OPERA MAGAZINE N°125 – fĂ©vrier 2017 : Rolando Villazon : plus Ă  l’aise en Ulisse ou en Orfeo »

opera magazine rolando villazon fevrier 2017 numero 125 sommaire par clasiquenews couv-om-125OPERA MAGAZINE N°125 – fĂ©vrier 2017 : Rolando Villazon : plus Ă  l’aise en Ulisse ou en Orfeo »  SOMMAIRE du magazine mensuel dĂ©diĂ© Ă  l’actualitĂ© de l’art lyrique international
 GRAND ENTRETIEN et en couverture: À partir du 28 fĂ©vrier, le tĂ©nor franco-mexicain Rolando Villazon, qui chaque Ă©tĂ© Ă  Baden Baden pursuit l’enregistrement des grands opĂ©ras de Mozart (en 2017, La ClĂ©mence de titus avec la Vitellia trĂšs attendue de Sonya Yoncheva) est le hĂ©ros d’une nouvelle production d’Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi, d’abord au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, pour cinq reprĂ©sentations, puis Ă  l’OpĂ©ra de Dijon, les 31 mars et 2 avril. Une Ă©tape de plus dans la conquĂȘte du rĂ©pertoire des XVIIe et XVIIIe siĂšcles pour un artiste dĂ©sormais entrĂ© dans une nouvelle pĂ©riode de sa carriĂšre, aprĂšs une premiĂšre phase entiĂšrement dĂ©diĂ©e aux grands emplois de Verdi, Puccini, Massenet et Gounod.

RENCONTRES
Bernard Foccroule
 Le directeur du plus international des festivals d’opĂ©ra français, qui quittera ses fonctions Ă  la fin de l’édition 2018, pour laisser la place Ă  Pierre Audi, annonce, pour juillet, Don Giovanni, Carmen, The Rake’s Progress, Erismena de Cavalli et la crĂ©ation de Pinocchio de Boermans, avec dans le rĂŽle-titre la jeune mezzo ChloĂ© Briot, dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans le rĂŽle principal de Nemo enfant dans Little Nemo de David Chaillou, d’aprĂšs Windsor McCay, donnĂ© en premiĂšre mondiale le 14 janvier 2017 Ă  Nantes (ThĂ©Ăątre Graslin, repris en mars Ă  Angers). VOIR notre reportage vidĂ©o LITTLE NEMO avec ChloĂ© Briot

et aussi :
Nadine Sierra : AprĂšs la nouvelle production d’Eliogabalo, en dĂ©but de saison, au Palais Garnier, la jeune soprano amĂ©ricaine participe Ă  la reprise de Die Zauberflöte (en Pamina) Ă  la Bastille, jusqu’au 7 fĂ©vrier, puis Ă  celle de Rigoletto (en Gilda), du 27 mai au 27 juin.
Elena Mendoza : Le 20 fĂ©vrier, la compositrice espagnole propose La ciudad de las mentiras (La CitĂ© des mensonges) sur la scĂšne du Teatro Real de Madrid. Une commande du regrettĂ© Gerard Mortier, sous-titrĂ©e « thĂ©Ăątre musical en quinze scĂšnes », sur des textes de l’écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti.

COULISSES : L’OpĂ©ra de Mascate (Oman)
InaugurĂ© le 12 octobre 2011, le somptueux OpĂ©ra Royal de Mascate, capitale du sultanat d’Oman, ne cesse d’augmenter le rythme de ses activitĂ©s et affiche un taux de remplissage approchant les 100 %. AprĂšs avoir accueilli des compagnies telles que le Staatsoper de Vienne, l’OpĂ©ra de Monte-Carlo ou l’OpĂ©ra de Lyon, il s’apprĂȘte Ă  recevoir, les 9 et 12 fĂ©vrier, l’OpĂ©ra de Florence, avec L’Italiana in Algeri, et prĂ©pare pour 2019 sa premiĂšre production entiĂšrement conçue in loco, qui suivra de prĂšs l’ouverture d’une nouvelle salle, plus petite, dĂ©diĂ©e entre autres au rĂ©pertoire de chambre. Umberto Fanni, son directeur gĂ©nĂ©ral, dresse le bilan des six annĂ©es Ă©coulĂ©es et lĂšve le voile sur les projets.

REOUVERTURE : L’OpĂ©ra-Comique rĂ©ouvre avec Fantasio puis Alcyone
 Le 12 fĂ©vrier, l’OpĂ©ra-Comique propose la premiĂšre nouvelle production de sa saison de rĂ©ouverture : Fantasio d’Offenbach, avec Marianne Crebassa dans le rĂŽle-titre. Le spectacle se joue au ChĂątelet, juste avant sa propre fermeture, la rĂ©intĂ©gration de la Salle Favart, entiĂšrement rĂ©novĂ©e, n’intervenant que le 26 avril, avec Alcione de Marin Marais. Olivier Mantei, directeur de l’institution, fait le point sur la situation Ă  la veille du premier lever de rideau et dĂ©voile ses projets.

HOMMAGE
 LĂ©ontyne Price souffle ses 90 printemps. Placido Domingo, lui-mĂȘme, l’écrit dans son autobiographie : la soprano amĂ©ricaine, qui soufflera ses 90 bougies, le 10 fĂ©vrier, possĂ©dait la plus belle voix de « soprano Verdi » du XXe siĂšcle. Si elle n’a pas Ă©tĂ© la premiĂšre cantatrice de couleur Ă  fouler les planches d’un thĂ©Ăątre, elle reste trĂšs certainement la premiĂšre Ă  avoir accĂ©dĂ© au statut de « prima donna » des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique. Une reconnaissance amplement mĂ©ritĂ©e pour celle qui a eu la chance de lĂ©guer au disque ses incarnations les plus marquantes, et qui demeure un modĂšle pour toutes les aspirantes rĂȘvant d’Aida ou de Leonora d’Il trovatore et La forza del destino.

Et aussi 


JEUNES TALENTS : Philippe Sly, baryton-basse
 Jusqu’au 19 fĂ©vrier, le baryton-basse natif d’Ottawa participe, pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra National de Paris, Ă  la nouvelle production de Cosi fan tutte, dirigĂ©e par Philippe Jordan. L’attend ensuite, en juillet, le rĂŽle-titre de Don Giovanni au Festival d’Aix-en-Provence.

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Dans le guide, critiques de cd, dvd, livres d’opĂ©ra. Les comptes rendus de spectacles et productions, l’agenda des productions Ă  ne pas manquer
 OPERA MAGAZINE n°125 – fĂ©vrier 2017 – 7,90 euros. Parution : le 1er fĂ©vrier 2017. 100 pages.

 

PrĂ©sences 2017 : Rhapsodie monstre d’Alexandros Markeas, crĂ©ation mondiale

presences-2017-kaija-saariaho-portraitPARIS, Maison de la radio, aujourd’hui  11h. RHAPSODIE MONSTRE d’Alexandros MarkĂ©as, crĂ©ation mondiale. Le Festival PrĂ©sences 2017 prĂ©sente Ă  la Maison de la Radio samedi 11 fĂ©vrier 2017, 11h (Studio 104), Rhapsodie monstre, le nouveau spectacle “tout public”, conçu par Alexandros MarkĂ©as pour un narrateur, deux chanteurs et la MaĂźtrise de Radio France (Jean Deroyer, direction). Le texte (Pierre Senges) s’inspire de la poĂ©sie dĂ©lirante, burlesque et facĂ©tieuse d’Aristophane… Il met en scĂšne le thĂ©Ăątre mordant et comique d’Aristophane, son rire moqueur souvent d’une grande justesse satirique. Alexandre Markeas y fait succĂ©der un cycle de scĂšnes absurdes, aristophane AVT_Aristophane_2445dĂ©lirantes, poĂ©tiques, engagĂ©es aussi car il s’agit de rendre hommage Ă  l’esprit de Charlie et de dĂ©noncer les dĂ©rives pourtant honteuses de notre sociĂ©tĂ© moderne, en particulier celles que vivent les grecs actuellement… Sur le plan formel, la facĂ©tie et le jeu des contrastes rythment un spectacle “tout public”, pour petits et grands, oĂč le choeur de la MaĂźtrise de Radio France occupe une place centrale, choeur sĂ©rieux, composĂ© de chanteurs acteurs… verve, drĂŽlerie et jubilation thĂ©Ăątrale s’invitent au festival PrĂ©sences 2017.

Aristophane, le rire moqueur revisité

markeas rhapsodie monstre alexandros_markeasVOIR le reportage vidĂ©o RHAPSODIE MONSTRE d’Alexandros MarkĂ©as. Le spectacle mis en espace pour le festival PrĂ©sences 2017, est aussi le sujet d’une bande enregistrĂ©e pour sa diffusion radiophonique sur France Culture et France Musique, et aussi pour une version destinĂ©e Ă  ĂȘtre prĂ©sentĂ©e au prochain Prix Italia en septembre 2017. Production Ă©vĂ©nement, reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS 2017 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham, 2017

 

 

 

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LIRE notre présentation générale du Festival Présences 2017 / Kaija Saariaho, un portrait ; notre présentation du Concert inaugural du Festival Présences 2017 : « Je dévoile ma voix »

 

 

TOUTES LES INFOS et les modalités de réservation sur le site du Festival Présences 2017 de Radio France

 

 

VIDEO, reportage. Présences 2017 : Rhapsodie monstre, Alexandros Markéas (création mondiale)

presences-2017-kaija-saariaho-portraitVIDEO, reportage 2. RHAPSODIE MONSTRE d’Alexandros MarkĂ©as, crĂ©ation mondiale. Le Festival PrĂ©sences 2017 prĂ©sente Ă  la Maison de la Radio samedi 11 fĂ©vrier 2017, 11h (Studio 104), Rhapsodie monstre, le nouveau spectacle “tout public”, conçu par Alexandros MarkĂ©as pour un narrateur, deux chanteurs et la MaĂźtrise de Radio France (Jean Deroyer, direction). Le texte (Pierre Senges) s’inspire de la poĂ©sie dĂ©lirante, burlesque et facĂ©tieuse d’Aristophane… Il met en scĂšne le thĂ©Ăątre mordant et comique d’Aristophane, son rire moqueur souvent d’une grande justesse satirique.

Aristophane, le rire moqueur revisité

Le spectacle mis en espace pour le festival PrĂ©sences, est aussi le sujet d’une bande enregistrĂ©e pour sa diffusion radiophonique sur France Culture et France Musique, et aussi pour une version destinĂ©e Ă  ĂȘtre prĂ©sentĂ©e au prochain Prix Italia en septembre 2017. Production Ă©vĂ©nement, reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS 2017 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham, 2017

 

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Londres. Royal Opera House, le 6 fĂ©vrier 2017. Verdi : Il Trovatore. Gregory Kunde…Richard Farnes / David Bösch

giuseppe-verdi_jpg_240x240_crop_upscale_q95Compte rendu, opĂ©ra. Londres. Royal Opera House, le 6 fĂ©vrier 2017. Giuseppe Verdi : Il Trovatore. Gregory Kunde, Lianna Haroutounian, Vitaly Bilyy, Anita Rachvelishvili, Alexander Tsymbalyuk. Richard Farnes, direction musicale. David Bösch, mise en scĂšne. CrĂ©Ă©e en juin de l’annĂ©e derniĂšre, la production de David Bösch imaginĂ©e pour le TrouvĂšre connaĂźt dĂ©jĂ  les honneurs d’une reprise. On retrouve ainsi avec plaisir cette mise en scĂšne sombre et dĂ©calĂ©e, ses bohĂ©miens venus du monde du cirque, son impressionnant bĂ»cher qui monte des dessous et son grand cƓur qui s’enflamme sur les derniers accords. MalgrĂ© une direction d’acteurs sommaire, reconnaissons que cet univers visuel, Ă©minemment personnel, fonctionne bien, et que le manichĂ©isme contenu dans le livret n’est ni Ă©ludĂ© ni contournĂ©, mais au contraire pleinement assumĂ©, comme un livre d’images qui n’est pas sans rappeler l’esthĂ©tique de Tim Burton.

La vampa d’Anita Rachvelishvili

Le soin apportĂ© Ă  cette reprise se reflĂšte ainsi dans la qualitĂ© du plateau rĂ©uni pour l’occasion. Par rapport Ă  sa prestation incandescente de l’an dernier, reconnaissons que Gregory Kunde apparaĂźt un rien moins flamboyant. L’instrument, d’une soliditĂ© toujours Ă  toute Ă©preuve, semble ce soir accuser une lĂ©gĂšre fatigue, le vibrato se faisant un peu plus prĂ©sent qu’Ă  l’ordinaire. Et pourtant, toutes les notes sont lĂ , pas un aigu ne manque Ă  appel, jusqu’aux uts trĂšs attendus et bien prĂ©sents.
Au contraire, le chanteur va jusqu’Ă  oser des nuances nouvelles, achevant son “Ah si ben mio” sur une messa di voce inattendue, stupĂ©fiante. On retiendra Ă©galement son dernier acte, durant lequel il dĂ©voile pour sa mĂšre des accents de tendresse poignants. Seules les variations dans les gruppetti durant la reprise de la Pira se rĂ©vĂšlent moins originales, davantage rythmiques que mĂ©lodiques. En outre – mais peut-ĂȘtre est-ce l’effet de surprise qui s’est Ă©moussĂ© ou nos attentes qui Ă©taient trop grandes –, si le jeu de scĂšne du tĂ©nor amĂ©ricain demeure pleinement fier et investi, nous manque une urgence qui avait rendu inoubliable sa performance passĂ©e en ces mĂȘmes lieux.
Comprenons-nous bien: ce Manrico ne peut se comparer qu’Ă  lui-mĂȘme, pour nous l’un des derniers gĂ©ants de l’art lyrique.
Peut-ĂȘtre est-il Ă©galement moins inspirĂ© par sa promise? Car la Leonora de Lianna Haroutounian, qu’on retrouve en pleine carriĂšre internationale aprĂšs l’avoir suivie Ă  Massy et Tours, semble avoir perdu un peu de sa personnalitĂ© d’alors en se hissant jusqu’au niveau des grandes scĂšnes. Tout est scrupuleusement chantĂ©, des aigus aux graves en passant par les vocalises – bien que les pianissimi demeurent rares et certains trilles ne soient qu’esquissĂ©s –, mais cette propretĂ© parfaitement calculĂ©e, si elle offre un rĂ©sultat sonore devant lequel on ne peut que s’incliner, manque de passion, de feu, de risque. La professionnelle est Ă  saluer, nous manquent l’artiste et la diva.
En revanche, notre Manrico paraĂźt galvanisĂ© par celle qui incarne sa mĂšre alors qu’elle pourrait ĂȘtre sa fille, la splendide Anita Rachvelishvili, Ă  l’occasion de sa premiĂšre Azucena. Qu’on nous permette une comparaison avec la Norma de Sonya Yoncheva sur la mĂȘme scĂšne, car cette prise de rĂŽle importante dans la carriĂšre de la mezzo gĂ©orgienne suscite le mĂȘme enthousiasme autant qu’elle soulĂšve les mĂȘmes interrogations. DĂšs les premiĂšres notes, on est saisis par l’intelligence musicale de la chanteuse. Les pianissimi ouvrant « Stride la vampa » sont prĂ©cisĂ©ment ceux qui manquent Ă  Leonora, de ceux qui font retenir le souffle et tendre l’oreille pour mieux les goĂ»ter. Mais, trĂšs vite, la tessiture grave de l’air paraĂźt entraĂźner la voix de la chanteuse vers le bas, et les montĂ©es sonnent ainsi un peu lourdes, comme involontairement grossies, et le vibrato s’amplifie. En outre, malgrĂ© un volume sonore impressionnant, les notes graves qui parsĂšment la partition semblent parfois trĂšs appuyĂ©es, ce qui nous incite Ă  recommander la prudence pour l’avenir.
Toutefois, dĂšs sa grande scĂšne du II, la voix s’élĂšve, hallucinĂ©e, emplissant tout le thĂ©Ăątre comme un ouragan, et l’extrĂȘme aigu sonne superbement, parfaitement placĂ©. On admire sans rĂ©serve le gĂ©nie de la musicienne, osant toutes les nuances, mordant dans le texte Ă  pleines dents, littĂ©ralement hypnotique dans ses imprĂ©cations. Mieux encore,  l’interprĂšte justifie pleinement les aspects nĂ©vrotiques de la bohĂ©mienne, traĂźnant avec elle un landau dĂ©foncĂ©, Ă©mergeant d’une roulotte dĂ©corĂ©e de nourrissons en plastique et tenant dans ses bras, enveloppĂ© dans des langes, un bĂ©bĂ© tout aussi factice.
AprĂšs un troisiĂšme acte superbe d’intensitĂ©, c’est dans l’ultime tableau qu’Anita Rachvelishvili achĂšve de nous terrasser, avec des phrases mezza voce littĂ©ralement murmurĂ©es, presque une confession Ă  l’intention de chaque spectateur, dans une intensitĂ© proprement bouleversante. Et c’est une spectaculaire ovation qui accueille la mezzo au rideau final, comme une consĂ©cration.
Solide Luna, le baryton ukrainien Vitaly Bilyy fait admirer son aigu Ă©clatant ainsi que son autoritĂ© et son mordant qui conviennent idĂ©alement Ă  la presque totalitĂ© du rĂŽle. Seul son air manque de la morbidezza nĂ©cessaire, l’émission vocale demeurant uniformĂ©ment vaillante et le legato un rien brutal.
Excellent Ferrando, gĂ©nĂ©reux et sonore, d’Alexander Tsymbalyuk, artiste Ă©galement originaire d’Ukraine et dotĂ© de moyens non nĂ©gligeables.
La charmante InÚs de la jeune Francesca Chiejina et le percutant Ruiz de Samuel Sakker complÚtement idéalement cette affiche de trÚs haut niveau.
FidĂšle Ă  son habitude, le chƓur maison impressionne par sa cohĂ©sion et sa rigueur musicale.
A la tĂȘte d’un orchestre des trĂšs bons jours, le chef britannique Richard Farnes offre une lecture de la partition dĂ©pouillĂ©e de toute vulgaritĂ©, pĂ©chant presque par excĂšs de prudence lĂ  oĂč aurait aimĂ© parfois davantage d’éclat et de sang. Une trĂšs belle soirĂ©e qui salue la naissance d’une Azucena avec laquelle il faudra dĂ©sormais compter et Ă  qui l’on souhaite prudence et succĂšs.

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Londres. Royal Opera House, 6 fĂ©vrier 2017. Giuseppe Verdi : Il Trovatore. Livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare. Avec Manrico : Gregory Kunde ; Leonora : Lianna Haroutounian ; Il Conte di Luna : Vitaly Bilyy ; Ferrando : Alexander Tsymbalyuk ; Ines : Francesca Chiejina ; Ruiz : Samuel Sakker. ChƓur du Royal Opera House ; Chef de chƓur : Sergey Levitin. Orchestre du Royal Opera House. Direction musicale : Richard Farnes. Mise en scĂšne : David Bösch ; DĂ©cors : Patrick Bannwart ; Costumes : Meentje Nielsen ; LumiĂšres : Olaf Winter ; VidĂ©os : Patrick Bannwart.

Kaija Saariaho : Main surplombe

saariaho-kaija-portrait-festival-presences-2017PARIS, Radio France. Dimanche 12 fĂ©vrier 2017, 18h. Concert “Main surplombe”… avec Neue Vocalsolisten, L’instant DonnĂ©… Le Festival PrĂ©sences 2017 Ă  Radio France souligne la fertile crĂ©ativitĂ© de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho qui rĂ©side Ă  Paris. Le Festival parisien lui dĂ©die un portrait incontournable du 10 au 19 fĂ©vrier 2017. LIRE notre prĂ©sentation du Festival PrĂ©sences 2017.

 

 

 

Ramon Lazkano
Main surplombe (CF) *

Frédéric Pattar
Symphony for Human Transport (CRF-CM)

Ricardo Nillni
Fulcrum (CM)

Ramon Lazkano
Ceux Ă  qui *

Neue Vocalsolisten
L’Instant donnĂ©
Manuel Nasri, direction

 

presences-2017-kaija-saariaho-portraitLa voix et les mots. Premier des trois rendez-vous consacrĂ©s Ă  la personnalitĂ© aussi discrĂšte que fĂ©conde de Ramon Lazkano. La voix et les mots Ă  travers la poĂ©sie d’Edmond JabĂšs cĂ©lĂ©brĂ©e par le compositeur basque dans un diptyque qui traite notamment de la notion d’exil, et auquel rĂ©pond la poĂ©tique musicale de FrĂ©dĂ©ric Pattar inspirĂ©e de Lisa Samuels. Projection, ciselage, incrustation du verbe: autant de gestes qui renvoient au travail d’artistes plasticiens se jouant de la matiĂšre avec, en miroir, un dialogue instrumental signĂ© Ricardo Nillni.

 

 

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

 

 

 

Il Matrimonio Segreto de CIMAROSA

cimarosa domenicoNANCY. Cimarosa : Le mariage secret, 31 janvier > 9 fĂ©vrier 2017. Nancy affiche l’un des sommets de l’opĂ©ra buffa napolitain, modĂšle adulĂ© et repris dans toute l’Europe des LumiĂšres, Ă  une Ă©poque oĂč orphelin de Mozart dĂ©cĂ©dĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, toutes les cours s’enflamment pour l’ivresse lyrique et giocosa du prĂ©curseur de Rossini en matiĂšre de finesse psychologique et de situations comiques parfois dĂ©lirantes : Cimarosa. C’est un joyau lyrique prĂ©rossinien
 Quand Cherubini sur les traces de Gluck et son style frĂ©nĂ©tique, rĂ©invente l’opĂ©ra tragique romantique et nĂ©oclassique, MĂ©dĂ©e en 1797, un autre italien surdouĂ© fait briller la lyre comique et d’une subtilitĂ© palpitante mĂȘme, qui tout en approchant l’esprit de Mozart, annonce Rossini : Cimarosa. Le napolitain est le compositeur le plus estimĂ© en Europe : rival de Paisiello Ă  Rome et Naples, il devient le musicien officiel de la Grande Catherine Ă  Saint-Petersbourg (Cleopatra en 1789), puis peu stimulĂ© par l’impĂ©ratrice qui prĂ©fĂšre Ă©crire en français Ă  Voltaire, rejoint une autre cour impĂ©riale, celle de l’empereur Leopold II, Ă  Vienne, qui reçoit son chef d’oeuvre absolu dans la veine lĂ©gĂšre et dĂ©lirante : Le mariage secret de 1792. Leopold II se souverain auquel Mozart le plus grand compositeur du temps avait prĂ©cĂ©demment lĂ©guĂ© son Titus, La ClĂ©mence de Titus, dernier seria oĂč le divin Wolfgang, exprimait la lyre amoureuse autour d’un empereur solitaire et trahi, qui pourtant livrĂ© par ses plus proches, conçoit la clĂ©mence et la compassion fraternelle : tout un symbole pour cette figure emblĂ©matique du prince vertueux


En 1792, l’annĂ©e de la crĂ©ation de son Mariage secret / Il matrimonio segreto, Cimarosa a 43 ans ; il est au sommet de son inspiration, d’une Ă©lĂ©gance et d’un raffinement inĂ©galables alors. D’autant plus que Mozart s’est Ă©teint l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Mais Ă  la mort de Leopold en 1793, il rejoint Naples au sein de la cour royale, composant encore des ouvrages d’une modernitĂ© Ă  redĂ©couvrir dont les fameux Horaces et Curiaces (Gli Orazi ed i Curiazi) en 1796. A Naples, le rĂ©publicain dans l’ñme se dĂ©voile Ă  l’annonce des troupes napolĂ©oniennes, il est emprisonnĂ© par la reine Marie-Caroline et meurt sur le chemin de la Russie (qu’il souhaitait retrouver finalement) ; Ă  Venise en 1801 : sa derniĂšre Ɠuvre Artemisia, autre joyau Ă  ressusciter, est crĂ©Ă©e dans la citĂ  lagunaire, 6 jours aprĂšs sa mort (janvier 1801). Sa vivacitĂ© et son intelligence des situations, l’élĂ©gance de l’écriture vocale, la mesure en tout et la dĂ©licatesse poĂ©tique Ă©blouissent surtout dans ses comĂ©dies : Ă  ce titre il Matrimonio segreto de 1792 est emblĂ©matique d’un gĂ©nie prĂ©rossinien (comme c’est le cas du portugais parti aux AmĂ©riques au BrĂ©sil, Marcos Portugal dont le chef Bruno Procopio a ressuscitĂ©, dĂ©jĂ  depuis 2012, la verve piquante irrĂ©sistible dans son opĂ©ra comique, L’oro no compta amore, de 1804.

Cimarosa prérossinien

Les personnages de l’opĂ©ra sont pris dans un labyrinthe sentimental, vĂ©ritable marivaudage Ă©tourdissant, oĂč les vrais amants, sincĂšres l’un Ă  l’autre et tenus par ce mariage “secret”, Ă©tant convoitĂ©s par d’autres, pourraient bien ĂȘtre sĂ©parĂ©s
 De quiproquos en fausses dĂ©clarations, de manipulations, en vraies intrigues, les couples dĂ©clarĂ©s se croisent, sans considĂ©ration d’ñge ni de statut.  Mais chacune des Ă©preuves rĂ©vĂšlent les vraies natures
 elles permettent au compositeur de caractĂ©riser avec finesse chaque profil Ă©prouvĂ© ou dĂ©sirant.
En deux actes, la comĂ©die met en scĂšne le projet du vieux Geronimo, commerçant enrichi qui souhaite faire de bons mariages pour ses deux filles : mais Carolina est dĂ©jĂ  mariĂ©e en secret Ă  son commis Paolino. Ce dernier propose Ă  son ami le comte Robinson, noble ruinĂ©, d’épouser la sƓur aĂźnĂ©e : Elisetta
 mais Robinson s’éprend de Carolina, tandis que la sƓur du vieux Geronimo, Fidalma, cougar avant l’heure, dĂ©clare sa flamme au jeune Paolino
 AprĂšs de nombreuses pĂ©ripĂ©ties riches en rebondissements, quand Elisetta menace de trahir sa sƓur cadette et de tout rĂ©vĂ©ler au pĂšre (le mariage secret), Geronimo pardonne finalement aux jeunes mariĂ©s clandestins et Robinson Ă©pousera Elisetta
 Le succĂšs Ă  la crĂ©ation fut tel que Leopold II bissa l’intĂ©gralitĂ© de l’ouvrage. Paris se passionne ensuite pour l’ouvrage dĂšs sa crĂ©ation (tardive) au ThĂ©Ăątre Italien en juin 1801 : Cimarosa Ă©tait mort au dĂ©but de l’annĂ©e, mais il avait conquis sur les boulevards une lĂ©gitime immortalitĂ© : l’opĂ©ra sera jouĂ© plus de 400 fois.

