CD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le PoĂšme Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha)

purcell clarke les cris de paris vincent dumestre alpha SON OF ENGLAND alpha critique cd classiquenews compte rendu cd review on classiquenews 58d27bf19a48fCD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le PoĂšme Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha). Le retour de la monarchie Ă  Londres, aprĂšs l’épisode rĂ©publicain d’Oliver Cromwell (dĂ©cĂ©dĂ© en 1658), resplendissant avec l’avĂšnement de Charles II couronnĂ© le 23 avril 1661, correspond aussi Ă  l’essor du gĂ©nie musical et lyrique, Henry Purcell, nĂ© en 1659 et qui offre aux souverains anglais, plusieurs oeuvres d’une absolue poĂ©sie. Aussi le 21 novembre 1695, pour sa mort, nombre d’hommages lui sont dĂ©diĂ©s (aux frais de la Couronne) 
 dont ce masque -ode, inspirĂ© de l’esprit pastoral de l’Orfeo monteverdien, « Come, come along » (Viens, viens) de Jeremiah Clarke (lui aussi dĂ©cĂ©dĂ© prĂ©cocement en 1707), vĂ©ritable drame lyrique oĂč les bergers se lamentent, frappĂ©s par l’annonce de la mort du plus valeureux d’entre eux : StrĂ©phon-Purcell. Le style flamboyant, la pompe et aussi l’activitĂ© palpitante des instruments Ă  la fĂȘte (hautbois, bassons, continuo trĂšs souple et articulĂ©) citent Ă©videmment la royautĂ© reconnaissante, y compris le style parfois ampoulĂ© des solistes, plus chantres-vedette de la Chapelle royale que bergers Ă©garĂ©s. C’est un thĂ©Ăątre des bĂ©atitudes Ă©merveillĂ©s et enchantĂ©es qui pleure celui qui fut capable d’en chanter les dĂ©lices et de transmettre ses miracles terrestres, d’oĂč la dĂ©ploration volontiers mordante et amĂšre de la marche funĂšbre, (avec son glas fracassant d’ouverture), de la section 8 : « Mr Purcell’s farewell », dont la priĂšre, ample et aussi majestueuse, aux accents lullystes, entonnĂ©e par tous les choristes forment une apothĂ©ose collective, vers laquelle a convergĂ© tous les Ă©pisodes antĂ©rieurs. La vivacitĂ© avec laquelle les interprĂštes jouent le jeu de ce drame dĂ©ploratif est trĂšs convaincante.

 

 

 

Affligés par Purcell et Mary, mais enivrés par Cécile,
Le PoĂšme Harmonique et Vincent Dumestre excellent entre
Deuils et DĂ©lices

 

PURCELL Henry portrait pour classiquenews Purcell_by_John_ClostermanUn pas est franchi avec les deux ultimes oeuvres de Henry Purcell offertes en couplage. Et d’une mĂȘme veine tragique commĂ©morative, du moins pour la premiĂšre : « Funeral sentences for the Death of Queen Mary II » : l’évĂ©nement survient au dĂ©but de l’annĂ©e qui verra la mort du compositeur. L’immense cortĂšge funĂšbre se dĂ©ploie le 5 mars 1595, sur le glas retentissant de la marche d’exposition ; sursaut et dramatisme d’une image qui semble reconstituer les derniers spasmes du transi ; lui succĂšdent les 4 piĂšces vocales (solistes et choeur), chefs d’oeuvre de mĂ©ditation dĂ©solĂ©e, entre dĂ©sespoir et dignitĂ© lacrymale, les Sentences, ponctuĂ©es par la pĂ©nultiĂšme Canzona (fanfare, au ton Ă  la fois puissant et glaçant), font alterner la ligne dĂ©coupĂ©e, distincte du quatuor de solistes, d’une Ă©criture saisissante par son noble ton de dĂ©ploration ; dommage cependant que certains chanteurs, pas toujours aussi nuancĂ©s que les instruments et le choeur, soulignent trop le ton de regrets et de pleurs, – plus larmoyants que rĂ©ellement Ă©mus (avec des problĂšmes de justesse, et un vibrato hors sujet, style « grand opĂ©ra »). La mesure, l’épure, la distance font trop souvent dĂ©faut, ce malgrĂ© un effet rĂ©el de vertige et d’évanouissement sous le coup du deuil (vagues chromatiques ascendantes) : Mary Ă©tait plus aimĂ©e du peuple que son mari, le triste William III (IV). Quel dommage. En cela, le collectif, Les Cris de Paris s’en sortent mieux, plus carrĂ©s, droits, Ă©purĂ©s, sans effets expressifs d’aucune sorte : ils restent dans le ton ascĂ©tique, d’une idĂ©ale dignitĂ© requise. Purcell se rĂ©vĂšle comme Charpentier sur le thĂšme de la mort et du glas endeuillĂ©, d’une puissance poĂ©tique irrĂ©sistible, d’une dĂ©chirante humanitĂ©, et d’une ivresse extatique sous le joug de la bĂ©atitude promise
 (VI : « Thou knowest Lord », dernier « Amen », riche en espĂ©rance tendre et lumineuse).

D’une toute autre ambiance, – profane et d’une insouciante revendiquĂ©e, proclamĂ©e, la cĂ©lĂ©bration pour la fĂȘte de CĂ©cile, patronne des musiciens, ce 22 novembre 1683 qui voit la crĂ©ation de la « Musical Society » SociĂ©tĂ© des compositeurs britanniques ; et c’est bien des dĂ©lices, harmonies, jouissances languissantes dont il s’agit dans ce cycle portĂ© par une ivresse et la claire dĂ©termination du dĂ©sir de vivre – le contraste avec ce qui prĂ©cĂšde est immense et impressionnant. VoilĂ  donc un programme Ă  l’architecture poĂ©tique aussi contrastĂ©e, intelligent qu’efficace. Tous ces trĂ©sors exprimĂ©s / permis par la gĂ©nĂ©reuse musique sont autant de miracles qu’ont pu connaĂźtre les dĂ©funts fĂȘtĂ©s auparavant. Surgit la dĂ©licate priĂšre Ă  jouir de chaque instant (contre l’expression des vanitĂ©s qui prĂ©cĂšde) de l’ode axial et d’une rĂ©pĂ©tition hypnotique : « Here the deities approve The God of Music, end of Love  » / Ici les divinitĂ©s approuvent, le dieu de la musique et l’amour  », ici Ă©noncĂ© par le contre tĂ©nor Nicolas Tamagna, auquel succĂšde la caresse des flĂ»tes enivrĂ©es. Le clou et l’arĂȘte vive de ce joyau musical d’une irrĂ©sistible profondeur.
Ici, les Britanniques Ă©galent la gravitĂ© noble et poĂ©tique de Lully. Et ce Purcell, d’une grĂące absolue, prĂ©figure bien des oeuvres de Haendel Ă  venir : carrure millimĂ©trĂ©e des choeurs ; intelligence des sections contrastĂ©es ; gĂ©nie de l’architectures des tableaux enchaĂźnĂ©s. Le geste de Vincent Dumestre accorde son effectif au diapason d’une sensibilitĂ© rĂ©jouissante qui sait colorer et nuancer chaque reprise, qu’elle soit instrumentale, chorale, vocale. La direction est souple, naturelle, d’une subtilitĂ© constante, sachant aussi nous ravir par une gĂ©nĂ©rositĂ© en timbres et en couleurs. La justesse poĂ©tique est totale. C’est une vraie rĂ©ussite, sur le registre du sens comme de son expression formelle, pour le fondateur et directeur musical du PoĂšme Harmonique. Programme Ă©blouissant. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. SON of ENGLAND. PURCELL, CLARKE. Le PoĂšme Harmonique. Vincent Dumestre, direction (1 cd Alpha). Jeremiah CLARKE : Ode on the Death of Henry Purcell (1695) – Henry PURCELL : Funeral Sentences for the Death of Queen Mary II (1695) / Welcome to all Pleasures Z 339 (1682). Les Cris de Paris. 1 cd Alpha 285. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

LIVRES, compte-rendu critique. Giacomo Meyerbeer par Violaine ANGER (Bleu Nuit Ă©diteur)

meyerbeer-annonce-livre-par-classiquenews-giacomo-meyerbeer-bleu-nuit-editeur-clic-de-classiquenewsLIVRES, compte-rendu critique. Giacomo Meyerbeer par Violaine ANGER (Bleu Nuit Ă©diteur) - NĂ© Ă  Berlin au sein d’une riche famille Juive (comme l’autre gĂ©nie romantique qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : Mendelsohn), Giacomo Meyerbeer (1791-1864) affirme en France un puissant gĂ©nie lyrique qui livre ses Ă©blouissants accomplissements avant le Second Empire principalement dans le genre du grand OpĂ©ra français oĂč la couleur de l’orchestre, la richesse et l’impact visuel des dĂ©cors, l’éclat du ballet et de ses danseuses principalement, la force des portraits individuels comme le mouvement crĂ©dible des fresques collectives comptent Ă  Ă©galitĂ©. L’opĂ©ra selon Meyerbeer est autant musical que visuel et s’il Ă©tait nĂ© au XXeme siĂšcle, le compositeur aurait Ă©tĂ© au cinĂ©ma l’équivalent d’un Orson Wells
 c’est dire.

CLIC_macaron_2014Condisciple apprenti de Weber dans la classe de leur professeur l’abbĂ© Vogler, le Meyerbeer trentenaire se forge une premiĂšre rĂ©putation en Italie sur le scĂšne de La Fenice de Venise (triomphale partition et dĂ©jĂ  aboutissement d’une sĂ©rie de premiers opĂ©ras italiens trĂšs convaincants : Il Crociato in Egitto de 1824) ; puis dans les annĂ©es 1830 pĂ©riode dorĂ©e du romantisme français, le quadra suit Rossini (son contemporain ; seuls 6 mois les sĂ©parent) Ă  Paris, et rivalisant avec son « modĂšle », Meyerbeer s’impose par une sĂ©rie de chefs-d’Ɠuvres d’une modernitĂ© dramatique absolue, nouvel aboutissement de l’art total dans le sillon parallĂšle de Wagner : Robert le diable (concluant en 1831, une maniĂšre de trilogie composĂ©e avec La Muette de Portici d’Auber de 1828 et Guillaume Tell de Rossini de 1829, – soit une trilogie confirmant Paris, telle la capitale mondiale de l’innovation lyrique) ; puis Les Huguenots (1836), surtout Ɠuvre clĂ© de la maturitĂ© Le ProphĂšte (1849).

 

meyerbeer classiquenews 220px-Meyerbeer_d'aprĂšs_P._Petit_b_1865Avec son librettiste familier Scribe (auquel tout un chapitre est dĂ©diĂ© : il Ă©tait temps de rĂ©Ă©valuer le poĂšte dramaturge le plus passionnant du temps ; aussi prolixe Ă  l’opĂ©ra que Hugo, son contemporain, aussi argentĂ© grĂące Ă  sa plume), Meyerbeer fixe un nouveau modĂšle lyrique au moment oĂč Verdi façonne son propre thĂ©Ăątre et avant que Wagner ne rĂ©alise son idĂ©al thĂ©Ăątral et musical Ă  Bayreuth, une Ă©thique artistique et un idĂ©al esthĂ©tique encore magnifiquement illustrĂ©s dans son ultime ouvrage L’Africaine (1865), lequel pose les jalons de ce que devrait ĂȘtre depuis le Guillaume Tell de Rossini de 1829, un certain art de la dĂ©clamation française depuis la tragĂ©die lyrique transmise au xviie et xviiieme par Lully et Rameau. Enfin on ne saurait complĂ©ter le tableau des oeuvres majeures de Meyerbeer sans citer Le Pardon de PloĂ«rmel dit aussi Dinora (1859) dont l’invention mĂ©lodique, les effets dramatiques, l’intelligence des possibilitĂ©s scĂ©niques renouvellent alors le genre de l’opĂ©ra comique.

 

EditĂ© par Bleu Nuit, le texte de l’auteure a le mĂ©rite de la subjectivitĂ© et osant certaines assertions polĂ©miques, suscite un dĂ©bat qui doit inĂ©vitablement arriver : ainsi dans la « conclusion », relevons ce paragraphe au contenu assez Ă©tonnant pour ne pas dire dĂ©concertant : « un certain discours affirme que Wagner est la seule voie historique de l’opĂ©ra, et Debussy le seul opĂ©ra français valable au XXĂš. Dans ce cas, on comprend trop souvent L’Orfeo de Monteverdi comme premier opĂ©ra et Meyerbeer comme une voie de garage ». Jusque lĂ  rien de surprenant. La suite est plus « problĂ©matique » : « Toute la production russe, anglaise
 passe Ă  la trappe. verdi survit comme in contre poids Ă  Wagner (ah bon !!!???) : on ne peut pas ĂȘtre seul, et d’ailleurs dans ses derniĂšres Ɠuvres, il se rapproche de l’esthĂ©tique de Bayreuth » (donc Falstaff et Otello de Verdi sont « wagnĂ©riens » ???). Plus « intĂ©ressant » : « De Verdi et Wagner sont issus Strauss et Puccini, dont le mauvais goĂ»t reste un problĂšme » : voilĂ  qui mĂ©rite explication


 

 

GĂ©nie de l’opĂ©ra romantique français

 

 

scribe-eugene-portraitNonobstant cette question, et la citation de ce paragraphe qui suscite des interrogations (il aurait fallu nous expliquer le « mauvais goĂ»t » de Strauss et Puccini), saluons la vision large qui restitue Meyerbeer dans son siĂšcle, la rĂ©volution lyrique qu’il apporte, de complicitĂ© avec son fidĂšle librettiste, EugĂšne Scribe, lui aussi, prĂ©cisĂ©ment rĂ©habilitĂ©, et loin de l’image d’un auteur dĂ©coratif et creux (c’est lui l’inventeur des ateliers d’Ă©criture, prĂ©figuration des bureaux de rĂ©alisateurs et scĂ©naristes pour l’industrie actuelle du cinĂ©ma et des sĂ©ries en plein essor…) – Scribe gagne une stature rĂ©Ă©valuĂ©e dans un texte qui recherche Ă  souligner le gĂ©nie de l’Ă©crivain, vĂ©ritable architecte du drame moderne, capable de concilier spectaculaire et sens (n’en dĂ©plaise Ă  Wagner), temps musical et temps dramatique, situations et cohĂ©rence de l’action… ; bien au contraire, les deux hommes, poĂšte et compositeur, Scribe et Meyerbeer prolongent les avancĂ©es d’Auber dans le genre du grand opĂ©ra ; ils prennent le temps de concevoir des drames qui prĂ©cisent la conception du fatum, l’illustration d’une impuissance certaine qui musĂšle l’homme, le hĂ©ros Ă  un destin contraire qui le dĂ©passe ; comme chez Verdi, Meyerbeer façonne un modĂšle lyrique dans le genre grand opĂ©ra qui propose une vision finalement pessimiste de l’humanitĂ©, ce avec d’autant plus d’acuitĂ© et de pertinence qu’il intĂšgre les derniĂšres possibilitĂ©s techniques mises Ă  disposition pour la scĂšne lyrique et aussi usant d’un nouveau rĂ©alisme, qui de fait, n’a rien Ă  voir avec cette rĂ©putation abusive d’un opĂ©ra dĂ©coratif et pompeux. Dans le thĂ©Ăątre de Meyerbeer, aucun hĂ©ros ne trouve le bonheur sur cette terre ; il est mĂȘme Ă©crasĂ© par le mouvement collectif. Ainsi meurent Ă  la fin des Huguenots, les protestants massacrĂ©s, Raoul et Valentine ; ainsi meurent dans un incendie salvateur, le fils et sa mĂšre dans Le ProphĂšte
 et dans la derniĂšre scĂšne de L’Africaine, l’hĂ©roĂŻne SĂ©lika pourtant amoureuse de Vasco, se sacrifie pour lui, afin qu’il puisse fuir avec celle qu’il aime depuis toujours, InĂšs
 Dans chaque drame, la grandeur d’un personnage fait la valeur dĂ©chirante de l’action, mais aussi la violence terrifiante de la vision : que vaut l’hĂ©roĂŻsme d’un seul coeur, face au grand souffle cynique de l’histoire ? On croirait de fait assister Ă  un opĂ©ra verdien. Mais verdi comme Moussorgski ne connaissaient-ils pas chaque drame de Meyerbeer ? Il n’y a peut-ĂȘtre que Dinora de 1859 qui sur un registre apparemment plus lĂ©ger compense ce fatalisme rĂ©pĂ©titif. Mais l’auteur jamais creux y glisse et rĂ©alise avec ses librettistes CarrĂ© et Barbier, un troublant jeu sur l’illusion et les tromperies de l’image
 A chaque drame, une rĂ©flexion trĂšs pertinente sur le genre concernĂ©.

L’intĂ©rĂȘt de l’auteure se concentre sur le sens et les enjeux esthĂ©tiques des 6 premiers opĂ©ras italiens (soit les origines du compositeur (de Romilda de 1817
 Ă  Il Crociato in Egitto de 1824), puis l’auteure analyse chaque drame nouveau de la maturitĂ©, soulignant combien Meyerbeer a su avec gĂ©nie rĂ©aliser les vertus d’un ouvrage rĂ©ussi : souffle de l’histoire dans les scĂšnes collectives, puissance sacrificielle des sentiments individuels. Sont remarquablement restituĂ©s dans leur intelligence spĂ©cifique : Robert le diable (« un opĂ©ra qui fait date ») ; l’opus central : « Les Huguenots, ou l’affirmation d’un genre » (en l’occurence le genre historique non fantastique) ; Le ProphĂšte (1849, pilier de l’époque de la gloire internationale) ; …

Il Ă©tait temps de dĂ©dier une biographie complĂšte, argumentĂ©e, illustrĂ©e comme celle publiĂ©e par Bleu Nuit Ă©diteur, au gĂ©nie de l’OpĂ©ra français, un pilier dont la comprĂ©hension est prĂ©alable et nĂ©cessaire dans le champs florissant des rĂ©surrections actuelles, dĂ©diĂ©es au romantisme français. Fort heureusement, parfois polĂ©mique, mais juste quant Ă  la rĂ©vĂ©lation du gĂ©nie de Meyerbeer, le texte Ă©ditĂ© par Bleu Nuit rĂ©tablit la mesure d’un immense crĂ©ateur pour l’opĂ©ra : le maillon essentiel entre Rossini et Verdi, crĂ©ateur de l’opĂ©ra romantique le plus captivant. A quand une renaissance et une vĂ©ritable rĂ©habilitation de Giacomo Meyerbeer, outrageusement et honteusement oubliĂ© ? Cet essai biographique tend Ă  souligner l’urgence d’un regain d’intĂ©rĂȘt pour l’auteur de Dinora et de L’Africaine, nos deux ouvrages prĂ©fĂ©rĂ©s du grand Giacomo. CLIC DE CLASSIQUENEWS DE MARS ET AVRIL 2017.

 

 

 

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LIVRES, compte rendu critique. GIACOMO MEYERBEER par Violaine ANGER. Bleu Nuit Ă©diteur, collection “horizons”. Parution : le 14 avril 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS 2017

 

 

 

Meyerbeer_d'aprĂšs_P._Petit_b_1865

 

 

 

CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Clematis, — 1 cd Ricercar 2016)

monteverdi balletti e sonate zachary wilder cd ricercar cd review cd critique classiquenews 58d27e4864261CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Clematis, — 1 cd Ricercar 2016). Qui Ă©tait le jeune Claudio Monteverdi, violiste talentueux venant de sa CrĂ©mone natale (nĂ© en 1570), quand il rejoint la Cour ducale de Mantoue ? Alors que rĂšgnent d’autres instrumentistes compositeurs dont le violoniste Salomone Rossi (de trois ans son cadet, nĂ© en 1570), le CrĂ©monais ĂągĂ© de 23 ans lors de son recutement Ă  la cour ducale (1590) joue de viola « alla bastarda » ou « vioula » ; ainsi paraĂźt-il dans un tableau de cette pĂ©riode (cf. illustration ci dessous d’un musicien de CrĂ©mone avec une viole de gambe). DĂ©jĂ  auteur des deux premiers Livres de Madrigaux (I et II, respectivement de 1587 et donc 1590 quand il arrive Ă  Mantoue), Monteverdi s’impose alors immĂ©diatement par une opulence et un souffle inĂ©dit qui restitue tout son relief, Ă©loquence et sensualitĂ© Ă  la langue mise en musique ; ainsi s’affirme dans la continuitĂ© des oeuvres prĂ©alables de Rossi, l’invocation linguistique de Tempro la cetra (VIIĂš Livre de madrigaux, 1619, Ă©ditĂ© alors que le compositeur mĂ»r est maĂźtre de chapelle Ă  San Marco de Venise), d’une puissance hallucinĂ©e inouĂŻe alors. LĂ  se dĂ©ploie la lyre amoureuse en l’honneur de Mars ; lĂ  les mots enivrĂ©s frappent comme des armes, et les cordes finales, Ă©galement incisives et d’une souplesse qui captivent, s’imposent dĂ©sormais comme le chant d’OrphĂ©e Ă  Pluton (et Proserpine). Et l’on se rend compte Ă  tel point l’écriture de Monteverdi Ă©tait moderne, mais aussi tout entiĂšre comme Mozart, dĂ©diĂ©e Ă  l’amour. Dans ce premier jalon montĂ©verdien, toute l’invention et le souci de la langue ciblent l’acuitĂ© et la puissance de l’amour contre la barbare Ă©nergie de la guerre. A Mantoue, douĂ© pour le drame et les brĂ»lures poĂ©tiques, Monteverdi ne tarde pas Ă  succĂ©der au flamand Giaches de Wert, mort en 1596, comme compositeur de la chapelle ducale de Vincent de Gonzague. La Cour mantouane est alors l’une des plus florissantes (mĂȘme si le patron paie mal ses serviteurs : Monteverdi qui ne cesse de s’en plaindre, finira par partir
 Ă  Venise, exportant dans la CitĂ© sĂ©rĂ©nissime, sa conception embrasĂ©e, sensuelle du drame lyrique). En comparant l’écriture de Monteverdi avec ses confrĂšres Ă  Mantoue, dont le juif Salomone Rossi, l’éloquence suave voire Ă©rotique du CrĂ©monais s’affirme comme nulle autre. Un constat qui rejoint celui manifeste Ă  l’écoute de ses Madrigaux, dĂšs le Premier Livre.

La lyre montéverdienne révélée
Chant de l’ñme, corps en extase

Langueur, extase
 certes dĂ©veloppĂ©e et Ă©tirĂ©e par Rossi, mais avec un nerf et un sens innĂ© des respirations de la langue, plus justes chez Monteverdi : Il ballo delle Ingrate (crĂ©Ă© en 1608, Ă©ditĂ© dans les Madrigaux guerriers et amoureux, 1638), stridences Ă  l’appui (accents expressifs) animent des statues inertes pour que s’affirme l’élan de la vie, cette pulsion premiĂšre, vitale qui est le sujet central de toute l’écriture montĂ©verdienne. Une claire conscience du pouvoir d’un consort de cordes seules que l’épisode Marinien qui suit « Sonate sopra Fuggi, fuggi dolente core » de 1655, semble prolonger avec une finesse poĂ©tique, allusive, subtile, Ă©vanescente. Monteverdi a transmis sa poĂ©tique amoureuse.

monteverdi claudio jeune maestro de mantoue classiquenews Portrait_of_a_Musician_by_a_Cremonese_artist_-_Ashmolean_MuseumMĂȘme dans son archaĂŻsme qui ouvre le XVIIĂš et reste trĂšs ancrĂ© dans la Renaissance, la sobre Ă©loquence d’Orfeo, dont les extraits concluent le programme, montre combien en 1607, point d’accomplissement alors, Monteverdi, inventeur de l’opĂ©ra, synthĂ©tise toutes les tendances mantouanes, en tisse et en dĂ©duit une somme recolorĂ©e par sa propre sensibilitĂ© : jamais les intentions du poĂšme n’ont trouvĂ© dans les inflexions de la musique, une plus juste et exacte expression : qu’il s’agisse des claires sĂ©quences madrigalesques et pastorales (Ritornelli et arie del bosco), propres au milieu sylvestre des amours de bergers enivrĂ©s, ou – Ă©bauche d’un changement de conscience et de climats Ă©motionnels singuliers alors, dans l’articulation des airs plus sombres et amples, oĂč Ă  partir de la Sinfonia chromatica, les instruments se font miroir de la lyre tragique d’un poĂšte chanteur fonciĂšrement conquĂ©rant par la seule incantation de sa parole. Le passage du verbe individuel s’est pleinement rĂ©alisĂ© grĂące au seul Monteverdi, vĂ©ritable rĂ©volutionnaire baroque. DĂšs lors, Claudio apporte une nouvelle conception du chant instrumental : une profondeur inĂ©dite qui se met Ă  l’écoute des passions de l’ñme. VoilĂ  ce qu’éclaire ce programme remarquablement conçu, aux apports multiples, d’autant plus opportuns en cette annĂ©e de cĂ©lĂ©brations Monteverdi 2017. Saluons le travail rythmique et sonore de Clematis, auquel rĂ©pond l’engagement du timbre calibrĂ© du jeune tĂ©nor Zacahry Wilder, ex laurĂ©at du jardin des Voix de William Christie. Son souci de la langue rend hommage Ă  la haute qualitĂ© de la musique montĂ©verdienne, Ă  saon essence rĂ©formatrice comme sa modernitĂ© linguistique. Voici donc le premier recueil discographique rĂ©ellement convaincant parmi les nouveautĂ©s 2017n en liaison avec l’anniversaire Monteverdi de cette annĂ©e. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Tempro la cetra / Il Ballo delle Ingrate, Orfeo (extraits). Clematis. Zacahry Wilder, tĂ©nor. Enregistrement rĂ©alisĂ© en octobre 2016 – 1 cd Ricercar RIC 377 — CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017

STRASBOURG, MULHOUSE : Nouvelle Calisto de Cavalli

Cavalli_francescoOPERA DU RHIN. CAVALLI : La Calisto. Du 26 avril au 14 mai 2017. Venise invente dĂšs 1637, l’opĂ©ra public : un spectacle total qui aime Ă  mĂȘler les genres tragiques, hĂ©roĂŻques, pathĂ©tiques, comique surtout, souvent dans un effectif instrumental rĂ©duit qui permet au texte d’ĂȘtre articulĂ©, projetĂ©, habitĂ©. VĂ©ritable thĂ©Ăątre en musique (dramma in musica), le genre inventĂ© Ă  Florence trente annĂ©es auparavant, a gagnĂ© en puissance dramatique, en diversitĂ© formelle, en justesse et profondeur psychologique. Dans les annĂ©es 1640, Monteverdi saisit par sa sensualitĂ© et son expressivitĂ©. Dans sa suite, Cavalli ajoute l’ivresse et la frĂ©nĂ©sie de situations riches et dĂ©lirantes qui cultivent les quiproquos et les travestissements, mĂȘlant aussi impertinence et tragĂ©die. Jamais l’opĂ©ra baroque ne fut plus riche et flamboyant : La Calisto (1651, Sant Appollinare) appartient Ă  un cycle d’opĂ©ras particuliĂšrement rĂ©ussis oĂč la sĂ©duction formelle sert l’acuitĂ© d’un discours d’une justesse et d’une vĂ©ritĂ© profondes. La production superlative rĂ©alisĂ©e par Herbert Wernicke (1993), Ă  l’époque dirigĂ©e par RenĂ© Jacobs, (prĂ©sentĂ©e en France, – aprĂšs Bruxelles, Ă  Lyon, jamais proposĂ©e Ă  Paris) avait dĂ©montrer le gĂ©nie de Cavalli en maĂźtre du thĂ©Ăątre des passions humaines.

 

 

 

Venise, 1651

 

 

L’OpĂ©ra national du Rhin a donc bien raison d’afficher un drame fort et fĂ©Ă©rique qui est aussi un spectacle d’une rare sensualitĂ©. A travers la sĂ©duction qu’opĂšre Jupiter auprĂšs de la nymphe Calisto, Cavali et son librettiste propose un catalogue des Ă©tats amoureux et du dĂ©sir : amour charnel (JupitĂ©rien), amour chaste (celui de Diane), amour heureux, amour malheureux, amour joyeux, amour languissant, amour loyal, amour perfide, conjugal (Junon), et mĂȘme l’amour homosexuel, car Jupiter se dĂ©guise en femme divine, Diane, pour abuser de Calisto.

 

 

 Nouvelle Calisto à l'Opéra du Rhin

 

 

InspirĂ©e des MĂ©tamorphoses d’Ovide, l’histoire de la nymphe Calisto, transformĂ©e en ourse par Junon jalouse et haineuse, puis Ă©levĂ©e au rang de constellation par Jupiter coupable
 croise le chemin de personnages moins prestigieux mais tout aussi Ă©mouvants : le berger Endymion (aux airs et lamenti parmiles plus dĂ©veloppĂ©s de l’opĂ©ra), du dieu Pan, de Mercure, de la vieille nymphe LymphĂ©e qui veut enfin connaĂźtre un homme, du petit Satyre lubrique
 La comĂ©die vĂ©nitienne telle qu’elle paraĂźt sur la scĂšne lyrique au XVIIĂš anonce dĂ©jĂ  par sa richesse et ses contrastes aussi dĂ©chirants que mordants, la ComĂ©die de Balzac. Cavalli n’a pas la lame incisive, au scalpel du Français – fin analyste des rouages pervers de notre sociĂ©tĂ©, mais Venise a le goĂ»t de la satire et de la parodie, de la tragĂ©die et du comique bouffon dont il fait une fresque irrĂ©sistible, en particulier dans Calisto.

