Bruno Procopio, Le Sans-Pareil. Musiques sacrées brésiliennesCuenca, Iglesia de la Merced. samedi 11 décembre 2010 à 20h


Bruno Procopio


Le Sans-Pareil

Cuenca (Espagne)
Eglise de la Merced
Samedi 11 décembre 2010 à 20h

Musique Sacrée de Lisbonne à Rio de Janeiro, œuvres de Nunes Garcia, João Rodrigues Esteves et Pedro Avondano
Concert sera enregistré par la Radio Nacional de España.

Les interprètes du Sans-Pareil, tous issus de la nouvelle génération d’artistes, jeunes artisans des notions de clarté et de styles historiques, réussissent une fusion éclatante entre éloquence suave d’une vocalità italienne et française, et articulation souple et ample des instruments. Grâce au geste scrupuleux et dramatique du chef, directeur et fondateur du Sans-Pareil, le claveciniste Bruno Procopio, grand spécialiste de ce répertoire, le Brésil redécouvre aujourd’hui tout un pan oublié de sa riche histoire musicale, faite d’assimilation et d’emprunts au vieux continent.


Fastes brésiliens

Le programme est composé d’œuvres de la première moitié du XVIIIème portugais. Le style portugais de cette période est directement inspiré de l’écriture polyphonique italienne ciselée entre autres par Leonardo Leo, Ottavio Pitoni et Alessandro Scalatti.
La génération de compositeurs portugais ont tous étudiés en Italie. Les compositeurs brésiliens de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle ont été directement influencé par les maîtres de Lisbonne, mais ils ont apportés une touche locale, dont le bel canto est déjà présent.

La musique du Brésil colonial, offre une synthèse exceptionnelle et originale de l’école luso-italienne, associant au bel canto et idiomatismes particulièrement appréciés du souverain commanditaire D.João V, roi du Portugal et du Brésil.

L’ensemble le Sans-Pareil propose une version soliste à ce programme, selon la tradition avérée des chapelles de l’intérieur du Brésil à la période coloniale. Les plus importantes chapelles du Minas Gerais, engageaient des solistes réputés, pour la plupart issus de la chapelle royale à Rio. Cette formation soliste favorise la vivacité de chaque partie en particulier celle des chœurs écrits à quatre voix.

L’ensemble comprend la soprano brésilienne Luanda Siqueira, soliste de premier plan qui participe à la volonté de l’Ensemble Sans-Pareil de ressusciter la fervente vitalité de la musique brésilienne coloniale dont le raffinement égale les oeuvres italiennes contemporaines. Bruno Procopio et son ensemble Le Sans-Pareil ont créé ce programme lors du Festival d’Edinburgh 2010 (Edinburgh. Greyfriars Kirk, le 18 août 2010. Festival
international d’Edinburgh. Musique sacrée de Lisbone à Rio de Janeiro.
Luanda Siqueira, soprano. Sacha Hatala, alto. Daniel Issa, ténor.
Geoffroy Buffière, baryton. Ensemble Le Sans-Pareil : Patrick Bismuth et
Hélène Houzel, violon. Frédéric Baldassare, violoncelle. Bruno Procopio, direction
). Le jeune chef brésilien qui vit en France est aujourd’hui le seul défenseur d’un répertoire méconnu qui commence de connaître une exceptionnelle renaissance. Il s’agit d’une musique de très grande qualité, accompagnant les évolutions de styles, entre le classicisme et le romantisme, où les modèles transmis par l’Italie et surtout la France, font rayonner leur féconde influence.

Lire notre présentation du Sans-Pareil, Bruno Procopio

Bruno Procopio, Le Sans-PareilCuenca, Iglesia de la Merced. samedi 11 décembre 2010 à 20h


Bruno Procopio


Le Sans-Pareil

Cuenca (Espagne)
Eglise de la Merced
Samedi 11 décembre 2010 à 20h

Musique Sacrée de Lisbonne à Rio de Janeiro, œuvres de Nunes Garcia, João Rodrigues Esteves et Pedro Avondano
Concert sera enregistré par la Radio Nacional de España.

Les interprètes issus de la nouvelle génération d’artistes maîtres des notions de clarté et de styles historiques, réussissent une fusion éclatante entre éloquence suave d’une vocalità italienne et articulation souple et ample des instruments, grâce au geste scrupuleux et dramatique du chef, directeur et fondateur du Sans-Pareil, le claveciniste Bruno Procopio, grand spécialiste de ce répertoire.
Le programme est composé d’œuvres de la première moitié du XVIIIème portugais. Le style portugais de cette période est directement inspiré du l’écriture polyphonique italienne ciselée par Leonardo Leo, Ottavio Pitoni et Alessandro Scalatti.
La génération de compositeurs portugais ont tous étudiés en Italie. Les compositeurs brésiliens de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle ont été directement influencé par les maîtres de Lisbonne, mais ils ont apportés une touche locale, dont le bel canto est déjà présent.

La musique du Brésil colonial, offre une synthèse exceptionnelle et originale de l’école luso-italienne, associant au bel canto et idiomatismes particulièrement appréciés du souverain commanditaire D.João V, roi du Portugal et du Brésil.

L’ensemble le Sans Pareil, propose une version soliste à ce programme, comme les chapelles de l’intérieur du Brésil à la période coloniale. Les plus importantes chapelles du Minas Gerais, engageait de solistes pour la plupart issus de la chapelle royale à Rio. Cette formation soliste permet favorise la vivacité de chaque partie en particulier celle des chœurs écrits à quatre voix.

L’ensemble comprend la soprano brésilienne Luanda Siqueira, soliste de premier plan qui participe à la volonté de l’Ensemble Sans-Pareil de ressusciter la fervente vitalité de la musique brésilienne coloniale dont le raffinement égale les oeuvres italiennes contemporaines. Bruno Procopio et son ensemble Le Sans-Pareil ont créé ce programme lors du Festival d’Edinburgh 2010. Le jeune chef brésilien qui vit en France est aujourd’hui le seul défenseur d’un répertoire méconnu qui commence de connaître une exceptionnelle renaissance. Il s’agit d’une musique de très grande qualité, accompagnant les évolutions de styles, entre le classicisme et le romantisme, où les modèles transmis par l’Italie et surtout la France, pèsent de tout leur poids.

Orchestre Symphonique d’Orléans. Saison 2010-2011Beethoven an 10. Du 27 novembre 2010 au 22 mai 2011

Orchestre symphonique d’Orléans

saison 2010-2011


Beethoven Orléans An 10

Après avoir déjà abordé Beethoven en 2002 (intégrale des Symphonies) puis 2003 (intégrale des concertos), l’Orchestre Symphonique d’Orléans rempile, fort de son niveau musical de plus en plus exemplaire: Beethoven, fondateur de l’orchestre moderne, revient en force au coeur de la nouvelle saison musicale 2010-2011. Il s’agit aussi de marquer les 10 ans d’une activité musicale redynamisée, en étroite liaison avec la Ville. Jean-Marc Cochereau, directeur musical depuis 1987, entend revenir au Maître romantique allemand. La nouvelle saison propose pour chaque cycle de programme: une symphonie, un concerto, une ouverture, et en fin de cycle, la première des deux Messes Beethovéniennes. De quoi goûter dans les meilleures conditions à la fureur beethovénienne qui dans le cadre concertant ou symphonique, exprime ce caractère passionné et contrasté, frénétique et irrésistible de la fougue romantique. Chaque séance permet aussi de mesurer la génie de l’orchestrateur, comme les prouesses de l’Orchestre orléanais, qui jusqu’en mai 2011, fait d’Orléans la capitale Beethoven en France.

Survenue brutalement pendant une répétition de janvier 2011, la disparition de Jean-Marc Cochereau attriste les musiciens de l’Orchestre orléanais. Malgré la disparition de leur directeur musical, tous les instrumentistes et l’équipe administrative de la phalange ont décidé de poursuivre l’aventure beethovénienne en 2011. L’ensemble des concerts sont maintenus, dirigés par des personnalités estimées du maestro décédé. Voir ci après le nom des musiciens sollicités.

décennie bénéfique

Depuis 2001, l’Orchestre Symphonique d’Orléans (ancienne Société des concerts du Conservatoire créée en 1920) porté par une nouvelle initiative municipale grâce à l’action et au soutien de Marc Champigny, élu à la culture, demeure l’ambassadeur de la ville d’Orélans: le garant de son éclat culturel dans l’Hexagone.
La saison 2010-2011 marque donc les déjà 10 ans d’un Orchestre régénéré dont chaque saison dévoile les avancées en matière d’approfondissement musical et de perfectionnement interprétatif. Amorcé avec Beethoven pour son renouveau, le cycle des 10 ans se réalise aujourd’hui et permet à l’Orchestre de retrouver Beethoven, comme pour mieux mesurer les progrès atteints et le chemin artistique parcouru.


Les 27, 28 novembre 2010


samedi 27 novembre 2010 à 20h30
dimanche 28 novembre 2010 à 16h30
Orléans, Théâtre. Salle Touchard

Ludwig van Beethoven
Ouverture de Fidelio
Concerto pour piano n°4
Symphonie n°6, “Pastorale”


Jean-Marc Cochereau
Hélène Couvert, piano

Ouverture de Fidelio : Beethoven n’écrivit qu’un seul opéra : Fidelio, pour lequel il composa pas moins de cinq ouvertures. Parfois considérées comme inabouties, les ouvertures de Beethoven appelées selon l’état de leur achèvement: Léonore ou Florestan, ou encore Egmont ou Coriolan, sont de formidables esquisses de la pensée beethovénienne. Elles forment aujourd’hui l’offrande la plus spectaculaire du compositeur à la musique théâtrale. Chacune exprime le destin édifiant de Léonore, âme loyale et admirable qui put sauver son époux incarcéré et condamné à la peine capitale.
Chef-d’oeuvre de la littérature du piano concertant, le Concerto n°4 pour piano en sol majeur surprend par ses improvisations d’une souveraine aisance, comme affranchie de toute contrainte formelle. Le sommet de la partition est le mouvement lent central. Hélène Couvert interprète ce chef d’oeuvre pianistique. Remarquée et soutenue par Leon Fleisher, la Française a bénéficié d’une résidence à la prestigieuse Fondation Internationale de Piano Theo Lieven en Italie. Elle y a bénéficié des conseils d’Alicia de Larrocha et de Andreas Staier.
Bien que la Symphonie n°6 en fa majeur dite « Pastorale » ait une expressivité presque picturale évoquant les scènes de la vie rurale, Beethoven insistait sur le caractère subjectif des sensations qu’il s’était proposé d’exprimer, refusant toute interprétation picturale, simplement descriptive : « on laisse à l’auditeur le soin de trouver la situation … » La «Pastorale» est avant tout un hymne à la nature, musique pure et musique évocatoire, en rien illustrative ou anecdotique.


Les 14, 15 et 16 janvier 2011


vendredi 14 janvier 2011 à 20h30
samedi 15 janvier 2011 à 20h30
dimanche 16 janvier 2011 à 16h30
Orléans, Théâtre. Salle Touchard

Ouverture de Coriolan
Concert pour piano n°5 “L’empereur”
Symphonie n°3 “Héroïque”

François Joël Thiollier, piano

Beethoven a composé trois ouvertures Leonore. La plus typique du style beethovénien, celle qui est la plus souvent jouée est l’Ouverture de Léonore III, op.72b, composé en 1814.
L’ultime Concerto n°5 pour piano en mi bémol majeur est une oeuvre lumineuse et profonde, d’un équilibre parfait, créée au Gewandhaus de Leipzig en mai 1811 où il fut considéré comme particulièrement novateur ; la partie soliste exigeant le grand piano de concert moderne, que ne réclamaient pas les premiers concertos beethovéniens. François-Joël Thiollier est l’un des pianistes et musiciens les plus accomplis d’aujourd’hui.
La Symphonie n°3 en mi bémol majeur dite « Héroïque » est l’une des oeuvres les plus populaires de Beethoven. Elle fut tout d’abord nommée Sinfonia grande, intitulée Bonaparte, dédiée ainsi à Napoléon Bonaparte, que le compositeur admirait en tant que nouvel héros portant les idéaux de la Révolution française. Cependant, quand Napoléon fut proclamé empereur des Français en mai 1804, Beethoven, furieux et trahi, effaça la dédicace originelle et le nom du traître. Il raya Bonaparte de la page de titre avec une force telle qu’il brisa sa plume et abîma le papier: la trace se lit encore sur le manuscrit original. Plus tard, lorsque l’oeuvre fut publiée en 1806, Beethoven y reporta le titre “Sinfonia eroica, composta per festeggiare il sovvenire d’un grand’uomo” (Symphonie Héroïque, composée en mémoire d’un grand homme). Finalement, la partition dans sa forme définitive, est dédiée au mécène de Beethoven à Vienne, le Prince de Lobkowicz. L’euvre écrite entre 1803 et 1804, véritable manifeste esthétique, dépasse les conditions anecdotiques de sa création: elle marque l’avènement du romantisme musical.


Les 11, 12, 13 février 2011


vendredi 11 février 2011 à 20h30
samedi 12 février 2011 à 20h30
dimanche 13 février 2011 à 16h30
Orléans, Théâtre. Salle Touchard

Ouverture Leonore III
Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre
Symphonie n°7 opus 92

Dan Zhu, violon. Dimitri Maslennikhov, violoncelle. Igor Tchetuev, piano. Jean-Sébastien Béreau, direction

L’Ouverture de Coriolan, demeurée célèbre, fut écrite non pour le drame de Shakespeare comme on le croit encore parfois, mais pour servir d’introduction musicale à une tragédie du juriste et poète Henrich-Joseph von Collin, secrétaire aulique de l’empereur d’Autriche. Le thème de ce poème, basé sur la Vie des Hommes illustres grecs et romains de Plutarque, et traitant de la « liberté du héros » aliénée par son entourage,
ne put que séduire l’auteur de l’ « Héroïque ».
Le Triple Concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre représente une tentative intéressante pour concilier dans un nouveau cadre formel le style – très en honneur à Vienne – des trios de musique de chambre,
celui de l’ancien concerto grosso dans lequel un groupe d’instruments dialogue avec le tutti orchestral, et celui du concerto de soliste élargi à plusieurs partenaires. Par son caractère symphonique, le Triple Concerto prend l’allure d’une « symphonie concertante » dans laquelle les trois solistes se partagent le parcours thématique tantôt mélodique, tantôt
rythmique.
Quatre années séparent la Symphonie n°6 de la Symphonie n°7 en la majeur. Années qui ne furent pas improductives avec la composition d’oeuvres importantes tels le trio « l’Archiduc » ou le Concerto pour piano « l’Empereur ». Probablement esquissée dès avant 1811, la partition fut achevée en mai 1812 et présentée au public le 8 décembre 1813 seulement à l’Université de Vienne, sous la direction du compositeur. À
la différence de certaines symphonies précédentes (de la « Pastorale » en particulier), nulle « intention » ici, ni même la trace d’événements biographiques. Son nom de baptême « Apothéose de la danse » dont Wagner l’affubla plus tard s’avère dénué de vraie justification.


Les 1er, 2 et 3 avril 2011


vendredi 1er avril 2011 à 20h30
samedi 2 avril 2011 à 20h30
dimanche 3 avril 2011 à 16h30
Orléans, Théâtre. Salle Touchard

Ouverture Egmont opus 84
Concerto pour violon opus 61
Symphonie n°5 opus 67

Jean-Jacques Kantorow, direction

L’Ouverture d’Egmont est une musique de scène, grande, émouvante, éloquente, écrite pour le drame du homonyme de Goethe.
Le Concerto pour violon respire le bonheur tel un véritable poème amoureux. C’est un événement privé, les fiançailles secrètes de Beethoven avec Thérèse de Brunswick, qui semble marquer la partition. Cet unique concerto pour violon du compositeur a été assez longtemps réputé injouable. Stéphanie Moraly, lauréate de la Julliard
School, professeur au CRD d’Orléans et également souvent
violon solo de notre orchestre, l’interprète à Orléans.
La Symphonie n°5, en ut mineur a une double dédicace : « A son altesse sérénissime Mgr le prince régnant de Lobkowitz (qui fut également dédicataire de la Symphonie n°3 Eroïca) et à son excellence le compte de Razumosky ». Lorsque Mendelssohn joue la partition en 1830 à Goethe il déclara : « c’est très grand, c’est absolument fou… ! ». Quant à Berlioz, il écrivit dans la gazette musicale lors d’une exécution parisienne en 1834 : « l’auditoire dans un mouvement de vertige, a couvert l’orchestre de ces cris… un spasme nerveux agitait toute la salle ». Cette symphonie exprime à un très haut degré le romantisme dans la musique, un romantisme visionnaire qui révèle l’infini.


Les 20,21,22 mai 2011

Vendredi 20 mai 2011 20h30
Samedi 21 mai 2011 20h30
Dimanche 22 mai 2011 16h30
Salle Touchard – Théâtre d’Orléans

Fantaisie pour piano, choeur et orchestre, opus 80
Grande Messe en Ut

Choeur Symphonique du Conservatoire d’Orléans
Chef de Choeur : Elisabeth RENAULT
Clara IACOVIDOU, piano
Corinne SERTILLANGES, soprano
Hélène OBADIA, alto
Christophe EINHORN, ténor
Julien CLÉMENT, baryton
François Xavier Bilger, direction

La Fantaisie pour piano, choeur et orchestre est « à la fois

une genèse et une synthèse… c’est un aboutissement formel qui concilie la confession intime (dont le chant est dévolu au piano soliste) et l’exclamation collective développée aux solistes et au choeur. Au clavier, Ciara Iacovidou, professeur au CRD d’Orléans, joue avec l’Orchestre et le Choeur Symphonique du Conservatoire d’Orléans.
Commande du Prince Esterhazy (commanditaire de nombreuses oeuvres de Haydn), la Grande Messe en Ut est écrite pendant l’été 1807 et créée le 13 décembre suivant. Dans l’esprit de Beethoven, il s’agissait d’un adieu à Vienne qui ne reconnaissait toujours pas son génie superlatif (comme la ville l’avait fait vis à vis de Mozart, préférant combler de faveurs son rival, Salieri).
Habitué des célébrations dans le style de Haydn, le prince Estherazy ne goûta guère les audaces préromantiques de Beethoven. C’est le prince Kinsky qui reçut la dédicace finale. Beethoven ne devait plus composer qu’une seule messe supplémentaire, celle en ré, la Missa Solemnis écrite à la fin de sa vie.

Tous les concerts ont lieu au Théâtre d’Orléans, salle P.A. Touchard. Tarifs: 22,17,10 euros. Réservations et vente uniquement auprès du Théâtre d’Orléans, à partir du 16 novembre 2010 du mardi au samedi, de 13h à 19h. Tél: 02 38 62 75 30, à partir de 15h. Toutes les infos, les abonnements et les modalités de réservation sur le site de l’Orchestre Symphonique d’Orléans.

Illustration: Céline Bachelet

Zandonai: Francesca da Rimini L’avant Scène Opéra n°259. Novembre 2010

Zandonai: Francesca da Rimini
L’avant Scène Opéra n°259. Novembre 2010

La prochaine nouvelle production événement de l’Opéra Bastille (à partir du 31 janvier 2011) offre un prétexte en or à l’Avant Scène Opéra pour dédier ce dossier complet à l’oeuvre oubliée de Zandonaï: Francesca da Rimini, créé juste avant la première guerre mondiale, en février 1914 à Turin (Teatro Regio). De la figure de la princesse Francesca, originaire de Ravenne, qui a réellement existé au XIIIè, Zandonaï fait une figure mythique en puisant dans le récit de Dante qui évoque la beauté tragique de l’héroïne dans La Divine Comédie, en écrivant aussi une partition post romantique et post wagnérienne, flamboyante par son orchestration fine et suggestive qui reste le trait le plus réussi de l’opéra.
Comme à son habitude, la nouvelle publication de l’Avant Scène Opéra (n°259), après un opus très exhaustif dédié à la production majeure également présentée à Bastille mais antérieure à Francesca, Mathis der Maler de Paul Hindemith, ce numéro offre des points de repère très complets et accessibles sur l’oeuvre: biographie d’un compositeur mésestimé, élève distant de Mascagni à Pesaro; contemporain critique de Puccini dont il n’aimait guère le lyrisme sauf celui, par extraits, de La Bohème; Sources de Francesca chez Dante; commentaires de Boccace à ce sujet; conception du mythe par D’Annunzio dont le texte originel de Francesca da Rimini (1901) inspire évidemment l’opéra de Zandonaï… Ecriture vocale dans l’opéra: “une vocalità à rebours du vérisme”; tour d’horizon des oeuvres inspirées par la figure de la princesse et par Dante de façon générale, ou “Trois visions dantesques”: La Divine Comédie par Rachmaninov, Tchaïkovski, Liszt.
Le nouveau numéro d’Avant Scène Opéra n’omet pas un bilan sur les enregistrements publiés: 8 intégrales discographiques et aussi 5 dvd, avec pour chacune des lectures, un point précis des réussites et des faiblesses. Que comprendre d’un ouvrage riche et foisonnant, poétiquement abouti, musicalement élaboré? Le style de Riccardo Zandonaï ne manque pas d’attrait ni de contradictions: s’il est italien, Zandonaï n’apprécie que très peu le style majoritairement vériste de ses compatriotes: il n’y a guère que Respighi qui trouve grâce à ses yeux, et encore, resta-t-il très jaloux vis à vis de son succès à l’international! Dans Francesca da Rimini, Zandonaï réussit l’alliance d’une musique enivrante associée à l’architecture soignée d’un drame prenant voire halluciné, semé d’inquiétude (Francesca), de vaillance inexpérimentée et trop fragile (Paolo), d’éclats et d’éclairs fantastiques, de passion cruelle et de dénonciation. Mieux, la musique de Zandonaï et le regard qu’il porte sur le poème originelle de D’Annunzio, allègent le poison du drame symboliste: dans la partition de Zandonaï, l’histoire de Francesca et Paolo gagne en fulgurance et en vertiges poétiques qui font de l’ouvrage, l’équivalent italien de l’opéra Tristan und Isolde de Wagner. Rien de moins.
Autant d’enjeux parfaitement présentés, expliqués, commentés dans ce nouveau numéro d’Avant Scène Opéra n°259. A lire en particulier, le guide d’écoute où après une présentation de ses caractères propres, l’opéra est dévoilé pas à pas, avec l’intégralité du livret (rédigé par Tito Ricordi, le propre fils de l’éditeur qui reste un proche de Zandonai, d’après la tragédie homonyme de D’Annunzio créée en 1901). D’acte en acte (4 actes au total et deux tableaux pour le dernier acte), de scène en scène, le lecteur découvre les thèmes mélodiques clés, tout en suivant l’action tableau par tableau. En complément, “l’oeuvre à l’affiche”: calendrier et documents photographiques des premières représentations de Francesca da Rimini, depuis sa création turinoise de 1914. Lecture incontournable.

Zandonai: Francesca da Rimini. L’Avant Scène Opéra n°259. 136 pages. ISBN: 9 782843 852787. Parution: novembre 2010.
Francesca da Rimini est à l’affiche de l’Opéra Bastille à partir du 31 janvier 2010 (Oren, direction. Del Monaco, mise en scène). Nouvelle production événement.

Donizetti: Le Convenienze ed inconvenienze teatrali Marco Guiadrini (1 dvd Bel Air classiques)

Du giocoso de
Donizetti, le maestro Guidarini fait une jubilation parodique… Alors
qu’en présence d’un tel fourmillement de saynètes et références
musicales éclectiques, l’éclatement menace, la baguette de Marco
Guidarini sait renforcer l’unité et la tension musicale de cette comédie
déjantée…

Giocoso délirant

La Mamma (Madame Agata: succulent Vincenzo Taormina)
un rôle travesti pour baryton buffa est au centre d’un opéra qui a pour
sujet l’opéra lui-même; sur scène, de vrais chanteurs tiennent leur
propre rôle: ils entrent, ils sortent en une surenchère de scènes
désopilantes autour d’Agata, mégère volcanique dont l’énergie trépidante
qui va crescendo, n’aurait pas rebuté Rossini lui-même. Facéties, ton
ubuesque, drôleries délirantes et verve loufoque… Donizetti se
surpasse dans un opéra qui reste après ses nombreuses réfections (ici, Marco Guidarini
nous propose une époustouflante approche de la version tardive en 2
actes – la partition originelle n’en comportait qu’un seul), son chef
d’oeuvre buffa, l’équivalent donizettien du Barbiere rossinien.
L’ouvrage a été créé à la Scala de Milan en avril 1831. il s’agit ici
de la première représentation de l’opéra depuis le XIXè: production
historique d’autant plus fêté…
Sur scène, en une
mise en abîme savoureuse, se joue la réputation d’un directeur de
théâtre: un opéra doit se jouer le soir même avec d’autant plus
d’urgence que les spectateurs ont déjà acheté leur place. Or rien du
spectacle à venir, n’étant ficelé, les répétitions s’enchaînant sans
produire leur effet, l’action fulmine dans l’agitation et l’inquiétude,
une trépidation proche de la folie hystérique (ce que restitue avec ô
combien de finesse le jeune baryton Vincenzo Taormina).
D’autant que les chanteurs cabotinent, se rebiffent, retardent le
succès de l’entreprise à force de caprices et de jalousie en tous
genres…
Au jeu des pastiches et des références,
l’élégance du maestro Marco Guidarini fait merveille dans cette
production scaligène de première valeur, où l’intelligence le dispute à
la finesse du registre comique de rigueur.
Point culminant de la
verve parodique à l’oeuvre, l’air de Madame Agata chantant l’air du
saule (La Sonnambula de Bellini) par sa voix de rossignol : le texte
chanté citant sardines frites, navets indigestes, clairs brocolis fait
son sort à l’intrusion du seria tragique… offrant par ses contrastes
détonants une relecture truculente).

