dĂ©duit qu’elle reçu un grand succĂšs auprĂšs des amateurs romains dans les annĂ©es 1620.

 

 

 

5- Le Concert au tambourin 2 (« Musiciens et soldats », Strasbourg, vers 1620). Ce grand tableau renouvelle lui aussi le clair obscur lĂ©guĂ© par le Caravage dans le genre de la scĂšne de taverne. Un milieu que Valentin connaĂźt bien pour l’avoir assidĂ»ment frĂ©quentĂ©. Ce nocturne collectif associe musiciens, soldats et buveurs, lĂ  encore comme attablĂ©s Ă  un grand cube dont l’un des angles transperce la toile en son centre. Les 5 personnages malgrĂ© le titre qui suppose un jeu collectif et une certaine complicitĂ©, semblent absents aux autres. Aucun ne se regarde : tous semblent abĂźmĂ©s dans leur propre solitude. Seule la joueuse de tambourin, au centre nous regarde, elle surgit de l’ombre dĂ©vorante et semble nous extraire de la torpeur gĂ©nĂ©rale, Ă  peine animĂ©e par le jeu du violoniste de droite, au geste mou et rĂȘveur, et derriĂšre lui, le flĂ»tiste, Ă  peine perceptible au second plan, plus enfoncĂ© encore dans la pĂ©nombre. La poĂ©sie intĂ©rieure est l’élĂ©ment le plus frappant de ce concert comme voilĂ© par un onirisme secret et lui aussi mĂ©lancolique.

 

 

 

ok-quatre-ages6- Les quatre Ăąges de la vie (1627-29, National Gallery Londres). Valentin peintre poĂšte, plutĂŽt Ă©rudit aime jouer des symboles et des allĂ©gories. Autour d’une table, 4 figures paraissent, deux nous regardent ; deux rĂȘvent, comme absorbĂ©es par leur propre rĂ©flexion. Le jeune garçon vient probablement de libĂ©rer un oiseau en ouvrant la cage qu’il tient entre les mains : l’envol du volatile suggĂšre le temps qui passe et court, entraĂźnant les Ăąges qui sont le sujet du tableau. Que faire contre la fuite du temps ? Ce pourrait ĂȘtre aussi en rĂ©fĂ©rence Ă  la cage, l’Amour cruel qui enchaĂźne les coeurs trop tendres

A gauche, le luthiste, a fiĂšre allure, et nous fixe non sans attirer notre regard, jusqu’à nous interpeler de façon troublante. ComplĂ©tant la figure de l’enfant, le jeune homme chante l’amour, inaccessible, indomptable dont chacun, au printemps de sa vie, souffre et apprend les morsures amĂšres.
A droite, un soldat couronnĂ© tenant un livre ouvert dans sa droite, est endormi : pense-t-il aux victoires et aux rĂ©compenses (dĂ©risoires) qu’il a obtenues en sacrifiant sa vie entiĂšre ? Que reste-t-il des ors et de la gloire militaire ? : sa couronne a des feuilles bien flĂ©tries. Enfin au centre, le vieillard Ă  la barbe, semble nous dire, verre Ă  la main : « toi qui passes, profites de la vie ; elle ne passe pas : elle court ». Il porte un col fourrĂ©, Ă©voquant la froideur de l’hiver car chaque Ăąge symbolise aussi les quatre Saisons.
Personnages resserrĂ©s, en buste, raffinement chromatique, rĂ©alisme de la touche, surtout intensitĂ© intĂ©rieure de chaque individualitĂ© : tout Valentin est lĂ , dans cette sobriĂ©tĂ© et cet Ă©quilibre qui exprime surtout des portraits humains; touchants par leur vĂ©ritĂ©. Velazquez s’en souviendra quand il sĂ©journera Ă  Rome en 1629. Il saura saisir comme nous aujourd’hui, ce rĂ©alisme qui a le goĂ»t des matiĂšres et des Ă©clairages en clair obscur, selon le modĂšle lĂ©guĂ© par Caravage. Mais l’Espagnol retiendra surtout la vĂ©ritĂ© de chaque modĂšle, vĂ©ritable portrait qui apporte une poĂ©sie inĂ©dite alors parmi les caravagesques. Chaque visage recĂšle une intĂ©rioritĂ© profonde et comme inquiĂšte, exprimant un regard sur la vanitĂ© des choses, et la fugacitĂ© de la vie. La perte, le deuil de chaque Ăąge et la transformation permanente peuvent aussi servir de message sousjacent. Peut-ĂȘtre Valentin, peintre Ă©rudit et fin lettrĂ© ne l’oublions jamais-, adhĂšre t il Ă  la poĂ©tique espĂ©rante d’Ovide : « Chaque forme varie et prend un autre nom. / De la nature ainsi l’ordre se renouvelle. / Le mode est passager, la matiĂšre Ă©ternelle / (
 )/ Ce qu’on appelle mort est un changement d’ĂȘtre. / Finir ou commencer, c’est ou mourir ou naĂźtre » .

 

 


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textes des notices par Carter Chris-Humphray, Lucas Irom et Alexandre Pham
© studio CLASSIQUENEWS.COM

 

 

CD, compte rendu critique. Lully : Persée (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction (2 cd Alpha)

PERSEE 1770 grand formatCD, compte rendu critique. Lully : PersĂ©e (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction (2 cd Alpha). LULLY ASSASSINÉ. Quand le XVIIIĂš revisitait (dĂ©figurait) le XVIIĂš ou comment Ă  la fin de son rĂšgne Louis XV n’hĂ©site pas Ă  transformer Lully. Il le dĂ©nature mĂȘme pour en produire une sorte de « verrue » politiquement grandiose mais artistiquement artificielle, “protubĂ©rance” difficile Ă  classer, politiquement spectaculaire, esthĂ©tiquement ampoulĂ©e. On comprend bien que le producteur ChĂąteau de Versailles spectacles ait souhaitĂ© fixĂ© le souvenir de cette recrĂ©ation solennelle qui met en lumiĂšre l’adĂ©quation idĂ©ale entre patrimoine et musique : aucun doute dans l’histoire des grandes cĂ©lĂ©brations musicales au ChĂąteau, ce spectacle recrĂ©Ă©, datant de 1770, s’imposait
 pour autant esthĂ©tiquement douteuse, la rĂ©surrection suscite plusieurs questions et n’inspire pas que des louanges. Pour l’inauguration de l’OpĂ©ra royal, ce PersĂ©e 1770 rĂ©Ă©crit, reformatĂ© selon la majestĂ© du lieu, son acoustique, son esthĂ©tique, et aussi pour convenir Ă  un Ă©vĂ©nement dynastique (le mariage du Dauphin avec l’Archiduchesse d’Autriche) convient parfaitement Ă  une cĂ©lĂ©bration officielle. L’histoire de l’art contient Ă  foison les exemples de remaquillages intempestifs, rĂ©amĂ©nagements grandiloquents rĂ©habillant un lieu, enrichissant son harmonie originelle ; surtout sous le rĂšgne de Louis XV, souverain dĂ©pressif auquel les divertissements façonnĂ©s par La Pompadour ont apportĂ© un rĂ©confort Ă©phĂ©mĂšre mais toujours efficace. Ce que Louis XIV n’avait pas rĂ©aliser, Louis XV le fit : Ă©difier un opĂ©ra digne de Versailles. Pour autant, pour inaugurer le lieu, en ce 16 mai 1770 donc, on commit un rĂ©habillage abusif, l’adaptation d’une ancienne tragĂ©die en musique de Lully, PersĂ©e ; c’est Ă  dire lui retirer la moitiĂ© de son matĂ©riel musical XVIIĂš, le rĂ©organiser (de l’ouvrage original avec PrĂ©lude et 5 actes, il devient un avatar sans prĂ©lude, en 4 actes), rehausser son rythme et sa continuitĂ© en y intĂ©grant de nouveaux ballets, une nouvelle ouverture, des pantomimes, intermĂšdes, choeurs tout Ă  fait XVIIIĂš. « Pire », on osa retoucher l’orchestration : en ajoutant aux Ă©quilibres et harmonies lullystes, flĂ»tes et bassons, 
aux cĂŽtĂ©s des cors et clarinettes prĂ©sents dans toutes les sections nouvelles. Tout cela Ă  la mesure d’un monstre musical et chorĂ©pgraphique riche de ses 40 Ă  80 danseurs (selon les actes), 15 chanteurs solistes, 80 musiciens, 95 choristes
 comme deux pleines pages de la notice nous le rappellent ; le spectacle est donc d’abord celui de la dĂ©mesure.

 

 

 

L’enregistrement propose une nouvelle catĂ©gorie inĂ©dite : le “Baroque kitsch”

Versailles 1770 : l’heure de la surenchĂšre pompeuse et maniĂ©rĂ©e

 

 

Louis_XV_by_Maurice-Quentin_de_La_TourSi Louis XV honore le souvenir de son ancĂȘtre glorieux, il n’hĂ©site pas cependant Ă  dĂ©naturer le legs artistique et lyrique qu’il a reçu en hĂ©ritage : d’oĂč vient qu’en musique, on pourrait cĂ©lĂ©brer les ajouts et les reprises quand en peinture par exemple, les repeints sont identifiĂ©s puis effacer pour respecter l’équilibre originel ? A chaque discipline artistique, son Ă©thique. Contrairement Ă  la notice qui accompagne cette rĂ©surrection officielle, le tour reste anecdotique et documentaire, et les boursouflures et remaquillages sonnent indigestes, rĂ©vĂ©lant dans ce goĂ»t pour la retouche Ă  grande Ă©chelle, un maniĂ©risme et une pompe inĂ©dites alors. On comprend que ce dĂ©lire grandiloquent n’ait pas eu le destin qu’il prĂ©tendait amorcer : la rĂ©volution gluckiste allait rapidement dĂ©graisser cet excĂšs de crĂšme musicale et de sophistication dĂ©monstrative. Pour l’histoire de PersĂ©e, Ă©nergisĂ© par le gĂ©nial Lully, – inventeur de l’opĂ©ra français, retournons aux sources : Ă  la tragĂ©die originelle de 1682 et l’intĂ©gralitĂ© des vers du divin Quinault. L’auditeur puriste y gagnera en prime l’inusable maĂźtrise de la prosodie du Grand SiĂšcle. Pourvu que les interprĂštes sachent articuler : ce qui est loin d’ĂȘtre le cas pour nombre de chanteurs ici rĂ©unis. On reste mĂȘme stupĂ©faits de la participation de certains solistes qui montrent un dĂ©sintĂ©rĂȘt criminel pour la langue de Racine et de Quinault. La question Ă  ce niveau de production est : qui les prĂ©pare prĂ©cisĂ©ment ? L’articulation et l’intelligibilitĂ© du français dĂ©clamĂ© et chantĂ© sont fondamentaux dans l’opĂ©ra versaillais. Tant d’imprĂ©cisions et de perte du texte efface des dĂ©cennies de rĂ©volution baroqueuse. Or ici tous les chanteurs sont francophones. Pour certains, l’auditeur ne comprend pas un mot de ce qu’ils chantent. Un comble. Une lacune Ă©tonnante pour un projet de cette importance.

Vocalement, le disparate et le dĂ©sĂ©qulibre confirment une rĂ©ussite en demi teintes. Certes on retrouve quelques brillants piliers du jeune chant français baroque, le plus articulĂ©, le mieux chantant : Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal (PersĂ©e incisif et mordant au français impeccable), Cyril Dubois en tĂȘte, sans omettre Zachary Wilder (ici, Euryate, ex laurĂ©at du Jardin des voix qui sous la direction de William Christie a participĂ© Ă  l’étonnant rĂ©cital de musique française du XVIIIĂš, l’un des meilleurs Ă  ce jour de l’AcadĂ©mie crĂ©Ă©e par le fondateur des Arts Florissants : VOIR notre reportage vidĂ©o le Jardin de Monsieur Rameau
 mais regrettons l’emploi de l’impossible Marie Lenormand (Cassiope) dont le chant imprĂ©cis dĂ©borde comme sa diction dĂ©forme toute prononciation. Regrettable contre sens. MĂȘme Marie Kalinine fait une MĂ©duse (III) gonflĂ©e de haine (le caractĂšre est bien campĂ©) MAIS l’émission est engorgĂ©e et toujours basse, et le timbre beau et rond, est malheureusement desservi par une articulation approximative bien paresseuse. Aux cĂŽtĂ©s du PersĂ©e de Mathias Vidal, le PhinĂ©e de Tassis Christoyannis, mĂȘme s’il semble avoir perdu un soupçon du brillant de son Ă©mission, incarne un rival de trĂšs grande classe, et tempĂ©rament de feu, vrai rival au preux PersĂ©e, prototype du hĂ©ros lumineux (modĂšle pour le Souverain). Du beau son mais un chant imprĂ©cis aux aigus tirĂ©s souvent en difficultĂ©, les autres femmes ne relĂšvent guĂšre le niveau tracĂ© par Lenormand : l’angĂ©lisme de la soprano HĂ©lĂšne Guilmette qui crĂ©e une AndromĂšde linĂ©aire, sans grande Ă©paisseur d’autant que ses aigus sont tous tendus et vibrĂ©s Ă  peine tenus (dommage) ; l’anglaise Katherine Watson est une MĂ©rope au timbre nasalisĂ© qui traverse son rĂŽle sans vraiment l’avoir compris (duo comme lointain voire maniĂ©rĂ© avec PhinĂ©e au IV, de surcroit dans une articulation oĂč les consonnes sont lissĂ©es
). De ce point de vue, l’intelligibilitĂ© de son partenaire Tassis Christoyannis fait en comparaison, miracle (son souci du verbe s’est rĂ©vĂ©lĂ© encore dans l’excellent et rĂ©cent rĂ©cital discographique dĂ©diĂ© aux mĂ©lodies de Saint-SaĂ«ns, CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017). Au chapitre de la surenchĂšre affectĂ©e, d’une vulgaritĂ© ornementĂ©e rarement atteinte, triomphe la VĂ©nus aguicheuse de la soprano Chantal Santon, clins d’yeux et oeillades insistantes (piccolo Ă  l’envi), comme embourbĂ©e dans son air final, en rajoute jusqu’à l’écƓurement : une dĂ©monstration de virtuositĂ© italianisante des plus racoleuses. A vrai dire, cet air trop copieux et dĂ©lirant, au brio ringardissime reste inimaginable pour les amateurs et connaisseurs du XVIIIĂš. L’exemple parfait du kitch et du mauvais goĂ»t. Du Rameau outrĂ©, caricaturĂ©. Un repoussoir pour les mĂ©lomanes connaisseur du style Ă©laborĂ© par Lully et aprĂšs lui, Rameau.

