Baroques et Romantiques Français à Rio

procopio-bruno-portrait-vignette-verticale--maestro-skyscraper-sept-dec-16RIO DE JANEIRO, les 4 et 7 octobre 2016. Bruno Procopio dirige Français Baroques et Romantiques. Rien ne semble rĂ©sister Ă  l’Ă©lectricitĂ© communicative du chef transatlantique, Bruno Procopio. Entre ancien et nouveau monde, de Paris Ă  Rio, le jeune maestro franco-brĂ©silien joue et rĂ©ussit la carte des Ă©changes musicaux en interprĂ©tant avec la subtilitĂ© requise – grĂące Ă  sa maĂźtrise des instruments d’Ă©poque, et aussi de la pratique “historiquement informĂ©e”, les compositeurs français, baroques et romantiques. En tĂ©moignent les deux concerts Ă©vĂ©nements prĂ©sentĂ©s Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), les 4 et 7 octobre prochains, Sala Cecilia Meireles : au programme, d’abord un programme “Des LumiĂšres au Romantisme” avec Rameau (un compositeur qu’il connaĂźt sur le bout des doigts), Jadin, Rigel, Dauvergne, Mozart et GrĂ©try ; puis le 7 octobre, dans un programme intitulĂ© “De la RĂ©volution Ă  l’Empire” :  Rameau (sublime Suite de Castor et Pollux, version de 1782, rĂ©orchestrĂ© par Dauvergne entre autres), Saint-George, Jadin et MĂ©hul (la Symphonie n°1 devrait ĂȘtre une rĂ©vĂ©lation). Pour exprimer le souffle et l’Ă©lĂ©gance des oeuvres programmĂ©s, Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ© les deux annĂ©es passĂ©es) et la pianofortiste sensible et virtuose, Nathalia Valentin (qui est aussi Ă  la ville, son Ă©pouse). Energie, complicitĂ©, articulation sont au rendez vous de ces 2 concerts cariocas Ă©vĂ©nements. Et pour refermer une formidable boucle transatlantique, le chef aux deux cultures en dialogue, dirige Ă  Paris, au TCE, un remarquable programme Villa-Lobos, Jobim, Milhaud, Neukomm, le 4 dĂ©cembre 2016, pilotant les forces vives de l’Orchestre Lamoureux… De Paris Ă  Rio de Janeiro, Bruno Procopio est bien le chef transatlantique de l’heure. Un exemple pour tous les musiciens de sa gĂ©nĂ©ration par son ouverture et sa connaissance (rare) de la pratique “historiquement informĂ©e” qu’il apporte actuellement aux orchestres sur instruments modernes…

LIRE notre présentation complÚte des concerts Baroques et Romantiques dirigés par Bruno Procopio avec la pianofortiste Natalia Valentin, les 4 et 7 octobre 2016, Sala Cecilia Meireles de Rio de Janeiro (Brésil)

 

 

2Ăšme Semaine de musique baroque Ă  Rio

Bruno Procopio et Natalia Valentin jouent les Baroques et Romantiques Français à Rio

2 derniers concerts Ă  ne pas manquer (4 et 7 octobre 2016)

 

 

 

Rio de Janeiro, Sala Cecilia MeirelesRIO de Janeiro : Bruno Procopio, maestro expressivo !

Mardi 4 octobre 2016

Programme
Des LumiĂšres au Romantisme

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Extraits des Nouvelles Suites de PiĂšces de clavecin

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Sonate pour pianoforte op. IV n°3 en fa# mineur

Henri-Joseph RIGEL (1741-1799)
Duo pour clavecin et pianoforte op. XIV n°1 en mib majeur

Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
Chansons pour soprano, violon, pianoforte et clavecin

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Sonate pour clavecin et accompagnement de violon K.9 en sol majeur (K9)
Sonate pour violon et pianoforte en mi mineur (K304)

AndrĂ©-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813)
Romances

 

Katia Velletaz*, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
Bruno Procopio, clavecin
Natalia Valentin, pianoforte

*chanteur en résidence

RESERVEZ votre place

Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

Dans les annĂ©es 1760, la fin du rĂšgne de Louis XV est marquĂ©e par un frĂ©missement artistique sans prĂ©cĂ©dent : l’ancien style baroque cĂšde insensiblement la place Ă  une nouvelle musique, teintĂ©e des courants germaniques de l’« Empfindsamkeit » et du « Sturm und Drang ». Les anciennes formes, les anciens genres, les anciens instruments perdent de leur lustre au profit d’expĂ©riences musicales jusque-lĂ  inouĂŻes. Toute une gĂ©nĂ©ration de compositeurs contribue Ă  ce renouveau, rĂ©vĂ©lant des personnalitĂ©s plus ou moins fortes et attachantes. Rameau ou Mondonville avaient amorcĂ© une nouvelle orientation ; ce sont Dauvergne, Rigel ou GrĂ©try qui prolongeront cette voie. À quinze ans d’intervalle, les compositions du jeune Mozart (de passage en France en 1763 et 1778) tĂ©moignent Ă  leur maniĂšre de la rapide Ă©volution des goĂ»ts. Le classicisme est en marche.

 

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesRio de Janeiro, Sala Cecilia Meireles

Vendredi 7 octobre 2016

Programme
De la RĂ©volution Ă  l’Empire

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Suite de Castor et Pollux (version 1782)

Joseph Bologne de SAINT-GEORGE (1745-1799)
Concerto pour violon et orchestre op. II n°2 en ré majeur

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Concerto pour piano et orchestre n°2 en ré mineur

Nicolas-Étienne MÉHUL (1763-1817)
Symphonie n°1 en sol mineur

Orchestre Symphonique du Brésil (OSB)
Stéphanie-Marie Degand, violon
Natalia Valentin, piano
Bruno Procopio, direction musicale

RESERVEZ votre place

Consultez aussi le site du CMBV, page agenda

À la veille de la RĂ©volution, Paris est devenu la capitale internationale des arts, et tout particuliĂšrement de la musique. On y croise les auteurs les plus cĂ©lĂšbres du temps, Piccinni, Salieri, Mozart, J.C. Bach, Paisiello et beaucoup d’autres. Si l’OpĂ©ra fascine par son ton Ă©pique et ses effectifs colossaux, les sociĂ©tĂ©s de concert attirent un public tout aussi nombreux qui se presse pour entendre les symphonies et les concertos Ă  la mode. L’ancien rĂ©pertoire vit ses derniĂšres heures : seul Rameau, avec Castor et Pollux, connaĂźt encore les honneurs de la scĂšne passĂ© 1780. Le Chevalier de Saint-George – surnommĂ© « le Mozart noir » – est une des personnalitĂ©s les plus influentes : ses concertos, redoutables, marquent une nouvelle Ă©tape dans l’escalade Ă  la virtuositĂ© qui caractĂ©rise alors l’École de violon française. À la mĂȘme pĂ©riode, Hyacinthe Jadin dĂ©veloppe les possibilitĂ©s du nouveau pianoforte ; nommĂ© professeur au Conservatoire lors de sa crĂ©ation en 1795, il fait figure de visionnaire mais sera fauchĂ© par la mort Ă  24 ans seulement. MĂ©hul, quant Ă  lui, se rĂ©vĂšle avec Cherubini l’un des premiers compositeurs français au style vĂ©ritablement « romantique » : ses sonates, ses opĂ©ras et surtout ses quatre symphonies, ouvrent la voie Ă  une musique d’un nouveau genre et marqueront toutes les premiĂšres annĂ©es du XIXe siĂšcle.

 

 

 

discographie

 

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HM Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)… CD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son pĂšre : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint aprĂšs Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le


Rameai in Caracas, Bruno Procopio CD. Bruno Procopio : Rameau in Caracas… CD. Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012)   
  DĂ©fi magistral rĂ©ussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube trĂšs officiellement le tempĂ©rament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et dĂ©jĂ  riche collaboration avec les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilitĂ© et sa versatilitĂ© contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sĂ»retĂ© de son approche, n’hĂ©sitant pas ici Ă  aborder le compositeur


CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (label Paraty)… Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Procopio, 2012) critique de cd Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste…

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesbeethoven_rondos_bagatelles_pianoforte_natalia_valentin_cd_ParatyCD Ă©vĂ©nement Natalia Valentin, pianoforte joue les Bagatelles de Beethoven (1 cd Paraty)… Et de 7! Depuis sa crĂ©ation en 2006, le jeune label Paraty, portĂ© par le claveciniste Bruno Procopio, enchaĂźne les rĂ©ussites discographiques. AprĂšs plusieurs rĂ©citals signĂ©s Ivan Illic, Nicolas Stavy, et rĂ©cemment un superbe enregistrement Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (sur un piano Broadwood 1840), voici le dernier disque de la fortepianiste Natalia Valentin, dans un cycle de partitions du jeune Beethoven. Le choix de l’’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne du sud, de la fin du XVIIIĂš, restaurĂ© par Christopher Clarke), grĂące Ă  sa “prell-mĂ©canique”, apporte un regard neuf et une sonoritĂ© Ă  la fois perlĂ©e et vivifiante sur les oeuvres choisies: Rondos et Bagatelles (7 de l’opus 33, datĂ©es de 1802) d’un feu Ă©poustouflant entre nervositĂ©, grĂące et Ă©lĂ©gance. Mais dĂ©jĂ  pour NoĂ«l 2009, le jeune label aux pĂ©pites musicales annonce un superbe double album “Matinas do Natal” de Marcos Portugal: l’ensemble Turicum enregistre en premiĂšre mondial une partition crĂ©Ă©e Ă  Rio de Janeiro en 1811, vĂ©ritable crĂšche pastorale sur le thĂšme de la NativitĂ© aux couleurs inĂ©dites
 LIRE notre compte rendu complet du cd Les Bagatelles de Beethoven par la pianofortiste Natalia Valentin (aoĂ»t 2009).

 

 

 

Comptes rendus

LIRE notre compte rendu critique complet de Renaud de Sacchini par Bruno Procopio, Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars 2015, Sala Cecília Meireles, Rio de Janeiro, Brésil)

 

 

Marcos Portugal, le Rossini luso-brĂ©silien Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal Ă  Rio (10 dĂ©cembre 2012). Rio, OpĂ©ra. Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore
 Leonardo Pascoa (Giorgio), 
 Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction L’Oro no compra amore ressuscite Ă  Rio Exaltante rĂ©habilitation Ă  l’OpĂ©ra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brĂ©silien Marcos Portugal: son opĂ©ra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recrĂ©ation, d’autant que dĂ©jĂ  applaudi et mĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs 1804 Ă  Lisbonne, il s’agit du premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© sur le sol brĂ©silien Ă  l’époque du jeune empire brĂ©silien en 1811. L’initiative est d’autant plus lĂ©gitime que Rio redĂ©couvre l’un de


 

 

 

 

VOIR

 

Bruno Procopio joue Neukomm et Gossec Ă  Rio (Symphonie Ă  17 parties), Cidade das Artes, Rio de Janeiro, le 4 avril 2015. VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817. la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’époque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ɠuvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’époque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : aprĂšs avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux
 la direction du chef de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio dirige Ă  Caracas, en septembre 2013 :

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brĂ©silien retrouve Ă  Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. AprĂšs avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opĂ©ras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil SĂ­mon Bolivar “, phalange dĂ©sormais dĂ©diĂ©e Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e des Ɠuvres baroques, classiques et prĂ©romantiques. Fougue, prĂ©cision, style, mordant, l’entente du chef invitĂ© et des instrumentistes rĂ©alise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-SĂ©bastien est un gĂ©nie dĂ©fricheur et expĂ©rimentateur : sa virtuositĂ© au clavier s’entend aussi Ă  l’orchestre d’une libertĂ© inventive Ă  la fois, mĂ©lancolique et fantaisiste voire fantasque
 trĂšs liĂ©e aux nouvelles tendances esthĂ©tique de l’Empfindsamkeit (“sensibilitĂ©â€, courant littĂ©raire surtout qui prĂ©figure dĂ©jĂ  les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM

 

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio recrĂ©e L’Oro no compra amore de Marcos Portugal, dĂ©cembre 2012 :

Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini Ă  Rio de JaneiroRIO, OpĂ©ra : Bruno Procopio dirige L’Oro no compra amore de Marcos Portugal (dĂ©cembre 2012). Marcos Portugal, compositeur officiel de la cour impĂ©riale du BrĂ©sil compose nombre d’ouvrages italiens dont la verve et le raffinement prĂ©figure directement Rossini
 Bruno Procopio ressuscite L’oro no compta amorce, premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Rio
 Pour les 250 ans de sa naissance, l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (Orquesta Sinfonica Brasileira) cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur portugais, Marcos Portugal (1762-1830). Le jeune chef français d’origine brĂ©silienne Bruno Procopio dirige les musiciens dans une partition crĂ©Ă©e d’abord Ă  Lisbonne en 1804 puis reprise en 1811 Ă  Rio : L’oro non compta amorce l’essor de l’opĂ©ra dans le nouveau monde. L’OpĂ©ra de Rio accueille cette recrĂ©ation majeure qui conclut la saison musicale de l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil. PrĂ©sentĂ©e en version de concert le 10 dĂ©cembre 2012, l’ouvrage jalonne un champ d’expĂ©rimentation qui permet aux instrumentistes d’élargir leur rĂ©pertoire tout en ressuscitant des Ɠuvres mĂ©connues.  GRAND REPORTAGE VIDEO, version français © CLASSIQUENEWS 2012

 

 

 

Paris, TCE, Théùtre des Champs Elysées
Dimanche 4 décembre 2016

Bruno Procopio dirige l’Orchestre Lamoureux
dans un programme Villa-Lobos, Milhaud, Jobim, Neukomm…

procopio-bruno-maestro-chef-d-orchestrePARIS, TCE. Musique brĂ©silienne Ă  Paris, le 4 dĂ©cembre 2016. Tubes et musique sacrĂ©e : de Villa-Lobos et Jobim Ă  Neukomm. Orchestre associĂ© du TCE ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’Orchestre Lamoureux offre un concert de musique brĂ©silienne Ă  la fois Ă©clectique et historique ; au plus large public, le programme dirigĂ© par Bruno Procopio, maestro impetuoso et charismatique, joue des standards brĂ©siliens universels et rĂ©cents : l’enivrante Bachianas Brasileiras n°5 de Villa-Lobos, Saudades do Brasil de Milhaud, sans omettre, l’irrĂ©sistible tube, ambassadeur de l’art de vivre du quartier carioca d’Ipanema, The Girl from Ipanema de Jobim
 Mais acuitĂ© personnelle du chef Procopio oblige, en liaison avec son amour pour sa culture natale et ce travail particulier dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques, plusieurs extraits de la lĂ©gendaire Missa Pro Die Acclamationes Johannes VI, signĂ© Neukomm. C’est l’emblĂšme de la musique impĂ©riale brĂ©silienne, quand le BrĂ©sil devenu indĂ©pendant, construit son image sur une identitĂ© certes occidentale, mais singuliĂšre : Neukomm, le Mozart brĂ©silien, a fourni alors Ă  la Cour de l’Empereur du BrĂ©sil Jean VI, plusieurs partitions musicales emblĂ©matique de cet ordre politique et culturel nouveau dont tĂ©moigne Ă©videmment la Messe Ă©crite pour son couronnement et que Bruno Procopio Ă  Paris, s’ingĂ©nie dĂ©but dĂ©cembre 2016 Ă  ressusciter avec le faste, le souffle et le relief vocal, choral, instrumental requis. Sigismund Neukomm est bien connu des mĂ©lomanes car le Sazlbourgeois, Ă©lĂšve de Joseph Haydn entreprit de terminer le Requiem de Mozart laissĂ© inachevĂ© (Libera me). La partition autographe datĂ©e de 1819 fut dĂ©couverte rĂ©cemment Ă  Rio de Janeiro : elle est le fruit du travail de Neukomm installĂ© au BrĂ©sil et qui mena son travail de composition avec le plus grand compositeur local, le mulĂątre JosĂ© Mauricio Nunes Garcia. La version du Requiem de Mozart, achevĂ© par Neukomm a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par Jean-Claude Malgoire en 2006.

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Concert Ă©vĂ©nement “Joyaux BrĂ©siliens au TCE, Tubes et musique sacrĂ©e, de Villa-Lobos Ă  Neukom… par Bruno Procopio et l’Orchestre Lamoureux Ă  PARIS… En LIRE +

 

RIO de Janeiro. Bruno Procopio dirige Baroques et Romantiques français

procopio-bruno-portrait-vignette-verticale--maestro-skyscraper-sept-dec-16RIO DE JANEIRO, les 4 et 7 octobre 2016. Bruno Procopio dirige Français Baroques et Romantiques. Rien ne semble rĂ©sister Ă  l’Ă©lectricitĂ© communicative du chef transatlantique, Bruno Procopio. Entre ancien et nouveau monde, de Paris Ă  Rio, le jeune maestro franco-brĂ©silien joue et rĂ©ussit la carte des Ă©changes musicaux en interprĂ©tant avec la subtilitĂ© requise – grĂące Ă  sa maĂźtrise des instruments d’Ă©poque, et aussi de la pratique “historiquement informĂ©e”, les compositeurs français, baroques et romantiques. En tĂ©moignent les deux concerts Ă©vĂ©nements prĂ©sentĂ©s Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), les 4 et 7 octobre prochains, Sala Cecilia Meireles : au programme, d’abord un programme “Des LumiĂšres au Romantisme” avec Rameau (un compositeur qu’il connaĂźt sur le bout des doigts), Jadin, Rigel, Dauvergne, Mozart et GrĂ©try ; puis le 7 octobre, dans un programme intitulĂ© “De la RĂ©volution Ă  l’Empire” :  Rameau (sublime Suite de Castor et Pollux, version de 1782, rĂ©orchestrĂ© par Dauvergne entre autres), Saint-George, Jadin et MĂ©hul (la Symphonie n°1 devrait ĂȘtre une rĂ©vĂ©lation). Pour exprimer le souffle et l’Ă©lĂ©gance des oeuvres programmĂ©s, Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (qu’il a dĂ©jĂ  dirigĂ© les deux annĂ©es passĂ©es) et la pianofortiste sensible et virtuose, Nathalia Valentin (qui est aussi Ă  la ville, son Ă©pouse). Energie, complicitĂ©, articulation sont au rendez vous de ces 2 concerts cariocas Ă©vĂ©nements. Et pour refermer une formidable boucle transatlantique, le chef aux deux cultures en dialogue, dirige Ă  Paris, au TCE, un remarquable programme Villa-Lobos, Jobim, Milhaud, Neukomm, le 4 dĂ©cembre 2016, pilotant les forces vives de l’Orchestre Lamoureux… De Paris Ă  Rio de Janeiro, Bruno Procopio est bien le chef transatlantique de l’heure. Un exemple pour tous les musiciens de sa gĂ©nĂ©ration par son ouverture et sa connaissance (rare) de la pratique “historiquement informĂ©e” qu’il apporte actuellement aux orchestres sur instruments modernes…

LIRE notre présentation complÚte des concerts Baroques et Romantiques dirigés par Bruno Procopio avec la pianofortiste Natalia Valentin, les 4 et 7 octobre 2016, Sala Cecilia Meireles de Rio de Janeiro (Brésil)

 

 

2Ăšme Semaine de musique baroque Ă  Rio

Bruno Procopio et Natalia Valentin jouent les Baroques et Romantiques Français à Rio

2 derniers concerts Ă  ne pas manquer (4 et 7 octobre 2016)

 

 

 

Rio de Janeiro, Sala Cecilia MeirelesRIO de Janeiro : Bruno Procopio, maestro expressivo !

Mardi 4 octobre 2016

Programme
Des LumiĂšres au Romantisme

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Extraits des Nouvelles Suites de PiĂšces de clavecin

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Sonate pour pianoforte op. IV n°3 en fa# mineur

Henri-Joseph RIGEL (1741-1799)
Duo pour clavecin et pianoforte op. XIV n°1 en mib majeur

Antoine DAUVERGNE (1713-1797)
Chansons pour soprano, violon, pianoforte et clavecin

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Sonate pour clavecin et accompagnement de violon K.9 en sol majeur (K9)
Sonate pour violon et pianoforte en mi mineur (K304)

AndrĂ©-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813)
Romances

 

Katia Velletaz*, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
Bruno Procopio, clavecin
Natalia Valentin, pianoforte

*chanteur en résidence

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Dans les annĂ©es 1760, la fin du rĂšgne de Louis XV est marquĂ©e par un frĂ©missement artistique sans prĂ©cĂ©dent : l’ancien style baroque cĂšde insensiblement la place Ă  une nouvelle musique, teintĂ©e des courants germaniques de l’« Empfindsamkeit » et du « Sturm und Drang ». Les anciennes formes, les anciens genres, les anciens instruments perdent de leur lustre au profit d’expĂ©riences musicales jusque-lĂ  inouĂŻes. Toute une gĂ©nĂ©ration de compositeurs contribue Ă  ce renouveau, rĂ©vĂ©lant des personnalitĂ©s plus ou moins fortes et attachantes. Rameau ou Mondonville avaient amorcĂ© une nouvelle orientation ; ce sont Dauvergne, Rigel ou GrĂ©try qui prolongeront cette voie. À quinze ans d’intervalle, les compositions du jeune Mozart (de passage en France en 1763 et 1778) tĂ©moignent Ă  leur maniĂšre de la rapide Ă©volution des goĂ»ts. Le classicisme est en marche.

 

 

 

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Vendredi 7 octobre 2016

Programme
De la RĂ©volution Ă  l’Empire

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Suite de Castor et Pollux (version 1782)

Joseph Bologne de SAINT-GEORGE (1745-1799)
Concerto pour violon et orchestre op. II n°2 en ré majeur

Hyacinthe JADIN (1776-1800)
Concerto pour piano et orchestre n°2 en ré mineur

Nicolas-Étienne MÉHUL (1763-1817)
Symphonie n°1 en sol mineur

Orchestre Symphonique du Brésil (OSB)
Stéphanie-Marie Degand, violon
Natalia Valentin, piano
Bruno Procopio, direction musicale

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À la veille de la RĂ©volution, Paris est devenu la capitale internationale des arts, et tout particuliĂšrement de la musique. On y croise les auteurs les plus cĂ©lĂšbres du temps, Piccinni, Salieri, Mozart, J.C. Bach, Paisiello et beaucoup d’autres. Si l’OpĂ©ra fascine par son ton Ă©pique et ses effectifs colossaux, les sociĂ©tĂ©s de concert attirent un public tout aussi nombreux qui se presse pour entendre les symphonies et les concertos Ă  la mode. L’ancien rĂ©pertoire vit ses derniĂšres heures : seul Rameau, avec Castor et Pollux, connaĂźt encore les honneurs de la scĂšne passĂ© 1780. Le Chevalier de Saint-George – surnommĂ© « le Mozart noir » – est une des personnalitĂ©s les plus influentes : ses concertos, redoutables, marquent une nouvelle Ă©tape dans l’escalade Ă  la virtuositĂ© qui caractĂ©rise alors l’École de violon française. À la mĂȘme pĂ©riode, Hyacinthe Jadin dĂ©veloppe les possibilitĂ©s du nouveau pianoforte ; nommĂ© professeur au Conservatoire lors de sa crĂ©ation en 1795, il fait figure de visionnaire mais sera fauchĂ© par la mort Ă  24 ans seulement. MĂ©hul, quant Ă  lui, se rĂ©vĂšle avec Cherubini l’un des premiers compositeurs français au style vĂ©ritablement « romantique » : ses sonates, ses opĂ©ras et surtout ses quatre symphonies, ouvrent la voie Ă  une musique d’un nouveau genre et marqueront toutes les premiĂšres annĂ©es du XIXe siĂšcle.

 

 

 

discographie

 

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HM Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)… CD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son pĂšre : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint aprĂšs Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le


Rameai in Caracas, Bruno Procopio CD. Bruno Procopio : Rameau in Caracas… CD. Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012)   
  DĂ©fi magistral rĂ©ussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube trĂšs officiellement le tempĂ©rament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et dĂ©jĂ  riche collaboration avec les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilitĂ© et sa versatilitĂ© contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sĂ»retĂ© de son approche, n’hĂ©sitant pas ici Ă  aborder le compositeur


CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (label Paraty)… Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Procopio, 2012) critique de cd Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste…

 

 

valentin_Natalia_pianoforte_valentin_beethoven_caprices_bagatellesbeethoven_rondos_bagatelles_pianoforte_natalia_valentin_cd_ParatyCD Ă©vĂ©nement Natalia Valentin, pianoforte joue les Bagatelles de Beethoven (1 cd Paraty)… Et de 7! Depuis sa crĂ©ation en 2006, le jeune label Paraty, portĂ© par le claveciniste Bruno Procopio, enchaĂźne les rĂ©ussites discographiques. AprĂšs plusieurs rĂ©citals signĂ©s Ivan Illic, Nicolas Stavy, et rĂ©cemment un superbe enregistrement Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (sur un piano Broadwood 1840), voici le dernier disque de la fortepianiste Natalia Valentin, dans un cycle de partitions du jeune Beethoven. Le choix de l’’instrument (prodigieux fortepiano d’un facteur anonyme de l’Allemagne du sud, de la fin du XVIIIĂš, restaurĂ© par Christopher Clarke), grĂące Ă  sa “prell-mĂ©canique”, apporte un regard neuf et une sonoritĂ© Ă  la fois perlĂ©e et vivifiante sur les oeuvres choisies: Rondos et Bagatelles (7 de l’opus 33, datĂ©es de 1802) d’un feu Ă©poustouflant entre nervositĂ©, grĂące et Ă©lĂ©gance. Mais dĂ©jĂ  pour NoĂ«l 2009, le jeune label aux pĂ©pites musicales annonce un superbe double album “Matinas do Natal” de Marcos Portugal: l’ensemble Turicum enregistre en premiĂšre mondial une partition crĂ©Ă©e Ă  Rio de Janeiro en 1811, vĂ©ritable crĂšche pastorale sur le thĂšme de la NativitĂ© aux couleurs inĂ©dites
 LIRE notre compte rendu complet du cd Les Bagatelles de Beethoven par la pianofortiste Natalia Valentin (aoĂ»t 2009).

 

 

 

Comptes rendus

LIRE notre compte rendu critique complet de Renaud de Sacchini par Bruno Procopio, Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars 2015, Sala Cecília Meireles, Rio de Janeiro, Brésil)

 

 

Marcos Portugal, le Rossini luso-brĂ©silien Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal Ă  Rio (10 dĂ©cembre 2012). Rio, OpĂ©ra. Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore
 Leonardo Pascoa (Giorgio), 
 Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction L’Oro no compra amore ressuscite Ă  Rio Exaltante rĂ©habilitation Ă  l’OpĂ©ra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brĂ©silien Marcos Portugal: son opĂ©ra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recrĂ©ation, d’autant que dĂ©jĂ  applaudi et mĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs 1804 Ă  Lisbonne, il s’agit du premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© sur le sol brĂ©silien Ă  l’époque du jeune empire brĂ©silien en 1811. L’initiative est d’autant plus lĂ©gitime que Rio redĂ©couvre l’un de


 

 

 

 

VOIR

 

Bruno Procopio joue Neukomm et Gossec Ă  Rio (Symphonie Ă  17 parties), Cidade das Artes, Rio de Janeiro, le 4 avril 2015. VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817. la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’époque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ɠuvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’époque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : aprĂšs avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux
 la direction du chef de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio dirige Ă  Caracas, en septembre 2013 :

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brĂ©silien retrouve Ă  Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. AprĂšs avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opĂ©ras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil SĂ­mon Bolivar “, phalange dĂ©sormais dĂ©diĂ©e Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e des Ɠuvres baroques, classiques et prĂ©romantiques. Fougue, prĂ©cision, style, mordant, l’entente du chef invitĂ© et des instrumentistes rĂ©alise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-SĂ©bastien est un gĂ©nie dĂ©fricheur et expĂ©rimentateur : sa virtuositĂ© au clavier s’entend aussi Ă  l’orchestre d’une libertĂ© inventive Ă  la fois, mĂ©lancolique et fantaisiste voire fantasque
 trĂšs liĂ©e aux nouvelles tendances esthĂ©tique de l’Empfindsamkeit (“sensibilitĂ©â€, courant littĂ©raire surtout qui prĂ©figure dĂ©jĂ  les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM

 

 

VOIR notre reportage Bruno Procopio recrĂ©e L’Oro no compra amore de Marcos Portugal, dĂ©cembre 2012 :

Bruno Procopio dirige Renaud de Sacchini Ă  Rio de JaneiroRIO, OpĂ©ra : Bruno Procopio dirige L’Oro no compra amore de Marcos Portugal (dĂ©cembre 2012). Marcos Portugal, compositeur officiel de la cour impĂ©riale du BrĂ©sil compose nombre d’ouvrages italiens dont la verve et le raffinement prĂ©figure directement Rossini
 Bruno Procopio ressuscite L’oro no compta amorce, premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Rio
 Pour les 250 ans de sa naissance, l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (Orquesta Sinfonica Brasileira) cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du compositeur portugais, Marcos Portugal (1762-1830). Le jeune chef français d’origine brĂ©silienne Bruno Procopio dirige les musiciens dans une partition crĂ©Ă©e d’abord Ă  Lisbonne en 1804 puis reprise en 1811 Ă  Rio : L’oro non compta amorce l’essor de l’opĂ©ra dans le nouveau monde. L’OpĂ©ra de Rio accueille cette recrĂ©ation majeure qui conclut la saison musicale de l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil. PrĂ©sentĂ©e en version de concert le 10 dĂ©cembre 2012, l’ouvrage jalonne un champ d’expĂ©rimentation qui permet aux instrumentistes d’élargir leur rĂ©pertoire tout en ressuscitant des Ɠuvres mĂ©connues.  GRAND REPORTAGE VIDEO, version français © CLASSIQUENEWS 2012

 

 

 

Paris, TCE, Théùtre des Champs Elysées
Dimanche 4 décembre 2016

Bruno Procopio dirige l’Orchestre Lamoureux
dans un programme Villa-Lobos, Milhaud, Jobim, Neukomm…

procopio-bruno-maestro-chef-d-orchestrePARIS, TCE. Musique brĂ©silienne Ă  Paris, le 4 dĂ©cembre 2016. Tubes et musique sacrĂ©e : de Villa-Lobos et Jobim Ă  Neukomm. Orchestre associĂ© du TCE ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’Orchestre Lamoureux offre un concert de musique brĂ©silienne Ă  la fois Ă©clectique et historique ; au plus large public, le programme dirigĂ© par Bruno Procopio, maestro impetuoso et charismatique, joue des standards brĂ©siliens universels et rĂ©cents : l’enivrante Bachianas Brasileiras n°5 de Villa-Lobos, Saudades do Brasil de Milhaud, sans omettre, l’irrĂ©sistible tube, ambassadeur de l’art de vivre du quartier carioca d’Ipanema, The Girl from Ipanema de Jobim
 Mais acuitĂ© personnelle du chef Procopio oblige, en liaison avec son amour pour sa culture natale et ce travail particulier dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques, plusieurs extraits de la lĂ©gendaire Missa Pro Die Acclamationes Johannes VI, signĂ© Neukomm. C’est l’emblĂšme de la musique impĂ©riale brĂ©silienne, quand le BrĂ©sil devenu indĂ©pendant, construit son image sur une identitĂ© certes occidentale, mais singuliĂšre : Neukomm, le Mozart brĂ©silien, a fourni alors Ă  la Cour de l’Empereur du BrĂ©sil Jean VI, plusieurs partitions musicales emblĂ©matique de cet ordre politique et culturel nouveau dont tĂ©moigne Ă©videmment la Messe Ă©crite pour son couronnement et que Bruno Procopio Ă  Paris, s’ingĂ©nie dĂ©but dĂ©cembre 2016 Ă  ressusciter avec le faste, le souffle et le relief vocal, choral, instrumental requis. Sigismund Neukomm est bien connu des mĂ©lomanes car le Sazlbourgeois, Ă©lĂšve de Joseph Haydn entreprit de terminer le Requiem de Mozart laissĂ© inachevĂ© (Libera me). La partition autographe datĂ©e de 1819 fut dĂ©couverte rĂ©cemment Ă  Rio de Janeiro : elle est le fruit du travail de Neukomm installĂ© au BrĂ©sil et qui mena son travail de composition avec le plus grand compositeur local, le mulĂątre JosĂ© Mauricio Nunes Garcia. La version du Requiem de Mozart, achevĂ© par Neukomm a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par Jean-Claude Malgoire en 2006.