Cimarosa : Il matrimonio segreto
Le mariage secret, 1792

Nouvelle production crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra de ZĂŒrich en 2014
du 31 janvier au 9 février 2017

Direction musicale : Sasha Goetzel
Mise en scÚne : Cordula DÀuper
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy

Carolina : Lilian Farahani
Signor Geronimo : Bruno de Simone
Elisetta : Maria Savastano
Fidalma : Cornelia Oncioiu
Paolino : Anicio Zorzi Giustiniani
Comte Robinson : Riccardo Novaro

5 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Nancy :
Mardi 31 janvier 2017 Ă  20h
Jeudi 2 février 2017 à 20h
Dimanche 5 février 2017 à 15h
Mardi 7 février 2017 à 20h
Jeudi 9 février 2017 à 20h

+ d’infos sur le site de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Ă  Nancy
http://www.opera-national-lorraine.fr/spectacles/ii-matrimonio-segreto-domenico-cimarosa

LITTLE NEMO de Windsor McCay (1905-1927)

LITTLE NEMO, la nouvelle crĂ©ation lyrique d'ANGERS NANTES OPERANANTES, OpĂ©ra. Little Nemo :nouvelle production lyrique Ă©vĂ©nement dĂšs le 14 janvier 2017. Nemo est un enfant suractif qui a trouvĂ© dans ses propres rĂȘves, tout un monde inĂ©dit, un nouvel univers enchanteur, d’un onirisme jamais vu jusque lĂ , mĂȘlant le futur et le fantastique comme un opĂ©ra surrĂ©aliste. Tout vient de l’imagination dĂ©bordante et visionnaire du dessinateur Winsor McCay (1869-1934), le pĂšre de Nemo. Ses crayons rĂ©inventent le paysage urbain, imaginent des hĂ©ros attachants, crĂ©ent des situations oĂč c’est surtout l’état d’enfance et l’immersion dans les songes qui offrent des clĂ©s d’un monde enchantĂ©. En pyjama, le jeune rĂȘveur est comme le Petit prince de Saint-ExupĂ©ry, un guide pour dĂ©crypter une autre rĂ©alitĂ©. Les rĂȘves envahissent la rĂ©alitĂ©, le sol se dĂ©robe, les visions se multiplient, et l’ordre connu s’inverse
 Cette virtuositĂ© inonde la sĂ©duction graphique et chromatique des planches dessinĂ©es entre 1905 et 1927 par Winsor McCay pour deux quotidiens new yorkais (dont le New York Herald de J. Pulitzer). Son surrĂ©alisme se dĂ©ploie dans le monde des songes, inventant une science fiction Ă  la fois psychĂ©dĂ©lique et psychanalytique.

 

 

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Winsor_McCay_1906L’auteur offre un langage extrĂȘmement abouti grĂące Ă  ses crayons, crĂ©ant aux cĂŽtĂ©s de Disney, un monde narratif enchanteur qui ne s’adresse en rĂ©alitĂ© pas qu’aux adultes, bien au contraire : il appelle Ă  cultiver par le pouvoir de l’imagination, notre Ă©tat d’enfance, symbole d’une humanitĂ© enfin pacifiĂ©e et crĂ©atrice. Les mondes enchantĂ©es de Windsor McCay, rĂ©vĂ©lateurs dĂ©jĂ  de la consommation amĂ©ricaine du divertissement et de la grande consommation des grandes mĂ©gapoles (Chicago et les architectures futuristes de l’exposition universelle de 1893 sont trĂšs perceptibles dans son oeuvre), se sont rĂ©vĂ©lĂ©s dĂ©cisifs pour le cinĂ©ma, la BD aprĂšs lui ; Robert Crumb, Fellini lui doivent beaucoup. C’est une formidable Ă©popĂ©e des songes, une comĂ©die par le papier illustrĂ© qui se compose ainsi de prĂšs de 550 Ă©pisodes, Ă©ditĂ©s en feuilletons dans l’édition dominicale
 au terme desquels pour chaque sĂ©quence, Nemo tombe du lit et se rĂ©veille brutalement.

 

 

 
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Au Théùtre Graslin de Nantes, NEMO 2016

 
 

LITTLE NEMO, la nouvelle crĂ©ation choc d'Angers Nantes OpĂ©raEn janvier 2016, plus d’un siĂšcle aprĂšs les premiers feuilletons de cette saga visionnaire, Angers Nantes OpĂ©ra propose un regard particulier sur les mondes de Nemo (Slumberland), mais un Nemo qui devenu adulte, a perdu son Ăąme d’enfant. En rĂ©alitĂ©, il s’agit pour la premiĂšre scĂšne lyrique de France dirigĂ©e par Jean-Paul Davois (par ses audaces artistiques et son souci de rĂ©concilier thĂ©Ăątre et chant dans une perspective engagĂ©e) de rĂ©inventer l’opĂ©ra pour tous (dĂšs 7 ans), de renouer avec cette humanitĂ© idĂ©ale qui aurait cultiver sa part d’enfance sans jamais la renier. Production Ă©vĂ©nement Ă  Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin, dĂšs le 14 janvier 2017.

 

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de l’opĂ©ra en crĂ©ation LITTLE NEMO de David Chaillou d’aprĂšs Winsor McCay, dĂšs le 14 janvier 2016 Ă  Nantes, ThĂ©Ăątre Graslin

 

 

CD, annonce : Mozart, La ClĂ©mence de Titus par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie (2 cd Alpha, live, Paris, 2014)

JĂ©rĂ©mie Rhorer rĂ©alise un Mozart rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, palpitantCD, annonce : Mozart, La ClĂ©mence de Titus par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie (2 cd Alpha, live, Paris, 2014). En avant premiĂšre, voici ce que la RĂ©daction de classiquenews qui a reçu le coffret pour Ă©coute, a pensĂ© de la lecture du chef JĂ©rĂ©mie Rhorer : premiĂšres impressions avant la critique complĂšte Ă  venir en fĂ©vrier 2017
 L’urgence qui rĂ©active constamment voire fouette l’élan de l’orchestre, – machine Ă©motionnelle puissante prĂȘte Ă  s’emporter, impose un rythme trĂ©pidant dĂšs l’ouverture (avec ensuite, un pianoforte pour les recitatifs d’une Ă©glae et permanente activitĂ©). Depuis son premier seria Mitridate (conçu Ă  14 ans !; en 1770), Mozart n’a jamais tari d’éloquente sensibilitĂ© ni de juste clairvoyance dans le traitement des sentiments humains les plus tĂ©nus : son dernier Titus, – Ă©galement inspirĂ© de la tension , nĂ©oclassique des thĂ©atreux français classiques, Jean Racine pour Mitridate, Pierre corneille pour La ClĂ©mence de Titus, observe la mĂȘme acuitĂ© psychologique. De cette constance lumineuse, qui fait de Wolfgang le gĂ©nie de l’ñme que l’on sait, JĂ©rĂ©mie Rhorer sait puiser et exprimer la vĂ©ritĂ© cachĂ©e, opĂ©rant une mise Ă  nue d’une Ă©vidente plasticitĂ©.

 

 

 

premiùres impressions du cd La Clemenza di Tito


Le mozartien Rhorer dévoile la vérité du sentiment

 

 

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La prise live (rĂ©alisĂ©e le 16 dĂ©cembre 2014) accentue les distorsions rĂ©alistes, et l’impression de grande vivacitĂ© (avec bruits des dĂ©placements sur scĂšne en prime), d’autant que les solistes savent saisir l’irrisation et l’exacerbation des passions mozartiennes ; voilĂ  un dernier seria ciselĂ© dans la langue des sentiments la plus subtile : La ClĂ©mence de Titus en cette annĂ©e 1791, affirme une nervositĂ© dĂ©jĂ  romantique. Il est vrai que Wolfgang sait mieux que personne Ă  son Ă©poque, ciseler le chant des dĂ©sirs, analyser la psychĂ© de chacun de ses personnages. En cela, La Clemenza di Tito est un sommet de vĂ©ritĂ© et de dĂ©voilement : tout est dit par la musique, mieux que les paroles.
gauvin karine elvira dans don giovanni de teodor currentzisCĂŽtĂ© chanteurs ? La Vitellia, ardente, sensuelle, calculatrice envers Sesto ; vengeresse envers Titus
 est une lionne, garce et sirĂšne dont on suit pas Ă  pas la mĂ©tamorphose jusqu’à son grand air avec cor de basset obligĂ©, oĂč elle abdique toute entreprise haineuse, et s’humanise enfin. Le miel ardent, dĂ©vorant, palpitant de l’ineffable Karina Gauvin se rĂ©vĂšle aussi convaincante ici que sa Donna Elvira dans un rĂ©cent Don Giovanni (enregistrĂ© par l’impĂ©tueux lui aussi Teodor Currentzis pour Sony classical, CLIC de CLASSIQUENEWS) : la diva canadienne irradie de sa flamme incarnĂ©e, rugissante et voluptueuse, irrĂ©sistible. VoilĂ  posĂ©s les arguments principaux d’une lecture mordante et expressive qui affirme aujourd’hui, la rĂ©ussite fascinante du dernier seria de Mozart.
C’est donc aprĂšs L’enlĂšvement au sĂ©rail que la RĂ©daction de classiquenews a distinguĂ© d’un CLIC, une nouvelle rĂ©ussite Ă  porter au crĂ©dit du chef mozartien. A suivre


 

 

 

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CD, annonce. MOZART : La Clemenza di Tito par Jérémie Rhorer (2 cd Alpha Live). Grande critique à suivre sur CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du cd La Clemenza di Tito / La Clémence de Titus par Jérémie Rhorer, soit le février 2017.

 

 

 

LIRE aussi  :

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque lĂ©ger, exotique d’une turquerie crĂ©Ă©e Ă  Vienne en 1782, se prĂ©cise en vĂ©ritĂ© non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternitĂ©s contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clĂ©mence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opĂ©ra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte gĂ©opolitique qui est le nĂŽtre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternitĂ©, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven. LIRE la critique complĂšte de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©my Rohrer

 

 

CD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle LabĂšque, pianos. Stravinsky, Debussy (Deutsche Grammophon, 2016)

Invocations-Digisleeve soeurs labeque stravinsky debussy cd critique review classiquenewsCD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle LabĂšque, pianos. Stravinsky, Debussy (Deutsche Grammophon, 2016). Le Sacre dans sa parure brute, Ăąpre pour deux pianos de 1913 accuse les arĂštes vives du gĂ©nie franc de Stravinsky : c’est d’abord une sorte de dĂ©construction Ă  deux voix, d’oĂč surgit peu Ă  peu au sein d’un maestrum originel, – sorte de puissance motrice matricielle, lourde, chargĂ©e, Ă©ruptive, d’une rare violence (dĂ©flagration des Augures printaniers)-, l’esprit de la pulsion premiĂšre, primitive, archaĂŻque ; la folie voisine avec l’obsession, la transe avec la fureur destructrice, celle des bacchantes (dĂ©chiquetant le corps du pauvre PanthĂ©e par exemple). La lecture suppose une trĂšs intĂ©ressante rĂ©flexion du Sacre, sa transposition sonore : entre Eros et Thanatos, dĂ©sir et mort ; exaltation, sacrifice. Mer des instincts les plus sauvages oĂč s’insinue aussi une ivresse Ă©perdue, comme dĂ©sespĂ©rĂ©e (« Rondes printaniĂšres », quasi disloquĂ©es, effilochĂ©es), jusqu’à l’extĂ©nuation de « Jeu des citĂ©s rivales » et la transe panique trĂšs incisive comme des Ă©clairs tranchants, du dernier Ă©pisode de la partie I : « Danse de la terre ».

Avec le deuxiĂšme volet du cycle (« Le Sacrifice »), les deux SƓurs installent un climat plus inquiĂ©tant : Ă©trangetĂ© superbement allusive du « largo » introductif (plus de 4 mn d’interrogation spatiale, temporelle, sonore
) : l’effet est saisissant et montre qu’il n’est pas besoin d’un plein orchestre pour exprimer la profonde inquiĂ©tude humaine, la perte de toute espĂ©rance, le renoncement Ă  toute innocence : c’est pour nous l’instant oĂč se joue tout le drame, le plus bouleversant du cycle, s’achevant avec la petite phrase initialement confiĂ©e au violoncelle
 Car l’inĂ©luctable peu Ă  peu s’impose dans les 5 sĂ©quences qui suivent : affirmation Ă  nouveau progressive, fĂ©line, ondulante
, d’une terrible mĂ©canique, parfois semblant dĂ©rĂ©glĂ©e, mais surexpressive dans cette instabilitĂ© consciente, grimaçante, convulsive, – dĂ©chirĂ©e, 
, qui chante l’inĂ©luctable course au sang.
Les deux pianistes rebattent les cartes du jeu chorĂ©graphique, dĂ©plaçant les points centripĂštes de l’énergie expressive, redessinant d’un clavier Ă  l’autre, le jeu des Ă©chos, des rĂ©ponses d’un dialogue de plus en plus haletant : on se laisse alors entraĂźner dans cette course rituelle, tragique et libĂ©ratoire dans l’ « Action des ancĂȘtres », puis, dernier acte de la scĂšne cathartique, la « Danse sacrale », introduite par une sĂ©rie d’acoups profondĂ©ment dĂ©stabilisants : l’intelligence interprĂ©tative est lĂ  encore sidĂ©rante de justesse assumĂ©e, d’engagement Ă  la fois glaçant et fascinant. C’est une lecture recrĂ©ative d’une puissance millimĂ©trĂ©e.
Autant de palette de nuances crĂąnement dĂ©fendues affirme une comprĂ©hension intime de l’Ɠuvre : la relecture et sur le plan de la transcription, la rĂ©Ă©criture de chaque partie, compose une trame passionnante Ă  suivre. Il Ă©tait urgent et donc tout Ă  fait lĂ©gitime aprĂšs Ă©coute d’un tel choc sonore, d’exhumer la version originale pour deux pianos datĂ©e de 1913. Sans la prĂ©sence de toutes les couleurs de l’orchestre que nous connaissons davantage, la force premiĂšre de l’Ɠuvre n’y perd rien, bien au contraire. Elle fulmine par sa sauvagerie canalisĂ©e.

labeque soeurs invocations debussy stravinsky LACOMBE_B1009505_D_bw_NEW-2Des 6 Epigraphes antiques de Debussy, Ă  la caresse suave contrastant trĂšs fortement avec les mondes sonores apocalyptiques de Stravinsky, affirment une toute autre spatialitĂ© musicale ; saluons surtout l’énigme de « Pour un tombeau sans nom » (Epigraphe II) et son caractĂšre funambulique, de plus en plus liquide

Elle aussi d’une torpeur ocĂ©ane, envoĂ»tante, lovĂ©e dans une marche plus affirmĂ©e nĂ©anmoins ; distinguons aussi la presque urgence plus narrative de l’Epigraphe III : « Pour que la nuit soit propice ». Toute en finesse, voire en lueurs crĂ©pitantes, parfois aveuglantes et fugaces, les SƓurs LabĂšque font vibrer dans la bonne rĂ©sonance cet appel Ă  la vie que Debussy proclame face aux reliefs antiques : du marbre silencieux, au mouvement des notes, c’est un hymne Ă  la vie, en frĂ©missements et Ă©vocations millimĂ©trĂ©es, parfois en broderies qui conserve leur mystĂšre suspendu. Le visuel de couverture est celui, rituel, Ă©nigmatique, d’un passage, entre ombre et lumiĂšre, entre paganisme primitif et antiquitĂ© revisitĂ©e. La conception globale de ce programme par lequel les deux sƓurs pianistes reviennent Ă  Deutsche Grammophon force l’admiration. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle LabĂšque, pianos. Transcription originale pour deux pianos du Sacre du Printemps (1913) de Stravinsky. Six Epigraphes de Debussy, idem (1915) — 1 cd Deutsche Grammophon — enregistrĂ© au studio KML Ă  Rome en mars et aoĂ»t 2016.

CD et CONCERT, annonce. PARIS, le 10 janvier 2017. RĂ©cital, Duo BerlinskaĂŻa / Ancelle : LISZT et SAINT-SAËNS Ă  2 pianos.

liszt duo ludmila berlinskaia arthur ancelle piano review presentation critique cd classiquenewsCD et CONCERT, annonce. PARIS, le 10 janvier 2017. RĂ©cital, Duo BerlinskaĂŻa / Ancelle : LISZT et SAINT-SAËNS Ă  2 pianos. Au concert comme au disque, le duo de pianistes Ludmila BerlinskaĂŻa et Arthur Ancelle promet bien des surprises. En un jeu de transcriptions / rĂ©ponses entre deux gĂ©nies du clavier romantique, Saint-SaĂ«ns et Liszt, les deux pianistes rĂ©alisent un nouveau programme Ă©tincelant qui s’appuie pour beaucoup sur l’entente et la complicitĂ© artistique et musicale de leur quatre mains. 2 pianos certes mais un seul cƓur, ou plutĂŽt une seule Ăąme, qui ici palpite et s’embrase, murmure et suggĂšre, invoque et vocifĂšre, selon l’intensitĂ© poĂ©tique des partitions.
QUATRE MAINS ROMANTIQUES, MYSTIQUES, FANTASTIQUES
. Autour de la Sonate en si de Liszt dont Saint-SaĂ«ns rĂ©ussit la transcription Ă  4 mains (celle dont a rĂȘvĂ© Liszt mais qu’il n’a jamais pu rĂ©aliser), Ludmila BerlinskaĂŻa et Arthur Ancelle, – mariĂ©s Ă  la ville, associent Danse Macabre de Saint-SaĂ«ns, dans deux transcriptions diffĂ©rentes, celle de l’auteur, originale, et celle plus Ă©clectique signĂ©e Liszt, Horowitz et 
Arthur Ancelle. Ce dernier passionnĂ© par l’exercice, propose aussi sa propre transcription d’AprĂšs une lecture de Dante (de Liszt), oĂč lĂ  encore, entre lyrisme Ă©chevelĂ© et Ă©lans mystiques, le jeu subtilement dialoguĂ© des deux claviers ne transpose pas, mais exprime et sublime la version originelle de Liszt : plus qu’une nouvelle preuve de leur formidable entente artistique – Ă  ce niveau de maturitĂ© et de profondeur, unique Ă  ce jour-, les Ă©poux inspirĂ©s confirment leur tempĂ©rament de braise, entre Ă©loquence dramatique et sincĂ©ritĂ© ; ils renouvellent surtout notre perception de la transcription : format transcendant, libĂ©rateur, dĂ©cidĂ©ment fertile aux accomplissements poĂ©tiques. Concert Ă©vĂ©nement Ă  Paris (salle Cortot), le 10 janvier 2017. Parution de leur nouvel album :  « LISZT, 2 Sonatas for 2 pianos », Ă  paraĂźtre le 13 janvier 2017 (1 cd Melodya).

 

 

 

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EN LIRE +

 

LIRE notre prĂ©sentation du concert LISZT – SAINT-SAËNS par Ludmila BerlinskaĂŻa et Arthur Ancelle, mardi 10 janvier 2017, Salle Cortot, PARIS.

 

Prochaine critique complÚte du cd « LISZT, 2 Sonatas for 2 pianos », (1 cd Melodya) : à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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POITIERS. UM, la nouvelle partition de Zad Moultaka

POITIERS. UM, la nouvelle partition hypnotique de Zad MoultakaPOITIERS, TAP. Auditorium : Um de Zad Moultaka. Le 22 novembre 2016, 20h30. UM est une mĂ©ditation sonore qui s’inspire du livre des morts tibĂ©tain et des rituels chantĂ©s dans les monastĂšres. 6 chanteurs ici entonnent la litanie mĂ©ditative et interrogative d’une action sacrĂ©e : la voix se fait geste et la musique investit l’espace en ondes interrogatives. Les voix sont accompagnĂ©es par un ensemble instrumental et des haut-parleurs suspendus et jonchant le sol, qui produisent une trame Ă  la fois enveloppante et hypnotique Ă  partir des infra graves et ultra aigus. La question centrale demeure : oĂč est la place de l’homme ? Dans l’univers, dans son rapport (rompu ? donc destructeur
) avec la nature ; avec soi-mĂȘme aussi : qui suis-je ? UM, en quĂȘte d’un espace intĂ©rieur, porteur d’un questionnement universel, fonctionne alors comme une sĂ©rie de mantras, « phonĂšmes empruntĂ©s Ă  notre sociĂ©tĂ© de consommation, qui en constitue une critique acerbe, dĂ©plorant notre rapport perdu au sacrĂ©. » Ars Nova ensemble instrumental, dirigĂ© par Philippe Nahon, fusionne avec les chanteurs du groupe vocal allemand NEUE VOCAL SOLISTEN (basĂ© Ă  Stuttgart), pour crĂ©er la nouvelle partition composĂ© par Zad Moultaka. Philippe Nahon retrouve l’auteur d’UM, comme un complice car Ars Nova ensemble instrumental a dĂ©jĂ  crĂ©Ă© des piĂšces antĂ©rieures de Moultaka, depuis dĂ©jĂ  2014. Un troisiĂšme partenaire, l’IRCAM, oĂč le compositeur est en rĂ©sidence depuis juillet 2015, mettra en oeuvre la spatialisation Ă©lectronique et l’architecture Ă©lectroacoustique. La force de cette nouvelle partition est de faire dialoguer l’intime et l’universel, tout en exprimant par la musique cette quĂȘte dont nous avons perdu l’activitĂ© et le but ultime. L’austĂ©ritĂ© apparente de sa rĂ©alisation produit Ă  l’inverse, un vĂ©ritable thĂ©Ăątre du geste et du silence, de la rĂ©sonance et de la rĂ©vĂ©lation.

UN OCEAN SONORE QUI QUESTIONNE
 Pour Zad Moultaka, il s’agit de retrouver un espace sensible et sonore, propice au questionnement fondamental, Ă  l’essor d’une conscience soucieuse d’harmonie et de plĂ©nitude. « DisposĂ©s en strates, sur trois niveaux, un ensemble mixte en fond de scĂšne, un autre constituĂ© de cuivres et percussions, puis au centre sept chanteurs prononçant des mots morcelĂ©s, des «noms», des syllabes qui sonnent comme des mantras creux, provenant de notre sociĂ©tĂ© avide de consommation. Six hommes, situĂ©s dans le noyau du dispositif sonore de la salle, en quĂȘte de lien entre le haut et le bas, le ciel et la terre, l’espace extrĂȘme des harmoniques et les infra-graves. Des haut-parleurs suspendus au-dessus du public incarnent cet espace ultime de l’aigu ; d’autres Ă©parpillĂ©s sur le sol ouvrent celui des graves extrĂȘmes. Les moines bouddhistes creusent dans les profondeurs de la matiĂšre vocale pour faire apparaĂźtre ce qu’elle a de plus transparent, les harmoniques aiguĂ«s. Elles surgissent miraculeusement pour nous rappeler que le visible et le cachĂ©, le matĂ©riel et le spirituel se cĂŽtoient et sont de mĂȘme nature » prĂ©cise le compositeur.

« Et si nous pouvions descendre encore plus bas ? Creuser encore plus loin ? Aller au-delĂ  du grave, plus grave que le grave, de sorte que le chant des moines devienne lui-mĂȘme l’aigu d’une vibration souterraine non rĂ©vĂ©lĂ©e. Que serait cette matiĂšre ? Quel visage auraient ces aigus au-delĂ  des aigus ? Ici, la machine informatique pourrait-elle nous montrer le chemin ? Un sens ? La machine… Beau paradoxe qui se jouerait dans les laboratoires de l’Ircam » questionne encore Zad Moultaka.

moultaka zad festival_d_ile_de_france_2015-adonis_copyright_zad_moultaka_01-webMECANIQUE DU SON
 Mais le compositeur entend aussi inscrire sa dĂ©marche dans un mouvement concret et mĂ©canique : « C’est aussi un « dispositif de transformation d’une Ă©nergie en Ă©nergie mĂ©canique », une force qui donne le mouvement. Il est dit que « Dieu est le premier moteur, le souverain moteur de toutes choses. Et si on suivait cet adage Ă  la lettre ? Le moteur… dans le sens le plus mĂ©canique…UM, cette syllabe Ă  consonance de mantras cacherait aussi, cyniquement, l’acronyme de United Motors ? Les moines tibĂ©tains ont bien Ă©té utilisĂ©s pour une publicitĂ© de voiture! Le moteur serait donc Ă  nos sociĂ©tĂ©s ce que le chant bouddhiste est Ă  la leur”. Zad Moultaka propose donc une expĂ©rience unique aux spectateurs, immergĂ©s dans un ocĂ©an sonore, oĂč la direction du son se fait questionnement rĂ©pĂ©tĂ©, action d’une conscience pleine et exigeante que nous devons apprendre Ă  recueillir, incarner, cultiver
 L’ombre et la lumiĂšre, le silence et sa rĂ©sonance, l’immobilisme et le mouvement… l’Ă©criture du compositeur contemporain rĂ©concilie les dimensions sensibles et traditionnellement opposĂ©es, en une totalitĂ© qui renouvelle la conception mĂȘme du concert classique. VOIR aussi notre reportage dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation de JARDIN CLOS, spectacle conçu par Zad Moultaka, rĂ©alisĂ© par De Caelis, en rĂ©sidence Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, juillet 2014.

Pour sa part, Philippe Nahon, invitĂ© Ă  rĂ©aliser cette nouvelle partition dans sa parure sonore et spatiale, « C’est un dĂ©sir et une nĂ©cessitĂ© que de mettre toutes ses forces au service de cette intelligence constructrice de l’art contre le silence et l’obscuritĂ©. Le rituel tibĂ©tain a donnĂ© Ă  Zad Moultaka l’énergie motrice gĂ©nĂ©ratrice de forme, d’élan, de sons, de rythmes. De l’étincelle jaillit la flamme vers laquelle toutes les forces de vie convergent pour trouver l’équilibre ou la mort sublime comme le papillon Ă©bloui qui s’y brĂ»le les ailes. »
Rien n’est donc anodin dans cette architecture musicale dont le flux est toujours en mouvement et en expansion. La quĂȘte et le questionnement dont il s’agit, et que vont dĂ©couvrir les spectateur de ce programme Ă©vĂ©nement, sont Ă  la hauteur de la barbarie sourde et multiple qui frappe dĂ©sormais Ă  notre porte, au risque de dĂ©truire notre civilisation. A la violence dĂ©sormais ordinaire qui nous submerge, Zad Moultaka pose la question qui doit nous faire rĂ©agir. L’art et la musique pour notre salut.

 

 

 

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boutonreservationUM, de zad Moultaka
Mardi 22 novembre 2016, 20h30
POITIERS, TAP Auditorium

Placement libre
Durée : circa 1h10
Créé en octobre 2016

Rencontre avec le compositeur Zad Moultaka
Mardi 22 novembre 2016, Ă  18h30
SĂ©rie “Pourquoi les chefs d’orchestre mĂšnent-ils tout le monde Ă  la baguette ?”