Avec une agilité délectable,
le chef redouble de finesse dans la citation des airs de Rossini
(Aureliano in Palmira de Rossini), ou de Mozart (La Flûte)… airs de
baule, tubes lyriques que chaque soliste impose au parterre afin de lui
démontrer ses capacités vocales et dramatiques. En plus du jeu des
références, Marco Guidarini excelle dans ce registre du
2è et 3è degré, réussissant un final échevelé où après que le directeur
impresario ait annoncé renoncer à tout spectacle après la désaffection
du ténor vedette et du musico, chacun des solistes s’éclipse, ni vu ni
connu, et très discrètement pour ne pas avoir à rembourser l’avance
versée par le directeur pour un spectacle qui ne se fera pas. Cela
pétille sec dans ce spectacle qui multiplie les effets d’oeillades, les
combinaisons de registres poétiques. On connaissait la parodie sur le
milieu lyrique de Vittorio Gasmann (Opera seria), Le Convenienze de
Donizetti brillent par leur grâce parodique: la scène devenant même une
quintessence de la vocalità, dans le dernier aria di baule,
autocitation donizettienne (Faust chanté par la prima donna).
La jeune équipe des chanteurs apprentis de l’Accademia alla Scala fait
montre d’un bel engagement dans une oeuvre subtile et raffinée qui pour
réussir ne doit souffrir aucun débordement. Equilibre et élégance
préservés grâce à la direction toute en légèreté de l’excellent Marco
Guidarini. Alors qu’en présence d’un tel fourmillement de seynettes et
références musicales éclectiques, l’éclatement menace, la baguette de
Marco Guidarini sait renforcer l’unité et la tension musicale de cette
comédie déjantée. Et dire que Nice n’a pas sur le retenir en prolongeant
son mandant de directeur musical de l’Opéra et du Philharmonique. Une
perte qui fait valoir ses irrémédiables conséquences au regard de ce
Donizetti d’une intelligence poétique saisissante. Bravo maestro!

Gaetano Donizetti (1797-1848): Le Convenienze ed inconvenienze teatrali (viva la mamma).
Agata: Vincenzo Taormina, Procolo: Simon Bailey,… Orchestre,
solistes, choeur dell’Accademia del teatro alla Scala. Marco Guidarini,
direction. Antonio Albanese, mise en scène.


Sortie annoncée: le 4 novembre 2010.

Ravel: l’heure espagnole. Tribune des critiquesFrance Musique, dimanche 31 octobre 2010 à 14h

Maurice Ravel
L’Heure espagnole

France Musique
La tribune des critiques de disques
Dimanche 31 octobre 2010 à 14h

A
la différence du piano qui n’inspire plus le compositeur à partir de
1920
, la voix et son prolongement dramatique, occupent sa vie durant,
l’auteur de l’Enfant et les sortilèges. C’est une passion
continue, déclarée, qui par perfectionnisme, ne trouvant pas tout de
suite, une forme nouvelle capable de renouveler un genre qui n’a guère
changé, et même qui n’a pas “évolué d’un pouce”, ne se concrétise que
sur le tard, à l’époque de la pleine maturité. Certes il y eut les
cycles courts, exercices plutôt qu’aboutissements, tous expressions
d’une passion à demi assouvie: Shéhérazade dès 1898, puis, entre autres, ses trois cantates pour le Prix de Rome: Myrrha (1901), d’après le Sardanapale de Byron, Alcyone (1902) d’après Ovide, Alyssa (1903), soit trois essais lyriques qui n’eurent coup sur coup, aucun effet sur le jury du Prix.

Une Heure exquise

Ravel pense surtout à fusionner action et musique, dans le sens
d’une parfaite fluidité, et d’un accomplissement immédiat. Pas de
contraintes, aucune pression du cadre, quel qu’il soit. Le compositeur
fut-il comme on l’a dit, convaincu par le cinéma, au point d’y
reconnaître un moment “la forme” tant recherchée? Peut-être.
Quoiqu’il
en soit, les premières mentions autographes de L’heure espagnole,
indiquent cet esprit allant de la partition, portée par une action non
contrainte, “légère et bon enfant”. Pauvre Ravel: quand il propose son
oeuvre à l’Opéra-Comique, les censeurs crient tout d’abord, à la
vulgarité devant un sujet où il est question d’amant caché dans une
horloge et que l’on transporte jusqu’à la chambre de l’épouse. Mais la
première a lieu le 19 mai 1911.
Ravel
s’est longuement expliqué. Après le scandale des Histoires naturelles
dont la prosodie prépare directement celle de L’heure espagnole, et le
quiproquo sur ses réelles intentions, le compositeur a précisé l’objet
de sa première oeuvre théâtrale. C’est une relecture du buffa italien,
dans le style d’une conversation, où le chant est proche d’un parlando
expressif, souvent ironique voire sarcastique: d’une finesse
inaccessible et redoutablement pertinente, le compositeur aime souligner
le “mélange de conversation familière et de lyrisme ridicule”. Ravel
parle d’une fantaisie burlesque qui prolonge l’expérience du Mariage de
Moussorsgki, un compositeur dont il se sent proche. Les lignes vocales
ondulent, se cabrent avec élégance, favorisant les portamentos;
l’articulation s’autorisent des contractions de syllabes, des précipités
déclamatoires expressifs. Ici, l’épouse, Conception, aussi séduisante
qu’infidèle, mariée à Torquemada, l’horloger de Tolède, éreintée par
les beaux parleurs Inigo et Gonzalve, qui ne concrétisent jamais,
minaude et se fixe sur le muletier à l’allure chaloupée, Ramiro, un
costaud pudique à son goût.
L’humour ravélien, délicat et subtil qui
jubile à jouer des registres et des degrés du comique, enchante
Koechlin et Fauré mais exaspère Lalo que le style pincé et raide de
Ravel, agace comme d’ailleurs bon nombre de critiques décontenancés: il
parle d’un style qui serait un nouveau Pelléas, “étroit, menu, étriqué”.
D’ailleurs, l’inimitié de Lalo à l’endroit du musicien fixe une idée
souvent reprise après lui, sensibilité de Debussy, insensibilité de
Ravel. Quant aux vers de Franc-Nohain, ils sont tout autant critiqués,
assassinés pour leur “platitude”. Et même les amateurs conscients des
dons de Ravel, sont aussi fatigués de les voir gâchés dans un amusement
de placard, quand, selon les mots de Vuillermoz, le musicien est “un
magicien créé pour se mouvoir dans le rêve et la féerie”. Jugement juste
mais sévère. Pour Ravel, L’heure espagnole constitue un point
d’aboutissement auquel il n’avait cessé de réfléchir.

Halévy: Clari (Bartoli, 2008)2 dvd Decca

Zurich, août et septembre 2008. La grande affaire lyrique de la cité Suisse est cette Clari de 1828, exhumée par Cecilia Bartoli, princesse défaite plutôt pitoyable et inquiétée, patiente misérable d’un hôpital froid et sans chaleur…
Héroïne romantique
Mis en scène par le duo de metteur en scène fétiche d’Angers Nantes Opéra, Moshe Leiser et Patrice Caurier, l’opéra romantique met en valeur son potentiel dramatique, vocalement très abouti; mais en 2008, la diva romaine ne cesse de s’engager pour Maria Malibran: un cd hommage à la première diva romantique Maria était son grand oeuvre alors ( Maria, 1 cd Decca), et logiquement, cet opéra dans lequel la Malibran a fait briller toutes les nuances (nombreuses) de son exceptionnel talent: un génie théâtral qui inspire aujourd’hui La Bartoli, confrontée à cette exigence d’élasticité et de dramatisme sur 3 octaves!
On sait que l’année a aussi été celle de La Sonnambula, que Bellini a réécrit pour la voix de Maria Malibran, et que tout aussi logiquement Cecilia Bartoli, pas en reste question défis, a aussi enregistré, également, pour Decca (Bellini: La Sonnambula, 2 cd L’Oiseau Lyre).

Le cas de Clari est tout aussi captivant: Halévy, chef de chant du Théâtre Italien, a spécialement composé l’oeuvre pour la tessiture originelle de Malibran.
Clari étonne par ses couleurs italiennes, rossinniennes (en particulier dans les récitatifs), en rien comparable avec la Juive, ouvrage résolument français, et dans le style grande machine, écrit 7 ans plus tard.
Le demi caractère apporte des respirations humoristiques (les domestiques Germano et Bettina: excellente Eva Liebau, toute en finesse vocale), même le Duc paraît invraisemblable dans son revirement : sa “bassesse” psychologique et sa rectitude morale s’évapore face à loyauté de sa fiancée.
En diva romantique comme son modèle Malibran, Bartoli, actrice pétulante, chanteuse enchanteresse, ajoute deux airs qui appartiennent à sa tessiture comme à l’époque Maria aimait chanter dans chaque ouvrage qu’elle abordait sur scène, une mélodie emblématique de son talent. En accord avec la dignité naïve et tendre de Clari, Cecilia chante donc un air d’un autre opéra de Halévy; surtout le fameux air du saule de l’Otello rossinien, grand succès de La Malibran et qu’elle chanta la même année que Clari en 1828: sublime moment dramatique dans la réalisation visuelle (pépite de l’acte II), dont le déroulement face à une caméra sur scène tournant autour de la diva, accentue son ivresse extatique crépusculaire et sa douleur languissante d’amoureuse blessée. Clari, Desdémone: mêmes figures tragiques de l’âme féminine éprouvée?
Malicieuse, habile en références musicales historiques, Cecilia Bartoli ajoute cavatine et air de La Tempête du même Halévy (1850): chant et prière d’une coquette en plein triomphe désirant, chanté derrière un tableau découpée (!) à la place d’un air choisi par Malibran et dont la trace s’est perdue…
Dans la fosse, l’orchestre La Scintilla sur instrument d’époque restitue les couleurs voulues par le compositeur, éclaire ce rapport ténu entre voix et instruments. Texture et équilibrage s’en trouvent régénérés. Dans la mise en scène fine et grâce au feu pétillant, entre innocence et vérité de la divine Bartoli, Clari ne pouvait trouver meilleure réhabilitation.

Jacques Fromental Halévy (1799-1862) : Clari , 1828. Opera semiseria en 3 actes sur un livret de Pietro Giannone. Opéra filmé à Zurich, Opernhaus, en mai , août puis septembre 2008. Mise en scène : Moshe Leiser & Patrice Caurier. Décors : Christian Fenouillat. Costumes : Agostino Cavalca. Lumières : Christophe Forey. Chorégraphie : Beate Vollack. Avec Cecilia Bartoli, Clari ; John Osborn, Il Duca ; Eva Liebau, Bettina/Adina ; Oliver Widmer, Germano/Il Conte ; Giuseppe Scorsin, Luca/Il Padre di Adina ; Carlos Chausson, Alberto ; Stefania Kaluza, Simonetta. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jurg Hämmerli), Orchestre « La Scintilla » de l’Opéra de Zurich, direction : Adam Fischer (2 dvd Decca)

Julia Fischer: violon & piano. Saint-Saëns & Grieg 1 dvd Decca (Francfort, 2008)

Malgré la direction
atone et carrée, raide et sans imagination de Matthias Pintscher, un
comble pour les deux partitions si ciselées-, la soliste a contrario de
ce geste sans séduction, redouble de sensibilité, d’activité,
d’intériorité… son jeu au piano et au violon demeure continûment
palpitant et sensible. Quelle musicienne !


Rayonnante versatilité

Francfort, nouvel an 2008. En exquise musicienne, la jeune et décidément très douée Julias Fischer
montre ici ses talents versatiles, passant sans défaillir, du violon
au… piano. Avec la complicité de la Junge Deutsche Philharmonie dont
la Konzertmeisterin est son élève à Francfort, la divine
pluridisplinaire sait ajouter au défi du passage entre deux instruments,
l’esprit de défrichement: jouer le Concerto pour violon de
Saint-Saëns (Opus 61) demeure étrangement rare donc méritant de sa part.
Il est vrai que c’est avec cette partition séduisante et raffinée dans
son orchestration que la jeune soliste remportait en 1995 le Concours
Yehudi Menuhin.

Malgré la direction atone et carrée, raide et
sans imagination de Matthias Pintscher, un comble pour les deux
partitions si ciselées-, la soliste a contrario de ce geste sans
séduction, redouble de sensibilité, d’activité, d’intériorité. Champion
d’entre les 3 Concertos pour violon de Saint-Saëns, le n°3 opus 61
fait valoir toute la brillance et la délicatesse de couleur de la jeune
musicienne qui d’emblée se hisse très haut dans l’évaluation après
Sarasate, le dédicataire qui créa l’oeuvre en 1880. La cantilène suave,
second thème de l’Allegro initial caresse l’oreille tout en structurant
le déroulement du mouvement; même jeu nuancée et intérieur pour cette
barcarolle de l’andantino quasi allegretto qui suit, avant le finale,
d’un feu tout mendelssohnien. Julia Fischer sait restituer à cette
oeuvre ailleurs décorative et creuse, un mordant, un chien stimulant.
Belle réussite.

Quelle absence dommageable sur le plan interprétatif de l’orchestre et du chef, d’une épaisseur teutone, dans le Concerto pour piano de
Grieg, certes vigoureux mais pas aussi agressif et nerveux que le
maestro voudrait nous le faire accroire. La direction est indigne du
projet musical et interprétatif. Qu’aurait donné ici un chef jeune et
vaillant, fluide et nuancé? Saluons cependant l’engagement de la
violoniste pianiste qui diversifie là aussi toute la riche palette
lyrique et typiquement scandinave de l’auteur norvégien. Quel
embrasement musical qui chez Grieg manifeste sa distance prise avec
Schumann qu’il apprit à Leipzig (le la mineur est commune aux deux
concertos).
Un accomplissement pour l’artiste audacieuse et habitée
qui sait dépasser ce moment musical de fin d’année (donné pour le
nouvel an) pour en faire un pur éblouissement interprétatif. Chapeau
l’artiste! L’image ajoute à l’impact de sa performance.

Julia Fischer: violon & piano. Saint-Saëns: concerto pour violon n°3. Grieg: Concerto pour piano. Junge Deutsche Philharmonie. Matthias Pintscher, direction

Solistes de Lyon : Cantates du Prix de RomeParis, Musée d’Orsay, jeudi 21 octobre 2010 à 20h30

Solistes de Lyon Bernard Tétu
saison 2010 – 2011


Cantates du Prix de Rome

Hérold, Zimmerman, Berlioz, Fauré, Charpentier
Debussy, Max d’Ollone
Dutilleux…

Paris, Musée d’Orsay
Auditorium
Jeudi 21 octobre 2010 à 20h30

Choeur et solistes de Lyon

Noël Lee, piano

Bernard Tétu, direction

Les compositeurs lauréats du Prix de Rome furent de leur vivant célébrés, nouveaux héros de l’excellence musicale. Mais aujourd’hui a contrario, le goût officiel, et cet académisme poussiéreux, ont des relans de conservatisme: bon nombre de compositeurs obtenant le fameux Prix sont aujourd’hui tombés dans l’oubli et souvent leurs oeuvres présentées pour le Concours, jetées dans l’oubli.
Or si l’on examine les derniers lauréats tels Debussy ou Dutilleux (1938), force est de reconnaître que le Prix de Rome a rempli son office: distinguer les futurs champion de la modernité musicale.

Le programme présenté par Les Solistes de Lyon, en résonance avec l’exposition monographique dédiée au peintre académique qui se disait disciple d’Ingres, Jean-Léon Gérôme, il reste en vérité élève de Gleyre- puis de Paul Delaroche-, promet d’être passionnant. 11 auteurs sont ici abordés, chacun détenteurs d’une manière particulière qui montre combien cet académisme recèle une diversité de talents et de sensibilités multiples. Art officiel et modernité composent une équation aux enjeux subtiles. Contrairement aux idées reçues, la Villa Medicis a contribué à l’éclosion des tempéraments fondateurs d’une modernité pour le XXè. Le programme commence au début du XIXè; il s’achève avec Dutilleux dans les années 1950… On voit bien que la réalité dépasse les oppositions simplistes et réductrices car tout n’est pas dans l’histoire musicale qu’une question esthétique symbolisée par la seule balance entre académisme bourgeois pompier et réactionnaire d’un côté; audace et révolution stylistique de l’autre. Les critères académiques illustrés par le Prix de Rome peuvent aussi encourager les nouveaux talents et susciter les travaux des futurs grands. En témoigne ce concert aux musiques rares et mésestimées, à torts.


Les cantates du Prix de Rome

Ferdinand Herold:
La Duchesse de la Vallière, extrait

J. Zimmerman: 
Dabit benignitatem, pour 6 voix a cappella

Hector Berlioz:Sardanapale, extraits

Le Choeur d’ombres, extrait de Lelio ou le Retour à la vie

Le ballet des ombres

Ambroise Thomas
: Hermann et Ketty, extrait

Gabriel Fauré: 
Cantique de Jean Racine

Gustave Charpentier:
Didon, extrait

La vie d’un poète, extrait

Claude Debussy
: L’enfant prodigue, extrait

Max D’Ollone: 
Frédégonde, extrait

Henri Dutilleux: 
L’anneau du Roi, extrait

Sonnets de Jean Cassou

Concert précédé d’une conférence par Cécile Raynaud sur l’académisme dans la musique à 18h30

Toutes les infos, les dates, les programmes de la saison 2010-2011 sur le site des Choeurs et Solistes de Lyon – Bernard Tétu

Illustration: Jean Léon Gérôme: Pollice verso, 1872.
Académisme musique et peinture. Exposition Jean Léon Gérôme, du 19 octobre 2010 au 23 janvier 2011, Paris, Musée d’Orsay.Bernard Tétu (C.Ganet)

Francis Poulenc: Dialogues des CarmélitesAvant Scène Opéra n°257

Passionnante analyse
que nous offre ce nouveau numéro d’Avant Scène Opéra sur l’opéra de
Poulenc dont il reçu commande de la Scala de Milan en 1953: Dialogues
des Carmélites (créé à Milan en 1957 en italien).

Opéra des angoisses

Comme
son titre l’indique incidemment, le texte et sa projection naturelle
(donc la prosodie) sont au coeur du processus de composition. A ce titre
les lettres publiées dans ce recueil sont éloquentes quant aux
intentions du compositeur, quant au référence des tessitures vocales
aussi (chapitre Les Dialogues des carmélites dans la correspondance de Francis Poulenc,
p 84: lettre de Poulenc au baryton Pierre Bernac en 1953, qui fut un
conseiller sur les voix, très objectif donc pertinent).
La publication aborde chaque aspect d’une partition bouleversante par
son sujet: le sacrifice des Carmélites de Compiègne et leur condamnation
par la République à être guillotinées car considérées comme fanatiques
(proroyalistes). Il y eut bien parmi leur communauté une soeur (Soeur
Marie de l’incarnation qui inspire le personnage de… Blanche dans
l’opéra de Poulenc) qui échappa à l’exécution (étant monté à Paris, à la
fin de Floréal an II pour renégocier leur pension…). Plus sombre et
grave et comme inspiré par l’idéal du martyre qui affleure dans l’esprit
de chaque soeur inquiétée, Poulenc fait mourir toutes les soeurs en un
tableau final glaçant et sublime.
Au total, le lecteur comprend les enjeux de l’opéra grâce à 6 grandes
entrées thématiques: l’inspiration du compositeur qui dédie l’ouvrage à
sa mère; les vraies Carmélites exécutées le 17 juillet 1794; esquisse
biographique de Poulenc, compositeur soucieux du texte et du verbe plus
que tout autre…; Moine et voyou, aspect de la mystique Poulenc;
invention du livret d’après Bernanos; enfin présentation de la genèse
des deux créations de Dialogues des Carmélites: février 1957 à la Scala,
puis juin 1957 à l’Opéra de Paris: implication du compositeur dans la
réalisation scénique de la création parisienne.
Fidèle à une structure éditoriale qui organise le cycle documentaire, la
publication ajoute en plus des chapitres rédactionnels: l’argument des 3
actes (avec repères dans la partition: citations des dialogues clés de
l’opéra en regard); les indispensables introduction puis guide d’écoute
(chaque scène est présentée avec les citations musicales clés); le
dossier complet de la discographie des Dialogues avec un classement
critique selon les atouts de chaque version; une vidéographie tout aussi
exhaustive (que pensez par exemple du dvd de la version Muti/Carsen de
2004?); l’ensemble des productions présentées dans le monde, depuis les
créations italo-françaises de 1957… Complément délectable, le chapitre
dédié à Régine Crespin, interprète inoubliable du rôle de Madame
Lidoine puis de la Prieure dont Poulenc fait le portrait tragique en
mourante paniquée…

Poulenc: Dialogues des Carmélites. Avant Scène Opéra n°257

Edinburgh. Greyfriars Kirk, le 18 août 2010. Festival international d’Edinburgh. Musique sacrée de Lisbone à Rio de Janeiro. Le Sans-Pareil : Bruno Procopio, direction.


Première escale
Le Sans-Pareil à Edinburgh

Le claveciniste Bruno Procopio a fondé un nouvel ensemble, Le Sans-Pareil Les musiciens navigateurs, dédié à la musique ibérique et à la musique du XVIIIème et du XIXème siècle du Brésil, son pays d’origine. En choisissant délibérément l’humeur vagabonde et les traversées riches en rencontres et découvertes, le musicien défricheur ne fait pas seulement qu’établir de nouvelles perspectives musicales: il dévoile surtout tout un pan du patrimoine musical brésilien insoupçonné.
Le premier concert de la nouvelle formation dont il faut désormais suivre pas à pas les escales et avancées conquérantes s’est réalisé lors du dernier festival d’Edinburgh. L’intérêt du programme, outre le geste nouveau des jeunes instrumentistes et chanteurs, met en lumière plusieurs œuvres inédites, récemment restaurées par des musicologues brésiliens dont Bruno Procopio aiment à s’entourer dans son travail de défrichement.


Edinburgh aux rythmes brésiliens



Programmé au Festival International d’Edinburgh (du 13 août au 5 septembre 2010)
, aux cotés des ensembles Elyma (Gabriel Garrido), The Tallis Scholars, The Sixteen ou Hespèrion XXI de Jordi Savall, et le même jour que l’Orchestre de Cleveland (dirigé par Franz Welser Möst), le Sans Pareil n’inaugure pas uniquement une première escale en pays britannique: c’est déjà une véritable et légitime reconnaissance d’un immense travail de redécouvertes qui s’offre désormais aux auditeurs.
La curiosité du public était même titillée: c’est devant une nef comble (Greyfriars Kirk d’Edinburgh) que le 18 août à 17h45 ont résonné les premiers accords de ce nouveau monde à réexplorer.

Capitaine au long cours, Bruno Procopio fait revivre aujourd’hui la fabuleuse épopée musicale entre le Portugal et le Brésil. Le parcours ainsi jalonné, a commencé dès 2005 -l’année du Brésil en France – quand Alain Pacquier, directeur du Centre International des Chemins du Baroque et du label K617, invitait le jeune claveciniste dans un programme visionnaire déjà dédié à la musique du Brésil colonial, puis repris à la Maison de la Musique de Nanterre.

Une deuxième collaboration s’est vite formée, avec l’Ensemble Turicum de Zurich dans un disque dédié à Marcos Portugal, enregistré pour le label Paraty en collaboration avec la Fondation Gulbenkian et la Radio Suisse DRS 2. Ce même programme Matinas do Natal de Marcos Portugal, Rio 1811, qui fut un coup de coeur de la Rédaction cd de classiquenews.com, sera donné en première française à l’église Saint-Roch à Paris le 1er février 2011. Là encore un compositeur majeur à redécouvrir d’urgence.

A Edinburgh, Bruno Procopio ne révélait pas seulement l’équilibre sonore et la flamboyance expressive de son ensemble: l’interprète et chef d’orchestre depuis l’orgue, savait colorer et nuancer toutes les facettes d’une musique extra-européenne dont le mordant, l’expressivité, les savantes architectures instrumentales et vocales égalent le génie des auteurs continentaux. Et même avec l’appareil critique qu’apporte la distance, cet exotisme purement indigène qui fait aussi la saveur spécifique des colonies, la musique ainsi dévoilée imposait force, fluidité, sensualité. De la fin du XVIIIè, le Sans-Pareil exprime la ferveur carioca, de Rio de Janeiro, l’élan mystique et la chaleur de l’incarnation collective.

Joyaux sacrés du Brésil

L’Ensemble ressuscite dans un programme ambitieux clairement intitulé Musique sacré de Lisbone à Rio (“Sacred Music from Lisbon to Rio de Janeiro”), aux côtés d’une Messe Brêve de Haydn, maître et modèle pour l’Europe et Outre-Atlantique, deux partitions courtes de Mulatto Brazilians, le Graduel et l’Offertoire de l’Esprit Saint de Miguel Teodoro Ferreira (1788-1818); puis ce fut surtout le sublime Magnificat de José Mauricio Nunes Garcia (1767-1830), compositeur prolixe et virtuose dont l’éclectisme original s’épanouit entre le classicisme et le romantisme. Le compositeur est assurément le pilier de ce concert découverte, festif et jubilatoire où l’exaltation n’écarte pas la profondeur: Nunes Garcia fut d’ailleurs l’un des maîtres les plus vénérés à la Cour portugaise de Rio. Il exporte avec finesse l’opéra à l’église avec un brio irrésistible.

L’approche du Sans Pareil favorise l’éclat d’une virtuosité individuelle: chaque musicien réalise sa partie seul, l’obligeant à se distinguer dévoilant souvent un vrai tempérament de soliste. Option légitime car comme le précise Bruno Procopio: “La plupart des chapelles au Portugal et au Brésil colonial n’avaient pas une choral et un orchestre, les œuvres étaient réalisées avec un musicien par partie. C’est dans cette direction que le Sans Pareil propose une vision plus ciselé des ces œuvres”.

José Maurício Nunes Garcia

José Maurício Nunes Garcia est sans doute le plus prolifique et talentueux des compositeurs du Brésil colonial; son parcours atypique et son apprentissage comme autodidacte singularise sa carrière et son profil: il a été le bibliothécaire de D.João VI dans sa bibliothèque royale à Rio; José Maurício y copie un grand nombre d’ouvrage venu du vieux continent, surtout les maîtres napolitains tels, Leonardo Leo, David Perez, Niccolò Jommelli. Sa culture est immense et son goût des plus sûrs. À partir de 1811 José Maurício est subordonné à Marcos Portugal, premier compositeur du royaume du Portugal et Algarve. L’amitié entre les deux compositeurs a permis à José Maurício de se perfectionner dans l’écriture italienne, savamment maîtrisée par Marcos Portugal.