dauvergne antoineMusicalement, ce trop plein d’effets hollywoodiens avant l’heure, souligne les travers d’un art du spectacle en perte d’inventivitĂ©. L’ambition des effectifs et l’hyperbole formelle, jusqu’à la boursouflure tenteraient-elles de compenser ici l’absence insigne de finesse et de subtilitĂ© ? Cependant les actes I, III et IV sont les plus convaincants (des coupures auraient Ă©tĂ© bienvenues plutĂŽt que ce plat trop copieux servi dans sa dĂ©goulinante intĂ©gralitĂ©) : ils ont Ă©tĂ© repensĂ©s et recousus par Antoine Dauvergne (I, IV ; portrait ci-contre) et par Rebel (III, portrait ci-dessous) dont l’intelligence musicale et dramatique saute immĂ©diatement aux yeux : dans l’acte des Gorgones (III), le compositeur du XVIIIĂš – digne Ă©mule de Rameau, sait exploiter les ressources expressives qui peuvent jaillir du contraste entre Ă©pisodes lullystes laissĂ©s intacts, et ajouts XVIIIĂš : ainsi l’opposition / confrontation stylistique entre les appels des ministres du Sommeil (Rebel) et la hargne guerriĂšre des Gorgones (Lully) impose un rythme expressif indiscutable, outre l’intelligence que dĂ©voile Rebel dans l’art de jouer avec le style et l’esthĂ©tique lullyste dans la rĂ©solution de l’action.

rebel_watteau_gravure_musiqueConcluons : voici Ă  la fin du rĂšgne de Louis XV et pour les noces du Dauphin, futur Louis XVI (Ă  partir de 1774), une rĂ©alisation certes historique mais qui demeure l’exemple le plus glorieux du mauvais goĂ»t monarchique français, oĂč l’ornementation maniĂ©rĂ©e, indigeste Ă  force d’étalage sans mesure ni nuance, annonce trĂšs vite, par rĂ©action, ce nouvel ordre nĂ©oclassique bientĂŽt rĂ©alisĂ© par le Chevalier Gluck Ă  Versailles et Paris, selon le goĂ»t nouveau de la jeune reine Marie-Antoinette. HĂ©las, l’interprĂ©tation qui en est donnĂ©e dans ce live d’avril 2016, dans le lieu pour lequel le spectacle fut donnĂ© (OpĂ©ra royal de Versailles), souffre d’une prise de son Ă©paisse, imprĂ©cise, compacte (aucun dĂ©tail instrumental mais une pĂąte sonore aux grumaux pesants d’oĂč s’extirpe bon an mal an, le dĂ©tail des voix des solistes et le chant des choeurs, eux aussi gras, Ă©pais, Ă  l’énoncĂ© grossier
), autant d’options qui accusent tous les dĂ©fauts de l’écriture, toutes les limites de l’expĂ©rience solennelle, comme les imprĂ©cisions nombreuses des solistes. Et ce n’est pas l’orchestration dĂ©goulinante qui affine ce tableau bien peu subtil. L’exemple de Rameau y semble Ă©loignĂ©, absent, Ă  des annĂ©es lumiĂšre. Il Ă©tait temps d’en finir avec cette veine dĂ©sastreuse qui marque un point de non retour et certes pas une nouvelle voix de rĂ©gĂ©nĂ©ration pour le genre de la tragĂ©die lyrique française. Au moins l’enregistrement dans son imperfection rend-t-il compte de cette particularitĂ©. La valeur reste documentaire et l’on devra vite oublier cette apothĂ©ose du mauvais goĂ»t dont fut capable le Versailles de Louis XV Ă  la fin de son rĂšgne, avant la rĂ©forme gluckiste (si nĂ©cessaire).

 
 
 

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CD, compte rendu critique. Lully : PersĂ©e (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction. 2 cd Alpha — collection « ChĂąteau de Versailles ».

 
 

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AprĂšs le galbe rocaille et le rococo impĂ©tueux, Louis XV Ă  la fin de son rĂšgne invente le Baroque Kitch… pour preuve ce PersĂ©e de 1770, en sa dĂ©mesure indigeste. Vite Gluck dĂ©poussiĂ©rera tout cela aprĂšs la mort du Souverain, Ă  la demande de Marie-Antoinette…

 
 
 

CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar).

telemann gerog philipp telemann a portrait.jpgricercarric375CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar). Pour l’annĂ©e 2017, celle qui marque le 250Ăš anniversaire de la mort du compositeur, phĂ©nix d’Hambourg, Ricercar rĂ©Ă©dite nombre de ses archives lĂ©gendaires pour composer un premier coffret des plus rĂ©jouissants, dĂ©montrant cette excellence musicale dont Telemann est l’insigne garant, opĂ©rant avec tact, style, Ă©lĂ©gance, dans tous les genres connus Ă  son Ă©poque ; vrai arbitre du bon goĂ»t et gĂ©nie assurĂ© dans la musique de chambre, concertante, lyrique, sacrĂ©e
 Les enregistrements regroupĂ©s s’étalent sur 30 annĂ©es d’interprĂ©tation et de recherche continue, soit de 1983 Ă  2013. L’acuitĂ© participative, la forte caractĂ©risation individuelle Ă©tant les clĂ©s d’une Ă©criture qui allie comme peu virtuositĂ©, invention mĂ©lodique et profondeur. Parassent donc ici les ensembles Ricercar consort (dont en 1983, Philippe Pierlot et Mark Minkowski
), La Pastorella, Lingua Franca, Eolus, Syntagma Amici, et les solistes Greta de Reyghere, James Bowman et Henri Ledroit, Guy de Mey, Max Van Egmont

L’auditeur goĂ»tera la suavitĂ© mordante de la flĂ»te concertante (CD1, soliste : FrĂ©dĂ©ric de Roos) ; la vitalitĂ© imaginative des Quatuor, Trios, Sonates (CD2 : Ricercar Consort en 1999 et Syntagma Amici en 2010 – CD3 : Ricercar Consort en 1991, Lingua Franca (Sonate TWV41:B6) ; la facilitĂ© Ă©gale dans diverses compositions de circonstance : marche, menuet, Air de trompette, Sonates et « Parthie » (CD4 par Eolus en 2013, et Lingua Franca en 2009) ; l’agilitĂ© pastorale et virtuose des Sonates pour flĂ»te alto (CD5, La Pastorella avec FrĂ©dĂ©ric de Roos et Ptrick Denecker, flĂ»tes, en 1996). ComplĂ©ment utile pour connaĂźtre l’autre facette plus profonde et Ă©purĂ©e, directe, du compositeur mondain, son inspiration sacrĂ©e dans la fameuse Passion selon St-Mathieu / MatthĂ€us-Passion, de 1746 (TWV 5:31 / Les AgrĂ©mens, sous la direction de Wieland Kuijken, 2002), dĂ©pouillĂ©e de toute solennitĂ© (comme c’est le cas de celle de JS Bach : pas d’ouverture au souffle spirituel haletant, ni de continuo fastueux), mais l’observance de l’austĂ©ritĂ© et de la franchise luthĂ©rienne oĂč brille le recitatif et la ferveur individuelle des arias qui disent la compassion et la priĂšre fervente du croyant-pĂȘcheur. Ainsi s’accomplit le drame avec une Ă©conomie et une efficacitĂ© narrative dĂ©passant tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  : d’autant que l’excellent Choeur de chambre de Namur apporte sa coloration prĂ©cise et magnifiquement incarnĂ©e, dans chacun des chorals (avec ce sentiment de plĂ©nitude sereine absolue et souveraine consolation, dans le dernier : « Dess sollen wir uns trösten »). StĂ©phane Van Dijck y fait un convaincant bien que fragile, EvangĂ©liste (en cela parfaitement humain), cependant que la basse Eric Frithjof convainc tout autant dans le rĂŽle de JĂ©sus. Le choix de placer en « bonus », la cantate funĂšbre de Daniel (Du aber Daniel, gehe hin, TWV 4:17, mars 1990) s’avĂšre un excellent complĂ©ment, d’autant que rĂšgnent les diseurs baroques devenus lĂ©gendaires : James Bowmann et Guy de Mey, avec des instrumentistes devenus depuis chefs et crĂ©ateurs de leur propre ensemble : Minkowski ou Hugo Reyne, maĂźtrisant respectivement basson et hautbois. La musicalitĂ© rayonnante qui s’en dĂ©gage s’avĂšre irrĂ©sistible (rĂ©alisation mystique du continuo, surtout dans la Sonata d’ouverture). Les 3 Cantates qui ferment cette somptueuse compilation ne pouvaient ĂȘtre mieux servies par Henri Ledroit, au timbre dĂ©licat, nuancĂ© et murmurĂ©, angĂ©lique, humain, bouleversant qui articule et sublime chaque inflexion du texte, en sublime la matiĂšre linguistique (ancienne abbaye de Stavelot, 1983).

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CLIC_macaron_2014CD, coffret, critique. GEORG PHILIPP TELEMANN (1681 – 1767). A Portrait (8 cd Ricercar RIC 375). Musique de chambre, MathĂ€us-Passion, Cantates (Henri Ledroit)
 CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017 – durĂ©e totale : 9 h 57 mn.

LIRE aussi notre dossier TELEMANN 2017

CD, compte rendu critique. JEAN-SEBASTIAN BACH. Rafal BLECHACZ, piano (1 cd Deutsche Grammophon, 2012-2015).

CD, compte rendu critique. JEAN-SEBASTIAN BACH. Rafal BLECHACZ, piano (1 cd Deutsche Grammophon, 2012-2015). Celui qui s’était rĂ©vĂ©lĂ©, origines obligent, chez Chopin, a muri,  - il est nĂ© en juin 1985 en Pologne. Le trentenaire s’impose actuellement dans un Bach rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, vif, prĂ©cis, ardent, et d’une sobriĂ©tĂ© exceptionnellement articulĂ©e et naturelle.

CLIC D'OR macaron 200L’agilitĂ© facĂ©tieuse et d’une clartĂ© polyphonique du Concerto Italien BWV 971, en sa carrure Ă  la fois distanciĂ©e, prĂ©cise, s’impose d’emblĂ©e Ă  l’écoute. Mais le geste d’une nettetĂ© lumineuse, ne s’autorisant aucune surenchĂšre d’aucune sorte, laisse respirer une sobriĂ©tĂ© idĂ©alement retenue. La retenue, la mesure, en toute chose et toute situation produisent leur miraculeuse expressivitĂ©. L’Andante du mĂȘme BWV 971 est d’une grĂące tendre qui coule comme une eau limpide, un sommet de concision naturelle et de mesure sobre. Le Presto final emporte toute rĂ©serve (s’il y en avait) : facĂ©tie, grĂące limpide, Ă©noncĂ© et digitalitĂ© clairs. L’intelligence technicienne, au service d’un rubato trĂšs fluide, soucieux d’un Ă©quilibre Ă©loquent Ă  la main gauche comme Ă  la main droite subjugue par son expressivitĂ© mordante d’une attĂ©nuation toujours indĂ©alement nuancĂ©e : quel toucher poli Ă  la perfection, douĂ© de surcroĂźt d’une motricitĂ© admirablement rĂ©glĂ©e pour la souveraine intelligibilitĂ© (l’articulation de certains passages dĂ©liĂ©e, arrondie, – dans la rĂ©alisation de certains ornements, est superlative).

blechacz rafal piano js bach deutsche grammophon cd critique reviewLa (premiĂšre) Partita en ses 6 sections enchaĂźnĂ©es fait montre d’une idĂ©ale et semblable caractĂ©risation comme d’une construction globale superlatives : le PrĂ©lude est sobre ; l’Allemande, vĂ©loce, volubile et aĂ©rienne (ne touche pas terre, avec lĂ  encore la rĂ©alisation des ornements proche de la perfection : d’une prĂ©cision caressante et fugace) ; la Courante d’une Ă©nergie continue vrai jaillissement Ă©blouit par sa constance scintillante ; l’introspection ornementĂ©e de la Sarabande, presque nostalgique, contraste habilement : une dĂ©construction du temps jusque lĂ  Ă©coulĂ©, redessine un tout autre paysage : bouleversant par sa plĂ©nitude sereine; la mise en mouvement tout en jeu d’équilibre contrapuntique des deux Menuets I/II Ă©poustoufle par sa prĂ©cision et sa clartĂ© absolue. Enfin la vĂ©locitĂ© de la Gigue conclusive scintille d’un feu liquide, d’une finesse d’intonation confondante : cela coule et rĂ©sonne de tant de nuances intimes et pudiques.