 

 

 

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Nouvelle production
Francesco Cavalli : La Calisto
Dramma per musica en trois actes avec prologue
Livret de Giovanni Faustini
Créé au Théùtre San Apollinare de Venise, le 28 novembre 1651

Direction musicale : Christophe Rousset
Mise en scÚne : Mariame Clément

 

 

La Calisto: Elena Tsallagova
EternitĂ  Diana: Vivica Genaux
Giove: Giovanni Battista Parodi
Mercurio: Nikolay Borchev
Endimione: Filippo Mineccia
Destino, Giunone: Raffaella Milanesi
Linfea: Guy de Mey
Satirino: Vasily Khoroshev
Natura, Pane: Lawrence Olsworth-Peter
Silvano: Jaroslaw Kitala
2 Furies: Tatiana Zolotikova, Yasmina Favre

Les T. Lyriques

Durée totale du spectacle : 3h00 environ
Entracte aprùs l’Acte II

 

 

 

STRASBOURG, Opéra
me 26 avril, 20h
ve 28 avril, 20h
di 30 avril, 15h
ma 2 mai, 20h
je 4 mai, 20h

MULHOUSE, La Sinne
ve 12 mai, 20 h
di 14 mai, 15 h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operanationaldurhin.eu/opera-2016-2017–la-calisto-opera-national-du-rhin.html

 

 

Nouvelle Calisto Ă  Strasbourg et Mulhouse

Cavalli_francescoOPERA DU RHIN. CAVALLI : La Calisto. Du 26 avril au 14 mai 2017. Venise invente dĂšs 1637, l’opĂ©ra public : un spectacle total qui aime Ă  mĂȘler les genres tragiques, hĂ©roĂŻques, pathĂ©tiques, comique surtout, souvent dans un effectif instrumental rĂ©duit qui permet au texte d’ĂȘtre articulĂ©, projetĂ©, habitĂ©. VĂ©ritable thĂ©Ăątre en musique (dramma in musica), le genre inventĂ© Ă  Florence trente annĂ©es auparavant, a gagnĂ© en puissance dramatique, en diversitĂ© formelle, en justesse et profondeur psychologique. Dans les annĂ©es 1640, Monteverdi saisit par sa sensualitĂ© et son expressivitĂ©. Dans sa suite, Cavalli ajoute l’ivresse et la frĂ©nĂ©sie de situations riches et dĂ©lirantes qui cultivent les quiproquos et les travestissements, mĂȘlant aussi impertinence et tragĂ©die. Jamais l’opĂ©ra baroque ne fut plus riche et flamboyant : La Calisto (1651, Sant Appollinare) appartient Ă  un cycle d’opĂ©ras particuliĂšrement rĂ©ussis oĂč la sĂ©duction formelle sert l’acuitĂ© d’un discours d’une justesse et d’une vĂ©ritĂ© profondes. La production superlative rĂ©alisĂ©e par Herbert Wernicke (1993), Ă  l’époque dirigĂ©e par RenĂ© Jacobs, (prĂ©sentĂ©e en France, – aprĂšs Bruxelles, Ă  Lyon, jamais proposĂ©e Ă  Paris) avait dĂ©montrer le gĂ©nie de Cavalli en maĂźtre du thĂ©Ăątre des passions humaines.

 

 

 

Venise, 1651

 

 

L’OpĂ©ra national du Rhin a donc bien raison d’afficher un drame fort et fĂ©Ă©rique qui est aussi un spectacle d’une rare sensualitĂ©. A travers la sĂ©duction qu’opĂšre Jupiter auprĂšs de la nymphe Calisto, Cavali et son librettiste propose un catalogue des Ă©tats amoureux et du dĂ©sir : amour charnel (JupitĂ©rien), amour chaste (celui de Diane), amour heureux, amour malheureux, amour joyeux, amour languissant, amour loyal, amour perfide, conjugal (Junon), et mĂȘme l’amour homosexuel, car Jupiter se dĂ©guise en femme divine, Diane, pour abuser de Calisto.

 

 

 Nouvelle Calisto à l'Opéra du Rhin

 

 

InspirĂ©e des MĂ©tamorphoses d’Ovide, l’histoire de la nymphe Calisto, transformĂ©e en ourse par Junon jalouse et haineuse, puis Ă©levĂ©e au rang de constellation par Jupiter coupable
 croise le chemin de personnages moins prestigieux mais tout aussi Ă©mouvants : le berger Endymion (aux airs et lamenti parmiles plus dĂ©veloppĂ©s de l’opĂ©ra), du dieu Pan, de Mercure, de la vieille nymphe LymphĂ©e qui veut enfin connaĂźtre un homme, du petit Satyre lubrique
 La comĂ©die vĂ©nitienne telle qu’elle paraĂźt sur la scĂšne lyrique au XVIIĂš anonce dĂ©jĂ  par sa richesse et ses contrastes aussi dĂ©chirants que mordants, la ComĂ©die de Balzac. Cavalli n’a pas la lame incisive, au scalpel du Français – fin analyste des rouages pervers de notre sociĂ©tĂ©, mais Venise a le goĂ»t de la satire et de la parodie, de la tragĂ©die et du comique bouffon dont il fait une fresque irrĂ©sistible, en particulier dans Calisto.

 

 

 

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Nouvelle production
Francesco Cavalli : La Calisto
Dramma per musica en trois actes avec prologue
Livret de Giovanni Faustini
Créé au Théùtre San Apollinare de Venise, le 28 novembre 1651

Direction musicale : Christophe Rousset
Mise en scÚne : Mariame Clément

 

 

La Calisto: Elena Tsallagova
EternitĂ  Diana: Vivica Genaux
Giove: Giovanni Battista Parodi
Mercurio: Nikolay Borchev
Endimione: Filippo Mineccia
Destino, Giunone: Raffaella Milanesi
Linfea: Guy de Mey
Satirino: Vasily Khoroshev
Natura, Pane: Lawrence Olsworth-Peter
Silvano: Jaroslaw Kitala
2 Furies: Tatiana Zolotikova, Yasmina Favre

Les T. Lyriques

Durée totale du spectacle : 3h00 environ
Entracte aprùs l’Acte II

 

 

 

STRASBOURG, Opéra
me 26 avril, 20h
ve 28 avril, 20h
di 30 avril, 15h
ma 2 mai, 20h
je 4 mai, 20h

MULHOUSE, La Sinne
ve 12 mai, 20 h
di 14 mai, 15 h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operanationaldurhin.eu/opera-2016-2017–la-calisto-opera-national-du-rhin.html

 

 

VIVALDI Ă  TOURCOING et PARIS : JC Malgoire dirige l’Orlando Furioso

malgoire_jean_claudeTOURCOING, ALT. Vivaldi : Orlando Furioso, 31 mars – 19 avril 2017. Dans le nord puis Ă  Paris, Jean-Claude Magloire ressuscite la fiĂšvre fantastique du thĂ©Ăątre inspirĂ© de L’Arioste. Au chapitre Vivaldi, l’histoire musicale et critique s’intĂ©resse dĂ©sormais Ă  son oeuvre lyrique. L’auteur des Quatre Saisons savait aussi colorer et exprimer Ă  l’opĂ©ra, et son orchestre comme sa conception thĂ©Ăątrale affirme un tempĂ©rament unique Ă  son Ă©poque, une maniĂšre de rĂ©sistance, face au dĂ©but du XVIIIĂš Ă  l’essor de l’école napolitaine. Or Venise ayant crĂ©Ă© au XVIIĂš, l’opĂ©ra public et payant (1637), malgrĂ© l’excellence de son dĂ©ploiement avec Monteverdi, Caldara, Legrenzi, Cavalli, Cesti et au XVIIIĂš, Vivaldi, n’a pas su se maintenir. L’Orlando Furioso crĂ©Ă© en 1727, serait ainsi l’un des derniers ouvrages manifestement vĂ©nitien, le plus abouti, le plus emblĂ©matique.

L-ARIOSTE-portrait-larioste-titienOPERA CHEVALERESQUE ET MAGIQUE. CrĂ©Ă© Ă  l’automne 1727 au ThĂ©Ăątre Sant’Angelo Ă  Venise, Orlando furioso cultive un bel canto expressif oĂč rĂšgne l’esthĂ©tique des voix aigus : Orlando / Roland Ă©prouvĂ© sur l’üle de la magicienne Alcina, est chantĂ© par une femme, tandis que Bradamante, la fiancĂ©e de Roland, dĂ©guisĂ© en homme, est donc chantĂ© par un
 homme. Sur le chemin de L’Arioste et de son labyrinthe amoureux, Vivaldi compose une sĂ©rie d’épisodes de plus en plus possĂ©dĂ©s, Ă©ruptifs, hallucinĂ©s : l’amour est une folie, et le dĂ©sir, une houle acide, amĂšre qui foudroie tous ceux qui le portent malgrĂ© eux. Avant Shakespeare, L’Arioste (magnifique portrait par Titien) dĂ©peint les tourments et les vertiges de l’ñme humaine. Ici, les fureurs de Roland sont l’emblĂšme de ce thĂ©Ăątre en dĂ©raison et en dĂ©lire. Certes il est bien question de chevaliers et de paladins en armure, mais leur vĂ©ritable adversaire n’est pas l’ennemi sur le champs de bataille, c’est plutĂŽt l’amour vengeur et cruel dont la barbarie Ă©puise les forces de l’esprit.
larioste titienAinsi cet Ă©chiquier sentimental oĂč dans le territoire de la magicienne Alcina, errent les chevaliers Orlando et Medoro : le premier aime la princesse Angelica qui aime de son cĂŽtĂ© le dit Medoro. DĂ©couvrant la passion secrĂȘte unissant Medoro et Angelica, Orlando succombe Ă  la jalouse haine, en proie au dĂ©lire le plus violent. En parallĂšle, la magicienne Alcina envoĂ»te Ruggiero, qui oublie auprĂšs d’elle sa bien aimĂ©e, Bradamante. Jusqu’au dĂ©nouement, l’opĂ©ra de Vivaldi brosse le portrait de personnages solitaires, dĂ©munis, en souffrance (Orlando, Ruggiero, Bradamante), ou agressĂ©s, Ă©prouvĂ©s par un sort contraire (Angelica et Medoro). MĂȘme celle qui semble tirer les ficelles, n’éblouit guĂšre par son bonheur : Alcina est une souveraine esseulĂ©e qui obtient tout par manigances et magie. La sincĂ©ritĂ© n’habite pas ses lieux. Orlando / Roland est un mĂ©lancolique dĂ©pressif, chevalier fou, chevalier errant
 Il y a quelques annĂ©es dans une distribution oĂč a brillĂ© le mezzo voire l’alto ample et noir de Marie-Nicole Lemieux, le chef Christophe Spinozi et son ensemble Matheus se sont imposĂ© sur de nombreuses scĂšnes du monde avec l’opĂ©ra vivaldien. vivaldi antonio quatre saisons orlando furioso 1725Aujourd’hui, c’est un pĂšre fondateur du mouvement baroqueux qui reprend le flambeau, avec une Ă©nergie intacte, communicative. Dans le thĂ©Ăątre fantastique, merveilleux, inspirĂ© par la poĂ©sie de L’Arioste, adviennent des figures en perdition, toujours en quĂȘte d’une improbable rĂ©mission. OpĂ©ra psychologique que vraiment dramatique et spectaculaire. Production Ă©vĂ©nement. (Illustration : portrait de L’Arioste par Titien / Tiziano)

 

 

ORLANDO FURIOSO d’Antonio Vivaldiboutonreservation
Malgoire / Schiaretti
ven 31 mars 2017 Ă  19h30
dim 2 avril 2017 Ă  15h30
mar 4 avril 2017 Ă  19h30
Tourcoing, Théùtre municipal R. Devos

Puis, Ă  PARIS, TCE
Théùtre des Champs-Elysées
Mercredi 19 avril 2017, 19h30
version de concert

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/16_17/spect1617/orlando.html

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Orlando furioso
Antonio Vivaldi (1678-1741)Livret de Grazio Braccioli d’aprùs L’Arioste
Direction musicale: Jean Claude Malgoire
Mise en scĂšne: Christian Schiaretti

Orlando: Amaya Dominguez
Angelica: Samantha Louis-Jean
Alcina: Clémence Tilquin
Bradamante: Yann Rolland
Medoro: Victor Jimenez Diaz
Ruggiero: Jean Michel Fumas
Astolfo: Nicolas Rivenq

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy

VOSGES DU SUD (70). 24Ăšme Festival Musique et MĂ©moire, du 15 au 30 juillet 2017.

musiquetmemoire-festival-2017-presentation-classiquenews-2017VOSGES DU SUD (70). 24Ăšme Festival Musique et MĂ©moire, du 15 au 30 juillet 2017. Dans les Vosges du Sud, un festival passionnant vous attend, du 15 au 30 juillet 2017 soit la deuxiĂšme quinzaine de juillet : une offre unique en Europe pour s’immerger au cƓur des Vosges saĂŽnoises, bercĂ©s, Ă©tonnĂ©s, surpris, par une programmation riche et singuliĂšre, en nouvelles expĂ©riences baroques. Musique et MĂ©moire est une scĂšne rĂ©solument baroque Ă  nulle autre pareille qui ne cesse d’explorer les esthĂ©tiques des XVIIĂš et XVIIIĂš, entre France, Italie, pays germaniques. GrĂące Ă  l’intuition sĂ»re de Fabrice Creux, directeur du Festival (et aussi son crĂ©ateur), Musique et MĂ©moire sait cultiver le risque voire l’audace en commandant aux artistes en rĂ©sidence de nouveaux programmes. C’est Ă  chaque Ă©dition, une traversĂ©e unique et fĂ©conde, qui n’est pas liĂ©e Ă  un site unique comme beaucoup d’autres festivals en France, mais une offre qui rayonne sur le territoire saĂŽnois, entre Ă©tangs et Ă©glises patrimoniales, une occasion de vivre et revivre l’enchantement et la vitalitĂ© des Ă©critures baroques selon un rythme dĂ©sormais bien identifiĂ© : 3 week ends ouvragĂ©s avec intelligence et gradation, 3 ensembles en rĂ©sidence portĂ©s par l’exigence de l’expĂ©rimentation et de l’accomplissement. Du dialogue, du partage. Cet Ă©tĂ©, inaugurant le nouveau cycle de concerts et de rencontres, les festivaliers retrouvent pour les 5 premiers jours (les 15, 16 puis 19, 20 et 21 juillet), le trio emblĂ©matique Les Timbres, capables de stimuler et produire la complicitĂ© recrĂ©atrice en s’associant de nombreux complices (et aussi de nouveaux timbres comme le baryton vocal de Marc Mauillon
); Puis les 22 et 23
juillet, Musique et MĂ©moire accompagne le fabuleux ensemble de Lionel Meunier, Vox Luminis dans Haendel, et les cordes de La RĂȘveuse qui fĂȘte non sans raison le gĂ©nie de Telemann, mis Ă  l’honneur en 2017 ; c’est la poursuite Ă©galement du geste d’Alia Mens dans la constellation Bach (cantates et piĂšces instrumentales dont les Brandebourgeois
 Voici caractĂšre et temps forts de l’édition 2017, prĂ©sentĂ©e en 3 Ă©tapes successives, complĂ©mentaires, du 15 au 31 juillet 2017.

 

 

 

ACTE I
Premier week end : les 15, 16, 19, 20 et 21 juillet 2017
Les TIMBRES, Marc Mauillon…

 

 

ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteur

 

 

Les 3 artistes irrĂ©sistibles de l’’ensemble virtuose Les Timbres poursuivent leur rĂ©sidence de trois annĂ©es (renouvelĂ©e en 2016, de façon exceptionnelle une seconde fois, – phĂ©nomĂšne rare pour ĂȘtre soulignĂ©) pour plusieurs programmes prometteurs sous le titre « Par monts et par vaux  ». Ainsi l’idĂ©e d’ne traversĂ©e et d’une itinĂ©rance en territoire ouvre le festival 2017, non sans cohĂ©rence puisque Les Timbres mĂšnent depuis leurs dĂ©but en Haute-SaĂŽne, des actions de sensibilisation dans les classes, auprĂšs des scolaires afin de transmettre le goĂ»t de la curiositĂ© et de la musique. Une dĂ©marche encouragĂ©e par Fabrice Creux, engagĂ©e, localement active, donc particuliĂšrement exemplaire.
La prĂ©cision du geste, la finesse et la justesse d’une sensibilitĂ© dĂ©sormais repĂ©rĂ©e, est suivie par les festivaliers depuis le dĂ©but de leur premiĂšre rĂ©sidence ; en 2017, Les Timbres s’intĂ©ressent au XVIIĂš anglais et germaniques, comme au premier XVIIIĂš français
 Autant de propositions qui confirme encore et toujours que la musique europĂ©enne baroque est surtout une formidable Ă©cole des mĂ©tissages. L’Europe culturelle n’a connu aucune frontiĂšre, c’est lĂ  le secret de sa formidable Ă©mulation des idĂ©es et des rĂ©alisations. Au programme : Les femmes (le 15 juillet 2017, Faucogney, 21h : Cantates et piĂšces de Campra et Van Blankenburg, avec Marc Mauillon, baryton – A 17h, rĂ©pĂ©tition publique); Sur les traces du Bach Ă  la rencontre de Buxtehude (Suonate en « stylus fantasticus » de Buxtehude
le 16 juillet, Servance, 17h) ; Musique Ă  dĂ©guster (Musique ElisabĂ©thaine : Gibbons, Hume, Fitzwilliam
 Fougerolles, le 19 juillet Ă  19h30) ; Pien d’amoroso affetto (Evocation de l’art vocal Ă  Florence en 1600, airs de Peri et Caccini par Marc et AngĂ©lique Mauillon, le 20 juillet, Melisey Ă  21h), enfin Dialogues avec l’ñme (musiques germanique du premier Baroque : Scheidt, Buxtehude, Weckmann, Hammerschmidt : Les Timbres, Jean-Charles Ablitzer, orgue, Belfort, Temple St-Jean, le 21 juillet Ă  21h).

 

 

 

 

ACTE II
Samedi 22 et dimanche 23 juillet 2017
VOX LUMINIS et LA RÊVEUSE

Acteurs d’une rĂ©sidence qui fut pour chaque ensemble, dĂ©couverte et approfondissement, Vox Luminis et La RĂȘveuse reviennent Ă  Musique et MĂ©moire, non sans le sentiment de poursuivre une aventure musicale et artistique que les festivaliers attendent avec impatience. Lionel Meunier sait accorder l’ensemble de ses musiciens en un seul geste, un seul souffle ; La RĂȘveuse a ce goĂ»t du timbre et de la complicitĂ© instrumentale qui assure toujours une rĂ©alisation toute en finesse et intĂ©rioritĂ©.

POITIERS, TAP : Vox Luminis rĂ©enchante Bach et SchĂŒtzSamedi 22 juillet 2017, LURE (Ă©glise Saint-Martin), 21h. Vox Luminis revient au Festival Musique et MĂ©moire pour un programme trĂšs attendu, qui regroupe deux ouvrages de HÄNDEL / Haendel : Dixit Dominus et l’Ode for Sainte-Cecile. Le premier opus est composĂ© par un jeune homme de 22 ans alors en apprentissage Ă  Rome ; le second est crĂ©Ă© Ă  Londres en 1739 (A 17h, rĂ©pĂ©tition publique).

reveuse-purcell-cd-review-critique-cd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-octobre-novembre-2015Dimanche 23 juillet 2017, FAUCOGNEY (Chapelle Saint-Martin, 11h). TELEMANN, l’esprit europĂ©en par La RĂȘveuse. Trios et Quatuors avec viole. Pour le 250Ăš anniversaire de sa mort, le Festival cĂ©lĂšbre le gĂ©nie musical du contemporain de JS Bach, Telemann, au style aussi Ă©lĂ©gant qu’inventif, vĂ©ritable miroir et synthĂšse des influences europĂ©ennes mĂȘlĂ©es : française, italienne, « galantes » selon la mode en Allemagne, soit une premiĂšre approche trĂšs rĂ©ussie des GoĂ»ts rĂ©unis.
Puis Ă  17h (CORRAVILLERS, Ă©glise Saint-Jean Baptiste, 17h), La RĂȘveuse propose une soirĂ©e musicale BUXTEHUDE (Abdendmusik : cantates et Sonates, avec la soprano Hasnaa Bennani).

 

 

 

 

ACTE III
2Ăšme et dernier week end : RĂ©sidence d’Alia Mens.
Les 27, 28, 29 et 30 juillet 2017

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachSous le titre « Bach, le voyage du ruisseau », l’ensemble en rĂ©sidence Alia Mens se dĂ©die Ă  nouveau (comme l’annĂ©e derniĂšre, amorce de leur prĂ©sence Ă  Musique et MĂ©moire) au gĂ©nie de Jean-SĂ©bastien Bach, massif vertigineux, dĂ©fi cyclopĂ©en pour tout interprĂšte baroque exigeant, profond, soucieux autant de la forme que du sens. Le cycle commence dĂšs jeudi 27 juillet 2017 (Ă©glise de Saint-BarthĂ©lĂ©my, 21h) : « Pour la rĂ©crĂ©ation de l’esprit » : 3 Sonates pour violon et clavecin pour divertir le prince de Köthen entre 1718 et 1722, par StĂ©phanie Paulet, violon / Olivier Spilmont, clavecin). Le lendemain vendredi 28 juillet Ă  HĂ©ricourt (Eglise luthĂ©rienne, 21h) : « Musica Poetica » : Concertos pour clavecin, pour violon et cantate BWV 202 , avec son Ă©vocation du printemps, pour Ă©voquer les aprĂšs midis musicaux (chaque vendredi) du Collegium Musicum au CafĂ© Zimmermmann que Bach dirige Ă  la suite de Telemann Ă  partir de 1729.
Pour le week end, Alia Mens nous rĂ©gale de la mĂȘme façon dans deux programmes qui devraient Ă  nouveau marquer sa rĂ©sidence Ă  Musique et MĂ©moire : d’abord, samedi 29 juillet Ă  Luxeuil les Bains (Basilique Saint-Pierre, 21h) : « Soli Deo Gloria (ainsi que Bach signait ses partitions et manuscrits), Un office pour l’anniversaire de la RĂ©forme » : c’est Ă  dire Missa Brevis BWV 233 (extraits), cantates BWV 125 et 80 (de 1725 et 1724). Dernier chapitre JS BACH, dimanche 30 juillet, LUXEUIL LES BAINS (Basilique Saint-Pierre, 21h, au pied du superbe buffet d’orgue XVIIĂš): « Collegium Musicum II », pour un cycle purement instrumental comprenant les Concertos Brandebourgeois I, III (BWV 1046 et 1048), le Concerto pour 2 violons (BWV 1043), emblĂšmes d’une virtuositĂ© Ă©poustouflante, celle d’un Bach inspirĂ©, imaginatif, disposant d’instrumentistes particuliĂšrement habiles
 Cela sera certainement le cas lors de ce concert ultime de l’édition 2017 du Festival Musique et MĂ©moire. Haute technicitĂ© virtuose, acuitĂ© du sens. Le voyage promet de nouvelles rĂ©vĂ©lations.

 

 

 

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musiquetmemoire-festival-2017-presentation-classiquenews-2017Toutes les informations pratiques, le détail des programmes et les modalités de réservation / organiser votre séjour en Haute-SaÎne et dans les Vosges saÎnoises, sur le site du Festival Musique & Mémoire 2017, festival incontournable des VOSGES DU SUD (70).
http://www.musetmemoire.com/index.php

 

 

CD, compte-rendu critique. Give me your hand
Geminiani & The celtic Earth – Bruno Cocset, Les basses RĂ©unies — 1 cd Alpha, 2016)

cocset bruno give me your hand cd alpha critque cd cd review classiquenews clic de mars 2017CD, compte-rendu critique. Give me your hand
Geminiani & The celtic Earth – Bruno Cocset, Les Basses RĂ©unies — 1 cd Alpha, 2016. La culture et les artistes en dĂ©montrant les vertus des Ă©changes, confirment toujours la voie rayonnante des mĂ©tissages. A l’heure du Brexit et du repli identitaire, – comme si l’Angleterre devait surtout cultiver son insularitĂ© repliĂ©e sur elle-mĂȘme, Bruno Cocset et comparses indiquent a contrario, un tout autre chemin, celui de l’ouverture, des Ă©changes libres, des mĂ©tissages fĂ©conds. Voyez ces « migrants baroques » qui au XVIIIĂš ont fait le choix de traverser l’Atlantique et de rejoindre l’Angleterre : Lorenzo Bocchi Ă  Edimbourg dĂšs 1720 ; Geminiani à Dublin dĂšs 1733 (l’annĂ©e du triomphe scandaleux de Rameau sur la scĂšne lyrique parisienne
). Le geste virtuose et l’humeur sensible, le gambiste Bruno Cocset, alchimiste orfĂšvre des sonoritĂ©s intenses et tendres alterne dans ce formidable recueil (enregistrĂ© dans « son fief musical » Ă  Vannes, en fĂ©vrier 2016), l’élĂ©gance vagabonde et nostalgique des natifs anglais : le barde harpiste aveugle O’Carolan (1670-1738) ou Ó CathĂĄin (1570-1650) – dont la piĂšce Ă©cossaise de 1703 donne le titre du programme-, et la virtuositĂ© d’un Geminiani, Italien dĂ©fricheur et virtuose, toujours curieux d’exploration et de traversĂ©e mĂ©tissĂ©e ; un pur adepte des rencontres (si capitales pour l’essor des Ă©critures artistiques) : sa Sonata opus 1 n°3 fourmille de couleurs et nuances celtiques, – collection d’idiomes insulaires rĂ©organisĂ©s en un substrat musical d’une grande richesse sonore : les ambiances, les caractĂšres nourrissent une superbe inspiration que le geste amoureusement mĂ©lancolique des interprĂštes (Les Basses RĂ©unies) s’entendent Ă  magnifier entre vague Ă  l’ñme, langueur, ivresse des sens, grĂące Ă  une Ă©coute collective de premiĂšre qualitĂ©. Les 8 courts Ă©pisodes de la Sonate ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e expriment toutes les humeurs des concerts picturaux de la pĂ©riode, – Ă©cho plus tardifs des Concerts peints par Valentin de Boulogne au dĂ©but du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, oĂč la caractĂ©risation individuelle Ă©carte la superficialitĂ©. Bruno Cocset nous montre ici combien le riche terreau de la caractĂ©risation instrumentale apporte de profondeur et de vĂ©ritĂ© au langage musical.

 

 

 

FraternitĂ©s musicales & vagues Ă  l’Ăąme irlandais…

 

 

bruno_cocsetLa fantaisie fantasque et doucement rĂȘveuse des partitions de James Oswald (1710-1769), Ă©cossais admirĂ© par Geminiani son aĂźnĂ©, exprime toute la nostalgie et le songe enracinĂ©s dans le paysage Ă©cossais : la sĂ©rie des 5 songs (de « The Northern lass” Ă  « The banks of Sligoe ») tisse un voyage en terres sauvages, plein de sentiments et d’hommages nĂ©s de l’homme serein, Ă©panoui, reconnaissant envers la nature. Les interprĂštes montrent combien entre les deux cultures, italienne et britannique, se jouent des imbrications et des rĂ©sonances fraternelles, qui dĂ©coulent d’une estime rĂ©ciproque (The banks of severn d’Oswald enchaĂźnĂ© avec l’Andante de Geminiani). Puis c’est l’humeur Ă©trangĂšre mais si finement troussĂ©e de l’observateur et tĂ©moin Lorenzo Bocchi qui propose sa version italianisante d’une noce d’Irlande, virtuositĂ© et arabesque mĂ©ridionale, en forme de variations enchaĂźnĂ©es, reformatĂ©es pour le violon, au diapason d’une danse typiquement « irish ». Cet apprentissage des motifs insulaires trouve un point d’accomplissement Ă©patant dans « O Bessy bell », song de Geminiani, oĂč l’Italien trĂšs inspirĂ© par ce monde sonore fascinant, nous prend la main pour une danse d’une fraĂźcheur attendrie pleine de candeur et de pudeur. Au sommet du voyage, entre Ecosse et Irlande, – terres d’assimilation et forte en tempĂ©raments, surgit le chant Ă  la fois rustique et poĂ©tique de l’étonnant Turlough O’Carolan : superbe danse enivrĂ©e du mĂ©lancolique « When she came she bobed » ; puis les portraits « John O’Connor » et “Colonel John Irwin »  (avec lyre gothique). L’enrichissement qu’un Geminiani trouve et insuffle Ă  son propre art, reste le sujet principal d’un somptueux recueil, Ă©loquent par son geste, et mĂȘme exemplaire dans le choix des oeuvres mises en dialogue. Des Italiens aux irlandais et aux Ecossais passent et dansent tous les tons de l’échange et de la curiositĂ©, du partage et de la fraternitĂ©. Lumineuse conception du travail collectif qui s’exprime aussi avec Ă©clat grĂące Ă  la souple imagination dĂ©fendue par les instrumentistes. Au jeu des caractĂšres et des ambiances, les musiciens nous offrent aussi un festival de timbres et de sonoritĂ©s, comme le dernier Andante (de Geminiani), « affetuoso », c’est Ă  dire enchantĂ©. RĂ©jouissant et profond. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017. L’amateur se reportera aussi au superbe livre disque CELLO STORIES / Histoires de violoncelle, Les Basses RĂ©unies / Bruno Cocset – 5 cd Alpha, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016. Bruno Cocset a rĂ©volutionnĂ© par la pratique et la recherche, l’histoire du violoncelle depuis ses origines baroques : ce nouvel opus confirme une formidable intuition et un goĂ»t de plus en plus sĂ»r. A suivre.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, compte-rendu critique. Give me your hand
Geminiani & le territoire celtique / The celtic Earth – Bruno Cocset, Les basses RĂ©unies — 1 cd Alpha – Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vannes en fĂ©vrier 2016 (excellente prise, dĂ©taillĂ©e, rĂ©verbĂ©ration mesurĂ©e qui soigne le relief de chaque timbre, en superbe Ă©quilibre).