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Concert Ă©vĂ©nement “Joyaux BrĂ©siliens au TCE, Tubes et musique sacrĂ©e, de Villa-Lobos Ă  Neukom… par Bruno Procopio et l’Orchestre Lamoureux Ă  PARIS… En LIRE +

 

La Belle HĂ©lĂšne d’offenbach, version Pisani Ă  Marseille

offenbach_jacques classiquenews 2016 portrait de jacques offenbachMARSEILLE, OpĂ©ra. Offenbach: La Belle HĂ©lĂšne. Les 15 et 16 octobre 2016. Offenbach parodie l’Antiquité  le Mozart des boulevards incarnent cette joie de vivre, cette libertĂ© satirique, sublimĂ©es par une Ă©criture musicale en verve ; son thĂ©Ăątre illusoirement lĂ©ger et insouciant, Ă©pingle scrupuleusement les travers de la sociĂ©tĂ© artificielle du Second Empire
 Comme Rameau et sa folle comĂ©die dĂ©jantĂ©e PlatĂ©e, le compositeur romantique renouvelle l’exercice poĂ©tique : il tend le miroir Ă  la sociĂ©tĂ© de son temps et renvoie Ă  l’audience la reprĂ©sentation Ă  peine masquĂ©e (mais maquillĂ©e certes) de ses propres turpitudes. dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours, La Belle HĂ©lĂšne (opĂ©rette irrĂ©sistible de 1864), confirme les affinitĂ©s du metteur en scĂšne Bernard Pisani (un spĂ©cialiste de la partition qui l’a abordĂ© Ă  4 reprises
) .

offenbach-jacques-portrait-jeune-582-767Le prĂ©texte mythologique permet de parodier les tares et les faiblesses d’une humanitĂ© frivole et insouciante, totalement irresponsable car ici la satire politique affleure dans chaque sĂ©quence. FĂ©line, amoureuse, vive, HĂ©lĂšne affirme un tempĂ©rament vocal et dramatique qui inspire depuis longtemps les plus grandes cantatrices, preuve que l’ouvrage est plus profond et raffinĂ©s que vraiment caricatural. Songeons Ă  ce qu’en donnait l’exquise et allusive Jessye Norman qui inscrit le rĂŽle Ă  son rĂ©pertoire
 ElĂ©gance, souplesse, ivresse mĂ©lodique 
 pour Pisani, La Belle HĂ©lĂšne rassemble toute les qualitĂ©s d’une grande Ɠuvre : une opĂ©rette dont la subtilitĂ© se rapproche de l’opĂ©ra;  politiques vĂ©reux mais trĂšs arrogants, dĂ©esses dĂ©vergondĂ©es et bergers complices portĂ©s sur la cabriole
 Le stupre sĂ©vit souverain au dĂ©but du II ; HĂ©lĂšne, madame MĂ©lĂ©nas s’encanaille Ă  la barbe de son Ă©poux, soupçonneux, maladroit, ennuyeux car quand paraĂźt le beau PĂąris, la blonde fille de Jupiter et LĂ©da n’a d’yeux que pour le mĂąle sculptĂ© comme un Ă©phĂšbe. Ainsi, sans qu’il n’y puisse rien, MĂ©lĂ©nas dĂ©couvre en fin d’action que le berger adolescent (dĂ©guisĂ© en faux augure) et la plus belle femme du monde convolent sur la galĂšre qui les mĂšnera aux pays des rĂȘves et de l’extase, Ă  CythĂšre (comme l’a reprĂ©sentĂ© le peintre Watteau)

Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau donc, dans sa formidable PlatĂ©e (prĂ©figuration de la future comĂ©die musicale Ă  venir, dĂ©jĂ  en 1745
.) revĂȘt les traits d’une Ăąpre diatribe sociale et humaine: la sociĂ©tĂ© portraiturĂ©e dans La Belle HĂ©lĂšne sous couvert de gags Ă  gogo et de tableaux dĂ©lirants et dĂ©calĂ©s grossit les travers d’une humanitĂ© corrompue, dĂ©cadente, en somme celle du Second Empire
 Et Offenbach plus cultivĂ© astucieux qu’on ne le dit, La production prĂ©sentĂ©e en octobre Ă  Marseille, a dĂ©jĂ  fait escale (applaudie) Ă  Tours en dĂ©cembre 2015, Avignon en 2012 puis en 2014 Ă  Toulon


La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach Ă  l’OdĂ©on de Marseille
Marseille belle helene opera de marseille
2 représentations incontournables
Les 15 et 16 octobre 2016 Ă  14h30
RESERVEZ VOTRE PLACE

Opéra bouffe en trois actes

Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris

OpĂ©ra bouffe en 3 actes‹Livret de Henri MEILHAC et Ludovic HALÉVY

Direction musicale: Emmanuel TRENQUE

Mise en scÚne: Bernard PISANI
Assistant mise en scÚne: Sébastien OLIVEROS
Décors: Eric CHEVALIER

HélÚne: Laurence JANOT
Bacchis: Carole CLIN
Parthénis: Nelly BOIS
Loeena: Lorrie GARCIA
Pùris: Kévin AMIEL
Oreste: Samy CAMPS
Calchas: Michel VAISSIERE
Agamemnon: Philippe ERMELIER
Ménélas: Dominique DESMONS
Achille: Jean-Marie DELPAS
Ajax I: Jacques LEMAIRE
Ajax II: Yvan REBEYROL

Choeur Phocéen, chef de choeur Rémy LITTOLFF
Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on

ConfĂ©rence Ă  l’Alcazar
SAMEDI 8 OCTOBRE 2016 À 17h

 

PARIS. Eliogabalo de Cavalli, recréé au Palais Garnier

Cavalli_francescoPARIS, Palais Garnier : Eliogabalo de Cavalli : 14 septembre-15 octobre 2016. RecrĂ©ation baroque attendue sous les ors de Garnier Ă  Paris… GrĂące au musicologue Jean-François Lattarico (collaborateur sur classiquenews, et auteur rĂ©cent de deux nouveaux ouvrages sur l’opĂ©ra vĂ©nitien du Seicento et sur le librettiste Giovan Francesco Busenello), les opĂ©ras de Cavalli connaissent un sursaut de rĂ©habilitation. Essor justifiĂ© car le plus digne hĂ©ritier de Monteverdi aura Ă©bloui l’Europe entiĂšre au XVIIĂš, par son sens de la facĂ©tie, un cocktail dĂ©capant sur les planches alliant sensualitĂ©, cynisme et poĂ©sie, mĂȘlĂ©s. Avec Eliogabalo, recrĂ©ation et nouvelle production, voici assurĂ©ment l’évĂ©nement en dĂ©but de saison, du 14 septembre au 15 octobre 2016, soit 13 reprĂ©sentations incontournables au Palais Garnier. Avec le Nerone de son maĂźtre Monteverdi dans Le couronnement de PoppĂ©e, Eliogabalo illustre cette figure mĂ©prisable et si humaine de l’ñme faible, « effeminata », celle d’un politique pervers, corrompu, perverti qui ne maĂźtrise pas ses passions mais en est l’esclave clairvoyant et passif
 Superbe production Ă  n’en pas douter et belle affirmation du Baroque au Palais Garnier. Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scĂšne. Avec entre autres : Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre ; Valer Sabadus (Giuliano Gordie)
 soit les contre tĂ©nors les plus fascinants de l’heure. Un must absolu.

 

 

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Elagabalo_(203_o_204-222_d.C)_-_Musei_capitolini_-_Foto_Giovanni_Dall'Orto_-_15-08-2000HISTOIRE ROMAINE. L’histoire romaine laisse la trace d’un empereur apparentĂ© aux Antonins et Ă  Caracalla (auquel il ressemblait Ă©trangement), Varius Avitus Bassianus dit HĂ©liogabale ou Elagabal, devenu souverain impĂ©rial Ă  14 ans en 218. L’adolescent, politique prĂ©coce, ne devait rĂ©gner que … 4 annĂ©es (jusqu’en 222). Le descendant des Bassianides, illustre clan d’EmĂšse, en raison d’une historiographie Ă  charge, reprĂ©sente la figure emblĂ©matique du jeune prince pervers et dissolu, opposĂ© Ă  son successeur (et cousin), le vertueux Alexandre SĂ©vĂšre. En rĂ©alitĂ©, l’empereur n’Ă©tait q’un pantin aux ordres de sa mĂšre, l’ambitieuse et arrogante Julia Soaemias / Semiamira (comme ce que fut Agrippine pour NĂ©ron). PrĂȘtre d’Elagabale, dieu oriental apparentĂ© Ă  Jupiter, HĂ©liogabale tenta d’imposer le culte d’Elagabale comme seule religion officielle de Rome. Le jeune empereur plutĂŽt portĂ© vers les hommes mĂ»rs, Ă©pousa ensuite les colosses grecs HiĂ©roclĂšs et Zotikos, scandalisant un peu plus les romains. Les soldats qui l’avaient portĂ© jusqu’au trĂŽne, l’en dĂ©mit aussi facilement prĂ©fĂ©rant honorer Alexandre SĂ©vĂšre dont la rĂ©putation vertueuse sembla  plus conforme au destin de Rome. Une autre version prĂ©cise que c’est la foule romaine dĂ©chainĂ©e et choquĂ©e par ses turpitudes en sĂ©rie qui envahit le palais impĂ©rial et massacra le corps du jeune homme, ensuite trainĂ© comme une dĂ©pouille maudite dans les rue de la ville antique.

busenello_giovan_francesco_monteverdi_poppea_statiraCAVALLI, 1667. Utilisant Ă  des fins moralisatrices, le profil historique du jeune empereur, Cavalli brosse de fait le portrait musical d’un souverain “langoureux, effĂ©minĂ©, libidineux, lascif”… le parfait disciple d’un NĂ©ron, tel que Monteverdi l’a peint dans son opĂ©ra, avant Cavalli (Le Couronnement de PoppĂ©e, 1642). En 1667, Cavalli offre ainsi une action cynique et barbare, oĂč vertus et raisons s’opposent Ă  la volontĂ© de jouissance du prince. Mais s’il habille les hommes en femmes, et nomme les femmes au SĂ©nat (elles qui en avaient jusqu’Ă  l’interdiction d’accĂšs), s’il ridiculise les gĂ©nĂ©raux et rĂ©gale le commun en fĂȘtes orgiaques et somptuaires, Eliogabalo n’en est pas moins homme et sa nature si mĂ©prisable, en conserve nĂ©anmoins une part touchante d’humanitĂ©. Sa fantaisie perverse qui ne semble connaĂźtre aucune limite, ne compenserait-elle pas un gouffre de solitude angoissĂ©e ? En l’Ă©tat des connaissances, on ignore quel est l’auteur du livret du dernier opĂ©ra de Cavalli, mais des soupçons forts se prĂ©cisent vers le gĂ©nial Ă©rudit libertin et poĂšte, Giovan Francesco Busenello, dont la philosophie pessimiste et sensuelle pourrait avoir soit produit soit influencĂ© nombre de tableaux de cet Eliogabalo, parfaitement reprĂ©sentatif de l’opĂ©ra vĂ©nitien tardif.

ELiogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris
Du 14 septembre au 15 octobre 2016
Avec
Franco Fagioli, Eliogabalo
Paul Groves, Alessandro Cesare
Valer Sabadus, Giuliano Gordio
Marianna Flores, Atilia Macrina
Emiliano Gonzalez-Toro, Lenia

La Cappella Mediterranea
Choeur de Chambre de Namur (préparé par Thibault Lenaerts)
Leonardo Garcia Alarcon, direction
Thomas Jolly, mise en scĂšne

 

 

UN OPERA JAMAIS JOUÉ DU VIVANT DE CAVALLI
 Eliogabalo n’est pas en vĂ©ritĂ© le dernier opus lyrique de Cavalli : le compositeur allait encore en composer deux autres aprĂšs (Coriolano, Massenzio), mais Eliogabalo est bien l’ultime ouvrage dont nous soit parvenue la partition.  LIRE notre dossier complet dĂ©diĂ© Ă  Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris

 

SIMULTANEMENT, Ă  l’OPERA BASTILLE : La Tosca de Pierre Audi, nouveau directeur du festival d’Aix (en 2018), est l’autre nouvelle production Ă  suivre : du 17 septembre au 18 octobre 2016 Ă  Bastille. Avec la Tosca de Anja Harteros ou Liudmyla Monastyrska (voir les dates prĂ©cises de leur prĂ©sence), Marcelo Alvarez (Mario), Bryn Terkel (Scarpia)
 10 reprĂ©sentations.

HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2. Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423INTRODUCTION
 A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios principaux du Saxon Georg Friedrich Handel / Haendel (1685-1759). MĂȘme incomplet car il ne s’agit pas d’une intĂ©grale (sont absents des ouvrages pourtant majeurs tels concernant la pĂ©riode prĂ©londonienne : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de 1737 ou la BrockesPassion de 1719 ; puis entre autres, le sublime Allegro, Il Penseroso ed il Moderato de 1740 ; Susanna de 1749,
), le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement celle des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Mackerras (1977) jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers et Gardiner
 Certes le geste de Neville Marriner (nĂ© en 1924), pionnier visionnaire en l’occurrence n’est pas prĂ©sent non plus (d’autant que Decca dĂ©tient ses gravures les plus intĂ©ressantes), mais la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e se rĂ©vĂšle passionnante. OpportunitĂ© pour CLASSIQUENEWS d’Ă©voquer pas Ă  pas, l’avancĂ©e de l’Ă©popĂ©e de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1740 et 1750 : un travail qui l’occupe Ă  la fin de sa vie jusqu’Ă  l’Ă©puiser.

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masques ou odes, enfin surtout Ă  partir de 1733 (2Ăšme version d‘Esther), en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique. OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. LIRE notre prĂ©sentation et introduction complĂšte (Les Oratorios de Haendel, dossier spĂ©cial, partie 1).

 



HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2

Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

 

Dossier : Haendel Ă  Londres, les oratorios anglaisBilan interprĂ©tatif… A l’heure du bilan, l’Ă©coute rĂ©trospective souligne l’engagement palpitant des chefs Hogwood (1941-2014), Trevor Pinnock (nĂ© en 1946), Harry Christophers (nĂ© en 1953)…, douĂ©s d’un raffinement expressif de premier ordre, soucieux aussi de cohĂ©rence s’agissant des distributions de solistes. Le second cycle d’oratorios ici prĂ©sentĂ©s et critiquĂ©s, souligne le geste particuliĂšrement convaincant de Paul McCreesh, nĂ© en 1960  (Solomon, Theodora
 en 1999 et 2000) surclassant aisĂ©ment par sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance et sa fine caractĂ©risation, les lectures d’un Gardiner, en comparaison trop lisse et vocalement dĂ©sĂ©quibrĂ©. Les derniers ouvrages contenus dans le coffret DECCA “The grĂ©Ăąt oratorios” dĂ©voile Ă©galement l’évolution du dernier Handel, de moins en moins spectaculaire, mais progressivement mĂ©ditatif, intime, d’une rare intelligence psychologique, confirmant la profondeur spirituelle des drames anglais, aux cotĂ©s de l’écriture chorale, d’une remarquable Ă©loquence
 Pour nous les deux chefs d’oeuvres absolus demeurent aprĂšs Le Messie, 
Solomon et Theodora (version McCreesh donc, perle du prĂ©sent coffret).

 

 

 

Solomon, mars 1749

haendel handel londres oratorio anglaisCrĂ©Ă© en mars 1749 au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, Solomon illustre un Ă©pisode poĂ©tique inspirĂ© du Livre des Rois et des AntiquitĂ©s de Flavius Joseph. Le livret est restĂ© anonyme. Le choeur y est un personnage principal, au mĂȘme titre que les autres hĂ©ros; l’orchestre, particuliĂšrement raffinĂ© ; et pour colorer sa partition, Handel emprunte Ă  nouveau Ă  ses confrĂšres, nombres de mĂ©lodies qui lui plaisent (Muffat, Telemann, Steffani). L’élĂ©gance et le raffinement de l’écriture entendent exprimer cet Ăąge d’or d’une AntiquitĂ© lĂ©gendaire et hautement morale que le rĂšgne gĂ©orgien du vivant de Handel ressuscite : aux oratorios de Handel, la mission d’en argumenter le rapprochement. Salomon, comme Alexandre et Hercule en France, offrant un modĂšle pour le Souverain ainsi cĂ©lĂ©brĂ© allusivement par le compositeur.

Acte I. Salomon le sage. L’ouvrage souligne la sagesse de Solomon qui trouve sa force dans sa foi en Dieu. FortifiĂ© encore par les louanges du grand prĂȘtre, Zadock, le jeune roi Ă©coule des jours heureux avec son Ă©pouse, la fille de Pharaon.
Acte II. Le jugement de Salomon. Deux prostituĂ©es se querellent la maternitĂ© d’un mĂȘme enfant. Contraste saisissant entre le rĂ©cit des deux mĂšres : la premiĂšre tendre, la seconde, haineuse et vindicative. Solomon ordonne de couper en deux moitiĂ©s Ă©gales le bĂ©bĂ© : la seconde femme, tout autant victorieuse et sauvage, rĂ©vĂšle sa nature mauvaise et son action mensongĂšre (n°19). Seule la vraie mĂšre, soucieuse de la vie de son enfant, reste affligĂ©e, digne et douloureuse, prĂȘte Ă  renoncer pour sauver l’enfant (n°20 : « Can I see my infant gor’d »). L’imposture Ă©tant dĂ©voilĂ©e, Solomon chasse la 2Ăšme femme : rĂ©confortant la 1Ăšre mĂšre (duo sublime n°22 : « Thrice bleds’d be the King » )

Acte III : Louange monarchique. Salomon le sage chante son bonheur avec son Ă©pouse, cĂ©lĂ©brĂ© par Zadock : est ce bien la JudĂ©e ou l’Angleterre gĂ©orgienne que cĂ©lĂšbre ici Handel ? Le choeur entonne un cycle d’airs contrapuntiques d’un souffle miraculeux, aussi exigeants que Israel en Egypte et Le Messie.

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-Wrightoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. LE MIRACLE MCCREESH. En 1999, – prĂ©ludant au miracle de sa Theodora l’annĂ©e suivante (avec certains mĂȘmes solistes dont Susan Gritton ou Paul Agnew), au service d’une flexibilitĂ© souvent chorĂ©graphique, pleine de souple caractĂ©risation, le geste de Paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Pslayers excellent dans un drame hautement moral oĂč aux cĂŽtĂ©s de la plasticitĂ© aimable des choeurs, Ă©blouit une distribution trĂšs cohĂ©rente sur le plan expressif : la tendresse habitĂ©e de Susan Gritton (Reine de Sheba), la basse toute aussi onctueuse et si musicale de Peter Harvey (un Levite : sublime caractĂ©risation humaine pour ce rĂŽle de seconde importance mais capitale dans l’humanitĂ© du sujet, dĂšs son premier air au I), sans omettre le Zadock de grande classe de Paul Agnew, comme le timbre Ă©gal, juvĂ©nile, Ă©clatant de la haute-contre Andras Scholl, au sommet de ses possibilitĂ©s vocales, pour la figure axiale de Solomon. Tout cela coule comme une langue naturelle, d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible : McCreesh Ă©gale la science ductile, la flexibilitĂ© souveraine, poĂ©tique et expressive de William Christie chez Rameau ou chez Handel (cf son magnifique Belshazzar rĂ©alisĂ© en 2012) : c’est dire la rĂ©ussite totale de cet enregistrement de 1999, suivi en 2000, d’une tout aussi somptueuse Theodora. 2 enregistrements qui sont des must pour comprendre la langue dramatique et poĂ©tique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais.

 

 

 

Theodora, mars 1750

Oratorio en 3 actes, d’une longueur significative, Theodora est crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden en mars 1750 et retrace l’épopĂ©e de la martyre chrĂ©tienne au dĂ©but du IVĂš siĂšcle. Le librettiste Thomas Morell s’inspire moins de la piĂšce de Pierre Corneille que reprend le roman moralisateur publiĂ© en 1687 par Robert Boyle. Trop psychologique, la partition suscita une nette rĂ©serve de la part des Londoniens. Car l’écriture se fait de plus profonde et Ă©purĂ©e, expression croissante d’un mouvement intĂ©rieur de plus en plus serein et donc extatique oĂč la martyre Theodora emporte avec elle, ceux qui l’entourent et l’admirent : IrĂšne ; surtout le jeune romain Didymus -qui aime la jeune fille-, sur la voie du renoncement, du sacrifice et de la mort, car il s’est converti au christianisme et entend affirmer sa libertĂ© de conscience tout en restant fidĂšle Ă  Rome (ce que n’accepte pas l’autoritaire PrĂ©fet d’Antioche, Valens). Du mĂ©diocre texte de Thomas Morell, Handel observe avec un soin particulier le cheminement spirituel des Ăąmes justes, sur lesquels les Ă©preuves glissent, toutes absorbĂ©es par la rĂ©alisation de leur martyre final. Ce focus psychologique est le point central de l’évolution des oratorios de Haendel, certes capable de scĂšnes collectives et spectaculaires, mais aussi concepteur de sublimes portraits intimes, d’une haute valeur morale.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightInterprĂ©tation. Souffle d’une grande tendresse, le geste tout aussi vif et nerveux de McCreesh en 2000 rĂ©ussit mieux que Gardiner, la suprĂȘme vivacitĂ© du drame orchestral et l’incisive et trĂšs pĂ©nĂ©trante acuitĂ© psychologique ; dans la rĂ©alisation des Gabrieli Consort & Players, tout y est idĂ©al : le cynisme arrogant et expressif des romains paĂŻens (Valens – excellent baryton :Neal Davies, qui a l’ardeur des bourreaux ; le choeur des romains) ; l’inatteignable sĂ©rĂ©nitĂ© des chrĂ©tiens, d’une croyance extatique, ineffablement tendre : Theodora, Irene, Didymus, soit Susan Gritton, Susan Buckley, Robin Blaze). MĂȘme Septimus, l’ami de Didymus est superbement portraiturĂ© par le tĂ©nor Paul Agnew (dans son chant s’écoule tous les enchantements arcadiens : premier air n°6, « Descend, kind pity » ). Le tempĂ©rament de McCreesh signe l’un de ses meilleurs enregistrements haendĂ©liens par sa fougue, son articulation, et souvent un Ă©tat d’urgence dramatique, totalement absent chez le plus lisse Gardiner. D’autant qu’outre la relief chorĂ©graphique des intermĂšdes orchestraux, le chef sait aussi Ă©clairer la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du Handel, compositeur Ă©rudit et lettrĂ©, poĂšte sĂ©ducteur et esthĂšte de premier plan. Cette vivacitĂ© rappelle Pinnock et Hogwood : le raffinement et l’imagination de McCreesh dans la caractĂ©risation de chaque profil et dans chaque situation suscitent une totale adhĂ©sion. Enregistrement majeur.

 

 

 

Jephtha, février 1752
L’ultime oratorio HWV 70 est crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1752 au ThĂ©Ăątre royal Covent Garden et dĂ©montre la derniĂšre maniĂšre de Handel Ă  Londres, soit 7 annĂ©es avant sa mort. A la marge du choeur concluant l’acte II, le compositeur diminuĂ© et Ă  bout de souffle, Ă©crit : « incapable de continuer Ă  cause de l’affaiblissement de la vue de mon oeil gauche ». De fait, aprĂšs une pĂ©riode de repos total, mais de plus en plus aveugle, le compositeur achĂšve tant bien que mal Jephtha et sombre dans la cĂ©citĂ©, condamnĂ© Ă  66 ans, Ă  cesser toute activitĂ© musicale. C’est un dĂ©chirement et une fin tragique qui s’accordent au sujet de son dernier oratorio
 celui du renoncement et de l’adieu au monde. La composition a durĂ© du 21 janvier au 30 aoĂ»t 1751. A nouveau, Handel rĂ©serve le rĂŽle central de Jephtha au tĂ©nor John Beard.
Acte I. Zebul invite les Juifs Ă  choisir son demi frĂšre Jephtha pour les conduire Ă  la victoire sur les Ammonites. Iphis, la fille de Jephtha promet Ă  Hamor qu’elle l’épousera aprĂšs la victoire de son pĂšre. AllĂ©gresse et ivresse collective emportent les Juifs et dans un Ă©lan d’enthousiasme irrĂ©flĂ©chi, Jephtha promet au Seigneur que s’il gagne la bataille, il sacrifiera la premiĂšre personne qu’il rencontre.
Acte II. HĂ©las, Iphis se prĂ©pare et accueille son pĂšre conquĂ©rant au son d’une gracieuse symphonie en sol (extraite d’Ariodante) : elle chante sa joie sur une gavotte. Le pĂšre invite sa fille Ă  quitter aussitĂŽt les lieux mais il est trop tard. Iphis se soumet au sacrifice cependant que le pĂšre rĂ©siste Ă  sa promesse.
Acte III. Iphis fait ses adieux dans un air dĂ©chirant (« Farewell, ye limpide springs and floods »). Tel un Deus ex Machina, Thomas Morell rĂ©Ă©crit l’action que Carrissimi avait rendu bouleversante : en accord avec Handel, un ange paraĂźt et suspend l’arrĂȘt divin si Iphis accepte de vouer sa vie Ă  Dieu : elle aura la vie sauve. En liaison avec sa propre situation, le compositeur brosse un portrait Ă©blouissant de la fille Iphis, insouciante et joyeuse au I, frappĂ©e par l’ordre divin au II, capable au III d’une gravitĂ© nouvelle et d’un renoncement admirables. Les auteurs semblent se soumettre aux lois impĂ©nĂ©trables et insaisissables de la destinĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Gardiner en 1989 signe l’un de ses premiers oratorios avec un soin particulier Ă  l’orchestre : tout coule, tout se rĂ©alise sans cependant cette Ă©lĂ©gance dĂ©tachĂ©e impĂ©riale qui fait de l’écriture haendĂ©lienne, l’expression d’une grĂące aristocratique. La tenue des deux premiers solistes : Zebul et Jephthah restent conformes, un peu trop lisse : Stephen Varcoe et Nigel Robson. De sorte qu’en un regard global, la caractĂ©risation n’atteint pas l’étonnante vivacitĂ© de ses ainĂ©s : Hogwood, Pinnock, Christophers ; ni mĂȘme l’éloquence palpitante de McCreesh. Il y manque ce raffinement royal, cette Ă©lĂ©gance suprĂȘme rĂ©solvant le tragique et la tendresse que l’on peut souvent a contrario retrouver dans les meilleures versions de William Christie. Anne Sofie von Otter offre au rĂŽle de Storge, sa gravitĂ© douloureuse et princiĂšre qui semble la distinguer comme Ă©tant la seule qui en vĂ©ritable Cassandre, a l’intuition de l’horreur Ă  venir
 Lynne Dawson fait une Iphis rien que
 gracieuse qui au moment de l’ultime sacrifice et renoncement du III manque sĂ©rieusement de profondeur et de vĂ©ritĂ© : pourtant Jephtah recueille le dernier sentiment du Handel anĂ©anti et usĂ© ; dans « Farewell  » n°34, grand air de suprĂȘme dĂ©tachement, soliste et chef restent Ă  la surface, d’une mesure jolie et 
 prĂ©cieuse voire apprĂȘtĂ©e / offrant une belle rĂ©alisation sans guĂšre d’hallucinants vertiges. Il faut rĂ©Ă©couter ici la profondeur poĂ©tique atteinte par Sir Neville Mariner, Ă  rĂ©Ă©diter chez 
 Decca.