Plus inquiets, d‘une forme faussement instable car d’une construction intĂ©rieure parfaite, les Quatre duos investissent des cheminements plus abrupts, moins lumineux que dans une ombre angoissĂ©e : l’intonation et le sytle sont d’un interprĂšte camĂ©lĂ©on capable de saisir la force Ă©motionnelle et la gravitĂ© sous-jacente des partitions; l’étonnante volubilitĂ© du jeu envisage de pures abstractions, quasi immatĂ©rielles, jeux de formes, constructions mentales (le dernier Duo BWV 805) qui cependant dans l’incarnation qu’en rĂ©alisent les mains sur le clavier, se concentrent aussi sur l’énoncĂ© d’une conscience riche en sentiments.

La Fantasia et Fugue BWV 944 traverse un monde entier de sentiments et d’états d’esprit, laissant se dĂ©ployer avec une grĂące d’une exceptionnelle intelligence d’intonation, cette libertĂ© du geste. La virtuositĂ© est servante du parcours Ă©motionnel que sait lui imprimer le pianiste, grĂące Ă  des passages murmurĂ©s d’une rare puissance d’évocation : le jeu s’y montre miraculeux, tenu dans une suractivitĂ© lĂ  aussi idĂ©alement mesurĂ©e. Le format sonore, la richesse des palettes dynamiques subjuguent par leur esthĂ©tique poĂ©tique, leur admirable conception poĂ©tique.

 

 

 

AprĂšs Chopin, Rafal Blechacz Ă©blouit au service de Jean-SĂ©bastien

BACH magicien, rĂȘvĂ©, accompli

 

 

BLECHACZ rafal 2 piano jean sebastian bach cd review presentation clic de classiquenews 2017 99,99,0,fr

 

 

Jouer ensuite la Partita n°3 BWV 827 fait franchir un palier supplĂ©mentaire, dans une agilitĂ© dĂ©cuplĂ©e, toujours servante d’une prĂ©cision expressive d’une absolue retenue allusive : parfaite, riche d’allusions, de climats intĂ©rieurs souvent bouleversants. L’Allemande est une lĂ©vitation tendre, vĂ©ritable retour Ă  cette innocence perdue Ă  laquelle aspire tous les grands nostalgique. L’affirmation presque belliqueuse de la Courante dĂ©chire le temps, en particulier par cette dilatation des paysages intĂ©rieurs dessinĂ©s, lancĂ©s Ă  l’infini ; la retenue de la Sarabande replie le temps, Ă  l’échelle de l’intime prĂ©servé tandis que le naturel qui semble improvisĂ© de Burlesca et Scherzo (rage superbement articulĂ©e) s’invitent dans ce festival de nuances les plus variĂ©es.

A ce niveau technique, pour une telle intelligence des dynamiques, il n’est que deux pianistes aujourd’hui capables de tels ivresse et enchantement poĂ©tiques : parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration, le Britannique Benjamin Grosvenor et Rafal Blechacz. RepĂ©rez immĂ©diatement leurs prochains concerts : des instants de grĂące absolue s’offrent Ă  vous.

 

belchacz rafal jean sebastian bach 1 cd review presentation CLIC de CLASSIQUENEWS 2017inset_blechaczPour conclusion emblĂ©matique, car le prodige du piano privilĂ©gie l’attĂ©nuation et le repli allusif, rien de mieux que la caresse affectueuse du chorale de la Cantate BWV 147 : « JĂ©sus, que ma joie demeure » (transcription de Myra Hess), tout est pacifiĂ©, accompli, pardonnĂ©. RĂ©cital sublime, et depuis les Bach d’une certaine (et lĂ©gendaire) Rosalyn Tureck que votre serviteur avait eu l’immense privilĂšge de rencontrer dans sa derniĂšre demeure Ă  Oxford, le polonais Rafal Blechacz incarne la vivacitĂ© bouleversante d’une comprĂ©hension de la musique que l’on pensait perdue. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2017.

 

 

 

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blechacz rafal piano js bach deutsche grammophon cd critique reviewCD, compte rendu critique. JEAN-SEBASTIAN BACH. Rafal BLECHACZ, piano (1 cd Deutsche Grammophon, 2012-2015). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en janvier 2012 (BWV 802-805, 825, 944), Ă  Berlin en fĂ©vrier 2015 (BWV 147, 827, 971). Toutes les infos sur l’actualitĂ© du pianiste polonais Rafal Blechacz sur son site officiel : www.blechacz.net. Sortie annoncĂ©e : le 24 fĂ©vrier 2017.

 

 

 

Festival Présences 2017 : un portrait de Kaija Saariaho, 10-19 février 2017

presences-2017-kaija-saariaho-portraitPARIS, Radio France. Festival PrĂ©sences 2017, Kaija Saariaho, 10-19 fĂ©vrier 2017. Depuis sa crĂ©ation en 1991, le Festival PrĂ©sences de Radio France propose chaque annĂ©e, en hiver, une redĂ©couverte unique en France, dĂ©diĂ©e Ă  la crĂ©ation musicale : Ɠuvres en crĂ©ation mondiale, en crĂ©ation française, grĂące Ă  une initiative exemplaire de commandes passĂ©es aux compositeurs de notre temps. La 27Ăš Ă©dition de PrĂ©sences, en 2017, ne traite pas d’une pĂ©riode ou d’une thĂ©matique Ă  l’échelle d’un continent ou d’un territoire, – comme ce fut le cas en 2016 avec un vaste cycle consacrĂ© aux « AmĂ©riques » (du nord et latine) – ou encore « Les musiciens de la MĂ©diterranĂ©e » en 2013, « Paris-Berlin » en 2014, comme « Oggi l’Italia » en 2015), mais se concentre Ă  la façon d’un focus monographique, sur l’oeuvre d’une seule personnalitĂ©, en l’occurence celle de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, Ă©tablie Ă  Paris depuis de longues annĂ©es.

L’INTIME ET L’UNIVERSEL
 Le portrait prometteur qui en dĂ©coule fait suite aux approches similaires prĂ©cĂ©demment dĂ©diĂ©es Ă  Esa-Pekka Salonen en 2011 ou Ă  Oscar Strasnoy en 2012
 Le propre de l’oeuvre de Kaija Saariaho est d’explorer les champs de l’intime auquel elle insuffle une intensitĂ© et une rĂ©sonance universelles. Dans le sillon des Français GĂ©rad Grisey et Henri Dutilleux, Kaija Saariaho dĂ©ploie un chant singulier qui ne cesse d’interroger la condition humaine, le sens de la vie, la portĂ©e et la construction de l’existence. Son Ă©criture pĂ©nĂštre le rĂ©el, traverse les apparences, tente d’exprimer l’essence de la vie, tout en ne dĂ©voilant jamais les clĂ©s qui fondent le mystĂšre humain. La conscience y puise toujours une extension magistrale et toutes ses oeuvres appellent en dĂ©finitive Ă  cette clairvoyance qui est aussi une priĂšre Ă  cultiver la poĂ©sie comme l’Ă©tat d’Ă©merveillement.
Paris, et sa riche tradition d’asile comme d’accueil aux sensibilitĂ©s Ă©trangĂšres, depuis Lully au XVIIĂš, puis Gluck, Gossec, les napolitains Piccinni et Sacchini au XVIIIĂš, puis Chopin, Liszt, jusqu’à Stravinsky
 sans omettre Ă©galement Xenakis, Boucourechliev, Nunes ou Ohana, inspire toujours le travail des plus grands crĂ©ateurs Ă  toutes les Ă©poques. Ceci vaut encore pour les grands crĂ©ateurs de notre temps.

 

saariaho-kaija-classiquenews-presences-2017-dossier-annonce-presentation-KS3(c)Andrew-Campell

 

 

 

Festival Présences 2017
cycle monographique Kaija Saariaho

 

A nouveau, l’inĂ©dit voire l’inouĂŻ s’invitent dans une vĂ©ritable fĂȘte parcourant les mondes sonores contemporains. Pour la dĂ©fense des Ă©critures en question, le programme bĂ©nĂ©ficie de toutes les ressources de Radio France, ses deux orchestres, – l’Orchestre Philharmonique et National de France, mais aussi de sa MaĂźtrise et de son Choeur. Soit quatre effectifs engagĂ©s, motivĂ©s, qui composant la plus grande communautĂ© de musiciens rĂ©unis pour un cycle de ce genre.

Ainsi 18 concerts font l’affiche du festival PrĂ©sences, du 10 au 19 fĂ©vrier 2017. Au programme, des oeuvres majeures et nouvelles de Kaija Saariaho, mais aussi celles de nombreux autres compositeurs, – dĂ©miurges au travail et en questionnement Ă  Paris, proposant avec elle, un dialogue et des perspectives fĂ©conds. Ainsi seront jouĂ©s Ă  PrĂ©sences 2017, entre autres le finlandais Juha Koskinen, l’Espagnole Nuria Gimenez-Comas, l’Estonienne Helena Tulve ou encore le Français Florent Motsch


Saariaho en 26 partitions
 26 de ses oeuvres sont ainsi jouĂ©es pour le public parisien Ă  Radio France. Depuis les premiers opus Ă©crits en France, comme Jardin secret I (1984) et Lichtbogen (1986), jusqu’aux compositions rĂ©centes telles Figura (2016), True Fire (2014) et Trans (2016), les deux derniĂšres Ă©tant commandes de Radio France. Avec les 49 autres oeuvres au programme de cette Ă©dition, ce sont 75 compositions qui stimuleront la curiositĂ© et l’esprit de dĂ©couverte des publics, Radio France Ă©tant commanditaire de 24 d’entre elles.

 

 

 

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boutonreservationPARIS, Radio France. Festival Présences 2017, Kaija Saariaho, 10-19 février 2017. Toutes les infos, le programme détaillé des 18 concerts, lesmodalités de réservations sur le site du Festival Présences 2017
http://maisondelaradio.fr/page/festival-presences-portrait-de-kaija-saariaho-du-10-au-19-fevrier-2017

 

 

 

MAESTRO, un chef, un geste. OTTO KLEMPERER

klemperer otto-klemperer-1431338019-view-0Maestros. Le chef Otto Klemperer (1885-1973) : K comme Klemperer, ou les forces de l’esprit
 A l’époque des Erich Kleiber, Bruno Walter ou Wilhelm FurtwĂ€ngler (dont beaucoup voudraient nous imposer le gĂ©nie musical toujours mĂ©sestimĂ©), le roi Otto, entendez Otto Klemperer, « premier K » avant Karajan (1), (et comme lui bientĂŽt chef attitrĂ© du Philharmonia Orchestra, l’orchestre de Walter Legge Ă  Londres), incarne Ă  la fois une force spectaculaire de travail et une comprĂ©hension magistrale des partitions, en particulier Ă  l’opĂ©ra, et aussi au service des oeuvres de son temps. Otto Klemperer est nĂ© dans les annĂ©es 1880, en 1885, c’est Ă  dire qu’il appartient Ă  la gĂ©nĂ©ration des grands chefs, tĂ©moins de la premiĂšre guerre, puis inquiĂ©tĂ©s ou empĂȘchĂ©s Ă  cause du nazisme, et donc exilĂ©s aux States. C’est Ă©videmment le cas du roi Otto, de naissance juive, (mais non pratiquant), qui sera parmi les premiers Ă  mesurer Ă  sa juste valeur la barbarie nazie, dĂ©cidant de s’exiler dĂšs 1935 aux States. Parmi ses contemporains, signalons les baguettes Ă  fort tempĂ©rament, ainsi entre autres celle de Leopold Stokowski (1882-1977), Ernest Ansermet (1883-1969), FurtwĂ€gnler (1886-1954), Paul Paray (1886-1979), Hans Knappertsbuch (1888-1965), jusqu’à Fritz Busch (1890-1951) et Erich Kleiber (1890-1956)


LA DIRECTION, LE GESTE DE “KLEMP”… Ainsi s’inscrit un geste de la direction d’orchestre, dans son contexte esthĂ©tique, qui se distingue d’emblĂ©e par sa force de travail,  une esthĂ©tique particuliĂšre dans la lecture des partitions : si l’on compare le geste de Klemperer Ă  celui de certains de ses contemporains et confrĂšres, immĂ©diatement les Ă©lĂ©ments de son approche spĂ©cifique se distinguent, et avec eux, les fondements de cette « nouvelle objectivité », en particulier puissante et pleinement aboutie dans les annĂ©es 1920 et 1930, c’est Ă  dire quand Klemperer, nĂ© en 1885, a entre 35 et 45 ans. A l’opposĂ© du sentimentalisme d’un Walter (en particulier chez Mahler, leur dieu Ă  tous deux, et mĂȘme plus que cela dans le cas de Klemperer : un mentor et protecteur), Ă  l’opposĂ© semblablement d’un Furtwangler qui semble lire la partition au moment oĂč il l’a dirige, comme s’il la crĂ©ait (sublime intelligence de l’instant), Klemperer affirme une mise en place phĂ©nomĂ©nale, une architecture lisible, avec Ă  la clĂ© des tempi souvent ralentis qui mettent en avant le chant des pupitres des bois et des cordes (comme les chanteurs dans le cas des opĂ©ras qu’il dirige). Chez Klemperer comme chez Karajan, tout est lisible, en particulier la ligne et les ornements de chaque instrument, assurant un relief instrumentalement individualisĂ©, sans jamais pourtant sacrifier la tension globale ni la clartĂ© de la mise en place. Ses Mozart (tous les opĂ©ras aujourd’hui rĂ©unis chez Warner, rĂ©cemment rĂ©Ă©ditĂ©s en un seul coffret : Le Nozze di Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte, Die Zaubertflöte, rĂ©alisĂ©s dans les annĂ©es 1960-1970 Ă  Londres pour Waler Legge, producteur vedette de l’écurie Emi Ă  l’époque) tĂ©moignent tous d’une battue lente, Ă©tonnament articulĂ©e, oĂč perce la vitalitĂ© expressive des instrument individualisĂ©, oĂč cependant s’exprime aussi la puissante architecture et la gradation dramatique de l’action. En cela, Klemperer se rapproche d’Erich Kleiber (le pĂšre du lĂ©gendaire Carlos) : mĂȘme intelligibilitĂ© des instruments, mĂȘme tempi ralentis assurant une expressivitĂ© d’un fini remarquable.