 

 

 

A LIRE aussi : coffret CELLO STORIES / Histoires de violoncelle, Les Basses RĂ©unies / Bruno Cocset — 5cd, Ă©ditĂ© chez Alpha, septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS.

http://www.classiquenews.com/cd-livre-cd-evenement-annonce-cello-stories-histoires-de-violoncelle-livre-cd-207-pages-5cd-alpha/

 

LIRE aussi notre entretien avec BRUNO COCSET (Vannes, été 2016)

CD Ă©vĂ©nement, annonce. Jonas Kaufmann chante les 6 lieder du Chant de la Terre (Der lied von der Erde) — 1 cd Sony classical (Vienne juin 2016)

mahler jonas kaufmann cd der lied von der erde cd classiquenews critique cd cd reveiw kaufmann mahler classiquenews annonceCD Ă©vĂ©nement, annonce. GUSTAV MAHLER : Jonas Kaufmann chante les 6 lieder du Chant de la Terre (Der lied von der Erde) — 1 cd Sony classical (Vienne juin 2016). Incroyable gageure pourtant prĂ©parĂ©e depuis des dĂ©cennies car il avait Ă  coeur de rĂ©aliser ce marathon lyrique et symphonique depuis son adolescence : Jonas Kaufmann chante l’intĂ©gralitĂ© des lieder du Chant de la Terre, bouleversante fresque lyrique et orchestrale de Gustav Mahler, composĂ©e en une pĂ©riode trĂšs Ă©prouvante pour la compositeur juif du dĂ©but du XXĂš – le plus grand symphoniste germanique alors avec Richard Strauss. En tĂ©moignent les poĂšmes dĂ©chirants sur l’existence et la condition humaine que Mahler met en musique avec une frĂ©nĂ©sie extatique, Ă  la fois symboliste et expressionniste ; partition majeure d’un auteur qui a perdu sa fille, apprend qu’il est virĂ© de ses fonctions comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne (alors qu’il y menait une rĂ©forme inouĂŻe, tant en terme de rĂ©pertoire que de conditions nouvelles pour assister aux concerts symphoniques et aux opĂ©ras
), c’est aussi l’époque oĂč Mahler, condamnĂ©, apprend qu’il est atteint d’un mal incurable aux poumons.

 

 

 

Diseur, chantre halluciné, solitaire enivré
Jonas Kaufmann chante l’espĂ©rance dans la mort

 

kaufmann_jonas tenor derlieder von der erde cd classiquenewsEndurant, audacieux, Jonas Kaufmann chante les parties de tĂ©nor Ă©videmment mais aussi de mezzo/alto : lyrique et dĂ©monstrative, voire conquĂ©rantes pour les premiĂšres, plus introspectives voire amĂšres et douloureuses pour les secondes. Sans affectation ni maniĂ©risme, sachant surtout projeter et articuler le texte, – flux expressif qui cisĂšle la victoire du Destin et de la souffrance, et aussi la force qui permet de s’en libĂ©rer, les 5 poĂšmes associent Ă  parts Ă©gales voix et orchestre, comme une discussion, un dialogue permanent, deux Ă©nergies graves et nostalgiques qui diffusent le dĂ©sespoir le plus intense jamais exprimĂ©. Chacun (Chanson Ă  boire de la douleur de la terre, d’une ivresse conquĂ©rante / Le solitaire en automne, mĂ©lancolique et amĂšre, pudique et tendre / De la jeunesse / De la beautĂ© / L’homme ivre au printemps), conduit inĂ©luctablement au grand souffle final de L’Adieu / Der Abschied, 6Ăš lied, colorĂ© grave et lugubre par sa marche funĂšbre, oĂč en une mĂ©tamorphose souhaitable pour tous, le chemin jalonnĂ© d’épreuves et de combats, s’achĂšve / s’allĂšge dans l’ultime renoncement au monde, un adieu serein, apaisĂ©, d’oĂč peut jaillir comme aime Ă  l’envisager le tĂ©nor, une lueur d’espoir. La mort dans l’espĂ©rance. D’une intensitĂ© fauve, trĂšs proche du verbe incarnĂ©, cherchant et trouvant puis ciselant chaque nuance de la douleur sublimĂ©e, le tĂ©nor munichois distille son irrĂ©sistible Ă©clat cuivrĂ© et incandescent avec cette intensitĂ© mĂąle, entre rĂąle et chant hallucinĂ©. C’est un diseur douĂ© d’une puissance d’intonation rĂ©elle, qui cependant ne sacrifie jamais la nuance du mot, capable comme Ă  son habitude d’exprimer et l’activitĂ© souterraine du texte, et les milles couleurs des intentions qui y sont MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigcontenues. Der Abschied / L’Adieu, fait valoir ainsi le chant Ă  la fois dĂ©lirant, prĂ©cis, hallucinĂ© mais mesurĂ© du maĂźtre chanteur, comme le travail instrumental de grande prĂ©cision et belle expressivitĂ© du chef Jonathan Nott (acuitĂ© mordante des bois, en fusion totale avec la voix du tĂ©nor), vibrant et sensible copilote de cette aventure magistrale oĂč pĂšse aussi l’expĂ©rience saisissante des instrumentistes du Philharmonique de Vienne. Car ici le chambrisme rarement rĂ©ussi du caquetage miroitant des hanches (clarinettes…) doit murmurer, respirer avec la voix dĂ©munie, mise Ă  nu, comme embaumĂ©e dans son ascension finale, par le doux rĂȘve du cĂ©lesta et de la mandoline (apothĂ©ose ultime), quand le tĂ©nor rĂ©pĂšte Ă  plusieurs reprise “Ewig, ewig…“/ Ă©ternellement, Ă©ternellement… Magistrale entente des interprĂštes dans un disque saisissant qui nous rappelle avant son probable immense Otello verdien Ă  venir bientĂŽt Ă  Londres (juin et juillet 2017 : voir les rĂŽles Ă  venir), que Jonas Kaufmann est bel et bien le plus grand tĂ©nor actuel. Grande critique Ă  venir sur classiquenews, le jour de parution du disque Mahler par Jonas Kaufmann, le 7 avril 2017.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. GUSTAV MAHLER : Jonas Kaufmann, tĂ©nor, chante les 6 lieder du Chant de la Terre (Der lied von der Erde) / Wiener Philharmoniker, Jonathan Nott, direction— 1 cd Sony classical (Vienne juin 2016) – Parution : le 7 avril 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’OrphĂ©e / Thomas Hobbs, tĂ©nor (1 cd Paraty, 2016)

orpheus-noble-strings-clic-de-classiquenews-cd-review-critique-cd-classiquenews-junuary-2017-PARATY216229_couvCD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’OrphĂ©e / Thomas Hobbs, tĂ©nor (1 cd Paraty, 2016). Diseur baroque suave et suggestif, le tĂ©nor britannique Thomas Hobbs sait rĂ©Ă©clairer de sa voix tendre, claire, idĂ©alement articulĂ©e dans la langue de Shakespeare, les mĂ©lodies nostalgiques du recueil qui souligne aussi sa complicitĂ© avec le luth et les cordes de Romina Lischka. Sur le thĂšme et mythe d’OrphĂ©e/ORPHEUS, figure matricielle pour le chant barque et l’opĂ©ra tout court, le tĂ©nor anglais, chantre et conteur compose un parcours en langueur et nostalgie, cultivant l’accord tĂ©nu entre texte et musique, poĂ©sie et mĂ©lancolie instrumentale. De noble et bergĂšre naissance, le poĂšte Ă©voque l’énergique et cruel HermĂšs, apprend l’amour, le deuil, l’humaine fragilitĂ© aux cotĂ©s de la fugace et fatale Eurydice
 Le chantre raconte et Ă©voque encore le destin du poĂšte Thrace, qui tĂ©moignant de la douleur et colĂšre d’Apollon aprĂšs que son frĂšre HermĂšs ait dĂ©cimĂ© son bĂ©tail, lui pardonne quand celui-ci lui offre pour pardon, une magnifique carapace de tortue, sa nouvelle lyre stimulant ses ardeurs vocales : en prenant modĂšle sur Apollon, son pĂšre et modĂšle, OrphĂ©e se dĂ©couvre ainsi une vocation, il sera lui aussi chantre, chanteur, exprimant vertiges et dĂ©sirs, langueurs et renoncements de l’humaine condition. VoilĂ  ce que raconte ce recueil captivant, jalonnĂ© de chansons anglaises du premier baroque signĂ© Francis Pilkington, John Danyel, John Dowland, sans omettre le vague Ă  l’ñme de sieur Tobias Hume (What greater grief
)
tous prodigieux compositeurs poĂštes du XVIIĂš. L’acuitĂ© expressive du tĂ©nor, son sens du verbe dramatique, sans aucune affectation, sa complicitĂ© avec ses deux partenaires femmes (poĂ©sie du chant instrumental dans l’étonnante langueur flottante, mĂ©ditative et suspendue de « Mr Dowland’s Midnight » de John Dowland soi-mĂȘme), cĂ©lĂšbrent ce que l’on ignore trop de ce cĂŽtĂ© de l’Atlantique, – admirateurs des

 

 

Thomas Hobbs

 

 

contemporains français, GuĂ©dron ou Lambert-, : la foisonnante littĂ©rature des mĂ©lancoliques elizabĂ©thains, premiers romantiques avant l’heure. Voici donc un rĂ©cital captivant, dĂ©fendu par un interprĂšte de grande classe, sincĂšre et d’une Ă©lĂ©gance probe. Si le titre et le sujet annonce un dĂ©veloppement dramatique, quasi thĂ©Ăątral, on reste saisi par la science de l’économie, la maĂźtrise de l’épure allusive qu’affirment peu Ă  peu des maĂźtres interprĂštes (Ă©vanescence progressive et quasi mystĂ©rieuse des deux derniers Ă©pisodes, d’une sombre voluptĂ©, priĂšre au nĂ©ant de la mort, et au vide souverain et profond, joie Ă©prouvĂ©e aux abords de l’éternelle paix : « Go nightly cares », puis « Down, down, proud mind », signĂ©s Dowland, et surtout William Corkine). Et voilĂ  rĂ©activĂ©es, entre violence et suggestion, les stances les plus bouleversantes de la lyre baroque anglaise… Diseur convaincant pour rĂ©pertoire rare et subtil. A suivre.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’OrphĂ©e / Thomas Hobbs, tĂ©nor (1 cd Paraty, 2016) — Thomas Hubbs, tĂ©nor. Romin Lischka, violes de gambe. Sofie Vanden Eynde, luth. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

 

 

Jean-Claude Magloire joue Orlando Furioso de Vivaldi

malgoire_jean_claudeTOURCOING, ALT. Vivaldi : Orlando Furioso, 31 mars – 19 avril 2017. Dans le nord puis Ă  Paris, Jean-Claude Magloire ressuscite la fiĂšvre fantastique du thĂ©Ăątre inspirĂ© de L’Arioste. Au chapitre Vivaldi, l’histoire musicale et critique s’intĂ©resse dĂ©sormais Ă  son oeuvre lyrique. L’auteur des Quatre Saisons savait aussi colorer et exprimer Ă  l’opĂ©ra, et son orchestre comme sa conception thĂ©Ăątrale affirme un tempĂ©rament unique Ă  son Ă©poque, une maniĂšre de rĂ©sistance, face au dĂ©but du XVIIIĂš Ă  l’essor de l’école napolitaine. Or Venise ayant crĂ©Ă© au XVIIĂš, l’opĂ©ra public et payant (1637), malgrĂ© l’excellence de son dĂ©ploiement avec Monteverdi, Caldara, Legrenzi, Cavalli, Cesti et au XVIIIĂš, Vivaldi, n’a pas su se maintenir. L’Orlando Furioso crĂ©Ă© en 1727, serait ainsi l’un des derniers ouvrages manifestement vĂ©nitien, le plus abouti, le plus emblĂ©matique.

L-ARIOSTE-portrait-larioste-titienOPERA CHEVALERESQUE ET MAGIQUE. CrĂ©Ă© Ă  l’automne 1727 au ThĂ©Ăątre Sant’Angelo Ă  Venise, Orlando furioso cultive un bel canto expressif oĂč rĂšgne l’esthĂ©tique des voix aigus : Orlando / Roland Ă©prouvĂ© sur l’üle de la magicienne Alcina, est chantĂ© par une femme, tandis que Bradamante, la fiancĂ©e de Roland, dĂ©guisĂ© en homme, est donc chantĂ© par un
 homme. Sur le chemin de L’Arioste et de son labyrinthe amoureux, Vivaldi compose une sĂ©rie d’épisodes de plus en plus possĂ©dĂ©s, Ă©ruptifs, hallucinĂ©s : l’amour est une folie, et le dĂ©sir, une houle acide, amĂšre qui foudroie tous ceux qui le portent malgrĂ© eux. Avant Shakespeare, L’Arioste (magnifique portrait par Titien) dĂ©peint les tourments et les vertiges de l’ñme humaine. Ici, les fureurs de Roland sont l’emblĂšme de ce thĂ©Ăątre en dĂ©raison et en dĂ©lire. Certes il est bien question de chevaliers et de paladins en armure, mais leur vĂ©ritable adversaire n’est pas l’ennemi sur le champs de bataille, c’est plutĂŽt l’amour vengeur et cruel dont la barbarie Ă©puise les forces de l’esprit.
larioste titienAinsi cet Ă©chiquier sentimental oĂč dans le territoire de la magicienne Alcina, errent les chevaliers Orlando et Medoro : le premier aime la princesse Angelica qui aime de son cĂŽtĂ© le dit Medoro. DĂ©couvrant la passion secrĂȘte unissant Medoro et Angelica, Orlando succombe Ă  la jalouse haine, en proie au dĂ©lire le plus violent. En parallĂšle, la magicienne Alcina envoĂ»te Ruggiero, qui oublie auprĂšs d’elle sa bien aimĂ©e, Bradamante. Jusqu’au dĂ©nouement, l’opĂ©ra de Vivaldi brosse le portrait de personnages solitaires, dĂ©munis, en souffrance (Orlando, Ruggiero, Bradamante), ou agressĂ©s, Ă©prouvĂ©s par un sort contraire (Angelica et Medoro). MĂȘme celle qui semble tirer les ficelles, n’éblouit guĂšre par son bonheur : Alcina est une souveraine esseulĂ©e qui obtient tout par manigances et magie. La sincĂ©ritĂ© n’habite pas ses lieux. Orlando / Roland est un mĂ©lancolique dĂ©pressif, chevalier fou, chevalier errant
 Il y a quelques annĂ©es dans une distribution oĂč a brillĂ© le mezzo voire l’alto ample et noir de Marie-Nicole Lemieux, le chef Christophe Spinozi et son ensemble Matheus se sont imposĂ© sur de nombreuses scĂšnes du monde avec l’opĂ©ra vivaldien. vivaldi antonio quatre saisons orlando furioso 1725Aujourd’hui, c’est un pĂšre fondateur du mouvement baroqueux qui reprend le flambeau, avec une Ă©nergie intacte, communicative. Dans le thĂ©Ăątre fantastique, merveilleux, inspirĂ© par la poĂ©sie de L’Arioste, adviennent des figures en perdition, toujours en quĂȘte d’une improbable rĂ©mission. OpĂ©ra psychologique que vraiment dramatique et spectaculaire. Production Ă©vĂ©nement. (Illustration : portrait de L’Arioste par Titien / Tiziano)

 

 

ORLANDO FURIOSO d’Antonio Vivaldiboutonreservation
Malgoire / Schiaretti
ven 31 mars 2017 Ă  19h30
dim 2 avril 2017 Ă  15h30
mar 4 avril 2017 Ă  19h30
Tourcoing, Théùtre municipal R. Devos

Puis, Ă  PARIS, TCE
Théùtre des Champs-Elysées
Mercredi 19 avril 2017, 19h30
version de concert

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/16_17/spect1617/orlando.html

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Orlando furioso
Antonio Vivaldi (1678-1741)Livret de Grazio Braccioli d’aprùs L’Arioste
Direction musicale: Jean Claude Malgoire
Mise en scĂšne: Christian Schiaretti

Orlando: Amaya Dominguez
Angelica: Samantha Louis-Jean
Alcina: Clémence Tilquin
Bradamante: Yann Rolland
Medoro: Victor Jimenez Diaz
Ruggiero: Jean Michel Fumas
Astolfo: Nicolas Rivenq

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy

OPERA. ROBERTO ALAGNA, un ténor en or, sur tous les fronts


OPERA. ROBERTO ALAGNA, un tĂ©nor en or, sur tous les fronts
 Il a rĂ©cemment publiĂ© un rĂ©cital discographique intitulĂ© « MalĂ©na », rĂ©fĂ©rence au prĂ©nom de sa fille nouvellement nĂ©e, source d’un bonheur qui lui avait permis de parler au moment de l’évĂ©nement, d’une … « re-naissance ». La joie de devenir une seconde fois pĂšre rĂ©alisant un jalon dans sa vie personnelle. Roberto Alagna, partisan d’un ouvrage familial, y chante entre autres 7 crĂ©ations conçues en italien, sicilien, napolitain par ses frĂšres Frederico et David.

Alagna Roberto-Alagna-350En mars 2017, le tĂ©nor français occupe le devant de l’affiche parisienne en chantant Ă  nouveau Don JosĂ© dans Carmen (1875) de Bizet Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Ă  partir du 10 mars et jusqu’au 31 mars 2017. Ensuite, le chanteur s’envolera pour New York, oĂč au Metropolitan Opera, il incarnera un rĂŽle qu’il adule entre tous, Cyrano de Bergerac, du 2 au 13 mai 2017. Puis Roberto Alagna sera Nemorino dans L’Elisir d’Amore Ă  Berlin (Deutsche Oper Berlin, les 23 et 27 mai), et Ă  Londres (Royal Opera House, du 13 au 22 juin 2017)
. avant de chanter, sur la mĂȘme scĂšne londonienne, le rĂŽle du Prince Calaf dans Turandot de Puccini les 8, 11, 14 juillet 2017
. pour enchaĂźner sa derniĂšre date dans Carmen Ă  Paris (le 16 juillet) et aborder les chansons de son album MalĂšna Ă  Carcassonne (ThĂ©Ăątre Jean-Deschamps, le 19 juillet), pour enfin, chanter le jeune et vaillant gĂ©nĂ©ral Ă©gyptien RadamĂšs dans une version de concert d’AIDA de Verdi, le 1er septembre 2017, au Yehudi Menuhin Festival & Academy Ă  Gstaad.
alagna roberto quatre saisons avec alagna review critique compte rendu livre classiquenews CLIC de classiquenews fevrier 2017Le printemps et l’étĂ© 2017 seront donc bien chargĂ©s pour le plus grand tĂ©nor français actuel, vĂ©ritable bĂȘte de scĂšne, auquel un rĂ©cent livre est dĂ©diĂ©, sous la forme d’un essai particulier qui suit son travail sur chacun de ses rĂŽles favoris (de Werther Ă  Othello, de Cyrano justement Ă  Don Carlo et au Cid
 : « Quatre saisons avec Roberto Alagna » par Jacqueline Dauxois (Editions du Rocher). Pour Roberto Alagna (nĂ© Ă  Saint-Denis en 1963), chanteur des cabarets parisiens Ă  ses dĂ©buts, qui fut rĂ©vĂ©lĂ© par le Concours Pavarotti en 1983-1986, Cyrano est bel et bien le rĂŽle qui les rĂ©sume tous : Ă  la fois, Quichotte, D’Artagnan, Nemorino, RadamĂšs, Otello
 C’est un anti hĂ©ros qui ignore sa valeur et sa beautĂ©, et qui par goĂ»t du dĂ©fi et du dĂ©passement, parce qu’il est courageux, ambitionne d’ĂȘtre le meilleur d’entre tous. Et mĂȘme au bord du gouffre, avant de mourir, il conserve ce panache naturel qui le distingue toujours et l’élĂšve jusqu’Ă  la cime des vertus humaines. Parce qu’il se donne entiĂšrement, totalement, Ăąme, corps et chant bien sĂ»r pour chaque rĂŽle, l’interprĂšte semble habiter son personnage comme s’il le crĂ©ait Ă  chaque reprĂ©sentation
 AssurĂ©ment un artiste Ă  suivre, d’autant qu’il est actuellement au sommet de sa carriĂšre, douĂ© et portĂ© par un expĂ©rience scĂ©nique unique au monde. Roberto Alagna vient aussi en fĂ©vrier 2017 de changer d’Ă©diteur discographique : artiste Sony classical Ă  prĂ©sent (la mĂȘme maison que l’autre grand tĂ©nor actuel, son cadet munichois, Jonas Kaufmann), il devrait publier de prochains disques prometteurs…

 

 

 

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Ses 4 prochains grands rÎles : José, Cyrano, Nemorino, Calaf
AGENDA de ROBERTO ALAGNA, de mars Ă  septembre 2017

 

 

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DON JOSÉ dans Carmen de Bizet
PARIS, Opéra Bastille, les 10, 13, 16, 19, 22, 25, 28, 31 mars 2017
puis 16 juillet 2017

CYRANO DE BERGERAC
NEW YORK, Metropolitan Opera
Les 2,6,10,13 mai 2017

NEMORINO dans L’Elisir d’amore de Donizetti

BERLIN, Deutsche Oper Berlin
Les 23 et 27 mai 2017

LONDRES, Royal Opera House
Les 13, 16, 19, 22 juin 2017

CALAF dans Turandot de Puccini
LONDRES, ROH (idem)
Les 8, 11, 14 juillet 2017

RADAMES dans AIDA de Verdi
GSTAAD Yehudi Menuhin Festival & Academy
Le 1er septembre 2017

 

 

 

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Toutes les infos sur le site officiel de Roberto Alagna

 

 

 

Titus, prince des vertus politiques

Titus empereur : il incarnait "les dĂ©lices du genre humain"DOSSIER. Titus de Mozart : le prince des vertus Ă  l’époque des LumiĂšres. AprĂšs Son premier seria (Ă©blouissant par sa justesse Ă©motionnelle dĂ©jĂ ) : Mitridate (1770, Ă©laborĂ© Ă  14 ans !), puis Lucio Silla (1772), Idomeneo (1781), la ClĂ©mence de Titus est crĂ©Ă© en 1791 l’annĂ©e de la mort de Mozart, rĂ©pondant Ă  une commande pour le couronnement de Leopold II au trĂŽne de BohĂšme. La langue mozartienne assouplit la sĂ©cheresse systĂ©matique de l’alternance recitatifs puis airs ; tout s’articule et ondule selon le traitement psychologique et le dĂ©voilement de la psychĂ©, en particulier sur le profil de Vitellia, la seule qui se transforme, passant de la haine pĂ©trifiĂ©e, Ă  la compassion tendre et fraternelle. Face à cette femmes monstrueuse qui s’humanise, Mozart suit cependant la tradition politico poĂ©tique dans le personnage du roi : Titus, que sa charge rend sombre, solitaire, comme isolĂ© dans une posture qui le place d’emblĂ©e au dessus de ses sujets, fussent-ils proches voire plus (Sextus).

Titus, a contrario de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂš, oĂč rĂšgnent les souverains pervers – « effeminatos », figures emblĂ©matiques du pouvoir corrompu : Nerone du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi, Eliogaballo de Cavalli-, incarne un siĂšcle plus tard toutes les vertus politiques. C’est la version MĂ©tatasienne qui valorise le pouvoir politique, prĂȘtant au prince, des vertus mĂ©sestimĂ©es.

TITUS, lumiĂšre des vertus

TITUS FLAVIEN demeure le modĂšle du prince vertueux ; qualitĂ© rare chez les politiques de l’AntiquitĂ© romaine, plus connue pour ses intrigues et corruptions. Or l’Empereur qui succĂšde Ă  Trajan, ayant Ă©tĂ© transformĂ© par l’amour de BĂ©rĂ©nice en JudĂ©e, incarne dans les arts, le modĂšle du prince honnĂȘte, loyal, responsable et juste. L’opĂ©ra n’échappe pas Ă  cette tradition et Mozart, composant un nouvel ouvrage (son dernier seria) pour le couronnement de l’Empereur Leopold II, met en musique la lĂ©gende de Titus, mais il en fait un drame amoureux et intimiste, proche de sa propre esthĂ©tique musicale, soucieuse d’introspection et de vĂ©ritĂ© psychologique


L’Empereur flavien qui rĂšgna si peu (79-81 aprĂšs JC), rĂ©ussit la conquĂȘte de JudĂ©e, profite Ă©videmment de sa relation avec BĂ©rĂ©nice, princesse juive qui lui apprend la sagesse et renforce sa lumineuse humanitĂ©. Dans l’opĂ©ra de Mozart, qui met en avant sa clĂ©mence, – un de ses nombreux traits hautement moraux, Titus est Ă  Rome, mais seul : il a du sous pression des sĂ©nateurs racistes et xĂ©nophobes, renoncer Ă  Ă©pouser BĂ©rĂ©nice car elle Ă©tait Ă©trangĂšre.
Autour de ce modĂšle de vertu, s’agrĂšgent intrigues et trahisons. Face Ă  la manipulation de Vittelia, la seule de tout l’opĂ©ra qui se mĂ©tamorphose rĂ©ellement, au II (dans son fameux air avec cor de basset : « non piu di fiori », Rondo n°23), Titus reste constant dans sa figuration sur la scĂšne : prince Ă  la carrure inflexible qui observe, analyse, rĂ©flĂ©chit ; et comme distanciĂ© de l’action, prend du recul, avant de prendre une dĂ©cision.

Dans l’acte I, Mozart lui rĂ©serve deux airs comme pour mieux assoir son autoritĂ© et pour affirmer l’ampleur de sa stature impĂ©riale : d’abord, installĂ© par une marche et un chƓur, qui prĂ©cĂšdent la scĂšne Ă  plusieurs voix (Annio, Sesto), « Del piĂč sublime soglio » /
; puis l’air tout autant dĂ©veloppĂ© : « Ah, se fosse intorno al trono ».

Au II, l’empereur paraĂźt d’une tendresse amoureuse pour son peuple (choeur : « Ah grazia si rendano  »), accord sublime au souffle d’une lumineuse grandeur et noblesse ; puis en proie au doute le plus humain, tiraillĂ©, sujet d’une haine jalouse (rĂ©citatif accompagnĂ© : « Che orror! Che tradimento! »), Titus envisage de faire exĂ©cuter celui qui l’a apparemment trahi, son ami (amant?), Sesto. Puis c’est le grand air hĂ©roĂŻque qui veut exprimer l’intransigeance du pouvoir (par lequel Titus justifie d’avoir signĂ© l’acte de mort de Sesto, mĂȘme s’il regrette dans le mĂȘme temps, qu’un prince digne de ce nom doit d’abord gagner l’amour de son peuple et non pas rĂšgner par la terreur
 aria : « Se all’impero, amici Dei ».
Jusqu’à la scĂšne ultime (XVII), Titus bras armĂ© de la Loi, soucieux d’éradiquer les comploteurs qui en voulaient Ă  sa vie, allait exĂ©cuter son ami
 jusqu’au moment, dĂ©cisif oĂč Vittelia terrassĂ©e par le dĂ©voilement de la vĂ©ritĂ©, se dĂ©nonce elle-mĂȘme, auteur de l’indigne attentat, manipulatrice du pauvre coeur de Sesto, totalement Ă©pris d’elle.

Mozart a donc donnĂ© du souverain, l’image de l’infaillibilitĂ© politique, sachant sacrifier ses attaches affectives au nom de la raison d’état. il Ă©tait prĂȘt Ă  faire exĂ©cuter son ami Sextus.

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Un récent enregistrement de La Clémence de Titus est paru, dirigé par Jérémie Rhorer :

 

LIRE aussi  :

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque lĂ©ger, exotique d’une turquerie crĂ©Ă©e Ă  Vienne en 1782, se prĂ©cise en vĂ©ritĂ© non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternitĂ©s contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clĂ©mence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opĂ©ra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte gĂ©opolitique qui est le nĂŽtre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternitĂ©, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven. LIRE la critique complĂšte de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©my Rohrer

 

 

 

CD, critique. NEUKOMM : Requiem pour Louis XVI (Malgoire, 1 cd Alpha – 2016)

neukomm louis XVI cd jean claude magloire cd critique classiquenews 583c2677a3dbdCD, critique. NEUKOMM : Requiem pour Louis XVI (Malgoire, 1 cd Alpha – 2016). PersonnalitĂ© europĂ©enne et mĂȘme transatlantique (comme actuellement le chef Bruno Procopio grand dĂ©fenseur de Neukomm comme JC Malgoire), Sigismund (van) Neukomm (1778-1858) inspire au fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, la poursuite d’une exploration profitable. AprĂšs avoir ressusciter la version du Requiem de Mozart, avec l’apport de Neukomm pour la derniĂšre section, voici du compositeur autrichien (comme Mozart), ce fameux Requiem, qu’il composa pour le CongrĂšs de Vienne en janvier 1815, quand il s’agissait de dĂ©faire l’empire napolĂ©onien, et restaurer l’ordre ancien, monarchique et Bourbon
 A cause planĂ©taire, auteur Ă  l’échelle mondiale : de fait Neukomm oeuvra Ă  Vienne, Saint-PĂ©tersbourg, sans omettre Rio de Janeiro oĂč il composa pour la cour royale du Portugal en exil au Nouveau Monde, – son style europĂ©en, nĂ©o classique, entre Mozart et Salieri, fut avant Gluck, un standard apprĂ©ciĂ© de toutes les Cours. Son cĂŽtĂ© conforme et politiquement correct, inspira Ă  Talleyrand, arbitre politique des annĂ©es post NapolĂ©onienne, le meilleur sentiment : Neukomm fut compositeur mais aussi ambassadeur, finalement naturalisĂ© français grĂące Ă  la protection de son mentor Talleyrand qui lui commanda nombre de partitions lors de ses missions diplomatiques.