 

 

 

 

Compléments

Le Coffret Decca ajoute l’Ode Alexander’s Feast ou le pouvoir de la musique en l’honneur de Sainte CĂ©cile, en deux parties, composĂ©e d’aprĂšs Dryden (1697), et prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Londres au ThĂ©Ăątre Royal Covent garden en fĂ©vrier 1736. ImmĂ©diatement, le public londonien applaudit cette ode, fiĂšre et princiĂšre allĂ©gorie, au souffle philosophique chantĂ©e en anglais (26 reprĂ©sentations de 1736 Ă  1755).
Partie 1. Selon Plutarque, Alexandre vainqueur de Darius, cĂ©lĂšbre en prĂ©sence de la belle ThaĂŻs, sa victoire Ă  Persepolis lors d’un grand et somptueux banquet : hymne Ă  Zeus, Ă  Bacchus, Ă©vocation de la mort de Darius, cĂ©lĂ©bration des joies de l’amour et des plaisirs, grĂące Ă  la musique (incarnĂ© par le chantre ThimotĂ©e dont le chant suscite divers passions par son Ă©loquente maĂźtrise).
Partie 2. Le tĂ©nor chante un air guerrier et la basse justifie l’acte des Grecs contre les Perses car ces derniers avaient incendiĂ© AthĂšnes. Juste retour des choses. Alors qu’on cĂ©lĂšbre la destruction de Persepolis, le choeur final compare le chant de ThimotĂ©e au pouvoir salvateur de la musique et de Sainte-CĂ©cile. Handel n’organise pas son sujet en un drame cohĂ©rent comprenant personnages et situations dramatiques enchaĂźnĂ©es. C’est une succession d’airs, duos et de choeurs exclamatifs, fortement expressifs, le plus souvent allĂšgres.

InterprĂ©tation. Pourtant avec ses fabuleux Monteverdi Choir et les English Baroque Solists, Gardiner en 1988 rĂ©alise un soutien choral et orchestral trĂšs sĂ©duisant mais trop lisse et finalement d’une tenue mĂ©canique peu caractĂ©risĂ©e sur la durĂ©e. Les solistes sont plus intĂ©ressants, permettant d’exprimer aves justesse le sentiment et le caractĂšre de chaque sĂ©quence : Donna Brown, Carolyne Watkinson, Stephen Vercoe
 Pour autant l’engagement des interprĂštes manquent de souffle et d’urgence et l’on reste en attente d’une version plus mordante et vive.

 

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLe coffret ajoute aussi un oratorio de jeunesse, en anglais parmi les premiers essais : Acis & Galatea, HWV 49, masque en deux parties d’aprĂšs le livret de John Gay, crĂ©Ă© Ă  Cannons en 1718
 En 1978, soit l’une de ses premiĂšres lectures haendĂ©liennes, Gardiner et ses English Baroque Soloists frappent un grand coup, d’une fraicheur de ton admirable, d’une vivacitĂ© expressive passionnante. D’une grĂące purcelliennes, le masque est une savoureuse et suave pastorale oĂč perce dĂ©jĂ  le souffle des choeurs, surtout le solitude langoureuse de la brute PolyphĂšme pour Galatea, qui Ă©crase l’amant de la belle, Acis. La verve thĂ©Ăątrale, l’acuitĂ© du geste saisissent et convainquent totalement, assurant Ă  ses dĂ©buts, la justesse poĂ©tique de Gardiner aux cĂŽtĂ©s duquel brillent la grĂące et tendresse des solistes : Norma Burrowes, Anthony Rolfe Johnson, Willard White soit Galatea, Damon et Polyphemus. Superbe premier geste originel d’un Gardiner non encore « standardisé » (comme il tendra Ă  l’ĂȘtre dans les annĂ©es 1980 et 1990). La version, prĂ©cĂ©demment rĂ©Ă©ditĂ©e dans le coffret Archiv, analogue archives / ARCHIV Produktion / analogue stereo recordings (1959-1981) – 50 cd limited edition (parution de mai 2016) — LIRE notre prĂ©sentation et critique 

LIRE aussi le volet 1 de notre grand dossier HAENDEL / HANDEL, les Oratorios 1/2

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement : premiĂšres impressions. VERISMO, le nouveau cd d’Anna Netrebko

netrebko-2016-tiare-diva-planetaire-netrebko-Anna-Netrebko-VerismoCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions : ” VERISMO “, le nouvel album d’Anna Netrebko (1 cd Deutsche Grammophon) – DIVINE NETREBKO. AnnoncĂ© le 2 septembre 2016, le nouvel album de la soprano Anna Netrebko (« Verismo ») souligne la maturitĂ© exceptionnellement riche et maĂźtrisĂ©e de la diva quadragĂ©naire dont le timbre opulent, suave et clair Ă  la fois devrait totalement rĂ©ussir dans ce nouveau programme d’airs d’opĂ©ras italiens qui met Ă  l’honneur les qualitĂ©s de la tragĂ©dienne vĂ©riste. On ne s’étonnera pas en consĂ©quence d’y Ă©couter les hĂ©roĂŻnes sacrifiĂ©es, blessĂ©es mais toujours dignes de Cilea (Adrianna Lecouvreur), Giordano (Maddalena d’Andrea ChĂ©nier: « Mamma morta »), Catalani (La Wally), et surtout de Puccini. Si Anna Netrebko aborde ici Manon (Manon Lescaut) qu’elle a dĂ©jĂ  chantĂ© avec une finesse voluptueuse sidĂ©rante, le rĂ©cital de la rentrĂ©e 2016, lui offre les deux rĂŽles de Turandot (carrĂ©ment) : la fragile et tendre LiĂč (« Signore, ascolta ») et celui de la princesse Ă©ponyme dont l’envoĂ»tant « In questa reggia », dĂ©claration d’une vierge vengeresse certes, mais au fond prisonniĂšre et dĂ©sespĂ©rĂ©e-, affirme l’intuition trĂšs juste de la cantatrice. En Netrebko se combine le mĂ©tal incandescent d’une Freni et la sensualitĂ© envoĂ»tante d’une Gheorghiu
 c’est dire les sommets atteints dans ce rĂ©cital dirigĂ© avec finesse par Antonio Pappano, dont la baguette se met au diapason de la vĂ©ritĂ© et de la subtilitĂ© de l’éloquente et palpitante diva.
De sorte que ce nouvel album renouvelle la totale rĂ©ussite de son prĂ©cĂ©dent, intitulĂ© Verdi, couronnĂ© lui aussi par un CLIC de CLASSIQUENEWS. Aucun doute, jamais Anna Netrebko n’a aussi bien chantĂ© que dans ce nouveau titre Ă©vĂ©nement oĂč se dĂ©ploie sans fard ni astuces d’aucune sorte, l’intelligence dramatique, la subtilitĂ© du style, un instinct naturel et d’une sincĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante. Anna Netrebko est bien la plus grande diva actuelle. Seule rĂ©serve : dommage que son partenaire (et Ă©poux), le tĂ©nor Yusif Eyvazov, malgrĂ© sa bonne volontĂ© Ă©vidente, ne partage pas la mĂȘme finesse ni la sobriĂ©tĂ© naturelle de la cantatrice. Au contact d’un diamant, les perles manquent d’éclat. Les duos de Manon en pĂątissent
 Quoiqu’il en soit, l’impĂ©ratrice en tiare byzantine qui s’expose en couverture (voir illustration ci dessous), ne manque ni d’autoritĂ©, ni de style, ni de suprĂȘme subtilitĂ© : la diva sait Ă  nouveau nous surprendre par sa sensibilitĂ© et son imaginaire sans limites ; comme un ange noir ailĂ©, sa posture aujourd’hui nous convainc totalement par sa lumineuse intelligence artistique : et si Anna Netrebko avait choisi sciemment ou pas, sa mise quasi divine comme si elle Ă©tait tout simplement l’allĂ©gorie actuelle de l’opĂ©ra ? Avec autant d’arguments et de qualitĂ©s, on suivrait jusqu’au bout de l’histoire, cette prophĂ©tesse enchantĂ©e… du studio au concert et sur le planches lyriques (chantera-t-elle un jour Turandot, princesse chinoise aussi cruelle que fragile ?)… la question demeure. Magistral.


CLIC D'OR macaron 200Critique complĂšte du cd «  Verismo  », d’Anna Netrebko, Ă  venir sur CLASSIQUENEWS.COM le jour de la parution de l’album, le 2 septembre 2016. Coup de coeur de la rĂ©daction de classiquenews, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016

 

 

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Discographie précédente

 

Anna Netrebko chante Verdi chez Deutsche GrammophonCD. Anna Netrebko : Verdi  (2013)  
     Anna Netrebko signe un rĂ©cital Verdi pour Deutsche Grammophon d’une haute tenue expressive. Soufflant le feu sur la glace, la soprano saisit par ses risques, son implication qui dans une telle sĂ©lection, s’il n’était sa musicalitĂ©, aurait Ă©tĂ© correct sans plus 
 voire tristement pĂ©rilleuse. Le nouveau rĂ©cital de la diva russo autrichienne marquera les esprits. Son engagement, sa musicalitĂ© gomment quelques imperfections tant la tragĂ©dienne hallucinĂ©e exprime une urgence expressive qui met dans l’ombre la mise en pĂ©ril parfois de la technicienne : sa Lady Macbeth comme son Elisabeth (Don Carlo) et sa Leonora manifestent un tempĂ©rament vocal aujourd’hui hors du commun. Passer du studio comme ici Ă  la scĂšne, c’est tout ce que nous lui souhaitons, en particulier considĂ©rant l’impact Ă©motionnel de sa Leonora 
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CD. Anna Netrebko : Souvenirs (2008) 
   Anna Netrebko n’est pas la plus belle diva actuelle, c’est aussi une interprĂšte Ă  l’exquise et suave musicalitĂ©. Ce quatriĂšme opus solo est un magnifique album. L’un de ses plus bouleversants. Ne vous fiez pas au style sucrĂ© du visuel de couverture et des illustrations contenues dans le coffret (lequel comprend aussi un dvd bonus et des cartes postales!), un style maniĂ©riste Ă  la Bouguereau, digne du style pompier pure origine
 C’est que sur le plan musical, la diva, jeune maman en 2008, nous a concoctĂ© un voyage serti de plusieurs joyaux qui font d’elle, une ambassadrice de charme
 et de chocs dont la tendresse lyrique et le choix rĂ©flĂ©chi des mĂ©lodies ici regroupĂ©es affirment une maturitĂ© rayonnante, un style et un caractĂšre,  indiscutables. EN LIRE +

 

 

 

Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – ĂągĂ© de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalitĂ© europĂ©enne venu Ă  Rome enrichir sa propre expĂ©rience et aussi dĂ©montrer combien il maĂźtrise au dĂ©but du XVIIIĂš, la langue sensuelle et conquĂ©rante de la Contre RĂ©forme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs Ă©lectriques, exigeant des solistes une habilitĂ© virtuose exceptionnelle, entre expressivitĂ© dramatique, et subtilitĂ© d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opĂ©ras. C’est une annonce directe de ce que fera le gĂ©nie saxon, plus tard Ă  Londres, aprĂšs avoir Ă©chouĂ© Ă  affirmer son mĂ©tier dans le genre de l’opĂ©ra sedia : Il trionfo dĂ©signe cet oratorio anglais bientĂŽt Ă  naĂźtre et remarquablement dĂ©ployĂ© dĂšs la fin des annĂ©es 1730. Mais ici, Ă  Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poĂ©tique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle mĂȘme
 4 personnages allĂ©gories se confrontent, exprimant les diverses Ă©lans et dĂ©sirs de l’ñme humaine; Bellezza (beautĂ©), Piacere (Plaisir), Disinganno (dĂ©sillusion) et Tempo (Temps), tous imposent Ă  l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fĂ»t-elle belle, hĂ©doniste. Le temps rattrape vite les Ă©lans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancĂ© : l’ñme doit ĂȘtre responsable. Ainsi la BeautĂ© s’enivre d’elle-mĂȘme… Si le sujet est sĂ©rieux et hautement moral, la forme musicale Ă©poustoufle par son raffinement, sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance, l’invention des mĂ©lodies, la finesse et la subtilitĂ© de la langue orchestrale. Jamais le gĂ©nie haendĂ©lien n’aura Ă©tĂ© aussi imaginatif, contrastĂ©, sensuel et nerveux : le compositeur rĂ©utilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opĂ©ras futurs. Aix propose une version mise en scĂšne par le polonais dĂ©jantĂ©, souvent provocateur, en tout cas dĂ©calĂ©, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhĂ©sion immĂ©diate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, Ă  la tĂȘte de son ensemble Le Concert d’AstrĂ©e.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 Ă  22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque Ă  Aix. Il reste dommage que les grands crĂ©ateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des dĂ©cennies – depuis la direction de Bernard Foccroule prĂ©cisĂ©ment, quittĂ© le plateau de l’ArchevĂȘchĂ©. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchantĂ© les soirs Ă©toilĂ©s du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : Ă©vocation du jeune Haendel / Handel Ă  Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

CD, critique. Henry Madin : Te Deum pour Louis XV (1 cd Alpha)

MADIN Henry cd alpha chateau de versailles spectacles STRADIVARIA review compte rendu critique cd CLASSIQUENEWS 1457611602_ALPHA963CD, compte rendu critique. Henry Madin : Te Deum. Stradivaria (2015, 1 cd Alpha). Connaissez vous Madin? Le compositeur nĂ© Ă  Verdun mort en 1748 porte l’Ă©clat de la musique française post lullyste avec un brio sĂ©duisant tel qu’il inspire aux musiciens de Stradivaria ce programme monographique qui avait en juin 2015, toute sa place Ă  Versailles oĂč le prĂ©sent programme a Ă©tĂ© jouĂ© et enregistrĂ© sur le vif;  l’initiative en revient non pas au CMBV (Centre de musique baroque de Versailles) qui aurait eu une belle intuition Ă  le dĂ©fendre mais plutĂŽt au directeur de l’institution dĂ©cidĂ©ment bien inspirĂ©e, ChĂąteau de Versailles Spectacles, Laurent Bruner, lequel signe en ouverture et comme prĂ©sentation une bien belle dĂ©fense de Madin sujet de ses propres recherches musicales. La passion et la sincĂ©ritĂ© qui ont manifestement pilotĂ© le projet apportent leurs fruits en un album qui vaut la meilleure preuve du talent d’Henri Madin (1698-1748). Le tempĂ©rament lumineux voire souriant du crĂ©ateur est surtout connu pour l’un de ses meilleurs motets (donnĂ© en complĂ©ment de l’imposant Te deum) : “Diligam, te”, sommet du genre aprĂšs les Lully et Dumont, de 1737 – et par une secrĂšte construction harmonique interne, rĂ©fĂ©rence directe et “image musicale” du monarque lui-mĂȘme. Musicien reconnu et rĂ©compensĂ©, Madin assista Gervais et Campra au sein de la Chapelle de Louis XV, puis pilota la formation des pages de la Chapelle royale en 1742.

Compositeur majeur du premier XVIII Ăšme français – Madin offre donc un clair aperçu de l’essor de la ferveur officielle Ă  Versailles et aussi en province, au temps de JS Bach et de Haendel.

CLIC D'OR macaron 200La restitution du Te Deum l’un des plus longs et ambitieux du XVIII Ăšme marque le 17 novembre 1744 (date de sa premiĂšre audition), la Paix de Fribourg, jalon de la guerre de Succession d’Autriche ; et de la mĂȘme façon la prise de Tournai le 21 mai 1745 : d’une palpitante instrumentation, colorĂ©e, expressive  (Tu ad dexteram patris), Ă  la fois majestueuse et tendre  (ce que le timbre clair, douĂ© de beaux phrasĂ©s de la haute-contre Robert Getchell, exprime idĂ©alement), l’Ă©criture de Madin apprĂ©ciĂ© du Cardinal de Fleury comme de Louis XV illustre la dĂ©votion versaillaise officielle Ă  l’Ă©poque rocaille. L’orchestre Stradivaria de Daniel Cuiller apporte profondeur, allant, intĂ©riorité  (choeur Te ergo quaesumus) en un geste Ă  la fois articulĂ© et noble (partagĂ© en cela par le choeur des Cris de Paris), idĂ©alement rĂ©verbĂ©rĂ© sous la voĂ»te peinte de la Chapelle royale. Une lecture vive et parfois ardente au service d’un compositeur opportunĂ©ment mis en lumiĂšre : l’Ă©dition de ce disque particuliĂšrement opportun, Ă  l’initiative remarquable de ChĂąteau de Versailles Spectacles, vaut rĂ©habilitation pour Henry Madin. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CD, compte rendu critique. Henry Madin : Te Deum pour les victoires de Louis XV ; Motet Diligam te, Domine HM 22. Stradivaria, Les Cris de Paris. Daniel Cuiller, direction (enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  la Chapelle royale de Versailles en juin 2015, 1 cd Alpha, collection ChĂąteau de Versailles). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CD, événement, annonce. El Rey PlanÚte, Le Roi PlanÚte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta)

HIDALGO juan la grande chapelle le roi planete albert recasens cd critique review classiquenews mars 2016 Portada-hidalgo1-394x350CD, Ă©vĂ©nement, annonce. El Rey PlanĂšte, Le Roi PlanĂšte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta). La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda). Au service du patrimoine ibĂ©rique baroque, Albert Recasens et ses musiciens de La Grande Chapelle (ici 8 instrumentistes, 5 chanteurs) ressuscitent la ferveur du plein XVIIĂš espagnol. A l’époque du Roi Soleil, Juan Hidalgo avec Calderon invente le genre de la Zarzuela : le compositeur officiel Ă  la Cour de Madrid, sous les rĂšgnes de Philippe IV et Charles II, s’affirme par le raffinement de son Ă©criture et la recherche constante d’éloquence poĂ©tique et expressive. La contribution est d’autant plus dĂ©cisive que Hidalgo reste Ă  dĂ©couvrir, son profil biographique Ă©tant mal connu et encore imprĂ©cis malgrĂ© son importance musicale et les fonctions qu’il occupa. Albert Recasens rĂ©unit ici plusieurs Tonos et Villancicos : une majoritĂ© de mĂ©lodies dans ce cycle captivant sont enregistrĂ©s pour la premiĂšre fois. VoilĂ  ce qu’Ă©crivait notre rĂ©dacteur alertĂ© et convaincu, Benjamin Ballifh au moment de la crĂ©ation en France du programme de La Grande Chapelle  et Albert Recasens en France lors du Festival estival de Saintes 2014 :

 

“Musicien pour le Roi PlanĂšte

Qui est-il ? Juan Hidalgo (1614-1685) est incontestablement le plus grand auteur lyrique du XVIIĂšme siĂšcle espagnol. Il a travaillĂ© Ă©troitement avec l’auteur dramatique Pedro Calderon de la Barca et crĂ©e avec lui le genre de la zarzuela (El laurel de Apolo) et le semi-opĂ©ra (Fortunas de AndrĂłmeda y Perseo ou La estatua de Prometeo). Il a su former une association fructueuse pour des opĂ©ras cĂ©lĂšbres comme La pĂșrpura de la rosa (1659) et Celos aun del aire matan (1660), representĂ©es lors des festivitĂ©s du mariage de Louis XIV et de Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche qui couronnaient le traitĂ© des PyrĂ©nĂ©es (1660). Juan Hidalgo Ă©tait aussi harpiste de la cour royale d’Espagne et il a composĂ© plusieurs Ɠuvres sacrĂ©es en latin et en espagnol (villancicos et tonos) qui rĂ©vĂšlent un style rĂ©solument moderne. Juan Hidalgo fut le maĂźtre de musique de la Chambre Royale depuis 1645), au service de deux rois : Philippe IV (1621-1665) et Charles II (1665-1700). La diffusion du rĂ©pertoire de villancicos et tonos du MaĂźtre Hidalgo est immĂ©diate et importante : il existe des copies en Espagne, ans toute l’Europe et en AmĂ©rique latine (Madrid, Barcelone, El Escorial, SĂ©govie, Valence, Burgos, Salamanque, Valladolid, Munich, Guatemala, Lima, Sucre et New York).

 

 

 

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Pour le quadricentenaire de la naissance de Juan Hidalgo en 2014, La Grande Chapelle mĂšne Ă  son terme un processus de recherche prĂ©alable aux concerts. Le programme “Musique pour le Roi PlanĂšte” offre par la premiĂšre fois des inĂ©dits et des chefs-d’oeuvre emblĂ©matiques des deux versants de sa production (sacrĂ©e et thĂ©Ăątrale). Bien qu’il occupe une place importante dans l’histoire de la musique hispanique, son Ɠuvre et sa biographie demeurent mĂ©connues. Encore aujourd’hui, il n’existe aucun catalogue dĂ©taillĂ© ni aucune Ă©dition des Ɠuvres complĂštes de Hidalgo. La majeure partie des Ɠuvres jouĂ©es Ă  Saintes constituent une redĂ©couverte musicologique (premiĂšre interprĂ©tation Ă  l’époque moderne). La restitution a Ă©tĂ© complexe Ă©tant donnĂ© la dispersion des sources, les nombreuses variantes et les faux anonymes. Davantage que les partitions liĂ©es au thĂ©Ăątre, -plus connues, il s’agit des tonos courtisans profanes et des piĂšces sacrĂ©es en espagnol qui ont Ă©tĂ© largement diffusĂ©es en Espagne et en AmĂ©rique au XVIIĂšme siĂšcle.” LIRE la prĂ©sentation complĂšte du programme de La Chapelle Royale et Albert Recasens, ” Juan Hidalgo, musicien du Roi PlanĂšte”… 

 

 

Pleine critique complÚte dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016. Juan Hidalgo : Musica para el Rey Planeta par Albert Recasens et La Grande Chapelle (1 cd Lauda, enregistrement réalisé en novembre 2014).

 

 

 

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CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

CD, annonce. Tout Satie !… en 10 cd. Coffret 10 cd Erato

satie tout satie coffret erato 2016 900825646047963CD, annonce. Tout Satie ! … en 10 cd. Coffret 10 cd Erato. Fantasque, Ă©lĂ©gant, dĂ©lirant poĂ©tique, dĂ©jĂ  dada et mĂȘme surrĂ©aliste, Erik Satie (1866-1925) personnalitĂ© discrĂšte mais spirituelle a cultivĂ© sa singularitĂ© : en chapeau melon, binocles, parapluie et col impeccable, le compositeur fut surtout un crĂ©ateur d’une justesse absolue, original et profond. Un gĂ©nie sans tapage d’une douce et tendre rĂȘverie, Ă  l’Ă©criture d’une inclassable fantaisie, et pas que pour le piano : pour la voix et l’orchestre du ballet, la musique de chambre aussi et mĂȘme …l’opĂ©ra. C’est ce que nous rappelle cet excellent coffret de 10 cd, par des interprĂštes surtout français dont se distinguent les mĂ©morables Mady MesplĂ© et Aldo Ciccolini, qui chante et joue leur Satie inspirĂ© par les Ă©toiles, portĂ© par le cƓur. C’est un gĂ©nie de la petite forme, intime, ciselĂ©e comme autant d’enluminures secrĂštes d’une infinie pudeur. MallarmĂ© et Verlaine, surtout Debussy (au Chat noir) et Suzanne Valadon – l’amour empoisonnĂ© dont il ne se relĂšvera jamais, compose une sĂ©rie de rencontres dĂ©cisives, qui nourrissent et inspirent une sensibilitĂ© inclassable. Solitaire de l’ombre, rĂ©sidant Ă  Montmartre puis Arcueil, Satie le socialiste devient pianiste de cabaret par nĂ©cessitĂ©, Ă©lĂšve de d’Indy et Roussel Ă  la Scola Cantorum, enfin au crĂ©puscule d’une vie trĂšs riche, croise la route de Cocteau, aprĂšs la guerre en 1915, qui en fait sa mascotte : le ballet surrĂ©aliste Parade (avec pistolet, sirĂšne et machine Ă  Ă©crire!) dĂ©coulera en 1917, de cette amitiĂ© ardente (dĂ©cors de Picasso) : l’humour provoque le scandale au moment oĂč la guerre suscitait un patriotisme aveugle. Figure atemporelle et fĂ©dĂ©ratrice, Satie est le nouveau barde autour duquel se forme le Groupe de Six. Ses GymnopĂ©dies, Gnossiennes, PiĂšces froides et Peccadilles importunes jalonnent un parcours oĂč l’inouĂŻ voisine avec l’inconnu, le burlesque fantaisiste avec l’absolu poĂ©tique. Et si Satie Ă©tait le dernier des compositeurs poĂštes ? Amoureux et orfĂšvre du verbe autant que de la note… Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de CLASSIQUENEWS. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd, dvd livres de classiquenews.com

Coffret Tout Satie! 10 cd Erato 0825646047963

 

 

 

Erik Satie Complete Edition – IntĂ©grale Satie

CD1 – Ɠuvres orchestrales et ballets 79.36
Sonnerie pour rĂ©veiller le bon gros Roi des Singes · GymnopĂ©dies Nos. 1 & 3 · Le Piccadilly · Gnossienne No. 3 · En habit de cheval · Cinq grimaces pour « Un songe d’une nuit d’étĂ© » · La Belle excentrique · Musiques d’ameublement · RelĂąche · Mercure · Les Pantins dansent

CD2 – Ballets 78.11
Parade · Socrate · Le piÚge de Méduse

CD3 – Ɠuvre pour piano
Trois GymnopĂ©dies · L’enfance de Ko-Quo (New Recording) · Gambades · Nocturnes · Sept Gnossiennes · Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois · Descriptions automatiques · Vieux sequins et vieilles cuirasses · Les trois valses distinguĂ©es du prĂ©cieux dĂ©goĂ»tĂ© · Trois Sarabandes

CD4 – Ɠuvre pour piano
Le Piccadilly · Je te veux · Poudre d’or · Petite ouverture Ă  danser · Valse-ballet · Fantaisie-valse · Trois Morceaux en forme de poire · La Belle Excentrique · PrĂ©ludes flasques (pour un chien) · VĂ©ritables prĂ©ludes flasques (pour un chien) · Embryons dessĂ©chĂ©s · Chapitres tournĂ©s en tous sens · Heures sĂ©culaires et instantanĂ©es · Avant-derniĂšres pensĂ©es · Sports et divertissements · Sonatine bureaucratique · Caresse

CD5 – Ɠuvre pour piano
PiÚces froides · Nouvelles piÚces froides · Trois petites piÚces montées pour piano à quatre mains · Trois nouvelles enfantines · Menus propos enfantins · Enfantillages pittoresques · Peccadilles importunes · En habit de cheval · Aperçus désagréables · Passacaille · Prélude en tapisserie · Musiques intimes et secrÚtes · Petite musique de clown triste · The dreamy fish · Danse de travers · Verset laïque et somptueux · Allegro · The Angora Ox · Légende californienne · Fugue-valse · Premier menuet · PriÚre · Vexations

CD6 – Ɠuvre pour piano 79.49
Ogives · PremiĂšre pensĂ©e de la Rose+Croix · Sonneries de la Rose+Croix · Le Fils des Étoiles, WagnĂ©rie kaldĂ©enne du Sar PĂ©ladan · PrĂ©ludes du NazarĂ©en · PrĂ©lude d’Eginhard · FĂȘte donnĂ©e par des chevaliers normands en l’honneur d’une jeune demoiselle (XIe siĂšcle) · Danses gothiques · PrĂ©lude de la porte hĂ©roĂŻque du ciel · Jack in the box · Toutes petites danses pour le PiĂšge de MĂ©duse · Les pantins dansent · Leit-motiv du “PanthĂ©e” · Chanson andalouse · Rag-time Parade

CD7 – Ɠuvre pour piano
Uspud · CinĂ©ma · ModĂ©rĂ© · Stand-Walk · Six PiĂšces de la pĂ©riode 1906-1913 · Deux rĂȘveries nocturnes · Douze petits chorals · Carnet d’esquisses et de croquis · RĂȘverie du pauvre

CD8 – Ɠuvre pour piano & musique de chambre
Cinq grimaces pour « Le Songe d’une nuit d’étĂ© » · Mercure (New Recording) · RelĂąche (New Recording) · Mouvement · Petite sonate · Tendrement · RĂȘverie de l’enfance de Pantagruel · Parade · La statue retrouvĂ©e · Embarquement pour CythĂšre · Choses vues Ă  droite et Ă  gauche (sans lunettes)

CD9 – MĂ©lodies
Ludions · La statue de bronze · Je te veux · Trois poĂšmes d’amour · Tendrement · Quatre petites mĂ©lodies · Chanson · Chanson mĂ©diĂ©vale · Les fleurs · DaphĂ©nĂ©o · La Diva de l’Empire · Hymne pour le Salut au drapeau du Prince de Byzance · Trois mĂ©lodies sans paroles · Je te veux · Trois mĂ©lodies de 1886 · Le Chapelier · L’omnibus automobile · Chez le Docteur · Allons-y, Chochotte · J’avais un ami · Petit recueil des fĂȘtes · Le veuf · Un dĂźner Ă  l’ÉlysĂ©e

CD10 – Ɠuvres chorales
Messe des pauvres · GeneviÚve de Brabant

 

 

 

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, aujourd’hui, 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ?

