Compte rendu, concert. Royaumont. RĂ©fectoire de l’Abbaye, le 11 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Les Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014C’est dans la majestueuse salle du RĂ©fectoire de l’Abbaye de Royaumont que Willam Christie, le chƓur et l’orchestre de ses Arts Florissants ont clĂŽturĂ© leur tournĂ©e estivale autour des Grands Motets.  Une salle comble attendait  religieusement l’arrivĂ©e des artistes sur la grande estrade montĂ©e en fond de la salle. AprĂšs une courte introduction orchestrale du Quam Dilecta de Rameau, la trĂšs belle voix de Rachel Redmond, jeune Ă©cossaise qui a dĂ©jĂ  bien compris toutes les subtilitĂ©s de la musique ramĂ©lienne, Ă©blouit le public. Rachel Redmond a le don d’enchanter mĂȘme avant ses premiĂšre notes, on dirait que la grĂące l’habite. La justesse et la souplesse de son chant sont remarquables, elle dispose d’une grande facilitĂ© pour rendre intelligible tous les ornements qui composent cette musique ; utilisant trĂšs peu de vibrato, elle arrive Ă  nourrir les notes longues par un lĂ©ger enrichissement du timbre, qui rend le texte et la ligne musicale d’une enivrante limpiditĂ©.

 

 

 

Rameau Ă  Royaumont

 

Arts Florissants 1

 

Tous les solistes choisis pour ce concert ont Ă©tĂ© remarquables : la jeune Katherine Watson qui possĂšde un chant bien plus dramatique, a trĂšs bien chantĂ© la partie de deuxiĂšme soprano. MalgrĂ© une voix aussi aiguĂ« que Rachel Redmond, elle a su assumer chacune de ses parties, avec une grande intelligence, en veloutant son timbre pour mieux servir les envolĂ©es de la soprano 1. Marc Mouillon et Cyril Auvity, deux sublimes chanteurs et complices des Arts Florissants confirment qu’ils sont des rĂ©fĂ©rences pour le style français du 18Ăšme siĂšcle.

Le trĂšs jeune chanteur basse Cyril Costanzo est une belle recrue du Jardin des Voix, il possĂšde dĂ©jĂ  une belle prĂ©sence vocale, son chant est toujours vivant et soucieux de son rĂŽle d’accompagnateur : il faut vraiment  le fĂ©liciter.

Le ChƓur des Arts Florissants dĂ©ploie une pĂąte sonore ronde et bien puissante, qui a pu remplir la vaste salle choisie pour ce concert. Le pupitre de dessus ainsi que les hautes contres ont une magnifique prĂ©sence vocale. Le choix d’avoir pris tous les solistes dans les parties du chƓur permet d’avoir un groupe vocal qui parfois va bien au-delĂ  des attentes, ce choix reste tout de mĂȘme dangereux, car le programme Ă©tait long et les voix solistes peuvent se fatiguer en cours de programme.

La voix de Rachel Redmond est restĂ©e trĂšs prĂ©cise tout au long du concert, mais pour le dernier motet du (In Convertendo de Rameau) sa puissance et souplesse avaient considĂ©rablement diminuĂ©. Dommage car l’Ɠuvre qui clĂŽturait le concert est sans doute le Motet le plus grandiose de Rameau, celui, -fait unique parmi les quatre motets- qu’il a retouchĂ© dans sa maturitĂ© pour un concert parisien au Concert Spirituel.

William Christie a choisi de ne pas regrouper le chƓur par pupitres, mais il a souhaitĂ© sĂ©parer tous les pupitres, en intercalant voix graves et voix aiguĂ«s. Cette disposition est fort intĂ©ressante, mais non sans risque : on gagne en spatialitĂ© et on oblige Ă  chaque chanteur de bien intĂ©grer sa partie. Mais il y a toujours un danger d’avoir de petit dĂ©calage dans les parties ornementales. De plus, toutes les entrĂ©es fuguĂ©es n’ont pas le mĂȘme impact sonore quand le chƓur est organisĂ© par un pupitre uni. Les violons n’ont pas montrĂ© une grande prĂ©cision dans ce programme, malgrĂ© tout le talent et l’expĂ©rience de Florence Malgoire en violon solo : la musicienne n’a pas su enthousiasmer son pupitre ; un jeu trop uniforme rĂšgne et les prises de parole indispensable dans les mesures de rĂ©ponse au chƓur Ă©tait trop semblables aux parties d’accompagnement.

La seule prĂ©sence du Maestro fait exalter tout musicien qui aime la musique française : il insuffle une vitalitĂ© qui a fait du concert un moment privilĂ©giĂ©. A la tĂȘte de ses troupes, le fondateur des Arts Florissants, par son engagement, sa sensibilitĂ©, ses prises de risques (inimaginables chez d’autres) demeure un modĂšle dans ce rĂ©pertoire.

Compte rendu, concert. Royaumont. RĂ©fectoire de l’Abbaye, le 11 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Les Arts Florissants. William Christie, direction.

Rameau in Caracas, Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela

Programme festif et exaltant en prĂ©lude Ă  l’annĂ©e Rameau (2014), qui marque le 250Ăšme anniversaire de la mort du compositeur.

Rameau in Caracas
Soloists of the SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela
conducted by Bruno Procopio

Jouer Rameau Ă  Caracas – Les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela, invitent Bruno Procopio Ă  diriger un programme totalement dĂ©diĂ© Ă  Jean-Philippe Rameau. C’est pour les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens, une dĂ©couverte exceptionnelle : celle du baroque français, premiĂšre incursion dans la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle.

Bruno Procopio commente :
J’ai surtout voulu susciter la curiositĂ© des musiciens de l’Orchestre pour une musique vers laquelle ils ne se seraient pas tournĂ©s spontanĂ©ment ; je souhaitais aussi me confronter Ă  un orchestre qui n’avait pas eu l’opportunitĂ© d’aborder la musique baroque française, afin de construire une identitĂ© musicale Ă  partir de zĂ©ro. J’ai pu ainsi concrĂ©tiser toute la vision que j’ai de cette musique et j’ai trouvĂ© un terrain d’accueil dĂ©pourvu d’a priori.

Pendant la pause de l’une de nos rĂ©pĂ©titions, un musicien m’a soufflĂ© Ă  l’oreille : “Maestro, c’est la musique la plus belle que j’ai jouĂ©e.” VoilĂ  la rĂ©compense d’une telle entreprise.

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