Grâce à l’arrivée de Dona Maria Leopoldina de Habsburg en 1817, qui s’est mariée avec D.Pedro I, fils de D.João VI et futur empereur du Brésil, José Maurício étend encore sa connaissance très précise de la musique européenne: avec la venue de la princesse Habsbourg, il se familiarise avec la musique viennoise”, ajoute Bruno Procopio. “La présence de Sigismund Neukomm qui a séjourné à Rio de Janeiro de 1816 à 1821, est toute aussi décisives pour les auteurs brésiliens”, ajoute le directeur musical du Sans Pareil: “Neukomm a porté dans ces valises un grand nombre de musique de Haydn et Mozart”.

Le concert d’Edinburgh explicite cette assimilation géniale des standards européens sous la plume de Nunes Garcia. Bruno Procopio souligne combien le compositeur ainsi réhabilité a su développer une synthèse éblouissante entre la musique européenne et sa sensibilité propre. La vitalité ciselée du continuo, l’euphorie saisissante des quatre solistes, le nerf et le charisme du jeune maestro ont donné l’un des concerts les plus captivants du Festival international d’Edinburgh. Le Sans-Pareil: un nom désormais à suivre pour naviguer vers de nouvelles contrées sonores.
Edinburgh. Greyfriars Kirk, le 18 août 2010. Festival international d’Edinburgh. Musique sacrée de Lisbone à Rio de Janeiro. Luanda Siqueira, soprano. Sacha Hatala, alto. Daniel Issa, ténor. Geoffroy Buffière, baryton. Ensemble Le Sans-Pareil : Patrick Bismuth et Hélène Houzel, violon. Frédéric Baldassare, violoncelle. Bruno Procopio, direction.

Illustrations: Bruno Procopio, directeur musical du Sans-Pareil (DR). Nunes Garcia (DR)

Grétry: Céphale et Procris, 1773. Van Waas2 cd Ricercar (2010)

Enregistré à la Philharmonie de Liège, le présent enregistrement en première mondiale du Céphale et Procris de Grétry devrait marquer les esprits tant il comble une lacune stylistique entre la fin de la musique des Lumières et les prémices du romantisme français.

Créé à l’Opéra de Versailles en décembre 1773 puis à l’Académie royale de Paris le 2 mai 1775, le ballet héroïque : Céphale et Procris de Grétry atteste de la faveur du compositeur à la Cour de Louis XV, soutenu par la Dauphine, future Reine de France, Marie-Antoinette. L’oeuvre est donnée pour célébrer les noces du Comte d’Artois, un mariage fêté en grande pompe et sur un trésor royal restauré: contrairement au mariage du Dauphin avec la princesse autrichienne en 1770, 1773 voit le retour de la création, et Grétry profite de ce souci de la Couronne pour la commande d’une oeuvre nouvelle. Aux côtés de Céphale de Grétry, Gossec se vit commander son Sabinus. Heureux époux, glorieux auteurs. Aujourd’hui estimée conservatrice, c’est à dire un rien complaisante et monarchiste, la partition de Grétry en mêlant galant et spectaculaire, merveilleux même accordé à la coupe des airs français et des ensembles italiens, s’impose avec le recul par sa forme audacieuse et même originale: un pavé moderniste dans la jardin mesuré et galant de l’ordre royal versaillais.
Grétry inspiré par les Italiens innove un nouveau genre: moins de récitatifs, mais une succession d’airs, d’ariettes aimables enchaînées. Varié, animé, piquant: le style nouveau s’affirme ainsi dans le sillon ouvert par Ernelinde (1767) de Philidor: le tunnel des récitatifs ennuyeux autant que pompeux s’effrite pour un drame souple, contrasté, palpitant. Où chaque tableau est intensément caractérisé. Le caractère: voilà ce que soigne ici Grétry avec une invention délectable. L’Aurore a mille grâces, fraîche et élégante; Procris est tendre et sensible; Céphale a la passion d’un chasseur jaloux, prêt à lancer ses flèches…

Pour autant l’équilibre et la cohérence font défaut dans une oeuvre dont le déploiement scénique au moment de la création suscita des moues boudeuses et un accueil plutôt tiède: l’alliance des allégories (Jalousie), descente de dieux tirée de l’opéra français noble, le développement trop factice des divertissements chorégraphiques accumulent les dérapages: Céphale manque d’unité. Or sa diversité (et cet éclatement formel) nous captive aujourd’hui car dans ses failles se glissent les prémices du sentiment romantique naissant.

Si Marmontel souligne le galant contrarié des amours de Céphale et Procris, inspiré du 7è Livre des Métamorphoses d’Ovide, Jamais vraiment héroïque, le chasseur se pâme et se heurte aux épreuves et obstacles qui dévoileraient de manière plus virile son tendre amour: tant d’alanguissement, de quête sans réussite sont d’essence romantiques. D’ailleurs, Marmontel semblant s’attarder dans la mollesse n’imagine aucun combat, aucune confrontation qui muscle l’action: même les femmes s’alanguissent sans se défier. La Jalousie finit d’achever ce drame plus symbolique que dramatique. Dans ce labyrinthe des coeurs empêchés, l’Aurore (manipulatrice et souveraine en son palais au II), Diane (à laquelle est liée la nymphe Procris et que l’on ne voit pas de tout l’opéra), la Jalousie (poursuivant Procris au III) complotent contre la fidélité des deux amants. Comme dans Atys, le Chasseur foudroie malgré lui celle qu’il aime (par sa flèche): heureusement l’Amour les sauve et récompense leur constance.
“Tragédie romantique” (quoique d’une fin heureuse) qui défend cependant une unité renforcée (évitant par sa ligne sentimentale l’éparpillement des divers entrées autonomes, formes de rigueur depuis Blamont et Rameau pour le genre ballet lyrique), Céphale et Procris trace un chemin spécifique dont on relève à présent la saveur propre. Après sa reprise presque triomphale en 1777, Céphale ouvrit pour son auteur la perspective d’une nouvelle commande pour l’Académie Royale. Ce sera Andromaque, ultime tragédie lyrique d’après la veine tendue et sublime de Racine. Alors que Gluck s’impose avec Iphigénie en Aulide (1774) et Orphée, Grétry indique sa sensibilité propice aux métamorphoses…

Guy Van Waas détaille chaque épisode de cette mosaïque où triomphent les rythmes et les enchantements dansés. Le chef sait dévoiler la tendresse perpétuelle de la musique qui est écrite pour l’épanchement des sentiments.
Plus qu’aimable et galante, l’oeuvre de Grétry atteint une vérité immédiate à laquelle elle doit sa présente réussite. Dans une distribution minutieuse dont la cohérence s’impose, l’Aurore de la soprano Bénédicte Tauran s’affirme indiscutablement. La chanteuse révélée au festival Musiques à la Chabotterie en août 2009 où elle chantait au pied levé Sangaride, l’aimée d’Atys de Lully, confirme ses qualités d’articulation, de souplesse, d’intelligibilité dramatique. Son actualité discographique est donc riche en cette rentrée 2010 car cet Atys remarquable, dirigé par Hugo Reyne, sort également sous le label Musiques à la Chabotterie (coffret de 3 cd, à paraître fin septembre 2010). De Grétry, l’enregistrement souligne la connaissance des passions humaines, non plus sur le mode pompeux mais avec une franchise nouvelle. Il s’agit bien avec Andromaque (2 cd Glossa) d’un témoignage captivant.

André-Modeste Grétry (1741-1813): Céphale et Procris (1773). Ballet héroïque en 3 actes. Livret de Marmontel. Pierre-Yves Pruvot (Céphale), Katia Velletaz (Procris) Bénédicte Tauran (Aurore), Isabelle Cals (Palès/Jalousie), Aurélie Franck (Flore), Caroline Weynants (L’Amour). Les Agréments. Cheour de chambre de Namur. Guy van Waas, direction.

Richard Wagner: Parsifal, 1882Analyse d’un opéra


Richard
Wagner


Parsifal, 1882

Parsifal ou Perceval apparaît dans l’œuvre wagnérienne dès
1850 à la création de Lohengrin : le chevalier venu sauvé vainement Elsa,
prétendante critiquée au titre de duchesse du Brabant, est le fils de
Perceval/Parsifal. Wagner est occupé à la fin de sa vie par la figure du
chevalier du Graal : il fait de sa quête terrestre, une geste médiévale,
chrétienne et mystique, qui recueille son testament artistique. L’opéra est créé
à Bayreuth en juillet 1882.


Wagner explore en la synthétisant selon sa propre
sensibilité religieuse, la légende arthurienne du Graal : il y dépose la
Sainte Lance qui a blessé le Christ sur la croix et fait jaillir le sang sacré
du Fils victimisé et supplicié. C’est cette lance, relique parmi les reliques
qui blesse aussi Amfortas : lequel affiche désormais une plaie ouverte
perpétuelle qui lui rappelle le poids de sa culpabilité : il a succombé au
charme de la séductrice Kundry, elle-même agent enchaînée au sorcier Klingsor.
Difficile pour Amfortas, roi mourant et suintant les derniers filets de sa vie,
de réussir la présentation de la Sainte Coupe : heureusement le chaste
fol, celui qui est libre et innocent, Parsifal, dénoue le jeu des enchaînements
souterrains : le javelot diabolisé de Klingsors’émousse sous son pouvoir inaltérable ;
en outre, il s’émeut du sort tragique d’Amfortas ; sait vaincre les
assauts perfides des filles-fleurs ; détruit l’envoûtement perpétré à son
encontre par Kundry, figure de séductrice, sirène hypnotique qui paraît sous
des masques troublants, ceux de la sœur, de l’amante, de la mère. Parsifal résiste
et proclame l’avènement d’un cycle nouveau : Amfortas peut désormais
officier et présenter le Graal aux chevaliers venus s’abreuver à sa source
lumineuse (transposition théâtrale et lyrique de l’Eucharistie).



Wagner compose une partition fleuve de 5h de musique
ininterrompue, véritable océan symphonique qui porte graduellement acteurs et
spectateurs en lévitation. Il transfigure le sentiment d’amour et surtout de
compassion (clé de voûte de tout l’édifice qui est au cœur de la relation
Parsifal/Amfortas).
Parsifal célèbre un monde d’hommes réenchantés par le
plus pur d’entre eux ; les femmes en sont exclues : même Kundry qui
de sirène maléfique devient l’humble servante des plus démunis, et reçoit le
baptême de Parsifal lui-même au moment du Vendredi Saint, doit mourir sur scène,
selon les didascalies de Wagner. C’est l’image même de l’infâme transfigurée,
machiavélique en son enfance irréfléchie, puis généreuse jusqu’au don de soi à
sa maturité : elle enduit et lave les pieds de Parsifal pendant
l’Enchantement du Vendredi Saint, puis les sèche avec ses cheveux, comme
Marie-Madeleine fit avec Jésus. Le pouvoir de la musique de Wagner s’impose irrésistiblement
aux auditeurs : entre les actes II et III, des années s’écoulent sans que
sur scène, le spectateur prenne la mesure de ce qui s’est déroulé : seul
l’activité permanente de l’orchestre réalise ce vertige temporel. Par son génie,
Wagner fait du temps, un espace mouvant qui se dilate et absorbe tous les
conflits. Parsifal n’est pas uniquement un opéra médiéval et chrétien,
humaniste et profondément spirituel. C’est une expérience musicale qui devient
rituel. La musique de Wagner touche au cœur de chaque individu ; elle
ouvre les consciences, aimante les âmes, transfigure le plus infime sentiment
de dépassement et de compréhension humaine en chacun de nous. De là à penser
que Wagner avait créé la musique d’une religion universelle : le pas était
franchi et à Bayreuth, il reste toujours recommandé de ne pas applaudir entre
les actes : les spectateurs confrontés à l’Enchantement du Vendredi Saint
ont bel et bien la conviction d’assister à un acte liturgique.

Festival La Chaise Dieu Auvergne, du 18 au 29 août 2010

Festival La Chaise Dieu 2010
Auvergne, du 18 au 29 août 2010

Le 44è festival de la Chaise Dieu tient ses promesses grâce à une nouvelle édition particulièrement consistante. A la Chaise-Dieu et au Puy en Velay mais aussi dans les villes alentour (Brioude, Ambert, Chamalières sur Loire et Saint-Paulien), le plus important festival de musique estival en région Auvergne, offre fidèle à sa ligne artistique désormais claire et identifiée, de somptueuses célébrations collectives sacrées, en particulier sous la voûte de son Abbatiale si prestigieuse (où les pèlerins venaient honorer la mémoire et les actions de Saint-Robert, devant son tombeaux). Les heureux festivaliers installés dans le coeur de l’église, fermé par son étonnant jubé pourront applaudir les meilleurs ensembles de musique baroque: Odes à Sainte-Cécile par les Gabrieli consort & players, sous la direction de Paul McCreesh (le 18 août); le jeune ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon (Messes de Bach et Zelenka, le 19 août), surtout Cappella Mediterranea et son sémillant jeune directeur, désormais couronné champion de la nouvelle génération baroqueuse l’argentin si sympathique et électrisant, Leonardo Garcia Alarcon (Splendeurs de la polyphonie romaine, oeuvres de Giovanni Giorgi, le 20 août)…Les grandes oeuvres dévotionnelles ne sont pas omises comme chaque année, faisant de la Chaise Dieu, aux côtés de Cuenca, Maastricht, ou Ambronay, l’un des grands rendez-vous de musique religieuse chaque année: Vêpres de Monteverdi (Stephen Cleobury, le 21 puis 22 août), Le Messie de Haendel à Ambert (John Butt, le 22 août); Litanies du Bach dresdois, l’époustouflant Ian Dismas Zelenka (Collegium 1704, Vaklav Luks: le 25 août 2010, lesquels interprètes jouent la veille, le 24 août, la Messe en si de Bach)…

Festival des exclamations sacrées, liturgiques ou non, le festival de La Chaise Dieu offre aussi plusieurs volets de musique romantique: Requiem Allemand de Brahms (Arsys Bourgogne, Pierre Cao, le 23 août); Stabat Mater de Dvorak par les excellents solistes de Lyon sous la direction exaltante et précise de Bernard Tétu (Basilique Saint-Julien à Brioude, le 25 août); ce sont aussi de prometteuses résonances symphoniques: programme Bruckner (Symphonie n°4 “romantique“) et Wagner (Enchantement du Vendredi Saint extrait de Parsifal), le 28 août (Orchestre National de Lyon. Joseph Pons, direction); … c’est surtout en clôture, un concert événement dédié à Schubert et à ses contemporains, romantiques parisiens tels Cherubini, Hérold (Symphonie n°2), Gluck par Les Agréments sous la direction de Guy Van Waas (Abbatiale, la Chaise Dieu, le 29 août 2010).

Le Festival 2010 inaugure aussi une nouvelle salle (200 places), l’auditorium désormais baptisé Georges-Cziffra, en l’honneur du pianiste hongrois légendaire qui demeure à l’origine du festival en 1966. S’y dérouleront plusieurs récitals de piano avec Jean-Marc Luisada (le 24 août), David Bismuth (le 27 août) et en ouverture, inaugurant la 44è édition, Pascal Amoyel qui tentera d’évoquer le pianisme ébouriffant d’un Cziffra mythique “aux cinquante doigts“, les 20 et 21 août 2010.

Toutes les informations, les programmes, les dates, la billetterie et les modalités pratiques sur le site du festival de La Chaise Dieu 2010

Dietrich Fischer Dieskau 2010 (“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite)

Dietrich Fischer Dieskau 2010
(“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite)

Audite poursuit et complète la réédition des archives DFD (Dietrich Fischer-Dieskau). Pour les 85 ans du baryton légendaire, Audite a sélectionné 4 nouveaux cycles composant ces 4 albums là encore phénoménaux et complémentaires. Certes les visuels de couverture évoquent le jeune interprète (photos noir et blanc de très belle facture, de la fin de vingtaine à la quarantaine rayonnante): mais les documents audio ici améliorés (bandes originales remastérisées) datent des années plus récentes: live à Berlin en 1972 pour les lieder de Johannes Brahms (avec Tamas Vasary au piano): soit 22 mélodies introspectives dédiées aux vertiges de l’âme romantique la plus tendre… (Audite 95.635); Enregistrements live toujours mais plus anciens pour les 6 lieder von Gellert de Beethoven (12 décembre 1951, prise mono); les Kanben Wunderhorn de Gustav Mahler (8 janvier 1953, prise originelle également mono); enfin enregistrement plus récent avec les Duette de Schumann (8 décembre 1977, prise stéréo), d’autant plus révélatrice de cette articulation vivante et nuancée défendue par le baryton en dialogue avec son épouse, la non moins immense Julia Varady! Ce disque Schumann, Beethoven, Mahler, est évidemment une perle incontournable (Audite 95.636).

Le volume voix/orgue pour les 8 chants de Max Reger est une curiosité musicale servie par l’art du diseur inspiré par le mode sacré (geistliche lieder, 1898-1914; couplé avec 3 lieder complémentaires d’après Eichendorf, Arndt, Albert). Le Psaume de Heinrich Sutermeister (1947: “Eile mich Gott zu erretten” puis “Herr sei mir nädig”), enregistré en juin 1989 fait entendre une musicalité intacte malgré la perte d’une bonne partie du timbre et de la tessiture; accompagné par Aribert Reimann au piano, DFD chante enfin de Paul Hindemith en octobre 1979, 10 mélodies choisies dont les 6 lieder sur un texte de Novalis (1933): c’est l’engagement jamais trahi d’un chanteur à la culture inouïe qui sait se passionner pour l’écriture contemporaine… (Audite 95.637).

Le quatrième et dernier volume édité par Audite fixe le récital à Berlin du 14 septembre 1971 (salle de la Philharmonie), consacré aux lieder de Gustav Mahler (Audite 95.634), avec le piano assez carré et droit c’est à dire un rien limité de Daniel Barenboim. Mais il est vrai, répondant aux exigences inextricables du baryton souverain, rares les pianistes complices capables (comme Richter) “d’anticiper les consonnes” grâce à un jeu pianistique qui soigne autant l’articulation des notes et des mots!
Même si la prise est un peu lointaine privilégiant surtout le clavier (voix résonnée, confuse, aplatie), le témoignage du baryton est comme toujours d’une musicalité experte, vivante, ardente, humaine: souffle, ivresse, mais aussi blessure et caractère tragique (4 Lieder eines Fahrenden Gesellen) avec cette suspension du sentiment, accomplie, projetée offerte comme une extase éveillée (Ich bin der Welt abhanden gekommen, d’après Friedrich Rückert qui est l’ultime et le plus long du cyle: plus de 8 mn d’un chant halluciné et crépusculaire)… Dans ce volume mémorable, l’auditeur retrouve les lieder les plus engagés de l’écriture malhérienne: Rückert lieder, Lieder eines fahrenden Gesellen, Lieder und Gesänge aus der Jugendzeit, Knaben Wunderhorn… Même si l’on pouvait attendre meilleur pianiste, plus fin et nuancé, la tenue vocale du baryton époustoufle par son intensité et sa justesse. Magistral.

Dietrich Fischer Dieskau 2010: (“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite). Livret: anglais et allemand. Tous les textes sont édités en allemand seulement.

Aix en Provence. Théâtre de l’Archevêché, le 3 juillet 2010. Mozart: Don Giovanni. Bo Skovhus (Don Giovanni), Kyle Ketelsen (Leporello), English Voices (choeur). Freiburger barock orchester, Louis Langrée, direction.

Et la magie aixoise?

Autant son Eugène Onéguine avait été salué (légitimement) comme l’événement lyrique du Palais Garnier en 2008, autant sa lecture de Don Giovanni à Aix cet été, premier essai chez Mozart, suscite les plus vives réserves. Directeur d’acteurs méticuleux (jusqu’à la colère) et scénographe exigeant, même parmi les plus scrupuleux qui soient, Dmitri Tcherniakov (40 ans) nous offre une grille théâtrale et scénographique d’une indiscutable cohérence artistique, mais les options ici développées, sont plaquées sur le chef-d’oeuvre mozartien, créant de bout en bout des décalages à vide, des tensions artificielles, des détournements antimusicales.
Eternel conflit entre la scénographie conviée et la réalité propre des opéras: théâtre visuel ou musique et chant: à chacun de choisir; mais ici, la tension entre les composantes est trop visible, et nuit in fine, à la magie unitaire du spectacle… Elles contraignent même les chanteurs, les réduisant à des individualités en surjeu constant, jamais libres, et d’aucune façon touchés par la grâce ni la pure magie … aixoises.

Le spectacle ainsi créé verrait-il l’avènement des opéras théâtralisés où la vision du metteur en scène atteint même à la temporalité de la partition, à l’écoulement organique et naturel des airs? Ici, Tcherniakov impose un décompte chronologique entre chaque section: 1 mois s’est écoulé entre le temps de l’ouverture dont il fait déjà une action théâtrale (exposition des caractères) et le début du premier acte; 5 autres jours ont encore passé entre l’assassinat du commandeur et la scène (des funérailles) qui suit (apparition d’Elvire); tout cela répond évidemment à une “logique” théâtrale; mais elle ne gênerait pas autant si à chaque fin de tableau, un lourd rideau noir qui tombe sur la scène, ne venait marquer le temps (long) d’une pause (artificielle) afin de préparer le décor de la scène suivante: tout cela ralentit l’action, coupe le fil musical et l’on perd le souffle organique, la vitalité poétique qui naît des enchaînements entre les scènes…

Dans ce Mozart rethéâtralisé, Tcherniakov reprend les ficelles qui avait produit la magie de son Onéguine: il aime les humanités désenchantées, solitaires, usées, trop fragiles, au bord de la rupture et de la folie. Soit. Son Don Giovanni est donc (sans surprise aucune) désincarné, alcoolique, errant, à peine coiffé, mal rasé, hagard, évoluant lui aussi à vide… aucune étincelle de désir dans la scène de séduction avec Zerline (à aucun moment les deux ne se touchent, si ce n’est à la fin du la ci darem la mano: le séducteur est resté raide, froid, lointain, étranger à toute pulsion érotique). Qu’on est loin de la fièvre animale et féline d’un Terfel, de la sophistication inouïe d’un Raimondi chez Losey: Tcherniakov rate une scène essentielle où le héros démontre pourtant au public sa stratégie de conquête, sa force de dévoration pulsionnelle. Ici, Don Giovanni est désabusé et inerte, bouffon et pantin d’un destin déjà fini.
La seule vitalité qui affleure est pour l’air du champagne: mais DG se retrouve seul sous un éclairage de petit matin, puis gesticulant de façon hystérique, debout, sur le fauteuil en cuir! On a compris, nous sommes chez les fous et la scène est celle d’inadaptés aux troubles (nombreux) du comportement.


Un théâtre plaqué sur l’opéra

Dans cette vision cynique et froide, qui épingle toutes les relations sociales (et précisément familiales), le metteur en scène nous impose constamment sa propre conception de l’histoire mais au détriment de l’opéra mozartien qui dès son origine, bénéficie du génie dramatique du librettiste Da Ponte. Tcherniakov imagine la maison de Don Giovanni où chacun se croise comme s’il s’agissait des membres d’une même famille: chez les Giovanni, Elvira est une femme négligée qui rit sans raison (scène du catalogue) et cherche sans objet dans son sac de coquette détruite; Leporello? un ami de la famille; idem pour Anna, Ottavio; Masetto, un caïd maffieux prêt à en découdre… Et pour mieux souligner l’ennui qui ronge l’existence de chaque personnage, Tcherniakov fait de la fameuse scène des masques au I, un manège échangiste où chacun embrasse tout le monde, y compris Ottavio et Masetto! Pourquoi pas… mais qu’apporte ce parti pris dans un fatras de gestes anecdotiques dont on a déjà saisi le sens? La surprise de la candide Zerline peut-être, proie désignée, trop innocente et fragile dans ce jeu de corrompus et d’insatisfaits malheureux. Le sommet de ce décalage entre le sens et l’enjeu des scènes lyriques et ce qu’en donne à voir Tcherniakov, demeure la mort du Commandeur: pris entre les tirs croisés de Don Giovanni et de Leporello, le vieillard vénérable prend un mauvais coup sur la tête (un livre pris dans la bibliothèque?)…
Cette lecture aurait été captivante en Avignon, pour le festival de théâtre: dans Onéguine, Tcherniakov soulignait sans répétition ni emphase à la façon noire et glaciale de Dostoievski, Tchekov ou Strindberg, la solitude impuissante et déchirée des êtres, c’était à la fois grandiose et pudique; mais à Aix, cet éclairage ôte à la partition toute sa sève et sa cohérence, sa poésie comme sa magie. Dommage.


C’est Mozart qu’on assassine

Côté chanteurs, il n’y a guère que Anna (Marlis Petersen) qui sort son épingle du jeu dans ce massacre collectif; le tempérament est fort, parfois hystérique (mais c’est une donnée partagée par tous les chanteurs acteurs répondant aux intentions du metteur en scène). La plupart ne chante pas mais force la voix, ôtant toute nuance et toute finesse au chant mozartien qui pourtant comme chez Bellini, en demande grandement. Saluons aussi le Leporello de Kyle Ketelsen qui apporte une lueur de finesse et de beau chant dans un tableau vocalement bien terne. Bo Skovhus vit son personnage et son chant sans passion: désincarné, impassible. Il ne se passe rien dans ce jeu qui a signé la destruction du personnage et met à mal le charisme de son mythe. Il n’a ni le délire carnassier et félin de Terfel, ni le raffinement pervers et l’attraction virile de Raimondi chez Losey. D’autant que ces derniers ont une voix magnifique et ciselée quand ils chantent Don Giovanni, ce qui est loin d’être le cas du danois au timbre lui aussi usé, au chant sans précision, au jeu étranger.
Que reste-t-il au final? Des décors dignes d’un film d’Almodovar: remarquablement fouillés. Ce salon et sa bibliothèque créent une atmosphère, un cadre, ceux d’une famille à cris et à sang. Tcherniakov fait de Don Giovanni un polar domestique où le cynisme libertaire et sans morale du héros fait imploser l’unité d’une famille déjà divisée…

Dans la fosse, le chef peine à trouver ses marques et sa personnalité dans un spectacle qui est avant tout visuel et trop décalé. Il prendra sa revanche l’année prochaine en dirigeant Natalie Dessay dans La Traviata. L’orchestre est somptueux mais débordant: les cuivres systématiques dans chaque tutti, rappelant dangereusement que l’absence de richesse dynamique, de finesse, de nuances comme d’articulation rayonnent de la scène à l’orchestre. Tout le premier acte est ainsi asséné dans une agitation souvent hystérique: inviter une formation baroque sur instruments anciens est un argument séduisant. Faire sonner Mozart autrement est prometteur. Comme demander à un homme de théâtre d’appliquer son souci cinématograhique du jeu des acteurs, un effet d’annonce qui souscrit à la mode actuelle. Réunir tout cela dans le cadre d’un opéra, dans la réalité de son déroulement, l’espace d’une soirée, est une toute autre chose. L’ennui gagne vite et à aucun moment, la grâce ne s’est invitée dans ce banquet de compétences disparates.