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ? En janvier 2016, le nouvel ensemble sur instruments anciens, SĂ©bastien de Brossard, portĂ© par l’organiste et claveciniste Fabien Armengaud se consacre Ă  l’enregistrement de son premier album : motets du parisien Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676-1749) : « Fils d’un des vingt-quatre Violons du Roi, organiste et compositeur de la Maison royale de Saint-Cyr mais Ă©galement de Saint-Sulpice et des Jacobins, ClĂ©rambault fait montre dans ses compositions Ă  trois voix d’hommes d’un sens mĂ©lodique des plus soutenus et d’un contrepoint des plus recherchĂ©s. »

Clérambault : un théùtre sacré

clerambault_louis nicolas ensemble sebastien de brossard fabien armengaud cd paraty annonce classiquenews janvier 2016 ils enregistrents 01DĂ©coratif, Ă©lĂ©gant mais un rien superficiel et conforme, Louis-Nicolas ClĂ©rambault Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV livre tout un cycle de musique sacrĂ©e d’une beautĂ© et d’une profondeur Ă  redĂ©couvrir (plus de 100 opus !). C’est tout le travail de Fabien Armengaud que de dĂ©voiler la justesse poĂ©tique d’une Ɠuvre oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e, d’une puissance parfois inouĂŻe
 oĂč l’expression de la ferveur est servie par une Ă©criture raffinĂ©e, intensĂ©ment dramatique, dont le sens du texte atteint des sommets de dĂ©clamation juste, vivante, expressive. En enregistrant plusieurs Motets pour trois voix d’hommes, le fondateur de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard a rĂ©uni les solistes Cyril Auvity, Jean-François Novelli, Alain Buet. Parmi les joyaux de ce nouveau programme d’une beautĂ© absolue, Le Passage de la Mer Rouge qui rĂ©vĂšle enfin avant Rameau, un gĂ©nie dramatique d’une rare grandeur.

« Si ClĂ©rambault n’écrivit jamais d’opĂ©ras, c’est dans son Ɠuvre religieuse qu’il dĂ©ploya des prodiges d’invention et de thĂ©Ăątre, avec entre autres ses tempĂȘtes qui n’ont rien Ă  envier aux tragĂ©dies de ses contemporains. », prĂ©cise dans son introduction au disque, Fabien Armengaud. Et d’ajouter : « Jean-Baptiste de Laborde, grand thĂ©oricien de l’époque disait de ClĂ©rambault : « Personne n’a Ă©crit plus purement que lui. Ce programme en est une preuve Ă©clatante ». On jugera donc sur piĂšces, probablement Ă  l’automne 2016, puisque le disque Ă  paraĂźtre chez Paraty, devrait sortir courant septembre / octobre 2016.

En portant le nom de l’illustre compositeur et collectionneur SĂ©bastien de Brossard (1655-1730), l’ensemble fondĂ© par Fabien Armengaud souhaite explorer toute la musique baroque française mĂ©connue ou si mal servie, avec cet esprit d’érudition ouverte, gĂ©nĂ©reuse, fraternelle qu’a dĂ©fendu de son vivant le musicien normand, qui fit toute sa carriĂšre entre les cathĂ©drales de Strasbourg, et de Meaux, tout en marquant son Ă©poque par sa grande culture et un curiositĂ© sans borne qu’il mit au service de l’éditeur Ballard qu’il conseilla. Programme prometteur et interprĂštes convaincants. A suivre.

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française à la lumiÚre de sources inédites (XVIIIe-XIXe siÚcle)

actes sud palazetto archives du concert vie musicale francaise sources inĂ©dites XVIIIĂš XIX eme siecle patrick taieb etienne ajdin critique compte rendu livres classiquenews _ 9782330047948Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française Ă  la lumiĂšre de sources inĂ©dites (XVIIIe-XIXe siĂšcle) – Editions Actes Sud – PBZ. Peu Ă  peu l’historiographie du concert, conçu comme un Ă©lĂ©ment majeur de la pratique musicale dans la sociĂ©tĂ© française, et lui-mĂȘme emblĂ©matique d’un phĂ©nomĂšne sociĂ©tal, musical, culturel, esthĂ©tique, et mĂȘme politique, s’organise, Ă  l’aulne entre autres du vaste chantier de recherche intitulĂ© « RĂ©pertoire de spermogrammes de concert en France » ou RPCF, oĂč le livret programme et la critique du concert sont dĂ©sormais estimĂ©s telles de prĂ©cieuses sources d’information et d’analyse. Le prĂ©sent livre est l’une des contribution de ce vaste mouvement d’investigation, pilotĂ© par un double coordination Ă©ditoriale: au total 5 chapitres / contributions Ă©clairent ainsi l’apport de ces nouvelles sources. Une nouvelle affiche annonçant un concert pour Le Concert Spirituel en 1754 (en encre rouge dont la signification est explicitĂ©e pour la premiĂšre fois) ; les apports et informations nouvelles dĂ©livrĂ©s par une sĂ©lection de programmes de salles imprimĂ©s au XVIIIĂš manifestent en effet outre la grande richesse de ce nouveau fonds documentaires, la diversitĂ© des facettes du phĂ©nomĂšne du concert tel qu’il est dĂ©veloppĂ© en XVIIIĂš et XIXĂšme. Mais c’est surtout les deux derniers chapitres qui s’avĂšrent les plus passionnants, dĂ©voilant cette Ă©poque spĂ©cifique oĂč le concert, considĂ©rĂ© comme un loisir et un divertissement non nĂ©cessaire mais pratiquĂ© par l’Ă©lite sociale, Ă©tait l’objet d’une taxe solidaire reversĂ© aux pauvres : ainsi « le droit des pauvres » Ă©tait-il perçu sur chaque concert, quitte Ă  fragiliser davantage les producteurs, dĂ©jĂ  mis Ă  mal par des recettes insuffisantes. Berlioz, organisateur et producteur de ses propres concerts s’en Ă©tait plaint, non sans raison. Le droit des pauvres sera ainsi appliquĂ© sur chaque concert en France jusqu’en 1941. Aujourd’hui, la pratique nous sombre discutable d’autant qu’à l’époque, le thĂ©Ăątre n’était pas ainsi taxĂ©, du fait qu’il Ă©tait considĂ©rĂ© plus « utile » Ă  la sociĂ©tĂ© que
 la musique et l’expĂ©rience du concert. Une discrimination culturelle qui paraĂźt aujourd’hui aberrante. La prise en compte de cette fiscalitĂ© particuliĂšre met en perspective la conception du concert dans la France des XVIIIĂš et XIXĂš ; Ă  la lumiĂšre de notre Ă©poque, les enseignements de ces premiĂšres analyses, rĂ©vĂšlent l’évolution du concert Ă  travers les rĂ©gimes et les pĂ©riodes de l’histoire.

En fournissant aux chercheurs de nouvelles sources d’information, en apportant aussi les clĂ©s pour mieux les exploiter et les analyser, le livre « Archives du concert » souligne l’intĂ©rĂȘt de cette nouvelle piste qui se prĂ©sente Ă  la recherche scientifique. Au regard des premiĂšres donnĂ©es, l’enjeu s’avĂšre captivant. Et le contenu des prochaines dĂ©couvertes, particuliĂšrement prometteur.

Livres, compte rendu critique. Archives du concert. La vie musicale française Ă  la lumiĂšre de sources inĂ©dites (XVIIIe-XIXe siĂšcle) – Editions Actes Sud, collection Beaux Arts. Mars, 2015 / 16,5 x 24,0 / 384 pages . CoĂ©dition Palazzetto BZ. ISBN 978-2-330-04794-8. Prix indicatif : 39€

 

Biographie. Telemann (1681-1767)

Biographie. Telemann (1681-1767). NĂ© en 1681 et mort en 1767, Teleman vivra en 2017, son 250Ăšme anniversaire : une opportunitĂ© pour cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie de ce compositeur qui certes en Allemagne du nord est bien connu, Ă©toile musicale Ă  Hambourg, vĂ©ritable esprit synthĂ©tique Ă  l’Ă©poque de Jean-SĂ©bastien Bach et comme ce dernier particuliĂšrement admirĂ©, et davantage encore que le director musices de Leipzig car Telemann fut vĂ©nĂ©rĂ© tel un dieu vivant, affirmant l’intelligence d’une pensĂ©e musicale, celle du plein baroque, avant les prĂ©mices du classicisme et du romantisme, en somme l’exact contemporain du français Rameau et comme lui, le dernier jalon marquant du baroque impĂ©tueux, expressif, universel.

 

 

Telemann, génie du Baroque germanique

 

 

TempĂ©rament puissamment original, Telemann impose sa grande culture musicale et sa pensĂ©e Ă©clectique dans l’Allemagne du nord. Il sert comme Kapellmeister dans diverses cours saxonnes puis devient surtout l’Ă©minence incontournable de la citĂ© de Hambourg, comme Kantor du Johanneum, Ă  partir de 1721, soit Ă  40 ans. En auteur avisĂ© et organisĂ©, il coordonne immĂ©diatement la parution de ses oeuvres, destinĂ©es aux amateurs et cĂ©nacles lettrĂ©s d’oĂč sa renommĂ©e europĂ©enne prĂ©coce : en homme des LumiĂšres et personnalitĂ© musicale, Telemann correspond sa vie durant avec les grands penseurs et thĂ©oriciens de son temps : Haendel, et les Bach, pĂšre et fils, Jean-SĂ©bastien et CPE (son filleul). AutoritĂ© incontestable, Telemann incarne une maniĂšre de modĂšle europĂ©en, bien au dessus de JS Bach Ă  son Ă©poque, influençant toute la nouvelle gĂ©nĂ©ration qui suit : Pisendel, Fasch, Heinichen, Graupner… Ses Ă©crits thĂ©oriques marquent profondĂ©ment la recherche de Mattheson, Quantz, Agricola, entre autres.

LEIPZIG : premiĂšre consĂ©cration. A 10 ans, Telemann maĂźtrise le violon, la flĂ»te, le clavier ; c’est un jeune prodige qui Ă  12 ans compose son premier opĂ©ra : Sigismundus. MalgrĂ© la profonde et tenace rĂ©ticence de sa mĂšre, Telemann s’obstine avec raison dans la musique dont il fait sa vocation. Ses premiĂšres Ɠuvres dĂ©voilent une connaissance approfondie de Agostino Stefani (rĂ©cemment ressuscitĂ© par Cecilia Bartoli), comme celle de gĂ©nies du XVIIĂš,  RosenmĂŒller, Corelli et Caldara. Inscrit en droit Ă  Leipzig en 1701, pour plaire Ă  sa mĂšre, Telemann n’en oublie par pour autant de recontrer le jeune Haendel Ă  Halle.
Le maire de Leipzig saisi par son Psaume chantĂ© Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas, lui commande immĂ©diatement un cycle de cantates, au grand dam du directeur musical de la ville, Kuhnau, rĂ©cemment nommĂ©. Telemann audacieux et entrepreneur, organise une sĂ©rie de concerts publiques oĂč joue un ensemble de musiciens Ă©tudiants prĂȘts Ă  le suivre (Collegium Musicum) ; trĂšs vite, son exceptionnel talent de compositeur lui rĂ©serve offres et propositions : il devient directeur de l’OpĂ©ra de Leipzig, compose plusieurs ouvrages lyriques, embauche les Ă©tudiants hambourgeois, chante lui-mĂȘme. En 1704, Telemann abandonne son poste Ă  l’OpĂ©ra pour devenir organiste Ă  la Neukirche.

IndisposĂ© par les remontrances du jaloux Kuhnau, Telemann quitte Leipzig en 1705 pour… la Cour italianisante du Comte Erdmann II de Promnitz (Ă  Sorau, actuelle Zary) oĂč la prĂ©dominance simultanĂ©e du style français stimule le compositeur. Il se perfectionne alors dans l’ouverture Ă  la française dont il passe pour le maĂźtre absolu. La proximitĂ© des Ă©lites et intellectuels de Berlin, le marque alors mais son sĂ©jour est interrompu lorsque sous la menace d’une invasion suĂ©doise, le Cour du Prince Promnitz est dissoute.

Bach Ă  Eisenach, 1706. Telemann rejoint alors la Cour d’Eisenach oĂč il dirige les chanteurs comme Konzertmeister. C’est lĂ , entre 1706 et 1708 qu’il rencontre Jean-SĂ©bastien Bachn bientĂŽt sur le dĂ©part pour Weimar (1708). Telemann livre alors tout un nouveau cycle de cantates et piĂšces de musique de chambre. Pour Eisenach, Telemann livra jusqu’en 1729, nombre de compositions, prolongeant encore sa riche participation Ă  l’activitĂ© de la ville.
A Francfort sur le Main, le compositeur dĂ©veloppe davantage son activitĂ© urbaine et mondaine comme directeur de la musique, composant nombre de musiques de circonstance, entre autres pour les concerts hebdomadaires du Collegium Musicum local. FĂ©cond, le musicien Ă©crit musiques de mariage et de cĂ©lĂ©brations diverses, oratorios et cantates; tout en poursuivant son activitĂ© de compositeurs d’opĂ©ras pour… Leipzig.
En 1717, le duc Ernst de Gotha lui offre le poste de Kapellmeister de toutes ses cours : Telemann assoit encore son statut et sa renommĂ©e. A Dresde en 1719, pour le mariage d’Auguste II et Maria Josepha d’Autriche, il retrouve Haendel et Ă©crit pour le violoniste Pisendel.

 

 

HAMBOURG, 1721. ConsĂ©cration, reconnaissance, transmission… NommĂ© directeur musical de la ville d’Hambourg, Telemann atteint une position particuliĂšrement exposĂ©e et enviable, lui assurant prestige et confort matĂ©riel. Pour autant, ses nouvelles fonctions ne sont pas de tout repos car il doit fournir l’ordinaire musical des 5 Ă©glises de la ville (soit comme JS Bach Ă  Leipzig : 2 cantates hebdomadaires inĂ©dites, 1 Passion par an… !, assurer un service d’enseignement.
Telemann insista aussi pour Ă©crire des opĂ©ras pour le ThĂ©Ăątre Lyrique de la ville : son ouvrage Der Geduldige Socrates / La Patience de Socrate, pourtant admirablement construit, ne suscita pas un enthousiasme dĂ©bordant de la part des autoritĂ©s. Un violent diffĂ©rent survint et Telemann menaçant de dĂ©missionner, se prĂ©senta au concours pour le poste de directeur musical Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas de Leipzig en 1722. Il remporta naturellement la compĂ©tition oĂč se prĂ©sentait aussi JS Bach et Graupner, finalement dĂ©boutĂ©s. InquiĂšte et dĂ©stabilisĂ©e, la municipalitĂ© de Hambourg sut rĂ©agir pour garder son compositeur officiel : traitement augmentĂ©, participation aux opĂ©ras : Telemann qui laissa ainsi Leipzig Ă  JS Bach, avait gagnĂ© la partie.
ConfirmĂ© et renforcĂ©, Telemann Ă  Hambourg favorise l’essor de l’activitĂ© musicale dans la citĂ© : livrant les partitions obligĂ©es par son office, mais aussi donnant un cycle multipliĂ© de concerts dans la taverne “Lower Tree-House” oĂč il prĂ©sente ses derniĂšres crĂ©ations avec une libertĂ© crĂ©ative en liaison avec sa certitude comme artiste reconnu. Telemann prend aussi la direction de l’OpĂ©ra de Hambourg, jusqu’Ă  la fermeture de l’Ă©tablissement en 1738.  Il programme ses ouvrages mais aussi ceux de Keiser et de Haendel (un ami estimĂ© auquel il adresse des bulbes de tulipes). Eclectique et prolixe dans diverses formes, Telemann compose aussi des opĂ©ras comiques (Pimpinone de 1725).
Telemann georg philipp telemannEditeur de ses propres oeuvres, Telemann organise et coordonne la publication de ses partitions, jusqu’en 1740, participant Ă  la diffusion de son style et donc Ă  sa renommĂ©e europĂ©enne (dont en 1728, un recueil de 72 cantates…, ou un recueil imprimĂ© Ă  Paris en 1738, les Nouveaux Quatuors). Le rayonnement de son Ɠuvre Ă©ditĂ©e impose l’Ă©clat et le succĂšs populaire d’une Ă©criture accessible, pourtant virtuose, aux difficultĂ©s mesurĂ©es, au caractĂšre galant de l’inspiration… trĂšs soucieux de la dĂ©fense de ses droits (en cela prĂ©curseur de Richard Strauss), il rejoint Paris en 1737 pour y piloter directement la publication de sa musique de chambre. Les Ă©diteurs parisiens Boivin et Le Clerc furent rappelĂ©s Ă  l’ordre par le compositeur qui n’avait pas donnĂ© autorisation Ă  l’Ă©dition de ses Sonates en trio et d’autres recueils. AvisĂ©, interventionniste, Telemann publia directement ses oeuvres, unanimement apprĂ©ciĂ©es par les français, et applaudies au Concert Spirituel.
A partir de 1740, le pĂ©dagogue et thĂ©oricien supplantent l’activitĂ© du compositeur, lequel honore cependant Ă  Hambourg, les obligations de sa charge (Passions et cantates de circonstance…). Telemann s’interroge sur le moyen de la transmission (indication des ornements, interprĂ©tation des recitatifs…) autant de sujets dĂ©veloppĂ©s dans ses recueils thĂ©oriques qui offrent un Ă©clairage dĂ©cisif pour l’interprĂšte moderne et sur la façon de jouer sa propre musique. PensĂ©e conceptuelle autant que pragmatique, Telemann Ă©crit dans la derniĂšre dĂ©cennie de sa longue et prodigieuse carriĂšre, plusieurs drames lyriques inspirĂ©s des oratorios de Haendel.  Nouveaux dĂ©fis qu’aima cultiver l’infatigable auteur jusqu’Ă  son dernier souffle.

 

 

 

AGENDA TELEMANN 2016
Avant l’annĂ©e commĂ©morative (2017, soit les 250 ans de la disparition du compositeur gĂ©nial), Opera Fuoco, la compagnie lyrique crĂ©Ă©e et dirigĂ©e par l’excellent David Stern prĂ©sente l’opĂ©ra mĂ©connu mais splendide Damon au ThĂ©Ăątre de Magdeburg (Allemagne) en version scĂ©nique (Aron stiehl, metteur en scĂšne), les 12, 13 18 et 19 mars 2016.

DISCOGRAPHIE

telemann theatre musical les masques olivier fortin ouverture don quixoote burlesque review cd critique cd classiquenews CLIC de novembre 2016 AJ0256CD remarquable. Les Masques emportĂ©s par Olivier Fortin subliment le gĂ©nie dramatique et poĂ©tique de Telemann : cd exceptionnel intitulĂ© “ThĂ©Ăątre musical de Telemann”, CLIC de CLASSIQUENEWS, Ă©ditĂ© en novembre 2016. LIRE notre critique complĂšte du cd le ThĂ©Ăątre musical de Telemann par Olivier Fortin et Les Masques (1 cd Alpha)

 

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flĂ»te, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’annĂ©e 2016 et prĂ©ludant Ă  l’annĂ©e Telemann 2017 (250Ăšme anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spĂ©cial Telemann 2017), un disque miraculeux, dĂ©diĂ© aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hansĂ©atique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, prĂ©cise qu’il a « appris avec enthousiasme Ă  jouer des instruments Ă  clavier, du violon, de la flĂ»te. Et Ă  prĂ©sent, je me consacre Ă  l’apprentissage du hautbois, de la flĂ»te traversiĂšre, du chalumeau, de la viole de gambe et mĂȘme de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann douĂ© en tout, accomplit des trĂ©sors d’inspiration et de raffinement, … En LIRE +

 

Livres, compte rendu critique. HervĂ© par lui-mĂȘme. Par Pascal Blanchet (Editions Actes Sud)

herve par lui meme actes sud livres critique classiquenews operette offenbach herve ISBN 978 2 330 05650 6Livres, compte rendu critique. HervĂ© par lui-mĂȘme. Par Pascal Blanchet (Editions Actes Sud). La riche correspondance d’HervĂ© aux directeurs de thĂ©Ăątre : Emile Perrin l’inflexible directeur de l’OpĂ©ra-comique ; EugĂšne Bertrand, directeur des VariĂ©tĂ©s ; ses propres Ă©crits aussi prĂ©face (pour ChilpĂ©ric), textes divers, mais aussi les minutes du son procĂšs de 1856 (dĂ©tournement de mineur, un jeune serveur qu’il invita chez lui
) mais aussi livrets, articles (fantasques comme celui sur le trombone), 
 racontent ici l’épopĂ©e du Compositeur toquĂ©, vrai inventeur de l’opĂ©rette (au milieu des annĂ©es 1850), interprĂšte et rival de Jacques Offenbach. Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit HervĂ© (1825- 1892), montre un courage et une tĂ©nacitĂ© hors normes, la certitude de pouvoir apporter concrĂštement des Ă©lĂ©ments importants dans l’histoire de l’opĂ©ra : son ambition, crĂ©er un ouvrage sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Comique
 consĂ©cration qui lui sera refusĂ©e par l’ignoble directeur Perrin, trĂšs emblĂ©matique de cette arrogance parisienne mĂ©prisable et polĂ©miste. Les textes et lettres sĂ©lectionnĂ©s suivent la chronologie, permettant de reconstituer la carriĂšre d’HervĂ© au thĂ©Ăątre. En complĂ©ment, une riche comparaison HervĂ© et Offenbach souligne la fĂ©conditĂ© d’une oeuvre personnelle, originale, entre Paris et Londres. HervĂ© mieux reconnu et compris par les londoniens, sera naturalisĂ© anglais. Il est temps aujourd’hui, Ă  l’heure oĂč l’on redĂ©couvre ses Chevaliers de la table ronde (tournĂ©e 2016 qui passe par Nantes et Angers en janvier 2016) et qui pourtant n’est pas la meilleure Ɠuvre pour dĂ©couvrir l’univers dĂ©jantĂ© et poĂ©tique d’HervĂ©, de mesurer adjectivement la valeur d’une Ɠuvre musicale et thĂ©Ăątrale aussi cohĂ©rente et convaincante de celle d’Offenbach. Lecture nĂ©cessaire.

Livres, compte rendu critique. HervĂ© par lui-mĂȘme. Par Pascal Blanchet. Actes Sud Beaux Arts, Octobre, 2015 / 11,0 x 17,6 / 224 pages, ISBN 978-2-330-05650-6. Prix indicatif : 9,50€

Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach

koopman-oratorio-Bach-classiquenews-ton-koopman-dirige-labo_603x380France Musique. Bach : Oratorio de NoĂ«l. Vendredi 25 dĂ©cembre 2015, 14h. Ton Koopman dirige l’Amsterdam Baroque Orchestra dans l’un des sommets liturgiques conçus par Bach pour le temps de NoĂ«l. L’ensemble, ambitieux et mĂȘme vaste, d’une durĂ©e totale de 2h30 environ, comprend six parties, parfaitement liĂ©es entre elles par un sujet unique, se dĂ©roulant avec cohĂ©rence de l’une Ă  l’autre. Bach a conçu le cycle pour les 6 jours de fĂȘte du temps de NoĂ«l 1734/1735. L’ensemble fut crĂ©Ă© dans les Ă©glises Thomaskirche et Nicolaikirche de Leipzig, sur un livret aujourd’hui attribuable Ă  Picander, mais sans vĂ©ritable preuves. Le fil conducteur est donnĂ© par le tĂ©nor qui raconte, narre, fidĂšle mĂ©diateur et rĂ©citant de l’histoire de la NativitĂ©, depuis le recensement de BĂ©thlĂ©em, jusqu’à l’adoration des mages. Chaque partie Ă©tait chantĂ©e, un jour aprĂšs l’autre, et non successivement en un tout continu, du 25 dĂ©cembre 1734, jour de NoĂ«l, jusqu’au 6 janvier 1735, pour l’Epiphanie. En dramaturge respectueux des Saintes Ă©critures (Passion de Saint-Mathieu et Passion de Saint-Luc), Bach qui a manifestement collaborĂ© au livret, et au choix des textes, structure musicalement son cycle liturgique en citant par intermittence les mĂȘmes familles d’instruments, d’un tableau Ă  l’autre : ainsi, le corps des trompettes en rĂ©, dans les parties I, III, VI.  Les parties I, II, III narrent la prochaine dĂ©livrance de Marie, la naissance de JĂ©sus (I) ; l’Annonciation aux bergers (II) ; l’invitation vers BethlĂ©em (II) ; la TroisiĂšme partie comporte l’air pour alto, le seul air original de l’Oratorio qui ne soit pas un rĂ©emploi d’une mĂ©lodie prise dans une cantate prĂ©cĂ©dente : un air oĂč Marie prend la parole et dĂ©clare “Renferme mon coeur ce doux miracle
” ; la circoncision (IV) : les mages d’Orient Ă  JĂ©rusalem et l’inquiĂ©tude d’HĂ©rode Ă  la nouvelle de la naissance de l’Enfant (V) ; la marche et l’adoration des mages (VI). Le cycle se termine par un choral de triomphe, entonnĂ© par la trompette dont la partie de soliste fut composĂ©e par Bach pour le virtuose Gottfried Reiche, l’un des musiciens de l’orchestre que le compositeur dirigeait Ă  Leipzig.

France Musique, le 25 dĂ©cembre 2015 Ă  14h. Concert donnĂ© le 21 dĂ©cembre 2014 en l’Eglise St Martini, Ă  Brunswick (Braunschweig) en Basse Saxe (Allemagne)

Jean-SĂ©bastien Bach
Oratorio de Noël BWV 248
Yetzabel Arias Fernandez, Soprano
Tilman Lichdi, TĂ©nor
Klaus Mertens, Basse
Maarten Engeltjes, Contre-ténor
Amsterdam Baroque Orchestra‹Ton Koopman : Chef d’orchestre

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Livres, compte rendu critique. Changer des vies par la pratique de l’orchestre, Gustavo Dudamel et l’histoire d’El Sistema par Tricia Tunstall. Traduction : CĂ©cile Roure (Éditions SymĂ©trie)

symetrie sistema gustavo dudamel abreu venezuela enfants orchestres livre critique compte rendu classiquenews isbn_978-2-36485-036-1Livres, compte rendu critique. Changer des vies par la pratique de l’orchestre, Gustavo Dudamel et l’histoire d’El Sistema par Tricia Tunstall. Traduction de CĂ©cile Roure (Éditions SymĂ©trie). SymĂ©trie Ă©dite la traduction française du texte amĂ©ricain « Changing lives » de Tricia Tunstall (publiĂ© en 2012 par W. W. Norton, New York). A l’automne 2015, CĂ©cile Roure en assure non seulement une traduction engagĂ©e et personnellement investie, mais aussi toutes les notes de bas de page, un texte d’introduction relevant d’un tĂ©moignage admiratif et sincĂšre (PrĂ©lude : Gustavo et moi) et aussi surtout, lumineuse dĂ©monstration d’un modĂšle musical et social qui s’exporte jusque dans l’ancien monde, une Postface (“des orchestre de jeunes en France”), qui dessine de formidables perspectives prĂ©cisant la fonction salvatrice de la musique classique sur la scĂšne sociĂ©tale europĂ©enne. Ce dernier texte, totalement rĂ©digĂ© par la traductrice, s’avĂšre en fait, aussi intĂ©ressant que le texte initial amĂ©ricain Ă©crit en 2012 car il dresse en 2015, un premier bilan des initiatives en France, associant pratique de la musique orchestrale et Ă©ducation des jeunes en difficultĂ©. Il revient aux particuliers ou musiciens de la sociĂ©tĂ© civile de relever le dĂ©fi d’un vivre ensemble dĂ©sormais possible grĂące Ă  la pratique d’un instrument au sein d’un orchestre : expĂ©rience salutaire dans bien des cas, qui refonde l’estime de soi et la confiance des jeunes, leur apprend l’exercice concret du vivre ensemble, impliquĂ©s dans un projet collectif oĂč chacun ayant sa place, participe concrĂštement Ă  la sociĂ©tĂ© humaine ainsi organisĂ©e.