Requiem pour Louis XVI
Solennité et raffinement lacrymaux

Ecartant toute virtuositĂ© malsĂ©ante, – conformitĂ© au recueillement sombre imposĂ© par le sujet, Neukomm emploie donc en 1815, un chƓur double, sans solistes, et a cappella : dirigeant pour la crĂ©ation l’un des chƓurs, Salieri dirigeant le second. S’appuyant sur le manuscrit de Neukomm conservĂ© Ă  la BNF, Jean-Claude Malgoire retient de son cĂŽtĂ© pour cette exhumation d’un grand raffinement, la version pour un choeur et quatre solistes (remplaçant ainsi le second chƓur de la version de la crĂ©ation Ă  Vienne).
Avec sa marche funĂšbre, – glas sonore d’une indiscutable majestĂ© tragique, puis son Miserere – Ă  la foois fervent, tendu, dĂ©ploratif mais d’une charge pudique idĂ©alement maĂźtrisĂ©e, le Requiem de Neukomm dĂ©passe la masse impressionnante d’un Cherubini, pour revenir Ă  une priĂšre subtilement incarnĂ©, – plus humaine que solennelle.
Tout le travail de JC Malgoire qui regroupe autour de lui de fidĂšles partenaires, souligne cette Ă©pure chorale, solennelle, en ses nuances grises, vrai travail de grisaille, dans la subtilitĂ© et l’intimitĂ© de l’intention : les plus critiques regretteront une emphase linĂ©aire sans accents ni « effets » lugubres ; les autres plus connaisseurs et aprĂšs une Ă©coute attentive, apprĂ©cieront la finesse de l’articulation d’une ample priĂšre lacrymale, qui n’écarte pas des sommations terribles (Rex tremendae) ni une angoisse syncopĂ©e, plus « dramatique » (solistes du Liber scriptus). Le Choeur de chambre de Namur atteint l’excellence dans la clartĂ© et la transparence d’un texte jamais rĂ©pĂ©tĂ©, et qui dĂ©ploie une grandeur sombre irrĂ©sistible, en particulier dans le dernier Ă©pisode, de loin le plus dĂ©chirant. La rĂ©ussite de Neukomm, compositeur pour les Grands, sait ĂȘtre majestueux sans la pompe lĂ©nifiante de beaucoup de partitions de circonstance. Saluons le chef d’affirmer ainsi une passionnante intuition dĂ©fricheuse, comme l’affinitĂ© de ses troupes – Grande Ecurie et Chambre du Roy, convoquĂ©s pour cette royale cĂ©lĂ©bration pleine de panache et de vie.
neukomm-portraitNeukomm, contemporain du dernier Mozart, ne pouvait connaĂźtre de meilleures conditions pour renaĂźtre ; d’autant que rĂ©cemment, le jeune chef franco-brĂ©silien, Bruno Procopio a ressuscitĂ© la Missa Solemnis, Messe Solennelle, avec une acuitĂ© expressive plus que conviancante au TCE Ă  Paris, dĂ©but dĂ©cembre 2016, lors d’un concert croisant Paris et Rio, Ă  la tĂȘte de l’orchestre Lamoureux, l’un des meilleurs concerts de la saison symphonique Ă  notre avis. VOIR notre reportage vidĂ©o : BrĂ©sil sacrĂ©, BrĂ©sil Profane / Bruno Procopio dirige l’Orchestre Lamoureux, dĂ©cembre 2016 (Paris, TCE) : Milhaud, Villa-Lobos, Jobim, Messe solennelle de Neukomm.

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CD, critique. NEUKOMM : Requiem pour Louis XVI (Malgoire, 1 cd Alpha – 2016)

Jean Rondeau joue Bach et ses fils

Jean Rondeau et Nevermind Ă  SaintesPOITIERS, TAP – BACH & fils par Jean Rondeau, le 21 mars 2017, 20h30. Toujours la coiffe hirsute et le jean dĂ©contractĂ©, le claveciniste Jean Rondeau s’entoure d’une phalange de musiciens complices dans une Ă©vocation de la dynastie Bach, – programme familial et collectif, musicalement trĂšs unitaire et stylistiquement cohĂ©rent, dĂ©jĂ  sujet d’une parution discographique. Le claveciniste rĂ©alise le relief expressif de plusieurs Concertos pour clavecin et cordes, avec la connivence de certains instrumentistes dĂ©jĂ  familiers, dont le violoniste Louis Creac’h, – dĂ©jĂ  repĂ©rĂ© par classiquenews comme ex apprenti acadĂ©micien du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye, ou participant aussi Ă  certains projets d’Amarillis (Stabat Mater de Pergolesi avec Sandra Yoncheva).
Ainsi paraissent les fils Bach (Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel et Johann Christian) aux cĂŽtĂ©s du pĂšre Jean-SĂ©bastien. Le claveciniste barbu (christique ?) du Baroque actuel cultive une posture dĂ©calĂ©e qui s’entend Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer (dynamiser ?) l’interprĂ©tation contemporaine du Baroque, ici germanique. Depuis son clavecin axial, dĂ©fricheur, relecteur, porteur d’une vision dĂ©sormais dĂ©poussiĂ©rante des oeuvres choisies.
RONDEAU jean portrait concert classiquenews poitiers 390643_concert-de-jean-rondeau-clavecin-et-piano-festival-europeen-jeunes-talents_111341Classiquenews avait suivi la rĂ©sidence de Jean Rondeau, – entourĂ© d’un autre collectif (Nevermind) Ă  Saintes (Abbaye aux dames, la citĂ© musicale / VOIR notre reportage vidĂ©o Jean Rondeau et Nevermind Ă  Saintes / fĂ©vrier 2016), dans Telemann et Bach (entre autres). Ici, le style direct, franc, expressif, « rock », revisite le genre du Concerto instrumental, entendu comme un drame sans paroles, vĂ©ritable conversation Ă  plusieurs protagonistes ; il sied Ă  la vivacitĂ© des Bach fils, en particulier Wilhelm F. et CPE – illustres reprĂ©sentants du style galant Empfindsamkeit, nĂ©o classique – collectionneurs inspirĂ©s en contrastes et acuitĂ© rythmique ; mĂȘme aspĂ©ritĂ© mordante, vivaces dans les Bach pĂšre, comme juvĂ©nilisĂ©s avec une ardeur verte et trĂšs prĂ©sente : Concertos pour clavecin BWV 1052 et 1056. Du creuset paternel, antre magicien d’une invention jamais Ă©puisĂ©e, les fils, en apprentis sorciers inspirĂ©s, dignes hĂ©ritiers du modĂšle-mentor, osent toutes les audaces
 Ils poursuivent le geste libre, inventif, neuf, moderne du modĂšle paternel. Dont se saisit comme un flambeau Ă©lectrisant, les jeunes interprĂštes de ce concert; Et si la dynastie Bach Ă©tait surtout une gĂ©nĂ©alogie de tempĂ©raments expĂ©rimentateurs ?

Le concert prĂ©sentĂ© Ă  Poitiers fait suite au premier volet Bach, dĂ©diĂ© prĂ©cĂ©demment aux ancĂȘtres de Bach (dĂ©cidĂ©ment la dynastie Bach est une colonie impressionnante de talents dont la gĂ©nĂ©alogie explique le plus grand d’entre tous, Jean-SĂ©bastien).

 

 

 

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boutonreservationLes Concertos de Bach pĂšre et fils
TAP, POITIERS, mardi 21 mars 2017, 20h30

Johann Sebastian Bach
Concerto pour clavecin n°1 en ré mineur BWV 1052,
Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056

Wilhelm Friedemann Bach
Concerto pour clavecin en fa mineur

Carl Philipp Emanuel Bach
Concerto pour clavecin en ré mineur

Jean Rondeau, clavecin
Sophie Gent, Louis Creac’h violons
Antoine Touche, violoncelle
EvolĂšne Kiener, basson
Thomas de Pierrefeu, contrebasse

 

 

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INFOS et RESERVATIONS
sur le site du TAP Théùtre Auditorium de POitiers, page dédiée au Concert Jean RONDEAU + ensemble instrumental : Concertos de Bach et ses fils

http://www.tap-poitiers.com/jean-rondeau-1799

 

 

 

 

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CD Ă  Ă©couter :

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opĂ©ratique…. En fĂ©vrier 2016, ERATO publiait l’un des meilleurs disques rĂ©cents pour clavecin. Peut-ĂȘtre le premier indiscutable du jeune musicien français, ici particuliĂšrement serviteur de la musique qui l’inspire. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pĂ©rĂ©grination intĂ©rieure et surtout personnelle donne la clĂ© du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est Ă  dire baroques, vers 1746
 Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’égarer dans un fond de dĂ©cors d’opĂ©ra dont son clavecin (historique du ChĂąteau d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des mĂ©tamorphoses” (comme le prĂ©cise Paul ValĂ©ry, citĂ© dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rĂȘve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisĂšle une sĂ©rie d’évocations, au relief dramatique multiple, contrastĂ©, parfois violent, parfois murmurĂ© qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rĂ©tablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sĂ©lectionnĂ©es, le profil des deux gĂ©nies nĂ©s pour l’opĂ©ra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), Ă  la carriĂšre fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son ZaĂŻde en 1739. Deux monstres absolus de la scĂšne dont il concentre et synthĂšse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermĂ©e et le prĂ©texte lĂ©gitimĂ©. Comment se comporte le clavier Ă©prouvĂ© lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathĂ©tique Ă  l’opĂ©ra ? Comme il y aura grĂące Ă  Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opĂ©ra (contrastĂ© et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nĂ©s avant l’OpĂ©ra ballet que l’on connaĂźt, dĂšs les Nouvelles Suites de PiĂšces de Clavecin de 1728. DĂ©jĂ  Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilitĂ©s que le programme exprime avec justesse. EN LIRE +

Jean Rondeau joue Bach et fils

Jean Rondeau et Nevermind Ă  SaintesPOITIERS, TAP – BACH & fils par Jean Rondeau, le 21 mars 2017, 20h30. Toujours la coiffe hirsute et le jean dĂ©contractĂ©, le claveciniste Jean Rondeau s’entoure d’une phalange de musiciens complices dans une Ă©vocation de la dynastie Bach, – programme familial et collectif, musicalement trĂšs unitaire et stylistiquement cohĂ©rent, dĂ©jĂ  sujet d’une parution discographique. Le claveciniste rĂ©alise le relief expressif de plusieurs Concertos pour clavecin et cordes, avec la connivence de certains instrumentistes dĂ©jĂ  familiers, dont le violoniste Louis Creac’h, – dĂ©jĂ  repĂ©rĂ© par classiquenews comme ex apprenti acadĂ©micien du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye, ou participant aussi Ă  certains projets d’Amarillis (Stabat Mater de Pergolesi avec Sandra Yoncheva).
Ainsi paraissent les fils Bach (Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel et Johann Christian) aux cĂŽtĂ©s du pĂšre Jean-SĂ©bastien. Le claveciniste barbu (christique ?) du Baroque actuel cultive une posture dĂ©calĂ©e qui s’entend Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer (dynamiser ?) l’interprĂ©tation contemporaine du Baroque, ici germanique. Depuis son clavecin axial, dĂ©fricheur, relecteur, porteur d’une vision dĂ©sormais dĂ©poussiĂ©rante des oeuvres choisies.
RONDEAU jean portrait concert classiquenews poitiers 390643_concert-de-jean-rondeau-clavecin-et-piano-festival-europeen-jeunes-talents_111341Classiquenews avait suivi la rĂ©sidence de Jean Rondeau, – entourĂ© d’un autre collectif (Nevermind) Ă  Saintes (Abbaye aux dames, la citĂ© musicale / VOIR notre reportage vidĂ©o Jean Rondeau et Nevermind Ă  Saintes / fĂ©vrier 2016), dans Telemann et Bach (entre autres). Ici, le style direct, franc, expressif, « rock », revisite le genre du Concerto instrumental, entendu comme un drame sans paroles, vĂ©ritable conversation Ă  plusieurs protagonistes ; il sied Ă  la vivacitĂ© des Bach fils, en particulier Wilhelm F. et CPE – illustres reprĂ©sentants du style galant Empfindsamkeit, nĂ©o classique – collectionneurs inspirĂ©s en contrastes et acuitĂ© rythmique ; mĂȘme aspĂ©ritĂ© mordante, vivaces dans les Bach pĂšre, comme juvĂ©nilisĂ©s avec une ardeur verte et trĂšs prĂ©sente : Concertos pour clavecin BWV 1052 et 1056. Du creuset paternel, antre magicien d’une invention jamais Ă©puisĂ©e, les fils, en apprentis sorciers inspirĂ©s, dignes hĂ©ritiers du modĂšle-mentor, osent toutes les audaces
 Ils poursuivent le geste libre, inventif, neuf, moderne du modĂšle paternel. Dont se saisit comme un flambeau Ă©lectrisant, les jeunes interprĂštes de ce concert; Et si la dynastie Bach Ă©tait surtout une gĂ©nĂ©alogie de tempĂ©raments expĂ©rimentateurs ?

Le concert prĂ©sentĂ© Ă  Poitiers fait suite au premier volet Bach, dĂ©diĂ© prĂ©cĂ©demment aux ancĂȘtres de Bach (dĂ©cidĂ©ment la dynastie Bach est une colonie impressionnante de talents dont la gĂ©nĂ©alogie explique le plus grand d’entre tous, Jean-SĂ©bastien).

 

 

 

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TAP, POITIERS, mardi 21 mars 2017, 20h30

Johann Sebastian Bach
Concerto pour clavecin n°1 en ré mineur BWV 1052,
Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056

Wilhelm Friedemann Bach
Concerto pour clavecin en fa mineur

Carl Philipp Emanuel Bach
Concerto pour clavecin en ré mineur

Jean Rondeau, clavecin
Sophie Gent, Louis Creac’h violons
Antoine Touche, violoncelle
EvolĂšne Kiener, basson
Thomas de Pierrefeu, contrebasse

 

 

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CD Ă  Ă©couter :

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opĂ©ratique…. En fĂ©vrier 2016, ERATO publiait l’un des meilleurs disques rĂ©cents pour clavecin. Peut-ĂȘtre le premier indiscutable du jeune musicien français, ici particuliĂšrement serviteur de la musique qui l’inspire. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pĂ©rĂ©grination intĂ©rieure et surtout personnelle donne la clĂ© du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est Ă  dire baroques, vers 1746
 Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’égarer dans un fond de dĂ©cors d’opĂ©ra dont son clavecin (historique du ChĂąteau d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des mĂ©tamorphoses” (comme le prĂ©cise Paul ValĂ©ry, citĂ© dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rĂȘve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisĂšle une sĂ©rie d’évocations, au relief dramatique multiple, contrastĂ©, parfois violent, parfois murmurĂ© qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rĂ©tablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sĂ©lectionnĂ©es, le profil des deux gĂ©nies nĂ©s pour l’opĂ©ra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), Ă  la carriĂšre fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son ZaĂŻde en 1739. Deux monstres absolus de la scĂšne dont il concentre et synthĂšse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermĂ©e et le prĂ©texte lĂ©gitimĂ©. Comment se comporte le clavier Ă©prouvĂ© lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathĂ©tique Ă  l’opĂ©ra ? Comme il y aura grĂące Ă  Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opĂ©ra (contrastĂ© et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nĂ©s avant l’OpĂ©ra ballet que l’on connaĂźt, dĂšs les Nouvelles Suites de PiĂšces de Clavecin de 1728. DĂ©jĂ  Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilitĂ©s que le programme exprime avec justesse. EN LIRE +

CD, livre 2 cd. EIN FESTE BURG IST UNSER GOTT / Luther et la musique de la RĂ©forme / Luther and the music of the Reformation. Vox Luminis, Lionel Meunier (direction) – Livre 2 cd Ricercar

luther ein feste burg vox luminis livre cd ricercar outhere cd review critique cd classiquenews 51H7v7vID2L._SY355_CD, annonce, livre cd Ă©vĂ©nement. EIN FESTE BURG IST UNSER GOTT / Luther et la musique de la RĂ©forme / Luther and the music of the Reformation. Vox Luminis, Lionel Meunier (direction) – Livre 2 cd Ricercar. L’annĂ©e TĂ©lĂ©mann va battre son plein en 2017, avec son lot de rĂ©dĂ©couvertes et enregistrements discographiques comme rĂ©Ă©ditions dĂ©jĂ  trĂšs attendues. Croisant cet important anniversaire (250Ăš anniversaire de la mort de Telemann (1681 – 1767), un autre tempĂ©rament lumineux se dresse aussi Ă  l’horizon 2017, celui lĂ  spirituel et hautement religieux : Martin Luther Ă  travers en 2017 donc, le 500Ăš anniversaire de la RĂ©forme protestante.
En 1517, le moine rĂ©formateur, traducteur du Nouveau testament, Ă©crit ses 95 thĂšses (Disputatio pro declaratione virtutis indulgentianrum), amorce et noyau de ses cycles d’écrits polĂ©miques et critiques, fondateurs de la foi protestante. En 1517, il s’agissait surtout pour Luther de dĂ©noncer le principe et la pratique des indulgences, promulguĂ©es par Jules II (1506) puis LĂ©on X (1515) pour financer les travaux pharaoniques de la nouvelle basilique Saint-Pierre Ă  Rome. A la DiĂšte de Worms rĂ©unie en 1521 par Charles Quint, une partie de la noblesse politique germanique adopte les idĂ©es antiromaine de Luther. A la DiĂšte d’Augsbourg en 1555, est clairement instituĂ©e une partition de l’Allemagne : si la BaviĂšre et la RhĂ©nanie demeurent papistes et catholiques, tout le reste de l’Allemagne du nord devient luthĂ©rien. Mais la mosaique se complique selon la loi un roi, une religion. Ainsi Dresde offre un visage complexe : la Cour est catholique mais les Ă©glises de la ville sont protestantes.
Le double cd rĂ©alisĂ© par le meilleur ensemble vocal sacrĂ© actuel, soit Vox Luminis que classiquenews a pu prĂ©cĂ©demment suivre et apprĂ©cier au Festival Musique et MĂ©moire (toujours prĂ©sent Ă  l’étĂ© 2017), mais aussi au Festival de Saintes (VOIR le grand reportage sur la 3Ăš gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes Ă  Saintes dont Vox Luminis et son fondateur, le bayrton Lionel Meunier), rĂ©capitule l’essor des idĂ©es de Luther et leur rĂ©percussion dans l’écriture musicale dans les Ă©tĂ©s germaniques, des XV et XVIĂš siĂšcles aux XVIIĂš et XVIIIĂš. Le cd 1 prĂ©sente une approche thĂ©matique « Une annĂ©e lithurgique », dĂ©roulant les grands Ă©vĂ©nements cĂ©lĂ©brĂ©s en musique pour tĂ©moigner de la ferveur collective qui s’exprime alors : soit, une collection de motets reprĂ©sentatifs des Ă©pisodes importants de l’annĂ©e protestante ; Avent, NOËL, Nouvel An, Passion, RĂ©surrection, Ascension, PentecĂŽte, TrinitĂ©, soit une collection de piĂšces somptueusement articulĂ©es, sublimĂ©es signĂ©es : Heinrich Scheidemann, Michael Altenburg, Andreas Hammerschmidt, Paul Siefert, Michael Praetorius, Samuel Scheidt, Johann Hermann Schein, Delphin Strungk, Caspar Othmayr, Thomas Seile, Melchior Franck

luther martin portrait par cranach luther 2017 classiquenewsLe cd 2 distingue des partitions mĂ©connues d’une rĂ©elle splendeur par leur sincĂ©ritĂ© et cette fusion ferveur / sensualitĂ©, toujours grĂące Ă  la diction exemplaire des chanteurs de Vox Luminis, soucieuse du texte. Ainsi sous le titre synthĂ©tique « Les fondements de la lithurgie luthĂ©rienne », sont rĂ©unis Deutsche Magnificat de Heinrich SchĂŒtz, Deutsche Messe de Christoph Bernhard ; au registre des « Sacrements » : les oeuvres clĂ©s de Hieronymus Praetorius, Heinrich SchĂŒtz, Johann Steffens ; « les Passions luthĂ©riennes » sont magnifiquement illustrĂ©es, incarnĂ©es par la Johannes Passion de Joachim a Burck ; «  le dogme », par les partitions de Johann Hermann Schein, Johann Walter, Balthasar Resinarius. Mention spĂ©ciale pour l’excellent et bouleversant Deutsche Requiem de Thomas Selle, 
 lequel prĂ©sente les mĂȘmes textes que ceux que Johannes Brahms utilisera pour rendre hommage Ă  son maĂźtre “spirituel”, Robert Schumann, selon le mĂȘme principe de rĂ©collement…
CLIC D'OR macaron 200Excellente interprĂ©tation, enivrant rĂ©pertoire qui sait varier les accents fervents malgrĂ© une apparente et fausse austĂ©ritĂ© ; d’autant que ce double cd livre est aussi une Ă©dition remarquablement rĂ©alisĂ©e (nombreuse et riche iconographie picturale et gravĂ©e, illustrant un texte – notice passionnant). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier mars 2017.

LIRE notre dossier Telemann 2017 (250Ăš anniversaire de la mort)

martin luther par Albert Spangenberg portrait classiquenews LUTHER 2017

TOURS, concert des 2 Richard : Strauss & Wagner

strauss richardTOURS, concert R. Strauss, Wagner, les 4, 5 mars 2017. Immersion lyrique et symphonique sous la direction de Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l’OpĂ©ra de Tours, dans l’un de ses plus ambitieux programmes de cette saison 2016-2017. Les lieder du grand Richard Strauss, dernier Bavarois romantique aprĂšs Wagner, concentrent son sens de la ligne vocale et Ă  l’orchestre, son gĂ©nie des couleurs d’une orchestration gĂ©niale, tant dramatique que poĂ©tique, dont les atmosphĂšres suivent et expriment les puissantes allusions des textes choisis. Au total (en premiĂšre partie), 8 lieder avec orchestre, parmi les plus amoureux et langoureux, dont la majoritĂ© ont Ă©tĂ© composĂ©s par le mari Ă©pris, dĂ©diĂ©s Ă  son Ă©pouse la cantatrice Pauline de Ahna (Ă©pousĂ©e en 1894 ; Richard avait 30 ans), tempĂ©rament Ă©ruptif dont le compositeur cite les sursauts passionnĂ©s, parfois hystĂ©riques dans nombre de ses oeuvres (Sinfonia Domestica, Intermezzo
).

Se distinguent entre autres les deux lieder opus 27 : inspirĂ©s par le Jugendstil littĂ©raire, vĂ©ritable miniatures lyriques, Morgen ou CĂ€cilie
 Il faut infiniment de subtilitĂ© et d’écoute entre orchestre et soliste pour rĂ©aliser la sensualitĂ© raffinĂ©e d’une articulation proche de Mozart. C’est Ă  dire des voix de diseurs/euses pour lesquel(le)s le verbe doit rester intelligible dans la fusion du chant et de la texture symphonique.

wagnerEn seconde partie de programme, la verve et la puissance dramatique de Richard Wagner qui rĂ©vĂšle dans l’activitĂ© des instruments, mieux qu’aucun autre Ă  son Ă©poque, le trouble et les violentes contradictions de la psychĂ© humaine : confrontations, duo ou vaste monologue, la musique met Ă  nu le destin Ă  la fois dĂ©risoire et sublime des hĂ©ros sacrifiĂ©s. Benjamin Pionnier trouve un remarquable Ă©quilibre entre le pur symphonisme, Ă©loquent et brillant des ouvertures de TannhĂ€user et des MaĂźtres Chanteurs, et les scĂšnes particuliĂšrement expressives voire introspective choisies Ă  Tours, extraits aussi des autres opĂ©ras : PrĂ©lude et Liebestod de Tristan und Isolde, Mort de Siegfried et Marche funĂšbre. La mort (de Tristan et de Siegfried), le sacrifice de BrĂŒnnhilde disent cette conception exacerbĂ©e des passions humaines, entre tragĂ©die et grandeur morale.
Si Wagner reprĂ©sente par le chant de l’orchestre et la ligne ultime des voix, souffrances et solitudes des ĂȘtres, c’est qu’il croit encore en l’humanitĂ©, comme Ă  l’enjeu politique, esthĂ©tique de l’opĂ©ra pour dĂ©livrer son message comme artiste-dĂ©miurge-prophĂšte. Il est fort Ă  parier que Benjamin Pionnier et la phalange maison, invitĂ©e Ă  jouer en fosse pour les opĂ©ras, sur la scĂšne comme ce soir Ă  l’occasion des rvs de la saison symphonique de l’OpĂ©ra, l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Val de Loire / Tours, 
 poursuivent ainsi un travail amorcĂ©, approfondi, ciselĂ© tout au long de la saison lyrique et symphonique Ă  Tours (on l’a remarquĂ© encore derniĂšrement fin janvier dernier, dans la superbe production de LakmĂ© de LĂ©o Delibes: VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours par Jodie Devos et Benjamin Pionnier).

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TOURS, Opéra. Concert R. Strauss et R. Wagnerboutonreservation
Samedi 4 mars 2017, 20h
Dimanche 5 mars 2017, 17h

Solistes :
Nikolai Schukoff, ténor
Isabelle Cals, soprano
Orch. Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Benjamin Pionnier, direction

CD, compte rendu. SONYA YONCHEVA : HAENDEL / HANDEL, Baroque Heroines (1 cd SONY classical, juin 2016)

yoncheva sonya baroque heroines heroines baroque cd sony classical de marchi cd review critique cd classiquenewsCD, compte rendu. SONYA YONCHEVA : Baroque Heroines (1 cd SONY classical, juin 2016). VOICI ASSUREMENT l’un des rĂ©citals lyriques de la soprano si sensuelle, Sonya Yoncheva, par ses plus convaincants : contre certains avis qui rĂ©cemment s’inquiĂ©taient de l’évolution de sa voix et des craintes sur une suractivitĂ© dommageable, celle qui en diva impĂ©riale, et qui chante actuellement sur les scĂšnes prestigieuses amĂ©ricaines et europĂ©ennes, essentiellement Verdi et Puccini, s’autorise ici pour SONY, un intermĂšde baroque. C’est une rĂ©ussite absolue qui en perspective de sa prochaine continuation heureuse de ses Mozart (Vitellia de La ClĂ©mence de Titus, cet Ă©tĂ© Ă  Baden Baden est un moment fortement attendu), confirme la plĂ©nitude de moyens plutĂŽt maĂźtrisĂ©s. La tournĂ©e annoncĂ©e de ce programme (pas de dates annoncĂ©es en France hĂ©las Ă  ce jour) devrait elle aussi ĂȘtre un cycle Ă  suivre. Pour l’heure, en maniĂšre de prĂ©lude, voici le disque qui lui est de toute beautĂ©s, vĂ©ritable collections d’incarnations saisissantes.

 

 

 

Alcina, Theodora, Agrippina, Didon

En italien et anglais, la diva Yoncheva affirme une grùce voluptueuse souvent irrésistible


 

SONYA YONCHEVA EN DIVA BAROQUE . Le dĂ©but du programme de ces 11 airs, met en avant l’intensitĂ© de l’incarnation au service des hĂ©roĂŻnes de Haendel, en particulier, sommet pour toutes cantatrices, tragiques et lyriques, Alcina (deux airs parmi les plus pathĂ©tiques et dĂ©chirants de l’opĂ©ra baroque du XVIIIĂš : Ah mio cor
 et Tornami a vagheggiar
 / plages 2 puis 4) : l’enchanteresse amoureuse, dĂ©munie, impuissante, mie Ă  nue face Ă  l’empire de l’amour qui la dĂ©passe trouve en Sonya Yoncheva, une interprĂšte ardente, mĂȘme si parfois, le texte est diluĂ© en une Ă©mission qui soigne essentiellement le poli et la tenue de la ligne (souveraine). Mais l’esprit et la chair du timbre – Ă  la couleur « callassienne » dans des aigus comme irradiĂ©s et puissants, s’imposent Ă  l’auditeur, jusqu’à la sidĂ©ration.

YONCHEVA-SONYA-soprano-diva-2017-portrait-agenda-clic-by-classiquenews-the_arts_sonya_yoncheva_0001_840x620Agrippina (Pensieri, voi mi tormentate!, plage 6) impose l’abattage d’une tragĂ©dienne blessĂ©e en ses derniers rĂąles fauves : la mĂšre de NĂ©ron affirme un tempĂ©rament de louve, furieuse autant que dĂ©truite. La cantatrice s’y montre plus proche du texte, honneur bafouĂ© d’une impĂ©ratrice mĂšre, totalement dĂ©vastĂ©e et tourmentĂ©e. Du grand art. D’autant qu’en sa partie centrale, le recitativo secco laisse entrevoir l’articulation dramatique d’une ancienne chanteuse d’abord passionnĂ©e d’affects baroques (articulation plus proche du texte). L’écho de cet air fulgurant, hallucinĂ© comme proche de la folie, cĂšde ensuite le pas au second de l’acte II : plus lĂ©ger et presque insouciant, exprimant une pause dans l’esprit d’une hĂ©roĂŻne fascinante par ses Ă©carts Ă©motionnels : Ogni vento.. fait surgir soudain, l’ñme amoureuse, plus contemplative, enivrĂ©e par sa propre sensualité  (plage 8).
Plus insouciante, juvĂ©nile et d’une fraĂźcheur agile, la ClĂ©opĂątre amoureuse de Non disperar, chi sa? minaude avec un tact percutant, oĂč c’est encore la ligne voluptueuse qui s’étoffe, palpite, se languit dĂ©licieusement, en un timbre rond et cuivrĂ© d’une absolue sĂ©duction (plage 7).

Avec le duo Theodora et Didymus, s’affirme une couleur renforcĂ©e dans la langue de Purcell : To thee, thou rĂ©alise cette sublimation de l’hĂ©roĂŻne embrasĂ©e par l’amour divin, prĂȘte au nom de Dieu Ă  mourir en martyr (plage 9) : avec le concours de celui qu’elle a convaincu dans la mort, son fiancĂ© Dydimus, chantĂ© par le mezzo ample et grave, recueilli et dramatique de Karine Deshayes : la fusion des deux timbres si typĂ©s, est idĂ©ale (respirations synchronisĂ©es superlatives).
handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerPour clore ce rĂ©cital rĂ©jouissant, deux sommets de la lyre tragique amoureuse de Haendel : deux visages de l’amour profane aprĂšs la transcendance sacrĂ©e permise dans Theodora. Son Almirena (Rinaldo) exprime la cristallisation de tous les sentiments d’extase et de ravissement possible ; oserions nous une seule rĂ©serve ? un manque parfois de sobriĂ©tĂ© dans l’élocution, idem pour les violons surornementĂ©s de l’orchestre par ailleurs excellent pilotĂ© par De Marchi. A ce stade, c’est que nous aimerions l’excellence, aux cĂŽtĂ©s de cette ligne aĂ©rienne, ciselĂ©e (parfaite reprise du Lascia ch’io pianga, Ă  la fois blessĂ©e et tellement digne, solarisĂ©e, grĂące Ă  ce timbre iridescent, et comme nous l’avons indiquĂ© prĂ©cĂ©demment « callassienne” ) ; la franchise dans l’émission des aigus, perce le coeur. L’adieu Ă  l’amour et Ă  la vie de Didon en son heure final (Dido and Aeneas de Purcell), fait enfin entendre cette intelligence du recitatif : une chair linguistique, voluptueuse qui mord dans les mots, oĂč l’extase d’amour se fait mort de dĂ©livrance. Quel style ! La finesse et la subtilitĂ©, la sobriĂ©tĂ© (enfin absolue) dans l’émission font surgir au delĂ  de la blessure profonde, gouffre amer et grave, la force morale de la suicidaire. RĂ©cital superlatif, Sonya Yoncheva est bien l’une des plus captivantes sopranos actuelles. A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2017.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. HANDEL / HAENDEL : SONYA YONCHEVA, soprano. Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. EnregistrĂ© en juin 2016 (Mondovi, Italie) – 1 cd SONY classical. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2017.