 

 

 

MAESTROS : Un chef, un geste

« K comme Klemperer » 

 

 

 

klemperer otto chef et maestro classiquenews Otto-Klemperer-008L’INTUITION ET L’INTELLIGENCE MUSICALE. Outre sa direction singuliĂšre, la figure de Klemperer s’affirme aujourd’hui par l’autoritĂ© morale et artistique de sa personnalitĂ© ; c’et l’un des derniers chefs littĂ©ralement tyraniques, finalement pathĂ©tiques car ne parvenant pas Ă  se maĂźtriser pendant le travail, hurlant souvent sur de pauvres instrumentistes, dĂ©jĂ  humiliĂ©s par leur manque de niveau. Certains orchestre comme les russes, avaient bien compris la dĂ©risoire perte d’énergie pour le chef que ses Ă©carts malheureux lui causaient ; ils attendaient patiemment que le maestro en transe retrouve ses esprits
 Pas sĂ»r qu’aujourd’hui les orchestre syndiquĂ©s supportent de tels emportements ; et ils auraient raison. L’orchestre est une expĂ©rience collective qui suppose le respect partagĂ© et l’écoute des autres. On a bien compris depuis qu’aucun orchestre ne saurait rĂ©ussir sans cela. Cet Ă©tat psychique a Ă©tĂ© depuis lors bien analysĂ© (en particulier dans un remarquable essai Ă©crit en allemand et rĂ©cemment publiĂ© dans sa klemperer notes de nuit les annĂ©es allemandes review critique livre classiquenews compte rendupremiĂšre traduction française par l’éditeur Notes de nuit, qui s’intĂ©resse aux annĂ©es allemandes de Klemperer : Otto Klemperer les annĂ©es allemande, CLIC de classiquenews de dĂ©cembre 2016). DiagnostiquĂ© dĂšs 1911, « maniaco-dĂ©pressif », c’est Ă  dire une disposition psychique qui s’exprime par des Ă©carts extrĂȘme d’humeur, passant de l’abattement suicidaire Ă  l’euphorie irrĂ©sistible
 Klemperer aura cependant grĂące Ă  la seule intelligence de sa baguette, rĂ©usit un tour de force en dirigeant de trĂšs nombreux orchestres et maisons d’opĂ©ras en Allemagne et ailleurs, ainsi de Prague (1907-1910, grĂące au bon mot de Gustav Mahler son protecteur et modĂšle), Strasbourg (1914-1915), Cologne, Wiesbaden, Vienne, surtout Berlin oĂč en 1927, il devient le directeur de l’OpĂ©ra Kroll, scĂšne lyrique la plus active en matiĂšre de crĂ©ation et de renouvellement des formes thĂ©Ăątrales (son Oedipus Rex de Cocteau/Stravinsky (1928), avant que l’Europe ne bascule sous la pression illusoire des nationalistes, demeure dans ce sens, l’emblĂšme le plus absolu de sa direction objective : ses dĂ©tracteurs la trouvait “droite”, analytique, froide. VoilĂ  la carrure d’un vĂ©ritable crĂ©ateur, protecteur des Ă©critures les plus avantgardistes et modernes de son temps : Cardillac de Paul Hindemith (crĂ©Ă© in loco en juin 1928), puis Erwartung de Schoenberg, crĂ©Ă© idem en 1930, confirment une intuition en Ă©troite connexion avec son temps. Trop scandaleux, trop moderne, trop expĂ©rimental, l’OpĂ©ra Kroll sera d’ailleurs fermĂ©, officiellement pour des raisons budgĂ©taires. Il n’y avait alors Ă  Berlin et certainement en Europe, aucun autre lieu aussi audacieux que Kroll sous la direction de Klemperer. En rĂ©alitĂ©, le chef qui s’est toujours recherchĂ© une figure de pĂšre, avait cristallisĂ© cette quĂȘte sur la personne de Gustav Mahler dont il avait crĂ©Ă© la 7Ăšme Symphonie Ă  Prague en 1908 : une sorte de reconnaissance filiale de la part du compositeur extĂ©nuĂ© qui cependant avait aussi marquĂ© le jeune Klemperer par sa direction moderniste Ă  l’OpĂ©ra de Vienne (1897-1907). Comme Mahler Ă  Vienne, Klemperer souhaitait marquer les esprits au Kroll de Berlin, en associant intelligemment toutes les disciplines du spectacle musical et lyrique. En cela les deux hommes auront totalement rĂ©ussi, mĂȘme s’ils ont connu l’échec et la non reconnaissance de leur contemporain


klemperer-otto-lunette-chef-maestro-classiquenewsLA FORCE DE L’ESPRIT MALGRE LA MALADIE
 Outre l’autoritĂ© humaine et musicale de l’individu, la tĂ©nacitĂ© de Klemperer dans sa maladie psychique si destructrice force l’admiration. Alors que tous le disent « fini » (dont Bruno Walter et aussi Toscanini), personna non grata en raison de son handicap caractĂ©riel, le chef rĂ©ussit Ă  revenir sur scĂšne dans les annĂ©es 1960 et 1970, Ă  75 et 85 ans (!), aprĂšs une longue sĂ©rie de malaises, chutes diverses, liĂ©s Ă  ses dĂ©sordres mentaux (Ă  cause desquels il sera en dĂ©finitive virĂ© du Los Angeles Philharmonic en 1939, aprĂšs l’avoir dirigĂ© depuis 1935). 15 annĂ©es plus tard, aprĂšs son pĂ©riple amĂ©ricain, Londres et Walter Legge seront ses anges salvateurs : cherchant un remplaçant Ă  Karajan (celui des annĂ©es 1940 et 1950, qui souhaitait se refaire une image par le disque aprĂšs la guerre), le producteur Legge trouve en Klemperer, l’homme providentiel : un ĂȘtre marquĂ© physiquement par la tragĂ©die intime (il dirige assis, se dĂ©place en bĂ©quilles), mais au pupitre, s’affirme, transfigurĂ©, le charisme d’un lion impĂ©rial, d’une ampleur de vision, irrĂ©sistible ; et d’une tendresse sublime (La FlĂ»te enchantĂ©e, Cosi fan tutte, gravĂ©es respectivement en 1964 et en 1971 ; Cosi, assurĂ©ment « testament artistique » d’une vivacitĂ© aĂ©rienne, d’une Ă©loquence tendre et Ă©motionnelle inoubliable). C’est tout le sens de ses enregistrements lĂ©gendaires et fondamentaux pour tout mĂ©lomane, rĂ©alisĂ©s pour Emi (aujourd’hui rĂ©Ă©ditĂ©s par Warner classics). Cette force de l’esprit suscite compassion et admiration, et l’on comprend qu’un chef comme Rafael Kubelik, autre immense mahlĂ©rien chez Deutsche Grammophon, ait reconnu avec finesse, ce qui porte l’homme Klemperer : la puissance d’un titan. D’autant que le chef est comme Mahler, ou le regrettĂ© Pierre Boulez, un compositeur. Son activitĂ© comme auteur devrait prochainement ĂȘtre rĂ©Ă©valuĂ©e lĂ  aussi.

 

 

 

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(1) - Karajan que d’ailleurs le dit Furtwangler appelait le « petit K », voir ici la piĂšce Ă©loquente sur le sujet Furtwangler / Karajan de Ronald Harwood : « A tort ou Ă  raisons », toujours Ă  l’affiche de certains thĂ©Ăątres, – avec l’inoubliable Michel Bouquet dans le rĂŽle de « Furt », comme Ă  l’OpĂ©ra de Vichy en ce mois de janvier 2017.

 

 

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DISCOGRAPHIE OTTO KLEMPERER

Retrouvez ici les meilleurs enregistrements disponibles du chef Otto Klemperer, en majoritĂ© produits et Ă©ditĂ©s par Emi / Warner Classics. Classiquenews prĂ©sente chacun des coffrets en mettant en lumiĂšre leurs points forts et ce qu’ils nous apprennent de la direction et du geste du maestro lĂ©gendaire, Otto Klemperer :

 

 

 

klemperer box mozart operas otto klemperer 11 cd review presentation critique classiquenews dossier otto klempererCOFFRET MOZART. Otto Klemperer et les opĂ©ras de Mozart : La FlĂ»te, Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte (Coffret WARNER 11 cd – 1964-1971 – Klemperer / Mozart : operas / 50999 4 04378 2 8 stereo add). Dans des prises aĂ©rĂ©es, d’un relief enthousiasmant, Otto Klemperer, pourtant ĂągĂ© et handicapĂ©, tout au moins diminuĂ© physiquement aprĂšs ses multiples attaques et chutes, rĂ©alise en complicitĂ© avec Walter Legge Ă  Londres, Ă  la tĂȘte de l’orchestre crĂ©Ă© spĂ©cifiquement pour leur projet studio – Philharmonia Orchestra puis New Philharmonia Orchestra. LA FLUTE ENCHANTÉE (1964). UNE FLUTE lumineuse, rayonnante d’intelligence et de poĂ©sie Ă©motionnelle. Outre un tempo de fait le plus Ă©tirĂ© et lent qui soit au disque, Klemperer fait de l’ouverture de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart, premier enregistrement londonien, rĂ©alisĂ© dĂšs mars et avril 1964, une lecture instrumentalement ciselĂ©e, qui saisit par la plasticitĂ© et le relief des instruments mĂ©lodiques : en particulier dans le choix de la prise de son et aussi emblĂšme d’un travail sonore spĂ©cifique, une harmonie trĂšs mise en avant dans son rapport continu avec le tapis des cordes : ainsi les bois sont-ils acteurs en pleine lumiĂšre (hautbois, flĂ»te, clarinette..) dont il fait une vraie symphonique concertante.

Cela respire, s’ouvre sur un tableau beethovĂ©nien, pastorale bucolique et tendre d’un souffle irrĂ©sistible : Haydn et Beethoven, combien les deux doivent Ă  l’intelligence mozartienne. VoilĂ  ce que nous apprend Klemperer dans cette version enregistrĂ©e, la premiĂšre du cycle en studio rĂ©alisĂ© avec le Philharmonia Orchestra crĂ©Ă© par l’ingĂ©nieur producteur chez Emi, Walter Legge, heureux ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1960, d’avoir enfin trouvĂ© en Otto, un digne successeur de l’immense et prĂ©cĂ©dent Karajan. L’immersion dans le drame qui suit dĂšs l’ouverture de la panique de Tamino, poursuivi par le monstre, est Ă©noncĂ©e avec la mĂȘme mesure et ce relief dĂ©licat, nuancĂ©, sotto voce des cordes : un miracle d’écoute intĂ©rieur. Quelle leçon de direction et de conception globale. Outre la trĂšs juste caractĂ©risation des personnages par le choix des solistes et de leur couleur vocale (Gedda vaillant lumineux en Tamino ; Gundula Janowitz, rayonnante et non moins ardente Pamina, prĂȘte Ă  la mĂ©tamorphose des coeurs; le sourire du Papageno de Walter Berry; une Reine de la nuit, introvertie et dĂ©licatement humaine qui renouvelle la perception du personnage : Lucia Popp Ă©tincelante de sensibilitĂ©, Ă  laquelle rĂ©pond la tendresse enivrĂ©e du Sarastro de Gottlob Frick
 sans omettre parmi les 3 dames de grand luxe et subtilitĂ© Ă©merveillĂ©e, donc dĂšs ce dĂ©but dramatique : Schwarzkopf et Ludwig), tout cela vit, d’une intelligence et d’un goĂ»t que le poids des annĂ©es n’a en rien entamĂ©. Une FlĂ»te pour l’éternitĂ© : jaillissement de vie et d’intelligence musicale, de goĂ»t, d’articulation (avant l’apport des baroqueux et des instruments d’époque). Immense legs d’autant plus inestimable que Klemperer est Ă  la fin de sa carriĂšre, que ses tempos, si dĂ©criĂ©s parce que lents, apportent une profondeur et une gravitĂ  d’une Ă©loquence majeure. A mille mieux de le sensiblerie contemporaine, de l’outrance des batteleurs baroqueux, de l’apesanteur d’un Furwangler (auquel on a voulu Ă  tort le rapprocher Ă  cette Ă©poque en raison de ses tempi Ă©tirĂ©s).

