COMPTE-RENDU critique, opéra. BAYREUTH, le 21 août 2019. WAGNER : TANNHÄUSER. Gould, Davidsen, GERGIEV / KRATZER

COMPTE-RENDU critique, opéra. BAYREUTH, le 21 août 2019. WAGNER : TANNHÄUSER. Gould, Davidsen, GERGIEV / KRATZER. – C’est la nouvelle production la plus attendue de cette édition BAYREUTH 2019 : le Tannhäuser (version de Dresde) mis en scène par TOBIAS KRATZER, nouveau champion de la dramaturgie visuelle à l’opéra, sous la direction artistique de Valery Gergiev qui fait ses débuts ainsi sur la colline verte. A travers la figure du poète héros, Wagner précise sa propre vocation et son destin d’artiste, tout en soulignant les sacrifices auxquels tout créateur digne de ce nom doit se confronter : le plaisir sensuel qui est une perte, un gouffre et un ennui : la négation éloquente de sa capacité créatrice (opposé au monde passif et lascif du Venusberg par lequel s’ouvre l’action) ou élévation morale voire spirituelle à laquelle le hisse l’amour d’Elisabeth, être de lumière et de dépassement…
Entre conscience morale et jouissance irresponsable, Tannhäuser hésite dans une mise en scène qui bascule de l’un à l’autre monde. Tout d’abord Vénus conduit une camionnette citroën (très sixties) où à bord sont montés des effigies elles aussi très années 60 (le Nain Oskar, le Drag-queen ou Gâteau Chocolat ..) et donc en clown désabusé : Tannhäuser. Pour l’acte I, Kratzer cite la colline verte et le Festspielhaus, lieu de perdition d’un personnage en quête de lui-même.

 

 

Premier Tannhäuser de Gergiev à Bayreuth
CLOWN désenchanté

 

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Pour mieux inscrire la réalité des personnages, durant l’entracte, les spectateurs retrouvent dans les jardins du Théâtre, les 2 acteurs, Oskar et Gateau chocolat, lesquels réalisent la parodie de Tannhäuser… Evidemment, ère de l’image vidéo oblige, l’acte II est occupé pour sa moitié par un écran géant qui est une fenêtre sur les coulisses ; là, le spectateur peut suivre les faits et gestes de Vénus, soutien du poète pour le Concours où il défend les plaisirs et la passion devant l’assemblée des petits bourgeois. Tannhäuser c’est Wagner qui prophétise et proclame sa devise : « frei im wollen, frei im thun, frei im geniessen » (« libre de vouloir, libre d’agir, libre de jouir ». La liberté du poète contre l’hypocrisie générale de la société.
Pourtant au III, c’est bien l’ordre social et sa loi sinistre qui finissent par triompher : aucune place en ce monde pour la poésie du poète libre… le nain finit seul ; Elisabeth épuisée d’attendre Tannhäuser accepte les avances de Wolfram (!), puis guère convaincue, … se tue ; Tannhäuser, détruit par l’incompréhension et l’anathème, se suicide de même. Digne de notre époque sauvage, barbare, l’action et ses protagonistes sont expédiés, jetés comme des consommables sous la pression de la grande machine humaine infernale. Il n’y a guère d’espoir dans ce tableau dévasté, sans enchantement.

Les huées qui accompagnent les saluts quand le chef Valery Gergiev paraît nous semblent hors sujet : rien à dire à sa direction qui ne laisse jamais indifférent ; engagée, intense et fiévreuse, parfois brouillonne (avec décalages) ; mais le lyrisme à tous les pupitres, les cuivres rutilants, les cordes d’une motricité soyeuse, sans omettre le profil psychologique et l’âme désirante d’Elisabeth dessinée aux bois… Ce vent contestataire ne serait-il pas plutôt orchestré par certains jaloux qui comprennent mal comment le maestro par ailleurs très sollicité, toujours entre deux productions, entre deux avions, « ose » diriger dans ce contexte, c’est à dire « bâcler » sa première direction dans le saint des Saints de Bayreuth ?
D’autant que côté solistes, le plateau- malgré quand même la laideur indigente de la mise en scène, qui pourtant fonctionne très bien, convainc de bout en bout : le Tannhäuser de Stephen GOULD met du temps à se chauffer et à trouver la profondeur du rôle ; heureusement au II, son récit au retour de Rome (« Inbrunst im Herzen ») exprime l’âme détruite d’un pêcheur auquel le pape a refusé tout salut… Dévasté, profond, troublant. Quel contraste avec le Wolfram enchanté, fraternel car amoureux d’Elisabeth de Markus Eiche (sa romance à l’étoile : « Wie Todesahnung », hymne enchanteur pour tout baryton qui se respecte … est délectable comme un rêve qui passe). Provocante, séductrice, voluptueuse, la soprano russe Elena Zhidkova fait une Vénus ardente, irrésistible ;
Enfin triomphe par son intonation, sa justesse émotionnelle, l’Elisabeth de la soprano norvégienne Lise Davidsen (Prix du Public operalia 2015) qu’un récent (et premier) cd chez DECCA a récemment mis en lumière (LIRE ici notre présentation du CD LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca) : son Elisabeth étire une ligne souple et charnue qui donne de la chair à l’héroïne souvent confinée à une naïve sans consistance. « Une émission franche, à peine vibrée, brillante et ardente réussit en particulier sa prière : celle d’une amoureuse digne, blessée, fragile mais puissante dans la frustration amoureuse.

Crédit photographique : © E. Nawrat

 

 

 

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Richard Wagner (1813-1883)
Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg (1845)
  -  Grand Opéra romantique en trois actes
VISITER le site du Festival de BAYREUTH / BAYREUTH Festspiele https://www.bayreuther-festspiele.de/en/programme/schedule/tannhaeuser/

Direction musicale: Valery Gergiev / 
Mise en scène: Tobias Kratzer

Décors: Rainer Sellmaier
Costumes: Rainer Sellmaier
Lumières: Reinhard Traub
Vidéo: Manuel Braun
Dramaturgie: Konrad Kuhn
Chœurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs: Eberhard Friedrich

Landgrave Hermann: Stephen Milling
Tannhäuser: Stephen Gould
Elisabeth, nièce du Landgrave: Lise Davidsen
Venus: Elena Zhidkova
Un jeune pâtre: Katharina Konradi
Wolfram von Eschenbach: Markus Eiche
Walther von der Wogelweide: Daniel Behle
Biterolf: Kay Stiefermann
Heinrich der Schreiber: Jorge Rodriguez-Norton
Reinmar von Zweter: Wilhelm Schwinghammer

Comédiens, performeurs :
Le Gateau Chocolat: Le Gateau Chocolat
Oskar: Manni Laudenbach

 

 

VIDEO TANNHÄUSER BAYREUTH 2019 : Gergiev / Davidsen, Gould
Video disponible sur BR Klassik: https://www.br-klassik.de/concert/ausstrahlung-1816820.html
int(79)

CD – Présentation du CD LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca
http://www.classiquenews.com/cd-annonce-lise-davidsen-soprano-wagner-r-strauss-1-cd-decca/

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