ANNA NETREBKO chante Andrea Chénier à Milan

netrebko-anna-naturel-portrait-diva-classiquenews-review-cd-critique-cdARTE, Anna Netrebko. ANDREA CHENIER, jeudi 7 décembre 2017. La châne déplace ses prgrammes lyriques en fin de soirée : ici à partir de 22h55, depuis La Scala de Milan, voici l’opéra vériste d’Umberto Giordano : Andrea Chénier (créé in loco en 1896). Prénom italien, mais nom français inspiré de la vie du poète révolutionnaire André Chénier (1762-1794). C’est un peu la suite de Tosca de Puccini : ici, nouvel épisode d’un libertaire dont la lyre poétique exprime l’idéal humaniste et sociétal. Pour son premier opéra de sa nouvelle saison 2017 – 2018, La Scala programme l’ouvrage en hommage au chef Vittorio de Sabata, longtemps son chef principal et grand défenseur de l’ouvrage. Les plus grands interprètes se sont engagés pour cette action lyrique à la fois intense et très efficace, la fusion du drame verdien et de l’orchestre puccinien. C’est qu’après une série d’échecs, Giordano n’avait plus le choix que d’écrire pour son éditeur Sonzogno, un chef d’oeuvre.

giordano umberto andrea chenier opera portrait par classiquenewsDepuis Maria Callas (qui a réussi une interprétation phénoménale de l’air du III : « La mamma morta » / air repris ensuite dans le film Philadelphia de 1993 non sans acuité et justesse) à Renata Scotto, Mirella Freni, ou Renata Tebaldi, toutes les sopranos se sont frottées au dramatisme ardent du personnage de Maddalena (Madeleine de Coigny, inspirée par le personnage réel d’Aimée de Coigny qui inspire au vrai Chénier, les vers de « La Jeune Captive ») qui aime le poète Andrea Chénier, alors à l’époque de la Terreur à Paris. De fait, à la fois défenseur et victime de la Révolution, le poète idéaliste meurt guillotiné à 31 ans. La partition nécessite un trio vocal exceptionnel, à la fois acteur et chanteur : la soprano qui aime le ténor, mais est aimée aussi par le baryton (ici Gérard). Tout l’opéra se met aux côtés de l’ancien domestique de la comtesse de Coigny et qui donc aime passionnément sa fille, l’Aristocrate Madeleine. Jaloux quand il découvre que la jeune femme aime le poète Chénier, Gérard d’abord haineux, tente d’aider son rival qui a été arrêté et condamné à mort. Par amour, Madeleine se laisse emprisonner avec lui et monte dans la charrette qui les mènera à la guillotine. L’opéra se déroule de 1789 (I), à 1794 à Paris sous chenier-poete-classiquenews-chenier-andre-umberto-giordanola Terreur (à partir du II). Jugé trop critique par les Français, parce que Giordano souligne la violence et la haine qui anime les Incroyables dans l’opéra (ceux qui observent et jugent Chénier et ses amours coupables avec une aristocrate), l’opéra ne connaît pas le succès en France : or outre le drame amoureux très finement dessiné, le compositeur sait portraiturer aussi la fresque sociale où se presse toute une série de personnages qui animent le tableau révolutionnaire. L’air le plus célèbre reste celui de Maddalena (« La Mamma morta » quand au III, alors que son amant est arrêté et condamné, Madeleine implore Gérard de sauver Andrea, évoquant dans quelle misère elle se trouve depuis la mort de sa mère la comtesse…). Giordano a aussi écrit dans le personnage du poète, l’un des rôles pour ténor les plus déchirants (au IV, scène du poète dans sa prison de Saint-Lazare, où il exprime son adieu à la vie). Gérard a échoué à sauver celle qu’il aime et son amant, malgré une ultime requête adressée à Robespierre. Récemment Jonas Kaufmann a marqué l’interprétation du rôle de Chénier.

arte_logo_2013En décembre 2017, c’est la soprano de plus en plus dramatique ANNA NETREBKO, au timbre charnel et voluptueux qui incarne l’amoureuse Madeleine, aux côtés du ténor Yusif Eyvazov, son époux à la ville. Pas sûr que le style ardent, palpitant, expressif et déchirant de la soprano trouve en son mari, un talent à son niveau (on l’a vu récemment dans Manon Lescaut de Puccini : les deux ne partagent pas la même inspiration). Qu’importe, après ses Verdi retentissants (Leonora, Lady Macbeth, Aida…), après un remaquable album où elle a même « osé » chanté Turandot de Puccini (le rôle impossible pour soprano), la Netrebko devrait à nouveau saisir et émouvoir dans le rôle écrit par Giordano en 1896. ARTE, Jeudi 7 décembre 2017, 22h55

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