Dans le cas des Noces de Figaro (Londres, New Philharmonia Orchestra, janvier 1970), mĂȘme qualitĂ©s identifiantes remarquĂ©es que dans La FlĂ»te : tempo ralenti, relief Ă©loquent des bois, et d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale un sens de l’articulation Ă  chaque pupitre idĂ©alement : – on entend tout, grĂące Ă  une clarification des cordes, souvent exemplaires sur le plan de la seule intelligibilitĂ© instrumentale (perfection des unissons). Les plus rĂ©ticents reprocheront une perte de la vitalitĂ© globale Ă  cause de ce ralenti globalement architecturĂ© ; pour nous c’est tout l’inverse en dĂ©finitive ; c’est mĂȘme un critĂšre qui inscrit le regard du « vieux Klemp » dans un cercle de lecture dĂ©finitivement magistrales par leur cohĂ©rence et leur fini esthĂ©tique, comme peu l’ĂȘtre son contemporain Erich Kleiber (le pĂšre de Carlos), Ă©galement phĂ©nomĂ©nale interprĂšte des Noces (Ă  Ă©couter en urgence pour les amateurs de l’opĂ©ra). L’urgence et l’activitĂ© qui se dĂ©ploient depuis l’orchestre, grĂące dans les deux cas, au remarquable travail du chef, reste une expĂ©rience mĂ©morable pour le mĂ©lomane; ensuite, outre le travail passionnant de l’orchestre (Ă©coutez les bois : bassons, hautbois, flĂ»te avant l’entrĂ©e du premier duo Figaro/Susanna), le choix des solistes produit des avis qui changent selon le goĂ»t. Par exemple on peut regretter l’aciditĂ© du timbre de Reri Grist dans le rĂŽle de cette derniĂšre, mais sa constance articulĂ©e reste irrĂ©prochable ; de mĂȘme, l’épaisseur engorgĂ©e un peu droite et linĂ©aire par sa rusticitĂ© du Figaro de Geraint Evans. C’est surtout le couple des nobles qui saisit comme dans La FlĂ»te, en leur si subtile caractĂ©risation : l’Almaviva de Bacquier et la Comtesse d’Elisabeth Södeström, touchent par leur justesse et leur profondeur. La version de ce dĂ©but des annĂ©es 1970 rĂ©vĂšle la palpitation ardente et caressante de la jeune Teresa Berganza, Cherubino souple et mezzo tout autant perçant, d’une vie lĂ  aussi Ă©clatante : d’autant que le tempo de son premier air : « Non so piĂč  », respire dans une lenteur suspendu, a contrario de toutes les versions du XXĂšme qui ont suivi et dans lesquelles seul tempo – prĂ©cipitĂ©, expĂ©diĂ©, signifie depuis la panique du dĂ©sir qui surgit alors ; octogĂ©naire magicien, Klemperer, articulĂ©, nuancĂ©, ivre, ouvre une toute autre perspective Ă  cet air oĂč palpite l’éros d’une voluptĂ© naissante adolescente. Quelle justesse et quelle audace lĂ  encore. Comme il laisse s’épanouir le timbre des instruments, le chef permet au timbre de la Berganza de sĂ©duire et captiver.

Son Cosi fan tutte, Ă©galement enregistrĂ© Ă  la fin de la sĂ©rie londonienne (fĂ©vrier 1971 avec le New Philharmonia Orchestra), on y retrouve le parfois lourdaud Gugielmo de Geraint Evans. Mais le Ferrando, percussif, articulĂ© de Luigi Alva, et le Ferrando, plein de malices comme de paternalisme feint (Hans Sotin) marquent les esprits, outre l’orchester qui dĂ©ploie un vĂ©ritable festival de nuances instrumentales. Les deux victimes du pari, Fiodiligi et Dorabella : Margaret Price et Yvonne Minton s’imposent aussi par leur intelligence expressive et leur grand sens du texte. L’articulation : voilĂ  le maĂźtre mot de cette lecture, musicalement orfĂ©vrĂ©e, cultivĂ© au diapason du coeur : n’écoutez que le dĂ©but orchestral qui ouvre la premiĂšre scĂšne des soeurs napolitaines (scĂšne 2 : « Ah guarda sorella » , Klemperer en un tempo lent et magnifiquement articulĂ©, nous dit tout de leur portrait psychologique respectif. RĂ©jouissant.

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BIBLIOGRAPHIE

LIVRES, compte rendu critique. Otto Klemperer (Editions Notes de nuit, la beauté
klemperer notes de nuit les années allemandes review critique livre classiquenews compte rendu du geste).
 Paru originellement en allemand en 2010 Ă  Cologne, cette biographie trĂšs dĂ©taillĂ©e et complĂšte sur le plan de la mise en contexte (artistique, sociale, politique
) s’affirme comme le document le plus complet sur la vie du chef Otto Klemperer (1885-1973) à ce jour … LIRE notre compte rendu complet du livre Otto Klemperer (Editions Notes de nuit, la beautĂ© du geste).

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A venir prĂ©sentation des coffrets Klemperer chez Warner classics : Mahler, La FlĂ»te EnchantĂ©e, Compositeurs du XXĂš …

 

CD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe)

fraysse sevilla violoncelle sevilla fraysse julie violoncelle cd folklore cd critique review classiquenews kla023couv_lowCD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe). URGENCE et PROFONDEUR
 Ne vous mĂ©prenez pas sur le sens du titre de cet album rĂ©vĂ©lateur : rien de « folklorique » dans ce programme qui engage de fait toutes les ressources expressives et intĂ©rieures de l’interprĂšte : la formidable Sonate pour violoncelle seul de Kodaly (opus 8, 1915) exprime dans une langue pourtant bercĂ©e de mĂ©lodies populaires hongroises, la profondeur semĂ©e de terreur et d’angoisse d’une Ăąme dĂ©sespĂ©rĂ©ment solitaire : l’ñpretĂ© se dĂ©voile dans le sillon d’une Ă©loquence pudique mais jamais miĂšvre, et toute l’imagination dans l’urgence et la justesse de Julie SĂ©villa-Fraysse Ă©claire la partition par son sens du drame lovĂ©, puissant, angoissĂ© mais toujours repliĂ© dans les trĂ©fonds de la psychĂ©. « Con grand’espressione » comme il est indiquĂ© dans la partition, l’Adagio central accumule tremolos, arpĂšges, glissandi d’une ivresse tragique spectaculaire, dans une forme Ă©clatĂ©e qui laisse dans l’apparence de l’improvisation, le feu intĂ©rieur, se consommer littĂ©ralement par la voix du violoncelle. Et mĂȘme si le dernier mouvement est enchaĂźnĂ©e avec cet adagio d’une force tellurique, comme s’il en permettait l’attĂ©nuation libĂ©ratrice (mais Ă  coups de convulsions Ă  peine canalisĂ©es, en une fiĂšvre rapeuse), l’ambiguĂŻtĂ© rĂšgne encore dans sa forme semi rondo ; c’est un cauchemar canalisĂ© mais prĂ©sent, que le premier mouvement, plus lyrique mais tout autant agitĂ©, torturĂ©, profondĂ©ment tiraillĂ©, ne laissait pas prĂ©sager. La souplesse volubile de la violoncelliste creuse chaque mesure pour en distiller le miel mordant et pĂ©nĂ©trant, la dĂ©chirante plainte qui subjugue par son cri mi animal mi humain. La forme Sonate Ă©clatĂ©e, le flux quasi improvisĂ© du jeu de l’interprĂšte, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux L’insouciance chopinienne du Rondo opus 94 de Dvorak (1891 : pour piano et violoncelle) mĂȘle avec une mĂȘme rĂ©ussite entre grĂące et Ă©lĂ©gance, la fusion de l’insouciance et de la nostalgie (avec une relecture trĂšs originale de la Duma (ballade ukrainienne).

Il faut bien le ton plus rĂȘveur, plus distanciĂ© (aprĂšs l’immĂ©diate sincĂ©ritĂ© expressionniste de Kodaly) de Janacek (Pohadka, 1910) pour rĂ©tablir l’équilibre psychique d’une Ă©coute assaillie, et mĂȘme menacĂ©e par les pointes si justes car viscĂ©rales de Kodaly. Le ton lĂ©ger, mais faussement badin, de cet onirisme si spĂ©cifique au Janacek qui sait s’émerveiller jusqu’à la fin (La Petite Renarde rusĂ©e) jaillit dĂšs Pohadaka (Le Conte, histoire du Tsar Berendei ou plutĂŽt celle de son fils Ivan que le pĂšre a promis Ă  une crĂ©ature immortelle et envoĂ»tante 
Marya). Le caractĂšre mi fantastique mi amoureux structure les trois mouvements comme un drame miniature, oĂč l’agilitĂ© suggestive des deux partenaires – violoncelle enivrĂ©, caressant et piano complice dans le rĂȘve et la rĂ©solution des Ă©pisodes-, exprime le souffle. Le panache au violoncelle de la fiĂšre Rhapsodie hongroise de Popper (1894), entre brio et swing tzigane, conclue une immersion Ă  bien des Ă©gards passionnante, marquant la fusion du savant et du populaire, parmi les crĂ©ateurs les mieux inspirĂ©s par le « folklore » hongrois. Superbe rĂ©cital.

CD, compte rendu critique. “Folklore” : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle / Antoine De  GrolĂ©e, piano / Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2015 Ă  Rueil Malmaison. 1 cd Klarthe, KLA 023.

 

 

 

Programme du cd «  Folklore » / Klarthe :

AntonĂ­n DvorĂĄk / Rondo op. 94 en sol mineur

ZoltĂĄn KodĂĄly / Sonate pour violoncelle seul op. 8

LeoĆĄ JanĂĄcek / PohĂĄdka

Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle

Antoine De Grolée, piano

 

 

+D’INFOS sur le site du label Klarthe

 

 

CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)

debargue lucas bech beethoven medtner cd review cd critique classiquenewsCD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)… Tendresse du jeu, et enivrement prĂȘt Ă  renoncer, d’une profonde et calme nostalgie
 L’instinct musical de Lucas Debargue, jeune français rĂ©cemment distinguĂ© au Concours Tchaikovsky 2015, prĂ©cise disque aprĂšs disque ses qualitĂ©s d’interprĂšte. Le phrasĂ©, le toucher s’estompent pour une attĂ©nuation suggestive continĂ»ment mesurĂ©e, canalisĂ©e par un instinct d’une rare musicalitĂ©. Le jeune Lucas DĂ©barque n’a pas usurpĂ© sa rĂ©cente notoriĂ©tĂ© : il s’agit bien d’un pianiste poĂšte qui sait doser, clarifier, structurer une somptueuse syntaxe pianistique : son contrepoint chez Bach, touche par sa candeur et sa prĂ©cision ; une qualitĂ© d’éloquence et de fraĂźcheur enfantine, cultivĂ©e avec une Ă©lĂ©gance et une finesse qui sait se renouveler selon la piĂšce concernĂ©e.

 

 

 

LUCAS DEBARGUE : pianiste ET poùte


 

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Moins riche expressivement, plus Ă©vident quoique d’une belle prĂ©cision et clartĂ© technique, le premier mouvement de la Sonate de Beethoven n°7 en rĂ© majeur opus 10/3 (Presto), impose un feu plus nerveux, en Ă©quilibre, mobile, dans un jeu de bascule, Ă  la fois trĂ©pidant et d’une Ă©lĂ©gance mozartienne. Un glas plus funĂšbre colore le Largo, mĂ©ditatif, empĂȘchĂ©, et finalement de plus en plus lugubre : le rubato et le jeu allusif, douĂ© de phrases plus souples, quoique entĂ©nĂ©brĂ©es, dĂ©livrent une claire et juste conception de ce drame intĂ©rieur, au vertige tragique insondable. Une belle rĂ©ussite. Le Menuetto en sa maĂźtrise (retenue) n’est que juste insouciance. Une dĂ©tente idĂ©ale pour rompre avec la tension tragique de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Le Rondo saisit par son Ă©tincelle vive et son urgence idĂ©alement syncopĂ©e : le meilleur Ă©pisode, Ă©motionnellement parfait.
Le Medtner (Sonate en fa mineur opus 5) est tout aussi captivant : indice d’un programme Ă©quilibrĂ©, qui sait prĂ©server l’équilibre et la tension continue. Il semble d’ailleurs rĂ©activer mais en plus heurtĂ©, le climat panique et rĂ©cemment plus vif du Rondo beethovĂ©nien. Pourtant en plus dĂ©cousu, tant le jeu syncopĂ©, hoquetant, semble dĂ©construire plus qu’il n’avance, dans ce prĂ©ambule de plus de 12mn qui sĂ©duit par ses acoups comme aspirĂ©s.
L’intermezzo rĂ©siste et se dĂ©roule comme une course Ă  l’abĂźme mais comme suspendu, au ralenti. Lucas Debargue saisit toute la recherche de Medtner sur le temps et la durĂ©e. Sur la notion mĂȘme de dĂ©veloppement et de rĂ©itĂ©ration. Sur la couleur Ă  la fois cynique, froide, d’une rĂȘverie hallucinĂ©e. L’enchantement se dĂ©ploie sans contraintes, en une fluiditĂ© plus construite dans le Largo divoto, d’une puissance tout aussi suggestive parfaitement habitĂ©e. Ici il semble que Beethoven rencontre Liszt, avec en arriĂšre fond, une interrogation mystique dĂ©lirante et personnelle, presque frĂ©nĂ©tiquement Ă©noncĂ©e Ă  la Scriabine. Fulgurance, contrastes, vĂ©locitĂ© et volubilitĂ©, de l’extase Ă  la transe : le pianiste parvient Ă  traverser tous les paysages de ce kalĂ©idoscope sonore proche de la folie, avec une Ă©nergie qui sait ĂȘtre hyperactive et sans dilution. MaĂźtrise et finesse : Lucas Debargue impose un tempĂ©rament de grande classe, une technicitĂ© qui sait ĂȘtre l’expression d’une belle poĂ©tique personnelle. Le mois de septembre 2016 voit l’émergence / confirmation de deux immenses tempĂ©raments du clavier parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Lucas Debargue donc aux cĂŽtĂ©s de l’excellent et subtilement poĂ©tique, Benjamin Grosvenor (sublime 4Ăš cd Ă©ditĂ© par Decca, intitulĂ© « HOMAGES » : Bach, Mendelssohn, Chopin, Franck, Liszt, Ă©ditĂ© le 9 septembre dernier : LIRE notre grande critique du cd HOMAGES par Benjamin Grosvenor
, Ă©galement rĂ©compensĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016). Le piano contemporain vit de nouvelles heures en or. A suivre.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical 889853 41762 9 / enregistré à Berlin, en février 2015). Illustration : portrait de Lucas Debargue © Bernard Bonnefon.