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UM, nouvelle partition de Zad Moultaka
Durée : circa 1h15

EFFECTIF / DISTRIBUTION :
Ars Nova ensemble instrumental : 11 musiciens
Direction : Philippe Nahon

1 tuba
2 trombones
1 cor
1 trompette
1 flûte
1 clarinette
1 percussion
1 alto
1 violoncelle
1 contrebasse

NEUE VOCAL SOLISTEN : 6 voix
S/M/A/T/B/B

Programme repris le 13 mai 2017
Arsenal de Metz (57) ;
puis en juin 2017 (date à préciser),
au Stuttgart Summer Festival (Allemagne)

Les VĂȘpres solennelles de Mozart (1779)

mozart-vignette-carre-depeche-mozart-2016France Musique. Dimanche 25 dĂ©cembre 2016, 16h. Mozart: Les VĂȘpres d’un Confesseur K 339. GRÂCE SOLENNELLE DE MOZART A SALZBOURG. Mozart Ă  Salzbourg a 24 ans quand il compose Les VĂȘpres Solennelles d’un Confesseur, reprĂ©sentĂ©es le 30 septembre 1780, le jour de la saint-JĂ©rĂŽme, fĂȘte de son patron le prince-archevĂȘque Colloredo. AprĂšs une tournĂ©e Ă©prouvante Ă  Mannheim, Ă  Paris (oĂč meurt sa mĂšre en juillet 1779), Wolfgang doit revenir dans la citĂ© oĂč il est nĂ© et qui l’étouffe. Devenu cependant organiste de la Cour salzbourgeoise, le compositeur Ă©crit plusieurs chefs d’oeuvre sacrĂ©s dont la Messe du Couronnement et les VĂȘpres d’un confesseur, ultime cycle liturgique pour Salzbourg car la rupture avec son employeur est imminente. La solennitĂ© de la partition renvoie Ă  son instrumentation spĂ©cifique (raffinĂ©e) et le confesseur dont il est question rappelle la nature du saint fĂȘtĂ© : JĂ©rĂŽme, figure non martyr, qui a « confessé », c’est Ă  dire proclamĂ© sa foi. Le sujet est donc dĂ©claratif, affirmant haut et fort, de façon solennelle (et majestueuse), l’acte de foi de JĂ©rĂŽme. En ut majeur, l’Ɠuvre comprend 5 psaumes, conclut par un Magnificat. L’écriture alterne stile antico et stile moderno; selon le caractĂšre de chaque texte.
Mozart y exprime tout Ă  tour, la puissance divine (processionnel Dixit Dominus, notĂ© allegro  : chant de victoire du trĂšs fervent et conquĂ©rant David :   » que je fasse de tes ennemis ton marchepied ».), les louanges au Seigneur (Confiteor, choeur et solistes dans la partie centrale sur une forme sonate), la jubilation (Beatus dir, allegro), la gloire divine chantĂ©e par les enfants en chƓurs (fugue dramatique : Laudate pueri, dĂ©butant par un canon et conçu comme un Ă©pisode austĂšre en style antichoc, mais fugato expressif dans le style de Bach et de Handel) ; enfin l’adoration pour Dieu (Laudate Dominum / Louez l’Eternel
, sublime arioso de la soprano, de caractĂšre enchanteur et suspendu, en forme de sicilienne pastorale) ; enfin la conclusion par le Magnificat traditionnel : la majestĂ© triomphante de la divinitĂ© de compassion et de pardon, soit Marie, cĂ©lĂ©brĂ©e dans sa grĂące misĂ©ricordieuse et humaine s’affirme (trompettes et timbales du dernier Magnificat / Mon Ăąme exalte le Seigneur). A l’évocation du David, d’une juvĂ©nile ardeur, le cycle ajoute les couleurs finales du pardon et de la justice (le Seigneur disperse les orgueilleux, a renversĂ© les puissants et Ă©levĂ© les faibles, a nourri les affamĂ©s et appauvrit les riches). Mozart soigne la diversitĂ© des effectifs, et des formes musicales, selon les images du texte et pour vaincre l’effet de monotonie du cadre officiel. Prolongeant la rĂ©ussite de la Messe du Couronnement qui prĂ©cĂšde (juillet 1779), Les VĂȘpres d’un confesseur illustrent la maĂźtrise premiĂšre du compositeur, capable de renouveler l’esthĂ©tique plus que conservatrice de son employeur dĂ©testĂ©, Colorado. AprĂšs ses VĂȘpres solennelles, Mozart outrĂ© par les humiliations rĂ©pĂ©tĂ©es fournies Ă  son encontre par le prince-archevĂȘque, donne congĂ© Ă  celui qui ne comprenait rien Ă  sa musique. Et Salzbourg perd ainsi Ă  la faveur de Vienne, le gĂ©nie musical de son Ă©poque.

logo_francemusiqueFrance Musique. Dimanche 25 dĂ©cembre 2016, 16h. Les VĂȘpres d’un Confesseur K 339 de Mozart. La Tribune des critiques de disques. Quelle est la meilleure version enregistrĂ©e ?

LIVRES, compte rendu critique. LUDWIG VAN BEETHOVEN par Patrick Favre-Tissot-B (Bleu Nuit Ă©diteur)

beethoven livres patrick favre tissot bonvoisin critique livre beethoven classiquenews b_132LIVRES, compte rendu critique. LUDWIG VAN BEETHOVEN par Patrick Favre-Tissot-B (Bleu Nuit Ă©diteur). Collection « Horizons ». A l’heure de la grande exposition prĂ©sentĂ©e Ă  la Philharmonie de Paris jusqu’à la mi janvier 2017 (« Ludwig van, le Mythe Beethoven »), Bleu Nuit Ă©diteur publie une trĂšs complĂšte biographie du gĂ©nie romantique nĂ© Ă  Bonn (Beethoven : 1770-1827), astre musical Ă  Vienne, inventeur de la modernitĂ© romantique et qui comme Mozart dont il est l’hĂ©ritier spirituel, a dĂ©fendu contre tous et contre le systĂšme, l’unicitĂ© souveraine de son activitĂ© de compositeur : face Ă  l’arrogance des Grands, nĂ©s fortunĂ©s et privilĂ©giĂ©s, Beethoven aimait dire qu’il y aurait toujours des princes, mais qu’il n’y avait qu’un seul Beethoven. Aplomb sublime d’un crĂ©ateur hors normes. Conscience Ă©gotique, narcissisme hypersensible
 le gĂ©nie incarnĂ© ne souffre aucune critique sinon notre compassion car l’homme eut une vie forcĂ©ment exceptionnelle mais tragique que le texte trĂšs documentĂ© voire palpitant restitue ici en 176 pages et 
 XI chapitres. Beethoven eut mĂȘme une existence misĂ©rable, Ă©prouvant toujours l’indignitĂ© et la misĂšre d’une vie sans ressources, surtout la carriĂšre d’un musicien brisĂ© par sa surditĂ© inĂ©luctable (qui le rendit sensible au suicide), sans omettre la blessure ineffaçable d’une vie sans amour, ayant toujours recherchĂ© sans vraiment la trouver et la rejoindre, cette « immortelle Bien-aimĂ©e », – la fameuse « T »  destinataire de lettres toujours codĂ©es, d’un inintelligibilitĂ© persistante : le livre penche pour Antonia Brentano, l’égĂ©rie, la muse, l’éternelle et secrĂšte amie de son cƓur
 au lecteur de se faire sa propre opinion et de trancher face aux arguments qui lui sont prĂ©sentĂ©s. En dĂ©sirant des femmes d’esprit, mĂ©lomanes, surtout aristocrates, Beethoven visait (par ce qu’il Ă©tait nĂ© roturier), l’inaccessible. Comme Berlioz jeune, qui cependant contrairement Ă  l’Allemand, rĂ©ussira Ă  connaĂźtre le bonheur conjugal.
A Vienne, Beethoven affirme son unicitĂ© ; sa singularitĂ©, suscitant l’admiration des cĂ©nacles Ă©clairĂ©s de la capitale impĂ©riale ; il reste unique dans l’histoire musicale qu’un auteur puisse ainsi par exemple en 1808, s’assurer le versement Ă  vie d’une rente fournie par 3 familles parmi les plus riches de Vienne (l’Archiduc Rodolphe son Ă©lĂšve, le prince de Lobkowitz, le prince Kinsky), afin de l’empĂȘcher de partir
 Impossible et hautain, mais gĂ©nial et irrĂ©sistible, Ludwig van sut donc s’attirer le soutien fraternel d’une audience
connaisseuse, ayant parfaitement mesurĂ© la valeur de son gĂ©nie musical (mĂȘme Mozart n’eut pas cette chance).
Beethoven_Hornemann-500-carreD’ailleurs l’auteur parvient Ă  nous rendre fraternelle et proche, la figure du musicien : sublime dans son destin magnifique, comme perdu dans ses amours clandestins et tus, voire Ă©garĂ© quand Ă  la mort de son frĂšre, il se voit gĂ©rer le destin de son neveu Karl, contre sa marĂątre indigne et « sotte » (l’innommable Johanna). Les grandes Ɠuvres sont toutes parfaitement prĂ©sentĂ©es et expliquĂ©es, chacune dans le parcours personnel de l’auteur, dans le contexte de la pĂ©riode; les symphonies, les partitions sacrĂ©es dont la Missa Solemnis (1818-1822), son seul opĂ©ra Fidelio (1803-1814), surtout les quatuors, vĂ©ritable miroirs du dernier Beethoven, le plus Ăąpre, le plus ambitieux, le plus solitaire, revenant Ă  un sens de l’épure et de la synthĂšse qui force l’admiration. L’homme de rupture, le philosophe volontaire douĂ© d’une intelligence supĂ©rieure, l’artiste visionnaire qui parle au delĂ  de son Ă©poque et exprime une foi sincĂšre dans l’humanité  font aujourd’hui la valeur d’une Ă©criture et d’une pensĂ©e uniques, dont tĂ©moigne idĂ©alement la prose facile et accessible de ce nouveau texte biographique.


CLIC D'OR macaron 200Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 LIVRES. LUDWIG VAN BEETHOVEN par Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin. Bleu Nuit éditeur, collection « Horizons ». CLIC de classiquenews de novembre 2016
— ISBN 978-2-35884-061-3 — Comme c’est le cas de tous les titres biographiques de la collection « Horizons » chez Bleu Nuit Ă©diteur, l’ouvrage comprend aussi un tableau synoptique restituant pour chaque annĂ©e de la vie de Beethoven : sa vie et son oeuvre, la vie musicale contemporaine, le contexte culturel et scientifique, les Ă©vĂ©nements historiques majeurs
 , mais aussi, le catalogue des oeuvres : « musique de chambre », musique pour piano, musique vocale, musique orchestrale, (avec les dates de composition concernĂ©es), bibliographie, discographie et vidĂ©graphie sĂ©lectives, un index des noms.

 

Le Beau Danube Bleu décrypté, raconté

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888TÉLÉ, Arte. Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss II, dimanche 25 dĂ©cembre 2016, 16h20. Le Beau Danube bleu composĂ© en 1867 par Johann Strauss II (1825 – 1899) clĂŽt chaque annĂ©e le concert du Nouvel An Ă  Vienne : apothĂ©ose de la grand messe mĂ©diatique la plus regardĂ©e au monde sur les tĂ©lĂ©s du monde entier. La nostalgie Ă©lĂ©gantissime du Viennois gĂ©nial cultive toujours ce parfum irrĂ©sistible entre tendresse exquise, enivrement rythmique, raffinement instrumental et bien sĂ»r, sĂ©duction mĂ©lodique
 Retour sur la genĂšse d’une valse au succĂšs planĂ©taire ainsi que les circonstances qui l’ont rendue cĂ©lĂšbre. « Un message d’espoir, d’amitiĂ© et de paix », c’est ainsi que Johann Strauss venant jouer sa musique Ă  Paris, tout juste baptisĂ©e « Ville LumiĂšre », rĂ©suma Ă  l’Empereur NapolĂ©on III l’esprit qui animait sa valse Le Beau Danube bleu. Car en gĂ©nie poĂ©tique accompli, Johann Strauss sait exprimer l’irrĂ©sistible flux liquide de son sujet, le souffle et la magie d’une partition trĂšs inspirĂ©e tout au long de son dĂ©veloppement musical.
Au-delĂ  de son succĂšs musical, Le Beau Danube entre de plein pied dans l’Histoire. AprĂšs la dĂ©faite de l’Autriche Ă  Könitzgratz en 1866 face Ă  la puissance montante de la nouvelle Allemagne d’Otto Von Bismarck, le Beau Danube Bleu contribue Ă  la consolation des Viennois avant d’accompagner les premiers pas diplomatiques entre la France de NapolĂ©on III et l’Autriche de François-Joseph de Habsbourg. Devenu symbole de paix, ce chef d’oeuvre accompagna pourtant le Vieux-Continent dans ses dĂ©chirements, de la guerre franco-allemande en 1870 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Nouvelle Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursLe film Ă©voque tout autant la vie de son compositeur, Johann Strauss fils, gĂ©nie musical viennois qui fut au 19Ăšme siĂšcle, avec son pĂšre et ses frĂšres (Josef, Eduard), Ă  la tĂȘte d’une vĂ©ritable industrie musicale. La rivalitĂ© entre le pĂšre Johann Strauss I et son fils Johann Strauss II est l’un des fils conducteurs du film, illustrĂ©e notamment grĂące Ă  des extraits du « Chant du Danube », premier film parlant rĂ©alisĂ© par Alfred Hitchcock en 1934.
Johann Strauss fut le seul Ă  faire de ses valses des oeuvres musicales symphoniques sur lesquelles les viennois, trĂšs friands de bals, ne cessĂšrent de danser, de s’abandonner, de s’enivrer par leur propre proclamation culturelle : la valse de Strauss Ă©tant pour Vienne, ce que serait l’accordĂ©on pour Paris : une image peut-ĂȘtre caricaturale mais juste. Polkas, valses, marches
 font de Strauss aujourd’hui, par le raffinement de l’orchestration et le gĂ©nie de mĂ©lodies ce « roi de la valse » qui rendait jaloux jusqu’à Offenbach. Son opĂ©ra La Chauve souris, « Die Fledermaus » reste un pilier du rĂ©pertoire : critique sociale et aussi comĂ©die dĂ©jantĂ©e d’une force de sĂ©duction inĂ©galĂ©e. De facto, en cultivant ses dons pour les danse, Johann Strauss II participa involontairement Ă  l’une des premiĂšres rĂ©volutions sexuelles en Europe grĂące au contact prolongĂ© des corps qu’impose sa chorĂ©graphie destinĂ©e au couple.

Intervenants
Franz-Welser-Möst, Chef d’orchestre, directeur musical de l’opĂ©ra de Vienne et de Cleveland, Christophe Wagner-Treikwitz, historien, musicologue et spĂ©cialiste de la valse
Christine Mondon, historienne, spĂ©cialiste de Vienne. Patrick Souillot Chef d’orchestre & directeur musical de l’orchestre symphonique universitaire de Grenoble.

arte_logo_2013Arte. Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss II, dimanche 25 dĂ©cembre 2016, 16h20. Documentaire. DĂ©couvrir une Ɠuvre : le beau Danube bleu (An der schönen blauen Donau), op. 314. RĂ©alisation : Pierre-Henri Salfati /Production : La Compagnie des Phares et Balises , ARTE France.

Les Diabelli de Beethoven au piano et Ă  l’orchestre par Jean-François Heisser

POITIERS, TAP : Jean-François Heisser joue les Variations DiabelliPOITIERS, TAP. Variations Diabelli, Beethoven, Zender. JF Heisser, le 16 novembre 2016. Mercredi 16 novembre 2016, 19h30. « Variations Diabelli » : l’Orchestre Poitou-Charentes et son chef d’orchestre fondateur, Jean-François Hisser jouent Beethoven et Zender. Au programme, virtuositĂ© pour clavier seul (Variations Diabelli de Beethoven jouĂ© par Jean-François Heisser comme soliste), puis rĂ©ponse aux 33 Variations ainsi Ă©coutĂ©s, Ă  l’orchestre, grĂące aux 33 Variations d’aprĂšs Beethoven (2011) de Hans Zender. Le compositeur contemporain est bien connu des mĂ©lomanes par ses relectures iconoclastes des grands classiques romantiques : avant les Diabelli, Zender s’était intĂ©ressĂ© Ă  retranscrire pour orchestre Le Voyage d’hiver de Schubert : en passant de la forme chambriste et intime, au grand orchestre, que gagne la musique et l’expressivitĂ© du motif dans son passage du confidentiel au dĂ©monstratif ? L’univers sonore de Zender semble Ă©clairer plus qu’il ne le dĂ©nature, le propos originel de Beethoven. En façonnant un nouvel Ă©difice musical et esthĂ©tique oĂč s’exprime l’éclat de nouveaux instruments (accordĂ©on, percussions 
 Ă  la fĂȘte), l’idĂ©e de Zender est de relire le chef d’Ɠuvre originel de Beethoven en en soulignant la profusion et la richesse intĂ©rieure. Le propos de Zender est d’autant plus lĂ©gitime que Beethoven dĂ©jĂ  Ă  son Ă©poque avait repris et analysĂ© une Valse d’Anton Diabelli pour concevoir l’enchaĂźnement de ses 33 Variations, conçues pour leur part entre 1819 et 1823.

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3D’UNE VALSE SEULE
. AUX 33 VARIATIONS. Au dĂ©part, Ă©diteur et compositeur, Diabelli propose aux compositeurs viennois Ă  la mode, d’écrire une variation d’aprĂšs sa propre valse : les droits du recueil, englobant toutes les variations seraient reversĂ©s au profit des veuves et des orphelins des guerres napolĂ©oniennes
 Beethoven piquĂ© au vif (et souhaitant aussi percevoir le salaire gĂ©nĂ©reux promis pour une telle composition), s’intĂ©resse finalement au projet et commence par Ă©crire 23 Variations Ă  l’étĂ© 1819, puis interrompt son travail pour composer la Missa Solemnis ; enfin termine le cycle d’aprĂšs Diabelli, en 1823. Travail de rĂ©Ă©criture et de variation Ă  l’infini, toute la dĂ©marche de Beethoven consiste Ă  dĂ©velopper l’idĂ©e du motif jusqu’à son implosion (d’ailleurs le vĂ©ritable titre donnĂ© par Ludwig au moment de la livraison de l’ensemble est « 33 transformations » / 33 VerĂ€nderugnen, sur une valse de Diabelli
) souhaitant dĂ©montrer le potentiel immense d’un seul et mĂȘme motif originel simple, promis Ă  un cycle riche en avatars grĂące Ă  la puissance de son gĂ©nie recrĂ©ateur. L’opus 120 est ainsi connu et bien documentĂ©, portant une dĂ©dicace Ă  l’Immortelle Bien-AimĂ©e, c’est Ă  dire Antonia Brentano. Pianiste et chef d’orchestre, Jean-François Heisser passe de la forme clavier Ă  l’échelle orchestrale, animĂ© par un souci de prĂ©cision et d’éloquence qui caractĂ©rise son geste trĂšs scrupuleux comme spĂ©cifiquement respectueux des partitions.

JFHeisser-196AUDACE, EXPERIMENTATION, SAUT DANS L’INCONNU… Jean-François Heisser rĂ©tablit dans ce programme entre petite et grande forme, intonation confidentielle et intime, et transcription pour orchestre, le caractĂšre expĂ©rimental et rĂ©volutionnaire de l’Ă©criture beethovĂ©nienne : les 33 Variations ou “mutations” Diabelli que propose le compositeur pourtant sourd et handicapĂ©, forcent le respect par leur libertĂ© de conception et leur modernitĂ© esthĂ©tique. Libertaire, rĂ©volutionnaire, Beethoven fait imploser la forme et le cadre musical tout en prĂ©servant la puissance de son gĂ©nie d’architecte : implosif et structurel, son tempĂ©rament crĂ©ateur en cesse de nous fasciner. Au clavier, ou Ă  l’orchestre, voici la forge musicale, le foyer des innovations tels qu’ils ont Ă©tĂ© pensĂ©s, permis par Ludwig van…

 

 

 

Orchestre Poitou-Charentes
Jean-François Heisser, direction et piano

Beethoven
33 Variations en ut majeur pour piano sur une valse de Diabelli op. 120

Hans Zender
33 Variations sur 33 Variations (2011) d’aprùs les Variations Diabelli de Beethoven

 

POITIERS, TAP – Auditorium
Mercredi 16 novembre 2016, 19h30
RESERVEZ VOTRE PLACE

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle saison 2016  2017 du TAP ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers, ScĂšne Nationale, temps forts, coups de cƓur de classiquenews

 

TOULOUSE, Capitole. Rossini : Il Turco in Italia. 18-29 novembre 2016

rossini_portraitTOULOUSE, Capitole. Rossini : Il Turco in Italia. 18-29 novembre 2016. CrĂ©Ă© en 1814, succĂ©dant Ă  un prĂ©cĂ©dent ouvrage comique exotique : L’Italienne Ă  Alger (1813), Le Turc en Italie prĂ©pare par sa fougue rythmique, la sĂ©duction mĂ©lodique des airs, par le piquant des situations, l’euphorie facĂ©tieuse de l’opĂ©ra Ă  venir
 Le Barbier de SĂ©ville, sommet comique de 1816. En fin musicien, Rossini cisĂšle en deux actes, un matĂ©riau musical des plus raffinĂ©s, prĂ©cisant chaque profil, ciselant chaque dĂ©sir, jouant des situations dramatiques avec un sens thĂ©Ăątral d’une gĂ©niale invention. Dans cette arĂšne sentimentale qui croise Orient-Occident, turcs et occidentaux, l’amour revĂȘt des formes insaisissables qui annoncent aussi le marivaudage du plein XIXĂš. A travers les yeux de ce turc (Selim) venu Ă  Naples Ă©tudier les moeurs Ă©tranges des europĂ©ens, surtout europĂ©ennes, Rossini trouve le ton juste d’une comĂ©die dĂ©lirante et poĂ©tique oĂč rĂšgnent, matiĂšre Ă  rebonds comiques, dramatiques, drĂŽlatiques : travestissements, imbroglios, quiproquos, suspenses et coups de thĂ©Ăątre


Temps forts Ă  ne pas manquer, d’autant plus si les interprĂštes en restituent la subtile magie expressive : le bal du second acte, oĂč l’action suspend son vol, en un sextuor des travestissements a cappella, aux arabesques mozartiennes Ă  couper le souffle. Puis Fiorilla dans le tableau qui suit, impose une profondeur psychologique inouĂŻe qui annonce (par l’ampleur de sa cabalette) les grandes hĂ©roĂŻnes tragiques (de Norma Ă  Lucia di Lammermoor). Le jeune Rossini est lĂ  dans cet Ă©cart saisissant : dĂ©lire collectif, solitude tragique…

 

 

 

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Le Turc en Italie / il turco in Italia de Rossini au Capitole de Toulouse
Attilio Cremonesi, direction musicale / Emilio Sagi, mise en scĂšne
Puertolas, Spagnoli, Corbelli

6 représentations
Les 18, 20, 22, 25, 27 et 29 novembre 2016

RESERVEZ VOTRE PLACE

 

distribution :

Pietro Spagnoli, Selim
Sabina Puértolas, Fiorilla
Alessandro Corbelli, Don Geronio
Yijie Shi, Narciso
Franziska Gottwald, Zaida
Anton Rositskiy, Albazar
ZhengZhong Zhou, Prosdocimo

 

 

CD, compte rendu critique. « Transcendental » — Daniil Trifonov plays Franz Liszt : 12 Études transcendantes (2 CD Deutsche Grammophon, 2015)

trifonov daniil piano trancendantal review critique classiquenews CLIC jeune talent -362x362CD, compte rendu critique. « Transcendental » — Daniil Trifonov plays Franz Liszt : 12 Études transcendantes (2 CD Deutsche Grammophon, 2015). NĂ© en 1991, Daniil Trifonov aprĂšs des albums prĂ©cĂ©dents dĂ©diĂ©s Ă  Rachmaninov intĂ©resse aujourd’hui au Liszt d’ampleur et d’ambition : le gĂ©nie du concert dĂ©monstratif comme le conteur poĂšte, guide de paysages sonores d’une irrĂ©sistibles profondeur


CD1. LISZT s’est longuement penchĂ© sur le berceau de ses 12 Études transcendantes, composĂ©es Ă  partir de 1827, guĂšre fixĂ©es aprĂšs remaniements qu’en 1851, avec titres poĂ©tiques et prĂ©sentations plus claires, mais d’une technicitĂ© non moins redoutable.
Car sous l’étoffe Ă©bouriffante de la virtuositĂ© se rĂ©vĂšle peu Ă  peu la lyre poĂ©tique d’un tempĂ©rament qu’appelle et inspire l’éther cĂ©leste inaccessible. Entre subtilitĂ© suggestive et performance virtuose, peu de jouer ont ici pu trouver leurs marques. D’emblĂ©e, le jeune Daniil Trifonov (Premier prix 2011 au Concours TchaĂŻkovski de Moscou et au Concours Arthur Rubinstein de Tel Aviv) affirme une magnifique tempĂ©rament, maĂźtrisĂ©, cohĂ©rent, et dĂ©jĂ  d’une somptueuse Ă©loquence poĂ©tique. Ampleur et souffle comme implication directe et vision souvent millimĂ©trĂ©e, intĂ©rieure, le jeu du jeune pianiste russe rĂ©pond Ă  nos attentes s’agissant d’un cycle de qui dĂ©passe sa rĂ©putation exclusivement technicienne. Il faut y dĂ©ployer une dose mesurĂ©e de sentiment pour rĂ©ussir dans sa totalitĂ© sa formidable Ă©volution, entre avatars et rĂ©sonances, depuis son dĂ©but jusqu’au terme de la 12Ăšme Études. A 25 ans, le pianiste rĂ©ussit un parcours sans fautes.
La notice fait valoir le regard introspectif du pianiste sur les 12 Ă©tudes, abordĂ©es tels les jalons d’un cheminement progressif, spirituel, Ă  tout le moins, philosophique, miroir d’une expĂ©rience, longue Ă©popĂ©e, celle de Liszt. « Mazeppa, Feux follets, Vision, Eroica, Ricordanza, harmonies du soir, Chasse neige »  chaque sĂ©quence est investie et incarnĂ©e avec une habiletĂ© sobre, un engagement d’une honnĂȘtetĂ© admirable, et d’une certaine façon, au regard du jeune Ăąge de l’interprĂšte, d’une cohĂ©rence et d’une franchise surprenante.

trifonov-daniil-ruse-piano-liszt-homepage-582-390-classiquenews-portraitCD2. Tout aussi dĂ©licatement habitĂ©, le second disque prĂ©sente un choix de 5 Etudes de concert, dont les 3 enivrĂ©es, entiĂšres, passionnelles de l’opus S. 144, lĂ  encore vĂ©ritable triptyque poĂ©tique et philosophique voire allusivement mystique : Il lamento, La leggierezza (d’une Ă©vanescence magicienne), Un sospiro. Sans omettre, les Grandes Etudes de Paganini, exprimĂ©es portĂ©es et renouvelĂ©es avec une aisance et une classe raffinĂ©es. Ainsi l’assise des exercices paganiniens (maestriĂ  avec panache de l’étude la plus longue, plus de 5 mn : « Octave », souvent vertigineuse), n’empĂȘche pas l’éloquence filigranĂ©e ni l’intĂ©rioritĂ© finement calibrĂ©e lĂ  aussi (plage 8 : « Campanella » entonnĂ©e comme une berceuse et Ă©noncĂ©e avec une franche tendresse, continument murmurĂ©e et articulĂ©e avec une suavitĂ© volubile : quelle imagination dans l’art de dĂ©clamer : Trifonov subjugue par son sens de la progression du discours sur la durĂ©e). Oui Daniil Trifonov est comme un lutin facĂ©tieux et diversement suggestif. En dĂ©voilant l’intĂ©rioritĂ© et la richesse poĂ©tique sous les cascades virtuoses des notes emperlĂ©es, le jeune pianiste nous touche infiniment. A suivre. Heureuse surprise qui vient combler la moisson pianistique de cette rentrĂ©e 2016, oĂč brille un autre talent immense, fulgurant du clavier actuel, le Britannique Benjamin Grosvenor (LIRE notre compte rendu de son dernier disque : HOMAGE Ă©ditĂ© chez Decca).