Aix en Provence. Théâtre de l’Archevêché, le 3 juillet 2010. Mozart: Don Giovanni. Bo Skovhus (Don Giovanni), Kyle Ketelsen (Leporello), English Voices (choeur), Freiburger Barock orchester, Louis Langrée, direction. Jusqu’au 20 juillet 2010.

Philippe Cassard joue Brahms: Klavierstücke 1 cd Accord

Philippe Cassard
joue les Klavierstücke de Brahms


Le pianiste Philippe Cassard fait paraître son nouvel album Brahms à
partir du 22 février 2010: c’est l’accord final d’un travail amorcé il
y a 2 ans par son premier album dédié aux Impromptus de Schubert…

Schubert fut sa réalisation, Brahms est un accomplissement. Son album consacré aux Impromptus de Schubert (janvier 2007) avait
convaincu la rédaction cd de classiquenews.com (voir nos reportages vidéo avec Philippe Cassard à propos des
Impromptus de Schubert
), Philippe Cassard se tourne
aujourd’hui vers un autre grand maître : Johannes Brahms.
Brahms a composé les Klavierstücke
en 1890, à la fin de sa vie. Avec ces 20 pièces très contrastées, dont
la palette expressive se développe entre tendresse nostalgique et
âpreté tragique, amertume meurtrie et innocence préservée, le
compositeur romantique Allemand tisse un voyage qui peut s’entendre
comme un cycle en miroir, discrètement autobiographique, celui d’une
vie personnelle, ardente et tourmentée.

Schubert-Brahms: clavier majeur

Philippe Cassard interprète les différents regards de Brahms sur
sa propre vie. Le pianiste en relève les atmosphères et les caractères
diffus, mêlés, entre confession et méditation, douleur et rage,
regrets et espérance… Pour le pianiste français, il s’agit d’une même
filiation: Brahms, avec les Klavierstücke « referme le grand livre
de la Sehnsucht – mélancolie, aspiration vers un ailleurs inaccessible-
ouvert par Schubert 70 ans auparavant »
.

Johannes Brahms par Philippe Cassard, piano. Klavierstücke opus 116-119. Album événement à paraître le 22 février 2010 (1 cd Accord). Prochaine critique dans le mag cd de classiquenews.com

Concert. Philippe Cassard joue le programme de son nouvel album
Brahms: Klavierstücke op. 116-119, le mardi 30 mars 2010 à l’Athénée
Louis Jouvet à Paris.

Mozart: les amours de Bastien et Bastienne Buchvald, 2007. 1 dvd Naïve

Production vocalement
et scéniquement mémorable… Les interprètes acteurs, danseurs
(assemblée de satyres malicieux), chanteurs soulignent par leur
jeunesse et leur intensité la justesse de cet opéra des débuts de
Mozart.

Mozart réenchanté
Le climat d’enfance émerveillée développé devant la caméra par Claude Buchvald préfigure toute la création de La Flûte Enchantée,
opéra de la fin (1791), situé à l’autre extrémité de la vie du
compositeur. Dans ce spectacle enregistré à Rouen en 2007, musique et
théâtre offrent une scène magicienne, propice aux apparitions et à la
féerie.
En un seul acte, Bastien et Bastienne, rebaptisés Les Amours de Bastien et Bastienne
est un « Singspiel » (mi chanté mi parlé en allemand), d’esprit
pastoral et amoureux, que Mozart enfant, sait composer en 1768.
Commandé par le célèbre docteur magnétiseur Anton Messmer, l’ouvrage
est créé le 1er octobre 1768 dans sa demeure viennoise comprenant parc
et petit théâtre. L’intrigue reprend son action au Devin du village de Jean-Jacques Rousseau, elle s’inscrit explicitement dans un climat arcadien, où la fantaisie et la magie sont convoquées.
Comme La Flûte enchantée que Mozart compose la dernière de sa vie trop courte, Bastien et Bastienne
n’est pas une bluette sans profondeur: les thèmes développés rappellent
à l’homme sa triste condition et l’enchaînement des tableaux est bien
celui d’un conte initiatique. Manipulation, espoirs, attraction et
détestation… Bastienne qui grâce au mage Colas enchante le jeune
Bastien, incarne toute l’humanité: ses craintes, ses désirs, ses actes
déraisonnables portés par le sentiment souverain…

Onirisme, candeur, innocence, premiers émois composent ici une
recréation du conte musical de Mozart. Dans un forêt magique, qui comme
dans A Midsummer night’s Dream
de Shakespeare est le lieu des initiations, des métamorphoses,
l’action des bergers Bastienne et Bastien produit un théâtre enchanté
qui véhicule les idéaux des Lumières, le sentiment pour la nature et
trait propre au jeune Mozart, l’expression musicale, déjà ciselée, des
sentiments humains…

Les interprètes acteurs, danseurs (assemblée de satyres malicieux),
chanteurs soulignent par leur jeunesse et leur intensité la justesse de
cet opéra des débuts de Mozart. Les deux protagonistes, Michael Slattery (jeune ténor américain, également peintre à ses heures et qui a le physique du personnage) et la soprano italienne Elizabeth Calleo
font aussi tout le sel de ce marivaudage doux amer: Bastien puis
Bastienne éprouvent tous deux les pointes blessantes de l’indifférence:
écartés, ils s’empressent d’autant plus, auprès de leur aimé(e) pour
la(le) reconquérir… Seul bémol, dommage que l’orchestre se montre
bien peu nuancé et hors subtilité… quand nous disposons de chefs et
d’instrumentistes rompus à la rhétorique classique, sachant distiller
élégance, accents, gradation expressive…

Abordant la partition comme un opéra de maturité, la production sait néanmoins
captiver: la musique d’une simplicité fluide renforce le noeud de
l’action. Souvent sa simplicité touche au coeur par sa justesse (même
si Laurence Equilbey manque bien souvent de nuance et de
caractérisation, abordant tous les épisodes de la même façon…).
Chanté comme à l’époque en allemand, l’ouvrage souligne combien dans la
carrière du compositeur il a été primordial de refonder un opéra
allemand (contre les avancées de l’opéra italien): dès Bastien et Bastienne, Mozart avait donc amorcer son grand oeuvre qui devait s’illustrer ensuite avec L’Enlèvement au Sérail puis La Flûte Enchantée. Tout commence donc avec Bastien
et cette production, magistralement conçue par Claude Buchvald, rend
justice à la profondeur visionnaire de la partition. Elle est sans
décalage ni surlecture, et joue tout simplement la carte de la féerie.
Convaincant et enchanteur.

Mozart: Bastien et Bastienne.
Spectacle réintitulé “Les amours de Bastien et Bastienne”. Singspiel en
un acte, créé à Vienne en 1768. Elizabeth Calleo, Bastienne. Michael
Slattery, Bastien. Martin Winkler, Colas… Orchestre de l’Opéra de
Rouen. Laurence Equilbey, direction. Claude Buchvald, mise en scène.

Mozart: Bastien et Bastienne. Buchvald Arte, dimanche 14 février 2010 à 10h30

Wolfgang Amadeus Mozart
Bastien et Bastienne
, 1768


Arte
Dimanche 14 février 2010 à 10h30

Production vocalement
et scéniquement mémorable… Les interprètes acteurs, danseurs
(assemblée de satyres malicieux), chanteurs soulignent par leur
jeunesse et leur intensité la justesse de cet opéra des débuts de
Mozart.

Mozart réenchanté
Le climat d’enfance émerveillée développé devant la caméra par Claude Buchvald préfigure toute la création de La Flûte Enchantée,
opéra de la fin (1791), situé à l’autre extrémité de la vie du
compositeur. Dans ce spectacle enregistré à Rouen en 2007, musique et
théâtre offrent une scène magicienne, propice aux apparitions et à la
féerie.
En un seul acte, Bastien et Bastienne, rebaptisés Les Amours de Bastien et Bastienne
est un « Singspiel » (mi chanté mi parlé en allemand), d’esprit
pastoral et amoureux, que Mozart enfant, sait composer en 1768.
Commandé par le célèbre docteur magnétiseur Anton Messmer, l’ouvrage
est créé le 1er octobre 1768 dans sa demeure viennoise comprenant parc
et petit théâtre. L’intrigue reprend son action au Devin du village de Jean-Jacques Rousseau, elle s’inscrit explicitement dans un climat arcadien, où la fantaisie et la magie sont convoquées.
Comme La Flûte enchantée que Mozart compose la dernière de sa vie trop courte, Bastien et Bastienne
n’est pas une bluette sans profondeur: les thèmes développés rappellent
à l’homme sa triste condition et l’enchaînement des tableaux est bien
celui d’un conte initiatique. Manipulation, espoirs, attraction et
détestation… Bastienne qui grâce au mage Colas enchante le jeune
Bastien, incarne toute l’humanité: ses craintes, ses désirs, ses actes
déraisonnables portés par le sentiment souverain…

Onirisme, candeur, innocence, premiers émois composent ici une
recréation du conte musical de Mozart. Dans un forêt magique, qui comme
dans A Midsummer night’s Dream
de Shakespeare est le lieu des initiations, des métamorphoses,
l’action des bergers Bastienne et Bastien produit un théâtre enchanté
qui véhicule les idéaux des Lumières, le sentiment pour la nature et
trait propre au jeune Mozart, l’expression musicale, déjà ciselée, des
sentiments humains…

Les interprètes acteurs, danseurs (assemblée de satyres malicieux),
chanteurs soulignent par leur jeunesse et leur intensité la justesse de
cet opéra des débuts de Mozart. Les deux protagonistes, Michael Slattery (jeune ténor américain, également peintre à ses heures et qui a le physique du personnage) et la soprano italienne Elizabeth Calleo
font aussi tout le sel de ce marivaudage doux amer: Bastien puis
Bastienne éprouvent tous deux les pointes blessantes de l’indifférence:
écartés, ils s’empressent d’autant plus, auprès de leur aimé(e) pour
la(le) reconquérir… Seul bémol, dommage que l’orchestre se montre
bien peu nuancé et hors subtilité… quand nous disposons de chefs et
d’instrumentistes rompus à la rhétorique classique, sachant distiller
élégance, accents, gradation expressive…

Abordant la partition comme un opéra de maturité, la production sait néanmoins
captiver: la musique d’une simplicité fluide renforce le noeud de
l’action. Souvent sa simplicité touche au coeur par sa justesse (même
si Laurence Equilbey manque bien souvent de nuance et de
caractérisation, abordant tous les épisodes de la même façon…).
Chanté comme à l’époque en allemand, l’ouvrage souligne combien dans la
carrière du compositeur il a été primordial de refonder un opéra
allemand (contre les avancées de l’opéra italien): dès Bastien et Bastienne, Mozart avait donc amorcer son grand oeuvre qui devait s’illustrer ensuite avec L’Enlèvement au Sérail puis La Flûte Enchantée. Tout commence donc avec Bastien
et cette production, magistralement conçue par Claude Buchvald, rend
justice à la profondeur visionnaire de la partition. Elle est sans
décalage ni surlecture, et joue tout simplement la carte de la féerie.
Convaincant et enchanteur.

Mozart: Bastien et Bastienne.
Spectacle réintitulé “Les amours de Bastien et Bastienne”. Singspiel en
un acte, créé à Vienne en 1768. Elizabeth Calleo, Bastienne. Michael
Slattery, Bastien. Martin Winkler, Colas… Orchestre de l’Opéra de
Rouen. Laurence Equilbey, direction. Claude Buchvald, mise en scène.1 dvd Naïve.

Paris. Théâtre du Châtelet, le 20 janvier 2010. Vincenzo Bellini: Norma. Lina Tetriani (Norma), Paulina Pfeiffer (Adalgisa) Ensemble Matheus. Jean-Christophe Spinosi, direction. Peter Mussbach, mise en scène

Norma de rêve

La production est tout simplement époustouflante et satisfait amplement notre attente. L’engagement des jeunes interprètes dont au premier chef la prise de rôle de la soprano américano géorgienne Lina Tetriani, (dans le rôle-titre) offre à cette Norma, son lustre originel, à la fois héroïque et tragique, intimiste et grandiose, tout à la fois dramatique, si humain et donc bouleversant.

L’entreprise défendue par l’équipe du Châtelet, même si elle choisit de distribuer le rôle-titre à une soprano (sur les pas de Maria Callas), -quand la création était réalisée par la mezzo légendaire Giuditta Pasta-, réussit à dévoiler de l’opéra de Bellini, une nouvelle approche, musicalement ciselée, vocalement forte et subtile, scéniquement cohérente et violente.

Peter Mussbach développe une vision pathologique du drame en mêlant le collectif et l’individuel: Norma sacrifie tout à son désir. Elle renie son peuple (les Gaulois) par amour pour un seul homme, le proconsul romain Pollione, lequel l’a déjà oubliée pour une autre, plus jeune et plus excitante (Adalgisa). La tribu des vaincus s’agite en vain dans un espace clos au diapason de cette femme moralement atteinte (et condamnée parce qu’abandonnée et trahie): même quand elle crie sang et vengeance en décrétant l’heure de la guerre contre les Romains, on sent parfaitement que son destin est scellé et qu’elle-même ne croit plus à ce sursaut d’énergie. Le jeu des acteurs (y compris le choeur, donc réduit à une humanité de déracinés et d’inadaptés) est parfaitement réglé: tous sont quasiment toujours sur scène, soulignant davantage la pression psychologique d’un destin collectif, d’opprimés et de vaincus.
Au centre de l’action se situe l’anéantissement psychique de cette femme humiliée, amoureuse perdue et détruite qui cependant préfère se sacrifier et avouer son parjure (la prêtresse qui invoquait la lune a bel et bien trahi son peuple en entretenant une liaison avec un romain dont elle a eu deux enfants!)…

En mettant en lumière le lien des destins d’un peuple et de sa prêtresse, Peter Mussbach souligne toute la tension humaine du drame et sa déchirure tragique, à la manière du théâtre classique français. La simplicité et l’économie dramatique de Bellini et de son librettiste Romani n’en ont que plus d’évidence.
Dans cette vision profondément tendre -non dénuée de violence et de sauvagerie comme de haine-, Norma gagne une nouvelle épaisseur, en nuance et en vérité: son côté Médée acharnée (elle songe à tuer ses enfants pour se venger indirectement de Pollione) est ici tempéré par une vulnérabilité lumineuse et touchante à laquelle le jeu tout en naturel et en sensibilité de la jeune Lina Tetriani apporte un crédit indiscutable.
Contre le fatum (une immense boule que le choeur et les protagonistes poussent avec effort le long de la scène), Norma invoque la lune, en une prière incantatoire et pacifiée: en se remémorant avec douleur le bonheur passé, la jeune femme fait face au public sous un éclairage blanc, alors que l’énorme sphère semble projeter telle une ombre improbable, une lune vivante et vacillante sur le mur opposé.
Nouveauté également, l’importance légitime du rôle d’Adalgisa (superbe Paulina Pfeiffer) dont le soprano de miel rétablit dans le drame bellinien sa complicité avec Norma: voilà bien deux amoureuses, victimes d’un même homme qui chantent en un duo extatique, l’impossibilité pour l’une comme pour l’autre, de vivre leur désir. Adalgisa, nouvelle aimée de Pollione, n’est pas une rivale de Norma, mais sa confidente et un coeur bouleversant par sa compassion révélée.

La version du Châtelet retient parmi d’autres sections ordinairement coupées, les strophes d’Adalgisa dans le trio du final du I: il s’agit bien de restituer toute l’épaisseur tendre et là encore si humaine du second rôle féminin. Que d’ailleurs, Mussbach traite en un huit clos à 3 voix, grandiose, chaque personnage étant comme saisi en un surplace hypnotique, chacun surélevé sur son piédestal, mimant les gestes saccadés d’un pantin désarticulé.

La production expose de nombreux tableaux spectaculaires et mémorables: tous explicitent avec clarté, l’interaction des protagonistes avec le groupe. Le geste plein de haine de Norma proclamant le moment de la lutte contre l’oppresseur romain n’en a que plus de violence primitive mis en rapport avec son sacrifice final: on comprend que Pollione, qui la suit dans la mort, soit saisi par la grandeur morale de celle qu’il a si abusivement trahie.

Dans la fosse, l’Ensemble Matheus convainc de bout en bout: sous l’impulsion musclée et de plus en plus fine de son chef et fondateur, Jean-Christophe Spinosi, la partition s’est enrichie de couleurs et d’alliances de timbres captivantes. L’orchestre sur instruments d’époque, – autour de 1830 (au moment de la création de l’oeuvre en 1831) nuance, colore, s’embrase littéralement en respectant point par point chaque palier de l’opéra, conçu telle une formidable architecture dramatique. Voyez le gain des contrastes fourni entre autres apports, par la restitution de la banda (fanfare) qui nuance en une sarcasme aigre la couleur militaire de l’ouvrage… et incarne la menace permanente du conquérant romain. Le nombre des contrebasses, égal à celui des violoncelles, offre évidemment son opulente assise, produisant ce souffle dramatique revivifié qui fait percer chez Bellini, l’éclat et la fougue de Verdi.

On est frappé par le nerf et l’élégance
des instrumentistes; on reçoit de plein fouet le portrait sensible, radical et si tendre cependant de Norma: nouvellement illustré là aussi par la réintégration du solo de violoncelle de l’air Tenere figli, au début du II: un sommet d’élégie suave, douloureuse et tellement digne (qui marqua tant Chopin). A ses côtés, outre l’Adalgisa très sincère de Paulina Pfeiffer, le Pollione de l’autrichien Nikolai Schukkof ravit l’oreille par son chant musical aux aigus placés en voix de poitrine, projetés avec une vaillance virile, directe et franche.
La beauté des tableaux, l’intelligence du placement des acteurs et des choristes -constamment présents du début à la fin (leur place ainsi permanente est une gageure de haute voltige), l’activité articulée de l’orchestre qui recherche constamment la fusion avec le plateau … sont jubilatoires. Production événement à ne manquer sous aucun prétexte. Courrez (re)découvrir Norma au Châtelet… s’il reste encore des places.

Paris. Théâtre du Châtelet, le 20 janvier 2010. Vincenzo Bellini: Norma, version 1831. Opéra seria en 2 actes. Livret de Felice Romani d’après la tragédie d’Alexandre Soumet. Lina Tetriani (Norma), Paulina Pfeiffer (Adalgisa), Nikolai Schukoff (Pollione), Nicolas testé (Orovesco), Blandine Staskiewicz (Clotilde)… Ensemble Matheus. Jean-Christophe Spinosi, direction. Peter Mussbach, mise en scène. A l’affiche du Châtelet, les 22, 24 et 28 janvier 2010.


reportage vidéo
Sur la scène parisienne, l’allemand Peter Mussbach
assure une mise en scène forte et violente qui cependant laisse toute
sa place à la profondeur humaine, tendre et hautement morale du
rôle-titre.
Les rapports de force entre les protagonistes (relation tripartite
entre la grande prêtresse gauloise Norma, le proconsul romain Pollione,
et la jeune novice Adalgisa…) mais aussi la réalité crue d’un peuple
soumis et aliéné par la force, sont particulièrement mis en relief.

Illustration: la jeune soprano Lina Tetriani dans le rôle de Norma © M-N. Robert Châtelet 2009

Brahms: Gardiner, nouveau prophète? Gardiner dépoussière Brahms…

Gardiner dépoussière Brahms

Chez SDG (Soli Deo Gloria), le label qu’il a fondé, John Eliot Gardiner édite un programme dédié à Johannes Brahms. Le dialogue des pièces chorales sélectionnées avec la riche texture de la Symphonie n°3, précise une nouvelle compréhension sonore de l’univers brahmsien: plus limpide et transparent, plus instrumental et nuancé, le geste du chef britannique offre une alternative convaincante aux approches plus épaisses des chefs du passé… Lecture événement.

En soulignant combien il y a chez le Brahms symphoniste, une pensée chorale, le hef britannique Gardiner dépoussière notre perception de la sonorité brahmsienne. Vitalité et nervosité des textures, attention portée à la clarté de la polyphonie, à la progression harmonique comme à l’assise rythmique, le geste du maestro se révèle capitale, d’autant plus nouvelle, que la tradition d’un Brahms dense, pâteux voire dense a toujours été la règle depuis Karajan, entre autres.
L’idée de mêler dans un même programme pièces chorales et symphonie a été richement démontrée et explicitée lors d’un cycle thématique à la salle Pleyel à Paris en novembre 2008.

Les bénéfices d’une telle approche éclaircissent le dramatisme flamboyant voire lyrique de Gesang der Parzen opus 89 (1882), pour choeur mixte et choeur, dont l’activité chorale (d’après Goethe) demeure captivante du début à la fin.
Même enthousiasme pour la lecture de la Symphonie n°3 d’une limpidité articulée, plus équilibrée instrumentalement que beaucoup d’autres versions. De surcroît, Gardiner dans ce programme regroupant des live parisien et londonien 2007 et 2008, allège et fait palpiter la riche texture brahmsienne avec un souci du timbre souvent superbe et cette “vocalità” instrumentale dont il est le nouveau champion. Son engagement “ose” même en live la tenue des cors naturels (on sait combien Brahms réprouvait l’usage de cors chromatiques), d’une justesse admirable: le grain cuivré et d’une netteté revivifiée du cor, fusionné aux autres pupitres (lisibilité des bois et des vents) est l’apport le plus louable de l’entreprise. D’autant que tout le programme entre pièces chorales et symphoniques illustre aussi un fil rouge autour d’un thème automnal du cor de chasse.

Le paysage sonore qui en découle est convaincant, et l’image musicale qui gagne en relief et en caractère, plus équilibrée. D’une limpidité naturelle irrésistible. Evidemment les partisans d’une approche plus traditionnelle, plus dense, trouveront ce geste doctrinal, ses effets et options systématiques voire réducteurs. En vérité, Gardiner, moins magistral que visionnaire, souvent poétique (respirations tendres sans appui de l’andante célébrissime de l’opus 90), nous offre une alternative indiscutablement légitime. A écouter en priorité.

Johannes Brahms (1833-1897): Pièces chorales dont Gesang der Parzen opus 89 (1882), Symphonie n°3 opus 90 (1883). Nänie, opus 82 (1880-81). Orchestre Révolutionnaire et romantqiue. the Monteverdi choir. John Eliot Gardiner, direction.

Lire aussi la critique complète du cd SDG: Johannes Brahms (1833-1897): Pièces chorales dont Gesang der Parzen opus 89 (1882), Symphonie n°3 opus 90 (1883). Nänie, opus 82 (1880-81). Orchestre Révolutionnaire et romantqiue. the Monteverdi choir. John Eliot Gardiner, par notre collaborateur Hubert Stoecklin.

Dépêche CD rédigée par Carter Chris Humphray sous la direction de Anthony Goret, directeur de la Rédaction Cd de classiquenews.com

Arnold Schoenberg: Gurrelieder, 1911 France Musique, dimanche 17 janvier 2010 à 10h

Arnold Schoenberg
Gurrelieder
, 1911

France Musique s’intéresse ce 17 janvier 2010 à l’un des sommets postromantiques d’une intensité rare. Schoenberg signe avec les Gurrelieder l’une de ses dernières partitions, premier style, avant l’atonalisme systématique voire péremptoire des années suivantes. En 1911 et depuis dix années auparavant, le compositeur viennois compose une oeuvre éblouissante par sa maîtrise lyrique et orchestrale, dont la violence expressive égale ses maîtres ici convoqués et mêlés, Wagner et Richard Strauss. Beaucoup avouent regretter qu’il n’ait pas poursuivi dans cette tendance stylistique, certes néo et passéiste… Point critique en vu d’élire la meilleure version discographique actuellement disponible.

France Musique
Dimanche 17 janvier 2010 à 10h
La Tribune des critiques de disques

Avouons pour notre part, notre nette préférence pour l’enregistrement paru au printemps 2007 par Michael Gielen chez Hanssler, dont voici le résumé de la critique développée de notre rédacteur Adrien de Vries: outre les indications interprétatives de la version Gielen, Adrien de Vries réunit les enjeux musicaux et les caractères de l’oeuvre singulière de Arnold Schoenberg…

Michael Gielen et ses
troupes rehaussent la grandeur impériale de la partition en en
soulignant les subtils climats dramatiques: tableaux extatiques des
amants, ivres de leur propre passion; la démesure symphonique et le
raffinement de l’orchestration qui dialoguent avec les deux solistes
donnent toute la mesure d’un amour outrageant par son lyrisme radical,
l’épouse Helvig ainsi éconduite
Dès 27 ans, en 1901, Schönberg travaille à la partition des Gurrelieder:
fresque flamboyante et miniature extatique à laquelle il se consacrera
encore dix années, jusqu’à en 1911, atteignant un ouvrage lyrique et
orchestral, déconcertant par son ampleur expressive, convoquant à la
fois Wagner, Richard Strauss (les Gurrelieder sont ainsi contemporains du Chevalier à la rose),
Mahler… et Zemlinsky qui fut son professeur en composition et lui
conseilla d’étoffer son projet qui au départ n’était qu’un cycle de
lieder accompagnés… au piano. Le compositeur aborde pour la première
fois, le rapport voix/orchestre.
D’après le roman “En Cactus springer ud
de l’écrivain danois Jens Peter Jacobsen (1847-1885), Schönberg
échafaude sa dramaturgie vocale (l’oeuvre s’apparente ainsi à un
oratorio profane). L’épisme évocatoire du texte, en liaison avec
l’activité de botaniste de l’auteur, et aussi son lyrisme panthéiste
qui sacralise chaque mouvement de la nature, offre au compositeur de
superbes tableaux inspirés par le souffle des éléments. La légende de
Gurre, château à quelques kilomètres d’Helsingor, où Shakespeare a
choisi de placer l’intrigue d’Hamlet, convoque le couple des
amants maudits, le roi Waldemar (Volmer) et sa maîtresse, la belle Tove
Lille (Little Tove). Mais leur effusion sentimentale est rapidement
interrompue par l’épouse royale, la reine Helvig (Waldtaube) qui
assassine sa jeune rivale…

(…) Plus qu’une illustration de la fable
amoureuse, cynique puis panthéiste, l’orchestre exprime tous les états
de l’âme d’un héros fortement éprouvé. Comment ne pas songer en
parallèle aux propres événements de la vie de Schönberg dont l’épouse
Mathilde fut un temps la maîtresse du peintre Richard Gerstl? Passion,
jalousie, pardon sont autant d’éléments structurant le fil émotionnel
des Gurrelieder.
Michael Gielen, disposant de solistes
incontestables (saluons en particulier, le timbre empoisonné de
Waltaube, ivre de noblesse blessée), offre ici une lecture à couper le
souffle, dramatique et précise, tendue et analytique, humaine et
évocatoire. Tous les registres poétiques de la partition sont saisis
avec fluidité et souffle. La richesse référentielle de l’oeuvre,
romantique et symboliste (car on songe souvent aux climats énigmatiques
du Château de Barbe-Bleue
de Bartok, 1919), a trouvé des ambassadeurs habités. Jamais narratifs
ni illustratifs, les interprètes électrisés par un chef visionnaire,
conduisent la texture somptueuse, son dramatisme sensuel, son ivresse
et son flottement tonal, du côté de l’émerveillement, l’enchantement,
de l’éblouissement onirique (cf le final qui est une apothéose de
lumière). C’est d’un bout à l’autre, un balancement continu entre
action et inconscient… juste option qui rétablit les Gurrelieder vers leur aboutissement que sont Erwartung, composé en 1919, créé en 1924, surtout Moses und Aron (1954), clé de voûte du dodécaphonisme.