El Sistema… A quoi tient l’intĂ©rĂȘt de ce programme nĂ© au Venezuela ? Surtout, d’oĂč vient que la musique classique pratiquĂ©e en orchestre amĂ©liore considĂ©rablement les chances du vivre ensemble quand elle est ainsi vĂ©cue, dĂ©fendue (“jouer, lutter”) par les jeunes “nĂ©cessiteux”, ceux que la misĂšre, l’exclusion mettent Ă  l’Ă©cart de l’opulence sociale et civile ?

A ces questions fondamentales pour l’avenir de nos sociĂ©tĂ©s, actuellement rongĂ©es et dĂ©vorĂ©es de l’intĂ©rieur par l’affrontement des nationalismes, par l’essor du communautarisme, voici des rĂ©ponses inouĂŻes oĂč le lecteur puisera un vivier de solutions prĂ©cises, concrĂštes, Ă©loquentes.

L’expĂ©rience orchestrale, une partition pour la paix sociale

Jamais la culture et en particulier la pratique des instruments, et l’expĂ©rience de l’orchestre n’auront paru plus indiquĂ©s pour Ă©radiquer l’intolĂ©rance, la haine collective, la peur de l’autre, l’irrespect gĂ©nĂ©ral… qui se manifestent par la dĂ©linquance et l’insĂ©curitĂ©, les gangs, le vol, le racket, la corruption organisĂ©s ou mĂȘme les innombrables signes d’incivilitĂ© qui se multiplient ici et lĂ  jusque dans les lieux ordinaires de la vie quotidienne. Respecter l’autre, reconnaĂźtre ce qu’il peut nous apporter, cultiver un regard fraternel… sont des valeurs fondatrices de notre dĂ©mocratie rĂ©publicaine. FondĂ© sur la cohĂ©sion et l’intĂ©gration de chacun de ses membres, l’orchestre n’est plus cette partition offerte Ă  chacun instrumentiste pour rĂ©ussir l’idĂ©e d’un accomplissement collectif dans le seul cadre du concert payant : appliquĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© du terrain social, urbain,  le cadre et le dispositif ont dĂ©montrĂ© d’indiscutables vertus, comme celles de la solidaritĂ©, l’entre aide, le tout collectif : on ne rĂ©ussit rien seul ; on gagne ou perd tous ensemble. Il ne s’agit pas de constater la rĂ©ussite indiscutable d’un projet politique et social. Le texte ainsi traduit appelle Ă  prendre les mesures concrĂštes qui s’imposent puisque tout y est magistralement expliquĂ©. Le livre devrait donc ĂȘtre lu par tous les responsables politiques, les Ă©lus et les dĂ©cisionnaires de la sociĂ©tĂ© civile, futurs porteurs enfin d’un projet pratique aux bĂ©nĂ©fices avĂ©rĂ©s. A tant de promesses dĂ©clarĂ©es au moment des temps Ă©lectoraux, et souvent oubliĂ©es aprĂšs l’Ă©lection, voici un programme de solutions rĂ©elles, Ă  l’efficacitĂ© prouvĂ©e.

CLIC_macaron_2014Cest un texte Ă©blouissant qui parlant d’humanitĂ© et de fraternitĂ©, offre tous les Ă©lĂ©ments pour rĂ©soudre le problĂšme de la violence et de la haine dans notre sociĂ©tĂ©. Le prĂ©sident François Hollande avait inscrit comme prioritĂ© de son programme de candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle, les jeunes et l’Ă©ducation : voilĂ  un texte et une expĂ©rience dĂ©crite qui rĂ©pondent totalement Ă  sa prĂ©occupation. Force est de constater le silence tenace de la part des politiques car comme partout en Europe, la mise en pratique du Sistema venezuelien, adaptĂ© Ă  l’Europe, reste le fruit des initiatives privĂ©es, au prix d’un dĂ©vouement et d’un engagement qui relĂšvent du parcours du combattant. Les rĂ©alisations pionniĂšres en France dont tĂ©moigne dans sa postface CĂ©cile Roure, sont Ă©loquentes : il faut du courage et une audace hors du commun pour faire bouger la sociĂ©tĂ©. Et nous payons trĂšs cher Ă  l’Ă©chelle collective, ce dĂ©calage archaĂŻque.

La valeur du texte originel de Tricia Tunstall montre prĂ©cisĂ©ment et trĂšs concrĂštement grĂące Ă  une immersion dans les nucleos vĂ©nĂ©zuĂ©liens (centres Ă©ducatifs installĂ©s dans les quartiers des jeunes qui participent au Sistema), l’organisation, le fonctionnement, le profil des participants, jeunes dĂ©linquants ou dĂ©favorisĂ©s marquĂ©s par la fatalitĂ© de l’Ă©chec…, formateurs et enseignants, crĂ©ation des orchestres de jeunes, formation, perfectionnement, jeu et pratique collective… Le but n’Ă©tant pas de transformer les jeunes en instrumentistes virtuoses mais de vivre la musique ensemble, rĂ©guliĂšrement, passionnĂ©ment pour retrouver une estime de soi, partager, fraterniser, accomplir, (se)rĂ©aliser… Plus qu’un programme musical et Ă©ducatif, l’exemple du Sistema est une leçon de vie pratique qui permet de retrouver des valeurs humanistes pour les partager concrĂštement. Or il apparaĂźt que seule la musique et la pratique d’un instrument dans un orchestre permet de rĂ©aliser ce cheminement exemplaire et salvateur pour chacun.

Au dĂ©part, le Sistema (programme d’Ă©ducation musicale pour les jeunes des quartiers dĂ©favorisĂ©s du Venezuela) a Ă©tĂ© fondĂ© en 1975 par le musicien et Ă©conomiste visionnaire JosĂ© Antonio Abreu.

dudamel gustavo40 ans plus tard, le million de jeunes instrumentistes formĂ©s par le Sistema a Ă©tĂ© atteint, leur apportant une estime de soi et une identitĂ© renforcĂ©e, particuliĂšrement positive qui les tiennent Ă©loignĂ©s de la fatalitĂ© de la dĂ©linquance et de l’Ă©chec. L’un des disciples d’Abreu les plus cĂ©lĂšbres, demeure le jeune maestro Gustavo Dudamel, actuel directeur musical du Los Angeles Philharmonic, soutenu dĂšs ses dĂ©buts par Simon Rattle ou Claudio Abbado. Dudamel a lui-mĂȘme dĂ©veloppĂ© un programme encourageant les jeunes chefs comme lui : aujourd’hui Diego Matheuz ou Christian Vasquez, laurĂ©at de ce dispositif particulier, se sont affirmĂ© avec la sĂ©duction que l’on sait : le premier est directeur musical de La Fenice de Venise….

Le Sistema a prouvĂ© que la culture et la musique en particulier pouvait concrĂštement amĂ©liorer la paix sociale offrant aux jeunes tentĂ©s par la dĂ©linquance, un avenir, une vision, une identitĂ© positive et des valeurs humaines, exemplaires. On ne peut que souscrire Ă  un tel programme qui ne cesse de dĂ©montrer ses vertus et l’on s’Ă©tonne que les systĂšmes Ă©ducatifs de la vieille Europe ne s’en inspirent pas sans dĂ©lai. En France, l’Education nationale peine toujours Ă  trouver son modĂšle, et l’essor de la dĂ©linquance urbaine comme l’abandon par les politiques des banlieues font craindre le pire dans les annĂ©es Ă  venir. Le texte que publie en octobre l’Ă©diteur lyonnais SymĂ©trie se rĂ©vĂšle donc plus qu’opportun, nĂ©cessaire. D’autant qu’ici la culture que tout un chacun continue de considĂ©rer comme un divertissement accessoire, fait valoir des vertus concrĂštes, philosophiques, spirituelles, humanistes… que nous ne pouvons plus ignorer. A lire sans tarder. Lecture rĂ©vĂ©lation, donc CLIC de classiquenews de novembre 2015.

Sommaire

Prélude. Gustavo et moi

Chapitre 1. Bienvenido Gustavo ! L’étrange nouvelle star d’Hollywood

Chapitre 2. Mambo !, un premier aperçu du Sistema

Chapitre 3. Jouer et lutter : l’évolution du Sistema

Chapitre 4. Danse de violoncelles : l’orchestre de jeunes Simón Bolívar du Venezuela

Chapitre 5. Une idée pour changer le monde

Chapitre 6. Etre ou ne pas ĂȘtre. Le Sistema en action

Chapitre 7. Vues du Sistema U.S.A.

Chapitre 8. Merci Gustavo. Guérir les communautés à Los Angeles

Coda. Chérir les enfants nécessiteux

Remerciements

Postface. Des orchestres de jeunes en France

Livres, compte rendu critique. Changer des vies par la pratique de l’orchestre, Gustavo Dudamel et l’histoire d’El Sistema par Tricia Tunstall. Traduction de CĂ©cile Roure (Éditions SymĂ©trie). ISBN 978-2-36485-036-1, 304 pages. Parution ; octobre 2015. Prix indicatif : 19 €. CLIC de classiquenews de novembre 2015.

 

La Belle HĂ©lĂšne Ă  Tours

offenbach jacques Offenbach2Tours, OpĂ©ra. La belle HĂ©lĂšne : Offenbach. 26 > 31 dĂ©cembre 2015. Offenbach et ses librettistes ont toujours soignĂ© leurs plaisanteries mythologiques, prĂ©textes Ă  satire politique et sociale, parodie sociĂ©tale, Ă  situations comiques. Cette belle HĂ©lĂšne, sans laquelle la guerre de Troie n’aurait peut-ĂȘtre pas eu lieu, est l’un des grands personnages de la scĂšne lyrique, qui, dans sa fantaisie dĂ©bridĂ©e, attire les grandes artistes. En 2015, pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2015, Karine Deshayes chante la dĂ©licieuse facĂ©tie de la blonde sĂ©ductrice qui mĂȘme si elle mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, se passionne corps et Ăąme pour le beau ParĂźs. Elle est entourĂ©e d’une vraie “troupe”, qui diffuse et cisĂšle la verve, l’humour, la tendresse dĂ©lirante et fraternelle du petit Mozart des boulevards : Jacques Offenbach. Et si vous aimez l’humour et la grĂące dĂ©lirante du compositeur, allez aussi voir et applaudir la recrĂ©ation du Roi Carotte sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Lyon, Ă©galement en dĂ©cembre 2015.

La Belle HĂ©lĂšne, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1864 aux VariĂ©tĂ©s Ă  Paris incarne cet esprit dĂ©calĂ© impertinent et grivois du Second Empire, fastes dĂ©cadents d’un rĂ©gime condamnĂ© Ă  disparaĂźtre avec le dĂ©sastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy y parodient dieux et dĂ©esses de l’Olympe, c’est Ă  dire le milieu politique en France dans les annĂ©es 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan prĂ©cis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La GalĂšre de VĂ©nus (III).
Oreste (rĂŽle travesti pour soprano) est un jeune dĂ©cadent et les rois de la GrĂȘce rivalisent en devinettes, bouts-rimĂ©s et charades lors des fĂȘtes d’Adonis au I : des tĂȘtes couronnĂ©s aux loisirs futiles quand HĂ©lĂšne, reine de Troie, fille de LĂ©da et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (PĂąris). Pourtant mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, elle est tout occupĂ©e Ă  sĂ©duire PĂąris dont elle est tombĂ©e amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver Ă  ses fins. Au II, MĂ©nĂ©las de retour de CrĂȘte, surprend PĂąris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi MĂ©nĂ©las de faire passer dans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la GrĂȘce est un champs de carnage”). RusĂ© et astucieux, PĂąris se faisant passer pour l’augure de VĂ©nus, enlĂšve la belle HĂ©lĂšne que lui a promis la divinité  MĂ©nĂ©las et les rois grecs dĂ©couvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu.

Galerie de portrait dĂ©jantĂ©e et situations rĂ©solument comiques, La Belle HĂ©lĂšne se moque des puissants sous son prĂ©texte de parodie mythologique. Le rĂŽle titre permet Ă  la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scĂšne parisienne, celles des Boulevards parisiens, sous son masque insouciant dĂ©lirant, en rĂ©alitĂ©, satirique et parodique sur la sociĂ©tĂ© contemporaine.

La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris
Edition Boosey and Hawkes (Jean-Christophe Keck)

boutonreservationSamedi 26 dĂ©cembre 2015 – 20h
Dimanche 27 dĂ©cembre 2015 – 15h
Mercredi 30 dĂ©cembre 2015 – 20h
Jeudi 31 dĂ©cembre 2015 – 20h

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scÚne et chorégraphie : Bernard Pisani
DĂ©cors : Éric Chevalier
Costumes : Frédéric Pineau
LumiĂšres : Jacques Chatelet

HĂ©lĂšne : Karine Deshayes
Oreste : Eugénie Danglade
PĂąris : Antonio Figueroa
Calchas : Vincent Pavesi
Agamemnon : Ronan Nédélec
Ménélas : Antoine Normand
Achille : Vincent de Rooster
Ajax I : Yvan Rebeyrol
Ajax II : Jean-Philippe Corre

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 à 12h00  -  13h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Ludovic TĂ©zier chante Rigoletto Ă  Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, OpĂ©ra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’aprĂšs Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scĂšne verdienne, un nouveau rĂ©alisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dĂ©pendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chĂšre : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, sĂ©duit la belle (Gilda) Ă  la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crĂ©dule et bien naĂŻve s’éprend profondĂ©ment de ce sĂ©ducteur professionnel et accepte de mourir Ă  sa place, dans le piĂšge qu’avait organisĂ© Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scĂšne shakespearienne oĂč souffle la tempĂȘte, le tueur Ă  gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se prĂ©sente Ă  sa place, Ă  la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malĂ©diction du comte Monterone, au dĂ©but de l’opĂ©ra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanitĂ© qui est dĂ©peinte. Mais Ă  trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres


Toulouse : Rigoletto, le nouveau dĂ©fi de Ludovic TĂ©zierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi dĂ©ploie une maestriĂ  unique jusque lĂ , dans la fusion des genres : comique et lĂ©gers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scĂšne du meurtre de Gilda au III)
 Intense, brĂ»lante, Ăąpre et Ă©tonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthĂ©tique rĂ©aliste et fantastique, tragique et cynique Ă  la fois (l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une rĂ©ussite Ă©blouissante, expressionniste et poĂ©tique, qui place dĂ©sormais Verdi, au devant de la scĂšne opĂ©ratique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scĂšne crĂ©Ă©e par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic TĂ©zier qui pourrait affirmer une profondeur blessĂ©e et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature
 A voir Ă  partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scĂšne

Ludovic TĂ©zier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena


Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

Paris. Madrigaux de Giovanni Zamboni par Faenza

horvat-marco-concert-clic-de-classiquenewsParis. Faenza ressuscitent les madrigaux de Zamboni. Le 11 novembre 2015, 20h. Temple du Foyer de l’ñme. Le travail du romain Giovanni Zamboni tĂ©moigne du regain d’intĂ©rĂȘt voire de la nostalgie des amateurs pour un genre musical et vocal devenu dĂ©modĂ© Ă  la fin du XVIIĂš : le madrigal. Giovanni Zamboni, dit « le Romain », virtuose au dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle, de nombreux instruments Ă  cordes pincĂ©es (archiluth, clavecin, mandoline, thĂ©orbe, mandore
), fut l’un des derniers luthistes italiens et aussi le dernier grand madrigaliste de l’histoire de la musique, prolongeant la recherche audacieuse d’un Monteverdi. Si les deux cycles de madrigaux qu’il nous a laissĂ©s n’ont jamais Ă©tĂ© publiĂ©s – ayant Ă©tĂ© jugĂ©s archaĂŻques, donc passĂ© des mode-, ils entendent cependant dans une langue musicale maĂźtrisĂ©e, rendre hommage aux maĂźtres du passĂ©. Sous la direction de Marco Horvat, l’ensemble Faenza choisit aujourd’hui d’en ressusciter le chant perfectionniste et parfois l’élan fantaisiste voire fantasque, toujours en accord avec le sens et les images des textes mis en musique.

Madrigaliste, Giovanni Zamboni a aussi laissĂ© 12 sonates publiĂ©es Ă  Lucca en 1718 composant le dernier recueil de musique imprimĂ©e en tablature pour le luth en Italie. Dans le style de Corelli, les Sonates ont probablement influencĂ© Sylvius Leopold Weiss, ultime luthiste allemand, dont on sait qu’il sĂ©journa deux ans Ă  Rome. Leur style relĂšve de ce baroque universel et europĂ©en que Bach reprĂ©sente idĂ©alement et que Zamboni fait aussi Ă©voluer. Le prĂ©lude de sa huitiĂšme sonate est pratiquement un copiĂ©-collĂ© du premier prĂ©lude du Clavier bien tempĂ©rĂ©, dont le manuscrit est pourtant plus tardif. Qui s’est inspirĂ© de qui ? Le mystĂšre demeure et souligne l’importance de l’inspiration de Zamboni.

zamboni giovanni Della Casa Bologna Accademia filarmonicaGiovanni Zamboni : le Monteverdi des LumiĂšres. Les deux cycles de douze madrigaux Ă  quatre voix, d’une trĂšs grande richesse d’invention renouvellent la tradition madrigaliste qui remonte Ă  la fin du XVIĂš et a connut ses heures glorieuse au dĂ©but du XVIIe siĂšcle, grĂące Ă  l’engagement de Moneverdi ; sous l’impulsion d’Alessandro Scarlatti, les musiciens s’intĂ©ressent Ă  nouveau Ă  la forme du madrigal dĂšs le fin du XVIIĂš, appuyĂ©s et stimulĂ©s par de nombreux lettrĂ©s romains, nostalgiques de la fusion poĂ©sie et musique. L’idĂ©al esthĂ©tique fusionnant les deux disciplines, incarnĂ© en particulier par Monteverdi et Gesualdo, la nouvelle vogue pour le madrigal inspire en particulier Zamboni. Son style suscite en particulier l’admiration du grand MaĂźtre de Chapelle de Saint-Jean de Latran, Girolamo Chiti, qui laisse un tĂ©moignage Ă©loquent :  il y relĂšve « une connaissance approfondie du contrepoint et de l’expression du sens des paroles, synthĂšse de la rigueur de l’ancienne Ă©cole et de l’expressivitĂ© chromatique du style moderne ». De quoi nous dĂ©lecter aujourd’hui, tout en explorant l’écriture perfectionniste d’un compositeur romain mĂ©connu.

Les deux Livres de madrigaux de Zamboni par Faenza, Marco Horvat :

Olga PITARCH, soprano
Lucile RICHARDOT, alto
Jeffrey THOMPSON, ténor
Emmanuel VISTORKY, basse

Elisabeth GEIGER, clavecin
Charles-Edouard FANTIN, archiluth
Christine PLUBEAU, basse de viole

 

 

boutonreservationMercredi 11 novembre 2015, 20h
Temple du Foyer de l’ñme
7, rue du Pasteur Wagner
Paris 11Ăšme
(MĂ©tro : ligne 5 – arrĂȘt: BrĂ©guet-Sabin)

Marco Horvat ressuscite le génie madrigalesque de ZamboniAPPROFONDIR : Entretien avec Marco Horvat à propos de la modernité des madrigaux de Zamboni et du geste de Faenza dédié à la résurrection de ce programme. 3 questions à Marco Horvat à propos des madrigaux de Giovanni Zamboni 

Livres, compte rendu critique. HĂ©lĂšne Pierrakos : L’ardeur et la mĂ©lancolie – Voyage en musique allemande (Fayard)

pierrakos helene ardeur et melancolie fayard les chemins de la musique livre critique presentation compte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsLivres, compte rendu critique. HĂ©lĂšne Pierrakos : L’ardeur et la mĂ©lancolie – Voyage en musique allemande (Fayard). Question : qu’est-ce que « l’identitĂ© allemande de la musique » ? Y a t fil des composantes et des caractĂšres propres Ă  l’ñme musicale germanique telle qu’elle se manifeste chez « Bach, Schubert, Brahms, Mahler  » ? VoilĂ  des questions brĂ»lantes auxquelles l’auteure de cet essai, animatrice sur FrĂ©quence protestante,  tente de rĂ©pondre. Une quĂȘte d’identitĂ©, en notre Ă©poque oĂč la question de la culture identitaire dresse les partis et les positions les plus radicalisĂ©es
 Hasard du calendrier des parutions comme si l’actualitĂ© de la recherche musicologique et musicale rejoignait les grands dĂ©bats de sociĂ©tĂ©.

A la question de la germanitĂ©, l’auteure fait vibrer la carte sonore, celle de l’écoute attentive et active : HĂ©lĂšne Pierrakos offre ainsi un guide d’écoute, relevant, dĂ©tectant, soulignant les spĂ©cificitĂ©s des compositeurs germaniques, tous pĂ©nĂ©trĂ©s par le sentiment impĂ©rieux du voyage. Qu’il soit errance ou exploration, chaque sĂ©jour par la musique suit les pas des compositeurs abordĂ©s l’un aprĂšs l’autre, tous et chacun semant les jalons d’un parcours unique et singulier entre Wandern et Heim (pour reprendre les mots de la prĂ©face, laquelle Ă©conomie dommageable ne les traduit pas,or ils sont essentiels et emblĂ©matiques pour comprendre les deux directions qui structurent tout le texte : Wandern et Heim, donc c’est Ă  dire : Voyage et patrie ; dĂ©sir de conquĂȘte et repli introspectifs, action et nostalgie, « ardeur et mĂ©lancolie » pour reprendre le titre, mis au diapason d’Eros et de Thanatos. Au fil de ses Ă©coutes concentrĂ©es, HĂ©lĂšne Pierrakos analyse et argumente l’idĂ©e d’un territoire germanique propre, composant au fil des pages une cartographie de la musique allemande, surtout romantique on l’aura compris (Bach mis Ă  part).

Des thĂ©matiques surgissent alors, fĂ©dĂ©rant une constellation de caractĂšres qui deviennent ici fondateurs et dĂ©terminants : « PoĂ©tique du pas, le chant fraternel, le folklore rĂȘvĂ©, la pensĂ©e inquiĂšte » sans omettre « l’idylle d’azur ou le labeur et le rĂȘve »  A travers les nombreuses analyses et essais critiques sur une myriade d’oeuvres et d’écritures, se prĂ©cise l’idĂ©e centrale, stimulante d’un cheminement intĂ©rieur et profond : Schubert, Brahms, Mahler, Schumann envisagent par la musique, le dĂ©voilement d’un monde parallĂšle, dont l’accĂšs est aussi inaccessible ou reportĂ© que la prĂ©sence, pourtant tout Ă  fait perceptible. De cet Ă©loignement et de cette prĂ©sence originelle, fondant la nostalgie spĂ©cifiquement germanique (Sehnsucht, selon l’adage appliquĂ© aux voyages schubertiens entre autres) rĂ©side une dynamique poĂ©tique qui pourrait en effet caractĂ©riser cette germanisĂ© faite musique. Passionnant.

Livres, compte rendu critique. Livres, compte rendu critique. HĂ©lĂšne Pierrakos : L’ardeur et la mĂ©lancolie – Voyage en musique allemande. EAN :  9782213681740. Parution :  octobre 2015. 200 pages. Format : 135 x 215 mm Prix public TTC: 18 €. Editions Fayard

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert. Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent crĂ©Ă© l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, 
 sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique trĂšs marquĂ© esprit des LumiĂšres circule de l’une Ă  l’autre des partitions.

Pour la Symphonie de Gossec (1734 – 1829), Bruno Procopio a respectĂ© l’usage instrumental historique : c’est Ă  dire le nombre impressionnant de contrebasses : car l’orchestre en France Ă  l’époque de Gossec totalise prĂšs de 12% des effectifs de cordes : le principe est rĂ©alisĂ© Ă  Rio et la sonoritĂ© qui en dĂ©coule apporte ses bĂ©nĂ©fices expressifs : puisque la musique ne module pas beaucoup, l’éloquence Ă©largie des basses nourrie une matiĂšre Ă©tonnamment riche malgrĂ© des lignes plutĂŽt simples. Des quatre mouvements (Maestoso – Allegro molto ; Larghetto ; Menuet – trio ; Finale : Allegro molto), le chef rĂ©alise la continuitĂ© tout en apportant les fruits d’un travail spĂ©cifique sur le relief instrumental.

 

 

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A 17 parties soit 17 pupitres, l’orchestre de Gossec demeure rĂ©solument classique avec clarinettes et trompettes par deux. Ordinairement datĂ©e de 1809, la Symphonie pourrait remontĂ©e Ă  une Ă©poque prĂ©cĂ©dente : le dernier mouvement commence par un systĂšme fuguĂ© dĂ©fendu par les premiers violons selon la tradition du Concert Spirituel telle qu’elle s’était affirmĂ©e dans le paysage de la fin XVIIIĂš Ă  Paris.  De fait, outre ces points d’écriture, tout l’esprit de la Symphonie de Gossec rĂ©sonne de l’Esprit des LumiĂšres plutĂŽt que du plein romantisme. L’auteur de ThĂ©sĂ©e, opĂ©ra majeur, trĂšs emblĂ©matique de l’esthĂ©tique nĂ©oclassique de la fin du XVIIIĂš europĂ©en, reste rĂ©solument classique et respectueux des inflexions de son Ă©poque.

Jouer Gossec et Neukomm Ă  Rio

Mais le trait original vient pourtant d’un souci personnel dans la coloration des unissons comme des dessus cordes/flĂ»tes puis flĂ»tes/hautbois. Gossec tout en rĂ©pĂ©tant souvent un mĂȘme motif rythmique et mĂ©lodique, sait particuliĂšrement bien raffiner les combinaisons instrumentales Ă  chaque reprise, dans le but de colorer son orchestration. La variĂ©tĂ© des instruments offre une expĂ©rience de coloration (hautbois/ clarinette) plutĂŽt « moderne » vis Ă  vis du cadre strictement classique des LumiĂšres. S’il n’était cette sensibilitĂ© originale aux instruments, le style de Gossec regarde plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Haydn que de Beethoven. Bruno Procopio saisit et sert idĂ©alement l’intensitĂ© du matĂ©riau musical avec une fluiditĂ© permanente passant d’un mouvement Ă  l’autre avec une intelligence communicative qui souligne l’invention instrumentale de Gossec. Ce bouillonnement dynamique souligne l’apport du compositeur parmi les plus inventifs de sa gĂ©nĂ©ration et qui impressionna tant Mozart lors de son sĂ©jour Ă  Paris en 1778. C’est d’ailleurs grĂące Ă  Gossec, alors directeur du Concert Spirituel, que Wolfgang reçoit la commande, prestigieuse pour la capitale française, des fameuses Symphonies parisiennes. Entre l’écriture classique et viennoise (plutĂŽt archaĂŻsante si la partition remonte de fait Ă  1809) et sa grande sensibilitĂ© instrumentale (solos de clarinette en particulier 
) et son souci de la couleur (trait de modernitĂ© a contrario), le jeune chef franco-brĂ©silien rĂ©ussit totalement l’équilibre entre mesure et sensualitĂ©. En revanche, de prĂšs de 30 mn en durĂ©e, la carrure de l’Ɠuvre prĂ©figure Beethoven.

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve Ă  Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au BrĂ©sil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a mĂȘme composĂ© sa Symphonie hĂ©roĂŻque pendant la traversĂ©e, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est fonciĂšrement classique et mĂȘme haydnien mais il affirme un sens des modulations trĂšs original, parfois abrupts, dont l’activitĂ© des contrastes, reste Ă©trangĂšre Ă  Gossec : son parfum romantique est plus Ă©vident de ce fait. Place est favorise Ă  la fanfare qui y rĂšgne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie hĂ©roĂŻque en rĂ© majeur ?

 

 

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Comme Mozart et Beethoven, Neukomm rĂ©utilise un ancien air composĂ© par Haendel (ici,  l’air de Macbeth pour le mouvement lent central). InspirĂ© par l’art du Symphoniste, ayant crĂ©Ă© entre ancien et nouveau monde, Bruno Procopio souligne l’allant gĂ©nĂ©ral, l’exaltation d’une plume pleine de feu et de contrastes. Il fait surgir avec bonheur, la vivacitĂ© martiale et l’énergie solaire d’une Symphonie de conquĂȘte.  En 1816 avant de partir pour Rio, Neukomm, serviteur de Talleyrand, compose le Requiem jouĂ© lors de la commĂ©moration du traitĂ© de Vienne. Au BrĂ©sil, il compose le Libera me pour la fin du Requiem de Mozart, dans une rĂ©alisation alors dirigĂ©e Ă  Rio, par le compositeur officiel Nunes Garcia. Il est donc lĂ©gitime d’inscrire au programme Neukomm aux cĂŽtĂ©s de Gossec. L’un et l’autre sont emblĂ©matiques du langage classique des LumiĂšres. Or le second, a fait le voyage et transmet et diffuse l’hĂ©ritage de la culture europĂ©enne sous les tropiques.