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. « Transcendental » — Daniil Trifonov plays Franz Liszt (1811-1886) : 12 Études transcendantes, Etudes de concert S 145 et S 144 — Grandes Études de Paganini S 141 —  2 CD Deutsche Grammophon 0289 479 55 290. EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  la Siemensvilla, Berlin. DurĂ©e : 66’06 + 51’24.

Compte rendu, opéra. Angers. Angers Nantes Opéra, le 12 octobre 2016. « La Guerre des Théùtres » (1714). Les Lunaisiens.

Compte rendu, opĂ©ra. Angers. Angers Nantes OpĂ©ra, le 12 octobre 2016. « La Guerre des ThĂ©Ăątres » (1714). Les Lunaisons. CrĂ©Ă© pour cĂ©lĂ©brer le tricentenaire de l’OpĂ©ra-Comique de Paris (LIRE notre compte rendu d’avril 2015), le spectacle « La Guerre des ThĂ©Ăątres » fait escale au ThĂ©Ăątre d’Angers, cet automne 2016. Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati proposent un opĂ©ra-comique d’aprĂšs La Matrone d’EphĂšse de Louis Fuzelier, avec des musiques diverses extraites du rĂ©pertoire baroque français. La conception trĂšs intĂ©ressante et d’une incroyable actualitĂ© compte cette fois avec le dĂ©cor historique du ThĂ©Ăątre de la Reine du ChĂąteau de Versailles, exceptionnellement prĂȘtĂ© Ă  l’occasion.

 

 

 

La Guerre des Théùtres ou la Matrone à la Foire

 

 

Un prĂ©lude en forme de confĂ©rence est donnĂ© au ThĂ©Ăątre d’Angers peu avant la premiĂšre. Les invitĂ©s Françoise Rubellin, conseillĂšre thĂ©Ăątrale, experte des parodies d’opĂ©ras et thĂ©Ăątres forains, et Patrick Barbier, historien de la musique, racontent l’histoire de la crĂ©ation de l’opĂ©ra-comique, produit issu des contraintes et solutions des thĂ©Ăątres de la Foire au XVIIIe siĂšcle. Geste trĂšs Ă©clairĂ© et Ă©clairant de la part d’Angers Nantes OpĂ©ra Ă  l’adresse du plus large public qui veut toujours se cultiver davantage.

Le spectacle est aussi l’opportunitĂ© de redĂ©couvrir et vivre autrement l’histoire de la musique en France. Le concept implique l’utilisation de l’histoire de Fuzelier comme un prĂ©texte pour raconter cette « guerre des thĂ©Ăątres » que nous devons Ă  Louis XIV, dans son dĂ©sir avide de garder coĂ»te que coĂ»te le monopole des Arts en France. Ainsi, l’histoire de la veuve est transfigurĂ©e avec panache et devient l’occasion de revisiter les formes prĂ©sentes aux thĂ©Ăątres des Foires parisiennes, donc monologue, pantomime, piĂšce par Ă©criteaux, marionnettes…

 

 

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La Guerre des ThĂ©Ăątres est interprĂ©tĂ©e par l’ensemble la Clique des Lunaisiens, en l’occurrence 4 instrumentistes sur scĂšne jouant sur des instruments d’Ă©poque. Le figure centrale de cet ensemble est le baryton Arnaud Marzorati, qui est Directeur artistique dans la production et interprĂšte notamment du personnage de Pierrot. Avec lui, la haute-contre Jean-François Lombard dans le rĂŽle travesti de la Matrone et la fabuleuse et piquante soprano Sandrine Buendia dans les rĂŽles de Colombine et de l’OpĂ©ra. Cette derniĂšres a sans doute les morceaux chantĂ©s les plus mĂ©morables, et son timbre lĂ©ger et agrĂ©able, sa tenue pĂ©tillante enchantent sur scĂšne. Incarnation de l’OpĂ©ra, elle demande sa redevance aux artistes forains : il s’agĂźt lĂ  du moment le plus virtuose et drĂŽle musicalement. Excellentes Ă©galement, les performances, et thĂ©Ăątrales et musicales de Marzorati et de Lombard, chacun dans son registre, du comique dĂ©lirant et du larmoyant affligĂ©; le premier avec un je ne sais quoi de touchant en tant que Pierrot, le niais qu’on aime embĂȘter ; le second, avec une superbe aisance dans le rĂŽle travesti, rĂ©pliques percutantes et chant affectĂ©e Ă  souhait !

Le spectacle des marionnettes Ă  la fin de la soirĂ©e reste un tour de force d’humour trĂšs touchant. La salle malheureusement peu remplie du ThĂ©Ăątre d’Angers a pu se rĂ©galer pendant une heure et demie de spectacle oĂč le public participe pas seulement avec ses applaudissement et fou rires, mais aussi en chantant plusieurs morceaux parodiques grĂące aux Ă©criteaux portĂ©s par les acteurs tenus au silence, comme l’attestent les sources de l’époque ! Les Lunaisiens interprĂštent les quelques tubes du baroque français avec brio et sincĂ©ritĂ© ; formant troupe et complicitĂ© de bon aloi, ils participent pleinement Ă  l’ambiance gaillarde du show !

 
 

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Compte rendu, opĂ©ra. Angers. Angers Nantes OpĂ©ra, le 12 octobre 2016. « La Guerre des ThĂ©Ăątres », opĂ©ra-comique d’aprĂšs La Matrone d’EphĂšse (1714) de Louis Fuzelier. Sandrine Buendia, Jean-François Lombard… chant. Ensemble La Clique des Lunaisiens, musique instrumentale. Jean-Philippe Desrousseaux, conception, mise en scĂšne et marionnettes. Arnaud Marzorati, Pierrot, Direction Artistique.

Illustrations : La Guerre des ThĂ©Ăątre 2016 © Jeff Rabillon – L’OpĂ©ra (Sandrine Buendia) et Arlequin.

 
 

CD, annonce. ROME, 1703. LE PARNASSE FRANCAIS ressuscite la MESSA CLEMENTINA DE A. SCARLATTI (1 cd PARATY).

parnasse francais louis castelain messa clementina alessandro scarlatti cd review compte rendu annonce critique cd PARATY316153_couvCD, annonce. ROME, 1703. LE PARNASSE FRANCAIS ressuscite la MESSA CLEMENTINA DE A. SCARLATTI (1 cd PARATY). Un ensemble français sur instruments anciens, crĂ©Ă© en 2000, rĂ©cidive dans le registre qui lui est propre depuis ses dĂ©buts : le dĂ©frichement et la recrĂ©ation de joyaux oubliĂ©s. Le Parnasse Français (Louis Castellain, direction) rĂ©alise ici la renaissance d’un chef-d’Ɠuvre musical italien, sommet de la Rome baroque : la Messa Clementina d’Alessandro Scarlatti, jamais entendue depuis 300 ans. La rĂ©alisation technique en a Ă©tĂ© permise grĂące Ă  un appel aux dons depuis un site français : merci messieurs les Français de produire cette rĂ©surrection qui intĂ©resse pourtant en premier chef, le Vatican
 dont on sait cependant la richesse qui se compte en
 milliards! Les rĂ©sultats de la collecte ayant dĂ©passĂ© les prĂ©dictions – preuve de l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche auprĂšs d’un grand nombre de gĂ©nĂ©reux mĂ©lomanes-, l’ensemble annonce qu’il pourra prochainement se dĂ©dier Ă  un nouvel album de musique italienne (probablement Ferrare au dĂ©but du XVIe siĂšcle, Ă  la cour d’Hercule 1er d’Este
), heureux cycle plein de promesses.

En couverture du cd PARATY, un Ange (baroquissime) du Bernin (pour Saint-Pierre). Instrumentistes et chef du Parnasse Français recrĂ©ent donc une Ɠuvre magistrale et inĂ©dite, composĂ©e en 1703 par Alessandro Scarlatti pour le pape ClĂ©ment XI, dont elle porte le nom, destinĂ©e aux meilleurs chanteurs de la Chapelle Sixtine : la Messa Clementina Ă  5 et 7 voix a cappella. Le programme du disque comprend aussi d’autres Ɠuvres inĂ©dites de Scarlatti et de son prĂ©dĂ©cesseur Ă  Rome, Giovanni Pierluigi Palestrina (Tu es Petrus, Surrexit pastor bonus). Nous voici donc au temps de l’ñge d’or vocal de la Rome Pontificale et Baroque, quand musique et foi fusionnaient pour cĂ©lĂ©brer la plus grande gloire de l’église romaine et catholique.

Paraty_logo_rouge_582CD, annonce. Alessandro Scarlatti : Messa Clementina / Le Parnasse Français — Louis Castellain, direction (1 cd Paraty). Grande critique Ă  venir, dĂ©but novembre 2016, dans le mag cd, dvd, livres de CLASSIQUENEWS.COM

Compte rendu, concert. La Rochelle. La Coursive, le 5 octobre 2016. Haendel, Haydn. David DQ Lee, contre ténor, ensemble Matheus, Jean Christophe Spinosi, violon et direction

SPINOSI_portrait classiquenews Jean-Christophe-Spinosi-720x400 copieLE CONCERT VIRE AU SHOW
 : Jean Christophe Spinosi et l’ensemble Matheus Ă  La Rochelle. Reconnu de longue date comme un ensemble au rĂ©pertoire hĂ©tĂ©roclite, l’ensemble Matheus ouvre, ce mercredi 5 octobre, la saison musicale de La Coursive, situĂ©e au cƓur de La Rochelle, avec un programme qui se situe Ă  la croisĂ©e des chemins. Jean Christophe Spinosi a programmĂ© des Ɠuvres de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) qui est, avec Johann Sebastian Bach, le compositeur baroque par excellence, et de Joseph Haydn (1732-1809) qui marque la pĂ©riode dite classique et est le prĂ©curseur de la pĂ©riode romantique. Pour donner vie aux personnages de Haendel et de Haydn, le chef d’orchestre a invitĂ© le contre-tĂ©nor d’origine corĂ©enne David DQ Lee.

DĂšs les premiĂšres notes de l’ouverture de Serse de Heandel, Spinosi donne le ton de la soirĂ©e. Le concert sera de haute volĂ©e dirigĂ© avec une rigueur et une prĂ©cision par un chef survolté  Ă  la main de velours dans un gant de fer. Le contre tĂ©nor David DQ Lee chante les deux airs de Serse : Fron di tenere et ombra mai fu avec une maĂźtrise digne des meilleurs. La voix est large, puissante, ronde, chaleureuse ; elle rend parfaitement justice Ă  l’oeuvre de Haendel. Si Rinaldo est interprĂ©tĂ© avec le mĂȘme enthousiasme que Serse, c’est la scĂšne de la folie d’Orlando «Ah stiglia larve» qui fait sourire. En effet, Spinosi qui dirige tout en jouant du violon se montre dĂ©chaĂźnĂ© tandis que David DQ Lee se la joue, façon rock star entre deux sĂ©quences de cette scĂšne redoutable. Le public rĂ©serve d’ailleurs un accueil grandement chaleureux aux artistes qui sont tout sourire. Performance
 quand tu nous tient.

La seconde partie est consacrĂ©e Ă  Joseph Haydn (1732-1809). Jean Christophe Spinosi et David DQ sont aussi impliquĂ©s et gĂ©nĂ©reux qu’en dĂ©but de soirĂ©e. Et si l’ouverture d’Armida est remarquablement interprĂ©tĂ©e, la surprise de la soirĂ©e vient de la cantate Ariana in Naxos. Peu donnĂ©e, elle fut composĂ©e Ă  l’origine pour voix et piano en 1789. RĂ©Ă©crite pour orchestre et voix plus tard, la partition gagne une intensitĂ© Ă©vidente avec l’ensemble Matheus et David DQ Lee. LĂ  encore, les artistes font montre d’une implication et d’une gĂ©nĂ©rositĂ© sans Ă©gale ; les uns et les autres ont trĂšs Ă  cƓur de dĂ©fendre les oeuvres  qu’ils ont choisies, en particulier les mĂ©connues et cette Ariana in Naxos de Haydn gagne rĂ©ellement Ă  ĂȘtre rĂ©estimĂ©e, alternant moments d’espoir, de rĂ©signation, voire de dĂ©sespoir sans pour autant tomber dans l’excĂšs. David DQ Lee vit pleinement le martyr de la malheureuse Ariana faisant entrer avec talent un public conquis dans l’univers si bien mis en musique par un Haydn trĂšs inspirĂ©. Pour terminer une soirĂ©e magistralement conduite, Jean Christophe Spinosi dirige avec autant de verve que d’intensitĂ©, la symphonie n°82 dite «l’ours»; le chef finit d’ailleurs par rappeler Ă  l’ordre avec beaucoup d’humour un public si enthousiaste qu’il applaudit entre chaque mouvement. La salle ne s’en est pas formalisĂ©e et a rĂ©servĂ© un triomphe Ă  chacun des artistes qui viennent saluer Ă  plusieurs reprises. Spinosi ne manque pas d’humour, il donne un bis sur son violon, bis qu’il annonce lui mĂȘme. Le morceau, d’un compositeur africain a des sonoritĂ©s traditionnelles des tribus africaines et le public se prend au jeu en accompagnant Spinosi avec un malin plaisir.

En invitant l’ensemble Matheus pour le premier concert de leur saison musicale, les responsables de La Coursive ont rĂ©ussi un coup de maĂźtre. Devant une salle comble, musiciens, chef et chanteur ont enchantĂ© leur public avec un programme alternant avec bonheur musique instrumentale et musique vocale. La prĂ©sentation de la cantate Ariana in Naxos est un pari d’autant plus rĂ©ussi que les interprĂštes ont rendu sa juste place Ă  une Ɠuvre trop mĂ©connue.

La Rochelle. La Coursive, le 5 octobre 2016. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Serse : ouverture, Fron di tenere, ombra mai fu, Rinaldo : ouverture, Venti Turbini, Orlando : Ah stiglia larve, Joseph Haydn (1732-1809) : Armida : ouverture, Ariana in Naxos, Symphonie N°82 «l’ours». David DQ Lee, contre tĂ©nor, ensemble Matheus, Jean Christophe Spinosi, violon et direction.

Opéra national du Rhin : The Turn of the screw de Britten par Robert Carsen

britten-the-turn-of-the-screw-review-compte-rendu-critique-classiquenews-582-Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg, le 21 septembre 2016. Britten : The Turn of the screw. Robert Carsen, mise en scĂšne. Pour Robert Carsen, le titre de la nouvelle d’Henri James (Le tour d’écrou / The turn of the screw) met en avant les portes et les ouvertures, – fenĂȘtres, baies vitrĂ©es, 
-, des lieux de passage et d’apparition dont sa mise en scĂšne, taillĂ©e au cordeau et d’une prĂ©cision haute couture, use et abuse dans chaque sĂ©quence ; hautes fenĂȘtres du vaste vestibule d’entrĂ©e;  trĂšs subtile rĂ©fĂ©rence Ă  Hammershoi pour la chambre de Miles mais sous des lumiĂšres plus froides et bleutĂ©es (- rien Ă  voir avec le visuel affichĂ© par l’OpĂ©ra de Strasbourg en rouge sang : couleur bannie ici) ;  fenĂȘtre mirador Ă  la Edward Hopper, d’oĂč la Gouvernante s’exerce Ă  la peinture sur le motif … Tout est suggĂ©rĂ©  (davantage qu’exprimĂ©) au seuil, dans l’embrasure, dans un passage
 oĂč l’ombre de plus en plus Ă©touffante suscite les apparitions fantomatiques sans que le mystĂšre en soit dĂ©finitivement Ă©lucidĂ©.

Ce jeu visuel et limpide qui reste lĂ©gitime fait la force d’un spectacle trĂšs esthĂ©tique, comme toujours chez Carsen. En outre, les rĂ©fĂ©rences aux films d’Hitchcock  (prĂ©sentation de la gouvernante dont le profil et le voyage jusqu’au chĂąteau de Bly sont exposĂ©s Ă  la façon d’une confĂ©rence / projection dans l’esprit d’une audition / recrutement ou d’une enquĂȘte ; d’emblĂ©e ce dispositif avec narrateur devenu confĂ©rencier, place  le spectateur en voyeur analyste.

Tout est parfaitement Ă  sa place soulignant bien que ce qui est reprĂ©sentĂ© toujours sur la scĂšne, peut ne pas avoir Ă©tĂ©, mais a Ă©tĂ© effectivement vu, pensĂ©, imaginĂ© : jeu sur l’image et son interprĂ©tation ; ce qui est visible est-il rĂ©el ? / jeu sur l’illusion en perspectives et plans illimitĂ©s, troubles, entre songe et rĂȘverie
 plutĂŽt cauchemar. La gouvernante qui voit les spectres menaçants est-elle folle ou de bonne foi?  Et si elle disait vrai,  les interprĂ©tations et conjectures qu’elle Ă©chafaude et en dĂ©duit, sont-elles justes ? Miles et Quint sont-ils bien les acteurs d’un duo dominant / dominĂ© tel qu’elle se l’imagine ?

britten-carsen-strasbourg-582-the-turn-of-the-screw_0499-sally-matthews-the-governesscwilfried-hoesl1467899151MĂȘme si dans l’entretien publiĂ© Ă  l’occasion de la crĂ©ation viennoise, et reproduit dans le livret du programme Ă  Strasbourg, Robert Carsen souhaite que le spectateur se fasse sa propre idĂ©e sur ce qui se joue, le metteur en scĂšne est cependant trĂšs directif dans son  choix visuel en montrant en une sĂ©quence video hautement hitchcokienne, que l’ancien intendant Quint ouvrageait nuitamment l’ancienne gouvernante  (Miss Jessel),  sexualitĂ© ardente et copieusement suggĂ©rĂ©e, du reste tout Ă  fait banale, si le pervers Quint n’avait fait du jeune Miles … le tĂ©moin de ses frasques sensuelles : ainsi la manipulation et la pression qu’exerceraient dĂ©sormais les fantĂŽmes de Quint et Jessel sur les enfants, serait d’ordre sexuel mais de façon indirecte, une initiation traumatique en quelque sorte qui ici tue l’innocence.

 

 

 

Carsen offre à Britten l’une de ses plus belles mises en scùne

Pur fantastique

 

 

La scĂšne qui conclue la premiĂšre partie en marque le point culminant quand le jeune Miles rejoint le lit de sa gouvernante et tente un baiser des plus troublants car il se comporte comme un adulte au fait des choses de l’amour. Ce point est crucial dans la mise en scĂšne de Carsen car il fait Ă©cho aussi dans la propre psychĂ© de la Gouvernante, un ĂȘtre fragile et passionnĂ©, d’autant plus vulnĂ©rable et sensible Ă  cette “agression” de l’intime qu’il s’agit comme le dit trĂšs justement Carsen “d’une jeune femme probablement encore vierge, tombĂ©e amoureuse Ă©perdue de son employeur”, le tuteur des enfants, jamais prĂ©sent car il est restĂ© Ă  Londres pour ses affaires


 

 

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Ainsi les cartes sont battues et dĂ©voilĂ©es dans une mise en scĂšne d’une rare justesse d’autant plus convaincante qu’elle reste toujours esthĂ©tique et exceptionnellement prĂ©cise, collectionnant des tableaux littĂ©ralement picturaux et fantastiques : le lit de la gouvernante d’abord projetĂ© Ă  l’Ă©cran comme si les spectateurs Ă©taient au plafond, puis en un basculement spectaculaire, renversĂ© sur le plateau de façon rĂ©elle;  c’est aussi la scĂšne terrible et d’une possession dĂ©moniaque quand Quint paraĂźt aprĂšs la gouvernante dans la chambre du jeune Miles, le lit du garçon glissant Ă  cour Ă  mesure que le dĂ©mon marche sur le plateau dans sa direction 
 La mĂ©canique thĂ©Ăątrale est prodigieusement inventive et fluide, crĂ©ant ce que nous attendons Ă  l’opĂ©ra : des images de pure magie qui rĂ©tablissent Ă  l’appui du chant, l’impact du jeu thĂ©Ăątral.

Un autre thĂšme se distingue nettement et fait sens d’une façon aussi criante ici que la perte de l’innocence et la manipulation perverse : l’absence de communication. Tous les individus de ce huit-clos Ă  6 personnages  ..  ne communiquent pas (ou prĂ©cisĂ©ment ne dialoguent pas). On ne nomme pas les choses pour ce qu’elles sont. Celui qui en paie le prix fort (donnant Ă  la piĂšce sa profondeur tragique) est le jeune garçon  dont on comprend trĂšs bien dans la derniĂšre scĂšne -, qu’il a Ă©tĂ© la proie de forces dĂ©mesurĂ©es.

Ce voeu du silence absurde, ce culte du secret – comme la gouvernante hĂ©site Ă  Ă©crire Ă  l’oncle absent pour lui faire part de la menace qui pĂšse sur les enfants-, est un vĂ©hicule qui propage la terreur et la folie; corsetĂ©e, hypocrite, socialement lisse et conforme, cette loi de l’omerta gangrĂšne les fondements du collectif : Britten en a suffisamment souffert en raison de son homosexualitĂ©, d’autant plus Ă  l’Ă©poque de Henry James, acteur tĂ©moin du puritanisme britannique dont il n’a cessĂ© d’Ă©pingler avec Ă©lĂ©gance et raffinement, la stupiditĂ© Ă©coeurante.

Par sa finesse et son intelligence, Carsen exprime tout cela, dĂ©voilant mais dans l’allusion la plus subtile, les forces en prĂ©sence
 jusqu’Ă  l’atmosphĂšre d’un chĂąteau hantĂ© par les esprits. Ce fantastique psychologique est captivant d’un bout Ă  l’autre. C’est mĂȘme l’une des plus remarquable mise en scĂšne du Canadien (avec Capriccio au Palais Garnier).

 

 

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CĂŽtĂ© interprĂštes, deux formidables artistes dominent la distribution par leur trouble sincĂšre, leur intensitĂ© progressive dĂ©chirante : la Gouvernante de Heather Newhouse (beautĂ© souple de la voix, expressivitĂ© trĂšs canalisĂ©e), et rĂ©vĂ©lation, le jeune Miles du jeune Philippe Tsouli : intelligence dramatique et justesse du jeu scĂ©nique, de toute Ă©vidence, le jeune artiste est trĂšs prometteur). Leur duo crĂ©e des Ă©tincelles et restitue Ă  ce drame onirique et tragique, sa profonde humanitĂ©. L’issue fatale n’en est que plus saisissante. Dans la fosse, le jeu prĂ©cis et flexible lui aussi de Patrick Davin souligne les Ă©clats tĂ©nus de cet opĂ©ra de chambre qui murmure et sĂ©duit, captive et ensorcĂšle, en particulier dans chaque prĂ©lude orchestral, vĂ©ritable synthĂšse annonciatrice du drame Ă  l’oeuvre. Depuis Peter Grimes, Benjamin Britten a, on le sait, le gĂ©nie des interludes. Production Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique en France, absolument incontournable aussi captivante qu’esthĂ©tique ; et indiscutablement par l’imbrication rĂ©ussie du chant et du thĂ©Ăątre, sans omettre la vidĂ©o, l’une des rĂ©alisations les plus fortes et justes de Robert Carsen Ă  l’opĂ©ra. A voir Ă  Strasbourg et Mulhouse, jusqu’au 9 octobre 2016.

A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, les 21, 23, 25, 27 et 30 septembre Ă  Strasbourg, puis les 7 et 9 octobre 2016 Ă  Mulhouse (La Filature). Incontournable.

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra The Turn of the screw Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

 

 

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprùs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Présenté en anglais, surtitré en français
Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Robert Carsen
Reprise de la mise en scĂšne Maria Lamont et Laurie Feldman
DĂ©cors et costumes: Robert Carsen et Luis Carvalho
LumiĂšres: Robert Carsen et Peter Van Praet
Vidéo: Finn Ross
Dramaturgie: Ian Burton
Le Narrateur / Peter Quint: Nikolai Schukoff
La Gouvernante: Heather Newhouse
Mrs Grose: Anne Mason
Miss Jessel: Cheryl Barker
Miles: Philippe Tsouli
Flora: Odile Hinderer / Silvia Paysais
Petits chanteurs de Strasbourg
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin
Aurelius SĂ€ngerknaben Calw
Orchestre symphonique de Mulhouse

Toutes les illustrations : © Klara Beck / Opéra national du Rhin 2016

Cinéma : Sonya Yoncheva chante Norma

CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinéma diffusent la prise de rÎle événement de cette rentrée lyrique européenne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.

 

 

yoncheva-sonya-norma-bellini-londres-roh-classiquenews-582-700-annonce-critique A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) 
 Chanter Norma dans le sillon de la crĂ©atrice, Giuditta Pasta n’est pas chose aisĂ©e pour toutes les cantatrices laurĂ©ates Ă  relever les dĂ©fis de ce rĂŽle de femme forte, tragique, toujours digne. Sa grandeur morale fait plier finalement tous ses ennemis, y compris l’indigne romain Pollione, qui l’a abandonnĂ©e pour une plus jeune (Adalgisa) et dont elle a eu deux enfants. MĂšre et femme trahie, Norma incarne un personnage mythique de l’opĂ©ra romantique italien auquel Sonya Yoncheva apporte sa couleur sensuelle et ses dons de tragĂ©dienne extatique, langoureuse, hallucinante (en particulier dans le fameux air Ă  la lune, “Casta diva », air lĂ©gendaire qui a fait le triomphe avant elle, de Maria Callas ou de Montserrat Caballe). Une prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement qui explique pourquoi il ne faut manquer sous aucun prĂ©texte cette production diffusĂ©e au cinĂ©ma, ce (lundi) 26 septembre 2016, Ă  partir de 20h, dans les salles partenaires de l’Ă©vĂ©nement.

royal opera house opera au cinemaAutres arguments de cette production londonienne de Norma
 Dans la fosse, l’excellent Antonio Pappano (directeur musical du Royal Opera House / ROH) qui sait ciseler la tenue de l’orchestre dans son rapport aux voix (c’est lui qui dirige Puccini et les vĂ©ristes italiens choisis par Anna Netrebko dans son rĂ©cent recueil « verismo » Ă©ditĂ© chez Deutsche Grammophon. La rĂ©alisation scĂ©nique et visuelle est signĂ©e du truculent et parfois dĂ©lirant Àlex OllĂ©, l’un des directeurs de la compagnie catalane La Fura dels Baus. Pour cette Norma, le metteur en scĂšne inscrit l’action de la prĂȘtresse gauloise dans un contexte de guerre menĂ©e par les extrĂȘmes d’une sociĂ©tĂ© religieuse fanatique. Aux cĂŽtĂ©s de la soprano vedette, distinguons le tĂ©nor maltais riche en finesse et tension dramatique :  Joseph Calleja (Pollione), mais aussi Sonia Ganassi (la jeune prĂȘtresse Adalgisa) et Brindley Sherratt (Oroveso, le pĂšre de Norma). DurĂ©e indicative : 3h, comprenant 1 entracte, une prĂ©sentation de 15 minutes.