Arnold Schönberg (1874-1951)
Gurrelieder (1911)

Lire la critique intégrale du cd Gurrelieder de Schoenberg par Michael Gielen chez Hanssler (parution: juillet 2007)

Lire aussi notre dossier Gurrelieder d’Arnold Schönberg (1901-1911)

Illustration: travail sur la texture orchestrale, le colorisme opulent et vénéneux de la matière, l’une des versions de Tarquin et Lucrèce de Titien (Chicago) peut évidemment être mis en perspective avec l’oeuvre tragique et amoureuse de Schoenberg, avec sa matière si somptueusement tissée… ses pointes et ses éclairs... sa magie fantastique

Dossier Robert Schumann 2010 1810-1856. Bicentenaire de la naissance

dossier du Bicentenaire

Robert Schumann


dossier spécial 2010

Le 8 juin 2010 marque le 200 ème anniversaire de la naissance de Robert Schumann (né en 1810). La valeur d’un artiste, ne se révèlerait-elle pas dans sa faculté à produire d’apparentes contradictions ? L’être créateur, hypersensible dans le cas de
Robert Schumann, se dérobe à toute schématisation. Schumann lui-même
sut-il vraiment et immédiatement la voie qui devait être la sienne ?
Tant entre la littérature – son père traducteur de Byron était
libraire-, et la musique, son cœur a souvent balancé. Il se rêvait
pianiste, l’égal de son épouse Clara, immense concertiste, adulée et
reconnue. Il devint compositeur. L’énigme de Schumann tient en deux
mots : cime ou abîme. Tenté par le suicide, succombant à maintes
reprises à de profondes crises mélancoliques, il ne cessa cependant de
rompre la trame de la fatalité. Vivre pour aimer, aimer pour composer.
Sa vie s’est inversée grâce à la détermination du compositeur. Il nous
laisse une œuvre marquée par le sceau de l’énergie et de la lumière.

Nous avons choisi d’aborder son œuvre par épisodes afin de souligner
certains aspects de l’œuvre comme autant de thématiques révélatrices de
son génie, autant dans la grande forme (symphonies, oratorios et opéra)
que dans les cycles plus intimistes du lied et de la musique de chambre. La majorité des articles ci dessous sélectionnés ont été publiés pour le 150ème anniversaire de la mort de Schumann, en 2006; vous trouverez aussi plusieurs contributions éditées à l’occasion de la sortie en salle puis de son édition en dvd, du film Clara, réalisé par Helma Sanders-Brahms (au cinéma en juin 2009, puis en dvd en décembre 2009)…

sommaire
dossier Robert Schumann bicentenaire 2010


Clara, un film de Helma Sanders-Brahms (2008) S’agissant
du film de Helman Sanders-Brahms, la réalisation relève d’une
indiscutable réussite. Mais d’un autre ordre. Plus psychologique que
spectaculaire, plus intime et tendu voire allusif que narratif ou
mécaniquement chronologique, le regard de la réalisatrice sur le couple
Schumann est avant tout celui d’une femme qui parle d’une autre femme.


Genoveva, un opéra romantique (1847-1848) Si
l’homme aime tisser en images vaporeuses et inextricables, ses états
d’âme, s’il cultive ce flottement imprécis des sentiments exprimés dans
une musique aussi riche que la prose proustienne, les étapes de la
création sont cependant très aisées à suivre. 1841 : éclosion de ses
œuvres pour orchestre. 1842 : essor de la musique de chambre. Il ne
manquait plus dans les années suivantes, que la musique dramatique et
vocale. Genoveva, créée le 25 juin 1850 réalise l’ambition du Schumann
dramaturge.


Vers l’opéra. La Péri (1843) Richesse
du matériau musical, goût infaillible dans le choix de ses textes,
ambition d’un compositeur prêt à élargir sa palette formelle : l’heure
est au défi. L’opéra se présente naturellement. Mais à rebours d’un
Wagner qui élabore sa matière lyrique au même moment, Schumann délaisse
le déploiement scénique. Il préfère se concentrer sur les connotations
de la musique.


discographie Schumann 2010

Robert Schumann: les 4 Symphonies (Kubelik, 1963). A la tête du Berliner Philharmoniker, Rafael Kubelik offre une vision puissante et emportée par un sens indiscutable de l’activité. Ici l’opulence et la largesse du son n’empêchent pas un sentiment de continuité et même d’urgence. Evidemment il y eut après Kubelik, Bernstein et le Philharmonique de New York (lecture physique à partir du texte original des symphonies) mais Kubelik apporte un équilibre et une clarté engageante dont la couleur narrative annonce bientôt Masur et le Philharmonique de Londres. Certes il s’agit ici des manuscrits pas toujours nettoyés des dernières découvertes – nous sommes en 1963- mais son geste se montre parfois net, nerveux, félin. Quelle baguette!
Robert Schumann: les 4 Symphonies. Berliner Philharmoniker. 2 cd Deutsche Grammophon collection “The Originals”.

Robert Schumann: the great romantic. Masterworks edition. Oeuvres
pour piano, symphonies, concertos, lieder, musique de chambre. Pour le bicentenaire Robert Schumann (1810-1856), un
rien éclipsé par celui en France, célébré à grands fracas, de Frédéric
Chopin, Sony classical réédite ses joyaux sonores:
l’édition anniversaire des chefs d’oeuvre ne comprend pas hélas, son
unique et superbe opéra (contemporain de Lohengrin de Wagner): Genoveva,
pur miracle lyrique à redécouvrir d’urgence. On espère un éditeur avisé
en la matière qui nous exauce d’ici la fin 2010. Mais quelles pépites anthologiques s’offrent à nous, alternatives ô
combien délectables… Coffret
de 25 cd, Sony classical. Lire la suite…

Mozart: Bastien et Bastienne. Buchvald 1 dvd Naïve (Rouen, 2007)

Mozart réenchanté
Le climat d’enfance émerveillée développé devant la caméra par Claude Buchvald préfigure toute la création de La Flûte Enchantée, opéra de la fin (1791), situé à l’autre extrémité de la vie du compositeur. Dans ce spectacle enregistré à Rouen en 2007, musique et théâtre offrent une scène magicienne, propice aux apparitions et à la féerie.
En un seul acte, Bastien et Bastienne, rebaptisés Les Amours de Bastien et Bastienne est un « Singspiel » (mi chanté mi parlé en allemand), d’esprit pastoral et amoureux, que Mozart enfant, sait composer en 1768. Commandé par le célèbre docteur magnétiseur Anton Messmer, l’ouvrage est créé le 1er octobre 1768 dans sa demeure viennoise comprenant parc et petit théâtre. L’intrigue reprend son action au Devin du village de Jean-Jacques Rousseau, elle s’inscrit explicitement dans un climat arcadien, où la fantaisie et la magie sont convoquées.
Comme La Flûte enchantée que Mozart compose la dernière de sa vie trop courte, Bastien et Bastienne n’est pas une bluette sans profondeur: les thèmes développés rappellent à l’homme sa triste condition et l’enchaînement des tableaux est bien celui d’un conte initiatique. Manipulation, espoirs, attraction et détestation… Bastienne qui grâce au mage Colas enchante le jeune Bastien, incarne toute l’humanité: ses craintes, ses désirs, ses actes déraisonnables portés par le sentiment souverain…
Onirisme, candeur, innocence, premiers émois composent ici une recréation du conte musical de Mozart. Dans un forêt magique, qui comme dans A Midsummer night’s Dream de Shakespeare est le lieu des initiations, des métamorphoses, l’action des bergers Bastienne et Bastien produit un théâtre enchanté qui véhicule les idéaux des Lumières, le sentiment pour la nature et trait propre au jeune Mozart, l’expression musicale, déjà ciselée, des sentiments humains…

Les interprètes acteurs, danseurs (assemblée de satyres malicieux), chanteurs soulignent par leur jeunesse et leur intensité la justesse de cet opéra des débuts de Mozart. Les deux protagonistes, Michael Slattery (jeune ténor américain, également peintre à ses heures et qui a le physique du personnage) et la soprano italienne Elizabeth Calleo font aussi tout le sel de ce marivaudage doux amer: Bastien puis Bastienne éprouvent tous deux les pointes blessantes de l’indifférence: écartés, ils s’empressent d’autant plus, auprès de leur aimé(e) pour la(le) reconquérir… Seul bémol, dommage que l’orchestre se montre bien peu nuancé et hors subtilité… quand nous disposons de chefs et d’instrumentistes rompus à la rhétorique classique, sachant distiller élégance, accents, gradation expressive…

Traité comme un opéra de maturité, la production sait néanmoins captiver: la musique d’une simplicité fluide renforce le noeud de l’action. Souvent sa simplicité touche au coeur par sa justesse (même si Laurence Equilbey manque bien souvent de nuance et de caractérisation, abordant tous les épisodes de la même façon…).
Chanté comme à l’époque en allemand, l’ouvrage souligne combien dans la carrière du compositeur il a été primordial de refonder un opéra allemand (contre les avancées de l’opéra italien): dès Bastien et Bastienne, Mozart avait donc amorcer son grand oeuvre qui devait s’illustrer ensuite avec L’Enlèvement au Sérail puis La Flûte Enchantée. Tout commence donc avec Bastien et cette production, magistralement conçue par Claude Buchvald, rend justice à la profondeur visionnaire de la partition. Elle est sans décalage ni surlecture, et joue tout simplement la carte de la féerie. Convaincant et enchanteur.

Mozart: Bastien et Bastienne. Spectacle réintitulé “Les amours de Bastien et Bastienne”. Singspiel en un acte, créé à Vienne en 1768. Elizabeth Calleo, Bastienne. Michael Slattery, Bastien. Martin Winkler, Colas… Orchestre de l’Opéra de Rouen. Laurence Equilbey, direction. Claude Buchvald, mise en scène.

Heitor Villa-Lobos: portrait France Musique, du 7 au 11 décembre 2009 à 13h

Heitor Villa-Lobos
(1887-1959)

Le 17 novembre 2009 a marqué les 50 ans de la mort du compositeur brésilien, Heitor Villa-Lobos. A près la mort de son père, le jeune Villa-Lobos voyage dans son pays natal et se nourrit des musiques traditionnelles du Brésil. C’est Arthur Rubinstein qui à partir de 1919 découvre sa musique et la révèle au monde entier, ne cessant de la jouer. En 1923, le jeune compositeur grâce à une bourse du gouvernement brésilien, rejoint l’Europe, en particulier Paris, où il se perfectionne encore au contact des personnalités locales. Il retourne au Brésil en 1930.
Véritable compositeur national, Villa-Lobos fonde en 1945, l’Académie de musique brésilienne. 12 symphonies, 17 quatuors à cordes, Chôrôs (1920-1929 : au nombre de 16, du nom des musiciens traditionnels brésiliens au début du siècle), ou encore les Bachianas Brasilieras (1930-44) imposent un tempérament musical à part: dans les Bachianas brasilieras (qui permettent un nombre infini de combinaisons formelles, pour duo de bois, pour grand orchestre, soprano et violoncelle), Villa-Lobos sait conjuguer le contrepoint de Bach et les idiomatismes chaloupés propres à sa terre natale.

Heitor Villa-Lobos. Portrait musical. France Musique, grands compositeurs. Portrait en 5 chapitres. Du 7 au 11 décembre 2009, chaque jour à 13h

Illustration: Heitor Villa-Lobos (DR)

Cd de Noël 2009: notre sélection Titres et coffrets incontournables

Dossier cadeaux 2009
Les meilleurs cd de Noël 2009

Pour Noël 2009, découvrez notre sélection des meilleurs cd et coffrets: opéras, musique symphonique, musique de chambre, récitals… voici les enregistrements événements retenus par la rédaction cd de classiquenews.com. Pour acheter sans se tromper. Voici nos coups de coeur que
vous pourrez acquérir, offrir et partager sans vous tromper. Au fur et à mesure de nos
écoutes, nous enrichissons notre sélection…


Coffrets événements

Jean-Baptiste
Lully: les premiers opéras français. Solistes, choeur et orchestre de
La Simphonie du Marais. Hugo Reyne, direction (2001-2006)
. 10 cd Accord.
Tous les livrets intégraux sont édités dans le livret d’accompagnement:
outil précieux pour suivre chacune des actions et leurs tableaux
respectifs. Somme lullyste par
Hugo Reyne… L’auditeur y retrouve quelques unes des meilleures
lectures récentes des opéras de Lully. Hugo Reyne qui poursuit son
intégrale Lully dans le cadre du festival Musiques à la Chabotterie en
Vendée réussit sans réserve. Son Lully offre au plus grand Roi de
l’Univers un spectacle narcissique et solennel, non dénué de poésie et
de grâce dramatiques, qui lui renvoie l’image espérée. Coffret
indispensable
(10 cd Accord).

Enregistré sur le vif lors du Bayreuth Festspiele 2008, ce Ring relève
le niveau des années précédentes et dévoile évidemment la fièvre
dramatique du chef Christian Thielemann à l’endroit de Wagner. Sa direction sait exploiter tout ce
que la partition comporte de nuances dans l’expression des affects et
du sentiment. C’est une approche épique qui ne manque pas de
chambrisme. Les scènes spectaculaires s’imposent par leur sauvagerie et
leur violence, et le portrait des individualités fortes (Wotan,
Sigmunde, Sieglinde, Brunnhilde, Siegfried…), chacune défendant avec
nerf et sang ses intérêts propres, est défendu grâce à un geste qui
réconcilie souffle et analyse, brio et intériorité, évident hédoniste
dans les couleurs et la texture de la fosse, et finesse (14 cd Opus Arte).

Félix Mendelssohn: intégrale pour piano. Marie-Catherine Girod, piano. L’interprète se distingue par un jeu au naturel permanent, léger,
aérien, volubile même, qui sait être immédiatement profond. Ni appui ni
affect surligné mais une digitalité continûment allante qui se fait
caressante et parfois schubertienne: c’est dire l’approfondissement
superlatif de la lecture. Fuges, Sonates, bien sûr Romances sans paroles (regroupées dans les deux premiers cd), Préludes et fugues, Fantaisies, superbes Pièces caractéristiques
(cd4), … l’apport est déconcertant tant l’immense Mendelssohn
pianiste se révèle à nous sous les doigts enchanteurs de
Marie-Catherine Girod. Coffret événement, indispensable (8 cd Saphir Productions).

Joseph Haydn: les opéras. Le cycle mené entre 1975 et 1980, par Antal Dorati à la tête de
l’Orchestre de chambre de Lausanne affiche une fière et nerveuse
énergie, avec cette finesse classique et viennoise
qui caractérise les oeuvres de Haydn. Même s’il a surtout travaillé
pour les Esterhazy, près de 30 années, le compositeur n’a jamais été
coupé du milieu viennois et des tendances de la Cour impériale. Bien au
contraire, même à Estarhaza, dans le château de son maître, et pour le
théâtre local à partir de 1768 (inauguré avec Lo Speziale),
Haydn impose et incarne le meilleur goût officiel: l’Impératrice
Marie-Thérèse ne rechignant pas à venir chez les Esterhazy, écouter de
la vraie bonne musique, celle de … Haydn (Haydn: the operas, intégrale des opéras, 20 cd Decca)

Brahms: complete edition
(1833-1897). Coffret de 46 cd deutsche Grammophon. C’est une boîte magique comme il en sort peu dans une année: autant dire que ce coffret de l’intégrale des oeuvres de Johannes Brahms (1833-1897: “Brahms: complete edition“)
est une publication incontournable et une très heureuse réalisation de
la rentrée, comme peu l’être aussi l’intégrale des opéras de Haydn chez
Decca, par l’inoubliable et visionnaire chef Antal Dorati (coffret Opéras de Haydn par Antal Dorati, “Haydn: the operas”, 20 cd Decca). D’autant plus opportune en 2009 pour le bicentenaire de la mort de Joseph Haydn. Pour Deutsche Grammophon, pas d’anniversaire ni de célébration Johannes
Brahms mais le plaisir de rendre hommage au plus romantique de nos
romantiques germaniques, 46 cd Deutsche Grammophon.

Vladimir Horowitz: The complete original jacket collection (1947-1982). Pas moins de … 70 cd pour cette édition limitée … anthologique. Voici l’un des “derniers romantiques”, maître incontesté en son art
digital au pianisme souverain, alliant profondeur, intériorité et
suavité. Horowitz, à la technique éblouissante, qui fut encouragé par
Scriabine au piano,
rayonne dans ce coffret qui récapitule près de 40 années de recherche
et de travail pianistique. Superbe édition, de surcroît limitée et à prix économique. Coffret incontournable. Vladimir Horowitz: The complete original jacket collection (1947-1982) 70 cd Sony clasical.


Pianoforte

paraty,natalia+valentin,pianoforte,beethovenNatalie Valentin, pianoforte. Rondos et Bagatelles de Beethoven. Voici tout simplement le meilleur disque de pianoforte que nous ayons
jusque là écouté. Natalia Valentin apporte un regard neuf et une sonorité à la fois
perlée et vivifiante sur les oeuvres choisies (dont 7 Bagatelles) d’un feu époustouflant entre nervosité,
grâce et élégance (1 cd Paraty).

Piano


Haydn: 11 Sonates pour piano. S’agissant
d’Alfred Brendel, voici une somme incontestable et à ce prix,
incontournable
pour les amateurs de style, de classe, d’inspiration, de retenue
palpitante, de mesure pudique et de vérité sentimentale. Ces 11 Sonates
sont parmi les plus bouleversantes du compositeur (coffret de 4
cd Decca, collection “The originals”).


Liszt: Paraphrases d’après Bellini et Verdi. Ni
transcriptions strictes ni souvenirs édulcorés: sous les doigts magiciens du pianiste Giovanni
Belllucci, les eaux-fortes de Liszt resplendissent moins par leur
virtuosité excentrique que par leur géniale invention (1 cd Lontano).

récitals lyriques

D’emblée, “osons” le dire: voici le meilleur album du baryton allemand Christian Gerhaher.
Au sommet de ses possibilités vocales et expressives, le diseur égale
les plus grands avant lui et bien sûr, Dietrich Fischer-Dieskau:
intelligence du verbe, subtilité des intentions poétiques, richesses
harmoniques d’un timbre sculpté et ciselé, d’un contrôle dynamique
digne du meilleur instrument. En plus d’une musicalité sans faille, le
poète chanteur articule, respire, chante sans calcul, ni maniérisme: il s’efface dans le texte ( 1 cd RCA red Seal)

Renée Fleming: Verismo. Comment définir l’art de Renée Fleming à l’aune de ce nouvel album?
Intensité vocale, mais aussi projection naturelle du texte auxquelles
la diva outre-atlantique apporte sa couleur spécifique: ce miel
caressant qui se fait emblème d’une hyperféminité à la fois, mordante
et hypnotique (1 cd Decca)




Jonas Kaufmann: Sehnsucht. Un nouvel heldentenor
est né. Les tours de force demeurent les Wagner: au sommet, la
déchirante prière, hymne à la nature, d’un Siegmund véritablement
embrasé: héros de La Walkyrie, dont la puissance attendrie, entre
ivresse et candeur accomplit une interprétation saisissante. Saluons la
générosité naturelle d’un timbre lumineux et tendu qui se fait caressant (1 cd Decca)


Opéra


Véronique Gens: Tragédiennes 2.

De
Rameau à Berlioz: Véronique Gens fait entendre le chant déchirant des
héroïnes tragiques sur la scène lyrique. De 1760 à 1858, le programme
allie génie vocal et découverte des répertoires et des styles, de
Sacchini et Piccinni, de Rameau, Gluck jusqu’à Berlioz, tout en
révélant le style précoce non moins intense du jeune Arriaga. Récital
magistral! (1 cd Virgin classics)


Ambroise Thomas: Mignon. Délicatesse
de ton, orchestre filigrané et mozartien, plateau plutôt homogène,
saluons l’excellence de la lecture de Mignon sous la baguette inspirée
d’Antonio de Almeida, véritable artisan de la nuance. Réédition majeure
au sein de la collection Sony Opera House II (2 cd Sony classical).

Mozart: Les Nozze di Figaro, Erich Kleiber. Vienne,
juin 1955: Erich Kleiber nous offre l’un des Mozart les plus profonds,
les plus sincères et les plus vrais jamais enregistrés. Version à la fois dansante et chambriste, la lecture hypnotise par sa
finesse, son intelligence: la fusion exemplaire des voix et des
instrumentistes…
(3 cd Decca, collection “Heritage Masters”)


Baroque

barbara Strozzi, leonardo garcia alarcon, madrigaux, cd editions ambronayBarbara Strozzi: Madrigaux. Leonardo Garcia Alarcon. L’élève
de Cavalli, se montre étrangement proche et l’égale de Monteverdi:
Barbara Strozzi en terres madrigalistes, grâce au feu instrumental et
dramatique de Leonardo Garcia Alarcon, révèle un génie insoupçonné du
verbe incarné, agissant, d’une fluidité mordante et suave. Fruit de la
riche thématique du festival d’Ambronay 2008 dédié au génie féminin
interdit, l’album est l’un de nos cd événements de la rentrée 2009 (1 cd Editions Ambronay).

Samaniego: Villancicos. Extase
mystique, gaieté fervente pour le corps du Christ et l’ivresse
spirituelle de Saint-François… les chanteurs doivent chanter et
jouer, articuler avec un naturel dramatique la langue des textes si
fusionnée à la musique. La richesse des affects, colorés par les voix
et les instruments recrée une scène sacrée qui trouble par son essence
populaire et plébéienne. la gravure est superlative, et la musique
ainsi exhumée approche la jubilation (1 cd Alpha).

Purcell, opera,Jordi Savall, Alia Vox,fairy queen, prophetess
Purcell: The Fairy Queen par Jordi Savall. Réédition capitale (1996) pour les amateurs de Purcell. Pour cette Suite d’orchestre d’après les opéras de Purcell, le
Savallisme rayonnant de la gravure -raffinement sonore et expressivité
fluide et mordante- met en lumière le génie de l’Orphée Britannique. Le
compositeur baroque ne pouvait espérer meilleure illustration de son
génie. Réédition majeure d’autant plus opportune pour l’année Purcell
2009 (1 cd Alia Vox).

Musique symphonique

Vierne, Chausson: Turbulent Heart. Guillaume
Tourniaire a bien raison de nous rappeler avec son orchestre
australien, la qualité d’écriture des symphonistes -aujourd’hui
mésestimés-, Vierne et Chausson: voici délices et pépites de deux
sensibilités au coeur tourmenté (“turbulent heart” cf. le titre de
l’album) et combien fraternel. La réalisation inscrit d’emblée Melba
après l’excellente Hélène de Saint-Saëns, parmi les labels défendant
avec ô combien de pertinence, les compositeurs français. Magistrale
audace de répertoire (1 cd Melba)


Debussy: Images, Printemps par Mikko Franck. Mikko
Franck incarne l’excellence de la direction d’orchestre finnoise. Voici
un album superlatif à posséder pour tous les debussystes récents ou de
la première heure. Sous le geste attentif et concentré d’un magicien de
la sonorité, Mikko Franck, jamais le Philharmonique français n’a semblé
sonner et colorer avec plus de charme et d’intense féerie (1 cd Rca red seal)

symphonie 6, Gustav Mahler, David Zinman, Tonhalle zurich, cra cdGustav Mahler: Symphonie n°7 par David Zinman. Une partition de caractère “essentiellement serein”: après les
déflagrations introspectives de la 6è, “tragique”, prise dans le vaste
mouvement convulsif du cosmos (et qui entraîne avec lui le héros
démuni, impuissant), la 7è serait-elle un temps de pause et
d’approfondissement? Expurgé de toute amertume, grimace aigre et
blessée, de toute déchirure… On aimerait croire le compositeur
présentant ainsi son oeuvre à un impresario et agent de concert. Mais
chez lui, le mode de la confession et de la sincérité n’étant jamais
éloigné du pur sarcasme, on peut douter de sa parole… David Zinman signe là son meilleur
ouvrage, en compréhension, en aisance, en souffle, en éloquence aérée.

Sélection établie et coordonnée par Anthony Goret, Alexandre Pham,
Delphine Raph, Camille de Joyeuse, Benjamin Ballif, … sous la
direction de Carter Chris Humphray.

