Festival de Saintes 2012
La Veillée imaginaire
airs populaires harmonisés
de Chopin à Canteloube
Les Musiciens de Saint-Julien
Lundi 16 juillet 2012 à 22h30
Abbaye de Saintes
Bourrées (transcriptes par Ravel, Chabrier, Chopin, Maurice Emmanuel, et Pauline Viardot), chant de labour (briolage), ronde et marche nuptiale, chansons des lavandières, chansons Mon bel amy et berceuse... font l'ordinaire enchanté d'une veillée qui explore les champs d'un imaginaire recomposé. Ici, les compositeurs et chanteurs notent musiques folkloriques d'un temps passé ou menacé. Autour du feu primordial, les airs de tradition orale accomplissent leur danse hypnotique... assurant aussi la transmission des savoirs immémoriaux d'une génération à l'autre.

Autour de l'âtre aux flammes vacillantes, les villageois ont su se retrouver, partager en communions et veillées ancestrales. Le brasier cultuel a symbolisé longtemps le noyau familial préservé, intact contre l'adversité de l'existence. Contre les climats éprouvants (les froides nuitées hivernales). Les contraintes des temps d'incertitudes. C'est le lieu où fleurissent les formes multiples de la tradition orale ; où les générations se transmettent la maîtrise et la connaissance des pratiques liées à la vie rustique souvent dure des campagnes et des champs.
entre chien et loup, une veillée imaginaire et hypnotiqueDans l'ombre propice aux apparitions et évocations d'un temps ancien, les Musiciens de Saint-Julien imaginent leur veillée imaginaire. Entre chien et loup, le programme ressuscite la vitalité des thèmes et mélodies populaires, réorchestrées par les plus grands compositeurs au XIXè/XXème siècles.
Au cours du XIXè, l'attrait des villes et des compositeurs pour le riche et intact patrimoine des musiques populaires de tradition orale s'amplifie: rousseauisme à l'oeuvre, l'engouement pour la noblesse de la vie des champs s'inscrit durablement dans l'inspiration et l'écriture des musiciens qui flanqués du titre de savants, n'en ont pour autant jamais quitté une curiosité sincère pour les trésors simples des mélodies paysannes et rurales. Ainsi le romantisme vit un nouvel essor sur le mode rustique. Loin des salons, l'expérience de la musique de tradition orale exige un exercice collectif, une mémoire volontaire qui doit entretenir l'activité et la permanence d'une culture enfin comprise pour ce qu'elle est mais qui est pourtant menacée. Sur les traces de Nerval déjà sensibilisé, Sand, Maupassant, nouveaux chantres de la vie des champs et des légendes rurales témoignent de cet ancrage durable et de cette conscience qui s'élargit encore après 1850. Bientôt en plus des légendes et contes de nos aïeuls, les mélodies populaires passionnent les compositeurs.
Sur les traces des textes redécouverts, les pionniers explorateurs découvrent aussi des musiques folkloriques dont la mélodie inféode la versification et la métrique... Enfin, texte et musique collectés constituent une totalité originelle que Patrice Coirault a su le premier estimer comme un trésor inaliénable à évaluer respectueusement.
Face à ce nouveau corpus musical, véritable continent perturbant les habitudes des doctes savants musiciens, certains se laissent dicter de nouveaux usages; ainsi P. Emmanuel se laisse convaincre par la modalité fluctuante des chansons populaires. Sur les traces de Viardot pas toujours strictement respectueuse de l'original, les transcripteurs florissent alors.
De l'oralité inventive et libre, à la tentation de l'écrire et de la noter pour en fixer la trace, les écritures sont diversemment légitimes tant témoins de la source, beaucoup de transcripteurs réinterprétent les données écoutées ou vécues in situ. Au XIXè, on note mais sans la rigueur d'un travail ethnographique. Ici, on distribue selon sa subjectivité les parties du refrain ou des couplets au choeur au "chante-avant"; on remplace systématiquement la ligne de la cornemuse par le... piano.
Comment comprendre et évaluer le travail des compositeurs transcripteurs de joyaux populaires et folkloriques dont ils n'ont pas toujours compris exactement le sens ni l'esprit. Quand le bourgeois s'intéresse au paysan, n'a t-il pas la tentation de l'idéaliser? Au final, c'est l'auditeur qui en recueille tous les fruits, souvent délectables et d'une rare sincérité.
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