 

 

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Norma diffusée ainsi depuis Londres ouvre la nouvelle saison du ROH Live Cinema, diffusion dans les salles de cinéma en France des spectacles opéras et ballets de ROH / Royal Opera House de Londres (12 soirées sont annoncées pour cette saison, 6 opéras et 6 ballets).

 
LUNDI 26 SEPTEMBRE 2016, 19h30 : Norma de Bellini, en direct du Royal Opera House de Covent Garden, Londres‹ / ChantĂ© en italien avec des sous-titres en anglais

NORMA : SONYA YONCHEVA
POLLIONE : JOSEPH CALLEJA
ADALGISA : SONIA GANASSI
MUSIQUE – VINCENZO BELLINI
CHEF D’ORCHESTRE : ANTONIO PAPPANO
METTEUR EN SCENE : ÀLEX OLLÉ

 

 

 

+ D’INFOS: sur le site du ROH Royal Opera House de Londres / Norma de Bellini avec Sonya Yoncheva, Ă  l’affiche du Royal Opera House de Covnent Garden Londres, du 23 septembre au 8 octobre 2016

 

Norma de Bellini par Sonya Yoncheva à Londres est diffusé aussi sur la radio BBC 3, le 5 novembre 2016 18h30

Norma de Bellini avec Sonya Yoncheva, Ă  l’affiche du Royal Opera House de Covnent Garden Londres, du 23 septembre au 8 octobre 2016

 

 

+ D’INFOS sur le site du ROH Londres

 

 

LES SALLES EN FRANCE partenaires du ROH, qui diffusent NORMA, le 26 septembre 2016, 19h30 : consulter le site du ROH Live cinema 

 

 

Orchestre National de Lille : 4 concerts dirigés par Alexandre Bloch

lille-orchestre-national-de-lille-logo-160-172Orchestre National de Lille, nouvelle saison 2016 – 2017. Quatre programmes majeurs Ă  ne pas manquer avec Alexandre Bloch, nouveau directeur musical. La nouvelle saison 2016 – 2017 de l’Orchestre National de Lille marque une nouvelle Ă©tape et un jalon dĂ©cisif dans l’histoire de la phalange lilloise puisque le chef français Alexandre Bloch a Ă©tĂ© nommĂ© nouveau directeur musical de l’Orchestre, succĂ©dant ainsi au chef fondateur Jean-Claude Casadesus, en poste depuis 1976. Pour ses 40 ans, l’Orchestre s’offre un tempĂ©rament plein d’énergie, un musicien solide et charismatique qui rĂ©alise l’esprit de continuitĂ© et de d’approfondissement dĂ©fendu au cours de la nouvelle saison par les musiciens Ă  Lille. Violoncelliste, aujourd’hui chef invitĂ© principal des DĂŒsseldorf Symphoniker, Alexandre Bloch (Talent Adami 2012) en mettant surtout l’humain et une grande curiositĂ© au centre de ses prĂ©occupations a Ă  coeur de dĂ©fendre et de prolonger les valeurs dĂ©veloppĂ©es depuis la crĂ©ation de l’Orchestre, par Jean-Claude Casadesus.
En cette premiĂšre saison, les spectateurs pourront dĂ©couvrir et suivre le travail du nouveau chef avec les instrumentistes de l’Orchestre national de Lille, ce dĂšs le premier programme emblĂ©matique d’une passation dĂ©jĂ  trĂšs attendue ; puis au cours des 3 autres concerts Ă  l’affiche de la saison : soit 4 rendez vous incontournables de la nouvelle saison symphonique en France, en septembre, dĂ©cembre, mai puis juillet 2016.

 

 

 

4 concerts de l’Orchestre National de Lille
sous la direction de
Alexandre Bloch, nouveau directeur musical

 

 

 

Concert de passation

Jeudi 29 septembre 2016
Vendredi 30 septembre 2016 Ă  20h
LILLE, Auditorium du Nouveau siĂšcle

Samedi 1er octobre 2016, Ă  20h
DOUCHY-LES-MINES, L’Imaginaire

Bienvenue Maestro !
casadesus_jean_claude_portrait_290Concert d’ouverture avec Alexandre Bloch, nouveau directeur musical de l’Orchestre National de Lille. Au programme pour ce premier concert de prĂ©sentation, un premier volet comme une passation : l’ouverture de l’opĂ©ra Benvenuto Cellini de Berlioz par le fondateur historique Jean-Claude Casadesus ; ensuite Alexandre Bloch dirigera InFall de HĂšctor Parra – compositeur en rĂ©sidence, (crĂ©ation française) ; le Concerto pour violon de Khatchaturian (soliste : Nemanja Radulovic, violon), enfin L’Oiseau de feu (musique du ballet intĂ©gral) de Stravinsky. Ainsi les spectateurs lillois se dĂ©lecteront de symphoniste flamboyant sous la conduite des deux chefs dĂ©sormais emblĂ©matiques de l’Orchestre National de Lille en sa nouvelle saison 2016 – 2017 : furie italienne dans l’évocation du destin passionnĂ© de Cellini, orfĂšvre sanguin dans la Florence de la Renaissance ; puis virtuositĂ© scintillante chez Khatchaturian puis Stravinsky.

 

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Pour les deux chefs c’est un programme idĂ©alement choisi : Jean-Casadesus a toujours montrĂ© une rĂ©elle affinitĂ© avec le romantisme français ; quant Ă  Alexandre Bloch, l’idĂ©e entre autres de retrouver les splendeurs suggestives de l’orchestre du jeune Stravinsky quand il composait pour les Ballets Russes, demeure la source inspiratrice d’une insondable richesse. Un Ă©merveillement et une ivresse instrumentale que le nouveau maestro aura plaisir de transmettre et partager


RÉSERVEZ votre place

 

 

 

 

HAPPY NEW YEAR IN AMERICA

Jeudi 15 décembre 2016, 20h
Mardi 20 décembre 2016, 20h
Mercredi 21 décembre 2016, 16h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle

En tournée dans le territoire :
Vendredi 16 décembre 2016, 20h à MAUBEUGE, La Luna
Samedi 17 décembre 2016, 20h à CARVIN, salle Rabelais
Dimanche 18 décembre 2016, 16h à SAINGHIN-EN-MELANTOIS / Salle de sport

Coffret Sibelius remastĂ©risĂ© par BernsteinAllĂ©gresse et plaisir de vivre
 les qualitĂ©s dĂ©fendues par ce programme rĂ©jouissant et festif dĂ©ploient l’énergie et la fiĂšvre en provenance (majoritairement- si l’on excepte Marquez) d’AmĂ©rique du nord. L’ONL, Orchestre National de Lille sous la baguette vive, affĂ»tĂ©e de son nouveau directeur musical, Alexandre Bloch, joue l’Ouverture de Candide et le Divertimento pour orchestre de Leonard Bernstein, Mavis in Las Vegas de Maxwell Davies et Tahiti Trot de Shostakovitch (l’une des rares moments musicaux oĂč le compositeur russe s’abandonne Ă  une certaine plĂ©nitude allĂšgre
 dĂ©voilant un talent indiscutablepour la musique de danse), sans omettre Fanfare for the Common Man de Copland, Danzon n°2 de Marquez, Circus Polka de Stravinsky enfin, la Suite Porgy and Bess du trĂšs Ă©lĂ©gant et rythmiquement irrĂ©sistible Gershwin. Tous les compositeurs ici rĂ©unis savent s’inspirer de mĂ©lodies populaires, sublimĂ©es dans une parure orchestrale d’un raffinement entraĂźnant et communicatif.

RÉSERVEZ votre place

 

 

 

Les PÊCHEURS DE PERLES de Georges Bizet

Mercredi 10 mai 2017, 20h Ă  LILE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Vendredi 12 mai 2017, 20h Ă  PARIS, TCE – Th. des Champs-ÉlysĂ©es

fuchs-julie-soprnao-YES-deutsche-grammophon-septembre-2015-review--account-of-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-(c)-2015-Solene-Ballesta-02_HDEn version de concert, l’opĂ©ra du jeune Bizet (25 ans alors), – laurĂ©at du Prix de Rome-, affirme le tempĂ©rament bouillonnant du futur auteur de Carmen. C’est aussi pour l’Orchestre habituĂ© aux concerts symphoniques, une formidable expĂ©rience lyrique oĂč la tenue gĂ©nĂ©rale des instrumentistes doit suivre et envelopper sans les couvrir, toutes les voix solistes. Justement, la distribution de cette production lyrique romantique comprend quelques uns des jeunes chanteurs français les plus convaincants de l’heure : la soprano Julie Fuchs (LeĂŻla, prĂȘtresse de Brahma, amoureuse du pĂȘcheur Nadir), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey (Zurga, roi des pĂȘcheurs)
 Chacun connaĂźt la fameuse Romance de Nadir, priĂšre virile d’une Ă©tonnante sĂ©duction mĂ©lodique chantĂ©e par le tĂ©nor vedette
 de fait, Les PĂȘcheurs de Perles, ouvrage crĂ©Ă© avec un certain succĂšs au ThĂ©Ăątre Lyrique, Place du ChĂątelet Ă  Paris en septembre 1863, convoque l’esprit fantasmatique et onirique de l’orientalisme Second Empire. L’action se passe Ă  Ceylan et met en lumiĂšre la bravoure de Durga, dĂ©cidĂ© finalement Ă  sauver le couple amoureux, LeĂŻla et Nadir. Outre une complicitĂ© feutrĂ©e avec les voix, l’orchestre doit rĂ©vĂ©ler l’élĂ©gance de l’orchestration dont la finesse annonce couleurs et Ă©clats, eux mĂ©diterranĂ©ens Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre exotiques, de l’orchestre romantique français Ă©tincelant dans Carmen (1875)


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ENFER et PARADIS

ClĂŽture de la saison 2016 – 2017
Samedi 1er juillet 2017, 18h30
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle

ROBIN : Inferno (Frantizek Zvardon, création vidéo)
FAURÉ : Requiem

 

Enfer et Paradis. Programme conflictuel et contrastĂ© en guise de conclusion de la nouvelle saison 2016 – 2017 de l’Orchestre National de Lille. Un nouveau terreau fertile aux accents et nuances, scintillants et crĂ©pitants, sous la baguette d’Alexandre Bloch. D’abord, dĂ©flagrations et vertiges grĂące aux sonoritĂ©s puissantes du compositeur en rĂ©sidence Yann Robin, au background rock, jazz et aussi naturellement classique. Au terme de sa nouvelle partition infernale, surgit in extremis une lueur d’espoir aprĂšs l’évocation d’un monde en prise avec les forces dĂ©moniaques. Puis c’est bien l’apprentissage des bĂ©atitudes et du renoncement le plus apaisant et paisible qui s’affirme Ă  travers le chant de la soprano (Armelle KhourdoĂŻan), du baryton (Jean-François Lapointe) et du choeur (RĂ©gional Hauts-de-France), dans l’irrĂ©sistible Requiem de FaurĂ© vĂ©ritable baume pour l’ñme en souffrance (Ă©vocation du Paradis et des anges bienveillants, accueillants du dernier Ă©pisode : In Paradisum).

 

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4 Ă©vĂ©nements de la saison 2016 – 2017 : 3 programmes symphoniques et 1 concert lyrique par l’Orchestre National de Lille sous la direction d’Alexandre Bloch.
Toutes les INFOS et les modalitĂ©s de RÉSERVATIONS sur le site de l’Orchestre national de Lille (www.lilleonline.com)

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Illustrations : Alexandre Bloch © JB Millot / Orchestre National de Lille ;

LONDRES, ROH : Sonya Yoncheva chante Norma (12-26 septembre 2016)

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante IrisLONDRES, ROH. Norma de Bellini : 12-26 septembre 2016. Sonya Yoncheva chante Norma. Elle a triomphĂ© dans La Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille (applaudie vĂ©cue en juin dernier, affirmant par son onctueuse fĂ©minitĂ©, l’une des Violettas les plus raffinĂ©es et convaincantes qui soient, avec sa consƓur albanaise Ermolena Jaho, grande victorieuse des ChorĂ©gies d’Orange 2016), Sonya Yoncheva poursuit sa carriĂšre de haut vol : aprĂšs plus rĂ©cemment une Iris de Mascagni, toute autant voluptueusement aboutie Ă  Montpellier, voici Ă  Londres, sa Norma de Bellini (1831), un rĂŽle qui en plus de la beautĂ© de son timbre de miel, devrait aussi confirmer son belcanto, avec phrasĂ©s et vocalises Ă  l’envi
 Le Royal Opera House prĂ©sente ainsi sa nouvelle production de Norma, prĂȘtresse Ă  la lune et fille du druide Oroveso, mariĂ©e secrĂštement au Consul romain Pollione mais honteusement trahie par lui, alors qu’elle a eu deux fils du romain. Mais l’homme est faible et lui prĂ©fĂšre Ă  prĂ©sent une jeunette plus adorable (Adalgisa, elle aussi prĂȘtresse gauloise).
La tendresse du rĂŽle, son caractĂšre noble et Ă©nigmatique, sa moralitĂ© aussi font du personnage de Norma, sublime vertueuse, l’un des plus complexes et admirables du rĂ©pertoire romantique italien. Bellini et son librettiste Romani excellent aussi Ă  peindre l’amitiĂ© entre les deux femmes, toutes deux liĂ©es Ă  Pollione, mais inspirĂ©es par un idĂ©al de loyautĂ© des plus respectables. Adalgisa jure d’inflĂ©chir le coeur de Pollione pour qu’il revienne auprĂšs de Norma et ses deux garçons (duo magique Norma / Adalgisa : « Si, fino all’ore », acte II). Ainsi c’est dans la mort et les flammes, que Norma et Pollione se retrouvent unis pour l’éternitĂ©. Sur les traces de la crĂ©atrice de Norma, Giuditta Pasta, Sonya Yoncheva s’apprĂȘte Ă  endosser l’un des rĂŽles qui pourraient bien davantage affirmer sa grande suprĂ©matie vocale comme sa grĂące dramatique. Avec Anna Netrebko son aĂźnĂ©e, une diva d’une irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©, doublĂ©e d’une hyperfĂ©minitĂ© particuliĂšrement troublante. Aux cĂŽtĂ©s de Sonya Yoncheva, le tĂ©nor superstar maltais Joseph Calleja, au timbre dĂ©licat et au style raffinĂ©, devrait lui aussi convaincre dans le rĂŽle du romain d’abord traĂźtre honteux, puis touchĂ© par la noblesse de Norma, loyal Ă  son premier amour et prĂȘt Ă  mourir avec elle
 Nouvelle production londonienne incontournable. LIRE notre prĂ©sentation de Norma par Sonya Yoncheva

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Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1, 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics)

CLIC_macaron_2014Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1,harnoncourt brahms 5 cd warner classics review critique cd classiquenews compte rendu critique cd 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics). Ce q’un baroqueux peut apporter dans la tenue des orchestres modernes et dans le rĂ©pertoire romantique
 Warner classics nous rĂ©gale le premier, parmi les labels classiques historiques Ă  cĂ©lĂ©brer l’hĂ©ritage du MaĂźtre regrettĂ© (dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016 : dĂ©cĂšs de Nikolaus Harnoncourt), en dĂ©voilant ce souci particulier sur le mĂ©tier romantique : avec les instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin (en 1996, 1997) et pour les Concertos pour piano avec ceux du Royal Concertgebouw Amsterdam (live de 1999, dans une prise de son idĂ©ale); voici 5 cd Ă©tapes majeures pour un Brahms symphonique et concertant, dĂ©poussiĂ©rĂ©. 5 cd pour Ă©valuer tout ce que peut apporter un chef historiquement informĂ©, et l’un des plus aguerris, libre, inventif, visionnaire en la matiĂšre, soit Nikolaus Harnoncourt au travail, dĂ©voilant de nouveaux trĂ©sors d’exĂ©cution et de rĂ©alisation souple, articulĂ©e, – avec les musiciens sur instruments modernes du Berliner Philharmoniker : la dĂ©marche est d’autant plus lĂ©gitime que s’agissant de Johannes, – dernier romantique, et si proche de Schumann, il s’agit d’une Ă©criture qui regardent toujours vers le passĂ©, Beethoven (son dieu) et au delĂ , bien avant, le raffinement inĂ©dit qu’apporte le chef Baroqueux, pionnier de la RĂ©volution sur instruments d’époque, et auteur d’un intĂ©grale Beethoven sur instruments d’époque (Orchestre de chambre d’Europe-, toujours indĂ©passĂ©e, chez Teldec) se rĂ©vĂšle porter d’une Ă©nergie affĂ»tĂ©e renouvelĂ©e, avec un rapport bois, cordes repensĂ© dan sel sens de la clartĂ© concertante (ce dĂšs le dĂ©but des variations sur un thĂšme de Joseph Haydn cd1). De mĂȘme le dĂ©but de la Symphonie n°1 portĂ©e pressĂ©e par un flux incandescent d’une urgence inĂ©luctable brille singuliĂšrement par l’équilibre instrumental et la balance nouvellement Ă©laborĂ©e qui met en avant les vents et les bois (flĂ»tes et hautbois), jaillissement de l’harmonie qui colore spĂ©cifiquement l’énergie vitale de cette entrĂ©e en matiĂšre qui rĂ©sonne et s’enfle avec en une sorte d’extase tragique
 (Live rĂ©alisĂ©e Ă  la Philharmonie de berlin en dĂ©cembre 1996). Tout est dit dans cette fabuleuse narration jamais dĂ©monstrative mais intĂ©rieure dont l’acuitĂ© des timbres, et une nouvelle motricitĂ© entre le pupitres soulignent la filiation beethovĂ©nienne qui structure de l’intĂ©rieur et de façon organique, les 4 Symphonies de Brahms. Toujours en 1996, les Symphonie 2 et l’Ouverture tragique (live de 1996) souligne ce travail spĂ©cifique sur la couleur et l’intensitĂ© des bois et des vents sur des cordes rĂ©solument transparentes : d’ailleurs, Harnoncourt a beaucoup travailler avec les instrumentistes la rĂ©solution des phrases en une seul tenue d’archet. L’agilitĂ© de la main droite a Ă©tĂ© un point fondamentale de cette approche rĂ©gĂ©nĂ©rative.
Eblouissant HarnoncourtUn an plus tard (cd 3, 1997), les mĂȘmes rĂ©alisent le dramatisme tellurique de la n°3 : le chant des bois et de cuivres sur la mer des cordes, cette intelligibilitĂ© des pupitres allĂšge considĂ©rablement l’allant de texture, fonde l’acuitĂ© d’une direction soucieuse d’articulation (clarinette, basson, hautbois
) et aussi d’élĂ©gance dans la tenue gĂ©nĂ©rale des cordes. La ligne de la clarinette (en dialogue avec le cor
) est particuliĂšrement soignĂ©e, prĂȘte vive d’une sensibilitĂ© suprĂȘme au timbre. L’AllĂ©gretto qui ouvre telle une aurore pleine de promesses et de plĂ©nitudes Ă©phĂ©mĂšres, l’admirable n°4 opus 98, confirme le raffinement instrumental qu’apporte la vision de Harnoncourt (mĂȘme dĂ©tail et vibration dans l’Andante moderato qui suit) quand l’Allegro giocoso est portĂ© au pieds de la lettre, vif, palpitant, d’une nervositĂ© rĂ©jouissante. Enfin le cd 4, ajoute le bĂ©nĂ©fice de ce geste aĂ©rĂ©, prĂ©cis, nerveux dans la forme concertante, celle du Concerto n°1 opus 15, taillĂ© comme un diamant vif argent ; oĂč l’ouverture est saisissante d’acuitĂ© expressive, un lever de rideau qui impressionne et bouleverse par sa sincĂ©ritĂ© ; d’autant que la prise de son est d’une richesse de restitution remarquable (jusqu’aux bruits des instruments, et des partitions que l’on feuillĂšte sur les pupitres !) : enregistrĂ© en dĂ©cembre 1999, Ă  Amsterdam avec le Concertgebouw d’Amsterdam, le geste d’Harnoncourt sĂ©duit par ses temps ralentis, la profondeur qui s’en dĂ©gage aussitĂŽt, une Ă©quilibre entre plĂ©nitude et urgence, langueur, dĂ©sespoir (Adagio); un bouillonnement et une tendresse mĂȘlĂ©s formant un superbe bain d’émotions et de sentiments qui dĂ©ferlent, affleurent, se dĂ©ploient avec un naturel irrĂ©sistible : l’orchestre ainsi dirigĂ© compose un tapis et un Ă©crin idĂ©al pour le piano certes sensible mais moins inspirĂ©, habitĂ© du soliste Rudolf Buchbinder (beaucoup moins nuancĂ© et suggestif que le chef). Ce que parvient Ă  rĂ©aliser le chef avec les instrumentistes reste saisissant. RĂ©ellement impressionnant. Dans le cd 5, le Concerto pour piano n°2 y cultive les mĂȘmes qualitĂ©s : vibration superlative de l’orchestre, d’une hauteur poĂ©tique irrĂ©sistible, d’un dramatisme attentif et contrastĂ©, auquel rĂ©pond le jeu parfois Ă©pais et percussion Ă  outrance du soliste. Harnoncourt chez Brahms fut captivant : ces 5 cd le dĂ©montrent sans rĂ©serve. Magistrale rĂ©vĂ©lation ou confirmation s’agissant du Baroqueux chez le plus romantique des Romantiques germaniques. Incontournable.

Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt. BRAHMS : Symphonies, Concertos pour pianos, Variations, Ouvertures. Berliner Philharmoniker (1996-1997), Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam (Live de 1999). 5 cd Warner classics. 0190295 975104. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. TRANSCENDENTAL : Daniil Trifonov plays Franz Liszt (2 cd Deutsche Grammophon — Parution : le 7 octobre 2016)


trifonov daniil piano liszt transcendental liszt deutsche grammophon cd review prensentation announce review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD Ă©vĂ©nement, annonce. TRANSCENDENTAL : Daniil Trifonov plays Franz Liszt (2 cd Deutsche Grammophon — Parution : le 7 octobre 2016)
.  OcĂ©an oĂč se perdent les interprĂštes trop gourmands mais dĂ©passĂ©s, oĂč les tempĂ©raments s’affirment aussi tout autant
 Faisant table rase de toute virtuositĂ© gratuite, pourtant prĂ©sente dans la frĂ©nĂ©sie des premiers Ă©pisodes des Etudes d’exĂ©cution transcendante, Liszt sait aussi dĂ©construire pour organiser une nouvelle langue poĂ©tique qui Ă©lectrise par ses Ă©clairs de pure magie visionnaire et par les contrastes qui naissent par confrontation avec les gammes et arpĂšges vertigineuses qui se dĂ©versent aussi du clavier. DĂ©lire et extase sont au rendez vous
 Il faut une technicitĂ© agile virtuose certes, surtout une vision qui dĂ©voile sous l’avalanche narrative (dramatique voire opĂ©ratique comme le souligne ici l’interprĂšte), le sens d’une progression cohĂ©rente qui traverse le cycle et l’architecture des 12 Études Transcendantes. Leur transcendance se rĂ©alise dans ce passage tĂ©nu (Ă  partir du 8 Ăšme Ă©pisode, notĂ© « Wilde Jag » ?), de l’artificiliatĂ© dĂ©monstrative Ă … l’abandon allusif et poĂ©tique. Liszt magicien du temps et de l’espace ouvre ainsi des mondes invisibles, que la musique par son flux souverain, rend miraculeusement perceptibles.

 

 

Daniil Trifonov aborde le Liszt Ă©chevelĂ©, expĂ©rimental, dĂ©lirant, poĂ©tique des 12 Etudes d’ExĂ©cution Transcendante S 139 de 1852.

 

trifonov daniil piano classiquenewsLe jeune pianiste russe DANIIL TRIFONOV, vedette montante de l’écurie Deutsche Grammophon, aux cĂŽtĂ©s de son confrĂšre britannique Benjamin Grosvenor (qui aborde lui aussi Liszt et Franck dans un disque remarquablement conçu : “Homages”, Ă  paraĂźtre aussi en septembre 2016 — annonce et critique complĂšte Ă  venir dans nos colonnes) aborde un programme particuliĂšrement ambitieux : Everest du clavier, tant par les dĂ©fis de pure technique que la maturitĂ© interprĂ©tative pour en organiser la vision globale
 AprĂšs Rachmaninov, le Liszt du jeune Daniil Trifonov s’annonce donc passionnant.

 

 

 

« Transcendantal : Daniil Trifonov plays Franz Liszt », 1 cd Deutsche Grammophon à paraßtre le 7 octobre 2016 (enregistré à Berlin en septembre 2016). Compte rendu critique complet à venir sur CLASSIQUENEWS.COM, dans le mag cd dvd livres, à la date de parution du CD Liszt par Daniil Trifonov, le 7 octobre 2016.

 

 

DUBAÏ inaugure son nouvel OpĂ©ra, le 31 aoĂ»t 2016

dubai new opera nouvel opera de dubai inauguration first premiere for dubai opera classiquenewsOPERA. DubaĂŻ inaugure son nouvel OpĂ©ra le 31 aoĂ»t 2016… AprĂšs l’ouverture de l’OpĂ©ra d’Oman en 2007, l’émirat de DubaĂŻ s’apprĂȘte Ă  inaugurer ce 31 aoĂ»t prochain, son propre opĂ©ra, devenant ainsi avec ses quelques 2000 places, la 2Ăšme maison lyrique du Golfe. Le ThĂ©Ăątre arbore le profil d’un vaisseau amarrĂ© au pied de la Tour Burj Khalifa, la plus haute au monde (828 mĂštres), proposant Ă  terme une saison lyrique de plus enviables, complĂ©tant son offre culturelle comme principal centre d’affaire au Proche-Orient.  Le Barbier de SĂ©ville, mais aussi West Side Story et mĂȘme Les MisĂ©rables sont les premiers volets d’une programmation qui se veut Ă©clectique et large, conçue par Jasper Hope, directeur gĂ©nĂ©ral (ancien responsable du Royal Albert Hall de Londres). Dans 4 ans, DubaĂŻ accueille l’Expo Universelle : la citĂ© portuaire (membre de la FĂ©dĂ©ration des Etats Arabes Unis) se devait d’offrir une offre lyrique et musical d’envergure comme toutes les grandes mĂ©tropoles occidentales. La salle modulable permet d’accueillir concerts, expositions, banquets, dĂ©filĂ©s
 autant de manifestations et d’évĂ©nements au diapason d’une nouvelle mĂ©gapole qui en quelques dĂ©cennies est devenu un foyer de loisirs incontournable, multipliant les projets immobiliers le plus fous (dont les Ăźles artificielles en forme de palmiers pour une clientĂšle richissime). Le tourisme haut de gamme et culturel reste le principal dĂ©fi de l’état de 2,5 millions d’habitants et qui a accueilli en 2015 plus de 12 millions de touristes. 