 

 

 

Les Clefs de l’orchestre et JF Zygel sur France 5

jean-francois-zygel_c_1_jpg_681x349_crop_upscale_q95FRANCE 5. Les Clefs de l’Orchestre, JF Zygel, les 14, 21, 28 aoĂ»t 2016. Jean-François Zygel et l’Orchestre philharmonique de Radio France sont de retour sur France 5 avec plusieurs inĂ©dits, nouveaux sujets qui revisitent et dĂ©cortiquent les oeuvres majeures de la musique classique. Rachmaninov le 14 aoĂ»t ; Mozart, le 21 ;Moussorgski le 28 aoĂ»t prochains
 professeur Ă©clairĂ©, Ă©loquent, Ă  l’érudition accessible, le pianiste improvisateur Jean-François Zygel dĂ©voile la fabrique et les secrets de conception des grande sages orchestrales du classique. Cet Ă©tĂ©, pour les 3 derniers dimanches d’aoĂ»t 2016, soit Ă  partir de 22h40, France 5 se met au classique et vous fait explorer la musique de l’intĂ©rieur : dĂ©couvrir, comprendre, se dĂ©lecter, telles sont les Ă©tapes jouissives des « Clefs de l’orchestre » sur France 5
 3 rvs incontournables.

Danses symphoniques
de Rachmaninov
DIMANCHE 14 AOUT 2016 à 22h45
(durée : 1h20)

De Rachmaninov, on connaĂźt d’abord les grandes Ɠuvres pour piano : les virtuoses jouent les Ă©tudes tableaux, les amateurs prĂ©fĂšrent les prĂ©ludes et les amoureux du monde entier se dĂ©clarent au son de l’un des quatre concerto pour piano. Rachmaninov n’Ă©tait pas seulement compositeur, c’Ă©tait aussi un des plus grands pianistes du XXĂšme siĂšcle.

Les clefs de l'orchestre de Jean-François ZygelEn  1940, exilĂ© aux Etats-Unis, il compose sa derniĂšre Ɠuvre, son testament musical: “Les Danses Symphoniques”, concues quelques annĂ©es avant sa mort et dont il disait qu’elles Ă©taient  : « ma derniĂšre Ă©tincelle ». À l’origine, le compositeur voulait appeler ses Danses,  ”Danses fantastiques”;  il aurait baptisĂ© les trois mouvements respectivement : midi en rĂ©fĂ©rence aux moments de la journĂ©e mais Ă©galement aux phases de la vie, auquel il associe deux autres volets tout autant emblĂ©matiques : crĂ©puscule et minuit. L’Ɠuvre est donc structurĂ©e telle un triptyque d’essence poĂ©tique symboliste et fantastique; musicalement de facture classique… Le cycle  reste  plein de mystĂšre, rĂ©vĂ©lant dans un mouvement rĂ©trospectif intime la profonde mĂ©lancolie du musicien expatriĂ© de sa Russie natale et aussi ce flamboiement sensuel et dramatique qui dĂ©jĂ  du temps de la fin de ses Ă©tudes Ă  Moscou, l’avait propulsĂ© de façon spectaculaire sur la scĂšne lyrique : ses opĂ©ras de jeunesse anormalement peu jouĂ©s en tĂ©moignent : Alenko, Le chevalier Ladre, Francesca da Rimini. … de ce formidable triptyque de la jeunesse cette fois tĂ©moigne un excellent dvd miroir d’un jeune gĂ©nie nĂ© pour le drame post romantique,  sombre, lugubre, enivrĂ©. …

Danses symphoniques de Rachmaninov. Avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, Direction : Joshua Weilerstein — EnregistrĂ© le 28 et 30 mai 2015 Ă  l’auditorium de la Maison de la Radio. RĂ©alisation : Colin Laurent

Symphonie n°25 de Mozart
DIMANCHE 21 AOUT 2016 à 22.45
(durée : 1h)

Mozart n’a que 17 ans quand il compose la Symphonie n°25. Le thĂšme de son premier mouvement est l’un des plus connus de la musique, c’est par lui que commence “Amadeus”, le film de Milos Forman. Comme le dit Jean-François Zygel, c’est « une symphonie Ă©tonnante, thĂ©Ăątrale, Ă©tincelante ».  On est loin d’une simple Ɠuvre de jeunesse – Mozart y joue avec les codes : l’Ɠuvre est un prototype, un champ d’expĂ©rimentation.

Car malgrĂ© sa jeunesse, Wolfgang Mozart ose tout et bouscule les codes : 2 hautbois, 4 cors et les cordes (plus deux bassons dans le second mouvement) – et c’est tout, pas de cuivres ni de clarinettes ou de timbales comme dans les orchestres classiques.  Mozart cherche une sonoritĂ© d’orchestre singuliĂšre avec laquelle il puisse construire en musique des personnages de thĂ©Ăątre. La Symphonie n°25 est un « opĂ©ra sans parole », dont chaque thĂšme dessinerait en musique un personnage… Ainsi se prĂ©cise une tendance prĂ©coce pour la subtile et secrĂšte caractĂ©risation dramatique de l’orchestre mĂȘme sans chanteurs et sans mise en scĂšne, sans situation visuellement explicite, Mozart fait parler et jouer  les instruments. c’est aussi la vision lyrique symphonique dĂ©fendue avec quelle subtilitĂ© par la chef d’orchestre Debora Waldman dans le programme Pur Mozart oĂč la fondatrice de l’orchestre Idomeneo dirige alternativement ouverture, airs d’opĂ©ras et symphonie de Mozart. Voir notre reportage video Debora Waldman et Idomeneo jouent Mozart

Symphonie n°25 de Mozart. Avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction : Ton Koopman -EnregistrĂ© le 26 et 27 juin 2015 Ă  l’auditorium de la Maison de la Radio- RĂ©alisation : Jean-Pierre Loisil en coproduction avec Radio France.

MOUSSORGSKI : Tableaux d’une exposition
Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski (dans l’orchestration de Maurice Ravel)
DIMANCHE 28 AOUT 2016  à 22.45
(durée : 1h10)

En 1873, le compositeur Modeste Moussorgski pleure son ami peintre disparu Viktor Hartmann. Un an plus tard, il Ă©crit une Ɠuvre pour piano en dix mouvements qui reproduit en musique l’idĂ©e d’une visite d’une exposition de tableaux de Hartmann. Concordance artistique : 1874 est l’annĂ©e majeure de la premiĂšre exposition impressionniste Ă  Paris.

En 1922, Maurice Ravel entreprend d’orchestrer pour un grand orchestre « les Tableaux d’une exposition», et l’Ɠuvre devient mondialement cĂ©lĂšbre. A partir de Ravel, ils seront des milliers Ă  s’amuser Ă  « rĂ©-orchestrer » les « Tableaux ». Classique, Rock, jazz, psychĂ©dĂ©lique, les « Tableaux » seront mis Ă  « toutes les sauces ». MĂȘme Michael Jackson s’est amusĂ© avec un extrait des « Tableaux » dans son album History.

Jean-François Zygel, avec la complicitĂ© de l’Orchestre Philharmonique de Radio France revient Ă  l’origine de cette Ɠuvre dramatiquement ciselĂ©e car Moussorgski prend prĂ©texte de chaque tableau de l’exposition pour en exprimer le drame et l’ancrage dans les mythes et lĂ©gendes russes. Cest tout un univers qui surgit sorciĂšre et bestiaire fantastique, architecture mĂ©diĂ©vale saisissante et emblĂ©matique. Rave ne dĂ©nature en rien la force Ă©vocatrice du compositeur russe : son orchestration toute en finesse souligne au contraire le gĂ©nie expressif et mĂ©lodique du plus grand compositeur russe Ă  l’opĂ©ra avant Tchaikovski.  Repartir de la version pour piano, Ă©couter et explorer la version de Ravel mais aussi des orchestrations plus rares, autant de pistes mises en place par Jean-François Zygel pour montrer le gĂ©nie de l’écriture pour orchestre de Ravel et les artifices utilisĂ©s par d’autres pour se rĂ©approprier la promenade musicale imaginĂ©e par Moussorgski. La palette des timbres du Philharmonique de Radio France se met au diapason de raffinement et de l’extrĂȘme sensibilitĂ© ravĂ©lienne;  de sorte que pour tous les orchestres, la partition ravĂ©lienne est Ă  la fois dĂ©fi et accomplissement.

Jean-François Zygel avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigĂ© par Marzena Diakun.

 

CD, compte rendu critique. Wagner, UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant (1 cd Paraty)

wagner cd critique review compte rendu paraty cd juillet 2016 classiquenews commentsiegfriedcouvertureCD, compte rendu critique. UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant. La Formidable force mĂ©lodique, – donc l’impact dramatique de la musique de Wagner surgit Ă  travers cette adaptation a minima, malgrĂ© l’absence du grand orchestre et du chant soliste. Curieusement ce programme chambriste d’une « TĂ©tralogie de poche » ne dĂ©nature en rien sa source mais bien au contraire souligne le gĂ©nie du Wagner mĂ©lodiste, capable de trouvailles exceptionnellement Ă©vocatrices pour chaque Ă©pisode de l’histoire du Nibelung et du Ring, l’Anneau magique et maudit. Piano, accordĂ©on, hautbois, flĂ»te, cor anglais
 et autres effets sonores Ă©lectroniques (synthĂ©, guitare basse
) composent ici une fantastique tapisserie musicale qui exalte l’imaginaire du plus puissant des dramaturges Ă  l’opĂ©ra. On ne s’étonnera guĂšre que certains motifs aient Ă©tĂ© dĂ©calĂ©s (la chevauchĂ©e des Walkyries en lieu et place du rapt de BrĂŒnnhilde par Siegfried dĂ©guisĂ© en GĂŒnther
); ou que la libertĂ© du geste interprĂ©tatif ose des choix imprĂ©vus pour une nouvelle comprĂ©hension sonore (les huit cors habituels sont ici remplacĂ©s par l’harmonica) : contrastes oblige, jalons immanquables d’une narration au drame Ă©courtĂ© qu’il fallait Ă©videmment rythmer et caractĂ©riser. Pourtant aucune note n’est mise de cĂŽtĂ© ; et la rĂ©Ă©criture permet mĂȘme la redĂ©couverte des situations, leurs enjeux, dans l’éloquence de ce jeu des motifs musicaux – leitmotive, qui inspira tant Wagner, dans sa propre rĂ©Ă©criture des mythes et lĂ©gendes.

 

 

 

Wagner compacté, percutant pour petits et grands : Le Ring de poche
6 instrumentistes, acteurs / expérimentateurs réécrivent le Ring

 

 

CLIC_macaron_2014Comment font-ils les 6 musiciens du Piano Ambulant pour compacter en une heure, l’ensemble du cycle wagnĂ©rien de 
16 heures ? Certains ne rĂ©sisteront pas, et ils ont raison, Ă  l’appel des interprĂštes : « Votre emploi du temps ne vous permet pas de vous rendre Ă  Bayreuth? Avouez que vous n’avez pas le courage d’affronter la totalitĂ© de la TĂ©tralogie de Richard Wagner? Mais en mĂȘme temps vous aimeriez bien savoir comment le nain Alberich a volĂ© l’or du Rhin  ». D’un autre cĂŽtĂ©, on pourrait tout autant consulter les formidables illustrations picturales ou gravĂ©es conçues par un wagnĂ©rien français assidu, comme Baudelaire au XIXĂš, Fantin-Latour

Mais c’est compter sans la musique, or elle fait tout. Face Ă  cette rĂ©invention du drame wagĂ©nrien, les puristes crieront au parjure et au blasphĂšme. Mais tous ceux que les quatre JournĂ©es impressionnent habituellement, dĂ©couvriront avec un rĂ©el plaisir, la magie onirique d’un drame qui d’anecdotique se rĂ©vĂšle universel, de l’or volĂ© par AlbĂ©rich, en effet
 ; de l’orgueil puni de Wotan, de la malice aĂ©rienne d’un Loge manipulateur, Ă  la noirceur haineuse et jalouse de Hagen; Ă  la mort de Siegfried, honteusement assassinĂ© ; Ă  la grĂące de BrĂŒnnhilde, Walkyrie admirable qui sauve le monde et l’ordre mondial mis Ă  mal, 
 tout est rĂ©interprĂ©tĂ©, Ă  sa juste place, et avec une intĂ©gritĂ© expressive et poĂ©tique totalement irrĂ©sistible. On imagine trĂšs bien pendant l’écoute, la transposition du disque Ă  la scĂšne : rĂ©alisation parfaite dans ses dimensions et son format, comme dans son intensitĂ© expressive, qui convoque immĂ©diatement les personnages du plus fabuleux des cycles lyriques et thĂ©Ăątraux.

wotanParfois la spatialisation des voix sur la musique ne fonctionne pas (curieuse rĂ©sonance comme mise en boĂźte de la voix parlĂ©e ou rĂ©citante), mais les Ă©pisodes purement instrumentaux, ainsi rĂ©Ă©crits / rĂ©arrangĂ©s, expriment la puissance du conte, la sauvagerie barbare, surtout la tendresse amoureuse d’un Wagner qui aura tout saisi de la psychologie humaine, de sa folie et de ses erreurs, – voies pourtant sublimes vers une inĂ©luctable destruction mondiale. Bel essor dramatique, bel engagement « de poche ». Et si vous tombez sur l’une des performances en salle de cette initiation vivante et percutante, n’hĂ©sitez pas une seconde : courrez avec vos parents, amis, enfants, neveux, proches de tous Ăąges
 voir et applaudir cette immersion rĂ©ussie dans le monde miraculeux, magique, entĂȘtant de Wagner. Il est fort Ă  parier que chacun sera mordu dĂšs lors par le virus Wagner. Voir le site de la Cie Le Piano Ambulant.
Coup de coeur de classiquenews, donc CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Comment Siegfried tua le dragon et cĂŠtera
 Wagner : L’anneau des Nibelungen / la TĂ©tralogie. Retranscription pour 6 mu 1 cd Paraty. Une TĂ©tralogie de Poche. Publication annoncĂ©e le 9 septembre 2016.