LILLE. L’Amour et la danse par Jean-Claude Casadesus, volet II

casadeus ugo ponte ONL DSC_0532LILLE. Jean-Claude Casadesus. L’Amour et la danse, II. 19-25 janvier 2017. Le volet 1 de ce cycle Ă©vĂ©nement, s’achevait avec la derniĂšre note, lumineuse, soutenu au piccolo, celle de l’espĂ©rance aprĂšs la dĂ©flagration d’une impitoyable machine Ă  broyer, prĂ©cipitant la mort de RomĂ©o et de Juliette (version Prokofiev : lire notre compte rendu du concert L’Amour et la danse I, le 1er dĂ©cembre 2016). Dans ce volet 2, Jean-Claude Casadesus retrouve ses chers instrumentistes de l’Orchestre national de Lille, abordant d’autres rivages oĂč la danse lĂ  encore, inspire d’étonnants mondes symphoniques. C’était le cas du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, c’est assurĂ©ment la nature partagĂ©e du PoĂšme de l’Extase – crĂ©Ă© Ă  New York en mars 1907, d’un Scriabine (1872 – 1915) aux confins des constellations visibles et connues : l’écriture orchestrale Ă©tant pour lui, le moyen et la langue d’une exploration sonore jamais tentĂ©e avant lui. Sensuel et mystique, le moscovite Scriabine rĂ©alise alors, l’un de ses poĂšmes pour orchestre les plus inspirĂ©s et les plus personnels, emblĂ©matique de toute sa recherche spirituelle
 D’abord imaginĂ© comme sa possible 4Ăš Symphonie, le PoĂšme de l’extase qui prĂ©cĂšde PromĂ©thĂ©e (1909), appartient aux derniers drames symphoniques de Scriabine qui ensuite jusqu’à sa mort en 1915, ce composera plus que pour l’instrument dont il est virtuose, le piano.

 

 

 

casadesus_603x380 Ugo ponte ONL

 

 

scriabine alexandre portrait SkriabinLe PoĂšme de l’extase (inititalement intitulĂ© « PoĂšme orgiaque »), reprend le concept messianique de la musique visionnaire et prophĂ©tique telle que l’a dĂ©fendu avant lui Wagner : la musique permet Ă  l’humanitĂ© d’accĂ©der Ă  un niveau de connaissance et de conscience, supĂ©rieur ; le compositeur Ă©tant le guide de cette quĂȘte spirituelle partagĂ©e. Le guide comme le catalyseur, celui qui en provoque l’accomplissement comme la rĂ©vĂ©lation. Dans le programme rĂ©digĂ© par ses soins, Scriabine prĂ©cise son intention :

«  Je vous appelle à la vie, forces mystérieuses,
NoyĂ©es dans les profondeurs obscures de l’esprit crĂ©ateur,
Timides Ă©bauches de la vie,
A vous, j’apporte l’audace. »

 

EN LIRE + : lire notre prĂ©sentation complĂšte du concert PoĂšme de l’Extase Ă  Lille, par Jean-Claude Casadeus et l’Orchestre national de Lille, 19-25 janvier 2017

 

 

 

BEETHOVEN

Triple concerto pour violon, violoncelle et piano
Piano : François-FrĂ©dĂ©ric Guy‹Violon : Tedi Papavrami‹Violoncelle : Xavier Phillips

R. STRAUSS
Salomé : Danse de Salomé

SCRIABINE
Poùme de l’Extase

Orchestre national de Lille
Jean-Claude Casadesus, direction

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POÈME DE L’EXTASE
CYCLE L’AMOUR ET LA DANSE, ÉPISODE 2

Jeudi 19 janvier 2017, 20hboutonreservation
Vendredi 20 janvier 2017, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Programme repris ensuite :
Ă  Grande-Synthe, le 21 janvier 2017, 20h
Ă  La Rochelle, les 24 et 25 janvier 2017, 20h

AUTOUR DU CONCERT
LEÇON DE MUSIQUE
Avec HÚctor Parra, compositeur en résidence
“Des sons et des couleurs en musique”
Jeu 19 & Ven 20 Janv. 19h
(EntrĂ©e libre, muni d’un billet)

—

CONCERT FLASH 12H30
Avec François-Frédéric Guy, Tedi Papavrami et Xavier Phillips
“L’art du trio”
Beethoven ‱ Schumann
Ven 20 Janv. 12h30
(De 5 à 10 €)

Toutes les infos, les ressources sur le programme, sur le site de l’Orchestre national de Lille

http://www.onlille.com/event/201615-poeme-extase-beethoven-strauss-lille/

 

Concert Beethoven Ă  Saintes

Saintes cite musicale, abaye aux dames annonce concert classiquenews abbatiale-facade-724x521SAINTES. Concert Beethoven, mercredi 8 fĂ©vrier 2017. L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es joue deux oeuvres emblĂ©matiques de la « rĂ©volution » BeethovĂ©nienne,celle qui voit s’affirmer le gĂ©nie romantique au dĂ©but des annĂ©es 1810, quand l’Europe subit les assauts de l’ogre NapolĂ©on : la dansante et trĂ©pidante symphonie n°8 et le Concerto n°5 pour piano et orchestre, « L’Empereur ». Ayant en rĂ©sidence le prodigieux Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA : voir notre reportage vidĂ©o spĂ©cial 20 ans du JOA), phalange Ă©cole sur instruments d’époque, la citĂ© musicale Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes renforce annĂ©e aprĂšs annĂ©e, sa trĂšs forte tradition symphonique, de surcroĂźt sur instruments anciens. A la justesse expressive et stylistique, les musiciens apportent aussi le format originel d’un orchestre proche de celui qu’aurait pu connaĂźtre et diriger le compositeur Ă  Vienne : rien ne remplace l’acuitĂ© mordante et la saveur trĂšs caractĂ©risĂ©e des clarinettes, hautbois d’époque, ni les attaques et le son nerveux des cordes sur boyaux
 Ce 8 fĂ©vrier 2017, l’Abbaye accueille l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, familier des voĂ»tes mĂ©diĂ©vales de Saintes. En complicitĂ© avec le pianofortiste Eric Lesage, les instrumentistes abordent deux continents du monde BeethovĂ©nien, dans deux formes captivantes : la symphonie et le concerto.

Beethoven_Hornemann-500-carreESPRITS DE CONQUETE
 Printemps 1809. A l’époque oĂč NapolĂ©on prend les armes quand l’Autriche, alliĂ©e de l’Angleterre, envahit la BaviĂšre, Beethoven compose son Concerto n°5 : il ne s’agit pas d’un hommage Ă  Bonaparte, « l’usurpateur », ni mĂȘme Ă  Franz Ier, que Beethoven n’estime pas davantage. Mais, le ton Ă  Vienne Ă©tant au patriotisme (car il faut venger Austerlitz), Ludwig emprunte en rĂ©sonance avec le contexte guerrier, un souffle Ă©pique et transcendant, en particulier dans la partie de piano, d’une allure folle, majestueuse, rhapsodique, dĂšs le dĂ©but. L’ambition voire l’orgueil du compositeur se manifeste clairement dans une exploitation inĂ©dite des combinaisons harmoniques possibles dans un format piano/orchestre. Pour marquer l’ampleur du propos, l’Allegro premier se dĂ©ploie sur 600 mesures. Rien de moins. L’Empereur marque pourtant un temps de dĂ©solation pour Vienne dont toute l’aristocratie doit quitter le coeur urbain car NapolĂ©on marche sur la citĂ© impĂ©rial
 On sait que Beethoven ne pouvant fuir Ă  temps, se rĂ©fugie dans la cave de son frĂšre Caspar Carl, coussins sur sa pauvre tĂȘte et contre ses oreilles pour ne pas subir les dĂ©flagrations sonores dans le conduit auditif (terribles acouphĂšnes). L’oeuvre si moderne, vĂ©ritable pont tendu vers l’avenir, est crĂ©e Ă  Vienne en fĂ©vrier 1812. La premiĂšre Ă©dition porte la dĂ©dicace Ă  son patron vĂ©nĂ©rĂ©, l’Archiduc Rudolph.

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3UNE SYMPHONIE BIEN INSOLENTE
 Le seul dĂ©faut de la 8Ăšme Symphonie est de se situer entre les chefs d’oeuvres que sont la 7Ăš et la 9Ăš. Or crĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1814, « ma petite symphonie » comme l’appelle affectueusement Beethoven, ouvre bien des perspectives et outrepasse encore et encore bien des conventions formelles. Son titre pourrait ĂȘtre l’insoumise ou l’insolente, avec Ă  la clĂ©, rĂ©vĂ©rence Ă  papa Haydn, mort rĂ©cemment (pendant le siĂšge de Vienne par les troupes napolĂ©oniennes, le 31 mai 1809), une facĂ©tie franche qui cultive l’audace (en particulier dans le dernier mouvement (rĂšgles de modulation instables dans le dernier mouvement ; allegretto scherzando en place du mouvement habituel modĂ©rĂ© oĂč Beethoven utilise, -et en joue, le tic-tac du mĂ©tronome que Maelzel vient de mettre au point
 sans omettre le chant des cordes graves qui expriment a contrario la mĂ©canique allant vers le chaos
). Beethoven serait ainsi le premier Ă  utiliser sciemment les indications mĂ©tronomiques de Maelzel, soucieux de toujours maintenir la tension dans ses oeuvres dont les indications parfois Ă©tonnantes quant Ă  leur vĂ©locitĂ© / cĂ©lĂ©ritĂ©, sont autographes. La pulsion, l’électricitĂ©, la lĂ©gĂšretĂ©. rien de tel pour stimuler le jeu des instrumentistes, comme l’attention des publics
 Concert Beethoven Ă©vĂ©nement.

 

 

 

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SAINTES, Abbaye aux Damesboutonreservation
Mercredi 8 février 2017, 20h30
Concert Ludwig van Beethoven

Concerto pour piano n°5, L’Empereur
opus 73 en mi bémol majeur

Symphonie n°8
en fa majeur opus 93

Orchestre des Champs-Elysées
Eric Le Sage, pianoforte

 

 

 

Toutes les infos, rĂ©servez votre place sur le site de l’Abbaye aux Dames, la citĂ© musicale, Saintes
http://www.abbayeauxdames.org/agenda/evenements/orchestre-champs-elysees/

 

 

 

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Saintes, abbaye aux dames

Votre séjour à Saintes

 

Séjour à Saintes, Abbaye aux Dames, la cité musicale

saintes_porte_abbayeTout au long de l’annĂ©e, sĂ©journez Ă  Saintes Ă  l’occasion d’un concert dans l’Abbaye. Les chambres sont amĂ©nagĂ©es dans les anciennes cellules des moniales. Petit dĂ©jeuner sur place possible. Pour toute location d’une chambre dans l’Abbaye, rĂ©duction de 5% Ă  la boutique de l’Abbaye (l’Abboutique : cd, livres, produits rĂ©gionaux
), rĂ©duction sur la visite du site, tarif adhĂ©rent pour l’achat d’une place de concert. TĂ©lĂ©phone rĂ©servation chambres : 05 46 97 48 33 (classement Ă©tablissement hĂŽtelier : catĂ©gorie 1 Ă©toile). Standard gĂ©nĂ©ral de l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes : 05 46 97 48 48. Offre spĂ©ciale Saint-Valentin 2014 : le concert et la chambre Ă  Saintes, les 14 ou 15 fĂ©vrier 2014 : 100 euros (pour 2 personnes) : rĂ©servations au 05 46 97 48 48.

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Abbaye aux Dames, ‹la citĂ© musicale, Saintes
11, place de l’Abbaye‹CS 30125‹17104 SAINTES CEDEX
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L’extase par Jean-Claude Casadesus

casadeus ugo ponte ONL DSC_0532LILLE. Jean-Claude Casadesus. L’Amour et la danse, II. 19-25 janvier 2017. Le volet 1 de ce cycle Ă©vĂ©nement, s’achevait avec la derniĂšre note, lumineuse, soutenu au piccolo, celle de l’espĂ©rance aprĂšs la dĂ©flagration d’une impitoyable machine Ă  broyer, prĂ©cipitant la mort de RomĂ©o et de Juliette (version Prokofiev : lire notre compte rendu du concert L’Amour et la danse I, le 1er dĂ©cembre 2016). Dans ce volet 2, Jean-Claude Casadesus retrouve ses chers instrumentistes de l’Orchestre national de Lille, abordant d’autres rivages oĂč la danse lĂ  encore, inspire d’étonnants mondes symphoniques. C’était le cas du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, c’est assurĂ©ment la nature partagĂ©e du PoĂšme de l’Extase – crĂ©Ă© Ă  New York en mars 1907, d’un Scriabine (1872 – 1915) aux confins des constellations visibles et connues : l’écriture orchestrale Ă©tant pour lui, le moyen et la langue d’une exploration sonore jamais tentĂ©e avant lui. Sensuel et mystique, le moscovite Scriabine rĂ©alise alors, l’un de ses poĂšmes pour orchestre les plus inspirĂ©s et les plus personnels, emblĂ©matique de toute sa recherche spirituelle
 D’abord imaginĂ© comme sa possible 4Ăš Symphonie, le PoĂšme de l’extase qui prĂ©cĂšde PromĂ©thĂ©e (1909), appartient aux derniers drames symphoniques de Scriabine qui ensuite jusqu’à sa mort en 1915, ce composera plus que pour l’instrument dont il est virtuose, le piano.

 

 

 

casadesus_603x380 Ugo ponte ONL

 

 

scriabine alexandre portrait SkriabinLe PoĂšme de l’extase (inititalement intitulĂ© « PoĂšme orgiaque »), reprend le concept messianique de la musique visionnaire et prophĂ©tique telle que l’a dĂ©fendu avant lui Wagner : la musique permet Ă  l’humanitĂ© d’accĂ©der Ă  un niveau de connaissance et de conscience, supĂ©rieur ; le compositeur Ă©tant le guide de cette quĂȘte spirituelle partagĂ©e. Le guide comme le catalyseur, celui qui en provoque l’accomplissement comme la rĂ©vĂ©lation. Dans le programme rĂ©digĂ© par ses soins, Scriabine prĂ©cise son intention :

«  Je vous appelle à la vie, forces mystérieuses,
NoyĂ©es dans les profondeurs obscures de l’esprit crĂ©ateur,
Timides Ă©bauches de la vie,
A vous, j’apporte l’audace. »

 

EN LIRE + : lire notre prĂ©sentation complĂšte du concert PoĂšme de l’Extase Ă  Lille, par Jean-Claude Casadeus et l’Orchestre national de Lille, 19-25 janvier 2017

 

 

 

BEETHOVEN

Triple concerto pour violon, violoncelle et piano
Piano : François-FrĂ©dĂ©ric Guy‹Violon : Tedi Papavrami‹Violoncelle : Xavier Phillips

R. STRAUSS
Salomé : Danse de Salomé

SCRIABINE
Poùme de l’Extase

Orchestre national de Lille
Jean-Claude Casadesus, direction

______________________

POÈME DE L’EXTASE
CYCLE L’AMOUR ET LA DANSE, ÉPISODE 2

Jeudi 19 janvier 2017, 20hboutonreservation
Vendredi 20 janvier 2017, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Programme repris ensuite :
Ă  Grande-Synthe, le 21 janvier 2017, 20h
Ă  La Rochelle, les 24 et 25 janvier 2017, 20h

AUTOUR DU CONCERT
LEÇON DE MUSIQUE
Avec HÚctor Parra, compositeur en résidence
“Des sons et des couleurs en musique”
Jeu 19 & Ven 20 Janv. 19h
(EntrĂ©e libre, muni d’un billet)

—

CONCERT FLASH 12H30
Avec François-Frédéric Guy, Tedi Papavrami et Xavier Phillips
“L’art du trio”
Beethoven ‱ Schumann
Ven 20 Janv. 12h30
(De 5 à 10 €)

Toutes les infos, les ressources sur le programme, sur le site de l’Orchestre national de Lille

http://www.onlille.com/event/201615-poeme-extase-beethoven-strauss-lille/

 

ChimÚne de Sacchini, recréée

Antonio_SacchiniSt-Quentin (78): les 13, 14 janvier 2017. Sacchini: ChimĂšre par l’ARCAL. Bien que nĂ© Florentin, le jeune Antonio Sacchini est remarquĂ© par le napolitain Durante qui souhaite en faire le plus grand compositeur de son siĂšcle. Rien de moins. DĂ©fi relevĂ© et en France principalement. PassĂ© par Venise, professeur de chant pour Nancy Storace, la soprano vedette si tendrement aimĂ© de Mozart
, puis en Allemagne, surtout Ă  Londres oĂč il se rapproche de Tratetta (autre napolitain), Sacchini ne tarde pas Ă  s’imposer par son Ă©loquence europĂ©enne, une Ă©criture brillante, raffinĂ©e qui s’autorise comme chez Mozart, une profondeur prĂ©romantique, prĂ©sente aussi dans son opĂ©ra Renaud- premier opĂ©ra parisien de Sacchini (Ă©galement crĂ©Ă© en 1783), qu’a rĂ©vĂ©lĂ© le jeune chef Bruno Procopio Ă  Rio de Janeiro en 2015, avec la sensibilitĂ© et l’ardeur expressive dont a rendu compte alors classiquenews.com : VOIR notre reportage vidĂ©o RENAUD de Sacchini par Bruno Procopio (juin 2015).

 

SACCHINI A PARIS
 EndettĂ© Ă  Londres, Sacchini Ă  51 ans, en 1781, l’invitation de la Cour de France afin d’y affirmer la supĂ©rioritĂ© des Napolitains contre Gluck : de fait Sacchini bĂ©nĂ©ficie des intrigues des dĂ©fenseurs de son confrĂšre Piccinni, autre Napolitain invitĂ© par Marie-Antoinette, qui avait auparavant dĂ©velopper les arguments de l’opĂ©ra italien en France. Renaud comme ChimĂšne crĂ©Ă©s tous deux en 1783 devant la Cour, illustrent cet Ă©clectisme virtuose, brillant, nĂ©o classique et donc prĂ©romantique qui germe et croĂźt en France dans les derniĂšres annĂ©es de la monarchie.
Audacieux voire expĂ©rimental, Sacchini « ose » proposer une nouvelle mouture du Dardanus de Rameau : Ă©chec retentissant. Puis c’est ƒdipe Ă  Colone en 1786, porteur de la mĂȘme ampleur Ă©motionnelle aux cĂŽtĂ©s de son style international post gluckiste : nouvelle Ă©chec. Mais dĂšs sa reprise en 1787, l’ouvrage ultime de Sacchini d’aprĂšs le mythe antique saisit l’audience et est jouĂ© sans faiblir jusqu’en 1844, soit 583 fois : un record absolu qui enthousiasme encore Berlioz, lui-mĂȘme ardent Gluck. Triomphe posthume car Sacchini Ă©tait mort brutalement en 1786 (Ă  56 ans).

 

 

La tragĂ©die lyrique telle que l’a souhaitĂ©e Marie-Antoinette

 

 

Gluck Ă  Paris (1774-1779)UN ITALIEN RENOUVELLE LA TRAGEDIE LYRIQUE
 L’ARCAL choisit de ressusciter ChimĂšne de 1783, chantĂ© en Français. Ouvrage majeur comme Renaud, rĂ©vĂ©lant le mĂ©tier d’un compositeur Ă  la fois raffinĂ© et brillant, invitĂ© Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer les vieilles formes thĂ©Ăątrales françaises. Sacchini traite d’une forme conventionnelle Ă  bout de souffle, la tragĂ©die lyrique, hĂ©ritĂ©e de Lully au XVIIĂš (un Florentin comme lui). Le genre es tle plus ambitieux en France car il exige de fusionner les disciplines du thĂ©Ăątre en un seul spectacle : chant, danse, machinerie,
 Sacchini apporte la virtuositĂ© italienne au format lyrique français, rĂ©pondant ainsi au goĂ»t de la jeune Marie-Antoinette, devenue reine de France en 1774, 9 annĂ©es auparavant : entretemps, le germanique Gluck a rĂ©alisĂ© une rĂ©forme totale de l’opĂ©ra français, imposant la nĂ©cessitĂ© dramatique et la seule cohĂ©rence comme esthĂ©tique, contre les dĂ©rives de la pure virtuositĂ©. L’imagination de Sacchini rĂ©Ă©calire le mythe des amours maudites entre Rodrigue « Le Cid » et son aimĂ©e ChimĂšne : l’opĂ©ra s’inspire de la piĂšce de Pierre Corneille, crĂ©Ă©e un siĂšcle avant Sacchini, en janvier 1637.

marie antoinette versailles France royaute marie-antoinetteL’OPERA en France aprĂšs Gluck, favorisĂ© par Marie-Antoinette… La production portĂ©e par l’Arcal apporte ainsi un Ă©clairage particulier sur les transformations du spectacle en France Ă  la fin du XVIIIĂš : Ă©poque charniĂšre dite des LumiĂšres et « nĂ©oclassique », ou encore prĂ©romantique, propre aux annĂ©es 1780, oĂč Ă  l’époque des futures convulsions historiques, rĂ©volutionnaires (fin de la monarchie et des Bourbons au XVIIIĂš), le genre lyrique s’enrichit considĂ©rablement Ă  la Cour de France de la venue des « étrangers », depuis Gluck. Une prĂ©sence Ă©trangĂšre, cultivĂ©e par la reine Marie-Antoinette, l’autrichienne Ă  Versailles. La production 2017 de l’Arcal profite de l’engagement des interprĂštes : le chef et violoniste Julien Chauvin (crĂ©ateur malheureux de son orchestre sur instruments anciens : Le Concert de la loge, qu’il avait intitulĂ©e avant le recours juridique du ComitĂ© Olympique, La Loge Olympique). Ayant perdu son identitĂ© Olympique sous des pressions juridiques aberrantes – on ne voit bien comment un orchestre intitulĂ© « Olympique » pourrait faire de l’ombre Ă  l’Olympisme sportif
, l’orchestre reprend donc du service pour l’Arcal, compagnie lyrique nationale, aprĂšs avoir dĂ©fendu les dĂ©lices d’Armida de Joseph Haydn. C’est aussi la metteure en scĂšne Sandrine Anglade dont la spĂ©cialisation reconnue du thĂ©Ăątre de Pierre Corneille devrait apporter une vision spĂ©cifique sur le mythe de ChimĂšne et du Cid
 en particulier dans l’opĂ©ra de Sacchini qui opĂšre une rĂ©duction / simplification de la piĂšce originelle, passant de 5 actes (Corneille) Ă  3 actes (livret de Guillard). La compagnie nationale ARCAL confirme son engagement dans l’exploration du thĂ©Ăątre lyrique en France, Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, entre baroque, nĂ©oclassicisme et prĂ©romantisme, c’est Ă  dire dans la pĂ©riode riche en mutations propre aux annĂ©es 1780.

 

 

 

SYNOPSIS

 

 


Acte I. Devoir et amour Ă  SĂ©ville : le dilemme Ă©treint le coeur des deux amoureux : Rodrigue et ChimĂšne. Le premier a tuĂ© le pĂšre de la seconde, son aimĂ©e. Ainsi l’amour raille les enjeux politiques : et quand Rodrigue devant ChimĂšne lui demande de le frapper pour qu’elle se venge la mort du pĂšre, la jeune femme s’écroule. Et le chasse.
Acte II. Contre les Maures musulmans, Rodrigue mĂšne les troupes du roi. Il triomphe. Mais blessĂ©e, inconsolable, ChimĂšne dĂ©signe son nouveau dĂ©fenseur, celui qui tuera puisqu’elle en est incapable, Rodrigue, Don Sanche (qui aime aussi ChimĂšne).
Acte III. Le pardon. Rodrigue ne peut vivre sans l’amour de ChimĂšne. Il lui promet de se soumettre et de mourir de sa main. Le duel Rodrigue, Sanche a lieu : en voyant Ă  son issue, Sanche revenir vivant, ChimĂšne croit Ă  la mort de son aimĂ©. Rien de tel : Rodrigue a Ă©pargnĂ© le vaincu. ChimĂšne qui a avouĂ© ses vrais sentiments pour Rodrigue, peut s’unir Ă  lui car elle avait promis d’épouser le vainqueur du combat.

La force du drame tient au tiraillement cornĂ©lien : amour contre devoir. Rodrigue a tuĂ© le pĂšre de ChimĂšne (Don GomĂšs) pour rĂ©pondre au voeu de son propre pĂšre (Don DiĂšgue). Mais ChimĂšne par devoir pour son pĂšre en symĂ©trie, souhaite la mort de Rodrigue qui l’a tuĂ©. La fille et le fils pourront-ils se dĂ©faire de la loi des familles et du code de la vengeance ? La situation pose aussi l’opposition entre libertĂ© personnelle et soumission Ă  la loi familiale et Ă  ce qu’impose la filiation.

Ce qui fait aussi la valeur de la piĂšce, c’est la beautĂ© des vers de Corneille :

Va, je ne te hais point.
Nous partßmes cinq cents ; mais par un prompt renfort  / Nous nous vßmes trois mille en arrivant au port.
Et le combat cessa faute de combattants.
L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir.
Le trop de confiance attire le danger.
Aux Ăąmes bien nĂ©es, La valeur n’attend point le nombre des annĂ©es.
Tu t’es, en m’offensant, montrĂ© digne de moi ; Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

L’opĂ©ra de Sacchini en propose une transformation, selon le goĂ»t des contemporains de Marie-Antoinette, dictĂ©e par les rĂšgles de la prosodie spĂ©cifique au chant lyrique. Il en dĂ©coule un ouvrage d’une virtuositĂ© lyrique habile, servant le drame resserrĂ© du librettiste.

 

 

 

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sacchini-antonio-582Antonio Sacchini : ChimÚne ou le Cid, créé à Fontainebleau en 1783
Livret de Guillard d’aprĂšs Corneille — recrĂ©ation prĂ©sentĂ©e par l’ARCAL, compagnie national de thĂ©Ăątre lyrique et musical (direction : Catherine Kollen)

Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, directio
Mise en scĂšne : Sandrine Anglade
DurĂ©e : environ 2h – spectacle sans fosse
Opéra chanté en Français

 

 

5 représentations

 

 

Saint-Quentin en Yvelines (78).
Théùtre nationale : les 13 et 14 janvier 2017 :

réservez votre place

Puis,
Massy, Opéra. Le 14 mars 2017
Herblay, Théùtre R. Barat. Les 25 et 27 mars 2017

 

 

Jean-Claude Casadesus joue Scriabine

casadeus ugo ponte ONL DSC_0532LILLE. Jean-Claude Casadesus. L’Amour et la danse, II. 19-25 janvier 2017. Le volet 1 de ce cycle Ă©vĂ©nement, s’achevait avec la derniĂšre note, lumineuse, soutenu au piccolo, celle de l’espĂ©rance aprĂšs la dĂ©flagration d’une impitoyable machine Ă  broyer, prĂ©cipitant la mort de RomĂ©o et de Juliette (version Prokofiev : lire notre compte rendu du concert L’Amour et la danse I, le 1er dĂ©cembre 2016). Dans ce volet 2, Jean-Claude Casadesus retrouve ses chers instrumentistes de l’Orchestre national de Lille, abordant d’autres rivages oĂč la danse lĂ  encore, inspire d’étonnants mondes symphoniques. C’était le cas du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, c’est assurĂ©ment la nature partagĂ©e du PoĂšme de l’Extase – crĂ©Ă© Ă  New York en mars 1907, d’un Scriabine (1872 – 1915) aux confins des constellations visibles et connues : l’écriture orchestrale Ă©tant pour lui, le moyen et la langue d’une exploration sonore jamais tentĂ©e avant lui. Sensuel et mystique, le moscovite Scriabine rĂ©alise alors, l’un de ses poĂšmes pour orchestre les plus inspirĂ©s et les plus personnels, emblĂ©matique de toute sa recherche spirituelle
 D’abord imaginĂ© comme sa possible 4Ăš Symphonie, le PoĂšme de l’extase qui prĂ©cĂšde PromĂ©thĂ©e (1909), appartient aux derniers drames symphoniques de Scriabine qui ensuite jusqu’à sa mort en 1915, ce composera plus que pour l’instrument dont il est virtuose, le piano.