AprĂšs Renaud de Sacchini (1783) – avec l’OSB toujours, crĂ©ation brĂ©silienne de mars 2015, Bruno Procopio retrouve les dĂ©fis de la musique française de la fin du XVIIIĂš, au tournant des esthĂ©tiques classique et romantique dĂ©fis pimentĂ©s par sa rĂ©alisation sur instruments modernes. Jouer sur instruments modernes nĂ©cessite un apprentissage spĂ©cifique pour les instrumentistes : nouvelle expĂ©rience technique que leur apporte Bruno Procopio (dont coups d’archets selon une approche historiquement informĂ©e, nouveau raffinement dans l’interprĂ©tation des parties ornementales
)

Comme c’était aussi l’enjeu du concert Ă  LiĂšge, avec le Philharmonique Royal (jouer Rameau sur instruments modernes, dĂ©cembre 2014, – voir ci aprĂšs notre reportage classiquenews : “Rameau Symphonique par Bruno Procopio Ă  LiĂšge”). Mais un autre dĂ©fi attend bientĂŽt Bruno Procopio, crĂ©er ThĂ©sĂ©e de Gossec composĂ© en 1781 autre fleuron de l’esthĂ©tique des LumiĂšres et qui a dĂ©sormais toute sa place dans ce nouveau sillon prometteur, tracĂ© entre la France et le BrĂ©sil grĂące Ă  l’énergie d’un chef audacieux. D’autant qu’en 2016, la France et le BrĂ©sil cĂ©lĂšbreront le bicentenaire de la Mission française au BrĂ©sil. Prochains Ă©vĂ©nements Ă  venir.

 

 

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

Le chef d’orchestre Bruno Procopio en vidĂ©o

 

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VOIR le reportage Bruno Procopio dirige Rameau à LiÚge avec le Philharmonique Royal de LiÚge (décembre 2014)

VOIR le reportage Bruno Procopio dirige RENAUD de Sacchini à Rio, Sala Cecilia Meireles  / Brazilian Symphony Orchestra (mars 2015)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue Carl Philipp Emmanuel Bach à Caracas / Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Vénézuela (septembre 2013)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue les PiÚces pour clavecin en concerts de Rameau (avril 2013)

 

 

Illustrations : Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) dans un programme Gossec et Neukomm, Rio de Janeiro, avril 2015 © CLASSIQUENEWS.COM

Dossier : Oreste, figure de l’opĂ©ra tragique

Dossier : Oreste, figure de l’opĂ©ra tragique. De retour de la guerre de Troie, Agamemnon, le roi de MycĂšnes rentre au PĂ©loponĂšse, mais il est assassinĂ© par sa femme Clytemnestre et son amant Egisthe. Les enfants d’Agamemnon doivent subir le parricide sans se rĂ©volter : Electre reste Ă  MycĂšnes, mais son frĂšre, Oreste, encore adolescent et hĂ©ritier en titre, se rĂ©fugie chez son oncle Strophios en Phocide.  C’est Electre qui prend ainsi soin de son frĂšre en l’envoyant hors de MycĂšnes.

Oreste, un hĂ©ros lyriqueInspirĂ© et protĂ©gĂ© par Apollon, Oreste devenu adulte entend venger son pĂšre : avec l’aide d’Electre, le jeune homme tue les meurtriers Clytemnestre et Egisthe. FrappĂ©s d’horreur, les dieux pourchassent Oreste et lui envoie les Erinyes qui le tourmentent et le poursuivent jusqu’à Delphes, le sanctuaire d’Apollon. Ce dernier aidĂ© d’AthĂ©na, obtient que son protĂ©gĂ© soit finalement disculpĂ© et libĂ©rĂ© des Erinyes. Pour sauver son esprit ravagĂ©, Oreste doit Ă  la demande d’Apollon, reconquĂ©rir la statue d’ArthĂ©mis/Diane, au sanctuaire de Tauride. LĂ , sur le point d’ĂȘtre sacrifiĂ© avec son compagnon Pylade, Oreste retrouve sa sƓur IphigĂ©nie, devenue chez les Scythes, prĂȘtresse de Diane. Pylade tue le roi Scythe, Thoas, et tous trois s’enfuient avec la statue de Diane. Oreste a triomphĂ© des Ă©preuves que les dieux ont semĂ© sur sa route.

 

 

 

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A MycĂšnes, Oreste devient roi, succĂ©dant Ă  son pĂšre Agamemnon dont il a lavĂ© l’honneur. Il Ă©pouse Hermione, fille de MĂ©nĂ©las et d’HĂ©lĂšne. Oreste rĂšgne sur Sparte, MycĂšnes, Argos. Une peste s’abat alors sur le royaume d’Oreste : les dieux lui promettent le retour Ă  l’harmonie si les temples dĂ©truits pendant la guerre de Troie sont reconstruits : le souverain mycĂ©nien envoie des colons en Asie Mineure pour y rĂ©Ă©difier les monuments dĂ©truits. Oreste meurt Ă  un Ăąge trĂšs avancĂ©, ses ossements sont transportĂ©s Ă  Sparte. La carriĂšre d’Oreste incarne la dignitĂ© d’un homme accablĂ© par le crime de son pĂšre qu’il lui appartient de rĂ©parer cependant, rĂ©vĂ©lant par l’accomplissement de ses missions, un courage et une dĂ©termination exemplaires. Avec Electre, Oreste est le meurtrier de sa mĂšre Clytemnestre, reine, indigne, traĂźtresse et injuste.

 

 

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Le fier hĂ©ros surgit dans l’opĂ©ra de Gluck, IphigĂ©nie en Tauride comme le double de la protagoniste dont il est le frĂšre : tout l’acte II est dominĂ© par le profil viril et tendre d’Oreste, le compagnon de Pylade et le bras tendu d’Apollon, venu en Tauride (actuelle CrimĂ©e) pour y reconquĂ©rir la statue d’ArtĂ©mis. ChantĂ© par un baryton, Oreste y gagne un traitement psychologique d’une rare profondeur ; c’est lui qui sauve IphigĂ©nie de sa captivitĂ© parmi les Scythes. En Tauride, le grec confesse Ă  Pylade son amitiĂ© amoureuse pour ce dernier, retrouve sa sƓur IphigĂ©nie, et dĂ©robe avec succĂšs la statue de la dĂ©esse, accomplissant le voeu d’Apollon et surtout, rĂ©alisant le remĂšde qui va sauver son esprit accablĂ© par les Erinyes. En Tauride, Oreste devient un homme libre : il peut dĂ©finitivement tourner la page du parricide initial.

Tuer la mĂšre
 Par le geste matricide d’Oreste, Electre est enfin libĂ©rĂ©e du poids de la faute primitive qui l’asphyxie au dĂ©but de l’opĂ©ra de Richard Strauss (Elektra). DĂšs le dĂ©but de la partition, la violence et la tension nĂ©es dans son esprit, cristallise une situation invivable : Electre incarne le meurtre impuni de son pĂšre. Il faut sortir de cette horreur. Il faut tuer la mĂšre. C’est Oreste alors qui paraĂźt pour rĂ©aliser l’assassinat salvateur : leur rencontre est l’un des moments les plus saisissants de l’ouvrage. Quand frĂšre et sƓur se reconnaissent, l’espoir fait promettre des temps meilleurs, la fin de leurs tourments, l’accomplissement de leur destinĂ©e respective. Tuer la mĂšre permet aux enfants qui vivent l’impunitĂ© de Clytemnestre comme une trahison, de se libĂ©rer : acquĂ©rir leur propre destin en s’affranchissant de la faute primordiale qui pesait sur chacune de leur destinĂ©e en les prĂ©destinant Ă  l’horreur impuissante, Ă  la folie stĂ©rile.

 

 

Sources de l’histoire d’Oreste : Euripide : Oreste , IphigĂ©nie en Tauride

HomĂšre, Iliade: IX,142

HomÚre, Odyssée: I,40; III,193 ; III,306; IV,546

Hygin, Fables : 101, 117, 119, 120, 129

Pausanias, PériégÚse: II,22,6; I,28,5;

Pindare, Pythiques : XI, 52

 

 

Illustrations :

Oreste et sa sour Electre (sculpture, Menelaos)

Oreste pourchassé par les Erinyes (Bouguereau)

 

Pylade défend Oreste blessé (Antoine Julien Potier)

Oreste rĂ©fugiĂ© sur l’autel de Pallas (Simart)

Oreste (Cabanel, 1848)

Oreste et Pylade (groupe sculpté, Louvre)

Porpora inédit à Beaune

Nicola_Antonio_PorporaBeaune, le 24 juillet 2015. Porpora: Il Trionfo della Divina Giustizia. Dans la Basilique Notre Dame de Beaune, Nicolo Antonio Porpora ressuscite grĂące Ă  la recrĂ©ation de son oratorio crĂ©Ă© Ă  Naples en 1716 : Il trionfo della divina Giustizia. Jean et Madeleine assistent Marie, la soulage et la soutiennent, confrontĂ©s au spectacle terrifiant de la Crucifixion du Fils, JĂ©sus. La Justice divine leur explique le sens d’un tel Sacrifice : le style de Porpora, rival de Haendel Ă  Londres (au moment rococo oĂč Rameau crĂ©Ă©e Hippolyte et Aricie), incarne le sommet de l’esthĂ©tique napolitaine, favorisant l’extrĂȘme virtuositĂ© comme indice de la passion la plus intense. Alternant avec les recitatifs secs, tous les airs sont da capo.

GĂ©nie de l’opĂ©ra seria, Porpora soigne aussi l’Ă©criture instrumentale : partie de violon (virtuose) rivalisant avec la voix de la Giustizia (soprano), trompettes avec sourdine (pour l’air de Maddalena : Mesto e sanguente), tandis que pour l’air de dĂ©ploration de Marie (contralto), le compositeur privilĂ©gie un contrepoint redoutable, miroir des peines et souffrances de la MĂšre (Occhi mesti affliti). Plus tard, Ă  l’Ă©poque oĂč triomphe Haendel dans le genre de l’oratorio, Porpora saura encore renouveler sa maniĂšre (Davide e Bersabea, Londres, 1734), en soignant en particulier l’Ă©criture contrapuntique virtuose des chƓurs, nouvel Ă©lĂ©ment principal de son expressivitĂ© fervente.
Le style de Porpora (chaĂźnon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIĂšme : Le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂźtre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Reprenant la riche tradition lacrymale des dĂ©plorations hĂ©ritĂ©es du XVIIĂš (les fameux Sepolcri si goĂ»tĂ©s des souverains Habsbourg Ă  Vienne), Porpora offre une collection d’airs trĂšs expressifs qui recueillent la compassion et l’amour pour JĂ©sus, le SacrifiĂ©. Porpora est un gĂ©nie de l’art vocal qui voyage beaucoup, atteignant mĂȘme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂč il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (Statira au Grisostomo) oĂč il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂč se produit son Ă©lĂšve Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lĂšve enfin, recevant sa maĂźtrise exceptionnelle de l’Ă©criture lyrique.

NICOLÒ ANTONIO PORPORA (1686 – 1768)
Il trionfo della Divina Giustizia
Oratorio en 2 parties, ‹crĂ©Ă© le 4 avril 1716 Ă  S. Luigi di Palazzo de Naples
LES ACCENTS. Direction musicale : THIBAULT NOALLY

Maria : Delphine Galou
Giustizia Divina : Blandine Staskiewicz
Maddalena : Emmanuelle de Negri
San Giovanni: Martin Vanberg
‹Beaune, Basilique Notre-Dame
Vendredi 24 juillet 2015, 21h. ‹RĂ©servez  sur le site du Festival de Beaune :
http://www.festivalbeaune.com/

Alcina de Haendel depuis Aix 2015

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence, voici le grand opĂ©ra sedia façon Haendel : Alcina crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden de Londres, soit en pleine esthĂ©tique rococo. Un soin raffinĂ© dans les airs, un sens dramatique puissant soulignant la force envoĂ»tante du drame Ă  la fois fantastique, onirique et tragique, toujours intensĂ©ment psychologique qui Ă©treint les pauvres cƓurs des amants Ă©prouvĂ©s. InspirĂ© par L’Arioste et son labyrinthe des sentiments contrariĂ©s, dĂ©munis, impuissants et donc en souffrance, Alcina renoue avec les magiciennes amoureuses dĂ©jĂ  abordĂ©es dans les opĂ©ras antĂ©rieurs : Rinaldo, Teseo, Amadigi. Ici, bien avant l’Armide dans Reanud de Sacchini (1783 : chef d’oeuvre post gauchiste sous le rĂšgne de Louis XVI Ă  l’époque des LumiĂšres oĂč Armide dĂ©sespĂšre, se dĂ©chire entre haine et amour Ă  l’endroit du beau Renaud), ici, Alcina sous les doigts de l’orfĂšvre enchanteur Haendel, atteint plusieurs sommets de l’alanguissement impuissant voire suicidaire ; ses airs sont les plus poignants (Ah mio cor, au II ; puis Mi restano le lagrime au III) : plaintes dĂ©chirantes d’une amoureuse mise Ă  nu que l’écriture prĂ©cise et souple, profonde et juste de Haendel rend prĂ©figuratrice des grandes hĂ©roĂŻnes mozartiennes et mĂȘme romantiques. En cela, Alcina annonce dans l’oeuvre haendĂ©lien, Rodelinda, et mĂȘme les gouffres amĂšres de Cleopatra prisonniĂšre. Dans le rĂŽle de Roger, le fier castrat Carestini, divino vedette de l’écurie Haendel Ă  Londres, assure les virtuositĂ©s aimables mais non moins profondes d’un guerrier dĂ©licat. Quand Bradamante (pour voix d’alto car la fiancĂ©e de Ruggiero/Roger est travestie en homme) est le troisiĂšme pilier du trio vedette : dĂ©termination, virilitĂ© mĂȘme, autant de qualitĂ©s qui percent si peu chez Roger (c’est d’ailleurs pour cela que le tendre lascif, un rien soumis, se laisse sĂ©duire par la magicienne).

Jamais Haendel ne fut mieux inspirĂ© qu’en s’inspirant de L’Arioste

Alcina : jeu de dupes, puissante illusion

Superbe allĂ©gorie de la confusion et des vertiges de l’amour, Alcina demeure le meilleur seria de Haendel, surclassant mĂȘme Orlando de 1733 (Lire notre critique du cd Orlando de Haendel par RenĂ© Jacobs), et son Ariodante, Ă©galement crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden, mais avant Alcina. La gĂ©ographie Ă©motionnelle qu’y peint Haendel montre sa fine connaissance du coeur humain, de la folie et des passions dĂ©risoires. C’est Ă©videmment un Ă©cho fraternel Ă  l’Orlando furioso de Vivaldi (1714 : Lire notre critique du cd Orlando Furioso de Vivaldi; Lire aussi notre critique du dvd Orlando Furioso de Vivaldi par Jean-Christophe Spinosi, 2011 : et aussi notre compte rendu critique de la production d’Orlando Furioso de Vivaldi par Spinosi Ă  l’OpĂ©ra de Nice).

Haendel, handel MessieAprĂšs Vivaldi – dont il faudra bien un jour rĂ©habiliter dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique et lyrique sur les scĂšnes d’opĂ©ra, peu de compositeurs ont Ă©tĂ© aussi bien inspirĂ©s que Haendel d’aprĂšs le manĂšge enchantĂ© et amer dessinĂ© par L’Arioste. Alcina qui puise son sujet te ses dĂ©veloppements magiques dans l’Orlando Furioso justement (chants VI,VII et VIII) plonge en pleine exacerbation onirique et cynique du dĂ©sir et de l’amour. Roger se perd dans une rĂ©alitĂ© qui vacille, face Ă  Alcina, face Ă  Bradamnte – qu’il prend pour Alcina dĂ©guisĂ©e
 Mais la plus grande victime dans ce jeu d’envoĂ»tements factices et d’enchantements cruels demeure la magicienne elle-mĂȘme qui amoureuse, perd tous ses pouvoirs quand elle est dĂ©masquĂ©e : rien ne peut s’opposer au dĂ©part de Roger/Ruggiero quand il dĂ©cide de quitter l’üle magique. Ainsi la fĂ©e manipulatrice Alcina, et sa soue Morgana, vraie double hypnotique et mystĂ©rieux, doivent fuir honteusement en fin d’action, et le palais d’Alicia comme celui d’Armide (voir les opĂ©ras de Lully ou de Jommelli, s’écroule comme la fin d’une puissante illusion). L’Arioste aime Ă  tromper ses hĂ©ros car le propre de l’amour sont les illusions dans lesquelles le coeur amoureux se complaĂźt Ă  se perdre
 Si le plateau des solistes se rĂ©vĂšle Ă  la hauteur des enjeux et des situations conçus par Haendel, le spectacle peut ĂȘtre total. De fait la prĂ©sence dans le cast aixois de Patricia Petibon en Alcina et de Anna Prohaska en Morgana promet bien des moments 
 magiques ? On reste plus rĂ©servĂ© sur le Ruggiero de P. Jaroussky dont l’usure de la voix rĂ©cente et le maniĂ©risme croissant devraient dĂ©cevoir ou tout au moins rĂ©duire la profondeur trouble et contradictoire du personnage de Roger. Quoiqu’il en soit, Ă  ne pas manquer.

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arte_logo_2013ARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence.
DIRECTION MUSICALE : ANDREA MARCON
MISE EN SCÈNE : KATIE MITCHELL

ALCINA : PATRICIA PETIBON,
RUGGIERO: PHILIPPE JAROUSSKY,
MORGANA : ANNA PROHASKA,
BRADAMANTE : KATARINA BRADÍC
ORCHESTRE : FREIBURGER BAROCKORCHESTER

CD, compte rendu critique. Agrippina : Ann Hallenberg, mezzo ( 1cd DHM)

hallenberg-ann-mezzo-dhm-deutsche-harmonia-mundiCD, compte rendu critique. Agrippina : Ann Hallenberg, mezzo ( 1cd DHM). Et si Ann Hallenberg Ă©tait tout simplement l’une des plus grandes mezzos actuelles dĂ©volues Ă  l’articulation des passions baroques ? On se souvient d’une extraordinaire rĂ©cital prĂ©cĂ©dent, inscrit plus rĂ©cemment dans l’histoire musicale, dĂ©jĂ  romantique, consacrĂ©e au rĂ©pertoire de Marietta Marcolini et Isabella Colbran, cette derniĂšre, Ă©gĂ©rie et Ă©pouse de Rossini : un abattage prĂ©cis et nuancĂ©, des inflexions justes, une intelligence expressive qui rendait service au texte et Ă  la fine caractĂ©risation des situations dramatiques.  Ici mĂȘme idĂ©al vocal, naturel, flexible et poĂ©tique au service de l’approfondissement psychologique auquel invite la conception de ce type de programme. L’autoritĂ© de la technique relĂšve les dĂ©fis d’un programme oĂč domine la prise de risque et le dĂ©frichement d’oeuvres inĂ©dites.

 

 

 

L’une des meilleures mezzos actuelles ose un rĂ©cital thĂ©matique passionnant

Ann Hallenberg incarne Agrippine

 

CentrĂ© sur la figure d’Agrippine, femme ivre de pouvoir, possessive et ambitieuse, l’impĂ©ratrice et mĂšre de NĂ©ron s’impose Ă  nous comme un monstre politique ; son fils NĂ©ron la fera assassiner : sa progĂ©niture montra un diabolisme plus pervers encore qu’elle-mĂȘme quoiqu’elle envisageait de le faire assassiner pour prendre le pouvoir). Ici la lionne prĂȘte Ă  tout expose une Ă©nergie de louve radicale, plus instinctive cependant que rĂ©ellement stratĂšge. L’opĂ©ra baroque a servi avec passion l’illustration de ce tempĂ©rament taillĂ© pour les scĂšnes Ă  la fois hĂ©roĂŻque et tragique, exubĂ©rante et effrayante : Agrippine cumule les dignitĂ©s : soeur de Caligula, Ă©pouse de Claude (qui Ă©tait aussi son oncle!). L’intrigante opĂšre, manipule, trompe pour Ă©vincer Britannicus (le fils de Claude) en faveur de son propre sang: NĂ©ron. En empoisonnant Claude, la louve de Rome met son fils dĂ©bile sur le trĂŽne impĂ©rial. En projetant le le tuer, elle voulait rĂ©gner par elle-mĂȘme. Une telle course au trĂŽne menĂ©e sans scrupule et sans compassion mĂšne droit Ă  la folie et Ă  la dĂ©testation des autres.
Le choix des compositeurs, tous du XVIIIĂš (sauf Legrenzi, auteur de la fin du XVIIĂš vĂ©nitien), dĂ©voile aussi le rayonnement du seria en Europe bientĂŽt totalement subjuguĂ© par la virtuositĂ© napolitaine Ă  laquelle Haendel ou Graun savent apporter une intensitĂ© dramatique remarquable. Ce qui frappe chez cette monstrueuse icĂŽne du pouvoir c’est Ă  travers l’ambition pour son fils, la volontĂ© de s’imposer elle-mĂȘme : en exprimant dĂ©sirset vertiges, tensions et doutes aussi, les musiciens nous la font paraĂźtre plus humaine. Les 16 plages de ce rĂ©cital trĂšs bien pensĂ©, montre Ă  l’envi les aspĂ©ritĂ©s multiples d’un caractĂšre complexe, taillĂ© pour la tragĂ©die racinienne.  Ann Hallenberg ressuscite les intrigues politiques Ă©coeurantes propre Ă  la Rome des empereurs tout en dĂ©mĂȘlant les diffĂ©rentes Agrippines lĂ©guĂ©es par l’histoire antique… (lire la passionnante notice rĂ©digĂ© par la mezzo elle-mĂȘme). C’est surtout la fille de Germanicus et la mĂšre de NĂ©ron qui inspirent les auteurs majeurs : Perti, Magni, Haendel, Orlandi, Mattheson, Graun)… Ici Legrenzi, vĂ©nitien du premier baroque est le pus ancien (son Germanico sul reno, crĂ©Ă© dans la CitĂ  pour le Teatro San Salvador remonte Ă  1676).

Aux cĂŽtĂ© des Haendel mieux connus, – Agrippina, opĂ©ra de jeunesse de son sĂ©jour miraculeux en Italie, reste un ouvrage marquĂ© par une Ă©clatante juvĂ©nilitĂ©, les airs inĂ©dits signĂ©s des opĂ©ras de Perti, Porpora (qui ont inspirĂ© au dĂ©marrage le projet de ce programme), Graun surtout, sans omettre Mattheson ou Legrenzi, font paraĂźtre des facettes plus profondes et humaines de la fille de Germanicus (lui-mĂȘme Ă©cartĂ© en Orient et assassinĂ© par TibĂšre), cƓur endeuillĂ© dĂ©sormais absent Ă  toute compassion ni consolation. Hallenberg choisit Perti pour ouvrir et conclure son rĂ©cital captivant : deux airs de l’opĂ©ra Nerone fatto cesare, chacun rĂ©vĂ©lant un caractĂšre diffĂ©rent de l’impĂ©ratrice que le pouvoir a rendu folle. Les qualitĂ©s de la diva, idĂ©alement nuancĂ©e, capable de phrasĂ©s dĂ©lectables propices Ă  une saine caractĂ©risation de toutes les Agrippina rĂ©unies ici n’est pas hĂ©las soutenue par des instrumentistes dignes de son Ă©loquente maĂźtrise. S’ils ne jouent pas faux, ils attĂ©nuent ce galbe sensuel, introspectif de la chanteuse par des attaques crissĂ©es, tendues, raides d’une imprĂ©cision dĂ©concertante. Sans prĂ©juger des conditions d’enregistrement de ce programme, de ses rĂ©Ă©coutes critiques, apparemment peu bĂ©nĂ©fiques, la mezzo Hallenberg mĂ©ritait instrumentistes plus affinĂ©s, cohĂ©rents, nuancĂ©s.
Heureusement la tenue instrumentale diffĂšre selon les airs et certaines sĂ©quences sont plus cohĂ©rentes et mieux assurĂ©es que d’autres : le guerrier et victorieux “Mi paventi il figlio indegno” du Britannico de Graun (aucune des vocalises redoutables n’est sacrifiĂ©e) : prĂ©cision, nuance, abattage, couleurs, musicalitĂ©… audace aussi dans les variations et reprises toutes ornementĂ©es, tout indique la forme superlative de la diva ; c’est qu’Ă  la diffĂ©rence de beaucoup de ses consƓurs, – et non des moindres- ses trilles ne sont jamais mĂ©caniques mais pleinement investies, incarnĂ©es, finement caractĂ©risĂ©es.
Son Agrippina haendĂ©lienne captive aussi, en particulier dans l’air de pure imprĂ©cation hallucinĂ©e “Pensieri, voi mi tormentate” (oĂč l’aciditĂ© des musiciens convient bien au caractĂšre expressif et Ăąpre de la sĂ©quence), oĂč l’obsession politique de la mĂšre de NĂ©ron suit des chemins incisifs, auxquels fait Ă©cho le timbre mordant du hautbois.
Evidemment l’Ă©coute, souvent Ă©reintĂ©e par l’instabilitĂ© des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro de Riccardo Minasi, peine sur la durĂ©e mais les qualitĂ©s de la solistes sont, elles, superlatives et gĂ©nĂ©reuses, prĂȘte Ă  compenser toute faiblesse instrumentale. Dommage car l’intĂ©rĂȘt du programme, des piĂšces choisies mises ainsi en perspective s’avĂ©rait optimal. Pour le mezzo onctueux, articulĂ©, flexible de la diva et rien que pour elle. Par ses choix artistiques, Ann Hallenberg continue de nous surprendre et de nous convaincre.

 

 

Agrippina : Ann Hallenberg. Arias extraits des opéras de Perti, Porpora, Legrenzi, Sammartini, Mattheson, HÀndel, Graun, Orlandini, Magni.
Nerone fatto Cesare – Giacomo Antonio Perti : « date all’armi o spirti fieri », « questo brando, questo folgore »‚L’Agrippina – Nicola Porpora : « mormorando anch’il ruschello » et « con troppo fiere immagini »‚Britannico – Carl Heinrich Graun : « se la mia vita, o figlio » et « mi paventi il figlio indegno »‚Nerone – Giuseppe Maria Orlandini : « tutta furie e tutta sdegno »‚Nero – Johann Mattheson : « gia tutto valore »‚Agrippina – Georg-Friedrich Haendel : « ogni vento, pensieri », « voi mi tormentate », « l’alma mia fra le tempeste »‚Nerone Infante – Paolo Giuseppe Magni : « date all’armi o spirti fieri »‚Agrippina Moglie di Tiberio – Giovanni Battista Sammartini : « non ho piu vele », « deh, lasciami in pace »‚Germanico sul Reno – Giovanni Legrenzi :  « o soavi tormenti dell’alma »
Ann Hallenberg, mezzo-soprano. Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction. 1 CD DHM, Deutsch Harmonia Mundi 2015.

 

 

 

CD, réédition événement : The sound of Glenn Gould (Sony classical)

glen-gould-piano-sony-classical-33-ans-apres-sa-mort-edition-Glenn-GOULD-the-sound-of-glenn-gould-by-sony-classical-annonce-presentation-classiquenews-juin-2015CD. Sony classical annonce plusieurs coffrets Glenn Gould : « The sound of Glenn Gould », dĂ©diĂ© Ă  l’hĂ©ritage musical du pianiste canadien le plus atypique du XXĂšme siĂšcle. Un gĂ©nie, un travailleur obsĂ©dĂ© par la perfection sonore, un phĂ©nomĂšne indiscutablement. Il est nĂ© Ă  Toronto au Canada le 25 septembre 1832 et est mort en 1982 Ă  l’ñge de 50 ans. L’édition Glenn Gould 2015 chez Sony cĂ©lĂšbre les 33 ans de la mort du pianiste devenu lĂ©gendaire. Devraient paraĂźtre ainsi le 11 septembre 2015, plusieurs coffrets prĂ©sentant partie ou intĂ©gralitĂ© de ses enregistrements pour Sony, de surcroĂźt totalement remastĂ©risĂ©s. Son premier enregistrement de Jean-SĂ©bastien Bach en 1955 avait constituĂ© un Ă©vĂ©nement sans prĂ©cĂ©dent. Glenn Gould l’excentrique et le perfectionniste « rĂ©inventait » le son de JS Bach au piano. Glenn Gould aprĂšs des rĂ©citals plĂ©biscitĂ©s par un immense public interrompit sa carriĂšre en avril 1964 pour ne se consacrer qu’au studio oĂč il devait enregistrer l’essentiel de son oeuvre musicale : avec lui, l’idĂ©e de l’interprĂšte recrĂ©ateur, jouant les grands classiques comme s’il improvisait (et tout en respectant Ă  la lettre chaque partition) se rĂ©alise. A en croire ses admirateurs les plus ardents, succomber au jeu de Gould, c’est comme entrer en religion. Son engagement, son charisme, sa silhouette fantasque aussi comme son tempĂ©rament introverti et secret, ont beaucoup nourri le mythe. Glenn Gould a offert Ă  l’édition discographique, comme Karajan lui aussi obsĂ©dĂ© par le son sublimĂ© par la technologie, ses lettres de noblesse. C’est MichaĂ«l Stegemann qui a supervisĂ© la nouvelle Ă©dition Glenn Gould 2015.

Showcase à la Fnac, le 25 septembre 2015, 18h, jour anniversaire de Glen Gould. Détail des coffrets édités par Sony classical, à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

Qui est Glenn Gould ?