 

 

 

Agenda
Lyon (69), Espace culture des cheminots de Lyon (UAICL) – 20 rue Mouillard 69009 (Bus C14, arrĂȘt Mouillard / grand parking voiture gratuit) – concert Lancement du cd
 : le 20 octobre 2016, 20h.
Reprise Ă  Montreuil (93) : La Marbrerie, 21 Rue Alexis Lepere, 93100 Montreuil / le 11 dĂ©cembre 2016, 17h – infos rĂ©servations : 01 41 63 60 14

 

 

 

Richard Wagner : Extraits de l’Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried et le CrĂ©puscule des dieux.
Conception, transcription et Ă©criture : Cie Le Piano Ambulant.

Jessica Pognant : narration.
Sylvie Dauter : piano, orgue indien, harmonium, synthétiseur, mélodica, appeaux.
Christine Comtet : flĂ»te, flĂ»te en sol, piccolo, synthĂ©tiseur, mĂ©lodica, appeaux, enclume, tom basse, voix de Loge et de BrĂŒnnhilde.
François SalÚs : hautbois, cor anglais, mélodica, appeaux, grenouille, enclume, voix des géants et de Siegfried.
Antoinette Lecampion : violon, alto, orgue indien, appeaux, enclume.
JoĂ«l Schatzman : violoncelle, appeaux, voix d’Alberich et de Gunther.
Charlie Adamopoulos : basse Ă©lectrique, voix de Wotan et de Hagen.
Antoine Colonna : mise en son et dispositif MAO temps réel.
Antoine Mercier : prise de son, mixage, montage, mastering.
Vergine Keaton : illustrations originales.

 

 

CD. Les Quatre Saisons. Nicolas Bacri : Concertos – Leleux / Verdier (Klarthe, 2015)

bacri quatre saisons concertos valeriy sokolov adrien la marca orchestre victoir hugo jean-francois verdier klarthe cd reviex critique cd classiquenews kla017_couv_lowCD. Les Quatre Saisons. Nicolas Bacri : Concertos – Leleux / Verdier (Klarthe, 2015). Premier enregistrement mondial. Que donne en Ă©coute immĂ©diate ces Quatre Saisons françaises, soit les quatre Concertos de Nicolas Bacri ainsi agencĂ©s ? L’Hiver, climat tendu, inquiet fait briller la mordante vocalitĂ© du hautbois, Ă  laquelle rĂ©pond le tissu des cordes Ă  la fois souple et d’une fluiditĂ© dramatique permanente. Le Printemps affirme la volubilitĂ© du mĂȘme hautbois principal (François Leleux, dĂ©dicataire des Ɠuvres), en dialogue avec le violon, dans un mouvement indiquĂ© amoroso, pourtant d’une tendresse lacrymal ; les cordes sont climatiques et atmosphĂ©riques (ainsi le violon s’affirme plus enivrĂ© que le hautbois, Ă  l’aciditĂ© volontaire; plus explicite aussi et d’une revendication nerveuse ; pourtant une douleur se fait jour grĂące aux cordes et au violon… et peu Ă  peu comme par compassion, sensible Ă  sa mĂ©lopĂ©e sombre, le hautbois s’accorde finalement au violon qu’il semble accompagner et doubler d’une certaine façon avec plus de recueillement. Ainsi s’affirme inĂ©luctablement la conscience inquiĂšte du hautbois, compatissant. Ample et colorĂ©e, l’Ă©criture de Bacri dĂ©ploie une splendide houle aux cordes, contrastant avec le soliloque hallucinĂ© et tendu du hautbois, avec la gravitĂ© plus feutrĂ©e du violon : le final exprime de nouvelles stridences que le sujet printanier n’avait pas Ă  son dĂ©but laissĂ© supposer. C’est pourtant cette gravitĂ© sourde, inquiĂ©tante, un temps dĂ©voilĂ© par le violoncelle, que l’on retrouvera plus dĂ©veloppĂ© et Ă©panoui dans l’ultime Concerto, L’Automne : correspondance porteuse d’unitĂ© ? Certainement.
Par son caractÚre plus rentré et finalement intérieur, ce Concerto Printemps (opus 80 n°2, 2004-2005, amoroso), est le plus surprenant des quatre.
MĂȘme Luminoso, le Concerto L’Ă©tĂ© est tout aussi contrastĂ©, grave, et presque mĂ©lancolique… C’est le plus rĂ©cent ouvrage du cycle quadripartite (2011) : menĂ© lĂ  encore par un hautbois plus mĂ©ditatif que vainqueur (Printemps) et d’un souverain accord avec le violon : cette alliance, enrichie par la profondeur du violoncelle tisse ainsi la combinaison rĂ©ellement envoĂ»tante de la piĂšce de plus de 11 mn. Enfin, captivante conclusion, L’Automne Ă©tale sa sombre chair par le violoncelle introductif qui fait planer le chant d’une plainte lugubre… L’Ă©criture est ainsi davantage dans son thĂšme indiquĂ© “nostalgico”, d’une sombre tristesse Ă  peine canalisĂ©e, aux teintes rares, nuancĂ©es, d’un modelĂ© languissant, plaintif… conclu dans le silence, comme un irrĂ©mĂ©diable secret perdu, le dĂ©veloppement de cet ultime Concerto ne laisse pas de surprendre lui aussi. Passionnant parcours quadripartite.

Tenebroso, amoroso, luminoso, nostalgico
Les saisons selon Nicolas Bacri

Dans cet ordre et pas autrement : d’abord Hiver, puis Printemps, ÉtĂ© et Automne… : soit du rythme soutenu, incisif de l’Hiver, Ă  la plainte sombre presque livide du plus mystĂ©rieux Automne final… L’Orchestre Victor Hugo sous la conduite de Jean-François Verdier reconstruit ici 4 piĂšces pour orchestre, Ă©crits et composĂ©s Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes et dans diverses circonstances, dont pourtant le cycle final affirme une belle cohĂ©rence globale (ainsi Ă©laborĂ©e sur une quasi dĂ©cennie, de 2000 Ă  2009). Le dernier Ă©pisode est celui qui a Ă©tĂ© a contrario composĂ© le premier (Automne 2000-2002). Il est finalement le plus apaisĂ©, le plus intĂ©rieur, – le plus secret-, quand l’Hiver, le Printemps et l’ÉtĂ© (le plus rĂ©cent, 2011), sont nettement plus tendus, actifs, dramatiques. Les deux Concertos pour hautbois concertant Ă©taient dĂ©jĂ  destinĂ©s au soliste François Leleux (Concerto nostalgico soit l’Automne, et Concerto amoroso soit le Printemps). A travers chaque Ă©pisode, orchestre et solistes (François Leleu entourĂ© du violoniste Valeriy Sokolov, de l’altiste Adrien La Marca et du violoncelliste SĂ©bastien Van Kuijk) expriment la trĂšs riche versatilitĂ© poĂ©tique d’une Ă©criture frappante par son activitĂ© et son sens permanent des contrastes ; oĂč le travail sur le timbre et ses alliages suggestifs scintillent en permanence, d’autant plus dĂ©tectables grĂące Ă  l’effort de clartĂ© comme d’Ă©loquence de la part des interprĂštes.

CD : Les Quatre Saisons de Nicolas BacriLe retable Ă  quatre volets concertants dĂ©ploie un sens suprĂȘme des climats, surtout le sentiment d’un inĂ©luctable cycle, dĂ©butant dĂ©jĂ  tenebroso (l’Hiver), voilant presque d’un glas lancinant le clair timbre du hautbois bavard, puis s’achevant enfin par la plainte ineffable du violoncelle attristĂ© et comme endeuillĂ©, dans un ultime soupir (le dernier ?). L’omniprĂ©sence du hautbois, chantant et clair, affirme certes la couleur pastorale, mais ce pastoralisme se teinte de mille nuances plus sombres et inquiĂštes dont la richesse fait la haute valeur de l’Ă©criture. Ainsi les Saisons n’ont pas le dĂ©lire gĂ©nial du sublime Vivaldi, peintre des atmosphĂšres extĂ©rieures ; Nicolas Bacri rĂ©serve plutĂŽt de somptueuses teintes harmoniques dans les replis d’une pensĂ©e plus trouble et introspective qui de l’ombre surgit pour s’anĂ©antir et glisser dans … l’ombre. PensĂ©e plus abstraite mais non moins active. Tenebroso, amoroso, luminoso, nostalgico… sont les nouveaux Ă©pisodes d’une Ă©vocation de la vie terrestre ; on y dĂ©tecte comme des rĂ©miniscences jamais diluĂ©es, la tension sourde et capiteuse du Dutilleux le plus mĂ©ditatif sur la vie et le plus critique (comme Sibelius) sur la forme musicale ; Bacri ajoute en orfĂšvre des teintes et des couleurs, des combinaisons insoupçonnĂ©es pour le hautbois, d’une ivresse enchanteresse, que ses complices – autres solistes, savent doubler, sertir de correspondances sonores des plus allusives. L’orchestre sonne parfois dur, renforçant l’esprit de tension grave qui fait le terreau gĂ©nĂ©ral de ses somptueuses piĂšces.
Jamais dĂ©clamatoires ni opportunĂ©ment volubiles, les Concertos façonnent en fin de composition, un cycle d’une rare sĂ©duction mĂ©ditative et interrogative. Ces Quatre Saisons sont celle de l’Ăąme. Superbe cheminement, oscillant entre suractivitĂ© pulsionnelle, pudeur, interrogation, soit une narration suractive au service de pensĂ©es secrĂštes, Ă  dĂ©chiffrer au moment de l’Ă©coute.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu-critique. LES QUATRE SAISONS. Nicolas Bacri (né en 1961) : Concertos opus 80 n°3, 2, 4 et 1. François Leleux, hautbois. Valeriy Sokolov, violon. Adrien La Marca, alto. Sébastien Van Kuijk, violoncelle. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté. Jean-François Verdier, direction. 1 CD Klarthe KLA 017. Enregistré en février 2015 au CRR du Grand Besançon. Durée : 46mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016

CD, compte rendu critique. Philippe Mouratoglou, guitares. D’autres VallĂ©es — 1 cd Vision fugitive

mouratglou-philippe-cd-review-compte-rendu-critique-classiquenews-dautres_valleesCD, compte rendu critique. Philippe Mouratoglou, guitares. D’autres VallĂ©es — 1 cd Vision fugitive. De formation classique et devenu chantre d’un style aujourd’hui libĂ©rĂ©, le guitariste Philippe Mouratoglou rĂ©invente la sonoritĂ© de la guitare en en explorant chaque facultĂ© rĂ©sonante et allusive. Musique sans verbe et pourtant investie d’une remarquable conscience, la pensĂ©e du guitariste s’incarne ici en 5 chapitres majeurs dont les Ă©vocations fantaisistes, libres et qui semblent improvisĂ©es, replacent au centre de l’échiquier expressif la gratte Ă  6 et 12 cordes. Quelle sonoritĂ©s diffĂ©rente (liĂ©e Ă©videmment aux choix des guitares) entre la matiĂšre sĂšche, introspective de l’introductive VallĂ©e des ombres, et le chant spontanĂ© des 5 volets du cycle intitulĂ© « D’autres VallĂ©es », (plus de 10 mn), qui donne son nom Ă  ce nouvel album.