 

 

 

casadesus_603x380 Ugo ponte ONL

 

 

scriabine alexandre portrait SkriabinLe PoĂšme de l’extase (inititalement intitulĂ© « PoĂšme orgiaque »), reprend le concept messianique de la musique visionnaire et prophĂ©tique telle que l’a dĂ©fendu avant lui Wagner : la musique permet Ă  l’humanitĂ© d’accĂ©der Ă  un niveau de connaissance et de conscience, supĂ©rieur ; le compositeur Ă©tant le guide de cette quĂȘte spirituelle partagĂ©e. Le guide comme le catalyseur, celui qui en provoque l’accomplissement comme la rĂ©vĂ©lation. Dans le programme rĂ©digĂ© par ses soins, Scriabine prĂ©cise son intention :

«  Je vous appelle à la vie, forces mystérieuses,
NoyĂ©es dans les profondeurs obscures de l’esprit crĂ©ateur,
Timides Ă©bauches de la vie,
A vous, j’apporte l’audace. »

 

EN LIRE + : lire notre prĂ©sentation complĂšte du concert PoĂšme de l’Extase Ă  Lille, par Jean-Claude Casadeus et l’Orchestre national de Lille, 19-25 janvier 2017

 

 

 

BEETHOVEN

Triple concerto pour violon, violoncelle et piano
Piano : François-FrĂ©dĂ©ric Guy‹Violon : Tedi Papavrami‹Violoncelle : Xavier Phillips

R. STRAUSS
Salomé : Danse de Salomé

SCRIABINE
Poùme de l’Extase

Orchestre national de Lille
Jean-Claude Casadesus, direction

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POÈME DE L’EXTASE
CYCLE L’AMOUR ET LA DANSE, ÉPISODE 2

Jeudi 19 janvier 2017, 20hboutonreservation
Vendredi 20 janvier 2017, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Programme repris ensuite :
Ă  Grande-Synthe, le 21 janvier 2017, 20h
Ă  La Rochelle, les 24 et 25 janvier 2017, 20h

AUTOUR DU CONCERT
LEÇON DE MUSIQUE
Avec HÚctor Parra, compositeur en résidence
“Des sons et des couleurs en musique”
Jeu 19 & Ven 20 Janv. 19h
(EntrĂ©e libre, muni d’un billet)

—

CONCERT FLASH 12H30
Avec François-Frédéric Guy, Tedi Papavrami et Xavier Phillips
“L’art du trio”
Beethoven ‱ Schumann
Ven 20 Janv. 12h30
(De 5 à 10 €)

Toutes les infos, les ressources sur le programme, sur le site de l’Orchestre national de Lille

http://www.onlille.com/event/201615-poeme-extase-beethoven-strauss-lille/

 

CD. compte rendu, critique. PAUL KLETZKI : Symphonie n°2 (Rösner, 1 cd Musiques-suisses, 2016)

kletzki paul par thomas rosner symphonie n 2 review compte rendu cd classiquenewsCD. compte rendu, critique. PAUL KLETZKI : Symphonie n°2 (Rösner, 1 cd Musiques-suisses, 2016). Thomas Rösner est un chef bien connu des Français qui ont pu apprĂ©cier son tempĂ©rament sur le mĂ©tier orchestral, fĂ©dĂ©rateur dans la grande forme, dĂ©taillĂ©, artisan de la couleur et des accents tĂ©nus malgrĂ© une ampleur philharmonique (La Ville Morte de Korngold, partition flamboyante entre Wagner, Lehar et Richard Strauss dont il avait su exprimer Ă  Nantes l’intĂ©rioritĂ© toute debussyste, riche en Ă©clats psychanalytiques pour Angers Nantes OpĂ©ra — mars 2015). Le jeune maestro mĂšne une carriĂšre que CLASSIQUENEWS accompagne depuis lors : sachant nourrir l’allant organique malgrĂ© souvent une Ă©criture trĂšs fournie comme c’est le cas ici, Thomas Rösner sait dĂ©tailler sans perdre la tension dramatique globale. C’est donc un architecte d’une infinie prĂ©cision (dĂšs le premier mouvement de la Symphonie n°2 de 1928, Ă  la fois nĂ©oclassique et expĂ©rimentale du compositeur et chef Paul Kletzki). La sonoritĂ© pleine et hĂ©doniste, ne s’épargne aucune coloration plus intĂ©rieure mĂȘme introspective, atteignant souvent une grandeur lyrique tout en mesure et nuance. L’éloquence sensuelle de l’orchestre polonais NSOPO, Orchestre Symphonique de la Radio Polonaise rend compte d’une Ă©criture souvent passionnante en rien « bavarde » ni dĂ©monstrative, mais qui sait a contrario, exprimer en une versatilitĂ© filigranĂ©e, une riche interrogation oĂč jaillit par bribes finement dessinĂ©es violon solo, clarinette, hautbois, flĂ»te
 d’allusifs Ă©pisodes qui brillent les facettes d’une intimitĂ© scintillante, 
 autant de qualitĂ©s d’une lecture essentiellement intĂ©rieure qui assure la rĂ©ussite du dernier Ă©pisode du trĂšs long premier mouvement I (Allegro con fuoco de plus de 18mn).

On apprĂ©cie de la mĂȘme maniĂšre le jeu d’équilibre tĂ©nu trĂšs finement brossĂ© dans le second mouvement (Andante sostenuto), qui s’autorise une Ă©chappĂ©e plus rugueuse et Ăąpre
 puis Ă  4’29 : l’ombre s’épaissit, dessinant un paysage aux rĂ©sonances plus brumeuses et rĂȘveuse oĂč s’affirme comme dans le I, une sonoritĂ© ample, dĂ©taillĂ©e, claire, admirablement tenue dans les derniers accords Ă©nigmatiques.

Dans le IIIĂš mouvement, la coupe prĂ©cise, droite, objective, extrĂȘmement claire et d’une parfaite mis en place sur un ton dĂ©terminĂ©, affirme un allant gĂ©nĂ©ral d’une motricitĂ© irrĂ©pressible, inexorable, soit un scherzo dont on loue la prĂ©cision quasi percussive, et d’une efficacitĂ© martiale. C’est du trĂšs grand mĂ©tier orchestral. Sa profondeur rend compte de la sensibilitĂ© spĂ©cifique de Paul Kletski dont l’activitĂ© de compositeur s’interrompre au dĂ©but des annĂ©es 1940, en raison de l’horreur de la barbarie nazie : nombre des membres de la famille du musicien ont Ă©tĂ© exterminĂ©s dans les camps de la mort.

KLECKI, PAUL 1965            © ERLING MANDELMANNLe troisiĂšme mouvement (Pesante) est le plus captivant Ă  notre avis, et dans le choix de la voix soliste, une claire volontĂ© de rĂ©inventer aprĂšs Mahler, le dĂ©veloppement symphonique : hypnotique, vĂ©nĂ©neux, d’une mĂ©lancolie impressionniste, c’est une sĂ©quence d’une rare cohĂ©rence sonore, suspendue Ă  la maniĂšre de Mahler (Chant de la Terre) et aussi de Korngold : du fait de l’intervention du baryton et du texte ainsi associĂ©s au dĂ©veloppement orchestral, Paul Kletzki compositeur rĂ©gĂ©nĂšre mĂȘme le tissu lyrico symphonique d’un Strauss (celui de La Femme sans ombre). Le rĂ©sultat est d’une totale originalitĂ© et mĂ©rite bien cet Ă©clairage qui vaut comme une rĂ©habilitation majeure. La fin est d’un classicisme souverain, subtilement canalisĂ© Ă  l’écoute du texte. L’intĂ©rĂȘt du programme, dĂ©jĂ  rĂ©el dans le choix de ce Kletski oubliĂ©, s’affirme davantage avec le morceau qui suit, et qui lui aussi, est d’un compositeur que la guerre a menĂ© pour se rĂ©fugier et fuir la barbarie galopante, en Suisse. La contemporanĂ©itĂ© des deux partitions (1928), et leur destin liĂ© Ă  deux figures des annĂ©es 1920, cimentent l’unitĂ© du programme.

CzesƂaw_MarekSublime rĂ©vĂ©lation, la Fantasia du Polonais Czeslaw Marek (1891-1985) est un rĂ©gal, d’autant magnifiĂ© par l’opulence intĂ©rieure et Ă©lĂ©gante que sait lui apporter le chef Thomas Rösner dans cette rĂ©alisation d’un impressionnisme quasi oriental et slave particulier. L’enregistrement permet de suivre pas Ă  pas chacun des volets de son dĂ©veloppement orchestral d’une flamboyance de timbres, souvent sidĂ©rante. Le sens de l’écoulement et du flux ininterrompu, Ă  la façon d’un ample mouvement symphonique d’un seul tenant, se rĂ©vĂšle ici, envoĂ»tant, irrĂ©pressible, grĂące Ă  l’intelligence et la finesse du maestro.

CLIC_macaron_2014Soit presque 28 mn, de souffle ample et surtout d’une calme et mĂ©lancolique voluptĂ© sonore dont l’équilibre et le souci de clartĂ© du chef sait piloter avec une finesse de ton, en tout point exemplaire. Comme il serait tentant ici de forcer l’expressivitĂ© de cette Ă©criture qui semble revisiter elle aussi, Richard Strauss, et Korngold et Szymanowski. A contrario Thomas Rösner convainc tout au long par une fabuleuse clartĂ© transparente, « objective » et d’une prĂ©cision parfaite qui rĂ©tablit et l’envoĂ»tante opalescence du tissu sonore et son flux quasi organique, s’achevant dans un murmure rĂ©pĂ©tĂ©, (en cela se refermant dans les accords du dĂ©but). La puissance liquide, le ton mystĂ©rieux, l’éblouissement continu qui naissent de l’écriture orchestrale, le raffinement inouĂŻ de l’orchestration associĂ© Ă  une inventivitĂ© mĂ©lodique (Roussel n’est pas loin) rĂ©vĂšle la qualitĂ© suprĂȘme de cette partition de 1928, comme elle confirme l’absolue sensibilitĂ©, elle aussi hautement musicale d’un excellent chef. Jeu expressif et nuancĂ© du chef, magistrale sonoritĂ© de l’orchestre, prise de son dĂ©taillĂ©e, surtout rĂ©vĂ©lation de deux partitions d’un grand plaisir symphonique : le disque reprend du galon grĂące Ă  cet album
 captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2017.

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CD, compte rendu, critique. Paul Kletzki (1900-1973) : Symphonie n°2; Czeslaw Marek (1891-1985) : Sinfonia – deux parittions de 1928. Nationales Symphonieorchester des Polnischen Rundfunks, Kattowitz; Marius Godlewski, baryton; Thomas Rösner, direction. 1 cd Musiques Suisses MGB CD 6289 /7613295408142 / d’infos sur le site du label Musiques-Suisses.ch :
https://www.musiques-suisses.ch/fr/Paul-Kletzki-Czeslaw-Marek/Sinfonie-Nr–2-Sinfonia/id/759

Oratorio de Noël

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachORATORIO DE NOËL… L’Opus BWV 248 de Jean-SĂ©bastien Bach est l’un des sommets liturgiques conçus par le compositeur baroque, directeur de la musique sacrĂ© Ă  Leipzig, pour le temps de NoĂ«l. L’ensemble, ambitieux et mĂȘme vaste, d’une durĂ©e totale de 2h30 environ, comprend six parties, parfaitement liĂ©es entre elles par un sujet unique, se dĂ©roulant avec cohĂ©rence de l’une Ă  l’autre. Bach a conçu le cycle pour les 6 jours de fĂȘte du temps de NoĂ«l 1734/1735. L’ensemble fut crĂ©Ă© dans les Ă©glises Thomaskirche et Nicolaikirche de Leipzig, sur un livret aujourd’hui attribuable Ă  Picander, mais sans vĂ©ritable preuves. Le fil conducteur est donnĂ© par le tĂ©nor qui raconte, narre, fidĂšle mĂ©diateur et rĂ©citant de l’histoire de la NativitĂ©, depuis le recensement de BĂ©thlĂ©em, jusqu’à l’adoration des mages. Chaque partie Ă©tait chantĂ©e, un jour aprĂšs l’autre, et non successivement en un tout continu, du 25 dĂ©cembre 1734, jour de NoĂ«l, jusqu’au 6 janvier 1735, pour l’Epiphanie. En dramaturge respectueux des Saintes Ă©critures (Passion de Saint-Mathieu et Passion de Saint-Luc), Bach qui a manifestement collaborĂ© au livret, et au choix des textes, structure musicalement son cycle liturgique en citant par intermittence les mĂȘmes familles d’instruments, d’un tableau Ă  l’autre : ainsi, le corps des trompettes en rĂ©, dans les parties I, III, VI.  Les parties I, II, III narrent la prochaine dĂ©livrance de Marie, la naissance de JĂ©sus (I) ; l’Annonciation aux bergers (II) ; l’invitation vers BethlĂ©em (II) ; la TroisiĂšme partie comporte l’air pour alto, le seul air original de l’Oratorio qui ne soit pas un rĂ©emploi d’une mĂ©lodie prise dans une cantate prĂ©cĂ©dente : un air oĂč Marie prend la parole et dĂ©clare “Renferme mon coeur ce doux miracle
” ; la circoncision (IV) : les mages d’Orient Ă  JĂ©rusalem et l’inquiĂ©tude d’HĂ©rode Ă  la nouvelle de la naissance de l’Enfant (V) ; la marche et l’adoration des mages (VI). Le cycle se termine par un choral de triomphe, entonnĂ© par la trompette dont la partie de soliste fut composĂ©e par Bach pour le virtuose Gottfried Reiche, l’un des musiciens de l’orchestre que le compositeur dirigeait Ă  Leipzig.

 

 

 

 

Oratorio de Noël : il est né le divin Enfant !

 

Piero della Francesca : la NativitĂ© et le chƓur des anges musiciens (DR)

 

 

 

Joyeux NoĂ«l et bonnes fĂȘtes

 

Hans Memling : l’Ange pacificateur (DR)

 

 

 

Ton Koopman joue l'Oratorio de Noël de JS Bach

 

Caravage : Le repos pendant la fuite en Egypte (DR)

 

 

 

CD, compte rendu critique. Orchestre d’Auvergne. Tchaikovsky, Sibelius (1 cd Aparte, 2016)

orchestre d auvergne cd review cd critique classiquenews Serenade-Opus-48-Voces-Intimae-Opus-56CD, compte rendu critique. Orchestre d’Auvergne. Tchaikovsky, Sibelius (1 cd Aparte, 2016). A Clermont-Ferrand oĂč a lieu le fameux Concours international de chant lyrique, rĂšgne aussi comme en tĂ©moigne ce disque Ă©loquent s’il en est, une pure et actuelle tradition symphonique. L’Orchestre d’Auvergne (phalange d’une vingtaine d’instrumentistes permanents, crĂ©Ă©e en 1981) signe ici un programme fondamental, – soit la base du rĂ©pertoire pour tout orchestre de cordes qui se respecte, rĂ©ussissant la dĂ©fense de deux Ɠuvres copieuses du rĂ©pertoire romantique et postromantique, mais en effectif choisi : uniquement les cordes pour la SĂ©rĂ©nade de Tchaikovsky, puis l’Opus 56 de Sibelius, deux volets d’un vrai dĂ©fi pour les instrumentistes soucieux de sonoritĂ© fluide et cohĂ©rente, comme d’écoute collective.

 

 

 

Deux sommets pour cordes seules
NuancĂ©, impliquĂ© : l’Orchestre d’Auvergne relĂšve le dĂ©fi

 

 

SERENADE de Tchaikovsky. A la fine caractĂ©risation de chaque sĂ©quence, – y compris les tableaux si disparates composant le premier mouvement « Pezzo en forma di Sonatina », les musiciens auvergnats savent allĂ©ger, colorer, nuancer, rĂ©vĂ©lant des dispositions d’unisson, prĂ©cises, cohĂ©rentes, aux phrasĂ©s articulĂ©s. A une certaine gravitĂ©, et profondeur (liĂ© au tempĂ©rament introspectif et intime de Piotr Illyitch), succĂšde deux sĂ©quences plus objectivement nerveuses et rythmiques : dont on comprend qu’elles aient Ă©tĂ© si apprĂ©ciĂ©es des chorĂ©graphes. DĂ©licatesse et chant des violoncelles comme des altos et violons, lesquels emportent avec la mĂȘme Ă©lĂ©gance la superbe Walzer. L’ElĂ©gie qui suit, Ă  la fois dĂ©licate et d’une fluiditĂ© inscrite dans la pudeur, se distingue tout autant : confession de l’intime, admirablement ciselĂ© grĂące Ă  un chef d’une sensibilitĂ© intĂ©rieure manifeste (Roberto ForĂ©s Veses, chef attitrĂ© de l’Orchestre d’Auvergne voilĂ  4 annĂ©es Ă  prĂ©sent, nommĂ© Ă  ce poste en 2012). L’impression d’une plĂ©nitude murmurĂ©e s’affirme encore dans le dernier “Finale / Tema Russo”, mais avec une Ă©loquence dont le flux organique rĂ©tablit l’allant d’une irrĂ©pressible ardeur. La tension palpable assure Ă  l’écoulement du dernier mouvement sa vive articulation (jeu de la rĂ©sonance, nettetĂ© des attaques, relief graphique des ornements
) oĂč se dĂ©ploie une opulence ronde et Ă©lastique. Jamais Ă©pais ni forcĂ©, le chant des cordes rĂ©alise ici un parcours Ă  la fois dĂ©terminĂ© et finement dessinĂ©. Du bel ouvrage.
Si la musique de Tchaikovsky tend Ă  une abstraction subjective, qui s’inscrit dans la psychĂ© mystĂ©rieuse et superbement pudique de son auteur, l’écriture de Sibelius veille Ă  l’efficacitĂ© resserrĂ©e du dĂ©veloppement formel et aussi Ă  l’expression la plus directe, de la splendide nature. Le vivace (2Ăš sĂ©quence) en serait la plage la plus palpitante, haletante mĂȘme, dont la vibration demeure emblĂ©matique de toute l’inspiration naturaliste du compositeur finnois. Et l’Adagio (3Ăš sĂ©quence) qui suit et la plus longue du cycle de 5 mouvements, soit plus de 9mn, dĂ©signerait quant Ă  elle, la trace d’un secret enfoui que le chant presque Ă©nigmatique et parfois Ăąpre de l’orchestre tend Ă  percer, sans jamais l’élucider vraiment. D’une belle envolĂ©e qui doit ĂȘtre aĂ©rienne, d’un pupitre Ă  l’autre, l’Allegretto convainc enfin par sa ductilitĂ© et sa lĂ©gĂšretĂ© (unissons lĂ  encore parfaits), y compris, surtout, dans ce bouillonnement trĂ©pidant qui conclut le mouvement.
La tenue des cordes, la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise, Ă©tonnamment jamais creuse du chef assurent la rĂ©ussite de ce programme plus qu’exigeant pour un orchestre de cordes seules : rĂ©vĂ©lateur de ses rĂ©elles performances. Pari relevĂ© pour l’Orchestre d’Auvergne au mieux de sa forme. A suivre.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Orchestre d’Auvergne / Roberto ForĂ©s Veses, direction.  Tchaikovsky (SĂ©rĂ©nade opus 48), Sibelius (Voces Intimae opus 56) / 1 cd Aparte, 2016.

 

 

PoĂšme de l’extase par Jean-Claude Casadesus

casadeus ugo ponte ONL DSC_0532LILLE. Jean-Claude Casadesus. L’Amour et la danse, II. 19-25 janvier 2017. Le volet 1 de ce cycle Ă©vĂ©nement, s’achevait avec la derniĂšre note, lumineuse, soutenu au piccolo, celle de l’espĂ©rance aprĂšs la dĂ©flagration d’une impitoyable machine Ă  broyer, prĂ©cipitant la mort de RomĂ©o et de Juliette (version Prokofiev : lire notre compte rendu du concert L’Amour et la danse I, le 1er dĂ©cembre 2016). Dans ce volet 2, Jean-Claude Casadesus retrouve ses chers instrumentistes de l’Orchestre national de Lille, abordant d’autres rivages oĂč la danse lĂ  encore, inspire d’étonnants mondes symphoniques. C’était le cas du ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, c’est assurĂ©ment la nature partagĂ©e du PoĂšme de l’Extase – crĂ©Ă© Ă  New York en mars 1907, d’un Scriabine (1872 – 1915) aux confins des constellations visibles et connues : l’écriture orchestrale Ă©tant pour lui, le moyen et la langue d’une exploration sonore jamais tentĂ©e avant lui. Sensuel et mystique, le moscovite Scriabine rĂ©alise alors, l’un de ses poĂšmes pour orchestre les plus inspirĂ©s et les plus personnels, emblĂ©matique de toute sa recherche spirituelle
 D’abord imaginĂ© comme sa possible 4Ăš Symphonie, le PoĂšme de l’extase qui prĂ©cĂšde PromĂ©thĂ©e (1909), appartient aux derniers drames symphoniques de Scriabine qui ensuite jusqu’à sa mort en 1915, ce composera plus que pour l’instrument dont il est virtuose, le piano.

Jean-Claude Casadesus interpùte Le Poùme de l’extase


Vers l’illumination orchestrale


Le PoĂšme de l’extase (inititalement intitulĂ© « PoĂšme orgiaque »), reprend le concept messianique de la musique visionnaire et prophĂ©tique telle que l’a dĂ©fendu avant lui Wagner : la musique permet Ă  l’humanitĂ© d’accĂ©der Ă  un niveau de connaissance et de conscience, supĂ©rieur ; le compositeur Ă©tant le guide de cette quĂȘte spirituelle partagĂ©e. Le guide comme le catalyseur, celui qui en provoque l’accomplissement comme la rĂ©vĂ©lation. Dans le programme rĂ©digĂ© par ses soins, Scriabine prĂ©cise son intention :

«  Je vous appelle à la vie, forces mystérieuses,
NoyĂ©es dans les profondeurs obscures de l’esprit crĂ©ateur,
Timides Ă©bauches de la vie,
A vous, j’apporte l’audace. »

skryabin scriabine alexandre scriabine piano orchestre extase, divinSCRIABINE : la musique de la transcendance… Ainsi le compositeur connectĂ© avec le Divin, suscite le moyen d’accĂ©der Ă  une conscience supĂ©rieure. Le drame musical qui en dĂ©coule d’abord Ă©laborĂ© sous la forme d’une symphonie en 4 mouvements, devient un seul continuum orchestral, avec prologue et Ă©pilogue. Le dĂ©roulement permet d’exposer plusieurs mĂ©lodies trĂšs reconnaissables, correspondant chacune Ă  un thĂšme / sentiment : langueur (flĂ»tes et violon solo dans le premier Andante languido), rĂȘve (clarinette), volontĂ©, envol (trompette, instrument soliste prĂ©sent en continu),
 L’écriture fascine en ce qu’elle fusionne rĂ©miniscences wagnĂ©riennes (tristanesques, harmoniquement audacieuses) et clartĂ© et transparence impressionnistes (Scriabine a connu et assimilĂ© la musique de Debussy).
La construction sousjacente expose le conflit, entre langueur suspendue, venimeuse, et affirmation, laquelle s’impose Ă  la fin, lumineuse, transcendante (accord final d’ut majeur), de sorte que par « extase », Scriabine entend non pas seule pĂ©roraison sur le plaisir orgiaque, mais dĂ©passement et mĂ©tamorphose grĂące au sens spirituel de l’art (ici de la musique). La fabuleuse tension Ă©nergique qui porte le dĂ©veloppement entier de l’unique mouvement, saisit d’emblĂ©e le spectateur : car tout l’orchestre (avec orgue final) est continument sollicitĂ© pour exprimer la transcendance ascensionnelle, voulue par Scriabine. De la texture riche, dense Ă  son dĂ©but, naĂźt l’accomplissement de la rĂ©vĂ©lation ultime


strauss richardAuparavant, avec Scriabine qui en est l’aboutissement attendu, Jean-Claude Casadesus dĂ©but le programme avec la complicitĂ© de 3 solistes : François-FrĂ©dĂ©ric Guy (piano), Tedi Papavrami (violon), Xavier Phillips (violoncelle),  - invitĂ©s Ă  un trĂšs sĂ©duisant jeu d’écoute collective et concertante (Triple Concerto de Beethoven). Ensuite, antichambre des effluves sensuelles mystiques de Scriabine, place – titre du cycle oblige, Ă  l’entĂȘtante expressionniste danse des 7 voiles, point culminant de la partition de Richard Strauss dans son opĂ©ra de jeunesse, SalomĂ©. Strauss est avec Sibelius et Mahler, le plus grand symphoniste du dĂ©but du XXĂš, et cette sĂ©quence flamboyante l’atteste sans dĂ©tours.

BEETHOVEN
Triple concerto pour violon, violoncelle et piano
Piano : François-FrĂ©dĂ©ric Guy‹Violon : Tedi Papavrami‹Violoncelle : Xavier Phillips

R. STRAUSS
Salomé : Danse de Salomé

SCRIABINE
Poùme de l’Extase

Orchestre national de Lille
Jean-Claude Casadesus, direction

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POÈME DE L’EXTASE
CYCLE L’AMOUR ET LA DANSE, ÉPISODE 2

Jeudi 19 janvier 2017, 20hboutonreservation
Vendredi 20 janvier 2017, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Programme repris ensuite :
Ă  Grande-Synthe, le 21 janvier 2017, 20h
Ă  La Rochelle, les 24 et 25 janvier 2017, 20h

AUTOUR DU CONCERT
LEÇON DE MUSIQUE
Avec HÚctor Parra, compositeur en résidence
“Des sons et des couleurs en musique”
Jeu 19 & Ven 20 Janv. 19h
(EntrĂ©e libre, muni d’un billet)

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CONCERT FLASH 12H30
Avec François-Frédéric Guy, Tedi Papavrami et Xavier Phillips
“L’art du trio”
Beethoven ‱ Schumann
Ven 20 Janv. 12h30
(De 5 à 10 €)

Toutes les infos, les ressources sur le programme, sur le site de l’Orchestre national de Lille

http://www.onlille.com/event/201615-poeme-extase-beethoven-strauss-lille/

 

MOZART est une POP STAR : record de vente pour le coffret Mozart 225

MOZART the new complete edition 200 cd 225 mozart anniversary review presentation cd cd critique classiquenews CLIC de classiquenews de novembre 20164830000ActualitĂ©s MOZART, dĂ©cembre 2016. Record de ventes absolu pour le coffret MOZART 225, Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon. VoilĂ  une nouvelle qui dĂ©montre la popularitĂ© du classique et de Mozart en particulier. Comme classiquenews le soulignait dĂšs le 5 dĂ©cembre 2016 dans une dĂ©pĂȘche dĂ©diĂ©e (soit le 225Ăš anniversaire de la mort du divin Wolfgang): le coffret magistral coĂ©ditĂ© par Deutsche Grammophon (Universal et la Fondation Mozarteum de Salzbourg) s’est vendu en l’espace de quelques 5 semaines aprĂšs sa publication, fin novembre dernier
 Ă  1,25 millions d’exemplaires. Un record qui dĂ©passe toutes les performances cumulĂ©es 2016, tous les genres confondus, y compris la variĂ©tĂ© et la pop internationale. Serait-ce que la vĂ©ritĂ© du message mozartien pour ses 225 ans, n’a rien perdu de son acuitĂ© moderne ? La musique de Mozart, d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante nous touche toujours autant et le coffret Ă©vĂ©nement qui propose en 200 cd, la « nouvelle intĂ©grale » de ses oeuvres (” W. A. MOZART, The New complete Edition 2016, 225 “), classĂ©es en 4 volets (musique de chambre, musique sacrĂ©e, musique orchestrale et symphonique, thĂ©Ăątre et opĂ©ras) est rĂ©alisĂ©e de façon magistrale, alliant l’exhaustivitĂ© Ă  l’esthĂ©tique : soit outre les 200 cd trĂšs bien classĂ©s, une mise en forme Ă©ditoriale, conçue sous la forme de 2 beaux-livres grand format remarquablement illustrĂ©s et mis en page : la vie du compositeur d’une part, et dans le livre II, la prĂ©sentation commentĂ©e de ses oeuvres, chacune ayant son propre texte d’explication. Une Ă©dition exemplaire dont la qualitĂ© a Ă©tĂ© reconnue immĂ©diatement par les mĂ©lomanes : d’aucun souligne le bon coup marketing d’Universal ; classiquenews plus nuancĂ© prĂ©fĂšre parler d’une Ă©dition soignĂ©e et objectivement pertinente dont la qualitĂ© et la valeur ont Ă©tĂ© justement rĂ©compensĂ©es. Le coffret The New Complete Edition Mozart 2016, 225, est depuis dĂ©but dĂ©cembre (environ 459 euros), l’un des titres Ă©vĂ©nements sĂ©lectionnĂ© parmi les coffrets cadeaux Ă  offrir pour NoĂ«l 2016. LIRE notre prĂ©sentation du coffret Mozart 225 : The New Complete Edition 2016

 

 

MOZART the new complete edition 225 anniversary a55d10-20160826-mozart-225

 

 

 

RecrĂ©ation de ChimĂšne de Sacchini par l’Arcal

Antonio_SacchiniSt-Quentin (78): les 13, 14 janvier 2017. Sacchini: ChimĂšre par l’ARCAL. Bien que nĂ© Florentin, le jeune Antonio Sacchini est remarquĂ© par le napolitain Durante qui souhaite en faire le plus grand compositeur de son siĂšcle. Rien de moins. DĂ©fi relevĂ© et en France principalement. PassĂ© par Venise, professeur de chant pour Nancy Storace, la soprano vedette si tendrement aimĂ© de Mozart
, puis en Allemagne, surtout Ă  Londres oĂč il se rapproche de Tratetta (autre napolitain), Sacchini ne tarde pas Ă  s’imposer par son Ă©loquence europĂ©enne, une Ă©criture brillante, raffinĂ©e qui s’autorise comme chez Mozart, une profondeur prĂ©romantique, prĂ©sente aussi dans son opĂ©ra Renaud- premier opĂ©ra parisien de Sacchini (Ă©galement crĂ©Ă© en 1783), qu’a rĂ©vĂ©lĂ© le jeune chef Bruno Procopio Ă  Rio de Janeiro en 2015, avec la sensibilitĂ© et l’ardeur expressive dont a rendu compte alors classiquenews.com : VOIR notre reportage vidĂ©o RENAUD de Sacchini par Bruno Procopio (juin 2015).

 

SACCHINI A PARIS
 EndettĂ© Ă  Londres, Sacchini Ă  51 ans, en 1781, l’invitation de la Cour de France afin d’y affirmer la supĂ©rioritĂ© des Napolitains contre Gluck : de fait Sacchini bĂ©nĂ©ficie des intrigues des dĂ©fenseurs de son confrĂšre Piccinni, autre Napolitain invitĂ© par Marie-Antoinette, qui avait auparavant dĂ©velopper les arguments de l’opĂ©ra italien en France. Renaud comme ChimĂšne crĂ©Ă©s tous deux en 1783 devant la Cour, illustrent cet Ă©clectisme virtuose, brillant, nĂ©o classique et donc prĂ©romantique qui germe et croĂźt en France dans les derniĂšres annĂ©es de la monarchie.
Audacieux voire expĂ©rimental, Sacchini « ose » proposer une nouvelle mouture du Dardanus de Rameau : Ă©chec retentissant. Puis c’est ƒdipe Ă  Colone en 1786, porteur de la mĂȘme ampleur Ă©motionnelle aux cĂŽtĂ©s de son style international post gluckiste : nouvelle Ă©chec. Mais dĂšs sa reprise en 1787, l’ouvrage ultime de Sacchini d’aprĂšs le mythe antique saisit l’audience et est jouĂ© sans faiblir jusqu’en 1844, soit 583 fois : un record absolu qui enthousiasme encore Berlioz, lui-mĂȘme ardent Gluck. Triomphe posthume car Sacchini Ă©tait mort brutalement en 1786 (Ă  56 ans).