 

glenn gould piano sony classical the sound of glenn gould prensentation critique classiquenews juin 2015

 

 

Comment expliquer la fascination que l’interprĂšte mais aussi l’homme ont suscitĂ© auprĂšs d’un public qu’il a dĂ©cidĂ©, en 1964, de mettre Ă  distance ? Sa famille, sa mĂšre organiste, ses premiers concerts, son travail surtout le distingue tel un musicien habitĂ© par la musique. Homme de la nuit, homme du montage et de l’enregistrement, il n’aura cessĂ© en dĂ©finitive de revenir toujours sur la perfection de son jeu. Sous l’oreille attentive du micro (rĂ©glĂ© par la firme CBS / Sony classical) : multiplier les options, n’en trouver qu’une viable ; explorer le mystĂšre de l’Ɠuvre ; s’identifier au compositeur et par un phĂ©nomĂšne d’identification qui confine Ă  la transe, ne faire qu’un avec la pensĂ©e de l’auteur, Bach en particulier, et transmuer l’approche de l’interprĂšte en acte de composition. Ainsi le mythe de l’interprĂšte crĂ©ateur se matĂ©rialise sous les doigts du prodige.

L’art de Glenn Gould, esthùte radical s’adresse no à la foule mais à l’individu.

Rapport intime, pression et tension d’une introspection partagĂ©e attestent en vĂ©ritĂ© de sa quĂȘte originale qui, au-delĂ  de l’exigence technicienne et technologique, -combien de temps passĂ© Ă  penser la musique, Ă  exercer ses doigts sur le piano, puis Ă  monter et dĂ©monter les bandes  enregistrĂ©es ?- pour obtenir du sens.

L’homme qui a fait de l’enregistrement en studio une seconde langue musicale, n’espĂ©rait qu’un rĂ©sultat : l’approfondissement et la rĂ©alisation d’un travail spirituel sur la matiĂšre musicale. Lui-mĂȘme convaincu de l’au-delĂ , tentait d’approcher cette idĂ©e d’absolu, ce qui confĂšre Ă  son travail, sa signification quasi mystique. Des tĂ©nĂšbres de la nuit, jaillit la lumiĂšre inespĂ©rĂ©e. Ses derniĂšres fugues de Bach, ce rituel devenu cĂ©lĂšbre oĂč il jouait contre le clavier, sur une chaise basse aux pieds avant surhaussĂ©s, en chaussettes, mitaines aux mains pour entretenir la chaleur des os propice Ă  la fluiditĂ© du geste et la souplesse des extrĂ©mitĂ©s
, nourrissent le portrait sacralisĂ© de l’interprĂšte.

Cet aspect mystificateur de l’homme et de son « Ɠuvre » ne cesse de poser des questions sur le sens de la musique certes, sur l’apport que transmet un interprĂšte, tiraillĂ© entre un narcissisme dĂ©placĂ© mais tentateur, une musique qui le dĂ©passse, la figure du compositeur qui prĂ©domine, et aussi le sens supĂ©rieur qu’il exprime comme personne. OĂč se situe l’unicitĂ© du pianiste malgrĂ© l’absolu de la musique qu’il sert ? Bruno Monsaingeon, rĂ©alisateur qui s’est beaucoup dĂ©diĂ© Ă  transmettre la personnalitĂ© et l’oeuvre du pianiste canadien prĂ©cise :  « Il y a chez Gould une dimension philosophique, quelque chose qui dĂ©passe de loin la sphĂšre musicale. Les problĂšmes qu’il pose sont d’ordre universel. C’est un phĂ©nomĂšne christique. ». En septembre 2015, les divers coffrets annoncĂ©s par Sony classical devraient Ă  nouveau renseigner sur la complexitĂ© de l’homme, la richesse de son hĂ©ritage sans lever le voile sur son tempĂ©rament (re)crĂ©ateur.

 

 

Armide de Lully

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Lully_versailles_portrait OpĂ©ra d’Ă©tĂ©. Armide de Lully. Beaune, le 3 juillet. Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015. Devant Damas oĂč rĂ©sident les musulmans, Armide et son pĂšre Hidraot, l’armĂ©e de croisĂ©s chrĂ©tiens commandĂ©e par Godefroy de Bouillon, a Ă©tabli son siĂšge. La magicienne Armide a conquis et soumis tous les chevaliers chrĂ©tiens grĂące Ă  ses pouvoirs… C’Ă©tait compter sans le pouvoir de l’amour : possĂ©dĂ©e, dĂ©munie, impuissante, l’enchanteresse doit bien se rĂ©soudre Ă  accepter la souveraine domination du chevalier Renaud car il a conquis son coeur. L’opĂ©ra expose la mĂ©tamorphose de la magicienne en amoureuse bouleversante, dĂ©faite, impuissante. La musique de Lully et le livret de Quinault explicitent l’emprise que Renaud exerce peu Ă  peu sur la sublime musulmane…
AprĂšs le Prologue oĂč la Gloire et la Sagesse chantent les vertus du Roi (Louis XIV), place Ă  l’action proprement dite.
A l’acte I, les musulmans cĂ©lĂšbrent la toute puissance d’Armide et d’Hidraot : la belle magicienne dĂ©clare Ă©pouser celui qui saura vaincre le plus valeureux de leurs ennemis : le chevalier Renaud.
Au II, Renaud exilĂ© par Godefroy, s’endort au bord d’une riviĂšre. Les esprits malins suscitĂ©s par Hidraot et Armide en font leur prisonnier et Armide, s’apprĂȘtant Ă  le tuer, tombe d’impuissance face au visage du beau chevalier : l’amour est plus que son devoir guerrier. Elle emporte Renaud ensorcelĂ© dans les airs…

 

 

 

Armide, l’opĂ©ra passionnel et tragique de Lully

 

L’Acte III est dĂ©volu Ă  la guerre intĂ©rieure qui saisit le coeur d’Armide : cet a mour pour Renaud faisant sa honte doit devenir haine pour la libĂ©rer. Mais la femme amoureuse se dĂ©voile et ne pouvant haĂŻr celui qu’elle aime, elle chasse la Haine venue rĂ©aliser ses premiers desseins.
Acte IV. Le compagnons de Renaud, Ubalde aidĂ© du chevalier Danois partent Ă  la recherche de Renaud pour le dĂ©livrer d’Armide : ils doivent Ă©prouver les charmes de Melisse, Lucinde, sĂ©ductrices destinĂ©es Ă  les perdre. Les hĂ©ros parviennent Ă  se libĂ©rer des enchantements.
Acte V. L’impuissance tragique d’Armide. Dans son palais Armide s’inquiĂšte toujours de la domination de Renaud dans son cƓur. Surviennent Ubalde et le chevalier Danois : Renaud prend conscience du charme dont il est victime et s’enfuit quittant Armide malgrĂ© ses plaintes. Armide de fureur, d’amoureuse devenue haineuse impuissante et dĂ©munie, dĂ©truit son palais et s’enfuit elle aussi sur son char.

 

Armide lully livret_front_BallardL’opĂ©ra en peignant surtout le dĂ©chaĂźnement des passions qui suscite un amour artificiellement provoquĂ© (Renaud tombe amoureux d’Armide par envoĂ»tement), cible l’impuissance de la magicienne. L’opĂ©ra s’achĂšve sur l’abandon d’Armide par Renaud qui a recouvrĂ© la raison et sur la haine solitaire de la musulmane qui s’enfuit (elle aussi) dans les airs, de rage et d’impuissance (ce parti final est aussi retenu par Noverre dans sonballet cĂ©lĂšbre, sujet Ă  un dĂ©cor et des machineries spectaculaires Ă  l’Ă©vocation de l’Ă©croulement du palais d’Armide et de l’Ă©lĂ©vation de la magicienne sur son char cĂ©leste). L’ouvrage de Lully crĂ©Ă© en 1686 prĂ©sente une telle intensitĂ© Ă©motionnelle, Ă©quilibre avec soin, scĂšnes de tendresse et d’enchantement (ballets et divertissements ponctuent l’action guerriĂšre proprement dite) qu’il devient un modĂšle dans l’imaginaire des compositeurs. Sacchini prĂšs d’un siĂšcle aprĂšs Lully en 1783, adaptera pour Marie-Antoinette et Louis XVI, le sujet d’Armide : son Renaud illustre une rĂ©ussite exemplaire du mythe d’Armide au temps des LumiĂšres, avec une diffĂ©rence importante dans le traitement du sujet : si Lully et Quinault achĂšvent leur ouvrage sur une issue passionnĂ©e et tragique, l’opĂ©ra de Sacchini, gluckiste napolitain Ă  paris, prĂ©fĂšre, goĂ»t du temps oblige, rĂ©soudre l’intrigue par les retrouvailles heureuses des deux protagonistes, aprĂšs avoir longuement offert Ă  Armide (mezzo soprano), de sublimes airs d’ivresse, de vertiges passionnels affine le portrait de la femme qui dĂ©voile avec une profondeur dĂ©jĂ  prĂ©romantique en pleine pĂ©riode classique, une sincĂ©ritĂ© de ton irrĂ©sistible (Ă  l’acte II aprĂšs le duo avec Renaud, brunoProcopio dirige Renaud sacchinil’air fameux “barbare amour”). AprĂšs Christophe Rousset Ă  Metz (avec marie Kalinine dans le rĂŽle titre, c’est rĂ©cemment le claveciniste et chef d’orchestre, lui-mĂȘme ancien Ă©lĂšve au clavecin de Rousset, Bruno Procopio qui a assurĂ© les 21 et 22 mars 2015, la crĂ©ation du Renaud de Sacchini Ă  Rio de Janeiro au BrĂ©sil (Sala Cecilia Meireles), dans une rĂ©alisation exceptionnelle oĂč perce tel un diamant imprĂ©vu, l’Ă©clat indicible et troublant de la mezzo brĂ©silienne Luisa Francesconi.

 

  

 Armide de Lully, opĂ©ra pour l’Ă©tĂ© 2015

 

 

Armide de Lully reprend du service au fil des festivals de l’Ă©tĂ© 2015. Beaune et Innsbruck affichent chacun dans des productions diffĂ©rentes, le chef d’oeuvre tragique et passionnel de Lully.

 

  

 

Beaune, festival
Le 4 juillet 2015, 21h
Rousset. Henry, PrĂ©gardien, Schroeder, van Wanroij, Chappuis, Mauillon, VĂ©ronĂšse, Guimaraes, Bennani…

AprĂšs PersĂ©e, PhaĂ«ton, BellĂ©rophon nous clĂŽturons avec le chef Christophe Rousset le cycle d’opĂ©ras de Lully avec Armide, son dernier opĂ©ra, considĂ©rĂ© par Rameau comme son plus grand chef-d’oeuvre. Il est jouĂ©, acclamĂ© et encensĂ© sur la scĂšne francaise tout au long du 18e siĂšcle. Dans sa dĂ©dicace au roi, Lully Ă©crit : “Sire, de toutes les tragĂ©dies que j’ay mises en musique voicy celle dont le Public a tesmoignĂ© estre le plus satisfait: c’est un spectacle oĂč l’on court en foule, et jusqu’icy on n’en a point veu qui ait receu plus d’applaudissements”. Le Cerf de La ViĂ©ville, contemporain de Lully et auteur de la fameuse “Comparaison de la musique italienne et de la musique française” (1704), dĂ©crivait dans cet ouvrage l’effet que produisait sur ses auditeurs le cĂ©lĂšbre monologue d’Armide qui clĂŽt l’acte 2 (“Enfin il est en ma puissance”), considĂ©rĂ© comme un des clous de la partition : « J’ai vu vingt fois tout le monde saisi de frayeur, ne soufflant pas, demeurer immobile, l’Ăąme tout entiĂšre dans les oreilles (…) puis, respirant lĂ  avec un bourdonnement de joie et d’admiration ». Au cinquiĂšme acte, l’impressionnante passacaille avec choeur et solistes est Ă©galement l’un des sommets de la partition.

 
 

 
 

Innsbruck, festivalEVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015
Les 22, 24, 26 août 2015
Avec les chanteurs lauréats du Concours de chant baroque coorganisé avec le Centre de musique baroque de Versailles
39Ăšme Festival international de musqiue ancienne d’Innsbruck / Festwhchen der Alten Musik. Innsburck, Innenhof der Theologischen FakultĂ€t)
C-Akenine, Colonna
Hache, Cabral, Skorka, Albano, di Bianco, Lavoie, Francis, de Hys

(au moment oĂč nous publions, la date du 24 aoĂ»t est dĂ©jĂ  complĂšte)

 

 

Illustration : les amours de Acis et Galate par Nicolas Poussin : sensualitĂ© crĂ©pusculaire et vĂ©nitienne (XVIIĂšme – DR)

Iolanta Ă  Aix 2015

aix-en-provence-iolanta-persephone-presentation-dossier-critique-classiquenews-iolanta-persephone-tchaikovski-stravinsky-classiquenews-2015Aix en Provence. Iolanta de Tchaikovski : les 5,11,14,17,19 juillet 2015. CouplĂ©e avec PersĂ©phone de Stravinsky, l’ultime opĂ©ra de Piotr Illiytch investit le Grand ThĂ©Ăątre de Provence Ă  Aix pour 5 dates en juillet 2015. Tchaikovski / Stravinsky : pas facile de rĂ©unir deux visage de l’Ăąme russe aussi dissemblables. Or l’Ă©quation pour hĂ©tĂ©roclite qu’elle semble, parvient Ă  une combinaison thĂ©Ăątralement unifiĂ©e grĂące Ă  la conception signĂ©e Peter Sellars (2012). C’est la pormesse d’une sonoritĂ© surexpressive et d’emblĂ©e Ă©chevelĂ©e qui devrait faire l’intĂ©rĂȘt de cette production, rĂ©alisĂ©e par le chef d’origine grecque Teodor Currentzis, si controversĂ© ici et lĂ  par la personnalitĂ© parfois vĂ©hĂ©mente de ses options interprĂ©tatives et de son geste musical (LIRE notre critique complĂšte de Cosi fan tutte de Mozart par Teodor Currentzis). C’est Peter Sellars qui met en scĂšne le doublĂ© lyrique Ă©vĂ©nement du festival aixois en 2015. Peter Sellars enchante en combinant poĂ©sie et Ă©nigme en un thĂ©Ăątre total (les toiles immenses du dĂ©cors, toujours mobiles et en mouvement), oĂč le jeu scĂ©nique et le chant de la musique Ă©paississent le mystĂšre du spectacle.
Sur la scĂšne aixoise, Ekaterina Scherbachenko incarne Iolanta (un rĂŽle rĂ©cemment mis Ă  l’honneur par la voix incandescente et sensuelle de la fulgurante Anna Netrebko dans un enregistrement saluĂ© par Classiquenews en janvier 2015). Dominique Blanc interprĂšte PersĂ©phone. Production crĂ©Ă©e en 2012 Ă  Madrid (Teatro Real).

Iolanta, une princesse recluse qui s’Ă©veille au monde… La fille du Roi est recluse dans sa tour, hors du monde, Ă©cartĂ©e et isolĂ©e car elle est aveugle. Ignorant jusqu’Ă  l’idĂ©e mĂȘme d’un monde de lumiĂšre, Iolanta se consume avant d’avoir vĂ©cu. C’est grĂące au mĂ©decin oriental que la princesse s’ouvre au monde et Ă  l’amour aprĂšs avoir miraculeusement percĂ© les tĂ©nĂšbres de son enfance et recouvrer cette vue qui lui manquait tant… Ouvrage de libĂ©ration, d’accomplissement, d’Ă©mancipation surtout, le dernier opĂ©ra de Tchaikovski renaĂźt sur les planches des thĂ©Ăątres du monde entier : la partition comme redĂ©couverte rĂ©cemment connaĂźt un regain d’intĂ©rĂȘt impressionnant comme en tĂ©moignent avant Aix Ă  l’Ă©tĂ© 2015, les productions du Capitole de Toulouse, de l’OpĂ©ra de Nancy, du Metropolitan Opera de New York sans omettre en juin celle de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo (finalement annulĂ©e car Anna Netrebko son interprĂšte principale Ă©tant empĂȘchĂ©e pour raisons de santĂ©)...  puis cela sera au tour de l’OpĂ©ra national de Paris qui dĂ©but 2016, ressuscite la soirĂ©e de crĂ©ation du 18 dĂ©cembre 1892 en prĂ©sentant, avec Iolanta, le ballet Casse-noisette. LIRE aussi notre critique complĂšte de Iolanta de Tchaikovski, cd Ă©ditĂ© par deutsche Grammophon au printemps 2015.‹

Consulter la prĂ©sentation du Spectacle Iolantha / PersĂ©phone Ă  Aix 2015 sur le site du Festival d’Aix en Provence

Stabat Mater de Dvorak

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dvorak : Stabat mater. Le 24 juin 2015, 20h. Dvorak atteint une rare vĂ©ritĂ© dans ce Stabat mater qui est malheureusement dans sa propre vie, le Requiem de ses propres enfants disparus tragiquemen t; dans le cas d’une partition si investie (autobiographique), la musique transcende la peine et la souffrance exprimĂ©e ; elle apporte dĂ©livrance voire libĂ©ration. Dvorak mĂȘle ici la noble tendresse d’un Schumann, la profondeur d’un Bruckner, la vĂ©ritĂ© dĂ©sarmante de Brahms.‹RĂ©vĂ©lĂ©e dĂšs 1880 puis surtout Ă  Londres (Albert Hall) en mars 1883, la cantate sur un texte latin enchante et transporte littĂ©ralement le public britannique: Dvorak immĂ©diatement fĂȘtĂ©, est donc invitĂ© Ă  diriger son oeuvre l’annĂ©e suivante en mars 1884 pour un tournĂ©e
 triomphale : de fait la partition reste la plus populaire du compositeur en terre anglaise.
MarquĂ© par la mort de leurs 3 jeunes enfants (sur les neuf de la famille Dvorak) entre 1875 et 1877, le compositeur ne trouve la paix intĂ©rieure que dans le travail et le secours de la religion. Ainsi s’éteignent Josefa, Ruzena (d’un empoisonnement au phosphore, alors familier dans les foyers car utilisĂ© pour la fabrication des allumettes!), puis Otokar, de la variole, le jour de l’anniversaire de son pĂšre (8 septembre 1877).
Organiste actif dĂšs 1874 Ă  Saint-Adalbert de Prague, Dvorak se passionne pour le texte de Jacopo di Todi sur les souffrances de la MĂšre face au spectacle du Fils sacrifiĂ©.‹Herreweghe nous laisse Ă©couter l’humanitĂ© intense des accents qui en font une oeuvre surtout profane (ce qui choquait tant le pieux Hanslick), mais aussi il Ă©claire cette ĂąpretĂ© mordante du style dans laquelle le compositeur a entendu l’appel Ă  la rĂ©forme liturgique et casser le moule traditionnel palestrinien prĂŽnĂ©e par la confrĂ©rie religieuse qu’il frĂ©quentait alors Ă  Prague.

Stabat profane
Dvorak-portrait-grand-format-classiquenews-juin-2015-stabat-mater-de-dvorak-dossier-critique-presentationLe message si humble voire souvent austĂšre, jusqu’à la contrition la plus tĂ©nue, comme repliĂ©e, qui s’exprime par le choeur initial puis le quatuor vocal (tĂ©nor, soprano, basse, mezzo), convoque le sentiment des vanitĂ©s terrestres : grandeur inaccessible et impĂ©nĂ©trable du divin, fragilitĂ© et souffrance de la condition humaine. DĂšs le mouvement premier, ample de 17 mn, la musique exprime la profonde et grave priĂšre des humanitĂ©s dĂ©munies, impuissantes. C’est l’acte d’une ferveur dĂ©truite, saisie par un deuil quasi insoutenable.‹Le sublime quatuor vocal qui suit (Quis est homo, qui non fleret) suit la mĂȘme simplicitĂ© naturelle, ce recueillement qui Ă©carte toute enflure, toute thĂ©ĂątralitĂ© pathĂ©tique Ă©noncĂ©e dĂšs l’intervention de la soprano, au chant si magnifiquement mesurĂ©e.
Contre l’avis du critique souvent mensonger et toujours abusivement partisan (en tout cas antiwagnĂ©rien), Hanslick, les admirateurs de Dvorak ont immĂ©diatement constatĂ© la sincĂ©ritĂ© du compositeur et la grande vĂ©ritĂ© de son oeuvre ; chacun dĂ©fend l’humilitĂ© dĂ©sarmante de la priĂšre solistique ou collective, non pas outrageusement sensuelle comme le pensait l’ignoble Hanslick, mais sincĂšre et tendre. C’est d’ailleurs du cĂŽtĂ© des croyants, de l’assemblĂ©e populaire et individuelle que nous saisissons la ferveur gĂ©nĂ©reuse de l’ouvrage ; les interprĂštes ont bien raison de soulignĂ© ce chambrisme Ă©tal, sublimement partagĂ© par le choeur et les solistes.

Antonin Dvorak : ‹Stabat Mater op 58
France Musique, le 24 juin 2015, 20h. Inva Mula, Soprano. ‹Sara Mingardo, Contralto. ‹Maximilian Schmitt, TĂ©nor‹. Robert Gleadow, Baryton-basse.  ‹Choeur Accentus ‹. Orchestre de Chambre de Paris .‹Laurence Equilbey, direction. Concert donnĂ© le 6 juin 2015 Ă  la grande Salle de la Philharmonie 1 Ă  Paris.

Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne au ChĂątelet

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015France Musique, Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. samedi 27 juin 2015, 19h. La Belle HĂ©lĂšne, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1864 aux VariĂ©tĂ©s Ă  Paris incarne cet esprit dĂ©calĂ© impertinent et grivois du Second Empire, fastes dĂ©cadents d’un rĂ©gime condamnĂ© Ă  disparaĂźtre avec le dĂ©sastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy y parodient dieux et dĂ©esses de l’Olympe, c’est Ă  dire le milieu politique en France dans les annĂ©es 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan prĂ©cis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La GalĂšre de VĂ©nus (III).
Oreste (rĂŽle travesti pour soprano) est un jeune dĂ©cadent et les rois de la GrĂȘce rivalisent en devinettes, bouts-rimĂ©s et charades lors des fĂȘtes d’Adonis au I : des tĂȘtes couronnĂ©s aux loisirs futiles quand HĂ©lĂšne, reine de Troie, fille de LĂ©da et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (PĂąris). Pourtant mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, elle est tout occupĂ©e Ă  sĂ©duire PĂąris dont elle est tombĂ©e amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver Ă  ses fins. Au II, MĂ©nĂ©las de retour de CrĂȘte, surprend PĂąris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi MĂ©nĂ©las de faire passer ans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la GrĂȘce est un champs de carnage”). RusĂ© et astucieux, PĂąris se faisant passer pour l’augure de VĂ©nus, enlĂšve la belle HĂ©lĂšne que lui a promise la divinitĂ©… MĂ©nĂ©las et les rois grecs dĂ©couvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu. Galerie de portrait dĂ©jantĂ©e et situations rĂ©solument comiques, La Belle HĂ©lĂšne se moque des puissants sous son prĂ©texte de parodie mythologique. Le rĂŽle titre permet Ă  la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scĂšne parisienne.

Enregistré le 21 juin 2015 au Chùtelet à Paris.

DVD, compte rendu critique. MoliĂšre / Lully : Le Bourgeois Gentilhomme. Denis PodalydĂšs (1 dvd Alpha)

Moliere-Lully-bourgeois-gentilhomme-290-406-1-dvd-ALPHADVD, compte rendu critique. MoliĂšre / Lully : Le Bourgeois Gentilhomme. Denis PodalydĂšs (1 dvd Alpha). Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies ballets dont Le Bourgeois Gentilhomme (Chambord, 1670). Le duo MoliĂšre et Lully font une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un parvenu bien ridicule. Tel un dindon qui use et abuse jusqu’à l’indigestion d’une « farce » bien garnie
 (dans les deux sens du terme), Monsieur Jourdain joue les aristos, se paie à grands frais divers “maĂźtres”  
 de musique et Ă  danser, d’armes et de philosophie sans omettre le tailleur comme les cuisiniers qui offrent bonne chĂšre au maĂźtre de maison flanquĂ© de son parasite flatteur Dorante qui amant de DorimĂšne, fait croire Ă  son riche ami que cette derniĂšre en pince pour lui…. s’il la couvre de cadeaux et de bijoux (dont surtout un beau diamant scintillant). Sans flatteurs et escrocs, il n’est pas de dindon magnifique et ce Bourgeois Gentilhomme a tout du parfait nigaud qu’on trompe et qu’on dĂ©pouille.

La piĂšce mise en scĂšne par Denis PodalydĂšs prĂ©sente au public la cohorte des flagorneurs, si inspirĂ©s en flatteries payantes, rĂ©glĂ©es en sĂ©quences successives tel un grand ballet social. La comĂ©die amoureuse pointe son nez aussi grĂące aux personnages de ClĂ©onte et de Lucile…. Les deux jeunes Ăąmes s’aiment mais le premier non gentilhomme ne peut prĂ©tendre Ă©pouser la fille Jourdain. C’est alors que Covielle (en vrai cerveau du clan et Ă©galement serviteur de ClĂ©onte) Ă©labore un stratagĂšme pour que ClĂ©onte, devenu  « le fils du Grand Turc » demande la main Ă  Jourdain qui 
 accepte illico trop flattĂ© d’ĂȘtre devenu mamamouchi , c’est Ă  dire Paladin  (grand final de l’acte IV). Finauds, MoliĂšre et Lully se sont entendus à cĂ©lĂ©brer l’art et le goĂ»t authentiques qui ne s’apprennent pas, au contraire de ce Jourdain ridicule qui s’entĂȘte Ă  les maĂźtriser sans y rien entendre 
jusqu’Ă  la fin.

 

 

 

Denis PodalydÚs met en scÚne un Bourgeois Gentilhomme truffé de gags délirants qui ayant trouvé son public continue de tourner


Double farce pour Jourdain

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Alors que Jean Vilar en 1954, souhaitait dĂ©fendre un MoliĂšre brut, Ă©conome, sans effet parasite : c’est Ă  dire « jouer la rĂ©plique et rien d’autre », sans ornements qui dĂ©naturent, Denis PodalydĂšs, lui, en 2012 (premiĂšre de sa production entre autres prĂ©sentĂ©e au festival off d’Avignon), opte pour une surenchĂšre de gags : le « bazar » plutĂŽt que la simplicitĂ© primitive du texte. Mais un bazar chic, dont le luxe visuel s’appuie bien sĂ»r sur les formidable costumes signĂ©s Christian Lacroix. Cela hurle et crie beaucoup, en un dĂ©lire de grandiloquence, servant le ridicule magnifique de ce Monsieur Jourdain, qui se pique de grandeur noble. A trop imiter le paon, Jourdain le caricature sans le comprendre. Tel serait la vision d’un PodalydĂšs, gĂ©nĂ©reux en parures, mouvements rapportĂ©s, surenchĂšre comique mais parfois hĂ©las gags outrĂ©s (les mimiques des instrumentistes appelĂ©s Ă  dĂ©partager musique et danse dans l’acte I
, comme les perruques Grand SiĂšcle systĂ©matiquement portĂ©es de travers, ou la rĂ©pĂ©tition de la boucle amoureuse des couples associĂ©s, boudeurs et boudeuses alternĂ©s (Acte III) : ClĂ©onte / Lucile, d’un cĂŽtĂ© ; le valet de ClĂ©onte : Covielle et Nicole, de l’autre. RĂ©pĂ©ter c’est prendre le risque de l’exagĂ©ration voire de la lourdeur Ă©paisse. Autre faiblesse de notre point de vue, la chorĂ©graphie des danseurs, sorte  de mixte inabouti entre langage contemporain et gesticulation dĂ©calĂ©e.

Dans ce dispositif, le personnage de Jourdain, bien qu’incrĂ©dule et bon enfant qui s’émerveille, n’est qu’un benĂȘt qui veut dĂ©passer sa classe et effacer le noir Ă©triquĂ©, mais plein de bon sens, de son Ă©pouse.
Par contre la délicieuse et insolente mais juste servante Nicole (épatante jeune Manon Combes) perce infailliblement par sa sincérité
.

FilmĂ© en novembre 2012  (dĂ©jĂ  et Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles : noblesse oblige), la production en costumes d’époque prĂ©sente l’avantage de jouer tous les divertissements et intermĂšdes chantĂ©s et instrumentaux comme les entrĂ©es de ballets dĂ©lirants et poĂ©tiques conçus  par Lully : ballet des tailleurs habillant Jourdain (fin du II); intermĂšde de danses des cuisiniers  (fin du III); cĂ©rĂ©monie turque de l’anoblissement de Jourdain (conclusion du IV)… enfin le ballet des Nations pour conclure le drame.  Le jeu des comĂ©diens soulignent la farce et le comique des situations dont le cocasse dĂ©janté  (le chaos barbare voire quasi transe collective de la cĂ©rĂ©monie de Jourdain en mamamouchi reste le grand moment dramatique et…. musical).
Évidemment en petit effectif instrumental, la bande de musiciens pilotĂ©e par le violoncelliste Christophe Coin n’Ă©gale pas les fastes d’un vrai grand orchestre aussi scintillant que celui de la version de Benjamin Lazar et du PoĂšme Harmonique de 2004 (de surcroĂźt sur instruments  anciens, version de rĂ©fĂ©rence Ă©galement Ă©ditĂ©e par Alpha). L’articulation affleure souvent le vocifĂ©rĂ© systĂ©matique (ainsi le personnage de Dorante agace Ă  force de surjouer) mais l’intensitĂ© des acteurs rend le texte de MoliĂšre toujours aussi incisif et moderne.