 

 

Dubai+Opera+by+Emaar+4

 

 

Pour le moment, l’OpĂ©ra de DubaĂŻ ne comprend pas d’équipe artistique et ne peut donc pas produire ses propres productions. En outre, le genre lyrique reste Ă©tranger Ă  la culture arabe : si les responsables de ce grand projet souhaite impliquer les locaux, au mĂȘme titre que les rĂ©sidents et visiteurs Ă©trangers, il convient de lancer de nouveaux programmes de sensibilisation Ă  la crĂ©ation Ă  l’adresse des habitants de DubaĂŻ eux-mĂȘmes. Pour son inauguration, l’OpĂ©ra de DubaĂŻ invite ce 31 aoĂ»t 2016 le baryton Placido Domingo lors d’une soirĂ©e de prestige
  A suivre.

 

 

 

 

 

VISITEZ le site de l’OpĂ©ra de DubaĂŻ, saison 1 inaugurale 2016-2017

 

 

RĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, en direct sur internet

seong-jin-cho-mozart-schubert-chopin_d_jpg_720x405_crop_upscale_q95En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).

 

seong_jin_cho_chopin_17_concours_piano_varsovie_meaNĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et distinguĂ© Ă  Varsovie par un Jury composĂ© de Martha Argerich, Philippe Entremont, Nelson Goerner, Seong-Jin Cho inscrit son nom dans une liste de laurĂ©ats prestigieux tels que Maurizio Pollini (1er prix, 1960), Martha Argerich (1965), Krystian Zimerman (1975), Yundi Li, Rafal Blechacz (2005)
 tous artistes ayant signĂ© par la suite avec le prestigieux label jaune toujours bien placĂ© dans la carriĂšre des grands noms du piano, Deutsche Grammophon. Daniil Trifonov, Yuja Wang, Yundi, hier Lang Lang (aujourd’hui passĂ© chez Sony)
 font aussi partie de l’écurie DG. Qu’en sera-t-il pour le jeune sud corĂ©en Seong-Jin Cho ? Dans un rĂ©cent communiquĂ©, rĂ©affirmant son partenariat avec l’Institut Chopin de Varsovie, coorganisateur du Concours Chopin fondĂ© en 1927, Deutsche Grammophon annonce un prochain enregistrement Chopin par le nouveau laurĂ©at du Concours polonais, Seong-Jin CHO. A suivre
 EN LIRE + sur Seong-Jin CHO, premier prix du 17Ăšme Concours Chopin de Varsovie (octobre 2015)

 
Au programme :
Mozart : Rondo K 511
SCHUBERT : Sonate pour piano n°19
CHOPIN : 24 Préludes pour piano
Seong-Jin Cho, piano
VOIR le direct ce soir Ă  partir de 20h sur le site de Deutsche Grammophon : http://www.deutschegrammophon.com/fr/gpp/index/seong-jin-cho-reims

 

LIRE aussi notre critique complĂšte du premier cd de SEONG-JIN CHO, programme Chopin, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2015

 

FESTIVAL CASTELL PERALADA 2016

peralada-festival-castel-chateau-2015-festival-review-compte-rendu-opera-CLASSIQUENEWS-2015PERALADA, festival (Catalogne espagnole), 7 juillet – 16 aoĂ»t 2016. Au cƓur de la Catalogne septentrional, Ă  Ă©quidistance entre Perpignan et GĂ©rone, au nord de Barcelone, le petit village de Peralada (Ă  moins de 40 mn de la frontiĂšre française), l’enclave enchanteresse de Peralada fait son festival estival chaque Ă©tĂ©, cette annĂ©e Ă  partir du 7 juillet et jusqu’au 16 aoĂ»t 2016. Les tĂȘtes d’affiche invitĂ©es assurent un niveau musical souvent superlatif que le choix des Ɠuvres et les rĂ©pertoires programmĂ©s mettent en scĂšne de façon parfois surprenante donc digne du plus grand intĂ©rĂȘt. FidĂšle Ă  sa tradition artistique, chanteurs et musiciens sont d’habituels artistes prĂ©sents pendant la saison du Liceu de Barcelone. L’offre musicale et lyrique de Peralada en fait une Ă©tape incontournable pour tous les amateurs et mĂ©lomanes curieux comme exigeants, heureux explorateurs sur le territoire qui pourront aussi dĂ©couvrir ou retrouver en un mĂȘme sĂ©jour, les superbes calanques et plages prĂšs de CadaguĂšs (sans omettre le musĂ©e Dali Ă  Figueres). Peralada est un temple lyrique proche de la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne, l’une des plus enchanteresses de la Catalogne ibĂ©rique.

ECLECTISME, SUBTILITE, VOCALITA
 Ouverture du Festival Castell Peralada (Castell pour le chĂąteau est ses deux tours dĂ©sormais emblĂ©matiques) avec Lang Lang le 7 juillet 2016 (22h, Saisons de Tchaikovski, soit le programme prĂ©sentĂ© enregistrĂ© dans la Galerie des glaces de Versailles); Pink Martini (9 juillet, 22h); grand Gala lyrique des 30 ans du Festival, le 15 juillet Ă  22h (avec les sopranos Sondra Radvanovsky et Eva-Maria Westbroek, le tĂ©nor Marcelo Álvarez, les barytons Carlos Álvarez, les barytons lĂ©gendaires Leo Nucci, Ruggero Raimondi, avec l’orchestre SimfĂČnica de Barcelona i Nacional de Catalunya (OBC) dirigĂ© par Daniele Rustioni. Peralada s’est taillĂ© une rĂ©putation international de temple lyrique grĂące Ă  ses grands rĂ©citals, rvs incontournable pour les amateurs de voix Ă  tempĂ©rament (rĂ©citals Olga Peretyatko, le 18 juillet ; Anita Rachvelishvili, le 3 aoĂ»t ; Bryan Hymel, le 5 aoĂ»t) ; la danse au plus haut niveau s’invite aussi : soirĂ©e Roberto Bolle et ses invitĂ©s, le 29 juillet.

TurandotNOUVELLE PRODUCTION DE TURANDOT DANS LE PARC
 Pour nous, le mois d’aoĂ»t est encore plus prometteur Ă  Peralada : ne manquez pas la soirĂ©e baroque affichant le sublime Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi dans le cloĂźtre / Claustro del Carmen (lundi 1er aoĂ»t, 22h, avec Sara Blanch, soprano en rĂ©sidence et Fausto Nardi). Le temps fort du festival cet Ă©tĂ© 2016 reste la production de TURANDOT de Puccini, sommet orientaliste du naĂźtre italien : samedi 6 et lundi 8 aoĂ»t dans le vaste auditorium Ă  ciel ouvert des jardins de Peralada (22h)
 L’écriture dans le style chinois s’invite ainsi en Catalogne avec deux acteurs chanteurs prometteurs : la suĂ©doise IrĂšne Theorin dans le rĂŽle-titre, et le tĂ©nor Roberto Aronica dans celui de Calaf, le prince Ă©tranger venu conquĂ©rir la vierge aux Ă©nigmes
 Peralada affiche cette nouvelle production de Turandot dans la mise en scĂšne de Mario Gas. avec l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu / Giampaolo Bisanti, direction musicale.

Mais Peralada ce sont aussi d’autres volets artistiques et musicaux qui invitent le chanteur SEAL (23 juillet), ou Diana Krall (30 juillet), sans omettre Simply Red (16 aoĂ»t, en clĂŽture), comme The Originals Blues brothers band (le 15 aoĂ»t)
 Ă©clectisme et finesse, au carrefour des genres lyriques et pop. En somme une sorte de dĂ©clinaison revivifiĂ©e du mariage Ă©lectrisant des genres, amorcĂ© Ă  l’époque de Barcelone la sublime quand ses ambassadeurs les plus prestigieux, Montserrat Caballe et Freddy Mercury savaient se produite ensemble en un duo devenu mythique. L’édition 2016 du Festival Peralada est un must absolu.

 

 

 

 

INFOS, RESERVATIONS
www.festivalperalada.com
TĂ©l.: +34 972 53 82 92

ORGANISEZ votre séjour en juillet et août 2016
www.festivalperalada.com/+peralada

 

 

RĂ©servez pour le festival Castell PERALADA 2016 sur le site classictic

 

peralada-catsel-768-361.jpgPERALADA festival 2016 temps fort highlights classiquenews 582

 

 

 

 

 

TURANDOT, dossier : genÚse du dernier opéra de Puccini (1926)

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)On sait les difficultĂ©s avec lesquelles Puccini tenta d’achever une partition inĂ©gale, d’autant qu’il laissa aprĂšs sa mort (Bruxelles, 1924) un ensemble de manuscrits autographes qui ne bĂ©nĂ©ficiĂšrent d’aucune rĂ©vision finale de la part de leur auteur. C’est finalement l’autoritaire Toscanini qui maltraitant le compositeur Franco Alfano dĂ©signĂ© pour complĂ©ter et terminer l’ouvrage, dĂ©cida d’en rĂ©aliser une version prĂ©sentable.

Attraits d’une partition inachevĂ©e

L’idĂ©e d’un Puccini, faiseur de mĂ©lodies faciles et sirupeuses, dans la lignĂ©e des vĂ©ristes larmoyants, a vĂ©cu. C’est le fruit d’une lecture superficielle. Il faut au contraire le tenir comme un concepteur d’avant-garde, soucieux certes d’airs clairement mĂ©morisables mais aussi d’harmonies innovantes. Son opĂ©ra Turandot ne le montre pas: il affirme l’ouverture et la sensibilitĂ© d’un auteur visionnaire dont l’avancĂ©e du style voisine avec Berg (Wozzek) et Prokofiev (l’amour des trois oranges).

D’autant que Turandot est le dernier ouvrage sur lequel le compositeur s’obstine. CommencĂ© en 1921, laissĂ© inachevĂ© –Puccini meurt Ă  Bruxelles en 1924-, l’épopĂ©e chinoise, sentimentale et hĂ©roĂŻque, mĂȘle tous les genres d’une grande machine : sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle (le personnage de LiĂč), saillie comique (les trois ministres Ping, Pang, Pong), fresque collective (chƓurs omniprĂ©sents), trame tragico-amoureuse (le couple des protagoniste Turandot/Calaf)
 L’Ɠuvre est d’autant plus intĂ©ressante qu’elle est parvenue incomplĂšte, donnant d’ailleurs crĂ©dit aux critiques injustes qui aiment souligner l’incapacitĂ© de l’auteur sur le plan de l’écriture, Ă  vaincre une partition et un sujet dont la « sublimitĂ© » dĂ©passerait ses possibilitĂ©s musicales.

Le grand oeuvre
Gageons que, s’il avait disposĂ© de plus de temps, l’auteur de Madame Butterfly, de La BohĂȘme ou de Manon, aurait su trouver la juste conclusion Ă  la partition qu’on a dĂ©clarĂ© depuis, « impossible, infaisable, irrĂ©ductible » Ă  toute forme conclusive
 Quoiqu’il en soit, Puccini souhaitait dans Turandot, mĂȘler fĂ©Ă©rie exotique et action hĂ©roĂŻque, fantastique et onirisme. Il donnait ainsi sa proposition du grand Ɠuvre lyrique, Ă  l’instar d’AĂŻda de Verdi, dont la dĂ©couverte et l’écoute subjuguĂ©e, auraient dĂ©cidĂ© de sa vocation comme compositeur d’opĂ©ra. Des avatars et divers arrangements avec la partition lĂ©guĂ©e par Puccini, l’oreille avisĂ©e reconnaĂźt in fine, l’assemblage maladroit. En particulier, Ă  partir de l’ajout d’Alfano, aprĂšs la derniĂšre portĂ©e autographe du compositeur (la fin de l’air de LiĂč)
 Tout cela s’entend et se voit aujourd’hui dans les productions de Turandot. Il n’empĂȘche que la fresque exotique et ses superbes assauts orchestraux – d’une audace et d’une modernitĂ© sous-Ă©valuĂ©es Ă  notre sens – confirment la valeur d’une oeuvre Ă  part. InachevĂ©e mais puissante, plus moderniste qu’on l’a Ă©crit, son dĂ©sĂ©quilibre structurel, en particulier dans la derniĂšre partie, rĂ©vĂšle une oeuvre Ă  (re)connaĂźtre d’autant que sa popularitĂ© ne s’est jamais dĂ©mentie.

Giacomo Puccini (1858-1924), Turandot. Créé à Milan, Teatro alla Scala, le 25 avril 1926, drame lyrique en 3 actes, achevé par Franco Alfano (1876-1954) sur un livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni.

 

 

 

EXPOS. Paris, MusĂ©e d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 : CHARLES GLEYRE (1806-1874) : le Romantique repenti

EXPOS. Paris, MusĂ©e d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 : CHARLES GLEYRE (1806-1874) : le Romantique repenti. Peinture acadĂ©mique et originale. Qui est Charles Gleyre, peintre français oubliĂ© qui est mort l’annĂ©e de la premiĂšre exposition impressionniste ? Une histoire personnelle semĂ©e de mystĂšres et d’interrogation, une rĂ©putation posthume injuste, une activitĂ© de peintre parisien volontairement inscrite dans l’ombre, lente voire mĂ©ticuleuse donc suspecte, et de plus en plus Ă©loignĂ©e des milieux officiels
 il n’en fallait pas davantage pour brouiller les cartes et enterrer avant l’heure, l’un des peintres les plus passionnants de l’école française dite acadĂ©mique du XIXĂšme, et le MusĂ©e d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 a choisi de rĂ©habiliter. AndrĂ© Charles GLEYRE est ce maillon mĂ©connu, volontairement mĂ©sestimĂ©, entre Ingres et GĂ©rĂŽme dont Orsay avait rĂ©alisĂ© une rĂ©trospective elle aussi captivante. D’autant que dans l’esprit de la continuitĂ©, le MusĂ©e d’Orsay rĂ©habilite ainsi le propre maĂźtre du dit GĂ©rĂŽme. De GĂ©rĂŽme Ă  Gleyre se prĂ©cise une gĂ©nĂ©alogie nouvelle attestant au sein de l’Ă©criture classique ou rĂšgne depuis Ingres, l’orthodoxie prĂ©Ă©minente du dessin, des Ă©critures qu’il est donc passionnant de dĂ©couvrir, comprendre comme Ă©valuer sur les cimaises d’Orsay. Un accrochage d’autant plus incontournable que beaucoup de toiles sont habituellement conservĂ©es hors de France (Ă  Lausanne en Suisse, dans des collections particuliĂšres ou aux USA…).

 

 

 

Orsay réhabilite enfin le talent inclassable de Charles Gleyre

GLEYRE, génie poétique, secret et mystérieux

 

 

Le peintre est nĂ© en Suisse dans le canton vaudois  ; orphelin Ă©levĂ© Ă  Lyon, le jeune homme devient aventurier orientaliste qui osa faire son grand tour mĂ©diterranĂ©en, en GrĂȘce… jusqu’aux confins des cataractes Ă©gyptiennes (un courage insensĂ© Ă  l’époque rĂ©alisĂ© grĂące Ă  l’expĂ©dition financĂ©e par le riche amĂ©ricain John Lowell) ; il est probable que l’aventure frĂŽla le cauchemar et Gleyre a l’intelligence d’interrompre le pĂ©riple prĂ©fĂ©rant regagner la France avec nĂ©anmoins une grave affection aux yeux…  A Paris, il rĂ©alise nombre de ses chefs d’Ɠuvres pour des amateurs privĂ©s, suisse ou amĂ©ricains. Artistiquement, Gleyre est l’homme des rendez-vous difficiles : il rate non sans Ă©clat sa fresque au ChĂąteau de Dampierre (que rĂ©ussit a contrario Ingres lui-mĂȘme, lequel fera effacer l’essai avortĂ© de son cadet, pourtant partisan comme lui, de la veine acadĂ©mique). Seul, le chef d’Ɠuvre exposĂ© au Salon de 1843, et depuis au Louvre, « Le Soir » – en son mystĂšre nostalgique-, enchante le public et marque les esprits : une gĂ©nĂ©ration d’amateurs s’est Ă©duquĂ©e l’Ɠil avec ce tableau emblĂ©matique du romantisme antiquisant des annĂ©es 1840 en France (illustration ci dessous). Critique vis Ă  vis de NapolĂ©on III, Gleyre s’écarte volontairement des milieux influents et des commandes Ă  partir de 1851.

 

 

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PROFESSEUR DE RENOIR, SISLEY, GEROME
 « Rappelez-vous donc, jeune homme, que, quand on exĂ©cute une figure, on doit toujours penser Ă  l’antique  » (Gleyre au jeune Renoir venu apprendre le mĂ©tier dans son atelier). GLEYRE est une personnalitĂ© dont l’influence sur l’Ă©cole française est enfin rĂ©tablie. Car de trĂšs nombreux artistes suivent l’enseignement du MaĂźtre en son atelier rue du Bac, parmi eux les tenants de l’esthĂ©tique moderne Ă  venir : Bazille, Sysley,  Renoir
 autant de piliers du futur impressionnisme. C’est que dans l’atelier de Mr Gleyre, chacun peut laisser s’épanouir son mĂ©tier grĂące Ă  une solide formation technique apprise sur le modĂšle vivant, dans la copie des MaĂźtres, dans l’exercice de mĂ©moire aussi. Gleyre n’est en rien ce conservateur austĂšre accrochĂ© Ă  un systĂšme passĂ©iste. LibĂ©ral et rĂ©publicain forcenĂ© (d’oĂč sa distance assumĂ©e avec les cercles officiels du Second Empire), le maĂźtre douĂ© d’un gĂ©nie spĂ©cifique sait transmettre son expertise gratuitement, facilitant l’émergence des sensibilitĂ©s et des maniĂšres dans une vision progressiste Ă©tonnamment moderne pour l’époque. Aux cĂŽtĂ©s des Delaroche (son rival, qui Ă©pousa la seule femme dont il s’était Ă©pris), et Couturier, Gleyre fait figure de peintre gĂ©nĂ©reux, ouvert, particuliĂšrement souple.

GENIE POETIQUE... Les jaloux et les critiques n’ont pas manquĂ© d’épingler son gĂ©nie qui gĂȘnait : esprit sec, Ă©rudit, d’une palette terne et sĂ©rieuse, sans Ă©clat, certes au dessin sĂ»r et prĂ©cis mais aux compositions confuses et sophistiquĂ©es. Les parisiens connaissaient surtout de Gleyre, un seul tableau : prĂ©sentĂ© en 1843, « le Soir » (car toute son Ɠuvre nous parle du temps, – instants perdus, instants vĂ©cus comme en une regard rĂ©trospectif colorĂ© d’une indĂ©fectible mĂ©lancolie silencieuse), dit aussi « les Illusions perdues » (d’aprĂšs Balzac), devenue une image amplement diffusĂ©e
 Charles GLEYRE est incontestablement un gĂ©nie français oubliĂ© ; la force originale de ses compositions trĂšs poĂ©tiques en attestent l’acuitĂ© : c’est un technicien de premier ordre douĂ© d’une verve dramatique confondante dont l’invention annonce le symbolisme. A voir absolument.

 

 

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boutonreservationJusqu’au 11 septembre 2016, le MusĂ©e d’Orsay expose les principales Ɠuvres de Gleyre, l’acadĂ©mique Ă©clectique, professeurs des impressionnistes, personnalitĂ© attachante et mĂȘme centrale dans les annĂ©es 1850 et 1860, grĂące au succĂšs de son atelier oĂč se pressent les grands crĂ©ateurs de la fin du XIXĂš. Exposition Ă©vĂ©nement. Compte rendu complet et dĂ©veloppĂ© Ă  venir sur CLASSIQUENEWS.COM. Exposition Charles Gleyre (1806-1874). Le romantique repenti… Du 10 mai au 11 septembre 2016, Paris, MusĂ©e d’Orsay, exposition temporaire, niveau 5

A LIRE… Catalogue de l’exposition Ă©ditĂ© par MusĂ©e d’Orsay et Hazan : 45 euros. Remarquable ouvrage collectif qui argumente illustrations en couleurs et grand format Ă  l’appui, le gĂ©nie poĂ©tique d’un peintre acadĂ©mique au fort tempĂ©rament imaginatif, rĂ©flĂ©chi et dramatique, personnalitĂ© attachante et moderniste, comme pĂ©dagogue gĂ©nĂ©reux et crĂ©ateur scrupuleux, soucieux du sens et de la suggestivitĂ© de ses compositions…

 

 

Illustrations : Charles Gleyre (1806-1874), autoportrait / Le Soir, intitulé aussi « Les Illusions perdues », exposé au Salon de 1843, (actuellement au Louvre) (DR)

 

 

 

Musiques en fĂȘte : l’opĂ©ra Ă  la tĂ©lĂ©

france3 logo 2014France 3, le 20 juin 2016, 20h. Musiques en fĂȘte, en direct des ChorĂ©gies d’Orange. C’est le rendez-vous lyrique et mĂ©diatique le plus important de l’annĂ©e, quand l’opĂ©ra et la musique classique plus habituĂ©s Ă  combler des fin de grilles aux heures indues, de la nuit et du petit matin, occupent enfin les feux de la rampe en prime time. Le service public rĂ©duit de plus en plus la visibilitĂ© de la culture classique Ă  la tĂ©lĂ©vision et mĂȘme Arte ne diffuse plus autant de docus comme de programmes de musique classique qu’auparavant. Alors fĂ©licitons France 3 de jouer la carte de l’émotion en directe, diffusant Ă  une heure de grande Ă©coute et Ă  l’adresse de tous les publics, un programme qui met les chanteurs français lyriques Ă  l’honneur


Musiques en fĂȘte sur France 3 rĂ©pond Ă  l’attente des tĂ©lĂ©spectateurs en manque d’Ă©motions lyriques…

L’OpĂ©ra en messe cathodique

LancĂ©e en juin 2011 et pour une tĂȘte unique, exceptionnelle, non renouvelable, la soirĂ©e de tĂ©lĂ©vision Musiques en tĂȘte n’était pas destinĂ©e Ă  se pĂ©renniser.  Elue Ă©mission prĂ©fĂ©rĂ©e des français en 2014, le programme s’est depuis enracinĂ© dans l’imaginaire populaire concrĂ©tisant enfin un vrai grand concert de musique classique, accessible au plus grand nombre. Pour sa rĂ©alisation, ce sont toujours les forces vives locales et rĂ©gionales qui sont sollicitĂ©es : cette annĂ©e, pour ce 20 juin 2016, les ChƓurs des OpĂ©ras de Toulon, Avignon, Marseille et le ballet de l’OpĂ©ra d’Avignon. Le profil des solistes dĂ©jĂ  conviĂ©s Ă  la tĂȘte indique le ton et le niveau artistique : Ruggero Raimondi, Annick Massis, Inva Mula, Patrizia Ciofi, les tĂ©nors Vittorio Grigolo ou le maltais Joseph Calleja (Ă  quand Jonas Kaufmann?), sans omettre les talents de la relĂšve : Julie Fuchs, Florian Sempey, Vannina Santoni, Alexandre Duhamel, Julien Behr 
 Le 20 juin 2016, place au partage, Ă  l’idĂ©e d’une fraternitĂ© Ă  reconstruire, d’une sociĂ©tĂ© rĂ©ellement solidaire


 

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Programme annoncé :

Ouverture de Carmen (Bizet)
Qu’est-ce qu’on attend pour ĂȘtre heureux ? », entonnĂ© par toute la troupe de chanteurs, comme l’emblĂšme de la soirĂ©e qui se dĂ©clare surtout festive et populaire

Grands airs d’opĂ©ras (solos, duos, ensembles
)
Grand choeur
Transcription de chansons de variétés


Avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, les ChƓurs des OpĂ©ras de Toulon, Marseille et Avignon
Luciano Acocella et Didier Benetti, direction musicale.

Programme animé par Claire Chazal et Alain Duault.

Direction musicale assurée par Luciano Acocella et Didier Benetti.