 

 

La tragĂ©die lyrique telle que l’a souhaitĂ©e Marie-Antoinette

 

 

Gluck Ă  Paris (1774-1779)UN ITALIEN RENOUVELLE LA TRAGEDIE LYRIQUE
 L’ARCAL choisit de ressusciter ChimĂšne de 1783, chantĂ© en Français. Ouvrage majeur comme Renaud, rĂ©vĂ©lant le mĂ©tier d’un compositeur Ă  la fois raffinĂ© et brillant, invitĂ© Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer les vieilles formes thĂ©Ăątrales françaises. Sacchini traite d’une forme conventionnelle Ă  bout de souffle, la tragĂ©die lyrique, hĂ©ritĂ©e de Lully au XVIIĂš (un Florentin comme lui). Le genre es tle plus ambitieux en France car il exige de fusionner les disciplines du thĂ©Ăątre en un seul spectacle : chant, danse, machinerie,
 Sacchini apporte la virtuositĂ© italienne au format lyrique français, rĂ©pondant ainsi au goĂ»t de la jeune Marie-Antoinette, devenue reine de France en 1774, 9 annĂ©es auparavant : entretemps, le germanique Gluck a rĂ©alisĂ© une rĂ©forme totale de l’opĂ©ra français, imposant la nĂ©cessitĂ© dramatique et la seule cohĂ©rence comme esthĂ©tique, contre les dĂ©rives de la pure virtuositĂ©. L’imagination de Sacchini rĂ©Ă©calire le mythe des amours maudites entre Rodrigue « Le Cid » et son aimĂ©e ChimĂšne : l’opĂ©ra s’inspire de la piĂšce de Pierre Corneille, crĂ©Ă©e un siĂšcle avant Sacchini, en janvier 1637.

marie antoinette versailles France royaute marie-antoinetteL’OPERA en France aprĂšs Gluck, favorisĂ© par Marie-Antoinette… La production portĂ©e par l’Arcal apporte ainsi un Ă©clairage particulier sur les transformations du spectacle en France Ă  la fin du XVIIIĂš : Ă©poque charniĂšre dite des LumiĂšres et « nĂ©oclassique », ou encore prĂ©romantique, propre aux annĂ©es 1780, oĂč Ă  l’époque des futures convulsions historiques, rĂ©volutionnaires (fin de la monarchie et des Bourbons au XVIIIĂš), le genre lyrique s’enrichit considĂ©rablement Ă  la Cour de France de la venue des « étrangers », depuis Gluck. Une prĂ©sence Ă©trangĂšre, cultivĂ©e par la reine Marie-Antoinette, l’autrichienne Ă  Versailles. La production 2017 de l’Arcal profite de l’engagement des interprĂštes : le chef et violoniste Julien Chauvin (crĂ©ateur malheureux de son orchestre sur instruments anciens : Le Concert de la loge, qu’il avait intitulĂ©e avant le recours juridique du ComitĂ© Olympique, La Loge Olympique). Ayant perdu son identitĂ© Olympique sous des pressions juridiques aberrantes – on ne voit bien comment un orchestre intitulĂ© « Olympique » pourrait faire de l’ombre Ă  l’Olympisme sportif
, l’orchestre reprend donc du service pour l’Arcal, compagnie lyrique nationale, aprĂšs avoir dĂ©fendu les dĂ©lices d’Armida de Joseph Haydn. C’est aussi la metteure en scĂšne Sandrine Anglade dont la spĂ©cialisation reconnue du thĂ©Ăątre de Pierre Corneille devrait apporter une vision spĂ©cifique sur le mythe de ChimĂšne et du Cid
 en particulier dans l’opĂ©ra de Sacchini qui opĂšre une rĂ©duction / simplification de la piĂšce originelle, passant de 5 actes (Corneille) Ă  3 actes (livret de Guillard). La compagnie nationale ARCAL confirme son engagement dans l’exploration du thĂ©Ăątre lyrique en France, Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, entre baroque, nĂ©oclassicisme et prĂ©romantisme, c’est Ă  dire dans la pĂ©riode riche en mutations propre aux annĂ©es 1780.

 

 

 

SYNOPSIS

 

 


Acte I. Devoir et amour Ă  SĂ©ville : le dilemme Ă©treint le coeur des deux amoureux : Rodrigue et ChimĂšne. Le premier a tuĂ© le pĂšre de la seconde, son aimĂ©e. Ainsi l’amour raille les enjeux politiques : et quand Rodrigue devant ChimĂšne lui demande de le frapper pour qu’elle se venge la mort du pĂšre, la jeune femme s’écroule. Et le chasse.
Acte II. Contre les Maures musulmans, Rodrigue mĂšne les troupes du roi. Il triomphe. Mais blessĂ©e, inconsolable, ChimĂšne dĂ©signe son nouveau dĂ©fenseur, celui qui tuera puisqu’elle en est incapable, Rodrigue, Don Sanche (qui aime aussi ChimĂšne).
Acte III. Le pardon. Rodrigue ne peut vivre sans l’amour de ChimĂšne. Il lui promet de se soumettre et de mourir de sa main. Le duel Rodrigue, Sanche a lieu : en voyant Ă  son issue, Sanche revenir vivant, ChimĂšne croit Ă  la mort de son aimĂ©. Rien de tel : Rodrigue a Ă©pargnĂ© le vaincu. ChimĂšne qui a avouĂ© ses vrais sentiments pour Rodrigue, peut s’unir Ă  lui car elle avait promis d’épouser le vainqueur du combat.

La force du drame tient au tiraillement cornĂ©lien : amour contre devoir. Rodrigue a tuĂ© le pĂšre de ChimĂšne (Don GomĂšs) pour rĂ©pondre au voeu de son propre pĂšre (Don DiĂšgue). Mais ChimĂšne par devoir pour son pĂšre en symĂ©trie, souhaite la mort de Rodrigue qui l’a tuĂ©. La fille et le fils pourront-ils se dĂ©faire de la loi des familles et du code de la vengeance ? La situation pose aussi l’opposition entre libertĂ© personnelle et soumission Ă  la loi familiale et Ă  ce qu’impose la filiation.

Ce qui fait aussi la valeur de la piĂšce, c’est la beautĂ© des vers de Corneille :

Va, je ne te hais point.
Nous partßmes cinq cents ; mais par un prompt renfort  / Nous nous vßmes trois mille en arrivant au port.
Et le combat cessa faute de combattants.
L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir.
Le trop de confiance attire le danger.
Aux Ăąmes bien nĂ©es, La valeur n’attend point le nombre des annĂ©es.
Tu t’es, en m’offensant, montrĂ© digne de moi ; Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

L’opĂ©ra de Sacchini en propose une transformation, selon le goĂ»t des contemporains de Marie-Antoinette, dictĂ©e par les rĂšgles de la prosodie spĂ©cifique au chant lyrique. Il en dĂ©coule un ouvrage d’une virtuositĂ© lyrique habile, servant le drame resserrĂ© du librettiste.

 

 

 

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sacchini-antonio-582Antonio Sacchini : ChimÚne ou le Cid, créé à Fontainebleau en 1783
Livret de Guillard d’aprĂšs Corneille — recrĂ©ation prĂ©sentĂ©e par l’ARCAL, compagnie national de thĂ©Ăątre lyrique et musical (direction : Catherine Kollen)

Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, directio
Mise en scĂšne : Sandrine Anglade
DurĂ©e : environ 2h – spectacle sans fosse
Opéra chanté en Français

 

 

5 représentations

 

 

Saint-Quentin en Yvelines (78).
Théùtre nationale : les 13 et 14 janvier 2017 :

réservez votre place

Puis,
Massy, Opéra. Le 14 mars 2017
Herblay, Théùtre R. Barat. Les 25 et 27 mars 2017

 

 

CD événement, annonce. NEUKOMM : Requiem par Jean-Claude Malgoire (1 cd Alpha)

neukomm jean claude magloire cd alpha annonce clic de classiquenews janvier 2017CD Ă©vĂ©nement, annonce. NEUKOMM : Requiem par Jean-Claude Malgoire (1 cd Alpha). C’est l’un des coups de coeur de classiquenews de janvier 2017 et le prochain CLIC de classiquenews de ce dĂ©but d’annĂ©e 2017 : Jean-Claude Malgoire revient Ă  un compositeur salzbourgeois qu’il connaĂźt bien, Sigismund Neukomm, dont il a prĂ©cĂ©demment rĂ©vĂ©lĂ© la version complĂ©tĂ©e du Requiem de Mozart. Dans ce nouvel opus, Ă  paraĂźtre chez Alpha Ă  la mi janvier 2017, le chef fondateur de La Grande Ecurie & la Chambre du Roy redouble de dĂ©licatesse recueillie, soulignant dans ce Requiem pour Louis XVI (guillotinĂ© le 21 janvier 1793), l’élĂ©gance d’un Neukomm ardent ambassadeur de piĂ©tĂ© et d’intimisme. La partition, seconde des 50 Messes Ă©crites par le compositeur Salzbourgeois comme Mozart, a Ă©tĂ© commandĂ©e par Talleyrand, le patron de Neukomm, puis crĂ©Ă©e Ă  Vienne, en la CathĂ©drale Saint-Etienne, le 21 janvier 1815.
CLIC D'OR macaron 200REQUIEM des bienheureux … Certes dĂšs le dĂ©part la formidable fanfare, lugubre et sombre, structure la progression de ce monument spectaculaire ; mais ce qui frappe surtout et ce qui a marquĂ© les spectateurs auditeurs des concerts qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le disque, c’est la pudeur et le recueillement filigranĂ© des voix solistes et des choeurs, exprimant surtout l’apothĂ©ose du dĂ©funt et son accueil rassĂ©rĂ©nĂ© dans les bĂ©atitudes cĂ©lestes. La rĂ©alisation est splendide, d’une articulation collective inouĂŻe. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2017 et critique dĂ©veloppĂ©e du cd Requiem de Neukomm par Jean-Claude Malgoire le jour de parution du cd soit le 15 janvier 2017. A suivre sur CLASSIQUENEWS.COM

CD, coffret The Karajan Official Remastered Edition, 103 cd WARNER classics.

karajan3D (3) karajan official remastered edition warner classics review cd cd critique presentation sepcial file classiquenews christmas file 2016 dossier de noel cdCD, coffret The Karajan Official Remastered Edition, 103 cd WARNER classics.
« Karajan Official Remastered Edition » Ă©ditĂ© cet hiver par Warner classics, totalise 101 cd remastĂ©risĂ©s, regroupĂ©s en 13 coffrets. Tout l’art du chef autrichien enregistrĂ© par/ pour EMI, de 1946 Ă  1984 est ainsi concentrĂ©, rĂ©vĂ©lĂ© par la nouvelle prise de son. Les origines sont ainsi totalement rĂ©vĂ©lĂ©es : alors que malgrĂ© sa dĂ©nazification, Herbert von Karajan (1908-1989) peut diriger sans ĂȘtre soupçonnĂ© de mensonge – bien qu’il eut de facto, une relation ambiguĂ« avec les nazis (Karajan possĂ©da sa carte du parti), le chef pourtant trĂšs talentueux et dĂ©jĂ  remarquĂ©, est interdit en Allemagne et dans le reste de l’Europe, de direction, sur toutes les scĂšnes connues. Son passĂ© pĂšse d’un doute trop encombrant. Et aprĂšs la guerre, tout un chacun souhaite rompre tout lien avec le passĂ© honteux.
karajan-box-warner-classics-maestro-chef-1948---1989-coffret-cd-review-cd-cd-critiqueCLIC_macaron_2014Pour Karajan, le salut passera donc par le studio, en Angleterre, grĂące Ă  sa rencontre avec l’ingĂ©nieur et producteur Walter Legge. En tĂ©moigne Ă  partir de 1946, cette frĂ©nĂ©sie d’enregistrements : Karajan enregistre tout, avec dĂ©jĂ  ce soin particulier sur la sonoritĂ© souhaitĂ©e, servant le rĂ©pertoire qu’il se forge peu Ă  peu, avec une boulimie aussi scrupuleuse qu’exigeante. Karajan est un perfectionniste dans l’ñme, trop soucieux d’idĂ©al, trop esthĂšte et magicien de la beautĂ©, pour ne se contenter que de jouer les oeuvres. A travers cette quĂȘte du son absolu, se prĂ©cise au fond la recherche spirituelle tant espĂ©rĂ©e : la musique est une vocation, c’est surtout une mystique Ă  laquelle le musicien voue une passion dĂ©vorante. C’est pourquoi dĂšs les premiers enregistrements des annĂ©es 1940, le geste du jeune chef presque quadra, cible bel et bien ce qu’il y a de spirituel dans l’art. Les archives Warner classics nous font Ă©couter tout cela, et de façon magistrale. Le maestro travaille la matiĂšre sonore comme le sculpteur cisĂšle la gangue matricielle pour en extraire l’or et le diamant. Voici donc grĂące Ă  cette intĂ©grale audio remastĂ©risĂ©e, le son Karajan des origines, celui des annĂ©es 1940, – de l’immĂ©diat aprĂšs-guerre, donc dĂšs 1946, jusqu’à 1960 ; puis Ă  nouveau de 1969 Ă  1984, soit 5 ans avant sa mort. Les orchestres concernĂ©s sont au dĂ©but du cycle, le Vienna Philharmonic (le Wiener Philharmoniker : rien de moins), le Philharmonia (orchestre fondĂ© alors Ă  Londres par Legge), the Berlin Philharmonic (dont Karajan allait ĂȘtre nommĂ© directeur Ă  vie Ă  partir de 1955), les Ă©quipes de La Scala, Ă  Milan, sans omettre l’Orchestre de Paris. CD, coffret The Karajan Official Remastered Edition, 103 cd WARNER classics 0190295955199. Pour approfondir, lire notre compte rendu critique du livre KARAJAN, une autobiographie imaginaire (l’auteur Sylvain Fort imagine ce qu’aurait pu Ă©crire le chef autrichien pour couper court Ă  toutes les rumeurs le discrĂ©ditant
 chez Actes Sud, octobre 2016).

CD, compte rendu critique. Dixit Dominus : Vivaldi, Handel, Mozart (Jordi Savall, 1 cd Alia Vox, juin 2015)

dixit dominus handel mozart vivaldi jordi savall alia vox cd review cd critique classiquenews presentationCD, compte rendu critique. Dixit Dominus : Vivaldi, Handel, Mozart (Jordi Savall, 1 cd Alia Vox, juin 2015). EnregistrĂ© Ă  l’Auditori de Barcelona dĂ©but juin 2015, ce programme copieux et cohĂ©rent affiche la grande aisance et ce fini instrumental autant autant que vocal qui caractĂ©risent les effectifs rĂ©unis autour du catalan Jordi Savall. Comme son pair en rĂ©alisations baroques, visionnaires et dĂ©cisives, William Christie dont le geste margnifiquement ouvragĂ© lui aussi s’est engagĂ© en 2016 pour la dĂ©fense du message spirituel de JS Bach (fabuleuse relercture de la Messe en si, dont une Ă©tape est passĂ©e par Barcelona aussi), Savall publie l’expĂ©rience sacrĂ©e rĂ©alisĂ©e en 2015, reliant en une filiation secrĂšte les 2 Baroques majeurs : Haendel / Handel et Vivladi, auquels il associe le singulier – entre classique et prĂ©romantique, Mozart, tous ambassadeurs de l’épopĂ©e guerriĂšre et spirituelle du texte Dixit Dominus. Ne manque ici que la proposition de JS Bach qu’il aurait Ă©tĂ© pourtant passionnante d’ajouter Ă  ce Triptyque musical, d’une rare pertinence artistique.

Le Psaume 110 (ou 109 dans la nomenclature juive, reprise par La Vulgate de Saint-JĂ©rĂŽme) est l’un des piliers de la dĂ©votion catholique, – alliant foi conquĂ©rant et victorieuse, – les enfants et anges armĂ©s du Divin s’exprimant dans la jubilation collective, entre nervositĂ© et jubilation suspendue voire extatique. Entre doxologie proclamative (certainement portĂ©e,inspirĂ©e, pilotĂ©e par le Roi David soucieux d’affirmer sa foi) et aussi tĂ©moignage d’une foi sincĂšre et intime vĂ©cue par chaque croyant (Ă©clat des parties solistiques, en dialogue ou contrepointant la masse chorale). La sĂ©quence est particuliĂšrement tout au long de l’annĂ©e liturgique car elle est donnĂ©e en gĂ©nĂ©ral au dĂ©but de l’Office dominical des VĂȘpres.

Chez Vivaldi (Dixit datĂ© de 1717, soit au moment oĂč le VĂ©nitien affirme son statut de compositeur incontournable Ă  la PietĂ  de Venise, car il devient alors Maestro de’ concerti, aprĂšs la mort de Gasparini), la coupe rythmique, nerveuse, bondissante mais toujours suave s’impose (on est Ă  l’opposĂ© des stridences Ăąpres voire incisives de bien des baroqueux italiens et français) ; mais le profil plus intĂ©riorisĂ© des parties de solistes, – comme le duetto des deux sopranos (Tecum Principium), ou celui plus inquiet, et comme traversĂ© par un sentiment d’incertitude ou de souffrance (De torrente in via bibet, pour contretĂ©nor), sait donc cultiver aussi l’impact incarnĂ© et intime des priĂšres. Cette lecture proche des souffrances humaines trouve un Ă©quilibre somptueusement exprimĂ© ici, par le sentiment de tendresse et les climats de fragilitĂ© inhĂ©rent Ă  la condition de chaque croyant. Sentiment d’errance instable que rĂ©sout et finalement efface totalement le trio riche en certitude Gloria Patri (3 voix d’hommes, d’une sobriĂ©tĂ© rassurante).

  

Dixit superlatif
Triptyque sacré somptueusement inspiré

Dans la perspective du Vivaldi, le choeur du Dixit mozartien (k 193, datĂ© de 1774) semble prolonger cette fraternisation Ă  l’Ɠuvre, en un acte de rapprochement collectif, presque entonnĂ© sur le ton de la confidence sereine et sĂ»re, qu’inspire une ferveur inexpugnable, infaillible, inextinguible. La certitude viscĂ©rale en serait le caractĂšre le plus emblĂ©matique : Mozart nous promet un ocĂ©an d’apaisement, de joie victorieuse et finale. MalgrĂ© son caractĂšre et son esprit fraternel, d’une tendresse inĂ©dite alors, la partition marque en 1774, les dĂ©buts du service des Mozart, pĂšre et fils, Ă  la Cour de l’indigne prince-archevĂȘque Colloredo, lequel finira par congĂ©dier les deux musiciens en
 1777.

Le dernier choeur Et in saecula seculorum, – d’un format et d’un esprit trĂšs handĂ©lien, prĂ©pare idĂ©alement au dernier volet de ce triptyque thĂ©matiquement trĂšs juste. Savall place alors un Magnificat, d’une effusion maternelle inscrite dans la lumiĂšre, comme si au sommet de l’acte fervent collectif, l’hommage Ă  la MĂšre, en Ă©tait le point le plus intense et le plus profond. En rĂ©alitĂ©, dans les faits liturgiques, le Magnificat est l’un des derniers Ă©pisodes de l’office dominical des VĂȘpres : sa situation ici est donc tout Ă  fait justifiĂ©e. Belle exĂ©gĂšse musicale.

De fait le HWV 232, affirme le tempĂ©rament dramatique et nerveux d’un Haendel,
 trĂšs vivaldien. Comme quoi la boucle est bouclĂ©e et ici, souligne une formidable parentĂ© et filiation marquĂ©e par la cohĂ©rence. Mais l’articulation projetĂ©e, quasi guerriĂšre du premier choeur, Dixit Dominus, est d’une remarquable acuitĂ© linguistique. « Energisez votre consomnes comme vos voyelles », auraient dii l’excellent Christie. Savall, frĂšre interprĂšte, partage la mĂȘme exigence comme la mĂȘme exactitude : l’activitĂ© du chƓur est superbe de prĂ©cision, d’abattage, de couleurs et de rondeur « picturale ». Nous sommes Ă  l’inverse de tant de lectures que leurs confrĂšres ou soit disant disciples / hĂ©ritiers perpĂ©tuent aujourd’hui dans la sĂ©cheresse ou la prĂ©cision/sitĂ© automatique (cf. les Gardiner, Rousset ou Niquet, tous en perte de vivacitĂ© comme d’urgence). Savall a le talent de le vie, du mouvement grĂące Ă  des chanteurs nuancĂ©s, et comme fragilisĂ©s, donc humains, et des instrumentistes prĂȘts Ă  les secourir dans une odyssĂ©e musicale qui nous parle essentiellement de fragilitĂ© humaine. La tenue pour ce Haendel de la jeunesse (le Dixit est composĂ© en 1707 par un trĂšs jeune compositeur de 22 ans, – d’une maturitĂ© dĂ©jĂ  exceptionnelle, venu Ă  Rome se perfectionner) est ostensiblement lumineuse et Ă©clatante. PortĂ©e par une alliance maĂźtrisĂ©e entre urgence et vitalitĂ©. Le tonus altier que lui rĂ©serve Savall et ses troupes, apporte au caractĂšre collectif outrageusement vainqueur de l’intonation chorale, la vigueur et la force des textes.

 

 

La rĂ©ussite du geste savallien est de savoir pour chacun des compositeurs, caractĂ©riser et colorer idĂ©alement les options expressives, selon les enjeux du texte et l’esprit de l’écriture musique. Ce programme baroque pur, associant 3 « Illustres » de l’histoire musicale entre Baroque et classicisme, rĂ©tablit la justesse du geste savallien qui, – aux cĂŽtĂ©s des innombrables programmes fraternels et de rĂ©conciliation entres peuples et cultures – un combat rendu essentiel depuis les 3 annĂ©es que nous venons de vivre-, s’avĂšre des plus convaincants. L’articulation des textes, la souplesse et l’accentuation du flux musical, la richesse sonore et l’intelligence dans la conception artistique globale, suscitent l’admiration. Excellent triptyque sacrĂ©.

 

 

 

CLIC_macaron_2014Cd, compte-rendu critique. DIXIT DOMINUS : Vivaldi, Mozart, Handel. Solistes et instrumentistes de La Capella Reial de Catlunya – Le Concert des Nations (Manfredo Kraemer, concertino). Jordi Savall, direction. 1 cd ALIA VOX AVSA9918.

 

 

King Arthur de Purcell

purcell Henry-Purcell-400-250France Musique. Dimanche 27 novembre 2016, 16h. Purcell : King Arthur. AUX ORIGINES DE L’OPERA ANGLAIS : Purcell et la reprĂ©sentation du roi-guerrier Arthur. Le semi opĂ©ra en 5 actes d’aprĂšs le livret de John Dryden est crĂ©Ă© Ă  Londres au Dorset Garden Theatre, au printemps 1691. Arthur vainc les Saxons et fonde le royaume d’Angleterre. En abordant le drame fondateur de l’état anglais, Purcell ajoute aussi une trame amoureuse qui enrichit la lecture uniquement Ă©pique et historique ; il s’agit aussi pour Arthur de retrouver Emmeline, la fille aveugle du Duc de Cornouailles, laquelle a Ă©tĂ© enlevĂ©e par l’ennemi saxon, Oswald, aidĂ© par le magicien Osmond. La force de l’opĂ©ra tragi-comique de Purcell est d’ajouter ce fantastique magique, surnaturel et poĂ©tique doublant les trames amoureuses et guerriĂšre, car pour l’aider dans sa reconquĂȘte d’Emmeline, Arthur est aidĂ© par le magicien Merlin. L’acte I est dominĂ© par les Saxons qui sacrifie Ă  Woden pour vaincre la guerre. L’acte II voit les Bretons finalement vaincre les forces malĂ©fiques suscitĂ©es par Grimbald, car le mage formĂ© par Merlin, Philidel, les mĂšne vers la lumiĂšre et les dĂ©livre dĂ©finitivement des malĂ©fices ourdis par les Saxons (charmante Pastorale finale).
L’acte III est celui d’Emmeline qui prisonniĂšre d’Oswald, retrouve la vue et sait rĂ©sister aux visions infernales et terrifiantes produites par le guerrier saxon qui veut la possĂ©der : les contrĂ©es glaciales sont ainsi Ă©voquĂ©es dans le fameux air du froid, Ă©noncĂ© par le dieu Hiver, clair rĂ©fĂ©rence au choeur des trembleurs dans Isis de Lully (1677).
AprĂšs l’épreuve imposĂ©e Ă  Emmeline, c’est au tour d’Arthur d’ĂȘtre malmenĂ© au IV : Osmond tente vainement de le sĂ©duire par des apparitions trompeuses (passacaille finale) : le jeune roi rĂ©siste.
Au V, aprĂšs une tempĂȘte qu’adoucit Eole, Arthur vainc Oswald : les Bretons Ă©crase les Saxons. VĂ©nus protĂšge les amours des hĂ©ros : Emmeline et Arthur (superbe air de la dĂ©esse profane et suave : « Fairest isle ») ; de sorte que l’üle enchantĂ©e, protĂ©gĂ©e peut enfin s’ouvrir au bonheur (Saint-Georges protĂšge alors l’Ordre de la JarretiĂšre qui fonde l’honneur comme la vertu premiĂšre de l’Angleterre).
ComparĂ© Ă  ses drames prĂ©cĂ©dents, – inscrits dans le genre du masque (alliant parlĂ© et chantĂ©), King Arthur s’affirme par sa nouvelle cohĂ©sion dramatique. Les forces surnaturelles sont attĂ©nuĂ©s par les demi mages Philidel et Grimbald – comme Ariel et Caliban dans La TempĂȘte de Shakespeare. L’opĂ©ra de Purcell dans sa version originelle de 1684 pour Charles II, roi lumineux, impose une solennitĂ© poĂ©tique qui s’efface dans la version tardive de 1691, quand l’avĂšnement de Guaillaume II, prince moins charismatique que son prĂ©dĂ©cesseur, inspire une toute autre conception de la reprĂ©sentation du pouvoir, moins poĂ©tique et fastueuse, plus cynique et trouble; les recherches et l’enregistrements de William Christie avec ses troupes inspirĂ©es ensorcelantes des Arts Florissants ont permis de rĂ©aliser une version de rĂ©fĂ©rence, diverse, majestueuse et ambivalente qui sert la nature Ă©quivoque et trĂšs riche du drame purcellien.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 27 novembre 2016, 16h. Purcell : King Arthur (La Tribune des critiques de disques : quelle est meilleure version enregistrĂ©e ?). AUX ORIGINES DE L’OPERA ANGLAIS : Purcell et la reprĂ©sentation du roi-guerrier Arthur.

TOURS, Opéra. Concert Elgar, Rachmaninov par Benjamin Pionnier

Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursTOURS, concert. Les 5 et 6 novembre 2016. Concert Symphonique dirigĂ© par Benjamin Pionnier. Premier concert symphonique du nouveau directeur musical de l’OpĂ©ra de Tours, pilote des effectifs maison : les musiciens de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours. La tradition symphonique est bien implantĂ©e Ă  Tours et Benjamin Pionnier entend enrichir encore l’expĂ©rience des instrumentistes pour le plus grand bonheur des tourangeaux. Ce premier programme, Ă©clectique mais d’une rare cohĂ©rence thĂ©matique (entre filiations et variations), premier volet de la nouvelle saison 2016 – 2017 de l’OpĂ©ra de Tours, inscrit entre autres au programme, 2 Ɠuvres parmi les plus redoutables du rĂ©pertoire orchestral et concertant : les Variations Enigma d’Elgar (1899), et en fin de soirĂ©e : la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini du compositeur et pianiste virtuose, Sergei Rachmaninov (1934).

 

 

 

boutonreservationTOURS, Grand Théùtre / Opéra
Samedi 5 novembre 2016 – 20h
Dimanche 6 novembre 2016 – 17h

Johannes BRAHMS
Variations sur un thĂšme de Haydn – Op.56

Edward ELGAR
Variations Enigma – Op.36

Eric TANGUY
Adagio pour cordes (2009)

SergueĂŻ RACHMANINOV
Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini – Op.43 pour piano et orchestre

Lise de la Salle, piano
Direction musicale : Benjamin Pionnier
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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ConfĂ©rences d’explication au concert
Samedi 5 novembre – 19h
Dimanche 6 novembre – 16h
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

ELGAR symphony symphonie 2 review account of CLASSIQUENEWS Edward_Elgar_head2_copy2ENIGMA. Variations sur un thĂšme original ENIGMA, opus 36. CrĂ©Ă©e Ă  Londres en 1899, la partition affirme immĂ©diatement la rĂ©putation d’Elgar ĂągĂ© de 42 ans. Heureux quadra qui peut enfin jouir d’une reconnaissance mĂ©ritĂ©e. L’énigme dont il est question, selon l’esprit interrogatif de l’auteur, concerne l’lĂ©boration mĂȘme de la sĂ©quence mĂ©lodique qui inspire les 14 variations qui suivent son exposition : soit 6 mesures en sol mineur pour cordes seules, suivies de quatre en sol majeur. La grille ainsi produite est destinĂ©e Ă  servir de contrepoint Ă  un motif musical trĂšs connu
 on a pensĂ© Ă  l’hymne God save the King. Seconde Ă©nigme : le cycle des identitĂ©s de chaque personnalitĂ©s portraiturĂ©es ainsi car comme le dit Elgar lui-mĂȘme, chacune des Variations est le portrait d’un ami et d’un proche, indiquĂ© par des initiales ou un pseudonyme. A l’auditeur de rĂ©soudre chaque Ă©nigme. L’intĂ©rĂȘt du cycle est cette alliance rĂ©ussie entre l’évocation intime et confidentielle de chaque personnalitĂ©, accordĂ©e au style souvent solennel et majestueux d’Elgar, l’un des plus grands symphonistes britanniques du dĂ©but du XXĂš siĂšcle.