Guitare allusive

philippe-mouratoglou-1Le poĂšte, formĂ© par Pablo Marquez, Win Hoogewerf et Roland Dyens, mĂȘle styles et formes (jazz, blues, impro, 
) pour que jaillisse toujours un chant de l’intime d’une exceptionnelle sensibilitĂ© (« VallĂ©e des songes »).  En prĂ©sentant pas moins de 7 partitions de sa composition, aux cĂŽtĂ©s de la Sonata du cubain Leo Brouwer, et le Nocturnal de Britten, cet album semble approfondir les divagations poĂ©tiques d’un barde acoustique. On aurait apprĂ©ciĂ© un vrai livret ou une notice en guise de notre d’intention pour mieux comprendre les champs allusifs d’un prince de la guitare. Rien
 que la matiĂšre brute, laissĂ©e Ă  notre entendement. Le soliste revisite nombre de partitions anciennes dont Scriabine, Pasquini ou Dowland, mais par le filtre dĂ©jĂ  subjectif de Brouwer et Britten
 allers-retours entre passĂ© et prĂ©sent, jalons d’une mĂ©moire active capable de recycler et d’improviser sur ces matiĂšres Ă  relire, dĂ©fricher, explorer; avec le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le producteur Philippe Ghielmetti, Philippe Mouratoglou a crĂ©Ă© son propre label, « Vision fugitive », qui en soi, est dĂ©jĂ  un programme suggestif et laisse envisager combien l’instrument n’est pas une fin en soi, mais plutĂŽt un geste de passeur, un amplificateur d’onirisme et de songe. Les vallĂ©es que traverse le guitariste sont celles du rĂȘve, de l’introspection, une quĂȘte infiniment moins anecdotique qu’il n’y paraĂźt : plutĂŽt un questionnement permanent, Ă©noncĂ© sur le mode du murmure et du mezzo forte,  du piano interrogatif. Philippe Mouratoglou nous ouvre des portes aux imaginaires de plus en plus enfouis, pĂ©nĂ©trants, et pourtant Ă©vanescents 
 d’une Ă©trangetĂ© poĂ©tique viscĂ©rale qui ne cesse de nous captiver. L’esprit de la mobilitĂ© s’embrase en teintes feutrĂ©es, de la Renaissance au Baroque, de l’improvisation au respect de la forme classique. Superbe cohĂ©rence due Ă  une guitare qui suggĂšre et peint, plutĂŽt qu’elle ne « performe » en dĂ©montrant. En archĂ©ologue des formes et des partitions, Philippe Mouratoglou s’insinue dans les pas de prĂ©dĂ©cesseurs dĂ©jĂ  curieux de relectures, ose des filiations tĂ©nues, de nouvelles comprĂ©hensions musiciennes qui partagent toutes le mĂȘme idĂ©al : la pensĂ©e fraternelle, la mĂ©moire continue qui questionne
 Le style, l’élĂ©gance, la pudeur sont des agents totalement convaincants.  RĂ©cital magistral.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. Philippe Mouratoglou, guitares. D’autres VallĂ©es 1 cd Vision fugitive VF 313011. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

GeneviĂšve de Brabant Ă  Montpellier

genevieve_brabant_750Montpellier, OpĂ©ra Berlioz. Offenbach : GeneviĂšve de Brabant. Les 16, 18, 20 mars 2016. ValĂ©rie Chevalier (directrice gĂ©nĂ©rale) et le chef principal Michael Schonwandt, choisissent une raretĂ© d’Offenbach, non Elizabeth de Brabant (comme dans Lohengrin de Wagner, 1845) mais “GeneviĂšve”, protagoniste ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e de la prochaine nouvelle production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier. L’opĂ©ra bouffe sur un livret de CrĂ©mieux et TrĂ©feu est crĂ©Ă© aux Bouffes-Parisiens en 1859 et donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Berlioz dans la version rĂ©visĂ©e critique de Jean-Christophe Keck (2015) lequel s’appuie essentiellement sur la version tardive de 1867.  Victimes de leur genĂšse difficiles voire rocambolesques, ou avortĂ©es (Les Contes d’Hoffmann), les ouvrages d’Offenbach peinent Ă  retrouver la cohĂ©rence originelle souhaitĂ©e par l’auteur. EspĂšrons que la version Keck 2015, saura prĂ©senter l’unitĂ© dramatique d’une piĂšce comique Ă  rĂ©estimer. En plein Second Empire, Offenbach s’empare du personnage de GeneviĂšve de Brabant, “alter ego” de Jeanne d’Arc. Jamais content de ses Ă©crits ou toujours prĂȘt Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra en fusionnant les genres, Offenbach rĂȘvait surtout d’une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale d’essence fĂ©erique.

Qui est cette GeneviÚve méconnue ? Quelles facettes du personnage, Offenbach a t il souhaité nous dévoiler ? Le chef Claude Schnitzler et le metteur en scÚne Carlos Wagner se retrouvent ici (aprÚs entre autres une Carmen trÚs convaincante, présentée à Metz et à Nancy). Justesse, sobriété, vraissemblance émotionnelle seront-elles au rendez vous de cette nouvelle production, événement lyrique à Montpellier en mars 2016 ?

boutonreservationGeneviĂšve de Brabant d’Offenbach (version 1867) Ă  Montpellier
Montpellier, Opéra Berlioz / Le Corum
Les mercredi 16, vendredi 18 (Ă  20h) et dimanche 20 mars 2016 (Ă  15h)
Nouvelle production
Avec Jodie Devos, GeneviĂšve

Carlos Wagner, mise en scĂšne
Claude Schnitzler, direction

Conférence de Jean-Christophe Keck,
mardi 15 mars 2016, 18h30, Salle MoliĂšre
Enjeux et défis de la nouvelle production dans sa version critique
Entrée gratuite

 

Giselle au cinéma

Adam, Gauthier : le ballet Giselle au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, 20h15. Morte, Giselle sait pardonner Ă  celui qui l’a tuĂ©e mais qu’elle aime toujours. La production est celle du Royal Opera House de Londres (chorĂ©graphie de Marius Petipa), avec dans les rĂŽles majeurs des deux amants maudits : Marianela Nuñez (Giselle), Vadim Muntagirov dans le rĂŽle du Comte Albrecht. Si l’acte est celui de l’amour trompĂ©, oĂč paraĂźt tout d’abord la paysanne Giselle trop crĂ©dule, l’acte II est pareil Ă  un tableau fantastique oĂč la dĂ©funte est un spectre aĂ©rien, volant tel un insecte lunaire au dessus des tombes d’un cimĂ©tiĂšre…

giselle ballet cinema review compte rendu critique classiquenewsDes Orientales Ă  La Wili… Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂȘle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂźne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une Ăąme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mĂąles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetiĂšre (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂŽle-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scĂšnes dramatiques, trĂšs expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’Ă©lan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, PremiĂšre danseuse aprĂšs la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grĂące Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire. Au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, en direct de Londres, Ă  partir de 20h15.

GeneviĂšve de Brabant Ă  Montpellier

genevieve_brabant_750Montpellier, OpĂ©ra Berlioz. Offenbach : GeneviĂšve de Brabant. Les 16, 18, 20 mars 2016. ValĂ©rie Chevalier (directrice gĂ©nĂ©rale) et le chef principal Michael Schonwandt, choisissent une raretĂ© d’Offenbach, non Elizabeth de Brabant (comme dans Lohengrin de Wagner, 1845) mais “GeneviĂšve”, protagoniste ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e de la prochaine nouvelle production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier. L’opĂ©ra bouffe sur un livret de CrĂ©mieux et TrĂ©feu est crĂ©Ă© aux Bouffes-Parisiens en 1859 et donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Berlioz dans la version rĂ©visĂ©e critique de Jean-Christophe Keck (2015) lequel s’appuie essentiellement sur la version tardive de 1867.  Victimes de leur genĂšse difficiles voire rocambolesques, ou avortĂ©es (Les Contes d’Hoffmann), les ouvrages d’Offenbach peinent Ă  retrouver la cohĂ©rence originelle souhaitĂ©e par l’auteur. EspĂšrons que la version Keck 2015, saura prĂ©senter l’unitĂ© dramatique d’une piĂšce comique Ă  rĂ©estimer. En plein Second Empire, Offenbach s’empare du personnage de GeneviĂšve de Brabant, “alter ego” de Jeanne d’Arc. Jamais content de ses Ă©crits ou toujours prĂȘt Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra en fusionnant les genres, Offenbach rĂȘvait surtout d’une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale d’essence fĂ©erique.

Qui est cette GeneviÚve méconnue ? Quelles facettes du personnage, Offenbach a t il souhaité nous dévoiler ? Le chef Claude Schnitzler et le metteur en scÚne Carlos Wagner se retrouvent ici (aprÚs entre autres une Carmen trÚs convaincante, présentée à Metz et à Nancy). Justesse, sobriété, vraissemblance émotionnelle seront-elles au rendez vous de cette nouvelle production, événement lyrique à Montpellier en mars 2016 ?

boutonreservationGeneviĂšve de Brabant d’Offenbach (version 1867) Ă  Montpellier
Montpellier, Opéra Berlioz / Le Corum
Les mercredi 16, vendredi 18 (Ă  20h) et dimanche 20 mars 2016 (Ă  15h)
Nouvelle production
Avec Jodie Devos, GeneviĂšve

Carlos Wagner, mise en scĂšne
Claude Schnitzler, direction

Conférence de Jean-Christophe Keck,
mardi 15 mars 2016, 18h30, Salle MoliĂšre
Enjeux et défis de la nouvelle production dans sa version critique
Entrée gratuite

 

Paris, Festival PrĂ©sences 2016 : Oggi l’Italia !

maison de la radio logoFestival PrĂ©sences 2016. Du 5 au14 fĂ©vrier 2016. Oggi l’Italia : Aujourd’hui l’Italie. Suite du grand tour europĂ©en des maniĂšres musicales dans le monde. AprĂšs la MĂ©diterranĂ©e (2013), Paris – Berlin (2014), les deux AmĂ©riques (2015), le festival PrĂ©sences de Radio France interroge en fĂ©vrier 2016 la crĂ©ation musicale italienne. Voilà longtemps dĂ©jĂ  que l’idĂ©e mĂȘme de musique officielle, cristallisĂ©e autour d’un sentiment national, s’est diluĂ©e avec la mondialisation des Ă©changes, des croisements culturels, des dĂ©placements. Le festival PrĂ©sences nous parle surtout d’individualitĂ©s fortes et d’expĂ©riences… de parcours personnels. Dans les faits, dĂšs le XVIĂš, tout cela avait cours comme le cas d’Adriaen Willaert nous le rappelle : nĂ© Ă  Brugges, le compositeur fait carriĂšre Ă  Ferrare et Milan avant de de venir maĂźtre de chapelle Ă  San Marco de Venise oĂč il meurt… Pourtant malgrĂ© la diversitĂ© des itinĂ©raires, la mĂ©moire se souvient du passĂ© qui a fait de l’Italie au dĂ©but du XVIIĂš, le creuset oĂč est nĂ© l’opĂ©ra. Tous les compositeurs italiens savent articuler leur langue depuis Monteverdi, ils y apportent une couleur Ă©minemment dramatique et sensuelle. Filidei (nĂ© en 1973) vient de crĂ©er son opĂ©ra Giordano Bruno Ă  Porto et Strasbourg (festival Musica 2015)… quand Ă  l’inverse, quittant la plasticitĂ© de l’italien, Luca Francesconi prĂ©pare son prochain opĂ©ra inspirĂ© de Balzac,… en français. Quoiqu’il en soit l’opĂ©ra inventĂ© en Italie pĂšse de tout son poids dans l’imaginaire musical des compositeurs et Berio (auquel fut consacrĂ© le festival PrĂ©sences 1997) disait lui-mĂȘme :…” qu’il faut vivre dans l’esprit de la fin de la Renaissance et des dĂ©buts du Baroque, dans l’esprit de Monteverdi qui inventait la musique des trois siĂšcles Ă  venir”.

 Festival Présences 2016 à Paris

 

 

Présences 2016 : dans le sillon de Berio, Maderna, Nono, le meilleur de la créativité musicale italienne est à Paris

Francesconi, Fedele, Stroppa… les Italiens Ă  Paris

 

 

radio france maison_de_la_radioDe fait en l’absence d’une figure tutĂ©laire clairement fĂ©dĂ©ratrice, comme Verdi pour le XIXĂš, dominent la seconde moitiĂ© du XXĂš : Maderna, Nono, Berio. Filidei outrepasse les Ă©poques et le temps des filiations et prĂ©fĂšre se rĂ©clamer directement de Puccini (que l’on tenait pourtant il y a encore quelques annĂ©es pour le musicien bourgeois et larmoyant par excellence). Tout en saluant la mĂ©moire Ă©ternelle des anciens dont Gesualdo, crĂ©ateur atypique et mythe inclassable, PrĂ©sences 2016 (Oggi l’Italia) n’oublie pas, outre les crĂ©ateurs dĂ©jĂ  citĂ©s, deux figures particuliĂšrement actives et reconnues aujourd’hui : Ivan Fedele (ainsi que ses Ă©lĂšves : Marco Momi, Lara Morciano, Stefano Bulfon, Pasquale Corrado et Sebastian Rivas…) et Luca Francesconi (tous deux directeurs successifs de la Biennale de Venise), sans omettre Franco Donatoni, le raffinement de Salvatorre Sciarrino ou Fausto Romitelli, disparu trop tĂŽt.

Festival de personnalités, Présences aime saluer et dévoiler les singularités à part, comme celle du solitaire Marco Stroppa, de Clara Iannotta (émule de Helmut Lachenmann), Francesca Verunelli (et son écriture du temps spécifique).

Depuis PrĂ©sences 1997 (et la monographie Berio), l’Italie continue de marquer l’imaginaire musical français : avec le recul, PrĂ©sences 2016 montre par exemple la force et la cohĂ©rence de certaines maniĂšres comme celles de Francesconi, Fedele, Stroppa, trois crĂ©ateurs qui garderont une place importante dans la crĂ©ation contemporaine.

Exposition Henri Dutilleux pendant le festival 2016. RĂ©sonances fĂ©condes, PrĂ©sences 2016 met en regard Italiens et Français, et parmi ces derniers, celles et ceux qui ont sĂ©journĂ© en Italie (Jacques Lenot, Henri Dutilleux, Prix de Rome 1938 dont 2016 marque le Centenaire – une exposition lui sera dĂ©diĂ©e le temps du festival) ou ceux qui ont composĂ©s sur des textes italiens (Chizy, Grisey d’aprĂšs les poĂšmes du peintre de la Renaissance Piero della Francesca).

maison de la radio logoParis, Maison de la Radio / Radio France. Festival PrĂ©sences 2016, du 5 au 14 fĂ©vrier 2016 : Oggi l’Italia… Aujourd’hui l’Italie. 26Ăšme Ă©dition. VOIR toutes les infos, programmes, dates et interprĂštes sur le site du Festival PrĂ©sences 2016


LIRE aussi nos biographies express dĂ©diĂ©es Ă  Luca Francesconi, Ivan Fedele… deux compositeurs formĂ©s Ă  Milan, particuliĂšrement mis Ă  l’honneur Ă  PrĂ©sence 2016