CLIC D'OR macaron 200Nonobstant ces rĂ©serves de « spĂ©cialiste thĂ©Ăątreux qui boude son plaisir », le rythme de la performance, son caractĂšre entier et parfois potache ont sĂ©duit le plus grand public. Au Bourgeois Gentilhomme, on vient rire et se fendre la panse. PodalydĂšs l’a bien compris. Il nous en donne pour notre argent. Et le DVD Ă©ditĂ© par Alpha vient Ă  point nommĂ©, souligner la grande cohĂ©rence d’une vision thĂ©Ăątrale directe, franche, dĂ©jantĂ©e. Car nonobstant nos rĂ©serves de dĂ©tail, la production a du rythme, ne cherche pas la poĂ©sie ni l’alanguissement (vers lequel tant la musique de Lully) mais un certain Ă©tat d’urgence habilement mesurĂ© et canalisĂ© qui explique 3 ans aprĂšs sa crĂ©ation et au moment de nouvelles reprises aux Bouffes du nord en juin 2015, du 26  juin au 26  juillet 2015, son attractivitĂ© globale persistante. AprĂšs le ridicule des actes I,II et III, le spectateur dĂ©couvre la nouvelle intrigue et l’intelligence de Covielle qui permet au jeune ClĂ©onte  d’Ă©pouser en fin d’action, sa belle Lucille Ă  la barbe du pĂšre, le dindon Jourdain.

MoliĂšre et Lully : Le Bourgeois Gentilhomme
Chambord, 1670.

Mise en scĂšne : Denis PodalydĂšs
Scénographie : Eric Ruf
Costumes : Christian Lacroix
Chorégraphie : Kaori Ito

Monsieur Jourdain : Pascal Rénéric
Madame Jourdain : Emeline Bayart
Le MaĂźtre de musique / Dorante : Julien Campani
Le Maßtre à danser / Cléonte : Thibault Vinçon
Le MaĂźtre tailleur / Covielle : Alexandre Steiger
Le Maütre d’armes : Nicolas Orlando
Le MaĂźtre de philosophie : Francis Leplay
Le garçon tailleur / Lucile : Leslie Menu
Nicole : Manon Combes
DorimÚne : Bénédicte Guilbert
Deux laquais : Hermann Marchand, Laurent PodalydĂšs
Danseuses : Jennifer Macavinta, Artemis Stavridi

CĂ©cile Granger, soprano
Romain Champion, haute-contre
Marc Labonnette, basse taille

Instrumentistes baroques dirigés par Christophe Coin

EnregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en novembre 2012. 1 DVD Alpha 707 – 2h45 minutes

Les Symphonies de Beethoven sur Brava

brava_hd_2014_logoTĂ©lĂ©. Brava. Cycle Beethoven : du 4 au 7 juin 2015. Qui n’a pas rĂȘvĂ© de rĂ©viser ses classiques et reprendre le chemin de la dĂ©couverte symphonique Ă  l’heure romantique, en l’occurrence les Symphonies de la maturitĂ© de Beethoven (1792-1827), les Symphonies n°4,5, 6 et 7 d’autant plus passionnantes qu’elles sont jouĂ©es par le chef Claudio Abbado qui pilote le Philharmonique de Berlin. Le cycle a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  l’AcadĂ©mie nationale Sainte-CĂ©cile de Rome en 2001.

 

 

 

Beethoven : Ă  la recherche de la Symphonie parfaite

 

Fidelio de BeethovenNĂ© en 1770, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour Vienne, dĂ©finitivement, en 1792. il reprend l’expĂ©rience des Symphonistes de Mannheim, les propositions capitales de Haydn et Mozart : il crĂ©e la forme et la sonoritĂ© de la Symphonie romantique Ă  l’époque oĂč NapolĂ©on inflĂ©chit l’Europe.  Le musicien fixe les rĂšgles des quatre mouvements, modifiant parfois l’ordre et le caractĂšre de certains, offrant Ă  tous le instruments un champ expressif nouveau
 Avec Beethoven, la musique offre Ă  l’esprit des LumiĂšres, un cadre symphonique digne de son ambition et de son rayonnement : une expĂ©rience collective, un dĂ©sir d’utopie partagĂ©e ou un tĂ©moignage personnel qui s’adresse au plus grand nombre. AprĂšs Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner
 tous les grands romantiques voudront rivaliser avec le cycle qu’il a laissĂ© et nourri jusqu’à sa mort, soit un total de 9 Symphonies.
Brava diffuse sur 4 jours, les Symphonies « intermédiaires » de Beethoven : les Symphonies n°4,5,6 (Pastorale, laquelle ne décrit pas mais exprime le miracle spectaculaire de la nature en une fresque panthéiste révolutionnaire), enfin la Symphonie n°7.

 

 

 

Jeudi 4 juin 19h
Beethoven – Symphonie No. 4 (Vienne, 1807)
 
Vendredi 5 juin 14h
Beethoven – Symphonie No. 5 (Vienne, 1808)
 
Samedi 6 juin 21h
Beethoven – Symphonie No. 6 « Pastorale » (Vienne, 1808)
 
Dimanche 7 juin 13h
Beethoven – Symphonie No. 7 (Vienne, 1813)

 

 

 

 
A propos de Brava, nouvelle chaßne de télé 100% classique
brava_hd_2014_logoBrava s’affirme par la qualitĂ© et la sĂ©lection des programmes de musique classique proposĂ©s ; la chaĂźne diffuse les meilleurs opĂ©ras, opĂ©rettes, ballets et concerts, 24 heures sur 24, en Full Native HD et en Dolby Digital Audio. Toutes les productions sont enregistrĂ©es dans les opĂ©ras et thĂ©Ăątres les plus cĂ©lĂšbres du monde, dont la Royal Opera House de Londres, le Teatro Real de Madrid et La Scala de Milan. Brava est disponible 24 heures sur 24 et offre Ă  ses tĂ©lĂ©spectateurs une place au premier rang de spectacles de premier ordre, avec les meilleurs musiciens et artistes au monde. Brava est une chaĂźne sans publicitĂ© dĂ©diĂ©e totalement au meilleur du classique.

La chaĂźne internationale Brava peut ĂȘtre reçue par la plupart des tĂ©lĂ©spectateurs HD en France, oĂč elle fait partie des bouquets d’Orange, Bouygues, SFR, Free/Alice, Canalsat et Numericable. Brava peut aussi ĂȘtre reçue aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Turquie, au Portugal, en Slovaquie, en RĂ©publique tchĂšque, Ă  Monaco, au Liban et dans plusieurs pays africains. Des informations supplĂ©mentaires sont disponibles sur www.bravahd.fr.

 

 

CD, compte rendu critique. Campra : TancrĂšde, version 1729 (3 cd Alpha, Schneebeli, 2014)

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : TancrĂšde, version 1729. Orchestre Les Temps PrĂ©sents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signĂ© Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et hĂ©roĂŻque de son aĂźnĂ© et modĂšle Lully (aidĂ© du poĂšte Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destinĂ© Ă  exprimer les passions de l’Ăąme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposĂ©s : le chrĂ©tien TancrĂšde et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opĂ©ra français Ă©gale sinon dĂ©passe l’impact expressif du thĂ©Ăątre classique parlĂ© et dĂ©clamĂ© de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grĂące qui alliant choeurs, ballets, et sĂ©quences portĂ©s par les seconds rĂŽles, apportent ces dĂ©tentes propices, vĂ©ritables temps de pure poĂ©sie entre des tableaux Ă  l’Ă©pure tragique d’une tension irrĂ©sistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselĂ© autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroĂźt de profondeur. Tout concourt Ă  tisser le lent et inĂ©luctable fil tragique vers la mort de la sublime guerriĂšre, Clorinde.

 

 

 

Olivier Schneebeli réalise un sommet tragique et poétique dans ce TancrÚde de 1702

Tristan et Isolde baroque

 

CLIC_macaron_2014Le couple noir et jaloux : Argant / Herminie exalte de pulsations haineuses et pourtant d’une sincĂ©ritĂ© magicienne (Alain Buet et Chantal Santon) : leurs personnages surtout celui d’Herminie s’expose sans Ă©paisseur, avec la mĂȘme finesse prosodique au dĂ©but du III. Pour les rĂŽles de Clorinde et de TancrĂšde, les deux protagonistes Isabelle Druet et BenoĂźt Arnould ont la jeunesse, la justesse et la sincĂ©ritĂ© de deux timbres admirablement engagĂ©s. On se dĂ©lecte dans leurs oppositions, confrontations successives, le point d’orgue de leur union pudique admirablement exprimĂ©e sur la scĂšne demeurant le duo d’une Ă©conomie souveraine et d’une grande poĂ©sie du IV (” Gloire inhumaine, hĂ©las ! que tu troubles nos coeurs ” : sommet de la lyre tragique vĂ©cue par les deux 2 coeurs blessĂ©s).
Une rĂ©serve cependant pour la tenue vocale du baryton : s’il a le timbre idĂ©alement sombre et virile, sa ligne vocale manque parfois de justesse comme de simplicitĂ©.
L’acte IV, celui de la haine active (sous le feu d’Herminie et du mage IsmĂ©nor) est aussi surtout celui de la confession amoureuse quand (scĂšne 6), Clorinde avoue son amour pour lui Ă  TancrĂšde. Quand au V, la gloire toute acquise Ă  TancrĂšde est le sujet de sa profonde douleur car il y perd Clorinde qui s’Ă©puise et meurt dans ses bras en un duo tristanesque d’un lugubre digne qui est un autre absolu poĂ©tique.
clorinde isabelle druet tancredeC’est fidĂšle Ă  la poĂ©sie sombre et lugubre du Tasse que Danchet et Campra brossent un portrait noir des amours guerriers : la pompe victorieuse, la gloire qui jaillit et Ă©tincelle sur l’armure de TancrĂšde sombre immĂ©diatement dans le gouffre de la douleur quand le ChrĂ©tien dĂ©couvre son aimĂ©e Clorinde, touchĂ©e au coeur expirante. La noblesse, le raffinement, la suavitĂ© mesurĂ©e et allusive des divertissements, le chant perpĂ©tuellement soucieux de son intelligibilitĂ© font toute la qualitĂ© de cet enregistrement pris sur le vif Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 6 et 7 mai 2014. VOIR. Les camĂ©ras de classiquenews Ă©taient fort heureusement prĂ©sentes lors de la performance : visionner notre reportage vidĂ©o TancrĂšde de Campra, recrĂ©ation de la version de 1729.
Voici au disque le meilleur enregistrement de la collection ChĂąteau de Versailles. CLIC de classiquenews de mai 2015.

CD, compte rendu critique. Campra : TancrÚde, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Avec Benoßt Arnould, TancrÚde. Isabelle Druet, Clorinde. Chantal Santon, Hermoinie. Alain Buet, Argant. Eric Martin-Bonnet, Isménor. erwin Aros, Anne-Marie Beaudette et Marie Favier (seconds rÎles divers). 3 cd Alpha baroque Outhere music 2h46mn. Référence : 3 760014 199585

Festival d’Innsbruck (Autriche), du 8 au 28 aoĂ»t 2015

Innsbruck-festival-2015-austria-august--8-28-2015-classiquenews-selection-summer-2015Innsbruck (Autriche), festival estival 8 du 28 aoĂ»t 2015. Pourquoi aller Ă  Innsbruck en aoĂ»t prochain ? Pour la qualitĂ© des Ɠuvres programmĂ©es (Innsbruck est un festival de musique ancienne et baroque), les interprĂštes qui les dĂ©fendent et aussi l’attrait du site comme les thĂ©matiques affichĂ©es : Fantastique, extravagance 
 voilĂ  les clĂ©s d’accĂšs, pour une invitation prometteuse, celle du 39Ăšme festival de musique ancienne d’Innsbruck. Concerts et rĂ©citals au chĂąteau d’Ambras (y paraissent entre autres les sopranos Roberta Invernizzi, Anna Prohaska, le violoniste Giulano Carmignola), recrĂ©ation lyrique attendue (Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scĂšne sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : premiĂšre mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)
 les Ă©vĂ©nements ne manquent pas.

 

 
Porpora, Lully, Hasse, Jommelli…

Germanico, Armide, Romolo ed Ersilia


Moissons d’évĂ©nements lyriques Ă  Innsbruck

 

lully_portrait_mignard_lebrunMais fiertĂ© hexagonale oblige, c’est peut-ĂȘtre en plus de ce Germanico du Napolitain Porpora (le maĂźtre et compositeur attirĂ© du prodige Farinelli
 lequel crĂ©e le rĂŽle titre), une autre production attendue est celle de l’Armide de Lully, – les 22, 24 et 26 aoĂ»t 2015 : la partition tragique majeure traite du mythe de la guerriĂšre enchanteresse, proie dĂ©munie et si humaine, dĂ©passĂ©e par l’amour brĂ»lant que suscite Ă  ses yeux, le beau chevalier chrĂ©tien Renaud. InspirĂ© du Tasse, et dĂ©jĂ  traitĂ© par le Monteverdi madrigalesque des dĂ©buts (le plus audacieux, le plus sensuel, le plus expĂ©rimental aussi, celui du Livre II de madrigaux de 1590), le profil fĂ©minin inspire aussi en 1686, le compositeur de Louis XIV Ă  Versailles : la distribution Ă  Innsbruck rĂ©unit la fine fleur du jeune chant baroque, distinguĂ©e l’annĂ©e derniĂšre (Ă©tĂ© 2014, lord du premier Concours Cesti de chant baroque : Elodie Hache, Daniela Skorka, Miriam Albano
). PremiĂšre tragĂ©die française crĂ©Ă©e Ă  Innsbruck (avec chorĂ©graphie de la compagnie suĂ©doise spĂ©cialisĂ©e Nordic Baroque dancers), Armide est aussi le chef d’oeuvre de Lully, ultime offrande du Florentin au genre lyrique français qu’il a crĂ©Ă© pour Louis XIV. Le spectacle pilotĂ© en partie par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, met Ă  l’honneur la puretĂ© digne du chant baroque versaillais, tel que l’aimait le Roi-Soleil : Ă©loquence sensible d’un chant expressif aussi articulĂ© et convaincant que le thĂ©Ăątre parlĂ©. Tous les chanteurs sont coachĂ©s par BenoĂźt Dratwicki et Jeffrey Francis dans leur approfondissement du chant baroque Ă  la française  (en particulier pour la rĂ©ussite des recitatifs).

Autre Ă©vĂ©nement d’Innsbruck 2015, Romolo ed Ersilia, opĂ©ra seria de Hasse pour les noces Ă  Innsbruck de l’archiduc Pierre-LĂ©opold avec l’Infante Marie-Louise d’Espagne en aoĂ»t 1765. Le festival renoue avec les fastes des cĂ©rĂ©monies dynastiques liĂ©es Ă  la vie des Habsbourg (Gala pour Marie-ThĂ©rĂšse, le 13 aoĂ»t 2015, 20h) dont Innsbruck est l’une des rĂ©sidences officielles. La production rĂ©unit au Landstheater la soprano Sunhae Im, le contretĂ©nor Valer Varna Sabadus au chant irradiĂ© particuliĂšrement expressif (comme son confrĂšre de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration et lui aussi rĂ©vĂ©lĂ© par Max Emanuel Cencic : Franco Fagioli).

Donc Innsbruck n’est pas seulement un laboratoire de partitions mĂ©connues et pourtant captivantes, c’est aussi un festival particuliĂšrement dĂ©fricheur, dĂ©nicheur de jeune tempĂ©raments lyriques


Jommelli_portrait_250Enfin, saluons la comĂ©die, Don Trastullo, perle buffa de Jommelli, autre napolitain de la fin XVIIIĂš, qui renaĂźt ici dans la Salle espagnole du ChĂąteau d’Ambras (les 19 et 20 aoĂ»t) ; et le rĂ©cital de la soprano Sandrine Piau dans un programme consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes de Rameau : la cantatrice française offre un chant instrumental d’une sensibilitĂ© Ă©tonnante, d’autant bienvenue ici qu’elle avait marquĂ© les esprits lors des concerts Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles dans la recrĂ©ation de ZaĂŻs oĂč son incarnation sensible de ZĂ©lidie, Ăąme amoureuse Ă©prouvĂ©e, avait atteint une justesse poĂ©tique bouleversante
 (rĂ©cital Sandrine Piau : Les Surprises de l’amour, le 27 aoĂ»t, 20h).

Soit Porpora, Lully, Hasse, Jommelli
 quel festival européen offre une telle richesse artistique dans le domaine baroque ?

 

 

boutonreservationToutes les infos et les modalitĂ©s pratiques de rĂ©servation sur le site du festival de musique ancienne d’Innsbruck : Innsbruck Festwochen der Alten Musik, du 8 au 28 aoĂ»t 2015.

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19 cd L’oiseau Lyre)

Mozart recordings the symphonies christopher hogwood cd oiseau lyre compte rendu critique review classiquenewsSinfonien_HogwoodCD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19  cd L’oiseau Lyre). L’Oiseau Lyre renaĂźt de ses cendres avec cette rĂ©Ă©dition  (avec le recul trĂšs inspirĂ©e et valablement documentĂ©e) des intĂ©grales symphoniques de Christopher Hogwood. Le chef fondateur et directeur musical de The Academy of Ancient Music, dĂ©cĂ©dĂ© en septembre 2014, laisse dans ce coffret Mozart (intĂ©grale des Symphonies), la quintessence de son approche historiquement informĂ©e, – pointilliste et synthĂ©tique, d’un Ă©quilibre solaire-, rĂ©vĂ©lĂ©e et enregistrĂ©e dĂšs 1979 : son Mozart fait scintiller en un Ă©quilibre olympien (jupitĂ©rien par rĂ©fĂ©rence Ă  la Symphonie ultime 41), toutes les facettes instrumentales de l’orchestre mozartien.

 

 

 

 Mozart solarisé sur instruments anciens

 

CLIC D'OR macaron 200Étonnante maestria orchestrale que celle de Christopher Hogwood chez Mozart dont il sait grĂące Ă  l’Ă©clat ciselĂ© des instruments anciens, restituer le volume sonore,  le raffinement inouĂŻ de l’instrumentation avec cette clartĂ© et ce jeu permanent prĂ©servant l’équilibre, valorisant le caractĂšre de chaque mouvement.

TrĂšs convaincant par exemple, l’apport du chef et des instrumentistes dans deux Symphonies d’une subtilitĂ© inĂ©puisable – programme  du cd  16 ;  Ă©videmment la Parisienne Ă©crite malgrĂ© sa complexitĂ© et sa modernitĂ© non pour le meilleur orchestre de la capitale française, l’orchestre de Gossec  (l’Orchestre des Amateurs fondĂ© en 1769 ) mais pour le plus approximatif mais plus connu, Concert Spirituel (oĂč elle est donc crĂ©Ă©e  le 18 juin 1779) : les respirations qu’apporte Hogwood  entre noblesse et gravitĂ©, nerf et nostalgie, se rĂ©vĂšlent gagnantes;  les dĂ©tracteurs qui ne parlent que de tiĂ©deur feraient bien de revisiter et rĂ©viser leur jugement … expĂ©ditif;  la lumineuse Ă©nergie la souplesse comme la fine caractĂ©risation que rĂ©alise le maestro britannique captive d’un bout Ă  l’autre des trois mouvements de la 31,  prĂ©sentĂ©e dans sa seconde version (andante rĂ©Ă©crit postĂ©rieurement Ă  la crĂ©ation de juin 1779 ), soit trĂšs exactement par les 57  musiciens requis Ă  Paris (Hogwood a veillĂ© Ă  reprendre le mĂȘme effectif). Le volume des cordes, les pupitres Ă©toffĂ©s des bassons  et des cors sonnent  galvanisĂ©s. ..

hogwood christopher oiseau lyre coffrets bach mozart haydn vivaldi critique presentation classiquenews mai 2015MĂȘme finesse d’approche pour la solaire et irrĂ©sistible n°41 dite « Jupiter ». … Le souci du dĂ©tail – pointillisme, n’empĂȘche pas une vision d’ensemble (esprit de synthĂšse) qui architecture avec un allant grave idĂ©alement dosé  (andante cantabile)
 ; le menuet par contre en un tempo  ralenti, semble un moment chercher les voies de son dĂ©veloppement,  mais c’est pour mieux mettre en avant la subtilitĂ© des timbres pleinement Ă©panouis;  le finale s’appuie sur une tension progressive libĂ©ratrice scrupuleusement calibrĂ©e  (trop mĂ©canique ou timorĂ©e dirons les moins convaincus) mais nous trouvons ces vertus de la clartĂ© qui font tout entendre, d’une clairvoyance rafraĂźchissante ; mieux :  Hogwood se montre Ă  contrario de biens des confrĂšres mĂ©ticuleux, savamment Ă©tranger Ă  toute esbroufe… la lumiĂšre et une trĂšs subtile irisation globale colorant tous les pupitres et leur combinaison orchestrale, valent ici le meilleur accueil Ă  une somme dont la cohĂ©rence  et la probitĂ© sont admirables.

L’ensemble des opus symphoniques proposent le mĂȘme fini instrumental. Hogwood ne malmĂšne jamais;  il laisse s’Ă©panouir son orchestre et l’on se laisse Ă  songer Ă  quelle Ă©coute plus magistrale encore, il en aurait dĂ©couler si la pertinence de l’Ă©diteur avait su rassembler le cycle final  dans sa continuitĂ© en enchaĂźnant les trois derniĂšres 39,40 et 41 tel que l’imaginent maintenant les mieux informĂ©s depuis l’accomplissement dĂ©fendu par Harnoncourt qui parle Ă  juste titre et en fin connaisseur, d’ « oratorio instrumental » dans un rĂ©cent et Ă©tincelant enregistrement (Sony classical) 


L’auditeur du coffret peut ainsi mesurer la richesse de l’orchestre mozartien Ă  travers l’intĂ©gralitĂ© du catalogue symphonique : symphonies salzbourgeoises jusqu’en 1775;  parisiennes  et viennoises  dont nous aurions pu encore distinguer l’interprĂ©tation spĂ©cifiquement articulĂ©e des autres joyaux: Linz,  Haffner, Prague, entre autres (sans omettre l’ineffable accomplissement de la Symphonie en sol mineur – restituĂ©e dans sa premiĂšre version, la centrale n°40, pilier de trilogie dont nous avons parlĂ©).

hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnSoulignons l’intĂ©rĂȘt du livret notice qui prĂ©sente les nombreuses  pistes de recherche et toutes les donnĂ©es musicologiques Ă  l’Ă©poque des enregistrements soit Ă  al fin des annĂ©es 1970 et dans le courant des annĂ©es 1980. Plus de 30 ans ont passĂ© : cette intĂ©grale Mozart n’a pas fini de sĂ©duire : on comprend qu’avec ce travail d’ampleur esthĂ©tique et synthĂ©tique Hogwood  ait depuis lors comptĂ© et que le label  L’Oiseau Lyre ait suscitĂ© grĂące Ă  lui des records de vente… VoilĂ  bien le testament artistique et musical du chef Hogwood Ă  son meilleur.

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies, intĂ©grale des Symphonies par The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. 19  cd L’oiseau Lyre 452  496-2

 

 

CD. Il Pianto d’Orfeo (Scherzi Musicali, Achten 2013 – 1 cd DHM)

orfeo-pianto-scherzi-musicali-nicolas-achten-dhm-deutsche-harmonia-mundi-critique-compte-rendu-cd-classiquenewsCD. Il Pianto d’Orfeo (Scherzi Musicali, Achten 2013 – 1 cd DHM). StructurĂ© comme un drame lyrique, le programme essentiellement dĂ©diĂ© au premier baroque (XVIIĂš italien, Seicento) se compose de quatre Ă©pisodes entre un prologue (magnifique sinfonia de Luigi Rossi) et son Ă©pilogue (Lasciate Averno du mĂȘme Rossi, auteur hier rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie et dĂ©cidĂ©ment superlatif) : souhaitant dĂ©montrer que le genre opĂ©ra est nĂ© par le mythe d’OrphĂ©e et prĂ©cisĂ©ment dans le chant plaintif du berger thrace (il pianto d’Orfeo), instrumentistes et baryton directeur de Scherzi Musicali s’engagent ici pour l’articulation de la geste orphique illustrĂ©e par les intermĂšdes et premiers ouvrages composĂ©s par les premiers baroques : de Merula Ă  Cavalieri, de Caccini Ă  Monteverdi, de Rossi Ă  Peri, se prĂ©cise ainsi de l’un Ă  l’autre, ce chant mi dĂ©clamĂ© mi parlĂ©, parlar cantando qui s’inspirant du souffle naturel de la parole, perfectionne un nouvel art d’explication du texte. En tĂ©moigne cet art du chant dĂ©fendu avec plus de noblesse que de sensualitĂ© par le baryton et directeur de l’ensemble Nicolas Achten : la prĂ©cision linguistique, l’intelligibilitĂ©, la justesse de l’intonation permettent concrĂštement de se plonger dans un bain de vertiges passionnels dont les plus grands champions sont moins les florentins Caccini et Peri que le romain Rossi d’une sensualitĂ© flamboyante qui parfois dĂ©passe Monteverdi et annonce de facto Cavalli.

Aux origines de l’opĂ©ra : la priĂšre d’OrphĂ©e

HĂ©las le soprano de Deborah York a perdu de sa chair : voix blanche et droite qui contredit l’opulence languissante d’un Rossi par exemple (Mio ben, teco’l tormento…).
On suit ainsi les Ă©tapes du drame orphique : amours d’OrphĂ©e et d’Eurydice (I), puis mort d’Eurydice (II), lamentation et dĂ©ploration (III : c’est lĂ  que le chant du berger inflĂ©chit jusqu’au dieu des enfers : indiscutablement Achten maĂźtrise les registres de la langueur implorante, mĂȘme si l’on peut regretter parfois de la duretĂ© et un relĂąchement dans l’articulation. Les temps forts sont ici, la plainte confiĂ©e au seul cornet (la suave melodia) de Andrea Falconieri (scrupuleux, le cornet de Lambert Colosn reste linĂ©aire) et surtout la priĂšre d’OrphĂ©e Ă  l’adresse de Pluton : Possente spirto de l’Orfeo de Monteverdi : style resserrĂ© et puissant du grand Claudio, vĂ©ritable fondateur de l’opĂ©ra en 1607, avec ses effets d’Ă©chos entre violons et cornets, contrepoint lacrymaux du chant pur et agissant d’un OrphĂ©e, ardent, dĂ©sirant et finalement victorieux, aux portes des Enfers. La projection du chanteur reste intense mais son chant aurait infiniment gagnĂ© Ă  plus de simplicitĂ© et parfois d’attĂ©nuation, en servant davantage l’intelligibilitĂ© du texte (l’articulation est diluĂ©e au profit de la conduite vocale). Les instrumentistes se montrent plus inspirĂ©s encore dans l’intermĂšde non vocal de Luigi Rossi “Les pleurs d’OrphĂ©e aillant perdu sa femme”, sommet dĂ©ploratif d’un intensitĂ© et gravitĂ© expressive digne de Monteverdi (plage 24). Rossi composera bientĂŽt son Orfeo de 1647 pour ĂȘtre jouĂ© Ă  Paris Ă  la demande de Mazarin.
Manquant lĂ  encore de souffle hallucinĂ©, d’urgence expressive, de relief mordant, Nicolas Achten semble bien peu inspirĂ© dans le Landi final. Dommage mais on ne peut nier qu’il y manque encore une ferveur premiĂšre, une impatience suave, surtout dans les couleurs de la voix, une diversitĂ© d’intentions qui aurait pu animer et habiter le texte autrement ; qualitĂ©s ici manquantes qui font les grands OrphĂ©es Ă  l’opĂ©ra. Pas sĂ»r que le chanteur puisse demain supporter la tension permanente en chantant intĂ©gralement Orfeo de Monteverdi : il y faut de la subtilitĂ©, de l’imagination, de la profondeur…

Face Ă  un rĂ©pertoire qui s’affichait prometteur voire passionnant, les musiciens de Scherzi Musicali -pour leur premier cd chez DHM (le label baroque de Sony classical), sont encore un peu verts. Mansue de temps d’approfondissement, manque de vrai travail de comprĂ©hension des intentions des textes… le rĂ©sultat est encore trop superficiel, rendant plus que valable l’approche plus enfiĂ©vrĂ©e et visionnaire des Harnoncourt, Christie, Stubs d’hier. Nos rĂ©serves ici et lĂ  n’empĂȘchent pas de reconnaĂźtre un programme idĂ©alement conçu, dont les facettes si tĂ©nues et nuancĂ©es mĂ©ritaient une approche plus aboutie sur le plan vocal comme instrumental. Autre critique : pourquoi avoir mis sur le visuel de couverture les larmes d’une femme quand c’est bien le poĂšte OrphĂ©e qui en s’exprimant a su Ă©mouvoir et convaincre : la plainte et la priĂšre salvatrice dont il est question sont bien celles d’un homme, et non des moindres : l’inventeur du chant lyrique. Contresens et source de confusion pour le jeune public et les curieux non connaisseurs  (mais on y reconnait bien les promesses d’un marketing approximatif). En conclusion : voici un ensemble Ă  suivre avec l’espoir, inspirĂ© par un rĂ©pertoire si exigeant, qu’il se perfectionne encore et encore.

CD; compte rendu critique. Il Pianto d’Orfeo (or the birth of opera). Luigi Rossi, Caccini, Peri, Monteverdi, … Scherzi Musicali. Nicolas Achten, baryton. Deborah York, soprano. 1 cd DHM Deutsche harmonia mundi. EnregistrĂ© en novembre 2013 en Belgique.