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0RHAPSODIE. Filiations et variations sont en vedette dans le programme dĂ©fendu par Benjamin Pionnier Ă  Tours. La Rhapsodie sur une Ăšme de Paganini opus 43 crĂ©Ă©e Ă  Baltimore en 1934 : composĂ©e en Suisse la mĂȘme annĂ©e, avant sa tournĂ©e triomphale aux States, la partition est sa derniĂšre Ɠuvre concertante avec piano et peut-ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme son 5Ăšme Concerto pour piano. 24 variations se succĂšdent ainsi Ă  partir du motif lĂ©guĂ© par le 24Ăš Caprice pour violon du gĂ©nial Paganini. AprĂšs un premier cycle (le 10 premiĂšres variations), plutĂŽt nerveux et passionnel, l’atmosphĂšre s’assombrit, et la 11Ăš, d’une Ă©vanescence miroitante et impressionniste, indique l’émergence d’un Andante de Concerto. La 15Ăš en serait le Scherzando, jusqu’au 18Ăš volet qui en marque le plein Ă©panouissement aux lueurs crĂ©pusculaires, spĂ©cifiquement rachmaninoviennes. Puis, comme un Finale, les 19 et 20Ăš variations, dĂ©veloppent une nouvelle sĂ©quences plus enjouĂ©es, lĂ©gĂšres mais fiĂ©vreuses. La rĂ©ussite de la partition tient Ă  la transformation / mĂ©tamorphose que Rachmaninov est capable d’imposer au matĂ©riau transmis par Paganini : de la virtuositĂ© parfois exclamative et exubĂ©rante, Rachmaninov pour lequel l’éloignement de la patrie Ă©tait une source d’inspiration nostalgique, produit un cycle d’une force introspective inouĂŻe, Ă  la fois pudique, suggestive, aux agents et Ă©clats lunaires et fantomatiques. C’est un vrai dĂ©fi et un immense plaisir pour l’interprĂšte solistes d’en exprimer la profondeur et l’ambivalence, entre exposition, dĂ©claration et enfouissement, Ă©vanouissement vers l’ineffable.

CD, compte rendu critique. MOZART : L’idĂ©al maçonnique (Adagio, Nocturnes, Divertimenti / 1 cd KLARTHE)

mozart l ideal maconnique adagio maconnique cd klarthe clarinettes cd review cd critique classiquenews CLIC de classiquenews novembre 2016 kla029couv_low-1CD, compte rendu critique. MOZART : L’idĂ©al maçonnique (Adagio, Nocturnes, Divertimenti / 1 cd KLARTHE). Superbe programme et magistralement interprĂ©tĂ© par un collectif de « anches » suaves, mordantes, inspirĂ©es par le sujet du Mozart maçonnique. Contrairement Ă  de solides prĂ©jugĂ©s, Mozart jusqu’Ă  la fin de sa vie fut estimĂ©, entourĂ©, apprĂ©ciĂ©, parfaitement intĂ©grĂ© aux milieux viennois les plus actifs (et le plus influents) dont les loges maçonniques, mĂȘme si sous le rĂšgne de l’Empereur Joseph II (Ă©dit de 1785), un remaniement important se fit jour Ă  Vienne dans l’organisation et le nombre officiel maximum de loges (3) dans la Capitale impĂ©riale.

Chez Klarthe, clarinettes et cors de basset associĂ©s
 rĂ©alisent un miracle sonore : l’idĂ©al maçonnique de Mozart

FRATERNITÉ INSTRUMENTALE

Les instrumentistes font valoir une palette de couleurs et de riches nuances Ă  partir de leurs clarinettes seules, emblĂšmes, miroirs et sons d’une fraternitĂ© affichĂ©e (accordĂ©es idĂ©alement avec le cor de basset) que le contexte de composition inscrit dans le projet et l’idĂ©al utopique, lui aussi fraternel des francs-maçons Ă  Vienne. Le seul Adagio KV 411 en ouverture du programme (pour 3 clarinettes et 2 cors de basset) rayonne par sa chaleur sombre, sa lumiĂšre grave, une tendresse dont la plĂ©nitude dit la souveraine sĂ©rĂ©nitĂ©, une sagesse faite musique.

Le disque Ă©voque la carriĂšre du Mozart franc maçon, Ă  Vienne dĂšs 1784, reçu MaĂźtre Maçon dans la Loge de La Vraie Concorde (avril 1785). Les oeuvres tĂ©moignent de l’esthĂ©tisme propre aux colonnes maçonniques, – usitĂ©es lors des rituels ou des rĂ©unions entre FrĂšres -, alliances oĂč rĂšgnent les timbres veloutĂ©s, sensuels et graves des clarinettes et cors de basset : Mozart Ă©tait proche des clarinettistes, tous franc-maçons Ă  Vienne : Anton David, Vincent Springer, Anton Stadler et son frĂšre cadet, Johann. Anton Stadler, membre de la loge de La CharitĂ© (laquelle organisa en 1784, l’intĂ©gration de Mozart comme FrĂšre), Ă©tait grand spĂ©cialiste du nouvel instrument, grave, et dont le corps coudĂ© faisait penser Ă  l’équerre (symbole hautement maçonnique) : le cor de basset. Anton est aussi le dĂ©dicataire du Concerto K 622. Pour l’heure, Mozart s’intĂ©resse activement au nouvel instrument et ses possibilitĂ©s inĂ©dites. Le cor de basset est mis en avant dans son dernier seria : La Clemenza di Tito / la ClĂ©mence de Titus, 1791-, accordĂ© avec la voix de Vitellia, au moment de sa mĂ©tamorphose, – air « Non piu di fiori  », accomplissement des tĂ©nĂšbres haineuses Ă  la lumiĂšre du pardon et de la compassion, nouvelle conscience qui permet d’envisager la rĂ©surrection de la jeune femme… Tout un symbole.

Au chant des instruments, les interprĂštes ajoutent le contours de voix; affĂ»tĂ©es, taillĂ©es pour la mĂȘme dilection suggestive – en trio : 2 sopranos / 1 baryton, dans une sĂ©rie vocale mĂ©connue. Ici, les 6 Nocturnes Ă©crits vraisemblablement en 1787, tĂ©moignent d’une autre fraternitĂ© musicale, tout aussi soudĂ©e par l’intĂ©rĂȘt simultanĂ© des clarinettes associĂ©es au cor de basset, soit le salon musical du botaniste Nikolaus Jacquin dont les filles et le fils Gottfried Ă©taient trĂšs proches de Mozart alors. Sur des thĂšmes amoureux les paroles italiennes, d’aprĂšs MĂ©tastase, mettent en scĂšne la passion des amants dans une sĂ©rie d’atmosphĂšres qui Ă©voquent le nocturne enchantĂ© de son opĂ©ra de maturitĂ©, Cosi fan tutti (quintette du premier acte : « Soave sia il vente ») : la lĂ©gĂšretĂ© affichĂ©e se teinte aussi d’une pleine conscience, d’une gravitĂ© bouleversante, celle des amants qui ont le sentiment de la fragilitĂ© insaisissable des sentiments et des liens tissĂ©s par l’affection


mozart-vignette-carre-depeche-mozart-2016DIVERTIMENTOS SUBLIMÉS. Le rĂ©cital maçonnique aborde ensuite les 3 Divertimentos 1, 2, 3 KV 439b : chefs d’Ɠuvres absolus d’élĂ©gance et lĂ  aussi de sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure, de gravitĂ© allusive. Chacun des Divertimenti indique une vĂ©ritĂ© dans l’écriture que les instrumentistes savent exprimer avec un style idĂ©al, entre volubilitĂ© agile et raffinement expressif. Le seul Adagio du 1 (plage 10) indique la fine complicitĂ©, et davantage : une entente profonde et solide qui douĂ©e d’une Ă©coute idĂ©ale, fait entendre ce rayonnement fraternel cimentant la concordance des  individualitĂ©s en action, – chacune, piĂšce motrice d’un fabuleux jeu concertant. La rĂ©alisation est superlative par sa subtilitĂ© intĂ©rieure. Si dans le rituel maçonnique avĂ©rĂ©, les « colonnes d’harmonies » ne rĂ©unissent que des vents et des bois, – incarnant Ă  juste titre le souffle donc l’air, et le bois donc la terre, l’alliance instrumentale produit une esthĂ©tique qui sĂ©duit irrĂ©sistiblement l’écoute, surtout quand les instrumentistes sont aussi complices et nuancĂ©s qu’ici. On y distingue les frĂšres Chabod, Alexandre et Julien ; le chef (crĂ©ateur de l’Orchestre Victor Hugo) et aussi clarinettiste, Jean-François Verdier, auxquels se joignent le clarinettiste Florent Heau et Nicolas Baldeyrou (cor de basset).

CLIC_macaron_2014ELEGANCE ET PROFONDEUR
 Les 5 instrumentistes offrent une leçon d’élĂ©gance et de profondeur, rĂ©alisant une vĂ©ritable conversation instrumentale d’une exquise finesse de ton et de style. La volubilitĂ© du Menuetto du 2 (plage 16) dĂ©ploie les mĂȘmes qualitĂ©s d’agilitĂ© mais sur le registre plus allĂšgre, facĂ©tieux, d’une suractivitĂ© flexible aux accents et nuances filigranĂ©s. Mondains certes, aimables sĂ»rement, mais surtout profonds et souvent terriblement sincĂšres, ces Divertimenti outrepassent la conformitĂ© d’un modĂšle aristocratique (noblesse française des menuets / Menuettos placĂ©s dans chaque, Ă  2 reprises
), ils atteignent dans l’éclat somptueux et voluptueux des instruments, une grĂące premiĂšre insoupçonnable. Ils sont certainement liĂ©s au dĂ©sir de Mozart de plaire, comme de toucher et mĂȘme bouleverser. L’esprit de Mozart est dans la vĂ©ritĂ© : c’est ce qui nous touche encore aujourd’hui, ce que rĂ©vĂšle les interprĂštes de ce disque. L’idĂ©al fraternel dĂ©fendu par les francs-maçons du XVIIIĂš, et vĂ©cu par Mozart en ses annĂ©es 1780 viennoises, ressuscitent de la plus belle maniĂšre dans cet album passionnant. On y repĂšre les virtuoses français actuels de la clarinette, quand de tradition, le hautbois avaient jusque lĂ  leur prĂ©fĂ©rence.

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CD, compte rendu critique. L’IdĂ©al maçonnique. Mozart — enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2015. 1 cd KLARTHE 029, parution le 4 novembre 2016.

Distribution :

3 divertimenti:
Alexandre Chabod , Julien Chabod , Jean-François Verdier (3 cors de basset)
Adagio maçonnique:
Jean-François Verdier et Florent Héau (clarinette)
Julien Chabod, Alexandre Chabod, Nicolas Baldeyrou (Cor de basset)
6 Nocturnes:
Jean-François Verdier, Julien Chabod, Alexandre Chabod (clarinettes et cors de basset)
Marie-Bénédicte Souquet : Soprano
Karine Deshayes : Mezzo-soprano
Vincent Pavesi : Basse

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+ d’infos sur le site de KLARTHE

TOURS. Premier concert symphonique de Benjamin Pionnier dans son théùtre

Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursTours. Les 5 et 6 novembre 2016 : Elgar, Tanguy, Rachmaninov. Nouveau directeur de l’OpĂ©ra de Tours, Benjamin Pionnier dirige l’Orchestre « maison », dans un programme apparemment Ă©clectique, mais en rĂ©alitĂ© riche en filiations tĂ©nues, en Ă©chos et correspondances d’une piĂšce Ă  l’autre. A la diversitĂ© affichĂ©e, le programme sait aussi proposer Ă  l’écoute des oeuvres aussi rares que somptueuses, tels les Variations Enigma de Elgar, – dont rĂ©cemment Daniel Barenboim a enregistrĂ© les superbes Symphonies 1 et 2 chez Decca avec la Staatskapelle de Berlin. Lectures enthousiasmantes qui expriment au plus juste la caractĂšre intĂ©rieure, le raffinement instrumental et la grande finesse mĂ©lodique d’Elgar. Les Variations Enigma opus 36 sont crĂ©Ă©es Ă  Londres Ă  la fin du siĂšcle industriel, soit 1899. Le triomphe immĂ©diat de la partition affirme le gĂ©nie de l’auteur, alors quadragĂ©naire (42 ans). Il y a bien 2 Ă©nigmes musicales dont la clĂ© et le secret se trouvent prĂ©servĂ©s dans la musique elle-mĂȘme: la premiĂšre (6 mesures en sol mineur pour cordes seules) serait ĂȘtre le contrepoint d’un hymne cĂ©lĂšbre (God save the King?) ; la seconde englobe les 14 variations qui suivent et qui, selon Elgar, dresse le portrait intime de ses proches. Chacun devait alors se reconnaĂźtre
 La facĂ©tie, l’humour et l’allusion n’écarte pas un sentiment de grandiose et de solennel qui inscrit naturellement Elgar tel le compositeur de l’Empire Britannique, chantre de la grandeur du rĂšgne de la Reine Victoria

Autre temps forts de ce programme riche et diversifiĂ©, la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini opus 43, qui permet Ă  l’Orchestre de s’associer le feu trĂ©pidant de la jeune pianiste Lise de la Salle : Ă©crit en Suisse, crĂ©Ă© Ă  Baltimore en 1934, la Rhapsodie tĂ©moigne du dernier Rachma pianiste compositeur, car la partition est bien son ultime et 5Ăšme Concerto pour piano 
 L’intensitĂ© du morceau, sa forme libre, proche de l’improvisation inspira Ă  Fokine un ballet qui fut rĂ©alisĂ© avec l’accord de l’auteur en 1939. La Rhapsodie cumule 24 variations sur le thĂšme du 24Ăš Caprice de Paganini : un dĂ©fi pour le compositeur et une transe progressive pour l’interprĂšte. C’est aussi l’affirmation d’un principe crĂ©ateur qui joue de la Variation comme d’un cadre Ă  la fois inspirant et pourtant conforme au canevas de dĂ©part. En somme Rachmaninov suit la mĂȘme rĂšgle que Brahms dans ses Variations sur un thĂšme de Haydn. De sorte que cohĂ©rent et divers pourtant, le programme porte bien son titre : « Variations ». Premier concert de la saison symphonique 2016 – 2017 de l’OpĂ©ra de Tours.

OpĂ©ra de Tours, saison symphonique 2016 – 2017
Concert inaugural : « Variations »
Samedi 5 novembre 2016 – 20h
Dimanche 6 novembre 2016 – 17h

Conférences : présentation des oeuvres au programme :
Samedi 5 novembre – 19h
Dimanche 6 novembre – 16h
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Johannes BRAHMS
Variations sur un thĂšme de Haydn – Op.56

Edward ELGAR
Variations Enigma – Op.36

Eric TANGUY
Adagio pour cordes (2009)

SergueĂŻ RACHMANINOV
Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini – Op.43 pour piano et orchestre
Lise de la Salle, piano

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours
02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

VIDEO, reportage : Les Motets oubliés de Clérambault : une découverte majeure

clerambault-motets-pour-3-hommes-fabien-armengaud-cd-paraty-review-announce-compte-rendu-critique-presentation-CLASSIQUENEWS-PARATY516141_couv---copieVIDEO, reportage. CLERAMBAULT RÉINVENTÉ 
 Et si Louis-Nicolas ClĂ©rambault Ă©tait Ă  l’Ă©gal d’un Rameau (plus tardif), le gĂ©nie (oubliĂ©) du Baroque français des LumiĂšres ? On s’Ă©tonne que personne avant lui n’ait eu l’intuition d’un talent Ă©loquent, surtout l’audace et le courage de rĂ©aliser un nouveau disque totalement dĂ©diĂ©. L’organiste Fabien Armengaud se passionne pour l’éloquence des Baroques français. L’organiste et claveciniste a rĂ©uni plusieurs solistes chevronnĂ©s pour ressusciter la thĂ©ĂątralitĂ© intĂ©rieure, intense, trĂšs resserrĂ©e de Louis-Nicolas ClĂ©rambault.  Avec son nouvel Ensemble SĂ©bastien de Brossard, le chef Ă©claire un pan mĂ©connu et pourtant jubilatoire de la musique sacrĂ©e au dĂ©but du XVIII Ăšme siĂšcle, celle de Louis-Nicolas ClĂ©rambault dont ici les partitions pour 3 voix d’hommes sont dĂ©voilĂ©es Ă  leur juste format. On ne s’étonne pas de la part de l’auteur de la cantate La muse de l’opĂ©ra que le cycle choisi, Ă©blouisse par un sens exceptionnel du texte, par l’intelligence et le raffinement de son traitement dramatique. Le Passage de La mer Rouge ou la tempĂȘte du Motet Ă©voquant la bataille de LĂ©pante (1571), victoire Ă©crasante de la sainte ligue catholique contre les turcs musulmans, en tĂ©moignent ainsi particuliĂšrement, exposant et articulant comme rarement le texte en plusieurs tableaux d’une trĂšs rare intensitĂ© expressive. En somme, monsieur ClĂ©rambault, Ă  l’église, fait de l’opĂ©ra. REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS / RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2016

logo-final-F.A.-et-ensemble2HDLIRE aussi notre prĂ©sentation annonce complĂšte du cd Ă©vĂ©nement “Louis-Nicolas ClĂ©rambault : Motets Ă  trois voix d’hommes et symphonies par l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard, Fabien Armenagud (direction)… 1 cd Paraty productions

ensemble-sebastien-brossard-fabien-armengaud-nouvel-ensemble-baroque

PARIS, ce soir, premiĂšre d’ELIOGABALO de Cavalli au Palais Garnier

Cavalli_francescoPARIS, Palais Garnier : Eliogabalo de Cavalli : 14 septembre-15 octobre 2016. RecrĂ©ation baroque attendue sous les ors de Garnier Ă  Paris… GrĂące au musicologue Jean-François Lattarico (collaborateur sur classiquenews, et auteur rĂ©cent de deux nouveaux ouvrages sur l’opĂ©ra vĂ©nitien du Seicento et sur le librettiste Giovan Francesco Busenello), les opĂ©ras de Cavalli connaissent un sursaut de rĂ©habilitation. Essor justifiĂ© car le plus digne hĂ©ritier de Monteverdi aura Ă©bloui l’Europe entiĂšre au XVIIĂš, par son sens de la facĂ©tie, un cocktail dĂ©capant sur les planches alliant sensualitĂ©, cynisme et poĂ©sie, mĂȘlĂ©s. Avec Eliogabalo, recrĂ©ation et nouvelle production, voici assurĂ©ment l’évĂ©nement en dĂ©but de saison, du 14 septembre au 15 octobre 2016, soit 13 reprĂ©sentations incontournables au Palais Garnier. Avec le Nerone de son maĂźtre Monteverdi dans Le couronnement de PoppĂ©e, Eliogabalo illustre cette figure mĂ©prisable et si humaine de l’ñme faible, « effeminata », celle d’un politique pervers, corrompu, perverti qui ne maĂźtrise pas ses passions mais en est l’esclave clairvoyant et passif
 Superbe production Ă  n’en pas douter et belle affirmation du Baroque au Palais Garnier. Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scĂšne. Avec entre autres : Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre ; Valer Sabadus (Giuliano Gordie)
 soit les contre tĂ©nors les plus fascinants de l’heure. Un must absolu.

 

 

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Elagabalo_(203_o_204-222_d.C)_-_Musei_capitolini_-_Foto_Giovanni_Dall'Orto_-_15-08-2000HISTOIRE ROMAINE. L’histoire romaine laisse la trace d’un empereur apparentĂ© aux Antonins et Ă  Caracalla (auquel il ressemblait Ă©trangement), Varius Avitus Bassianus dit HĂ©liogabale ou Elagabal, devenu souverain impĂ©rial Ă  14 ans en 218. L’adolescent, politique prĂ©coce, ne devait rĂ©gner que … 4 annĂ©es (jusqu’en 222). Le descendant des Bassianides, illustre clan d’EmĂšse, en raison d’une historiographie Ă  charge, reprĂ©sente la figure emblĂ©matique du jeune prince pervers et dissolu, opposĂ© Ă  son successeur (et cousin), le vertueux Alexandre SĂ©vĂšre. En rĂ©alitĂ©, l’empereur n’Ă©tait q’un pantin aux ordres de sa mĂšre, l’ambitieuse et arrogante Julia Soaemias / Semiamira (comme ce que fut Agrippine pour NĂ©ron). PrĂȘtre d’Elagabale, dieu oriental apparentĂ© Ă  Jupiter, HĂ©liogabale tenta d’imposer le culte d’Elagabale comme seule religion officielle de Rome. Le jeune empereur plutĂŽt portĂ© vers les hommes mĂ»rs, Ă©pousa ensuite les colosses grecs HiĂ©roclĂšs et Zotikos, scandalisant un peu plus les romains. Les soldats qui l’avaient portĂ© jusqu’au trĂŽne, l’en dĂ©mit aussi facilement prĂ©fĂ©rant honorer Alexandre SĂ©vĂšre dont la rĂ©putation vertueuse sembla  plus conforme au destin de Rome. Une autre version prĂ©cise que c’est la foule romaine dĂ©chainĂ©e et choquĂ©e par ses turpitudes en sĂ©rie qui envahit le palais impĂ©rial et massacra le corps du jeune homme, ensuite trainĂ© comme une dĂ©pouille maudite dans les rue de la ville antique.

busenello_giovan_francesco_monteverdi_poppea_statiraCAVALLI, 1667. Utilisant Ă  des fins moralisatrices, le profil historique du jeune empereur, Cavalli brosse de fait le portrait musical d’un souverain “langoureux, effĂ©minĂ©, libidineux, lascif”… le parfait disciple d’un NĂ©ron, tel que Monteverdi l’a peint dans son opĂ©ra, avant Cavalli (Le Couronnement de PoppĂ©e, 1642). En 1667, Cavalli offre ainsi une action cynique et barbare, oĂč vertus et raisons s’opposent Ă  la volontĂ© de jouissance du prince. Mais s’il habille les hommes en femmes, et nomme les femmes au SĂ©nat (elles qui en avaient jusqu’Ă  l’interdiction d’accĂšs), s’il ridiculise les gĂ©nĂ©raux et rĂ©gale le commun en fĂȘtes orgiaques et somptuaires, Eliogabalo n’en est pas moins homme et sa nature si mĂ©prisable, en conserve nĂ©anmoins une part touchante d’humanitĂ©. Sa fantaisie perverse qui ne semble connaĂźtre aucune limite, ne compenserait-elle pas un gouffre de solitude angoissĂ©e ? En l’Ă©tat des connaissances, on ignore quel est l’auteur du livret du dernier opĂ©ra de Cavalli, mais des soupçons forts se prĂ©cisent vers le gĂ©nial Ă©rudit libertin et poĂšte, Giovan Francesco Busenello, dont la philosophie pessimiste et sensuelle pourrait avoir soit produit soit influencĂ© nombre de tableaux de cet Eliogabalo, parfaitement reprĂ©sentatif de l’opĂ©ra vĂ©nitien tardif.

Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris
Du 14 septembre au 15 octobre 2016
Avec
Franco Fagioli, Eliogabalo
Paul Groves, Alessandro Cesare
Valer Sabadus, Giuliano Gordio
Marianna Flores, Atilia Macrina
Emiliano Gonzalez-Toro, Lenia

La Cappella Mediterranea
Choeur de Chambre de Namur (préparé par Thibault Lenaerts)
Leonardo Garcia Alarcon, direction
Thomas Jolly, mise en scĂšne

LIRE notre dossier spécial Eliogabalo recréé au Palais Garnier à Paris 

LA ROCHELLE : Maude Gratton et Il Convito

IL-CONVITO-MAUD-GRATTON-582-390LA ROCHELLE : Maude Gratton et Il Convito : les 30 sept, 1er et 2 octobre 2016. Week end “Claviers en fĂȘte !”. Du clavier centralisateur, orgue ou clavecin, Maude Gratton diffuse une Ă©nergie communicative, impliquant chaque instrumentiste autour d’elle, assurant au jeu collectif, cohĂ©sion et complicitĂ© constante. Toute la dĂ©marche de son ensemble Il Convito dĂ©coule de ce dispositif centripĂšte et singulier qui renforce Ă  chaque concert, le sentiment de dĂ©passement et de cohĂ©rence. ParticuliĂšrement apprĂ©ciĂ©e chez JS Bach, Wilhelm Friedemann ou Mozart, Maude Gratton poursuit l’aventure de son ensemble sur instruments anciens. Ses Bach, pĂšre et fils, ont une souplesse intĂ©rieure trĂšs personnelle ; ses Mozart, derniĂšrement, lors du dernier festival Musiques en GĂątine, ont une Ă©lĂ©gance marquĂ©e par une profonde et allusive expressivitĂ©. Mais les champs Ă  conquĂ©rir sont vastes, et montrent l’étendue d’une curiositĂ© sans limites, sous rĂ©serve de justesse et de profondeur, de la Renaissance jusqu’aux confins romantiques, mais sur instruments d’époque. A La Rochelle, sur 3 jours, la musicienne (nĂ©e Ă  Niort en 1983) inaugure sa propre saison musicale pilotant l’instinct d’exploration et d’approfondissement de l’ensemble qu’il a crĂ©Ă© en 2005 : Il Convito, un nom destinĂ© Ă  un grand futur et qui se dĂ©voile dans ses terres le dernier week end de septembre, soit les vendredi, samedi et dimanche 30 septembre, 1er et 2 octobre 2016.

A La Rochelle, 3 claviers sont en fĂȘte !

RĂšgle de 3
 les claviers sont Ă  la fĂȘte : trois claviers (un grand orgue – celui de l’église Saint-Sauveur enfin restaurĂ©, opĂ©rationnel-, un clavecin, un pianoforte), trois lieux emblĂ©matiques de La Rochelle (Ă©glise Saint-Sauveur et son orgue enfin restaurĂ©; Le Temple, Le MusĂ©um d’Histoire Naturelle…), des solistes invitĂ©s de renommĂ©e internationale, un avant-concert apportant quelques clefs d’Ă©coute, une rĂ©ception ouverte au public, un concert spĂ©cial jeune public
 Claviers en fĂȘte est ouvert Ă  tous !

L’ensemble Il Convito et Maude Gratton s’invitent Ă  La Rochelle

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Au programme (Tous les concerts et événements ont lieu à la Rochelle, 17000) :

VENDREDI 30 SEPTEMBRE 2016
20h30 – CONCERT
Église Saint-Sauveur, rue St-Sauveur
ENTRÉE ET PARTICIPATION LIBRE

Un souffle de la Renaissance à aujourd’hui !
Oeuvres de Monteverdi, Dowland, Bach, Brahms, Franck, Britten, Messiaen, Crumb…
Camille Poul, soprano
Maude Gratton, grand orgue

Le grand orgue de l’Église Saint-Sauveur est un nouvel Ă©lĂ©ment du patrimoine au sein d’une Ă©glise joyau de l’architecture classique de la Rochelle. Ce premier concert d’inauguration de l’ensemble Il Convito rend hommage Ă  la longue entreprise de reconstruction d’un grand orgue de 3 claviers et de 40 jeux, et aux acteurs ayant permis l’aboutissement de ce projet. Ce nouvel instrument Ă©tant trĂšs polyvalent, permettant de faire dĂ©couvrir l’orgue sous de multiples facettes au public, le programme du concert dessine un vĂ©ritable voyage musical, menĂ© d’un souffle de la Renaissance Ă  la musique d’aujourd’hui.

 

 

 

VENDREDI 30 SEPTEMBRE
22h00 – RÉCEPTION
Chapelle des Dames Blanches, Quai Maubec
ENTREE LIBRE
PrĂ©sentation de l’ensemble
RĂ©ception ouverte au public

 

 

 

SAMEDI 1ER OCTOBRE – 19h15 – CONFÉRENCE
Chapelle des Dames Blanches, Quai Maubec
ENTRÉE LIBRE
Avant-concert Amadeus
Quelques clefs d’écoute


Anne Bernadet Delage, historienne d’Art confĂ©renciĂšre au MusĂ©e du Louvre et au ChĂąteau de Fontainebleau, apporte en avant-concert quelques clefs d’écoute et de dĂ©couverte autour du contexte historique et artistique.

 

 

SAMEDI 1ER OCTOBRE
20h30 – CONCERT
Temple, 2 rue St-Michel
ENTRÉE ET PARTICIPATION LIBRE

Une soirée avec Mozart
Concerto « Jeune Homme » pour pianoforte et orchestre, Quatuor à cordes
Maude Gratton, pianoforte
Edding Quartet – Baptiste Lopez (violon), Caroline Bayet (violon), Pablo de Pedro (alto), Ageet Zweistra (violoncelle) & Patrick Beaugiraud, Vincent Robin, hautbois

Dans l’ambiance plus intime du Temple de la Rochelle et de sa trĂšs belle acoustique, un instrument assez rare au concert est au coeur de cette soirĂ©e : un pianoforte de Christopher Clarke, construit comme la copie d’un piano du temps de Mozart, Ă  la fin du XVIIIĂš siĂšcle. Une soirĂ©e avec Mozart est le premier projet d’orchestre d’Il Convito, crĂ©Ă© en rĂ©sidence de crĂ©ation en mai 2016 au festival Musiques en GĂątine (Deux-SĂšvres). Il Convito choisit de mettre Ă  l’honneur Wolfgang Amadeus Mozart, compositeur surdouĂ©, Ă  la personnalitĂ© enthousiaste et impertinente. La magie de son oeuvre est universelle : Mozart embrasse toutes les musiques et parle Ă  toutes les gĂ©nĂ©rations. AprĂšs le Concerto n°17 pour piano et orchestre crĂ©Ă© en mai 2016 avec l’orchestre, Il Convito s’attaque au
célÚbre 9Úme Concerto dit « Jeune Homme ».

 

 

 

 

DIMANCHE 2 OCTOBRE 2016
15h – CONCERT JEUNE PUBLIC
MusĂ©um d’Histoire Naturelle, 28 rue Albert 1er
ENTRÉE : 3€ (rĂ©servation auprĂšs du MusĂ©um)

La Nature
Oeuvres de Biber, Marin Marais, Rameau
Concert spécial jeune public, visite du muséum gratuite pour tous
Sophie Gent, violon
Claire Gratton, viole de gambe
Maude Gratton, clavecin

Le 3Ăšme et dernier clavier mis Ă  l’honneur sera le clavecin, instrument baroque par excellence. Il Convito fait dĂ©couvrir le clavecin et la musique baroque au jeune public par le biais d’un programme ludique ; au XVIIĂš et au XVIIIĂš siĂšcle, la musique descriptive occupe une large place auprĂšs de grands compositeurs comme Biber, Marin Marais ou Jean-Philippe Rameau, qui s’essayent Ă  traduire en musique des images d’animaux, d’oiseaux, de saisons, de nature


 

 

 

LA ROCHELLE / Claviers en fĂȘte ! Il Convito et Maude Gratton, clavier et direction

RESERVEZ VOTRE PLACE / INFORMATIONS
contact@ilconvito.com
www.maudegratton.fr
06 71 81 19 81

UNIQUEMENT pour le concert du dimanche 2 octobre 2016 au MusĂ©um d’Histoire Naturelle de La Rochelle :
www.museum-larochelle.fr
05 46 41 18 25