Alexandre Tharaud, Chopin: Journal intime 1 cd Virgin Classics

Alexandre Tharaud joue Chopin
Journal intime

Il a fait toute sa carrière discographique chez Harmonia Mundi. Fin 2009, c’est pourtant pour Virgin classics, récemment adopté que l’artiste atypique, vrai “nature pianistique” réalise son album le plus personnel, nouveau sommet de la confession pudique et sincère. L’année Chopin commence déjà fort.
Ce joyau intime dévoile l’affinité communicante et suggestive d’un immense Chopinien qui relit ici des morceaux connus, souvent joués mais totalement investis, grâce à la force mystérieuse du souvenir lié à chaque mélodie. Dans cet opus se livre Tharaud/Chopin: le premier soulignant chez Chopin, une délicatesse dédiée au sentiment; le second soulignant combien il y a de la fraternité d’âme et une disposition toute proustienne, dans le geste du premier.
Le profil est hors cadres: Alexandre Tharaud vit une nouvelle maturité, celle où l’artiste prend du recul sur son métier; il ne s’agit plus de surprendre le public et gravir la montagne du jeu; de nouveaux paysages musicaux se dessinent devant le musicien: performances interdisciplinaires (collaboration avec le théâtre équestre de Bartabas en 2006 avec les Concertos italiens de Bach), ou comme aujourd’hui Leif Ove Andsnes (autre artiste maison signé chez Emi), dialogue avec des plasticiens… Il convient aussi en homme de goût et de culture, qui réfléchit sur chaque engagement de répertoire, de trouver à s’épanouir. Les champs de ce disque sont ancrés dans une identité forte: en jouant Chopin, Tharaud nous dévoile ce qui lui évidemment très cher.

Pari tenu et réussi dans ce Chopin intime et personnel qui lui permet de réaliser (enfin) une sorte de journal intime: le pianiste nous tend la main (visitez son site internet. Adresse indiquée en fin d’article) et nous fait pénétrer dans son jardin secret, serti de pièces précises et somptueuse qui sont les écrins d’une pensée et d’une sensibilité admirables.
Quel toucher (énoncé simple et naturel, précision perlée qui rapprochent Chopin de la grâce baroque de Couperin, Bach ou Rameau…), quelle cohérence dans l’approche stylistique, autant que dans la conception du programme. L’auditeur retrouve les qualités d’un geste unique: fluidité et tension, clarté et articulation, richesse des voix souterraines, tendresse et mesure d’une approche vocale… Sur un Steinway à la fois clair et chaud, idéal pour Chopin, l’interprète décrypte le chant hypnotique de la Contredanse (1827), “petit bijou si rarement enregistré”, l’ivresse exaltée et retenue de la Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur (1833-1834), l’espérance et le désir intérieur du Nocturne en mi bémol majeur… Il confesse que les deux Ballades (1831-1839), la Fantaisie (1841), les Ecossaises (1826-1830), plusieurs Mazurkas ont “marqué” sa vie. Déjà plébiscité et récompensé pour des Valses surprenantes, et des Préludes plus anciens, Alexandre Tharaud reprend les oeuvres de Chopin avec une gourmandise renouvelée: réitération, réappropriation, recréation. Le pianiste convainc car son Journal Chopinien révèle la connivence fraternelle qui le lie au compositeur romantique: ici se mêlent les souvenirs d’une vie de musicien: les personnalités qui l’ont mené à la musique (Mireille, Carmen Taccon-Devenat qui fut son “génial” professeur, …), la présentation au concours d’entrée au Conservatoire, la dernière trace des amis disparus… Album événement, enregistré en mai 2009 à Paris (Ircam).

alexandre Tharaud, journal intime, chopin, cd, virgin classicsAlexandre Tharaud, piano: Journal intime. Parution annoncée chez Virgin
classics en novembre 2009. Prochaine critique développée dans le mag cd de classiquenews.com

Visitez le site d’Alexandre Tharaud

Jean Sibelius: Jederman,, musique de scène 1916 France Musique. Mardi 17 novembre 2009 à 10h30

Jean Sibelius
Jedermann

Musiques de scène, 1916

France Musique
Mardi 17 novembre 2009 à 10h30

Bien avant que la pièce ne soit représentée chaque festival de Salzbourg devant le Dom aménagé en scène théâtrale d’été, (à partir de 1922, année fondatrice du Festival autrichien), Jedermann est d’abord la pièce phare du poète autrichien Hugo Von Hofmannsthal, le librettiste de Richard Strauss pour Le Chevalier à la rose et La femme sans ombre, entre autres.
Sibelius est sollicité dès 1916, en pleine guerre, pour écrire une musique capable d’envelopper le formidable texte du poète, ce à la demande du Théâtre National Finnois à Helsinki.
Les audaces formelles du compositeur s’inscrivent dans la grande mise en chantier de la 5è Symphonie (créée le 8 décembre 1915 pour les 50 ans de Sibelius), oeuvre phare qui lui demanda des heures d’un labeur acharné et difficile.
Sibelius y met en pratique l’harmonie bitonale, la construction fuguée au contrepoint redoutable. Au coeur de l’horreur et de la barbarie où se joue le sort de la Finlande, placée de facto du côté des Alliés contre l’Allemagne, Sibelius invente une atmosphère médiévale dont le mysticisme et les multiples questionnements s’entendent comme un appel à plus d’humanisme.

Concert donné salle Finlandia, Helsinki, le 1er octobre 2009

Martin: Petite symphonie concertante pour harpe, clavecin, piano et cordes. Six monologues extraits de Jederman

Sibelius: musiques de scène de Jederman
Texte de Hugo von Hoffmannsthal

Reija Bister, harpe. Anna-Maaaria Oramo, clavecin
Thomas Quasthoff, baryton
Choeur cantabile, Ensemble EMO, Orchestre Symphonique de la Radio Finlandaise. Sakari Oramo, direction.

Illustrations: Jean Sibelius (DR)

Viennoiseries musicales: 1806-1826. Musique pour csakan Hugo Reyne (flûtes). 1 cd Musiques à la Chabotterie

Vienne, à l’heure du Csakan

Plaisir des sens, mélanges des genres: musique et chocolat, Csakan (flûte ou canne), en solo ou avec cordes (trios ou quatuors) ou pianoforte comme on partageait une divine collation tout en écoutant de la musique dans les salons de musique romantique, ou les Académies … Le programme du nouveau disque d’Hugo Reyne “ose” de nouvelles expériences tout en s’intéressant à l’ssor d’un instrument à bec à Vienne au début du XIXème siècle… Ici on se laisse bercer voire enchanter par le csakan, flûte ou canne-, d’origine hongroise, dévoilée par l’agilité naturelle du chef de La SImphonie du Marais qui est aussi un flûtiste hors pair.
Le programme regroupe plusieurs partitions datées, sélectionnées à Vienne entre 1806 et 1826, aube du romantisme conquérant. On sait les autrichiens polissés, amateurs de délectations sucrés et musicales (le livret du cd contient même la recette du chococlat viennois (lequel s’accompagne automatiquement, comme on sait, de crême fouettée): le présent album entend évoquer les deux sources de ravissement, musique et pâtisserie fine. L’instrument roi étant appareillé à divers timbres: Csakan et cordes, Csakan et pianoforte…
Ce sont des partitions d’une délicate tendresse, entre nostalgie et badinerie élégante (celles de Heberle en particulier qui fut l’inventeur et le promoteur de l’instrument à Vienne dès 1806), parfois nerveuses et expressives qui évoquent l’atmosphère raffinée et curieuse des salons de musique viennois au début du 19è siècle.
Hugo Reyne et plusieurs solistes de la Simphonie du Marais déroulent une somptueuse attention au timbre et à la couleur dans ce cycle de partitions méconnues signées Anton Heberle, Josef Gebauer (auteur de la Sonate pour csakan et piano de 1812), Karl Scholl (flûtiste renommé et auteur ici du Quatuor avec Csakan de 1813), Wilhem Klingenbrunner, Ernest Krähmer (1er hautbois du théâtre impérial de Vienne, interprète engagé du Csakan), enfin Anton Csermak (violoniste et compositeur hongrois admiré de Liszt)…

Viennoiseries musicales: 1806-1826. Musique pour csakan (flûte-canne). Hugo Reyne (flûtes), solistes de la Simphonie du Marais 1 cd Musiques à la Chabotterie. Parution: le 9 novembre 2009. Prochaine critique développée dans le mag cd de classiquenews.com

CD: dossier spécial rentrée 2009. Notre sélection CD événements de septembre et octobre 2009

Dossier spécial rentrée 2009
Les meilleurs cd de septembre et octobre2009

Pour la rentrée et avant Noël… Avant Noël (avant donc le temps des achats frénétiques), la rédaction cd de classiquenews.com vous aide à préparer vos futurs acquisitions et cadeaux: voici nos coups de coeur et meilleurs enregistrements de la rentrée 2009… Voici par genre (pianoforte, piano, opéra, musique symphonique, musique de chambre, récitals…) nos coups de coeur que vous pourrez acquérir sans vous tromper. Au fur et à mesure de nos écoutes, nous enrichissons notre sélection…




Pianoforte

paraty,natalia+valentin,pianoforte,beethovenNatalie Valentin, pianoforte. Rondos et Bagatelles de Beethoven. Voici le premier disque de la fortepianiste Natalia Valentin,
dans un cycle de partitions du jeune Beethoven (Rondos & Bagatelles). C’est tout simplement le meilleur disque de pianoforte que nous ayons jusque là écouté. Le choix de
l’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne
du sud, de la fin du XVIIIè, restauré par Christopher Clarke), grâce à
sa “prell-mécanique”, apporte un regard neuf et une sonorité à la fois
perlée et vivifiante sur les oeuvres choisies (dont 7 Bagatelles de l’opus 33, datées de 1802) d’un feu époustouflant entre nervosité, grâce et élégance (1 cd Paraty). Lire aussi notre entretien avec “Natalia Valentin, claviériste enchantée”

Piano


Haydn: 11 Sonates pour piano. S’agissant
d’Alfred Brendel, voici une somme incontestable et à ce prix, incontournable
pour les amateurs de style, de classe, d’inspiration, de retenue
palpitante, de mesure pudique et de vérité sentimentale. Ces 11 Sonates
sont parmi les plus bouleversantes du compositeur, servies par un
fidèle amoureux, attentif, jamais débraillé ni étriqué. Passeur inspiré, ébloui, sincère, nuancé, subtil. Cycle Magistral (coffret de 4 cd Decca, collection “The originals”).


Liszt: Paraphrases d’après Bellini et Verdi. Ni
transcriptions strictes ni souvenirs édulcorés: mais réminiscences
lisztéennes c’est à dire recréations totales et immersions libres dans
le flux musical originel. Sous les doigts magiciens du pianiste Giovanni
Belllucci, les eaux-fortes de Liszt resplendissent moins par leur
virtuosité excentrique que par leur géniale invention (1 cd Lontano).


Opéra


Véronique Gens: Tragédiennes 2.

De
Rameau à Berlioz: Véronique Gens fait entendre le chant déchirant des
héroïnes tragiques sur la scène lyrique. De 1760 à 1858, le programme
allie génie vocal et découverte des répertoires et des styles, de
Sacchini et Piccinni, de Rameau, Gluck jusqu’à Berlioz, tout en
révélant le style précoce non moins intense du jeune Arriaga. Récital
magistral!


Ambroise Thomas: Mignon. Délicatesse
de ton, orchestre filigrané et mozartien, plateau plutôt homogène,
saluons l’excellence de la lecture de Mignon sous la baguette inspirée
d’Antonio de Almeida, véritable artisan de la nuance. Réédition majeure
au sein de la collection Sony Opera House II (2 cd Sony classical).

Mozart: Les Nozze di Figaro, Erich Kleiber. Vienne,
juin 1955: Erich Kleiber nous offre l’un des Mozart les plus profonds,
les plus sincères et les plus vrais jamais enregistrés. On se délecte
des tempi suspendus qui permettent au chef légendaire de nous léguer
des Noces captivantes par leur vérité et leur profondeur émotionnelles.
Version à la fois dansante et chambriste, la lecture hypnotise par sa
finesse, son intelligence: la fusion exemplaire des voix et des
instrumentistes…
(3 cd Decca, collection “Heritage Masters”)


Baroque

barbara Strozzi, leonardo garcia alarcon, madrigaux, cd editions ambronayBarbara Strozzi: Madrigaux. Leonardo Garcia Alarcon. L’élève
de Cavalli, se montre étrangement proche et l’égale de Monteverdi:
Barbara Strozzi en terres madrigalistes, grâce au feu instrumental et
dramatique de Leonardo Garcia Alarcon, révèle un génie insoupçonné du
verbe incarné, agissant, d’une fluidité mordante et suave. Fruit de la
riche thématique du festival d’Ambronay 2008 dédié au génie féminin
interdit, l’album est l’un de nos cd événements de la rentrée 2009 (1 cd Editions Ambronay).

Samaniego: Villancicos. Extase
mystique, gaieté fervente pour le corps du Christ et l’ivresse
spirituelle de Saint-François… les chanteurs doivent chanter et
jouer, articuler avec un naturel dramatique la langue des textes si
fusionnée à la musique. La richesse des affects, colorés par les voix
et les instruments recrée une scène sacrée qui trouble par son essence
populaire et plébéienne. la gravure est superlative, et la musique
ainsi exhumée approche la jubilation (1 cd Alpha).

Purcell, opera,Jordi Savall, Alia Vox,fairy queen, prophetess
Purcell: The Fairy Queen par Jordi Savall. Réédition capitale (1996) pour les amateurs de Purcell. Pour cette Suite d’orchestre d’après les opéras de Purcell, le
Savallisme rayonnant de la gravure -raffinement sonore et expressivité
fluide et mordante- met en lumière le génie de l’Orphée Britannique. Le
compositeur baroque ne pouvait espérer meilleure illustration de son
génie. Réédition majeure d’autant plus opportune pour l’année Purcell
2009 (1 cd Alia Vox).

Musique symphonique et lyrique

Vierne, Chausson: Turbulent Heart. Guillaume
Tourniaire a bien raison de nous rappeler avec son orchestre
australien, la qualité d’écriture des symphonistes -aujourd’hui
mésestimés-, Vierne et Chausson: voici délices et pépites de deux
sensibilités au coeur tourmenté (“turbulent heart” cf. le titre de
l’album) et combien fraternel. La réalisation inscrit d’emblée Melba
après l’excellente Hélène de Saint-Saëns, parmi les labels défendant
avec ô combien de pertinence, les compositeurs français. Magistrale
audace de répertoire (1 cd Melba)


Debussy: Images, Printemps par Mikko Franck. Mikko
Franck incarne l’excellence de la direction d’orchestre finnoise. Voici
un album superlatif à posséder pour tous les debussystes récents ou de
la première heure. Sous le geste attentif et concentré d’un magicien de
la sonorité, Mikko Franck, jamais le Philharmonique français n’a semblé
sonner et colorer avec plus de charme et d’intense féerie (1 cd Rca red seal)

symphonie 6, Gustav Mahler, David Zinman, Tonhalle zurich, cra cdGustav Mahler: Symphonie n°7 par David Zinman. Une partition de caractère “essentiellement serein”: après les
déflagrations introspectives de la 6è, “tragique”, prise dans le vaste
mouvement convulsif du cosmos (et qui entraîne avec lui le héros
démuni, impuissant), la 7è serait-elle un temps de pause et
d’approfondissement? Expurgé de toute amertume, grimace aigre et
blessée, de toute déchirure… On aimerait croire le compositeur
présentant ainsi son oeuvre à un impresario et agent de concert. Mais
chez lui, le mode de la confession et de la sincérité n’étant jamais
éloigné du pur sarcasme, on peut douter de sa parole… David Zinman signe là son meilleur
ouvrage, en compréhension, en aisance, en souffle, en éloquence aérée.

Sélection établie et coordonnée par Anthony Goret, Alexandre Pham, Delphine Raph, Camille de Joyeuse, Benjamin Ballif, … sous la direction de Carter Chris Humphray.

CD: dossier spécial rentrée 2009. Notre sélection CD événements de septembre et octobre 2009

Dossier spécial rentrée 2009
Les meilleurs cd de septembre et octobre2009

Pour la rentrée et avant Noël… Avant
Noël (avant donc le temps des achats frénétiques), la rédaction cd de
classiquenews.com vous aide à préparer vos futurs acquisitions et
cadeaux: voici nos coups de coeur et meilleurs enregistrements de la
rentrée 2009… Voici par genre (pianoforte, piano, opéra, musique
symphonique, musique de chambre, récitals…) nos coups de coeur que
vous pourrez acquérir sans vous tromper. Au fur et à mesure de nos
écoutes, nous enrichissons notre sélection…




Pianoforte

paraty,natalia+valentin,pianoforte,beethovenNatalie Valentin, pianoforte. Rondos et Bagatelles de Beethoven. Voici le premier disque de la fortepianiste Natalia Valentin,
dans un cycle de partitions du jeune Beethoven (Rondos & Bagatelles).
C’est tout simplement le meilleur disque de pianoforte que nous ayons
jusque là écouté. Le choix de
l’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne
du sud, de la fin du XVIIIè, restauré par Christopher Clarke), grâce à
sa “prell-mécanique”, apporte un regard neuf et une sonorité à la fois
perlée et vivifiante sur les oeuvres choisies (dont 7 Bagatelles de
l’opus 33, datées de 1802) d’un feu époustouflant entre nervosité,
grâce et élégance (1 cd Paraty). Lire aussi notre entretien avec “Natalia Valentin, claviériste enchantée”

Piano


Haydn: 11 Sonates pour piano. S’agissant
d’Alfred Brendel, voici une somme incontestable et à ce prix,
incontournable
pour les amateurs de style, de classe, d’inspiration, de retenue
palpitante, de mesure pudique et de vérité sentimentale. Ces 11 Sonates
sont parmi les plus bouleversantes du compositeur, servies par un
fidèle amoureux, attentif, jamais débraillé ni étriqué. Passeur
inspiré, ébloui, sincère, nuancé, subtil. Cycle Magistral (coffret de 4
cd Decca, collection “The originals”).


Liszt: Paraphrases d’après Bellini et Verdi. Ni
transcriptions strictes ni souvenirs édulcorés: mais réminiscences
lisztéennes c’est à dire recréations totales et immersions libres dans
le flux musical originel. Sous les doigts magiciens du pianiste Giovanni
Belllucci, les eaux-fortes de Liszt resplendissent moins par leur
virtuosité excentrique que par leur géniale invention (1 cd Lontano).


Opéra


Véronique Gens: Tragédiennes 2.

De
Rameau à Berlioz: Véronique Gens fait entendre le chant déchirant des
héroïnes tragiques sur la scène lyrique. De 1760 à 1858, le programme
allie génie vocal et découverte des répertoires et des styles, de
Sacchini et Piccinni, de Rameau, Gluck jusqu’à Berlioz, tout en
révélant le style précoce non moins intense du jeune Arriaga. Récital
magistral!


Ambroise Thomas: Mignon. Délicatesse
de ton, orchestre filigrané et mozartien, plateau plutôt homogène,
saluons l’excellence de la lecture de Mignon sous la baguette inspirée
d’Antonio de Almeida, véritable artisan de la nuance. Réédition majeure
au sein de la collection Sony Opera House II (2 cd Sony classical).

Mozart: Les Nozze di Figaro, Erich Kleiber. Vienne,
juin 1955: Erich Kleiber nous offre l’un des Mozart les plus profonds,
les plus sincères et les plus vrais jamais enregistrés. On se délecte
des tempi suspendus qui permettent au chef légendaire de nous léguer
des Noces captivantes par leur vérité et leur profondeur émotionnelles.
Version à la fois dansante et chambriste, la lecture hypnotise par sa
finesse, son intelligence: la fusion exemplaire des voix et des
instrumentistes…
(3 cd Decca, collection “Heritage Masters”)


Baroque

barbara Strozzi, leonardo garcia alarcon, madrigaux, cd editions ambronayBarbara Strozzi: Madrigaux. Leonardo Garcia Alarcon. L’élève
de Cavalli, se montre étrangement proche et l’égale de Monteverdi:
Barbara Strozzi en terres madrigalistes, grâce au feu instrumental et
dramatique de Leonardo Garcia Alarcon, révèle un génie insoupçonné du
verbe incarné, agissant, d’une fluidité mordante et suave. Fruit de la
riche thématique du festival d’Ambronay 2008 dédié au génie féminin
interdit, l’album est l’un de nos cd événements de la rentrée 2009 (1 cd Editions Ambronay).

Samaniego: Villancicos. Extase
mystique, gaieté fervente pour le corps du Christ et l’ivresse
spirituelle de Saint-François… les chanteurs doivent chanter et
jouer, articuler avec un naturel dramatique la langue des textes si
fusionnée à la musique. La richesse des affects, colorés par les voix
et les instruments recrée une scène sacrée qui trouble par son essence
populaire et plébéienne. la gravure est superlative, et la musique
ainsi exhumée approche la jubilation (1 cd Alpha).

Purcell, opera,Jordi Savall, Alia Vox,fairy queen, prophetess
Purcell: The Fairy Queen par Jordi Savall. Réédition capitale (1996) pour les amateurs de Purcell. Pour cette Suite d’orchestre d’après les opéras de Purcell, le
Savallisme rayonnant de la gravure -raffinement sonore et expressivité
fluide et mordante- met en lumière le génie de l’Orphée Britannique. Le
compositeur baroque ne pouvait espérer meilleure illustration de son
génie. Réédition majeure d’autant plus opportune pour l’année Purcell
2009 (1 cd Alia Vox).

Musique symphonique et lyrique

Vierne, Chausson: Turbulent Heart. Guillaume
Tourniaire a bien raison de nous rappeler avec son orchestre
australien, la qualité d’écriture des symphonistes -aujourd’hui
mésestimés-, Vierne et Chausson: voici délices et pépites de deux
sensibilités au coeur tourmenté (“turbulent heart” cf. le titre de
l’album) et combien fraternel. La réalisation inscrit d’emblée Melba
après l’excellente Hélène de Saint-Saëns, parmi les labels défendant
avec ô combien de pertinence, les compositeurs français. Magistrale
audace de répertoire (1 cd Melba)


Debussy: Images, Printemps par Mikko Franck. Mikko
Franck incarne l’excellence de la direction d’orchestre finnoise. Voici
un album superlatif à posséder pour tous les debussystes récents ou de
la première heure. Sous le geste attentif et concentré d’un magicien de
la sonorité, Mikko Franck, jamais le Philharmonique français n’a semblé
sonner et colorer avec plus de charme et d’intense féerie (1 cd Rca red seal)

symphonie 6, Gustav Mahler, David Zinman, Tonhalle zurich, cra cdGustav Mahler: Symphonie n°7 par David Zinman. Une partition de caractère “essentiellement serein”: après les
déflagrations introspectives de la 6è, “tragique”, prise dans le vaste
mouvement convulsif du cosmos (et qui entraîne avec lui le héros
démuni, impuissant), la 7è serait-elle un temps de pause et
d’approfondissement? Expurgé de toute amertume, grimace aigre et
blessée, de toute déchirure… On aimerait croire le compositeur
présentant ainsi son oeuvre à un impresario et agent de concert. Mais
chez lui, le mode de la confession et de la sincérité n’étant jamais
éloigné du pur sarcasme, on peut douter de sa parole… David Zinman signe là son meilleur
ouvrage, en compréhension, en aisance, en souffle, en éloquence aérée.

Sélection établie et coordonnée par Anthony Goret, Alexandre Pham,
Delphine Raph, Camille de Joyeuse, Benjamin Ballif, … sous la
direction de Carter Chris Humphray.

Gustav Mahler: portrait musical Dossier spécial 2010-2011

Mahler 2010-2011

Célébrons Mahler! L’agenda symphonique de la
saison nouvelle (avec le cycle Mahler par Daniele Gatti et le National
de France
… entre autres) et les célébrations en cours mettent à l’honneur l’oeuvre mahlérienne. Le
compositeur reste une découverte récente du milieu musical mais
aujourd’hui preuve est faite que les champs sillonnés par sa
conscience et son génie singuliers inspirent les orchestres et les
salles.

2010 marque les 150 ans de sa naissance, puis 2011, le centenaire de la mort du musicien. Gageons que les deux années et les saisons musicales en conséquence n’apportent leurs moissons bénéfiques pour une plus juste évaluation de Gustav Mahler.

Après une réédition de chocs discographiques (chez Audite par Kubelik),
l’intégrale en dvd de Bernstein (DG), plusieurs intégrales pour le
disque se poursuivent dont celle passionnante de David Zinman (RCA Sony classical)…
Chaque nouvelle publication ou concert est l’occasion de dresser un
bilan de l’oeuvre concernée.


Gustav Mahler (né en 1860 et mort en 1911)
ne cesse aujourd’hui de stimuler les chefs, soucieux d’éprouver les
capacités de leur orchestre, tout en exprimant le message humaniste et
poétique, autobiographique et mystique, du compositeur.

C’est pendant les mois de juillet d’août que le musicien pouvait enfin
prendre le temps de composer : contemplation de la nature, marches,
excursions et baignades, autant de loisirs salutaires pour son
inspiration active.
De son vivant, Gustav Mahler s’affirme comme chef d’orchestre, en
particulier à l’opéra de Vienne où il occupe le poste de directeur
musical pendant 10 années (1897 à 1907). Décennie glorieuse où avec la coopération d’Alfred Roller, Mahler réalise des productions lyriques (Wagner et Mozart surtout) à couper le souffle, selon le principe du théâtre total cher à Wagner puis Appia…
Aujourd’hui, la figure du compositeur s’impose à nous. Grâce au disque
surtout. Mahler est sorti peu à peu de l’oubli. Son oeuvre si décriée
pour sa vulgarité, occupe une place prépondérante dans la vie des
grands orchestres, dans les saisons des salles symphoniques.

Mahler nous laisse un cycle de 10 symphonies parmi les plus déconcertantes, les plus visionnaires jamais écrites. La Dixième est restée à l’état d’esquisses.
A l’heure où Picasso révolutionne le langage pictural (Les Demoiselles d’Avignon,
1907), Mahler indique de nouvelles perspectives, poétiques, musicales,
philosophiques aussi pour l’orchestre. Aux côtés d’une écriture
autobiographique qui exprime ses angoisses et ses aspirations, en
particulier les épisodes d’une existence tragique, se précise peu à peu
le désir des hauteurs, un élan mystique dont l’arc tendu de la prière
appelle apaisement et sérénité. Dans l’écriture, chaque symphonie est
un défi pour les musiciens. Mahler y repousse progressivement les
limites et les horizons de la forme classique.
Ce sont aussi l’usage particulier des timbres, le recours aux
percussions, la couleur grimaçante des certains bois, la douleur,
l’amertume voire l’aigreur. L’orchestre de Mahler palpite en résonance
avec le cœur meurtri, durement éprouvé d’un homme frappé par le destin,
mais il reconstruit aussi, un lien avec les mouvements et le souffle de
la divine et mystérieuse nature. Une nature réconfortante dont il
cherchait chaque été, la proximité et la contemplation, deux éléments
propices à l’écriture.