Jean-Claude Malgoire dirige L’Italienne Ă  Alger

TOURCOING italienne a alger malgoire opera presentation compte rendu classiquenews italiennePARIS, TCE, les 8 et 10 juin. L’Italienne à Alger de Rossini. Nouveau Rossini subtil et facĂ©tieux, pour lequel Jean-Claude Malgoire retrouve le metteur en scĂšne Christian Schiaretti, soit 10 ans de coopĂ©ration inventive, colorĂ©e, poĂ©tique. La production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est prĂ©sentĂ©e telle une “crĂ©ation prometteuse” : Malgoire retrouve ainsi la verve rossinienne, aprĂšs l’immense succĂšs de son Barbier de SĂ©ville qui en 2015 avait soulignĂ© la 30Ăšme saison de l’ALT (Atelier Lyrique de Tourcoing). Pour le chef Fondateur de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, revenir Ă  Rossini c’est renouer avec l’adn de sa fine Ă©quipe de musiciens et de chanteurs : Cyrus Ă  Babylone, TancrĂšde / Tancredi (2012) L’échelle de soie en marquent les jalons prĂ©cĂ©dents. Pour L’Italienne Ă  Alger (crĂ©Ă© en 1813 Ă  Venise par un jeune auteur de … 21 ans), le chef aborde une nouvelle perle thĂ©Ăątrale et lyrique qui diffuse le goĂ»t exotique pour le Moyen Orient et les Indes, un monde lointain et fantasmatique qui fascine et intrigue Ă  la fois… curiositĂ© tenace depuis l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart et avant, Les Indes Galantes de Rameau, pour le XVIIIĂš, sans compter Indian Queen, ultime opĂ©ra (laissĂ© inachevĂ©) de Purcell Ă  la fin du XVIIĂš. On voit bien que l’orientalisme Ă  l’opĂ©ra fait recette, mais Rossini le traite avec une finesse jubilatoire et spirituelle de premiĂšre qualitĂ©. Jean-Claude Malgoire a Ă  cƓur de caractĂ©riser la couleur comique et poĂ©tique de l’ouvrage (bien audible dans la banda turca, les instruments de percussion mĂ©talliques : cymbale, triangle, etc…). DĂ©lirant et souverainement critique, Rossini produit un pastiche oriental – comme Ingres dans sa Grande Odalisque, mais revisitĂ© sous le prisme de sa fabuleuse imagination. Avec Schiaretti, prĂ©cĂ©dent partenaire de L’Echelle de soie, Jean-Claude Malgoire ciblera l’intelligence rossinienne, faite d’Ă©conomie et de justesse expressive. Soulignons dans le rĂŽle centrale d’Isabella, la jeune mezzo Anna Reinhold et son veloutĂ© flexible dĂ©jĂ  applaudie au jardin des Voix de William Christie, et rĂ©cemment clĂ© de voĂ»te du cd / programme intitulĂ© Labirinto d’Amore d’aprĂšs Kapsberger (CLIC de classiquenews de juillet 2014)

L’italienne à Alger
OpĂ©ra — crĂ©ation
Opéra bouffe en deux actes de Gioachino Rossini (1792-1868)
Livret d’Angelo Anelli
Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto à Venise

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Mise en scĂšne : Christian Schiaretti

Isabella, Anna Reinhold
Lindoro, Artavazd Sargsyan
Taddeo, Domenico Balzani
Mustafa, Sergio Gallardo
Elvira, Samantha Louis-Jean
Haly, Renaud Delaigue
Zulma, Lidia Vinyes-Curtis

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Vendredi 20 mai 2016, 20h
Dimanche 22 mai 2016, 15h30
Mardi 24 mai 2016, 20h
TOURCOING, Théùtre Municipal Raymond Devos

Mercredi 8 juin 2016 19h30
Vendredi 10 juin 2016 19h30
PARIS, Théùtre des Champs Elysées

Représentation du vendredi 20 mai en partenariat avec EDF
Représentation du mardi 24 mai en partenariat avec la Banque Postale
Tarifs de 33 Ă  45€ / 6€ – 18 ans /10€ – 26 ans / 15€ demandeurs d’emploi

RENSEIGNEMENTS /RÉSERVATIONS
03.20.70.66.66
www.atelierlyriquedetourcoing.fr

 

 

SYNOPSIS. Orient / occident : une sexualitĂ© pimentĂ©e, renouvelĂ©e, terreau fertile aux rebondissements comiques. Si Rossini dans sa musique recherche des couleurs orientalisantes (percussions et cuivres trĂšs prĂ©sents), le bey d’Alger, Mustafa (basse) s’Ă©tant lassĂ© de son Ă©pouse en titre (Elvira) recherche plutĂŽt une nouvelle compagne italienne (Isabella, alto) afin de pimenter son quotidien domestique / Ă©rotique. Mais cette derniĂšre aime Lindoro (tĂ©nor) qui comme elle, est prisonnier de l’oriental. Au sĂ©rail, les deux amants italiens parviennent Ă  s’Ă©chapper grĂące Ă  la confusion d’une mascarade fortement alcoolisĂ©e : aprĂšs avatars divers et moult quiproquos, en fin d’action, Mustafa revenu Ă  la raison, retrouve sa douce Elvira, dĂ©laissĂ©e certes, mais toujours amoureuse…

La verve comique, la saveur trĂ©pidante, l’esprit et la finesse sont les qualitĂ©s d’une partition gĂ©niale, oĂč le jeune et prĂ©coce Rossini sait mĂȘler le pur comique bouffon, souvent dĂ©lirant et dĂ©calĂ© (trio truculent de la grosse farce du trio “Pappatacci”), et la profondeur psychologique qui approche le seria tragique. Le profil d’Isabella, Ă  la fĂ©minitĂ© noble, les airs virtuoses pour tĂ©nor (Lindoro) saisissent par leur profondeur et leur justesse, d’autant que les couleurs de l’orchestre rossinien, touchent aussi par leur raffinement nouveau. AprĂšs l’Italienne, Rossini affirme son jeune gĂ©nie et la prĂ©cocitĂ© de ses dons lyriques versatiles dans l’ouvrage suivant Il Turco in Italia (1813), autre bouffonnerie d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible. Toujours en avance sur les tendances du goĂ»t, la musique marque ainsi une curiositĂ© que Delacroix (Les femmes d’Alger, 1834) ou Ingres (Le Bain turc, 1864), illustreront Ă  leur tour selon leur goĂ»t, mais des dĂ©cennies plus tard.

 

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DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

purcell indian queen currentzis peter sellars dvd sony review comte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsDVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical). PURCELL FRATERNEL, HUMANISTE, rĂ©actualisĂ©. Au coeur de la guerre imaginaire entre Incas du PĂ©rou et mexicains AztĂšques menĂ©s par le conquĂ©rant Montezuma, Purcell dĂ©veloppe et cultive les avatars de la guerre amoureuse ; ainsi l’astucieux Montezuma vainc la reine Zempoalla, le prince Acacis, son ami, et le gĂ©nĂ©ral Traxalla. Parmi les vaincus incas se distingue la belle Orazia qui aime d’un amour rĂ©ciproque le brillant vainqueur. ArrĂȘtĂ©s les deux amants issus des camps opposĂ©s sont sĂ©parĂ©s puis rĂ©unis grĂące Ă  Acacis. Zempoalla et Traxalla finissent par se suicider, et Montezuma peut simposer Ă  tous car il rĂ©unit les deux peuples du fait mĂȘme de son ascendance :  il est le fruit des amours entre la reine AztĂšque Amexia et un Inca. MĂȘme opposĂ©s, les peuples sont tĂŽt ou tard appelĂ©s Ă  pactiser. Une telle vision finalement pacifiste, humaniste, surtout fraternelle, ne pouvait que sĂ©duire et inspirer Peter Sellars. D’autant plus que le metteur en scĂšne a depuis longtemps le goĂ»t de la culture amĂ©rindienne, prĂ©colombienne, latine.

Purcell-portraitPURCELL COMPLÉTÉ. De la fantaisie exotique amĂ©rindienne inventĂ©e par John Dryden, Peter Sellars suit la direction du donneur d’ordre de cette production soit GĂ©rard Mortier, l’ex et regrettĂ© directeur de l’OpĂ©ra de Paris pour lequel l’opĂ©ra est d’abord du thĂ©Ăątre engagĂ©. Pour illustrer le choc entre les deux civilisations, Peter Sellars et Teodor Currentzis complĂštent The Indian Queen de Purcell, en choisissant les textes ajoutĂ©s extraits d’une nouvelle, ‘”La niña blanca y los pajaros sin pies” (La jeune fille blanche et les oiseaux sans pieds), Ă©crite par Rosario Aguilar, Ă©crivaine nicaraguayenne qui est devenue, en 1999, la premiĂšre femme membre de l’’Academia NicaragĂŒense de la Lengua”, cĂ©nacle motivĂ©e pour dĂ©fendre la langue espagnole au Nicaragua. La nouvelle Ă©voque le destin de six femmes, dont celles qui au XVIĂšme siĂšcle accompagnent les conquistadors dans l’épopĂ©e vers le Nouveau Monde, mais aussi l’histoire d’amour de deux journalistes, une jeune Nicaraguayenne et un reporter espagnol, chargĂ©s de couvrir la campagne Ă©lectorale de 1990 qui scelle la dĂ©faite du sandiniste Daniel Ortega. Toujours, la rencontre de deux nations, l’union espĂ©rĂ©e, Ă©prouvĂ©e, reportĂ©e de deux peuples… Ainsi toute la musique de Purcell originelle soit 50 mn est intĂ©grĂ©e Ă  un vaste cycle poĂ©tique et musical entrecoupĂ© de textes de Rosario Aguilar, lesquels traduits en anglais sont rĂ©citĂ©s par Maritxell Carrero, jeune actrice portoricaine, sorte de sybille moderne exprimant sur scĂšne, par la gestuelle exclamative, la forte tension passionnelle de chaque situation.

Il en dĂ©coule un spectacle total – avec danses conçues par le chorĂ©graphe Christopher William, de plus de 3h de durĂ©e avec ouverture et prologue.
DĂšs l’ouverture, les esprits de la terre accompagnent et manipulent chacun des protagonistes. L’intrusion du dĂ©but joue de la double lecture historique : les militaires en treillis qui surgissent en vĂ©hicule blindĂ©, accompagnĂ©s par le prĂȘtre incontournable qui donne la cou e ĂȘtre morale, sont autant les Espagnols d’Hernan Cortes qui dĂ©couvrent les Tlaxcalans, que les Marines dĂ©barquant au Nicaragua dans les annĂ©es 30 pour mater la guĂ©rilla conduite par le gĂ©nĂ©ral Augusto Sandino.

Le Prologue correspondant au I de l’Indian Queen de Purcell dĂ©nonce les dĂ©sastres de la guerre. Difficile ici d’accepter le timbre de soprano aigu et acide-aigre du corĂ©en Vince Yi ; la couleur est exotique Ă  souhaits mais l’ĂąpretĂ© de sa voix dĂ©range ; en revanche, Julia Bullock est l’indigĂšne Teculihuatzin, une figure brillante et profonde qui se distingue nettement.
Au I s’affirme alors Nadine Koutcher en Doña Isabel, sƓur Ă©mouvante  (O, solitude), d’une sincĂ©ritĂ© indiscutable. A la douceur voluptueuse des airs de Purcell tels donc : “O, solitude”, “I will sing unto the Lord as long as i live”, “Blow up the trumpet”, le sublime et tendure “Sweeter than roses” rĂ©pond sur le plan narratif la violence irrĂ©versible avec laquelle les Mayas sont convertis au catholicisme, menacĂ©s par les armes. De mĂȘme le gĂ©nĂ©ral favori de Cortes, Don Pedro de Alvarado (impeccable Noah Stewart), est prĂ©sentĂ© Ă  Teculihuatzin et l’épouse. Le II reprend tout le second acte d’Indian Queen oĂč se dĂ©tache Ă©videmment la nuit amoureuse des deux jeunes mariĂ©s. Christophe Dumaux offre une belle caractĂ©risation du prĂȘtre IxbalanquĂ©, lequel envoĂ»te et manipule Ă  souhaits le gĂ©nĂ©ral espagnol  Pedro. Saluons aussi la forte prĂ©sence du prĂȘtre maya dont le baryton noir, Luthando Qave, fait une incarnation trĂšs convaincante. Plusieurs airs complĂštent le dĂ©roulĂ© du II dont “See, even night herself is here”, “Music for a while”, “Il love and I must”,  surtout, l’implorante priĂšre “Hear my prayer, O Lord”, seule conclusion chorale imaginable aprĂšs le massacre des Mayas, perpĂ©trĂ© par le conquistador espagnol, gĂ©nocide aussi sanglant que celui commis, plus tard, par les marines au Nicaragua. Alors la rĂ©citante Maritxell Carrero, se place seule, devant une immense toile rouge sang au pied de laquelle repose le peuple abattu : image d’un massacre ignoble qui conclut comme un linceul obsĂ©dant l’acte II.
CLIC_macaron_2014Ce sont les deux femmes pacificatrices qui apportent la voie de la rĂ©conciliation fraternelle aprĂšs les exactions et violences perpĂ©trĂ©es par Alvarado. Loi des hommes, des armes contre douceur des femmes-mĂšres; L’engagement de chaque interprĂšte, chanteurs, orchestre, acteurs est saisissant et restitue Ă  la musique de Purcell, son charme et sĂ©duction irrĂ©sistible ; Ă  la lecture poĂ©tique et contextualisĂ©e de Sellars, sa force critique et satirique. Dans la fosse, Teodor Currentzis s’implique au delĂ  de l’habituel pour exprimer la part humaine et fraternelle de la musique. Un must.

DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

The Indian Queen (Henry Purcell)
Nouvelle version Peter Sellars (durée 3h05)
Représentation du 9 novembre 2013
Teatro Real de Madrid

Hunahpu: Vince Yi
Teculihuatzin: Julia Bullock
Doña Isabel: Nadine Koutcher
Don Pedrarias: DavilaMarkus Brutscher
Don Pedro de Alvarado: Noah Stewart
Ixbalanque: Christophe Dumaux
Sacerdote maya: Luthando Qave
Leonor: Maritxell Carrero
Tecun Uman: Christopher Williams
Leonor: Celine Peña
Dioses mayas: Burr Johnson, Takemi Kitamura, Caitlin Scranton, Paul Singh

Mise en scÚne: Peter Sellars
Scénographie: Gronk
Chorégraphie: Christopher Williams
ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra de Perm (MusicaAeterna)
Direction Musicale: Teodor Currentzis

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). MalgrĂ© des aigus qui dĂ©rapent dan se prologue la soprano fait une allĂ©gorie caractĂ©risĂ©e invectivant, et prenant Ă  tĂ©moin l’auditeur par la seule intensitĂ© de sa dĂ©clamation : voix longue et incisive qui impose un Ă©clat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposĂ© un sens du texte et une trĂšs belle tenue accentuĂ©e malgrĂ© un timbre volĂ©e. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempĂ©rament Ă  suivre) accuse le relief d’une Ă©criture trĂšs vocale car le gĂ©nie de Stradella se dĂ©voile surtout dans la conduite des rĂ©citatifs, vrais chantiers passionnants de cette intĂ©grale en cours.
D’ailleurs on connaĂźt l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poĂ©tique Conforme Ă  cette Ă©loquence Ă©lĂ©gante et trĂšs sensuelle d’un Stradella maĂźtre de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii Ăšme Le trĂšs beau timbre racĂ©e fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complĂšte un plateau de solistes trĂšs finement caractĂ©risĂ©s.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. AprĂšs un cd trĂšs convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grĂące Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grĂące Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien, l’Ɠuvre peut scintiller par sa fine Ă©criture expressive, soulignant le contraste nĂ© entre l’aspiration Ă  la vie monastique et les tentations des sĂ©ductions mondaines : entre les deux mondes, oĂč penchera l’Ăąme (faussement) tourmentĂ©e de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc aprĂšs La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisiĂšme oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, servi par de jeunes chanteurs trĂšs impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usĂ©e et ligne continue mais contournĂ©e (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi dĂ©ploie une belle ligne d’une fragilitĂ© touchante, dans la seconde partie, Ă  l’expressivitĂ© juste, rendant Ă  Edith ce profil vacillant, fĂ©brile, en proie au doute existentiel, emblĂšme Ă©difiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allĂ©gories (Bellezza, Senso, Grandezza, NobilitĂ ) se fait prise de conscience sur la vanitĂ© de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante rĂ©vĂ©lation et leçon de rĂ©alisme que condense la question d’Editta, Ă©noncĂ©e, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / DĂźtes-moi Plaisir, qui ĂȘtes vous ?”…
Autant de questions / rĂ©ponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, vĂ©ritable Ă©cole de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piĂš…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout cĂ©lĂšbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilitĂ©s terrestres et matĂ©rielles.

Vraie tempĂ©rament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti Ă©blouit par son sens du verbe Ă©loquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractĂ©riser tous sans exception les arĂȘtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prĂȘt Ă  prendre des risques et Ă  s’exposer au delĂ  d’une rĂ©alisation conforme sans Ăąme ; de fait l’imprĂ©cation finale par HumilitĂ  (d’un sentiment de culpabilitĂ© excessive : – “qui sĂšme la douleur, rĂ©colte le bonheur”) permet Ă  la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasĂ©e, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle rĂ©vĂ©lation du Festival Nepi 2015 jouĂ© pour son ouverture (le 30 aoĂ»t). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistrĂ© en aoĂ»t 2015.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 9 mai 2016. R. Strauss : Der Rosenkavalier. Herbert Wernicke / Philippe Jordan

Retour du Chevalier Ă  la Rose de Richard Strauss Ă  l’OpĂ©ra Bastille ! Le chef-d’oeuvre incontestable du XXe siĂšcle revient sur les planches de la grande maison parisienne dans l’extraordinaire mise en scĂšne dĂ©sormais lĂ©gendaire du regrettĂ© Herbert Wernicke, avec une distribution solide et dont l’absence notoire d’Anja Harteros programmĂ©e initialement, n’enlĂšve rien Ă  sa substance ni Ă  sa qualité ! Philippe Jordan dirige l’Orchestre de l’OpĂ©ra avec un curieux mĂ©lange de sagesse et de trĂ©pidation.

Reprise de la production mythique du regrettĂ© Herbert Wernicke…

Der Rosenkavalier : l’ambiguĂŻtĂ© qui fait mouche

L’opĂ©ra dĂ©testĂ© par les fanatiques so avant-garde du Richard Strauss rĂ©volutionnaire et expressionniste, l’est aussi par les Ăąmes romantiques qui cherchent l’exaltation facile du chromatisme musical interminable du XIXe siĂšcle. Les pseudo-historiens s’agitent devant l’idĂ©e qu’on joue la valse dans une piĂšce ayant lieu au XVIIIe, les amateurs de voix d’homme s’énervent devant l’absence du beau chant masculin, les puritains encore s’offusquent devant le fait qu’Octavian, comte de Rofrano, soit interprĂ©tĂ© en travesti par une femme (quand c’est le Cherubino de Mozart ça passe!)… Oeuvre trop passĂ©iste et pasticheuse pour les laquais de la modernitĂ©, d’une ambiguĂŻtĂ© inadmissible pour ceux qui s’attachent Ă  un cartĂ©sianisme dĂ©suet, serait-elle une Ɠuvre trop exceptionnelle pour un monde (trop) ordinaire ?

 

 

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Si nous devrions dĂ©noncer la frivolitĂ© des visions si Ă©troites sur l’opus, ou encore expliquer la profondeur mĂ©taphysique et complexitĂ© artistique de Richard Strauss avec son librettiste Hugo von Hoffmanntshal, nous n’aurions pas assez de pages ! Der Rosenkavalier, comĂ©die en musique, raconte l’histoire d’une Princesse, Marie-ThĂ©rĂšse de l’Empire Autrichien, de son jeune amant Octavian, comte de Rofrano, du cousin rustique de la premiĂšre, le Baron Ochs, cherchant Ă  se marier avec la fille d’un riche bourgeois, Sophie Faninal, en quĂȘte de particule… Marie-ThĂ©rĂšse propose Octavian Ă  son cousin pour la prĂ©sentation de la rose d’argent, coutume qui scelle une demande en mariage. Elle le fait dans la prĂ©cipitation puisqu’elle se fait interrompre par le Baron aprĂšs une nuit torride avec son jeune amant qui se dĂ©guise en camĂ©riste pour l’honneur. Les quiproquos s’enchaĂźnent et le plan tourne au vinaigre parce qu’Octavian tombe amoureux de Sophie Faninal, et rĂ©ciproquement. Mais le vinaigre est loin de faire partie du vocabulaire artistique du couple Strauss / von Hoffmannsthal, et, aprĂšs d’autres quiproquos et maintes valses, l’opĂ©ra et le personnage de la MarĂ©chale Marie-ThĂ©rĂšse surtout se rĂ©vĂšlent d’une grande profondeur, Ă  la fois mĂ©ditation sur le passage du temps et la bienveillance (Marie-ThĂ©rĂšse cautionne et cause le lieto fine en bĂ©nissant l’union des jeunes, Ă  l’encontre de sa fougue pour Octavian et des plans du Baron Ochs) et commentaire social presque clairvoyant, annonçant la fin de l’Empire.
Der Rosenkavalier est aussi un hommage Ă  la musique, comme Richard Strauss seul peux les faire (et il l’a fait souvent!). C’est aussi un opĂ©ra Mozartien dans son inspiration, explicite et implicitement. Il s’agĂźt d’un opĂ©ra oĂč le chant exquis cĂŽtoie l’humour provocateur voire grossier, Ă  cĂŽtĂ© d’un orchestre immense, associant rococo, impressionnisme, expressionnisme, chromatisme “wagnereux”, valse viennoise de salon, etc. Dans ce sens l’orchestre de l’OpĂ©ra sous la baguette du chef maison Philippe Jordan, paraĂźt s’accorder magistralement Ă  l’esprit de l’opus, oĂč l’ambiguĂŻtĂ© et les contrastes rĂšgnent. Si nous trouvons que le rythme est quelque peu timide parfois, avec quelques lenteurs inattendues pour une comĂ©die avec tant de vivacitĂ©, nous sommes de maniĂšre gĂ©nĂ©rale trĂšs satisfaits de la performance. La phalange maĂźtrise complĂštement le langage straussien, et les effets impressionnistes, le coloris, les vents parfois mozartiens, sont interprĂ©tĂ©s de façon impeccable et avec une certaine prestance qui sied bien.

 

 

 

‹DISTRIBUTION. Si la Marie-ThĂ©rĂšse de Michaela Kaune prend un peu de temps Ă  se chauffer au soir de cette premiĂšre, elle campe son personnage avec dignitĂ©. De fait, le trio des voix fĂ©minines qui domine l’Ɠuvre est en vĂ©ritĂ© tout Ă  fait remarquable ! Si la princesse est plus nostalgique qu’espiĂšgle, plus maternelle qu’amoureuse, l’Octavian de Daniela Sindram compense en fougue juvĂ©nile et brio ardent. La Sophie d’Erin Morley a sa part de comique et de piquant, qu’elle incarne trĂšs bien, tout en gardant un je ne sais quoi d’immaculĂ© dans son chant. Si le duo de la prĂ©sentation de la rose au IIe acte entre Octavian en Sophie est un moment extrĂȘmement envoĂ»tant Ă  couper le souffle et inspirer des frissons, le trio « Hab mir’s gelobt » Ă  la fin du IIIe acte est LE moment le plus sublime, suprĂȘme absolu, frissons et larmes se fondant dans les voix des femmes, devenues pure Ă©motion et pure lyrisme, Ă  l’effet troublant et irrĂ©sistible, une sensation de beautĂ© Ă©difiante (et pas tragique!).
Si Peter Rose n’est pas mauvais en Baron Ochs, au contraire interprĂ©tant son pianissimo au premier acte de façon plus que rĂ©ussie, tout comme son presque air du catalogue au deuxiĂšme, avouons cependant qu’il participe Ă  la lenteur qui s’est installĂ©e par endroits ; il s’agĂźt lĂ  peut-ĂȘtre d’une interprĂ©tation quelque peu timide d’un personnage qui est Ă  l’antipode de la rĂ©serve et de la timiditĂ©. Un bon effort. Les personnage secondaires sont nombreux mais ils sont de surcroĂźt investis dans leur jeu ; comme c’est rĂ©jouissant ! Soulignons la performance du chanteur italien, le tĂ©nor Francesco Demuro dont le « Di rigori armato il seno » est le moment belcantiste de la soirĂ©e (trĂšs beau chant de tĂ©nor), comme l’excellent Faninal du baryton Martin Gantner, la piquante Marianne d’Irmgard Vilsmaier et surtout la fabuleuse Annina d’Eve-Maud Hubeaux faisant ses dĂ©buts bien plus qu’heureux Ă  l’OpĂ©ra National de Paris, et qui se montre Ă  la fois bonne actrice et maĂźtresse mĂ©lodiste Ă  la fin du IIe acte. Les choeurs de l’opĂ©ra dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso sont comme d’habitude en bonne forme et leur prestation satisfait.
L’un des chef-d’oeuvre lyriques de toute l’histoire de la musique est ainsi Ă  voir et revoir et revoir sans modĂ©ration,particuliĂšrement recommandĂ© malgrĂ© les inĂ©galitĂ©s et les faits divers qui fondent nos (petites) rĂ©serves ! La mise en scĂšne transcende le temps et l’espace tout en restant Ă©lĂ©gante et ambiguĂ« comme l’opus qu’elle sert… L’orchestre est excellent qui s’accorde aux efforts des chanteurs hyper engagĂ©s pour la plupart… A voir absolument encore Ă  l’OpĂ©ra Bastille, les 12, 15, 18, 22, 25, 28 et 31 mai 2016 !

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 9 mai 2016. R. Strauss : Der Rosenkavalier. Michaela Kaune, Peter Rose, Daniela Sindram, Erin Morley… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra de Paris. Herbert Wernicke, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes. Philippe Jordan, direction musicale.

 

 

 

TOURCOING. Jean-Claude Malgoire dirige L’Italienne Ă  Alger

TOURCOING italienne a alger malgoire opera presentation compte rendu classiquenews italienneTOURCOING, ALT : Rossini : L’Italienne Ă  Alger, les 20, 22, 24 mai 2016. Nouveau Rossini subtil et facĂ©tieux Ă  Tourcoing, pour lequel Jean-Claude Malgoire retrouve le metteur en scĂšne Christian Schiaretti, soit 10 ans de coopĂ©ration inventive, colorĂ©e, poĂ©tique. La production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est prĂ©sentĂ©e telle une “crĂ©ation prometteuse” : Malgoire retrouve ainsi la verve rossinienne, aprĂšs l’immense succĂšs de son Barbier de SĂ©ville qui en 2015 avait soulignĂ© la 30Ăšme saison de l’ALT (Atelier Lyrique de Tourcoing). Pour le chef Fondateur de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, revenir Ă  Rossini c’est renouer avec l’adn de sa fine Ă©quipe de musiciens et de chanteurs : Cyrus Ă  Babylone, TancrĂšde / Tancredi (2012) L’échelle de soie en marquent les jalons prĂ©cĂ©dents. Pour L’Italienne Ă  Alger (crĂ©Ă© en 1813 Ă  Venise par un jeune auteur de … 21 ans), le chef aborde une nouvelle perle thĂ©Ăątrale et lyrique qui diffuse le goĂ»t exotique pour le Moyen Orient et les Indes, un monde lointain et fantasmatique qui fascine et intrigue Ă  la fois… curiositĂ© tenace depuis l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart et avant, Les Indes Galantes de Rameau, pour le XVIIIĂš, sans compter Indian Queen, ultime opĂ©ra (laissĂ© inachevĂ©) de Purcell Ă  la fin du XVIIĂš. On voit bien que l’orientalisme Ă  l’opĂ©ra fait recette, mais Rossini le traite avec une finesse jubilatoire et spirituelle de premiĂšre qualitĂ©. Jean-Claude Malgoire a Ă  cƓur de caractĂ©riser la couleur comique et poĂ©tique de l’ouvrage (bien audible dans la banda turca, les instruments de percussion mĂ©talliques : cymbale, triangle, etc…). DĂ©lirant et souverainement critique, Rossini produit un pastiche oriental – comme Ingres dans sa Grande Odalisque, mais revisitĂ© sous le prisme de sa fabuleuse imagination. Avec Schiaretti, prĂ©cĂ©dent partenaire de L’Echelle de soie, Jean-Claude Malgoire ciblera l’intelligence rossinienne, faite d’Ă©conomie et de justesse expressive. Soulignons dans le rĂŽle centrale d’Isabella, la jeune mezzo Anna Reinhold et son veloutĂ© flexible dĂ©jĂ  applaudie au jardin des Voix de William Christie, et rĂ©cemment clĂ© de voĂ»te du cd / programme intitulĂ© Labirinto d’Amore d’aprĂšs Kapsberger (CLIC de classiquenews de juillet 2014)

L’italienne à Alger
OpĂ©ra — crĂ©ation
Opéra bouffe en deux actes de Gioachino Rossini (1792-1868)
Livret d’Angelo Anelli
Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto à Venise

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Mise en scĂšne : Christian Schiaretti

Isabella, Anna Reinhold
Lindoro, Artavazd Sargsyan
Taddeo, Domenico Balzani
Mustafa, Sergio Gallardo
Elvira, Samantha Louis-Jean
Haly, Renaud Delaigue
Zulma, Lidia Vinyes-Curtis

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Vendredi 20 mai 2016, 20h
Dimanche 22 mai 2016, 15h30
Mardi 24 mai 2016, 20h
TOURCOING, Théùtre Municipal Raymond Devos

Mercredi 8 juin 2016 19h30
Vendredi 10 juin 2016 19h30
PARIS, Théùtre des Champs Elysées

Représentation du vendredi 20 mai en partenariat avec EDF
Représentation du mardi 24 mai en partenariat avec la Banque Postale
Tarifs de 33 Ă  45€ / 6€ – 18 ans /10€ – 26 ans / 15€ demandeurs d’emploi

RENSEIGNEMENTS /RÉSERVATIONS
03.20.70.66.66
www.atelierlyriquedetourcoing.fr

 

 

SYNOPSIS. Orient / occident : une sexualitĂ© pimentĂ©e, renouvelĂ©e, terreau fertile aux rebondissements comiques. Si Rossini dans sa musique recherche des couleurs orientalisantes (percussions et cuivres trĂšs prĂ©sents), le bey d’Alger, Mustafa (basse) s’Ă©tant lassĂ© de son Ă©pouse en titre (Elvira) recherche plutĂŽt une nouvelle compagne italienne (Isabella, alto) afin de pimenter son quotidien domestique / Ă©rotique. Mais cette derniĂšre aime Lindoro (tĂ©nor) qui comme elle, est prisonnier de l’oriental. Au sĂ©rail, les deux amants italiens parviennent Ă  s’Ă©chapper grĂące Ă  la confusion d’une mascarade fortement alcoolisĂ©e : aprĂšs avatars divers et moult quiproquos, en fin d’action, Mustafa revenu Ă  la raison, retrouve sa douce Elvira, dĂ©laissĂ©e certes, mais toujours amoureuse…

La verve comique, la saveur trĂ©pidante, l’esprit et la finesse sont les qualitĂ©s d’une partition gĂ©niale, oĂč le jeune et prĂ©coce Rossini sait mĂȘler le pur comique bouffon, souvent dĂ©lirant et dĂ©calĂ© (trio truculent de la grosse farce du trio “Pappatacci”), et la profondeur psychologique qui approche le seria tragique. Le profil d’Isabella, Ă  la fĂ©minitĂ© noble, les airs virtuoses pour tĂ©nor (Lindoro) saisissent par leur profondeur et leur justesse, d’autant que les couleurs de l’orchestre rossinien, touchent aussi par leur raffinement nouveau. AprĂšs l’Italienne, Rossini affirme son jeune gĂ©nie et la prĂ©cocitĂ© de ses dons lyriques versatiles dans l’ouvrage suivant Il Turco in Italia (1813), autre bouffonnerie d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible. Toujours en avance sur les tendances du goĂ»t, la musique marque ainsi une curiositĂ© que Delacroix (Les femmes d’Alger, 1834) ou Ingres (Le Bain turc, 1864), illustreront Ă  leur tour selon leur goĂ»t, mais des dĂ©cennies plus tard.

