9ème Symphonie de Mahler à l’Opéra de Tours

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionTours, les 12 et 13 avril 2014. Mahler : Symphonie n°9. ORSCT, Jean-Yves Ossonce. Symphonie d’un adieu pacifié. Malade, presque cinquantenaire, affaibli mais pas exténué, Gustav Mahler compose sa Symphonie n°9. La conscience de la mort, la souffrance de la perte, les crises intérieures, multiples, toujours vivaces, inspirent au compositeur, l’une de ses partitions les plus autobiographiques, et l’aboutissement d’un chemin personnel et mystique parcouru depuis sa Première Symphonie “Titan”. La partition est écrite au même moment que son Chant de la Terre, hymne au mystère de la nature, terrifiante et stimulante, à la fois lamento bouleversant à la suite de la mort de sa fille Maria et aussi, suprême aspiration à la paix. De sorte que sa Dixième Symphonie serait si l’on intègre son Chant de la terre dans le cycle des oeuvres orchestrales, comme un Dixième opus.
Conçue de l’été 1908 au début de l’année 1909, la Symphonie n°9 embrasse toute l’expérience acquise, vécue, souhaitée, détestée. Mahler y mêle tous les sentiments en un vaste cycle épique, dont le souffle, l’énergie, l’élévation semblent rejoindre le “grand tout”. C’est un désir de témoigner et aussi, un effort de détachement. Intensité, recul. Engagement, détente. Renoncement et adieux, détente, oubli, apaisement… action, philosophie et examen critique. Le compositeur y laisse un adieu, inspiré par la quête d’une sérénité finalement atteinte.

Composée à l’été 1909 à Toblach, la Symphonie n°9 ne fut créée que le 26 juin 1912, par Bruno Walter à Vienne, soit presque un an après la disparition du compositeur.
L’oeuvre, d’une architecture complexe et inédite, compte quatre mouvements: deux mouvements lents (Andantecommodo et Adagio), encadrent deux mouvements vifs, “Laendler” et Rondo Burleske). Chacun est développé dans une tonalité spécifique. Poursuite ou non de son Chant de la Terre, qui la précède, (partition composée à l’été 1908) la Neuvième Symphonie expérimente de nouvelles possibilités, basculant entre l’ultime sérénité et l’adieu plus difficile à la Terre. Alban Berg, ardent défenseur des symphonies mahlériennes, admire en particulier l’enchantement du premier mouvement, parcouru de signes annonciateurs de l’inéluctable mort…
C’est peut-être avec la Septième, -notre préférée-, que Mahler, dans la Neuvième, et tout aussi clairement, exprime sa lucidité pleine et entière, à la fois ressentiment et exaspération, mais aussi espérance et tendresse. Le musicien illustre les vertiges d’une conscience épanouie qui ose voir l’horrible et hideuse mort; l’homme s’y remémore les épisodes d’une vie faite de remords cyniques et d’élans irrésistibles, tous étirés dans leur immensité suspendues. Le cadre classique implose, entièrement soumis aux distorsions convulsives ou aériennes de la psyché.
Orchestrateur sensitif et visionnaire, Mahler explore toutes les palettes de timbres et de couleurs de l’orchestre, où chaque instrument devient voix de l’âme.

Mahler_gustav_profilL’Orchestre Symphonique Région Centre Tours OSRCT sous l’impulsion de son chef attitré Jean-Yves Ossonce perpétue ainsi l’active tradition symphonique à Tours qui compte déjà plusieurs accomplissements comme les Symphonie de Brahms,  Magnard,   surtout un récent cycle Tchaïkovski qui s’est révélé passionnant et dont classiquenews a rendu compte régulièrement.
Prolongeant les vertiges introspectif d’un Tchaïkovski trouble et lyrique, tendre et angoissé (magistrale Symphonie n°6 entre autres),  les musiciens tourangeaux accostent en terres malhériennes. .. des paysages finement orchestrés dont la flamboyance associe terreur panique, nostalgie d’une innocence perdue, surtout aspiration au dépassement de soi, entre quête spirituelle et renoncement ultime. Mahler au début du XXème -le compositeur meurt en 1911-, demeure le plus grand symphoniste contemporain de Richard Strauss,  autre immense narrateur,  saisissant par le souffle dramatique et lui aussi, par le raffinement inouï de son orchestration. Pour Tours, cette 9ème Symphonie mahlérienne est une première, donnée en quasi première tourangelle. Concert symphonique événement.

Opéra de Tours
Saison symphonique 2013-2014.
Grand Théâtre-Opéra, les 12 et 13 avril 2014
Gustav Mahler : Symphonie n°9 en ré majeur
OSRCT, Orchestre Symphonique Région Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction

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