L’actualité des parutions cds et dvds, depuis les 5 dernières années
réserve au compositeur, une attention particulière. La richesse des
dernières publications nous invite à nous plonger dans l’océan
symphonique conçu par Mahler. Il s’agit moins de dresser un bilan de la
discographie parue que de profiter de l’actualité, et de ses surprises
convaincantes voire jubilatoires, pour rendre hommage à l’un des
symphonistes les plus originaux, dans la première décade du XX ème
siècle.


Cd récents


gustav Mahler complete edition, coffret cd deutsche<br />
grammophonGustav Mahler. The complete edition (Deutsche Grammophon 18 cd). 2010 et 2011 sont deux années Mahlériennes qui consécutivement mettent à
l’honneur le figure du compositeur Gustav Mahler mais aussi, aspect
moins connu de sa carrière glorieuse, le chef d’orchestre célébré de son
vivant, entre autres à l’Opéra de Vienne dont il est directeur, de 1897
à 1907. Une décennie exceptionnelle où le musicien réforme les
conditions de représentations avec la collaboration d’Alfred Roller:
selon la conception wagnérienne du théâtre total, Mahler réalise des
productions spécifiques comprenant distribution scrupuleuse, décors et
mise en scène originales. Son travail sera particulièrement payant chez
Wagner et Mozart.

Le coffret de 18 cd, édité en juin 2010 par Deutsche
Grammophon
présente l’intégrale des oeuvres pour voix et
orchestre de Gustav Mahler, évidemment les 10 symphonies, mais aussi ses
cycles lyriques, lieder avec orchestre, soit 5 oeuvres rassemblées, du Lied
von der erde
au Klagende lied, sans omettre les lieder et
Gesännge aus der Jugendzeit…
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Critique de La Symphonie 6 de Mahler par Daniele Gatti

Critique de la Symphonie 6 par Valery Gergiev

Critique de La Symphonie 6 de Mahler par David Zinman

Critique de la Symphonie 10 par Daniel Harding

Notre dossier spécial Gustav Mahler

Livres
Le mythe Mahler

Rodin
appelé à tirer le portrait (en buste) de Mahler, s’est prononcé sur le
visage atypique de son modèle: il lui trouvait une fascinante parenté
archaïque avec l’Orient et une antiquité très ancienne, le sculpteur
tenait Mahler pour un égyptien… Pénétrante vision et si originale qui
d’emblée “pose” le cas Mahler tel un sphinx énigmatique ou un nouvel
Horus doué d’une lecture supérieure sur l’humanité. Plus qu’un
symphoniste bavard et autobiographique, Mahler bouleverse le cadre
classique formel: il parle continûment de la condition humaine avec le
souffle du cosmos… d’où ce titre assez juste, de “Symphonie-Monde”…
Christian Wasselin: “Gustav Mahler, la symphonie-monde”. Editions Gallimard, collection “découvertes”, parution: juin 2011

Gustav Mahler: Symphonie 6 “tragique”. Ecoute critique. France Musique. Le 13 septembre 2009 à 10h


Gustav Mahler


Symphonie n°6


en La mineur
dite “tragique”, 1906


France Musique
Dimanche 13 septembre 2009 à 10h

Composée au cours des été 1903 et 1904, puis créée à Essen en mai 1906, la partition recèle des trésors de climats mordants, cyniques, grimaçants, démonstratifs, claironnants mais que sous-tend, in fine, une sentiment grave de la vie. Le Finale à ce titre est un festival d’éclats et de lueurs grinçantes, crépusculaires, aigres, aux reflets pourtant mordorés (évocation pastorales grâce au hautbois, ou des prés alpestres comme le suggère la cloche des vaches).

Entrain amer, comme une machine à broyer, le premier mouvement (Allegro energico ma non troppo) de la 6è de Mahler, créée en 1906 sous la direction du compositeur, exprime, dans le cadre Haydnien des 4 mouvements, aspirations et défaites du héros; tout le cycle magnifiquement structuré, résonne comme un constat d’impuissance (à vaincre le tissu enchevêtré des pulsions contradictoires): débutant et s’achevant dans la tonalité de la mineur, la symphonie est un acte autobiographique scellé par le destin, placé sous le signe du désespoir. Jamais la fatalité ne s’est mieux révélée, se confrontant frontalement à celui qui pensait la braver en un désir d’inconscience.
Entre engagement, nervosité, tendre lyrisme, mais aussi pointes ironiques et cyniques, tout chef mahlérien, doit ici impliquer son orchestre dans une arène violente, convulsive, décisive où l’homme mène une dangereuse lutte avec lui-même. Tension lapidaire et électrique, le chant est celui d’un être lucide, emporté, fougueux autant que dérisoire qui doit vaincre défis et obstacles. C’est une magistrale prise de conscience que l’orchestre exprime sans réserves et un pari de taille pour tous les orchestres et tous les chefs dignes de ce nom.
La 6è (avec la 7è) est l’une des plus difficiles et ses plus personnelles de Gustav Mahler. Pas de rémission ni pour le héros, ni pour l’orchestre et le son chef, pas même pour les auditeurs. Un destin se joue dans chaque épisode.

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Critique de La Symphonie 6 de Mahler par Daniele Gatti

Critique de La Symphonie 6 de Mahler par David Zinman

Notre dossier spécial Gustav Mahler

Gustav Mahler (1860-1911): Symphonie n°6 « Tragique ». [1] I. Allegro energico, ma non troppo. Heftig aber Markig. [2] II. Scherzo (Wuchtig). [3] III. Andante moderato. [4] IV. Finale (Allegro moderato).

Vierne, Chausson: Turbulent Heart. Tourniaire 1 cd Melba (octobre 2009)

Vierne, Chausson: 2 coeurs amers

Amer, sombre, désespéré… Vierne comme Chausson sont des compositeurs de l’âme maudite, exprimant ses langueurs vénéneuses, étouffantes et cycliques. Melba frappe fort et juste dans cet album aux couleurs de l’angoisse, de l’impuissance solitaire, de l’éternel questionnement sans réponse, du désir inexaucé …
Pas moins de 4 poèmes symphoniques ou poèmes lyrique, associant orchestre et voix soliste illustrent le thème générique de Coeur tourmenté (“Turbulent heart”): Voici le Vierne (1870-1937) alchimiste du sentiment défait, de la noirceur psychique… c’est le mélodiste né (qui a composé nombre de cycles de mélodies pour voix et piano)… Le compositeur qui fut malvoyant déploie une sensibilité auditive et un souci de la sonorité exceptionnels comme l’atteste entre autres, la riche orchestration, miroir d’un univers personnel singulier dont Eros est entre autres perles ici révélées, le clair manifeste. Les autres poèmes développent le lugubre et le fantastique en une veine symphoniste tout autant indiscutable.
L’organiste surdoué, élève de Franck puis de Widor qui fut aussi titulaire à Notre-Dame de Paris, se révèle ici:
Si Eros affirme une plénitude orchestrale à la fois vénéneuse et radicale, d’une lascivité de plus en plus conquérante (à laquelle correspond la défaite du poète héros), il faut louer aussi la délicatesse des couleurs et la fine ciselure instrumentale, parfaitement soutenues par le chef Guillaume Tourniaire, auquel nous devons déjà chez Melba aussi, un inédit lyrique, l’opéra de Saint-Saëns : Hélène (1904) , précédente révélation, éditée en juillet 2008.

Les Djinns (écrit en 1914, créé en 1925), opus 35, d’après Hugo, et que son maître Franck a déjà traité en 1884, accorde poésie et musique avec ce sens naturel de la prosodie que maîtrise Vierne. La solitude impuissante du poète héros s’épanche dans un climat d’inquiétude, de terreur profonde, d’angoisse croissante. La voix narratrice souligne tout d’abord toutes les trouvailles de l’orchestre dont la houle hallucinée (dramatisme ardent et précisément conduit, très belles couleurs du Queensland Orchestra) marque l’ascension progressive du sujet fantastique: la course et la menace agissante des esprits malfaisants. Sous la baguette du chef, la suractivité instrumentale s’élance et se cabre y compris dans l’ultime prière du narrateur devenu acteur de cet épisode terrifiant. Saluons la qualité suggestive des interprètes dans l’énoncé d’un phénomène dont le mystère lugubre et grave s’achève dans le silence…
Même questionnement sans réponse pour Psyché (également d’après Hugo) dont le titre ne renvoie pas à la Mythologie mais au papillon nocturne qui paraît devant le poète inquiété qui frissonne et s’interroge. Guillaume Tourniaire souligne la délicatesse et la transparence d’une orchestration aérienne, et lascive qui laisse l’observateur, démuni, irradié, vaincu par un charme profond.
Sans atténuer la précision articulée du ténor et continûment la justesse de ses nuances dynamiques, ont peu regretter ici où là, un manque franchise des nasales (si difficiles pour un non français): Steve Davislin cependant s’en tire très honnêtement grâce à des couleurs en fusion avec l’orchestre, des aigus jamais pris en tension, une aisance à restituer la très riche imagination des textes mis en musique par Vierne. Même si par exemple dans Psyché, la voix nous paraît un peu déclamatoire et démonstrative.

Des 4 poèmes, Eros, opus 37, (1916, créé en 1923, d’après un poème d’Anna de Noailles) a notre préférence: c’est une partition saisissante par le raffinement de sa texture, la teinte crépusculaire de son arche harmonique qui convoque Liszt et Wagner, regorge d’effets à la Szymanowski dont nous retrouvons d’ailleurs la forme flamboyante et le sujet du désir irrésistible dans Le Roi Roger par exemple… Le style de l’orchestre et la direction du chef atteignent leur meilleur dans ce sommet symphonique, véritable révélation de l’album (malgré la fin un rien pompeuse et imprécise). Manifeste musical de l’esthétique parnassienne qui associe contemplation mortifère, mystère de la mort, désir inexaucé, lascivité vénéneuse et passionnée… Comme chez Szymanowski, Eros semble paraître en son aube lumineuse et victorieuse (solo du violon sur tapis de harpe à 4:47), c’est un tableau de Gustave Moreau (Sémélé regardant Zeus et foudroyée dans le même temps). Ainsi s’impose Eros, dieu bourreau et divin séducteur (comme le Berger/Dionysos du Roi Roger).

Même écoute convaincue pour La Ballade du désespéré de 1931 (d’après Les Nuits d’hiver d’Henri Murger) dont nous devons l’orchestration à l’élève de Vierne, Duruflé (création en 1945): atteint dans sa chair déjà meurtrie par d’autres séparations douloureuses, le compositeur perd un être cher, la soprano
Madeleine Richepin, qui fut sa maîtresse et la dernière consolatrice de ses vieux jours, mais qui lui préféra un autre homme… Le deuil d’un homme défait s’inscrit avec force, âpreté, franchise. Pour toute ballade, voici plutôt d’irrésistibles funérailles: l’orchestre exprime la confrontation du poète aux coups portés à sa porte par un être inquiétant, finalement vainqueur: c’est le destin, la mort qui se présentent à celui qui a tout perdu. A plusieurs reprises, le soliste chante “ton nom?” avec cet effroi halluciné de celui qui a compris qu’il était déjà perdu. Frissonnant, glacé, terrifié, le soliste relève les défis d’une partie redoutable où il faut et incarner la terreur de la victime, et les griffes séductrices du Faucheur. Autre accomplissement de l’album.

Autant Vierne fut éprouvé sa vie durant, autant Chausson, fils d’aristocrate, évoluant dans un milieu préservé et confortable n’aurait jamais dû être traversé par de semblables affres profondes: même envoûtement pour le lugubre, même affection pour l’anéantissement, le pouvoir de l’autre monde et du mystère, le venin et le baiser du poison… Les interprètes complètent le programme par le Poème de l’amour et de la mer (1893, d’après les vers de son ami Maurice Bouchor), opus 19, ample diptyque composé de La fleur des eaux, puis de La mort de l’amour. L’intérêt de la lecture nous offre la tessiture originelle de ténor quand on écoute familièrement au concert, les mezzos féminins. L’entente du soliste et de l’orchestre fait merveille dans ce dernier portique où le poème se fait marche funèbre, marqué par l’inquiétude, le tourment (d’où le titre du disque), le renoncement d’une âme perdue et maudite, surtout inconsolable. Wagnérien, Chausson sait chanter en mélodiste né aussi (solo du violoncelle sur la reprise développé du thème central: “le temps des lilas et des roses ne reviendra plus à ce printemps ci“)… Comment passer sous silence les beautés ineffables d’une telle musique au concert? Comment expliquer encore que nos orchestres subventionnés par les fonds publics, s’entêtent à jouer les germaniques (Brahms, Mahler, Mendelssohn.. sans rien reprocher à ces derniers évidemment) mais au risque de nous priver des trésors méconnus, comme ici de Vierne et de Chausson? Guillaume Tourniaire a bien raison de nous rappeler avec son orchestre australien, la qualité d’une telle musique: dans une édition soignée (dont la notice comprend une riche notice de présentation des oeuvres, avec la traduction intégrale en français de tous les poèmes chantés), voici délices et pépites de deux sensibilités au coeur tourmenté et combien fraternel. La réalisation inscrit d’emblée Melba après l’excellente Hélène de Saint-Saëns, parmi les labels défendant avec ô combien de pertinence, les compositeurs français. Magistral.

Turbulent heart. Coeur turbulent. Musiques de Louis Vierne (1870-1937) et Ernest Chausson (1855-1899). Vierne: Les Djinns opus 35, Eros opus 37, Ballade du désespéré 61, Psyché opus 33. Chausson: Poème de l’amour et de la mer opus 19. Parution annoncée: le 1er octobre 2009.

Bohuslav Martinu: 50 ans de la disparition France Musique, du 31 août au 4 septembre 2009 à 13h

50 ans de la mort de
Bohuslav Martinu
(1890-1959)


France Musique
Grands compositeurs
Du 31 août au 4 septembre 2009
, 5 chapîtres à 13h



Un autodidacte francophile

Alors que l’on s’apprête à fêter en 2009 des compositeurs reconnus et
beaucoup joués comme Purcell, Mendelssohn, Haydn et Haendel, rien
d’important ni de lisible ne se prépare pour honorer Bohuslav Martinu.
Cet immense musicien tchèque, né en 1890 à Policka en Bohème dans le
clocher d’une église où logeaient ses parents, et mort en 1959 a
pourtant passé 17 ans de sa vie en France. Il étudie le violon d’abord
à l’école, puis dès que ses dons sont repérés, également l’orgue. Né
dans un milieu francophile, il apprend le français et grandit à une
époque où la France est plus que jamais dans l’air du temps après une
exposition Rodin en 1902 au palais Kinsky à Prague et la publication de
la nouvelle d’Apollinaire “Le passant de Prague”. L’indépendance
d’esprit de Martinu lui fait rapidement préférer une formation en
autodidacte. Après avoir intégré en 1913 en tant que second violon la
Philharmonie Tchèque créée en 1894,…

C’est
un immense compositeur, décédé en 1959, dont les 50 ans de la mort (le 28
août 2009)
passe quasi inaperçus. Or Bohuslav Martinu (1890-1959) aima
la France comme peu, écrivant, composant ses oeuvres mésestimées dans
le respect et la connaissance profonde des auteurs et de la culture
française. Pour le jubilé de sa disparition (le 28 août 1959), notre
collaborateur Gilles Lesur évoque l’apport de l’homme et de son oeuvre.
En complément de l’article, retrouvez aussi les rares concerts et
événements Martinu en 2009.

France Musique diffuse 5 volets dédiés à l’oeuvre et la personnalité de Bohuslav Martinu à l’occasion des 50 ans de sa disparition, magazine “Grands compositeurs”, du 31 août au 4 septembre 2009, tous les jours à 13h.

Tchaïkovski: La Dame de Pique. Vienne, 1992. Seiji Ozawa, Freni, Atlantov (1 dvd Sony classical)

Orchestre palpitant
sous la direction affûtée et franche d’Ozawa, Lisa ardente et juste de
Mirella Freni, ce live viennois de 1992 captive dans son ensemble, même
si l’on reste plus réservé quant à l’Herman d’Atlantov et la Comtesse
de Mödl…

Opéra de Vienne, 1992: le drame tchaïkovskien réunit
sous la baguette affûtée et mordante, âpre et lyrique, toujours droite
et efficace de Seii Ozawa (qui devait devenir ensuite le directeur du
lieu), deux monstres lyriques: l’inusable Mirella Freni pourtant en fin
de carrière et le ténor russe plus pâteux et maniéré que sa partenaire,
Vladimir Atlantov. On reste toujours saisi par la santé vocale et la
justesse stylistique de Freni qui offre de Lisa, le portrait d’une
jeune femme soumise et passionnée, maudite et sombre, finalement
suicidaire (III, 2), quand elle comprend le démon du jeu a plus
d’emprise sur son aimé que son pauvre amour pour lui…
Dommage par ailleurs que la Comtesse de Martha Mödl n’égale pas dans la
version discographique que fait paraître simultanément Sony (collection
Sony Opera House avec le Boston Symphony Orchestra), la tenue à couper
le souffle de Maureen Forrester… Mais le talent dramatique de
l’actrice sur la scène viennoise emporte l’adhésion: par elle,
reparaissent les fantômes de la Cour française autour de la Pompadour.
L’orchestre surchauffé enfle parfois dangereusement par trop
d’impétuosité (début du IV), mais l’engagement est bien là, sous la
coupe à la fois énergique et précise du maestro Ozawa. Atlantov fait
du… Atlantov: toujours en surjeu, pathos démesuré à la clé, souvent
au détriment de la claire et lumineuse projection du texte.
Quoiqu’il en soit, la performance de Mirella Freni s’impose évidemment, et à ses côtés, la Paulina de Vesselina Kasarova
perce nettement par sa vivacité le choeur féminin qui ouvre la scène du
II. Outre les épisodes où s’impose Lisa version Freni (superbe
intensité de ses retrouvailles fatales avec Herman à la fin du II), et
malgré l’aplomb incisif de la direction d’Ozawa, l’écoute faiblit lors
de la scène capitale du II, quand Herman pénètre dans les appartements
de la Comtesse à son coucher: le “Vénus de Moscou”, reine du jeu et des
cartes, frémit au seul énoncé d’un air ancien appris à la Cour de
France (Tchaïkovski a choisi un air de Grétry): la vecchia revit sa
jeunesse insouciante, portée par le marivaudage et la légèreté…
Dommage ici que vocalement, ni Mödl ni Herman ne partage la finesse et
l’intensité de leur remarquable partenaire Mirella Freni. Le document
demeure cependant incontournable: il témoigne avec franchise de la
direction d’un Ozawa sans afféterie, qui cible et touche son but.
L’opéra fantastique et lugubre, pouchkinien de Tchaïkovski ne pouvait
pas trouver chef plus fervent, Lisa plus poignante.

Piotr Illiytch Tchaïkovski (1840-1893): La Dame de Pique, 1890.
Livret de Modest Tchaïkovski d’après La Dame de Pique de Pouchkine
(1834). Mirella Freni (Lisa), Martha Mödl (La Comtesse), Vladimir
Atlantov (Herman), Sergei Leiferkus (le Comte Tomsky), Vesselina
Kassarova (Pauline)… Choeur et orchestre de l’Opéra de Vienne. Seiji Ozawa, direction

Collection “Heritage masters”, Decca Das Rheingold (Solti), Don Giovanni (Krips), Der Rosenkavalier (Kleiber)…

Collection “Heritage masters”, Decca

Nouvelle moisson de titres aux noms de légende, aux chefs d’une miraculeuse inspiration: la collection imaginée par Decca “Heritage masters” (l’héritage des maîtres) n’usurpe pas son titre générique: il s’agit bien le plus souvent de documents qui ont valeur de pépites: un héritage artistique à méditer certainement, pour l’interprétation juste des oeuvres concernées. Pour cette première moisson 2009, le cycle des rééditions répond à la question: comment sonnait le Phiharmonique de Vienne au début des années 1950? Réponses dans plusieurs opéras enregistrés sous le contrôle stimulant des grandes baguettes de l’heure: Krips, Kleiber, Solti… écoutez ce Rosenkavalier de 1954 (Erich Kleiber, photo ci-contre dont le feu directionnel mêle grâce, élégance, coquetterie et pétillance en une suractivité fluide, inoubliable!), ce Don Giovanni de
1955 (Joseph Krips), ce premier Ring discographique en stéréo de 1958
chauffé jusqu’à incandescence par Solti… De quoi nous nettoyer les
oreilles. Chaque prise de son, n’ayant pas les performances actuelles
souligne combien la musique est surtout question de style et de nature.
Les lectures heureusement rééditées par Decca sont plus que
stimulantes: nécessaires. Présentation de notre première sélection.



Vienne, 1954. Erich Kleiber
(64 ans), créateur en décembre 1925 de Wozzeck de Berg, offre une véritable leçon d’élégance et d’intensité viennoise, avec des cordes gonflées à bloc, des cuivres et des vents rutilants, une science du rythme et une délicatesse de nuances comme de couleurs absolument subjugantes. Place en particulier à la sonorité éclatante et souple du Wiener Pihlharmoniker, au début des années 1950: même en fin de carrière Reinig impose une Maréchale tendre et vive, passionnée; lui donnent la réplique, la Sophie de Güden, décidément très à l’aise, mordante et naturelle, impliquée, comme l’est aussi Sena Jurinac en Octavian de braise, ardent et sanguin. Le trio féminin atteint souvent l’excellence, d’autant que la baguette de Kleiber n’ a jamais été aussi juste, variant, nuançant, proche de l’hystérie palpitante, avec un feu permanent, une légèreté pétillante mais sincère. Quelle élégance souple et ouvragée: en somme tout l’art de Vienne est là. Poell (Faninal) et Ludwig Weber (Ochs) complètent une galerie de portrait “baroque”, picaresque et raffinée à la fois, tel que l’a souhaité Strauss d’après les gravures satiriques de Hogart. Succombez; des délices vous y attendent! Richard Strauss: Der Rosenkavalier, Erich Kleiber (3 cd Decca).



Vienne, Redoutensaal, juin 1955: Joseph Krips
enregistre le chef d’oeuvre lyrique de Mozart, restituant toute la profondeur mystique et lugubre de la partition (tempo ralenti dès l’ouverture). D’ailleurs, la baguette sculpte, incise, prend son temps, offrant de très belles figures psychologiques grâce au plateau d’une musicalité palpitante: Elvire (Lisa della Casa) et Anna (Suzanne Danco) à la féminité brûlée, vive, à vif, excitée comme il se doit par un impérial et sanguin Don Juan (Cesare Ciepi: quelle classe virile!)… Les uns regretteront un certaine froideur, un rien distanciée dans la direction de Krips, mais l’assise, la direction implacable de l’action s’imposent évidemment. En bonus, la Zerlina d’Hilde Gueden fait fondre toute réserve (affichant une candeur coquine qui électrise l’excellente juvélinité du Masetto de Walter Berry: leur duo fait des étincelles!). La galerie d’individualités est captivante (à part l’Ottavio de Dermota, affecté et visiblement guère impliqué par son rôle). Mozart: Don Giovanni, Josef Krips (3 cd Decca).


Vienne, 1958: Solti (46 ans) enregistre la première Tétralogie en stéréo de l’histoire dans la Sofiensaal. Un jalon historique à la mesure du cycle musical abordé: dès le début nous sommes immergés dans la soupe primordiale au souffle cosmique et tellurique qui fait les mythes et les légendes.
Précision, netteté, incisivité mais aussi allant et fluidité du geste, Solti mène ses troupes avec une intelligence du texte et de l’action, sidérantes. Chaque tableau, évocation du Walhala et des dieux autour de Wotan, manipulation et vol d’Alberich, apparition des géants, négociation honteuse… tout est ici détaillé avec un dramatisme acéré voire cynique. Sans omettre ce panache et cette rondeur propre à l’orchestre: du très grand Solti et une perle désormais indispensable parmi les archives historiques Decca. D’autant que côté plateau, les meilleurs wagnériens de l’heure sont réunis dans la salle viennois: George London (Wotan), Kirsten Flagstat (Fricka), Eberhard Wächter (Donner),… A ce prix, succombez sans hésitation. Decca publiera-t-il les autres titres du Ring/Solti dans la collection Heritage Masters? A suivre forcément. Wagner: Das Rheingold, Solti (2 cd Decca).

Aux côtés de l’ivresse détaillée du Wiener, l’orchestre de l’Académie de Sainte-Cécile qui vient d’enregistrer une Madame Buterfly de luxe mais assez froide et sophistiquée avec “La Gheorghiu” (EMi classics, été 2008), l’avait déjà publié 50 ans auparavant avec une autre diva “La Tebaldi”, en 1958. Voici une version qui certes n’atteint pas les lectures de Scotto ou Freni: Tebaldi développe un timbre lumineux, angélique mais un rien poseur et mignardisé. Heureusement Bergonzi et son élégance naturelle sauve les meubles et campe un ardent Pinkerton. Tullio Serafin emporte la partition avec flamme, un souci des couleurs mais un dramatisme parfois brutal. Puccini: Madama Butterfly, Tullio Serafin (2 cd Decca).

Illustration: Erich Kleiber (DR)

Paris. Théâtre de l’Athénée, le 11 avril 2009. Ralph Vaughan Williams: Songs of Travel, Riders to the Sea. Jean-Luc Tingaud, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

Houle musicale


L’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique (Arcal), en résidence au Grand Théâtre de Reims et en région Champagne Ardenne, présente dans Riders to the Sea (“Cavaliers à la mer”, 1924-1932) l’une de ses productions les plus accomplies, avec en apport si apprécié, la révélation d’une extraordinaire partition lyrique du début du XXè siècle.
Le metteur en scène Christian Gangneron, (fondateur de l’Arcal depuis 1983) a su imposer la tournée de cet opéra intimiste et profond, dont le chant de la fatalité et des lamentations est portée par une écriture sensible, au carrefour de la musique et de la poésie, née entre la collaboration de deux âmes créatrices singulières, Ralph Vaughan Williams qui s’inspire de la prose âpre et traversée d’éclairs et de visions du poète Synge. Il est le maillon décisif dans la musique anglaise, entre Edward Elgar (1857-1934) et Benjamin Britten (1913-1976).