 

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PARIS. Nouveau Lear Ă  Garnier

LEAR-REIMANN-palais-garnier-bo-skovhus,-presentation-annonce-classiquenewsPARIS, Palais Garnier : LEAR d’Aribert Reimann : 23 mai-12 juin2016. Nouveau spectacle Ă  partir du 23 mai au Palais Garnier. VIEILLARD DETRUIT… Le Palais Garnier Ă  Paris, remonte un ouvrage qui n’y avait pas Ă©tĂ© produit depusi sa crĂ©ation en … 1982, soit il y a 34 ans… Lear impose chez Shakespeare, la figure d’un roi prĂȘt Ă  renoncer, pour qui le pouvoir n’est que vanitĂ© et dont la gĂ©nĂ©reuse tendresse pour ses proches – ses trois filles aimĂ©es, aimantes- l’amĂšne Ă  offrir le pouvoir au risque de transformer ses propres enfants, en monstres dĂ©naturĂ©s, parfaitement barbares, entre eux, et aussi contre celui qui leur a donnĂ© la puissance. C’est entendu, le pouvoir et la politique rendent fou : ils transforment ceux qui devraient servir les autres, en tortionnaires habiles et masquĂ©s. La politique crĂ©e des monstres cruels et sadiques, dĂ©shumanisĂ©s. Rien n’est comparable Ă  la peine solitaire d’un pĂšre qui a malgrĂ© lui suscitĂ© la transformation infecte de ses descendants. ‘enfer est pavĂ© de bonnes intentions et Shakespeare dĂ©voile tout ce qui menace l’ordre social et la famille.

Les deux pĂšres Lear et Gloucester qui a pris son parti se rĂ©pondent dans leur impuissance : le premier est errant, en vain dĂ©fendu par les français ; le second, dĂ©chirĂ© et dĂ©truit par ses deux fils. Mais dans ce sombre tableau qui engage les morts sans compter, la figure d’Edgar, le fils illĂ©gitime se dresse contre l’ignominie. C’est lui quisauve son pĂšre du suicide et tue l’indigne frĂšre Edmond qui Ă©tait devenue l’amant et le gĂ©nĂ©ral de l’odieuse fille ainĂ©e de Lear, Goneril. Le mythe du vieillard politique dĂ©voilant l’infecte rĂ©alitĂ© humaine au soir de sa vie a suscitĂ© bien des envies musicales, surtout des vellĂ©itĂ©s lĂ©gendaires : Berlioz (ouverture), Debussy (essais de musique de scĂšne pour AndrĂ© Antoine), surtout Verdi, habitĂ©, terrifiĂ© par le sujet (Ă  Mascagni : ” je reste Ă©pouvantĂ© par le tableau du vieillard dĂ©truit solitaire sur la lande…”), dĂšs 1843, mais toujours dĂ©sespĂ©remment sec Ă  son Ă©gard, comme dĂ©passĂ© par le souffle et la vĂ©ritĂ© shakespearienne qui s’en dĂ©gagent. C’Ă©tait compter sans l’intuition visionnaire d’un baryton ayant mesurĂ© l’Ă©paisseur et la dĂ©mesure troublante d’un personnage taillĂ© pour son chant intĂ©rieur et racĂ© : Dietrich Fischer Dieskau ; le diseur lĂ©gendaire sollicite d’abord Britten, puis le pianiste qui depuis 1957 avait coutume d’accompagner de grands chanteurs, soit Aribert Reimann nĂ© en 1936, lequel se montre rĂ©servĂ©, mais lui-mĂȘme hantĂ© par le sujet et saisi par la prose de Shakespeare, passe Ă  la composition, en particulier lorsque l’OpĂ©ra de Munich par un hasard heureux, confirme en 1975 la nĂ©cessitĂ© d’Ă©crire un nouvel opĂ©ra, en passant une commande officielle dans ce sens Ă  Reimann. L’opĂ©ra sera crĂ©Ă© en en juillet 1978 avec Dietrich Fischer Dieskau dans la mise en scĂšne de Jean-Pierre Ponnelle.
A Paris, pour ce printemps oĂč l’on fĂȘte les 400 ans de la mort de William Shakespeare, le metteur en scĂšne fantasque et dĂ©lirant catalan, Calixto Bieito aborde la figure du vieillard saisi par l’effroi, avec Bo Skovhus dans le rĂŽle bouleversant de Lear. La production shakespearienne Ă  Garnier est d’autant plus attendue que Bieito a fait ses dĂ©buts au Festival de Salzbourg avec une mise en scĂšne de Macbeth, puis d’Hamlet au Festival international d’Edimbourg en 2003.

 

 

LEAR d’Aribert Reimann
OPÉRA EN DEUX PARTIES
Créé à Munich en 1978
MUSIQUE : Aribert Reimann (né en 1936)
LIVRET : Claus H. Henneberg
D’APRÈS William Shakespeare,
King Lear
En langue allemande
Surtitrage en français et en anglais

Fabio Luisi, direction musicale
Calixto Bieito, mise en scĂšne

KÖNIG LEAR : Bo Skovhus
KÖNIG VON FRANKREICH : Gidon Saks
HERZOG VON ALBANY : Andreas Scheibner
HERZOG VON CORNWALL : Michael Colvin
GRAF VON KENT : Kor-Jan Dusseljee
GRAF VON GLOSTER : Lauri Vasar
EDGAR : Andrew Watts
EDMUND : Andreas Conrad
GONERIL : Ricarda Merbeth
REGAN : Erika Sunnegardh
CORDELIA : Annette Dasch
NARR : Ernst Alisch
BEDIENTER : Nicolas Marie
RITTER : Lucas Prisor

7 représentations du 23 mai au 12 juin 2016
(3h, dont un entracte)
En langue allemande, surtitrée en anglais et en français

lundi 23 mai 2016 – 19h30
jeudi 26 mai 2016 – 19h30
dimanche 29 mai 2016 – 14h30
mercredi 1er juin 2016 – 20h30
lundi 6 juin 2016 – 19h30
jeudi 9 juin 2016 – 19h30
dimanche 12 juin 2016 – 19h30

INFORMATIONS / RÉSERVATIONS
par Internet : www.operadeparis.fr
par tĂ©lĂ©phone : 08 92 89 90 90 (0,34€ la minute)
tĂ©lĂ©phone depuis l’étranger : +33 1 72 29 35 35
aux guichets : au Palais Garnier et Ă  l’OpĂ©ra
Bastille tous les jours de 11h30 à 18h30 sauf dimanches et jours fériés

Concertini d’accueil
Dans les minutes qui précÚdent le début des
reprĂ©sentations de Lear, des musiciens de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris offrent de
petits concerts qui mettent à l’honneur Aribert
Reimann dans les espaces publics du Palais
Garnier (accĂšs gratuit pour les spectateurs
de la représentation).

Radiodiffusion sur France Musique le 18 juin 2016 Ă  19h08 dans l’émission Samedi soir Ă  l’opĂ©ra

 

 
 

Pour imaginer en fin d’action, son vieux hĂ©ros, seul, errant sur la lande, abandonnĂ© et trahi par tous, Shakespeare imagine une action de trĂšs ancienne mĂ©moire, se dĂ©roulant 800 ans avant l’ùre chrĂ©tienne : il s’inspire notamment de L’Historia regum Britanniae, rĂ©digĂ©e au XIIe siĂšcle par l’historien gallois Geoffroy de Monmouth, surtout des Chroniques d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande (1587) de Raphael Holinshed. En terres celtiques, le roi de l’Ăźle de Bretagne, Leir, paraĂźt tantĂŽt en potentat, tantĂŽt dĂ©muni, victime du pouvoir, pĂšre aimant pour des fils ingrats… La TragĂ©die du Roi Lear de Shakespeare est crĂ©Ă©e le 26 dĂ©cembre 1606 au Palais de Whitehall Ă  Londres en prĂ©sence du Roi Jacques Ier d’Angleterre.
En 1977, les rĂ©alisateurs et metteurs en scĂšne Peter Brook ou Roman Polanski (respectivement dans leur adaptation de Lear et de Macbeth au cinĂ©ma) ont soulignĂ© la puissance visionnaire du drame shakespeare, sa justesse et son discernement… ils soulignent combien le regard de Shakespeare sur la folie dĂ©risoire des hommes les a conduit effectivement aux pires sĂ©vices barbares du XXĂš…

 

 

 

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Reimann se joue des Ă©critures anciennes (classiques et tonales, primitive et dodĂ©caphoniste) pour constituer Ă  l’instar du polonais Krzysztof Penderecki, un drame thĂ©Ăątral en musique, oĂč perce le chant spectaculaire et puissant des percussions, – ou le choc de blocs sonores, qui sont autant de jalons marquant l’avancĂ©e inĂ©luctable du drame tragique. Ecriture prenante, houle instrumentale particuliĂšrement saisissante par ses effets dramatiques, la partition de Lear convoque concrĂštement les tensions destructrices qui agissent et mĂšnent le roi dĂ©possĂ©dĂ©, blessĂ© sur les rives de la folie… (scĂšne de la tempĂȘte oĂč le Roi bascule dans le cri et la dĂ©chirure intĂ©rieure, quand Ă  l’orchestre un bloc de 50 cordes s’effiloche graduellement en un chant solitaire, celui ultime de la contrebasse.
Ses deux derniÚres créations lyriques les plus marquantes, sont Bernarda Alba Haus (sur le texte de Garcia Lorca) en 2000 ; puis
Medea (d’aprĂšs la piĂšce de Franz Grillparzer), commande du Staatsoper de Vienne en 2010, est consacrĂ© « World PremiĂšre of the Year » par le magazine Opernwelt.

 

 

 

 

ARGUMENT

 

PREMIÈRE PARTIE. Le roi Lear convoque ses proches et les courtisans : il renonce au pouvoir en faveur de ses filles : Goneril, Regan et Cordelia, si elles lui tĂ©moignent leur affection et sont prĂȘtes Ă  partager le pouvoir. Seule Cordelia, la plus jeune, garde le silence : Lear l’exile et lui fait Ă©pouser le roi de France. Sa part Ă©choit Ă  ses ainĂ©es : Goneril et Regan. Lesquelles ne tardent pas Ă  montrer leur vrai visage : une guerre pour concentrer le pouvoir se prĂ©cise : le pĂšre encombrant est mĂȘme chassĂ© : errant sur la lande, en pleine tempĂȘte… Lear n’a plus que Kent et le fou comme fidĂšles amis. Reimann suit Shakespeare dans son Ă©vocation terrifique, gothique, fantastique d’un roi dĂ©chu, d’un pĂšre trahi et reniĂ©. Sauveur imprĂ©vu, Gloucester paraĂźt pour sauver le roi.

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE. Le duc de Cornouailles et Regan torturent Gloucester qu’ils ont fait prisonnier. Ils lui arrachent les yeux. Aveugle, Gloucester comprend la rĂ©alitĂ© de l’espĂšce humaine : une bĂȘte vouĂ©e Ă  la destruction collective. Il faut ĂȘtre dans le noir pour mieux voir. Son fils Edmond est devenu l’amant et le gĂ©nĂ©ral de la reine Goneril. La France dĂ©barque Ă  Douvres pour replacer sur le trĂŽne Lear qui accueilli par les français est soignĂ© dans leur camp par Cordelia : Lear reconnaĂźt sa fille et lui demande pardon. Edgar le fils illĂ©gitime de Gloucester, sauve son pĂšre qui voulait se suicider en se jetant d’une falaise. Mais Edmond bat les français : il fait assassiner Cordelia. Goneril empoisonne sa sƓur Regan. Enfin Edgar, l’illĂ©gitime tue son frĂšre Edmond en duel : Goneril se suicide et Lear paraĂźt enfin, portant le cadavre de Cordelia…

 

 

 

CD, compte rendu critique. SCHUMANN : letzter gedanke / derniÚre pensée. Soo Park, pianoforte (1 cd Hérisson, 2015)

HOME-250-schumann-pianoforte-dernier-schumann-soo-park-piano-gebauhr-1850-critique-review-cd-CLIC-de-classiquenews-review-critique-cd-annonce-CD-robert-schumann-1810-1856-derniere-pensee-soo-park-pianoCD Ă©vĂ©nement. Soo Park joue le dernier Schumann… CaptĂ© / rĂ©alisĂ© sur le (grand) piano Gebauhr (fabrication prussienne Ă  Königsberg, 1850) de la collection du musĂ©e de la Musique Ă  Paris – en octobre 2015 (juste aprĂšs la restauration de l’instrument), cet excellent rĂ©cital dĂ©voile l’intimisme secret, allusif du dernier Schumann. Au programme les 6 Etudes opus 56 (1845), les 9 nouvelles piĂšces pour clavier opus 82 de 1849 et les derniers cycles du dĂ©but des annĂ©es 1850, avant l’hospitalisation du compositeur foudroyĂ© par ses dĂ©rĂšglements suicidaires et intĂ©rieurs. Au sommet d’une inspiration touchĂ©e par la grĂące rayonnante, pourtant celle d’un cerveau atteint, le cycle “GesĂ€nge der FrĂŒhe opus 133 de 1853 et surtout le ThĂšme et Variations Geistervariationen anh F39 de 1854, soit un programme pour clavier ciselĂ©, fragile, fĂ©brile, au spectre sonore tĂ©nu oĂč percent la tension et le poids d’une mĂ©canique parfois instable, de 1h20. En dĂ©pit d’une prise live et du caractĂšre souvent imprĂ©visible d’un instrument historique, la pianofortiste corĂ©enne Soo Park s’entend Ă  merveille dans ce cheminement entre ombre et pĂ©nombre, lugubre et abysse, jusqu’au trĂ©fonds de la conscience dont le gĂ©nie est demeurĂ© intact et d’une rare force crĂ©atrice malgrĂ© la prĂ©gnance de la folie, en dĂ©pit des attaques d’un dĂ©sordre mental.
Soo Park affirme sans dĂ©clamation, sa propre pensĂ©e poĂ©tique au service d’un Schumann funambule et diseur. L’approche est fine, subtile, maĂźtrisĂ©e en ce qu’elle sait exploiter sans effets gratuits les possibilitĂ©s sonores et expressive d’un clavier typique de l’esthĂ©tique allemande et viennoise du plein XIXĂš, avec ses marteaux recouverts d’une fine pellicule de cuir, son riche medium, ses graves souterrains, ses notes aigues cristallines, sa rĂ©sonance naturelle, la perception du bois, les craquements… tout ce qui fonde l’intĂ©rĂȘt d’un rĂ©cital sur un clavier historique d’un tel pedigree (le Gebauhr correspond au type instrumental saluĂ© par le seul prix pour un facteur d’instruments, remis lors de l’Expo universelle de Londres en 1851).

Ici les derniĂšres pensĂ©es de Schumann rĂ©vĂšlent le gĂ©nie tardif d’un compositeur touchĂ© par la grĂące absolue, dĂšs 1845, profondĂ©ment transformĂ© par la dĂ©couverte et l’usage maĂźtrisĂ© du contrepoint, puis sur la fin, soucieux de la lenteur, porte vers l’introspection la plus subtile. La notice souligne avec justesse combien Schumann a souffert de cette approche biaisĂ©e qui interprĂšte tout l’oeuvre Ă  travers le prisme rĂ©ducteur de la folie.

Schumann ultime : un diseur touché par la grùce

 

Soo Park : le dernier Schumann au pianoforteOr ce qui saisit ici ce n’est en rien les vellĂ©itĂ©s obscures d’une Ăąme tourmentĂ©e, mais dĂ©finitivement la claire pensĂ©e d’un bĂątisseur hors normes, infiniment raisonnĂ© et cohĂ©rent, solaire par la sĂ»retĂ© de son Ă©criture, l’une des mieux conçues, des plus Ă©loquentes. PensĂ©e volubile, d’une Ă©vanescence gĂ©niale aux Ă©clairs fulgurants (irrisations enchanteresses de “Vogel als Prophet”, d’une dĂ©chirante sincĂ©ritĂ©), de plus en plus simple et sobre, et aussi capable de force et de fureur presque de duretĂ© pĂ©remptoire (PremiĂšre des 3 FantasiestĂŒcke opus 111) ; entre ses caractĂšres parfaitement Ă©laborĂ©s comme les faces contraires et complĂ©mentaires d’un mĂȘme visage : EusĂ©bius, Florestan, et le mĂ©dian MaĂźtre Raro, Schumann hyperconscient et tout Ă  fait clairvoyant sur la multiplicitĂ© humaine, a toujours su canaliser l’immense flux imaginatif de son gĂ©nie compositeur. Et comment ne pas comprendre le ThĂšme final et ses 5 Variations, tels l’Ă©noncĂ© maĂźtrisĂ© d’une priĂšre parmi les plus intimes et les plus pudiques de l’auteur, totalement construites dans un Ă©lan d’espoir, de certitude, d’apaisement qui montre deux ans avant sa mort, l’intelligence et la maturitĂ© d’une pensĂ©e intacte. Lumineuse approche, tissĂ©e dans l’intĂ©rioritĂ© la plus suggestive. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. SCHUMANN : letzter gedanke / derniĂšre pensĂ©e. Soo Park, pianoforte : Gebauhr, 1850 (1 cd HĂ©risson, octobre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS — DurĂ©e : 1h20 mn.

Livres, événement, annonce. Jean-François Lattarico : Busenello, un théùtre de la rhétorique (Classiques Garnier)

lattarico_busenello_theatre_rhetorique_garnier_livreLivres, Ă©vĂ©nement, annonce. Jean-François Lattarico : Busenello, un thĂ©Ăątre de la rhĂ©torique (Classiques Garnier). LE TEXTE AVANT LA MUSIQUE : les livrets d’opĂ©ra de Busenello sont avant tout des textes littĂ©raires d’une intelligence poĂ©tique absolue. L’Ă©crivain Gian Francesco Busenello (1598-1659) est ce gĂ©nie vĂ©nitien propre Ă  la premiĂšre moitiĂ© du XVIIĂšme siĂšcle, qui Ă  partir de ses propres lectures des modĂšles Ă©tablis, l’Adone de Marini et Il Pastor Fido de Guarini entre autres, invente sa propre langue poĂ©tique et surtout sa conception du drame musical qui grĂące Ă  la force et la puissance de son unitĂ© et de sa cohĂ©sion de conception affirme avant le concours de la musique, la suprĂ©matie du drame musical comme sujet littĂ©raire. Car Busenello avant d’ĂȘtre le librettiste de Monteverdi pour le Couronnement de PoppĂ©e, sommet de l’opĂ©ra baroque vĂ©nitien avant les opĂ©ras de la maturitĂ© de Cavalli, affirme surtout la portĂ©e rhĂ©torique, et la perfection Ă©loquente de la poĂ©sie dramatique… Le texte avant la musique, soit une hiĂ©rarchisation des disciplines Ă  laquelle Monteverdi lui-mĂȘme a adhĂ©rĂ© de son vivant, en reconnaissant par exemple que la musique Ă©tait servante du texte. L’auteur de ce passionnant essai Ă©ditĂ© par Classiques Garnier, analyse la pensĂ©e poĂ©tique du Busenello formidable dramaturge, auquel l’essor du genre opĂ©ra au cours du premier Baroque italien (XVIIĂš / Seicento) doit son raffinement et sa perfection structurelle comme formelle. Jean-François Lattarico brosse le portrait de l’avocat libertin dans son Ă©poque, et dans sa ville, serviteur d’un genre qu’il sert dĂ©sormais comme personne avant lui : ses Ɠuvres majeures, – les plus audacieuses, portant ses thĂ©ories poĂ©tiques et thĂ©Ăątrales: – telles Gli amori di Apollo e Dafne, La Didone, L’Incoronazione di Poppea, La ProsperitĂ  infelice di Giulio Cesare Dittatore, La Statira principessa di Persia, entre autres, sont prĂ©sentĂ©es, analysĂ©es, finement Ă©tudiĂ©es sous le filtre d’une intelligence critique d’une Ă©rudition claire et accessible. A partir des textes poĂ©tiques moins connus, des Ă©crits thĂ©oriques (lettre sur l’Adone, sur La Statira…), il s’agit aussi de distinguer les Ă©lĂ©ments et les caractĂšres structurels d’une nouvelle langue poĂ©tique et littĂ©raire dont le sens rhĂ©torique est magnifiquement Ă©lucidĂ©. Grande critique dĂ©veloppĂ©e, Ă  venir dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

 

 

 

 

 

LIVRES, compte rendu critique. BUSENELLO, un thĂ©Ăątre de la rhĂ©torique par Jean-François Lattarico. Editions : Classiques Garnier, collection : “Lire le XVII Ăšme”, volume 23.

 

 

 

NANCY : reprise de La Rose Blanche (1967)

rose_blanche_hans_sophie_scholl_1943NANCY. La Rose Blanche : 20 mai – 3 juin 2016. Udo Zimmermann signe un sommet lyrique contemporain d’une noirceur sobre, efficace, glaçante dont la fulgurance ressuscite l’effroi grandiose et terrifiant de la tragĂ©die grecque. Les deux hĂ©ros de cette fable moderne surgissent du fond de la nuit, deux spectres que la mort a saisi, et dont la clairvoyance Ă©blouit par sa grandeur. Sophie et Hans ont tentĂ© de combattre le fascisme : l’opĂ©ra haletant, hallucinant, parcouru d’Ă©clairs et de cauchemars, de visions d’une claire suggestion, ressuscite l’hĂ©roisme de deux Justes, torturĂ©s, broyĂ©s par la Barbarie.
La production saluĂ©e en fĂ©vrier 2013 par classiquenews lorsqu’elle fut prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation française par Angers Nantes OpĂ©ra, reprend du service Ă  Nancy, avec la mĂȘme Ă©quipe de chanteurs, deux vois, deux tempĂ©raments d’une exceptionnelle intensitĂ© et justesse poĂ©tique : la sƓur et le frĂšre, sacrifiĂ©s sur l’autel de la barbarie nazie : Elizabeth Bailey et Armando Noguera. L’ouvrage en allemand, crĂ©Ă© en 1967, glorifie Ă  juste titre ce groupe d’Ă©tudiants dit “La rose blanche” qui affirmant leur rĂ©sistance contre le fascisme hitlĂ©rien en 1942, paya trĂšs cher leur courage admirable. A cette occasion, l’OpĂ©ra de Nancy s’associe au Goethe Institut pour une sĂ©rie d’évĂ©nements (exposition, rencontre, cinĂ©  confĂ©rences
.) autour de La Rose blanche (voir dĂ©tails dans le dossier de presse). Production incontournable.

 

 

 

 

LA ROSE BLANCHE d’Udo Zimmermann Ă  Nancyboutonreservation
9 représentations au Théùtre de la Manufacture
les 20, 22, 24, 25, 27, 28, 31 mai 2016 et les 1er et 3 juin 2016. 

Nicolas Farine, direction musicale
Stephan Grögler, mise en scÚne
Sophie, Elizabeth Bailey
Hans Scholl, Armando Noguera. 

 

 

 

VOIR le reportage vidéo exclusif réalisé en février 2013 par CLASSIQUENEWS

 

 

LIRE notre compte rendu complet de La Rose Blanche présentée par Angers Nantes Opéra

ZIMMERMANN_rose_blanche_angers_nantes_opera_video_une_448La version que nous offre Angers Nantes OpĂ©ra est celle de 1986 : d’un premier ouvrage Ă  plusieurs personnages et pour grand orchestre, Zimmermann a fait une Ă©pure ciselĂ©e comme du Britten, Ă©vocatoire et parfois Ăąpre comme du Berg, proche par son Ă©loquence et sa finesse linguistique de Bach.‹Sur la scĂšne, deux acteurs chanteurs Ă  la prĂ©sence vocale, dramatique et incantatoire d’une subtilitĂ© exemplaire traversent la sĂ©rie de tableaux conçus comme des transes, des visions hallucinĂ©es, entre terreur, douleur, surtout courage : Hans et Sophie, le frĂšre aĂźnĂ© et la sƓur, dĂ©fient jusqu’à la mort les faiblesses, les lĂąchetĂ©s pourtant excusables. Leurs frĂȘles silhouettes se dressent malgrĂ© tout et jusqu’au bout contre un climat de terreur intelligemment cultivĂ©e tout au long du spectacle. Les deux cƓurs justes ullulent, murmurent ou expriment toute une palette de sentiments divers, vĂ©ritable tour de force vocal et lyrique qui semble aussi revisiter les lamentos baroques et l’incantation montĂ©verdienne.