La pièce en un acte de l’Irlandais John Millington Synge (1871-1909), est bercée par la sensation du vertige et de l’impuissance humaine face au déchaînement des éléments marins. Sur la recommandation de son aîné Yeats, Synge qui sillonne avec son violon les routes européennes en 1896, prend la décision de rejoindre les îles iralndaises d’Aran (Inishmore, Inishmaan, Inisheer: 3 îles battues par les vents, où la dureté des climats synthétise toute l’existence terrestre). Là, Synge observe les moeurs locales chaque été pendant 5 ans: c’est la solitude du poète maudit insatisfait, seul au monde et parmi les hommes. C’est le chant de l’inquiétude profonde et permanente, tissée dans une matière incandescente faite de tension, et d’incertitude, c’est le sentiment d’une éternel peine. L’homme ne connaît pas la paix et sa pauvre errance exprime tout au moins les rêves chimériques et les échecs amers d’une vie sans illusions et sans issues.
Williams semble particulièrement inspiré par les climats de Synge sur le motif irlandais.: solitude, renocement, perte, deuil, noyade, fatalité: le coktail est dépressif mais la musique proche du sublime. Toute la mise en scène, resserrée, tendue, exprime le tableau de l’indigence humaine, de l’accablement, incarnés par le personnage centrale de la mère: en définitive, la mer qui ronge toute espérance lui aura pris ses 6 fils, son époux et son beau-père. L’opéra nous rappelle la terrifiante réalité de la vie des femmes de pêcheurs et de marin. Le dernier fils avant de mourir, part lui-aussi contre les forces naturelles à la recherche de son frère Michael, que l’on soupçonne perdu en mer…


Cavaliers perdus


Mère outragée, mère déconstruite, en perpétuelle lamentation qui croit voir son jeune fils (Michael) chevauchant un cheval au vent, alors qu’elle veut retrouver son dernier fils pour lui remettre le pain qu’il a omis de prendre avant de quitter la maisonnée, Jacqueline Mayeur fait du personnage de Maurya (la mère), un rôle halluciné qui passe des visions et des présages à la plus radicale affliction, jusqu’au renoncement final quant elle s’allonge exténuée aux côtés de Bartley, le dernier fils. Noyé comme les autres.
Auprès d’elle, gesticulent en vain les deux filles dont le chant de souffrance et des peines fraternelles, soulignent davantage l’esprit de misère et de gravité qui colore la scène: saluons la projection articulée de la cadette Nora (Sevan Manoukian). Les deux cantatrices, mère et fille, portent de bout en bout, l’expressivité de ce chant jamais réaliste ni descriptif, plutôt allusif et métaphorique, d’une superbe retenue poétique.
Dans le rôle de Bartley (le fils qui va mourir), le baryton Patrice Verdelet, qui a chanté en “prélude” au drame en un acte, les Songs of Travel de Williams sur les poèmes de Robert Louis Stevenson (“Chants de voyage”, 1901-1904), ne manque pas de présence bien que l’articulation du diseur, manque de consonnes et de clarté. Le timbre souvent serré parvient faiblement à passer la fosse. Sans les traductions des poèmes projetés sur le rideau de scène rouge qui sert d’écran à moult effets de typographie (fatiguants à la longue), l’orfèvrerie des images poétiques nous auraient échappé.


Texte sombre et sonore


Le vrai travail en finesse et nuances est réalisé par l’orchestre (instrumentistes de l’orchestre de l’Opéra de Reims) dont la délicatesse de jeu, sous la direction parfaite de Jean-Luc Tingaud, rend justice à une partition captivante. Du début à la fin, Williams fait entendre une houle océane qui berce, emporte, fouette les destinées évoquées. Le compositeur annonce évidemment les intelrudes marins de Peter Grimes de Britten dont l’action partage les mêmes lieux embrumés, où l’humidité sourde ronge toute espérance. La ciselure instrumentale opère une balance idéale avec les voix, et l’action s’avère particulièrement prenante quand la mère raconte sa rencontre avec son fils chevauchant un cheval, ce cavalier à la mer, fiancé de la mort. Souvent le basson double son chant de désespoir et d’impuissance, chalumeau des solitudes démunies.
John Millington Synge (photo ci-contre) livre ici un texte sombre et sonore, porté par une langue flexible, hallucinante (citant le keening, ses lamentations des femmes de pêcheurs irlandaises, entre terreur, angoisse et renoncement), qui se chante en scansions et modulations proches de l’extase et de la transe. Williams ajoute une écriture directe et fluide, qui charme et hypnotise. En un acte unique, l’action s’accomplit sans temps morts, Le spectacle est total, et la réussite de cette production en tournée (qui est passée à Troyes, Rennes, Dunkerque avant Paris), indiscutable. Voici une révélation éblouissante qui rappelle combien l’opéra britannique ne s’est pas éteint avec Purcell (1659-1695), depuis le XVIIè. Williams, dévoilé souhaitons le avec ce joyau intimiste, a également écrit son “Falstaff” (Sir John in Love, 1924-1928) et surtout The Poisoned Kiss (“Le Baiser empoisonné”, 1927-1929), autres chefs d’oeuvre à redécouvrir absolument. Le soir de notre présence les caméras de Mezzo enregistraient l’opéra pour une diffusion dont nous reparlerons dans le mag télé de classiquenews.com


Paris. Théâtre de l’Athénée,
le 11 avril 2009. Ralph Vaughan Williams: Songs of Travel (d’après Robert Louis Stevenson), Riders to the Sea (d’après John Millington Synge). Avec Jacqueline Mayeur (la mère), Patrice Verdelet (le fils), Elsa Lévy, Sevan Manoukian (les deux fillles), Choeur Thibaut de Champagne, Orchestre du Grand Théâtre de Reims. Jean-Luc Tingaud, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

Anniversaire Haendel 2009 Les 250 ans de la mort. Sélection cd & dvd

Anniversaire Haendel 2009

Les
250 ans de la mort


Sélection dvd et cd

Les éditeurs ont raison de reconnaître la suprématie de Haendel, maître
du bel canto baroque, génie de la scène, à l’opéra, auteur non moins
fulgurant et dramatique dans l’oratorio. Il serait bon d’ailleurs de
réviser certains jugements réducteurs et rompre l’idée d’un compositeur
d’abord occupé d’opéras puis d’oratorios. En vérité, Haendel s’est
passionné pour l’oratorio en parallèle à l’opéra et ce dès son premier
séjour en italie, comme ses premiers chefs d’oeuvre romains (La Resurezzione, Il trionfo del tempo e del Disingano)
en témoignent: ainsi dans les deux genres, le jeune Saxon souhaitant
apprendre la langue de l’opéra in situ, s’extraire du carcan germanique
appris à Hambourg dans le sillon (l’ombre) de l’incontournable Keiser,
compose dans la même veine miraculeuse, Agrippina pour Venise.
Un génie du dramatisme émotionnel était né.
Pour le 250è anniversaire de sa mort, le 14 avril 2009, éditeurs de cd
et dvd participent à l’événement en rééditant des gravures depuis
indépassables ou publiant des nouveautés tout aussi stimulantes. Peu de
compositeurs ont toujours été joués, sans interruption… Ce qui n’est
pas le cas de Bach, qui fut redécouvert grâce à Mendelssohn au XIXème
siècle.
Voici notre sélection des cd et dvd indispensables, parmi les éditions récentes, pour mieux connaître Haendel.

Coffret Decca “The masterworks” (Chefs d’oeuvre) 30 cd

Nous
avons dès son annonce, louer les vertus de cette “box” haendélienne,
plus que recommandable, offrant un excellent aperçu de l’auteur surtout
sacré, dans les genres de l’oratorio et des hymnes liturgiques. Points
forts indiscutables: Judas Macchabée (Judas Maccabeus) par un
Mackerras certes “daté” (1965) mais disposant d’un plateau superlatif
dont Janet Baker, Felicity Palmer (les deux réunies en un duo irradié,
embrasé grâce à leur voix brûlées dès le début dans le duo de l’homme
et de la femme isréalites), mais aussi John Shirley-Quirck (Simon),
Roland Davies (exalté et élégant Judas)… que du bonheur.
Articulation, projection de l’anglais: superbes incarnations. Autres
grands britanniques, maîtres de l’éloquence haendélienne: Gardiner (Hercules,
1982: accents mordants d’une vitalité musclée des English Baroque
soloists, accompagnant là aussi un plateau dominé par la déchirante
Sarah Walker (Déjanire), l’Hercules de John Tomlinson, l’Hyllus de
Anthony Rolfe-Johnson…
Même sensation convaincue pour Salomon (McCreesh et son sens désormais légendaire de la fresque épique comme de la miniature psychologique)
… Le choix couvre d’autres aperçus de l’oeuvre dont la musique de chambre, orchestrale (Water Music, lecture de Neville Marriner) et l’opéra avec un seul ouvrage (Giulio Cesare, dans la version non moins exaltante dirigée par Minkowski). Lire notre présentation complète du coffret Decca Haendel, Handel “The Masterworks” (Decca 30 cd)

Récital Haendel: Rolando Villazon, ténor; McCreesh, 2008 (1 cd DG)

Dans le premier sillon tracé par ses cd Monteverdi avec Emmanuelle Haïm chez Virgin classics, nous savons que le ténorissimo franco-mexicain Villazon
possède la passion baroque. Articulation de la langue, feu musclé,
ardeur intense: l’enregistrement réalisé en avril et mai 2008 soit il y
a un an, désigne un acteur sûr de ses moyens. Les personnages
haendéliens souffrent souvent par manque de tempéraments scéniques et
dramatiques, vocaux et lyriques de première puissance, mais aussi d’une
subtilité expressive qui doit respecter l’articulation naturelle de la
langue. Son Tamerlano (Bajazet) surprend par sa grandeur tragique et sa vérité humaine, son Grimoaldo (Rodelinda),
déchiré et nostagilque, sur la corde de l’angoisse et du terrassement
imposent évidemment l’immense acteur. Aigus et graves larges et
profonds sur toute la tessiture: Villazon ressuscite ce beau chant qui
est aussi vocifération de l’âme, créé par le premier baryténor de
l’histoire, Francesco Borosini pour lequel Haendel a dédié sa meilleure
inspiration vocale. Mais à l’heure où son maître et mentor, Domingo
soi-même donne en 2008 une leçon de chant préservé, mesuré, intense,
impérial dans Tamerlano justement (Tamerlano, Domingo, McCreesh, 2 dvd Opus Arte;
lire ci après), Villazon donne souvent l’impression de tout brûler tout
de suite, manquant ensuite de souffle, de finesse, de gradation (manque
de vision endurante, de mesure dramatique: tempérament mexicano
oblige?). Ensuite? Voici un Serse amoureux (de sa Romilda),
ardent, et prenant, s’appropriant le verbe dramatique avec une santé
dramatique; même mordant mais cette fois lunaire et crépusculaire pour Ariodante
(Scherza infida et Dopo notte, standards lyriques créés par
l’infatigable Carestini), où Villazon des grands soirs exprime les
vertiges contrastés de la passion amoureuse: la fureur du chevalier qui
se croit trahi; puis son apaisement retrouvé quand il comprend que
Ginevra lui ait restée fidèle. Ecarts de sentiments sur l’échelle des
humeurs, sidérants, parfaitement gérés par le ténor au déterminisme puccinien.
Justement tout est là. Le leçon de bel canto que nous apporte Villazon,
est-elle réellement “cadrée” dans le chant baroque? Haendel composait
surtout pour des chanteurs: le chant, l’incarnation, la fièvre d’un jeu
vocal qui est aussi geste dramatique, voilà ce qui importe. De ce point
de vue, la maîtrise de Villazon est totale. Ceux qui souligneront
quelques déformations, débordements verdiennes dans ce chant hyperactif
(surjoué?) passerons leur chemin (les deux airs de Saint-Jean Baptiste,
extraits de La Resurezzione semblent étrangement inhabités,
chantés sur le même registre, sans guère de renouvellement dans les
couleurs). La fureur mexicaine du ténor le plus médiatisé de l’heure,
n’est pas pour eux.
En complément, DG ajoute au cd audio, un dvd qui apporte les images
d’un récital Haendel filmé à Saint Paul de Londres (novembre 2008): Serse, Tamerlano, Ariodante,
deux entretiens avec le ténor vedette et Paul McCreesh dont on ne
saurait louer assez ce fini instrumental désormais délectable.


Alcina. Curtis, 2008 (3 cd Archiv)

Spécialiste de Haendel, Curtis s’affirme peu à peu, ou plutôt
de cd en cd, avec un sens évident des enchaînements. Son continuo de
mieux en mieux huilé, en cours d’action, porte avec cohérence (parfois
sans guère de profondeur) l’expressivité haendélienne, avec panache et
assiduité. Le mezzo agile et ductile, avec une vibration particulière
pour la passion ardente de Joyce DiDonato éclaire le rôle d’Alcina, ses
doutes et ses ombres, son impuissance amoureuse de plus en plus
angoissée et crépusculaire. La cantatrice américaine confirme ses
talents haendéliens au sommet de la lecture (Ombre pallide). Dans le
labyrinthe des passions illusoires inspirées (et certes passablement
adoucies, comme neutralisées par Haendel et son librettiste) du
captivant l’Arioste, les partenaires de la trop humaine magicienne,
enchaînée à ses espoirs trahis, relèvent chacun, le défi de rôles non
moins impressionnants. Maite Beaumont dessine un Rugguiero tendre;
Karina Gauvin, une Morgane nons moins caressante; et Sonia Prina, un
Bradamante de fière allure. La tenue stylistique et expressive persuade
par la couleur générale d’une constante étincelle. La furià délirante
où menace la folie propre à l’univers de l’Arioste qui transpire
pourtant ça et là dans la partition de Haendel, est-elle pour autant au
rendez-vous?
Sage, trop sage, Curtis? Parfois un peu trop.

Rodrigo. Banzo, 2007 (3 cd Ambroisie)

Eduardo Lopez Banzo nous avait convaincu grâce à Amadigi di
Gaula (2 cd Ambroisie)
d’un incontestable fini, par la tenue superlative de la distribution,
un sens de l’articulation dramatique, sachant renouveler souvent chaque
climat, d’un air à l’autre, d’un récitatif à l’autre. Pareille tenue au
continuo se retrouve ici, sans gravité emplombée, sans légereté
artificielle. Voici du théâtre admirable de poésie, d’allant de
naturel. Ecartons l’Esilena de Maria Bayo: hélas malgré le diamant de
la voix, ce timbre cristallin qui hier fit l’excellence d’une Calisto
chez Cavalli, (sous la direction de René Jacobs) s’effondre souvent par un souffle peu constant, des aigus
tirés à la limite de la justesse. Pourtant l’intensité est là mais au
prix d’un maniérisme serré qui marque systématiquement tous ses airs.
En revanche superbe Rodrigo, palpitant et plein d’ivresse émotionnelle,
maîtrisée, d’une articulation constante (en cela proche du geste de
Banzo): Maria Riccarda Wesseling s’impose dans le rôlei-titre. Comparée
à la tenue vocale de Maria Bayo, ces deux âmes semblent ne serait-ce
que par la couleur et le style, vivre dans deux mondes différents…
Sont-elles réellement faites pour s’unir? Florinda (Sharon Rostorf-Zamir), Fernando (Max Emanuel Cencic) tout
autant enflammés et habités, confirment la justesse d’une lecture qui
captive de bout en bout. Continuo dansant, nerveux, plateau majoritairement
caractérisé et nuancé (hormis Esilena): Banzo nous époustoufle à
nouveau par son sens supérieur de la vitalité théâtrale.
Eblouissante réussite d’autant plus bienvenue pour l’année Haendel et s’agissant d’une partition plutôt rare.

coffret_haendel_handel_alan_curtis_virgin classics_15_cd The Curtis’ touch. Coffret de 6 opéras de Haendel par Alan Curtis, Il Complesso Barocco (1977-2005)

Pour l’année Haendel 2009 (250è anniversaire de la mort du compositeur
baroque), Virgin Classics publie l’essentiel des opéras de Haendel par
le chef du Complesso Barocco, Alan Curtis. Voici 6 opéras à
l’esthétique caractérisée, retraçant une manière spécifique depuis
1977…

Superbe réalisation qui rend grâce à l’apport du chef et claveciniste
Alan Curtis dans les champs haendéliens. Rappelons nous, c’était un
premier Admeto, totalement inédit et révolutionnaire qui en 1977,
bousculait tout ce qui avait été écouté chez Haendel depuis des
décennies de “soupes” non baroqueuses. En s’attachant aux menus
détails, à l’articulation et à l’éloquence dramatique, à la profondeur
psychologique, à l’équilibre des voix et des instruments, aux couleurs
et aux alliages de teintes orchestrales justement… tout ce qui fait
aujourd’hui l’éclat des lectures de René Jacobs, par exemple, déjà il y
a 12 années, l’ex disciple de Leonhardt, Curtis l’avait fixé en méthode
et en système avec son Complesso Barocco. Mais une mise en forme neuve
et palpitante, mouvante et dynamique qui se permettait l’expression du
vivant et du vécu, grâce à des plateaux sertis comme les joyaux de la
couronne: en plus d’une sensibilité instrumentale et rythmique, le chef
savait distribuer et composer des casts admirables: pour cet Admeto des
origines, Rachel Yakar et James Bowman… rien de moins. Stars
naissantes de la révolution -baroqeuse et haendélienne-, en marche. Coffret “Handel”, Six Operas (15 cd Virgin classics)


dvd


Superbe spectacle madrilène d’avril 2008. Domingo superstar maîtrise
l’éloquence haendélienne avec force, profondeur, intensité, dont
l’éclat est rehaussé par le feu dramatique et tragique du chef britannique, Paul
McCreesh. La réalisation est mémorable, hissée au firmament par un dieu
chanteur, d’une étonnante audace défricheuse, d’une longévité impériale, à l’intelligence baroque,
indiscutable.


agenda


Calendrier “Haendel 2009″ à Londres

L’un des événements de l’année Haendel à Londres est l’oratorio
commandé par le Handel House Museum “25 Brook Street”, dont l’action
prend prétexte de la composition de l’oratorio Jephtha interrompue à
cause de la santé déclinante de Haendel. La partition en création est
écrite par 4 compositeurs contemporains, à la demande du Musée de la
maison haendel à Londres: Mark Bowden, Larry Goves, Chris Mayo et
Charlie Piper, sur un livret de Helen Cooper.
LOndres, Musée de la maison Haendel. Création de l’oratorio “25 Brook
street”. Première mondiale, le 2 juillet 2009 à 19h. St. George’s
Chruch, Hanover Square, W1. Réservations et informations sur le site du
Musée de la Maison Haendel à Londres: Handel house musem.

Centre de musique romantique française Venise, Palazetto Bru Zane

Création du Centre de Musique romantique française

Les compositeurs romantiques accostent à Venise

Le bâtiment vénitien porte le nom du généreux mécène qui permet la naissance d’une nouvelle institution musicale française: porté et financé par la fondation Bru, propriétaire du palais réceptacle, restauré pour en recevoir les équipes administratives et scientifiques, dans quelques mois, le Centre de musique romantique française (comme il existe le Centre de musique baroque de Versailles ou “Cmbv”), a été officiellement créé lors d’une soirée de prestige à l’Opéra-Comique, mercredi 11 mars dernier.

Le Casino Zane construit en 1695 permet dès sa conception à la fille des propriétaires mélomanes, les Zane, de donner des récitals de violon. C’est aussi le lieu où Mozart aurait joué lors du Carnaval de 1771…

En accord avec les missions de la Fondation Bru (recherche, éducation, restauration du patrimoine…), le Palazetto Bru Zane, totalement réaménagé dans le respect du plan de sauvegarde et de restauration des monuments classés de Venise, qui accueille désormais aussi une salle de concert (idéal pour la musique de chambre), abritera à partir de septembre 2009, tous les membres du bureau, réunis autour d’Olivier Lexa (directeur général), afin de relever les défis prometteurs et passionnants de sa future activité.
Le lieu est consacré à la recherche et ses innombrables activités de diffusion, qui en résultent. La période musicale et le répertoire ainsi analysé et étudié s’étend de 1780 à 1920 et concerne uniquement la musique française, “romantique”, dans son acceptation large.
En plus des activités recherche (travail musicologique, édition, organisation de colloques…), le Centre entend aussi porter une saison musicale continue, rythmée en 3 points forts, 2 festivals thématiques, à l’automne et au printemps, auquel répond chaque hiver “le salon romantique”, tremplin de jeunes instrumentistes. La diversité des approches interprétatives est favorisée: instruments modernes et d’époque, comme le principe des coproductions, concernant en particulier la résurrection d’ouvrages inédits. Les concerts et programmes seront ainsi à l’affiche du Théâtres des Champs Elysées, de l’Opéra-Comique à Paris, de La Fenice à Venise, du Bozar à Bruxelles…


Défrichement musical


Le milieu musical attendait depuis longtemps une nouvelle institution musicale digne de se plonger dans le vaste répertoire romantique français, de Grétry, Méhul et Jadin à Rabaud, Dubois, Pierné et même Debussy! Gageons que les découvertes seront passionnantes et les fruits divers des révélations (par le disque ou le livre) révélateurs de la richesse encore insoupçonnée et si mal estimée des auteurs français de la période.

De très nombreuses exhumations sont déjà attendues pour la première période romantique, en particulier entre 1780 et 1830. Déjà sous la règne “classique” ou “néo-classique” de Louis XVI se précisent les ferments de la nouvelle esthétique romantique: le théâtre se passionne moins pour le merveilleux que pour l’émergence du sentiment, attisé par les oeuvres de Gluck, Salieri, Sacchini… Gossec et Méhul composent les premières symphonies. Tout oeuvre pour que retentisse en 1830, l’éclat visionnaire et bouillonnant de la Fantastique de Berlioz, à l’époque (1830) où Delacroix, triomphe et fait scandale aussi, avec les distorsions expressives et le chromatisme (néovénitien!) de La Mort de Sardanapale…

Puis après 1850, les romantiques français désormais estimés, reconnus, tels Gounod, Saint-Saëns, Massenet et Bizet, et leurs consoeurs Louise Farrenc, Cécile Chaminade, Augusta Holmès ou Pauline Viardot diffusent cette spécificité “nationale”, pourtant très réceptive pour certains au wagnérisme ambiant… contradiction des filiations et richesse du terreau musical concerné… Voilà quelques unes de pistes sillonnées et approfondies par le Centre qui a choisi aussi, grand bien scientifique, de “gommer” les frontières et de restituer la complexité plurielle des filiations et des influences stylistiques mêlées. Contrairement au Cmbv précédemment cité, qui à Versailles, profite de subventions publiques, le Centre de musique romantique française (nous dirons bientôt le “Cmrf” avec la même évidence), à Venise, découle de la seule générosité éclairée de son mécène privé, la Fondation Bru, créée en 2005 à l’initiative du docteur Nicole Bru qui souhaitait ainsi conserver la mémoire des fondateurs des Laboratoires UPSA.


Première saison de concerts

Le Centre de musique romantique française accoste à Venise pour faire rayonner partout dans le monde, la richesse du romantisme français. Côté saison musicale, rendez-vous est donné le 2 octobre 2009 pour le premier festival intitulé “Les sources du romantisme français (1780-1830)” dont les escales, comme les programmes musicaux, sont d’une richesse qui donne le vertige: inscrits dans plusieurs villes européennes, le concerts rappellent la vocation et l’activité international du Centre: Collegiale Saint-Rémy à Fénétrange (France, le 2 octobre), puis Venise (Scuola Grande San Giovanni Evangelista, Palazetto Bru Zane, Château de Versailles, Avignon, Poznan en Pologne, Valladolid, Metz, Bruxelles et Paris… Volets d’ores et déjà prometteurs de ce premier festival du Cmrf, “la naissance de l’école symphonique française”, qui met l’accent sur les oeuvres des compositeurs symphonistes Onslow, Hérold, Jadin, Berlioz… aux côtés de Haydn, Gluck, Beethoven… (du 3 octobre au 7 novembre à Venise, cette dernière date à La Fenice, concert de Colin Davis pour Harold en Italie (Sabine, Toutain, alto) et les Nuits d’été avec Sophie Koch, mezzo-soprano).

Un autre axe interroge “l’opéra français aux portes du romantisme” grâce à la production d’Andromaque (tragédie lyrique de 1780) de Grétry, présentée à Paris (TCE, 18 octobre 2009) puis Bruxelles (le 19 octobre 2009)…

Toutes les informations pratiques, les programmes, les dates, les lieux et les horaires sur le site du Centre de musique romantique française


livres

Le Palazetto Bru Zane Centre de musique romantique française en partenariat avec les éditions Symétrie publie dès mars 2009, un premier choix de titres et publications parmi lesquels: “Souvenirs de ma vie” de Théodore Dubois, “Correspondance et écrits de jeunesse (1889-1907) d’Henri Rabaud, “Hérold en Italie” par Alexandre Dratwicki, “Aspects de l’opéra français, de Meyerbeer à Honegger”, “Lettres de compositeurs à Camille Saint-Saëns”… et bientôt “Le concours du prix de Rome de musique (1803-1968)”… Cette première moisson de sujets inédits sur des compositeurs méconnus s’ajoute aux titres déjà parus telle la somme en 8 volumes (et 14 kg), “Le Théâtre-Italien, 1801-1831″, chronologie et documents, par Jean Mongrédien (coup de coeur de mai 2008, de la Rédaction Livres de classiquenews.com).


cd

Mentionnons parmi les disques déjà édités en relation avec les recherches du Centre, “Remember”, Sonate pour violon et piano, Saltarello… de Théodore Dubois. Stéphanie-Marie Degor (violon), Laurent Martin (piano) (1 cd Ligia Digital). A venir, nouvel incontournable attendu: le volume 2 de l’intégral des oeuvres vocales avec orgue de César Franck par la maîtrise et le jeune choeur du centre de la Voix Rhône Alpes, les Solistes de Lyon-Bernard Tétu. Bernard Tétu, direction (1 cd Aeolus).


Numérisation des ressources

La travail de recherche entrepris s’accompagne aussi d’une mise en ligne des sources (numérisation croissante des publications), comme en témoigne déjà, la base de données réalisée par l’éditeur Symétrie (recherche en plein texte) réalisée pour “Le Théâtre-Italien de Paris” de Jean Mongrédien: toutes les informations: http://www.theatre-italien.fr

Illustrations: Palazetto Bru Zane, Grétry (DR)